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DE

L’INSTITUT COLONIAL
DE

MARSEILLE
publiées sous la direction de

M

LE

É ü O Q A R D

PROFESSEUR

HECKEL

—
Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône.
T ro isièm e année. D euxièm e volum e ( 1895 ).
Contribution à l'élude du I t o h i n i a iV ic o u Aublet, au point de vue
botanique, chimique et physiologique, par E. GEOFFROY, pharmacien
des colonies, licencié ès-sciences naturelles.Contribution à l’histoire botanique, thérapeutique et chimique du genre
A d a n s o n i a {Baobab), par le docteur C h a r l e s GERBER, professeur
suppléant à l’école de médecine, préparateur de botanique à la faculté
des sciences de Marseille.
Sur le IS a k is (Tinospora Bakis Miers) et le S a n g -o l (Cocculus Leaeba
G. P. et Rich.) du Sénégal et du Soudan, par E douard HECKEL et
Fr . SCHLAGDENHADFFEN.
Étude sur le P s id iu m (Goyavier), par M. KHOURI, pharmacien de
1" classe de l’Ecole de Paris.

L I L L E

Imprimerie typographique et lithographique Le Bigot Freres
Rue Nicolas-Leblanc, 26 , et rue Nationale, 68
1RQ.K

i

�AN N A LES
DE

L ' I N S T I T U T C O L O N IA L D E M A R S E IL L E
(Année 1895).

�ANNALES
DE

L’INSTITUT COLONIAL
DE

MARSEILLE
publiées sous la direction de

M

LE

PROFESSEUR

EDOUARD

HECKEL

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône.
T r o i s i è m e a n n é e . D e u x iè m e v o l u m e (1895).
Contribution à l’étude du I t o h i n i a iV ic o u Aublet, au point de vue
botanique, chimique et physiologique, par E. GEOFFROY, pharmacien
des colonies, licencié ès-sciences naturelles.
Contribution à l’histoire botanique, thérapeutique et chimique du genre
A d a n s o n i a (Baobab), par le docteur C h a r l e s GERBER, professeur
suppléant à l’école de médecine, préparateur de botanique à la faculté
des sciences de Marseille.
Sur le Q u a s s i a A f r i c a n a Haillon et sur le P a n e o v i a H e c k e l i
qui lui est substitué (Plantes du Gabon). Etude botanique, chimique
et thérapeutique, par le docteur L. CLAUDEL, préparateur à la faculté
des Sciences de Marseille, licencié ès-sciences naturelles.
Sur le B a k i s (Tmospora Bakis Miers) et le S a n g o l (Cocculus Leaeba
G. P. et Rieh.) du Sénégal et du Soudan, par E douard HECKEL et
Fr . SCHLAGDENHAUFFEN.
Étude sur le P s i d i u m (Goyavier), par M. KHOURI, pharmacien de
1” classe de l’Ecole de Paris.

LILLE

Imprimerie typographique et lithographique L e B igot F reres
Rue A'icolas-Lcblanc, 25, et rue Nationale. 68

1895

�CONTRIBUTION A L’ÉTUDE
DU

ROBINIA NICOU
au

p o in t

de

Aublet

vue

B O T A N IQ U E , CH IM IQ U E ET P H Y S IO L O G IQ U E .

par

E l.

O

E

O

F

F

R

O

PHARMACIEN DES COLONIES

LICENCIÉ ÈS-SC1ENCES NATURELLES.

Y

�Ce travail devait être présenté à l’Ecole supérieure de
Pharmacie de Nancy comme thèse, pour l’obtention du Diplôme
supérieur.
Tout était prêt pour la soutenance : le Jury venait d’être
désigné et le manuscrit remis à l'imprimeur, lorsqu’on vint
annoncer la mort subite de Geoffroy.
L’Ecole, douloureusement frappée par cette perte inattendue,
pria aussitôt M. le professeur E. Heckel, Directeur des Annales de
l’Institut botanico-géologique colonial de Marseille, de vouloir
bien accepter ce mémoire dans le deuxième volume de sa
Revue, afin de ne pas laisser tomber dans l’oubli le fruit des
longues et patientes recherches d’un des sujets les plus dis­
tingués du Corps de santé des Colonies.

�E. GEOFFROY
PHARMACIEN DES COLONIES, LICENCIÉ ÈS-SCIENCES NATURELLES.

NOTICE

BIOGRAPHIQUE.

Né à Saintes, le 12 décembre 1862, Emmanuel Geoffroy
commença et termina ses études au collège de sa ville natale.
Reçu bachelier ès-sciences à la Faculté de Poitiers, il entra
à l’Ecole de médecine et de pharmacie navales de Rochefort,
où il sut, dès sa première année de scolarité, se faire remar­
quer par son goût prononcé pour l’histoire naturelle.
A la sortie de l’Ecole, il est nommé pharmacien auxiliaire,
le 2 janvier 1885, et désigné, un mois après, pour aller servir
aux hôpitaux militaires de la Réunion. Ici encore il avait le
talent d’attirer sur lui l’attention de ses chefs, tant par l’assi­
duité de sou travail que par l’aménité de son caractère.
Mais une déception cruelle lui était réservée. En raison de
difficultés budgétaires, on avait conclu à la nécessité d’une
réduction des cadres, et, avec Geoffroy, plusieurs de ses
collègues furent compris dans cette mesure administrative.
11 songea dès lors à tourner ses vues vers la pharmacie
civile. Nous le voyons après son retour de la Réunion, en
février 1887, se faire recevoir pharmacien de l ru classe à l’Ecole
de Montpellier et un peu plus tard, licencié ès-sciences naturelles
à la Faculté des sciences de Marseille.
Ce dernier titre lui valut sa réintégration dans les cadres

�—6—

—7—

du service de santé. Aussitôt, il fut, sur la demande de M. le
professeur Heckel, chargé, par arrêté en date du 19 avril 1889,
émané des Ministres de la Marine et de l'Instruction publique,
d’une mission scientifique dans la Guyane française, en vue
de rechercher des arbres à Gutta qui pourraient avantageuse­
ment remplacer les Isonandra menacés de disparaître depuis
ces dernières années.
Le succès de son entreprise ne se fit pas longtemps attendre,
car peu après son arrivée, Geoffroy trouva, sur les indications
de M. Heckel, dans la région côtière, des forêts entières de
Mimusops Balata. Cette découverte constitue une source impor­
tante de prospérité pour ce pays.
Non content d’avoir trouvé ces richesses inattendues, dans la
plaine, aux environs du poste français et à l’embouchure même du
Maroni, Geoffroy s’est donné pour tâche de rechercher la même
espèce végétale dans le haut du fleuve jusqu’au territoire des Roucouyennes, aux limites de la Guyane française. 11 fut assez heureux
d’arriver à des résultats identiques à ceux obtenus précédemment.
C’est pendant ce voyage, hérissé des plus grandes difficultés et
effectué bien souvent au péril de sa vie, qu’il apprit â connaître
une espèce de Robinia qui sert aux indigènes à capturer le poisson.
Il conçut l’idée de l’examiner plus tard, à loisir, et de faire de cette
étude le sujet d’une thèse inaugurale pour l’obtention du diplôme
de pharmacien supérieur.
Forcé de revenir en France à cause de l’insalubrité du climat, il
consacra une partie de son temps à préparer son travail dans les
laboratoires de l’Ecole de Pharmacie de Nancy sur les indications
de son excellent maître, M. le professeur Heckel, de Marseille.
Mais à peine en avait-il posé les premiers jalons, qu’il fut désigné
de nouveau, en 1892, pour servir dans les hôpitaux de la Marti­
nique. Trop faible pour supporter un séjour de longue durée dans
ces pays tropicaux, et miné par les fièvres, il demanda et obtint un
congé de convalescence prolongé.

Après avoir passé deux mois dans sa famille à Saintes, il
retourna à Nancy pour continuer ses travaux avec une ardeur digne
déloge. Malheureusement il n’eut pas le bonheur d’eu voir le
couronnement, puisqu’il succomba à un accès de fièvre chaude le
jour même où tout avait été préparé pour la soutenance de sa thèse.
Nous tenons à conserver les résultats acquis avec tant de
persévérance et au prix de tant de dillicultés. La publication de
celte œuvre posthume constitue donc un pieux hommage rendu au
chercheur qu’un brillant avenir attendait, si la mort impitoyable
ne l’avait pas ravi prématurément à la science et aux légitimes
espérances de ses maîtres.
Le Directeur
de l’Ecole supérieure de pharmacie de Nancy.

�INTRODUCTION

Aublet, De Candolle et Willdenow, nous ont donné des descrip­
tions botaniques du Robinia Nicou (Aublet) et ils nous ont appris
que cette liane, très-répandue dans lesGuyanes, agit sur les pois­
sons en les « stupéfiant » et en les « enivrant ». Mais personne à
notre connaissance u’a publié uue analyse mettant en évidence le
principe qui « enivre » et qui « stupéfie » et à fortiori personne
n’a étudié les propriétés physiques, chimiques et physiologiques de
ce principe.
Dans un mémoire fort intéressant, inséré dans la Tharmaceutische Post de Vienne, 30 déc. 1893, Flückiger, en faisant l’analyse
d’une monographie très complète du Dr Greshof, directeur du
laboratoire de Bintenzorg, à Java, raconte que la pèche à l’aide de
plantes enivrantes s’effectue sur une vaste échelle depuis le
XIIe siècle dans beaucoup de pays. Si les savants ont fixé, dans ces
derniers temps, leur attention sur un graud nombre d’entr’elles,
il reste néanmoins encore à faire au point de vue de l’étude de
leurs principes actifs.
Pendant notre voyage d’exploration dans le haut Maroni, nous
avons eu souvent l’occasion d’assister à des pêches au Nicou. La
liane réduite en filasse grossière est agitée dans les courants des
barrages précédant les régions calmes. Le courant a pour effet de
disperser le poison. Il se produit d’abord un trouble laiteux, dû en
grande partie à l’amidon que contient la plante. Ce trouble permet
de suivre la zone d’action du Nicou. Les poissons qui se trouvent
dans cette zone ne tardent pas à être influencés ; on les voit d’abord
exécuter des mouvements brusques; ils viennent bondir à la
surface. Puis ils paraissent perdre leurs forces; ils ont peine à

garder leur équilibre, oscillent à droite et à gauche, font de temps
en temps un tour complet sur eux-mêmes. Tantôt ils restent en
place, tantôt s’agitent d’une façon désordonnée. A la fin, ils
viennent flotter sur le dos, se laissent entraîner par le courant,
semblent inertes et ne manifestent un reste de vitalité que pour
essayer de fuir quand on veut les prendre à la main.
Les nègres mettent un certain amour-propre à ne prendre que
les poissons ayant encore quelque vigueur. Ils les cueillent à la
flèche ou bien les harponnent avec un fer recourbé en hameçon.
Quelques kilogrammes de Nicou suffisent pour empoisonner
l’eau d’une rivière sur une certaine étendue.
Un nègre Bonis voulut bien nous donner un peu de sa liane en
échange de quelques verres de tafia et notre première idée fut
d’en préparer une teinture alcoolique. La liane contusée fut mise
à macérer avec du tafia fort (70° à 80°). Au bout de quelques jours,
nous avions une liqueur limpide légèrement jaunâtre donnant
avec l’eau un trouble opalin et laissant déposer par évaporation
une substance dans laquelle nous crûmes voir de petits cristaux.
Cette expérience fut faite dans le verre de notre montre, détaché
pour la circonstance, et rempli de liquide alcoolique que l’on fit
évaporer au soleil. Elle eut pour témoins MM. Grillaud, directeur
d’un placer dans le contesté de l’Auva, et Gand-Chaudrier, chef de
poste à Assici. Une petite quantité de ce liquide alcoolique pro­
voquait rapidement la moit des poissons et des têtards dans les
flaques d’eau poissonneuses si abondantes dans le Haut Maroni à
l’époque de la saison sèche, et les phénomènes d’intoxication nous
parurent les mêmes que ceux que nous avions eu l’occasion
d’observer pendant les grandes pêches.
Le Robinia Nicou Aubl. contenait donc un principe actif,
soluble dans l’alcool, dont l’étude ne pouvait manquer d’être
intéressante. Grâce à l’obligeance de M. Grillaud, nous fûmes
bientôt en possession d’uue quantité assez considérable de la liane
toxique (novembre 1890). Nos échantillons furent conservés avec

�—

10

—

le plus grand soin jusqu’en mai 1892. date à laquelle, sur la
recommandation de M. le professeur Heckel, M. le directeur
Schlagdenhauffen voulut bien nous admettre aux laboratoires de
l’École supérieure de pharmacie de Nancy.
A notre grand regret, nous n’avons pu nous procurer ni fleurs
ni fruits; à l’époque de la floraison et de la fructification (avril,
mai, juin), nous nous trouvions au chantier forestier de l’Oropu,
région très fréquentée, et d'où le Robinia Nicoii a disparu depuis
longtemps. Une caisse contenant des raciues s’est égarée lors du
transbordement de nos bagages à la Martinique. Il ne nous est
resté pour notre étude que les feuilles et de nombreux échantillons
de tiges à différents âges et pris sur différents sujets.
Avec de pareils éléments il ne nous était pas possible de faire
un travail de botauique pure. D’autre part, la faible quantité de
produit cristallisé retiré de nos échantillons nous paraissait
insuffisante pour entreprendre une étude chimique proprement
dite. En conséquence, il nous a paru naturel, après avoir décou­
vert et caractérisé le principe actif, après avoir bien établi son
origine en montrant que la plante d’où nous le retirons est bien
le Robinia A’icon d’Aublet, d’en entreprendre l’examen physiolo­
gique et de faire de cette étude la partie principale de notre
travail.
Dans un premier chapitre (Etude histologique) nous nous effor­
cerons de démontrer que notre plante est bien le Robinia Nicou
d’Aublet.
Une seconde partie sera consacrée à l’extraction, à la puri­
fication et à l’étude succincte du principe actif cristallisé que
renferme le Rolnnii Nicou et que nous appellerons Nicouline.
Dans une troisième, enfin, nous étudierons les effets physio­
logiques de la Nicouline et nous terminerons par des conclu­
sions générales et par une comparaison entre les effets de
notre produit et ceux des poisons stupéfiants.
C’est une œuvre de débutant que nous présentons à nos

— 11 —
juges, mais de débutant bien décidé à poursuivre en tenant
compte de leurs conseils et de leurs indications. Appelé à
vivre dans nos différentes colonies, nous emploierons tous nos
efforts à faire mieux connaître les produits intéressants qu’elles
renfermeut, nous efforçant de suivre dans la faible mesure de
nos moyens la voie si bien tracée par le savant directeur de
cette École et par notre cher maître de Marseille, M. le
professeur Heckel.
C’est pour nous un devoir et un plaisir de témoigner au début
de ce travail notre très vive reconnaissance à Monsieur le directeur
Schlagdenhauffeu. Nous le remercions particulièrement de la
manière tout amicale dont il a constamment mis ü notre dispos:tion l’aide très précieuse de ses savants conseils, de sa longue
expérience et de sa bienveillante direction.
Que Monsieur le professeur Heckel, dont l’appui nous a été d’un
si grand secours en des circonstances que nous ne devons pas
oublier, reçoive ici l’expression de notre très vive gratitude et de
notre respectueux dévouement.
Nous adressons enfin nos remerciements à MM. les professeurs
et agrégés de l’Ecole supérieure de pharmacie et tout particulièicment à MM. Held, Bleicher et Brunotte, pour le bienveillant
accueil qu’ils ont bien voulu nous faire et les excellents conseils
qu’ils n’ont cessé de nous prodiguer.
Nous devons une mention spéciale à notre ami et collaborateur
M. Grélot, à qui il faut attribuer tout le mérite de la partie histolo­
gique de ce travail.
Que nos excellents amis Claudel et Tricard veuillent bien
recevoir ici l’expression de nos sentiments de bonne camaraderie.

�I. — PARTIE BOTANIQUE.

H

is t o r iq u e .

La première description un peu complète que nous ayons du
Robinia Nicou nous vient d’Aublet (1).
Nous lisons, dans son Histoire des Plantes de la Guyane à la
page 777 : « Robinia Nicou : Floribus purpureis, ramulis scandentibus. Frutex truuco ramoso ; ramis sarmentosis, scandentibus,
supra arbores sparsis. Folia alterna, imparipinnata ; foliolis trium
parium oppositis, breviter petiolatis, ovatis, acuminatis, glabris,
integerrimis, costæ adnexis. Stipulæ biuæ, oppositæ, deciduæ.
Flores in spicam axillarem dispositi. Calix : perianthium monophyllum turbinatum, quinquedentatum. Corolla papilionacea,
purpurea, vexillo amplo, erecto. Pericarpium : legumen longum,
acutum, gibbosum, glabrum, rufesceus, uniloculare, bivalve.
Semina tria aut quatuor, subrotunda, compressa, marginibus
valvarum affina. — Florebat fructumque ferebat Junio.
Habitat in sylvis territorii Orapu, propè prædium domini
Budet.
Nomen caribœum : Nicou; gallicum : Liaue à enivrer les
poissons ».
Et il ajoute :
« Cet arbrisseau pousse de sa racine un tronc de deux à trois
pouces de diamètre, d’où s’élèvent de grosses branches sarmenteuses qui se répandent sur les arbres voisins et en recouvrent
la cime. Elles sont garnies de feuilles alternes, ailées, à deux
(!) Fusée Aublet. Histoire des Plantes de h Guyane française, rangées d’après
la méthode sexuelle. — Paris, 1775.

rangs de folioles opposées et terminées par une impaire; leur
nombre est de trois de chaque côté. Elles sont portées sur une
côte qui porte à sa naissance deux petites stipules. Ces folioles
sont vertes, lisses, entières, ovales, terminées par une longue
pointe mousse.
De l’aisselle des feuilles naît un épi de fleurs purpurines.
Le calice est d’une seule pièce arrondie et divisée eu son limbe
en cinq parties inégales et aiguës. La corolle est légumineuse,
composée de cinq pétales attachés par un petit onglet à la paroi
intérieure et interne du calice. Le pétale supérieur est large,
étendu et relevé. Les deux latéraux sont longs, en forme d’aile, les
deux inférieurs sont petits, concaves, appliqués l’un contre l’autre.
Les étamines sont dix, dont neuf réunies en un faisceau et une
séparée. Elles sont placées sur le fond du calice, au-dessous de
l’insertion des pétales ; les anthères sont ovoïdes, jaunes et à deux
loges.
Le pistil est oblong, comprimé, surmonté d’un style coudé
terminé par un stigmate obtus. L’ovaire devient une silique sèche
à deux cosses, qui contient trois-quatre fèves roussâtres, arrondies
et un peu comprimées.
Cette liane est nommée Nicou par les Galibis, et Liane à enivrer
le poisson par les habitants. Ils se servent des sarments fendus,
nouvellement coupés et mis en paquets pour battre l’eau des
ruisseaux, ce qui occasionne une espèce d’engourdissement aux
poissons qui s’y trouvent ; pour lors, ceux-ci viennent au-dessus
de l’eau et y restent immobiles.
J ’ai trouvé cet arbrisseau dans les taillis de l’habitation de
M. Budet, à Orapu, paroisse d’Aroura. Il était en fleurs et en fruits
dans le mois de juin. »
De Candolle, dans son Prodrome (1) l’appelle Lonchocarpus
Nicou. Sa description concorde exactement avec celle d’Aublet.
(1) De Candolle : Prodromus systematis naturalis. II, page 261.

�Bentham l'appelle Lonc-h-ocarpus rufescens (1) et Willdenow (2)
Robinta scamiens.
Barrère(3), Roseuthal (4), Raldkofer (5) se contentent d’iudiquer l'usage qu’en font les Galibis.
Enfin, une note que j’ai fait présenter par M. Chatiu à l’Aca­
démie des sciences, indiquait simplement que le Nicou contient un
principe très actif agissant sur le système nerveux et sur le cœur.
Les réactions préliminaires ayant été faites avec un produit
insuffisamment purifié, j’avais cru d’abord avoir affaire à un
glucoside ; mais depuis lors j’ai reconnu qu’il n’en était pas ainsi.
J'indiquerai plus loin les causes de ma conclusion erronée.
Jusqu'à présent, aucun des auteurs qui ont traité de la
morphologie externe du Nicou ne nous en ont fait connaître la
structure anatomique. Sou histologie est complètement restée dans
l’ombre.
Aussi nous proposons-nous d’essayer de combler une partie de
cette lacune, en nous adressant aux tiges et aux feuilles, seuls
organes que nous ayons à uotre disposition.

A. — F e u il l e .
1. — Description.
Les feuilles sont alternes, ailées, à deux rangs de folioles
opposées et terminées par an impaire; leur nombre est de trois
de chaque côté. Le pétiole porte à sa naissance deux petites
stipules, caractère constant des Papilionacées.
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)

Bentham : Tayl. Ann. Nat. Hist. III, page 432.
Willdenow : Species plantarum, III, 1134.
Barrère : Essai sur l'Histoire naturelle de la France équinoxiale, 1741.
Hosenthal : Synopsis plantarum diaphoricarum, 1862.
Raldkofer : lleber fischvergiftende Pflangen, 18S6.

Les folioles sont vertes à l’état frais, et d’un vert brunâtre,
lorsqu’elles sont sèches. Leur taille est très variable, les folioles
inférieures pouvaut atteindre vingt-cinq centimètres de long sur
douze de large, et les supérieures, huit sur quatre. Leur forme
est sensiblement ovale. Elles sont terminées par une longue pointe
mousse, un peu plus forte vers la droite (pi. I, lig. 8).
Les nervures, au nombre de dix environ de chaque côté de
la nervure médiane, sont bien plus accentuées sur la face
inférieure que sur la face supérieure. On constate facilement que
chaque nervure secondaire semble être accolée à la nervure
médiane, jusqu’à environ la moitié de la distance qui la sépare
de la nervure secondaire inférieure.
Les fo'ioles portent, surtout à la face inférieure, de nombreux
petits poils bruns formant un feutrage très délicat, que l’on
peut découvrir à l’œil nu. On n’aperçoit pas de ces poils sur
la face supérieure, si ce u’est sur les nervures et avec le secours
de la loupe.
Les bords de la foliole sont nets, lisses, sans aucune échan­
crure; le pétiole est très court. L’intégrité des folioles est, pour
M. Vuillemin (1), un caractère dominant dans la tribu des Galégées
et celle des Hédysarées.

2. — Histologie.
Épiderm e supérieu r. — Vu de face, l’épiderme supérieur
ne présente rien de remarquable. Toutefois, on constate l’absence
complète de stomates. Des poils, très rares, sont localisés sur les
nervures de la feuille. Ils ont un diamètre de 2 à 3 dixièmes de milli­
mètre et sont entièrement couchés sur la surface de la feuille.
(1) P. Vuillemin : La subordination des caractères de la feuille dans le phyllum
des Anlhyllis. (Bulletin de la Société des Sciences de Nancy, 1892, 1. XII,
fasc. XXVI, p. 31.)

�M. Vesque (1) attache une grande importance aux poils, dans
la détermination des plantes par l’histologie. Ces poils, dont l’exis­
tence a été reconnue générale par M. Vuillemin (2) sur les feuilles
des Papilionacées, et qu’il a appelés poils flagellifèves, se composent
de trois cellules (PI. II, lig. 2). La première ou pied (a), encastrée
pour ainsi dire entre les cellules épidermiques et de même taille
que celles-ci; la deuxième est le manche (b), enfin la troisième ou
flagellum (c). Les deux premières ont leurs membranes fortement
subériûées; le flagellum a ses membranes épaissies mais formées
de cellulose recouverte d’une très légère couche de cutine. En
effet, la paroi interne bleuit par l’emploi successif de l’iode et
de l’acide sulfurique aux 2/3, tandis, que la paroi externe reste
intacte; celle-ci se colore par la fuschsine ammoniacale. La surface
porte de très petites aspérités qui disparaissent dans l’hypochlorite
de soude et la potasse à chaud. Ces aspérités ne se colorent ni par
l’emploi de l’iode et de l’acide sulfurique à 2/3 ni par la fuschsine
ammoniacale. Les réactifs des matières pectiques les colorent bien.
A l’intérieur se trouvent quelques débris de protaplasme coagulé par
la dessiccation. Le poil est terminé par une pointe mousse assez
allongée ; la forme générale du flagellum est cylindrique. En
tombant, les poils laissent une cicatrice presque circulaire,
recouverte d’une épaisse couche de suber. Parfois le flagellum
seul tombe ; il reste alors le manche surmontant le pied en
formant comme une petite cupule. Les poils observés sur la foliole
sont d’une seule sorte; il eut été intéressant de rechercher
sur les stipules la présence des émergences glanduleuses localisées
dont parle M. Vuillemin ; malheureusement nous n’en avons
pas à notre disposition.
Ajoutons que les poils du Robinia Nicou sont semblables
à ceux du Robinia pseudo-acacia L.
(1) Vesque : Feuille des jeunes naturalistes, n° 231, janv. i890, p. 31.
(2) Vuillemin, loc. oit., p. 50 et 61.

En coupe transversale, on remarque que les cellules de
l’épiderme supérieur sont sensiblement rectangulaires ; leurs
parois externes sont fortement cutinisées et lisses ; la paroi
interne (PL II, flg- 2 d) est subérifiée ainsi que les membranes
latérales. L’épaisseur de la paroi externe ne doit pas nous
étonner, car elle doit s’opposer à la transpiration, étant donné
l’habitat de la plante. C’est un de ces caractères que M. Vesque
appelle caractères épharmoniques (1).
Beaucoup de cellules de l’épiderme renferment du tannin
à l’état insoluble. Ce tannin est d’une couleur brunâtre, foncée,
insoluble dans presque tous les réactifs : eau, alcool, éther,
sulfure de carbone, chloroforme, acide nitrique, etc. ; il est
soluble dans la potasse et l’hypochlorite de soude, à chaud.
Ce tannin, analogue à la substance qui obstrue le lumen de
bon nombre de vaisseaux, ainsi que nous le verrons dans
l’étude de la tige, nous semble être un composé semblable
à celui dont parle M. Thouvenin (2) et qu’il a observé dans
divers Myristica et dans le Coronilla emerus L. Du reste, la
présence de ces cellules à tannin est, d’après M. Van Tieghem (3),
un caractère de quelques Légumineuses et parmi elles, les
Robinia.
Parenchym e. — Au-dessous de l’épiderme supérieur se
trouvent deux rangées de cellules palissadiques assez allongées
et occupant la moitié de l’épaisseur de la feuille ; puis un
parenchyme très lacuneux et enfin une ou deux rangées de
cellules appliquées contre l’épiderme inférieur et contenant du
tannin.
Épiderm e inférieur. — Celui-ci a les parois internes de
(1) Vesque : Loc. cit. N" 235, p. 132.
(2) Thouvenin : Note sur la combinaison du tannin avec le protoplasme.
(3) Van Tieghem : Traité de botanique. Edit. 1891, p. 623.

�ses membranes fortement subérifiées ; la paroi externe est recou­
verte d’une épaisse couche de cutine et bombée en dehors.
L’ensemble de ces parois forme une ligne très onduleuse en coupe
transversale. L’épiderme inférieur, ainsi que nous l’avons déjà dit
plus haut, porte de très nombreux poils ; ceux-ci sont semblables
à ceux décrits sur l’épiderme supérieur. Par contre, nous avons
ici de nombreux stomates sur lesquels nous nous arrêterons un
instant.
Les stomates sont au nombre de cinquante à soixante environ par
millimètre carré. Tous ceux que nous avous observés sont du type
rubiacé, c’est-à-dire qu’ils sont munis de deux cellules annexes.
M. Yesque (1) veut tirer des stomates une valeur taxinomique
de premier ordre. M. Vuillemin (2) n’attache au contraire que
peu d’importance aux caractères du stomate, en faisant remarquer
que « sur un grand nombre d’épidermes adultes, on est frappé de
l’inconstance numérique des cellules avoisinant le stomate ».
Nous avous constaté, en effet, sur la feuille du Robinia pseudoAcacia L. la présence simultanée de plusieurs types de stomates.
N ervures. — Le limbe est parcouru par de nombreuses
nervures composées seulement de quelques éléments libériens et
ligneux entourés de chaque côté d’un faisceau de cellules sclérifîées très longues ayant une section transversale ovale ou circulaire
et suivant la nervure dans toutes ses ramifications. A ces cellules
rameuses viennent s’ajouter, surtout vers l’extérieur et chez
les plus grosses nervures, des fibres à parois cellulosiques,
entourées de cellules de bordure spéciales; nous en ferons
une étude plus complète lorsque nous traiterons de la structure
de la tige. Il suffit, pour s’en rendre compte, d’arracher un
lambeau d’épiderme en ayant soin d’enlever en même temps
une ou deux assises sous-jacentes. En traitant la préparation
(t) Vesque, loc. cit., avril 1890, N° 234, p. 22.
(2) Vuillemin, loc. cit.

par l’indol et l’acide sulfurique aux deux tiers, on voit alors
très nettement les sinuosités décrites par le faisceau.
Le parenchyme compris entre deux de ces nervures contient
de nombreuses cellules scléreuses, à membranes fortement
épaissies. Cet ensemble de cellules sclérifiées concourt évidem­
ment à la solidité de la foliole.
Deux nervures marginales courent de la base au sommet
de la foliole. Ces nervures, composées seulement de quelques
vaisseaux ligneux spiralés et scalariformes et de quelques
tubes criblés, sont entourées par trois ou quatre rangs de
fibres.
Sur l’extrême bord de la foliole, les cellules épidermiques
ont leurs parois très épaisses.
L’épiderme qui recouvre la nervure centrale présente les mêmes
caractères que celui du limbe, à part la présence des poils qui
sont localisés à la face supérieure de la nervure.
Au-dessous de l’épiderme se trouve un parenchyme à mem­
branes de nature cellulosique, à méats très réduits. Par ci, par
là, quelques cristaux d’oxalate de chaux, mâclés. Au milieu de
ce parenchyme, se trouvent des poches sécrétrices allongées, à
peu près arrondies en coupe transversale, à bords irréguliers, et
remplies d’une matière brunâtre. Sur leurs bords, on voit très
nettement des débris de membranes, montrant que ces poches
sont formées par destruction de cellules.
La substance qu’elles contiennent est insoluble dans l’eau,
l’alcool, l’éther, etc., elle brunit par la potasse et s’y dissout à
chaud; avec l’acide sulfurique, elle prend une coloration rouge
intense et se dissout peu à peu. On trouve ensuite une zone de
trois ou quatre rangées de ces fibres spéciales dont nous avons
déjà parlé; puis une zone circulaire de liber dans laquelle nous
remarquons de nombreuses cellules à tannin allongées dans le
sens vertical.
Le bois se compose de vaisseaux scalariformes, de vaisseaux

�— 19 —
ses membranes fortement subérifîées; la paroi externe est recou­
verte d’une épaisse couche de cutine et bombée en dehors.
L’ensemble de ces parois forme une ligne très onduleuse en coupe
transversale. L’épiderme inférieur, ainsi que nous l’avons déjà dit
plus haut, porte de très nombreux poils; ceux-ci sont semblables
à ceux décrits sur l’épiderme supérieur. Par contre, nous avons
ici de nombreux stomates sur lesquels nous nous arrêterons un
instant.
Les stomates sont au nombre de cinquante à soixante environ par
millimètre carré. Tous ceux que nous avons observés sont du type
rubiacé, c’est-à-dire qu’ils sont munis de deux cellules annexes.
M. Vesque (1) veut tirer des stomates une valeur taxinomique
de premier ordre. M. Vuillemin (2) n’attache au contraire que
peu d’importance aux caractères du stomate, en faisant remarquer
que « sur un grand nombre d’épidermes adultes, on est frappé de
l’inconstance numérique des cellules avoisinant le stomate ».
Nous avons constaté, en effet, sur la feuille du Robinia pseudoAcacia L. la présence simultanée de plusieurs types de stomates.
N ervures. — Le limbe est parcouru par de nombreuses
nervures composées seulement de quelques éléments libériens et
ligneux entourés de chaque côté d’un faisceau de cellules sclérifiées très longues ayant une section transversale ovale ou circulaire
et suivant la nervure dans toutes ses ramifications. A ces cellules
rameuses viennent s'ajouter, surtout vers l’extérieur et chez
les plus grosses nervures, des fibres à parois cellulosiques,
entourées de cellules de bordure spéciales; nous en ferons
une étude plus complète lorsque nous traiterons de la structure
de la tige. Il suffit, pour s’en rendre compte, d’arracher un
lambeau d’épiderme en ayant soin d’enlever en même temps
une ou deux assises sous-jacentes. En traitant la préparation
(1) Vesque, loc. cit., avril 1890, N° 234, p. 22.
(2) Vuillemin, loc. cit.

par l’indol et l’acide sulfurique aux deux tiers, on voit alors
très nettement les sinuosités décrites par le faisceau.
Le parenchyme compris entre deux de ces nervures contient
de nombreuses cellules scléreuses, à membranes fortement
épaissies. Cet ensemble de cellules sclérifiées concourt évidem­
ment à la solidité de la foliole.
Deux nervures marginales courent de la base au sommet
de la foliole. Ces nervures, composées seulement de quelques
vaisseaux ligneux spiralés et scalariformes et de quelques
tubes criblés, sont entourées par trois ou quatre rangs de
fibres.
Sur l’extrême bord de la foliole, les cellules épidermiques
ont leurs parois très épaisses.
L’épiderme qui recouvre la nervure centrale présente les mêmes
caractères que celui du limbe, à part la présence des poils qui
sont localisés à la face supérieure de la nervure.
Au-dessous de l’épiderme se trouve un parenchyme à mem­
branes de nature cellulosique, à méats très réduits. Par ci, par
là, quelques cristaux d’oxalate de chaux, màclés. Au milieu de
ce parenchyme, se trouvent des poches sécrétrices allongées, à
peu près arrondies en coupe transversale, à bords irréguliers, et
remplies d’une matière brunâtre. Sur leurs bords, on voit très
nettement des débris de membranes, montrant que ces poches
sont formées par destruction de cellules.
La substance qu’elles contiennent est insoluble dans l’eau,
l’alcool, l’éther, etc., elle brunit par la potasse et s’y dissout à
chaud; avec l’acide sulfurique, elle prend une coloration rouge
intense et se dissout peu à peu. On trouve ensuite une zone de
trois ou quatre rangées de ces fibres spéciales dont nous avons
déjà parlé; puis une zone circulaire de liber dans laquelle nous
remarquons de nombreuses cellules à tannin allongées dans le
sens vertical.
Le bois se compose de vaisseaux scalariformes, de vaisseaux

�spirales et de parenchyme ligneux. Le lumen des gros vaisseaux
est souvent obstrué par un dépôt de substance brunâtre inso­
luble dans tous les réactifs à part la potasse, et dont nous
reparlerons dans l’étude de la tige. Enfin la moelle, avec des
cellules à membranes très fines et, par ci par là, des poches
sécrétrices et de nombreuses cellules à tannin.
Pétiole. — Dans le pétiole, la symétrie par rapport à un
plan est fort évidente. La structure est semblable à celle de
la nervure médiane ; on trouve également des poils et des sto­
mates sur son épiderme ; mais, à droite et à gauche du plan
de symétrie, et au dessous de la face supérieure, on trouve
deux faisceaux libéro-ligneux de structure semblable à celle
du faisceau central (PL II, fig. I a).
Ces deux faisceaux sont de ceux que M. Casimir de Candolle (1)
appelle faisceaux accessoires. Pour lui, la présence de ces faisceaux
constitue un caractère commun aux espèces d’un même genre.
M. Vuillemin remarque que ces faisceaux sont fréquents
dans les tribus des Papilionacées, où l’on observe des feuilles
ailées, etc., et chez les Galégées. Pour M. Vesque (2), au contraire,
la structure du pétiole est d’un intérêt taxinomique très secon­
daire. Quoiqu’il en soit, ces faisceaux accessoires existent
dans le pétiole du Robinia pseudo-Acacia L., où nous avons
trouvé une structure presque identique à celle du Robinia N'icou.
La moelle est assez abondante et complètement lignifiée ;
les membranes de ses cellules sont épaissies et finement ponc­
tuées. A signaler ici la présence de nombreuses cellules à
tannin. Le tannin s’y trouve tantôt dans des cellules ne diffé­
rant pas par leur forme des cellules avoisinantes, tantôt dans
des cellules très-allongées, pouvant atteindre plusieurs milli­
mètres. Souvent plusieurs de ces cellules se superposent pour
(1) C. de Candolle, cité par M. Vuillemin, loc. cit., p. 199.
(2) Vesque:loc. cit., N° 235.

former une file très-longue. Leurs membranes transversales ne
sont pas résorbées.
De pareilles cellules se rencontrent aussi, mêlées à de plus
petites, dans le liber.
Dans l’écorce, outre les poches sécrétrices disséminées çà et là,
on trouve une énorme quantité de tannin, surtout dans la région
sous-épidermique.
B. — T ige .

1. Description.
La tige du Robinia IVicou peut atteindre six à huit centimètres
à sa base et une longueur de trente à quarante mètres. Elle pré­
sente nettement des sillons assez profonds, spiralés dans le sens
des aiguilles d’une montre. Elle s’élève le long des arbres sur
lesquels elle doit étendre ses rameaux, à dix à quinze centimètres
environ de leur tronc et en décrivant autour de celui-ci une spirale
très allongée, de même sens que la spirale formée par les sillons;
elle est nue sur une longueur de trente à quarante mètres environ,
puis tout d’un coup se ramifie abondamment, en envoyant dans
toutes les directions de nombreux rameaux qui s’enchevêtrent
étroitement avec les rameaux de l’arbre sur lequel ils se répandent.
Cet enchevêtrement est facilité par la transformation de quelque8
feuilles en vrilles qui servent d’attaches à la liane et lui permettent
de s’élever plus haut encore.
Cet allongement énorme de la tige n’a rien qui doive étonner,
car la liane, naissant sous un épais fourré, cherche à avoir aussi
sa part d’air et de lumière.
L’écorce de la tige est rugueuse, de couleur brun-jaunâtre. La
section transversale est irrégulière, limitée à l’extérieur par
une zone de suber; puis on trouve un liber légèrement brunâtre,

�—

22

—

mesurant environ cinq millimètres dans sa plus grande épaisseur,
et parcouru radicalement par des veines plus blanches qui sont
des rayons médullaires. Au-dessus de ce liber se trouve uue
couche de bois ayant uue structure radiale très nette et présentant
de nombreux pores. Cette couche est très irrégulière de forme
et mesure un centimètre au moins dans sa plus grande largeur,
tandis qu’ailleurs elle se réduit à un demi-millimètre.
Plus loin, en allant toujours vers le centre, on rencontre
une couche libérienne sur laquelle nous reviendrons; puis enfin
le bois dont les vaisseaux ont un lumen de plus en plus petit
au fur et à mesure qu’on approche de la moelle. Celle-ci est
réduite à un point brunâtre. Les vaisseaux du bois sont souvent
oblitérés par une substance brune.

— 23 —
Contre la zone de cellules pierreuses viennent se terminer les
pointes libériennes dans lesquelles nous remarquons une alter­
nance de parenchyme libérien, de couches de cellules aplaties et
d’ilots fibres libériennes. Ces ilôts, disposés en couches concen­
triques au nombre de vingt environ, sont allongés dans le sens
tangeutiel, et composés de dix ou quinze fibres sur quatre rangs et
plus. Elles ont une section transversale ovale et un lumen assez
large. Elles sout fortement allongées dans le sens vertical et termi­

2. Histologie.
Si nous faisons une coupe transversale dans uue portion
de la tige, de façon à intéresser les différents éléments qui la
composent, nous apercevrons, en marchant de la périphérie vers
le centre, une couche de vingt ou vingt-cinq assises de suber
formé de cellules aplaties contenant un produit brun (tannin
insoluble); quelques-unes de ces cellules ont leurs membranes
épaissies et lignifiées à la façon des cellules pierreuses, tout en
conservant la forme des cellules subéreuses. Au-dessous se trouve
un parenchyme à membranes cellulosiques contenant des cellules
pierreuses (pi. II, fig. 5), réunies par quatre ou cinq, et une
zone non interrompue de ces mêmes cellules pierreuses, cellesci disposées sur trois ou quatre rangs.
On remarque dans ce parenchyme de nombreux cristaux
d’oxalate de chaux, surtout au voisinage du suber. Il n’y a
souvent qu’un seul gros cristal par cellules, celui-ci étant du
système du prisme oblique à base rhombe (2 équiv. H-O).

nées par une courte pointe (0 mm. 8 à 1 mm. long sur 0 mm. 05 de
diamètre). Leur membrane est cellulosique car elle bleuit fortement
par l’iode et l’acide sulfurique. La paroi externe est très légèrement
lignifiée.
Quelques-unes de ces fibres sont nues (pl. II, fig. 7), mais le
plus grand nombre de celles-ci sont entourées de cellules de
bordure. Ces cellules sont à peu près cubiques, de la taille des
cellules du parenchyme environnant; leurs membranes sont très

�- 24 —
fortement épaissies et lignifiées (surtout dans la portion opposée à
la libre) avec de fins caualicules. Chacune de ces cellules contient,
dans sa cavité, un gros cristal d’oxalate de chaux du même type
que ceux rencontrés dans le parenchyme cortical. Cet ensemble fait
qu’au premier abord, en coupe transversale (PI. Il, fig. 9), ou croit
avoir affaire à des fibres dont les parties externes des membranes
seules seraient lignifiées. En faisant des coupes longitudinales
tangentielles dans des rameaux jeuues de Robinia hispida, var.
roséa (D. C.) et de Robinia viscosa D. C., nous avons trouvé de ces
mêmes fibres avec des cellules de bordure eu voie de formationCelles-ci proviennent d ’une file de cellules du parenchyme envi­
ronnant, file contiguë à la fibre d’abord nue. Chez Robinia viscota,
nous avons vu la membrane primitive à peu près intacte, et en
traitant par l'acide sulfurique aux 2/3 et l’indol, nous avons
facilement remarqué une zone rouge entourant le cristal central,
zone de plus en plus foncée à mesure qu’on s’approche de la
membrane primitive.
Les tubes criblés ont à peu près tous la même longueur (0 mill. 4
environ). La zone cambiale se compose de quatre ou cinq assises de
cellules. Les rayons médullaires étroits sont constitués par trois
ou quatre rangées de cellules allongées dans le sens radial :
quelques-unes de ces cellules sont lignifiées, surtout celles qui sont
au voisinage des vaisseaux. Leurs membranes portent de très
nombreuses ponctuations ovales.
Dans le bois, on remarque d’énormes vaisseaux, à membranes
très fortement épaissies, ayant 0 mill. 8 de diamètre interne
environ, et entourés de cinq ou six rangées de cellules de paren­
chyme ligneux et de fibres analogues à celles décrites dans le liber.
Les plus gros vaisseaux présentent quelquefois des thyles, ce
qui, du reste, est un caractère presque constant chez les Robinia (f ).
Les membranes de ces vaisseaux portent une multitude de
(1) V. Tieghem : Traité de botanique, p. 642,

ponctuations ovales très nettement délimitées, laissant voir au
centre une très fine membrane cellulosique.
Le lumen des vaisseaux est tellement grand que nous avons
pu lire des caractères d ’imprimerie en regardant par les trous
qu’ils forment dans une rondelle de 1 centimètre 1/2 d’épaisseur.
Un grand nombre d’entre eux présentent encore dans leur
cavité un dépôt de substance brun clair, insoluble dans tous les
réactifs, excepté dans la potasse et dans l’hypochlorite de soude
bouillants et dont nous avons déjà parlé plus haut. Cette substance
se colore très fortement par les réactifs ordinaires des matières
pectiques; elle se colore également en brun par le perchlorure de
fer (PI. II, fig. 10 b). L’acide sulfurique la brunit à la longue sans
la dissoudre.
Entre les vaisseaux se trouve un parenchyme resté cellulosique,
de même forme que le parenchyme ligneux décrit plus haut, et
parsemés d’ilots de fibres en tout semblables aux ilôts situés dans
le liber, et disposés ici aussi en séries concentriques.
Plus loin, on retrouve un liber dont les éléments sontsem
blables à ceux du premier liber décrit; il y a environ une trentaiue
de rangées concentriques d’ilots de fibres; de plus la zone de
cellules pierreuses est interrompue par places. Enfin, une seconde
zone cambiale de trois ou quatre rangées de cellules, puis du
bois dont les éléments sont identiques à ceux de la première
zone ligneuse, et enfin une moelle très réduite, h éléments
sclérifiés.
Cette structure spéciale de la tige du Robinia Nicou est
due probablement à un méristème à jeu double qui se forme
soit au milieu, soit à la limite externe du liber, soit même
dans l’écorce.
11 faudrait suivre le développement complet de la tige pour
savoir si le liber primaire est en A ou en B (Fig. B).
Le méristème pourrait à la vérité se former dans le bois,
comme cela se passe chez certaines lianes de la famille des

�Malpighiacées et des Bignouiacées. Mais si l’on considère la
Fig. B représentant schématiquement une section transversale
de la tige, on remarque que le liber le plus interne forme une
zone à peu près régulière ; avec cette dernière hypothèse il
faudrait admettre que le méristème n’a fonctionné que d’un

seul côté en a et b pour former les sillons, et qu’en ces points
le méristème se trouvait à la limite externe du bois. De plus,
dans la zone de bois comprise entre les deux libers on devrait
trouver du bois à développement centripète et du bois à déve­
loppement centrifuge, ce qui n’existe pas.

Il est, croyons-nous, plus rationnel de supposer que le
méristème s’est formé dans le liber secondaire, ainsi que cela
se passe chez la Glycine (1); pendant l’enroulement de la
tige autour de son support, le point d’activité minimum ou nulle
du méristème se déplacerait dans le même sens que l’euroulemeut. Nous ne possédons malheureusement que des morceaux de
tige; quoi qu’il en soit, sur un rameau de trente-trois millimètres
de diamètre, on ne constate aucune formation tertiaire.
il existe une quantité énorme d’amidon dans l’écorce et le liber;
quant au parenchyme ligneux, il en est littéralement gorgé.
Les plus gros de ces grains d’amidon sont ovoïdes et atteignent
90 g. Les plus petits ont une face plane et sont réunis en assez
grand nombre pour former un gros grain composé ; quelques-uns
ont un petit hile au centre. Vus à la lumière polarisée, ils présen­
tent une croix bleue dont les branches se croisent au centre.
Tige jeune. — Dans un rameau de deux ou trois ans, la
structure du bois est à peu près la môme que dans la tige âgée.
Le liber est très réduit; par ci par là, des ilôts de fibres avec
cellules de bordure.
La moelle est très développée ; les membranes des cellules qui
la composent sont épaissies, lignifiées, finement perforées. On y
trouve des poches sécrétrices semblables à celles décrites plus haut,
et de très nombreuses cellules à tannin.
Dans une tige très jeune, on remarque sur l’épiderme des poils en
tout semblables à ceux de l’épiderme de la feuille. De nombreuses
cellules à tannin, des glandes sécrétrices se rencontrent dans le
parenchyme cortical ; quatre ou cinq rangées de fibres au bord
externe du liber.
Les gros vaisseaux sont encore peu nombreux, mais sont
entourés par un parenchyme entièrement lignifié; les rayons
médullaires eux-mêmes sont lignifiés. La moelle est énorme.
(1) V. Tiegliem : Loc. cit., p. 829.

�-

28 -

II. — PARTIE CHIMIQUE.
Les grosses tiges, à larges vaisseaux et riches en amidon,
renferment en grande quantité une substance, qui parait être le
principe actif du Robinia Nicou, associée à des matières rési­
neuses, des corps gras et de la cire.
Une analyse préliminaire nous a montré qu’elle y existe
dans la proportion de 2 à 2.5 % environ. On p’en trouve
que de faibles quantités dans les jeunes tiges et dans les
jeunes rameaux, et des traces seulement dans les feuilles. Les
racines doivent en renfermer beaucoup, car on les préfère
habituellement pour la pèche; malheureusement nous n’avons
pas pu vérifier le fait, faute de matériaux. Nos recherches, au
poiut de vue chimique, s’accordent donc en tout point avec nos
observations histologiques. En ellet. dans l’étude de la feuille,
par exemple, nous avons fait remarquer la présence, dans le
parenchyme, de poches sécrétrices allongées et remplies d’une
matière brune, insoluble dans l’alcool et l’éther, brunissant
par la potasse et se colorant en rouge intense par l’acide
sulfurique.
C’est précisément cette coloration rouge, au contact de
l’acide sulfurique, qui est la caractéristique d’une matière rési­
neuse, associée au principe actif dans presque tous les organes
de la plante.
A . — Mode d'extraction du principe actif.
Les grosses tiges du IL Nicou ont d’abord été réduites en
menus fragments au moyen du coupe-racines, et ces fragments
grossièrement pulvérisés, après avoir été séchés à l’étuve. Le

— 29 —
garçon de laboratoire chargé de cette pulvérisation s’est trouvé
très incommodé à la suite de l’absorption des poussières répan­
dues dans l’air. Nous aurons plus tard l’occasion de revenir sur
ce fait dans la partie physiologique.
Le procédé qui nous a semblé donner les meilleurs résul­
tats, pour obtenir le rendement sus-mentionné, consiste à
épuiser la matière par différents dissolvants à chaud; à éva­
porer les liquides à siccité et à purifier les résidus fournis par
les opérations successives. Dans une première série d’expé­
riences, nous avons employé successivement de l’éther de pétrole,
de la benzine, du chloroforme, de l’alcool à 95° et à 90°.
Mais, après examen attentif des résidus fournis par nos
diverses solutions, il a été reconnu qu’il était préférable de
n’opérer qu’avec l’éther de pétrole et l’alcool à 90°. Nous
n ’avons donc à parler ici que de ces deux opérations.
1. Traitement à l'éther de pétrole. — La poudre soigneuse­
ment tassée dans l’allonge d’un appareil Payen à déplacement
continu, légèrement modifié, a d’abord été traitée par de l’éther
de pétrole, qui lui a enlevé le principe actif et quelques
matières grasses.
11 est nécessaire de faire passer de grandes quantités d’éther
de pétrole sur la poudre et, par suite,d’agir pendant très longtemps,
puisque le produit que l’on veut obtenir est très peu soluble
dans ce véhicule.
En opérant ainsi, on aperçoit au bout de quelques heures, au
fond du ballon de l’appareil, un dépôt blanc sale qui n’est autre
chose que la substance dont nous indiquerons plus loin le mode
de purification et à laquelle nous donnons le nom de Nicouline.
2. Traitement à l'alcool. — La poudre, épuisée par le pétrole,
est desséchée, puis, traitée dans l’appareil extracteur par de
l’alcool à 90% fournit un liquide rouge brun que l’on met à part.
L’alcool est distillé. Lorsque la masse est arrivée à cousis-

�- 30 —
tance sirupeuse elle est évaporée dans une capsule au bainmarie et laisse un résidu brun foncé d’aspect résineux.
3. Traitement à l'eau acidulée. — Nous avons déjà constaté
que la plante renferme une grande quantité d’amidon. Une
partie de la poudre, provenant de l’opération précédente, a été
employée au dosage de la matière amylacée.
A cet effet, nous avons chauffé cette poudre, au bain-marie,
pendant trois heures, avec de l’acide chlorhydrique au 1/100;
nous avons fait conjointement une expérience similaire avec de
l’acide sulfurique au 1/100 et nous avons obtenu dans les deux
cas un liquide limpide renfermant une grande quantité de glucose.
Les cellules étaient restées intactes et non attaquées ; examinées
au microscope elles ne présentaient plus trace de granulations
amylacées. Lavées à l’eau et traitées par une goutte d’iodure de
potassium, elles n’ont pas donné trace de coloration bleue, ce
qui prouve que le traitement à l'eau acidulée (acide sulfurique
ou acide chlorhydrique) avait transformé complètement l’amidon.
Le produit non soluble provenant de l’extraction alcoolique
n’avait absolument aucune saveur. Repris par l’eau pure, au
bain-marie et filtré, il n’était pas possible de constater dans le
liquide la moindre amertume. Par conséquent il est démontré
que tous les principes actifs avaient été enlevés par les deux
véhicules (éther de pétrole et alcool).
D’après cela il nous a semblé qu’il devenait inutile d’employer
d’autres dissolvants (éther, chloroforme, alcool amylique, etc.)
pour chercher la présence de substances solubles autres que
celles qui avaient été extraites précédemment.
D’ailleurs, en opérant sur un résidu provenant de la seconde
opération (extraction à l’alcool) au moyen du chloroforme, et
évaporant le liquide chloroformique, nous n’avons plus trouvé
qu’une trace de matière analogue à celle que le pétrole avait enlevée
en premier lieu.

-

31 —

Une autre operation avec le benzol nous a donné le même
résultat.
B. Dosage des divers principes constitutifs.
Nous opérons l’épuisement comme ci-dessus en employant
d’abord le pétrole puis l’alcool à 00°.
Le produit, épuisé ainsi, est desséché et traité par de l’eau
additionnée d’acide chlorhydrique au 1/100. La solution acide,
convenablement traitée par la solution cupro-potassique, fournit
de la glucose et, par le calcul, la quantité amylacée contenue dans
la poudre.
Une autre partie de la poudre, épuisée préalablement par l’éther
de pétrole et l’alcool, est desséchée et soumise à l’incinération. Nous
obtenons des cendres grises. Nous verrons plus tard la nature des
sels contenus dans ce résidu.
En faisant maintenant la somme des poids des deux extraits
pétroléique et alcoolique, plus celui de la matière amylacée,
ainsi que celui des sels fixes, nous obtenons un total qui,
retranché de 100, représente les substances insolubles, ligneux,
cellulose, etc.
Le tableau suivant résume nos opérations :
C. Analyse immédiate.
Produits et extraits par l’éther de pétrole :
Mat. crist. blanc jaunâtre (Nicouline impure). . . .
Corps gras et cire, fusibles au bain-marie.....................

2.39
1.08

Produits extraits par l’alcool à 90° :
Matière résineuse b r u n e .................................................

8.73

Traitement par l’acide chlorhydrique :
Glucose, donnant par le calcul, les matières amylacées
Sels fixes : Incinération......................
. . . .
Par différence, ligneux, cellulose, etc...........................

7.43
2.80
77.33
100.00

�- 33 —

I. — É t u d e

de

la

N ic o u l in e .

1. Mode de purification.
Le produit blanc jaunâtre obtenu à la suite du traitement
de la poudre du Robinia Nicou par l’éther de pétrole a été
purifié par plusieurs cristallisations successives dans l’alcool.
Sa purification complète est rendue très difficile par la présence
d'une substance jaune paille, soluble dans les mêmes véhicules,
qui vient se mêler aux cristaux. Ou parvient néanmoins à s’en
débarrasser eu tenant compte de ce fait que celte matière colo­
rante ne commence à se déposer qu’au bout d’un certain temps;
les premiers cristaux en sont à peu près exempts. Il sulïit donc
de multiplier les cristallisations et de ne recueillir que les
produits de chacune d’elles au début.
On obtient ainsi des cristaux d’un blanc de neige, inodores,
sans saveur, très solubles dans le chloroforme et le benzol,
assez solubles dans l’alcool, l’éther, l’acétone, l’alcool amylique
et l’alcool butylique, très peu solubles dans l’eau bouillante,
à peu près insolubles dans l’eau froide. Les cristaux se présentent
tantôt sous la forme de fines aiguilles ou plus communément
sous forme de tables rhomboïdales obliques ; ils présentent
au microscope polarisant les couleurs les plus brillantes.
Leur point de fusiou est de 162°.
2. Détermination de la solubilité.
Pour obtenir une solution saturée dans les différents véhicules,
à une température donnée, nous avons employé le procédé qui
consiste à opérer la dissolution (les cristaux étant en excès) à
une température plus élevée. Nous laissons ensuite refroidir
lentement la liqueur jusqu’à ce qu’elle atteigne la température

voulue, que nous maintenons stationnaire pendant quelques
heures. Une portion du corps se dépose pendant le refroidisse­
ment et il ne reste eu dissolution que ce qui est susceptible
d’être dissous à cette température.
La liqueur s’élant constamment trouvée en contact avec des
cristaux tout formés, il n’y a pas à craindre le phénomène de
sursaturation.
Une portion de la liqueur est décantée avec soin. Cet échan­
tillon prélevé, on détermine la proportion de substance qu’il
tient en dissolution.
Pour cela, nous prenons un vase de Bohême, nous le pesons
d’abord vide, puis, avec l’échantillon dissous, nous évaporons
le dissolvant au bain-marie et nous faisons une troisième pesée.
Soit p le poids du vase vide ;
p' le poids du vase contenant la solution ;
p” le poids du vase après l’évaporation du liquide.

p — p’ donnera le poids de la dissolution ;
p” — p celui du corps dissous; et la différence entre le
poids de la solution et celui du corps dissous représentera le
poids du véhicule employé.
Connaissant la proportion de matière dissoute, à une tem­
pérature donnée, dans un poids connu de dissolvant, il nous
reste à déterminer son coefficient de solubilité à cette température,
c’est-à-dire la quantité de matière qui pourrait se dissoudre à
la même température dans 100 gr. de ce dissolvant.
Soit

Pie poids de la solution ;
p le poids de sa substance dissoute;

Puisque P — p contient p de substance
1 gramme contiendra P — p fois moins
Soit

P
P— p

�!

— 34 —

et 100 grammes 100 lois plus
Soit

p X 100
P-P

Le coefficient de solubilité à la température t° sera doue
représenté par la formule
p X 100
P—p

En opérant d’après ces données nous avons trouvé les
nombres suivants :
100 gr. d’alcool à 90° dissolvant.......
100 gr. de sulfure de carbone.......
100 gr. de chloroforme......................
100 gr. d’éther sulfurique................
100 gr. d’acétone......................... .
100 gr. de benzol...............................
100 gr. d’alcool amylique..................
100 gr. d’éther de pétrole bouillant..
100 gr. d’eau bouillante....................
100 gr. d’eau froide...........................

0 gr.
gr. 287 de iNicouline
1 gr- 122
102 gr.
gr- 850
12 gr.
gr- 402

12 gr.
gr- 120
34 gr.
gr- 067
2
0
0
0

grgrgrgr.

132
125
011
005

3. Action des réactifs.
a.
Action de l’acide sulfurique. — Lorsqu’on laisse tomber une
goutte d’acide sulfurique concentré sur une parcelle de Nicouline,
on obtient une coloration jaune-orange qui disparait au bout
de quelques heures. Si la quantité d’acide est plus considérable,
un ou deux centimètres cubes, par exemple, la teinte se modifie,
devient ponceau et subsiste beaucoup plus longtemps que la
couleur orange primitive.
Le lendemain, on constate la production d’un dépôt gélatiniforme au milieu du liquide acide. L’addition d'eau provoque
la formation d’un précipité amorphe, blanc de neige A. En

s

�— 37 filtrant et en évaporant la liqueur on obtient, après concentration
au bain-marie, un nouveau dépôt gélatiniforme, provenant de la
substance dissoute primitivement dans l'acide sulfurique. Filtrant
de nouveau pour séparer le dépôt et saturant la liqueur par du
carbonate de baryte on obtient, après séparation du sulfate, une
nouvelle solution qu’on filtre à son tour. Celle-ci laisse un résidu
de même nature que le précipité blanc primitif.
Ce précipité A paraît identique à la Nicouline en ce qui concerne
un certain nombre de ses propriétés : même coloration en
présence de l’acide sulfurique, de l'acide azotique, des mélanges
de l’acide sulfurique avec les principaux oxydants; il en diffère
seulement par sa manière d’être à l’égard du chloroforme. En
effet, la Nicouline, soluble en toutes proportions dans le chloro­
forme, se dépose, après évaporation du véhicule, sous forme de
masse amorphe, tandis que la solution du précipité A, aban­
donnée à elle-même, fournit un résidu de belles aiguilles cristal­
lines. Cette particularité tient très probablement à un phénomène
d’hydratation consécutif à l’action de l’acide.
A part ce caractère différentiel, on peut dire que la Nicouline
est dissoute par l’acide sulfurique concentré et reprécipitée de
nouveau de cette solution par de l’eau.
Lorsque l’acide sulfurique est étendu de 1/5 ou de 1/4 de
son volume d’eau, il ne colore la Nicouline que très faiblement.
Si la dilution est plus grande, c’est-à-dire dans la proportion
de 3 p. ou 2 p. d'acide pour 1 p. d’eau, on ne remarque
plus trace de coloration. Ces réactions s’accordent d’ailleurs
avec celles que nous venons de citer, à propos de l’atténuation
de la teinte orange au bout d’un certain temps, et de sa dispa­
rition complète, aussitôt que l’acide sulfurique a absorbé une
quantité d’eau équivalant au moins au 1/3 de son volume.
L’acide concentré attaque la Nicouline à chaud à la tempé­
rature du bain-marie, avec dégagement d’acide sulfureux et
destruction de la substance.

L’acide dilué à chaud n’a pas d’action sur elle. On peut
faire bouillir, pendant plusieurs heures, la Nicouline, avec de
l’acide sulfurique dilué au
ou même au ~^ô sans que
matière soit décomposée. En dissolvant préalablement la Nicouliue dans le chloroforme et ajoutant ensuite de l’acide étendu,
ou arrive au même résultat; évaporant au bain-marie le chlo­
roforme, réduisant jusqu’à uu petit volume, reprenant ensuite
par l’eau et filtrant, on constate que le liquide filtré ne ren­
ferme pas de produit de transformation ou de dédoublement, et
notamment point de glucose. Ce résultat est contraire à celui
que nous avions annoucé dans une première note présentée à
l’Académie des Sciences, où nous croyions avoir affaire à un
glucoside. A cette époque, nous n’avions pas encore préparé la
Nicouline dans un degré de pureté suffisant, de sorte que nous
attribuions la réduction de la liqueur cupro-potassique à un
phénomène de dédoublement, alors qu’elle n’est due qu’à la
présence d’une impureté.
La Nicouline n’est donc pas un glucoside parce que l’acide
sulfurique étendu ne la dédouble pas, ni à la température du
bain-marie ni à l’ébullition.
b.
Action de l’acide azotique. — L’acide ordinaire, ainsi que
l’acide fumant, colorent immédiatement la Nicouline en rouge
sang. Cette réaction peut être mise à profit dans les recherches
analytiques, et notamment dans le cas où il s’agit de retrouver la
matière dans les organes d’animaux empoisonnés.
En prolongeant l’action de l’acide ordinaire ou fumant, à la
température du bain-marie ou à l’ébullition, sans toutefois
chauffer trop vigoureusement, on obtient, à un moment donné,
un produit nitré, peu soluble dans l’eau, et de l’acide oxalique.
Ce dernier paraît être le terme final de la réaction, car il
apparaît toujours quand l’ébullition a été prolongée, et, dans ce
cas, la quantité de produit nitré est considérablement moins
forte qu’au début de l’opération.

�c. Action de l’acide chlorhydrique. — Le tableau ci-dessus
indique l’absence de phénomène de coloration au contact à
froid de l’acide chlorhydrique et de la Nicouline. A chaud, il
en est de même.
Lorsqu’on opère au bain-marie ou à l’ébullition, l’acide étant
concentré ou étendu, même au bout de plusieurs heures, il ne se
produit rien de particulier, point de produit de transformation ni
de dédoublement.
La liqueur filtrée, neutralisée, traitée par le réactif de Bareswill, ne fournit pas de précipité rouge : elle ne renferme donc pas
de glucose. Nous en concluons, comme plus haut en parlant de
l’action de l’acide sulfurique, que la Nicouline n’est pas un
glucoside.
d. Action de Vacide sulfurique en présence des oxydants. — Nous
avons indiqué dans le tableau ci-dessus les colorations qui se
produisent au contact de la Nicouline et d’un mélange d’acide avec
les oxydants les plus usuels : ce sont généralement des teintes
brunes qui se produisent et qui subsistent, plus ou moins intenses,
quand on ajoute de l’eau au mélange.
e. Action de la potasse caustique. — Au contact de la potasse
caustique à froid, la Nicouline prend une teinte jaune paille. Quand
on la fait bouillir, les cristaux se colorent plus vivement, prennent
l’aspect d’une résine fondue jaune, tandis que le liquide affecte
également la coloration jaune paille. Lorsque l’ébullition est pro­
longée pendant une heure ou deux, la masse fondue devient violacée,
mais la solution alcaline ne change pas de couleur. Dans la pensée
que la potasse aurait pu la dédoubler en glucose et en un composé
résinolde, nous avons saturé la solution alcaline par de l’acide
chlorhydrique et traité ensuite par le réactif de Bareswill. Ici
encore, comme plus haut, à propos de l’action de l’acide sulfurique
étendu bouillant, nous n’avons pas obtenu la moindre réduction.
D’où nous concluons que la Nicouline ne fournit pas de glucose au

sein de liquidesalcalius; cette substance n’estdonc pas un glucoside.
Une solution alcaline alcoolique dissout la Nicouline et devient
rouge foncé. Par suite de la concentration il se produit de nouveau
un dépôt résinoïde soluble en toutes proportions dans le chlo­
roforme, un peu moins soluble dans l’éther, l’alcool et l’acétone
et très peu dans le pétrole.
Le liquide alcoolique, étendu d’eau jusqu’à production d’un
faible louche, traité par l’acide chlorhydrique, laisse déposer des
flocons ocracés bruns, ou violacés selon la durée du contact de la
potasse avec la Nicouline. Ces produits floconneux filtrés et dessé­
chés se colorent en présence de l’acide sulfurique concentré en brun
verdâtre qui passe au ponceau et plus tard au jaune clair. Ces
phénomènes de coloration sont à peu près identiques à ceux que
fournit l’acide sulfurique en présence de la Nicouline pure.
f.
Brome. — Le brome attaque vivement la Nicouline : le
mélange s’échaude et il se dégage des torrents d’acide bromhydrique. Quand on opère en solutions chloroformiques, la
réaction est sensiblement modérée. Nous ajoutons une solution
chloroformique de brome à une solution chloroformique de
Nicouline et nous abandonnons le mélange à l’évaporation
spontanée, puis nous chauffons modérément au bain-marie ; la
masse, primitivement rouge intense, prend une teinte verdâtre;
au bout d’un certain temps et après addition d’une quan­
tité suffisante de brome, on obtient un dépôt jaune. Nous
aurons à l'examiner plus tard au point de vue de sa compo­
sition. Les essais préliminaires faits jusqu’à présent nous
semblent indiquer qu’on a affaire à un produit de substitution.
Il se distingue aisément de la Nicouline pure par la coloration
bleue intense au contact d’une goutte d’acide sulfurique. Cette
réaction peut parfaitement servir dans les recherches toxico­
logiques, ainsi que nous le verrons plus loin dans un chapitre
spécial consacré à ce sujet.

�— 40 —
4. Composition.
La Nicouline n’est pas azotée.
Pour déterminer le carbone et l’hydrogène nous opérons
sur 0 * 25 de matière. Les calculs donnent :
C =
H=
O =

65.381
6.799
27 820
100.000

d’où la formule C3H40.
Quand nous aurons à notre disposition une certaine quantité
de produits bromé et nitré dont nous avons entrevu le mode
de formation, nous établirons la formule d’une façon définitive
et nous indiquerons en même temps la fonction du composé
nouveau. — Qu’il nous suffise de dire pour le moment que
la Nicouline n’est pas un glucoside, comme nous l’avions indi­
qué antérieurement. Elle ne constitue pas une résine acide,
comme on pourrait le supposer en se basant sur les réactions
avec la potasse. Son action sur le tournesol (en solution chloro­
formique) étant absolument nulle, on doit l’envisager comme un
corps neutre. Elle est susceptible de se dissoudre dans les solu­
tions alcalines alcooliques, mais on la sépare de nouveau, abso­
lument intacte, après addition d’un acide.
II. —

E tude des a u tr e s p r in c ip e s co n st itu tifs .

évaporant jusqu’à siccité on obtient un produit mou, fusible à
la température du bain-marie. Convenablement traité par des
dissolvants appropriés, on peut en retirer de la cire et un corps
gras.
La première, soluble en partie dans l’alcool bouillant, se
précipite de nouveau à froid, sous forme de flocons blancs.
Elle fond à 65°.
Le corps gras est aisément saponifiable par la potasse aqueuse
et mieux encore par la potasse alcoolique. La solution alcaline,
décomposée par l’acide chlorhydrique, ne fournit qu’une faible
quantité de produit dont le point de fusioD correspond à celui
de l’acide stéarique, tandis que le reste n’est autre chose que de
l’acide oléique.
Il s’ensuit donc que l’éther de pétrole à chaud dissout,
indépendamment de la Nicouline, de la cire, des traces de
stéarine et de l’oléine.
B. — Matière résineuse brune.
Le produit d’extraction par l’alcool à 90°, réduit à siccité, a
l’aspect d’une masse résinoïde d’un brun sale. 11 se dissout dans
le chloroforme, l’acétone, l’éther et la potasse alcoolique. Sa
solution alcaline étendue d’eau précipite par les acides. Ce
précipité soumis à la dessiccation et repris par l’alcool à froid
se redissout en grande partie et laisse à l’état insoluble une
masse cristalline qui renferme encore de la Nicouline impure.
La solution alcoolique est presque uniquement constituée par de
la résine.

A. — Corps gras et cire.

C. — Cendres.

Après épuisement des tiges par l’éther de pétrole bouillant
il se dépose dans le ballon de l’appareil une masse cristalline
jaunâtre qui constitue, comme nous l’avons dit, la Nicouline
impure. En concentrant le liquide pétroléique qui surnage et

Le résidu fixe, après incinération de la matière, ne présente
rien de particulier. Il contient un peu de fer, de la magnésie,
de la potasse, de la soude et surtout de la chaux, le tout com­
biné à un peu d’acide phosphorique et d’acide sulfurique.

�III. —

R

echerche

to x ic o l o g iq u e .

Les réactifs indiqués plus haut : acide sulfurique concentré,
acide azotique, acide sulfurique avec divers oxydants, nous
permettent de déceler la Nicouline d’une manière très nette.
L’analyse de la substance à l’état de pureté ne présente donc
pas de difficulté. Mais quand il s’agit de la retrouver dans
des viscères, mélangés par conséquent à des matières grasses
et des tissus de toute nature, il faut employer uue méthode
spéciale, afin de l’isoler aussi bien que possible.
Le procédé opératoire de Stass ainsi que celui de Dragendorfï,
ne peuvent servir dans le cas présent, puisque la digestion
des matières avec de l’alcool à 90° ne dissoudrait la Nicouline
que dans une proportion très faible, 0.28 % environ. Il faut
donc faire usage, dès l’origine, d’un liquide capable de préci­
piter les principes albuminoïdes n’agissant que très faiblement sur
les corps gras et dissolvant au contraire la substance en questiou.
Un mélange composé de 1 p. de chloroforme et de 20 p.
d’alcool nous a paru remplir le mieux ces conditions.
Pour retrouver la Nicouline dans les organes d’animaux
empoisonnés par cette substance, nous les avons fait digérer,
après les avoir réduits préalablement en menus fragments,
avec cinq fois environ leur poids de ce mélange et maintenu
à l’étuve à 37° pendant 24 heures.
Le liquide filtré a été évaporé au bain-marie. Le résidu,
traité à chaud par un excès d’acide acétique cristallisable, a
fourni un extrait débarrassé d’une nouvelle quantité de corps
gras. Ce dernier a été épuisé par le chloroforme pur et la
solution chloroformique évaporée sur un verre de montre.
En opérant de la sorte avec le cerveau, le sang, le foie,
la rate, les reins et les poumons d’animaux intoxiqués par la
Nicouline, nous avons constamment obtenu les réactions carac­

téristiques fournies par de l’acide sulfurique concentré, seul ou
mélangé aux oxydants indiqués plus haut.
Avec les résidus chloroformiques traités par le brome ou
produit la coloration bleu violet intense, quand on opère
d’après nos indications sus mentionnées.
Grâce à l’emploi méthodique de ces divers réactifs on voit
donc que la recherche toxicologique de la Nicouline peut
s’effectuer aussi nettement et avec autant de certitude que
celle de la substance pure.
Ces résultats ne sont pas sans importance au point de vue
de l’analyse en général ; ils prouvent en outre l’absorption de
cette substance ainsi que son passage à travers l’organisme
sans altération.
Nos expériences ont porté sur un chien, un lapin, deux
cobayes, deux pigeons et plusieurs grenouilles. La Nicouline qui
avait été administrée à ces divers animaux, par voie hypoder­
mique, a toujours pu être retrouvée sans difficulté à l’aide de
notre procédé.

�— 44 —

III. — PARTIE PHYSIOLOGIQUE.

Depuis très longtemps on sait à la Guyane que le poisson ne
peut vivre dans l'eau où l’on a agité des tiges contusées de Robinia
Nicou, et les auteurs, en mentionnant ce fait, disent que sous
l’influence du Nicou les poissons sont « enivrés » pices inebriant.
Le Robinia Nicou est surtout connu des indigènes sous le nom de
liane à enivrer.
Claude Bernard, qui a fait des expériences avec une liane
Serjania lethalis, rapportée par M. Weddell et dont les Indiens
se servent pour leurs pèches, est arrivé à conclure que le Serjania
lelbalis (dont les effets sont identiques à ceux du Nicou, si d o u s
en jugeons d’après un récit de pèche fait par MM. Weddell et
Castelnau : Voir Cl. Bernard, Leçons sur les substances toxiques et
médicamenteuses, p. 295), n’agit que par la grande quantité de
tannin qu’il renferme. « Ce tannin agit sur les branchies et les
» empêche de fonctionner, comme cela arrive pour la vase qui
» parfois, venant obstruer les branchies des poissons, peut aussi,
)) non les empoisonner, mais les tuer par un effet tout à fait
» mécanique ».
Nous voulons bien admettre avec Claude Bernard que le tannin
seul agit pour tuer ou engourdir les poissons quand on emploie
le Serjania letlialis. Il n’en est plus de même si on se sert du
Robinia Mcou qui, nous le répétons, produit des effets à peu
près identiques. L’analyse chimique y décèle, il est vrai, la
présence de tannin, mais comme la quantité est très minime, il
faut chercher ailleurs une explication rationnelle de ses effets
toxiques.
Nous croyons avoir été le premier à constater qu’une trèsfaible dose de la teinture obtenue en faisant macérer des tiges de

— 45 —
R. Nicou dans de l’alcool fort tue les poissons avec les mêmes
symptômes que le R. Nicou lui-mème et à conclure à l’existence
dans le Nicou d’un principe actif soluble dans l’alcool. Nous avons
eu la bonne fortune d’isoler ce principe et d’en déterminer les
propriétés physiques et chimiques. Il nous reste maintenant à le
faire connaître au point de vue physiologique.
Nous diviserons cette étude en trois chapitres. Dans le premier
nous ferons l’exposé de nos observations. Celles-ci seront inter­
prétées dans le second et nous montrerons dans le troisième l’ana­
logie qui existe entre la Nicouline et certains poisons connus.
Nos expériences ont été faites en France aux laboratoires de
l’Ecole supérieure de Pharmacie de Nancy, sous le contrôle de
M. le directeur Schlagdenhauffen, et à la Martinique, à l’amphi­
théâtre de l’hôpital militaire, obligeamment mis à notre disposi­
tion par M. le médecin principal Debrieu.

CHAPITRE

I.

Description des expériences sur les animaux, sur les
fermentations et sur la germination.
E x p é r ie n ce 1 .
L apin A. — Poids : i 25o gr.
2
heures i 5. — Injection dans le tissu cellulaire, en différents points
du corps, de 6o gouttes d’une solution alcoolique saturée. Ces 6o
gouttes ont été diluées dans 12 cc. d’eau distillée.
2 heures 18. — Le lapin se promène très tranquillement.

»
ff'

�— 47 —

2
heures aï. — L’animal reste immobile quelque temps, fait quelques
pas en traînant le train &lt;ie derrière et se couche sur le côté.
a heures 25. — Excité, l’animal fait le tour de l’appartement et
retombe de la même façon.
a heures 3o. — Respiration de plus en plus précipitée, l’œil peut à
peine suivre les mouvements du thorax; autant qu’on peut en juger,
la pupille est contractée, l’œil est atone.
2
heures 35. — Température rectale, 4o°5. L’animal est stupéfié, il
se laisse manipuler sans aucune défense. Frémissements, tremblements
de la queue durant 20 à 3o secondes, arrêt de ces tremblements. Respi­
ration toujours très précipitée.
2
heures 4o. — L'animal relève le train de devant, étend la patte
droite, se rejette du côté gauche et répète le mouvement inverse
(2 fois). La pupille est dilatée. Le train de derrière reste immobile et
étendu. Respiration beaucoup moins fréquente.
2
heures 45- — L ’animal est dans une résolution musculaire complète.
11 reste dans toutes les positions où on le place.
2
heures 4b. — Premières contractions presque fibrillaires dans les
muscles et dans la queue. La queue est agitée d’un petit tremblement
continuel. Respiration lente, haletante (22 dans 3o secondes). Petite
pause entre chaque mouvement respiratoire. Quelques petites secousses
peu prononcées dans les pattes de devant. On pince les pattes de
derrière, l’animal rue faiblement.
2 heures 55. — Hoquets, inspirations convulsives avec très grande
ouverture de la bouche et dilatation des narines. Pupilles dilatées.
Mouvements du cœur toujours très rapides.
3 heures. — Température rectale, 4o°. Les mouvements respiratoires
convulsifs avec très grande ouverture de la bouche continuent ;
l’animal semble déglutir de l’air. Inspirations convulsives et bruyantes.
Il s’écoule 7 à 8 secondes entre chacune de ces inspirations. Pupilles
toujours dilatées. Globe oculaire fort peu sensible.
3
heures 10. — Môme mode de respiration (six par minute). Chaque
inspiration est un véritable rôle.
3
heures 20. — Coma complet. Température rectale, 39°9 ; respi­
ration convulsive. Les intervalles respiratoires deviennent de plus
en plus longs.
3 heures 35. — Coma persiste.
3
heures 39. — On ne perçoit plus le mouvement du cœur. Arrêt
de la respiration. Mort.

E

x pé r ien c e

2.

L apin B. — Poids : i 320.

8 heures 55. — Injection en divers points du corps de i 55 gouttes
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline diluées dans 25 cc.
d’eau distillée. L’animal est fixé sur une planchette, de façon à pouvoir
enregistrer les mouvements respiratoires.
9 heures 5. — Température rectale, 38°. Respiration normale (voir
PL VIII, tracé 1).
9 heures 25. — Mouvements fibrillaires parcourant tout le tronc
(PL VIII, fig. 10).
10 heures 5. — La respiration, toujours très rapide, devient irré­
gulière. On observe parfois des arrêts assez longs (PL VIII, fig. 2).
Température rectale, 38°2.
10 heures xo. — Voir tracé respiratoire (PL VIII, fig. 3).
10 heures 44- — Résolution musculaire. Battements du cœur très
rapides. Respiration pénible. Inspiration bruyante, petite pause entre
chaque mouvement respiratoire. (PL. VIII, fig. 4)11 heures 10. — Les pauses respiratoires deviennent de plus en plus
longues (PI. VIII, fig. 5). Température rectale, 37°.
11
heures 23 ; n heures 35 ; 11 heures 4o. — Coma. Pauses respi­
ratoires de plus en plus longues (PL VIII, fig. 6. 7. 8). Température
rectale, 36°4 .
11 heures 41 — Mort. Au moment de la mort la température rectale
est 35°8 .
E x p é r ie n ce 3 .
L a p in C. — Poids : 1295 gr.
2 heures 35. — On injecte, en divers points du corps, 80 gouttes
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans i 5 cc.
d’eau distillée.
L ’animal est fixé à une planchette, de manière à pouvoir enregistrer
les mouvements respiratoires.
3 heures 5o. — Rien de particulier. Respiration normale.
4 heures 20. — Rien de particulier dans l’état général. Respiration
un peu ralentie avec grande amplitude des mouvements respiratoires
et expiratoires.

�— 48 —

— 49 —

5
heures 20. — Les mouvements respiratoires ont toujours une très
grande amplitude mais la respiration demeure régulière. Elle est un peu
ralentie.
5 heures 3o. — Absolument rien de particulier. Nous détachons
l ’animal et le remettons dans sa cage. Le lendemain l ’animal ne présen­
tait rien d’anormal. 11 fut observé pendant plusieurs semaines. Rien à
noter.
E x pé rien ce

4-

%

C o b a y e A. Poids : 2Ôo gr.
9
heures i 5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 6 gouttes d ’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 1 ce. d’eau distillée.
9
heures 20. — Contractions musculaires dans les quatre membres.
L’animal pousse de petits cris. Frémissements fibrillairés courant sur
tout le corps.
9
heures 22. — Résolution musculaire, l’animal reste couché sur le
flanc.
9 heures 20. — Respiration pénible avec tendance au ralentissement.
9
heures 28. — L’animal est toujours sur le flanc, coma. Respiration
très ralentie, secousses tétaniques dans les membres inférieurs.
9
heures 3o. — Coma profond. L’animal ne donne aucun signe de
sensibilité, 3 ou 4 mouvements respiratoires par minute.
9 heures 34- — Mort.
E x p é r ie n ce 5 .
C o b a y e B. Poids : 3yo grammes.
8 heures 20. — Le tissu cellulaire de la paroi abdominale reçoit
par injection 6 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
8 heures 23. — Contractions musculaires. Cris.
8 heures 24. — Respiration pénible avec tendance au ralentissement.
Contractions.
8 heures 20. — Respiration très ralentie. Râles. Résolution mus­
culaire.
8 heures 3o. — Mort.

E x pé r ie n ce 6 .
C o b a y e C. — Poids : 352 gr.

Injections dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale et sur la
peau du dos.
i° A 5 heures. — 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluée dans 2 cc. d’eau distillée.
2UA 5 heures 3o. — 5 gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
3° A 6 heures. — 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée. Aussitôt après la pre­
mière injection l’animal fut disposé sur une planchette et ses mouve­
ments enregistrés.
5 heures 3o. — Rien de particulier 11e survenant dans son état
général et la respiration demeurant normale, nous lui faisons une seconde
injection.
6 heures. — Après la troisième injection, l’animal est observé jus­
qu’à y heures 3o. Rien de particulier. On le remet dans sa cage. Le
lendemain nous notons une lorte induration aux points d'injection.
Cette induration disparait au bout de quelques semaines pendant les­
quelles nous ne constatons rien d’anormal.
E x p é r ie n ce y.
C o b a y e D. Poids : 226 grammes.
Injections dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de 8
gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans
2 cc. d’eau distillée.
L ’animal est fixé sur une planchette de façon à pouvoir enregistrer
les mouvements respiratoires.
8 heures i 5. — Rien de particulier: Respiration normale. Mouve­
ments du cœur très rapides. Température rectale, 38° y.
9 heures. — Respiration normale (Pl.V I,fig. 1). Température, 38°7.
10
heures. — Rien de particulier, l’animal est détaché et mis en
observation sous une cloche tabulée.
10
heures i 5. — L’animal devient subitement inquiet. Frémissements
fibrillairés sur tout le corps. Contractions musculaires accompagnées
de cris plaintifs. Nous nous empressons de fixer l’animal pour enre-

/

�— 50 gistrer les mouvements du thorax pendant l’expiration et l’inspiration.
10 heures a5. — Tracé respiratoire (PL VI, tig. 3).
io
heures 3o. — Convulsions. Inspiration bruyante, expiration
muette (PI. VI, lig. 4)10
heures 35. — Contractions tétaniques. Tracé respiratoire (Pl. VI,
fig. 5).
10 heures 45. — Tracé respiratoire (PL VI, lig. G).
11 heures 5. — Tracé respiratoire (Pl. VII, tig. 7). Respiration très
pénible, saccadée. Chaque inspiration est un véritable râle. Contrac­
tions musculaires très fréquentes. Résolution générale. L ’animal est
détaché et demeure inerte sur la table.
11 heures 5. — Tracé respiratoire (Pl. VII, lig. 8).
11 heures 20. — Tracé respiratoire (Pl. VII, tig. 9).
11 heures 52. — Tracé respiratoire (Pl. VII, lig. 10).
Midi 23. — Tracé respiratoire (Pl. VII, tig. 11).
3 heures 3o. — Tracé respiratoire (Pl. VII, lig. 12).
3 heures 5o. — Température rectale 210. Résolution musculaire
complète. Les contractions musculaires se font de plus en plus rares.
On peut quelquefois les provoquer en pinçant l’animal.
4 heures 5. — Température rectale, 20°8.
4 heures i 5. — Température rectale, 20°G.
4 heures 40. — Température rectale, 2O04.
5 heures i 5. — Température rectale, 20° (Cette température de 20° a
été constatée par M. le professeur Held).
5 heures 45. — Température rectale, I9°8 (La température ambiante
est i 8°2). Tracé respiratoire (voir Pl. VII, fig. i 3).
6 heures. — Température rectale I9n6. L’animal n’est sensible à
aucune réaction. Une inspiration par minute, quand on touche le cobaye
on éprouve une impression de froid.
8 heures. — Pas de changement appréciable dans l’état général.
L ’animal est abandonné et le lendemain, à 7 heures 20, nous le trouvons
mort et raide.
E x pé r ie n ce 8.
C o b a y e . — Poids : 220 grammes.

4

heures 20. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 1/2 cc. d’une solution saturée de Nicouline dans l’éther.
4
heures 23. — Signes d’inquiétude. L ’animal pousse de petits cris.
Respiration précipitée.

'*■•

4
heures 25. — L’animal est agité. Les poils se hérissent ; il se
ramasse en boule.
4
heures 3o. — Mêmes symptômes. L’animal s’affaisse. Respiration
très précipitée.
4 heures 40. — Mêmes symptômes.
4 heures 5o. — L’animal est plus calme. 11 mange des débris de
carotte.
5 heures 3o. — L ’animal semble tout à fait remis. Nous l’observons
jusqu’à six heures et ne remarquons rien de particulier.
6 heures. — Etat normal qui persiste le lendemain et les jours
suivants.
E x pé r ie n ce 9.
C o b a y e . — Poids : 3 io gram m es.

2
heures i 5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 25 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline.
2
heures 20. — L’animal fait sa toilette et se gratte à l’endroit de
l’injection.
2
heures 25. — Respiration précipitée. Battements du cœur impos­
sibles à compter au tact.
2 heures 35. — Rien de particulier.
2 heures 40 — L’animal se ramasse en boule, contractions fibrillaires courant sur tout le corps.
3 heures 20. — Respiration très irrégulière, tantôt normale, tantôt
précipitée.
5 heures. — Etat normal.
5
heures 3o. — L’état normal persistant, l’animal est remis dans
sa cage. Il semble tout joyeux de se retrouver avec ses compagnons;
il se mêle à eux en poussant de petits grognements. Rien de particulier
le lendemain et les jours suivants.
E x p é r ie n ce 10.
P e t it e s o u r is . — Poids 14 gr. 5o.
2
heures 6. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 2 goultes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 1 cc. d’eau distillée.
2 heures 8. — Contraction des membres intérieurs.
2 heures 9. — Les contractions se généralisent.
2 heures 20. — Respiration pénible. Râles. Contractions. Mort.

�— 53 E x périen c e

ii

.

E x pé r ie n ce i 3.

P etite so u r is . — Poids : 12 gram m es.

R a t . — Poids : 177 gr.

5

3 heures 28. — On injecte dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­

heures 3o. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi «abdo­
minale de 1 goutte de solution alcoolique saturée de Nicouline, diluée
dans 1 cc. d’eau distillée.
5
heures 41- — L’animal qui, jusqu’alors, s’était tenu tranquille,
semble inquiet.
5 heures 45. — Frissons lîbrillaires en différents points du corps.
5 heures 5o. — Contractions dans les membres postérieurs. Les
contractions se généralisent. Respiration pénible. Râles.
5 heures 53. — Respiration très ralentie. Résolution musculaire.
5 heures 55. — Mort.
E x p é r ie n ce 12.
R a t . — Poids : 210 grammes.

3

heures 14. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 12 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 3 cc. d'eau distillée. Placé sous une cloche de verre
lubulée ranimai reste immobile. Mouvements respiratoires précipités.
3 heures 25. — Œ il terne. Mouvements respiratoires très précipités.
3
heures 28. — L ’animal se dresse, s’étend, chancelle. Mouvements
mal assurés.
3 heures 40. — Quand on le force à se déplacer, l’animal chancelle. Il
étend la tête et le cou sur le sol, on lui pince la queue et c’est à peine
s’il y a de la sensibilité.
4 heures 5. — Secousses tétaniques continuelles dans les quatre
membres. Les secousses paraissent se succéder rapidement de l’extré­
mité à la racine du membre. Elles sont suivies de raideurs très passa­
gères .
4 heures 1 1 . — La respiration se ralentit; le rat ne semble plus
respirer par les narines. Mouvements convulsifs de la mâchoire infé­
rieure. Inspiration bruyante. Battements du cœur moins rapides.
Résolution musculaire complète.
4 heures 24. — Température rectale, 38°. Secousses tétaniques cou­
rant sur les parois abdominales et thoraciques.
5 heures 17. — Température rectale, 37°8. L ’animal est abandonné
sous une cloche tubulée. A 6 heures 1/2 nous le trouvons mort et raide.

minale 6 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 25. — Le rat semble affecté. Il s’affaisse sur le train de
derrière, il va à reculons.
4 heures 3o. — Immobilité. Stupeur. L’animal ne cherche pas à
mordre. On peut le toucher, lui manier la tète, il ne cherche pas non
plus à fuir. Il s’affaisse sur la table.
5 heures i 5 . — Mouvements fibrillaires parcourant tout le corps.
Contractions brusques des membres inférieurs. Emission d’urine.
5 heures 5o. — Contractions tétaniques, raideur des membres.
6 heures 10. — Respiration diflicile. Inspiration bruyante et sacca­
dée. L’animal est abandonné en liberté jusqu’à minuit et demi.
Minuit 1/2. — L ’animal est resté en place. Résolution musculaire
complète. Respiration très pénible. Râles. Contractions musculaires
que l’on peut provoquer par des pincements. Le rat est mort dans la nuit.
E x p é r ie n ce

14.

35o grammes.
heures i 5 . — Le tissu cellulaire de la paroi abdominale reçoit par
injection 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4
heures 45. — Résolution musculaire. Le rat, mis en liberté, ne cher­
che pas à s’échapper. Il demeure sans défense : on peut le manier
impunément.
4 heures 47- — Contractions dans les membres inférieurs.
4 heures 57. — Respiration pénible. Râles.
5 heures. — Emission abondante d’urine.
5 heures 25. — Mort.
R a t . — Poids :

4

E x pé r ie n ce i 5 .
R a t . — Poids : 223 gr. 5o.

6 heures 20. — Huit gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée, sont injectées dans le tissu
cellulaire de la paroi abdominale.

�— 54 —

6 heures 5o. — Contractions musculaires d’abord dans les membres
postérieurs, ensuite dans les membres antérieurs.
7 heures 2. — Résolution musculaire complète. On peul manier
impunément l'animal et le mettre dans toutes les positions. Respira­
tions pénibles. Râles.
7 heures 29. — Contractions tétaniques, raideurs des membres.
7 heures 3o. — Mort.
E x pé rien ce 16.

5o.
4 heures 23. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 4 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
R a t . — Poids : 101 gr.

diluées dans 1 cc. d’eau distillée.
5 heures 40. — Résolution musculaire généralisée. Mis en liberté, le
rat ne cherche pas à fuir : on peul le manier impunément.
5 heures 45. — L ’animal semble se réveiller de sa stupeur. 11 veut
s’échapper, mais ses membres ne lui obéissent plus ; il chancelle à
droite et à gauche sans pouvoir avancer.
6 heures. — Mouvements fibrillaires qui se généralisent. Les poils
se hérissent, raideur peu persistante des membres inférieurs. Respi­
ration normale. Battements du cœur précipités. L ’animal est abandonné
jusqu’à 9 h. i 5.
9 heures i 5. — Respiration ralentie et bruyante. Résolution muscu­
laire complète. On peut manier impunément l’animal ; le mettre sur le
dos, sur le flanc, etc.
11
heures 3o. — Contractions, raideur tétanique. — Respiration très
ralentie. — Râles.
Minuit. — Môme état.
4 heures 20. — Nous trouvons l’animal mort et raide.
E x p é r ie n ce 17.

—

est inerte, se laisse manier et ne manifeste sa vitalité que par une
respiration bruyante, saccadée et très ralentie.
1 heure 25. — Contractions musculaires.
1 heure 26. — Coma profond.
1 heure 34- — Mort.
E x pé r ie n ce 18.
R a t . — Poids : 120 grammes.
7 heures 45. — Injection sous la peau du dos de 4 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 1 ce. d’eau
distillée.
8 heures i 5. — L’animal semble affecté.
8
heures 16. — Résolution musculaire. L’animal se couche sur le
flanc et urine abondamment.
8 heures 17. — Mouvements brusques de la tète.Convulsions.
8 heures 18. — Contractions desmembres.Respiration
pénible.
Hoquets.
8 heures 20. — Contractions brusques des membres. L ’animal fait
de petits bonds sur place. Râles.
8 heures 25. — Résolution générale. Contractions. Râles. Les
intervalles respiratoires deviennent de plus en plus longs.
8 heures 40.— Môme état.
8 heures 47-— Mort.

E x p é r ie n ce 19.

— Poids : I i 5 gram m es.
heures 20. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 5 gouttes d’une solution alcoolique dans 1 cc. d’eau.
L’animal est placé dans une cloche tubulée. Nous sommes obligés
de nous absenter; à notre retour (5 heures i 5), nous le trouvons mort.
R

at.

3

R a t . — Poids : 77 gram m es.

1
heure 3. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 3 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 2 cc. d’eau distillée.
1 heure 5 ; 1 heure 10 ; 1 heure i 5. — Rien de particulier.
1 heure 18. — Résolution musculaire survient brusquement. L’animal

55 -

E x p é r ie n ce 20.

— Poids : 168 grammes.
heures 10. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi a dominale de 5 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 1 cc. d’eau distillée.
R

3

at.

�3 heures 20 ; 3 heures 4o ; 4 heures. — Rien de particulier.
4 heures 2 0 . — L’animal devient inquiet.
4
heures 25. — Mouvements librillaires parcourant le tronc et prin­
cipalement les régions thoracique et abdominale.
4
heures 3i. — Résolution musculaire. Mis en liberté, l’animal ne
cherche pas à fuir. 11 se laisse manier sans défense.
4 heures 35. — Respiration pénible et ralentie.
5 heures 35. — Mort.
E x périen ce 21.
R a t . — Poids : 35o grammes.
4 heures i5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 45. — Résolution musculaire. Le rat est mis en liberté, il ne
cherche pas à fuir. On peut le manier impunément
4 heures 47- — Contractions dans les membres inférieurs.
4 heures 5?. — Respiration pénible. Râles.
5 heures. — Contractions. Emission d’urine.
5 heures 25. — Mort.

E x pé rien ce 22.
R a t . — Poids : 2 2 7 grammes.
Midi 23. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale
de 4o gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline. Nous injec­
tons d’abord les 4o gouttes, puis i5 à 20 gouttes d’alcool à 90 ° qui ont
servi à laver la seringue.
1 heure; 2 heures; 3 heures; 4 heures. — Rien de particulier.
L’animal est abandonné jusqu’à 9 heures 3o.
9
heures 3o. — Le rat semble stupéfié. Il ne cherche pas à fuir quand
on soulève la cloche tubulée sous laquelle il se trouve.
9 heures 4o- — Mouvements librillaires courant sur le tronc.
9
heures 4 2- — La respiration, jusque-là normale, devient brus­
quement pénible. Râles.
9 heures 43. — Contractions tétaniques ; raideur des membres,
9 heures 45. — Mort,

E xpérien ce 23.
R at p réab lem cn l fixé sur une planchette.

heures 2 0 . — Nous introduisons sous la peau du dos de l’animal un
centigramme environ de Nicouline en cristaux. La peau est soigneu­
sement recousue, et le rat, détaché, est placé sous une cloche tubulée.
L’observation dure trois jours. Rien de particulier à noter dans
l’état général. L’urine est recueillie tous les soirs. Mise à évaporer elle
laisse un résidu abondant donnant avec l’acide sulfurique concentré
une coloration d’un brun marron très foncé.
L’urine d’un rat normal laisse également un résidu abondant, mais
qui se teinte à peine en jaune brun par l’acide sulfurique.
7

1/2

E x périen ce 24.
R a t . — 6 heures 20 du matin. — Nous introduisons dans le rectum
d’un rat, préalablement fixé sur une planchette, un 1/2 centigramme
environ de cristaux de Nicouline.
Le rat reste attaché toute la journée et toute la nuit. 11 est délivré le
lendemain à 8 heures 2 0 . Pendant cette longue période, l’animal, qui a
été observé à différentes reprises, n’a manifesté aucun symptôme
d’intoxication. Nous nous sommes assurés que le poison n’a pas été
expulsé pendant la durée de l’expérience.

E x périen ce 25.
. — Poids : 2 i 5 grammes.
heures 3o. — A différentes reprises on injecte dans le rectum
d’un rat, fixé sur une planchette, du mélange suivant : sol. alcoolique
saturée de Nicouline, 20 gouttes ; eau, 100 gr. L’animal rend d’abord
une partie du liquide. O 11 répète l’injection qui est renouvelée chaque
fois qu’il est nécessaire.
11 heures 2 ,0 . — Mouvements librillaires en divers points du corps.
11 heures 3o. — Contractions des membres inférieurs.
1 1 heures 4o. — Respiration pénible. — Râles.
Midi. — L ’animal est détaché. — Résolution musculaire complète. —
L’animal ne réagit plus quand on l’excite. — Respiration très ralentie.
R

at

jo

�59 Nous plaçons l’animal sous une cloche tubulée et nous l’abandonnons
jusqu’à i heure 2 0 .
i
heure 25. — Nous trouvons l’animal mort. Le cadavre est encore
chaud. — Pas de raideur.

heures
»
»
»
heures
»
»
»
»
»

E x périen ce 26.
R a t . — Poids : 180 grammes.
Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de 25 gouttes
d'une solution alcoolique saturée de Nicouline.
Minuit 1 0 . — L ’animal est libre sous une cloche tubulée. Il semble
stupéfié. — Respiration normale.
Le lendemain, 7 heures du matin. — Respiration normale. Hébétude.
Midi. — Môme état. Pas de convulsions; quand on soulève la
cloche l’animal cherche à luir.
10
heures 45 (soir). — L’animal semble un peu remis. Il mange des
débris de fromage.
Le surlendemain, 7 heures 10 (matin). — L’animal a mangé pendant
la nuit. 11 ne présente rien d’anormal.
4 heures 2 0 . — Ne remarquant rien de particulier, nous mettons le
rat dans une grande cage avec d’autres rats. 11 se môle à eux, et rien
ne le distingue de ses compagnons.
Rien à noter les jours suivants.

E x pé r ie n ce 27.

4 heures 3o. — 39*5
4 heures 4 0 . — 3ç)°5

A 4 heures 4o. — Injection en divers points de quinze gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 3 cc. 1/2 d’eau
distillée.

8

heures 25. — 34’

Le lendemain :
G h. du matin.
7 heures
10 heures 1 2 .
1 heure 3o.
»
»
454 heures 1 0 .
»
»
25.

—
—
—
—
—
—
—

28°5
28 ’
29*8

32*8
35°
35e
35°

L’animal est fixé sur une planchette. On lui introduit un thermo­
mètre dans le rectum. L’instrument plonge jusqu’au degré 1 4 , il est
maintenu jusqu’à la fin de l’expérience.
9

heures

»
»

9 heures 2 2 . - - 3904 -- 38*5.
» 3o. - - 3904 .
i5. -- 39°2.
))
32. --39°4.
1 8 . -- 39°3.
(Voir Planche X, lig. 4)10 .

9 heures 34.— Injection en différents points sur lecorpsde 1
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 3
distillée.

R a t . — Poids : 180 grammes.

4 heures 5. — 39#5
4 heures 1 0 . — 39*5

38°5
38°
37«5
37“
36*8
36°5
36°
35°9
35*9
35-9

E x p é r ie n ce 28.

9

L’animal est fixé sur une planchette. On lui introduit un thermomètre
dans le rectum. L’instrument plonge jusqu’au degré 1 4 , il est maintenu
jusqu’à la fin de l’expérience.

5. —
—
4o. —
5o. —
5. —
8. —
20. 25. —
3o. —
20.

10

heures 45. — 39*4.
» 55. -39*4heures 2 . — 39°3.
»
7- — 3 9 *2 .
»
8 . — 39*1.
»
1 0 . — 39°».
»
1 2 . -38*9»
1 4 . — 38°8.
»
1 6 . — 38°7.
»
1 8 . — 386.
»
2 0 . — 38°5.
2 2 . — 38°3.
»
»
23. — 38*2.

10

heures
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»

- 38°i.
25. - 38*».
2 6 . — 3708 .
2 8 . — 3 7 *7 .
3i. — 37°6.
33. — 37*5.
35. — 37‘4.
3 7 . — 37&lt;&gt;3.
3 9 . — 3702 .
4 1 . — 37°i .
43. — 3 7 ».
49- — 3G°8.
55. — 36*7.

24.

�— 61 —
11

heures.
»
»

»
»
»

»
»

— 3607— 36°6.
7- — 36*5.
1 1 . — 36*4.
1 6 . — 36-3.
2 0 . — 36°2.
25. — 36„.
3o. — 35°92.

heures 3i. — 35°8.
»
35. — 35*7.
»
5o. — 35»3.
»
54. — 35&lt;&gt;2.
»
58. — 35°.
Midi
25. — 33°6.
4 heures 2 7 . - 2 7 ^.
11

L’animal est abandonné, nous le retrouvons mort et raide à

E x p é r ie n ce 3o .
R a t fixé sur une planchette a v ec un therm om ètre dans le rectum,
com m e ci-d essu s.
2 heures 5o. — 4I#5.
3 heures 4- — 4l 05Injection sous la peau du dos de 10 gouttes d’une solution alcoolique
saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
8

h. 25.

E x pé r ie n ce 29.
R a t . — Poids : 190 gr.
Fixé à une planchette avec un thermomètre dans le rectum, comme
ci-dessus.
2 heures 5o. — 4I 05'
3 heures 2 . — 4l 05-

3 heures 4- — 4 1 ’5-

heures 5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale
de 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans
2 cc. d’eau distillée.

3 heures
4 heures
»
5 heures
»
»

i5. — 45*6.
5 heures 4O. — 36°.
36. — 38°5.
6 heures 5. — 35".
45. — 38°.
»
3o. — 34.
5. — 3 7 °5 .
8 heures 35. — 3o°
12. —
3^°
10 heures.
— 28"5.
33. — 36°2.
Minuit 45. — 2 6 °.
(Voir Planche X, fig. 3).
L ’animal meurt dans la nuit. Le lendemain matin, à 6 heures, je le
trouve raide et froid.
E x pé r ie n ce 3 i .

3

3 h e u re s
4 h e u re s
p
»
»
»
5 h e u re s
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»

i5 .
25.
28 .
36.
45.
55.

— 4 i°6 .
— 39°3.
— 39*2 .
— 39° i .
- 38&lt;&gt;9.
— 38*8.
— 38*6.
5. — 38,-3.
9 . — 38*2.
12 . — 38*i.
i5 . — 38°.
2 2 . — 37 *7 .
2 6 . — 37 u5 .
33. — 37°335. — 37 *2 .
39 . — 37 ° 1 .
52. — 36°7.

6 h e u re s

—
—
—
—
—
—
—
—
—
—

»
5.
»
i5 .
»
20 .
»
23.
»
3o.
»
3g.
8 h e u re s 35.
10 h e u r e s 29 .
M in u it
45.
L e le n d e m a in .
6 h e u r e s 3o. —
7 h eu res
—
8 h e u r e s i5 . —
1 h e u re 45- —
1 h e u re 5o. —

(Voir Planche X, fig. 1 )

36*5.
36°3.
36°.
35°8.
35 *7 .
35°435°2.
3i°.
29 , 2 .
2 7 °2 .
23°5.
23*2.
24°43i°3.
3i°3. (M o rt).

R a t fixé sur une planchette a vec un therm om ètre dans le rectum ,
com m e ci-dessus.

heures 5o. — 4°*3 heures 4 - — 4°°3 heures 2. — 4°**
Injection sous la peau du dos de dix gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
2

4 heures 36. — 38°.
»
45. — 3 7 *9 .
5 heures 5. — 3 7 °7 .
»
1 2 . — 3 7 “5 .
»
2 0 . — 3 7 °.
6 heures 3. — 36°.
»
5. — 36°.
»
4o. — 35°.
8 heures 35. — 3i°.
10 heures.
— 2908 .
Minuit 45. — 28 *.
Le lendemain.

heures 3o. — 28 °8 .
heures i5. — 28 *5 .
1 heure 4°- — 3o*8.
3 heures
— 3i °i .
4 heures 25. — 3i*5.
6 heures 3o. — 29 °2 .
7 heures 25. — 28 *.
7
»
38. — 28 °.
7
»
4 °. — 28 *.
7
»
45. — 28 ".
7
»
49. — 28 *.
7
»
5o. — 28 *.

6

8

(Voir Planche X, fig. 2 ).

�— 62 —
\

Résolution musculaire complète. L’animal ne réagit pas aux excita­
tions. On éprouve en le touchant une expression de froid. La tempéra­
ture extérieure est 2 1 ° à 7 heures 49 &gt; après une série de secousses
musculaires la respiration cesse. Les mouvements du cœur persistent
encore pendant plus d’une minute.
E x périen ce

32.

R a t . — 2 heures 5o. — 38°8.
Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de 10
gouttes de solution alcoolique saturée de Nicouline dans 2 cc. d’eau
distillée.

3 heures

2 1.

— 3 7 *8 .
2 6 . — 37°43o. — 3 7 0 1 .
36. — 36J8.
4o. — 36*5.

3 heures 45. — 36° 1 .
3 »
55. — 35°2.
4 heures 4- — 3 5 *2 .
4 »
2 0 . — 35°5.

L'animal est abandonné à 6 heures 3o, nous le trouvons mort et froid.
E x pé r ie n ce 33.
C h ie n A. — Poids : 10 kilos 4 0 0 .

heures 2 0 . — Injection dans divers points du corps de 3o cc. d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans eau distillée. Q. S.
8 heures 55. — Respiration normale (voir PI. IX, fig. A.)
9 heures 3o. — Salivation très abondante. — Pupille dilatée.
10 heures. — La respiration s’accélère, devient saccadée avec expi­
ration soufflée avec force.
10 heures 25. — A la fin de l’expiration, mouvements convulsifs bien
marqués et arrêts plus ou moins longs (voir PI. IX, fig. B.)
Cet arrêt expiratoire est le résultat classique de la section des pneu­
mogastriques à l’état normal.
11 heures. — La respiration devient plus forte, moins ralentie, légère
pause expiratoire. L’expiration se termine par quelques tremblements
musculaires ; l’animal salive toujours très abondamment, pupille
dilatée.
2 heures 1 0 . — Nausées, l’animal vomit un mucus blanc jaune.
8

3 heures. — Les vomissements se répètent fréquemment. L’animal
ne peut se tenir sur ses pattes.

4 heures 20 . — Le chien marche en titubant, mais il ne peut garder
longtemps son équilibre. 11 se couche. — Vomissement de matières
muqueuses.
G heures. — Même état.
L’animal n’a pu être observé le lendemain. — Il est mort la nuit
suivante.
E x p é r ie n ce 34.
P igeon A. — Poids : 320 gr.
1 heure 4- — Injection dans les pectoraux de 20 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
f heure 6 . — Le pigeon vole en liberté dans l’appartement.
1 heure 8 . — L ’animal cherche les coins. 11 se ramasse en boule, les
plumes dressées, il vomit quelques grains de maïs.
1 heure i3. — Nouveaux vomissements.
I heure 1 6 . — L’animal marche en avant et fait une culbute
complète.
II se relève, se remet d’aplomb et retombe sur le côté en se débat­
tant. Battements convulsifs des ailes, puis raideur tétanique. Pupille
normale. On ne perçoit pas les battements du cœur au toucher; à
l’oreille on les entend très-faibles et très-précipités.
1 heure 1 8 . — Résolution musculaire complète. Respiration à inter­
valles de deux ou trois secondes et inspiration bruyante, sorte de rôle
trachéal.
1 heure 2 1 . — L’animal ne donne presque pas signe de vie. Quelques
contractions saccadées dans les muscles du cou. Yeux fermés par la
membrane clignotante. Les pattes s’étendent et deviennent raides.
1 heure 2 6 . — Deux ou trois inspirations plus bruyantes.
1 heure 2 7 . — Mort.

E x pé r ie n ce 35.
P ig eo n B. — Poids : 36o g r.
1 heure 3o. — Injection dans le pectoral droit de cinq gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluée dans un cc. d’eau
distillée.

�— 65 —

i heure 35. — Le pigeon qui. jusque-là, n'a pas paru affecté, cherche
les coins et se ruet en boule.
i heure 4o. — L’animal se réveille un peu, se gratte les plumes et se
remet en boule, les plumes hérissées.
i heure 4 1 . — Vomissements de grains de mais; évacuations alvincs.
i heure 4?■ — Nouveaux vomissements.
i heure 48. — ElTorts pour vomir. L ’animal rend des grains de
maïs et un mucus verdâtre.
i heure 5o. — Vomissements. Dans les elTorls qu’il fait pour vomir,
l’animal secoue les ailes, dresse les plumes, etc.
i heure 5o. — Le pigeon recherche les coins obscurs. Abandonné à
lui-même, il se remet et le lendemain à onze heures il semble rétabli.
Il vole dans l’appartement, mange des grains de maïs qu’on lui jette.
On a du mal à le prendre.
ii heures 3o. — Injection dans les pectoraux d’une solution alcoo­
lique saturée de Nicouline, diluée dans 2 cc. d’eau distillée.
ii heures 4o. — Vomissements de grains de maïs.
Midi. — L’animal recherche les coins obscurs.
Midi 5. — Il chancelle, tombe la tête en avant; mouvements de
balancement d’avant en arrière, sorte de titubation.
Midi io. — L ’animal ne peut plus se tenir en équilibre. Respiration
bruyante avec ouverture du bec. Pupille normale.
Midi 1 4 . — Respiration de plus en plus pénible et ralentie. Résolu­
tion musculaire. Le pigeon reste dans toutes les positions où on le
place.
Midi 2 o. — Mort.
E x p é r ie n ce 36.
P ig e o n C. — Poids : 266 grammes.
3 heures 2 2 . — Injection dans les pectoraux de 18 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
3 heures 2 0 . — L’animal semble affecté. Il l’ait des efforts infructueux
pour vomir.
3 heures 2 8 . — Respiration pénible et ralentie (PL IX, fîg. 2 ).
3 heures 34- — (PL IX, fig. 3.) Tracé respiratoire.
3 heures 38. — Résolution musculaire. Respiration bruyante, très
ralentie. (Voir tracé respiratoire, pl. IX, fig. L\).
3 heures 4 0 . — Mort. La mort survient pendant une crampe convul­
sive à la fin de l’expiration. (Pl. IX, fig. 5.)

E x pé r ie n ce 3?.
P igeon D. — Poids, 3i6 gr.
4 heures. — Injection dans les pectoraux de 8 gouttes d’une solution
alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 1 0 . — Efforts pour vomir.
4 heures iG. — Respiration plus profonde et légèrement ralentie
(Pl. IX, fig. 2 ).
4 heures 2 0 . — Nouveaux efforts pour vomir. L’animal se débat.
5 heures i5. — Inspiration bruyante avec ouverture du bec. (Voir
tracé, pl. IX, fig. 3).
5 heures 38. — Respiration très ralentie et pénible. (Voir pl. IX, fig. 4).
5 heures 3o. — Mort. La mort survient comme ci-dessus pendant
une crampe à la fin de l’expiration. (Voir pl. IV, fig. 5).
E x p é r ie n c e 38.
G r en o u ille A. — Poids, 42 gr.

L’animal est placé dans un flacon renfermant 20 0 cc. d ’eau ayant
bouilli sur des cristaux de Nicouline. Le liquide, parfaitement limpide
à l’ébullition, se trouble par refroidissement. C’est dans ce liquide
légèrement opalescent que nous mettons la grenouille à 8 heures 20 du
matin.
10 heures. \
Midi.
s Rien de particulier.
3 heures. )

5 heures 2 0 . — L ’animal semble affecté. Il se laisse prendre facile­
ment. On peut le placer sur le dos et il reste quelques instants dans
cette position. Contractions tétaniques (PL XI, fig. 1 ) ; la raideur des
membres ne dure que peu de temps.
7 heures. — Mêmes symptômes.
Le lendemain mutin, à 8 heures 2 0 , nous trouvons l’animal mort ; le
cadavre est mou et fiasque.
E x pé rien ce 39.
G r en o u ille B. — Injection sous la peau des cuisses de six gouttes

�— 63 —
Résolution musculaire complète. L’animal ne réagit pas aux excita­
tions. On éprouve en le touchant une expression de froid. La tempéra­
ture extérieure est ai» à 7 heures 4 9 5 après une série de secousses
musculaires la respiration cesse. Les mouvements du cœur persistent
encore pendant plus d'une minute.
E x périen ce

3a.

R a t . — 2 heures 5o. — 38°S.
Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de io
gouttes de solution alcoolique saturée de Nicouline dans 2 ce. d’eau
distillée.

3 heures ai.
3
» 26.
3
» 3o.
3
» 36.
3
» 40.

— 3 7 °8 .
—
— 3j ° i .
— 36°8.
— 36#5.

3 heures 45. — 36°i.
3 »
55. — 350a.
4 heures 4- — 3 5 °2 .
4 »
2 0 . — 35°5.

L'animal est abandonné à 6 heures 3o, nous le trouvons mort et froid.
E x pé r ie n ce 33.

A. — Poids : 10 kilos 40 0 .
heures 2 0 . — Injection dans divers points du corps de 3o cc. d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans eau distillée. Q. S.
8 heures 55. — Respiration normale (voir PL IX, fig. A.)
9 heures 3o. — Salivation très abondante. — Pupille dilatée.
10 heures. — La respiration s’accélère, devient saccadée avec expi­
ration soufflée avec force.
10 heures 25. — A la fin de l’expiration, mouvements convulsifs bien
marqués et arrêts plus ou moins longs (voir PI. IX, fig. B.)
Cet arrêt expiratoire est le résultat classique de la section des pneu­
mogastriques à l’état normal.
11 heures. — La respiration devient plus forte, moins ralentie, légère
pause expiratoire. L’expiration se termine par quelques tremblements
musculaires ; l'animal salive toujours très abondamment, pupille
dilatée.
2 heures i5. — Nausées, l’animal vomit un mucus blanc jaune.
C h ie n

8

3 heures. — Les vomissements se répètent fréquemment. L ’animal
ne peut se tenir sur ses pattes.
4 heures 2 0 . — Le chien marche en titubant, mais il ne peut garder
longtemps son équilibre. 11 se couche. — Vomissement de matières
muqueuses.
6 heures. — Même état.
L’animal n’a pu être observé le lendemain. — Il est mort la nuit
suivante.
E x p é r ie n ce 34P igeon A. — Poids : 320 gr.
1 heure 4 - — Injection dans les pectoraux de 20 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
1 heure 6 . — Le pigeon vole en liberté dans l’appartement.
1 heure 8 . — L ’animal cherche les coins. 11 se ramasse en boule, les
plumes dressées, il vomit quelques grains de maïs.
1 heure i3. — Nouveaux vomissements.
I heure 1 6 . — L ’animal marche en avant et fait une culbute
complète.
II se relève, se remet d’aplomb et retombe sur le côté en se débat­
tant. Battements convulsifs des ailes, puis raideur tétanique. Pupille
normale. On ne perçoit pas les battements du cœur au toucher ; à
l’oreille on les entend très-faibles et très-précipités.
1 heure 1 8 . — Résolution musculaire complète. Respiration à inter­
valles de deux ou trois secondes et inspiration bruyante, sorte de râle
trachéal.
1 heure 2 1 . — L’animal ne donne presque pas signe de vie. Quelques
contractions saccadées dans les muscles du cou. Yeux fermés par la
membrane clignotante. Les pattes s’étendent et deviennent raides.
1 heure 2 6 . — Deux ou trois inspirations plus bruyantes.
1 heure 2 7 . — Mort.

E x pé r ie n ce 35.
P igeon B. — Poids : 36o gr.
1 heure 3o. — Injection dans le pectoral droit de cinq gouttes &lt;1 une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluée dans un cc. d’eau
distillée.

�i heure 35. — Le pigeon qui, jusque-là, n’a pas paru affecté, cherche
les coins et se inet en boule.
i heure 4o. — L’animal se réveille un peu, se gratte les plumes et se
remet en boule, les plumes hérissées.
i heure 4i&gt; — Vomissements de grains de mais; évacuations alvines.
i heure 4;- — Nouveaux vomissements.
i heure 48. — ElTorts pour vomir. L ’animal rend des grains de
mais et un mucus verdâtre.
i heure oo. — Vomissements. Dans les efforts qu'il fait pour vomir,
l’animal secoue les ailes, dresse les plumes, etc.
i heure 5o. — Le pigeon recherche les coins obscurs. Abandonné à
lui-même, il se remet et le lendemain à onze heures il semble rétabli.
Il vole dans l’appartement, mange des grains de maïs qu’on lui jette.
On a du mal à le prendre.
ii heures 3o. — Injection dans les pectoraux d’une solution alcoo­
lique saturée de Nicouline, diluée dans 2 cc. d’eau distillée.
11 heures 4o. — Vomissements de grains de maïs.
Midi. — L’animal recherche les coins obscurs.
Midi 5. — Il chancelle, tombe la tête en avant ; mouvements de
balancement d’avant en arrière, sorte de titubation.
Midi 1 0 . — L ’animal ne peut plus se tenir en équilibre. Respiration
bruyante avec ouverture du bec. Pupille normale.
Midi 1 4 . — Respiration de plus en plus pénible et ralentie. Résolu­
tion musculaire. Le pigeon reste dans toutes les positions où on le
place.
Midi 2 0 . — Mort.
E x pé rien ce 36.
P igeon C. — Poids : 266 grammes.
3 heures 2 2 . — Injection dans les pectoraux de 18 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
3 heures 2 0 . — L’animal semble affecté. Il fait des efforts infructueux
pour vomir.
3 heures 2 8 . — Respiration pénible et ralentie (PI. IX, fig. 2 ).
3 heures 34- — (PI. IX, fig. 3.) Tracé respiratoire.
3 heures 38. — Résolution musculaire. Respiration bruyante, très
ralentie. (Voir tracé respiratoire, pi. IX, fig. 4)3 heures 4 0 . — Mort. La mort survient pendant une crampe convul­
sive à la fin de l’expiration. (PI. IX, lig. 5.)

E x p é r ie n ce 3 y.
P igeon D. — Poids, 3 i 6 gr.

4
heures. — Injection dans les pectoraux de 8 gouttes d’une solution
alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 1 0 . — Efforts pour vomir.
4
heures 1 6 . — Respiration plus profonde et légèrement ralentie
(PL IX, üg. 2 ).
4 heures 2 0 . — Nouveaux efforts pour vomir. L’animal se débat.
5 heures i5 .— Inspiration bruyante avec ouverture du bec. (Voir
tracé, pl. IX, fig. 3).
5 heures 38. — Respiration très ralentie et pénible. (Voir pl. IX, fig. 4).
5
heures 3o. — Mort. La mort survient comme ci-dessus pendant
une crampe à la fin de l’expiration. (Voir pl. IV, fig. 5).
E x p é r ie n ce 38.
G r en o u ille A. — Poids, 42 gr.

L’animal est placé dans un flacon renfermant 2 0 0 cc. d ’eau ayant
bouilli sur des cristaux de Nicouline. Le liquide, parfaitement limpide
à l’ébullition, se trouble par refroidissement. C’est dans ce liquide
légèrement opalescent que nous mettons la grenouille à 8 heures 20 du
malin.
10 heures. \
Midi.
s Rien de particulier.
3 heures. )

5
heures 2 0 . — L ’animal semble affecté. Il se laisse prendre facile­
ment. On peut le placer sur le dos et il reste quelques instants dans
cette position. Contractions tétaniques (Pl. XI, fig. 1 ) ; la raideur des
membres ne dure que peu de temps.
y heures. — Mêmes symptômes.
Le lendemain matin, à 8 heures 2 0 , nous trouvons l’animal mort ; le
cadavre est mou et fiasque.
E x pé r ie n ce 3q.
G r en o u ille B. — Injection sous la peau des cuisses de six gouttes

�—

66

d’une solution alcoolique saturée de Nieouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
L’animal reste quelque temps sans rien manifester. Ce 11’est que
longtemps après l’injection (PI. XI, tig. 2 0 7 ) que l’on obtient des con­
tractions tétaniques très énergiques ; les membres se raidissent comme
dans l’empoisonnement par la strychnine. Ces contractions peuvent
être provoquées en pinçant l’animal. Elles cessent au bout de quelque
temps et la grenouille devient molle et flasque. Complètement inerte.
E x périen ce 4°G r en ou ille C. — 8 heures. — L ’animal est fixé sur une planchette
de liège et disposé pour l’enregistrement des mouvements du cœur.
(Planche III, fig. I, tracé normal).
8 heures 52. - Injection sous la peau du dos et dans les cuisses, de
dix gouttes d ’une solution alcoolique de Nieouline, diluées dans 5 cc.
d’eau distillée.
9 heures. — Rien de particulier.
9
heures 2 0 . — Mouvements de la pointe du cœur conservent leur
amplitude mais tendent à devenir plus rares (Planche 111, fig. 2 ).
9 heures 32. — Cette tendance s’accentue ; les arrêts deviennent
plus ou moins longs (Planche III, fig. 3).
to heures 25. — Arrêts de plus en plus longs. Ces arrêts sont très
irréguliers, quelques-uns durent quelques secondes, les autres plus
d’une minute (Planche III, fig. 4)11 heures 34&lt; — Les arrêts se régularisent ; ils sont cinq fois plus
longs que les arrêts normaux (voir Planche III, fig. 5).
3 heures 8 . — Le cœur passe par une période d’activité et une période
de repos. Pendant la période d’activité, les mouvements sont réguliers,
un peu moins nombreux qu’a l’état normal.
Cette période est suivie d’une autre dont la durée va croissant
jusqu’à la mort et pendant laquelle le cœur est absolument inerte.
A la fin de cette seconde période le cœur recommence à battre
de lui-même. U cesse aussi tout mouvement de lui-même en passant
de la première à la seconde période.
La planche 111, fig. 6 , nous donne les mouvements du ventricule
enregistrés à 3 heures et les deux périodes d’activité et de repos y
sont nettement indiquées.

Yv

— 67 —
5
heures 23. — Nous voyons (PI. IV, fig. 7 ) que la période de repos
tend à devenir plus longue ; elle est de deux minutes.
8 heures 32. — La période de repos est de 4 minutes, et pendant la
période d’activité les pauses sont bien plus longues. L’amplitude des
mouvements a aussi diminué (PI. IV, fig. 8 ).
10
heures (soir). — Période de repos atteint 4 et 5 minutes, amplitude
très faible et arrêts très longs pendant la période d’activité (PI. V, fig. 9 ).
10 heures 45 (soir). — La période d'activité est presque éteinte. Pen­
dant plus de 20 minutes c’est à peine si on peut constater i5 petits mou­
vements sans amplitude.
11 heures. — Période d'activité nulle.
Nota. — Une autre grenouille servant de témoin a reçu cinq cc.
d’eau distillée additionnée de 10 gouttes d’alcool à 90 ° par la peau du
dos et des cuisses et disposée à huit heures du matin sur une planchette
pour l’enregistrement des mouvements du cœur. Pendant toute la
journée le cœur n’a pas varié d’une manière sensible et le lendemain
les battements étaient à peu de chose près comme ceux de la veille.
Tout au plus pouvait-on constater un léger ralentissement, mais qui
n’était nullement à comparer avec celui que l’on obtient généralement
une demi-heure après l’injection d’une dose toxique de Nieouline.
E x p é r ie n ce 41.
G r en o u ille D. — Section de la moelle épinière au niveau de
l’épaule.
2 heures. — Injection sous la peau du dos de cinq gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nieouline, diluées dans un cc. d’eau
distillée.
2 heures i5. — Contractions musculaires, sous l’influence de
l’excitation électrique.
2 heures 2 0 . — Peu de temps après avoir été excités, les gastrocnémiens sont le siège de contractions très faibles et qui se succèdent
rapidement. Ces contractions, enregistrées au myographe, donnent un
tracé comme celui que l’on voit. (Planche VIII, fig. 10 ).

Nous avons consacré plus d’un mois à nos expériences sur les
grenouilles en variant les doses et les procédés d’administration.
Le plus souvent l’animal devient rapidement inerte et alors,

�même que son cœur bat relativement vite, ou peut l’exciter, le
pincer et même lui brûler l'extrémité des pattes saus qu’il donne
signe de sensibilité.
Peu de temps après l’injeclion d’une dose toxique convena­
blement diluée daus de l’eau distillée, on observe un ralentis­
sement rapide et progressif des mouvements du cœur. Ces
mouvements vont en diminuant d’amplitude et deviennent
irréguliers ainsi qu’en témoignent nos tracés (Planches III, IV, V).
Ces arrêts et ces irrégularités ont été constatés aussi bien
sur des cœurs détachés que sur des cœurs soumis à l’influence du
système nerveux central. Ce qui indique bien que la Nicouline
possède une action propre sur le muscle cardiaque, fait signalé par
nous à l’Académie des Sciences.
E x périen ce 4^.
T ê t a r d s . — 2 heures 1 0 . — Nous versons quelques centimètres
cubes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline dans un aquarium
où nagent des têtards ; l’eau prend une teinte laiteuse. Pendant les
premiers moments les têtards ne semblent pas afl'ectés, ils restent au
fond de Paquarium ou continuent à nager très tranquillement.
2 heures 1 7 . — Tous les têtards donnent des signes d’inquiétude; ils
nagent très vite, viennent fréquemment à la surface, exécutant des
mouvements brusques.
2 heures 25. — La plupart des têtards sont sur le dos, mais ils
vivent encore et frétillent quand on veut les prendre. Leur vitalité se
manifeste par de brusques mouvements de queue ; ceux-ci ne tardent
pas à perdre leur intensité au bout d’un quart d’heure.
3 heures. — Presque tous les têtards sont morts.

E x pé r ie n ce 43.
P oissons . — Nous savons que le Robinia Nicou est très employé à
la Guyane comme engin de pêche.
Quelques gouttes d’une solution alcoolique de Nicouline cristallisée,

additionnée à un litre d’eau, suffisent pour tuer les poissons dans un
aquarium.
Nous avons fait de nombreuses expériences sur des carpes, des
tanches, des perches, des anguilles. Les phénomènes de l’empoisonne­
ment sont toujours sensiblement les mêmes : nous allons les résumer
en quelques lignes.
Un poisson introduit dans un liquide formé de
Eau,
1,0 0 0 grammes
Nicouline, o,oo5
—
en solution alcoolique reste calme pendant quelques instants, puis
il se met à nager vigoureusement et d’une manière désordonnée; il vient
fréquemment à la surface, met la tête hors de l’eau et bondit comme
s’il voulait fuir son élément (c’est le moment le plus favorable pour la
pèche ; les nègres rivalisent alors d’adresse pour cueillir à la flèche
tout poisson qui se montre hors de l’eau). Mais il ne tarde pas à se
calmer ; ses forces l’abandonnent et il a peine à conserver son équilibre.
On le voit osciller tantôt à droite, tantôt à gauche, faire un tour
complet sur lui-même, essayer de réagir en nageant avec force. 11 reste
enfin sur le côté ou sur le dos, et se laisse aller au courant, il peut ainsi
demeurer des heures entières immobile, ne manifestant sa vitalité que
pour essayer de fuir quand on veut le prendre à la main. Les nageoires
sont alors parfois agitées par des contractions musculaires qui se
succèdent rapidement. Ges contractions sont aussi indiquées par des
mouvements brusques de tout le corps.
E x p é r ie n ce 44C r a b e s . — On place des crabes dans

E a u ........................................................................ 100 gr.
Solution alcoolique saturée de Nicouline . . . XX gouttes
(Cette expérience a été faite avec les gros crabes terrestres connus à
la Martinique sous le nom de tourlourous) .
Après quelques minutes de contact, les pattes et les antennes son
agitées d’un tremblement convulsif. Mis à terre, l’animal ne peut plus
se sauver et il ne cherche pas à pincer quand on le touche. Cet état
d’inertie, interrompu seulement par ces convulsions, peut durer très
longtemps; la mort ne survient qu’après plusieurs heures,

�— 70 —
E x pé rien ce 45.
M ouch es . — G u êp es . — C a n c r e l a t s . — Des mouches sont placées
sous une cloche avec un morceau &lt;le sucre séché à l’étuve après avoir
été trempé dans une solution alcoolique saturée de Nicouline. Les
mouches qui vont sur le sucre ne tardent pas à tomber ; elles deviennent
inertes, incapables de voler, et ne manifestent leur vitalité que par un
tremblement intermittent des pattes et des ailes.
Mêmes résultats avec des Guêpes et des Cancrelats.
E x pé r ie n ce 46.
L a r v e s de M ou stiqu e . — Des larves de moustique sont introduites
dans un mélange d’eau et de Nicouline. L’expérience est renouvelée
une quinzaine de fois, en variant les doses de Nicouline et avec des
larves de la même espèce.
Dans aucun cas les larves n’ont paru influencées ; elles se sont
comportées et ont subi leur métamorphose comme dans l’eau ordinaire.

E x périen ce 47S an g su es . — Les sangsues ne peuvent vivre dans de l’eau ayant
bouilli sur de la Nicouline. Placées dans une eau rendue légèrement
opalescente par des traces de ce glucoside elles ont d’abord des mouvevements très vifs et très rapides ; au bout de peu de temps elles
deviennent inertes et ne donnent plus signe de sensibilité.

E x pé r ie n ce 48.
G erm in ation . — Nos expériences ne sont ni assez nombreuses ni
assez concluantes pour que nous puissions en déduire quelque chose
de certain :
Notons cependant l’expérience suivante qui, renouvelée une dizaine
de fois, nous a constamment donné les mêmes résultats.
Des grains de blé pris dans un même lot ont été mis à germer les
uns avec de l’eau distillée, les autres avec de l’eau ayant bouilli sui­
des cristaux de Nicouline. Les tiges et les feuilles se développent bien

— 71
dans les deux cas, mais les racines, qui atteignent un très beau déve­
loppement dans l’eau distillée, sont petites et rabougries quand elles
poussent dans de l’eau tenant de la Nicouline en suspension,
llien de semblable ne se produit avec le maïs.

E x p é r ie n c e 49F e r m e n ta tio n s . — Dans un ballon nous plaçons i5o cc. d’eau
ordinaire i5 grammes de glucose. La solution est liltrée.
Cinq tubes à essai reçoivent une quantité égale de cette solution,
nous faisons le plein avec de l’eau après avoir ajouté dans chaque
tube une égale quantité de levure de bière et dans le tube n° i V gouttes
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, dans le tube n° 2 X gouttes
de la même solution, XX gouttes dans le tube n° 3 et XL gouttes dans
le tube n° 4- Le tube n° 5 sert de témoin, il reçoit XL gouttes d’alcool
à 9 0 n.
La fermentation s’établit également dans les cinq tubes. Nous
mesurons l’acide carbonique dégagé.
Les résultats de nombreux essais nous ont montré qu’un poids
donné de levure de bière mis dans des milieux identiques dégage tantôt
plus tantôt moins d’acide carbonique. Ils nous ont aussi montré que
l’action de la Nicouline sur les fermentations est absolument nulle.
D'autres poisons très énergiques : la morphine, la nicotine, la strychnine,
l’atropine, etc., sont aussi sans effet sur les fermentations.

�— 73 —

— 72 —

CHAPITRE II.

ACTION DE LA NICOULINE SUR L’ORGANISME
DANS

DIVERSES CONDITIONS EXPÉRIMENTALES

Interprétation des résultats.
ESPÈCE
POIDS
animale

A. Action delà Nicouline sur l’organisme dans diverses conditions
expérimentales.
La Nicouline entre dans l’économie par les voies ordinaires
de l’absorption. Qu’elle soit introduite par les muqueuses stoma­
cale, intestinale ou rectale, par injeclion hypodermique, par
les voies respiratoires (poissons), on observe toujours les symp­
tômes caractéristiques de l’empoisonnement quand la dose
absorbée est suffisante.
A cause de son peu de solubilité dans l’eau et dans les
liquides de l’organisme, la Nicouline demande, pour produire
ses effets, à être mise en contact avec une très grande surface
absorbante. Des cristaux, quelques gouttes d’une solution
éthérée à saturation, introduits sous la peau, dans la bouche
ou le rectum d’un cobaye, d’une grenouille ou d’un rat (expé­
riences 5, 7, 22, 35), ne sont absorbés que très lentement et
éliminés au fur et à mesure sans produire des phénomènes
toxiques.
Si l’on injecte sous la peau d’un rat, d’un cobaye ou d’un
autre animal (expériences 9, 22, 23, 24, 20) une solution saturée
de Nicouline dans de l’alcool concentré, il se produira une
coagulation au contact de l’alcool avec ces tissus, d’où résulte
une absorption très lente du toxique et un retard plus ou
moins prolongé qui peut même se réduire à zéro dans la pro­
duction des effets physiologiques,

DOSE
du
poison
en
l’experience
gouttes
N°* de

VOLUME
du
liquide
en cc.

heu RES

DURÉE
de
de
de
l’injection la mort l’intoiicaliou

Lapin A .......

1250

1

LX

12

2.15

3.39

1 h. 24

Lapin B.......

1320

2

CLV

25

8.55

11.41

2.46

Cobaye A__

250

4

VI

1

9.15

9.34

0.19

Cobaye B ....

370

5

VI

2

8.20

1.30

5 10

Cobaye L)....

225

7

VIII

2

8 15

Irnd. 7.20 23.05

S o u ris.........

14 50

10

V

1

2.06

2.20

0.14

S o u ris.........

12

11

I

1

5 30

5.55

0.25

R a t...............

350

14

X

2

4

5.25

1.25

R a t...............

253.50

15

VIII

2

6.20

7.30

1.10

R a t...............

77

17

III

2

1.03

1.34

0.31

R a t...............

120

18

IV

1

7 45

8.46

1.01

R a t...............

168

20

V

1

3.10

5.35

2.25

X

2

4.15

5.25

1.10

midi 23

9.30

9 07

R a t...............

350

21

B a l...............

227

22

XL

R a t...............

100

20

X

2

3.15

Pigeon A ----

320

34

XX

2

1.04

Pigeon B__

3(0

35

XI

3

1.30

Pigeon C . . . .

266

36

XVIII

2

3 22

Pigeon D .. ..

316

37

VIII

2

j 4

Irnd. 1.50 22.40
1.27

0.23

Ifnd. 12.25 22.55
3.40

0.18

5.30

1.30

�— 74 —

— 73 —

C’est, pensons-nous, au peu de solubilité delà Nicouline et
par suite, à la lenteur plus ou moins considérable de sou
absorption, suivant la surface absorbante, qu’il faut attribuer
l’apparition plus ou moins rapide des phénomènes toxiques.
Ceux-ci peuvent ue pas se produire du tout lorsque le
poison, mal préparé, est administré au fur et à mesure qu’il
pénètre dans l’organisme.
De nos expériences résumées dans le tableau ci-joint, nous
croyons pouvoir conclure qu’il est presque impossible de
déterminer d'une manière rigoureuse la dose toxique de la
Nicouline pour une espèce animale. Il faudrait pour cela non
seulement savoir la quantité injectée, mais encore et surtout
celle absorbée et mise dans la circulation à un moment donné.

agitation, convulsions, hébétude, coma, par lesquelles passent
les sujets soumis à des doses toxiques. Mais nous croyons
aussi à une action propre du poison, qui, transporté par la
circulation, agit sur les différentes parties du système nerveux
moteur. C’est le système nerveux central qui est le premier
alîecté par la Nicouline. Les convulsions sont le premier symp­
tôme de l’excitation des centres nerveux.

Autopsies. — Dans l’empoisonnement par la Nicouline, la
mort survient souvent pendant uue crampe convulsive de la
respiration. (Expériences 36 et 37, pl. IX, fig. 3 et 3'.)
Si l’animal échappe à cette cause d’asphyxie, la mort sur­
vient plus tard par arrêt de la respiration et de la circulation
à la suite de la dépression générale.
Comme lésions anatomiques constantes, il existe une hypérérnie des enveloppes céphalo-rachidiennes et de la substance cor­
ticale du cerveau, une congestion des vaisseaux de l’encéphale
et de la moelle et des taches de congestion pulmonaire.
Le cœur est toujours en systole ventriculaire; les oreillettes
sont remplies de sang noir.
B. Action de la Nicouline sur l’encéphale et la moelle.
Nous avons toujours observé, à l’autopsie des animaux empoi­
sonnés par la Nicouline, une hypérémie assez considérable des
enveloppes céphalo-rachidiennes, une congestion des vaisseaux
de l’encéphale suffisant à expliquer les différentes phases :

Protubérance annulaire. — C’est dans la protubérance annu­
laire que les auteurs placent le centre des convulsions, celui
des mouvements généraux des membres, de la station de l'équi­
libre, ainsi que le centre des sécrétions salivaires, etc.
Les premiers symptômes observés dans nos expériences ont
toujours été des convulsions, précédées ou suivies d’une réso­
lution musculaire, qui va en s’accentuant. Les membres refusent
d’obéir à la volonté. La démarche, quand elle est possible,
est incertaine; l’animal s’avance lourdement et lentement; à
peine peut-il faire quelques pas; il tombe à droite, à gauche,
ou s’affaisse sur le train de derrière. Nous avons vu (expé­
rience 34) un pigeon faire une culbute complète la tète en avant.
Un rat intoxiqué peut être laissé eu liberté; quel que soit
son désir de s’échapper (désir bien naturel et qui se manifeste
par des efforts impuissants), il ne pourra parvenir à se mettre
en équilibre (expérience 16).
Dans l’expérience 33, nous avons vu le chien A rendre en
quelques heures une quantité de salive très abondante et que
nous pouvons évaluer à 1/4 de litre.
Il résulte de ces faits une action bien évidente de la Nicou­
line sur la protubérance annulaire.
Bulbe. — La physiologie de la protubérance se confond en
beaucoup de points avec celle du bulbe, et il est difficile de
circonscrire exactement dans chacun de ces organes un certain

�76
nombre de centres nerveux qui sont sur la limite de l’un ou
de l’autre. Ou admet généralement dans le bulbe les centres
suivants : centre respiratoire, centre d’arrêt ou de ralentissement
du cœur, centre du vomissement, centre du mouvement pour
la dilatation de la pupille, etc.
L’effet de la Nicouline sur ces divers centres est bien mis
en évidence par nos expériences et nos tracés.
Il faut attendre un certain temps avant de pouvoir constater
l’irrégularité et le ralentissement des mouvements du cœur.
Cette constatation est facile à faire et à enregistrer lorsqu’on
opère sur des reptiles ou des batraciens.; par contre, il est
plus facile d’observer la respiration chez les mammifères.
Ce n’est que longtemps après les premières contractions que
la respiration commence à se ralentir et à devenir pénible.
Elle prend le type qui passe pour caractéristique de la section
des pneumogastriques. Ce caractère nous autorise à conclure
qu’il y a paralysie des centres respiratoires.
Comme on peut s’eu convaincre en examinant nos tracés,
la respiration, eu se ralentissant, conserve et, quelquefois,
augmente son amplitude. L’animal peut succomber pendant
une crampe respiratoire.
La diminution du nombre des mouvements respiratoires est
un fait constant (voir nos tracés.)
Nous avons vu les pigeons et le chien avoir des vomisse­
ments fréquents sous l’influence de la Nicouline. Chez les
pigeons, les phénomènes de vomissements se manifestent les
premiers, alors même que le poison n’est pas administré à dose
toxique.
Les rats et les cobayes sont moins sensibles à ce point de
vue.
Nous avons souvent constaté une dilatatiou de la pupille
(Expériences 1, 33), d'autres fois nous avous eu des alternatives
de contraction et de dilatation. A la fin de l’empoisonuernent

77 —
on observe un relâchement complet des muscles de l’œil et
l’hébétude du regard. L’animal semble ne pas voir et reste
iusensible aux gestes qu’on peut lui faire. Nous avons noté
dans l’observation 1 des troubles de la vision.
Moelle. — La Nicouline est un exitant de la moelle dont
elle exagère le pouvoir réflexe.
C. — Action de la Nicouline sur la chaleur animale.
Nous venons de voir que sous l’influence de la Nicouline
on observait une diminution croissante dans le nombre des
mouvements respiratoires et que, parallèlement, les mouve­
ments cardiaques devenaient intermittents, irréguliers et enfin
se ralentissaient.
La chaleur animale, pensions-nous, doit donc varier en même
temps que ces facteurs (respiration et circulation). En effet,
les expériences 28, 29, 30, 31, 32 (tracé X, Fig. 4, 1, 3, 2, 3)
nous moutre que le thermomètre indique des températures de
plus en plus basses en rapport avec la durée de l’empoison­
nement. Ces températures, dans certains cas, peuvent devenir
sensiblement égales à celle du milieu ambiant.
11 nous semblait dès lors naturel d’admettre que chez nos
animaux en expérience, l’acide carbonique, produit constant
des combustions internes, devait être exhalé en quantités
variables et proportionelles aux températures observées.
La lecture du traité de la chaleur animale produite chez les êtres
vivants, par Gavaret, ancien doyen de la Faculté de médecine
de Paris, n’était pas de nature à modifier cette manière de voir.
Ce savant, essayant un appareil destiné à recueillir l’acide car­
bonique dégagé par un sujet eu expérience, s’exprime ainsi :
« Les mêmes sujets ont été soumis plusieurs fois de suite à
» l’observation et seulement à 24 heures d’intervalle. Les résultats

�— 78 —
»
»
»
»
»

de ces analyses nous ont prouvé par leur concordance remarquable et quelquefois par leur identité absolue que l’appareil
fonctionnait régulièrement. C’était aussi une manière indirecte
mais précise de démontrer que dans ces expériences les phénomèues de la respiration conservaient leur régularité normale. »
Ce qui veut bien dire qu’un sujet en expérience dégage, toutes
choses égales d'ailleurs, une quantité sensiblement constante d’acide
carbonique pendant un temps donné. D'après cela nous étions
fondé de croire que l’exhalation de l’acide carbonique, restant
la meme chez un sujet à l’état normal, ne devait varier que si
les conditions expérimentales seraient modifiées. L’intoxication
par la Nicouline représentait donc pour nous un facteur sérieux
de cette variation. Pour vérifier notre hypothèse et contrô'er
par conséquent notre manière de voir, nous nous proposions de
doser l’acide carbonique dégagé pendant un certain temps déter­
miné par un animal :
1° A l’état normal ;
2° Intoxiqué par la Nicouline ;
et de comparer ensuite les résultats obtenus.
Nos sujets en expérience étaient placés sous une cloche de
verre assujettie sur une cuve à mercure. L’intérieur de la cloche
était balayé par un courant d’air pur qui, à sou entrée et à sa
sortie, traversait des tubes remplis d’acide sulfurique et de potasse
destinés à absorber l’humidité et l’acide carbonique. De cette
façon l’animal vivait dans une masse d’air constamment renou­
velé dont la composition était maintenue sensiblement constante.
L’augmentation du poids de la potasse dans les tubes situés
entre l’appel d’air et la cloche indiquait la quantité d’acide
carbonique exhalé.
Nos expériences durèrent plus d’un mois et notre appareil
fut légèrement modifié à différentes reprises de manière à éviter
toutes causes d’erreurs. Les pesées ont été effectuées avec une
balance de précision sensible au 1/10 de milligramme.

79 —
Nous ne voulons pas entrer dans les détails de nos expériences,
cela nous mènerait trop loin. Qu’il nous suffise de dire que
chaque animal (2 lapins, 4 cobayes, 2 pigeons) fut soumis plu­
sieurs fois aux mêmes épreuves et dans des conditions identiques.
A chaque fois nous avons observé des résultats différents;
dans certains cas l’écart variait du simple au double.
Ceci se passait pendant les vacances, à une époque où les
bibliothèques sont fermées, et ce n’est qu’à la fin de septembre
que nous pûmes avoir connaissance des travaux de Régnault
sur la respiration.
Les conclusions de ce dernier ne sont pas celles de Gavaret;
il dit en effet que « les quantités d’acide carbonique exhalées
» par le même animal, dans des temps égaux, carient beaucoup
» suivant les diverses périodes de la digestion, l’état de mouve» ment et suivant une foule de circonstances qu’il est impossible
» de spécifier. »
De nombreuses expériences faites sur nos animaux nous ont
permis de constater des variations analogues à celles signalées
par l’éminent physicien.
Eu conséquence il nous a semblé complètement inutile de
poursuivre plus longtemps des recherches de cette nature. En
effet, comme l’acide carbonique, exhalé par un sujet normal,
varie suivant une foule de circonstances, il devenait impossible
d’arriver à des résultats concluants en opérant sur les mêmes
sujets empoisonnés par la Nicouline.

�— 81 —
matières vomies sont plutôt muqueuses et glaireuses que bilieuses
et porracées.
A ces premiers symptômes que l’on ne saurait attribuer
exclusivement à l’irritation locale, puisque tous ils s’observent
même lorsque le poison a été introduit par absorption cutanée,
viennent bientôt s’ajouter une prostration extrême des forces, un
état syncopal tout à fait caractéristique et qui peut amener la
mort presque subitement, le refroidissement de la peau, des crampes,
quelquefois des convulsions partielles ou générales, suivies de para­
lysies du sentiment et du mouvement.
L’action des poisons névrosthéniques est toujours très prompte,
et la mort qu’ils produisent, parfois subitement, n’est précédée
que de convulsions bientôt suivies de coma.
Quand les effets sont moins immédiatement funestes on
observe les signes d’une vive stimulation centrale, puis frémisse­
ment douloureux dans les membres; convulsions générales inter­
rompues par des intervalles de rémissions de plus en plus courts,
suffocation imminente, abolition du sentiment et du mouvement, coma.
On trouve une congestion très considérable des méninges céré­
brales et rachidiennes. Les poumons sont aussi souvent congestionnés.
Qu’elle qu’ait été la violence des symptômes, la guérison
n’est pas impossible.
Les lésions déterminées par ces poisons ne sont pas toujours
appréciables. Quelquefois il existe une congestion générale ou
partielle de l'encéphale et des poumons.
Les effets immédiats de l’empoisonnement par les narcotiques
sont la pesanteur de la tète, les vertiges, l’exaltation des sens,
la sécheresse de la gorge et de la peau, les nausées, les vomis­
sements, un assoupissement souvent profond dès le début, la réso­
lution des membres, l’injection de la face, la fixité du regard
avec resserrement et plus rarement dilatation des pupilles.
La respiration qui demeure haute et stertoreuse se ralentit consi
dérablement ; on ne compte plus que quelques inspirations / ar

CHAPITRE III.
Comparaison (le la Xicouliiie avec les antres poisons

Tardieu et Roussin, dans leur Etude médico-légale de clinique
sur l’empoisonnement, divisent les poisons en cinq groupes, dési­
gnés sous les noms de : 1° irritants et corrosifs; 2° hyposthénisants ;
3° stupéfiants ; 4° narcotiques ; 5° nevrosthéniques.
L’empoisonnement par les stupéfiants, disent ces auteurs, a
pour caractère essentiel une action directe, spéciale sur le système
nerveux, action dépressive qui répond à ce que l’on nomme en
sémiotique la stupeur, accompagnée parfois d’une irritation locale
toujours peu intense.
Les premiers effets de l’empoisonnement par les stupéfiants
sont ordinairement des malaises, des défaillances, de la céphalalgie,
des nausées, souvent des vomissements. Ces symptômes qui appa­
raissent quelques heures après l’iujection du poison, sont
promptement suivis de délire, tantôt paisible, tantôt agité et
compliqué d’hallucinations ou de coma, de paralysie et d’insensi­
bilité générale ou partielle; la face est altérée ; les pupilles sont
ordinairement dilatées; la respiration s’embarrasse et les malades
ne tardent pas à succomber soit dans les convulsions, suit dans le
coma.
Les premiers symptômes de l’empoisonnement à marche aiguë
par les poisons hyposthénisants consistent le plus souvent en
une saveur âcre et une conslriction douloureuse de la gorge, en
nausées ou vomissements et en évacuations alvines répétées. Les

r r n . ----------- *----------- ?

__ ____________

/

�— 83 —
minute. Ce ralentissement va en croissant jusqu’à la mort, qui est
souvent hâtée par la contraction des muscles thoraciques et du
diaphragme ou par des convulsions. La guérison est annoncée
par des sueurs abondantes et par le retour progressif de la
sensibilité et de l’intelligence.
Les lésions que déterminent les poisons narcotiques consis­
tent principalement dans une congestion sanguine très considérable
des principaux organes et surtout des poumons et du cerveau ; dans
la fluidité du sang qui est noir.
Nous avons eu soin dans cette rapide revue de mettre en
italique les symptômes qu’il nous a été donné d’observer en
étudiant les effets toxiques de la Nicouline, et nous voyons que
si ce nouveau toxique se rattache par quelques points aux groupes
des poisons hyposthénisants et névrosthéniques, il a sa place naturelle
à côté des dérivés de l’opium (morphine, narcéine, codéine, narcotine, papaverine, thébaïne, et leurs composés) et à côté des
stupéfiants, atropine, aconitine, conicine et nicotine

R ésum é .

Les faits nouvellement acquis à la science qui résultent de
ce travail peuvent se résumer comme suit:
1° Une étude histologique complète de la feuille et de la
tige du Robinia Nicou.
2° La composition élémentaire de cette plante et la découverte
de son principe actif, la Nicouline.
3° L’étude physiologique de ce poison énivrant sur les
animaux :
a) Son action sur l’organisme dans diverses conditions expéri­
mentales ;
b) Son action sur l’encéphale et la moelle ;
c) Son action sur la chaleur animale.
4° L’étude comparative de la Nicouline avec les autres poisons.

R

éflex io n s

fin a l es.

Qu’il nous soit permis, comme corollaire de ce travail, de
rappeler un vœu formulé par la Société botanique de France
et signalé à l’Administration des Colonies par M. le professeur
Heckel (Politique coloniale, 21 décembre 1893). Il s’agit de la
création de laboratoires de recherches botaniques coloniaux. Et
voici dans quels termes la Société botanique de France, sous
la présidence de l’éminent professeur Duchartre (de l’Institut),
émettait un vœu relatif à cette création :
« Considérant que les études botaniques pures et appliquées
ont intérêt, tant pour assurer la connaissance plus approfondie
des végétaux exotiques que pour concourir à la prospérité
agricole de notre vaste domaine colonial, à sortir du cadre de
la flore européenne, la Société botanique de France émet le
vœu de voir l’Administration centrale des Colonies françaises
créer, à l’imitation de ce qu’a fait la Hollande à Java (labo­
ratoire de Buitenzorg), un laboratoire auprès du Jardin des
Plantes de Saint-Pierre (Martinique), possession française la
plus rapprochée de la Métropole. Il serait à désirer que ce
laboratoire, comme celui de Buitenzorg (Java), fût ouvert à tous
les botanistes français et étrangers et dirigé par un savant
français. »
Le grand succès du laboratoire de Buitenzorg, les résultats
considérables obtenus par M. Calmette à l’Institut bactériolo­
gique de Saigon, constituent de sûrs garants de réussite pour
un projet qui, conçu et développé par des spécialistes comme
MM. Duchartre et Heckel, ralliera sans peine tous ceux qui
s’intéressent à la science et ont souci de la prospérité de nos
établissements d’outre-mer.

�EXPLICATION DES PLANCHES

P

Fig.

I.

Fig. II.

lanche

I

— Tige de 33 mill. de diamètre, il n’y a pas encore de forma­
tions tertiaires. Gr. 1/2.
— Tige âgée, montrant les formations tertiaires. Gr. 1/2.

Fig. III. — Tige âgée avec ses sillons. Gr. 1/2.
Fig. IV.

— Pétiole. Gr. 1/2.

Fig. V.

— Foliole du sommet, vue par sa face inférieure. Gr. 1/2.

Fig. VI.

— Jeune rameau portant une feuille transformée en vrille (a)
et un pétiole réfléchi (b). Gr. 1/2.

Fig. VII. — Hameau plus âgé portant un pétiole transformé en vrille.
Gr. 1/2.
Fig. VIII. — Sommet d’une foliole de la base, vue par sa face supérieure.
Gr. 1/2.
P lanche

Fig.

I.

—

Fig. II.

—

Fig. III.

—

II

Coupe transversale du pétiole, a. faisceau accessoire ;
b. poche sécrétrice; c. fibres; d. liber; e. cellule à tannin ;
f. vaisseaux ligneux. Gr. 136.
Coupe transversale dans une foliole, a. pied d’un poil ;
b. manche; c. Qagellum; d. membranes subériûées ;
e. tissu palissadique ; /. tissu lacuneux; g. faisceau
libéro-ligneux ; h. fibres; i. cellules scléreuses. Gr. 114.
Epiderme inférieur vu de face. a. stomate; b. pied et
manche d’un poil vus par transparence; c. flagellum.

Gr. 278.

�—

F ig . IV .

—

F ig .

V.

—

F ig.

V I.

—

F ig . V II.

—

86

—

Coupe transversale dans une tige jeu n e , a. c e l l u l e s à
t a n n i n ; b. v a i s s e a u x l i g n e u x ; c . i l ô t s d e l i b r e s ; d. p o c h e s
s é c r é t r i c e s ; e. l i b e r ; f. s u b e r . G r . 56.
Cellules pierreuses dissociées. G r . 136.
Amidon. G r . 36.
Fibres : a. c e l l u l e s

de bo rd u re;

le c r i s t a l a é t é d i s s o u s p a r

F ig .

IX .

—

b. c o r p s d e la l i b r e . G r . 5 6 .
Vaisseau ligneux jeune, montrant ses ponctuations. G r . 1 3 6 .
Coupe transversale dans un ilôt défibrés. ( M ê m e s l e t t r e s

Fig.

X.

—

Vaisseau ligneux âgé.

l ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e ;

F ig . V III. —

q u e ü g . V III)

G r. 278.
a. lu m en ;

h. c o n t e n u d u

v a isse au ,

a v a n t le t r a i t e m e n t à c h a u d p a r la p o t a s s e . G r . 56.

��Annales du Musée et de l’Institut Colonial de Marseille.

PI. II.

��CONTRIBUTION
A

ET

C H IM IQ U E

DU GENRE A D A N SO N IA

P ar le l)r C harles G ERBER
PROFESSEUR SUPPLÉANT A L’ÉCOLE DE MÉDECINE
PRÉPARATEUR DE BOTANIQUE A LA FACULTÉ DES SCIENCES
DB MARSEILLE.

MONTDIDIER
IMPRIMERIE A. RADENEZ

�/

TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES
HISTOIRE DE NOS CONNAISSANCES SUR LE GENRE ADANSONIA. 9

HISTOIRE BOTANIQUE..................................................................................... 9
H istoire thérapeutique ................................................................................18
H istoire chimique.............................................................................................23
UTILITÉ DE NOUVELLES RECHERCHES........................................................25
D escription du genre A dansonia L............................................. 26
Description de l’espèce A dansonia digitata L.......................... 27
D’après le Généra plantarum ..................................................... 27
D’après le Species plantarum . .......................................28
D escription de l ’espèce A dansonia G regorii F. Müll..................... 29
D escription de l’espèce A dansonia madagascariensis H. Bn.. 29

ANATOMIE DES ORGANESAXILES.......................................................33
T ige Adansonia Grègorii. Ecorce............................................. 33
Cylindre central.........................35
Moelle.........................................36
Adansonia digitata....................................................................... 36
Adansonia madagasc..................................................... 37
PÉDONCULE de la fleur . Adansonia Gregorii. Écorce . . . . 37
Cylindre central . 38
M oelle......................39

Adansonia digitata.......................................................................39
Adansonia madagasc................................................................... 41

ANATOMIE DES ORGANES APPENDICULAIRES........................................43
F euille . Adansonia Gregorii. Epiderme supérieur.....................43
Glandes.......................................45
Epiderme inférieur.....................45
Nervure principale . . . . . 43
Parenchyme et nervures second** 46
Adansonia digitata. Epiderme supérieur.....................47
Epiderme inférieur.....................49
Nervure principale.....................47
Parenchyme et nervures second'* 49
Adansonia madagasc. Epiderme supérieur.....................49
Epiderme inférieur.....................50

�-

8-

Nervure principale..................4‘J
Parenchyme et nervures second'*4 50
Calice. Adamonia Gregorii, Epiderme supérieur......................51
Epiderme inférieur......................51
Parenchyme et faisceaux . . . 52
Ad&lt;m8onia digatata. Epiderme supérieur . . . . . . 52
Epiderme inférieur.....................53
Parenchyme et. faisceaux . . . 53
Adamonia madagasc. Epiderme supérieur.....................53
Epiderme inférieur.....................53
Parenchyme et faisceaux. . . . 53
orolle. Adamorûa digitata. Epidermes................................... 54
Parenchyme et faisceaux . . . 54
Adamonia madagasc. Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux . . 55
Colonne staminale ..................
Adamonia Gregorii, Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux. . . . 5fi
Adamonia digitata. Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux. . . . 57
Adamonia madagasc. Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux. . . . 57
SECTION TRANSVERSALE DE L’OVAIRE................................
Adamonia Gregorii. Parois...............................
Cloisons............................
Centre........................... ...
Adamonia, digitata. Parois. . • ......................
Cloisons.....................
Centre.....................
Adamonia maelagasc. Parois. .............................
Cloisons.....................
Centre......................
SECTION LONGITUDINALE DE L’OVAIRE.........................
P éricarpe.
Adamonia Gregorii......................... 54
—

Ovule.
G raine et
T éguments

—

pulpe .
de la graine .

—
—
—
—

E mbryon

et albumen .

—
—
—

CONCLUSIONS.

—

d ig ita ta ........................................
m adagasc ....................................
G reg o rii .......................................
G reg o rii ......................................
G reg orii ........................................
d ig ita ta .........................................
m adagasc .....................................
G regorii .........................................
d ig ita ta .........................................
m adagasc .....................................

.

.

.

70
73

HISTOIRE l)E NOS CONNAISSANCES SUR LE liENRE AHANSOMA
HISTOIRE

BOTANIQUE

Aloysius de Cada-Moslo, navigateur vénitien (1432-1480),
est le premier voyageur qui ait parlé de Yarbre géant. C’est
dans les voyages, que la générosité de l’Infant du Portugal
don Henri lui permit de faire en Gambie (1455) et dans les
îles du Cap-Vert (1456) etc., qu’il trouva, à l’embouchure du
Sénégal, un Baobab de 112 pieds anglais de circonférence
(34 mètres). Il nous en entretient dans le Journal de ses
Voyages, édité par Ramusio en 1507 et traduit en français
par de Redouet, dans le Nouveau Monde (1517).
Des renseignements un peu moins vagues nous sont
donnés par un autre explorateur, André Thevet, né à
Angoulème en 1502. Après être entré dans l’ordre des
Frères mineurs de St-François d’Assise, avide de tout voir,
il fit de nombreux voyages. Lors de l’expédition qu’il dirigea
aux Terres Australes en 1555, il s’arrêta dans des îles
voisines du Sénégal; ses compagnons de route gravèrent
des noms sur certains arbres qui les avaient frappés plus
particulièrement; puis leur voyage continua....
De retour ù Paris, il publia ses observations dans un livre
in-quarto, intitulé : Les Singularités de la France antarc­
tique, autrement nommée Amérique, édité à Paris en 1558.
C’est dans le chapitre 10 de ce livre qu’il nous parle du
Baobab, sous le nom de: Arbre du Cap-Vert à feuilles de
Figuier.
« Il y a auprès du Promontoire nord, trois petites isles
« prochaines de terre ferme autres que celles que nous ap« pelons isles du Cap verd, assez belles pour les beaux
t arbres qu’elles produisent; toutefois elles ne sont habitées;

�—
—

10

—

« en l'une de ces isles, se trouve un arbre lequel porte des
« feuilles semblables à celles de nos figuiers; le fruit est
« long de deux pieds ou environ, gros en proportion, appro« chant des grosses et longues coucourdes de l’isle de Cypre.
« Aucuns mangent de ces fruits, comme nous faisons des
« sucrins et melons, et au-dedans de ce fruit est une graine
« faite à la semblance d’un rognon de lièvre, de la grosseur
« d’une fève; quelques-uns en nourrissent les singes, les
« autres en font des colliers pour mettre au cou, car cela est
a fort beau quand il est sec et assaisonné. »
Si les premiers voyageurs qui ont parlé du Baobab l’ont
dépeint en touristes et non en observateurs fidèles, — car
les feuilles de cet arbre, sont plus voisines de celles du
marronnier que de celles du figuier, — le premier botaniste
qui en ait écrit l’histoire, n’a pas fait preuve d’un esprit
d’observation plus scrupuleux.
Prosper Alpini, professeur de botanique célèbre à l’Uni­
versité de Padoue. éminent médecin (1553-1616), après avoir
séjourné six ans en Egypte et en Orient, publia en 1592, à
Venise : De Plantis Æ'gypti liber.
Au chapitre 17 de cet ouvrage in-quarto, nous lisons :
« On apporte de l’Ethiopie au Grand Caire un fruit que
t l’on appelle Baobab; il a la forme et la grosseur d’un
« citron, et contient des semences noires, dures, repliées
« en demi-cercle, enveloppées d’une chair semblable à celle
« des calebasses, mais rougeâtre et acide.......
« J’ai vu dans un verger du Caire un arbre de l’espèce de
« ceux qui portent ces fruits, il ressemblait parfaitement à
« l’oranger tant par sa grandeur que par la figure de ses
&lt;i feuilles. »
Parmi les cent quatre-vingt-quatre figures gravées sur
cuivre qui se trouvent dans cet ouvrage, il en est une qui a
la prétention de représenter un rameau de Baobab chargé
de feuilles, de fleurs et de fruits. Les feuilles y sont à limbe
entier, les fleurs, à quatre pétales, sont, ainsi que les fruits,
attachées deux à deux à Vextrémité d’un pédoncule très court
Tous ces détails, contraires à l’observation, semblent indi­
quer que l’imagination seule a présidé à la confection du
dessin et que la plante du Caire a été observée bien à la
légère, si tant est que ce fût un Baobab.
Quant à la description du fruit, elle a dû être faite d’après

_

11

—

un échan’illon d’une conformation défectueuse, non arrivé
à maturité et ayant perdu le duvet verdâtre caractéristique,
par le frottement d’un long voyage.
Charles de l’Ecluse ou Clusius (1525-1609) publia un
ouvrage, divisé en deux volumes in-folio intitulés: Rariores
et exoticae Plantae (1601 -Anvers), où 1385 plantes décrites
et figurées sont classées d’une façon peu scientifique. Le
premier volume est intitulé: Rariores plantae et comprend
6 livres; le deuxième volume: Exoticae plantae et com­
prend 4 livres, dont le premier traite des arbres et des
arbrisseaux. C’est dans le livre I, au chapitre 2, qu’il parle de
feuilles et de fruits envoyés sous les noms d’Abavo et d’Abavi
par Honorius Bellus et Garet. Ceux-ci les avaient eus de
quelques matelots anglais, revenus d’Ethiopie.
« Le fruit de l’Abavo, dit-il, ressemble parfaitement à celui
« que Prosper Alpini décrit si négligemment sous le nom de
&lt;r Boabab: il a environ un pied de long, seize pouces de
a circonférence, et est attaché à un pédoncule long de deux
« pieds et de la grosseur du doigt. Il est marqué dans toute
a sa longueur de quelques sillons peu apparents, un peu
« plus étroit à son origine vers le pédoncule, et terminé en
« pointe à l’extrémité opposée: son écorce, qui est épaisse
&lt;r et médiocrement dure, est recouverte d’un duvet verdâtre.
« Intérieurement ce fruit est parcouru dans sa longueur,
« depuis son pédoncule jusqu’à la pointe opposée par des
t nervures et des fibres entre lesquelles on voit une pulpe
« ou une substance blanchâtre, d’un goût aigrelet assez
« friable, qui renferme des semences dures, noirâtres, ayant
« la forme de petits reins remplis intérieurement d’une
« amande blanche, assez agréable au goût, et attachées par
« Vombilic à plusieurs filets contournés et comme fi'isés. Les
« feuilles de l’Abavo, suivant l’observation de Bellus qui en
c a élevé plusieurs pieds, ressemblent à la vérité à celles
&lt;t du citronnier dans les premiers jours de la naissance de
« cet arbre, elles sont alors sans pédicules; mais dès qu’il a
a pris la hauteur d’un pied et qu’il commence à se ramifier,
« alors les feuilles ne sont plus solitaires, elles croissent
« deux à deux, trois à trois, ou quatre, ou même cinq à cinq
« sur un pédicule commun, à peu près comme les feuilles
« du lupin ou du maronnier d’Inde, de manière que celle
« du milieu est plus grande que ses deux voisines, et celles-ci

�a plus que les autres. Les Portugais appellent le fruit de
« cet arbre Calabacera. »
La figure des feuilles et du fruit, gravée sur bois, qui
accompagne celte description, est, comme cette dernière,
exacte.
Un seul reproche peut être fait à Clusius; c’est d’avoir
indiqué plusieurs funicules à la graine, alors qu’il n’y en a
qu’un seul.
A la même époque, Jules-César Scaliger (1584-1658), grand
médecin de Vérone, écrivait à Agen où l’évêque A. de la
Rovère l'avait emmené, plusieurs livres sur les plantes,
entre autres: In Théophrasti de causis plantarum commen­
tant et Animadversiones in Théophrasti Historias plan­
tarum.
Dans De Subtilitate, Lib. VI, il décrit, sous le nom de
Guanabanus, le fruit du Baobab qui avait été apporté au­
trefois à Anvers du Mozambique.
. « Le Guanabanus, dit-il, a une écorce dure, sillonnée
« comme le melon et recouverte d’un duvet verdâtre, com« parable par la mollesse à celui du fruit du cognassier. A
« son extrémité supérieure, on voit un pédoncule ferme, épais
« et fibreux, par lequel il est suspendu aux branches des
arbres; son extrémité opposée se termine en pointe: ce
« fruit est rempli d’une pulpe blanchâtre, si friable qu’on
« peut, par la seule pression entre les doigts, la réduire en
« une poudre très fine; cette pulpe a un goût aigrelet; les
4 Ethiopiens s’en servent pour apaiser la soif dans les fièvres
4 ardentes; elle est parsemée de semences noires, semblables
4 à des reins, ou à celles de l’Anagyris, attachées par des
« fibres à leur ombilic; ces graines ayant été semées, don« nèrent de jeunes plantes à feuilles de Laurier, qui périrent
« aux premières approches de l’hiver. »
Le Suisse Gaspard Banhin (1560-1624) parle du Baobab
dans son Pinax, Livre II, c. X, sous le nom de Abavo arbor
radice tuberosa. Il dit avoir reçu d’Honorius Bellus le fruit
de cet arbre qui lui avait été envoyé de Crète, après, être
venu d’Ethiopie.
4 II égale la grosseur d’un melon et est recouvert d’un court
4 duvet. Ses feuilles sont quelquefois attachées seules à
« seulesj quelquefois deux, trois à trois sur un même

— 13 —
« pédicule; elles sont tantôt dentelées et tantôt sans dente« lures dans leur contour. x&gt;
Veslingius a publié, en 1638, des notes sur certaines parties
de l’ouvrage de P. Alpini: De Plantis yEgypti liber. Dans
ces notes intitulées: Obseroationes de Plantis Ægypti,
on trouve, à propos de la description par P. Alpini du
fruit du Baobab, les phrases suivantes:
« L’écorce de ce fruit est également dure et épaisse, sa
4 noirceur extérieure est un indice certain pour reconnaître
« son pays natal. Il est un peu ridé vers son pédoncule, et
« ensuite il s’arrondit comme la calebasse pour se termi« ner ou en pointe ou en rond, à l’extrémité opposée. Ce fruit
« sec, tel qu’on le vend en Egypte, étant coupé en travers,
« montre un amas de membranes fibreuses et longitudinales,
4 entre lesquelles sont logées les semences; en séparant ces
« membranes, on découvre les semences qui sont enveloppées
« d’une substance rougeâtre. Cette substance, pressée entre
« les doigts, se réduit facilement en une poudre très fine. »
Dans le cours de cette période de l’histoire du Baobab
(P. Alpini), nous ne rencontrons que des connaissances
vagues peu précises, altérées souvent par l’imagination.
Avec Lippi s’ouvre la phase d’observation exacte et de
description sérieuse. Augustin Lippi visita l’Egypte et périt
en Abysinie, en 1704, à l’âge de 26 ans, victime d’un voyage
entrepris dans cette contrée, par ordre de Louis XIV, à
une époque de trouble et de révolution.
II écrivit d’Orient à Fagon, Bondelot, Dodart, des lettres
scientifiques, avec des descriptions de plantes mentionnées
par Tournefort dans ses Institutiones. L’herbier de Lippi est
au Muséum d’Histoire naturelle, ainsi que la copie de ses
lettres et de ses notes autographes faite par lsnard. Dans
ce manuscrit, on trouve une description du Baobab, dont
il avait vu le fruit au Caire. Cette description est si bien
faite qu’Adanson, après l’avoir eue en communication de
De Jussieu, déclara que « Si Lippi eût vu l’arbre en nature
« et en fleur, il n’aurait rien eu à ajouter, après cet obser« vateur, sur cet arbre. »
En effet personne jusqu’ici n’avait vu l’arbre fleuri. Des
feuilles, des fruits, à une époque où le système sexuel de
de Linné venait de s’imposer, ce n’était pas suffisant pour
décider qu’elle place le Baobab, devait occuper dans le

�— 14 —
règne végétal, quelles étaient ses affinités, dans quelle
famille on devait le placer et s’il méritait d’être le type d’un
genre nouveau. Cette tâche était réservée au grand botaniste
provençal Adanson.
A la suite de son important voyage scientifique au Séné­
gal (1748-1753), il communiqua à l’Académie, en 1756, la
description complète du Boabab. Ce travail est analysé dans
PHistoire de l’Académie royale des Sciences (1761), page 77.
Enfin la même année, dans les Mémoires de Malhémati­
que et de Physique tirés des registres de l’Académie royale
des sciences parut, page 218, la communication complète
d’Adanson. Elle a pour titre: Description d’un arbre d’un
nouveau genre appelé Baobab obsercé au Sénégal par M.
Adanson. Deux jolies planches représentant les caractères de
l’arbre accompagnent ce mémoire. Dans l’une se trouve
un dessin qui, de tous ceux que nous possédons, donne la
meilleure idée de port, du Baobab.
Cette monographie, qui comprend 25 pages, est faite de
main de maître. Après elle, il ne restait plus rien à dire
sur la morphologie externe du Baobab. Aussi Linné, dans
son Généra plantarum, n° 836, et dans sou Species Plantarum, 3e édition, 1764, Tome II, page 960, dédie ce genre
h Adanson remplaçant le nom générique Baobab de P.
Alpini par le nom Adansonia et appelant l’espèce d’abord
A dansonia baobab, puis plus tard Adansonia digitata.
Ce genre a été décrit depuis dans tous les Généra: De
Candolle Prodomus /, 478; Endlicher, Généra N° 5297;
Bentham et Hooker, Généra plantarum, 209, N° 40, et enfin
H. Bâillon, Histoire des Plantes, Tome IV, page 155N°78.
C’est la description de ce dernier auteur que nous adopterons
comme la plus récente et la plus complète.
Pendant longtemps, on n’a connu qu’une seule espèce:
Adansonia digitata.
Allan Cunningham parle dans King’s Suroey, app. p. 2b
d’un arbre qu’il appelle Gouty stem Tree; le capitaine Stokes
cite ce même arbre dans Discooery in Australia, et le
baron Ferdinand von Mueller, en 1857, après une étude très
consciencieuse, reconnaît avoir affaire à une nouvelle espèce
de genre Adansonia; il l’appelle Adansonia Gregorii et la
diagnose en est faite dans Hooker’s Journal of Botany
and Kew Garden. Miscellany, IX, p. 14.

— 15 Cette espèce nouvelle est décrite plus tard d’une façon plus
complète dans Bentham: Flora australiensis, Tome I, page
123, et le port de l’arbre est représenté par Bennet dans
Bennels Gatherings of a naturalist in Australia, planche V,
texte, page 292.
Mueller reparle de cette espèce dans Plants indigenous
of the Colon y of Victoria described by F. Mueller. Vol. I,
Sterculiacées, page 155, 1862.
Bernier, qui était à Bourbon vers 1847, avait récolté à
cette époque, à Madagascar, une plante distincte de VA. digi­
tata. Plus récemment, M. Grandidier, trouva la même plante
dans l’Ouest de cette ile; enfin M. Bâillon, dans Adansonia,
Tome XI, page 251, décrivit cette nouvelle espèce, à laquelle
il donna le nom dM. Madagascariensis, en 1873.
Index Kewensis cite une quatrième espèce: A. Situla.
Elle a été décrite par Sprengel dans son Systema (Gotting'oes 1826) Tome III, page 124. On y lit:
« A. Situla: A. foliis simplicibus oblongis integerrimis
sp. or. (Ophelus sitularius Lour). »
De Candolle, dans Prodromus Systematis, Tome I. page
478, donne une petite description de cette espèce que per­
sonne n’a revue et qui est considérée généralement comme
très douteuse.
N’ayant pu en trouver d’échantillon dans aucun herbier,
nous la passerons sous silence.
D’ailleurs M. Bâillon, n’en parle ni dans son Histoire des
plantes, ni dans son Dictionnaire de Botanique ni dons
Adansonia.
M. le professeur Bâillon qui venait de caractériser d’une
façon si précise, la troisième espèce du genre Adansonia.
recevant de Madagascar des fruits de formes très différentes,
se demanda s’il n’existait pas plusieurs espèces dans le
produit que les explorateurs lui envoyaient sous le nom de
Reiné-ala. Il parvint à débrouiller cette question et à créer
trois espèces nouvelles, grâce aux échantillons que lui
procura M. Grandidier, le savant explorateur qui a consacré
sa vie à l’histoire physique, naturelle et politique de Mada­
gascar et qui ne recule devant aucun sacrifice pour mener
à bien la lourde triche qu’il s’est imposé. Nous ne saurions
mieux faire que de citer ici le chapitre que M. Bâillon à
écrit dans le Bulletin de la Société linnéenne de Paris.

�— 16 Tome Ipr page 844, sur les Baobabs de Madagascar: « Outre
a VAdansonia madagascarfensis H. Bn. que nous avons
« figuré dans notre atlas de la flore de Madagascar (PI. 79 A
« et 79 B), et VA. digitata, introduit dansl’ile et aux Comores,
« il y a d’autres espèces de ce genre encore fort incomplè« tement connues et sur lesquelles nous ne pouvons, vu
« l’état très imparfait de nos matériaux, donner que quelques
« renseignements uliles. Ces espèces seront de la sorte
« recommandées â toute l’attention des explorateurs de la
« grande île.
« Le Za est extrêmement distinct par son fruit de IM. ma« dagascariensis qui est le Reiné-ala. Ce fruit rapelle
« beaucoup par sa forme générale celui de certains Luffa.
« Il a un pédoncule épais et trapu, long de quatre cent, et
« large de deux. Son péricarpe cylindro-conique, à un axe
« un peu sinueux, est sur notre échantillon long de vingt-trois
« centimètres et large au plus de sept. Son grand axe est un
« peu sinueux. Sa surface, d’un brun foncé, est couverte
&lt; d’un duvet extrêmement court. Profondément, il est rou­
te geàtre et il renferme une pulpe qui, comme dans toutes
« les espèces connues, enveloppe étroitement les graines.
« Celles-ci sont courtement réniformes, mais non mûres
« sur notre échantillon. La pulpe est peu abondante, fari« neuse et acidulé.
« M. Grandidier qui a vu le Za au pays Mahafaly, dans
« le sud-ouest de l’île, se rappelle que c’est un arbre d’environ
4 vingt mètres, plus touffu et plus rarneux que le Reiné-ala,
4 aussi gros que lui, à base du tronc renflée. Les quelques
« feuilles que nous possédons, rapprochées au sommet d’un
« jeune rameau, sont assez longuement pétiolées (6—8 cent.),
« digilées, à 5, 6 folioles longuement pétiolulées (2 —3 cent.),
« lancéolées, acuminées, presque glabres. Leurs nervures
« secondaires sont nombreuses, inégales, fort peu obliques.
« La fleur très imparfaite que nous possédons, et qu’on dit
« rougeâtre, devait être supportée par un épais pédoncule,
« dont la cicatrice a environ un centimètre de diamètre.
« Son calice, incomplet, est coriace, tapissé intérieurement
x de nombreux poils blancs, couchés en long. Les pétales
« son! linéaires, longs de plus d’un demi-décimètre. Le tube
« de l’androcée est cylindrique et long de plus d’un demi« décimètre. La portion libre des filets est plus longue encore,

— 17 —
4 mais nous n’y voyons plus d’anthères. Nous nommerons
« cette espèce Adansonia Za. Au Ménabée, son écorce
4 servait, il y a plusieurs années, à faire des cordages; elle
« est aujourd’hui bien moins usitée ». Voir les pl. 79 C, D, L,
dans le 3e 4e fascicule de l’histoire physique, naturelle et
politique de Madagascar et notre planche IV, qui représente
un groupe à.'Adansonia Za d’après une photographie de
M. Rigal.
4 Le Fony est une autre espèce qui se trouve à la baie de
4 Saint-Augustin, mais qu’on suppose, en outre, croître sur
« toule l’étendue de la cote occidentale de l’île. C’est, dit-on,
4 un arbre très élevé et très élancé, dont les fleurs sont
4 rouges. On le croit bien distinct de VA madagascariensis,
« et nous le nommerons, provisoirement, A. Fony. Nous
4 avons sous les yeux ses jeunes feuilles, également com4 posées digitées et à folioles lancéolées. Mais celles-ci sont
« sesiles sur le pétiole commun, d’un vert terne, pèle et un
« peu glauque, et elles sont très nettement dentées-serrées.
4 Leur côte est très visible, et leurs nervures secondaires
« le sont très peu. Sur notre échantillon elles ne dépassent
« pas huit cent, de long. Le fruit ellipsoïde, a environ un
« décimètre de long et est un peu moins large. Son péricarpe
4 est mince, fragile, tout chargé d’un épais tomentum velouté,
« d’un brun un peu verdâtre. Les graines portent des traces
4 de la pulpe qui les englobait. Elles sont tout-à-fait réni« formes, longues d’un à un et demi-centimètre, brunes à la
4 surface, avec un embryon fortement plissé, comme celui
« des autres Baobabs. »
Enfin M. Bâillon a figuré dans l’atlas de la flore de Mada­
gascar de M. Grandidier (PI. 79 B, 79 E et 79 H), une autre
espèce dédiée à ce grand explorateur sous le nom de A.
Grandidieri. Le port de cet arbre est bien différent. On dirait
un immense pain de sucre dont la partie supérieure émettrait
à différentes hauteurs de très grosses branches; l’ensemble
du feuillage constitue un dôme très surélevé. Les fleurs sont
plus petites que dans les espèces précédentes et présentent
des pétales plus larges; le fruit est moins ovoïde que celui
de A. Za, mais il n’est pas sphérique comme celui de A.
madagascariensis; il ne présente pas de sillons.
Le tableau suivant permettrait peut-être de distinguer
quatre des espèces de Madagascar par le calice et la corolle,
2

�-

18

-

d’après du moins des renseignements très sérieux fournis
par divers explorateurs.
FONY

REINÉ-ALA
ou mailagascariensis.

ZA

| en dehors Vert velouté, Pourpre velouté. Vert.

DIGITATA

Vert.

calice en dedans Pourp. velouté. Jaunâtre rosé. Blanc jaunâtre. Blanc jaunâtre
dehors Carmin pâle, Carmin pâle.
corolle enen dedans
Carmin vif. Carmin vif.

Blanc jaunâtre. Blanc.
Blanc jaunâtre. Blanc.

HISTOIRE T H É R A P E U T I Q U E

Pendant que grâce à Adanson, M. Mueller et M. Bâillon
la morphologie externe du genre était faite d’une façon
complète, son histoire thérapeutique et chimique était étu­
diée non moins activement.
M. le docteur Bonnet, dans un mémoire lu le 14 novembre
1894 à la Société botanique italienne et publié dans le premier
fascicule du Nouveau journal de botanique italien en janvier
1895, dit « qu’il existe au Musée Egyptien de Turin; trois
« fruits entiers de Baobab, des graines et de la pulpe du
« môme arbre, provenant des cercueils de momies égyp« tiennes de l’époque pharaonique; on peut voir un fruit
« semblable au musée égyptien du Louvre. » 11 est donc
permis de supposer que dans l’antiquité, les Egyptiens uti­
lisaient ces produits, qui parvinrent plus tard en Europe.
En effet, on recevait, pendant le moyen-àge, en Europe, une
poudre farineuse que l’on croyait être un produit minéral
tiré de l’Archipel grec et que l’on appelait pour cela Terre
sigillée de Lemnos ou Terra Lcmnia.
Prosper Alpini, qui rencontra cette poudre au Caire, indi­
que le premier son origine végétale:
« Le fruit de Baobab se rencontre au Caire, dit-il, mais
a non à l’état frais. Les habitants se servent de sa pulpe
« réduite en poudre; c’est la terre de Lemnos.
« Chez nombre de gens il est fait un usage très familier
« de cette terre dans les fièvres pestilentielles, les crachements
« de sang, la lienterie, la dysenterie et le flux de sang
« hépatique. On s’en sertencore pour amener la menstruation.
&lt;r La dose de cette poudre passée au tamis fin est d’un
« drachme. Les médecins la font prendre en dissolution

19 —
« dans l’eau de plantain, ou en infusions ou en décoctions
« dans l’eau commune, pour les maladies ci-dessus. »
Prosper Alpini ajoute « qu’il a appris que dans les contrées
« brûlantes de l’Ethiopie où ce fruit croit naturellement, les
« habitants l’emploient comme un rafraîchissant pour la soif,
&lt;a les gens riches masquent son acidité avec un peu de sucre.
« On s’en sert pins particulièrement pour toutes les affections
« chaudes, dans toutes les fièvres putrides, surtout dans celles
« qui sont pestilentielles, soit en mangeant sa pulpe avec du
« sucre, soit en buvant son suc tiré par expression et mêlé
« avec une quantité suffisante de sucre, ou même réduit en
&lt;r sirop. »
Adanson a expérimenté sur lui-même, pendant son voyage
au Sénégal, la feuille de CA. digitata.
« J’ai profité avantageusement des vertus du mucilage de
« Baobab pour me préserver des fièvres ar dentes qui se répana dent comme une épidémie sur les naturels du pays, et
« encore plus sur les Européens qu’elle moissonne pour ainsi
« dire pendant les mois de Septembre et d’Oclobre, c’est-à-dire,
« dès que les pluies cessant tout d’un coup, le soleil vient à
« dessécher les eaux qui se sont arrêtées sur les terres.
« Dans ces temps critiques, je faisois une tisane légère avec
« les feuilles du Baobab que j’avois recueillies au mois d’Août
« de l’année précédente et fait sécher à l’ombre, en les suspen­
te dant au plancher, comme font ici nos Herboristes: cette
« tisane n’a point de goût; cependant lorsqu’on la fait trop
« forte et comme visqueuse, on y trouve un peu de fadeur, qui
« peut se corriger avec une très-petite quantité de sucre ou de
« racine de réglisse: j’en usois tous les ans pendant ces deux
« mois seulement, en prenant une chopine le matin, soit
« avant, soit après mon déjeuné, et autant le soir après la plus
« grande chaleur du jour, c’est-à-dire entre 5 et 10 heures:
(f j’en prenois aussi quelquefois vers le milieu du jour, mais
« ce n’étoit que lorsque je sentois quelque migraine qui m’an« nonçoit une fièvre prochaine. Par ce moyen, j’ai su prévenir,
« pendant cinq ans que j’ai demeuré au Sénégal, les diarrhées
« et les fièvres ardentes qui sont presque les seules maladies
« qu’on ait à craindre dans ce pays. Enfin, pour rendre plus
« frappans les bons effets de cette tisane, prise dans les temps
« critiques que je viens d’indiquer, il suffira de dire que dans
&lt;r le mois de Septembre de l’année 1751, où les fièvres ardentes

�—

20 —

&lt; furent plus répandues qu’on ne les avoit vues depuis plu« sieurs années sur l’isledu Sénégal, je continuai mes chasses
« et mes herborisations fatigantes avec autant d’ardeur que
« j’aurois pu le faire dans ce pays-ci; et qu’un de mes amis,
« qui but, à mon exemple, de la même tisane, fut le seul, avec
« moi, qui vaqua à ses occupations ordinaires, pendant que
« tous les autres officiers français étoient alités, chose qui les
« surprenoit fort, sur-tout ù l’égard de mon ami, dont le tempé« rament très-délicat leur sembloit plus susceptible des ima pressions du mauvais air qui paroît être la première cause
a des maladies épidémiques de celte saison.
« Un remède aussi innocent, aussi facile, et dontj’ai ressenti
« de si bons effets, devrait être employé dans ces temps pour
« prévenir non seulement les fièvres chaudes, mais même les
« ardeurs d’urine, qui sont très-fréquentes pendant la haute
« saison, c’est-à-dire depuis le mois de Juillet jusqu’à celui de
« Novembre. L'expérience m’a appris que cette tisane seule
« suffit, pourvu qu’on s’abstienne du vin pendant qu’on en
« fait usage. »
Depuis, beaucoup de voyageurs ont parlé des vertus du
Baobab; nous ne citerons que les travaux des docteurs qui
ont étudié la question.
Le Bulletin des sciences de la Société philomatique de
Paris, année 1822, contient, page 105, une article intitulé:
Notes sur les propriétés médicales du fruit de Baobab,
signé IL-C.
On y lit: « Le docteur Franck, premier médecin et conseiller
« privé de Mme la duchesse de Parme, vient de publier
« quelques détails sur l’emploi du fruit de Baobab, le géant du
a règne végétal, que les naturalistes ont classé dans la famille
« des malvacées, sous le nom d’Adansonia, nom qui rappelle
« les travaux aussi utiles que nombreux d’un naturaliste que
« la France s’honore d’avoir produit, d’Adanson.
« Parmi les objets que les caravanes de la Nubie et du
« Darfour apportent au Caire, on trouve le fruit du Baobab,
« que les habitants du pays appellent Kabhab.................
« Les habitants de la Nubie, du Darfour et de l’Egypte,
« regardent ce fruit comme un remède très efficace dans
• plusieurs maladies, et surtout dans la dysenterie, affection
&lt;r si redoutable chez eux, par la rapidité de sa marche.
« Dès les premiers symptômes de cette maladie, ils obser-

—

21

—

« vent une diète rigoureuse et boivent une légère décoction
&lt;r de tamarin; si le mal ne cède pas bientôt, ils emploient le
a fruit du Baobab, que quelques-uns font précéder de petites
« doses de rhubarbe.
« C’est la substance rouge du fruit qui passe pour la plus
« efficace d’abord; mais au bout de quelques jours, s’il n’y a
« pas d’amendement, on en pile l’écorce et on en fait avec
« l’eau une pâte dont on administre plusieurs fois par jour
« gros comme une châtaigne; quelquefois même on fait torré« fier les graines, on les pile et on en fait prendre au malade
« plusieurs doses dans la journée; mais la partie la plus active
a est évidemment la substance friable.
« Non content de ces renseignements, le docteur Franck a
&lt;i voulu essayer lui-même le médicament dont nous parlons;
« le premier malade sur lequel il l’a essayé était exténué par
« une dysenterie qui durait depuis vingt-cinq jours; le fruit
« du Baobab le rétablit en peu de jours comme par enchan« tement et même contre l’attente de celui qui l’administrait.
« Encouragé par un succès aussi marqué, il employa ce
« remède chez plusieurs autres malades, avec un égal avan« tage, et en particulier sur son collègue et ami Cérisolle,
« atteint d’une dysenterie chronique, tandis que M. Assalini
« que nous avons vu naguère à Paris, témoin de cette dernière
« guérison, l’employait également avec succès de son côté. »
En 1848, les frères Duchassaing, médecins à la Guadeloupe,
essayèrent l’écorce du Baobab dans les fièvres paludéennes;
ils n’obtinrent que trois insuccès sur quatre-vingt-treize cas
bien constatés; aussi en firent-ils un antipériodique de haute
valeur.
M. le docteur Rançon, médecin de la marine, dans sa récente
thèse sur la Dysenterie endémique des pays chauds et notam­
ment au Sénégal (Faculté de Lyon 1886) dit, page 90, à propos
de la thérapeutique noire employée dans la dysenterie au
Sénégal: « On prend des feuilles de Baobab ou Gouye en
« yolof. On les broie légèrement dans l’eau et on fait chauffer;
« la liqueur est filtrée à travers un linge. Les feuilles séparées
« de l’eau et connues sous le nom de Lalo sont placées en
« cataplasme sur le ventre du malade, l’eau lui sert de tisane
a pendant les premiers jours de la maladie. Cette boisson
« laxative facilite les selles. Le cataplasme de lalo, très émol« lient, prévient les coliques.

�« Le fruit de Baobab nommé Pain de singe, en yolof Bouge,
&lt;i est également légèrement laxatif. On en fait une tisane d’un
« goût agréable qui est administrée pendant tout le cours de
« la maladie. Le pain de singe est considéré par tous les indi« gènes comme le médicament antidysentérique par excellence.
« Il est mélangé aux aliments mêmes. Ainsi l’indigène se
a nourrit surtout de bouillie de farine de mil avec du lait
« caillé. On désigne ce mélange sous le nom de Sanglé. Lors« qu’il est atteint par la dysenterie, il mélange le pain de
« singe à cette bouillie. »
« Enfin le docteur Garnier, médecin de la Marine, dans
a sa thèse (faculté de Montpellier 1888), intitulée: Souvenirs
« médicaux du poste de Sedhiou (Cazamancc) dit page 29:
« Son fruit est utilisé dans l’alimentation par les noirs qui
« l’ajoutent au Couscous; dans la thérapeutique, par les
« mulâtres, contre la diarrhée ou la dysenterie- Il nous a
« été loisible de l’expérimenter plusieurs fois dans la première
« affection, et si nousjj^rrons pas constaté d’action efficace
« bien marqué, nous ne lui avons pas trouvé non plus d’in« convénient: il nous a paru agir comme substance rafrai«chissante, tempérante, se rapprochant tlu tartrate de
« potasse. Quelque peu de pulpe en macération dans l’eau
« donne une tisane fort agréable et calmant bien la soif,
« dans la fièvre, par exemple. Ses feuilles sont mucilagi« neuses et émollientes. On les emploie fraîches ou sèches,
c Sous cette dernière forme c’est le « lalo ». Étant au bout
« de notre provision de tourteaux de graines de lin, nous
« nous en sommes maintes fois servi avec succès, suivant
« le conseil d’un commerçant de Sedhiou. »
Telle est l’histoire thérapeutique du Baobab. Nous avons
peu de renseignements sur les usages des autres Adansonia
en exceptant seulement VA. madagascariensis qui a fait
l’objet d’une étude très intéressante de M. le Professeur
Bâillon. On lit dans cette étude, publiée dans le Bulletin
mensuel de la Société linnéenne de Paris, tome I, page 539.
« Le Reiné ala — c’est le nom malgache de l’Adansonia
« madagascariensis — offre une écorce textile qui sert à
« couvrir les cases et à faire des cordages. Le bois est tendre
« et spongieux: à l’époque de la végétation active, il fournit
« par incisions une sève qui n’est guère que de l’eau et qui
« est bonne à boire. Il y a à Mouroundava, des maisons de

« commerce qui exploitent en grand les semences. M. Grevé
« ne dit pas quel usage on en fait; mais je suppose qu’il doit
« s’agir d’une extraction d’huile. Les fruits renferment, outre
« les semences, une pulpe comestible, analogue, sans doute,
« à celle du Baobab commun; mais ce qu’il y a de remar« quable, c’est que les maisons de commerce dont il est
« question exploitent aussi la portion la plus blanche et la
&lt;( plus molle de l’écorce. Peut-être est-ce pour en tirer une
« substance gommeuse ou mucilagineuse, cette sorte de
« suc laiteux dont parle Bernier. »
HISTOIRE CHIMIQUE

L’attention des chimistes devait être attirée par la cons­
tatation du mucilage et de l’acidité faite depuis si longtemps.
Vauquelin déjà (Mémoire du Muséum d’Histoire Naturelle,
t. VJII, page 1, et Journal de pharmacie et de chimie, 1823)
étudie le Baobab.
Il trouve dans la graine une matière se dissolvant dans
l’eau et qu’il appelle fécule soluble; c’est réellement du
mucilage.
M. Stanislas Martin, croit trouver, dans la même espèce, un
alcaloïde: l’adansonine.
L’étude chimique du Baobab a enfin été faite complètement
par MM. Heckel et Schlagdenhaufen dans un long travail
paru dans le Journal des nouveaux remède&gt;*, en 1888.
Ils y constatent la présence de l’acide acétique, de l’acide
tartrique. de la glucose, du tannin, du mucilage dans la
pulpe; de corps gras et du mucilage dans la graine, de sels
alcalins en grande quantité dans le fruit, de la glucose avec
du mucilage dans les feuilles, de cire et de tannin dans
l’écorce. Ils constatent l’absence de tout alcaloïde (adatisonine) et de saponine.
Grâce à ce remarquable travail où l’on trouve une analyse
complète quantitative des différents éléments, on s’explique
facilement les emplois thérapeutiques de chaque partie du
végétal; de plus on y trouve ébauchée l’anatomie de l’Adan­
sonia digitata.

�— 24 —
Nos recherches, opérées malheureusement sur trop peu
de produit, nous ont permis de constater qualitativement
dans les deux autres espèces principales: A. Gregorii et
A. madagascariensis, les mêmes principes, avec une faible
quantité d’acide malique (?) dans A. madagascariensis.

UTILITÉ DE NOUVELLES RECHERCHES

t

Tel est l’ensemble de nos connaissances actuelles sur le
genre Adansonia. Ne reste-t-il pas quelque chose à faire
pour compléter son étude au point de vue de la botanique
médicale?
La thérapeutique d’abord, puis la chimie ayant fait con­
naître les principes médicamenteux des trois espèces
principales du genre Adansonia; n’y aurait-il pas utilité à
chercher la localisation de ces principes dans les organes
de ces plantes, avec le secours du microscope et de quel­
ques réactifs microchimiques, à voir dans quelle espèce et
dans quel tissu ils existent en plus grande abondance?
Enfin, puisque pour arriver à ce résultat, il faut faire des
coupes dans les diverses parties des Adansonia, il convien­
drait peut-être d’en profiter pour rechercher si l’anatomie
ne donnerait pas de nouveaux caractères différentiels et de
rapprochement, pouvant s’ajouter aux caractères de mor­
phologie externe si bien saisis et décrits par Adanson,
MM. Mueller et Bâillon.
Déjà M. Trécul en 1862 communiquait à la société philo­
matique de Paris le résultat de ses patientes recherches
sur la formation du mucilage chez les Malvacées, le tilleul
et les Sterculiacées. « Le mucilage des Malvoïdées, disait-il,
a ne résulte pas d’une métamorphose des membranes de
« cellulose, ainsi que cela devrait avoir lieu suivant l’opinion
&lt;l de M. H. Karsten. Ce mucilage n’est pas non plus produit
« par l’amidon. » Il combattait ainsi l’application aux Mal­
vacées de la singulière théorie de Naegeli sur le dédou­
blement de l’amidon dans les graines de lin en huile qui
remplirait les cellules de l’endosperme et en mucilage qui

�s’accumulerait dans les cellules épidermiques. Des cellules
spéciales, pour lui, donnaient, le mucilage. Dans cette im­
portante étude qui a paru dans Adansonia, tome VII, page 248,
M. Trécul prouve que les canaux gommeux des Malvacées
se forment par liquéfaction des cellules à mucilage réunies
en amas plus ou moins considérables.
M. le professeur HecUel en 1888 découvre dans le Baobab
les lacunes à mucilage et ébauche l’anatomie de cette espèce.
Sous la bienveillante direction de ce cher Maître, grâce aux
précieux matériaux qu’il a bien voulu mettre ù notre dispo­
sition et aux échantillons rares que nos Maîtres MM. Bureau,
professeur, et Poisson, assistant au Muséum d’histoire na­
turelle de Paris, nous ont confiés, nous allons essayer de
contribuer à la résolution de ces questions en nous bornant
à l’étude des trois espèces principales: A. Gregorii, A. digitata, A. madagascariensis, les autres gravitant autour de
cette dernière espèce.
Auparavant nous donnerons la diagnose du genre Adan­
sonia et celles de ses trois représentants principaux.
DESCRIPTION DU GENRE ADANSONIA L.

(Bâillon. — Histoire des plantes, IV. 1873, p. 155).
Galyx*1) ovoideus v. oblongus, demum sub campanulatus,
5-fidus, intus sericeus, valvatus, deciduus. Petala (malvacea)
calyce multo longiora, oblonga v. obovata, convoluta. Stamina oo; columna ima basi cum corolla connata, mox soluta in
filamentaoo, longiuscula, 1-antherifera; antheris terminalibus reniformibus, 1-locularibus. Germen liberum; loculis 5-10,
oo ovulatis; stylo apice in ramos brèves 5-10, stigmatosos
stellato-patentes, diviso. Fructus oblongus, nunc obovoideus
v. subglobulosus lignosus, indehiscens; loculis pulpa fari(1) Calice ovoïde ou oblong, enfin subcampanulé, 5-fide, soyeux en
dedans, valvaire, caduc. Pétales (de malvacée) beaucoup plus longs que
le calice, oblongs ou obovales, tordus. Etamines 00 ; colonne staminale
connée par la base avec la corolle, bientôt après divisée en 00 filets, un
peu longs, à une seule anthère; anthères terminales, réniformes, uni­
loculaires. Ovaire libre; 5-10 loges 00 ovulées; style divisé au sommet
en 5-10 branches courtes, stigmatifères rayonnant en étoile. Fruit
oblong, tantôt obovoïde, tantôt subglobuleux, ligneux, indéhiscent;
loges remplies d’une pulpe farineuse. Graines 00 , nichées dans

DESCRIPTION DE L ESPECE ADANSONIA DI GIT AT A L.

Cette espèce a été créée par Linné d’après la description
qu’Adanson en avait publiée dans les Mémoires de l'Académie
des Sciences (1761). Comme cette espèce à elle seule consti­
tuait alors le genre Adansonia, nous donnerons pour sa
diagnose : 1° La description du genre faite par Linné dans son
Généra plantarum; 2° les quelques mots qu’il a ajoutés dans
son Species plantarum. D’ailleurs, dans son S'jstema Vegetabilium (14* édition, p. 620), Linné, pour la description de
l’espèce, renvoie à celle du genre.
G én éra p la ta ru n i.

(8* édition, — 1789 — P. 462).
Cal.*1) — Perianthium monophyllum, semiquinquefîdum,
cyathiforme; laciniis revolutis; deciduum.
la pulpe plus tard desséchée, réniformes-globuleuses ou angu­
leuses; tégument épais; hile latéral; embryon peu albuminé, arqué,
à cotylédons fortement contortupliqués et enveloppant la radicule
légèrement recourbée. — Arbres ; tronc court et très gros, de diamètre
énorme; rameaux étalés ou parfois recourbés, rayonnant au sommet du
tronc en une chevelure large et touffue; feuilles digitées; folioles 3-9,
entières, très brièvement pétiolées; stipules caduques; fleurs axillaires,
solitaires, pédonculées, pendantes; 2 bractéoles. (Afrique trop., Asie
trop. !, Australie.)
(1) Cal. — Perianthe monophylle, semiquintifide, en forme de coupe;
divisions réfléchies; caduc.

�Cor. — Petala quinque, subrotunda, nervosa, revoluta,
unguibus tubo staminum innata.
Stam. — Filamenta numerosa, interne in tubum coalita,
ipsumque coronantia, horizontaliter patentia. Antherae reniformes, incombentes.
Pist. — Gerrnen ovatum. Stylus longissimus, tubulosus,
varie intortus. Stigmata plura(lO), prismatica, villosa, radiato-patentia.
Fr. — Capsula ovalis, lignosa, no.n dehiscens, decemlocularis, pulpa farinacea, dissepimentis menabranaceis.
Sem. — Numerosa, reniformia, subossea, pulpa friabili
involuta.
Species plantaruni.

(3e édition — 1764 — Tome IL P. 960).
Adansonia Baobab.
Baobab. — Alp. ægypt. 66. t. 67.
Baobab s. Abavi. Bauh. hist. I. p. 110.
Abavo arbor, radice tuberosa. Bauh, pin. 434.
Guanabanus Scaligeri. Bauh. hist. I.p. 109. Raj. hist. 1371.
Habitat O) in Sénégal, Ægypto. /?.
Genus et Habitus nirnium affinia Bombaci; dijfert enim
fructiJicatiOj tantum farina obducente semina loco lanœ.
Cor. — Pétales au nombre de cinq, presque arrondis, nerviés, soudés,
par les onglets au tube staminal.
Etam. — Filets nombreux, soudés en tubes à la partie Inférieure
formant une couronne au-dessus de ce dernier, en s’étalant horizonta­
lement. Anthères réniformes, incombantes.
Pist. — Ovaire ovoïde. Style très long, tubuleux, contourné de diffé­
rentes manières. Plusieurs stigmates (10), prismatiques, velus, étalés en
rayons.
Fr. — Capsules ovoïde, ligneuse, indéhiscente, à dix loges, renfer­
mant une pulpe farineuse; cloisons membraneuses.
Gr. — Nombreuses, reniformes, subosseuses, entourées d’une pulpe
friable.
(1) Se trouve au Sénégal, en Egypte. Arbre.
Par sa physionomie et son port, présente de très grandes affinités
avec les Bombax ; en effet la différence réside seulement dans le fruit
dont les graines sont recouvertes d’une matière farineuse au lieu de
poils.

DESCRIPTION DE L ’ ESPÈCE ADANSONIA GREGORII

F. Von MÜELLER.
(KookePs Journal of Botany and Kevo Garden Miscellany,
IX — 1857 — p. 14) O)
F o lio lis 4-9 petiolulo orbatis, subtus cano-velutinis;
calyce in lacinias 2-4 fere basistenus rumpenle; pedunculis
rectis; petalis 5 raro paucioribus, oblongo-cuneatis in basin
longe angustatis liberis; stylo stamina derrium paulo excedente, recto, basim versus dense tomentoso; antheris subcordatis; stigmatibus 5-8 barbatis; capsula ovata vel piriformis,
exsulca.
llab. In planitiebus orariis et ripariis, ad flumina Victoria
et Fitz Maurice, ad promontorium Point Pearce alibique.
DESCRIPTION DE L’ESPÈCE ADANSONIA MADAGASCARIENSIS

(Adansonia. — T ome

H. BAILLON.
VI. Mars 1873 — Juin 1876 — p. 251).

Arbor&lt;3&gt;eximia (ad 30 métra alta) crassa, basi nonnihil dilatata nudata erecta; cortice lævi ; ligne molli; coma, ut
videtur, dense ramosa. Folia (adulta haud visa) longe gracileque petiolata ; limbi digitati foliolis sæpe 7, lanceolatis,
(1) L’ouvrage est extrêmement rare. Nous devons la communication
de cette description à l’obligeance de M. Franchet, du Muséum.
(2) 4-9 folioles dépourvues de pétiolule, blanches-veloutées en
dessous; calice se partageant presque jusqu’à la base en 2-4 divisions;
pédoncules dressés; 5 pétales rarement moins, oblongs et en forme de
coin, longuement rétrécis à la base, libres; style à la fin un peu plus
long que les étamines, droit, couvert à la base d’un tomentum épais ;
anthères, subcordiformes ; 5-8 stigmates barbus; capsule ovoïde ou
piriforme.
Ilab. Plaines avoisinant les rivages et les côtes, près des fleuves
Victoria et Fitz Maurice, au promontoire Point Pearce et ailleurs.
(3) Arbre remarquable (haut d’environ 30 mètres) gros, un peu élargi
à la base, dénudé, dressé; écorce lisse; bois mou; sa chevelure parait
dense et rameuse. Feuilles (vues non adultes) présentant un pétiole
long et grêle; limbe digité, souvent à 7 folioles, lancéolées, glabres.

�— 30 —
glabris. Flores soliiarii v. racemosi (?) inramulo laterali
lignoso rigido pauci speciosi ampli (ad 10 cent, in alabastro
adulto longi) ; sepalis lineari-elongatis coriaeeis crassis
valvatis, extus dense (in sicco) fnscato-villosis, intus petaloideis (coccineis), demum reflexis. Petala (miniata) longe (ad
15-20 cent.) lineari auguslala acuta, arle sub antbesi cum
sepalis reflexa apiceque spirali-contorta. Stamina oo, perianthio breviora; filamentis basi in tubum rectum subcylindricum (ad 1/2 decim longum) connatis, superne liberis filiformibus; antberis reniformi-suborbicularibus, versatilibus;
loculo marginali circinali-rimoso. Germen breviter ovoideum,
extus pilis rigidis rectis cum styli basi densi birsutum;
obovato-o! longis, inlus dense stigmalosis. Ovula in loculis
oc, 2-serialim descendentio. Fructus (ut in gencre) corticatopulposus ellipsoideus (ad 15 cent, longus, 10 cent, latus);
stylo gracili androcæo longiore, cum germine inferne intra
tubum androcæi vaginato, apice stellatim 5-lobo; lobis patulis
cortice duro, extus dense virescenti villoso (in-sicco fuscato);
pulpa molli copiosa sapida (albido-violacea). Seminaoo, in
pulpa nidulantia reniformia (ad 1 1/2 cent longa); testa coriacea subcrustacea nilida (fuscata); albumine mucoso inter
Fleurs solitaires ou en grappes(?), disposées, sur un petit rameau
latéral ligneux et rigide, peu nombreuses, belles, grandes (longues
à l’élat adulte, d’environ 10 cent, à partir de la base); sépales linéairesallongés, coriaces, épais, vulvaires, fortement velus et bruns à la face
externe (lorqu’ils sont secs), pélaloïdes (écarlates) à la face interne,
enfin réfléchis. Pétales (d’un rouge éclatant) longuement (environ
15-20 cent.) linéaires, étroits, aigus, étroitement réfléchis, lors de
l’anthèse, contre les sépales et tordues, spiralés au sommet. Etamines
OC- plus courtes que le périanthe: filets connés à la base en un tube
droit subcylindrique (long d’environ 1/2 décim.), libres et filiformes à la
partie supérieure; anthères, rémformes-suborbiculaires, versatiles,
à loge marginale présentant des sillons circulaires. Ovaire brièvement
ovoïde, follement recouvert à l’extérieur, ainsi que la base du style, de
poils raides, droits; style grêle, plus long que l’androcée, contenu à
la partie inférieure, ainsi que l’ovaire, dans le tube de l’androcée, étoilé
au sommet en 5 lobes; lobes étalés, obovales-oblongs, fortement stigmatifères à l’intérieur.
Loges Zf- , renfermant des ovales descendant en 2 séries. Fruit (comme
dans h' genre) corliqué et pulpeux, ellipsoïde (long de 15 cent., large
de 10 c&lt; ni.); éc&lt; rce dure, fortement velue et verdâtre à l’extérieur
(brune à sec); pulpe molle, abondante, sapide (blanchàtre-violacée).
Graines OC, éparses dans la pulpe, rénifonnes (longues d’environ
1 cent. 1/2); tégument coriace, subcrustacé, brillant (de couleur brune);

— 31 —
plicas embryonis lamellato; radicula conica leviter arcuata;
cotyledonibus planis amplis valde convolutivo-plicatis. Species, insignis, hucusque, ut videtur, ignola, sat frequens
in Madagascaria occidentali, haud procul a mare invenitur
ibique olim a Dernier et nuperrime a cl. A. Gt andidier,
collecta est (Herb. Mus par.)

albumen muqueux, formant une couche mince entre les plis de l'em­
bryon ; radicule conique, légèrement recourbée; cotylédons plans,
larges, très plissés-convolutés.
— Espèce remarquable, paraissant inconnue jusqu’ici, assez répandue
à l’ouest de Madagascar; se rencontre non loin de la mer et a été
récoltée là autrefois par Bernier et tout récemment par l’illustre
A. Grandidier (Herb. du Mus. de Par.).

�ANATOMIE DES ORGANES AXILES
TIGE
Adansonia Gregorii.

Un jeune rameau d’un an, d’un centimètre de diamètre,
présente une coupe dont le rayon est divisé en trois parties
égales par trois cercles concentriques limitant: la moelle,
le cylindre central, l’écorce.
Écorce. — Pas d'Épiderme. Le suber est formé de 2 à
4 assises de cellules aplaties, à parois légèrement épaissies
et superposées dans les assises successives; au-dessous est
un phelloderme formé de 4 à 5 assises cellulaires semblables
au suber, mais à parois incolores. Vient ensuite le paren­
chyme cortical différencié en portion externe et portion
interne.
Les cellules de la partie externe forment 4 ù 5 rangées;
elles sont irrégulières, souvent recourbées dans un sens ou
dans l’autre, mais elles ne laissent pas entre elles de méats.
Leur paroi, un peu épaisse et incolore, limite une cavité
remplie d’une masse homogène, d’un rouge-jaunâtre uni­
forme. A l’examen de la coupe (pl. I, fig. 1) on croirait
avoir sous les yeux de petites nappes rouges, séparées par
de petites bandes blanches.
Si l’on traite, dans un verre de montre, .les coupes par une
goutte d’une solution très étendue de perchlorure de fer et,
qu’après lavage, on monte sur une lame la préparation, les
nappes rouges prennent une coloration noir-violacé; ça et
lù, dans ce parenchyme cortical externe, on observe quelques
cellules plus arrondies présentant dans leur intérieur des
màcles d’oxalate de chaux cristallisé en octaèdres. Ces
octaèdres sont si nombreux que les mâcles ont l’aspect d’une

�- 34 —
petite sphère hérissée de poinlements sur toute la surface;
la rnàcle remplit généralement toute la cellule.
Ainsi, des deux formes cristallines de Poxalate de chaux,
prisme droit à base carrée et prisme oblique à base rhombe,
nous ne rencontrerons ici, de même que dans tous les organes
des trois espèces d'Adansonia, que la première forme, et
encore est elle toujours représentée par des cristaux octaé­
driques groupés en màcles et non isolés. Jamais de raphides
qui, comme l’on sait, sont les groupements préférés des
aiguilles très allongées du système triciinique.
La portion interne du parenchyme conical présente les
mêmes cellules à tannin, moins irrégulières peut-être; mais
elle offre des solutions de continuité (/) disposées suivant
deux cercles concentriques. Ce sont les lacunes à mucilage,
sphériques, ou assez souvent légèrement allongées dans le
sens de la longueur de la tige; elles ont pour parois les
cellules à tannin et à oxalate du parenchyme environnant.
Le microscope révèle dans leur cavité des débris de parois
cellulaires intactes, flottant, avec des cristaux d’oxalate et
des goutelettes de tannin, dans une masse qui, présente, sur
la coupe, une surface ondulée tremblotante. Examinée plus
attentivement, cette masse se montre formée de parois
cellulaires extrêmement gonflées, gélifiées; les différentes
lamelles cellulosiques qui constituent ces parois se retrouve nt
en partie, mais très espacées les unes des autres et séparées
par une gelée. Ça et là sur les bords des lacunes, on voit
des cellules déchirées dont les parois latérales flottent dans
la cavité.
Les lacunes ont des dimensions différentes: les unes, très
petites, atteignent 1/4 de millimètre, les autres 1 millimètre
de diamètre. La composition de leur contenu, la présence
de cellules déchirées dans leurs parois, l’absence de paroi
propre prouvent qu’elles sont formées par gélification des
parois des cellules à tannin qui se touchent directement
au début. Cette gélification entraîne la fonte complète des
cellules laquelle s’opère peu à peu sur la périphérie de la
lacune; c’est un travail continu, incessant.
Dans celte même portion interne du parenchyme cortical,
on rencontre, par groupes de deux ou trois, des éléments
à section rectangulaire, à parois épaissies et blanches; leur
longueur est assez considérable: ce sont des fibres.

- 35 —
En se rapprochant du cylindre central, les cellules à tannin
deviennent plus régulières, ovales; elles constituent trois à
quatre assises de cellules, à parois minces, formant une gaine
complète péristelique, dans laquelle il est difficile de dis­
tinguer ce qui appartient à Yendoderme ou dernière couche de
l’écorce et au péricycle ou première couche du cylindre central.
Cylindre central. — Aussitôt après cette gaine on
observe un liber très épais, formé de deux ou trois assises
de parenchyme libérien avec des tubes criblés, appliqués
contre le bois et d’une bague très épaisse de cellules sclé­
reuses, allongées, qui ne sont autre chose que des fibres
libériennes, à parois très épaisses. Cette bague est découpée
en rectangles par des rayons médullaires larges, formés de
cellules aplaties suivant le rayon de la stèle et allongées
tangentiellement; en s’approchant du bois, ces rayons mé­
dullaires deviennent plus étroits; leurs cellules, bientôt
isodiamélriques, s’allongent enfin radicalement. Elles con­
tiennent toutes du tannin.
De ces rayons médullaires partent perpendiculairement
à leur direction trois rangées étroites de cellules à tannin,
allongées, à parois minces. Ces rangées qui découpent chaque
grand rectangle libérien en quatre rectangles supperposées,
ou bien aboutissent aux rayons médullaires voisins, ou bien
se terminent dans de petits rayons médullaires limités à une
portion du liber.
Le bois fait suite immédiatement au liber, l’assise géné­
ratrice ou cambium n’existant plus. Il est formé de lames
séparées les unes des autres par les rayons médullaires à
tannin: ceux-ci, continuant les rayons du liber, aboutissent
à la moelle.
Chaque lame présente du côté de la moelle des cellules
scléreuses (es) appliquées contre cette dernière et dont
l’ensemble forme une bague pér.médullaire, concentrique à
l’anneau scléreux libérien et coupée comme lui par les
rayons médullaires {rm). Entre les deux bagues, on trouve,
de dedans en dehors, dans la lame de bois, généralement
une, quelquefois deux rangées de vaisseaux petits (t&gt;), spi­
ralés vers le centre, gros, réticulés, ponctués vers la péri­
phérie. Ces vaisseaux sont séparés de temps en temps par
une petite quantité de parenchyme ligneux (cpl) et par
quelques rares petits îlots d’éléments scléreux.

�— 36 —
Moelle. — C’est, un tissu de cellules sphériques ou ovoïdes;
(cm) les unes sont incolores, avec quelques granulations;
d’autres sont colorées en rouge par le tannin, d’autres enfin
contiennent des màcles. Chaque sorte de cellules entre pour
un tiers dans le tissu, qui présente de nombreux méats
intercellulaires et des lacunes à mucilage (Im) nombreuses,
aussi grandes que dans l’écorce et présentant les mômes
caractères.
Adansonia digitata.

Si, dans la coupe précédente, on enlève le tannin de toutes
les cellules, pour ne le laisser que ça et là en petits ilôts
perdus autour des lacunes corticales, des lacunes médullaires
et dans l’endoderme, ainsi que dans les trois rangées perpen­
diculaires aux rayons médullaires et qui forment ici trois
cercles concentriques dans le liber ; si l’on établit une assise
génératrice cambiale à tannin et, dans le liber, de nombreux
petits rayons médullaires, pour diviser les ilôts rectangulaires
scléreux en petites rangées radicales de G à 8 éléments; enfin
si l’on farcit le liber et les rayons médullaires de màcles
d’oxalate de chaux, on obtient la coupe de la tige jeune de
VAdansonia digitata, dans laquelle les faisceaux du bois
sont plus larges, présentent des vaisseaux à lumière plus
considérable et, vers l’extérieur, une grande quantité de
parenchyme ligneux. Les cellules à tannin du parenchyme
cortical sont remplacées par des cellules chlorophyliennes
contenant, à côté des corpuscules verts, une quantité notable
d’huile (Heckel). Enfin les cellules à tannin de la moelle sont
remplacées par des cellules remplies d’amidon et d’huile
(Heckel).
M. Heckel qui a étudié l’écorce du Baobab, fait observer
« que les lacunes deviennent plus nombreuses et plus
« grandes dans l’écorce âgée, en absorbant une plus grande
« quantité des tissus sous et sus-jacents. »
Nous avons observé le môme phénomène pour les lacunes
de la moelle, dont trois ou quatre prennent des dimensions
considérables dans tous les sens et sont limitées par des
cellules à parois subérifiées. Nous reviendrons plus tard sur
ce phénomène de subérification qui semble avoir pour but de
limiter les ravages de la lacune.

- 37
Quant au morcellement des gros îlots de liber dur de
ïAdansonia Gregorii en petits îlots radiaux, séparés par du
tissu mou (rayons médullaires) dans VA. digitata, il permet,
grâce à la facile dissociation du tissu mou, l’utilisation des
fibres libériennes comme matière textile, ce qui ne pourrait
pas se faire avec les gros rectangles libériens de A. Gregorii.
Adansonia inadagascariensis.

Lacunes corticales et médullaires beaucoup plus nom­
breuses que dans A. Gregorii. Les rayons médullaires sont
dépourvus de tannin; ils s’évasent beaucoup à la périphérie
du liber, où leurs cellules s’allongent tangentiellement et
s’aplatissent dans le sens radial; ils s’avancent en éventail
dans le parenchyme cortical et arrivent jusqu’au suber.
Il n’existe de tannin que dans la couche génératrice cam­
biale très nettement formée et dans l’endoderme.
Nous n’avons plus ici la grosse bague scléreuse libérienne
de A. Gregorii; une simple ligne de fibres libériennes
épaisses divise le liber à éléments parenchymateux en deux
parties égales et concentriques
Par contre, dans la moitié interne du parenchyme cortical,
il y a, entre les rayons médullaires évasés, de nombreux et
gros îlots scléreux qui tous s’arrêtent sous la Zone à lacunes.
Cette dernière, formée de deux rangées de lacunes, est située
au tiers moyen de l’écorce, dont le suber et le phelloderme
sont bien développés.
Quant au parenchyme chlorophyllien, au bois et à la moelle,
ils présentent les mêmes caractères que dans A . digitata.
PÉDONCULE DE

LA FLE UR

Dans le genre Adansonia, la fleur est à l’extrémité d’un
pédoncule long, épais, de nature axile, puisque c’est un
rameau portant deux petites bractées. Ce pédoucule de­
viendra encore plus gros pour supporter ce fruit. Son étude
anatomique est très intéressante.
Adansonia Gregorii.

La section transversale (pl. I, fig. 2) a été faite à un centi-

�— 38 —
mètre au-dessous de l’ovaire. La moelle et le cylindre central
ontla même épaisseur qui est deux fois moindre dans l’écorce.
Écorce. — Sous un épiderme ordinaire, (ép) on rencontre
de suite un parenchyme cortical ayant l’apparence d’une fine
dentelle. 11 n’est formé, pour ainsi dire, que de lacunes (le)
grandes et séparées souvent les unes des autres par une
seule assise de cellules.
Ces cellules, légèrement irrégulières, ont toutes des parois
un peu épaissies et contiennent presque toutes du tannin;
par-ci par-là quelques unes sont incolores. Pas de méats
intercellulaires.
La dernière rangée de l’écorce, Vendoderme (gf), est formée
de cellule ovoïdes et à parois peu épaisses; toutes ont du
tannin.
Cylindre central. — Il est formé de quatre gros faisceaux
accolés par le liber et par la moelle. On dirait que la stèle
tend à se diviser en quatre cylindres centraux.
En effet, on peut comparer chacun de ces gros faisceaux
à un éventail ouvert à 90°. Chaque branche de l’éventail serait
constituée par du bois en dedans et du liber à la périphérie.
Ce liber descendrait sur les bords de l’angle droit et viendrait
se terminer près du sommet, qu’occuperait une partie de la
moelle.
Pour compléter la coupe, accolons quatre éventails sembla­
blement constitués; les quatre moelles formeront le centre
de la coupe, les bois un anneau interrompu par quatre
pénétrations de liber; nous aurons ainsi le cylindre central
de A. Gregorii.
Chacun des quarts du pédoncule est formé d’un certain
nombre de lames radiales, véritables faisceaux libéro-ligneux,
limités latéralement par des rayons médullaires, à cellules
régulières, remplies de tannin. Dans chacun de ces petits
faisceaux, le liber est séparé du bois par un arc de cellules
à tannin et tous les arcs forment une ligne continue bosselée.
Cette ligne, sur les bords de l’éventail, descend jusqu’à la
moelle où elle va rejoindre la ligne cambiale des deux éven­
tails voisins et c'est dans l’espace compris entre deux lignes
cambiale fea), au point où, devenant radiales, elles vont se
rejoindre, que le liber descend presque jusqu’à la moelle,
d’où il est séparé par la ligne à tannin.
Le liber est formé de parenchyme mou, à parois épaisses,

— 39 brillantes, sans éléments scléreux; quant au bois, il ne
possède que des vaisseaux et du parenchyme ligneux.
Moelle. — La moelle, comme celle de la tige, est formée
de cellules ovoïdes ou sphériques; presque toutes contiennent
du tannin ; il n’y a pas de cristaux d’oxalate de chaux, non
plus que dans l’écorce. Des lacunes (lm), en nombre moindre
que dans le parenchyme cortical et cependant encore assez
abondantes, forment dans cette moelle quatre groupes placés
chacun au sommet d’un des quatre gros faisceaux.
Adansonia digitata.

Une section transversale faite à un centimètre au-dessous
de l’ovaire, comme dans le type précédant, nous présente,
au microscope, une figure étrange. On dirait un réseau à
larges mailles rondes ou ovales. Chaque maille serait un
cylindre central, une stèle. Ce réseau viendrait s’appuyer à
la périphérie sur un anneau épais de tissu, formé uniquement
de cellules à tannin. Cet anneau présente à sa périphérie
un épiderme portant un grand nombre de poils étoilés, à
branches toutes dressées, assez longues, et en son milieu
une rangée de lacunes assez grosses, contenant une subs­
tance molle, colorée légèrement en rouge par le tannin des
cellules détruites.
Les parois qui séparent les mailles les unes des autres, les
stèles, semblent être le prolongement de l’anneau périphé­
rique ; elles sont assez épaisses et ne contiennent aussi que
des cellules à tannin. On ne saisit pas bien les rapports, les
analogies qui existent entre cette coupe et la précédente; ils
deviennent visibles et nombreux, si l’on pratique la coupe
dans le tiers inférieur du pédoncule floral. Nous avons vu
que daus i. Gregorii il existe quatre éventails, séparés les
uns des autres par du liber.
Supposons que ce liber périphérique pénètre davantage
dans la moelle, sans atteindre cependant tout à fait le centre,
et que l’endoderme l’accompagne dans son évolution; puis
étirons fortement chaque éventail dans son plan et dans le
sens de l’axe de symétrie, la portion de moelle qui lui appar­
tient subira le même mouvement et, par suite, nous aurons
une petite moelle centrale émettant quatre bras. Chaque bras
sera l’axe d’un faisceau libéro-ligneux qui tend à se fermer et

�— 40
à constituer un nouveau cylindre central très aplati, à moelle
allongée, à bois interne et à liber externe. Ces quatre cylindres
centraux ne communiqueront ensemble que par la moelle et
l’endoderme. Diminuons beaucoup le nombre des lacunes
de la moelle dans la figure ainsi étirée, laissons-en une très
grosse, centrale, laissons aussi les lacunes corticales, rem­
plissons de tannin toutes les cellules de la moelle, des rayons
médullaires et du parenchyme cortical, et nous aurons la
coupe du pédoncule de Adansonia digitata au tiers inférieur.
Pas complètement cependant; il faut encore placer immé­
diatement sous les régions des lacunes périphériques quatre
petits cylindres centraux complets, avec moelle cylindrique,
non étirée, ces cylindres étant séparés de la formation que
nous venons de décrire, par une épaisse couche de cellules
à tannin.
Situés aux quatre angles du pédoncule, ils ont la même
origine que les quatre cylindres en voie de formation. C’est
ce que nous montre la coupe faite à un centimètre au-dessous
de l’ovaire et qui nous paraissait tout à l’heure si difficile à
comprendre. En effet nous avons dit que les mailles rondes
de cette coupe sont des stèles. Ces stèles présentent une
forte moelle cylindrique, lacuneuse, deux fois plus épaisse
que le bois et le liber. Cette moelle est un des bras de la
moelle primitive, bras qui, étirés au début, s’est modifié en
devenant cylindrique, puis a perdu tout rapport avec la
moelle primitive. D’ailleurs un grand nombre de ces stèles
montrent un point par où leur moelle communique encore
avec le tissu des parois des mailles : on dirait les grains d’une
grappe de raisin. Ce qui précède ne nous autorise-t-il pas à
conclure que toutes les parois de mailles sont constituées par
la moelle primitive qui a été étirée en tous sens pour accom­
pagner les nombreuses stèles, au fur et à mesure qu’elles se
constituent? Ces stèles étirées lors de leur formation devien­
nent finalement cylindriques, ainsi que les portions de moelle
comprises dans leur intérieur. Il suffit que le faisceau se
ferme complètement pour figurer un véritable cylindre cen­
tral, tel que ceux qu’on rencontre en grand nombre sur la
coupe, tel aussi que les quatre cylindres périphériques signa­
lés dans l’autre coupe faite au tiers inférieur du pédoncule
floral.
Le bois, le liber, la moelle, les rayons médullaires de ces

— 41 —
stèles présentent absolument les mômes caractères que dans
A. Grcgorii) de même pour l’endoderme et le cambium qui
renferment du tannin.
Quant à l’anneau périphérique (parenchyme cortical) et
aux parois des mailles (portions de moelle restées libres),
ils possèdent une quantité de tannin encore plus considérable
que les mêmes tissus de A. Grcgorii. Absence complète de
màcles comme dans ce dernier.
Adansonia m adagascariensis.

La coupe de A. madagascaricnsis faite également à un
centimètre de l’ovaire ne présentera plus maintenant aucune
difficulté.
En effet, nous trouvons immédiatement, sous un épiderme
dépourvu de poils, comme dans A. Grcgorii, un parenchyme
cortical, légèrement chlorophyllien à la périphérie, très épais,
présentant par ci par là quelques cellules à tannin et de rares,
très rares màcles.
A une certaine distance de l’épiderme, on rencontre deux
ou trois rangées de lacunes, nombreuses, assez grandes, gé­
néralement ovoïdes
Ce tissu parenchymateux se continue jusqu’au centre et
présente trois cylindres centraux: l’un nettement cylindrique,
petit, les deux autres parallèles, allongés et étranglés en
biscuit, offrant même des stèles presque détachées. Tout autour
de ces cylindres, le tissu cortical présente des cellules plus
régulières, plus allongées parallèlement à la surface des stèles.
Un plus grand nombre de ces cellules contiennent du tannin ;
il y a, en un mot, tendance à la formation d’un endoderme de
cellules à tannin, discontinu.
La stèle cylindrique isolée présente, au centre, une moelle
dépourvue de lacunes et formée de cellules presque toutes
incolores, quelques-unes à tannin. Des rayons médullaires
rouges partent de la moelle, divisent le bois et le liber en fais­
ceaux; dans ce trajet, leurs cellules sont allongées suivant le
rayon; arrivé vers l’endoderme, ils s’épanouissent, se disso­
cient, leurs cellules s’allongent tangentiellement et constituent
les cellules à tannin corticales.
Chaque faisceau est formé de quatre ou cinq vaisseaux
petits, d’un cambium de trois ou quatre assises de cellules

�— 42 plate?, superposées, incolores, et d’un liber considérable,deux
fois plus épais que le bois, offrant vers la zone génératrice
interne quelques cellules de parenchyme libériens et quelques
tubes criblés. Le reste du liber forme une épaisse calotte de
fibres à parois très épaisses. Cette structure bien differente de
celle observée chez les deux autres espèces, se trouve égale­
ment dans les deux cylindres en biscuit, où les faisceaux
libéro-ligneux sont répartis à droite et à gauche de la bande
médullaire.

ANATOMIE DES ORGANES APPENDICULAIRES
FEUILLE
Adansonia G regorii.

Nervure Principale. — La nervure principale de Adan­
sonia Gregorii nous montre, de la périphérie vers le centre,
en coupe transversale (PI. II, fig 1): un épiderme dont la
cuticule, très épaisse, offre des stries parallèles et dont les
cellules, rectangulaires, sont allongées perpendiculairement
à la surface. Ces cellules ont des parois assez épaisses con­
fondues avec celles des cellules voisines et certaines d’entre
elles se prolongent en poils étoilés, (po) à plusieurs branches,
beaucoup plus nombreux sur la face dorsale que sur la face
ventrale. Entre les épidermes supérieur et inférieur et le fais­
ceau situé au centre de la nervure, il existe un parenchyme
assez développé, formé de cellules à parois épaisses (cm) mais
nettement distinctes des parois voisines, à lumière assez
régulière. Quelques cellules contiennent des mûcles d’oxolate
de chaux (ox).
La partie de ce parenchyme qui touche le faisceau présente
de nombreuses et grandes lacunes (l) dont les parois, comme
dans la tige et le pédoncule floral, sont formées de cellules
les unes entières, les autres plus ou moins déchirées. Ces
lacunes, au nombre d’une dizaine dans le parenchyme inférieur,
sont rangées suivant un arc de cercle. Dans le parenchyme
supérieur, au contraire, il n’y en a qu’une seule. Toutes ont
leur bord le plus interne adossé à la gaine du faisceau, laquelle
envoie entre certaines d’entre elles des prolongements.
A gauche et à droite de la nervure, le parenchyme à
mucilage fait place à des cellules chlorophylliennes formant

�— 44 —
deux assises de tissu palissadique (tp) à la face supérieure
et un tissu lacuneux à la face inférieure. C’est le commen­
cement du parenchyme foliaire que nous étudierons dans
la coupe suivante. On observe même à droite deux lacunes
déprimant, en haut, l’épiderme et, en bas le tissu palissadique. Nous arrivons au faisceau central. Il est entouré
d’une gaine (gf) formée de 3 à 4 assises de cellules ovales
contenant du tannin, déprimée à la face supérieure pour
recevoir la lacune, s’enfonçant en cet endroit légèrement
dans le faisceau et envoyant entre les lacunes de la face
inférieure quelques prolongements. Le faisceau lui-mème
offre, à sa périphérie, un péricycle peu différencié à la face
inférieure et formé, à la face supérieure, de nombreuses
fibres épaisses. Le bois et le liber forment un croissant:
le liber (/-) recouvre la partie inférieure, convexe du bois (6),
il est formé de cellules libériennes petites, à parois minces,
aplaties, quelques-unes contenant des màcles. Le bois est
constitué par des vaisseaux placés en séries radiales; ils
sont d’autant plus grands qu’ils s’éloignent davantage du
centre.
Epiderme supérieur. — (PI. II, fig. 2). Après avoir fait
bouillir dans l’eau, pendant quelques minutes, une portion
du limbe de la feuille, pour chasser l’air emprisonné entre
les nombreux poils de la face inférieure, nous avons examiné
la préparation en nous servant de l’appareil à éclairage
Abbe, tandis qu’un miroir plan réfléchissait de la lumière
sur la face supérieure; dans ces conditions le dessin appa­
raît immédiatement avec une grande netteté.
Des traînées rouge-sang, larges, s’entrecroisent, et, de leurs
bords, partent d’autres traînées plus petites qui forment des
figures polygonales (pentagones et hexagones). L’épiderme
diffère suivant qu’on l’étudie sur les grosses traînées, sur
les petites ou dans les mailles. Sur les grosses traînées,
il est formé de cellules (en) hexagonales, grandes, allongées
parallèlement à la traînée, étroites au contraire dans le
sens perpendiculaire; on a ainsi quatre ou cinq lignes de
cellules s’emboîtant réciproquement. Au point de croisement
de ces bandes rouges, nous rencontrons, se détachant en
blanc, des poils (po) à cinq, six, sept et le plus souvent huit
branches rayonnantes et appliquées contre l’épiderme.
On ne saurait mieux comparer ces poils qu’à des holo­

— 45 —
thuries. Pas de poils simples. Les petites traînées ne colorent
en rouge qu’une ou deux rangées de cellules polygonales,
non allongées dans le sens de la coloration; elles limitent,
avons-nous dit, des espaces polygonaux où les cellules
épidermiques (ce), assez souvent groupées par 6, 7, 8 autour
d’une cellule centrale forment une véritable rosace.
Très souvent la cellule centrale manque et les cellules
de la rosace viennent se toucher au centre, constitué par
l’épaisseur des parois cellulaires; étroites près du centre,
ces cellules sont généralement pentagonales et vont en
s’élargissant vers la périphérie. On pourrait supposer que
cette orientation particulière des cellules serait produite
par une formation spéciale: lacune sous-jacente, poils ou
glandes sus-jacentes. Il n’en est rien, ces poils naissent sur
les grosses traînées; quant aux glandes, dont nous allons
parler, maintenant, on les trouve un peu partout, mais
généralement sur les polygones dépourvus de rosace. Enfin
on rencontre des lacunes dans la nervure médiane où les
cellules épidermiques ne sont pas en rosace.
Glandes. — (PI. II, fig. 3). Sphériques ou le plus souvent
obovoïdes, ayant de 50 à 100 microns dans leur plus grand
diamètre, elles sont formées d’une bague équatoriale à trois
assises superposées de cellules hexagonales, plus allongées
dans le sens du grand diamètre de la glande; sur cette
bague, en haut et en bas, s’appliquent deux calottes de
cellules, quelquefois convergentes vers leur centre; toutes
ces cellules sont granuleuses et parfois colorées en rouge
par une matière peut-être résineuse, mais contenant certai­
nement du tannin, puisque le perchlorure de fer y produit
une coloration noire intense. Ces glandes présentent la plus
grande analogie avec celles qui ont été décrites en 1868
par Flückiger sous le nom de Nouveau Kamala ou Wars.
Malheureusement les poils qui les accompagnent sont étoilés
et non simples; de plus, la coloration des glandes qui
produisent le Nouveau Kamala est rouge intense. Il ne
serait pas impossible qu’il existe certains rapports entre
les glandes d'Adansonia et les glandes ù Wars; c’est ce
que nous nous proposons d’établir plus tard.
Épiderme inférieur. — On peut étudier delà même façon
l’épiderme inférieur. La préparation prend en effet une teinte
rouge uniforme et de nombreux poils empêchent d’en saisir

�46 —
les détails anatomiques. La figure 4 de la planche II re­
présente cet épiderme dont on a enlevé les poils; ceux-ci
ont été conservés sur le côté droit de la préparation et l’on
voit que, s’ils cachent les parties sous-jacentes, c’est moins
par leur nombre que par l’intrication de leurs branches
multiples appliquées sur la face inférieure.
Les cellules épidermiques sont de deux sortes: les unes
(en) hexagonales, étirées, formant des traînées qui corres­
pondent aux traînées de l’épiderme supérieur, donnent
naissance aux poils étoilés; les autres (c/&gt;) pentagonales, plus
petites, sont fréquemment séparées par des stomates (st)
très grands et ovales. Ces stomates nombreux, orientés dans
tous les sens, présentent deux grandes cellules granuleuses,
arquées, laissant entre elles une large ouverture circulaire
et dont les bords n’atteignent pas les extrémités des cellules
stoma tiques.
De nombreuses màcles d’oxalate de chaux (ox) se ren­
contrent dans les cellules hexagonales allongées.
Parenchyme et nervures secondaires. — La figure 5,
pl. II, présente, sous l’épiderme supérieur que nous con­
naissons déjà, une assise de cellules incolores (cm), à parrois
épaisses confondues avec les parois voisines, la lumière
figurant un rectangle dont les grands côtés seraient per­
pendiculaire' a la surface; c’est aux dépens de cette assise
que se forment les nombreuses lacunes (/) sphériques de
la feuille, toutes situées immédiatement sous l’épiderme et
déprimant en haut celui-ci, en bas le tissus palissadique,
sur les côtés les cellules à mucilage qui subsistent. Au-dessus
des nervures secondaires et de la nervure principale, les
éléments de cette couche prolifèrent en formant une épaisse
bande de cellules polygonales, un peu aplaties de haut en
bas; c’est à scs dépen- que nait la lacune supérieure de la
nervure médiane. On n’observe jamais de lacunes au-dessus
des nervures d’ordre plus inférieur.
Sous l’assise rnucilagineuse existent un tissu palissadique
chlorophyllien ordinaire, (tp) formé de deux rangées de
cellules, puis un tissu lâche itl) également chlorophyllien,
avec de grands méats intercellulaires; ce tissu devient
incolore et présente des éléments épais, sans méats ni
lacunes à mucilage) sous les nervures secondaire. Enfin on
observe l’épiderme inférieur, avec ses poils et ses stomates.

47 —
La coupe nous montre une nervure secondaire et deux
nervures plus petites plongées dans le tissu de la feuille.
La nervure secondaire offre les mêmes caractères que la
nervure principale dans le bois, dans le liber, dans le péricycle et l’endoderme, pas de lacunes dans les deux tissus
incolores supérieur et inférieur. Quant aux deux petites
nervures, elles sont constituées par six ou huit petits
vaisseaux, trois ou quatre couches de cellules libériennes
à parois minces, un péricycle non différencié en fibres
épaisses; cet ensemble est entouré par une seule rangée
de cellules ovoïdes à tannin, formant un endoderme qui se
relève à la face supérieure du faisceau; les deux parois
latérales de cet endoderme s’accolant, il en résulte une lame
verticale qui remonte à travers le tissu palissadique et se
termine sous l’assise à mucilage. On dirait un ligament
suspenseur. Comme toutes les petites nervures, même les
moins importantes, présentent dans leur- endoderme ce ca­
ractère particulier, on conçoit comment, avec la lumière
transmise, on observe de petites traînées rouges lorsqu’on
examine la feuille par la face supérieure. Quant aux grandes
traînées rouges d’où partent les petites, elles sont ducs à la
large surface endodermique rouge qui recouvre la nervure
médiane et les grosses nervures secondaires. De plus, les
nervures étant très nombreuses et présentant à la face
inférieure une large surlace endodermique rouge, on s’ex­
plique la teinte uniforme que présente la face inférieure
examinée à la lumière transmise.
A gauche de la nervure secondaire, on voit une muraille
verticale de cellules rouges allongées horizontalement: c’est
la paroi, la plus rapprochée de l’observateur, d’une gaine
à tannin qui accompagne un faisceau se détachant en ce
point de la nervure secondaire.
A&lt;lansonia &lt;ligitn(a.

N e rv u re p rin c ip a le . — Même épiderme que dans
A. Grégorii, mêmes bandes de cellules à mucilage au-dessus
et au-dessous; mais ces cellules ont des parois plus épaisses
et les màcles d’oxalate de chaux qu’on y rencontre sont
plus nombreuses et beaucoup plus grosses. Même lacune
en haut; les lacunes inférieures sont plus nombreuses et

�- 48 —
plus aplaties; on en compte guère que cinq ou six dans la
coupe. La gaine du faisceau, bien moins épaisse, contient
également du tannin. Pour obtenir le faisceau lui-même,
il faut ajouter à celui de A. Grégorii ù ses parties supérolatérales droite et gauche, un petit faisceau orienté de telle
sorte que le bois soit inféro-externe et le liber supéro-interne.
Il en résulte que le liber total, au lieu de former une simple
calotte inférieure, se prolonge à la partie supérieure de la
feuille, et, arrivé au milieu, s’invagine faiblement, le liber du
faisceau de droite s’adossant au liber du faisceau de gauche.
Les éléments du bois sont les mêmes que dans A. Grégorii.
Quant au liber, en outre des tubes criblés et du parenchyme
libérien aplati, à parois minces, on trouve plus à l’extérieur
et par îlots très rapprochés, des fibres libériennes à parois
très épaisses, scléreuses, et qui accompagnent le liber mou
jusque dans son invagination. Le tissu bordé par les trois
faisceaux est du parenchyme à parois minces dont beaucoup
de cellules contiennent soit du tannin, soit des màcles; les
cellules à tannin et les cellules à màcles existent encore
isolées dans le liber, alors que •dans le bois, elles forment
des lignes discontinues. Plusieurs de nos coupes présentent
en même temps une section d’une nervure secondaire éma­
nant de la nervure médiane et l’on y voit, entre les différents
éléments normaux du bois et du liber, des fibres ù parois
peu épaisses, dont les unes contiennent une nappe continue
de tannin, les autres quatre, cinq, six petites màcles d’oxalate de chaux, sur une même ligne.
Epiderme supérieur. — Une grande quantité de chlo­
rophylle et une faible quantité de tannin ne permettent pas
l’examen de la feuille à la lumière transmise.
Les rosaces sont beaucoup plus nombreuses que dans
A. Grégorii. On peut dire que, dans l’intervalle des nervures,
il n’existe que des groupes de cellules en étoiles, lesquels
sont réunis les uns aux autres par quelques cellules poly­
gonales isolées. Chaque rosace a son bord plus relevé que
son centre; aussi aperçoit-on au microscope, d’abord un
cercle extérieur, puis, en abaissant l’objectif, les rayons
de la rosace.
Les cellules qui recouvrent les nervures sont allongées,
presque rectangulaires et donnent naissance à des poils

- 49 —
étoilés peu nombreux. Ces cellules contiennent soit du
tannin, soit des màcles. Pas de glandes.
Epiderme inférieur. — Enlevons sur les nervures, beau­
coup de poils étoilés à l’épiderme de la feuille de A. Grégorii,
mais de manière à en laisser une plus grande quantité que
sur la face supérieure; étirons les stomates dont nous aug­
menterons le nombre, ajoutons les glandes que nous avons
rencontrées sur l’épiderme supérieur de A. Grégorii, en les
rendant plus obovoïdes, et nous aurons l’épiderme inférieur
de A. digitata.
Parenchyme et nervures secondaires. — C’est celle
de A. Grégorii, avec moins de tannin, sans bande verticale
à la gaine des petits faisceaux, avec plus de chlorophylle,
avec une lacune dans le tissu ù mucilage situé sous les plus
importantes nervures secondaires.
Les lacunes de l’assise supérieure à mucilage sont nom­
breuses, mais il n’y en a jamais au-dessus des nervures.
Ces derniers n’ont qu’un faisceau à 3 ou 4 vaisseaux, recouverts
d’un peu de liber mou; pas d’élément scléreux; quelques
màcles d’oxalale de chaux s’observent dans ces nervures.
A dan son ia

m ad agascarien sis.

Nervure principale. — L’épiderme supérieur possède de
nombreuses émergences cellulaires, étranglées à leur base,
et contenant des cellules à tannin; l’épiderme inférieur, au
contraire, offre de petites dépressions d’où partent des glandes
plus allongées que dans les deux autres espèces, ayant cepen­
dant la même structure; beaucoup de poils étoilés partent de
cet épiderme.
Le parenchyme à mucilage, identique à celui de A. Grégorii,
offre, dans la région inférieure, non plus une seule rangée,
mais deux rangées de lacunes très nombreuses et, dans la
région supérieure, deux lacunes. La gaine du faisceau con­
tient moins de tannin et celui-ci se rencontre dans un certain
nombre de cellules de la couche mucilagineuse.
La constitution du faisceau serait difficile à comprendre si
nous n’avions pas celle de A. digitata comme type de compa­
raison. Il suffit d’accoler complètement au faisceau primitif
les deux faisceaux latéraux de ce dernier et de les invaginer
davantage; le faisceau de A. madagascariensis est donc un
4

�— 50 — •
faisceau de A. Gregorii dont les deux ailes très étirées se
recourbent sur la face supérieure de la feuille, pour s’adosser
ensuite l’une à l’autre par leur liber et pénétrer dans la
moelle, en descendant presque jusqu’à la rencontre du bois
inférieur. Il en résulte que la moelle est réduite à une petite
masse basilaire qui envoie deux minces bandes, l’une à droite,
l’autre à gauche, en séparant le bois invaginé du bois normal.
Les cellules de celte petite moelle sont presque toutes pleines
de tannin. Elle présente trois lacunes: une à section ovale,
située entre la face supérieure du faisceau normal et les extré­
mités inférieures des deux ailes invaginées, les deux autres,
aplaties, placées au centre de chaque bras médullaire latéral.
Quelques petites lacunes sont en outre placées entre les deux
ailes libériennes adossées. La structure du bois du faisceau
est celle de A. Gregorii: de nombreuses séries de trois à
quatre vaisseaux; là où les ailes latérales se sont reployées
sur elles-mêmes, c’est du bras latéral de la moelle aplatie en
lame que partent, à droite et à gauche, les séries opposées de
vaisseaux qui se touchent presque par leurs trachées.
Le liber est celui de A. digitcita: mou vers le bois, formé
d’ilots scléreux très rapprochés vers la périphérie; mais, ce
que nous n’avons observé nulle part jusqu’ici, c’est, une ligne
de lacunes moyennes, rondes, qui sépare le liber mou des
îlots scléreux. C’est par ce tissu scléreux que les deux ailes
invaginées s’adossent, en laissant toutefois entre elles une
mince lamelle de parenchyme médullaire.
Épiderme supérieur. — Semblable à celui de A. digitata.
Des groupes de cinq, six cellules contiguës ont leur cavité
remplie d’une masse brune, résineuse et dans ces groupes il
entre généralement une ou deux cellules d’une rosace dont
les autres sont incolores. Glandes assez nombreuses, sembla­
bles à celles de la nervure médiane. Poils étoilés, à branches
moins appliquées sur lépiderme que dans A. Gregorii; déjà,
du reste, cette remarque pouvait être faite pour les poils de
A. digitata.
Épiderme inférieur. — Absolument le même que l’épi­
derme supérieur; la différence réside dans la présence de
petits stomates, très rares. Il se distingue nettement de celui
des deux autres espèces, puisque nous avons les groupes en
rosaces qui faisaient défaut dans les deux autres.
Parenchyme et nervures secondaires. — La coupe est

- 51 —
celle de A. digitata, bien que toutes les nervures aient supé­
rieurement une lacune, inférieurement deux ou trois très
grandes, dans le tissu mucilagineux. On en trouve donc audessus et au-dessous du faisceau, alors que dans A. Gregorii
il n’y en avait nulle part et que dans A. digitata on n’en
rencontrait qu’une seule sous le faisceau. Dans tout le reste
du parenchyme, les lacunes, très nombreuses, existent sous
l’épiderme supérieur* dans l’assise à mucilage, elles se tou­
chent presque, dépriment les tissus environnants et ne sont
séparées les unes des autres que par une ou deux rangées de
cellules à mucilage ou contenant de l’oxalate de chaux.
CALICE
A dan son ia

G re g o rii.

Épiderme supérieur. — La coupe transversale du calice
(PI. I, fig. 3) nous présente un épiderme supérieur, à cellules
qui se prolongent presque toutes en des poils simples, unicellulaires, dressés et dont la longueur égale deux foisTépaisseur
du calice. Tous ces poils appliqués les uns contre les autres
donnent à la face supérieure son aspect velouté, duveteux et
blanchâtre. L’épaisseur des parois de ces poils est faible et
dans leur cavité on trouve un grand nombre de granulations»
les unes noirâtres, les autres rouges et constituées par du
tannin. Leur lumière est aussi grande que celle des autres
cellules, de sorte qu’on peut les considérer comme une simple
prolongation de celles-ci.
C’est la première fois que nous observons dans le genre
Adansonia des poils simples; ils existent sur l’épiderme supé­
rieur du calice, à l’exclusion de tous autres, alors quejusqu’ici,
nous n’avions trouvé que des poils étoilés, sans observer un
seul poil simple.
Épiderme inférieur. — L’épiderme inférieur, à cellules
rectangulaires, étirées toutes dans le sens de la longueur du
calice, ne présente justement que des poils étoilés et en bien
moins grand nombre que les poils simples de la face supé­
rieure; beaucoup des cellules de cette face inférieure ont des
mâcles d’oxalate de chaux. Les rangées de cellules épider­
miques rectangulaires sont très souvent interrompues par de

�nombreux stomates trois fois plus grands que ceux de la
feuille et orientés dans le sens des lignes cellulaires. Les deux
cellules stomatiques sont dépourvues de granulations et
forment un ovale agréable à l’œil.
A la surface de cet épiderme, on trouve un grand nombre
de glandes sessiles, à contour un peu anguleux, formées de
cellules polygonales dont toutes les parois un peu épaisses
dessinent un réticulum très irrégulier. Ces cellules sont d’une
couleur rouge foncé et, lorsqu’on les traite par le perchlorure
de fer, elles deviennent noires: elles contiennent donc du
tannin, peut-être aussi de la résine. Ces glandes, mesurant de
cinquante à cent microns, présentent des analogies considéra­
bles avec un grand nombre de glandes ù Wars ou Nouveau
Kamala qui sont loin d’avoir toute la régularité qu’on observe
dans les dessins de beaucoup de livres classiques.
Parenchyme et faisceaux. — bntre les deux épidermes,
on trouve une véritable dentelle ù mailles très lâches: ce sont
de nombreuses lacunes grandes, pleine de mucilage, souvent
séparées les unes des autres par une seule assise de cellules,
les unes mucilagineuses contenant du tannin, beaucoup
présentant des mâcles d’oxalate de chaux quiproéminent
dans l’intérieur des lacunes.
C’est dans ce tissu lacuneux que sont plongés de nombreux
faisceaux libéro-ligneux embryonnaires, séparés généralement
de l’épiderne supérieur par deux plans de lacunes et, de l’épi­
derme inférieur, soit par un seul plan lacuneux, soit par une
seule assise de cellules à mucilage.
Chaque faisceau est enveloppé d’une gaine discontinue (gf)
de cellules à tannin, englobant quelquefois une ou plusieurs
lacunes (l); il est très aplati et formé d’un grand nombre de
séries de trois à quatre vaisseaux spiralés et ponctués, séries
séparées les unes des autres par des rayons médullaires. Un
parenchyme libérien, sans cellules scléreuses ni fibres épaisses,
est adossé au bois.
Adan son ia

digitata.

Épiderme supérieur. —Le même que celui de ,4. Gregorii;
poils simples, beaucoup plus nombreux, de mêmes dimen­
sions.

— 53 —
Épiderme inférieur. — Même disposition des cellules,
des stomates et des poils que dans A. Gregorii.
Sur la coupe, cette face inférieure présente des bosselures,
sortes d’émergences cellulaires ü parois un peu épaisses; de
leur surface partent deux ou trois poils à cinq, six, huit
branches, toutes rapprochées en un faisceau et contenant du
tannin. Sur les bords de ces émergences on observe une ou
deux glandes sessiles, constituées par huit à dix cellules
granuleuses à tannin, l’ensemble formant une masse ronde
ou un peu anguleuse, assez semblable aux glandes de l’épi­
derme inférieur de A. Gregorii.
Parenchyme et faisceaux. — Sous l’épiderme supérieur
on trouve trois ou quatre assises de cellules à tannin, puis le
même tissu en forme de dentelle que dans le type précédent,
avec moins de lacunes. Les faisceaux sont plus resserrés et
l’endoderme est mieux défini.
Adan son ia

m adag-ascariensis.

Épiderme supérieur. — Cellules hexagonales étirées
suivant la longueur du calice. Stomates assez nombreux;
l’ensemble des deux cellules stomatiques figure presque un
cercle autour duquel quatre cellules bordent chacune un
quart de l’appareil stomatique. Poils unicellulaires nombreux,
huit fois plus longs que les poils étoilés de la face inférieure.
Épiderme inférieur. — Cellules semblables â celles de
l’épiderme supérieur, formant des rangées parallèles, les
cellules des deux rangées contiguës alternant entre elles.
Quelques-unes contiennent du tannin. Stomates très rares,
résultant du dédoublement longitudinal d’une cellule qui
se cloisonne dans la direction même de la rangée à laquelle
elle appartient. Poils étoilés, ù six ou huit branches, quel­
quefois pluricellulaires, chaque branche offrant alors deux
cellules superposées. Glandes sessiles à tannin comme dans
A. Gregorii.
Parenchyme et faisceaux —Le parenchyme situé entre
les deux épidermes est beaucoup plus compact que dans les
deux autres espèces; ce n’est plus une dentelle et l’on n’y
trouve que quelques lacunes, généralement rapprochées de
la face inférieure du calice. De nombreux faisceaux restent
dans ce parenchyme; ils sont divisés en plusieurs petits

�55 —

faisceaux par des espèces de rayons médullaires dont les
cellules contiennent du tannin ; quelques rares cellules autour
de chaque faisceau sont également colorées.
COROLLE
A dansonia

digitata.

N'ayant pas de corolle de A. Gregorii à notre disposition,
nous n’avons pu étudier que l’anatomie des deux autres
espèces.
Épidermes. — Si, après avoir fait bouillir pendant quel­
ques minutes une portion de corolle de ^4. digitata, on
examine successivement ses deux faces avec l’éclairage Abbe,
on remarque dans l’un et l’autre cas un fond rouge vif strié
de bandes noires parallèles. Ces bandes sont les nervures,
le fond rouge vif constitue le parenchyme.
Il y a donc une grande différence avec la coloration observée
dans les feuilles de A. Gregorii, dont les nervures étaient
rouges et le fond blanc.
L’explication nous en sera donnée par l’examen de la coupe.
Sur le fond rouge on distingue nettement des cellules épi­
dermiques polygonales, isodiamétriques et ça et lût, des
groupes de huit à dix ovales sombres, granuleux qui, étudiés
de plus près, se montrent formés de deux cellules: ce sont
des stomates très petits, moins nombreux dans l’épiderme
supérieur que dans l’épiderme inférieur. Ces deux épidermes
sont semblables. L’épiderme inférieur présente de longs poils
simples sur les nervures.
Parenchyme et faisceaux. — Les deux épidermes sont
doublés par quatre ou cinq assises de cellules à tannin,
formant un tissu serré, sans méats. Un parenchyme lâche
de cellules allongées, un peu contournées, renfermant aussi
du tannin, relie les deux bandes rouges. Cette zone a la
même épaisseur que celle des deux bandes; on y rencontre
une rangée de lacunes étroites, allongées dans le sens de la
largeur de la corolle et contenant un mucilage orangé. Ça
et là, assez espacés dans cette même zone médiane, se
trouvent des faisceaux formés de quatre ou cinq vaisseaux,
à parois imprégnées de tannin, et, inférieurement, de trois ou

quatre tubes criblés et de cellules parenchymateuses libé­
riennes, pleines de tannin. Ces petits faisceaux sont entourés
chacun d’un anneau continu de cinq à six assises de cellules
à tannin, imbriquées; cet anneau rejoint en haut et en bas
les deux bandes sous-épidermiques. La lumière, dans la
portion de la corolle occupée par les faisceaux, traverse
donc une épaisseur de cellules à tannin beaucoup plus con­
sidérable que dans les portions comprises entre ces fais­
ceaux, et où existent les lacunes: d’où les différences de
coloration, de la lumière qui a traversé ces deux régions, et
qui ont été constatées dans l’étude des épidermes.
A dan son ia m adagascarien sis.

Épidermes. — Semblables l’un à l’autre et à l’épiderme
inférieur de A. digitata. Les cellules contiennent du tannin;
la cuticule en est également imprégnée. Quelques stomates,
de même largeur que les cellules de la rangée et deux fois
moins longues qu’elles. Pas de poils sur aucun des deux
épidermes.
Parenchyme et faisceaux. — Sous les deux épidermes,
on trouve une assise de cellules alternes, à tannin; le reste
du parenchyme est formé de cellules rondes, incolores,
laissant entre elles des méats très petits. Dans ce tissu
sont plongés de distance en distance des faisceaux et, vers
la face supérieure, des lacunes qui alternent avec eux.
Chaque faisceau est formé de deux ou trois ilôts de vaisseaux
au nombre de trois ou cinq; chacun des îlots est coiffé
inférieurement d’une petite calotte de tubes criblés et de
cellules libériennes; le faisceau complet est entouré de deux
ou trois assises de cellules incolore (péricycle) et d’une gaine
de deux assises de cellules dont beaucoup contiennent du
tannin.
COLONNE
A dan son ia

S T A M IN A L E
G re g o rii.

Épidermes. — Les surfaces externe et interne du tube
staminal sont formées de cellules bosselées, pleines de tannin

�et ne possèdent pas de stomates. Les cellules de l’épiderme
extérieur seules se prolongent, assez souvent en poils ou
simples, bien moins longs que dans le calice, ou très rare­
ment étoilés.
Parenchyme et faisceaux.—Tout le parenchyme compris
entre ces deux surfaces est formé de cellules contournées,
presque toutes à tannin, dépourvues de màcles, laissant entre
filles de petits méats; dans son ensemble, ce tissu figure une
dentelle dont les vides seraient de nombreuses lacunes à
mucilage.
Ce parenchyme est exactement divisé en deux anneaux
concentriques, par un cercle de faisceaux qui vient s’appuyer
à l’extérieur et à l’intérieur sur deux bandes formées chacune
de trois à quatre rangées de cellules à tannin, et constituant
un tissu compact.
Les faisceaux, au nombre d’une trentaine, sont aplatis
de dedans en dehors et très allongés tangentiellement; ils
sont séparés les uns des autres par un parenchyme dense
à tannin venant se fondre dans les deux bandes, mais constitué
par des cellules un peu plus irrégulières. Dans chaque fais­
ceau, le bois interne comprend un petit nombre de vais­
seaux; il est recouvert à l’extérieur par un liber très mince,
à cellules pleines de tannin et non épaissies.
Plus intérieurement, appliqués contre la face centrale de
la bande interne, se trouvent des faisceaux possédant chacun
une gaine propre de cellules à tannin; leur nombre est bien
moins considérable, ils sont plus petits, à bois externe et
à liber interne; l’orientation est donc opposée à celle des
éléments du cercle extérieur. Quelques-uns de ces faisceaux
sont parfois un peu plus rapprochés de l’épiderme intérieur.
La présence de ces deux cercles, si différents par le nombre
et l’orientation des faisceaux qui les constituent, ne nous
permettrait-elle pas de supposer que les étamines de
A. Gregorii sont primitivement disposées en deux verticilles,
et que le verticille externe se dédouble en un nombre
considérable d’étaminfis?
A dan son ia

digitata.

Epidermes. — Identiques à ceux de l’espèce précédente,
mais dépourvus de poils.

— 57 —
Parenchyme et faisceaux. — Même réseau de cellules
ô tannin, allongées et contournées; même disposition et
môme orientation des faisceaux dans les deux cercles; le
cercle intérieur est plus fourni, bien que les faisceaux à
liber interne soient moins nombreux encore que ceux à
liber externe. Ces deux cercles sont un peu plus espacés
et, de distance en distance, une lacune bordée de cellules
à tannin se place dans leur intervalle. La rangée externe
de faisceaux, ainsi que la rangée interne sont comprises
chacune entre deux bandes semblables à celles qui ont été
décrites pour le cercle externe de A. Gregorii, mais moins
épaisses. Chaque faisceau n’offre guère qu’une rangée de
vaisseaux couverts par un liber très petit, peu distinct,
presque confondu avec la gaine du faisceau.
A d an son ia m a d a g asca rie n sis.

Le tube staminal a des parois beaucoup plus épaisses
et présente une structure bien différente de celle des pre­
mières espèces.
Epidermes. — Les cellules de l’épiderme externe sont
régulières, légèrement allongées suivant la longueur du
tube; leur section transversale est rectangulaire et ne montre
pas de tannin. La surface interne du tube est bosselée,
l’épiderme s’enfonçant dans le tissu et formant des sillons
longitudinaux profonds; aussi la section transversale de
la colonne staminale représente-t-elle un polygone à côtés
courbes, au nombre de neuf ou dix. Cet épiderme, dépourvu
de poils et de stomates comme l’externe, offre des cellules
à section hexagonale, sans tannin.
Parenchym e et faisceaux. — Entre les deux épidermes
s’étend un épais tissu homogène, à cellules isodiamétriques
hexagonales. Le parenchyme n’offre donc pas l’aspect d’une
dentelle, et ne présente pas les cellules contournées des
espèces précédentes. Deux rangées de lacunes sphériques
sont placées l’une près de chaque épiderme et l’on trouve
entre elles des faisceaux très éloignés les uns des autres,
disposés cependant suivant deux cercles, mais dépourvus
d’une gaine générale. Chaque faisceau de l’une ou l’autre
rangée figure un arc plus grand qu’un demi-ceicle, dont la
corde est généralement interne. Les faisceaux des deux

�rangées ne sont donc pas opposés les uns aux autres. Chaque
arc de cercle est constitué par plusieurs petits faisceaux
libéro-ligneux entourant presque complètement une moelle;
moelle, liber et, à la périphérie de celui-ci, péricycle sont
formés de cellules régulières, rondes, peu différenciées. Pas
de tannin dans tout le faisceau qui est entouré de deux
assises de cellules ovoïdes, dont quelques-unes seulement
sont rouges.

SECTION TRANSVERSALE DE L’OVAIRE
Adan son ia

G re g o rii.

Une coupe de la partie moyenne présente: 1° une paroi
d’un millimètre d’épaisseur; 2° une cavité cloisonnée, trois
fois plus épaisse; 3° un cercle central dont le rayon est
égal à l’épaisseur de la paroi et offre au milieu un canal.
Parois. — Presque toutes les cellules de l’épiderme se
prolongent en poils simples, très longs, relevés vers le
sommet de l’ovaire. Ces cellules sont dépourvues de tannin.
Sous l’épiderme, on trouve un tissu sans méats, épais d’un
millimètre, composé de cellules à tannin, à parois con­
tournées; il s’étend jusqu’à l’épiderme interne qui, dépourvu
de poils, se relève de distance en distance pour recevoir
les cloisons, dont le tissu est formé des mêmes cellules à
tannin, allongées radialement.
Au milieu de ce tissu compact, on trouve de petits fais­
ceaux formés de cinq ou six vaisseaux, coiffé extérieurement
d’un liber de cellules incolores à parois minces.
Le tout entouré d’un péricycle à cellules étirées, également
incolores. L’assise de cellules du tissu compact la plus
rapprochée du faisceau constitue son endoderme non diffé­
rencié. Les faisceaux verticaux émettent un grand nombre
de ramifications horizontales qui, après s’ètre dirigées vers
le bord interne des parois de l’ovaire, courent parallèlement
à ce bord.
Ces traînées horizontales s’entrecroisent en formant un
réseau vasculaire que les cellules péricycliques font pa­
raître blanc; ce réseau circonscrit des paquets de cellules
à tannin. Aux environs des cloisons, le même réseau
acquiert un développement beaucoup plus considérable,

�—

60

—
—

tandis que les paquets de cellules à tannin deviennent de
tout petits îlots perdus.
Cloisons. — C’est de ce réseau blanc que partent deux
ou trois traînées libéro-ligneuses parallèles, pénétrant dans
la cloison, allant jusqu’à son extrémité interne pour diviser
le tissu à tannin de cette cloison en plusieurs bandes pa­
rallèles.
Centre. Ces cloisons, au nombre de huit à dix, viennent
toutes se rencontrer au centre où elles circonscrivent un
petit espace vide, tapissé d’un épiderme bosselé. A l'extré­
mité interne de cette cloison naissent, l’un à droite, l’autre
à gauche, deux lobes plats, présentant la même constitution:
ce sont les placentas, portant une série longitudinale d’ovules.
Pas de lacunes dans les parois de l’ovaire; c’est la première
fois que nous constatons leur absence.
A dan son ia

digitata.

Parois. -- Dans une coupe de la partie moyenne, nous
remarquons que les parois de l’ovaire, la cavité ovarienne
et le centre ont la même épaisseur. Les parois offrent à
l’extérieur un épiderme de cellules hexagonales, contenant
du tannin; elles se prolongent presque toutes en un long
poil simple dont la large cavité contient également une
nappe de tannin.
On voit ensuite quatre à six assises de cellules rectan­
gulaires, aplaties tangentiellement et alternes dans chaque
couche, presque toutes sans tannin. Dans le reste de la
coupe, jusqu’à l’épiderme interne, on observe les mêmes
cellules, mais avec un grand diamètre radial. Le tiers externe
de cette dernière couche contient des faisceaux disposés
en cercle, le tiers interne de nombreuses lacunes; enfin
toute la couche présente de nombreuses séries radiales
discontinues de cellules à tannin.
Les faisceaux sont rapprochés deux par deux et les
groupes ainsi constitués sont séparés les uns des autres
par une intervalle double de leur épaisseur. Chaque faisceau,
comprenant six à huit vaisseaux et une épaisse calotte externe
de fibres libériennes, est séparé de son voisin par une seule
rangée de cellules rondes à tannin qui forment également
autour du groupe complet une gaine à parois latérales

61

—

minces, à parois interne et externe épaisses. De chacune
de ces gaines partent les rangées radiales, interrompues
de cellules rondes à tannin, qui se prolongent jusqu’à la
paroi interne; il existe des rangées semblables entre les
groupes de faisceaux.
Les lacunes sphériques ou ovoïdes, peu nombreuses dans
le tiers moyen de l’épaisseur de l’ovaire, deviennent très
abondantes et plus grandes dans le tiers interne; près de
l’épiderme interne elles sont presque contiguës.
Cloisons. — Les cellules de la face interne des parois
de l’ovaire sont dépourvues de poils et renferment du
tannin; elles se prolongent sur les cloisons qui naissent
généralement par deux branches de la paroi. Ces deux
branches se réunissent rapidement, après avoir limité une
lacune, et forment alors une lame verticale dont la cons­
titution est semblable à celle de A. Gregorii.
Centre. — Toutes ces cloisons se rejoignent au centre
de l’ovaire sans laisser de vide et constituent une masse
dans laquelle on distingue nettement autant de parties que
de cloisons (8 à 10), chaque partie tendant à se séparer
de la voisine.
Si l’on pratique la coupe transversale au tiers supérieur
de l’ovaire, on observe des parois plus épaisses et, au centr e,
limité par les 8 ou 10 masses correspondant aux cloisons,
un réseau à larges mailles tapissées d’un épithélium
bosselé, papuleux.
A dan son ia

m adagascarien sis.

Une section transversale du tiers supérieur de l’ovaire nous
offre une paroi deux fois plus épaisse que les loges, celles-ci
étant limitées par de très grosses cloisons radicales et une
portion centrale de la même épaisseur que les loges, formée,
d’un canal central entouré par un tissu de même rayon.
Parois. — Epiderme sans tannin ; poils semblables à ceux
de A. Grégorii. Au-desssus s’étend jusqu’au loges un paren­
chyme homogène, à cellules régulières, polygonales, incolores;
quelques-unes contiennent du tannin, d’autres des mâcles.
Près de la paroi interne, ces cellules s’allongent un peu dans
le sens tangentiel. Ce tissu est parsemé de petites granula­
tions qui ne sont autre chose que de petits faisceaux formés

�—

62

de deux ou trois vaisseaux et de quelques cellules libériennes,
celles-ci ne différant des cellules avoisinantes que par leur
moindre dimension. Pas d’endoderme différencié, à tannin.
Les faisceaux envoient, dans diverses directions, quelques
traînées vasculaires. Pas de lacunes.
Cloisons. — Dans les cloisons, même tissu parenchyma­
teux, à cellules cependant un peu allongées et contenant plus
souvent du tannin.
Centre. — Tout près du canal central sont des faisceaux
en nombre égal à celui des cloisons; ils forment un cercle
limité, à sa partie externe, par quatre ou cinq assises de
cellules à tannin et, à sa partie interne, par une certaine
épaisseur de cellules très petites, très granuleuses qui consti­
tuent les parois du canal central. La même coupe, faite au
tiers moyen, n’indique aucune variation dans l’épaisseur
respective de la paroi, des cloisons et du centre; seules les
loges sont devenues beaucoup plus grandes. Dans l’épaisseur
de la paroi apparaît, près des loges, un cercle de petites
lacunes et, alternant avec les cloisons, des faisceaux qui
envoient chacun une branche aux deux cloisons voisines;
il en résulte que ces dernières possèdent deux faisceaux
longitudinaux; elles offrent en outre trois ou quatre petits
faisceaux verticaux. Les cloisons contiennent beaucup plus
de tannin. Il en est de même du tissu central. De la portion
interne de chaque cloison, on voit partir à droite et à gauche,
un prolongement placentaire portant les ovules et, à la base de
chaque prolongement, se trouve un petit faisceau qui fournit
au placenta un cordon vasculaire horizontal. Il y a donc
actuellement dans le tissu qui entoure le canal central, pour
chaque partie appartenant à une cloison, un grand faisceau
et, à droite et à gauche de celui-ci, deux petits faisceaux
placentaires. Dans la coupe faite au tiers inférieur, l’ovaire
présente un anneau portant à sa face interne les cloisons
terminées chacune en forme d’ancre ou de T; ces ancres,
séparées les unes des autres, ont des bras très longs qui se
ramifient deux ou trois frois; chaque ramification ultime se
termine par un ovule appliqué contre les parois de l’anneau.

SECTION LONGITUDINALE DE L’OVAIUE
Pour compléter l’étude de la structure de l’ovaire, surtout
en ce qui concerne le vide central et la disposition des ovules,
pratiquons une coupe longitudinale passant par l’axe de
l’ovaire et du style. Les préparations obtenues avec les
trois espèces sont identiques: aussi nous bornerons-nous à
décrire celle de A. Gregorii. Si nous examinons la planche III
(fig. 1) où la coupe de l’ovaire a été grossie huit fois, nous
trouvons des parois dépourvues de lacunes, portant h leur
surface externe des poils simples, dressés ; ces parois se
continuent avec le pédoncule floral dont nous voyons les
nombreuses lacunes corticales et médullaires. Au-dessous
même de l’ovaire s’observe une lacune centrale, très aplatie
verticalement et très développée horizontalement. De la base
de l’ovaire s’élève un canal dont les parois viennent s’évaser
et se continuer avec les parois de la partie supérieure de
l’ovaire, tandis qu’il débouche dans le canal du style. Ainsi le
cercle central que nous trouvions dans les préparations précé­
dentes n’était que la coupe du prolongement du canal stylaire
et le tissu qui formait ses parois, bien différent du reste du
tissu de l’ovaire rappelle la structure du tissu du style. Les
parois de ce canal émettent des lobes placentaires qui vont en
s’amincissant, jusqu’à présenter presque la grosseur du
funicule, et alors se ramifient plusieurs fois ; chaque dernière
ramification s’allonge beaucoup en se contournant et porte à
son extrémité un ovule ascendant, appliqué contre les parois
ovariennes. La figure 1, planche III, montre que la section de
l’ovaire est colorée en rouge, ce qui est dû à de nombreuses
cellules à tannin; son examen nous dispense de donner de
plus amples détails sur la structure de l’ovaire.

�— 64
PÉRICARPE

Avant d’étudier les ovules, cherchons ce que devient l’ovaire
pour constituer le fruit.
Adansonia

G re g o rii.

Une coupe perpendiculaire ù la surface présente des cellules
épidermiques à tannin, se prolongeant en poils simples; cet
épiderme est bosselé, montre de nombreuses émergences peu
saillantes. Immédiatement en dessous, on trouve des fibres
perpendiculaires à la surface, très allongées, ù parois extrê­
mement épaisses, ponctuées, disposées en plusieurs assises
qui s’engrènent réciproquement et forment une couche de
cinq millimètres d’épaisseur. Certaines de ces fibres, isolées,
ont des parois moins épaisses et leur cavité remplie de
tannin : d’où l’apparence de traînées rouges, sur un fond
ponctué, avec des raies parallèles. De distance en distance,
cette couche de fibres est interrompue dans son épaisseur et
dans sa largeur par de grands amas de cellules ovoïdes à
parois minces, contenant souvent du tannin.
Les fibres se montrent d’autant plus larges, d’autant moins
étirées avec des parois d’autant moins épaisses que la région
qu’elles occupent est plus éloignée de la surface externe ;
les amas de cellules à tannin deviennent en même temps plus
nombreux ; bientôt on arrive à une région où les fibres sont
toutes remplacées par des cellules un peu allongées perpendi­
culairement à la surface ; celles-ci forment un tissu lâche.
Nous atteignons enfin la couche la plus interne. Ici les
cellules à tannin dominent et forment un réseau circons­
crivant des faisceaux; les cellules ovales incolores de la
couche précédente ont leur plus grand diamètre tangentfel;
leur paroi épaisse est très ornementée.
Les faisceaux deviennent nombreux vers la face interne,
du reste mal limitée. Ils sont formés de vaisseaux assez nom­
breux disposés en demi-cercle, coiffés par un liber externe à
éléments très épais. Le péricarpe est terminé par cette zone
de faisceaux. Plus de cloisons adhérentes, plus d’épiderme
interne. Nous n’avons donc pas de lacunes dans ce péricarpe,

- 65 du moins pour les nombreuses coupes que nous avons
observées.
Adansonia digitata*

Même structure du péricarpe que dans A. Gregorii; pas de
tannin dans la zone fibreuse.
La région où se trouve le réseau des cellules à tannin
possède encore un grand nombre de lacunes, toujours placées
au voisinage des faisceaux. Ces lacunes sont limitées par
quatre ou cinq assises de cellules tabulaires, disposées en
files comme celles du phelloderme. Ces cellules mortes, à
parois résistantes, préservent le tissu voisin de la gélification.
On trouve souvent, adossé à ce phelloderme dans les lacunes,
des cellules rondes à tannin encore intactes; le mucilage qui
remplit ces grandes lacunes est orangé : c’est lui qui cons­
titue l’espèce de gomme signalée comme exsudant du
péricarpe.
11 est probable que ces mêmes lacunes existent dans A.
Gregorii; malheureusement elles avaient disparu dans le
fruit que nous avons eu à examiner et qui d’ailleurs ne
possédait peut-être plus la partie interne de son péricarpe.
A dan son ia

m a d agascaricn sis.

La coupe est celle de A. Grégorii. Les poils contiennent
du tannin et la couche à longues fibres est remplacée par
la couche de fibres ovales peu ornementées, que nous avons
signalée au-dessous de la première dans A. Grégorii. Des
lacunes existent dans la couche à réticulum; quelques-unes
ont une enveloppe phellodermique analogue à celles des
lacunes de A. digitata Enfin dans toute la coupe on remarque
de nombreuses cellules à oxalate de chaux.
OVULE
A dan son ia G reg o rii.

Nous avons vu que les ovules sont portés par un long
cordon qui se ramifie à deux ou trois reprises différentes,
5

�-

66

—

chaque ramification ultime de funicule se terminant par un
ovule.
Ces funicules ont une constitution extrêmement simple.
Au centre nous avons un faisceau libéro-ligneux formé de
vaisseaux spiralés et ponctués, de fibres ligneuses et de fibres
libériennes, les unes et les autres à parois minces et ponc­
tuées. Ce faisceau est entouré d’une couche épaisse de
cellules allongées et contenant presque toutes du tannin.
A l’extrémité du funicule est l’ovule. Celui-ci a été préparé
de la manière suivante: Après l’avoir placé dans l’eau entre
une lame et une lamelle, séparées d’un côté par une mince
feuille de papier buvard, de l’autre par un fil de verre très
ténu, on a mis quelques gouttes d’une solution de soude
moyennement concentrée sur la lame, du côté du fil de verre:
le papier buvard absorbant l’eau, détermine un courant lent
qui assure le contact prolongé de l’ovule avec la solution
alcaline toujours fraîche. C’est, dans ces conditions qu’on a
observé les modifications, au fur et à mesure qu’elles se
produisaient dans la préparation.
L’ovule, de rouge sombre qu’il était, devient rouge pèle et
l’on aperçoit nettement tous les détails de sa structure. De
forme obovoïde, il est aplati d’un côté et sa portion la plus
renflée, est la partie opposée au funicule; long d’un demimillimètre, il a un tiers de millimétré de largeur. Le faisceau
du funicule se continue dans les téguments de l’ovule du côté
aplati, pour s’épanouir dans sa portion renflée. II y a donc
un raphé et l'ovule doit être anatrope. C’est ce que montre
aussi l’examen des membranes d’enveloppe. Deux tuniques
entourent le nucelle; leur ouverture ou mlcropyle est très
rapprochée du funicule. Les cellules de ces deux membranes
d’enveloppe sont rouges, remplies de tannin; allongées près
du raphé dans le sens du faisceau, elles sont, partout ailleurs,
isodiamétriques. Quant au nucelle, il est incolore.
Les ovules de A. digitata et de A. madagascariensis sont
complètement ovoïdes; à part cela, ils présentent tous les
caractères observés dans A. Gregorii] dans les trois espèces
les ovules sont ascendants, à raphé interne et à micropyle
externe.

- 67 —
FORMATION DE LA GRAINE ET PULPE
A dan son ia G reg o rii.

La graine de A. Gregorii est réniforme, à surface un peu
anguleuse. Elle a un centimètre de long sur cinq millimètres
de large. D’un point assez rapproché du fond de l’échancrure
part le funicule, qui vient s’unir au funicule d’une autre
graine; ce phénomène de réunion des funicules se répétant
trois ou quatre fois, l’ensemble figure une véritable petite
grappe comparable à une grappe de raisin dont les grains
d’inégales dimensions seraient les graines. Toutes les graines
appendues à un ou plusieurs funicules primitifs sont rappro­
chées les unes des autres et maintenues dans cette situation
par une pulpe sèche. L’ensemble constitue une sorte de petit
parallélipipède; Celui-ci se clive assez facilement en lamelles
contenant une graine ou deux dans leur portion centrale.
Sous l’influence prolongée de l’eau bouillante, les parallélipipèdes se gonflent, deviennent transparents et laissent voir
dans leur centre une, quelquefois deux graines adultes et,
tout autour d’elles, un grand nombre de graines arrêtées
dans leur développement et de dimensions différentes. Un
même parallélipipède permet donc d’étudier toutes les phases
de l’évolution d’une graine, toutes les formes de passage
de l’ovule à la graine adulte.
Certaines de ces graines, si l’on peut les appeler ainsi, sont
des ovoïdes prolongés, à l’une de leur extrémité, par un
cordon grêle. On ne saurait mieux comparer leur forme qu’à
celle des spermatozoïdes observés sous un fort grossissement.
Le raphé qui forme d’un côté une ligne très foncée se recon­
naît facilement. Le volume de ces graines est double de celui
d’un ovule. D’autres, deux fois pins développées, commencent
à présenter une dissymétrie latérale, occasionnée par l’accrois­
sement plus rapide de la moitié de l’ovule opposée au raphé;
cette inégalité dans la vitesse d’accroissement des deux
moitiés s’exagérant, la graine affecte la forme d’un rein et
son hile est situé d’un côté de la dépression qui représenterait
en quelque sorte le bassinet de ce rein; de l’autre côté se
trouve la chalaze. Une bande noire longeant cette dépression

�-

68

—

va du hile à la chalaze; c’est le faisceau du raplié, car nous
savons que l’ovule est anatrope. Dans le cours de cette
évolution vers une forme campylotropique, le mieropyle
conserve la situation qu’il avait dans l’ovule; il se trouve
donc prés du hile, du côté du funicule opposé à la dépression.
La forme définitive de la graine est déjà acquise, alors même
que celle-ci n’est encore que huit ou dix fois plus grande
que l’ovule. A ce moment, des faisceaux partent de la chalaze
et rayonnent dans les téguments; la graine continue à grossir
et atteint les dimensions représentées daus la PI. III (fig. 3).
Elle ne provient donc pas d’un ovule campylotrope, comme
on serait tenté de le supposer, mais d’un ovule anatrope;
longtemps après que l’anatropie s’est complètement dessinée,
une différence dans l’activité du développement des deux
moitiés de l’ovule fécondé détermine la forme en rein de la
graine et la position latérale du hile.
Tous les stades de cette transformation de l’ovule en graine
sont identiques pour les trois espèces; aussi a-t-on représenté
(PI. III, fig. 2) quatre âges différents de la graine de A. digita.ta, cette espèce nous ayant présenté les parallélipipèdes de
la pulpe dans le meilleur état de conservation.
Si l’on cherche à débarasser les graines, de la pulpe rendue
transparente par l’ébullition, on constate une forte adhérence
de cette pulpe avec l’enveloppe de la graine et la surface du
funicule. Au microscope, la pulpe se montre constituée par
des vaisseaux de toutes sortes, par des fibres ligneuses et
libériennes et surtout par des cellules à tannin et des cellules
incolores à parois un peu épaisses et très ornementées; on
n’y trouve pas de poils. Tous ces éléments s’observent dans
le funicule et les téguments externes de la graine. Leur
présence, l’adhérence de la pulpe avec les graines, nous
font supposer que la pulpe est un arille généralisé, mou,
développé aux dépens de la première enveloppe de la graine
et de la surface du funicule. Cet arille se dissocierait par
sa face externe, alors qu’il continuerait à s’accroître au
contact du testa. On a essayé de représenter (PI. III, fig. 2)
l’aspect d’une graine arrêtée dans sa croissance et entourée
de sa pulpe arillaire, rendue transparente par l’ébullition
avec l’eau.

- 69 TÉGUMENTS

OE

LA

GRAINE

Adan son ia G rcg o rii.

Le rasoir n’entame pas les graines sèches de A. Gregorii,
aussi a-t-on dû les ramollir par une ébullition prolongée
dans l’eau. Il est alors facile d’enlever une première coque
élastique, épaisse d’un millimètre, légèrement foncée à
l’extérieur. On met ainsi à découvert une deuxième enve­
loppe rouge moins épaisse, se détachant facilement et enfin
une membrane fine, gluante, gélatineuse qui semble faire
pressentir l’existence de mucilage. Ces trois enveloppes
entourent un embryon, plongé dans un albumen, que nous
étudierons plus loin.
Si l’on fait une coupe radiale à travers l’ensemble des trois
enveloppes, on trouve (PI. III, fig. 3):
1° A l’extérieur, une couche de deux ou trois assises de
cellules aplaties tangentiellement, à parois très épaisses, quel­
ques-unes contiennent du tannin; l’assise la plus externe a
ses parois déchirées.
2° Une rangée de fibres perpendiculaires à la surface, très
allongées, à parois très épaisses, présentant des stries dispo­
sées comme les barbes d’une plume; l’extrémité interne de
ces fibres est effilée en pointe, ce qui permet à cette assise de
s’engrener avec les éléments de la couche suivante.
3° Une autre assise de fibres trois fois plus longues que les
premières, tout en ayant la même largeur et les mêmes orne­
ments; l’extrémité externe des fibres est effilée.
Ces trois couches constituent ce qui reste du testa.
4° Cinq à six assises de cellules à tannin aplaties tangentiel­
lement; les cellules d’une assise alternent avec celles des deux
assises contiguës.
5° Deux ou trois assises de cellules à mucilage, très plissées;
on y observe des lambeaux de quelques cellules détruites
dont la fonte a déterminé, pour ainsi dire, l’ébauche de lacunes.
Ces deux dernières couches correspondent à la deuxième et
à la troisième enveloppes que nous avions constatées; leur
ensemble forme le tegmen,

�— 70 —
Adansonia digitata.

La graine, un peu plus.grande et légèrement plus anguleuse
que celle de A. Gregorii, offre la même structure dans ses
téguments. La première et la quatrième couches sont plus
épaisses et contiennent beaucoup plus de tannin; dans la
cinquième région on constate la présence de très nombreuses
lacunes, séparées les unes des autres par des cellules à tannin
et par des cellules incolores qui forment un véritable réticulum.
Adansonia m ad a g asca rie n sis.

Graines deux fois plus grandes que celles de A. Gregorii,
anguleuses, rouge foncé à la surface.
La coupe des téguments est identique à celle de A. digitata;
à la surface de la première couche, on voit des faisceaux
libéro-ligneux entourés de cellules à tannin et de cellules inco­
lores; quelques-uns sont à nu vers l’extérieur et ont perdu
un certain nombre de fibres ligneuses et de fibres libériennes.
Si l’on compare cette coupe, la plus complète des trois, à
celles de A. digitata et surtout de A. Gregorii qui ne possè­
dent presque plus rien de la couche à faisceaux, on remarque
que les graines adultes perdent une partie de leurs téguments :
celle-ci s’ajoute à l’arille généralisé, pour constituer la pulpe
dans laquelle nous avons déjà signalé tous les éléments de la
couche à tannin et à faisceaux de la graine.
Le môme processus de dissociation s’observe à la surface
du funicule des graines.
On voit que l’origine de la pulpe dans le genre Adansonia
est bien différente de celle des formations similaire constatées
dans les genres voisins.
EMBRYON ET A L BUME N
A dan son ia

de la graine. Du bas de la tigelle partent deux cotylédons laté­
raux qui bientôt passant au-dessous et au-dessus de la tigelle,
l’entourent complètement ; un peu plus haut, on ne rencontre
plus que les cotylédons, fortement contortupliqués. C’est en
cet endroit qu’a été faite la coupe représentée (PI. III fig. 4).
Sur cette section, on voit les deux cotylédons, appliqués
l’un contre l’autre, partir de la face inférieure de la graine,
la longer vers la droite, remonter la face latérale droite, puis
longer la face dorsale jusqu’en son milieu; en ce point, ils
s’invaginent, descendent verticalement jusque près de la face
inférieure, se redressent, remontent jusqu’à la face dorsale en
s’adossant au premier pli de l’anse ainsi formée; arrivés en
haut, ils courent parallèlement à cette face dorsale jusqu’au
côté latéral gauche, le long duquel ils descendent; arrivés à l'a
face ventrale, ils viennent finir au-dessus des deux extrémités
droites. En cette dernière région, on a donc quatre lobes su­
perposés. Ces cotylédons sont limités chacun par une assise
de cellules rectangulaires, futur épiderme à paroi externe légè­
rement épaissie. Le tissu cotylédonaire est formé de cellules
régulières, necontenant pas d’amidon, car elles ne bleuissent pas
au contact de la solution iodo-iodurée, mais des grains d’aleurone et des corpuscules huileux. On trouve surtout à la partie
supérieure de l’anse, dans ce tissu cotylédonaire, des îlots de
cellules plus petites, plus foncées, plus granuleuses; ces ilôts
constitueront plus tard les faisceaux. Les cotylédons, appli­
qués constamment l’un contre l’autre, laissent, entre leurs
différents replis, des vides comblés par de l’albumen non
amylacé, à cellules plus polyédriques et plus granuleuses que
celles des cotylédons. Lne mince lame d’un même albumen
sépare l’embryon entier des parois de la graine.
Adansonia digitata.

Absolument la même disposition des cotylédons, la même
structure de ceux-ci et de l’albumen que dans A. Gregorii.

G reg o rii.

Après avoir fait bouillir la graine pendant longtemps pour
lui enlever ses trois enveloppes, on observe une radicule et
et une tigelle placées contre un des rebords de l’échancrure

Adansonia m a d agascarien sis.

Les cotylédons, au lieu de présenter une anse médiane, en
présentent trois. L’ensemble de ces anses écarte vers la droite

�— 72
et vers la gauche, à la face inférieure, les quatre extrémités
cotylédonaires. Celles-ci ne sont donc pas superposées et c’est
entre les deux extrémités de droite et celles de gauche que les
trois anses viennent se placer.
La structure des cotylédons et de l’albumen est la même
que dans A . Gregorii.

CONCLUSIONS
T H É R A P E U T I Q U E ET CHIMIE.

Les trois espèces du genre Adansonia possèdent les mêmes
principes médicamenteux: tannin, mucilage, acide tartrique,
corps gras.
Le tannin abonde dans l’écorce et le pédoncule floral. Il
remplit complètement l’intérieur des cellules, surtout autour
des faisceaux, permettant ainsi à l’endoderme de se différen­
cier nettement du tissu environnant. C’est probablement lui
qui communique au Baobab ses vertus antipériodiques,
mises en lumière par les frères Duchassaing; car on n’y
trouve aucune trace d’alcaloïde (Adansonine), ni de glucoside
(,Saponine), ce qui fait dire à MM. Heckel et Schlagdenhauffen,
dans le Journal des nouveaux remèdes (1888): « Ou bien
« nous connaissons mal les substances chimiques capables
« de détruire le microbe paludéen, ou bien il faut admettre
« avec Delioux de Savignac que toutes les substances tanni« ques sont des fébrifuges incontestables. En somme, comme
« les faits allégués par Duchassaing sont indiscutables, nous
4 nous trouvons ici encore en face d’un véritable paradoxe thé« rapeutique qui est de nature à activer le zèle et à aiguiser la
« sagacité des thérapeutistes, s’il est vrai que naturam mor« borum curationes ostendunt. »
LAdansonia Gregorii est l’espèce qui renferme le plus de
tannin; il pourrait donc être essayé en Australie comme
antipériodique. Le mucilage, que l’on trouve déjà en propor­
tion notable dans les feuilles, est encore en plus grande
quantité dans le calice. Il n’est pas produit, comme dans les

�graines de lin, de psylliun ou de coing, par les cellules épider­
miques; en effet, les feuilles entières mises à digérer dans
l’eau chaude, ne donnent pas un liquide filant. Il est contenu
dans des lacunes sous-épidermiques. Alorsque, dans la feuille,
ces lacunes se forment par gélification des parois de cellules
d’une assise spéciale, dans les autres organes, elles prennent
naissance aux dépens d’un tissu parenchymateux quelconque.
Aussi la composition du mucilage est-elle très variable sui­
vant qu’il résulte de la fonte de cellules contenant soit du
tannin, soit de l’oxalate de chaux, soit de la chlorophylle, ou
qu’il provient de cellules incolores. Ses propriétés thérapeu­
tiques varient en même temps. C’est à sa présence que la
feuille doit ses vertus émollientes que les indigènes africains
utilisent dans les inflammations des reins, de la vessie, du
tube digestif (lalo) et dans la dysenterie. C’est aussi pour la
même raison que les médecins européens, l’emploient, au
Sénégal, comme succédané des graines de lin. Puisque le
mucilage est encore plus abondant dans le calice, peut-être
conviendrait-il de donner la préférence à ce dernier.
L’acide tartrique qui existe dans la pulpe fraîche ou dessé­
chée, — et alors appélée terre sigillée de Lemnos, — commu­
nique à ces deux substances leurs propriétés tempérentes.
Il explique en partie les succès obtenus dans le traitement
des fièvres; maison ne peut se rendre compte des propriétés
multiples que les indigènes attribuent à cette pulpe: propriétés
qui ont été, en Europe, la cause de la grande vogue de la
terra lemnia au commencement du siècle, qu’en se rappelant
son origine. Formée parla dissociation des cellules d’un arille
généralisé à toute la surface de la graine, ainsi que par la
destruction d’une partie des téguments de celle-ci, la pulpe
contient, outre l’acide tartrique, du tannin très abondant
dans ces parties, et du mucilage: elle peut donc hériter des
propriétés que le tannin donne à l’écorce, et que le mucilage
donne aux feuilles.
En même temps que des matières mucilagineuses, la graine
renferme des corps gras en abondance; l’association de ces
deux produits rend les graines laxatives et émolientes; ces
propriétés justifieraient, jusqu’à un certain point, leur
emploi thérapeutique contre la dysenterie, en Egypte, dans
le Darfour et la Nubie.

— 75 —
BOTANI QUE

Au point de vue botanique, il nous est plus difficile de
résumer ce travail; car, pour cela, il faut élaguer un grand
nombre de faits que certains esprits peuvent considérer
comme peu importants, alors que d’autres leur accordent la
première place. Nous avons déjà parlé plus haut des lacunes
et de la pulpe.
Les trois espèces du genre Adansonia possèdent un grand
nombre de caractères anatomiques communs: poils étoilés
répartis à la surface de l’appareil végétatif et à la face in­
férieure du calice; poils simples implantés sur la face supé­
rieure de ce dernier et sur les autres verticiles floraux;
glandes externes de la feuille et du calice qui rappellent celles
du Wars; appareil lacunaire uniforme existant dans tous
les organes; constitution identique de l’ovule; évolution
semblable de ce dernier pour devenir graine; même origine
arillaire de la pulpe; enfin identité dans la structure intime
des organes.
L’examen des planches I, Il et III suffira donc pour donner
une idée complète de l’essence du genre Ad uisonia, D’ail­
leurs c’est YAdansonia Gregorii qui présente la structure
la plus simple et la plus typique des trois espèces. Celle-ci,
un peu plus compliquée dans A. madagascariensis, présente
les altérations les plus profondes dans .4. digitata: présence
de deux faisceaux supplémentaires adossés par leur liber
dans la nervure médiane de la feuille; polystélie du pédoncule
floral; importance plus grande du deuxième cercle de fais­
ceaux à liber interne, dans la colonne staminale; existence
d’un phelloderme autour des lacunes du péricarpe; etc. On
sait que A. Gregorii habite l’Australie, que A. madascariensis
se trouve à Madagascar et que A. digitata se rencontre dans
l’Afrique tropicale et en Asie, où il a été sans doute importé.
Ce fait, rapproché du caractère de la complication dans la
structure laquelle va s’accentuant de A. Gregorii à l’espèce
A. digitata, en passant par A. Madagascar iensis, permettrait
peut-être de supposer que le genre a pris naissance en
Australie; de là, l’unique espèce aurait émigré vers l’ouest,
sur un continent actuellement disparu qui aurait relié l’Aus­
tralie à Madagascar, se serait fixée dans cette île, en modifiant

�- 76 —
sa structure pour l’adapter aux nouvelles conditions de
milieu, ce qui aurait donné une nouvelle espèce; enfin celle-ci,
envahissant l’Afrique tropicale aurait elle-même subi, dans
sa constitution intime, de nouvelles modification qui aurait
déterminé la formation de la troisième espèce. Pour que
cette hypothèse soit soutenable, il faut que la troisième
espèce, la plus récente, la mieux adaptée aux conditions
actuelles, occupe une aire très étendue, tandis que les deux
plus anciennes soient en voie de régression. C’est justement
ce que l’on observe danslegenre Adansonia, dont A. Gregorii
et A. madagascariensis sont limités chacun à une petite
portion de leur ile respective, alors que A. digitata non
seulement abonde en Afrique mais encore supplante A. mada­
gascariensis dans son île où il a été importé, et se développe
rapidement dans l’Asie tropicale partout où on le transporte.
Quant aux relations que l’anatomie nous amènerait à
chercher entre le genre Adansonia et les genres voisins, ou
des groupes plus étendus, nous ne saurions actuellement
les établir sur des bases précises. Ce n’est qu’à la suite de
l’examen approfondi et détaillé de la grande famille des
Malvacées que nous pourrons espérer peut-être hasarder
quelques comparaisons.
En effet, cette étude n’est que le commencement d’un travail
plus important que nous nous proposons de poursuivre sur
ce groupe, si intéressant pour la médecine.

PLANCHE II
F e u i l l e « le l 'A d u n s o n i u

C à rc g o rii.

F ig. 1. — Coupe de la nervure médiane d’une foliole. — êps. épiderme
supérieur: — tp. tissu palissadique ; — b. bois; — gf. gaine du
faisceau ; — I. lacune ; — po. poil ; — épi. épiderme inférieur ; —

cm. cellule à mucilage; — ox. cellule à mâcle d’oxalate de chaux:
— I. lacune.

i

Fig. 2. — Épiderme supérieur. — ai. cellule située sur une nervure ; —
po. poil ; — ce. cellule des groupes étoilés ; — cp. cellule située
sur le parenchyme ; — gl. glande.

�— 78 —
Fig. 3. — Glande.
Fig. 4. — Épiderme inférieur. — cp. cellule du parenchyme ; — st. stomate ;

po, poil ; — ox. cellule à mâcle ; — en. cellule située sur une
nervure.
Fig. 5. — Coupe du Parenchyme et des nervures secondaires. — êps. épi­
derme supérieur; — cm. cellule à mucilage; — I. lacune; —
tp. tissu palissadique ; — tl. tissu lacuneux ; — gf. gaine du
faisceau : — b. bois ; — l. liber ; — épi. épiderme inférieur ; —
po. poil : — ox. mâcle d’oxalate de chaux ; — st. stomate.

PLANCHE III
O v a ire e t g r a in e .

Fig. 1. — Coupe lo n g itu d in a le de l ’O vaire de l ’A dansonia G regorii.
Fig. 2. — S érie des form es de p assag e de l'o v u le à la g ra in e de l'A d a n so n ia d ig ita ta .

Fig. 3. — G raine de l'A d an so n ia G regorii.
Fig. 4. — G roupe des té g u m e n ts de la g ra in e p ré c é d e n te .

PLANCHE IV
P o r t « le l ’A d a n s o n i a Z a

« O K T O I l.il»

----

111»

A. A Ali AN |Z.

----

95

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���BAKIS

(Tinospora Bakis

Miers)

ET LE

SANGOL

(Cocculus Leaeba

G. P. et Rich.).

DU SÉNÉGAL ET DU SOUDAN
Par MM. Edouard HECKEL et Fr. SCHLAGDENIIAUFFEN.

Les populations nègres du Sénégal et du Soudan (1) emploient
couramment, contre un certain nombre d’affections, les racines
amères de deux Ménispermées, communes dans ces régions : l’une
d’elles, môme, le Bakis, est d’un usage si fréquent qu’on l’achète
aisément sur les marchés de S1-Louis (Sénégal). Quant à l’autre, le
S a ng ol , son emploi paraît plus limité et il est assez difficile de se le
procurer, bien que la plante ne soit pas rare dans toute la Sénégambie et le Sénégal.
(1) M. le docteur Rançon, médecin de 1” classe des colonies, a trouvé le Bakis
en grande quantité aux environs de Goundiourou, près de Kayes, dans le Soudan
français (communication in litteris du 12 mars 1892). Plus tard, durant le cours
de son voyage d’exploration dans la Haute-Gambie, il l'a retrouvé le long de la
route de Damenlan au pays des Coniaguiés. Voici dans quels termes il s’exprime
sur ce point, dans son rapport d’exploration (Annales de l'Institut colonial, t. II,
p. 284, 1894) : « A travers les conglomérats qui couvrent le terrain h droite et à
» gauche de notre route, je pus constater la présence de nombreux échantillons d’une
» Ménispermée fort commune au Sénégal, dans la province du Cayor, que je n’ai
» guère retrouvée au Soudan que dans les environs de Kayes, non loin du petit
» village de Goundiourou. C’est le Tinospora Bakis Miers. On trouve ses racines
» dans toutes les officines des marchands indigènes, sur les marchés de Sl-Louis,
» Dakar, Corée, Ruûsque. Les noirs utilisent ses propriétés toniques, diurétiques et
» fébrifuges. Ils l’emploient surtout contre la fièvre bilieuse simple ou rémittente
» à laquelle ils sont aussi sujets que l’Européen. Ils en font des décoctions, des
» macérations, et son usage est particulièrement fréquent chez les peuples d'ori» gine Ouolove et Sérère. i&gt;

�Annales du Musée et de l’Institut colonial de Marseille.

11 nous paraît intéressant, pour compléter la connaissance des
Méuispermées médicinales, de faire 1étude de ces deux diogues,
jusqu’ici à peu près ignorées du monde savant et pourvues cepen­
dant d’un caractère spécial.
R acine

de

S angol

Historique. — Nous nous occuperons tout d abord du Sangol, le
moins connu des deux produits africains que nous avons en vue
d’examiner ici.
Corre et Lejanne (Résumé de Mat. méd. et toxicol. coloniale, Paris,
O. Doin, 1887, p. loi) paraissent être les premiers et seuls auteurs
qui aient signalé cette drogue africaine à l'attention du monde
médical. Ils le font dans les termes suivants, après avoir consacré
quelques lignes au Bakis : « Nous avons rencontré dans la même
» colonie (Sénégal), une autre racine, le Sangol, qui nous a paru
» appartenir à un Cocculus distinct du C. Bakts et qui possède les
n propriétés du Pareira. » Bornant là leurs indications, ces auteurs
ne cherchèrent pas à déterminer la plante à laquelle se rapporte
cette drogue (1).
Toutefois, sur ces données, nous recommandâmes à M. le Dr
Rançon, au moment de son départ pour sa fructueuse mission
dans la Haute-Gambie, de recueillir, pour nos études sur le Bakis
et le Sangol, les matériaux nécessaires à cette détermination
(drogueet échantillons botaniques). Cet explorateur voulut bien,
en passant [à Sl-Louis, pour se rendre à Kayes, intéresser à nos
desiderata M. Cbalufour, pharmacien eu chef de l’hôpital de cette
colonie. Ce savant nous fit, en racines de Bakis et de Sangol, un
envoi qui fut renouvelé ensuite, sur notre demande, par son succes­
seur, M. Lejanne, le savant auteur de la Matière médicale exotique,
(1) La même année paraissait la remarquable thèse de pharmacie de M.C. Sambuc

(Contribution à l’étude de la Flore et de la matière médicale de la Sénégambie,

Ecole supérieure de pharmacie de Montpellier), où nous trouvons, p. 57, le passage
suivant sur la drogue qui nous occupe : « 11 y a, du reste, en Sénégambie, une
» autre Ménispermée, également amère, signalée par Corre et Lejanne, c’est le
» Sangol. Nous n’avons pas étudié cette plante pendant notre séjour au Sénégal,
» mais, à notre retour, oous avons pu voir dans les collections du jardin des plantes
» de Montpellier, mises obligeamment à notre disposition par M. le professeur
» E. Planchon, un fragment de tige portant le même nom et provenant du marché
« de S'-Louis. Un simple coup-d’œil jeté sur la section transversale ne laisse aucun
» doute sur la famille du Sangol, qui est bien une Ménispermée. »

Plant de

B akis

végétant dans les serres chaudes du Jardin Botanique de Marseille.

�- 53 l’intrépide compagnon d’exploration du regretté Crevaux à la
Guyane. M. Lejanne compléta ensuite ses envois par des racines et
des échantillons botaniques du Sangol ; ce sont ces derniers maté­
riaux qui nous ont permis de déterminer définitivement l’espèce
végétale qui donne le Sangol. Quant à celle qui fournit le Bakis,
son identification était plus facile, en raison même de sa plus large
diffusion dans toute la Sénégambie et le Soudan. Nous avons
également reçu des échantillons de Bakis provenant du Saloum, et
un bon dessin de cette plante de M. le Dr Maclaud, alors chirurgienmajor de YArdent, en station au Sénégal; nous donnons en planche
ce dessin. Ce médecin distingué des Colonies a bien voulu nous
adresser aussi des échantillons d’une plante qu’on lui a fait
recueillir sous le nom de Sangol, mais qui ne répond pas à la
drogue connue le plus vulgairement sous ce nom. C’est une Légumineuse. On sait que les nègres ne sont que trop enclins à donner
le môme nom à différentes plantes douées de propriétés semblables.
Enfin le même Dr Maclaud, dont nous ne saurions trop louer
ici le zèle bienveillant, nous a adressé une plante de Bakis qui
végète convenablement dans les serres chaudes du jardin bota­
nique de Marseille. Nous en donnons une photographie.
Qu’il nous soit permis d’adresser ici nos plus vifs remercie­
ments à ceux qui nous ont aidé par des recherches d’échantillons:
MM. Chalufour, Lejanne et Maclaud.
Botanique et matière médicale du Sangol. — Eu 1891, nous
communiquâmes à l’Association française pour l’avancement des
sciences (section de Marseille) une note sur le Sangol, et nous
attribuâmes, sur le simple examen de la constitution anatomique
de la racine, qui se rapproche de celle du Pareira brava, ce
médicament à une espèce nouvelle que nous dénommâmes pro­
visoirement Cissampelos Chatini.
Depuis, M. Lejanne nous ayant fait un envoi en août 1892,
d’échantillons botaniques complets de la plante qui fournit cette
drogue (1), nous avons pu, sans hésitation, identifier le Sangol
(1) Ces échantillons secs ou conservés dans l’alcool, dans l'eau salée ou
acidulée, proviennent du village de Sor. Voici quelques documents émanés de
M. Lejanne et accompagnant son envoi : « Ces échantillons sont bien autben» tiques, les fleurs sont très petites, vertes, le fruit mûr est une drupe rouge,
» à noyau ligneux, circulaire, ruminé. C'est bien une Ménispermée comme vous

�Annales du Musée et de l Institut colonial de Marseille

- 34 —
avec Cocculus Leaeba. G. P. et Rich. (Tentamen
Flora Senegambiœ, p. 13) dont la synonymie
est C.
eliptieusD. C. (Syst. veget. I, p. «26) ;
ilenispermm ellipticum Poiiet (Suppl. 3, p.
657);
Leab,Forsk
(Flor.172); Memspmnum Leaeba Del. (Ægypt- t. «1, 1- 2-3); C.
Leæba D. C. (Syst. 1, p. 529).

Fig. 1. Racine du Sangol

(Cocculus Leaeba G. P. Rich.)
A. Fragment d’une racine sèche :
G. N. ; B. Coupe transversale de celte racine 3—5 0 » ,,^
cellules du tissu fondamental
avec leurs grains d’amidon
dOO/1 ; C. parenchyme fondap f; avec a, a', grains d’am i­
don.

Différentes formes de racines de bANcot.

�Nous ne reviendrons pas sur la description si souvent répétée
de cette plante, dont Taire géographique est tellement étendue
qu’elle occupe toute la région aride comprise depuis l’Inde
jusqu’aux îles du Cap vert, à travers l’Arabie et l’Egypte. C’est
une plante des régions chaudes sèches et sablonneuses du globe,
elle est donc désertique par excellence (1). Un seul point de la
description des auteurs du Tentamen Fl. Seney. semble ne pas
concorder avec nos données. M. Lejanne déclare que les drupes
mûres sont rouges, et Guillemin, Perrotet et Richard qu’elles
sont noires et couvrent la plante durant la saison des pluies et
encore aux mois de lévrier et mars.
La racine du Sangol en est la partie médicamenteuse.
Le Sangol se présente sous la forme de racines de la grosseur
du pouce ou plus (elle peut mesurer de 2 à 3 cm. de diamètre = 7
à 10 cm. de circonférence à l’état frais); elles sont cylindriques, de
couleur brunâtre très foncée (chocolat). Le revêtement est formé
par un épiderme brun-marron qui donne sa couleur à la racine:
cette couche peu épaisse est fortement adhérente à l’écorce avec
laquelle elle forme corps. Enlevée par un grattage au couteau, on
aperçoit les parties internes sous-jacentes qui sont d’une couleur
jaunâtre. La racine est striée longitudinalement, fig. 1 Aet présente
de loin en loin quelques parties fendillées à sa surface ; elle est
douée d’une amertume franche et très accusée qui fait absolument
défaut dans les feuilles et les rameaux de la même plante. Si on
pratique une coupe transversale de cette racine on trouve, audessous de l’écorce peu épaisse, une succession de faisceaux fibro­
vasculaires disposés en couches concentriques comme dans le Chondodendron tomentosum Ruiz et Pavon(vrai Pareira brava)o\i Cocculus
Chondodendron D. C. On compte généralement 4 ou 5 de ces couches
emboîtées le plus souvent les unes dans les autres, mais quelquefois
» l'avez jugé par l'examen anatomique de la racine. Une coupe de la tige ne
» laissait aucun doute à ce sujet. Je connais à 10 kilom. de St-Louis un Sangol
» dont la tige atteint le volume de la cuisse d’un homme ; il grimpe sur un
» tamarinier après avoir décrit plusieurs courbes sur lui-même. »
(1) Elle appartient dans la flore de Sénégambie à la section, établie par
M. C. Sambuc (Loc. cit., p. 20), des plantes confinées dans la zone septentrionale
à courte période de pluies. C’est une des plantes d'Afrique à propos desquelles
Grisebach (Les Végétations du globe, p. 225-226) a pu dire : « Ici la connexion
entre les Indes et le Soudan est encore très appréciable et s’effectue particulière­
ment par l’entremise de l’Arabie..............»

�exceutriques et incomplètes, particulièrement celles de la péri­
phérie. Au centre est une moelle peu développée mais toujours
apparente. Chaque zone est séparée de la précédente et de la sui­
vante (en allant de dedans en dehors) par du tissu fondamental
qui sépare les différents faisceaux fibro vasculaires et s’étend sous
forme de rayons médullaires depuis l’écorce jusqu’à la moelle en
s’infléchissant et se courbant entre les faisceaux.
Stnicture microscopique. — Les différentes couches que l’on ren­
contre sur la coupe transversale d’une de ces racines sont les
suivantes, en allant de l’extérieur à l’intérieur : 1° une mince
couche subéreuse de cellules noirâtres (fig. 1 B, s), 2° un paren­
chyme cortical formé de 3 ou 4 couches de cellules aplaties tangentiellement (p c), 3° la première zone de faisceaux fibro-vasculaires;
c’est là que les faisceaux, d’aspect fusiforme sur la coupe transver­
sale (fig. 1, B), atteignent leur plus grande dimension en longueur
et en largeur : ils sont formés uniformément de gros vaisseaux à
section ovale ou circulaire (v) très nombreux, dont l’ensemble est
entouré d’éléments scléreux disposés en une ou plusieurs couches,
c’est le bois (b). Daus cette zone de faisceaux fibro vasculaires, les
unités sont évidemment plus nombreuses que dans celles qui
suivent, où les faisceaux vont en diminuant de dimension à
mesure qu’on s’approche du centre de la racine; chaque faisceau
alterne, du reste, avec ceux de la zone qui précède et avec ceux de
la zone qui suit. Ils sont, dans la même zone, séparés du voisin par
une bande épaisse de tissu fondamental à cellules allongées radialement (p f). Ces éléments cellulaires contiennent uniquement de
la fécule (fig. 1 ; C; a). Ces grains d’amidon sont simples et pré­
sentent une fente rayonnée: ils se manifestent souvent sous la
forme d’un ovoïde tronqué à l’un de ses bouts (o). Cette structure
anatomique différencie nettement le Sangol du Bakis.
Cette dernière racine, qui partage avec la première la faveur
des nègres, présente, comme nous le verrons, une organisation toute
différente qui rappelle celle du Gulancha (racine du Tinospora cordifolia Miers, Cocculus cordifolius D. C.) et du Cissarnpelos Pareira
Lamk.
Nous voilà donc en face d’un Cocculus qui rappelle les Chondrodendron par son anatomie, et d’un Tinospora qui s’approche d’un

Cissarnpelos par sa structure histologique. Ces faits démontrent
bien que la consultation des caractères anatomiques n’est pas tou­
jours suffisante pour établir les affinités des divers groupes d’une
famille, même très naturelle comme celle des Ménispermées. Nous
avons déjà dit, au début de cette étude, combien les caractères
histotaxiques nous avaient induit en erreur, quand, n’ayant à
consulter que la structure de la racine, nous avions cru pouvoir
y trouver les éléments d’une détermination botanique.
E tude

chimique

A. — Mode opératoire.
I. Traitement à l’éther de pétrole. — Nous épuisons par l’éther de pétrole
à 50°, dans un appareil à extraction continue, la racine réduite en poudre.
Nous obtenons, au bout de 2 heures, un liquide à peine jaunâtre qui dépose, après
refroidissement complet, de fines aiguilles incolores et soyeuses. En abandonnant à
elle-même cette solution pétroléique pendant un ou deux mois, de manière à avoir
un produit de consistance presque sirupeuse, ces aiguilles apparaissent d’une façon
très nette dans une masse amorphe jaune. Si alors on reprend le tout par du nouvel
éther de pétrole, la matière jaune se dissout instantanément et les cristaux résistent
et apparaissent dans tout leur éclat.
La solution jaune pétroléique, évaporée de nouveau au bain-marie, fournil un
résidu fusible au bain-marie et solidifiable par refroidissement. Ce produit se
comporte donc comme un corps gras, ainsi que nous le verrons plus loin.
Le poids total de l’extrait pétroléique est de 0.564 •/..
II. Traitement au chloroforme. — En versant du chloroforme sur la poudre
provenant de l’opération précédente, on obtient une solution jaune paille, dont la
couleur rappelle celle de la berbérine. Peu à peu, en chautTant. le liquide d’épuise­
ment qui retombe de l'allonge dans le ballon se fonce et prend un aspect mordoré
provenant de minimes quantités de chlorophylle, ainsi que l'indique l’examen
spectroscopique.
Après évaporation à siccité complète, on obtient un résidu brun clair dont le
poids =» 1.730 % . Celui-ci, repris par le sulfure de carbone, fournit une partie A
soluble, tandis que le reste B ne se dissout pas. La solution sulfocarbonique, éva­
porée à siccité, puis reprise par l’alcool bouillant et abandonnée au repos, fournit
une masse cristalline qui, après plusieurs cristallisations successives, devient entiè­
rement incolore.
Tandis que le résidu insoluble dans le sulfure de carbone repris par l'alcool
conserve sa coloration jaune qui ne peut lui être enlevée que très difficilement par
le charbon animal ; mais dans ce cas, tout en bénéficiant de la disparition de la
matière colorante et de la purification du produit, on constate aussi la perte du
produit en très grande quantité.
Quand on traite le produit B insoluble dans le sulfure de carbone par l’acide
chlorhydrique à 0.5 °/o et qu’on précipite la solution soit par le carbonate de

�— 58 —

— 59 —

potasse, de soude ou par l'ammoniaque, on obtient des précipités volumineux qui
se dissolvent complètement dans le chloroforme.
Si les solutions chloroformiques sont évaporées à siccité et que le résidu est
repris par de l’alcool, on obtient un liquide fortement alcalin. Il s’ensuit donc que
1«î produit insoluble dans le sulfure de carbone est de nature alcaloïdique, c’est un
alcaloïde amorphe.
Les cristaux puriliés de A et l’alcaloïde amorphe B peuvent se différencier de la
manière suivante :
R é ACTIFS

Cristaux A

Acide suif, concentré

Incolores ou à peine jaune
paille
Coloration jaune
Coloration brune
Col. brune qui pâlit
Col. rose, puis violacée

Acide azotique
Acide tulf. 20 p. -f- L 1 PAcide suif. -(- A.sélénieux
Acide s u i f . A . molybd.

Produit amorphe B
Col. jaune plat on moins foncée
suivant celle du produit.
Id.
Coloration verte
Coloration verte
Col. indigo et bleu fugace
qui passe au vert.

III. Traitement à l’alcool. — Nous continuons à épuiser la matière et obtenons
dans le ballon de l'appareil un liquide brun foncé. L’opération ayant duré 2 heures
nous constatons — en suivant la même marche que précédemment — le poids de
l’extrait alcoolique = 12.408. Mais en reprenant ce dernier par de l'alcool froid, une
assez forte proportion du résidu ne se dissout plus. La partie soluble amenée à
consistance épaisse d’une densité de 1.89 et abandonnée an repos laisse déposer
au bout de 2 mois de gros cristaux cliuo-rhombiques d’une netteté parfaite, mêlés
à quelques aiguilles fines; on évapore la solution et l’on reprend le résidu par de
l'eau acidulée a 0.5 °/o- On ajoute ensuite de l'ammoniaque ou du carbonate de soude
et l'on obtient un précipité gris sale très volumineux. En fractionnant la précipita­
tion et en opérant à chaud, on constate que les dépôts formés au début sont très
fortement colorés, tandis que les derniers le sont de moins en moins. Avec quelques
soins on arrive même à obtenir à la fin des précipités tout à fait blancs.
Quand on traite ces précipités par de l’acide chlorhydrique, au même degré de
dilution que ci-dessus, on obtient naturellement des liqueurs qui sont de moins en
moins colorées. Ces liquides précipités de nouveau par de l’ammoniaque et agités
avec du chloroforme dans un entonnoir à robinet, cèdent à celui-ci une matière
excessivement amère.
Le produit d'évaporation de la couche inférieure est traité comme celui qui
provient de l’extrait chloroformique du traitement II.
IV. Traitement à l’eau pure, puis à Veau aiguisée d'acide chlorhy­
drique. — On traite d’abord par l’eau puis on fait chauffer la poudre provenant des
opérations précédentes, avec de l’acide chlorhydrique à 0.5 % au bain-marie
bouillant, en ayant soin de renouveler l’eau au fur et à mesure de son évaporation;
au bout de 3 heures on arrête l’opération et l’on détermine au moyen de la solution
cupropotassique la quantité de glucose provenant de la transformation de la matière
amylacée. On détermine ainsi par le calcul la quantité d’amidon contenu dans le
bois, soit 24.350. La partie dissoute par l’eau seule a été 3 gr. 4U0, constitués par
des matières gommeuses et colorantes.
V. Incinération. — Le produit épuisé est incinéré. Le résidu constitue le poids
des cendres soit 4.605 %&gt;•

VI. Différence. — La matière organique disparue dans la précédente opération
représente donc le poids du ligneux de la cellulose et des autres principes, soit 52.942.
Ces données, fournies par les opérations successives, nous permettent donc
d’établir comme suit le résurné de notre analyse :

Composition élémentaire du bois de Sangol
1. Partie soluble dans l'éther de pétrole . . . . . . . . = 0.564
2.
—
chloroform e........................................................= 1.730
3.
—
alcool. . ............................................................ = 12.408
4.
—
eau pure, puis acidulée...................................= 27.750
5.
—
incinération (cendres).......................................= 4.605
6.
—
différence.......................................■ . . . = 52.943
100.000

B. — Étude des principes procenant des dicerses extractions
I. Produits d'extraction par Véther de pétrole : corps gras et cristaux.

a.
Corps gras. — L’extrait pétroléique, abandonné librement pendant un à
deux mois, de manière à se réduire en consistance épaisse, est repris par le même
véhicule. On évapore la solution et l’on obtient ainsi une matière grasse, facilement
soluble au bain-marie.
Le produit se dissout dans une solution alcoolique ou aqueuse de potasse à
chaud et fournit un liquide précipitable par le chlorure de sodium et par l’acide
chlorhydrique étendu. Le précipité obtenu dans ce dernier cas présente à la fois les
caractères de l’acide stéarique et de l’acide oléique. Le corps gras est donc un
mélange de stéarine et d 'oléine, dont nous ne pouvons pas indiquer les pro­
portions relatives, vu la petite quantité de matière que nous avions à notre
disposition.
L’acide sulfurique concentré colore le corps gras en brun foncé; en ajoutant du
chloroforme et une trace de chlorure ferrique, on obtient une teinte violacée.
b. Cristaux. — La partie non dissoute par l’éther de pétrole à froid est lavée
une seconde fois avec ce dissolvant, et le résidu, d’apparence cristalline, est traité
par l'alcool bouillant à 90*. Au bout de quatre ou cinq opérations semblables, nous
obtenons une petite quantité de cristaux soyeux, aiguillés, qui présentent au
microscope polarisant des irisations du plus bel effet.
Ils se colorent en jaune safran au contact de l’acide sulfurique concentré ; avec
un mélange d’acide sulfurique et d'acide sélénieux, on remarque une teinte très
foncée, presque noire, avec stries vertes et, plus tard, une coloration verte,
puis bleue. Ces caractères s’accordent entièrement avec ceux des cristaux extraits
de la racine de Colombo, c’est-à-dire avec la colombine. 11 suit donc de là que les
0 gr. 664 »/o provenant de l’épuisement du bois de Sangol par l’éther de pétrole
contiennent de la colombine en même temps que de la stéarine et de Voléine.
II.
Produits d'extraction par le chloroforme : alcaloïde amorphe et
alcaloïde cristallisé, corps gras et résine, colombine.
a.
Alcaloïde cristallisé. — Nous évaporons le produit d'extraction jusqu'à
siccité et nous reprenons ensuite le résidu par le sulfure de carbone, qui ne le
dissout qu’incomplètement. De là une partie soluble A et une autre insoluble B.

�— 00
La première, évaporée rapidement, ne dépose pas de cristaux, et la seconde,
reprise par l’alcool, fournit également un résidu amorphe.
Mais, en suivant une autre voie, on constate que presque la moitié de l'extrait
chloroformique est susceptible de cristalliser : il suffît pour cela de reprendre
l’extrait sulfocarbonique par l’alcool et d’abandonner la solution à l'évaporation
spontanée pour obtenir, au bout de quelques jours, des cristaux aiguillés parfaite­
ment nets, mais mélangés encore à une matière colorante brunâtre. En procédant à
la purification de ces cristaux par des traitements, trois ou quatre fois répétés
dans l’alcool bouillant, on obtient les mêmes aiguilles soyeuses que celles déjà
trouvées dans la racine de Bakis ; ces cristaux ne sont donc autre chose que la

sangoline.

C’est un alcaloïde azoté. Son point de fusion est de 188° ; il reste tout à fait
incolore à celte température, mais jaunit à 225®, brunit à 250° et se charbonne
à 370°. Il ne se volatilise pas. Il est soluble dans l’alcool à 90°, facilement dans
l’alcool à 66®, mais peu dans l’alcool à 50°. L’éther le dissout très difficilement.
L’acide chlorhydrique le dissout sans coloration ; l’acide azotique le colore
légèrement en jaune ; l’acide sulfurique n’a pas d’action sur lui immédiatement ;
ce n’est qu’au bout de quelques minutes que le liquide prend une légère teinte
jaunâtre à peine perceptible. En chauffant au bain-marie il ne se produit pas de
coloration.
L’acide sulfurique, additionné d’une trace d’acide azotique, produit une teinte
jaune pâle au début, qui devient légèrement brunâtre au bout de quelques instants.
Avec l’acide sélénieux et l’acide sulfurique, on voit se produire d’abord une colo­
ration brunâtre qui pâlit et tire vers le jaune après quelques instants de repos.
Le réactif de Froehde, c’est-à-dire le mélange d’une trace de molybdate de soude
ou d’ammoniaque et d’acide sulfurique, fait apparaître immédiatement une teinte
rose violacée, analogue à celle de la morphine
Sur un poids de 1 gr. 730 d’extrait chloroformique, nous avons obtenu 0 gr. 740
de produit cristallisé parfaitement incolore et d’aspect soyeux.
b. Alcaloïde amorphe. — Les liquides provenant de l’opération précédente,
concentrés au bain-marie, fournissent un véritable vernis entièrement transparent
après évaporation complète. Nous reprenons ce résidu par de l’eau acidulée à l’acide
chlorhydrique à 0.5°. 0 et traitons les liquides d’épuisement par de l’ammoniaque.
Il se produit aussitôt un précipité blanc abondant qu’on agile dans un entonnoir à
robinet avec du chloroforme. L'évaporation de la couche chloroformique inférieure,
nous donne un résidu brunâtre complètement amorphe, entièrement soluble dans
l’alcool et à réaction fortement alcaline. Ce produit n’est autre chose que de la
Pèlosine déjà citée à propos de l'étude de la racine de Bakis. Le poids de pélosine
dans l’extrait chloroformique = 0 gr. 720.
c. Corps gras et Résine. — Nous venons de dire plus haut que l’alcaloïde
amorphe, la pélosine, était soluble dans l’acide chlorhydrique à 0.5 •/„, mais lors
de cette opération il reste une masse poisseuse brune insoluble. Cette matière est
parfaitement soluble dans le chloroforme et le sulfure de carbone, mais incomplète­
ment seulement dans l’alcool. Nous ajoutons par conséquent à la totalité de notre
résidu de l’alcool à 90* et filtrons; nous traitons ultérieurement la partie non
dissoute par le sulfure de carbone. De cette façon nous séparons la résine soluble
dans le premier cas, d'avec le corps gras qui n’est dissous qu'en faveur du sulfure
de carbone. Les deux produits sont colorés en brun foncé.

d. Colombine. — En appliquant à l’extrait chloroformique du Sangol le m êm e

6f traitem ent déjà suivi pour la racine de Bakis, en vue de l’extraction de la colombine,
c'est-à-dire dissolution dans l’eau, puis addition d’éther et évaporation du liquide
éthéré, nous trouvons les mêmes aiguilles cristallines, colorables en jaune safran
sous l’iniluence de l’acide sulfurique concentré, et même point de fusion.
La présence de la colombine dans l’extrait chloroformique est donc parfaitement
démontrée, le dosage n’en a pas été lait directement mais par différence seulement.
En effet le poids des corps gras et résine dont il a déjà été question étant de 0.190,
il s’ensuit qu’il doit rester pour poids de la colombine 0.080.
L’extrait chloroformique est donc composé comme suit :
Sangoline — 0.740
Pélosine = 0.720
Colombine = 0.080
Corps gras et résine — 0.190
1.730
Les solutions étendues impures de sangoline et de pélosine provenant des pre­
mières opérations sont jaunes ; concentrées elles sont oranges et brunâtres, il nous a
donc semblé intéressant de rechercher si la matière colorante était due ou non à la
berbérine. A cet ellet nous avons opéré sur des résidus fortement colores, nous les
avons dissous dans de l’acide chlorhydrique étendu, évaporé à siccile, repris par
l'eau et traité ensuite par de l’iodure de potassium jusqu’à production d’un précipité
jaune, puis par quelques gouttes d’iodure loduré et lait bouillir. S’il y avait eu pré­
sence de berbérine, nous aurions obtenu, dans ces conditions, un précipité vert foncé
presque noir, se présentant sous formes d’aiguilles très nettes au microscope. Mais
comme nous n’avons rien vu de pareil, nous en concluons que la matière colorante
de l'extrait chloroformique ne contient pas de berbenne.
111.
Produits d’extraction, par Calcool: Sangoline, Pélosine, Matières
colorantes, Sucre, etc .
a. Sangoline et Pèlosine. — Dans une première série d’expériences, faite

antérieurement au présent travail, nous avions versé dans l’eau l’extrait alcoolique
et obtenu d’une part un précipité abondant fioconneux A et d’autre part un liquide
B. Celui-ci avait été traité par l'ammoniaque et agité dans un entonnoir à robinet
avec du chloroforme. Le liquide chloroformique a èle évapore à sec. Ce résidu nous
a présenté une réaction fortement alcaline, il jouit de la propriété de se colorer eu
bleu, soit au contact de l’acide sulfurique additionné d’acide azotique ou d’un autre
oxydant, tel que bioxyde de manganèse, oxyde puce ou tungstale de soude. Le
composé qui jouit de ces propriétés n’est autre que l'alcaloïde amorphe, la pélosine,
dont nous avons parlé plus haut et qui se trouve également dans l’extrait chlorofor­
mique.
Quant au précipité fioconneux A, après l'avoir jeté sur filtre, lavé à l’eau et
repris par de l’acide chlorhydrique très dilué, nous avions traité la solution par de
l’ammoniaque et du chloroforme, agité dans un entonnoir, soutiré la couche infé­
rieure et évaporé le liquide à siccilé. Cet extrait repris par 1alcool abandonné a
l’évaporation spontanée fournit des cristaux aiguilles qui peuvent être purifiés par
des traitements successifs et des recristallisalions. Ces cristaux sont incolores, leur
réaction est fortement alcaline. Ils fondent à 188® et, agissent sur la lumière pola­
risée en solution alcoolique ou chloroformique ; Us dévient a droite le plan de
polarisation.
L'acide sulfurique concentré ne les colore pas ; de plus, un mélange d'acide

�63
sulfurique et d’un oxydant ne fournit pas la coloration verte de l’alcaloïde amorphe.
Avec l'acide sulfurique et le molybdate de soude, on obtient une belle teinte rose
fleur de pécher, analogue à celle de la morphine. Ces caractères sont donc ceux de
la Sangoline déjà signalée plus haut.
Ce procédé d'extraction et surtout de séparation des deux composés en question
nous paraissant défectueux, nous l’avons remplacé par un autre plus simple et en
même temps plus rationnel. Après un certain nombre d’essais préliminaires, nous
avons constaté qu’il était préférable de procéder comme suit : évaporer à siccilé
l'extrait alcoolique, le traiter ensuite par l’eau acidulée à 0,5 %•
De cette faç-on, il reste un dépôt très volumineux de matière poisseuse, noire,
insoluble dans une eau acidulée à 1 et 2 »/«&gt; mais soluble dans la potasse étendue
alcoolique ou aqueuse. La solution, traitée par un acide minéral, laisse précipiter
des flocons bruns. Laissant complètement de côté cette substance de nature rési­
neuse, nous n'avons porté notre attention que sur le liquide provenant du trai­
tement de l’extrait par l’eau acidulée à 0.5 %»• Ce liquide a été traité par le car­
bonate de soude jusqu’à neutralisation complète et filtré pour séparer un premier
dépôt brun sale. On a fait une seconde précipitation à chaud par le môme réactif
et filtré, puis une troisième, qui a produit un précipité blanc. On a donc opéré
sur le précipité blanc A et sur le liquide jaune d’or B, provenant de la filtration.
Les deux ont été traités séparément par l’acide chlorhydrique étendu,par l'ammo­
niaque et le chloroforme avec les précautions déjà indiquées plus haut et l’on a
obtenu, dans chacun des cas, tant avec le précipité A qu’avec le liquide B, des
extraits chloroformiques présentant les mêmes réactions.
Une partie de ces extraits se dissout dans le sulfure de carbone, une autre y est
insoluble.
La solution sulfocarbonique évaporée à siccité fournit un résidu qui se redis­
sout dans l’alcool. Cette solution, abandonnée à l’évaporation spontanée, fournit des
cristaux aiguillés : c’est l’alcaloïde cristallisable, la sangoline.
Tandis que le résidu insoluble dans le sulfure de carbone, soluble d’ailleurs
dans l’alcool et daûs d'autres véhicules, n’est autre chose que la pélosine, déjà
étudiée plus haut dans le traitement 11.
Le dosage de la Sangoline et de la Pélosine conduit aux résultats suivants :
2 g. 350 pour l’alcaloïde cristallisé et 1.394 pour l’alcaloïde amorphe.
b. Sucre réducteur et interverti. — Une opération faite en vue de doser les
matières sucrées contenues dans l’extrait nous a fourni ce qui suit :
Glucose
= 0.540 °/0
Sucre interverti =— 2.160
2.700
c. Résine. — Nous avons dit plus haut, qu’à la suite de l’épuisement par l’alcool
à chaud, il se séparait toujours, par refroidissement, une grande quantité de matière
poisseuse noire, présentant les caractères d’une résine à cause de sa solubilité dans
la potasse caustique; mais ce produit n’a pas attiré longuement notre attention à
cause de l’impossibilité dans laquelle nous nous sommes trouvé pour le purifier^ son
poids obtenu directement = 2.268.
d. Produits incomplètement isolés — En retranchant la somme de ces divers
produits du poids total de l’extrait alcoolique, nous trouvons 3.696 °/0. Dans cet
ensemble de composés, nous rangeons tout d’abord une certaine quantité de Colom-

bine découverte à l’aide du procédé de recherche déjà signalé plus haut à propos
de l’extrait chloroformique;
Il comprend également la substance déposée sous forme de beaux cristaux clinorhombiques au bout de 1 ou 2 mois de repos de l’extrait alcoolique, cristaux que
nous étudierons spécialement quand nous aurons à notre disposition une quantité
suffisante de m atière;
Un peu de nitrate de potasse constitué par les aiguilles fines signalées plus
haut ;
El enfin les pertes ainsi que la matière colorante qui n’est pas de la berbérine
comme nous l’avons déjà indiqué à propos de l’extrait chloroformique. Nous pouvons
donc indiquer maintenant avec les données ci-dessus la nature des principes con­
tenus dans le bols de Sangol.
Principes constitutifs du bois de Sangol.
1. 8olubles dans l’éther de ( Stéarine, oléine
pétrole............................| Colombine . . .
Sangoline............................... . . . 0.740
2. Solubles dans le chloro­ P élo sin e............................... . . . 0.720
forme ............................ C olom bine....................... . . . 0.080
, Corps gras et résine. . . . . . 0.190
. . 2.350
S angqone..................
Pélosine. .............................. . . . 1.394
. . . 0.540
3. Solubles dans l’alcool. )) Glucose...................................
Sucre interverti................... . . . 2 160
Résine . ............................... . . . 2.268
Prod. divers. Colombine et perles. 3.696
4. Solubles dans l’eau et
Matières gomm., color. et amylacées. .
dans l’eau acidulée
5. Incinération. . . . . ,
Cendres.............................................. ...
6. D ifférence................
Ligneux et matières cellulosiques. . . .

564 y .

1.730

12.408

27.750
4.605
52.943
100.000

Voici, concernant l’emploi indigène du Sangol, les
renseignements que veut bien nous transmettre M. l’agent de la
Cie française du Sénégal et de la côte occidentale d’Afrique à
Gorée : « On ne se sert que des racines qui sont très amères, mais
» moins cependant que celles du Bakis. On les utilise surtout
n contre les fièvres intermittentes invétérées qui reviennent
» périodiquement.
» Avant de s’en servir, on gratte légèrement la racine et on
» la laisse macérer à froid. Il suffit de ciuq morceaux de racine
» de la grosseur et de la longueur d’un doigt pour un litre d’eau.
» Après quelques heures de macération, on peut commencer
U sa g es . —

�Origine botanique. — Cette racine, désignée par les Yoloffs sous
le nom de Bakis, ou bien encore sous celui de Douloubi, et en Sousou
Caryi, est fournie par Tinospora Bakis iMiers. (Cocculus Bakis G. P.
et Rich.), plante dont les auteurs du Tentamen Florœ Senegambiœ,
p. 12, t. 4, ont donné les premiers une description que nous ne
reproduisons pas, nous bornant à en donner une figure due à
la plume de M. le Dr Maclaud (rameaux en fleurs et racine). Cette
plante nous a été envoyée vivante par les soins de la Compagnie
française du Sénégal et de la Côte occidentale d'Afrique : elle
végète dans les serres chaudes du jardin botanique de la ville de
Marseille, où elle a été photographiée par nos soins. Nous donnons
cette photographie en vue de bien montrer le port naturel de la
plante; la figure (tab. 4) des auteurs du Tentamen FlorœSenegambiœ,
quoique très exacte, laissant à désirer à ce point de vue.
Cette plante, d’après A. Richard, croît sur le9 monticules sablon­
neux au bord des forêts et dans les haies du Cayor, enfin près de
Lamsar, dans le royaume de Walo. Nous avons déjà vu que M. le
Dr Rançon a trouvé cette plante en plein Soudan, aux environs de
Kaye9 et en Haute-Gambie, enfin M le Dr Maclaud a constaté
qu’elle croît abondamment dans le Baol, le Sim, le Saloum et les
pays Sousous. D’après ce dernier observateur, elle vient dans les
broussailles avoisinant les lieux cultivés et un peu ombreux, au
milieu des grandes herbes qui lui fournissent d’excellents supports
pour ses longues tiges. Elle pousse sa racine succulente, allongée,
tortueuse, de grosseur variable (de 1 à 3 c. de diamètre) dans les
terres noires, c’est-à-dire dans la maigre couche de terre végétale
qui recouvre le sable salé du Saloum. Elle fleurit en août pendant
la saison des pluies.
Matière médicale. — La racine fraîche est d’un aspect grisâtre.
Cylindrique, un peu tourmentée et tordue; elle a la largeur du
pouce au plus (1) : à l’état sec, c’est-à-dire telle qu’elle arrive en
Europe, elle est remarquable par l’exfoliation de son épiderme qui
se détache par plaques brunâtres ou grises (2) ; du reste cet épi­
derme est le plus souvent boursouflé sur toute l’étendue de la

» à boire à volonté, sans tenir compte des heures de repas,
» puisqu’on peut la mélanger à la boisson ordinaire (vin ou autre
» liquide) en mangeant : on fait de même du reste pour le Bakis.
)) On cesse le traitement au bout de 8 jours, afin d’observer
» Tellet produit : s’il n’est pas satisfaisant, c’est-à-dire si les accès
» de fièvre ne sont pas coupés, on recommence la médication
» 8 jours après l’avoir suspendue.
» Le Sangol fait également uriner, mais à un degré moindre
» que le Bakis. On renouvelle l’eau, au fur et à mesure de
» l’épuisement, dès qu’on s’aperçoit que la macération est arrivée
» à moitié dans le vase ou la bouteille qui renferme la racine de
n Sangol. Quand la liqueur n’a pas la saveur amère, on renouvelle
» les racines. »
Cette racine n’est pas utilisée dans la médecine officielle;
les blancs ne l’emploient pas à la côte occidentale d’Afrique, sur
prescription médicale, au moins dans nos possessions françaises.
C’est cependant un amer et un diurétique qui pourrait recevoir
des applications heureuses pour le traitement des affections de
l’estomac et du tube digestif ou de ses annexes, dans un pays
où les voies digestives (surtout chez les Européens) ont si souvent
à souffrir de l’influence débilitante du climat.
Nous appelons l’attention des médecins des colonies sur cette
drogue recommandable à tous égards et nous espérons qu’une
étude clinique portant tout à la fois sur la racine et sur des
principes actifs, la Sangoline surtout, viendra donner à notre travail
le complément indispensable, qu’il n’est malheureusement pas
dans nos moyens de pouvoir entreprendre.

R acines

du

B akis

(Cocculus Bakis G. P. et Rich; Tinospara Bakis Miers).
L’historique de cette drogue a été ébauché en môme temps que
celui du Sangol; nous n’y reviendrons pas, et nous nous réservons
de le compléter à l’article Emploi de la plante.

H

(1) Voir plus loin, à l’usage de la Drogue, la description détaillée de la racine
fraîche.
(2) Le môme phénomène se produit dans la racine du Gulancha de l’Inde (Cocculas cordifolius D. C.).

mm

�—

66

—

racine. Mais, ce qui constitue le trait caractéristique de cette
drogue, c’est la manière d’être de la coupe transversale. Immédia­
tement au-dessous de l’épiderme, on aperçoit une masse jaunâtre
à l’état frais, blanche à l’état sec et qui, dans ce dernier état, donne
à la coupe entière un aspect crayeux. Interrompue par des fais­
ceaux libro-vasculaires disposés en un seul cercle et orientés en
rayons allant du centre jusque près de la circonférence, cette
masse blanchâtre est amylacée et sans consistance; elle se déprime
sous l’effort de l’ongle (voir lig, 2, A, a). Cette racine est douée d’une
amertume comparable à celle du Quassia oniara ou de la Gentiane
avec cette différence que, pour le Bakis, elle ne se manifeste pas
tout d’abord, c’est-à-dire dès les premiers moments de la masti­
cation.

— 67 —
Structure microscopique. — Une coupe transversale de cette
masse montre de dehors eu dedans : 1* une couche (fig. 2 B, .s) de
cellules subériffées, aplaties, sèches et noirâtres; 2° un parenchyme
cortical (p c) formé de cellules un peu aplaties Langentiellement. Ce
tissu se prolonge en modifiant la forme de ses éléments cellulaires
(qui s’allongent peu à peu radialernent) jusqu’à la moelle, en for­
mant de larges rayons médullaires entre les longs faisceaux fibro­
vasculaires qui régnent du centre de la racine' à la périphérie. Ces
faisceaux sont disposés en une seule couche circulaire (fig. 2. A, a).
Chaque faisceau est formé de grands vaisseaux (ü) ovales ou cir­
culaires séparés les uns des autres par les éléments du bois (poly­
gonaux et scléreux) b, qui entourent tout le système du faisceau,
lequel est couronné à sa pointe supérieure et externe par une zone
de liber (/) peu épaisse. Comme dans le Sangol, les parenchymes
cortical et fondamental, formant les gros rayons médullaires (fig. 1,
B, /&gt;/’.), ne renferment guère que de l’amidon dont les grains ont
une forme rappelant celle des grains contenus dans les mêmes
tissus du Cocculus Leæba (Sangol).
Comme on le voit, cette structure anatomique rappelle celle du
Cissampelos Bareira Lamk.; et plus encore celle du Tinospora cordifolia Miers, plante originaire de l’Inde, de Ceylan, etc., dont les
affinités avec notre Bakis ne sont pas douteuses (1) : ce dernier (le
Gulancka des Indiens) est, dans l’Inde, le pendant d u B akis africain.
§ II.

C om position

chim iq ue .

— B a k is .

A. — Mode opératoire.
I. Traitement par l'éther de pétrole. — Nous épuisons dans un appareil à
extraction continue, 10 gr. de poudre de racine par de l’éther de pétrole. Au bout
d’une heure, l’opération étant terminée, nous obtenons un liquide jaune pâle, par­
faitement limpide à la température du bain-marie, mais trouble à froid. Filtré 24
heures après, il abandonne un dépùt blanc cristallin. La solution pétroléique qui
passe, étant évaporée, finit par se réduire en une masse onctueuse formée par des
corps gras.
Une seconde opération faite sur 50 gr. de matière, nous donne des résultats
analogues.

Fig. 2 .— A, Racine sèche de

Tinospora Bakis ; B, coupe transversale du

môme.

(1) Voici ce que dit sur ce point Richard (Tentamen Florœ Senegambiœ, p. 13),
à qui ces affinités n’avaient pas échappé « Le Bakis a quelques rapports avec le
» Cocculus cordi/olius D. C., mais ses feuilles sont beaucoup plus petites, non
» cuspidées au sommet et ses fleurs mâles et femelles sont disposées en épis
» axillaires à peu près de la longueur des feuilles ».

�—

68

—

Le dosage des deux principes isolés fournit 0,378 °/o de cristaux et 0,993 de
corps gras, soit en total 1 gr. 373 */«•
II. Traitement par le chloroforme. — En opérant identiquement de la même
façon pour l’extraction par le chloroforme, nous obtenons un liquide mordoré qui,
après épuisement complet, abandonne un résidu cristallin très abondant, à peine
souillé par de la matière colorante jaune et un peu de chlorophylle. Le microscope
y révèle cependant des gouttelettes de corps gras.
Le poids total de l’extrait est de 3 gr. 268 %&gt;, dont 3.035 pour les cristaux, 0.158
pour le mélange de corps gras et 0.085 pour la matière colorante et la chlorophylle.
III. Traitement par l’alcool. — Le liquide qui provient de l’épuisement par
l'alcool est brun sale. Il dépose abondamment par le refroidissement. Après filtration
et repos au bout de 24 heures, il dépose de nouveau, puis est évaporé. Nous
traitons alors le produit de l’évaporation par de l’eau en ayant soin d’opérer au
bain-marie. Il reste un partie insoluble poisseuse. Le liquide jaune brun est filtré,
traité ensuite dans un entonnoir à robinet et agité à plusieurs reprises avec de
l’éther. Les solutions d’abord distillées, puis abandonnées à l’évaporation spontanée
fournissent des cristaux aiguillés, identiques à ceux que nous avons constatés en
abondance dans l’extrait chloroformique. Leur poids ne s’élève qu’à 0,010 °/..
Cela fait, on chasse l’éther resté en dissolution dans la solution aqueuse, on
acidifie la liqueur, puis on ajoute de l’eau et de l'ammoniaque et l'on agite dans
un entonnoir à robinet avec du chloroforme. On répète 4 à 5 fois l’opération jusqu’à
ce que le chloroforme ne se colore plus, puis on distille et l’on évapore à siccité.
L'extrait chloroformique est repris par le sulfure de carbone qui n’en dissout
qu’une partie. L’autre est dissoute ensuite dans de l’alcool. Le poids des deux
donne 0.97 &lt;&gt;/•• La liqueur qui surnage le chloroforme est évaporée à son tour.
Elle contient du sucre réducteur et de la sacchorose, ainsi que de la matière
colorante jaune, le tout évalué à 3.754 % •
Quant à la partie insoluble poisseuse dont il vient d’être quest.on, on la traite
par de l’acide chlorhydrique à 0.5 •/&lt;&gt; au bain-marie. Le liquide de lavage est
d’abord coloré en jaune, plus tard, en renouvelant l’épuisement à 4 et 5 reprises,
il reste incolore. On considère l’opération comme terminée et l'on pèse ce résidu
que nous désignons sous le nom de matière résineuse, son poids est de 2 gr. 211 ;
par conséquent le poids total de l’extrait alcoolique est de 2.211 -J- 3.754 «=
5.965 »/o.
IV. Traitement par Veau. — La poudre est ensuite traitée par l’eau, à froid

d'abord, puis à la température du bain-marie bouillant. Après évaporation à
siccité complète, le produit qui reste pèse 9.30 «/»» dont 1.060 pour les sels fixes
et 8.239 pour les matières gommeuses.
V. Traitement par Vacide chlorhydrique étendu. — L’extrait obtenu par le
traitement de la poudre avec de l’acide étendu pèse 3 gr. 500. Il contient 0.28 “/•
de sels fixes et 3.22 */« de matières organiques dont 1.25 */0 au compte des
matières amylacées.
VI. Incinération. — Cette opération fournit 0.98 °/* de cendres, constituées
principalement par des composés calciques et sodiques.
VII. La différence entre la somme des poids précédents et le nombre 100
constitue l’ensemble de la charpente de la racine, c’est-à-dire le ligneux, la cellu­
lose, etc., etc., soit 75.614.
Les opérations précédentes nous permettent donc d’établir le tableau suivant :

— 69 —
Composition élémentaire de la racine de Bakis.
,
Matières
1* Parties solubles
dans 1éther de pétrole (j QorpS
(,rjscristallisées. q0.378 j)
2° Parties solubles dans ( Matières cristallisées................... . 3.035 )
le chloroforme
j Corps gras, mat. color. et chloroph. 0.033 j
R ésin e.......................................... 2.211
( dans l’é th e r ..........0.010
Parties solubles dans J ro .so . | (jans je chloroforme . . 0.970 ,
l’alcool
i Sucre ré d u c te u r..................... 1.208
— interverti.............................1.426
Matièrescolorantes et autres indét. 0.140
, _
. „
( Sels fixes........................... 1.060 )
l Matières gommeuses
..8.239)
(
Sels
fixes............
0.28
5° Parliessolublesdansl’acideétendu [( Mat.. amylacées
, , et, pertes.
,
03.22)
~ )}
6* Incinération................................... Cendres..............................................
7° Différence....................................... Ligneux et cellulose et amidon. .
Total................

,1.373
^^

°*

3.o0
0.98
75.615
100.000

B. — Etude des principes provenant de ces diverses extractions.
I. Composé cristallin. — Nous avons dit plus haut que le liquide pétroléique
se troublait toujours après refroidissement. De plus, en opérant sur des quantités
de matières supérieures à celles qui avaient servi au dosage, soit 50, 100 ou 200 gr.,
nous avons toujours constaté la présence d’un anneau cristallin à la partie supé­
rieure du liquide et solidement fixé contre les parois de l’appareil. En filtrant le
liquide trouble et examinant le dépôt, nous avons reconnu qu’il était constitué par
des aiguilles enchevêtrées, très fines, identiques à celles du pourtour du ballon,
qu’on a pu détacher mécaniquement.
L’épuisement par le chloroforme fournil les mêmes résultats. Il nous est arrivé
souvent, en opérant sur des échantillons bien conservés, d’obtenir un extrait chlo­
roformique à peine jaunâtre, formé pour ainsi dire uniquement par des aiguilles
fines, alors qu’avec des racines en mauvais état, l’extrait était verdâtre plus ou
moins foncé et laissait à peine apparaître quelques cristaux.
Nous avons fait plusieurs opérations dans le but de nous procurer de la matière
en quantité suffisante pour la purifier, un lavage à l’alcool faible a d'abord été jugé
nécessaire, puis on a procédé à des cristallisations successives.
Traités de la sorte, les cristaux finissent par être débarrassés de toute trace de
matière colorante et résineuse. Examinés au microscope, ils se révèlent exempts
de tout corps étranger ; ce sont des aiguilles appartenant très probablement au
système clino-rhombique, à en juger par les quelques prismes obliques que l'on
découvre à côté des aiguilles fines. Ils présentent d’ailleurs des reflets irisés du
plus bel effet à la lumière polarisée.
Ils fondent à i97°. Ce point de fusion assez voisin de celui de la picrotoxine
nous avait porté à supposer d’abord que nous avions afîaire à ce composé, mais en
étudiant les phénomènes de coloration en présence de l'acide sulfurique concentré
employé seul ou additionné d’oxydants, nous avons bien reconnu qu'il ne pouvait
en être ainsi.

�— 70 —

— 71 —

I/acide sulfurique concentré colore les cristaux en jaune safran; au bout d’un
quart d’heure la teinte se fonce de plus en plus et redevient de nouveau jaune pour
disparaître insensiblement. Avec l'acide sulfurique additionné d'acide sélénieux, il
se produit une teinte brun-rouge, de même que celle qui est fournie par l’acide
sulfurique pris isolément, passe au brun noir, puis lentement au vert sale pour
redevenir, au bout d’une heure, brun sale.
L’acide iodique ajouté à l'acide sulfurique provoque une coloration brun foncé
au début; celte teinte passe lentement au ponceau, puis au rose et enfin au jaune.
Le réactif de Froehde fait naître une coloration jaune safran qui se fonce, de
plus en plus, brunit fortement, passe lentement au vert puis au bleu. Elle pâlit
petit à petit et devient lilas au bout de trois quarts d’heure.
L’acide sulfurique additionné de bichromate ne semble pas agir d’une façon
bien caractéristique. La liqueur, d’abord jaune, se remplit de quelques stries rose
pâle, à l’endroit où se trouvent les aiguilles cristallines, puis la teinte passe
rapidement au vert de chrome.
Les cristaux se dissolvent aisément dans l’alcool ordinaire, dans les alcools
méthylique et amylique, dans le chloroforme, moins bien dans l’éther, très bien
dans l’acétone. Ils sont peu solubles dans l’eau.
Ces propriétés physiques et chimiques se rapportent en tous points à celle de
la Colombine extraite pour la première fois par Wiltstock, de la racine de

Bakis la présence de la Berbèrine, qui, d'après les auteurs, parait avoir été décou­
verte en premier lieu par Bœdecker dans la racine du Cocculus palmatus. A

Colombo.

Labordais [Ann. de Phys, et de chimie, XXIX, p. 5S), pour préparer ce com­
posé, avait laissé digérer avec de l’eau la poudre de racine de Cocculuspalmatus,
filtré le liquide sur du noir animal et épuisé le noir — préalablement desséché —
par de l’alcool bouillant. Les liquides alcooliques abandonnés à l’évaporation
spontanée finissent par déposer la matière cristalline en question.
Bœdecker, qui s’est également occupé de l’étude de ce composé, après Rose
et Liebig (Jahrb. f . Pharmacie, 1848, p. 41), traite l’extrait hydro-alcoolique,
préalablement dissous dans de l’eau, par de l'éther et abandonne le liquide jusqu’à
cristallisation.
En prenant, comme point de départ, notre extrait chloroformique, le dissolvant
dans l’eau et traitant par l’éther éthylique, nous avons obtenu le même résultat.
La matière cristalline toutefois n’est, pas complètement soustraite à la poudre, car
on en retrouve encore dans l’extrait alcoolique, mais le rendement n’est que
minime, ainsi que l’indique le tableau ci-dessus. La Colombine entre donc dans
la proportion deO gr 810 % dans la v.om position de l'extrait alcoolique. Or, comme
la matière cristallisée de la racine de Colombo se comporte absolument de la même
manière que celle que nous venons d’extraire du Bakis, nous devons réserver à ce
produit le nom déjà introduit dans la science par Wittstock.
La matière cristalline qui se trouve dans la racine de Bakis et qu’on peut enlever
au moyen de l'éther de pétrole et du chloroforme n’est donc autre chose que de la

Colombine.
2. Le corps gras que Ton trouve dans les extraits pétroléique et chloroformique,
constitue un mélange de stéarine et d 'oléine ainsi que le révèlent les acides

libres obtenus après saponification.
3. Matière colorante jaune. — Nous avons dit plus haut que l’extrait chloro­
formique était jaunâtre et que l’extrait alcoolique était fortement coloré de la
même teinte. Or, comme il en est de même pour les produits du Cocculus palm a­
tus, on serait tenté de conclure à une nouvelle analogie, en ce qui concerne du
moins la matière colorante. Nous avons donc cherché à déceler dans la racine de

cet effet, nous avons employé un certain nombre de réactifs qu'on désigne comme
spécifiques de cet alcaloïde, mais tous nos essais sont restés infructueux jusqu’ici.
C’est ainsi qui l’acide chlorhydrique qui donne, avec une solution de Berbè­
rine, un précipité abondant, ne produit absolument aucun dépôt cristallin dans
une, solution aqueuse de i’exrait alcoolique du Bakis.
L’iodure de potassium, qui donne un précipité gélatineux si abondant dans une
solution de Berbèrine, ne produit qu'un louche à peine sensible dans une solution
aqueuse de l’extrait alcoolique de la même racine de Bakis, beaucoup plus chargée
que la première.
Le précipité en question, dans le premier cas, se dissout à chaud et se reproduit,
après refroidissement, sous forme de fines aiguilles, tandis que le précipité que fait
naitre le réactif dans la solution de Bakis est et resté amorphe, après l’ébullition
comme avant.
De plus en ajoutant quelques gouttes dfiodure ioduré de potassium au premier
et en chauffant, de jaune qu’il était, le précipité devient vert brillant, couleur de
cantharides, puis vert foncé et parait noir au bout de quelque temps. Examiné au
microscope le précipité, quelque ténu qu’il soit, se présente sous forme de petites
aiguilles noires: on peut l'abandonner sous l'eau pendant plusieurs jours sans qu’il
s'altère. Ou bien encore, après dessiccation pendant une semaine, il redevient, en
présence d'une goutte d’eau, ce qu'il était au moment de sa formation.
La solution aqueuse jaune de l’extrait alcoolique de la racine de Bakis ne pré­
sentant rien de semblable, nous concluons à l’absence de Berbèrine dans cette
racine.
4. Résine. — Nous donnons le nom de résine ou matière résineuse à la partie
de l’extrait alcoolique qui ne se dissout ni dans l’eau ni dans l’eau acidulée; c’est
un produit mal défini, un déchet que l'on rencontre toujours, dans les mêmes
conditions, quand on procède à l’extraction des principes actifs contenus dans les
végétaux.
La substance se dissout dans les alcalis caustiques en donnant des liquides plus
ou moins foncés, variant de l’orangé au brun foncé et la solution précipite de
nouveau par les acides. Comme le précipité floconneux ne se transforme pas à la
longue, et que, même au bout de huit jours, le microscope n'y révèle pas la moindre
trace de cristaux, nous n’avons pas jugé à propos de nous y arrêter plus longtemps.
5. Sucre réducteur et sucre intercerti. — La détermination de ces deux
produits a été faite à part avec une partie aliquote de l’extrait alcoolique dans
lequel on avait enlevé par l’eau la matière résineuse. Le dosage a été effectué
comme d’habitude, par la liqueur cupro-potassique.
6. Produit soluble dans le chloroforme. — Lorsqu’après avoir fait servir la
solution aqueuse de l’extrait alcoolique à la recherche de la Colombine, on vient
à l'épuiser par le chloroforme, après addition préalable d’ammoniaque, on obtient
un liquide fortement alcalin.
Cette solution, évaporée à siccité, fournit un résidu qui, traité convenablement
par le potassium et les sels de fer, révèle la présence de l’âzote et indique par con­
séquent que l'extrait alcoolique renferme un composé de naturealcaloïdique.
Le sulfure de carbone à chaud dissout incomplètement ce composé; il fournit
donc un liquide A et un résidu B.
Le premier, soumis à l’évaporaion spontanée, abandonne des cristaux au bout

�— 72 —
d’un certain temps; ces cristaux sont entièrement solubles dans les alcools éthy­
lique et uiéthylique. Lorsqu’on reprend par l’alcool des cristaux fournis par le
sulfure de carbone et qu’on abandonne au repos la solution alcoolique, il se reforme
de nouveau des cristaux analogues aux précédents.
lis fondent à 188° et se comportent de la façon suivante à l’égard des réactifs :

Acide sulfurique concentré «= jaune safran ; la teinte pâlit après quelques

minutes.
Acide sulfurique -f- acide sèlènieux = terre d’ombre ; se maintient avec la
même intensité pendant un quart
d’heure.
Acide sulfurique -f- acide iodique = brun rouge foncé qui passe lentement
à l'orangé.
Acide suif. + molybdate de sodium = rose, analogue à ce que donne la mor­
phine avec le réactif de Frœhde,
mais disparaît lentement au lieu de
jaunir.
Acide azotique «= jaune safran.
En outre, ces cristaux se dissolvent dans les acides organiques et minéraux
étendus pour donner naissance à des sels.
Comme toutes ces réactions s’accordent avec celles d'un alcaloïde que nous avons
retiré du bois de Sangol , nous devons admettre la présence de ce même alcaloïde
dans la racine de Bakis, et conclure, par conséquent, à l’existence de la bangoline dans les deux plantes.
En parlant plus haut de l’action du sulfure de carbone sur le résidu alcaloïdique
de l’extrait alcoolique, nous avons dit que ce véhicule ne dissolvait qu’incomplètement ce produit. Le résidu B insoluble dans le sulfure, se dissout cependant
aisément dans l’alcool ordinaire, dans l’alcool méthylique, dans le chloroforme,
ainsi que dans les acides faibles organiques et minéraux pour former, comme dans
le cas précédent, des sels non crislallisables.
Il résulte donc de ce que nous venons de dire que dans les 0 gr. 970 de matière
soluble dans le chloroforme de l’extrait alcoolique il existe deux alcaloïdes.
Le premier est caractérisé par sa solubilité dans le sulfure de carbone et dans
l'alcool et jouit en outre de la propriété de cristalliser dans ces deux dissolvants.
Quant au second, il est insoluble dans le sulfure de carbone mais soluble dans
l'alcool ordinaire.
Ces propriétés, jointes à celles du point de fusion, rapprochent donc notre alca­
loïde amorphe de celui qui se trouve dans la racine du Pareira brava, étudié il
y a une cinquantaine d’années par Wiggers de Gœltingue, puis par Bœdecker (Jahr.
f. Pharmacie, 1841) et auquel les auteurs avaient donné le nom de Pêlosine.
Ces deux alcaloïdes ont une amertume très prononcée; dissous dans l’acide
chlorvdrique faible, ils donnent naissance à des composés non cristallisables que
nous avons injectés à des grenouilles, des cobayes et des lapins. Les efTets produits
chez ces divers animaux ont toujours été les mêmes ; au début l’on constate une
période d’aflaissement, plus tard c’est de l’excitation, caractérisée par des mouve­
ments désordonnés des membres postérieurs et antérieurs, période qui dure souvent
fort longtemps, suivant la quantité de matière injectée, et enfin survient la para­
lysie générale, puis la mort. Nous nous proposons de revenir plus tard sur cette
étude physiologique qui présente, à plus d'un point de vue, un intérêt particulier.

7. Cendres. — Elles sont fortement alcalines, entièrement blanches et renfer­
ment, comme principes solubles, des chlorures et sulfates alcalins. Les sels inso­
lubles consistent en sulfate et phosphate de chaux et phosphate de magnésie. Le
fer et le manganèse y font complètement défaut. L’analyse spectroscopique faite dan9
le but de découvrir la lithine n’a donné qu’un résultat négatif.

Résumé.
Les points essentiels de cette étude peuvent se résumer de la manière suivante :
1° La racine de Bakis renferme de la Colombinc en quantité beaucoup plus
considérable que celle du Colombo.
2® Elle ne contient pas de Berbèrine.
3° Elle renferme deux alcaloïdes azotés: 1* la Sangoline, dont nous avons déjà
signalé la présence dans le bois de Sangol, et la Pêlosine, découverte par Wiggers
dans la racine du P a r e ir a b r a v a .
4* Les solutions neutres provenant de l’extrait alcoolique, injectés aux divers
animaux par voie hypodermique, produisent au bout d’un certain temps des con­
tractions violentes de tous les membres et plus tard une paralysie générale, puis
la mort.
En somme, il existe, au point de vue chimique, de grands rapprochements à
établir entre la racine de Bakis et celle du Cocculus palmatus (racine de
Colombo): la première est évidemment plus active que la seconde, mais elle pour­
rait être utilement appliquée à tous les cas pathologiques qui réclament l’emploi
du Colombo, dont l’usage est si répandu dans la pratique médicale Avec un degré
d’activité bien plus accusé, le Bakis est le Colombo de l’Afrique dans l’hémisphère
nord; mais il tient de près aussi du Pareira brava d’Amérique par la présence
de la Pêlosine et surtout de la Sangoline (présence non soupçonnée jusqu’à nos
travaux dans ces deux drogues d’origine géographique si dissemblable. L’examen
histologique de la racine nous avait conduit, il faut le remarquer, à des résultats
à peu près semblables que nous avons mis en évidence en terminant notre étude
anatomique du Bakis (page 66).
U sa g es . — Le Bakis n’est pas employé jusqu’ici, que nous
sachions, dans la médecine des Européens, où il mériterait cepen­
dant de prendre une place marquée.
Dans la médecine indigène en Sénégambie, les parties du Bakis
employées communément sont les racines et les feuilles. Ces der­
nières servent à confectionner une des immenses variétés des
cataplasmes si chers aux nègres (1).
(1) On lit dans Tentamen florae Senegambiae. p, 13, au sujet de l’emploi du
Bakis : « D’après une note de M. Leprieur, la racine de cetle plante, commune dans
» les terrains sablonneux, est diurétique et très amère; elle est employée avec
» succès, en décoction, par les nègres, dans le traitement des fièvres intermit» tentes si communes dans le pays, ainsi que pour arrêter les écoulements bien-

�Les racines sont utilisées fraîches ou sèches. Dans le Saloum,
ou préfère de beaucoup les fraîches. Ou choisit celles qui sont
saines et de la grosseur du pouce, gonflées de sucs : la couleur en
est gris noirâtre. L’épiderme s’exfolie facilement et permet de voir
en dessous le corps de la racine d’un beau jaune citron qui est
sans odeur spéciale, comme le Sangol du reste (1).
Les racines sont décortiquées ou non par grattage, mais tou­
jours lavées et mondées avant d’être employées. La dose en est de
40 à 50 grammes (gros comme deux doigts de la main, disent les
noirs) pour un litre d’eau bouillante ou de lait. On laisse décocter
» norrhagiques ». Corre et Lejanne ( Résumé de la mat. médicale et toxicolo­
gique . col., p. 151) disent : « Le Cocculus Bakis du Sénégal est un bon amer,

» très digne d’être introduit dans la matière médicale; les nègres l’emploient

» journellement comme diurétique et contre les fièvres intermittentes ».
M. le professeur C. Sambuc s’exprime ainsi « in littei'is », à propos du Bakis ,
dont il a pu constater l’emploi pendant son séjour au Sénégal : « Quant au Bakis,

» il jouit d une grande réputation auprès des indigènes et même des Européens du
» Sénégal, qui le considèrent comme une sorte de cholagogue contribuant à
» débarrasser le foie de l'hypersécrétion de bile qu’il produit sous ces climats,
i J’ajoute que je n'accordais pas d’abord une grande importance à celte appré» ciation de l’action du Bakis, ce médicament me paraissant devoir se rapprocher du
» Colombo, et rien de plus. Mais, depuis, certains médecins ayant allirmé, d’après
» de sérieuses observations cliniques, que le Colombo jouit réellement de propriétés
» cholagogues, je me suis demandé si les Sénégalais n’avaient pas raison en attri» buant ces vertus au Bakis, et si, une fois de plus, l'empirisme n’a pas devancé
» l’observation clinique. C’est un fait qui me parait devoir être élucidé, et il me
» semble qu’à ce seul point de vue l’étude du Bakis et du Sangol présente déjà un
» intérêt. » H n’est pas douteux que les justes prévisions de M. Sambuc se réa­
lisent, car, si le Colombo a réellement une action cholagogue, il est certain que le
Bakis et le Sangol, qui renferment à peu près les mêmes principes (sauf le
Menispermine, qui fait défaut dans les deux racines africaines), doivent jouir des
mêmes propriétés encore accentuées par l’action de la Sangoline.
Bâillon (Histoire des Plantes, t. III, p. 31, et Adansonia, t. IX, p. 306), dit, à
propos du Bakis : « La racine est très amère, diurétique. Les nègres du Sénégal
» l'emploient dans le traitement des fièvres et des uréthrites. »
(1) A l’état frais, elle se présente sous l’aspect d’une racine cylindrique le plus
souvent interrompue, d’espaces en espaces, par de véritables articulations qui
occupent la totalité ou seulement une partie du cylindre. Ce cylindre peut avoir
de 2 à 4 ce»1- 5 de diamètre (7 à 14cent- de circonférence); l’épiderme est fin et de
couleur marron, il s’exfolie facilement à mesure que la racine se dessèche ; si on
gratte cet épiderme léger, on trouve au-dessous un tissu blanc jaunâtre à l’état
frais, imprégné d'un liquide jaune qui se décolore à la dessiccation totale de la
racine, de manière que celle-ci, à l’état sec, est d’un blanc nacré et mat. Cette
description de la racine fraîche est à peu près sans intérêt, parce que toutes les
racines qui arrivent en France sont complètement sèches ; il ne nous a été
donné qu’une seule fols d’en recevoir à l’état frais.

�— 75 —
quelques heures et ou boit cette décoction, jaune soufre et très
amère, le matin avant le repas. L’action physiologique de cette
drogue est franchement diurétique. M. le Dr Maclaud, alors
médecin-major de l’aviso YArdent (en station au Sénégal), nous
déclarait (in litteris) l’avoir expérimentée sur lui-même et n’avoir
observé aucune autre particularité. Les noirs emploient le Bakis
dans les affections vénériennes et surtout dans les cas de blennor­
rhagie ; au Gabon, le Quassia africana (racine amère) est affecté
aux mêmes usages. Ils donnent également le Bakis contre les
hydropisies de toute nature et pour le traitement de certaines
affections de la vue. Sur ce dernier point, voici ce que nous
écrit le Dr Maclaud : « Cette médication me semblait logique
» dans les cas d’uréthrite et contre les ascites, mais je cherche
» vainement son utilité contre les affections oculaires (ophthalmie
n blennorrhagique, etc....). Il m’a été donné, cependant, de voir à
» loisir un malade qui se traitait, par le Bakis, d’une cataracte à
» droite, d’origine brightique (albuminurique) avec ascite et
n œdème du scrotum. Il m’a affirmé qu’il a été amélioré par
» cette cure.... ».
Les médecins noirs utilisent le Bakis contre toutes les fièvres
qu’ils traitent par une abondante diurèse.
Le Bakis sert aussi de pansement. Les racines qui ont été
utilisées en décoction sont écrasées et forment un excellent topique
des ulcères atoniques (foutan-tan) (1).
Les Toucouleurs recherchent cette racine pour l’hygiène de la
bouche et pour assurer la blancheur de leurs dents. Mais, ce fait
n’a rien d’extraordinaire pour qui sait que les noirs emploient
indifféremment à cet usage toutes les racines ou tiges amères.
Nous croyons devoir faire suivre cet exposé relatif aux usages
de la racine des renseignements suivants touchant le même emploi,
dus à l’obligeance de M. l’Agent de la Compagnie française du
Sénégal et de la côte occidentale d’Afrique, à Gorée. On verra que
cette méthode d’administration et de préparation du médicament
s’éloigne un peu de la précédente :
(1) U est remarquable de voir que les racines des Mènispermèes sont volon­
tiers utilisées par les noirs contre les ulcères et contre les morsures de serpent.
C’est ainsi que les indigènes du Congo emploient à cet usage la racine du Colombo
qui y est serait communejd’après Ch. Thollon, explorateur de cette région africaine.

�— 76 —
« Bakis dénommé également au 2e arrondissement Pais.
» On ne se sert que des racines bien desséchées qui sont très
» amères.
» Elles sont employées contre la jaunisse, les glaires, vents,
» maux de gorge, dartres, glandes, maladies de peau, syphilis;
» elles fout uriner en purgeant. On les prend à petite dose.
» Avant de s’en servir, l’écorce doit être soigneusement grattée.
» 11 suffit d’une longueur de doigt d’une racine coupée en trois
» ou quatre morceaux pour un litre d’eau. Ou la laisse macérer à
» froid; il faut deux minutes seulement de macération pour que
» l’eau reste buvable, au delà de ce temps elle serait trop amère.
» Il est loisible d’en prendre à volonté, sans tenir compte des
» heures de repas, à toute heure de la journée, la dose que l’on
w veut, suivant qu’on supporte plus ou moins l’amertume.
» Au bout de huit jours, on doit cesser la médication pour voir
» l’effet produit; au cas où il est nul, on ne doit recommencer le
» traitement que huit jours après.
» On renouvelle l’eau au fur et à mesure que l’on s’aperçoit
» qu’elle est à moitié du vase ou de la bouteille qui la contient.
» Dès que l’on ne sent plus de goût amer, on renouvelle les
racines ».
Quant au Sangol, sur l’emploi duquel nous sommes moins
renseignés, il n’est, pas plus que le Bakis, usité dans la médecine
officielle, mais nous croyons savoir que les nègres du Sénégal l’em­
ploient aux mêmes usages que le Bakis, ce qui est du reste assez
rationnel, d’après les données qui viennent de nous être fournies
par l’examen chimique de cette drogue, et qui établissent nette­
ment la présence simultanée de la Sangoline, de la Colombine et de
la Pélosine dans ces deux racines africaines. Le Sangol s’impose
à l’attention du monde médical comme similaire du Pareira
Brava, mais s’impose aussi par la présence simultanée de la
Sangoline dans cette racine américaine et dans nos racines afri­
caines de la même famille, à l’attention des naturalistes qui, et
nous sommes de ce nombre, pensent que l’évolution, soit morpho­
logique, soit chimique des végétaux dans les deux grands conti­
nents africain et américain du Sud, a marché parallèlement, en
partant du pôle austral comme centre de dispersion.

T IN O S P O U A B A K I S
l)rMae/uu d et Marcelle &lt;/el‘

m ie r s

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scu lp

�EXPLICATION DE LA PLANCHE VI

A. — Rameau fleuri femelle de TinosporaBakis Miers enroulé sur un support. 1/3.
B. — Feuille séparée^ en grandeur naturelle.
C. — Fleurs femelles isolées. 3/1.
D — Racine, dernières ramifications. 1/3.
E. — Racine prise au collet, en grandeur naturelle.
F — Coupe transversale de la racine E, grandeur naturelle.

�CONTRIBUTION A L’ÉTUDE
BOTANICO-CHIMIQUE ET THÉRAPEUTIQUE
DU

GOYAVIER
(PSIDIUM POM1FERUM l.)
l’AR

Joseph K H O IJR I
PHARMACIEN DE 1” CLASSE
LAURÉAT DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE DE MONTPELLIER

�AVANT-PROPOS

Le but de ce travail est particulièrement l’étude botanicochimique des feuilles du Psidium pomiferum L. Dans les
régions intertropicales, les propriétés médicinales non seule­
ment des feuilles, mais aussi des autres organes du goyavier,
sont depuis longtemps connues et utilisées dans la thérapeu­
tique. Ces derniers temps, les feuilles du Ps. pomiferum L.
ont été expérimentées par le Dr Hugel, et c’est à ce propos
que le M. Dr Heckel, professeur à la Faculté des Sciences et à
l’Ecole de Médecine de Marseille, nous donna avec avantage
l’idée de cette étude ; nous lui en exprimons ici nos plus sin­
cères remercîments.
Mais les Psidiums sont des végétaux si estimés dans les
contrées chaudes des deux hémisphères, qu'il nous a paru
utile de réunir dans un même chapitre général les diverses
connaissances que l’on possède des goyaviers et qui sont
dispersées dans une foule de traités scientifiques.
Notre travail se divise naturellement en trois parties
distinctes. Dans la première partie, nous nous occupons
d’abord de la morphologie du genre Psidium, et en particulier
des Ps. pomiferum et pyriferum ; ensuite de l’anatomie des
organes végétatifs du Ps. pomiferum, il nous a semblé
inutile de faire celle du fruit que nous n’avions pas d'ailleurs
à notre disposition.
Nous donnons au début les caractères généraux des

�Myrtacées afin de faire mieux ressortir les traits d’union qui
rattachent le genre Psidium à cette famille.
La deuxième partie est exclusivement consacrée à l'étude
chimique des feuilles du goyavier rouge, nous regrettons de
ne pas avoir eu le temps suffisant pour faire celle de l’écorce
dont l’emploi médical est presqu’aussi important.
Enfin, nous étudions dans la troisième partie la pharma­
cologie générale des divers organes du Ps. Guayava Raddi,
et d’une façon spéciale celle des feuilles ; nous terminons ces
différentes études par les conclusions qui découlent naturel­
lement de nos recherches.
Mais avant d’entrer en matière, nous tenons à exprimer
à tous nos maîtres de l’Ecole supérieure de Pharmacie de
Montpellier et de l’Université française de Beyrouth toute notre
gratitude pour les savantes leçons et les conseils sincères
qu’ils nous ont toujours prodigués durant notre scolarité.
Nous ne saurions trop remercier M. le Dr G. Planchon,
Directeur de l’Ecole supérieure de Pharmacie de Paris, de la
sollicitude dont nous avons été l’objet de sa part et de la
bienveillante protection dont il nous a entouré. Il a bien
voulu honorer notre modeste travail en présidant lui-même
à notre thèse.
Que M. le Dr L. Planchon, professeur de Matière médicale
à l’Ecole de Pharmacie de Montpellier, veuille bien agréer
l’assurance de notre profonde reconnaissance; nous le
remercions de nous avoir mis en relation avec M. le
Dr Heckel et d’avoir soutenu nos efforts par ses excellentes
instructions ; son dévouement ne nous a jamais fait défaut.
Nous ne pouvons non plus oublier l’accueil si sympathique
avec lequel M. Courchet, professeur d’Histoire naturelle à
l’Ecole de Pharmacie de Montpellier, nous a reçu dans son
laboratoire particulier, où nous avons travaillé à l’étude anato­

mique du Ps. pomiferum. Nous sommes heureux de pouvoir
lui témoigner aujourd’hui notre vive gratitude pour le savant
concours qu’il a bien voulu nous prêter dans cette partie de
notre travail et de l’intérêt qu’il n’a cessé de nous porter.
Dès notre arrivée à Montpellier, M. Imbert, chargé de
cours de Chimie minérale à l’Ecole supérieure de Phar­
macie, nous a admis dans son Laboratoire où nous avons
effectué plus tard nos recherches sur la composition
chimique des feuilles de goyavier ; nous garderons de ses
bontés et des nombreuses marques de sympathie qu’il
nous a prodiguées, le plus gracieux souvenir.
A la fin de nos études, avant de rentrer dans notre
chère Egypte où le devoir nous appelle, disons un dernier
merci à tous ceux qui ont contribué à rendre si agréable
notre séjour en cette belle France, toujours généreuse et
hospitalière, pour ceux qui viennent chercher dans son
foyer éclatant les lumières à jamais durables de la science!

�PREMIÈRE PARTIE

ÉTUDE BOTANIQUE
Chapitre

Ier

MORPHOLOGIE
§ Ier. — M yrtacées (1)

Caractères généraux. — Les Myrtacées soDt des végétaux ligneux
très rarement herbacées (2), pourvues de feuilles presque toujours
opposées, rarement alternes ou verticillées.
Feuilles. — Toujours simples et sans stipules (3), ces feuilles
varient comme forme, quelquefois cylindriques, le plus ordinaire­
ment planes, à trois nervures principales dont deux souvent mar­
ginales ou penninervées, généralement entières, rarement denticulées, à l’exception des Barringtoniées et des Lécythées, toutes
possèdent des glandes internes pellucides.
Fleur. — Les fleurs sont généralement hermaphrodites, quel­
quefois polygames, elles sont 5-mères, 4-mères ou 3-mères dans leur
périanthe, actiuomorphes ou zygomorphes par leur androcée (chez
les Lécythées). Elles peuvent être d’ailleurs, soit solitaires, soit en
épis, en grappes, en corymbes, en cymes ou même en capitules nus
ou enveloppés de bractées pétaloïdes. Chaque fleur est fréquem­
ment accompagnée par deux bractéoles latérales.
Calice. — Les sépales, caducs ou persistants, variables comme
(1) Courchet. Botanique systématique (travail inédit).
(2) Genre Careya, des Indes Orient, et de lAsie tropicale.
(3) 11 existe parfois de petites stipules caduques.

�86

—

grandeur et comme forme, sont quelquefois soudés en une calotte
qui se détache eusuite tout d’une pièce comme un opercule.
Corolle. — Les pétales, blancs, roses, rouges ou jaunes, nuis,
parfois, sont plus ou moins développés, à préfloraison imbriquée
ou tordue. Comme les sépales, ils se soudent quelquefois en un
opercule qui se détache tout d’une pièce.
Androcée. —L’androcée est généralement formé par un grand
nombre d’étamines libres, que l’étude organogénique semble indi­
quer comme dériver d’un seul cycle primordial alternipétale. Elles
peuvent être soudées par faisceaux ou plus ou moins monadelphes à la base. Dans ce dernier cas, tantôt elles forment à leur base
un anneau régulier et complet, tantôt la cupule basilaire s’épanche
d’un côté en une grande lame, pétaloïde ou charnue, portant des
étamines fertiles ou desimplesstaminodes. Plus rarement, le nombre
des étamines devient défini (15, 10 et même 5). Quand leur nombre
est égal à celui des pétales, elles alternent avec eux ; quand leur
nombre est double, elles peuvent alterner avec des languettes
stériles. Les filets, plus ou moins longs, souvent reployés en dedans
dans le bouton, portent des anthères généralement introrses et
biloculaires, déhiscentes par des fentes longitudinales confluentes
parfois au sommet.
A l’intérieur de l’androcée se montre assez souvent un disque
qui peut se soulever en un bourrelet entourant la base du style.
Gynécée.— L’ovaire est infère et adhérent, parfois demi adhé­
rent, quelquefois même exceptionnellement libre. Le nombre de
loges est variable : une seule parfois avec un placenta plus ou
moins basilaire ou bien 2, 3, 4, 5 ou 6 loges à placentation axile.
Les ovules sont anatropes, en nombre très variable, parfois très
nombreux et polymorphes.
Le style est central, quelquefois latéral, nu ou barbu au som­
met, à stigmate simple.
Fruit. — Le fruit varie comme structure. 11 est quelquefois uni
loculaire et monosperme par avortement, sec, indéhiscent ou bivalve
au sommet, ou bi ou multiloculaire, baccien ou subbaccien et indé­
hiscent, ou capsulaire et à déhiscence loculicide ou pyxidaire.
Presque toujours le fruit demeure couronné par les dents du calice.
Les graines, solitaires ou plus ou moins nombreuses dans chaque

loge, sont de formes très diverses : anguleuses, arrondies, compri­
mées, allongées, etc., etc. Quelquefois, elles sont différentes dans
une même loge : les unes linéaires et stériles, les autres arrondies
et fertiles. Dans tous les cas, l’albumen fait défaut, l’embryon est
droit, arqué ou même enroulé en spirale. Rarement foliacés, les
cotylédons sont le plus souvent petits, libres ou soudés entre eux et
avec la radicule.
Classification. — On peut répartir les Myrtacées en tribus de la
manière suivante, d’après la classification généralement adoptée
par les auteurs :
1° Myrtées. — Arbrisseaux ou arbres à feuilles opposées et ponc­
tuées ; étamines nombreuses et libres ; fruit baccien ; embryon plus
ou moins recourbé, à radicule spiralée parfois, rarement embryon
droit ;
2° Chamœlauciées. — Feuilles opposées ou rarement alternes,
ponctuées. Etamines en nombre souvent défini, partiellement
stériles quelquefois; ovaire uniloculaire à placentation presque
basilaire; fruit : capsule monosperme, indéhiscente ou rarement
bivalve au sommet ;
3° Leptospermées. — Feuilles ordinairement opposées, rarement
alternes, ponctuées, parfois remplacées par des phyllodes. Etamines
nombreuses,libres, ou plus rarement polyadelphesou monadelphes.
Ovaire bi ou multiloculaire, à loges contenant le plus souvent un
grand nombre d’ovules ; fruit : capsule ordinairement loculicide
ou septicide, rarement indéhiscente;
4° Barringtoniées. — Feuilles alternes, non ponctuées; ovaire
pluriloculaire. Etamines soudées en un anneau complet, régulier
ou épanché en un appendice pétaloïde chargé d’étamines fertiles,
parfois en partie stériles. Fruit : baie indéhiscente ou pyxidaire.
Affinités. — Les affinités des Myrtacées sont multiples. Elles se
rattachent aux Rhizophorées, aux Mélastomacées, aux Lythrariées et
surtout aux Granatées. Enfin on peut encore rapprocher les Myrtacées
des Calycanthées. On ne peut méconnaître également la ressemblance
qui existe entre les Rosacées et les Myrtacées qui ont comme les
Pomacés, par exemple, un réceptacle concave, des carpelles infères
et adhérents, de nombreuses étamines épigynes, la graine exalbu-

�minée, mais les Rosacées n’ont point de glandes internes, leurs
feuilles sont stipulées, leurs fruits sont d’une nature différente, etc.
Distribution géographique. —Les Myrtacées sont à peu près toutes
des plantes des pays chauds. Celles qui s’éloignent le plus des
tropiques se trouvent au Chili, dans les régions méditerranéennes,
à la Nouvelle-Zélande.
Les Chamœlauciées sont australiennes; les Leptospermées sont
également des plantes de l’Australie ou de l’Archipel indien :
quelques genres cependant appartiennent à la région du Cap ou au
Chili.
Propriétés générales. — Les huiles essentielles que contiennent
presque toujours les divers organes des Myrtacées, leur communi­
quent des propriétés stimulantes, irritantes parfois. Ces essences
se produisent dans des glandes internes, semblables à celles des
Aurantiacées et des Rutacées. D'autres Myrtacées, riches en tannin,
ont des propriétés astringentes et toniques.
Leur baie est souvent inerte, inodore ou quelquefois pourvue
d’une odeur aromatique (Psidium) ou fétide (genre Gustavia et
Fœtidia.
A ces divers principes se joignent encore des acides libres, du
sucre, du mucilage, etc.
§11. — Genre Psidium, Lin. Juss.
Synonymie. — Guaiava (Tourn.) (1), Guyavas (Monard.) (2),
Guaiva (Clus.) (3), Guyabo arbor (Ovied.) (4), Guyavos (Bavh.) (5),
Burchardia (Neck.) (6).
Description. — C’est un genre de plantes de l’Icosandrie monogyne de Linné (7), de la tribu des Myrtées (8); il tire son nom de
(1) Tournefort, Inst. herb. T. I, p. 660. — Gœrtn., fruct. 1, p. 185, t. 38. — Flor.
Brasil. méridion., p. 277.
(2) Monard. Lugd. ap. Frag.; Bavhini, Theatr. bot. 1623.
(3) Clusius. Hist. App. 1.
(4) Bavhini. Theat. bot.
(5) Gomarœ, etc., par 4, Ind. Occid. cap 28 ; Bavhini, Tbcat. Bol.
(6) Lindley. Thevegetable Kingdom, p. 738.
(7) Linné, Gen. Plant. 468, p. 167; Gouan. Traité de mat.médic., p. 91.
(8) Van Tieghem. Traité de botanique, p. 1619.

— 89 —
«
» une des appellations grecques de la grenade, selon Dioscoride (i), en raison de la ressemblance extérieure avec celle-ci du
fruit des Psidiums.
Il renferme des arbrisseaux ou des arbres peu élevés, à
rameaux tétragones ou à contour arrondi, opposés et dichoto­
miques ordinairement, rarement disposés par trichotomie, glabres
ou velus, et parfois recouverts d’un toinentum blanc (Ps. grandifolium Mart.).
Feuilles. — Les feuilles sont opposées, ordinairement entières
sur le bord, quelquefois dentées en scie, ovales, elliptiques ou
oblongues, penninervéees, dépourvues de stipules, ponctuées,
pétiolées et à pédicelle plus ou moins loug ; rarement sessiles et
alors presqu’amplexicaules (Ps. cordatum Sims) ; le sommet est
obtus, le plus souvent acuminé ; parfois mucroné ; la base est
arrondie, cordée ou cunéiforme ; ou trouve quelquefois sur le
même pied des feuilles à sommet aigu vers les portions inférieures
du végétal et obtus dans les parties terminales ; ces feuilles sont
totalement glabres, ou à la face supérieure seulement, rarement à
la face inférieure seule qui est le plus souvent pubescente, veloutée
et parfois recouverte d’un tomentum blanchâtre. Chez le Ps. rivulare Mart. les feuilles jeunes sont tapissées par un duvet blanc en
dessous et les nervures couvertes d’une pubescence rousse, puis
elles deviennent glabres à l’état adulte. Elles sont ordinairement
vertes et herbacées, rarement membraneuses ou coriaces. Les
nervures sont souvent saillantes à la face inférieure, pubescentes
et de couleur plus ou moins ocreuse (Ps. Guineense Swartz).
Fleur. — La fleur est hermaphrodite, actinomorphe, rotacée,
grande ou petite ; portée sur ses pédoncules axillaires, quelquefois
terminaux, uni, bi, tri ou multiflores, ordinairement solitaires,
glabres ou villeux, de longueur variable, parfois absents, les fleurs
sont alors sessiles. Chez le Ps. pohjcarpon Lamb., le pédicelle est
triflore, la fleur centrale est sessile, et les deux latérales pédonculées. Elle est bibractéolée à la base, ces bractées sont de forme
et de consistance différentes: linéaires, subulées, lancéolées, mem­
braneuses, quelquefois caduques.
(1) Dioscoride, lib. I, c 127 ; Mathiol, Comment., p. 97.

�D’après Swartz, les fleurs et les fruits du Ps. Montanum exha­
lent uue odeur d’amandes amères.
La fleur est toujours complète, elle comprend :
1° Calice régulier, vert, gamosépale, supère, valvaire, campanulé ou infundibuliforme, glabre ou velu. Les sépales sont tantôt
à 3-5 divisions et le plus souvent concrescents sur toute leur
longueur, avant l’anthèse en forme de coiffe qui se déchire à l'épa­
nouissement et présente alors 3-5 lobes profonds et irréguliers ;
ces lobes sont arrondis ou aigus, ordinairement étalés ou réfléchis;
le tube est ellipsoïdal et contracté à sa partie supérieure. Un
disque charnu entoure la base du limbe calicinal et le sommet de
l’ovaire.
2° Corolle formée de 5 pétales, rarement 4, blancs, étalés,
concaves, ovales ou un peu arrondis, insérés à la base du limbe
calicinal sur un disque.
3° Androcée. — Étamines, nombreuses, épigynes, libres ; à
filets blancs ou rosés, recourbés vers l’intérieur de la fleur, insérés
sans ordre et en plusieurs séries, sur le calice; les anthères sont
petites, introrses, biloculaires et â déhiscence longitudinale.
4° Gynécée. — Ovaire infère, arrondi, ovoïde ou oblong turbiné,
parfois strié longitudinalement (Ps. Striatulum D. C.) adhérent
au tube du calice, à 2, 4 ou plusieurs loges pauci ou pluriovulées,
autant de placentas que de loges ; ces placentas sont pariétaux,
ils atteignent l’axe central et se divisent alors longitudinalement
chacun en deux lobes recourbés, plus ou moins développés et
portant les ovules à la partie interne ; à maturité, plusieurs loges
disparaissent et l’ovaire devient souvent uniloculaire. Les ovules
sont plus ou moins nombreux, horizontaux et fixés sur le bord
des placentas, style allongé, quelquefois recourbé, subulé, plus
long que les filets staminaux ; stigmate simple, globuleux.
Fruit. — Baie le plus souvent uniloculaire, en général de
1 à 5 loges ordinairement polyspermes ; arrondi ou ovoïde ; de
dimension variable ; d'abord vert, puis à maturité : jaune, rouge,
pourpre ou noir; pulpe rouge, rosée, crème ou blanche. Les uns
comestibles et alors succulents, à chair sucrée, acidulée et par­
fumée, les autres sauvages à pulpe amère et môme âcre. Ce fruit
est entouré par le tube du calice et couronné à son sommet par
les dents du limbe calicinal, qui sont parfois très courtes.

Les graines sont petites, plus ou moins nombreuses, de 1 à 3
chez le Ps. Oligospermum Mart., blanches ou rouges selon la cou
leur de la pulpe du fruit dans laquelle elles sont nichées sans
ordre ; légèrement réniformes, exalbuminées, à bile apparent.
Leur tégument externe est dur, crustacé et parfois môme presque
pierreux, il est rarement membraneux; l’interne est membraneux;
chalaze marqué de noir ; embryon courbe, en fer à cheval ou
môme un peu enroulé en spirale; radicule plus longue que les
cotylédons, lesquels sont petits et séparés dans la région de la
radicule par un embryostège papilliforme.
Espèces. — Le genre Psidium renferme un assez grand nombre
d’espèces. Tournefort n’a connu qu’une seule, et Oviedus, un des
premiers qui décrivit les plantes du nouveau continent, en 1525,
ne cite que les Ps. Pomiferum et Pyriferum sous le nom de
Guayaba (1). Eu 17G2, Linné signale seulement le goyavier blanc
et le rouge (2), de même Kunlli en 1827, décrit seulement le P.
Pyriferum L. et le Dubium. Willdenow (3) en connaissait 8,
et Persoou (4) parle de 9 espèces de Psidium. De Candolle (5)
décrit 42 espèces différentes avec leurs variétés dont 8 insuffi­
samment connues, les autres sont classées, en deux groupes selon
que les jeunes rameaux sont tétragones ou arrondis.
On compte actuellement une soixantaine environ d’espèces
de Psidium (G) (Walp. II, p. 170), qui ne sont pas toutes égale­
ment connues. Les principales et les plus importantes au point
de vue de leurs usages industriels, alimentaires et même médi­
caux sont les Psidium pomiferum L., pyriferum L., aromaticum
Aubl., Cattleyanum Sabine, polycarpon Lamb., mfum Mart., araca
Raddi, pumilum Wa\\\.,spadissimum(Jacq. ?).
Au Brésil, on appelle gabirobas toutes les espèces à baie
arrondie, et araças, celles dont le fruit est pyriforme (7).
Distribution géographique. — Les Psidium sont aujourd’hui
(1) Sprengel, llist. r. herb. T. I, p. 37t.
(2) Linné, Sp. Plant. T. I, p. G72.
(3) Willdenow. Sy. Plant. T. II, p. 937.
(t) Persoon, Syn. Plant, s. ench. bot. Il P., p. 27
(3) De Candolle Pyr.. Prod. syst nat. ré", vég. p. 232.
(6) AIph. de Candolle, Orig. des pl. cultiv., p. 193.
(7) Aug. de St-Ililaire, Voyage dans Tint, dn Brésil, Il P., p. 278.

�92 —
très répandus dans les régions intertropicales des deux hémis­
phères, où ils croissent à l’état spontané et cultivé. Les anciens
auteurs n’étaient pas complètement fixés sur leur origine :
De Candolle se demandait si le Ps. pomiferum n’était pas indi­
gène des deux hémisphères? La facilité avec laquelle se mul­
tiplient les Psidiums rend cette étude, en effet, un peu épineuse :
leurs graiues petites, recouvertes d’un tégument osseux, ne sont
pas digérées par l’estomac des animaux omnivores qui recherchent
leurs fruits et transportent ainsi au loin des semences pouvant
conserver longtemps leurs facultés germinatives (1).
Il est aisé de concevoir que les Psidiums se soient aussi rapide­
ment étendus dans les endroits les plus sauvages des contrées tro­
picales pas très chaudes et humides, qu’ils forment dans certaines
localités où ils ont été naturalisés, des buissons tellement épais et
rustiques, qu’ils deviennent un inconvénient assez grave pour les
autres cultures.
Quoiqu’il en soit, leur origine américaine est un fait certain
aujourd’hui ; et bien que des botanistes du XVIe siècle aient trouvé
le Ps. Guayava de Raddi plus ou moins spontané dans les îles de
l’Archipel Indien et de l’Asie méridionale (2), tout fait présumer
que c’était le résultat de naturalisation ancienne (3). Loureiro les
dit sauvages eu Cocbinchiue, mais les anciens auteurs chinois ne
parlent pas des goyaviers.
Acosta (4) écrivait, en 1616, à propos du Ps. pomiferum : « Il y
a à Saint-Dominique et autres îles, des montagnes toutes pleines
de Guayavos, et disent qu’il n’y avait point de telle sorte d’arbres
avant l’arrivée des Espagnols, mais qu’on les y a apportés de je ne
sais où ? n
Quant au Ps. Guineense, qu’on a attribué à la Guinée, il n'a
pas été retrouvé en Afrique (5). « Le Ps. pumilum Wahl (6) qu’on
dit spontané à Ainboine (7), à Java (8) et à Canton, pouvait bien,
(1) La bat, Nouveau voyage, etc., II, p. 295; .laequin, obs. II, p. 7; Sagot, Manuel
du cuit, trop p. 201.
(2) Rumphius, Amboisi. I, p. 141-142; Rheede, Hort. malab. 3, t. 34.
(3) Alph. de Candolle, Origine des pl. cultiv. p. 194.
(4) J. Acosta, Hist. nat. el mor. des Indes, tr. fr. p. 175.
(5) Hook, Fl. Nigr., p. 359.
(6) P. Caninum, Hook et Arn. Bot. Beech, p. 188.
(7) Rumphius, Amboine. I, tab. 49.
(8) Blume, Bydr., p. 1093.

— 93
d’après la nature de ses noms vulgaires, ses localités maritimes ou
voisines d’établissements européens et la diffusion facile des graines
de goyavier, être d’origine américaine (1) ».
M. Alph. de Candolle, qui a approfondi cette question de l’ori­
gine des Psidiums, soupçonne que leur habitation la plus ancienne
était du Mexique à la Colombie et au Pérou et qu’elle s’est peutêtre agrandie du côté du Brésil avant la découverte de l’Amérique
et dans les Antilles après cette époque,
Conditions climatériques, sol, fructification. — Les goyaviers se
plaisent en général dans les terrains élevés, de chaleur et d’humi­
dité moyennes. On les rencontre aussi sur des sols sablonneux et
même rocailleux. Les Ps. Rufrum Mart. et Lineatifolium (?) habi­
tent les montagnes du Sud du Brésil où la gelée se fait sentir en
hiver, il en serait de même du Ps. malifolium (?) de l’Uruguay.
Leur multiplication est facile par graines ou par boutures. Ils
fleurissent ordinairement vers le mois de septembre, l’époque de
la floraison subit évidemment des modifications selon les contrées;
certaines espèces présentent même une floraison continue durant
toute l’année (Ps. Polycarpon...)
Usages. — Les Psidium, estimés à juste titre à cause de leurs
fruits délicieux, fournissent encore à l’industrie leur bois et leur
écorce. Tous peuvent être considérés comme des arbres fruitiers,
mais il n’y a qu’un petit nombre qui soient cultivés. Les princi­
pales espèces qui donnent des fruits comestibles et recherchés sont :
Ps. Araca (Rad.), fruit jaune verdâtre, pulpe très bonne.
Ps. polycarpon (Lamb.), fruit jaunâtre, de la grosseur d’une petite
noix, bonne qualité, cet arbuste donne des fruits toute l’année.
Ps. Cattleyanum (Sabine). C’est la délicieuse espèce (2), désignée
quelquefois sous le nom de gouyave de Chine; c’est un des fruits
les plus agréables des pays chauds en raison de son parfum de
fraise ; elle est très petite, de couleur vineuse extérieurement, à
pulpe blanc grisâtre ou légèrement rosée; on en connaît, parait-il,
5 variétés dites à peau blanche, noire, jaune de Java (goût de
framboise), de Timor (goût de groseille).
Ps. pomiferum et pyriferum L., dont les fruits constituent ce
(1) Alph. de Candolle, Origine des pl. cultiv., p. 195.
(2) Sagot et Raoul, Man. prat. des cuit, trop., p. 202.

�94 qu’on appelle communément gouyaves, c’est l’espèce classique par
excellence.
Enfin on mange les fruits des Ps. pumilum Wahl, albidtum
Guineensc (SwarU), montanum Swartz, aromatkum Aubl., grandiforum Aubl., et du Ps. spadissimum (Jacq.) qui sont très odorants
et savoureux.
Les autres goyaviers fournissent des baies de petite dimension,
et de goût moins agréable, quelquefois même Acre et amer.
Quant aux applications industrielles, elles sont assez appré­
ciables; leur bois sert à la construction des cases des nègres,
à la confection de cannes, au charronnage, à la menuiserie, à la
fabrication de manches d’outils, d’avirons, de charbon de forge,
etc. ; leur écorce est employée pour le tannage.
Nous parlerons plus loin de leur emploi en médecine.
Psidium pomiferum Lin., Juss.
Synonymie. — Araca Guacu Pison (1); Gujava Raddi ; Goyava
ou Gujava allia Pluk, à fruit arrondi (2) ; Gujabo pomifera indica
Bavh. (3); Gujavus agrestis Rumph. (4); Malacca-pela Rheed (5);
Apseltragender Gujavabum W. ; Ps. Larruoteanum Aubl. (6) ; Ps.
aromaticum de Blanco ? (7).
Appelé vulgairement: Gouyave ; Goyave rouge; Goyave des
Savanes (8); Goyavier; Sivaporikoya (Tamboul); Anjir (Hind.) ;
Goyavier du pays (Réunion) ; Oi-rung-nho (Cochinchine) ; Poirier
des Indes (Cochinchine); Goyavier de Cayenne (Martinique);
Goyavier commun ou de jardin (Barbade).
Description. — Le Ps. pomiferum Lin. est un arbuste ou un
arbre peu élevé, très fructifère; il est si rustique qu’il devient
souvent subspontané, et forme des buissons sauvages (9). Ses
rameaux sont tétragones et villeux.
(1) Pison, Bras , p.75; Marcgraf, p. 105.
(2) Pluk, alm , 181, t. 193, f. 4.
(3) Bavhini, pin. 437.
(4) Rumphius, amb. 1, p. 142, t. 4; Mer. furin., 57, t. 57.
(5) RheriJ, Mal. 3, p. 33, t. 35.
(6) Aublet, Guy., p. 487 ; c'esl l’espèce sauvage à petit fruit de Raddi.
(7) Blanco, Flor. Filip., 1‘* éd., p. 416.
(8) Dict. univers, de mat. médic., p. 527.
(9) Sagot, Man. pral. des cuit, trop., p. 202.

Fleur (1)

insérés sur le calice. L’androcée comprend des étamines nom­
breuses, à filets blanc rosé, recourbés vers l’intérieur de la fleur,
indépendants, insérés sans ordre sur un disque glandulaire calicinal ; anthères introrses biloeulaires et à déhiscence longitudinale.
Le gynécée est formé d’un ovaire, arrondi ou ovoïde, de 2-8 loges,
style et stigmate simples, ovules nombreux.
Le fruitést une baie uniloculaire, couronnée par les dents du
calice; la peau est d’abord verte; à maturité, elle est jaune ou
orange, épaisse de 2-3 lignes; sa pulpe est rouge, ainsi que les
graines, qui sont nombreuses. 11 est ordinairement de la grosseur
d’un citron ou d’un œuf de poule; il est charnu, odorant, d’une
saveur douce, acidulé, agréable. Son parfum est loin de plaire à
tout le monde; il rappelle quelquefois, parait-il, à un degré faible,
l’odeur de le transpiration cutanée chez les équidés (2). Acosta (3),
(1) Tournefort, Inst, herb., t. 443.
(2) Sagot et Raoul, Man. prat. des cuit, trop., p. 202.
(3) Acosta, liist. nat. des Indes, p. 175, loc. cit.

�en parlant du Ps. Pomiferum (d’après la description qu’il en donne),
dit : « C’est un arbre mal estimé
en la terre ferme et autres îles,
car ils disent qu’il a l’odeur comme
les punaises. ».
Dstribution géographique. — Le
Ps. Pomiferum L. est commun en
Amérique, en Asie et, depuis quel­
que temps, dans certaines parties
de l’Afrique. 11 croit partout aux
Antilles, au Brésil naturellement,
dans les savanes, qu’il envahirait
si on ne l’arrachait pas; au Mexi­
que, en Bolivie (Weddel), à la
Guyane, aux îles Moluques, eu
Cochinchine, où il vit à l'état sau­
vage ; aux îles Caraïbes, au Séné­
gal ; aux îles Martinique, Maurice, de la Réunion, Seychelles,
Nossi-Bé, etc.
Conditions climatériques, sol, multiplication. — On le multiplie
facilement par boutures, marcotte et, plus ordinairement, par
semis; on trouve toujours au pied de l’arbre de jeunes plantes germées spontanément. Sa production est rapide et abondante. Plus le
climat est chaud et pluvieux, plus la terre où on le cultive doit être
fertile; il est peu exigeant sur le sol dans un climat à pluies modé­
rées. 11 supporte assez facilement le climat de la région tempérée
chaude, aussi sa culture a bien réussi en Algérie.
A côté du Ps. pomiferum, nous ne pouvons passer sous silence
le Ps. Pyriferum : ces deux goyaviers, d’après nos botanistes
modernes, ne seraient, en effet, que deux variétés de l’espèce
Guayava de Raddi. Nous allons signaler d’abord les quelques diiïérences morphologiques du goyavier blanc, lesquelles sont d’ailleurs
d’ordre secondaire, et nous résumerons ensuite très brièvement
l’opinion des auteurs sur l’unité botanique de cette espèce.
(1) Tournefort, Inst, herb., t. CDXLIII.

Ps. pyriferum Lin.

Synonymie. — Gujavus domestica Rumph.(l); Pela Rheed(2);
Araca Miri Pison (3); Psidium fruticosum Brown. (4); Birnentragender Guajavabum, W.; Gujava vulg. Sloane (5); Guyava pvriformis (6); Ps. vulgare Rich. (7); Guayava alba Mer. (8).
Appelé vulgairement : Araca (9); Goyave blanche; Goyavier
marron (Réunion); Poire (Amérique mérid.); Poirier des Indes;
Goyave du pays (Antilles); Goyave (Barbade) (10); Gay-oi (Cochin­
chine); Tuava (Tahiti).
Description. — C’est un arbre à rameaux tétragones, à feuilles
opposées, pubescentes en dessous et de même forme que le goyavier
rouge, dont il ne diffère, en somme, au point de vue morphologique,
que par ses pédoncules toujours unifions et par son fruit, qui est
pyriforme au lieu d’être arrondi.
Ce fruit est une baie oblongue, du volume et de la couleur d’une
poire de Saint-Germain; sa chair est blanche, ainsi que les graines,
qui sont inégales et raboteuses, comme, d’ailleurs, celles du Ps.
Pomiferum. On le cultive en Aaiérique dans les jardins, et il est
plus estimé que le premier.
Hernandez, un des plus anciens auteurs qui ont écrit sur
l’Amérique, parait mentionner le Ps. Pyriferum comme ayant un
fruit beaucoup plus gros que le Pomiferum et une absence de
mauvaise odeur qui le faisait rechercher dans les jardins.
Sa culture est facile dans les climats chauds; on voit mûrir
quelquefois ses fruits dans les localités les mieux abritées de la
Provence; elle réussit pleinement en Algérie et dans le nord de
l’Afrique.
(1) Rumpbius, Amb. 1, p. 140, t. XLXII.
(2) Rheed, Mal. 3, p. 31, t. XXXIV.
(3) Pison, Bras., 72.
(4) Brown, jam., p. 238.
(5) Sloane, hist. 2, p. 163.
(6) Gœrtn, fruct. 1, t. XXXVIII.
(7) Rich., act. soc. h. par., p. 110.
(8) Comm. bort., 1, p. 124, t. LXI1I; Mer. farin. 19, t. X.
(9) Flor. Bras, méridien, p. 282.
(10) Maycock, Fl. Barbad., p. 206.

�Sa distribution géographique est identique à celle du Ps. Pomiferuni, ou le trouve daus les mêmes régions que ce dernier à
l'état spontané ou cultivé.
Ps. guayava Raddi.
Noms indigènes. — Peara (Beng.) ; Amrud , Lal-safri-am et
Sufed-safri-am (Hind.); Vellai-goyva, vellai-goyva-pazham et Shivappu-goyva-pazham (Tamb,); Telia goyva (Teleg.); Lal-jam et
Sufed-jam (Duk); Tambara Perù et Pandhara Perù (Bomb.).
En se basant sur la forme du fruit et la couleur de sa pulpe,
les anciens auteurs, Linné et quelques autres botanistes ont
admis deux espèces daus cet arbre fruitier : l’une à baie sphérique
ou ovoïde, à chair rouge, Ps. pomiferum ; l’autre à baie pyriforme
et à pulpe blanche ou rosée, Ps. pyriferum. Mais le caractère tiré
de la couleur de la chair est, comme ou le sait, de peu d’impor­
tance, et nous avons une foule d’exemples analogues daus nos
fruits les plus communs; il en est de même de la forme; nous
sommes témoins tous les jours de transformations variées par l’effet
de la culture (poires, etc...).
Pour les gouyaves, la plupart des auteurs considèrent la forme
comme source de distinction spécifique.
Raddi (1) dit avoir observé sur le même pied des fruits presqu’arrondis et des fruits pyriformes; de plus, ayant constaté que
les pédoncules du Ps. pomiferum sont parfois uniflores comme
chez le Ps. pyriferum, il réunit les deux goyaviers en une seule
espèce le Ps. guayava.
Après lui, tous les botanistes (2) qui ont vu de ces arbres
vivants daus les colonies, ont accepté et suivi tcelte opinion de
Raddi.
Les auteurs les plus récents partagent de même cette manière
de voir. Selon Dymock (1), le goyavier rouge et le goyavier blanc
paraissent n’ôtre que de simples variétés de la même espèce. Sagot,
(1) Raddi, Di alcunc spec. di pero indiano, p. 1.
(2) Marli^s, Syst. mat. rnedic. bras., p. 32; Blume, Muséum Lugd. Bat. I, p. 71 ;
Uasskarl, Flor. 1844, p. 589; Hooker, Flor. of Brilish Ind. 2. p. 4G8.
(1) Dymock, Mater, medic. of West. India, p. 334.

— 99 —
en décrivant le fruit du Ps. pomiferum, dit qu’il est rond ou pyri­
forme, jaune ou orange (1). Boulon (2) les considère aussi comme
h b
deux variétés de Psidium.
Mais, malgré la multiplication facile des Psidium, malgré
leur fructification assez rapide, puisqu’ils donnent des fruits dès
la troisième année, aucun auteur, de ceux mêmes qui admettent
l’unité de l’espèce Ps. Guayava, n’a tenté des expériences positives.
Aucun n’a observé si les pépins du fruit sphérique, par exemple,
donnent toujours des gouyaves sphériques et que le semis n’y
apporte, par conséquent, aucune modification.
D’après Alph. de Candolle, la géographie botanique est plutôt
favorable à la réunion des deux espèces, car, dit-il : « 1° les deux
formes paraissent originaires du même pays, le Mexique probable­
ment, ou en tout cas, de l’Amérique intertropicale ; 2° elles sont
mélangées presque partout et depuis deux siècles dans les cul­
tures (3). »
Il y aurait lieu de les comparer au point de vue de leur struc­
ture anatomique, et nous n’avons pu effectuer ce travail, n’ayant
pas reçu à temps les différents organes de Ps. pyriferum.
D’un côté, le .manque d’essais directs, et de l’autre, le silence
des auteurs sur toute transformation produite à la suite de semis,
portent à croire que ces deux formes sont devenues héréditaires.
Ce seraient, par conséquent, des races, tant que l’on n’aurait pas
démontré expérimentalement que ce sont de simples variétés, dans
toute l’acception du terme.
Le goyavier à fruit rouge et arrondi parait plus robusté, plus
rustique, à saveur et à odeur plus fortes, il serait probablement
la souche, l’individu sauvage du goyavier blanc (4).
Le fruit sphérique, âpre et coloré, semble être le plus ancien et
le plus sauvage, l’autre forme est peut-être le produit de la cul­
ture (5).
Usages. — Le Ps. Guayava Rad. (pomiferum et pyriferum L.)
est l’espèce la plus universellement cultivée, à cause de son fruit
(1) Sagot et Raoul, loc. cit., p. 201.
(2) Bouton, PI. rnédic. de l’ile Maurice, p. 5i.
(3) Alph. de Candolle, Géographie botaniq. raisonnée, p. 897.
(4) Môral-et de Lens, Dict. univ. de mat. médic., p. 527.
(5) Alph. de Candolle, Orig. des pl. cuit., p. 1%.

�— 100 —
alimentaire, désigné vulgairement sous le nom de Gouyave (Gujaba d’Oviedus). Sa saveur sucrée, acidulée et. parfumée est fort
estimée dans les pays chauds (1). En Amérique, on en fait un grand
usage comme fruit de table. On mange les gouyaves crues, soit
seules, soit pelées, vidées de leurs semences et coupées eu quartiers
dans le vin, avec du sucre, de la canelle, etc. On en fait des gelées,
des confitures, des compotes et des conserves qu’on expédie même
en Europe.
Dans l’industrie, leur bois blanc, droit, à grain serré, est excel­
lent pour l’ébénisterie, la charpente, le charronnage, pour faire
du charbon. D’après Lanessan (2), sa densité est de 0,849, élas­
ticité 1,473, résistance 1,532. Leur écorce est très employée pour
le tannage.
La poudre et l’extrait servent à la conservation des oiseaux
empaillés.

— 101 En allant vers l’extérieur et contre les cellules de cette zone
péricyclique, on observe une autre assise de cellules quadrangulaires aussi, mais à section un peu plus grande, alternant avec les
éléments du péricycle et constituant l’endoderme (End.)

Fig. 1. — Coupe transversale d’une jeune racine, grossissement 140, — P C.,
parenchyme cortical ; End., endoderme ; Pér., péricycle ; L., liber ; B., bois.
C h a pitr e

ANATOMIE DU

II

P S . P O M IF E R U M

L.

Racine. —Dans la jeune racine du Psidium Pomiferum L., les
formations primaires comprennent trois, quatre, cinq et quelquefois
six lames vasculaires ligneuses (B), formées par une seule rangée
radiale de vaisseaux,alternant régulièrement avec un même nombre
de faisceaux libériens (L.) ; l’intervalle est remplie par du tissu
parenchymateux, reliant les divers faisceaux libériens et ligneux.
Ce cylindre-axe est entouré par un péricycle (Pér.) très net,
formé par une assise de cellules à section quadrangulaire, contre
laquelle viennent s’adosser les éléments libériens et les éléments
ligneux.
(1) Guibourt et Plaiichon, Hist. nat. des drog. sirnpl., t. III, p. 270.
(2) Lanessan, PI. cuit, des colonies franç.

Puis vient le parenchyme cortical (P C) formé par des cellules
irrégulièrement polygonales, assez grandes et limitées à l’extérieur
par une assise de cellules plus petites, et rectangulaires en section.
Mais pendant son développement, la racine ne tarde pas à modi­
fier sa structure, avant même
l’apparition des formations
secondaires, alors que les fais­
ceaux du bois et ceux du liber
sont encore distincts et alter­
nant régulièrement. Le péri­
cycle (fig. 2, Pér.) se développe
et finit par constituer un
anneau nettement distinct,
d’une épaisseur assez grande,
Une portion de coupe transver­
constitué par des éléments Fig.sale2. —d’une
racine jeune, mais dont le
à contour polygonal, pres­ 260.
péricycle a déjà proliféré ; grossissement
— Pc, parenchyme cortical : End,
que quadrangulaire sur une endoderme
; Pér, péricycle ; B, bois.
section transversale, irrégu­
lièrement disposés et sans ordre apparent ; l’assise externe,

�Sa distribution géographique est identique à celle du Ps. Pomiferum, ou le trouve dans les mômes régions que ce dernier à
l'état spontané ou cultivé.
Ps. guayava Raddi.
Noms indigènes. — Peara (Beng.) ; Amrud , Lal-safri-am et
Sufed-safri-am (Hind.); Yellai-goyva, vellai-goyva-pazham et Sliivappu-goyva-pazham (Tamb,); Telia goyva (Teleg.); Lal-jam et
Suted-jain (Duk); Tambara Perù et Pandhara Perù (Bomb.).
En se basant sur la forme du fruit et la couleur de sa pulpe,
les ancieus auteurs, Linné et quelques autres botanistes ont
admis deux espèces dans cet arbre fruitier : l’une à baie sphérique
ou ovoïde, à chair rouge, Ps. pomiferum ; l’autre à baie pyriforme
et à pulpe blanche ou rosée, Ps. pyriferum. Mais le caractère tiré
de la couleur de la chair est, comme on le sait, de peu d’impor­
tance, et nous avons une foule d’exemples analogues daus nos
fruits les plus communs; il eu est de môme de la forme; nous
sommes témoins tous les jours de transformations variées par l’effet
de la culture (poires, etc...).
Pour les gouyaves, la plupart des auteurs considèrent la forme
comme source de distinction spécifique.
Raddi (1) dit avoir observé sur le même pied des fruits presqu’arrondis et des fruits pyriformes; de plus, ayant constaté que
les pédoncules du Ps. pomiferum sont parfois uniflores comme
chez le Ps. pyriferum, il réunit les deux goyaviers en une seule
espèce le Ps. guayava.
Après lui, tous les botanistes (2) qui ont vu de ces arbres
vivants daus les colonies, ont accepté et suivi cette opinion de
Raddi.
Les auteurs les plus récents partagent de môme cette manière
de voir. Selon Dymock (1), le goyavier rouge et le goyavier blanc
paraissent n’être que de simples variétés de la môme espèce. Sagot,
(1) Raddi, Di alcune spec. di pero indiano, p. 1.
(2) M artin, Syst. mat. medic. bras., p. 32; Biume, Muséum Lugd. Bat. I, p. 71 ;
Uasskarl, Flor. 1844, p. 589; Hooker, Flor. of British ind. 2. p. 408.
(1) Dymock, Mater, medic. of West. India, p. 354.

— 99 —
en décrivant le fruit du Ps. pomiferum, dit qu’il est rond ou pyri­
forme, jaune ou orange (1). Bouton (2) les considère aussi comme
deux variétés de Psidium.
Mais, malgré la multiplication facile des Psidium, malgré
leur fructification assez rapide, puisqu’ils donnent des fruits dès
la troisième année, aucun auteur, de ceux mômes qui admettent
l’unité de l’espèce Ps. Guayava, n’a tenté des expériences positives.
Aucun n’a observé si les pépins du fruit sphérique, par exemple,
donnent toujours des gouyaves sphériques et que le semis n’y
apporte, par conséquent, aucune modification.
D’après Alph. de Candolle, la géographie botanique est plutôt
favorable à la réunion des deux espèces, car, dit-il : « 1° les deux
formes paraissent originaires du môme pays, le Mexique probable­
ment, ou en tout cas, de l’Amérique intertropicale ; 2° elles sont
mélangées presque partout et depuis deux siècles dans les cul­
tures (3). »
Il y aurait lieu de les comparer au point de vue de leur struc­
ture anatomique, et nous n’avons pu effectuer ce travail, n’ayant
pas reçu à temps les différents organes de Ps. pyriferum.
D’un côté, le .manque d’essais directs, et de l’autre, le silence
des auteurs sur toute transformation produite à la suite de semis,
portent à croire que ces deux formes sont devenues héréditaires.
Ce seraient, par conséquent, des races, tant que l’on n’aurait pas
démontré expérimentalement que ce sont de simples variétés, dans
toute l’acception du terme.
Le goyavier à fruit rouge et arrondi parait plus robuste, plus
rustique, à saveur et à odeur plus fortes, il serait probablement
la souche, l’individu sauvage du goyavier blanc (4).
Le fruit sphérique, âpre et coloré, semble être le plus ancien et
le plus sauvage, l’autre forme est peut-être le produit de la cul­
ture (5).
Usages. — Le Ps. Guayava Rad. (pomiferum et pyriferum L.)
est l’espèce la plus universellement cultivée, à cause de son fruit
(1) Sagot et Raoul, loc. cit., p. 201.
(2) Bouton, PI. médic. de l’ile Maurice, p. 54.
(3) Alph. de Candolle, Géographie botaniq. raisonnée, p. 897.
(4) Méral-et de Lens, Dict. univ. de mat. médic., p. 527.
(5) Alph. de Candolle, Orig. des pl. cuit., p. 195.

�100 —
alimentaire, désigné vulgairement sous le nom de Gouyave (Gujaba d’Oviedus). Sa saveur sucrée, acidulée et parfumée est fort
estimée dans les pays chauds (1). En Amérique, on en fait un grand
usage comme fruit de table. On mange les gouyaves crues, soit
seules, soit pelées, vidées de leurs semences et coupées eu quartiers
dans le vin, avec du sucre, de la canelle, etc. On en fait des gelées,
des confitures, des compotes et des conserves qu’on expédie même
en Europe.
Dans l’industrie, leur bois blanc, droit, à grain serré, est excel­
lent pour l’ébénisterie, la charpente, le charronnage, pour faire
du charbon. D’après Lanessan (2), sa densité est de 0,849, élas­
ticité 1,473, résistance 1,532. Leur écorce est très employée pour
le tannage.
La poudre et l’extrait servent à la conservation des oiseaux
empaillés.

— 101 En allant vers l’extérieur et coutre les cellules de cette zone
péricyclique, on observe une autre assise de cellules quadrangulaires aussi, mais à section un peu plus grande, alternant avec les
éléments du péricycle et constituant l’endoderme (End.)

Fig- I- — Coupe transversale d’une jeune racine, grossissement 140, — P C.,
parenchyme cortical ; End., endoderme ; Pér., péricycle ; L., liber ; B., bois.
C h a pitr e II

ANATOiMlE DU

P S . P U M IF E R U M

L.

Racine. —Dans la jeune racine du Psidium Pomiferum L., les
formations primaires comprennent trois, quatre, cinq et quelquefois
six lames vasculaires ligneuses (B), formées par une seule rangée
radiale de vaisseaux, alternant régulièrement avec un même nombre
de faisceaux libériens (L.) ; l’intervalle est remplie par du tissu
parenchymateux, reliant les divers faisceaux libériens et ligneux.
Ce cylindre-axe est entouré par un péricycle (Pér.) très net,
formé par une assise de cellules à section quadrangulaire, contre
laquelle viennent s’adosser les éléments libériens et les éléments
ligneux.
(1) Guibourt et Planchon, Hist. nat. des drog. simpl., t. III, p. 270.
(2) Lanessan, PI. cuit, des colonies Iranç.

Puis vient le parenchyme cortical (P C) formé par des cellules
irrégulièrement polygonales, assez grandes et limitées à l’extérieur
par une assise de cellules plus petites, et rectangulaires en section.
Mais pendant son développement, la racine ne tarde pas à modi­
fier sa structure, avant même
l’apparition des formations
secondaires, alors que les fais­
ceaux du bois et ceux du liber
sont encore distincts et alter­
nant régulièrement. Le péri­
cycle (fig. 2, Pér.) se développe
et finit par constituer un
anneau nettement distinct,
d’une épaisseur assez grande,
portion de coupe transver­
constitué par des éléments Fig.sale2. —d'uneUne racine
jeune, mais dont le
à contour polygonal, pres­ 260.
péricycle a déjà proliféré ; grossissement
— Pc, parenchyme cortical : End,
que quadrangulaire sur une endoderme
; Pér, péricycle ; B, bois.
section transversale, irrégufièrement disposés et sans ordre apparent ; l’assise externe,

�seule, présente une disposition régulière, ses éléments anatomiques
alternent avec les cellules de la couche suivante, qui constitue
l’endoderme (End., lig. 2). Les cellules de cet endoderme sont plus
grandes et nettement distinctes des éléments anatomiques voisins ;
elles n’ont pas, cependant, des dimensions aussi régulières que
dans la tige primaire.
Eu dehors de ces éléments, on trouve toujours une couche assez
$/il

i

— 103 —
et disposées en files radiales comme le sont généralement les
éléments caractéristiques de ce tissu.
Mais au fur et à mesure que la racine se développe, les forma­
tions secondaires apparaissent d’une façon de plus en plus nette.
Tout d’abord, l’écorce (C, fig. 3), le péricycle (Pér, fig. 3) et l’endo­
derme (End, fig. 3) sont encore conservés, les faisceaux ligneux
sont séparés par des rayons médullaires (R., fig. 3) formés de deux,
trois ou quatre rangées radiales d’éléments anatomiques étroite­
ment serrés les uns contre les autres.
Puis le bois (B., fig. 4) finit par constituer une masse centrale,

,

T ------- c
i/

I

' j- ~

--- E n d

I
- - - - - Ecr.
~ -------------- Ce.
Fig. 3. — Racine avec formations secondaires, mais où l’endoderme et le péricycle
sont encore conservés; grossis. &lt;M). — Sub, suber; C, écorce; Knd, endoderme;
Pér, péricycle; Ce, cylindre central; R, rayons médullaires.

large de parenchyme cortical (Pc), formé de cellules identiques à
celles que nous avons décrites plus haut, montrant çà et là quelques
réservoirs glanduleux à contour arrondi, à huile essentielle.
Tout cet ensemble se trouve limité à l’extérieur par une zone
subéreuse, comprenant le plus souvent quatre ou cinq asssises de
cellules colorées en brun, aplaties, allongées dans le sens tangentiei

Fig. 4. — Racine âgée (l'écorce et l’endoderme sont exfoliés), grossissement 45. —
Sub, suber; Pér, péricycle; Lb, liber; R, bois.

compacte et dépourvue de moelle, comme dans toutes les racines
normales. Cette zone ligneuse est constituée par des faisceaux
fibro-vasculaires séparés les uns des autres par des rayons médul­
laires, lesquels ne sont formés que par une seule rangée de cellules
allongées dans le sens radial.
Le liber (Lb., fig. 4), à ce moment, est formé par un grand
nombre de petits faisceaux allant en s’atténuant vers l’extérieur,
tandis que les rayons médullaires, traversant le bois et le liber,
viennent s’épanouir et enfin se fondre dans le parenchyme cortical.
Ces faisceaux libériens sont constitués par cinq à six assises de
parenchyme libérien et de tubes cribreux. Un grand nombre de
ces cellules libériennes contiennent des cristaux octaédriques et
moins souvent des màcles étoilées d’oxalate de chaux.
Puis vient un parenchyme cortical à cellules allongées dans le
sens tangentiei et dont quelques unes reuferment des cristaux
d’oxalate de chaux. Enfin la racine est limitée extérieurement par

�— 104 une zone subéreuse à quatre ou cinq assises d’éléments anatomiques
normaux.
Mais dans la racine âgée, comme le représente la figure 4, il
arrive assez souvent que l’endoderme et l’écorce sont exfoliés,
le liber est alors entouré par une zone péricyclique (Pér, fig. 4),
aux dépens de laquelle se forme une couche extérieure de tissu
subéreux (Sub. fig. 4).
Tige. — La tige de l’année présente la structure suivante : Sa
forme est vaguement rectangulaire, à chacun des coins de ce
rectangle correspond une aile parenchymateuse dans laquelle on
trouve un faible amas de collenchyme. La direction du grand axe

Fig. 5. — Coupe transversale schématique d’une tige jeune ; grossissement 60 ; p,
poils; Ep, épiderme: gl, glande; PC, parenchyme cortical; Pér, pérlcycle ;
LE, liber externe ; B, bois ; LI, liber interne ; M, moelle.

de ce rectangle devient perpendiculaire à elle même en passant
d’un entre-nœud à celui qui est immédiatement voisin. Les feuilles
opposées décussées viennent s’insérer par leur pétiole sur les
petits côtés de ce rectangle, qui figurerait schématiquement le
contour de la tige jeune, et aussi sur les ailes qui correspondent
deux à deux à ces côtés.
La surface de la tige, à cette période du développement, se
trouve couverte par des poils assez nombreux, courts et unicellulaires, plus rares sur les expansions aliformes que sur les autres
points de la tige.

105 —
L’épiderme (Ep, fig. 5), constitué par une seule assise de
cellules, est recouvert par une mince cuticule. Sous cette enveloppe
externe, se trouve le parenchyme cortical (PC, fig. 5), assez
développé, formé par des éléments irréguliers et polygonaux, sans
méats intracellulaires. Certaines de ces cellules contiennent des
cristaux d’oxalate de chaux, et l’on trouve aussi quelques réser­
voirs glanduleux à huile essentielle.
Puis viennent l’endoderme (End.) à éléments normaux et le
péricycle (Pér.) dont les fibres commencent à se sclérifier et forment
des petits amas très rapprochés les uns des autres. Sous ce péri­
cycle se trouvent le liber et le bois. Le liber (LE, fig. 5) est
constitué par du parenchyme libérien et des tubes grillagés. Les
éléments anatomiques de ce parenchyme sont de petites dimensions
et renferment assez fréquemment des cristaux octadériques
d’oxalate de chaux.
Les éléments des bois (B), vaisseaux et fibres, sont presque
régulièrement disposés en files radiales, séparées les unes des
autres par des rayons médullaires.
A l’intérieur et contre la zone ligneuse est adossé un anneau
continu de liber (LI), dont les éléments sont analogues à ceux du
liber normal, mais renfermant peu ou pas de cristaux d’oxalate de
chaux.
Enfin le centre est occupé par une moelle (M) volumineuse,
formée par des cellules arrondies ou polygonales, assez grandes,
pressées les unes contre les autres et laissant parfois entre elles des
lacunes intracellulaires plus ou moins développées. Ces cellules
contiennent des octaèdres et moins souvent des màcles d’oxalate de
chaux.
En se développant, la tige perd ses ailes parenchymateuses, son
contour devient arrondi; l’épiderme s’exfolie, et le péricycle se
sclérifie presqu’entièrement.
Le liber normal (LE) et la zone ligneuse (B) continuent à se
développer sans subir de modifications apparentes dans l’anneau
libérien normal (LE), on observe cependant, à cette époque, un
cercle plus ou moins interrompu, ordinairement formé d’une
double rangée de fibres libériennes sclérifiées (FL), à contour
quadrangulaire et lumen punctiforme, plus développées que les
fibres ordinaires.

�— 106 —
Les faisceaux ligneux sont régulièrement disposés par files
radiales, traversées par des rayons médullaires, lesquels, comme
dans la racine, ne sont formés que par une seule rangée de cellules
allongées dans le sens radial. Quant au liber interne (LI) il persiste
dans la tige âgée et forme comme dans la tige jeune un anneau
complet.
La moelle (M) n’est plus constituée alors que par des amas de
cellules séparées par de grandes lacunes, et souvent môme elle
est totalement résorbée. On rencontre aussi des glandes dans le
périderme et elles sont toujours placées dans les portions voisines
de la surface extérieure.

— 107 —
une ramification de la nervure médiane. Les deux bords sont
pourvus de nombreux poils unicellulaires et assez longs.
•"V J

I

Fig. 7. — Schéma d’une feuille jeune en coupe transversale ; grossissement, 140.—
Gl, glandes.

Fig. 6. — Schéma d’une tige âgée en section transversale; grossissement 35 environ.
— Su, suber; PC, parenchyme cortical; LE, liber externe; FL, fibres libériennes;
B, bois ; LI, liber interne; M, moelle.

Feuille. — La feuille, courtement pétiolée, est pourvue de
nervures assez développées, fortement saillantes à la face infé­
rieure et disposées suivant le type penné.
Une coupe transversale complète de la feuille montre un con­
tour rectiligne sur la face supérieure et à chaque proéminence
correspond un faisceau libéro-ligneux. Le faisceau central, le plus
développé, appartient à la nervure principale, les autres situés en
nombre égal de part et d’autre de celui-là correspondent chacun à

Pétiole. — Le pétiole est concave à la partie supérieure et
pourvu de deux appendices aliformes qui se prolongent sur la
tige sous la forme des ailes parenchymateuses que nous avons
déjà signalées.
Il est constiué extérieurement par un épiderme (Ep) à éléments
aplatis et rectangulaires en
section transversale, recou­
vert par une mince cuticule.
Au-dessous de cette enve­
loppe, on trouve un tissu
parenchymateux formé par
de grandes cellules irréguliè­
rement polygonales, offrant
de nombreux méats et renfer­
mant des cristaux octaédri­
Fig. 8. — Coupe transversale schématique ques et des màcles étoilées
d’un pétiole ; grossissement, 95 environ. d’oxalate de chaux, surtout
— Ep, épiderme ; gl, glande; m. mâeles
d’oxalate de chaux ; LI, liber interne; B, abondants dans la portion
bois ; LE, liber externe.
convexe.
Dans les parties voisines de l’épiderme, on observe des glandes
assez nombreuses à huile essentielle ; ces glandes (gl) présentent
chacune un réservoir central de contour plus ou moins arrondi,

�—

108

—

limité par une seule rangée de cellules sécrétrices très allongées
tangentiellement.
Le faisceau libéro-ligneux est constitué par un arc d’éléments
du bois (B), de chaque côté duquel sout disposées deux zones 1ibériennes(LE et LI); l’une correspondant au liber normal de la tige,
l’autre au liber interne allant se rejoindre aux extrémités de l’arc
ligneux. Les éléments du liber renferment quelquefois des cristaux
d’oxalate de chaux.
Limbe. — Epiderme. Les deux épidermes sont assez semblables
quant à la forme des cellules et à la structure des stomates. Ces
cellules épidermiques sont irrégulièrement polygonales, un peu

Fig. 9.
Epiderme supérieur (bord du limbe);
grossissement, tUO; p, poils.

Fig. 10.
Epiderme inférieur montrant une
glande par transparence ; grossiss. 100;
gl, glande ; st, stomate.

plus petites dans l’épiderme inférieur qui présente, par contre, des
stomates plus nombreux.
Dans la figure 10, nous représentons, en outre, une glande (gl)
vue à travers l’épiderme par transparence.
Parenchyme. — Une coupe transversale dans le limbe foliaire
montre, de l’extérieur à l’intérieur, un épiderme supérieur (Ep,
fig. 11) formé par une seule assise de cellules, recouverte d’une
cuticule (c) peu épaisse; au-dessous se trouve une assise de cellules
aplaties, mais développées dans le sens correspondant à la largeur
de la feuille. A la suite de cette zone de cellules tabulaires vient le
parenchyme en palissade (Pp), qui comprend deux rangées de
cellules cylindriques, perpendiculaires à la largeur de la feuille et

— 109 remplies de chlorophylle. Au milieu de ce parenchyme on ren­
contre, cependant, quelques éléments de dimensions plus grandes
et au moins aussi longs que larges. Puis le tissu lacuneux (PI) à
méats peu volumineux, dont les cellules contiennent assez souvent
des mûcles étoilées, et plus rarement des cristaux octaédriques
d’oxalate de chaux. Dans ce même parenchyme et s’appuyant
contre l’épiderme inférieur, on observe des glandes (gl) à huile
essentielle, surtout abondantes dans les saillies, correspondant aux
nervures et nettement visibles à travers l’épiderme (gl, fig.
10).

Fig. 11. — Coupe transversale dans le
limbe d’une feuille à son complet
développement ; grossissement, 100.
— c, cuticule ; Ep, épiderme ; Pp,
parenchyme palissadique; m, mûcles
d’oxalate de chaux ; PI, parenchyme
lacuneux ; gl, glande ; st, stomate.

Fig. 12. — Une portion plus
grossie de la coupe précé­
dente, pour mieux montrer
la structure des stomates
(st) ; grossiss., 400.

L’épiderme inférieur, constitué par une seule assise d’éléments
tabulaires plus petits que ceux de l’épiderme supérieur, porte d’assez
nombreux stomates (st, fig. 11 et 12) faisant saillie à l’extérieur, et
dont la chambre à air est très réduite ; les parois de ces cellules
stomatiques sont assez fortement épaissies.
Si l’on traite la coupe par une goutte de teinture, récemment
préparée, d’orcauette, on constate dans l’intérieur des réservoirs
glanduleux des petits corps sphériques, réfractant fortement la
lumière qui se colore en rose violacé ; il en est de même du contenu
des cellules sécrétrices qui limitent chacun de ces réservoirs.

�DEUXIÈME PARTIE

ÉTUDE CHIMIQUE DES FEUILLES
DU

Psidiam pomiferum L.
C h a pitr e I er

COMPOSITION GÉNÉRALE DES FEUILLES
DU
PS.POMIFERUM (1).
Lorsqu’il s’agit de l’analyse des produits organiques qui se
décomposent, se dédoublent, s’altèrent avec la plus grande facilité
et sous l’influence de causes dont il est le plus souvent impossible
de préciser la nature, l’emploi de véhicules neutres est des plus
avantageux. Aussi, nous avons suivi, dans cette étude, la méthode
analytique de Dragendorfl, basée sur l’épuisement successif du
végétal donné par des dissolvants variés et autant que possible
n’exerçant aucune action transformatrice sur les principes chimi­
ques contenus dans cette plante.
Ces véhicules, nous les avons employés dans l’ordre suivant :
ligroïne, éther absolu, eau distillée, lessive faible de soude, solutionétendue d’acide chlorhydrique, et enfin eau chlorée.
Les solutions ainsi obtenues ont été analysées surtout quali­
tativement. Il est, en effet, une foule de composés organiques
et minéraux que l’on rencontre normalement dans presque tous
(1) Les feuilles dont nous nous sommes servi étaient adressées par M. le Dr
Iieckel à M. L. Planchon, professeur de matière médicale à l’Ecole supérieure de
Pharmacie de Montpellier et étiquetées de provenance Tahiti et Saint-Pierre de la
Martinique.

�—

112

—

les végétaux en proportions variables, il est vrai, mais dont la
détermination quantitative n’ofîre aucun intérêt pratique. Nous
nous sommes contenté, pour cette raison, de peser l’extrait sec
abandonné par ces différents véhicules, dosant à part les substances
qui sont importantes au point de vue de l’emploi médical.
§ Ier. — Matières solubles dans la ligroïne.
Les feuilles, préalablement desséchées à basse température, ont
été finement pulvérisées, et 50 grammes de cette poudre mis en
contact avec 300 c. c. de ligroïne légère dans an vase cylindrique
bien bouché, en ayant soin de noter extérieurement le niveau du
liquide, après 7 jours de macération, nous avons obtenu une solu­
tion colorée en vert, laquelle a été ramenée à son volume primitif
par addition de ligroïne. 20 c.c. prélevés dans ce liquide sans filtra­
tion préalable, car il était absolument limpide, ont donné, après
évaporation à la température ordinaire dans un verre de Bohème
taré, un extrait sec équivalent à 3 gr. 1 pour 100 gr. de la poudre
employée.
Cet extrait présente une odeur aromatique agréable due à la
présence d’une huile essentielle. Epuisé par l’alcool fort, il abandonne
pour résidu une matière de consistance pâteuse, facilement fusible
par la chaleur, déterminant sur du papier des taches translucides
qui ne disparaissent pas par l’élévation de température, enfin, ce
résidu répand, lorsqu’on le chauffe, une odeur reconnaissable
d’acroléine, il est donc constitué par des matières grasses.
Le liquide alcoolique séparé par filtration des matières grasses
est coloré en jaune légèrement verdâtre ; par évaporation lente dans
un verre de Bohème, on aperçoit sur les bords du verre des goutte­
lettes jaunâtres, translucides d’huile essentielle, devenant vertes
par l’acide nitrique, et au fond une substance d’un vert foncé :
chlorophylle.
L’extrait alcoolique se dissout complètement dans l’éther, la
benzine et le chloroforme; le résidu de l’évaporation de ces diffé­
rentes solutions se résiniûe facilement à l’air et devient collant au
doigt.
Nous avons dit déjà que la solution à la ligroïne présente une
teinte verte par transparence ; la chlorophylle, quoique diffici-

113
lemcnt soluble dans ce dernier véhicule, est entraînée dans la
liqueur à la faveur des matières grasses. Nous nous sommes
assuré d’ailleurs de sa présence par l’examen de ses bandes
d’absorption au spectroscope.
Une autre portion de l’extrait primitif a été agitée avec de
l’acide sulfurique étendu. La solution aqueuse, limpide, lavée avec
de l’éther de pétrole, puis soumise à l’action des réactifs généraux
des alcaloïdes, nous a donné des résultats négatifs.
§ II. — Matières solubles dans l'éther absolu
Le résidu du traitement par la ligroïne, après lavage sur un
filtre et dessiccation à la température ambiante, est détaché du filtre
et mis à macérer pendant 7 à 8 jours avec une quantité déter­
minée (l) d’éther à 66° B. dans le même récipient qui a servi
pour l’opération précédente.
Il est important que l’éther soit exempt d’alcool et d’eau :
celui du commerce, renfermant ces deux impuretés, doit être
préalablement rectilié après digestion prolongée avec le chlorure
de calcium anhydre ; l’éther ainsi purifié n’exerce aucune action
dissolvante sur le tannin.
Au bout d’une huitaine de jours, en évaporant à la température
ordinaire d’abord, puis achevant sur l’acide sulfurique, une fraction
connue de la solution éthérée, nous avons obtenu un extrait qui
correspond à 3 gr. 4 % (2).
Cette solution est fortement colorée en vert, la chlorophylle
est en effet plus facilement soluble dans l’éther.
Pour rechercher les alcaloïdes, nous avons épuisé comme pré­
cédemment une portion de l’extrait par l’eau faiblement aiguisée
d’acide sulfurique, la solution ne s’est pas modifiée par les réactifs
généraux (Iodure de potassium iodé, R. de Meyer, perchlorure de
platine, acide picrique).
Une autre portion de cet extrait desséchée et pulvérisée, a été
(1) Pour toutes les macérations, nous avons employé une quantité déterminée
de dissolvant, soit de 5 à 10 cc., suivant le cas, pour t gr. de matière sèche.
(2) Les résultats que nous donnons sont toujours rapportés à 1ÜÛ gr. de la poudre
des feuilles.

�— 114 —
traitée par l’eau distillée; nous avons pu caractériser dans la
liqueur un peu d'acide gallique.
Le résidu insoluble dans l’eau est ensuite séché ; soumis à
Faction de l’alcool absolu, il s’y dissout complètement. Par évapo­
ration de la solution alcoolique on obtient un extrait verdâtre que
nous avons épuisé par la benzine eristallisable pour le débarras­
ser de la chlorophylle ; le résidu insoluble dans la benzine est
collant au doigt et se dissout entièrement dans une lessive faible
de potasse. Cette solution acidulée par l’acide sulfurique se déco­
lore, en même temps qu’il se précipite une petite quantité d’une
matière soluble en jaune dans l’alcool conceutré.
Nous avons vainement essayé de faire cristalliser cette subs­
tance par l’évaporation lente de ses dissolutions alcoolique ou
éthérée. Elle se présente sous l’aspect d’un corps amorphe,
d’un goût légèrement amer et âpre, blanc jaunâtre, soluble dans
l’alcool, l’éther, les lessives alcalines, insoluble dans la benzine
et le chloroforme. L’acide acétique la colore en jaune verdâtre ; sa
couleur se fonce par les acides sulfurique et nitrique; l’acide
chlorhydrique et le chloral n’exercent aucune action spéciale ;
elle devient rouge sang par une solution d’iode dans l’iodure de
potassium, sa solution alcoolique vire au jaune verdâtre par le
chlorure ferrique ; ne précipite pas par l’ammoniaque ; précipite
en jaune orangé par l’acétate neutre de plomb ; elle n’est pas
modifiée par l’eau de brome.
Comme on peut le voir, cetle substance se rapproche par cer­
taines de ses propriétés des tannins, mais ses autres caractères
permettent de la considérer comme une résine acide.
§. 111. — Matières solubles dans 1alcool absolu.
Le reste de la poudre épuisée par la ligroïne et l’éther, séché
comme précédemment, est placé dans le même récipient avec un
volume connu d’alcool absolu. On agite fréquemment et l’on filtre
(il est bon si l'on veut éviter toute perte de se servir du même filtre
pour toutes ces opérations) au bout de sept jours de macération.
Pour déterminer l’extrait alcoolique, ou prélève un volume
connu de la solution que l’on évapore au B.-M., dans une capsule

en platine tarée, finalement on porte à 110° et l’on pèse. L’extrait
alcoolique équivaut dans ces couditiousà J3gr. J 0/0.
Ce résidu sec a été alors épuisé par l’eau distillée chaude, la
solution aqueuse précipite en noir verdâtre par le chloruré ferrique
et précipite par la gélatine. Nous reviendrons sur l’étude spéciale
de ce tannin que nous désignerons dès à présent sous le nom
d'acide psiditanniqne, pour rappeler son origine. Par refroidissement,
cette solution aqueuse laisse déposer une substance soluble dans
l’alcool et qui présente tous les caractères du psiditannin.
Dans le but de rechercher les alcaloïdes, glucosides... qui pour­
raient se trouver dans le liquide résultant du traitement de l’extrait
alcoolique par l’eau, nous nous sommes adressé au procédé de
Dragendorff, exposé d’ailleurs dans diverses publications (1). Celte
méthode consiste à agiter successivement la solution d’abord
acidulée à l’acide sulfurique avec l’éther de pétrole, la benzine et
en dernier lieu le chloroforme; après chaque opération, le dissol­
vant est purifié par agitation avec de l’eau distillée. Le chloroforme
étant un peu soluble dans l’eau, il est bou d’en débarrasser la
liqueur aqueuse par lavage à l’éther de pétrole, on la sursature
ensuite par l’ammoniaque et l’on procède comme précédemment à
une seconde extraction en solution alcaline, au moyen des véhicules
déjà énumérés et dans le même ordre. Ces différentes dissolutions
n’ont laissé aucun résidu par évaporation spontanée.
Une nouvelle portion de la solution aqueuse débarrassée de
l’acide psiditanuique et des autres substances précipitables par
l’acétate de plomb, réduit nettement la liqueur de Fehling à froid
et à chaud ; examinée au saccharimètre, elle dévie à droite le plan
de la lumière polarisée, ce qui permet de conclure à la présence de
glucose.
Le restant de l’extrait alcoolique non dissous par l'eau a été
épuisé par de l’eau ammoniacale (à 1 : 50) ; la solution rouge brun
ainsi obleuue, légèrement acidifiée par l’acide acétique, abandonne
par évaporation au B.-M. une matière rouge brunâtre. Après lavage
de ce dépôt à plusieurs reprises avec de l’eau distillée chaude,
nous avons obtenu une liqueur rouge sang qui présente tous les
(t) Russ. Arch. f. Gerlchtl. Med. und pharm., t. I, p. 119; Zeitschr. f. Russl ,
5“* année p. 83, 6“' année, p. 663; Manuel de Toxicologie, tr. franç., par le prof.
Rltter.

�caractères de l’acide psiditannique (1), et un résidu brun foncé,
insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’eau ammonia­
cale qui, d’après cela, doit être considéré comme formé par des
phlobaphènes, c’est-à-dire de produits de décomposition du tannin.
Pour nous assurer encore de l’absence d’alcaloïdes dans la partie
insoluble après traitement par la lessive ammoniacale, nous l’avons
épuisé par de l’eau acide et soumis la liqueur à l’action des réactifs.
§ IV. — Matières solubles dans l’eau distillée
La partie de la substance qui a résisté à l’action dissolvante
de l’alcool, après dessiccation à 40° C., a été placée dans un
appareil à déplacement et soumise à l’extraction par l’eau
distillée dans la proportion de 10 c. c. pour 1 gr. de produit.
Après 48 heures de lixiviation avec l’eau froide, nous avons
porté le volume, du liquide à 500 c. c. et déterminé l’extrait sec à
110°, ce qui équivaut à 6 gr. 7 %.
Ce même extrait après calcination au rouge donne comme pro­
portion des matières minérales solubles dans l’eau environ 1,95%L’examen qualitatif de ces cendres y révèle la présence des acides
chlorhydrique, sulfurique, phosphorique, carbonique, combinés au
potassium, au calcium et au sodium, au magnésium et à des traces
de fer.
Le traitement à l’alcool du paragraphe précédent n’a pas sufli à
isoler tout l’acide psiditannique, nous avons pu, en ellet, le carac­
tériser dans l’extrait aqueux.
Une portion de cette solution aqueuse a été ensuite mélangée
avec deux fois son volume d’alcool absolu et le tout abandonné dans
un vase bien couvert pendant 24 heures dans un endroit frais.
Au bout de ce temps, il se sépare au fond du récipient un pré­
cipité floconneux, légèrement coloré en rouge brun, que nous
avons recueilli sur un filtre et purifié par des lavages au moyen de
l’alcool à 65° C. Le résidu resté sur le filtre, peu abondant d’ailleurs,
est formé surtout de matières pectiques, mélangées d’une faible pro
(1)
Cel acide psiditannique provient d’un épuisement insuffisant de l’extrait
alcoolique par l'eau, et surtout de ce qu’une partie de ce tannin se précipite par
refroidissement de la solution.

portion de matières albuminoïdes non facilement solubles dans l’eau
froide. En dissolution dans l’eau, il fournit un précipité caséeux
par l’acétate neutre de plomb, ne précipite pas par le chlorure fer­
rique en solution; après une digestion prolongée à 100° avec de
l’acide sulfurique, il réduit la liqueur cupro-potassique; enfin, sa
dissolution n’est pas épaissie par le borax.
La liqueur alcoolique séparée du précipité avec les eaux de
lavage a été alors concentrée au bain-marie jusqu’à réduction à un
petit volume. Pour y rechercher les acides végétaux, nous l’avons
additionnée d’acétate neutre de plomb tant qu’il s’est produit un
précipité; le dépôt obtenu, abandonné vingt-quatre heures au sein
des eaux-mères, puis recueilli sur un filtre taré, est séché et pesé.
On met le précipité à part et l’on incinère d’abord le filtre seul dans
une capsule en platine, en aidant la combustion avec un peu de
nitrate d’ammoniaque; on réunit aux cendres du filtre le précipité
lui-mème et on calcine le tout jusqu’à poids constant.
Dans ces conditions, si l’on retranche du poids connu du pré­
cipité celui de l’oxyde de plomb obtenu, on a par différence la pro­
portion des produits qui ont précipité par le sel de plomb.
Mais, comme la liqueur alcoolique renferme une certaine quan
tité d’acide psiditannique, on ne peut conclure, a priori, à la pré­
sence d’acides végétaux, d’après la différence de poids trouvée.
Aussi nous avons précipité une autre portion égale de la liqueur
par l’acétate de cuivre; le dépôt recueilli sur un filtre taré est séché
et pesé; ce précipité est ensuite incinéré avec les précautions déjà
indiquées. La différence entre le poids du précipité cuivrique et
l’oxyde de cuivre obtenu correspond à l’acide psiditannique qui se
trouvait dans la solution.
En opérant de la sorte, si l’on déduit du poids des substances
qui ont précipité dans l’acétate de plomb, celui de l’acide psiditan­
nique, on arrive à un chiffre égal à 0630 p. %.
Pour nous rendre compte de la nature des composés précipitables
par le sel de plomb, nous avons décomposé le précipité plombique
mis en suspension dans l’eau distillée par un courant d’hydrogène
sulfuré. La liqueur filtrée, débarrassée du tanuin par la gélatine et
soumise à l’action des réactifs des acides oxalique, tartrique,
malique, citrique et racémique, a donné des résultats négatifs.
L’excédent du poids des substances précipitées par le sel de plomb

�—

118

sur celui des matières précipitées par le sel de cuivre est tout sim
plement dû à la présence d’une petite quantité d'acides minéraux
provenant des sels qui se trouvent dans l’extrait aqueux. L’on sait,
en elTet, que l’alcool dilué exerce une action dissolvante assez
appréciable quand il s’agit des sels halogènes alcalins et même
alcalino-terreux.
Nous avons vu dans le paragraphe précédent que l’alcool con­
centré tenait eu solution un peu de glucose, mais l’alcool absolu
froid ne dissout pas en général la totalité du glucose, la majeure
partie se retrouve dans la solution aqueuse. Nous l’avons carac­
térisé en déféquant cette liqueur par l’acétate de plomb, éliminant
l’excès de plomb par quelques gouttes d’acide sulfurique et
essayant dans le liquide filtré le réactif de Fehling et celui de
Bottger (sous-nitrate de bismuth et carbonate de soude).
Si l’on détermine quantitativement le glucose dans une fraction
connue de la solution déféquée avant et après digestion à chaud
avec l’acide chlorhydrique dans un appareil à reflux on constate
dans les deux opérations la même proportion, ce qui démontre
l’absence de saccharose.
Pillitz (i) recommande avec raison l’emploi de l’acide sulfurique
pour effectuer l’interversion du sucre de canne, Dragendorff préfère
en général, l’acide chlorhydrique, à moins que l’on soit obligé dans
la suite d’éliminer l’excès d’acide, dans ce cas, il serait plus avanta­
geux de se servir de l’acide sulfurique qu’on précipiterait alors par
le carbonate de baryum.
Nous avons procédé ensuite à la recherche des alcaloïdes, en
alcalinisant la liqueur par l’ammoniaque et épuisant par l’éther ;
nous avons effectué l’extraction par la benzine de la même façon.
L’évaporation de ces dissolvants ne laisse pas de résidu de nature
alcaloïdique.
Si l’on acidulé la solution aqueuse par 1-2 gouttes d’acide acé­
tique, il ne se produit aucun précipité à froid : absence de légumine,
à l’ébullition il se dépose un précipité floconneux blanchâtre formé
d’un mélange d'albumine végétale et de globuline. En effet, la liqueur
faiblement aiguisée par l'acide acétique précipite par 12 gouttes
d’acide chlorhydrique. Une nouvelle portiou de la solution, saturée
(1) Zeitsch. f. Anal, chem., t. X, p. 456.

—

119

—

par un courant d’anhydride carbonique laisse déposer des flocons
de globuline, lesquels, examinés au microscope, n’offrent aucune
structure cristalline. L’acide picrique, le ferro-cyanure de potas­
sium additionné d’acide acétique, le réactif iodo-ioduré déterminent
au sein de la solution aqueuse un précipité assez notable après
quelque temps de contact.
En mélangeant volume égal de cette liqueur et d’une solution
saturée de sulfate de magnésium, on précipite en même temps
l’acide psiditannique et la globuline végétale, le liquide filtré se
trouble par ébullition avec l’acide acétique et fournit un précipité
par le cyanure jaune de potassium après 12 heures de contact.
Nous avons ensuite traité une autre partie de la solution par
deux fois son volume d’alcool à 90°, délayé dans la liqueur limpide
une quantité suffisante de magnésie calcinée et soumis le tout à la
distillation Le distillatum n’avait pas une réaction alcaline, et ne
donnait pas de précipité ni par le réactif de Nessler, ni par le perchlorure de platine, d’où il suit, l’absence de sels ammoniacaux.
§V
Matières solubles dans une lessive faible de soude.
Le résidu du traitement par l’eau, encore humide est délayé
dans une lessive très étendue de soude (2 p. %&lt;&gt;)• Nous avons fait
trois macérations successives de 24 heures chacune, et nous avons
ainsi obtenu un liquide fortement coloré en rouge brunâtre qui
abandonne après évaporation un extrait équivalent à 10 g. 8 p. °/0
de la substance primitive.
Une portion de cette liqueur additionnéede trois foisson volume
d’alcool à 90° et faiblement aiguisée d’acide acétique laisse préci­
piter, après un repos de 24 heures dans un endroit frais, un dépôt
assez abondant, légèrement coloré, qu’on purifie par lavages au
moyen d’alcool à 75°. Ce précipité possède un aspect gélatineux ;
il est soluble lentement dans l’eau à froid, rapidement à chaud.
L’acétate neutre de plomb donne naissance, dans sa dissolution à
un précipité caséeux d’un blanc sale ; le perchlorure de fer, un
précipité floconneux blanc jaunâtre aussi ; le ferrocyanure de
potassium en liqueur acétique, un précipité blanc après quelque

�—

120

—

temps ; l’acide pierique, un précipité blanc. Sa solution n’est pas
épaissie par le borax, ni troublée à l’ébullition par l’acide acétique.
Ce dépôt est constitué par des matières pectiques, correspondant
à l’acide métarabique de Scheibler, et une petite quantité de
matières albuminoïdes que l’eau froide, dans le traitement du para­
graphe précédent, n’a pas entraînées.
Les matières protéiques insolubles ou peu solubles dans l’eau
à la température ambiante, sont facilement dissoutes par la lessive
de soude. Après l’épuisement de la substance par cette liqueur
alcaline, on peut admettre d’après les nombreux travaux effectués
sous la direction de Dragendorll (1) qu’il ne reste plus que des
traces d’azote, sauf dans certains cas et alors dans des parties
extrêmement subéreuses.
Le liquide séparé par filtration du précipité après le traitement
à l’alcool et l’acide acétique, a été évaporé à sec au B.-M. L’eau
distillée enlève à ce résidu de Yacide psiditannique reconnaissable
au précipité noir verdâtre qu’il donne avec le perchlorure de fer.
Le restant, insoluble dans l’eau, cède à l’alcool concentré une
faible quantité de phlobaphènes.
Enfin, l’eau ammoniacale (1 : 50) dissout la partie de ce résidu
que l’alcool n’a pas entraîné. Ce dernier résidu brun paraît u’ètre
formé que de produits analogues aux phlobaphènes, mais qui ont
été modifiés sous l’influence de la chaleur pendant l’évaporation.
§ VI
Matières solubles dans l’acide chlorhydrique étendu
On lave à l’eau, par décantation, le restant de la substance non
attaqué par la soude, et on le met en suspension dans une solution
à 1 % d’acide chlorhydrique. Au bout de 48 heures de macération,
nous l’avons soumis à une digestion de 4 heures au B. M. dans un
appareil à reflux. La solution limpide, d’un jaune d’or, fournit un
extrait sec, égal à 11,4 %.
Par incinération, cet extrait laisse 2,G % de matières minérales.
En agitant une portion de cette solution avec de l’éther, celui-ci lui
(1) Trefïner, Dissert. Dorpat, 1881.

MNM

mhmr

— i

121

—

enlève des traces d'acide gallique, cela n’a rien d’étonnant puisque
l’acide gallique est, comme nous le verrons plus loin, un des pro­
duits de dédoublement du psiditannin.
La liqueur limpide a été neutralisée par de l’ammoniaque et
additionnée de deux volumes d’alcool à 90° ; il s’est formé, dans ces
conditions, un précipité de pararabine et d’oxalate de calcium,
mélangé d’autres sels minéraux insolubles dans l'alcool.
Ce dépôt lavé avec de l’alcool faible, séché et pesé, équivaut à
2 gr. 4 %• Pour avoir la valeur de la pararabine et de l’oxalate de
chaux, nous avons pris un volume déterminé de la liqueur, et nous
l’avons alcalinisée légèrement par l’ammoniaque, sans addition
d’alcool ; le précipité lavé, séché et pesé, correspond à 1 gr. 6 % ;
la pararabine se gonfle, en effet, par l’eau et ne s’y dissout qu’à la
faveur des acides, les alcalis la précipitent de sa solution.
Quant à l’oxalate de chaux que nous avons signalé dans la
partie anatomique, comme existant sous la forme de cristaux
octaédriques et de màcles étoilées dans les cellules du parenchyme
foliaire, on peul l’isoler soit en alcaliuisant la liqueur primitive
par l’ammoniaque, puis acidifiant par l’acide acétique ou bien en
ajoutant de l’acétate de sodium. Dans les deux cas, l’oxalale de
chaux insoluble dans l’acide acétique, se dépose et peut être dosé
par pesée directe. Pour nous assurer que ce précipité n’était formé
que d’oxalate de calcium, nous l’avons incinéré au chalumeau jus­
qu’au rouge blanc, et du poids de l’oxyde de calcium nous avons
déduit celui de l’oxalate de chaux (0,70 %) qui concorde préci­
sément avec le chiffre trouvé directement.
Une autre portion de la liqueur chlorhydrique, déféquée par
l’acétate plombique, réduit le réactif de Fehling. Le glucose pro­
vient de l’action de l’acide chlorhydrique étendu et chaud sur les
hydrates de carbone, on ne peut l’attribuer à l’amidon puisque
l’examen microscopique ne nous a pas révélé la présence de ce
dernier composé organique dans les cellules du parenchyme
foliaire.

�122

— 123 —

—

Résumé de la composition chimique générale des
feuilles du Ps. pomiferum &lt;*).

§ VII. — Matières solubles dans l’eau chlorée
Après le traitement par l’acide chlorhydrique, le restant a été
séché, pesé, puis macéré dans l'eau de chlore récemment pré­
parée. Au bout de 8 jours de macération, eu ayant soin de renou­
veler l’eau de chlore tous les deux jours, le dépôt jaune pâle a été
recueilli sur un filtre et lavé d’abord avec une lessive étendue, de
potasse (3 p. %„) tant que la liqueur passe colorée en brun ; puis à
l’eau distillée, enfin séché et pesé. La perte de poids correspondant
à la lignine, cutine et substances cuticulaires, s’élève à lOgr. 2%.
Le résidu, inattaqué par l’eau chlorée, a été ensuite digéré dans
de l’acide azotique de D. 1,18, additionné d’un peu de chlorate de
potassium dans un verre à pied, trois jours out suffi pour décolorer
presque complètement ce résidu, sans qu’il lût nécessaire de ren­
forcer l’acide. Lavé à l’eau distillée, à l’eau ammoniacale (1:50), à
l’alcool et enfin à l’éther, ce dépôt n’est plus formé que de cellulose
souillée d’un peu de silice et de sable. 11 suffit de le peser sec, et en
retranchant le poids de silice après calcination, ou obtient la valeur
de la cellulose pure.
La différence de poids avant et après le traitement par le
mélange oxydant correspond à la substance du mésophylle, etc.
§ VIII. — Matières minérales.
Nous les avons obtenues en incinérant au chalumeau un poids
déterminé de feuilles grossièrement divisées. La proportion moyenne
calculée d’après plusieurs opérations analogues est de 7 gr. 5 % de
cendres totales.
L’examen qualitatif y démontre la présence des aides carboni­
que, phosphorique, sulfurique, chlorhydrique, silicique, combinés
aux bases suivantes par ordre d’importance : potassium, calcium,
sodium, magnésium et fer.
L’acide oxalique qui se trouve dans la feuille à l’état d’oxalate de chaux, a été, comme on le sait, transformé en acide car­
bonique par la calcination.

1° E xtrait abandonné par la ligroïne :

3 gr. 1

Chlorophylle, acide gallique, résine acide............................

4 gr. 4

Acide psiditannique, glucose, phlobaphènes, chlorophylle .

i3 gr. 5

Cendressolubles, psidilannin, mat. pectiques, mal. protéiques
(albumine végétale, globuline), glucose. .............................

6 gr. 7

Mat. pectiques et albuminoïdes insolubles dans l’eau, psiditannin, phobaphènes et subst. analogues...................................

10 gr. 8

Sels minéraux, pararabine, glucose, a. gallique. . . . .

il gr. 4

2° E xtrait étliéré :

3° E xtrait alcoolique :

4° E xtrait acineux :

5° E xtrait abandonné par la lessive étendue de soude :
6° E xtrait abandonné par l’a. chlorhydrique étendu :

7°

p. o/o.

Huile essentielle, matières grasses, chlorophylle, matières
cireuses. .
...................................
.............................

Lignine et subst. culiculaires..................................
Cellulose pure . . .
...................................
Subst. du mésophylle, etc.........................................
S i l i c e ...............................................
. . . .

2
9
1
4

48 gr. 6

CO*, Cl H, S(H H», PO* H3, Si O*, K, Ca, Na, Mg, Fe. . . .

7 gr. 5

8° M atières minérales :

C h a pitr e

10 gr.
23 gr.
14 gr.
0 gr.

II

§ Ier. — Acide psiditannique.
L’acide psiditannique existe, comme nous l’avons vu, dans les
feuilles du P.s. pomiferum, notamment dans les cellules du tissu
lacuneux et du tissu parenchymateux des nervures. Dans le
chapitre précédent nous l’avons signalé dans l’extrait alcoolique
et l’extrait aqueux, et à l’état de traces dans la solution alcaline.
(1) Ces (eullles étaient étiquetées de provenance Tahiti et Saint-Pierre de la
Martinique.

�— 124
Nous allons nous occuper successivement, dans ce paragraphe,
de ses modes d'extraction, de sa purification, de ses propriétés
générales, de sa constitution au point de vue chimique, et eutin de
son dosage.
Extraction. — Il existe un grand nombre de procédés pour
l’extraction des tannins : cela se conçoit si l’on tient compte de leur
grande variété, de leur solubilité différente dans un véhicule donné
et de leur proportion relative dans les végétaux dont on les retire.
On peut dire que pour chaque plante, il est avantageux de se servir
d’un procédé d’extraction particulier, si l’on veut obtenir la totalité
ou tout au moins la plus grande partie du principe astringent,
chargé le moins possible de substances étrangères. Cette dernière
condition est importante quand il s’agit de composés aussi faci­
lement altérables que les tannins, lesquels sont susceptibles de se
transformer partiellement, de se dédoubler même à la suite des
manipulations qu’on leur fait subir pour les purifier. Le choix du
dissolvant est encore à considérer, l’on sait que certains tannins
parfaitement solubles à un moment donné, deviennent ultérieu­
rement insolubles, si on les expose longtemps à l’action de la
chaleur et de l’air atmosphérique ; c’est ce qui arrive pour un bon
nombre de tannins lorsqu’on évapore leurs dissolutions.
Lorsqu’une plante renferme plus de 5 % de tannin, Trimble (1)
place dans un percolateur la substance donuée finement pulvérisée
avec de l’éther commercial, ou le mélange suivant, qui donne de
bons résultats.
Éther absolu............................................................... 74 gr.
Alcool......................................................................... 36
E a u ..........................................................................p. q.

Après une lixiviation suffisante, précédée d’une macération, il
récupère l’éther ou le mélange éthéro-alcoolique par distillation et
évapore le restant à basse température. On reprend le résidu par
une quantité suffisante d’eau chaude, afin que la filtration soit
rapide. Le liquide aqueux est concentré d’abord au bainmarie
jusqu’à consistance pâteuse, puis dans le vide ou sur l’acide sul­
furique.
(1) Trimble, The tanins, v. I.

— 125 —
Le mélange éthéro alcoolique susmentionné a pour densité
0,750 et ne se sépare pas en deux couches, comme celui qu’on
emploie pour extraire l’acide gallotanuique.
Ce procédé est très avantageux si l’on a égard à la vol itiiilé
facile du dissolvant ainsi qu’au petit nombre de matières étrangères
qui souillent le tannin, mais on n’obtient pas de la sorte la totalité
du principe astringent (1).
L’acide psiditannique obtenu par ce procédé est plus facile à
purifier, puisque le mélange éthéro-alcoolique n’entraîne pas les
matières sucrées, mucilagineuses, albuminoïdes, etc., lesquelles se
dissolvent dans l’eau.
Si la proportion du tannin est inférieure à 5 %. il conseille
d’employer l’eau comme véhicule.
Quoiqu’il en soit, l’extraction par l’eau distillée est trop longue ;
il faut employer une assez grande quantité d'eau pour ne pas
entraîner les phlobaphènes en solution, et l’on est ainsi amené à
évaporer un volume considérable de liquide, ce qui n’est pas sans
inconvénient pour le psiditannin. D’ailleurs, l’eau dissout en même
temps les matières sucrées, la majeure partie des composés pectiques et albuminoïdes.... dont la présence favorise l’altération du
tannin et en rend la purification plus laborieuse.
Dans tous les cas, la solution obtenue doit être évaporée au bainmarie jusqu’à consistance molle; ce résidu est alors repris par de
l’alcool fort, et l’on précipite l’acide psiditannique par l’acétate
plombique pour le débarrasser du peu de glucose et de matières
pectiques entraînés ; ce précipité est ensuite mis en suspension dans
de l'eau chaude et décomposé rapidement par un courant d’hydro­
gène sulfuré; ou sépare par filtration le sulfure de plomb formé,
et l’on évapore le liquide clair avec les précautions ordinaires.
Lœwe préconise l’extraction par l’alcool absolu; Dragendorff(2)
préfère aussi l’emploi de ce dernier. Sa méthode suppose que la
substance est fiuement divisée et que le tannin est insoluble dans
l’éther pur (exempt d’alcool). On traite par l’alcool bouillant la
poudre préalablement épuisée par l’éther. On distille alors dans le
vide cette solution alcoolique et l’ou évapore ensuite au bain-marie.
(1) DragendorfT-SchlagdenhaufTen, Analyse chlmiq. des végét., p. 26.
(2) DragendortI et Schlagd. Anal. chim. des végét., § 51, p. 32.

�(1) Dragendorfl et Scblagd. Anal, china, des végét., p. 141.
(2) Zeitsch. f. an. Chem., t. XII, p. 128.
(3) Pharrn. Zeitsch. I. Russ., 1880, p. 577.

---.. .y.
-

--- -------- ----- --------- ’ "

— 126
Le résidu de l’évaporation est constitué par un mélange d’acide
psiditanuique, de phlobapliènes et substances analogues; on le
reprend par une quantité suffisante d’eau chaude (quoique réputés
comme insolubles dans l’eau, les phlobapliènes peuvent être par­
tiellement entraînés en liqueur concentrée)(1), on (iltre, on précipite
par l’acétate de plomb et l'on continue l’opération comme précé­
demment.
L’acide psiditanuique obtenu par ces procédés est encore souillé
d’une faible proportion de corps étrangers, il est par conséquent
nécessaire de le purifier.
Purification. — On peut lui appliquer le procédé recommandé
par Trimble pour la puritication de l’acide gallotannique. Il en
dissout 10 gr. dans 200 c.c. d’eau distillée, puis il ajoute goutte à
goutte une solution d’acétate de plomb au 1/10 jusqu’à ce que le
précipité qui se forme cesse d’être granuleux, et soit d’un blanc
laiteux. A ce moment, il 1111re, il lave le dépôt avec eau distillée
q. s. pour compléter le volume à 200 c.c. Cette liqueur est agitée
en deux fois successives avec 75 c.c. d’éther acétique, on décante
la couche supérieure et l’on évapore la solution aqueuse au bainmarie jusqu’à sec. Pour le débarrasser de l’acide gallique, il dissout
le résidu dans l’eau et agite avec l’éther pur; le liquide aqueux,
séparé par décantation et évaporé avec les précautions habituelles,
abandonne du tannin pur.
Lœwe (2) a obtenu l’acide sumac tannique, de même Raabe (.3),
l’acide ratanhia-tan nique, dans un grand état de pureté, en dissol
vant les produits de la première opération dans l’eau, ajoutant du
chlorure de sodium, puis agitant avec l’éther acétique ou des dis­
solvants analogues, selon le cas. On enlève l’acide gallique par
agitation de la solution aqueuse avec l’éther avant l’addition du
sel de sodium.
Ce procédé ne peut servir pour purifier l’acide psiditanuique,
puisque ce dernier précipité par une solution concentrée de chlo­
rure de sodium.
Le moyen le plus simple consiste à précipiter le produit de la

127 première opération par l’acétate plombique, et ici il y a cet avan­
tage qu’on peut se servir de l’alcool au lieu d’eau. On opérera par
précipitation fractionnée en rejetant le dépôt qui se forme au com­
mencement et à la fin, et ne conservant, par conséquent, que la
partie qui contient le moins de corps étrangers. Ce précipité est
mis en suspension dans de l’eau distillée qu’on maintient à la
chaleur du B-M, on fait passer rapidement un courant d’hydrogène
sulfuré, on liltre la solution chaude, ou évapore au B-M jusqu’à
consistance sirupeuse et l’on achève la concentration sur l’acide
sulfurique. Le résidu est lave à deux ou trois reprises avec de
l’éther pur pour le débarrasser de l’acide gallique, et l’on obtient,
dans ces conditions, de l’acide psiditannique suffisamment pur.
L’emploi de l’alcool et de l’eau chaude est nécessaire si l’on
veut perdre le moins possible du tannin; à la suite de ces manipu­
lations, notamment, l’action de la chaleur, une partie du psiditannin devient insoluble dans l’eau froide. De même le lavage du
précipité plombique, sa décomposition par l’hydrogène sulfuré,
doivent s’eflectuer rapidement, et l’on ne doit évaporer le liquide
que jusqu’à consistance pâteuse; à ce moment il faut achever dans
le vide ou sous l’ex siccateur à acide sulfurique, si l’on veut éviter
son altération sous la double influence de la chaleur et de l’oxy­
gène de l’air.
Propriétés physiques et chimiques. — Ainsi purifié, l’acide psidi­
tannique se présente sous la forme d’un corps amorphe de couleur
rouge brun eu masse, rouge sang en couche mince, soluble entière­
ment dans l’eau chaude, partiellement insoluble à froid. Sa disso­
lution aqueuse possède une réaction acide, une saveur astringente
non désagréable, et une odeur particulière peu prononcée. 11 est
facilement soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther pur, la
benzine, le chloroforme et l’éther de pétrole. Il se dissout, par
contre, dans les lessives alcalines, donnant ainsi des solutions d’un
brun rougeâtre plus ou moins foncé.
En solution dans l’eau, il fournit :
Par le
—
—
—
—
—

perchlorure de fer. .
bichromate de potasse
sulfate de magnésie.
chlorure de sodium.
l’eau de chaux. . . .
carbonate de soude .
(en solution concentrée)

un précipité
—
—
—

noir verdâtre
brun.
— rougeâtre.
rouge.
rouge.

�Constitution chimique. — La constitution chimique d’un tannin
se détermine d’après ses produits de décomposition, sous l’action
des réactifs physiques et chimiques.
Autrefois, ou se contentait de voir si l’acide tannique donné
présentait l’une ou l’autre des propriétés générales de l’acide gallotannique, notamment l’action des sels ferriques. Cette manière de
les caractériser est évidemment insuffisante, puisque des tannins
peuvent se comporter de la même façon vis à-vis d’un réactif, tout
en ayant un poids moléculaire différent et des affinités chimiques
qui sont loin d’être identiques.
Pour déterminer la nature de l’acide psiditannique, nous avons
examiné successivement ses produits de dédoublement sous l’in­
fluence de la chaleur, des acides dilués et enfin des alcalis.
Action de la chaleur (1).
Lorsqu’on soumet les tannins à une température de 120-100°,
leur couleur se fonce d’abord, puis ils se décomposent en donnant
naissance,en même temps qu’à d’autres produits, les uns à du pyrogallol, les autres à de la catéchiue.
L’application de la chaleur peut s’effectuer de diverses façons.
On peut placer un échantillon du tannin dans une petite cornue
en verre, élever graduellement la température de 100° à 200°, et la
maintenir constante entre 200°-210° Cependant 20 minutes envi­
ron. On a proposé de faire passer en même temps un courant de
CO2 afin d’entraîner plus rapidement les produits volatils.
Thorpe chauffe 1 gramme du tannin avec 5 grammes de glycé­
rine dans une petite cornue, il élève graduellement la tempé­
rature jusqu’à 160° et la maintient alors durant 20 à 30 minutes
entre 200°-210° G.; au bout de ce temps il laisse refroidir et il ajoute
à la masse 20 cc. d’eau distillée. Le liquide est alors agité avec son
volume d’éther, sans filtration préalable; la couche éthérée est
décantée, évaporée à sec à la température ordinaire, et le résidu
repris par 50 cc. d’eau distillée. On recherche dans cette solution le
pyrogallol ou la catéchiue, par leurs réactions respectives. Mais
(1) Trimble, The tanins, t. I.

l’éther s’émulsionne facilement avec beau glycérinée, de telle
sorte que sa séparatiou d’avec ce dernier liquide offre quelques
difficultés.
Il vaut mieux alors agiter avec l’éther la glycérine, sans addi­
tion préalable d’eau, ou bien se servir de la paraffine, ainsi que
nous avons opéré pour l'acide psiditannique.
A 1 gr. de ce dernier, nous avons ajouté 3 gr. de paraffine et
nous avons introduit le mélange dans une petite cornue en verre
munie de deux tubulures dont l’une communique avec un ballon
refroidi, l’autre est traversée par la tige d’un thermomètre plon­
geant dans la masse. Nous avons chauffé au bain de sable à une
température maintenue constante entre 200-210° pendant une
demi-heure. Lorsque le tout s’est refroidi, nous avons enlevé la
paraffine par des lavages successifs à l’éther de pétrole et le résidu
a été repris par l’eau distillée.
La solution aqueuse a été ensuite épuisée par l’éther, celui-ci
décanté et évaporé, abandonne une petite quantité d’un produit
dont la solution dans l’eau distillée présente les caractères du
pyrogallol.
Action des acides étendus.
En se basant sur l’action qu’exercent les acides étendus sur les
tannins, on a classé ces derniers en deux catégories : les uns se
dédoublent en glucose et d’autres composés, ce sont des glucosides ;
les autres, au contraire, ne jouissent pas de cette propriété.
Pour effectuer cette opération, nous avons dissous Ugr. 50 de
psiditanniu dans 50 c. c. d’eau acidulée avec 1 gr. d’acide chlorhy­
drique pur ; le tout a été mis dans un ballon communiquant avec
un réfrigérant inverse, nous avons ainsi chauffé à 100° pendant
3 heures.
Au bout de ce temps, nous avons laissé refroidir et nous avons
séparé alors par filtration la partie insoluble.
La liqueur, d’un beau rouge légèrement brunâtre, a été agitée
avec l’éther pur à plusieurs reprises. La solution éthérée aban­
donne par évaporation un résidu jaune clair que nous avons repris
par l’eau distillée. Dans la solution aqueuse ainsi obtenue, nous
avons pu caractériser nettement Vacide gallique.

�— 130 —
Nous avons procédé ensuite à la recherche du glucose dans le
liquide débarrassé de l’acide gallique. Pour cela, nous l’avons
d'abord neutralisé par q. s. de soude caustique, puis traité par
l’acétate neutre de plomb, dans le but de précipiter le tannin non
décomposé et les autres produits étrangers. La liqueur, débar­
rassée par un courant d hydrogène sulfuré de l’excès de plomb,
nous a donné les réactions suivantes du glucose.
Réduction delà liqueurcupro-potassique :
Coloration jaune par les alcalis à chaud ;
Décoloration d’une solution de sulfate d’indigo.
La partie iusoluble, après le traitement par l’acide chlorhydri­
que étendu, est brunâtre, et devient rouge cramoisi intense par
l'acide nitrique. D’après Trimble, cette réaction indiquerait l’exis.
tence de l'acide ellagique. Ce résidu ne cède que peu de chose à
l’alcool ; la solution alcoolique donne un précipité rouge orangé
par l’acétate plombique et une coloration vert noirâtre par le
chlorure ferrique, cela est dû probablement à un peu d’acide psiditannique non décomposé et devenu insoluble dans l’eau froide. En
agitant avec l’éther ce même résidu, on obtient après évaporation un
très faible dépôt précipitant en jaune par l’acétate de plomb. Cette
dernière réaction (1), ainsi que celle de l’acide azotique, ne nous per
mettent pas d’affirmer la présence de l’acide ellagique. D’un côté,
vu le peu de substance dont nous disposions, nous ne pouvions
réussir à obtenir de l’ellagèue C10H14 par distillation sèche avec la
poudre de zinc, et de l’autre, la coloration verte par le perchlorure
de fer ne s’est pas modifiée, même après 24 heures.
Ce même résidu brun est soluble complètement dans une lessive
étendue de soude caustique. Cette solution, acidulée légèrement
par l’acide acétique, a été additionnée de trois fois son volume
d’alcool à 90°. Après 24 heures de repos, dans un endroit frais,
nous avons recueilli sur un filtre le précipité déposé. La liqueur
séparée du précipité et évaporée jusqu’à siccité au B-M pourchasser
l’alcool laisse un résidu incomplètement soluble dans l’eau. La dis­
solution aqueuse (a) fournit :
Un précipité rouge brun clair par l’eau de chaux.
Un précipité rouge orangé par l’acide sulfurique.
Un précipité brun par Je chlorure ferrique.

(1) Dragendorfl-Schlagdenhauflen, p. 148.

Quant à la partie insoluble dans l’eau, elle est colorée en brun,
soluble dans l’alcool, dans l’eau ammoniacale et possède par consé­
quent les caractères des phlobaphènes.
Le précipité rouge-brun recueilli sur le filtre après le traitement
par l’alcool, se dissout entièrement dans beaucoup d’eau et présente
les mêmes réactions que la solution (a). Cette substance est, par
conséquent, partiellement soluble dans l’eau alcoolisée, mais se
dissout d’une façon complète dans l’eau seule ; l’alcool à 90° ne la
dissout pas à froid. Si on évapore sa solution au B.-.M., le résidu
n’est plus entièrement soluble dans l’eau même à chaud.
D’après ce que nous venons de voir, l'acide psiditannique se
dédouble sous l’intluence de l’acide chlorhydrique étendu en glucose,
acule gallique, acide ellagique (?) et un peu de phlobaphènes.
Les tannins glucosidiques fournissent généralement en se
décomposant, en même temps que du glucose, un seul composé de
la série aromatique. Mais ils peuvent donner naissance, comme
l’ont démontré MM. Grüning et Fridolin (1), en étudiant le tannin
des uymphéacées,à deux et même plusieurs de ces produits de
dédoublement.
L’acide psiditannique se rapprocherait, d’après cela, de ces
acides nymphétaniques dont l’un fournit, en effet, dans les
mêmes conditions, de l’acide gallique et un autre acide très voisin
de l’acide ellagique. Ou bien y aurait-il daus le tannin du Psidium
un mélange d’acide gallotauuique et d’un autre tannin glucosidique
à noyau ellagique, identique à celui qu’on a retiré du grenadier
(Punica granatum) ? (2).
Action des alcalis.

Les alcalis eu solution moyennement étendus transforment les
tannins (3) :
Soit eu protocatéchiue ou pbloroglucine ou acide acétique, ce
sont les
T annins catécbiques ;
Soit en acide gallique ou ellagique, ce sont les
T annins pyk og alliqu es .
(1) Grûniüg, Beilr. z. Chem, d- Nymphe accen, Disserl. Dorpat, 1881, Fridoliu.
(2) Brœmer, les Tannoïdes, 1890, p. Gd.
(i) Trimble, The tanins, 11.

�132 —

L'auteur conseille d’opérer sur 20 gr. de tanniu ; nous n’avons
pu utiliser que 2 gr. seulement. Nous avons fait macérer ce poids
de psiditanuin pendant 3 heures dans 25 cc. d’une lessive de potasse
de densité 1,20 (environ 22 %)• Ce soluté a été ensuite concentré
au B-M, en agitant constamment, jusqu'à consistance pâteuse; une
fois la masse refroidie, nous avons saturé par l’acide sulfurique
dilué, filtré et neutralisé exactement l’excès de ce dernier acide
par le bicarbonate de soude. La solution a été alors agitée avec
l’éther plusieurs fois successives, l’éther s’est ainsi chargé d’un
produit jaune clair qui, repris par l’eau distillée, devient rouge par
le cyanure de potassium et se colore en vert noirâtre par le perchlorure de fer : acide gallique.
Pour terminer, autant qu’il nous été possible de faire, ce qui a
trait à la constitution chimique de l'acide psiditannique, nous avons
déterminé le poids d’oxyde de plomb que laisse après calcination
une quantité connue de tannate plombique.
Au psiditanuin dissous dans l’alcool, nous avons ajouté une
solution alcoolique d’acétate de plomb (1), le précipité a été rapi­
dement lavé à l’alcool bouillant, séché et pesé. Par incinération de
précipité avec les précautions déjà indiquées, nous avons trouvé
59 gr. 46 d'oxyde de plomb pour 100 du précipité plombique.
»Dosage de l’acide psiditannique. — Nous n’avons pas la préten­
tion de développer dans ce paragraphe les méthodes connues pour
le dosage des matières tannantes : elles sont très nombreuses (2),
par contre, toutes n’ont pas la même valeur au point de vue de
l’exactitude des résultats. Nous nous sommes borné à l’emploi de
deux méthodes des plus recommandées, l’une volumétrique
(Lowenthal), l’autre par pesées (Girard), et nous avons cru avoir
ainsi un contrôle suffisant quant aux chiffres auxquels nous
sommes arrivé.
Procédé de Low enthal (3)

En résumé, on prend une solution étendue de permanganate de
potasse et on détermine la quantité nécessaire de celle-ci pour faire
(1) Lœwe, Zelt. I. anal. Chem., 1875, p. 38.
(2) Dragendorfl-Schlagd., An. chiin. des Végét., p. 33 à 37.
(3) Trimble, The tanins, VI, methods (or estimallng tanins.

— 133 -

virer au jaune un volume connu d’une solution de sulfate d’indigo
d’abord seule, puis additionnée d’une solution titrée du tannin pur
que l’on veut doser dans la substance donnée.
Une autre portion égale de cette solution de tannin est débar­
rassée de celui-ci à l’aide de la gélatine, et la liqueur filtrée, mélan­
gée à un volume de la solution d’indigo égal à celui de la première
opération, est alors titrée avec le permanganate de potassium.
La différence entre les deux lectures, avant et après élimination
du tannin, représente évidemment la quantité de permanganate
qui suffit pour oxyder un poids connu de ce tannin.
Dès lors, pour doser ce tannin dans une plante, par exemple, on
prépare la décoction astringente correspondant à un poids donné
du végétal, et l’on compare la quantité nécessaire de permanga­
nate alcaliu, pour oxyder un volume déterminé de cette solution,
avec celle qu’il fàul pour un poids connu de tannin pur.
Préparation de la solution astringente. — On pulvérise un demi
à un kilog. de la substance, de manière à avoir une poudre fine et
homogène. On en prélève 5, 10, 20 gr., suivant la richesse en tannin,
qu’on soumet à l’action de 200 cc. d’eau bouillante pendant une
demi-heure, on lave le marc avec de l’eau chaude, et l’on achève le
volume à 1000 cc.
On peut encore faire une macération de trois à quatre heures
suiviede la lixiviation, à l’aide del’eau distillée froide,ensuite opérer
comme précédemment à chaud ; cette méthode est utile quand
on veut séparer deux variétés de tannin, l’un soluble dans l’eau
froide, l’autre à chaud seulement.
P répa ra tio n

des liqueurs titr é es .

A. Solution de permangate de potassium. — On prend 10 gr. de
permangate pur qu’on dissout dans 6 litres d’eau distillée.
B. Solution d'indigo. — On dissout 30 gr. d’indigotine de Gehe
et C° daus 3 litres d’acide sulfurique dilué (1 volume pour 3 volumes
d’eau distillée), on agite, filtre et l’on ajoute eau d. q. s. pour
obtenir en tout 6 litres de liquide. 20 cc. de cette solution addi­
tionnée de 750 cc. d’eau distillée exigent 10 cc. 7 de la solution A.
Nous avons préparé la solution d’indigo en faisant macérer,
pendant deux jours, de l’indigo purifié daus de l’acide sulfurique

�——- ... -

— 134 —
de Nordhausen, et nous avons porté la liqueur filtrée par addition
d’eau distillée à uu volume déterminé.
C. Titrage de la solution A. — Ou dessèche à 100° le tannin (1)
purifié par l’éther, jusqu’à poids constant, et ou en dissout 2 gr.
daus un litre d’eau distillée.
lOcc. de celte solution sont mélangées avec20cc. de la liqueur B
et 750 cc. d’eau distillée ; ou ajoute alors par petites portions, à l’aide
d’une burette, la solution de permanganate A jusqu’à coloration
verdâtre, et à ce moment goutte à goutte jusqu’à coloration jaune
franc. Il y a uue certaine dilliciilté à saisir la teinte finale, nous
nous sommes toujours arrêté à la coloration jaune safrané net.
11 va sans dire qu’il n’est pas nécessaire d’adopter, pour la
préparation de ces liqueurs, les chiffres donnés plus haut; de
même la proportion d’eau distillée à ajouter peut varier selon la
teinte plus ou moins foncée de la décoction.
Ensuite, 50 cc. de la solution du tannin sont agitées fortement
avec une quantité suffisante d’une solution de gélatine afin de préci­
piter le tannin. Lowenthal prépare cette soluliou en faisant macérer
d’abord 20 gr. de grénétiue blanche dans de l’eau distillée froide
pendant plusieurs heures; puis, chauffant avec plus d’eau, il sature
alors avec du chlorure de sodium, ajoute 100 cc. d’acide chlorhy­
drique et complète le volume à 1000 cc.
Le chlorure de sodium et l’acide chlorhydrique ont pour but de
diminuer la solubilité du précipité gélatino-tannique ; Müller(l)
recommande l’alun, Schulze (2) préfère le chlorhydrate d'ammo­
niaque.
Après quelque temps de contact, on filtre. Procter propose
d’agiter avec 5 gr. de kaolin en poudre fine, pour faciliter la filtra­
tion et obtenir un liquide clair:
Neugebauer emploie le charbon animal pour absorber le tannin;
Trimble ajoute aux 50 cc. 3 gr. de poudre de peau préparée pour
cet usage en Allemagne; il laisse en contact 18-20 heures en agitant
(1)
Il faut se servir du même tannin qui existe dans la substance donnée pour
titrer la solution de permanganate; tous les tannins, en effet, n’exigent pas. à poids
égal, la même quantité de permanganate pour s’oxyder complètement.
(1) Archiv. f. Pharm. t. XXXVIII, p. 147.
(2) Zeitschr. f. anal, chem., I V, p. 455. — Critique des principales méthodes de
dosage des tanins, par Lowenthal (Zeitschr. f. an. chem., t. XI, p. 33 et p. 201,
1877, et t. XX, p. 91, 1881).

fréquemment; nous nous sommes servi de boyaux de mouton
purifiés par le procédé Girard, n’abandonnant à l’eau aucune
matière oxydable par le permanganate de potasse.
L’avantage de notre procédé est double, puisqu’il nous permet
de contrôler uue fois de plus les résultats fournis par la seconde
méthode de dosage.
Dans tous les cas, on prélève 10 cc. de la liqueur débarrassée du
tannin, on les additionne de 20 cc. de la solution B et 750 cc. d’eau
distillée, et l’on titre au moyen du permanganate. La différence
avec la première opération représente la quantité de permanganate
de potassium qu’il faut pour oxyder le tannin contenu dans 10 cc. de
la liqueur tannique.
Les matières oxydables non précipitées avec le tannin ne doivent
pas dépasser 5 %.
Trimble conseille d’opérer dans un becker-glass ou tout autre
récipient offrant une grande surface.
La liqueur de permanganate ainsi titrée, on prépare la
décoction de la plante... et l’on opère comme il a été dit plus
haut en remplaçant la solution titrée du tannin par un volume
déterminé de cette infusion astringente.
Von Schroder multiplie les résultats par 1,05.
P rocédé de M. Girard Aimé.

Dès 1833, Pelouze appliqua la propriété que possèdent les
peaux animales de former avec les tannins des composés impu­
trescibles au dosage de ces derniers corps. Plus tard, M. Aimé
Girard, en 1882, préconisa l’emploi des boyaux de mouton qui
servent à la préparation des cordes harmoniques (1). Ces boyaux
lavés, grattés avec soin, dégraissés par une longue macération avec
les alcalis, traités ensuite par le permanganate de potasse, blauchis à l’acide sulfureux, sont alors tordus et transformés en cordes.
Pour le dosage, il convient de les prendre à cette époque de leur
préparation, c’est-à-dire avant qu’on y ait iucorporéde l’huile pour
les polir.
Voici en quoi consiste ce procédé. On dose d’abord l’humidité
sur un échantillon de 1 gramme prélevé sur l’ensemble des cordes.
(1) Bulletin de la Soc. chim. de Paris, t. 38, p. 350.

�—

136

-

Pour cela, on le dessèche à 35-40° sur un plat, puis on élève la
température à 100° en ayant soin de placer alors ces cordes dans
un flacon susceptible d’ôtre bouché à l’émeri, car elles sont très
hygrométriques. Ou pèse alors 3-5 gr., de boyaux préparés, selon
la richesse de la solution en tannin, on les fait gonfler pendant 34 heures dans de l’eau distillée et on les plonge ensuite dans un
volume déterminé de la liqueur tannique durant 24 heures. Au
bout de ce temps on les retire, on les dessèche et on les pèse avec
les précautions indiquées déjà. On ajoute à ce poids celui de l’eau
perdue qui leur correspond, et si l’on retranche de ce chiffre celui
du poids primitif des cordes employées, on obtient la quantité de
tannin qui se trouvait dans le volume qu’on a pris de la solution
à titrer.
L’emploi de boyaux impurs ayant donné quelques insuccès à
certains chimistes, l’auteur a publié, en détails, le mode de fabrica­
tion industrielle de ces cordes harmoniques (1), suivi d’une note
sur la manière de les purifier.
« Malgré tous ces soins, dit-il, sur lesquels d’ailleurs on ne
peut pas toujours compter, les boyaux livrés par l’industrie con­
tiennent encore des matières grasses et des sels, ne serait-ce que
ceux provenant de la macération dans un bain alcalin. Aussi
convient-il pour s’en servir dans l’analyse de leur faire subir au
laboratoire une purification finale.
» Ces boyaux, il sera inutile qu’ils aient été tordus en forme
de cordes harmoniques ; séchés simplement et individuellement
sur le métier, passés, comme de coutume, à SO- qui en assurera
la conservation, ils suffisent largement pour le dosage des com­
posés tanniques.
» Recoupés alors sous forme de fils de Om15 de long environ,
réunis en petits bottillons, ils seront à froid et par simple macé­
ration soumis à l’action de la benzine cristallisable 3 à 4 fois
jusqu’à ce que la benzine n’enlève plus de matières grasses. Les
fils dégraissés sont exposés à l’air libre à froid et quand ils auront
abandonné, dans ces conditions, la benzine dont ils étaient impré­
gnés, on fera 3 à 4 lavages à l’eau distillée froide.
» Sortis enfin de l’eau, gonflés par celle-ci, ainsi débarrassés de
(1) Bull, de la Soc. chim. de Paris, 3* série, t. XIII-XIV, n° 11, p. 621.

137

—

tout sel soluble, ils seront, en les déplaçant de temps en temps
pour éviter qu’ils ne se collent les uns aux autres, séchés à l’air
libre et à la température ordinaire.
» Ainsi purifiés, les fils constitués par la tunique musculaire
des boyaux de mouton sont prêts à être employés au dosage des
composés tanniques. Toutes les causes d’erreur sont ainsi écartées
et aucun des accidents qu’ont éprouvés quelques chimistes dans
ces dernières années n’est à craindre. »
Nous avons essayé cette méthode sur une solution d’acide gallotan nique à titre connu, et nous sommes arrivé à des résultats très
satisfaisants.
Application. — Pour le dosage de l’acide psiditannique, nous
avons combiné les deux procédés que nous venons de décrire.
10 grammes de la poudre de feuilles de Psidium Pomiferum ont
out été mis à bouillir, à 2 reprises et pendant une 1/2 heure, chaque
fois avec 400 cc. d’eau distillée, puis le marc a été lavé avec un
peu d’eau et nous avons porté le volume total à 1000 cc. — 10 cc.
de cette liqueur limpide, additionnés de 10 cc. de la solution d’in­
digo et 250 cc. d’eau distillée, ont été titrés par le permanganate de
potassium.
Ensuite, à 50 cc. de la solution astringente, nous avons ajouté
3 gr. de boyaux de mouton purifiés et préalablement gouflés dans
l’eau distillée. Après 24 heures de macération, ces cordes out été
retirées, séchées d’abord à 40° (1), puis à 100° avec les précautions
ordinaires, et enfin pesées.
10 cc. du liquide clair, débarrassé du psiditannin, mélangés avec
10 cc. de la solution d’indigo et 250 cc. d’eau distillée, ont été de
nouveau titrés à l’aide du permanganate.
La différence entre les deux lectures, avant et après élimination
de l’acide psiditannique, représente donc la quantité de ce dernier
contenue dans 10 cc. de la décoction.
Les mêmes opérations ont été effectuées sur une solution titrée
d’acide psiditannique, à raison de 1°/oo, afin de déterminer la quan(1) Il est important de les dessécher d’abord à une température peu élevée
(40°-ijO° c.) ; si d^s le début la température est très élevée (80®, 90® c.), les cordes
se collent au plat sur lequel on les a étendues, en y laissant quelques débris adhé­
rents, et le dosage est faible.

�- 138
tité de permanganate nécessaire pour oxyder un poids connu
d’acide psiditannique.
Pour les feuilles de goyavier sur lesquelles nous avons opéré,
la proportion de ce tannin varie entre 13 gr. 50 et 13 gr. % de
matière sèche.
Nous nous sommes servi tantôt de cordes harmoniques purifiées
comme il a été dit plus haut, tantôt de boyaux de mouton que
nous devons à l’obligeance de M. Jager, fabricant de cordes har­
moniques à Montpellier, et que nous avons préparés nous-mème
d’après le procédé détaillé de M. Aimé Girard.
§ II. — Acide gallique.
Bien que se trouvant en faible proportion dans les feuilles à
l’état naturel, il nous a paru à propos de consacrer quelques lignes
à l’étude de l’acide gallique à la suite du psiditannin dont il est,
comme nous l’avons montré, un des produits de décomposition
Nous n’avons pas cherché à le doser, et cela pour la raison que
nous avons déjà exposée.
L’extrait éthéré des feuilles, préalablement épuisées par l’éther
de pétrole, ne renferme que des traces d’acide gallique qui per­
mettent à peine de le caractériser.
Il n’en est pas de même si l’on effectue l’extraction au moyen de
l'eau chaude ; l’éther enlève à cette solution aqueuse une quantité
plus considérable d’acide gallique, que nous avons pu ainsi faire
cristalliser par évaporation spontanée de sa dissolution éthérée.
Ces cristaux consistent en fines aiguilles presque incolores; ils
nous ont donné les réactions suivantes.
En solution aqueuse: précipité noir verdâtre parle perchlorure
de fer, coloration rouge par le cyanure de potassium, qui devient
ensuite jaune et réapparaît par agitation ; on peut répéter plusieurs
fois la même opération.
Chauffé à l’ébullition avec de l’oxyde de plomb et une solution
de potasse caustique, on obtient une coloration rose, surtout à la
surface du liquide, qui persiste assez longtemps (Klunge).
Distillé entre deux verres de montre, il se condense du pyrogallol.

La proportion plus grande d’acide gallique que l’on obtient en
lixiviantles feuilles pulvérisées par l’eau chaude, semblerait indi­
quer que l’eau agit alors comme agent hydratant sur le psiditannin
qu’elle décomposerait partiellement.
§ III. — Huile essentielle.
Nous avons obtenu une petite quantité de cette huile volatile en
distillant avec de l’eau des feuilles sèches de Psidium Pomiferum
grossièrement incisées.Purifiée par l’éther de pétrole,cette essence
se présente sous la forme d’un liquide légèrement coloré en jaune,
d’une odeur forte, aromatique et assez tenace; elle est plus légère
que l’eau, soluble dans l’éther de pétrole, l’éther ordinaire, la ben­
zine et l’alcool.
Le peu d’essence que nous avons pu recueillir ne nous a pas
permis d'étudier ses constantes physiques et sa constitution au
point de vue chimique.
Nous remercions M. le Docteur Trabut, professeur à l’École
mixte de Médecine et de Pharmacie d’Alger, d’avoir bien voulu
nous adresser un* certaine quantité de feuilles fraîches qui, à
notre regret, n’a pas été suffisante pour l’étude que nous nous pro­
posions de faire.
Cette essence dissout avec effervescence l’iode qui la colore
ensuite en vert.
Le réactif bromé (Chloroforme, 20; Brome, l), dans la propor­
tion de 15 gouttes pour uue d’essence la colore en vert aussi.
Une goutte de cette essence additionnée d’une solution concen­
trée de chloral hydraté et une goutte d’acide sulfurique, il se
développe une odeur d’ambre très agréable après quelque temps de
contact et qui persiste plusieurs jours.

�TROISIÈME PARTIE

PHARMACOLOGIE
C h a pitr e

Ier

PHYSIOLOGIE ET USAGES THÉRAPEUTIQUES
§ 1. — Généralités
Depuis bien longtemps déjà, les Psidium, d'une façon générale,
ont été employés et le sont encore de nos jours, dans l’art de guérir.
En Amérique, en Asie, et dans tous les autres pays où ils ont été
naturalisés par Reflet de la culture, ils jouissent d’une grande
réputation comme astringents, et sont journellement utilisés comme
tels par les indigènes de ces localités.
Selon les contrées, on s’est adressé à différentes espèces de
Psidium, tantôt c’est le Ps. Lndicium Rad., tantôt le grandiflorum,
tantôt l'aromaticum (Cochinchine), etc., mais les espèces ou plutôt
les deux variétés qui sont le plus fréquemment prescrites sont les
Ps. pomiferum et pyriferum de Linné, correspondant au Ps. guayava
de Raddi. Ces Goyaviers, répandus aujourd’hui dans les régions
intertropicales des deux hémisphères, sont donc intéressants par­
leurs fruits délicieux et par les produits assez estimés qu’ils four­
nissent à la matière médicale.
On peut dire que toutes les parties de ces végétaux peuvent être
utilisées en thérapeutique : toutes, en elïet, renferment un principe
tannant, en proportion évidemment variable et inégale selon
l’espèce et la partie considérées, mais qui permet, dans tous les
cas, de les considérer comme des astringents de valeur. C’est là
leur propriété thérapeutique générale qui est reconnue depuis des

temps assez reculés dans les lieux où croissent les goyaviers, ainsi
qu’on pourra le voir dans la suite de cette étude.
Hâtons nous de rappeler que l’on trouve, en même temps que
le tannin, une huile essentielle qui a sa part aussi dans l’action
curative. Nous avons signalé dans les feuilles et l’écorce du
Ps. pomiferum une petite quantité de ce principe aromatique, que
Ton peut rapprocher, par analogie, des essences retirées de plantes
appartenant à la même tribu que les Psidiums, telles, par exemple,
les Myrtus, les Eugenias... et qui jouit, par conséquent, selon
toute probabilité, de propriétés similaires.
Cette essence peut parfois être, beaucoup plus abondante et
communiquer alors à la partie du végétal qui la contient, une
action spéciale : c’est ainsi que les feuilles du Ps. aromaticum Aubl.,
appelé aussi citronelle grand bois ou Goyavier aromatique, sont
prescrites en infusion, dans la Guyane, comme un stimulant et un
antispasmodique. Sa présence nous expliquera de même l’emploi
de quelques préparations externes comme vulnéraires et antisepti­
ques. Les feuilles et les rameaux du Ps. aromaticum, var.
Grandiflorum (Aublet), se mettent dans les bains aromatiques; les
feuilles s’appliquent en topique sur les parties affectées de rhuma­
tisme (1). Il ne faut pas cependant oublier la part du tannin,
dans l’usage externe, depuis que les propriétés antiputrides et
antiseptiques de ces corps ont été mises en évidence.
Si nous suivions strictement le plan de ce travail, nous devrions
faire, à la suite de ces idées générales, l’étude des feuilles du
Ps. guayava Rad. Mais nous avons déjà fait remarquer que toutes
les parties du Goyavier sont utilisables et sont effectivement l’objet
d’un emploi assez courant, de telle sorte qu’il nous a paru inté­
ressant de les passer en revue aussi brièvement que possible avant
de parler de l’organe qui nous arrêtera un peu plus longtemps.
Les détails qui suivent ont toujours rapport, sauf indication
spéciale, aux Ps. pomiferum et pyriferum Lin. ; leur étude ne peut
être séparée ici puisque le Goyavier blanc présente identiquement
les mêmes applications médicales que le Ps. pomifenun.
(1) Répert. des plantes ut. et des pl. vénén. du globe.

�§ II. — O rganes utilisés en Médecine.

Bourgcens, fleurs. — Les bourgeons (1) et les fleurs du Ps.
Guayava out été quelquefois, très rarement d’ailleurs, prescrits
contre la dysenterie et la diarrhée. Nous nous contenterons de
reproduire la formule d une tisane que nous empruntons au
Dr Darutv (2) :
Prendre sur le même arbre 7 fleurs et 7 cœurs de Goyaviers
blancs, faire bouillir dans une chopine d’eau et réduire à une
tasse ; la faire boire en deux fois, dans la journée ; laisser reposer le
malade pour recommencer de même jusqu’à guérison.
Tige,racine.—Leur emploi comme astringents,surtout la racine,
est plus fréquent que les précédents ; on les administre en
tisane (3) notamment dans les Indes, la Cochinchine et la Guyane
française (4). Dans cette dernière contrée, on utilise dans les
mêmes conditions la racine du Ps. Grandiflorum (Aublet).
Les propriétés astringentes de la racine ont été signalées par
beaucoup d’auteurs, entre autres Barham (3), Lunan (6), le Dr
Wright (7), Aublet (8) et Ilorsfield (9).
Fruit. — Au sujet des gouyaves, Acosta dit que « c’est un fruit
assez fin et convenable pour l’estomac, pour ce qu’il est de forte
digestion et assez froid (10)».
Ces gouyaves sont astringentes quand elles sont vertes, un peu
laxatives; mûres, elles sont alors rafraîchissantes et pectorales ;
leur pulpe sucrée et aromatisée se donne aux malades, ou en fait
une espèce de sirop très agréable, pectoral et adoucissant (11).
D’après Dymock (12), le fruit mûr est astringent aussi et peut
(1) Dict. universel de mal. médic., p. 527.
(2) Darutv. PI. médic. de l’ile Maurice el des pays interlropicaux.
(3) Dict. univ. de mat. méd., p. 587.
(4) Expos, univ. de 1878, p. 19.
(5) Barham. Mort, americ., p. 170
((3) Luuau. Hort. Jamaic. VI, p. 35.
(7) Dr Wright. Medic. plants of Jam., dans ses Mémoires, p. 279.
(8) Aublet. Plant. Guan. VI. p. 287.
(9) Uorsfield. Medic. plants o( Java.
(10) J. Acosta. — Hist. mor. et nat. des Indes, tr. Ir., ch. XXIV, p. 175.
(11) Dict. univ. de mal. méd., p. 527.
(12) Dymock. Mat. Med. of West. India, p. 334.

provoquer la constipation, surtout si on le mange sans la pelure.
Cette opinion nous a été confirmée par des habitants de l’île de la
Réunion, qui nous ont assuré qu’on y mange les gouyaves crues ou
en compote, dans les cas de dysseuterie ; il en serait de même à la
Martinique (1).
Les gouyaves rouges figurent encore dans le remède anti­
diarrhéique de Lizie Marie (2).
Ecorce. — L’écorce, et notamment celle de la racine, est beaucoup
plus fréquemment employée dans les pays d’origine; sa richesse
en tannin en fait un médicament très actif dans les maladies où l’on
recherche une action astringente énergique.
A propos de matières tannantes utilisées dans l'industrie des
Indes, Hooper (3) signale 27,4 0/0 de tannin pour le P. Guyava; il
s’agit, selon toute vraisemblance, de l’écorce, puisqu’on s’en sert
pour le tannage.
Les médecins européens, dans leur service médical aux contrées
intertropicales, se sont particulièrement adressés à l’écorce et aux
feuilles qui méritent cette préférence en raison de leur teneur plus
grande en tannin et à la présence de l’huile essentielle.
La pharmacopée des Indes la recommande comme etficace dans
la diarrhée chronique des enfants.
Le Dr Waitz (4) l’a employée avec succès dans beaucoup de cas
de ce genre ; il la prescrit sous forme de décoction :
X Ecorce de la racine............................................1/2 once.
E a u ..............................................................................................

Réduire par ébullition à ....................................

6 —

3 —

à la dose de 1 à plusieurs cuillerées à café, trois ou quatre fois
par jour.
Celte même préparation lui donna de bons résultats, en appli­
cations locales, dans le prolapsus ani des enfants.
Elle fait partie d’un remède usité à la Uéuniou, Martinique,etc.
contre la dysseuterie chronique et dont voici une formule à simple
titre de curiosité :
(1) Exp. univ. de 1878 : Martinique.
(2) Daruty. Pi. méd. de l'ile Maurice.
(3) Uooper. Americ Journal of Pharinacen, n° 8, août 1894.
(4) D' Waitz. Dis. of Gliildreu ou Dot Climates, p. 255.

�144 —

— 145 —

% Simaruba (Ee.).......................................................... 8 gr.
Benjoin
» .......................................................6 »
Bambara » ....................................................... 6 »
(Sculia Commersoui)
Goyavier rouge (Ec.)............................................... 6 »
Gingéli
(rac.)............................................... 1 »
(Sésamum lndicum)
Graine de lin ..............................................................1 pincée
Vin de Provence......................................................... 1 cbopine
Eau...........................................................................3 bouteilles

Autre formule :

Réduire par ébullition à une bouteille d’eau, passer et laisser
refroidir ; en prendre par verre à liqueur, de temps en tempsEn décoction avec partie égale d’écorce de grenadier, on l’a
trouvé ellicace coDlre le flux du sang(i).
Feuilles. — Bien que moins riches que l’écorce en principe
astringent, les feuilles constituent cependant un médicament assez
estimé, vu la proportion plus grande d’huile essentielle contenue
dans ce dernier organe.
A l’extérieur, on les emploie comme vulnéraires et résolutives
dans les bains contre les maladies de la peau, et à l’intérieur
comme stimulantes.
Dans la dyssenterie chronique et la diarrhée muqueuse catarrhale,
on les prescrit avec succès sous forme de tisane, soit seules, le plus
souvent mélangées à d’autres drogues possédant des propriétés
analogues. On emploie aussi les jeunes feuilles comme astringents
et toniques à la lin des dyssenteries.
Nous reproduisons ici les formules de quelques préparations
utilisées avec avantage dans les pays chauds.

% Sommités de Goyavier........................... \
Gros chiendent.......................................... a'a (jO, &lt;»r.
Riz grillé................................................ )
Petite Rougette (Euph. thymi/olia) .
30 »
Jean Robert...........................................
30 »
Rac. saponaire......................................
30 »
E a u ...................................................... 1000 »

Faire bouillir, passer et donner par petites lasses dans les
24 heures.
% Rac. de Chiendent bourrique . .
(Panicum costatum)
Liane sans tin......................................
(Cassytha tiliformis, ^aur.)
Herbe collier......................................
(Coix Lacryma Lin.)
Jean Robert (Euph. pilulifera) .
Cœurs (1) de Goyavier rouge . . .
»
de Jainrosa...........................
(Eugenia jambosa)
Simaruba.........................................
E au......................................................

une poignee
de
chaque

1/2 once.

3 chopines.

Faire bouillir jusqu’à réduction d’une bouteille et prendre
60 gr. de la décoction 2 fois par jour.
Une infusion de feuilles de Bois Lousteau (Autirrhœa verticillata
Rub.) et de Goyavier rouge est, parait-il, un médicament efficace
contre le flux du sang (2).
Dans la chute du rectum, des lotions avec une décoction de
feuilles de Goyavier, de Jammalac (Eugenia malaccensis) et de
Jamrosa (Eug. Jambosa) auraient, dit-on, donné de bons résultats
On a prescrit aussi une simple décoction de cœurs de Goyavier.
Ou les prescrit aussi dans certains cas d’hématurie, sous la
forme suivante :
(1) On désigne par cœurs dans l'ile de la Réunion les bourgeons et les feuilles
très jeunes.
(2; Daruty. PI. médic. de l’ile Maurice, p. 58,

�— 146 —

X Roussailles feuilles.............................................j

(Eugenia Michelli).
/ aa 90 gr.
Goyavier rouge................................................... )
Un colon de maïs en tranches minces.
Eau.....................................................................1 bouteille.

Faites bouillir et réduire à 1chopine, passez et laissez refroidir;
dose : par petites tasses, plusieurs fois par jour.
Leur emploi le plus fréquent est surtout comme antidiarrhéique et
antidyssenlêrique (1) dans les Indes, en Cochinchine, à la Guyane, etc.
On les a préconisées aussi contre le choléra, sous différentes
formes.
Infusion anticholérique :
X Feuilles de Goyavier..................................... \ une poignée
» de roussailles.....................................) de chaque.
infuser dans
Eau..................................................................... Q. S.

Dose : 2 à 3 tasses par jour.
Dans le choléra épidémique de l’ile Maurice, M. Bouton (2) cite
la décoction des feuilles de Ps. Pomiferum, comme ayant été fréfréquemment ordonnée pour arrêter les vomissements et la
diarrhée (3), on se servait de préférence des feuilles du Goyavier à
fruit rouge.
Tout récemment encore, ces feuilles ont été expérimentées par
le Dr Hugel et lui ont donné de très bons résultats. Mais laissons
la parole à M. le Dr de Souza, à propos de ces essais médicaux :
« Voici une plante, dit-il, des plus communes dans les pays
chauds : le Goyavier, dont les propriétés antidiarrhéiques viennent
de nouveau d’ètre mises en lumière par le Dr Hugel, attaché à la
Faculté de médecine de Wurzbourg. M. Hugel prescrit des infu­
sions ou des cachets contenant chacun 0 gr. 50 à 1 gramme de
poudre de feuilles de Goyavier, qu’il fait prendre d’heure en heure
ou toutes les deux heures.
» Il a traité ainsi plusieurs centaines de cas de choléra infantile
(1) Dymock. Mat. medic. of West India, p. 331.— Expos, univ. de 1878, produits
pharmaceutiques. — Dict. univ. de mat. méd., p. 527.
(2) Bouton. PI. médic. de n ie Maurice, 2* éd., p. 54,
(3) Waring. Pharmacopaia of India.

— 147 —
et a pu se convaincre que ce remède surpasse comme efficacité tous
les moyens habituels contre la gastro-entérite aiguë.
» Dans cinq cas de choléra nostras observés chez l’adulte et
traités par le Goyavier, le résultat a été le même et s’est manifesté
par une disparition rapide de la diarrhée, des vomissements, des
crampes et de la somnolence. Chez ces malades, le traitement a
toujours été précédé de l’administration de 0 gr. 30 de calomel.
» Le Goyavier a donné encore de bons résultats dans les dyspep­
sies, les catarrhes chroniques de l’estomac et de l’intestin, les diar­
rhées des typhiques et des tuberculeux. Il n’a jamais donné lieu
au moindre symptôme d’intoxication ni à aucun phénomène
désagréable.
» Les indigènes de Java affirment que cette plante constitue
un remède efficace contre le choléra asiatique, il y aurait donc lieu
de l’expérimenter dans cette dernière maladie. » (1)
S’il nous est permis, après avoir donné l'opinion des auteurs,
de citer quelques observations personnelles, nous dirons que les
préparations des feuilles de Goyavier nous ont donné des résultats
satisfaisants, dans des cas de diarrhée traités par nous, en vue de
nous assurer de leurs propriétés médicales. Cette confirmation,
quelque modeste qu’elle soit, mérite cependant d’ètre signalée.
Telles sont les diverses applications médicales dont les feuilles
du Goyavier (Ps. Guayava) ont été l’objet, nous passons directement
à l’étude de leurs formes galéniques.
(1) Extrait de la « Politique Coloniale », nf du 21 août 1894.

�I

— 148

Chapitre II

FORMES PHARMACEUTIQUES
Malgré leur emploi courant, les feuilles de Goyavier ne sont
inscrites comme officinales dans aucune des pharmacopées des pays
intertropicaux. Les formes sous lesquelles on les a toujours admi­
nistrées sont très simples, sous forme de poudre ou de tisane
préparée le plus souvent par décoction.
Nous leur avons appliqué les formes généralement adoptées par
le codex, et à propos de chacune d’elles nous donnerons les rensei­
gnements qui peuvent devenir utiles en pratique, ainsi que l’action
de certains réactifs comme moyens pour essayer leur identité.
1° P oudre

Nous l’avons obtenue en desséchant d’abord les feuilles dans
une étuve dont la température ne dépasse pas 25°; ces feuilles
sèches ont été ensuite pulvérisées dans un mortier en fer et passées
au tamis de soie n° 120.
Il reste dans le mortier un résidu (ibreux qui ne renferme aucun
des principes actifs de la drogue et que l’ou peut rejeter sans
inconvénient. En nous basant sur plusieurs essais, nous évaluons
ce résidu inerte au dixième, en moyenne, du poids total, les
chitlres varient de 6,5 à 14,5 de maximum.
Cette poudre est verdâtre, d’une odeur aromatique agréable,
de saveur astringente, très faiblement amère. Un mélange d’acide
sulfurique est d’acide azotique la font virer au rouge orangé, il en
est de même pour l’acide nitrique seul. Délayée dans un peu de
solution de perchlorure de fer, celle-ci devient verte. Elle brunit
par les alcalis.
2° T isane

L'infusion est préférable à la décoction, car elle conserve à la
tisane l’arome agréable de la feuille, sans en modifier, d’ailleurs,
les composés chimiques sous l’influence de la chaleur prolongée.

— 140 —

À la dose de 25 % o, on obtient un infusé rouge, d’une odeur
aromatique rappelant le thé ; son goût est d’abord peu prononcé,
puis astringent.
Par le perchlorure de fer en solution, cette liqueur fournit un
précipité abondant noir verdâtre ; un précipité brun par ledichrornate de potassium ; un précipité rouge orange par l’acide nitrique;
un précipité brun par l’acide chlorhydrique ; un précipité grisâtre
par le nitrate d’argent, qui devient noir à chaud par suite de réduc­
tion ; un précipité brun par le sulfate de cuivre, ainsi que par l’iode
en solution dans l’iodure de potassium ; enfin, une coloration rouge
par l’ammoniaque liquide.
3° S irop

Nous l’avons préparé comme le sirop d’écorce d’oranges amères.
100 gr. de feuilles grossièrement pulvérisées ont été mises à macérer
avec leur poids d’alcool à 60° dans un récipient susceptible de
supporter l’élévatiou de température. Au bout de 12 heures de
contact nous avons versé sur le tout un litre d’eau bouillante, et
abandonné l’infusion pendant 8 heures. A la collature filtrée,
nous avons ajouté la dose ordinaire de sucre et nous avons chauffé
au B. M. couvert jusqu’à dissolution complète.
L’alcool agit comme dissolvant et comme agent conservateur.
Ce sirop, jaune rouge, vu sous une faible épaisseur, est d’une
belle couleur rouge sang en masse plus considérable. Son goût
agréable laisse ensuite place dans la bouche à une âpreté assez
marquée. Il vire à la couleur feuille-morte par une solution de
chlorure ferrique, se fonce d’abord par les alcalis, puis il se dépose
un précipité jaune rouge. L’eau de chaux y produit un précipité
brun; l’acide sulfurique le décolore d’abord et y précipite, après
peu de temps, une matière rouge orange.
4° T einture

alcoolique

A la dose ordinaire 1 p. 5 et par macération de sept jours. Vue
en masse, sa couleur est presque noire; sous une faible épaisseur,
elle est d’un jaune brun, avec reflets verdâtres. Sa saveur, un peu
sucrée d’abord, est astringeute et légèrement amère. Elle se trouble

/

�— 150 —

par l’eau, devient verdâtre par le chlorure ferrique en solution
avec dépôt noir; elle précipite abondamment en brun par le dichromate de potassium. L’acide sulfurique y détermine un précipité
floconneux verdâtre, et la solution devient jauue rougeâtre.
C'est une bonne préparation, puisqu’elle renferme en dissolution
tous les principes actifs de la feuille.
5° E xtrait

alcoolique

Il est préférable â l’extrait aqueux, car il est plus riche en com­
posés actifs; sa conservation est encore plus facile. Obtenu par
évaporation au bain-marie de la teinture alcoolique préparée par
lixiviation, il est vert noirâtre, très astringent et incomplètement
soluble dans l’eau.
N. B. — A part ces formes galéniques usuelles, les feuilles
peuvent entrer dans une foule de préparations magistrales plus ou
moins complexes (poudres composées, vins, élixirs...), et dont nous
ne pouvons évidemment nous occuper ici.

CONCLUSI ONS
Il ressort de l’emploi très ancien des feuilles de Goyavier par
les indigènes des régions intertropicales des deux hémisphères et
de nombreux essais tentés par beaucoup de médecins jusqu'à ces
dernières années, que les feuilles du Psidium Guyava de Raddi,
réunissant les deux espèces de Linné, Ps. Pomiferumet Pvriferum,
constituent un remède très efficace contre la diarrhée, la dyssenterie, les dyspepsies, le choléra infantile et même le choléra
nostras (les expériences ne sont pas suffisamment concluantes
pour cette dernière maladie). Elles ont donné de bons résultats, en
applications locales, dans certaines affections de la peau; elles
sont vulnéraires et résolutives à l’extérieur, et stimulantes à
l’intérieur.
Ces propriétés sont dues à Yacidc psiditannique logé dans les
cellules du parenchyme foliaire et à l’huile essentielle contenue dans
des glandes spéciales situées au-dessous de l’épiderme.
Mais en plus de leurs importantes vertus médicinales, elles
présentent un avantage très précieux au point de vue de leur
administration facile, quand il s’agit notamment de la médication
des enfants et même des adultes. La simplicité de leurs formes
pharmaceutiques, leur goût agréable et aromatique, l’absence de
tout inconvénient souvent signalé après l’administration d’autres
astringents, viennent encore rehausser leur valeur thérapeutique.
Il est à espérer qu’un médicament aussi utile et aussi efficace
attirera de nouveau l’attention des médecins afin de multiplier
leurs observations sur ses effets curatifs et vulgariser l’emploi
de ce remède précieux et si facile à se procurer.

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                    <text>RP
VSS?

ANNALES
ni*

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEILLE
publiées sous la direction de

M.

L E PKO V Ég S E i:R

É D O U A HD H E C K E L

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouchës-du-Rhône

1896 - Vol 3

Quatrième année. Troisième volume (1896).
Flore phanérogam ique des A ntilles françaises (Guadeloupe et
Martinique), par le R. P. Dl SS, professeur au Collège de la Basse-Terre.
(Avec annotations du professeur Dr Edouard II eckel sur l'emploi de
ces plantes.)

MACON

PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1897

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VSS?

ANNALES
ni*

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEILLE
publiées sous la direction de

M.

L E PKO V Ég S E i:R

É D O U A HD H E C K E L

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouchës-du-Rhône

Quatrième année. Troisième volume (1896).
Flore phanérogam ique des A ntilles françaises (Guadeloupe et
Martinique), par le R. P. Dl SS, professeur au Collège de la Basse-Terre.
(Avec annotations du professeur Dr Edouard II eckel sur l'emploi de
ces plantes.)

MACON

PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1897

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543

ANNA LE S
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' COLONIAL 1)L MARSEILLE
(Année 1896)

�ANNALES
DE

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEI LLE
publias sous lu direction de

M.

LE PROFESSEUR E d o u a r d

HECREL

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Quatrième année. Troisième volume (1896).
Flore phanérogam ique des A ntilles françaises (Guadeloupe et
Martinique), par le R. P. Dl'SS, professeur au Collège delà Basse-Terre.
(Avec annotations du professeur l)r Edouard Heckej. sur l’emploi de
ces plantes.)

MACON

P R OTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1897

�INTRODUCTION
Dans ce travail, auquel le Directeur de Y Institut colonial de Marseille,
M. le professeur Heckel, veut bien accorder l’hospitalité dans les
Annales de cet Institut, mon but est de fournir la nomenclature des
plantes de la Guadeloupe et de la Martinique, en y ajoutant une courte
description suivie de leur emploi et de leur habitat. Tous ceux qui
voudront, dans l'avenir, étudier plus à fond la riche végétation de
nos deux îles françaises des Antilles auront ainsi un guide sûr à leur
disposition.
J’ai commencé, en 1882, à la Martinique, la collection et la mise
en herbier des plantes de cette île. Durant douze ans, j’ai profité de
mes loisirs de vacances pour parcourir successivement toutes les par­
ties de l île, les montagnes et les vallées, la haute et la basse région.
Le danger n’était pas petit : il fallait compter avec les serpents les
plus venimeux, mais cette menace perpétuelle ne m’a pas arrêté.
Dès mon arrivée à la Guadeloupe, en 1891, je n'eus rien de plus à
cœur que de colliger les plantes de cette belle colonie. Mes supérieurs
hiérarchiques m avant accordé un peu plus de loisir que je n’en avais à
la Martinique, il m’a été possible, dans l’espace de quatre ans, de
visiter tous les quartiers de l île avec les dépendances de MarieGalante, de la Désirade et des Saintes , mais surtout, et à plusieurs
reprises, les grands bois de la Guadeloupe proprement dite.
Pour arriver à une détermination exacte des plantes, j'ai soigneuse­
ment étudié tous les ouvrages que possédait la bibliothèque, relative­
ment bien fournie, du Jardin botanique de Saint-Pierre, traitant de la
flore des Antilles. Ce sont :
1. Hans Sloane (1660-17î)3), History of Jamaica, en 2 vol. in-folio,
contenant des figures et la description de plantes recueillies à
la Jamaïque.
2. Charles Plum ier (1646-170i), de l’ordre de Saint-François,
Description des plantes de /’Amérique, avec 108 tables.
Nova plantarum Americanarum généra.

�INTRODUCTION

VI

Filicetum americanum , seu Filicum , Polypodiorurn , Adiantorum, etc., in America nasccntium Icônes, avec 222 tables.
Plantarum Aniericanarum fasciculus primus — decimus confi­
nons plantas quas olirn Car. Plumierus detexit eruitc/ue atcjuc
in insulis Antillis ipso depinxit. lias primum . . æncis ta bu lis
illustravit Joli. Burmannus, avec 202 tables.
3. Patrick B row ne (1720-1790), The civil and natural History of
Jamaica, in three parts , un vol. avec .70 tables, 1730.
i. Christen Friis R ottboell (1727-1797), Descriplionum et iconum
rariorcs et pro maxima parte novas plantas illustrantium liber
primus , avec 21 tables contenant des figures de Graminées et

3.
6.
7.
8.

de Cypéracées,
Vahl (1749-1804), Fclogæ Americanæ. . ., en 3 fascicules avec
i0 tables coloriées.
Nic.-Jos. de Jacquin (1727-1817), Selectarum stirpiiim Americanarum historia. . .. avec 183 tables.
Fusée-A ublet (1720-1778), Histoire des plantes de la Guyane
française. en 4 vol. avec 392 tables.
Olavus S w artz (1760-1818), Xova généra et species plantarum ,
seu prodromus descriptionum végetabilium. . . , quæ sub itinere
in Indiam occidcntalem annis 1783-1787 digessit.

Observationes botanicæ. quibus plantas Indiæ occidentales ...

avec 11 tables, 1791.

Flora Indiæ occidentalesauctaet illustrata.sivedescriptionesplanta­
rum in prodromo recensitarum. 3 vol. avec 29 tables, 1797-1806.
9. Karl Bernh. de Trinius, Species graminum iconibus et descriptionibus illustravit. en 3 vol. avec 300 tables, publiés de 1828

à 1836.
10. F.-R. de Tussac, Flora Antillarum , sive historia generalis
botanica.... avec 138 tables, publié de 1808 à 1827.
11. Michel-Etienne D escourtilz, Flore médicale des Antilles , en
8 vol. avec 000 tables, publiée de 1821 à 1829.
12. James M acfadyen. The flora of Jamaica. 1 vol., des Renonculacées aux Légumineuses, 1837.
13. William Roscoë, Monandrian plants of the order Scitaminées,
avec 112 tables, 1828.
14. Antonio José Cavanilles, Monadelphiæ classis dissertationes
decern, avec 290 tables (1785-1790).

INTRODUCTION

VII

15. A. R ichard, Flore de Cuba (1838-1852), avec tables.
10. G risebach. Flora of the British West Indian Islands (1859-64).
17. Ant.-Laurent-Apol. F ée, les dix mémoires sur les Fougères
(1844-1808).
18. G risebach, Recherches systématiques sur la végétation des lies
Caraïbes, surtout de la Guadeloupe, Gottingen, 1857, petit
ouvrage contenant l’énumération de 1.486 plantes collectionnées
par le D1' D uchassaing à la Guadeloupe et à Panama, avec
les noms de celles qui, par Swartz, Jacquin, West, Wikstroem,
de Schlechtendal, ont été indiquées comme appartenant à la
flore de Saint-Thomas, de Saint-Christophe, de Saint-Eustache,
de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy.
Dans l’ensemble de ces ouvrages, on trouve à peu près la moitié
des plantes des deux îles représentées par des figures ; celles de la
basse région y occupent une plus large place que celles des grands
bois et de la région supérieure. Il était, en elfet, beaucoup plus facile
de collectionner et de dessiner, avec leurs Heurs et leurs fruits, des
végétaux qu’on pouvait avoir sous la main. Pour ceux des régions
élevées, il en était tout autrement. Ce n’est pas dans deux ou trois
herborisations qu’on peut se procurer leurs fleurs et leurs fruits. La
région des grands bois doit être visitée tous les mois : c’est Punique
moyen de se mettre en possession de spécimens complets. Les voya­
geurs qui se sont occupés de botanique n ont visité nos îles, pour
ainsi dire, qu’en passant et plutôt pour y admirer les beaux sites que
pour y récolter utilement ; ils n’ont pas pénétré sérieusement dans les
grands bois, de peur peut-être des serpents venimeux, comme cela est
arrivé pour la Martinique, où l’abondance du trigonocéphale est un
obstacle sérieux aux herborisations.
Le manque de ligures se fait surtout sentir pour les Orchidées ter­
restres. les Sapolacées. les Laurinées. Myrlacées. Euphorbiacées. dont
la plupart viennent sur les hauteurs. Dans les représentants de cette
dernière famille, on trouve difficilement les deux sexes, et les Myrtacées, on le sait, possèdent des fleurs fugaces. Des familles des Sabiacées et Dilléniacées, il n’est fait mention par aucun explorateur. Pour
identifier les espèces douteuses, j’ai passé, en 1890, de longues heures au
Musée des herbiers à Paris en vue de confronter mes spécimens de la
Mart inique avec ceux qui provenaient des Antilles. Malgré ce travail,
n’ayant pu trouver les noms d’un certain nombre d’entre elles, et

�VIII

INTRODUCTION

arrêté par les nouvelles espèces, j’ai envoyé mon herbier entier au
Musée de Berlin. La plupart y a été revue, vérifiée et rectifiée par les
savants docteurs Ig. Urban, sous-directeur du Musée et Jardin bota­
nique, et Ivrug, avec la collaboration de plusieurs spécialistes, comme
MM. Cogniaux, Pierre, Boeckeler, Me/, Heckel, etc. Pour les plantes
de la Guadeloupe, j’ai eu recours au même moyen.
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE DES DEUX ILES
Les Antilles françaises, la Guadeloupe avec ses dépendances et la
Martinique, appartiennent à cette chaîne de soixante îles formant l’ar­
chipel américain qui s'étend, en courbe, de l’entrée du golfe du
Mexique jusqu’au golfe de Maracavbo. Elles font partie du groupe des
Petites *1ntilles ou Iles du Vent, et sont comprises entre 14° 20 et
10° 10 de latitude nord, entre 03° 10 et 64° 50 de longitude ouest. La
M a rtinique est située au sud de la G u a d elo u pe , à une distance de 110
kilomètres, et est séparée de sa sœur par l ile anglaise de la D o m in iq u e .
LA GUADELOUPE ET ILES VOISINES

La G u a d elo u pe , d'une circonférence de 44i kilom., est divisée en
deux parties très distinctes par un bras de mer très étroit, appelé
Rivière-Salée. La partie occidentale a reçu le nom de G u a d elo u pe
proprem ent dite ou de B asse -T e r r e , l'autre est désignée sous le nom
de G rande - T e r r e .
La G uadeloupe proprem ent dite mesure 46 kilom. de long sur 27 kilom.
de large ; elle a la forme d une ellipse irrégulière. Elle est entière­
ment volcanique. Son sol est formé de basaltes, de trachytes, de porphyres et de laves compactes, cornéennes et porphyritiques, enfin,
de tuf volcanique. Les flancs et les plaines sont recouverts de terres
d’alluvion argileuses, tantôt rouges, tantôt jaunes, surtout dans les
parties moins élevées, situées au nord.
Une chaîne de montagnes, à laquelle s’adossent, à droite et à gauche,
de nombreuses ramifications et des contreforts puissants, la partage
en deux versants inégaux du sud-est au nord-est. Son massif est formé
d un grand volcan encore en activité, la Soufrière , situé dans le Sud,
d'une altitude de 1.481 mètres (point culminant des Antilles françaises),
et de trois volcans éteints : les Deux-Mamelles, presque au centre de
cette chaîne, 773 mèt. d’altitude; la Grosse-Montagne, 730 mèt., dans

INTRODUCTION

IX

le Nord, et enfin le Houëlmont, 424 mètres. Ce dernier, avec les
mornes Dos-D'Ane. Hirondelle, Caraïbe et Citronnier, forme un petit
massif situé un peu à droite et en dehors de la direction générale du
sud au nord et se rattache à la Soufrière par le col de Gourbeyre.
La Soufrière , avec le Nez-Cassé, la Grande-Découverte, 1466 mèt.,
le morne de YEchelle, la montagne de la Madeleine, et. plus loin, les
quatre pics du Sans-Toucher , 1480 mèt., forment le grand massif du
Sud-Est de l'ile et en occupent environ la demi-superficie. A partir
du Sans-Toucher , les montagnes s’abaissent graduellement, mais
forment encore quelques mornes importants, comme celui du Sauf de
la Bouillante . 422 met. ; la Montagne aux Pailles ; le Bel-Air. 864 mèt. ;
la Montagne. Beaugendre, 645 mèt.; la Montagne Saint-Jean. qui
sépare les deux bras de la Grancle-Bivière à Gogave ; la Couronne.
800 mèt.; le Piton Guyonneau , 700 mèt. ; Baille-A rgent, 610 mètres.
Les derniers points élevés dans le Nord sont: Va Grosse-Montagne et le
Piton de Sainte-Rose , qui vont terminer l’ile, en formant tantôt un
littoral plat et sablonneux, tantôt des promontoires peu considé­
rables; la pointe la plus avancée prend le nom de Feinte-Allègre .
Les deux versants de cette chaîne, sillonnés de vallées, arrosés par
70 rivières, couverts de forêts vierges, connus seulement par les
chasseurs intrépides et. dans certains endroits, par de hardis contre­
bandiers de tafia, le botaniste doit les parcourir, les sonder, les scru­
ter, pour découvrir les richesses végétales que la Providence y a
entassées.
Le versant occidental diffère beaucoup du versant oriental. Celui-là
est moins large, plus proche des sommets ; ses mornes sont plus éle­
vés, tantôt très roides, tantôt abrupts; le littoral maritime y est ou
rocheux et abrupt, ou bas et marécageux ; les rivières qui s'échappent
des hauteurs forment des sauts et des cascades, roulent dans des lits
très encaissés sur un fond rocheux ou argileux, laissant à nu leurs
bords escarpés, formés de basaltes, de porphyres et de laves durcies.
En temps ordinaire, un grand nombre de ces cours d'eau sont à sec;
pendant l’hivernage, ils se changent en torrents impétueux. La rivière
Du Plessis, entre Le Bailli/' et les Vieux-Habitants , la Grande-Rivière
des Vieux-Habitants forment, à leur embouchure, des atterrissements
marécageux et malsains, mais riches en végétation ; la rivière de la
Petite-Plaine forme, non loin de son embouchure, une sorte d’étang.
Le bas de toute la côte occidentale est généralement sec, aride, très
pierreux; on y trouve des plantes particulières.

�X

INTRODUCTION’

En traversant l'extrémité Nord, depuis Deshaies jusqu'à Sainte-Rose,
on rencontre une série de petites rivières de peu d importance, à
l’exception de la rivière Madame. et on arrive sur le versant oriental.
Ici. la nature change complètement d'aspect. Les mornes descendent
en pente douce; les cours d'eau, beaucoup plus considérables et moins
fougueux dans le haut, coulent paisibles dans le bas. En déposant des
sables argileux, des laves pulvérulentes, des débris basaltiques, des
détritus mélangés à l'humus des grands bois, ils ont formé peu à
peu ces vastes plaines alluvionnaires, marécageuses, ces forêts de
palétuviers qui s'étendent sur toute la côte, depuis Sainte-Rose jus­
qu’au delà de Sainte-Marie. Le plus important de ces cours d'eau est la
Grande-Rivière à Goyave. Elle prend sa source au Sans-Toucher,
marche, dans la plus grande partie de son parcours, du sud au nord,
formant la seule vallée longitudinale de l'ile: elle reçoit sur sa gauche
le Bras-David, le Bras-Saint-Jean, séparé de la Grande-Rivière par la
montagne de Saint-Jean, le Bras-de-Sable, près de la Rivière-Chaude.
et enfin la Petite-Rivière. A environ G kilom. de son embouchure,
elle tourne brusquement vers l’est pour se jeter à la mer à travers
une forêt de mangliers ou palétuviers. Cette rivière, dont le bassin
seul occupe plus du quart de la superficie de la Guadeloupe proprement
dite, a trois embouchures et forme un delta dont les alluvions aug­
mentent tous les ans de 10 à 13 mètres. Ces palétuviers, dont le principal
côté utile est d abriter les cultures de l’intérieur contre 1 air salin de
la mer, sont un milieu de pullulation microbienne, de multiplication
pour les moustiques et les maringouins, qui en rend l’exploration
dangereuse; leur végétation est très uniforme, tandis que celle des
plaines et des parties boisées situées en arrière offre à lherborisateur
une riche récolte.
Le reste de la côte, depuis la rivière de la Capesferre jusqu’à la
Basse-Terre, est sec, mais continue à être arrosé par d importantes
rivières. Sur le versant oriental. et près du bourg de Baie-Mahault,
on rencontre un grand étang, la Digue, entouré de collines et de
ravines boisées, fertiles en toutes sortes de plantes. Sur le plateau
boisé de Longmont à la Capesterre se trouvent deux grands étangs
encaissés : le Grand-Étang , à 394 mèt. d’altitude, de forme semilunaire. mesurant près d’une lieue de circonférence, et l’étang Zomhi,
de forme ovale et d'un tiers environ plus petit. Ces lacs ont des
déversoirs souterrains et donnent naissance à deux rivières : le pre­
mier à celle de Saint-Sauveur et l’autre à celle des Bananiers. C est

INTRODUCTION

XI

sur leurs bords et dans les bois environnants qu'on trouve les plus
belles et les plus luxuriantes fougères.
La G ran de -T e r r e a la forme d’un triangle triquèlre isoscèle; elle est
plus petite que la G u a d elo u pe pro pr em en t d it e . Son origine est due
aussi à des foyers volcaniques sous-marins, comme le prouvent les
roches basaltiques littorales de YAnse-Bertrand et de la Poin/e-desChâteaux , mais les éjections sont peu élevées et ont été couvertes
d’une couche calcaire, dont l’épaisseur, selon les calculs de Moreau
de Jonnès, varie entre 92 m. 84 et 387 m. 81. Cette terre offre un sin­
gulier contraste avec la Guadeloupe. C’est une vaste plaine fertile,
presque partout cultivée. Les seuls reliefs (pii vaillent la peine d'être
cités sont les Grands-Fonds, situés sur la partie méridionale entre les
Ahymes. le M orne-à-iEau . le Moule , Saint-François , Sainte-Anne,
le Gozier et la Pointe-à-Pitre. Ils sont formés de petits mamelons cal­
caires, tantôt presque nus, tantôt boisés, jetés çà et là par hasard et
sans ordre, variant d’une altitude de GO à 113 mètres. Ils sont séparés
les uns des autres, soit par des coulées recouvertes d’une couche
épaisse d’alluvion, soit par de petits marécages, soit par des gorges
étroites, et, dans certains endroits, par de grandes plaines. Les plus
pittoresques et les plus régulièrement formés appartiennent au Gozier.
La végétation de ces mornes est en général assez pauvre et uniforme :
les poiriers , les rnappous, les campêches, les hois-vinettes. les boisrouges, les Eugenia coriacea et axillaris y dominent. Le petit plateau,
entre Saint-Louis et l'Anse-Bertrand , les mornes du Petit-Canal et de
ses environs sont cependant très intéressants au point de vue bota­
nique, et l herborisateur y fait une ample provision.
Mais si l’intérieur de la Grande-Terre offre moins de ressources au
collectionneur, les bords de la mer, par contre, sont plus riches en
toutes sortes de plantes ; ils sont bien plus pittoresques, au point de vue
des sites, que le littoral de la Guadeloupe proprement dite. Depuis la
Pointe-à-Pitre jusqu’à la Pointe-Gris-Gris, on n'a qu’une série de palé­
tuviers (jui forment une lisière très large derrière laquelle s’étendent
des marécages occupés par des herbes coupantes et qui sont tout à fait
semblables à ceux du Lamcntin , à la Martinique, et de la Baie-Mahault.
Mais à partir de la Pointe-Gris-Gris jusqu’à la Pointe-Plate, entre PortLouis et VA use- Bertrand , le littoral change; il devient bas et sablon­
neux et offre une riche végétation toute spéciale, qui tranche fortement
avec celle des côtes marécageuses. De la Pointe-Plate jusqu’à la PetiteVigie, et de là jusqu’à la Grande-Vigie, point terminal de la Grande-

�INTRODUCTION
XII
Terre. et sur la côte nord-est jusqu'au Mont-Gozicr, on ne voit que

des falaises nues et grises, contre lesquelles une mer toujours furieuse
vient se heurter. Après le Mont-Gozicr. la côte s'abaisse pour former
une plage d’abord rocheuse, ensuite sablonneuse, et se prolonge
jusqu'aux rochers de la Couronne. De là. à la Pointe-des-Chàteaux,
le littoral, extrêmement intéressant par ailleurs, ne présente que des
roches à pic ou des amas de pierres sans végétation. Il n'en est plus
de même de la côte méridionale depuis la Pointe-des-Chàteaux jusqu’à
la Pointe-à-Pitre : celle-ci est généralement basse, parfois maréca­
geuse. Elle se relève au Petit-Havre pour former une série de falaises
boisées et des marécages peu étendus. Ces falaises, surtout celles du
Gozier, abritent une végétation particulière et riche en espèces.
La faible élévation de ses mornes et l'absence de forêts ne permettent
pas à la Grande-Terre d'avoir de puissants cours d’eau. Les quelques
rivières qui v existent méritent à peine ce nom et sont à sec pendant
une grande partie de l’année. Les pluies y sont moins fréquentes qu’à
la Guadeloupe proprement dite; aussi la sécheresse se fait-elle souvent
cruellement sentir. La végétation se ressent nécessairement de cet état
de choses et revêt, surtout pour les plantes herbacées, un cachet anor­
mal. Dans les grandes et profondes mares, qu’on a creusées autour
des habitations et dans les savanes, on trouve des plantes flottantes
très belles, qui protègent l’eau contre l'ardeur du soleil et la conservent
limpide. Il en est de même de quelques grands étangs, nourris par
des sources, comme celui du Cocoyer, près de l’usine de Ducliassaing
au Moule.
Les nombreux îlots du Grand et du Petit-Cul-de-Sac, ceux de SainteRose. ne recèlent aucune végétation sortant de l’ordinaire.
La D ésir a d e , île étroite, longue de 22 kilom., au nord-est de la
Grande-Terre, un peu en dehors de la courbe formée par les PetitesAntilles. est traversée d'une extrémité à l’autre par un plateau assez
élevé, dont le point culminant, le Morne-Frégate, a 280 mètres d alti­
tude. Sa côte orientale est taillée à pic; l’occidentale s’abaisse presque
partout en pente plus ou moins douce. L'ile entière est de formation
volcanique, comme la Grande-Terre, et recouverte d’une profonde
couche calcaire, qui fournit une excellente chaux. Cette couche est
plus épaisse du côté occidental et se montre parfois à nu, ce qui fait
que de loin l'ile ressemble à un immense rocher couvert d'un peu de
végétation. La partie plate et quelques endroits du plateau, comme
celui des Lataniers, contiennent une terre fertile, recouverte de sables

INTRODUCTION

XIII

calcaires. Les corosoliers, le cotonnier. les pois Bourcoussou (Dolichos
Lablab), les patates, le maïs et le manioc y réussissent bien. Le ruis­
seau de la ravine Cybèle, entre le bourg de la Grand'Anse et la
Léproserie , la rivière de la Léproserie et celle de la Pointe-du-Nord
sont à peu près les seuls cours d’eau qui }r existent; encore sont-ils
presque toujours à sec. La constitution géologique ne permet aux
arbres de devenir grands que dans les falaises et sur la plage occi­
dentale ; les flancs et le plateau sont plus ou moins couverts de grands
arbrisseaux et d’arbustes, dont un bon nombre appartiennent à des
espèces toutes particulières qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. La
flore de la Désirade a beaucoup d'analogie avec celle du plateau de
Port-Louis et des mornes du Petit-Canal. Dans les savanes pierreuses,
sèches et arides de la Léproserie, exposées au grand vent de la mer,
on ne rencontre que des raquettes volantes et des tetes-d'Anglais. Le
gayac. qu'on dit avoir été commun autrefois, n’est plus représenté
que par trois ou quatre pieds.
L'ile de M a r ie - G a l a n te , au sud de la G u a d elo u pe , est de formation
calcaire et appartient, au même soulèvement que la Grande-Terre. De
forme circulaire et d'une circonférence de 83 kilom., elle se trouve
traversée du nord au sud par une petite chaîne de mornes, qui forment
deux petits plateaux. Le premier, d'une altitude de 100 mètres, va
jusqu'à la rivière du Vieux-Fort ; le second, depuis cette rivière jusqu'à
celle de Saint-Louis , présente comme point culminant le MorneConstant, qui ne dépasse pas 20o mètres. La côte de l’Est ou la
Côte-du-Vent est formée de falaises à pic : le littoral du Nord,
entre la Pointe-de-Ballet et la Pointe-du-Xord. est couvert de palétu­
viers et de grands arbres, les mêmes qu'on rencontre dans les maré­
cages du Lamentin ; le reste de la côte est généralement bas et
sablonneux. Le sol est fertile et cultivé, sauf en quelques flancs par
trop pierreux et trop abrupts. La plaine boisée et sablonneuse de
Folle-Anse, entre Saint-Louis et le Grand-Bourg , est extrêmement
intéressante et à peu près le seul endroit où l'on puisse collectionner
quehjue chose de nouveau. Le reste de la végétation de l’ile est assez
exactement celle des mornes calcaires des Grands-Fonds.
Le groupe des S a in t e s , composé de huit îlots, d'une étendue très
inégale, est formé de deux volcans qui se sont éteints avant que leurs
éjections aient eu le temps de combler les passes qui les séparent. Le
sol. semi-argileux, semi-calcaire, est généralement sec et aride. Les

�XIY

INTRODUCTION

deux principaux îlots, la Tcrrc-de-Haut et la Tcrre-de-Ras, ont une
végétation un peu différente. — La première et la plus grande est domi­
née par le morne du Chameau (316 met. de haut), très abrupt du côté
de la mer. Il est maigrement boisé par des arbrisseaux et de petits
arbustes; dans le Nord, c'est-à-dire au Marigot et à la Grande-Anse,
le littoral est plat et marécageux. Par ailleurs, on rencontre beaucoup
de mancenillicrs. de poiriers et quelques mappous. — La Terre-dc-Bas
est plus boisée et nourrit de grands arbres : la partie plate est peu
considérable et a le même sol que la Terre-de-Haul ; la partie morneuse est couverte de pierres basaltiques; on y trouve en masse plu­
sieurs espèces d’épiniers, des Mammea humilis. le petit, bois vert
(,liochefortiü cuneata). En général, la flore des îlots des Saintes se
rattache beaucoup à celle des coteaux secs du Vieux-Fort à MarieGalante.
LA MAHTINIQUE

La M a rtin iq u e , un peu plus étendue que la Guadeloupe proprement
dite, est entièrement volcanique comme celle-ci. Elle a la forme d'un
parallélogramme irrégulier, avec des échancrures très profondes, et
peut être considérée comme composée de deux massifs, qui diffèrent,
au point de vue végétal naturel, presque autant que la Guadeloupe
diffère de la Grande-Terre.
Le plus élevé des massifs occupe le Nord, l'autre le Sud de lile. Celuilà est formé de deux volcans éteints : la Montagne-Pelée (1.330 mèt.
d'altitude), dont l'aire embrasse treize mornes, et les Pitons-du-Carbet
(1.207 mèt.), avec trente-un mornes principaux. Ils sont reliés par le
plateau du Morne-liouge, les montagnes qui entourent le ChampFlore. les montagnes de la Grand'Anse, du Lorrain et les mornes des
Deux-Choux. Ces deux massifs forment ensemble deux versants bien
distincts à l’occident et à l'orient.
Le massif du Sud, de formation beaucoup plus ancienne, est consti­
tué par quatre volcans éteints : celui de la Plaine , renfermant le
plateau de ce nom et six mornes principaux, celui des Roches-Carrées,
auquel s'adossent quatre mornes, celui du Vauclin (-300 mèt.), qui est
isolé, et enfin celui du Marin.
Les deux massifs se touchent par l'intermédiaire des collines et plaines
(jui s’étendent entre la baie du Lamentin et la baie du Galion. Le massif du
Nord est le plus important et donne naissance à cinquante rivières, sur
soixante-quinze que I on compte dansl'île. Ses quarante-quatre mornes,
avec leurs ramifications, ses nombreuses vallées, ses profondes ravines

INTRODUCTION

XV

sont couverts de grands bois et. représentent fidèlement la partie mon­
tagneuse et boisée de la Guadeloupe. Ses côtes seules diffèrent. Depuis
Fort-de-France jusqu’au Prêcheur, et de là, en doublant le cap SaintMartin et en suivant le bord oriental, jusqu’à la Trinité, le littoral pré­
sente tour à tour des plages sablonneuses et plates, des falaises à pic
et des pentes abruptes, il est toujours sec, nulle part marécageux, et
présente peu de découpures. Les cours d’eau ne forment pas d’atter­
rissements.
Le sud de la Martinique, malgré ses reliefs, constitue la partie basse
de l'île. Les cours d'eau v sont moins considérables et moins lonirs. à
l'exception de la rivière la Lézarde, la plus grande du pays et qui
prend sa source dans le massif des Piions-du-Carlet. Ses côtes
sont généralement plates et marécageuses. Les cinq rivières qui
débouchent dans la vaste baie de Fort-de-France y ont formé, par
l’apport des détritus, des atterrissements considérables qu entoure une
bande, tantôt très large, tantôt moins large, de palétuviers. Cette région
est sillonnée par de nombreux canaux, dont deux seulement sont
navigables. La flore y est la même que celle de tous les mangliers des
Antilles. Les marécages des Anses-d'Arlei sont peu étendus, mais
nourrissent un grand nombre de Cypéracées particulières; les atterris­
sements du canal de la Rivière-Pilote sont assez importants et pro­
duisent des Glumacées rares; sur le côté gauche de la baie du Marin,
on rencontre beaucoup de roseaux; dans les palétuviers du François,
du Robert et de la baie de Galion, le botaniste peut récolter quelques
plantes rares. Les îlots du François sont secs, arides et d'une végéta­
tion pauvre; ceux de la baie du Robert ne fournissent, entre beaucoup
d'autres plantes très ordinaires, que des mancenilliers, des poiriers et
des savonnettiers.
L’extrémité sud de la Martinique est formée par une presqu'île recour­
bée et resserrée entre la baie du Marin et le Cul-de-sac-Ferré ; ses
reliefs sont constitués par des mamelons calcaires brisés. Leur forme
et leur végétation sont très analogues à celles des Grands-Fonds-duGozier. Les salines et la plaine connue sous le nom de Champ-dePétrification , faisant suite aux mornes, sont presque dépourvues de
végétation.
La presqu'île de la Caravelle, dont la première moitié, plate et
riche en cultures, s’appelle la Tartane, se termine par un petit massif
assez élevé, formé d’amas de pierres basaltiques et calcaires au milieu
desquelles s’élève un phare. Les arbrisseaux et les petits arbres, qui

�XVI

INTRODUCTION

poussent entre ces pierres, forment une végétation riche en espèces et
marquée d'un cachet tout spécial ; elle ressemble beaucoup à celle de
la Désirade.
Outre les nombreuses mares qu’on a été obligé de creuser, surtout
dans le Sud de 1île, et dans lesquelles végètent presque toujours des
plantes très intéressantes et souvent très rares, il v a à la Martinique
deux lacs : celui du cratère éteint de la Montagne-Pelée (de 150 mètres
de circonférence), et le lac Larcher (étang), au pied des Pitons-du('arhet. En fait de végétation, ils ne recèlent rien de particulier.
Bien que le sol de la Martinique soit en général composé de laves
argileuses et spathiques, de ponces scoriacées et argilo-ferrugineuses.
de tuf volcanique siliceux, de divers calcaires, de basaltes, de minerais
ferrugineux, on voit cependant que la région de la Montagne-Pelée,
les flancs et les plaines arables qui en dépendent, contiennent une
terre essentiellement ponceuse, légère, et par conséquent très per­
méable, tandis que les quartiers de la Trin ité, du La men tin , du Sa intEsprit et du Robert sont revêtus de terres argilo-ferrugineuses,
grasses et fortes.
CLIMAT, HUMIDITÉ
Le plus ou moins de végétation et le cachet particulier de la flore
de chaque région dépendent d'une multitude de causes, dont les prin­
cipales sont : la constitution des terres, la direction et la variation des
vents, la configuration des accidents telluriques, les conditions cli­
matériques, l'altitude, la situation particulière des montagnes et la
projection de leurs ombres, le voisinage des autres îles, la forme parti­
culière des mornes, les variations de température, etc. De quelque
point de vue que I on considère nos deux îles, elles ont été très favori­
sées par la Providence et n’ont rien à envier aux pays les plus riches
du monde.
Elles sont placées sous les tropiques, c est-à-dire dans une zone
chaude qui, dans nos îles, varie entre 50° et 32° c. au maximum, entre
20° et 22° au minimum. Par leur constitution géologique et minéralo­
gique, elles ont tous les éléments d un sol fertile et varié; par leur
configuration, qui présente des montagnes élevées, des plaines et des
plateaux secs ou humides, des vallées profondes, étroites ou larges, des

INTRODUCTION

XVII

pentes abruptes ou douces ; par la forme conique des mornes, qui
augmente Taction sur les nuées électriques, elles ont été admirable­
ment disposées pour une végétation, non seulement des plus exubé­
rantes, mais encore des plus variées. De plus, leurs productions
portent une caractéristique particulière dont il faut chercher la cause
dans 1 humidité dont l'atmosphère est presque constamment imprégnée.
En raison de leur situation au milieu de l'océan, dont l'évaporation,
selon les calculs des savants, porte sur plus de 33 millions de tonnes
d’eau par degré carré; à cause de leur exposition à des vents variables
qui poussent les vapeurs et les brumes de la mer vers les montagnes,
où elles se condensent en même temps que les vapeurs qui se dégagent
des rivières, lacs, mares et marécages, il n'est pas étonnant que ces
îles, sur 363 jours de l'année, ne comptent en moyenne que 66 jours
où la pluie fasse défaut sur un point quelconque de leur surface et où
l'hygromètre n accuse que 65° au lieu de 93° maximum. 11 en résulte
qu'à la Guadeloupe et à la Martinique il fait deux fois et demi plus
humide qu’en France.
L influence de cette humidité, combinée avec la chaleur, se fait sentir
d’une manière très appréciable sur le développement des nombreuses
Phanérogames herbacées, notamment chez les Cvpéracées, les Grami­
nées, les Broméliacées, les Orchidées terrestres, les Aroïdées épiphytes,
les Convolvulacées, les Labiées, les liubiacées et Cordiacées. Mais elle
se manifeste d'une manière saisissante dans l’expansion exubérante des
Cryptogames; et, parmi celles-ci, elle impressionne surtout les Fou­
gères, les Lveopodes. les Mousses et les Champignons. La Guadeloupe
et la Martinique, plus que toute autre île, sont le centre privilégié de
formation des Fougères et des Lveopodes.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES EN ZONES
En parcourant les bords de mer, les flancs des montagnes et les
hauteurs dénudées, on peut aisément assigner à nos deux îles cinq
régions végétales offrant chacune une flore distincte :
I. Région maritime.

Elle embrasse cette partie de la mer peu profonde, plus eu moins
chauffée par le soleil, sablonneuse ou vaseuse, qui avoisine les terres;

�XVIII

IN T II OI) UCTIO N

elle contient en abondance, outre les nombreuses Algues, deux Phané­
rogames stolonifères, complètement immergées et formant un gazon
maritime souvent très épais. Ce sont : Ruppia maritima et Thalassia
testudinum, de la famille des Xaïadées.
II. Basse région ou région champêtre.

Elle commence au niveau de la mer, s'élève jusqu’aux grands bois
à une altitude moyenne de 500 mètres et constitue, à l’exception des
environs du Camp-Jacoh et du Matouba, où l'homme est allé s'établir
plus haut, la zone habitée et cultivée. Elle renferme à elle seule les
quatre cinquièmes des espèces végétales. En tenant compte de la
variété du sol qui les produit, on peut y distinguer huit sortes déflorés
spéciales :
1° Flore du bord de mer sec.
Elle embrasse toute la bande littorale, tantôt sablonneuse et plate,
tantôt rocheuse et madréporique, arrosée ou inondée par l’eau de mer
et exposée directement à l’influence de l’air salin. Ses végétaux se
caractérisent par leurs feuilles épaisses ou coriaces et souvent succu­
lentes, par une coloration grise ou peu vive. Les principales espèces
sont :

Tournefortia gnaphalodes, Strumpfia marilima, Fimbrislylis spathacea, Philoxerus vermiculalus, Suriana marilima, Liihophila muscosa, Bor­
ne hta arborescens. — Ces espèces, le plus souvent enracinées dans les

pierres et roches madréporiques, où elles reçoivent l'eau de mer, fleu­
rissent toute l’année.
Sesuvium portulacastrum, Scævola Plumieri, Ileliolropium curassaricum,
Sporobolus virginica et littoralis, Tephrosia cinerea, Thespesia populnea,
Peclis hnnxifusa et carthusiana, Hecastophyllum Brownei, Vinca rosea ,
Giulandina Bon duce lia, Bonlia daphnoides, Cah île ;egnalis, Euphorbia
buxifolia, Ipomea pes-capræ, Trianihemum monogynum , MêlanIliera
delloidea, Dodoiuea viscosa, Canavalia obtusifolia, Porlulac apilosa, Opun­
tia Tuna et spinosissima, Tribulus cisloides et maximus, Cyperus hrunneus,
viscosns, etc. — Ces espèces croissent sur le littoral maritime sablonneux
accidentellement arrosé par l’eau de mer; quelques-unes se rencontrent
aussi un peu à l’intérieur.
Morisonia amencana, Myriosma buxifolium. Elæodendron dioectim,
Eupalorium integrifolium, Capparis Breynia et jamaicensis, Mitreola

petiolata, Gymnogramme lartarea, Celtis aculeata, Ximenia americana,

1NT II O DUCT 10 X

XIX

Melocaclus commuais, Solanum igneum cl racemosum, Jacguinia armillaris,
Drypetes alba, llheedia lalcri/lora, Conlia alha, Parkinsonia aculeata,
Eugenia aæillaris, etc. — Ces espèces poussent le plus souvent dans

les falaises abruptes du bord de mer.

Egleles domingensis, Erigeron jamaicensis, Evolvulus nummularius. —

Ces espèces forment gazon, soit près du bord de mer, soit un peu à
l’intérieur.
2° Flore des palétuviers ou mangliers.
Les végétaux propres à cette station sont, le plus souvent, des
arbres et des arbrisseaux. Ils ont toujours leurs racines plongées dans
l'eau salée ou demi-salée, ou sont souvent inondés par l’eau de mer.
Voici les principaux :

Laguncularia racemosa, Bhizophora Man g le, Aricennia nitida, Conocarpus crédits, Pavonia racemosa, Brachypleris borealis, Echiles ht fora,
Bignonia iequinoclialis, Drepanocarpus lunatus, Sesbania sencea et occidentalis, Pterocarpus Draco, Bignonia incarnata, Monlrichardia arborescens
et aculeata, Chrysodium vulgare. — Les sept dernières espèces se ren­

contrent aussi dans les marécages d’eau douce avoisinant les palétu­
viers.
3° Flore palustre des savanes et des bas-fonds marécageux ou tour­
beux, souvent boisés ou à demi boisés, &lt;7es endroits aquatiques et
des fosses remplies d'eau.

Elle se compose en majeure partie de hautes herbes, connues sous
le nom d’/ierôes coupantes, qui occupent de grandes étendues aux
Abym es , au Morne-à-l'Eau , au Lamentin , à Baie-Mahault, de moindres
étendues à Port-Louis, au Petit-Canal, à Marie-Galante (entre le bois
de Folle-Anse et VUsine-de-Relz.) l ’ne espèce d’herbe coupante, le
Cladium occidentale, si commune à la Guadeloupe, n’existe pas à la
Martinique. Les principales plantes qui la forment sont :

Bgnchospora aurea, Cladium occidentale, Scleria microcarpa, Fuirena
umhellata, Anona palustris, Pluchea purpurascens, Verbesina alata, Sparganophorus Vaillanti, Spilanlhes uliginosa, .Eschgnomenc sensitiva,
Caperonia palustris, Ammannin ladfolia et humilis, Neptunia p/ena et
pubescens, Mimosa asfiera ta, Jusssieua erecta, su/fruticosa, Jussieua linifolia, Calalhea Allouya, Ischnosiphon Arouna, Goniopleris scolopendrioides,
Hibiscus bifurcatus et sororius, Malvastrum alcifolium , Herpestis Monnieria, Conobea aguatica, Ilysanthes gralioloides, Ipomea martinicensis,
Lippia nodiflora, Die/fenbachia Seguine, Cyperus odoratus, Luzulæ , etc.,

�XX
in t r o d u c t io n
Aspidium unitum , Pteris grandifolia, etc., Polygonum acre, glabrum et
acuminatum.
i" Flore des étangs, mares, canaux, etc.

Elle est constituée par des plantes qui vivent essentiellement dans
l'eau. Ce sont :
Nymphæa amp la et Budgeana, Limnanthemun llumboldtianum, Nep­

tunia nalans, Pistra stratiotes, Ponlederia crassipes, Paspaluni dishc/ium,
Scirpus mutatus et plantagineus. Lirnnobium stoloniferum, Lemna minor,
Iponxea palustris, Fchinodorus cordifolius, Potamogelon fluilans et planta­
gineus, Panicum amplexicaule.
;i° Flore des mornes et pentes rocailleux, secs, boisés ou plus ou moins
Jxoisés, souvent couverts de pierres basaltiques, soit une partie du
massif de Houëlmont et de la Grosse-Montagne-de-Deshaies [sauf
les sommets, qui participent à la flore des grands bois), le morne
Gommier de la Pointe-Noire, le Gros-Morne de Deshaies, etc.
[Guadeloupe); les mornes des Roches-Carrées, la Plaine, le Gommier-du-Marin, les hauteurs rocheuses de la Rivière-Pilote, les hau­
teurs pierreuses de la Grande-Rivière [Martinique).

Elle contient beaucoup d'arbrisseaux et de petits arbres à bois dur,
peu de Cryptogames et de Glumacées. Les plus belles Orchidées, par
contre, sont l'apanage de cette station. Les végétaux qui y dominent
sont :
%
Exca-caria caribæa, Myginda lalifolia, Pilhecolobium micradenium,

Pithecolobium fi lie ifolium, Schnella splendens, Desmanthus virgalus,
Cereus triangularis, Jacquemontia tamnifolia, Brunsfelsia fallax, bijndendru ru ciliatum, Oncidium allissimum, Hrassa vola cucullala et nodosa,
Guetlarda scabra etparvifolia, Slenoslomum aculatum et visçosum. Justifia
euslachiana et carthagincensis, Erylhroxylum oralum, Talinum quadrangulare, Plumiera alba, Casearia parvifolia, Peperomia acuminata et clusiæfolia, Olyra paucifiora, Pharus fatifolios et g la-ber, Cheilanlhes radiata et
elongata, Ilemioniiis palmala, etc.
b" Flore des endroits calcaires, soit les Grands-Fonds, la Désirade,
Marie-Galante, le plateau de Port-Louis, les mornes du Petit-Canal
Guadeloupe), les mornes de Sainte-Anne et le massif de la Caravelle
[Martinique).

Elle contient beaucoup d'arbrisseaux, de grands arbustes et de
petits arbres, un assez grand nombre de plantes herbacées et très peu
de Fougères. Les végétaux propres à ces endroits sont :

INTRODUCTION

XXI

Amyris marilima, Stylosanthes procumbens, Antacanthus microphi/Il us,
Fugenia pal lens cl liguslrina, Borrera verlicillata, Morinda citrifolia,
Malpighia coccigera, Byrsonima lucida, Malpighia anquslifolia, Canella,
alba, Pedilanthus lithymaloides, Dipholis nigra, Ernodea littoralis, Forestiera rhamnifolia, Fupatorium canescens, Baccharis dioica, Galaclia
anquslifolia', Condalia ferrea, Bumelia cuneata, Acrodiclidium salicifolium,
Comocladia il icifolia, Cassyta americana, Euphorbia heterophylla, Euphorbia Berleroana, Phyllanthus falcalus, Aneimia adianlifolia, Aneirnia
lurla, etc., Pisonia subcordata el'fætida, Thrinax harbadensis, Asplénium
dental um.
7° Flore des côtes arides, sèches, pierreuses, point ou peu boisées, soit la
côte occidentale entre la Basse-l’erre et Deshaies, certaines pentes du
Vieux-Fort, en majeure partie les mornes des Saintes [Guadeloupe),
la côte entre le Carbet et Case-Navire, celle du Diamant et de SainteLuce, la grande pente du Gros-Morne, du Diamant, etc. (Marti­
nique)i.

Pendant la saison sèche, ces côtes paraissent comme brûlées par le
soleil et toute végétation est arrêtée; les arbres et arbrisseaux surtout
perdent leurs feuilles. Les plantes qu’on y trouve sont peu nombreuses,
mais portent un cachet tout particulier. Ce sont ;
Corchorns sihquosus, Malvastrum spicatum et tricuspidatum, Sida urens,
hamulosa et jamaicensis, Ahulilon crispum, Bastardia viscosa, Ibatia

muricata, Tobinia trifoliala, Cracca caribæa, Gluetocalyx vincentinus,
Piscidia erythrina, Calliandra purpurea, Calotropis procera, Dicliptera
rnartinicensis, Pectis linifolia, Gomphia lucida, Lanlana salvifolia, Melochia
tornentosa, Melochia pyramidata, Melochia nodiflora, Pithecolobium
unguis cali, Poiybœa corensis, Hèliotropium frutescens, Cassia polyàdena,
Evolvuliis sericetis, Cereus Curtisii, Anona squamosa, Borrera spinosa,
Panicum diffusant, Bouteloua litigiosa, etc.
8° Flore des terres quelconques non comprises dans les sept stations
précitées.

Elle est de beaucoup la plus riche en genres et en espèces; elle
embrasse, outre les plantes des grandes et petites cultures, les plantes
potagères, les herbes, arbrisseaux et arbres d’origine étrangère, environ
le quart de la végétation insulaire. Elle se distingue surtout par le
grand nombre de plantes médicinales et fourragères. Les familles
des Labiées, Crucifères, Scrofularinées, Continuées, Papavéracées,
Düss. — Plantes Guadeloupe et Martinique,

II

�XXI

INTRODUCTION

Asclépiadées, Apocvnées, Polvgalées, Nyctaginées, Plombaginées,
Hippocraléacées, Yerbénacées. Crassulacées, Ampélidées. Bixinées,
Liliacées et Iridées n’ont leurs représentants que dans ce terrain ; les
Malvacées. Solanées, Acanthacées, Borraginées, Bignoniacées, Gesnériacées, Dioscorées, Composées, Rubiacées et Légumineuses herba­
cées, les Graminées. Cypéracées et les Fougères en fournissent la
majeure partie. Ne citons que quelques grands arbres :
Genipa americana, Ilymenæa Courbaril, Jfammea americana, Tecoma
pentaphylla, I/iira crépitans, Eriodendroii anfractuosum, Cordia Gerascan-

thus, Cordia Collococca, Cedrela odorat a, Crescentia Cujete, Melicocca
bijuga, Persea gratissima, Me lia sempervirens, Ficus crassinervia et
pallida, Sapota Achras, Sideroxylon maslichodendron, etc.
III. Région des grands bois ou région moyenne.

Elle commence à une altitude de 500 mètres et embrasse tous les
bois à haute futaie jusqu’à, une élévation variant entre 800 et 1000
mètres. Sur le versant oriental (les bois de Sainte-Rose, de Sofaya , de
la Racine-Chaude et quelques vallées des Pitons-du-Carbet, à la Marti­
nique), les forêts descendent au-dessous de 500 mètres et participent
de la flore de la région inférieure. C'est la zone des forêts vierges, celle
où la végétation étale un luxe et une beauté qui étonnent l’homme le
plus indifférent. Une couche toujours humide et épaisse d’humus
donne aux arbres une ampleur et une hauteur majestueuses. Les
Crvptogames protégées par 1ombre contre l’ardeur du soleil, les
plantes épiphytes de toutes sortes poussent avec une vigueur extraor­
dinaire, couvrent les branches et les troncs des arbres vivants et
envahissent les vieilles souches et les bois tombés de vétusté. C’est là
qu'il faut chercher la plupart des arbres qui fournissent du bois de
construction, des essences et du tanin. Nous ne mentionnerons que
les plus importants :
Magnolia Plurnieri, Sloanea Massoni el caribæa, Hernandia sonora, Byrsonima spicata el læviyata, Bunchosia glandulifera, Guarea Perrotelii el
Swartzii, Acrodicilidium sericeum, Iiirtella triandra , Oxandra laurifolia,
Amanoa caribæa, Meliosma Herbertii el Pardon i, Styrax glaber, Turpinia occidentalis, Dussia martinicensis, Richeria grandis, Nectandra païens,
coriacea, Ocotea metnbrenacea, Prunus occidentalis et sp/uerocarpa,

Guatteria Ouregou, Cicca anlillana.

C’est là qu’on récolte les belles Aroïdées à larges feuilles, les Orchi-

A mesure qu’on s’élève dans les grands bois, on voit que la taille
des arbres diminue peu à peu, que les pentes deviennent plus rapides,
que la température s’abaisse graduellement, que les vents commencent
à se faire sentir, que la terre végétale est moins sèche, lavée ou
entraînée qu elle est par les pluies, que les plantes épiphytes sont
moins nombreuses et moins exubérantes. On arrive alors dans ce
qu’on peut appeler la région de transition ou région des bois à petite
futaie. Sa limite inférieure se confond avec les grands bois; la supé­
rieure est bien tracée et se termine là où les Sphaignes commencent à
se montrer. Bien que la végétation en général soit celle des bois infé­
rieurs, on est cependant frappé de la présence de certaines espèces
d’arbrisseaux et d’herbes que l’on trouve partout et toujours à cette
altitude. Les principales sont :
Myrsine floribunda, Myrica mierocarpa, Charianlbus nodosus(2 varié­
tés), Miconia guadalupensis, Miconia globnlifera, Miconia coreacea, Miconia martinicensis, Ilcx montana, Freziera amplexifolia, Sciadophyllum
umbracuhferuni, Peperomia Balbisii, Clusia venosa, Verbesina hehanthoides, Myrcia defl ex a el Dussii, Eugenia Dussii, Kugenia Berteri, Eugenia berberis, Eugenia floribunda, Manettia calycosa, Hymenachne rigens,
Ryncbospora polyphylla , Machærium restioides, Aipbopfens serrulata,
Acrostichum Fêei el Plurnieri.
V. Région supérieure.

Elle embrasse les sommets, les plateaux et les flancs des plus hautes
montagnes, soit le cône et le plateau de la Soufrière , une partie de la
Savane à Mulets , le plateau de la Grande-Découverte, du Grand-SansToucher, la Savane aux Ananas (Guadeloupe), le morne de la Croixde-la-Montagne-Pelce (Martinique). Cette région est très nettement
tranchée et olfre un contraste extraordinaire avec l’ensemble de la
végétation précédente. Les grands arbres et les lianes variées sont
remplacés par une végétation rabougrie et uniforme. La température
y descend souvent assez bas et le thermomètre accuse une moyenne

I

�XXIV

INTRODUCTION

de 12° à 14°. A la Soufrière , pendant la saison fraîche et sereine, de
janvier jusqu en avril, on trouve souvent les feuilles chargées de givre
et de glaçons. Le sol est enveloppé d'une toison épaisse deSphaignes,
de Lycopodes et de Fougères. Du fond de cette couche, toujours
imprégnée d'eau et sous laquelle leurs racines trouvent une protec­
tion contre la violence du vent et de la pluie et aussi contre l'ardeur
du soleil, surgissent un petit nombre de Phanérogames d’une grande
beauté, remarquables parla vivacité de leurs couleurs, qui tranchent
fortement avec la coloration terne du reste de la végétation. Toutes
les plantes de cette région aérée, battues par des pluies presque quo­
tidiennes et tourmentées sans cesse par une brise froide et violente,
sont pourvues de feuilles rigides.
Un certain nombre de plantes, herbacées ou frutescentes, se ren­
contrent dans la zone inférieure tout aussi bien que dans la moyenne
et même dans la supérieure. De cette catégorie sont surtout :
Palicourea crocea, Arlhrostemma glomera(uni,ErythroxyIon squaniatum,
Panicum Sloanei, Hydrocotyle asialica, Mimosa pudica, Sauvagesia erecta,
Dieffenhachia Sçguine, Distreplus spicatus, Philodendrum giganteum,
Peperomia pellucida. Ergngium fœtidum , Chrysobolanus Icaco, JLoranthus
americanus, Wedelia carnosa, Bambusa anmdinacea, etc.
La flore indigène des Antilles se rattache évidemment à la flore du
continent américain et en particulier à celle de ces parties du Mexique,
du Honduras, de Panama, du Vénézuela, des Guyanes et du Brésil
équatorial formant le versant occidental. Un grand nombre des mêmes
espèces, qu'il faut principalement ranger dans les Fougères, les Orchi­
dées, les Glumacées, les Palétuviers, les Légumineuses herbacées et
frutescentes et dans beaucoup de grands arbres forestiers appartenant
à diverses familles, en sont une preuve. Elle tient à celle des EtatsUnis, surtout par les Graminées et Cypéracées. Le Pérou, l’Uruguay,
le Paraguay, la Colombie et l'Equateur n'y sont représentés que dans
une faible proportion.
Beaucoup de végétaux utiles et qui. pour la plupart, sont mainte­
nant naturalisés, ont été introduits dans le passé par les colons, les
travailleurs africains et indiens; d'autres ont été répandus par les soins
des Chambres d'agriculture, par les Jardins botaniques de la Trinidad,
de la Jamaïque, de Cuba, de la Martinique et de la Guadeloupe ;
d'autres encore ont été implantés par des hommes intelligents, désin­
téressés et soucieux du bien-être et de la prospérité de leurs pays.

INTRODUCTION

XXV

Nous indiquerons, dans une liste particulière, les noms des plantes
utiles et ornementales dont 1 île s’est enrichie.
La flore de la Guadeloupe, en raison de son étendue plus considé­
rable, de ses montagnes plus élevées, de sa température plus variée, et
aussi parce que les déboisements ont été poussés moins loin, est très
sensiblement plus riche que celle de la Martinique. De ces superbes
arbres, comme le palétuvier jaune, le palétuvier gris ou carapate des
bois, du bois bandé, du bois graine-violette, du bois de lan, du boisnégresse (Diospyros ebenaster)^ de plusieurs grands lauriers, qui tous
fournissent des bois de charpente, d’un assez grand nombre de Fou­
gères et d’Orchidées terrestres, communes dans les hauteurs, on ne
trouve pas trace dans lile sœur.
FLORAISON
Le propre de la végétation tropicale est de produire toujours et
simultanément des feuilles, des fleurs et des fruits, grâce à la chaleur
qui entretient une activité végétale incessante. Il en résulte que. quel
que soit le jour de l’année où il herborise, le botaniste trouve tou­
jours une récolte à faire, avec plus ou moins d abondance, dans
quelque lieu qu'il se dirige. Une sécheresse prolongée seule peut
mettre obstacle à cet ordre de choses.
Il y a cependant un printemps végétal, qui. comme celui d Europe,
commence généralement en mars et finit en juin. C’est la saison pen­
dant laquelle presque tous les arbrisseaux et la plupart des grands
arbres se parent de fleurs. Après l’hivernage, ou temps des grandes
pluies (qui officiellement dure du 13 juillet au 13 octobre), il y a une
seconde montée de sève, celle de septembre ou d octobre jusqu'en
décembre : c’est l an ière-saison, pendant laquelle fleurit et fructifie tout
ce qui, dans la première saison, est resté à l'état de repos. Ces deux
règles souffrent de nombreuses exceptions. Les lauriers, le carapate des
grands bois et quelques Me'lastornacées choisissent pour fleurir l une ou
l'autre saison, ou n’ont pas d’époque déterminée. Les Miconia, les
Psyc/iptria pedunculapis , crassit et parasitica , le Syntphysia guadalupensis, Vllex montana . le Brossæa anastoniosans, le Viola stipula ris ,
les Freziera et Ternstrœmia ; les palétuviers : Rhizophora Mangle,
Avicennia nitida , Conocarpus erectus, le Cordia Sebestana , le Bigno-

�XXVI

INTRODUCTION

nia stans, le papayer et le cocotier, les Malvacées suffrutescentes et
quelques frutescentes, comme les Malvastrum et les Sida, plusieurs
Hibiscus, la Irès grande majorité des plantes herbacées fleuriss'ent

toute l'année, tandis qu il est extrêmement rare de trouver les Heurs
du bambou et de certaines Mvrtacées des hauteurs éventées.
Les Thrinax . le gayac. les cerisiers du pays produisent deux ou
trois fois par an; la Sloanea caribæa, les Meliosma Herhertii et Pardoni (« bois de sept ans » à la Martinique), les vieux pieds de courbaril ne fleurissent que tous les trois ou quatre ans.
NOMS VULGAIRES OU VERNACULAIRES

La plupart des plantes de la région habitée et beaucoup de celles des
grands bois portent des noms vulgaires, qui leur ont été imposés parles
planteurs, les médieastres, les panseurs, les quimboiseurs (sorciers),
les coupeurs de bois et les chasseurs. Les mieux connus sont les
végétaux qui servent pour la médecine domestique, pour l'alimen­
tation des animaux, pour la charpente, la menuiserie, la tablette­
rie. etc.
Rien de plus incertain que ces noms vulgaires : ils changent d’une
localité à une autre, à plus forte raison d'une île à l’autre. Ainsi le
Wedelia carnosa s'appelle à Gourbeyre « patte-de-canard », à cause
de la ressemblance de sa feuille trilobée avec la patte de ce palmipède;
au Camp-Jacob, il reçoit le nom de « fleur-soleil », à cause de ses capi­
tules à fleurs radiées; aux Trois-Rivières, la même herbe est nommée
« herbe-à-lapin », parce que cette bète en est friande. Ce qui à la
Martinique est un bois « crécré » est connu h la Guadeloupe sous le
nom de « bois-côtelette », et le « bois-côtelette » des Martiniquais
devient le « bois carré » des Guadeloupéens.
Une quarantaine de plantes cependant portent, non seulement dans
les différents quartiers de notre île, mais encore à la Martinique, les
mêmes dénominations pour désigner les mêmes espèces. Soit les noms
de ; poirier, campêche, fromager, sablier, galba, cachiman blanc et
rouge, corosol. pomme-cannelle, gayac. goyavier, prune Monbin, prune
d'Espagne, pomme Cythère, sapotillier, abricotier, suyan ou surian,
mancenillier, calebassier, kennetier, pomme d’acajou, bois blanc,

INTRODUCTION

XXVII

gommier blanc, gommier rouge, balai doux, savonnettier-bord-de-mer
pois à gratter, ortie, pied-poule, surelle et surette, pomme rose, char­
don béni, patate-bord-de-mer, raisinier-bord-de-mer.
On désigne, sous le nom collectif de « collants » ou « cousins » , des
plantes qui, quelle que soit la famille à laquelle elles appartiennent,
produisent des fruits gluants ou pourvus soit de piquants soit
de poils par lesquels ils s’attachent aux objets qui les touchent
(1 i espèces). On désigne de même sous les noms :
De « gratte-jambes », de « crocs-chiens », des arbrisseaux à
branches pendantes, pourvues de piquants (5 espèces) ;
D « épiniers » ou d’« épineux », des arbrisseaux ou arbres droits,
munis de piquants forts (7 espèces) ;
De « caca-ravet », des arbrisseaux ou petits arbres à fruits très
petits (3 espèces);
De « citronniers » ou de « bois-citron », des arbres à fruits ronds de
la grosseur d'une graine de poivre (4 espèces) ;
De « merisiers », des arbres et des arbrisseaux à fruits pulpeux,
du volume d'un pois ou d’une petite cerise (15 espèces);
De « bois-café », de « café bâtard », « café-montagne », « café-mar­
ron », des arbres et des arbrisseaux qui portent des fruits ayant la
forme et le volume d’une cerise de café cultivé (10 espèces);
De « bois d’olive », des arbres ou des arbrisseaux à fruits peu pul­
peux, de la forme et de la grosseur d’une olive de France (i espèces);
De « bois-pistolet », des arbres dont les fruits capsulaires s’ouvrent
avec fracas (4 espèces);
De « mauricipres » ou « mauricifs » (« bois-tan » à la Martinique),
des arbres dont l’écorce sert pour le tannage (3 espèces) ;
D « herbes en-bas-feuilles », des Phyllanthus et des Euphorbia
dont les fleurs naissent à Faisselle des feuilles ou sous les feuilles
(9 espèces);

De « bois-côtelette », «bois-côte », « bois carrés », des arbres et des
arbrisseaux dont les branches ont quatre angles ou dont les troncs
ont des côtes ou des anfractuosités (I I espèces) ;

De « balai-savane», les sous-arbrisseaux à tiges flexibles et minces
dont on fabrique des balais grossiers (15 espèces), etc.

On comprendra sans explication ce que signifient ; « herbe à lapins »,
« herbe à vaches », « oreille-mouton », « langue à bœuf », « bois à
agouti », « liane à serpent », « liane rude », « liane douce », « patate
marron », « igname marron », « herbe à pisser », « herbe à tisane »,

�XXVIII

INTRODUCTION

« herbe aux sorciers », « oseille-bois », « herbe à miel », « cachimlmbàtons », « piment-vache », « bois-cabrit », « guérit-tout » , etc.
DIFFICULTÉS D'HERBORISATION
Dans les pays tropicaux, pour herboriser sérieusement, il ne suffit
pas de se munir d'un couteau, d’un instrument à fouiller et d’une
boite de Dillenius : il faut avoir à sa disposition une presse portative
dans laquelle on met, sitôt après les avoir cueillies, les plantes à fleurs
caduques, tendres et délicates. En outre, on doit être accompagné
d'un guide solide, armé d’un coutelas ou d’un sabre, instrument indis­
pensable pour ouvrir des chemins, et d’une hache, pour abattre les
arbres élevés et à tronc lisse sur lesquels il est impossible de grimper pour se procurer les fleurs ou les fruits. Ici, je demande pardon à
qui de droit, si, sans permission préalable, j’ai dû faire coucher par
terre une quarantaine d'arbres disséminés dans les forêts les plus
denses, pour arriver à une récolte complète. Il le fallait : c’est mon
excuse.
Ramasser les plantes n’est pas le côté le plus pénible : les presser
et les conserver ensuite, l'humidité étant toujours très grande, est
chose bien autrement difficile. On comprendra aisément combien de
soins et de patience nécessitent la dessiccation et l’empoisonnement
de toutes ces herbes grasses et succulentes, de ces fruits pulpeux, qui
deviennent si facilement la proie des vers.
En terminant, je suis heureux d'avoir une occasion d’exprimer ici.
publiquement, avec mes hommages respectueux, mes plus chauds
remerciements à MM. les Curés de la Guadeloupe, de la Grande-Terre
et de la Martinique, pour la bienveillante et généreuse hospitalité que
tous, sans exception, dans un esprit admirable de fraternité, m’ont
accordée, et sans laquelle, vu mes faibles ressources, il m’eût été
impossible d'accomplir le travail d'herborisation que je m'étais proposé.
Je remercie également M. le professeur Ileckel des soins spéciaux
qu il a bien voulu donner à mon œuvre pour en augmenter la perfec­
tion et pour la mise au point des descriptions. En ce qui touche aux
notes, relatives à l'emploi des plantes, qu’il a ajoutées à mon texte, en
1éclaircissant, enfin pour la sollicitude particulière dont il a entouré
la composition matérielle de ce travail et la correction des épreuves,
je ne saurais trop lui témoigner ma gratitude.

PLA N TES

DE LA GUADELOUPE
ET DE LA MARTINIQUE
I. DICOTYLÉDONES
PREMIÈRE FAMILLE.

— RENONCL LACEES.

Clematis L.(du grec « ldema », sarment, parce que les liges de beaucoup
d’espèces sont grimpantes. )
C. dioica L. Clématite à Heurs dioïques. Yulgo : Liane à crabes. SI., Ilisl.
0f Jam., I. 128, f. 2 ; Rich., Cuba, l. 1. C. americana Mill. C. dominica Lam.
— Arbrisseau-liane, grimpant, volubile, haut de 3-5 met. Feuilles pétiolées.
divisées en 3 folioles ovales, enlièresou grossièrement dentées. Fleurs blanches,
odorantes, en grappes larges, terminales.—Très rare. Le long du canal Montéran dans l'intérieur des bois. — Fl. de sept, en nov. [X° 3254.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Yigne sauvage, liane serpent. — Assez abondant dans
les haies du Morne-Rouge et dans les broussailles du Champflore (habit.
Gérard). N° 1761.j
deuxièm e fa m ille ,

— DILLÉXIACÉES.

Pinzona Mari, et Zucc. (dédié à l'Espagnol Yincenl Xunez Binzon, qui en
1500 découvrit le Brésil.)
P. calineoides Eichl. Pinzona à feuilles de Calinea (plante de la Guyane).
Yulgo : Liane à eau. — Liane arborescente montant sur les arbres les plus
élevés. Feuilles coriaces, elliptiques, mesurant 10-20x5-10 cm.; à nervures
très saillantes en dessous, les jeunes grossièrement dentées-crénelées vers le
sommet. Jeunes branches pourvues de 5 angles aigus; lige cylindrique d'un
diarn. de 6-12 cm. Fleurs blanches, petites, disposées en peliles grappes
axillaires. Fl. en sept, et ocl. — Assez abondant dans les grands bois de Sofa va
cl de la Ravine-Chaude (Lamenlin). — Cette liane contient une eau très lim-

• Duss. — Plantes GiuiJeloupe et Martinique.

1

�2
PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
pide, sans saveur sensible, rafraîchissante; pour en avoir une certaine quan­
tité, il suffit de couper le tronc dans un endroit quelconque, et, pour empê­
cher l'eau de monter dans la partie supérieure de la tige, d'en détacher
lestement un morceau; avec un tronçon de 1 met. de long, on peut remplir un
verre à boire. — Alt. 180-300 met. [N° 3242.]
Elle n'existe pas à la Martinique.
Le Dillenia specio.sa Thunb., arbre superbe par son port et son feuillage,
originaire de la côte de Malabar, a été introduit à la Martinique en 1869 par
1horticulteur L. Hahn. 11 est cultivé au Jardin botanique et dans plusieurs
autres localités de l île : Carbel, Fort-de-France, etc.
TROISIÈME fa m ille .

— MAGNOLI AGEES.

Talauma Juss. (nom qu'on lui donne en Amérique.)

T. Plumieri. DG. Talauma de Plumier. Yulgo : Maniolia Magnolia) bois
pin. Desc. Fl. méd. des Ant.,vol. II. 1. 163, p. 140. Magnolia Plumieri’.Sw.
— Arbre majestueux, haut de 25-35 met., à tronc jusqu'à 1U1 50 de cliam., à
bois dur et noir en dedans, mou et blanc en dehors. Feuilles larges, coriaces,
ovales-oblongues, rudes. Fleurs grandes, très blanches, d'une odeur forte et
exquise. Fruit strobiliforme.— Fl. habituellement d'avril en juin et aussi de
sept, en nov. — Assez abondant dans tous les grands bois de la Guadeloupe.
[V 2995.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois pin. — Dans tous les grands bois de file, jusqu'à
une altitude de 750 met. [Nu3.]
Le Magnolia grandi fl ora S., M. à grandes Heurs, petit arbre, originaire
de l'Amérique continentale, est cultivé dans plusieurs jardins de l île, où il
fleurit tous les ans : ex., à Gourbeyre.— A la Martinique, il existe au Jardin
des plantes et dans beaucoup d’autres localités de file.
LTllicium anisatum L., vulgo : l’Anis étoilé, arbrisseau originaire du Japon
et de la Chine, se rencontre au Jardin botanique de Saint-Pierre, d’où il
s est répandu dans le pays. Il est célèbre pour ses fleurs et ses graines aroma­
tiques et diurétiques. |NV1773.]
QUATRIÈME FAMILLE.

-- ANONACEES.

Anona L. (du mot malais « manoa » ou « minona ».)
A. muricata L. Anone à fruits hérissés. Vulgo : Corosolier. Desc., vol. II,

t. 81, p. 56 ; Tuss., FL, II, t. 24. — Petit arbre, dont les plus grands repré­

3
sentants ne dépassent guère 6 met. d'élévation ; originaire de Caracas et
naturalisé depuis de longues années dans toutes les Antilles. Les fruits sont
couverts d éfailles irrégulièrement coniques, recourbées et pointues ; ils sont
très rafraîchissants et se servent à table, surtout le malin ; on en mange
pendant une grande partie de l’année. — Les tisanes faites avec ses feuilles sont
d’un emploi général : elles sont calmantes et favorisent la digestion. Descourtilz place cet arbre à juste titré dans les stomachiques astringents.
On se sert des feuilles macérées dans l'eau tiède, pour frotter les parties
du corps affectées de coups de soleil. L’écorce est fibreuse et se prête à la
confection des cordes.— FL presque toute l’année.—Abondantdans la région
du littoral, Désirade, Marie-Galante et dans toute l île de la Guadeloupe.
[N° 3056 b.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Corosolier. — Abondant dans toute lîle. Alt.
0-350 mèt. [N° 1767.]
A . paluslris. L. Anonedes marais. Vulgo : Cachiman cochon, bois Ilot. —
Petit arbre touffu dépassant rarement 5 mèt. en hauteur, à écorce noire.
Feuilles elliptiques ou oblongues, pointues au sommet, ressemblant assez
bien à celles du corosolier. Le fruit, qui tient le milieu, pour la forme et les
dimensions, entre la pomme-cannelle et le cachiman ordinaire, ne se mange
pas ; les crabes en sont friands.— Avec ses racines spongieuses, on fabrique
quelquefois des bouchons. Avec les feuilles, cuites dans l'eau bouillante, les
habitants préparent une tisane pour les chevaux atteints de fluxion de poi­
trine et de la maladie de la gourme. Dans quelques endroits, on fait avec les
feuilles une tisane contre la diarrhée, à cause du principe astringent qu elles
contiennent. Les fruits murs servent aux pêcheurs comme appât.— Fl. habi­
tuellement de juillet en janv. et aussi de nov. en mai. — Abondant dans la
basse région : Ravine de Belost (Basse-Terre), Bouillante, Pointe-Noire,
Lamenlin, Moule (le long du canal). Alt. 0-140 mèt. jN° 3056.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Mamain ou mamin. — Lamenlin (habitation
Lareinty), Sainte-Luce, Marin. [N° 1764. |
A. squamosa L. Anone écailleuse. Yulgo : Pomme-cannelle. SL, Hisl. of
Jam., t. 227; Tuss., FL, III, l. 4; Desc. FL méd. des Ant., vol. II, t. 83,
p. 65. — Petit arbre souvent tortueux, ne dépassant guère 4 mèt. d'éléva­
tion, peu élégant, à branches irrégulièrement disposées. Fruits ronds,
glauques, couvertsd’écailles charnues, arrondies, à chair blanche sucrée.— Ils
se mangent à table et sont stomachiques. Dans les campagnes, on fait, avec
les feuilles, des infusions contre les dérangements de ventre. Descourtilz [loco
cil.), place cette plante avec raison dans les stomachiques astringents.— FL
habituellement d’avril en juillet ; les fruits mûrissent de sept, en fév. —
Aime le terrain sec, tulfeux, chaud, près du littoral, et ne se rencontre guère
au delà de 140 mèt. d’altitude. [N° 3054.]
ANONÂGÉES

�M a r tin iq u e .

Yulgo ;

N° 1766.]
A . rnucosa Jacq. Anone muqueux. Yulgo : Cachiman crème. Tuss., Fl., I,
l. 28. — Petit arbre de 4-5 met. de haut. Fruit grand, presque rond, couvert
d'écailles larges, charnues, arrondies ; chair blanche, sucrée, d’un bon goût;
il se mange à table.— Fl. en avril, mai ; les fruits mûrissent d’août en déc.—
Assez abondant dans les parties basses et sèches de Case-Pilote, du Cachet
et surtout du Prêcheur. Alt. 0-150 met. — Nous n’avons pas trouvé cette
espèce à la Guadeloupe. N° 1703.]
A . reliculata L. Anone réticulée. Yulgo ; Cachiman cœur de bœuf.
Aublet, Hist. de la Guyane, p. 018; SI., Hist. of. Jam., 1.220; Desc.,
vol. II, p. 01, t. 82 ; Tuss., FL, I, (. 29. — Petit arbre, haut de 5-7 mèl.
Fruits ronds, affectant plus ou moins la forme d'un cœur de bœuf, à surface
aréolée, dépourvue d'écailles. — Us se mangent à table et sont stomachiques.
Descourtilz les range dans les stomachiques astringents. Cueillis avant matu­
rité et séchés, on les emploie avec succès contre les diarrhées rebelles. —
FL habituellement en juin-juillet. Les fleurs exhalent, surtout le soir et
pendant la nuit, un parfum pénétrant et agréable. Les fruits mûrissent d'août
en février. — On rencontre plusieurs variétés, dont les principales sont :
cachiman blanc, cachiman rouge et vert. Mêmes localités que la pommecannelle, mais moins abondant. Alt. 0-150 mèl. N" 3055.1
M a r tin iq u e . Yulgo : Cachiman. — Saint-Pierre, Prêcheurs, Case-Pilote,
etc. [N° 17.]
Rollinia R. Br. dédié à Charles Kollin, né à Paris en 1661, professeur de
rhétorique et naturaliste ; aida Tourneforl dans son ouvrage : Institutiones
rei herbariæ 1770. )
R. Sieben Dun. Rollinia de Sieber (botaniste et médecin de Prague, qui a
voyagé en Amérique et dans les Antilles). Yulgo : Cachiman montagne. —
Petit arbre, haut de 6-8 mèt. Fruits arrondis, habituellement plus volumi­
neux qu'une grosse pomme-cannelle, couverts d'écailles fortes, larges,
droites ou presque droites, arrondies à l’extrémité ; chair presque blanche,
fondante dans la bouche, légèrement visqueuse, d'une saveur sucrée, agréable.
— FL habituellement d’avril en juin. — Peu abondant. Çà et là quelques
pieds au Camp-Jacob et à 1habitation Montéran. N° 3059.
M a r tin iq u e . Yulgo ; Cachiman morveux. — Hauteurs du Prêcheur et du
Fond Canonville. X° 1045.
Guatteria R. Br. dédié à J.-B. Gualteri, professeur de botanique à
Parme.
G. Ouregou Dun. Yulgo : Corosol montagne, petit cachiman des bois.—

anonackes

Très grand arbre, droit, couvert d'une écorce noirâtre presque lisse, four­
nissant d excellentes libres, dont les bûcherons de Pigeon et de La Bouil­
lante font des cordes très solides. Fleurs verdâtres, parfumées, solitaires à
l'aisselle des feuilles tout le long des branches. Fruit mûr pulpeux, noir, de
la grosseur et de la forme d'une olive ; les oiseaux en sont extrêmement
friands. Le bois est léger et sert à faire des canots el des mâts. — FL de mars
en mai; les fruits mûrissent de juillet en août. — Assez abondant dans les
grands bois du Trou aux Trois-Diables (Pigeon) (au-dessus de l'habit. Turlet
el Lafaye), bord du Galion du côté du Bassin-Bleu, etc. Alt. 500-800 mèt.
Nü 3057.]
M a r t in iq u e . Y u lg o ; Bois de l'Anglais, mahot anglais. — Çà et là dans les
bois de la Fontaine Absalon et du camp de l'Alma. Alt. 450-680 mèt.
[N° 1767.]
Oxandra Rieh. (du grec « oxus » pointu et « aner » homme, pour faire
allusion au prolongement, en haut et en bas des anthères, du connectif
en un appendice linguiforme.)
0. laurifolia Rich. Oxandre à feuilles de laurier. Yulgo ; Bois delan. Rich.,
Cuba, t. 8.— Grand arbre droit, à écorce noire. Feuilles coriaces, elliptiques,
luisantes. Fleurs petites, axillaires et eaulinaires, très nombreuses, disposées
le long des branches; boutons verdâtres, exhalant une mauvaise odeur;
fleurs très blanches, répandant un parfum délicieux. Cet arbre ne donne pas
de fruits ; au moins, nous n’avons jamais pu en trouver. — FL de juin en
août. — Assez rare. Bord de la rivière Noire, chemin de la Cascade de Yauchelel. [N° 3088.]
Ne se rencontre pas à la Martinique.
Cananga Rumph. (nom qu’on donne à cette plante à la Guyane.)
C. odorata J. llook. Yulgo : Cananga, poivre de Guinée, poivre de nègre,
arbre à rubans. Unona odorata Dun. — Grand arbre, originaire des Guyancs
el des Indes orientales, introduit au Jardin botanique, d’où il s'est répandu
dans l'île. Les fleurs naissent par paquets à l'aisselle îles feuilles le long des
branches ; les pétales jaunes, très longs et larges, répandent une odeur forte
el agréable ; on les ramasse souvent pour l'usage domestique. Les fruits sont
des baies noires, d’un goût âcre et piquant, semblable à un mélange de
camphre, de lavande el de thym ; ils sont masticatoires et sialagogues ; les
pauvres s'en servent en guise d’épices. — FL ordinairement en août et
septembre. — Saint-Pierre, Fort-de-France, Parnasse, Sainte-Marie, etc.
Alt. 0-350 mèt. N° 1762.]
L'Artaboln/s odoratissima R. Br., arbrisseau sarmenteux, originairede l'ar­
chipel malais, est cultivé au Jardin botanique, où il fleurit et donne des

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
G
fruits presque toute l’année. Les fleurs et les fruits sont très aromatiques.
[V&gt; 1768.] .
CINQUIÈME FAMILLE. —MYRISTICÉES.

Myristica L. (du grec « murislicos ", parfumé, odorant.)
M. fraqrans Houtl. \ ulgo : Muscadier. Desc., vol. 8, t. .761. M. moschala

Thunb. — Petit arbre à fleurs dioïques, d'environ 5-8 met. de haut, d'un
très beau port, originaire des îles Moluques, cultivé depuis de longues années
dans les Antilles.— Cet arbre est presque continuellement en fleurs et en fruits
et n'éprouve qu'une etfeuillaison presque insensible.— En incisant bécorce, en
coupant une branche ou en détachant une feuille, il en sort un suc visqueux
et assez abondant, d'un rouge pâle, qui teint le linge d'une manière assez
durable. Le bois est poreux, filandreux, d’une grande légèreté et sans odeur.—
Le muscadier commence à porter à l'âge de 7 à 8 ans, les graines germent
au bout de '25 ;i 35 jours. — On peut manger un champignon noirâtre, appelé
Boletus mosehali, qui vient sur le brou entassé. Les fruits sont aphrodi­
siaques. Dans les campagnes où l'on trouve des muscadiers, on administre,
à ceux qui ont de fortes coliques, un mélange de vin chaud, de muscade et
d'écorce de cannelle râpées; une pâte préparée avec du suif, du laudanum et
de la muscade râpée, mise dans un linge et appliquée contre le front, fait
passer en peu de temps les maux de tête; enfin, le vin chaud, avec de la
muscade râpée, s emploie souvent contre les refroidissements, les forts
rhumes et les bronchites. — Cultivé çà et là sur les propriétés. Gourbcyre,
Trois-Rivières, etc. [N° 3656.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Muscadier. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe,
[N° 2012.]
M. fatua S\v. Muscadier fou. M. surinamensis Roi. — Assez grand arbre,
à feuilles linéaires-oblongues ; se rencontre çà et là sut' les habitations, mais
on ne possède que des pieds à fleurs mâles. — Fleurit en juillet et août. —
Mazet l'indique comme existant à la Guadeloupe; nous ne l’avons jamais
trouvé. X° 1053.]
M. sebifera Sw. Yulgo : Muscadier porte-suif.— Est cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre.
— MONT MI EES.
Citrosma R. P. (du grec « kitron », citron, et « osmè », odeur, à cause de
l'odeur forte qu'exhalent toute les parties de la plante.)
C. ylabrescen.s Prl. Yulgo : Bois citronnier, consoude grand bois. —
sixièm e fam ille .

MOM.MIÉES — MÉNISPERMÉES

/

Arbrisseau droit, haut de 3-4 mèt. Feuilles larges, opposées, elliptiquesoblongues, crénelées ou subentières. Fleurs monoïques, les mâles et les
femelles mélangées, disposées le long des branches. Les fruits sont des baies
rouges contenant 5-6 semences dures. Toutes les parties de celle plante
exhalent une odeur forte qui rappelle plus ou moins celle du citron. —Assez
abondant ; Calebasse, Deux-Choux, Camp de l’Alma. Alt. 480-650 met.
IN° 1726.] — Je ne l'ai pas rencontré à la Guadeloupe.
SEPTIÈME FAMILLE. ---- M E N I S P E R M E E S .

Cocculus DC. (de « coccus » ou « kokkos », baie, parce que les fruits sont
des baies noires.)
C. donxingensis Eng. Pnchygone Miers. Yulgo : Liane bamboche bâtard,
liane à remède. — Arbrisseau-liane ornemental; feuilles coriaces, arrondies
au sommet, oblongues ou elliptiques lancéolées, très vertes. Branches allon­
gées, flexibles, pendantes. Fleurs monoïques en grappes pendantes, allongées.
Fruit drupacé, obovale, noir, de la grosseur d’une petite olive. — Assez rare :
Morne Gobelin (Gourbcyre ). — Fleurit en janvier et février, gr. mûres en
mai et juin. Alt. 400-550 mèt. [N° 3432.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Liane perruche. — Rare : Fonds Saint-Denis p rè s de
l'endroit nommé Porte de l’Enfer, Camp de l’Alma. [N° 1487.]
Le Cocculus laurifolius DC, arbrisseau d’ornement, originaire du Nepaul,
est cultivé au Jardin bot. de Saint-Pierre, d’où il s’est répandu dans les
jardins du pays. [N° 1788.]
Cissampelos L. (du grec « kissos », lierre, et « ampelos », vigne, c'est-à-dire
liane grimpant à la manière du lierre.)
C. Pareira L. Yulgo : Liane amère, liane corde, liane quinze jours. Desc.,
vol. 3, L. 201. — Liane ornementale à cause de son feuillage. Racines volu­
mineuses; tiges minces, flexibles, tombantes. Feuilles cordiformes, arrondies,
le plus souvent légèrement peltées. Fleurs très petites, monoïques, en grappes
minces, pendantes, disposées en une série de petits corymbes latéraux, les
femelles supportées par une bractée, grande, en forme de cuiller. Fruits
noirs, poilus, pulpeux, sphériques, de la grosseur d’une graine de poivre. —
Les feuilles et les racines ont une saveur faiblement amère. Desc., p. 233,
met cette espèce dans les alexitères internes; il vante la racine comme très
efficace contre les néphrites caleuleuses et les maladies des voies urinaires,
l’engorgement des bronches et des poumons par des matières visqueuses, et
enfin contre les morsures du serpent. Dans le pays, on ne se sert que rare­
ment de cette plante dans la médecine domestique.— Fl. de nov. en avril. —

�8

PLANTES PE LA GUADELOUPE L f DE LA MARTINIQUE

Abondant dans les haies et les broussailles de la basse et moyenne région :
Gourbeyre, Trois-Rivières, \ ieux-Ilabitanls, etc. Alt. 0-600 met. .V’ *2.&gt;80. i
M a r tin iq u e . \ ulgo : Liane serpent. — Abondant : Trois-Ponts, \ allée du
Carbet, etc. — Les feuilles et les racines pilées sont employées contre la
morsure du serpent ; avec les feuilles et les fruits, on enivre les poissons.
\° 1038.] — Variété macrocxrpa N" 1040 . \ ariété Caapêba .Y’ 10-11 .
HUITIÈME FAMILLE.

NYMPI 1ÉACEES.

Nymphæa L. (du grec « numphé », nymphe, habitante des eaux.)
N. ampla L. Nympha*a à larges feuilles, Yulgo : Grand follet. — Herbe
aquatique, vivace, à grandes feuilles larges, rondes, sinuées-dentées, flottant
à la surface des mares d'eau douce. Les fleurs durent 3 ou 1 jours, se ferment
pendant la nuit, se rouvrent dans la journée; avant de se faner, elles changent
leur couleur blanche et éclatante en une belle couleur de feu. — FL de mai en
nov. — Petit Canal, Moule (mare du Cocotier) et dans beaucoup de mares
de la Grande-Terre. [N° 3657.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Chapeau d'eau. — Case-Pilote, Rivière-Salée, TroisIlels (mare de la Plaine). .\° 1771.]
NEUVIÈME FAMIIAE. ----

PAPA VERACITES.

Argémone L. (du grec « argemon », tache blanche dans l’œil, alfeclion de
1œil appelée cataracte, à cause de l’usage qu’on faisait de celte plante dans
le traitement de cette maladie.)
A. mexieana L. Yulgo : Chardon, zerbe chardon, zerbe dragon. Desc.,
vol. 5. t. 380. — Herbe annuelle, originaire du Mexique, haute de 30-80 cm.
Feuilles larges, ornementales, pinnatifldes, épineuses sur les nervures cl sur
les bords, le plus souvent panachées de blanc. Fleurs grandes jaunes, termi­
nales, solitaires. Capsules hérissées d’épines.— Terrains cultivés ou incultes
de la basse région.— Toute la plante contient un suc laiteux jaunâtre et a une
odeur vireuse. Les racines en décoction servent àarrêter la chutedes cheveux.
Desc., p. 288, lait grand cas de cette herbe. Il dit que les fleurs sont pecto­
rales et somnifères et produisent des effets salutaires dans l'inflammation de
la gorge et de la poitrine et, lorsqu’elles sont associées aux malvacées, dans
les pleurésies. « Son extrait aqueux est utile dans les all’ections tétaniques,
dans 1épilepsie nerveuse des enfants, leurs toux convulsives et autres mala­
dies spasmodiques, qui réclament des préparations opiacées. Pour l'extérieur,

PAPAVÉRACÉES — CRUCIFÈRES

9

j'ajoutais des feuilles et fleurs d’argémone aux injections anodines, propres
à calmer les douleurs brûlantes cl aiguës des pustules vénériennes. Les
graines,continue-t-il,sont purgatives et ont, parmi les habitations des colonies,
la réputation d'élre utiles dans les diarrhées et les dysenteries. Les feuilles,
contusées et appliquées extérieurement, apaisent les douleurs céphalalgiques
cl celles des oplhalmies. Comme l’argémone provoque la sueur et le sommeil,
ou en associe les fleurs aux diaphorétiques et le sirop aux potions calmantes.
Le vin de Madère dans lequel on a laissé en macération l’argémone dissipe
les taies de la cornée et les verrues. » Fleurit de janv. en avril.—Basse-Terre
(cimetière des pauvres), Vieux-Habitants, Pigeon. Alt. 0-1*20 mèt. LNU2434.
M a r t in iq u e . Yulgo : Chardon marbré, herbe dragon.—Abondant : Carbet,
Saint-Pierre, Prêcheur, etc. Dans le sol sablonneux. [N° 1776.]
Bocconia L. (dédié par Linné à Bocconi, botaniste sicilien de l'ordre des
Cisterciens, aut» ur d’ouvrages botaniques, mort en 1704.
B. frulescens. L. Bocconie en arbre. SL, llist. of Jam., t. 125; Desc.,
vol. I, t. 54. — SulFrutescent, souvent presque arborescent, pouvant atteindre
jusqu’à 4 mèt. d’élévation. Les jeunes liges meurent tous les ans, et la tige
principale, en produisant des rejetons, peut durer 5-7 ans. Ornemental, à
cause de ses feuilles glauques-blanchàlres, larges, ressemblant assez
bien, quant à la forme, à celles de l'arbre à pain. Fleure petites, en
panicule ample, terminales. — Peu abondant ; çà et là dans les savanes
humides et les ravines abruptes de la moyenne région; Camp-Jacob, Gour­
beyre, environs de Dolé, etc. — Desc., p. 235, range cette plante dans les
vermifuges. Dans le pays, elle est trop rare pour que la médecine domes­
tique puisse en profiter. Alt. 200-700 m. \ os 2439 a et 2439 b.)
M a r t in iq u e . — Egalement peu abondant : Fontaine-Chaude, hauteur du
Prêcheur. Nos 1775 a et b.]
DIXIÈME FAMILLE. ---

CRUCIFÈRES.

Lepidium L. du grec « lepis », écaille, allusion à la forme des silicules.)
L. nrginicum L. Lepidium de la Virginie. Yulgo : Cresson de savane,
cresson sauvage. Lepidium Iberis. Desc., vol. I, t. 41. — Herbe

annuelle droite, haute de 20-70 cm. Feuilles lancéolées serrelées. Fleurs
blanches, en racèmes allongés. Les jeunes feuilles se mangent cuites et plus
souvent crues en salade. Desc., p. 113, place cette herbe dans les stoma­
chiques antiscorbutiques, presque au même titre que le cresson. — Abon­
dant dans les endroits un peu humides, cultivés ou abandonnés. Basse-Terre.
X" 2298.]

�ïo

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
M a rt in iq u e .

Yulgo : Cresson de savane. — Se mange souvent en salade.

— Saint-Pierre, Trois-llets, ele. [N° 1787.]

Senebiera Poir. (dédié au pliysiologisle Sénébier, de Genève, i
S. pinnalifida DC. Sénébier à feuilles pennifîdes.—Herbe annuelle, couchée,

longuede 15-10cm. Branches llexihles, feuilles profondément incisées (penniséquées). Fleurs vertes, petites, en racèmes courts, opposés aux branches.—
Cette plante émet une forte odeur vireuse et désagréable; elle passe pour
être vénéneuse. — Dans les champs cultivés et les jardins, ou d vit en
société et forme parfois un véritable gazon. Saint-Pierre (habit. Plaisance),
Lamentin. rX° 1786.] — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guadeloupe.
Cakile Tourne!', (nom arabe, dont Sérapion s'esl servi le premier pour
dénommer la plante en question; on prétend qu’il vient du grec « kalè » ou
« kelè », enflement, faisant allusion à la nature des racines.)
C. aegualis LTIéril. Yulgo : Chou bord de mer. Desc., vol. 1, t. 18.
C. marilima Rich. C. cubensis Kth. Bunias cakile Desc. — Annuel ou bisan­
nuel, plus ou moins droit ou tortueux, haut de 30-80 cm. Feuilles charnues,
lancéolées. Fleurs blanches en grappes allongées. — A la Désirade, on mange
les feuilles en guise de salade ; elles ont assez exactement le goût du chou
de France. Desc., p. 199, met celle herbe dans les stomachiques antiscorbu­
tiques. — Vit en société sur les plages sablonneuses de la Désirade,
du Moule, de Saint-François, de Sainte-Anne, de Marie-Galante, etc. —
Fl. à toutes les époques de l'année.
Ne se rencontre nullement à la Martinique. [N° 3659.]
Sinapis L. alu grec « sinapi », sénevé, moutarde.)
S. juncea L. Yulgo : Moutarde : Desc., vol. 6, t. 430. Sinapis nigra Desc.
— Annuel, droit, haut de 40-90 cm. Feuilles inférieures en forme de Ivre,
dentelées, les supérieures elliptiques, petites. Fleurs jaunes en grappes allon­
gées. — Fl. surtout pendant la saison des pluies. — Dans les champs et au­
tour des maisons. Au Camp Jacob et à Gourbeyre, on le cultive quelquefois
et on vend les graines aux pharmaciens. Alt. 0-800 met. [N° '2299.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Moutarde sauvage. — Dans les champs ; Trois-llets,
Trinité. [N° 1785.]
Le Nasturtium officinale R. Br., vulgo : Cresson de fontaine, cresson de
France, est cultivé dans le pays pour les besoins de la cuisine.— A la Marti­
nique, entre le camp de l’Alma et les Deux-Choux, on traverse des savanes
aquatiques où le cresson pousse à foison et sur une grande étendue ; on
trouve aussi sur les bords de la Capote (Champfïore) beaucoup de petits
endroits couverts de cresson. — 11 ne fleurit jamais.

CAPPARIDÉES
onzièm e fa m il l e .

—

11

CAPPARIDÉES.

Cleome L. (mol employé par Octavius Horalius, médecin romain du
iv° siècle de l’ère chrétienne, pour désigner une espèce de moutarde, plante
qu’on ne connaît pas exactement, mais dont Linné a pris le nom pour
dénommer le genre voisin « Cleome ».)
C. pentaphylla L. Cleome à 5 feuilles. Yulgo : Mouzambéà fleurs blanches.
Desc., vol. 7, t 509. Gynandropsis DC. — Herbe annuelle, droite, haute
de 50 cm.-l,n,50 selon les terres. Tige souvent ligneuse à la base. Feuilles
composées de 5 folioles entières. Fleurs blanches ou légèrement violacées, en
grappes allongées, terminales. Siliques portées sur de longs pédoncules,
pendantes. — Fleurit presque toute l’année.— Toute la plante exhale une odeur
forte et désagréable. Elle passe pour sudorifique. Desc., p. 242, la met dans
la catégorie des plantes épipasliques vésicantes. A la Basse-Terre, on mange
les feuilles en guise de salade. — Très abondant sur les décombres, les bords
des rivières et endroits abandonnés de la région du littoral. Basse-Terre.
[N° 2275.]
M a r t in iq u e . — Vulgo : Caya blanc, akaya blanc. — Abondant partout.
[N° 570 bis.]
C. speciosa Kth. Mouzambé à fleurs roses. — Herbe annuelle, très orne­
mentale, droite, haute de 50-110 cm. Feuilles larges, palmées, à 5-7 folioles.
Fleurs roses, en grappes pyramides, terminales. — Naturalisé au Morne à
l’Eau, à Sainte-Anne, etc., où on la cultive souvent dans les jardins. —
FL d’août en mars. [N° 2863.]
M a r t in iq u e . — Abondant aux environs de Saint-Pierre, au Morne-Rouge,
où il s'est naturalisé. j.N° 570.)
C.pungens W. Mouzambé à 6 feuilles. — Herbe annuelle, à base souvent
ligneuse, droite, haute de 50-150 cm. Feuilles palmées, h 5-7 folioles, le
plus souvent poilues, pourvues, à la base du pétiole; de petits piquants.
Fleurs blanches, rarement rosées, en racèmes très allongés, terminaux. —
Très abondant sur les décombres, dans les endroits abandonnés de la basse
région. Basse-Terre. [N° 2277.] — A la Basse-Terre, on mange les feuilles
cuites en guise de salade.
M a r t in iq u e . Yulgo : Caya bord de rivière. — Abondant. Saint-Pierre
(rivière de la Roxelane), Marin, Lamentin, etc. |N° 570 b.]
C. aculeata L. Cléomace épineux. Yulgo : Mouzambé /épineux. — Annuel,
plus ou moins droit, parfois diffus, à branches étalées horizontalement.
Feuilles palmées à 3 folioles, avec des piquants blancs, crochus, à la base des
pétioles. Fleurs blanches, bien plus petites que dans les espèces précédentes,

�12

PLANTES DE LA (Il ADELOVPE ET DE LA MARTINIQUE

en grappes courtes, lâches. — Rares. Quelques pieds aux environs du pres­
bytère du Baillif. [X° 2276.]
M a rtin iq u e . Yulgo : Gava à épines. — Assez abondant sur les décombres
et dans les endroits cultivés abandonnés. Saint-Pierre (Collège), Carbel.
Prêcheur. X° 1895.]
C. viscosa L. Cléome visqueux. Yulgo : Mouzainbé à fleurs jaunes. Polani.sia DC. — Annuel ; droit, haut de 40 à 80 cm., originaire de l'Asie méri­
dionale, naturalisé depuis de longues années. Feuilles palmées à 5 folioles.
Fleurs jaunes en racèmes terminaux. Tige chargée de poils visqueux. Toutes
les parties de la plante sont enduites d'un suc visqueux répandant une forte
et désagréable odeur. — Les feuilles sont vésicanles; appliquées contre la
peau, elles y déterminent une inflammation. — On s'en sert souvent dans la
médecine domestique. — Commun dans les endroits abandonnés, sur les
décombres, etc. Alt. 0-300 mèt. Basse-Terre. Y' 2272.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Caya jaune. — Très abondant dans la basse région de
l ile. Saint-Pierre. (X° 1628.
Moringa Tuss. (de « muringa », mot doid on se sert pour désigner cet
arbre à Malabar, ou formé du tamoul « morunghi ».)
M. pferigospernia Gaert. Moringa à graines ailées. Yulgo, à la BasseTerre : Maloko. Tuss., vol. 4, t. 16; Desc., vol. 1, t. 27. — Petit arbre de
7-14 mèt. de haut, originaire de l'Asie tropicale, introduit dans les Antilles
par les travailleurs indiens et naturalisé depuis longtemps. Feuilles 3 fois
composées, penniséquées, larges. Fleurs d’un blanc pâle, en grappes termi­
nales, réunies par plusieurs. Siliques longues, pendantes, à 3 côtes, déhis­
centes ; graines garnies de 3 ailes minces.— Les Indiens mangent les jeunes
feuilles et les fruits rôtis. L'huile qu'on retire des graines est très fine et ne
rancit jamais ; elle sert surtout aux horlogers ; les parfumeurs la recherchent
pour composer leurs essences. La racine et l’écorce ont un goût très
prononcé de raifort et exercent sur la peau une action vésicante. Desc.,
p. 131, le met dans les végétaux stomachiques antiscorbutiques. — Abon­
dant à la Basse-Terre, Pointe-Noire, Yieux-Habilants, Moule. |N° 2274. ]
M a rtin iq u e . \ ulgo : Moringa. — Plus rare qu’à la Guadeloupe : Fond
Canonville, Prêcheur, Carbel. [Xu 1807.]
Crataeva L. (du nom de Cratevas, herboriste du temps du roi Milhridalc,
à qui il a dédié un ouvrage avec figures sur les pi. médicinales.
C. T api a L. : ainsi nommé en Amérique. Yulgo : Grand Cosmaya. — Petit
arbre droit, mesurant 1-5 mèt. de haut. Feuilles trifoliées, à folioles
ovales, acuminées. Fruit rond de la grosseur d'une petite orange —
Endroits rocailleux, secs, chauds, près des bords de la mer. Rare. Case-

CAPP ARIDÉES

13

Pilote. Alt. 0-50 met. X° 1823.] — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guade­
loupe.
Capparis L (du mol arabe « kabar ».)
C. Jumaicensis Jacq. Câprier de la Jamaïque. Yulgo : Bois noir. C. inlcrmedia IL B. Ivlh. Br. Jam., L. 17, f. 2. — Grand arbre à fronde extrêmement
touffue. Ecorce noire; tronc de 60-80 cm. de diamètre. Feuilles elliptiques
ou ellipliqucs-lancéolées, luisantes, d’un vert très foncé en dessus, argenté
en dessous. Fleurs très parfumées, d'un rose bleuâtre en s'ouvrant, devenant
peu à peu rose tendre et finissant par être blanches. Siliques longues de
10-20 cm, pendantes, tondeuses. Dans les jeunes pieds, les feuilles sont
longues, presque linéaires. — Le bois est excellent ; il esl recherché pour
la construction. — Terrain calcaire, pierreux, sec. Désirade, Marie-Galante,
Grands Fonds de Sainte-Anne. — Fl. d’août en nov. Fruits mûrs en avrilmai. [X° 2864.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois noir.— Assez abondant sur les mornes calcaires
et secs de Sainte-Anne. [X° 66.]
C. Breynia L. Câprier de Brevn. C. amygdalina Lam. Yulgo : Bois de
mèche, bois puant. Br.,Jam.,t. 27, f. 2. — Arbrisseau, rarement petit arbre,
peu branchu. Feuilles d'un vert très terne en dessus, squameuses-blanchâtres
en dessous. Fleurs blanches en s’ouvrant, devenant roses avant de se flétrir,
en cymes terminales. Fleurs et branches couvertes de petites écailles très
nombreuses d’un blanc roussàtre. Siliques longues de 10-15 cm., toruleuses
et rugulcuses. — Très abondant sur les coteaux secs et rocailleux entre le
Baïllif et les Yieux-Habitanls ; Sainte-Anne, Moule, Désirade, Marie-Galante.
— Fleurit de mars en juin. [X° 2279.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Cosmaya bord de mer, bois puant. — Abondant sur
le bord de la mer ou un peu dans l’intérieur des terres : Prêcheur, Case-Pilote,
presqu’île de la Caravelle. ]Xu 1052.]
C. cynophallophora L. Vulgo : Bois couleuvre; mabouge, à Saint-François;
bois mabouge, à Marie-Galante. Desc., vol. 5, t. 355, p. 193; Jacq., Sel.,
Amer, stirp. hist., f. 98. — Arbrisseau sarinenteux, extrêmement variable
quant à la taille et à la forme des feuilles. Feuilles coriaces, très vertes,
tantôt elliptiques, tantôt oblongues, tantôt obovales, échancrées ou non au
sommet. Ecorce noii'e. Fleurs grandes, blanches, s’ouvrant vers le soir et
pendant la nuit, très parfumées, surtout au moment de l'éclosion. Siliques
pendantes, pulpeuses à endocarpe d’un rouge foncé qui tranche fortement
sur les graines entourées d’une pulpe blanche, très variables quant à la lon­
gueur, mais ne dépassant guère 16 cm. de long. Les jeunes pieds ont toujours
des feuilles très étroites et parfois presque linéaires. — Abondant dans les
falaises et endroits abrupts du littoral de toute lile. — Descourtilz
place celte plante dans la catégorie des antispasmodiques aromatiques. Dans

�PLANTES DE LA (U ADELOI PE ET DE LA .MARTINIQUE
fi
le pays elle ne sert pas dans la médecine domestique. Les graines passent pour
être un poison ; cependant les merles et les grives en sont Iriands. |N° 2271.]
M a r tin iq u e , Yulgo : Pois mabouïa, bois mabouïa mabouïa » veut dire
lézard . — Abondant sur tout le littoral de file. Alt. 0-120 met. | \ us 626,
1897, avec quatre variétés.]
C. [rondo.sa Jacq., Gapparis touiFu Jacq., Sel. Amer, slirp. liist., f. 199.
— Arbrisseau droit, habituellement à lige unique, haut de 2-3 met. Feuilles
larges, très coriaces et rudes, oblongues ou elliptiques, ramassées en faux
verlicilles. Fleurs en evmes terminales, d'un blanc terne. Silique verte,
courte, 3-5 cm. de long. — Peu abondant. Terrain sec, pierreux, du littoral
ou près du littoral. Alt. 0-200 mèl. Basse-Terre (rivière Sence).—Fl. dejanv.
en mars. N° 2278. |
M a rt in iq u e , Yulgo : Mabouïa. —Case-Pilote, près de la mer. Sainte-Anne,
iN° 631 a et b. \
Morisonia L. (dédié par Linné à Morison, Écossais, professeur de botanique
à Oxford, auteur de plusieurs ouvrages.)
M. americana L. Yulgo : Sapotte bâtard, sapotte diable, sapolillier falaise.
Desc., vol. 7, t. 552, p. 336. — Arbrisseau ou petit arbre tortueux, haut de
2-4 met. Ecorce grise; feuilles oblongues-elliptiques, luisantes en dessus.
Jeunes branches, pédoncules, (leurs et calices couverts de peliles écailles
blanchâtres. Fleurs d'un blanc légèrement jaunâtre, nombreuses, caulinaires
et axillaires. Fruit globuleux de la forme et de la grosseur d'une petite orange.
— Rare. Çà et là dans les endroits secs, rocailleux, chauds, près de la mer.
— Descourtilz met celle plante dans la section des végétaux émollients. Dans
le pays on ne s'en sert pas. Les Saintes (Terre de Haut), Marie-Galante
(Capeslerre). Alt. 0-120 mèl. [N° 2273. j
M a r tin iq u e . Yulgo : Mabouïa falaise. — Bord de la mer, entre Fort-deFrance et Case-Pilote. Peu abondant. N°620.j
De cette famille on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre le Steriphoma
auranliaca Spreng., arbrisseau originaire de l'Amérique tropicale, à Heurs de
couleur d'orange, grandes et brillantes, d'une rare beauté.
DOUZIÈME FAMILLE.

BI XI NEES.

Bixa L. (du nom brésilien « biché ».)
B. Orellana L. Yulgo : Roucouyer, yocouyer, roucou ; originaire des

bords de LOrellana, plus connu sous le nom de fleuve des Amazones. Tuss.,
vol. II,l. 90; Desc., vol. I, t. 4, p. 25; SL, Hist. of Jam. t. 181, f. 1.—Petit

IUXINÉES

arbre droit, à branches étalées, dont le plus grand représentant ne dépasse
guère 5 mèl. Était autrefois cultivé en grand à la Guadeloupe et à la Marti­
nique; aujourd'hui on n'en plante plus : on se contente d’entretenir les
anciennes plantations. On rencontre 2 variétés : l'une à fleurs blanches, plus
rare, l’autre à fleurs roses. Il existe une espèce à capsule sans piquants.
Descourtilz lui assigne une place dans les stomachiques aromatiques. Les
graines seraient un antidote contre le poison du manioc, du corail végétal et du
pignon d’Inde. Selon le I)1 Sindley, elles sont astringentes et fébrifuges. Fl.
habituellement en avril, mai. —Gourbevre, Trois-Rivières, Camp-Jacob, etc.
[N° 2223.]
M a r t in iq u e . — Ajoupa-Bouillon, Morne-Rouge, etc. [N’° 1189.]
Flacourtia L'IIéril. (dédié à la mémoire d’Etienne Flacourt, né à Orléans,
directeur de la Compagnie française de l'Orient et auteur de l’histoire de
la grande île de Madagascar 1607-1660.)
F. Uamonlchi. L'IIéril. FL Ratmonchi (nom indien). Yulgo : Grosse prune
café. — Petit arbre, haut de 4-5 mèl., le plus souvent tortueux à branches pen­
dantes, flexibles, garni de piquants sur le tronc. Fleurs monoïques eldioïques,
vertes, axillaires. Feuilles obovales-elliptiques, faiblement crénelées. FL en
mai-juin ; fr. mûrs en août et sept. Fruit baccien, globuleux, de couleur brun
noir à la maturité, de la grosseur d'une prune ordinaire de France. Originaire
de Madagascar, introduit et cultivé à cause de l'excellence de ses fruits, qui
sont recherchés comme fruits de dessert. — Rare. Basse-Terre (babil. Espé­
rance). ]N° 3658. )
M a r t in iq u e . Yulgo : Prune de Madagascar. — Cultivé au Jardin botanique,
d'où il s'est répandu dans le pays. [ÎNos 69, 1190, 70.
F. eataphracla Roxb. Flacourtia épineux. Yulgo : Prune café. — Petit
arbre droit, haut de 5-10 mèl., le plus souvent garni d'épines sur le tronc et
les branches. Branches souvent tombantes ou fortement infléchies. Feuilles
ovales, elliptiques, finement serrelées, pointues au sommet, plus longues,
moins coriaces et moins vertes que dans l'espèce précédente. Fruit globuleux,
également recherché comme fruit de table. Fleurs monoïques apparaissant
en juin et juillet. — Originaire des Indes orientales, naturalisé et cultivé en
assez grande abondance. Basse-Terre, Gourbevre, Trois-Rivières, etc.
[N° 2224.]
Avant de les manger, on froisse entre les doigts ces deux sortes de prunes,
ce qui fait disparaître leur saveur âcre et astringente.
M a r t in iq u e . Yulgo : Prune de Chine. Naturalisé et cultivé. Saint-Pierre
(Collège, Trois-Ponts, Carbet, etc. [N° 1186.]
Myroxylon J. et G. l'orsl. (du grec « muron ». baume, et « xulon »,
bois, à cause de l'odeur balsamique du bois.)

�PLANTES LU- LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
i&lt;;
M martinicense Ivr. et Urb. Addilamenla ad cognitionem flora\ India’
occident, auctore J. Urban, particule I, p. 15. — Vulgo : Bois capi­
taine. — Petit arbre ressemblant au Fl. cataphracla, haut de 5-9 met., garni,
sur le tronc et les branches, de nombreux piquants noirs, droits, très aigus.
Feuilles luisantes, longues de 6-9 cm., serretées-crénelées. Fleurs dioïques,
axillaires, très nombreuses. Fl. en mai-juin. Fruits murs d un jaune de
citron, globuleux ou légèrement ovales, de la grosseur d’une graine de poivre.
— Le bois sert à faire des planches et des poteaux. — Assez abondant dans
les bois de la Calebasse, des Fonds Saint-Denis et du Camp de l'Alma. —
Alt. 450-700 mèt. .V 1LS7. — Nous n'avons pas trouvé cette espèce à la
Guadeloupe.
M. buxifolium Kr. et Urb. (loco eiiato ex Additament. tî. I. occid., p. 16.)
Vulgo : Attrape-sot. — Petit arbre très élégant, de 4-7 mèt. de hauteur, à
tronc et branches garnis de piquants simples ou branchus. Feuilles luisantes,
coriaces, longues de 3-5 cm. Fleurs dioïques, axillaires. — Assez abondant
dans les bois de Folle-Anse à Saint-Louis (Marie-Galante; et sous les rochers
calcaires du bord de mer du Go/.ier.— N'existe pas à la Martinique. — Alt.
0-80 mèt. N0 3616.
Trilix L. du mot latin « trilix », tresse croisée de trois lils, faisant allusion
à la disposition des trois sépales et des trois pétales de la fleur.)
T. crucis. Gr. Prookia crucis L. — Petit arbre ou arbrisseau, haut de
3-4 mèt.. à branches pendantes, à écorce grise. Feuilles triplinerviées,
linement serrelées, ovales-elliptiques, aeuminées au sommet, mesurant
3-4,5 X 4-10 cm. Fleurs petites, en cymes terminales. Fruit de la grosseur
d'un pois garni de poils persistants. Fl. en juin et juillet.— Très rare. Çà et
là dans les hauteurs des Trois-Ilets plaine), jN° 1191.] — Nous ne l'avons pas
trouvé à la Guadeloupe.
Casearia Jacq. idédié à Jean Casearius, prêtre hollandais, missionnaire en
Cochinchine, qui s'est occupé de botanique et a écrit les premiers volumes
du « Ilortus malabaricus » 1678.)
C. parvifola Wild. Casearia à petites feuilles. Vulgo : Coco ravel. Lamarck,
lllust., I. 355, f. 2. — Petit arbre, rarement abrisseau. d'une élévation de
3-6 mèt , à branches couvertes de petites lentilles blanches très nombreuses.
Feuilles lancéolées, serrelées, luisantes, glabres, qui disparaissent presque
toujours à l époque de la tloraison. Fleurs d'un blanc terne, axillaires et
latérales, disposées en cymes contractées tout le long des branches, exhalant
une odeur de miel très prononcée, qui attire une quantité de mouches à miel
et de papillons. Fruits de la forme et presque de la grosseur d'une prunecale, d'abord blanc, ensuite jaune, s'ouvrant en 3 valves pulpeuses ; pulpe
jaune, extrêmement sucrée, d'une saveur agréable. Les oiseaux en sont très
friands. Cet arbre ressemble beaucoup au Fl. ealafracta ou à la prune-café.

17

VIOLACÉES

Fl. d’avril en mai. — Assez abondant dans les bois secs de la basse et
de la moyenne région. Ravine de Belosl, Morne-à-Vache (Basse-Terre),
Camp-Jacob, Ravine du pont du Galion (Basse-Terre). Alt. 20-450 mèt.
[Nos 2225, 2865.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Jaune d'œuf. — Assez abondant dans les bois infé­
rieurs de l’Ajoupa-Bouillon, de la Grand’Anse, du Morne Saint-Martin près
de Saint-Pierre). [Nos 1188 a, /;, c.]
Samyda Lam. (du grec « semuda », bouleau, parce que les feuilles des
Samydas ont quelque ressemblance avec celles clu bouleau.)
S. serrulata, L. Samyda à feuilles dentées en scie. Plum., éd.Burm., t. 116,
f. 2. — Petit arbre, haut de 2-3 mèt., à branches nombreuses, inclinées.
Feuilles très brièvement péliolées, elliptiques ou ellipliques-oblongues, très
régulièrement serretées, veloutées en dessous. Fleurs axillaires, très blanches
et très parfumées. Fruits de la grosseur d'une prune, s’ouvrant en quatre
valves, pulpeux ; semences entourées d’une arille. — Introduit de SaintMartin et cultivé dans plusieurs jardins comme plante d’ornement.— Fl.
de sept, en nov. — Basse-Terre. [N° 3258.j
M a r t in iq u e . — Cultivé au Jardin botanique, d'où il s’est répandu dans le
pays.
De celle famille, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre une
plante intéressante: 1Onkoba spinosa Forsl. de 1Afrique tropicale, introduit
par Ch. Thierry en 1886.
t reizièm e fa m ille .

— VIOLACEES.

Ionidium \ eut. (du grec « ionidion », diminutif de « ior », violette, parce
que ce genre est voisin du Viola.)
I. stnctum W I. hnearifolium Vent., Ionide droit. Vulgo : Petit ipéca, de
herbe à Trément. — Herbe annuelle, à base souvent sulTrulescenle, haute
5-40 cm., droite, très rarement couchée, branchue. Feuilles inférieures
opposées, les supérieures alternes, lancéolées-linaires. Fleurs blanches tache­
tées de violet, axillaires, portées sur des pédoncules aussi longs que les
feuilles ; pédoncules articulés au-dessous de la lleur. — Fl. surtout pendant
l’hivernage. — Abondant dans les terres calcaires cultivées ou incultes.
Moule, Morne-à-l’Eau, Désirade fies Lalaniers), où il forme gazon en certains
endroits. — Les chèvres broutent celle herbe avec plaisir ; la racine prise
en infusion est purgative ; on s'en sert souvent. [N° 2959.1
N'est pas à la Martinique.
Da»s. — Plantas Guadeloupe et Martinique.

2

�18

PLANTES DÉ LA GUAPELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Viola L. (du grec a ion »', qui signifie violelte : les Latins ont ajouté
un v.)
V. stipularis Sw., \ ioletle à grandes stipules. Vulgo : Violette montagne.
— Herbe à lige vivace, rampante, radicanle ; stipules grandes, dressées,
oblongues-lancéolées. acuminées, frangées. Feuilles elliptiques, pointues au
sommet. Fleurs violettes ou plus rarement blanches, portées sur de longs
pédoncules axillaires. — Abondant dans la région supérieure des hautes mon­
tagnes. Soufrière, Savane-aux-Ananas, Grande-Découverte, etc. — Fl. en
tout temps. \° 2425.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Violette montagne. — Abondant à la montagne Pelée
et aux pitons du Carbet. [Nu 177S. j
QUATORZIÈME FAMILLE.

— POLYGALEES.

Polygala L. (du grec « polu », beaucoup, et « gala ». lait : c'est-à-dire plantes
donnant beaucoup de lait aux vaches.)
P. paniculala L., Polvgale en grappes. Vulgo : Herbe à lait. Sw., Observationes, l. 6, f. 2. — Herbe très ornementale, annuelle, droite, haute de 1540cm. ; lige grêle, branches nombreuses, grêles, fastigiées. Feuilles linéaires
rappelant celles du lin. Fleurs blanches ou violacées, en racèmes terminaux,
allongés. Fruit capsulaire, elliptique, légèrement échancré au sommet. —
Fl. toujours, plus ou moins. —Abondant dans les régions moyenne et inlrasupérieure. Camp-Jacob, Malouba, Trois-Rivières, etc. [Nu 242Q.J
M a r tin iq u e . Vulgo : Estré fragile. — Abondant au Morne-Rouge, à la
Calebasse, au Gros-Morne, etc. Alt. 200-900 met. — La racine, qui a une
forte odeur sut generis, joue un grand rôle dans la fabrication des quimbois
(philtres de sorcier). [N° 40.
P. angustifolia Kth., Polvgale à petites feuilles. — Herbe à base suiïrutescente, souvent vivace, droite ou penchée, peu branchue, haute de
30-00 cm. Tige finement veloutée. Feuilles elliptiques-lancéolées, très
brièvement péliolées. Fleurs à sépales pourpres, à pétales d'un blanc jau­
nâtre, en racèmes terminaux. Fruit capsulaire, obovale, émarginé au som­
met, contenant 2 semences soyeuses, cylindriques, surmontées d une petite
caroncule. — FL presque toute l’année. — Abondant dans les champs des
environs de Sainte-Rose et aux environs de l'usine La Retraite (BaieMahault). [N° 2981.1
Ne se trouve pas à la Martinique.
Securidaca L. fdu latin « securis », hache.: allusion à l'aile membraneuse

du fruit, qui ressemble assez exactement à une hache.)

POLYGALEES

EUPHOR BIACÉES

19

S. scande ns Lam., Securidaca grimpant, Vulgo : Liane-Pâques. S. Lamarkii Gr., Lam. Illusl., I. 529, f. 1. — Arbrisseau-liane, très beau, pouvant
s’élever sur des arbres très hauts et les couvrir entièrement de ses larges
grappes. Feuilles ovales, petites. Fleurs en grappes larges, axillaires et termi­
nales, rosées ou d’un violet foncé selon la variété. — Fleurit d’avril en juin.
— Abondant dans les hauteurs entre Fort-de-France et la fontaine Didier, où
tous les arbres en sont couverts; Case-Pilote, Trois-Ilets. [N° 140.] — Nous
ne l avons pas trouvé à la Guadeloupe.
quinzièm e fa m il l e .

— EU P HOR BIACÉES.

Buxus L. (du grec « puxos », buis.)
B. suhcohimnaris Mull. Arg. ; Sw., FL [ml. oceid., I. 7. — Arbrisseau
élégant, très droit, haut de 2-4 met. Feuilles très coriaces, elliptiques, poin­
tues au sommet. Fleurs monoïques, en eymes axillaires et latérales, corymbiformes, jaunâtres. Fruit capsulaire à 3 coques surmontées chacune d’une
petite corne. — Assez abondant dans les bois de la région moyenne. CasePilote (Plateau militaire), Morne-Rouge (bois du Calvaire). — Fl. d’avril en
juin. [X°578.] — N’existe pas à la Guadeloupe.
Richeria V. (dédié à Pierre Richer de Belleval, né en 1553 à Châlonssur-Marne, professeur d'anatomie et de botanique à Montpellier, mort
en 1623.)
R. grandis V., Richeria vigoureux. Vulgo : Bois bandé, bois mandé, bois
marbré (à la Ravine-Chaude). Valil, Eglog. Americ., I, p. 30, t. 4. — Arbre
de taille moyenne, rarement de grande taille. Feuilles obovales, larges,
coriaces. Branches garnies de grosses cicatrices laissées par les feuilles.
Fleurs dioïques, vertes : les mâles, en épis interrompus, nombreux, dressés,
axillaires et latérales; les femelles, en racèmes courts. Fruit vert, à 3 log-es,
déhiscent de haut en bas, ovoïde ; endocarpe bivalve ; semences enveloppées
d’une ari 1le (masse pulpeuse). — Fleurit de septembre en novembre ; graines
mûres en avril et mai. — Excellent bois pour toutes sortes de constructions;
mais le plus souvent le tronc sert à faire des planches. L’écorce est employée
comme anlisyphililique et aphrodisiaque : on la laisse séjourner dans l'eau
froide, qu’on boit ensuite. 1 — Abondant dans les grands bois des BainsJaunes, du Matouba, des Trois-Rivières, de Sofaya et de la Ravine-Chaude.
[N° 2347.]
N’existe pas à la Martinique.
1. Il résulte de recherches inédites de MM. Heckel et SchlagenhaufTcn que l'écorce de
ce végétal ne renferme, en dehors du tanin, aucun principe auquel on puisse rapporter
les prétendues propriétés aphrodisiaques.

�20

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Drypetes Y. (du grec « druppa », drupe, parce que les fruits sont des

drupes.)

D. (jlauca Yahl, Drypetes à feuilles glauques. Yulgo : Café-grand-bois. —
Arbre de taille moyenne, quelquefois petit arbre, à écorce d'un gris noirâtre,
lisse, à branches souvent horizontales. Feuilles très vertes, coriaces,
elliptiques-oblongues, brusquement rétrécies en pointe au sommet. Fleurs
dioïques, situées à l'aisselle des feuilles tout le long des branches, ce qui est
un caractère commun à tous les Drypetes: les mâles, fasciculées; les femelles,
solitaires. Fruit drupacé, long de 12-15 mm., indéhiscent. — Bois dur, rouge
en dedans, recherché pour les constructions dans la terre et dans l'humidité.
— Fl. en mai et juin ; graines mûres en juillet, août, septembre.— Assez
abondant dans les mornes de Houëlmonl (Mornes Gobelin et Hirondelle),
Camp-Jacob (rivière Noire), Matouba. Alt. 300-700 met. [N08 3299, 3455.]
M a rtin iq u e . Yulgo : Café-grand-bois. Yariété macrocarpa Kr. et Urb. —
Çà et là dans les grands bois de Saint-Martin, au pied de la montagne Pelée.
[X* 33.]
D. Dussii Kr. et Urb. Addit. ad cognit. //. Ind. occid., part. I, p. 71.
Yulgo : Bois-moussara. — Arbre d’environ 0 met. d'élévation, plus ou
moins tortueux; écorce brune, branches divariquées, souvent horizontales.
Feuilles distiques, très coriaces, presque toujours couvertes de mousses,
obovales-elliptiques. Drupe longue de 25-30 mm., anguleuse-arrondie. —
Rare. Hauteurs de Case-Pilote ; çà et là dans les grands bois des environs
du Camp de PAlma. — Fruits mûrs en septembre et octobre. — Les Heurs
mâles nous manquent. [N° 34.] — Nous n’avons pas trouvé cette espèce à
la Guadeloupe.
D. serrata Kr. et Urb. Addit. ad cognit. /I. Ind. occid., part. I, p. 70.
Drypetes glomerala Grisb. — Grand arbre d'un port élégant. Feuilles lui­
santes, ovales-lancéolées, serretées, très vertes. Fleurs vertes, fasciculées à
l’aisselle des feuilles. Drupe longue de 11-14 mm. — Assez abondant à
Marie-Galante dans les bois de Folle-Anse, près du bord de la mer. — Fl.
en février, mars ; fruits mûrs en mai-juin. (V 3628.]
M a rt in iq u e . — Très rare. Nous n'en avons trouvé que quelques pieds à
tleurs mâles, aux environs de l’habitation Saint-Martin, au pied de la mon­
tagne Pelée. V 50.]
Cicca L. du grec &lt;&gt;kiki », arbre merveilleux, à cause de la ressemblance
qui existe entre ces deux arbres et de ce que l’écorce du Cicca est purgative
comme les graines de l'arbre merveilleux.)
C. dislicha L. Phyllanlhus longifolius Jacq.,Ciccaà feuilles sur deux rangs.
Yulgo: Surette. — Arbre touffu, haut de 6-10 met., originaire des Indes
Orientales, introduit et naturalisé depuis de longues années. Feuilles petites,

21
distiques, ovales, pointues, ramassées à l’extrémité des branches ; tronc nu,
branches marquées de grosses et nombreuses cicatrices laissées par les
feuilles tombées. Fleurs monoïques, mâles et femelles mélangées dans la
même grappe ; grappes pendantes, vertes, allongées, couvrant les branches
nues. Fruit drupacé, anguleux, légèrement déprimé, jaunâtre, renfermant
autant de semences qu'il y a d’angles. — Fl. de janv. en mars ; fruits mûrs en
juillet-août. — Les fruits sont très acidulés, rafraîchissants : on en fait des
conlitures, qui rappellent celles de l’épine-vinette; les fleurs exhalent une
odeur agréable et ont une saveur légèrement acide; la racine rend un suc
laiteux d'une saveur âcre. [N° 2929.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Surette. — Çà et là autour des habitations. [X°955.]
C. Antillana Juss. Yulgo : Bois-savane, bois-diable (au Camp-Jacob).
Phyllanlhus nohi/is Midi. Arg. ; Juss., Euph., f. 13b, analyt. — Arbre de
taille moyenne, très branchu ; branches étalées. Feuilles d’un vert tendre,
elliptiques-lancéolées. Fleurs dioïques axillaires : les mâles, fasciculées; les
femelles, solitaires. Fruit globuleux , légèrement déprimé au sommet,
faiblement marqué de 5 angles, un peu plus grand qu’une graine de
poivre. Après la déhiscence de l’épicarpe uni au mésocarpe, on voit l’endo­
carpe, d’un violet pourpre très foncé, enveloppant les 5 semences, ce qui
produit, quand l'arbre est couvert de graines mûres, un elfel des plus curieux.
— Bois mou cl peu propre à la construction. — Se rencontre dans tous les
bois de la basse et de la moyenne région, sans être abondant nulle part. —
FL en mai, juin; graines mûres en juillet, août, septembre. — \ ieux-Fort,
Camp-Jacob (Bagatelle). [Xus 2745, 3237.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-mille-branches. — Bois de l’Ajoupa-Bouillon,
vallée du Carbet. [X° 52.]
Amanoa Aubl. (de « Amanua», nom que donnent les Galibisdela Guyane
à cet arbre.)
A. cnribæa Kr. et Urb. Yulgo : Palétuvier gris des montagnes, carapate
(par les bûcherons de la Bouillante), à cause de la ressemblance de la graine
avec celle du ricin, nommé aussi vulgairement carapate. — Grand bel arbre,
à tronc droit, nu jusqu'à une hauteur de 12-15 mèt. et d’un diamèt. de 80 cm.
à 1 m. 20, anfractueux à la base; écorce noirâtre, presque lisse, garnie de
nombreuses aspérités blanchâtres. Feuilles coriaces, elliptiques, fortement
veinées. Fleurs monoïques, blanches, en grappes terminales, exhalant une
odeur forte et très agréable, qui attire une nuée de mouches à miel. Fruit
capsulaire, un peu moins grand qu’une pomme de tamarinier des Indes, à 3
coques qui se séparent d une colonne centrale à 3 ailes ; coque bivalve.
Les fruits mûrs, quand ils sont chauffés par le soleil, éclatent avec bruit ;
semences 3, lisses, dépourvuesd’arille et de caroncule. — Dans les hauteurs de
Pigeon et de la Bouillante, les bûcherons extraient des graines une huile qu’ils
EU PH OR lî IA CK ES

�22

PLANTBS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

emploient contre les blessures et les plaies. Le bois est recherché pour les
constructions : il passe pour cire incorruptible clans la terre, il sert aussi pour
la menuiserie. — Cet arbre lleurit habituellement en juillet et août et aussi en
janvier et février. — Alt. 100-800 met. Abondant clans les vastes forêts entre
la Pointe-.Noire et la Ravine-Chaude, des hauteurs de Pigeon et de la Rouil­
lante; plus rare dans les bois du Matouba et du bassin Bleu. [Nos2466, 3230.1
Ne se rencontre nullement à la Martinique.
Phyllanthus L. (de deux mots grecs cpii signifient feuille et Heur, c’eslà-dire fleurs qui viennent sous les feuilles.)
P. OL'ülus Hoir., Phvllanlhe à feuilles ovales. Yulgo : Ln-bas-feuilles grandbois. — Arbrisseau droit, élégant, fortement branchu, haut de 2-4 mèt.
Feuilles rigides, ovales, pointues par les deux bouts, de 2-1 cm. de long sur
1,5 à 2,5 cm. de large. Fleurs monoïques ; les mâles, à l'extrémité ; les femelles,
dans le bas des branches. Capsules de la grosseur d'une graine de poivre. —
Peu abondant. Hauteurs du Morne-Rouge (bois du Calvaire), hauteurs de
Case-Pilote (Plateau militaire). — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guade­
loupe. [Nü 53.]
P. ConamiSw. Ph. piscatorum Klh. P. brasiliensis Midi. Arg. Yulgo : Bois
à enivrer; Aublet, Hist. de la Guyane, l. 351, p. 927.—Arbrisseau ou petit
arbre très ornemental à cause de son léger feuillage, droit, trèsbranchu, haut de
2-1 met.; branches souvent tortueuses et noueuses. Feuilles distiques-alternes,
petites, elliptiques, d'un vert tendre. Fleurs monoïques, très nombreuses,
disposées par fascicules tout le long des branches, mâles et femelles mélangées,
portées les unes et les autres sur de longs pédoncules filiformes. Capsule de
la grosseur d’une tète d'épingle. — Çâ et là autour des maisons. Camp-Jacob,
Gourbeyre, etc. (N0 2116.]
Ma r t ix iq u e . Yulgo : Enivrage, bois à enivrer.— Assez abondant. — Avec
les branches broyées et mises dans un sac, qu'on dépose dans un bassin de
rivière, on enivre les poissons. —Saint-Pierre, Morne-Rouge, Ajoupa-Bouillon. [N° 2017. j
P. mirnosoides L., Phvllanlhe à feuilles de mimosa. Yulgo ; Fougère,
bâtard de fougère. — Arbrisseau très élégant, ressemblant à une petite fou­
gère en arbre. Tige souvent unique, d'un diamèt. de 8-11 cm., marquée
de nombreuses cicatrices, haute de 2-1 mèt. ; branches ramassées à l’extrémité
de la tige, ressemblant à des feuilles deux fois composées-penuées. Feuilles
distiques, obliquement lancéolées-oblongues, mucronulées, blanchâtres en
dessous. Fleurs blanchâtres. Capsule sphérique, légèrement déprimée au
sommet et à la base, plus petite qu’une graine de poivre. — Très abondant
dans tous les grands bois humides . Bois des Bains-Jaunes, du bassin Bleu,
du Matouba, des Trois-Rivières, etc. — Fl. presque toute l’année. — Alt.
400-950 mèt. |N° 2445.|

E U P H O n n i AGEES

23

M a r t in iq u e . — Très rare. Nous n on avons trouvé que quelques pieds
dans les hauteurs boisées de la Grande-Rivière. [N" 2045.]
P. Niruri L. Phvllanlhe Niruri (nom de la plante à Malabar). Yulgo ; Enbas-feuilles, — Annuel ou sullYulescent, haut de 15-60 cm. Ramules penniformes, blanches, caractère qui le distingue facilement de tous ses congénères,
horizontales, penchées à l’extrémité dans le jeune âge, filiformes, très allongées
et fortement pcnchéesdans l’âge adulte. Feuilles distiques, glauques en dessus,
blanchâtres en dessous. Fleurs vertes, situées à l’aisselle des feuilles, habituel­
lement 1-3 mâles accompagnées d’une femelle. Fruit vert, déprimé, de 1,5-2 mm.
de diamètre; semenceslongitudinalement côtelées.—Très abondant dans les
terres cultivées, le long des chemins de la basse et de l’infra-moyenne région.
— On se sert souvent, dans les campagnes, de celle herbe contre les fièvres ;
on la prend en infusion. — Alt. 0-600 mèt. !Nos 2724, 2447.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; En-bas-feuilles blanc. —Abondant dans tout le pays,
où I on en fait usage contre les fièvres.
P. urinaria L. Phvllanthe diurétique. Yulgo ; En-bas-feuilles rouge. —
SulFrutescenl, droit ou plus ou moins couché, haut de 40-80 cm., peu branchu.
Feuilles blanchâtres en dessous, distiques. Se distingue du précédent par sa
taille plus forte, ses feuilles plus longues, ses fruits sessiles et plus grands et
par ses semences transversalement côtelées. — Celle plante s’emploie sou­
vent en infusion contre la rétention d’urine et aussi contre les fièvres. —
Moins abondant que le précédent. Aime les endroits humides et ombragés.
Basse-Terre, Gourbeyre, Camp-Jacob, etc. Alt. 0-600 mèt. [N° 2722.]
M a r t in iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles rouge. —Abondant dans les endroits
ombragés et humides. Saint-Pierre, Carbet, etc. ]N° 46. s
P. Carolincnsis Walt. Phvllanlhe de la Caroline. Yulgo : En-bas-feuilles
vert. — Annuel ou su (Frutescent, cespileux, haut de 5-50 cm. Tiges sans
branches dans les jeunes pieds, branches toujours disposées sur le même
plan ou distiques, ce qui lui donne un port particulier qui le distingue, de
prime abord, des autres espèces auxquelles il ressemble. Capsule petite, d’un
diamètre de 2 mm., semblable à celle du P. Niruri. — S’emploie aussi dans
les campagnes contre les fièvres et les rétentions d’urine. — Assez, abondant
dans les quartiers cultivés et humides du Camp-Jacob, de Gourbeyre; rare
dans la basse région. [N° 2447 b.)
M a r t in iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles vert. — Assez abondant. Morne-Rouge,
Gros-Morne, etc. [N° 48.]
P. lalhyroides II. B. Klh., Phvllanlhe à feuilles de lalhvrus. Yulgo ; Enbas-feuilles vert. —SulFrutcscent, droit, haut de 15-60 cm. Feuilles d un vert
très clair en dessus, blanchâtres en dessous, très brièvement pétiolées, ovaleselliptiques, souvent inégales à la base, longues de 6-10 mm. sur o-7 mm. de
large. Ressemble par le port et la taille au P. Niruri: s en éloigne par ses

�P LA NTl-. S DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
24
branches plus allongées et plus penchées, par ses capsules et les lobes du
calice beaucoup plus grands et ses semences pourvues ch' lignes longitu­
dinales, ponctuées, très nombreuses et régulièrement disposées. —Très abon­
dant dans les sentiers des caféières, cacaoyères, dans les champs de manioc,
etc., de la région moyenne; plus rare dans la région inférieure. Gourbeyre,
Matouba, Camp-Jacob. X° 2921.
M a r tin iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles vert. —Abondant dans les champs
cultivés. X° 47 a. J
N o t a . — Ces quatre dernières espèces de Phyllanlhus sont hygroscopiques ; elles ferment leurs feuilles pendant la nuit, et dans la journée quand il
pleut. Toutes ont un suc laiteux.
P. spec. Yulgo : En-bas-feuilles rouge. — SuIlVulescenl ou souvent frutes­
cent, droit, glabre dans toutes ses parties, haut de 15-85 cm., habituellement
nu dans le bas. Tige cylindrique, très verte. Branches géminées ; une grande
portant de 2 à 5 ramules, une petite sans rainulcs; toutes munies, au point de
leur insertion, de plusieurs petites stipules pointues. Feuilles distantes, très
vertes en dessus, pâles en dessous, obovales terminées au sommet en pointe
arrondie, pointues à la base ; pétiole long de 1 mm., muni de 2 stipules à la
base; limbe de la feuille large de 0-8 mm. sur 12-1-1 mm. de long, garni de
points translucides à l'état vert. Ramules filiformes, plus ou moins horizon­
taux, longs de 7-10 cm., garnis de 12-20 feuilles. Fleurs blanches ; 1-3
mâles accompagnées de 1-2 femelles; pédoncules filiformes, celui de la fleur
mâle long de 2-3 mm., celui de la femelle long de 4-0 mm. et épaissi au som­
met. Capsules très légèrement pubescentes, vertes, déprimées au sommet et
à la base, plus larges que longues, 2 mm. de large sur un peu plus de 1 mm.
de long. Lobes du calice ovales-lancéolés, de moitié plus courts que la
capsule. Semences transversalement ponctuées sur le dos et longitudinale­
ment côtelées sur les deux côtés. — Assez abondant dans les endroits ombra­
gés et surtout sous les manguiers. Gourbeyre, Basse-Terre, Le Baillif, etc.
Alt. 0-800 met. [N° 3557.
M a rt in iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles vert.— Abondant dans les endroits
ombragés. .V 47 h.
P. spec. — Petit arbrisseau droit, entièrement glabre, haut de 20-45 cm., très
branchu dès la base; tiges très grêles et flexibles à Lextrémité, dicholomes,
très vertes, cylindriques; ramules nombreux, filiformes, longs de 2-3,5 mm.,
complètement nus dans près de leur moitié inférieure, munis à la base
de 2-3 écailles noires en forme de stipules. Feuilles 8-12 à l'extrémité de
chaque ramule, vertes en dessus, noires sur les bords, pâles en dessous,
nettement obovales, arrondies au sommet, distiques, très brièvement pétiolées, longues de 5-8 mm. sur 3-5 mm. de large. Fleurs monoïques, axil­
laires : les mâles, très petites, presque sessiles, au nombre de 1-3, accom­

25
pagnées d’une femelle, mâles et femelles entourées à la base de petites brac­
tées translucides, pointues ; pédoncule delà fleur femelle long de 3 mm., épaissi
au sommet; lobes du calice de la fleur femelle obovales-lancéolés, blancs,
translucides et minces sur les bords, épaissis, noirâtres et légèrement velus
au milieu, moitié plus courts que la capsule mûre. Capsule jaunâtre,
glabre, plus large que longue, 2-5 mm. de large sur 1-9 mm. de long;
semences blanchâtres, très légèrement pubescentes, parcourues, sur le dos
et sur les deux côtés, de petites côtes longitudinales. — Fleurit presque toute
l'année, mais surtout pendant l'hivernage. — Abondant dans les hauteurs boi­
sées, sèches et pierreuses du Yieux-Forl, seul endroit où nous ayons trouvé
celle intéressante espèce. Alt. 180-200 met. [N0 2442. |
P. epiphyllanfhus L., P. falcalus Sw., Xylophylla falcata Sw. Yulgo ;
Farine à Zombi, farine chaude, à cause de l’odeur de la fleur qui rappelle
l'odeur de la farine de manioc, palte-à-chaux (au Gozier), langue-à-chatte
(à Marie-Galante). — Arbrisseau très ornemental, habituellement droit, haut
de 1-2,80 met., à lige nue dans le bas et couverte d’une écorce cendrée. Il est
remarquable par ses branches coriaces, élargies, épaissies, légèrement recour­
bées en faux, ressemblant à des feuilles. Fleurs monoïques, situées sur le
bord de ces phyllodes. — Très abondant dans les endroits pierreux, secs,
arides près de la mer. Capeslcrre (Marie-Galante), Désirade, Gozier (bord
de mer), Yieux-Fort, Port-Louis, etc. Alt. 0-150 mèt. X°2f44.
M a r t in iq u e . — Cultivé au Jardin botanique et dans beaucoup d’autres
jardins comme plante d ornement. X° 20-44.J
P. nivosus Mort. Yulgo: La neige. — Arbrisseau superbe, haut de 1-2 mèt.,
très branchu, droit, à feuilles ovales, obtuses : les inférieures, panachées de
blanc, de vert et de rouge; les supérieures et celles des extrémités des
branches, plus petites et presque complètement blanches, à fleurs en petites
clochettes très ouvertes, solitaires à l’aisselle des feuilles et portant 5 seg­
ments obeordés. —Originaire des îles de la mer du Sud. Introduit et cultivé
dans un très grand nombre de jardins. [X° 3532.
M a r t in iq u e . — Cultivé dans les jardins. rX° 22. j
P. roseo-piclus Mort. — Yariélé plus vigoureuse, à feuilles panachées de
blanc, de vert tendre et de vert sombre, obtenue par l'horticulteur anglais
Veitch. Elle est également très répandue dans le pays. jX° 2467.]
M a r t in iq u e . — Abondant dans les jardins. X° 2046.
Jatropha L. (selon Linné, du grec « iatron », remède, et « phagein », man­
ger, parce qu’on trouve beaucoup d’espèces qui fournissent des remèdes,
d'autres un excellent aliment.)
I. qossypifolia L. Jalrophc à feuilles de cotonnier. Yulgo ; Médecinier
bâtard, médecinier rouge (Desc., Fl., II, f. 142 ; SL, Hist. of Jam., t. 84). —
EUPHOIl IUACKES

�26

PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Arbrisseau tortueux, peu brauchu, haut de 1-2,50 met. Feuilles palmilobées,
à 3-5 lobes, les jeunes habituellement noires, luisantes, les adultes vertes.
Jeunes liges, branches, pétioles, stipules el bords des feuilles garnis de poils
longs, visqueux, branchus, glandulifères. Fleurs en cymes corymbiformcs,
terminales, couleur rouge de sang. Capsule de la grosseur d'une noisette, 5
3 coques déhiscentes. — Descourtilz [loco cil., page 306) range celle plante
dans les purgatives; il dit que la graine contient un principe âcre, purgatif, el
une huile semblable à celle de l'olive; selon lui, une seule graine suffit pour
se purger. Dans le pays on ne se sert guère de celle espèce de Jalrophe. —
Fl. de juin en août. — Fndroils secs, rocailleux, calcaires, près du littoral.
Abondant. Basse-Terre, Le Baillif, les Saintes (Terre de haut el de bas), etc.
[.V 2928.]
M a rtin iq u e . Yulgo ; Bois-ortolan, graine-ortolan, herbe aux ortolans. —
Abondant. Case-Navire, Case-Pilote, Prêcheur, etc. [N° 2051.]
J. mullifida !.. Médecinier à feuilles fendues. Yulgo ; Médecinier d'Espagne,
noisette purgative, corail. — Arbrisseau ornemental, à branches étendues, à
tige nue dans le bas, souvent tortueux, haut de 2-4 mèt. Ecorce grisâtre;
jeunes tiges marquées de nombreuses cicatrices provenant de la chute des
feuilles. Feuilles ramassées aux extrémités des branches, ornementales,
larges, palmilides, composées de 9-11 segments pointus, tombants ou forte­
ment penchés, ce qui fait qu elles ressemblent à de petits parasols à moitié
ouverts. Fleurs rouge écarlate vif. Capsules à 2-3 coques pulpeuses, tar­
divement déhiscentes, de la grosseur d'une aveline. — Originaire de l’Amé­
rique, naturalisé el cultivé, moins pour son utilité que comme plante d'or­
nement. — Toutes les parties de cette plante contiennent un suc aqueux,
limpide, âcre el amer; les fruits sont purgatifs, mais ne s'emploient guère
dans ce pays. — Fl. d’avril en août. — Basse-Terre (hôpital militaire), Gourbeyre, Moule, Pointe-à-Pitre. \° 2926.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Médecinier épicar.— Se rencontre souvent dans les
jardins, les cours, el dans les campagnes autour des maisons. [N° 2054.J
J. hastata Jacq., Jairopha pandurifolia Andr. Médecinier à feuilles de
violon. (Jacq., Sel. Americ. stirp. hist., p. 256, t. 172, f. 54, une feuille;
Jardin des Amat. el manufaet.,xo\. III, t. 32).— Arbrisseau très élégant,
haut de 2-4 mèt., remarquable par ses feuilles en forme de violon et ses Heurs
rouge cinabre. — Originaire de Cuba. Cultivé et naturalisé. Se rencontre sou­
vent dans les jardins. — Fl. durant toute l’année. — Basse-Terre, CampJacob, etc. [N° 2449.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Médecinier à feuilles de guitare. — Dans beaucoup
de jardins. N° 2052.,
J. inlegerrima Jacq. Médecinier à feuilles entières. —Arbrisseau semblable
au précédent pour le port et la taille, avec des feuilles à 3 lobes rappelant

EUPHORRIACRES

27

celles du lierre d’Europe. Fleurs en cymes allongées, terminales, grandes,
d’un rouge éclatant. — Cultivé çà et là dans les jardins comme plante d’orne­
ment. En le soumettant à la taille, on en fait de petits arbres qui prennent
toutes les formes que l'on veut. Basse-Terre (presbytère du Carmel), Gourbeyre, etc. 1N" 2418.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Epicar. — Abondant. Dans beaucoup de jardins
dans les campagnes. Carbel, Fort-de-France, Prêcheur, Saint-Pierre &gt;jardin
de l'Évêché). [X“ 51.
J. curcas L., Jalrophe eurcas, nom qu'on lui donne à Malabar. Yulgo :
Médecinier béni, médecinier-barrière, médecinier blanc, médecinier purga­
tif. Dose., vol. II, t. lil, p. 299. — Arbrisseau ou petit arbre de 3-5 mèt.
d’élévation. Ecorce lisse, grise ; jeunes branches marquées de nombreuses cica­
trices. Feuilles larges, anguleuses ou à 3-5 lobes peu marqués. Fleurs rouges
en cymes terminales. Capsule drupacée, pendante, tardivement déhiscente, de
la grosseur el de la forme d'une noix. — Abondant dans toute l'île. — Descourtilz, loco c il., dit que les racines el certaines parties de cette plante four­
nissent une teinture violette, que les graines contiennent une huile volatile,
pesante et vénéneuse, qu’on prétend que les propriétés émétiques résident
dans l'embryon el qu'après l'avoir enlevé on peut manger le fruit sans
danger1. Dans le pays on fait grand usage de l’huile comme purgatif; on l'ob­
tient facilement par pression; elle sert souvent à frotter les membres affectés
de rhumatisme. Les feuilles, chauffées sur une flamme et appliquées chaudes
sur la peau, guérissent les névralgies; bouillies dans l'eau salée, elles servent
à laver les plaies et les blessures. — Commun dans les champs et surtout
autour des habitations des nègres. On en fait souvent des clôtures. — FL
presque toute l'année, excepté pendant la saison sèche. N° 2746.
M a r t in iq u e . Yulgo: médecinierbéni, pignon d'Inde.— Abondant. N° 2052 .
J. p o d a g ric a Hook, Jalrophe à tige renflée. Y u lg o -: Corail végétal. Arbris­
seau de 40 cm. à I m. 50 de haut, remarquable : par sa lige renflée dans le
bas, surtout quand il est jeune, de manière à simuler une sorte de bulbe;
par scs feuilles peltées, à 5 lobes, ses fleurs en cymes d’un rouge de corail et
portées sur de longs pédoncules. — Originaire de 1Amérique centrale et de
la Grenade. — Ne cesse pas de fleurir. — Cultivé dans les jardins comme
plante d’ornement. Basse-Terre, Pointe-à-Pitre, etc. N° 2925.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Corail végétal. —Abondant dans les jardins. N° 2055.
I. Cette graine, connue sous le nom de grand pignon d'Inde, graine de Pourghère,
est très employée aujourd’hui pour la fabrication de Yhuile de ricin anglaise mélange
d'huile de ricin et d’huile de curcas, très active comme purgatif . C'est également une
graine grasse industrielle très recherchée par les fabricants de savon. On la cultive
beaucoup sur la côte occidentale d’Afrique (où elle a été introduite; pour ce double objet'
L’huile qu’elle donne par pression ou par dissolvant est purgative à très faible dose.
E. H.

�28

PLANTES DU LA GUAOKLOUPB RT DE LA MARTINIQUE

Cnidoscolus Pohl (du grec « kuizein», gratter, piquer, el « scolos », pieu,
piquant, pour faire allusion aux poils rigides et brûlants de celle espèce.)
C. naptvfolius Pohl. C. à feuilles de Xapæa. Vulgo : Manioc bâtard, manioc
brûlant, ricin bâtard, ricin brûlant (Jatropha Desc. ; .luss.. Euphorh., fig. 36,
anales.) — Su 11‘rutescent, droit, haut de30-120cm., remarquable par les poils
blancs, rigides, brûlants, qui couvrent toutes ses parties. Feuilles larges, à
3-5 lobes arrondis. Fleurs d'un blanc très pur. Capsule à 3 coques, à peu près
delà meme grosseur que le fruit du J al. yossypifolia. — Il est épispaslique,
rubéfiant et doit être manipulé avec précaution : les poils, quand ils pénètrent
dans la peau, y causent une douleur vive qui dure longtemps; devient gênant
pour ceux qui marchent pieds nus. — Fl. en juin, juillet, août. — Endroits
secs el rocailleux. Hauteur de Case-Pilote et des Anses d'Arlet. Alt. 80270 mèt. 2047. — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guadeloupe.
Janipha H. B. Ivth. (nom donné à cette plante par les indigènes du Brésil,
d’où elle est originaire.)
J. manihot Ivth. Jatropha manihot L. Manihot utilissi'rna Pohl. (SI.,
I. 85; Tuss., vol. III, t. 1, 2; Desc., vol. III, t. 176.) Vulgo : Manioc amer.
— Arbrisseau plus ou moins tortueux, à tige noueuse, remplie de moelle.
Feuilles situées à l'extrémité des branches, à 3-7 lobes lancéolés. Fleurs peu
nombreuses, en cymes racémiformes. Capsule pourvue de 5 ailes longitudi­
nales et souvent ondulées. Les pieds de manioc abandonnés peuvent devenir
arborescents el atteindre plus de 5 m. d'élévation. — Fl. habituellement en
septembre et octobre, les fruits qui par ailleurs n'ont aucune valeur, mûrissent
en novembre et décembre. — On rencontre un grand nombre de variétés,
qui diffèrent par la couleur de la tige, par la couleur, la forme et la grosseur
de la racine, par le plus ou moins de temps qu’il faut pour leur complet
développement, par la richesse et la quantité de farine qu'on en retire. Celles
qui ont le teint rouge ou violet sont les plus communes et les plus estimées;
plus les racines sont nombreuses, moins elles sont grandes; les petites
n’excèdent guère 16 cm. de long; quand il ne s’en trouve que 3 ou 4, elles
peuvent atteindre jusqu'à 40 cm. de long sur un diam. de 6-8 cm. Les plus
grosses peinent peser jusqu'à 30 kilog. Les racines du manioc ne poussent
ni verticalement ni horizontalement, mais affectent toujours une position
intermédiaire. Il y en a qui mûrissent au bout de 7 mois; mais les meilleures,
et celles qui sont le plus en usage, demeurent ordinairement de 15 à 18 mois
sous terre, avant d'arriver à parfaite maturité.— Le manioc prend facilement
par boutures, cl c’est aussi le seul mode de multiplication. — Il se plaît dans
les terres fraîches, meubles, bien Iexposées au soleil el en pente.
Manihot Pohl (du mot brésilien « mandihoca »&gt;.)
M. palmata Mul. Manioc à feuilles palmées. Manihot Aipi Pohl; Jatropha

RUPHORHIACÉES

20

(Iulcis Bank. Vulgo : Manioc doux, camanioc. — Arbrisseau haut de 1,502 m. Plusieurs botanistes, entre autres Grisb., Fl. of Jiritish W est Iiuliari
Islands, considèrent cette espèce comme une variété du manioc amer, en
disant que dans le manioc doux on trouve aussi des racines vénéneuses; en
effet, plusieurs propriétaires de la Martinique m’ohl assuré que le manioc
dégénère au bout de quelque temps et que les racines deviennent vénéneuses.
Muller, dans le Prodrome de de Candolle, p. 1062, le décrit comme une
espèce distincte; il y a bien une petite différence : le camanioc est plus droit,
sa lige n'est pas anguleuse, les pétioles sont d'un vert jaunâtre, el jamais
bruns ou noirs comme dans le manioc amer; il y a, à la base du pétiole du
camanioc, deux stipules ailées, qui, dans le manioc, ne sont représentées que
par des traces de stipules ou par un appendice ressemblant à un piquant à
large base; ses folioles sont plus larges, moins effilées et moins pointues; sa
racine cuit plus vite et peut se manger crue ; ses fruits sont, eu outre, dépour­
vus d'ailes et légèrement anguleux au sommet. — Le camanioc ne se cultive
presque plus actuellement à la Guadeloupe. Environs de la Basse-Terre, çà
el là aux Trois-Rivières. (N° 3238.]
M a r t in iq u e . Vulgo: Camanioc. — Plus abondant ; Morne-Bouge, hauteur
de la Grand’Ause, etc. [N° 2050 h.
Siphonia Bich. (du grec « siphon », tuyau, parce que la fleur est munie d'un
petit tuyau, long el étroit.)
S. elastica Pers. Siphonia produisant le caoutchouc. Vulgo : Arbre à
caoutchouc, llevea (juijanensis Au b., (de « héwé », nom qu'on lui donne à la
Guyane.) — Grand bel arbre à feuilles palmées, contenant 3-5 folioles
entières, lancéolées cl souvent arrondies au sommet. —Originaire du Brésil
el des Guyanes. Est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre el dans
d’autres localités de la Martinique [N° 170.]
Garcia Rolir (dédié au médecin du roi de Portugal Gardas del Huerto, qui
a écrit sur les racines, 1567).
G. milans Rohr. Garcia à fruits penchés. (Juss., Tenl. Euphorh., p. 41,
t. 13, f. 40). — Petit arbre superbe, très touffu, haut de 3-5 mèt. Feuilles
pétiolées, alternes, obovales, à sommet obtus, luisantes, à limbe de 10-16 cm.
Fleurs blanchâtres, monoïques, en racèmes, très courtes. Capsule globuleuse,
nous-ligneuse, déhiscente, à trois coques, un peu plus petite que le fruit du
tamarinier des Indes. Semences globuleuses, d'environ 2 mm. de long. — Est
cité dans le Prodrome de de Candolle, vol. XV, p. 721. comme étant indigène
à la Guadeloupe. Nous ne l’y avons jamais rencontré.
M a r t in iq u e . — Y est indiqué aussi, loco cfL, comme indigène, mais nous
se l’avons jamais trouvé à létal sauvage; par contre, on voit au Jardin bota­
nique de Saint-Pierre un assez grand nombre de ces pieds. X° 888.]

�30

PLANTES OK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Aleurites Forsl. (du grec « aléuriles », farine de blé, faisant allusion à la
matière blanche qui couvre le dessous des feuilles, les pétioles, etc.)
A. trilobu Forsl. Aleurites ambinua• L., Aleurites à trois lobes.Yulgo : Noir
de Bancoul, noix des Moluques, noisette (.les Grands-Fonds. Lam., ///.,
I. 771. — Arbre de taille moyenne, souvent petit arbre, originaire des îles
Moluques. Feuilles larges, ovales où les adultes à 3-5 lobes, le lobe du milieu
étant toujours plus grand et deltoïde, longuement pétiolées, couvertes d'une
pubescence pulvérulente blanche. Fleurs monoïques, blanches, en panicules
terminales, longues de 10-1 t cm. Noix dure, indéhiscente, couverte d'un
péricarpe drupacé. — Introduit et cultivé ça et là sur les habitations : Le
Baillif habitation Sainte-Sophie), Camp-Jacob, en beaucoup d'endroits dans
les Grands-Fonds. — Les noix fournissent une huile d’assez bon goût, propre
aux usages domestiques pour l'éclairage et pour la fabrication des chandelles;
sèches, elles pein ent se manger impunément et ont le goût de la noisette de
France; l'huile est laxative. L'arbre laisse exsuder une laque très belle, qui
paraît comme une perle ou un bourgeon à l'aisselle des branches ou des
feuilles. — FL habituellement deux fois par an, de septembre en décembre
et de février en mai. N° 2924.
M a rt in iq u e . Yulgo : Noix de Bancoul, noix de Saint-Domingue. — Cultivé
au Jardin botanique, d'où il s'est répandu dans le pays. — Assez abondant
autour de quelques habitations de la plaine (hauteurs des Trois-Ilets), où
l'on se sert de l'huile de la noix pour les besoins domestiques. N° 692.]
Ricinus L. (à cause de la ressemblance de la graine avec l'insecte appelé
ricin ou tique.)
R. communi$ L. Yulgo : Carapate. Desc., Fl., I, l. 59, et Fl., II, t. 127.—
Arborescent, haut de 3-5 met.; originaire des Indes Orientales, naturalisé et
cultivé dans le pays depuis un temps immémorial. Bien qu arborescents, les
plus forts pieds ne durent guère plus de quatre ans. — Abondant dans la
basse région. On rencontre plusieurs variétés, dont les principales sont :
1° Variété à lige et branches rouges et couvertes d’une poussière blanche;
2° Variété à tige et branches blanches, également couvertes d'une pous­
sière blanche;
3° Variété à grosses graines et à feuilles très amples;
4UVariété à fruits sans piquants.
— La graine est un drastique violent ; l'huile, au contraire, est un purgatif
assez doux, dont on se sert très fréquemment. Les pauvres récoltent souvent
les graines pour les vendre aux pharmaciens. On applique au front les feuilles
trempées dans du vinaigre, quand on souffre de maux de tète occasion­
nés par des insolations; passées sur une flamme ou chauffées au feu, on les
met sur la peau contre les névralgies et les rhumatismes. — Alt. 0-500 mèt.
Basse-Terre, Camp-Jacob, etc. [N° 2923.]

KUPHORBIACÉES

31

M a r t in iq u e . Yulgo : Palma-Christi, ricin abondant. — Huile également
très usitée comme purgatif. | N'° 12.]
Croton L. (du grec « krolon » , pou de chien, tique, parce que les graines
de tous les erolons ont la forme d'une petite tique.)
C. bahamifer L., Croton balsamique. Yulgo : Copahu, copahu bâtard. —
Arbrisseau droit, n'atteignant guère plus de 3 mèt. d’élévation. Fcorce grise,
jeunes branches velues, jaunâtres. Feuilles ovales ou ovales-lancéolées en
pointe allongée et souvent légèrement recourbée, velues, grises en dessus,
blanchâtres en dessous et garnies de poils courts et étoilés; limbe muni de
deux glandes à la base. Fleurs blanches, en grappes terminales exhalant une
odeur de miel.—Le cœur de ce bois est très dur, tout en étant flexible; il sertà
faire des manches pour toutes sortes d'outils ; avec ce même bois, qu'il soit sec
ou vert, on fabrique des flambeaux. De toutes les parties de cet arbrisseau,
on peut, par incision, faire découler un suc assez épais, jaunâtre ou presque
brun, balsamique et d'une odeur très suave ; on l'emploie pour la guérison
des plaies et des blessures. Dans quelques endroits, on distille la plante avec
de l'esprit de vin et on obtient une liqueur appelée eau de Mante et que l'on
destine à la toilette. — Aime le terrain sec, rocailleux près du littoral, où il vit
en société. Très abondant entre la Basse-Terre et les Vieux-Habitants, à
la Pointe-Noire, à la Désirade, à Marie-Galante, aux Saintes, etc. — Fleurit
presque toute l’année, mais surtout d’avril en septembre. N° 2456.
M a r t in iq u e . Yulgo ; Baume, petit baume. — Sert aux mêmes usages qu’à la
Guadeloupe.— Abondant : Vauclin, Sainte-Anne, Diamant. Alt. 0-250 mèt.
[N° 64.]
C. floculosus Geiss., Croton laineux. Yulgo : Petit baume. — Ressemble
beaucoup au précédent pour la taille, la forme des feuilles, la couleur et les
dimensions des fleurs; s’en éloigne par le duvet jaune, court et dense, qui
couvre les jeunes branches, par scs feuilles plus épaisses, garnies en dessous
d'une couche de duvet plus serré et plus blanc. — Il sert aussi à faire des flam­
beaux, à cause du suc résineux que contiennent toutes ses parties. — Moins
abondant que le précédent. Endroits secs, pierreux. — FL d’avril en juillet.
— Diamant, Case-Pilote, Caravelle. (N° 63.] — Nous ne l’avons pas trouvé à
la Guadeloupe.
C. Guildingii. Gr. Yulgo : Baume bâtard. — Arbrisseau haut de 1-2 mèt.,
droit, très buissonneux; jeunes branches et le dessous des feuilles garnis d'un
duvet blanc tirant sur le jaune. Diffère des deux précédents par ses feuilles
dentées en scie. — Abondant dans les savanes des anses d’Arlet et dans les
hauteurs de Sainle-Luce. Alt. 80-320 mèt. N° 62. — Nous ne l'avons pas
trouvé à la Guadeloupe.
C. corylifolius Lam., C. monlanus. Croton à feuilles de coudrier. \ ulgo ;

�32

PLANTES DE I.A GUADELOUPE ET DB LA MARTINIQUE

Bois-pays; Desc., vol. V, t. 366. Geiss. — Arbrisseau ou pelil arbre, haut
de 4-6 met. Écorce d'un gris blanchâtre. Jeunes branches et pétioles couverts
d’un duvet gris. Pétiole long, limbe de la feuille large, ovale, irrégulièrement
et doublement denté ; quelquefois anguleux, parsemé, surtout dans sa jeunesse,
d'une multitude de petites taches blanches et rondes. — Se rencontre dans
les terrains secs et rocailleux de la basse et de la moyenne région. Peu
abondant. Environs de la Basse-Terre (Ravine de la rivière Billaud);
Gourbeyre (habitation Bisdary), Vieux-Fort (hauteur). — Fl. de mai en
février. —Toutes les parties de cette plante, surtout les feuilles, sont aroma­
tiques. Deseourlilz, p. 238, la place dans la section des antispasmodiques
aromatiques et en fait le plus grand éloge. Dans le pays, cet arbrisseau est peu
connu, mais, là où il existe, on se sert des feuilles froissées dans les bains
tièdes pour les femmes en couches; ces menues feuilles, bouillies et prises
en tisane avec une addition d'un peu de rhum, de jus de citron et de sucre,
constituent un excellent remède contre les lièvres. Nos 2457, 3419. j
M a rt in iq u e . Vulgo : Grand baume. — Assez abondant. Boulevard de
Saint-Pierre, Trou-Vaillant, hauteurs des Trois-Uels. Alt. 0-300 mèt.
N° 163.]
C. rn'veus Jacq., Crolon à feuilles d'un blanc de neige en dessous. Vulgo ;
Baume blanc. Jacq., Sel. Amerie. stirp. h i s l t. 162, f. 2, une feuille. —
Arbrisseau haut de 2-3 met., facile à distinguer de tous ses congénères par ses
feuilles minces, d'un blanc argenté en dessous, et garnies de petites touffes de
poils étoilés ressemblant à de petits points blancs. — Endroits secs, rocail­
leux. Fort-de-France (coteau entre le collège et le fort Dartenson), Diamant,
Trois-Ilels, Vauclin. Ait en société. Alt. 80-200 mèt. N° 1990. — Noue
n'avons pas trouvé celle espèce à la Guadeloupe.— Deseourlilz, vol. V,
p. 238, attribue à ce croton les mêmes vertus qu'au Crolon corylifolius.
C. belulinus V., Crolon à feuilles de bouleau. —Arbrisseau grêle, plus ou
moins droit, à branches nombreuses, noirâtres, haut de 50-80 cm. Feuilles
petites, brièvement péliolées, ovales, grossièrement dentées. Fleurs en
grappes très courtes. — Fort rare. .Nous n'en avons trouvé qu'un pied dans
les terres de l'habitation de Saint-Martin, près de Saint-Pierre (sept. 1884).
N° 60.j — N’est pas à la Guadeloupe.
C. origanifolius Lam., C. à feuilles d’origan. Desc., vol. VII, t. 471 ; SI.,
t. 86, f. 3. —Arbrisseau haut de 80 cm. à 1 m. 20 à branches grêles, à feuilles
petites, ovales. — Rare. Nous n’en avons trouvé que quelques pieds dans les
hauteurs du Fond-Layette (Case-Pilote). N" 61. — N’est pas à la Guade­
loupe.

BUiqiORIlIACKKS

33

C. ovalifolius W., C. à feuilles ovales. Vulgo : Marie-L’hôpital (à la BasseTerre). — Arbrisseau droit, ou parfois presque couché, très branchu, haut de
10-65 cm. Feuilles ovales, poilues en dessous; jeunes branches et pétioles
légèrement jaunâtres et poilus. Fleurs blanches en petites grappes; calice
de la Heur femelle couvert de glandes stipitées. C’est le plus petit croton du
pays. — Abondant dans les environs de la Basse-Terre (hospice de Tillac,
habit. Guillhcmborde, Fort-Richepanse, Le Baillif, Vieux-Habitants, les
Saintes, Terre de Haut). — Les chèvres et les moutons broutent volontiers
les extrémités des branches. A la Basse-Terre, on se sert de cet arbrisseau
pour la confection des bouquets. [N“ 2458. j
N'existe pas à la Martinique.
C.populifolins Lam., C. à feuillesde peuplier. —Arbrisseau droit, élégant,
haut de 1-1,50m. Tige inférieurement ligneuse; jeunes branches et liges
herbacées, poilues et remarquables par leurs stipules simples ou divisées,
garnies de glandes stipitées et globuleuses. Feuilles ovales, en cœur,
pointues au sommet, irrégulièrement dentées en scie. — Peu abondant. Çà
et là, dans les endroits secs et pierreux de Saint-Pierre, de Case-Pilote et de
Ducos. Alt. 20-250 mèt. [Nos 58 et 59.] — Nous ne l’avons pas trouvé à la
Guadeloupe.
C. hirtus L’Hérit., C. hérissé. Vulgo : Herbe aux ortolans, orliejsavane.
— Herbe annuelle, droite, très branchue, haute de 35-60 cm., entièrement
garnie de poils raides et droits. Feuilles ovales, arrondies à la base, double­
ment crénelées-dentées. Fleurs blanches en grappes courtes, terniinales. —
Fl. toute l’année. — Abondant dans les savanes et le long des éhemins de
Sainte-Rose, du Lamentin, dans les champs de cannes de Baie-MAhault et du
Morne-à-l'Eau. [N° 2743.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ortie-savane. — Fond-Ganonville (Morne-Guirlande
et Morne-Folie). Alt. 30-100 mèt. [N° 642 bis.]
C. lobâtus L., C. à feuilles lobées. Vulgo : Mouzambi blanc (au Moule),
Gombo française (au Morne-à-l’Eau). — Herbe annuelle, à base quelquefois
suffrutescente, haute de 50 cm. à 1 m. 10, plus ou moins couverte de poils
roux dans toutes ses parties. Feuilles à 3-5 lobes elliptiques, serretées. Fleurs
verdâtres, en grappes terminales minces et allongées. — Très abondant le
long des chemins, sur les décombres et les endroits abandonnés. BasseTerre, Le Baillif, Moule, etc. Alt. 0-120 mèt. [Nu 2460.]
M a r t in iq u e . — Très rare. Nous n’en avons trouvé que quelques pieds dans
les environs de la batterie Sainte-Marthe (Saint-Pierre). [N° 49.]
C. aslroiles Ait., C. à poils étoilés. Vulgo: Baume. —Arbrisseau droit
dans le bas, haut de 2-3,50 m. Ressemble à première vue au C. bal
par le port, la couleur des fleurfe ; mais s’en écarte par ses feuilles
Dûss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

�34

PLANTES pR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

légèrement cordées à la base, par son duvet tomenteux blanc qui couvre le
dessous de ses feuilles, mais surtout par la nature de ses Heurs femelles à
style profondément 8-iide, par la dimension des lobes du calice, qui sont
presque aussi long-s que la capsule elle-même. — Vit en société dans les
endroits secs, rocailleux, arides. Désiradc (environs de la léproserie), GrandsFonds du Gozier, Vieux-Fort. Alt. 18-240 met. [Nos 2155 et 2731.]
Ne se trouve pas à la Martinique.
Le Croton Tiglîum L., arbrisseau ou petit arbre, originaire de l’Inde
orientale et célèbre par ses vertus purgatives, drastiques et rubéfiantes, même
vésicantes de la peau. Est cultivé au jardin botanique de Saint-Pierre.
N° 1991.] — On cultive à la Guadeloupe et à la Martinique un grand
nombre de crotons à feuilles panachées provenant de différents établisse­
ments d'horticulture d’Europe et d’Amérique et qui font l'ornement des jar­
dins. Ex. : C. variegalus, Andreanus, nuiximus, longifohus, Jarnesoni, lortilis, albicans, comptonifolius, etc. La plupart sont d'une culture
facile et se propagent par boutures.
Caperonia St. Mil. (dédié à Caperon, dont on n'a que le nom.)
C. castaneifolia St. Mil., C. à feuilles de châtaignier. Vulgo : Ortie grosse,
Mâle coq d’Inde (au Moule). Plum., édit. Burm., t. 239, f. 1. — Herbe
annuelle, très droite, haute de 50-90 cm. Tiges, branches et pétioles couverts
de poils hispides portant à l’extrémité des glandes sphériques. Feuilles
ovales-lancéolées, rigides, ressemblant, pour la forme, les nervures elles
dentelures, assez exactement à celles du châtaignier de France, poilues sur
les nervures de la face inférieure. Fleurs monoïques, blanches, très petites;
fleurs femelles 3-4, unilatérales, situées à la base de petites grappes axillaires et
terminales. Capsules garnies de piquants et de poils terminés par des glandes.
— Peu abondant. Çà et là dans les endroits humides et marécageux. GrandsFonds des Abymes, Moule. [N°2737.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ortie-savane. — Çà et là dans les champs humides.
Lamentin, Ducos. Alt. 8-150 mèt. [N° 1989. ;
Argyrothamnia P. B. (du grec « arguros », argent, et « thamnos », buisson,
à cause de la couleur blanchâtre de la lige et du dessous des feuilles.)
A. lanceifolia Müll. Argov. ; Ditaxis glahella Gr. Vulgo ; Bois-d’argent.
— Petit arbrisseau, haut de 80-130 cm., nu dans le bas, très branchu dans le
haut, à écorce plus ou moins blanche. Feuilles obovales-lancéolées, dente­
lées en scie. Bractées argentées et duvetées. Fleurs blanches, apparaissant
souvent avant les feuilles, disposées en épis courts et axillaires. Capsule
glabre, à 3 coques; semences sphériques, noirâtres. — Assez abondant dans
les endroits secs et rocailleux près de la mer. Moule, Sainte-Anne, Gozier.
Alt. 0-100 mèt. [N° 2459.]

HUEHOR DIACRES

35

M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-d’argent. — Fort-dc-France, Case-Pilote, Ansesd’Arlet. Ail. 0-50 mèt. [Nü 889.]
Bernardia Müll. Arg. (dédié à Bernard de Trans, qui, en 1787, a écrit sur
l’histoire naturelle de la Provence ou à P. F. de Bernard de Montbéliard,
qui a écrit sur la flore du Jura, 1823.)
B. corensis KL; Pohjhæa corensis Kl.; Ricinelle de la Bétique. (Br. /am.,
t. 36, f. I ; Jacq., Sel. slirp. amer. hisl., p. 254, t. 161); Acalypha Jacq.—
Arbrisseau haut de 80 cm. à 1,40 met. de haut, droit, nu dans le bas, très bran­
chu dans le haut. Feuillesobovales, grossièrementserretées. Fleurs monoïques:
les mâles, verdâtres, petites, disposées en racèmes spiciformes, interrompus,
situés aux aisselles des feuilles; les femelles, en épis très courts, situés à l'ex­
trémité des branches. Capsule verte, à 3 coques; semences presque rondes,
blanchâtres. — Endroits secs, rocailleux, près du littoral. Vieux-Fort, Moule,
ravine de Belost (Basse-Terre), Le Baillif, etc., Deshaies. [N° 2461.]
M a r t in iq u e . — Abondant. Case-Pilote, Caravelle, Boulevard de SaintPierre, Prêcheur. Alt. 0-100 mèt. (N° 83. |
Acalypha L. (de « a » privatif, « kalos », beau, et « aphé », contact, c’est-àdire plantes qu’il n’est pas agréable de toucher.)
A. arvensis Poep. et End., A. des prés. Vulgo : Ortie bâtarde. — Suffrutescent, base de la tige couchée, traçante, d'une élévation de 25-45 cm.
Branches, jeunes tiges, feuilles et inflorescences couvertes d'une fine pubes­
cence. Feuilles rhomboïdes-ovales, et à pubescence blanche, quand elles
sont jeunes. Fleurs monoïques, vertes, en épis compacts, terminaux ; les
femelles dans le bas, renfermées dans des bractées unillores, laineuses et
déchiquetées en 5-7 lobes allongés; les mâles très petites à l’extrémité de
l’épi. — Çà et là dans les fissures des vieux murs et dans les savanes
humides. Camp-Jacob (habit. Michaux), Basse-Terre. Peu répandu et peu
abondant. Alt. 300-600 mèt. [N° 2751.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ortie bâtarde. — Çà et là dans les champs. TroisPonts, Parnasse, Fort-de-France. [N° 807.]
A. replans Sw., A. rampant. Vulgo : Ortie petite, ricin petit. SL, t. 82, f. 3.
k.chamædry folia Müll. Arg. ; A. corehorifolia W. — Vivace par le bas, her­
bacé par le haut, habituellement diffus, parfois droit, haut de 10-20 cm., très
branchu; garni, dans toutes ses parties, d’une pubescence rousse. Feuilles
petites, ovales, arrondies au sommet, celles du voisinage des fleurs allongées.
Fleurs monoïques, en épis terminaux allongés : les femelles, à la base, renfer­
mées dans des bractées arrondies, poilues, dentelées; les mâles, à l’extrémité.
— Çà et là dans les savanes sèches, aux pieds et dans les fissures des vieux
murs. — Les chèvres et les moutons sont friands de cette herbe. — Vieux-

�36

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DK l.A MARTINIQUE

Fort, Moule, Désirade, Fort-Richepanse (Basse-Terre). [N° *2736.]
N existe pas à la Martinique.
A. indien L., A. de l'Inde. — Annuel ou sulTrutescent, haut de 50-90 cm.,
peu branchu, remarquable par la longueur des pétioles, qui dépassent de
beaucoup le limbe. Feuilles rhomboïdes-ovales, serretées. Fleurs en épis très
nombreux, situés par 1-2 à l'aisselle des feuilles, presque dès la base de la
tige : les femelles renfermées dans des bractées très larges, cuculliformes,
alternes, au nombre de 5-10 sur chaque épi; les mâles, très petites, vertes,
placées à l'extrémité. — Assez abondant dans quelques faubourgs de la Pointeà-Pitre (environs de l'église de Saint-Julès), Moule. — Fl. toute l'année.
[N° 2735.]
M a rtin iq u e . — Çà et là dans les environs de Saint-Pierre et dans quelques
jardins mal soignés de celte ville. [N° 808.]
A. maerophijlla. Mort. : Variété à feuilles bordées de blanc. — Arbrisseau
ornemental, haut de 2-4,50 m., originaire des îles Fidji, à feuilles larges,
dentées. Est cultivé à la Martinique et à la Guadeloupe dans beaucoup de
jardins. [N° 3662.]
A. musaica Williams. —Arbrisseau très touffu, encore plus ornemental
que le précédent, originaire des îles de la mer du Sud, à larges feuilles pro­
fondément dentées, richement panachées de vert bronzé, de rouge, de cuivre
et d'orange. — Extrêmement répandu dans les jardins de la Guadeloupe, où
l’on en fait souvent des haies ; plus rare à la Grande-Terre. Les deux espèces cidessus fleurissent toute l'année et donnent des graines fécondes. [N° 3363.]
— Elles ont été introduites à la Martinique, en 1884, par l’horticulteur
L. Hahn.
LeStillingiase/u/era Mich. ; Stillingflectia Boy. ; ExcæcariaL. ; Adrien Juss.,
Tentamen ad Euphorb., p. 49, t. 16. — Arbrisseau ou petit arbre, originaire
du Japon et de la Chine, très ornemental, remarquable par ses feuilles d’un
vert noir, à limbe plus large que long et brusquement terminé en pointe
aiguë. Est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans d’autres
localités de l’île. [N° 1001.]
Tragia L. (dédié à Jérôme Tragus, maître d’école à Zweibrücken, inten­
dant du Jardin ducal, médecin à Hornbach et à Saarbrück ; a écrit : Nouveau
livre sur les herbes, 1498-1553.)
T. volubilis. Vulgo : Ortie brûlante, liane brûlante, SI., t. 82; Plum., édit.
Burm., t. 252, f. 2. — Suffrutescent, volubile, haut de 2-3 mèt., à tiges très
minces et flexibles. Feuilles largement tronquées à la base, lancéolées-serretées. Fleurs monoïques : les mâles, en épis verts, minces, allongés, très nom­
breux, axillaires; les femelles, solitaires, portées sur de longs pédoncules

EUPHORBIACÉES

37

naissant à l’aisselle des feuilles. Est remarquable par ses poils roux et brû­
lants qui couvrent les jeunes liges, les feuilles et les capsules. — Assez
abondant dans les broussailles de la région du littoral. — Fl. de février
en septembre. — Environs de la Basse-Terre, Trois-Rivières, etc. [N° 2642.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe brûlante, liane brûlante. — Saint-Pierrei
Lamentin, Trois-Ilets, etc. [N° 28.]
Sapium Jacq. (du mol celtique « sap », gras, gluant, allusion au suc gluant
de cet arbre. Pline, XVI, 23, se sert du mol « sapium » pour désigner une
espèce de pin qui exsude une gomme gluante.)
S. aueuparium Jacq., Sapium des oiseleurs. Vulgo : Bois-de-soie. Desc.,
vol. III, l. 154; Jacq., Sel.stirp. Americ. hist., 1.158.—Arbrede taille moyenne.
Feuilles elliptiques ou ellipliques-lancéolées, entières ou rarement dentées;
pétioles munis de deux glandes un peu au-dessous de la base du limbe ; fleurs
monoïques, en épis minces, allongés, terminaux : les mâles occupent la partie
supérieure; capsules à3 coques de la grosseur d’un grain de poivre. — Toutes
les parties de la plante donnent par incision un suc abondant, toxique et
extrêmement corrosif; on le laisse durcir pour en faire de la glu; on pourrait
en faire du caoutchouc. Le bois n’a qu’une médiocre valeur et n'est guère
employé pour la construction. — Çà et là dans tous les bois de la basse et
de la moyenne région. Alt. 0-1000 mèt. — Fleurit de septembre en novembre.
[N° 2932.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-la-glu, glutier. — Dans tous les bois. [N° 29.]
Hippomane L. (du grec « hippos », cheval, et « mania », fureur, excitation,
et plus directement de « hippomanes », qui signifie « liquorvaginæ », et qui
s’écoule en son temps chez les cavales, et, comme cette matière a quelque
ressemblance avec le suc du mancenillier, qui est un poison, on a, par
métaphore, donné ce nom à l'arbre même.)
H. Mancinella L. Vulgo : Mancenillier (de l’espagnol « manzanilla », dimi­
nutif de « manzana », pomme, parce que les fruits de cet arbre ressemblent
à de petites pommes). SL, t. 195 ; Tuss., Fl., 111, t. 5 ; Desc., vol. III, l. 153. —
Petit arbre ou arbre de taille moyenne, d’un bel aspect. Feuilles vertes,
luisantes, elliptiques, serretées ou crénelées, munies d'une glande à la base
du limbe. Fleurs monoïques, disposées comme celles du glutier. Le fruit
est une petite pomme ressemblant, pour la forme et la couleur, à une pomme
d'api; elle a une odeur agréable qui vous invite à la manger; la pulpe con­
tient un suc blanc, semblable à celui qui réside dans l'écorce et dans les
feuilles; le noyau est dur et ligneux. Le suc est abondant, très caustique et
très vénéneux ; une goutte reçue sur le dos de la main y produirait, dit-on, une
ampoule pleine de sérosité. Il n’est pas vrai, comme on l'a prétendu, que
l'ombre et les gouttes de pluie qui tombent de cet arbre soient nuisibles. Le
mancenillier fournit un bois compact et de très longue durée, d’un bon

�38

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

grain, prenant facilement le poli ; il est d'un gris cendré, veiné de brun, avec
des nuances de jaune; on l'emploie pour les boiseries et autres usages domes­
tiques; on en fait particulièrement de beaux meubles, des cassettes, etc. ; avec
l'âge, le cœur du bois devient noirâtre. Les ouvriers qui abattent les arbres
et en scient les planches sont obligés de prendre des précautions pour n ôtre
pas incommodés par le latex : on environne le pied d'un grand feu pour lui
enlever une partie de son suc, et on a soin d'éviter la fumée pendant l'opéra­
tion; sans cette précaution, on pourrait redouter des enflures occasion­
nées par les émanations. Les fruits, en forme de pomme d'api, sont très
toxiques. L'eau de mer est le remède le meilleur et aussi le plus usité contre
les ampoules et les excoriations causées par le suc de cet arbre; on la
fait boire à celui qui en a mangé les fruits, afin d'en empêcher l'action nocive.
Quand il est durci, ce suc a les mêmes propriétés que le caoutchouc. (Voir
au sujet de l'action toxique de ce végétal une étude complète de MM. Heckel
et Schlagdenhauffen, Bulletin de la Société de pharmacie des Bouches-duRhône, 1880). — FL d'août en novembre, cl aussi de février en mars. — Vit
en société sur les plages sablonneuses du bord de mer et sur les collines peu
élevées de l'intérieur. — Les Saintes, Marie-Galante, Désirade, Moule, etc.
[N° *2744.]
M a r tin iq u e . Vulgo : Mancenillier (par corruption, on dit aussi : maximilier),
figuier bord de mer. — Diamant, Sainte-Anne, Caravelle, etc. [N° 88.]
Hura L. (nom sous lequel celte plante est connue à la Guyane.)
H. crepitans L., H. détonant. Vulgo : Sablier. Desc., vol. Il, t. 124; Tuss.,
Fl., IV, t. 5. —Très grand arbre, à branches horizontalement étalées et à tronc
garni de piquants. Feuilles larges, arrondies â la base ou cordil'ormes et
pourvues de 2 glandes, serretées ou entières. Fleurs monoïques : les mâles, en
chatons imbriqués, ovales ; les femelles, solitaires, grandes, noires, ayant un
style simple en forme d’entonnoir, dont le bord renversé contient les stig­
mates formant 10-12 lobes pendants, arrondis ou subulés. Fruits capsulaires,
composés de 10-15 loges s’ouvrant, à la maturité et quand ils sont chaudes
au soleil, élastiquement, tout d'un coup, et avec un bruit semblable à celui
d'un coup de pistolet : les graines sont alors jetées dans toutes les directions ;
semences rondes, biconvexes, blanches en dedans. — Descourtilz, p. 223,
place le Hura dans les purgatifs émétiques. Toutes ses parties contiennent un
suc laiteux plus ou moins corrosif. Dans le pays, on se sert des feuilles trempées
dans l’huile contre les douleurs rhumatismales. Le bois n’est guère employé
pour la construction. Pour empêcher les fruits de s’ouvrir, il faut les cueillir
avant maturité, les faire bouillir dans l'eau ou dans l’huile; on les vide
ensuite et on s’en sert en guise de sablier. — Assez abondant dans la région
du littoral de toutes les Antilles. [N° 2732.]
M a rtin iq u e . Vulgo : Sablier. [N° 84.] — Dans toute l'île.

e u im io r r ia c f . es

39

Omphalea L. (du grec « omphalos », nombril, parce que les anthères sont
portées sur un disque charnu ayant la forme d’un nombril.)
0. diandra L.,0 à deux anthères ; Vulgo : Liane-papaye. Aubl., Hisl.de la
Guy., t. 328. — Liane très grande, montant sur les arbres les plus élevés.
Feuilles entières, à bord pourvu d’un bourrelet, larges, ovales-elliptiques,
épaisses, coriaces, garnies en dessous d’un duvet court et épais, nervures
très saillantes en dessous, imprimées en dessus. Fleurs monoïques, en larges
panicules terminales et axillaires : les mâles, en petites cymcs accompagnées,
à la base, d’une bractée spatulée-linéaire ; les femelles, au centre de la cyme.
Le fruit est une baie capsulaire, plus volumineuse qu’une grosse orange,
jaunâtre à la maturité, se partageant en 3 loges, dont chacune contient une
graine enveloppée d'une substance blanche, ferme et huileuse, qu’on mange
et qui est d’un aussi bon goût que les amandes fraîches de France. La coque
est dure et revêtue à l’intérieur d’un duvet blanc et long; l’amande est
également couverte d’un duvet blanc et long, elle peut se manger, mais
il est bon, dit-on, d’enlever la radicule et les cotylédons pour éviter d’être
purgé, ce qui arriverait, paraît-il, quand on ne prend pas cette précaution.
Cette liane, qui devient arborescente, et dont les branches, une fois qu’elles
ont atteint le sommet de l’arbre, se penchent et tombent presque à terre, a
un tronc de 15-20 cm. de diamèt. ; il est cylindrique jusqu’à une hauteur de
6-10 mèt. Elle contient un suc abondant, clair et limpide, mais insipide; il
tache le linge. — Dans le pays on se sert des feuilles en décoction pour déterger les plaies et les vieux ulcères. Selon Crevaux, c'est avec la coque, mise
en petits fragments polis et enfilés à la manière des perles, que les mulâ­
tresses de la Guyane font leur colliers dits de ouahè. — FL en juin et en août ;
fruits mûrs en septembre, octobre, novembre et même en janvier. — Bord
de mer près de la rivière Sence (près de la Basse-Terre), Baie-Mahault (bois
de la Digue, où elle est abondante), Lamentin. N° 2424. j
M a r t in iq u e . Vulgo : Ouabé, liane-papaye. — Est devenu très rare à cause
des déboisements. Se rencontre encore çà et là dans les bois entre le CampBalata et Saint-Joseph. [N° 57.)
Excæcaria L. (du latin « excæcare », aveugler, faisant allusion à l'action
du suc de cette plante quand il tombe dans les yeux.)
,
E. lucida Sw. ; Gymnanlhes lucida S\v., E. à feuilles luisantes. Vulgo :
Bois-marbre (au Moule), bois droit (au Gozier). Juss., Tent. Euphorb., t. 16,
f. 55. — Petit arbre très élégant, très droit, haut de 4-7 met. Feuilles rigides,
petites, d’un vert foncé, luisantes, lancéolées ou lancéolées-elliptiques,
faiblement serretées. Fleurs monoïques : les mâles, vertes, disposées en petits
chatons dressés, naissant à l'aisselle des feuilles; les femelles, solitaires, por­
tées sur un long pédoncule sortant également de l’aisselle des feuilles. Cap­
sule à 3 coques, de la grosseur d'un pois. — Endroits boisés des environs du

�40

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Moule habitation Malettre), où il vit souvent en société; Gozier (sur les
rochers du bord île mer). — FI. de sept, en mars. [Nos 2931, 3640.]
Il n'existe pas à la Martinique.
E. caribæa Gr.; Actinoslernon concolor Müll. Arg. variété caribacnm.Excæcaria des Caraïbes. Yulgo : Bois fricassé. — Arbrisseau élégant haut de 1-2 met.,
à branches étalées, souvent un peu inclinées. Feuilles coriaces, entières,
oblon»ues ou lancéolées-oblongues, pointues aux deux extrémités. Fleurs
monoïques : les mâles en chatons axillaires, pourvus, à la base, de 3 bractées
cuculliformes ; les femelles, solitaires, longuement pédonculées; capsules à
3 coques, renfermant chacune une semence ovoïde, noire, luisante. — Très
abondant dans les bois rocailleux de Houëlmonl, depuis les hauteurs du
Vieux-Fort jusqu’à Gourbeyre; hauteurs des Vieux-Habitants. — Fl. de jan­
vier en avril. [N° 2465.]
M a r t i n i q u e . — Plus rare. Endroits rocailleux et boisés des hauteurs de
la Grande-Rivière. [N° 891.] Alt. 250-400 mèt.
E. spec. — Arbrisseau très élégant, droit, haut de 2-4 mèt. Feuilles ellip­
tiques, pointues à la base, acuminées au sommet, faiblement dentées en scie,
à dents distantes. Fleurs dioïques : les mâles, en chatons très nombreux, sou­
vent très allongés, minces, verts, souvent réunis par 3, naissant à l'aisselle
des feuilles ; les femelles, solitaires, brièvement pédonculées, axillaires. —
Trouvé lleuri en septembre : Bois de Sofaya (Sainte-Rose).
MARTiMQUE. — Rare. Hauteurs boisées et rocailleuses de la GrandeRivière. Alt. 380 mèt. [N° 890.]
L Excæcaria/nco/or Hass., arbrisseau originaire de Java, à feuillesluisantes,
d'un vert noir, bleuâtre en dessous, est cultivé au Jardin botanique de la
Basse-Terre et de Saint-Pierre; on n’a que des pieds femelles. (N° 3240.]
Dalechampia L. (dédié â Jacq. Dalechamps, de Bayeux, médecin, botaniste,
philologue; a écrit, entre autres choses : Hisloria generalis plantarum, avec
des figures, 1513 à 1588.)
D. scandens L., D. grimpant. Yulgo : Ortie rouge, Plum., Descripl., t. 101 ;
Jacq., Sel. stirp. Americ. hist., 1.160. — Liane vivace par le bas, volubile-grimpanle, haute de 3-5 mèt., herbacée par le haut, couverte, dans toutes ses parties,
de longs poils roussâtres et mous. Feuilles larges, à 3 lobes profonds. Fleurs
monoïques, axillaires : les mâles, au nombre de 10 réunies en une petite
ombelle pédonculée et occupant le centre; les femelles, au nombre de 3, insé­
rées autour et à la base du pédoncule de l'ombelle : le tout niché dans 2
grandes bractées trifides. Capsule à 3 loges bivalves, renfermant chacune une
semence globuleuse. — Rare à la Guadeloupe, assez abondant dans les
savanes abandonnées et les brousailles des environs du Moule (savane Lemercier), Grands-Fonds-de-Sainle-Anne, etc. [N° 2463.]

KUPHOIt niACKES
41
Mar t im q u e . Vulgo : Liane poilue, liane-ortie. — Dans les haies et
broussailles : Macouba, Trinité. Alt. 0-300 mèt. (N° 2048.]
Pedilanthus Neck. (du grec « pédilon », soulier, et « anlhos », lleur, parce que
les fleurs ressemblent à un soulier ou à un pied d’homme.)
P. lithijmaloides Poir., Pédilanthe ressemblant au Tithymale. Vulgo : Ilerbcà-cors, bois-lait, lail-â-cors, grosse-oreille (au Moule), Desc., vol. II, t. 117,
p. 195, et t. 118, p. 199. — Arbrisseau haut de 70 cm.-l m. 20, à tige tantôt
sans branches, tantôt très branclnie, de l'épaisseur du petit doigt, droite,
richement feuillue, très verte, charnue-ligneuse, fléchie en zigzag. Feuilles
épaisses, placées sur 2 rangs, ovales-arrondies ou ovales-elliptiques, caré­
nées sur le dos, pubescentes dans leur jeunesse, brièvement pétiolées. Fleurs
inodores, d’un beau rouge, très irrégulières, horizontalement situées,
monoïques : les mâles, composées de 18-22 étamines d’inégale longueur, au
centre desquelles s’élève une lleur femelle unique, longuement pédonculée
et dépassant de beaucoup les étamines; ovaire incliné, styles 3, longs, sur­
montés de stigmates. Capsule à 3 coques. — De cet arbrisseau on fait sou­
vent des clôtures, qui, soumises à la taille, deviennent très loulLies et très
belles. — 'foules les parties de la plante contiennent un suc laiteux, abon­
dant, âcre, caustique, émétique, purgatif, et c'est à juste litre que
Descourtilz la place dans la section des plantes émétiques-purgatives.
Dans le pays on se sert seulement du suc pour faire disparaître les cors, les
verrues, les callosités, etc. — En transplantant cet arbrisseau dans les terres
fertiles, on lui fait perdre les formes typiques qu'il avait dans les terrains
secs, chauds et pierreux où il pousse habituellement. A l’ombre, ses figes s’al­
longent, et, de grimpantes et fléchies en zigzag qu'elles étaient, deviennent
droites ; les feuilles diminuent d’épaisseur et d ampleur; les Heurs changent
de couleur, etc., etc. C'est ce qui a donné lieu à plusieurs variétés, dont
beaucoup de botanistes ont fait des espèces distinctes : p. ex. P. padifohus,
Poil., Pédilanthe à feuilles d’orpin ; P. anguslifoliusPoiL, Pédilanlheà feuilles
étroites. — Abondant dans les endroits rocailleux, arides, près du littoral.
Vieux-Fort, Marie-Galante, Moule, etc. j X° 2733.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-mamzelle, herbe-à-bordures, herbe-à-cors. —
Case-Pilote, Caravelle, Prêcheur, etc. (N° 94.]
Euphorbia L. (dédié à Euphorbos, médecin de Juba, roi de Mauritanie
(Pline, XXV, 38), qui, dit-on, s’est servi le premier de ces espèces de plantes
en médecine.)
E. linearis R., Euph. à feuilles linéaires. Yulgo : Bois-lait bord-de-mer.
Plum., édit. Burm., t. 251, f. 2. — Arbrisseau ou petit arbre, dont les plus
grands ne dépassent guère i mèt., très ornemental, droit, nu dans le bas,
trèsbranchu, branches dichotomes, ramHScules articulés. Feuilles grises-

�42

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

glauques surtout en dessous, oblongues-lancéolées, et souvent tout à fait
linéaires, distantes. Fleurs axillaires, subsolitaires : les mâles et les femelles
ensemble. Capsule petite; semences sphériques-anguleuses. — Assez abon­
dant sur les rochers et dans les sables du bord de la mer : Désirade, MarieGalante, Vieux-Fort. — Fl. en tout temps. [Nu 2451.]
M a rtin iq u e . Vulgo : Bois-lait. — Caravelle, Diamant. Anses-d Arlet
(Pointe-Salomon). [N° 957.
E. huxifolia Lam., Eupli. à feuilles de buis. Desc., vol. VI, I. 418. Vulgo :
Bois-lait petit. — Arbrisseau droit, haut de 15-90cm. Ecorce noire, tige mar­
quée de nombreuses cicatrices; branches courtes, fastigiées. Feuilles petites,
ovales, pointues, charnues, entières, grises. Fleurs axillaires, situées à l'ex­
trémité des branches; capsule petite, glabre; semences presque sphériques.
—Dans les sables du bord de mer; Désirade, Moule, Capesterre (Guadeloupe),
Saint-François. X° 2741.]
M a rtin iq u e . Vulgo : Bois-lait. — Caravelle, Sainte-Anne (habitation Ber­
trand) et Champ de pétrification. [X° 1986.J
E. thimifolia Burm., Euph. à feuilles de thym. Vulgo : Petite teigne. — Petite
herbe annuelle longue de 8-15 cm., couchée, diffuse, à branches filiformes,
dont l'extrémité est souvent dressée. Feuilles très petites, obovales ou ovalesoblongues, glabres, arrondies au sommet, obliquement attachées. Capsules
glabres ou poilues aux trois angles, de la grosseur d'un grain de millet;
semences transversalement sillonnées et à 4 angles. — Abondant dans toute
File. — Dans le pays on se sert de celle plante, en tisane avec de l'eau de riz,
pour les nourrices, afin de purifier leur sang et de rendre leur lait meilleur;
on la prend aussi en infusion contre la dysenterie. X° 2739.]
E. proslrata Ait., Euph. couchée. Vulgo : Petite teigne noire. — Petite herbe
couchée rampante. Ressemble beaucoup au précédent ; en diffère par ses
feuilles plus consistantes et plus larges, ses capsules ainsi que ses semences
plus volumineuses. — Très abondant dans les chemins peu fréquentés, entre
les pavés des rues peu battues, dans les champs de manioc et dans les jar­
dins. — Sert aux mêmes usages que l’Euph. à feuilles de thym. [X° 3420.]
M a rtin iq u e . — Très abondant. Saint-Pierre, Morne-Rouge, etc. [X° 1980. |
— Les feuilles pilées servent dans le pansement des morsures du ser­
pent.
E. pilulifera L., Euph. hirta. L., Euph. pilulifère. Desc., vol. III, t. 227.
Vulgo : Mal nommée vraie, zerbe mal nommée, la mal nommée vraie.
— Herbe annuelle, pubescente dans toutes ses parties, simple ou branchue, à extrémité penchée, haute de 10-65 cm. Tige rougeâtre. Feuilles
semi-ovales, pointues, obliques à la base. Fleurs des deux sexes mélangées,
en cymcs axillaires et terminales. Capsule poilue, un peu plus grande qu’un
grain de millet; semences à 4 angles, transversalement anguleuses. — Fort

répandue dans toute l'îlc, jusqu’à une altitude de 700 met. — Cette herbe jouit
d'une grande réputation dans le pays : on l'emploie surtout en infusion contre
les fièvres et contre la rétention de l’urine; elle est préconisée aujourd’hui
officiellement dans la médecine européenne, contre l'asthme spasmodique
et les bronchites chroniques ; Descourtilz la met dans les alexitères internes.
[N° 2453.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Mal-nommée. — Est souvent employée contre la mor­
sure des serpents. — Très abondant. [N° 1982.]
E. hypericifolia L., Euph. à feuilles de Millepertuis. Vulgo ; Malnommée
verte, petit-lait ou tilait (à Saint-Anne).— Annuel, à base souvent suffrutescenle, droit, haut de 20-50 cm. Feuilles glabres, oblongues ou lancéolées,
obliques à la base, finement serretées. Cymes nombreuses, axillaires et termi­
nales. Fleurs mâles blanches. Capsule verte, oblusément anguleuse , de la
grosseur d'un grain de millet. — Extrêmement abondant dans les terres
cultivées, le long des routes, jusqu’à une altitude de 900 mèt. [X° 2454. ]
M a r t in iq u e . Vulgo ; Mal-nommée verte. — Abondant. N° 488. t
Dans cette espèce, les semences sont rouges, à 4 angles obtus, et garnies
de petites fossettes transversales peu nombreuses.
E. Preslii Guss., Euph. de Presl. Vulgo : Malnommée verte. — Ressemble
au précédent et a été souvent confondu avec lui, mais, en les voyant pousser
dans les champs l’un à côté de l’autre, on découvre d'assez grandes diffé­
rences : danscelui-ci les feuilles sont souvent linéaires et légèrement recour­
bées en faux; les cymes, plus lâches, plus allongées, sont plus nombreuses et
situées principalement à l'extrémité des branches; les fleurs sont plus vertes et
portées sur des pédoncules plus longs; les semences sont plus grandes, à
surface irrégulièrement et transversalement garnie de nombreuses petites
fossettes; les stipules sont triangulaires, tandis que dans E. hypericifolia
elles sont lancéolées. — Tout aussi abondant que le précédent, dans les
terres cultivées de la basse eide la moyenne région, où il vit en société avec
lui. [N082950, 2454 a.)
M a r t in iq u e . Vulgo : Mal-nommée fine. — Abondant. (X° 488 a.]
E. Berleriana Balb. — Annuel, droit, très branchu, haut de 20-35 cm.;
branches minces, blanchâtres, dichotomes. Feuilles presque sessiles, inégales
à la base, oblongues-obovales, légèrement dentelées. Fleurs très blanches,
ramassées en cymes sessiles, situées à l'extrémité des branches; capsule poi­
lue de la grosseur d’un grain de millet ; semences oblongues, tétragones,
transversalement anguleuses. — Uniquement dans les terres cultivées et
incultes du plateau de la Désirade. [X° 2738. |
N’existe pas à la Martinique.
E . spec. — Vivace, complètement couché, rampant, long de 20-50 cm.

�44

PI.ANTRS I1E LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Racines noires, pivotantes, ridées; liges rouges, très nombreuses, filiformes,
dichotomes, noueuses : les adultes, glabres el cylindriques; les jeunes, faible­
ment comprimées et poilues, et légèrement ailées sous les nœuds. Feuilles
épaisses, un peu charnues, uninerviées, subentières ou légèrement dentées
au sommet, grises en dessus, glauques en dessous, opposées, inégales à la
base, subréniformes ou ovales, arrondies au sommet ou terminées en pointe
obtuse: pétiole vigoureux, comprimé, tantôt plus, tantôt moins de 1 mm. de
long; limbe de la feuille 3-6 mm. de long sur 1,5-2 mm. de large. Fleurs
axillaires, 1-2 à l'aisselle des feuilles des ramuscules situés vers l'extrémité
des branches. Capsule verte à 3 sillons profonds, garnie de poils blancs peu
nombreux, coques carénées; semences noires sans caroncule, oblongues, tétragones, anguleuses, longues d'un peu plus de l mm. — Nous n'avons trouvé
cette espèce qu'en petite quantité sur la terre sablonneuse qui couvre les
rochers du bord de mer à Vieux-Fort. X° 2740.]
N'est pas à la Martinique.
E. aeniculata Orl., Euph. à articulations en forme de genou. Vulgo : Mal­
nommée gros. — Annuel, droit, haut de 50-70 cm.; lige grosse, listuleuse,
simple, quelquefois dichotomeparenhaut. Feuilles larges, elliptiques, entières,
assez épaisses. Cymes contractées, presque sessiles, situées à l'extrémité
des branches. Capsules glabres, presque aussi grosses qu’un grain de poivre,
à 3 coques; semences à surface irrégulièrement luberculée. — Abondant dans
les terres cultivées de la basse et delà moyenne région. — Fl. surtout pendant
la saison de l hivernage. — Basse-Terre (La Pintade et champs de cannes
de l'habitation Boulogne), Trois-Rivières. [N° 2452.]
M a r tin iq u e . Vulgo : Brinvilliers-bâtard, grosse malnommée. — Environs
de Saint-Pierre, Lamentin, Ducos. N° 56. [
E . ’helerophylla L., variété cyalhophora Jacq. ; Euph. à deux sortes de
feuilles. Plum., édit. Burm., t. 251, f. 3. — Annuel ou bisannuel,à base ligneuse,
très ornemental, droit, haut de 80 cm. à 1 m. 20 au plus. Feuilles ovales, en
forme de violon, entières ou grossièrement et obscurément dentées; feuilles
florales elliptiques, marquées, dans leur partie inférieure, d'une large tache
rouge écarlate. Fleurs rouges en cvmes terminales. Capsules à 3 coques, de
la grosseur d'un grain de poivre; semences presque rondes, luberculées.
— Route du Morne-à-l’Eau au Moule, Grands-Fonds des Abymes. Est cultivé
à la Basse-Terre, dans les jardins et dans les deux cimetières, comme plante
d'ornement. [N0 2450.]
M a r t i n i q u e . — Cimetières du Carbet, du Prêcheur, du Fort (Saint-Pierre),
etc.; plus rare à l étal sauvage .hauteurs des Trois-Ilets). [N° 1985.]
Variété : yraminifolia Englem., à feuilles linéaires, longues de 5-7 cm. sur
2-3 mm. de large. — Hauteurs des Trois-Ilets, rare. [N° 1984.]
E . Dussu Fr. et LTb. — Arbrisseau droit, haut de I m. 40, droit. Feuilles

EU PII O HII I ACRES

45

obovales, elliptiques, entières, pointues au sommet, longues de 9-17 cm. sur
3-5 cm. de large, très vertes, rapprochées en faux verticilles qui, au nombre
de 1-5, sont composés de 5-6 feuilles. Cymes terminales. — Très rare.
Hauteurs boisées du Fond-Layette (Case-Pilote), dans les endroits pierreux.
Spécimen imparfait. [N°69.]
E. pulcherrrima Willd. ; Poinsellia pulcherrima Grah., Euph. brillant.
Vulgo : Petit-flamboyant. — Arbrisseau peu élégant, plus ou moins tor­
tueux, à branches allongées, tombantes, remarquable par ses feuilles flo­
rales d’un rouge écarlate très vif. — Originaire des hautes montagnes du
Mexique; est cultivé dans toutes les Antilles comme plante d’ornement. Il
contient un suc laiteux très abondant el extrêmement corrosif. [N° 3531.]
E. verlicillaLa Poir. ; E.petiolaris Sins. Vulgo: Petit mancenillier. —
Superbe arbrisseau à lige droite, remarquable par ses feuilles ovales, longue­
ment péliolées el verticillées par 3, à limbe noir en dessus, à fleurs en cymes
paniculées, axillaires. — Originaire de Saint-Thomas et de Porlo-Rico.
Cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans beaucoup d'autres jar­
dins. Il se multiplie très facilement par bouture. [N° 1987.]
SEIZIÈME fa m il l e .

— CARYOPH YLLINÉES.

Stellaria L. (de « stella », étoile, d'après la disposition des pétales de la
fleur.)
S. media L., Stellaire intermédiaire. — Petite herbe annuelle, à tiges
nombreuses, flexibles, tombantes, portant sur toute leur longueur upe ligne
de poils, alternant à chaque nœud. Feuilles ovales, en forme de cœur. Fleurs
d'un blanc terne, à calice à 5 segments profonds, à 5 pétales bifides, à 10 éta­
mines. Fruit s’ouvrant en 6 valves. — Introduit de l’Europe et naturalisé
dans les jardins du Camp-Jacob, du Matouba, etc. [N° 3093.]
Ma r t in iq u e . Vulgo : Mouron. — Très abondant dans les jardins mal
soignés du Morne-Rouge, où il forme souvent un véritable gazon. [N° 398.]
Drymaria W. (du grec « drumos », forêt, forêt de chênes, faisant allusion
à ces plantes qui rampent au loin, prennent racines anx nœuds et forment,
pour ainsi dire, de petites forêts.)
D. cordata W., Drymaria à feuilles en cœur. Lam., ///., t. 51. Vulgo : Mou­
ron blanc. — Herbe très tendre, couchée, radicante, rampante indéfiniment.
Tiges filiformes. Feuilles opposées, rondes, légèrement cordiformes è la base.
Fleurs petites, d'un blanc terne, étoilées, à 5 sépales, à 5 pétales bifides.
Capsules à 3 valves. — Très abondant dans les terres humides, cultivées ou

�46

PLANTES DE LA GUADELOUPE HT DF. LA MARTINIQUE

incultes, jusqu’à une altitude de 900 mètres. Basse-Terre, Camp-Jacob,
Bains-Jaunes, etc. [N° 3092.]
Ma r t im q u e . Vulgo : Mouron blanc. — Abondant. — A cause de ses vertus
sudorifiques, on l'emploie souvent extérieurement et intérieurement dans le
pansement de la morsure du serpent. [N° 1779.]
Talinum Ad. (du nom donné à cette plante par lés noirs du Sénégal, qui la
mangent en salade.)
T. triangulare W. ; Portulaca crassicaulis Jacq., Talin à tige à 3 angles.
Pourpier grand-bois, pourpier-bois. — Herbe à tige triangulaire dans le haut
et avec des branches également triangulaires, droite, vivace par la base,
haute de 60-90 cm. Feuilles molles, légèrement charnues, obovales, entières,
rétrécies à la base. Fleurs jaunes, rarement d’un blanc terne, ne s'ouvrant
que vers midi, en corymbes terminaux portés sur de longs pédoncules à trois
angles. Capsule s'ouvrant par déhiscence pyxidaire comme dans le pour­
pier ; graines noires, polies. — Les jeunes tiges et les feuilles peuvent se man­
ger en salade et ont le même goût que les feuilles du pourpier; on la cultive
quelquefois dans les jardins. — Assez abondant dans les bois secs et pierreux
du Houëlmont. [N° 3192].
M a rtin iq u e . Yulgo : Grand pourpier, pourpier droit. — Dans les hauteurs
pierreuses de Case-Pilote ; dans les jardins du Grand-Morne et du Robert.
Alt. 150-350 met. [N° 1781.]
T. païens W.; Portulaca paniculata Jacq., Talin à grande grappe aux
branches étalées. — Vivace par ses racines, herbacé par les liges qui dis­
paraissent sans laisser de traces, haut de 80 cm. à 1 m. 20. Feuilles ovales,
légèrement charnues. Fleurs violet tendre, ne s’ouvrant que vers- les 3 ou
-4 heures du soir, en large panicule, dont les branches filiformes prennent une
direction horizontale. Fruit comme dans le précédent. Les racines de cette
espèce sont très volumineuses, 2-3 cm. de diamètre, molles, noires en dehors,
blanches en dedans. — Endroits pierreux, chauds : Basse-Terre (Morne-àVaches), Pointe-Noire, etc. [N° 2343].
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-salade. — Assez abondant : Trou-Vaillant,
Gros-Morne, Saint-Pierre. [N° 1782.]
Portulaca L. (de « portula », diminutif de « porta », porte, pour faire allusion,
selon Wittstein, Dictionnaire é ty m o lp. 723, aux vertus purgatives de ces
plantes ; selon d'autres, du latin « porto », je porte, et « lac », lait, parce que ces
plantes sont plus ou moins laiteuses; d’après d’autres, à cause de la déhis­
cence de ses capsules; selon Gesner, parce que les feuilles ressemblent à de
petites portes.)
P. oleracea L., P. cultivé. — Annuel, charnu, habituellement diffus. Tiges
dichotomes. Feuilles spatulées, arrondies au sommet : les supérieures, rosu-

CAR YOPH YLLINK1ÎS

47

lées autour des fleurs. Fleurs jaunes, sessiles, ne s'ouvrant que vers 10 ou
11 heures du matin. On rencontre deux variétés, une à fleurs plus grandes,
l'autre à fleurs plus petites. — Cette herbe se mange souvent crue, en salade,
ou cuite, après qu’on a jeté la première eau. — Fl. durant toute l’année. —
Très abondant dans les terres cultivées, humides ou fertiles. Alt. 0-700 mèt.
[N° 3094.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Pourpier. — Abondant dans toute l'île; se mange
également. [N° 1783.]
P. pilosa L., Pourpier garni de touffes de laine. Vulgo : Quinine, pour­
pier amer. — Herbe ornementale, annuelle et plus souvent suffrutescente,
plus ou moins couchée, souvent rampante, à rameaux nombreux non divisés,
droits, longs de 6-20 cm. Feuilles presque cylindriques, pointues, alternes,
garnies à la base d’une touffe de laine blanche. Fleurs grandes, pourpreviolet. On la cultive souvent dans les parterres comme plante d’ornement:
elle perd alors ses caractères typiques. — Elle est amère et jouit dans
le pays d'une grande réputation comme fébrifuge. — Peu abondant. Çà et là
sur le bord pierreux de la mer et quelquefois dans les endroits secs et pier­
reux, situés un peu dans l’intérieur. Bord de mer entre la Basse-Terre et le
Vieux-Fort, Capesterre (Guadeloupe), Désirade, où il est abondant.
[N° 2424.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Pourpier bord-de-mer, pourpier amer. — Diamant
(près du bord de mer, Anses d'Arlet), Sainte-Anne. [N° 1377.]
P. halimoides L., Pourpier ressemblant à l'arroche halimus. Yulgo : Petite
quinine. SL, t. 129, f. 3. —Annuel, haut de 6-11 cm., droit, quand il est jeune,
ensuite plus ou moins couché, souvent à branches nombreuses et divisées
sur la base. Feuilles très courtes, presque cylindriques, garnies au bas
d’une touffe de laine blanche. Fleurs jaunes ou pourpres. — Endroits
humides près du bord de mer : Les Saintes, Terre-de-IIaut sur le chemin du
Chameau, Gozier, Marie-Galante, Moule. [N° 2978.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Petit pourpier. — Diamant, Anses d’Arlet, Prêcheur.
(N° 1378.]
Sesuvium L. (selon Adanson, synonyme de « sedum », orpin, plante
grasse comme celle-ci.)
S. portulacastrum L., Sésuve à feuilles de pourpier. Vulgo : Pourpier de
bord de mer, pourpier-mer (au Moule). Jacq., Sel. stirp. Am. hisl., t. 95. —
Herbe vivace, grasse, couchée, radicante, rampante à une distance indéfinie,
quelquefois à plusieurs mètres, si rien ne trouble sa croissance. Tige cylin­
drique, grosse, succulente, très verte : jeunes feuilles, cylindriques, luisantes,
pointues; les adultes, lancéolées ou lancéolées-oblongues, épaisses très vertes
opposées. Fleurs roses brièvement pédonculées, axillaires et terminales, soli-

�48

PLANTES l)E LA (ÏÜAl)RLOUPK RT Dlî LA MARTINIQUE

(aires. Capsule s'ouvrant par déhiscence pyxidaire. — Uniquement sur
les places sablonneuses du bord de mer, où il vil en société et forme sou­
vent un gazon superbe. — Les Ileurs ne s'ouvrent que vers onze heures ou
midi.— Moule, Désirade, Sainte-Anne, Marie-Galante, etc. [Y0 3091.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Pourpier bord-de-mer. — Très abondant à SainteAnne, Caravelle, Sainte-Luce. | Y0 1780.]
Trianthema L. (de deux mots grecs qui signifient « trois » et « lleur »,
parce qu'on trouve habituellement trois fleurs à 1aisselle des feuilles.)
T. monogynum L., Trianthèmeà un style. Yulgo : Pourpier courant. Desc.,
Fl., I, t. 51, p. '228. — Yivace par ses racines et le bas de la lige, rampant à
une grande distance sans être radicanl. Feuilles opposées : la paire, d’inégale
grandeur, arrondies au sommet, obovalcs, pétiolées, pétioles s’élargissant
pour devenir engainants. Fleurs petites, violacées, groupées par 2-3 à Fais­
selle des feuilles; styles 0-2. Capsules à déhiscence pyxidaire. — Le plus
souvent sur le bord de mer et dans les endroits humides dans l'intérieur des
terres. Alt. 0-80 met. — Avec les feuilles et les jeunes tiges on prépare une
bonne salade. Descourlilz (loco eit.) prône celle herbe comme vermifuge.
Dans le pays on ne s'en sert pas. — Environs de la Basse-Terre, Capesterre
(Guadeloupe), Marie-Galante. [N° 2423.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Pourpier courant. — Grand’Anse, bord de mer et
dans les jardins et champs de l'intérieur, Basse-Pointe (abondant sur les
pierres aux environs des magasins du bord de mer). —On la mange en salade
à la Grand’Anse. [N° 1227.j
DIX-SEPTIÈME fa m ille . —

PHYTOLAGCÉES.

Suriana L. (dédié par Linné à Jos. Donat Surian, médecin et pharmacien
de Marseille, compagnon de Plumier en 1689, auteur d'un traité sur les
drogues. )
S. marilima L., Suriane du bord de mer. Yulgo : Oseille bord de mer,
romarin noir (au Moule). SL, l. 162, f. 4; Lam., ///., t. 389. — Arbrisseau
très élégant et ornemental, à feuillage grisâtre, haut de 40 cm., 4 met. et
davantage, à branches très nombreuses, fastigiées, garnies de poils gris et
extrêmement feuillues. Feuilles spatulées-lancéolées se rétrécissant vers la
base, sessiles. Fleurs d'un jaune vif, grandes, nombreuses, en grappes
courtes, terminales. Fruits secs, composés de 5-6 semences juxtaposées,
velues, noires, entourées des sépales persistants. — Abondant sur les plages
sablonneuses sèches et dans les pierres madréporiques du bord de mer. —
FL pendant toute l'année. — Désirade, Marie-Galante, Moule, etc. [N°2982.]

49

p Iiy t o La c c É es

Yulgo : Romarin noir. — Peu abondant. Roches madrépo­
riques du bord de mer, du Macouba (Yauclin). .Y" 2061.]
Phytolacca L. (du grec « phulon », plante, et du latin « lacca », laque,
parce que ces plantes peuvent fournir une belle couleur rouge.)
P. icosandra L., Phylolaque à 20 étamines. Yulgo : Raisin d’Amérique,
épinard doux.— IIcrbe annuelle, haute de 70 cm. à J m. 50. l ige grosse, succu­
lente, striée, simple, peu branchuc; branches horizontales ou penchées.
Feuilles larges, d'un vert très clair, ainsi que la lige, ovales ou ovales-lancéolées, terminées en pointe effilée. Fleurs d’un blanc terne, pédonculées en
grappes très allongées, axillaires et terminales, le plus souvent pendantes,
longues quelquefois de 25 cm. Fruit baccien. rouge, contenant 10-12 semences.
— On peut manger les feuilles et les jeunes tiges en guise d’épinard; le suc de
la racine et des baies non mûres est purgatif; le suc des baies produit une
belle couleur rouge qui, malheureusement, passe trop Aile, — Fl. d'octobre
en mai. — Peu abondant. Çà et là dans les clairières des forêts humides :
Matouba, Trois-Rivières (Trou-aux-Chiens). [N0 2400.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Epinafd de Cayenne. — Plus abondant qu'à la Gua­
deloupe, Champflore, Camp-Balata, Chemin-de-la-Trace. [.Y0 2062.]
Microtea S\v. (du grec « mikroles », exiguïté, petitesse, à cause de la
petitesse de ses organes floraux.)
M. debilis. Sw., M. à tiges faibles. Yulgo : Herbe au long case. Lam.,
III., t. 182; S u ' . t . 10, analvs.— Herbe annuelle ou bisannuelle, complète­
ment couchée, rampante, souvent radicanle à la base. Tiges nombreuses,
flexibles, linéaires. Feuilles d’un vert très clair, petites, ovales, rétrécies en
un court pétiole. Fleure d'un blanc mat, très petites, en petites grappes spiciformes simples ou bifurquées, allongées, portant souvent d’autres petites
branches accessoires. Fruit sec, ovale, ruguleux, de la grosseur d'une tète
d’épingle.— Abondant dans les champs en friches, autour des maisons de
Basse-Terre, Camp-Jacob (habitation Ducharmois), Gourbevre, Moule, etc.
[Y02401.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Marie-périne. — Jouit d'une grande réputation comme
plante médicinale: on emploie le suc contre les maladies d'veux et aussi en
infusion contre les maux d’estomac. — Dans toute File. Yu 2063.]
Rivinia L. (dédié par Linné à Augustin Quiriuus Ri vin, de Leipzig, bota­
niste et auteur d’importants ouvrages de botanique. )
R. laevis L., R. humi/is L.; Lam. ///., t. 81, f. 2; Rivinia à feuilles lisses.
Yulgo : Herbe blanche, liane blanche. — Arbrisseau ornemental, haut de
30 cm., 1 m. 20, droit, rarement un peu sarmenteux, à branches herbacées.
Feuilles grisâtres, ovales, elliptiques, pointues, habituellement glabres. Fleurs
M a r t in iq u e .

Dflss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

't

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
50
petites, d'un blanc terne, rarement rosées, en petites grappes terminales;
baies globuleuses, d'un beau rouge vit. plus petites qu une graine de poivre.
— Abondant dans les broussailles de la basse et infra-moyenne région. —
Fl. en tout temps. — Basse-Terre, Grande route delà Basse-Terreà Gourbeyre. N° '2.198 a. — On rencontre une variété à feuilles couvertes de duvet.
[N®2398 b.)
M a rt in iq u e . Vulgo : Herbe de Saint-Domingue, herbe Grand-Jean. —
Abondant : Case-Pilote, Saint-Pierre, Marin. Alt. 0-350 met. [X® 2064.]
R . octan dru L., llivinia à 8 étamines. Vulgo: Murette, liane-barrique, boisà-terre au Moule . — Arbrisseau-liane s'élevant sur les arbres les plus grands
et jetant de tous côtés des rameaux qui pendent ensuite, se couvrent de fleurs
et offrent un beau spectacle. Tige noire, de la grosseur d'un brasd homme, cou­
verte d'aspérités et de lenlicelles blanchâtres. Feuilles elliptiques-Iancéolées,
pointues au sommet, luisantes. Fleurs d'un blanc légèrement jaunâtre, odo­
rantes, attirant des nuées d'insectes, en panicules lâches, larges, très nom­
breuses; baie très noire à la maturité, ovale-globuleuse, de la grosseur d’une
graine de poivre. — Fl. de février en mars. — Dans le pays on prend les liges,
on enlève l'écorce, on les fend en feuillets minces qu’on unit avec un couteau
et on s'en sert pour empailler les dames-jeannes. —Abondant dans la basserégion. — Aime les endroits secs et rocailleux : Basse-Terre, Le Baillif, etc.
Alt. 0-100 met. X° 2399.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Laine à barriques. — Abondant près de la mer. FondCoré, Prêcheur, Boulevard de Saint-Pierre, etc. Alt. 0-110 met. ;X° 1226.]
Petiveria L. (dédié par Linné à Jacques Péliver, pharmacien de Londres,
collectionneur passionné d’objets d'histoire naturelle, qu'il a décrits et des­
sinés en mars 1718.)
P. alliacea L., Péliver à odeur d'ail. Vulgo : Danday, devant-nègre. Dese.,
vol. V, t. 374. p. 265. — Est connu dans les pharmacies sous le nom de racine
de Pipi. — Vivace par sesracineset le bas de la lige, herbacé par le haut, droit,
haut de 50-95 cm. Racines fortes, pivotantes, blanches en dedans, grises en
dehors, fibreuses, pénétrant profondément dans la terre. Feuilles elliptiques
ou oblongues. pointues au sommet et à la base. Fleurs d'un blanc pâle, en
grappes allongées, terminales, infléchies. Fruit sec, de la forme d’une graine
d’avoine, mais plus petit, légèrement velu. — Toutes les parties de la plante,
surtout la racine, exhalent une odeur forte et pénétrante, peu agréable, qui
rappelle celle de l'ail : on s’en sert pour écarter les insectes qui attaquent les
habits et les étoiles de laine. Les feuilles, les tiges et les racines sont diuré­
tiques : on les emploie contre la pierre et autres maladies de la vessie; la
plante tout entière contient du soufre, et comme telle elle guérit la gale; elle
est en outre vésieanle, antispasmodique et vermifuge. Descourtilz, loco cil., la
met dans la catégorie des antispasmodiques fétides. — Abondant dans les

51
endroits ombragés, le long des routes et dans les terres incultes de la basserégion: Basse-Terre (Morne-à-Vaches), Le Baillif, Pointe-Noire, etc. X° 2983.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Arrada, herbc-aux-poulcs de Guinée. — Abondant.
Saint-Pierre, (barbet, Prêcheur, -Trinité, etc. — Elle est également employée
comme diurétique et sudorifique. — Alt. 0-150 met. [X° 2065.]
r u ytolaccees — ch én o po dées

dix - h u itièm e fa m ille .

— ClIÉXOPODEES.

Chenopodium L. (formé du grec « chen », oie, et « podion », pied, à cause des
feuilles palmées de quelques espèces.)
C. ambrosioides L., Ch., qui ressemble à l'ambroisie. Vulgo : Herbe-à-vers,
semen-conlra, thédu Mexique, Dcsc., vol. I, t. 57, p. 245. — Vivace par la base,
herbacé par en haut, droit, haut de 50-95 cm. Branches fastigiées. Feuilles
lancéolées-oblongues, ou elliptiques-oblongues, les inférieures sinuées-denlécs. Fleurs vertes, en épis axillaires et terminaux, nombreux, occupant plus
de la moitié de la tige et formant dans leur ensemble une panicule allongée,
feuillue, fasligiée. — Toutes les parties de celte plante exhalent une odeur forte
qui n'est pas désagréable; sa saveur est aromatique et approche de celle du
cumin; elle exude sur toute sa surface un suc balsamique, gluant et résineux,
qui écarte tous les insectes : on s’en serL comme sudorifique et vermifuge.
Descourtilz la place aussi dans les vermifuges. Se plante autour des maisons
pour qu’on l ait facilement sous la main. — Abondant dans toute 1île :
Basse-Terre, Gourbeyre, etc. (X°3089.|
M a r t in iq u e . Vulgo ; Ilerbc-à-vers, semen-conlra, sert aux mêmes usages
qu'à la Guadeloupe. — Abondant. | N° 2059.]
C. murale L., Ch. des murs. Vulgo : Epinard bord-de-mer. —SufTrutescent,
droit ou plus ou moins couché, haut de 40-70 cm. Racine vigoureuse, pivo­
tante. Feuilles deltoïdes, sinuées-dentées, tronquées à la base, pointues au
sommet, glauques en dessous. Fleurs vertes, en petites grappes interrompues,
laxillaires et terminales. — Originaire de l’Europe. Peu répandu. Moule (sur
les décombres du bord de mer). Xus 3090 et 3509.]
N’existe pas à la Martinique.
Boussingaultia IL B. (dédiéà Boussingault, célèbre naturaliste et agronome
français.)
B. leptostachya Moq., B. à épis minces. Vulgo : Guérit-tout. — Liane très
vivace par ses racines, annuelle par ses tiges, haute de 3-4 mètres. Tiges nom­
breuses, très minces, flexibles, tombantes. Feuilles un peu charnues, molles,
pétiolées, ovales, pointues au sommet, rétrécies à la base. Fleurs d'un blanc

�52

PL.ANTBS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

terne, en racèmes très nombreux, souvent très allongés, pédoncules, nais­
sant par 1-3 à l’aisselle des feuilles tout le long des liges très enchevêtrées. —
Après la lloraison, les tiges disparaissent. Nous n’avons jamais trouvé des
graines fécondes sur celle plante. Rhizomes cylindriques d'un diam. de 1525 mm., brun-noir et en dehors, blancs, mous en dedans, situés horizontale­
ment dans la terre et à peu de profondeur. — Les feuilles et les jeunes liges
sont très émollientes : on les emploie fréquemment surtout dans les bains
tièdes. — Fl. de mars en mai, quelquefois en octobre et novembre — Assez
abondant dans la basse région de l'île: Basse-Terre, Capeslerre (Guadeloupe),
Moule,etc. ;N° 3088.
M a rtin iq u e . — Yulgo : Guérit-tout. — Abondant dans les haies et les
broussailles du bord de mer et un peu dans l'intérieur. Alt. 0-80 met. — Avec
les feuilles on fait souvent des cataplasmes émollients. — Carbel, CasePilote,Prêcheur, Saint-Pierre (dans les cours et les jardins).
•' N° 87.
Bâtis L. (du grec « halos », terme par lequel les Grecs désignaient plu­
sieurs espèces de ronces dont les fruits sont ramassés, allusion aux fruits syncarpés, propres à l’espèce suivante.)
B. maritima L., Bâtis du bord de mer. Vulgo : Ilerbe-à-crabes. Desc.,
vol. VII, t. 496; Jacq., Sel. slirp. Americ. hist., t. 40, f. 4.— Vivace, à racines
fortes, radicantes, tige à base ligneuse, herbacée par les extrémités, d'abord
droite, ensuite infléchie, souvent presque couchée, haut de 70 cm. à 1 m. 60.
Feuilles succulentes, oblongues, linéaires, planes en dessus, convexes en
dessous. Fleurs dioïques, en petits chatons très rapprochés placés tout le
long des branches. — Vil à la Martinique en société dans les endroits
inondés par l'eau de mer où il forme quelquefois des fourrés presque
impénétrables. Trois-Ilets (en bas du bourg à côté de la roule allant à la
Rivière-Salée. — Abondant. Sainte-Anne (habitation les Anglais près de la
mer . N° *2060. ! — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guadeloupe.
dix - neuvième fa m ille .

— AMARANTACEES.

Celosia L. (du grec &lt;i kôleos », desséché, brûlé, parce que les fleurs ont
l'air d être desséchées.)
C. argenlea L ., Célosie argentée. Yulgo : Grande immortelle, grande Margarile. — Annuel, très droit, haut de 60 cm.-! m. 80, selon les terres; à
tige subligneuse à la base, striée, blanchâtre. Feuilles glabres, habituelle­
ment lancéolées, pointues au sommet, rétrécies à la base. Fleurs en épi com­
pacte, oblong pointu au sommet, blanc argenté ou rosé. Dans les pieds gras
on trouve souvent plusieurs épis. — Cultivé dans les parterres comme plante
d’ornement et dans presque tous les cimetières de l'île, où elle se multiplie à

AMARANTACEES

53

foison. Basse-Terre, Le Baillif, le Moule, Sainte-Anne, Désirade, les Saintes,
etc. [N° 2805. j
M a r t in iq u e . Vulgo : Amarantine, immortelle blanche, immortelle rouge.
— Dans les parterres et sur les cimetières. Saint-Pierre, Carbet, Marin, etc.
[N° 1055.]
C. nitida VahL,paniculala W. SL, t. 91, f. 1.; C. Célosie brillante. —
Arbrisseau haut de 40 cm.-3 m. cl davantage. Quand il se trouve isolé, il
pousse droit et peut atteindre !-2 mèt. ; en société, avec d'autres arbrisseaux
ou avec des arbres, il devient sarmenleux; ses branches sont alors flexibles et
deviennent pendantes; quand on le coupe à fleur de terre, il pousse plusieurs
branches; ses racines prennent un grand développement, et il commence à
fleurir à une hauteur de 30 cm. Feuilles petites, alternes, ovales, acuminées,
rétrécies û la base. Fleurs entourées de bractées noirâtres, luisantes, dispo­
sées en épis courts, nombreux, axillaires et terminaux. — Peu répandu.
Abondant dans les endroits sablonneux et boisés du bord de mer entre PortLouis et FAnse-Bertrand. N° 3308.]
M a r t in iq u e . — Très rare. Je n’en ai trouvé que quelques pieds sur le bord
de mer de la Pointe-Salomon. [N° 1043.]
Chamissoa Kth. (dédié par Kunth à L. Charles Adalbert de Chamisso, né
à Boncourt en Champagne; lit, en 1815-1817, avec Kotzbue, un voyage
autour du monde, mort à Berlin, 1781-1838.)
C. altissima Ivth., Celosia paniculala. SL, t.91, f. 2. L. ; Chamissoa Irèsélevé.
— Arbrisseau-liane, grimpant à une hauteur indéterminée, à liges et branches
striées, anguleuses, à branches herbacées, pendantes. Feuilles ovales, poin­
tues: les supérieures, ovales-lancéolées. Fleursjaunâtre-doré, en épis nombreux,
axillaires et terminaux, formant ensemble une large panicule feuillue. — Très
rare. De celte espèce je n’ai trouvé que deux pieds sur les terres de l’habita­
tion Litté au Parnasse. — Fi. en juin, juillet, août. [N° 91.]. — N’existe pas
à la Guadeloupe.
Achyranthes L. (de deux mots grecs qui signifient « paille » et «fleur», faisant
allusion à la couleur de paille des enveloppes florales.)
A. aspera D. ; Achyranthe rude. Yulgo : Queue-de-rat, collant, gendarme
Iau Moule). — Sulfrutescentet vivace, entièrement grisâtre, noueux, droit, haut
de 40-90 cm. Tige finement pubescente, plus ou moins tétragone, feuilles pubescentes, blanchâtres en dessous, ciliées sur les bords, largement ovales, arron­
dies au sommet, rétrécies en coin à la base. Fleurs presque sessiles, petites,
scaricuses : les jeunes, dressées et serrées, plus tard complètement renversées
et infléchies contre le rachis de l’épi penché à l’extrémité, long de 15 à 25 cm.
Fruit à péricarpe utriculaire entouré de 2-3 bractées spinescentes plus courtes
que les sépales; semence cylindrique légèrement pubescente. — Abondant

�■ ..........

54

PLANTES PE LA GUADBLOUPE ET DE LA MARTINIQUE

jusqu'il une altitude de 400 mèt. : Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies, etc, —
Aime ces endroits. [N° 2803.]
M a r t in iq u e , Yulgo : Queue-de-rat. — Très abondant aux environs de Fortde-France (Collège, Fort-Dartenson, Carénage, etc.). Moins abondant à
Saint-Pierre. [N° 2056.]
A. argenlea Lam. ; Achyranthe argenté. Yulgo : Grand-queue-de-rat. Grandcollant, — Annuel, à base suffrutescente, haut de 90 cm.* à 1 m. 40. Tige
remplie de moelle, noueuse et renflée aux entrenœuds, cylindrique dans le
bas, obtusément quadrangulaire dans le haut. Feuilles glabres ou très légère­
ment pubescenles, larges, ovales, rétrécies à la base, d'un vert très clair: les
jeunes, fortement pubescenles et argentées en dessous. Fleurs comme dans
le précédent, mais à calice et à bractées plus allongés, plus luisants, disposées
en épis axillaires et terminaux dont le plus long mesure jusqu'à 35 cm. —
Rare. Çà et là dans les broussailles des environs de la Basse-Terre (Morne-àVaches, fort Richepanse). — Cette espèce, que Grisebach, Flora of W, british
Av,, p, 62, considère comme une variété du précédent, en est tout à fait diffé­
rente par sa rareté, sa taille, la couleur, l'enflure des nœuds, la forme des
feuilles, la longueur des épis. [N° 2804.]
Cyathula Bl. (du grec « kuathos », en latin « cyathus », gobelet, parce que
les étamines adhérentes à la base forment une sorte de gobelet.)
C. prostrata Bl.; Cyathulc couchée. — Herbe annuelle, droite par le haut,
couchée à la base, haute de 40-60 cm., le bas de la tige cylindrique, le haut
sillonné, à 4 angles et légèrement pubescente. Feuilles opposées, ovales, poin­
tues, rétrécies à la base en un pétiole court. Fleurs vertes, très petites, en épi
interrompu longuement pédonculé, penché au sommet. — Extrêmement
rare. Je n'en ai trouvé que quelques pieds dans un endroit très ombragé du
Fort-Saint-Pierre. [N° 797.! — Je ne l'ai pas rencontré à la Guadeloupe.
Gomphrena L. (du mot changé « Gromphaeria » de Pline, XXVI, 23, pour
désigner l’amarante à trois couleurs, espèce voisine de notre plante.)
G. glohosa L., Gomphraena à tête ronde. Yulgo : Marguerite, immortelle.
Desc., vol. V, t. 320, p. 60. — Herbe annuelle, grise ou blanchâtre, d’abord
droite, ensuite penchée et presque diffuse, à branches étalées, haute de 1550 cm. Tiges nombreuses, glabres, noueuses, trichotomes. Feuilles opposées,
elliptiques ou obovales, quelquefois lancéolées, pubescentes, ciliées sur les
bords, mucronées au sommet : les jeunes, fortement pubescentes et argentées
en dessous. Fleurs à 5 sépales colorés, persistants, entourés de 3 bractées,
ramassées en capitules, grandes, blanches ou bleues ; étamines 5, à blets réunis;
styles, stigmates; 2 capitules portés sur de longs pédoncules et entourés à la
base de 2 bractées foliacées, vertes, apprimécs, opposées; pédoncules longs
de 15-20 cm. Fruit à péricarpe ulriculaire, entouré de laine blanche. — On

AMARANTACÉES

55

go sort do cette piaule pour faire des tisanes rafraîchissantes; Dcscourtilz,
loco cil., la met dans les rafraîchissantes aqueuses. — Originaire des Indes
orientales, cultivée dans les parterres, sur les tombeaux domestiques et les
cimetières publies, où elle se reproduit facilement : Basse-Terre, VieuxFort, etc. [N° 2488.J
M a r t in iq u e . Yulgo : Marguerite blanche, 'marguerite bleue. — Dans les
parterres et sur les cimetières : Saint-Pierre, Carbel, etc. [N° 2057.]
Iresine L. (du grec « eiresioné», branche d’olivier entourée de laine, qu'on
portait solennellement dans les processions, ici pour faire allusion au
duvet laineux qui entoure les enveloppes de la fleur femelle.)
I. celosioides Moq., Irésine à feuilles de Célosie. Yulgo : Zerbe-coton.
SI., t. 90, f. 3. — Tantôt annuel, tantôt vivace par la base, droit quand il se
trouve seul, sarmenteux quand il vit en société avec des arbrisseaux ou des
arbres, à tige et branches grêles, très fragiles, haut de 60 cm. à 1 m. 80.
Fleurs dioïques ou polygames, blanchâtres, petites, à 5 sépales dans la
femelle, entourée d'abord d’un petit cercle laineux et, plus tard, complètement
enveloppée de laine blanche; étamines 5. Epis très courts et très nombreux,
axillaires et terminaux, formant ensemble une large panicule non feuillue.
— Assez abondant dans les haies et les broussailles de la basse et inframoyenne région.— Les gens du pays emploient celte plante dans la médecine
domestique. On se sert des jeunes liges et des feuilles pilées en guise de sina­
pismes; on les met également dans les bains qu'on donne aux hydropiques.
— Basse-Terre (Morne-à-Vaches), Moule, Gozicr, etc. Alt. 0-300 mèt.
[N° 2802,] — Fl. de mai en septembre.
M a r t in iq u e . Yulgo : Zerbe-Jean (à Case-Pilote). — Abondant dans les
haies et les broussailles : Trou-Vaillant, Case-Pilote, Morne (Morne-Gom­
mier), etc. [N° 1056.]
I. elatior Rich.; Irésine plus élevé. Yulgo : Zerbe-coton. — Annuel et sou­
vent vivace par le bas, droit, à lige unique, grêle, très fragile, souvent sarmenteuse, haut de 75 cm.-l m. 70. Feuilles lancéolées, effilées en pointe,
rétrécies à la base en pétiole court : les florales, lancéolées-linéaires. Fleurs poly­
games, blanchâtres dans la femelle, les sépales d’abord entourés par un petit
cercle laineux et ensuite enveloppés de laine blanche, disposées en épis très
courts, très nombreux, dont l'ensemble forme une large panicule feuillue,
pyramidale.— Assez abondant dans les terres incultes, pierreuses et calcaires
de la basse région. Environs de la Basse-Terre, bords de l'embouchure
du Galion, Le Baillif, etc. — Plante ornementale.—Alt. 0-150 mèt. N°2800.]
M a r t in iq u e . — Rare. Çà et là à l Anse-à-l Ane (Trois-Ilets). N° 92.]
I. HerbotiiHook. — Plante très ornementale, herbacée, haute de 1-2 mèt.,
remarquable par ses feuilles panachées, arrondies. — Esl souvent cultivée dans
les jardins. — [Guadeloupe : X" 2801 ; Martinique : \° 104 4.

�56

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Mogiphanes Mari, (du grec « mogis », à peine, et « phainein », paraître,
pour faire allusion à la forme exceptionnelle du réceptacle de la lleur : brac­
tées séparées des sépales par un entrenœud.)
M. Ja eu nini Schrad. ; Mogiphanes deJacquin. Yulgo : Bouton blanc.—
Frutescent par la base, herbacé par le haut, d'une élévation de 90 cm.1 m. 90. Tige cylindrique dans le bas, renflée aux entrenœuds, pubescente,
verte, régulièrement trichotome, le plus souvent droite, glabre. Feuilles
glabres, ovales-ellipliques, cunéiformes à la base. Fleurs d’un blanc terne et
nacré;à 5 sépales séparés des bractées par un petit entrenœud; à 5 étamines
soudées en un tube campanulé, disposées en capitules globuleux, portés sur
de longs pédoncules pubescents. — Peu répandu. Assez abondant à CasePilote (environs du bourg), plus abondant dans les savanes des hauteurs du
Fond-Layette, où il forme quelquefois des fourrés épais. Alt. 10-280 met.
[N° 79*4.)
Philoxerus R. Br. (du grec « philcin », aimer, et « xeros », sec, allusion
aux endroits où pousse la plante.)
’
P. vermicularis R. Br. Iresine veriniculata Moq.; Philoxerus, qui rampe
comme le ver. Yulgo ; Amarante bord-de-mer. — Herbe vivace, radicante, couchée, rampante, d'une longueur indéfinie. Tige verte, cylindrique,
succulente, légèrement rentlée aux nœuds, trichotome. Feuilles presque
linéaires, épaisses, concaves sur le dos ou (selon les endroits) oblancéoléeslinéaires, se rétrécissant vers labase. Fleurs d’un blanc terne, nacré, à5sépales,
dont les 2 intérieurs sont plus étroits, tous supportés par une petite loullè
de laine; style bipartite; capitules globuleux d’abord, ensuite allongés et
ovoïdes, quelquefois-réunis par 2-4. — Très commun sur les plages sablon­
neuses du bord de mer ou sur le bord des mares et flaques d’eau de l’intérieur ;
Désirade , Moule, Sainte-Anne, les Saintes (Terre-de-Haut |, Marie-Galante.
[N° 2798.]
M a rtin iq u e . Yulgo : Amarante bord-de-mer. —Abondant; Rivière-Pilote,
Sainte-Anne, Trinité, Caravelle, etc. [N° 2058.]
Lithophila S\v. (du grec « lithos », pierre, et « philein », aimer, parce
que ces plantes poussent sur les pierres.)
L. muscoides Sw\. variété lonqifolia. Lithophile moussu à longues feuilles.
— Petite herbe vivace, grisâtre, complètement couchée, longue de 5-15 cm.
Racine pivotante, souvent très longue, forte, blanche. Tiges nombreuses,
filiformes, glabres, tricholomes. Feuilles très variables, quant à la longueur,
linéaires-oblancéolées, obluses-poinlues au sommet, se rétrécissant vers la
base et portant une petite touffe de laine. Feuilles inférieures rosulées. Fleurs
d'un blanc terne, à 3 sépales, dont les 2 intérieurs sont plus étroits, tous les 5
supportés par de petites touffes de laine blanche à 2 étamines; capitules

a m a r a n ta c f . es

57

petits, ovoïdes, pédonculés. — Assez abondant sur les rochers arides, nus
et souvent arrosés par l'eau de mer: Désirade (les Galets), Saint-François,
Marie-Galante, etc. i Xu 2799.]
Alternanthera Forsk. (du latin « altcrnus », alterne, et « anlhera », fleur,
parce que, dans beaucoup d'espèces, les étamines fertiles alternent avec les
étamines dépourvues d’anthères ou avec les dents de la cupule.)
A. sessilis 1t. Br., Alternanthera à fleurs sessiles. — Herbe annuelle, branchue, couchée, radicante et rampant à une distance indéfinie. Jeunes liges
habituellement munies de 2 lignes de poils. Feuilles glabres, tantôt nette­
ment obovales, tantôt obovales-lancéolées, oblusémenl pointues au sommet,
se rétrécissant â la base en un court pétiole. Fleurs à 3 étamines fertiles, les
2 autres dépourvues d’anthères; h 5 sépales; en capitules d’un blanc terne,
petits, sessiles â l'aisselle des feuilles.— Herbe fourragère. — Dans les
savanes herbeuses, humides, le long des routes. Basse-Terre, Gourbeyre,
Trois-Rivières. Alt. 10-700 mèt. [X° 2795.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Magloire. — Dans les savanes herbeuses et dans les
endroits cultivés.[X° 88.]
A. paronychioides St. 11il., Alternanthera, qui ressemble au Paronychia. —
Yivacc, complètement couché, radicanl, rampant à une distance indéfinie,
formant de longues traînées blanches sur la terre. Tiges laineuses aux entrenœuds, le plus souvent légèrement poilues. Feuilles réunies par 2-4 aux
entrenœuds, et jamais de même dimension, oblancéolées-elliptiques ou obovales-ellipliques, ou simplement obovales, se rétrécissant tantôt brusque­
ment, tantôt lentement, en un pétiole plus ou moins long. Fleurs en capitules
réunis par 2-5, d’un blanc nacré intense. — Peu abondant. Habituellement
sur les bords des mares d'eau douce près de la mer ou dans les endroits maré­
cageux, où il forme quelquefois un vrai gazon : Saint-François, Gozier,
Capestcrre (Guadeloupe). [X° 2794.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Magloire blanc. — Rivière-Salée, Ducos, Anses
d'Arlets. [XTos 2147 et 800.]
On cultive généralement en bordures, dans les parterres et jardins, une
variété de Alt. paronychioides à feuilles crispées, panachées de vert, de
rouge et de bronzé, originaire du Brésil [Guadeloupe : X° 2797 ; Martinique ;
X° 798], avec une variété dégénérée, plus forte, à feuilles sans panachures
[Guadeloupe ; X° 2797 ; Martinique : X° 799.]
A. achyrantha R. Br., Alternantheraâ feuilles d'Achvranthes. Y)'i\\.,Eleth.,
1, t. 7, f. 7. — Annuel ou vivace, rampant, radicant, d'une longueur indéfinie.
Tige légèrement comprimée, munie de poils blanchâtres, tuberculés à la base;
sur les jeunes feuilles, poils blancs, plus longs. Feuilles obovales ou ovales,
glabres, munies de points très nombreux. Fleurs en capitules blancs, globu-

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DR LA MARTINIQUE
58
leux ; sépales 5, laineux sur le clos, rigides, ë .‘1 nervures, dont la principale,
carénée an sommet du sépale, se termine en une pointe rigide', et dont les 2
latérales se joignent à la principale presque au milieu du limbe, calice entiè­
rement entouré de poils laineux. — Abondant dans les savanes herbeuses et
entre les pavés de certaines rues de la Basse-Terre : Vieux-Habitants, Le
Baillif, Trois-Rivières. N° 2796.
M a r tin iq u e . — Abondant entre les pavés des rues de la Consolation; dans
les jardins mal tenus, etc. N° 2118.
Amblogyne Raf. (du grec « amblus », obtus, et « guné », femme, allusion
à la nature de l'ovaire.)
A. poh/gonoides Raf., Amblogyne ressemblant au Polygonum. Yulgo : Petit
épinard. SI., t. 92, f. 2. — Herbe vivace par la base, très branchue, d'abord
droite, ensuite diffuse, haute de 15 à 25 cm. Tige striée, branches horizon­
tales ou tombantes. Feuilles petites, ressemblant à celles de l'épinard du pays.
Fleurs monoïques: lesmâles, à 3 étamines et à 3 sépales; les femelles, à calice
5-lide et à tube campanule, entourées à la base de 5-6 bractées aiguës, dis­
posées en petites glomérules tout le long des branches à l'aisselle des feuilles;
ovaire à une seule semence, noire, polie, biconvexe, très petite, — Peu
répandue. Désirade, en assez grande abondance aux environs du bourg
et surtout dans la petite savane du Presbytère. N° 2793.]
N’est pas ë la Martinique.
Amarantus L. (du grec « amaraino », je ne flétris pas, parce que la plu­
part conservent leurs couleurs brillantes après la mort.)
A. spinosus L., Amarante épineuse. Yulgo ; /épinard-piquant, épinard
rouge, zépinard-cochon. Desc., vol. Y, t. 114, p. 41 (ligure très mauvaise). —
Annuel ou sutfrutescent, droit, à tète penchée, haut de 50-90 cm. l ige
grosse, succulente, striée, souvent rouge vers le sommet. Feuilles rhomboïdales ou rhomboïdales-lancéolées, longuement pétiolées. Fleurs vertes, poly­
games ou monoïques, à 3-5 sépales, à 2-3 styles : les mâles, habituellement
en panicule terminale, formée d’épis axillaires et terminaux; les femelles
sont plus basses, axillaires, ramassées en capitules, à la base desquels se
trouvent 2 piquants longs, droits ou en forme d'alène; quelquefois ils font
défaut.— Plante utile, dont les chevaux et les moulons sont friands. Les jeunes
rameaux et les feuilles se mangent cuites ou en guise de salade. Toute la
plante est douée des vertus rafraîchissantes. Descourtilz, loco ci/., la
place dans les rafraîchissantes aqueuses. 11 dit qu'elle agit sur les voies uri­
naires et favorise la sécrétion de l'urine par le nitrate de potasse qu elle con­
tient. — Assez abondant dans les environs de la Basse-Terre (Morne-ëYaches), Le Baillif, etc. —Aime les endroits fertiles et graveleux. N° 2791.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Zépinard-cabrit. — Peu répandu. Bord de mer du

59
Fond-Ganonville, du Fond-Coré, embouchure de la rivière des Pères-Marin.
N0 795. |
A. ù'ishs L., Amarante à tète penchée. Yulgo : /épinard du pays. —
Droit, haut de 70 cm.-l ni. 20. Racine blanche, pivotante, forte, l ige grosse,
succulente; feuilles rhomboïdales-ovales, longuement pétiolées, à sommet
légèrement arrondi. Fleurs polygames, en épis axillaires et terminaux, formant
ensemble une panicule allongée, toujours plus ou moins penchée. Fruits à
déhiscence pyxidaire comme dans les pourpiers. — Très abondant dans les
terres fertiles, cultivées et incultes de toute File. — Les feuilles et les jeunes
tiges se mangent en salade ou cuites; la plante entière jouit des mêmes pro­
priétés médicinales que la précédente. — Basse-Terre. Alt. 0-600 mèl.
[N° 2792.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Zépinard de France, zépinard du pays. — Abondant
dans toute 1île. —On se sert des racines pilées et mises dans l'eau tiède en
lavement contre la constipation. [N° 796.]
On cultive dans les parterres différentes variétés de I Amarantus caudalus
L., très ornementales, qui poussent avec une grande facilité.
AMÀRANTACÉES ---- NYCTAGINKES

VINGTIÈME FAMILLE. ---

NYCTAGINÉES.

Mirabilis L. (du mol latin « mirabilis », admirable, parce que les fleurs sont
très belles et exhalent une odeur agréable.)
M. J a lapa L. (confondue longtemps avec la plante que donne le vrai
jalap); M. dichoioma L. Desc., vol. 11, t. 139, p. 192. Yulgo : Belle-de-nuit.
— Vivace par les racines, à tiges fermes, à nœuds renflés aux aisselles des
feuilles, blanches ou rouges, régulièrement dichotomes-élalées, hautes de
40-90 cm. Feuilles opposées, entières, ondulées, ovales, vertes des deux
côtés, légèrement glutineuses, ciliées sur les bords : les florales, plus petites
que les caulinaires. Fleurs grandes, en entonnoir, en cymes ombellil’ormcs, terminales, blanches ou violettes, ou jaunes, ou panachées, entou­
rées par un involucre persistant, à 5 lobes, 6-7 fois plus court que la corolle.
Fruit noir, ruguleux, rond, à périsperme blanc, farineux, copieux. La
racine est pivotante, tubériforme, volumineuse, blanche en dedans et
couverte en dehors d’une écorce noire et mince. — l)e sa nature, cette
racine est purgative-drastique, et c'est aussi dans celte catégorie que Des­
courtilz, loco cil., la place : il dit entre autres choses que, prise à froid et en
poudre, elle purge les humeurs glaireuses, les viscosités et les sérosités de la
tète, de la poitrine et des articulations, et la recommande contre la goutte,
les affections scrofuleuses et syphilitiques. Dans le pays on ne fait guère
usage de la racine, mais on emploie les feuilles macérées dans de 1eau vinai-

�60

PLANTES DE LA (ÎUAPELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

grée en cataplasmes contre les luxations et les foulures. — Assez abondant
dans la basse région. — Fl. presque toute l'année, mais surtout dans les mois
(K* juillet et novembre. — Basse-Terre, Moule, Trois-Rivières, etc. |N°2887.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Belle-de-nuit. — Abondant. Saint-Pierre, Fort-deFrance. N°2102.
Boerhaavia F. dédié par Linné au Hollandais Hermann Boerhaave, né
en 1068, à Levde, médecin, chimiste et botaniste célèbre, ami et admirateur
de Linné. De ses nombreux écrits deux seulement ont trait à la botanique :
Index plantaruin horli Liiydimo-Bataci et Vaillanli botanicon Parisiense.)
B. erecla L., B., droit. Yulgo : Palagon (parce que les feuilles sont argen­
tées en dessous et rondes comme le palagon, pièce d'argent espagnole, valant
environ 1 franc). — Herbe annuelle ou sullrulescenle, plus ou moins droite,
à racine pivotante, forte, à tige simple, délicate, légèrement lélragone, ne
dépassant guère 80 cm. d'élévation. Feuilles petites, ovales ou oyalesoblongues, pointues, ondulées,- d un blanc argentin en dessous. Fleurs très
petites, pourpre pâle, en ombelles terminales et axillaires, formant ensemble
une panicule allongée. Fruit sec, visqueux, obconiquc, entièrement renfermé
dans le calice, qui est devenu dur et s'est fermé au sommet, pourvu de 5 côtes
saillantes. — Abondant dans les terres sablonneuses, cultivées ou abandon­
nées, dans les fossés, le long des routes du littoral. — Dans le pays on se
sert de celte herbe comme diurétique et sudorifique. — Basse-Terre, Le
Baillif, Sainte-Anne, Moule (très abondant dans les terres calcaires), Désirade, Marie-Galante, etc. [N° 2172.!
N existe pas à la Martinique.
B. paniculata Rich., B. diffusa S\v. ; B. à fleurs en panicules. Yulgo :
Yalériane, patagon.— Yivace par ses racines à tiges nombreuses, d’abord
couchées, ensuite plus ou moins ascendantes, noueuses aux aisselles des
feuilles, hautes de 60 cm.-l m. 50. Racine pivotante, allongée, profondé­
ment et verticalement enterrée, grise. Feuilles opposées, ovées, arrondies au
sommet, souvent ciliées sur les bords, blanchâtres, argentées en dessous. Fleurs
pourpres, en petites cvmes ombelliformes, portées sur des pédoncules grêles,
axillaires et terminales, constituant ensemble une large panicule, à branches
latéralement étalées. Fruit arrondi au sommet, à 5 côtes pourvues de glandes
visqueuses. — Abondant dans les terres cultivées et meubles sablonneuses,
sur les vieux murs, sur les décombres du littoral de toute 1ile. N° 2173.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Patagon blanc. —Abondant dans toute 1île. j\° 2100.]
B. hirsuta \Y., B . poilu. Yulgo : Patagon rouge. — Ressemble exacte­
ment au précédent quant au port, la forme et 1ampleur îles feuilles; s’en
écarte par ses tiges, ses branches et ses pétioles velus, rouges ou rougeâtres,
ses feuilles plus ou moins sinuées, moins blanches en dessous et légèrement
pubescentes, ses fleurs rouge de sang. — Même habitat que B. paniculata. —

N Y CT ACl.NÉE s

61

Les deux espèces jouissent dans le pays d’une haute réputation comme
plantes médicinales; les feuilles et les racines sont stimulantes, toniques,
vermifuges et surtout sudorifiques; la racine prise en poudre est en outre
antispasmodique; les feuilles peuvent se manger cuites en guise d'épinards.
[N° 2174.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Patagon rouge. — Abondant. — On se sert de la
racine contre les piqûres du trigonocéphale. [N° 2099.
Pisonia L, (dédié par Plumier au Hollandais Guillaume Pison, médecin et
naturaliste de Levde ; fil en 1637 avec Marcgraaf un voyage au Brésil, mort
en 1648; a écrit, avec ce dernier : Ili.sloria naturalis Brasilia\)
P. aculeata L., Pisonia à piquants. Yulgo : Croc-chien. Lam., ///., t. 861 ;
SL, t. 167, f. 3,4; Plum., éd. Burm., t. 127. — Arbrisseau sarmenleux, pou­
vant s’élever à une grande hauteur, à lige de l’épaisseur d'un bras, à écorce
brun noir, à rameaux pendants décussés-opposés, insérés à angle droit.
Feuilles pétiolées, .ovales, légèrement charnues, rétrécies à la base; pétiole
muni, à la base, de 1-2 piquants, le plus souvent recourbés, aigus, perpendi­
culaires à la branche. Fleurs très petites, polygames ou dioïques, vert jau­
nâtres ou noirâtres, en cvmes compactes, ombelliformes, axillaires et termi­
nales, pédonculées; calice petit, à 5 dents; étamines 8. Fruit obovoïde, enve­
loppé du calice durci, à 5 côtes saillantes, garnies, dans toute leur longueur,
de glandes globuleuses stipitées. — Les fruits, à cause de leurs glandes vis­
queuses, s'attachent à tout ce qui les touche. — Abondant le long des rivières,
dans les halliers et endroits abandonnés de la basse région. — On en fait
souvent des haies impénétrables. — Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies, Pigeon,
Trois-Rivières. Alt. 0-250 mètres; rare, au delà de cette altitude. \° 2171.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Croc-à-chiens. — Abondant dans les endroits secs et
chauds : Saint-Pierre, Prêcheur, Case-Pilote, Lamentin, etc. .V 2101.]
P. subcorda la L., Pisonia à feuilles presque en cœur. Yulgo : Mapou gris.
— Arbre de taille moyenne ou petit arbre, à tronc vigoureux, peu élevé, de
40-80 cm. de diamèt., nu jusqu'à une hauteur de 2-3ni50 seulement, à
branches horizontales, à fronde arrondie. Feuilles coriaces, très vertes et très
glabres, en cœur, à sinus très ouvert. Fleurs dioïques, en cvmes très arron­
dies, pédonculées, pédicelles courts; calice de la fleur mâle, inl'undibilil'orme,
à 5 lobes courts; celui de la femelle, cylindrique-linéairc. Fruit sec, long de
1 cm., cylindrique, aminci vers la base, muni, dans le dernier tiers supérieur,
de 5 rangées de glandes slipilées. — A l’époque de la floraison, l'arbre perd
complètement ses feuilles, qui n'apparaissent qu’après la chute des fleurs. —
Fl. en avril ou mai. — Le bois est noir et n'a aucune importance. — Assez
abondant dans les terres sèches de Port-Louis, de l'Anse-Berlrand, du Gozier,
de presque tous les Grands-Fonds, de Marie-Galante, etc. (N0 2172.

�62

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Il ne se trouve pas à la Martinique.
P. oblusala Sw., Pisonia à feuilles obtuses. Yulgo : Mapou blanc, mapou
rouge. — Arbre de taille moyenne, à rameaux plus ou moins pendants, à
fronde élancée, à écorce fendillée. Feuilles très vertes, tlaccides, ovales,
obtuses au sommet, rétrécies à la base, à nervures peu sensibles; pétiole
court. Fleurs dioïques, terminales : les mâles, en cymes trichotoines et lon­
guement pédonculées; les femelles, en cymes plus ou moins allongées; calice
de la lleur femelle charnu, mou, devenant plus tard pulpeux et formant une
seule masse avec le fruit. Fruit oblong, d'abord 1res rouge, ensuite noir,
traversé par 10 petits sillons longitudinaux sans glandes. — Le bois est assez
tendre et ne peut servir tout au plus que pour les constructions à l'intérieur.
— Abondant dans les endroits boisés et secs, et dans les savanes du littoral
du Vieux-Fort, des Trois-Rivières, de la Capesterre (Guadeloupe). — Fl. en
avril ou mars. N° 2170.
M a rt in iq u e . Yulgo : Mapou. — Abondant au Prêcheur, au Fond-Goré, au
Carbet, à Dueos, etc. N° 128.]
P suborbiculata Hcms., Pisonia à feuilles presque rondes. Yulgo : Pelitrnapou. — Arbrisseau élégant, peu branchu, nu dans le lias, haut de 2-2"' 50,
à écorce grise et lisse. Feuilles petites, rondes ou légèrement obovalcs,
glauques, très brièvement péliolées. Fleurs verdâtres, dioïques, en cymes
courtes, lâches, pédonculées, terminales. Fruit mou, pulpeux, cylindrique,
rouge glauque à la maturité. — Peu répandu. Je ne l’ai pas trouvé à la Gua­
deloupe.
Il n'existe à la Martinique que sur la crête du morne rocheux, près du
bourg de la Rivière-Pilote. [N° 1467.]
Les Bugainvillea.sy&gt;ecta/n7fN Wild.et fasluosaHeninq. (genre dédié à l'amiral
Bougainville, qui. en 1766-69, a entrepris un voyage autour du monde et qui
a puissamment aidé Commerson dans ses travaux scientifiques), lianes, origi­
naires du Brésil, très fortes, sarmenteuses, épineuses, à branches pendantes, à
fleurs pourpre foncé ou pourpre clair, d’une abondance et d’une beauté
éblouissantes; sont assez abondamment cultivées dans les deux îles.
vingt - unièm e fa m ille .

—

MALVAGEES.

Malvastrum As. Gr. (de« malva », mauve, et « aslrum », étoile, allusion à la
forme de la lleur.)
M. spieatum Gr., Malva poli/slachya Cav. ; Malvaslre à fleurs en épis.
Yulgo : Mauve d’Amérique. Diss., I. 20, f. 4; t. 188, f. 8. — Sulfrutescent,
droit, haut de 50-90 cm., couvert, dans toutes ses parties, d’un duvet gris; à

03
racine forte et pivotante. Feuilles deltoïdes ou ovales, presque tronquées
à la base, pointues au sommet, crénelées-dentécs. Fleurs jaunes, petites,
en épis nombreux, axillaires et terminaux : ces derniers toujours plus
longs; calice à 5 lobes poilus, ovales, pointus, entouré de 8 feuilles
involucrales aussi longues que les lobes du calice. Fruit à autant de loges ou
de carpides juxtaposés qu’il y a de pistils, le plus souvent 11-15. — Peu
répandu. — Fl. de février en juin. — Endroits secs, graveleux, près de la
mer. Les Saintes (Terre-de-JIaul , chemin du chameau), Pigeon et Bouil­
lante. [N° 3211.]
M a r t in iq u e . \ ulgo : Mauve-savane. — Route du Marin au Vaudin.
[N" 858.]
M. (ncuspidalum. As. Gr., Malva america na L.cl M. coromandeliana Sw.;
Cav. Diss., 1.22, f. 2; M. â carpides à 3 piquants. Yulgo : Pain-doux, balaideux-heures. — Sufîrutescent ou frutescent, le plus souvent droit, branchu,
haut de 30-80 cm., à lige, branches, pétioles, inflorescence, et le dessous des
feuilles couverts de longs poils gris et couchés. Feuilles vert clair, rhomboïdes-lancéolées, dentées en scie. Fleurs jaunes, larges, réunies par 3-5 ou
solitaires, axillaires ou terminales. Feuilles involucrales3, linéaires; lobes du
calice ovales, terminés en une longue pointe; pétales obeordés ; carpides 10,
semences armées de 3 piquants, dont 2 placés au coin du sommet et le 3"
près de la base. — Extrêmement abondant dans toutes sortes de terrain de
la basse et de la moyenne région de file. (\° 2333.j
.M a r t in iq u e . ^ ulgo ; Balai-savane. — Très commun dans toute file. —
On en fait souvent de gros balais, bons pour nettoyer les cours, les écuries,
etc. [N° 859.]
N o t a . — Ges deux espèces ont l’écorce très fibreuse, dont on pourrait
tirer profit.
Sida L. (du grec « sidé », employé par Théophraste, IY, 11, pour dénom­
mer le Nymphaea al ha L. C’est par erreur que Linné a adopté ce nom. i
S. carpinifolia L., Sida acuta Burm., S. stipulata Cav.; Sida à feuilles de
charme. Yulgo ; Balai-onze-heures, balai-midi. Cav. Diss., I. 2, f. 3; l. 3,
f. 10, 11 ; t. 134, f. 1. — Sulfrutescent, haut de40-90cm., droit, glabre dans le
bas, légèrement velu dans h* liant, ainsi que sur les rameaux. Feuilles elliptiques-lancéolées, dentées au-dessus de la base, munies, à la base du pétiole,
de deux stipules lancéolées, aussi longues ou plus courtes que les pédoncules.
Fleurs jaunâtres ou blanches, axillaires; calice à 5 segments, plus courts que
la corolle. Fruit à 10 carpides; semences garnies de 2 piquants droits, dont
chacun est muni, à la base, d'un petit piquant court et obtus. Ressemble au
précédent par le port et les feuilles. — Très répandu dans la basse et l'inlramoyenne région de file. Basse-Terre, etc. N° 2338.j
Martinique. Yulgo ; Balai-onze-heures, balai-savane. — Environs de
Saint-Pierre, Carbet, Morne-Rouge, etc. [N° 860.J
MALVACLES

�64

PLANTES DK t.A GUADELOUPE ËT DP, LA MARTINIQUE

S. (jlomeraia Cav., S. à Heurs agglomérées. 5 ulgo : Balai-savane. — Sullrutescent el frutescent, haut do 70-90 cm., à lige nue clans le lias, très branchuc
clans le haut, à branches 1res rapprochées, penchées à 1extrémité cl légère­
ment pubescenles. Feuilles petites, brièvement pétiolées, glabres, d'un vert
très clair, linement denlelées; base du pétiole munie de 2 stipules larges,
obliquement lancéolées, très accuminécs, nervées. Fleurs petites, jaunes ou
blanches, sessiles, solitaires dans le lias des branches, agglomérées et termi­
nales clans le haut; bractées 3-4, lancéolées, linéaires, obliques; calice à
5 sépales; lobes de la corolle largement ovales, brusquement rétrécis en pointe
line. Fruit à 5 carpides glabres, réticulés, munis de 2 pointes. — Peu répandu.
Vil en société dans quelques savanes des hauteurs du fond Canonville, près
de Saint-Pierre. V 861.J — Nous ne l’avons pas trouvé à la Guadeloupe.
S. ciliaris L., Sida cilié. Nulgo (à la Désirade) ; Balai-lrois-heures. — Sulfrutescent, haut de5-30cm., tantôt très droit, tantôt dill'us, très branchu,dès
la base: à lige et branches presque nues jusqu'au sommet. Feuilles d'un vert
jaunâtre, très petites, oblongues, presque aussi longues que les pétioles, line­
ment serretées au-dessus du milieu du limbe. Fleurs jaunes, axillaires, sessiles,
solitaires ou réunies par deux. Feuilles involucrales 1-5, oblancéolées-linéaires,
♦ fortement ciliées, avec des organes accessoires, filiformes, ciliés; calice à
5 segments étroits, aussi longs que les pétales; pétales jaunes, tachetés de
noir ou de brun en dedans à la base; carpides 5, tuberculeux, armés de
2 pointes très courtes el rigides. SI., I. 137, f. '2; Cav. l)iss., I. 3, 1. 9. C est la
plus petite espèce de Sida clans les Antilles. — Peu répandu. Désirade (route
du Bourg à la Léproserie), où il forme gazon en quelques endroits. X° 2770.
M a rt in iq u e . \ ulgo : Petit-balai. — Peu abondant el peu répandu ; SainteAnne habitation les Anglais), clans un terrain pierreux el calcaire. N" 862.J
S.jamaicencis L.,Sida de la Jamaïque.'\ ulgo ; Balai-onze-heures. Cav. Diss.,
t. 2, f. 5. -—SulTrutescenl, plus ou moins droit ou dill'us, haut de 70-95 cm.,
à tiges grêles, nombreuses, couvert dans toutes ses parties d'un duvet soyeux
et blanchâtre. Feuilles ovales, dentelées au-dessus de la base, obtuses au
sommet. Fleurs blanches axillaires,presque sessiles ou brièvement pédonculées,
solitaires ou réunies par 2-4; stipules filiformes: calice à 5 lobes largement
ovales et brusquement rétrécis en pointe molle; carpides 5; semences line­
ment duvetées à la base et munies au sommet de 2 petites cornes droites. —
Fl. en avril et mai el en octobre et novembre.!— Les Saintes (Terre-deHaut, sur le chemin du Chameau), bord de la rivière des Pères. [N0 3363.J
Ne se trouve pas à la Martinique.
S. spinosa L., variété anguslifolia Lam. ; Sida épineux. Yulgo ; balaionze-heures. Cav. Diss., t. 1, f. 9; l. 2, f. 2. — Vivace, haut de 80-85 cm.,
droit, généralement peu branchu, à tige grêle, glabre. Feuilles petites,
oblongues-lancéolées, souvent lancéolées-linaires, denlelées au-dessus de leur

MALVACKRS

65

insertion, base du pétiole garnie d’un appendicespinescenttubcreulé sur le dos.
Fleurs jaune pâle, axillaires, solitaires ou réunies par 2-3 ; pédoncule de la
lleur articulé au-dessus du milieu ; calice à 5 segments presque aussi longs
que les pétales. Fruit à 5-8 carpides; semences légèrement luberculées,
glabres, armées de deux pointes allongées, filiformes, noires. — Abondant
dans la région moyenne. Camp-Jacob, Matouba, hauteurs du Baillif, Dési­
rade, etc. [N° 3498.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Balai-savane. — Gros-Morne, Case-Pilote. |N ° 809.j
S. r/mm ht folia L. ; Sida à feuilles en losange. Yulgo : Balai-onze-heures.
Cav. Diss., I. 3, f. 4, 8, 12; l. 131, f. 2. — Frutescent, droit, ne dépassant
guère 90 cm. &lt;1élévation. Feuilles en losanges plus ou moins réguliers, blan­
châtres en dessous, dentelées au-dessus de la base, légèrement arrondies au
sommet cl quelquefois à la base, brièvement pétiolées, glabres; stipules 2,
sétacées, en forme d’alène. Fleurs à pétales jaunes, quelquefois tachetés de
noir à la base; à 1intérieur, le plus souvent solitaires, portées sur des pédon­
cules articulés au-dessus du milieu et plus longs que dans toutes les espèces
précédentes ; lobes du calice ovales-ronds, brièvement pointus au sommet,
plus courts que dans les autres espèces. Fruit à 8-12 carpides armés de
2 becs linéaires d'inégale longueur, veloutés à la base. — Abondant dans la
moyenne région; plus rare du côté du littoral : Matouba, Vieux-IIabilants,
Deshaies, etc. jXu 2339.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Balai-dix-heures. — Abondant. Morne-Rouge,
Calebasse, Parnasse, Gros-Morne. N° 864.1
S. rhomhifolia L., variété minor. Yulgo : Balai-dix-heures. — Diffère de
l'espèce-type par ses feuilles constamment plus petites, ses pédoncules plus
courts et les lobes deltoïdes du calice. — .Se rencontre dans le terrains secs el
rocailleux. Vieux-Fort, Trois-Rivières. N° 2340.J
M a r t in iq u e . Yulgo : Balai-dix-heures. — Caravelle, Gros-Morne, Prê­
cheur, Marin (Morne-Gommier). ; X° 863.
S. urens L., S. vertieillala Cav.; Sida à poils brûlants. Yulgo : Ortie-long.
Cav. Diss., t. 2, f. 1 ; t. 1, f. 12. — Suffrutescent, d abord droit, ensuite
sarmenteux, entièrement couvert de poils plus ou moins urlicanls, mais dont
la piqûre n incommode pas, à branches grêles très cassantes. Feuilles nette­
ment cordiformes, pointues, dentées en scie, dès la base, longuement péliolées. Fleurs axillaires el terminales, brièvement pédonculées, réunies par 2-5 ;
pétales jaunes, habituellement munis d'une tache rouge, à la base, tube du
calice à 5 angles saillants, lobes deltoïdes, poilus, dépassant le fruit. Fruit
à 5 carpides ruguleux, munis de 1-2 becs. — Peu abondant. Çà et là dans les
lisières et les broussailles du littoral. Environs de la Basse-Terre, Le Baillif,
Capesterre (Guadeloupe), Marie-Galante, etc. N° 2336.1
Drtss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

�66

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

M artinique. \ ulgo : Ortie razier. — Peu abondant. \ auclin, Sainte-Anne.
Nu' 866, 807.
S. uhuifolia Cav., S. truncala LTIéril.; Sida à feuilles d’orme. Yulgo :
Balai-cinq-heures. Gav. Diss., t. 2, f. 4. — Suffrutescenl ou frutescent, droit
ou sarmenleux, haut de 80 cm.-l m. 50. Tiges et pétioles munis de poils
simples. Feuilles larges, cordiformes, terminées en pointe effilée, finement
duvetées et blanchâtres en dessous, crénelées-serrelées. Fleurs d'un jaune
terne, axillaires et terminales, solitaires ou réunies par deux, dont une portée
sur un pédoncule plus long; pédoncules longs, articulés au-dessus du milieu ;
tube du calice à 5 angles, lobes deltoïdes plus courts que la (leur. Fruit à
5 carpides surmontés de 2 arêtes courtes. — Assez rare. Dans les haies et
savanes broussailleuses de la basse région : Le Baillif, Vieux-Fort, Moule,
Grands-Fonds du Gozier et du Mornc-à-l'Eau. [X° 2337.]
Ne se rencontre pas à la Martinique.
S. argtila Sw. ; Sida à feuilles effilées. Yulgo : Balai-deux-heures. — Suffrulescent et plus souvent frutescent, glabre, à lige d'abord droite, ensuite
plus ou moins sarmenleuse, très grêle, verte, légèrement pubescente dans le
haut. Feuilles très vertes, cordiformes, efl'décs en longue pointe aiguë, irré­
gulièrement et doublement crénelées-serrelées ; stipules courtes, séliformes.
Fleurs axillaires et terminales, solitaires ou réunies par trois, portées sur des
pédoncules issus directement de l'aisselle des feuilles, ou de Faisselle de
bractées courtes et minces; pédoncules courts, articulés au-dessus du milieu,
duvetés; calice très glabre, tube à 5 angles, lobes deltoïdes, plus courts que
les pétales jaunes. — Peu abondant. Çà et là dans les broussailles, sur les
côtes sèches du Baillif, des Yieux-llabilanlsel de la Pointe-Noire. [N° 2335.]
M a r t in iq u e . — Assez rare. Boulevard de Saint-Pierre, Marin (MorneGommier), Case-Pilote. N° 868.]
Ce Sida, que Grisebach Flora of the Brilish West Indian Islands, page 75)
admet comme synonyme du précédent, forme une espèce nettement distincte
par son port, sa couleur, la forme et la longueur des branches, la forme des
feuilles et surtout par l'absence de poils.
S. pyramidala Caw, Sida dumosa Sw. ; Sida à fleurs en grappes pyrami­
dales. Cav. Diss., t. 1, f. 12 ; l. H)4, f. 1. — Arbrisseau ornemental, haut de
1 m. 50 à 2 m. 50, droit, nu dans le bas et glabre, branchu par le haut et
finement pubescenl. Feuilles larges, à pétiole presque aussi long que le limbe,
penchées dans la journée, cordiformes ou souvent presque tronquées à la
base, pubescenles en dessous, quelquefois presque 5-lobées, dentelées en scie,
brusquement pointues au sommet. Fleurs en panicules avec des branches
primaires en grappes, les secondaires en petites cymes; tube du calice cylin­
drique, lobes du calice deltoïdes, pubescenls ; pétales jaune-brun, munis à la
base, à l intéricur, de taches noir-brun ; carpides 5, surmontés de 2 becs

67
courls. — Peu répandu. Environs de Saint-Pierre (Trou-Vaillant, TroisMALVACKES

Ponts). [X" 856.] — Ne se trouve pas à la Guadeloupe.
S. cordifolia L. ; Sida à feuilles en coeur. Yulgo : Balai-poilu. Cav. Diss.,
I. 3, f. 2, 3,6, 7; SL, t. 136, f. 2; Dill., Eltham., t. 171.
S. multiflora Cav., S. hamulosa Salzm. — Suflrulcscent et quelquefois
frutescent, droit, couverten entierd’un duvet étoilé, serré, fin, blanchâtre, fige
striée. Feuilles cordiformes ou subeordiformes, arrondies au sommet, grossiè­
rement dentées en scie, longuement pétiolécs. Fleurs axillaires et terminales,
solitaires ou ramassées en glomérules; corolle jaune, plus longue que le
calice; tube du calice à 10 angles avec des lobes deltoïdes. — Fruit à 10-12
carpides ruguleux, tronqués et poilus au sommet, surmontés de 2 arêtes
droites. Facile à distinguer de tous ses congénères par son duvet et son calice
à 10 angles. — Vil en société sur les coteaux secs, arides, chauds et grave­
leux. Environs des cimetières de la Basse-Terre, Pointe-Noire, Deshaies,
Désirade, Marie-Galante. [N° 2335.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Balai-savane poilu. — Abondant entre Saint-Pierre et
le Carbel, Prêcheur, Marin (Morne-Gommier). — Fl. surtout pendant
l’hivernage. 1Xos 870 a et /&gt;.]
Abutilon T. (du grec « a » privatif, ne pas, « bous », bœuf, « lilos », diar­
rhée, parce que ces plantes sont un remède contre la diarrhée des bêtes à
cornes.)
A. mdicuni G. Don.; Abutilon de l'Inde. Yulgo : Guimauve. Cav. Diss.,
t. 7, f. 2, 5, 6, 10; t. 128, f. 12; t. 120, f. 1. — Frutescent ou sulfrutesccnt,
très droit, haut de 40-95 cm., très branchu, couvert, dans toutes ses parties,
d'une pubescence courte, line, grise. Feuilles larges, cordiformes, très irrégu­
lièrement et grossièrement dentées, souvent plus ou moins trilobées, poin­
tues au sommet ; pétioles plus longs que les limbes des feuilles. Fleurs
axillaires, solitaires, naissant sur la lige et les rameaux, portées sur des
pédoncules longs et articulés un peu au-dessous de la fleur; corolle jaune ;
calice à 5 lobes ovales, pointus, deux fois plus courts que les pétales. Fruit
volumineux, composé de 18-20 carpides, munis d'une pointe recourbée au
sommet, verruqueux, glabres, contenant habituellement 3 semences noires.
— FL de février en mai. — Peu] répandu. Dans les savanes des environs
du Grand-Bourg, de Marie-Galante. [N° 3642.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Mauve. — Rare. Gà et là autour des maisons des
environs du Marin. ;N° 848.)
A. hirtum G. Don.; Ab. hérissé de poils. Yulgo : Grosse mauve. —Suflrutcsce.nlet frutescent, haut de 60 cm.-l m. 50, très branchu, droit, les pétioles
et le haut de la lige couverts de poils droits, plus ou moins rigides. Feuilles
aussi larges que longues, amples, cordiformes, presque rondes et très

�68

PLANTES 1)E LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

brusquement terminées en une pointe obtuse, subentières ou irrégulièrement
dentées, parfois à 3 lobes peu prononcés, plus ou moins visqueuses, linement duvetées et blanchâtres en dessous, presque glabres en dessus. Fleurs
larges, d'un jaune d'orange; pétales munis d’une large tache noire à la base;
à l'intérieur, axillaires, naissant soit directement à l'aisselle des feuilles de la
tige principale, soit à l'aisselle des feuilles des rameaux, longuement pédonculées ; lobes ducalice, grands, deltoïdes, dépassant le fruit avant sa maturité,
ensuite plus courts que lui ; pédoncule articulé un peu au-dessous de la Heur.
Fruit composé de 25-30 carpidcs veloutés, munis d'une pointe courte et
veloutée; semences brunes légèrement duvetées, armées d'une pointe
courte et rigide. — Celte espèce diffère de la précédente, surtout : par ses
feuilles presques rondes et visqueuses , à l’état vert et exhalant une mauvaise
odeur; par sa couleur vert-jaunâtre; par l’ampleur des (leurs et des fruits;
par ses longs poils. Les Heurs s'ouvrent habituellement dans la soirée, vers
les 3 ou 4 heures. — Peu répandu. Desirade (dans les savanes et autour des
maisons du Bourg); çà et là autour des habitations des environs de la BasseTerre ihabitation l'Espérance). IN0S2789, 3369.
M a r t in iq u e . Yulgo : Mauve-savane. — Rare. Marin, Yauclin (sur les
décombres et autour des maisons). N° 846. i
A. mollissinmm G. Don., Sida mollissinia Cav. ; Ab. à feuilles très molles.
Yulgo : Mauve. — Suffruteseent et frutescent, droit, peu branchu, haut de
1-2 mèt., à feuilles larges, en cœur à la base, effilées en pointe aiguë au
sommet, à tige, pétioles et pédoncules couverts de longs poils. Fleurs grandes,
légèrement jaunâtres. Fruit comme dans le précédent. — Cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre, d'où il s’est répandu dans les environs. |X° 847.
A. crispum G. Don.; Ab. crispé. Cav. Diss., t. 7, f. 2; t. 135, f. 2. Dill.,
Eltham., t. 5; Plurn., t. 25. — Frutescent, sarmenteux, à tige et branches
grêles, très flexibles, légèrement pubescentes. Feuilles petites, en cœur à la
base, pointues au sommet, duvetées et grises en dessous, crénelées. Fleurs
axillaires, solitaires, portées sur des pédoncules filiformes et articulés, audessus du milieu et presque aussi longs que le limbe de la feuille; pétales
blanc-jaunâtre, plus longs que le calice; lobes du calice, ovales, pointus.
Fruit gonflé, vésiculaire, blanc jaunâtre, contenant 10-12 carpidcs, dont
chacun renferme habituellement 3 semences polies et brunes. — Peu abon­
dant. Çà et là dans les endroits secs, rocailleux et chauds de la basse région.
Environs des cimetières delà Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies (Gros-Morne).
[N° 2342.]
M a r tin iq u e . — Assez rare. Boulevard de Saint-Pierre, Prêcheur, SainteAnne. X°852.]
A. striatum Dicks. ; Ab. à fleurs striées. — Arbrisseau élégant et très
ornemental, haut de 2-3 mèt. Feuilles glabres, irrégulièrement dentées, en

MALVACÉES

69

cœur à la base, à 3 lobes pointus. Fleurs grandes, solitaires, renversées,
axillaires, portées sur de longs pédoncules pendants; pétales veinés, d'un
jaune orange; calice à 5 lobes profonds, deltoïdes. — .Ne produit pas de
fruits. — Originaire du Brésil ; cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre et
dans un grand nombre de jardins delà Martinique. [N° 2020.]
A. au ri lu ni Wall. ; Ab. à stipules en forme d’oreille. — Arbrisseau haut de
2-3,u 50, très ornemental, très branchu, à branches d’abord fastigiées,
ensuite infléchies, couvert en son entier d'une pubescence fine et grisâtre, à
l'exception du dessus des feuilles. Feuilles larges, plus ou moins pendantes,
très longuement pétiolées, cordiformes avec un sinus très ouvert, dentelées,
brusquement pointues au sommet. Fleurs en une ample paniculc pyramidale
et allongée, dont les branches sont garnies, à la base, d'une large bractée
cordiforme, laineuse, appliquée contre la lige principale et disparaissant avec
la chute des fleurs; pétales veinés, d’un jaune brun foncé; calice à 5 lobes
deltoïdes, beaucoup plus courts que les pétales. Fruit à 12 carpides, conte­
nant chacun 3 semences pubescentes. — Je ne saurais dire si cette espèce est
indigène ou non : elle existe en abondance dans plusieurs vieux jardins aban­
donnés de la Basse-Terre. — Fl. de décembre en mars. j"N° 2321.
M a r t in iq u e . — Introduit au Jardin botanique, d’où il s'est répandu dans
le pays et se reproduit spontanément. Trois-Ponts, Carbet, Prêcheur,
[N° 851.]
Bastardia Klh. (dédié par Ivunth au botaniste français T. Bastard, qui,
entre autres choses, a écrit : Essai sur la flore du département de Maine-etLoire, 1809.)
B. viscosa Klh. ; Bastardia visqueux. Yulgo : Balai-grand (à la PointeNoire). Cav. Diss., t. 196, f. 1 ; SL, t. 139, f. 4.— Suffruteseent et plus sou­
vent frutescent, haut de 50 cm.-l m. 50, droit, à branches et tige grêles,
allongées, finement pubescent dans le haut de la lige et dans toutes les autres
parties. Feuilles petites, en cœur, pointues, dentelées. Fleurs petites, jaunes,
axillaires, sur des pédoncules presque aussi longs que les pétioles. Fruit
petit, à 5 carpides uniovulés, à déhiscence loculicide ; calice à 5 lobes ovales,
à pointe arrondie ; semences noires et petites. — FL à toutes les saisons
do l’année, mais surtout de février en mai. — Peu répandu. Pointe-Noire,
dans les terrains rocailleux du bord de mer et des environs du bourg.
[N° 3412.]
Ne se trouve pas à la Martinique.
Malachra L. (tiré du grec « malaké », qui désigne une espèce de mauve.)
M. capitata L. ; Malachra à fleurs en têtes. Yulgo : Gombo-savane. — Suffrutescent, très branchu dès la base, haut de 80 cm.-l m. 40, à branches,
jeune lige, pétioles, pédoncules revêtus d’un duvet gris, court, soyeux.

�70

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Feuilles palminerviécs, dentées : les adultes, à 3 lobes peu profonds; les
jeunes, en forme de violon ; stipules 2, séteuses, molles, en forme d'alène.
Fleurs en glomérules axillaires, portées sur des pédoncules tantôt longs,
tantôt courts, renfermant 3-5 fleurs sessiles, entourées de 3 bractées réniformes, cordées à la base et brusquement terminées en pointe, panachées de
vert et de blanc, plus larges que longues et hérissées de poils; corolle jaune,
plus rarement blanche; calice couvert de poils rigides, dressés; lobes effilés.
Fruit à 5 carpides, glabres. — Peu répandu. Moule (quelques pieds sur les
décombres près du cimetière).
M a rt in iq u e . Yulgo : Gombo bâtard. — Peu abondant. Trois-Ilets (dans les
savanes avoisinant l’Anse-à-l'Ane) et aux Anses-d Arlet. [N° 8ô4.j
M. alcifolia Jacq.; M. à feuilles d'Alcea. Yulgo : Gombo bâtard. SI., t. 137,
f. 1 ; Cav. Diss., t. 33, f. 2. — Haut de 60 cm. à 1 m. 80. Annuel ou suffrutescent, à tige striée, grosse. Feuilles palminerviécs : les adultes, â 5 lobes; les
jeunes, à 3, hérissées ou glabres. Fleurs axillaires disséminées tout le long de
la tige et des branches, sessiles ou brièvement pédonculées, ramassées en glomérules entourées de bractées larges, panachées; corolle blanche ou jaune;
tube et lobes du calice hispides. — Abondant dans les endroits humides et
dans les fossés, le long des routes. Yicux-Habitants, la Bouillante, Pigeon.—
Fl. de juillet en janvier. — Dans le pays, on se sert des Ileurs, soit sèches
soit fraîches, en infusion contre la toux et les rhumes. [\° 2330. |
M a r tin iq u e . Yulgo ; Gombo bâtard, gombo-savane. — Assez abondant.
Caravelle, Trinité, Rivière-Salée, Anses d’Arlet. [N° 853.J
M. fasciata Jacq. ; M. à fleurs fasciculées. Yulgo : Gombo bâtard. —
Annuel ou suffrutescent, haut de 90 cm.-l m. 30, branchu, droit ou penché,
à tige épaisse, pouvant atteindre 2 cm. de diamètre; facile à distinguer de
ses congénères par des poils roux ou blanchâtres, luisants, rigides, droits,
presque piquants, qui couvrent tous ses organes. Feuilles dentées : les
adultes, à 5 lobes peu marqués; les moins adultes, à 3 lobes pointus; les
jeunes, ovales ou lancéolées; stipules filiformes, hispides, longs. Fleurs
fasciculées par 2-4, sessiles, axillaires, entourées de bractées beaucoup plus
petites que dans les espèces précédentes, très hispides et accompagnées de
bractées accessoires, filiformes et hispides; corolle jaune ou blanche. Fruit
de 4-5 carpides trigones et tuberculés. — Les feuilles sont employées en
cataplasmes émollients, et les fleurs en infusion contre les rhumes et la toux.
— Abondant dans les endroits humides et aquatiques de la basse région.
Environs de la Basse-Terre, Yieux-Forl, Capesterre, Pigeon. [N° 3368.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Grande-guimauve. — Abondant. Saint-Pierre, Tri­
nité, Caravelle, Matouba. [N° 855.!
Urena L. (du nom Malabar, « urena ».)
U . lohata L., variété americana L. fils; Urena à feuilles lobées. Yulgo :

MALVACÉES

71

Grand-cousin, cousin-rouge. Cav. Diss., t, 185, f. 1; Desc., vol. IY, t. 271,
p. 179; Cav. Diss., t. 183, f. 2; L. 184, f. 1. — Frutescent, ornemental par
ses feuilles et son port, peu branchu, haut de 90 cm.-2 m. 50, à tète penchée.
Feuilles palminerviécs, glabres en dessus, duvetées et grises en dessous,
pourvues à la face supérieure, à la base des nervures, de 2-3 glandes bifides,
cordées à la base, trilobées, à lobes deltoïdes, celui du milieu plus grand
(rarement à 5 lobes, avec des sinus plus ou moins ouverts), grossièrement et
Irès irrégulièrement dentées-sinuées : les supérieures et les jeunes, ovales et
sinuées seulement. Fleurs pourpres, axillaires, presque sessiles et terminales;
lobes du calice alternant avec les 5 segments lancéolés, hispides et striés de
linvolucre. Fruit â 5 carpides indéhiscents, durs, secs, globuleux, hérissés
entièrement de piquants rigides, droits, roux et terminés en hameçon à
double crochet, ce qui fait qu'il s'attache à tout ce qui le louche. — Les
feuilles ont toutes les vertus des plantes émollientes, adoucissantes et
rafraîchissantes : on s'en sert souvent en cataplasme et pour les bains
tièdes. Descourlilz, loco c/7., vante beaucoup l’infusion des fleurs édul­
corées, ou le sirop qu'on en fait contre les différentes maladies aiguës el
inflammatoires; il la recommande en gargarisme contre l'angine, les aphthes
ou excoriations des gencives; en boisson, contre les gastrites, les empoison­
nements par des matières âcres el corrosives, contre le llux du ventre, la
dysenterie el au début du catarrhe pulmonaire ; en lotion, contre les exan­
thèmes aigus, les maladies éruptives, les érysipèles, les pleurésies, l'hépatite.
11 ajoute qu elle procure un grand soulagement dans les néphrites inflamma­
toires ou calculeuses, dans les deux premières périodes du catarrhe vésical,
dans la blennorrhagie et autres maladies des voies urinaires, etc. — Abon­
dant dans les savanes et endroits incultes de la région du littoral et de la
région infra-moyenne. Basse-Terre (Morne-à-Yaches), Monléran, Ducharmois, Vieux-Fort, Capesterre, etc. — Fl. de novembre en mars. — Alt.
0-600 m. [N® 2331.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Grand-mahol-cousin. — Répandu dans toute l'ile.
Saint-Pierre (Boulevard), Carbet, Case-Pilote, Marin, Trinité, etc. — On en
fait usage dans la médecine domestique. [N° 2040.]
U. sinuala L., U. Swartzii Mac!’.; Urena à feuilles sinuées. Yulgo : Cousinpetit. Cav. Diss.,t. 185, f. 2. — Diffère nettement du précédent : par la forme
bien tranchée de ses feuilles â 3-5 lobes, à sinus profonds, larges, arrondis,
dépassant le milieu du limbe, et rappelant la feuille de la vigne; parles
fleurs, habituellement plus grandes, el sa taille moins élevée. — Très orne­
mental. Jouit en tout des mêmes propriétés médicinales que son congé­
nère et s'emploie fréquemment dans le pays. — Mêmes localités, mais plus
abondant, surtout dans la basse région : Basse-Terre (Morne-à-Yaches), Le
Baillif, Trois-Rivières, Deshaies, etc. [N° 2332.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Pelit-mahot-cousin. — Abondant et très répandu dans

�72

PLANTES DK L.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

les parties inférieures de l'ile et sur le bord de mer. Saint-Pierre, Marin,
Prêcheur, elc. X°204l.'
PavoniaCav. dédié par Cavanilles à l’Espagnol Jean Pavon, qui, avec son
compatriote Hip. Ruiz et le Français Dombey, a fait jusqu'à quatre-vingthuit voyages importants à travers le Chili, le Pérou et les pays voisins; il a
écrit avec Ruiz : Floraperuviana el chilensis.)
P. spinifex Cav. ; Pavonia à fruits armés de piquants. Vulgo : Mahot
jaune, coquelicot (au Moule). Cav., I. 43, f. 2, 3. — Arbrisseau ornemental,
haut de 1-2 m. 80, nu dans le bas, médiocrement branchu, glabre. Feuilles
faiblement cordées, pointues au sommet, grossièrement dentées, glabres ou
parsemées de rares poils étoilés : les jeunes, ovales. Fleurs grandes, solitaires,
axillaires, longuement pédonculées; calice entouré de 8 folioles involuorales
poilues, plus longues que les lobes lancéolés du calice et beaucoup plus
courtes que la corolle jaune el large; étamines 10. Fruit à 5 carpides secs,
trigones, glabres, rugueux, armés de 3 arêtes pointues, solides, hérissées de
petits piquants renversés; 2 de ses arêtes, latérales au sommet des bords; la
3e, au milieu du earpide. — Les fleurs sont très émollientes : on les recherche
pour en faire des tisanes contre les inflammations de la gorge et des cata­
plasmes contre les clous, furoncles el abcès. — Assez abondant dans les
environs de la Basse-Terre (ravine de la rivière Billaud, habitation l'Espé­
rance et habitation Xadal), Moule (le long du Canal), Morne-à-l'Eau. Alt.
50-200 met. iX° 2328.
M a r tin iq u e . Vulgo : Mahot jaune. — Assez répandu, sans être abondant.
Trois-Ponts, Parnasse, Marin (Morne-Gommier), Case-Pilote, etc. [X° 843.]
P. racemosa Sav., P. spicata Cav.; Pavonia à fleurs en grappes. Vulgo :
Mahot-mare, sunabao (au Moule). SL, t. 139, f. 2; Caw Diss., t. 140, f. 1;
Desc., vol. VII, t. 525, p. 309. — Arbrisseau droit, haut de 1-3 mèt., à
tige simple, complètement nue dans le bas, peu feuillu par le haut, à racines
fortes et traçantes. Feuilles entières, à peine dentées, en cœur à la base,
pointues au sommet, larges. Fleurs en grappes simples, terminales, allon­
gées, à branches inférieures longuement pédonculées. Feuilles involuorales
6-8, oblongues-lancéolées plus courtes que les lobes ovales et larges du
calice; corolle jaune-orange pâle, peu ouverte; colonne staminifôre renfer­
mée. Fruit à carpides carénés, marginés, glabres, munis de deux petits
becs, terminant la marge. — Vil souvent en société avec les mangliers, dans
les marécages d'eau salée. — Descourtilz met cet arbrisseau dans les
plantes émollientes. Dans le pays on se sert quelquefois des feuilles en
cataplasmes. — Pointe-à-Pitre, Moule, Baie-MahaulL, Lamentin. [X° 2786. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mabot-manglc, gombo-mangle. — Abondant dans les
marécages de la Rivière-Salée, de Ducos, du Robert. X° 841.]

MALVACKKS

73

— Tous les genres de Malvacées cités jusqu'ici ont une écorce très
fibreuse, que les habitants utilisent en beaucoup d'endroits.
P. rosea Schlech., P. nemoralis St. Hil. — Arbrisseau haut de 50-90 cm., à
fleurs roses, à feuilles coriacées, dentées, ovales. — Est cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre, où il se propage spontanément. | Nu 842.]
Abelmoschus L. (de l'arabe « hall) », graine, « el-mosk», musc, parce que
les graines sont musquées.)
A. esculentus \V. ; Ab. cultivé. Vulgo ; Gombo. GaA\ Diss., t. 61, f. 2.
Tuss, FL, I, l. 10; Desc., vol. IV, t. 267, p. 165. Hibiscus L. — Annuel,
droit, ne dépassant guère 2 mèt. d’élévation. Tige épaisse, forte, poilue dans
le haut. Feuilles larges, à 5 lobes irrégulèremcnl dentées; corolle large,
jaune, munie d’une tache large, noire au fond, à l'intérieur ; calice spathacé,
enveloppant, en partie, la base de la corolle, entouré de 9-12 folioles involucrales lancéolées-linéaires, caduques, ciliées. Fruit tantôt allongé, oblonglancéolé, tantôt court el ovale, selon la variété, s'ouvrant par déhiscence
loculieide en 5 loges mulliovulées. — A été porté des Indes Orientales en
Égypte et est maintenant cultivé comme plante alimentaire dans le monde
entier. — FL habituellement de juin en septembre. — Les fruits encore
jeunes et tendres sont très appréciés pour la table : on les mange cuits,
assaisonnés avec de l’huile et du vinaigre. La décoction des graines est
emplovée comme diurétique : on se sert des feuilles et des graines en tisane
ou en lavement contre la dysenterie ; les graines entrent dans la composition
du nafé d’Arabie. N° 2785.1
MAHTiNiQUE. Vulgo : Gombo — Dans toute l’ile. [N° 2021.]
A. moschatus Midi.; A. musqué. Vulgo : Gombo musqué. Cav. Diss.,
t. 62, f. 2; Desc., vol. V, t. 361. Hibiscus L. — Annuel, droit, de hauteur
variable, mais ne dépassant pas 1 m. d’élévation, à lige, feuilles, pétioles et
pédoncules hispides. Feuilles larges, grossièrement et irrégulièrement dentées
en scie : les jeunes, haslées avec des lobes accessoires; les adultes, à 5 lobes
deltoïdes, dont celui du milieu plus grand. Fleurs comme dans le précédent,
mais plus grandes ou plus ouvertes. Fruit hispide, ovoïde-pyramidal, à 5
loges s’ouvrant par déhiscence loculieide. — Originaire de l’Egypte et de
l’Arabie, naturalisé et cultivé dans toutes les Antilles; se rencontre assez sou­
vent à l’état sauvage. — Descourtilz range cette plante dans la classe
des antispasmodiques aromatiques et en vante ses propriétés médicinales.
Dans le pays elle n’est pas employée souvent. — Ravine-Chaude, SainteRose, Baie-Mahault. [X° 2784. ]
M a r t in iq u e . Vulgo ; Gombo musqué. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe.
— Beaucoup de petits propriétaires le cultivent pour vendre les graines aux
pharmaciens. — Hauteurs du Lamentin, Ducos, Gros-Morne, etc. [X° 121.]
N ota .

�74

PLANTES DE I,A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Hibiscus L. (du grec « biscos », Diosc., III, 163 ; Plin., \ I \ , 27 ; XX, I 1,
qui est 1Althaea officiiuilis. composé de « ibis », oiseau sacré des anciens
Egyptiens, et « skcin », être semblable, c'est-à-dire plante consacrée à Ibis.)
H. sororius E. ; Hibiscus à fleurs jumelles. Vulgo : Liane de framboisin. —
Arbrisseau haut de I ni. 80 à 2 met., droit ou plus ou moins infléchi, à
racines longues, traçantes, glabre et à lige nue dans le bas, peu feuillu ; le
haut de la lige, pétioles, pédoncules et le dessous des feuilles couverts d'un
duvet roussâtre et rude. Feuilles larges, en cœur, crénelées-dentées, arron­
dies au sommet, longuement pétiolées. Fleurs grandes, à corolle rose, axil­
laires, portées sur de longs pédoncules articulés presque au milieu, le plus
souvent réunies par 2; calice ventru, à 5 lobes ovales et larges, deux fois
plus courts que la corolle ; folioles involucrales 7-8, deux fois plus courtes que
le calice, élargies au sommet en un limbe réniforme, caractère qui le distingue
facilement de ses congénères. Fruit capsulaire, poilu, ovoïde-globulcux, ren­
fermé dans les lobes du calice, à 5 loges multiovulées et à déhiscence loeulicide ; semences brunes, légèrement muriquées. Les fleurs s'ouvrent de bonne
heure le matin et se ferment vers 2 ou 8 heures du soir. — Peu répandu ; assez
abondant dans les herbes de l’étang du Cocoyer, près de l'usine de Duchassaing (Moule), j X° 3495.]
N'existe pas à la Martinique.
H. bifurcalus Cav. ; H. bifurqué. Vulgo : Gombo-de-nuit. Cav. Diss., t. 51,
f. 1. — Vivace, sarmenteux , très ornemental, haut de 2-4 met , à tige et
pétioles munis de petits piquants nombreux recourbés. Feuilles longuement
pétiolées. en cœur, à 3-5 lobes profonds, elliptiques, irrégulièrement dentés.
Fleurs très grandes, d'abord rose pourpre, ensuite rose tendre, axillaires cl
solitaires; pédoncules muriqués, poilus, assez courts, rigides, articulés au
milieu; calice à 5 lobes ovales, acuminés, glandulifères, hispides, i à G fois
plus courts que la corolle ; folioles involucrales distinctes, au nombre de 1012 bifurquées au sommet, tantôt un peu plus courtes, tantôt un peu plus
longues que les lobes du calice. Capsule ovoïde, poilue, aussi longue que le
calice; semences glabres, muriquées. — Fl. de mai en janvier. — Assez abon­
dant dans les endroits marécageux situés entre le bourg de la Baie-Mahault
et l'habitation La J aille ; çà et là le long de la rivière de la Capcstcrrc (Gua­
deloupe). [N” 2780].
M a rt in iq u e . Vulgo : Gombo-rivière. — Assez rare. Rivière-Salée (le long
du canal, près du bourg; çà et là dans les endroits marécageux entre la
Rivière-Salée et les Trois-Ilets. Dans ces endroits on le cultive quelque­
fois dans les jardins à cause de la beauté de ses fleurs. 1N° 844.]
H. Iulipiflorus Hook.; Hib. à fleurs de tulipe. Vulgo : Gombo-grandsbois. — Arbre souvent d'assez grande taille, peu élégant, habituellement
peu branchu, nu dans le bas, à écorce grise, à branches divariquées, souvent

MALVACERS

75

horizontales, cassantes, à jeunes branches remplies de moelle blanche;
extrémités des branches, pédoncules, pétioles et le dessous des feuilles cou­
verts d'une sorte de pubescence rude, apprimée, rousse et blanchâtre.
Feuilles très larges, plus larges que longues, arrondies, très irrégulièrement
et grossièrement dentées, ramassées à l'extrémité des branches; pétiole
presque aussi long que le limbe de la feuille. Fleurs grandes, solitaires,
axillaires, habituellement penchées, portées sur de très longs pédoncules ;
corolle laineuse, d'abord blanc pâle, ensuite légèrement jaunâtre; calice à
5 lobes ovales, pointus, parcourus par 3 nervures, deux fois plus courts que
la corolle; involucre de 5-6 folioles, à peu près deux fois plus courtes que le
calice. Fruit grand, velu, aréolé, presque aussi large que long, à 5 ailes, à
loges pluriovulées, déhiscentes ; semences biconvexes, enveloppées de laine
rousse. Les fleurs sont extrêmement émollientes. — Assez abondant dans
les bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Bassin-Bleu et du Hâüt-Matouba.
[N® 2323.]
N’existe pas à la Martinique, mais nous l’avons vu à la Dominique et à
Sainte-Lucie.
H. muiahilis L. ; Ilib. changeant de couleur. Vulgo : Garactère-des-dames,
caractère-dés-hommes. Desc., vol. IV, t. 270, p. 172. — Arbrisseau droit,
haut de 2-5 met., originaire des Indes Orientales; introduit et cultivé çà et
là comme plante d'ornement. Feuilles plus ou moins cordiformes, à 5 lobes
pointus et très inégalement dentés, longuement pétiolées, grises en dessous.
Fleurs très grandes, solitaires, ou en corymbe terminal, remarquables par leur
changement de couleur. Le matin, en s’ouvrant, elles sont blanches; vers
midi, elles deviennent roses, et le soir, avant de se flétrir, elles prennent une
teinte pourpre. Du reste, tous les Hibiscus du pays changent plus ou
moins de couleur. — Descourtilz place cet arbrisseau dans les béchiques
adoucissants, et recommande les tisanes faites avec ses feuilles contre la toux.
Dans les endroits où cette plante existe, on se sert des feuilles et des fleurs
qu'on fait bouillir avec des feuilles de l’herbe-à-charpentier et de la verveine
queue-de-rat pour préparer des cataplasmes émollients. — Rare. Dans
quelques jardins d'amateurs de plantes. Capesterre (Guadeloupe), TroisRivière. — Fl. en tout temps. (N° 3496.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Garactère-des-dames. — Au Jardin botanique et dans
beaucoup d’autres localités. Saint-Pierre, Camp-Balala. .Y12086.]
H. rosa-sinensis L. ; Ilib., rose de Chine. Vulgo : Rose de Cayenne. Cav.
Diss., I. 67, f. 2. — Arbrisseau ornemental, droit, à branches allongées,
devenant presque sarmenteuses, originaire des Indes Orientales. Feuilles
ovales, grossièrement dentées; remarquable par ses grandes fleurs rouges
devenant plus ou moins pourpres avant de se flétrir. — Abondant. — On en
fait souvent des haies, qui, sous l'influence de la taille, deviennent tort

�76

PLANTES DF LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

belles et solides. On cultive dans les jardins plusieurs belles variétés à fleurs
blanches, à fleurs jaunes doubles, etc. — Fes feuilles et les fleurs sont mucilagineuses et émollientes. — Basse-Terre, Camp-Jacob, Gourbeyre, Pointe-àPitre, etc. [X° *2325.]
M a r tin iq u e . Vulgo : Rose de Cayenne. — Abondant, avec les variétés cidessus indiquées. X° 2089.]
H. phoeniceus Jacq. ; llib. à fleurs rouges. Cav. Diss., t. 07, f. 3; Desc.,
vol. VI, f. 382. — Arbrisseau très ornemental, haut de 1 50-3 met., à
branches allongées, minces, flexibles et penchées, à feuilles petites, deltoïdes,
grossièrement dentées-crénelées, à fleurs rouge-cinabre-violacé. — Originaire
de la Jamaïque et de Saint-Domingue. Cultivé dans beaucoup de jardins, où
il fleurit abondamment à toutes les saisons de l'année. Basse-Terre, CampJacob, Pointe-à-Pitre, Moule. [X° 3209.]
M a rt in iq u e . — Jardins de Saint-Pierre, du Prêcheur, du Fond-Coré, etc.
[N° 2088.]
H. surratensis L. ; llib. de Surrate. — Annuel, d'abord droit, ensuite pen­
ché, haut de 70 cm.-l m. 40 ; remarquable : par ses feuilles ressemblant à
celles du chanvre; par sa tige, ses pétioles et ses pédoncules armés de petits
piquants recourbés; par ses larges fleurs d'un noir pourpre-violacé très riche,
à calice à 5 segments ovales-lancéolés, très effilés, ligneux, munis de
piquants sur les bords et sur la nervure du milieu ; par ses 6-9 folioles involucrales distinctes, linéaires-lancéolées, poilues et longuement bifurquées au
sommet; par son fruit ovoïde, hérissé de poils, renfermé parles segments du
calice. — Originaire de l'Mindoustan anglais, naturalisé au Camp-Jacob; se
cultive aussi au Jardin botanique et dans beaucoup d'autres jardins. — Fl.
d'octobre en février. (Xos 2326, 2781.]
M a r tin iq u e . — Introduit et cultivé au Jardin botanique, d'oii il s'est
répandu dans les environs cl pousse spontanément. X° 849.
H. Boryanus Desc.; Hib. de Bory. — Arbrisseau glabre, touffu, haut de
2-4 mèt.; à branches divariquées ; à feuilles coriaces, ovales, grossièrement
dentées au-dessus de la base; à fleurs larges, rouges, à calice à 5 lobes pro­
fonds, deltoïdes, moitié plus courts que la corolle; à fruit à 4 loges, renfermé
par les lobes du calice ; à semences brunes, velues. — Cultivé dans un grand
nombre de jardins comme plante d’ornement. Camp-Jacob, Basse-Terre,
Gourbeyre, Pointe-à-Pitre. [X° 2327.]
M a r t i n i q u e . — Cultivé au Jardin botanique et dans les jardins de la ville
de Saint-Pierre, de Fort-de-France, du Prêcheur, etc. X° 2083.]
H . laoateroides Monc. ; llib. ressemblant au Lavatera.— Arbrisseau orne­
mental, haut de 1-2 m. 50. Écorce grise, branches flexibles, plus ou moins
pendantes; jeunes liges,branches, pédoncules, pétioles, calices avec calicules,

MALVACKES

77

cl le dessous des feuilles couvert d’un duvet lin et gris. Feuilles presque
glabres en dessus, d'un vert très clair, cordiformes, à 3-5 lobes peu marqués
et très irrégulièrement dentés ; corolle large, légèrement pourprée, poilue en
dehors; pétales striés; calice un peu plus court que la corolle; à 5 lobes pro­
fonds, deltoïdes ; feuilles involucrales 8, obovales, deux fois plus courtes que
le calice; pédoncules articulés au-dessus du milieu, fruit renfermé dans
les lobes du calice, à 5 loges; semences petites, entourées de coton gris. —
Cultivé dans les jardins : Basse-Terre, Pointe-à-Pitre, etc. [X° 2324.
M a r t in iq u e . — Cultivé au Jardin botanique, d'où il s'est répandu dans le
pays et s'est naturalisé. Saint-Pierre, Morne-Rouge, Fort-de-France, etc.
[N° 166.]
H. cannabinus L.; Hib. tenant de la nature du chanvre. Vulgo : Groseille,
Gombo-chanvre. — Annuel, très ornemental, haut de 80 cm.-l m. 40, très
droit, à tige grosse, remplie de moelle. Feuilles ressemblant à celles du
chanvre, dentées en scie, à dents placées à distance et aiguës, à 3-7 segments
dont 3-5 très profonds, les 2 latéraux plus courts; pétiole long, souvent
deux fois plus long que le limbe de la feuille. Fleurs axillaires et terminales,
grandes, à pétales jaunes parcourus de veines noires allant en zigzag; calice
gris, 5-6 fois plus court que la corolle, muni de glandes surmontées d’un poil
rigide, à 5 lobes terminés par une pointe effilée, rigide et hispide; folioles invo­
lucrales linéaires, aussi longues que le tube du calice. — Cultivé çà et là
autour des habitations, à cause de scs libres, qui sont très tenaces, et de ses
fruits, avec lesquels, après qu'on en a retiré les graines, on fait des confi­
tures et du vin, connu sous le nom do vin de groseille. — Capesterre (Gua­
deloupe), Trois-Rivières, Grands-Fonds du Moule, etc. XIJ 783.
M a r t in iq u e . Vulgo : Groseille. — Autour des habitations. Gros-Morne,
Grand'Anse, Trinité. Xu 2085.] (Spécimen imparfait.)
H. sahdarifa L. (nom de la plante en langue turque); Vulgo : Oseille de
Guinée. Desc., vol. I, t. 31. — Annuel, à tige sulfrutescente, haute de 90 cm.2 mèt., branchuedaus le haut, entièrement glabre. Feuilles larges, noirâtres,
dentées en scie au-dessus delà base : les adultes, à 3 lobes elliptiques, poin­
tus, celui du milieu beaucoup plus grand; les jeunes, elliptiques, pointues;
pétioles noirs, à la base du limbe. Fleurs axillaires; corolle grande, jaune, en
clochette, veinée de lignes noires allant en zigzag; calice d'un tiers plus
court que la corolle, à 5 lobes très allongés, lancéolés, veinés de noir; calicule
à 8-10 folioles lancéolées-linéaires, plus courtes que le calice. Fruit grand, à
5 loges, à déhiscence ioculicide, renfermé par les lobes du calice; semences
brunes, pubescentes. — Après la chute de la corolle, les enveloppes florales
s’épaississent, deviennent charnues et succulentes; le suc qu elles contiennent
est acide, très agréable etrafraîchissant : on en prépare des confitures exquises
et un vin délicieux qu’on appelle vin d'oseille. — Plus abondant que le pré-

�78

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

cèdent. Basse-Terre, Gourbevre, Lamentin, Gapcsterre (habitation Longmont ï, etc. N° 2782.
M a r t in iq u e . Yulgo : Grand-oseille, oseille de Guinée, groseille de Guinée.
— Assez répandu dans l'ile. Prêcheur, Carbel, Gros-Moine, i N° 2084. i Plante
introduite de la cote occidentale d'Afrique, par la culture, dans les deux îles.
H. Cooperi Hort. — Arbrisseau touffu, haut de 2-4 mèt., originaire de la
Nouvelle-Hollande; introduit par M. Bélanger au Jardin botanique de SaintPierre en 1880; remarquable : par ses larges Heurs à pétales roses, avec une
tache rouge cramoisi au fond; par ses feuilles, panachées de blanc, de vert
foncé et de vert tendre. — S'est répandu à la Martinique dans tous les jar­
dins ’N°35], de même qu'à la Guadeloupe, Basse-Terre, Camp-Jacob, Pointeà-Pitre, etc. N° 3676. !
H. vitifoliiis L.; Hib. à feuilles de vigne. — Petit arbrisseau à branches
llexiblcs, penchées, à fleurs jaunes, grandes, avec des taches noires au fond.
N" 848. . — Originaire des Indes Orientales.
H. Lampas Cav. — Originaire des îles Philippines. [N° 2087.] — L'espèce
précédente et celle-ci sont cultivées au Jardin botanique de Saint-Pierre, où
elles poussent spontanément.
H. schizopelalus Mort. — Espèce très remarquable par ses fleurs pen­
dantes suspendues à un long pédoncule, à pétales pcnnilobés ou pennifides.
— A été introduit, il y a quelques années, par M. Hip. Clayssen, maire de
Gourbevre, grand amateur de plantes; il s'esl répandu promptement et fait
l'ornement des jardins. Basse-Terre, Camp-Jacob, Pointe-à-Pitre, etc.
N° 3687.]
Gossypium L. du latin « gossum », enflure, goitre, allusion à la capsule
bourrée de colon; la racine du mot vient probablement de l'arabe « go/. »,
substance soyeuse.)
G. arborescens L. ; G. arborescent. Yulgo : Cotonnier. — Arbrisseau plus
ou moins tortueux, ne dépassant guère 4 mèt. en hauteur. — Se cultive en
grand à la Désirade, aux Saintes, et çà et là à la Guadeloupe, seulement pour
les besoins domestiques. — Fl. de novembre en mars. — On rencontre plu­
sieurs variétés, dont les principales sont : le gros coton, le colon fin et le colon
soie; botaniquement parlant, ils ne diffèrent pas assez pour en faire des
espèces distinctes N" 3267 , gros colon, et .Y'3364 jcolon fin.
M a r t in iq u e . Yulgo : Colon ordinaire, colon Pierre, pet it coton. — Ses
racines râpées entrent dans les remèdes contre la morsure du serpent ; prises
en tisane, elles sont employées contre l'oppression, et les feuilles en décoc­
tion contre la diarrhée; dans quelques endroits on donne les graines en
décoction aux nourrices dont le lait tarit : on se sert du coton pour l’appli­
quer contre les brûlures.

MALVACKBS

79

Paritium S1. Hil. (de « parita », nom malabar de la plante.)
P. liliaceuin Ad. Juss., Hibiscus arboreus Desc. ; P. tenant de la nature du
tilleul. Yulgo : Màhot-gombo (au Camp-Jacob), bois-flot (ailleurs). Cav.
l)iss., t. 155, f. 1; SL, l. 134, f. 2; Desc., vol. II, t. 148, p. 327. — Arbris­
seau ou petit arbre, droit ou tortueux, haut de 3-5 mèt., à écorce grise-blauchâlre, très fibreuse, à jeunes branches et tige couvertes d’un duvet fin et
blanc. Feuilles larges, aussi larges et souvent plus larges que longues,
coriaces, entières, presque rondes, en cœur à la base, brusquement termi­
nées en pointe, garnies en dessous d’un duvet fin argenté, avec des nervures
très saillantes; stipules 2, grandes, caduques, lancéolées, tronquées à la base,
arrondies au sommet, couvertes d’un duvet farineux. Fleurs axillaires et
terminales, brièvement pédonculées; corolle jaune, grande, passant au
pourpre pâle avant de se faner; calice deux fois plus court que la corolle,
blanchâtre, à 5 segments allongés, deltoïdes, carénés au milieu, pointus;
involuere à 10 dents pointues, blanchâtres,plus court que le calice. Fruit ovoïdearrondi, pubescent, quinqueloculairc à déhiscence loculicide; style épaissi
au sommet ; stigmates 5, élargis ; semences glabres. — L'écorce de celjarbuste
se détache très facilement : on en fait des cordes solides. — Descourlilz
met cette plante dans les purgatives hépatiques et dit que les fleurs
sont émollientes et purgatives, cpie l'infusion faite avec la racine et les
feuilles a des vertus sudorifiques, apaise la douleur des ophtalmies violentes
offrant des symptômes inflammatoires, etc. A la Guadeloupe, dans les endroits
où celte plante existe, on se sert de l’eau tiède, dans laquelle on a macéré
des fleurs, contre les maladies d’yeux. — FL presque toute l'année, mais
surtout de novembre en mars. — Peu répandu. Gourbevre (Yal Canard);
Houëlmonl (batterie), Camp-Jacob (rivière Noire.) [N° 2329.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mahot-franc, bois-de-liège. — Les pêcheurs se servent
de son bois blanc, léger et poreux, pour faire flotter leurs seines. — Assez
abondant : Parnasse (habitation Litté), Ducos, Lamentin, Marin (MorneGommier), Sainte-Luce, etc. I(NOS2022, 2023.]
Thespesia Corr. (du grec « thesbesios », divin, parce qu'on plante cet arbre
dans les Indes Orientales autour des temples.)
T. populnea Corr.; T. qui tient de la nature du peuplier. Yulgo : Catalpa.
Cav. Diss., t. 50, f. 1. — Petit arbre, très touffu, à fronde arrondie, haut de
4-6 mèt. Feuilles très vertes, luisantes, fermes, presque coriaces, en cœur à
la base, deltoïdes et pointues. Fleurs axillaires, jaunes, munies d'une tache
noire au fond, ressemblant à celles du Gombo, mais plus petites; calice tron­
qué ou avec 5 petites dents, cupuliforme, entouré de 3 folioles involucrales
disparaissant de bonne heure. Fruit globuleux, vert, à peu près de la forme
et de la grosseur d'une nèfle de France, à 5 loges indéhiscentes, multiovulées ; péricarpe de la consistance du cuir; semences trigones, obovales,

�80

PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

striées, poilues cl anguleuses à la base. — Le bois est dur et sert pour la
menuiserie et les travaux de tour; l'eau dans laquelle on a macéré des feuilles
est employée en lavement contre les hémorrhoïdes. — Très répandu. Abon­
dant sur les plages sablonneuses du bord de mer : Désirade, Marie-Galante,
les Saintes, Sainte-Anne, Sénégambie, Indes Orientales, etc. [N° ‘2779.
M a rtin iq u e . Yulgo : Caltappa. — Abondant. Trinité, Caravelle, SainteAnne, Yauclin. \° 2024.]
De celle famille on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans
d'autres jardins le Goethea stricliflora Nees. cl Mari. — Petit arbrisseau
droit, haut de 80 cin.-l ni. 20, originaire du Brésil; remarquable par ses
tleurs caulinaires garnissant toute la longueur de la lige.
VINGT-DEUXIÈME FAMILLE. —

BOMBACÉES.

Pachira (nom qu'on lui donne à la Guyane).
P. aquatica Aubl., Carolinea princeps L. fils, P. grandiflora Tuss.,FL, 1Y,
t. 3 et 4; P. aquatique. Yulgo : Cacao sauvage. — Grand bel arbre, à
branches cassantes. Feuilles larges, glabres, palmées, composées de 5-7
folioles obovales-oblongues, presque sessiles, glauques en dessous. Fleurs
axillaires, à corolle longue de 25-30 cm., à 5 pétales d'un rouge de feu, duve­
tés, en forme de lanières; étamines rouge foncé, très nombreuses, d'abord
monadelphes sur une longueur de 5-6 cm., se divisant ensuite en 12-16 fais­
ceaux monadelphes, qui à leur tour se subdivisent en faisceaux plus petits;
calice tronqué, cupuliforme, couvert d'un duvet roux noir. Fruit capsulaire,
de la forme et de la grosseur de celui du cacao, sauf les sillons, noir, duveté, à
5 loges multiovulées, s'ouvrant par déhiscence loculicide; semences ovoïdes,
anguleuses, brunes en dehors, blanches en dedans : elles se mangent crues
ou cuites sous le nom de châtaignes. — Fl. en février et mars; fruits mûrs
en juillet-août. — Çà et là dans la région inférieure et moyenne : Bagatelle,
Basse-Terre cour du Gouvernement , Camp-Jacob, etc. iX° 3068.1
M a r tin iq u e . Yulgo : Châtaignier. — Introduit de Cayenne, cultivé au
Jardin botanique, d'où il s'est répandu dans le pays. [N° 2043.]
Eriodendron Dese. (formé de deux mots grecs, qui signifient « laine » et
« arbre », allusion à la soie qui enveloppe les graines.)
E. anfractnosum Besc., Bombax Ceiba L.; Eridendre anfractueux. Yulgo :
Fromager. Cav. Diss., t. 151 ; Desc., vol. IV, t. 247, p. 64. — Arbre gigan­
tesque, le plus grand des Antilles, à tronc armé de piquants, surtout quand il
est jeune, souvent ventru, à branches horizontalement et irrégulièrement

81
disposées. Feuilles palmées, à 5-7 folioles lancéolées ou oblengues-lan'céolées,
brièvement pétiolées, entières. Fleurs axillaires, fasciculées, ramassées à
l'extrémité des branches, très nombreuses, pédonculées, corolle à 5 pétales
cohérents à la base, couverts d’un duvet luisant, argenté en dehors; calice
près de deux fois plus courts que la corolle, muni de 5 dents arrondies; éta­
mines 5, subulées exserles, unies Ma base, portant chacune 2-3 anthères uni­
loculaires, formant ensemble un petit globule anfractueux; style élargi au
sommet ; stigmate capilé. Fruit de la forme d'un petit concombre, rétréci à
la base, à 5 loges multiovulées à déhiscence loculicide; semences nom­
breuses, ovoïdes, pointues, de la grosseur d'un pois, enveloppées d'un duvet
long, brun, cotonneux. — Fl. en janvier et février; fruits mûrs en avril, mai.
— Perd les feuilles tous les ans à l'époque de la floraison. — Le bois est mou et
ne peut servir pour la construction. Les pauvres utilisent quelquefois le cotou
pour faire des matelas, oreillers, etc. Les fleurs sèches exhalent une très
agréable odeur : vertes ou sèches, elles ont toutes les propriétés émollientes
des Malvacées. Selon Descourtilz, qui range cet arbre dans la catégorie des
plantes diurétiques, adoucissantes, la racine est apérilive et s’emploie avecsuccès dans les cas d’ascite ou d’hydropisie du ventre et cl’anasarque ou
d'hydropisie qui envahit les chairs: l'écorce de la racine serait vomi­
tive et son suc, joint à la pulpe de tamarin, provoquerait l’émission des
urines et des déjections alvines. .le n’ai pas entendu dire qu’on se serve sou­
vent de cette plante dans le pays. — Assez abondant dans les bois de la
moyenne et surtout de la basse région : Basse-Terre, Le Baillif, Moule,
Morne-à-lHau, etc. N° 2322.
M a r t in iq u e . Yulgo : Fromager. — Basse et moyenne région : Carbel,
Prêcheur, etc. X° 2029.1
Ochroma Snv. (du grec « ochroma », pâleur, à cause de la couleur pâle de
ses fleurs.)
0. Lagopns Sw. ; O. à fruits en patte de lièvre. Yulgo : Pripri, fromagermapou, bois-llol. Cav. Diss., t. 153. — Le plus souvent, arbre de taille
moyenne, à branches horizontales et souvent inclinées, très cassantes. Feuilles
très larges, un peu plus larges que longues, palminerviées, en cœur à la hase,
très grossièrement den tées, à 3 lobes peu marqués ou à 3 angles, couvertes en
dessous d’un duvet roux, glabres en dessus. Fleurs de 13-14 cm. de long, termi­
nales; corolle jaune pâle, à 5 pétales obovales, pubescenls en dehors, épais
et charnus; calice à 5 lobes imbriqués, pubescenls, dont deux plus courts et
pointus, avec la pointe réfléchie, e! trois autres plus grands, arrondis; éta­
mines en colonne tubuleuse ; anthères nombreuses, linéaires, plissées en zig„
zag, adnéesà 3 masses charnues, contournées en lire-bouchon et terminées par
5-6 segments; stigmates 5, exserts, linéaires, tordus en spirale en un corps
cylindrique pointu ; pédoncule long portant 2-3 bractées caduques. Fruit
rom n ACIîES

Dflss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

6

�82

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

capsulaire long de‘20-23 cm., pourvu de 5 sillons longitudinaux, profonds, à
3 valves nuiltiovulées s ouvrant par déhiscence loculicide: graines très nom­
breuses, arrondies, brunes, entourées d un coton lin, roux pale. — Kl. en
mars et mai: fruits murs en juin et juillet. — L’écorce est très fibreuse et on
en fait des liens très solides. Le bois, à cause de sa légèreté et sa porosité,
est impropre à la construction; les pécheurs coupent les branches en mor­
ceaux et s en servent pour faire Ilot 1er les filets et les seines; le bois, sec et
tendre, sert encore à aiguiser les couteaux et les rasoirs. — Peu abondant.
Çà et là dans les ravines, les savanes et les bois de la basse et de la
movenne région. Camp-Jacob (rivière aux Ecrevisses), Le Baillif (habitation
Sainte-Sophie), Deshaies, etc. N° .'1034.
M a rtin iq u e . Yulgo : palte-de-lièvre, bois-llol, bois-rasoir, bois-de-liège.—
Sert aux mêmes usages qu'à la Guadeloupe. Peu abondant. — Ajoupa-Bouillon, Konds-Saint-Denis, hauteur de la Basse-Pointe. X° 2030.
Myrodia L. (du grec « muron », baume, à cause de l'odeur agréable
qu'exhalent les fleurs et les graines.
M. (urbinala L. ; M. à calice turbiné. Yulgo : Bois-lélé. S\v., /&lt;’/., t. 22,
analys. — Petit arbre droit, à branches divariquées. irrégulièrement
disposées, souvent pendantes, à écorce grise. Feuilles coriaces, ellip­
tiques, entières, ressemblant à celles du cacaoyer, mais de moindre dimen­
sion. Fleurs petites, axillaires et caulinaires, solitaires, fixées tout le long
des branches, exhalant un parfum des plus exquis et qui persiste dans la
plante sèche ; corolle à pétales spalulés, d'abord blancs, ensuite jaunâtres,
pubescents en dehors; calice d'abord ovoïde, ensuite turbiné, se déchirant
irrégulièrement en 4-6 lobes, colonne staminalc longuement exserte, élargie
au sommet en 5 dents, portant 13 anthères sessiles et biloculaires; stigmate
1, capité. Fruit rond comprimé par le haut, indéhiscent, à 1-2 graines, à
péricarpe ligneux. —Fl. de septembre en janvier. — Assez abondant dans les
grands bois humides de la fontaine Absalon. N° 388. — Nous ne l'avons
pas trouvé à la Guadeloupe.
De celte famille, on rencontre çà et là f Adansonia digilala L., originaire
d'Afrique. Yulgo : Baobab, pain de singe1. Basse-Terre, enceinte du YieuxGouvernement, et à la Martinique au Jardin botanique, aux Trois-Ilets
habitation Anse-à-1 Ane, au Robert, etc. N" 1500.
1. Pour les multiples applications des diverses parties de ce végétal à l'alimentation, à

médecine et à lu fabrication detexliles. voir : 1“ L'étude de MM. Heckel et SchlagdcnhautTen sur celte espèce Journal L e s n o u v e a u x r e m è d e s , I8SG . 2" Le travail de M. (ferber sur le genre A d a n s o n i a , dans A n n a l e s d e l I n s t i t u t c o l o n i a l de Marseille, 1N9G. — La
pulpe qui entoure les graines, les feuilles et l'écorce sont des émollients et des rafraîchis­
sants. E. IL

STERCULIACÉES
VINGT-TROISIÈME FAMILLE.

83

-- STERCULIACEES.

Sterculia L. (de « Slerculus », le dieu des latrines et inventeur des engrais ;
de « stercus », excrément, allusion à la mauvaise odeur des fleurs ou des
fruits dans quelques espèces.)
S. caribæa B. Br. et Benn. ; Slcrculier des Caraïbes. Yulgo : Bois-mapou,
baril, mahol-eochon, bois châtaignier-grande-feuille. Ivira Svu. (partim).
— Le plus souvent arbre de taille moyenne, droit, à tronc nu jusqu’à une
grande hauteur, généralement peu branchu. Feuilles ramassées à l’extrémité
des branches, blanchâtres en dessous, longuement péliolées : les jeunes,
ovales-oblongues ou elliptiques, entières; les moins jeunes, à 3 lobes peu
marqués; les adultes, à 3 lobes aigus; pétioles cylindriques élargis et aplatis
au sommet et à la base. Fleurs polygames, apétales, en grappes terminales,
solitaires ou réunies par plusieurs; calice rotacé-campanulé, à 5 segments
profonds, ovales-lancéolés, de couleur de soufre, portant à l’intérieur des
nectaires; tube staminal terminé par 10anthères à loges parallèles, ovaires 5,
distincts, mulliovulés, insérés au sommet du carpophore; stigmate capité,
recourbé, simple. Fruits brièvement slipilés, situés horizontalement, secs,
normalement au nombre de 3 (souvent 1-4 par avortement , semi-elliptiques,
biconvexes, couverts d'une pubescence légère, blanchâtre ou ferrugineuse,
qui disparaît de bonne heure, longs de 7 cm. sur 4 cm. de large, s’ouvrant en
follicule en une valve ligneuse, dont l’intérieur est entièrement garni d'une
couche serrée de poils droits rouge foncé, rigides, légèrement brûlants, qui
disparaissent sous faction de la pluie et du vent; pédoncule commun fort et
gros, de longueur variable; graine habituellement 4-5, légèrement obovales,
de la forme et de la grosseur d'une olive de France , à télé mince, coriace,
très noir, poli, à albumen blanchâtre, charnu, à cotylédons foliacés, à
embryon droit, à radicule opposée au hile. On rencontre indifféremment des
pieds à feuilles entières et à feuilles à 3-5 lobes. — Fl. habituellement deux
fois par an, en octobre et novembre, en avril et mai. — Les graines sont
bonnes à manger et ont le goût de la noisette. Le bois est blanc et tendre et
se fend très facilement; il sert surtout à faire des fonds et des couvercles de
boucauts. — Assez abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du Malouba.
des Trois-Rivières, de la Ravine-Chaude, etc. Alt. 150-1000 mèl.
[N° 2345.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mahol-cochon. — Assez abondant dans les bois de la
Calebasse, de l'Ajoupa-Bouillon, des Fonds-Sainl-Denis, de la fontaine
Absalon et du Camp de l'Alma. — Sert aux mêmes usages qu'à la Guade­
loupe. [N° 2018.J
Le Sterculia coccinea Roxb., assez, grand arbre à fleurs mâles eu chatons
pendants ; est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre. N° 2028.j

�O'

o l

PLANTES DR I.A GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

Le Cola acvminata H. Br. el Bonn, arbre originaire de l'Afrique tropicale;
est cultivé à la Guadeloupe chez plusieurs propriétaires [N° 3680), et à la
Martinique au Jardin botanique, comme dans beaucoup d'autres endroits,
où il lleuril el rapporte des fruits*. — Fl. en mai-juin. X° 2019.]
L Heritiera liHoralis Ait. Yulgo : Mirobolan bâtard, grand bel arbre de
l'Asie tropicale, à lleurs en grappes terminales; se cultive au Jardin bota­
nique de Saint-Pierre; il lleuril en août et septembre. X° 2025.)
VINGT-QUATRIÈME FAMILLE.

BUETTXERIAGEES.

Guazuma L. (nom d'origine mexicaine.)
G. tomentosa Lam., Theobroma Guazuma L. ; (i. à feuilles duvetées. Yulgo ;
Mètre gris. Cav., Icônes, 111, t. 299.— Petit arbre ou arbre de taille
moyenne, fortement branchu. Feuilles distiques, oblongues-lancéolées, plus
ou moins en cœur à la base, acuminées, linemenl dentelées, couvertes d'un
duvet blanchâtre en dessous. Fleurs vert jaunâtre, en cymes axillaires, nom­
breuses ; corolle à 5 pétales en forme de cuiller el terminés par un appendice
linéaire-bilide ; calice à 3 sépales lomenteux, rélléchis dans la Heur ouverte;
étamines monadelphes ; stries 5, contigus. Le fruit est une sorte de noix
subdrupacée, tuberculée, globuleuse, pourpre noir, à 5 loges mulliovulées,
longue de 10-12 mm. sur 7-8 mm. de diam., loges tardivement déhiscentes.
— Fl. de février en avril, et aussi en juin el juillet. — L’écorce fournit
des libres très tenaces : on en fait des cordes très solides; le bois sert pour la
construction. — Çà el là dans la basse el la moyenne région. Camp-Jacob
rivière aux Fcrevisses, Bas-.Matouba, hauteur du Baillif, etc. Xu 3603.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois de l'orme blanc, mahot-baba. — Assez abon­
dant dans la basse et la moyenne région. Boute de Saint-Pierre au MorneBouge, Parnasse, Trois-llets, Basse-Pointe. X° 1.
G. ulmifolia Lam. ;G. à feuilles d'orme. Yulgo : Mètre, bois de hêtre, bois
de hêtre vert, mahot-baba. Tuss., Fl., IV, l. 2 4; Desc., vol. 11, t. 85,
p. 76. — De même taille que le précédent el ressemblant assez bien à Forme
de France. Feuilles oblongues-lancéolées, obliques à la base, glabres des
deux côtés, à l’exception des jeunes qui sont toujours plus ou moins duvetées
I. Ce précieux végétal ci les espèces congénères utilisables ont été longuement étu­
diés par M. Heekel dans un mémoire intitulé Les K o l a s a f r i c a i n s inséré dans les Annales
de l'Institut colonial, 189.3. L'espèce a été introduite et préconisée à la Guadeloupe comme
dans toutes nos colonies françaises par le professeur Heekel : on sait, par ( usage quoti­
dien qui s’en fait dans lEurope entière à celte heure, que la graine de Kola est un des
médicaments les plus reconstituants de l'organisme humain parles principes actifs qu'il
renferme k o l a n i n e , c a f é i n e , I h é o b r o m i n e ) . E. II.)

85
eu dessous. Branches grises : les jeunes, légèrement duvetées. Fleurs comme
dans le précédent. Fruit globuleux, légèrement comprimé au sommet. — Fl.
en mai et juin ; fruits murs en janvier el février. — Le bois est employé poul­
ies constructions à 1intérieur. L'écorce est très fibreuse : ou l’utilise dans les
campagnes; dans la médecine domestique, celle même écorce jouit d’une
grande réputation : on en fait une décoction à laquelle on ajoute du sirop ou
du sucre cl on en prend un petit verre avant chaque repas pour exciter
l'appétit et fortifier les estomacs faibles ou délabrés. Descourtilz, qui
met le bois de Forme dans les stomachiques astringents, dit que l’écorce du
tronc et de la racine contient beaucoup d'acide gallique, qu elle a une
saveur amère, que les fruits donnent un suc sliptique, inodore el mucilagineux, el que la décoction de scs fruits est prise dans les aH’eclions dartreuses et syphilitiques delà peau, etc. — Dans la basse el la moyenne région :
Camp-Jacob, Deshaies, embouchure de la rivière des Pères, etc.
iX° 2668. |
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois de Forme, orme du pays. — Assez abondant. —
On emploie dans les campagnes la décoction de la racine contre la gourme
des chevaux. — ChampHore, Fort-de-France (La Dillon), Fontaine-Didier,
Parnasse. X° 1370.]
Theobroma L. (formé de deux mots grecs, qui signifient « nourriture des
dieux ».
T. Cacao (cacao, mot mexicain). Yulgo : Cacao ou cacaoyer. SL, t. 160 ;
Tuss., FL, I, t. 13; Desc., vol. 1Y, t. 266, p. 147. — Petit arbre touffu,
rameux, à branches étalées, à écorce grise, originaire du Mexique; introduit
par les Français dans les Antilles vers le milieu du xvn1' siècle. Feuilles
oblongues, acuminées au sommet, glabres, entières, alternes, coriaces. Fleurs
solitaires ou fasciculées, caulinaires, situées sur le tronc et les branches,
portées sur des pédoncules grêles et faibles; calice à 5 segments réfléchis, de
couleur rose ou blanche; pétales 5, blancs, à limbe en forme de cuiller, por­
tant, inséré au milieu ou quelquefois à l’extrémité de ce limbe, un appendice
spatulé, verdâtre; tube staminal court, portant 10 étamines, dont 5 stériles,
sessiles, plus longues que l’ovaire, noir pourpré, dressées, effilées, très
pointues, légèrement pubescentes, el 5 fertiles, verdâtres, réfléchies, à peu près
une fois plus courtes que les stériles el alternant avec elles, à filet aplati et
portant 2 anthères biloculaires. Fruit baccien, ovoïde, marqué de 10 sillons
longitudinaux, long de 12-16 cm. sur 6-8 cm. de diam., jaune en dehors, ou
rouge, selon la variété, à 5 loges indéhiscentes, contenant chacune 8-10
graines, orientées dans le sens de la largeur du fruit, nichées dans une pulpe
blanche, quelquefois un peu jaunâtre, acide et très rafraîchissante. Les
graines ressemblent assez, quant à la forme et la grosseur, à la fève des
marais; péricarpe du fruit dur, coriace, épais. — Le cacao constitue une des
BUETTNÉRI ACKKS

�86

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

principales denrées secondaires d'exportation. — Le cacaoyer fleurit presque
toute l'année, mais on ne tait généralement que deux récoltes, la grande et la
petite ; la première a lieu d'octobre en janvier. — On extrait du cacao un
corps gras, solide, appelé beurre de cacao. On torréfie les graines de la même
manière que le cale : on les concasse, on enlève les pellicules et on les fait
bouillir; le beurre qui surnage est recueilli dans des vases : on le laisse
ensuite refroidir. Ce beurre est souvent employé dans le pays contre les brû­
lures, en lavements contre les hémorrhoïdes, en frictions contre les enflures
et les douleurs rhumatismales. Descourlilz, après avoir parlé des vertus
béchiques adoucissantes du cacaoyer, dit que le chocolat est sans contredit
le meilleur des stomachiques, qu'il produit même des miracles, quand il
est bien préparé.
On rencontre principalement trois variétés qui diffèrent entre elles par le
plus ou moins de régularité des sillons, par la forme, la grosseur et par la
couleur extérieure des fruits. X° 2900.
M a rtin iq u e . Vulgo : Cacaoyer; cultivé dans toute l'île. ;X° 2309.]
Herrania albiflora Goudol. Vulgo : Cacao du Pérou; est cultivé au Jardin
botanique, où il fleurit tous les ans, mais ne rapporte pas de fruits.
Melochia L. (du mol arabe « mclochich ».
M. lomentosa L.; M. duveté. Yulgô : Bois-champignon. Cav. Diss., t. 172,
f. 2 ; SL, t. 138, f. 2 et 3. — Arbrisseau élégant, droit, à feuillage gris, haut
de 1 m. 50-2 m. 50. Ecorce noire, fibreuse, jeunes branches duvetées, grises.
Feuilles plissées-veinées, plus ou moins en cœur à la base, ou tronquées,
irrégulièrement crénelées, à pointe arrondie au sommet, couvertes en
dessous d'un duvet soyeux plus ou moins blanc, grises en dessus. Fleurs en
cymes terminales ; calice couvert d'un duvet gris, à 5 lobes profonds, lancéo­
lés, plus courts que la corolle ; corolle violet pâle, à 5 pétales obovales; éta­
mines cohérentes à la base; style 5. Capsule duvetée, ventrue à la base, à
5 loges, à déhiscence loculicide, de forme trapézoïde-pyramidale, à 5 angles,
terminée en pointe. — Vil isolé ou en société sur les coteaux secs, arides et
pierreux près de la mer. Le Baillif, Deshaies, Yieux-Habilanis, MarieGalante. — Fl. de mars en juin. — Alt. 40-150 met. X° 2901.
M a r tin iq u e . Yulgo : Bois champignon. — Abondant sur les coteaux secs
et pierreux, entre le Carbet et Case-Pilote, Caravelle. X° 1300.]
M. pyranudala L. ; M. à fruit pyramidal. Yulgo : Mauve. Cav. Diss.,
t. 171, f. 1 ; SL, t. 139, f. 1. — Suffrutescent, haut de 40 cm.-1 m. 30, à tige
grêle, souvent presque sarmenteuse, à branches inclinées. Feuilles pétiolées,
glabres, oblongues-lancéolées, crénelées-serretées. Fleurs fasciculées, oppo­
sées aux feuilles, à pédoncules presque aussi longs que le pétiole, à corolle
pourpre, plus rarement blanche; lobes du calice lancéolés, acuminés, un peu

87
plus courts que la corolle. Fruit pyramidal, légèrement gonflé, à 5 angles
cuspidés à l'extérieur, près de la base. — Abondant dans les terres cultivées
et le long des roules de la basse région. Environs de la Basse-Terre, Pigeon,
Yieux-Habilanis, Lamentin. [X°2671.]
Xe se trouve pas à la Martinique.
M. nodi/lpra Sw.; M. à fleurs agglomérées aux aisselles. Yulgo : Mauve.
SL, t. 135, f. 2. — Suffrutescent, haut de 80 cm.-1 m.60, droit, glabre, très
vert. Feuilles ovales, pointues au sommet, dentées en scie. Fleurs agglomé­
rées aux aisselles des feuilles ; les unes, sessiles; les autres, brièvement pédonculées, entourées à la base par plusieurs petites bractées vertes et pointues;
corolle lilas, ou blanche rayée de lilas, à 5 pétales spatulés, presque aussi
longs queles étamines et le pistil. Capsule pubeseonte, deux ou trois foisaussi
grande qu'une tète d'épingle; semences très petites. — Peu abondant. Çà et
là dans les haies et les broussailles de la basse région : Basse-Terre iMorneà-Vaches), Yieux-Fort, Le Baillif. Alt. 0-240 mèt. X° 2670.
M a r t in iq u e . Yulgo : Mauve. — Également rare. Marin (environs de la
ville), Saint-Pierre (Boulevard). — FL pendant l'hivernage. |X° 1361.
Waltheria L. (dédié à Auguste-François Wallhcr, professeur à Leipzig, qui,
en 1735, a publié une description détaillée des plantes de son jardin.)
W. americana L. ; W. de l'Amérique. Yulgo : Guimauve. Cav. Diss.,
t. 170, 171. —Suffrutescent, très droit, haut de 50-90cm. ; facile à reconnaître
au duvet épais et gris qui couvre toutes ses parties. Feuilles ovalesoblongues ou oblongues-lancéolées, plissées, crénelées ou dentées. Fleurs
petites, en glomérules larges, axillaires*, tantôt presque sessiles, tantôt longue­
ment pédonculées ; pétales 5, jaunes; calice 5-lide, entouré d'un involucre
latéral ; colonne staminale entière; style simple. Fruit à péricarpe bivalve.—
Yil solitaire ou en société sur les coteaux secs, pierreux, près de la mer : entre
la Basse-Terre et Deshaies, Moule, Désirade, Marie-Galante. X° 266.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mauve-gris. — Carbet quartier Monsieur . Caravelle
Fond-Canonville, etc. [X° 1362.]
W. ylabra Hoir. ; YY. à feuilles glabres. Yulgo : Mahot-noir. — Suffrutescent
ou frutescent, souvent penché au sommet, glabre sur toutes ses parties, haut
de 60 em.-l m. 60, à écorce noirâtre, très fibreuse. Feuilles et glomérules
comme dans le précédent ; colonne staminale divisée en 5 filaments, à partir,
du milieu. — Plante particulière à la Guadeloupe, à Marie-Galante et aux
Saintes. Très abondant : environs de la Basse-Terre (La Pintade), plaine
sablonneuse entre Saint-Louis et le bois de Folle-Anse i Marie-Galante i, etc.
— On en fait de gros balais pour les cours et les écuries. !X° 2269.
De celle famille, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre le
Commersonia echinala Forsl., petit arbre à grandes feuilles duvetées en
nUETTNKlUACKES

�88

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

dessous, à Heurs en larges cymes axillaires, à fruits globuleux, hérissés et
couverts de poils. N° 2023.
Abroma fasluosa Gaerl., arbrisseau des Indes Orientales, à feuilles larges
orbieulaires, à Heurs en cymes terminales. [X°2137. A. ang us fa L., à feuilles
larges, trilobées, il Heurs axillaires, également originaire des Indes Orien­
tales. .V *2030. Astrapæa Wallichii Lind., petit arbre des Indes Orientales,
remarquable par ses larges feuilles duvetées, à fleurs agglomérées en capi­
tules très grands, suspendus à de très longs pédoncules. Kleinhovia hospita
L. Cav. Diss., I. 1-16, petit arbre, originaire de l'Asie tropicale, il Heurs en
larges grappes terminales. Stadmannia auslralis G. Don., petit arbre à feuilles
larges, trilobées, duvetées eu dessous. Dombeya mollis Cav., à feuilles lai­
neuses, trilobées, à fleurs en longues cymes axillaires.
VINGT-CINQUIÈME FAMILLE. ---

TILIACEES.

Triumfetta L. dédié par Linné à Giov. Bapt. Triumfelti, mort en 1707; a
écrit sur la vie des plantes; son frère, Lœlius, était professeur de botanique à
Rome.)
T. Lappula L. (diminutif de « Lappa », bardane, à cause des piquants
crochus qui couvrent le fruit et qui ressemblent aux piquants de linvolucre
de la bardane.) Vulgo : Tête-à-nègre. Desc., vol. II, t. 101, p. 135;
Plum., édit Burin., t. 225. — SufFrutescent et frutescent, liant de 90 cm.1 m. 90, droit, penché aux extrémités, à branches étalées, plus ou moins
horizontalement, pubescentes. Feuilles finement duvetées, surtout en dessous,
de forme variable : les adultes, à 5 lobes avec des sinus profonds et arrondis;
les moins adultes, à 3 lobes; les jeunes et les florales lancéolées, parfois
linéaires, irrégulièrement dentées en scie, dents inférieures du limbe glan­
duleuses ; pétiole pubescent. Fleurs en petites cymes arrondies compo­
sant de longs épis interrompus, qui forment ensemble une longue panicule
entremêlée de feuilles; calice à 5 sépales; étamines 10; pétales nuis, ce qui
distingue facilement cette espèce de la suivante à qui elle ressemble beau­
coup. Le fruit est un akène globuleux garni entièrement de soies courtes et
crochues, ce qui fait qu'il s’attache à tout ce qui le touche. — Ecorce très
fibreuse dont on peut faire des cordes très tenaces. Descourt il/, range
cette plante parmi les stomachiques astringentes. Dans le pays, on se sert
de la racine mucilagineuse, après qu'on l'a laissée séjourner pendant plu­
sieurs heures dans leau froide, en potion rafraîchissante, pour préparer
l'estomac à subir une purgation; la décoction de la racine est également
employée contre la dysenterie. — Fl. vers la fin de l'hivernage et après ectle

Tl LI ACE ES

89

saison; les fleurs ne s'ouvrent habituellement que dans l’après-midi et se
ferment tard dans le soirée. — Vil en société dans les broussailles et endroits
abandonnés ou incultes de la basse et de 1infra-moyenne région : Basse-Terre,
Le Baillif, Y’icux-Habilanls, Trois-Rivières, Lamenlin, etc. N° 1371.
M a rtin iqu e : Vulgo : Mahol-cousin, grand-cousin, hérisson-blanc, cou­
sin-blanc. — Abondant : Saint-Pierre, Prêcheur, Marin, Trinité, etc.
N° 1363.)
T. semilriloba L., T. helerophijlla Sam., T. havanensi.s Kth. ; T. à trois
lobes. Vulgo : Cousin-petit, tète-à-nègre. Desc., vol. Il, t. 102, p. 137. —
Ressemble beaucoup au précédent par la taille et le port, avec lequel on
le confond à première vue; il en diffère par la tige plus noire, scs feuilles
moins duvetées, ses lobes souvent peu marqués, ou s'ils sont nettement
marqués, avec un sinus moins profond, mais surtout par ses .) pétales,
jaune foncé, vif et luisant, et ses étamines au nombre de 15. Mêmes
localités que le précédent, mais plus abondant. Ecorce également fibreuse cl
très tenace. — Avec ses racines, on préparé souvent des tisanes rafraîchis­
santes et antidysentériques. — Environs de la Basse-Terre, embouchure du
Galion Sainte-Rose, Morne-à-l Eau, etc. N " 2902. j
M a r t in iq u e . Vulgo : Potit-mahot-cousin, mahol-cousin-rouge. — Abon­
dant : Saint-Pierre (Boulevard), Prêcheur, Carbet, Case-Pilote, Trinité, etc.
[N° 1364.)
T. (jrandi/ïora Vahl.; T. à grandes fleurs. Vulgo : Grand-cousin-bois.—
Frutescent, extrémités des tiges et des branches frutescentes, haut de
I m. 50-2 m. 80, droit, rarement à branches pendantes ou sarmenteuses,
pubescent dans le haut, écorce noire, très fibreuse. Feuilles larges, large­
ment ovales, pointues au sommet, inégalement dentées en scie. Fleurs én
cymes distancées, pédonculées, formant ensemble une sorte de panicule
dichotome, à branches très écartées et divariquées; calice à 5 sépales lancéolés-linéaires, terminés par deux pointes, dont une courte, émoussée, et
l'autre longue et infléchie; pétales grands, d'un jaune vert et luisant, obovales ; étamines 20; stigmate à 5 branches. Fruit globuleux noir, à piquants
crochus, longs, glabres. — Rare. Çit et là dans les broussailles d'endroits
humides de la moyenne région. Houëlniont, Camp-Jacob rivière aux Ecre­
visses), Matouba. — Fl. vers la lin et après l'hivernage. [N" 2318.
Ne se rencontre pas à la Martinique.
Corchorus L. (du grec « korchoros », dérivé de « kore », nettoyer, purger,
parce que ces plantes ont des vertus purgatives. Ce nom, employé par
Théophraste, correspond à notre Anagallis arvensis L.)
C. siliquosus L. ; C. à siliques nombreuses. V u lg o : Petit-balai. SI., t. 91,
f. 1. — SufFrutescent, haut de 50 cm. à 1 m. 30, à branches et tiges noires,

�90

PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MAUTINIQUE

souvent munies d une ligne pubeseente. Feuilles petites, glabres, pointues,
serretées. Fleurs petites, axillaires, solitaires ou réunies par 2-3; calice à 4-5
sépales linéaires; pétales 4-5, jaunes, obovales ou spatules ; étamines en nombre
indéterminé; siliques longues de 5-7 cm., linéaires, droites, comprimées, à
loges multiovulées, s ouvrant par déhiscence loculicide en 2 valves, munie*
chacune de deux petites cornes recourbées ; semences petites, brunes, tron­
quées au sommet et à la base, contiguës les unes aux autres. Les fleurs ne
s'ouvrent que vers midi, et jamais on n'en voit sur un pied plus de 5-0 ouvertes
en même temps. —\ il en société dans les savanes sèches, arides et pierreuses
près de la mer. Environs de la Basse-Terre (habitation l'Espérance, Guilhembarde), etc., Le Baillif, Deshaies, Vieux-Habitants, Moule, Dèsirade,
Marie-Galante, etc. N° 2316.
M a r tin iq u e . Yulgo ; Zerbe-savane, balai. — Abondant dans les savanes
sèches et pierreuses. Carbel, Prêcheur, Case-Pilote, Caravelle. [.V’ 1365.]
C. hirlus PL, C. lorlipes, St. Mil. ; C. velu. Yulgo : Petit-balai. Plum.,
édit. Burm., I. 103, f. 2. — Annuel, droit, haut de 10-70 cm., sans branches
ou peu branchu, à jeune lige garnie de poils lins, roux. Feuilles presque
glabres, ovales, crénelées-denlées. Fleurs axillaires, réunies par 1-3 à l'ais­
selle des feuilles; pétioles poilus; sépales poilus; pétales jaunes, spatulés ;
étamines nombreuses, en nombre indéterminé ; silique longue de 2,5-3,5 cm.,
pointue au sommet, à deux loges déhiscentes. — Herbe de peu d'utilité. —
Rare. Çà et là dans les savanes herbeuses et dans les fosses, le long des
chemins : Vieux-Port. X" 2903.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Petit-balai-poileux. — Endroits aquatiques et
humides : Ducos, Trois-Ilets. X° 1367.1
Heliocarpus L. (nom formé de deux mots grecs qui signifient « soleil » et
« fruit », à cause des soies qui garnissent les bords du fruit, simulant un
petit soleil.)
H. americanus L. — Assez grand arbre, très touffu, originaire de l'Amé­
rique tropicale, cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre, d’où il s’est
répandu dans les environs et se propage spontanément. Feuilles larges,
ovales, presque trilobées, jeunes branches duvetées. Fleurs blanchâtres, en
grappes terminales, compactes. Fruit petit, elliptique, comprimé, à bords
entourés de poils ciliés. — Trois-Ponts, Carbet, Prêcheur. X° 1367.
Sloanea L. i dédié à Sir IL Sloane, né en Irlande en 1660, mort en 1752,
médecin du roi Georges II ; a voyagé à Madère, à la Barbade, à Saint-Chris­
tophe et à la Jamaïque; a publié, entre autres choses : Catalogua plantarum
([iue in irisulâ J aniaïea sponle provemunt et la Flore et la faune des îles
ci-dessus dénommées.)
S. earibæa Kr. et Urb.; S. des Caraïbes. Yulgo : Aeoma-boucan. —

TILIACKES

91

Arbre gigantesque, le plus gros après le fromager, à tronc nu à une grande
hauteur, à base anfractueuse, à écorce grise ou noirâtre, à branches étalées.
Feuilles coriaces, légèrement luisantes, ellipliques-ovales, à pointe arrondie
au sommet v Fleurs petites, en cymes ombellil’ormes, Irichotomes, formant
ensemble des panicules terminales ou axillaires, portées sur de longs pédon­
cules gris et finement duvetés; calice à i lobes, gris, duvetés des deux côtés,
ovales, valvaires, réfléchis; pétales nuis; étamines nombreuses, en nombre
indéterminé, à anthères très allongées, presque deux fois plus longues que
le filet, un peu plus courtes que les sépales. Capsule de la grosseur d’une
grosse noisette, couverte d'un duvet roux gris ou ferrugineux, globuleuxovoïde, marquée d’un ombilic au sommet, s'ouvrant en 1 valves ligneuses,
épaisses; semence unique, enveloppée dans sa moitié inférieure d’un ari 1le
d'un beau rouge foncé. — Cet arbre ne fleurit que tous les trois ou quatre ans,
de mars en mai; les fruits restent longtemps sur pied : les grands oiseaux en
sont friands. — Le bois n’est guère employé pour la construction. — Assez
abondant dans les grands bois des Bains-Jaunes, au Matouba, au bassin Bleu,
des Trois-Rivières, de la Bouillante et de Pigeon. [N0* 2348, 3485.
N’existe pas à la Martinique.
S. MassoniSw. ; S. de Mass'on. Yulgo : Châlaigniér-grande-feuille. — Grand
arbre à écorce noirâtre, rude, à jeunes branches couvertes d’un duvet ferru­
gineux et fin. Feuilles larges, très coriaces, ovales, arrondies au sommet et à
la base, péliolées, duvetées en dessous et à nervures très saillantes; pétioles
duvetés; stipules linéaires. Fleurs en une sorte de petites panicules axil­
laires, situées près de l'extrémité des branches; calice de 6-10 sépales oblongs,
lancéolés, acuminés; étamines pubescentes, nombreuses, un peu plus courtes
que les lobes du calice; filet s linéaires, aussi longs que les anthères; style
exsertc, 5-lide. Capsule grande, globuleuse, entièrement garnie de longs
piquants rigides, robustes, recourbés au sommet en forme d’alène, entremêlés
de piquants plus petits, plus minces et plus courts ; péricarpe ligneux, d’une
épaisseur de 10-12 mm., très dur, s’ouvrant en 4 valves par déhiscence
loculicide; endocarpe d’un rouge foncé et brillant. — Abondant dans tous les
grands bois. — FL en mai et juin. — Le bois vert est assez tendre; sec, il
devient très dur ; on l'emploie de préférence pour les constructions à l'inté­
rieur, ne résistant pas longtemps à l'humidité; le tronc, qui peut mesurer
1 mèt. de diamèt., fournit de belles planches. — Bois des Bains-Jaunes, du
Matouba, de la Bouillante, etc. [N° 3268.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Chàlaignier-grande-feuille. — Abondant dans le bois
des Fonds-Saint-Denis, de la fontaine Didier, de la fontaine Absalon, du
camp de l'Alma, etc. N° 2109.]
S. sinemariensis Aubl.;S. de Sinémarie. 4 ulgo : Châtaignier-petite-feuille
Aubl., Hist. de la Gin/., t. 212. — Grand arbre à écorce rude, jeunes branche»

�lt HA MNÉES

92

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

péliolées, nervures couvertes d'une pubescence line, très courte el grise.
Feuilles très coriaces, plus petites que dans le précédent, ovales, à base tan­
tôt arrondie, tantôt cordiforme, tantôt tronquée, à sommet arrondi ou muni
d'une pointe obtuse ; pétiole épaissi aux deux extrémités, plus court que le
limbe de la feuille; stipules petites, tombant de bonne heure. Fleurs en
corvmbes axillaires aussi longs que les pétioles. Capsule ligneuse, dure, petite,
ovoïde, hérissée de poils ciliés, peu rigides et roux, longs de 1-7 mm., à
1 loges s ouvrant en autant de valves par déhiscence loculicide ; semences 1-2
les 2 ou 3 autres avortant enveloppées d'un arille pulpeux. — Fournit un
des meilleurs bois de construction. — Fl. en juin, juillet, août. — Mêmes
localités que le précédent. X° 2317.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Châtaignier, chàtaignier-petite-feuille. — Assez abon­
dant dans tous les grands bois, mais surtout dans les bois des Fonds-SaintDenis. [X° 1307. j
S. spec.) Yulgo : Châtaignier-coco, petit-coco, châtaignier-petit-coco.—
Grand bel arbre, à fronde pyramidale, à jeunes branches grises et duvetées.
Feuilles coriaces, ovales ou légèrement obovales, terminées en pointe courte
et obtuse: pétioles courts, finement duvetés, canalieulés. Fleurs en cvmcs
axillaires. Capsule ovoïde, à 4 loges déhiscentes, dont une seule porte une
semence (les autres avortant) do la grosseur d'une noix de France; valves
hérissées de soies courtes, droites ou courbées en alêne : les plus fortes,
tuberculées à la base; péricarpe ligneux, très dur; endocarpe rouge et lui­
sant du côté, extérieur.— Fournit un bois de construction très recherché.
— Assez rare. Çà et là dans les bois de la fontaine Absalon et du Champtlore
bord de la rivière Claire). N° 1363.] (Spécimen sans fleurs). — Nous ne
l’avons pas trouvé à la Guadeloupe.
VINGT-SIXIÈME FAMILLE.

— RIIAMNEES.

Condalia Cav. (dédié à l'Espagnol Ant. Coudai, médecin el compagnon de
Lôffîing dans ses voyages.)
C. ferrea Gr., Zizyphus emarginaius S\\\, Ceanothus ferrais Dose. ; C. à
bois dur comme le fer. Yulgo : Petit bois-de-fer, bois de fer franc. — Arbris­
seau ou petit arbre élégant, ne dépassant guère 1 mèl. d’élévation. Feuilles
assez petites, luisantes, coriaces, minces, émarginées au sommet, entières.
Fleurs axillaires en cymes ombclliformes, aussi longues que les pétioles,
portées sur des pédoncules courts; pétales nuis; calice cupuliforme à 5 dents
très courtes. Fruit drupacé, globuleux, noir, uniloculaire, de la grosseur
d'une graine de poivre. — Fl. en avril, mai. — Peu abondant. Endroits secs,
pierreux, chauds. Moule dans les monceaux de pierres, le long du canal),

93

hauteurs du Vieux-Fort, Gozier (bord de mer). — Le bois est très dur, mais
flexible, cl sert à faire des manches de toutes sortes d’outils. N° 3256.]
M a r t in iq u e - Yulgo : Bois-de-fer, petite feuille. — Assez abondant sur les
collines calcaires de Sainte-Anne, Caravelle (environs du Phare, dans les
endroits couverts de pierres). (Xu 182.]
Golubrina Uieh. (du latin « coluber », serpent, allusion à la disposition
particulière des anthères, ou peut-être parce que ces plantes étaient employées
contre la morsure des serpents.)
C réelinata Brongn., Rhamnus elliptieus S\v. ; C. à branches inclinées.
Yulgo : Bois-mabi. — Arbrisseau ou petit arbre, n'excédant guère 4-5 met.
d'élévation, à tige droite, à branches allongées, fortement inclinées. Feuilles
ellipliques-lancéolées entières, portant quelquefois de petites glandes sur le
bord, au-dessus de la base. Fleurs en cymes ombelliformes axillaires, vertes;
calice adné à l’ovaire, à 5 lobes deltoïdes, et carénés au milieu, à l’intérieur;
pétalesS, spatules, horizontalement étalés, alternant avec les lobes du calice;
strie trifide; étamines 5, insérées à la base des pétales et opposées à eux el
les dépassant. Fruit globuleux, niché à un tiers près dans le tube persistant
du calice, un peu plus grand qu'une graine de poivre, se divisant tardi­
vement en 3 coques monospermes, qui s’ouvrent du côté intérieur en
2 valves; semences à enveloppe (testa) coriaée, très noire, polie, luisante. —
Avec le bois on fabrique une boisson acidulée, rafraîchissante et agréable,
connue sous le nom de Mabie. — Fl. de juillet en octobre. — Introduit de
Saint-Martin, cultivé au Jardin botanique el à l'hôpital Militaire de la BasseTerre. [X° 2239.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-Mabi. — Rare. Gà el là quelques pieds dans les
hauteurs du Diamant (terres de l'habitation Kikandon i et de Sainte-Lucie.
[N° 641.]
C. asialica Brongn., Ceanothus L. ; G. de l’Asie. — Arbrisseau ou petit
arbre à branches très allongées, plus ou moins sarmenleuses ; à feuilles
très luisantes, ovales, dentées; à fleurs en cymes axillaires ; à graines et fruits
comme dans le précédent. — Est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre,
d’où il s’est répandu dans les environs el pousse spontanément. Probable­
ment introduit de la Jamaïque, où il est indigène. Cav., Icônes, t. 4-40.
[Nu ».]
Gouania L. (dédié par Linné à Ant. Gouan, né en 1733, professeur de bota­
nique à Montpellier, défenseur de Linné, auteur de plusieurs Flores de
Montpellier el d’autres ouvrages de botanique, mort en 1822.
G. doiningensis L. ; Gouania de Saint-Domingue. Yulgo : Liane-savon.
Jacq.,Se/. Am. slirj). hisl., f. 117. — Liane vivace, ornementale, d’une hau­
teur indéterminée, à branches très allongées, flexibles, pendantes, souvent

�94

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

munies de vrilles. Feuilles luisantes, alternes, palminerviées, ellipliqueserénelées, erénelures distancées et souvent terminées par une glande. Fleurs
en petites cymes formant des grappes terminales et axillaires, pédonculées,
allongées, odorantes, situées à l'extrémité des branches et simulant une large
panicule feuillue: tube du cajice adné à I ovaire; pétales spatulés à 5 lobes
et opposés aux lobes du calice; style trifide. Capsule à 3 ailes arrondies au
sommet et à la base, et se séparant en deux cloisons à la maturité du fruit;
semences 3, noires, polies, convexes sur le dos, à deux faces du côté inté­
rieur. — Fl. de novembre en mars cl aussi d'avril en juin. — Assez abon­
dant. Bord de mer, entre la Basse-Terre et la rivière des Pères, halliers près
de l'embouchure du Galion, Houëlmont. Alt. 0-250 mèl. N° 2979.j
M a r tin iq u e . Yulgo : Liane-brûlée.— Abondant. Boulevard de Saint-Pierre,
Trois-Ponts, Parnasse, Carbel, Prêcheur, Marin (au pied du morne Gom­
mier. N" 650.
Zizyphus T. (du mol arabe « zizuf ».
Z. Jujiiba Sam.; Z. Jujube. Yulgo : Surette. — Petit arbre pouvant deve­
nir, selon les endroits, arbre de taille moyenne, souvent tortueux, à écorce
blanchâtre. Branches llexibles, lléchies en zigzag, intléchies et souvent
presque pendantes, épineuses: les jeunes, finement duvetées; épines 1-2, à
l’aisselle des feuilles, semblables aux grilles de chat, noires et luisantes à
l'extrémité. Feuilles elliptiques, finement dentelées au-dessous de la base, à
3 nervures principales, couvertes en dessous d’un duvet serré lin et blanc,
d'un vert tendre en dessus; pétiole court, duveté. Fleurs verdâtres, en cymes
axillaires tout le long des branches; tube du calice adné, à 5 lobes libres,
deltoïdes rotacés ; pétales 5, petits, spatulés. tronqués au sommet, creusés en
gouttière, alternant avec les lobes du calice, penchés en dehors ; étamines 5,
adhérentes, par la base, aux pétales et opposées à eux ; filets vigoureux, com­
primés ; anthères inlrorses, à 2 loges; style le plus souvent trifide, plus rare­
ment bifide; ovaire niché dans un disque anguleux sur les bords et adné.
Fruit de la grosseur d'une olive, ou un peu plus gros, ovoïde, globuleux, à
2 loges contenant chacune une graine, pulpeux, pulpe jaune verdâtre en
dehors, presque blanche en dedans ; noyau volumineux, dur, bosselé, épi­
neux; semences jaunâtres, ovales-arrondies, aplaties. — Les fleurs exhalent
une odeur forte et mauvaise, qui devient très incommode pour certaines
personnes; la pulpe est acide et très rafraîchissante : on en prépare des
confitures et des gelées exquises. Le bois est dur et sert pour la construction.
— FL de juin en octobre. — Très probablement introduit. Abondant dans
les environs de la Basse-Terre ; assez abondant au Baillif et au Moule, çà et
là aux Trois-Kivières, au Gozier, au Morne-à-l'Eau ; assez abondant à MarieGalante. .V 2238.
M a rt in iq u e . Yulgo : Jujubier. — Etait cultivé autrefois au Jardin bota­
nique; se rencontre çà et là sur les propriétés. N° 7.]

AMP ÉLID ÉE S- T E RNST ROE MIA C É E S

95

VINGT-SKPTIfîME FAMILLE. — A M P E U D E E S .

Cissus L. (du grec « kissos », lierre, parce que ces plantes sont volubles et
grimpent comme le lierre.)
C. sicyoiiles L., C. ovalu Lam., C. smilacinn Ivlh.; Cissus ressemblant
au Sicy os, qui est une Cucurbilacéc. \ ulgo : Liane-molle, lianc-à-eau, lianedes-chasseurs, liane-brûlante, liane-douce. — SL, I. I Li, f. 1: Desc., vol. \ ,
l. 309 et 311 ; vol. \ II, t. 481. — Yivace, grimpant, pourvu de vrilles, s’éle­
vant sur des arbres de grande altitude. Tige cylindrique, nue, verte ou rouge,
fendillée. Branches flexibles, pendantes. Feuilles simples, cordées-obovales,
charnues, luisantes, dentées en scie, surtout vers le sommet, dents très
aiguës, inclinées vers le limbe. Fleurs jaune verdâtre, en ombelles compo­
sées, axillaires, nombreuses; calice à 5 dents courtes: pétales 4, adhérents
au sommet, disque à 5 lobes. Fruit globuleux, noir, pulpeux, environ deux
fois plus gros qu'une graine de poivre, contenant une seule semence. — Les
fruits ne se mangent pas, mais les oiseaux-en sont friands; avec les liges,
quand elles sont débarrassées des parties corticales, on fait des liens assez
solides. Ces mêmes liges, surtout quand elles sont jeunes, contiennent de
l’eau, et Descourtilz, qui met cette liane dans les rafraîchissants aqueux,
dit, p. 24, qu'on donne l'eau pour apaiser la soif des fiévreux : ils s'en
trouvent soulagés. Dans le pays on ne s'en sert pas. — FL de juin en sep­
tembre. — Très abondant dans les parties inférieures et basses de la Guade­
loupe et de la Grande-Terre. |N° 2958.J
M a r t in iq u e . Yulgo : Liane-douce, liane-corde. — Très abondant dans
toute l'ile : Carbel, Saint-Pierre, Prêcheur, Trinité, etc. N" 1812.
On rencontre dans les jardins de la Guadeloupe et de la Martinique le
Cissus cliscolor Bl., originaire de Java, une des plus belles lianes, très
remarquable par ses feuilles panachées.
v in g t - h u itièm e fa m ille .

— TER.YSTROEMIACÉES.

Ternstroemia L. (dédié au Suédois (L Tcrnslroem, naturaliste, mort en
1745, pendant son voyage d’exploration en Chine,')
T. obot'ahs Rich. ; T. à feuilles obovales. Yulgo : Bois-vert, cacao-montagne.
Rich., Fl. tle Cuba, l. 25. — Grand arbre, se faisant remarquer de loin par
la verdure foncée de ses feuilles. Feuilles entières, petites, obovales ou
spatulées, arrondies au sommet, rétrécies à la base, coriaces, souvent roulées
sur les bords. Fleurs d'un blanc mat, solitaires, situées à l’aisselle des

�96

PLANTES I)E LA GUADELOUPE ET DE LA MAUTIN1QUE

feuilles, vers l'extrémité des branches pédonculées; pédoncule près de la
moitié aussi long que le limbe de la leuille; sépales 7, disposés sur 3 rangs,
2 extérieurs, très petits et opposés, 2 au milieu el 3 à l'intérieur; les 5 der­
niers arrondis au sommet ; pétales .). cohérents à la base el portant les éta­
mines; étamines nombreuses, en nombre indéterminé, à blets courts, à
anthères jaunes, linéaires, dressés; style filiforme, stigmate simple, capité.
Fruit sec, indéhiscent, ovale, environ deux lois plus grand qu'une noisette,
surmonté du style persistant. 2-3 loges, ne renfermant à la maturité que
2-4 graines. — Fl. d'avril en juin. — Le bois est recherché pour les construc­
tions à l'intérieur. — Peu abondant. Çà et là dans les grands bois des TroisHivières, du Matouba; très rare dans les bois des Pains-Jaunes. — Dans la
haute région, comme à la Savane à Mulets et à la Savane aux Ananas, cet
arbre reste à l'état d'arbrisseau rabougri. — Alt. 450-1100 met. [N° 2987.j
M a r tin iq u e . \ ulgo : Bois vert, bois-1 épreuve. — Plus abondant qu’à la
Guadeloupe. Bois des Fonds-Saint-Denis ravine de la rivière Colas), de
Case-Pilote el de la fontaine Absalon. Alt. d80-90l met. Nu 638.
T. elliplica Kich.; T. à feuilles elliptiques. — Petit arbre peu branchu, à
branches horizontalement étalées, à écorce grise. Feuilles ramassées à
l'extrémité des branches, elliptiques ou spalulées, entières, rétrécies à la base,
souvent échancrées au sommet, plus petites que dans le précédent el beau­
coup moins vertes. Fleurs blanches, plus grandes que dans l'espèce précé­
dente, axillaires, solitaires, portées sur des pédoncules comprimés, pendants
plus longs que la moitié du limbe de la feuille; sépales disposés comme dans
le précédent, mais brusquement terminés en pointe; pétales soudés, dans
leur moitié inférieure, en un tube ventru, à 5 lobes deltoïdes. Fruit largement
ovale, sec, surmonté d une pointe courte el robuste, qui est un reste du style
persistant, de la grosseur d'une noisette; semences obovoïdes-blanchâtres.—
Peu répandu. Çà el là dans les mornes secs el pierreux du Vieux-Fort, assez
abondant dans les sables du bord de mer, du bois de Folle-Anse, à MarieGalante. — Fl. de mars en septembre. Nos 2352, 3651.
M a rtin iq u e . — Peu abondant et peu répandu : Case-Pilote dans un endroit
sec et pierreux du Plateau-Militaire . Nu 1825.
FrezieraSw. (dédié à Amédée Frezier, ingénieur, né à Chambéry, mort en
1773; a entrepris, par ordre du Gouvernement, un voyage scientifique au
Pérou el au Chili.)
F. cordala l ui. ; F. à fleurs en cœur. \ ulgo : Bois-d'épice, goyavier-mon­
tagne. — Arbrisseau haut de 1-2 m. 50, à branches inférieures couchées ; les
supérieures, très étalées el souvent pendantes; jeunes branches et jeunes
feuilles couvertes d'un duvet roux et couché. Feuilles larges, très rappro­
chées, coriaces, sessiles, en cœur à la base, à lobes amplexicaulcs, dentées en
scie, ovales-elliptiques, ressemblant assez à celles du goyavier ordinaire;

97

OCHNACÉES

nervure principale très forte, nervures secondaires très rapprochées, nom­
breuses, saillantes en dessous, imprimées en dessus. Fleurs axillaires, réu­
nies par 3 en une glomérule très brièvement pédonculée; sépales duve­
tés, pétales? (spécimen imparfait). — Fruit noir, ovale surmonté du
style persistant. — Abondant à la Montagne-Pelée, surtout aux environs du
lac. — Fl. à toutes les saisons de l’année. — Alt. 900-1000 mèt. N° 576. J —
Ne se trouve pas à la Guadeloupe.
F. iindulafa Sw.. Ternstroemia salicifolia D. G.; F. à feuilles ondulées.
Yulgo : Graine bleue des hauts. — Petit arbre, droit, élégant, rarement arbre
de taille moyenne, à branches tantôt plus ou moins horizontalement étalées,
tantôt fastigiées, à jeunes branches el feuilles couvertes d'un duvet soyeux,
brillant el roux. Feuilles lancéolées-ellipliques, vert jaunâtre, surtout en
dessous, terminées en pointe, rétrécies à la base, dentées en scie. Fleurs
polygames, axillaires, réunies par 2-5, à pédoncules presque aussi longs que
les pétioles, blanches; sépales 5, arrondis, ciliés, les 2 extérieurs une fois
plus courts que les 3 intérieurs qui, eux-mêmes, sont trois fois plus courts
que les 5 pétales; stigmates 3, distincts. Fruit à 3-5 loges mulliovulées, noir,
ovoïde, muni du style persistant. — Abondant dans les bois du Matouba, du
morne Matelyane el dans la région supérieure du morne de la Madeleine
(Trois-Rivières). — Le bois sert pour les constructions à l'intérieur. —Fl.
habituellement d'octobre en décembre et de mars en juillet. N° 2988.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois anonli. — Abondant dans les bois de la
Calebasse et du Cbampllore. [N° 644. j
F. elegans Tul., Cleyera theoides Planch., C. elegans Chois.; F. élégant.
Vulgo : Bois-de-savane. — Petit arbre ou arbrisseau très élégant par son
port el son feuillage d un vert jaunâtre doré, à écorce noire, à branches
étalées ou fastigiées. Ressemble beaucoup au précédent; en dilfère par sa
taille plus faible, ses feuilles plus petites et à dents plus aiguës, ses fleurs de
moindre dimension, réunies le plus souvent par deux, ses fruits plus petits et
plus allongés. — Plus rare que le précédent et confiné dans la région supé
rieure des montagnes : Savane à Mulets el Savane aux Ananas, etc. N° 3426].
M a r t in iq u e . Vulgo ; Bois-montagne, bois-anoli. — Abondant aux DeuxChoux et dans les bois des Pitons-du-Carbet. N° 644 a. j
VINGT-NEUVIÈME FAMILLE.

— OCÏIXACÉES.

Gômphia Schreb. (du grec « gomphos », clou, allusion à la forme des
pétales.)
G. riilida Sw. ; Gomphia à feuilles luisantes. \ ulgo : Bois-baguette (à
Dûss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

1

�98

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Pigeon). — Tantôt arbrisseau buissonneux, élégant, tantôt petit arbre à
branches divariquées, haut de 4-5 met. et perdant complètement les fouilles à
l'époque de la floraison, à bois dur mais flexible, à écorce grise, polie.
Feuilles petites, coriaces, luisantes, ovales-elliptiques ou nettement ellip­
tiques, crénelées-dentées ou finement dentelées, à dents très pointues,
piquantes et infléchies vers le limbe; nervures fines, irrégulières, peu
saillantes. Fleurs d'un jaune vif, en panicules axillaires et terminales,
courtes, très nombreuses, pédonculées; pédicelles linéaires, noirs, articulés
au-dessus de la base; boulons floraux nettement ovales, environ deux fois
plus longs que les pédicelles; sépales 5, bruns, réfléchis dans les (leurs
ouvertes, ovales, les 2 extérieurs plus étroits ; pétales 5, hvpogynes, ongui­
culés, un peu plus longs que les sépales et alternant avec eux; étamines 10,
hvpogynes; filets courts; anthères dressées, inlrorses, oblongues, jaunes,
biloculaires, s'ouvrant par 2 pores: style central simple, droit, plus long que
les étamines; ovaire à 5 loges profondes uniovulées ; inséré sur un carpophore, lequel, grandissant, fait que les loges se séparent pour former
5 fruits distincts. Fruits 1-5, drupacés, ovoïdes noirs, poils insérés oblique­
ment dans le tiers supérieur du carpophore obconique charnu, long de
5-6 mm. sur 6-7 mm. de large, persistant longtemps après la chute des fruits.
— Fl. en avril et mai. — Assez abondant dans les terres basses, sèches et
pierreuses de Pigeon et de la Bouillante. [N° 2307.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-cale. — Ç à et là dans les terres sèches et pier­
reuses et dans les falaises de la presqu'île des Trois-Ilels. [N° 6. J
G. longifolia Desc., Gomphia à longues feuilles. Yulgo : Café-bois au
Camp-Jacob, langue-à-bœuf à Gourbeyre. — Petit arbre ou grand arbuste
peu élégant, haut de 3-4 mèt., à branches peu nombreuses, très divariquées,
horizontales ou inclinées. Feuilles longues de 15-22 cm. sur 5-8 cm. de large,
coriaces, polies, entières, elliptiques, légèrement cordées à la base, à côte
forte et très saillante en dessous. Fleurs d'un jaune d’or vif, plus larges que
dans le précédent, disposées en panicules très lâches et pendantes; pétales
aussi longs que les sépales; étamines, pistil comme dans le précédent. Fruits
1-5, insérés sur un carpophore obovale, très noirs, polis, de la grosseur d’une
petite olive. — Fl. presque toute l’année, mais surtout de septembre en
février. — Assez abondant dans le bois de Matouba, des Bains-Jaunes, de la
Pointe-Noire ; assez rare à Gourbeyre (Mornes-Goblin et Hirondelle).
[N° 3243.]
Ne se trouve pas à la Martinique.
GUTTIFERES.
Clusia L. (dédié par Linné à Ch. de l'Ecluse, en latin « Clusius », né à
Arras en 1529, botaniste célèbre qui a parcouru presque toute l’Europe; il
TRENTIÈME FAMILLE. —

GUTTIFÈRES

professeur de botanique à l’université de Leyde, où il mourut.)
C. rosea L. ; Clusia à fleurs roses. Yulgo: Figuier-maudit, figuier-maudilmarron. Tussac,
IV’, t. 15; L)esc., vol. VII, t. 485, p. 145. — Grand
arbuste ou petit arbre parasite, à branches allongées, droites, à rameaux
tantôt fastigiés, tantôt horizontaux; pousse quelquefois sur les rochers, mais
le plus souvent sur les arbres qu'il entrelace de ses racines, les étreint peu à
peu et finit par prendre leur place. L’écorce est lisse eL noire. Dans les
hautes montagnes, ils vivent à terre et souvent en société. J'ai vu, au morne
Diablotin de la Dominique, une grande forêt uniquement composée de ces
arbres. Dans ce cas, leurs racines advenlives sont courtes et très fortes;
s'ils poussent dans le haut des autres arbres, les racines advenlives deviennent
alors très longues, pendent verticalement et se ramifient. — Toutes les
parties de la plante, surtout les fruits, contiennent une sorte de gommerésine, très gluante, jaune et légèrement aromatique. Les fruits sont, paraîtil, un poison pour les animaux qui en mangent accidentellement; cependant
les oiseaux sont friands de ses graines et s’en trouvent bien. Descourtilz range ce végétal dans la catégorie des détersives et lui attribue foutes
sortes de vertus; dans nos îles, on n’en fait absolument aucun usage dans la
médecine domestique. Le bois est léger et ne sert qu'à faire du charbon1.
— FL habituellement de mai en juillet. — Abondant dans la haute et la
moyenne région des grands bois des Bains-Jaunes, du Matelyane, du
Matouba, de la Pointe-Noire, de la Bouillante, etc. ; plus rare dans la basse
région (roule de Sainte-Rose au Lamenlin). Alt. 15-1000 mèt. [N° 3468.]
Je crois que le Clusia a//ja, considéré comme une espèce particulière par
Jacquin, n'est que le C. rosea à fleurs blanches.
M a r t in iq u e . Vulgo : Arabe, aralie-z’abricol. — Egalement abondant dans
les grands bois des Fonds-Saint-Denis, de l'Ajoupa-Bouillon, du Champflore,
du Parnasse, de la Fontaine-Absalon, etc. On le rencontre quelquefois sur le
bord de mer, dans les endroits éventés : Trois-llets. [N° 1829.J
C. venosa Jacq.; Clusia à feuilles veinées. Vulgo : Palétuvier-montagne,
mangle-montagne, mangle-rouge-montagne, figuier-maudit-montagne. —
Arbrisseau ou petit arbre tortueux dans le bas, droit par le haut, d'une élé­
vation de 2 à 3 mèt. 50, à écorce noire ou noirâtre. Feuilles larges, entières,
très épaisses et coriaces, opposées, largement obovales, arrondies ou presque
tronquées au sommet, rétrécies à la base, ramassées à l’extrémité des
branches ; pétiole très court, s’élargissant et devenant semi-amplexicaule.
Fleurs bien plus petites que dans le précédent, disposées en une sorte de
paniculc terminale, portant le plus souvent une cymule terminale de 7-10
1. Cette espèce et les deux suivantes laissent exsuder du tronc et des étamines une
gomme-résine jaunâtre, épaisse, balsamique, amère, qui est réputée purgative.

(E. H.)

�100

PLANTES nr LA &lt;*l iDELOI'PE ET DE LA MARTINIQUE

ravons, «'1 plus ba- 'J cvmules latérales plus petites, perlant chacune 3 rayons;
pédicelles très courts ou subsossilcs ; pédoncules légèrement comprimés,
très vigoureux, munis de - bractées langes à 1insertion des 2 cvmules laté­
rales; calice à 6-8 pétales scarieux, fermes : les ‘2 extérieurs, opposés; les
autres, graduellement plus grands et imbriqués ; corolle à i pétales blancs,
imbriqués; étamines nombreuses, en nombre indéterminé; stigmates 4-5
presque sessiles; anthères linéaires, jaunes, dressées. Fruit tardivement
déhiscent, jaunâtre, de la grosseur d’une petite olive. — Produit assez rare­
ment des fleurs. mais on trouve souvent des fruits, qui mûrissent très lente­
ment. — Vit isolément ou en société dans les parties des hautes montagnes
très éventées. — Ses tiges, dans leur moitié inférieure, portent des racines
adventices recourbées en are; celles qui sont près de la terre deviennent
souvent chevelues. — Savane à Mulets. Grande-Découverte, Sans-Toucher,
Savane aux Ananas, etc. Alt. 1000-1200 met.

Nu 2351.]

La Martinique ne possède pas cette plante.
Tovomita Aubl.

du mot « Tovom ite », employé chez les Galibis à la

Guyane pour désigner cette plante.)
T.

Moronobea Aubl. (nom d e là plante chez les Galibis de la Guyane.)
M. coccinea A ubl., Symphonia globulifera L. f. ; M. à fleurs écarlates.
Vulgo : Palétuvier jaune. — Grand bel arbre, très remarquable par la
beauté et la richesse de ses fleurs qui se succèdent pendant deux mois, par
son feuillage toujours très vert ; tronc droit et nu jusqu’à une grande hau­
teur, d’ une élévation de 20-35 m èt.; écorce grisâtre ou noirâtre, presque
lisse, couverte de nombreuses aspérités blanchâtres; branches souvent pen­
dantes; racines adventives peu considérables, naissant près de la base du
tronc sur une étendue de 2-3 mèt. Feuilles de la grosseur et de la forme de
celles du muscadier ordinaire, à nervures très rapprochées, droites, fines,
visibles seulement à la surface inférieure. Fleurs d'un rouge écarlate foncé,
très nombreuses, en cymes ombelliformes, axillaires et terminales; pédicelles
comprimés, épaissis au sommet et à la base; boulons floraux, gros, ovoïdes;
calice à 5 sépales persistants, imbriqués, arrondis ; les deux extérieurs, plus
petits;

pétales 5, fortement réfléchis et roulés en dedans dans la fleur

ouverte, insérés sur un disque hypogyne et annulaire; étamines 15-20, insé­
rées sur un disque, soudées en un tube conique-ventru , qui se fend par en
haut en 5 segments planes et arqués auxquels sont adnées 3-4 anthères

P lu m ie ri Gr. ; Tovomite de Plumier. Vulgo : Mangle-bois, palétuvier

linéaires, introrses, parallèles et longitudinalement déhiscentes; style cylin­

grand-bois. Plum., édit. Burm., t. 87, f. 2. — Arbre élégant, au-dessus de

drique, vigou reux;

la taille moyenne, très branchu, branches inférieures longues et horizontales,

ovaire libre, renfermé dans le tube staminal, à 5 loges contenant chacune

stigmates

5 à segments rolacés,

pointus, exserles;

le bas muni, sur une étendue de 1 mèt., de racines adventives nombreuses

2 ovules dont 1 avorte souvent. Fruit ovoïde, drupacé, indéhiscent, long de

arquées, s'enfonçant dans la terre, llexibles, de l’épaisseur d'une baguette.

3-4 cm.; péricarpe cartilagineux, mince, lisse en dehors et jau neàla maturité

Feuilles entières, larges, fermes, elliptiques ou légèrement obovales, mucro-

du fru it; embryon sans albumen, comme dans les deux espèces suivantes;

nées. portant 8-10 nervures principales distancées. Fleurs blanches, poly­

cotylédons charnus, ne s’ouvrant pas lors de la germination,

games, exhalant une forte et agréable odeur, en cvmes courtes, corymbi-

toute leur surface de sillons ou de fossettes longitudinales, irrégulièrement

l’ormes. terminales, composées de 3-7 rayons; pédicelles articulés au-dessus

disposées; radicule légèrem ent courbe, tournée vers le micropyle. — Toutes

munis sur

de la base, plu- longs que les boulons ; calice à 4 sépales persistants, opposés,

les parties de la plante contiennent une gomme-résine jaune, épaisse, très

concaves, bruns; corolle rosacée à 4 pétales imbriqués, hypogynes, blancs,

visqueuse1. Le bois est rouge ou jaunâtre à l'intérieur, dur et très apprécié

opposés aux sépales, ovales, arrondis; étamines nombreuses, en nombre

pour la charpente, le charronnage : on en fait aussi de belles planches; les

indéterminé, libres, linéaires, jaunes, de longueur légèrement inégale, insé­

vers ne l’attaquent pas, et

rées sur un réceptacle large et charnu : anthères jaunes, biloculaires, s’ou­

société dans l’étang du Valcanard (Gourbeyre). Abondant sur les bords du

il résiste longtemps à l’humidité.

vrant longitudinalement, adnées au sommet des filets; ovaire libre, sessile, à

Grand-Etang et de l’ Etang-Zombi (Capesterre), où il devient

5 loges; styles 4-5, courts; stigmates charnus, gros, arrondis, persistants.

dans

Fruit drupacé, noir, s ouvrant par déhiscence seplifrage comme celui du

cages des montagnes (M atouba). Alt. 30-800 mèt. [N ° 2350.|

Clusia rosea, plus petit que lui. — Fl. d’avril en juillet. — Toutes les parties

les marécages de

l'îlet La

—

Vit

en

très grand;

Jaille (Baie-M ahault) et dans les maré­

La Martinique ne possède pas ce bel arbre.

du végétal contiennent une assez forte dose de gomme-résine; le bois est
recherché pour la construction : il dure très longtemps en terre et passe pour
être incorruptible. — Assez abondant dans les bois de l’Ajoupa-Bouillon, du
Morne-Rouge, etc. Alt. 500-800 mèt.
Guadeloupe.

N° 1834. — Je ne l'ai pas trouvé à la

1. Cette substance nommée Résine de Muni ou de Manil s’épaissit à l'air et prend une
coloration d'un vert noirâtre qui lui donne quelque ressemblance avec la résine de
Caragne (Icica Caragna H. B. Iv.) Elle est employée pour le calfetage des navires et sert
à fabriquer des torches. C'est également au même végétal qu’il faudrait attribuer, selon
le D r Bancroft, la résine-cochon ( H og-gu m des A nglais) qu’on rapporte à H eduigia
balsamifera Swartz. C’est douteux. (E. H .)

�t02

PLANTES DE I A

Mammea L.

GUADELOUPE ET

du latin « mamma », mamelle, allusion à la forme du fruit.)

M.
americana L. ; Vulgo : abricotier du pays. Tuss., /’ /., III, t. 7; Desc.,
vol. I, t. 2, p. 8. — Arbre majestueux, très élevé; à large frondaison; il
feuilles ornementales, grandes, luisantes; à Heurs blanches, axillaires, odo­
rantes, monoïques ou polygames. Les fruits murs se mangent crus, sans
apprêts, ou à table, apprêtés avec du sucre ou du vin blanc sucré. La
décoction des noyaux écrasés est employée dans le pays pour la destruction
des tiques. Le bois a une teinte rouge, se fend facilement et peut servir pour
la construction'. Descourtilz, loco cil., vante les propriétés stomachiques,
astringentes de l'écorce et des fleurs; dans le pays on ne s'en sert que
rarement. — Fl. habituellement deux fois par an. — Assez rare dans les bois
de la moyenne région, plus abondant autour des habitations de la zone
inférieure et basse. Alt. 10-500 met. [N°3467.]
M a r tin iq u e.

C. A N ELI. AC. K ES

DE LA MARTINIQUE

Vulgo : Abricotier. — Assez, abondant. [ N ° 1828. |

humilis , variété macrophylla M a ri.; M. à petite taille. Vulgo :
Bois-longuent, à cause de son suc jaune et gluant; Rheedia lateriflora L.
Plum., édit, llunn., t. 257 ; Desc., vol. 1, t. 343, p. 149; Tuss., F L , III,
M

103

arquées. — On rencontre deux variétés, une qui pousse dans les falaises et
endroits rocailleux du bord de mer ou un peu à l'intérieur, l'autre dans les
grands bois humides. Les Saintes (bord de mer de la Terre-de-Bas), VieuxFort, Gozier, Désirade (bord de mer), Houëlm onl (batterie), hauteur de la
Bouillante et de Pigeon. A lt. 10-400 mèt. i N° 2353. j
M a r tin iq u e .

Vulgo : Ciroyer, abricot bâtard, abricot bord-de-mer, abricot-

montagne. — Caravelle (près du bord de m er); très abondant dans les bois
de

la Savane de S aint-C yr, entre C ase-Pilote

et la fontaine Absalon.

[N ° 1831.)
Calophyllum L. (form é de deux mots grecs qui signifient « belle feuille » :
« calos », beau, « pliullon », feuille.)
C.
Calaba L. (nom caraïbe de la plante). Vulgo : Galba. Jacq., Sel.,
A m eric. stirp. hist., t. 156; Desc., vol. II, l. 74, p. 30. — Grand arbre, droit,
souvent plus ou moins tortueux, à tronc jusqu’à I mèt. de diamètre. —
Fournit un des meilleurs bois de construction : il est très résistant, dure
longtemps dans la terre et dans l’eau ; il est également recherché pour le
charronnage et la tabletterie; l’écorce est arom atiqu e'. Selon Descourtilz,

t. 32. — Petit arbre, haut de 6-7 met., rarement plus élevé, fortement bran-

loco cil., les fleurs et l'écorce ont des vertus stomachiques et astringentes;

chu : jeunes branches, comprimées, écorce lisse, noire. Feuilles elliptiques-

dans le pays on ne s'en sert pas souvent. — FL ordinairement en juin et juillet.

oblongues ou ovales, rigides, luisantes, polies, terminées par une pointe

— Basse-Terre (sur les terres du Jardin botanique), Camp-Jacob (habitation

obtuse ; nervures fines, non parallèles et légèrement saillantes des deux côtés;

R ollin ),

pétioles épaissis au point d’insertion, et ridés, noirs. Fleurs très nombreuses,

[N ° 2349.)

petites, blanches, très odorantes, situées tout le long des branches, solitaires

Poin te-N oire (le

M a r tin iq u e .

long de la R ivière de la Petite-Plaine),

etc.

Vulgo ; Galba. Plus abondant qu'à la Guadeloupe : on la

ou réunies par fascicules de 2-6 rayons, portées sur des pédoncules épaissis

plante en lisières à la place du Pois doux, pour abriter les plantations.

au sommet, 4 ou 5 fois plus longs que les Heurs ; sépales 2, opposés, arrondis

[N ° 1833.)

au sommet, petits, 3 fois plus courts que les pétales et tombant après l'éclo­
sion de la Heur; pétales 4, spatulés-arrondis; étamines 12-20, libres, hypogynes; anthères petites, arrondies, introrses, obliquement adnées au sommet

t r e n t e -u n ièm e

fam ille .

— C AN F L LA C LES.

du filet. Fruit drupacé d'une grande beauté, long de 6-7 cm., ovoïde, à péri­
carpe peu épais, très lisse et d’un jaune d'or, portant au sommet une pointe
tronquée et courte; semences le plus souvent 1, rarement 2. plus rarement
3, à surface irrégulièrement creusée de petits sillons longitudinaux ; colylé-

Canella P. Br. (de l’espagnol « canela », qui, lui-même, dérive du latin
« canalis », rigole, tuyau, parce que l’écorce se vend enroulée en cylindre.)

dones 2, s'ouvrant en deux moitiés égales. — FL généralement de mars en

C.

avril; fruits murs en juin et juillet, août. — Aucun animal ne les mange. De

Vulgo

alha Murr., Winterana canella L., C. laurifolia Lbdd.; Canelle blanche.
: Bois-canelle. F l., t. 191, f. 2 ; Desc., vol. V II , 568, p. 229;

de l'arbre découle une gomme-résine, épaisse, d'une

Br. Jam., t. 27, f. 3. — Grand arbuste ou petit arbre à écorce grise, à

agréable odeur et qui entretient longtemps la flamme après ignition. Le

branches très nombreuses, droites, inclinées, très feuillues. Feuilles toujours

bois est blanc à l'intérieur et s'emploie souvent pour la charpente et la

vertes, très rapprochées, parsemées de glandes translucides, entières, spatu-

toutes les parties

menuiserie. Le bas du tronc émet souvent des racines adventives droites ou
1. I.’écorce donne une pomme-résine appelée Résine de Mami; elle est usitée par les
nègres pour faciliter la sortie des épines qui s'introduisent dans leurs pieds. L ’écorce est
encore employée aux Antilles en décoction contre les maladies parasitaires et pour le
pansement des plaies phagédéniques. Même observation pour l’espèce suivante. (E. H .)

1. De cette écorce découle naturellement ou après incision une oléorésine qui, après
dessication, forme le baume vert de l'A m é riq u e , ou baume Marie, ou baume vert des
Antilles, substance très parfumée, douée d’une agréable odeur tic mélilol. Ce produit est
employé uvec succès, aux Antilles, comme vulnéraire dans le pansement des plaies de
mauvaise nature. Les graines renferment une huile résineuse verte. (E. H .)

�104

PLA\TI&gt;

DK IV

GUADELOUPE

FT

MARCG RAAV1ACKBS

DK LA MARTINIQUE

It-t
brièvement pétiolées. Fleurs très odorantes, en corymbcs bien fournis,
terminaux ; caln-e à 5 *épale* persistants, imbriqués, courts, arrondis et

105

branches très nombreuses et très enchevêtrées, à écorce noire. — Feuilles
entières, alternes, obovales, articulées à la base et laissant après la chute de

concaves au sommet; pétales 5, imbriqués, charnus; étamines 10-20
hvpogvnes, soudées en un tube élargi à la base et tronqué au sommet, plus

larges cicatrices, coriaces-charnues, brièvement péliolées, à nervures imper­

courte^ que les pétales; anthères 10. adnées, jaunes, parallèles, contiguës, a

souvent très allongées, toujours dressées; pédicelles courts, un peu plus

deux loges s ouvrant longitudinalement ; pistil renfermé dans le tube stami-

longs que les

minal; style cylindrique, court, ferme; stigmate persistant, à .‘1 lobes à peine

horizontaux; calice à 7 sépales arrondis et imbriqués, les 2 extérieurs plus

distincts; ovaire à ;2 loges. Fruit globuleux, un peu plus grand qu une

courts. Au sommet de chaque pédicelle pend, inséré à angle droit, une brac­

ceptibles, à côte large, aplatie. Fleurs en grappes terminales, spiciformes,
fleurs; d’abord réfléchis vers

l'axe de la grappe, ensuite

graine fraîche de poivre, remplie d'une matière visqueuse, brune et très

tée charnue, persistante, ou un ascidium en forme de cuiller, très concave,

aromatique, dans laquelle se trouvent superposées 1-3 semences, noires,

qui se termine par une pointe tournée de bas en haut ; pétales 5, fortement

luisantes à testa crustacé. — Toutes les parties de cette plante sont aroma­

réfléchis; étamines 5, à anthères basilixes, allongées, inlrorses, quadrilocu-

tiques, antiscorbutiques, mais c'est surtout dans l'écorce que résident les

laires, à déhiscence longitudinale; pistils concrescenls, formant une petite

propriétés toniques et stimulantes qui lui ont valu une si grande réputation.

colonne; stigmates étalés, sessiles; ovaire libre à 5 loges imparfaitement sépa­

Elle les doit à une huile essentielle, à saveur chaude, brûlante et d une

rées par des cloisons et renfermant 3-6 ovules. Fruit globuleux, de la gros­

Au lieu et place de la canelle blanche, dans le com­

seur d'un pois, à péricarpe charnu-coriace, s’ouvrant de bas en haut par

merce et en pharmacie, on utilise, sous le nom d'écorce de \\ inler , une

déhiscence loculicide ; graines petites, noires, anguleuses. — Assez abondant

écorce sarmenteuse qui provient d'un arbre de la famille des Magnoliacécs,

dans les bois inférieurs et moyens des Bains-Jaunes, du M alouba; plus rare

àcreté très prononcée

la Drymis W interi Forst, originaire du détroit de Magellan, mais on emploie
plus encore l'écorce d'une cannellacée, le Cinnamodendron Corticosum Micrs.
— Abondant sur le plateau calcaire de la Désirade; moins abondant sur le
plateau entre Port-Louis et l'Anse-Bertrand ; assez rare à Marie-Galante; très
rare aux Saintes iTerre de Haut . — FL de juin en septembre; fruits mûrs en
avril, mai, juin. N° 28(59.]
M artinique.

Yulgo : Canelle-bois. — Très rare. Je n'en ai trouvé que

quelques pieds &gt;ur un morne pierreux des hauteurs du Fond-Lavette (CasePilote). N° 1501,

G ourbevrc (morne G oblin). — Les fruits frais se mangent et ont le goût
de la fraise. — FL d’octobre en janvier. .\° 2302.]
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Aralie petite-feuille. — Gà et là dans les bois des

Fonds-Saint-Denis, des hauteurs de l’habitation Pecoul, etc. [N ° 1827. s
Marcgraavia L. (dédié par Linné au Hollandais Georges Marcgraaf, né
en 1610, à Sebstadl; a voyagé dans l’intérêt de la botanique ; au Brésil, de
1636-1643 ; à la Guyane, en 1614; en Chine, où il est m ort; a écrit avec
Bison : Hisloria naluralis Ilrasiliæ.)
M.

spici/lora R ic h .; M. à fleurs en épis. Y u lgo : José-vrai. — Arbrisseau

droit ou tortueux, haut de 1-3 mètres, à tige souvent noueuse et toujours
TRENTE-DEUXIÈME FAMILLE. —

MARCGRAAVIAGÉlÜS 2.

nue dans le bas. Feuilles comme dans le précédent.

Fleurs en grappes

corym biform es, longues, de 8-10 cm., axe de la grappe plus gros que la
tige; pédicelles fortement épaissis au sommet, longs de 3-3, 5 cm., sub­
Ruyschia Jacq. dédié au Hollandais Ruysch, né en 1628, à Haage, méde­

cylindriques; calice à 6 sépales imbriqués, les 3 extérieurs plus petits ; asci­

cin et professeur d'anatomie à Amsterdam, mort en 1717; sonfds Henri était

dium en forme de cuiller naissant au-dessous du

également médecin et botaniste, mort en 1731.)

corolle en forme de cape, conique avant l'ouverture, à 4-5 pétales, réfléchis

R.

clusiæfolia Jacq., Ruyschia à feuilles de Clusia. Yulgo ; José, bois-

José. — Arbrisseau voluble-grimpant, s’élevant 1res haut sur les arbres, à
1. Celte écorce renferme en dehors de Yhuile essentielle 1 0/0 , de la résine, un principe
amer, de la mannile, du mucilage et de l’amidon. Cette huile essentielle renferme quatre
huiles différentes dont une est identique avec l'acide eugénique. Elle a une odeur qui
rappelle celles de la menthe et du cajep u l. E. H.)
2. Cette petite famille est aujourd'hui considérée avec raison comme formant une
simple section des Ternstrœmiacées. (E. II.)

milieu

des pédicelles;

dans la fleur épanouie; étamines habituellement 20, uniseriées, légèrement
concrescentes à la base et insérées sur un disque étroit entourant 1ovaire ;
anthères biloculaires, blanches, inlrorses, s’ouvrant longitudinalement, arti­
culées avec le filet au-dessus de la base ; stigmate sessile; ovaire longitudina­
lement strié, à 4 loges incomplètes. Fruit globuleux, mangeable, couronné
par le style persistant, tardivement et irrégulièrement déhiscent de bas en
haut,

légèrement

ruguleux,

petites, noires, luisantes,

à péricarpe résistant ; graines nombreuses,

polies, tantôt obovales, tantôt

arquées, tantôt

�PLANTES

106

DF L A GUADSLOUPF

HYPER ICINÉlîS

KT DK LA M ARTIN IQUR

plus ou moins réniformes. — \ it isolement ou en société dans les sphaignes,
sur les montagne' le s plus élevées : Savane aux Ananas, Savane à Mulets,
plateau et cône de la Soufrière, etc. — Kl. d’octobre en février. — Alt.
1*200-1470 met.

cou illes. Br. Jam., t. 25; Tuss., /■/., IV, t. 13; Desc., vol. 1A , l. 239,
p. 25. — Liane épiphyte, montant jusqu'au sommet des plus grands arbres,
très remarquable par les changements que subissent les feuilles et les tiges.
Dans le premier âge, les liges sont filiformes, rampantes, très radicantes
et fortement attachées aux pierres, souches et troncs sur lesquels elles
poussent ; les feuilles, longues de 3-1.') mm., sont pétiolées ou sessiles,
presque linéaires d'abord, ensuite elliptiques et sans nervures. Dans le
âge, les tiges deviennent striées, comprimées, tétragones et se

couvrent souvent de

107

guyanensis Aubl. (/ lisl. de la Guy., I. 220), grande liane originaire de la
Guyane, à racines adventives, aériennes, filiformes, très longues, à feuilles
épaisses, luisantes, à fleurs violettes, très allongées. Les pédicelles portent
effet. Elle fleurit régulièrement d'octobre en janvier, mais sans produire de

umbellala I,., M. coriaces Y .; M. à Heurs en ombelles. \ ulgo : Bois-

second

SALIC1NKES

de grandes bractées écarlates en forme de sac, qui produisent le plus bel

N 2303.

Il n'existe pas à la Martinique.
M

---

fruits. [N° 3208.]
M a r tin iq u e .

— Jardin botanique; introduit en 1887. [N u 2110.

TRENTE-TROISIÈME FAMILLE.

H Y P É R IC IN É E S .

Marila Sw. ; (du nom caraïbe de la plante dans les Antilles.)
M. racemosa Sw. ; Marila à fleurs en grappes. V u lgo : Bois casse-rose. —
Petit arbre peu élégant, dépassant rarement 8 mètres d'élévation, à branches

petites écailles ; les feuilles ont une longueur de

allongées, souvent horizontales et inclinées, à écorce grise. Feuilles distiques,

30-40 mm. sur une largeur de 20-30 mm. ; elles sont subsessiles, cordées à

pétiolées, oblongues-lancéolées, ressemblant à celles du cachiman (Anona

la base, ovales, arrondies ou échancrées au sommet, très souvent crénelées

reticvlala L.) ; à limbe de 14-17 cm. de long sur 3-4 cm. de large, pourvues

et toujours minces et translucides sur les bords : la face supérieure porte
fréquemment des panachures ou des stries blanchâtres, un des lobes basi­

d’ une multitude de points et de lignes diaphanes, à nervures aboutissant à

laires et quelquefois les deux couvrent la tige, la côte est bien prononcée,

laires et terminales, plus courtes que les feuilles ; pédicelles plus courts que

mais les nervures sont à peine perceptibles dans les feuilles vertes. A l'âge

les fleurs; calice persistant, à 5 sépales imbriqués, presque égaux, un peu

adulte, les tiges sont plus ou moins cylindriques, quelquefois tout â fait

plus courts que les 5 pétales hypogynes et alternant avec les sépales; éta­

cylindriques, et tout en restant radicantes elles émettent

branches

mines nombreuses, en nombre indéterminé, hypogynes, placées sur plusieurs

d'abord dressées, ensuite pendantes, florifères; les feuilles sont longues de

rangs; sépales et pétales très réfléchis dans les fleurs ouvertes; anthères

8-10 cm., brièvement pétiolées,

ovales-elliptiques

des

un arc marginal. Fleurs blanches, très odorantes, en grappes simples, axil­

ou ovales-oblongues,

rigides, à côte, nervures et nervilles bien prononcées, et rappellent assez bien
celles de certains merisiers Eugenia), ou encore celles du caféier. Dans les
endroits ombragés, les feuilles adultes sont moins développées et prennent
une forme linéaire-lancéolée, ont une côte rouge et forte, point de nervure
et la face inférieure est couverte d’ un duvet court et ferrugineux. Fleurs ver­
dâtres, en ombelles pendantes terminales comptant jusqu’ à 23 rayons longue­
ment pédicellés, ruguleux et couverts de lentilles allongées ou rondes et
blanchâtres; pédicelles extérieurs ébractéolés, les 3-5 du centre changés en
bractées longues, en forme de sac largement ouvert avec des pédicelles sou­
dés à la base, ce sont des rayons extérieurs de l’ombelle; corolle en forme
de capuchon, qui ne s’ouvre jamais et tombe d’une seule pièce ; étamines

blanches, dressées et oblongues, s’ouvrant longitudinalement, terminées par
une glande; ovaire libre, oblong-linéaire, à 3-4 loges; style très court;
stigmate capité, persistant. Fruit capsulaire en forme de silique, long de
3-4 cm., s’ouvrant en 4 valves, par déhiscence loculicide; semences
petites, nombreuses, imbriquées, comprimées et ciliées. — FL de mai

très
en

juillet. — Le bois est mou et blanc en dedans et sert tout au plus pour les
constructions à l’intérieur. —

Assez abondant dans les bois des Bains-

Jaunes, du Matouba, de Pigeon, des Trois-R ivières, de la Ravine-Chaude.
A lt. 190-900 mèt. [N ° 2435.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo : Bois-cachiman, cachiman grand-bois. — Champflore,
Calebasse, Fonds-Saint-Denis, fontaine Absalon. [N ° 1835 a.]

nombreuses, droites, insérées sur le calice ; anthères recourbées. Fruit de la
grosseur d’une cerise, plus large que long, gris-brun ou rouge et ruguleux en
dehors, surmonté d'un mamelon strié, reste du stigmate persistant. — Abon­

TRENTE-QUATRIÈME FAMILLE.

S A L IC IN É E S .

dant dans tous les grands bois de la Guadeloupe. Alt. 400-950 mèt. [N° 2301.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-pétard. — Dans tous les grands bois. [N° 1826.]
De celte familleon cultive àla Basse-Terre et à la Pointe-à-Pitre le Norantea

De cette famille, on cultive deux espèces introduites: 1° Salix Hum boldtiana VV. Yu lgo : Saule-peuplier, arbre ornemental, ressemblant au

�108

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET

DE LA MARTINIQUE

peuplier d’ Italie. — Il no fleurit pas clans le pays. — Abondant à Monteran,
çà et là à Gourbevre, aux Trois-Rivières et au Camp-Jacob. [N° 3709.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Saule-peuplier. — Fort-de-France (derrière l'hôpital
Militaire, et au Collège . etc. N° 193.] 2° Salix babylonien S\v. Vulgo :
Saule-pleureur. Basse-Terre (Jardin botanique, établissement de N ersailles).
Pigeon gendarmerie , Pointe-à-Pitre, etc. — On ne connaît que les Heurs
femelles.
Erythroxylon !.. (de deux mots grecs, qui signifient « bois » et « rouge » .)
E . ohtusum Desc., E. areolatum Poep.; E. à feuilles obtuses. Vulgo :
TRENTE-CINQUIÈME FAMILLE.

-- SAU VAG ESIE ES 1.

Sauvagesia Jacq. (dédié à Fr. Boissier de Sauvages

Bois-marbré bâtard, bois-vinette

petite-feuillle.

— Arbrisseau touiru ou

grand arbuste, rarement petit arbre, droit, à branches fastigiées, ou horizon­
(Sauvages de la Croix),

tales ou inclinées, à écorce grise et couverte, dans les jeunes branches, d une

né en 17tK», à Alais, mort en 1707, d'abord professeur de médecine, ensuite

multitude de lentilles blanches. Feuilles petites, ovales ou légèrement obo-

professeur de botanique à la Faculté de médecine de Montpellier, auteur de :

vales, membraneuses, très entières, lisses, glauques, blanchâtres en dessous,

Melhodus foliolorum , ou classification des plantes d après la lorme de

vert pâle et luisantes en dessus, brièvem ent pétiolées, à nervures peu pro­

feuilles.)

noncées : les jeunes, traversées par deux veines latérales arquées et formant

S.

ereeta

L. ; Sauvagésie droite. Vulgo : Thé-de-montagne, herbe de Saint-

un aréa lancéolé. Fleurs blanches à odeur de miel, attirant une masse d’insectes
ailés et de petits oiseaux, disposées par fascicules axillaires et caulinaires

Martin. thé-savane. Br. Jam., t. 12, f. 3; Desc., vol. IV , t. 299, p. 310. —
Herbe annuelle, d'abord droite, ensuite plus ou moins couchée, à tige llexiblc,

sur de petites protubérances ; pédicelles filiform es, plus longs que les pétales;

mince,

de

stipules alternes, nombreuses, triangulaires, subulées, élargies à la base,

20-70 cm. Feuilles elliptiques-lancéolées, petites, serretées, pointues, rétré­

insérées à la base des feuilles et des pédicelles; calice monosépale persistant,

souvent radicante, quelquefois un peu

sarmenteuse, haute

cies à la base en un court pétiole; stipules ovées-lancéolées, à longues

à cinq divisions profondes; corolle à 5 pétales onguiculés, doublés à l'inté­

branches -ur les bords. Fleurs blanches, à corolle rolacée, portées sur des
pédoncules filiformes axillaires ; sépales 5, persistants, lancéolés, acuminés

rieur de deux écailles adhérant aux onglets ; étamines 10, monadelphes ;

et sélifères au sommet, presque aussi longs que les pétales et la capsule;

pourvu de 3-5 sillons, peu profonds, longitudinaux; semence 1. —

ovaire de 1-3 loges;

styles 3, libres. Fruit

drupacé, rouge, ellipsoïde,
Cet

pétales 5, caducs, obovés; étamines sur 2 rangs : les extérieures, nombreuses,

arbuste perd habituellement les feuilles à l’ époque de la floraison. — Assez

stériles; celles du rang intérieur, 5 ; entre les deux rangs se trouve une

abondant à V ieu x-Fort (au pied de Houëlm ont), Gourbeyre (habitation Bis-

série

ovaire-uniloculaire

dary), où il se plaît dans le terrain sec, pierreux. — Le bois est dur et fibreux :

semences petites,

on en fait des manches d’outils. — Fl. régulièrem ent d'avril en juin. — Alt.

d'écailles blanches,

à trois loges s'ouvrant

pétaloïdes ;

par

déhiscence

style simple,
marginicide;

crustacées, attachées à3 placentas. — Très abondant dans toutes les savanes
humides et dans les clairières et sentiers des bois. — Fl. toute l'année et
constitue un fourrage assez apprécié. — Dans la médecine domestique, celte

15-300 mèt. [N ° 2404 b.)
M a r tin iq u e .

Vulgo : Brésillct. —

Endroit secs et pierreux : Prêcheur

Carbet, Case-Pilote, Marin (morne Gommier). [N ° 661 a.]

herbe jouit d une grande réputation : on l’emploie fréquemment en infusion

E. ovatum Cav., E. havanense Jacq.; E. à feuilles ovales. Vulgo : Bois-

contre la toux, les bronchites, les rhumes. Descourlilz, loco cil., la place à

vinette. Cav. Diss., V I I I , t. 535. — Ressemble beaucoup au précédent et n’en

juste titre dans les béchiques aromatiques et la recommande, en outre, à

diffère que par ses feuilles plus arrondies au sommet qui, au lieu d’être

cause de ses propriétés amères et aromatiques, comme stomachique, cordiale

glauques en dessous, sont d'un vert pâle des deux côtés, et par ses pédi­

et digestive.2 — Alt. 40-1100 mèt. [N° 2439. .

celles plus longs. On rencontre du reste entre l'E. ohtusum et ovatum de
nombreuses variétés qui permettent de croire qu’il existe des hybrides entre

1. Cette petite famille est aujourd'hui généralement considérée avec raison comme une
simple tribu des Violacées. E. II.
2. Cette plante, qui mériterait une étude plus complète de scs propriétés médicinales,
est employée couramment à la Guyane française, où elle est commune, comme diuré­
tique dans les affections des voies urinaires et comme antidiarrhéique. (E. H.)

ces espèces. — Abondant dans les mornes calcaires des Grands-Fonds, de
Marie-Galante, de la Désirade, etc. — Fl. en mars et mai. — Alt. 0-200
mèt. [N 08 2404, 3399.]

______ _

�110

PLANTES

M a r t in i q l 'e .

DE LA GUADELOUPE

MALPIGHIACEES

MARTINIQUE

\ ulgo : Cerisier bâtard. — Abondant à la Garavclle et sur

les mornes de Sain te-Anne.
E.

ET DE LA

111

Gommier, du Matouba, du Bassin-Bleu, des Trois-R ivières, de la RavineChaude, etc. — Cette espèce se distingue de toutes ses congénères par
l'ampleur des feuilles et des fruits. — A lt. 250-900 mèt. [N° 3675.]

N t»t&gt;l.

squamatum Vahl. ; E. squameux. Yulgo : Girofma (pour les bûcherons

Ne se trouve pas à la Martinique.

de Houêlmonl , grande-vinelte, bois rouge à grives. — Grand arbuste ou
B.

marlinicensis Kr. et Urb., nova species. Yu lgo : Bois-tan-montagne.

petit arbre, facile à distinguer des deux précédents : par son port, ses feuilles
d'un vert foncé, surtout en dessus, beaucoup plus larges, rigides, très

— Arbre de taille moyenne, droit, à feuilles coriaces, elliptiques ou ellip-

ouvertes, elliptiques, terminées brusquement en une pointe obtuse, munies

tiques-ovales, arrondies ou légèrem ent échancrées au sommet. — FL en

souvent de deux glandes à la base, du côté supérieur ; par ses stipules plus

août et septembre. — Dans les grands bois du Lorrain, de la Calebasse et

larges et moins rapprochées, qui garnissent les jeunes branches; par ses
pédoncules quadrangulaires, s'épaississant graduellement jusqu'au sommet;

de la Montagne-Pelée. A lt. 600-860 mèt. [N ° 5 9 3 .]— Je n’ai pas trouvé cette

enfin par ses fruits beaucoup plus volumineux, longs de 6-13 mm., d'un
rouge très foncé. — Peu abondant. Dans les bois de la moyenne et de la basse

espèce à la Guadeloupe.
B.

trinitenais Juss.; Byrsonima de la Trinidad. Yu lgo : M auricif ou mau-

ressif. — Assez grand arbre, droit, à feuilles ovales ou elliptiques, obtusé­

région, aux endroits abrités contre les vents, d ne perd pas ses teudles lors

ment pointues au sommet, plus petites que les deux espèces précédentes.

de la iloraison : Bains-Jaunes, Malouba, Trois-Rivières, etc. Alt. 160-1000

— FL en avril, mai. — Bois inférieurs des Bains-Jaunes et du Gommier.

met. [N® *210:2.
M artiniqi e . Yulgo : Bois-piquette, bois à graines rouges. — Assez abon­

A lt. 450-700 mèt. [N ° 3212.]
Ne se rencontre pas à la Martinique.

dant dans les hauteurs de Case-Pilote, dans les bois du Morne-Rouge et
B.

dans les bois de la Régale, i N° 1813.]

spicata R ich .; Byrsonima à Heurs en épis. Yu lgo : Mauricif, bois-tan.

Cav. l)iss., V I I I , l. 237; Desc., vol. II, t. 91, p. 97. — Arbre de taille

Erythroxylon Coca L. Cav. Diss., V III, t. 229. Yulgo : Le coca. — Ori­

moyenne, rarement de grande taille; se distingue facilement de ses con­

ginaire du Pérou et du Brésil; a été introduit à la Guadeloupe où l’on cultive

génères par ses feuilles lancéolées, luisantes, pointues aux deux extrémités,

çà et là quelques pieds

V 24031, et à la Martinique où Bélanger, direc­

et par ses fruits jaunes. — Assez abondant dans tous les grands bois du

teur du Jardin botanique, a fait en 1869 des essais d'acclimatation. Les cul­

Gommier, des Bains-Jaunes, du Matouba, des Trois-R ivières, de la Pointe-

tures ont parfaitement réussi, mais ont été abandonnées. On sait qu’on extrait

Noire, etc. — FL en avril, mai. — Descourtilz, loco c il., classe cet arbre

des feuilles un alcaloïde : la cocaïne, qui est un puissant anesthésique local

dans les stomachiques astringents et recommande la décoction des fruits en

et passager*. .V 1812.

gargarisme et en lavem ent contre l’angine, et le rob des fruits contre la dysen­
terie, dont on veut modérer le cours ; on le délaye dans une décoction de
l’écorce, lorsque la maladie touche à son term e; les baies, prises à une cer­

t r e n t e - s e p t iè m e

fam ille .

— M A L P IG H IA C E E S .

taine dose, deviennent laxatives. Dans le pays on se sert souvent de la décoc­
tion de l’écorce et des graines contre les cours de ventre. — FL en avril et

Byrsonima Rich. du grec « burseuein », tanner, parce que les écorces de
toutes les espèces contiennent beaucoup de tanin.)
B.

laevigala Rich.; Byrsonima à feuilles lisses. Yulgo ; Abricotier bâtard.

mai. — A lt. 200-900 mèt. [N ° 2416.j
M a r tin iq u e .

Y u lgo : Bois-tan. —

Assez commun dans tous les bois.

[N ° 1475.]
N o ta . — Tous les Byrsonima précités ont des Ileurs jaunes très belles, en

— Très grand arbre, haut de 20-30 mèt., à tronc droit, nu, anfractueux à la

grappes courtes, terminales, un calice muni de 10 glandes longitudinales,

base, à frondaison très ample. Feuilles larges, coriaces, ovales-ellipliques,

symétriquement disposées, une corolle à 5 pétales onguiculés, 10 étamines

obtusément pointues au sommet. Fleurs jaunes en racèmes terminaux ; calice

avec des anthères adnées et des fruits ovales de la grosseur d'une petite cerise,

muni de 10 glandes; pétales 5, ondulés sur les bords, styles 3. — FL en avril

munis au sommet d ’ une pointe, reste du style; tous contiennent beaucoup de

et mai; fruits murs en juin et juillet. — Dans les grands bois humides du

tanin : les tanneurs de la Basse-Terre se servent surtout de l’écorce du B.

spicata, en raison de l'abondance de ce végétal; tous fournissent un excellent
1. D'après quelques recherches personnelles actuellement en cours d’exécution, tout
fait supposer que le même principe actif existe, en plus ou moins grande abondance,
dans les espèces propres aux Antilles ; c’est à voir de plus près. (E. II.)

bois pour la construction ; les oiseaux sont avides de leurs fruits.
B.

lucula R ich .; Byrsonima à feuilles luisantes. Yu lgo : O livier. — Grand

�112

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

arbuste ou petit arbre, souvent tortueux, à brandies tantôt fasligiées, tan­
tôt divariquées, tantôt inclinées, à lige nue dans le bas, a écorce grise, bouilles
ramassées aux extrémités des branches, spalulées, petites, légèrement rou­
lées sur les bords. Fleurs pourprées, disposées en grappes courtes, 'termi­
nales; étamines violettes. Fruit drupacé. ovale, pointu, de la grosseur d une
petite olive. — \ il solitaire ou en société dans les terrrs calcaires de la
Désirade. sur le plateau entre Port-Louis et l Anse-Berlrand, du Morne-àl’Eau, de Marie-Galante, etc. — Fl. presque toute l'année. ! N° 2891.]
N existe pas à la Martinique.
Bunchosia ltich.

du mot ». bunchos », nom qu'on donnait autrefois au

café.)
B.

,

solitaires ou réunies en ombelles, axillaires, nombreuses; pédiccllcs (in­
formes. articulés au m ilieu; calice à 6-10 glandes; styles 3. Fruit subglobu­
leux, îi 3-4 côtes faiblement accusées. — FL habituellement deux ou trois fois
dans l’année. — Endroits secs, rocailleux, près de la mer : Y ieu x -F o rl, çà
et là dans les terres calcaires de la Désirade et de Marie-Galante. Alt.
10-120 mèt. [N® 2890.J
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Cerisier du pays. — Assez abondant à la Caravelle,

dans les endroits calcaires des environs du Phare. — Les fruits sont aqueux
et très rafraîchissants. [N° 1479.]
Le M. punicifolia L., Plu m .,édit. Burm., t. 166, 1.2. M. biflora Poir., Cav.
Diss., \ III, t. 234,

f. 2;

Tuss.,7'7., III, t. 27. Yulgo : Cerise carrée, cerisier

à côte; n’est, à mon avis, que le M. glahra cultivé.

glandulifera Desc. ; Bunchosie à feuilles glanduleuses. \ ulgo : Prune-

café, bois-café-bois. — Arbre de taille moyenne, droit, haut de 15-18 met.,

urens. L., Plum., édit. Burm., I. 167, f. 1; Cav. Diss., V I I I , t. 235;

M.

Desc., vol.

Y I I I , t. 569, p. 234. M alpighie à feuilles brûlantes. Yulgo ;

ressemblant au Byrsonima spicaia. Feuilles larges, variables, membraneuses,
elliptiques ou ovales-elliptiques, brièvement pétiolées, opposées, munies près

Cerisier-grosse-côte.

de la base, de chaque côté de la côte principale, de 1-2 taches brun-jau­

divariquées, presque

—

Petit arbre, souvent tortueux, à branches très

toujours horizontales,

à jeunes branches couvertes

nâtre, larges. arrondies ou allongées. Fleurs jaunes, en grappes spiciformes,

de lenlicelles nombreuses, blanchâtres, à écorce fendillée. Feuilles variables,

axillaires, allongées, pédonculées, opposées, plus courtes que les feuilles,

nettement elliptiques ou ellipliques-oblongues, obtuses ou pointues au som­

naissant à l'aisselle des feuilles situées sur les branches de la dernière pous­

met, glabres en dessus, munies en dessous de poils longs, couchés, luisants,

sée; calice à 10 glandes larges; styles 3. Fruit drupacé, très jaune en dehors,

brûlants et bicuspidés. Fleurs pourpres ou légèrement pourprées ou blanches,

à pulpe molle, brune, très douce et agréable au goût; semences le plus sou­

en ombelles de 3-6 rayons, tantôt subsessiles, tantôt pédoncules; calice

vent au nombre de deux. — Le rob du fruit est très astringent. Le bois

pourvu de 8-10 glandes. Fruit d'un rouge pâle, luisant, à trois grosses côtes.

sert pour la construction. — FL en avril et mai. — Assez abondant au Gom­

— Descourtilz classe les fruits de ce végétal au nombre des rafraîchissants

mier

aqueux et les recommande dans les fièvres inflammatoires et bilieuses : on

bord du Galion), dans les bois des Bains-Jaunes, du Matouba. Alt.

en fait grand usage dans le pays. Le bois est dur : on en fait des poteaux

400-800 met. [N°* 2411. 3213.
M a r tin iq u e.

Yulgo : Calé-bois, café-moka. — Assez rare. Hauteurs boi­

sées du Koberl, des Roches-Carrées et de la Régale.

\’° 486. i

L. B. glandulosa Rich.; Yulgo : Prune-café. Cav. Diss., Y I I, t. 239, origi­
naire de la Dominique, petit arbre très branchu et à larges feuilles; est cultivé,
à cause de ses fruits, sur quelques habitations: Habitation Longmonl (Capesterre, Guadeloupe , et à la Martinique, au Jardin botanique, enfin sur
quelques habitations de la Rivière-Salée.
Malpighia L .; dédié par Linné au célèbre Italien .Marcelle Malpighi, né en
1628, à Crevalcoure, près de Bologne; depuis 1656, professeur de médecine
à Bologne, médecin du pape Innocent X II, mort à Rome, en 1693; a écrit
entre autre choses : Anatomia planlarum.)
M. glahra L. ; Cav. Diss., \ III. t. 234.Malpighie à feuilles glabres. \ ulgo;
Cerisier du pays. — Arbrisseau tantôt très loufîu, tantôt petit arbre plus ou
moins tortueux, fortement branchu. Feuilles petites, ovales, habituellement
pointues, brièx’ement pétiolées. Fleurs pourpres, plus rarement blanches,

solides et même de petits meubles. — Rare à l’état sauvage ; se cultive
souvent autour des habitations : Gourbeyre, Camp-Jacob, Trois-R ivières,
Lamenlin. ; N° 3719.]
M a r tin iq u e .

\ ulgo : Cerisier-capitaine, grosse cerise. — Au Jardin bota­

nique et çà et là dans les campagnes : Lamenlin, Ducos, etc. (Y " 478. |
M.

urens L., variété lanceolala Gr., M alpighie à feuilles

lancéolées.

Yu lgo (aux Saintes) : Cerise-ruban-couleuvre. — Arbrisseau ou petit arbre,
très élégant, droit, très loutru, à feuilles petites, lancéolées, garnies en des­
sous de nombreux poils couchés, brûlants; se trouve çà et là aux Saintes
(Tcrre-de-H aut et Terre-de-Bas. — FL en avril, m ai; les fruits, moins gros
que dans le M. urens, sont excellents et très rafraîchissants. [N° 2888.
Cette variété n’existe pas à la Martinique.
M.

angustifolia L., Malpighie à feuilles étroites. Yu lgo : Bois-roval. Cav.

Diss., Y I I I , t. 536, f. 1. — Arbrisseau des plus élégants, très touffu dès la
base, haut de 2-3 mètres, à branches flexibles, souvent inclinées et même
Dfiss. — Plantes

Guadeloupe et M artinique.

8

�114

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

tombantes. Feuille- linéaires-lancéolées, luisantes en dessus, couvertes en
des-ous de nombreux poils couchés, très brûlants et bicuspidés. Meurs
blanches ou pourpres, solitaires ou en petits corymbes, axillaires, peu nom­

3-5 mètres. Feuilles larges, opposées, ovales, pointues, glabres, ondulées et

breux. Fruit pul|&gt;eux, ovoïde, petit, muni de 9 petits sillons et de 3 cotes.

glanduleuses sur les bords, légèrement cordées à la base; pétiole court,

On peut les mander. — Abondant sur le plateau et sur la côte de la Désirade ;

biglandulcux au sommet. Fleurs larges, d ’un jaune citron, en corymbes

assez rare à Marie-Galante; rare aux Saintes ( ferre-de-Haul,

ramassés, ombellil’ormes de 5-12 rayons, axillaires cl terminaux, portés sur

roule

du

Bourg-au-Chameau). — Fl. de septembre en janvier. N° ‘2889.
De cette belle espèce on ne trouve pas trace à la Martinique.
M. cocoK/tTa 1.., Cav. Diss., \ III, t. 235, I. 2. Malpighie a fruits durs.
Yulgo : Bois-petit-houx — Arbrisseau très ornemental, couché, rampant,
ou parfois ascendant, à branches minces, allongées, flexibles, enchevêtrées.
Feuilles trè&gt; petites, rigides, très luisantes, ovales-arrondies : les jeunes,
entières; les adultes, siuuées-dentées. à 1-0 dents terminées par un mucro

de liseron.

Yulgo : M ibi,

liane-mibi.

—

Liane

ornementale, vivace, à

branches trichotomes, très allongées, très flexibles et pendantes, haute de

un long pédoncule;

pédicellcs articulés au m ilieu; pétales Irangés; éta­

mines (&gt;, dont 4 stériles, plus courtes que les 2 fertiles. Fruit samaroïde, à
une aile large, membraneuse, oblonguc, arrondie et mince au sommet, munie,
sur le dos, de deux appendices obtus. — Assez abondant le long des rivières
de la basse région. —

FL en septembre, octobre cl novembre. — Sainte-

Marie, M arigot, Carbct, Case-Pilote. A lt. 10-250 met. [N ° 1 5 7 2 .]— Je ne
l'ai pas vu à la Guadeloupe.

un certain nombre de 1eu il les

S. puberum Juss.; Stigmatophylle velu. Yu lgo : Liane ailc-à-ravels. —

sont presque tronquées au sommet et Iricuspidées';. Fleurs solitaires, axil­

Ressemble au précédent par le port, l’inflorescence et la couleur des fleurs

aigu, rappelant celles du houx de France

laires, portées sur des pédoncules longs, iiliformes. Fruit petit, globuleux,

et la forme du fruit ; il en diffère par ses feuilles plus petites, plus pointues,

presque sec, à 3 sillons, qui deviennent plus profonds vers la base. — Peu

luisantes, lisses, mais surtout par le duvet blanc argenté qui en revêt toute la

répandu et peu abondant. Je n'ai trouvé celle magnifique espèce que sur les

face inférieure comme il revêt les pédoncules et les pédicelles, les branches

rochers, près du bourg de la Rivière-Pilote. N° 1-177. — Je ne l'ai pas vueà la

et les jeunes tiges. — Abondant dans les halliers, le long des rivières et dans
les endroits abrités contre le vent. Basse-Terre (rivière aux Herbes), Gour-

Guadeloupe.

beyre (rivière Sence), Moule, Capesterre (Guadeloupe).
Brachypteris Juss.

du grec « brachus ». court, cl « pterux », aile, parce

M a r tin iq u e .

que, dans les espèces-types, les feuilles sont pourvues, à la base du limbe, de

faire des

deux petites stipules.

Trinité, M arigot. [N ° 1473.j

B. burealis Juss., Cav. Diss., V III, t. 237, f. 1. Erachyptère boréale.

.V 2414.]

— Y u lgo ; Mibi, liane-à-corde. — On se sert des tiges pour

liens.

—

Saint-Pierre (Trois-Pon ts), Carbet, Grande-Rivière,

S. emarginalum Juss..

Banisteria splendens Macf. ; Cav.

Diss.,

IV, t.

249.

Yulgo : Liane bord-de-mer, aile ravet-bord-de-mer. — Petite liane vivace,

Stigmatophylle à feuilles échancrées. Y u lgo : Liane noire, liane aile-à-ravets.

haute de 0,80-2 mètres, d'abord droite, ensuite voluble, branchue, à branches

— Liane vivace, pouvant grimper à 4-6 mètres de haut, souvent rampante par

étalées, à jeunes branches comprimées, blanchâtres, légèrement pubescentes.

défaut de support et alors d’une élévation de quelques pieds. Feuilles variables,

Feuilles opposées, ovales, arrondies à la base et garnies de 2 glandes ; à

ou nettement ovales,ouobovales-lancéolées, fermes, à bordslégèrementroulés,

pétioles courts, munis au sommet de 2 glandes arrondies. Fleurs jaune vif,

largement ou peu échancrées au sommet ou terminées par une pointe obtuse,

en ombelles axillaires de 3-1 rayons; pédoncules plus longs que les pétioles

luisantes en dessus, couvertes en dessous d’ un duvet lin, blanchâtre et épais ;

et 2-3 fois plus courts que les feuilles ; étamines 10. Fruit samaroïde, portant

pétiole court, duveté, blanc et muni au sommet de deux glandes noires et

une aile latérale, courte et arrondie au sommet. — Endroits marécageux du

sessilcs. Fleurs grandes, jaune v if, en panicules terminales, dichotomes,

bord de mer et endroit- inondés par la mer. Pointe-à-Pitre (roule duGozier).

composées de corymbes ombelliformes ou en ombelles si ni pies et axillaires ;

[N ° 2893.]

pétales dentés-frangés, onguiculés, dont deux plus petits; pédoncules et pédi­
Yulgo : Mibi bord-de-mer. — Très abondant dans les maré­

celles duvetés, blanchâtres. Fruits réunis par 2, à aile glabre, membraneuse,

cages d eau salée du Robert, du François (le long du canal) et de la Tartane.

pourvue de petits sillons et portant sur le dos deux petits appendices membra­

j.V 147-1.]

neux. — Abondant dans les terres sèches, calcaires et arides du littoral:
Yicux-Fort, Le Baillif, Y ie u x -lla b ita n ts, Go/.ier, Marie-Galante, Désirade,

M a r tin iq u e .

Stigmatophyllum Juss. (dugrec « stigma », stigmate, et « phullon », feuille,
parce que les 3 stigmates se terminent chacun par un appendice foliacé.)

etc. — Fl. principalement d ’avril en juillet. [N ° 2313.J
M a r tin iq u e .

S. convolvulifolium Juss.. Cav. Diss., IX , t. 256. Stigmatophylle à feuilles

Yu lgo : Pelit-m ibi, mibi-falaise. — Sainte-Luce, Diamant,

Sainte-Anne, Caravelle (environs du Phare). [N ° 437.

�116

PLANTES DE LA (U ADELOI PE ET DE LA MARTINIQUE
M ALPICHIACÉES

S periplvcifolium Ju&gt;-.; Sligtnatophylle à feuilles île Periploca. Vulgo :
Petit-mibi. SI., t. 162, f. 2. — Petite liane vivace, souvent rampante, à
branches allonges, filiformes. Feuilles membraneuses, elliptiques ou ovales-

---- SAPINDACKKS

11 7

de Pigeon (rivières Lostau et Pourceau), etc. — F l. en avril et mai. — Alt.

lancéolées. toujours glabres de&gt; deux côtés, échancrées au sommet et munies

0-300 mèt. [S ° 3377.]
M x h t i n i q u e . Vulgo : Liane-caco ( à cause de la ressemblance de scs feuilles

(.l une petite pointe. Fleurs jaunes, en corvmbes ombelliformes : pédicelles

avec celle du cacoycr). — Le long des rivières de la Capote, de la Grand’

filiformes bibractéolés au milieu, caractère qui distingue facilement celte

Anse, ravine de Ducos, etc. [N ° 109.]

espèce de la précédente. Dans les deux dernières espèces, l’appendice du
stigmate est tronqué et petit. — Peu abondant. Endroits rocailleux et secs
de Sainte-Luce. Alt. 0*150 met. N0' 138, 139.

— Je ne l’ai pas trouvé à

Tetrapteris Cav. (du grec « tetra », quatre, et « plerux », aile, parce que
le fruit a quatre ailes.)
T.

la Guadeloupe.

inaequalis Cav., Diss., IX , t. 260; Tétraptère inégale (fru it à quatre

ailes de longueur inégale). N ulgo : A ile à ravets. —
Heteropteris K t h. du grec

heteros », différent, et « plerux », aile, allusion

à la forme particulière des ailes du fruit.)

droite,

ensuite sarmenteuse,

à branches fortem ent

Forte liane, d abord
inclinées, à jeunes

branches et jeunes feuilles couvertes d'un duvet blanc et farineux, qui dis­
parait facilement. Feuilles ovales ou elliptiques, pointues: les jeunes, molles;

H.

purpurea kth., Cav. Diss., IX, t 246, f. ‘2; Ilétéroplère à Heurs pour­

les adultes, coriaces. Fleurs d’ un jaune vif, en panicules trichotomes, com­

prées. Vulgo : Aile-à-ravets, liane-à-ravels, liane-caraïbe. — Liane orne­

posées d'ombelles de 3-4

mentale, très florifère, à branches très enchevêtrées, longues, très flexibles,

m ilieu; calice à 8 glandes; étamines toutes fertiles; styles 3. Fruit à 1 ailes

minces, pendantes, haute de 2-5 mèt., à vieilles tiges d'un diamètre de 7-

dont 2 supérieures, divergentes et plus grandes, et 2 inférieures, parallèles,

10 mm., très fendillées et subéreuses. Feuilles petites, ovales ou elliptiques,

beaucoup plus étroites et plus courtes. — Peu abondant : bord de la rivière

membraneuses, glauques en dessous. Fleurs pourpres, petites, en panicules

du Céron

terminales et axillaires, composées d’ombelles; pédicelles articulés au-des­

200 mèt. [N ° 1469.1 — Je n'ai pas trouvé cette espèce à la Guadeloupe.

rayons; pédicelles articulés et bibractéolés

au

Prêcheur , hauteurs pierreuses de la Grande-Rivière. A lt. 20-

sous du milieu, bibractéolés à la base et aux articulations; glandes du calice

De celle famille on cultive dans tous les jardins le Galphimia glauca Cav.

pourpres; étamines toutes fertiles. Fruit petit, prolongé latéralement en une

(G. elegans B aril.), arbrisseau originaire de l’Amérique tropicale, droit, d’ un

aile membraneuse arrondie au sommet. — Fl. d’avril en juillet. — Abondant

très beau port, haut de 1-3 mèt., à Heurs jaunes en panicules pyramidales,

dans les halliers de terres sèches et rocailleuses du littoral : environs de la

courtes. Guadeloupe [X ° 2415.] — Martinique [N ,J 1471.J

Basse-Terre. Le Baillif, Vieux-Fort, Deshaies, Désirade, Marie-Galante, etc.
Alt. 10-200 mèt. [N* 2412.
M artinique. Vulgo : Aile-â-ravels. — Abondant ; Carbet, Prêcheur, Case-

tuextk - hiitièm e famille .

— S A P IN D A C É E S .

Pilote, Marin, Caravelle, etc. N° 1470.
H. plalypfera D. C.; Ilétéroptère à ailes piales. Vulgo ; Lianc-à-ravets.
— Liane vigoureuse, très ornementale, peu élevée et peu sarmenteuse, à
branches d’abord droites,

ensuite inclinées, à écorce roussâtre couverte

de nombreuses lenticelles globuleuses. Feuilles très coriaces, larges, oppo­

Cardiospermum L.

(du grec « kardion », cœur, et « sperina », semence,

parce que les graines portent une tache noire alFectant la forme d’ un cœur.)
C.

Halicacabum L. ; Cardiosperme à fruit de coqueret (nom spécifique

tiré du grec « ha1i », sel, et « kakabon », tonneau, parce que les Grecs com­

s es . oblongues ou elliptiques-oblongues, très glabres, luisantes en dessus,

paraient le fruit, qui a la forme d’ une vessie, à un tonnelet dans lequel ils

roussâtres en dessous.

conservaient le sel). Vulgo : Persil bâtard, Desc., vol. IV , t. 241, p. 40. —

Fleurs d'un jaune vif. en panicules larges, termi­

nales trichotomes, avec des grappes simples, situées aux extrémités des

Liane herbacée, annuelle ou suffrutescente, grimpante, très ornementale, à

branches; pédoncules principaux et pédicelles primaires longs, rigides,

cause de son feuillage; à tiges minces, pubescenles, très flexibles; à jeunes

droits; pédicelles tertiaires courts, gros, articulés et souvent bibractéolés au

liges à 4 angles. Feuilles biternées, incisées et grossièrement dentées. Fleurs

milieu, tous couverts d'un duvet court et ferrugineux. Fruits larges, réunis

blanches, petites, en corymbes axillaires, longuement pédonculés; pédon­

par 2-3, à aile large, tantôt droite, tantôt recourbée, longue de 25-30 mm.

cules filiformes, munis au sommet de 1-3 petites vrilles filiform es; sépales

sur 8-10 mm. de large. — Abondant le long des rivières et dans les coulées

4, les 2 inférieurs plus larges; pétales 4, inégaux, portant de petites écailles

aérée- des parties inférieures de la Pointe-Noire rivière de la Petite-Plaine),

séparées des étamines par un petit disque; étamines 8; styles 3. Fruit vési­
culaire, dont la forme rappelle un bonnet de prêtre, plus large que long,

�PLANTES UK LA GUADELOUPE ET DE [.A MARTINIQUE

118

tardivement déhiscent, pubeseent; semences 3, bleues, sphériques, portant a
la base une large tache noire en forme de cu*ur. — Abondant dans les
savanes et le&gt; halliers de la répondu littoral. — Deseourlilz range cette
herbe dans les diurétiques excitants et dit que la décoction de la racine est
spécialement recommandée dans les atrections de la vessie et des voies uri­
naires. Dans le pavs, on se sert fréquemment des feuilles et des tiges dans les
bains tièdes et en cataplasmes émollients contre les abcès, les phlegmons et
les furoncles; l'eau dans laquelle on a laissé séjourner les feuilles pendant
quelque temps constitue un des meilleurs rafraîchissants. — Fl. pendant
l'hivernage. — Environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Trois-Rivières, PetitBourg, Capesterre, etc. Alt. 0-380 met. N° 2521.
M a r t i m q u e . Vulgo : Bonnet carré. — Abondant : Saint-Pierre, Parnasse,
Carbet, Marin, etc.

.V139.

SAPINDACÉES

P.

Vespertilio S\v.

;

Paullinic

&amp; pattes

1.19

de chauve-souris.

\

ulgo

:

Liane-

p ersil.— Puissante liane, haute de 10-15 met., à tiges adultes cylindriques,
ruguleuses, noirâtres, à jeunes tiges profondément sillonnées ou seulement
striées, â branches pendantes. Feuilles imparipennées, longuement pétiolées,
à 5 folioles ovales-oblongues, très grossièrement dentées vers le sommet ; la
paire inférieure est très éloignée de la supérieure, qui se trouve au mémo
niveau que la foliole terminale. Fleurs très petites, jaune pâle, en grappes
axillaires allongées, portées sur de très longs pédoncules qui sont pourvus,
à la base, dedeux stipules ovales-lancéolées, munies ausonwnet dedeuxgrandes
vrilles comprimées; sépales 5 ; pétales 4, pourvus de petites écailles; étamines8; disque formé de quatre glandes. Fruit large, pyriform e, s’ouvrant par
déhiscence septicide, pourvu au sommet de (rois ailes membraneuses et
oblongues, plus courtes que le fruit el situées horizontalem ent; semence 1,
brune, à moitié plongée dans un arille blanc, ondulé sur le bord, spongieux

La variété S. microcarpum Bl. se distingue du précédent par ses fruits

à l’état frais. — A vec les tiges, on fabrique des bâtons à la fois très flexibles

plus petits, plus déprimés, et par ses côtes plus saillantes [X°2421.] — M arti­

el très solides. — FL en février el mars; fruits mûrs en octobre et novembre.

nique N°* 38 et 38 a.j

— Assez abondant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes (canal Dupuv,

Urvillea Kth dédié par Kunlh au navigateur français J. Dumont d ’ U rville,

rivière Roche, etc.). [N ° 3599.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-persil. — Parnasse, Fonds-Saint-Denis, Grande-

né à Condé-sur-.\oireau ; il a entrepris, de 1826-29, un voyage de décou­

Rivière. [N os 1483, 1483 h. P. microsepala Radlk. in Monogr. Paullm ue ,

vertes en Australie; a écrit une énumération des plantes des îles Falkland et

Fnumeralio plantaruni, quas in msulis Archipel, el liltoribus P o n liE uxin i collegil.)

1895-96, p. 253.
P. Cururu L. part. \ Plum ., édit. Burm., t. 111, fig. 2; Paullinic Cururu
(mot caraïbe). V u lgo ; Liane à scie, liane-mangle, persil noir. —

U.

ulmacea Kth; l rvillée à fruits d'orme. N ulgo : Liane-persil, liane-

Vivace,

grimpant, liant de 2-6 met., à branches flexibles, pendantes, à jeunes branches

savon.— \ ivace, grimpant, à tiges minces, flexibles, striées et à 4-6 angles

quadrangulaires-sillonnées, à angles saillants. Feuilles &lt;1igi tées-tri foliées, à

saillants. Feuilles ternées, d'un vert très pâle, à folioles ovales, acuminées.

folioles très brièvem ent pétiolées, ovales-elliptiques, acuminées, grossière­

grossièrement et irrégulièrement dentées, arrondies au sommet ou terminées

ment el irrégulièrement dentées vers le sommet : la terminale plus grande;

en pointe; pétioles secondaires très légèrement ailés; vrilles de deux sortes :

pétiole commun ailé. Fleurs blanches, en grappes courtes, axillaires; stipules

les unes longues, axillaires, sortant des aisselles des feuilles; les autres tou­

courtes, lancéolées; vrilles opposées aux feuilles ou caulinaircs. Fruit pyri­

jours par 2, courtes, naissant au sommet des pédoncules. Fleurs blanches, en

forme, trigone, surmonté de trois styles persistants, s’ouvrant par déhiscence

grappes : les une&gt; axillaires, les autres portant tles vrilles pédonculaires ;

septicide; semences 1-3, noires, luisantes, nichées dans un arille épais et

sépales 5; pétale' L munis défailles; étamines 8. Fruit samaroïde, vésicu-

blanc. — Dans l’opinion des habitants, les graines passent pour être un

leux. trilobé-lriailé; contenant trois semencescrustacées, globuleuses, pourvues

poison2. A vec les tiges, on fait également des bâtons solides el flexibles. —

d une arille

Abondant dans les endroits marécageux du bord de mer : Lamentin, Trois-

blanc. —

Rare : route des Trois-Ilets aux Anses-d’A rlet.

X°* 40. 1482.j — Je ne Lai pas trouvé à la Guadeloupe.
Paullinia L.

dédié par Linné à Simon Paulli, né en 1603, à Rostok; en

Ilots, Ducos; plus rare à 1 intérieur : boulevard de Saint-Pierre, Prêcheur.
N° 1485. |— Elle ne se trouve pas à la Guadeloupe.

1632, professeur de médecine, et. en 1639, professeur d’anatomie, de chi­

P. pinnata, L., Plum ., Descript., t. 91 ; Paullinie à feuilles pennées. Vulgo ;

rurgie et de botanique à Copenhague, mort en 1680; a écrit : Quadriparlilum hotanieum de simplicium medicamenlorum [acullalibiis , et la Flore
danoise. Fern. Paullinia écrit, en 1664. de Ahusu Tahaci et Herbue The ne ;

1. ' Partim Sçrjania nodosa Radlk. — Radlk., M onogr. Serjania, 1875, p. 341; Monogr.
Pauli., 1895-96, p. 14, ohs. nu 3, p. 128, 133).

Christ. Franc. PauUini, en 1(588, sur le Salvia, en 1700, sur le Jalap, en
1/04, sur la Muscade.

2. Cette espèce donne un suc qui serait employé par les sauvages de la Guyane, où
cette plante existe, pour empoisonner leurs flèches, il entrerait dans la préparation du
curare. (E. II.)

�120

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

Liane-persil. — Vivace, haut de 2-5 n u l, à jeunes tiges sillonnées-striées.
Feuille" longuement pélioléc», à 5 folioles brièvement pétiolées, coriaces,
luisantes, ovales-elliptiqucs, acuminées, irrégulièrement

et grossièrement

SAPIN DACEKS

121

caconnier rouge. — Arbre de taille moyenne, à écorce rousse, à branches
très étendues. — Ressemble au précédent par la taille cl le port; il en diffère
par ses feuilles adultes glabres, moins dentées, les pédoncules et pédicelles

dentées, à dents obtuses, distancées : la paire inférieure, éloignée de la supé­

beaucoup moins duvetés, mais surtout par son fruit à angles aigus. — FF en

rieure. est au niveau de la foliole terminale; le pétiole principal est ailé

décembre et ja n v ie r; fruits mûrs en mai, juin, juillet. — Peu abondant : çà

entre la première et la deuxième paire et de là jusqu’au point d’insertion sur

et là dans les bois secs de la ravine Blondeau (T rois-R ivières), sur le bord de

la tige. Fleur" blanches en grappes axillaires. Fruit pyriforme, couronné par

la rivière de la Petite-Plaine (Pointe-N oire) et de la rivière Noire, près du

les ro tes du style. Cette espèce se distingue de la précédente surtout par la

Saut-de-Gonstantin. [N 08 3376, 3561.]

forme de ses feuilles cl de ses folioles. — Assez rare. Gà et là dans les halliers de la région inférieure : Famentin, Rivière-Salée, Parnasse. [N° 1181.
— Je ne l ai pas trouvé à la Guadeloupe.
P. P lu m en i Tr. et PI. — Voir à la lin de l’ouvrage, aux Addenda, la des­

F.

Sapindus F. (du latin « sapo », savon, et « indus », indien, parce que les
graines servent de savon dans l’Inde.)

cription omise par l'auteur. iRadlk., Monog. Paulliniae, 1895-96, p. 809.)

Cupania

Il n'existe pas à la Martinique.

S. saponaria F., Desc., vol. IV , t. 261, p. 121 ; Sapindus saponaire. Vulgo ;
Savonnette, savonnier, bois mousseux. —

Grand bel arbre, à tronc très

dédié par Linné à Franç. Cupani, né en 1657, à M vrli en

droit, cylindrique, à frondaison allongée, à branches peu étendues, tantôt

Sicile; étudia la médecine, entra, en 1681, dans l’ordre de Saint-François ;
devint directeur du Jardin botanique du comte délia Catholica et professeur

fastigiées, tantôt étalées, à écorce grise, mince, sèche et lisse : celle des
jeunes branches couverte de lenticelles blanchâtres. Feuilles paripennées à

de lie-..! g

4-5 paires de

Païenne, mort en 1700; a écrit ;

Hortns Catholicus; Calalo-

guf planlarum sicularum ; a travaillé pendant vingt et un ans à l’histoire
naturelle de la Sicile et a laissé un ouvrage de 700 planches dont 191 furent
imprimées. )
C.

folioles oblôngues-lancéolées, coriaces, inégales à la base;

pétiole principal étroitem ent ailé. Fleurs blanchâtres, petites, disposées en
panicules larges réunies en groupe, soit à l'extrém ité des branches, soit à
l’aisselle des dernières feuilles; pédoncules et pédicelles couverts d’ un duvet

americana F., I&gt;esc., vol. II, t. 89, p. 89; Plum., édit. Burm., I. 110.

roux pâle, très court; sépales et pétales 5; étamines 10, insérées sur un

Vulgo : Yeux-crabes. — Arbre de taille moyenne, à branches très étalées?

disque complet ; styles 3. Fruit drupacé, sphérique, noir en dehors, de la gros­

horizontales, à écorce roussâtre, unie. Feuilles paripennées à 4-5 paires de

seur d'une cerise, muni à la base, à côté du pédicelle, d’ une large glande

folioles alternes, obovales-oblancéolées, régulièrement dentées en scie, à
dents inférieures distantes : celles du sommet du limbe, arrondies, rappro­
chées; cotes, nervures et nervilles de la face inférieure couvertes d un duvet
roux. Fleur» petites, blanchâtres, en panicules larges, terminales; jeunes
branches, pédoncules, pédicelles et calices couverts d'un duvet très roux et
tin; sépales 5, imbriqués ; pétales 5; étamines 8, insérées sur un disque com­
plet. Fruit large, déprimé au sommet, duveté de roux à trois coques sousligneuses,

s’ouvrant

par déhiscence loculicide, contenant chacune une

semence globuleuse, brune, lisse, luisante, enchâssée d'un arille rouge et
irrégulièrement frangé. — Descourtilz place celte plante dans les stoma­
chiques astringents à cause du tanin que contiennent les feuilles et les fruits;
il ajoute que les feuilles prises en infusion s’administrent dans le catarrhe
vésical et toutes les fois qu'il s’agit d’exciter la membrane muqueuse des
voies urinaires et des autres membres frappés d’atonie. — FF en avril, mai.

traversée d’un sillon profond; semence 1, par avortement des 2-3 autres
ovules, complètement sphérique, noire, lisse, dure. — On se sert des graines
pour fabriquer des chapelets et des bracelets; la pulpe des fruits, mise dans
l'eau, donne une écume blanche très abondante dont on se sert pour laver le
linge en guise de savon; les feuilles, macérées, produisent également une
écume savonneuse1; le bois est dur, grisâtre en dedans, pesant ; il sert à
faire des rouleaux de moulins, des moyeux, etc. — Descourtilz met ce végétal
au nombre des diurétiques sédatifs; il dit que le suc visqueux des fruits, qui
renferme du tanin, est administré à l'intérieur et en injections vaginales
contre les hémorrhagies utérines; il ajoute que la décoction de I écorce de la
tige est bonne, en injection, dans la leucorrhée vaginale et l’uréthrite; en
lotions, contre les vieux ulcères. — Malheureusement, cet arbre est devenu
rare ; çà et là autour des habitations et le long des rivières de la basse
région. —

FF en janvier et février; graines mûres en juin et juillet. —

— I.e bois est dur et blanc en dedans. — Très rare. De cette espèce, je
n’ai trouvé qu’un pied sur le plateau des Trois-Ilets. [N° 1486. — Il ne se
trouve pas à la Guadeloupe.

C.

tnguetra A . R ich .; Cupanie à fruit triquètre. Vulgo ; Bois-châtaignier,

1. Toutes les parties de ce végétal {fru it, feuilles), qui rendent l'eau mousseuse, ren­
ferment de la saponine comme le bois Je Panama. On utilise les mêmes propriétés dans
les fruits et feuilles du S. arI&gt;orescens A u bl. à la Guyane et du S. rigiJa V ahl aux Mascaraignes, L ’écorce de ces végétaux est réputée fébrifuge. (E. II.)

�122

PLANTES

DF LA GUADELOUPE ET DE LA

Rivière du la Petite-Plaine

MARTINIQUE

Pointe-Noire), environs des Abymes et du

Moule. Alt. 0-300 mèt. N” 3590.

M v h t im q i Yulgo : Savonnettier. — Plus abondant qu à la Guadeloupe
Saint-Pierre cours de l’hospice'.. Fort-de-France, Lamentin. [N" 01 1.
BUghia koen. dédié au navigateur anglais Bligh, qui a laissé une description d’un voyage dans les mers du Sud, 170*2.

B.

sapida koen.,

Akeesia

af ricana Tuss., Tuss., F/., 1, t. 3 ; Desc.,
vol. V II I, l. .‘&gt;&lt;&gt;0; Blighie savoureuse. Yulgo : Ris-de-veau. — Petit arbre à

SAPIN DACÉF.S

*

123

(près du Saut-dc-Constanlin), Ilouëlm onl (batterie), Vieux-Habitants. Alt.
150-380 mèt.
M a r tin iq u e .

N° 2908.]
Yu lgo : Bois-négresse. —

Assez abondant au

plateau

des

Trois-Ilets, à la montagne du Vauclin et dans les hauteurs de Case-Pilote.
[ N ° 584.

Melicocca L. (du grec « mcli », miel, et « hokkos », baie, fruit, allusion à
la saveur du fruit.)

feuilles pennées, à 3-4 paires de folioles opposées, à Heurs blanches, pubes-

M. bijuf/a L ., Jacq., Sel, Am . stirp. hist ., I. 172. Melicocca à feuilles

centes, en grappes axillaires, à fruits grands, rouges en dehors, obovales-

bijuguées. Yu lgo : Ivenetlier ou kénepier. — Grand arbre, à tronc droit,

oblongs. à trv»i&gt; grosses côtes, s’ouvrant par déhiscence loculicide, contenant

anfractueux à la base, à frondaison large, arrondie, à écorce grise ou noi­

1-2 graines noires, polies, entourées dans les deux tiers de leur longueur par

râtre, peu fendillée. Feuilles paripennées, à deux paires de folioles opposées,

un arille blanc, charnu, ressemblant à des ris de veau. — Cet arille se mange

glabres, entières, elliptiques. Fleurs blanchâtres, exhalant une odeur forte,

dans les fricassées de poulet ou autrement. L'arbre est originaire de la
Guinée Afrique tropicale', d’où il fut apporté par un vaisseau négrier à la
Jamaïque. II est maintenant répandu dans toutes les Antilles. — Le bois est
d’une consistance solide et sert pour la menuiserie. Les Heurs, odorantes,
permettraient de préparer une eau distillée aromatique. — Se cultive çà et
là autour des habitations : Saint-Pierre Fond-Corét, Basse-Pointe, Fort-deFrance, etc.

N° 1810F — On dit qu’il existe aussi à la Guadeloupe.

Lepisanthes

plus ou moins agréable, souvent dioïques, plus rarement monoïques, rare­
ment polygames, en panicules terminales, avec des grappes simples, axil­
laires, situées dans les aisselles des feuilles de l'extrém ité des branches : les
panicules des fleurs femelles beaucoup plus courtes que celles des mâles;
calice à 4 segments profonds; pétales 4; étamines 8, insérées sur un petit
disque complet, noir ; styles 2 ; stigmates 4, bilobés, très courts ; ovaire placé
dans le disque, entouré, à la base, d éfailles ciliées-frangées. Fruit globuleux-ovoïde, à péricarpe subcharnu, mince, vert en dehors, blanc en dedans;

tetraphylla Radlk., arbre de petite taille, originaire de

graines volumineuses, entièrement enveloppées d'un arille gélatineux d’ une

l’archipel indien, est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre, où il fleu­

saveur légèrement acidulée, astringente et très agréable. — L ’amande, cuite

rit tous les ans, mais ne donne pas de fruits. \°1837.]

ou rôtie, peut être mangée comme la châtaigne; le bois est dur et se prête à

Le

Schmidelia S\v.

dédié à Casimir Christ. Schmidel, né à Baireuth en 1718;

devint, en 1742, professeur dans sa ville natale, et, en 17-13, à Erlangen; en
1703. médecin du Marcgraf d’Ausbach; s’occupa beaucoup d’histoire natu­
relle, surtout de botanique ; il a laissé, entre autres choses : Icônesplaniarum

et analysis partium.)

S. occidentales Sw., Allophylus occidentalis Radlk. ; Schmidelie occidentale.
Yulgo : Café jaune, petit-café. — Arbuste ou petit arbre, à branches étalées,
à écorce grise, à jeunes branches pubescentes. Feuilles ternées, longuement
pétiolées, à folioles elliptiques, sinuées-dcntées, à dents courtes, aiguës,

la construction. — Fl. en avril, m ai; fruits mûrs en juin, juillet, a o û t.—
A lt. 0-350 mèt. Dans toute la Guadeloupe et la Grande-Terre. [N ° 3718.]
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Kénettier. — Dans tout le pays. |)N° 1809.]

Dodonæa L. (dédié à Rem bcrl Dodoens (en latin Dodona*us), né en 1518 à
Mcchelen,

en Belgique;

fut médecin de l’empereur Maximilien

II et de

Rodolphe 11, ensuite professeur à Leyde, m ort en 1583 ; il a laissé Cnsydeboek
avec ligures, ouvrage corrigé de : Ilistoria slirpium .)
D.

viscosa L., SL, t. 162, f. 3; Dodonée visqueuse. Yu lgo : Mangle-oseille.

— Arbuste buissonneux, élégant, très droit, rarement petit arbre, à branches

infléchies vers le limbe, glabres en dessus, duvetées et grisâtres en dessous.

fastigiées, à feuilles, fruits, pédoncules et jeunes branches visqueux. Feuilles

Fleurs d'un blanc pâle, en grappes simples ou divisées, raccourcies, presque

obovales-lancéolées, oblancéolées. Fleurs verdâtres, en corymbes paniculés :

aussi longues que le pétiole principal; sépales 5, ciliés; pétales 4, ciliés; éta­

les terminaux, plus larges; les axillaires, plus courts; calice à 4 sépales;

mines 8, de longueur inégale, entourées, à la base, d’un disque glanduleux.

pétales nuis; étamines 10. insérées sur un disque hypogyne. Fruit samaroïde,

Fruit sphérique, un peu plus grand qu’une graine de poivre, jaune en

à 3 ailes égales, arrondies, membraneuses, formant au sommet, à leur point

dehors, contenant une semence globuleuse. — Cet arbrisseau perd souvent

de jonction, trois sinus profonds, à 3 loges, s'ouvrant par déhiscence septicide,

le&gt; feuilles en temps de floraison. — FL en mai, juin et juillet. — Peu abon­

contenant chacune deux graines ovales, dont 1a supérieure est dressée et l’in f é-

dant. Çà et là dans les bois et les falaises de la basse région : rivière Noire

rieure pendante. — Assez abondant sur le plateau calcaire de la Désirade,

�SAIH ACRES
PLANTES

124

125

HE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

dans les &lt;ables «lu boni de mer, de Folle-Anse

Marie-Galante). — Fl. en

avril, mai. juin, souvent aussi en septembre et octobre. X°* 2904, 3627.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Olivier bord-de-mer. — Fond Canonville (ra re);

QUARANTIÈME FAMILLE.

-- SAB1ACEES.

abondant au bord de merdes Anses-d’Arlet surtout à la Grand Anse) et du
Diamant. N° 368.
I.

Euphoria Litchi Commers., Nephelium Litchi L. \ ulgo : Litchi ou

Letchi: a été introduit à la Guadeloupe, il y a une quarantaine d’années : le
premier pied a été planté au Petit-Bourg, d’où il s’est répandu dans le pays.
Pour le faire produire plus vile on le propage par marcottes. — Fl. habi­

Meliosma Urb. (du grec « méli », miel, et « osmé », odeur, parce que les
fleurs exhalent une odeur de m iel.)
M. Pardoni Kr. et Urb., nova species ; Meliosma de Pardon (Gouverneur
de la Guadeloupe, 9 ju illet 1894-8 juin

1895). \ ulgo : Graines v e r le s .—

tuellement en janvier ou février. X° 2909.
M a r t i n i q u e . — Le premier Letchi a été planté en 1826 dans le jardin du

Grand arbre, haut de 18-25 met., très branchu, à tronc droit, anfractueux à

Gouvernement de Fort-de-France; selon le rapport de M. Bélanger, direcreur du Jardin botanique de Saint-Pierre, il a fleuri une lois et a produit des
fruits. Le?- pieds qui existent actuellement dans le pays proviennent de deux
grand&gt; pieds, qui ont été pris à la Guadeloupe et plantés dans le jardin de
M. Ernest Duehamp, ex-notaire, sur l’habitation Baranville, aux Trois-Ponts.

giées : les inférieures, étalées. Feuilles très coriaces, rudes, épaisses, obo-

wX* 1811. J

daires, fortes, saillantes en dessous, imprimées en dessus, côtes secondaires

la base, à écorce noirâtre et fortement fendillée, à branches supérieures fastivales ou obovales-elliptiques, arrondies au sommet ou terminées en une
pointe très courte et obtuse, rétrécies en coin à la base, habituellement rou­
lées sur les bords, très vertes en dessus, d’ un vert ferrugineux en dessous et
entièrement couvertes de squamules minces; côtes

principales et secon­

arquées, reliées par des arcades, près du bord du lim be; limbe long de
8-12 cm. sur 3-5 cm. de large ; feuilles des branches de la panicule (proTRENTE-NEUVIÈME FAMILLE.

— S TA PH V LÉ A C É E S.

Turpinia Vent, dédié par Yentenat au Français P. J. Fr. Turpin, botaniste
et peintre de plantes, mort en 1840; il a écrit : Essai d'une iconographie des
plantes, 1820, et avec A. Poiteau : Flores parisienses, 1808.)

phylla) 2-5 plus courtes; pétioles courts, à base élargie, épaissie, ruguleuse,
grise et transversalement fen dillée; partie supérieure de l'axe de la panicule,
et surtout les pédicelles, couverts d’ un duvet ferrugineux. Fleurs petites,
sessiles, d'un blanc très pur, à odeur de miel, en panicules pyramidales,
longues de 11-13 cm., soit terminales, soit situées à l’extrémité des branches;
calice à 5 sépales persistants, imbriqués: les 3 extérieurs, plus grands; éta­

T. occidentalis Don., SL, t. 220. Staphylea S\v. ; Turpinia occidental.
\ ulgo ; Bois-pilori. — Assez grand arbre, à branches souvent très étalées, à

mines 5, dont 2 seules fertiles, insérées sur un disque hypogyne ; anthères

jeunes branches cassantes, verruqueuses, tachetées de lenticelles ligneuses,
blanchâtres, à écorce fortement fendillée. Feuilles glabres, larges, longuement
pétiolées. imparipennées, à 7-11 folioles ovales-lancéolées, acuminées, serre-

style 1, simple, ovaire sessile, à 3 loges, contenant chacun 2 ovules. Fruit

tées, à dents aiguës, blanches, droites ou infléchies vers le limbe. Fleurs d’un
blanc mat, en panicules terminales, trichotomes, très lâches, plus ou moins

lièrement sillonné-bosselé ou raboteux. Avant d'ètre mûr, son épicarpe est

pendantes; calice à 5 sépales très verts ; pétales5; ovaire à 3 loges,contenant
chacune 1-3 ovules; styles 3, distincts; étamines 5, insérées sur un disque

glauque clair, de sorte que la panicule entière ressemble, à s’v méprendre, à

hypogvne. Fruit baccien, trimamelonné-trigone au sommet, chaque mamelon
portant une pointe, reste du pistil; graines 1-3, osseuses, d'un gris blanchâtre,

et porte des taches grises et irrégulières; la pulpe disparaît; semence I,
oléagineuse. — FL en mai et ju in ; les fruits mûrs restent plus d’ un an sur

très lisses, luisantes. FL en avril, mai; graines mûres en juin, juillet, août.
— Abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du Matouba, des Vieux-Habi­
tants; plus rare dans les bois de la Pointe-Noire. Alt. 450-1000 mèt.
N" 3436.

l'arbre. La plante fleurit avec une grande abondance pendant deux ou trois
saisons : elle se repose ensuite pour refleurir quatre ou cinq ans après. —

M a r t i n i q u e . Yulgo ; Bois-vignot. — Rare : çàet là dans les bois d e l'habi­
tation Saint-Martin, sur le flanc occidental de la Montagne-Pelée. X° 1821.J

les constructions dans l'eau et dans la terre; on en fait aussi de belles planches

biloeulaires, globuleuses, à loges opposées et longitudinalement déhiscentes;
drupacé, peu pulpeux, obové, de la grosseur d'un grain de muscat, muni, à
la base, d’une petite proéminence latérale; endocarpe osseux, très dur, irrégu­
luisant,

très

lisse, presque translucide, très légèrement ponctué, vert-

une grappe de raisins non mûrs ; à l étal de maturité, l’épicarpe devient noir

Le bois est dur et rouge, variant jusqu’au brun; il passe pour être inatta­
quable par les poux de bois et incorruptible ; on l'emploie avec avantage pour

�J2&lt;*

pour les boisent". — A-sox abondant dans 1os bois inférieurs des BainsJaune-, du Malouba, des \ ieu\-Habilants, etc. Alt. o50-/00 mèt. !_.V 3-135.J

127

M ELI ACIil'.S

PLANTES DE LV GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

lleurs; peu gracieux, quand il est âgé, à cause de ses branches horizontales
ou inclinées cl maigrement feuillues. Feuilles 2 fois composées imparipennées, à 3-1 I folioles dentées, ovales-elliptiques. Fleurs à odeur de lilas en

Il n'existe pas à la Martinique.

cvmes panieulées, larges, soit terminales, soit accompagnées d'autres pani-

M. //erberfn Holfe : Meliosnia de Herbert. N ulgo : Graines-violeltes, bois-

cules situées aux extrém ités des branches; calice monosépale à 5 dents pro­

violet. — Le plus souvent grand arbre, à branches nombreuses : les infé­

fondes; corolle polypétale à 5 pétales violets ou violacés, ou panachés de

rieure', étalées : 1rs supérieures, fastigiées, à jeunes branches très angu­

blanc et de violet, alternant avec les lobes du calice; étamines soudées en

leux -, couvertes de verrues grises ou rouges et de cicatrices laissées par les

tube, 20-30, violet foncé, élargies au sommet ; anthères 10, scssiles au som­

feuilles. Feuille- obovales-ellipliques, pointues au sommet, rétrécies en coin
à la base, longues de U M 5 cm. sur 3-5 cm. de large : consistance, couleur et
nervure- des feuilles, pétiole, pubescence des pédoncules et des pédieelles,
forme, couleur et parfum des fleurs, à quelques petits détails près comme

met du tube.

dans le précédent. Panicule allongée, dépassant de beaucoup les feuilles,
longue de 1ïi-22 cm. à la base, d'une largeur de 5-0 cm., portée sur un pédon­
cule beaucoup plus long que dans le M Pardoni. Fruit non mûr violet foncé,
en-uile violet noir, d'abord pulpeux, ensuite sec, long de 2 cm., obové, muni,
à la base,de 2 mamelons latéraux dont 1 plus petit; drupe portée latéralement
sur un pédoncule prenant naissance au petit mamelon. A mesure que les
fruits mûrissent, la panicule s'allonge et devient peu à peu pendante. — Le
bois est dur, noirâtre en dedans avec des rellels jaunes; il est élastique,

Fruit drupacé, globuleux ou globuleux-ovoïde, jaune

en

dehors; à la maturité, de la grosseur d’une petite noisette; grappes dressées
quand elles fleurissent, pendantes quand elles sont chargées de graines. —
FL habituellement deux fois par an. — Le bois est blanc, mou, très cassant
cl ne peut servir que pour le chauffage; l’écorce et la racine sont vermifuges;
la pulpe est, dit-on, un poison pour l'hom m e; elle est mortelle pour les
chiens; avec les noyaux on fabrique des chapelets 1. — Çà et là dans la
région inférieure, se cultive souvent dans les jardins et les cours. A lt.
0-350 mèt. [N ° 2310.]
M ahtinique . Y u lgo : Lilas du pays. — Assez abondant dans toute l ile.
[N 01488.]

résistant et peut servir pour la menuiserie aussi bien que pour les construc­

Trichilia Sxv. (du grec « tricha », par trois, triplement, parce que dans les

tions dans la terre et dans beau. Les graines restent également plus d'un an

espèces-types les feuilles sont composées de 3 folioles, ont un ovaire à 3

sur l'arbre qui fleurit avec une grande abondance pendant le mois d'avril

ovules et un fruit à 3 valves.)

ou de mai et cesse ensuite durant plusieurs années. — Assez abondant dans
les bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, dans les bois du Gom­
mier, des Trois-Rivières. Alt. 100-750 mèt. N° 2412.
M YBTixiQiE. \ ulgo : Bois-de-sept-ans i parce qu’on croit qu il ne ileurit que
tous les sept ans . — Bois des Fonds-Saint-Denis, du Lorrain, du Campde-lAlm a. .V 53.

T. sim plicifolia Spreng., T. diversifolia Tuss.; Trichilic à feuilles simples.
Yulgo : Bois-de-fer bâtard. — Petit arbre ne dépassant guère 5 mèt. d’éléva­
tion, très branchu, à écorce grise,
simples,

unie. Feuilles très variables, tantôt

tantôt imparipennées à 3-5 folioles ovales-elliptiques, entières,

coriaces, plus ou moins luisantes en dessus; foliole terminale toujours beau­
coup plus ample que les 2 ou 4 autres qui vont en décroissant. Fleurs petites,
blanches, exhalant une odeur exquise et forte, en panicules courtes, axil­
laires; calice à 4-5 dents courtes, aiguës; pétales 5 ovalcs-oblongs; étamines

yl ARANTE-I NIÈ.ME FAMILLE. — M ÉLIACÉES.

soudées en un tube court; ovaire à 3 loges. Fruit gris, de la grosseur d’ une
petite noisette, s’ouvrant en .‘5 valves par déhiscence loculieide; graines 1-3,
brunes, lisses, luisantes, entourées, à la base cl d’un côté, d’un arille blanc

allusion à la forme des feuilles :

qui devient noir en se desséchant. — FL en avril, mai, juin. — Le bois est

le mot dérive de « méli ». miel, parce que plusieurs espèces de frêne con­
tiennent un suc doux.)

dur, excellent pour la construction et aussi pour la menuiserie. — Assez

Melia L.

du grec « mélia », frêne,

M. sempertirem S\v., M. azedarach L.; Melia toujours vert. Yulgo : Lilas
du pays. — Arbrisseau ou petit arbre, ne dépassant que rarement 5 mèt.
d'élévation, originaire de la Perse et de la Syrie, naturalisé depuis de longues
années dans toutes les Antilles, très élégant par son port, son feuillage et
se? branche? fastigiées : quand il est jeune, toujours li és ornemental par ses

abondant dans presque tous les bois humides ou secs du pays. Bains-Jaunes,
Matouba, Pointe-N oire, etc. A lt. 300-900 mèt.

N os 2312, 3217.]

I. L ’écorce de ce végétal est nauséeuse et amère. Les feuilles sont réputées astrin­
gentes et stomachiques : dans l'Incle on les applique en cataplasme sur les ulcères. Les
fruits sont vénéneux à haute dose, les semences fournissent environ 18 “/„ d une huile fixe,
odorante, qui pourrait être utilisée dans l'industrie du savon. (E. II.

�128

PLANTES nu LA GUADELOUPE ET DE LA

M a rtinique.

—

MARTINIQUE

Bois-de-1'Anglais, mahot-anglais. — Calebasse,

Camptrès étendues, horizontales ou inclinées. Feuilles larges, paripennées, à 2-3

llalata, fontaines Didier et Absalon, etc. [N ° 163.]
Guarea L.

G

paires de folioles elliptiques, très vertes et luisantes. Fleurs blanches, très
odorantes, en panicules terminales ou situées aux extrémités des branches;

nom qu'on donne à cette plante à Cuba.)

ramiflora Vent.,

Guarea

humilis Bertero; Guarea à fleurs situées sur

les branches. Vulgo : Nétlier-des-bois, tamarin-des-bois, bois-pistolet. —
Arbre de petite taille, à branches irrégulièrement disposées, le plus sou­
vent étalées. Feuilles

paripennées à 1-3 paires de folioles très vertes,

glabres, elliptiques, membraneuses, larges, pointues au sommet. Fleurs
blanches exhalant une forte et très agréable odeur, en grappes simples, rare­
ment composées, striées à l’extrémité des branches; pétales 1, ovales, arron­
dies au sommet ; étamines soudées en un tube conique, très évasé à la base;

calice à 4 dents très courtes et arrondies; pétales 4; anthères sessiles, insé­
rées au sommet du bord intérieur du tube staminal; stigmate exsert. Fruit
de la grosseur d'un œuf de poule, obové, gris brun en dehors, uni, déhiscent,
s’ouvrant en valves ligneuses et épaisses; semences 5 ou 8 et alors super­
posées, rouge verm illon sur le dos avec une tache blanche au milieu. Celte
espèce se distingue facilement des autres par l'ampleur des feuilles et du
fruit. — FL en avril, mai; fruit mûr en juin, ju illet et août. — Rare. Alt.
400-800 mètres. Çà et là dans les bois de la Calebasse et de la fontaine Absa­
lon. [ X" 1489.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

anthères sessiles, insérées près du bord inférieur du tube; pistil aussi long
que le tube; style filiforme; stigmate capité; ovaire entouré vers la base d'un
anneau, à 1 loges biovulées. Fruit brun, ruguleux, tacheté de pointes grises,
de la grosseur d'une nèfle de France, s'ouvrant en 1 valves par déhiscence
loculicide; semences 4, d'un magnifique rouge vermillon et luisant sur le
dos, blanches sur tout le côté hilaire. — Assez abondant dans les bois de
Gourbevre

morne Goblin), des hauteurs

du Baillif, du

Gommier, du

Cedrela L. (du mot latin « cedrus » .)
C.

odorata L.; SL, t. 220, f. 2; Br. Jam., t. 10, f. 1; Dose., vol. V I, l. 411,

p. 120; Cédrèla odorant. Vulgo : Acajou amer, acajou du pays, acajou à
meubles, acajou senti. — Grand arbre à tronc droit, à écorce fendillée cl à
base anfractueuse, quand il est vieux. Feuilles imparipennées à 10-16 folioles
entières, ovales-elliptiques ou elliptiques, pointues, inégales à la base ou

Matouba, des Vieux-Habitants, etc. — Le bois est dur et recherché pour la

obliques; pétiole court, pubescenl. Fleurs petites, blanchâtres ou légèrement

construction. — Alt. 400-900 mèt. N" 3301.

jaunâtres, émettant une odeur forte et peu agréable, en panicules longues,

M a r t in i q u e .

Vulgo : Bois-pistolet. — Dans presque tous les bois du pays,

mais surtout dans les bois de la Sibérie (Prêcheur). N° 591.j

terminales et pendantes ; calice à 5 lobes; pétales 4, hypogynes, oblongs,
pourvus d'une nervure médiane qui, à [ intérieur, forme un petit p li; tube

Perotletii A. Juss., G. trichilioides Gr. ; Guarea de Perottel (botaniste

staminal combiné avec le gynophore; étamines H&gt;, dont 5 stériles; ovaire à

français . Vulgo : Bois-pistolet. — Arbre de taille moyenne ou plus petit.

5 loges, contenant chacune 8-12 ovules. Fruit capsulaire s’ouvrant de haut

G.

Feuilles paripennées, à 2-5 paires de folioles oblongues ou elliptiques-

en bas en 5 valves, par déhiscence septifrage ; graines imbriquées, pourvues

oblongnes, très glabres, coriaces, très vertes et luisantes en dessus. Fleurs

d’ une aile membraneuse et mince. — Abondant dans les mornes et les falaises

en grappes allongées, spiciformes simples ou plus rarement composées à la

et autour des habitations de la région inférieure. — Son bois est assez dur,

base; calice pubesceut. à 1 dents arrondies; pétales4, pubescenlsen dehors;

sans aubier, rougeâtre avec de belles nuances; exhale, surtout quand il est

ovaire pubescenl ; pédoncule principal vigoureux, ruguleux, fendillé et cou­

sec, une agréable odeur : il se laisse facilem ent travailler et, à cause de son

vert de lentilles blanches et allongées. Fruit pyriforme, plus petit que dans

amertume, il ne se laisse jamais attaquer par les insectes. C ’est pour ces

le précédent, pourvu de côtes et de bosselures irrégulières; déhiscence et

raisons qu’il est employé si fréquemment pour la fabrication des meubles,

semences comme dans G. ramiflora. — FL en avril, mai, ou en décembre et

des cercueils, fies cassettes, des rayons de bibliothèque, des boîtes à cigares,

janvier. — Dans les bois des Bains-Jaunes, dans les falaises des rivières

etc. Dans le pays, on emploie l’écorce réduite en poudre pour sécher les

Bouge et Noire, dans les bois du Matouba et de Gourbeyre, etc. — Le bois

plaies, et les feuilles, dont l'odeur est désagréable, pour chasser les puces1.

est dur et s'emploie avantageusement pour la construction. —

A lt. 350-

900 mèt. X° 2314.j
M a rt i n i q i e .

Vulgo ; Bois-caco. — Dans les bois de l'Alma, de la Calebasse,

de l Ajoupa-Bouillon et du Lorrain.
G.

FL en mai et juin; fruits mûrs en juillet et aofit. — A lt. 0-350 mèt.
N° 2315.J

N° 1499.'

Kunlhianum A. Juss., variété Hahnianum Kr. et l ’ rb. Vulgo : Goya­

vier-bois. bois-dc-xose, bois-pistolet. — Arbre de petite taille, à branches

1. L ’extrait du Lois est fébrifuge : ce bois laisse exsuder une résine aromatique. L'in­
fusion des feuilles et des fleurs est considérée comme antispasmodique
la Guyane, et
employée en injection dans les maux d’oreilles. L ’écorce est très astringente, amère, et
constitue un bon tonique et fébrifuge. Le fruit serait anthelminthique. L'huile des graines
est recommandée pour la cicatrisation des brûlures et blessures. Il serait intéressant
d'étudier la résine aromatique de ce bois. (E. IL '

Uns». — Plante * Guadeloupe

et M artinique.

9

�130

PLANTE'

DE LA GUADELOUPE ET

MHLIACBËS ---

DE LA MARTINIQUE

M artinique. Vulgo : Acajou. — Assez abondant. N° 1408.
De cette famille on cultive dans les deux îles trois espèces d'arbres, inlro-

1 Le Kaya

senegalensis A. .luss.,

Swietenia

sénégalaise Desr.

Vulgo

:

Mahogani du Sénégal. — Très grand arbre, à large fronde, à branches très

131

talion La Jacinthe), cl dans le pays sur quelques propriétés. — Fl. en novembre
el décembre. [N 0 3*216.] 1
M a r t in iq u e .

duits et d'une grande importance :

AURANT1ACÉHS

V ulgo : Carapate, bois rouge. — Au Jardin botanique, d'où

il s’esl répandu dans le pays; on le Irouvc naturalisé au Mornc-Jubin, dans
les hauteurs de l'habitation Pécoul. [N ° 1496.]

étendues, à feuilles paripennées de *2-4 folioles, à fruit de la forme et de la
grosseur d une poire, s’ouvrant en 5 valves, de haut en bas, par déhiscence
QUARANTE-DEUXIÈME FAMILLE.

septifrage. Introduit du Sénégal, où il est indigène. — Fl. en juin et juillet,
et rapporte des fruits en novembre, décembre et janvier. — Basse-Terre

-- A U R A N T IA C É E S .

hôpital Militaire, habitation Saint-Aude-Gall', Vieux-Habitants (habitation
Les représentants de celle famille, qui constituent un groupe de petits

Kollin . N° 3*215.]
M artinique. Vulgo : Acajou du Sénégal. — R are1. Prêcheur (habitation

arbres ou arbrisseaux très importants, sont tous exotiques, mais naturalisés

le Céron et Jardin botanique de Saint-Pierre.

depuis longtemps; ce sont :

*2"' Le

Swietenia Ma hagoni L., Tuss.,

N° 507.]

F l., IV, l. *23; Desc., vol. I, t. 99, et

vol. V I, t. 410. Vulgo : Acajou de Saint-Dominique. — Très grand arbre à
feuilles paripennées, à 6-10 paires de folioles petites et inégales à la base, à
tleurs blanches en petites panicules coryrnbiformes, situées à l’extrémité des
feuilles, à fruit large, pyriforme, s’ouvrant de bas en haut en 5 valves
ligneuses. — Fl. en mai; fruits mûrs en septembre et octobre. — BasseTerre Jardin botanique, et yà et là autour des habitations. N° 3*214.
M a r tin iq u e.

Vulgo : Acajou de Saint-Dominique. — Jardin botanique de

Saint-Pierre et sur plusieurs propriétés de l ile. X° 1497.
Ces deux espèces fournissent un bois précieux ( bois d'acajou) pour la
menuiserie, les boiseries, etc., et devraient être plantées en grand2.
3 Le

Carapa guyanensis

A ubl.; Carapa de la Guyane nom donné par les

Citrus L. (du grec « kilron, kilria, kitrion, kilros », qu'on croit être un
mot africain.)
C.

médira L. Vulgo ; Citronnier. Desc., vol. V, t. 339, p. 131. — O rigi­

naire de la M édie. On rencontre un grand nombre de variétés, soit cultivées
soit à l’état sauvage; entre autres : le limonier à peau très ruguleuse et
épaisse, le citronnier de Valence, le limettier, le citronnier doux, le citronnier
sans piquants, etc. — Dans quelques endroits, surtout à la Martinique, on
lait avec le citronnier des haies vives, impénétrables qui, soumises à la taille,
deviennent très belles; les graines pilées sont employées comme verm ifuges;
le jus du fruit est fébrifuge, stomachique, antiscorbutique et surtout sudo­
rifique ; les charbonniers, les coupeurs de bois et de chou palmiste, les bra­
conniers de la Martinique se munissent habituellement de quelques citrons,

Tamanaco&gt;. peuple de l'Amérique du Sud, et qui signitie « huile, graisse »,

pour que, dans le cas où ils seraient piqués par un serpent, ils puissent boire

parce que les graines sont très oléagineuses;. Vulgo : Carapate. Desc., vol. V I,

le jus et s’en frotter l’endroit piqué, pour neutraliser le venin. Le bois est

t. 466. — Grand bel arbre, à branches supérieures, fastigiées, les inférieures,

compact, solide et a de belles nuances : il est employé avantageusement

horizontales; à feuilles larges, pennées; à fleurs en panicules larges, racé-

dans la menuiserie et pour les ouvrages de tour. — L'arbre pousse ju squ ’à

miformes : le&gt; unes, terminales; les autres, situées à l'extrémité des branches;

une altitude de 700 mèt. [N ° 3758.]

à fruits larges, ressemblant, pour la forme et la grosseur, à un petit cacao,
'ou vran t par déhiscence septifrage en 4-5 valves charnues; à semences
larges, anguleuses, oléagineuses et mangeables. — Rare. Basse-Terre (habi-

M a r t in iq u e . [ N ° 6 00 .]

C.

Aurantium L. Vulgo ; Oranger, orange douce. Tuss., F l., III, t. 14;

Desc., vol. V’ , t. 338, p. 127. — Petit arbre, plus grand que le citronnier,
selon toutes les probabilités originaire des contrées méridionales de la Chine

1. Ce végétal précieux donne l’écorce de cail-cêdrat des officines, qui, d'après Cavenlou 1*49 , renferme un principe amer particulier, le cail-cédrin, une matière grasse et
des matières colorantes. Cette écorce, désignée quelquefois sous le nom de quinquina
du Sénégal, est amplement douée d’une action tonique calk-oédrine), qa’on peut utili­
ser contre les fièvres légères. K. II.)
2. En outre, la décoction de l'ccorce est employée à la Guyane pour panser les bles­
sures par amies à feu : cette écorce, amère, astringente, antiseptique par son essence)
et fébrifuge, aurait à être étudiée avec soin. Son fruit capsule ovoïde) donne, par ses
graines, une huile dite de carapa, à la Guyane, qui mériterait aussi d'ôtre étudiée. (E. II.)

et des îles de larch ipel indien; introduit p a rles Portugais aux Canaries, à
Madère, d’où il fut propagé clans tous les pays que baignent les eaux de la
Méditerranée. On cultive plusieurs variétés, surtout la lime, la bigarade.
1. L'huile clés graines de carapa est amère, mais pourrait servir à l’industrie des
savons : l’écorce, riche en tanin, est employée comme tonique et fébrifuge, propriétés
qu elle doit à la présence d’un alcaloïde (Cavcntou, 1859). (E. II.)

�132

PLANTES

Dt

LX MARTINIQUE

AU IIAN'TIACÉRS —

ET DE LÀ GUADELOUPE

Vulgo : Orange amère ou orange-sure, et qui possède par excellence des
vertus fébrifuges et sudorifiques. — Dans le pays on se sert des feudles en
infusion théiforme contre les dérangements du ventre cl aussi comme anti­
spasmodique. De bois

est

utilisé au même litre que celui du citronnier. A lt.

Cookia pnnctala

I1ALSAMIXKRS

---- OXALIIlÉES

133

Retz, (dédié au célèbre navigateur anglais Cook, 1723-

1779). Cookia à fruits tachetés de points bruns, — Petit arbre, originaire de
la Chine et des Moluques; à Heurs blanchâtres, en paniculcs larges, termi­
nales; à fruits pulpeux, ovoïdes, de la grosseur d’ un œuf de pigeon, d'une
saveur très sucrée et agréable; se cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre

0-700 met. X* 2354.]
M artinique.

Le

GKRANIACÉKS ----

et chez quelques amateurs de plantes utiles. [N ° 1942.] — Il ne se trouve

[N° 1817.j

pas à la Guadeloupe.

C. sinensis Riss.; Orange de Chine. Vulgo : Mandarine, orange-macaque.
— Petit arbre, originaire des parties chaudes de la Chine. On cultive deux
variétés : la grosse et la petite. (Les spécimens manquent.)
QUARANTE-TROISIÈME FAMILLE.

--- G E R A N IA C É E S .

C. decumana L. du latin « decumanus », grand, immense) ; Tuss., F l ., III,
t. 17. 18: Desc., vol. 111, t. 220. Vulgo : Chaddok, fruit défendu, fruit du
Paradis. Originaire de la Chine et porté en Europe par le capitaine écossais
Chaddok. — Petit arbre de la taille de l'oranger. N° 3786.j
M artinique. N° 1939.]

C. murlifolia

De cette famille on cultive très fréquemment dans les jardins le

zonale L., Cav. Diss., 98, et plus rarement le

Riss. et Pav.; Oranger à feuilles de myrte. Desc., vol.

III,

Géranium

Pélargonium

odoralissimum L.,

Cav. Diss., 103; tous deux introduits de l ’ Europe.

t. 210, p. 308. — Arbrisseau haut de 1-2**' 50, originaire de la Chine, très
élégant; à feuilles très petites et très rapprochées; à fruits sphériques, de la

QUARANTE-QUATRIÈME FAMILLE.

— B A L S A M IN É E S .

grosseur d’une mandarine. — Çà et là dans les jardins de quelques habita­
tions : Gourbevre aux Palmistes). X°3767.
M a r t i n i q u e . — Grand'Anse habitation Diobine). NT° 1941.]

Triphacia

trifoliala D. C.,

Limonia

Le

trifoliala L. Vulgo : Citronnelle. —

Arbrisseau élégant ou petit arbre, haut de 2-3 mèt., introduit et originaire

des Indes Orientales; à feuilles trifoliées; à

Basalminum

horten.se Desp., introduit de l’ Europe, s'est naturalisé et

pousse à foison autour des cases et sur les bords des chemins des caféièrcs,
aux Trois-Rivières ; les Heurs sont simples.

tiges et branches sans piquants;

a fruits pulpeux, noirs, mangeables. Cultivé dans beaucoup de jardins; se
rencontre quelquefois à l étal sauvage. — On en fait des haies vives très

QUARANTE-CINQUIÈME FAMILLE.

--- O X A L I DEES.

belles et très solides; la pulpe, mêlée avec de la suie, fournit un beau ver­
nis pour les souliers'. — Basse-Terre, Gozier, Lamentin, etc.
M artinique.

N'J3765.]

X° 1941.]

Murraya exotica

L. Vulgo : Buis de Chine (dédié au Suédois Jean André

Murray, médecin et directeur du Jardin botanique de Goltingue, 1740-1791).
— Arbrisseau introduit de l'Inde, haut de 1-2® 50, élégant; à Ileurs blanches
très odorantes, en cymes terminales; se cultive dans beaucoup de jardin s2.

L. (du grec « oxalis », composé de « oxus », pénétrant, aigu, acide,

tiennent de l’acide oxalique.)
0. Martiana Zuc. ; Oxalis de Martian. Vulgo : Herbe de Vauchelel (qui
l’a introduit à la Guadeloupe). — Herbe vivace par ses tubercules agrégés,
haute de 20-40 cm. Feuilles radicales, digitées-trifoliées, à folioles larges,

(X ° 3768.]
M artinique.

Oxalis

et « hallis », eau salée, parce que les feuilles et les fruits sont acides et con­

N° 1940.]

1. Le bois de ce petit arbuste est à grain très fin et usité pour l'ébénisterie à La Réu­
nion où il a été introduit également. (E. H.)
2. Ce végétal donne un bon bois, que son grain dur et serré rend susceptible d'un beau
poli et qui peut être employé pour le tour et l'ébénisterie. Toutes ses parties sont consi­
dérées comme astringentes et stimulantes huile essentielle). L ’écorce est insipide niais
huileuse ; les feuilles ont une saveur àcre ; les fleurs donnent, à la distillation, une essence
parfumée : les pétales renferment un glucuside : la JJurrayine. E. II.)

sessiles, obeordées, plus larges que longues, étroitem ent échancrées au som­
met; pétiole très long, plus ou moins violacé dans le haut, filiform e, le plus
souvent poilu; hampe plus longue que les feuilles, dressée. Fleurs lilas, en
cymes ombelliformes, souvent penchées; sépales 5, unis à la base, velus;
pétales 5, striés à partir du milieu du limbe et jaunâtre vers la base; éta­
mines 10, dont 5 plus courtes, alternant avec des longues; anthères jaunes;
styles 5, poilus, plus longs que les étamines courtes ; stigmates rouges, légère-

�134

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

OXALIDÉRS

ET DE LA MARTINIQUE

---- ZYG OPHYL LÉ B8

135

nient penchés, globuleux. Capsules à 3 lobes, s'ouvranl par déhiscence loculi-

les environs du Camp-Jacob; se cultive souvent dans les jardins à cause de

cide; semences petites, enveloppées d’ un testa charnu, qui se sépare du
tégument. Les feuilles sont acides et peuvent remplacer l'oseille de Franco.—

ses fleurs. — Fl. d'avril en ju illet. [N ° 2358.]
Il n’existe pas à la Martinique.

Très abondant le long de&gt; routes, dans les endroits humides et fertiles, où

0. frutescens L., 0. P lu n iie r i Jacq.; Oxalis frutescent. Vulgo : Oseille-bois

il forme parfois un véritable gazon ; il se propage avec une grande facilité, à
cause de ses tubercules agrégés : Camp-Jacob, Matouba, Gourbeyre, Sainte-

jaune. — Arbrisseau haut de 80 c m .-ll" 10, tortueux; à tige noueuse et nue
dans le bas, branchue dans le haut. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles

Rose, etc. A lt. 30-800 mèt. [N° 2355.

molles, ovales, arrondies ou émarginées au sommet, f leurs jaunes, nom­

.M a r t i n i q u e .

Yulgo : Petite-oseille. — Saint-Pierre, Camp-Balata, Parnasse.

Abondant. |N° 1818.

breuses, en cvmes terminales, contenant 3-6 rayons. — FL presque toute
l’année. — Endroits secs, pierreux. Se cultive quelquefois dans les jardins

0. corniculata L., variété microphylla Poir.; Oxalis corniculé. Vulgo :
Petite-oseille-savane. — Petite herbe annuelle, rampant à une distance indé­
finie ; à tiges filiformes, pubescentes ou glabres; à racines pivotantes, blanches.
Feuilles digitées-trifoliées, sessiles, obcordées; pétioles filiformes, longs,
pourvus, à la base, de 2 stipules filiformes. Fleurs jaunes, en cvmes de 1-3

en guise de bordures, qui, soumises à la taille, produisent un bel effet. Hau­
teurs

pierreuses

des

Vieux-Habitants, Basse-Terre

(Jardin

botanique).

[N ° 2356.]
Yu lgo : Oseille jaune. — Hauteurs du Fond-Layette (Case-

M a r t in iq u e .

Pilote), Caravelle (T rin ité). [N ° 1819.]

rayons. Capsule oblancéolée, terminée par un petit bec, reste du pistil. —

L Averrhoa B ilim b i L.; Desc., vol. V, t. 333, p. 110 (dédié au médecin

Abondant dans les terres cultivées, le long des routes, sur les murs, etc.

arabe Averrhoës, 1149-1217 — Bilimbi nom malabar). Yu lgo : Bilimbi, cor­

Alt. 0-800 mèt. Basse-Terre, Camp-Jacob, Gourbeyre, Moule, etc. [N u 2354. ]

nichon. — Petit arbre, originaire et introduit des Indes Orientales, à tronc

M artinique.

Yulgo ; Petite-oseille. — Abondant. [N° 1817.]

très noueux; est cultivé dans plusieurs endroits. — Les fleurs paraissent sur

0. Barrelieri Jacq.; Oxalis de Barrelier. Yulgo : Oseille-savane, oseillemaronne. — Herbe annuelle ou sulTrutescente, haute de 40-65 cm., très branchue et feuillue, quand elle est jeune, et qu elle pousse dans un terrain fertile ;
nue dans le bas, quand elle est adulte. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles
ovales ou ovées-oblongues, la troisième plus grande, distante

des deux

autres; pétiole filiforme, long, pubescent. Fleurs violet pâle et jaune au fond,
à l’intérieur, en cvmes ombelliformes, portées sur des pédoncules longs, fili­
formes, réunis par 2 à faisselle des feuilles de l'extrémité des branches. Cap­
sule ovale-oblongue. — Pendant la nuit et quand il pleut, les folioles sont
pendantes. — Herbe fourragère. — Abondant dans toutes sortes de terrains
humides, mais surtout dans les champs en friches : Basse-Terre, Gourbeyre,
Sainte-Rose, Gozier, etc. Alt. 0-610 mèt. _.\’u 2357.]
M a r tin iq u e .

Yulgo : Oseille bâtard. — Abondant dans toute l île. [N ° 1491.]

0. septum St. 11il.; Oxalis des haies. Desc., vol. I, t. 32, p. 153. Vulgo :
Oseille-maronne-des-bois. — Sous-arbrisseau, haut de 40 cm .-l mèt., très
branchu, mais peu feuillu, tortueux ou plus ou moins couché. Feuilles très
glabres, molles, d'un vert intense, pennées-trifoliées ou simples; celles des
branches adultes, beaucoup plus larges. Fleurs larges, d'un jaune d’or vif,

le tronc et sur les branches; ses fruits, bacciens, cylindriques-oblongs, con­
tiennent un suc très acide, qui renferme du bioxalale de potasse ; on les
emploie, pour celte raison, dans la lessive et surtout pour l’enlèvement des
taches d’encre; confits avec du sucre et préparés avec du vinaigre et du sel,
ils peuvent servir de condiment. Deseourtilz place l'arbre dans les rafraîchis­
sants acides; il dit qu'on compose avec les fruits un sirop très estimé dans
les maladies inflammatoires et particulièrement dans les hépatites aiguës: on
emploie aussi la décoction avec du riz non pelé comme un remède excellent
dans la même maladie et toutes les fois qu'il s’agit de tempérer la fièvre et
de modérer les diarrhées et les coliques bilieuses. — FL pendant toute l’an­
née. — Basse-Terre (hôpital M ilitaire), Gourbeyre,
M a r tin iq u e .

Vulgo : Cornichon. — Saint-Pierre (C ollège et Jardin bota­

nique), Trinité (habitation Saint-Joseph), Marin (usine), etc. f\ ° 1820.]
L'Averrhoa Carambola L.; Desc., vol. Y , t. 335, p. 116. Yulgo : Carambolier, est cultivé aussi sur quelques habitations, notamment autour de l’ usine
du Marin et sur l’habitation Saint-Joseph (T rin ité). — Le fruit a les mêmes
propriétés que celui de l'espèce précédente.

uniforme, en cvmes terminales, portées sur des pédoncules bifides, longs,
munis, près de la base, de 2 stipules placées à des hauteurs différentes. —
Deseourtilz classe cette plante dans les stomachiques anliscorbutiques;
dans le pays, on n'en fait aucun usage. — Peu abondant. Çà et là dans

Petit-Bourg, etc. f.N°

3473.]

QUARANTE-SIXIÈME FAMILLE.

-- Z Y G O P l I Y LLÉE S.

Tribulus L. (du grec « treis », trois, et « bolos », trait, flèche, parce que
les fruits sont munis de trois ou quatre pointes aiguës.)

�PLANTES 1)1 LA Ci lA O ÏL O t’ PB ET D)

136
X
Yulpo

les 1
: Herse,

LA

ZYCOPH YLI.BRS

MARTINIQUE

Des&lt; , vol. IV , t. 250, p. 77; Tribule ressemblant
pourpier bord-de-mcr.

—

Herbe vivace,

au Ciste.

couchée;

à

racines Tories, longues et grises; à liges noueuses, relevées aux extrémités.

137

est vieux; à branches le plus souvent étalées : les inférieures, presque tou­
jours horizontales et penchées aux extrém ités; â écorce dure, couverte de
croûtes brunes ou légèrement jaunâtres,

qui se détachent par plaques.

Feuilles opposées, paripennées, à 8 folioles petites, opposées, oblongues,

Feuilles très vertes, paripennées à 2-3 folioles, successivement peu amples,

mucronées au sommet, blanchâtres en dessus, couvertes en dessous d un

obovalcs ou ovales, arrondies au sommet, inégales à la base. Fleurs très

duvet argenté et fin; stipules 2, juxta-axillaires. Fleurs larges, jaune vif,

nombreuses, bleues à l’anthèse, devenant

lrv&gt; belles, portées sur des pédoncules solitaires, axillaires, presque aussi

châtres, en ombelles terminales, composées de 5-12 rayons pédonculés;

plus tard bleuâtres ou

blan­

longs que les feuilles; sépales 5, lancéolés-acuminés, une fois plus courts

sépales 5, pubescents, ovales, trois fois plus courts que les pétales; pétales

que les ô pétales; étamines 10; pistil svncarpé. Fruit crustacé, tuberculé, se

5, spatulés; étamines 10, bleues, d'inégale longueur; style pointu; stigmate

séparant en t, rarement en 5 coques indéhiscentes, dont chacune est armée
de 2 piquants droits, rigides, divergents (la disposition des coques avec leurs

arrondi, largement rélus au sommet, et muni, au milieu, d une pointe, s'ou­

sim ple; ovaire stipité. Fruit à loges uniovulées, jaunâtre en dehors, pbové-

piquants est telle que le fruit ressemble assez bien à une croix militaire).

vrant par déhiscence septicide; graines ovales, bianguleuses, complètement

— Descourtilz classe cette herbe dans la section des diurétiques excitants

entourées d’ une matière rouge écarlate, dont la couleur s'efface facilement;

et «lit entre autres choses qu elle contient beaucoup de mucilage et

embrvon o rth otrop e.— Le cœur du bois est noir, extrêmement dur cipcsant,

un

extrait aromatique. A Marie-Galante, on se sert des feuilles en cataplasme

d’où son emploi rare en ébénislerie, malgré son beau poli; il est en outre sans

contre les contusions et de la racine en décoction comme apéritivc. — Peu

odeur, mais la râpure en est légèrement aromatique et fait éternuer; l'écorce

répandu. Abondant dans les sables du bord de mer, entre la Capesterre et

est dépurative et s’emploie contre les maladies de peau, mais surtout contre

l'usine Marie-Galante). — Fl. presque toute l'année. N° 3645.
M artinique.

Vulgo : Herbe-soleil, pourpier. — Sainte-Anne (habitation

la syphilis. Descourtilz range la plante dans la classe des sudorifiques et dit,
entre autres choses : que la racine, l’écorce et la résine sont stimulantes et
toniques 1; que les feuilles sont purgatives, et que l’huile qu'on obtient des

Bertrand). N° 1815.]

fruits sert avec succès pour combattre la carie des os. Malheureusement, à
T. maximus L., SI., t. 132, f. 2; Plum., édit. Burm., t. 254, f. 1; Br.
Jam., t. 21, f. 3; Grande Tribule. V ulgo: Cresson-courant, pourpier bâtard.
— Herbe annuelle ou sulFrutescente et souvent

frutescente, rampante,

détendant quelquefois à plus de 1 mètres; à racines longues, pivotantestibreuses, blanchâtres, épaisses. Feuilles paripennées, le plus souvent à 3
paires de folioles, d’abord vertes, ensuite blanchâtres en dessus, d'un blanc
argenté en dessous, obliquement insérées, d'abord ovales, ensuite lancéolées-linéaires. Fleurs tantôt jaunes, tantôt blanc jaunâtre, beaucoup plus
|H*tiles que dans le précédent; calice persistant, pédoncules presque aussi
longs que les feuilles. Fruit composé de 4-6 coques juxtaposées, transversa­
lement tuberculées sur le dos et se séparant tardivement de l'axe central.
— Très abondant dans les terres sèches et sablonneuses, près de la mer.
Basse-Terre, Le Baillif, Vieux-Habitants.
T.V 2427.]
M artinique.

Pierre

Pigeon,

Sainte-Anne, Gozier.

Vulgo : Pourpier jaune, pourpier bâtard. — Abondant. Saint-

boulevard . Case-Navire (cimetière), Case-Pilote, Trois-Ilels, etc.

N ° 1816.

Guajacum L. du mot caraïbe « guajak ».)
G. officinale L., SL, l. 222, t. 3-6; Tuss.,

F/., IV , t. 35; Desc., vol. V II,

t. 463; Gaïac officinal. Vulgo : Gaïac. — Arbre de grande taille, quand il

la Guadeloupe ce bel arbre n'existe plus à l’étal sauvage et est devenu une
plante presque inconnue. Si on le cultive encore dans quelques rares endroits,
c’est plutôt pour la richesse et la beauté de ses fleurs que pour son bois et
ses vertus médicinales. A la Désirade, où il abondait autrefois, on l’a presque
complètement

détruit

: on

se

servait

de

son

bois pour

chauffer les

fours à chaux; en août 1892, je n'ai pu en découvrir que quatre pieds mal
venus, dont deux, plantés près du bord de mer et couverts de pucerons,
paraissaient disposés à faire le sacrifice de leur vie. — L ’arbre pousse très
lentement; à 1état de culture, il fleurit habituellement deux lois dans 1an­
née; les graines germent en deux jours mais perdent leur laculté germina­
tive en quatre ou cinq semaines. —

Basse-Terre (habitation Saint-Aude-

Gall). [N ° 2956.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Gaïac. — Plus abondant, quoiqu il ne se rencontre
1. Le bois de G ayac possède une odeur aromatique et une saveur légèrement âcre,
qu'il doit à la résine q u ’il renferme. Celle-ci est employée comme diapliorétique et antisyphilitique, antigoutteuse, etc. Elle est douée d'une saveur aromatique qui rappelle celle
du benjoin et s'augmente par le frottement ou la chaleur : sa saveur d’abord peu sensible
devient ensuite très âcre. Elle est dure, mais cassante, et la cassure est brillante et
vitreuse; ses fragments, considérés sur les parties minces, sont transparents et d un
brun verdâtre; sa poudre d’abord grise verdit peu à peu à l'air. D ’après Lucker 1 1892),
cette résine est formée de trois acides : gaïaeinique, gnïnconkfiie et résino-gn'uicique.
Le bois de gayac en râpure est employé sous forme de décoction ou d extrait, c est un
des quatre bois sudorifiques : sa teinture alcoolique forme un bon dentifrice. (E. II.)

�138

l'LNNTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

plus à l’étal sauvage. Saint-Pierre Collège, Jardin botanique et 1rois-1 onts),
Fort-de-France, Prêcheur, Lamentin, etc. N' IM i j

RUTACBES

139

courtes, couvrant les branches de la poussée de l'année précédente; calice à
2 lobes; pétales et étamines 3. Fruit folliculaire, trois fois plus petit qu’ une
graine de poivre, ovale, comprimé, muni d une pointe au sommet, contenant
une graine globuleuse, cruslacéc, très noire et très luisante. —

yl VRANTE-.SKITIÏVK EAM1I.I.K.

R l ’TACEKS.

Les feuilles

de cet arbrisseau sont très variables : les pieds adultes n’en portent qu’à 1-2
paires de folioles; les jeunes en ont jusqu’ à H et sont garnies, sur la côte de
la face inférieure et à la base du pétiole, d’aiguillons luisants, très pointus;

Pilocarpus \’ahl du grec • pilos &gt;, chapeau, et « carpos », Iruit, parce que

les fruit- à t coques prennent, après la déhiscence, la forme cl une coifle ou

les liges sont également munies de ces aiguillons très nombreux, forts, cylin­
driques et insérés à angle droit. A vec les liges on fait des flambeaux, qui
brûlent avec une grande facilité à cause de l'huile essentielle qui y réside. —

d’une mitre .

Fl. d’avril en juin. — Abondant dans les terres sablonneuses du bord de

P racemosusV. Plum., éd. Burm., t. 127;Vahl, h'glogæ, t. 10; Pilocarpe

mer et sur les mornes peu élevés, calcaires ou pierreux : Marie-Galante

à fleurs en grappes. \ ulgo. Flambeau-caraïbe. — Arbrisseau souvent buis­

(Folle-Anse), les Saintes (Morne-du-Chameau), Deshaies (Gros-M orne), Dési-

sonneux et touffu, droit, haut de 3-3“ 50. Feuilles larges, elliptiques, arron­
dies ou échancrées au sommet, garnies de très nombreuses cryptes translu­

rade, etc. [N°* 2974, 2995, 3629.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois-flambeau noir. — Abondant dans les bois secs

cide-, comme les feuilles du citronnier. Fleurs en grappes simples, très allon­

de la Plaine des Trois-Ilets, du morne Gommier (M arin) et des mornes cal­

gées, terminales, le plu- souvent penchées, pédoneulées; pédicelles longs,

caires de Sainte-Anne. [N ° 494.]

insérés à angle droit ; calice à 5 lobes; pétales 5, jaune safran; étamines 5,
étalées, insérées -ur un large disque; ovaire à 5 lobes. Fruits 2-4, folliculaires,

Fagara L. (le médecin arabe Avicenne donne ce nom à une plante aroma­

à endocarpe bivalve; semences ovales, noires, luisantes, petites, terminées en

tique qu'on ne connaît pas; Linné se sert du même mot pour dénommer une

un bec court et légèrement recourbé. — A la maturité du fruit, le péricarpe

autre plante aromatique.)

se détache de l'endocarpe et reste longtemps attaché à la grappe, tandis que
celui-ci disparaît de bonne heure. Toutes les parties de la plante exhalent
une odeur forte, pénétrante, plus ou moins désagréable 1; avec les tiges on
fait des (lambeaux qui brûlent comme une chandelle. — Fl. de novembre en
janvier et très souvent de juin en septembre. — Rare. Çà et là dans les
endroits secs et rocailleux des hauteurs du Vieux-Fort. [X° 2240.
M artinique. Vulgo : Flambeau noir. — Endroits secs et pierreux, hauteurs
boisée&gt; des Trois-Ilets, morne Gommier (Marin), hauteurs de Saintc-Luce.
[N* 1193.]

Tobinia

F.

microphylla Desf., F. plerota L. (partini). Br. Jam., I. 5, f. 1 ; Fagara à

petites feuilles. Vulgo : Bois-à-piano, bois-chandelle, bois-lépineux blanc. —
Grand buisson ou petit arbre tortueux, très ornemental, surtout quand il est
jeune, à cause de son léger et jo li feu illage; à branches très nombreuses,
souvent étalées et inclinées, pourvu, sur la tige et à la base des feuilles,
d’aiguillons droits, très aigus. Feuilles petites, imparipennées, à 3 folioles
coriaces, ovales ou spatulées, sessiles, souvent échancrées au sommet; pétiole
ailé. Fleurs dioïques, très nombreuses et très petites, disposées en petites
cymes axillaires et sessiles. Fruit folliculaire, s'ouvrant en 2 valves; graines
globuleuses, très noires et très luisantes. — Toute la plante exhale une odeur

Desv. (nom américain de la plante.)

T. punctata Gr. ; Tobinia à feuilles pointillées. Vulgo ; Lépincux rouge,
bois-llambeau, bois d Inde marron au Moule . — Arbrisseau buissonneux ou
petit arbre; à écorce lisse, noirâtre. Feuilles paripennées à 5-6 paires de
folioles, très luisantes, coriaces, elliptiques ou lancéolées-elliptiques, très
finement crénelées, munies â la face inférieure, entre les nervures, d'un grand
nombre de petits points noirâtres. Fleurs très petites, dioïques, en cymes
I Ce végétal contient assurément une huile essentielle qui est peut-être voisine de
celle &lt;lu jaborandi Pilocarpus
!.. : il serait intéressant de rechercher si.
comme il faut le prévoir, elle renferme aus-i l'alcaloïde
, dont les propriétés
siala^o^ues et sudorifiques sont si souvent et heureusement utilisées par les médecins.
(E. H.)

/pinruitifolius

pilocarpine

aromatique et forte 1; le bois est très dur et incorruptible : il sert pour les
constructions sous terre; on en fait des traverses, des poteaux, etc. — Dans
les terres sèches, arides et pierreuses : Le Baillif, Vieux-IIabitants, Désirade,
Moule, les Saintes, Marie-Galante, Go/.ier. A lt. 0-200 mètres. [N u 2976.]
M a r t in iq u e .

Vulgo ; Bois-flambeau. — Case-Pilote, Caravelle, Rivière-

Pilote (bord de mer). [N° 1 192.

1. L ’écorce et les fruits de cette plante ont une saveur brûlante et poivrée qui en ju s­
tifie l'emploi û titre d ’épices : l’écorce passe pour être sudorifique, et sous forme de cata­
plasme agissant sans doute par son action antiseptique due à l’essence aromatique qui
y est contenue, serait un bon remède contre le pian. (E. H .)

�PLANTES

140

UK I A

GUADELOUPE

ET

DK LA

MARTINIQUE

HUTACBBS

Zanthoxylon L. du grec» \anthos •&gt;, jaune, et *&lt; xulon », bois, allusion il la

grossièrement crénelées, pourvues de nombreux points translucides. Fleurs
en panicules terminales. C elle espèce se distingue facilement de toutes ses
congénères par ses folioles larges, nettement elliptiques et ses follicules plus
volumineux. — Rare. Çà et là dans les terres sablonneuses ou rocailleuses

couleur du bois.)
Z.

aromalicum

arbre de

\\ . \ ulgo :

taille moyenne;

Lépineux

à tronc et

blanc. —

branches

à branche* étalées, souvent horizontales;

Le

munis

plus

souvent

de

piquants;

il écorce noirâtre,

très m eu­

voisines fie la mer : Sainte-Anne,

couvertes de points translucides, munies de glandes au fond des crénelures, à

Z. marlinicense L. Vulgo : Lépineux jaune. — Petit arbre à branches fastigiées ou étalées, à jeunes branches couvertes de lenticelles blanches, longitu­

la face inférieure. Fleurs polygames, en panicules courtes, ramassées et pyra­
midales; pédoncules et pédicelles rudes et verruqueux; sépales à 4-5 lobes

dinales. Feuilles unifoliées, elliptiques, entières, couvertes de points trans­
parents; pétiole articulé, près du sommet. Fleurs dioïques, en petites pani­

arrondis; pétales 5; ovaire le plus souvent 5, inséré sur un earpophore.
Fruits folliculaires, solitaires ou réunis par *2-5 sur le earpophore; graines
globuleuses-comprimées, très noires et très .luisantes, restant longtemps

cules terminales; calice très petit, se réduisant à quelques écailles noires;
pétales 4-5, blanc jaunâtre; ovaire inséré sur un gynophorc, en forme de
disque. Fruit folliculaire; semences comme dans les précédentes espèces. —
Abondant dans les falaises, dans les baies, aux lieux secs et pierreux. — La
plante répand une odeur très prononcée, aromatique, mais peu agréable. Le
bois, à aubier jaune et à cœur rouge et dur, sert pour les constructions dans
la terre; avec les branches on fabrique généralement des manches de toutes

attachées aux valves. — Toutes les parties de l'arbre répandent une odeur
aromatique et trè&gt; pénétrante. A la Grande-Terre on prépare avec les feuilles
une tisane astringente et tonique. L ’aubier est blanc et tendre, mais à l'inté­
rieur le bois est rouge et dur; à cause de son odeur, les poux de bois (termites)
ne 1attaquent jamais ; il est employé pour le&gt; constructions dans l’eau et dans
la terre; il sert aussi dans l’ébénisterie. — Çà et là dans les plaines du Lamen-

sortes d’outils, des charrues, des brouettes, etc. — FL en mai ou juin. —
Alt. *20-400 mèt. Les Saintes(Morne-du-Chameau), Désirade, Marie-Galante,

tin ; plus abondant au Moule et dans les Grands-Fonds du Gozier. — Fl. en
mai et juin. — Alt. Ht-*280 mèt. N° 3437.

'ile&gt;. lancéolées ou lancéolécs-obovales, munies de points translucides. Fleurs
en panicules terminales, pyramidales. Follicules solitaires, petits, sessiles, à
péricarpe verruqueux ; semences globuleuses, très noires et très luisantes.
On rencontre souvent une variété, dont le pétiole commun ainsi que les ner­
vures principales des folioles sont garnis, à la face inférieure, de piquants
droits ou recourbés. — Toute la plante exhale une odeur forte et peu
agréable; le bois n'est pas dur et ne peut servir que pour les constructions à

.

l'intérieur.— Abondant dans les terres sèches et pierreuses de Bouillante, de
Deshaies, des hauteurs du Vieux-Fort, des Grands-Fonds du Moule et du

Grands-Fonds du Gozier, etc. (N° *2972.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo : Lépiné jaune. — Abondant dans les terres sèches, le
i|, i »!■» ................................................................ »... .

— Petit arbre, très droit, ornemental, habituellement sans piquants. Feuilles
imparipennées, à 5-7 paires de folioles petites, crénelées-serrelées, subses-

(iozier. — Fl. en mai et juin. — Alt. 20-300 mèt. [N° 3436. ;
M vhtimque. Yulgo ; Bois-lépiné rouge, bois-noyer. — Plaines de Troisllets, hauteur du Diamant, montagne du Vauclin, etc.

Folle-Anse).

11 n'existe pas à la Martinique.

glabres, coriaces et luisantes, â crénelures larges et tronquées au sommet,

Z nucntcarpum Gr. ; Zanthoxylon à petits fruits. Yulgo : Lépineux rouge.

Marie-Galante (bois de

[N ° 3631.]

leuse et fendillée. Feuilles impari pennées, il l&gt;-7 paires de folioles elliptiques,

Martinique. \ ulgo : Lépiné blanc. — Parnasse, hauteur du Prêcheur,
Ajoupa-Bouillon, Marin morne Gommier.) [N® 1195.]

1 41

\ ° 1183.

long des rivières et dans les mornes inférieurs boisés : Trois-Mets, morne
Gommier (M arin), Sainte-Anne, Fort-de-France (roule de la fontaine Didier
au Gamp-Balata, etc. [N ° 1196.]
Quassia L. (du nom de «

Quassi », nègre, esclave de Surinam, qui, avec

celle plante, guérissait les mauvaises lièvres.;
Q.

amara L., Desc., vol. I ,

t. 5; Quassia amère. Vulgo : Quinine de

Cayenne. — Arbrisseau ornemental, quand il est jeune, ou très petit arbre,
originaire des Guyanes, à branches nombreuses, fasligiées ou divariquées.
Feuilles imparipennées, à 5 folioles elliptiques-oblongues, pointues, entières,
subsessiles ou à pétioles courts et noirs ; la paire inférieure, très distante
des 3 folioles terminales qui partent du même point; pétiole commun ailé.
Fleurs en grappes allongées, tantôt solitaires ou réunies en groupes, ter­
minales, ou plus rarement en panicules lâches; calice petit, à 5 dents pro­
fondes, corolle grande, écarlate, à 5 pétales tordus, ne s'ouvrant que très peu ;
ovaire inséré sur un earpophore charnu obeonique, rouge écarlate, luisant.
Fruits 1-5, ovoïdes-bianguleux, laissant, après la chute, autant de creux jaune
vert sur le earpophore devenu plus long que large. — Cet arbrisseau consti­

arbre élégant, rarement arbre de taille moyenne, dépourvu de piquants.
Feuilles larges, imparipennées, à *2-4 paires de folioles, elliptiques, épaisses,

tue une plante médicinale précieuse. L ’écorce et le bois sont très amers,

.

Z. parum Yahl; Zanthoxylon jaune. Yulgo ; Noyer, bois-nover. — Petit

.-

toniques et fébrifuges. Dans le pays on coupe les branches par petits mor-

�142

PLANTFS

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

Il UT A ci, l'S

143

ceaux, (ju on laisse infuser dans I eau froide, dont on prend un N'erre le malin

arbre, ornemental, à branches

et à midi, ou bien on prépare, avec les fruits également 1res amers, une sorte

folioles ovées-oblongues, pointues, très glabres et luisantes. Fleurs dioïques,

pendantes. Feuilles

imparipennées à 5-9

de vin. qu’on donne à boire avant le principal repas, comme on ferait pour

très petites, ramassées en petites glomérules, assises sur des branches spici-

le vin de quinquina *. — Se cultive souvent dans les jardins et autour des
habitations : Basse-Terre, Vieux-Habitants (habitation Hollin), Gourbeyre.

l’ormes qui constituent ensemble des panicules pendantes, terminales et axil­
laires, allongées, plus rarement des grappes simples; calice à 5 dents; pétales

— Fl. en mai.

3-.'), insérés sur un disque rond; ovaire à 2-3 loges biovulées; styles 2-3, ses-

M artinique . Vulgo : Quinquina Cayenne. — Plus abondant qu à la Gua­

deloupe. [N° 1197.]

siles. Fruit jaune pâle en dehors, drupacé, lisse cl luisant, à moitié aussi
gros qu’ une olive, contenant une seule graine. — Le bois est très amer. La

Simaruba Aubl. nom indigène de
S. amara Aubl., llist. de la Guy.,

racine et le bois jouissent dans le pays d’une grande réputation ; on les

la plante de la Guyane française.)
f. 332.

S. officinalis

emploie en infusion contre les affections lépreuses et contre la syphilis. —

D. C .; Simarube

FL en avril el mai. — Se rencontre un peu dans tous les bois, sans être abon­

amer. Vulgo : Acajou blanc. — Arbre de taille moyenne, it tronc droit et nu,

dant nulle part ; Houëlmonl, Vieux-Habitants, Grands-Fonds du Morne-àl’Eau. A lt. 60-400 met. [N ° 3257.]

sur une étendue de 6-9 met., à écorce grise, blanchâtre, lisse. Feuilles paripennées, à 3-7 paires de folioles alternes, entières, oblongues ou oblongues-lan-

M a r tin iq u e .

Vulgo : Bois-moudongue, bois-madame. — Plus abondant

céolées, épaisses, coriaces, terminées en une pointe arrondie, d'un rouge fer­

qu'à la Guadeloupe : il s’emploie pour les mêmes usages. Morne-Rouge

rugineux en dessous, d'un vert foncé en dessus. Fleurs dioïques, en petites

, Calvaire), Parnasse, Lamentin (Roches-Carrées), etc. (N ° 200.]

cvmes formant ensemble une large panicule terminale; calice à 5 dents peu
profondes; pétales 3, hvpogynes, étalés; étamines 10. insérées sur une écaille
arrondie; style 3-lide. Fruit drupacé, bianguleux, ovoïde. — Le bois est assez
a

*

Picræna Lind. (du grec « picraïno », rendre amer, allusion à l'amertume
du bois el de l’écorce.)

dur, résistant et élastique; à l'intérieur, il a une teinte jaune clair. L'écorce

P. excelsa Lind., Simaruba excelsa 1). G. ; Vulgo ; Bois-noyer, graines vertes.

de la racine est amère, tonique et fébrifuge; elle est employée en décoction
pour combattre l’anémie, la dyspepsie, les lièvres intermittentes et la dysen­

— Arbre d'assez grande taille, élancé, à écorce grise, peu fendillée. Feuilles
imparipennées, à 9-11 folioles oblongues ou oblongues-lancéolées, terminées

terie chronique; à haute dose, elle devient purgative et vo m itive2. — Assez

par une pointe obtuse, entières, coriaces. Fleurs polygames, en cymes larges,

abondant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, des Yieux-

corvmbiformes, terminales, beaucoup plus courtes que les feuilles; calice à

Habitants, de Pigeon, des Trois-Rivières. — FL en mai, juin, juillet. — Alt.

5 dents; pétales 5, oblongs, jaune pâle; étamines 5, insérées sur un disque;

*250-700 met. [N u 2973.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois blanc. — Abondant. Savanes du Morne-Rouge,

ovaires 3, distincts; style fendu en 3 branches. Fruit drupacé, sphérique,

du Champllore, bois de IAjoupa-Bouillon, fontaine Didier, etc. [N° 1198.]

nuancé de jaune verdâtre en certains points, sert pour les constructions à

Picramnia Sxv. idu grec « picros *&gt;, amer,

et « thamnos », buisson, allusion

à l'amertume des feuilles et des fruits.)

P. pentandra S\v., P.

micranlha Tul.; Picramnia à 5 étamines. Vulgo

:

Graines dorées, bois-montagne, bois-poisson. — Arbrisseau ou très petit

bois &lt;le Surinam

1. Ce végétal fournit, en Europe, le
des pharmacies, qui doit scs pro­
priété^ amères et tonique' à un principe amer nommé
que Oliveri et Denaro

qnassine,
l ande quassique.

lssi considèrent comme un éther dimélhiliquc de
Massute (1890) a
ajouté à la connaissance de cette
l'existence dans le bois de Surinam de trois
autres corps cristallisés et amers, dont deux, bien étudiés, représenteraient des homo­
logues supérieurs de la
Ce dernier principe actif n’est pas azoté. (E. H.

qnassine

quassine.

quassine,
benjoin
acides

2. L'écorce de la racine de simarouba, qui est officinale, renferme de la
une
matière résineuse, une huile volatile, dont l'odeur rappelle celle du
, des
C est un tonique amer qu'on trouve dans une foule de préparations
complexes et notamment dans la formule de tous les élixirs anticholcriqucs ; elle est
caractérisée par son amertume intense et son défaut d’odeur et enfin une structure spé­
ciale. Elle est supérieure au
comme tonique et fébrifuge. (E. II.)

galliqueet malique.

quassia amara

bleu foncé cl glauque à la maturité. —

Le bois, de couleur blanchâtre,

l’intérieur. Le bois et l'écorce sont amers : on les emploie en infusion contre
les lièvres1. — Peu abondant : Rois de Gourbeyre (M orne-Goblin), CampJacob (bords des rivières Noire et Rouge). A lt. 400-700 mèl.
M a r tin iq u e .

N° 3630.]

V u lgo : Bois amer. — Hauteur des Trois-Ilets, montagne du

Yauclin, Sainte-Anne, etc.

N° 1192.!

1. On emploie surtout le bois dans la pharmacie européenne, qui en fait grand usage
sous le nom de ([iiassia de lu Jamaïque, presque à l'exclusion entière du quassia de
Surinant (Quassia amara L.). Massute 1X90 a retiré de ce quassia de la Jamaïque
comme principes actifs, deux corps cristallisés qu'il appelle picrasmines l'un fon da
20i" cl l'autre A 209-212". Le premier, traité par l'acide chlorhydrique, donne de l’acide
picrasmique (pii n’est pas identique A l'acide quassiqne d’Oliveri et Donaro voir note A
la tin de Quassia amara . Il résulte de ces travaux que la matière amère des deux bois de
quassia aie Surinam et de la Jamaïque) est constituée par une série de corps homologues,
mais différents dans les deux espèces. C’est avec le bois de ce Picraena excelsa qu’on fait
les gobelets tournés dans lesquels on laisse séjourner de l’eau, qui y acquiert très rapide­
ment une grande umerlume. Les copeaux provenant de la fabrication de ces gobelets
sont aussi vendus en pharmacie. (E. IL )

;

�E II IC AC LES
PLANT KS DK LA U.l'ADKLOUPE ET

DE LA MARTINIQUE

CELASTIUNEES

CVIIII 1.1 ES

145

la base du tube, un peu au-dessus de l'ovaire ; anthères larges, ovalcsoblongues, dressées, laissant échapper le pollen par un petit pertuis surmontant
l'anthère ; filets élargis à la base et s’atténuant vers le sommet; ovaire à

y l \ R A N T K -IIU IT IK M K F A M IL L E .

Brossæa

—

H R 1 ( ..\C K 1 ÏS ,

6 loges, dont les cloisons se détruisent plus ou moins. Fruit pulpeux, tronqué
au sommet, dépassé par le bord du calice et muni, au milieu de la partie plate

1). C. dédié à Gui de la Brosse, médecin de Louis X I I I , fonda­

du sommet, d’un petit enfoncement, trace du style; semences scobiformes,

teur du Jardin botanique royal de Paris; a publié, outre la description de

très nombreuses, situées dans la partie inférieure du fruit, la partie supé­

ce jardin, un traité sur la nature, l'utilité et les vertus des plantes.

rieure étant remplie par une matière dure. — Les fruits mûrs sont noirs et

anaxfo/nosans Ci., Epigæa cor difolia S\\\, Gaultheria buxifolia W . ;

peuvent se manger; leur saveur rappelle celle des myrtilles de France. — Ça

Bro-sa a ,ï nervures foliaires anastomosées. \ ulgo ; M yrtille. — Très petit

et là dans les clairières des grands bois, très abondant à la Soufrière, à la

B

arbrisseau, ornemental, plus ou moins radicant, haut de 30-60 cm ., à écorce

Grande-Découverte, à la Savane aux Ananas, où les pieds sont petits et

noire ou ^rise. Feuilles petites, ovées, légèrement cordées, cartilagineuses,

rabougris. Alt. 500-1180 mèt. |N° 2243.

finement serretées; à dents aiguës, très brièvement pétiolées; à limbe ne
dépassant jamais 8 mm. de long sur 3 mm. de large ; à nervures principales

M a r t i n i q u e . Vulgo ; M vrlille du pays. — Calebasse, M ontagne-Pelée,
Pitons du Garbet, etc. N° 1359.1

et secondaire- souvent parsemées de poils courts et rigides. Fleurs en petites
q u a r a n t e -neuvièm e

cvmes terminales; calice persistant, couleur lie de vin ; à 5 dents profondes,
deltoïdes, arquées; corolle rouge carmin vif, en clochettes conoïdes, fortement

Cyrilla

fam ille .

— C Y R IL L E E S .

L. dédié à l'Italien Dominico Cyrillo, professeur de médecine à

élargies a la base, terminées par 5 dents; étamines 10, incluses, à anthères
pourvue-, au sommet, de 2 petites arêtes; pédoncules et pédicelles garnis de

Naples; a écrit : Colleclio plnntarum rariorum réuni Neapolensis , 1788;

plusieurs bractées rouges, écailleuses et pointues. Fruit globuleux, à moitié

Tabulas bolanicæ, 1790.)

niché dan- le calice, pulpeux, mangeable, tardivement loculicide, contenant

C.

Antillana M ich .; Cyrille des Antilles. Vulgo ; Bois-couché, olivier-de-

un grand nombre de très petite- graines brunes. — Abondant dans les spha-

monlagne. — Arbrisseau droit, touffu, très ornemental, par l’ensemble de son

gnums de la Soufrière; plus rare à la Grande-Découverte. — Fl. presque

port, de son feuillage et de ses fleurs, toujours très vert, haut de 80 cm. sur le

toute l'année, mais surtout en décembre, janvier, février et tmars. — Alt.

cône et le plateau de la Soufrière, de la Grande-Découverte, petit arbre aux

1100-1480 met. [N° *2255.

sourcesdu Galion el au M atouba,oüil vil en société, arbre gigantesquedansles

M a r tinique.

Vulgo ; Myrtille. — Peu abondant : sommet de la Montagne-

bois de Sol’aya (Sainte-Rose), à l'endroit nommé « le bois-couché ». Feuilles

Pelée Morne-de-la-Croix) et dans la coulée du Prêcheur, qui avoisine le lac.

vert clair, rigides, très rapprochées et confinées aux extrémités des branches,

,N° 1358. j

lancéolées-oblongues, légèrement échancrées au sommet, finement réticulées,

Symphysia

Prl. du grec « symphysis », union, connexion, parce que le

calice adné à l'ovaire forme une seule masse avec lui.)

S. tjuadalupenxtx Kl.. S. martinieen.sis Deless., Horaemannia

surtout en dessous. Fleurs petites, blanches, en racèmes serrés, allongés,
nombreux, axillaires, situés aux extrémités des branches, plus longs que les
feuilles; pédicelles courts, aussi longs que les pétales; calice très petit, à

marlinicensis

5 divisions; pétales 5, pointus; étamines 5; anthères s'ouvrant par une fente

Hook fils. Vulgo ; José. — Arbrisseau ornemental par son feuillage tortueux

latérale ; style court ; stigmate bifide; ovaire ovale, inséré sur un petit lorus,

ou plus ou moins sarmenteux. quand il peut trouver un appui, à branches

à 2 loges. Fruit capsulaire s’ouvrant en 2 valves; semence 1. — Fl. en mai,

nombreuses, toujours fortement inclinées, haut de ‘2-3 mèt. Feuilles vert clair,

juin, juillet. — A lt. 280-1480 mèt.

cartilagineuses, elliptiques ou ellipliques-lancéolées, atténuées à la base,

N° 2346.,

Cet arbre si commun à la Guadeloupe ne se trouve pas à la Martinique.

pointues au sommet, crénelées ou subentières, à nervures invisibles en
de--u-, bien dessinées en dessous. 2-3 paires de nervures secondaires partant
c in q u a n t iè m e

de la côte principale et formant un area dans la partie supérieure du limbe.
Fleurs en corvmbes, le plus souvent terminaux, renfermant 15-25 rayons
longuement pédicellés ; calice campanulé, adné à l'ovaire, à 6-8 dents, large­
ment arrondies et souvent munies d une petite pointe; corolle campanulée,
charnue, à 6-8 dents; étamines 15, distinctes, incluses, insérées en cercle à

f a m il le .

— C E L A S T R IN E E S .

Maytenus Juss. (du nom chilien « maylen ».)
M. elliptica Ivr. et Urb., M. gonocladus Gr.; Maytenus à feuilles elliptiques.
Di'ijs. — Plantes

Guadeloupe et M artinique.

10

�146

I-I A M

I S 1*1

l\

GA AI)Fl.OUI‘ K F l

1&gt;F. I A

MARTINIQUE

Vulgo : Bois-citron. — Petit arbre, très droit, haut de 3-1 met., à écorce
_ri»e, à jeune' branche» tétragnne^ et à écorce brune. Feuilles elliptiques ou
elliptiques-ovale», cartilagineuses, obtuses ou légèrement échancrées au som­

CliLASTniMîES

M 7

et légèrement pubescent avant la maturité, tantôt grand comme une noix de
France, tantôt comme une o live; û épicarpe et mésocarpe secs ; à endocarpe
osseux et épais; semences 1-3, oléagineuses. — Peu abondant. Çà et là entre

met, luisantes en de»»us, prises en dessous, délicatement veinées. Fleurs très

les pierres des falaises du bord de mer. — Fl. en mai et juin; fruits mûrs en

|*elite', axillaires, solitaires ou en cvmes très courtes, situées à Faisselle des

septembre, octobre et novembre. — Les fruits restent longtemps attachés au

feuilles; calice cupuliforme, à 5 dents ; pétales 5 ; étamines 5, insérées sur le
fond d'un disque rond; pistil syncarpé; ovaire plongé dans le disque. Fruit

pied. — Gozicr. N° 3680.
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Prune bord-de-mer. — Assez abondant entre les

a 2 loge» uniovulëes ; style court: stigmate bilobé; semences 1-2, orbiculaires,

pierres des environs du phare de la Caravelle. N" 587.

fortement comprimées-aplaties, dures, d'un brun noir, luisantes, polies,
presque complètement entourées d'un arille légèrement violacé. — Fl. en avril

Myginda Jacq. (dédié au botaniste autrichien Fr. M ygind, qui a collectionné

ou mai; fruit' mûrs en juillet. — Assez abondant dans les endroits calcaires

les plantes de la Bnrbadc pour l'herbier de Jacquin.)

ou pierreux et secs : Vieux-Fort, Marie-Galante
0 -:K hi met. V 2176.

cette plante. Le Hachoma de Pline, X X V II, 105, est le

M a rtinique.

Pilote

Folle-Anse), Gozicr. Alt.

Vulgo ; Bois-citron, bois-Guillaume. — Hauteurs de Case-

Fond-Layette . Diamant

habitation kikandon), morne Gommier

Marin . V 809.
M guyanensis Gr.; Vulgo : Café-bois, bois-cale.— Petit arbre, tantôt droit
et à branches tout à fait horizontales, tantôt tortueux, à branches inclinées
et allongées. Feuilles trois fois plus larges que dans le précédent, vertes des
deux côtés, luisantes, brièvement pétiolées, elliptiques, terminées en pointe,
,i côte saillante en dessous. Fleurs jaune verdâtre, très petites, en cvmes très
courtes, insérées à Faisselle des feuilles. Fruit ovoïde, un peu plus grand
qu'une cerise de café, s'ouvrant en 2 valves, transversalement sillonnées en
dt-dan»; semences 2, ovoïdes-aplaties, entièrement couvertes sur le dos et sur
plus de la moitié du côté ventral d'un arille rosé.— Fl. en avril, septembre. —
Peu abondant, (.'.à et là dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes; moins rare
dans le» boi» marécageux du bord de mer, entre le Vieux-Bourg et le canal
de.» Rotours. Alt. 0-650 met. N0* 3101 et 3673.
M abti Niger:. Vulgo ; Café-bois. — Bois inférieurs de la Montagne-Pelée
rare , Trois-Mets La Plaine).

.V2133.

Elæodendron Jacq. du grec « elaion », huile, et « dendron », arbre, parce
que les fruits ressemblent à une olive et que plusieurs espèces contiennent de

Rheum
Rhacoma

rhaponticum ,

plante très différente de celle dont il est question ici.
uragoya Rich..
Br. Jam., t. 17, f. 1 ; Dose., vol. IV , 1. 25, p. 81. — Grand arbuste ou arbris­
seau, élégant, très touffu, à branches divariquées ou fastigiées. Feuilles
petites, membraneuses, obovées ou ovales, parfois nettement elliptiques
crénelées-serretées, à pétiole court. Fleurs très petites, en cvmes axillaires,
courtes; pédoncules filiformes, plus courts que les feuilles et bifurquées au
sommet; calice persistant, à i divisions profondes; pétales i ; étamines 1,
insérées sur le bord d'un disque; ovaire niché dans le disque, à i loges unio\niées. Fruit drupacé, rouge, très dur, plus petit qu'une graine de poivre. —
Descourtilz classe celle plante dans les diurétiques excitants et recommande
la racine dans les néphrites calculeuses; il ajoute que les colons des Antilles
s’en servent pour cicatriser les abcès des reins et de la vessie, et qu'ils
absorbent dans ce cas la poudre de la racine dans du lait. Dans les endroits de
la Guadeloupe cl de la Martinique où cet arbuste existe, on se sert quelque­
fois des racines en décoction comme diurétique. — Aim e les endroits secs et
calcaires. — Abondant à la Désirade (côte occidentale), à Marie-Galante
i Capesterre), aux mornes calcaires, entre Port-Louis et F Anse-Bertrand.
[.V 2870.]
N ota.

— La figure de Descourtilz représente mal le fru it; dans mes spéci­

men s, provenant de la Désirade et de Marie-Galante, on trouve, en dehors
des cymes axillaires, des particules terminales assez allongées et formées de

l'huile.)
E.

M. Iî hueonia S\v. (de « Rha » , vieux nom de la W o lg a , d'où l'on lirait

xylocarpum 1). C .; Eléodendre à fruits ligneux. V ulgo ; Prune bord-de-

nn*r. — Petit arbre peu élégant, presque toujours plus ou moins tortueux, à

petites cvmes.
M a r t in iq u e .

Vulgo

: Petit

merisier.

—

Assez abondant

au

Vauclin

écorce noire, rude, transversalement fendillée, à branches très étalées, souvent

(Macouba) et sur les montes calcaires de Sainte-Anne. X° 569.

fortement inclinées. Feuilles cartilagineuses, ellipliques-obovalcs, atténuées
à la base en un court pétiole, crénelées, à crénclures grosses, distancées,

M. pallen.s Sw. ; M yginda à feuilles vert pâle. Vulgo : Petit merisier. —
Petit arbre droit, à branches divariquées souvent inclinées : les jeunes,

peu profondes. Fleurs polygames, en cvmes terminales; calice à 4-5 divi.

télragones; les adultes, cylindriques, à écorce lisse et grisâtre. Feuilles

»io ii' profondes : pétales 5 ; étamines 5, insérées sur le bord d'un disque rond :

petites, membraneuses, obovales ou obovales-oblongues, à pointe obtuse ou

ovaire plongé dans le disque, à 3 loges biovulées. Fruit ovoïde, très glauque

échancrée, subentières ou faiblement crénelées. Fleurs très petites, en cymes

�l'*8

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA MARTINIQUE
II.LICINEKS

axillaire-, portées par 2 pédoncules lilifornies opposés cl bifurques au somm et, plus courts que les feuilles; drupe rouge, obovale,

couronnée

du

stigmate persistant. — Rare. Çà et là dans les endroits secs et pierreux de
Hou&amp;lmont.

F l. en tout temps. — Alt. 190-300 mèt.

NQ2177.]

Je ne l'ai j»as trouvé à In Martinique.

I. monlana (îr .,

149

variété orienlalis Loes. Houx des montagnes. V u lg o ;

(iraincs vertes, pruneau. — Petit arbrisseau, très élégant à cause de son port
et son feuillage toujours très vert, à branches fastigiées, ou petit arbre à
branches étalées, à écorce d’un brun foncé, verruqueuse et peu fendillée.

lah folia Sw. ; Myginda à larges feuilles. Vulgo : Petit merisier. —

Feuilles simples, elliptiques ou ovales-lancéolées, acuminées au sommet,

Arbuste ou petit arbre élégant, très droit et très touffu, à jeunes branches

atténuées à la base, dentées en scie, à dents aiguës, infléchies vers le limbe,

M

tétragones. Feuilles très rigides, elliptiques, ou obovales ou spatulées, suben-

veines saillantes en dessous; pétiole court, noir. Fleurs complètes, petites,

tière&gt; ou grossièrement crénelées vers le sommet, et souvent profondément

en corvmbes de 8-20 rayons, plus longs que les pétioles; calice monopétale

échancrées. Fleurs très nombreuses, blanches, odorantes, en crm es dicho-

4-6-partile; corolle blanche, rotacée, à 6 pétales concrescenls près de la

tomes ou trichotomes, courtes, fasciculées, formant ensemble un corymbc

base; étamines G, insérées à la base de la corolle et alternant avec les seg­

terminal ou axillaire. I&gt;e fruit manque. — Kl. en août et septembre. — Assez

ments du calice; filet filiform e; anthères introrscs, s’ouvrant longitudinale­

rare, ( à et là sur le plateau calcaire de la Désirade.

\ ° 2871.

Schaefferia Jacq.

dédié au pasteur protestant allemand, Jac. Christ.

Schaeffer, né à Querfurt Saxe , en 1718, grand prédicateur et chef de consis­
toire. auteur de différents ouvrages de botanique.)
S. frutescent Jacq., SI., t. 209; Sw., F l., t. 7, analyt.; Schaefferia fru­
tescent. Vulgo ; Merisier. —

Arbrisseau buissonnant, élégant, haut de

1-2 mèt.. à branches minces, tlexibles : les jeunes, bianguleuses-comprimées
et line ment striées. Feuilles alternes, vert pâle en dessous, glabres, rigides,
elliptiques, pointues au sommet, rétrécies à la base en un court pétiole.
Fleurs dioïques. axillaires, diversement groupées : les mâles, presque scssiles,
en petites glomérules axillaires; les femelles, en cymes sur un pédoncule
généralement long et portant 4-0 rayons; pédicelles petits, filiformes, épais­
sis au sommet, aussi longs que les Heurs femelles; calice petit, persistant, à
4 di\i'ions arrondies; pétales 1, écarlates; étamines I, hypogynes; ovaire à
2 loges uniovulées. Fruit pulpeux, ovoïde-comprimé, surmonté du style et
du stigmate persistants, traversé au milieu, sur les deux côtés, par un sillon ;
semences 2. — Fl. en juin et juillet, en septembre et octobre. — Dans les
terrains secs et pierreux : Moule le long du canal , mornes calcaires de FortLouis et aussi dans les sables du bord de mer.
M artinique.

N° 2872.j

Vulgo ; Petit merisier.— Hauteurs du Carbet le long du canal),

mornes calcaires de Sainte-Anne.

ment; ovaire sessile, à 1 loges; stigmates 4, sessiles, distincts, noirs et très
visqueux. Fruit brun, baccien, globuleux, de la grosseur d’une graine de

Il n'existe pas à la Martinique.

N° 590.

poivre, surmonté du style persistant; semences 2-4, triquètres, légèrement
cannelées. — Assez abondant dans la région supérieure des hautes montagnes :
cône et plateau de la Soufrière, où il est rabougri, sources du Galion, GrandeDécouverte, Savane aux Ananas. — Fl. presque toute l'année. — A lt. 9501180 mèt. [N os 2558, 3435.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit citronnier. — Abondant à la Montagne-Pelée,
au-dessus de la petite savane et aux Pilons-du-Carbet. N° 616.]
I. sideroxyloidesCiv. ; Houx ressemblant au Sideroxylon. Vulgo : Bois-citron,
citronnier blanc. — Petit arbre ou arbre de taille moyenne, à branches infé­
rieures divariquées ; les supérieures, fastigiées, à écorce blanchâtre, peu fen­
dillée. Feuilles variables, elliptiques ou obovales, rétrécies à la base, obtusément pointues .ou échancrées au sommet, d'une consistance de parchemin,
luisantes et vertes en dessus, grises en dessous; pétiole court, cannelé. Fleurs
très nombreuses, en petites cymes ombelliformes axillaires de 3-13 rayons,
aussi longs ou une fois plus longs que les pétioles; corolle blanche, rotacée,
plus large que dans le précédent. Fruit globuleux, comprimé au sommet,
plus grand qu’ une graine de poivre. — Cet arbre fournil un bois recherché
pour la charpente, la menuiserie et le charronnage. — Fl. de janvier en mars;
fruits mûrs en mai et juin : les oiseaux en sont friands. — Abondant dans
tous les grands bois des Bains-Jaunes, du Matouba, des Vieux-Habitants et
du massif de Houëlmont. A lt. 200-900 mèt. [.\° 2309.]
M a r tin iq u e .

— Variété typica Loes., forma vulyaris Loes. Vulgo : Bois gris.

— Abondant dans les bois inférieurs de la M ontagne-Pelée (bois cle Galbiac),
CINQUANTE-UMKME FAMILLE. ---

IL IC IN É E S .

des Fonds-Saint-Denis, des hauteurs de la Grand'Anse, et à l'état de buis­
son dans les terres calcaires de la Caravelle et des mornes de Sainte-Anne.
Alt. 50-600 mèt. [N os 654, 1246.]

Ilex L. du celtique « ec » ou « ac », pointe, parce que les feuilles des
espèces-types portent des piquants.)

I. nilida M ax.; Houx à feuilles luisantes. Vulgo : Citronnier, graines vertes,
pruneau noir. — Arbre de taille moyenne, droit, à écorce grisâtre, couverte
e rugosités, à branches munies de verrueset de lenticelles, à jeunes rameaux

�150

PLANTES

DK LA U UAD RI.Oli PE ET

DE LA

MARTINIQUE

h

ippoenatkackks

—

.)

c iia il l u t ia c é b s

légèrement duvetés; calice 5-lide; pétales 5, obovés, vert jaunâtre ; étamines 3,

noir&gt; ou bruns, li&gt;se&gt;, légèrement striés. Fouilles membraneuses, verl noir
en dosus, larges, elliptiques ou ellipliques-oblongues, grossièrement créne­

insérées sur le côté d'un disque large, annulaire; ovaires 3 ; styles 3, cohé­

lées au-dessus île la base, roulées sur les bords, obtusément pointues au som­

rents à la base. Fruits uniloculaires, réunis par 3 sur un carpophore atte­

met. Fleurs jH'tites, nombreuses, en corvmbes axillaires. Fruit comme dans

nant au disque lignifié, larges, très comprimés, elliptiques ou légèrement

le précédent, mais à épicarpe n o irci luisant; semences 1, triquètres, nette­

ovales, ou obovales (dans mes spécimens), longs de .) cm. sur 2-3 cm. de

ment cannelées. Se distingue facilement de se- congénères par ses 1eni 1les

large, s’ouvrant des deux côtés, en deux valves naviculaires ; péricarpe

plus large' et crénelées, ses fleurs plus petites et plus ou moins verdâtres.
— Abondant dans les mêmes habitats que le précédent. — Fl. en mars et

membraneux, gris, lisse, finement et longitudinalement strié; semences
pendantes, comprimées, prolongées inférieurement en une large aile mem­

avril. — Alt. 1

braneuse. — Fl. presque toute l’année, mais surtout d'août en novembre.

met .

N" 2867.

M artinique. Yulgo : llois-pelit-Jean. — Parnasse,
fontaines Didier et Absalon, etc.

Fonds-Saint-Denis,

N" fût*.

I. tlioica (ir. ; Houx à Ileurs dioïques. Yulgo ; Citronnier-montagne. — Petit
arbre tortueux, a éeorce verruqueuse, à jeunes branches comprimées et

— Lamentin (bord du canal et dans les broussailles qui avoisinent les marais ,
Baie-Mahault. [N "s 2996, 3400.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo ; Liane-crabe. — Rare ; Ravine-de-Ducos, ravines du
Parnasse (près de l ’habitation Liltéc).

N° 181.

striées. Feuilles larges, cartilagineuses, elliptiques ou ovales, subentières ou
a peine crénelées au-dessus de la base, terminées en pointe obtuse, arrondies
à la base, côte très saillante en dessous, imprimées en dessus; pétiole court,

CINQUANTE-TROISIÈME FAMILLE.

C H A IL L É T IA C É E S .

large, cannelé. Fleurs nombreuses, en corvmbes ombelliformes ou en simples
ombelles naissant d'une tubérosité, à 5-14 rayons aussi longs que les pétioles;
corolle rolacée. Fruit globuleux, à peu près deux fois plus petit qu’une graine
de poivre, surmonté d'une pointe courte, reste du style persistant. C'est
de tou- les llex de n&lt;» colonies l'espèce dont les fruits sont les plus petits. —
Assez rare. Çà et là dans les Pitons-du-Carbel. Alt. 780-850 mèt. [N°* '237,
65.V — Il n’existe pas à la Guadeloupe.

Tapura M ari, (nom de la plante à la Guyane.)
T. guynnensi.s Aubl. Yu lgo : Bois-côtelette noir,
Ilisl. de In Guyane ,

l.

bois-côte noir. Auhl.,

48. — Arbre de taille moyenne, plus rarement grand

arbre, à tronc droit, pourvu de 3-5 côtes, qui, pou saillantes dans le haut,
deviennent de plus en plus fortes dans le bas et finissent par form er une base
très anfractueuse ; à écorce grise, pou épaisse, fendillée; à branches souvent
horizontales, très étalées;

CINQUANTE-DEUXIÈME FAMILLE.

11 I PPOCU ATKACHHS.

à rameaux toujours inclinés.

Fouilles cartilagi­

neuses, glabres, luisantes, très vertes en dessus, pâles en dessous, légèrement
obovales, arrondies à la base, brièvem ent pointues au sommet, entières,
alternes, à côte et à nervures très saillantes en dessous, peu visibles à la face

Hippocratea L.

dédié au célèbre médecin grec Hippocrate, né à l'ile de

Cos, en 470 ou 400 avant J.-C. ; mort à Larisse, en 372 ou 351.)
H oenln I-am. ; Hippocratea à feuilles ovées. Yulgo : Liane-z’amande, bois-

supérieure; pétiole court, gris, épaissi, ruguleux, souvent cannelé. Fleurs en
ombelles presque sessiles, contenant jusqu'à 20 rayons, attachées au sommet
du pétiole ou quelquefois à la base du lim be; calice monosépale, à 5 lobes

z'amande. liane rouge. I^am., III., t. 28. f. 2; Desc., vol. IV , t. 290, p. 265.

pubcscents, ovales, dont 3 extérieurs et plus grands, et 2 intérieurs, et pla­

— Arbrisseau sarmenteux, pouvant s'élever très haut, quand il trouve un

cés plus haut; corolle à 5 pétales, longs de 1-2,3 mm., blancs, insérés au

appui, à branches très nombreuses, décussécs, insérées à angle droit, tordues

fond du calice; étamines 8-11, blanches, exsertes, d'inégale longueur, tantôt

et enchevêtrées, pendantes dans les vieux pieds ; les supérieures et les termi­

libres, tantôt légèrement cohérentes et laineuses, simulant un tube dont le

nales, changées en vrille; écorce noirâtre ou grise, presque lisse. Feuilles

sommet est rempli d'une matière laineuse et blanche; anthères longues de

opposées, elliptiques ou oblongues, ou ovées, terminées en pointe obtuse,

1 mm., presque aussi larges,

tantôt nettement crénelées, tantôt faiblement dentelées au-dessus de la base;

drique, aminci vers le sommet; ovaire sessile, velouté, ovale, triloculaire.

dorsifixes,

inlrorses; pistil trilobé,

cylin­

pétioles courts, articulés tout près de la base. Fleurs très petites, en pani-

Fruit drupacé, long de 18-22 mm. sur 12-45 mm. de diamètre, obovoïde, à

cules trichotomes. terminales et axillaires, composées de cymes dichotomes

épicarpe gris blanchâtre et duveté, à mésocarpe blanchâtre succulent, copieux,

et bibractéolées à la base; pédoncules tétragones; pédicelles et pédicellules

d'une saveur

1res sucrée et

fort agréable; semences

ovoïdes-allongées,

�152

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE ET

DE LA MARTINIQUE

UIITICEKS

153

blanches. Les rais, les oiseaux et les chauves-souris font aux fruits une

rude, peu fendillée, à branches inférieures tout à fait horizontales, â branches

guerre acharnée. — Le bois est blanchâtre, dur et sert pour la construction,

supérieures fastigiées, à cyme pyramidale. Feuilles très rudes des deux côtés,

— Assez rare dans les bois des bains-Jaunes, du Matouba et de Gourbeyre;

membraneuses, gaufrées entre les nervures, triplin erviées; à nervures et

assez abondant dans les forêts des environs du Grand-Etang, de 1 Etang-

ncrvillcs rougeâtres en dessous, ovales-lancéolées, acuminées, finement den­

Zombi (Capesterre) et des Trois-Rivières. — Kl. en avril et mai, et aussi en

telées en scie, légèrement cordées à la base; à lobes inégaux. Fleurs poly­

septembre et octobre. — Alt. 300-800 met.

games, très petites, en cymes axillaires, très nombreuses, courtes, géminées

M ar tiniq u e.

Xos 3402, 3622.J

Yulgo : Bois-côte. — Abondant dans les bois du Morne-Bouge,

ou tricholomes, tantôt plus courtes, tantôt plus longues que les pétioles;

de l'Ajoupa-Bouillon, des Fonds-Saint-Denis, du Lorrain et du Camp de

pédoncules cl pédicelles souvent bibractéolés au sommet; calice 5-partite;

l'Alma.

anthères exsertcs. Fruit drupacé, très petit, surmonté du style persistant. —

N° 183.

Peu abondant. Çà cl là dans toutes sortes de terrains de la région inférieure.
— Le bois est blanchâtre et sert à faire des lattes, des poteaux, etc. — SainteRose (environs du bourg), Camp-Jacob (dans le lias de la rivière Noire, etc. .
CINQUANTE-QUATRIÈME FAMILLE.

— l'R T IC E E S .

Alt. 30-400 mèt. [N os 2858, 3639.]
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Bois-dc-1 Orme. — Assez abondant au Champflorc et

dans les bois de l'Ajoupa-Bouillon, etc.
Celtis Pline désigne parce mot une espèce de Lotus, du grec « kellein »,
pousser, « keltis », cravache, parce que les branches llexibles peuvent servir
de cravache.)

N° 1 100.

S. Lamarkiana Decs.; Sponia de Lamark. Y u lgo : Orme petite-feuille,
caca-ravet. Plum., édit. Burm., t. 206, f. 2 . — Arbrisseau ou petit arbre très
élégant, à écorce grisâtre, très rude, à branches inférieures horizontales, à

C. aculeala S w ., Rhamnus iyuan eus L .; Celtis à piquants. Yulgo : Croc-

rameaux distiques, à jeunes rameaux duvetés. Feuilles petites, ovales-lancéo­

chien, gralfc-jambes. Desc., vol. V II, t. 492? — Arbrisseau sarmenteux, à

lées, pointues aux deux extrém ités, brièvem ent péliolées, extrêmement

branches allongées, distiques, llexibles et toujours pendantes ou fortement

rudes sur les deux faces, finement dentelées en scie, inégales à la base, rou­

inclinées, pourvues de piquants stipulâmes, solitaires et recourbés : les vieux

lées sur les bords, d'un vert grisâtre, à côte et à nervures imprimées en dessus

pieds, à écorce rude; les jeunes branches, à écorce couverte de tubérosités

et couleur

lenticulaires et blanches. Feuilles obovales-oblongues, brièvement péliolées,

fruits comme dans le précédent, duquel il se distingue facilement par la peti­

à 3 nervures partant de la base du limbe, à pointe obtuse au sommet, sub­

tesse et la rudesse de ses feuilles, par ses cymes subsessiles et plus longues

cordées a la base, membraneuses, légèrement gaufrées, alternes-distiques.

que les pétioles. — FL en septembre et octobre. — Çà et là dans les mornes

de rouille,

très saillantes et duvetées eu dessous. Fleurs et

Fleurs polygames, très petites, verdâtres, en cvmes axillaires, portées sui­

secs et dans les falaises ; R ivière-N oire, Deshaies, Pointe-N oire. A lt. 150-

des pédoncules articulés au sommet et aussi longs que les pétioles; calice

300 mèt. (N ° 3572.

5-partile; style bilide, à branches recourbées. Fruit globuleux, drupacé, un
peu plus volumineux qu’une graine de poivre, à endocarpe dur, renfermant
1 semence. — FL en mai et juin. — Endroits secs, sablonneux ou pierreux

M a r tin iq u e .

Yu lgo ; Caca-ravet. — Assez abondant dans les mornes secs

des hauteurs du Prêcheur habitation de Messimy), morne Gommier (M arin .
N° 1398.]

du littoral ou dans les sables du bord de mer : Basse-Terre (La Pintade),
rivière Sence, Deshaies, Pointe-Noire.
M ar tiniq u e.

NT° 2849.

Yulgo : Croc-à-chiens. — Carbet (bord de mer du Quartier-

Monsieur , Case-Pilote, Marin (morne Gommier). A lt. 0-190 mèl. |.\° 1001.
Sponia Commers. dédié à J. Jac Spon, né en 1647, mort en 1785, médecin
à Lyon; a publié, en 1775, les résultats de ses voyages en Italie, en Dalmatie,
en Grèce et en Orient.)

Ficus L.

du grec « sukon », ligue, que les Latins ont changé en &lt;&gt; licus » .)

F. laurifolia Lam., F. niartinicensis \Y., F. vire ns A it .; Figuier à feuilles
de laurier. Yu lgo ; figuier à agouti. SL, t. 223. — Arbre souvent énorme, à
tronc de 1 60 de diamètre, très anfractueux à la base, à cyme très étendue,
à branches divariquées ou horizontales, très divisées, à écorce rougeâtre,»
généralement très peu fendillée.

Feuilles larges,

membraneuses, plus ou

moins glabres, vertes en dessus, pâles en dessous, ovales-elliptiques, pointues

S. micrantha Decs. ; Sponia à petites Heurs. Yulgo : Bois-de-l'Orme, petit-

au sommet, arrondies à la base, à côte large et aplatie, à 12-15 paires de

orme, orme petite-feuille. — Petit arbre très droit, élégant à cause de son

nervures alternes, saillantes en dessous ; pétiole cannelé, de longueur variable.

port et de son feuillage, haut de 6-7 m èl., rarement plus élevé, à écorce

Fruit rouge vert, sphérique, parfois légèrement comprimé au sommet, de la

�154

PLANTES

Ut:

I.A GUADELOUPE ET DE LA MAR TINIQUE

155

urttcéks

forme el de la grosseur de celui du tamarin des Indes, le plus souvent tacheté

nonce rouge, mammifornie. Feuilles involucrales petites, bilobées. — Assez

de brun ou de jaune, d'un diamètre de *25-30 mm., porté par un pédoncule

abondant dans les mornes inférieurs ; Abym es morne du Calvaire), Gozier

long de 1 1-18 mm. — Les agoutis sont particulièrement friands d ecefru it. —

(bord de mer), dans les falaises de la rivière Noire et de la rivière des Pères,

Le bois est mou, il pourrit facilement et ne s'emploie pas pour la construc­
tion. — Çà el là dans les falaises et sur les bords de rivières des bois infé­

etc. A lt. 10-500 mèt. [X ° 2177.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Aralic-cerise. —

rieurs : Bains-Jaunes,

Lamentin, Ducos, Trinité, etc.

rivière

Rouge, Trois-Rivières. Alt.

50-000 mèt.

ÎN° 2194.]
M ar tinique.

Yulgo : Figuier maudit. — Plus abondant qu’à la Guade­

loupe; se rencontre dans tous les grands bois inférieurs. X u I 112. j
F.

crassinervia Desf. ; Figuier à fortes nervures. Yulgo : Figuier grande-

feuille. — Arbre de taille moyenne, plus rarement très grand arbre, presque
toujours muni de racines adventices, à tronc droit, à branches peu divisées,
toujours horizontales ou inclinées, à écorce grise, épaisse, fendillée dans les
vieux pieds. Feuilles larges, cartilagineuses, ramassées à l'extrémité des
rameaux courts, vert pâle en dessus, grisâtre en dessous, ovales, arrondies à
la base el au sommet : les jeunes, souvent obovales el atténuées en coin, à
la base; à nervures larges, carénées et très saillantes à la face inférieure;
pétiole long, cannelé, comprimé, élargi à la base et laissant de grandes cica­
trices blanches. Fruit globuleux, subsessile, de 8-10 mm. de diamètre, légè­
rement plus long que large, velouté, marqué de taches rondes, vertes ou
brunes. Feuilles involucrales 2, persistantes, larges, arrondies, opposées,
fortement appliquées contre le fruit, finement duvetées et noires, ce qui

F.

Parnasse, Prêcheur, Case-Pilote.

X° I i07.

pertusa L.; Figuier à feuilles percées. Yu lgo ; Multipliant,

petite-feuille. —

Petit arbre, haut

figuier

de 7-10 m èt., ornemental, toujours

très vert; à branches très nombreuses, fastigiées et extrêmement feuillues; à
rameaux télragoncs; à écorce lisse et grise. Feuilles petites, coriaces, obovales-lancéolées ou légèrement oblongues, arrondies au sommet, obtuses à
la base, finement veinées;

pétiole

court, renflé. Fruits très nombreux,

glabres, globuleux, souvent tachetés de brun, solitaires ou géminés, de la
grosseur d’ une graine de poivre, fermés au sommet par une proéminence
mammifornie. Feuilles involucrales, petites, bilobées; pédicelles cylindriques,
un peu plus courts que le fruit. — Fruits mûrs en mai cl juin. — Les petits
oiseaux les mangent avec avidité. — Abondant dans les savanes et les bois
inférieurs des Bains-Jaunes, du Malouba, du Gommier, des Vieux-H abi­
tants, etc. Alt. 400-800 mèt. [X ° 2195.
M artinique . Yulgo ; Arabe petite-cerise. — Abondant au Champtlore
(bords de la Capote), dans les bois de la Grand’Anse, du- Lorrain, de la Cale­
basse, des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l'Alm a, etc.

Ficus

X" 1 408.

annulaire, formée de 2-3 écailles. — Fruits mûrs en avril et mai. — Assez

carica L. Yu lgo : Figuier de France, est cultivé dans beaucoup
di* jardins ; le
elaslica L., très grand arbre, à racines adventices, ori­

abondant dans les mornes, les falaises boisées el les savanes de la région du

ginaire des Indes Orientales, se rencontre dans plusieurs endroits, entre

littoral : Basse-Terre (rivière des Pères), Houëlmont, Vieux-Fort, Capesterre

autres à la Basse-Terre (cour de la prison) [X " 32711, et à la Martinique

(G u a d elo u p eetc. Alt. 10-350 mèt.

(Saint-Pierre, Prêcheur).

tranche fortement avec la couleur grise du péricarpe, ouverture du sommet

M artinique.

X" 2196.]

Yulgo : Figuier blanc. — Çà et là dans la basse région : Vau-

clin route du Marin), Trois-Ilets, Sainte-Luce, etc.
F.

X" t i l t . ]

lentiginosa Y .; Figuier à formations lenticulaires. Yulgo ; Figuier

blanc. — Arbrisseau souvent gigantesque, produisant sur le tronc el les

Le

Le

Ficus

Ficus metallica

X" 1413.

Mort., avec scs feuilles à reflets métalliques, a été intro­

duit, en 1879, à la Martinique par l’horticulteur Louis Hahn et est cultivé
chez plusieurs amateurs de plantes. X° 1414.

Artocarpus

L. (du grec « artos », pain, et « karpos », fruit, parce que le

branches une masse de racines advenlives de l’épaisseur d'un crayon, cou­

fruit de cet arbre forme la principale nourriture des habitants des îles de

rant quelquefois au loin sur la terre, devenant alors beaucoup plus grosses et

1 Océanie.)

se couvrant de nombreux corps lenticulaires blancs; à branches très éten­
dues, divariquées, horizontales; à écorce grise ou blanchâtre, gercée; à tronc
formant, à la base, des anfractuosités énormes. Feuilles membraneuses,
beaucoup

plus petites que dans le précédent, membraneuses, lisses, vert

tendre, longuement pétiolées, faiblement cordées ou plus rarement arrondies
à la base, terminées en pointe obtuse au sommet. Fruit mûr, blanchâtre,
souvent tacheté de rouge, de brun ou de vert, globuleux, glabre, deux fois
plus gros qu'une graine de poivre, muni, à l’ouverture, d’une petite proémi-

A.

incisa L. :

a,

variété non senti ni fera ; Artocarpe à feuilles incisées.

Yu lgo ; Arbre à pain, fruit à pain. Desc., vol. X’ 111, t. 539, p. 28. — Arbre
de deuxième grandeur, d’un beau port, à fronde ample, à branches étendues :
les inférieures, horizontales, à écorce grise, gercée et crevassée. Feuilles en
touffes, à l’extrémité des rameaux, très larges et

très vertes, luisantes,

glabres, pinnalilides, à 8-1 I lobes oblongs, pointues, plus ou moins pro­
fondes et disposées avec plus ou moins de régularité, à côte carénée, extrê­
mement forte et saillante en dessous; pétiole cylindrique-com prim é, vigou-

�J 57

UItTICÉES

156

PLANTES DE LA UUADKLOUPB ET

1)E LA MARTINIQUE

et les dimensions du précédent, mais la côte, les nervures, les pétioles et

roux : jeunes feuilles, renfermées du ns deux bradées spathiiormes-navicu-

souvent les bords du limbe soûl couverts de poils. Chaton femelle ovale-

laires, jaunes,

monoïques,

arrondi. presque globuleux, long de 8-12 cm., moins long que le pédoncule

incluses sur les branches fructifères, dans la même double bractée, soil les

el hérissé, de toutes parts, de pointes molles, très nombreuses, longues de

mâles, soil les femelles séparément, soil les deux réunies : les mâles, sessiles,

4-5 m m .; ovaire à style distinct, mais caché. Fruit plus ou moins globu­

très nombreuses et très rapprochées, couvrant entièrement un réceptacle

leux, de

d'abord droit, ensuite pendant, spongieux, mollet, arrondi au sommet, cylin-

variétés, verdâtre, raboteux en dehors, avec des aréoles pentagones ou hexa­

drique-comprimé, long île 15-22 cm. sur 3 cm.-3, 50de large, pédonculé; elles

gones; il contient, sous une peau épaisse, une pulpe d'abord blanche, un peu

sont composées de deux sépales blanchâtres, soudés à la base, obtus, con­

fibreuse et comme farineuse; en mûrissant, elle devient jaunâtre, succulente,

caves, et d'une étamine à lilet 1res court, à anthères oblongues, ne dépassant

d'une consistance gélatineuse. Dans celte pulpe sont nichées 60-80 graines

pas les lobes des sépales. Habituellement les sépales forment un tube com­

ovales-oblongues, presque aussi grosses qu'une châtaigne de France et cou­

opposées, imbriquées sur

les

bords. Meurs

la grosseur d’ une

tète

d’enfant,

souvent ditrorme,

selon

les

plet, fermé au sommet et contenant l'étamine stérile; les femelles, insérées

vertes de plusieurs membranes brunes el fines. — On les mange cuites dans

sur un réceptacle globuleux ou oblong, mesurant 1-6 cm. de long, et se com ­

l'eau avec du sel. Les cotylédons sont très inégaux et dépourvus d'albumen;

posant ; d un calice allongé, prismatique, hexagone ; d'un ovaire unipvulé,

la radicule est supère et relativement courte. Les graines germent très vite et

enfoncé dans une substance spongieuse, presque charnue et blanche; d'un

perdent en peu de temps leur faculté germinative. — Çà et là autour des

style à 3 divisions filiformes, surmontées de deux stigmates. Dans celle

habitations dans les deux colonies.

variété les ovules ne sont jamais fécondés parce que les anthères sont tou­
jours stériles. Les jeunes chatons sont portés sur des pédoncules pourvus de
poils roux, longs et droits, et disparaissent quelque temps après leur sortie
de la spalhe. Le fruit est sphérique, de la grosseur d'un melon vert, jaunâtre
en dehors et marqué d'aréoles irrégulières à 1 ou 5 angles. — Quand il est
parfaitement mur, sa pulpe est succulente, fondante, très laxative, d’une
saveur douceâtre. Pour l'usage domestique, on le cueille un peu avant sa
maturité; sa chair est alors ferme, blanche, et constitue un aliment sain et
facile à digérer. Sa préparation consiste à l’éplucher et à le couper par
tranches, qu’on fait rôtir ou bouillir; sa saveur approche de celle du pain de
froment. Les chatons mâles se mangent conlils; secs, ils peuvent tenir lieu
d'amadou. Celle espèce ne produisant pas de graines, on multiplie les pieds
par les drageons qui poussent aux racines. Toutes les parties de l'arbre et le
fruit, avant qu'il ne soil mûr, contiennent un suc laiteux, très visqueux, qui,
en se durcissant, donne du caoutchouc1. — FL presque toute l’année, mais
surtout de mars en a o û t.— Originaire de Java, des Moluques, etc. Inlroduit à la Guadeloupe el à la Martinique, en 1793, par les Anglais, qui les oui
apportés de Saint-Domingue. — Très abondant dans (oui le pays. f \ ° 3771.
M a r t in i q u e .

Vulgo : Arbre à pain, fruit à pain. — Abondant. N° I fO l.]

A. inlegrifolia L.; Artocarpe à feuilles entières. Vulgo ; Jaquier. Tuss., F L ,
Il, t. 4. — Grand arbre à cime majestueuse, d'un port élégant; à écorce épaisse,
pleine d'un suc laiteux; à rameaux nombreux, cylindriques, très feuillus et
remplis de moelle. Feuilles alternes, pétiolées, ovales-cunéiformes, coriaces,
luisantes, surtout en dessus : les adultes, entières; les jeunes, souvent à 3-5
lobes, à sinus très profonds; bractées renfermant les bourgeons terminaux,
courtes, glabres, lisses, brunes en dehors, blanches en dedans, ovales-arrondies, tronquées à la base. Fleurs en chatons mâles el femelles, renfermés
séparément dans les mêmes bractées, qui abritent les feuilles avant l’éclosion ;
les mâles, courts, cylindriques, grêles, pédoncules, situés sur les petits
rameaux el à l'aisselle des feuilles supérieures, réunis par 2-4 el d'un âge
toujours différent; les femelles, plus ou moins globuleuses, situées sur le
tronc cl les grosses branches. Fruit extrêmement gros, long de 50-70 cm.
sur 25-40 de large, souvent difforme, en général ovale-oblong, à surface
hérissée de pointes courtes, situées au milieu d'une petite aréole pentagone
ou hexagone. — Avant la maturité, la pulpe est blanche et ferme, et devient
ensuite jaunâtre; elle a une saveur acidulée el agréable, malgré l'odeur
puante qu'elle exhale : on lui attribue des vertus rafraîchissantes. Dans cette
pulpe sont placées côte à côte une masse de graines oblongues comprimées,

S, variété seminifera. Vulgo : Châtaignier, châtaigne.— Cet arbre est plus

plus ou moins pentagones, de la grosseur d une châtaigne; elles se mangent

élancé mais moins grand que le précédent, ses branches inférieures sont plus

crues ou cuites dans l'eau avec du sel, ou rôties. L'arbre pousse lentement.

inclinées, ses rameaux creux et remplis de moelle blanche portent, à l'exlé-

Le bois est dur et peut servir pour la construction et la menuiserie. O rigi­

rieur, des cicatrices annulaires laissées par les feuilles. Celles-ci ont la forme

naire des Indes Orientales et des îles du Pacifique. — Rare : Basse- l'erre habi­

1. Ce caoutchouc, comme celui de l’espèce suivante, serait à étudier de près aussi bien
du reste (pie celui qui provient dès divers Ficus précédemment énumérés. Il y a là
peut-élre un intérêt industriel. (E. II.)

Sainte-Rose, etc. N" 2859.]
M artinique . Vulgo : Jaquier.

tation Saint-Audc-Gall), morne Ilouëlm ont (aux environs de la batterie).
—

Plus abondant qu'à la Guadeloupe :

�l’ LANTES DK LA GUADELOUPE ET

158

DE LA

M U T CK k s

MARTINIQUE

Jardin botanique de Saint-Pierre, Champllore (habitation Gérard),

Passe-

L

Artocarpus

Lxcncha Roxb., arbre à larges feuilles, rudes, ellipliques-

arrondics; est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre. N° 1102.]

Cecropia

L. du grec « kekragein », crier, parce que les pétioles et le tronc

sont creux comme les instruments de musique à vent.)

C.

fend facilem ent : on en fait du charbon. Toutes les parties de la plante sont
le siège

Pointe, Grand Anse, etc. N” 1399.]

ohlu.su Trée., Cecropia à feuilles obtuses. Yulgo : Bois-trompette. SI.,

I. 88, f. 2, et t. 89; Desc., vol. I, t. 75, p. 31. — Arbre ornemental, dont les
plus grands ne dépassent pas 11 mètres d élévation, à tronc droit, nu, rude,
mais jamais gercé ni crevassé, à branches nulles ou peu nombreuses, nues et
toujours confinées dans les parties supérieures. Feuilles ramassées en loull’es
à l'extrémité des branches : les jeunes, renfermées dans une bractée com­
mune, naviculaire. tenant lieu de spalhe, pointue au sommet, longue de
14-46 cm. sur 3-1 cm. de large, membraneuse, couverte, en dehors, de poils
gris, laineux, brune et glabre en dedans; feuilles adultes, longues de 3515 cm. sur autant ou presque autant de large, blanches, lomenleuses en
dessous, pellinerviées, palmilobées à 7-9 lobes arrondis, à sinus plus ou
moins profonds, à côtes très saillantes en dessous cl à nervures primaires
rouges; pétiole long de 15-21 cm., creux, blanc, lomenleux et semi-amplexi-

159

d'un latex âcre, très amer,

contenant un

principe corrosif et

astringent. Dans le pays, on n’en tire aucun prolit. — FL presque toute
l'année. — Abondant dans les bois et les falaises, jusqu'à une altitude de
900 mèt. [N ° 2860.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois-canon*. — Abondant. [N ° 1 405.
Maclura Nuit, (dédié à W ill. Maelur, naturaliste des Etats-Unis du N o rd ;
mort au M exique, en 18 40.)
M. æanthoxyloides hindi.; Maclure ressemblant au xanlhoxylon. Yulgo :
Mûrier du pays. Plum ., éd. Burm., I. 204. — Arbre de taille moyenne, élé­
gant, très loulFu, avec ou sans piquants; à branches horizontales; à rameaux
penchés;

à écorce grise, rude, légèrement gercée. Feuilles grossièrement

dentées en scie, ovales-oblongues, pointues au sommet, arrondies à la base
ou subcordées, distiques-alternes, presque glabres. Fleurs dioïques, axillaires,
pédoneulées ; les mâles, en épis cylindriques, composées d’ un calice monosé­
pale, à 4 segments profonds et imbriqués, à 1 étamines exsertes ; les femelles,
en capitules globuleux, composées d'un calice à f folioles, qui, à la maturité
du fruit, deviennent dures et écailleuses, d’ un ovaire libre, sessile, à style
simple, persistant. Akènes 30-40, insérés sur un réceptacle presque charnu,

caule à la base, laissant sur les branches de larges cicatrices en forme d écus­

de la grosseur et de la forme d'une framboise. — Les fruits ont une saveur

son. Fleurs dioïques, sessiles, sur des réceptacles charnus et disposés en

sucrée et très agréable; les enfants en sont très friands. Le bois est solide,

ombelles axillaires, renfermés dans une bractée obovale, pointue au sommet,

d'un jaune brillant ; il est apprécié des menuisiers. — Assez rare : Trois-

membraneuse, tomenteuse, blanchâtre, longue de 6-8 cm. sur 3-3,5 cm. de

llels, à FA n se-à-lA ne, près du boni de mer, et quelques pieds aux Anses-

large, et cpii est elle-même contenue dans la grande bractée commune qui

d'A rlet. Ce bel arbre tend à disparaître. On le rencontre en assez grande

abrite les jeunes feuilles; ombelle des réceptacles mâles de 8-16 rayons,

abondance le long de la rivière de la ville de la Soufrière et de la ville du

brièvement pédonculés, cylindriques, grêles, longs de 3-5 cm., portant des

Vieux-Fort, à File de Sainte-Lucie. Son congénère, le M. tincloria Don., qui

fleurs composées d'un calice tubulaire, anguleux, aminci vers la base, et de

était autrefois abondant, u existe plus à la Martinique.

deux étamines à filets courts; réceptacles des ombelles femelles sessiles au

n'ai trouvé ni l'un ni l'autre à la Guadeloupe.

nombre de 2-4. plus longs ou aussi longs, ou plus courts, mais toujours
beaucoup plus gros et plus charnus que les réceptacles mâles, portant des
fleurs à un ovaire libre, uniloculaire, uniovulé, surmonté d'un stigmate à
plusieurs branches courtes. Les fruits sont des akènes ovoïdes, allon­
gés, enveloppés

par

le calice devenu

pulpeux, de la grosseur d’ une

graine de poivre. Chaque grosse bractée laisse, après sa chute, sur le jeune
rameau une ligne circulaire en relief, couverte de poils couchés, roux et
caducs. Les jeunes liges et les branches sont creuses de distance en distance,
et transversalement cloisonnées à l'instar des bambous; à l'extrémité des

N° 1404.] — Je

Dorstenia L. i dédié à Théodore Dorsten, professeur de médecine à Marbach,
mort en 1539, à Cassel; a écrit Botanicum , qui a paru un an après sa mort.
D.
Conlrajerva L. ; Dorslénie, contre-poison mot à mot en espagnol :
herbe contre). Vulgo : Herbe-chapeau. Desc., vol. I I I . t. 207, p. 256. —
Herbe sans lige, vivace par ses rhizomes noueux et tubériformes, haute de
25-30 cm. Feuilles rosulées, au nombre de 3-6, très longuement pétiolées,
eordées-arrondies à la base,

palmatipartiles ou palmatilides ; à segments

larges, ovales ou oblongs, habituellement aeuminés, grossièrement et très

branches, les cloisons sont très rapprochées cl les creux sont à demi remplis
d une moelle. Dans les vieux

troncs, les cloisons disparaissent, le bois

devient massif, et l'écorce se couvre de petites tubérosités lenticulaires
et blanches. — Le bois est poreux, blanc, tendre, rude au toucher; il se

1. Sous le nom de bois-canon. on désigne à la Guyane le Cecropia peltata L . , dont le
suc caustique est employé couramment contre les verrues et les dartres, dont les feuilles
et l’écorce sont un astringent employé contre la blennorrhagie. Le C. obtus;i pourrait
servir aux mômes usages aux Antilles. (E. II.)

�160

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DK LA

MARTINIQUE

161

URTICÉES

irrégulièrement dentés. Fleurs monoïques, insérées en grand nombre dans

pubesccntes, souvent munies, à la surface supérieure et à l’extrémité des

les alvéoles d'un réceptacle pellé, convexe à la lace supérieure, arrondi ou
elliptique, ou quadrangulaire ou laeinié, porté sur un pédoncule plus Ioni­

dents, de poils terminés par une glande brûlante ; pétiole long, strié-sillonné.

que les feuilles, dressé, ferme, élargi au sommet : les mâles, sessiles, sans

de cymcs scorpioïdes : les mâles, à calice à 4-5 lobes profonds, égaux, à

Fleurs monoïques, en panicules larges, terminales et axillaires, composées

calice (Descourlilz se trompe en disant qu'il y a un calice à 1 divisions

i étamines blanches, infléchies, se dressant élastiquement ; les femelles, à

obtuses), à 2-4 étamines, à filets fdiformes, à anthères globuleuses;

les

calice à 4 divisions profondes, inégales, â style ovale, court, simple. Akène

femelles, sans calice, avec un ovaire libre, muni d un style recourbé, latéral,

oblong, luberculé. — La plante est sudorifique, et les gens de la campagne

bidenté et d'un stigmate simple; semences ovoïdes-arrondies, nichées dans

préparent,

le réceptacle charnu et succulent, surmontées d’une pointe courte et recour­
bée. — La racine fraîche a une odeur aromatique, une saveur amère, son suc est
légèrement caustique; elle est d'un jaune brun et ressemble à celle du sceau
de Salomon. Descourlilz place celte herbe dans les alexilèrcs internes et la
recommande comme dia p h on iq u e et cordiale dans certaines lièvres lentes et

avec les feuilles et les jeunes tiges, une décoction contre les

pleurésies et les fluxions de poitrine. — Abondant sur les décombres, dans
les lieux incultes et dans les fossés, le long des routes et au pied des murs, etc. :
Basse-Terre, Gourbeyre, Lamenlin, etc. A lt. 0-600 mèt. [X ° 2190.,
M artinique . Yu lgo : Ortie-brûlante, z'herbe-brûlante. — Abondant dans
toute l'île. [N ° 1389.J

nerveuses, surtout quand il est nécessaire d'activer la circulation, de stimu­
ler les intestins et l’estomac; il ajoute que le suc de la racine favorise puis­
samment l'éruption

languissante des Directions cutanées et qu il arrête,

employé en gargarisme, les progrès de l’angine gangreneuse 1. — Aim e les
endroits ombragés. — Abondant au Jardin botanique de Saint-Pierre, où les
panseurs se servent des feuilles et des racines contre les piqûres du serpent;
assez commun au morne Gommier (Marin). On le rencontre quelquefois dans
les jardins comme plante d’ornement.

.V 1403. — Je ne l'ai pas trouvé à

la Guadeloupe.

Urera L. (du latin « urere », brûler.)
U.

caracassana Gaud.; Urera de Caracas. Yu lgo : Bois-de-frédoche, grande-

ortie. — Arbrisseau haut de 2-2m 80, le plus souvent à une seule tige,
grise ou rouge, cassante, remplie, surtout à l'extrém ité, d’ une moelle blanche
très copieuse. Feuilles très amples, souvent gaufrées, largement ovales,
pointues au sommet, arrondies ou très légèrement cordées à la base, tantôt
très faiblement crénelées-serretées, pubescenles en dessous, sur les nervures

:

et les nervilles, souvent poilues en dessus, les poils naissant sur de petites

on en fait quelquefois des haies; les fruits sont un objet de friandise pour les

axillaires et caulinaires, dicholomes ou trichotomes, petites, couvrant la tige

enfants. — Gourbeyre, Sainte-Rose, Camp-Jacob. \°2186.

entière dans ses deux tiers supérieurs. Fleurs comme dans le précédent, mais

Le

Morus

nigra

M a rtinique.

Didier.
Le

L.

Yulgo

; Mûrier

noir; se rencontre à l étal de culture

Yulgo : Mûrier noir, bonbon noir. — Saint-Joseph, fontaine

V 503.

Broussonetia papy r i fera Yent.. arbre originaire delà

pustules. Fleurs monoïques (dans les pieds que j'ai rencontrés), en cymes

calice fem elle devenant pulpeux et rouge,

renfermant complètement les

akènes globuleux surmontés des styles formant pinceau. — Peu abondant.
Chine et du Japon,

Çà et là le long des rivières des grands bois humides et abrités contre les

à feuilles larges, trilobées; se trouve au cimetière du Lamenlin, où il y en

vents : Camp-Jacob (rivière Noire, près de la Cascade de \ auchelet &gt;, bois

a plusieurs pieds X°3534 . et à la Martinique au Jardin botanique.

des Bains-Jaunes, Trois-R ivières (bois du Trou-aux-Chiens). Alt. 400-700

Fleurya Gaud.

N° 211.

dédié à J.-F. Fleury, qui, en 1810, a fait la description des

Orchidées des environs de Rennes.)

F.

mèt. [N os 2195, 2861.]
M artinique . Yu lgo : Grande-ortie. — Rare : Fonds-Saint-Denis, Route
des Deux-Chous au Gros-Morne, etc. (N 0 1387.1

æstuans Gaud., Urtica Jacq.; Fleurya brûlant. Yulgo ; Ortie-brûlante.
Voyage à hord de « la
», t. 83. — Herbe annuelle, droite,

Pilea Lindl. (du grec « pilos » ou du latin « pilus », chapeau, parce qu'un

haute de 30-80 cm., à lige épaisse, succulente, lisse, sillonnée-striée, souvent

des trois segments du calice de la fleur femelle a la forme d’ un petit capu­

pourvue

chon.)

Bonite

Gaudich.,

de poils brûlants

et droits. Feuilles

larges,

ovées,

pointues,

arrondies à la base, grossièrement et régulièrement dentées en scie, glabres,
1. Cette espèce, comme sa congénère D. hrasilientis Lamk., est employée au Mexique
où elle existe, contre la morsure des serpents et de tous les animaux venimeux. Sa
racine se distingue de celle de D. hrasilieiisis par sa forme noueuse tout à l’ait irrégulière,
sa couleur noirâtre et l’absence d’odeur après dessication. (K. H.)

P. microphylla Liebm .; Pilea à petites feuilles. Y u lg o : Teigne, petite-teigne
blanc. SL, l. 93, f. 2. — Petite herbe annuelle, diffuse, ou plus ou moins
droite, haute de 4-15 mm., cespileuse, à tiges et branches molles, délicates,
succulentes, aqueuses et lisses. Feuilles très petites, habituellement réunies
par 2-4, dont 1-2 plus grandes, obovales ou presque rondes, souvent mucroDt\*ï. — Plantes

Guaileloupe et Martinique.

11

�PLANTES

162

nées, entières,

DE L,A GUADELOUPE

«ninerviées,

couvertes

ET

DE LA MARTINIQUE

en dessous de lignes

u R TIC LES

transver­

163

portées sur des pédoncules frès longs, comprimés, faibles et penchés,

dépas­

sales. Fleurs monoïques en cymes subsessiles, contractées, beaucoup plus

sant de beaucoup les feuilles : les mâles, en cymes contractées; les femelles,

courtes que les feuilles : les mâles, avec un calice à 4 segments; les femelles,

en cymes flabelliformes lâches. Cette espèce est caractéristique et se distingue

avec un calice à 3 segments, dont un plus grand et bossu au-dessous de l’ex­

facilement de ses congénères par l’épaisseur de ses feuilles et la disposition

trémité, avec un style très court, à stigmate multipartitc, formant un petit

particulière des nervures principales. — Abondant dans les bois pierreux,

pinceau. Akène scobiforme, enfermé dans le calice devenu charnu. — Très

secs ou humides de tout le massif de Houelmont, des hauteurs de Deshaies,

abondant dans toutes les localités de l'ile ; il se plaît dans les endroits

de la Pointe-N oire, etc. A lt. 150-500 mèt. X° 2187.]

humides, sur les vieux toits pourris, les vieux murs, dans les sentiers peu
fréquentés, le long des rigoles, etc. — Il a des vertus sudorifiques et s'em­
ploie fréquemment, dans le pays, en tisane ou en décoction contre les fièvres.
— A lt. 0-900 met. [N® 2192.]
M artinique. Yulgo : Petite-teigne. — Très abondant. |X° 1395.J
On cultive dans les jardins et les parterres une variété : le P. trianlhemoides
Lind., haute de 20-50 cm., à tige grosse, vigoureuse, succulente, à branches
flabelliformes; elle sert à faire des bordures très fournies et ornementales.
Entre celte variété et lespèce-type, on rencontre une masse de variétés inter­
médiaires, qui diffèrent par la taille, la largeur des feuilles et la disposition
des cystolilhes. [N° 3457.
M artinique. Yulgo : Herbe à bordure. — Abondant dans les jardins.
[N® 1393.]

M artinique . Yu lgo : Orlie-des-bois. — A bondant: Hauteur des Trois-Ilets,
Roches-Carrées, R ivière-Pilote, etc. [N 0 1390.]
P. chamœdrys W illd .; Pilea petit-chêne. Yu lgo : Petite-ortie. — Herbacé,
haut de 15-30 cm., à lige habituellement poilue, plus ou moins couchée,
ensuite ascendante. Feuilles membraneuses, ovées, grossièrement dentées en
scie, obtusément pointues au sommet, arrondies à la base, scabres-pubescentes en dessous, à 3 nervures naissant à la base du limbe. Fleurs en cymes
unisexuées, corymbiformes, aussi longues ou plus longues que les feuilles, à
pédoncules grêles, souvent penchés, terminaux ou situés à l'aisselle

des

dernières feuilles. Akène très petit. — Abondant dans les clairières et le long
des ruisseaux et des rivières des bois de la région supérieure : Bains-Jaunes,
Matouba, Matélyane, Trois-R ivières, etc. A lt. 700-1100 mèt.

X" 2188.

M artinique . Vulgo : Ortie-bois. — Abondant. Calebasse, Montagne-Pelée,

P. ciliaris \Yedd.; Pilea à feuilles ciliées. Yulgo : Orlie-des-bois. Plum.,
édit. Burin., t. 120, f. 2. — Herbe annuelle, souvent suffrutescente, tor­
tueuse, rarement sarmenleuse, haute de 30 cm .-lm 20, à lige glabre, peu
branchue, noueuse aux aisselles. Feuilles larges, membraneuses, ovées ou
ovales-lancéolées, acuminées au sommet, arrondies ou pointues à la base,
entières, habituellement poilues en dessus, ciliées sur les bords, à 3 nervures

Pitons-du-Carbet, Deux-Choux, etc. [X ° 508.]

Boehmeria Jacq.

(dédié à Georg. Rodolphe Boehmer, né en 1723, à Lieg-

nitz, professeur d'anatomie et de botanique à YYiltenberg; mort en 1803; a
écrit, entre autres choses : Flora Lipsiæ ; De plantarum sernine, etc.

B.

rami/lora Jacq.; Boehmeria à fleurs caulinaires.

Y ulgo

: Grande-ortie

bien marquées prenant naissance à la base du limbe; pétiole plus court que

des bois, ortie-bois, ortie-grande. Jacq., Sel. stirp. Am . hist., t. 157. —

le limbe de la feuille. Fleurs en cymes unisexuées, axillaires et terminales,

Arbrisseau ornemental, haut de l 111 50-2m 50, à tige le plus souvent unique, à

plus courtes que les feuilles. — Très abondant dans les clairières et le long

branches allongées, toujours inclinées, portant des feuilles placées à leur

des sentiers des bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Malouba, des Trois-

extrémité. Feuilles plus ou moins pendantes, obliquement ovées-oblongues,

Rivières. A lt. 500-1100 mèt. N°2191.]
M artinique.

Yulgo : Ortie-montagne. — Bois supérieurs des Fonds-Saint-

Denis, des Deux-Choux, du Camp de l'Alm a, des Pitons-du-Carbet, etc.
[N® 1386.]

longuement acuminées ou

quelquefois

pointues au sommet,

disliques-

alternes, dentées en scie presque dès la base, glabres ou pubescentes, une
plus grande succédant alternativement à une plus petite, les deux nervures
latérales d’inégale longueur : les jeunes, pustulées; pétiole plus ou moins
long, velu ou glabre; stipules allongées, distinctes. Fleurs monoïques en

P. elegans W edd.; Pilea élégant. Yulgo ; Ortie rou ge.— Herbacé bisannuel

glomérules nombreuses, sphériques, sessiles, occupant la partie supérieure

ou trisannuel, rarement droit, à lige grosse, succulente, rétrécie aux nœuds,

des tiges : les mâles, calice à 4 segments, étamines 3, à filets plus longs que

haute de 30-60cm. Feuilles épaisses, ovées-oblongues, brièvement acumi­

le calice et à anthères arrondies; les femelles, calice tubulaire à 2-4 dents

nées au sommet, pointues à la base, brièvement pétiolées, irrégulièrement

ovales; style simple, persistant, fort long, pubescent d'un côté, ovaire supère.

dentées en scie, à côte large, aplatie, à nervures latérales dont deux prennent

Fruit composé de trois petits carpelles contenant chacun une semence dres­

naissance à la base et les deux autres au-dessus de la base du limbe, les quatre

sée, oblongue et biconvexe. — Çà et là dans les bois des Bains-Jaunes;

se confondant ensuiteavecles arcs des deux bords. Fleurs en cymes monoïques,

abondant sur le bord de la rivière Xoire et surtout sur le chemin de la cas-

�164

PLANTES

1)E LA

GUADELOUPE

ET

DE LA MARTINIQUE

cade de Yauchelet; assez rare dans les ravines humides de Houëlmont. Alt.

entourés d’une gaine frangée de longs cils poilus, tubuleuse, membraneuse,

300-700 met. 1N° 2184.]
M artinique. Yulgo : Ortie-bois. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe :
Parnasse, Calebasse, Champflore, bois inférieurs de la Montagne-Pelée,

caduque, très brune. Fleurs à pétales, blanches ou plus ou moins rosées, en

Fonds-Saint-Denis, chemin de la Trace au Gros-Morne, etc. |N° 1391.]
Phenax L.(du grec « phénakè », fausse chevelure, à cause des bractées qui
entourent le calice.)
P. vulgaris Wedd.;

racèmes allongés, penchés, assez souvent branchus à la base; pédicelles arti­
culés, d’abord très courts, ensuite plus longs; calice 5-partite, pourvu de
petites glandes ; étamines 8; ovaire simple, uniovulé; styles 3. Akène trigone, luisant, lisse. — Herbe très âcre et brûlante, qu’aucun animal ne
mange. Dans le pays, on la met dans les nids des poules couveuses pour les
préserver des parasites. — Yit en société dans les endroits aquatiques, le

Phénax commun. Yulgo : Ortie bâtard. — Herbe

long de ruisseaux et sur les bords des étangs : Basse-Terre, Gourbeyre,

annuelle, haute de 60 cm.-l met., ressemblant à la pariétaire de France, à

Camp-Jacob, Le Hai 11if, Pointe-Noire, etc. Alt. 0-700 mèt. N° 2178.

tige droite, très branchue dans le haut, glabre, parsemée de poils hispides.
Feuilles ovées-lancéolées, acuminées, dentées en scie au-dessus de la base, à

Lamentin et du Ducos, etc. [N ° 1209.;

3 nervures principales. Fleurs monoïques en petites glomérules sphériques,
sessiles. très nombreuses, entourées de bractées aussi longues que les stipules
subulées : les mâles, avec un calice à 4-5 lobes, infléchies, ciliées et munies
d'un pli transversal, à 4-5 étamines; les femelles, sans calice, à ovaire libre,
sessile,à stigmate filiforme caduc, à akène ové, pointu et légèrement muriqué.
— Abondant dans les terres cultivées et incultes, sur les décombres, etc. :
Camp-Jacob, Gourbeyre, Lamentin, Basse-Terre, \ ieux-IIabitants, etc. Alt.
30-600 met. [S ° 2862.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Ortie-savane. — Abondant dans les terres en friches :
Morne-Rouge, Parnasse, Fonds-Saint-Denis, Trois-Ilets, etc. [N° 1388.1
Du Boehmeria nirea Hook., Urtica nivea L., variété ulilissima, vulgo :

M a r tin iq u e .

Yulgo : Herbe-piment. — Abondant dans les savanes du

P. acuminalum K th .;

Renouée à feuilles terminées en longue pointe.

Yulgo : Piment-vache. — Ressemble au précédent ; il en diffère : par ses
feuilles, plus acuminées et plus larges; par les gaines, plus longues, frangées
de cils très longs, strigilleux et fortement appliqués contre la tige; par les
racèmes, dressés, à fleurs plus serrées et plus larges; par le calice dépourvu
de points transparents; étamines 6; styles 2. Akène plus large et biconvexe.
— Mêmes localités et tout aussi abondant que P. acre. \N° 3533. j
M a r tin iq u e .

Yulgo : Herbe-piment, herbe-piment-vache.— Endroits aqua-

liques de la Rivière-Salée et du Saint-Esprit.

jN°

3095.J

Coccoloba Jacq. (du grec « kokkos », graine, baie, et « lobos », lobe,parce

Ramie ou China-grass, dont on avait entrepris, dès 1870, la culture en
grand à la Capesterre, à Baie-Maliault, à la Goyave, etc., et qui a dû être

que le fiuit est trigone et se termine par plusieurs lobes.)

abandonnée, on trouve souvent des pieds en masse, qui se propagent seuls.

mer. SI., t. 220, f. 3-5; Desc., vol.

[N® 2193.]

moyenne, plus rarement grand arbre, à racines tortueuses, traçantes, cheve­

M ar tin iq u e .

Yulgo : Ramie. —

Ponts, Grand'Anse, etc.

Ajoupa-Bouillon, Saint-Pierre, Trois-

N° 1396.]

C.

uvifera Jacq.; Coccoloba portant des raisins. Yulgo : Raisinier bord-deIl, t. 77, p. 31. — Arbre de taille

lues, à tronc tortueux, noueux, à branches le plus souvent horizontales, à
écorce grise ou blanche, se détachant par plaques. Feuilles alternes, carti­
lagineuses, cordiformes-orbiculaires, le plus souvent plus larges que longues,
glabres, polies, d'un vert clair, côte et nervures rouges; pétiole court, rou­

CINQUANTE-CINQUIÈME FAMILLE.

-- PO L Y G O N É E S .

geâtre, pubescent. inséré sur le dos ou près de la base d'une gaine fendue,
souvent bilobée, coriace, noirâtre, non appliquée contre la branche et lais­
sant, après la chute, des cicatrices annulaires et brunes. Fleurs d'un blanc

Polygonum L.

mat, d’ une odeur suave, en grappes terminales, spiciformes, souvent très
(du grec « polu », beaucoup, et « gonos », nœud, genou, à

cause des nœuds enllés des tiges et leur ressemblance avec un genou.)
P. acre

Klh.; Renouée, à saveur âcre. Yulgo : Piment-vache. — Her­

allongées, dressées, toujours penchées, quand elles sont chargées de fruits;
calice 5-partite, devenant charnu et formant une seule masse avec le fruit;

ment renflés. Feuilles lancéolées, acuminées, entières, munies, sur les bords,

étamines 8; styles 3; pédicelles courts, rougeâtres, articulés au-dessus du
milieu. Fruit pulpeux, de la grosseur d’un raisin, de couleur pourpre, d'une
saveur légèrement aigrelette et agréable; semence ovale-trigone, noire, lui­

de cils courts, fins et très rapprochés; face inférieure du limbe pourvue de

sante, polie, renfermant une amande amère et blanche. — Le bois, au centre

points transparents ; pétiole court, très élargi à la base, nœuds des aisselles

duquel se trouve une moelle rouge, est dur et incorruptible : on l ’emploie

bacé, vivace, à tige couchée, rampante, ensuite ascendante, à nœuds forte­

�166

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

167

POLYGONBES

MARTINIQUE

pour les constructions sous terre et aussi pour le charronnage, plus rarement
pour la menuiserie L On ramasse les fruits pour les vendre au marché. Dans

arrondies à la base ou cunéiformes, à nervures plus saillantes en dessous
qu’en dessus, à nervilles finement réticulées; pétiole court, cannelé en dessus.

le pavs on emploie le rob des raisins contre la dysenterie, la décoction des

Fleurs blanches, en grappes spéciformes, terminales, plus longues que les

racines et de la tige contre la diarrhée. — Fl. en avril, mai; fruits mûrs en

feuilles, d'abord droites ensuite plus ou moins penchées; pédicelles très

juillet, août.— Sur les vieilles souches on trouve une espèce de champignon

courts, aussi longs que les fleurs, articulés au sommet, solitaires, entourés,

blanc, qu'on peut manger. — Abondant dans les sables et sur les rochers du

à la base, d’ une bractée circulaire; gaine petite, membraneuse. Fruit ové,

littoral de toute l’île, quelquefois aussi un peu dans l’intérieur. [ N u 2183.]

très vert à la maturité, poli, luisant, finement strié, surmonté d’ une pointe

M artinique. Yulgo : Raisin bord-de-mer. — Abondant sur les plages

qu’entourent et dépassent les 5 lobes du calice. — On peut le manger; les

sablonneuses et rocailleuses. [N" 174*2 a.]
Sur la plage du Diamant, du Macouba (Vauclin) et à l’Anse-Raisinier (T r i­

oiseaux et les rats en sont avides. Le bois est dur, rouge en dedans et se fend
facilement : on le recherche pour la charpente et la construction à l’extérieur.

nité), on trouve une variété à feuilles plus petites, à fruits blancs, plus ronds

Dans le pays, on emploie l’écorce séchée, réduite en poudre et conservée

et plus petits. [N* 1472 /&gt;.]

dans le tafia, comme un excellent remède contre les rhumatismes. — Abon­

C.

dant dans les bois monlueux et secs : Houëlmonl, bois de Bisdary, de Gour-

pubescens L.; Coccoloba à feuilles pubescenles. Yulgo : Raisinier

grande-feuille. — Petit arbre (dans nos deux Colonies), droit, habituelle­
ment peu branchu et peu ramifié, à écorce brune, assez fortement crevassée.
Feuilles très amples, mesurant jusqu'à 45 cm. de large, toujours plus larges
que longues, orbiculaires, entières, échancrées en cœur à la base,

très

coriaces, d’un vert très pâle, à côte, nervures et nervilles très saillantes en
dessous et couleur de rouille; gaine large, chargée de poils roux qui, dans
les jeunes branches, deviennent très longs. Fleurs blanchâtres, petites, por­
tées sur des pédicelles réunis par 2-4, et disposées en grappes simples et
allongées. Fruit ovoïde, noirâtre à la maturité, plus gros que dans le précé­
dent. — Le bois est dur, pesant et incorruptible, d’un rouge foncé : on l'em­

beyrc (mornes Dos-d’Ane et Goblin), Vieux-Habitants,

Pigeon, etc. Alt.

200-600 mèt. [N° 3251.]
M a r tin iq u e .

Yulg o : Bois rouge. — Abondant. Bois-de-la-Régale, hauteur

du Diamant et desTrois-Ilets, etc. [ X os 37, 248.]

C. Dussii

kr. et Urb. Yulgo ; Raisinier marron, raisin marron (au Camp-

Jacob), Jaquol brûlot (à la Ravine-Chaude). — Forte liane, pouvant s’éle­
ver à plus de 15 mèt. de haut, à lige cylindrique-anguleuse, ruguleuse, noi­
râtre, d’ un diamètre de 6-9 cm., nue dans le bas, à branches llexibles, allon­
gées, très enchevêtrées, presque toujours pendantes, à jeunes rameaux noirs.
Feuilles longues, de 12-17 cm. sur 8-10 cm. de large, très coriaces, ovalcs-

ploie avantageusement pour les constructions dans la terre, dans l’eau; dans

clliptiques, arrondies ou subcordées à la base, obtusément pointues au som­

les endroits argileux, la partie enfoncée dans la terre devient dure comme la

met, à côte, nervures et nervilles imprimées en dessus, carénées, très sail­

pierre. — Fl. en septembre et octobre, et souvent aussi en mai et juin. —

lantes et roussâtres en dessous, nervures secondaires 7-9 paires alternes,

Assez abondant dans les hauteurs pierreuses et sèches du Yieux-Fort, sur

reliées sur les bords par des arcs; pétioles le plus souvent tordus, souvent

le plateau calcaire de la Désirade, sur le bord de mer du

contournés, rarement droits, subcylindriques, cannelés en dessus, ruguleux,

Gozier, etc.

longs de 12-15 mm., insérés à la base de l’ochréa qui est fendue jusqu'à la base,

X°» 2193, 3399.]
M vrtimque. Yulgo : Bois grande-feuille. — Abondant dans les hauteurs

à 2-3 lobes inégaux, longs de 3-6 mm. Fleurs blanches, d'une odeur suave,

pierreuses de Case-Pilote; plus abondant encore sur le plateau des Trois-

mais forte, en grappes allongées, spiciformes, terminales, souvent

llets, etc. [N° 1793.]

courtes que les feuilles; pédoncules comprimés, noirs, scabres, munis à la

C. barbadensis Jacq., C.

plus

base de 2-5 bractées imbriquées, alternes, couleur de rouille, tubuleuses

diversifolia Jacq.; Coccoloba de la Barbade.

à la base ; les inférieures, plus courtes; les supérieures, successivement plus

Yulgo : Bois rouge. — Arbre élégant , le plus souvent d'assez grande taille,

grandes, pointues et fendues; pédicelles réunis par 2-3, noirs, longs de 3,

anfractueux à la base, à rameaux grisâtres et souvent pendants, à minus­

5 mm., articulés et renflés au sommet, articulés à la base, au niveau d'une

cules striés, à écorce peu fendillée. Feuilles rigides, très glabres, de forme

protubérance entourée de bractéoles; tube du calice campanulé, à lobes

variable, généralement ovées. terminées en pointe plus ou moins obtuse,

ovales-arrondis; étamines aussi longues que les lobes. Fruit pulpeux, noir
foncé à la maturité, luisant, long de 20-26 mm., ovoïde, rétréci vers le som­

1. Le bois donne par décoction dans l’eau un extrait rouge brun qui constitue un des
liinos appréciés dans le commerce, où il est désigné sous les noms de hino de la
Jamaïque ou
Indes Occidentales. Il est probable que les espèces suivantes jouissent
des mêmes propriétés. (E. Iï.)

des

met que termine une pointe formée par les lobes charnus du calice, brus­
quement rétréci à la base, cylindrique et court; semence ovoïde, à peine
trigone, noire et très polie. — Les fruits sont bons à manger ; les oiseaux et

�168

PLANTES

DR LA GUADELOUPE ET

DE LA

POLYGONÉES ----

MARTINIQUE

PIPÉRACÉES

169

les rats en sont friands. — Fl. en juin et juillet ; fruits mûrs en décembre et

très légèrement cordées à la base, longues de 7-27 cm. sur 4-12 cm.de large;

janvier. — Çà et là dans les bois des Bains-Jaunes, de Gourbeyre (mornes
Goblin et Dos-d'Ane); plus abondant dans les bois de la Ravine-Chaude

nervures à moitié imprimées en dessus, saillaiites en dessous; nervilles sail­

et de la Pointe-Noire. Alt. 250-600 met. [N° 3130.]

ochrées longues de 1-8 mm., fendues, acuminées au sommet, membraneuses

lantes des deux côtés ; pétioles glabres, cannelés en dessus, longs de 5-23 mm.;

11 n'existe pas à la Martinique.

et glabres.

C. ascendens

ellilées, penchées ou redressées, de la longueur d’une feuille de moyenne
Duss.; Coccoloba ascendant. Vulgo : Raisinier-grand-bois,

liane tordue. — Puissante liane, montant à une grande hauteur, quand elle
trouve un appui, ou petit arbre à branches pendantes, allongées, à écorce
grise presque lisse. Feuilles longues de 13-16 cm. sur 10-12 cm. de large,
ovales ou légèrement obovales, arrondies ou obtusément pointues ou sub­
cordées à la base, arrondies au sommet, à 4-5 paires de nervures principales,
à côte et nervures rouges, saillantes sur les deux faces, mais plus marquées
en dessous; pétiole cannelé, souvent ruguleux et transversalement gercé;
ochrées fendues jusqu’à la base, acuminées, longues de 15-18 mm., glabres.
Fleurs d’un blanc mat, en grappes nombreuses, terminales et axillaires, mais
droites ou recourbées quand les rameaux avortent; pédoncules entourés, à
la base, de plusieurs bractées membraneuses : les inférieures, courtes; les
supérieures, successivement plus grandes; rachis strié-sillonné; pédicelles
réunis par 2-4, délicats, cylindriques, longs de 3 mm. Fruit rouge vert avant
d’être mûr. bleu foncé à la maturité, pulpeux, mangeable, long de 15-17 mm.,
de même forme que celui du précédent. — On emploie la décoction ou
l'infusion de la racine comme dépurative dans les maladies vénériennes. Les
tiges se fendent facilement : les pêcheurs s’en servent pour fabriquer des
nasses, des paniers et pour empailler des dames-jeannes, etc. — Fl. en mars
et avril, et aussi en octobre et novembre. — Assez abondant dans les bois de
la Pointe-Noire, de la Ravine-Chaude; plus rare à Gourbeyre (morne Goblin).
Alt. 300-600 met. [ N os 2180, 2189.]
M artinique. Vulgo : Liane tordue. Bois du Morne-Rouge (Savane Chazot),
des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l'Alma, de Saint-Joseph, de Ducos

grandeur,

Fleurs blanc jaunâtre, très odorantes, glomérulées, en grappes
très brièvement pédicellées ou sessiles, entourées à la base de

petites bradées triangulaires, pointues et noirâtres; rachis glabre, (inement
strié; calice à 5 segments profonds; étamines à filets subulés, aussi longues
que les lobes du calice; anthères exserles. Fruit ovoïde, petit, trigone, long
de6 mm.,à péricarpe blanc, formé des lobes du calice devenus charnus,entou­
rant les carpelles jusque vers leur milieu et restant assez visiblement distincts
jusqu’à la base; semence à 3 sillons. — Les fruits sont tantôt sucrés, tantôt
aigrelets et très rafraîchissants; les enfants en sont particulièrement friands.
Le bois est rougeâtre, tendre et léger; il ne peut servir que pour les construc­
tions à l’intérieur. — Assez abondant dans la région sèche et pierreuse du
littoral. — FL en juin ou juillet; fruits mûrs en juillet et août. — Bord de
mer : la Basse-Terre et le Vieux-Fort, Le Baillif, Vieux-Habitants, Pigeon,
Deshaies, etc. [N ° 3250.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Raisin-coudre. — Assez abondant sur le littoral et les

mornes inférieurs et pierreux de Case-Pilote, du Carbet; plus rare à CaseNavire et au morne Gommier (Marin). — On emploie les tisanes faites avec
les fruits contre les échauflements ; la décoction des fruits séchés et pilés
contre la dysenterie. [N° 1744.]
De celle famille on cultive au Jardin botanique et dans beaucoup d'autres
jardins le Muehlenbeckia platyclada, Lind., petit arbrisseau très ornemental,
à branches allongées ayant la forme de feuilles, sur les bords desquelles se
trouvent une masse de petites Heurs blanchâtres. 11 est originaire de l'ile de
Salomon.

N° 2094.J

(ravine). Alt. 60-700 met. [N° 36.j

C.

excoriala L . ,

C. nivea

Jacq.; Coccoloba sans écorce. Vulgo : RaisinCINQUANTE-SIXIÈME FAMILLE.

coudre, raisiniér-des-coudres, raisin-coudrc (probablement parce que les pr e­

— PIPFRA C KFS.

miers colons européens l'appelaient raisin du coudrier). Jacq., Sel. Am . slirj).

hist., p. 215, l. 78; Desc., vol. V, t. 352, p. 178. — Petit arbre haut de
4-7 met., lequel a, de sa nature, un tronc simple, mais qui, quand on le

Peperomia R. Br. (du grec « peperi », poivre, et « homos », semblable,

coupe, pousse à la base une masse de rejets, de manière à former un grand

parce que ces plantes ont des vertus et une saveur semblables à celles du

et souvent un énorme buisson loulfu et très feuillu. Kcorce mince, lisse, assez

poivrier.)

semblable à celle du goyavier, grise; jeunes liges et branches habituellement
couvertes de lenticelles orbiculaires, ou elliptiques ou linéaires. Feuilles insé­
rées un peu au-dessus de la base de l ochrée, glabres, membraneuses-coriaces,
oblongues-ovées ou oblongues-obovées, acuminées au sommet, pointues ou

P. nummuhirifolia

Kth .; Pépéromie à feuilles de nummulaire. Vulgo :

Gironllé (mot corrompu de giroflé). Plum., édit Burin., t. 69. — Petite herbe
épiphyte, vivace, rampant en tous sens, radicante, à tiges très nombreuses,
souvent très allongées, filiformes et partout de la même épaisseur, très enche-

�PLANTES

170

PIEÉRACÉES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

171

vêtrées. Feuilles petites, rondos, quelquefois légèrement obovées, larges do

3-8 mm. de large ; à 3 nervures distinctement visibles en dessus, vert pâle ou

5-7 mm., convexes en dessous, concaves en dessus, succulentes, vert clair

blanchâtres en dessous. Epis légèrement recourbés, longs de 10-13. mm., assez

tendre, palminerviées, à 3 nervures

à peine ^visibles ; pétioles filiformes,

plus

longuement pédonculés; étamines à filaments distincts; stigmates en forme

courts ou aussi longs, ou plus longs que les feuilles. Fleurs en épis pédoncu­

de pinceau.

les, en forme de petits chatons cylindriques, solitaires, longs de 18-20 mm.,

d’ une petite tète d’épingle. — Rare. V it en société dans les mousses, sur les

Fruit elliptique, rétréci aux deux extrémités, fie la grosseur

droits ou arqués; étamines 2, à anthères scssilcs; stigmate sessile, très petit.
Fruit ovoïde, sessile. — Sur les arbres vivants ou pourris et sur les pierres

arbres vivants ou pourris de la haute région : plateau de la Soufrière, coulée

humides des grands bois du Lorrain, du Camp de l'Alma, de la Montagne-

Matelvanc, etc. Alt. 800-1400 mèt. [ N os 3248, 3616.

de la Ravine-à-Déjeuner, au pied de la Grande-Découverte,

morne du

Pelée, etc. — Celte herbe est aromatique, surtout quand elle est sèche; elle

P. pellucida Kth. ; Pépéromie à feuilles transparentes. Yulgo : Cochlearia.

est très sudorifique : les bûcherons, les charbonniers la recueillent et s’en

Dcsc., vol. III, l. 226, p. 340. — Herbe annuelle, tantôt droite, tantôt plus

servent en décoction ou en tisane contre les fluxions de poitrine, les pleuré­

ou moins couchée, â racines blanchâtres, filiformes, traçantes ou non ; à tiges

sies, les bronchites, etc. Alt. 400-900 met. ; N° 269.]— Elle ne se trouve pas à

délicates,

la Guadeloupe.

variable, mais n’excédant qu’exceptionnellemenl 50 cm. d’élévation, alterna­

aqueuses, très glabres, blanchâtres ou rougeâtres,

de hauteur

P. rolnndifolia Kth.; Pépéromie à feuilles rondes. Yulgo : Petit-mouron.

tivement et largement cannelées entre les nœuds. Feuilles allcrnes, subcor­

— Ressemble beaucoup au précédent; il en diffère par ses feuilles piales,

dées-deltoïdes, obtusément pointues au sommet, palminerviées; à 5 nervures

finement ciliées sur les bords et par ses épis plus longs. — Elle est également

principales, très vertes en dessus, vert pâle en dessous, succulentes à l’état

sudorifique et s’emploie souvent contre les fluxions de poitrine et les bron­

vert, membraneuses et munies d’ une infinité de points transparents à l’état

chites. — Sur les arbres vivants et les souches pourries des grands bois

sec :

humides des Bains-Jaunes, de Matouba, du Gommier, des Trois-Rivières, etc.

larges que

[N° 2828.]

feuilles.

les adultes

sont larges de

longues;

les

13-15 mm.

pétioles sont

et presque toujours plus

cannelés,

plus

courts que

les

Epis axillaires et terminaux, cylindriques, solitaires ou réunis

Je ne l ai pas trouvé à la Martinique.

par deux,

effilés,

légèrement recourbés,

brièvement

pédonculés,

longs

P. exilis Grisb. ; Pépéromie à tiges délicates. Vulgo : Pelile-gironflée. —

de 3-6 cm .; bractées oblongues, caduques; étamines 2, à filets distincts,

Epiphyte, rampant, radicanl, à tiges capillaires, très délicates. Feuilles rondes,

insérées à la hase de l’ovaire ; stigmate en forme de pinceau. Fruits placés à

succulentes à l’état vert, membraneuses et comme transparentes à l étal sec,

distance, ovoïdes-arrondis, sessiles, d ’abord verts, ensuite jaunâtres, puis

aussi

noirs, du volume de la tête d’une petite épingle. — Descourtilz classe cette

longues que les épis. — Rare : Bois du Camp de l’Alma, des Pitons-du-Carbel,

herbe dans les alexitères internes. On se sert souvent de la décoction des

longues de 1-25 mm. Epis longs de 4-6 mm. Branches fructifères

de la Calebasse, etc. Alt. 500-900 met. j N° 1260. | — Je ne l’ai pas trouvé à

liges et des feuilles comme un excellent sudorifique et un puissant anliscor-

la Guadeloupe.

bulique; la même décoction, employée en gargarismes prolongés, calme les

P. emarqinella Sw.; Pépéromie à feuilles échancrées. — Epiphyte, radicant, rampant, à liges très nombreuses, filiformes, très enchevêtrées. Feuilles
obcordées, rétrécies à la base, longues de 1-3 mm., un peu plus longues
que larges. Epis solitaires, filiformes, longs de 10-12 mm., pédonculés. —
Assez rare. Çà et là sur les arbres et les vieilles souches des grands bois,
dans les endroits sombres: Grand-Etang (Capesterre), Trois-Rivières. Alt.
370-800 mèt. [N® 2829.]

P. tenella Dietr.; Pépéromie délicate. Vulgo: Mouron vivace. — Epiphyte,
rampant, radicanl, à tiges comprimées, très flexibles, souvent presque fili­
toujours ascendantes.

cl des sentiers, sur les vieux toits et autour des vieux bâtiments de toute
file. Alt. 0-900 mèt. [N°2 571.]
M artinique . Yulgo : Herbe à courèze ou couresse (parce qu’on croit que la
couleuvre, nommée courèze ou couresse, fait la guerre au trigonocéphale et
qu elle a recours à celte herbe comme à un contre-poison, lorsqu’elle est piquée
dans la lutte). — Très abondante dans tous les quartiers de file, où elle joue
un plus grand rôle qu’à la Guadeloupe, à cause de son emploi interne et

11 n’existe pas à la Martinique.

formes,

maux de dents. — Très abondant dans les terres cultivées, le long des murs

Feuilles al ternes-distiques, confinées

aux

externe contre les morsures du serpent. [N° 1265.]
P. acuminala L. ; Pépéromie à feuillesacuminées. Vulgo : pourpier bâtard.
— Vivace,

haut

de 40-60 cm., terrestre, slolonifère, droit, penché aux

extrémités des branches, ovales-lancéolées, épaisses, brusquement rétrécies,

extrémités, à une ou plusieurs tiges, grosses, très succulentes, nues dans le

en pointe obtuse au sommet, atténuées à la base, longues de 5-12 mm. sur

bas, peu branchues, rougeâtres ou blanchâtres, fortement renflées aux nœuds:

�lUPÉRACÉES
172

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

173

MARTINIQUE

épis. — Assez rare. Çà et là dans les endroits très humides et sombres des
partie supérieure des tiges et des rameaux, à 3-4 angles aigus. Feuilles
longues de-*25-35 cm. : les inférieures, alternes; les supérieures, opposées,
succulentes avant la dessication, elliptiques, acuminées au sommet ou en
pointe obtuse, munies sur les deux faces de nombreux points transparents,
à 5 nervures principales, dont les 3 intérieures sont peu prononcées; pétiole
large, court, cannelé en dessus, semi-amplexicaule. Epis solitaires, réunis

grands bois : chemin des Bains-Jaunes à la Savane à Mulets, bois de TroisRivières, morne du Matelyane, etc. Alt. 400-1000 mèt.

N 1’ 2570.

M artinique . Yulgo : Girontlé grande-feuille. — Bois élevés de l'AjoupaBouillon, du Malouba, du Lorrain, etc. N° 1264.

P.

bracleiflora 1). C. ; Pépéromie à fleurs entourées de bractées. Yulgo :

par *2. plus rarement par 3, toujours d'un âge différent, ciblés, longs de

Mouron. — Epiphyte, rarement terrestre, haut de 20-40 cm., couché, radi-

9-10 cm. ; pédoncules courts ; stigmate petit. Fruit globuleux, sessile, sur­

canl, ensuite ascendant; à liges cylindriques, noires, légèrement renflées aux

monté d'une pointe courte et rigide. — Abondant dans les endroits pierreux,

nœuds, à jeunes tiges et branches velues, disposées en zigzag. Feuilles longues

montueux et secs : Houëlmonl, Gourbeyre (morne Goblin), mornes calcaires

de 1-5 cm. sur 5-3 mm. de large, ovées, brièvement acuminées au sommet,

des Grands-Fonds du Gozier. Alt. 100-430 met. [N° *2830. i
M a r t in i q u e . Yulgo ; Pourpier-bois, pourpier bâtard. — Abondant au pla­

subarrondies ou rétrécies à la base, finement et fortement ciliées sur les

teau des Trois-Ilots, dans les hauteurs pierreuses de Case-Pilote (habitation

d'une infinité de petites écailles, qui, à l’état vert, les font paraître comme

Fond-Lavette). [X us 498, 1*26*2.

saupoudrées dé petits cristaux luisants, munies (à l’état sec) de points trans­

P. g libella Dietr., variété nigropunclala

Miq. ; Pépéromie à feuilles

glabres, variété à feuilles ponctuées de noir. Yulgo : Mouron. — Epiphyte,
rampant, radicant, flexible; à branches libres, très souvent pendantes et tou­
jours divergentes, allongées et munies de points noirs.

Feuilles glabres,

succulentes, ovées ou ovées-lancéolées, acuminées et oblusément pointues
au sommet, longues de *2-7 cm. sur 6-40 mm. de large, rétrécies à la base; à
3-5 nervures principales, habituellement munies des deux côtés de points
noirs ; pétiole court, étroit, cannelé en dessus. Epis minces, allongés, le plus
souvent réunis par deux, d'un âge différent, longs de 6-9 cm., souvent
recourbés au sommet; pédoncules longs de 5-7 mm. Fruit sessile, ovoïdeglobuleux, surmonté d’une petite pointe. — Très abondant sur les arbres, les
pierres, les souches pourries des grands bois et

des savanes humides.

bords, légèrement pubescentes en dessus, blanchâtres en dessous et couvertes

parents; pétiole court, velu. Epis longs de 3-5 cm., à fleurs insérées sur de
petites protubérances constituées par des bractées verruqueuses. Fruit glo­
buleux et verruqueux. — Assez abondant le long des ruisseaux, sur le vieux
bois, les arbres vivants, les pierres humides, etc. : Ravine-à-I)éjeuncr (au pied
de la Grande-Découverte), au Matelyane, route des Bains-Jaunes à la
Savane à Mulets, montagne de la Madeleine (Trois-Rivières), etc. Alt. 5001000 mèt.

X° 2567 a.j

M artinique . Yulg o

: (iironflé. — Abondant dans les clairières de la

Montagne-Pelée, des bois des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l'Alma, etc.

[N° 497. J

P. m agnolifolia Dietr. ; Pépéromie à feuilles de Magnolia. Yulgo : Queuede-lézard. — Epiphyte et terrestre, rampant, radicant, ensuite ascendant, à

Alt. 30-900 mèt. — Cette herbe est sudorifique et s’ emploie souvent dans la

lige souvent unique, charnue, ferme, cylindrique, nue dans le bas, peu feuil­

médecine domestique, j N° *2567.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Mouron grande-feuille.

lue dans le bout, ne dépassant que rarement 40 cm. de haut. Feuilles glabres,
—

Très abondant dans les

bois, jusqu’à une altitude de 800 mèt. [ X os 500, 501.]
P. hernandifolia Dietr. ; Pépéromie à feuilles de Hernandia. Yulgo : Mou­
ron grand-bois, siguine noire, petite siguirie. — Petite liane, très ornemen­
tale, rampante ou le plus souvent grimpante, radicanle, à tige peu branchue, succulente, renflée aux nœuds, haute de l-'2ni 60. Feuilles petites,
alternes, épaisses, ovées, cuspidées au sommet, longues de 8 cm. sur 6 cm.
de large; à 7-9 nervures invisibles sur les feuilles vertes et à peine visibles
sur les sèches: face inférieure, d’un blanc verdâtre ; face supérieure, vert noir,
luisante et comme veloutée, souvent panachée de vért tendre ; pétiole pre­

épaisses, charnues, longues de 7-10 cm. sur 5-7 cm. de large, obovales,
arrondies ou

plus rarement échancrées au sommet, à nervures pennées,

presque invisibles à l étal vert; pétiole plus ou moins cannelé et amplexicaule. Epis minces, fermes, solitaires ou réunis par *2, terminaux, longs de
10-16 cm. ; anthères blanches. Fruit ovoïde, sessile, plus long que le bec
subulé qui le surmonte. — Abondant dans les terres pierreuses, sèches :
Houëlmonl, hauteurs du Vieux-Fort, Trois-Rivières (dans les chemins de
certaines caféières). Alt. 80-400 mèt. [X° 2572.
M artinique . Y u lgo : Queue-dc-lézard. — Abondant. Hauteurs pierreuses
de Case-Pilote et des Trois-Ilets, etc.

N° 1267.]

nant naissance dans le dernier tiers inférieur de la feuille, à peu près de la

P. ohtusifolia. Dietr., variété cuneala M iq .; Desc., vol. Y , t. 313, p. 37.

même longueur que le limbe, cylindrique comprimé. Epis terminaux ou

Plum., Descript., t. 70. — Pépéromie à feuilles obtuses, variété cunéiforme.

axillaires, longs de 3-4 cm.; pédoncules le plus souvent plus longs que les

Yulgo : Queue-de-léznrd. — Yivace, à tige couchée, ensuite ascendante, peu

�»

174

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

PIPÉRACÉES

MARTINIQUE

175

branchue, haute de 30-40 cm. Feuilles longues de 35-45 cm. sur 10-15 cm.

abondant. Çà et là sur les troncs pourris, sur les arbres vivants, au milieu

de large, charnues, fermes, obovales, rétrécies en un pétiole court, cannelé

des mousses et des petites fougères : Bains-Jaunes, Camp-Jacob, coulée de

en dessus, amplexieaule. Épis très droits, fermes, longs de 11-12 cm. Fruit
ovoïde, aussi long que le bec recourbé qui le surmonte. — Descourlilz»
le suc

la Ravine-à-Dcjeuner (au pied de la Grande-Découverte), plateau de la Sou­
frière. Alt. 700-1480 mèt. [N ° 2566.]
11 n’existe pas à la Martinique.

récent de toute la plante est doué de propriétés rafraîchissantes, tempé­
rantes et laxatives; il le prescrit dans tous les cas inflammatoires, surtout

Piper L. (du latin « piper », poivre, venant du grec « peperi », ou du nom
indien « pipla ».)

qui place cette herbe

dans les rafraîchissants aqueux, dit

que

dans la néphrite, l'entérite, dans les affections bilieuses et les maladies des

P. pelLalum L.. Pothos pellala Miq. ; Poivrier à feuilles peltées. Vulgo :

voies urinaires; il l'ordonne avec beaucoup d’avantages dans le scorbut. Dans
le pays on emploie celte espèce ainsi que la précédente en décoction comme

Bois-anisetle. Plum., Descript., t. 74; Desc., vol. IV , t. 236, p. 14 (figure

sudorilique contre les refroidissements et les fièvres. — Assez rare. Çà et là

mal faite). — Sous-arbrisseau haut de 1-1111 60. à racines blanches, cheve­
lues, stolonifères, traçantes, à plusieurs tiges droites, grosses, fortement

sur les pierres et les souches pourries des bois inférieurs des Trois-Ilels, de
la Régale et des hauteurs de la Rivière-Pilote. Alt. 150-369 mèt.

N° 1206.]

— Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

renflées aux nœuds. Feuilles peltées, cordées-rondâtres, amples, souvent
oblusément

pointues au sommet, membraneuses, glabres, blanchâtres en

dessous et marquées de points transparents, à 13 nervures principales, la

P J r i folia Dietr. ; Pépéromie à trois feuilles. Vulgo : Mouron. — Épiphyte,

côte portant en outre 2 nervures latérales; pétiole engainant, prenant nais­

rampant, radicant ; à branches nombreuses, articulées, tétragones, très flexibles,
souvent très allongées et verticalement pendantes : les jeunes, pubescenles.

sance au-dessous du milieu du limbe, gris, finement strié, pubescent, un peu
plus court que le limbe. Epis disposés en une ombelle axillaire, pédonculée. de

Feuilles longues de 10-15 mm. sur 7-13 mm. de large, le plus souvent verti-

3-10 rayons d'un âge très inégal, longs de 7-9 cm., recourbés ou droits ; pédon­

cillées par 3, rarement par 4, ovales, rondâtres ou obovales, arrondies ou

cule long de 2-3 cm., et les pédicelles de 6-9 mm. ; étamines 2, latérales par

légèrement échancrées au sommet, succulentes, à 3 nervures bien pronon­

rapport à l ’ovaire; stigmates 3, sessiles, recourbés. — Assez abondant dans les

cées ; pétiole pubescent; rachis fovéolé. Épis droits ou recourbés,

termi­

mornes boisés inférieurs et dans les endroits humides : Saint-Pierre Boule­

naux, ellilés, longs de 5-6 cm. Fruit globuleux, surmonté d'un petit bec. —

vard), Parnasse, morne Saint-Martin, etc. Alt. 20-500 mèt. (.\° 1340.. — Je

Abondant sur les arbres vivants, les vieilles souches et les troncs pourris :

ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Monlerau, Camp-Jacob, rivière Noire, hauteurs des Vieux-Habitants, bois
du Grand-Étang et de l Étang-Zombi (Capeslerre). .Vit. *250-700 mèt. —
Celte herbe jouit d’ une grande réputation comme sudorifique : on l'emploie
fréquemment en décoction ou en tisane contre les fièvres, les bronchites, etc.
(N ° 3617.]
M a r tin iq u e .

Vulgo: Gironflé, mouron. —

Abondant. — On en fait le

même usage qu'à la Guadeloupe. — Morne-Rouge, Parnasse, Calebasse,
hauteurs humides du Prêcheur, fontaine Didier, etc.

N° 1263.]

P. B&amp;lbisii Dahlsted ; Pépéromie de Balbis. Vulgo : Mouron rouge. —

P. sm ilacifolium II. B. Klh., P. Deeumanum W . ; Poivrie r à feuilles de
salsepareille. Vulgo : Queue-de-rat. — Arbrisseau buissonnant ou petit arbre,
haut de 3-5 mèt., à liges cylindriques, renflées aux nœuds, nues dans le bas,
médiocrement feuillues dans le haut.

Feuilles longues de 15-22 cm., sur

8-12 cm. de large, glabres, membraneuses, ovées ou ovales-elliptiques, acuminées au sommet, obliques et arrondies à la base, apposées sur une feuille
avortée et bractéiforme, palmincrviées, à 5-7 nervures : face inférieure des
limbes pourvue de points transparents; pétiole long de 10-15 mm., cannelé
en dessus, épais, à base amplexieaule, laissant, après la chute, de larges

Epiphyte, d'abord rampant, radicant, ensuite dressé, à tiges rigides, très

cicatrices. Epis axillaires, allongés, plus courts que les feuilles. Fleurs conti­

branchues, tétragones-cannelés, souvent dichotomes, inférieurement nues.

guës. — Assez rare. Çà et là dans les mornes inférieurs secs et pierreux :

Feuilles le plus souvent opposées-distiques, rarement verlicillées par 3, plus

Houëlmonl, bord de l’embouchure du Galion, etc. Alt. 5-200 mèt.

NT° 2834.

rarement encore par 4, longues de 4-10 mm. sur 3-6 mm. de large, obovales-

M artinique . Vulgo : Queue-de-rat. — Également peu abondant : Parnasse,

elliptiqucs, arrondies ou échancrées au sommet, rétrécies à la base en un

lisière des bois du morne Saint-Martin, Morne-Rouge, Marin (morne Gom­

pétiole très court, succulentes à l’état vert, membraneuses après dessiccation,

mier). Alt. 200-406 mèt. [N ° 502.]

finement et brièvementciliéessurles bords : lesadulles, à5 nervures; lesjeunes,

P. réticulation L. ; Poivrier à feuilles réticulées. Vulgo

: Queue-de-rat

à 3 (les deux autres étant à peine visibles à l’état frais), à côte bien visible. Épis

blanc. Enckea Miq., Plum., éd. Burm., t. 242, f. 2. — Arbrisseau ou buisson

solitaires ou groupés par 2, terminaux, minces, longs de 25-30 mm. — Peu

d'une élévation de 2-3 mèt., droit, à racines traçantes, à tiges cylindriques et

�170

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

PIPÉRACF.KS

MARTINIQUE

nues dans le bas, à rameaux lélragones, cannelés, renflés aux nœuds. Feuilles
acides, penninerviées, obovales, elliptiques, très inégales à la base, transver­
salement réticulées, couvertes en dessus d une infinité de petites protubé­

177

au milieu de la nervure médiane ; côte, nervures et nervilles, surtout des jeunes
feuilles, couvertes de poils courts, couchés, blanchâtres : face supérieure
ruguleuse, dépourvue de points transparents ; pétiole le plus souvent poilu,
toujours plus ou moins pubescent. Epis opposés aux feuilles, droits, d'abord

rances arrondies cl très rapprochées, côte large, côte et nervures principales
scabrcs-poilues et rougeâtres, limbes d'une longueur de 12-14 cm. sur une

dressés, ensuite horizontaux, longs de 10 cm. — Abondant dans les falaises et

largeur de 5-7 cm. Épis long de 12-14 cm., droits, à fleurs circulaircment
disposées; étamines blanches. — Assez abondant dans les grands bois de la

moyenne zone : Basse-Terre (ravine de Belost), Gourbeyre (Grande-Savane),

région moyenne et parfois dans la région infra-moyenne : Bains-Jaunes,

Camp-Jacob, Gommier, etc. Alt. 70-600 mèt. [N ° 2568.]

le long des rivières de la basse région, et sur les lisières des bois de la

M artinique . Vulgo : Queue-de-lézard. —

Malouba, Gommier, Trois-Rivières. Alt. 350-900 met. [N° 283;).!
M artin iq u e.

Vulgo : Queue-de-lézard. — Morne-Rouge, Ghampflore, Par­

nasse, Ajoupa-Bouillon.

Abondant : Parnasse, Morne-

Bouge, Case-Navire, Carbet, etc. [N ° 2113.]

X ” 2147.

P. incurvum Sieb., Artanthe martinicensis Miq. ; Poivrier à épis recour­

P. dilatation Rchb.; Poivrier â feuilles élargies. Vulgo : Queue-de-rat. —
Arbrisseau assez élevé, droit, glabre dans toutes ses parties; à écorce fine,

bés. Vulgro : Poivrier bâtard.

Queue-de-rat. —

Arbrisseau

sarmenteux,

d’abord rampant, ensuite grimpant, pouvant s’élever jusqu'à 12 mèt. de

brun noirâtre ; â rameaux légèrement comprimés, cannelés-striés. Feuilles de

haut; à tige grosse, noueuse, nue dans le bas, presque cylindrique, très

même forme que dans le précédent, mais plus petites, puslulées-ruguleuses.

branchue dans le haut; à branches allongées, irrégulièrement tétragones-

Epis axillaires, presque toujours recourbés au sommet. Fleurs situées sur de

cannelées, toujours pendantes et disposées en zigzag. Feuilles longues de

petits anneaux très rapprochés. — Abondant dans les falaises et le long de

8-1J cm., al ternes-distiques, très vertes et luisantes en dessus, pâles en

la basse et de l’infra-moyenne région : Basse-Terre (ravine Belost), bord du

dessous, pointues au sommet, palminerviées à 4 paires de nervures latérales,

Galion (près de l’embouchure), Houëlmont, Grands-Fonds du Moule et du

dont les 3 inférieures prennent naissance à la base et la supérieure au-dessus

Gozier. Alt. 10-600 mèt. [N° 2569.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Queue-de-lézard. — Abondant : Carbet, Parnasse,

adultes, nettement cordées, rondâtres,

de la base de la côte : les jeunes, ovées, brièvement rétrécies à la base; les
un peu plus larges que longues;

environs de Saint-Pierre, Case-Pilote (Fond-Lavette), Marin (morne Gom­

pétiole cannelé en dessus, cylindrique en dessous, trois fois plus court que

mier). [N° 2112.]

le limbe. Epis axillaires, recourbés, dillbrmes-toruleux, amincis vers le

P. macrophyllum II. B. Kth.; Poivrier à grandes feuilles. Vulgo : Queue-de-

sommet, souvent réunis par deux, longs de 8-14 cm. Fruit pulpeux ; semence

rat. SL, t. 88, f. 1. — Arbrisseau haut de 2-3 mètres, droit, souvent buisson­

arrondie-comprimée, très brièvement stipitëe, longue de près de 2 mm. —

neux, à branches légèrement inclinées, à jeunes rameaux striés.

Feuilles

Abondant dans toutes les forêts humides ; Bains-Jaunes, Gommier, rivières

longues de 20-27 cm. sur 12-15 cm. de large, ovées-oblongues, acuminées au
sommet, inégales à la base, membraneuses, à 4-5 paires de nervures princi­

Noire et Rouge, Matouba, Trois-Rivières, etc. Alt. 500-900 mèt. [N ° 2565. :

pales, scabres-pubescenles ; pétiole légèrement ailé. Épis courts, dépassant

Calebasse, Ajoupa-Bouillon, bois du Lorrain, du Camp de l ’Alma, etc.

rarement 4 cm. de long, axillaires, toujours horizontaux et opposés aux

[N ° 1333.]

feuilles, brusquement terminés en une pointe conique,

courte et noire;

pédoncule court, noir. — Peu abondant. Çà et là dans les parties inférieures
des Bains-Jaunes, du Matouba, du

Gommier,

etc.

Alt. 400-700 mèt.

[N° 3696.]

P. hirsutum Sw. ; Poivrier à feuilles hirsutes.

— Abondant :

P. ceanothifolium H. B. Kth., P. medium Jacq. ; Poivrier à feuilles de
Ceanothus. Vulgo ; Malimbé, queue-de-rat. Desc., vol. V I, t. 427, p. 194.
Enckea Sieberi Miq. — Arbuste buissonnanl, ou grand arbuste, rarement
petit

Il n'existe pas à la Martinique.

— Arbrisseau haut de

M artinique . Vulgo : Poivrie r bâtard , Queue-de-lézard.

arbre, haut de 4-4ul50,

droit,

à liges

dichotomes, cylindriques,

lisses, à écorce noire, à jeunes branches cannelées sur un côté. Feuilles ne
: Queue-de-rat.

dépassant guère 10 cm. de longueur sur 7 cm. de largeur, très gdabres, lui­

3-4 mèt., à une ou plusieurs liges cylindriques,

Vulgo

santes, papyracées, ovées, légèrement obliques à la base, pointues au sommet,

noires, nues dans le bas, irrégulièrement trigones ou tétragones dans le haut,

palminerviées, à 2 paires de nervures latérales, prenant naissance à la base

à rameaux légèrement pubescents et disposés en zigzag. Feuilles de même forme

de la côte ; pétiole court, mince, noir, comprimé. Epis axillaires, solitaires,

que dans P. dilatation , mais un peu plus larges, plus acuminées; à 5 paires

opposés aux feuilles, longs de 4-6 cm., droits, à pédoncules 2-3 fois plus

de nervures principales, dont la paire supérieure prend naissance à peu près

courts que

1épi. Fleurs insérées sur de petits anneaux très rapprochés.

Diiss. — Plantes

Guadeloupe et M a rtinique .

11

�178

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

IMPI.EACÉES

MARTINIQUE

Fruit légèrement pulpeux, ovoïde, beaucoup plus grand que dans tous ses
congénères, surmonté des .‘1 styles sessiles et persistants.— Descourl.il/ place la

179

P. nif/rum L.; Poivrier à fruits noirs. Vulgo ; Poivrier, poivrier vrai, poi­
vrier aromatique. Desc., vol. VI,

t. 4*29. — Liane radicante, grimpante; à

plante dans la catégorie des masticatoires, mais clans le pays on n’en lait
aucun usage, même populaire. — Abondant dans les lalaises, le long des

racines fibreuses, noirâtres ; à tiges souples, lisses, dichotomes, renflées aux

rivières et dans les halliers de la basse et de la moyenne région : environs

5-8 cm. de large, très vertes en dessus, ovales, acuminées au sommet, souvent

delà Basse-Terre, Houëlmonl, Gourbeyrc, \ ieux-Mabitants, etc. [N°2564 /&gt;.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Malimbé, queue-de-rat. — Abondant : Trois-Ponts,
Carbet, Parnasse, Marin, Trois-Uets, Gros-Morne, etc.

X° 133*2.]

nœuds, à branches libres,

pendantes. Feuilles longues de 10-18 cm. sur

inégales à la base, épaisses, opaques, palminerviées, à 5 nervures, dont les deux
supérieures latérales partent de la côte au-dessus de sa base; pétiole cannelé,
aussi long que le pédoncule. Epis opposés aux feuilles, recourbés, longs de

— Arbrisseau touffu, à une ou plusieurs liges, haut de ‘2-3 met., renflé aux

7-9 cm. Fleurs inférieures de l’épi ordinairement stériles. Fruit globuleux,
légèrement charnu à l ’état frais, d’abord verdâtre, ensuite rouge et noir. Un

nœuds; à écorce noire ; à rameaux pubescents, inclinés. Feuilles longues de

épi contient 20-30 fruits, qui mûrissent quatre mois après la floraison. Le

8-11 cm. sur 5-8 cm. de large, vert noir en dessus, ovales-oblongues, poin­

poivrier ne rapporte qu'au bout de trois ans; la culture en est facile : il suf­

P. luberculaium H. B. Kth. ; Poivrier tuberculeux. Vulgo : Queue-de-rat.

tues au sommet, très inégales à la base, postulées en dessous; pétiole très

fit de le placer dans une bonne terre et d’arracher avec soin, pendant le? trois

court, pubescent, amplexicaule. Epis allongés, dressés, presque toujours
arqués, opposés aux feuilles, solitaires. — Je ne crois pas que cette belle

premières années, les mauvaises herbes qui poussent autour des racines.

espèce soit indigène. — Habitation la Jacinthe, près de la Basse-Terre.

après ce temps, les récoltes commencent à diminuer et, au bout de douze ans

Pendant les cinq premières années, il produit avec une grande abondance;
d’existence, il faut le remplacer par un nouveau pied. Le poivre blanc ne

[N° *2831.]
P. æquale Vahl.; Poivrier à feuilles égales à la base. V ulgo ; Suriau mala­
dif (aux Vieux-Habitants), queue-de-rat. — Petit arbrisseau haut de 60 cm.I"180, rarement plus élevé, le plussouvent à tige unique, droite, grêle, dicholome, très fortement renflée aux nœuds, nue dans le bas, à rameaux dressés
ou légèrement inclinés. Feuilles longues de 10-15 cm. sur 4-7 cm. de large,
rarement plus amples, fermes, opaques, membraneuses, brusquement termi­
nées en pointe courte, égales à la base, à 5-8 paires de nervures inégalement
distantes; pétiole cannelé, aussi long que le pédoncule. Epis solitaires, oppo­

constitue pas une espèce à part. On laisse séjourner les fruits du poivrier
noir pendant quelque temps dans l ’eau de mer; on enlève ensuite, pour n avoir
que des graines blanches, les pellicules, qui se sont gonflées. —

Origi­

naire des îles de la Sonde; cultivé çà et là autour des habitations, pour la
consommation locale : Basse-Ferre (Jardin botanique), Gourbevre, CampJacob, Sainte-Rose,

Capesterre (habitation

Longmont),

Lamentin,

etc.

[ N° 2832.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Poivrier. Cultivé en différents endroits. [N ° 1338.]

P. Belle L., Chavica Belle Miq.; Poivrier Bétel. Vulgo : Bétel, poivrier

sés aux feuilles, de longueur variable, la plus longue ne dépassant jamais
6 cm., droits. — Abondant dans la région supérieure des grands bois :

des In dien s.— Arbrisseau grimpant, radicant; à tiges articulées, flexibles,

Malouba, Trois-Rivières, environs du Grand-Etang et de l’ Elang-Zombi,
Bains-Jaunes, etc. Alt. 600-900 mèt. [ N uS ‘2563, *2564.]

celles du poivrier, ovales, acuminées, un peu inégales et obliques à la base,

lisses et striées; à feuilles alternes, pétiolées, habituellement plus larges que

et

très vertes et luisantes en dessus; à 7 nervures principales alternes, dont les
2 dernières et supérieures prennent naissance au-dessus de la base de la côte.

P. citrifolium Lam.; Poivrier à feuilles de citronnier (le nom n est pasjus-

Epis longs de 4-5 cm., portés sur des pédoncules noirs, une fois plus courts
que les épis, opposés aux feuilles. — Originaire des îles de la Sonde et des

M a r tin iq u e.

Vulgo ; Queue-de-rat. — Abondant : Fontaines Didier

Absalon, Camp de l'Alma, Champflore, Lorrain. (N oS 1335, 1336.]

tilié . N ulgo : Queue-de-rat. — Arbrisseau haut de 1-1'" 60, habituellement
touffu, à liges grêles, renflées aux nœuds, droites. Feuilles longues de 10-14
cm. sur 3 cm. de large, un peu inégales à la base, souvent inégalement divi­
sées par la côte, scabres-ruguleuses, lancéolées, fortement acuminées et à
pointe terminale souvent recourbée, d’ un vert extrêmement pâle, à 4-5 paires
de nervures; pétiole très court. Epis longs de 4-6 cm., droits ou recourbés.
— Çà et là dans les parties supérieures des grands bois : Champflore (PitonGelé, Calebasse, bois du Lorrain, chemin de la Trace, etc. Alt. 500-900 mèt.
N° 1334.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Moluques, cultivé dans quelques endroits ; Basse-Terre, Pointe-à-Pitre ja r­
din du M usée L Herminier), Matouba (morne Savon), Pointe-Noire, etc. —
Les Indiens, surtout ceux de Madras et de Bombay, font, avec les feuilles, de
la chaux et la noix d'arec, une espèce de masticatoire dans laquelle la chaux1
1. Les feuilles de bétel doivent leurs propriétés â une huile essentielle, brune, qn’on
obtient par distillation, dont l’odeur rappelle celle du thé et dont la saveur est brûlante ;
les feuilles sèches en donnent 1/2 “/.. Cette essence de bétel est employée à Java couram­
ment dans les catarrhes de toute nature, dans les inflammations de la grorge, du larynx
et des bronches. (E. H .)

�180

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DK LA

MARTINIQUE
CHLORANTHACKES

domine. Ce mélange raffermit les gencives cl conserve les dents longtemps
blanches et saines. La racine en décoction est encore employée par les Indiens
contre les lièvres. [N° 2833.]
M a r tin iq u e .

M a r tin iq u e .

---

181

TÉRÉDINTIIACÉES

Vulgo : Bois-de-l’eau. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe :

Calebasse, route du Camp de l’Alma aux Deux-Choux, bois du Lorrain.

Yulgo : Bétel. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe, habita­

[N ° 2105.]

tions Pécoul et Perinell (Saint-Pierre), Rivière-Salée, etc. [ N u 1339.]
SOIXANTE-HUITIÈME FAMILLE.
s o i x a n t e - s e p t iè m e

f am ille.

TÉR É B IN TH A C É E S.

— CHLORANTHAGEES.
Bursera L. (dédié au Danois Joachin Burser, né à Kaminz vers la fin du
xvi® siècle, élève et ami de Bauhin, médecin à Annaberg, ensuite professeur

Hedyosmum (du grec « hedus », doux, agréable, et « osme », odeur, parce
que ces plantes émettent un parfum fort et agréable.)

à Saroë, dans l ile de

Seeiand,

grand

amateur

de

plantes,

mort en

1649.)

H. arborescens Sw.; Hédyosme arborescent. Yulgo : Rois fragile. —

B. qummifera L.; Bursère produisant de la gomme. Yulgo : Gommier

Petit arbre, haut de 3-6 met., résineux ; à tronc droit ou tortueux, nu dans

rouge, gommier-barrière. SL, l. 199, f. 1, 2; Desc., vol. II, t. 97, p. 117;

le bas; à branches nombreuses, fasligiées dans le jeune âge, divariquées et

Jacq., Sel. A m .stirp . hisl., t .6 5 .— Habituellement arbre de taille moyenne,

horizontales dans l'âge adulte, très fragiles, remplies de moelle, renflées aux

rarement grand arbre dans nos colonies; à tronc souvent tortueux, gros,

nœuds. Feuilles opposées, penninerviées, longues de 8-10 cm. sur environ

anfractueux à la base; à branches le plus souvent étalées, nombreuses; à

3 cm. de large, ellipliques-lancéolées, obtusément pointues au sommet,

écorce rouge, lisse, se détachant par lambeaux minces, transparents. Feuilles

pointues et dentées en scie au-dessus de la base, épaisses, plus ou moins

alternes, imparipennées, à 3-9 paires de folioles ovées-oblongues, lisses, lui­

succulentes, à côte large, plate, à nervures fines, nombreuses cl très rappro­

santes, pétiolées. Fleurs blanc pâle, polygames, en paniculcs terminales et

chées; pétioles courts comprimés, insérés sur une gaine qui, élargie au som­

axillaires; calice 5-parlile, à segments fortement repliés après l’éclosion de

met, va en se rétrécissant de haut en bas et porte à l’extrémité supérieure,

la fleur; pétales 5, valvaires; étamines 8, périgynes, à anthères oblongues;

de chaque côté, deux petits becs. Fleurs dioïques (dans les spécimens que j ’ai

ovaire à 3 loges; style trilobé au sommet. Fruit de la grosseur d une petite

trouvés), en chatons opposés : les mâles, à 1 étamine longue de près de

noisette, pourpre, trigone, à faces convexes; péricarpe drupacé s’ouvrant en

2 mm., ébractéolée, jaune vert, à lilet droit, fort, strié, tronqué au sommet,

3 valves; semence 1, subtrigone, à face dorsale polie, convexe, beaucoup

inséré à angle droit, à anthère subsessile, assise sur le bord de la tête du filet,

plus grande que les deux faces ventrales (qui sont marquées au milieu d'un

disposées en chatons cylindriques, nombreuses, axillaires-opposées, pédon­

aréa ovale) proéminent et pointu. — L'arbre perd ses feuilles à l’époque de

cules obtus au sommet et atténués à la base, longs de 2,5-3 cm.; les femelles,
réunies par 2-4, en glomérulesbracléolées, sessiles, formant ensemble trois panicules fortement interrompues. Une fleur toujours terminale et deux axillaires
prennent naissance dans les deux avant-dernières aisselles; stigmate sessile,
simple. Fruit drupacé, légèrement violacé, petit; semence trigone, de près
de 2 mm. de long, surmontée d un tube très court. — Toutes les parties de
la plante exhalent une odeur forte et aromatique1. —

Fl. en octobre et

novembre. — Assez abondant dans les clairières des bois et dans les savanes
du Matouba, des environs des Bains-Jaunes; plus rare dans les bois des
Trois-Rivières. Alt. 600-900 met. [N° 2960.]

\.

Il est étonnant que cette plante ne reçoive, aux Antilles, aucun emploi de ses pro
priélés aromatiques qu elle partage, du reste, avec toutes les Chloranlhacées. Ce qu il y a
de certain c’est que les jeunes pousses et les feuilles d'H autans et d cH . arborescens
sont employées couramment à la Jamaïque, où ces espèces existent, dans la médecine
populaire, comme antispasmodiques et digestives. (E. H.)

la floraison ; toutes ses parties laissent suinter, à la moindre incision, un suc
blanc aromatique, qui s'épaissit vite et s’emploie en guise d’encens. Le suc de
la racine passe pour un des meilleurs vulnéraires : on en fait un usage fréquent
pour guérir les plaies, les blessures, les foulures, les luxations des membres1.
Le bois est mou et ne peut servir pour la construction. Les branches les
plus grosses prennent très facilement par boutures, et on en fait souvent des
clôtures. — FL en mai et juin. — Abondant dans les endroits secs et pierreux
de la basse région : environs de la Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies, PointeNoire, Pigeon et Bouillante, Gozier, Désirade, Marie-Galante, etc. N " 3276.
M a r tin iq u e .

Yu lgo :

Gommier rouge. —

Abondant

dans

toute

l'île.

[N° 1945.]
1. La résine de Gommart, qui a pris une si grande place dans l’industrie des vernis
en Europe, est fournie par ce végétal : le même produit d'exsudation est désigné encore
sous les noms de E le m i’des Antilles,Tacam aque jaune lerne, Tacamaque de Guatemala,
Gommart d 'A m ériqu e , Gomme chibou. En Am érique tropicale, le bois et l’écorce de cet
arbre sont employés comme diurétiques et diaphorétiques. (E. IL )

:

�182

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

TF.RÉBINTHACÉES

MARTINIQUE

183

Icica Aub. (du nom de la plante à la Guyane : ce mot veul dire « gomme » . )

ailé et transversalement ruguleux; pétiole commun, tantôt très long, tantôt

heplaphylla Aubl.; Icica à sept folioles. Vulgo : Bois d’encens, gommier
blanc. Aubl., Hist. de la Guy., t. 130 ; Rich., Cuba, t. 37. — Le plus sou­

calice tronqué, adné, à 3, plus rarement à 4 pétales ovales et arrondis, à 6

court, comprimé-ailé ou comprimé-tégragone. Fleurs dioïques : les mâles, à
I.

vent arbre de taille moyenne, rarement de grande taille dans nos deux îles,
droit; à branches souvent pendantes; à écorce rougeâtre, rude et gercée.
Feuilles imparipennées, à 5-7 folioles, rarement à 3, dont les plus grandes
n excèdent guère 10 cm. de long, coriaces, elliptiques, acuminées, souvent
inégales à la base. Fleurs hermaphrodites, en panicules oorymbiformes, axil­
laires. situées à l'extrémité des branches, plus courtes ou plus longues que le
pétiole commun; calice court, à 4-5 dents deltoïdes; pétales 4, valvaires,
ovales, pointus, verts en dehors et pubescents sur les bords; étamines 8;
anthères oblongues; styles4-5, lobés à l’extrémité. Fruit long de 10-13 mm.,
de la grosseur d une olive, recourbé, ovale, pointu, à péricarpe drupacé,
rouge en dehors, s’ouvrant en 3 valves; semences 1-2, longues de 8 mm.,
irrégulièrement trigones, à lace dorsale beaucoup plus large. — Toutes les
parties de la plante émettent un suc blanc et aromatique, qui s’épaissit
promptement et qu'on emploie pour les cérémonies religieuses; il jouit éga­
lement d une grande réputation comme vulnéraire ; on s’en sert aussi pour
parfumer les appariements; sa fumée chasse les moustiques et les maringouins1. L ’aubier est blanc, le centre est rouge : ce bois est rarement
employé pour les constructions. — Fl. en mai et juin, ou en août. — Çà et là
dans la plupart des grands bois inférieurs ; Rivière-Rouge, Gourbeyre
(mornes Goblin et Hirondelle), Pointe-Noire, Deshaies. Alt. 300-700 met.
[N° 3276.]
M a r tin iq u e .

Yulgo

:

Bois-gommier, gommier blanc,

bois d'encens. —

Assez rare. Çà et là dans les bois du Lorrain, de Sainte-Marie et de la Grand’Anse.

N° 1054.,

,le l'ai vu en abondance à File de Sainte-Lucie el à la Dominique.
Dacryodes Yahl. (du grec « dacruon », larme, et « eidos », forme, qui res­
semble à des larmes, allusion à la gomme qui découle de l’arbre,)
D.

hexandra Gr.; Dacryode à six étamines. Vulgo ; Gommier blanc, bois-

étamines subsessiles, à anthères biloculaires ; les femelles ont un calice
adhérant à 1ovaire el un style simple, panicules mâles très branchues, pyra­
midales, brièvement pédonculées, plus courtes que les panicules femelles, qui
sont allongées et de 16 cm. de long. Fruit drupacé, indéhiscent, pourpréglauque à la maturité, de la grosseur d’ une olive et souvent plus gros, sur­
monté d’ une petite pointe, reste du style; endocarpe crustacé, blanchâtre;
semence 1. — Toutes les parties de la plante, surtout l'écorce, contiennent
un suc laiteux très aromatique : il sert pour la guérison des blessures et
pour les cérémonies religieuses. A vec le tronc, qu’on creuse et qu'on carbo­
nise extérieurement, on fait des pirogues qui durent très longtemps. — FL
en ju illet; graines mûres en janvier, février, mars. — Çà et là dans tous les
grands bois : Bains-Jaunes, Matouba, Trois-Rivières, Pointe-Noire, etc. Alt.
400-900 mèt. [N ° 3307.]
M artinique . Vulgo : Gommier blanc, bois-cochon. — Dans les bois du
Morne-Rouge, des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l’Alma, du Camp Balata,
du Lorrain. [N° 1946.]
N o ta . — Les graines de tous les gommiers sont recherchées par les oiseaux.
Amyris L. (du grec « alpha », augmentatif, et « muron » ou « mûris »,
baume, allusion à l'odeur de la résine que contient la plante.)
A. d em i fera W illd ., Elaphrium demiferum R o yle; Amyris produisant la
résine élémi. Vulgo : Bois-chandelle. — Arbrisseau très élégant, touffu, très
florifère, ou petit arbre à branches plus ou moins étalées, à rameaux grêles,
à écorce grise et glabre. Feuilles imparipennées à 3, moins souvent à 5 folioles,
de grandeur variable, mais n'excédant querarement 6cm .de longueursur3 cm.
de large, largement ovées ou presque triangulaires, médiocrement acuminées
au sommet, ou souvent obtusément pointues, fréquemment presque tronquées
à la base, coriaces, luisantes en dessus, pâles ou blanchâtres, ou de couleur de
rouille en dessous ; pétiole commun, long de 1-2 cm., rarement plus long;

cochon. — Arbre énorme, parfois gigantesque; à tronc très anfractueux à la

pétioles partiels, longs de 4-5 mm. Fleurs blanches, odorantes, en panicules

base, d'un diamètre de 1IU60;

corymbifères, terminales et axillaires, plus courtes que les feuilles; calice

à écorce rude, très gercée; à branches très

petit, quadriflde; pétales f, ovales; étamines 8, hypogvnes, plus longues que

longues et étalées; à rameaux souvent verruqueux. Feuilles imparipennées,
à 3-5 folioles de 8-12 cm. de long sur 7-8 cm. de large, souvent en forme de

les pétales; stigmate capilé, sessile; ovaire à deux ovules.

cuiller ou roulées sur les bords, obovales ou ellipliques-oblongues, très

globuleux, noir à la maturité, de la grosseur d’un pois, 4-6 mm-, de diamèt. —

coriaces, arrondies au sommet, rétrécies à la base en un pétiole comprimé-

Toute la plante contient un suc résineux, aromatique, dont l’odeur rappelle

Fruit drupacé,

celle de la r u e L — Fl. en juin et juillet; graines mûres en septembre et
1. Ce produit d exsudation constitue la Taeahamaque jaune terreuse de Guibourt,
qui est la Tacahamaque la plus répandue dans le commerce de là droguerie européenne.
Elle a une odeur résineuse et térébinthacée; sa saveur est amère et âcre; elle se dissout
complètement dans l'alcool. (E. H.)

1. Ce produit porte, pour le distinguer des autres élémis de provenance botanique ou
géographique fort différente, le nom d
du M exique, parce que ce végétal croit dans
cette contrée (environs d’Oaxaca). Elle a du reste presque complètement disparu du com-

'élémi

�184

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

TÉRÉTUNTHACÉES

ET DE LA MARTINIQUE

185

octobre. — Abondant dans les mornes inférieurs, pierreux et secs, et sur le

Spondias L. (du grec « spondias », prune, allusion à la forme des fruits.

bord de mer : Gozier (bord de mer), Marie-Galante (bois de Folle-Anse), les
Saintes (morne du Chameau), Désirade, Houëlmont, Deshaies. Alt. 0-250 met.

bin, prune Myrobolan. Desc., vol. V I , t. 397, p. 61. — Grand arbre élégant,

[N® 3271.]

ayant l’aspect du frêne d’ Europe, très branchu, â fronde ample, à écorce

S. Monhin

.lacq., Myrobolanus /u/ea, Macf. Vulgo : Monbin, prune Mori-

Vulgo : Bois-chandelle, bois-chandelle blanc. — Abondant.

très épaisse, crevassée, couleur cendrée; tronc et grosses branches très

Caravelle (environs du Phare), Sainte-Anne (mornes calcaires), Marin (morne

souvent munis d’aiguillons naissant sur des mamelons elliptiques; à rameaux

M a r tin iq u e .

Gommier). [N° 96.]

très cassants. Feuilles ramassées à l’extrémité des rameaux, imparipennées, à

A. maritime Jacq. ; Amyris maritime. \ulgo : Bois-flambeau, bois-chan­

5-7 paires de folioles, pétiolées, dont les plus longues n’excèdent guère 9 cm.,

par le

ovales-lancéolées ou lancéolées, en pointe allongée et obtuse au sommet,

port, la taille, l inflorescence; il en diffère : par ses folioles, qui sont toujours

inégales à la base, ondulées sur les bords, subentières ou dentécs-crénelées

au nombre de 3 et luisantes en dessous; par ses pétales obovales ; par ses

au-dessus de la base : les inférieures, plus petites, distantes, alternes-oppo-

anthères fermées, ovées, et par son gynophore nettement accusé. — Même

sées; les supérieures, successivement plus grandes,

habitat que le précédent.

chées. Fleurs odorantes, d'un blanc mat, polygames, en panicules très ouvertes,

delle, bois-pini (au Moule). — Ressemble beaucoup au précédent

N° 184.] — .le ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

opposées et rappro­

lâches, à branches secondaires insérées à angle droit, solitaires ou réunies
Comocladia L. (du grec « komé », chevelure, et « klados », rameau, allusion
aux feuilles qui forment une rosette à l'extrémité des branches.)
C. ilicifolia, Sw\; Gomoclade à feuilles de houx. Yulgo : Houx du pays.

par 2-3, souvent pendantes, aussi longues que les feuilles; calice très petit,
5-fide, à dents aiguës; pétales 4-5, lancéolés, très ouverts, plus longs que les
sépales, sur un disque hypogyne ; ovaire à 3-5 loges uniovulées, habituel­

Plum., édit. Burm., t. 118, f. 1. — Arbrisseau très élégant, le plus souvent

lement bien développées; styles courts, en même nombre que les loges. Fruit

à plusieurs tiges, hautes de 2-3m 50, nues dans le bas et marquées de
grosses cicatrices cordiformes, provenant des feuilles tombées ; à rameaux

drupacé, ovoïde, long de 25-30 mm. sur 18-20 mm. de diamèt., jaune et lisse

courts; à écorce cendrée, rude et couverte de nombreux tubercules lenti­

cements ; ce sont des traces laissées par les styles; épicarpe mince; mésocarpe

culaires. Feuilles alternes, imparipennées, dont les plus longues n’excèdent

copieux; endocarpe composé d’une matière spongieuse-filandreuse, épaisse et

en dehors, portant, h quelque distance du sommet, trois à cinq petits enfon­

guère 20 cm. de longueur; à 5-10 paires de folioles, opposées, longues de

parcourue par cinq faisceaux longitudinaux.— La pulpe est astringente, plus ou

7-10 mm. sur 5-9 mm. de large, sessiles, largement ovées-delloïdes, subcor­

moins acidulée : on en fait d'excellentes gelées et des confitures ; par distillation,

dées ou arrondies à la base, luisantes des deux côtés; à 3 nervures formant

on en obtient un alcool très apprécié dans le commerce. Descourtilz place la

sur le bord 3 épines rigides, très acérées, ce qui leur donne l’aspect de

plante dans la catégorie des antiophtalmiqueset dit que la décoction des bour­

feuilles de houx; foliole terminale munie de 5-7 piquants; pétiole commun

geons, de la racine et de l’écorce du tronc est prescrite en tisane contre la diar­

grêle, légèrement pubescent. Fleurs polygames, très petites, en glomérules
mulliflores, placées à distance, formant ensemble une grappe interrompue;

rhée et la dysenterie, en gargarisme dans les angines, en collyre dans les ophtal­
mies, et en injection contre la gonorrhée; d'après lui, la fumée très chaude

grappes rarement solitaires, presque toujours réunies par 2-16, naissant au

des noyaux calme les douleurs de la goutte. Dans le pays, on se sert de la

sommet d’une protubérance, terminales ou axillaires : ces dernières toujours

décoction des feuilles et des bourgeons pour laver les plaies et les ulcères;

plus courtes et échelonnées le long des tiges; calice tripartite; pétales 3,

dans les campagnes, les femmes en couches emploient communément, en

hypocratériformes; calice et pétale d ’un bleu rouge foncé; étamines 3, ovaire

bains lièdes, les feuilles froissées, à cause de leurs vertus astringentes. La

à 1 loge uniovulée; stigmates 3, sessiles. Fruit drupacé, oblong, rouge, à

partie subéreuse de l’écorce prend un très grand développement; elle est

noyau allongé. — Fl. en avril et mai. — Abondant et exclusivement propre

compacte et se laisse facilement travailler : on en fabrique des bouchons, des

au terrain sec et calcaire : Désirade, mornes entre Port-Louis et l’Anse-Ber-

cachets, des couvercles, des tabatières et de petites cassettes. Le bois est mou

trand, mornes calcaires du Petit-canal, etc. [N° 3274.]

et tendre et ne peut servir pour la construction ; l’arbre pousse très vite et

Il n’existe pas à la Martinique.
meree de la droguerie européenne, au profil des élémis de Manille
fournis par les
Elle a une teinte jaune blond, marquée çà
dâtres. Elle porte à sa surface des débris de feuilles brunâtres qu’on
térieur des morceaux. Odeur très prononcée, un peu térébinthacée ;
amère. (E. H.)

Cunurium.

prend très facilement de bouture. — Abondant dans la basse région de toute
et des Philippines,
et là de taches ver­
retrouve dans l’in­
saveur légèrement

l'ile. — Fl. en mai ou juin. Alt. 0-300 mèt. [N° 3272.
M a r tin iq u e .

S.

Vulgo : Prune Monbin. — Abondant.

N ° 322 .

Cytherea. Tuss. (du grec « Kulhereia », surnom de Vénus, qui recevait

un culte particulier à l'ile de Cythère : allusion à la beauté et à la douceur du

�186

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE ET

DE LA

TE RI BINTHACEE S

MARTINIQUE

fruit.) Yulgo : Pomme Cythère. Tuss., F/., III, t. '28; Lam., Illusl., t. 381.
— Petit arbre ou arbre approchant de la taille moyenne, à branches habituel­
lement peu nombreuses, divariquées, fortes : les inférieures, toujours hori­

noirâtre,

187

lisse, luisant, en général obovoïde, d'une longueur moyenne de

27 mm. sur 9 mm. de diamètre, souvent irrégulièrement bosselé et tou jours
muni, à l’extrémité, d'un appendice mamelonné; épicarpe mince ; mésocarpe

zontales ou penchées, à rameaux très cassants et épaissis à l’extrémité, dans

peu pulpeux ; endocarpe dur, bosselé. — La pulpe est jaune, rafraîchissante,

la portion qui reçoit les feuilles : à écorce verte, lisse, surtout celle des

légèrement acide : on en fait des confitures et des marmelades très agréables,

branches. Feuilles à peu près comme dans le précédent, mais h folioles plus

dont le goût rappelle celui

étroites, plus vertes, subcharnues à l'état frais, ornées sur les bords d’un liséré

les plantes astringentes, et préconise

grisâtre, large de près de 1 mm., dentées-crénelées au-dessus delà base; à

maladies d'yeux; il ajoute que les fruits mûrs sont antidysentériques. I)ans

du raisin sec. Descourtilz place l’arbre dans
les bourgeons

en collyre dans les

crénclures distancées; à nervures Unes, rapprochées. Fleurs blanches, odo­

le pays, on emploie quelquefois les feuilles dans les bains tièdes. Le bois est

rantes, en panicules pouvant atteindre jusqu'à 15cm. de long, lâches, habi­

blanc et mou, et la facilité avec laquelle il prend de bouture le fait employer

tuellement pendantes; à axes primaires et secondaires striés-anguleux, très

couramment pour la fabrication des haies. Si on plante une branche char­

vigoureux. Fruit drupacé, d'une longueur moyenne de 8 cm. sur 1-5 cm. de

gée de fruits non mûrs, ceux-ci continuent à grossir et arrivent à maturité.

diamètre, généralement ovoïde ou obovoïde, jaune en dehors ; à épicarpe

L ’arbre exsude une gomme verdâtre, dont la saveur est à peu près celle de

mince; à mésocarpe copieux, entrelacé de libres, qui naissent sur 1endo­

la gomme arabique ; les enfants s'amusent a la manger. — FL en mai et juin.

carpe hérissé de toutes parts de pointes filamenteuses; loges du fruit écartées

— Abondant dans la basse région

entre elles et de l'axe commun. — Les fruits sont très estimés dans les

500 mèt. [N ° 3278.]

colonies : on en mange pendant quatre ou cinq mois. Le bois est tendre
et léger et ne peut servir que pour le chauffage; les branches et même

M a r tin iq u e .

de toute l’ile, jusqu’à une altitude de

Yu lgo : Prune rouge, prune-paeôme, prune d'Espagne.

—

Abondant dans toute l’île. [N° 326.]

les gros troncs, mis en terre, prennent avec une très grande facilité. Les

La prune nommée vulgairement prune de Chili, prune jaune, assez abon­

Monbin. Ce végétal

dante à la Guadeloupe et à la Martinique, à fruit jaune, point ou peu bos­

feuilles servent pour les bains comme celles du

S.

perd habituellement ses feuilles à l'époque où les fleurs commencent à paraître.

selé, à pulpe plus copieuse, d ’une saveur agréable, astringente et acide, ne

— Introduit et cultivé, originaire des îles de la Société; selon d’autres, de

constitue pas une espèce botanique différente, les feuilles et les Heurs étant

l'ile de Taïti. — FL en mai et juin. — Autour des habitations de toute bile.

identiquement les mêmes, et les semences avortant toujours.

Alt. 0-400 mèt. [N° 3760.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pomme Cythère. — Abondant. C'est dans les quartiers

(nord de l Australie),

de I)ucos et du Lamcnlin qu'on rencontre les meilleures variétés. ; N° 323.]

Duchamp, de Saint-Pierre, en 1883 : elle a fleuri pour la première fois en

S. purpurea L .; Spondias à fleurs pourpres. Yulgo : Prune d’Espagne,

mai et juin de l’année 1886, et a produit une masse de fruits; depuis, elle n’a

prune rouge, Monbin rouge,prune-à-téter. Tuss., F L , III, l. 28; Desc , t. 336,
p. 119; SL, l. 219, f. 3-5. — Arbre peu élevé; à tronc gros, le plus souvent

Une nouvelle espèce, le Spondias pleioqyna L., originaire de Queensland
a été

introduite

à la Martinique par M. Ernest

cessé de fleurir et de produire tous les ans.
Mangifera L. (du mot indien « mange », mangue, et du latin « fero », je porte.)

tortueux; à branches très divariquées, très souvent horizontales ou penchées :
lenticulaires; vieux tronc, à écorce grise ou grisâtre et crevassée. Feuilles

M. indica L.; Yulgo : Manguier. Tuss., F/., Il, t. 15: Desc., vol. I. t. 25,
p. 121. — Arbre de très grande taille dans la région inférieure, moins élevé

ramassées aux extrémités des rameaux courts, imparipennées, longues de

dans la région supérieure, originaire des Indes Orientales et naturalisé dans

13-l5cm., à 8-10 paires defolioles opposées, brièvement péliolécs, elliptiques-

tous les pays tropicaux ; à tronc pouvant dépasser 1D1 50 de diamètre à la

jeune tronc et branches, à écorce verte, lisse, souvent couvertes de rugosités

oblongues, arrondies ou pointues, ou souvent mucronées au sommet, suben­

base; à fronde majestueuse, touffue; à branches tri- ou quadrichotomes; à

tières ou dentelées, inégales et rétrécies à la base, légèrement roulées sur les

écorce épaisse, jaune en dedans, raboteuse, gercée, noirâtre et cendrée en

bords, d’une longueur moyenne de 3 cm. sur 1-5 cm. de large; pétiole com­

dehors. Feuilles alternes, éparses au sommet des branches, oblongues ou

mun comprimé. Fleurs polygames, petites, rouges, portées sur des pédon­

lancéolées, pointues, entières, coriaces, vertes des deux côtés, lisses, glabres,

cules uniilores, quelquefois biflores, formant ensemble des grappes courtes,

à nervures jaunâtres, parallèles; pétioles de longueur variable, comprimés

très nombreuses, situées tout le long des branches; calice à 5 lobes arron­

en dessus, légèrement renflés et transversalement ruguleux à la base. Fleurs

dis, concaves; pétales 5, obtus et concaves à l'extrémité; stigmates 5; ovaire

polygames, petites, rougeâtres, en panicules larges, terminales, pyramidales,

à 3-5 loges, dont deux ou trois avortent souvent. Fruit pulpeux, pourpre

dont les dernières divisions portent, à la base, une bractéole courte, ovale

�TÉRÉBINTHACÉES
188

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET DE

LA

189

MARTINIQUE

juin, juillet.

—

Descourlilz

place l ’arbre dans les

stomachiques anti-

et pointue; calice 5-parlite; pétales 5, striés de noir en dedans, réfléchis;

scorbutiques; les fleurs e l l e s feuilles prises en infusion sont pectorales,

étamines 5, périgynes, 1-2 fertiles, 2-3 stériles, à filets subulés, à anthères

vermifuges, sudorifiques et antiscorbutiques. Dans le pays, on emploie les

presque rendormes ; ovaire à I loge; style simple. Fruit drupacé, grand,

noyaux rôtis pour arrêter les cours de ventre. Selon le chevalier de Tussac,

lisse et généralement jaunâtre en dehors, comprimé des deux côtés et un

le manguier aurait été importé à Saint-Domingue, en 1782, par le capitaine

peu arqué en forme de rein; à épicarpe plus ou moins épais, se détachant

de vaisseau anglais Marshal, qui l’a rapporté de l'île de France avec une

avec plus ou moins de facilité; à mésocarpe charnu, le plus souvent jaunâtre,

quantité d’autres arbres utiles; de Saint-Domingue il ne tarda pas

traversé de fibres qui partent d'un endocarpe ligneux-cartilagineux, s’ouvrant

répandre dans les autres Antilles.— Alt. 0-400 met.; au delà de cette altitude,

en 2 valves, lors de la germination de la graine ; cotylédons 1-3, charnus, sans

le manguier pousse encore très bien, mais fleurit et rapporte difficilement.
[N° 3275.]

albumen; radicule infère.
Le fruit est succulent, très sain et bienfaisant; il a un léger goût de téré­

M a r tin iq u e .

à se

[N ° 333.]

benthine. On compte une masse de variétés, qui diffèrent par le volume, la
couleur, la forme, le plus ou moins de fibres, etc.; il y en a qui n’excèdent

Anacardium L. (du grec « ana », approchant, ressemblant, et « kardion »,

pas la grosseur d’un œuf de poule; d’autres qui pèsent jusqu’à deux livres.

cœur, parce que les fruits de cet arbre ressemblent, quant à la couleur et à

On se sert souvent des espèces sans fibres pour la confection des confitures et

la forme, à un cœur desséché.)

des marmelades. Sous l’influence de la culture et surtout de la grelFe, on a
obtenu des espèces qui. par leur volume, la finesse et la délicatesse de leur
chair, laissent loin derrière elles l'espèce primitive Le fruit du manguier greffé
s'appelle « mangue ». — Les meilleures espèces sont ; la mangue FiffineGabrielle, de Cayenne; la mangue Julie, introduite de Cayenne en 1860 ou
1861 par M. Neyrat, qui planta cette variété sur son habitation, le « Par­
nasse » : de forme ovale, aplatie, à couleur d'un vert pâle, à chair sans fibres,
d'un goût délicieux, ce fruit, à graine mince, avorte presque toujours; la
mangue Martin d’ un beau jaune, souvent un peu rosé, à pulpe légèrement
lérébenlhinée, à forme moins aplatie que la mangue Julie; la mangue divine,
de forme allongée et peu aplatie, à chair d’un brun clair, sans fibres, assez for­
tement lérébenlhinée; la mangue d’or, assez volumineuse, presque ronde, un
peu arquée, à peau épaisse adhérente à la chair, d’une saveur très sucrée; la
mangue Heine-Amélie, à peau très fine et un peu tachetée, se détachant faci­
lement de la chair; la mangue Crassous, à forme oblongue, d’ un vert clair
en dehors, à chair peu fibreuse; la mangue Freycinet, à chair rougeâtre et
sans fibres, de couleur souvent rosée en dehors; la mangue Raynaud, origi­
naire de l’archipel indien, petite, ronde, de couleur pâle en dehors, à chair

A. occidentale L.; Anacarde d’Occident. Yulgo : Pomme d’acajou, noix
d’acajou. Tuss., F l., III, t. 13; Desc., vol. VIT, t. 507, p. 233.— Petit arbre
tortueux, peu élégant à l’état sauvage et ne dépassant guère 5 mèt. de haut
(arbre élégant et droit, d ’une élévation de 10-15 mèt. à l'état de culture,
dans les endroits bien abrités et exposés au soleil), à cyme arrondie, à
branches très divariquées, souvent horizontales, à écorce grise, peu fendil­
lée. Feuilles naissant par bouquets aux extrémités des rameaux, épaisses,
coriaces, obovées ou obovales, arrondies ou échancrées au sommet, à côte
saillante en dessous ; les jeunes, rouges ou rougeâtres, passant ensuite et
bientôt au jaune, selon le terrain dans lequel il pousse; pétiole court, renflé
et ruguleux à la base. Fleurs polygames, en panicules terminales, larges, plus
longues que les feuilles, à branches écartées, terminées par des corymbes
arrondis; pédoncule long, comprimé; pédicelles et pédicelluies pourvus, à
la base, d'une bractéole ovée, acuminée, duvetée-glauque; calice caduc 4-5
partite, à segments duvetés en dehors; pétales 5, longs de 9 mm., deux plus
longs que les divisions du calice, linéaires, acuminés, recourbés, d'abord
blanchâtres, devenant peu à peu pourpres; étamines 9-10, périgynes, dont
une plus longue et fertile, les autres stériles; style simple, filiforme, légère­

blanchâtre bien parfumée; la mangue sans-pareille, la plus grande de toutes,
de forme oblongue, à chair aqueuse, d’une médiocre valeur; la mangue

ment courbe ou droit, près de deux fois plus long que les étamines; stigmate

Cédot, qui a beaucoup d’affinité avec la mangue Crassous; la mangue Albert,

brun, tronqué-capité. Fruit réniforme, comprimé-biconvexe, long de 28-30

la mangue Emmonet, qui se rapprochent des espèces déjà citées. — Le fruit

mm. sur 18-25 mm. de large, à péricarpe épais, cartilagineux-ligneux, brun

obtenu d un pied provenant de la graine d’une mangue greffée se nomme

clair; pédoncule très gros, charnu, plus ou moins pyriforme-obovale, tron­

« mangoline ». Les manguiers greffés sont loin d’atteindre les dimensions du

qué au sommet, poli et luisant, d’abord vert, puis jaunâtre, ensuite couleur

manguier sauvage. Le bois est blanchâtre; il a à peu près la dureté du peu­

de feu plus ou moins intense.

plier de France : on ne l’emploie que pour faire du charbon et comme bois

Le fruit, qui porte le nom de « noix d’acajou », renferme une amande

de chauffage. J ai vu cependant à la Martinique quelques beaux meubles faits

blanche, très bonne à manger, et dont le goût rappelle la noisette de France :

avec le bois du manguier. — FL en janvier, février, mars; fruits mûrs en

on la mange crue ou rôtie; dans le pays, elle remplace souvent l’amande

�190

PLANTES

DK

LA GUADELOUPE

ET DE LA

MARTINIQUE

1 91

AMENTACÉES

douce dans la confection des orgeats, des nougats, etc.; elle contient aussi

26 cm., composés de 30-35 articulations, striées, h feuilles sengainant les unes

une huile très agréable, qui vaut celle de l’amande douce. Entre I'épicarpe

dans les autres et terminées par autant de dents qu’ il y a de stries. Fleurs à
pétales, unisexuées : les mâles, en épis longs, cylindriques-oblongs, compo­

et l’endocarpe, on trouve une matière huileuse extrêmement caustique et
âcre, qui oxyde très promptement le fer, qui sert à marquer le linge en
caractères indélébiles et qui peut aussi détruire les verrues, les cors;

sés d’une multitude de petites articulations, courtes, engainées les unes

c’est grâce à cette matière (ni les insectes ni les rats n'osent l'affronter) que

velues et pointues; étamine 1, naissant latéralement au fond de la gaine et

dans les autres, longues de 1,5 mm., terminées circulairement par six dents

les noix d’acajou se conservent longtemps1. — Le pédoncule, charnu, qui

munie de deux bractées cl de deux sépales diaphanes, à filet filiforme, d’abord

prend le nom de « pomme d'acajou », renferme, dans une matière spon­

court, s’allongeant ensuite pendant la lloraison ; les femelles, réunies en

gieuse et libreuse, un suc aqueux, abondant, astringent, acide, qui oxyde

capitules strobilacés, pédonculés, d ’abord globuleux, ensuite cylindriques-

très vite le fer et I acier; il a une saveur vineuse et peut en quelque sorte

globuleux, situés vers l’extrémité des ramuscules; ovaire sessile au fond

remplacer le vinaigre ; par la distillation, on en obtient une excellente eau-de-

de deux bractées latérales, ovales, ligneuses, striées, soudées inférieure­

vie. Dans nos colonies, le suc entre dans la préparation des punchs, et, avec

ment en tube ouvert, au moment de la floraison, fermé après la fécondation,

les pommes dont on a exprimé le jus et enlevé la peau, on fait d'excellentes

pour s’ouvrir de nouveau après la maturité de la graine; ovaire uniloculaire

confitures. — La pomme, mangée crue, est indigeste à cause de son aci­

et uniovulé ; style court; stigmates 2, filiformes et allongés; semence petite,

dité.
Du tronc de l'arbre découle une gomme transparente, qui, quoique infé­

— Le bois est presque aussi dur que le fer, il ébréche les outils les mieux

longue de 4-6 mm., prolongée en une aile membraneuse, mince et diaphane.

rieure à la gomme arabique, est propre à faire de la co lle2. Le bois est

trempés : l’aubier est blanchâtre, le cœur est d’ un rouge foncé et on peut en

blanc et sert pour la menuiserie et la construction. — FL en janvier et

extraire une couleur rouge. Quand le vent souille à travers les ramuscules,

février; fruits mûrs en mai et juin. — Abondant dans les endroits secs,

il produit un bruissement vague, agréable et po étiq u e .—

sablonneux et pierreux de la basse région. Alt. 0-280 met. [ N" 3277. j

en août.— Pointe-à-Pitre (cimetière) Basse-Terre (Jardin botanique), Camp-

M a r tin iq u e .

Vulgo v: Noix ou pomme d’acajou. — Abondant. [N° 334.]

Fl. de juin en

Jacob (habitation Rollin), etc. (ÎS’° 2999.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Filao. — Fort-de-France (port des Transatlantiques),

morne Rouge, Trinité, etc. [N°2 092.]
SOIXANTE-NEUVIÈME FAMILLE.

— AMENTACÉES.

On cultive chez quelques amateurs de plantes le C. quadrivalvis Labill, et
C. tenaissima Hort.

Casuarina Kumph (nom donné par Kumph, à cause de la ressemblance
des ramuscules avec les plumes du casoar.)
C.

equisetifolia Forst.; Casuarina à rameaux en crin de cheval. Vulgo ;

Filao. — Grand arbre, originaire de Madagascar et de l’archipel indien, très
ornemental, à écorce cendrée, raboteuse, se détachant par plaques : les
jeunes pieds, à branches inférieures horizontales ; les vieux, à branches infé­
rieures penchées, et à tronc anfractueux à la base. Feuilles petites, verticillées, concrescentes; ramuscules rappelant l’Equisetum, filiformes, nom­
breux, très rapppochés et ramassés à l’extrémité des branches, longs de 201. Celle substance caustique renferme (le Yacide anacardique, du cardol, du tanin, de

Myrica L. (du grec « muriki » (le Tamariscus des anciens)

venant de

« muron », baume, suc, parce que ces plantes contiennent habituellement de
la cire odorante.)
M.

mîcrocarpa Benth.; Myrica à petits fruits. Vulgo ; Caca-ravel. —

Arbrisseau extrêmement touffu, haut de 1-2“ 50, à branches étalées, formant
une cyme aplatie, à tiges et branches nues dans le bas, à écorce grise, à bois
dur. Feuilles longues de 4-6 mm. sur 2,5 cm. de large, elliptiques, coriaces,
très vertes, brièvement pétiolées, couvertes en dessous de sécrétions globu­
leuses, grasses, résineuses : les jeunes, très grossièrement et irrégulièrement
sinuées-dentées, de manière à simuler

des feuilles de chêne; les adultes,

1acide yallique, une gomme résine et une matière colorante, L'acide anacardique est blanc,

subentières ou dentées au-dessus de la base, et souvent faiblement roulées sur

cristallin, inodore, d une saveur àcre et brûlante, aromatique; il est insoluble dans l'eau
et donne par l'acide sulfurique une couleur rou^e de sang; le cardol est un liquide oléa­
gineux. jaune, très altérable, insoluble dans l’eau, soluble dans l’éther; il est vésicant.
(E. H t)
Cette gomme, qui se produit seulement sur les pieds âgés, se concrète en masses
stalacliformes, est d'une couleur jaune et rougeâtre et se dissout incomplètement dans
l’eau. Elle est formée d arabine et de hassorine. (E. II.)

les bords, à côte saillante en dessous et munie d’ un duvet couleur de rouille.

‘1.

Inflorescence en petits chatons dioïques, solitaires ou réunis par 2, aux
aisselles des feuilles, longs de 4-7 mm., à bractées en forme de coin ; les
chatons mâles, courts, cylindriques, portant des fleurs à 4 étamines, unies
au milieu, formant une petite colonne filiforme

et

velue;

les chatons

�192

PLANTES DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

p a p i l i o n a c f .es

MARTINIQUE

193

femelles, ovoïdes, à bractées caduques, à Heurs avec I ovaire à 1 loge uni-

oblongues, brièvement pédicellées, munies, au sommet, d'un bec recourbé.

ovulée. Fruit drupacé, rond, trois fois plus petit qu'une graine de poivre.—
Abondant sur le plateau de la montagne de la Madeleine (Trois-Rivières).

— Assez abondant dans les savanes herbeuses et le long des routes de la

— Très rare à la Savane aux Ananas. Alt. 1050-1100 mèt. — Fl. en avril,
mai. [N° 3000.]

région inférieure de toute 1'île. [N° 2643.]
M a r tin iq u e .

C.

11 n'existe pas à la Martinique.

Vulgo : Pois-zombi. — Abondant. [N° 1142.]

refusa L. ; Grotalaire à feuilles réluses. Vulgo : Pois à zombi jaune. —

Annuel, à base suffrutescente, haut de 0 “' 70-1 mèt., le plus souvent très
brandiu, à rameaux striés, grisâtres, pubescents. Feuilles spatulées, très
brièvement pétiolées, arrondies ou rétuses au sommet, glabres en dessus,

SOIXANTE-DIXlÈ.WK FAMILLE.

couvertes en dessous d'un très léger duvet soyeux et blanchâtre; stipules

— L É G U M IN E U S E S.

subulées. Inflorescence en grappes allongées, terminales; calice bilobé, plus
court que la corolle : lobes supérieurs, ovés ; les

inférieurs, lancéolés;

corolle grande, jaune ; étendard souvent strié de noir. Gousses oblongues,

I. — PAPILION ÂGÉES.

très brièvement pédicellées, glabres. — Abondant dans les savanes et le
Grotalaria L. (du grec « krotalon », cliquette, castagnetle, allusion au bruit
résultant de la secousse des gousses, dans lesquelles les graines se sont déta­
chées.)
C.

long des routes, jusqu'à une altitude de 700 mèt. [N u 3018.]
M a r tin iq u e .

C.

stipularis Desv., C. sagillala D esw ; Grotalaire à stipules. Yulgo : Herbe

Vulgo : Pistache bâtard. — Abondant. [ N u 1110.]

incana L. ; Grotalaire* à feuilles blanchâtres. V ulgo : Pois à zombi. SL,

t. 179, f. 1. — Ornemental, annuel, droit, haut d e 0 m 70-1 m 20, sous-ligneux

lchalcha. Desc., vol. V I, t. -134, p. 227. — Herbe annuelle, plus ou moins

à la base, à jeunes tiges, branches, pédoncules, pédicelles et gousses finement

velue, haute de 15-65 cm., droite. Feuilles ovales ou lancéolées, ou lancéo-

duvetés. Feuilles longuement pétiolées, à 3 folioles très rapprochées, obovées

tées-linéaires, subsessiles, finement mucronées; stipules larges, décurrentes,

ou ovales, glabres ou duvetées en dessous; stipules très petites, caduques.

s'étendant d’ un nœud à l'autre, à sommet terminé en un croissant bien pro­

Inflorescence en grappes axillaires et terminales : les axillaires, opposées aux

noncé. Inilorescence en grappes longuement pédonculées, axillaires, opposées

feuilles; calice à 5 divisions profondes, ovales-lancéolées; corolle jaune ver­

aux feuilles. Fleurs peu nombreuses, jaunes ; calice à 5 divisions profondes,

dâtre, j &gt;I us longue que le calice; carène fortement barbue sur les bords.

lancéolées, aussi longues ou plus longues que la corolle; étendard cordé au

Gousses pendantes, oblongues, brièvement pédicellées, couvertes de poils

sommet: carène arquée. Gousses courtes, d'abord pubescentes, ensuite glabres,
oblongues, portées sur des pédicelles courts. — Fl. presque toute l’année.

courts et

— Dans les savanes herbeuses, humides et sablonneuses de la région infé­
rieure : environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Trois-Rivières, Baie-Mahault,
etc. Alt. 15-400 mèt. [N os 2664, 3432.]
M a r tin iq u e .

Abondant

dans

les

savanes

herbeuses

et humides

M a r tin iq u e .

Vulgo : Pistache marron. —

Abondant dans toute l'île.

[N ° 1109.]
C. loti folia L. ; Crolalaire à feuilles de lolier. Yulg o : Pistache bâtard,

Yulgo : Herbe tehatcha. — Environs de Saint-Pierre (Trou-

Vaillant), morne Saint-Martin, hauteurs de la Rivière-Salée, etc. [N° 1113.]
C.

roux. —

de toute la Guadeloupe ; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-600 mèt. N°2666. ;

verrueosa L .; Crolalaire à feuilles verruqueuses. Vulgo : tehatcha, pois-

zombi. — Annuel, très ornemental, sous-ligneux à la base, droit ou tortueux,

tehatcha. SL, t. 176, f. 1, 2. — Suflrutescent, très droit, haut de 0 m 701 mèt. Feuilles trifoliées, très brièvement pétiolées, elliptiques ou obovalesellipliques; pétiole commun plus long que les folioles et cannelé au-dessus;
stipules très petiles. Fleurs solitaires à l aisselle des feuilles; calice plus court

glabre, à branches nombreuses, quadrangulaires, étalées et souvent penchées,

que la corolle, à cinq divisions profondes el lancéolées; corolle jaunâtre;

haut de 50-90 cm., rarement plus haut. Feuilles ovées, brièvement pétiolées;

étendard strié de brun. Gousses

stipules 2, larges, sessiles, arrondies à la base et inégales, pointues au som­

glabres ou légèrement pubescentes, terminées par un bec très recourbé. —

petites, pendantes, spalulées-oblongues,

met, obliquement appliquées contre la tige. Inflorescence en grappes termi­

Hare : çà et là dans les hauteurs du Diamant

nales, pédonculées; calice bilobé jusque vers le milieu, à moitié aussi long
que la corolle : lobe supérieur, ové; l'inférieur, lancéolé; corolle large, vio­

[N° 1107.] — Je ne Fai pas trouvé à la Guadeloupe.

lette ou panachée de violet sur fond blanc; pédoncule à 3-4 ailes, ce qui

Annuel, haut de 0 m 70-1 m 20, plus ou moins grimpant, à tiges et branches

distingue cette espèce très facilement de tous ses congénères.

très grêles. Feuilles longuement pétiolées, à 3 folioles petites, elliptiques :
Dùîs. — Plantes Guadeloupe et M artinique .
13

Gousses

(habitation

kikandon).

C. peiulula Benlh.; Crotalaire à gousses pendantes. V ulgo : Pois savane. —

�194

PLANTES

DE L.A GUADELOUPE

ET

DK LA

MARTINIQUE

la supérieure, beaucoup plus grande; pétiole commun presque aussi long
que les folioles; stipules très petites. Inflorescence en grappes axillaires,
allongées, plus longues que les feuilles; calice à 5 divisions deltoïdes-subulées; corolle petite, jaune. Gousses ovoïdes, courtes, pendantes, longues
de 11 mm., munies, près du sommet, sur la soudure ventrale, d’une longue
arête rigide, fortement repliée sur elle-même; semences 4-5, rondâtres,
brunes, lisses. — Peu répandu : hauteurs du Carbet, dans les champs de
cannes de l'habitation Crassous. [X° 818/l ] — hile n existe pas a la Gua­

PAPILIONACÉE S

•

195

M a r t i n i q u e . Vulgo : Indigo. — Se rencontre dans la basse région de toute
nie. [N ° 1858.]

L ’I. disperma L., arbrisseau droit, haut de 1-2 met., à gousses ne conte­
nant (pie deux semences; a été introduit en 1887 à la Martinique, par
Ch. Thierry, directeur du Jardin botanique de Saint-Pierre, pour l'exploita­
tion de l ’indigo. Il est originaire du Venezuela et fleurit en juin, août, sep­
tembre. ( Il paraît réussir très bien dans l ile et donne de beaux résultats.
[N ° 1059.]

deloupe.
Les C. juncea L. et quinquefolia L., originaires des Indes Orientales,
poussent spontanément dans le Jardin botanique de Saint-Pierre. [ N os 1111

Tephrosia Fers, (du grec « tephros », couleur cendrée, allusion à la cou­
leur de la plante.)

et 1108.]

T. cinerea Pers. ; Tephrosie à couleur de cendres. Vulgo : Mort aux pois­
sons, herbe à enivrer. — Herbe sulFrulescente, plus ou moins couchée,

Indigofera L. (du mot indigo « indicum » ou couleur indienne, parce que,
autrefois, on recevait cette matière tinctoriale de l’ Inde, et « fero », je porte.)
I . linetoria L. ; Indigo tinctorial. Vulgo : Indigo vrai. SL, t. 176, f. '2;

entièrement grise, â lige grêle, peu branchue, haute de 15-60 cm. Feuilles
imparipennées, brièvement pétiolées, à 4-7 paires de folioles opposées,
oblancéolées-linéaires, couvertes en dessous d’ un léger duvet argenté, à

pubescent, droit, grisâtre, buissonneux ou à tige simple, à branches nom­

nervures très nombreuses et très fines; stipules subulées, sétiformes, très
petites. Inflorescence en grappes lâches, allongées, terminales et axillaires :

breuses, étalées et infléchies. Feuilles imparipennées, pétiolées à 4-6 paires
de folioles opposées, ovales ou obovales-oblongues; stipules subulées. Inflo­

les dernières opposées aux feuilles; calice à 5 lobessubulés, inégaux; corolle
blanc pâle ou rosée; étendard soyeux, trois fois plus long que le calice;

rescence en grappes axillaires, sessiles, minces, allongées, presque aussi
longues que les feuilles; calice à 5 divisions triangulaires; corolle petite,

étamines diadelphes. Gousses linéaires, oblongues, arquées, comprimées,
longues de 4-5 cm., contenant 5-10 semences. — A la Désirade, on se sert

Desc., vol. I, t. 17, p. 81. — Sous-arbrisseau, haut de 1-1 m50, légèrement

pourpre; étamines diadelphes; pédicelles très courts et bractéolés à la base.

de celte herbe pour enivrer les poissons. — Peu répandu. Abondant dans les

Gousses subcomprimées-cylindriques, légèrement toruleuses, linéaires,
longues de 3-3,4 cm., un peu arquées, munies d'un bourrelet dorsal;

sables du bord de mer et aussi un peu à l ’intérieur : Désirade, Saint-Fran­

semences 10-15. — FL de mai à septembre. — Originaire des Indes Orien­
tales; introduit autrefois pour la grande culture. — Abondant dans les
endroits secs, sablonneux ou calcaires de la basse région : environs de la
Basse-Terre, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Vieux-Fort, Marie-Galante,

çois, Marie-Galante. [N °3014.]
Il n’existe pas à la Martinique.
Cracca L. (du grec « kra/.ein », crier, c ’est-à-dire plante recherchée par les
animaux criants, sans doute les oiseaux.)
C. caribæa Benth.; Cracca des Caraïbes. Vulgo : Pois-z'oiseaux. — Sull’ru-

la Désirade, etc. [ N os 2649 b, 3015.]
M artinique. Vulgo : Indigo. — Sainte-Anne (Fond-Moustique), Vauclin,

lescent et plus souvent arbrisseau, parfois sarmenteux, haut de 0 m80-2 met.,

Marin, etc. [N 0 1058 /&gt;.]

à une ou plusieurs tiges grêles, peu branchues et nues dans le bas, toujours

I. A n il L. ; Indigo anil (du mot arabe « annil », « ni 1 » ou « nileh », qui veut
dire bleu.) Vulgo : Indigo, indigo bâtard. SL, t. 176, f. 3;Tuss., F l., II, t. 9.
— Ressemble au précédent pour la taille, l'inflorescence, la forme et la couleur
des fleurs; il en diffère par ses feuilles plus grises en dessous et à 3-7 paires
de folioles, mais surtout par ses gousses plus courtes, très recourbées, non
toruleuses, munies d’un bourrelet dorsal très épais, longues de 11-13 mm.,
ne contenant que 4-6 semences. — Fl. de septembre à février. — Abon­
dant : originaire des Indes Orientales; introduit autrefois pour la grande
culture. — Même habitat que le précédent. [N os 2649, 3414.]

penchées au sommet. Feuilles imparipennées, brièvement pédonculées, à
5-11 paires de folioles nettement elliptiques, mucronées, couvertes en des­
sous d un duvet argenté et soyeux ; stipules longues, sétiformes, subulées.
Inflorescence axillaire en grappes très lâches, pédonculées, paucillores, à

Indigofera

1. Les
ne sont pas seulement des plantes industrielles d'une haute valeur,
elles se recommandent encore par quelques vertus médicinales qui les font employer
dans leur pays d’origine ou de culture. C ’est ainsi qu’en Am érique les racines de I I. anil
sont réputées néphrétiques et les feuilles passent pour altérantes et purgatives ; la
racine d'I.
est employée communément aux Antilles, dit-on, comme fébrifuge, et
dans l’Inde comme antiépileptique; les feuilles en décoction sont réputées alexitères et
employées aussi contre les douleurs néphrétiques. (E. H.)

lincloria

�196

PLANTES DE l.A GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

(leurs distantes les unes des autres; calice5-üde, à lobes deux fois plus longs
que le tube ; corolle blanche, plus rarement rosée ; ailes transversalement ruguleuses;étamines diadelphes.Gousses linéaires, aplaties, droites ou légèrement
arquées, longues de 6-7 cm. sur '2-3 mm. de large; semences 15-18, séparées
par de fausses cloisons. — Fl. presque toute 1année. — Dans les terres pier­
reuses, sèches et chaudes près de la mer : Pointe-Noire, Deshaies, Pigeon,
etc. [N° 2659.]
M a r tin iq u e.

Vulgo : Petit pois. — Case-Pilote, Diamant, Sainte-Anne

(abondant). [N° 1061. j

A. grandiflora Desv. ; Agati à grandes fleurs. Vulgo : Colibri végétal. —
Petit arbre, droit, très ornemental, originaire des Indes Orientales et de
Malabar, introduit dans nos colonies par les travailleurs indiens et naturalisé
depuis de longues années, à fronde pyramidale et à branches inférieures hori­
zontales. Feuilles alternes, paripennées, brièvement pétiolées, à 15-22 paires
de folioles, opposées, très brièvement pétiolées, elliptiques ou ellipliquesoblongues, grisâtres en dessous. Inflorescence en grappes axillaires, pauciflores, pendantes; calice campanulé, environ quatre fois plus court que la
corolle, dentelé-ondulé sur les bords; corolle blanche ou rose, très large;
étendard ovale-oblong, plus court que les ailes libres et la carène arquée;
étamines diadelphes. Gousses verticalement pendantes, mesurant jusqu'à
48 cm., droites, slipitées, terminées par un bec long, large et droit, linéaires,
comprimées, pourvues d'un bourrelet sur les quatre bords, contenant jusqu’à
'24 semences, séparées les nues des autres par de fausses cloisons. — L ’écorce
est amère et, suivant le D r Jackson, elle est employée dans l'Inde comme
fébrifuge et en infusion contre la v a rio le 1. Les Indiens mangent les jeunes
feuilles après les avoir apprêtées à leur manière. — Fl. en mai et juin, et
aussi en octobre et novembre. — Cultivé dans les jardins, dans les cours et
autour des habitations, pour la beauté de ses fleurs. [N° 3013.]
M artinique . Vulgo : Colibri végétal. — On y rencontre souvent la variété
— Cultivé dans les jardins

197

pubescentes. Feuilles grisâtres, paripennées, à 10-20 folioles oblongueslinéaires, soyeuses en dessous, plus rarement glabres, le plus souvent mucronées au sommet. Inflorescence en grappes axillaires, pédonculées, trois ou
quatre fois plus courtes que les feuilles; calice à 5 dents subulées; corolle
jaune; étendard veiné de noir ou de brun; étamines diadelphes. Gousses
d’abord biconvexes, ensuite comprimées, linéaires, pourvues de bourrelets
sur les côtés, arquées, longues de 12-22 cm., terminées par un onglet court.
— Fl. en avril, mai. — V it solitaire ou plus souvent en société dans les
endroits aquatiques et marécageux près de la mer ; Lamentin, Sainte-Anne,
Moule, Baie-Mahault. [N°3012.]

Agati Ad. (du nom de celle plante à Malabar.)

à fleurs roses.

PAP ILIONA CEES

et autour des habitations.

[N° 1057.]
Sesbania Pers. (du mot arabe « seiseban ».)
S. sericea D. C.; Sesbanie à feuilles soyeuses. Vulgo : / ’aiguille-mare. —Sulfrutescent et frutescent, haut de l™ 50-2“ 80, droit, à branches peu nom­
breuses : les inférieures, toujours horizontales, à jeunes liges et branches
1. Cet arbre laisse exsuder une gomme d’abord rouge puis noirâtre qui est analogue au
kino, à laquelle elle doit ses propriétés astringentes et qui mériterait d’ôtre étudiée.
L ’écorce, les feuilles et les gousses sont aussi astringentes; le suc des fleurs et des feuilles
serait un remède populaire contre le coryza; la racine serait antirhumatismale. (E. H.)

M a r t i n i q u e . Pois-mare. — Trois-Ilets, Anses-d’Arlets, Fort-de-France,
Trinité, Galion, Marigot, etc. [N° 1060.]
*

Aeschynomene L. (du grec « aïschunomaï », j’ai honte, parce que les
feuilles se ferment quand on les louche.)
A. sensitiva Sw. ; Aeschynomene sensitive. Vulgo ; Honteuse mâle. Plum.,
édit. Burm., t. 149, f. 2. — Annuel, ligneux ou sous-ligneux à la base, très
droit, entièrement glabre, haut de 0ln 80-1,n 80, le plus souvent très branchu
dans le haut. Feuilles irritables, imparipennées, à 15-22 folioles oblongueslinéaires, uninerviées, sessiles; stipules semi-sagittées, scarieuses. Inflores­
cence en grappes terminales, lâches, courtes, pédonculées, portant 3-6 fleurs;
calice bibractéolé à la base, à deux lèvres ; corolle jaune ou jaunâtre brun ou
blanchâtre, petite; étendard arrondi, entier; carène en forme de nacelle, avec
pétales séparés à la base; étamines 10, divisées en deux faisceaux égaux.
Gousses lomentacées, longues de 12-14 cm. sur 5 mm. de large, composées
de 6-9 articulations carrées, rectilignes, sauf sur le côté dorsal. — Fl. de
novembre à février. — V il en société dans les endroits aquatiques ou maré­
cageux, sur le bord des étangs et des mares : Le Bailli f, rivière des Pères,
Camp-Jacob, Pointe-Noire, Lamentin, Baie-Mahault, etc. N°2655.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Honteuse mâle. — Champflore, Trois-llets, Ansesd’Arlet, Rivière-Pilote, Le Robert, etc. Alt. 0-500 mèt.

N° 1062.]

A. americana L. Vulgo : Honteuse femelle. SL, t. 118, f. 3. — Herbacé,
sous-ligneux à la base, annuel, haut de 40-90 cm., branchu ou sans branches,
à lige grêle, délicate, toujours inclinée à l’extrémité, couvert, dans toutes ses
parties, de poils roux, droits. Feuilles délicates, pétiolées, irritables, impari­
pennées, à 15-32 folioles, très petites, oblongues-Iinéaires, obliques à la base,
(rinervées, finement niucronées; stipules ovales, subulées, à deux branches
opposées, dont une se dirige de bas en haut, et l autre de haut en bas. Inflo­
rescence en grappes axillaires et terminales, pédonculées, très lâches, courtes,
à 2-6 (leurs jaune brun ou jaunâtre, veinées de brun; pédoncules et pédicelles liliformes, bractéolés à la base, à bracléoles ovales, ciliées-denlées ;
calice bilobé; corolle comme dans le précédent. Gousses lomentacées, stipi-

�198

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

PAPILIONACEES

199

lées, longues de *25-30 mm., rectilignes sur le dos, sinuées sur le ventre,

A. vagin ri lis D. C.; Alysicarpc à stipules engainantes. Vulgo : Zerbe-

composées de 6-7 articulations contractées. — Kl. de mai à juillet. — Cette

savane. — Annuel ou vivace, selon qu'il est brouté ou non, couché, entière­

berbe, quand elle est jeune, fournit un assez bon fourrage. — Très abondant

ment glabre, à branches très flexibles, souvent

dans les savanes humides, le long des ruisseaux et des étangs de la basse

simples, petites, nettement elliptiques ou ovales-linéaires, à pétioles fili­

région, où il vit solitaire et plus souvent en société : environs de la Basse-

formes, environ trois fois plus courts que les feuilles; stipules longues,

Terre, Gourbeyre, Camp-Jacob, Lamenlin, Sainte-Rose, cle. Alt. 0-600 met.

scarieuses, engainantes à la base, plus courtes que les pétioles. Inflorescence

[N° *2645.]
M ar tin iq u e .

très allongées.

Feuilles

en grappes courtes, terminales, â 3-8 fleurs; calice tubuleux, 5-fide, à lobes
Vulgo : Honteuse femelle. — Abondant : Lamentin, Trois-

Ilets, Caravelle, etc. j_N° 1065.j

subulés, rigides; corolle jaune pourpre; étamines diadelphes. Gousses lomen­
lacées, droites, presque cylindriques, à *2-8 articulations, muriquées et tron­

Zornia Gmel. (dédié à l'Allemand Jean Zorn, né en 1737, à Kemplen en
Bavière, pharmacien et sénateur de cette ville; a écrit sur plusieurs plantes

quées aux deux extrémités. — Peu abondant ; constitue un bon fourrage.
Savanes sèches de la région inférieure : environs de la Basse-Terre, Moule,
Gozier, Trois-Rivières, etc. Alt. 20-400 mèt. [N°3011.]

rares et a publié des figures de plantes officinales.)
Z. diphylla Fers.; Zornie à deux feuilles. Vulgo : Zerbe-cabrite. — Petite
herbe annuelle, rampante, entièrement glabre, à tiges dichotomcs, allongées,
grêles et flexibles, longues de 10-20 cm., souvent relevées aux extrémités.

Desmodium D. C. (du grec « desmos », lien, allusion aux étamines réunies
en un tube dans la plupart des espèces.)

Iriflorum D. C. ; Desmodium à trois fleurs. Vulgo : Petit trèfle. — Herbe

D.

Feuilles longuement pétiolées, à une paire de folioles ovales ou lancéolées, le

délicate, annuelle, devenant parfois vivace quand elle est broutée, complète­

plus souvent pointues au sommet, très brièvement pétiolées; stipules lan­

ment couchée, parfois voluble quand elle trouve un appui, radicante, à tiges

céolées, subulées, munies d’un prolongement basilaire. Inflorescence en épis

et branches nombreuses, très flexibles, filiformes, à jeunes tiges et branches

allongés, terminaux, pédonculés, à rachis filiformes. Fleurs très distantes,
alternes, chacune à moitié cachée dans deux bractées elliptiques; calice à

très petites, obovées ou obeordées, parfois presque rondes; stipules relative­

deux lèvres : la supérieure, émarginée-obtuse ; l’inférieure, trifide ; corolle

ment grandes, acuminées, persistantes. Fleurs peu nombreuses, terminales,

pubescenles. Feuilles digitées-trifoliées, très brièvement pétiolées, sessiles,

jaune brun; étendard longitudinalement plissé et veiné de rouge; étamines

réunies par 2-4, opposées aux feuilles; calice brièvement campanulé, à 5

monadelphes. Gousses lomenlacées, comprimées, longues de 6-7 mm., com­

segments rigides et poilus; corolle pourpre foncé, rarement blanchâtre ou

posées de 4-6 articulations rondes, biconvexes et fortement muriquées. —

blanche; étendard obové; ailes adhérentes à la carène et biauriculées à la

Cette herbe forme souvent un superbe gazon dont les chèvres et les moulons

base. Fruit lomentacé,

sont très avides : broutée, elle devient vivace ; la racine pivotante prend un

presque carrées, légèrement arrondies sur le bord de la suture dorsale. —

grand développement et les tiges se multiplient ; quand elle pousse dans des

Excellent fourrage pour les moulons et les chèvres. — Abondant dans cer­

endroits où les bestiaux n’arrivent pas, la lige reste simple et s’allonge indé­

taines savanes sablonneuses, humides ou sèches, où il forme souvent un fort

finiment. — Abondant dans les savanes sèches ou plus ou moins humides et

joli gazon ; environ d e là Basse-Terre (ravine Belost), les Vieux-Habitants,

sablonneuses de la région inférieure : entre la Basse-Terre et Le Baillif, les

Pigeon, Trois-Rivières, etc. Alt. 10-700 mèt. [N° 3005.]

Vieux-Habitants, Vieux-Fort, Pigeon, Pointe-Noire, etc. Alt. 0-500 mèt.
[N° 2650.]
M a r tin iq u e .

légèrement arqué, composé de 3-6 articulations

M artinique . Vulgo : Corde à violon, petit trèfle. — Fond-Canonville
(abondant); Marin, Trois-Ilets, etc. [N° 809.]

Vulgo : Zerbe-mouton. — Hauteurs du Diamant, de Case-

Pilote, environs de Saint-Pierre (Trou-Vaillant), Prêcheur, etc. [N° 1064.]
Le Lourea vesperfilionis Desv., herbe annuelle, droite,

à

feuilles de

nscendens D. C .; Desmodium ascendant. Vulgo ; Cousin. — Annuel

D.

ou vivace, à tige rampante, radicante, cylindrique, verte, ascendante : jeune
lige

et

branches,

pubescentes.

Feuilles pétiolées,

pennées-trifoliées, à

chauves-souris, originaire des Indes Orientales; s'est naturalisé au Jardin

folioles obovées ou ovales-arrondies, très vertes en dessus et bordées d’ un

botanique de
[N° 1065.]

grande; stipules *2, distinctes, petites, ovales-lancéolées, apprimées. Fleurs

Saint-Pierre

et dans

quelques

autres

localités

de

l’île.

liseré rouge, blanchâtres en dessous : la troisième foliole, distante et plus
pourpres ou plus rarement blanches, en grappes allongées, terminales; calice

Alysicarpus Neck. (du grec « alusis », chaîne, et « harpos », fruit, parce

comme dans le précédent; corole petite. Fruit lomentacé, droit, couvert de

que la gousse se compose d'articulations qui, à la maturité, se détachent une
à une.)

poils roux et crochus, divisé en *2-5 articulations semi-ovoïdes. — Fourrage

�200

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

PARI LIONACÉES

201

recherché par tous les bestiaux. — Abondant dans toutes les savanes humides

Basse-Terre (ravine de Belost), Gourbevre, Trois-Rivières, Camp-Jacob,

de la basse et de l'infra-moyenne région de la Guadeloupe. Alt. 0-1000 met.

Moule, Gozier, Morne-à-l’ Eau, etc. Alt. 10-800 met. [N 0 2640.]

[N° 2939.]
M artinique . Yulgo : Cousin, trèfle-savane. — Abondant dans toutes les

les lisières des bois de la basse et de l’infra-moyenne région de file : Morne-

savanes humides. [N°812.]

Bouge, Parnasse, Carbet, Marin, Trois-Ilets, etc. [N° 810.]

D.
incanum D. C.; Desmodium à feuilles blanchâtres. Vulgo : Cousingrand’savane. SI., t. 118, f. 1 , 2. — Annuel ou vivace, couché, ascendant et

Yulgo : Cousin-trèfle. — Suflruteseent, radicant, rampant à une distance

souvent dressé aux extrémités, à jeunes tiges et branches pubescentes. Feuilles
pennées-trifoliées, à folioles ovées ou oblongues, presque toujours mucronu-

cenles. Feuilles

lées : les jeunes souvent ovales-elliptiques ; la troisième beaucoup plus
grande et distante des deux autres; pétiole commun poilu, pétiolules courts,

M a r tin iq u e .

D.

V ulgo : Trèfle courant. — Assez abondant dans les haies, sur

scorpiurus Desv. ; Desmodium à fruits en forme de queue de scorpion.

indéterminée, à tige anguleuse, à jeune tige et branches filiformes, pubespennées-trifoliées,

à folioles

elliptiques

ou ovales,

ou

oblongues, blanchâtres en dessous, pétiole commun filiforme, plus long que
les folioles; stipules subulées, obliquement insérées à la base. Fleurs en

velus; stipules connées jusqu'au milieu. Fleurs en grappes allongées, termi­

grappes terminales, allongées, lâches; corolle blanche, petite, striée de violet,

nales. mullitlores; corolle pourpre foncé, plus rarement blanche. Fruit lomen-

pédicelles capillaires, délicats. Fruit lomentacé, long de 3-5 cm., droit ou

tacé, subsessile, arqué, couvert de poils crochus, articulations 2-8, à suture

arqué, loruleux, légèrement contracté aux cloisons, composé de 2-7 articu­

ventrale unie et rectiligne, suture dorsale présentant autant d’entailles qu’il y

lations ovales-linéaires et tronquées aux deux extrémités : la dernière, terminée

a d'articulations. — Cette herbe constitue un précieux fourrage.— Abondant

en pointe allongée. — Assez répandu dans la basse région : bords du Galion

dans toutes les savanes humides ou sèches de la basse et de la moyenne

(près de l’embouchure), dans les savanes, le long des routes et sur les vieux

région de la Guadeloupe; moins abondant à la Grande-Terre et dans les

murs. Alt. 0-300 mèt. [N ° 3008.]
M artinique . Vulgo : Trèfle-savane, petit trèfle. — Dans les savanes et le

dépendances. Alt. 0-800 met. [N° 3007.]
M a r tin iq u e.

Yulgo : Trèfle-savane, cousin. — Très abondant. [N°813.]

long des routes :

Le D. laUfoliumD. C., originaire des Indes Orientales, droit, haut de 0m80l m20, à feuilles larges, pubescentes en dessous, à lige

grosse, à fleurs

environs

de

Saint-Pierre,

Prêcheur,

Basse-Pointe,

Macouba, etc. [N ° 815.]
D.

torluosum D. C.; Desmodium à fruits tortueux. Yulgo : Cousin .—

violettes ou blanchâtres, en grappes très nombreuses axillaires et terminales;

Annuel, très droit, ornemental, à tige unique, très branchue dans le haut,

est naturalisé au Jardin botanique de Saint-Pierre et aux environs de la v ille.
[N° 811.]

d'une élévation de 0 11180-1111 10, à jeune tige et branches striées-cylindriques,

D.

axiHare D. C.; Desmodium à fleurs axillaires. Vulgo : Cousin-falaise.

couvertes de poils rigides et crochus. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles
ovées ou ovées-oblongues, hispides, glauques en dessous : la troisième foliole,

— SufTrulescent, rampant, radicant, s’étendant à une distance indéfinie,

beaucoup plus large; stipules obliquement

subulées. Fleurs en

grappes

ascendant aux extrémités et voluble quand il peut trouver un appui, à tiges

allongées, terminales et axillaires : les dernières, situées dans les aisselles des

et branches nombreuses, filiformes, très flexibles, légèrement pubescentes :

feuilles supérieures; pédoncule long; corolle pourpre violet ou violette, ou

les jeunes, poilues. Feuilles larges, souvent panachées, très longuement

blanchâtre ou blanche ; pédicelles filiformes plus longs que les fleurs. Fruits

pétiolées, pennées-trifoliées : les deux folioles inférieures, elliptiques ou

lomentacés, subsessiles, tortueux, couverts de poils rigides et crochus; arti­

ovales; la troisième, plus grande, ovale, deltoïde en dessus de la base; pétio-

culations 2-6, comprimées, très contractées aux jointures, arrondies. — Abon­

lules courts et poilus ; stipules distinctes, poilues, élargies à la base, termi­

dant dans les savanes sablonneuses, le long des routes, sur les décombres,

nées en pointe fine et longue. Fleurs en grappes axillaires, lâches, longues,

et dans les endroits défrichés de la région inférieure de toute 1 île. Alt.

dressées, naissant aux aisselles radicanles; pédoncules très longs, dressés,
fermes, pubescents; corolle pourpre ou blanche. Fruit lomentacé, composé

i-500 mèt. [N ° 3007.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Cousin. — Abondant dans les environs de Saint-

de deux

Pierre, au Carbet, à Case-Pilote, au Marin, etc. [N ° S 14.j

articulations larges, demi-rondes, couvertes de

poils roux

et

crochus : suture dorsale, droite avec deux petits rebords ; la ventrale, sinueuse,

D.

spirale D . C . ; Desmodium à fruits en spirale. \ ulgo : Cousin.— Annuel

à sinus profonds ; pédicelles filiformes, tantôt aussi longs, tantôt un peu plus

ou vivace, haut de 50-80 cm., d’abord couché et radicant, ensuite plus ou

courts que le fruit. — Constitue un bon fourrage. — Beaucoup moins abon­

moins droit,

dant que les espèces précédentes. Aime les endroits ombragés et humides ;

Feuilles pennées-trifoliées, à folioles ovées ou lancéolées, presque toujours

à liges flaccides, délicates,

allongées, anguleuses, glabres.

�PAP ILIONA CE ES

203

fourrage. — Abondant dans les terres calcaires du Petit-Canal, du Moule,
du Go/ier,

de Saint-François,

de

la Désirade, de Marie-Galante, etc.

[N ° 3017.]
Il n’existe pas à la Martinique.

Arachis

L. (du grec « arachné », araignée, à cause de la surface du fruit,

&lt;pii présente quelque ressemblance avec une toile d'araignée.)

A.

hypogæa L. ; Arachide souterraine. Vulgo : Pistache, pistache-vraie.

— Herbe annuelle, longue de 40-60 cm., d'abord plus ou moins droite,
ensuite couchée, se relevant aux extrémités; à racine fusiforme, allongée,
portant un grand nombre de radicelles fibreuses, munies de petits tubercules
D.

molle 1). C. ; Desmodium à feuilles molles. Yulgo : Cousin. — Annuel,

très droit, haut de 50-90 cm., à tige simple, anguleuse-striée et pubescente
dans le haut. Feuilles pennées-lrifoliées, à folioles ovales, pubescentes en
dessous : la supérieure, plus grande et bistipulée à la base; pétiole commun
long, très comprimé,

cannclé-strié ; stipules sétacées. Fleurs en grappes

ciblées, très allongées, simples;
réunis

par 2-3, filiformes,

corolle pourpre ou blanche; pédicelles

bibractéolés

au

sommet.

Fruit

lomenlacé,

subsessile, à deux articulations tortueuses, dont l'inférieure avorte et dont
l'autre seule se développe, devient large, membraneuse, et est munie d'une
entaille sur le bord supérieur. — Très rare. De cette espèce, je n’ai trouvé
que trois pieds dans une savane herbeuse, aux environs du bourg de CasePilote (Martinique). [N°817.]

arrondis; à lige simple ou ramifiée; à jeunes tiges et branches comprimées,
velues, slriées-angulcuses. Feuilles paripennées longuement pétiolées, à deux
paires de

folioles presque sessiles, très vertes, légèrement obovales ou

oblongues-ovales ; stipules 2, très longues, adnées au pétiole dans leur moitié
inférieure, longuement acuminées dans la moitié supérieure. Fleurs jaunes,
larges, axillaires : ('elles des aisselles supérieures, habituellement mâles;
celles des inférieures, femelles. Après la fécondation, le pédoncule de la
fleur femelle s'allonge, portant l'ovaire à son extrémité et s’enfonce peu à
peu sous terre pour y laisser mûrir le fruit, qui est lomentacé, composé de
1-2 articulations indéhiscentes. — Originaire de l'Afrique occidentale, de
l’Amérique centrale et du Brésil ; cultivé et naturalisé dans toutes les Antilles.
— La graine, nommée pistache de terre, fournit une huile peu rancissable
et très estimée dans le commerce. On la cultive pour la consommation locale

LeD. girans D .C .; Desmodium h feuilles oscillantes, Vulgo : Télégraphe,
originaire des Indes Orientales, cultivé autrefois au jardin botanique de
Saint-Pierre; s’y est naturalisé et aussi dans les environs. (N° 1105.]
Stylosantes Sw. (du grec « stulos », pistil, et « anthos », fleur, allusion

et on la mange rôtie aux A n tille s 1. — Fl. de mai en juillet. N 05 3004, 3581.
M artinique . Vulgo : Pistache. [N ° 1066.]

Chætocalix

D. C. (du grec « chaïté », crinière, crin, et « kalux », calice,

à cause des aiguillons allongés qui couvrent le calice.)

C.

au grand développement du style.)
S . procurnbens L. ; Stylosanthe penché. Vulgo : Trèfle jaune. — SutTrulescent

vincentinus D. C.; Chætocalyx de Saint-Vincent. Yulgo : Corde à
violon. — Petite liane délicate, ligneuse à la base, à tige unique, branchue

ou plus souvent vivace, d'abord droit, ensuite plus ou moins couché, très

dès la base, haute de 1m50-21" 80, à tige et branches très flexibles, minces,

branchu, pubescent, haut de 20-34 cm., à racine pivotante, grosse. Feuilles

très enchevêtrées, cylindriques, glabres et noirâtres. Feuilles pétiolées,

pennées-trifoliées, à folioles lancéolées-oblongues, mucronées, entièrement

imparipennées, à 5 folioles elliptiques ou elliptiques-oblongues, mucronées,

pubescentes; remarquables par les nervures, qui sont

à pétiolules courts et filiformes. Fleurs jaunes, larges, axillaires, soif réunie

très saillantes en

dessous ; stipulesadnées au pétiole. Inflorescence en épis courts, ovales. Fleurs

en fascicules, soit disposées en grappes courtes, simples; à pédoncule et

petites, accompagnées d’un pédicelle accessoire, velu, et entourées de plu­

rachis couverts de très petits piquants, élargis à la base et capillaires au

sieurs bractées rigides; calice à tube filiforme, caduc; corolle jaune, striée

sommet ; calice 5-fide, â lobes inégaux, subulés, partie tubuleuse du calice

de brun, insérée en dedans des lobes du calice; étendard rondâtre ; étamines
monadelphes; anthères alternativement inégales. Fruit lomentacé, sessile,
composé d'une articulation réticulée-côlelée, plate d’un côté, aussi longue
que son bec allongé et tourné en crosse.— Jeune, cette herbe constitue un bon

1. Ces graines donnent, par expression à froid de leurs cotylédons, de 10 à 50 •/» d'une
huile agréable, de saveur douce. Cette huile est constituée par un mélange d
de
p à lm itin e , d'hypogæine et d'arachidine. Elle est surtout employée en Europe pour la
fabrication du savon et des fromages de Hollande. (E. H .)

oléine,

�PÀPILIONACKBS

204

PLANTES

DE 1.A GUADELOUPE

ET

DE LA

205

MARTINIQUE

couverte de piquants semblables à ceux du pédoncule el aussi longs que les
dents les plus longues du calice; étendard pubescent, arrondi-émarginé; éta­
mines monadelphes. Fruit lomentacé, arqué, linéaire, glabre, composé de
6-8 articulations, longues de 8 mm., comprimées, convexes sur les bords et
tronquées aux deux extrémités, finement striées. — Les chèvres el les moulons
sont friands des feuilles et des jeunes tiges. — Exclusivement propres aux
terrains secs, pierreux et arides: Le Baillif, les Vieux-Habitants, Vieux-

de la basse région: Basse-Terre, Le Baillif, Vieux-Fort, Pointe-Noire,
Grands-Fonds du Gozier, du M ouïe, de Sainte-Anne, etc. jN°3413.]
M artinique . Vulgo : Liane-réglisse. — Abondant. [N° 1068.J

Rynchosia

Lour. (du grec « rhunchos », bec, trompe, allusion à la forme

particulière de la carène.)

R.

minima D. C.,

R. carihæa

Torr. et Gr. ; Rynchosie très petite. Vulgo:

Pois-z’oiseaux, petit pois. SL, t. 115, f. 1. — Liane annuelle, haute de

Fort. Pointe-Noire, Désirade, etc. — Fl. pendant la saison des pluies. —

l m50-2u,50, élégante,

Alt. 0-150 met. [N° 3003.]

très flexibles et grêles, infiniment enchevêtrées. Feuilles velues, à 3 folioles

très branchue,

à tiges et branches

anguleuses,

Vulgo : Liane-corde, cordon de violon. — Abondant sur la

ovées-rhomboïdes, pourvues, à la base, de deux stipules. Fleurs jaunes, très

côte, entre le Garbet et Case-Navire, Sainte-Anne, Diamant, etc. [N° 1067.]

réduites, en grappes très nombreuses, petites, axillaires, longuement pédon-

M ar tin iq u e .

culées ; calice 5-parlite, à lobes lancéolés-linéaires, inégaux : l'inférieur, envi­
Abrus L. (du grec « abros », élégant, allusion au tendre et joli feuillage
de cette plante.)

ron de moitié aussi long que la corolle; étendard arrondi; ailes et carène
veinées de noir; étamines monadelphes. Gousses longues de 12-15 mm. sur

A. precalorins L.; Abrus propre il prier, Jéquirity. Vulgo : Graines
d'église, liane à réglisse, réglisse. SL, t. 112, f. 4; Desc., vol. IV, t. 275,

p. 194. — SulTrutescenl, voluble, haut de 1-3 mèt.,branchu; à ligeset branches
grêles, très flexibles et très enchevêtrées; à racines traçantes, chevelues.
Feuilles paripennées, délicates, ii 10-12 paires de folioles opposées, arrondies
aux deux extrémités ou mucronées au sommet. Fleurs roses ou rosées, en
grappes courtes, simples, habituellement situées à l’extrémité de branches
sans feuilles; calice tronqué; carène plus longue que les ailes; étamines 9

3 mm. de large,comprimées, recourbées à l'extrémité, rétrécies à la base, con­
tenant deux semences noires, réniformes, avec un petit raphé blanc. — Les
graines passent pour être toxiques el corrosives. — F L pendant l'hivernage.
— Abondant dans les halliers de la basse région : environs de la Basse-Terre,
Le Baillif,

Moule

(commun),

Gozier,

Lamentin,

etc. Alt.

0-150 mèt.

[N° 2642.]
M artinique : Vulgo : Pois-halliers, pois-sucrier. — Fort-de-France, TroisIlets, Lamentin, Ducos, etc. [N° 1069.]

(celle qui est opposée à l’étendard manquant), réunies en tube court, fendu

R. phaseoloides D. G.; Rynchosie à feuilles de haricot. Vulgo : Pois-hal-

du côtéde l’étendard, et attaché à la base de l'onglet vexillaire ; stigmate capilé.

lier. — Liane élevée de 5-10 mèt., suffrutescente, peu branchue; à tige

Gousse pubescenle, oblongue, presque tronquée aux deux extrémités, divisée

adulte, très comprimée; à jeune tige et branches cylindriques et velues.

en 2-4 fausses cloisons transversales, contenant chacune une graine ronde ou

Feuilles pennées-trifoliées, à folioles ovées ou ovées-rhomboïdes, pointues,

ovale, rouge écarlate, et munie, à la base, d une tache noire. — Les semences

couvertes en dessous d un duvet soyeux et blanchâtre; pétiole commun long,

restent

tordues, au milieu

cannelé en dessus, strié en dessous. Fleurs en grappes axillaires, longuement

desquelles on peut admirer leur belle couleur. Les tiges, quand on les mâche,

longtemps

attachées

aux

valves

fortement

pédonculées, multifïores, longues de 10-17 cm.; calice à 5 lobes inégaux :

ont le goût de la réglisse d'Europe. — Descourtilz place la plante dans les

l'inférieur, de moitié plus petit que la corolle; étendard strié de pourpre.

béchiques adoucissants; dans le pays, on se sert en effet des feuilles, et

Gousses longues de 18 mm. sur 10 mm. de large, garnies d’ un duvet fin et

surtout des tiges et des racines, en tisane contre la toux, l’oppression, 1 irri­

roux, terminées par une pointe large et courte, contractées entre les deux

ta tion de la gorge et des bronches. Avec les graines, on fabrique des chapelets,

semences, arrondies, noires, à hile entouré d’ un anneau jaune et à raphé court,

des colliers, des bracelets, etc. * — Aime les terrains secs, chauds et pierreux

oblong-linéaire.— Fl. en janvier et février. — Rare : çà et là dans les grands
bois de Ilouëlmont, de Gourbeyre (morne Goblin) et îles Bains-Jaunes. Alt.

1. Les racines sont employées dans plusieurs colonies tropicales comme succédané de
la réglisse, de là le nom de liane-réglisse donné à la plante, ou de réglisse d'Am érique.
Les graines de cette espèce sont employées avec succès en Europe, sous forme de macé­
ration dans l’eau, contre la conjonctivite granuleuse chronique ; elles doivent cette action
à la présence d une substance albuminoïde très toxique, Vahrine, qui appartient à la classe
des ferments solubles. Celle substance se présente sous la forme d une poudre brun
jaunâtre, soluble dans l’eau; elle peut être employée aux lieu et place de la graine de
jéquirity (1 pour 500.000 d’eau). (E. IL )

250-700 mèt. [N ° 3022.]
Il n’existe pas à la Martinique.

Cajanus

D. G. (paraît venir, selon Dupetit-Thouars, du mot malais « cat-

jung », qui désigne une légumineuse.)

C.

indicus Spreng,C. flavus

D. G., Cytisus Cajun L. ; Gajan de l'Inde. Vulgo

:

�206

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

Pois de bois, pois de lisière. Tuss., F L , IV, t. 32; Dose., vol. IV, 1. 280,p. 221.

rentes à la carène. Gousses longues de 10-1 I mm., ovoïdes, pubescentes,

— Arbrisseau droit ou souvent tortueux, haut de l m50-2m80, originaire

munies d’un bec à l’extrémité, renfermant deux semences noires et presque
rondes. — Les inllorescences restent très longtemps attachées à la plante : on les

des Indes Orientales, cultivé et naturalisé dans toutes les contrées chaudes
de l’Amérique. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles lancéolées-oblongues,

cueille avec les branches pour en faire des bouquets qui se conservent intacts

vertes en dehors,

pendant plusieurs années. — Abondant dans les endroits ombragés, comme

jaunes en dedans et souvent striées, en grappes axillaires et terminales, simples

aussi dans les endroits secs ou aquatiques : environs de la Basse-Terre,

pointues, duvetées et blanchâtres en dessous. Fleurs

ou souvent rameuses; calice quadritide, bilobé : le lobe supérieur, souvent

Camp-Jacob (lieux inondés et humides), Gourbeyre, Montéran, Matouba.

bidenté; étendard arrondi, auriculé à la base; étamines monadelphes.Gousses
comprimées, obliquement imprimées à l'endroit des graines, stipitées, pointues

— Originaire des Indes Orientales, naturalisé depuis de longues années.
Alt. 5-700 mèt. [N ° 2661.]

au sommet et rétrécies à la base, à valves minces, parcheminées. — Descour-

M artinique . Vulgo : Herbe Madeleine. — Abondant : lit inférieur de la

tilz cite la plante comme béehique-adoucissante, et dit : que les bourgeons

rivière des Pères, Trois-Ponts, Trois-Ilets (extrêmement abondant dans les

sont pectoraux et les fleursbéchiques; que les feuilles bouillies et appliquées

savanes), Marin, etc. [N° 1070.]

sur les plaies les guérissent ; que la décoction des feuilles déterge les ulcères
et apaise le prurit dans les maladies de la peau. Dans nos colonies, on se sert,
en elïet, de la décoction des feuilles pour laver les plaies : on emploie en
outre la farine faite avec les semences comme résolutive ; les feuilles bouillies

Clitoria

L. (du grec « k 1ci loris », clitoris, de « kleio », je ferme, allusion

à la forme de la corolle.)

C.

Ternatea L. ; Clitorie

de Ternate

(une

des îles des Moluques).

et pilées avec du sel contre les foulures, les entorses et les luxations; les

Yulgo : Fois-savane. — Liane annuelle ou bisannuelle, à base sulfrutescente

feuilles séchées sur une plaque métallique servent en décoction contre la

et frutescente, grimpant a une hauteur indéfinie, quand elle trouve un appui,

diarrhée; les feuilles vertes, en tisane contre les dérangements de ventre et

rampante, quand elle n'en trouve pas. Feuilles très pâles, imparipennées,

utilise

pétiolées, à 5 folioles distantes, péliolulées, ovales ou ovées, arrondies au

— Il existe plusieurs

sommet, chacune pourvue de deux petites stipules sétiformes; stipules du

variétés de cette espèce. — Les pois de bois constituent un aliment sain et

pétiole commun subulées, pointues, élargies à la base. Fleurs solitaires, axil­

les coliques; les fleurs sèches, en

infusion contre la toux. On

encore les feuilles vertes pour les bains émollients.

nourrissant; ils sont d’une grande ressource pour l'alimentation publique.

laires, brièvement pédonculées; bractées 2,presque rondes, veinées, blanches,

— Les pieds adultes fleurissent presque toute l’année : on peut les tailler,

à moitié aussi longues que le calice; calice campanulé, à 5 lobes profonds,

mais ils ne vivent guère au delà de trois ans. — Alt. 0-600 met. [N° 3 0 0 1 . j

lancéolés et acuminés; étendard émarginé, rondâtre au sommet, bleu ou

M a r tin iq u e .

Yulgo : Fois d'Angole.

N ° 1071.J

pourpre foncé, rarement blanc, avec une grande tache jaunâtre naissant au
milieu et s’étendant jusqu’ à la base de l'onglet; ailes et carène 2-3, plus

Flemingia Roxb. (dédié à I Anglais John Fleming, président du Medical
hoard au Bengale, au commencement de ce siècle, grand ami et promoteur

courtes que l’étendard; style bilobé et barbu au sommet. Gousses linéaires,

des sciences naturelles, auteur d'un Catalogue des plantes médicinales et des

par un long bec droit; semences 9-10, comprimées. — Naturalisé dans toute la

drogues des Indes Orientales.)

Guadeloupe et surtout à la Grande-Terre. Alt. 0-400 mèt. j N° 3232.]

F. slrobilifera R. Br.; Flemingia strobilitere. Yulgo : Goyavier bâtard

aplaties, longues de 10-13 cm. sur 1 cm. de large, terminées, du côté du dos,

M artinique . Yulg o :

Pois-marron,

pois

sauvage, lentille sauvage. —

(ainsi nommé à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles du Psi-

Répandu dans toute File. — A cause de la beauté de ses fleurs, on le cultive

dium pomiferum du pays). — Arbrisseau haut de 0 m80-2 mèt., droit, habi­

souvent sur des treillis et des grillages. [N° 1073.]

tuellement très toulfu, toujours fortement feuillu, à racines traçantes. Feuilles

C.

glycinoides

I). C.;

Clitorie ressemblant à la glycine. Yulgo : Pois-

simples, glandulifères en dessus, larges, elliptiques, parcheminées, arrondies

marron, pois-halliers. —

à la base. Inflorescence en épis côniformes, axillaires et terminaux : ces

ou ascendant, dans le cas contraire; à racines fortes et pivotantes; à tige

Yivace, voluble, quand il trouve un appui; couché

derniers sont longs de 12-15 cm.; les axillaires, plus courts. Fleurs blanches,

adulte glabre ; à jeune tige et branches pubescentes et très grêles. Feuilles

petites, cachées dans de larges bractées réniformes, plissées en deux, sca-

pennées-trifoliées, à 3 folioles elliptiques, blanchâtres en dessous et duvetées,

rieuses, d’ un blanc pâle, distiques-alternes, pubescentes et formant ensemble

surtout les jeunes; pétiole principal long; pétiolules courts, épaissis, noi­

une inflorescence strobiliforme allongée et ovoïde; calice 5-fide, à lobe infé­

râtres, velus; stipules des folioles subulées-lancéolées : celles des feuilles

rieur plus long; étendard arrondi, auriculé à la base et infléchi; ailes adhé­

lancéolées, acuminées. Fleurs blanches ou roses, larges, axillaires, peu nom-

�210

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DE LA

MARTINIQUE

PAP ILIONA CÉ ES

Galactia P. Br. (du grec « gala », lait, allusion au suc laiteux que con­

G. loncjiflora Arn.; Galactie à longues Heurs. Vulgo : Pois rouge bâtard.
— Annuel, très ornemental, à base sulîrutescente, voluble, haut de 2-4 met.,
à branches très allongées, grêles, tombantes. Feuilles pennées-lrifoliées, à
folioles Masques, pubescenles et blanchâtres en dessous, ovées-oblongues,
mucronées, presque aussi longues que le pétiole commun. Fleurs larges,
rouge carmin, rangées par deux sur des grappes allongées, terminales et pen­
dantes ; calice campanule quadrifide, à lobes lancéolés, longuement acuinégaux : l'inférieur et le supérieur,

plus longs que le tube;

les deux latéraux plus courts et égaux; étendard glabre, obové-spalulé,
deux fois aussi long que le calice; étamines monadelphes. Gousses bivalves,
longues de 6-12cm. sur 6-9 mm. de large, linéaires-oblongues, pubescenles,
arrondies au sommet et munies d'une pointe; semences 7-15, séparées les
unes des autres par un tissu cellulaire. — Fl. de septembre à février.

—

Assez abondant dans les haies et les broussailles de la basse région sèche ;
environs de la Basse-Terre, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Pointe-Noire,
Capesterre, etc. Alt. 5-300 met. N U2657.J
M a r t in iq u e .

Vulgo : Pois bâtard raziers. — Environs de Saint-Pierre, Car-

bet, Parnasse, Prêcheur, Trois-Ilets, etc. [N° 823.]
G.

axillaires et terminales, toujours réunies par deux : les terminales, en grappes
interrompues, allongées; calice à tube campanulé, à 4 lobes lancéolés, deux

tiennent la plupart de ces lianes.)

ininés,

211

lois plus longs que le tube, légèrement inégaux ; le supérieur, plus large;
étamines diadelphes. Gousses longues de 4-5 cm. sur 4-5 mm. de large,
pubescenles, légèrement arquées et terminées par un bec court. — Fl. de
janvier à septembre. — Peu répandu : Marie-Galante, dans un champ
sablonneux des environs du Grand-Bourg. [N ° 3641.J

Pachyrhiza

Rich. (du grec « pachus », gros, épais, et « rhiza », racine,

allusion aux grosses racines lubériformes de cette plante.)

P.

an(fulutu.s W a lp .,

Dolichos

bulhosus L. ; Pachyrhize à feuilles angu­

leuses. Vulgo ; Pois-patate. Plum., édit. Burm., t. 222. — V iva ce par ses
racines, annuel par ses tiges volubles pouvant atteindre le sommet de très
grands arbres. Feuilles longuement pédonculées, pennées-trifoliées, à folioles
larges,dclloïdcs-ovées, trinerviées, pubescenles en dessous, anguleuses ou très
grossièrement dentées, à dents mucronées : jeunes tiges, cylindriques, héris­
sées de poils roux. Fleurs bleu foncé, en grappes terminales, dressées, très
longuement pédonculées; pédoncules gros,cylindriques, revêtus de poils roux ;
calice bilobé : lèvre supérieure, bidentée ; l 'inférieure, triparti le ; étendard
obové,biauriculé à la base; étamines diadelphes; style comprimé, velu ; stig­
mate latéral. Gousses longues d e l3 -l4 cm. sur 16-17 mm. de large, compri­

filiform is Benth.; Galactie à branches filiformes. Corde à violon. —

mées, plus larges à l’extrémité qu’à la base, imprimées entre les graines, ter­

Voluble, haut de 2-4 met., vivace, à branches très nombreuses, filiformes,

minées par un bec court et légèrement recourbé, revêtues de poils roux et

extrêmement enchevêtrées, à jeunes

couchés; semences 9 - 1 0 , comprimées, arrondies. — Fl. en février, mars et

branches

légèrement pubescenles.

Feuilles pennées-lrifoliées, à folioles caduques, obovées, rigides, échancrées

mai. —

et mucronulées au sommet, roulées sur les bords, très vertes et luisantes en

abruptes : bord de la rivière Noire (près du Saul-de-Constantin), Gourbevrc

dessus, pâles en dessous; pétiole commun aussi long que la foliole terminale.
Fleurs petites, très blanches, peu nombreuses, réunies par trois sur des

(habitation le Bisdary), Trois-Rivières (près du Trou-aux-Chiens). N° 3686.
M artinique . Vulgo : Patate-cochon. — Abondant dans les mornes du Jar­

grappes axillaires très courtes; calice campanulé, à 4 lobes lancéolés, rigides,

din botanique, hauteurs

légèrement inégaux, glabres, plus longs que le tube, deux fois plus courts
que la corolle; étendard arrondi; étamines diadelphes. Gousses aplaties,

[N° 1085.]
La racine est globuleuse, souvent de la grosseur d’une tête d'homme ; elle

pubescenles, longues de 5 cm. sur 7-8 mm. de large, recourbées-arrondies

est traversée par de nombreuses fibres et contient un suc aqueux; quand elle

au sommet, à suture ventrale terminée par un bec court et élargi à la base ;

est jeune et tendre, elle peut se manger cuite et possède, dit-on, des vertus

semences brun noir, renfermées dans un tissu cellulaire blanc.— Se rencontre

résolutives.

exclusivement dans les endroits calcaires, pierreux, très secs de la région du
littoral : Vieux-Fort, Port-Louis, Désirade, Marie-Galante, etc.

N0 3023.]

II n’existe pas à la Martinique.

Assez rare ; çà et là dans les mornes inférieurs et dans les ravines

Vigna Svv.

(dédié à

du Prêcheur, environs du bourg du Macouba.

l' Italien

Dominique Vigna, de Florence, professeur de

botanique à Pise, auteur de ; Animadversiones in Theophrasti hbros ; De

hisloria et causisplantarum, 1628.)
G. ançjuslifolia Ivth. ; Galactia à feuilles étroites. Vulgo : Pois-savane.
— Annuel, haut de 60-90 cm., d’abord droit, ensuite voluble, à lige unique,
grêle. Feuilles pennées-lrifoliées, a folioles grises, oblongues-linéaires, mu­
cronées, beaucoup plus longues que le pétiole commun, finement duvetées,
surtout eu dessous : les jeunes, à duvet argenté. Fleurs roses, pédonculées,

V.

luteola Benth. ; Vigna à Meurs jaunâtres. Vulgo : Pois-zombi— Rampant

ou grimpant, à tiges annuelles, à base sulIVutescenle. Feuilles pennées-trifo­
liées, à folioles ovées, très glabres, pourvues de stipules ; pétiole commun
plus long que les feuilles, strié-cannelé, comprimé. Fleurs larges, jaunes,

�212

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE
PA PI LION AC ÉES

axillaires et terminales, brièvement pédicellées, réunies en ombelles de 3-7
rayons; pédoncule commun très long, cylindrique-comprimé, dressé ; calice
campanule, quadrilide, quatre lois plus court que la corolle, à lobes subulés
aussi longs que le tube; carène subdelloïde, pointue ; étendard large, arrondi-

213

On rencontre trois variétés principales de cette espèce :
a. Yariété à fleurs bleues, avec des gousses bleues, longues (le bec compris)
de 4-5 cm. sur près de 2 cm. de large, à graines noires, ovales. [X°2651 a. i

échancré au sommet, auriculé à la base; étamines diadelphes; style cartila­

*3. Yariété à ileurs blanches (D. albiflorus I). C., SL, t. 113), avec des

gineux et velu : stigmate latéral. Gousses longues de près de 5 cm., subcylin­

gousses également blanches et de même longueur que dans la précédente.

driques, glabres, jaunâtres, arquées et pourvues, au sommet, d une pointe

[N° 2615 h.)
y. Variété avec des fleurs blanches et des gousses longues de 12-13 cm. sur

très courte et recourbée; semences 5-9, brunes, semi-ovoïdcs-globulcuses,
avec un hile blanc. — Abondant dans les champs, le long des rivières et des

13-14 mm. de large, blanches et rétrécies aux deux extrémités; à semences

routes de la région inférieure : environs de la Basse-Terre, Gapesterre, Trois-

blanches ou noires. [N° 2651 c.]
11 existe un certain nombre de variétés intermédiaires à caractères peu

Rivières, Lamentin, Moule, Gozier, Sainte-Anne, etc. |N° 2656.]
M a r t in i q u e .

Yulgo : Pois-pigeon. — Très abondant sur le bord de mer et

constants. —

Les Indiens sont grands amateurs de ce pois et c'est sur­

un peu à l'intérieur ; Fond-Canonville, Prêcheur, Caravelle, Robert, etc.

tout autour de leurs cases qu'on les trouve cultivés. .Naturalisé et abondant :

[N° 159.]

Désirade, Guadeloupe et Grande-Terre. Originaire des Indes Orientales.
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Pois-bourcoussou, pois-d’ un-sou, pois-contour, pois-

1° V. sinensis Endl. Yulgo ; Pois-chique, dont il y a deux variétés ; une,
haute de 30-40 cm., et une autre, grimpante [N° 30321. Martinique, vulgo :
Pois-choucres N° 676].
2° V. sesquipedalis L. Yulgo : Pois-ficelle, pois long

Coolis, pois indien, pois-en-toul-temps. ; Nos 1103, j5, y.]
Phaseolus L. (du grec « phaseolos », canot, allusion à la forme des

N° 3466 . Marti­

nique, vulgo: Pois-rigoise, pois-ficelle [N° 1103]. Sont cultivés comme plantes

graines.)

telra-

P. lunalus L. ; Haricot en forme de demi-lune. Desc., vol. Y I I I , t. 558,
p. 143. — Bisannuel ou triannuel, voluble. Feuilles pennées-trifoliées, à

gonolobus D. C. Yulgo : Pois carré V 3 7 0 1 j. Martinique [N° 677]. Les pois

folioles vert pâle, ovées, pointues au sommet; pétiole commun plus long que

alimentaires. On rencontre aussi, mais plus rarement, le

Psophocarpus

connus sous le nom vulgaire de pois-pigeon, pois-cassé-canari, pois-chicane,

les feuilles. Fleurs blanc verdâtre, petites, en grappes axillaires, courtes ou

pois-de-dame ne sont que des variétés du V. sinensis.

allongées, longuement pédonculées; calice campanulé, à quatre dents plus

Dolichos L. (du grec « dolichos », long. — Téophraste désigne par ce mol le
haricot ordinaire Dolichos vulqaris L.), à cause de ses longues liges grim­
pantes. Les Dolichos, qui ressemblent au haricot quant au port, et aussi
parce qu'ils ont de longues gousses, ont justifié celle dénomination.)

D.

Lablab L. ; Dolic Lablad (du mot arabe « lablab », « liblac » ou

« leblab », ce qui tourne autour; selon d'autres, le mol « lablab » signifie

longues que les bractéoles ; dent

inférieure, triangulaire; la supérieure,

tronquée; étendard blanc, arrondi; ailes et

carène verdâtres; carène en

spirale. Gousses en forme de cimeterre, comprimées, munies d’ un bec à l'ex­
trémité. — Cultivé dans toutes les Antilles comme plante alimentaire. On
en rencontre principalement trois variétés ;
a. Variété à petites gousses, longues de 3-5 cm. sur 11-12 mm. de large,
contenant 3-4 graines ; c'est la pluscommunémcnt cultivée. Yulgo : Pois-savon

« j e u », parce que les Arabes se servaient des graines pour jouer.) Yulgo ;

N° 3020 a]. Martinique, vulgo : Pois-chouche N° 1096 a . On cultive souvent

Pois-bourcoussou, pois indien. — Annuel, voluble, à tiges glabres, noires ou

une sous-variété de celle-ci, connue sous lenom de pois de 20.000 fr., à gousses

blanchâtres, selon la variété. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles vert noi­

de 3-4 cm. de long, à 3 semences, très recherchée à cause de son exquise

râtre, rhomboïdes-ovales, stipulées : les deux latérales à lobe arrondi. Fleurs

saveur légèrement sucrée. C ’est le Phaseolus saccharalus de Macfadien.

fasciculées, espacées, en grappes axillaires et terminales, allongées, pédonculées; calice campanulé, quadrilide, à lobe supérieur plus large; étendard

[N® 1095.]
|S. Variété moyenne, à gousses mesurant jusqu’à 9 cm. de long sur près de

arrondi et muni, extérieurement, de deux callosités médianes, auriculé à la

2 cm. de large [ N 0 3020 /&gt;]. Martinique, vulgo ; Pois-chouche.

base; carène en forme de faux, et recourbée en pointe courte au sommet;

N° 1096 b.

y. Yariété à gousses atteignant jusqu'à 15 cm. de long, sur 2 cm. 5 de large,

style comprimé, cartilagineux et velu à l’extrémité ; stigmate term inal.—

très aplaties N" 3020 c . Martinique, vu lgo: Pois de Saint-Martin V ‘ 1094 .

Goussesen forme de cimeterre, comprimées-convexes, muriquées sur les bords,

C ’est le P. latisiliquus Macf. qui porte à la Guadeloupe le nom de « pois de

terminées en pointe très recourbée ou plu f ou moins droite et plus ou moins

Sainte-Catherine ». De ces trois variétés typiques, on a obtenu par la cul­

longue; semences subcomprimées, pourvues d’un raphé épais et blanc.

ture plusieurs variétés intermédiaires.

�214

PLANTBS

DE LA GUADELOUPE

ET

DE I.A

MARTINIQUE

PAPILIONA CÉRS

P. vuI(jarts I-., P- uanus L. ; Haricot commun. Vulgo : Haricot ordi­
naire, haricot blanc. SI., t. 115, I'. 2, 3. — On en cultive deux variétés : une
qui n’atteint pas plus de 20-40 cm. de haut, à fleurs pourpres ou violettes,
ou blanches ou violacées, vulgo : Haricot-terre, petit haricot, et une
autre qui grimpe, vulgo : Haricot-rame. Originaire de l'Asie et de l'Afrique;
cultivé dans toutes les Antilles N° 3583]. Martinique N° 1101 j.
P. adenanlhus Mev., P. rostrala W illd., P. truxillensis Kth., P . surinamensis Miq., P. amœnus Macf. ; Haricot à fleurs glanduleuses. Vulgo : Corde à
violon. — Annuel, voluble, à tige et branches flexibles, enchevêtrées, haut
de 0ni 80-3 met. Feuilles pennées-lrifoliécs, à stipules ovées, réfléchies ; à
folioles ovées,

pointues, stipellées : les deux latérales, inégales à la base.

215

endroits marécageux; çà et là aux environs de Saint-Pierre ; plus abondant
au (barbet, etc. [N° 1100.]

Canavalia

D. G. (du mot « canavali », emprunté à la langue indigène des

îles du Sud.)

C.

Dolichos
^Dolichos

ohtusifolia 1). C .,
roseus Sw. ; Canavalie à feuilles obtuses :
Vulgo : Pois bord-de-mcr.
L . ); Desc., vol. V I I I , t. 559, p. 144. —
Frutescent et vivace par la base, herbacé et annuel par les branches, rampant
ou grimpant, à tiges grosses, nombreuses et très branchues ; tombantes, quand
elles ont pu grimper. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles coriaces-charnues,
obovales, obtuses ou nettement elliptiques. Fleurs pourpre foncé, en grappes
axillaires longuement pédonculées; calice campanulé, bilobé : à lèvre supé­

Fleurs blanches ou violacées, en grappes d’abord courtes, s’allongeant ensuite,

rieure, largement bilobée, beaucoup plus courte que le tube; l'inférieure, Iri-

portées sur des pédoncules habituellement plus courts que les feuilles;
calice campanulé, quadritide, à lobe inférieur lancéolé-linéaire, aussi long

fide; étendard arrondi; étamines vexillaires adhérentes à la colonne formée par

que le tube : les deux latéraux, plus courts et en forme de faucille; le supé­
rieur, tronqué; corolle large; étendard échancré au sommet et biauriculé à
la base, quatre ou cinq fois plus long que le calice; carène fortement tordue
en spirale; rachis, portant, à la base et au sommet, des tubérosités, restes
des fleurs non fécondées. Gousses longues de 10-11 cm. sur 1 cm. de
large, fortement arquées, comprimées-convexes, à suture ventrale terminée
par un bec légèrement recourbé; semences 10-13, brunes, comprimées, à hile
elliptique, blanchâtre.— Ornemental et abondant dans les savaneset halliers
de la région inférieure, jusqu’à une altitude de 500 mètres. —

Fl. de

septembre à mars. [N° 2647.1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Pois-marron. — Abondant, surtout dans les savanes du
Lamentin, de la Rivière-Salée et de la Trinité.

X° 1097.]

P. semiereclus L .; Haricot à moitié droit. Vulgo : Pois-poison. — Annuel,
haut de 0m80-l mèt., à tige simple, droite dans le bas, plus ou moins pen­
chée, ou plus ou moins voluble dans le haut : jeune tige et jeunes branches,
habituellement soyeuses, plus rarement glabres. Feuilles pennées-trifoliées,
à folioles très vertes, ovées ou lancéolées. Fleurs caduques, pourpre foncé,
en grappes axillaires et terminales, d'abord très courtes, s’allongeant ensuite
à mesure que les fleurs s’ouvrent; pédoncules très longs; pédicelles très
courts; calice campanulé, à cinq dents ovées-lancéolées, pointues : la supé­
rieure, un pluscourte que les quatre autres. Gousses subcylindriques linéaires,
droites, toujours penchées, longues de 10-13 cm. sur 2 mm. de large, soyeuses
ou glabres, munies d'un bec droit, de la même largeur que la gousse et s’a­

les autres étamines; carène courbe, obtuse. Gousses pendantes, oblongues,
brièvement pédicellées et stipitées, comprimées-convexes, longues de 10-13 cm.
sur un peu plus de 2 cm. de large, droites ou légèrement arquées, munies
d’ un bec court, pourvues de deux côtes proéminentes qui courent parallèle­
ment à la suture dorsale et à peu de distance d'elle; semences 3-7, ovoïdescomprimées, brunâtres, polies, transversalement nichées dans un tissu cel­
lulaire blanc. — Sur le bord de mer ou un peu à l’intérieur : entre BasseTerre et Le Baillif, Deshaies, Capesterre, Désirade. [N°2652.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Vonvon, pois-vonvon, pois-cabrit, pois-Makendal. —

Abondant : Carbet, Case-Pilote,

Fond-Canonville,

Trinité,

Robert, etc.

[N® 1076.]
Celte liane couvre parfois des plages entières; la couleur très verte de ses
feuilles tranche agréablement avec le sable blanc et repose les yeux; les
graines sont, dit-on, toxiques et corrosives ; les bestiaux sont friands des
feuilles et des rameaux.

C. gladiata D.

G. ; Canavalie à fruits en forme de glaive. Vulgo : Haricot-

sabre, pois-goganne. SL, t. 114, f. 1-3. — Ornemental, voluble, bi-ou triannuel; diffère du précédent : par ses feuilles plus longuement pétiolées, plus
amples, ovées-oblongues et mucronées, ses pédoncules et grappes bien plus
allongées; par la lèvre supérieure du calice arrondie, recourbée et émarginée,
plus longue que le tube campanulé; par sa corolle d'un pourpre plus foncé,
mais surtout par ses gousses qui peuvent atteindre jusqu'à 32 cm. de long
sur environ 3 cm. de large et portent deux ailes ou crêtes étroites qui
courent parallèlement à la suture dorsale et à une distance de 4-5 mm.; par

mincissant peu à peu; semences 15-20. — Commun dans les terres sablon­

ses graines blanches,

neuses, fertiles, sèches ou humides de la basse région. Alt. 0-300 mèt.
[N° 2646.]

polies, munies d’ un raphé brun, elliptique. — Rare : çà et là dans les jar­

Vulgo : Pois-poison. — Très abondant au François, dans les

inférieure. — Les semences peuvent se manger, mais sont d'une digestion

M ar tin iq u e .

ovoïdes-oblongues, subcomprimées, très blanches,

dins pour la garniture des tonnelles, et dans les broussailles de la région

�216

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET DE LA MARTIN IQUE

PAPILIONACÉES

217

dilTicile. — On en rencontre deux variétés : une à gousses recourbées, ensi-

corolle jaune, large, à étendard ové-lancéolé, à moitié aussi long que les

l'ormes ; l'autre à gousses droites et à graines blanches ou brunes : Basse-

ailes; carène cartilagineuse au sommet et recourbée en bec. Gousses longues
de 10-14 cm. sur 5 cm. de large, oblongues, épaisses, comprimées, sillonnées

Terre (variété à gousses droites), Le Baillif, Moule. [N° 3051.]
M artinique : Vulgo : Pois-haricot-sabre, pois-Makendal, variété etisi-

formis D. G. — Saint-Pierre, Fort-de-France, Carbet, le long de la rivière
(rare). [ N 05 1077 a, b. !

de rides et de crêtes nombreuses, irrégulières, profondes, transversales,
hérissées de poils très roux, rigides, courts, fragiles, piquants, mais n'excitant
que de légères démangeaisons, surmontées d’ un bec court, rigide; endocarpe
blanc nacré, luisant. Graines orbiculaires, biconvexes, presque entièrement

Mucuna Ad. (nom brésilien.)
M. pruriens D. C.; Mucune pruriente. Vulgo : Pois à gratter, pois-grat-

entourées par le funieule comprimé, large de 1-3 mm. et laissant une canne­
lure entre deux bandelettes brunes. — FL en décembre. — Rare ; Camp-Jacob

voluble, pouvant grimper à 4-0 met. de haut, à liges flexibles : les jeunes,
toujours poilues. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles larges, soyeuses,

(pont de Nozières), bord de la rivière Noire, etc. N° 3568.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Œil-bourrique. — Moins rare qu à la Guadeloupe ;
collines entre le Vauclin et le Marin. N° 1078. Les graines seraient amères,

surtout

cependant elles peuvent se manger rôties ; elles seraient diurétiques-exci-

ter. Br. Jam., t. 31, f. 4; Desc.,vol. I, t. -19, p. 221. (Dolichos L.) — Annuel,

en dessous : les jeunes, légèrement argentées, foliole terminale

rhomboïde; les latérales, obliques-deltoïdes. Fleurs en grappes axil­
laires, simples, toujours verticalement pendantes, longuement pédonculées;
calice

brièvement

campanulé;

quadrifide, à

lobe supérieur largement

deltoïde; corolle pourpre foncé; étendard ové, plié en deux, rétréci et
auriculé à la base; ailes une fois plus longues que l’étendard; carène
cartilagineuse au sommet et terminée

par

un bec recourbé;

tantes. Les feuilles contiennent un suc colorant.
M. a Uissima D. C.; Mucune très élevé. Vulgo : Œil-bourrique noir, canicroc. Jacq., Sel. stirp. A m eric. hist ., t. 182, f. 84. — Liane très élevée, à tige
ligneuse, vivace ; jeune tige et branches couvertes de poils roussâtres. Feuilles
pennées-trifoliées, à folioles glabres, elliptiques et pointues. Fleurs en grappes

anthères

courtes, pendant verticalement à l’extrémité d’ un pédoncule filiforme, pouvant

monadelphes, alternativement inégales. Gousses longues de 4-5 cm. sur
1 cm. de large, oblongucs-linéaires, affectant la forme d’un S, compri-

atteindre jusqu'à 5 mèt. de long; calice soyeux, brièvement campanulé, à
quatre dents : les trois supérieures, étroites ou peu dévelopées ; l’inférieure,

mées-turgides, entièrement couvertes de poils roux, droits, serrés, brûlants

plus longue; étendard ové-oblong, presque aussi long que les ailes: ces deux

et fragiles; semences brun noir, polies, luisantes, munies d’un raphé épais et
blanc, formant un rebord autour du hile.— Quandon touche une goussemûre,

organes sont pourpre foncé; carène tachetée de vert jaunâtre. La plupart des
fleurs avortent et la grappe ne contient jamais plus de 3-4 gousses, de même

les poils pénètrent souslapeau e t y produisent une démangeaison très cuisante
qui cesse, dit-on, de suite par l’application de cendres chaudes. Les mêmes

forme que dans le précédent, mais à crêtes foliacées, formant des sillons plus

poils, confits dans le sirop et administrés dans un morceau de figue banane,

Fl. en août et septembre.

constituent un des plus infaillibles remèdes contre les vers intestinaux : les
jeunes gousses, avant de se couvrir de poils, sont comestibles. — FL de

Baie-Mahault ; çà et là dans les Grands-Fonds du Moule. [N ° 3582.]

novembre à mars. — Très abondant dans les broussailles delà région inférieure
de toute l'ile. [N° 3019.]

hauteurs du Prêcheur, etc. [N° 683.]

M artinique . Vulgo : Pois à gratter. — Abondant. (N° 1081.
M. urens D .C . ; Mucune brûlant. Vulgo ; Z'ieux-bourrique, z’ieux à bœufs,
œil de bourrique. (Dolichos L., Negretia Tuss.)— Grimpant, pouvant monter
très haut et couvrir de ses branches des arbres très élevés. Feuilles pennées-

profonds; semences aussi de mêmeforme, maishabiluellement plus petites. —
— Peu abondant : marécages du Lamentin, de

M artinique . V ulgo : ( )Ei 1-bourrique. — Parnasse, hauteurs de la Régale,

Erythrina L. (du grec « eruthron », rouge, allusion à la couleur des
fleurs.)
E.

Corallodendron I,. ; Erythrine, arbre à corail. Vulgo : Bois-immortel

vrai, SL, t. 178; Desc., vol. IV', t. 298, p. 305; Flore des Jardiniers , Ama­

trifoliées, à folioles glabres en dessus, duvetées, argentées et luisantes en des­

teurs et Manufacturiers , vol. II, t. 20. — Arbre le plus souvent de petite

sous, arrondies et obliques à la base, acuminées au sommet. Fleurs jaunes en

taille dans nos colonies, rarement de grande taille, à tronc noueux, souvent

grappes d abord courtes, axillaires, verticalement suspendues à un pédoncule
long de 0"120-3 mèt. ou même davantage, selon la hauteur de l’arbre et la

droites ou recourbées. Feuilles pennées-trifoliées,à folioles ovales-rhomboïdes,

disposition de ses branches ; calice campanulé, à quatre dents : dent inférieure,

pétiolées; pétiole commun quelquefois armé dépiquants : la foliole terminale,

lancéolée, aussi longue que le tube; la supérieure, plus courte et deltoïde;

plus grande et distante. Fleurs très belles, rouge corail, disposées par fasci-

tortueux, tronc et branches le plus souvent garnis d’épines courtes, noires,

�218

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

PAPILIONACÉRS

DE LA MARTINIQUE

219

cilles, formant une grappe simple, droite, à pédoncule fort et long; calice

terminées en une longue pointe légèrement courbe; semences 1-8, réniformes-

campanulé, tronqué ou à dents rudimentaires, un peu plus court que les ailes;

ovoïdes, longues de 2 cm. sur 1-1, 2 cm. de large, brunes, lisses, dures; à

étendard dressé, linéaire-oblong, obtus au sommet, environ cinq fois plus

micropyle noir, grand, cordiforme; à trace de funicule elliptique, noirâtre,

long que les ailes et la carène ; étamines monadelphes à la base. Gousses

entourée d’ un rebord verdâtre. — L ’arbre se dépouille de ses feuilles à

stipitées, longues de 12-14 cm., moniliformes,

l'époque de la floraison. — FL en avril ou mai. — Assez abondant dans la

subcomprimées,

glabres,

arquées, contenant jusqu’à 12 graines, rouge écarlate, ovoïdes, luisantes,

basse région, le long des rivières et dans les falaises : environs de la Basse-

munies habituellement d’une grande tache noire. — Fl. en mars, avril, mai.

Terre, Lamenlin, Sainte-Rose, Morne-à-l’ Eau, Gozier, les Abymes. : N" 3025.]

— On en fait souvent des bordures qui croissent promptement; le bois est

M artinique . Yulg o

: Bois-immortel vrai. — Environs de Saint-Pierre,

tendre et blanchâtre, mais les-vieux troncs se pétrifient dans les terres argi­

Carbet, Grand’ Anse, Ducos, Lamenlin, etc. [N 0 675.]

leuses, d'où le nom de « bois-immortel ». — Les feuilles et l’écorce sont,
selon Descourtilz, regardées comme un puissant remède contre l’asthme; les

L E. Arnasica Spruce. Yulgo : Immortel jaune, arbre gigantesque, origi­
naire de Caracas, introduit pour servir d’abri aux caféiers et aux cacaoyers;

feuilles sont en outre stomachiques; les lleurs sont employées contre les

est assez commun au Camp-Jacob, où il fleurit avec une grande abondance

maladies vénériennes. Dans le pays, on ne se sert pas souvent de celle plante

en février ou mai, mais ne rapporte pas de fruit 1N’ ° 3724]; 1E. crista-galli

dans la médecine domestique*. — Abondant, surtout dans la basse région

L., petit arbre à fleurs d’une beauté remarquable, originaire du Venezuela ;

sèche : environs de la Basse-Terre, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Pointe-

est cultivé dans plusieurs jardins du Camp-Jacob, où il fleurit en mai et juin

Noire, Deshaies, Lamenlin, Grands-Fonds-du-Gozier, du Moule, Désirade,

[N ° 3762], et au Jardin botanique de Saint-Pierre comme dans d autres loca­

Marie-Galante, etc. Alt. 0-450 met. [N° 3026.]

lités de nie. [N° 1083.J

M artinique . Yulgo : Bois-immortel. — Assez abondant : Trou-Vaillant,
Parnasse, Prêcheur, GrandAnse, Diamant, Trois-llets, etc. |N’ ° 1082. |
E. indica Lam. ; Erythrine de l'Inde. Yulgo : Immortel-grand, holocauste.
— Grand arbre, à tronc le plus souvent droit, sans piquants; à branches très

Lonchocarpus Kth. (du grec « lonché », lance, et « karpos », fruit, c'està-dire fruit en forme de lancette.)
L. violaceus Kth. ; Lonchocarpe à fleurs violettes. Yulgo : Bois-savonnette.

étalées : les inférieures, toujours penchées dans les vieux pieds; à écorce

Desc., vol. V I I ,

noirâtre, fortement crevassée; à rameaux armés de petites épines noires,

moyenne, le plus souvent tortueux, à branches très divariquées, presque

fermes, très élargies à la base. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles larges,

toujours inclinées, à écorce grise. Feuille imparipennées, à 3-4 paires de

très vertes, fermes, glauques en dessous, ellipliques-arrondies : les latérales,

folioles ovales, glabres, opposées, blanchâtres en dessous et munies de points

inégales à la base; stipules des folioles remplacées par des protubérances

transparents. Fleurs violettes ou plus rarement violacées, très rarement

glanduliformes. Fleurs d'un rouge écarlate très vif, d'une grande beauté, en

blanches, en grappes simples, terminales et axillaires : les dernières, situées

grappes terminales, simples, racourcies, à pédicelles très rapprochés ; calice

à l’extrémité des branches; pédicelles filiformes, souvent géminés; calice

spalhiforme, fermé à la base, supérieurement plissé en deux, aussi long que

campanulé, subtronqué, environ trois fois plus court que la corolle; éten­

la carène et terminé par 2-3 pointes

avortées; étendard long de 6-7 cm. sur 2 cm. 5 de large, obovale, obtusément

dard glabre; ailes adhérentes
la carène ; étamines monadelphes, soudées
en un tube dans près des trois quarts de leur longueur. Gousses indéhis­

pointu jusqu’au sommet, très rétréci à la base, veiné et fortement réfléchi,

centes, longues de 5-8 cm. sur 3 cm. 6 de large, dures, contractées entre les

linéaires,

recourbées ou souvent

t. 522. —

Petit arbre, ornemental, rarement

de taille

à

près de un tiers plus long que les ailes et la carène; ailes semi-obovales,

graines, pointues aux deux extrémités, concaves d'un côté et convexes du

arrondies au sommet, de même forme et de même étendue que les pétales

côté opposé; semences 1-3, très comprimées, beaucoup plus larges que

libres de la carène; étamines diadelphes : les vexillaires, plus courtes; les

longues, réniformes, brunes. — FL en juin, juillet. — Abondant sur les

autres, soudées en tube dans un peu plus de la moitié de leur longueur, alterna­

rochers des mornes inférieurs, secs, et dans les falaises du bord de mer.

tivement inégales, droites : les longues atteignent la longueur de l’étendard.

Alt. 0-200 mèt. [N ° 2663.]
M artinique . Yulgo : Bois-savonnette. — Abondant : à Case-Pilote, au

Gousses interruptimoniliformes, longues de 10-17 cm. sur 2 cm. 5 de large,

Prêcheur, à la Grande-Rivière, aux Trois-llets, à la Caravelle, etc.
1. Cette écorce renferme (Rochefontaine et Reyi un alcaloïde, Yérylhrine, et un glycoside Yung , la m igarrhine, qui en sont les principes actifs. C’est un hypnotique bien
établi par les expériences de R ey; bon contre l'asthme, la coqueluche et les névralgies
histériques. (E. H .)

N® 1001.

L. latifolius Kth.; Lonchocarpe à feuilles larges. Yulgo : Savonnette grandbois. — Arbre de taille moyenne, rarement de grande taille, anfractueux à
la base; à branches très étalées : les inférieures, horizontales ou penchées; à

�EAPILIONACKES

220

PLANTES

DE LA

MARTINIQUE

ET DE LA

écorce grise. Fouilles imparipennées, à 2-4 paires de folioles elliptiques ou
lancéolées-oblongues, pointues, blanchâtres en dessous cl revêtues d un
léger duvet. Fleurs petites, blanc verdâtre, en grappes serrées, simples,
terminales et axillaires; calice soyeux, tronqué ou à ,1-5 dents courtes,
deltoïdes; étendard soyeux, Gousses minces, cartilagineuses, glabres, subsinuées, oblongues, pointues au sommet et rétrécies à la base, longues de
8-12 cm. sur environ 1 cm. de large, contenant 1-8 semences semblables ;ï
celles du précédent. — Fl. en mai, juin, juillet. — Assez abondant dans les
bois

inférieurs et le long des rivières de la basse région ; Capesterre,

Ilouëlmont,

221

GUADELOUPE

Gourbevre (morne Goblin), Deshaies, Pointe-Noire. Alt. 10-

450 met. N° 2665.]
M artinique . Y u lg o: Savonnette grand-bois. — Egalement assez abondant :
bois de Saint-Martin, Fond-Saint-Denis, hauteurs du Prêcheur et delà BassePointe, etc. X° 681. ;

tronquées à la base, échancrées ou rarement tronquées au sommet, longues
de 7-10 cm., remarquables par les quatre ailes, larges de 2 cm., qui courent
le long de leurs bords; semences 2-6, transversalement oblongucs-réniformes,
comprimées. — Cette espèce perd ses feuilles à l’époque de la iloraison. —
La plante étant toxique et narcotique1, les pêcheurs s’en servent pour enivrer
le poisson. Ils coupent les branches, les froissent et les brisent un peu, les
lient en fagots, les mettent au fond des bassins ou des rivières et les chargent
de pierres pour les y maintenir. — Fl.en avril ou mai; fruits mûrs en juin et
juillet. — Assez abondant dans les terres sèches, sablonneuses et pierreuses
du littoral, entre la Basse-Terre et Deshaies, Marie-Galante, les Saintes (Terrede-Haut). Alt. 0-150 mèt. [N° 2662.]
Il n’est pas indigène à la Martinique, mais se cultive au Jardin botanique
de Saint-Pierre. [N ° 120.]
Pterocarpus L. (du grec « pteron », aile, et « karpos », fruit, parce que le

L. sericeus Kth.; Lonchocarpe soyeux. Yulgo ; Savonnette-rivière. —
Généralement arbre de taille moyenne; à tronc droit, lisse ou légèrement

fruit est entouré d’ une membrane en forme d’aile.)
P. Draco L .;

Ptérocarpe sang-dragon. Vulgo ; Mangle-médaille, palétu­

gercé; à branches peu nombreuses, étalées; à rameaux garnis de nombreuses

vier. — Arbre de taille moyenne, assez souvent très grand arbre; à tronc

lenticelles blanches. Folioles 5-9, elliptiques-ovales, coriaces, duvetées et

droit; à fronde large; à branches très étendues : les inférieures, toujours

grisâtres en dessous. Fleurs violettes en grappes terminales et axillaires;

plus ou moins penchées; à écorce noire, très fendillée. Feuilles imparipen­

calice soyeux, subtronqué; étendard soyeux. Gousses ligneuses, légèrement

nées, de 5-9 folioles opposées, réticulées, membraneuses, luisantes, très vertes,

sinuéeset oblongues, garnies d'un duvet soyeux et gris, longues de 8-12 cm.

oblongues, arrondies ou obtusément pointues au sommet, ressemblant, dans

sur 2 cm. de large; semences 1-3. — Fl. en avril, mai, juin. — Çà et là dans

leur ensemble, aux feuilles du caféier. Fleurs jaunes, en panicules courtes,

les grands fonds marécageux du Go/.ier, de Sainte-Anne, du Moule,

nombreuses, axillaires, à pédoncules de longueur variable, situés à l'extré­

etc.

N° 3635.

mité des branches; calice turbiné, à 5 dents, pédicelles courts, pubescents;

M artinique . Yulgo : Savonnette-rivière. — Plus abondant qu'à la Guade­

tube staminal ouvert. Fruits indéhiscents, spongieux, ruguleux, anguleux-

loupe : Trois-Ilets (Anse-à-l’ A n e ) , Yauclin, Lamenlin (bord de la rivière

obeordés, fortement rétrécis à la base, tronqués ou rétus au sommet, longs de

Lézard), etc. Alt. 0-150 mèt. ! .V 685.

4 cm. sur autant de largeur; semence 1. — Fl. d'août en octobre. — Yit en

Piscidia L. (du latin « piscis », poisson, allusion à l’emploi de la plante, qui
sert à prendre les poissons.)
P. Eryihrina L .; Piscidie à fleurs rouges. Yulgo ; Bois enivrant, bois à
enivrer. Desc., vol. \ III, t. 196, p. 203; SI., l. 176, f. 4, 5; Plum., édit.
Burm.. t. 233, f. 2.— Petit arbre, droit, habituellement très branchu, ou sou­
vent (dans les endroits très secs) grand arbuste, à racines traçantes produi­
sant une masse de rejetons ; dans les endroits humides, arbre de taille
moyenne. Feuilles imparipennées, à 3-5 paires de folioles d’ un vert très pâle,
opposées, oblongues ou elliptiques, pointues ou obtuses au sommet, membra­
neuses. Fleurs rose foncé, en panicules larges, allongées; pédicelles articulés
presque au milieu; calice turbiné, à cinq dents courtes, deltoïdes; carène en
forme de faucille; ailes transversalement striées, plus ou moins lacérées sur
les bords, adhérentes à la carène; étamines comme dans les Lonchocarpus .
Gousses indéhiscentes, comprimées,

brièvement stipilécs, membraneuses,

société et sur une grande étendue dans les marécages salés, ou dans les fonds
inondés pendant l’hivernage : Lamentin, les Abvmes, Morne-à-1 Eau, fonds
marécageux du Gozier, de la Pointe-à-Pitre, de Baie-Mahault, de MarieGalante. |N° 3027.]2
Il croît à la Dominique, mais n'existe pas à la Martinique.
Drepanocarpus Mey. (du grec « drepanon », faucille, et « karpos », fruit,
parce que les fruits sont en forme de faucille.)
D. lunatus M ey.; Drépanocarpe en forme de demi-lune. Yulgo : Croc-à1. Cette écorce est employée comme hypnotique; elle est douée de propriétés anal­
gésiques qui la rapprochent des
et qu'elle devrait à la
alcaloïde
reconnu par llruel et Tanrcl. On la donne sous forme d’extrait lluide 3 a 1 jrr. par jouri
ou de teinture alcoolique (»0 gouttes par jour
E. H .)
2. C’est A celte plante qu'on attribue une sorte de
nommé sang-dragon
qui est d'ailleurs sans emploi jusqu’ici en Europe.

Gelsemium

picrotoxine,

sang-dragon,

d'Amérique,

#

�222

PLANTES

DR LA GUADELOUPE

ET

DE LA

1*API LION ACE ES

MARTINIQUE

chiens, croc-chien. Plum., édit. Burm., t. “201, f. 2. — Grand arbuste ou
petit arbre, plus souvent tortueux que droit; à tronc avec ou sans piquants;

223

de 10-15 cm.; à branches très enchevêtrées, tombantes. Feuilles impari­
pennées, à 3-5 folioles alternes, distantes, ovées ou ovales, pointues, coriaces,

à branches très divariquées et souvent très penchées; à écorce noire, lisse;

très vertes en dessus, légèrement pubescenles en dessous. Fleurs très blanches,

à branches et rameaux armés d'aiguillons noirs, courts, forts, droits ou

petites, en corymbes beaucoup plus courts que le pétiole commun ; calice

recourbés, tenant lieu de stipules. Feuilles imparipennées, à 5-11 folioles,
petites, coriaces, elliptiques, très vertes et très glabres, à nervures très fines

pubescent; étamines 9, triadelphes; pédieelles plus longs que le calice. Fruits
indéhiscents, orbiculaires, coriaces-ligneux, concaves d’ un côté et convexe

et très rapprochées. Fleurs bleues, petites, en panicules terminales, accom­

de l’autre, longs de 3 cm. sur presque autant de large; semence 1. — Dans

pagnées de panicules axillaires et plus petites; calice campanulé, à cinq

les grands bois inférieurs : Trois-Rivières (Trou-aux-Chiens), Capesterre
(habitation Longmont), hauteurs du Baillif, etc. Alt. 200-600 mèt. N° 3028. :

dents larges à la base; colonne staminale comme dans les Pterocarpus. Fruit
slipilé, réticulé-strié, aplati, ligneux indéhiscent : les deux extrémités se

M artinique . Yulgo : Liane-barrique. — Très abondant dans les bois du

rapprochant de manière à former un cercle seulement interrompu par un petit

Lorrain, rie la fontaine Absalon, du Champfiore, de la Régale, etc. — Elle

sinus profond ; diamètre du fruit 3-4 cm.; semence 1. — Fl. en avril, mai, juin ;

forme souvent des fourrés impénétrables.

les fruits restent longtemps sur pied. — Vil solitaire ou en société dans les
marécages salés et d'eau douce près de la mer : Pointe-Noire (dans les maré­

X° 1098. j

Dans les deux colonies, on se sert des branches fendues longitudinalement
pour faire des cercles de barriques.

cages d’eau douce, derrière le bourg), Lamentin (le long du canal et dans les

Andira Lam. (ainsi nommé par Indigènes du Brésil.)

marécages), Baie-Mahault. |N0S 3371, 3458.]
A. inermis II. B. K lh .; Andira sans piquants. Yulgo : Bois-olive, Lam.,

M artinique . Yulgo ; Croc-chien, mangle, mangle-médaille. Abondant :
Lamentin, Ducos, Rivière-Salée, Trois-Ilets, Robert, etc. [N° 1092.]

///., t. 600, f. 1.; Desc. vol. I, l. 33, p. 233; Aublet, t. 373. — Bel arbre,
d’une taille moyenne, à tronc très droit, parfois muni de quelques rares

Hecastophyllum P. Br. (du grec « hecastos », chacun pour soi, et « phyllon »,

piquants plus ou moins avortés. Feuilles imparipennées, à 7-18 folioles oppo­

feuille, c'est-à-dire arbres à feuilles simples, par rapport au Pterocarpus à

sées, elliptiques ou lancéolées-oblongues, luisantes, glabres, pourvues, à la

feuilles composées, à qui ce genre appartenait autrefois.)

base, d ’une spinule slipulaire : pétioles secondaires, noirs. Fleurs très odo­

H.

flrowni Pers.; Hécastophylle de Brown. Yulgo : Liane à barriques.

rantes, violacées ou purpurines, ou pourpre noir, en panicules terminales,

Desc., vol. I Y , t. 258, p. 108; Br. Jam., t. 32, f. 1. — Liane haute de 111150-

larges, pyramidales; pédieelles, pédoncules et rachis garnis d'un duvet court,

4 mèt., d’abord droite, ensuite sarmenteuse, à écorce grise. Feuilles simples,

couleur de rouille;

entières, glabres, vert pâle, ovées ou ovées-oblongues, pointues, légèrement

ailes et carène de même longueur; étendard un peu plus long; étamines cari-

pubescenles et grises en dessous. Fleurs blanches, en grappes corymbiformes,

nales libres jusqu à la base; ovaire longuement stipité, à un ovule. Fruit dru-

très courtes, axillaires, très nombreuses, aussi longues que les pétioles, situées

pacé, ovoïde, d’ une longueur moyenne de 3 cm. — L'amande est amère et a

calice campanulé, subtronqué, à cinq dents courtes;

tout le long des branches; calice à cinq dents courtes et inégales; étamines

un mauvais goût. Le tronc fournit un excellent bois de construction, mais il

10, diadelphes. Gousses orbiculaires, longues de 2-3 cm. sur 2-6 cm. de large,

est plus souvent employé, surtout à la Martinique, pour le charronnage. * —

très plates, portées sur des pédieelles aussi longs que le calice; semence 1.
— Fl. en août et septembre. — Sur le bord de mer et dans l’inférieur, le

FL en mai, juin, et aussi en décembre, janvier et février. — Peu répandu :

long des canaux, où il vit souvent en société sur une assez grande étendue;

(le long de la rivière Loslau), etc. [N ° 3231.j

Pointe-Noire (dans le bas, le long de la rivière de la Pelile-Plairie), Pigeon
M artinique . Vulgo : Angelin. — A Saint-Pierre et au Carbet, on se sert

plus rare sur le littoral sec : Vieux-Fort, Trois-Rivières, Pointe-Noire,
Bouillante,

Pigeon, Lamentin, Sainte-Anne, Gozier,

Pointe-à-Pitre, etc.

—

[N ° 2658.]
M a r t in iq u e .

du bois pour construire les carcasses des grands canots, des chalands, etc.

Vulgo : Liane-barrique bord-de-mer. — Assez abondant :

Case-Navire, Fort-de-France (Marigot), Trinité (Galion), Caravelle, etc.

Plus abondant qu’à la Guadeloupe : hauteurs du Prêcheur, Carbet,

Grande-Rivière, etc. [N ° 1089.J
Dussia Kr. et Urb. (novum genus.)

[N° 1099.]
H.

monelaria D. C. ; Hécastophylle à fruits en forme de monnaie. Vulgo :

Liane à barriques. Plum., édit. Burm., t. 246, f. 2; Miq. Surin, t. 5 . —
Liane puissante, grimpant sur les arbres les plus élevés; à tige d’un diamètre

I. Sous le nom degraine d'angelin, les semences de ce végétal sont employées au Brésil
comme verm ifuges; ces propriétés se retrouvent dans l'écorce qui serait en outre éva­
cuante. C’est cette espèce qui fournit, suivant toute probabilité (avec Andira racenwsa Lk
peut-èlr#), l'écorce de Geofjrée de la Jamaïque. (E. U .)

�226

PLANTAS D1-. LA t.l'ADÉLOÜPE ET DE LA MARTINIQUE

(boni de la Capotte), des Fonds-Saint-Denis, de l'Ajoupa-Bouillon, de la
Grand'Anse, etc. [NTos 686, 1010.]
Sophora L. (du mot arabe « Sophera ».)
S.

lisse, à branches le plus souvent munies d épines. Feuilles paripennées, à 3-4
paires de folioles obovées, rétuses, coriaces, luisantes, glabres. Fleurs jaunes,

tomentosa L .; Sophora à feuillestomenteuses. SI., I. 178, f. 2; Br. Jam.,

très odorantes, en grappes généralement courtes, axillaires et terminales ; calice
5-partite ; pétales 5, presque égaux; étamines 10. Fruit long de 2-4 cm. sur
1 cm. de large, oblong, membraneux, très aplati, rétréci aux deux extrémités,

t. 34, f. 1; Desc., vol. V I I , t. 475, p. 95. — Bel arbrisseau, droit, haut de

déhiscent, s'ouvranl longitudinalement sur les deux côtés, et formant alors

1-2 met., à jeunes branches, pédoncules, pétioles, gousses, et le dessous des
feuilles garnis d'un duvel cotonneux-farineux, fin, courl. Feuilles alternes,

deux valves naviculaires, très comprimées, dont celle qui porte les graines est

imparipennées, à 7-13 folioles verl pâle, entières, elliptiques, inégales à la base,

une lois plus étroite que l’autre; semences 1-3, transversalement oblongues-linéaires, très aplaties, attachées latéralement. — Fl. en avril ou mai.— Son bois

roulées sur les bords, obtusément pointues au sommet. Fleurs jaunes, en
panicules terminales, allongées, pyramidales; calice campanulé, obliquement

est pesant, dur, résistant et élastique; il a une teinte rouge foncé et exhale une

subtronqué, à peu près deux fois plus court que la corolle; étendard ovoïde-

meubles, mais son emploi en menuiserie est assez rare. Son incorruptibilité
le désigne pour les constructions souterraines; on l'emploie souvent pour

oblong, rétréci à la base; pétales de la carène distincts au sommet ; ailes et
carène de même longueur que l'étendard; étamines 8, incluses, distinctes,
jusqu'àla base. Gousses longues de 8-13 cm., longuement slipitées, nettement
moniliformes, indéhiscentes, contenant 2-10 graines brun pâle, ovoïdes; à

agréable odeur; il est excellent pour le chauflage ; on peut en faire de beaux

faire des poteaux, des traverses de chemin de fer, des ponceaux, etc. Le bois
de campêche est aussi un article d exportation, et comme c’est le cœur qu'on

bile blanc entouré d'un rebord. — Peu répandu ; dans les mornes calcaires et

utilise pour l'extraction de la matière colorante, on enlève d’abord l’aubier.
En l’année 1849, on a commencé par exporter 2.500 kilog. de ce bois; ce

secs des environs du bourg de la Capesterre (Marie-Galante). — Fl. de juillet

chiffre a augmenté d’année en année, et en 1895 (annuaire colonial) il en a été

à novembre; fruits mûrs en mars, avril. (NIu 3643.]

expédié de la Guadeloupe 8.826.41 I kilog. — Quelque temps après la coupe,
le bois noircit : si, en cet état, on le met à bouillir dans l’eau, après y avoir

M a r t in iq u e . Vulgo : Haricot bâtard. — Rare : Rivière-Pilote (bord de mer

de l'habitation Lormier-Ducanet), Caravelle. [N° 1088.]

ajouté quelques gousses vertes d’acacia odorant (Acacia Farnesiana) et du

Le Deguelia scandent Aublet ( Ilis t. de la Guy., vol. II, t. 300; Lamark.,
/II., t. 603), liane très belle, à feuilles imparipennées, à folioles très lui­

jus de citron, on obtient une encre d'un beau noir. A vec le campêche, on fait

santes, à Heurs blanches, en grappes axillaires très nombreuses [N° 1087];
le Nissolia quinala Aubl. (Jacq., Sel. Amer, slirp. hist ., t. 174, n° 48),
arbre-liane, à branches volubles, s'étendant très loin, pourvues de vrilles, à
fleurs en panicules et à fruits en forme de couteau [N° 350]; le Dipterix odo-

rala Schreb., vulgo ; Fève de Tonka, petit arbre dont les fruits, drupacés,
ovoïdes, d'une odeur des plus agréables, sont employés pour parfumer le

souvent des haies très fortes et impénétrables, qui, soumises à la taille,
deviennent très belles. L'écorce laisse exsuder une espèce de gomme rougeâtre ;
les feuilles sont aromatiques ; le bois est stomachique et astringent L Natura­
lisé dans toutes les Antilles; abondant surtout dans les endroits calcaires de
la Grande-Terre. [N° 3221.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Campêche. [N° 1137.

linge [N° 610], constituent autant d’espèces introduites et cultivées au Jar­

Parkinsonia L. (dédié à l’Anglais John Parkinson, pharmacien et directeur
du Jardin botanique de Hamplon-Courl, né en 1567, auteur du Thealrum

din botanique de Saint-Pierre (Martinique).

bolanicum (1629), et du Paradisus lerrestris (1640)).
P. aeuleala L. ; Parkinsonie à piquants. Vulgo : Bois caca-rat, acacia-savane,

deuxième t r ib u .

— CÆ SALPI NI ÉES.

Hæmatoxylon L. (du grec « haïma », sang, et « xulon », bois, à cause de la

arrêle-bœufs. Desc., vol. I, l. 12, p. 54. — Petit arbre, très ornemental à
cause de son léger et singulier feuillage, n’excédant que rarement 6 mèt. de
haut, à branches presque toujours penchées et nues, à rameaux épineux, à
écorce grise ou rougeâtre, et assez rude. Feuilles ramassées aux extrémités
des rameaux, pennées, réunies par 1-3; pétiole commun cylindrique, noi-

couleur rouge de ce bois.)
H.

Campechianum L.; Hématoxylon de Campêche. Vulgo : Campêche.

Tuss., F l., IV, t. 36; Desc., vol. II, t. 73, p. 25. — Habituellement pelitarbre
dans nos colonies, rarement grand arbre, à tronc anfractueux, à écorce grise,

1. Le bois de campêche doit ses propriétés colorantes à un principe cristallisé qui a
été isolé par Chevrcul sous le nom d'hëmatine ou hëmatoxyline. L'emploi thérapeutique
de celte substance est liés limitée : on l a parfois utilisée comme astringente et anti­
diarrhéique, ses usages industriels sont au contraire très répandus. (E. IL

�228

Pt.AXTRS

DIÎ LA GDAntiLOUPlî fi T

DR LA

MARTIN IQÜE

229

CÆSAI P I N I K E S

râtre, très court, long: de 3-4 mm., s’étendant ensuite en une lanière étroite,
biailée, longue de 15-25 cm. sur une largeur moyenne de 1 mm., et portant

gousse : alors si le vent agite l’arbrisseau, elles roulent dans l’intérieur de ces

26-60 folioles très petites, alternes, longues ch' 2-6 mm. sur environ 1 mm.

gousses et produisent un bruit étrange. — FL de septembre en janvier. —

de large : celles du haut el du bas du pétiole réduites à de simples écailles;

La plante est stomachique-astringente. — Abondant sur certaines plages, où

quand elles se détachent, elles séjournent encore longtemps au fond de la

épines longues de 3-7 mm., acérées, droites ou courbes. Fleurs jaunes, en

il forme souvent des fourrés impénétrables : bord de mer entre la Basse-

grappes simples, axillaires el terminales, pédonculées; calice 5-parlite;
pétales 5 : les pétales vexillaires plus longs; étamines 10; ovaire sessile.

Terre et Le Baillif, les Vieux-Habitants, Bouillante, Pointe-Noire, Sainte-

Gousses linéaires, oblongues-lancéolées, contractées entre les graines, indé­
hiscentes, longues de 9-13cm.; semences 1-5, oblongues, obtuses aux extré­

Anne, etc. [N° 3046.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Œil-de-chat, zieux-chat. — Abondant : Fond-Canon-

ville, Marin, Sainte-Anne, Trinité, etc. [N° 1136.]

mités, situées longitudinalement. — Fl. presque toute l’année. — On les
plante quelquefois en allées, souvent on en fait des haies. — Çà et là sur le

G. Grisehàchiana, Kr. et Urb. ; Guilandine de Grisebach. Vulgo : Canique

bord de mer el un peu à l’intérieur ; Le Baillif, Deshaies, Sainte-Anne, etc.

jaune. — Hessemble au précédent par le port, les feuilles, les Ileurs et par la

[N° 2624.]
M artinique. Vulgo : Arrêle-bœuls. — Case-Pilote, Marin, Vauclin, etc.

la base; par ses gousses moins épineuses cl munies, près de l'extrémité supé­

[N° 1138.]

rieure, d’un bec corné, fort, recourbé, el par ses graines jaunes. — Plus rare

forme des gousses; il en diffère par ses folioles plus petites, plus inégales à

que l'autre. Çà et là sur le bord de mer et dans les mornes pierreux avoi­
Guilandina L. (dédié au Prussien Melchior Guilandinus (Wieland), qui, en
1559 el 1560, entreprit un voyage en Orient, où il fut pris par les pirates.
Après sa délivrance, il devint professeur à Padoue, mort en 1590; a laissé
des écrits sur la botanique.)
G. g h b c r Mill.; Guilandine à feuilles glabres. Vulgo ; Zieux-chat, œil-de-

sinant la mer : Désirade (les Galets et mornes calcaires au-dessus du Bourg),
Marie-Galante (Capesterre), Sainte-Anne, etc. ! V ’ 3045. j
M artinique . Vulgo ;

Canique jaune. —

Trois-Ilets,

Marin, Vauclin.

[N° 1136.]
Cæsalpinia L.

(dédié à l'Italien And. Cîesalpini, 1519-1 (403, né à Arezzi,

chat. — Arbrisseau sarmenteux, entièrement couvert d’épines courtes, très

professeur de médecine et directeur du Jardin botanique de Pise, médecin

acérées, jaunâtres ou brunes, droites ou courbes, longues de 2-4 mm., à

du pape Clément V I I ; a publié une classification des plantes, d'après les

rameaux remplis de moelle blanche. Feuilles larges, paripennées, à 3-6 paires

fleurs el les fruits.)

de pennes, portant 5-7 paires de folioles, brièvement péliolécs, elliptiques ou
elliptiques-oblongues, mucronées, égales ou inégales à la hase : rachis prin­

C. sepiaria Roxb. ; Cæsalpinie des haies. Vulgo : Arrête-boéufs. — Arbris­

cipal, strié; rachis secondaires, garnis d’ un duvet roux; stipules 2, très

seau ornemental, sarmenteux ou tortueux, quand il ne trouve pas d’appui, à

larges,

profondément et irrégulièrement tri-quadrilobées, arrondies, sou­

écorce noirâtre ou grise, à lige, branches el pétioles garnis de piquants acérés,

vent dentées et à dents terminées par une spinule droite. Fleurs jaune brun,

haut de 2-4 mèt. Feuilles paripennées, deux fois composées, à 4-6 paires de

en grappes axillaires, très allongées el longuement pédonculées; calice 5-par-

pennes, portant 8-12 paires de folioles, petites, oblongues, légèrement duve­

tite; pétales 5, presque égaux ; étamines 10, de longueur inégale, filets poi­

tées et blanchâtres en dessous, arrondies au sommet, à pétiolules courts;

lus dans le bas. Gousses déhiscentes, s'ouvrant en deux valves, ovées-

rachis à piquants crochus et plantés à rebours; stipules semi-sagittées,

oblongues, convexes-comprimées, longues de 7 cm. sur 5 cm. de large, entière­

caduques. Fleurs jaunes, larges, en grappes simples, nombreuses, dressées,

ment hérissées de spinules rigides; semences 1-4, subglobuleuses, grises,

axillaires et terminales; calice à tube turbiné, vert, persistant, à 5 lobes

osseuses, luisantes, polies, attachées à un . funicule droit, court, filiforme;
cotylédons blanchâtres, ridés, huileux, d’un goût désagréable et amer1. Les

plus longs que le calice; étamines 10, alternativement inégales, à filets dressés,

graines sont loin de remplir les gousses, et y restent longtemps attachées;

exserts et laineux dans leur tiers inférieur; stigmate épais, concave; pédi-

rouge jaunâtre, profonds, légèrement pubescents; pétales 5, inégaux, un peu

celles longs de 2-2,5 cm., filiformes, pubescents, articulés au sommet, un peu
1. Il est probable que cette graine et celle de l’espèce suivante jouissent des mômes
propriétés fébrifuges et du même principe actif (bonducine) que celles des Guilandina
Bonducella et Cæsalpinia /tondue, qui ont été étudiées par MM. Heckel etSchlagdenhaufen (journal Les Nouveaux liemèdes, 18S6), et où ces auteurs ont découvert la bon d u cin e.
(E . H.)

plus cours que la fleur. Gousses déhiscentes, longues de 7 cm. sur environ
2 cm. de large, glabres, convexes, ligneuses, arrondies aux deux extrémités,
droites, terminées par un bec dur el droit ; semences 6-7, ovoïdes, panachées
de jaune pâle sur fond brun. — Fl. de novembre à février. — Originaire

�230

PLANTES

DE I,A GUADELOUPE

ET

DE I,A MARTINIQUE

des Indes Orientales; introduit aux Antilles pour la formation de haies. —
Naturalisé et abondant dans la basse et l'infra-moyenne région de la Guade­
loupe et de la Grande-Terre : environs de la Basse-Terre, LeBaillif, Deshaies»
Sainte-Rose, Moule, Sainte-Anne, etc. Alt. 0-600 met. [N° 2628.]
M artinique . Yulgo : Arrête-bœufs. — Abondant dans toute l'ile. [N° 1139.]
C. pulcherrima S w .; Ca3salpinie la plus belle. Vulgo : Baraguetle. Desc.,
vol. I, l. 6, p. 27. — Arbrisseau ornemental, à cause de son port et de ses
fleurs, droit, haut de 2-4 mèl., rarement plus haut, quelquefois plus ou
moins tortueux, le plus souvent dépourvu d’épines ou garni de piquants à
moitié avortés.

231

CÆS A LP IN 1RES

et restant sur l’arbre d ’une floraison à l’ autre. S'est naturalisé dans le pays et
dans toutes les Antilles. — Fl. en mai ou juin, ou juillet, selon la saison. —
Originaire de Madagascar. [N° 2628.]
M a r tin iq u e .

Vulgo ; Flamboyant. [N° 1135.]

Le Lebidibia

coriaria Schlecht. Vulgo (par corruption)

Dividivi ; arbre dont

les gousses sont très riches en tanin; est cultivé au Jardin botanique de
Saint-Pierre et sur plusieurs habitations de l’ile. Il est originaire du Mexique.
[N° 1134.]

Feuilles larges, paripennées, deux fois composées, à 5-9

Cassia L. (du mot « kassia », de Dioscoride; de « cassia », de Pline, par

paires de pennes, portant 5-10 paires de folioles oblongues ou spatulées-

lequel il désigne l’écorce du Laurus Cassia de Linné, probablement rapporté

oblongues, arrondies au sommet, finement mucronées. Fleurs larges, en

par erreur à ces Légumineuses.)

grappes simples, droites, pyramidales, longues souvent de 35 cm., axillaires
pédicelles inférieurs

C. fistula L .; Casse fislulcuse. Vulgo : Canéficier, casse-habitant. Tuss.,
F l . , IV, t. 2; Desc., vol. II, t. 125, p. 231. — Petitarbre, rarement arbre de

très longs, mesurant parfois jusqu'à 9 cm., filiformes, noirâtres, articulés près

taille moyenne, à branches inférieures horizontales, à écorce gercée dans les

du sommet; calice tubuleux, turbiné, persistant, à 5 lobes profonds, de même

vieux pieds. Feuilles paripennées, plus rarement imparipennées, à 4-9 paires

couleur que les pétales; corolle large, jaune ou jaune pourpre; pétales 5,

de folioles, larges, opposées, ovées-oblongues, nettement pointues ou arron­

frangés ou lacérés sur les bords, près d'un tiers plus longs que le calice;

dies au sommet, glauques en dessous. Fleurs larges, jaunes, en grappes

étamines exsertes, pourpre foncé, filiformes, trois fois plus longues que la

lâches, simples, d’ abord dressées, ensuite verticalement pendantes, longues

corolle. Gousses noires, longues de 11-12 cm. sur 11-13 mm. de large, très

de 15-45 cm., pédonculées; calice à 5 sépales inégaux, ovales, subdistincts,

aplaties, légèrement obovales, obliquement arrondies au sommet, avec une

caducs ; pétales inférieurs plus grands; étamines 10, dont

et terminales : ces dernières, toujours plus longues : les axillaires, situées
près des terminales, toutes longuement pédonculées;

3 beaucoup

pointe rigide, droite, terminant la suture dorsale; semences 8-10, ovoïdes-

plus longues et

fortement courbées en avant ; anthères grandes, ovées-

comprimées, nichées dans un tissu cellulaire peu abondant. — Fl. de juillet

oblongues, s’ouvrant, à la base, par deux pores. Gousses indéhiscentes, cylin­

à février. — Dans nos deux colonies, les Heurs sont fréquemment employées

driques, droites, pouvant atteindre jusqu’ à 50 cm. de long sur un diamètre

comme un des meilleurs et des plus puissants emménagogues. — Assez abon­

de plus de 2 cm., verticalement pendantes, divisées, à l’intérieur, en cloisons

dant dans la basse et l'infra-moyenne région de l'ile. On en rencontre deux

parallèles, transversales, rapprochées; semences cordiformes, aplaties, dures,

variétés : une à fleurs jaunes, l’autre à fleurs jaune pourpre. j N° 2623.]

nichées dans une pulpe noire. —

M artinique. Yulgo : Macala jaune, fleur de paon, œillet d’Espagne. —
Abondant. — On en fait souvent des haies. [N° 1033.]

1 Egypte et des Indes Orientales; naturalisé dans toutes les Antilles. — La

Fl. en avril ou mai. — Originaire de

pulpe est acide et s’emploie fréquemment, dans le pays, comme laxative et
purgative. On en prépare aussi des confitures. — Alt. 0-250 mèt. N° 3061.]

Poinciania L. ( Poincia. Neck.) (dédié par Necker à Rich. de Poincy, gouver­
neur général des îles françaises sous le Vent (1647-1660), qui a laissé des
écrits sur l'histoire naturelle des Antilles.)
P. reç/ia Boj.; Poinciane royale. Vulgo : Flamboyant, grand flamboyant.
— Arbre ornemental, de taille moyenne, approchant del à grande taille; à
tronc assez souvent tortueux, très anfractueux ; à branches très étalées, hori­
zontales; à rameaux penchés ; à racines traçantes, superficielles, très étendues;
à fleurs très larges, rouge vermillon, d'un effet merveilleux; à pétale posté­
rieur, beaucoup plus large et plus long, panaché de vermillon sur fond
blanc; en grappes très nombreuses, terminales, racourcies, pédonculées; à
gousses déhiscentes, mesurant jusqu’à 50 cm. de long sur 7-8 cm. de large

M a r tin iq u e .

Vulgo : Canéficier, canéfice. f.\ ° 1114.’

C. bicapsularis L. ; Casse à double capsule. Vulgo : Sou marqué, canéfice
bâtard. Plum., éd. Burm., t. 76, f. 1. — Arbrisseau sarmenteux, ou petit
arbre, droit, haut de 3-4 mèt., très rameux, à branches flexibles, allongées,
cylindriques, striées, toujours pendantes à 1extrémité, à écorce lisse et grise.
Feuilles alternes, paripennées, à 3-4 paires de folioles, glabres, subcharnues,
glauques en dessous, moins glauques en dessus, obovales ou ovales, arron­
dies ou échancrées au sommet : celles de la paire inférieure, rondâtres;
pétiole commun portant, entre toutes les folioles ou seulement entre les
folioles de la paire inférieure, une glande noire. Fleurs jaunes, en grappes
axillaires et terminales, aussi longues que les feuilles; pédicelles courts, brac-

�232

TM.AXTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

téolés ; étamines 10, dont 7 fertiles. Gousses longues de 9-12 cm. sur 1,2 cm.

233

C. gland ulosa L. ; Casse glanduleuse. V ulgo : Zinting, gros balai. —

de diamèt., slipilées, subcylindriques, toujours pendantes, déhiscentes le
long de la suture, obtuses au sommet, divisées intérieurement en deux par

Arbrisseau haut de 0m80-2 mèt., simple ou branchu, à tige flexible, presque
toujours penchée au sommet. Feuilles ovales, à 5-11 paires de folioles obo­

une cloison longitudinale et incomplète ; semences très nombreuses, situées

vales ou oblongues, très minces, linement mucronées au sommet, arrondies

transversalement et nichées dans une pulpe brune, légèrement sucrée et
comestible. — Fl. de septembre à février. — Assez abondant dans les hui­

à la base, petites, presque sessilcs; pétiole commun portant 1-3 glandes stipitées, arrondies, diversement placées; stipules très petites, sétiformes ou

liers, les falaises et endroits abandonnés de la région inférieure : environs de

lancéolées-acuminées, subulées. Fleurs jaunes, le plus souvent disposées par

la Basse-Terre, Vieux-fort, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Deshaies, PointeNoire, Moule, Morne-à-l’Eau, Gozier, Désirade, Marie-Galante. [N os 2021,
3049.]

deux tout le long des branches, à l'aisselle des feuilles, et ne fleurissant jamais

M autinique. Vulgo : Sou marqué, canéfice bâtard, casse-hallier.— Abondant
dans toute File, jusqu'à une élévation de 300 met. [N ° 1115.]

C. emarginata L. ; Casse à feuilles échancrées. Vulgo : Casse-savane. —
Grand arbuste, peu élégant : très louiïu, quand il est jeune; à lige et
branches nues, haut de 3-1 mèl., à l’âge adulte, à rameaux striés : à jeunes
rameaux, noirâtres et pubescents. Feuilles paripennées, à 2-5 paires de
folioles ovales-oblongues, pointues ou le plus souvent émarginées au sommet,

en même temps; pédoncules liliformes, plus courts que les feuilles; calice
5-partile, à lobes lancéolés-acuminés, dont 2 falciform es; pétales inégaux, plus
longs que les lobes du calice. Gousses longues de 3 -3cm. sur 3mm. de large,
obovales, habituellement glabres, terminées en pointe recourbée. —

Très

abondant dans toutes les savanes, les haies et les broussailles de la base et de
la moyenne région, où il v il souvent en société sur une grande étendue. Alt.
0-700 met. [N ° 2627.]
M a r t i n i q u e . V u lgo : Dioline, balai-savane. — Abondant dans toute l'ile.
[N° 1117.]

pubescentes et rougeâtres en dessous; pétiole commun sans glandes; stipules

C. m ullijuqa Bich. ; Casse à multiples paires de folioles. V ulgo ; Cané-

courtes, sétiformes. Fleurs jaune chrome assez foncé, en grappes corymbi-

lieier bâtard. — Arbrisseau élégant, haut de 2-3"' 50,droit, à écorce noirâtre.

formes, axillaires et terminales, plus courtes que les feuilles; étamines 10,

Feuilles longucsde 12-26cm., portant jusqu’ à 20 paires de folioles oblongues,

dont 3 stériles. Gousses longues de 21-28 cm.sur 1 cm. de large et de l-2m m .

mucronées-obtuses, glauques en dessous; pétiole commun muni d une glande

d’ épaisseur, noires à la maturité, jaunes avant d’être mûres, toujours verti­

cylindrique entre la première pairede folioles. Fleurs jaunes, larges,en pani-

calement pendantes, droites ou légèrement arquées, fortement et uniformé­

cules terminales et axillaires: les dernières, situées dans le voisinage des ter­

ment aplaties, à rebords relevés; semences transversalement situées, obovales,

minales. Gousses longues de 9-13 cm. sur 12-15 mm. de large, oblongues-

brunes, luisantes. — Fl. en février cl mars; perd les feuilles à l’époque de la

linéaires, noires, unies, lisses, très aplaties, droites, presque tronquées au

floraison. — Exclusivement propre au terrain sec, pierreux, calcaire, chaud,

sommet, avec une pointe courte, émoussée, ondulées sur les bords,imprimées

près de la mer. Abondant sur la côte entre Le B aillif et Deshaies, Marie-

transversalement entre les semences aplaties. — Originaire de la Guyane

Galante, les Saintes (Tcrre-de-Bas). [N ° 2620. ;
11 n’existe pas à la Martinique.

et cultivé autrefois au Jardin botanique, d’ où il s’est répandu dans le pays :

C. glauca Lam., C. planisiliqua Lam .; Casse à feuilles glauques. V ulgo :
Canéficier bâtard. — Arbrisseau droit, haut de 2-3u“ 50. Feuilles à 4-6 paires

I

C.ES \LPIN I N ÉES

environs de Saint-Pierre, Trou-Vaillant, Fort-de-France (M arigot). N °2 1 18.;
— 11 n’est pas à la Guadeloupe.

de folioles, larges, ovales-oblongues ou ovales, obtusément pointues, glauques

C. liguslrina L. ; Casse à feuille de Troène. Vulgo : Sené-zombi. I)esc.,
vol. Il, t. 134, p. 273. — Arbrisseau haut de 1-1,50m. ou grand arbuste haut

en dessous; glandes ovoïdes, larges, entre chaque paire de folioles; stipules

de 2-3,50m., droit, à branches tantôt peu nombreuses, tantôt très nombreuses

en forme de faux, linéaires. Fleurs larges, jaunes, en grappes corvmbiformes,

et inclinées. Feuilles à 5-8 paires de folioles lancéolées, acuminées, habituel­

axillaires et terminales, longuement pédonculées. Gousses longues de 1214 cm. sur 10-13 mm. de large, extrêmement aplaties, sensiblement plus

lement opposées, ciliées sur les bords et légèrement pubescentes des deux
côtés; pétiole commun pourvu d'une glande ovoïde au-dessus de sa base.

larges au sommet qu’à la base, terminées par une longue pointe, transversa­
lement imprimées entre les graines et marquées d'autant de lignes relevées

Fleurs jaune pâle, en corymbes terminaux. Gousses ressemblant extérieu­
rement à celles du C. bicapsularis , longues de 9-10 cm., légèrement arquées,

et droites qu il y a de semences ; semences de 20-25, oblongues, très compri­

glabres, sessiles, terminées par une pointe obtuse et droite, déhiscentes le

mées. — Très rare. Trouvé une fois dans les hauteurs de Saint-Joseph.
N0 1116.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

long de la suture ventrale, subcylindriques; semences petites, nombreuses,
obovoïdes-comprimées, nichées dans une pulpe blanchâtre peu copieuse. —

�234

235

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C/F.S ALPIN 1RES

Assez rare. Çà et là dans les savanes et endroits incultes ou abandonnés :

longues de 11-14 cm. sur 4-6 mm. de large (j'ai des spécimens de gousses
qui ont 32 cm. de long), marginées, comprimées-convexes, déhiscentes;

Gourbeyre, Baie-Mahault (quai de rembarquement), environs de la BasseTerre (habitation l'Espérance). [N ° 2622.]
M a r t in i q u e . Vulgo : Canéfice bâtard, casse-savane. — Peu abondant :
environs de Saint-Pierre (Trou-Vaillant), Carbet (habitation Grassous),

semences ovoïdes, brunes, séparées par des fausses cloisons. — Peu abon­

Lamenlin (environs du bourg). [N 0 1835.]

10-250 mèt. [N ° 3048.]
M artinique . Vulgo : Herbe puante, herbe puante bâtard. — Un peu par­

C. alala L. ; Casse à fruits ailés. Vulgo : Dartrier, herbe à dartres. SI., t. 175,
f. 2; Desc., vol. V I, 1.445, p. 263. — Sous-arbrisseau, souvent annuel, et bis­
annuel, haut de 0m90-1m40, rarement presque arborescent, haut de 3m50,

dant. Çà et là dans les champs incultes et abandonnés de la région infé­
rieure : environs de la Basse-Terre, V ieu x-Fort, Trois-R ivières, etc. Alt.

tout, sans être abondant nulle part. [N 08 829 et 829 A.]
C. occiclenlalis L .; Casse des Indes Occidentales. V u lgo : Herbe puante,

plus ou moins tortueux, branehu, à feuillage vert jaunâtre. Feuilles larges,
à 6-14 paires de folioles oblongues, arrondies ou rétuses au sommet, sub­

casse puante, pois puant. Desc., vol. II, t. 135, p. 277. — Annuel ou bis­
annuel, sous-ligneux à la base, droit, haut de 0ra 80-lin40, glabre dans toutes

tronquées à la base, subsessiles : celles de la dernière paire, plus petites, dis­
tantes des autres et très rapprochées de la base du pétiole commun, qui est

parties, à tige sillonnée, verdâtre. Feuilles imparipennées, à 7-11 folioles
ovales-lancéolées ou lancéolées, acuminées; pétiole commun pourvu d'une

triangulaire et dépourvu de glandes. Fleurs jaune vif, en grappes simples,
rarement composées à la base, terminales, très denses, un peu plus courtes

glande ovoïde près delà base. Fleurs jaune pâle, en grappes courtes, lâches;
pédicelles bractéolés. Gousses longues de 10-12 cm. sur 5-7 mm. de large,

que les feuilles, longues de 20-35 cm .; bouton delà fleurà moitié enfermé dans
une bractée naviculaire, large, obovale, souvent lacérée sur les bords, tom­
bant avec l'éclosion de la fleur. Gousses tétragones, longues de 12-16 cm.,
noires, droites, mucronées au sommet, longitudinalement quadriailées, à
ailes larges, crénelées sur les bords ; semences nombreuses, brunes, trigones,

arquées, comprimées-convexes, déhiscentes, mucronées au sommet, margi­
nées; semences ovoïdes, brunes, dures. — Abondant dans toutes les natures

comprimées, pourvues, des deux côtés, d'un aréa, séparées par des fausses
cloisons. — Fl. en avril, mai. — Toute la plante exhale une odeur forte et

contre les maladies de peau, contre les enflures des jambes; les semences
sont fébrifuges et emménagogues 1; tom bées, elles peuvent remplacer le café;

désagréable. — A vec les jeunes feuilles et les fleurs, on prépare dans le pays

elles calment, comme la fève d'Arabie, les crises d’asthme, les oppressions

un onguent contre les dartres et les maladies de peau; le suc des feuilles,
pilées et délayées dans l'eau, constitue un excellent gargarisme contre les

et les maux d’estomac. A lt. 0-500 mèt. ; N ’ 3225.,
M artinique . V u lgo : Cale bâtard, herbe puante, pois puant. — On ren­
contre une variété à feuilles velues. |N° 1120.,

maux de g o rg e 1. — Assez abondant dans les endroits marécageux ou aqua­
tiques ou humides et le long des ruisseaux : Pointe-N oire, Sainte-Rose,

de terrains de la basse cl de l'infra-moyenne région de toute l'île. — Les
feuilles exhalent une mauvaise odeur; elles sont dépuratives, purgatives et
légèrement sudorifiques ; les racines, infusées dans l’eau tiède, sont employées

G. ohtusifolia L .; Casse à feuilles obtuses. V u lgo

: Séné, sou marqué,

Lamentin, environs de la Pointe-à-Pitre. Alt. 0-350 mèt. [N ° 3224.]
M a r t in i q u e . Vulgo: Dartrier, casse puante, casse ailée. — Un peu partout,

sous marqué bâtard. SI., t. D 5, f. 5; D ill., E llham ., t. 63, f. 73. — Annuel,
droit dans le lias, penché au sommet, sous-ligneux à la base, haut de 0m50-

sans être abondant nulle part : Rivière-Salée, Anses-d’A rlet, Ducos, Robert,
etc. [N° 1119.]

0m95, rarement plus. Feuilles à 2-3 paires de folioles, subcharnues, glauques

C. hirsuta L. ; Casse hérissée de poils Vulgo : Sou marqué poilu. —
Annuel, droit, haut de 0,n8 0 -lrn30, entièrement garni de poils fins, gris,

munies d'un liséré vert foncé sur les bords, cunéiformes à la base; pétiole
commun garni d’ une glande conique, stipitée, entre la paire inférieure et quel­

couchés, plus ou moins longs, qui disparaissent sur la lige adulte; à jeunes

quefois entre les deux dernières paires de folioles; stipules longues, ciliées,

branches, anguleuses-striées. Feuilles à 4-6 paires de folioles, successivement
plus grandes, elliptiques ou elliptiques-oblongues, acuminées, de consistance
m olle; pétiole commun garni d'une glande cylindrique au-dessus de sa base;
stipules subulées. Fleurs jaune pâle, en grappes courtes, terminales. Gousses
1. La poudre de feuilles de Cassia ulata est le remède par excellence contre l'herpès

c ir c in é , alTeclion si commune dans nos colonies chaudes et en particulier dans celles de

1Extrême Orient. On en saupoudre la partie malade. (E. II.)

en dessous, nettement obovées, mucronées-arrondies au sommet, souvent

1. MM. Heckel et SchlagdenhaulTen ont publié clans les Archives de médecine navale
(1886), sur cette espèce tropicale ubiquiste, un mémoire détaillé démontrant ses pro­

priétés fébrifuges. L ’emploi de cette plante réussit mieux que la quinine dans cer­
tains cas spéciaux de fièvre rebelle. — La graine, sous le nom de café nègre, cafia s’est
introduite largement dans la consommation européenne, où elle est très demandée
pour être mêlée ou substituée au vrai café; à cet égard, elle pourrait faire l'objet d'une
culture très rémunératrice dans nos Antilles françaises. Elle est couramment employée
par les peuplades de la côte occidentale d’ Afrique, à titre de fébrifuge, sous les noms de
m’ hentamiré ou fedegosa. (E. II.)

,

�linéaires-sétacées, caduques. Fleurs jaune pâle, en grappes corymbiformes,

dire datte de l’ Inde, nom que donnèrent les Arabes aux fruits du tamarinier,

terminales e( axillaires, réunies par 2-3. Gousses cartilagineuses, glabres,
arquées, légèrement mucronées, linéaires, comprimées-létragones, longues de

lorsqu'ils les virent pour la première fois.)

11-1 (&gt; cm. sur 2-3 mm. de large, à bords fortement relevés; semences brunes,

arbre, généralement très branchu, à fronde arrondie, à tronc droit, anfrac­

T.

indica L. ; Tamarinier de l’ Inde. Vulgo : Tamarinier. — Grand et bel

luisantes, obliquement tronquées. — Fl. de novembre en février. — Les feuilles

tueux, surtout dans le bas, à écorce grise, fortement fendillée et crevassée, à

sont souvent employées comme sudorifiques. — Très abondant dans les

racines traçantes et fortes. Feuilles paripennées, de 10-18 folioles oblongues,

endroits défrichés, dans les savanes herbeuses, le long des routes, autour des
maisons, sur les décombres, etc., de la région inférieure. Alt. 0-600 met.

glauques des deux côtés, légèrement échancrées ou arrondies au sommet ;

[N° 3047.]

grappes courtes ou plus ou moins allongées, axillaires et terminales : les

pétiole commun épaissi et noir à la base. Fleurs légèrement odorantes, en

Vulgo : Sou marqué. — Très abondant. — On en emploie les
feuilles en infusion, aussi bien que celles du
bicapsularis , pour aider à la

axillaires, toujours pendantes; calice à tube turbiné, quadripartite, à
segments blanc jaunâtre, d inégale longueur, fortement repliés et appliqués

dentition des enfants. [N° 824.

contre le pédicelle, après l’ouverture de la fleur; pétales 3, à moitié ouverts,

M

C.

a r t in iq u e

.

C.

mcticans L. ; Casse clignotante. Vulgo : Balai-savane, acacia-balai. —

les 2 latéraux de même grandeur, panachés-striés de rose brun et crépus sur

Annuel ou bisannuel, suiïrutescent à la base, infléchi au sommet, haut de

les bords : celui du milieu, dressé, plus étroit et plus court, naviculaire,

40-70 cm., habituellement sans branches : la partie supérieure de la tige, les

plus crépu et plus coloré; étamines fertiles 3, rarement 2, monadelphes,

pétioles, les stipules et les gousses sont garnis de duvet. Feuilles ovales, à

subulées, divergentes, ascendantes, soudées à la base, sur une étendue de

12-18 paires de folioles obliques à la base, oblongues-linéaires, mucronulées et

3-4 mm. : partie soudée, large, comprimée, munie, souvent, de petilesdents;

foliiformes au sommet, penninerviées, très brièvement péliolées, à pétioles

les autres étamines, nulles ou avortées, ou rudimentaires; ovaire slipité,

noirâtres; pétiole commun garni d’ une glande tronquée, au-dessous de la
paire inférieure des folioles; stipules appliquées contre le pétiole, lancéolées-

gynophore adné au tube du calice; style subulé, légèrement tordu et barbu

acuminées, obliques à la base. Fleurs jaunes, axillaires, réunies par 8 à

de 2 cm., plus ou moins oblongs, comprimés, mucronés, légèrement arqués

l'aisselle des feuilles, quatre à cinq fois plus courtes que les feuilles. Gousses

ou droits, imprimés entre les graines, quelquefois difformes; épicarpe rude,

longues de 8 cm. sur 8 mm. de large, arquées, comprimées, imprimées entre

fragile, brun, subéreux-crustacé; semences 1-8, lisses, très dures, brun foncé,

d’ un côté. Fruits indéhiscents, long de 11-15 cm. sur une largeur moyenne

les graines, munies, au sommet, d ’un petit mucro ; semences aplaties, obli­

Lrapézoïdes-arrondies, comprimées, marquées, de chaque côté, d'un area

quement obovoïdes, tronquées au sommet. — Cette herbe, quand elle est

circonscrit par une lige verte, enveloppées chacune séparément d une mem­

jeune et tendre, constitue un bon fourrage. — Vit en société dans les savanes
herbeuses, le long des routes : Camp-Jacob, Gourbeyre, Montéran, Trois-

brane mince, solide, qui représente l'endocarpe, lui-même entouré d une

Rivières, Lamenlin (Ravine-Chaude et savanes voisines), Sainte-Rose, etc.

rinier est un arbre des plus utiles qui joue un grand rôle dans la médecine

Alt. 50-700 met. [N°* 2625, 3060.]

domestique. Les feuilles sont acidulés : jeunes el employées en infusion, elles

M a r tin iq u e.

Vulgo : Petit balai-savane, petite dioline. — Abondant : savane

entre Case-Pilote
[N° 1121.]

et Fort-de-France,

Lamentin,

Ducos,

Robert,

etc.

C.

pulpe noirâtre qui est le mésocarpe. — Fl. en juin ou juillet. — Le tama­

calment les inflammations des yeux ; l’écorce est bonne contre l’asthme; la
pulpe est un purgatif doux, que tout le monde connaît; avec du sucre, on
en prépare une limonade rafraîchissante et légèrement laxative; avec la même
pulpe, on prépare encore des confitures agréables. Mêlée avec un peu de sel

N o t a . — La plupart des casses, surtout les
bicapsularis , oblusifolia ,
nicticans el glandulosa, ont des feuilles mobiles qui se ferment pendant la

de cuisine, celte pulpe forme un tonique dont on se sert en friction contre les

nuit, et quand il pleut durant le jour.

douleurs rhumatismales. Le bois est très dur, mais n'est guère utilisé ni pourla
construction ni pour la menuiserie. — L'arbre pousse lentement et, comme

Cassia

Le
speclabilis D. C., arbre d'assez grande taille, à fleurs jaune vif, en
panicules larges, dressées, à gousses pendantes, est cultivé au Jardin bota­

on a remarqué que rien ne vient à son ombre épaisse, on en a conclu que

nique de Saint-Pierre cl sur quelques habitations de File : sa patrie est le
Mexique. |\° 826.]

longtemps sous un tamarinier, quand on est en sueur. — Originaire des

Tamarindus

L. (de l'arabe « lainar » , datte, e( « hindi », indien, c’est-à-

son voisinage est malsain; la vérité, c’est qu'il est dangereux de s’arrêter
Indes Orientales; naturalisé dans toutes les parties chaudes de l’Amérique.
[N° 2618.]
M artinique . Vulgo : Tamarinier. [N ° 1126.]

�238

PLÀNfF.S DP. LA (iÜADELOÜPP PT DP LA

239

CÆSAL 1&gt;I NIEES

MARTINIQUE

Bauhinia L

(dédié aux deux frères Bâlois, Jean Bauhin ( 1541-1613), médecin

Hymenæa L. (du grec « humenaios », chant, nuptial, mariage, parce que
les deux folioles, éloignées l’ une de l'autre pendant le jour, se rapprochent

du duc Ulrich de W urtem berg, et Gaspar Bauhin (1560-1624), professeur de

pendant la nuit.)

médecine à Bâle. Tous deux ont bien mérité de la botanique.)

H. Cour/ian'l L. Yulgo : Courbaril (mot tiré de la langue des Indigènes de
l’Amérique du Sud.) Desc., vol. Y , t. 359, p. 208. — Un des plus beaux et

B.

K ru g ii Kr. et U rb .; Bauhinie de Krug. Yu lgo : Petit flamboyant. —

Petit arbre essentiellement ornemental, n’excédant guère 6 mèt. d’éléva­

des plus grands arbres des Antilles, à fronde majestueuse, large, arrondie, à

tion, plus ou moins droit, à écorce grise, à branches très divariquées : les

tronc droit, cylindrique, peu anfractueux à la base, à feuillage d’un vert
sombre et agréable, à branches nombreuses, très rapprochées et richement

inférieures, horizontales ou penchées. Feuilles alternes, palminerviées, rondâtres, tronquées à la base, un peu plus larges que longues, bilobées, à lobes

feuillues : les inférieures, très étalées, horizontales et souvent penchées, à

courts, obliquement arrondies. Fleurs larges, en corymbes nombreux, pau-

écorce épaisse, raboteuse, d’un roux noirâtre. Feuilles alternes, bifoliées, à

ctllores, terminaux et axillaires ou réunies par 2, et situées à l’extrémité des

folioles coriaces, luisantes, obliquement oblongues-lancéolées, très inégales

rameaux ; calice vert, à tube allongé, obconique, creux, renfermant le support

à la base, munies d’un certain nombre de grands points transparents, très

de l’ovaire, en se prolongeant inférieurement sur une longueur de 2-3 cm.,

visibles, avec une infinité d’autres, invisibles à l’œil nu. Fleurs d'une odeur

pubescent en dehors et terminé, au sommet, par une bractée large, spathi-

suave, en grappes corymbiformes, terminales, bractéolées; calice urcéolé-

l’orme et bifide à l’extrémité, pubescente en dehors et verte ou blanc verdâtre

campanulé, ligneux, à 4-5 segments caducs, ovales, imbriqués, pubescents,

en dedans, renfermant complètement la fleur avant son éclosion; pétales 5,

tombant d’ une seule pièce en se détachant de bas en haut; corolle blanche,

larges, subégaux, insérés au sommet et sur le bord du tube élargi du calice,

à 5 pétales presque égaux, ovales-oblongs, très blancs, très concaves, insérés,

à limbe obovale et arrondi au sommet, passant assez brusquement à un onglet

avec les étamines, au sommet du tube du calice et alternant avec ses lobes;

très long : 3 de ces pétales sont finement ponctulés-striés de rose tendre sur

étamines 10, libres, subulées, à filets filiformes, à anthères oblongues, longi­

fond blanc pâle; le 5e et l’inférieur sont fortement panachés-striés de carmin

tudinalement

déhiscentes; ovaire stipité; style subulé; stigmate obtus;

foncé, ce qui tranche nettement avec la couleur des autres; étamine fertile 1,

pédicelles courts, à i angles obtus. Gousses indéhiscentes, longues de 10-15

blanche, subulée, ascendante, vigoureuse, cylindrique-lancéolée, s’amincis­

cm. sur 5-6 cm. de large et sur une épaisseur d’environ 2 cm., ruguleuses,

sant graduellement vers le sommet, longue de près de 4 cm., presque aussi

chagrinées, ligneuses, dures, arrondies au sommet; semences ovoïdes, à lesta

longue que les pétales : les autres étamines manquent complètement ou se

dur comme la pierre, nichées dans une pulpe sèche, farineuse et jau nâtre.—

trouvent représentées par 1-5 filaments capillaires,

Le courbaril est un végétal utile : son trohc, droit, peut mesurer jusqu’à 1m80

anthères; anthères noires; style robuste, subulé; stigmate terminé par deux

de diamètre; il fournit des arbres de couche et des rôles pour les moulins,

lamelles épaisses ; ovaire arqué, ascendant, longuement stipité ; stipe dont les

etc.; le bois ressemble beaucoup au mahogani, mais il est plus dur, plus

trois quarts inférieurs sont renfermés dans le tube du calice. Dans un grand

résistant, sa texture est fibreuse et enchevêtrée; il ne se fend presque jamais

nombre de Heurs, l’ovaire n’est pas fécondé ou

et se conserve indéfiniment. En dehors des usages déjà indiqués, il est géné­

Gousses longues de 16-22 cm. sur 2-2,3 cm. de large, tardivement déhis­

ralement employé pour les meubles. 11 laisse exsuder une gomme-résine

centes, mucronées, coriaces-ligneuses, polies, convexes-comprimées, droites,

le plus souvent sans

fait complètement défaut.

noirâtre, qui brûle comme le camphre; elle serait, selon Descourtilz, aroma­

légèrement imprimées entre les semences; semences 2-6, transversalement

tiq u e1. — Fl. en juin et ju illet: la floraison ne dure guère plus de quinze

situées, noires, polies, comprimées-ovoïdes, nichées dans une pulpe farineuse,

jours; les fruits restent sur pied pendant plus d’une année. — Assez abondant

brune, peu copieuse; funicule court, noir, portant, à son point d'attache à

dans la région inférieure de la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre.

la graine, un prolongement pointu; pédicelles robustes, cylindriques, arti­

Alt. 0-550 mèt. [N° 3044.]

culés près du sommet, bibractéolés à la base. — Fl. en juin et juillet. —

M artinique . Vulgo : Courbaril. [N ° 1525.]

Originaire des Indes Orientales; naturalisé et cultivé fréquemment dans les

Natu­

I.

MM. les professeurs Heckel et SchlagdenhautFen ont public en 1888, dans le
un travail détaillé sur ce végétal, sur son fruit et sur sa résine. La résine, extraite
des racines par incision, est employée à la Guyane en liniment contre les rhumatismes.
L ’écorce y est réputée purgative et carminative à petite dose en infusion. La résine
fraîche est un topique de toutes les plaies: on l’emploie aussi comme celle du cèdre blanc
(Icica
Au bl.). C’est la ré s in e a n im é te n d re
ou c o p a l du
,
de C a y e n n e . (E. IL )

raliste,

copal

allissima

d'Amérique

Brésil

cours, les jardins et autour des habitations : Basse-Terre (ville et banlieue),
Pointe-à-Pitre, Moule, Gourbeyre, Camp-Jacob, etc. [N ° 2619.]
M

a r t in iq u e .

Vulgo : Petit flamboyant. — Assez abondant dans les jardins et

autour des habitations : Saint-Pierre (ville et banlieue), Fort-de-France,
Lamenlin, Prêcheur, Marin, etc. [X ° 1022.]

�240

Le

PLANTES

Bauhinia

L)P.

LA

C ÜA DE L OU P E

fit

DK

LA

MART I NI QUE

241

m im o s e e s

tomenlosa L., vulgo : Fleur du Sacré-Cœur, arbrisseau droit,

haut de 2-3 met., à fleurs grandes, d'abord blanc jaunâtre, ensuite blanches,
puis rose pourpre, esl cultivé dans divers jardins comme plante d ’ornement.
[N ° 3046.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Fleur du Sacré-Cœur. — Marin, Saint-Pierre, etc.
X° 1123.] — Le

B. megalandra Gr.,

grand arbuste très toulîu, est cultivé

au Jardin botanique de Saint-Pierre. [N ° 1124.]

T R O IS IÈ M E T R IB U . — M IM O S E E S .

Entada Ad. (nom de la plante à Malabar.)
E.

Schnella Radd. (dédié à Schnell.)

scandons Benth.; Fnlada grimpant. Vulgo : Liane-ouaoua, liane-bœuf.

Tuss., F L , III, 21; Desc., vol. III. t. 200, p. 226. — Gigantesque liane, à

S. splendens Benth., Bauhinia Outinioulou Aubl.; Schnelle à fleurs splen­

tronc droit, élevé, mesurant jusqu'à 70 cm. de diamètre, cylindrique, à

dides. Vulgo : Liane-boudin tordu. Aublt., t. 144. — Puissante liane, dont
les branches s’étendent au loin et s’étalent fièrement sur les cimes des arbres

branches extrêmement allongées, montant sur les arbres voisins, les cou­
vrant com plètem ent, retombant ensuite, pour prendre racine et remonter

les plus élevés, à tige complètement nue dans le bas, très aplatie, de 7-9 cm.

plus loin, sur d’autres arbres, de manière à occuper un espace considérable,

de large, sur une épaisseur de 3-12 mm., anfractueuse, à jeunes branches

à écorce noirâtre, ruguleuse, à branches striées, à jeunes rameaux munis de

cylindriques, à rameaux flexibles tournant autour des branches des autres

vrilles doubles, portées sur un long pédoncule. Feuilles paripennées, longue­
ment pétiolées, à pétiole commun noir et épaissi à la base, à 2-3 paires de

arbres pour trouver des appuis. Feuilles larges, plus larges que longues,
coriaces, palininerviées, à 9 nervures, bilobées, à lobes pointus ou subarron­
dis, peu profonds : les adultes, glabres des deux côtés; les jeunes, garnies
d’un duvet court, doré-argenté’ pétioles de longueur très variable, con­
tournés et jouant le rôle de vrilles. Fleurs très belles, rouges, en grappes
simples, allongées, terminales; tube du calice campanulé, à 5 lobes obtus;
pétales pubescents en dehors, inégaux : le plus large, obové, deux fois plus

folioles, petites, fermes, oblongues ou elliptiques-oblongues, inégales à la base,
luisantes. Fleurs régulières, blanc pâle, polygames, petites,en grappes minces,
pendantes, souvenbtrès allongées, solitaires, quelquefois géminées, axillaires!
naissant à l’aisselle des feuilles, tout le long des rameaux ; calice à 5 dents;
étamines 10; anthères ovoïdes, oblongues, munies d'une glande. Gousses
indéhiscentes, pendantes, longues de 0 u,8 0 - l m2 0 (rarement plus longues) sur

long que le calice; étamines 10, distinctes, toutes fertiles, insérées, avec les

10-12 cm. de large, ligneuses, sinuées entre les semences, aplaties, renflées à

pétales, près de la base du calice; ovaire sessile; stigmate capité. Gousses

l’endroit des graines, contenant autant d'articulations transversales qu il y a
de semences et pouvant se détacher en laissant intact le cordon ou le prolon­
gement du pédoncule, qui forme autour de la gousse un cadre complet ;

bivalves, déhiscentes, très comprimées. — F l. en juin, juillet. — Assez abon­
dant dans les bois secs de Gourbeyre (mornes Goblin et Dos-d’Ane), dans les
De la tribu des Cæsalpiniées, on cultive au Jardin botanique de la M arti­
nique et sur beaucoup d’habitations des {liantes introduites, très ornemen­

semences jusqu’ à 12, rondàtres, comprimées, larges de 5-6 cm. sur une épais­
seur de 2 cm., polies, à testa crustacé, brun noir. — Les jeunes graines
peuvent se manger rôties, bien qu’elles soient amères; dans les campagnes,

tales, dont les principales sont :

on en fait, après avoir

forêts entre la Pointe-N oire et la Ravine-Chaude, etc. ’ N° 3222.]

Brownea

B.

grandiceps Jacq., vulgo : Rose de Venezuela [N ° 1129], et
Itosa Berg., vu lgo: Rose de Venezuela [N° 1132],tous deux arbres de grande
taille, originaires du Venezuela;

Ionezia Asoca Roxb., petit arbre de l’Asie tropicale [N ° 1130];
Swartzia tomenlosa Aubl. Aubl., t. 59; De Candolle, Lég., t. 59. [N°

Copaifera o/pcmalis Jacq.

arbre de la Dominique

et de la

cotylédons blancs

et

éburnés, des

boisés, marécageux ou secs du Lamenlin, de la Goyave, de Baie-Mahault,

la Régale et des hauteurs de Sainte-Luce. En 1889, il n'existait plus qu'un
seul pied de cet arbre intéressant dans les bois de Sainte-Luce, près de 1 ha­
1127),

bitation M ontravel. [N° 1153.)
E.

petit

les

etc. — Il fleurit en octobre et novembre. N° 3530.j
M artinique . Vulgo : Liane-ouaoua. — Autrefois abondant dans les bois de

petit arbre originaire de la Guyane.
S. grandiflora W .,
[N ° 679] ;

enlevé

petites bourses et des tabatières. — Çà et là dans les falaises et endroits

Trinidad

polyslachga D. G. ; Entada à nombreux épis. Vulgo : Liane à agoutis. De

Candolle, Lég., I. 61 et 62. — Forte liane, à tige cylindrique-anfractueuse,
d’un diamètre de 10-15 cm., à rameaux pourvus de vrilles, à racines tra­

Vulgo :Copahu, Coumarouna, dont le suc oléo-

résineux donne le baume de Copahu, originaire du Brésil. [N° 1128.]

yantes, grosses, formant des nœuds très grands, spongieuses et blanchâtres
en dedans. Feuilles deux fois composées-pennées, à 4-6 paires de pennes,
Düss. — Plantes

Guadeloupe et M artinique .

16

�242

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DE LA MAR TINIQUE

MIM OSEES

contenant 6-8 paires de folioles, petites, oblongues, arrondies au sommet ou

243

autres parties du péricarpe; les graines se montrent en dehors et restent

légèrement échancrées, et très souvent mucronées, très pâles ou blanchâtres

longtemps attachées, pour faire admirer leur belle couleur. — Fl. en juin

en dessous, inégales à la base et obliquement insérées. Fleurs blanchâtres,

et juillet. — On ramasse souvent les graines [jour en fabriquer des bracelets,

en panicules terminales, longues de 20-25 cm., composées d un très grand

des colliers, etc. — Originaire des Indes Orientales; naturalisé et abondant
dans nos deux colonies. A lt. 0-400 mèt. [N "s 3225, 3532.]

nombre de petites grappes secondaires, spiciformes, souvent unilatéralement
situées. Gousses encadrées d'un cordon filiforme (prolongement et démembre­
ment du pédoncule), très aplaties, longues de 12-18 cm. sur 6-7 cm. de large,
indéhiscentes, membraneuses, transversalement articulées, à articulations
libres, en forme de parallélogramme, et se détachant en laissant le cordon
intact ; semences longues de 15 cm. sur 7 mm. de large, obovoïdes, compri-

M artinique . Vulgo : Graines rouges, arbre à graines rouges. — Prêcheur,
Carbet, Trois-Ilets, Macouba, Trinité, etc. A été introduit au Jardin bota­
nique, d’où il s'est répandu dans le pays. [N°820.J

Pentaclethra

mées-convexes, lisses, brunes, marquées d'un aréole elliptique, circonscrit

Le
filamentosa Benth., grand arbre, originaire de la Trinidad
et de la Guyane, à feuilles très larges et très belles, deux fois composées-

par un petit sillon. A la maturité, l épicarpe se détache par plaques du méso-

paripennées, de 10-20 paires de pennes, ornées de 30-50 paires de folioles,

carpe. — Les racines coupées par morceaux et mises dans l'eau froide ne

très rapprochées et luisantes, est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre,

lardent pas à produire une masse d’écume ( s&lt;iponinc‘?) : celte eau est un des

d où il s est répandu dans 1'ile ; il pousse déjà spontanément dans plusieurs
endroits, aux environs de la ville. N° 1I52.J Les graines doivent être grasses
(à vérifier).

meilleurs diurétiques-rafraîchissants qu’on connaisse; dans le pays, on en
fait grand usage. — V il dans les monceaux de pierres du littoral et sur
les mornes inférieurs : bord de mer de la Basse-Terre au B aillif et de la

Neptunia

L. (de «

Neptune

», dieu des eaux, parce que ces plantes

Basse-Terre au Vieux-Fort, Capesterre (Guadeloupe), Pigeon, Deshaies, etc.

recherchent habituellement le milieu aqueux.)

[N° 3029.]

plena Benth.; Neplunie pleine. Vulgo : Pompon jaune. — SulFrulescent,
glabre, haut de O0070-1m80, droit ou tortueux, ordinairement peu branchu

M

a r t in iq u e

.

Vulgo : Manioc-Lachapelle. — Mornes du Jardin botanique,

Basse-Pointe, Grande-Rivière, Macouba, Trois-Ilets. [N° 1154.]

et peu feuillu, à rameaux comprimés. Feuilles bipennées; à 3-5 paires de

Adenanthera L. (du grec « aden », glande, et « anlhera », fleur, allusion à la
glande qui termine les anthères.)

Grand

arbre

à branches peu nombreuses,

à la base, pointues ou mucronées au sommet. Fleurs jaune vif, en capitules

étalées

obovales, très longuement pédoncules, axillaires; pédoncule arqué portant

horizontalement, à écorce lisse, grisâtre. Feuilles deux fois composéesparipennées, larges, à 3-4 paires de pennes, distantes, portant 5-13

mucronées; calice à 5 dents : Heurs inférieures du capitule, stériles, avec des

paires

de

—

pennes, portant 12-40 folioles irritables, délicates, linéaires-oblongues;
pétiole long, garni d'une glande large, elliptique, sessile, entre la première
paire de pennes; stipules plus ou moins larges, obliquement insérées, cordées

A. p&amp;vonina L. ; Adenanthère pavonine. Vulgo : Arbre à réglisse, arbre
graines réglisse.

N.

folioles alternes, également

distantes, ovées

ou

1-4 bractées, irrégulièrement distancées, larges, cordiformes, ovales, poinlues-

ré tu ses au

filets pétaloïdes*et longs; étamines fertiles 10, avec des anthères noires et

sommet, sublronquées à la base. Fleurs régulières, jaunes, en grappes

surmontées d'une glande slipitée. Gousses stipitées, arquées, inlléchies, mu­

axillaires, confinées aux extrémités des branches et longuement pédon-

cronées, longues de 4-5 cm. sur 5-7 mm. de large, comprimées-convexes,

culées; calice à 5 dents; pétales 5 ; étamines 3, incluses, à anthères
munies d une glande slipitée, terminale. Gousses longues de 20-25 cm.

ordinairement au nombre de 4-6, imprimées entre les semences obovoïdes,

sur 14-16 mm. de large, recourbées en forme de faucille, déhiscentes,
imprimées à l’endroit des graines, rétrécies à la base, pointues au sommet;

noires, lisses, transversalement situées.— Assez abondant à la Grande-Terre,
sur les bords des étangs et des mares. — Il arrive parfois que ces plantes
vivent complètement dans l'eau. Les parties inférieures des tiges deviennent

semences 3-8, laissant des espaces vides entre elles, rondes, biconvexes, très
luisantes, d’un rouge écarlate, très vif L Après la déhiscence, les valves se

déracinés fibreuses. — Moule (étang du C ocover), Gozier. Lamentin, Baie-

tordent et tournent en spirale; l’endocarpe, blanc en dedans, se détache des

Mahault, Marie-Galante, Port-Louis, etc. [N os 3030, 3527.
M artinique . Vulgo

jé q u irity,

1. Ces graines, suas le nom de faux
ont clé étudiées en détail par MM. Ileckel et Schlagdenhauffcn, dans un travail qui a paru au journal de pharmacie de Reebcr,
le
(Genève, 1882 . Elles se substituent quelquefois aux graines d Abrus
-

Progrès

lorius L.

alors spongieuses, très larges, et aux aisselles des feuilles il pousse des touffes

preen

: Pompon jaune. — Vauclin, Marin, Sainte-Anne.

[N os 830, 831.]

Desmanthus

\V. (du grec « desnié », lien, fascicule, c'est-à-dire fleurs réu­

nies en capitules.)

�D. t'irgalus W ., variété slriclns Benlh.; Desmanthe à baguettes. \ ulgo :
Petit acacia. — Sous-arbrisseau, droit, haut de 0UI30-111180, à une seule ou
plusieurs tiges cylindriques, souvent très branchues, slriées-anguleuses, noi­

fois eomposées-paripennées. à 1-2 paires de pennes, très rapprochées, de
manière à simuler une feuille palmée, portant 15-25 folioles oblongueslinéaires, pointues, ciliées sur les bords; pétiole secondaire garni de poils

râtres et lisses. Feuilles deux fois eomposées-paripennées, à '2-1 paires de

roux, sétacés; pétiole commun comprimé, glabre, souvent muni de spinules;

pennes, comptant 10-23 paires de folioles linéaires ou oblongues-linéaircs;

stipules ciliées-frangées. Fleurs pourpres, ou purpurines, plus rarement
blanches, en capitules ovoïdes, axillaires, pédonculées, réunis par 2-3; pédon­

pétiole principal muni d une glande aplatie el rougeâtre, entre la première
paire de pennes; stipules obovales-sétacées. Fleurs blanches en capitules
pédoncules, axillaires, situées dans les parties supérieures des rameaux;
calice à 3 dents; pétales subdistincts; étamines 10; anthères ovoïdesoblougues, sans glandes. Gousses réunies le plus souvent par 4-5, longues de

cule souvent poilu, aussi long ou souvent plus long que le pétiole commun;
calice avorté ou rudim entaire; étamines 4 ou 8, trois ou quatre fois plus
longues que les pétales. Gousses indéhiscentes, longues de 12-18 mm. sur
3 mm. de large, sinuées, imprimées entre les graines, à 2-4 articulations,

4-0 cm. sur 2-3 mm. de large, sessiles, mucronées ; semences 10-25, ovoïdcseomprimées, noires, polies, longues de 2 mm. — Très abondant dans les hal-

convexes, orbiculaires, se détachant, à la maturité, du cordon qui les encadre
et qui est hérissé de soies rigides, jaunâtres et droites; semences lenticulaires,

licrs el dans les savanes sablonneuses de la région inférieure : Monléran,

brunes, comprimées-convexes. Cette plante est célèbre à cause de l’irrila-

Vieux-Fort, Trois-Rivières, Sainte-Rose, Deshaies, etc. [N u 2630.J

bililé de scs feuilles. — La racine de la sensitive est purgative, émétique et en
même temps a lexitère; dans le pays, on se sert uniquement de la décoction

M

a r t in iq u e

.

Vulgo ; Petit acacia, pompon blanc. — Abondant ; Parnasse,

environs de Saint-Pierre, savanes de Ducos, hauteurs de la Rivière-Salée,
etc. X° 1150.

de la racine en gargarisme contre l’irritation de la gorge et contre la coque­
luche, en y ajoutant un peu de miel pour corriger son astringence. —
Répandu dans toutes les Antilles, jusqu'à une altitude d’environ 700 met.

D. depi'essus Ivth. ; Desmanthe à tiges couchées. Vulgo : Acacia courant.
— Suiïrulescenl et frutescent, glabre, couché, long de 40-70 cm., à racines

[N ° 3034.]

pivotantes, allongées, fortes, à tiges très nombreuses, cylindriques dans le
bas, subtétragones dans le haut el souvent ascendantes aux extrémités.

[N* 11414.]

M artinique . V u lgo : Am ourette, Marie-honte, sensitive, zherbe-z’amuser.

Feuilles à 3 paires de pennes, portant 8-12 paires de folioles, très petites,

M. casta L. ; Mimeuse chaste. Vulgo : Zamourette. Desc., vol. II, t. 119,

linéaires, obtuses. Fleurs blanches, en capitules pédonculés, peu nombreux,

p. 203. — SulTrutescent, grimpantou rampant, glabre, à tiges, rameaux, pédon­

axillaires et terminaux; pétiole commun muni d une glande arrondie, entre la

cules et pétioles armés de piquants jaunes ou jaunâtres, élargis à la base,

dernière paire de pennes ; calice tritîde, pétales linéaires-oblongs, deux fois

droits ou recourbés, placés à rebours. Feuilles irritables, à 1 paire de pennes,

aussi longs que le calice; étamines deux fois aussi longues que les pétales;
pédoncule presque aussi longque les feuilles. Gousses de 4 cm. de long sur

longues de 5 cm., divergentes, munies de 3-5 paires de folioles opposées,

2 mm. de large, droites, pointues au sommet, contenant 8-15 semences
ovales, noirâtres. — Les bestiaux sont friands des feuilles et des jeunes tiges.
— Assez abondant dans les savanes sablonneuses, sèches, oü il forme souvent
gazon : Désirade (abondant , les Saintes (T errc-d e-IIa u t), Baillif, environs

oblongues, semi-elliptiques, coriaces, pointues, marginées, garnies de poils
rigides et couchés, surtout sur les bords; pétiole commun plus long que les
pennes. Fleurs purpurines, ou blanches, en capitules axillaires et termi­
naux : les axillaires, solitaires; les terminaux, en grappes corymbiformes.
Gousses longues de 3 cm. sur un peu plus de 12 mm. de large, droites, membraneuses-coriaces, arrondies aux extrémités, à 3-4 articulations se déta­

de la Basse-Terre, Vieux-Habitants, etc. N° 3032.
M artinique. Vulgo ; Acacia-terre. — Assez abondant dans les savanes des

chant isolément du cadre fibreux hérissé de piquants jaunes, droits ou plus

environs de Fort-de-France, de FAdillon, de Case-Navire, etc. [N ° 1151.

souvent recourbés en crochet ; semences comprimées, obovoïdes, marquées,
de chaque çôté, d'un aréole circonscrit par une ligne blanchâtre. — Assez

Mimosa L. (du latin « mimus », pantomime, comédie, allusion à la contrac­
tion des feuilles quand on les touche.)
M . pudica L. ; Mimeuse pudique. Vulgo ; Sensitive, zerbe-mamzellc, hon­
teuse femelle. Plum., édit. Burin., t. 202. — SulTrutescent, à tige herbacée,
grêle, rampante ou ascendante, parfois grimpante, peu branehue, à tige el
rameaux armés de piquants jaunâtres ; les uns, infra-stipulaires, au nombre
de deux; les autres, caulinaires el habituellement plus petits. Feuilles deux

répandu dans la basse région de la Capesterre (Guadeloupe', de la Goyave,
de Sainte-Marie, du Petit-Bourg. N° 3763. j
M artinique . Vulgo ; Am ourette. — Abondant : environs de Saint-Pierre,
Trou-Vaillant, Carbet, Trois-Ilets, Prêcheur, Trinité, etc. N° 1147.J
M. camporum Benth. ; Mimeuse des champs. Vulgo : Sensitive, petite
amourette. — SulTrutescent, droit, très branchu, haut de 50-90 cm., rarement

�246

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

plus haut, hérissé de lotîtes paris do spinules droites, blanchâtres, et de poils
droits et roux. Feuilles pétiolées, à 5-7 paires de pennes, contenant de 18-30
paires de folioles très petites, pubescenles, sensitives, linéaires, obtuses au
sommet. Fleurs pourpres ou purpurines, ou (si elles se trouvent à 1 ombre)
blanches, en capitules ovoïdes, disposés en grappes axillaires et terminales :
ces dernières sont allongées et interrompues, (rousses longues de 7-11 mm.
sur 3 mm. de large, poilues, arrondies-poinlues aux deux extrémités ; articula­

247

MIMOSÉES

Feuilles longuement pétiolées, à 5-6 paires de pennes, pétiolées, distantes,
portant 2-3 paires de folioles également distantes et pétiolées, obovales,
arrondies au sommet et à la base, très glauques en dessous ; pétioles secon­
daires filiformes, noirs avec ou sans piquants. Fleurs purpurines, en capitules
globuleux, petits, disposés en grappes lâches, axillaires et terminales : les
dernières, souvent très allongées; corolle trilide. Gousses longues de 5-6 cm.

tions 2-3 se détachant du cordon-cadre, qui, après la chute des articulations,

sur 2 cm. de large, obovales, non articulées, noires, membraneuses, à bords
formant cadre et armés de 8-10 piquants subulés, courts, placés à rebours;

se rompt au sommet; semences noires, obovoïdes, comprimées. — Fl. en
juin, juillet. — Peu répandu : environs de Saint-Pierre, sur les bords des

semences 3-5, longues de 2 mm., brunes, comprimées. — Endroits secs, pier­
reux et calcaires : Moule (environs de l’habitation M alettre), Vieux-Fort.

chemins des champs de canne, entre l’ Flise de la Consolation et l ’habitation

Gourbeyre (morne Dos-d'Ane), Le Baillif, Vieux-Habitants, Pigeon, Bouil­

Périnell; çà et là dans les champs du Trou-Vaillant. — C elle espèce a dû être

lante. — Fl. en septembre et octobre. [ N ° 3033. i
M artinique . Yulgo : Amourette grand-bois, croc-chiens.— Abondant dans
les hauteurs des Trois-Ilcls, de la Régale, de Case-Pilote, etc. N° 1146.

introduite avec les engrais. [N ° 11 -48., — Elle n'est pas à la Guadeloupe.
M. asperata L. ; Mimeuse rude. Yu lgo : Am ourette-rivière, zamourette vio ­
let. — Arbrisseau très ornemental, haut de 1"’ 50 à 3 met., habituellement
droit, à branches nombreuses, distiques, à lige, jeunes branches, pétioles,
rachis hispides-rugulcux et garnis de piquants acérés, subulés, à pointe noire ;
ceux de la lige, plus grands et latéralement élargis à la base ; ceux des pédon­
cules et des pétioles, plus petits. Feuilles à 8-15 pennes, pourvues de 20-60

Schrankia

L. (dédié à l'ex-Jésuile allemand

Schrank '1747-1835], né à

Varnbach en Bavière, professeur d’agriculture cl de botanique économique
à Ingolstadt, directeur du Jardin botanique de Munich; a laissé un grand
nombre d’ouvrages de botanique.)

S.

leptocarpa D. C .; Schrankie à fruits longs et minces. Yu lgo : Sensitive.

folioles très petites, très rapprochées, linéaires, obliquement pointues au
sommet, glabres en dessus, hispidulées en dessous; pétiole commun garni de

— Sulîrutescent, ressemblant beaucoup, quant au port, au feuillage et aux

piquants larges insérés par paires sur les parties qui séparent les pennes, et

fleurs, à la sensitive ordinaire, à racines tubériformes, à tiges et branches
quadrangulaires, armées, ainsi que le pétiole commun, d’aiguillons crochus.

d'une spinule dressée, subulée, entre chaque penne; stipules subulées. Fleurs
purpurines, en capitules larges ovoïdes-allongés, géminés, pédonculés,

Feuilles irritables au même degré que le

Mimosa

pudica, à 2-3 paires de

alternes, formant une large grappe feuillue, terminale et allongée; étamines
en nombre double des pétales; pédoncules hispides, ruguleux, longs de 23 cm.

pennes, contenant 12-20 paires de folioles linéaires, obliquement insérées.

Gousses longues de 6-7 cm. sur 8-9 mm. de large, mucronées, très arquées,
hérissées de toutes parts, mais surtout sur les bords, de poils très roux, impri­

pédonculées; étamines libres, 8-10. Gousses très droites ou parfois légère­

mées entre les 20-26 articulations étroites, lesquelles tombent sans entraîner

valves hérissées sur les bords de piquants jaunes, subulés, très acérés, et ter­

le cordon encadrant qui forme un rebord de chaque côté ; semences brunes,

minées en une longue pointe aiguë; pédoncule vigoureux, long environ de

Fleurs purpurines, en capitules axillaires, presque toujours solitaires, petites,
ment arquées, longues de 6-9 cm., tétragones-sillonnées, s’ouvrant en quatre

ovoïdes-allongées. — Fl. en avril, mai. juin. — Le long des rivières de la basse

1 cm. ; semences obliquement tronquées-sublétragones, longues de 2 mm.,

région et dans les endroits aquatiques voisins des cours d'eau : Ravine-

situées longitudinalement. —

Chaude rivière Bras-dc-Sable), Lamenlin, Baie-Mahaull. N os 3228, 3418.]

Abondant dans les savanes entre Fort-de-France et Case-Navire, surtout sur

Yulgo : Amourette-rivière. — Bords d e l a rivière d u Carbet
(cours inférieur), rivière des Pères, rivière sèche, rivière d u Prêcheur, etc.

l'habitation Sainte-Catherine et aux environs du Marigot. N° 1036.J— Je ne

M

a r t in iq u e

.

[N° 910.]

M. ceralonia L .; Mimeuse à épinescorniculées. Yulgo : Amourette, grallejambe, croc-chiens. — Puissant arbrisseau-liane, ornemental, grimpant aune
grande hauteur et couvrant les arbres de ses branches et de ses belles fleurs,
à tige très tortueuse, plus ou moins cylindrique, à rameaux slriés-anguleux,
à tige, branches, rameaux et pétioles armés de piquants noirs, subulés ou
droits, placés à rebours cl latéralement élargis à la base, de grandeur variable.

Fl. en septembre, octobre et novembre. —

l'ai pas vu à la Guadeloupe.

Leucæna

Benth. du grec « leucaïno », blanchir, allusion à la couleur des

fleurs, qui sont presque blanches.)

L.

ijlauca Benth.; Leucame à feuilles glauques. Yu lgo

bâtard, macata.

(Mimosa

L.,

Acacia

; Monval,

tamarin

\Y.) — Arbrisseau ou petit arbre peu

branchu, à tronc nu, à branches étalées, à tiges couvertes de petites écailles
et de lenlicelles roussâtres, à rameaux, pétioles, pédoncules finement pubes-

�248

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

249

MIMOSÉES

cents ou comme saupoudrés d'une poussière blanche. Feuilles de 8-13 cm. de
long, à 8 paires de pennes, portant 10-20 paires de lolioles oblongueslinéaires, obliquement pointues, obliques à la base, glabres, glauques en
dessous; pétiole commun chargé, au milieu, d une glande large, sessile, apla­
tie. Inflorescence axillaire et terminale, en capitules globuleux, larges,
presque blancs, formant ensemble une grappe lâche; calice à .) dents; éta­
mines 10. Gousses stipilées, longues de 12-17 cm. sur 2 cm. de large, glabres,
déhiscentes, très aplaties, atténuées à la base, pourvues d'un bec court et

&lt;1ifTère par ses branches toujours sarmenleuses, plus grêles et blanchâtres,
par ses folioles plus étroites et plus nombreuses, par ses piquants beaucoup
plus étroits, plus courts cl souvent réduits à de petites spinules, par ses capi­
tules plus pet ils, plus nombreux, scs grappes plus larges, par ses pédoncules
plus courts et non enveloppés dans des bradées, ou ayant des bractées rudi­
mentaires ou avortées, par ses gousses plus étroites et un peu plus longues.
— Surtout abondant le long des rivières, jusqu’à une altitude de 180 rnèt.,
depuis la Basse-Terre jusqu'à Deshaies, et de la Basse-Terre jusqu'à la Capes-

recourbé au sommet; semences 12-22, transversalement placées, obovales-

terre (Guadeloupe), Marie-Galante, les Saintes, et dans toute la Grande-

elliptiques, brunes, luisantes, attachées à un funicule filiform e et droit. — On
se sert des graines pour fabriquer des petits travaux d'art, comme bourses,

Terre. ! X° 3041. |
M artinique . Yu lgo : Am ourette, fleurs d’amour, fleurs du bien-aimé. —

porte-montres, bracelets, etc. — Très commun dans les terres inférieures,
sèches et sablonneuses de toute la Guadeloupe, de la Grande-Terre et des
dépendances. Alt. 0-350 rnèt. (N° 3042.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Macatta, macatta-bourse. — Très abondant dans toute

Abondant : environs de Saint-Pierre, Fond-Coré, Canonville, Prêcheur,

(du grec « akakia », épine, pointe : la racine est dans le mot cel­

tique « ac », pointe, allusion aux épines que portent la plupart des plantes
de ce nom.)

A. lamarindifolia W . ;

A.

Acacia à feuilles de tamarinier. Yu lgo ; Côte-lézard.

Plum., édit. Burm., t. 7. — Arbrisseau tantôt sarmenteux, tantôt plus ou
moins droit, haut de f-G met., à branches allongées, à rameaux quadrangulaires, à branches et rameaux garnis de piquants noirs,' droits ou recourbés,

X" 1141.

A.

marlinicensis P r l. ; Acacia à fleurs en panicules.

; Am ourette. —

Arbrisseau sarmenteux, haut de 5-12 m èl., armé

paniculala W .,

Yulgo

File. [X ° 834.]

Acacia L.

Grande-Rivière, Case-Pilote, Marin, Trois-Ilets, etc.

de petits aiguillons crochus. Feuilles longues de 12-18 cm., à 12-17
paires de pennes, longues de 4-6 cm., portant 30-60 folioles petites,
très rapprochées, linéaires, sessiles, obliquement arrondies au sommet;
pétiole commun chargé d’ une glande à peu près à son milieu. Inflorescence en
petits capitules globuleux, très nombreux, formant une panicule terminale
sans bractées; fleurs blanc pâle ou blanches. Se distingue facilement de ses
congénères par le nombre des pennes, la finesse et le grand nombre de ses
folioles. Gousses déhiscentes, très aplaties, pointues aux deux extrémités,
très coriaces; graines 6-8, noires, très comprimées, longues de 7-9 mm. ;

à écorce presque toujours noire. Feuilles longues de 7-8 cm., à 4-6 paires de
pennes, de 12-20 paires de folioles de 3 mm. de long, oblongues, obliques à

funicule long de 3 mm.,robuste, n oir.— Fl. en mai, ju in ,ju illet. — Peu abon­

la base ; pétiole commun garni d'une glande entre la dernière paire de pennes.

dant : environs du Moule, du Saint-François, de Sainte-Anne, etc. X J 3464.
M artinique . Yu lgo : Am ourette, acacia blanc. — Abondant aux environs

Inflorescence en grappes terminales et axillaires; fleurs blanc pâle, en capi­
tules larges, pédonculés, réunis par 2-5, â pédicelles enveloppés, à la base,
de deux grandes bractées foliacées, cordées, largement ovales, pointues,
caduques ; caractère qui distingue facilement cette espèce de toutes ses congé­

de Saint-Pierre (Boulevard,

Trois-Ponts), Carbet, P rêch eu r, Trinité, etc.

A lt. 0-300 rnèt. [X ° 1140.]

A.

macrantha

II. B. K th .;

Acacia à grosses épines. Yulgo : Acacia piquant,
Petit arbre très touffu, à branches toujours divariquées,

nères ; calice à 5 lobes; corolle à 5 lobes, deux fois plus longs que ceux du

acacia-savane. —

calice; étamines nombreuses, en nombre indéfini. Gousses stipitées, sub-

horizontales, et les inférieures toujours penchées, à tronc, branches et rameaux
garnis d'épines stipulâmes, droites, acérées, très souvent blanches, surtout

oblongues, atténuées à la base, longues de 7-11 cm. sur 2 cm. de large, très
aplaties, coriaces, sèches; semences 5-8, transversalement placées. — Abon­
dant dans les quartiers secs, chauds, pierreux de toute la côte, de la Basse-

les adultes, insérées à angle droit, réunies par deux à la base. Feuilles de 12-

Terre jusqu’à Deshaies. — Fl. en août, septembre et octobre. —

A lt.

folioles, petites, linéaires, émoussées au sommet (le nombre des pennes est

.V 3261.]
. Yulgo : Grand amourette.
— Environs de Saint-Pierre, Carbet, Case-Pilote, Trois-Ilets, Marin, etc. (N ° 1145.]

très variable; dans mes spécimens, il s'en trouve jusqu'à 40 ; pétiole glandulifère. Inflorescence axillaire, en capitules arrondis, pédonculés ; fleurs jaunes,

0-150 met.
M

A.

a r t in iq u e

riparia II. B. et Kth.,

A.

sarmenlosa Desv. ; Acacia des bords des

rivières. Yulgo : Amourette. — Ressemble beaucoup au précédent ; il en

15 cm. de long, ayant de 20-25 pennes de 3-4 cm. de long. , portant 15-34

odorantes. Gousses indéhiscentes, plus ou moins moniliformes, ligneuses,
tantôt droites, tantôt courbes, sessiles, vertes, longues de 9 cm., biconvexes,
couvertes de poils rudes, très serrés et très courts, légèrement pulpeuses en

�250

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MAR TINIQUE

dedans; semences 10-13, brunes, convexes, ovales, longues de 1 mm. — Fl.
surtout en mai, juin, ju ille t.— Très abondant sur toute la côte entre la BasseTerre et Desbaies, entre la Basse-Terre et Vieux-Fort, Gozier, Moule, MarieGalante, etc. Alt. 0-250 met. [N° 3416.]
M a r tin iq u e .

Yulgo : Acacia-savane. — Rare dans les environs de Saint-

Pierre; plus abondant aux environs de Fort-de-France, notamment entre le

MIM OSÉES

2 51

sèches et pierreuses, près du littoral, entre la Basse-Terre et les Vieux-Habilants, Vieu x-Fort, Capeslerre, etc. [N ° 2638.]
M

a r t in iq u e

.

Yulgo : Acacia jaune, acacia odorant, pompon jaune. — Cul­

tivé et à l’état sauvage, dans toute nie, mais surtout au Carbet, à CasePilote, au Diamant, à Sainte-Anne, etc. [N ° 1141.]

A.

parvifolia W . ; Acacia

à

petites feuilles. Vulgo : Acacia bord-dc-mer,

collège et le fort Tartanson, le long de la rivière Madame et de la rivière de

acacia-savane. — Arbrisseau ou grand arbuste, quelque fois petit arbre,

La Dillon. [N ° 838.]

habituellement très touiru, souvent tortueux, nu dans le bas, à branches
inclinées et divariquées. Feuilles de 2-4 pennes, contenant de 10-15 folioles

A. arabica. \\\; Acacia de l'Arabie. Yulgo : Acacia de Cayenne. — Petit
arbre, plus rarement assez grand arbre, à branches inclinées, ;i rameaux

pubesccntes en dessous, finement ciliées sur les bords, linéaires, obtuses,

pédoncules, pétioles et fruits couverts d’ un duvet tomenteux, fin, blanc ou
blanchâtre. Feuilles fasciculées, à 4-8 paires de pennes, portant 10-20 paires

longues de 2-3 mm. ; pétiole commun marqué d’une glande sessile, elliptique,

de folioles oblongues-linéaires, obtuses; pétiole habituellement garni d’ une

entre la plus basse paire de pennes (quelquefois un peu au-dessous de cette
paire); pétioles secondaires finement duvetés. Fleurs jaunes, solitaires, odo­

glande, près de la base ; épines géminées, tantôt courtes, tantôt très longues,
droites, blanches. Fleurs fasciculées, à pédoncules longs, bibractéolés au

pubescentes; étamines monadelphes. Gousses longuesde 12-15 cm. sur 5 mm.

milieu. Gousses stipitées, de 7-9 cm. de long sur 13-15 mm. de large, cou­

de large, linéaires, légèrement moniliformes, arquées. Ressemble au précé­

vertes d'un duvet lin et blanchâtre. — Çà et là dans les savanes sèches des
environs de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, etc. jX l,s 2635, 3415. |

dent, avec lequel on peut le confondre de prime abord; il en cliHère surtout

M ar tiniq u e .

Yulgo : Acacia-savane. — Rare ; dans les savanes sèches de

Sainte-Anne. [N° 840.]
A. Farnesiana \Y.; Acacia de Farnèse. Y u lg o : Acacia jaune, acacia odo­
rant. Desc., vol. I, t. 1, p. 1. — Arbuste ou petit arbre, le plus souvent tor­
tueux, à branches très divariquées, d’un port peu élégant, à rameaux et
pétioles glabres. Feuilles à 4-8 pennes, chargées de 10-20 folioles obtuses,
oblongues-linéaires ; pétiole commun muni d'une glande scutelliforme, entre la
dernière et souvent entre la première paire de pennes. Fleurs jaune d’or vif,
fasciculées, fortement musquées ; étamines en nombre indéfini, subdistinctes;
épines slipulaires 2, sétacées. Gousses longues de 6-9 cm. sur 7-12 mm. de
large, fortement arquées, cylindriques, atténuées aux deux extrémités, briè­
vement stipitées ou

sessiles, terminées par un bec allongé et recourbé.

A vec les gousses vertes et la gomme qui suinte de l’arbre sans incision, en
v joignant un peu de bois de campêche et du jus de citron, on peut préparer
à chaud une encre très noire et indélébile, si on a soin de fixer la couleur
avec un peu de sulfate de cuivre ou de zinc. Le bois est dur et résiste long­
temps à l’humidité. 11 sert à faire de petits meubles. A vec les Heurs, on
prépare une excellente tisane contre les dyspepsies. Les racines, qui sont
couvertes d'une écorce brune ou noirâtre, ont une odeur d’ail très prononcée ;
râpées, elles entrent (à la Martinique et à Sainte-Lucie) dans la composition

rantes, pédonculées, à pédoncules pubescenls ; épines variables, géminées,

par la pubescence des pétioles, l'étroitesse et la longueur de scs gousses. —
FL presque toute l'année. — Abondant dans les sables secs du bord de mer.
de Saint-François, du Moule, de Sainte-Anne, du Petit-Canal, etc., et aussi
dans les mornes secs, près du littoral. X us 3037, 3525.j
M artinique . Yulgo : Acacia bord-de-mer. — Abondant, entre Sainte-Anne
et le François. [N ° 839.]

A.

Vincentis G r .,

Pithecolobium

Vincentis Benth. ; Acacia de Saint-Vin­

cent. Vulgo : Acacia blanc. — Arbrisseau tortueux, haut de 2-3 mèt., à
écorce blanchâtre. Feuilles longues de 3-4 cm., à 3 paires de pennes, de
2 cm. de long, portant 5-6 paires de folioles, de 5 mm. de long, oblongues ;
pétiole garni d’ une glande pointue, au-dessus de sa base: pétioles primaire et
secondaire, pubescents ; stipules petites, caduques; aiguillons droits, soli­
taires ou réunis par deux, dont un toujours plus grand. Fleurs en capitules
blancs, globuleux, axillaires, brièvement pédonculés ; étamines 10-12, connées à la base. Gousses longues de 12-15 cm. sur 1,5 cm. de large, plus ou
moins arquées, ligneuses, indéhiscentes, sinuées, aplaties; semences 10-15,
obovales, compriinées-convexes. — Endroits secs, pierreux des environs du
bourg de Case-Pilote ; çà et là au Yauclin, à Sainte-Anne et au Marin. A lt.
0-80 mèt. [N ° 837.] (Spécimen im parfait.) — Je ne l'ai pas trouvé à la Gua­
deloupe.

A.

Lebbeck W . ; Yulgo : Bois noir, vieille fille. Tuss., F/.,

IV, t.

29. —

des remèdes contre la morsure du serpent ; avec la décoction des gousses,

Arbre de taille moyenne, rarement grand arbre, droit, sans piquants, glabre

pilées, on peut noircir les cuirs. — FL à peu près toute l’année. — Cultivé

dans toutes ses parties, à écorce noire, presque lisse, à branches inférieures,

dans les jardins de la ville et autour des habitations; abondant dans les terres

horizontales et souvent penchées. Feuilles très larges, à 2-4 paires de pennes

�252

PLANTES

Pli

L.A GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

MlMOSEUS

253

distantes, portant 3-0 paires de folioles larges, obovales-oblongues, inégales

luisantes, elliptiqucs-ohlongues ou elliptiques-ovales, arrondies au sommet,

à la base. Fleurs en capitules, grandes, purpurines ou blanches, axillaires et
alors solitaires, ou géminées ou terminales, disposées en une sorte de

inégales à la base; pétiole commun pubescenl. Inflorescence axillaire et ter­
minale, en capitules pédonculés; étamines 10, écarlates, quatre fois plus

corymbe ombelliformc; capitules pédonculés, à pédoncules longs, (ililorm es;

longues que le calice. Gousses élastiquemenl déhiscentes, à 4-5 cm. de long
sur 4 mm. de large, glabres, oblongues, droites ou arquées, slipitées, valves

étamines en nombre indéterminé, soudées à la base, (rousses longues et
larges, pouvant atteindre jusqu'à 32 cm. de long sur 4-5 cm. de large,
droites, très membraneuses, minces, blanches, toujours pendantes, atténuées
aux deux extrémités, brièvement slipitées et munies d’un crochet au som­

cornées, à rebords épaissis ; semences 3-5, légèrement anguleuses, convexes,

met ; valves tardivement déhiscentes, concaves d’ un côté et convexes de
restent longtemps sur

celle espèce). ! N ° 3038. i
M artinique . Vulgo : Pompon rouge. — Abondant sur la côte sèche entre

pied, et, quand le vent les agite, elles produisent beaucoup de bruit. — Le
bois est recherché pour la construction, mais surtout pour le charronnage.

le Carbet et Case-Pilote. — FL à toutes les époques de l’année. [N ° 1164.
N ota . — L espèce de Deshaies diffère de celle qui est cultivée et de celle

— Originaire du Bengale. Naturalisé et abondant dans les environs de la

de la Martinique par les ramuscules qui portent, dans toute leur étendue,
quatre rangées de squamules imbriquées et très rapprochées; c’est peut-être

l'autre, à l’endroit des graines. —

Les gousses

Basse-Terre, Baillif, Capesterre (Guadeloupe), Pointe-à-Pitre, Moule, etc. —
Fl. en avril, mai. et aussi en septembre et octobre. N" 263b.]
M

a r t in iq u e

.

Vulgo : Bois noir. — Abondant : Fort-de-France (environs

tachetées. — Il est cultivé comme plante d'ornement, mais existe à l’état
sauvage à Deshaies (sommet du Gros-Morne, seul endroit où j aie rencontré

une espèce particulière. [N ° 3227. !
C. iergemina, Benth. ; Calliandre trigéminée. Vulgo : Bois-patate à cause

de la maison de campagne du gouverneur), Saint-Pierre (place Berlin), Prê­

de ses racines noueuses). Plum., édit.

cheur, Carbet, etc.

Arbrisseau ornemental, haut de 0 UI 90-1 Ul 70, à tiges grêles, à rameaux pen­

N° 1143.

Parmi les espèces d'acacia introduites et sur le point de se naturaliser, on

l'Acacia cornigera W ., vulgo : Acacia à cornes de bœuf, apporté

rencontre : 10

Burin., t. 10, f. 1. ilnga W . . —

chés, parfois un peu sarmenteux, à écorce blanchâtre, à racines traçantes,
noueuses, très allongées. Feuilles solitaires, ou géminées ou fasciculées, à

du Mexique à la Martinique par l'horticulteur Louis Hahn, en 1867. C’est

une paire de pennes, portant le plus souvent une paire et demi de folioles

un arbrisseau ou un grand arbuste, remarquable par ses grands piquants
connés à la base, divergents, géminés, ayant exactement la forme de cornes

ou 1-2 paires (la foliole intérieure de chaque penne avortant), obliquement

de bœuf, par son beau feuillage vert, dont les folioles portent, à l’extrémité,
un appendice arrondi, et par ses Heurs jaunes disposées en épis courts, à

chées; pétioles filiformes. Fleurs axillaires, pédonculées, purpurines, réunies

fleurs très serrées. — On l'emploie pour faire des haies impénétrables, aux
environs de la Basse-Terre, du Camp-Jacob (habitation Bollin .d e Gourbevre. de Pointe-à-Pitre, etc. N° 3226. j M a r t i n i q u e . Vulgo : Acacia arrèlebœufs, acacia à cornes.
2° L

Acacia Surulra

N° 1144.1

Roxb., originaire des montagnes du Coromandel, intro­

ovales, arrondies au sommet, folioles terminales plus grandes et plus rappro­
par 2-4, en capitules globuleux; étamines 10, trois fois plus longues que le
calice. Gousses déhiscentes, droites, oblongues-linéaires, toujours pendantes,
slipitées, cartilagineuses. — Abondant dans les endroits secs, pierreux et
chauds : Saint-Pierre Boulevard), Case-Pilote, Trois-llets, etc. Alt. 5-70 mèt.
N° 1165. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. lalifolia Gr. ; Calliandre à larges feuilles. Vulgo : A cacia-rivière, pois-

duit. pour la formation de haies impénétrables, par le comte de Lautrec, sur
son habitation Grand-Fond-Balata au Marin. [N° 836.

doux bâtard. Br., Jam., t. 22, f. 3; Plum., éd. Burin., t. 9. — Grand arbuste

3° L'Acacia Suma kunz, arbre assez élevé, très ornemental, à fleurs blanches,

ou petit arbre, à branches très divariquées, horizontales ou penchées. Feuilles

en épis très nombreux, axillaires et terminaux. Naturalisé près de la BasseTerre i La Pintade) et au bord de mer, entre la Basse-Terre et la rivière des
Pères. N° 3039.

à une, souvent à deux paires et demi de folioles, larges : celles de la première

Calliandra Benth. (du grec « kallos », beau, et « aner », homme, allusion à
la belle couleur des étamines.)

et saillantes en dessous; pétiole principal muni d'une glande au-dessus de sa

C.purpurea Benth.; Calliandre à fleurs rouges. Plum., édit. Burm., I. 10,
f. 2 — Petit arbre, souvent tortueux, très touffu, haut de 2-4 mèt., à écorce
crevassée-ruguleuse, à branches allongées, gracieusement recourbées. Feuilles
à 1 paire de pennes divergentes, portant 3-7 paires de folioles très vertes,

paire, alternes; celles de la dernière paire, opposées, rapprochées, longues
de 8-13 cm. sur 4-5 cm. de large, chacune pourvue de quatre nervures arquées
base cl d'une autre entre la dernière paire. Inflorescence caulinaire; fleurs
purpurines ou rouge cramoisi, ou plus rarement blanches, en fascicules nom­
breux, situés tout le long des branches; étamines 20, soudées à la base.
Gousses arquées, plus ou moins sinuées, biconvexes, longues de 10-13 cm.
sur 2 cm. de large; semences 5-11, orbiculaires, biconvexes. — Assez abon-

�254

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

l)E LA

danl le long des rivières de Case-Pilote, dans leur cours inférieur. — Cet
arbre a beaucoup de ressemblance avec le pois-doux

(Inga

laurina W ,). —

Alt. (&gt;-1*20 mèt. j N° 1162.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
C. porloricensis Benth.; petit arbre à branches sarmenteuses tombantes, à
feuilles vert foncé, d’ une grande beauté; est cultivé comme plante d'orne­
ment à la Martinique, N° 835. — Originaire de Porto-Rico.
Le C. Saman Gr.,

Inga Saman \\

M I M OSÉES

MARTINIQUE

vulgo : Samana, arbre gigantesque, ori­

255

étalées, horizontales ou penchées, à écorce grise, peu gercée. Feuilles de
1-7 pennes, longues de 5-9 cm., portant 3-12 paires de folioles, longues de
1-2,5 cm. sur 1 cm. de large, luisantes, blanchâtres en dessous, rhomboïdes
ou Irapézoïdes, ce qui distingue cet arbre facilement de son congénère ; pétiole
commun long de 6-9 cm. Inflorescence en capitules globuleux, axillaires et
terminaux, portés sur un pédoncule long; fleurs blanc jaunâtre. Gousses
rouges, comprimées-aplaties, formant deux ou trois tours de spirale, sinuées
sur les bords; semences rondâlres-ovoïdes, grises, enveloppées, sur les deux

ginaire du Brésil, est cultivé au Jardin botanique de la Basse-Terre (N ” 3036),

tiers de leur longueur, d'un arille charnu, blanc. — Fl. de décembre à mars.

à la Martinique au Jardin botanique de Saint-Pierre, et sur plusieurs pro­

— Abondant dans les hauteurs pierreuses et sèches du Vieux-Fort, Houël-

priétés du pays, comme arbre d'ombrage. ( N° 1163.

mont, Gourbeyrc (mornes Goblin et Dos-d’A ne), hauteurs des Trois-R ivières

Enterolobium n/clocarpnm Mari. (Inga \\’ .),

cl des Vieux-Habitants, etc. [N° 3375.J
Il n’existe pas à la Martinique, mais abonde dans les bois secs de la Domi­

L

arbre énorme, originaire de

la Jamaïque et du Venezuela, très remarquable par ses gousses larges, noires,

nique et de Sainte-Lucie.

sinuées-anguleuses sur le bord extérieur, aplaties, indéhiscentes, formant un
cercle complet et laissant au milieu un petit espace vide. L'intérieur du fruit
contient une pulpe blanche, comestible. — Cultivé au Jardin botanique de
Saint-Pierre. N° 1160.

Pithecolobium

Mart. fdu grec « pithex », singe, et « ellobion », anneau

l'oreille du singe.)

unguis-cuti Benth.,

I.

laurina W . ; Inga à feuilles de laurier. Vulgo : Pois-doux, pois-doux

blanc. (Mimosa L.) — A rbre de taille moyenne, plus rarement de grande

d'oreille, parce (pie les fruits, par leurs spirales, rappellent la forme de

P.

Inga W ., M ari, (nom caraïbe de la plante.)

Inga

taille, à tronc généralement droit, cylindrique, anfractueux, très branchu, à
écorce grise ou blanchâtre, unie. Feuilles à 1-2 paires de folioles : celles de
la paire inférieure, plus petites ou réduites à une foliole, luisantes, coriaces,
elliptiques, ou elliptiques-oblongues, terminées par une pointe obtuse. Inflo­

guadalnpensis Desv. Vulgo : Griffe-chat,

rescence en grappes axillaires, spiciformes, souvent allongées, très nom­

tendre à caillou rivière, bois lraînant(aux Saintes), collier diable. Desc., vol. I ,

breuses, situées le long des branches, surtout vers l’extrém ité; fleurs blanches,

t. 11, p. 51; Plum., édit. Burm., t. 4

— Arbrisseau ou petit

odorantes, subsessiles; corolle infundibiliform e; étamines soudées à la base.

arbre, selon le terrain, habituellement très touffu, muni d'aiguillons géminés,

Gousses renflées à l’endroit des graines, arquées, de longueur très variable,

très courts ou inerme, à écorce blanchâtre. Feuilles à une paire de pennes,

mais ne dépassant guère 13 cm. de long, vert jaunâtre; semences placées

Mimosa L .)

portant une paire de folioles obovales, inégales à la base, échancrées au som­

transversalement, nichées dans une pulpe blanche, abondante, d’une saveur

met; pétiole commun long de 3 cm., folioles longues de 3-5 cm. sur 2-4 cm.

douce et agréable, dont les enfants, les oiseaux, les rats et les fourmis sont

de large. Inflorescence en capitules globuleux, formant des grappes axillaires

très friands. — Très abondant dans toute la Guadeloupe, jusqu’à une alti­

et terminales; corolle blanc jaunâtre ; Heurs sessiles; étamines monadelphcs.

tude de 650 mèt. — On le plante en lisières pour abriter les caféiers, les

Gousses comprimées, sinuées, décrivant deux ou trois tours de spirale;
graines noires, rondâtres, comprimées, en forme de lentilles, Irès lisses, lui­

cacaoyers, les bananiers, etc. — Fl. en mars, avril. [N ° 2633.
M artinique . Vulgo : Pois-doux. — Abondant. — On en fait également

santes, entourées, à un tiers près, d'un arille copieux, blanc, charnu. —

des haies pour abriter les plantations; on préfère cependant les haies de galba.

L'écorce est amère, astringente et fébrifuge. — Endroits secs, rocailleux, près
de la m e r .— Abondant sur la côte, entre Le B aillif et Deshaies, les Saintes
(Terre-de-IIautet de Bas), Marie-Galante, Moule, Sainte-Anne, etc. X° 3031.
M artinique. Vulgo ; Üiaballe, acacia à bracelets. — Sur la côte sèche,
entre Case-Pilote et Case-Navire, Diamant, Sainte-Luce. — Fl. presque toute
l’année. N° 1161.]
P. micradenium Benth.; Pithécolobe à petites glandes. V ulgo : Fougère.
— Le plus souvent arbre de grande taille, droit, à branches très divariquées,

N° 1157.]
I.

martinicensis P rl.; I. coruscans W . Vulgo ; Pois-doux-montagne. —

Petit arbre tortueux, d'un port peu élégant, à branches divariquées, horizon­
tales, à jeunes branches, pédoncules, pétioles, gousses et nervures garnis d'un
duvet coulcurde rouille, et à rameaux couverts de lenticelles. Feuilles pétiolées, à 2-3 paires de folioles presque elliptiques, luisantes en dessus, coriaces,
longues de 6-12 cm. sur 4 cm. de large; pétiole principal muni d une glande
concave, sessile, nu ou marginè, au-dessus du sommet. Inflorescence en épis

�256

CONNARACÉES ---- CMRYSORALANKES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

axillaires, courts ou allongés; calice pubescent, comme clans la précédente
espèce; corolle blanche, hérissée de poils, deux fois plus longue que le calice
et renfermant le tube staminal. Gousses longues de 8-10 cm. sur 2 cm. de
large, droites, à bords Relevés, terminées par un bec tantôt droit, tantôt
recourbé. — Fl. en mai et juin. — Rare. Çà cl là dans les hautes montagnes,

257

couleur de rouille. Feuilles très grandes, imparipennées, à 5-11 folioles ovales
ou ovales-oblongues, obtuses au sommet, arrondies à la base. Inflorescence
en paniculesaxillaires, souvent très allongées, pouvant atteindre jusqu’à 35 cm.
de lon g; fleurs petites, subsessiles; calice à lobes imbriqués; pétales blancs
5; étamines 10, alternativement grandes et petites, unies à la base. Fruits fo lli­

aux endroits exposés aux grands vents : Savane aux Ananas, morne du
Matelvane, coulée de la Ravine-a-Déjeuner (au pied de la Grande-Décou­

culaires, biconvexes, obovales, longs de 3,5 cm. sur 2 cm. de large, droits du

verte . Alt. 800-1000 met. |N° 3230.]
M artinique. Vulgo : Pois-doux-montagne. — Çà et là dans les grands bois

noires; endocarpe rouge en dedans; semences noires, lisses, oliviformes,

de la Montagne-Pelée et des Pitons-du-Carbet. N° 1155.]

souvent frangé sur les bords. — Assezabondant le longdes rivières et dans les

I.

ingaides \\\, Mimosa Inga P .; Inga ressemblant au vrai Inga. \ ulgo ;

Pois-doux poilu. — Assez grand arbre, souvent arbre de grande taille, à
branches très étendues et fortement penchées, à tronc droit, à écorce gri­
sâtre, à pédoncules, pétioles cl nervures revêtus d'un duvet épais, couleur

côté de la suture dorsale, recourbés du côté de la suture ventrale ; valves dures,
enveloppées dans à peu près le tiers de leur longueur d’un arilie blanc, charnu,
falaises des bois inférieurs des Bains-Jaunes (rivières Noire et Rouge), de Gour­
beyre (D olé), des Trois-R ivières, etc. — FL en juin, juillet, août.
M

a r t in iq u e

.

N° 2441.

Vulgo : Liane-barrique. — Rare : çà et là dans les bois

du

Champflore avoisinant le Lorrain. [N° 833.

de rouille. Feuilles de 3-5 paires de folioles elliptiques; pétiole primaire ailé
et portant des glandes entre les folioles. Inflorescence en grappes corymbiformes; calice couvert d'un duvet laineux et roux, tubuleux, à 5 dents poin­

S O IX A N T E -D O U Z IÈ M E

FA M ILLE .

— CH RYSO BALAXÉES.

tues, courtes; corolle blanche, en entonnoir, une lois plus longue que le
calice, à 5 lobes; étamines environ 30, soudées en un tube long de 5 mm.,
d'un beau rouge; pistil plus long que les étamines. Gousses de longueur
variable : les plus longues ne dépassant pas 16 cm., garnies d'un duvet lai­
neux, épais, court, couleur de rouille, droites ou arquées, à quatre côtes
arrondies dont deux plus larges; semences 10-15, noires, de forme irrégulière,
nichées dans une pulpe sucrée et rafraîchissante. — Le bois est dur et se
fend facilement : on l’emploie pour faire des merrains. — Fl. en août, sep­

Chrysobalanus

L. (du grec « chrusous », couleur d’or, et « balanos », gland,

parce que les fruits ont la forme d'un gland et sont jaunâtres avant d'être
mûrs.)

C.

Icaco

L. ; Chrysobalan Icaco (mot

caraïbe). Vulgo ; Icaque, zicaque. —

Petit arbrisseau droit, louflu, ou grand arbuste, rarement petit arbre, à

tembre et octobre. — Abondant dans les bois du Gommier, des mornes
Goblin et Dos-d'Ane (Gourbeyre , de Houëlmont, des Vieux-Habitants, de

branches fasligiées dans les jeunes pieds, divariquées ou parfois penchées

la Capesterre Guadeloupe), des Trois-Rivières. [N os 3035, 3229, 3601.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Pois-doux gris. — Assez abondant dans les bois du

rescence en corymbes axillaires cl terminaux, plus courts que les feuilles;

flans les pieds adultes ou vieux. Feuilles ovales, arrondies au sommet. Inflo­
fleurs blanches; étamines unilatérales, jusqu'à 20, gynophore court, adné au

morne Saint-Martin ( bois de Galbiac), du Champflore, du Parnasse; abon­

tube du calice. Drupe obscurément marquée de 5-6 côtes, bleu foncé ou

dant dans les environs de la fontaine Didier, etc. N° 1158.

pourpre, ou parfois blanche, ovale, de la dimension d ’une prune; comestible.

S O IXAXTE -O XZIÈM E

Connarus L.

FA M ILLE .

--

CONNARACÉES.

mornes secs inférieurs. A lt. 0-350 mèt. [N ° 2730.]
du

grec « konnaros », arbre inconnu, qui, selon Athenams,

se tro u v a it dans les environs d’Alexandrie.)

C.

— La pulpe est blanche, adhérente au noyau, d’une saveur douce et
astringente ; on la mange crue ou confite avec du sucre. Toutes les parties
de la plante contiennent du tanin ; l’écorce, prise en infusion, est un excel­
lent remède contre les cours du ventre et la dysenterie L — Abondant sur le
bord de mer, où il vit souvent en société sur une grande étendue, et sur les

gramliflorus Planch. ; Connarus à grandes fleure. Vulgo ; Liane à bar­

riques. — Puissante liane, sans vrilles, pouvant s’élever sur des arbres très
grands, à écorce unie, noirâtre, .à rameaux et panicules garnis d’ un duvet

J. Cette plante, connue à la Guyane sous le nom de prune-colon, prune de l'anse, à
cause de la nature et d e là forme de son fruit, y est employée dans scs racines, écorces et
feuilles, &lt;\ litre d ’astringent dans les cas de diarrhée ou de leucorrhée. Le suc des feuilles
et des racines battu avec de l’huile est employé par les matrones pour resserrer les
muqueuses du vagin et simuler la virginité. (E. H .)
Drtss. — P la n t e s G u a d e lo u p e e t M a r t in iq u e .
17

�PLANTES

258

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

CHRYSOBALANÉES ---- ROSACEES

M ARTiNiQUE. Vulgo : Icaque, zicaque. — Hauteurs de Base-Pilote, Dia­
mant (bord de mer et hauteurs), la Régale, ele. [N ° 154.]

259

Il n’existe pas à la Martinique, mais il est très abondant dans les hauteurs
de Caslrics (île de Sainte-Lucie). (N ° 1904.]

branchu, à branches et rameaux couverts de lentieclles blanches et de rugosi­

Licania Aublel (anagramme du mot « Calignia », nom de l'arbre à la Guyane.)
L. Ternalensis Ilo o k .; Licanie de Ternate. Vulgo : Bois-diable, bois gris,

tés. Feuilles coriaces, elliptiques, cuspidées, nettement obovales. Fleurs

bois de fer. — Très grand arbre, souvent arbre gigantesque, droit, très an­

C. euspidalus Grisb. ; Chrysobalan à feuilles cuspidées. V ulgo : Icaquemonlagne. icaque grand-bois. — Petit arbre, haut de 3-5 met., droit, très

pédoneulées, blanches, solitaires ou réunies par 2-3, axillaires. Drupe obo-

fractueux à la base, à tronc cylindrique dans le haut, à fronde très large et

vale, presque sèche,munie de 5-6 côtes saillantes. — FI. presque toute l’année.

arrondie, à rameaux presque toujours couverts de lentieclles blanchâtres ou

—

Dans les bois de l’As-de-Pique, des Bains-Jaunes et du Gommier.

[N os 3476, 3633.]
M artinique . Vulgo : Zicaque-montagne. — Assez abondant au Piton-G elé,

rouges. Feuilles très coriaces, épaisses, ovales-elliptiques, cuspidées, blanches
en dessous, à côte et nervures très saillantes à la face inférieure, et rouges.
Inflorescence en grappes terminales, courtes, pubescentes, blanchâtres; calice

sur les mornes qui entourent le Champflore, et dans les hauteurs de Case-

à 5 dents; pétales nuis; étamines 3 ou 4. Drupe sèche, obovale, tomenteuse,

Pilote (Savane Saint-Cyr). [N ° 154.J

souvent sillonnée ou striée; semence 1. — Le bois est rouge en dedans, extrê­

Hirtella L. (du latin « hirtus », rude au toucher, allusion à la nature des
feuilles et des jeunes branches, qui sont très scabres.)
H. tr i and r a, S\v. ; Hirtelle à trois étamines. V ulgo : Icaque à poils, icaque
poileux. — Le plus souvent petit arbre, rarement arbre de taille moyenne,
droit, à branches fastigiées, ou horizontales ou penchées. Feuilles très scabres,
poilues en dessous, surtout sur les nervures, elliptiques, cuspidées. Inllorescence en grappes ou en panicules; fleurs grandes, blanches ou pourpres;
calice 5-fide ; pétales 5 ; étamines 3, unilatérales. Fruit drupacé, bleu foncé
ou noir, poilu, obové-oblong, comestible. — Le bois est dur cl sert pour la

mement dur et incorruptible; il sert pour les constructions à l’extérieur et sur­
tout pour les constructions sous terre et dans l’eau. — Assez commun dans
les bois du massif de Houëlmont, des Vieux-Habitants, de la Bouillante, de
la Pointe-Noire, des Trois-R ivières. — FL de mai en août; fruits mûrs en
octobre et novembre. — A lt. 300-700 mèt. [N ° 2868. i
M

a r t in iq u e

.

Vulgo : Bois de fer, bois gris, bois résolu. — Bois des Fonds-

Saint-Denis, du Camp de l'Alm a, des hauteurs de la Grand’Anse, du GrosMorne, du Lorrain, etc. [N ° 1902.]
Le

Licania pi/rifolia

Gr. existe à la Dominique et a été introduit à la M ar­

tinique, sur l ’habitation Pécoul. [N ° 153.]

construction à l’extérieur et à l'intérieur. — FL presque toute l ’année. —
Abondant dans les grands bois inférieurs des Bains-Jaunes, des environs du
Camp-Jacob, du Gommier, des Trois-Rivières, des hauteurs du Baillif, des
Vieux-Habitants, de la Bouillante et de la Pointe-Noire, etc. A lt. 400800 mèt. [N ° 2214.]
M artinique . Vulgo ; Icaque poileux, bouis poilu, icaque grand-bois. —
Morne-Bouge, Grand’Anse, hauteurs du Prêcheur, hauteurs de Case-Navire.
[N° 2140.]
H. pendilla Sol. ; Hirtelle à grappes pendantes. Vulgo : Icaque grand-bois,
icaque poilu. — Arbrisseau ou petit arbre, haut dé 4-5 mèt., à branches infé­
rieures très inclinées ou pendantes, à grappes verticalement

pendantes.

Feuilles très scabres, surtout en dessous, oblongues-lancéolées, insensible­
ment acuminées en une longue pointeau sommet, souvent brusquement poin­
tues, nervures très saillantes en dessous et garnies de poils courts, rudes et
roux. Inflorescence le plus souvent en grappes composées, surtout à la base,
tomenleuses, couleur de rouille, très allongées, atteignant souvent 32 cm. de
long; calice persistant; étamines 5-6. Drupe obovée, pubescente. — Çà et
là dans les bois de Houëlmont, de Sainte-Rose (Sofaya). [N u 3255.]

s o ix a n te -tr eizièm e

f a m il le .

— RO SACÉES.

Prunus L. (du latin « prunus »; prunier, qui vient du grec «prouné » .)
P. Dussii Kr. et Urb. (n.sp.)\ Vulgo : Bois-noyau. — Tantôt petit arbre,
tantôt arbre de grande taille, d'un port élégant, à branches supérieures fasligiées, les inférieures horizontales, à tronc très droit, cylindrique, à écorce
brune, légèrement gercée, à feuilles très vertes, toujours à moitié fermées.
Feuilles longues de 5-9 cm. sur 3-5 cm. de large, ovales-elliptiques ou ovées,
fermes, luisantes, terminées en pointe obtuse ou souvent rétuse, ou légère­
ment échancrée, arrondies à la base et souvent munies de deux taches, ou
brusquement rétrécies en un pétiole cannelé, long de 6-10 mm. Inflorescence
axillaire, en grappes spiciformes, extrêmement nombreuses, longues de 35 cm., confinées à l’aisselle des feuilles de la poussée de l'année précédente;
fleurs blanches, petites, odorantes ; calice infundibiliforme, charnu, blanc pâle,
environ 2 mm. de long, à 5 dents deltoïdes, plus courtes que le tube et alter-

�260

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

M A R T IN IQ U E

nant avec les pétales; pétales 5 ou plus rarement G, concaves, arrondis,
longs de 3 mm.; étamines en nombre double des pétales, insérées sur le
rebord du calice, cinq ou six d’entre elles sont penchées en dehors et plus
longues, elles alternent avec les pétales, les autres, plus courtes, sont
opposées aux pétales et penchées vers le pistil; tilel blanc, subulé, coniqueallongé; ovaire libre, sessile ou subsessile au fond du calice; ovules collaté­
raux; style droit, aussi long que les étamines les plus courtes; stigmate
tronqué, obscurément trilobé; pédicelles de la base de la grappe plus longs
que le calice : les supérieurs, plus courts. Drupe plus large que longue,
1:2-14 mm. de large sur 8-9 mm. de long, à péricarpe sec, brun en dehors;
cotylédons très larges, sans albumen. — Çà et là dans les parties inférieures
des bois des Bains-Jaunes, du Gommier, des environs du Camp-Jacob, du
Matouba. — Fl. en mai, juin. — I.e bois est dur, élastique et très recherché
pour le charronnage; on peut extraire des feuilles une essence qu’on emploie
en guise de créosote contre les maux de

dents. —

A lt.

ROSACEES

M YRTACÉES

261

finement et inégalement serretées, munies en dessous d ’un duvet court et
blanc; pétiole commun

long. Fleurs petites, blanchâtres, en

panicules

terminales, laineuses; pétales obovales, aussi longs que les segments du
calice; carpidium presque sec, noir à la maturité. Fruit o b o v a le .— Fl. en
mars, avril, mai. — Rare : Ilaut-Matouba (bord de la rivière Rouge, près du
pont). [N ° 2215. j — Il n’existe pas à la Martinique.
De cette famille, on rencontre, sans parler des nombreuses et belles espèces
cl variétés de rosiers, qui ornent les parterres et les jardins : l

japon ica L in d ., vulgo : N éflier du Japon
qu’on cultive pour ses fruits; le

N° 3477], Martinique

Raphiolepis

Eriobotrya
N° 2141 ,

indica Lind., petit buisson, très

beau; se trouve au Jardin botanique de Saint-Pierre.

280-600 met.

[N ° 2731.]
M artinique . Yulgo : Noyau de France. — Bois inférieurs du morne Saint-

SOIXANTE-QUATORZIÈME FAMILLE.

-- M Y R T A C É E S .

Martin, hauteurs du Prêcheur (Céron), de Case-Pilote, de Case-Navire, etc.
[N° 1907.]
Rubus L. (du latin « ruber », rouge, à cause de la couleur rouge des fruits
dans un grand nombre des espèces de ce genre.)
R.

rosifolius Sm ith.;

Psidium

L. (du grec « psiein », donner à manger, indiquant l’ usage qu’on

fait de ces fruits propres à ces plantes.)
Ronce à feuilles de rosiers. Yu lgo : Framboisier,

framboise. — Arbrisseau ou sous-arbrisseau buissonnanl, très touffu, tor­
tueux, parfois sarmenteux, à tiges et rameaux garnis de petits aiguillons, droits

P.

Guajava L. (mot de la langue des Indigènes de l’Am érique du Sud.)

Yu lgo : Goyavier. Desc., vol. II, t. 72, p. 30. — Le plus souvent petit arbre,

ou crochus, souvent implantés à rebours. Feuilles à 5 folioles ovales-elliptiquçs,

tortueux, nu dans le bas, à branches très divariquées, à écorce très lisse,

doublement serrelées, pubescenles, à dents mucronulées; pétioles communs

mince, verte ou rougeâtre, à jeunes rameaux tétragones et pubescents.

et pédoncules armés d'aiguillons crochus. Fleurs blanches, solitaires ou en

Feuilles opposées, membraneuses, fermes, oblongues ou elliptiques-oblongues,

cymes pauciflores et terminales ; calice 5-parlite; pétales 5; étamines nom­

légèrement veloutées en dessous et pâles, à nervures saillantes en dessous,

breuses, en nombre indéterminé; ovaires nombreux, insérés sur un récep­

imprimées en dessus. Fleurs blanches, le plus souvent réunies par deux, à

tacle charnu, conico-cylindrique, surmontés d'un style caduc; carpidium

l’aisselle des feuilles et opposées; calice d’abord fermé et renfermant la fleur,

rouge, ovoïde, charnu. — Les fruits se mangent soit sans apprêt, soit dans le

ensuite 4-denté après l ’ouverture de celle-ci; pétales 5; ovaire à 2-5 loges

vin blanc sucré. — Fl. surtout d'octobre en mai. — Abondant le long des

multiovulées. Fruit baccien, ovoïde, couronné par les lobes persistants du

chemins, dans les clairières et sur les lisières des bois de la moyenne région
de toute la Guadeloupe. (N° 2203.J

calice ; semences très nombreuses, nichées dans une pulpe succulente. — Les
fruits sont recherchés pour la table. Yerts, ils sont astringents; à l’état de
parfaite maturité, ils sont au contraire laxatifs. Les graines sont dures à ce

M a r tin iq u e .

Yulgo : Framboisier. — Abondant. [N 0' 152.]

R. jamaicensis Sw. ; Ronce de la Jamaïque. Yu lgo : Grand framboisier,
framboisier blanc. — Yivace, grimpant, haut de 3-5 mèt., à racines slolonifères, à liges et rameaux hérissés de poils droits, roux, entremêlés de rares
piquants crochus, à pétioles primaires, secondaires, et pédoncules également
poilus et garnis de nombreux aiguillons recourbés et implantés à rebours.
Feuilles palmées, à 3-5 folioles d’inégale grandeur, elliptiques, acuminées,

point qu elles ne subissent aucune altération dans l’estomac de l’homme et des
oiseaux, qui en sont friands. Restituées, après digestion, elles gardent leur
faculté germinative. A vec les fruits on fait d’excellentes compotes et des con­
fitures; avec les fruits débarrassés des graines, on prépare des gelées univer­
sellement appréciées. L ’écorce de la racine, les jeunes feuilles et les boutons
sont toniques et astringents, et s’emploient souvent dans le pays contre la

�262

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MAR TINIQUE

MVRTACÉES

263

dvsenlerie L Le bois est dur et sert pour la menuiserie. — Par la culture, on

lielle L — Relativem ent peu abondant à la Guadeloupe; plus commun à la

a obtenu une assez grande variété de goyaves dont les principales sont : la

Grande-Terre, sur les mornes calcaires et à la Désirade, à Marie-Galante, aux

govave-poire (P .pyriferum L .), la goyave ronde (P . pomiferum L .), la grosse
goyave blanche, la grosse rouge,la petite rouge, dont le goût rappelle la fram­

Saintes (Terre-de-Bas), etc. [N ° 2209.
M artinique . Yulgo : Bois d’ Inde. — Abondant : Anses-d’A rlct (morne Lar­

b o ise.— Les goyaviers fleurissent habituellement d'avril en juillet. — Alt-

cher, où

0-700 mèt. [N ° 2992.]
M artinique. Yulgo : Goyavier. — Très abondant. I N° 1850. !

Diamant, etc. [N os 1210, 1843.]

P. Callleyanum Sabine, variété coriaceum O. Berg. Vulgo : G oyavierprune, originaire de la Chine et du Brésil, arbrisseau ou grand arbuste, à
feuilles très glabres, coriaces, subcharnues et luisantes, à petits fruits ronds
et rouges. [N 08 2993, 2198.]
M artinique . [N° 1848.]
P.Araça Radd., P. guineense S\v. Vulgo : G oyavier-fraise, originaire de
la Trinidad et de l'Amérique tropicale, arbuste ou petit arbre, à fruit de la
grosseur d une framboise, ayant le parfum et legoût de la fraise. [N ° 2198 /;.]
M artinique . Vulgo : Goyavier-fraise. [N os 595, 657.] — Sont cultivés dans
les cours et les jardins.
Amomis Berg, (du grec « amomos », irrépréhensible, de « a », privatif, et
« momos », blâmable, c'est-à-dire des plantes dont l’odeur et le parfum ne
laissent rien à désirer.)Genre corrigé par Ivrug et Urban dans : Addimenla ad

cognilionem Jloræ Indiæ occidentalisé parlicula II, anno 1895.
A. caryophyllaia Kr. et Urb.. Pimenta acris Sw. ; Amomis dont les diffé­

il

form e des forêts), hauteurs des Trois-Ilets, de Gase-Pilote, du

Mitranthes

Berg, (du grec « mitra » , m itre, turban , et « anthos » , fleur,

parce que les lobes du calice forment une coiffe qui couvre les fleurs avant
leur épanouissement.)

M. E ggersii

Niedenzu. ; Mitranthe d’ Eggers (baron danois, capitaine de

vaisseau, qui

a publié la flore de Saint-Christophe, de Sainte-Croix,

de Saint-Thom as, etc.). Vulgo : Cerisier-montagne

lieriopsis

Iviersk.).

petite-feuille.

(Mar-

— Petit arbre, élégant, droit, rarement assez grand

arbre, à branches très nombreuses, fastigiées, à écorce grise ou noirâtre,
lisse. Feuilles petites, ovales-elliptiques, coriaces, terminées en pointe obtuse,
allongée. Fleurs blanches, en panicules corymbiformes, d’ une odeur forte et
agréable. Drupe petite, ovoïde. — Fl. en juillet, août. — Assez rare : bois de
la Grande-Citerne, des Bains-Jaunes (partie supérieure), bois du Matelyane,
etc. [N ° 3463. — Il n’existe pas à la Martinique.

Myrcia

I). C. (du grec « murine » , myrte, parce que ce genre était autre­

fois confondu avec le genre Myrtus.)

M.

paniculala Ivr. et Urb.,

M. coriacea.

D. C .; M yrcie à feuilles très mem­

rentes parties tiennent de la nature du giroflée. Vulgo : Bois d’ Inde. — Arbre

braneuses et fermes. Vulgo : Bois-Fustet, bois de Sainte-Lucie, merisier bois

de taille moyenne, rarement grand arbre, d’ un port élégant, à branches fasti-

petite-feuille. — Arbrisseau, ou grand arbuste, haut de 2. 5-3 mèt., rarement

giées, à rameaux quadrangulaires et bruns, à écorce grise ou rougeâtre, lisse,

petit arbre, à branches étalées ou fastigiées, à écorce lisse et grise, à jeunes

se détachant par plaques minces. Feuilles presque toujours fortement roulées,

rameaux rougeâtres, légèrement pubescents ou glabres. Feuilles très coriaces,

oblongues ou lancéolées-oblongues, ou elliptiques, échancrées au sommet,

très variables quant aux dimensions, tantôt brièvem ent pétiolées, tantôt

très coriaces : les jeunes, garnies d’ une infinité de points transparents; les

presque sessiles, ovales ou obovales, échancrées au sommet ou non, très lui­

adultes, opaques. Fleurs blanches, très odorantes, en cymes corymbiformes,

santes en dessus. Fleurs blanches, odorantes, en panicules corymbiformes.

terminales, dépassant de beaucoup les feuilles; calice à 4-5 lobes, tube tur­

Fruit pulpeux, noir, plus grand qu’ une graine de poivre. — On en rencontre

biné; pétales 4-5; ovaire à deux cellules biovulées. Drupe ovoïde, noire, pul­
peuse, contenant une semence. — Toutes les parties de la plante exhalent

deux variétés bien distinctes :
a, variété
Gr. Vulgo : Merisier, arbrisseau ou petit arbre,

une odeur aromatique et stimulante, les feuilles contiennent une huile essen-

faiblement feuillu, à feuilles larges, très luisantes, coriaces et polies, à

Jacquiniaua

rameaux toujours glabres. [N os 2724, 3507.
1. Le goyavier a été l’objet de recherches botaniques, chimiques et pharmaceutiques,
dans un remarquable travail de M. Khouri, qui a paru aux Annules de l'in s tilu t colo­
nial de Marseille, 1895. Cet auteur y a démontré dans les feuilles l’existence d’une
huile essentielle antiseptique e*t d’un tanin spécial (acide psid iù in iqu e) , qui justifient
scientifiquement l'emploi populaire de cette plante contre les diarrhées atoniques
des pays chauds. (E. H .)

— M artinique . [N 08 192, 1260.]

1. Cette essence, très agréable mais d’arrière odeur poivrée, pourrait être employée
surtout dans la parfumerie anglaise et devenir, en raison de l’abondance de ce végétal,
une source de revenus importante pour la colonie. Les feuilles de cet arbre sont stimu­
lantes, et, distillées avec du rhum, elles sont inscrites dans la pharmacopée des EtatsUnis sous le nom de B a y-ru m et S pirilus Myrciæ. (E. 11.)

�264

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

S, variété Imrayana 1). C. Yulgo : Merisier bois petite-leuillc, arbrisseau
ou grand arbuste, très ornemental, à branches très fastigiées, grcles, à feuilles

265

MYRTACÉES

Camp-Jacob, Trois-R ivières,

hauteurs du Baillif,

Houëlmont. A lt. 300-

plus petites, ternes des deux côtés, légèrement échancrécs au sommet, à

600 mèt. [N os 2201,351 L ]
M artinique . Yulgo : Petit m erisier.— Hauteurs et plateau des Trois-Ilels et

jeunes rameaux et pédoncules garnis de duvet couleur de rouille, à pani-

du Diamant (abondant), hauteurs de Case-Pilote et de Case-Xavire.

cules moins allongées. [X os2199, 2207, 3516, 3517.] — M artinique . |X° 201.]
Les deux variétés fleurissent en mai, ju in , juillet. — Abondant dans les
mornes inférieurs, secs, de toute la Guadeloupe : V ieux-Fort, Baillif, Yieux1habitants, Deshaies, etc.
M artinique . — Case-Pilote, Diamant, Sainte-Anne, Yauclin, Caravelle, etc.

X° 193.]

M. splendens I). C .; Myrcie brillante. Yulgo : Bois petite-feuille, boisbaguette. — Grand arbuste ou petit arbre, élégant, droit, â branches fasti­
giées ou plus ou moins étalées. Ressemble beaucoup au précédent ; il en
diffère par son port, ses rameaux plus fermes, son écorce grise, ses grappes
plus nombreuses, plus allongées et plus fournies, par ses fleurs plus grandes

M. dumosa Ivr. et U rb.; M yrcie buissonneuse. Yulgo : Merisier-montagne,
goyavier-montagne petite-feuille. — Arbuste ou petit arbre, droit, très

et surtout par ses baies plus volumineuses et ovoïdes. — Fl. en mai, juin,

feuillu, à branches fastigiées. Feuilles très coriaces, épaisses, obovées, obtuses

juillet. — Cet arbuste fait l’ornement dessavanes de Gourbeyre, des Palmistes,
des environs du Camp-Jacob, des bords inférieurs des rivières Rouge et Xoire,

au sommet ou très brièvement acuminées, rétrécies à la base en un pétiole

des Trois-R ivières, etc. — C'est l'espèce la plus abondante du genre. — Alt.

très court : les jeunes, rouges en dessous; les adultes, grises du même côté.
Baie mûre, noirâtre, ruguleuse, peu pulpeuse, globuleuse, pouvant atteindre

50-600 mèt. [X ÜS 2994, 3515.]
M artinique . Yulgo : Bois-baguette. — Abondant : hauteurs et plateau des

la grosseur d'une petite cerise. — Fl. en juin, juillet. — Abondant dans les

Trois-Ilels, de Case-Pilote et Case-Xavire, des endroits boisés de Ducos, etc.

endroits ventés des grands bois du Gommier, des hauteurs du Matouba, des

[X ° 197.]

Vieux-Habitants, du massif de Houëlmont, de Pigeon, de la Savane aux
M. divarieala Gr.,

M. berberis D. C .; M yrcie à branches divariquées.

Ananas, de la Grande-Découverte, du morne de la Madeleine (Trois-R ivières).
— Sur ces hauteurs, il est rabougri et n’atteint souvent pas 1 mèl. d’éléva­
tion. — A lt. 300-1080 mèt. [X os 2727, 3207, 3514, 3588.]
M artimqub . Yulgo : Merisier. — Pitons-du-Carbel, hauteurs de Case-

écorce grise et fendillée. Feuilles très coriaces et rigides, fortement roulées

Pilote et des Trois-Ilels (abondant). [X° 1250.

sur les bords, souvent en forme de cuiller, ovales-clliptiques, brièvement

Yulgo : Petite-feuille du haut, petit goyavier bâtard montagne. — Petitarbre,
droit, à branches divariquées, souvent horizontales, à rameaux glabres, à

pétiolées. Fleurs blanches, très odorantes, en cymes terminales, très nom­
M. edulis Kr. et U rb.; M yrcie à fruits comestibles. Yu lgo : Goyavier-

breuses. Baie ovoïde-allongée, longue de 7-12 mm. sur 4-8 mm. de diamèt.

b o is.— Grand arbuste ou très petit arbre, élégant, droit, à branches fasti­

— Abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes; plus rare dans les

giées ou divariquées, à rameaux très glabres, à écorce lisse et grise. Feuilles

parties inférieures, chemin des Bains-Jaunes à la Savane à Mulets plus ou

longues de 0-12 cm. sur 4-7,5 cm. de large, obovales ou elliptiques, très

moins rabougri), hauteurs du Baillif, etc. A lt. 400-950 mèt. [X os 2720, 2721.]

coriaces, à côte très forte, â côte et nervures imprimées en dessus, saillantes

M artinique . Yulgo : G oyavier bâtard. — Assez commun ; Parnasse (morne

en dessous et reliées à un arc qui court parallèlement au bord et à peu de dis­

de La C roix], Morne-Rouge (Calvaire), bois de l'Ajoupa-Bouillon et de la

tance de ce bord ; pétiole de 5-8 mm. de long. Fleurs en grappes corymbi-

Calebasse, endroits boisés de Ducos, etc. X os 194, 196.1

formes, axillaires et terminales. Fruit noirâtre, ruguleux, globuleux, de la
grosseur d’une petite c e ris e .— Assez abondant dans les bois de la RavineChaude. X° 3510. — Il n'existe pas à la Martinique.

M. martinicensis Kr. et Urb. ( n . sp.). \ ulgo ; Bois de basse blanc, bois
de fer blanc. — Petit arbre, droit, haut de 3-1 mèt. Feuilles très coriaces et
fermes, vert brun, longues de 3,5-6,5 cm. sur 1,5-4 cm. de large, â pétioles

M. leptoclada I). C. ; Myrcie à branches faibles. Yulgo : Bois-guépois. —

de 1,5-3 mm. de long. Inflorescence en grappes,longues de 3-5 cm., presque

Petit arbre, peu élégant, presque toujours tortueux, à branches divariquées,

glabres, naissant aux aisselles des dernières feuilles des rameaux, presque

à rameaux minces, faibles et inclinés, à écorce noirâtre. Feuilles membra­
allongée et obtuse. Fleurs blanches,en panicules axillaires et terminales. Baie

aussi longues que les feuilles; pédoncules longs de 1-2 cm., subcomprimés ;
sépales 5, arrondis au sommet, 1-1,2 mm. de long, dont deux plus longs;
fleurs manquent. Baie cylindriquc-ovoïde, pulpeuse, longue de 10-14 mm.

noire, globuleuse, un peu plus grande qu’ une graine de poivre. — Fl. en mai,

— Peu abondant : çà et lû aux Pitons-du-Carbet, au Piton-Gelé, au morne

juin, août. — Abondant sur les lisières des bois inférieurs : Gourbeyre,

Jacob.

neuses, très vertes, elliptiques ou ovalcs-elliptiques, terminées en pointe

X° 191.

�266

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DF. LA

MYETACÉER

MAR TINIQUE

267

M. deflexa D. C . , variété Dussii Kr. et U rb.; M. ferruginea Berg1.; Myr-

filiformes-comprimés. Baie petite, globuleuse, brune. — Assez abondant dans

eie pliée. Vulgo : Goyavier queue-de-rat, goyavier-montagne. — Générale­
ment assez grand arbre, haut de 10-15 met., à branches supérieures fastigiées,
les inférieures divariquées et horizontales, à tronc nu dans le bas, à écorce

les hauteurs do Case-Pilote (Fond-Layette et Fond-Brulé), Marin (morne

lisse. Feuilles larges, très variables quant aux dimensions, ovales ou ovées,
ou ovées-oblongues ou elliptiques, roulées sur les bords, garnies d'une infi­

Bois de basse rouge, bois étti. — Arbrisseau très élégant, droit, souvent très

nité de points transparents (cryptes)", pétiole court, couvert d’un duvet cou­

coriaces, d’ un vert rouge en dessus, garnies, en dessous, d'un duvet couleur

Gommier). [N ° 205.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. sericea Griseb. ; Calyplranthe â feuilles soyeuses en dessous. Vulgo :
loull’u, rarement grand arbuste.

Feuilles elliptiques, acuminées, épaisses,

leur de rouille. Fleurs très blanches et très odorantes, en panicules nom­

de rouille, ou rouge. Fleurs axillaires, solitaires, brièvement pédonculées ou

breuses, trichotomes, axillaires et terminales ; pédoncules comprimés, garnis
d'un duvet couleur de rouille; bourgeons de feuilles et jeunes feuilles égale­

en petites grappes très courtes. Baie globuleuse,de 7-9 mm. de diamèt., glan­
duleuse et soyeuse entre les glandes. — Assez abondant sur les crêtes des

ment munis d'un duvet lin, long et de même couleur que celui des pédon­

Pitons-du-Carbct et des mornes qui environnent les Deux-Choux. — On se

cules. Jeune baie duvetée, verte; baie mûre blanche, glabre, subglobuleuse

sert des tiges pour faire des cannes très belles, flexibles et fortes. — Alt. 600-

ou ovale-oblongue. — Fl. de mai en ju illet. — Abondant dans les bois supé­

880 mèt. [N os 618, 1243] avec la variété Hahnii. Kr. et Urb.

rieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, du Gommier, dans la partie inférieure

ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

de la Savane à Mulets, où il est rabougri et couvert de mousse, hauteurs des
Yieux-IIabilants, de Pigeon, de la Pointe-Noire et des environs de la RavineChaude. A lt. 150-1000 mèt. ! N os 2726, 3674. j
M artinique. Vulgo : Goyavier bâtard. — Hauteurs des Trois-Ilets, ravine
de Ducos. hauteurs de la Rivière-Salée et de la Régale, de la Calebasse et du
morne Saint-Martin. A lt. 80-600 mèt. |N os 195, 649, 658. n
Calyptranthes S\v. (du grec « kaluplra », couverture, et « anthos », fleur,
parce que le calice forme une sorte de coiffe qui tombe d'une seule pièce à
l’éclosion de la fleur.)
C. pâlie ns Griseb. ; Calyptranlhe à feuilles pâles en dessous. Vulgo : Bois
de basse. — Arbuste élégant, baul de 3-4 mèt., droit, fasligié, nu dans le bas.
Feuilles elliptiques, ou elliptiques-ovales, terminées en pointe allongée et
obtuse. Fleurs blanchâtres, en cymes trichotomes, axillaires et terminales;
pédoncules comprimés, roux. Fruit petit, globuleux, brun noir à la maturité.
— Rare : dans les terres sèches et pierreuses, le long du canal du Moule.
[N°3512.] — Il n'existe pas à la Martinique.
C. elegans Kr. et Urb. ( n. s p .)’t Calyptranlhe élégant. V u lg o : Boisbaguette, bois petite-feuille. — Grand arbuste ou petit arbre, très élégant,
glabre dans toutes ses parties. Feuilles petites, longues de 2-5 cm. sur 1,3-2
cm. de large, ovées ou ovales, ou subrhomboïdes-ovales, très brièvement
acuminées en une pointe obtuse, rétrécies à la base; pétiole long de 1-2 mm.
Fleurs blanches, en panicules terminales, longues de 5-9 cm .; pédoncules

N° 203.] — Je

Le C. Forsleri Berg., petit arbre élégant, ne se trouve pas dans nos deux
colonies : je

fa i

trouvé

à l’île de Sainte-Lucie,

au fonds Saint-Jacques.

[N ° 213.]
Marlierea Camb. (dédié â GuidoTbomas Marlière, qui, en 1823, a introduit
la culture du maïs, du riz et du café dans les déserts du fleuve Rio Doce au
Brésil.)
M. Dussii Kr. et Urb. n. sp.). Vulgo : Cerisier-montagne. — Petit arbre,
haut de 6-10 mèt., ou arbuste rabougri dans les endroits exposés au grand
vent, élégant, très branchu, à branches fastigiées ou étalées, à tronc nu dans
le bas. Feuilles très vertes, longues de 2-4 cm. sur 0,2-8 mm. de large, à
pétioles longs de 2,5-6 mm., coriaces, ovées ou elliptiques-oblongues, munie
d’ une infinité de points transparents (cryptes h essence), rétrécies à la base
obtusément acuminées au sommet.Inflorescence axillaire etcaulinaire en glomérules sessiles ou subsessiles, composées de 1-6 Heurs, odorantes, blanc pâle :
base de la glomérule entourée de bractées suborbiculaires. Baie manque. —
Fl. en mai, juin ou juillet. — Dans les grands bois supérieurs du Matelyane,
des Bains-Jaunes, de la Savane à Mulets (rabougri). [N ° 2750.1 — Il n'existe
pas à la Martinique.
M. c/lomerata Berg.; Marlière à fleurs en glomérules. Vulgo : Bois-mus­
cade, muscadier-bois.— Petit arbre, droit, élégant, à branches très fastigiées.
Feuilles elliptiques, obtusément acuminées. Inflorescence en glomérules con­
tenant 2-6 fleurs sessiles, blanchâtres. Baie de la forme et delà grosseur d'une
petite nèfle, longue de 15-18 mm. sur 20-25 mm. de large, à 12 côtes, plus pro­

1. Tous les représentants de ce genre se font remarquer par la présence dans les feuilles
d’une quantité notable d'une huile essentielle, à odeurpoivrée et très excitante, qui fait
rechercher ces feuilles pour les usages culinaires ; à titre d’épices, certains M yrcia (M.
acris D. C., p. ex.) sont cultivés pour cetemploi aux Indes et à la Réunion. (E. H .)

noncées au sommet qu’à la base, à péricarpe de 1 mm. d’épaisseur. — FL en
novembreet décembre; fruits mûrs en avril, mai. — Le fruit exhale la même
odeur que la muscade proprement dite. — Assez rare : çà et là dans les

�268

PLANTES DE LA GUADELOUPE

RT

MYRTACÉES

DE LA M ARTINIQUE

269

hauteurs de Case-Pilote (environs de l’habitation Sainl-Cyr). [N° 659.] (Spé­

sur des pédoncules filiformes, longs de 1,5-2 cm .; lobes du calice linéaires-

cimen imparfait.)

oblongs. Baie d’abord rouge clair, noir brun à la parfaite maturité, acidulée,

Eugenia L.

pourvue de huit côtes. — Les fruits sont cornes!ibles et rafraîchissants. —
(dédié au prince Eugène de Savoie, protecteur de la botanique,

né en 1663, mort en 1736.)

E.

FL en mai, juin, juillet. — On en fait souvent de très belles haies, qui, sous
l’ inlluence de la taille, deviennent très épaisses. — Très abondant au Camp-

a,Ib ica ns R ich .; Eugénie à feuilles blanchâtres en dessous. V ulgo :

Bois-cendre. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-5 met., à branches
llexibles, étalées. Feuilles ovées ou ovales, brusquement et obtusément acuminées, blanchâtres ou glauques en dessous, longues de 4-7 cm. sur 2,5-

Jacob, à Gourbeyre, au Matouba, etc.
It. 10-700 mèt. ; N° 2204.1
M artinique . Vulgo : Cerise de Cayenne, cerise à côtes. — Abondant. —
On en fait aussi des haies vives.

E.

\ ,JS 1211, 1255. j

chnjsobalanoides D .C .; Eugénie ressemblant au chrysobalanus. Vulgo :

3,5 cm. de large ; pétioles ruguleux, larges, noirâtres, longs de 5-6 mm. Inllo-

Grand merisier. — Très grand arbre, droit, très branchu, à branches très

rescence axillaire comme dans tous les Eugenia. Fleurs blanches, solitaires
ou réunies par 2-4 à l'aisselle des feuilles supérieures ; pédoncules filiformes,

étalées-divariquées. Feuilles larges, ovées ou obovales, acuminées, très vertes,
surtout en dessus, légèrement rougeâtres en dessous; pétiole court, com­

longs de 4-12 mm. ; pédoncules, bractées, ovaire et l’extérieur du calice gar­

primé-cannelé. Fleurs blanches, odorantes, en grappes tricholomes, tantôt

nis d'un duvet grisâtre ou couleur de rouille. Baie subglobuleuse-ovoïde, de

très courtes, tantôt allongées, portées sur des pédoncules longs de 4-6 mm.,

la grosseur d'une petite cerise, couronnée par les lobes persistants et recour­
bés du calice; péricarpe sec et dur. — Çà et là dans les grands bois sombres

bibractéolés au sommet, unibractéolés à la base. Baie globuleuse, noire à la
maturité, de la grosseur d’ une petite cerise, ou plus petite. — Fl. en mai ou

des Fonds-Saint-Denis, de la Grand’Anse et du Camp de l ’Alma. [N os211,

juin. — On met les fruits dans le tafia et le rhum pour leur donner un bou­

212, 1244. | — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.

quet particulier. — Planté autour des habitations : Basse-Terre (habitation

E.

ligustrina W illd ,; Eugénie à feuilles de troëne. Vulgo : Merisier noir,

cerise noire. — Grand arbuste, très élégant et très loull'u, ou petit arbre,

Saint-Aude Gall), Bail 1if (habitation Sainte-Sophie), etc. [N ° 2728 Z).

E.

Trinilatis D.C. ; Eugénie de la Trinidad. Vulgo : Bois petite-feuille.

haut de 4-6 met., à branches supérieures fastigiées, les inférieures souvent

— Arbuste ou petit arbre, élégant, haut de 3-5 mèt., droit, à branches fasti­

horizontales ou penchées. Feuilles très luisantes et d'un vert noir foncé en

giées, à rameaux ciblés. Feuilles petites, ovales, acuminées, terminées en

dessus, lancéolées-ohlongues ou ovales-ellipliques, longues de 2,5-5 cm. sur

une pointe obtuse. Inllorescence en petites grappes contenant 10-20 Heurs

1-2 cm. de large, obtuses au sommet, rétrécies à la base en un pétiole long

blanches, odorantes, portées sur des pédoncules filiformes, bibractéolés au

de 3-5 mm. : les jeunes, pourvues d une masse de points transparents; les

sommet, unibractéolés à la base. Baie noire, petite, globuleuse. — Çà et là

adultes, opaques. Fleurs larges, blanches, très odorantes et très nombreuses,

dans les hauteurs des Trois-Ilets et de Case-Pilote, Caravelle. f.\° 199. —

solitaires ou réunies par 2-3 à l'aisselle des feuilles, portées sur des pédon­

Je ne l'ai pas rencontré à la Guadeloupe,

cules longs de 5-6 cm., filiformes, roussâtres, pubescenls, accompagnés, à la
base, de bractéesspatulées, longues de 9-10 mm. Baie noire, glabre, luisante,
lisse, surmontée des lobes allongés et persistants du calice, d’un diamèt.
de 6-8 mm. — Les fruits sont comestibles. — Très abondant dans les terres
sèches, calcaires ou graveleuses des Saintes (Terre-de-IIau l), Vieux-Fort,
Marie-Galante,
[N ° 2210.]

Désirade,

Port-Louis,

Petit-Canal, etc.

A lt. 5-100 mèt.

unifiera L.,

rnonlicola D. C . , E. baruensis Balb. ; Eugénie des montagnes. Vulgo :
petite-feuille.

—

Arbrisseau ou grand arbuste, rarement petit

arbre, à branches fastigiées, à écorce grise et ruguleuse. Feuilles petites,
elliptiques, cunéiformes à la base, très coriaces, vert clair en dessus, grises
en dessous, à nervures à peine perceptibles, reliées à un arc qui court à peu
de distance le long des bords. Inllorescence en petites cymes, contenant
4-8 fleurs blanches, petites, odorantes; pédicelles bractéolés au milieu, longs

M artinique . Vulgo : Grosse merise. — Abondant à Case-Pilote, à la R ivière
Pilote (bord de mer), etc. [NTos 198, 1254.]

E.

E.

Merisier

E.

M ichelii Lam .; Eugénie à une seule fieur à l’aisselle.

Vulgo : Cerise-côte, cerise à côtes. — Arbuste ou petit arbre, haut de 2-4 mèt.,

de 3-5 mm., aussi longs que les pétioles. Baie petite, noirâtre à la maturité.
— FL en mai, juin. — Abondant dans les terrains montueux, secs et pier­
reux : bois inférieurs des Trois-R ivières, hauteurs du Baillif, Gourbeyre,
Houëlmonl, Deshaies, Pointe-N oire. A lt. 100-480 mèt. [N®* 2723,2723 0.]

très souvent tortueux. Feuilles membraneuses, ovées-lancéolées, obluses : les

M artinique . Vulgo : M erisier.— Commun : hauteurs et plateau desTrois-

jeunes, garnies de nombreux points transparents; les adultes, opaques.

llcts, de Case-Pilote, de Case-Navire et de Fort-de-France, du Marin, etc.

Fleurs blanches, très souvent solitaires, plus rarement réunies par 2, portées

[N 08 189 ô, 209, 1253.]

�270

MYRTACEBS
PLANTES

DE LA GUADELOUPE

BT

DE LA

E. aacillaris W illd ., E. guadalupensis D.G., E. baruensis Jacq. ; Eugénie à
fleurs axillaires. Vulgo : Merisier. — Petit arbre, droit, élégant, touffu, à
branches fastigiées, à écorce gris blanchâtre, lisse. Feuilles très coriaces,
opaques, ovées ou ovales-elliptiques, très obtusément pointues; pétioles
noirs ou rouges, cannelés, longs de '2-1 mm. Baie globuleuse, brun noir à la
maturité, ruguleuse, peu pulpeuse ou sèche, très souvent monstrueuse et
dépourvue de semence, surtout dans les pieds qui poussent près de la mer.
— Endroits habituellement pierreux et secs : V ieux-Fort, Gourbeyre (rare),
les Saintes (morne du Chameau), Marie-Galante (abondant dans les sables du
bord de mer, entre Saint-Louis et le Grand-Bourg). A lt. 0-550 mèt. [N os 2722,
3639.] — .le ne l'ai pas rencontré à la Martinique.

E.

Dussii, kr. et Urb.

271

MARTINIQUE

(n. sp.). Vulgo : Merisier-montagne. — Petit

arbre rabougri, couvert de mousses, de fougères, haut de 2-4 met., ou petit

écorce blanchâtre. Feuilles ovales, très coriaces, arrondies ou pointues à la
base, brièvem ent et obtusément acuminées au sommet; pétioles longs de
7-10 mm. Fleurs blanches, très odorantes, réunies par 2-12 à l'aisselle des
feuilles et naissant sur une protubérance bractéolée; pédoncules filiformes,
longs de 4-6 mm., bibractéolés. Baie sphérique, jaune orange avant d’être
mûre, bleu foncé à la parfaite maturité. — Les fruits sont comestibles. — Fl.
en avril, mai, ju in .— Le bois est dur et rouge en dedans: on l’emploie pour la
construction. — Assez abondant dans les haies et sur les lisières des bois infé­
rieurs des Bains-Jaunes, de la Pointe-N oire, des Vieux-Habitants, de Gour­
beyre, etc. A lt. 50-600 mèt. [N os 2208, 221 I, 3447.]
M artinique . Vulgo : Merisier. — Caravelle, Marin, morne Gommier, hau­
teurs de Case-Pilote, Morne-Rouge (Calvaire), Grand’Anse, etc. [N os 188 b ,
1259.]

E.

Tapacumensis Berg.; Eugénie de Tapacuma. Vulgo : Bois g rillé .— Petit

arbre haut de 6-10 met., droit, à branches fastigiées ou étalées, très feuillues.

arbre peu élégant, le plus souvent tortueux, glabre dans toutes les parties, à

Feuilles larges, longues de 4-5 cm. sur 2-3,5 cm. de large, ovées ou ovales,

branches très divariquées, souvent penchées, à écorce noirâtre

très obtuses ou arrondies au sommet, brusquement rétrécies en un pétiole

Feuilles longues de 7-12 cm. sur 3-4 cm. de large, nettement elliptiques ou

long de 4-o mm. Fleurs manquent. Baie déprimée-globuleuse, longue de
5 mm. sur 6-7 mm. de diamèt. — Fl. très rarement. Assez abondant aux

5-11 mm., à côte saillante en dessous, non imprimée en dessus, à nervures

et

rude.

ellipliqucs-ovales, brièvem ent rétrécies à la base en un pétiole long de

environs des Bains-Jaunes et dans les bois inférieurs de la Savane à Mulets.

également saillantes en dessus et en dessous. Fleurs blanches réunies par

Alt. 900-1200 mèt. [N° 2200.] — Il n’existe pas à la Martinique.

2-6 et naissant sur une protubérance bractéolée; pédoncules fermes, longs

E.

pseudopsidium Jacq.; Eugénie faux goyavier. V ulgo : Bois plié (à Marie-

Galante), ailleurs goyavier-montagne. — Arbre haut de 10-16 mèt., rare­
ment plus élevé, droit, à tronc cylindrique, nu dans le bas, à fronde arrondie,
à branches nombreuses, fastigiées ou plus ou moins étalées, à écorce lisse et
rougeâtre. Feuilles membraneuses, minces, ovées-ellipliques, terminées en
une pointe très obtuse, brièvement pétiolées. Fleurs blanches, larges, d’ une

de 7-8 mm., bibractéolés au sommet. Baie sphérique, de 9 mm. de diamèt.
— Fl. en septembre et octobre. — Endroits secs et rocailleux : Caravelle
(environs du Phare), Marin (morne Gom m ier, Sainte-Anne), mornes cal­
caires) A lt. 10-200 mèt. [N 09 188, 1243], —- Je ne l'ai pas trouvé à la
Guadeloupe.

E. (jryposperma

Ivr. et Urb. (n. s p -)‘, Eugénie à semence recourbée. Vulgo :

odeur très agréable, réunies par 2 et opposées, naissant aux aisselles supé­

Cerise-montagne. — Arbuste haut de 2-3,5 mèt., très touffu, élégant, droit.

rieures des feuilles; pédicelles longs de 1-2,3.cm., liliformes, bibractéolés
au sommet. Baie brun noir, pulpeuse, mangeable, globuleuse-ovoïde, couron­

tingue facilement de ses congénères, très brièvement et obtusément acumi­

née par les 4 larges lobes persistants du calice. — Assez rare : çà et là dans les

nées, longues de 5-9 cm. sur 3,5-8 cm. de large, à côte noire et épaissie vers

Feuilles larges, sessiles, légèrement ovées, en cœur à la base, ce qui le dis­

bois inférieurs du massif de Houëlmont (mornes Goblin et Dos-d’Ane), du

la base du limbe. F leu rs................; pédicelles longsde 5-15 mm. Baie large,

Gommier et des Bains-Jaunes. A lt. 150-600 mèt. [X ° 2729.]
M artinique . Vulgo : Goyavier-montagne, goyavier bâtard.

sphérique, de 12-15 mm. de diamèt., bleu noir foncé à la maturité, à pulpe
Bois de

violacée, copieuse et très savoureuse. — Très rare. De cette belle espèce, je

l’Ajoupa-Bouillon, hauteurs de Case-Pilote (assez abondant), fontaine Absa-

n’ai pu trouver que quelques pieds au milieu de la grande pente de la mon­

lon, etc. (N° 190.j

tagne du Vauclin (M artinique). Alt. 390 mèt. [N ° 1242.;

E. Lamhertiana D.C., E. smaraçjdina Berg., E.

—

niyropnnctala L. ; Eugénie

E.

Diichassaingiana Berg. ; Eugénie de Duchassaing. Vulgo : Grosse

de Lambert (dédié à Aylm er Bourke Lambert, président de la Société linéenne

merise, prunier des bois. — Assez grand arbre, très droit, à tronc cylindrique

de Londres, mort en 1842). Vulgo : Merisier jaune. — Grand arbuste ou

mesurant jusqu'à 35 cm. de diamèt., à écorce grise, ruguleuse, se détachant

assez souvent petit arbre, haut de 3-4 mèt., plus rarement arbre de 10-15 mèt.

par petites plaques, à jeunes rameaux garnis d’un duvet gris. Feuilles très

d’élévation, très glabre dans toutes ses parties, droit, parfois tortueux, à

larges, ovales-elliptiques, brièvement acuminées au sommet, subarroudies à

�272

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MAR TIN IQUE

la base : les jeunes, pubescentes et argentées en dessous;

MYRTÀCÉBS

273

les adultes,

longues de 3-4 cm .; fleurs blanches, odorantes ; calice brun, duveté en

glauques du meme côté ; nervure médiane très forte et très saillante en

deh ors: lobes du calice, garnis de cils courts, blanchâtres et fins; pétales

dessous et garnie d'un duvet couleur de rouille; pétioles longs de 3-4,3 mm.,

4-5, orbiculaires-obovales ; jeunes pédicelles garnis d’un duvet blanchâtre.

couverts d’un duvet roux. Fleurs très nombreuses, blanches ou légèrement

Fruit inconnu.— Fl. en ju illet ou en août. — Peu abondant : çà et là dans

violacées, disposées en glomérules caulinaires, contenant jusqu’à 55 pédon­

les bois de la Ravine-Chaude, dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes;

cules, qui naissent sur une grosse protubérance couverte de bractéolcs plus
ou moins avortées ; pédoncules filiformes, longs de 1,5-2,5 mm. et bibrac-

çà et là dans les falaises de la rivière Noire. A lt. 150-800 mèt.

téolés au sommet. Baies elliptiques ou oblongues, de 15-20 mm. de longueur
sur 8-12 mm. d'épaisseur, jaune avant la maturité, bleu foncé ensuite, pul­
peuse et bonne à manger. — Fl. en juin et août. — Çà et là sur les lisières
des bois et dans les falaises de la région inférieure : bords de

la

rivière

Noire, Vieux-Fort, Gourbeyre (morne Goblin). A lt. 200-500 mèt. [N 08 2725,
3671. |
M artinique . Yulgo : Grosse merise. — Bois inférieurs de la Calebasse,
Morne-Rouge (Savane Cha/ot el Calvaire), Grand’Anse, etc. [X os 210, 1252.]

N oS 3510 h ,

3771.] — Il n’existe pas à la Martinique.

E.

octopleura Ivr. et Urb.,

E.

ferruginea Griseb. ; Eugéniè à huit côtes.

Vulgo : Gueppois bâtard, koumaré (au Camp-Jacob). — Arbre haut de
10-16 mèt., élancé, à branches tantôt fastigiées, tantôt divariquées et horizon­
tales, à jeunes rameaux comprimés, garnis d’ un duvet couleur de rouille.
Feuilles membraneuses, très vertes, surtout en dessus, et luisantes, longues
de 7-13 cm. sur 3-5 cm. de large, deux fois et demi plus longrues que larges,
ovales ou ovales-elliptiques, tantôt longuement, tantôt brièvement et brus­
quement acuminées, lentement rétrécies à la base en un pétiole long de

Petit

7-13 mm., à côte imprimée en dessus, saillante en dessous. Inflorescence en

arbre, élégant, droit, haut de 5-9 mèt., à branches supérieures fastigiées, les
inférieures étalées, parfois très penchées el très allongées, à jeunes branches

grappes ombelliformes, longues de près de 2 cm., très nombreuses, conte­

garnies d’un duvet roux et court, à écorce rougeâtre et lisse. Feuilles larges,
rigides, blanches-lomenleuses en dessous, nettement elliptiques ou ovales,

que le pétiole, garnis d ’un duvet couleur de rouille, bibractéolés au som­
met; calice garni d’ un duvet couleur de rouille, à 4 lobes; pétales 4, orbicu-

ou ovales-elliptiques, très brièvement et obtusément acuminées au sommet,

Jaires; ovaire biloculaire. Baie obovale, longue de 12-15 mm. sur 8-10 mm.

E. Gregii P oir.; Eugénie de Gregg. V ulgo : Goyavier-bâtard. —

nant 2-8 fleurs blanches, odorantes; pédicelles environ de la même longueur

longues de 6-11 cm. sur 4-5 cm. de large, rétrécies, à la base, en un pétiole

d’épaisseur, pulpeuse, bleu noir à la maturité, pourvue de huit côtes, faible­

long de 4-7 mm. Inflorescence en glomérules courtes portant 2-8 fleurs sur

ment marquées au sommet et au milieu , plus prononcées vers la base. — Le

des pédoncules pubeseenls et bibractéolés, longs de 5-8 mm. ; calice pubescenl

bois est rouge en dedans et dur; il est recherché pour la construction. —

en dehors. Baie longue de 2 cm., oblongue, garnie d’ un duvet gris avant

FL en mai, ou juin ou ju illet. — Assez abondant dans les bois des Bains-

d'être mûre, bleu foncé à la maturité. — Fl. en mai, juin ; fruits mûrs en
octobre et novembre. — L e bois est très flexible et élastique : on le

Jaunes, de Gourbeyre (mornes Dos-d'Ane et Boucanier). A lt. 600-1000 mèt.
(N os 2759, 3270, 3600.]

recherche pour en faire des manches de houes, de pelles, etc. — Peu abon­

M artinique . Yulgo : G oyavier bâtard grand-bois. — Bois de la Calebasse

dant : ravine de Belost (près de la Basse-Terre), bords de la rivière Bouge,

et de TAjoupa-Bouillon, du Morne-Rouge (Calvaire et habitation Petit), etc.

IIouëlm ont(pente du Nord), Trois-R ivières, Malouba, Pointe-Noire (près de

[N 08 200, 619, 1257.]

l'habitation Longcase), etc. [X os 2205, 3445.]
M artinique. Vulgo ; Goyavier bâtard. —

Prêcheur (Céron), Fort-de-

France (M arigot), hauteurs de Case-Navire el de Case-Pilote, etc. A lt. 10400 mèt. Xos 187, 1248.]
B.

E.

floribunda W est.,

E.

disticha Bello ; Eugénie florifère. Yulgo : Coco-

carette, bois de basse bâtard. — Grand arbuste ou petit arbuste, élégant, fastigié, haut de 3-5 mèt. Feuilles petites, coriaces, ellipliques-ovales, longue­
ment acuminées. Fleurs blanches, en glomérules nombreuses, subsessiles à

brachystachya Berg. ; Eugénie à épis courts. Vulgo : Merisier. — Petit

arbre, à branches étendues,, penchées, à écorce lisse, blanchâtre, à jeunes

l ’aisselle des feuilles, bracléolées à la base. Baie rouge avant d ’être mûre,
jaune à la maturité, globuleuse, de 8-10 mm. de diamèt., luisante, acidulée,

rameaux comprimés, couverts d'un duvet court et roux. Feuilles larges,

mangeable. — Peu abondant : Pitons-du-Carbet (morne d'Am our). morne

ovales-elliptiques ou ellipliques-allongées, longues de 8-15 cm. sur 4,3-6,3

Jacob, Piton-G elé, hauteurs de Case-Navire. A lt. 350-900 mèt. [X 05 189, 204.

cm. de large, à nervures principales reliées à un arc bien

— Je ne l ’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

prononcé,

à

3-6 mm. de distance des bords, et les nervilles secondaires à un arc plus
faiblement marqué courant tout près du bord.

Inflorescence en grappes

E. co/feifolia

D. C.,

E.

sinemariensis B erg.; Eugénie à feuilles de caféier.

Vulgo : Merisier-bois. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-5 mèt., à
Dùss. — Plantes

Guadeloupe et M artinique .

18

�274

PLANTES

DB LA GUADELOUPE ET

DK LA

M AR TIN IQ U E
MYRTÀCÊES

branches peu nombreuses,

allongées,

flexibles.

Feuilles

minces, longues de 8-17 cm. sur 4-4,6 cm. de large, brusquement et le plus
souvent longuement acuminées, arrondies à la base, traversées par deux arcs,
dont le premier est à 6-8 mm. et le second à 2-3 mm. du bord du lim be;
pétiole noir, long de 3-4 mm., ruguleux. Fleurs petites, blanches, en glomérules sessilcs, pauciflores, situées tantôt à l’aisselle des feuilles, tantôt le long
des branches dépourvues de feuilles. Fruit inconnu.— Fl. en mai ou juin. —
Endroits ombragés des grands bois de la Ravine-Chaude, et çà et là dans les
bois entre la Poin lc-X oireel Deshaies.

‘2 7 5

membraneuses,

N° 3448.] — 11 n'exislc pas à la M ar­

tiers supérieurs du Malouba et dans le Gommier, où il forme de véritables
forêts ; abondant à Gourbcyre, au Camp-Jacob, au Bas-Matouba, dans les
hauteurs du Baïllif, aux Trois-R ivières, etc. [N ° 2206.]
M

a rtinique .

Vulgo : Pomme-rose. — Abondant : Morne-Rouge, Ajoupa-

Bouillon, Champflore, Parnasse, hauteurs de l’habitation Pécoul, etc. — FI.
surtout en avril, mai, juin. [N ° 1855.]
E. Javamca Lam.~ Eugénie de Java. Yulgo : Frambroisier, pomme de
Malacca. — Grand arbre, à branches fastigiées dans le haut, horizontales et
souvent très penchées dans le bas, à fleurs blanches en cymes Irichotomes-

tinique.

E. fragrawt W illd .,

E.

variété brachyrhiza kr. et Urb.,
emarginafa Macf.,
Amomis fragrans Griseb.; Eugénie odorante. Yulgo : Bois d'Inde bâtard, bois
pelé, goyavier-montagne. — Arbre droit, haut de 16 m et., très glabre dans
toutes ses parties, à tronc anfractueux-cylindrique, à écorce verdâtre et lisse,
à rameaux comprimés. Feuilles ovales-arrondies ou obovées, très luisantes
en dessus, très pâles en dessous, ou blanchâtres et marquées de points noirs :
les jeunes, pourvues d’ une masse de points transparents cryptes). Fleurs
blanches, d'une odeur exquise, en cymes, ou solitaires ou réunies par 2-3;

allongées, nombreuses, à fruits rose pourpre ou plus rarement blancs, obco,
niques et tronqués au sommet, d’ une saveur aqueuse et insipide. — Fl. en avril
ou mai, ou juin. — Originaire de l'Asie centrale et des îles de l'Océanie. —
Environs de la Basse-Terre, Gourbevre, Capestcrre, T rois-R ivières, etc.
jX os 2202, 2990.] — Dans cette espèce d’Eugenia, il est rare de trouver des
graines qui germent.
M a r t in iq u e .

Yulgo ; Pomme de Java. — Cultivée au Jardin botanique et

sur quelques propriétés de l'ile. [X°* 206, 207.

calice 4-5-lobé; pétales 4-5; pédoncule bibracléolé, long d’environ 2 cm .;

E. aromatica BailL, Caryophyllus aromaticus L. ; Eugénie aromatique.

pédicelles longs de 4-5 mm., bracléolés au sommet, à bractéoles souvent

Yulgo : Giroflier. Desc., vol. V II I, t. 566, p. 214. — Arbre de taille moyenne.

glandulifèrcs. Baie ovoïde-globuleuse, jaune avant d'être mûre, bleu foncé à

— Fl. en avril et mai. — On cueille les boutons de fleur, on les sèche et on

la maturité, couronnée par les lobes persistants du calice; semences 1-3,

s'en sert comme épice sous le nom de « clous de girofle

réniformes. — Fl. en mai, ou juin ou juillet. Des feuilles cl l’écorce sont

on emploie les feuilles contre la dysenterie et contre les coliques ; le bois

aromatiques presque au même degré que le bois d'Inde. — Assez abondant :
çà et là dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes et à Marie-Galante (bois

est recherché des menuisiers et des tourneurs. — Plante originaire des Moluques. — Cultivée çà et là dans le pays : Capestcrre (Guadeloupe, habi­

de Folle-Ansei. [N os 2758, 3269.J — .le ne l'ai pas vu à la Martinique.

tation

E.

Malaccensis L ., Jambos Malaccensis D. C .; Eugénie de

Malacca.

Yulgo : Pomme de Taïti, pomme d’ Haïti. Tuss., F l ., III, t. 25. — Petit arbre,
droit, haut de 6-9 met., à branches toujours horizontales, à Ileurs rouge
pourpre foncé, disposées en cymes tricholomes très nombreuses, qui couvrent
les branches dépourvues de feuilles, à fruits turbines pourpre foncé, plus
petits qu’une pomme, à chair blanche, d une odeur légère de rose, mais d'une
saveur assez insignifiante. — Se rencontre çà et là autour des maisons :
Gourbevre

morne des Palmistes), Trois-Rivières, Eamentin, etc. — O rigi­

naire de l île de Malacca. — L ’écorce est astringente cl s'emploie contre
la dysenterie.

N° 3733.j

M ARTi.M QiE.Vulgo : Pomme d'H aïti. jX° 1856.

E.

Jambos L., Jambosa vulgaris D. C. (du mol des Indiens d'Orient

« chambu ».) Yulgo ; Pomme-rose. D esc., vol. Y , t. 314, p. 49. — Grand
arbre, très branchu, introduit autrefois pour abriter les plantations de caféiers
et de cacaoyers; s'est naturalisé et est devenu très abondant dans les quar-

Longm ont),

Sainte-Marie (habitation

». Dans le pays,

La Caféière), Pigeon, Gour-

beyre, Lamentin, etc. [N° 2203. |
M a r t in iq u e .

Yu lgo : G iro flier1. — Plus rare qu'à la Guadeloupe.

X° 1840.

Parmi les plantes introduites et cultivées appartenant à la famille des
Myrlacées, on rencontre souvent, outre l ’espèce précédente :
l ü Punica granatum L. Yu lgo : Grenadier. — Introduit et cultivé dans les
jardins comme plante médicinale. Les feuilles sont antiscorbutiques; Pécorce
des fruits est employée contre la diarrhée chronique ; la décoction concentrée
de l'écorce râpée de la racine constitue un souverain remède classique contre
le ver solitaire, par la pelleliérine (principe lamiluge) qui y est contenue
et qui a été découverte par Tanrel.
I. L ’huile essentielle, qu’on extrait par distillation des clous de girofle 16 à 1“ 0,0 , est
formée d 'eugénol ou acide eugénique et d’un hydrate de carbone plus léger que l'eau
(essence légère de clous de girofle ). L ’essence laisse déposer un camphre analogue à celui
des I.aurinées, appelé caryophyllène ; l'essence renferme aussi de
et
les clous de girofle ont encore du tanin. Em ployé comme éclaircissant dans la technique
du microscope. (E. IL )

l'acide salycilique

�276

PLANTUS

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

MARTIN IQUE

MÉLASTOMACHES

277

'2° Couroupita guyanensis Aubl. V ulgo : Boulet à canon. Aubl., ( lin /.,

H. latenflora Triana; Henriettclle à (leurs caulinaires. Vulgo : Caca-ravet.

I . '282 ; Dose., vol. V’ , t. 340; Tuss., F l., 11, 1. 10 et 11. — Assez grand arbre,

— Grand arbuste, haut de 4-5 mèt., à branches très étalées et penchées, à

originaire de la Guyane.

tige cylindrique, à rameaux tétragones, à tige et branches nues.

Myrtus

3°
commuais L. Vulgo : Myrte de France. — Fl. difficilement.
4° Gustavia augusla L. — Grand arbre de la Guyane. Cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre et sur quelques propriétés. [N ° 1854.]

P'euilles

elliptiques, ramassées aux extrémités des rameaux, pointues aux deux bouts, à
3 nervures principales (les 2 latérales prenant naissance au-dessus de la base
de la médiane), pourvues d’un arc partant de la base du limbe et courantprèsdu

5V Barringtonia speciosa L. (ils. Vulgo : Arbre à barrette, bonnet de prêtre.

bord, à nervillcs transversales parallèles. Inflorescence axillaire en fascicules

— Originaire des côtes occidentales d'Afrique. [N° 1853.] Cultivés aux Jardins

nombreux et petits, disposés tout le long des branches, contenant 1-8 fleurs,

botaniques de la Basse-Terre et de Saint-Pierre, el planté en bordure à la

petites, blanches, brièvement pédonculées; calice conné avec l’ovaire, campanulé, glabre, tronqué au sommet ou obscurément 5-denté, formant une

Savane de Fort-de-France (beaux spécimens). — Les graines, toxiques,
servent à enivrer le poisson.

coille pointue, tombant d'une seule pièce à l’ouverture de la lleur; étamines 8;

6° Eucalyptus robusta Smith, E. amygdalina Labill. et E. grandiflora

style droit, plus long que les étamines; stigmate capité. Baie globuleuse,

L ’ Hér. — Originaires de l'Australie. Le dernier est assez répandu à la

deux ou trois fois plus petite qu’ une graine de poivre, turbinée, couronnée

Guadeloupe : Pointe-à-Pitre (hospice de Saint-Jules), Vieux-Habitants (habi­

par le rebord annulaire du calice; ovaire à 5 loges multiovulées. — FL en

tation Rollin), Pigeon (Gendarmerie), Basse-Terre (La Jacinthe et la Gen­

octobre en novembre. — Çà et là au milieu des grandes forêts humides des

darmerie),

Bains-Jaunes et du Matouba. Alt. 500-800 mèt. [N ° 2265.]

Camp-Jacob (habitation

R ollin), Sainte-Rose,

etc. —

Il est

beaucoup plus rare à la Martinique L
7° Syzygium Jambolanum D. C. Vulgo : Télé-négresse. [N ° 185'i.J —
Grand arbre, originaire de l'A sie centrale, qui est cultivé au Jardin botanique
de Saint-Pierre, el au Marin, sur l’habitation Grand-Fond-Balata. — 11 tleurit
et rapporte tous les ans2.
8° Lecytbis grandiflora Aubl. V ulgo : CanarFmacaque. — Se rencontre à
la Basse-Terre, sur l’ habitation Saint-Aude Galï. — 11 est originaire de la
Guyane. — FL de mars en juillet et rapporte des fruits.

M a r t in iq u e .

Vulgo : Crécré grand-bois. — Çà et là dans les bois inférieurs

des Pitons-du-Carbet. [N ° 1176.]
H. Dussii Cogn. (n. sp. ) ; Crécré grand-bois. — Grand arbuste ou petit
arbre, droit, haut de 3-5 mèt., à rameaux à quatre angles obtus, renflés aux
nœuds, à tige et branches nues, à feuilles ramassées aux extrémités des
branches, à jeunes rameaux, pétioles, calice et face supérieure des feuilles
hérissés de soies subulées, couchées, tuberculées à la base et jaunâtres.
Feuilles longues de 12-17 cm. sur 6-7 cm. de large, elliptiques-ovales, acuminées au sommet, rétrécies et subarrondies à la base, à 5 nervures principales

SOIXANTE-QUINZIÈME FAMILLE.

-- M E L A S TO M A C R E S .

et 2 arcs courant parallèlement sur le bord, à nervilles transversales paral­
lèles; pétioles comprimés, longs de 1,8-2,8 cm. Inflorescence axillaire, en

Henriettella Cogn. (diminutif de « Henriettea », qui, à la Guyane, porte
le nom de « caca-Henriette ».)
1. Les feuilles et l'écorce d E. globulus doivent au tanin qui y existe les propriétés
toniques et astringentes qu’on leur connaît: le même principe les rend sans doute fébri­
fuges. En Australie, en Corse, les feuilles sont administrées à la dose de 4 à 16 gr. par
jour, en poudre, contre les fièvres intermittentes; on en fait aussi des cigarettes anti­
asthmatiques. Ces feuilles donnent, à la distillation, une huile essentielle, dont un des
éléments composants, •Yeucalypiol (cloëz), a été employé avec succès contre les bron­
chites. L E. amygdalina {peperm int-tree des Anglais), moins répandu que le précédent
dans l'Australie mais plus odorant par ses feuilles, riches en huile essentielle, est souvent
préféré à 1E. globulus pour le pansement des plaies cl le traitement des fièvres. (E. II.)
2. Dans ces dernières années, les médecins anglais de l'Inde ont attiré 1attention sur
cette plante dont, d’après eux, les graines seraient non seulement capables de diminuer la
quantité énorme d'urine émise par les diabétiques, mais encore de faire disparaître le sucre
rapidement dans ces urines. L'expérimentation méthodique faite en Europe n’a pas justifié
ces affirmations. Ces graines, analysées par M. Elborn (1888), ont donné une résine soluble
dans l’alcool et l’éther, de l'acide gallique el un extrait soluble dans l'eau. (E. H .)

glomérules de 1-3 fleurs sessiles, naissant sur une sorte de tubérosité, tout le
long des branches; calice campanulé, long de 7-8 mm., obscurément quadridenté, garni de soies plus courtes que celles des rameaux; pétales blancs,
insérés sur le bord intérieur du calice, longs de 7 mm. sur 7,2 mm. de large,
arrondis au sommet et lacérés, très rétrécis à la base, caducs, formant une
coille conique et tordue avant l’éclosion de la fleur; étamines 8.

Baie

inconnue. — Rare : çà et là dans les grands bois du Lorrain et du Gros-Morne.
[N° 1180.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.
Clidemia Don. (dédié à Clidemus, médecin grec de l’antiquité, qui a écrit
sur les maladies des plantes. ( Théophraste, V , 12.)
C. guadalupensis Griseb. ; Clidemie de la Guadeloupe. V u lgo : Bois-côte­
lette. — Arbrisseau ou grand arbuste, haut de 2-3 mèt., habituellement peu
branchu et peu feuillu, droit, à rameaux nettement tétragones, caractérisés
par une pubescence rubigineuse ou rarement glabres. Feuilles rougeâtres,

�278

PLANTES

DB

LA GUADELOUPR

ET DE LA

MARTINIQUE

très seabres, ovales-ellipliques, longuement acuminées au sommet, arrondies
ou fortement rétrécies à la base, très finement crénelées-denlées, longues de
17-18 cm. sur 5-7 cm. de large; nervures principales 3, très saillantes en
dessous et légèrement pubescentes, pourvues de deux arcs, dont le pre­
mier est de 2 mm. de distance, et le second, plus faiblement marqué, est très
rapproché du bord; pétioles longs de 2-3 cm., comprimés-subquadrangulaires. Fleurs blanches ou légèrement roses, en petites cymes très lâches,

MÉLASTOMACÉES

279

droits ou appliqués horizontalement, tuberculés à la base, ceux des deux faces
des feuilles sontcouchés. Feuilleslongues de l5-22cm . sur 14-18 cm .delarge,
subcordées à la base, pointues au sommet, finement crénelées, ciliées sur les
bords, à 5 nervures principales, et deux arcs, distants, à la base, de 3-4 mm. et
expirant sur le bord, au-dessus du milieu du lim be; pétioles longs de 3-9 cm.,
comprimés; les nervilles sont transversales, parallèles. Inflorescence en cymes

racémiformes, axillaires, pauciflores, confinées dans la partie supérieure des

corymbiformes très lâches, à branches secondaires terminées par deux fleurs
pédonculées, et les branches tertiaires par trois, dont celle du milieu est sou­

rameaux, géminées et opposées, plus courtes que les feuilles, ù divisions

vent sessile ; calice bibractéolé ; lobes du calice brièvement subulés, de moitié

souvent verticillées par 4; pédicelles délicats, compriinés-filiformes, d’inégale

plus courts que le tube ; pétales blancs,obovés ; ovaire à 4 loges ; style Pdiforme ;

longueur, pubescents ainsi que le pédoncule; calice pubescent; lobes du

stigmate arrondi-capité. Baie mûre hérissée de quelques poils, bleu foncé à

calice linéaires, subulés, plus courts que le tube; pétales 4, obtus; éta­

la maturité, sphérique, d’ un diamèt. de 5-7 mm. — Abondant dans les savanes

mines 8; anthères jaunes, linéaires, dressées; stigmate petit; ovaire à 4 loges.

et les clairières des quartiers du Camp-Jacob, de Bagatelle, du Gommier,

Baie nuire bleu foncé, poilue, sphérique, un peu plus grosse qu'une graine
de poivre. — Assez abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes, du

du Matouba, de la Ravine-Chaude, des Trois-R ivières. — Fl. presque toute

Matouba, de la Ravine-à-Déjeuner (au pied de la Grande-Découverte), etc.

l’année. — Alt. 150-800 mèt. [N ° 2268.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Crécré grand-feuille. — Abondant au Morne-Rotige,

— Fl. toute l'année. — .Vit. 700-1000 mèt. [N ° 3203.]
M artinique. Vulgo : Crécré-montagne. — Assez rare : Morne-Jacob (entre

à l’Ajoupa-Bouillon, au Gros-Morne, etc. A lt. 200-600 mèt.

le Champflore et Sainte-Marie), Piton-Gelé, etc. [N °667. |

N 0* 668, 1174.

Conostegia Don. (du grec « konos », cône, et « stegé », couverture, parce que
la partie supérieure du calice forme un cône qui couvre complètement les

C.

hirta Don., variété elegans, C. crenala Mey.-Ksseq. ; Clidémie hérissée

organes de la fleur et se détache d’ une seule pièce au moment de l’anthèse.)

de poils. Vulgo : Herbe-côtelette. Aubl., Guy., 1. 107. — Arbrisseau élégant,
haut de 0,70-1 mèt., rarement plus haut, droit ou plus ou moins incliné, à

C. subhirsula D.C. ; Conostégie peu velue. Vulgo : Bois-côtelette. —

rameaux, feuilles, pétioles, calice et pédoncules entièrement garnis de poils

Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-6 mèt., à branches souvent trèsdiva-

roux, rigides, droits, serrés et tubercules à la base. Feuilles ovées ou plus

riquées, à lige anfractueuse, à écorce verte, presque lisse, à jeunes branches

rarement ovées-oblongues, subcordées à la base, ciliées sur les bords, nette­

obtusément quadrangulaires, renflées aux nœuds et couvertes d'une pubes­

ment crénelées, à 3 nervures principales et 2 arcs. Fleurs en cymes subses-

cence roux brun, ainsi que les pétioles et les panicules. Feuilles elliptiques

siles, corymbiformes, courtes, aussi longues que les pétioles, contenant 2-20
pédoncules; lobes du calice filiformes, subulés, aussi longs que le tube;
pétales 5, blancs ou rosés, obovés ; étamines 8-10, tuberculées à la base, du
côté antérieur, s'ouvrant au sommet par un pore; ovaire ci 5 loges, libre dans
le bouton, ensuite adhérent au calice; style filiform e; stigmate obtus. Baie
poilue, de la grosseur d’ une graine de poivre et portant au sommet un long
rebord annulaire. — Fl. toute l’année. — Peu abondant : çà et là dans les
savanes herbeuses des Trois-R ivières et du Lamcnlin. [N ° 2201.]
M artinique . Vulgo : Herbe-crécré. — Très abondant dans les savanes de
Ducos, du Lamcnlin, de la R ivière-S alée; assez abondant au Parnasse et
aux environs du Morne-Rouge, etc. [N os 106, 1181.]

ou clliptiques-oblongues, pointues, longues de 11-15 cm. sur 6-8 cm. de
large, glabres en dessus, grisâtres en dessous, à 3 nervures principales avec
un arc distant de 2 mm. du bord, subentières ou crénelées-denlées au-dessus
de la base; pétiole subcomprimé, fort, long de 3-5 cm. Inflorescence en
panicules corymbiformes, à 7 divisions portant 3-7 fleurs; calice plus ou
moins glabre; coille arrondie, convexe; pétales 6, blancs, obliquement
obovés; anthères 20; ovaire à 12-20 loges; stigmate pelté. Baie lurbinée,
ruguleuse, verte avant d’être mûre, bleu foncé à la maturité. — Assez abon­
dant dans les mornes secs de Gourbeyre (mornes Dos-d’Ane et Boucanier);
çà et là aux Palmistes. [N ° 3472.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Crécré-falaise. — Bois de 1 Ajoupa-Bouillon, des
hauteurs de la Basse-Pointe, du Champflore (bords de La Capotte]', etc.

G. lalifolia D.G., C. umbrosa Cogn. ; Clidémie à larges feuilles. Vulgo :
Cœur à bœuf, groseillcr grand-feuille. —

Arbrisseau très droil, élégant,

haut de 1-2 mèt.,à rameaux tétragones-sillonnés, à tige cylindrique, à branches,
pétioles, pédoncules, pédicelles et calices hérissés de poils roux blancs, rudes,

[N ° 1170.]
C. calyptrata D on.; Conostégie coiffée. Vulgo : Côtelette grand-bois. —
Arbrisseau haut de 1m 50 à 3 mèt., ou, selon les endroits, petit arbre, haut
de 4-6 mèt., entièrement glabre, à branches nombreuses, plus ou moins fas-

�280

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

ET DE

LA

MARTIN IQUE

MKLASTOMACÉES

281

tigiées, flexibles, à rameaux obtusément quadrangulaires, épaissis aux nœuds.

étamines 8; anthères jaunes; ovaire à f loges. — Fl. en avril, mai, juin. —

Feuilles longues de 8-13 cm. sur 4,2-5 cm. de large, oblongues ou elliptiques-

Assez abondant dans les basse et infra-moyenne régions : Montéran, environs

oblongues, acuminées, luisantes, à 3 nervures principales, avec un arc; ner-

de la Basse-Terre (ravine de Belost), Ducharmois, Gourbeyre, Dolé, Trois-

villes transversales et parallèles. Inflorescence en grappes composées, dressées,
souvent pyramidales-allongées, portant des cymes à 3-7 fleurs blanches; pédi-

Rivières, Moule, Gozier, etc. A lt. 40-600 mèt. ! N° 2270.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Crécré blanc. — Abondant : Parnasse, Morne-Rouge,

celles de longueur inégale ; opercule allongé, deux fois plus long que le tube
du calice, conique, mucroné; pétales 5, elliptiques, à peu près aussi longs

Carbet, hauteurs du Prêcheur, de la Trinité, route de Fort-de-France au
Gros-Morne, etc. [N ° 1170.]

que le calice; anthères 11-15; ovaire à 5 loges. Baie petite, verte, munie
d'un large rebord. — Assez abondant dans les mornes secs de Gourbeyre
(mornes Goblin et Dos-d'Ane), Houëlmont, Malouba, Sainte-Rose, Deshaies,
Ravine-Chaude. — Fl. de mai en août. — A lt. 150-500 mèt. |N° 2267.]
M artinique. Vulgo : Crécré. — Abondant : Parnasse, M orne-llouge, Carbet, hauteurs de Case-Pilote, Trois-Ilets (plateau). [N° 108.]
Tetrazygia Rich. (du grec « tetra », quatre, et zugon », liaison, parce que,
dans les espèces-types, la fleur est construite sur le type tétramère.)

Miconia R. P. (dédié à Micon, médecin espagnol.)
M. guyanensis Cogn., variété ovalis ; M iconie de la Guyane, variété à
feuilles ovales. Vulgo : Bois-côtelette. — Petit arbre, haut de 4-7 met., rare­
ment arbre de 15-18 mèt., et alors très anfractueux ou à grosses côtes, à
branches horizontales et souvent penchées, à rameaux tétragones, épaissis
aux nœuds. Feuilles elliptiques, ou légèrement ovales, acuminées au sommet,
brusquement atténuées à la base, longues de 10-15 cm. sur 5-8 cm. de large,
vertes eu dessus, pâles et rougeâtres en dessous, à 5 nervures et un arc près

T. anguslifolia D. C. ; Telrazygie à feuilles étroites. Vulgo : Palissade à

du bord, subenlières; pétioles longs de 2-4 cm., comprimés. Inflorescence en

Jacques (au Gozier), ailleurs bois-côtelette petite-feuille. — Grand arbuste ou

grappes terminales, composées, allongées, longues de 13-16 cm., à divisions

petit arbre, haut de 3-6 met., très élégant, à cause de son port et de son

courtes, terminées par des cymes triflores; boulon de la fleur entièrement

feuillage, à branches très nombreuses et noirâtres, à rameaux cylindriques,

enveloppé de deux bractées, obovales, opposées et complètement garnies d'un

garnis d'un duvet blanchâtre et fin. Les feuilles, ramassées aux extrémités

duvet épais et blanchâtre; calice campanulé, jaunâtre, rétréci au-dessous du

des branches, sont longues de 2,3-4,3 cm. sur 3-6 mm. de large, linéaires-

somm et; pétales 4-5, blancs, environ deux fois plus longs que le calice; éta­

lancéolées, acuminées au sommet, pointues à la base, garnies en dessus d’un

mines 10; anthères jaunes, transversalement tuberculées du côté intérieur,

duvet blanc, court et serré, grisâtres en dessous; nervures 3. Inflorescence

munies d'un appendice en bec à la base et d une petite bosse près de cette

en panicules courtes, corymbiformes, terminales, moins longues que les

base (du côté extérieur), longues de 4-5 mm., subulées, terminées en pointe;

feuilles, à divisions portant 3-5 fleurs rosées, ou blanchâtres ou blanches;

pédicelles quadrangulaires, striés et duvetés comme les bractées; pédoncule

anthères 8. Baie noir brun à la maturité, deux fois plus petite qu’ une graine

comprimé-quadrangulaire, rarement strié, à duvet fin et roux. Baie turbinée,

de poivre. — Fl. en avril, mai, ju in ; dans certains points, il fleurit toute

d’abord jaunâtre, ensuite noire. —

l'année. — Abondant dans les terres pierreuses, argileuses, plus ou moins

arbre fait l ’ornement des savanes du Gamp-Jacob, de Gourbeyre, des bois

sèches : Gourbeyre (morne Goblin), hauteurs sèches et pierreuses du VieuxFort, etc. Alt. 200-400 mèt. [N° 2260.]

inférieurs des Bains-Jaunes, du Gommier, des hauteurs du Baillif, des \ ieux-

M artinique . Vulgo : Crécré petite-feuille. — Hauteurs et plateau des TroisIlets, Marin (morne G om m ier), Sainte-Anne (mornes calcaires, abondant).
[N° 1169.]
T. discolor D. C., variété villosa ; Tétrazygie à deux couleurs différentes.
Vulgo : Côtelette blanc. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 5-8 mèt.,
à branches divariquées, à rameaux, pétioles, pédoncules et le dessous des
feuilles garnis d’un duvet lomenteux, blanc et court. Feuilles ovées, ou ovéeslancéolées, acuminées au sommet, arrondies ou inégales à la base,subentières
ou faiblement crénelées-dentées au-dessus de la base; nervures 3-5, rou­
geâtres, avec un arc peu distant du bord. Fleurs en panicules corymbiformes,
contractées, arrondies, multiflores; pétales blanchâtres, ou blanc jaunâtre;

Fl. en mai, juin et ju illet. — Ce petit

Habitants, de la Pointe-Noire, du Matouba, etc. A lt. 400-800 mèt. [N ° 2249.j
M a r t in iq u e .

Vulgo : Crécré-falaise. — Abondant : Champlïore, Ajoupa-

Bouillon, Grand'Anse, Gros-Morne, Fonds-Saint-Denis, fontaine Didier, etc.
[N° 109.]
M. lævigata D. C. ; Miconie à feuilles lisses. Vulgo : Bois-côtelette. —
Arbrisseau ou grand arbuste, entièrement glabre, haut de 2-3 mèt., à branches
dressées, minces, à feuilles ternes des deux côtés. Ces feuilles, ovales-ellipliques, crénelées-dentées, irrégulières, ou arrondies ou subcordées à la base,
ont cinq nervures et un arc à peu de distance du bord. Inflorescence en pani­
cules terminales, lâches, longues de 9-13 cm., â branches terminées en cymes
triflores. Baies brunes, petites, turbinées-globuleuses. — Très variable, quant
aux dimensions des feuilles, des panicules et des baies. — Abondant dans la

�PLANTES

282

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

basse région : environs de la Basse-Terre, Moniéran, Baillif, Deshaies, Dole
(G ourbevre), Trois-Rivières, Lamentin, Grande-Terre, etc. A il. 10-400 mèt.
[N os 1158, 2157.]
M artinique , Vulgo : Petit crécré. — Abondant dans la basse région.
N° 1182.]

M.

ambiffua D. C.. M. prasina D. C.,

M. collina

D. C. ; Miconie ambigu.

Yulgo : Bois-côtelette. — Ressemble beaucoup au précédent, quant aux
feuilles, aux panicules et aux baies; il en diffère par ses feuilles plus ternes,
ses nervures légèrement pubescentes en dessous, ses baies plus larges. C'est de
tous les Miconia celui qui offre le moins d’éclat. — Même habitat que le
précédent.

X" 2250.]
M a r t in i q u e . Yulgo : Grécré-savane. — Abondant comme le précédent :
environs de Saint-Pierre, Prêcheur, Carbet, Case-Pilote, Trois-Ilels (hauteurs),

283

Mulets cl au sommet du morne Hirondelle (Gourbevre). — Fl. de janvier à
mai. — Alt. 700-1200 mèt, [X ° 3409.] — Ne se trouve pas à la Martinique.
M. martinicensis Cogn.; Miconie de la Martinique. Vulgo : Crécré-mon­
lagne. — Arbrisseau haut de 1 8 0 - 2 mèt., droit, très ornemental, entière­
ment glabre. Feuilles extrêmement coriaces, presque toujours fortement rou­
lées sur les bords, parfois en forme de cuiller, ovales-elliptiques, noirâtres,
très glabres, entières, à 3 nervures et un arc près du bord. Inflorescence en
panicules allongées, à branches très divisées, étagées, avec des pédicelles
unilatéraux et tournés vers le haut. Baies noires, globuleuses, du volume
d'une graine de poivre. — Très rare. — De cette belle espèce, je n'ai trouvé
que quelques pieds dans la petite savane de la Montagne-Pelée Martinique .
[N ° 672.]
M. furfuracea Griseb.; Miconie

couleur de son. Yulgo : Bois-côtelette.

— Grand arbuste, haut de 3-4 mèt., peu branchu, richement feuillu, à branches

la Régale, etc. X° 2148. |

M.

MÉLASTOMACÉRS

M AHT INIQUE

cl rameaux cylindriques, à jeunes rameaux, pétioles, pédoncules, pcdicelles,

(jlobulifera Chain.; Miconie à fruits globuleux. Yulgo : Bois-côtelette-

nervures, nervilles et calices revêtus d'un duvet gris brun, dense, poudreux.

montagne. — Arbrisseau ou grand arbuste, très ornemental, haut de 1-3 mèt.,

Feuilles vert noirâtre, longues de 12-25 cm., parfois de 32 cm. sur 5-13 cm.

entièrement glabre, à branches très nombreuses, formant une tête arrondie et
large, nu dans le bas, à feuilles confinées aux extrémités des rameaux qua-

de large, obovées, acuminées au sommet, rétrécies à la base, dentées-créne-

drangulaires. Feuilles longues de 4-11 cm. sur 2-4,3 cm. de large, elliptiques,

médiane, et un arc près du bord; nervilles transversales parallèles et écar­

lées au-dessus de la base; nervures 3 : les deux latérales très écartées de la

finement crénelées-dentées, à dents fermes, ou subentières, acuminées au

tées; pétioles de longueur variable, n’excédant jamais 6 cm. de long. Inflo­

sommet, rétrécies à la base; nervures 3, saillantes en dessous et légèrement

rescence en panicules lâches, allongées, portant des divisions le plus souvent

violacées. Fleurs petites, blanches, en panicules courtes, arrondies, très nom­
breuses; anthères jaunes. Baies globuleuses, sphériques, blanehesavant d'être

triflores, avec des fleurs solitaires à l’aisselle des pédicelles; calice conique,
long de 4 m m .; pétales blancs, une fois plus courts que le calice. Baies côte­

mûres, bleu foncé à la maturité, plus petites qu'une graine de poivre. — Fl.

lées, noires, globuleuses. — Ça et là sur les lisières des grands bois : Capes-

en mai, juin, juillet. — Abondant dans la région supérieure des montagnes :

terre ( Guadeloupe), aux environs du Grand-Etang et de l'Etang-Zombi,

Savane à Mulets, Soufrière (cône et plateau), Grande-Découverte, Savane aux

Gom m ier; rare au Matouba. A lt. 300-600 mèt. N° 2263.

Ananas, Savane du Nez-Cassé. Alt. 1000-1400 met. [N ° 2448.]
M artinique. Y u lg o : Crécré-monlagne. — Abondant au plateau de la M on­
tagne-Pelée et des Pitons-du-Carbet.

M.

M artinique . Vulgo ; Crécré grand-bois. — Fonds-Saint-Denis, Calebasse,
Champflore, fontaine Absalon. [N ° 1175.]

X° 671.
M. coriacea D .C .; Miconie à feuilles coriaces. Yulgo ; Bois-côtelette-mon-

tetrandra Naud. ; Miconie à 4 étamines. Yulgo : Bois-côtelette. —

lagne. — Arbrisseau d'une grande beauté, haut de O"* 80-11,180, nu dans le

Arbuste haut de 0,90-2 mèt., rarement plus haut dans la région élevée, sou­

bas, à feuilles confinées aux extrémités des branches, à rameaux quadran-

vent petit arbre dans les bois de la région infra-supérieure, touffu, très élé­

gulaires, grisâtres, très ruguleuses, portant de nombreuses cicatrices et une

gant et ornemental, à rameaux oblusément tétragones, à rameaux, pétioles,
pédoncules et nervures garnis d’un duvet très court, fin et gris. Feuilles

faible couche de poils rigides et courts. Feuilles très rigides, épaisses, forte­

longues de 10-14 cm. sur 2-4 cm. de large, à nervures imprimées-cannelées

vert jaunâtre en dessous, longues de 7-12 cm. sur 4-5 cm. de large, fine­

en dessus, très saillantes en dessous; pétiole long de 2-4 cm. Inflorescence en

ment crénelées-dentées, à dents glanduliformes ; nervures 3, larges, rou­

panicules pyramidales serrées, à branches terminées en cymes trifïores, briè­

geâtres ou jaunâtres, très saillantes en dessous; nervilles transversales très

vement pédonculées; pétales blanc ou très souvent couleur de soufre. Baies

rapprochées, avec un arc près du bord; pétioles larges, comprimés, longs de

ment roulées, souvent en forme de cuiller, entièrement glabres : les adultes,

globuleuses, environ deux fois plus petites qu’une graine de poivre. — Assez

1-2 cm. Inflorescence en panicules trichotomes, corymbiformes, pyramidales-

commun dans les environs des Bains-Jaunes, dans le bas de la Savane à

arrondies, plus courtes que les feuilles : les dernières divisions portant

�284

MÉLASTOMACÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

2-3 fleurs blanches sessilcs; pédoncules et pédicelles glabres, quadrangulaires, robustes. Baies petites, noirâtres, globuleuses, couronnées par les
bords lacérés du calice. C'est de (ous les Miconia la plus brillante espèce.
— Assez abondant à la Soufrière (côneet plateau, où il est souvent rabougri),
Savane aux Ananas, plateau de la Grande-Découverte. — Fl. presque toute
l'année, mais surtout de février à juillet. |_N° 2252.]
M. impetiolaris Don.; Miconie sans pétioles. Vulgo : Bois-côtelette rouge.
— Arbuste haut de 2-4 mèt., très droit, à lige cylindrique, à rameaux,
pétioles, pédoncules, calice et le bas de la côte médiane revêtus d ’un duvet
rude, court, couleur de rouille. Feuilles longues de 20-35 cm. sur 10-16 cm.
de large, ovées-oblongues, pointues ou obtuses au sommet, aurieulées â la
base, brièvement pétiolées ou subsessiles, faiblement crénelées-dentées, ou
subentières, glabres en dessus, garnies en dessous d'un duvet glanduleux,
court, brun clair; nervures 3, avec un arc double : le premier, peu marqué,
à 3-4 mm. de distance, et l’autre près du bord; côte non imprimée en dessus
et très saillante en dessous. Inflorescence en panicules trichotomes, longues
de 10-17 cm., à branches primaires très allongées, spiciformes, interrom­
pues, portant des cymules sessiles à 3-5 fleurs blanches, petites. Baies mûres
bleu foncé, poilues, globuleuses, obscurément marquées de 7-8 côtes. — Fl.
en juin, juillet, août. — Abondant dans les environs de la Ravine-Chaude,
du Trou-aux-Chiens, de Gourbeyre (Valcanar et Grande-Savane), Pigeon
(le long de la rivière Lostau), e tc .— A lt. 12-400 mèt. [N ° 2264.] — Celte belle
espèce n’existe pas à la Martinique.

lette rouge. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 3-8 mèt., entièrement
glabre, à branches presque toujours penchées, à rameaux obtusément tétralongues

de 10-18 cm. sur 6-9 cm. de large, acuminées au sommet, subcordées à la
base, ou atténuées ou arrondies, à 3 nervures et un arc près du bord. Fleurs
en panicules trichotomes, longues de 10-15 cm., pyramidales, allongées, à
branches très divisées, à pédoncules secondaires cylindriques, faibles, à pédi­
celles filiformes, pourvus d'une petite bractée à la base; pétales blancs;
anthères 8; ovaire biloculaire. Baies globuleuses, plus petites qu’ une graine
de poivre, à huit côtes. — Fl. en mai, juin, juillet. — Abondant dans presque
tous les grands bois humides de la Guadeloupe jusqu’à une altitude de
880 mèt. [N ° 2254.]
M a r tin iq u e .

bois.

Feuilles très variables quant aux dimen­

sions, d’ une longueur moyenne de 9 cm. sur 3 cm. de large, généralement
vert pâle sur les deux faces, ovales-elliptiques, acuminées au sommet, atté­
nuées à la base ou pointues; pétioles longs de 1-2 cm., cannelés. Fleurs
blanches, en panicules terminales, à branches peu divisées. Baies petites,
élargies à la base, d’ un bleu noir à la maturité, pourvues de huit petites
côtes. — Abondant sur les lisières des bois et dans les savanes de la région
inférieure ; hauteurs inférieures du Baillif, des Vieux-Habitants, de Deshaies,
de la Pointe-N oire, de Sainte-Rose, etc. A lt. 150-400 mèt. [N os 2247, 2253.
M artinique . Vulgo : Crécré blanc. Très abondant ; Parnasse, plateau des
Trois-Ilets, Carbet, hauteurs de Case-Pilote, etc. [N 08 108 /&gt;, 670, 1179.

Charianthus Don. (du

grec « charis », beauté, et « anthos », fleur, allusion

à la beauté des fleurs dans les espèces de ce genre.)

C.

coriaceus D. C. ; Charianthe à feuilles coriaces. Vulgo ; Fuchsia-mon­
ta gn e.— Superbe arbrisseau, haut de 1-11,150, rarement plus haut, souvent
rabougri, toujours couvert de mousses et de petites plantes épiphytes, entiè­
rement glabre,

à branches obtusément

tétragones, noueuses, grisâtres.

Feuilles très coriaces, entières, longues de 7-10 cm. sur 3-5 cm. de large,
ovées, acuminées au sommet, subarrondies ou rétrécies à la base, à 3 ner­
vures non imprimées en dessus, très saillantes en dessous, avec un arc près
des bords du lim be; pétioles longs de 6-9 mm. Inflorescence en panicules
corymbiformes, penchées ou pendantes, arrondies, axillaires et plus rarement
terminales. Fleurs pourpres, d'une grande beauté, longues de

M. Iricholoma Cogn.; Miconie à panicules trichotomes. Vulgo : Bois-côte­

gones et renflés aux nœuds. Feuilles membraneuses, rougeâtres,

glabre, à rameaux cylindriques.

Vulgo : Bois crécré rouge. — Abondant dans tous les grands

N° 669.

M. slnatn Cogn.; Miconie à fruits striés. Vulgo : Du bon matin (à Gour­
beyre), à cause de la bonne odeur que les fleurs émettent le matin. — Arbris­
seau ou grand arbuste, haut de 3-4 mèt., très droit, ornemental, entièrement

285

11 mm.;

pétales 5, longs de 5 mm., oblongs; étamines 8, dépassant les pétales de
6 m m .; pédicelles fermes, munis d'un nœud articulé près du sommet,
bibractéolés ou biglanduleux à la base. Baies noirâtres, lurbinées, couronnées
par les lobes persistants du calice, à 4 loges. — Assez abondant dans les
terres volcaniques de la Savane à M ulets, pente du Galion à la GrandeCiterne, Grande-Découverte, etc. [N ° 2229.] — 11 n'existe pas à la M arti­
nique.

C. noclosus Triana;

Charianthe à branches très noueuses. Vulgo : Fuchsia.

— Arbrisseau très beau, dont les fleurs, comme celles du précédent, rap­
pellent les fleurs du fuchsia de France, haut de 0m9 0 -l,û40, à branches
subtétragones, très noueuses, chargées de mousses et d autres plantes épiphytes, souvent hérissées de poils rigides aux extrémités. Feuilles glabres,
longues de 4,5-6 cm. de large, tantôt largement et nettement elliptiques,
tantôt légèrement ovées, très obtusément pointues au sommet, souvent pro­
longées à la base; pétioles longs de 6-8 mm., finement et nettement denteléesserretées, à dents mucronées, subulées, presque couchées et tournées vers le
sommet du limbe, à 5 nervures et un arc très près des bords. Inflorescence,
forme et couleur de la corolle comme dans le précédent, mais à pédoncules

�287

MELASTOMACKES
286

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

MAR TINIQUE

et de la couleur d ’une petite prune-café du pays, d'une saveur très agréable;
et pédicelles plus minces, presque filiformes. Baies tétragones, élargies vers

semences grosses, dures, 2-4, anguleuses. — Peu abondant : çà et là dans

le sommet, roses, caractères qui distinguent facilement cette espèce de la

les endroits pierreux, secs et chauds des bois inférieurs du massif de Houël-

précédente. fN° 666. ]

monl. — Fl. en mai, juin et juillet. [N ° 1299.]— II n’existe pas à la Martinique.

C. nodosus Tr., variété crinitus Naud., présente des feuilles très nettement
ellipliques-orbiculaires, grisâtres en dessous, très brièvement et oblusémenl
pointues au sommet, à branches hérissées de soies rudes et couchées, qui, à
l'extrémité des rameaux, forment une couche épaisse, laquelle devient moins

Blakea

L. (dédié à l’Anglais Slephan Blake, de Pile d ’Anligua, zélé bota­

niste, auteur de l’ouvrage : Le Jardinier pratique.)

B.

pulvcrulenta V ahl; Blackea pulvérulent. Vulgo : G oyavier rose, goyave

accusée sur les cinq nervures, du côté inférieur, et se réduit, sur le côté

rose, framboisier (au Camp-Jacob), petit figuier blanc. — Arbrisseau sarmen-

supérieur du limbe, à des soies éparses. — Cette belle espèce avec sa variété

leux, épiphyte, très beau et ornemental, à branches nombreuses, dichotomes,

n'existent pas à la Guadeloupe ; elles sont assez abondantes dans la région
supérieure de la Montagne-Pelée. [N° 665.] -

très divariquées : les adultes toujours penchées, à jeunes rameaux quadrangu-

plus rarement petit arbre, n'excédant guère 5 mèt. de haut, à branches peu
nombreuses : les supérieures, fasligiées ; les inférieures, divariquées,

laires(à quatre angles aigus). Feuilles petites, situées à l’extrémité des branches,
coriaces, glabres, souvent couvertes d’ une couche pulvérulente et glauque,
nettement obovées, cunéiformes à la base, brusquement rétrécies au sommet
en une pointe très courte, à 3 nervures et un arc sur les bords. Fleurs
larges, odorantes, roses, très belles, solitaires ou réunies par deux aux ais­

horizontales ou penchées, entièrement glabre. Feuilles d’un vert noirâtre, à

selles des feuilles et opposées ; bouton de la fleur enveloppé de quatre brac­

C. cor y nibo.su.s Cogn.; Charianthe à Heurs en corvmbes. — Grand arbuste,

5 nervures et un arc, acuminées au sommet, rétrécies ou subarrondies à la

tées, elliptiques, d’inégale grandeur, tombant après l'anthèse ; calice à 6 dents ;

base. Inflorescence en corvmbes larges, arrondis ou allongés, selon la variété.

pétales 6, obovés; anthères 12, dressées, s’ouvrant par deux pores termi­

Fleurs jaune verdâtre. Baies globuleuses, d'un noir bleu foncé à la maturité,

naux ; pistil droit, beaucoup plus long que les étamines. Baie large, de la

deux ou trois fois plus volumineuses qu'une graine de poivre.

forme d’une nèfle, mais beaucoup moins volumineuse, comestible, à odeur

x, variété grandifforus Cogn. — Abondant dans les hauteurs de TroisRivières, morne Gommier, etc. N° 2269. j

des Bains-Jaunes, Gommier, bords de la rivière Bouge, du Matouba, bords

$, variété diffusus Cogn. — Bois supérieurs des Bains-Jaunes, Matouba,
Vieux-Habitants, etc. |N0S 2250, 3204.J
M ar tin iq u e .

de groseille; péricarpe pulpeux. — Abondant dans les quartiers inférieurs
de l’ Etang-Zombi et du Grand-Etang (Capesterre). — Fl. en juin, juillet,
août, et souvent aussi en septembre et octobre. [N ° 2147.] — Il n'existe pas à

— Variété glaherrimus 1). C. Vulgo : Crécré noir. — A bon ­

dant â la Calebasse, dans les endroits exposés aux vents, Prêcheur (hauteur

la Martinique, mais il est assez commun à la Dominique (environs de Lauda .
[N ° 113.]

du Céron et à la Sibérie), fontaine Absalon, etc. :N 0S666, 1164.]

Mouriria Aubl. (de

Le

M. domingensis W alp. ; Mouriri de Saint-Domingue. V ulgo : Mêle. Tuss.,
F l. , III, l. 37. — Petit arbre élégant, à feuillage très vert et luisant, haut de
5-7 mèt., très branchu, à branches supérieures

fasligiées, les inférieures

horizontales et penchées aux extrémités, flexibles et allongées, à rameaux
létragones.

Feuilles cartilagineuses, ovées-oblongues,

petites,

Bellucia grossularioides Tr.,

vulgo : N éflier du Mexique, introduit du

Mexique à la Guadeloupe par le I ) r L T Ierm in ier, est cultivé dans beaucoup

« Mouriri », nom de la plante à la Guyane.)

pétiolées,

entières, à nervures secondaires presque imperceptibles. Inflorescence en

d’endroits à cause de ses fruits, qui sont blancs et qui ont la forme mais non
pas le volume d’une nèfle de France.— Ravine-Chaude (abondant , I.ongmont
(Capesterre, Guadeloupe), Lamenlin (près des marais), etc. N° 3205.
M artinique . Vulgo : Néflier du Mexique. — Çà et là chez quelques proprié­
taires. |N° 1167, |

Graffenrieda

M ari, (dédié à II. R. et D. Graflenriede, de

Bâle, auteurs

corymbes umbelliformes, axillaires, pédonculés, nombreux, situés tout le

d’un ouvrage sur les arbres fruitiers et éditeurs de Historia planlarum. de

long des branches, à l’aisselle des feuilles, contenant 2-10 fleurs blanches,
petites; pédoncules filiformes, longs de 4-8 mm., plus longs que les pétioles,

Bauhin.)

bibracléolés et articulés au-dessus de la base; calice campanulé, à 4-5 dents
deltoïdes; corolle à 4 pétales tordus, avant l'anthèse, en un boulon pointu;
étamines 8 ; anthères jaunes à deux pores au sommet. Baie globuleuse, cou­
ronnée par les lobes et par le prolongement du tube du calice, de la grosseur

G. latifolia Thib. ; Grallenrieda à feuilles larges. Vulgo : Côtelette grandfeuille.

(Cycnopodium Naud.) —

Grand arbuste, haut de 3-5 mèt., à une seule

ou à plusieurs liges, partant d’ une grosse souche, à tige et branches nues dans
le bas, marquées de larges cicatrices, à écorce lisse et verte. Feuilles orbicu

�288

l'LANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE
MÉLASTOMACÉES ----

laires, coriaces, 1res glabres, entières, longues de 10-15 cm. : les jeunes, un
peu moins larges; les adultes, plus larges que longues. Fleurs petites, blanches,
en paniculeslarges, terminales, tricholomes et corymbiformes. Fruit inconnu.
— Rare : dans les bois inférieurs du morne Desboulais, au-dessus de l'habita­
tion Pagosis, à Pigeon. [N° .‘171 4.]
M

a r t in iq u e

.

Yulgo : Grécré grand-feuille. — Prêcheur (bois de la Sibérie),

Basse-Pointe, dans les hauteurs, sur la pente de la Montagne-Pelée (assez
abondant). [N° 110.]

LYT H RADIEES

289

80 cm ., droite, peu branchue, vert pâle dans toutes ses parties, à lige et
branches télragones, garnies de poils couchés, roux jaunâtre, ainsi que les
pétioles et la face inférieure des feuilles, mais

surtout les ramuscules.

Feuilles entières, petites, lancéolées, pointues, à 3 nervures. Fleurs roséesou
blanches, larges, caduques, en glomérules terminales, contenant rarement
plus de deux rayons; tube du calice à huit sillons, garni de poils sétiformes,
longs, rigides et étoilés â l’extrém ité; lobes du calice longs, persistants; éta­
mines 8; anthères jaunes, tuberculées à la base, subulées ; ovaire mûr libre,

Tibouchina Aubl. (nom indigène à la Guyane.)

surmonté de plusieurs soies droites. Fruit sec. — Extrêmement abondant

T. chamæcislus Cogn. ; Tibouchina petit ciste. Yulgo ; Thym violet, thym
de montagne. — Arbrisseau haut de 15-40 cm., tortueux, flexible, branchu
ou presque dépourvu de branches, à ramuscules télragones. Feuilles longues
de 4-7 mm. sur 2-4 mm. de large, roulées sur les bords, ovées ou ovales, ter­
minées au sommet par une soie, garnies en dessus de 10-16 soies courtes, adnées
dans toute leur longeur ; nervure 1. Fleurs pourpre foncé, larges, d’une grande
beauté, solitaires ou réunies par 2-4 ; calices et pédoncules hérissés de soies;
pétales obovés, ciliés sur les bords ; étamines 8-10; ovaire à 4 loges. — Fl.
presque toute l’année. — A it dans les sphagnums, sur le cône et le plateau

dans toutes les savanes humides, depuis environ 300-1000 met. d élévation
(jusque dans la petite savane autour de la case des Bains-Jaunes). — Fl. toute
l’année, j N° 2266.]
M a r tin iq u e .

Y u lgo ; Herbe à mouches. — Très abondant dans toutes les

savanes jusqu’à altitude de 680 met. [N ° 1173.1

Nepsera

Naud. (anagramme du g.

Spennera de Marlius et

de D. G. /Vor/.,

I I I , p. 115.)

N.

aqualica Naud. Nepsera aquatique. Yulgo ; Herbe à mouches. Aubl.,

t. 169. — Annuel, droit, à base souvent couchée et ligneuse, d une élévation

d elà Soufrière, de la Grande-Découverte, de la Savane aux Ananas, etc.

moyenne de 70 cm., très ornemental, à tige cylindrique, très fragile, branchue

(N° 2251.]

ou à branches peu nombreuses, allongées, à jeunes rameaux télragones.

Chaetogastra

— Ressemble exactement à l'espèce guadeloupéenne, quant à la couleur, la

Feuilles petites, ovées-lancéolées, opposées, peu nombreuses, brièvement
acuminées, finement serretées, à 3-5 nervures. Fleurs violettes, ou violacées

forme et les dimensions des feuilles et des organes floraux; il en diffère ; par

ou blanches, disposées en un large panicule trichotome, feuillue à la base;

M

a r t in iq u e

.

—

chaniæcistas Gr. Yu lgo : Thym

de

montagne.

sa taille beaucoup plus élevée(0m70-1 m .), ce qu’explique sa station sur un sol

pédicelles longs, filiform es; calice à 4 lobes linéaires; étamines 8; anthères

volcanique couvert d'une couche d’humus très riche; par ses branches et ses

violettes, lancéolées-linéaires. Fruit mûr sec, non adhérent au calice. — Fl.

ileurstrès nombreuses; par ses feuilles pourvues aussi, maisà la face inférieure,

presque toute l ’année, mais surtout d'avril à juillet. — Endroits aquatiques

de soies adnées; par ses pédoncules plus longs et le plus souvent disposés par

ou très humides, pas rarement dans les savanes sèches et argileuses ; Trois-

ombelles de 3-4 rayons. — 11 constitue un des plus beaux arbrisseaux que la

Rivières (chemin du Trou-aux-Chiens), Capesterre, Malouba; çà et là au

Providence ait créés. — Fl. surtout de mai en juillet. — V it solitaire ou en
société à la Montagne-Pelée (Petite et Grande-Savane), sur la pente du morne

morne Gommier et à Gourbeyre (environs du Valcanard). A lt. 270-700 met.

Lacroix (plus ou moins rabougri); plus rare aux sommets des Pilons-du-Car-

[N ° 2261.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Herbe à mouches. — Fonds-Saint-Denis, Champllore,

La Régale, Rivière-Salée, etc. (N 0 1168.

bet. [N u 112.]
T. chironioides Gr. — Arbrisseau plus ou moins droit, haut de 40-80 cm.,
à branches allongées, à fleurs larges, pourpre pâle; se rencontre à la Dom i­

s o ix a n t e -seizième f a m i l l e .

nique (environs de Lauda). N° 1172.,

Arthrostemma

D. G. (du grec « arthron », articulation, et « slemma » , éta­

mine, à cause de l étal articulé de ces organes.)

A.

— L Y T H R A R IÉ E S .

glomeratum Naud.,

Pterolepis

capitata M iq.,

P.

Cuphea P. Br. (du grec « kuphos », voûté, bossu, parce que le calice est

glomerala Grueg;

Arlhrostemme à Heurs en glomérules. Yulgo : Herbe à vaches mâle. — Herbe
annuelle, très souvent sulîrutescente à la base, ornementale, haute de 30-

bossu à la base.)
C.

Balsairiona Chain, et Schl., C. hyssopifolia Grisb. ; Couphéa à feuilles

d’hysope. Vulgo : Herbe-savane. —
Diiss. —

P la n t e s G u a d e lou p e et M a r t in iq u e .

Herbe sulFrulescenle ou frutescente,
19

�PLANTES

290

DK LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTIN IQUE

LYT II RAKIÉES

haute de 15-70 cm., scabre, plus ou moins visqueuse, droite; a branches

O NA G RA RIE ES

291

alternes, situées sur le même plan : les inférieures, longues; les supérieures,

très rapprochées. Fleurs sessiles, solitaires ou réunies par 3 aux aisselles des
1eu i Iles, tout le long de la tige; étamines 4; style très court. Fruit globuleux,

graduellement plus courtes ; à lige, branches et pédoncules plus ou moins
garnis de poils rudes, tuberculés à la base, et plus ou moins crochus au som­
met. Feuilles ovées-oblongues ou oblongues-lancéolées, petites, a pétiole

plus petit que dans le précédent. — Rare : Pointe-.Noire (sur le bord de la
grande mare, à côté du bourg. N° 3387.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Marti­
nique.

très court. Fleurs très petites, pourpres ou plus rarement blanches,axillaires
et terminales : les axillaires habituellement solitaires ou réunies par 2-5;

Lawsonia

L. (dédié à John Lawson, médecin à Grand-Striekland, au com­

calice tubuleux, à 12 sillons, bossu à la base; pétales 5, inégaux; ovaire supère, à deux loges inégales et garnies d'une glande du côté supérieur, bruit

mencement du x v i i 0 siècle; a voyagé en la Caroline dans un intérêt bota­
nique, et a publié la description de cette contrée.)

capsulaire, s ouvrant latéralement. — Plante de peu d utilité. — Abondante

inermis L. ; Lawsonie sans piquants. Vulgo ; Réséda de France, réséda
du pays. Desc., vol. \ III. t. 596, p. 365. — Arbrisseau ou grand arbuste,

dans les endroits humides ou aquatiques : Bagatelle, morne Gommier, roule

L.

de la Basse-Terre à Gourbeyre. Alt. 80-700 met. |X° 2234.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petite violette. — Route de la Trace (Deux-Choux),

plus rarement petit arbre, à branches fortement inclinées. Originaire d’Ara­

environs de Fort-de-France (dans les chemins peu battus), Gros-Morne.

de ses fleurs, qui se rapproche beaucoup de celle du réséda de France. On en

[N° 1495.]
On cultive assez fréquemment dans les parterres le C. micropelala Kunlh.

rencontre plusieurs variétés qui diffèrent par la couleur des fleurs L X ° 2235.
Egalement abondant à la Martinique.

(C. plalycenira

Benth.),

joli sous-arbrisseau à fleurs larges, jaunâtres.
Le

[N ° 2233.]
M

a r t in iq u e

Ammannia

bie et des Indes Orientales, naturalisé et cultivé à cause de la bonne odeur

.

Lagerstrœmia indica

L. Vulgo ; Cestram. — Arbre originaire des Indes

Orientales, qui, soumis à la taille, se couvre de fleurs d’avril en septembre;

[N°2149.|

est très fréquemment cultivé dans les jardins des Antilles |X°902 , et le
L. (dédié au Suisse Jean Ainmann, né à Schaffhouse en 1699,

L.

*Régime L., grand arbre, originaire de la côte de Malabar, à fleurs larges,

mort en 1741, professeur d'histoire naturelle à Pétersbourg; a écrit sur les

pourpre foncé; se rencontre aux Jardins botaniques de la Basse-'ferre et de

plantes russes rares.— Paul Ammann a écrit sur l'histoire du Pérou en 1663,

Saint-Pierre (M artinique), d'où il s'est répandu dans plusieurs localités de

et a laissé plusieurs ouvrages ayant trait à la botanique.)

file . [N ° 903.

A.

la lifolia L. ; Ammannie à larges feuilles. V ulgo : Merbe-mare. SI., t. 7,

f. 4. — Herbe annuelle, entièrement glabre et glauque, très droite, haute
SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME FAMILLE. —

de 25-80 cm. Feuilles opposées, décussées, lancéolées-linéaires, sessiles, cor­
dées à la base, avec deux lobes semi-amplexicaules. Fleurs petites, blanches,
axillaires, réunies par 2-5 aux aisselles des feuilles, depuis la base de la lige
jusqu'au sommet; calice à 4 dents, doublées de dents accessoires; pétales 4,
rouges; étamines 4 ; ovaire à 4 loges; style filiforme. Fruit capsulaire, ren­
fermé dans

le calice, s’ouvrant irrégulièrement. — Çà et là dans les

mares d’eau douce et dans les fossés le long des routes ; environs de la BasseTerre, roule de la Pointe-à-Pitre au Go/.ier, les Saintes (Terre-de-Haut, autour
de la mare située derrière le cimetière, où cette plante v il en société avec
d'autres herbes), i N° 3053.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Herbe-mare. — Marin, environs de Fort-de-France.

[N ° 1303].

A.

humilis M id i.,

A.

ramosior L.,

A. occidentalis I). C ., Rotala

ramosior

Koehne; Petite Ammanie. Vulgo ; Herbe-mare. — Petite herbe annuelle, à
base couchée, radicanle, à branches très allongées et plus ou moins relevées
aux extrémités, haute de 20-35 cm. Feuilles lancéolées-linéaires, spatulées,

O X A G R A R IÉ E S .

Jussieua

L. (dédié par Linné au célèbre Bernard de Jussieu, né à Paris en
1699, mort en 1777, médecin; en 1775, directeur du jardin royal du Trianon,
où il classa des plantes d’après le principe des affinités naturelles. Le résultat
de ses travaux fut publié dans un simple catalogue, sous le titre : Ordines

nalurales in Ludovici X V horlo Trianonensi dispositi.)
J.
su/frulicosa L. ; Jussiée suffrutesccnte. V u lg o : Girofle-mare. SL, t. 11,
f. 1; Plum., édit. Burm., t. 175, f. 1; Lam., ///., t. 280, f. 1. — Herbacé,
haut de 0m70-1 “ 50, à base sulfrulescente, à tige glabre, grosse, anguleuse,

llenné

1. Les feuilles de cet arbuste forment le
d’ Egypte et d’Arabie, employé depuis
la plus haute antiquité, comme cosmétique colorant, par les femmes et les enfants pour
augmenter la beauté et assurer la santé. Ils se servent de la poudre de feuilles fraîches
pour se colorer les ongles, ce qui est un signe de dignité. Il est aussi employé comme
topique contre toutes les blessures par les Arabes. L'industrie l'utilise enfin pour teindre
la soie et pour donner au bois blanc une belle couleur d’acajou. (E. H .)

�292

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DK LA MARTINIQUE
RH I/O PB ORÉES

noire, à branches habituellement étalées. Feuilles lancéolées-oblongues ou
lancéolées, ou lancéolées-linéaires, rétrécies à la base en un pétiole très court.
Fleurs jaunes, larges, brièvement pédonculées, solitaires et axillaires; calice
à lobes largement ovés ou elliptiques, cuspidés. Capsule rétrécie vers la base.
— Assez abondant le long- des rivières, sur le bord des mares et des étangs.
x, variété à fleurs plus larges : environs de la Basse-Terre, Pointe-N oire,
Capeslerre Nos 2917, 2245.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Gironllé, herbe à pique. — Carbet, Fort-de-France,
Trinité. [N°805.]
6, variété angustifolia. Lam., ///., t. 280, f. 3. — Lamentin, Baie-Mahaull,
Pointe-à-Pitre, etc. [N os 2918, 3247.J
M a r t i n i q u e . — Lamentin, Ducos, Rivière-Salée, etc. [N ° 1385.]

293

p. 45. — Petit arbre ou assez souvent arbre d'assez grande taille; à branches
très nombreuses, allongées, très inclinées, souvent pendantes; à racine prin­
cipale courte, souvent presque nulle; à tronc soutenu par des racines advenlives, arquées, nombreuses, plongeant dans l’eau; à écorce noire et lisse.
Feuilles ramassées aux extrémités des branches, épaisses, très glabres,
entières, ovales ou ovales-elliptiques, arrondies au sommet; stipules interpétiolaires, tantôt longues, tantôt courtes. Fleurs axillaires, solitaires ou en
cymes dichotomes; calice quadripartite, à lobes persistants ; pétales 4, lai­
neux à 1 intérieur; étamines 8, sur deux verticilles. Fruit ovale, couronné,
à la base, par les lobes persistants et durs du calice; semences 1. — Dès que
le fruit est arrivé à maturité, il commence à germer sur pied, la radicule en
perce le sommet, s'allonge peu à peu, atteint quelquefois une longueur de

J.

erecla L ., J. palnslris M iq. ; Jussiée droite. Yu lgo : Giroflé-mare. —

30 cm., devient pendante et, entraînée par son poids, elle finit par se détacher

Annuel, très droit et élégant, nu dans le bas, branchu dans le haut, d'une

de la capsule. Dans sa chute, elle s'enfonce verticalement dans la vase. — Le

élévation de 0m80-2m50, à lige anguleuse, à branches fastigiées.' Feuilles
elliptiques-linéaires. Fleurs petites, jaunes. Capsules courtes et grosses, nom­

bois est blanchâtre en dedans et ne sert guère que comme bois de chauirage;
l ’écorce et le fruit sont riches en tanin, et dans le pays on en fait souvent

breuses. — Endroits humides ou aquatiques, dans les l’ossés remplis d'eau

usage, surtout pour les tanneries de la Basse-Terre L — FL principalement

et sur les bords des étangs : Sainte-Rose, Lamentin, Morne-à-l’ Eau, les

de juin à septembre. — Y il en société sur une grande étendue, dans les

Saintes (Terre-de-Haut), Marie-Galante, etc. [N° 2246.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Géronflé, herbe à pique. — Abondant : Rivière-Salée,

marécages du M orne-à-l’Eau, de la Pointe-à-Pitre, de Baie- Mahault, du

Marin, Caravelle, Trois-Ilels. [N° 1386.]
J.

Uni folia Vrahlj; Jussiée à feuilles de lin. Yulgo : Gérollc-mare. — Suf-

Lamentin, de Sainte-Rose; moins abondant aux Saintes (Terre-de-Haut), au
Gozier, etc. [N °2 9 6 1 .]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Mangle-chandelle, palétuvier rouge, mangle rouge.

frulescent, haut de 0u,90-2 mèt., très droit, nu dans le bas, à branches fasli-

— Yit en société sur une large échelle : au Lamentin, Ducos, Rivière-Salée,

giées : les inférieures, longues; les supérieures, successivement plus courtes.

Robert, François, Trinité, Galion, etc. [N ° 1836.

Feuilles inférieures beaucoup plus larges et plus longues, lancéolées, celles
des branches plus courtes, linéaires-lancéolées. Capsule courte, linéaire, légè­
rement recourbée. — C ’est l’espèce dont les capsules sont les plus minces. —

Cassipourea
C. elliptica

Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane.;
P o ir.; Cassipoure à feuilles elliptiques. Yulgo : Bois-de-l’ail.

Endroits humides, marécageux et aquatiques; vit souvent en société sur une

— Arbre élégant, de taille moyenne, parfois grand arbre, selon les endroits,

grande étendue : Sainte-Rose, Lamentin, Morne-à-FEau, Petit-Canal, etc.
[N ° 2919.]

très branchu, à branches supérieures très fastigiées, les inférieures étalées.
Feuilles entières, coriaces-subcharnues, elliptiques, légèrement acuminées,

M a r tin iq u e .

Yulgo : Gironflé, herbe à pique. — Ducos, Trois-Ilets, Lamen­

tin, Saint-Esprit, François, etc. [N ° 802.]

opposées. Fleurs très nombreuses, en fascicules axillaires de 2-6 rayons
pédonculés ; calice aussi long que les pétioles, à 4-6 lobes deltoïdes; pétales
5-4, blancs, délicatement frangés et laineux en dedans. Capsule petite, à

s o ix a n t e - d ix - h uitièm e

fam ille .

— R H IZ O P H O R E E S ,

3 valves. — Les fleurs, en s’ouvrant, émettent un parfum agréable ; plus tard,
ces mêmes fleurs exhalent une mauvaise odeur. Les feuilles, froissées entre
les doigts, répandent une odeur rappelant bien celle de l'ail. — Fl. habituelinenl en mai et juin, et aussi en octobre et novembre. — Assez abondant

Rhizophora I,. (du grec « rhiza », racine, et « phero », je porte, allusion
aux nombreuses racines adventives qui supportent la plante.)
R. Mangle L. (mot de la langue malaise). Vulgo : Manglier, palétuvier
rouge, mangle rouge, mangle-chandelle, mangle noir. Desc., vol. I, t. 10,

1. L ’emploi de cette écorce, riche en tanin, a pris aujourd'hui une place marqu e dans
l’industrie de la tannerie etsurtout des matières colorantes. Elle sert surtout A la fab ca­
tion des extraits tannants aujourd'hui presque exclusivement employés au lieu et place
des écorces abandonnées. (E. II.)

�294

PLANTES

DF. LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MAR TINIQUE

297)

comtjrktacées

dans les bois inférieurs du Matouba, des Bains-Jaunes, de Ilouëlm ont, des

L. racemosa G .; Lagunculaire à fleurs en grappes. Vulgo ; Mangle blanc

Trois-Rivières, etc. I N "2737. | 1
M artinique. Vulgo : Bois-de-l'ail. — Était encore assez abondant, en

(à cause de la couleur de la face inférieure de la feuille). — Petit arbre, droit,

1878, dans les bois de la Régale et dans ceux de quelques mornes de la
Rivière-Salée; les déboisements l’ont lait disparaître. — Assez abondant

â rameaux cylidriques-comprimés, à écorce grise et lisse. Feuilles coriaces,
subcharnues, ovales ou elliptiques, ou ovales-oblongucs, souvent échancrées

encore dans les bois du Prêcheur (Géron et la Sibérie).

et mueronulées au sommet, blanchâtres-duvetées en dessous ; pétiole long,
portant habituellement deux glandes en dessus, près de la base ou au milieu.

SOIXANTE-DIX-NEUVIÈME FAMILLE.

X" 2149.]

Fleurs polygames, en cymes trichotomes et à branches spiciformes; pédon­
cules pubescents ; calice à 5 lobes persistants; pétales 5, blancs ou légèrement
rosés, caducs, petits; étamines 10, bisériées. Fruit petit, à deux ailes

— COM BR HT AG RES.

Terminalia -L. (du grec « terma », en latin « terminus », terme, pointe,

T. Catappa L. (du mot « catapan », nom de l’arbre aux Moluques.) Vulgo :
Amandier. Dose., vol. IV , t. 279, p. 217. — Arbre de taille moyenne, plus
rarement arbre de grande taille, droit, à branches étagées, horizontales, à
écorce rude et gercée. Feuilles obôvales, subcordées et portant deux
glandes à la base du limbe, arrondies au sommet. Fleurs polygam es, en
grappes effilées, réunies en groupes, axillaires, situées aux extrémités des
branches ; les femelles, mélangées avec les mâles dans le bas de la grappe et
distantes; les mâles, plus haut et rapprochées. Fruit ovale-oblong ou ellip­
tique, biconvexe-comprimé, muni de deux ailes longitudinales et étroites. —
Le bois est recherché pour le charronnage; l’amande est blanche et très
goûtée des créoles, son goût approche de celui de la noisette. On peut
retirer des amandes une huile qui ne rancit jamais. Selon Descourtilz, le lait
des amandes est émulsif, et l’huile, extraite à froid et mêlée à du sirop de
l herbe-à-charpentier, est recommandée contre les toux opiniâtres2. — O rigi­
naire de l’Asie et de l’Afrique, naturalisé dans les deux colonies; on les
plante habituellement dans les cours et le long des routes comme arbres à
ombrage. — Fl. toute l’année dans la basse région; dans la région supérieure,
la lloraison a lieu de mai en août, et les grappes sont souvent très allongées
et composées. [N° 3100.]

M a r tin iq u e .

Vulgo : Mangle gris, palétuvier gris. — Rivière-Salée, Lamen-

tin, Ducos, Trois-Ilets, François, Robert, etc.
Conocarpus I,.

X° 1798.J

du grec « konos ». cône », et « carpos », fruit, parce que

les fruits affectent une forme conique.)
C. ereclus L. ; Conocarpc droit. Vulgo ; Palétuvier rouge, mangle rouge,
mangle gris, olivier bord-de-mer. Jacq., Sel. Am. stirp. hist., t. 52; SL,
t. 161, f. 2 ; Desc., vol. VT, l. 399, p. 68. — Petit arbre, entièrement glabre,
habituellement droit, plus rarement tortueux, à branches horizontales, allon­
gées. penchées ou tombantes, à ramuscules triangulaires, à écorce grise ou
rougeâtre, fortement gercée dans les vieux pieds. Feuilles lancéolées ou ellip­
tiques, brièvement péliolées, garnies de deux glandes, situées à droite et à
gauche, à égale distance du sommet du pétiole. Inflorescence en grappes
courtes, simples, à branches terminées par des capitules d ’abord sphériques,
devenant ensuite coniques; divisions du calice 5, rudes, caduques; pétales
nuis ; étamines 5-10 ; akènes imbriqués, petits, recourbés, ressemblant à de
petites écailles d'un cône de sapin; capitule mûr conique, long de 5-7 mm.,
souvent tout à fait rond. — Le bois n’est employé que pour le chauffage2. —
Très abondant dans les endroits marécageux du bord de mer, où il vit en
société avec d ’autres palétuviers; plus rare dans les sables secs ; les Saintes

Vulgo ; Amandier. [X° 1800.

Laguncularia D. G. (du latin « laguncula » , dim inutif de « lagena

étroites, pubescent, gris, rappelant un peu la forme d’une bouteille de
genièvre de Hollande. — Très abondant dans les marécages du bord de mer,
où il vit en société avec d’autres palétuviers. ’N ° 3097.]4

parce que les feuilles sont confinées aux extrémités des branches.)

M ar tin iq u e .

très braucbu.à branches horizontales, très souvent penchées ou tombantes,

(Terre-d e-H a u t),
»,

bouteille, parce que le limbe du calice, qui couronne le fruit, a un peu la
forme d’ une bouteille ou d’ une cruche renversée.)

Port-Louis,

Petit-Canal,

M oule, etc.

M a r tin iq u e . V

ulgo : Palétuvier gris, palétuvier rouge. — Abondant dans

les endroits marécageux du bord de mer : Trinité (Galion), Robert, François,
Lamentin, Sainte-Luce, Rivière-Pilote, etc.

1. Plante riche en tanin, astringente : teinture et tannage des peaux.
2. La racine est employée contre la dysenterie, la diarrhée; l'écorce contre les fièvres
gastriques et bilieuses. Elle contient un tanin qni lui donne ses propriétés astringentes et
ges matières colorantes qui en permettent l’emploi dans la teinture. L'huile des amandes
est comestible, E. II.)

Anse-Bertrand,

[N ° 3098.]

X°

1797.

1. Plante à (anin, astringente, usitée contre la dysenterie.
2. Plante amère et astringente : on l a proposée comme succédanée du quinquina et
comme utile dans le traitement du diabète et de la syphilis. (A étudier.)

�296
L&lt;*

COM RRÉTACÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Conocarpus

latifolius Roxb., grand arbre, est cultivé au Jardin bota-

nique de Saint-Pierre, où il fleurit et rapporte des fruits tous les ans.
N° 1802.]

Bucida

---- THYMÉLÉES ---- LAURINÉES

297

tonnelles. Cette belle liane, originaire des Indes Orientales et des Moluques,
a des grappes simples, pendantes, à fleurs longuement tubulées, blanches en
s'ouvrant, ensuite blanc rose, puis rouge pâle et enfin rouge sombre. Fl. sans
cesse mais ne produit pas de fruits.

N° 3777. — Martinique. N° 951.

L. (du grec « bous », bœuf, parce que, dans les espèces-types, le

fruit esl long et recourbé en forme de corne de bœuf.)

B.

capitula V . ; Bucida à Heurs en capitules. V u lgo : Bois gli-gli ou gri­

QUATRE-VINGTIÈME FAMILLE.

TH YM ÉLÉES.

gri (oiseau de l'ordre des rapaces). — Arbre souvent énorme, à tronc très
anfractueux, surtout à la base, à branches nues, très irrégulièrement étalées,
plus ou moins horizontales, souvent penchées, à rameaux régulièrement et
nettement diehotomes, à écorce grise ou blanchâtre, peu crevassée. Feuilles
ramassées à l'extrémité des branches, spatulées ou ovées-oblongues, coriaces :
les jeunes.couvertes en dessous d'un duvet couleur de rouille, lullorescence
en capitules pubescents, allongés, axillaires, situés à l ’extrém ité des branches,
longuement pédonculés. Jeunes feuilles et capitules d'abord renfermés dans
une masse de bractées luisantes, garnies d’un duvet fin, couleur de rouille.
Fleurs vertes, très petites; calice à 5 petites dents; pétales nuis; étamines 10,
dont 5 plus grandes et insérées plus haut. Fruit ovoïde, pointu aux deux
bouts et muni de 4-6 côtes longitudinales et de côtes accessoires plus courtes.
— Lors de la germination, le fruit s’ouvre en deux moitiés égales. — Fl. en
janvier, mars ou avril. — Peu abondant : çà et là dans les bois du massif de
Houëlmont, des bois inférieurs des Bains-Jaunes, des bords de la rivière
Rouge, etc. N° 3095.]
M artinique. Vulgo ; Bois-arcoqois. —

Rare : hauteurs de l'habitation

Pécoul; çà et là dans les bois de la Régale (Saint-Esprit) et des bois de la
fontaine Absalon. |N° 660.
B. buceras L. (de « bous », bœuf, et « keras », corne.) V ulgo : Bois gli-

Daphnopsis Mart. Zucc. (du grec « daplmé », laurier, et « opsis », aspect,
c’est-à-dire ressemblant à un laurier.)
D. caribæa Gr. ; Daphnopsis des Caraïbes. Vulgo ; Mahot-piment, pimenté,
mahot pimenté. — Petit arbre, habituellement droit, haut de 4-10 mèt., très
variable quant à la disposition des branches, à écorce grise, lisse, très
fibreuse. Feuilles subcoriaces, lancéolées-oblongues. Inflorescence terminale,
en cymes arrondies, pédonculées, plusieurs fois diehotomes, à branches ter­
minées par des ombelles. Fleurs blanc pâle, dioïques, apétales; tube du calice
de la Heur mâle en forme de massue, celui de la lleur femelle d abord inlundibiliform e, ensuite campanulé. Baies mûres très blanches, ellipsoïdes, à peu
près de la grosseur d'une graine de poivre, contenant une semence rondâtre.
— FL en avril, mai, et aussi en octobre et novembre. — Le bois a peu de
valeur, mais l’écorce fournit des fibres très longues et très fortes ; les habi­
tants en fabriquent des cordes et des liens 1. — Assez abondant à Gourbeyre
(Dolé, mornes Goblin, D os-d’Ane, Boucanier), Vieux-Fort, Moule, Gozier,
etc. Alt. 20-480 mèt. N° 3220.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Mahot-piment. — Parnasse, morne Saint-Martin,
Prêcheur, G rande-Rivière, Robert, hauteurs du Carbet, etc. [N ° 2103.]

gli. SL. t. 189, f. 3 ; Br. Jam., t. 23, f. 1. — Grand arbre, à frondaison large
et allongée, à branches étalées. Feuilles comme dans le précédent, mais habi­
tuellement plus larges. Fleurs en épis courts, très nombreux, soyeux, cylin­

QUATRE-VINGT-UNIÈME FAMILLE. —

driques, interrompus, situés à l'extrém ité des branches, habituellement plus

L A U R IN É E S .

courts que les feuilles; étamines exserles. Fruit inconnu. — Les deux espèces
de gli-gli fournissent pour la charpente un bois serré, résistant, très élastique,

Cinnamomum Bl. (du grec « kinnamomon », écorce de cannelle, de « kinein»,

se travaillant facilement; il passe pour être inattaquable parles term ites1. —

rouler, et « amomon », amone ; selon d'autres, du mot « china », c’est-à-

Assez abondant dans les environs du Moule ; çà et là à Port-Louis, etc.
N° 3090.J — Il n existe pas à la Martinique.

dire écorce de Chine, parce que les Arabes, qui les premiers apportaient la

Le

Quisqualis indica L., vulgo

(à la Guadeloupe)

: Fleur

à trois couleurs,

est très fréquemment cultivé pour la garniture des treillis, des grillages et des
1. Écorce à tanin et à matière colorante, employée en médecine et dans la teinture.
Sous l’influence de la piqûre de certains insectes, le
buceras fournit des galles riches
en tanin.

B.

cannelle en Grèce, croyaient qu’elle venait de la Chine.)
C.

zeylanicum B L ; Cinnamome de Ceylan. Vulgo : Cannellier. Desc.,

vol. V I I I , l. 565, p. 202. — Petit arbre asiatique,élégant, naturalisé et cultivé
dans le pays à cause de son écorce. — Fl. en février, mars. — Fournit un excell. Cette écorce, comme les feuilles, est âcre et détermine, par la mastication, d’abord
une vive brûlure dans la bouche (d'où le nom de
), puis de la vésication.

piment

�298

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DK LA

MARTINIQUE

299

AURINÉES

lent bois pour l'ébënisterie. — Capesterre (habitation Longm ont), CampJacob, Gourbeyre, Lamenlin, etc. X° 3194.

laiteux, qui rougit peu à peu à l'air et tache le linge d une manière presque

Vulgo : Cannellier. — Camp Balata, S ain t-Pierre , Fort-de-

boutons de feuilles et de fleurs, comme apéritive et béchique. Les agoutis
sont extrêmement friands des graines. Le bois est sans valeur pour la con­

M a r tin iq u e .

France, Marin, etc.

X" 1917.

ineffaçable. Dans le pays, on se sert de l’ eau, clans laquelle on a infusé les

struction. — FL en avril, mai; fruits mûrs en août, septembre, octobre et
Phœbe Xces (parce que le genre « Phœbe » était fondu autrefois dans le
genre « Laurus » proprement dit, qui était dédié à Phœbus ou A pollon .)

novembre. [N ° 3195.
M artinique . Vulgo : Avocatier. [N ° 1948.1

P. elongata Nees; Phœbé à grappes allongées. Vulgo : Bois-doux, bois-

P. Urbaniana M ez; Persée d ’Urban. Vulgo : Laurier-avocat. — Arbre de

Chypre.— Grand arbre, droit, à branches étalées cl allongées, à écorce noi­

taille moyenne, à écorce noirâtre. Feuilles elliptiques, larges, à côte et nervures

râtre. Feuilles coriaces, ovales-elliptiques. Inflorescence en panicules allon­
gées, axillaires, confinées aux extrémités des branches. Fleurs blanches, odo­

imprimées en dessus, très saillantes en dessous. Inflorescence en grappes

rantes; calice large, à 6 lobes persistants. Fruit ovale-elliptique, long de 1013 cm., supporté par une cupule obconique-allongée, muni des lobes persis­
tants du calice. — Le bois est recherché pour la construction. — Forêts des
hauteurs de Deshaies, de Sofava. et des environs de la Ravine-Chaude. —
Fl. en mai et juin: fruits mûrs en août et septembre. [N ° 3196.]
M a r t in i q u e . Vulgo

: Laurier-cannelle, cannelier sauvage. — Bois d e l’AjoupaBouillon, des hauteurs du Prêcheur (bois de Galbiac et du morne SaintMartin), Champflore, etc. [X ° 216.J
Persea L. (nom donné par Théophraste à un arbre d’ Égypte.)

axillaires, courtes, situées à l’extrémité des branches. Fleurs et fruits incon­
nus. — Hauteurs de I habilalion Pécoul, morne Saint-Martin et bois de Gal­
biac. [N ° 218.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Hufelandia Nees (dédié à Hufeland?.)
H. pendilla Nees; Ilufelandie à grappes

pendantes. — Petit arbre ou

arbre de taille moyenne, à branches pendantes. Feuilles elliptiques ou elliptiques-oblongues, terminées au sommet par une pointe obtuse. Inflorescence
en panicules pendantes; fleurs inconnues.

P’ ruit long de 3-4 cm ., ovale-

cylindrique, inséré sur un petit disque. — Assez rare : çà et là dans les bois
du morne Saint-Martin, des hauteurs du Pécoul et du Prêcheur (bois de Gal­

P. gralissima L. ; Persée très agréable au goût. Vulgo : Avocatier, avocat
(du mot des Indiens du Brésil « Aguacate », que les Brésiliens modernes ont
changé en « avocate », et les Espagnols en « avocalo », et les Français en
« avocat ».) Tuss., F/., III, t. 3; Desc., vol. V II I, t. 577, p. 280; SL, t. 222,
f. 3. — Petit arbre, originaire de l ’Am érique tropicale et subtropicale, et de

biac). [N ° 222.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Acrodiclidium

Xces (du grec « akros », pointe, et « diklis », porte à double

battant, en raison du mode de déhiscence des anthères.)

A. salicifolium

Gr. ? Acrodiclidium à feuilles de saule. Vulgo : Bois-fourmi,

l'Asie, naturalisé et cultivé dans toutes les Antilles à cause de l’excellence de

bois-chique. — Petit arbre, n’excédant guère 7 mèt. de haut, droit, à écorce

son fruit. C'est une drupe brune en dehors, pyriform e-obovale, pouvant

lisse, à jeunes branches couvertes d'un duvet très léger et gris. Feuilles très

atteindre jusqu’à 16 cm. de long, sur 9-12 cm. de diamèt., polie et luisante,

coriaces, lancéolées, acuminées, à nervures formant des arcs près du bord.

abritant, sous un épicarpe mince qui se détache facilement à la maturité, un

Inflorescence en grappes courtes, paucitlores, axillaires. Fleurs verdâtres.

mésocarpe àchairbutyracée, verdâtre, d’ une saveur particulière mais agréable.
Il renferme une seule grosse graine, enveloppée par un endocarpe ou une

courte que ce fruit, munie d'une double marge, dont la première forme un

pellicule blanche, qui s’enlève facilement. La semence est globuleuse, dépri­
mée à la base, d’un diamèt. de 4-6 cm., très souvent un peu plus large que
longue: les deux cotylédons sont charnus et hémisphériques. — Le fruit se
sert à table en hors-d’œuvre. Les Européens le trouvent fade, les créoles en
sont friands. Il passe pour être aphrodisiaque. Descourlilz le classe dans les
emménagogues excitants. Selon Rieord-Madiana, les feuilles seraient emménagogues. antihystériques et antidysentériques L La graine contient un suc
1. Celle dernière propriété, seule bien reconnue aux feuilles ju squ ’ici, tient à la pré­
sence dans ces organes d'une quantité notable de tanin. (E. H .)

Fruit ovoïde-oblong, long de 11-13 mm., inséré dans une cupule moitié plus
petit rebord près du sommet, tandis que la seconde est située plus haut et
appliquée contre le fruit L — Arbre croissant exclusivement dans les terres
calcaires ou pierreuses, sèches et peu élevées : Port-Louis et Anse-Bertrand,
mornes calcaires des environs du Moule, de Sainte-Anne, etc. ; rare à la
Guadeloupe proprement dite (çà et là sur le bord de mer, entre Deshaies et
Sainte-Rose). [X°* 3197, 3382.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Martinique.

A.

sericeum G. ; Acrodiclidium à feuilles soyeuses en dessous. Vulgo : Bois

1. Le bois est amer et aromatique ; les fruits, desséchés, sont employés pour combattre
la dysenterie. (A étudier.)

�PLANTRS

30 0

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTIN IQUE

rieurs de la fontaine Didier et de la fontaine Absalon, de la Calebasse, du
à pian. — Petit arbre, très droit, haut de 6-12 mèt., à branches fastigiécs, a

Lorrain (côté de la Grand'Anse), etc.

écorce grise et lisse. Feuilles petites, elliptiques, brièvement acuminées au
sommet, pointues à la base, pâles et légèrement pubescentes en dessous;

N.

N° 221.]

coriacea Gr. ; Nectandre à feuilles

très coriaces. Yu lgo : Bois-négresse.

calice soyeux, à 6 dents. Fruit inconnu. — F ia it , en 1878, encore très abon­
dant dans les hauteurs entre la Rivière-Salée et la Régale : les déboisements

— Arbre haut de 9-17 mèt., à branches très étalées, à jeunes branches rou­

sont la cause de sa rareté. [N ° 1903.]— Je ne l’ai pas vu à la Guade­

oblongues, cartilagineuses, très luisantes en dessus. Inflorescence en pani-

loupe.

culcs

Nectandra Roltb. (du grec

geâtres, lisses et luisantes, à écorce lisse et noirâtre. Feuilles elliptiquesaxillaires, courtes, plus ou moins pendantes, plus courtes que les

feuilles ; fleurs blanches, très odorantes. FYuit obovoïde, inséré dans une
« nectar », nectar, et « aner », homme, parce que

sur les neuf étamines fertiles, les trois intérieures sont garnies sur le dos de

cupule tronquée. — FI. en juillet, août. — Le bois de celte espèce de laurier
est excellent pour la construction. — Bois des Bains-Jaunes, du Matouba, du

deux nectaires globuleux ; quelquefois les ( rois étamines stériles portent aussi

Gommier, du massif de Houëlmont, des Trois-R ivières. A lt. 300-700 mèt.

des nectaires.)

[N os 3199, 3200, 3528.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo : Laurier-fine. — Bois du Lorrain, du Camp de l’Alma,

N.

Dominicana M ez; Nectandre de la Dominique. \ ulgo : Muscadier-bois-

doux-muscade. — Arbre droit, de taille moyenne, haut de 12-18 met., entière­
ment glabre, à tronc fort, nu, cylindrique, à écorce épaisse, verdâtre, lisse: les

de la fontaine Absalon, de la Grand’Anse, etc. [N 08 227, 232.]

N.

païens Gr. ; Nectandre à grappes ouvertes. Yulgo : Laurier doux. —

branches supérieures, fastigiées; les inférieures, allongées et toujours plus ou

Arbre de 15-20 mèt. de haut, à tronc cylindrique, à écorce noirâtre, à jeunes

moins tombantes. Feuilles larges, très vertes et luisantes en dessus, jaunâtres

branches gris brun. Feuilles ovées ou ovales, cunéiformes-arrondies à la

en dessous, elliptiques ou elliptiques-oblongues, brièvement et obtusément

base, à côtes et nervures très imprimées en dessus, saillantes en dessous et

pointues au sommet, à côte noirâtre, très large, aplatie en dessus, très sail­

portant de petites toufles de poils courts à l’angle d’insertion des nervures.

lantes en dessous. Inflorescence en grappes larges, dressées, axillaires, confi­

Inflorescence en panicules axillaires et à branches très ouvertes.

nées dans les aisselles des cinq ou six dernières feuilles de la branche. Fleurs

blanches, odorantes ; cupule large. Fruit oliviform e. — Fl. en mai, juin,

vertes; grappes mûres pendantes. Fruit long de près de 4 cm. sur 13-1 1 mm.

juillet. — Bois de Gourbeyre (mornes Goblin, Dos-d Ane et Boucanier), bois

de diamètre, légèrement obovale, noir et pulpeux à la maturité, glauque

des environs du Grand-Étang (Capesterre, Guadeloupe), etc. [N°* 2216 a,

avant d'être mûr, inséré dans une cupule large, verruqueuse â l ’extérieur,
munie des dents persistantes et émoussées du calice. C ’est le laurier indigène

3618.]
M artinique . Vulgo : Bois petit Jean, laurier Isabelle rouge. — Fontaine

dont les feuilles soient les plus larges. — Fl. en août et septembre. — I.c

Absalon, hauteurs de Sainte-Luce, de la Rivière-Salée et de la Régale.

tronc, qui peut atteindre jusqu’à 40 cm. de diamèt., fournil un excellent bois

[N ° 229.]

Fleurs

de construction. — Assez abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du
Matouba et du Gommier. A lt. 400-800 mèt. [N ° 2226.]

N. membranacea Gr. ; Nectandre à feuilles très membraneuses. Bois-

Yulgo : Laurier-gombo. — Bois de l’Ajoupa-Bouillon, du

doux. — Arbre de 12-22 mèt., ressemble au précédent quant au port, à la

M a r tin iq u e .

forme des feuilles et à la couleur des fleurs ; il en diflere par ses jeunes

Lorrain, des Fonds-Saint-Denis, etc. [N°*224, 228.]

N.
—

branches, pédoncules et pédicelles pubescents, par ses nervures autrement dis­

Antillana Meiss.; Nectandre des Antilles. V ulgo

Arbre

de

taille moyenne,

étalées, relativement courtes.
acuminées, à pointe

: Bois de laurier.

élancé, entièrement glabre, à
Feuilles très

branches

coriaces, elliptiques-ovales,

terminale obtuse, à 3-5 paires de

nervures irré­

gulièrement alternes. Inflorescence en grappes confinées aux extrémités des
branches ; fleurs blanches. Fruit sphérique, de la grosseur d'une petite cerise,
souvent monstrueux et sans noyau, piqué qu'il est par des insectes. — Abon­
dant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes, des Vieux-Habitants, du Gom­
mier, de Deshaies, etc. — Le bois est mou et est em ployé tout au plus pour
les constructions à l'intérieur. [N ° 2222.J
M a r tin iq u e .

Yulgo : Laurier à cerise. — Abondant dans les quartiers infé­

posées, par ses panicules deux ou trois fois plus allongées, par ses fleurs plus
petites. — Le bois est poreux et blanchâtre en dedans et ne sert que pour les
constructions à l’intérieur; sa racine contient une teinture violette. On
trouve souvent sur le même pied des fleurs et des fruits mûrs. — Bois infé­
rieurs de la Pointe-Noire, bois de la Ravine-Chaude, de Sotaya, etc. A lt. 50400 mèt. [N ° 3381.]
M artinique . Vulgo : Laurier-Chypre. — Basse région boisée de file : Prê­
cheur, Parnasse, R ivière-Pilote, environs de Fort-de-France, etc. [N ° 220.]
Ocotea Aubl. (nom indigène de l’arbre à la Guyane.)

�PLANTES DI

LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

0. cernua Mez, Oreodaphne rnarlinicensis Sieb.; Ocotée penché. Yulgo :
Bois-doux Isabelle. (Oreodaphne Nees.) — Arbre d’une élévation de 18-25mèl.,
à tronc nu sur une longue étendue, cylindrique dans le haut, anfractueux à
la base, à frondaison large, à écorce noirâtre. Feuilles cartilagineuses,
oblongues ou oblongues-lancéolées, ou elliptiques, à nervures principales
parallèles, au nombre de 4-5 et formant un arc sur les bords. Panicules plus
courtes ou pins longues que les feuilles, â pédoncules minces et noirs; fleurs
blanches, odorantes, habituellement dioïques. Fruit ovoïde-oliviforme, inséré
dans une cupule tronquée et large. — Fl. en mai, juin, juillet. — Abondant
dans les bois inférieurs du Gommier, des Bains-Jaunes, des Vieux-Habitants,
de l'ilet Lajaille, des environs du Saut-de-Gonstanlin, des hauteurs de
Baillif, etc.
M a r t in iq u e . \ ulgo : Laurier Isabelle. — Prêcheur (fontaine Chaude),
Grande-Rivière, hauteurs de Pécoul, Champflore. (N° 223.]

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0. leucoxylon Mez; Ocotée à bois blanc. \ ulgo ; bois-doux jaune, bois-doux
pimenté, bois-doux-couronne. — Arbre de taille moyenne, haut de 15-18 met.,à
branches divariquées et souvent couvertes de lenlicelles blanches, et toujours
garnies d'un duvet poudreux et blanc. Feuilles cartilagineuses, oblongues ou
elliptiques, le plus souvent acuminées. Fleurs blanches, odorantes. Fruits sphé­
riques, noirs, de la grosseur d'une très petite cerise, insérés dans une cupule
tronquée, verruqueuse et souvent couverte de lenlicelles blanches. — Abon­
dant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes, de la Pointe-Noire, de
Deshaies, de Sainte-Rose, etc. — Le bois est jaunâtre; il est employé pour
la charpente et pour les boiseries 1. fNos 3202, 3203, 3482. |
M artimque. Yulgo ; Laurier-line, laurier-madame. — Calebasse, Lorrain,
Champflore. Fonds-Saint-Denis, Gros-Morne, etc. N° 231.]
0. Martinicensis Mez ; Ocotée de la Martinique. Yulgo ; Laurier bord-demer.— Arbre haut de 16-22 mèt., àtronc nu sur une grande hauteur, à fron­
daison élancée. Feuilles obovales, larges, très oblusément pointues au som­
met, à 5-10 paires de nervures formant un arc sur les bords du limbe. Inflo­
rescence en panicules axillaires, habituellement aussi longues que les feuilles,
longuement pédonculées. Fleurs blanches, exhalant une forte et bonne odeur.
Fruit ovoïde-oliviforme, large, très pulpeux, inséré dans une cupule large et
verruqueuse-sillonnée, s amincissant peu à peu jusqu'au pédoncule. — Dans
les régions inférieure et infra-moyenne de 1île : Ajoupa-Bouillon, Carbet,
Parnasse, Saint-Esprit, Rivière-Salée, etc. [N u234.] — Je ne l'ai pas trouvé
à la Guadeloupe.
0. Eggersii Mez; Ocotée d’Eggers. Yulgo : Peste-à-pou. — Arbre haut
1.
Cette espèce, comme toutes celles du genre Ocotea propres aux Antilles, est aro­
matique: son fruit renferme, dans sa partie pulpeuse, une huile li.xe et une essence
employées dans le traitement du rhumatisme. E. II.)

LAURINEES

303

de 14-18 mèt., élancé ou à frondaison très large, arrondie, selon qu’il est
seul ou en société avec d’autres arbres, entièrement glabre, à écorce lisse et
noirâtre. Feuilles cartilagineuses, d’un vert sombre en dessus, glauques en
•dessous, elliptiques, obtusément pointues au sommet, à nervures reliées à un
arc, près des bords du limbe. Panicules courtes, axillaires, plus longues que
les feuilles; pédicelles quadrangulaires. Fruit sphérique, bleu foncé, delà
grosseur d’une cerise, inséré dans une cupule tronquée. — Le bois est excel­
lent pour la charpente. — Çà et là dans les bois secs du massif de Houëhnont,
des hauteurs pierreuses de Deshaies, route de Deshaies à Sainte-Rose, etc.
[N° 2220.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Laurier noir. — Bois de Saint-Joseph, plateau des
Trois-Ilcts (endroits secs et pierreux), Anses-d’Arlet, etc. [N° 124.J
0. falcata Mez; Ocotée à feuilles en forme de faux. Yulgo : Bois-doux
Desbonnes. — Grand, bel arbre, entièrement glabre, haut de 20-25 mèt., à
écorce épaisse et lisse. Feuilles plus ou moins pliées en deux et falciformes,
roulées sur les bords, ovales, cartilagineuses, très luisantes, d’ un vert sombre
en dessus, à nervures à peine perceptibles à l’état vert, rougeâtres en dessous.
Panicules axillaires, confinées aux extrémités des branches plus ou moins
pendantes; fleurs inconnues. Fruit long de 2-3 cm. sur 15 mm. de diamèt.,
inséré dans unecupule peu profonde, tronquée, noire, verruqueuse-sillonnée.
Le bois de cette espèce de laurier est très recherché : avec le tronc, on fait
de belles planches. — Dans les bois des Bains-Jaunes, bord de la rivière aux
Ecrevisses: [N° 3661. — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
0. floribunda M ez; Ocotée à fleurs abondantes. — Arbre élancé, très
glabre dans toutes ses parties. Feuilles lancéolées-elliptiques, d'un vert
pâle des deux côtés. Inflorescence en grappes spiciformes, interrompues,
axillaires. Fruit inconnu. — Dans les bois du plateau des Trois-Ilets (rare).
— Le spécimen de cette espèce me manque; j'en possède un du Musée bota­
nique de Berlin, sous le N° 6522. — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
0. Jaeguiniana Mez; Ocotée de Jacquin. \ ulgo : Laurier-gland. — Arbre
haut de 12-17 mèt., à rameaux légèrement pubescents, à ramuscules garnis
d’un duvet roux doré, soyeux, à calice soyeux, à fruit très gros, inséré dans
une cupule profonde, dont l’ouverture mesure jusqu’à 22 mm. de diamètre.—
J’ai trouvé cette belle espèce à l'ile de Sainte-Lucie, dans les bois de
Barabara, entre Castries et la Grand'Anse. N° 215.]
Endlicheria Nees (dédié au célèbre botaniste autrichien, Etienne Endlicher,
né en 1804, à Pressbourg, professeur de botanique à Yienne, mort en 1849;
a écrit, entre autres ouvrages : Prodomus floræ N orfolk , et surtout ; Généra

plantant m secundum ordines natarales disposila.)
E. sericea Nees, Aydendron sericeum Gr. ; Endlichérie soyeuse. N ulgo : Bois-

�304

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

doux blanc, cayali-cayari, bois-doux grand-feuille. — Arbre liaul de 10'20 mèt., à branches inférieures étalées, longues, penchées à l’extrémité, à
jeunes branches et panicules soyeuses. Feuilles cartilagineuses, larges, elliptiques-oblongues ou ovées-oblongues, terminées par une pointe obtuse, aiguës
à la base, garnies en dessous d’un duvet soyeux et argenté, qui est plus long
et plus fourni chez les jeunes, caractère qui distingue facilement celte espèce
de tous scs congénères. Panicules axillaires; calice à 6 dents caduques ; fleurs
blanches, dioïques. Fruit ovale, inséré dans une cupule tronquée, souvent
verruqueuse. — Assez abondant dans les bois des Bains-Jaunes, rivières
Xoire et Bouge, Trois-Rivières, etc. ' Xos 2217, 3624.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Laurier-caillé, bois-montagne. — Bois du Lorrain,
des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l’Alma, de la fontaine Absalon, etc.
[N° 220.]

Aniha Aubl. (nom indigène de l ’arbre à la Guyane.)
A. bracteala Mez, Aydendron hracteatum N’ees; Anibe à fleurs enfermées
dans des bractées avant l’éclosion. Vulgo : Bois jaune. — Arbre très droit,
haut de 7-12 mèt., rarement arbre de 15-18 mèt. d’élévation, à tronc nu,
raboteux, à écorce grise, à.jeunes branches et pétioles couverts de cicatrices
et de lenlicelles, à ramuscules et panicules garnis d’un duvet gris et pou­
dreux. Feuilles très coriaces, scabres, elliptiques ou elliptiques-allongées,
cunéiformes à la base, ramassées en rosettes ou en faux verticilles, situés à
l’extrémité des branches, caractère distinctif par lequel on reconnaît facile­
ment celte espèce. Panicules à fleurs blanches et petites. Fruit ovoïdeoliviforme, brun noir à la maturité, assis dans une cupule verruqueuse et
tronquée au sommet. — FL en mai, juin. — Le bois est jaune à l'intérieur,
très dur et recherché pour les constructions et la menuiserie. — Gourbeyre
(morne Goblin, abondant), rivière Bouge, bois inférieurs des Trois-Rivières,
etc. [N° 3433.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bois jaune. — Abondant à l’Ajoupa-Bouillon et dans
les hauteurs du Macouba. N° 233. |
A. Ramayeana Mez; Anibe de Ramage. Vulgo : Laurier-falaise. — Arbre
de taille moyenne, haut de 12-16 mèt., à branches étalées, à rameaux noirs.
Feuilles ovales ou ovées, très glabres et luisantes en dessus, à nervures
presque imperceptibles à l’état frais. Inflorescence en panicules; fleurs incon­
nues. Fruit long de 2 cm., ovoïde-oliviform e, inséré dans une cupule
tronquée. — Peu abondant : hauteurs de la Grande-Rivière et du Prêcheur.
NT° 217.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Misanteca Mez (de « Palo-misanteco », nom donné à la plante par les habi­
tants des forêts de Misanlla, du Mexique, dans le district de Vera-Cruz.)

M.

Iriandra Mez; Misantèque à trois étamines.

— Arbre de taille

LAURINIES

305

moyenne, souvent petit arbre. Feuilles elliptiques, obovées, acuminées au
sommet, coriaces, petites. Inflorescence en grappes composées de cymes.
Fleurs inconnues; calice à six petites dents. Fruit petit, oliviforme, inséré
dans une cupule tronquée. — Rare : trouvé dans les hauteurs des TroisIlels. [N° 85. j — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Hernandia Plum. ex. L. (dédié à Francisco Hernandez, qui, vers la fin du
xvi1' siècle, était médecin de Philippe II, roi d’Espagne, et fut envoyé comme
naturaliste dans les Indes Occidentales; il a écrit : Ilistoria naturalis
mexicana.)
H. sonora L . ; Ilernandiesonore. Vulgo : Mirobolan bâtard. Desc., vol. Il,
l. 143, p. 309. — Arbre de 20-28 mèt. de haut, à branches étalées et souvent
horizontales : les inférieures très penchées. Feuilles larges, pellinerviées,
ovées, arrondies à la base, pointues au sommet. Inflorescence en panicules
corymbiformes, allongées, plus longues que les feuilles, à branches terminées
par des ombelles triflores : fleur du milieu de l’ombelle, sessile et femelle;
les deux latérales, mâles et longuement pédonculées, base de chaque branche
entourée de quatre bractées foliacées et pubescentes. Fruit ovale, marqué
de huit côtes longitudinales, entièrement renfermé dans un calice vésiculaire
et ouvert au sommet. Quand le vent agite l’arbre et s’engouffre dans le calice,
il se produit un sifflement qu’on entend au loin, de là le nom spécifique de la
plante. — FL en janvier et décembre; fruits mûrs en octobre et décembre, et
il arrive souvent aux pieds qui poussent dans la basse région de porter des
fleurs et des fruits mûrs en même temps1. — Bois du Gommier et des BainsJaunes, embouchure de la rivière de BailIif. etc. |N° 2219.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mirobolan. — Çà et là dans les mornes inférieurs
entre Saint-Pierre et les Fonds-Saint-Denis, hauteurs de l’habitation Pécoul,
Jardin botanique de Saint-Pierre, etc. [N° 235.]
Cassytha L. (du grec « kassutha » ou « kaduta », synonyme de « cuscuta ».
parce que ces plantes ont quelque ressemblance extérieure avec la cuscute.î
C.
americana N'ees,C. /iliformis L. ; Cassyte d’Amérique. Vulgo : Gorde à
violon, liane-ficelle.— Liane parasite sans feuilles, vivace, à lige de l’épaisseur
d'une ficelle, d'une longueur indéfinie, à branches filiformes, à tige et branches
extrêmement enchevêtrées, pubescentes, se nourrissant et s’accrochant par
des suçoirs. Inflorescences en épis très courts, axillaires, pédonculés; fleurs
blanches, distantes. Fruit sessile ou subsessile, globuleux, de la grosseur
d’une graine de poivre, renfermé dans le calice qui laisse au sommet une
I. Sous le nom de myrobolan, le fruit de ce végétal est employé aux Antilles comme à
la Guyane pour son amande, qui entre dans la composition d une émulsion purgative.
L ’écorce, les graines el les jeunes feuilles sont du reste légèrement purgatives à étudier
le principe cathartique . Frais, le suc des feuilles est, dit-on, un puissant épilaloire : avec
la partie charnue du fruit, on prépare une liqueur de table assez agréable. F. II.
Dus*. — Piaules Guadeloupe et Martinique.

20

�306

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

petite ouverture entourée de six lobes persistants. — Fl. en avril, mai, juin. —
Vil sur les arbres et les buissons, clans les endroits secs et rocailleux : envi­
rons du Moule (savane de 1habitation Mercier), Sainte-Anne, Saint-François.
[N® 3201. '
M a rt in iq ue . Vulgo : Liane-sans-fin. — Uniquement dans le sud de I ile :
Marin. Yauclin. Sainte-Anne, etc. 'N 0 1770.|
Le Tetranthera laurifolia .lacq., Litsea sebifera Fers., petit arbre à (leurs
dioïques.esl cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre2. [N° 343.J

QUATRE-VINGT-DEUXIÈME FAMILLE.

— CUCUIiB1TACEES.

CUC UR1)1TAC ÉES

307

Cayaponia Silva Manso (nom indigène de la plante à la Guyane.)
C. amcricana Cogn.; Cayaponie d'Amérique. Vulgo : Concombre-marron.
— Voluble, annuel, à tige très grêles, à 4-5 angles obtus, à vrilles simples,
opposées aux feuilles. Feuilles larges, à 5 lobes : les 3 supérieurs, deltoïdes;
les 2 basilaires, arrondis. Fleurs blanches, en grappes simples et nombreuses.
Fruit mûr jaune, sphérique, du volume d’une cerise, contenant plusieurs
semences noires. — Çà et là dans les halliers des lisières des bois des basse
et moyenne régions. Alt. 10-900mèl. — Camp-Jacob, Gourbeyre, Capesterre
(Guadeloupe), Sainte-Marie. [N° 2293.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Concombre bâtard, concombre-hallier. — Plus abon­
dant qu’à la Guadeloupe : environs de Saint-Pierre (Trois-Ponts, Boulevard),
Carbet, Trois-Uets, etc. !N° 766.

Sicydium Schlechtd. (du grec « sikudion », diminutif de « sikuos », courge).
Sechium P. Br. (nom modifié de « Sicyos », genre auquel la plante appar­
tenait autrefois.)

S. edule Sw. ; Sechium comestible. Vulgo : Christophine. L)ese., vol. \,
t. 328, p. 94. — Voluble, à racines larges, charnues, à liges à cinq angles3,
grimpant par le moyen de vrilles filiformes, 3-5 fideset opposées aux feuilles.
Feuilles larges, rudes, à 5 lobes deltoïdes peu profonds, cordées à la base
avec un sinus profond. Inllorescenee en grappes sim pies, longuement pédonculées. Fleurs blanches, petites, monoïques; corolle rotacée, à tube garni de
10 glandes nectarifères. Fruit large, obovale, operculé au sommet, long de
11-15 cm. sur 4-6 cm. de diamèt., pourvu de côtes longitudinales et garni
de piquants ; sa forme rappelle un peu celle d'un fruit de cacao (cabosse). —
Dès que ce fruit est mûr, la graine, unique, située à la base, se met à germer
sur pied. — Cultivé dans tout le pays à cause de ses fruits, qui constituent
un aliment sain : on les mange cuits; ils sont rafraîchissants et émulsifs. —
Fl. pendant l’hivernage. 1Nu 2295.
M a rt in iq ue . Vulgo : Christophine. N° 1793.
1. Cette plante parasite est employée en Cochinehine comme dépurative et antisyphi­
litique.
2. Cette laurinée, d'origine asiatique Inde, Cochinehine, Iles de la Sonde), est intro­
duite actuellement dans toutes nos colonies tropicales, où ses feuilles constituent à
la Réunion surtout) un précieux aliment pour les bêtes à cornes laitières. Les feuilles et
les rameaux renferment un mucilage qui les fait em ployer comme émollients dans la
diarrhée et la dysenterie. Le fruit, très petit malheureusement, contient une graisse
solide, appréciable, et qui pourrait prendre, avec le produit du T. monopelala Roxb. de
l’Inde, une place dans l'industrie des corps gras en France. (E. II.)
3. Avec celte plante, on prépare à la Réunion, après fente longitudinale, grattage et
dessication de la tige, des rubans de paille qui servent à la fabrication de chapeaux
et de forts jolis objets de luxe : cette industrie est développée dans cette colonie à un
point qu’ il serait désirable de voir atteindre dans nos autres possessions tropicales, où
cette Cucurbitacée se développe et croit sans soins spéciaux. (E. IL )

S. tamnifolium Cogn., variété JJussii Cogn. ; Sicydium à feuilles de Tamnus.
Vulgo : Petit concombre-hallier. — Annuel, grimpant, haut de 4-6 mèt., à
tige très grêle, sillonnée-anguleuse, à vrilles simples. Feuilles cordiformes,
palminerviées. Fleurs dioïques, extrêmement petites, blanches, en panicules
allongées et très branebues, à pédicelles filiformes. — Fl. en mai, juin. —
Très rare ; trouvé dans trois endroits au Camp-Jacob (route de la cascade
de Vauchelet). [N° 2294.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-hallier. — Assez rare : Prêcheur (çà et là sur
le bord de la rivière Claire). [N° 93. j

Momordica L. (du latin « mordeo », « momordi », mordre, parce que, dans
les espèces-types, les graines sont irrégulièrement aplaties comme si on les
avait mâchées à moitié, et parce qu’en outre elles contiennent un suc âcre,
mordicant.)
M. Charanlia L. Vulgo ; Pomme-coolis,concombre-coolis, pomme-z’Indiens.
Desc., vol. V III, t. 594, p. 355. — Annuel, grimpant par le moyen de simples
ou doubles vrilles, à tiges nombreuses, très flexibles et très enchevêtrées, à
liges, branches et feuilles scabres-hispides : les jeunes branches souvent très
hispides. Feuilles à 5-7 lobes sinués-serrelés. Fleurs monoïques, jaunes, déli­
cates, larges. Fruit muriqué, d’un beau jaune orange, ellipsoïde, s'ouvrant
en trois valves de haut en bas, rempli d'une pulpe brun jaune; graines apla­
ties nichées dans la pulpe. — Les fruits se mangent confits dans le vinaigre;
dans le pays, on emploie souvent les feuilles et les fruits, écrasés, en tisane
contre les fièvres et les dérangements de ventre1. Extrêmement commun
1. Cette espèce, peu utilisée aux Antilles, l’est davantage à la Guyane. Ses fruits
mûrs, dépouillés de leurs semences et macérés dans l'huile d’amandes douces, y forment
un vulnéraire populaire. Les feuilles, contusées et mêlées à un corps gras, donnent un
onguent contre la gale et les maladies de la peau. (E. H .)

�308

PLANTES Dli LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

dans les halliers de la région littorale de toute la Guadeloupe et de la
Grande-Terre. [N° 2292.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Mexicaine, pomme de merveille. — Abondant.
[N° 1795.]

Luffa L. (du mol arabe « Lulî ».)
L.
acutangula Roxb.; Lufla à angles aigus. Vulgo : Torchon-Liane, à liges
anguleuses, grimpant au moyen de vrilles trifides. Feuilles scabres à 5
lobes, cordées à la base, à limbe prolongé dans le sinus. Fleurs 1res grandes,
jaunes, délicates, monoïques : les mâles, en grappes; les femelles, solitaires.
Fruit long de 25-30 cm. sur un diamètre de 7-8 cm., cylindrique-oblong,
s'ouvrant au sommet par un opercule ; ovaire à 3 loges ; semences nombreuses,
aplaties, noirâtres. — Les fruits, encore tendres, peuvent se manger; avec le
fruit mûr, réduit aux fibres, après ablation de l'enveloppe, de la pulpe et des
graines, on fabrique des paniers, des bourses, des franges, des bonnets de nuil
et même des éponges. Les graines mûres et crues provoquent des vomisse­
ments et des évacuations alvines; pour être purgé, il sufiïl d’en avaler une
quinzaine, après les avoir épluchées1. — Assez abondant dans la basse région
de toute lile. — Fl. en août, septembre, octobre et novembre. [N° 1796.] —
Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
L.

cylindrica Roem. L. ægyptiaca Mill.;LulTaà fruits cylindriques. \ ulgo :

Torchon. — Ne dilFère du précédent que par ses Heurs plus larges, ses
fruits cylindriques et plus longs, pouvant atteindre jusqu'à 37 cm. - — Dans les
halliers, autour des maisons : Morne-à-l’ Eau, Moule, les Abymes, environs de
la Basse-Terre, etc. [N ° 2965.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.

Lagenaria Ser. (du latin « lagena », bouteille, allusion à la forme du fruit. )
L.
vulgaris Ser. ; Gourde commune. Vulgo : Calebasse musquée; cale­
basse douce.— Volubleou rampant, à tige cylindrique, molle; à lige, feuilles,
pédoncules, calice et jeune fruit garnis d’un duvet gris et soyeux. Feuilles
cordées, arrondies, subentières ou dentelées, larges. Fleurs blanchâtres,
très longuement pédonculées, solitaires, monoïques. Fruit oblong, courbe,
arrondi au sommet, long de 30-40 cm. — Sauvage et cultivé à cause de ses
fruits, qui constituent un excellent légume. [N° 2287.]
M artini que . Vulgo : Calebasse douce, avec la variété calebasse-herbe,
dont on emploie les racines et les feuilles contre la morsure du serpent.
[N ° 789.]
1. Cette espece, originaire de l’ Inde, est utilisée dans sa patrie : les racines comme dras­
tiques et émétiques, les tiges comme amères et diurétiques.
2. Cette plante, en Arabie et en Égypte, est utilisée dans sa racine comme purgative
et hydragogue; le fruit, très mucilagincux, pourrait être em ployé comme émollient : son
squelette fibreux sert aux mêmes usages que celui du fruit de l’espèce précédente. (E. H .)

M elothria L. (du grec « melothron », qui répond à Bryonia creliea L., Vitis
alba, de Pline, XXII1, 16, à cause de la ressemblance de la plante avec la
Bryone d’Europe.)

M.
guadalupensis Cogn., M. pervaga Griseb. ; Melothria de la Guadeloupe.
Vulgo : Petit concombre-hallier. — Liane très délicate et faible, courant au
loin dans les haies et les broussailles , à tiges filiformes, sillonnées-quadrangulaires, pourvues de vrilles bi ou trifides. Feuilles en cœur, à sinus pro­
fond et ouvert : les adultes garnies d'une masse de points blancs et ruguleux
(poils cystolithiques), à 3-5 lobes, grossièrement dentés ; celui du milieu
beaucoup plus grand que les 2 ou les 4 latéraux. Fleurs petites, jaunes, soli­
taires, pendantes, pédoncules longs, filiformes. Fruit sphérique ou ovoïde. —
Çà et là dans les haies et les broussailles de la basse région ; Gapesterre (Gua­
deloupe), Gourbeyre, Pointe-Noire, etc. Alt. 10-400 met. N° 2377.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Concombre-diable. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : environs de Saint-Pierre, Carbet, Parnasse, hauteurs de la RivièreSalée. [N° 2070.j
Ceratosanthes Burm. (du grec « keras », corne, et « anthos », fleur, parce
que les parties intérieures du calice sont couronnées par une petite corne.)
C.

corniculata Cogn., C. luberosa Spreng.; Ceratosanthe corniculé. Vulgo ;

Pomme-hallier bâtard. — Petite liane, très délicate, glabre, à tiges filiformes.
Feuilles à trois segments très profonds, formant presque une feuille trifoliée,
les deux latéraux portant chacun un lobe court près de la base. Fleurs et
fruits inconnus. — Très rare : trouvé une fois dans un sol pierreux et sec de
Case-Pilote. : N° 7 48.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Anguria L. (du grec « aggourion », melon d'eau, « aggos » , vase creux,
allusion à la forme du fruit.)
A.
Plumieriana Schlecht. ; Angurie de Plumier. Vulgo : Concombre
bâtard. — Liane annuelle, haute de2-4m èt., à tige sillonnée-comprimée.
Feuilles à trois lobes, faiblement dentés, à dents très distancées : lobe
du milieu beaucoup plus grand ; vrilles simples, opposées aux feuilles.
Fleurs jaunâtres, axillaires, réunies par 2-3, situées à l'aisselle des feuilles.
Fruit ovoïde, long de 4 cm., sur 16 mm. de diamèt. — De cette espèce, je
n'ai que des Heurs femelles. — Rare. Çà et là dans les broussailles de la
région inférieure : Trois-llets (dans les halliers du bord de mer), SaintPierre, Trois-Ponts, Trou-Vaillant. [N° 750.] — Je ne l'ai pas trouvé à la
Guadeloupe.
Gucumis L. (de « cucuma », vase creusé; racine du celtique « cucc », creux,
ventru, allusion à la forme du fruit.)
C. Anguria L. ; Cucumis-concombre. Vulgo : Petit cornichon, petit con-

�310

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

combre. — Rampant et grimpant, annuel, à tige molle, sillonnéé, hispide.
Feuilles garnies de poils rudes, couchés, surtout ù la face inférieure, à trois
lobes arrondis, qui sont eux-mêmes trilobés, à sinus arrondis et dentelés.
Fleurs blanc jaunâtre, monoïques. Fruit ovoïde, de la grosseur d'un œuf,
hérissé de pointes arrondies. — Il constitue un bon légume. — Probablement
introduit ; cultivé â la Guadeloupe et à la Grande-Terre : on le rencontre
souvent aussi à l étal sauvage dans les savanes et les broussailles de la région
inférieure. [N° 2962.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Concombre-cornichon. [N° 1791.]
1° C. sativus L. Yulgo : Gros concombre. [N° 3580.] M a r t i n i q u e . [X° 749.]
2° Cucurbita Pepo L . Vulgo : Giromont. [N ° 3551.] M a r t i n i q u e . [N ° 1770.]
3° Cucurbita maxirna Duch. Vulgo : Potiron; sont toutes trois un objet de
culture dans les deux îles, où elles ont été introduites depuis très longtemps.
4° Citrullus vulgaris Schrad. Yulgo : Citrouille. |N° 751]; se rencontre
plus rarement.
5° Trichosanthes colubrina -lacq., Tr. Anguina L., d’Asie tropicale, sè
voit çà et là dans les jardins des cultivateurs indiens1. [N° 3778.]

QUATRE-VINGT-TROISIÈME FAMILLE.

PAPAYAC É ES.

Carica L. (du nom « Caria », Carie, ancienne province de l’Asie Mineure,
particulièrement riche en ligues.)
C. Papaga L. (de « papara-maram », nom de la plante à Malabar.) Yulgo :
Papayer. Desc., vol. I, t. 47, 48; Tuss.,’ Fl., III, t. 10, 11. — Arbre
haut de 9-16 met., rarement plus élevé, à tronc nu, souvent sans branches,
marqué de cicatrices annulaires laissées par les feuilles. Feuilles ramassées
aux extrémités de la tige ou des branches, très larges, glabres, à 7 lobes
profonds, pinnatilides et pointus ; pétioles subcylindriques, creux, très longs.
Fleurs dioïques, blanc jaunâtre : les mâles, en panicules axillaires, inter­
rompues, portées sur des pédoncules très longs, de même couleur que
les fleurs; les femelles, plus larges, également axillaires, en corymbes courts.
Fruit large, meloniforme, comestible ; semences sphériques, très nombreuses,
complètement entourées d'un arille transparent. — Fl. presque toute l’année.
— Le lait qui découle du fruit, par incision, a la propriété de ramollir les
viandes. La papaïne (principe actif) qu’on en extrait a le pouvoir de dis1. Cotte plante est réputée laxative et fébrifuge, comme ses congénères
L .,lrès appréciée des Indous, et Tr. pa.lm.ata Roxb.

Tr. cucumerina

PAPAYACÉES

PASSIFLOUEES

311

soudre les matières albuminoïdes et entre dans les préparations pharmaceu­
tiques digestives ou antidyspepsiques. Selon Descourtilz, h* sue delà racine
serait vermifuge. Dans le pays, on se sert des racines macérées dans le tafia
contre les douleurs rhumatismales. — Abondant dans toutes les Antilles.
[N° 2980.]
M

artinique.

N °20t.|

QUATRE-VINGT-QUATRIÈME FAMILLE.

— PASSI FLOR EES.

Passiflora L. (du latin « pnssio », passion, etx&lt; tlos », Heur, parce qu'on a
vu dans les différentes parties de la Heur quelques rapports avec les instru­
ments de la Passion de N.-S. Jésus-Christ.)
P. minima L .; Passiflore très petite. Yulgo ; Pomme-liane bâtard. —
Petite liane, à vrilles simples comme dans toutes les Passiflores, à feuilles
arrondies à la hase, trilobées, à lobes profonds : celui du milieu plus grand;
pétiole garni de deux glandes subsessiles, au-dessus du milieu. Fleurs 1-2,
petites, pédonculées. — Fl. en septembre et octobre. — Rare : dans le bois
du plateau des Trois-Ilets. [N° 886.] (Spécimen imparfait. — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe. — Celte espèce pourrait se fondre peut-être dans la
suivante.
P. suberosa L. ; Passiflore subéreuse. Yulgo : Pomme-liane à rat. Cav.,
l)iss., 10, l. 265. — Haute de 3-5 mèt., à racines et tiges subéreuses. Feuilles
extrêmement variables, arrondies à la base, peltinerviées ou palminerviées
dans le même pied, à lobes lancéolés ou deltoïdes, plus ou moins longs;
pétiole ù deux glandes subsessiles, au-dessus du milieu, alternes ou opposées.
Fleurs blanchâtres ou blanc verdâtre, à couronne courte. Fruit ovoïde, de la
grosseur d'un œuf de pigeon. — Abondant dans les halliers des basse et
infra-moyenne régions de l’île; plus abondant à la Grande-Terre. .Y-* 2626,
3538, 3539, 3616, 3540, 3562, 3563.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pomme-liane bâtard. — Abondant. [N° 876.
P. hederacea Cav.; Passiflore à feuilles de lierre. \ ulgo ; Pomme-lianehallier. PL, édit. Burm., I. 84. — l ige glabre. Feuilles à 3 lobes courts, del­
toïdes, pétiole à deux glandes subsessiles, placées au-dessus du milieu. Baies
légèrement pubescentes, bleu foncé à la maturité. — Çà et là dans les brous­
sailles des basse et infra-moyenne régions : Moule, Morne-à-1 Eau, Capesterre (Guadeloupe), Gourbeyre, etc. N" 3616 b. — Pourrait se fondre peutêtre dans la précédente espèce.
M a r t i n i q u e . Y u lgo: Pomme-liane-z'oiseau.— Vallée du Carbet, hauteurs
des Trois-Ilets, Anses-d’Arlet. Alt. 0-400 mèt. N°874.

�312

313

PLANTKS DK LA GUADELOUPE RT DE LA MARTINIQUE

PASSIILOREES

P. peltala Cav. ; Passiflore à cinq feuilles pellées. Vulgo : Liane à couleuvres,
Caw, Diss., 10, l. ‘274. Feuilles peltinerviécs près de la base, à 3 lobes larges,
divergents, ovales lancéolés. Haies globuleuses, pendantes, bleu foncé. —
Dans les haies et les hallicrs de la région inférieure : Carbet, Caravelle,
Robert. La Régale, etc. [N° 873. j — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
— Pourrait peut-être se fondre dans P. suberosa L.

P. malifonni.s I,.; Passiflore à fruits ronds comme une pomme. Yulgo :
Liane à agouti. — Tige et branches cylindriques. Feuilles ovées-oblongues,
pointues au sommet, d’un vert sombre; pétiole à deux glandes, au-dessus
de la base. Fleurs larges. Fruits sphériques, d ’un diamètre de 3,5 cm., à
péricarpe dur. — L ’intérieur se mange, mais il n’a pas le parfum de la
pomme-liane ordinaire. — Rare : cultivé çâ et là dans les jardins; très rare
à l’état sauvage : Basse-Terre (jardins de la ville), Gourbeyre, Capesterre, etc. [X° 2229.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Pomme-liane de la Guadeloupe.— Dans les jardins :
Saint-Pierre, Fort-de-France, Lamentin. [X° 879.

P. ruhra L., P. capsularis Lk. ; Passiflore A feuilles et tige rouges. Yulgo :
Pomme à rats, Mariegougeat, pomme-liane bâtard. Plum., Descripl., t. 83;
Cav., Diss., 10, t. 268. — Tiges et feuilles garnies d’un duvet tin, soyeux,
rougeâtre. Feuilles arrondies, à 2 lobes divergents, pointus, mucronés, tron­
quées entre les 2 lobes et mucronulées; pétiole sans glandes. Fruit déhis­
cent. marqué de six stries rouges ou noirâtres, longitudinales. Celte espèce
se distingue facilement de ses congénères. — Fl. en mai, juin, juillet, août.
— Abondant dans les moyenne et infra-moyenne régions ; lisières et clai­
rières des Bains-Jaunes, de Gourbeyre, du Gommier, des Vieux-Habitants,
etc. Alt. 300-700 mèt. X° 2231.
M ar ti n iq u e . Vulgo : Pomme-liane rouge hallier, Mariegougeat. — Hau­
teurs de Fort-de-France, des Trois-Ilets, de Case-Pilote, etc. j X° 872. :
P. rolundifolia L. ; Passiflore à feuilles rondes. Yulgo : Lianc-à-l’encré.
Cav., Diss., 10, l. 290; Plum., éd. Burm., t. 38, f. 1. — Tige pubescente,
striée. Feuilles rondàtres, à 3 lobes très courts, légèrement arrondis-lronqués,
mucronés. Facile à distinguer des autres à cause des deux rangées de points
transparents ou des petits yeux (ocelles) qui se trouvent entre les nervures.
Baie obovoïde, oliviforme. — Sur les lisières des bois de la Capesterre (Gua­
deloupe), des Trois-Rivières, de Gourbeyre, etc. |X° 2228. j
M a rt in iq ue . Yulgo : Patte-de-canard. — Fonds-Saint-Denis, hauteurs de
Case-Pilote et de l'habitation Pécoul, etc. j X° 271.]
P. laurifolia L. ; Passiflore à feuilles de laurier. Yulgo : Pomme-liane,
Desc., vol. 1, t. 56, p. 242; Plum., Descript., t. 80. — Entièrement glabre,
à tige cylindrique. Feuilles ovales, entières; pétiole à deux glandes près du
sommet; feuilles involucrales. larges, au nombre de 3, dentées; couronne flo­
rale à 3 séries de filaments. Fleurs larges, à odeur aromatique, très belles. Fruit
ovoïde, à 3 côtes, alternant avec 3 stries. — Sauvage et cultivé à cause de ses
fruits et pour garnir les tonnelles et les grillages. — Le fruit, un peu plus gros
qu'un œuf de poule, cache, sous un péricarpe mou et spongieux, une pulpe
très légèrement acide, très agréable au goût, rafraîchissante, apéritive,
stomachique cl vermifuge. Avec les tiges dépouillées de l’écorce, on peut
fabriquer des paniers et autres ouvrages. — On en rencontre une variété à
fruits plus petits, à pulpe plus exquise ; elle est connue sous le nom de Marietambour. — Abondant dans toutes les Antilles. |X° 3249. \
M a r t in iq u e . Yulgo : Pomme-liane. |X° 883.]

P. (jaadrancfiilaris L. ; Passiflore à tige à quatre angles. Yulgo : Barbadine,
Cav., Diss., 10, l. 283. — l ige forte, à quatre ailes courtes. Feuilles larges,
ovées, subcordées à la base, mucronées au sommet, entières, nervures reliées
par des arcs, près du bord. Fleurs larges, très belles, à filaments de la
couronne placés sur cinq rangs. Fruit meloniforme, long de 20-25 cm. sur
15-18 cm. de diamètre; péricarpe succulent, charnu, d’un diamètre de
3-4 cm. — Le fruit se mange cônfil; il est stomachique et vermifuge; les
graines, entourées d'un arille pulpeux, se servent à table dans du vin blanc
sucré et constituent un dessert recherché; la racine passe pour très toxique :
mais le fait est contesté. — Cultivé dans toutes les Antilles. — FL de juillet
en novembre. (X° 3779.J
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Barbadine. X° 884.]
P. serrata L; Passiflore à feuilles dentées en scie. Yulgo ; Pomme à agouti.
Plum., Descript., t. 179; Desc., vol. Y, t. 349, p. 119.— Forte liane, à lige cylindrique-striée. Feuilles larges, à 5-7 lobes profonds ctserretés; pétiole portant
deux glandes presque en son milieu, et deux autres près du sommet. Feuilles
involucrales trifides. Fleurs presque aussi grandes que celles de l'espèce précé­
dente, mais à couleurs plus pâles. Fruit de la grosseur d une pomme rainette,
sphérique, à péricarpe dur. — Les graines, pulpeuses, se mangent. — Fl. en
août, septembre, octobre. — Assez abondant dans les halliers et les caféières
de l'habitation Bisdary (Gourbeyre) ; çà cl là à Deshaies et à la Pointe-Xoire.
[X® 2232.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pomme-liane-manicou. — Très rare. Je n’en ai
trouvé que trois pieds sur les lisières des bois de l'habitation Saint-Martin
(Prêcheur). [X° 882.]
P. fœticla L. ; Passiflore fétide. Yulgo ; Mariegougeat. — Tige velue,
annuelle, glandulifère. Feuilles anguleuses ou à 3 lobes, cordées à la base,
visqueuses, garnies de poils glanduleux, ciliées sur les bords. Feuilles invo­
lucrales 3, mullipartiles, formant comme une garniture qui entoure le fruit,
caractère qui le distingue facilement des autres congénères. Fruit ovoïde,
comestible. — Fl. d'octobre à avril. — Assez abondant dans les halliers, les

�314

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

haies et les broussailles de la région inférieure : environs de la Basse-Terre,
Baillif, Pointe-Noire, Gozier, Moule, les Abymes, etc. [N° 2230].
M a r t in iq u e . \ ulgo; Pomme-liane collant. — Abondant. [N os 885 /&gt;, 1936a.]

P Murucuja L. (nom de la plante chez les Indiens du Brésil.) — Vulgo :
Pomme-liane-hallier. Cav., Diss., 10, t. 287;Tuss., /&lt;’/., 11,1.62; Desc.,vol. 1,
t. 62, p. 265. — Tige délicate, glabre. Feuilles bilobées, transversalement
obliques, trimucronées, ocellées avec deux rangées de glandes en dessous.—
Assez rare : Champflore, Parnasse, Trois-Ilels (plateau), etc. [N° 880. |— ,le
ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
N o t a . — Toutes les passiflores des Antilles sont volubles et grimpent au
moyen de vrilles simples; les graines sont scrobiculées et entourées d'un
arilie pulpeux.

HOMALINRES —

a r i s t o l o c h i é f .s

q ua t re - v in g t - septième fa m il le .

QUATRE-VINGT-CINQUIÈME FAMILLE.

-- TU RNÉRACKES.

Piriqueta Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane.)
P. cisloides G. F. \Y. Meyer, P. villosa Aubl. ; Piriquète villeuse. Vulgo :
Boulon d’or. SI., t. 127, f. 7. — Herbe annuelle, ornementale, haute de 1580 cm., ressemblant assez exactement à Yhèlianthème des champs en France,
branchue ou non, à lige, branches et pédoncules garnis de poils roux, lui­
sants et droits. Feuilles lancéolées-linéaires, poilues, grossièrement serretées,
à dents obtuses et distantes. Fleurs larges, jaune vif. Fruit capsulaire, rond àIre,
garni d’un duvet roux jaunâtre, une fois plus petit qu'une graine de poivre.
— Assez abondant dans les savanes supérieures des Vieux-Habitants; çà et
là dans les savanes sèches entre la Basse-Terre et Baillif, etc. — Fl. pendant
l’hivernage. — La fleur s’ouvre au lever du soleil et se ferme après midi.
[N° 2438.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bouton d'or. — Dans les savanes des environs de
Case-Pilote. [N° 1804. ]

quat re - vingt - sixième f a m il le .

—

HOMAL1N LES.

Homalium Jacq. (du grec « homalos », égal, parce que les vingt-une éta­
mines sont divisées en sept faisceaux égaux.)
H. racemosa Jacq.; Homalium à fleurs en grappes. Vulgo : Acomat-hêtre,
acomat franc, bois de hêtre. Sw., F l ., t. 17. — Arbre de taille moyenne,
haut de 8-16 met., rarement plus haut, à branches très divariquées : les infé-

315

rieures horizontales et souvent plus ou moins tombantes, à écorce rude brune
ou noirâtre. Feuilles membraneuses, glabres, luisantes en dessus, elliptiquesoblongues. Meurs blanc pâle, rotacées, en grappes simples ou composées à
la base, axillaires et terminales. — Assez abondant dans les mornes inférieurs;
rare sur le littoral : Houëlmont, Baillif, V ieux-Habitants, Camp-Jacob, bords
de la rivière Noire, etc. — Fl. en mai et juin. — Le bois sert pour les con­
structions à 1 intérieur; avec le tronc, on fait de belles planches pour les boi­
series; exposé a 1air et à l’humidité, il pourrit facilement1. [N os 2427, 2998.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Acomat. — Saint-Pierre (Boulevard ), Parnasse,
Anses-d’Arlet, la Régale, fontaine Didier. N° 1806.]

—

ARISTOLOCHIEES.

Aristolochia Tourn. ex L. (du grec « arislos », très bon, et « lochia »,
lochies, plante autrefois employée pour les accouchements.)
A. oblusata Sw .; Aristoloche à feuilles obtuses. Vulgo : Liane fer à cheval.
PL, éd. Burm., t. 33. — l ige voluble, comme dans toutes les « Aristoloches »
du pays, glabre, cylindrique. Feuilles cordécs-oblongues. arrondies au som­
met, pédatinerviées, à sinus ouvert. Tube de la fleur terminé par un appen­
dice arrondi, couvert de poils, noir à la face supérieure. Fruit long de 4-5 cm.
— Fl. presque toute l’année, mais surtout en mai, juin et août. — Les feuilles
et les liges répandent une mauvaise odeur. — Peu abondant; çà( et là dans
les halliers des basse et infra-moyenne régions ; Camp-Jacob (Bagatelle, dans
les caféières), morne Gommier, environs de la Basse-Terre, Lamentin, etc.
[N os 2957, 3573.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
A. trilobala L .; Aristoloche à trois lobes. Vulgo ; Trèfle, pipe végétale. —
Feuilles arrondies à la base, pédatinerviées, glauques en dessous, à lobes
oblongs ou ovés-oblongs, obtus; stipules cordées-rondâtres; base du calice
entourée, à l’extérieur, d'une rangée de six filaments ou éperons de longueur
inégale ; calice campanulé, brusquement tronqué du côté supérieur, muni
d’une lèvre portant un prolongement ou une queue filiforme, pouvant
atteindre jusqu’à 25 cm. Fruit long de 6-7 cm. — FL de juin en novembre.
— Peu abondant. Çà et là dans les broussailles des basse et infra-moyenne
régions : Capesterre (habitation Longmont), Trois-Rivières (près du bord
de mer), environs de la Basse-Terre (ravine de Belost), etc. — Les
racines de cette espèce, épaisses, d’un diamèt. de 2-3 cm., sont ramifiées
1. Sons le nom créole dé mavévé ou matévé et indigène d’Acoma, les racines de ce
végétal sont employées A la Guyane française contre la gonorrhée et à titre d’astringent.

(tanin'!).

�CACTÉES

el contournées. Toutes les parties du végétal sonl réputées alexileres et
employées intérieurement cl extérieurement contre les morsures du serpent L
Le suc de la racine enivre, dit-on, ce reptile : il suffirait d'en introduire dans
sn gueule deux ou trois gouttes pour l’enivrer au point de pouvoir le manier
sans danger pendant quelque temps. A plus forte dose, il éprouverait de
fortes convulsions et mourrait bientôt après. A la Martinique, on cultive sou­
vent cette aristoloche auprès des maisons. Nu2585.j
M arti ni que . Yulgo : Trèfle-caraïbe. — Parnasse, hauteurs du Carbet, Prê­
cheur, etc. V ’ 582.!
A. anquicida Jacq.; Aristoloche lue-serpent. Yulgo : Liane douce. Dose.,
vol. III, t. 202, p. 144. — Racines grosses, noueuses, blanchâtres en dedans,
spongieuses-ligneuses. Feuilles cordiformes, ovales, à sinus ouvert; stipules
cordées. Fleurs petites, longues de 3,3 cm. — Fl. presque toute l’année* —
Toutes les parties de celte liane exhalent une mauvaise odeur, qui chasse, diton, le serpent, et la décoction des feuilles est dite alexitère el antisyphilitique
par excellence. La racine s’emploie de préférence contre les tumeurs véné­
riennes. — Assez abondant dans les halliers des environs du bourg de
Sainte-Anne, seule localité où j ’aie trouvé cette plante. [N° 887.] — Je ne
l'ai pas rencontrée à la Guadeloupe.
A. conslricla Griseb. ; Aristoloche resserrée. ^ ulgo : Liane amère. — Forte
liane pouvant monter sur des arbres très élevés, à tige noirâtre, striée-cylindrique. Feuilles larges, obovales-elliptiques, pointues au sommet, cordées à
la base, à sinus ouvert (quelquefois fermé : les lobes basilaires se couvrant
l’un l’autre). Fleurs el fruits inconnus. — Baie-Mahaull (dans les bois de la
Digue), hauteurs de Pigeon (bois de l’habitation Maler, où elle abonde).
[N° 3660.J — Elle n’existe pas à la Martinique.
L'A grandiflora Sxv., Yulgo ; Gou-de-canard (Tuss., F l., t. 27; Desc.,
vol. III, t. 157, p. 35), aété introduite de la Jamaïque à la fontaine Absalon, où
elle fleurit régulièrement tous les ans, mais ne donne pas de fruits. [N° 2104.
L’A. odoralissima L. (SL, t. 104; Desc., vol. V, t. 356, p. 196), introduite
de la Jamaïque, est cultivée à la Martinique chez quelques propriétaires, oii
elle lieu ri t toute l’année et donne des fruits; 1 A. g aléa In Mari, el Zucc.,
du Brésil, Aristoloche à casque, se rencontre dans quelques jardins de la
Pointe-à-Pitre el du Moule. (Lindley, The végétal Kingdom, p. 79L)
QUATRE-VINGT-HUITIÈME FAMILI.K. — CACTEES.

Melocactus Link el Utlo (du latin « rnelo », melon, et « cactus » , cactée,
1. Elle passe aussi pour li es sudorifique ; sa racine renferme une huile volatile, une
résine amère et une substance ûcre à laquelle on rapporte ces propriétés. (E. II.)

317

parce que ce végétal, qui ail’ecle la forme ronde du melon, est aussi pourvu de
côtes.)
M.communia Link el Otto; Méloeactus commun. Vulgo : Tête-à-lAnglais,
tête d’Anglais. Tuss., F l., II, l. 27; Desc., vol. V II, t. 515, p. 269. — Tige
d’abord globuleuse-déprimée, ensuite ovée, à 12-20 côtes longitudinales, garniesd aréoles de 4-12 épines, droites, rigides ; les pieds adultes sont surmontés
d une colonne longue de 10-18 cm. et hérissée de piquants entourés de laine.
Fleurs petites, pourpres. Fruits ovoïdes, pourpres, mangeables, de la grosseur
d un œuf de moineau. — FL de juin en novembre. — Ne végète que dans les
terres extrêmement sèches, pierreuses, près de la mer ou sur les rochers du
littoral. Abondant à la Désirade (grande savane entre la Léproserie et le bord
de mer), les Saintes (Terre-de-IIaut). Le spécimen manque. — Il n’existe pas
à la Martinique.

Cereus Mil), du latin « cçreus », bougie de cire, parce qu’en Amérique les
tiges desséchées el trempées dans l'huile servent de flambeaux.)
C. friangularis Havv.. C. compressas M ill.; Cierge à tige triangulaire.
Yulgo : Pomme-jardin, cierge-lézard. Desc., vol. V II, t. 519, p. 291 ; Plum.,
éd. Burm., t. 199, f. 2, el 200, f. 1, 2. — Tige triquètre, radicanle, grimpante,
à aréoles portant 4-2 épines. Fleurs blanches, longues de 20-22 cm., s’ouvrant
le soir el se fermant le matin pour ne plus s’ouvrir. Fruit ovoïde, plus grand
qu’un œuf de poule, blanchâtre à la maturité, couvert d’aréoles munis de
5-8 épines droites. — Assez abondant sur les vieux murs de la ville de la
Basse-Terre, de la Pointe-à-Pitre, du Moule, etc. — Fl. en juin, juillet, août.
[N° 3076.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Cierge-liane. — Çà et là sur les vieilles souches et sur
les rochers: François, Roches-Carrées (Lamentin), vallée du Carbet. N°1904.
C. grandiflorus M ill.; Cierge à grandes Heurs. Yulgo ; Fleur d’amour,
cierge rouge. PI., éd. Burm., t. 199, f. 1 .— Tiges rampantes ou grimpantes,
radicantes, à 5-7 angles obtus, à aréoles à 5-12 spinules courtes, insérées dans
une petite toufTe de laine. Fleurs d’un rouge écarlate vif, nocturnes, longues
de 20-24 cm., garnies en dehors d'une masse d’aréoles portant de 10-15
soies, longues el rousses. Fruit ovoïde, long de 7-8 cm. sur.5-6 cm. de diamèt.,
revêtu d aréoles épineuses et petites. — FL en juin, juillet, août. — Sur les
vieux murs de la ville de la Basse-Terre, de la Pointe-Noire; çà et là à la
Pointe-à-Pitre, au Moule, etc. [N°3077.]
M a r t i n i q u e . — Introduit de la Guadeloupe el cultivé sur quelques vieux
toits de la ville de Saint-Pierre el de Fort-de-France.
C. Curtisi Otto; Cierge de Curtis. Yulgo : Cierge. — Tiges droites,
souvent cespiteuses, hautes de 2-5 mèt., d'un diamèt. de 7-9 cm., à 8-10
côtes continues, saillantes, garnies d'aréoles laineuses et portant des épines
longues de 2-4,5 cm., droites ou subulées. Fleurs jaunes, larges. Fruit

�318

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

ovoïde, pourpre, mangeable, mais d'une saveur fade, de la grosseur d un œuf
de poule. — Kl. en juin, juillet, août el septembre. — Getle espèce forme
souvent des touffes énormes, composées de 15 à '20 tiges. — Sur la côte sèche
entre Baillif et les Vieux-Habitants, Désirade, Marie-Galante, les Saintes
(Terre-de-Haul). .\" 3500.
M ar ti n iq u e . Yulgo : Chardon, eharderon. — Saint-Pierre (sur les rochers
du Mouillage), Case-Pilote (près du bourg), Diamant, etc. [N° 903.]
Opuntia T. (du nom « d’Opuntia », contrée de l'ancienne province grecque
de la Phoeide, ayant pour capitale Opus, parce que ces sortes de plantes y
poussaient en abondance.)
0. Tuna Mill. (du mot arabe « Tvn », arbre à ligues.) Vulgo : Raquette
bord-de-mer, raquette à piquants. Desc., vol. \ II, t. 513, p. 201 ; Tuss., 1*/.,
II, t. 30. — Haut de 0, 00-2m50, droit, à tige cylindrique, à pattes ou à arti­
culations larges, obovales, garnies de tubercules laineux, pourvus d’une
toulîe de poils courts, jaunâtres, rigides, et de piquants droits ou subulés,
très acérés. Fleurs larges, jaunes. Fruit ovoïde, pourpre-glauque, de la gros­
seur d'une figue de France. — Ce fruit est rafraîchissant, mais d'une saveur
fade. — Fl. surtout de mai à août. — Bord de mer entre la Basse-Terre el
Baillif. Pigeon, Bouillante, Pointe-Noire, Désirade, les Saintes. Alt. 0-50 mèt.
[N° 3074.]
M artini que . Yulgo : Raquette bord-de-mer. — Abondant : Case-Pilote, Cara­
velle, Prêcheur, etc. |N° 1757.j

0 . spinosissima Mill.; Opuntia très épineux. Yulgo : Raquette volante.
Haute de 0 ,n 50-1 Ul 50, à articulations plus petites que dans le précédent, à
tubercules ou aréoles laineux, dans lesquels sont insérés 2-4 piquants,
très droits, blancs, noirs à l’extrémité, en forme d'aiguille et très acérés, de
longueur inégale : les plus longs mesurant de 3-3 à 4 cm. Fleurs jaune orange.
Fruit ovoïde, mangeable, de la grosseur d'une ligue de France. — Désirade
(très abondant dans la grande savane pierreuse et aride qui s'étend entre la
Léproserie et la mer), les Saintes (Terre-de-I laut) ; çà et là entre Baillif et
les Yieux-Habilanis. \ os 3071, 3457.] — Elle n’est pas à la Martinique.

0. cochinelifera Mill., Nopalea coccinellifera Salm-Dyck.; Opuntia à
cochenilles. Yulgo : Nopal, raquette sans piquants. — Haut de 3-5 mèt.,
forme quelquefois de petits arbres à branches divariquées et tombantes.
Articulations à aréoles laineuses sans piquants, à Heurs peu ouvertes, à éta­
mines exsertes, pourpres, ramassées en pinceau. — Introduit du Mexique el
cultivé autour des maisons. — On se sert des entre-nœuds dépouillés de leur
épiderme, soit sans préparation, soit pilés dans du lait, en cataplasmes
émollients et résolutifs sur les tumeurs inflammatoires. [N° 3072.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Raquette sans piquants. N° 1796.J

CACTEES

CRASSULACEES

319

Pereskia Plum. (dédié au Français Nicolas Fabr. Peiresc, membre du par­
lement d’A ix ; a laissé des écrits sur la culture des plantes.)
P. aculeala M ill.; Pereskia à piquants. Yulgo : Groseiller du pays, groseiller de la Barbade. Desc., vol. IV, t. 294, p. 289. — Idane sarmenteuse,
haute de 3-5 mèt., à branches très allongées et tombantes, armées dépiquants
courts el recourbés. Feuilles subcharnues, oblongues-cllipliques. Fleurs en
cymes larges, racémiformes, terminales, d’un blanc pâle. Fruit jaunâtre, à
épiderme membraneux, pourvu de petits enfoncements d’où sortent de
petites feuilles charnues et oblongues. — Le fruit se mange : sa chair est
molle, succulente, rafraîchissante, d une saveur aigrelette qui rappelle
celle de la groseille de France. — FL en juin et juillet. — Rare. Çà el là dans
les endroits secs de la basse région : environs de la Basse-Terre rivière
Sence), Baillif, Vieux-Fort. — On le cultive quelquefois autour des maisons.
[N° 3073.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Groseille du pays. — Rare : Case-Pilote
FondLayette), Trois-Uets (route des Anses-d’Arlet . [N u958.
Le Pereskia grandifolia H aw ., arbuste très branchu ou petit arbre, à
Heurs larges, pourpre foncé, se rencontre assez souvent dans les jardins des
deux colonies. — Introduit du Brésil.

QUATRE-VINGT-NEUVIÈME FAMILLE.

— C R ASS U LAC É ES.

Bryophyllum Salisb. du grec beruein », pousser, el « phyllon », feuille,
à cause de la facilité avec laquelle les feuilles charnues donnent des bou­
tures.)
B.
calycinuni Salisb. ; Bryophylle à grand calice. Vulgo ; Herbe-mal-tète.
— Haut de 0 1" 80-1Ul 20, à base souvent suffrutescente, à racines grosses,
stolonifôres, à tige cylindrique, grosse, rouge ou panachée. Feuilles ellip­
tiques, charnues, grossièrement crénelées : les inférieures, trifoliées. Inflo­
rescence en panicules larges, terminales; fleurs rouges, très belles, penchées;
calice campanulé, tubuleux, ventru, à 4 lobes courts; corolle monopétale,
tubuleuse, à 4 lobes courts; étamines 8. — Fl. de juillet en décembre. —
Abondant dans les endroits secs, pierreux, chauds de la basse région : envi­
rons de la Basse-Terre, Vieux-Habitants, Pointe-Noire, Deshaies, et dans
toute la Grande-Terre. N° 2955.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe-à-mal-tête. — Très abondant dans toute
l'île. N° 1808.1 — Probablement introduit du Mexique dans les deux îles.

�fjÉGIOXACÉES --- ARALIACKES

321

M a r t i n i q u e . Vulgo : Oseille-bois. — Egalement très abondant. Alt. 300800 mèt. [N° 973.]

W eininannia L. (dédié à l'Allemand Jean Guil. Weinmann, apothicaire à
Regensbourg, mort en 1737, auteur du Phi/lanlhosa iconographie a.)
W . pinnata L. : Weinmannie à feuilles pennées. Vulgo : Bois-sifileur.
Lam., III.. t. 313, f. 1. — Petit arbrisseau rabougri et très ornemental, haut
de 0m80-2 met., ou petit arbre, pouvant atteindre jusqu'à 9 met. d’élévation,
très branchu, à jeunes branches couvertes d’un duvet court, couleur de
rouille, à lige nue, à feuilles ramassées aux extrémités des branches. Feuilles
petites, imparipennées, à 5-9 paires de folioles elliptiques-oblongues, obtuses,
serretées au-dessus de la base; pétiole ailé entre les folioles. Fleurs blanches,
en grappes spiciformes, très nombreuses, terminales. — Fl. presque toute
l'année, mais surtout d'avril à août. — Abondant dans les bois supérieurs
de la Montagne-Pelée, de la Calebasse, des Deux-Choux, des Pitons-du-Carbet. N” 1797. j — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

W . hirla S\v. ; Weinmannie à branches hirsutes. Vulgo : Tamarinier des
montagnes, bois-tan rouge. — Ne diffère du précédent que par la couche
plus épaisse de duvet qui couvre les jeunes branches, et par les ailes qui
sont rhomboïdes-obovées, tandis que dans le précédent elles sont spatulées.
— Abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Matelyane, des
environs de la Ravine-à-Déjeuner. N° ‘21:20.] — Je ne l ’ai pas trouvé à la
Martinique.

QUATRE-VINGT-ONZIÈME FAMILLE.

— BHGOMACKFS.

Bégonia L. (dédié à Midi. Bégon, néen 1638, intendant de Saint-Domingue,
zélé promoteur de la botanique.)
B. dominicalis A.DC.; Bégonia de la Dominique. V u lgo : Oseille-bois.
— Herbe à lige succulente, souvent tortueuse, glabre, luisante, haute de
0 ,n 70-111120. Feuilles semi-cordées, ovées, sinuées-dentées. Fleurs blanches,
monoïques, en cvmes dicholomes, longuement pédonculées : les mâles à
pétales inégaux. Capsule à trois ailes, dont deux étroites, la troisième arron­
die et beaucoup plus grande. — Très abondaut dans tous les bois humides
des deux régions moyenne et supérieure. Alt. 450-900 mèt. \’os 3069, 3070,
3460.]

B. marlinicensis A .D C .; Bégonia de la Martinique. Vulgo : Oseille-bois.
— Haut de 0 "190-1 ,u 80, droit ou souvent sarmenteux. Feuilles velues, sur
les nervures, à la face inférieure, caractère par lequel il se distingue facile­
ment des autres. — Abondant. — Même habitat que le précédent. V ’ 3781.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Oseille-bois. [N° 976.]

B. humilis Dryand. ; Bégonia de petite taille. Vulgo : Oseille-bois. — Haut
de 25-45 cm., très droit, à tige grosse, succulente, sillonnée, poilue. Feuilles
inégalement ciliées-serretées sur les bords, garnies de poils épais en dessus,
semi-cordécs-oblongues; pétioles très velus. Fleurs blanches, en cynies axil­
laires et terminales, pauciflores. Capsule à trois ailes, arrondies, dont deux
d’égale grandeur et la troisième plus large. — Peu abondant : Camp-Jacob,
Bas-Matouha (autour des maisons), Basse-Terre (hospice de Tillac). \° 3780.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petite oseille-bois. — Environs de Saint-Pierre TroisPonts, Jardin botanique et Trou-Vaillant). NT° 994. i

QUATRE-VINGT-DOUZIÈME FAMILLE. —

ARAL1ACÉES.

Sciadophyllum P. Br. (du grec « sciadion », parasol, ombrelle, et « phvllon », feuille, parce que les feuilles, ramassées et étalées à l’extrémité des
branches, suggèrent l'idée d'un parasol ouvert.)
S. capitatum Griesb., Oreopanax capitatum Dcne et PI. ; Sciadophvlle à
Heurs en capitules. Vulgo : Figuier-aralie, figuier-hêtre. Jacq., Sel. Am.
stirp. hist., t. 61. (A ra lia Jacq.) — Arbre ornemental, haut de 10-18 mèt.,
très droit, à écorce brune ou noirâtre, ou rougeâtre lisse. Feuilles simples,
longuement pétiolées, confinées aux extrémités des branches, ovées ou
elliptiques, ou elliptiques-oblongues, longuement acuminées. Inllorescence
en panicules terminales, réunies par 2-5, à branches terminées par des capi­
tules d’abord ronds, ensuite ovoïdes. — Assez abondant dans les bois des
Bains-Jaunes, du Matouba, du Gommier, des Trois-Rivières. — FI. d’avril
à juillet, et souvent d’octobre en janvier. — Alt. 400-900 mèt. N° 2548.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Aralie blanc. — Abondant : Morne-Rouge. Parnasse,
hauteurs de Pécoul, Basse-Pointe, Ajoupa-Bouillon, etc. [N 0 1761.
Panax L. (du grec « pan », et « akos », remède, c’est-à-dire remède uni­
versel contre toutes les maladies. Le « panax », « panace » ou « panakes »
des anciens auteurs grecs et latins n’est pas le « panax » de Linné; mais ils
désignaient par ce mot plusieurs espèces de plantes différentes, appartenant
à la famille des Ombellifères. — Pline, XXV’, 11-14.)
Drtss. — Plante* Guadeloupe et Martinique.

il

�322

PLANTES DE I.A GUADELOUPE ET DE LA MARTI NIQUE

P. Morototoni Aubl. (nom de la plante à la Guyane.) \ ulgo : Bois-flot (au
Lamentin). Aubl., t. 360. — Petit arbre, très droit et très ornemental, à
tronc nu. haut de 5-9 mèl., très peu branchu (souvent même sans branches,
ou ne se divisant que quand il est déjà grand), marqué de cicatrices larges et
annulaires qui persistent après la chute des feuilles, feuilles ramassées au
sommet de la lige et à l'extrémité des branches (s'il y en a), digitées, très
longuement pétiolées, à 7-11 folioles, larges, oblongues, acuminées, longue­
ment pétiolées, pendantes dans la journée, sous l’influence du soleil : les
adultes couvertes en dessous d'un duvet lin, rougeâtre doré, qui, dans les
jeunes, est rouge doré cl très luisant. Inflorescence en panicules pubëscentestomenteuses, très larges, à branches terminées par des ombelles de 12-15
rayons. — FI. en mars, avril, mai, ju in 1. — Assez abondant dans les plaines
du Lamentin et de 13aie-Mahault. [N° 3378.J
Celle belle plante n’existe pas à la Martinique.
Oreopanax Lindl.
panacée. )

du grec « oros », « oreos », montagne, cl « panax »,

0. Dassi Kr. et Urb.; Oreopanax de Duss. Yulgo : Bois-flot. — Arbre
haut de 6-14 mèt., très ornemental quand il est jeune, à cause de son
beau et riche feuillage ; à lige et branches complètement nues dans l’âge
adulte, à branches très divariquées et penchées, de manière à perdre
toute son élégance. Feuilles larges, cordées, couvertes en dessous d'un duvet
épais, farineux, blanc, à nervures rouges en dessous et garnies d'un duvet
roux, à 5 lobes pointus, les 3 supérieures largement ovales. Inflorescence
en panicules terminales, pyramidales, à branches terminées par des capi­
tules ronds; pédoncules et pédicelles vigoureux, garnis d'un duvet fari­
neux et blanchâtre. — Fl. en mai, juin, juillet. — Assez abondant dans les
bois du Haut-Matouba (Matelyane, coulée de la Ravine-à-Déjeuner), des
Bains-Chauds; plus rare dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes. Alt.
800-1000 mèt. [N° 2986.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-flot. — Rare : çà et là sur les sommets et dans
les falaises du massif des Pitons-du-Carbel, morne d'Amour. [N° 186.J

Didymopanax Decne et Planch. (du grec « didumos », double, jumeau.)
D.

allenuatuni Mardi.; Didymopanax à feuilles atténuées. Yulgo : Trom­

pette à canon, mapou blanc. — Petit arbre, habituellement tortueux, plus
rarement arbre de taille moyenne, haut de 8-13 mèt , à écorce lisse, rou-

1. Cette plante, qui n'est pas utilisée aux Antilles, jou it d une réputation considérable
à la Guyane. On lui attribue les merveilleuses propriétés analeptiques que les Chinois
accordent au ginseng Aralia quinquefolia Dec. et PI.) et lui donnent le nom de « SaintJean», par I ransposition des consonnes de ce nom. Il y aurait intérêt à faire l’étude de la
racine de cette plante. (E. II.)

AHALI AGEES

ON BEL LIERRES

323

geâtre, à tige et branches nues. Feuilles digitées, à 3-5 folioles, pétiolées.
ovées, ondulées, souvent crénelées au-dessus de la base; pétiole commun,
long, se terminant à la base en une ligule semi-amplexicaule. Inflorescence
en grappes allongées, spiciforrnes, terminales, réunies par 2-5, à branches
terminées par des ombelles de 5-10 rayons. Fruit mûr noir, pulpeux, arrondi,
contracté au milieu par deux sillons longitudinaux. — Fl. presque toute
l’année, — Très abondant dans la région supérieure : bois des Bains-Jaunes,
Savane à Mulets (rabougrit, Savane aux Ananas (rabougri), coulée de la
Ravine-à-Déjeuner, Matelyane, etc. Alt. 800-1400 mèt. (N° 2587.
M a rt i n i q u e . Yulgo : Aralie-montagne. — Montagne-Pelée, Pilons-duCarbel (abondant). [N° 185.]
D.
f rbunianvrn Mardi. ; Didymopanax d’ Urban. Yulgo : Arabe. — Arbre
droit, haut de 15-20mèt., élégant, à frondaison arrondie, à branches courtes,
plus ou moins horizontales. Feuilles digitées, à 3-5 folioles elliptiques, acu­
minées, coriaces, obtuses à la base. Inflorescence en panicules terminales,
partant des branches, réunies par 5-10, courtes, terminées par 6-10 ombelles.
— Rare : çà et là dans les grands bois du Lorrain et de la Grand’Anse.
N° 434.]
De cette famille on cultive dans les jardins comme plantes d’ornement
plusieurs espèces introduites, telles que : A ralia fi/icifolia Mort., haut de
2-3 mèt. [N° 200.], Panax frulicosum L. Yulgo : Romarin |
’ .Y° 1755 : Panax
cochlealum D.C. (à feuilles en forme de cuiller). Yulgo : Couis N" 1754. :
Polyscias pinnala Lam. Yulgo : Petit romarin. (Ce spécimen me manque.

q ua t re - v i n g t - treizième

fa mil le .

—

OMBELLIFÈRES.

Hydrocotyle L. (du grec « hudor », eau, cl « kolulé », écuelle, parce que
ces plantes poussent habituellement dans l'eau et que les feuilles sont plus
ou moins creuses au milieu.)
H. urnbellala L. ; Hydrocotyle à fleurs en ombelles. Herbe à pou-bois.
Desc., vol. I, t. 3, p. 165. — Herbe aquatique, vivace, à racines libreuses,
à liges rampantes, stolonifères et radicantes. Feuilles peltées au milieu,
orbiculaires, crénelées, à pétioles très longs, faibles, cylindriques, à pédon­
cules aussi longs que les feuilles, portant au sommet une ombelle étalée,
contenant jusqu'à 30 rayons. — \ il en société avec d'autres herbes, dans les
endroits aquatiques : Capesterre (Guadeloupe), près du bord de mer, Pointeà-Pitre (abondant). Alt. 0-20 mèt. [N 0 2308.]
Je ne l ai pas trouvé à la Martinique.

�324

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

H. verlitillata Thumbg; Hydrocotyleà Ileurs en verticilles. Yulgo : Herbemare. — Herbe aquatique, à liges touchées, railicantes, filiformes, stolonifères. Feuilles comme dans le précédent, mais plus petites, à pétioles plus
flexibles et plus minces; pédoncules aussi longs ou plus courts que les feuilles
et portant, de distance en distance, 2-5 fleurs verticillées et subsessiles. —
Rare : trouvé en petite quantité dans la mousse, sur une pierre, dans le
Grand-Etang (Capesterre-Guadeloupe). [N° 2873.1 — 11 n'existe pas à la
Martinique.
H. asialica L., Centella asialica Urb.; Hydrocotyle asiatique. Yulgo :
Herbe-pom-bois. — Herbe à tiges radicantes, rampantes, grêles, filiformes,
slolonifères, s’étendant à une distance indéfinie. Feuilles cordées-arrondies
ou cordées-ovées, avec un sinus très ouvert, crénelées-dentées, à pétioles
longs et velus. Inflorescence en ombelles nombreuses, contractées, pauciflores, portées sur des pédoncules beaucoup plus courts que les pétioles.
Fruit réniforme. — Dans le pays, la plante jouit d une grande réputation et
s’emploie fréquemment, comme un puissant dépuratif, en tisane contre la
gale, la gratelle, les dartres, les ulcérations, les engorgements des glandes,
les affections scrofuleuses, syphilitiques et rhumatismales, et même contre
le cancer. — Très abondant dans les savanes humides du Matouba, du CampJacob, du Gommier, du Parnasse, sur le bord du chemin et dans les clai­
rières des Bains-Jaunes, de Gourbeyre, du Houëlmont, des Trois-Rivières,
de la Ravine-Chaude, etc. Alt. 150-800 met. N" 2297.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Véronique. — Plus rare qu'à la Guadeloupe. —
Employé souvent contre les maladies de peau et contre les fluxions de poi­
trine, comme sudorifique1. — Saint-Joseph (dans beaucoup de champs de
manioc). V 1753.

Eryngium L. (du grec « erruggion », rejet, parce que ces plantes seraient
éminemment sudorifiques.)
E.

fœtidum L. ; Eryngium fétide. Yulgo : Herbe à fer, herbe puante, char­

don béni. SI., t. 156, f. 3, 4: l)esc., vol. V III, t. 585, p. 319. — Herbe bisan­
nuelle, droite, haute de 10-45 cm., glabre, à racine pivotante, forte, blanche
ou rougeâtre, à tige striée. Feuilles rosulées dans les jeunes pieds, appliquées
contre la terre, amplexicaules, spatulées-lancéolées, nettement serretées, à
dents épineuses. Inflorescence en cvmes dichotomes, larges, à fleurs en capi­
tules brièvement pédonculés : capitules entourés d'une collerette de bractées
I. Celle plante a joui dans l'Inde d’une véritable célébrité comme médicament vanté
contre la lèpre; aujourd'hui, complètement déchue, elle n’est plus qu’un vulgaire dépu­
ratif tonique, même altérant. Le principe actif (vellarine), qui avait été extrait par
Lépine, pharmacien de la marine, et auquel on attribuait des propriétés merveilleuses,
est aujourd'hui plus que douteux, Fluckiger en ayant nié l'existence. Cependant c'est
une plante qui, à haute dose, peut occasionner des accidents dus à son ùcrelé et à l'action
spéciale qu’elle exerce sur le systim enei veux. (E. II.)

O.MBELLII'ÈRES

BALANOPHORKES

325

beaucoup plus longues que les capitules, souvent dentées, à dents terminées
par une spinule rigide et très acérée; capitules rouge vert ; fleurs très petites,
blanches. — Abondant autour des maisons, dans les chemins peu battus, au
pied des vieux murs, etc. Alt. 5-800 mèt. [N° 2296.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Charderon ou chardon béni. — Abondant. [N° 1752.]
— Toutes les parties delà plante, mais surtout les racines, exhalent une odeur
très forte, fétide et nauséabonde ; elle n’en est pas moins très estimée et
souvent employée dans la médecine domestique. Les racines, les tiges et les
feuilles pilées s’administrent en décoction, plus ou moins réduite, dans les
fièvres fortes et tenaces, comme un des plus infaillibles sudorifiques et fébri­
fuges connus. Cette berbe, puante, entre aussi dans la compostion du fameux
« looch », connu à la Guadeloupe sous le nom de ; « Looch de M me Parizet. »
— A la Martinique, on se sert des feuilles et des racines pilées contre la
morsure du serpent; avec ces feuilles, cuites dans l'eau, et des feuilles pilées
de gros coton, on prépare encore une tisane contre les iluxions de poitrine.

Apium llolFrn. (nom donné par les Latins à plusieurs ombellifères, proba­
blement de « apis », abeille, parce que ces insectes recherchent plusieurs
espèces de ce genre.)
A. Ammi Urb. (du grec « ammos » , sable, parce que beaucoup d'es­
pèces poussent dans le sable), Helosciadium leptophijllum D. C. — Herbe
annuelle, délicate, haute de 25-35 cm., à tige striée, plus ou moins droite.
Feuilles trilernatiséquées, à segments comprimés-linéaires. Inflorescence en
ombelles axillaires, opposées aux feuilles, à 6-10 rayons filiformes. — Peu
répandu : Camp-Jacob (habitation Michaux), où il est abondant. Alt. 580
met. [N° 2874.]
M a r t i n i q u e . — Abondant aux Trois-Ponts et dans les terres de Tivoli, du
Jardin botanique. [N°961.]
De cette famille, on cultive plusieurs herbes introduites pour les besoins
domestiques, comme : Petroselinum sativum Iloff., vulgo : Persil, originaire
de la Grèce et de la Sardaigne; Fœniculum vulgare Adans, vulgo : fenouil;
Coriandrum sativum L., vulgo : Coriandre V 3475] ; Pim pinella anisum L.,
vulgo : Anis ; Daucus carota L., vulgo : Carotte, et plus rarement Arrechacha
esculenta I). C., vulgo : Arrachacha ou navel de Jérusalem, originaire
du Pérou et de la Colombie, dont la grosse racine tubériforme constitue
un légume délicat et recherché, enfin l'Am m i majus L., qui est cultivé
comme plante d’ornement. [N° 420 b.]

q ua t re - v i n g t - quatorzième fa mil le .

— BALANOPHORÉES.

Helosis Rich. (du grec « helos », clou, parce que les écailles qui enve­
loppent d’abord les fleurs ont la forme d'un clou.)

�326

327

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

OLACINÉES ---- LORANTHACEES

H. gui/anensis Hook ; Hélosie de la Guyane. Yulgo : Champignon. —
Petite plante, aphylle, parasite sur les racines de plantes vivantes ou mortes,
et ressemblant à un champignon. Fleurs ramassées sur un spadice terminal,
arrondi au sommet, long de 2-3 cm. — Çà et là dans les bois humides et
sombres des régions moyenne et infra-supérieure : bois de la MontagnePelée, de l’Ajoupa-Bouillon, du Lorrain. [N° 1106.] — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe,

Lorrain, etc. Alt. 400-800 mèt. [N° 573.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guade­
loupe.

QUATRE-VINGT-QUINZIÈME FAMILLE.

-- OLACINÉES.

Ximenia L. (dédié à l’Espagnol Franç. Ximenes, naturaliste, qui. en 161.'), a
écrit sur les plantes et les animaux employés en médecine.)
X. americana L. ; Ximenia de l’Amérique. Yulgo : Bois puant (à MarieGalante), prune bord-de-mer, prune-épine. Desc., vol. 11. I. 132, p. 266;
Tuss., F l ., III. t. 30. — Grand arbuste, buissonneux et très louiïu, haut de
3-4 met., ou petit arbre, de 4-6 met. d’élévation, à tige et branches avec ou
sans épines, à écorce noire, lisse. Feuilles elliptiques-ovales, alternes, sub­
charnues, à nervures peu marquées. Inllorescerice en corymbes axillaires,
pauciflores; fleurs blanches, très odorantes, approchant de l’odeur du
girolle, couvertes en dedans de nombreux poils laineux. Fruit drupacé, rem­
pli d'un suc laiteux, de la grosseur et de la forme d’une olive. — Comestible.
— Fl. en novembre, décembre et janvier. — Peu abondant. Çà et là dans les
terres pierreuses et sèches : Désirade, Gozier, Saint-François, Marie-Galante
(Capeslerre), les Saintes (Terre-de-Bas). N° 3245.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Prune bord-de-mer. — Case-Pilote, Sainte-Anne.
[N° 1944.]
Heisteria L. (dédié à l’Allemand Laurent lleister, né en 1683, à Franklortsur-le-Mein; en 1706, professeur à Altdorf, mort en 1758; a laissé des écrits
sur la botanique, dans lesquels il se déclare adversaire du système de Linné.)
H. coccinea Jacq. ; Heisterie à fleurs rouges. Yulgo ; Bois-perdrix, boislélé. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-5 mèl., à écorce grise et
lisse. Feuilles coriaces, oblongues, acuminées. Fleurs très petites, axillaires,
solitaires ou portées sur des pédoncules bi-t ri flores ; calice rouge, d’abord
petit, ensuite très élargi, en un bord ondulé ou à 5 lobes peu distincts. Fruit
drupacé, inséré dans le calice sur les deux tiers de sa longueur. — Le bois
est très flexible et recherché pour des manches d’outils, pour de petits
meubles. — Assez commun dans les grands bois de Case-Pilote (surtout de
ceux du Plateau militaire, des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l’Alma, du

Schœpfia Schreb. (dédié au Bavarois Jean Dav. Schœpf, né en 1572, à
Wunsiedel, mort en 1800; a écrit son voyage en Amérique et sur les îles de
Bahama.)
S. arboreseens R. S.; Scbœpfle arborescente. Yulgo ; Café-bois. — Arbris­
seau ou grand arbuste, ou petit arbre élancé, fastigié, à écorce noire et lisse.
Feuilles toujours à moitié ouvertes, ovécs-oblongues, brièvement acuminées,
arrondies à la base, à nervures très peu marquées. Inflorescence en petites
cymes axillaires, très nombreuses, portant des pédoncules bi-triflores; fleurs
petites, blanc verdâtre; tube de la corolle campanulé, à 4 lobes arrondis et
réfléchis. Fruit drupacé, à peine pulpeux, ovoïde, de la grosseur d’une
graine de poivre. — Endroits secs et pierreux ; Ilouëlmont, hauteurs des
Yieux-Ilabitants. Peu abondant. [N° 3246.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Petit café-bois. — Rare : dans les mornes entre le
Carbet et les Fonds-Saint-Denis, dans le bas du morne Saint-Martin.
[N® 103.]

QUATRE-VINGT-SEIZIEME FAMILLE. ---

LORANTHACEES.

Loranthus L. (du grec « loros », lanière, et « anlhos », fleur, allusion aux
parties linéaires qui composent la corolle.)
L. americanus Jacq. ; Loranthe d’Amérique. Yulgo ; Pimprenelle (chez les
bûcherons des Vieux-Habitants). Plum., édit Burm., t. 166, f. 1; Desc.,
vol. V I, t. 390. — Parasite vivace, comme le sont toutes les Loranthacées
des Antilles, vivant sur les arbres, qu’ ils tuent avec le temps et auxquels ils
se substituent. Feuilles ovées ou ovales, obscurément veinées. Fleurs en
corvmbes terminaux, d’un beau rouge vif, larges. Fruit de la forme et de la
grosseur d’une olive, inséré dans une cupule. — Peu abondant : dans les
grands bois humides comme aussi sur les coteaux secs et pierreux : forêts
des Bains-Jaunes (rare), de Deshaies, Morne-à-l’Eau (bois du canal des
Rotours), etc. — FL en août, septembre, octobre et novembre. Alt. 0-850
mèt. |N° 2970.
L. uniflorus Jacq., L. parviflorus Lam. ; Loranthe à une fleur ouverte.
Yulgo ; Teigne bord-de-mer. — Racines rampant sur l’écorce, très allongées,
filiformes. Feuilles obovéesou spatulées. Fleurs en petites grappes, axillaires,
spiciformes, nombreuses; pied haut de 40-60 cm. — Fl. toute l’année. —
Abondant sur toutes sortes d arbres, mais surtout sur les roucouyers (Bixa

�328

LORANTHACÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Orellana L.), qu’ il faut nettoyer tous les ans : Gourbeyre, Trois-Rivières,
vallée entre Gourbeyre et le bord de mer, habitation Bisdary, etc. [N° 2117.]
11 n’existe pas à la Martinique.

L. emargmalus S\v. ; Loranthe à feuilles échancrées au sommet. Vulgo :
Teigne. — Très touffu, haut de 0 m50-l m 80, rarement plus haut. Jeunes
branches comprimées. Feuilles obovées, arrondies, petites. Fleurs vertes, en
grappes axillaires et courtes. — Bois des Bains-Jaunes, du Matouba, coulée
de la Ravine-à-Déjeuner, etc. Alt. 500-800 mèt. N° 2967.]
Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
Phoradendron Nuit, (du grec « phoreo », porter, et « dendron », arbre.)
P. hexastichum Griseb. ; Phoradendre à six rangées de fleurs sur l’épi. Vulgo :
llaut-bois. PL, éd. Burm., t. 258, f. 1. — Haut de 0 "’ 7-1 111 50. Branches
comprimées-tétragones. Feuilles larges, ovées ou elliptiques, obtuses au som­
met, contractées à la base. Fleurs en épis interrompus, placées sur six rangs.
Fruits mûrs très blancs. — Bois des Fonds-Saint-Denis, de la Grand’Anse,
du Macouba, etc. Alt. 200-600 mèt. [N° 1375.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadelou pe.
P. mariinicense Griseb. ; Phoradendre de la Martinique. Vulgo : Graine à
perruche (au Camp-Jacob). — Très touffu, haut de 0 1" 80-2 10 50, ü branches
flexibles, très allongées, tombantes. Feuilles oblongues-lancéolécs, à 2-4
nervures secondaires, unies à la côte, près de la base du limbe. Inflorescence
en grappes spiciformes. Fleurs vertes, placées sur quatre rangs. — Çà et là
dans les bois humides et secs : Camp-Jacob, Matouba, Ilouëlmont, Gour­
beyre les Palmistes). Alt. 400-900 mèt. [N° 2966.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Haut-bois. — Abondant : Fonds-Saint-Denis, Carbel, Trois-Uets (plateau), Case-Pilote, etc. Alt. 100-600 mèt. N7° 1374. !
P. trinervium Griseb. ; Phoradendre à feuilles à trois nervures. Vulgo :
Liane à perruche (au Camp-Jacob). — Très touffu, haut de 0UI 80-lm90, rare­
ment plus grand, à branches allongées, souvent pendantes. Feuilles petites,
obovales, à 3-5 nervures peu marquées. Fleurs en épis axillaires et géminés ;
graines mûres vertes. — Camp-Jacob, Matouba, bois de la Pointe-Noire et
des hauteurs de Deshaies. Alt. 50-800 mèt. [N° 2968. j
M a rt in iq u e . Vulgo : Haut-bois. — Abondant : Morne-Rouge, Champflore,
Gros-Morne, Sainte-Luce, etc. (N 01373.]

Dendrophthora Eichl. (du grec « dendron », arbre, et phlheirein », détruire,
c’est-à-dire des plantes qui détruisent les arbres.)
D. macroslachya Eichl., Viscum macroslachyum Jacq. ; Dendrophlhore à
épis allongés. Vulgo : Haut-bois. — Haut de 01" 80-1 mèt., à jeunes branches

CAI’RI FOLIACÉ ES

RUBIACKHS

329

comprimées, caduques. Fleurs dioïques, sessiles, sur des branches articulées.
— Assez abondant dans les bois du Champflore, des Fonds-Saint-Denis, de
la Calebasse, etc. [N° 1371.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈME FAMILLE.

— C APRIFO LIACEES.

Sambucus !.. (du grec « sambuké », sorte de harpe à forme triangulaire,
qu’on fabriquait avec le bois de cette plante, ou encore de « sambux » ou
« sandux », couleur rouge, parce que les fruits contiennent un suc rouge
foncé.)
S. eanadensis L., variété pinnaia Cham. et Schl.; Sureau du Canada.
Vulgo : Suriau ou suyau. — Grand arbrisseau, buissonneux, haut de 2-4
mèt.; introduit de l’Europe et fréquemment cultivé dans les jardins et
autour des maisons comme plante ornementale et médicinale. — On emploie
souvent les fleurs en tisane contre les rhumes et les fluxions de poitrine, en
décoction contre les fortes fièvres, à cause de ses vertus sudorifiques. — Fl.
durant toute l’année. [N° 2429.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Suyau, suriau. [N° 1911.]
Le Caprifolium pubescens Goldie, vulgo : Chèvrefeuille de Chine, est cul­
tivé dans les jardins des deux colonies, à cause de la richesse et de l’exquise
odeur de ses fleurs, qui sont blanches au moment de l'anthèse, et qui passent
ensuite au jaune clair. Elle est originaire de la Chine et fleurit en tout temps.
[N® 2428.]
M

artinique.

[N° 1911.]

QUATRE-VINGT-DIX-HUITIÈME FAMILLE.

— RUBIACEES.

TRIBU I. — CINCIIONACÉES.

Genipa L. (de « Jenipalea », nom de la plante au Brésil.)
G. americana L. ; Génipa d’Amérique. Vulgo : Génipa, génipayer. Desc.,
t. 87, p. 81. — Arbre majestueux, ù tronc très droit, à fronde vaste et arrondie,
à branches nombreuses : les inférieures horizontales, souvent penchées.
Feuilles larges. Fleurs en corymbes terminaux. Fruit baccien, ovoïde, long de
7-9 cm. sur 4-6 cm. de diamèt., rétréci en pointe à la base; tronqué et ombiliqué
au sommet. — FL en septembre et en octobre, et souvent en juin et juillet.

�330

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

IlUBIACÉES

— Rare. Dans la coulée au pied de Houëlmonl ; çà et là dans l’intérieur des
terres du Lamentin, de Sainte-Rose, etc. 1 [N° 2729.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Génipa. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe. PetitBourg, Fort-de-France, La Dillon et rivière Monsieur, Rivière-Salée, etc.
[N° 991 h.}

n’ai trouvé colle belle espèce que sur la pente de la montagne du Vauclin et
dans quelques jardins du voisinage. — Fl. de juin à octobre. — Introduit à
la Guadeloupe et cultivé sur l’habitation Sainte-Sophie, Raillif. N" 989/

L Alibertia edulis Rich. [N ° 181], originaire de la Guyane, grand arbuste,
le Posoqueria paluslris Mari. [N0* 986 et 30 i l , le P. la.lifolia R. S. [N° 323],
petits arbres de la Guyane, sont cultivés à la Martinique chez quelques ama­
teurs de plantes et au Jardin botanique de Saint-Pierre.
Randia L. (dédié à l'Anglais Isaac Rand, pharmacien, né en 1730; a publié
un catalogue des plantes pharmaceutiques du jardin de Chelsea 2.)

R. aculeata L. ; Randia à piquants. Yulgo : Petit coco, bois-quenouille.
SI., t. 11, f. i. ; Br. Jain., I. 8, f. 1; l)esc., vol. II, l. 92, p. 101. — Arbuste
haut de 1-3 met., rarement plus haut, élégant, quand il est jeune; tortueux,
souvent subsarmenteux, à branches divariquées, horizontales ou pendantes,
quand il est vieux. Feuilles obovées, luisantes. Fleurs solitaires, subsessiles, très
blanches, odorantes. Raies jaunes à la maturité, ovoïdes. — Dans la basse
région sèche : environs de la Basse-Terre, Raillif, Yieux-Fort, Pointe-Noire.
[N° 2554.]
M artinique . Yulgo : Rois-lance. — Abondant : Case-Pilote, Caravelle,
Sainte-Anne, Prêcheur. [N° 990.
R.
arm uta D. C., Basanacantha a n n u la Ilook lils; Randia armé de
piquants. Yulgo : Petit coco. — Arbuste élégant, haut de l-2"‘ 50, très branchu,
extrémités des branches armées de quatre piquants plus ou moins longs,
quelquefois inerme. Feuilles elliptiques. Fleurs blanches. Raie ovoïde, de la
grosseur d'une prune, rude en dehors. — Endroits secs et pierreux : hauteurs
du Prêcheur, des Trois-Ilets (plateau), Sainte-Luce, etc. [N° 988.] — Je ne
l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
R.
Moussændae D. (7. de « Moussænda », nom de la langue des Indigènes
de Ceylan. Yulgo : Petit coco. — Arbuste élégant, haut de 1-2 mèt., droit.
Feuilles lancéolées-elliptiques. Fleurs blanches en s'ouvrant, tournant ensuite
au jaune légèrement pourpré, à tube long et pubescent. Raie ovoïde. — Je
1. Cette plante, dont l’emploi n’est pas indiqué aux Antilles, est utilisée ù la Guyane.
J. écorce, astringente, est un bon remède contre les diarrhées atoniques. Avec les racines.
n fait une tisane dépuralive très recommandée contre la gonorrhée.
2. Les Randia américains n'ont aucun em ploi; ils mériteraient cependant d’être étudiés
par comparaison avec Randia dumetoruin Lam., de l’ Inde, qui, sous le nom dcMainphal,
est utilisé par les Hindous comme vom itif et employé au même litre que la coque du
Levant Menispermum Cocculus L.) pour enivrer le poisson. La pulpe du fruit jou it de pro­
priétés émétiques dues à une saponifie spéciale et à un acide randiqne, d’après Voglherr.
(E. II.)

331

Le Randia grandiflora Lam., arbrisseau d’une beauté remarquable, à fleurs
longues de 7-12 cm. [N° 194], est souvent cultivé dans les jardins de SaintPierre; le Gardénia floribunda Iloxb. ou Randia diimelormn Lk. N° 1466]
se rencontre souvent dans les parterres de la Guadeloupe et de la Martinique;
le Mussænda f rondosa L., superbe arbrisseau à feuilles florales blanches
[Nos 1004, 1005], originaire des Indes Orientales; lO xyanthus long ifl or us
Lem., 0. versicolor Lindl. [N° 102 , petit arbrisseau; le Leptactinia Mannii
Ilook. fils [N° 101 font l’ornement du Jardin botanique de Saint-Pierre.

Schradera Vahl (dédié à l'Allemand Henri Adolphe Schrader, né en 1761,
à Alfeld, près de Ilildesheim, professeur de médecine et de botanique à Gottingue, mort en 1836; a écrit entre autres choses ; Spicilegiurn Flora- germa­
it ica- ; Flora germait ica ; Description systématique des plantes erijptorjamiques, etc.; Nova (/encra plantarum horti Guetlinqensis.)
S.
capitata Vahl ; Schradère à fleurs en capitules. Yulgo : Liane blanche.
Vahl, E clog ., I. 5. — Liane épiphyte, à branches allongées, pendantes ou
horizontales, ou dressées. Feuilles elliptiques, subcharnues-coriaces. Fleurs
blanches, réunies en capitules terminaux, pédonculés, d'une odeur exquise.
— Abondant dans la plupart des grands bois humides : Gommier, RainsJaunes, Matouba, Trois-Rivières, etc. Alt. 400-900 mèt. N° 2547 .
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane-jasmin, jasmin-bois. — Montagne-Pelée. Cale­
basse, Champllore, Lorrain, etc. [N° 1454.
Hamelia Jacq. (dédié à II. L. Duhamel du Monceau, né en 1700, à Pithiviers, près de Paris, inspecteur de la marine, mort en 1782; s’est occupé beau­
coup d’histoire naturelle et a laissé des ouvrages sur la botanique et l'agricul­
ture.)
H. païens Jacq. ; Hamélie à grappes ouvertes. Yulgo : Fleur corail. Desc..
vol. II, t. 107, p. 155. — Arbuste droit, très élégant, haut de l m60-2m50.
Feuilles verticillées par 3-4 (5-2), elliptiques. Fleurs rouge corail, en grappes
terminales, à branches scorpioides. Raies d'abord rouge pâle, ensuite rouge
sombre foncé. — Rare : morne de la Fontaine-Chaude, seul endroit où j'aie
rencontré cet arbuste. On le cultive fréquemment dans les jardins. [N° 953.]
— Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Hoffmannia S\v. (dédié à Georg Franç. Hoffmann, né en 1760, à Markbreit,
dans la Franconie, médecin, botaniste, professeur de botanique à Gottingue,
et en 1804 à Moskou, mort en 1826; a écrit sur les lichens, les champignons
et les Ombellifères.)

�332

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

H. pedvnculala S\v. ; Hoflmannie à Heurs pédonculées. Vulgo : Herbe grandbois. — Frutescent, droit ou plus ou moins tortueux, haut de 0m9 0 -lm90, à
tige grosse, renflée aux nœuds, très glabre. Feuilles larges, elliptiques, poin­
tues aux deux bouts. Fleurs verdâtres, réunies par '2-8 à l'aisselle des feuilles,
pédonculées, répandues tout le long de la tige et des branches. Fruit pulpeux,
rouge foncé. — Peu commun. Endroits aquatiques ou très humides et ombragés
des grands bois : Bains-Jaunes (le long du canal de Montéran), Matouba; çà
et là au Gommier ( le long du Galioni. [N° 1545.]— Il n'existe pas à la Marti­
nique.
H. (uhipora Griseb.) ; HofFmannie à fleurs tubulées. Vulgo : Herbe grandbois. — Ne diffère du précédent que par ses fleurs sessiles, à tube plus
allongé et de couleur jaune pâle. — Rare : endroits aquatiques des bois entre
les Fonds-Saint-Denis et les Deux-Choux. [N° 325.] — Je ne 1ai pas trouvé
à la Guadeloupe.

Gonzalea Pers. (dédié au botaniste espagnol F. Gonzales Laguna.)
G. spicala D. C. ; Gonzalée à Heurs en épis. Vulgo : Bois-foufou (nom d’une
espèce de colibri). — Petit arbrisseau, haut de 0m90-l '"80, habituellement
peu branchu, élancé. Feuilles elliptiques-obovales ou lancéolées-oblongues,
acuminées au sommet. Fleurs blanches, en grappes simples, spicilormes, très
allongées, d'abord droites, ensuite penchées. Baies petites, légèrement poilues,
d’abord vertes, ensuite blanches, puis bleu foncé. — Très abondant sur les
lisières et dans les clairières des bois et dans les savanes des moyenne et
infra-moyenne régions : Camp-Jacob, Bagatelle, Gommier, Matouba, VieuxHabitants, Ravine-Chaude, Sainte-Rose, etc. Alt. 300-900 met. [N ° 2561.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-colibri. — Abondant : Cbampllore, Parnasse,
hauteurs dePécoul et de Périnell, Case-Pilote, etc. Alt. 40-550 mèt. [N° 952,]
Chimarrhis Jacq. (du grec « Cheimarros », fleuve, parce que cet arbre pousse
principalement le long des rivières.)
C.
cymosa Jacq. ; Chimarrhis à fleurs en larges cymes. Vulgo : Bois-résolu.
— Grand et bel arbre, haut de 16-25 mèt., à cime arrondie et à branches
inférieures très étalées, longues. Feuilles larges, glabres, obovées-oblongues
ou elliptiques, pointues au sommet, rétrécies à la base. Fleurs blanc pâle, en
cymes larges, arrondies ou allongées. — Fl. de mai à août. — Ee bois est
jaunâtre nuancé, flexible et recherché pour la charpente, les boiseries et les
meubles. — Assez abondant dans les régions inférieure et infra-supérieure de
toute la Guadeloupe proprement dite. Alt. 50-600 mèt. [N os 2424, 2548. |
M artinique . Vulgo : Bois de rivière. — Dans tout le nord de File. [N ° 1452.]
Le Coutarea speciosa Aubl. (Guy., t. 122), petit arbre originaire de la

—

—

RURIACLES

333

Guyane, à Heurs larges et pourpres, est cultivé sur quelques habitations.
[N° 1 462 h.\ — Ecorce amère, stomachique et fébrifuge employée à la Guyane.

Exostemma I). C. (du grec « exo », en dehors, et « stemon » ou « stema ».
filet (étamine), parce que les étamines sont saillantes en dehors de la corolle.
E.
poribundum B. S. ; Exostemme très florifère. Vulgo : Quinquina-piton,
quina-montagne, tabac-montagne, bois-tabac. Desc., vol. I, t. 13, p. 507.—
Petit arbre, rarement arbre de taille moyenne, haut de 8-14 mèt., droit, à
écorce rougeâtre. Feuilles larges, glabres, très vertes, elliptiques ou obovales.
Fleurs rouge jaunâtre, en corymbes terminaux et axillaires : ces derniers
partant des aisselles des trois ou cinq dernières feuilles de la branche; éta­
mines exsertes. Capsule oblongue, longue de 2-3 cm.; graines ovales, ailées,
petites. — Assez abondant dans tous les bois de la Guadeloupe proprement
dite, mais surtout dans le massif de Houëlmont. — Le bois sert pour la con­
struction, et, à cause de son amertume, les insectes ne l’attaquent pas; l’écorce
est très amère, astringente et fébrifuge. Dans le pays, on en fait un usage
fréquent L — FL de mai à septembre. — Alt. 250-800 mèt. [X° 2560.]
M arti ni que ; Vulgo ; Quinquina-montagne. — Dans tous les bois de File,
surtout de ceux de la Calebasse, de la Basse-Pointe, du Champflore, etc.
[N° 1458.]
E. carihæum B. S.; Exostemme des Caraïbes. Vulgo : Quinquina-caraïbe,
tendre, en gomme. — Arbrisseau élégant, rarement tout petit arbre, haut de
2-4 mèt., très branchu ou presque sans branches, selon les localités. Feuilles
brièvement elliptiques, contractées, à la base, en un court pétiole. Fleurs très
odorantes, blanches ou légèrement rosées, en corvmbes axillaires. Capsules
obovoïdes-oblongues. Assez abondant dans les terres sèches et pierreuses,
entre Baillif et les Vieux-Habitants, entre Deshaies et Sainte-Rose (près du
bord de mer), Vieux-Fort (hauteurs pierreuses). Alt. 25-200 mèt. X° 2550.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Quinquina-caraïbe. — Rare : Caravelle (habitation
Leferré, sur le bord de mer), variété à piquants. X° 951.
Le Portlandia qypsophila Mac!’., superbe petit arbre à fleurs blanches,
ayant jusqu’à 20 cm. de long, est cultivé sur quelques propriétés de la Mar­
tinique. |X° 991.

H illia Jacq. (dédié à John Ilill, né à Peterborough, apothicaire et botaniste
à Londres, mort dans cette ville, en 1775; a laissé des écrits sur la botanique
et l’histoire naturelle, et en a publié un grand ouvrage avec figures sur cuivre.
1. Cette espèce et la suivante constituent par leurs écorces très amères et fébrifuges
des faux quinquinas très apprécies. L ’E. Iloribundum contient un alcaloïde nommé monlanine (exostemmirui de Bocquillon-Limousin^ qui en est le principe actif. — L E. caribæum a une saveur d'abord mucilagineuse et sucrée qui devient ensuite très amère et
très désagréable, nauséeuse même, dans l une comme dans l'autre écorce. (A étudieravec
soin.) (E. 11.)

�335

PLANTES DK I.A GUADELOUPE BT DE LA MARTINIQUE

RURIACKES

H. lonyiflora S\v., H. parasitien Jacq.; Hillie à longues fleurs, X’ulgo :
Jasmin-bois. Sw., Obsevr.. t. ■&gt;, I. 1; Jacq.. Sel. Am. shrp. lus/., I. (»(&gt;. —
Arbrisseau épiphyte, vivant sur les arbres, les roches et les souches pourries,
à branches allongées, droites, souvent pendantes. Feuilles épaisses, très lui­
santes, elliptiques, brièvement pointues au sommet. Fleurs blanches, soli­
taires ou géminées, terminales, à long tube cylindrique, à lobes rotacés, à
odeur forte et exquise. Fruit en forme de silique, long de 9-13 cm., ressem­
blant à une petite gousse de vanille. — Dans les bois humides : Malouba,
Bains-Jaunes, Gommier, Trois-Rivières, etc. Alt. 400-900 met. j.\° '2540.
Martimquk. X’ulgo : Jasmin des bois. — Bois du Camp de l’Alma, de la
fontaine Absalon, de la Montagne-Pelée, etc. Alt. 500-800 met. N° 1402. ]

lieuses. Inflorescence en cymes axillaires, contenant 2-5 Heurs blanches. —
Çà cl là dans la haute région : Savane à Mulets, Grande-Découverte, etc.
Alt. 900-1300 mèt. [N° 2563.]
M a r t i n i q u e . X’ ulgo : Liane-colibri-montagne. — Montagne-Pelée PetiteSavane), Pitons-du-Carbel, etc. [N 0 1003.]

334

Rondeletia Plum. (dédié à Guil. Rondelet, né en 1507, à Montpellier, pro­
fesseur à la faculté de médecine en 1545, mort en 1500, «à Réalmont, près
d'Alby.)
R.
stereocarpa Griseb.; Rondelélie à fruits secs. \ ulgo : Bois-résolu-montagne, petit résolu. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 2-5 mèt., nu dans
le bas, à écorce rude, presque toujours couverte de mousses et de lichens.
Feuilles larges, lancéolées-oblongues, pointues au sommet, contractées à la
base, à nervilles très anastomosées et aréolées. Fleurs en cymes pédonculées,
d'abord blanchâtres, passant ensuite au jaune brun. Capsule subglobuleuse,
loculicide ; semences petites, ovales, aplaties, entourées d’ une aile
membraneuse et dentelée.— Abondant dans les bois du Gommier, des BainsJaunes, de la Savane aux Ananas rabougri), du Matelyane, de la Ravine-àDéjeuner, etc. Alt. 450-900 mèt. .\’° 2552.J
M ar ti n iq u e . X’ulgo : Bois-montagne. — Calebasse, Montagne-Pelée, fon­
taine Absalon, Lorrain. .\os 210, 941.]
Le Rondeletia speciosa Paxl., arbrisseau ou petit arbre d’une grande beauté,
est cultivé çà et là dans quelques jardins de la Basse-Terre et du Camp-Jacob
X° 3253), et à la Martinique dans beaucoup de jardins privés et au Jardin
botanique de Saint-Pierre. N° 604.]
Le Pentas carnea Benlh., vulgo : Maladricrefà la Basse-Terre) N°2552],
Martinique, vulgo : Corbeille d’argent N" 1461], est très fréquemment
l’objet de culture comme plante d’ornement; il est originaire de l'Afrique.

Manettia !.. (dédié à l'Italien Xav. Manelti, né en 1723, à Florence, direc­
teur du Jardin botanique de cette ville, zélé propagateur du système de
Linné.)
M.
cali/cosa Griseb. ; Manettie à grand calice. X’ ulgo : Liane blanche mon­
tagne. — Petite liane, annuelle, très branchue,à tige et branches blanchâtres,
légèrement hispides aux angles. Feuilles glabres, ovées, acuminées, cartilagi-

Oldenlandia L. (dédié aux Danois Henri Bernh. Oldcnland, botaniste ; a
voyagé dans l’Afrique du Sud, où il est mort à la fin du xyn*-' siècle, i
0. con/mbosa L. ; Oldenlandie à lleurs en corymbes. X’ulgo : Mille-graines.
Desc., vol. L t. 50, p. 225. — Petite herbe, annuelle, haute de 10-20 cm.,
délicate, droite ou plus ou moins diffuse, à tige grêle. Feuilles lancéoléeslinéaires, à une nervure. Fleurs blanches, petites, en corymbes umbelliformcs,
terminaux. — Répandu dans toute la Guadeloupe et dépendances, sans être
très abondant nulle part L Alt. 5-600 mèt. X° 2542.]
M a r t i n i q u e . X’ ulgo : Mille-graines. — Abondant. |N° 1456 a.]
0. herhacea 1). G.; Oldenlandie herbacée. X’ulgo : Mille-graines. — Herbe
très délicate, Hasque, diffuse, quand elle est solitaire; droite ou grimpante,
quand elle pousse dans les hautes herbes, haute de 25-70 cm., à lige létragone. Feuilles linéaires ou linéaires-lancéolées. Fleurs petites, blanches, dis­
posées comme celles de la précédente espèce. — Endroits aquatiques ou très
humides : Lamentin (dans les savanes marécageuses et couvertes de hautes
herbes), Trois-Rivières (çà et là dans les champs sablonneux L N0 3388.]
M a r t i n i q u e . X’ ulgo : Mille-graines. — Çà et là dans les chemins peu battus
des environs de la fontaine Absalon. [N 0 1456 h.]
0. Halei Ghap. ; Oldenlandie de Haie. X’ulgo : Mille-graines. — Herbe
annuelle, rampante ou grimpante, extrêmement Hasque et délicate, haute de
0 m20-l “ 40. Feuilles lancéolées. Fleurs blanches ou rosées, en cymes ombelliformes. — Assez abondant dans les jardins et les savanes herbeuses des
environs de la Pointe-à-Pitre. [N° 2761. — Je ne l'ai pas vu à la Martinique.
Mitreola L. (diminutif du grec « mitra », bonnet, mitre, allusion à la petite
calofle qui couronne le fruit et qui tombe après la déhiscence, comme dans
les pourpiers.)

M. peliolala Torr. et Gray; Milréole à feuilles péliolées. X’ulgo : Mille1. Cel te espèce, abondamment répandue dans l'Inde, y est employée comme fébrifuge :
les mêmes propriétés sont reconnues A l’espèce suivante : 0. herhacea D. C. Quant à 0.
umhellata L., également de l’Inde, sous le nom de chaya-vair. elle fait, par l'écorce de sa
racine, l’objet d’un grand commerce en tant que matière colorante très appréciée des
Indiens pour la teinture de leurs étoffes en jaune orange. Ce trafic se fait surtout sur la
côte de Coromandel. Les feuilles y sont appréciées comme expectorantes et antiasthma­
tiques. On pourrait peut-être retrouver les mêmes propriétés dans les racines et les
feuilles des Oldenlandia des Antilles. (E. H.)

�337

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFKÉACÉES

graines. — Herbe annuelle, droite, grêle, haute de 30-00 cm., entièrement gri­
sâtre. Feuilles opposées, petites, ovées-lancéolées. Fleurs roses, eu cymes ter­
minales, unilatérales, pédonculées. — Fl. enjuin, juillet, août . — Peu répandu :
le long de la roule et dans les savanes entre la Pointe-à-Pitre et le Gozier ;
çà et là dans les champs sablonneux de Marie-Galante. [N° 3044.] — Je ne
l'ai pas trouvé à la Martinique.

odorantes, en cymes nombreuses, axillaires, confinées aux exlrémilés des
branches; corolle rouge tendre, jaune au fond de la gorge; calice rouge. Fruit
Iriquètre. — FL toute l'année. — Peu répandu : dans la coulée de la Ravine-àDéjeuner, et bois des Bains-Chauds. Alt. 800-1000 mèt. [N° 2763.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-flot-montagne. — Plus abondant qn’à la Guade­
loupe : Calebasse, Ajoupa-Bouillon, chemin de la Trace, etc. Alt. 600-700 mèt.
[N° 949.]

336

Spigelia L. (dédié à Adrien Van der Spigel, né en 1558, à Brüssel, médecin
à Màliren; en 1010, professeur d'anatomie à Padoue, mort en 1625; a écrit
entre autres choses : Isagocje in rem herbarariam.)
S.
Anthelmia L. : Spigélie anthelminthique. Yulgo : Brinvillière, herbe à la
Brinvilliers,poudre à vers. Br. Jam., t. 37, f. 3;Tuss., F I. , IAr, t. 8; Desc.,
vol. I, t. 01, p. 201. — Herbe annuelle, droite, haute de 25-70cm., branchue
ou simple, nue dans le bas. Feuilles ovées-lancéolées, subsessiles, réunies
par'2-4, dont deux tou jours plus grandes. Fleurs pourpre brun, en cymes uni­
latérales, axillaires et terminales. Capsules muriquées. — Celte herbe est
vénéneuse à l’état frais. Les graines et les feuilles sont stomachiques et ver­
mifuges L — Abondant dans les champs en friches, le long des routes et dans
les terres cultivées : environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Lamentin,
Moule, Les Abymes, etc. Alt. 0-500 met. [N° 2762.].
M a rt i n i q u e . Yulgo : Herbe Brinvilliers, herbe-poison. — Abondant dans
la région inférieure de toute l ile. [N° 1459.]

TRIBU II. — COFFÉACÉES.

Guettarda Yenl. dédié à François-Jean-Étienne Guettard, né en 1715, à
Étampes, médecin et minéralogiste, mort en 1786, à Paris; a écrit entre autres
choses : Flore (les environs d'Etampe's.)
G.

crispiflora Yahl ; Guettarde à fleurs crépues. Yulgo : Bois-llot-montagne,

bois-flot-des-hauts. — Grand arbuste ou petit arbre, dont le maximum de
taille ne dépasse guère 7 met. de haut, à branches divariquées, à jeunes
branches médulleuses, à écorce blanchâtre, à bois mou et fragile. Feuilles
larges, elliptiques, flasques, pubescentes en dessous et blanchâtres. Fleurs
1. Cette plante est mieux classée dans les Strychnccs ou Loganiacécs avec le genre
auquel elle appartient. Le rhizome est employé contre'les vers intestinaux. A haute dose,
c'est un poison violent. La plante répand une odeur vireusc très accentuée et possède
une saveur nauséeuse et amère persistante. Elle contient, d'après Dudley, un alcalo de
\olatil qui serait le principe actif de la plante (spigéline) et qui présenterait d'étroites
affinités avec la nicotine et la lobéline. Celle drogue, bien (pie constituant un bon verm i­
fuge, doit être employée avec la plus grande prudence, &amp; cause de ses propriétés éminem­
ment toxiques. (E. H.)

G. scahra Lam.; Guettarde à feuilles rudes. — Yulgo : Bois-madame, boisgoyavier. Lam., ///., t. 154, fleurs à gauche, en bas. — Grand arbuste et très
souvent petit arbre, haut de 5-9 mèt., à tronc droit, à branches allongées,
fasligiées ou étalées, à écorce blanchâtre et rude. Feuilles très scabres et
ruguleuses, blanchâtres en dessous, obovales ou oblongues-clliptiques. Inflo­
rescence en cymes très contractées sur des pédoncules pubescents presque
aussi longs que les feuilles. Drupes globuleuses, gris noir à la maturité,
pubescentes, contenant 3-6 semences. — Abondant dans les mornes inférieurs,
secs et rocailleux de tout le massif de llouëlmont, Gozier, Moule, SainteAnne. Alt. 200-450 mèt. [N ° 2555.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Goyavier bâtard. — Endroits secs des hauteurs de
Case-Pilote, de la Rivière-Pilote, desTrois-Ilets(plateau). [N" I 463.J
G. parvifolia S\v.; Guettarde à petites feuilles. Yulgo : Bois puant, boiscaca. — Grand arbuste ou petit arbre, ornemental, ne dépassant guère 4 mèt.
d’élévation. Feuilles petites, ovées ou lancéolées. Fleurs blanches, très nom­
breuses, en petites cymes pédonculées, axillaires, portant 2-3 fleurs. Drupe
globuleuse, pubescente, plus petite qu'une graine de poivre. — FL en juin,
juillet, août. — Région sèche du littoral : environs de la Basse-Terre, côte
entre Bailli f et les Yieux-Ilabitanis, Vieux-Fort, etc. Alt. 10-140 mèt.
[N° 2362.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-de-fer blanc. — Côte sèche de Case-Pilote, route
de Fort-de-France au fort Desaix, Trois-llets (bord de mer). [N° 943.]

Stenostomum Gærtn. (du grec « sténos ,» court, et « stoma », bouche, parce
que les lobes du calice persistant se réunissent au-dessus du fruit et y
laissent une petite ouverture.)
S.
aculalum 1). C., A n tirrh œ a arislala Benth.; Sténoslomeà lobes du calice
acuminés. Vulgo : Mapou noir. — Arbre d'assez grande taille, haut de
10-15 mèt., à écorce noire et lisse. Feuilles elliptiques, pointues, vert
sombre en dessus. Fleurs Blanches, odorantes, en cymes terminales.
Drupe noire, ellipsoïde-oblongue, pointue. — FL en octobre, novembre et
décembre. — Peu abondant : çà et là dans les bois secs du massif de
llouëlmont, hauteurs de Deshaies. Alt. 250-400 mèt. Nus 2807, 3260.]
Dites. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

22

�338

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFFKACKES

M a rt i n i q u e . Vulgo : Mapou noir. — Assez abondant dans les hauteurs des
Trois-Ilets, de la Rivière-Salée et de la Régale. [N° 251.]

luisantes en dessus. Fleurs blanches, d’une odeur forte et exquise, en cymes
trichotomes, assez courtes et terminales. Fruit globuleux, marqué de dix
sillons longitudinaux ; semences 5-10, petites. — Abondant dans les falaises,
sur les rochers et les sables du bord de mer ou sur les mornes secs et pier­
reux près du littoral. — Fl. toute l’année avec plus ou moins d abondance.—
On en rencontre deux variétés, dont une à feuilles plus étroites, à cymes plus
petites et à fleurs moins larges et moins odorantes; habite de préférence les
mornes inférieurs. — Vieux-Fort (bord de mer et hauteurs pierreuses), Moule,
Marie-Galante, Désirade. [X° 2557.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Flambeau noir, bois-chandelle noir. — Abondant :
Basse-Pointe (chemin de la Grotte), Grand’Ansc, Sainte-Luce, Caravelle, etc.
[N os 945, 946.]

S.
resinosum Griseb., Laugeria resinosa Vahl ; Sténostome résineux.
Vulgo : Bois-fer blanc. (Laugeria Y .) Vahl, E c l o ç f t. 10, f. 6, analvl.
— Grand arbuste ou petit arbre, ornemental, haut de 3-0 mèl., à lige et
branches nues, noirâtres. — Feuilles petites, ramassées aux extrémités des
branches, 1res rapprochées, oblongues-lancéolées, résineuses, grises en
dessous. Fleurs blanchâtres, en cymes axillaires. — Abondant dans les
endroits secs du massif de Houëlmont, des hauteurs du Vieux-Fort, etc.
Alt. 200-450 mèl. [N ° 2543.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bois-de-fer blanc. — Abondant dans les hauteurs de
Case-Pilote (savane Saint-Cyret environs), de Case-Navire et des Trois-Ilets
(plateau). [X° 1457.]

Chione D.C. (du grec « chion », neige, parce que les fleurs sont d’un blanc
de neige.)
C. glabra D.C.; Chione glabre. Vulgo : Grand branda. — Petit arbre,
haut de 6-12 met., droit, à tronc nu. à branches étalées ou fasligiées. Feuilles
lancéolées-oblongues, plus ou moins molles, à nervures secondaires peu mar­
quées. Inflorescence en cymes larges, tricholomes, terminales, portées sur
de longs pédoncules blancs. Fruit long de 11-15 mm., elliptique-oblong. — Fl.
d août à septembre. — Bois de Gourbeyre (morne G oblin), hauteurs de
Deshaies et bois entre Deshaies et Sainte-Rose (bord de mer), etc. — Alt.
40-500 met. [X° 3252.j — Il n’existe pas à la Martinique.
Strumpfia Jacq. (dédié à l'Allemand Charl. Strumpf, qui s'occupa beaucoup
de l'édition des ouvrages de Linné.)

Erithalis P. Br. (du grec « eri », très, beaucoup, et « lhallein » , verdir,
c'est-à-dire des arbrisseaux à feuilles très vertes.)
E. frulicosa L.; Erilhale frutescent. Vulgo : Bois d'huile bord-de-iner,
bois-chandelle noir. Desc., vol. IV, t. 242, p. 40. — Arbrisseau ou grand
arbuste, haut de 2-3 m50, à écorce noire, à branches et feuilles bien fournies.
Feuilles obovées ou spalulées-lancéolées, arrondies au sommet, subcharnues,

MmmW Hü

E. angusiifolia D. C.; Erithale à feuilles étroites. Vulgo : Bois-llambeau 'montagne. — Arbrisseau très élégant, droit, haut de 1-2 mèt. Feuilles lan­
céolées, acuminéesaux deux bouts. — Intlorescence en cymes allongées, aussi
longues que les feuilles, d’abord droites, ensuite penchées. — Fl. de décembre
en mars. — Assez abondant à la Montagne-Pelée. Alt. 900-1000 mèl.
jN° 1724. |— Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Chiococca P. Br. (du grec « chion », neige, et « kokka » , baie, parce que
les baies de celle liane ont la blancheur de la neige.)
C. racemosa Jacq.; Chiococca à fleurs en grappes. Vulgo: Bois-branda.
Si., t. 188, f. 3. — Arbrisseau sarmenteux, haut de 4-8 mèl., à tiges flexibles,
à branches horizontales ou pendantes. Feuilles coriaces, petites, elliptiques
ou ovées, ou ovées-lancéolées, plus rarement ovales-oblongues. Inflorescence
en cymes raeémiformes, unilatérales, souvent pendantes. Fleurs à odeur
exquise; corolle d’ un blanc pâle ou légèrement jaunâtre. Drupe d'abord
verte, ensuite d'un blanc très pur. — Commun dans les mornes inférieurs,
secs et pierreux; plus rare dans les mornes humides2 : N ieux-Forl, Gour-

1. Ces deux espèces d’Erilhalis, dont la première porte à la Guyane le nom de boisflambeau et fournit, par son bois résineux, une matière à confectionner des torches,
doivent jou ir des mêmes propriétés et peuvent, sans doute, se supplée)1l’une l’autre. Il y
aurait intérêt à étudier cette résine et à la rapprocher de celle des gardénia de la Nou­
velle-Calédonie (fournie par les feuilles), qui lient le milieu, d’après des recherches
que j ’ai faites avec M. Schlagdenhauffen, entre les résines et les tanins. Astringente et
aromatique, cette résine est employée contre les affections des reins et de la vessie.
2. Celte plante, dite &lt;• caiça des Antilles », constitue, par ses racines, un violent dras­
tique. Elle se rapproche sensiblement de la Chiococca angaifuga M ari., dite « cai'nya du
Brésil », dont quelques botanistes font une simple variété de C. racemosa, et dont les racines
constituent un émétique drastique violent, employé avec succès contre les hydropisies
essentielles. En Allemagne, on emploie de préférence contre la même affection la racine
de Chiococca racemosa, qui se distingue de sa congénère par l’abondance d'une matière
colorante jaune. Celle-ci donne à l’écorce une teinte gris jaunâtre et au bois une couleur
franchement jaune. Même composition chimique dans les deux caînça. E. M.

MW»

S. maridma Jacq.; Strumplîe du bord de mer. Vulgo : Romarin bord-demer. Desc., vol. III, t. 208. p. 260. — Arbrisseau très rabougri, très élégant
et ornemental, ou arbuste haut de 1-2 met., droit, très branchu et richement
feuillu, ressemblant à un grand pied de romarin, parle port, la couleur et la
forme des feuilles. Fleurs blanches, en très petites grappes axillaires. Drupe
blanche à la maturité, globuleuse, plus petite qu’une graine de poivre. — Fl.
toute l'année. — Fait l’ornement des rochers cl des sables du bord de mer,
de Marie-Galante (Capeslerre), de la Désirade, de Saint-François, etc.
N° 2764. — Il n’est pas à la Martinique.

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PUANTES DK LA GUADELOUPE ET DE L.A MARTINIQUE

COFE RACEES

bevre (mornes Goblin. Dos-d'Ane, Boucanier), Trois-Rivières, Grands-Fonds
du Moule, du Gozier, du Morne-à-lEau, etc. Alt. 470-150 met. N° 2559.
M a r t in iq u e . Yulgo : Jasmin-bois. — Très abondant : Parnasse, hauteurs
du Prêcheur, Trois-llels el Anses-d'Arlet, Marin (morne tiommier), etc.
Alt. 50-340 met. [N° 948.]

selon le voyageur Tams, jusqu'à Angola; selon Afzelius, jusqu’à SierraLeone, pendant que dans le Schoa abyssinien (entre 8° et 11° de latitude
nord) il existe à l’état de culture, i

Vangueria Wahl (de « Voa-vanguier », nom de la plante à Madagascar.)
V. edulis Vahl,V, madagaacariensia Gmél. ; Vanguérie comestible. Yulgo :
Tamarin des Indes, néflier des Indes.— Petit arbre, à branches divariquées
el étalées, à feuilles larges, à fleurs vertes, encymes axillaires disposées tout
le long desbranches, à fruits de la forme d’une nèfle, mais moins volumineux.
— Fl. en juin, juillet, août. — Originaire de l’Afrique tropicale. Cultivé pour
ses fruits blets dans toutes les colonies chaudes. , N° 2765.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Tamarin des Indes. |N° 1165.
Ixora L. (nom d'un dieu de Malabar.)
I. ferrea Benlh.; Ixora à bois dur comme le fer. Yulgo : Bois-de-fer rouge.
— Grand arbuste ou petit arbre, haut de 3-5 met., à tronc droit ou tortueux,
à branches étalées el souvent tortueuses, à écorce noire et rude. Feuilles
oblongues, pointues au sommet, brièvement pétiolées. Fleurs blanches, exha­
lant une odeur exquise, en eorymbes axillaires el latéraux, très courts, dispo­
sés tout le long des branches. Drupe subglobuleuse, noire, contenant deux
semences. — Assez rare : çà et là dans les bois humides ou secs des mornes
inférieurs du massif de Houëlmont et des hauteurs du Yieux-Fort; dissé­
miné dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes. Alt. 200-700 mèt. N° 2547.]
M artinique . Yulgo : Bois-baguette, bois-piquet. — Bois des Fonds-SainlDeuis, des hauteurs de Case-Pilote et de Case-Navire, de la fontaine
Didier, etc. N" 1460.]
I. coccinea L .,l. Bandhuca Roxb., vulgo : Bois-pintade, arbrisseau toullu,
originaire des Indes Orientales, à fleurs rouges, en eorymbes ombelliformes,
est fréquemment cultivé dans les jardins. N° 2769.]
M artinique . X* 1008.]
On rencontre à la Guadeloupe el surtout à la Martinique, l lx ora blanda
Ker.-Gawl. el I I. odorala Ilook., qui font l’ornement des parterres. Les I.
javanica 1). C., salicifolia D. C., ternifolia Cav. et Pavelta Roxb.
X° 1006 sont cultivés au Jardin botanique de Saint-Pierre.

Coffea L. ipeut-être du mol arabe « kakueh », qui signifie force, vie,
allusion aux elfets toniques de la plante ; selon le voyageur Ritter, du mot
« cafla », parce que le caféier pousse à l’état sauvage sur une très grande
étendue dans les contrées africaines de Ca/fa et d'Enarea, entre le 3° et 6°
degré de latitude nord, comme aussi au sud du .Niger jusqu'à Tombouktou;

341

C. arabica L. ; Café arabique. V’ulgo : Cafier, caféier (selon toutes les
probabilités introduit de l’Abyssinie dans l’Yemen ou l’Arabie heureuse, et
cultivé là sous le nom de « café Moka »). Implanté à la Martinique, en 1720,
par le chevalier normand Gab. de Clieu (1688-1774), capitaine d’ infanterie
à la Martinique; de là, il fut d’abord répandu à la Guadeloupe, à Cayenne, à
Saint-Domingue, et finalement dans le reste des Antilles. — A la Guadeloupe,
les cultures du caféier occupent 4.000 hectares de terre; (exportation s’éle­
vait, en 1896, à 575.148 kilôg. (1er janvier au 1er septembre 1896). Les prin­
cipaux centres de culture sont : les Trois-Rivières, Gourbeyre, Saint-Claude,
Vieux-IIabilants, Bouillante, Poinlc-Xoire, Deshaies, Capesterre, SainteMarie, etc. — La récolte a lieu de fin septembre en janvier ou février.
[N° 3766.]
M artinique.
X° 212.] — On y cultive principalement trois variétés:
1° celle d ’Abyssinie, la plus ordinaire, à cerises ovoïdes, contenant deux
semences ; 2° celle de Bourbon, a fruits ovoïdes pointus; 3° le café Moka, à
fruits subglobuleux, ne renfermant qu'une semence. X,J2766 b.
C. liberica Iliern. Café de Libéria. — Petit arbre, originaire de la côte
de Libéria (Afrique occidentale), droit, haut de 5-6 m èt., à branches infé­
rieures étalées, à feuilles et fleurs plus larges que dans le caféier d’Arabie, à
fruits longs de 9-11 mm. sur 7-9 mm. de large, qui restent attachés au pied
jusqu’à ce qu’ils soient secs. ] X'J4323.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Café Libéria. — Les premiers pieds de cette Rubiacée
ont été reçus, en 1879, par M. Ch. Relanger, directeur du Jardin botanique :
ils provenaient du Jardin botanique de Paris. N° 087.

Faramea Rich. (nom de la plante

à

la Guyane.)

F.
odoratissima D. C. ; Faramée à fleurs très odorantes. Yulgo : Cafémarron, café bâtard. Br. Jam., t. 6, f. 2;Tuss., F/., II. I. 16; Jacq., 5e/. Am.
slirp. hisl., t. 47. — Grand arbuste, rarement petitarbre, haut de2-5mèt., très
élégant, à branches allongées, tantôt fastigiées, tantôt étalées. Feuilles d'un
vert sombre en dessus, elliptiques ou oblongues, pointues au sommet, pétio­
lées. Inflorescence en cymes trichotomes, corymbiformes, lâches, terminales
el axillaires. Fleurs d’un blanc pur, exhalant une odeur exquise et forte qui
se fait sentir au loin. Raie noire, globuleuse-déprimée. — Rare : endroits
secs el pierreux des mornes boisés inférieurs de Houëlmont, des hauteurs de
Yieux-Fort, etc. N° 2767.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-flèche. — Fl. presque toute l’année. — Çà et là
dans les hauteurs de Case-Pilote (savane Saint-Cyr), de Case-Navire, des
environs de la fontaine Didier. .Vit. 100-300 mèt. X" 1451.

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343

PLANTES PB I,A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFFÉACÉES

Rudgea Salisb. (dédié au bolanislc anglais Fd. Rudge, qui, le premier, a
fait connaître les plantes de la Guyane dans son ouvrage : Plant-arum
Guianæ rariornm icônes et descriptiones. Londres, 1006.)

droit ou plus souvent tortueux, à tige parfois couchée et radicante. Feuilles
larges, horizontales ou penchées, subcharnues, obovales ou elliptiques,
pointues au sommet, cunéiformes à la base, longuement pétiolées. Inflores­
cence en panicules trichotomes, axillaires, courtes; fleurs d’un blanc pâle.
Baie ovée, pulpeuse, rouge foncé à la maturité. — Assez abondant dans les
endroits très humides et ombragés des grands bois des Bains-Jaunes, du
Gommier, des Trois-Rivières, de Sainte-Rose, etc. Alt. 400-800 mèt.
[N° 2528.]
M artinique . Yulgo : Café-bois. — Calebasse, Montagne-Pelée, Lorrain,
Fonds-Saint-Denis, Camp de l'Alma, etc. N ° 130 b.

R. carihœa Benlh.; Rudgée des Caraïbes. Yulgo : Café bâtard-montagne,
bois-mêle jaune, bois cassant. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de
2-0 met., droit ou tortueux. Feuilles subcharnues-carlilagineuses à l’état
frais, très luisantes en dessus, elliptiques. Inflorescence en panicules courtes,
terminales. Fleurs d'un blanc pur, ù odeur exquise. Drupe obovoïdeoblongue, longue de *2 cm. sur 8-9 mm. de diam., à 0-8 côtes longitudinales,
jaune à la maturité. — Fl. en mars, avril, m ai.— Très abondant dans tous
les bois humides, surtout dans ceux de Sainte-Rose, de la Ravine-Chaude,
du Gommier, des hauteurs des Vieux-Habitants, etc. |N° 2556.]
M artinique. Yulgo : Café-montagne. — Abondant : hauteurs de CascPilote (savane Saint-Cyr et Plateau militaire), de Case-Navire, delà Grand Anse, etc. Alt. 300-600 met. [N° 601.]
Ronabea Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane.)
R. la tifolia Aubl., Psychotria axillaris W illd. ; Ronabée à larges feuilles,
Branda grand-bois, café blanc. Aubl., Guy., t. 59. — Arbrisseau herbacé,
haut de 10-90 cm., rarement [ilus haut, à tige unique, très épaisse et
succulente, cylindrique, épaissie aux nœuds, souvent couchée et radicante
à la base, quelquefois munie de racines adventives. Feuilles opposées, très
larges, elliptiques ou oblongues, brièvement mucronées au sommet, con­
tractées à la base en un long pétiole cylindrique. Inflorescence en cymes
axillaires, très serrées, glomérulées-allongées, à pédoncules et pédicelles
blancs; fleurs blanches, odorantes, laineuses en dedans (sur une cyme,
on trouve rarement plus de 3-5 fleurs ouvertes en même temps). Drupe
ovoïde-globuleuse, très blanche à la maturité, à pulpe assez copieuse et
spongieuse. — Fl. toute l’année. — Peu abondant : çà et là dans les endroits
très humides, ou sur les bords des ruisseaux, dans les grands bois. — BainsJaunes de long du canal de Montéran), Matouba (coulée de la Ravine-àDéjeuner) , Capesterre (bois des environs du Grand-Etang). [ N ° 2708. j
M artinique : Yulgo ; Café-montagne. — Abondant : hauteurs de CasePilote et de Case-Navire, bois du « Bambou-gouverneur », environs de la
fontaine Absalon, du Camp de l’Alma, bois du Lorrain, etc. [N° 601.]
Psychotria L. du grec « psyché», vie, âme, et « tropho »,je nourris,parce
que, avec les fruits du Psychotria herbacea Vell., on prépare à la Jamaïque,
d’après Browne, une boisson agréable, semblable à celle du café. Linné a
contracté le nom primitif de Psychotrophum en celui de Psych otria.)
P. ulitfinosa. S\v.; Psychotrie des endroits humides et ombragés. Yulgo :
Petit café bâtard. — Sutfrutescent ou frutescent, haut de 0 ra50-l met.,

P. /loribunda II. B. et Kth. ; Psychotrie très florifère. \ ulgo : Café-bois
marron. — Arbuste haut de 2-3 m 50, droit, élégant, à branches plus ou
moins divariquées. Feuilles subcharnues-coriaces, oblongues. Inflorescence
en panicules trichotomes, contractées, terminales; fleurs blanc pâle. Drupe
ovoïde. — Assez abondant dans les bois des environs du Camp-Jacob, des
bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Gommier, des Trois-Rivières, de la
Ravine-Chaude, etc. Alt. 400-700 mèt. [N° 2527.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Café-marron. — Très abondant dans les bois du
Champflore, ceux de la fontaine Didier, de la fontaine Absalon, des
Fonds-Saint-Denis, etc. [N° 2144. j
P. lanceolata N utl.,P. chimarroides D.C.; Psychotrie à feuilles lancéo­
lées. Vulgo : Petit café-marron. — Arbuste haut de 1-1 m 50, rarement plus
haut, droit, loull’u. Feuilles lancéolées, acuminées, ternes en dessus, gri­
sâtres en dessous. Inflorescence en panicules courtes ; fleurs petites, blanc
pâle. — FL en mai, juin, juillet. — Endroits secs, rocailleux de la région
inférieure ; Yieux-Fort, Gourbeyre, Trois-Rivières, Moule, Gozier, Morneà-l'Eau, etc. N ° 2531. j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit café bâtard. — Parnasse, Prêcheur, Carbet,
Trois-Ilets (plateau), Anses-d’Arlet (morne Larcher). [N° 124.]
P. tenuifolia S\v. ; Psychotrie à feuilles minces. Yulgo ; Café-marron. —
Arbrisseau haut de 2-3 mèt., touffu. Feuilles cartilagineuses, elliptiques ou
oblongues, à veines saillantes en dessous. Fleurs en panicules brièvement
pédonculées, trichotomes. Drupe ellipsoïde. — Çà et là dans les haies et les
endroits boisés de la région inférieure ; Lamentin, Ducos, Trois-Ilets, etc.
Alt. 50-300 mèt. N" 126.J — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.
P. pubescens S\\\; Psychotrie pubescente. Yulgo : Café-marron grandbois. — Grand arbuste, rarement petit arbre, haut de 3-4 mèt., droit, à
branches étalées, à quatre angles arrondis. Feuilles larges, flasques, ellip­
tiques ou lancéolées-oblongues : les jeunes pubescentes, grisâtres en dessous.
Inflorescence en panicules pubescentes, longuement pédonculées, axillaires
et terminales, pyramidales, trichotomes, à branches terminées en petites

�345

PLANTES HE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COEl LACEES

cvmcs ; corolle verdâtre passant ensuite au jaune pâle. Drupe marquée de
huit côtes longitudinales. — Abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du
Gommier, du Malouba, des 4 ieux-Ihabitants, etc. N” 2529.
M a rt in iq u e . Vulgo : Petit café-marron. — Bois des Fonds-Saint-Denis,
des hauteurs de Case-Pilote et de Case-Navire, de la Montagne-Pelée, etc.

P. crocea DG., Psychotria suheroeea Muell. A r g .; Palicourée à fleurs
couleur de safran. Vulgo : Bois-cabril noir, bois-foufou 'au Camp-Jacob ,
arbre à l’encre. Br. Jam., t. 13, f. 1, 2 .— Arbrisseau d'une grande élégance,
haut de 1-3 met., à branches le plus souvent fastigiées, à jeunes rameaux
félragones. Feuilles membraneuses, elliptiques ou lancéolées-oblongues,
pointues au sommet. Inflorescence en grappes corvmbiformes, allongées;
drupe ovée, arrondie, latéralement comprimée; fleurs de couleur très
variable, tantôt d un jaune de citron, tantôt d’un jaune orange, tantôt d un
jaune safran, selon qu’il pousse dans les régions basse, moyenne ou supé­
rieure. — Abondant dans toute la Guadeloupe proprement dite. Alt.
30-1 100 mèt. N° 2530.] — Cette espèce et la suivante sont réputées émétiques.
M a r t i n i q u e . 4 ulgo : Bois-cabrit. — Très abondant dans toutes les parties
boisées de 1île, à l’exception de celles de Sainte-Anne, du Yauclin, de la
Caravelle. L\° 602.]

344

N° 125.]

F.
horizonIalis Sw. ; Psyehotrie h branches horizontales. Vulgo : Café
bâtard. — Arbrisseau droit, à branches fastigiées, quand il est jeune ; à
branches tortueuses, parfois sarmenleuses, très divariquées, horizontales ou
pendantes, quand il est vieux. Feuilles elliptiques ou ellipliques-oblongues,
luisantes en dessus. Inflorescence en cÿmes contractées, arrondies, à branches
terminées par lrois rayons; fleurs d’un blanc pur. Drupe globuleuse-ovée,
pulpeuse, rouge à la maturité. — Assez commun dans la basse région sèche :
environs de la basse-Terre, Vieux-Fort, Baillil\ Désirade, Marie-Galante, les
Saintes, Moule, Gozier, Grand-Fonds-du-Morne-à-l'Eau, etc. Alt. 0-300 met.
[N° 2253.
M ar tin iqu e . Vulgo : Café-marron. — Abondant : Prêcheur, Fond-Coré,
Lamentin, Trois-Ilets (près du bord de mer), Carbel (le long de la rivière),
Case-Pilote (bord de mer), etc. [N° 126.]

P . parasitica Sw. ; Psyehotrie parasite. Vulgo ; Graine rouge. Jacq., Sel.
Am. slirp. hist., t. 56, f. 1. — Arbrisseau épiphyte vivant sur les arbres, les
vieilles souches et les troncs pourris, vivace, sarmenteux, long de 0"’ 401 met., à branches souvent très nombreuses, allongées, pendantes. Feuilles
épaisses, ovées ou ovées-lancéolées, d'un vert sombre en dessus, grisâtres
en dessous. Inflorescence en cymes trichotomes, terminales; fleurs blanches.
Fruit pulpeux, globuleux, rouge foncé à la maturité. — Dans tous les grands
bois humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 480-950 met. [N° 2534.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Graine à perdrix. — Abondant dans tous les grands
bois. N° 1468.

P. crassa Benlh. ; Psyehotrie à feuilles très épaisses. Vulgo ; Graine à
perdrix, graine rouge montagne. — Fpiphyte et radicant comme le précé­
dent, auquel il ressemble déprimé abord. Feuilles très épaisses, elliptiques,
pointues au sommet, marginées, à nervures imperceptibles à l'état frais.
Fleurs blanches, en cymes trichotomes, multiflores, corymbiformes ; corolle
hérissée de poils. Drupe comme dans le précédent. — Fl. toute l’année. —
Abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes et du Haut-Matouba,
comme aussi à la Savane à Mulets, à la Soufrière, à la Grande-Découverte
cl à la Savane aux Ananas. Alt. 700-1480 met. N°2533. — Il n’existe pas à
la Martinique.
Palicourea Aubl. nom indigène de la plante à la Guyane.)

P. P ave! ta D.C. ; Palicourée à feuilles de Pavetta (autre Rubiacée). Vulgo :
Bois-cabrit. Plum., édit. Burm., t. 156, f. 1 ; SI., t. 202, f. 2. — Arbrisseau
buissonnant, haut de l m 50-2 mèt., à tiges très glabres, enflées aux nœuds.
Feuilles membraneuses, lancéolées-oblongues ou ellipliques-oblongues.
Fleurs blanchâtres. Fruit inconnu. — Fl. en septembre, octobre et novembre.
— Rare : çà et là dans les Grands-Fonds-du-Gozier. N° 3667. — Je ne l ai
pas trouvé à la Martinique.
Cephælis Sw. (du grec « kephalé », tête, et « eilcin », prendre, réunir,
c'est-à-dire fleurs réunies en capitules.)
C. axillaris Sw. ; Céphélis à fleurs axillaires. Vulgo : Ipéca bâtard, boismarguerite, graine bleue. — Petit arbrisseau élégant, peu branchu, toujours
nu dans le bas, haut de 0 m 80-1"' 40, à rameaux tétragones. Feuilles ellip­
tiques, pointues, fermes. Fleurs blanches, en glomérules larges, axillaires,
situées tout le long des branches défoliées. Drupe petite, d’abord violacée,
ensuite bleu foncé. — Fl. en janvier, février, mars et avril. — Endroits
ombragés de tous les bois supérieurs de la Guadeloupe, surtout de ceux des
Trois-Rivières et du Matouba. Alt. 600-900 mèt. N° 2535.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Graine bleue. — Abondant dans les bois de la Cale­
basse, de la Montagne-Pelée, des Pitons-du-Carbet, etc. N° 1153.
C. muscosa Sw. ; Céphélis mousseux. \ ulgo ; Ipéca bâtard, bois-margue­
rite (à Bouillante). — Arbrisseau très élégant, haut de 0 1,190-2 mèt., très
droit, à branches légèrement étalées. Feuilles elliptiques-oblongues, pointues.
Inflorescence en capitules longuement pédonculés, terminaux ; fleurs blanches,
chacune entourée de cinq bractées ovées-arrondies. Drupe large, à pulpe
copieuse, spongieuse ou mousseuse et blanche. — Très abondant dans tous
les grands bois humides de la Guadeloupe. Alt. 500-900 mèt. N" 2537.

�346

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFEÉACÉES

M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-marguerite. — Dans tous les bois humides,
j Nos 13i, 135 a.]

cvmes axillaires, pédonculécs; fleurs d'un blanc très pur. Baie d'abord rouge
écarlate, ensuite d’un jaune doré. — Des personnes dignes de foi m’ont
affirmé que les fruits sont un poison pour les volailles. — Assez abondant
dans les bois secs et humides : Deshaies (dans les bois voisins de la mer, où
il forme souvent un vrai gazon, sur une grande étendue), bois des environs
du Grand-Etang (Capesterre, Guadeloupe), hauteurs des Vieux-IIabitants,
etc. Alt. 60-450 mèt. N° 2771. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-terre, herbe à terre, graine dorée. — Bois de
l’Ajoupa-Bouillon, hauteurs du Macouba, de Case-Pilote, etc. j\\° 1455.

C.
Swarlzii D.C.; Cephélis de Swartz. Vulgo : Faux ipéca, bois-marguerite. — Ressemble au précédent ; il en diffère : par ses capitules brièvement
pédonoulés, beaucoup plus petits; par ses drupes plus arrondies, peu pul­
peuses et bleu foncé à la maturité. — Egalement très abondant dans tous les
bois humides, où il vil en société avec l'espèce précédente. [N° 253b.
M a rt in iq ue . Yulgo : Bois-marguerite, graine bleue. — Abondant.! N° 135 b.)
Morinda Vahl (du latin « morus », mûrier, et « indicus », de l’ Inde, parce
que ces plantes sont originaires de l'Inde et que leurs fruits, composés, ont
quelque ressemblance avec ceux du mûrier.)

M.
citrifolia L., M. macrophylla Des!’.; Morinda à feuilles de citronnier.
Yulgo : Rhubarbe-caraïbe, bilimbi (au Morne-à-lEau). — Arbre liant de
5-12 met., à branches étalées : les inférieures penchées. Feuilles très larges,
ovées-clliptiques. Inflorescence en capitules subglobuleux, larges, aréoles;
fleurs blanches, insérées sur le réceptacle charnu dont se compose le capi­
tule. Baie ovoïde à la maturité, lougue de 4-7 cm., jaune en dehors, conte­
nant 10-40 semences aplaties, nichées dans une pulpe blanchâtre. — Cet
arbre ne devient pas grand à la Guadeloupe à cause de la nature du terrain
dans lequel il pousse; ses fruits restent également petits Y — Fl. en août,
septembre, octobre. — Ne se rencontre qu’à la Grande-Terre, où il a été intro­
duit de l'Asie et où il s'est naturalisé. — Mornes calcaires du Morne-à-l'Eau,
du Moule; çà et là dans les Grands-Fonds-du-Gozier cl de Sainte-Anne;
rare dans les environs de la Pointe-à-Pitre. — Originaire des Indes Orien­
tales. — Alt. 0-150 met. [NT° 2770.]
M a r t i m q u e . Yulgo : Pomme de singe, pomme-macaque. — Introduit et
cultivé au Jardin botanique, où il devient un très grand arbre. [N° 1005.]
Geophila Don. (du grec « gué », terre, et « phileo », j'aime, parce que ces
plantes se plaisent à ramper sur la terre.)
G.
reniformis Don., Mapouria herbacea Midi. Arg., Psychotria herhacea
Jacq. ; Géophile à feuilles en forme de rein. Yulgo : Ipéca noir, graine dorée (à
Deshaies). Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 46; Tuss., Fl., I, t. 8. — Herbe
annuelle, radicante, rampant à une distance indéfinie, en tous sens, à liges
délicates, filiformes. P'euilles longuement pétiolées, cordiformes, un peu plus
longues que larges (du moins dans mes spécimens). Inflorescence en petites
1. Le fruit de cette espèce est employé dans l’ Inde, sa pairie, comme emménagOfcue,
ses feuilles sont toniques et fébrifuges, propriétés dues sans doute à un glucoside, la
morindine. Cette écorce fournit, en outre, une matière colorante rouge écarlate foncé,
employée dans l'Inde et en Nouvelle-Calédonie (où ce végétal croît spontanément) pour
la teinture des étoiles par les indigènes. Il est probable aussi que scs racines sont
purgatives comme celles du M. Iioyoc L., espèce du continent américain. (E. II.)

347

Ernodea Sw. (du grec « ernos », rameau, jeune branche, parce que la plante
a des rameaux très nombreux.)
E. litloralis Sw. ; Ernodéedu littoral. Vulgo : Liane sèche (à Marie-Galante).
SL, t. 189, f. 1, 2; Sw., F L, t. 4, fig. int., analyt. — Arbrisseau plus ou
moins couché, très glabre, haut de Qm80-1 0020, à lige très rameuse, à tige et
branches tétragones. Feuilles petites, très rigides, luisantes, cartilagineuses,
elliptiques-linéaires, terminées par une pointe rigide et acérée. Fleurs d'un
blanc pur, solitaires à l'aisselle des feuilles, tout le long des rameaux. Drupe
jaune, subglobuleuse. — Uniquement dans les terres calcaires, très sèches
delà Désirade, de Marie-Galante. [N° 2772. ; — Il n’existe pas à la Marti­
nique.
Diodia L. (du grec « diodeuein », voyager à travers; « dia », à travers, et
« odos », chemin, c’est-à-dire des plantes qui rampent à travers les chemins.)
D.
sarmenlosa Sw. ; Diodiesarmenleuse. Vulgo : Liane-hallier. — Annuel,
grimpant ou rampant, peu élégant, à tige très branchue, à tige et branches
nettement tétragones, flexibles et souvent pendantes. Feuilles petites, très
seabres, oblongues-lancéolées, pointues, brièvement pétiolées. Inflorescence
en gloniérules axillaires, situées tout le long des branches. Drupe petite, se
divisant, à la maturité, en deux petites coques. — Çà et là dans les halliers
des régions inférieure et basse : Capesterre, Trois-Rivières, Baillif, etc.
Alt. 0-300 mèt. [N ° 2773.]
M a r t i n i q u e . — Liane à cornette. — Hauteurs de Sainte-Luce (habitation
Montravail), Ducos (abondant dans les broussailles près du bord de mer ,
Trois-Ilets. [N°979.j
Spermacoce L. (du grec « sperma », semence, et « akoke », pointu, parce
que le fruit est surmonté de deux pointes, qui sont les dents persistantes du
calice.)
S. tenuior L.; Spermacoce plus délicate que les autresA ulgo : Herbe
à macornel. Lam., IU., t. 62, f. 1; SI., t. 94, f. 2. — Herbe annuelle,
odorante, très grêle, peu feuillue, d'abord très droite, ensuite pen-

�PLANTES DE LA GUADELOUPE RT DE l.A MARTINIQUE

COKFÉACÉES

chée ou plus ou moins infléchie, haute de 15-90 cm., à tige anguleuse, pubescenle ou glabre. Feuilles petites, lancéolées, ou souvent lancéolées-linéaires.
Inflorescence comme dans le précédent. Fruit très petit, composé de deux
cariopses. — Abondant dans les terres sablonneuses, cultivées ou incultes de
la région inférieure de toute la Guadeloupe et dépendances. Alt. 0-400 met.
[N° 2539.]
M ar ti n iq u e . Yulgo : Herbe à cornette. — Abondant dans toute l'ile.
[N° 98*2.

Terre, Bailli! , Vieux-Habitants, Bouillante, Pointe-Noire, Moule, SaintFrançois, Désirade, Marie-Galante, etc. ;N° 2541.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Herbe à cornette. — Prêcheur, Case-Pilote, Carbet,
etc. [N° 379.]

348

S. porloricensis Balb.; Spermacoce de Porto-Rico. Yulgo : Herbe à macornel. — Annuel, très droit, rigide, branchu ou simple, haut de 30-70 cm.,
â tige cylindrique, noirâtre, à branches à quatre angles obtus. Feuilles ovaleslancéolées, très scabres sur le bord ; glomérules nombreuses. Fleurs blanches,
très petites. — Abondant dans les régions humides ou sèches supérieure et
moyenne : Camp-Jacob, Gourbeyre, Vieux-Fort, Trois-Rivières, Yieux-Habitants, etc. — Herbe de peu d'utilité F — Alt. 400-800 mèt. [X° 2540.]
M a rt in iq ue . — Herbe à cornette. — Marin, Sainte-Luce, Diamant, CasePilote, Gros-Morne (très abondant). [N°2146.J
Borrera Miq. (dédié ù \Y. Borrer, collaborateur de Turner pour la mono­
graphie des lichens d Angleterre.)
B.
laevis Irisb; Spermacoce à feuilles lisses. Yulgo : Herbe à macornet. —
Herbe fourragère très utile, annuelle, haute de 20-65 cm., presque toujours
couchée et radicante à la base, dressée à l’extrémité. Feuilles elliptiques-lancéolées, acuminées. Fleurs blanches, velues en dedans, ramassées en glomé­
rules verticillées, axillaires. Fruit petit, s’ouvrant en deux potiles coques. —
Abondant dans les terres humides et fertiles des basse et moyenne régions.
Alt. 0-800 mèt. [N° 3444.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Herbe à cornette. — Abondant dans toute l île.
[N° 980.]
B.
spinosa Chain, et Schl.; Borrère épineux. Vulgo : Herbe à macornet. —
Annuel, très droit, rigide, branchu ou simple, haut de 40-70 cm., rarement
plus haut, à tige cylindrique dans le bas, à quatre angles obtus dans le haut.
Feuilles scabres, lancéolées-linéaires ou lancéolées-allongées, muriquées en
dessous sur la nervure médiane. Inflorescence en larges glomérules axillaires;
fleurs blanches. Fruit seplicide. — Assez abondant dans les terres fertiles,
sablonneuses, le long des roules de la basse région : environs de la Basse1 . Les Spermacoce des Antilles ne reçoivent aucun emploi, celles du continent améri­
cain, par contre, et notamment S. longifolia Aublet, Poynn A. S. H., cærulescens Aublet,
ra.dicans Aublet, aspera Aublet, sexangularis Aublet, prostrata Aublet, ont des p ro­
priétés éméto-catarthiques très marquées qui les font em ployer (racine) comme vomitives.
Il y a lieu de supposer que ces propriétés sont aussi communes aux espèces des Antilles.
(E. H.)

349

B.
latifolia K. Sch., Spermacoce latifolia Aubl.; Borrère à feuilles larges.
Yulgo : Herbe à macornet. — Annuel, rampant, rarement dressé aux extré­
mités, long fie 20-90 cm., à lige à quatre angles aigus et poilus. Feuilles
garnies de poils couchés et roux, ovées, pointues. Inflorescence en glomé­
rules contractées, petites. — Abondant à Baie-Mahault (environs de l'usine
« La Retraite », où il forme gazon, dans les champs fie cannes du Lamentin.
N °35I9.] — Il n'existe pas â la Martinique.
B.
podocephala 1). C.; Borrère à racines noueuses. Vulgo : Herbe à macornet. — Sulîrutescent, haut de 30-60 cm., à racine pivotante-noueuse, horizon­
tale ou verticale, longue, à tiges souvent nombreuses, toujours droites, et
létragones vers le sommet. Feuilles linéaires, sessiles. Fleurs blanches, en
glomérules sessiles, axillaires. — Peu répandu. Uniquement dans les terres
calcaires de la Désirade et de Marie-Galante. [N° 2774.] — Il n’existe pas à
la Martinique.
B.
parviflora Mey. ; Borrère à petites fleurs. Yulgo : Herbe à macornet.
— Annuel, diffus, haut de 15-25 cm., droit, souvent cespiteux, à tiges tétragones. Feuilles oblongues-lancéolées ou elliptiques. Fleurs blanches, petites,
calice et dents roux jaunâtre ; glomérules verticillées. — Assez abondant dans
les champs des régions inférieure el basse : environs de la Basse-Terre, Gour­
beyre (abondant), Camp-Jacob, Matouba, Vieux-Habitants. [N° 2977.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe à cornette. — Abondant dans toutes les savanes
humides de la basse région, où il constitue une bonne herbe fourragère.
[N° 2147.]
B.
verlicillata Mey. ; Borrère à feuilles verticillées. Yulgo : Herbe à macor­
net. — Sulîrutescent, haut de 30-40 cm., à racine forte et grosse, à tiges
nombreuses, très branchues, létragones, droites ou couchées, à la base.
Feuilles linéaires ou lancéolées, le plus souvent réunies par quatre. Fleurs en
glomérules axillaires et terminales. — Je n'ai trouvé cette espèce qu'aux
Saintes (Terre-de-Haul, chemin du morne du Chameau). Alt. 0-170 mèt.
[N° 2886. — File ne se trouve pas à la Martinique.
M itracarpu Zucc. (du grec « mitra », bonnet, mitre, et « karpos ». fruit,
parce que la partie supérieure du fruit s’enlève par déhiscence circulaire
comme une petite calotte.)

M. hirtus DC., Spermacoce hirta Linn. ; Milracarpelaineux. Yulgo ;
Herbe à macornet. — Annuel, haut de 25-60 cm., habituellement droit,
souvent cespiteux. Feuilles petites, oblongues ou lancéolées. Fleurs

�blanches, en glomérules globuleuses, axillaires el terminales. Fruit ovale,
à 4 lobes. Ressemble au Borrera parviflora Mey. — Dans les savanes
herbeuses, dans les terres cultivées et incultes, le long des roules, etc.
— Celte herbe forme un bon fourrage. — Environs de la Basse-Terre,
Gourbeyre, Camp-Jacob, Lamentin (abondant), dans toute la Grande-Terre,
Désirade, Marie-Galante, etc. [N° 2776.]
M a rt in iq u e . Vulgo: Herbe à cornette. — Régions basse et moyenne de toute
l'île. [N° 981.]
N o t a . — Toutes les herbes connues sous le nom vulgaire de « herbes à
macornet » el « herbes à cornette » répandent, après dessiccation, une bonne
et forte odeur de coumarine(?), et toutes sont douées de vertus sudorifiques
que les habitants mettent souvent à profit. Elles mériteraient une étude
attentive.

Rubia Tourn. (du latin « ruber », rouge, allusion aux propriétés tincto­
riales de la plante.)

R. guadalupensis Spreng., Galium hypoc&amp;rpium Endl.; Garance de la
Guadeloupe. — Petite liane, flasque, délicate, haute de 1-2 met., à tige et à
branches tétragones. Feuilles plus ou moins glabres, verticillées par 4,
ovales-oblongues, mucronées, à une nervure. Inflorescence axillaire; fleurs
solitaires, jaunes. Fruit inconnu. — Très rare : trouvé une fois près du som­
met de la Grande-Découverte. N° 2778.1 — Il n'est pas à la Martinique.

V. cinerea Less. ; Yernonie cendrée. Vulgo : Bouton violet. — Herbe
annuelle, haute de 30-90 cm., très droite, ornementale, entièrement garnie
d’une pubescence fine et grise. Feuilles ovales, subentières ou grossièrement
dentées. Fleurs violet pâle ou blanches, en cymes dichotomes, lâches, termi­
nales, longuement pédoneulécs; capitules petits, cylindriques. — Abondant
dans les endroits cultivés ou incultes de la basse région : environs de la
Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Deshaies. Alt. 5-200 mèt. Nus 2484,
2517. — Il n'est pas à la Martinique.
V. arborescens Sw\, V. icosantha L). C.; Vernonie arborescente. Vulgo :
Tabac à jacot petit, tabac à jacot bâtard. (Conyza L.) Plum., édit. Burm.,
t. 130. — Arbrisseau élégant, ornemental, haut de 2-3 mèt., souvent buisson­
neux, à écorce grise, à branchesfastigiées, à liges nues dans le bas. Feuilles
grises, pubescentes, ovales-ellipliques. Capitules généralement sessiles, dis­
posés en cymes scarpioïdes, feuillues ou non ; involucre long de 6 mm. —
Fl. de janvier en mai. — Abondant dans les endroits marneux, secs et pier­
reux de la basse région : Vieux-Fort, Pointe-Noire, Deshaies. i N° 2812.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Casser-coutelas. — Case-Pilote (très abondant),
hauteurs du Prêcheur, des Trois-Uels, du Diamant, du Marin. N08 303, 304,
305, 98 4.]
V. punclala Sw. ; Yernonie à feuilles pointillées. Vulgo: Tabac à jacot

QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME FAMILLE.

-- S Y N A X T II ÉREES.

TRIBU I. — CORYMBIFÈRES.

Sparganophorus Yaill. (du grec « sparganon », bande, el « pherein », por­
ter, parce que les semences portent au sommet un petit appendice entouré
d'une bandelette.)
S. Vaillantii Gr., Ethulia sparganophora L. ; Sparganophore de Vaillant
(célèbre botaniste français). Vulgo : Oreille-mouton. Br. Jam., I. 34, f. 1,
analyt. — Herbe annuelle ou bisannuelle, habituellement droite, haute de
15-70 cm., à racine forte, pivotante, blanche ou rouge, à tigejgrosse, le plus
souvent très branchue, médulleuse. Feuilles vert pâle, lancéolées ou ellip­
tiques, serretées ou irrégulièrement dentelées. Fleurs petites, blanches ou
rosées, en capitules sessiles el axillaires. — Assez abondant dans les fau­
bourgs et les environs de la Pointe-à-Pitre ; çà et là dans les endroits maréca­
geux ou aquatiques du Moule, du Morne-à-l'Eau ; très rare à la Guadeloupe
proprement dite. N° 2811.] — Je ne Fai pas vu à la Martinique.

bâtard. — Arbrisseau ornemental, droit, buissonneux, haut de 2-3 mèt., gris
dans toutes ses parties, à liges cylindriques, à rameaux striés. Feuilles
coriaces, parsemées, sur les deux faces, de poils couchés, courts et gris, gar­
nies en dessous de pellicules blanches. Capitules longs de 7-11 mm., réunis
par 2-4, en cymes partielles, nombreuses, courtes, scarpioïdes, formant
collectivement une large panicule fastigiée; tleurons violets, plus rarement
blancs. Mêmes localités que le précédent, mais plus abondant Y [N° 2487.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande violette. — Abondant. !.N°302.
Centratherum Cass, (du grec « kentron », pointe, el &gt;&lt; allier », barbe d'épi,
allusion aux pointes rigides qui terminent les écailles de Finvolucre.
1. Les Vernonia a rhorescens et punctata sont réputés digestifs et stomachiques, par
leurs feuilles prises en infusion; mais quelques espèces de ce genre jouissent de pro­
priétés plus actives, tels : V. nigriliana 01. et Hiern. du Soudan, dont lao ernonine prin­
cipe actif peut être rapprochée, d’après mes travaux en commun avec M. Schlagdenhauffen , de la digitaline; le V. anthelmentica W . de l'Inde, dont les graines sont anthelminliques ; le V. cinerea Less. est un fébrifuge des Indous; le V. squarrosa Lour., de
Cocüiinchine, est utilisé comme emménagogue; enfin V. pnealta AV. et altissima Nuit,
sont considérés comme alcxipharmaques. Il y aurait donc lieu de mieux étudier les
espèces des Antilles. (E. H.)

�352

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C.
muticum Less. ; Central hère à capitules avec réceptacle dépourvu do
paillettes. Yulgo : Grande violette, grande marguerite. — SulIVulescenl,
ligneux à la base, touffu, plus ou moins couché-diffus, haut de 25-60 cm.
Feuilles spatulées-oblongues, glanduleuses, gaufrées, irrégulièrement serrefées. Capituleslarges, ventrus à la base, plus larges que longs ; fleurons pourpre
foncé. Akène légèrement poilu, glanduleux, tronqué au sommet et muni d'une
petite touffe de poils courts. — Originaire de la Trinidad, naturalisé et
cultivé comme plante d'ornement. — Pointe-à-Pitre, Gourbeyre, BasseTerre, Camp-Jacob, etc. [N° 2526.
M a rt i n i q u e . Yulgo : Grande marguerite. — Abondant dans les jardins.
1734.]
Elephantopus L. (du grec « elephas », éléphant, et « pous », pied, allusion
à la forme des glomérules, rappelant un pied d’éléphant.)
E.
scaber L. : Eléphantope à feuilles rudes. Vulgo ; Langue à vache. —
Herbe vivace par la base, haute de 0 1,190-1
40, rarement plus élevée, à
racine grosse, pivotante, à lige droite, rigide. Feuilles spatulées, subenlières
ou crénelées, poilues en dessous ; les inférieures, rosuléeset appliquées contre
la terre, dans les jeunes pieds; les supérieures, éparses et plus petites; capi­
tules longs de 7-9 mm., cylindriques, glomérulés, enveloppés par trois
grandes bractées. Inflorescence en panicules très lâches, longuement pédonculées; corolle blanche ou plus souvent rosée. — Fl. toute l'année, mais sur­
tout pendant la saison des pluies. — Plante de peu d'utilité ; cependant,
jeune et mélangée avec d’autres herbes, elle peu L servir de fourrage. — Très
abondant dans le sol sec ou humide des basse et moyenne régions de toute
la Guadeloupe et de la Grande-Terre. N" 2515. |
M a rt i n i q u e . Y ulgo : Grand’oreille-mouton. — Dans toute l’île. |NT" 1444.]
E. anguslifolius L. ; Eléphantope à feuilles étroites. Y ulgo : Langue à
bœuf femelle. SL, t. 148, f. 4. — Vivace par sa base, très droit, à lige linement striée, médulleuse, laineuse, haute de 70-90 cm., peu branchue et peu
feuillue. Feuilles en rosette, lancéolées-oblongues, finement serretées, semiamplexicaules, engainantes. Capitules blancs, sessilcs, glomérulés, constituant
un épi interrompu et allongé. — Peu répandu ; çà et là dans les savanes her­
beuses des hauteurs des Vieux-Habitants. [N° 3535.]
M art inique . Y’ulgo ; Oreille-mouton long. — Assez rare : dans le haut
des terres de l'habitation Fond-Layette (Case-Pilote), et au Marigot, près de
Fort-de-France. N° 308.]

E. spicalus Juss., Distreptus nudicaulis Less. SL, t. 150, f. 3, 4; Kléph.
à épis. Y ulgo : Herbe à vache mâle, herbe à vache noire. ^Distreptus Cass.)
— Y'ivace par la base, haut de 0 m 40-lm 10, droit, rigide, glabre, à tige
striée dans le bas, velue dans le haut. Glomérules entourés de 2-3 brac-

SY NANTI! EH ICES

t-ées, disposées en épis, droits, composés, terminaux; corolle blanche. —
Extrêmement commun et de peu d’utilité. — Alt. 0-900 mèt. |N° 2509.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Petite oreille-mouton, oreille-lapin. — Très abondant
dans tous les coins de l’île jusqu’à une altitude de 600 mèt. [N° 1448. j

Rolandra Rottb. (dédié à Rolandre, élève de Linné; a voyagé à Surinam,
dans un intérêt botanique.)
R.
a rgenlea Rottb., Echinops fruticosus L. ; Rolandra argenté. V’ulgo :
Herbe-pilori. SL, t. 7, f. 3; S\v., Fl., t. 17, analyt. — Vivace par sa base,
souvent stolonifère, haut d e 0 ,n60-lm 20, droit, rigide, à tige noire. Feuilles
lomenleuses, blanc argenté en dessous, elliptiques-oblongues ou lancéoléesoblongues, pointues. Capitules unitlores, ramassés en glomérules globuleuses,
axillaires; écailles de Finvolucre luisantes, membraneuses, carénées : les
extérieures, terminées par une pointe rigide et acérée. — Fl. presque toute
l’année. — Herbe de peu d’utilité. — Assez abondant dans les endroits
incultes des régions moyenne et infra-moyenne : Camp-Jacob, Trois-Rivières,
Y ieux-Habitants. Alt. 250-700 mèt. [N° 2500.
M a r t i n i q u e . Yrulgo : Bouton piquant, herbe argentée, herbe blanche, dos
blanc. — Fonds-Saint-Denis, Gros-Morne, Trois-Ilets, etc. [N° 1433.]
Agératum L. (du grec « ageratos », qui ne vieillit pas, parce que les fleurs
conservent longtemps leur fraîcheur.)
A.
conyzoides L. ; Agératum à feuilles de Conyza. Vulgo : Petit pain-doux,
herbe à pisser, herbe aux sorciers, herbe à la vierge. — Annuel, droit, très
branchu, haut de 40-90 cm. Feuilles vert pâle, ovales, grossièrement den­
tées, trinerviées, parsemées de poils couchés. Capitules multiflores, en
corymbes terminaux, pédonculés; corolle lilas, plus rarement blanche. —
Herbe fourragère, quand elle est jeune; les lapins surtout en sont friands.
— Dans la médecine domestique, elle jouit d une grande réputation comme
plante diurétique; on l’emploie, en outre, en tisane contre les rhumes, la
toux et les refroidissements L — Très répandu dans toute la Guadeloupe, la
Grande-Terre et les dépendances. Alt. 0-800 mèt. (N° 2520.]
M a r t i n i q u e . Vulgo: Herbe à femmes. — Partout très abondant. — S’emploie
dans les campagnes pour les femmes en couches; les feuilles et les jeunes
tiges se mettent dans les bains tièdes pour favoriser les éruptions de la peau ;
elle est en outre préconisée contre les coliques. ! N° 934.1
Hebeclinium DC. (du grec « bébé », puberté, et « cliné », lit, allusion à
la pubescence dont est couvert le réceptacle.)
H. rnacrophyllurn D C., Eupatorium populifolium Mark, Agératum coeruI. A la Guyane, l'infusion de cette plante est donnée dans les cas d'atonie du tube
digestif. (E. H .)
Dio«. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

Zi

At *1

�354

SYNAXTHKRKES

PLANTES DK LA GUADELOUPE RT DK LA MARTINIQUE

læum Sieb. ; Hébéclinie à larges feuilles. \ ulgo : Grande guimauve. PL, éd.
Burm., t. 129. ^Eupatorium L.) — Herbe aromatique, haute de O1" 80-1 11180,
rarement plus haute, simple ou branchue, à base sous-ligneuse, couverte, dans
toutes ses parties, d’une pubescence line, grise et courte, à tige grosse,
cylindrique-striée, remplie de moelle blanche. Feuilles opposées, larges, cor­
dées, deltoïdes-arrondics, pointues, irrégulièrement crénelées. Capitules
nombreux, en corymbes arrondis, contractés, terminaux et axillaires ; corolle
violacée ou blanche. — Répandu dans toute la Guadeloupe et la GrandeTerre, sans être abondant nulle part. Alt. 5-600 met. [N° 2516.]— On le
rencontre quelquefois à l étal de culture comme plante médicinale; elle sert
surtout aux femmes en couches; avec les feuilles et les rameaux, on prépare,
en outre, des tisanes très rafraîchissantes.
M artinique . Vulgo : Herbe à chat. — Dans toute File, avec plus ou moins
d’abondance. [N° 309.]

Eupatorium DC. (dédié à Mithridate, roi du Pont, surnommé Eupator,
qui, le premier, employa des plantes contre les maladies du foie. — Pline,
XX V, 29.)
E. panclalum L. ; Eupatoire à feuilles poinliliées. Vulgo : Amourette. —
Arbrisseau ornemental, aromatique, haut de 1UI 50 à 2m 50, entièrement
glabre, à tige cylindrique striée, à branches souvent inclinées, à rameaux à
quatre angles émoussés. Feuilles ovales-lancéolées, pétioiées, fortement serretées, glanduleuses en dessous. Capitules en corymbes composés, multitlorcs,
pédicellés. — Abondant sur les lisières et dans les clairières des grands bois
des Bains-Jaunes, du Matouba, des Vieux-Habitants, des Trois-Rivières, de
la Ravine-Chaude, etc. Alt. 280-900 mèt. [N° 2528.)
M a r ti n iq u e . Vulgo : Amourette. — Abondant : hauteurs du Prêcheur,
Fonds-Saint-Denis, fontaine Didier, Trois-llets. [N° 299.]
E. odoratum L., E. hra.chia.tnm W ickst; Eupatoire odorant. Vulgo :
Guérit-tout, guéri t-trop-vi te, langue à chat, fleuri t Noël. — Annuelle ou
bisannuelle par la base, aromatique, haute de 0 ul 30-1 m30, entièrement gar­
nie d’une pubescence fine, grise et plus prononcée à la face inférieure des
feuilles. Branches nombreuses, insérées à angle droit, décussées. Feuilles
pétioiées, ovées ou ovées-lancéolées, acuminées. Capitules à 15-25 tleurs, en
corymbes trichotomes, serrés. — Fl. en décembre, janvier, février. —
Répandu dans toute la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-500
mèt. [N° 2518.] — Celte herbe est très appréciée dans la médecine domes­
tique, et s’emploie fréquemment en décoction ou en tisane contre les coliques ;
les feuilles et les jeunes liges, écrasées, sont émollientes et s'appliquent en
cataplasme sur le ventre contre les douleurs intestinales4.
1. Cette plante donne des infusions aromatiques et stimulantes, propriétés qu'elle doit
aux essences contenues dans les glandes dont ses feuilles sont couvertes. ^E. II.)

M artinique.

355

Vulgo : Fleurit Noël. — Abondant dans toute Elle. [N° 1741.]

E. integrifolium W . ; Eupatoire à feuilles entières. Vulgo : Violette bordde-mer. — Arbrisseau très ornemental, haut de 1-3 mèt., très rameux, à
rameaux étalés, très fragiles, souvent tortueux. Feuilles ovées-deltoïdes,
ondulées sur les bords. Inflorescence en corymbes arrondis, terminaux;
corolle violet foncé. — Fl. presque toute l’année. — Endroits sablonneux,
secs, rocailleux du bord de mer ou un peu à l’intérieur : Vieux-Fort, Gozier,
Désirade, les Saintes (Terre-de-Haul). (N° 2493.] — Ne se trouve pas à la
Martinique.

E. Vahlianum Urb. ; Eupatoire de Vahl (célèbre botaniste danois.) Vulgo :
Grande violette. — Arbrisseau très beau, haut de 1-3 mèt., rameux, droit ou
tortueux, duveté, à tige cylindrique, noire, nue dans le bas, médulleuse.
Feuilles glabres, rigides, fortement réticulées, ovales. Capitules en corymbes
(richotomes, ombelliformes, terminaux, pédonculés ; corolle lilas foncé. —
Fl. de janvier à mai. — Cette belle plante, avec son feuillage sombre et ses
nombreuses fleurs, tranche fortement sur les végétaux d’un vert pâle ou gris,
avec lesquels elle vit en société; elle ne se trouve que sur les hautes mon­
tagnes, dans les endroits exposés aux grands vents : Savane à Mulets, GrandeDécouverte, Savane aux Ananas, montagne de la Madeleine. Alt. 800-1100
mèt. [N° 2483.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande violette. — Pitons-du-Carbet, MontagnePelée. [N° 295.]
E. ivæfolium L. ; Eupatoire à feuilles d’Ivette. Vulgo : Violette-savane.—
Herbacé, très droit, ornemental, haut de 0 m 70-1 m 20, simple ou branchu, à
rameaux trichotomes, fastigiés. Feuilles opposées, lancéolées-linéaires, poin­
tues aux deux bouts, serretées au-dessus du milieu. Inflorescences en corymbes
lâches et larges, terminales; capitules à 10-20 fleurons; corolle violette ou
violacée. — Dans les savanes et champs de canne du Lamentin, de la BaieMahault; plus rare dans les environs de la Basse-Terre (savane de l'hos­
pice de Tillac). — Fl. en août, septembre, octobre. \° 2813/ — Il n’est pas
à la Martinique.
E. canescens Vahl, E. sinualum Lam. ; Eupatoire blanchâtre. Vulgo: Boissavane. Plum., éd. Burm., t. 128, f. 1 ; Lam., ///., t. 692, f. 5. — Arbris­
seau buissonneux, ornemental, à tiges en baguettes, entièrement garni d’un
duvet blanchâtre, haut de 1-2 mèt. Feuilles ovées-arrondies, sinuées-crénelées. Inflorescence en corymbes simples, ombelliformes, terminaux, à branches
racémiformes ; capitules à 10 fleurons. — Rare et peu répandu : côte cal­
caire de la Désirade. N° 3241.] — N ’existe pas à la Martinique.
E. iresinoides H. B. Kth., E. Sieberianum DC. ; Eupatoire ressemblant à une
Irésine. Vulgo : Ilerbe-halliers. — Sulfrutcscent, haut d e 0 m60-1 “ 50, sou­
vent sarmenteux et ligneux à la base_, à tige faible, flexible, tombante, striée,

�356

PI.WTES DR LA GUADELOUPE ET RE LA MARTINIQUE

duvetée dans le haut. Feuilles d'un vert très clair, finement réticulées,
ovales-deltoïdes, cunéiformes à la base, acuminées au sommet. Inflorescence
en corymbes umbelliformes, nettement trichotomes, portés sur des pédon­
cules velus; capitules petits, contenant 3-5 fleurs blanc pâle. — Çà et là
dans les haies et broussailles des hauteurs pierreuses de Case-Pilote. [N° 577.]
— Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

E. celtidifolium Lam. ; Eupatoire ù feuilles de micocoulier. Vulgo : Amou­
rette blanc, tabac à diable. — Arbrisseau ornemental, haut de 3-4 met.,
rarement tout petit arbre, glabre, strié, habituellement très branchu, à
branches inclinées ou tombantes. Feuilles membraneuses, ovées-lancéolées,
acuminées au sommet et se terminant en une longue pointe souvent recour­
bée, quintuplinerviées, glanduleuses en dessous. Inflorescence en corymbes
allongés, trichotomes; capitules à 10-1*2 fleurons; corolle blanc pâle. — Fl.
de novembre à février. — Assez abondant dans les mornes inférieurs boisés,
secs et pierreux, ou humides : Ilouelmont, Vieux-Fort, hauteurs des VieuxHabitants, Grands-Fonds du Morne-à-l'Eau, du Gozier, de Sainte-Anne.
[N° 2503.]
M arti ni que . Vulgo ; Amourette. — Prêcheur, Trou-Vaillant, Trois-Ilets,
Marin (morne Gommier), Vauclin. (N° 300.]
E. paniculatamSchr&amp;d., E. guadalupense Spreng., E. urticifolium Hb. Bks. ;
Eupatoire à fleurs en panicules. Vulgo :Tabacàjacot petit. — Herbe annuelle,
flasque, grêle, aromatique, haute de 60-95 cm., à tige simple, le plus sou­
vent droite, à tige et feuilles couleur de paille. Feuilles deltoïdes, serretées
au-dessus de la base, trinerviées. Inflorescence en corymbes larges, lâches,
panicules; capitules à 12-20 fleurs blanc pâle. — Çà et là dans les haies;
plus abondant dans les savanes et endroits en friches du Camp-Jacob, des
hauteurs de Baillif, des Vieux-Habitants. [N° 2494.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Tabac à diable bâtard. — Trou-Vaillant, MorneRouge, Parnasse, Grande-Rivière, etc. Alt. 0-600 met. [N° 1740.]
L Eupatorium Ayapana Vent, (nom de la plante chez les indigènes voisins
du fleuve des Amazones), E. triplinerve Vahl; Vulgo : Ayapana (Aya-pana),
herbe à thé, herbe contre fièvre. (Desc., vol. III, l. 203, p. 240.) —
Herbe couchée, à base radicante, à tige branchue, à branches et tige
relevées aux extrémités, à feuilles lancéolées, à fleurs purpurines.
— Est souvent cultivé dans les jardins comme plante médicinale; les
racines et surtout les feuilles ont une saveur aromatique et légère­
ment astringente. Elle est originaire du bassin des Amazones, dont
les habitants vantaient ses vertus comme capables de guérir toutes les mala­
dies qui affligent le corps humain. Sans avoir tant de propriétés, elle reste
cependant une plante des plus précieuses. Descourtilz l’employait avec
succès, comme stimulante, contre les affections scorbutiques; comme sudo-

SYNANTHERKBS

357

l'ifique, contre les fièvres occasionnées par les blessures. Dans les hôpitaux
de Cayenne, il est d’usage de servir aux malades, tous les soirs, une tasse de
thé fait avec l’ayapanc. — A la Guadeloupe, on prépare avec les feuilles et
les jeunes tiges une tisane contre les fièvres tenaces et rebelles, et les per­
sonnes anémiées, qui font usage de cette herbe, louent beaucoup ses vertus
toniques1. — L'herbe se propage facilement par boutures; les semences
avortent presque toujours, ce qui l'empêche de se naturaliser. [N 0 2506.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Ayapana, herbe vulnéraire. — Egalement cultivé
dans beaucoup d'endroits. — On se sert des feuilles en infusion dans les
digestions difficiles, les dérangements de ventre et les fluxions de poitrine;
on les écrase et on les fait macérer dans le vin, ou le tafia ou le miel, pour
panser les blessures, les contusions et les luxations, soit chez l'homme, soit
chez les animaux, les mulets et les chevaux surtout; il enlre aussi dans les
remèdes contre la morsure du trigonocéphale. [N° 1737.]
Critonia P. Br. (dédié à Criton, médecin grec de l’antiquité.)
C.
rnacropoda D. C.; Critonia à grosse racine. Vulgo : Tabac-diable
bâtard. — Arbrisseau ou grand arbuste, ornemental, haut de 3-4 mèt., à
lige vigoureuse, à branches et jeune tige médulleuses, striées-cylindriques,
glabres. Feuilles larges, membraneuses, ovales-Iancéolées, inégalement et
grossièrement serretées. Inflorescence en corymbes composés, à branches
portant des capitules aglomérés, brièvement pédicellés. — Rare : hauteurs
du Prêcheur, vallée de la rivière Claire (Champflore). [N os 194, 298.j — Je
ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C.
parviflora D. C. ; Critonia à petites fleurs. Vulgo : Tabac-diable grandbois. — Arbrisseau haut de 2-3m50, très droit, à branches inférieures hori­
zontales, à jeune tige, branches, pétioles, pédoncules et pédicelles garnis de
poils laineux, couleur de rouille. Feuilles larges, ovales ou ovales-elliptiques,
dentées-serretées. Inflorescence en panicules larges, composées, portant des
branches terminées par 3-7 capitules; fleurs blanches.— Fl. de mars à mai. —
Rare : bois du Matelyane et des environs des Bains-Jaunes. Alt. 800-950 mèt.
[N° 3615.] — Je ne l ai pas trouvé à la Martinique.
Mikania W illd. (dédié à Mikan, professeur de botanique à l université de
Prague; il a exploré le Brésil, mort en 1844.)
M. ovalis Griseb. ; Mikanie à feuilles ovales. Vulgo : Wappe-montagne.—
Liane vivace, haute de 3-5 mèt., à écorce noire, lisse, à branches cylindriques.
Feuilles ovales, brièvement pointues, entières, d'un vert sombre. Inflores­
cence en corymbes trichotomes, racémiformes; corolle blanc pâle. — Peu
1. Toutes ces propriétés ont été singulièrement exagérées; elle n'est en réalité que
digestive et sudorifique, propriétés qu’elle doit à l’existence d'une huile essentielle abon­
dante, d’un principe amer et d’une matière grise, soluble dans l élher (Wuaflart). (E. H.)

�358

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANTHÉnÉES

abondant : çà et là dans les bois supérieurs et sur les hautes montagnes :
Ravine-à-Déjeuner (au pied de la Grandé-Découverte), Savane aux Ananas,
montagne de la Madeleine (Capcsterre, Guadeloupe). [N° 2498.| — Il n’est
pas à la Martinique.

Jacob, hauteurs de Baillif et de Gourbeyre (environs du Ya Ica nard), TroisRivières, bois de la Capesterre. [N° 2814.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-serpent, Guaco. — Abondant dans la région
moyenne : Champtlore, Camp-Balata, Gros-Morne, etc. Alt. 300-700 mèt.
[N° 310.]

M. latifolia Sm., M. Badieri D. C. ; Mikanie à larges feuilles. Yulgo :
Gros-fort (chez les bûcherons du Matouba), liane gaufre, liane à eau. — Puis­
sante liane, à lige grosse comme le bras, glabre, nue dans le bas, sur une
grande étendue, pourvue d'anneaux dans le haut, à branches très enchevê­
trées, finement striées-subanguleuses, tombantes. Feuilles épaisses, ovées,
luisantes, entières ou subentières. Capitules réunis par trois en glomérules
constituant ensemble un corymbe allongé; fleurs blanches ou blanc verdâtre,
à odeur aromatique.— Fl. de septembre à mars. — Abondant dans les grands
bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, du bassin Bleu et du Gommier.
[N° 2501.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Liane tordue. — Abondant dans les bois de la Mon­
tagne-Pelée, des hauteurs de la Basse-Pointe, des Fonds-Saint-Denis, etc.
[N° 312.]
M . Imrayana Griseb.; Mikanie d'imray (médecin de la Dominique, qui
s'est occupé de la flore de cette île.) Yulgo : Liane tordue, liane à eau, lianegaufre. — Se confond à première vue avec le précédent, auquel il ressemble
par la vigueur de la tige, la couleur des feuilles, le parfum et la couleur des
fleurs, l’enchevêtrement des branches; il en diffère par ses feuilles ovales,
d'un vert sombre en dessus, par les branches deltoïdes et nombreuses de la
panicule, par ses capitules plus longs, réunis par 5-3, par les lobes du calice
moins profonds, et par les écailles ciliées, oblongues-linéaires de l’involucre.
— Même habitat, mais moins abondant. [N° 2815.]
M ar ti n iq u e . Yulgo : Liane tordue. — Forêts du Macouba, de la Basse-Pointe,
des environs du Camp de l’Alma, etc. [N° 313.]
N o t a . — Cette espèce et la précédente ont des tiges spongieuses, remplies
d une eau limpide et potable; les chasseurs et les bûcherons en boivent sou­
vent le contenu; les vieilles tiges sont en outre pourvues de longues racines
adventives, cylindriques, pendantes.
M. cordifolia W illd .; Mikanie à feuilles en cœur. Vulgo : Wappe. —
Forte liane, pouvant monter sur de très hauts arbres, à tige grise, cylindriquenoueuse, à branches extrêmement enchevêtrées, tombantes, à jeunes branches,
tiges et feuilles garnies d’une pubescence grise, ce qui donne à la liane un
aspect particulier et la distingue de loin de toute autre plante. Feuilles molles,
plus ou moins gaufrées, cordiformes-deltoïdes, à sinus basilaire largement
ouvert. Fleurs odorantes, surtout le soir, en corymbes composés, nettement
trichotomes, terminant la tige principale, avec 8-10 corymbes axillaires for­
mant ensemble une large panicule. — Abondant aux environs du Camp-

359

M. confjesta D. C., M. scandens W illd .; Mikanie à fleurs ramassées.
Yulgo ; Wappe. — Assez grande liane, haute de 5-7 mèt., à tiges très allon­
gées, pendantes, à rameaux glabres, striés-anguleux, garnis de quelques
poils épars sur les stries. Feuilles membraneuses, d’un vert clair, cordées, à
lobes basilaires, tantôt divergents, tantôt parallèles, et alors avec un sinus
étroit et profond, pédatinerviées, grossièrement et inégalement dentéessinuées ou dentées : les jeunes entières. Corymbes ramassés, plus petits que
dans le précédent, en ombelles composées et très longuement pédonculées,
à pédoncules nettement tétragones. — Abondant dans les endroits humides
des basse et infra-moyenne régions : environs de la Basse-Terre, Gour­
beyre, Capesterre (Guadeloupe), Trois-Rivières (très commun), etc. N° 2950.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Liane-serpent. — Abondant ; environs de Saint-Pierre,
Prêcheur, Carbel (le long de la rivière), Parnasse, etc. Alt. 5-400 mèt.
[N° 311.]
N o t a . — Les deux dernières espèces posséderaient à un haut degré des pro­
priété alexitères et sudorifiques; les panseurs en appliquent les feuilles et les
jeunes rameaux, pilés, ainsi que le suc de la racine et de la tige, sur les mor­
sures du trigonocéphale pour en neutraliser le venin. Ces propriétés rap­
prochent ces plantes du Mikania (Uiaco H. et Bp. propre au continent améri­
cain.
E rigeron L. (du grec « eri », printemps, de bonne heure, et « geron», vieil­
lard, parce que les akènes avec leurs soies grises disparaissent de suite après
la chute des fleurs et que ces plantes ressemblent déjà dans leur jeunesse à
des jilantes fanées.)
E. jamaicensis L ., E. cuneifolius D. C. ; Vergerelle de la Jamaïque.
Yulgo : Petite marguerite. Sw., Observ., t. 8, f. 2. — Herbe vivace, ornemen­
tale, à racine pivotante, blanche, émettant au collet 5-10 tiges rampantes,
qui s’allongent indéfiniment. Feuilles glabres, spatulées. Capitules longs de
f-5 mm., solitaires, terminaux, portés sur des pédoncules très longs, fili­
formes et flexibles; ligules blanches placées sur deux rangs. — Peu répandu :
Basse-Pointe (près du bord de mer et dans le gazon des environs des maga­
sins, du côté de la grotte de N.-D. de Lourdes). [N° 669.] — Je ne l’ai pas
trouvé à la Guadeloupe à l’état sauvage, mais on le cultive fréquemment dans
les jardins. [N°2951.j
E. spalhulatus Vahl; Vergeretteà feuilles spatulées. Yulgo : Herbe à dinde.
— Annuel, très droit, haut de 80-95 cm., rarement plus haut, entièrement

�SVNANTHEn EES

poilu, branchu dans le haut, branches fasligiées : les inférieures longues.
Feuilles alternes, ruguleuses, spalulèes-lancéolées. Capitules nombreux, con­
stituant un corymbe lâche et large. — Abondant le long des routes et dans
les savanes sablonneuses en friches : Gourbeyre, environs de la Basse-Terre,
Trois-Rivières, Lamentin, etc. [N° *2507.j
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe-lapin. — Environs de Saint-Pierre, Parnasse,
Garbet, etc. [N° 311.]
E. honaricnsis L. ; Vergerette de Buenos-Ayres. Vulgo : llerbe-coq d’ Inde.
Dill., Ilorl. E llh ., vol. II, (. 334. — Annuel, droit, haut de 70-95 cm., rare­
ment plus haut, à lige striée, légèrement poilue, nue dans le bas, très branchue dans le haut. Feuilles supérieures lancéolées, les inférieures plus larges,
presque toujours pinnatilides-sinuées. Capitules longs de 5 mm., disposés en
une large panicule racémiforme. — Assez abondant aux environs du GampJacob (chemin de la cascade de Yauchclet), le long du chemin et dans les
clairières des Bains-Jaunes, Malouba, etc. Alt. 400-900 met. N°27()7.
M ar ti n iq u e . Vulgo : Herbe-coq d Inde. — Morne-Rouge, Fonds-SainlDenis, fontaine Didier, Ajoupa-Bouillon, etc. (N° 314.J
E. canariémis L. ; Vergerette du Canada. Vulgo : Herbe-coq d’ In d e .—
Annuel, très droit, haut de 30-90 cm., à lige striée, très feuillue et sans
branches. Feuilles très rapprochées, lancéolées-linéaires : les inférieures
fanées avant 1éclosion des (leurs. Capitules nombreux, longs de 4-5 mm.,
constituant une panicule racémiforme allongée. — Abondant dans toute la
région inférieure de la Guadeloupe et dépendances; répandu dans presque
toutes les parties du monde. [N°2565.)
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe-coq d'Inde. — Abondant. [N° 1142.]
L'Aster chinensis L., vulgo : Œil du Christ, à fleurs violet poupre et à
feuilles glauques, originaire de Chine, est cultivé dans beaucoup de parterres.
[N° 3389.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Œil du Christ. [N° 32*2.]

Baccharis L. (dédié à Bacchus, dieu du vin, à cause de l'odeur agréable de
la plante.)

B.
speciosa D. C.; Baccharis brillant. Vulgo : Bois Guillaume. — Arbris­
seau très ornemental, haut de 1-2 met., à branches fastigiées, nombreuses,
rigides, à tige grosse, striée. Feuilles elliptiques ou elliptiques-oblongues,
mucronée6, à trois nervures. Capitules en corymbes contractés, arrondis;
fleurs dioïques. — Fl. d’août à janvier. — Peu abondant. Région supérieure
des hautes montagnes : Savane aux Ananas, Savane à Mulets, Grande-Décou­
verte. [N°* 2512, 2952.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Bois Guillaume. — Pitons-de-l'Alma, route de l’Alma,
route de l'Alma aux Deux-Choux. [N° 935.]
B. nervosa D. C.; Baccharis à feuilles fortement nervées. Vulgo : Liane ou

361

bois Guillaume. — Sarmenteux, haut de 3-5 met., très branchu, à branches
allongées, plus ou moins droites, d'abord dressées, ensuite tombantes.
Feuillesovales-lancéolées, d’un vert très pâle. Capitules dioïques, hémisphé­
riques, en corymbes nombreux à 8-12 branches, constituant une large pani­
cule terminale; fleurs blanc pâle. — De l’espèce guadeloupéenne, je n’ai pu
trouver que les fleurs mâles. — Très rare ; Bas-Malouba habitation Dubreuil).
|N° 3598.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois Guillaume.— Plus abondant qu à la Guadeloupe :
Parnasse (habitation IAlice), morne Saint-Martin et habitation I Ermitage,
près de Saint-Pierre, etc. [N’°936.j — -le n ai trouvé que les fleurs femelles.

B. rlioica Vahl ; Baccharis à fleurs dioïques. Vulgo : Bois Guillaume.—
Liane des plus belles et des plus florifères, haute de 2-4 met., à lige noirâtre,
d’abord droite, ensuite voluble. Feuilles oblancéolées, très rapprochées et
très visqueuses, mucronéesau sommet. Fleurs blanches, en corymbes larges,
fasligiés, longuement pédonculés, à pédicelles bractéolés â la base. — Fl.de
juillet à novembre. — Ne se trouve qu’à la Désirade, dans la ravine Cybèle,
oü elle abonde. |N° 2810.J — Elle n'existe pas à la Martinique
Pluchea Cass, (dédié à l’abbé Franç. Pluche, auteur de : Spectacles de la
nature. — Paris, 1732.)
P. odorala Cass., Conyza odorata L., C. carolinensis Jacq. ; Pluchée odo­
rante. Vulgo : Tabac à Jacot, bois-liège, grande sauge. Desc., vol. III, t. 217,
p. 300. — Arbrisseau ou grand arbuste, touffu, haut de 2-3,50 mèt., couvert
dans toutes ses parties, sauf le bas de la tige, d’un duvet court et blan­
châtre, à branches étalées, divariquées, finement striées. Feuilles elliptiques
ou elliptiques-oblongues, pointues aux deux extrémités, subentières ou légè­
rement dentelées. Capitules multiflores, hémisphériques, en corvmbes arron­
dis, larges, pédonculés. — Assez rare à la Guadeloupe ; abondant à la GrandeTerre, dans les sables du bord de mer ou dans les savanes intérieures : SaintFrançois, M ouïe, Sainte-Anne, Marie-Galante. — Cette plante passe pour
jouir de nombreuses vertus (alexitère et stimulante). Pour l avoir plus faci­
lement sous la main, on la cultive souvent autour des maisons, dans les cours
et les jardins. On l'emploie dans les bains chauds et en fomentations
contre la paralysie; l’infusion des feuilles est stomachique et les sommités
mêlées aux aliments excitent l’appétit et facilitent la digestion; dans le pays,
on se sert des feuilles et des boutons en infusion contre les refroidissements,
les rhumes et la toux, et en décoction contre les fièvres et les fluxions de poi­
trine. |N° 2523. i
M a r t i n i q u e . Vulgo : Tabac-diable. — Assez abondant. — Il entre souvent
dans les remèdes contre la morsure des serpents. On met les feuilles et
l’écorce des racines pilées dans du tafia fort, on en exprime le suc et on le
donne à boire : le marc s’applique sur la plaie. X° 575.

�363

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANÎHÉRÉES

P. purpurancens D. G.; Pluchée à fleurs purpurines. Vulgo : Sauge rouge,
guérit-tout. SI., 1. 152, f. 1. — Herbe annuelle ou bisannuelle, souvent slolonifère, surtout quand elle pousse dans I eau , haute de 30-80 cm., à tige
noire, simple ou garnie d'un petit nombre de branches, à jeune tige et branches
revêtues d'un duvet très court, tin et blanchâtre. Feuilles d'un vert très pâle,
lancéolées ou oblongues-lancéolées. Capitules en corymbes terminaux, lon­
guement pédonculés; fleurs purpurines ou pourpres, ou plus rarement
blanches. — Endroits aquatiques ou marécageux près de la mer : les Saintes,
Terre-de-Haul (derrière le cimetière, où il abonde), Pointe-Noire, Moule.
[N° 2953. — .le ne l'ai pas trouvéeà la Martinique.

la plantent quelquefois à côté do leurs cases et s en servent pour enivrer le
poisson L Elle passe pour tonique et est employée pour combattre l'anémie
et la chlorose. [N° 315.] — Je ne l'ai pas vue à la Guadeloupe. Espèce pro­
bablement à fondre dans la précédente.

362

Pterocaulon Eli. (du grec « pteron », aile, et *&lt; kaulon », tige, parce que les
feuilles décurrentes forment des ailes sur la tige.)
P. virgatum D. C ..C on yza alopecuroides Lamk.; Pterocaulon droit comme
une baguette. Vulgo : Langue à vache femelle. SL, t. 152, f. 2. — Herbe suflrutescente, très droite, haute de 40-89 cm., simple ou touffue. Feuilles elliptiques
ou elliptiques-oblongues, vertes et glanduleuses en dessus, garnies d'un duvet
laineux et blanc en dessous, ainsi que les ailes formées parles pétioles décurrenls. Capitules en glomérnles formant un épi oblong : les glomérules infé­
rieurs distants; corolle blanc pâle. — FL de novembre à juin. — Çà et là
aux Saintes (Terre-de-Haut) ; assez abondant dans les savanes et les terres en
friches des hauteurs des \ leux-Habilants. Alt. 20-350 met. N° 2949.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Oreille-mouton. — Rare ; Fort-de-France (Marigot),
hauteurs de l'habitation Fond-Layette (Case-Pilote). [N° 1440.]
Clibadium L . (nom emprunté d’une plante que les Grecs appelaient « klibadion », dont on n'a pas pu trouver la signification.)
C. asperum D. C., CL surinamense L ., Trixis scahra Sw. ; Clibadie à
feuilles rudes. Vulgo : Bois enivrant. Aubl., Guy.,f. 313. (B ailleria Aubl.) —
Arbrisseau haut de 2-3 met., droit, à lige cylindrique, nue dans le bas, à
branches nombreuses dans le haut, fastigiées, à lige et branches grises et hispides. Feuilles ovales-lancéolées, grisâtres, surtout en dessous, finement serretées, scabres-hispides des deux côtés. Capitules en panicules corymbiformes,
terminales ; corolle blanche. — Rare ; hauteurs des Trois-llets (quartier de la
Plaine), où il fleurit presque toute l’année. N° 317. — Je ne l’ai pas trouvé
à la Guadeloupe.
C.
Badieri Griseb. ; Clibadie de Radier. Vulgo : Herbe enivrante. — Plante
herbacée par le haut, suffrutescente à la base, haute de 0U160-111130, très
feuillue, vénéneuse. Feuilles ovales-lancéolées ou ovées, subentières ou serretées au-dessus de la base, ruguleuses en dessus, hispides-laineuses en des­
sous, surtout sur les nervures. Capitules pédicellés, en corymbes terminaux.
— Peu abondante ; çà et làdans les boisde lAjoupa-Bouillon. — Les pêcheurs

C.
erosum D. C.; Clibadie à feuilles frangées. Vulgo : Bois enivrant.
(T rix is Sw.) — Grand arbuste, haut de 2-4 mèl., rarement plus haut, à tige
unique, à branches très étalées, peu nombreuses, à branches et tige nues.
Feuilles larges, ovées, inégalement incisées-serretées, rugueuses en dessus,
pourvues en dessous d'un duvet gris, court, légèrement hispide. Capitules en
corymbes étalés, arrondis, larges; corolle blanche ou rose purpurine. — FL
presque toute l’année. — Dans les bois, le long des rivières et des ruisseaux ;
Bains-Jaunes, Matouba. [N° 2491.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois à enivrer. — Bois des Fonds-Saint-Denis, che­
min de la Trace, falaises des Pitons-du-Carbet. Alt. 350-900 mèt. N° 316.
Ogiera Cass, (dédié àügier?.)
0. ruderalis Griseb., Eleutherantera ovata Poil; Ogiérie des décombres.
Vulgo : Herbe-savane. — Herbe annuelle, haut de 15-60 cm., pubescente, à
lige simple, très branchue, cylindrique dans le bas, tétragone dans le haut,
à branches très longues, insérées à angle droit, tombantes ou penchées aux
extrémités. Feuilles ovales, triplinerviées, glanduleuses en dessous. Capitules
solitaires ou géminés à l’aisselle des feuilles; corolle jaunâtre. — Herbe
fourragère de médiocre valeur. — Abondante dans les savanes herbeuses
et plates du Lamentin, de Sainte-Rose, etc. [N° 3264.1 — Elle n’existe pas à
la Martinique.
Melampodium L. (du grec « mêlas », noir, et « podion « pous », pied,
allusion à la racine noire de la plante, ce qui est vrai du Melampodium
des anciens, Helleborus niger (Hellébore noir), qui n’a aucune ressemblance
avec le Mélampode de Linné. — Pline, X X V ,21, dit qu’ un diseur d'aventures,
appelé Melampus, ou un berger de ce nom, avait le premier découvert les
propriétés de l'Hellébore.)
M. perfoliatum H. B. et Kunth; Melampode à feuilles perfoliées. Vulgo :
Bouton jaune. — Petite herbe plus ou moins droite, haute de 25 à 30cm., à tige
noire, nue dans le bas, nettement dichotome dans le haut. Feuilles larges,
en forme de losange, opposées, s’élargissant à la base pour devenir amplexi1. Les Clibadium sont probablement tous doués de propriétés toxiques qui en font uti­
liser quelques-uns, notamment Cl. asperum à la Guyane) ou Cl. Badieri aux Antilles .
pour enivrer le poisson. Ils sont désignés ;1 la Guyane, en raison de cet emploi, sous le
nom de conami qu'ils partagent avec quelques Phyllanlhus employés aus&gt;i comme poison
enivrant. On ignore la nature des principes actifs de ces Clibadium ; il y aurait lieu de
faire sur les espèces de ce genre un travail de recherches semblable à celui de feu
GeolTroy sur le Robinia Micou , qui est aussi un poison enivrant de la Guyane, C.e
dernier travail a paru dans les Annales de l'Institut Colonial en 1889. E. H.

�364

caules et connues avec la feuille opposée. Capitule solitaire, radié, multitlore,
terminal, porté sur un long pédoncule : fleurs de la périphérie (femelles), au
nombre de '20; celles du centre (mâles), entourées de paillettes diaphanes;
fleurs involucrales sur deux rangs, ovales, ciliées. — Rare : çà et là dans les
savanes et champs de cannes entre la Basse-Pointe et la Grande-Rivière.
[N° 320. — Je ne l'ai pas trouvée à la Guadeloupe.
Acanthospermum Schrk. (du grec « allant ha », épine, et « sperma »,
semence.)

i *

SYNANTHÉr éf.s

PLANTES DE J.A GUADELOUPE BT DE LA MARTINIQUE

A. xanlhioides D. C., A. braailum Schrk ; Acanthosperme à feuilles de lampourde. Vulgo : Herbe-savane. — Annuel, couché, hispidulé dans toutes ses
parties, à lige Iricholome et à branches dicholomes. Feuilles opposées,
pétiolées, obovées, inégalement dentelées, glanduleuses en dessous. Capitules
subsessiles, terminaux, souvent fixés dans la bifurcation de deux branches;
écaille ligneuse renfermant l’akène, munie de piquants crochus et de 8-10
côtes longitudinales 1. — Peu répandu : Carbet (dans une savane herbeuse du
haut de l’habitation Crassous). [N° 1042.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guade­
loupe.
Xanthium L. (du grec « xanthos », jaune, parce que l’infusion de la plante
doit, selon Üioscorides, IV, 133, teindre les cheveux en jaune.)
X. orientale L. ; Lampourde à gros fruits. Vulgo (dans le pays : gros cousin).
— Annuel ou vivace, à racine grosse, longue, pivotante, à lige très branchue, haute de 0m 80-lm40, rarement plus haute. Feuilles grisâtres, pédalinerviées, ovées, inciso-dentées, larges : les adultes, penchées. Inflorescence
en corymbes allongés , composés de capitules agglomérés et monoïques :
les mâles dans le haut et les femelles dans le bas du corymbe; involucre des
capitules mâles uniserié, libre; réceptacle cylindrique et garni de paillettes;
corolle tubuleuse, à 5 lobes très courts; involucre des capitules femelles
ovoïde, épineux, dur, surmonté de deux pointes fortes, très crochues au
sommet, épines crochues au sommet; corolle filiforme-tubuleuse; stigmates 2.
— Fl. de juin à octobre. — Assez abondant dans les usines « La Retraite »,
à Baie-Mahault. — Introduit d’Europe par les marchandises ou les engrais,
car elle se rencontre dans toutes les parties chaudes et tempérées du
monde entier2. [N° 281G.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Gros cousin. —

Environs de Fort-de-brance et

port des Transatlantiques. [N°918.]
Parthenium L. (du grec « parthenos »,
plante à guérir les maladies des femmes.)

P. Ilyslerophorus L. ; Parlhénium malricaire. V ulgo ; Absinthe bâtard,
herbe à pian, matricaire. — Annuel, ornemental, très droit, haut de
40-90 cm., très branchu, à branches étalées. Feuilles bi-pinnatiséquées : les
supérieures entières. Capitules pentagones, en une large panicule terminale;
fleurons blancs. — Très abondant sur les décombres, le long des roules et
dans les terres abandonnées de toute la Guadeloupe et dépendances L Alt.
0-500 mèt. [N° 2502.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Matricaire, — Abondant dans toute l'île. [N° 261.]
Ambrosia L. (du grec « ambrosia », nourriture des dieux, parce que les
feuilles froissées répandent une agréable odeur.)
A. artemisifolia L. ; Ambroisie à feuilles d'Artémise. Vulgo: Absinthe
anglaise, ambroisie. — Sufl'rutescent, droit, haut de 0 m 40-2 mèt., velu.
Feuilles bi-pinnatisequées. Capitules nombreux, multiflores, en épis allongés,
nombreux et terminaux ; fleurons verdâtres. — Çà et là dans les savanes :
Gourbeyre (Dolé), Vieux-Fort. — On le rencontre plus souvent autour des
maisons à l'état de culture. — Dcscourtilz le vante comme un excellent ver­
mifuge; dans le pays, on s’en sert comme tel et aussi comme sudorifique,
fébrifuge et antigoutteux. [N° 2511.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Absinthe de la Dominique. — Ç à et là dans les
champs, et à l’état de culture dans les jardins; il est employé comme vermi­
fuge : Sainte-Anne, Vauclin, Ducos, etc. [N° 218.1
Zinnia L. (dédié à Jean Gottfrid Zinn, né en 1717, à Schwabach, près de
Nuremberg; en 1753, professeur de médecine à Gottingue, mort en 1759; a
écrit, entre autres choses : Descriptiones plantarum horti et agri Goeltin-

gensis.)
Z. multiflora L. ; Zinnia multiflore. Vulgo : Brésine. Lam., ///., t. 585, fig.
inf. — Annuel, très droit, haut de 25-35 cm., à fleurs rouges. Trouvé à l'état
sauvage sur plusieurs mornes calcaires de la Désirade. [N° 2817. |— Il n'existe
pas à la Martinique.
Z. eleqans Jacq. ; Zinnia élégant. Vulgo : Brésine. — Haut de 40-70 cm.
— Pousse spontanément autour des maisons, dans les cimetières et dans
beaucoup d'endroits cultivés : Moule, Sainte-Anne, Gozier, Vieux-Habitants,
Pointe-Noire, etc. — Introduit du Mexique, sa patrie. [N°2818.] — Il tend à
se naturaliser à la Martinique.
Eclipta L. (du grec « ekleipsis », éclipse, absence, manque, parce que les

vierge, jeune fille, c’est-à-dire

1. Cette plante est usitée sous le nom (le Picaio de l'raya comme fébrifuge et diuré­
tique. (E. H.)
2. Cette plante qui, comme toutes les autres lampourdes de France, est réputée jouir
de propriétés mirifiques, n'a aucun emploi uux Antilles, et c’est avec raison.

. ________________

365

1. Cette plante est citée dans nos classiques comme employée de temps immémorial
aux Antilles à titre de fébrifuge et dans le traitement de l’herpès : elle contient un prin­
cipe actif cristallisé, ta Parlhénine , qui a été donnée avec succès contre les névralgies
crâniennes et de la face; la plante passe aussi pour astringente et emménagogue.
.E. H.)

�fleurons blancs île la périphérie du capitule font, pour ainsi dire, disparaître
les fleurons verts du centre.)

E. alba L. : Ecliple blanche. Vulgo : Herbe à l'encre. — Annuel, droit,
haut de -40-85 cm., branchu, entièrement scabre, â lige presque toujours
noirâtre. Feuilles lancéolées ou ellipliques-lancéolées, subsessiles. Capitules
solilaires, axillaires et terminaux, pédonculés, hémisphériques. — Abondant
dans toute la Guadeloupe et dépendances. Alt. 0-600. [N° 2495.]
M a r ti n iq u e . Vulgo : Herbe à l'encre. — Commun. [N° 1436.]

Borrichia Ad. (dédié à Olof Borrich, botaniste du xvne siècle; a laissé :
De somno el somniferis maxime papavereis, 1683, et De usa plantarum indigenarum ii i medicina, 1690.)
B. arborescens DC. ; Borrichie arborescente. Vulgo : Pourpier bord-demer, tiraille. Plum., éd. Burm., t. 106, f. 2. — Arbrisseau haut de 0m 40l 1" 90, rarement plus haut, droit, rarement tortueux, très branchu et très
feuillu, à branches fastigiées et à feuilles très rapprochées, à écorce grise.
Feuilles épaisses, blanc argenté ou grises, spatulées ou lancéolées, entières.
Capitules radiés, larges, solitaires, terminaux; fleurs jaunes. — Fl. toute
l'année. — Sur les roches madréporiques ou dans les sables, ou aussi dans
le gazon du bord de mer : Désirade, Marie-Galante, Moule, Saint-François,
Sainte-Anne, etc. [N°2819.] — Il n’existe pas à la Martinique.
L'Helianthus (ubernsus L., vulgo : Navet de Jérusalem, topinambour de
France, à capitules larges, radiés, ü corolle jaune, est souvent cultivé à cause
de ses racines tubériformes qui constituent un excellent légume. — Origi­
naire du Brésil. [N° 3265.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Navet de Jérusalem. [N° 1735.]
Wedelia Jacq. (dédié à l'Allemand Georg W olfgang Wedel, né en 1645, à
Golzen. dans le Niederlansitz; en 1667, ingénieur à Gotha; en 1673, profes­
seur de médecine à Iéna , mort en 1721 ; a écrit, entre autres choses, sur les
plantes des anciens.)
W. earnosa Ricli. ; Wédélie à feuilles charnues. Vulgo : Herbe à couresse
à femme, patte-de-canard, herbe-soleil, bouton d’or. SI., I. 155, f. 1. —
Herbe couchée, radicante, stolonilere, rampant à une distance indéterminée,
élevée aux extrémités. Feuilles sessiles, obovées, trilobées, grossièrement
dentées, oflranl dans leur ensemble un peu la forme d une patte de canard.
Capitules jaunes, radiés, larges, axillaires et terminaux. — Très abondant
dans les savanes humides ou sèches et sablonneuses, où il forme souvent
gazon sur une grande étendue : Vieux-Fort, Gourbeyre, Camp-Jacob,
Lamentin, Baie-Mahault et dans toute la Grande-Terre, etc. Alt. 0-800 mèt.
Nu 2524.]

M a r t i n i q u e . — Vulgo : Herbe-soleil, bouton d'or. — Hxlrêmement abon­
dant. [N° 1434.]

W . pulchella H. B. Kth. ; Wédélie élégante. Vulgo : Herbe-soleil. — Suffrulescenl, à tige couchée, radicante, à extrémités dressées, haut de
40-70 cm. Feuilles rudes, ovales-ellipliques. Capitules larges, jaunes, termi­
naux. — Peu répandu : Fort-de-France, aux environs du port des Trans­
atlantiques, où il forme gazon. [N° 319.]— Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
W. frulescens Jacq.; Wédélie frutescente. Vu lgo: Herbe à vache. —
Vivace par le bas, à branches herbacées, haut de 1-1 m 90, rarement plus
élevé, droit ou tortueux, peu &lt;&gt;u fortement branchu, à branches et jeune
lige médulleuses, garnies de soies courtes et rudes. Feuilles pétiolées,
ovales-ellipliques, acuminées, serretées, très scabres-hispides. Capitules
jaunes, solitaires ou géminés, terminaux. — Abondant dans les endroits
secs des mornes inférieurs ou dans les falaises et les sables du bord de mer,
où il vit en société : Carbel, Case-Pilote, Prêcheur, Grande-Rivière. N°318.]
— Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.
W. buphthalmoidès Gr. ; Wédélie à fleurs de Buphthalmum. Vulgo :
Herbe à vache. — Frutescent dans le bas, herbacé par les branches, haut de
0"' 90-1"' 4. — Ressemble au précédent; il s’en éloigne par ses feuilles moins
rudes, par ses jeunes branches velues, el par la longueur des écailles de
l'involucre. Plante variable quant au port, à la taille et à la disposition des
nervures, selon qu'elle pousse dans les endroits ombragés ou exposés au
soleil el au vent. — Abondant : Vieux-Fort, Gourbeyre, Capesterre, Moule,
Gozier, Saint-François, Marie-Galante, etc. [N° 2525.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Herbe-soleil. — Abondant. (Spécimen manque.)
Le Tithonia speciosa Hook., herbe annuelle, très ornementale, haute de
1-2 mèt., à feuilles très larges, sinuées, à capitules rouges très larges, posés
sur de longs pédoncules terminaux, est cultivé dans les jardins de la
Désirade, du Moule, du Morne-à-l’ Eau, du Petit-Canal, etc., el aussi à la
Martinique. — Originaire du Mexique. [N° 2806.]
Melanthera Ricli. (du grec « mêlas », noir, et « antliera », anthère, parce
que les anthères sont naturellement noires.)
M. delloidea Mich. ; Melanthère à feuilles deltoïdes. Vulgo : Bouton
blanc. — V ivace par la base, herbacé par le haut, stolonilere, haut de
0 m 70-lm20, d'abord droit, ensuite infléchi ou tombant, ou parfois sarmenteux, peu feuillu mais très branchu, à branches allongées, divariquées, à
tige tétragone. Feuilles deltoïdes, parfois légèrement hastées, scabres, serrelées. Capitules blanc pâle, longuement pédonculés, terminaux, solitaires ou
géminés, ou ternés. — Très abondant sur le bord de mer et un peu dans 1 in­
térieur. Vit souvent en société sur une grande étendue : Désirade, Marie-

�368

plantés dé

La CUadbloüpk

ét

dé la

Martinique

Galante, les Saintes, Moule, Saint-h rançois, Petit-Canal, Port-Louis, etc.
[N° 2820.]
M a rt i n i q u e .

\ ulgo ; Hou (on blanc. — Abondant . Prêcheur,

Garbet,

Caravelle, Trinité, Sainte-Anne. [N° 1431.]
Wulffia Neck. (dédié à J. C. Wuliï, qui, en 1744 et 1765, a écrit sur les
plantes de la Prusse.)
W. stenoglossa DC. ; Wullïic à capitules pourvus de ligules courtes.
Vulgo : Gros bouton. — Herbe sulTrutescente, grimpante, haute de 2-4 met.,
à tige subtétragone, peu branchue, à branches étalées. Feuilles très rudes,
ovées-lancéolées ou ovées, brièvement acuminées. Capitules jaunes, arrondis,
terminaux, portés sur de longs pédoncules géminés ou ternés. — Dans les
haies et les broussailles de la région inférieure : environs de Saint-Pierre,
Parnasse, Carbet, Prêcheur, Marin (morne Gommier), etc. [N° 929.] — .le
ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

d’Arlel, surtout sur la pente occidentale du morne Larcher. [N° 1045.] — Je
ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
B. bipinnata L. ; Bidens à feuilles bipennées. Vulgo : llèrbe-z'aiguille. —
Annuel, droit, glabre, haut de 20-90 cm., très branchu ou simple. Feuilles
penniséquées, à segments inférieurs assez souvent penniséqués. Capitules
jaunes. — Très abondant dans les terres cultivées ou laissées en friches de
toute la (iuadeloupc ; plus rare à la Grande-Terre, à Marie-Galante et à la
Désirade. Alt. 5-600 mèt. [i\° 2492.J
M a rt i n i q u e . Vulgo : Herbe à aiguilles. — Très abondant. r\° 1446.]
Cosmos Cav. (du grec « kosmos », ornement, allusion à la beauté des
fleurs.)

W. havanensis DC. ; Wulflie de la Havane. Vulgo : Gros bouton. —
Sulîrulescent, sarmenteux, haut de 1-3 met., à tige subanguleuse. Feuilles
rudes, ovées-oblongues, acuminées, faiblement hispidulées ; écailles de l’involucre non apprimées comme dans le précédent, foliacées, oblongues-lancéolées, pointues, un peu plus longues que les fleurons du contour. — Çà et là
dans les haies et les broussailles de Camp-Jacob et de Gourbeyre (les Pal­
mistes). [N° 2486.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.

C.
caudatus IL B. Ivlh. ; Cosmos à queue (en parlant des deux arêtes horizon­
tales des akènes). Vulgo : Herbe-z’aiguille. — Herbe droite, très ornementale
par les feuilles et les fleurs, annuelle, haute de 0 U1 70-1m 20. Feuilles bipenniséquées, à 3-5 paires de segments entiers. Capitules pourpres ou purpurins,
portés sur de longs pédoncules terminaux. — Dans les champs et le long des
roules, dans les endroits pierreux et secs : route de la Basse-Terre à Gour­
beyre, Camp-Jacob, Monteran, Ducharmois, Lamentin, Baie-Mahault, Gozier,
Moule, etc. Alt. 20-560 mèt. j’N0 2499.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Ilerbe-z’aiguille. — Assez abondant : environs de
Saint-Pierre, Parnasse, Trou-Vaillant, Carbet, Marin, etc. [N° 1443.]

Bidens L. (du latin « bis », deux, et « dens », dens, parce que les akènes
sont surmontés de deux arêtes.

Verbesina L. (du latin « verbena », verveine, parce que les feuilles de ces
plantes ont une assez grande ressemblance avec celles delà verveine.)

B. leueanlhus W . ; Bidens à fleurs blanches. Vulgo : Herbe-z’aiguille,
persil bâtard. Desc., vol. V III, t. 583, p. 308. — Herbe annuelle, glabre,
droite, haute deO 111 30-1 m 50, rarement plus élevée, à tige tétragone.
Feuilles penniséquées à 1-3 paires de segments grossièrement serretés-dentés. Capitules à fleurons blancs, radiés, à anthères jaunes ; pédoncules longs.
Akène surmonté de 2-4 arêtes divergentes. — Très commun dans les champs
de cannes, le long des routes et sentiers, dans les terres en friches, etc. Alt.
5-900 mèt. [N° 2504.!
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe-z’aiguille. — Abondant. [N° 1444. ]
B. coreopsidis DC. ; Bidens à fleurs de Coréopsis. Vulgo : Liane jaune,
herbe z’aiguille-liane. PL. éd. Burm., t. 53, f. 1. — Suffrutescent, grimpant,
très ornemental, haut de 3-5 mèt., à tiges et branches très nombreuses,
à branches souvent pendantes. Feuilles pinnatisequées, à 1-3 paires de
segments serretés. Feuilles larges, jaunes, en larges corymbes le plus sou­
vent pendants ou penchés, terminaux. — Plus répandu : çà et là dans les
mornes secs et pierreux des hauteurs du Prêcheur; plus abondant aux Anses-

V. giganlea Jacq. ; Verbésine gigantesque. Vulgo : Camomille. — Sutfrulescent, très droit, haut de 1-2 mèt., à tige grosse, striée-cylindrique, nue
dans le bas, très branchue dans le haut, glabre, jeune tige et branches pubescenles. Feuilles grisâtres, rudes : les inférieures, très larges et penchées,
pinnaparlites. Capitules blancs en cymes ombelliformes, pédonculées, ter­
minales, larges, accompagnées de 3-5 cymes axillaires. — Les fleurs restent
très longtemps sans se faner. On en fait souvent des bouquets pour les salons.
— Çà et là dans les champs de toute la Guadeloupe proprement dite,
mais surtout dans les quartiers du Camp-Jacob et de Gourbeyre. [N° 2497.]
— Plante aromatique .et stimulante.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande camomille. — Plus abondant qu'à la Guade
loupe : environs de Saint-Pierre (habitation Pécoul et Perinell), Prêcheur
Carbet, Trois-Ilets. Alt. 10-400 mèt. [N° 1438.1
V. alata L .; Verbésine à tigeailée. Vulgo : Camomille rouge.— Vivace par
ses stolons, haut de 30-70 cm., rarement plus élevé, hispidulé, à tige striée et
ailée par ses feuilles décurrentes. Feuilles obovées ou spatulées-lancéolées,
inégalement dentées, larges. Capitules rouges ou couleur d’orange, solitaires
Dnss. — Plante* Guadeloupe el Martinique.

Î4

�370

PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANTHÉRÉES

ou géminés, portés sur de longs pédoncules. Arêtes de l’akène, de longueur
inégale : les plus longues crochues au sommet. — Abondant dans les fau­
bourgs de la Pointe-à-Pitre, Moule, Morne-à-FEau ; çà et là dans le bourg
des Trois-Rivières. — Plante stimulante et aromatique. [N° 2821.] — 11
n'existe pas à la Martinique.
V. hefianthoides 11. H. kth. ; Yerbésine ressemblant à ITIelianlhus. Vulgo :
Fleur jaune montagne. — Arbrisseau très ornemental et florifère, haut de
0U190-2 mèt., nu dans le bas, très branchu dans le haut, souvent tortueux, à
branches fastigiées, hispides, médulleuses. Feuilles larges, épaisses, rigides,
très fragiles, dentées en scie, obovées-lancéolées, pointues au sommet, con­
tractées, à la base, en un court pétiole. Capitules jaunes, larges, radiés, dispo­
sés en cvmes allongées. — Fl. d’août en octobre. — Uniquement sur les hautes
montagnes : Savane à Muletset Savane aux Ananas, Grande-Découverte, etc.
[X° 3308.]
M a rt in iq ue . — Cultivé au Jardin botanique, d'où il s’est répandu dans le.
pays; et se rencontre assez fréquemment. jN° 971.]
Spilanthes Jacq. (du grec « spilos », tache, et « anthos », fleur, parce que
les fleurs portent des taches noires.)
S.
uliqinosa Sw., S. Acmella Murr. ; Spilanthes des lieux humides. Vulgo :
Créosote du pays, herbe mal-aux-dents. — Annuel, haut de 20-60 cm.,
délicat, droit ou couché, ou plus ou moins couché, à tige souvent radicante.
Feuilles opposées, petites, ovées-lancéolées, souvent crénelées. Capitules à
ligules blanches; réceptacle conique. — Dans les endroits très humides ou
aquatiques, dans les fosses remplies d’eau, sur les bords des étangs et des
mares, etc. — Les capitules sont très âcres et piquants. — Quand on souffre
des dents par suite d'une névralgie, on écrase un ou deux capitules et on les
met sous la dent malade; la douleur disparaît souvent instantanément.
— Alt. 5-7&lt;&gt;0 mèt. [N° 2521.
M artinique . Vulgo : Créosote du pays, bouton d'or. — Dans toute l’île.
N° 930.]
S. urens Jacq.; Spilanthe brûlant. Vulgo : Créosote. — Herbe annuelle,
haute de 50-80 cm., à tige souvent couchée à la base, ensuite droite. Feuilles
lancéolées, à trois nervures. Capitules jaunes, petits, longuement pédoncu­
les, solitaires, terminaux. — Fl. toute l'année. — Peu répandu : dans les savanes
herbeuses du bord de mer. entre Fort-de-France et le Lamentin. [N u 1733.]
— Je ne l ai pas trouvé à la Guadeloupe.
S. exasperata Jacq. ; SpilanLhe très rude. Vulgo : Cresson de Para, bouton
d or. — Annuel, haut de 30-90 cm., très droit, à tige et branches scabres.
Feuilles ovées ou lancéolées, crénelées, caractère qui le distingue facilement
de ses deux congénères. Capitules très coniques, portés sur des pédoncules
longs, filiformes, droits, axillaires et terminaux. — Assez rare. Dans les

371

endroits humides, rarement dans les endroits aquatiques ; Camp-Jacob, envi­
rons de la Basse-Terre, Gourbeyre, etc. [i\° 2822.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bouton d'or, créosote. — Assez abondant dans les
environs de la fontaine Absalon, notamment sur l'habitation Adonis. |.\"983.
S. oleracea Lin., S. Acmella Murr. Vulgo ; Zerbe-bouton, bouton d'or.
Desc., vol. I, t. 52, p. 231. — Herbe plus ou moins couchée, souvent radicanle à la base, à feuilles larges, ovées, crénelées. — Est souvent cultivée
dans les jardins comme plante vermifuge L [N° 2498.]
M a rt i n i q u e . Vulgo: Bouton d’or, créosote. [N" 1449.]
Synedrella Gærtn. (du grec « sunedra », réunion, à cause de l'aggloméra­
tion des capitules.)

%

S. nodiffora Gærtn.; Synédrelle à capitules réunis. Vulgo : Herbe à feu,
cochon gras (parce que cet animal en est friand et s’en engraissei. SL, t. 155,
f. 3; Sw., Ohserv., t. 8, f. 2. — Annuel, droit, rarement à base couchée, haut
de 50-85 cm., scabre ou glabre, à branches trichotomes dans le bas, dichotomes dans le haut. Feuilles ovées, triplinerviées. Capitules pauciflores, subsessiles, au nombre de 2-3 à Faisselle des branches; fleurons jaunes.— Abon­
dant dans toutes sortes de terrains, et constitue un assez bon fourrage pour
le bétail. Alt. 0-600 mèt. — Dans toute la Guadeloupe et dépendances.
[N° 2496.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à feu. Abondant dans toute l ile. [N° 1441.'
Le Chrysanthemum indicum L., vulgo: Chrysanthème, pyrèthre; est très
fréquemment cultivé dans les jardins, où il fleurit presque toute l'année.
[i\° 2823.] — Originaire de l'Inde Orientale.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Chrysanthème. [N 0 321.]
Pectis L. (du grec « pectos », épais, solide, parce que les akènes sont
enflés ou épaissis à la base.)
P. pu ne tata Jacq., P. Unifolia L. ; Pectis à feuilles pointillées. Vulgo : Lin
bâtard. SL, t. 149, f. 3; Lam., ///., t. 684. — Herbe annuelle, délicate, haute
de 30-75 cm., à tige noire, droite, rigide, à branches dichotomes, nombreuses,
étalées. Feuilles linéaires, petites, acuminées aux deux bouts, pointillées sur
les deux côtés. Capitules petits, cylindriques, solitaires, axillaires et termi­
naux, ne contenant que trois ou cinq fleurs, jaunes, radiées; pédoncules lili1. Cetle plante"est plutôt considérée comme un excellent antiscorbutique; elle peut
remplacer le cocldearia et le cresson ; du reste, elle est connue sous le nom de « cresson
du Para ». Elle renferme une huile volatile, odorante, âcre, une gomme, de l'extractif,
du malate et du sulfate de chaux, enfin une matière colorante jaune. Cette composition
doit être peu différente dans les autres espèces des Antilles qui ont aussi des vertus
anliscorbutiques. — Seul le Sp. uliginosa parait avoir des propriétés syalagogues très
énergiques et une âoreté qu’on ne retrouve pas au même degré dans,les autres espèces
du genre. (E. H.)

�372

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANTHEREES

373

formes. — Abondant dans les terres sèches et pierreuses de Baillif, VieuxHabitants, etc. Alt. -40-150 met. N° 2519.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Mar­
tinique, mais il est abondant à la Dominique et à Sainte-Lucie. [N° 932.]

pédoncules longs, filiformes et terminaux. — Rare : çà et là dans les savanes
maritimes de Ducos et du Lamentin. [I\T° 480.] — .le ne fai pas trouvé à la
Guadeloupe.

P. carlhusianorum Less. ; Peclis des Chartreux. Vulgo : Lin bâtard. —
Annuel, haut de 30-65 cm., plus ou moins incliné, rarement couché, très
branchu, à tige noire et lisse. Feuilles spalulées, garnies d’une infinité de
petits points transparents sur les deux faces. Capitules sessiles, terminaux,
réunis par 2-5, pédonculés. — Assez abondant dans les savanes maritimes de
Sainte-Anne, du Yauclin et du François. [N° 933.J — Je ne 1ai pas trouvé à
la Guadeloupe.

Egletes Cass, (du grec « aigle!is », brillant, rayonnant, allusion aux belles
fleurs jaunes au centre, et blanches à la circonférence.)

P. humifusa S\v. ; Peclis couché et appliqué sur le sol. Vulgo : Marguerite
bord-de-mer, petite marguerite jaune. — Annuel ou suffrutescent, radicanl,
rampant, à une distance indéterminée, en tous sens. Feuilles petites, épaisses,
spalulées, arrondies au sommet et mucronulées. Capitules jaunes, sessiles, ne
contenant que 10-15 tleurons. — Très abondant sur les plages sablonneuses,
sur les pierres madréporiques du bord de mer, et un peu à l’intérieur, où
il forme souvent un gazon superbe : Désirade, Marie-Galante, Saint-h rançois,
Sainte-Anne, Moule, etc. N° 2487. |
M a rt in iq u e . Vulgo : Marguerite bord-de-mer. — Vauclin, Sainte-Anne,
Diamant, etc. [N°970.J
Porophyllum Vaill. (du grec « poros », trou, et « phyllon », feuille, parce
que les feuilles ont une infinité de petits trous.)
P. ruderale Cass. ; Porophyllc des décombres. Vulgo : Herbe à soie. Jacq.,
Sel. Am. slirp. hisi., t. 129. — Annuel, très droit, haut de 0 m60-1 Ul 10, nu
dans le bas, très branchu dans le haut, à branches l’asligiées. Feuilles glauques,
pétiolées, lancéolées, pointues, entières ou crénelées. Capitules longs, cylin­
driques, blanc pâle, terminaux, pédonculés, formant ensemble une large panicule. — Dans les savanes herbeuses, sur les décombres et le long des routes
de la région inférieure : Vieux-Fort, Pigeon et Bouillante, Moule, Gozier,
Marie-Galante, etc. N° 2514.j
M arti ni que . Vulgo : Herbe soyeuse, herbe à soie. — Environs de SaintPierre, Parnasse, Trois-Ilets, Trinité, etc. \° 1435.]
Helenium L. (du grec« elios », soleil, à cause de la forme des capitules, dont
le centre représente le soleil, elles fleurons radiés les rayons du soleil. — Pline
dit (X X I, 33) que la plante est née des larmes d’ Hélène, épouse de Ménélas,
roi de Sparte, enlevée par Paris.)
H.
guadridenlalum Labill.; Helenium à ligules â quatre dents. Vulgo :
Bouton d’or, œil-de-bœuf. — Annuel, haut de 45-80 cm., à tige faible, sou­
vent couchée dans le bas, peu branchue. Feuilles décurrentes, lancéolées,
acuminées. Capitules allongés, blancs, solitaires ou géminés, portés sur des

E. domingensis Cass.; Egletès de Saint-Domingue. Vulgo : Bouton d’or,
herbe-soleil, matricaire-savane. — Annuel ou vivace (selon les endroits),
couché, radicanl, rampant à une distance indéfinie, slolonifère, très branchu.
Feuilles subsessiles, cunéiformes-obovées, petites, subcharnues. Capitules
larges, très nombreux, axillaires, pédonculés : fleurons du contour blancs. —
Dans les savanes maritimes, où il forme parfois un beau gazon sur une assez
grande étendue : Saint-François, Marie-Galante (entre le bois de Folle-Anse
et le Grand-Bourg), etc. [N° 3386.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bouton d'or, matricaire bord-de-mer. — Basse-Pointe,
Grand’Anse (environs de l'hospice), Sainte-Marie, etc. N° 1435. i
Gnaphalium Lin. (du grec « gnaphalon », bourre cotonneuse d'un matelas,
allusion au duvet laineux et blanc qui garnit les inflorescences.)
G. americanum MilL, G. purpiireum Lin.; Gnaphale américain. Vulgo :
Herbe-colon. — Annuel, haut de 50-70 cm., plus ou moins droit, entièrement
garni d'un duvet laineux et blanchâtre, à branches inférieures très allongées et
pendantes. Feuilles spalulées-allongées, rétrécies vers la base. Capitules
laineux, nombreux, disposés en épis corymbiformes-allongés. — FL en mai,
juin, juillet. — Rare : çà et là dans le haut du bourg du Camp-Jacob et aux
environs. [N° 3664.]
Neurolæna R. Rr. (du grec « neuron », nervure,et « laina » ou « chlaina »,
manteau qu’on jetait par-dessus la tunique, allusion à la manière d'être des
bractées à trois nervures qui entourent les capitules.)
N.
lobata R. Br.; Neurolæne à feuilles lobées. Vulgo : Herbe à pique,
tabac à diable. SL, t. 154, f. 4. — Annuel, haut de 0 UI80-1 “‘ 80, très droit et
ornemental, à tige grosse, striée, médulleuse, branchue. Feuilles vert clair,
larges, luisantes,subcharnues à l’état frais, oblongues-lancéolées ou ovées-lancéolées, rétrécies à la base : les adultes, presque toujours à 1-3 lobes, audessus de la base. Capitules jaune d’or vif, en paniculescorymbiformes, pédonculées. — Toutes les parties de la plante sont très amères et sont douées de
vertus fébrifuges et toniques; dans les campagnes, on en fait souvent usage.—
Assez abondant dans les mornes inférieurs, humides, et dans les ravines :
Houëlmont, Gourbeyre (Dolé), hauteurs de Baillif, Trois-Rivières, etc.
[N ° 2824.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à pique. — Route du Morne-Rouge à l'AjoupaBouillon, bois des Fonds-Sainl-Denis, de la fontaine Didier, etc. X° 1437.1

�374

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Ereclithites Ral\ (du grec « erechlhites », qui est un « Senecio » de Dioscorides, genre auquel appartenait autrefois notre plante.)
E. hieracifolia Raf., E. præalla Raf. ; Erechthite à feuilles d'épervière.
Vulgo : Herbe a lapin, laitue sauvage. — Annuel, droit, haut de 45-80 cm.,
à tige striée. Feuilles oblongnes-lancéolées, inciso-dentées, scabres en dessous
(sur la nervure médiane). Capitules blancs, en çorvmbes terminaux. — Abon­
dant dans les terres cultivées ou en friches, le long des routes, etc. Alt. 50500 met. N° 2825.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Laitue sauvage. — Abondant dans les terres cultivées.
[N® 1437.]
Emilia Cass. (Cassini, qui emploie ce nom générique, n’en fait pas connaître
les origines.)
E. sonchifolia L). C. ; Emilie à feuilles de lailron. Vulgo : Salade à lapins.
— Annuel, haut de 25-60 cm., délicat, plus ou moins droit, à base souvent
couchée et radieante. Feuilles adultes en forme de lyre : les jeunes, sagitlées
et amplexicaules. Capitules blancs, en corymbes très lâches, paucillores, por­
tés sur des pédoncules longs et filiformes. — Abondant le long des routes, au
pied des murs, dans les champs de cannes et de manioc, etc. Alt. 5-700 mèt.
[N° 2510.]
M a r ti n iq u e . Vulgo : Herbe à lapins. — Abondant dans toute l'ile. [N°968.]
E. sagillala DC., E. flammea cass. ; Emilie à feuilles sagilées. Vulgo :
Herbe à lapin, goutfe-de-sang. — Annuel, ornemental, haut de 30-70 cm.,
droit, à tige poilue dans le bas. Feuilles ovales-lancéolées, sagitlées-amplexicaules, poilues sur la nervure médiane, en dessous. Capitules rouge de sang,
en corymbes très lâches et très longuement pédonculés. — Çà et là dans les
champs autour des maisons; abondant dans les cimetières : Gourbeyre, VieuxHabitants, Sainte-Rose, Moule, Morne-à-l’ Eau, etc. [N° 2485.]
M a rt in iq ue . V ulgo : Goutte-de-sang. — Abondant au Parnasse, aux cime­
tières du fort de Saint-Pierre, du Carbel, du Morne-Rouge, de l’AjoupaBouillon. Alt. 5-500 mèt. ("N0 967.]
N o t a . — Tous les Emilia des colonies constituent un bon fourrage.
Senecio L. (du latin « senex », vieux, vieillesse, à cause des aigrettes qui
ressemblent à des cheveux blancs.)
S. lueidus L). C. : Séneçon à feuilles luisantes. V ulgo : Herbe à lapin. Plum.,
éd. Burm., t. 154. — Sullrutescent, très ornemental, droit, très rarement
sarmenteux, haut de l m50-3 mèt., rarement plus haut, à tige grosse, striée,
médulleuse, très glabre. Feuilles larges, luisantes, subcharnues, dentées en
scie : les supérieures, lancéolées et acuminées; les inférieures, elliptiques.
Capitules radiés, jaunes, en corymbes larges, arrondis, pédonculés, axillaires
et terminaux. — Fl. de mai à août. — Assez abondant dans les falaises, sur les

SYNANTHÉRÉES

LABI ATI FLORES

LIGULIFLORES

375

lisières et dans les clairières des grands bois humides: Matouba, Bains-Jaunes,
Gommier, Gourbeyre, Trois-Rivières, etc. Alt. 300-900 mèt. N° 2954.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à pique bâtard. — Chemin de la Trace, AjoupaBouillon, Grand’Anse, etc. [N° 966.]

TRIBU II. — LABI ATI FLORES.
Lerya D. C. (dédié au Français Jean Lery, qui a écrit : Voyage dans la

Terre de Brésil, Larochelle, 1578.)
L. milans D. C. Chaptalia milans Hemsl. ; Lerya à capitule penché. Vulgo :
Dos blanc, guérit-vite. (Chaptalia Hemsl.) SL, t. 150, f. 2. — Annuel, haut
de 15-30 cm., sans tige. Feuilles rosulées, complètement appliquées contre la
terre, larges, en forme de lyre, à segment supérieur large, ové-oblong, garnies
en dessous d’un duvet blanc. Capitule unique, toujours penché, porté sur un
pédoncule de 15-30 cm. de haut, pubescent; aigrettes blanches. — Sur les
talus, dans les champs de toute la Guadeloupe et dépendances. — Cette herbe
est souvent employée dans le pays comme vulnéraire et comme détersive.
Alt. 5-800 mèt. [N® 2470.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Dos blanc. — Dans toute l'île. (N0 1439.J

TRIBU III. — LIGULIFLORES.
Sonchus L. du grec « sogchos » ou « somphos », mou, tendre, spongieux,
par allusion à la consistance de la tige.)
S. oleraceus L. ; Lailron maraîcher. Vulgo : Laitue sauvage, herbe à lapin.
— Annuel, haut de 30-60 cm. Feuilles roncinées, ou subentières ou dentées,
à dents épineuses. Capitules jaunes, en corymbes lâches, terminaux: aigrettes
blanches. Akènes à trois stries et transversalement ruguleux. — Le long des
roules, au pied des murs et dans les terres cultivées L N" 2483.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à lapin, laitue sauvage. [N° 306.]
S. asper V ill.; Lailron âpre. Vulgo : Lailron épineux, herbe à lapin. —
Annuel, très droit, haut de 30-70 cm., à racine grosse, pivotante, à tige
robuste, striée-sillonnéc. Feuilles légèrement roncinées-dentées, à dents
molles. Capitules jaunâtres ou jaunes, en corymbes ramassés, arrondis;
aigrettes blanches. Akènes mous. — Très abondant dans lesterresen friches,
1. Cette plante, évidemment introduite aux Antilles, donne un suc épaissi qui, à la dose
de 15 A 20 cg., jou it de propriétés cathartiques comparables à celles du suc d'elatcrium
Ecballium acjreste Reich.) ; on en tire aussi un caoutchouc en épuisant lu plante par le
sulfure de carbone et en faisant bouillir dans de l'alcool ce résidu de l’évaporation.
(E. 11.)

�376

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DR LA MARTINIQUE

dont il compose souvent 1unique végétation, et dans les champs de manioc
de la région moyenne; moins abondant dans la région du littoral. [N° 3387.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe à lapin. — Abondant. |N° 30 6.]— Introduit
d Europe comme le précédent.
Le Taraxacum officinale W igg., vulgo : Pissenlit, tend à se naturaliser en
Malouba et au Camp-Jacob [N° 28*26]; le Brachyramphus intybaceus 1)C.
fLactuca Jacq.), vulgo : Chicorée, et le Lactuca saliva L., vulgo: Laitue, fleu­
rissent facilement et se rencontrent çà et là à l’état sauvage.
De la tribu des Corymbifères, on cultive très souvent l'Artemisia vulgaris
L. [N° 1737 et l'A Absinlhium L., les deux connus sous le nom vulgaire
d'« absinthe » ; le Tanacetum vulgare L., vulgo ; Herbe aux vers, menthe
glaciale, amande glaciale. X0 3694.]
M a r ti n iq u e . N° 1732.]

CENTIÈME FAMILLE. ---

LOBELIACÉES.

Centxopogon Presl (du grec « kentron », éperon, pointe, et « pogon »,
barbe, parce que les anthères sont velues et que les deux inférieures sont
terminées en pointes.)
C.
surinamensis Presl; Centropogon de Surinam. Vulgo : Bois-poison.
Fl. des Jardiniers, Amateurs el Manufacturiers, vol. III, t. 19. — Arbris­
seau, haut de 0 m90-2 mèt., tantôt très toulfu, tantôt sans branches et nu
dans le bas, droit ou tortueux, à rameaux remplis de moelle. Feuilles briè­
vement pétiolées, ovées ou ovées-oblongues. Inflorescence axillaire; fleurs
rouge foncé, à deux lèvres. Baie globuleuse, large, couronnée par les lobes
persistants du calice. — Fl. presque toute l’année. — Rare. Çà et là dans
les haies de la région moyenne : Camp-Jacob, Matouba. Alt. 500-800 mèt.
[N° 2409.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Orégine. — Rare : Morne-Rouge, Champflore.
[N° 921.]
Siphocampylus Pohl (du grec « siphon », tuyau, et « kampulos », courbe,
parce que le tube de la corolle est courbe.)
S. Berterianus G. Don, Centropogon Berterianus D C.; Siphocampylos de
Bertero. Vulgo : Liane rouge. — Herbe délicate, plus ou moins voluble ou
tortueuse, haute de 0m80-1m40, à tige blanchâtre, striée. Feuilles ovéeselliptiques, flasques, acuminées au sommet, arrondies à la base. Fleurs rouge
pâle, axillaires, solitaires, portées sur de longs pédoncules. — Disséminé dans
les endroits ombragés et sur le bord des rivières des grands bois : Matouba,
Bains-Jaunes. Alt. 500-800 mèt. X’° 2407.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Marti­
nique.

LOBELIACÉES

377

Lobelia Plum. (dédié à Mal h. de Lobel, né en 1538, à Ryssel, en Flandre,
médecin; fut appelé à Londres par Jacques, roi d'Angleterre, mort en 1616,
à Ilighgate; a laissé des écrits ayant trait à la botanique.)
L. Cliffortiana L. ; Lobélie de ClifForl (naturaliste d'Amsterdam). Vulgo :
Herbe-savane. — Petite herbe délicate, haute de 30-45 cm., droite, branchue.
Feuilles ovées, inégalement et grossièrement dentées, pétiolées, petites.
Fleurs blanches, petites, en grappes lâches, allongées, terminales. —
Endroits humides : savanes du Morne-Rouge, des Fonds-Saint-Denis, etc.
Alt. 350-600 mèt. jN° 1748.] — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
Tupa G. Don (nom indigène de la plante au Pérou.)
T.
flavescens A. DC. ; Tupa à fleurs tirant sur le jaune. Vulgo : Fleurmontagne. — Vivace, ornemental, stolonifère, haut de 0IU60-lm*20, droit ou
tortueux, toujours nu dans le bas, sans branches ou peu branchu. Feuilles
ramassées aux extrémités des branches ou de la tige, très rapprochées, lancéolées-oblongues, acuminées, très finement serretées, à dents cartilagi­
neuses et pointues. Inflorescence en grappes simples, allongées, portées sur
un long pédoncule ; fleurs jaunâtres, pédicellées; pédicelles garnis de deux
bracléoles au milieu et d’une grande bractée à la base. — Haute région des
montagnes : abondant à la Savane à Mulets, au cône et ou plateau de la Sou­
frière, Savane aux Ananas, Grande-Découverte, etc. XT° 2408.'|
M a r t i n i q u e . Vulgo : Fleur-montagne. — Abondant à la Montagne-Pelée et
aux Pitons-du-Carbet. XTo 504.'
T.
stneta A. DC. ; d upa à tiges en baguette. Vulgo ; Fleur-montagne. —
Haut de l - l m 70, généralement très droit, stolonifère, herbacé par le haut, à
tiges simples ou multiples, grosses, cylindriques, complètement nues dans le
bas. Feuilles rigides, lancéolées-oblongues, pointues aux deux extrémités,
serretées, à dents émoussées et épaissies au sommet. Inflorescence en grappes
simples, portées sur de longs pédoncules rouges ; fleurs larges, rouge pourpre,
longuement pédicellées, très belles, caractères par lesquels il se distingue
facilement du précédent. — Fl. de janvier en juin. — Peu abondant. Çà et là
dans les endroits humides ou aquatiques de la région supérieure des grands
bois : Bains-Jaunes (environs), Matelyane, coulée de la Ravine-à-Déjeuner, etc. Alt. 800-1000 mèt. [N° 2406. j — Il n'existe pas à la Martinique.

T.
cirsiifolia A. DC.; Tupa à feuilles de cirsium (sorte de chardon).
Vulgo ; Fleur rouge montagne. — Vivace par la base, herbacé par le haut,
élevé de 60-95 cm. Feuilles flasques, lancéolées-oblongues, acuminées aux
deux bouts, dentées en scie, à dents allongées, très pointues. Inflorescence
comme dans le précédent. — Çà et là dans les endroits humides de la Cale­
basse, de la Montagne-Pelée. Alt. 600-900 mèt. X’° 1746. |— Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.

�378

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

T.
persicæfolia A. DG.; Tupa à feuilles de pêcher. Vulgo : Herbe-poison. —
Annuel, ornemental, liant de 0 m60-1,u 20, à lige très feuillue, au-dessus de la
base. Feuilles flasques, pétiolées, ressemblant, quant à la forme, à celles du
pêcher. Inflorescence en grappes feuillues; fleurs rouges, pédicellées, bibracléolées près de la base. — Abondant sur les talus et le long des chemins des
bois des Bains-Jaunes, du Matouba. — Fl. en tout temps, mais surtout d'oc­
tobre à mai. — Alt. 450-800 met. [ N" 2405.]
11 n'existe pas à la Martinique.
T.
conglobala A. DG.; Tupa à boule allongée. Vulgo : Fleur-boule-montagne. — Annuel, parfois vivace par les stolons, haut de 30-60 cm., droit ou
à base couchée, à tige inférieurement nue. Feuilles larges, pendantes ou non,
lancéolées, fortement dentées en scie, acuminées au sommet, brusquement
rétrécies à la base, à pétioles longs, décurrents. — Assez abondant dans les
ravines de la Calebasse. — Fl. en septembre, octobre et quelquefois en jan­
vier. N° 506.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Isotoma Lindl. du grec « isos », égal, et « tomé », section, allusion à la
régularité de la corolle.)
I.
longiflora Presl ; Isotome à fleurs à long tube. Vulgo : Quidec-z’erbepoison, mort aux cabrils, mort aux vaches. Fl., éd. Burm., t. 253; Tuss.,
F l. , IV, t, 25; Desc., vol. III, l. 156, p. 30; SI., t. 104, f. 2. — Bisannuel
ou triannuel, haut de 15-45 cm., à tige branchue ou sans branches, rare­
ment bien droite. Feuilles lancéolées ou oblancéolées, sinuées-dentées,
ressemblant assez bien à celles du pissenlit d'Europe. Inflorescence en cymes
axillaires, pédonculées; fleurs d'un blanc pur, à tube long, cylindrique, à
lobes rotacés. — Fl. de novembre en août. — Herbe dangereuse pour les
animaux qui la mangent; elle contient un suc laiteux et très corrosif, aussi
a-l-on soin de la détruire le plus possible. — Çà et là dans les endroits humides
et aquatiques et dans les savanes herbeuses des basse et moyenne régions :
environs de la Basse-Terre (ravine de Belost), ravines de Houëlmont, TroisHivières, etc. Alt. 20-700 mèt. [N ° 2410. |
M ar ti n iq u e . Vulgo : Herbe-poison, mort aux cabrils. — Environs de SaintPierre, Trois-Ilets, Marin, etc. [N° 4747.]

CENT UNIÈME FAMILLE.

-- GOODÉNIACÉES.

Scævola L. (du latin « scævus », gauche, parce que le pistil se trouve du
côté gauche, par rapport à la lèvre unique de la corolle.)
S. Plumieri Vahl ; Scævola de Plumier. Vulgo : Prune ou cerise bord-demer. Desc., vol. V II, t. 474, p. 92. — Arbrisseau haut de 0"' 60-1™ 40, à lige

GOODÉNIACÉES ---- PLANTAGINÉES

379

grosse, souvent couchée et radicante à la base, dressée aux extrémités, à
racines cylindriques, traçantes, blanches. Feuilles obnvées, succulentes-charnues, entières, fermes, luisantes. Inflorescence en cymes axillaires, pédoncuculées, pauciflores; fleurs blanches. Fruit drupacé, noir, pulpeux, rempli
d'un suc blanc, de la grosseur et de la forme d'une olive. — Vit en société
sur les plages sablonneuses delà Désirade. — Fl. toute l’année, avec plus ou
moins d'abondance. [N° 2997.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Le Scævola Koenigii Vahl [N° 1750], originaire des Indes Orientales, est
cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre.
De la famille des Loganiacées, qui trouve ici sa place, on rencontre au
Jardin botanique de Saint-Pierre les Fagræa ceulanica Thunb. (N° 115 et F.
liltoralis Blume [N° 116], deux grands arbustes,très touffus, à feuilles larges,
obovales et épaisses, à fleurs larges, en cymes. Ils sont originaires de Ceylan.

CENT DEUXIÈME FAMILLE.

—

PLAN TAG INÉ ES.

Plantago L. (du latin « planta », plante du pied, et « ago », je me montre,
à cause de la ressemblance de la ligure laissée par les feuilles pressées contre
la terre avec la trace d’ un pied d’homme.)
P. major L. ; Plantain majeur. Vulgo : Millet. — Herbacé, vivace,
haut de 9-l5cm ., sans tige, à rhizome souterrain, stolonifère(dans les espèces
que j'ai observées). Feuilles larges, radicales, rosulées, alternes, longuement
pétiolées, palminerviées, ovées, souvent dentées à la base, un peu plus
courtes que les hampes, cylindriques, longues de 15-22 cm. Capsule à 16-20
semences, conve’xes du côté placentaire, plates du côté extérieur. — Proba­
blement introduit d'Europe. — Assez abondant dans les champs des environs
du bourg des Trois-Ilets, dans les jardins et aux pieds des murs et vieilles
maisons de Saint-Pierre, de Fort-de-France, du Morne-Bouge, etc. — On se
sert du suc des feuilles contre les ophtalmies; des feuilles, écrasées, comme
vulnéraires; on donne enfin les épis mûrs aux petits oiseaux en cage. — Alt.
5-000 mèt. [N° 1920.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
P. vire/inica L. ; Plantain de la Virginie. Vulgo : Millet. — Annuel, haut
de 25-33 cm. Feuilles spatulées-oblongues, dressées : les inférieures, tom­
bantes, à 5 nervures, très longuement pétiolées, poilues, surtout en dessous;
pétioles poilus; hampes considérablement plus longues que les feuilles;
pyxides à trois semences seulement, concaves du côté placentaire et con­
vexes du côté extérieur. — Les épis mûrs servent de nourriture aux petits
oiseaux. — Assez abondant aux pieds des murs, des vieilles cases, et dans les
endroits abandonnés et fertiles : Basse-Terre, Gourbeyre, Camp-Jacob,
Matouba, Moule, etc. [N02424. — Je ne l ai pas vu à la Martinique,

�380

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Le P. lanceolata L., vulgo : Plantain lancéolé (herbe à cinq côtes), petit
millet, est naturalisé à la Martinique. — Dans les champs des environs du
bourg des Trois-Ilets, dans les environs de Saint-Pierre et dans quelques
jardins de cette ville, et du Morne-Rouge. [N° 1921.] — 11 est très rare à la
Guadeloupe.

CENT TROISIÈME FAMILLE. ---

PLU M BAGINÉES.

Plumbago Tournf. (du latin « plumbum », plomb, et « agere », se conduire,
parce que la racine contient une matière qui laisse sur les mains une couleur
de plomb.)
P. seandens L. ; Denlelaire sarmenteuse. Vulgo : Herbe Mme Bihoret,
sinapisme (à cause de ses vertus vésicantes), collant (à cause de ses
fruits visqueuxi, moutarde du pays (à cause de son âcreté). Desc., vol. III,
t. 172, p. 94; SI., I. 133, f. 1. — Vivace, touffu, très feuillu, haut de 1-3 met.
et davantage, à tiges glabres, striées, coudées en zig-zag, sarmenteuses-grimpantes. Feuilles ovées ou ovées-lancéolées, acuminées au sommet : les infé­
rieures, à base amplexicaule; les supérieures, brièvement pétiolées, légère­
ment pointillées en dessous; elles ressemblent assez bien à celles de la belle
de France. Fleurs blanches, presque sessiles, en épis terminaux, formant
ensemble une large panicule allongée ; calice à 5 côtes, garnies de glandes stipitées et visqueuses. — Fl. de décembre en juin. — Toutes les parties
de la plante ont une saveur âcre et brûlante. Dans le pays, les habitants se
servent des feuilles, froissées, comme vésicantes, en guise de sinapisme. —
Abondant sur le littoral : Basse-Terre, Baillif, Capeslerre (Guadeloupe),
Pointe-à-Pitre, Deshaies, Pointe-Noire, Désirade, Marie-Galante, etc.
[N° 2430.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Sinapisme, herbe brûlante. — Abondant : Saint-Pierre,
Prêcheur, Carbel, etc. [N° 1919.]
On cultive souvent dans les parterres des deux colonies le Plumbago coccmea
Salisb.. rN° 2432], vivace, stolonilere, à tiges presque couchées, à fleurs
rouge foncé, en panicules spiciformes, très allongées, et très souvent le P.
capensis Thunb., arbrisseau vivace, stolonifère, grimpant, à fleurs d un bleu
azuré. Originaire du Cap. [N° 2430.]
M a r t i n i q u e . [N° 1918.]

CENT QUATRIÈME FAMILLE.

LEN TI BU LA R I EES.

Utricularia L. (du latin « utriculus », diminutif de « uter », outre, allusion
aux renflements des segments foliaires, qui ressemblent à de petites vessies.)

LENTI BU LA lt I ÉES

MYRSINKBS

381

U. montana Jacq. ; Utriculaire des montagnes. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl.,
t. 6 .— Petit herbe, haute de 15-35 cm., sans feuilles on avec 1-3 feuilles, lancéolées-oblongues ou ovées-lancéolées, arrondies au sommet, contractées à la
base, situées aü pied delà hampe; tubercules ovoïdes ou ovoïdes-cylindriques,
blancs, transparents, luisants, au nombre de 1-3; hampe droite. Fleurs
grandes, solitaires, ou plus rarement en cymcs uni-triflores, blanches, munies
d’une large tache jaunâtre, au milieu. — Fl. surtout de janvier à août. —
Sur les arbres, dans la mousse ou à terre : bois supérieurs des Bains-Jaunes,
du Matouba, montagne de la Madeleine (Trois-Rivières), Soufrière, GrandeDécouverte, etc. Alt. 700-1480 mèt. N° 2947.]
M a r t i n i q u e . — Bois des Fonds-Saint-Denis, de la Montagne-Pelée, de la
Calebasse, des pitons de Fort-de-France, du Lorrain. [N° 1228.

CENT CINQUIÈME FAMILLE.

-- MYRSINEES.

Myrsine L. (du grec « myrsine », myrte, parce que ces plantes ressemblent
aux myrtes par leur feuillage.)
M. læta A. DG.; Myrsine à feuillage d'un vert agréable. Vulgo : Cacaravet. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 2-5 mèt., nu dans le bas, très
brancbu et feuillu par le haut, à branches presque toujours divariquées et
étalées, à écorce lisse et gris noirâtre. Feuilles petites, coriaces, lancéolées ou
lancéolées-elliptiques, habituellement roulées sur les bords, glabres, garnies
en dessous d’un grand nombre de points transparents. Fleurs très petites,
blanchâtres, en cymes très courtes, glomérulées, axillaires, dispersées tout le
long des rameaux. Drupe ovoïde-globuleuse, deux fois plus petite qu'une
graine de poivre, surmontée du style persistant. — Fl. de février en mai. —
Abondant : Bains-Jaunes, Matouba, Gommier, Trois-Rivières. Alt. 450900 mèt. [N° 2282.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Caca-ravet. — Ajoupa-Bouillon, Champllore, Piton
Gelé, Case-Pilote, etc. j N° 611.]
M. coriacea R. Br.; Myrsine à feuilles coriaces. Vulgo : Caca-ravet. —
Petit arbre, plus rarement arbre d’assez grande taille, d’une élévation moyenne,
de 4-8 mèt., à écorce lisse et grise, à branches souvent fastigiées. Feuilles
plus larges que dans le précédent, lancéolées-oblongues ou ovées-oblongues,
roulées sur les bords, garnies en dessous de nombreux points et de lignes
transparents. Fleurs glomérulées, insérées sur de petites branches courtes
et avortées. Drupe plus volumineuse que dans son congénère précédent. —
Bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, des hauteurs des Vieux-Habi­
tants. j N° 3219.

�382

PLANTES UE LA Gl'ADELOUPR KT DE LA MARTINIQUE

MYRSINÉRS

M a r t i n i q u e . Yulgo : Caca-ravet. — Calebasse, Montagne-Pelée, Pilon Gelé,
Case-Pilote. [N° 146. |

juillet en octobre.— Assez rare : hauteurs des Vieux-Habitants, Gozier(bord
de mer), Marie-Galante (bois de Folle-Anse). Alt. 5-400 mèt. [N° 2281.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-chique. — Assez abondant dans les hauteurs infé­
rieures et pierreuses de Case-Pilote, entre les pierres des environs du Phare
de la Caravelle, des mornes calcaires de Sainte-Anne, etc. [N° 147. j

M. floriblinda R. Br. ; Myrsine à fleurs abondantes. Vulgo : Caca-ravet-montagne. — Arbrisseau rabougri el très touITu, ou grand arbuste à tête arron­
die, élégant, droit. Feuilles petites, oblongues ou elliptiques-lancéolées,
échancréesou rétuses au sommet, fortement roulées sur les bords : les adultes,
opaques. Drupes 1res petites. — Fl. de septembre à février. — Plateau de
la Soufrière, Grande-Découverte, Savane aux Ananas, etc. [N° 3703.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Caca-ravet. — Assez abondant dans le massif des
montagnes entre les Deux-Choux et les Pitons-du-Carbet, notamment sur le
morne d’Amour. [N° 610.]
Grammadenia Benth. (du grec « gramma », ligne, et « aden », glande, parce
que les feuilles sont garnies en dessous de nombreuses glandes linéaires.)
G. parasitica Griseb. : Grammadénie parasite. — Plante épiphyte, ornemen­
tale, longue de 0 m60-1m20, à branches pendantes ou horizontales, a écorce
grise. Feuilles oblancéolées, sessiles, brièvement acuminées, entières. Fleurs
blanchâtres, tachetées de points noirs, en petites grappes axillaires, coniinées
aux aisselles des dernières feuilles des rameaux, deux ou trois fois plus courtes
que les feuilles. Drupe petite, noire. — Rare : çà et là sur les arbres du
Matelyane et de la coulée de la Ravine-à-Déjeuner. Alt. 800-950 mèt.
[N° 3479.] — 11 n'existe pas à la Martinique.
Ardisia Sav., Miq. (du grec « ardis » , pointe, épine, parce que les diflerentes parties de la fleur sont pointues.)
A. laurifolia A. DC., A. lateriflora, var. latifolia Sieb. ; Ardisier à feuilles
de laurier. — Grand arbuste, élégant, très branchu, droit, à branches et tige
nues dans le bas. Feuilles coriaces, lancéolées-oblongues ou elliptiques,
terminées en pointe, arrondie, rétrécies, à la base, en un large pétiole marginé.
Fleurs blanches, d’une odeur très suave, en corymbes composés, axillaires,
ombelliformes. — Fl. presque toute l’année. — Peu abondant : çà et là dans
les bois humides des Bains-Jaunes, du Matouba , des Trois-Rivières, des
\ ieux-Habitants. Alt. 400-900 mèt. [N° 2*283.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Aralie-z’abricot. — Fonds-Saint-Denis, Case-Pilote
(bois de la savane Saint-Cvr), Camp de l’Alma, Lorrain. [N° 236.]
A. guadalupensis Duchass. ; Ardisier de la Guadeloupe. Vulgo : Bois petit
chique. — Arbuste haut de 2-3 mèt., rarement plus élevé, élégant, à branches
nombreuses, fastigiées. Feuilles cartilagineuses, obovées-oblongues ou elliptiques-oblongues, contractées, à la base, en un court pétiole. Inflorescence en
grappes composées, pyramidales, terminales; fleurs tantôt orangées, tantôt
jaunâtres, tantôt vert jaunâtre. — Fl. de décembre en février et souvent de

383

Les A. crenulala Vent. [N° 1732], petit arbrisseau des plus élégants, et A.
hurnihs Vahl. (A. solanacea Roxb.), arbuste haut de 2-3 mèt. [N° 240], sont
cultivés au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans beaucoup d’autres jar­
dins.
Conomorpha A. DC. (du grec « konos », quille, et « morphé », forme, allu­
sion au pistil, qui est court et en forme de quille.)
C. peruviana A. DC.; Conomorphe du Pérou. Vulgo ; Bois-chique.—
Arbuste ou petit arbre, peu branchu, nu dans le bas, haut de 2-4 mèt., à
jeunes rameaux couverts de petites pellicules. Feuilles ovales, ou obovéeselliptiques, très brusquement rétrécies, au sommet, en une pointe courte,
garnies, en dessous, d'une infinité de points noirs, qui ne se voient que sous la
loupe, inflorescence en grappes simples, axillaires, plus courtes que les
feuilles. Drupe rondâtre, tachetée de lignes et de points bruns, comme le sont
toutes les drupes des espèces de Myrsine et d’Ardisia ci-dessus dénommées.
— Fl. en mars, avril. — Rare ; Pigeon (dans les grands bois, sur une crête
au pied du morne Desboulais, au-dessus de l’habitation Maler. 1N° 3734.] —
Il n’existe pas à la Martinique.
Jacquinia L. (dédié au célèbre botaniste autrichien Nic.-Jos. Jacquin, né en
1727, à Leyden, médecin, a collectionné, de 1754 à 1759, dans les Indes
Occidentales, des plantes pour les Jardins botaniques impériaux de Vienne et
de Schoenbrun, qu'il avait fondés, directeur du Jardin de l’Université, mort
en 1817. A écrit : Enumeratio systemalica plantarnni quas in insulis caribæis vicinoque Americæ continenti detexil; Selecfarum arnericanarurn
slirpium hisloria ; Observaliones bolanicæ ; Hortus botanicus vindob ; Flora
auslriaca, etc.)
J.
armillaris Jacq.; Jacquinie à bracelets. Vulgo ; Bois-casse-cou, olivier
bâtard (à Marie-Galante), boit-la-tièvre, graine à fièvre (à Vieux-Fort). Jacq.,
Sel. Am. stirp. hisl., t. 39; SL, t. 190, f. 2. — Arbuste haut de l m50-2m80,
très élégant, nu dans la base, à écorce lisse, blanchâtre ou cendrée, à branches
nues, verticillées par 4-5, nombreuses, courtes. Feuilles d’un vert très pâle,
très rigides, verticillées par 3-5, roulées sur les bords, obovées ou spatulées,
arrondies au sommet et souvent mucronulées. Inflorescence en grappes
courtes, ombelliformes, terminales, très nombreuses; fleurs blanc pâle, tirant
légèrement sur le jaune. Drupe subglobuleuse, de couleur orange, de la gros­
seur d'un pois, surmontée du style robuste et persistant. — Fl. généralement

�384

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

de février en avril et d'octobre en décembre. — Les Caraïbes, après avoir
enlevé la pulpe, perçaient les noyaux et en fabriquaient des bracelets. Avec
les feuilles et les jeunes liges, macérées et mises dans l'eau, on peut enivrer
les poissons. — Assez abondant dans les falaises et entre les rochers du bord
de mer, et souvent un peu 4 l'intérieur : Vieux-Fort, Marie-Galante (Capesterre, sur les mornes calcaires), Gozier (bord de mer), Saint-François, etc.
[N° 2280.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bois-bouc (à la Caravelle), bois-bracelet. — Caravelle
(habitation Le Ferré et environs du Phare. |N" 1730.]
Le J. ruscifolia Jacq. [N° I727|. petit arbrisseau, très élégant, à feuilles
très piquantes, originaire des montagnes de la Havane, et J. arislata Jacq.
N,J 1731], grand arbuste, à feuilles également piquantes, à (leurs de couleur
orange, sont cultivés au Jardin botanique de Saint-Pierre.

CENT SIXIÈME FAMILLE.

-- SAPOTACÉES.

Chrysopbyllum L. (du grec « chrusous », d'or, et « phyllon », feuille, parce
que les feuilles sont dorées en dessous.)
C. Cainilo L. ; Chrysophylle kaïmite. Vulgo : Kaïmitier ou kaïnitier. Desc.,
vol. II, t. 70, p. 13; Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 37. — Petit arbre ou arbre
de taille moyenne, à écorce noirâtre, gercée. Feuilles ovales ou oblongues, ou
ovales-oblongues, dorées, soyeuses en dessous. Inflorescence en fascicules
axillaires, disposés tout le long des branches, à l'aisselle des feuilles, comme
cela a lieu dans toutes les Sapotacées du pays. Fruit large, ovoïde ou sphé­
rique, selon les variétés, de la grosseur d’une pomme, rempli d’un suc blanc
et gluant ; semences 8-10, dont 2-4 seulement se développent. — FL en mai.
juin, juillet. — Les fruits sont stomachiques et astringents; l’aubier est
tendre, mais le cœur est dur et noirâtre L — Rare à la Guadeloupe ; BasseTerre, Camp-Jacob (habitation Rollin), Trois-Rivières. [N d 3672.]
M a rt in iq u e . Vulgo ; Kaïmitier, kaïmitier blanc. — Abondant : Saint-Pierre,
Carbet, Prêcheur, Trinité, François, etc. ;N° 264.] — Par la culture et la
greffe, on a obtenu plusieurs variétés, supérieures à l espèee-type par le
volume de leurs fruits; la variété Martinicensis Pierre, vulgo : « La grosse
blanche », en est une des plus appréciées. [N° 262.]
C. cæruleum Jacq.; Chrysophylle à fruits bleus. Vulgo ; Kaïmitier noir,
gros bouis. Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 37. — Grand arbre, cultivé çà et
là à la Martinique.— Le fruit est sphérique, beaucoup plus petit que celui du
1. É c o r c e t o n i q u e e x c i t a n t e , a m a n d e a m è r e à é t u d i e r .

précédent, de couleur bleu foncé. Rare : Jardin botanique, fontaine Didier,
Parnasse. [N° 263.] — Cet arbre ne tardera pas à disparaître du sol de la
Martinique.
C. g la.brum Jacq. ; Chrysophylle à feuilles glabres. Vulgo ; Bois-Kabi, kaïmiticr-bois, bois de bouis. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 38, f. 2. — Petit
arbre, haut de 6-12 mèt., rarement plus grand, très branchu, à branches
étalées ou fasligiées. Feuilles elliptiques-oblongucs ou oblongues : les jeunes,
garnies, en dessous, d'un duvet très fin, plus ou moins argenté et luisant; les
adultes, glabres en dessous. Drupe mûre, bleu foncé en dehors, renfermant
une pulpe blanche laileuse, mangeable, de la grosseur et de la forme d’une
grande olive ou plus grosse. — Fl. en mai, juin, juillet. — Le bois est recher­
ché pour la construction. — Assez abondant dans les bois inférieurs des BainsJaunes, du Matouba, du Gommier, hauteurs des Vieux-Habitants, etc. Alt.
200-700 mèt. [N° 2911.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-Couis, petit bouis. — Abondant dans les bois
inférieurs : Parnasse, morne Saint-Martin, fontaine Didier, Champflore, etc.
[N 05 265, 266, 269.]
C. argenleum Jacq.; Chrysophylle à feuilles argentées en dessous. Vulgo ;
Petit bouis, prune, bois-glu (à Marie-Galante), acomal (à la Grande-Terre).
— Ressemble au précédent; il en diffère par son écorce plus blanchâtre, ses
feuilles habituellement plus petites et garnies, en dessous, d'un duvet serré et
fortement argenté. — Ses fruits se mangent également. — Se plaît dans la
basse région sèche : Vieux-Habitants, Morne-à-I Eau, Moule (rare), Gozier
(bord de mer), Marie-Galante (boisde Folle-Anse). Alt. 5-200 mèt. [.\°2912.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bouis. — Parnasse, bord de mer, entre le bourg de
la Trinité et le Robert, Trois-Ilets, etc. N° 747. j
Sapota Plum. (du nom indigène au Mexique « cochit-zaboil ».)
S. Achras M ill, Achras Sapota L. (du grec « achras » , poirier, parce que
les fruits de cet arbre sont bons à manger, comme ceux du poirier d’ Europe :
« achras » s’applique réellement au poirier sauvage, dont les fruits n'étaient
pas mangeables ; de « achraios », inutile, sans usage.) Vulgo : Sapotillier.
Tuss., F l ., I, t. 5; Desc., vol. IV, t 259, p. 112; Br. Jam., t. 19, f. 5; SL,
t. 69. — Grand arbre, très branchu, à frondaison arrondie, à branches infé­
rieures horizontales, à jeunes rameaux, pédicelles et pétioles garnis d'un
duvet couleur de rouille. Feuilles ramassées aux extrémités des branches,
très rapprochées, lancéolées-oblongues ou plus ou moins elliptiques. Fleurs
solitaires, situées aux aisselles des dernières feuilles des rameaux. Le fruit
est une pomme dont le volume et la forme varient beaucoup, selon l’exposi­
tion et le terrain ; la pulpe est fondante, d'un jaune roux, traversée par des
lignes sanguines ou blanchâtres; semences 10, dont très souvent plusieurs,
rarement toutes, avortent. — Ce fruit est diurétique, mais les graines le
Diiss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

25

�386

PLANTES PE LA GUADELOUPE ET PE LA MARTINIQUE

SÀPOTACÉES

sont à un degré plus élevé; dans le pays, on les écrase, après les avoir débar­
rassées du lesta, et on en prépare une tisane. L ’arbre contient, comme la
plupart des plantes de celte famille, un latex blanc, résinoïde, analogue à la
gutta. Le bois est rougeâtre, dur et incorruptible; il sert pour la menuise­
rie. le charronnage, et pour construction dans 1eau et dans la terre. — Il
fleurit habituellement deux fois par an. — A la Basse-Terre, on mange de
ses fruits presque toute l’année; les chauves-souris leur font une guerre achar­
née. — Abondant dans la basse région de toute la Guadeloupe et dépen­
dances. [N° *2914.]
M artinique . Yulgo : Sapotillier. — Abondant dans toute l’ile.

X° 1909.]

Sideroxylon L. (du grec « sideros », fer, et « xulon », bois, parce que le
bois est très dur.)
S. Maslichodendron Jacq., Bumelia pallida Sw. ; Sideroxylon produisant
du mastic (du grec « mastiché », mastic). Yulgo : Acomat, acomat franc,
acomat bâtard. Desc., vol. II, t. 88, p. 86. — Grand arbre, à tronc droit, à
fronde élancée, à branches peu étendues : les inférieures, pendantes ou très
penchées, à écorce peu gercée. Feuilles ovales, membraneuses, ondulées
sur les bords. Inflorescence en fascicules axillaires, très nombreuses, situées
tout le long des rameaux; fleurs petites, jaune verdâtre, à odeur forte et
agréable; pédoncules courts. Drupe jaunâtre, lisse, de la forme et de la gros­
seur d’une olive, contenant un suc jaunâtre, très visqueux et dune saveur très
amère; semence 1, dure, polie, amère. — Fl. de septembre â novembre;
fruits mûrs en février et mars. — Cet arbre est devenu rare à cause de
l’excellence de son bois pour la construction; il est dur, compact, jaunâtre
en dedans. Son incorruptibilité dans la terre et dans l’eau tient sans doute à
son amertume, qui le rend inattaquable par les insectes. — Vieux-Fort
(quelques pieds), environs de la Basse-Terre (ravine de Belost) ; çà et là au
Moule, Marie-Galante (bois de Folle-Anse). [N° 2915.]
M art inique . Yulgo : Acomat. — Très rare : Caravelle (environs du Phare,
quelques pieds), hauteurs inférieures des Trois-llets. [N° 1920.]
S. chrysophijlloides Mich, Bumelia lena W illd ; Sidéroxylon ressemblant
au chrysophylle. Yulgo ; Kaïmitier-bois. — Arbre parfois énorme et très
élancé, à tronc très anfractueux, surtout à la base, à branches horizontales,
à écorce grise et crevassée. Feuilles rigides, obovales, assez brusquement
rétrécies, au sommet, en une pointe courte, contractées à la base ; les jeunes,
dorées en dessous et luisantes; les adultes, blanchâtres argentées. Fruit
cylindrique, obtus aux deux bouts, long de 3-4,5 cm. sur 4-7 mm. d’épaisseur;
comestible. — Çà et là dans tous les grands bois inférieurs des Bains-Jaunes,
du Gommier, du Matouba, de la Pointe-Noire (au-dessus de l’habitation
Longcase), etc. — Alt. 400-700 mèt. [N° 3379.]
M a b t i n i q u e . Yulgo : Bois à rames. — Çà et là dans les bois des hauteurs

387

de Case-Pilote et de la fontaine Absalon, où je l’ai trouvé à l étal de petit
arbre. [N° 268.J
Mimusops L. (du grec « mimo », singe, et « ops », aspect, parce que les
fleurs ont l’dspect d’une tête de singé.)
M. Riedleana Pierre ; Mimusops de Riedlé. Yulgo ; Bois noir, bois-négresse,
sapotillier marron.— Arbre de taille moyenne, à tronc peu élevé, à branches
allongées, droites, divariquées, à écorce noire et épaisse. Feuilles ramassées
aux extrémités des rameaux, cartilagineuses, elliptiques, rigides, longuement
pétiolées, à nervures droites, parallèles, très rapprochées, à face inférieure
ruguleuse-pelliculée et couleur de rouille. Fleurs blanches, très odorantes,
fasciculées et confinées aux aisselles des dernières feuilles des rameaux. fruit
légèrement ruguleux, sphérique, pédoncule, de la grosseur d’une prune,
surmonté du gros style persistant. — FL en juin, juillet. — Assez abondant
dans les endroits secs des bois du massif de Houëlmont, surtout sur la crête
Millan, aux mornes Goblin, Boucanier, Hirondelle, etc.; rare dans les bois
des Bains-Jaunes, du Matouba; plus abondant dans les hauteurs des VieuxHabitants. [N° 3263.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Balata. — Hauteurs de la Rivière-Salée, de la Bégaie.
— Le bois est recherché pour la construction. (N° 252.]
Le Mimusops Elençji L., est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre.
[N° 1908.]
Oxythece Miq. (Lucuma Juss.) (du grec « oxus », pointu, et « theké », four­
reau, étui, allusion aux étamines soudées en tube aminci au sommet.)
0.
/lahnianum Pierre; Oxythèce de Hahn (horticulteur et collectionneur
martiniquais). Vulgo : Balata rouge. — Très grand arbre, à tronc droit,
anfractueux, surtout à la base, à branches très étalées, à écorce grise, épaisse.
Feuilles cartilagineuses, larges, obovées, arrondies au sommet, blanchâtres
en dessous. Inflorescence en fascicules axillaires, pédonculés, confinés aux
aisselles des feuilles de l’extrémité des branches. Fruit pulpeux, jaunâtre,
long de 5-7 cm. sur 4-5 cm. d’épaisseur, à pulpe mangeable. — Çà et là dans
les grands bois inférieurs de la Pointe-Noire, de Deshaies, bois de la BavineChaude, de Sofaya, etc. — Le bois est recherché pour la construction ; il est
dur, élastique, d’une teinte rouge brun, et se conserve indéfiniment dans la
terre et dans l’eau. [N° 3493.]
M a r ti n iq ue . Vulgo : Bois Balata, bois Balate. — Dans tous les grands
bois des Fonds-Saint-Denis, du Camp Balata, de l’Alma, du Lorrain, etc.
[N os 253, 254.]
Guapeba Gômez (nom de la plante au Brésil.) (Guapebeira Gomez. —
Lucuma Juss.)
G.
semccarpifolia Pierre; Guapébéà feuilles de semecarpus. Yulgo ; Boiscontrevent. Desc., vol. V, t. 346, p. 160. — Grand et bel arbre, à tronc

�388

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

élevé, très branchu, à branches inférieures très étalées et horizontales, à
écorce noirâtre, gercée. Feuilles larges, obovales, subcordées à la base et
rétrécies en un pétiole large cl court. Inflorescence en fascicules axillaires,
sessiles, très nombreux, situés tout le long des rameaux. Fruit inconnu.
— Fournit un bois recherché pour la construclion. — Çà et là dans les grands
bois de l’Alma, du Lorrain, delà fontaine;Absalon. [N ° 255.j — Je ne l’ai
pas trouvé à la Guadeloupe.
Dipholis A. DC. (du grec « dis », deux fois, et « pholis », écaille, pellicule,
parce que la corolle est garnie d'une double rangée d'appendices, dont les
extérieurs se trouvent entre les divisions de la corolle, et dont les intérieurs
alternent avec les blets.)

10

D. salicifolia. A. DC. ; Dipholis à feuilles de saule. Yulgo : Acomat bâtard.
SI., t. 205, f. 2; Br., Jam., t. 17, 1'. 4 ; Rich., Cuba, t. 54, f. 2. — Petit arbre,
plus rarement arbre de taille moyenne (dans nos colonies), à tronc droit, très
branchu, à branches habituellement courtes, infléchies ou plus ou moins hori­
zontales, à rameaux garnis, à l’extrémité, d’un duvet soyeux. Feuilles lancéo­
lées, pointues aux deux bouts. Inflorescence en fascicules axillaires, très rap­
prochés et nombreux, disposés tout le long des rameaux ; fleurs verdâtres, très
odorantes. Drupe ovoïde-allongée, noire, de la grosseur d'une petite cerise.—
Fl. en mai, juin; fruits mûrs en août et septembre. — Abondant sur les
mornes calcaires de toute la Grande-Terre, de Marie-Galante. (N° 2913.] —
il n’existe pas à la Martinique.
Bumelia S\v. Gaert. (du grec « boumelia », c’est-à-dire le grand Melia des
anciens auteurs, qui est le Fraxinus excelsior L. et qui n’a aucun rapport avec
notre plante; Fauteur a voulu perpétuer le nom antique d'une plante à haute
tige, parce que les Bumelia sont souvent des arbres de grande taille.)
Lucuma Molina (nom indigène de la plante au Pérou.)
L. Dussiana Pierre. Vulgo : Pomme-pain. — Arbre de taille moyenne,
plus rarement de grande taille, droit, à branches plus ou moins étalées, à
tronc nu jusqu'à une grande hauteur. Feuilles obovales-ellipliques, coriaces,
rétrécies à la base, arrondies ou réluses au sommet. Inflorescence en fasci­
cules axillaires, pédonculés, disposés tout le long des rameaux. Fruit ovoïde,
ou sphérique-déprimé, environ une fois plus volumineux qu’un œuf de poule,
lisse en dehors et jaunâtre, à pulpe brun jaunâtre; mangeable. — Fl. en
octobre, novembre, janvier, comme aussi en juin et juillet. — Le bois est
très apprécié pour la charpente. — Assez abondant dans les bois du massif
de Houëlmont, des hauteurs de Bouillante, de Pigeon, de la Pointe-Noire;
plus rare au Gommier et dans les bois des Bains-Jaunes. Alt. 300-700 mèt.
[N° 2916.]
M art inique . Vulgo : Bois de pain d’épice. — Morne-Rouge, Champllore,
Fonds-Saint-Déni s, Grand’Anse, etc. Nos 257, 258.]

SAPOTACKES

STVRACÉES

389

L. ma mm osa Gærtn. ; Lucuma à fruits en forme de mamelle. Vulgo : Sapote,
grosse sapote. SL, t. 218. — Habituellement arbre de petite taille, assez
rarement arbre de taille moyenne, droit ou quelquefois tortueux, à écorce
rougeâtre, ruguleuse-gercée, à jeunes rameaux garnis d’ un duvet laineux et
gris. Feuilles larges, cartilagineuses, obovées-allongées ou spatulées. Fleurs
fasciculées, sessiles, disposées tout le long des rameaux. Fruit mammiforme,
volumineux, contenant une semence. — Il est d’une saveur fade et générale­
ment peu apprécié. L ’amande est agréable au goût, mais un peu amère;
gragée, elle entre dans la confection des crèmes. Le fruit, avant sa maturité,
est doué de vertus astringentes et peut servir contre les diarrhées rebelles
et chroniques. — Fl. en août, septembre et octobre. — Peu abondant.
Cultivé çà et là autour des maisons ; Camp-Jacob (Choisy), Montéran,
Gourbeyre, Trois-Rivières, Morne-à-l’Eau, Moule, etc. Alt. 10-550 mèt.
[N° 3734.]
M a r t i n i q u e . Vulgo: Sapote à crème. — Çà et là dans toute lile. [N°1901.]

CENT SEPTIÈME FAMILLE.

-- STVRACÉES.

Styrax L. (du grec « sturax », nom de la gomme résineuse qui découle
de ces arbres.)
S. glabrum S\v. ; Styrax nu. Vulgo : Oranger des bois, cypre-orange.
— Le plus souvent petit arbre, plus rarement arbre de taille moyenne,
droit, à branches très divariquées, nombreuses, étalées, à écorce gris
blanchâtre. Feuilles elliptiques ou elliptiques-oblongues, subentières, poin­
tues, garnies en dessous d’ une couche de petites squamules blanches.
Fleurs blanches, très odorantes, en cymes axillaires, racémil’ormes; éta­
mines monadelphes; anthères jaunes. Fruit ovoïde, long.de 20-25 mm.,
surmonté du style persistant, posé dans une cupule formée par le calice
persistant. — Fl. souvent deux fois dans l’année, en juin et juillet, et aussi
en octobre et novembre. — Le bois est dur, d une teinte jaune foncé et
nuancé; il passe pour être incorruptible. — Çà et là dans tous les bois des
Bains-Jaunes et du Gommier. [N uS 3262, 3707. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Laurier caraïbe, bois-madame. — Bois de la Cale­
basse, de l’Ajoupa-Bouillon, de Fontaine-Chaude, de Case-Pilote (savane
Saint-Cyr). Alt. 250-650 mèt. [N° 1728.]
Symplocos Jacq. (du grec « sumploké », noué, parce que les filets stamiminaux sont concrescents avec la base de la corolle.)
S. martinicensis Jacq. ; Symploce de la Martinique. Yulgo : Graine bleue.
Sw., Observ., I. 7, f. I; Jacq., Sel. Am. st. h i s t t. 175, f. 68, la fleur.

�391

ÉBÉNACÉES ---- OLÉINÉES

Petit arbre, haut de 6-9 met., à branches nombreuses, le plus souvent
fastigiées. Feuilles jamais complètement ouvertes, elliptiques, subentières
ou crénelées. Inflorescence en cymes axillaires, avec branches à 3-7 fleurs
blanches odorantes. Drupe pulpeuse, bleu foncé, cylindrique-oblongue ou
obovée-elliptique, ou ovale, longue de 9-12 cm. sur 5-7 mm. d'épaisseur. —
— Fl. principalement d'octobre en janvier. — Abondant : Camp-Jacob,
Bains-Jaunes (bois inférieurs), Gommier, Vieux-Habitants, Pigeon, Bouil­
lante, etc. ! N° 2236.
M a r t in iq u e . Vulgo : Graine bleue, caca-rat. — Abondant : Morne-Bouge,
Champflore, Fonds-Saint-Denis, Case-Pilote, Case-Navire, La Régale, etc.
Alt. 350-700 met. Nos 1494-1727.]
S. guadalupensis lvr. et Urb.; Symploce de la Guadeloupe. Vulgo :
Graine bleue de montagne. — Arbre de taille moyenne, assez souvent de
grande taille, droit, entièrement glabre, à écorce noirâtre ou grise, lisse, à
branches peu allongées, horizontales ou penchées. Feuilles rigides, lan­
céolées, acuminées aux deux extrémités, plus petites que dans le précédent,
vert pâle. Inflorescence en petites grappes plus courtes que les feuilles, ne
portant environ que huit fleurs blanches, très odorantes. Drupe ovée-elliptique, rétrécie â la base, longue de 12-15 cm. sur 8 mm. d'épaisseur. —
Fl. de février en mai. — Dans les bois supérieurs du Haut Matouba (Ravineà-Déjeuner), chemin du Matelyane à la Savane aux Ananas, où il est souvent
rabougri. Alt. 800-1100 met. i Nos 2989, 3407.] — 11 n'existe pas û la Marti­
nique.
CENT HUITIÈME FAMILLE. ---

ÉBÉNACÉES.

Diospyros L. (du grec « dios », divin, et « puros », nourriture, parce que
les principales espèces de ce genre ont des fruits d’ une saveur agréable.)
•

D. EbenaslerRciz.; Plaqueminier-ébène. Vulgo : Barbacoar, bois-négresse.
— Arbre de taille moyenne, souvent plus ou moins tortueux, à branches très
divariquées. horizontales, à écorce noire, extrêmement crevassée et se
détachant par plaques. Feuilles cartilagineuses, luisantes : les adultes,
obovées; les jeunes, elliptiques. Fleurs dioïques, blanches, axillaires : les
mâles, caduques, en petites grappes beaucoup plus courtes que les feuilles;
les femelles, solitaires. Fruit déprimé-rondâlre, de la grosseur et delà forme
d’une petite pomme reinette, contenant 2-4 graines aplaties-convexes.
L’intérieur est rempli d'une pulpe noirâtre. — Les graines, écrasées et mises
dans l’eau, enivrent les poissons. Le bois est très amer et aussi dur que le
chêne ; il a une teinte gris foncé ; à cause de son incorruptibilité, on l’emploie
pour les constructions dans l’eau et dans la terre. — FL en juin, juillet,
août. — Assez abondant dans les bois du massif de Houëlmont; plus rare

dans les bois des Bains-Jaunes et du Gommier; se rencontre aussi dans les
hauteurs de Bouillante (Trou au Trois-Diables), et dans les bois inférieurs
de la Pointe-Noire. [N° 2573.] — 11 n’est pas à la Martinique.

CENT NEUVIÈME FAMILLE. ---

OLÉINÉES.

Mayepea Aubl. (de « Mayepé », nom indigène de la plante à la Guyane.)
M. caribæa O. Kze, Chionanthus compacta S\v.; Mayepé des Caraïbes.
Vulgo : Bois de fer, bois de fer blanc. (Linociera Sw.) — Petit arbre, haut
de 8-10 met., droit, à branches fastigiées ou divariquées, à écorce cendrée,
presque lisse. Feuilles coriaces, presque jamais ouvertes, elliptiquesoblongues. Inflorescence en panicules pyramidales, larges, axillaires, confinées
à l’extrémité des branches, quelquefois terminales. Fleurs d'un blanc très
pur, exhalant une odeur faible, mais très agréable. Drupe suboblique-ovoïde,
allongée, brun noir. — FL en avril, mai, juin. — Le bois est dur, incorrup­
tible cl sert pour les constructions souterraines. — Croît dans tous les bois
inférieurs plus ou moins secs, sans être abondant nulle part : Vieux-Fort
(hauteurs pierreuses), Vieux-Habitants, cours inférieur de la rivière Noire,
Pointe-Noire, Trois-Rivières (bord de mer). Alt. 10-700 met. 1 [N° 2244.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois de Ter. — Morne-Bouge (Calvaire), hauteurs du
Prêcheur, et des Anses-d'Arlel, etc. [N° 1234.;
M. Du ssii Kr. et Urb. Vulgo : Acomat du pays. — Petit arbre, haut de
4-7 met., droit, très branchu. Feuilles coriaces, ovales ou elliptiques, acumi­
nées au sommet. Inflorescence en panicules axillaires, larges; fleurs blanches,
très odorantes, pédicelles et pédoncules garnis d une pubescence line et grise;
lobes de la corolle plus larges que dans le précédent. Drupe subglobuleuse.
— FL en juin, juillet. — Assez rare : dans le bois entre la rivière de la
Capote et le versant occidental du Champflore. [N° 336.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
Forestiera Poir. (dédié au Français Charles Le Forestier, collaborateur de
Lefébure pour VAlbum floral des plantes indigènes de France, Paris, 1829.)
F.
rhamnifolia Griseb., variété Martinicensis lvr. et Urb.; Forestière à
feuilles de Rhamnus. — Grand arbuste, haut de 2-4 mèt., très branchu, à
branches minces, allongées, à lige nue. Feuilles ovées, obtusément pointues.
Inflorescence en petits chatons racémiformes, axillaires, extrêmement nom1. L e M a y é p é
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�392

PLANTES

DR LA GUADELOUPE

ET DE LA MARTINIQUE

breu\ ; fleurs vertes, polygames. Drupe petite, bleu foncé, longue de 5-7 mm.
sur 3 mm. d épaisseur. — Fl. en septembre et octobre. — Rare : çà et là sur
les mornes pierreux et secs de Vieux-Fort. [N° 3244.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Caca ravet, graine bleue bâtard. — Sur les mornes
calcaires de Sainte-Anne. N° 640.]

CENT DIXIÈME FAMILLE. ---

JASMIN FFS.

Jasminum L. (de « Jasmin », nom de la plante chez les Arabes.) On cultive
fréquemment les espèces suivantes, mais dont aucune n’est indigène :
J.
Sambac Ait. Yulgo : Jasmin double. — Arbrisseau sarmenteux-torUieux,
à tleurs presque toujours doubles, d’une odeur forte et exquise. — Dans les
jardins abandonnés, on le rencontre quelquefois avec des fleurs simples.
Originaire des Indes Orientales. [N° 2286.] — Martinique. [N° 342. j
J. humile L. Vulgo : Jasmin jaune. — Arbrisseau buissonneux, haut de
2-4 met., à feuilles imparipennées de 5-7 folioles, à fleurs jaunes, à odeur
faible. N" 2287.] — Martinique. [ N° 345.J
J. grandiflorum L. Yulgo : Jasmin odorant. — Sarmenteux, grimpant, à
feuilles imparipennées de 5-11 folioles, à fleurs blanches, d'une odeur forte
et très agréable. [X° 2284.J — Martinique. f \ ° 641.]
J. azoricum I,.; Jasmin des Açores. Yulgo : Jasmin à bouquet. — Sarmen­
teux, grimpant, à fleurs blanchâtres ou rosées, en panicules terminales, à
odeur des plus suaves. — Rare à la Guadeloupe : Basse-Terre, Pointc-àPitre. N° 3697.] — Plus abondant à la Martinique. N’° 341. i
J. undulalum Ker-Gawl. Yulgo : Jasmin blanc. — Arbrisseau d’abord droit,
ensuite sarmenteux, à feuilles ondulées sur les bords, à fleurs blanches, odo­
rantes, larges, en cvmes ombelliformes, à corolle rotacée. [N° 2285.] — Mar­
tinique. [N° 642.]
J. pubescens W illd., J. mulliflorum Andr. — Arbrisseau d’abord droit,
ensuite sarmenteux, très branchu, à jeunes tiges, feuilles, pédoncules, pédicelles et pétioles garnis d’un duvet gris ou roux, à fleurs blanches, sans
odeur, en cymes courtes, terminales, très nombreuses. C’est l espèce la plus
commune : elle se propage avec une grande facilité par ses racines slolonifères ; on la rencontre souvent aussi dans les cimetières. |"N°2288.J — Marti­
nique. X° 339.j
Tous les jasmins ci-dessus dénommés fleurissent sans interruption, mais
ne produisent pas de fruits.
Au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans quelques jardins de cette ville,
on cultive le Nyctago arbor-trislis L., arbrisseau droit, qui fleurit tout le
temps et rapporte des fruits. Originaire de l'Asie tropicale. [N° 343. )

Allamanda L. (dédié au Dr Fr. Allemand, cpii, dans la seconde moitié du
xviu" siècle, était professeur d’histoire naturelle à Leyde. Il a entrepris en
Amérique un voyage marqué par la découverte de beaucoup de plantes nou­
velles; il a aussi publié une édition des ouvrages d histoire naturelle de
Rufl’on.) '
A. caihartica L., Orelia grandiflora Aubl.; Allamada purgative. Vulgo :
Liane à lait. — Arbrisseau-liane, haut de 3-6 mèt., à écorce noire ou noirâtre.
Feuilles verticillées par 5, elliptiques-oblongues ou oblancéolées. Fleurs
jaunes, larges ; corolle à tube infundibiliforme, brusquement dilaté. — Cette
belle liane est constamment couverte de fleurs, mais ne produit pas de fruits;
elle a été très probablement introduite du Brésil ou de la Guyane L Usitée dans
tous les jardins de l’île pour la garniture des treillis, des grillages et des
tonnelles. [X° 2613.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Liane à lait. — Dans toute l'ile, soit à l’état de culture,
soit à l’étal sauvage, dans les broussailles et les haies : Robert, Lamentin, etc.
[X° 1869.]
«
L Allamanda Scholtii Pohl, du Brésil, arbrisseau touffu, à branches tor­
tueuses, allongées, est cultivé au Jardin botanique et dans beaucoup d'autres
jardins du pays; il fleurit abondamment e( donne une riche récolte de fruits.
[N° 1870.]
Rauwolfia Plum. (dédié à Léonard Rauwolf, qui a voyagé en Orient, de
1573-76, et a écrit, en autres choses : Flora orientalis, et son voyage en
Orient.)
R. Lamarckii A. DC.; Rau-wolfie de Lamark. Yulgo : Bois-lait petit. Lam.,
///., t. 172, f. 1. — Arbrisseau buissonneux, élégant, haut de l-2 m50, à suc
laiteux, comme le sont la plupart des plantes de cette famille. Feuilles verti­
cillées par 3-4, elliptiques-oblongues ou elliptiques, pointues, très vertes.
Inflorescence en cymes ombelliformes, axillaires et terminales : les axillaires,
situées à l’extrémité des branches; fleurs blanches, petites. Drupe très verte,
arrondie, plus large que longue, rétuse-tronquée au sommet. — FL en tout
temps. — Assez abondant sur les côtes sèches et pierreuses près de la mer :
Vieux-Fort, Baillif, Yieux-Habitants, Pointe-Noire, Rouillante, Gozier,
Moule, Désirade, Marie-Galante, etc. X° 2614.
I. C e t t e p l a n t e d o n n e , p a r in c is io n , u n l a t e x a b o n d a n t q u i c o n s t i t u e
g i q u e , d o n t le s u c c è s s é r a i l , d i t - o n , b ie n é t a b l i , c o n t r e
de

S A 10 g o u t t e s . L e s

f e u ille s , e n

in fu s io n

un

p u r g a tif é n e r ­

le s c o l i q u e s s a t u r n in e s , à la d o s e

A 10 p o u r 1000 . d o n n e n t un p u r g a t i f e x c e l ­

l e n t : A d o s e p lu s f o r t e , c ’ e s t u n p u r g a t i f é m é t i q u e v i o l e n t .

K. H .

�PLANTES DH LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

APOCYNEES

M a rt i n i q u e . Yulgo : Bois-lail petite-feuille. — Environs de Saint-Pierre,
Case-Pilote, Marin, Sainte-Anne, Caravelle, etc. [N° 1225.]

T. citrifolia L. ; Tabornæmontane à fouilles de citronnier. Yulgo : Boislait, Desc., vol. I, l. 9, p. 4; Jacq., Sel. Am. st. hisl., t. 175, f. 13, p. 38. —
Grand arbuste ou petit arbre, laiteux, haut de 3-5 met. Feuilles oblongues
ou oblongues-lancéolées, terminées en pointe obtuse. Fleurs d'abord blanches,
liranl ensuite sur le jaune, odorantes, en cymes axillaires, paucitlores. Fruits
folliculaires, géminés; semences nombreuses, enveloppées dune pulpe rouge.
— Fl. presque toute l’année, avec plus ou moins d’abondance. — Abondant
dans tous les bois de la Guadeloupe, de la Grande-Terre et de Marie-Galante.
Alt. 40-700 met. ' [N° 2617.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Bois-lait. — Abondant dans toute File. [N° 1886.]

394

R. biauricalala J. Muell. ; Rauwolfie à corolle biauriculée. Vulgo : Arbre
à lait. — Pelil arbre, très élégant, haut de 4-6 met., à frondaison arrondie, à
branches nombreuses, à tronc droit, à écorce noirâtre et lisse. Feuilles carti­
lagineuses, verticillécs par 3, elliptiques-oblongues ou lancéolées-oblongues,
terminées par une pointe obtuse. Fleurs rosées, en cymes longuement pédonculées, lâches, umbelliformes. Drupes elliptiques, réunies par 2 et cohérentes
jusqu'au delà du milieu, ensuite divergentes. — Fl. de décembre en mars.
— Rare : çà et là dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes. [N° 2544.] — Il
n'existe pas à la Martinique.
Thevetia L. (dédié au moine français And. Thcvel, mort en 1590; a voyagé
dans le Brésil ; a écrit sur la Guyane française, où ce genre est représenté.)
T. neriifolia Juss., Cerbera Thevetia L. ; Thévétie à feuilles de laurier-rose.
Yulgo : Arbre à lait. Desc., vol. III, l. 158, p. 40; Tuss., /*’/., IV, l. 7; Jacq.,
Sel. Am. sfirp. hisl., l. 34, p. 48. — Petit arbre, souvent tortueux, très
branchu, à branches divariquées, et penchées dans les vieux pieds, à tronc et
branches nus. Feuilles d'un vert clair, luisantes, longues, très rapprochées et
ramassées aux extrémités des rameaux, linéaires. Fleurs larges, solitaires*
axillaires, d'un jaune de safran, odorantes. Fruit transversalement élargi,
obconique-comprimé, quadrangulaire. — Fl. surtout d'octobre à mai. — Peu
abondant : environs de la Basse-Terre (Morne-à-Vaches), route de la BasseTerre à Gourbeyre, Lamentin, e tc .1 Alt. 0-120 met. [N° 2611.]
M artinique . Yulgo : Noix de serpent, bois à lait. — Assez rare : Diamant,
Vauclin, Marin. [N° 1867.]
Tabernæmontana Plum. [dédié à Jac. Théodore Tabernæmontanus, ainsi
nommé de son lieu de naissance, Bergzabern, dans le Palatinat (mot à mot
taverne de montagne), botaniste, médecin du prince-électeur-évêque de Spire,
de 1électeur du Palatinat et de la ville libre de W orm s; a publié un ouvrage
sur les herbes médicinales, avec de belles gravures; mort en 1590.]
1. C e v é g é t a l ,

(narcotico-âcres).

qui
La

g a s tr o - in te s tin a u x .
u n q u a r t d 'h e u r e

est

YAllouât

de

m o r t s u r v ie n t

la G u y a n e , d o n n e u n

ap rès

d e s c o n v u ls io n s

fr u i t e t u n e g r a i n e t o x i q u e s
v io le n t e s

et

des

d éso rd res

I n c a m a n d e , m â c h é e o u b r o y é e d a n s le l a i t , a m è n e r a p i d e m e n t
u ne p u r g a t io n v io le n t e , s o u v e n t s u iv ie

de

en

v o m is s e m e n t s : o n e m p lo ie

u n e d e m i - a m a n d e c o m m e p u r g a t i f c o n t r e le s h y d r o p i s i e s e t le r h u m a t is m e . C ’e s t s u r t o u t
à t itr e d e fé b r ifu g e

q u e lle est

u s it é e , a in s i

q u e l’é c o r c e . P ilé e

avec

a l e x i t è r c r e c o m m a n d é . D e u x g r a in e s , b r o y é e s d a n s c e l i q u i d e , d o n n e n t

du rh u m , c ’est un
un b r e u v a g e

(p ii

e s t a b s o r b é p a r f r a c t i o n ; la p a r t i e f i b r e u s e , p r e s s é e , e s t a p p l i q u é e s u r la b le s s u r e . L a d o s e

Le Tabernæmontana coronaria W illd. ; Jasmin à bouquets, jasmin double,
arbrisseau laiteux, à Heurs blanches, toujours doubles, originaire de l’Archipel
indien, est très fréquemment cultivé dans les jardins, où il ne cesse de fleurir.
[N° 2612. |— Martinique. N° 1872.]
Vinca L. (du latin « vincere », vaincre, triompher, parce qu’il reste vert
pendant le froid de l’hiver, ou de « vincire », lier, à cause de ses tiges allon­
gées et flexibles.)
V. rosea L. ; Pervenche à Heurs roses. Yulgo : Herbe aux sorciers. — Suflrutescent, plus ou moins droit, haut de ÛO-80 cm., habituellement peu branchu.
Feuilles vert pâle, ovales-elliptiques. InHorescence axillaire; Heurs géminées,
ou réunies par 3, le plus souvent roses, plus rarement blanches, larges,
situées tout le long des branches; follicule comprimé-cylindrique, long de
2-3cm. sur 2,4 mm. d’épaisseur. — Fl. toute l'année. — Très abondant dans les
sables du bord de mer et souvent un peu à l'intérieur ; Basse-Terre, Baillif,
Deshaies, Désirade, Marie-Galante, les Saintes, Moule, Saint-François, etc.
On le cultive souvent dans les jardins. Alt. 0-60 met. [N° 2615.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Caca-poule (à cause de son odeur désagréable). —
Très abondant sur toutes les plages sèches et aussi un peu à l’intérieur.
[N° 1864.]
Plumeria Tourn. (dédié au célèbre Franciscain français Charles Plumier, né
en 1646, à Marseille, qui fut envoyé trois fois par Louis XI\ en Amérique
pour chercher des plantes médicinales. Sur le point de s'embarquer pour un
quatrième voyage, il mourut dans le port de Sainte-Marie, à Cadix, en 1706.
Ses ouvrages sont énumérés dans l'introduction de ce livre.)
P.
alba L. ; Plumière à Heurs blanches. Yulgo ; Frangipanier blanc, frangipan blanc. Plum., éd. Burm., I. 231 ; Desc., vol. III, t. 178, p. 128. —

m a x im a e n p o u d r e , d é c o c t i o n , m a c é r a t i o n , t e i n t u r e , e x t r a i t a q u e u x , d o i t n e p a s d é p a s s e r
l ’a c tio n

e s t t é t a n i s a n t e ; il e s t t r è s a m e r ,

p i c o t e la l a n g u e , q u il fin it p a r e n g o u r d i r . L a
h u ile f i x e , q u i e s t p u r g a t i v e ; o n y
p la n t e , d u pseudo-indican. (E . H . )

Uiévéline

g r a in e c o n tie n t , en

tro u v e, co m m e

: c 'e s t u n g l y c o -

a un g o û t m é t a lliq u e e t
fo r t e p r o p o r tio n , u ne

d a n s t o u t e s le s a u t r e s p a r t i e s d e la

1. Cet arbuste, dont toutes les parties sont aromatiques, est employé à la Guyane, où
il a été introduit des Antilles, à titre de tonique et de fébrifuge par son écorce. Les
feuilles, prises en infusion, sont purgatives: froissées et introduites dans les bains, elles
passent pour fébrifuges. Le latex, très actif, est à étudier comparativement avec celui de
T. u tilis Arn., qui est alimentaire sur le continent de l’Amérique tropicale. (E. H.)

. i l ____ _

la v a l e u r d e 0 g r . 23 d e x t r a i t . — D e V r y a i s o l é d e c e l t e g r a i n e la
s id e c r i s t a l l i s é d o n t

�396

PLA.NTRS DH LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
Al’OCYN ÉES

Arbuste rabougri, haut de l™ 50, ou petit arbre, haut de 0-9 mèt., selon les
terres dans lesquelles il pousse. Feuilles allongées, linéaires ou oblancéolées,
le plus souvent acuininées au sommet, roulées sur les bords, surtout les
jeunes, blanchâtres en dessous. Fleurs d'un blanc pur, d'un parfum suave, en
cymes larges, longuement pédonculées; follicules longs de 12-15 cm. sur
7-9 mm. d’épaisseur, géminés, à forme d'un vanillon. — Fl. de juillet à
novembre. — Assez abondant sur les mornes rocheux et secs, voisins de la
mer : Vieux-Fort, Vieux-Habitants, Bouillante, Désirade, Marie-Galante,etc.
Alt. 0-250 mèt. — On le cultive quelquefois dans les cours et les jardins; il
devient alors un assez grand arbre, et ses feuilles se modifient considérable­
ment L [N° 2838.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Frangipanier blanc. — Prêcheur, Anses-d'Arlet,
Diamant, Caravelle, etc. [X° 1863.J
P. rubra L.; Plumière à fleurs rouges. Vulgo : Frangipanier rouge, laurier
rouge bâtard. Desc., vol. IV, t. 297, p. 301 ; Tuss., F l., III, t. 20; SI., t. 185,
186, f. 1. — Petit arbre, souvent plus ou moins tortueux, à branches divariquées et étalées horizontalement, â tige et branches nues. Feuilles obovéesoblongues ou oblongues, pointues, pétiolées, glabres. Fleurs rouges, en cymes
larges, pubescentes; follicules géminés, pendants, longs de 15 à 22 cm., noirs,
lisses. — Fl. d'avril en juillet. — Originaire du Mexique; il est cultivé et
naturalisé dans toute la Guadeloupe et la Grande-Terre : on le rencontre
fréquemment sur les cimetières2. rX° 2839.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Frangipanier rouge. — Dans toute l’île. [N os 1184,
1185.]
Le P. puclica Jacq. ; Frangipanier jaune. — Petit arbre, originaire du Pérou,
à fleurs jaunes, qui ne s’ouvrent qu’à moitié, est cultivé au Jardin botanique
de Saint-Pierre et dans le parc de l’habitation Pécoul. fX° 1868.]
Echites P. Br. (du grec « echis &gt;&gt;, couleuvre, par allusion aux tiges volubles
et flexibles de la plante. — Pline, X X IV , 89,Appelle « Echites » différentes
espèces de clématites et de liserons.)
E.
biflora Jacq.; Echite à deux fleurs à l'aisselle des feuilles. Vulgo : Lianemangle. Desc., vol. V II, t. 510, p. 250; Jacq., Sel. Am. al. hiat., t. 21, p. 30.
1. A

la

G u yane,

on

e m p lo ie

c a u s t iq u e e t p a r t a n t s u s p e c t

le

la te x

de

fr a n g ip a n ie r

b la n c

(s u c

g o m m o - r é s in e u x

d a n s le t r a i t e m e n t d e s u lc è r e s , d e s d a r t r e s e t d e la g a l e . L e s

g r a in e s s o n t p r é c o n i s é e s , d ’ a p r è s D e s c o u r t i l z , c o n t r e le s flu x s a n g u in s . L ’é c o r c e d e s r a c in e s ,
q u i e s t p u r g a t i v e , e s t d o n n é e s u r t o u t c o n t r e la b l e n n o r r h a g i e ; o n

l ’a d m in is tr e so u s fo r m e

397

— Vivace, volubile, haut de 1-5 mèt., grêle, très flexible, à écorce lisse et
noire. Feuilles ovales ou oblongues, arrondies au sommet et mucronées.
Inflorescence en cymes pédonculées, biflores; fleurs d’un blanc pur. larges,
odorantes; follicules cylindriques, linéaires, pointus au sommet. — Vit en
société avec les palétuviers, dans les marécages maritimes : Pointe-à-Pitre
(environs), Sainte-Anne, Baie-Mahault, etc. [X° 2840.J1
M artintque . Vulgo ; Lianc-mangle. — Abondant ; Rivière-Salée, Ducos,
Trois-Ilets, etc. [N° 1867.]
Le Nerium Oleander L., Laurier rose, grand arbuste, buissonneux, haut
de 3-4 mèt., introduit de la région méditerranéenne, sa pairie, est très
fréquemment cultivé à la Martinique, plus rarement à la Guadeloupe.
[N° 1873.] Il contient un suc caustique, très amer et très vénéneux. Les
feuilles et l’écorce séchées, pulvérisées et mêlées à de la graisse ou à de
l’huile et réduites à l’état de pommade, peuvent être employées en friction
contre la gale et la teigne ; la décoction des feuilles bouillies dans l'huile
présente les mêmes avantages; l’écorce et le bois, réduits en poudre et mêlés
à de la graisse, servent encore à tuer les rats.
De cette famille, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre un certain
nombre de plantes très intéressantes, entre autres ;
Kopsia fruticosa A. DC., arbrisseau des Indes Orientales, qui fleurit sans
cesse, mais ne produit pas de fruit [N® A ];
Roupellia qrata W all, et Ilook., arbrisseau sarmenteux, à grandes fleurs
doubles, très parfumées, originaire de l’Afrique tropicale [X° B ];
Tanghinia venenifera Poir., petit arbre ou grand arbuste célèbre, à suc
laiteux et à graines très toxiques, originaire de Madagascar (X° C] ;
Alstonia scholaris R. Br., grand arbre, très élégant, qui, en octobre ou
novembre, se couvre d'une toison de fleurs, mais ne produit pas de fruits,
originaire des Indes Orientales [X° D] ;
Carissa Carandas L., Lam., ///., t. 118, f. 1, arbrisseau épineux, dont les
fruits, laiteux, de la forme et de 4a grosseur d'une prune, sont comestibles
et ont une saveur très agréable, originaire de Malaisie [X® E] ;
Serissa fœlida L., très petit arbrisseau, à fleurs blanches, doubles, à
feuilles petites, exhalant une odeur très désagréable quand on les froisse
[N° F], originaire de Chine et Japon ; appartient aux Rubiacées.

d e d é c o c t i o n o u d e m a c é r a t i o n , d e p o u d r e e t m ê m e d ’ e x t r a i t . O n la d o n n e e n c o r e , à l ’ i n t é ­
r ie u r , c o n t r e l ’h e r p è s e t la s y p h i l i s ; à l ’ e x t é r i e u r , e n l o t i o n c o n t r e le s u l c è r e s s y p h i l i t i q u e s .
C ’est un m é d ic a m e n t

à

é t u d i e r s é r i e u s e m e n t . iE .

IL )

Beaumontia grandiflora W all., liane puissante, à fleurs très larges,
blanches, originaire des Indes Orientales [X° G j;

2. A la G u y a n e , le f r a n g i p a n i e r r o u g e f o u r n i t à la m é d e c i n e d e s fle u r s , q u i s o n t r é p u t é e s
b é c h iq u e s , a r o m a t i q u e s , e t e m p l o y é e s d a n s

u n s i r o p p e c t o r a l r e n o m m é . L e l a t e x e s t u s it é

c o n t r e le s r a g e s d e d e n t s d é t e r m i n é e s p a r la c a r i e .
c o m m e c e l l e d e l ’ e s p è c e p r é c é d e n t e . &lt;E. I L )

L ’é c o r c e e s t d r a s tiq u e : o n

l’ e m p l o i e

1. Cette espèce est utilisée à la Guyane : 1" clans son latex, amer, purgatif et vom itif;
2° dans ses feuilles, appliquées comme topiques sur les ulcères, et usitées, en ou tre,
comme purgatives. (E. IL )

�398

PLANTES DI

LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Dipladenia Harrisii Ilook., (Odontadenia .speciosa Bcnth.,Echitesgrandiflora
Mev.), liane à très larges Heurs jaunes, originaire de la Trinidad et de la
Guyane [N p H], etc.

CENT DOUZIÈME FAMILLE.

-- ASCLÉPIADÉES.

Metastelma R. Br. (du grec « meta », entre, et « stellein », placer, parce
que la corolle est garnie de cinq dents accessoires, alternant avec ses lobes.)
M. parviflorum R. Br. ; Metastelme à petites fleurs. Vulgo : Liane à corde.
— Liane haute de 3-4 met., suffrutescente, très branchue, à tige adulte subé­
reuse, à jeunes liges et branches filiformes, très allongées, extrêmement
enchevêtrées. Feuilles petites, ovales, elliptiques, mucronées. Fleurs
blanches, très petites, en fascicules ombelliformes, axillaires, très nombreux,
à pédicelles plus longs que le pédoncule commun; follicule long de 4,5 cm.
sur 2 mm. d'épaisseur, terminé par une pointe droite et rigide; semences
couronnées par une longue toulfe de soie blanche. — Fl. de juin en août. —
Assez abondant dans les halliers des basse et infra-moyenne régions de l'ile.
— Environs de la Basse-Terre, Baillif, Désirade, Marie-Galante, GrandeTerre, les Saintes, etc. Alt. 0-300 mèt. [N° 2616.]
M a rt i n i q u e . Vulgo: Corde à violon, liane-corde. — Abondant : environs de
Saint-Pierre, Carbet, Prêcheur, Trois-llets, Marin, Caravelle, etc. [N° 347.]

M. Schlechtendalii Dcne; Metastelme de Schlechtendal. Vulgo : Vanille
bâtard. — Liane vivace, très élevée, à tige adulte subéreuse, à jeune tige et
branches très allongées, flexibles et fortement enchevêtrées. P’euilles ovéeslancéolées, brièvement acuminées, deux ou trois fois plus grandes que dans
le précédent; follicule long de 13-15 cm. sur 4-7mm. d’épaisseur, cylindrique,
terminé, au sommet, par une pointe longue et forte, aminci à la base,
ressemblant, à l'état vert, à un petit vermillon; semences imbriquées, sur­
montées d'une toulfe de soie blanche. — FL en juillet, août et septembre. —
Rare : çà et là dans les bois des Bains-Jaunes et sur les bords de la rivière
Noire. [N° 3774.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Asclepias L. (dédié à « Asclépios », Esculape, dieu de la médecine, ou à
Asclépiade, célèbre médecin grec de Pruse, en Bithynie, qui vivait à Rome
environ 100 ans avant J.-C.)

A.

curassavica L. ; Asclépias de Curaçao. Vulgo : Herbe à Mme Boivin,

herbe à ouate, ipéca bâtard, ipéca-savane. SL, l. 129, f. 4, 5; Desc., vol. II,
t. 116, p. 191. — Vivace par sa base et ses racines stolonileres, herbacé par
le haut, d une élévation de 40-80 cm., droit, peu branchu ou sans branches,
pubescent. Feuilles opposées, oblongues-lancéolées, pointues. Fleurs en

ASCLÉPIADÉES

399

ombelles pédonculées, terminales et axillaires : les dernières, situées à
l'aisselle des feuilles de l’extrémité des branches; corolle d’un rouge écarlate,
à cornets d’un jaune orange; follicule long de 5-6 cm., oblong-lancéolé,
mou; graines garnies, au sommet, d une touffe desoie blanche. — Herbe
très répandue dans toutes les Antilles. Dans le pays, on emploie les racines
contre le syphilis et les maladies cutanées. Descourlilz dit : « La racine
jouit d’une propriété émétique dont j ’ ai souvent éprouvé les bons résultats,
surtout dans les diarrhées si communes aux colonies et quelquefois si
rebelles. » Les racines, qui sont, selon la dose, vomitives ou purgatives, otfrent
de grandes ressources dans l'asthme humide, les affections muqueuses, etc.
— FL toute l’année. — Alt. 0-600 mèt. [N° 2841. j
M a r t i n i q u e . Vulgo: Zerbe-papillon, quadrille. — Abondant. [N° 1858.j

Calotropis R . Br. (du grec « kalos », beau, et « tropis », quille de vaisseau,
parce que les cornets de la corolle, d'un beau violet clair, sont en forme de
quille de navire.)
C. procera A il.; Mudar de grande taille. Vulgo : Arbre à soie, coton de
France (à Marie-Galante). — Arbrisseau ou grand arbuste, haut de 2-3 mèt.,
rarement plus haut, droit, quelquefois tortueux, habituellement très branchu
dans le haut, à jeunes tiges et branches : le dessous des feuilles, les pédon­
cules et pédicelles garnis d'un duvet cotonneux qui donne à la plante un
aspect particulier qui le distingue, de loin, de tout autre végétal. P'euilles
larges, épaisses, cartilagineuses, grisâtres en dessus et glabres, obovées, très
brièvement acuminées au sommet, cordées, sessiles, à lobes amplexicaules.
Fleurs blanches ou rosées, à cornets violet clair, en corvmbes larges, pédonculés, terminaux; follicules pendants, gris, grands, vésiculeux, qui, quand
on les presse brusquement, crèvent et produisent une assez forte détonation;
ils ressemblent, quand à la forme et au volume, à un mango ; semences nom­
breuses, aplaties, imbriquées, surmontées d’ une toulfe de soie blanche*. —
Fl. toute l’année. — Cet arbrisseau, ornemental, est exclusivement propre
aux terrains secs, pierreux ou calcaires, chauds et arides : Bailli f, environs
de la Basse-Terre (La Pintade), Marie-Galante, les Saintes, Désirade, Moule^
etc. Alt. 0-200 mèt. [N° 2846.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-pétard, bois-canon. — P'ond Canonville, Prêcheur,
Anses-d’Arlet (morne Larcher), Diamant, etc. [N° 1859.
1. Celte espèce est une de celles qui fournissent à la médecine les écorces de Mudar,
réputées toniques, diaphréliques et antisyphilitiques, et jouissant d’une grande renommée
dans l’Inde. On emploie cette écorce à la dose de 15 à 20 cg. par jour comme tonique alté­
rant, et à la dose de 2 A i gr. comme émétique. Duneau en a extrait un alcaloïde, le mudarine, qui n’a pas été retrouvé; Fltickiger en a retiré 12 0/0 d’une résine âcre qui parait
être le principe actif de cette drogue; Warden et W eddel, en 1881, en ont extrait une
matière crislallisablc analogue à Valbane de la gutta, une résine jaune très amère, une
résine noire et du caoutchouc. (E. H.)

�400

ASCLKIMADK ES

401

GENTIANKBS

PLANTES DE 1.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Gonolobus Midi, (du grec « gonos », coin, angle, et « lobos », gousse,
parce que les fruits de ces plantes sont anguleux en dehors.)
G. martinicensis Dcne; Gonolobe de la Martinique. Yulgo : Liane noire.
— Liane vivace, haute de 4-8 met., A tige adulte subéreuse, à jeunes tiges
et branches habituellement poilues, allongées, flexibles et très enchevêtrées,
à écorce noirâtre. Feuilles ovales, cordées, à sinus très ouvert. Fleurs rouge
de sang, en corvmbes ombelliformes et pédoneulés ; follicule grand, ovoïdevenlru, long de 1*2-14 cm. sur 6-7 cm. d’épaisseur, pourvu de quatre ailes
longitudinales, aboutissant à la base du fruit, deux de ces ailes prenant
naissance au sommet et les deux autres à peu près au milieu; semences
aplaties, nombreuses, imbriquées, surmontées d’une toulFe de soie blanche.
— Peu abondant : çà et là dans les mornes de la Pointe-Noire, bords de la
rivière Rouge. N° 3714.]
M artini que . Yulgo : Liane-serpent. — Parnasse (habitation Litté), hauteurs
du Prêcheur, hauteurs de l’habitation Pécoul. [N° 1862. ;
lbatia Dcne (nom arabe de la plante.)
I.
muricala Griseb., I. maritima Griseb. ; lbatia à fruits garnis de piquants.
Yulgo : Corosol à chien. Desc., vol. III, t. 189, p. 171 ; Jacq., Sel. Am. si.
hist., t. 56, p. 83. — Liane sulTrutescente, bi ou trisannuelle, haut de
2-4 mèt., à tige adulte subéreuse, glabre, jeune tige, branches et feuilles
garnies d'un duvet laineux et grisâtre. Feuilles cordées-deltoïdes, cuspidées.
Fleurs rougeâtres, en fascicules subsessiles ou brièvement pédoneulés, situés
tout le long des branches; follicule venlru-ové, pointu, long de 5-7 cm. sur
2,9-3,2 cm. dans sa plus grande épaisseur, légèrement duveté, garni de pro­
tubérances nombreuses, spiniformes, pointues ou émoussées; semences convexes-aplaties, imbriquées, surmontées d’une loull’e de soies blanches. — A
l'époque de la maturité des fruits, les feuilles se sont flétries et ont disparu ;
on ne voit que des tiges complètement nues. — Fl. de juin en novembre. —
Exclusivement propre à la région aride, sèche et pierreuse des côtes mari­
times : environs de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Pointe-Noire,
Deshaies. Marie-Galante, etc. N° 2843.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Corosol-diable, corosol-chien. — Carbet, Case-Pilote,
Trois-Ilets, Marin, Yauclin, etc. [N° 1860.
Marsdenia R. Br. (dédié à l’Anglais Guill. Marsdcn, secrétaire de l'amirauté
anglaise; a visité l'ile de Sumatra et a écrit : History of Sumatra, 1783.)
M. elliptica Dcne; Marsdénie à feuilles elliptiques. Yulgo : Liane à
vache (à cause de l'abondance de son suc laiteux). — Liane haute de 4-6 mèt.,
à tige adulte subéreuse, à jeune tige et branches allongées, lisses et noirâtres.
Feuilles larges, cartilagineuses, d’un vert très foncé, elliptiques. Fleurs
blanches, en cymes courtes, axillaires; follicule inconnu. — Rare : çà et là

dans les broussailles des mornes secs de Case-Pilote. [N° 1857.j — Je ne l'ai
pas trouvé à la Guadeloupe.
De celte famille, on rencontre très souvent dans les jardins, pour l’orne­
mentation des tonnelles et des grillages, le Stephanotis floribunda, Ad.
Brongn., vulgo : Stephanotis, liane à bouquet, originaire de Madagascar,
liane vigoureuse, à fleurs blanches en ombelles axillaires, exhalant une odeur
exquise, à follicule de la forme, de la couleur et du volume d’un mango (fruit
du manguier) [N° 2837], Martinique [N° 1861]; le Hoya carnosa R. Br.,
vulgo : Liane-porcelaine, à feuilles elliptiques, charnues, polies, à fleurs en
ombelles pendantes, très belles; elle est originaire des Indes Orientales et ne
rapporte pas de fruits [N° 2847]; le Cryptostegia grandi/lora R. Br., vulgo :
Liane à caoutchouc, forte liane pouvant produire du caoutchouc, est cultivée
au Jardin botanique de la Basse-Terre, où elle fleurit d'octobre à janvier et
produit des fruits; elle est originaire de Madagascar et des Indes Orientales.
[N° 3067.]

CENT TREIZIÈME FAMILLE.

-- GENTIANEES.

Slevogtia Reichenb. (dédié à l’Allemand Jean-Adrien Slevogt, né en 1653,
mort en 1726, professeur d’anatomie et de chirurgie à Iéna, auteur d’un
grand nombre de traités sur différentes plantes et drogues.)
S. occidentalis Griseb., Gentiana verticillata L., Enicostema littorale Blum. ;
Slevogtie des Indes Occidentales. Balai-savane bâtard. Desc., vol. I, t. 16,
p. 76 ; Plum., éd. Burm., t. 81, f. 2. — Herbe annuelle, plus rarement su(fru­
tescente et bisannuelle, haute de 40-60 cm., droite, sans branches ou peu
branchue, à tige et branches scabres, télragones. Feuilles elliptiques, lancéo­
lées, acuminées aux deux bouts. Fleurs petites, blanc pâle (jamais bleues,
comme dit Grisebach, p. 423), en glomérules axillaires, situées tout le long
des tiges. Fruit capsulaire, long de 3-5 mm., sessile. — La plante tout entière
est employée dans le pays comme stomachique et fébrifuge. — Le long des
routes et dans les savanes sèches de la basse région : Baillif, Yieux-Habilants, Pointe-Noire, Gozier, Moule. Alt. 5-120 mèt. (N° 2855.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Balai-savane. — Case-Pilote, Case-Navire, environs
de Fort-de-France, Marin, etc. [N° 1330.]
Coutoubea Aubl. (nom de la plante chez les indigènes de la Guyane.
C. densiflora Mart. ; Couloubée à fleurs très serrées. Yulgo ; Muguet des
savanes. Desc., vol. V III, t. 587, p. 325. — Herbe ornementale, annuelle ou
bisannuelle, à racines pivotanles-fasciculées, à lige très droite, rigide,
branchue dans le haut ou sans branches, haute de 15-80 cm. Feuilles opposées,
décussées, oblongues-lancéolées, cordées, à la base, avec des lobes amplexiDiiss. — Plantes

Guadeloupe et Martinique.

26

�402

PLANTES DF, LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
GENTIANÉES ---- SCHOPHULARINKES

caules. Inflorescence en épis denses, allongés; fleurs blanches ou très légè­
rement violacées. — Fl. toute l’année avec plus ou moins d'abondance. —
Abondant dans les savanes herbeuses, humides et graveleuses de la région
infra-moyenne : Vieux-Fort, Baillif, Vieux-Habitants (abondant), TroisRivières, etc. — Rien que Descourlilz range la plante parmi les emménagogues, dans le pays on n'en fait aucun usage. Alt. 200-500 mèt. ' \° “2305. |—
11 n’existe pas à la Martinique.

403

peu au-dessous de la feuille; corolle blanche, à gueule et à lobes frangés. —
Sur une ombelle, on ne trouve jamais plus d’une fleur ouverte; dès que la
fleur est fanée sur son pédoncule dressé, ce dernier organe s’abaisse sous la
feuille^ le lendemain un autre le remplace. — Fl. surtout de juin à janvier.
— Vit dans les étangs peu profonds ou sur le bord des étangs profonds :
étang Cocoyer (Moule). [N° 3507.] — Il n’existe pas à la Martinique.

Lisianthus Lin. (du grec « lis » ou lissos », lisse, et « anthos », fleur,
parce que, dans ce genre, toutes les parties des plantes sont lisses.)

CENT QUATORZIÈME FAMILLE.

-- SC RO PIIU LA RIN ÉES.

L. frigidus Siv.; Lisianthe des endroits froids. Vulgo : Lis-montagne,
gueule-de-loup-monlagne. — Vivace, haut de 25-90 cm., très ornemental,
plus ou moins droit, à lige carrée, sans branches ou très peu branehue.
Feuilles elliptiques, coriaces, brièvement pétiolées. pointues. Fleurs blanc
verdâtre, larges, solitaires ou en cymes bi-lritlores, terminales, très longue­
ment pédonculées ; corolle penchée, à tube largement campanulé au-dessus
du calice. Capsule ovoïde-oblongue. — FL à peu près toute 1année. —
— Cette belle plante n’habite que les montagnes les plus élevées de 1île ;
Savane à Mulets, cône et plateau de la Soufrière, Savane aux Ananas,
Grande-Découverte, etc. I’N° 2305.] — Elle n’est pas à la Martinique.

V oyria Aubl. (nom de la plante à la Guyane.)
V. uniflora Person. ; Voyère unitlore. Vulgo: Muguet jaune, muguet grandbois. Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 60, f. 3. (Gentiana Jacq.) — Herbe parasite,
ornementale, haute de 15-22 cm., sans feuilles et sans branches, ou à feuilles
représentées par de petites squamules, droite, jaunâtre, dépourvue de chloro­
phylle. Fleur unique, jaune, terminale. — Pousse à terre sur le bois pourri,
dans les endroits ombragés et humides des grands bois. — Assez rare : Bouil­
lante &gt;bois du Trou-aux-trois-Diables), Trois-Rivières. [N° 2837.]1
M a rt in iq ue . Vulgo : Muguet jaune. — Bois du Lorrain, des Deux-Choux,
etc. [K° 1331.]
Limnanthemum Gmel. (du grec « limné », étang, et « antbemon », fleur,
parce que ces plantes vivent dans les étangs.)
L. llumboldlianum Griseb.; Limnanthème de llumboldt. Vulgo ; Follet
femelle, petit follet. Desc., vol. I, t. 24, p. 112. — Herbe aquatique, vivace,
à racines chevelues, très allongées, blanches. Feuilles flottantes, cordçesorbiculaires et à peine peltées, très longuement pétiolées, succulentes, très
vertes et luisantes. Inflorescences axillaires, en ombelles de 5-10 rayons d'iné­
gale longueur, à pédicelles filiformes, concrescents avec le pétiole jusqu’ un
1. Cette plante doit avoir des propriétés amères et toniques des voies gastro-intestinales,
voisines de celles qui sont reconnues, à la Guyane, à V cærulea Aubl. ou voyère bleue :
est à étudier. VE. H.)

«

Scoparia L. (du latin « scopa », balai, parce qu’avec ces plantes on fait des
balais aux Antilles.)
S. dulcis L. ; Scoparia doux. Vulgo : Balai-savane, thé-savane. SL, t. 108,
f. 3; Desc., vol. II, l. 106, p. 162. — Herbe annuelle ou sulFrulescenle,
droite, haute de 45-90 cm., à lige simple, branehue dans le haut, à jeune tige
et branches tétragones. Feuilles opposées, réunies par 3-4, petites, lancéolées
ou oblongues-lancéolées, ou linéaires, dentées en scie. Inflorescence en fasci­
cules axillaires, disposées tout le long des branches; fleurs blanches, portées
sur des pédoncules filiformes, à moitié aussi longs que les feuilles. — Très
abondant dans toutes sortes de savanes des basse et infra-moyenne régions
de la Guadeloupe et de la Grande-Terre. — A cause de ses vertus astrin­
gentes, stomachiques et béchiques, on fait grand cas de cette herbe dans les
campagnes; on l’emploie en tisane contre les maux d’estomac, les rhumes, la
toux, les maux de gorge, enfin contre toutes sortes d’indispositions. Descourtilz
dit, entre autres choses, qu’avec le suc on prépare une pommade contre les
hémorroïdes et que, contre la chute du rectum, on se sert de sa décoction
ferrée L — Alt. 5-600 mèt. [N° 2304.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Balai-doux. — Dans toute l ile. [X° 1336.]

Capraria L. (du latin « capra », chèvre, parce que ces animaux en sont
friands. )

C. hiflora L. ; Capraria à deux fleurs à faisselle de chaque feuille. Vulgo :
Thé du pays, thé-muraille. Desc., vol. IV, t. 300, p. 313; Jacq., Sel. Am. si.
hist., t. 115, p. 182. — Sulfrutescent, ligneux à la base, droit, haut de 0 m4510310, habituellement très branchu, glabre. Feuilles elliptiques-lancéolées ou
elliptiques-oblongues, grossièrement serretées, à dents aiguës. Fleurs d'un
blanc pâle, géminées, pédicellées. axillaires, situées tout le long de la tige et
l. A la Guyane, sous le nom de balai-doux, h e r b e h balais, cette espèce est surtout
employée, toutes les parties de la plante étant émétiques, à faire vom ir les enfants. Les
feuilles sont amères et usitées en infusion dans les affections fébriles. La décoction de la
racine, astringente et mucilagineuse, qui entre dans la composition d’ une tisane antiblennorrhagique, est recommandée aussi contre l’écoulement trop abondant des règles. (E. IL

�40'l

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

des branches. Capsules ovoïdes-subglobuleuscs, à déhiscence seplicide el
loculicide. — Abondant sur les vieux murs, autour des maisons, sur les
décombres et endroits abandonnés de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. — La plante est aromatique et fébrifuge; elle s’emploie dans les cam­
pagnes contre toutes sortes d'affections, mais surtout en tisane contre les
rhumes, bronchites, fluxions de poitrine, etc. 1 — Alt. 0-600 met. [N° *2853.)
M a rt in iq u e . Vulgo : Thé-muraille, thé du pays. — Dans toute l’île.
[N° 1357.]

Alectra Thunb. (du grec « alector », coq, parce que, dans les espèces-types,
les fleurs, par l’ensemble des pièces qui les composent et par leur couleur, ont
quelque ressemblance avec la crête d'un coq.)
A.
hrasiliensis Benth. ; Alectredu Brésil. Vulgo : Herbe fragile, gueule-deloup. — Annuel, haut de 35-45 cm., droit, rigide, sans branches ou peu branchu, très hispide dans toutes ses parties et très fragile. Feuilles subsessiles,
rigides, subcordées el élargies à la base, acuminées au sommet, grossièrement
et inégalement dentées, dents émoussées et souvent blanchâtres. Fleurs : les
unes, axillaires et solitaires; les autres, terminales, géminées, ou solitaires ou
réunies par trois; corolle d’ un jaune de citron, caduque, large, très belle. — Vil
habiluellemenlen parasite sur les racines d’autres herbes. — Fl. surtout de juil­
let à décembre. — Assez abondant dans les savanes herbeuses el sablonneuses
des environs de la Ravine-Chaude et des Trois-Rivières. [N° 2984.] — Il
n'existe pas à la Martinique, mais je l’ai vu récolté à la Dominique.
Stemodia L. (du grec « stemon », étamines, et « dis », double, parce que
les étamines didynames ont chacune une anthère partagée en deux parties
distinctes el divergentes.)
S. parviflora Ait., S. arenaria H. B. et Klh. ; Slémodie à petites fleurs.
Vulgo : Petite véronique. — Petite herbe, dilfuse, à branches longues de 512 cm., plus ou moins dressées à l’extrémité, quelquefois tout à fait dressées.
Feuilles petites, opposées, ovées, crénelées-serretées au-dessus de la base,
longuement pétiolées. Fleurs violettes, panachées de blanc, ou violet pâle,
brièvement pédonculées, axillaires et solitaires, situées tout le long des
branches; corolle à deux lèvres. Capsule à quatre valves. — Çà et là dans les
chemins peu battus, le long des roules, dans les endroits sablonneux . envi­
rons de la Basse-Terre, Gourbeyre, Baillif, Trois-Rivières, M ou le2. Alt. 10400 met. rN° 2852. |
1. Sous le nom dethé de la Guadeloupe, cette espèce est employée à la Guyane surtout
comme diurétique, comme tonique à faible dose, et antipériodique à dose plus élevée. On
utilise les feuilles en infusion théiforme.
2. Le St. pusilüi Benth., sous le nom de basilic sauvage, est employé à la Guyane
contre la migraine (infusion théiforme des feuilles et des fleurs.. La décoction des racines
est recommandée en gargarismes contre les inflammations buccales; elle passe aussi pour
vulnéraire. Le St. parviflora. Ait. doit avoir des propriétés analogues. (E. II.)

SCROPHULARINÉES

405

M a r t i n i q u e . Vulgo : Petite violette. — Saint-Pierre (Jardin botanique el
Trois-Ponts), Trou-Vaillant, Trinité, etc. (N 0 1351.j

Herpestis Gærtn. (du grec « erpein », ramper, parce que les plantes de ce
genre sont rampantes.)
H.
Mo nnieria II. B. Kth.; Herpeste de Monnier. Vulgo : Petite véronique.
SL, t. 129, f. 1; Br., /am., t. 28, f. 3. — Herbe radicante, rampant en tous
sens, à une distance indéfinie, glabre, à tiges comprimées-filiformes. Feuilles
petites, très vertes, spalulées ou obovées, subentières. Fleurs violettes,
panachées de blanc, solitaires, axillaires, portées sur des pédoncules filiformes
et bibractéolésau sommet. — Les Heurs ne s’ouvrent que vers neuf heures et
se ferment de bonne heure dans l'après-midi. Celte plante forme souvent un
gazon superbe. — Çà et là dans les endroits humides et aquatiques de la
basse région ; Capesterre (Guadeloupe), Pointe-à-Pitre. Alt. 0-200 mèt.
[N° 2851.]
M art in iq ue . Vulgo : Véronique. — Fort-de-France (dans les jardins),
Lamentin (bord de mer), Ducos, etc. [N° 1353.]

Vandellia L. (dédié à Dom Vandelli, professeur de botanique à Coïmbre; a
publié, entre autres choses, un ouvrage sur les plantes du Portugal et du
Brésil, 1788.)
V. cruslacea Benth. ; Vandellie à fruits crustacés. Vulgo : Cresson bâtard.
— Petite herbe, glabre, aquatique, délicate, à tige rampante, radicante,
ensuite dressée, haute de 10-17 cm. Feuilles petites, rondâtres, palminerviées,
à 3-5 nervures à peine perceptibles. Fleurs axillaires, blanches, tachetées de
violet, ou violettes et tachetées de blanc. — Très abondant dans les
endroits très humides ou aquatiques, autour des fontaines, sur le bord des
ruisseaux et des rigoles : Basse-Terre, Camp-Jacob, Gourbeyre, Lamentin,
Ravine-Chaude,Matouba, Go/.ier,Moule, etc. .Vil. 0-900 mèt. [N° 2850.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Cresson bâtard, petit cresson. — Dans toute l’île.
[N° 1355.]
V. di//'nsa L. ; Vandellie couchée. Vulgo ; Herbe à tisane. — Petite herbe,
complètement couchée, radicante, à branches peu nombreuses, longues de
5-25 cm., filiformes. Feuilles orbiculaires, brusquement contractées, à la
base, en un court pétiole, palminerviées, serrelées au-dessus de la base,
opposées ; les paires, distantes. Fleurs axillaires, 1-2 à l’aisselle de chaque
feuille; corolle violet pâle. Capsules bivalves, pointues, longues de 5-6mm.
— Assez rare. Çà et là dans les chemins humides et peu fréquentés : environs
de Saint-Pierre, Carbet, Fonds-Saint-Denis, Marin L [N° 1354.] — Je ne Fai
pas trouvé à la Guadeloupe.
1. Cette plante, amère et mucilagineuse, est employée à la Guyane,sous le nom d'herbe
du Paraguay, en décoction contre les fièvres continues et intermittentes. Contre les mala-

�406

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Angelonia Humb. et Bonpl. (de « angelon », nom de la plante à Caracas.)
A. angustifolia Benth.; Angélonie à feuilles étroites. 5 ulgo : Gueule-dcloup. — Herbe sullrutescente, à tiges nombreuses, haute de 40-8.) cm.,
glabre. Feuilles lancéolées ou linéaires-lancéolées, pointues au sommet, acuminées, à la base, en un pétiole très court, serretées au-dessus de la base, à
dents distantes. Fleurs larges, violet foncé, en grappes simples, allongées,
terminales.— Plante d’ornement, cultivée dans un grand nombre de jardins.
— Fl. à toutes les époques de l'année. — Alt. 5-700 met. (N° 2300.] — Intro­
duite de l'Amérique continentale et tropicale (Mexique).
M a rt in iq ue . Yulgo : Gueule-de-loup. — Dans beaucoup de jardins et par­
terres. N’° 1350.]
Le Russelia juncea Zucc., vulgo : Goutte-de-sang [N° 2845], Martinique
V 1347 , arbrisseau sarmenteux, sans feuilles, à branches et liges très
nombreuses, striées, à rameaux verticillés par 5-10, à Heurs d'un rouge de
sang très vif, disposées en panicules larges, allongées et tombantes, est sou­
vent cultivé dans les jardins. Originaire du Mexique.

CENT QUINZIÈME FAMILLE. ---

SOLANÉES.

B row allia L. (dédiéà John Browallius, né en 1707, à Westerns, en Suède,
écrivain,, mort évêque el chancelier de l’ Université d'Abo, en 1755;
a écrit un ouvrage remarquable contre les adversaires du système de Linné.)
B.

demissa L. ; Browallie de petite taille. Yulgo : Grande violette. —

Herbe annuelle, ornementale, droite, sous-ligneuse à la base, haute de 5000 cm., rameuse dans le haut, à tige cl branches grêles. Feuilles llasques,
distantes, entières, longuement pétiolées, ovées, légèrement poilues ou
glabres. Fleurs violettes, plus rarement blanches et à gorge violette, distantes,
en cymes racémiformes, axillaires et terminales : les dernières allongées. Cap­
sule striée, septicide, à valves trifides. — Fl. presque toute l’année, mais
surtout d’octobre à mai. — Très abondant au Camp-Jacob, à Bagatelle, à
Choisy, Montéran, etc. [N° 2593.j
M artintque . Yulgo : Ne m’oublie pas. — Abondant : Saint-Pierre, TroisPonts, Carbet, Prêcheur (assez rare), Ajoupa-Bouillon. 'Alt. 40-500 mèt.
\° 2125.]
dics du foie, elle entre dans le médicament brésilien connu sous le nom de haimerada.
Elle est surtout recommandable comme éméto-calhartique et fébrifuge. Le V. crustacea
jouit des mêmes propriétés. Sous le nom de » Ilaehaa ou Mataura », c’est une des plantes
médicinales dont les indigènes font le plus fréquent usage à T ah iti; elle y tient la place
de la digitale. Elle donne de bons résultats aux débuts des affections bilieuses, dans la
dysenterie, l'aménorrhée. (V o ir E. Heckel, Hist. mèd. et pli. des nouv. méd., 187-1.)

407

SOLANÉES

Brunfelsia Plum. (dédié à Otto Brunfels, né à Mayence vers la fin du
xv1' siècle, mort médecin à Berne, en 1534; a été le premier botaniste qui
ail écrit sur les plantes. Il a laissé entre beaucoup d’autres choses ; Ilerbarium vivæ icônes.)
B.

«

fallax Duchass. ; Brunfelsie trompeuse. Vulgo : Bois à plier (à Vieux-

Fort). — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 3-4 mèt., très peu feuillu,
nu dans le bas, à écorce brune. Feuilles coriaces, ellipliques-obovées,
arrondies au sommet. Fleurs larges, à long tube, d’abord blanches, tournant
ensuite au jaune pâle, très parfumées, surtout pendant la nuit, solitaires
ou géminées, axillaires el terminales. Fruit sphérique, déhiscent, de la
grosseur d’une cerise, jaune à la maturité1. — Fl. de novembre à mars. — On
le cultive quelquefois dans les jardins, où il devient plus branchu et plus
feuillu. — Endroits secs, pierreux, chauds, près de la mer ; Vieux-Fort,
les Saintes (Terre-de-IIaul, chemin du Chameau), Marie-Galante (Capestcrre).
[N° 2594.J
M a r t i n i q u e . — Cultivé au Jardin botanique. [NTo 1233.]

Solandra Sw. (dédié â Daniel C. Solander, né en 1736, à Stift N ord-^
land, en Suède : voyagea à travers la Laponie jusqu’à Archangel et à SaintPétersbourg; passa ensuite en Angleterre, aux îles Canaries; lut employé,
après son retour, au Musée britannique; accompagna Cook dans son pre­
mier voyage, de 1768-71 ; obtint, après son retour, une place de bibliothé­
caire au musée ; mort en 1782.)
S. grandiflora Sw. ; Solandre à larges Heurs. Vulgo : Liane-pomme,
liane-trompette. SL, t. 9, Analyt . ; Desc., vol. III, t. 174, p. 104. — Puis­
sante liane, montant sur les arbres les plus élevés et les couvrant de ses
branches allongées et très feuillues, à lige cylindrique, lisse. Feuilles larges,
subcharnues, elliptiques-ovales, très glabres des deux côtés, luisantes, briève­
ment pointues au sommet. Fleurs odorantes, terminales, solitaires ou géminées,
blanches d’abord, plus lard jaune verdâtre ou jaunâtres; corolle longue de
16-18 cm., à tube infundibiliforme, à 5 lobes arrondis, ondulés-crénelés;
calice à 3-5 lobes longs de 10 cm., pointus et persistant encore longtemps
après la chute des fruits; pistil subulé, dépassant la corolle. Fruit ovoïdemammiforme, rétréci au sommet, surmonté du pistil fané, très vert, de la
grosseur d’une pomme reinette, contenant un grand nombre de semences,
nichées dans une pulpe brune. — Toute la plante est toxique, aucun animal
n’en mange les fruits. — FL de décembre à mars. — Çà et là dans les
grands bois des Bains-Jaunes (canal de Montéran), au Matouba, dans les bois
1.

Les fruits de cette espèce paraissent être sans usage aux Antilles, mais ceux du

B.

americana L. servent, à la Guyane, à faire un sirop astringent employé contre les diarrhées
rebelles. (E. II.)

‘

‘

•

�40$

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

entre la Poinle-Xoire el la Ravine-Chaude, et dans ceux des Trois-Rivières.
Alt. 500-900 met. [N° 3409.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Liane-chasseur. — Çà el là dans les bois de 1AjoupaUouillon et des ravines de la Basse-Pointe (habitation Gradis), du Lorrain, etc.
[X® 2129.]

abandonnés de la basse région : Basse-Terre (ville et environs), Baillif,
Lamentin; çà et là dans toute la Grande-Terre, à Marie-Galante, à la Désirade, etc. Alt. 0-100 mèt. [N° 2877.] — Introduit vraisemblablement de l'Inde.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Concombre à chien, concombre-diable. — Environs de
Saint-Pierre, Carbet (cimetière), Prêcheur, Marin, Trinité, etc. [N° 1926.]

Datura L. (selon les uns, du mot arabe « Datora » ; selon d’autres, du
mol persan « Tatula » (de « lat », piquer), c'est-à-dire des plantes à fruits
piquants.)
C. suaveolens llumb. et Bonpl.; Datura à fleurs suaves. 4 ulgo : Fleurtrompette, trompetle-du-jugement. — Grand arbuste ou petit arbre, peu
élégant, haut de 3-4 m 50. à écorce grise, branches divariquées, souvent
penchées. Feuilles flasques, glabres ou souvent légèrement pubescentes en
dessous, orées ou ovées-oblongues, larges, pointues au sommet, souvent
inégales à la base, entières. Fleurs toujours penchées, blanches, solitaires
ou géminées, naissant dans les bifurcations des rameaux supérieurs, odo­
rantes, longues de 20-25 cm.; corolle infundibiliforme-cylindrique, à 5 lobes
dentés-subulés ; calice ventru, d'un tiers plus court que la corolle. — Fl. de
janvier à juin. — La plante ne produit pas de fruits dans nos colonies. —
Introduit et cultivé, originaire du Mexique. — Camp-Jacob et environs. Alt.
450-600 met. [X° 2598.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Fleur-trompette. — Morne-Rouge, fontaine Absalon,
etc. [N° 1924.]

D. Tatula L., (D. Stramonium L.?) (du mot persan « tatula »). Vulgo : Con­
combre à chien. Desc., vol. III, t. 173, p. 99. — Annuel, droit, branchu
dans le haut, à branches très étalées, à tige et branches tantôt rouges, tantôt
blanches, grosses, succulentes. Feuilles ovées, sinuées-dentées, larges. Fleurs
grandes, violettes ou violacées, glabres. Fruit garni de piquants droits. — Çà
el là autourdesmaisons, sur les décombres, dans les champs en friche, etc. :
Vieux-Habitants(cimetière), Poinle-Xoire,Trois-Rivières, etc. Alt.0-600mèt.
[X® 2596.]
. M a r t i n i q u e . Vulgo ; Concombre à chien. — Assez rare : Sainte-Anne,
Trinité. [N° 1925.]

D. Metel L. (du mot arabe « methel ».) Vulgo : Concombre à chien. —
Annuel, droit, haut de 30-95 cm., à lige et branches rouges ou blanchâtres,
étalées, à jeunes liges, branches, feuilles, pédoncules el pétioles garnis d'un
duvet gris, tendre, plus ou moins visqueux. Feuilles ovées, entières ou à dents
peu nombreuses. — Fleurs larges, d'un blanc pur; corolle à tube cylin­
drique, brusquement élargi au sommet et muni de cinq dents courtes. Fruit
gros, couvert de piquants subulés ou droits. — FL pendant et après 1hiver­
nage. — Les fleurs s ouvrent le soir et se ferment de bonne heure dans la
matinée. — Dans le pays, on emploie les feuilles de celte espèce indienne,
flambées au préalable sur une flamme, comme topiques contre les inflamma­
tions, les enflures, etc*. — Abondant sur les décombres et dans les endroits
I. Il est à peine besoin de rappeler que les feuilles et les graines du D Stramonium
L. sont employées en médecine comme narcotiques, à cause de leur principe actif qui
est un mélange d'atropine et d'Iiyoscyamine, mélange plus abondant dans les graines
que dans les feuilles. Les autres Datura indiqués ici participent évidemment des memes
propriétés : D. fastuosa I.., remarquable par l’ampleur de ses (leurs, figure dans la phar­
macopée dé l'Inde comme plante sédative ; T). Metel L., espèce indienne, donne des
graines employées comme narcotiques dans sa patrie; D. Tatula L. est employée au
Pérou feuilles et graines contre les maladies de la peau et contre l’asthme. A la Guyane
française, le D. ceralocaula Jacq. est couramment employé et de la même façon que D.
Stramonium* L. Les feuilles, chaudes, servent en application contre la sciatique. La

On rencontre quelquefois à la Guadeloupe et à la Martinique le Datura
Stramonium L. rX° 2996 /;.] qui se confond, d'après certains auteurs, avec
D. Tatula L.

D.

fastuosa L. ; Datura fastueux. Vulgo : Concombre à chien grand, cara-

pate bâtard (au Moule). — Annuel, tortueux, haut de 0 “ 90-2 mèt.
Feuilles larges, ovées, subentières ou dentées, à dents peu nombreuses.
Fleurs longues de 15-18 cm., jaunâtres ou violet panaché, ou blanc sale;
corolle toujours double, à tube subcylindrique et terminé par cinq dents
longuement subulées. Fruit de la grosseur d'une pomme, à piquants longs
et droits.— Fl. de novembre à mars. — Çà et là sur les décombres, dans
les endroits abandonnés de toute la Guadeloupe et de la Grande-Terre.
— Toutes les parties de la plante exhalent une odeur désagréable; les
feuilles s’emploient extérieurement contre les douleurs rhumatismales et
contre les maux de tête. [X° 2559.] — Introduit de la région tropicale de
l'ancien continent.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Trompetle-du-jugement. — Çà et là dans la basse
région de toute l’île. [X os 1927, 2128.]

N icotiana L. (dédié à Jean Xicot, né en 1530, à Xîmes; mort en 1600,
à Paris, ambassadeur à la cour du Portugal; apporta, en 1560, des graines
de tabac en France, et y introduisit, en 1564, l'usage d'en fumer les feuilles.)
N. Tabacum L. Vulgo ; Tabac. — Introduit autrefois de l ’Amérique troLcinlure des feuilles est recommandée contre les palpitations. L ’extrait alcoolique, mêlé à
l’huile, ou encore les feuilles, pilées et macérées dans l'huile, servent en frictions 00011*6
les rhumatismes et contre le prurit des parties génitales. O 11 recommande le fruit vert,
écrasé, en application contre les pustules charbonneuses. (E. H.)

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PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SOLANé.RS

411

pieale pour la culture en grand, qui a été ensuite abandonnée; se ren­
contre encore cultivé çà et là pour 1 usage personnel. Naturalisé dans
toute la Guadeloupe et la Grande-Terre. [N° '2878.] 1
M ar ti n iq u e . Yulgo : Tabac. — Naturalisé et cultivé çà et là en petit.
[N° 338.]

moins avec la maturité du fru it, qui est sphérique, mangeable, de la gros­
seur d'une petite cerise, et rouge foncé quand il est mûr. — Dans les savanes
herbeuses et humides, dans les endroits défrichés, etc., de toute la Guade­
loupe et de la Grande-Terre. Alt. 0-700 mèt. [N°2591.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Poe. — Dans toutes les savanes de l'île. [N° 1931.]

Acnistus Seliott. (du grec « aknislès », plante des Anciens, qu’on ne

P. ancjulata L. ; Coqueret anguleux. Vulgo : Herbe à cloques. D ill., Ellh.,
t. 12, f. 12. — Herbe annuelle, glabre, haute de 40-90 cm., très divisée dans
le haut, à rameaux fastigiés ou étalés, à tige quelquefois couchée, à tige et
branches anguleuses-striées. Feuilles flasques, plus larges que dans le pré­
cédent, ovées ou ovées-elliptiques, irrégulièrement sinuées-denlées, contrac­
tées, au sommet, en une pointe allongée ; vessie du calice à cinq angles aigus.
Fruit jaune àla maturité, et bon à manger. — Très abondant sur les décombres,
les endroits abandonnés et cultivés, et le long des roules des basse et inframoyenne régions de la Guadeloupe et de la Grande-Terre. Alt. 0-500 mèt.
[N° 2590.]
M a r t i n i q u e . Y’ulgo : Herbe à poc. — Abondant dans toute 1île. (N° 1930.]

connaît pas.)

A. arborescent Schlecht., Cestrum cauliflorntn Jacq. ; Acniste arborescent.
Yulgo : Surio, suyau (corruption du mol sureau'. PI., édit. Burin., t. 46, f. 1 ;
Desc., vol. III, t. 177, p. 119. Atropa L .) — Petit arbre, haut de 4-5 mèl.,peu
élégant, à branches très divariquées, souvent penchées, à écorce grise,feuilles
larges, flasques, elliptiques-oblongues, pointues aux deux extrémités. Inflores­
cence en fascicules latéraux, penchés, très nombreux, situés tout le long des
branches; corolle blanc pâle, graduellement dilatée du sommet à la base.
Fruit sphérique, jaune à la maturité, de la grosseur d'une très petite cerise.
— La plante est toxique-narcotique, cependant les enfants en mangent
impunément les fruits. Dans le peuple, on se sert des fleurs séchées en
tisane contre les maux d'estomac, et comme sudorifiques contre la toux
et les refroidissements; on les ramasse souvent pour les vendre aux phar­
maciens du pays; les feuilles s’emploient avec le curage (Com m elyna midiflora L.), comme émollientes dans les bains tièdes,et à l’extérieur contre les
névralgies, au même litre que les feuilles des concombres à chien. — Assez
abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
et de la Grande-Terre. Alt. 10-600 met. [N°2589.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Suyau, sureau. — Pour enivrer les poissons, on se
sert des feuilles, froissées, à cause de leurs vertus narcotiques. — Abondant
dans tout le nord de file ; plus rare dans le sud. [N° 1929.]
Physalis L. (du grec « phusalis », vessie, allusion au calice accru qui
forme une vessie entourant et cachant le fruit.)
P. fœlens Poir. ; Coqueret puant. Yulgo : Herbe à cloques. — Annuel,
haut de 25-45 cm., délicat, visqueux, à lige blanche, à branches très étalées
et dichotomes, à tige, branches et pétioles garnis de poils mous et blan­
châtres. Feuilles ovées, anguleuses-denlées, molles. Fleurs solitaires dans la
bifurcation de deux branches, jaunâtres avec une tache noire à l’entrée de
la gorge ; anthères violettes; calice accru, à cinq angles, s'effaçant plus ou

Capsicum L. (du grec « kapto », futur « kapso », mordre, à cause de sa
saveur piquante.)
C.
frutescens L. ; Capsicum frutescent .Vulgo : Piment-z’oiseau, piment
enragé, piment cabresse, piment caraïbe. Desc., vol. V I, t. 413, p. 24. —
Arbrisseau grêle, délicat, glabre, haut de 0 m 30 -lm20, peu branchu, à
branches dichotomes et un peu en zig-zac. Feuilles ovées, pointues, flasques.
Fleurs blanchâtres, petites, en cymes réduites, courtes et latérales. Fruit
conico-cylindrique, long de 0-8 mm., rouge foncé à la maturité. — Fl.
en août, septembre et octobre. — Assez rare à l'état sauvage : basse région
de Bouillante, de Pigeon; çà et là à Baillif, aux Vieux-Habitants. Alt. 15400 mèt. [N° 2595.](
M a r t i n i q u e . Y ulgo : Piment-oiseau, piment enragé. — Çà et là dans les
haies et les broussailles, des hauteurs inférieures de Case-Pilote, morne
Gommier (Marin)[N° 351], avec ses variétés [N os 352, 353, 354.]
On a transplanté cette espèce dans les jardins, et, par la culture, on est
arrivé à obtenir des variétés qui dépassent de beaucoup la taille de l’arbris­
seau primitif et le volume normal des fruits; entre autres : le piment ordi­
naire ou piment blanc, dont le jiiecl peut atteindre jusqu’à 2 IU 50, et le fruit
dépasser le volume d une grosse cerise. [N os 1603, 2604.]
C. baccatum L .; Capsicum à fruits ronds. Y’ ulgo : Piment rond, piment-

1. En dehors des usages connus du labac, qui est une plante médicinale en Europe
employée en lavements poiir favoriser la réduction des hernies et pour combattre les
obstructions alvines), citons ce fait qu'à la Guyane la feuille, écrasée avec du rocou
Bixa Orellunu L préserve des piqûres de la chique Pulex pénétrant) et cicatrise les
plaies déterminées par l’extraction de l’insecte parasite. Les feuilles, huilées et tièdes,
s’appliquent sur les blessures récentes. (E. H.)

1. Les fruits de ce Capsicum (qui est officinal) doivent leur âcreté, comme ceux detous
les piments, à un liquide oléo-rcsineux et à une substance cristalline, la capsicine. Les
piments, en dehors de leur action stimulante des voies digestives, qui en rend l’emploi
voisin de l’abus dans toutes nos colonies chaudes, ont été vantés, ainsi que leurs extraits,
comme un remède m erveilleux contre les hémorrhoïdes. (E. H.)

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PLANTES DK LA GUADELOUPE F,T DR LA MARTINIQUE

poivre. SI., l. 246, f. 2. — Arbrisseau haut de 0 ,u 80-1m 50, faiblement
branchu, à branches en zig-zac. Fleurs comme clans le précédent, mais plus
longuement pédonculées. Fruit sphérique, rouge foncé, plus petit qu'une
graine de poivre. — Çà et là dans les halliers et les haies des basse et inframovenne régions de la Guadeloupe et de la Grande-Terre. [N° 3681.]
M a rt in iq u e , Yulgo : Piment-poivre, piment à grives. — Parnasse, vallée
du Garbet, Trois-llels plateau , morne Gommier (Marin), etc. 1N° 349.]
La culture adonné des variétés nombreuses, dont les fruits diffèrent beau­
coup, par le volume, de ceux de Lespèce-lype, mais affectent toujours la
forme ronde; les principales sont :
1° Piment moka, fruit de la grosseur d'un fruit de café moka [N° 3575];
2° Piment rouc/e, piment cerise, de la grosseur d'une cerise ordinaire
[ V 2602];
3° Piment bonda Madame Jacques, à fruits subsphériques, du volume
d'une grande cerise. [N 05 348, 3574.]

C. conoides Roem. et Schult, C. frutescens L. ; Capsieum à fruits conoïdes.
Yulgo ; Piment-café, à fruits du volume et aussi un peu de la forme d'un
café ordinaire [N° 356], et la variété plus grosse. [N os 355 et 3559.] — Intro­
duit.
C. ceratocarpum Fingerhut. Yulgo : Pimenl-z’indien, à fruits conico-cylindriques, blancs ou rouges à la maturité, longs de 5-6 cm., légèrement recour­
bés en forme de corne. Introduit de l’Inde [N° 2601 ], et Martinique[N° 357.]
On rencontre aussi le C. dulce Hort. Vulgo : Pimenl-doux(Nu353], et le C.
annuum L., vulgo : Gros piment, tous deux introduits de l’Europe.
Les Lycopersicum cerasiforme Dun., vulgo : Tomadose [N° 3785], Marti­
nique [N° 2001], et le L. esculentum Mill., vulgo : Tomate (Desc., vol. V I,
t. 303, et vol. Y, t. 877), introduits et naturalisés,sont cultivés dans toutes
les Antilles. On les rencontre à l'état sauvage, échappés des cultures.
Solanum L. (du latin « solamen », consolation, tranquillisation; de
« solari », allusion aux vertus adoucissantes et soporifiques de ces plantes.)
S. nodiflorum Jacq.,S. caribæum Dun. ; Morelle, à fleurs axillaires. Yulgo ;
Agoman ou agouman (planter). — Herbe annuelle, droite, glabre, haute de
0 “ 60-1 m10, à branches grêles, lisses, noires, habituellement penchées au som­
met. Feuilles llasques, ovées, contractées en coin à la base, entières ou
sinuées-dentées. Fleurs blanches, en ombelles latérales et axillaires. Fruit
sphérique, rouge, un peu plus petit qu'une graine de poivre. — Abondant
dans les terres cultivées ou laissées en friches de toute la Guadeloupe et de
la Grande-Terre. On en rencontre une variété à feuilles larges, toujours
sinuées-dentées, à tige tétragone, garnie de protubérances spinescentes. Alt.
0-700 met. N° 2604.]

M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe amère, herbe à calalou. — Dans toute l'île,
avec les mêmes variétés qui existent à la Guadeloupe. [N° 2130.]

S. Seaforlhianum Andr.; Morelle de Seaforth (lord anglais). Yulgo : La
douce-mère, lilas grimpant, liane-lilas. — Liane vivace, glabre. Feuilles
ovées, flasques : les inférieures, penniséquées, à 3-5 segments; les supé­
rieures, entières. Fleurs lilas, en grappes allongées, pyramidales et toujours
pendantes. Baie sphérique, jaune à la maturité, fie la grosseur d'une graine
de poivre. — Cultivé dans les jardins pour l’ornementation des grillages,
des tonnelles, etc. On le rencontre quelquefois à l'état sauvage. [N° 2006.j
M a r t i n i q u e . Vulgo ; La douce-amère. [N° 367.]
S. triste Jacq.; Morelled'un aspect triste. Vulgo : Bois-caca. Desc., vol. III,
t. 185, p. 155; Jacq., Sel. Am. slirp. hist., L. 40, f. 2, p. 50. — Arbrisseau
glabre,fortement branchu, haut d e l ,n 50-2in50, à tige noir verdâtre. Feuilles
larges, llasques, d'un vert noirâtre, elliptiques-oblongues ou oblongueslancéolées, pointues, habituellement réunies par deux, souvent garnies en
dessous, à l’aisselle des nervures principales, de petites touffes de poils. Fleurs
blanchâtres, petites, en cymes umbelliformes, latérales, pédonculées. Baie
sphérique, jaune à la maturité, de la grosseur d'une petite cerise. — Toutes
les parties de la plante exhalent une odeur désagréable; on n'en fait aucun
usage dans la médecine domestique. — FL d’octobre à mai. — Çà et là dans
les halliers et les broussailles des régions inférieure et basse : enviions de
Saint-Pierre, Carbet, Marin, Trois-Ilets, etc. [N° 2366.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
S. asperum Vahl; Morelle à feuilles rudes. Yulgo ; Bois-lélé (dans les hau­
teurs de Baillif), ailleurs Bélangère petit. — Grand arbuste, haut de 2-3 mèt.,
très branchu dans le haut, à écorce rougeâtre, rude, à tige el rameaux très
seabres, garni d’aspérités lenticulaires, blanchâtres et très nombreuses.
Feuilles seabres, elliptiques ou elliptiques-oblongues, acuminées au sommet,
rétrécies, à la base, en un pétiole ailé. Fleurs d’un blanc sale, en cymes
arrondies, contractées, poilues, longuement pédonculées, terminales, à
pédoncules et pédicelles revêtus de poils courts, roussâtres. Baie scabre,
jaunâtre à la maturité, sphérique, de la grosseur d'une petite cerise. — FL
de février à mai. — Peu abondant : çà et la le long des rivières, et dans les
halliers des mornes inférieurs : Baillif, rivière Noire, rivière des Pères. Alt.
50-300 mèt. [N° 2607.]
M art in iq ue . Vulgo : Mélongène bâtard, — Basse-Pointe (environs du
bourg), Macouba, fontaine Didier. Alt. 50-400 mèt. [N u 370.]
S. neglectnm Dun.; Morelle négligée. Vulgo ; Mélongène-liane bâtard.
PL, édit. Burin., i. 245, f. 4. — Liane suffrutescente ou frutescente, s’éten­
dant en tous sens sur les branches des plantes voisines, à lige cylindrique,

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PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

glabre, à rameaux plus ou moins pubescents à l’extrémité. Feuilles très
tlasques, ovées ou ovées-oblongues, pointues, laineuses en dessous, et gri­
sâtres. Fleurs d'un blanc pâle, en eûmes ombelliformes, paueiflores, pédonculées; calice garni, au sommet, de dix appendices droits, courts. Fruit
subglobuleux-oliviforme, surmonté du style persistant.— Fl. de mai à juillet,
et aussi d'octobre à janvier. — Peu abondant. Sur les lisières et dans les
clairières des grands bois inférieurs : Camp-Jacob, rivière Noire, Capcsterre
(Guadeloupe, habitation Longmonl, etc.). Alt. 150-600 mèt. ! N° 2884.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Mélongène bâtard, mélongène-liane-razier. — Troisllets. hauteurs de Case-Pilote, fontaine Didier, etc. [N° 364.]
S. racemosum Jacq.; Morelleà Heurs en grappes, Vulgo : Picanierfemelle.
a, variété inerme. Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 36, p. 50. — Grand
arbuste, haut de 2-3 mèt., peu branchu, nu dans le bas, à écorce cendrée, à
rameaux pulvérulcnts-pubescents, gris. Feuilles allongées-lancéolées, acuminées au sommet, légèrement pubcsbenles et grises en dessous. Fleurs blanches,
pédicellées, unilatérales, en grappes terminales et axillaires : ces dernières
confinées aux aisselles des feuilles de l’extrémité; pédicelles penchés. Baie
rouge de feu à maturité, sphérique, de la grosseur d’une graine de poivre. —
Fl. d’août à mars. — Abondant sur les côtes sèches du littoral, entre Baillif
et Deshaies, Désirade, Moule, Saint-François, Sainte-Anne, Gozier, MariéGalant*, les Saintes, etc. Alt. 0-120 mèt. N°2605.]
M artinique . Vulgo : Mélongène-diable bord-de-mer. — Abondant : Prê­
cheur, Case-Pilote, Diamant, Sainte-Anne, Yauclin, etc. [N° 1131.]
J), variété épineuse. Vulgo : Picanier mâle. SI., t. 11, f. 3. (S. igneum L.) —
Difière de la précédente par sa taille moins élevée, par les liges dont l’extré­
mité supérieure est garnie de piquants forts, droits et jaunes, parles feuilles,
les pétioles et le dessous de la nervure médiane également dépourvus de
piquants recourbés et latéralement comprimés et plus courts que ceux de
la lige. — Environs de la Pointe-à-Pitre, Moule, Gozier, etc. — Celte
variété est loin d’être aussi abondante que l'autre. [N° 2882.] — Je ne l'ai
pas vue à la Martinique.
S. lanceæfolium Jacq. ; Morelle à feuilles en fer de lance. Vulgo: Bélangère
piquante. — Liane vivace, rampante et grimpante, courant mollement sur
les branches des végétaux voisins ou montant à une faible hauteur, à tige,
branches, pétioles et nervure médiane garnis de piquants recourbés ou droits,
acérés, courts, nombreux. Feuilles lancéolées ou ovées-lancéolées, longue­
ment péliolées. Fleurs blanches, plus rarement violacées, en cymes latérales.
Baie sphérique, rouge, de la grosseur d'un pois. — Fl. de novembre à mai.
— Peu abondant. Çà et là dans les haies des savanes, sur les lisières et dans
les clairières des grands bois inférieurs : rivières Noire et Rouge, Matouba,
Camp-Jacob, etc. [N° 3408.]

M a r t i n i q u e . Vulgo : Mélongène-razier, mélongène piquant. — Plus abon­
dant qu’à la Guadeloupe : hauteurs de Fort-de-France, fontaine Didier,
Trois-Ilels (plateau), Anses-d’Arlet (morne Larcher), etc. j N° 365.]

S. lorvuni Sw., S. ferruqineum Jacq. ; Morelle à cymes contournées. \ ulgo :
Bélangère bâtard. Desc., vol. III, t. 188, p. 167. — Arbrisseau droit ou lorlueux, frutescent par la base, herbacé par le haut, d’une élévation de I 1,1502m 50, à branches peu nombreuses, presque étalées et souvent penchées, à
rameaux et feuilles couverts d’un duvetgrisâtre et garnis dépiquants droits ou
courbés. Feuilles larges, ovées, sinuées-dentées : les jeunes souvent entières.
Fleurs d’un blanc pâle, en cymes dichotomes, tournées de côté, latérales.
Fruit jaune à la maturité, sphérique, de la grosseur d'une petite cerise. —
Très abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. — Fl. presque toute l’année, mais surtout pen­
dant et après l’hivernage. — La plante est, comme la plupart des Solanum,
toxique-narcotique. Dans le pays, on emploie les racines, macérées dans l'eau
et prises en tisane, contre les coliques néphrétiques, la racine et l’écorce en
décoction contre les fièvres gangréneuses. Les cultivateurs se servent souvent
de la Bélangère bâtard comme support pour greffer les mélongènes cultivées.
[N° 2885.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mélongène-diable. — Très abondant dans toute l’île.
[N° 2123.]
S. Melongena L. Vulgo : Mélongène (du grec « melon », pomme, et
« genæin », produire, qui produit des fruits semblables à une pomme),
aubergine. Desc., vol. III, t. 107, p. 163. — Originaire de l'Asie tropicale,
cultivée comme légume dans toutes les parties chaudes et tempérées du
monde entier, j N° 2880. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mélongène, aubergine. [N° 2127. |
S. macrocarpum L. ; Morelle à grands fruits. Vulgo : Mélongène de Guinée.
— Haut de 50-90 cm., à feuilles très larges, épaisses, sinuéçs, à lige rouge,
ou blanche ou noirâtre, à fruits d’un jaune d'or, de la grosseur d'un œuf de
poule ou d’une petite poire ; se rencontre assez souvent dans les deux colonies,
— Originaire de l’Afrique (La Réunion, Madagascar). — Les fruits sont
délicats et se mangent comme les mélongènes ordinaires*. On les greffe
habituellement sur la Bélangère bâtard. [N°2881.
S. mammosum L. ; Morelle à fruits mammiformes. Vulgo : Pomme-poison.
SL, t. 12, f. 1 ; Desc., vol. III, t. 186, p. 159. — Annuel, ornemental, haut de
1. On emploie, à Madagascar, la décoction de la racine ou le fruit de cette plante
nommée, à la Réunion, (/rosse nnghine contre les fièvres paludéennes. I.a décoction,
aqueuse ou vineuse, se prépare avec 15 grammes de racines concassées pour un litre
d ’eau ou de vin rouge; on prend cette décoction par verrée en 2î heures, d’après
Docqucllon-Limousin. (E. II.)

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PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

417

SOLANÉES

0 m60-l met., tortueux ou droit, à branches étalées et divergentes, à tiges,
branches, pétioles, pédoncules et faces des feuilles garnis de piquants jaunes,
droits ou recourbésel très acérés. Feuilleslarges, sinuées-angulcuses, flasques,
velues des deux côtés, à poils dorés et couchés. Fleurs violet foncé, en cymes
latérales, scorpioïdes, plus ou moins cachées par les feuilles. Fruit mammiforme, long de 5-6 cm., nu. de 4—1,5 cm. d’épaisseur, muni de son calice
persistant. — A l'époque delà maturité des fruits, les feuilles se sèchent et
tombent : on voit alors l’arbrisseau chargé de 10-40 capsules, très lisses, d'un
jaune d'or vif et brillant de tout leur éclat au milieu des savanes sèches, ce qui
produit le plus bel effet. — La plante est éminemment toxique-narcotique et
pourrait rendre de grands services dans la médecine domestique. Descourtilz
dit : « Je l'ai administrée avec succès à dose fractionnée, dans de violentes
cardialgies, dans plusieurs autres douleurs nerveuses, et dans beaucoup
d'affections locales douloureuses, dans la cure des dartres rongeantes et des
autres maladies de la peau, rebelles aux moyens ordinaires. C’est par sa
vertu sédative qu’elle convient en topique dans les cas d’ischurie spasmo­
dique, la strangurie et les douleurs néphrétiques. On en recommande les
topiques contre les brûlures et pour le soulagement des hémorroïdes. On
applique le feuillage de cette plante calmante, soit en bains, soit en fomen­
tation ou en cataplasmes, sur les abcès douloureux, les furoncles et les
panaris, et particulièrement la décoction dans les pansements des ulcérat ions
douloureuses des seins et dans ceux des ulcères cancéreux, etc. » Dans le
pays, on ne fait guère usage de cette herbe : on se sert cependant des fruits
verts pour empoisonner les ravets (cancrelats). Dans quelques endroits, on
détruit la plante, de peur que les enfants et les animaux n'en mangent les
fruits. — Fl.habituellementpendantl’hivernage. — Çà et là dans les régions
inférieure et basse de toute la Guadeloupe et de ses dépendances, sans être
abondant nulle part. [N° 3367.]
M ar ti n iq u e . Yulgo: Pomme-zombi. — Çà et là dans toute 1 île. [N° 1*214.]
Cestrum L. (du grec « kestron », marteau, parce que les étamines sont
pourvues d'une dent qui les fait ressembler à un marteau avec un manche;
le « kestron » de Dioscoride, IV, 1, est une Labiée qui a reçu ce nom dans le
sens de pilon, parce que l'ensemble de la fleur visée présente une certaine
ressemblance avec cet instrument.)
C. laurifolium L ’Hérit. ; Cestreau à feuilles de laurier. Vulgo : Citron­
nier, bois-savon (à Bouillante), bois-poison (au Camp-Jacob). — Arbris­
seau ou grand arbuste, haut de 1m 50-3 met., très glabre, droit, très
feuillu. Feuilles cartilagineuses, très vertes, luisantes, elliptiques ou
obovées, à nervures à peine perceptibles à l'état frais. Fleurs odorantes,
jaune verdâtre, en cymes contractées, axillaires, très nombreuses, situées
tout le long des branches. Baie ovoïde, noire ou bleu foncé à la maturité.

— Toutes les parties de la plante, surtout les feuilles, froissées, émettent une
odeur désagréable. — Fl. de janvier à avril. — Assez abondant dans les bois
inférieurs des Bains-Jaunes, de la rivière Noire, des hauteurs de Bail 1if,
des Vieux-Habitants, etc. Alt. 230-700 met. N0 2608.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-poison. — On se sert des fruits, écrasés et mêlés
à de la graisse, pour tuer les ravets (cancrelats) et les rats. — Abondant :
Grande-Rivière, la Régale, Trois-llets, Roches-Carrées (Lamentin), etc.
[N° 361.]
C. noclurnuni L. ; Cestreau nocturne. Vulgo : Jasmin grand-bois. DilL,
E lth ., t. 186. — Grand arbuste ou plus rarement petit arbre, haut de 34 met. Feuilles ovales-elliptiques, cartilagineuses1, pointues au sommet,
brusquement rétrécies, à la base, en un pétiole ailé, de couleur vert pâle.
Fleurs en ^ymes racémiformes ; corolle blanc pâle, à lobes rosés, à tube
graduellement élargi de la base au sommet. Baie ovoïde, bleu foncé à la
maturité. — Çà et là dans tous les grands bois : Bains-Jaunes, rivière Rouge,
Gommier, Vieux-Habitants* etc. Alt. 400-900 mèt. [N° 2610.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Jasmin des bois : hauteurs de Case-Pilote et de CaseNavire, fontaine Didier, etc. [N os 167, 359 a.\
C. vespertinum L. ; Cestreau du soir. Vulgo : Jasmin bâtard, suyau bâtard.
— Arbuste haut de 2-3 mèt., à branches flexibles, peu nombreuses. Feuilles
ovales-elliptiques, minces. Fleurs odorantes, surtout le soir après le coucher
du soleil, purpurines d’abord, ensuite blanc pâle, en cymes axillaires, paucifïores ; diffère du précédent : par les lobes du calice subulés-deltoïdes; par
le tube filiforme de la corolle, qui s'élargit brusquement au sommet; par ses
étamines insérées dans la gorge de cette corolle, et leurs filets aussi longs
que les anthères. Baie bleu foncé. — FL de septembre en janvier. — Assez
abondant aux mornes Sulpice et Pérou (Marin). NT° 360. — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
C. lalifolium Lam.; Cestreau à larges feuilles. Yulgo : Jasmin-bois. —
Arbrisseau haut de 2-3 mèt., peu branchu. Feuilles membraneuses, ovées.
glabres. Fleurs blanc pâle, odorantes, subsessiles, en cymes contractées;
tube de la corolle graduellement dilaté de la base au sommet. — Çà et là
dans les endroits ombragés des grands bois : Bains-Jaunes, Trois-Rivières,
hauteurs de Bailli f, etc. N’"' 2609, 3410.

1. Ces feuilles sont sans usage aux An tilles; toutefois à la Guyane elles ont servi
autrefois, soit seules, soit mêlées à celles de divers Datura, à confectionner des philtres
connus des piayeurs (sorciers ou empoisonneurs'. D'autre part, le C. auriculntam
L ’Hérit. (de l’Am érique australe, qui n'existe pus spontané aux Antilles) y serait employé
comme fébrifu ge,d ’après Bocqucllon-Limousin Mal. mêd., études déplantés des colonies
françaises, 2° partie, plantes fébrif., 1895), comme fébrifuge et comme calmant. On ( uti­
liserait aussi contre les hémorrhoïdes et i oedème des membres inférieurs. (E. Il,
Duss. — Plantes Guadeloupe el Martinique.

27

�M a r t i n i q u e . Yulgo : Jasmin sauvage. — (Environs de Saint-Pierre, morne
du Jardin botanique), Fonds-Saint-Denis, Case-Pilote, vallée du Carbet.

[N° 1900.)
De la famille des Solanées, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre
et dans d’autres jardins un superbe arbuste à ileurs en cymcs terminales,
violet foncé, à corolle longue, tubuleuse, c’est Iochroma lubulosa Benth.,
introduit de la Nouvelle-Grenade.

Calebassier bâtard, calebasse-poison. Desc., vol. III, t. 182, p. 143; PI.,
édit. Burin.; t. 109. — Grand arbre, à fronde ample, à feuilles larges, carti­
lagineuses, obovées-oblongues ou ovales-oblongues, à fruit de la grosseur
et un peu delà forme d'un petit avocat. — Existait autrefois à la Martinique,
dans les bois de la Régale et des Trois-Ilets; il a disparu de ces stations et
on en a conservé un seul pied au Jardin botanique de Saint-Pierre. N° 1234.]
— Il n’existe pas à la Guadeloupe.
Schlegelia Miq. (dédié au célèbre zoologiste I)r H. Schlegel, conservateur
du musée zoologique de Leide.)

cent Seizième f a m i l l e .

— B1GNOMACCES.

Crescentia L. (dédié à l'Italien Pierre Crescenzi (Petrus de Crescentiis), né
en 1230, à Bologne, mort dans celte ville à un âge très avancé; a écrit : Upus
ruralium commodornm. C’est le premier auteur qui ail écrit sur l'agricul­
ture depuis les anciens Romains.)
C. Cujete L. (Cujete, nom brésilien de l'arbre). \ ulgo : Calebassier, cale­
basse. Tuss., F l., II, t. 9; Desc., vol, IV, t. 244, p. 47. — Arbre de la taille
d'un pommier de France, habituellement très branchu, à rameaux droits,
allongés, peu divisés, à écorce grisâtre, crevassée. Feuilles l’asciculées par 3-10,
cartilagineuses, subsessiles, spalulées, les fascicules de feuilles naissant sur des
protubérances. Fleurs larges, couleur de crème, latérales, solitaires, naissant
sur le tronc, les grosses branches et les rameaux ; calice bipartite, spathacé,
caduc ; corolle à deux lobes dentés-ondulés. Fruit, nommé calebasse, très
variable quant à la forme et aux dimensions : les plus petits ne mesurant que
5 cm.-5,2 cm., et les plus grands jusqu’à 32 cm. de long. — C’est une sorte
de baie, à péricarpe dur, ligneux et vert dont l’intérieur est rempli d une pulpe
aigre, contenant une masse de semences comprimées-cordiformes. Arrivé à
maturité, on le vide et on en fabrique des ustensiles de ménage, que les Créoles
appellent « Couis ». Selon Descourtilz, la pulpe est diurétique-excitante, et cet
auteur recommande le jus passé à travers un linge et mêlé «à du sirop contre les
maladies de poitrine, contre la diarrhée chronique et certains catarrhes intesti­
naux. Dans le pays, on se sert de la pulpe, qu'on applique à froid, pour la guéri­
son du crabe crevasses de la plante des pieds), contre les coups de soleil, en y
ajoutant un peu de vinaigre, et contre les blessures et les fortes contusions ;
avec les jeunes fruits, pilés, on prépare aussi des « loochs ». Le bois est blanc et
compact, mais il se laisse facilement attaquer par les insectes. — Le cale­
bassier fleurit presque toute l'année, mais ne produit que peu de fleurs à la
fois. — Abondant dans les basse et inlra-moyenne régions de toutes les
Antilles. Alt. 0-700 mèt. N° 3066.]
M a r t i n i q u e . A ulgo : Calebassier. — Abondant. Alt. 0-500 mèt. [N° 1236.]
C. cucurbilina L. ; Crescentie à fruits en forme de concombre. Yulgo :

S. Urbaniana K. Sch.; Schlégélie d’ Urban. Yulgo : OEil de crabe. —
Liane puissante, s’élevant sur des arbres très hauts, à écorce lisse et grise, à
branches rigides, très allongées. Feuilles cartilagineuses, nettement ellip­
tiques, luisantes en dessus, vert très pâle en dessous. Fleurs violacées, en
grappes courtes, axillaires et caulinaires, très nombreuses, disposées tout le
long des branches. Fruit subglobuleux, de la grosseur d'une petite cerise,
bleu foncé à la maturité. — Fl. de février à mars. — Peu abondant : çà et
là dans les bois de Houëlmont et dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes et
du Malouba. [N° 2418.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Catalpa Seop. (nom de la plante chez les Indigènes de la Caroline.)
C. longisiliqua Chain.; Catalpa à longues siliques. Yulgo : Chêne d'Amé­
rique. Desc., vol. I, t. 18; Tuss., F l., IY, t. 37. — Grand arbre, droit,
anfractueux, surtout vers la base, à tronc nu à une grande hauteur, à fron­
daison peu fournie, à fleurs violet pâle, en petites grappes terminales. —
Etait autrefois abondant dans la basse région de la Martinique. — A cause de
son bois recherché pour la construction, on a fait abattre tous les pieds, il
n’en existait plus que deux ou trois au Jardin botanique de Saint-Pierre en
1889. — Il est indiqué, par M azé1, comme faisant partie de la flore de la
Guadeloupe ; mais il n’y a jamais existé.
Tecoma Juss. (du nom mexicain « Tecomaco-chitl. »)
T. pentapliylla DC. ; Tecome à feuilles à cinq folioles. Yulgo : Poirier
du pays. — Arbre de grande taille, peu élégant, peu branchu, très anfrac­
tueux, surtout les vieux pieds dont le tronc peut atteindre un diamètre de 8095 cm.; à écorce blanchâtre. Feuilles composées-palmées à 3-5 folioles, lon­
guement péliolées, luisantes, cartilagineuses ; pétioles communs, longs, ne
portant quelquefois qu'une seule foliole. Fleurs rosées ou blanches, ou à
peine rosées; siliques pendantes, à3 valves, longues de 12-27 cm. sur 5-8 mm.
de large, droites ou légèrement courbes; semences de 30-40, très aplaties,
plus larges que longues, pourvues de deux ailes latérales, transparentes,
1. Contribution à la flore de la Guadeloupe, Basse-Terre, 1892.

�420

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

RIGNONIAGEES

minces, frangées el blanches. — Fc bois esl gris, dur, a texture fibreuse,
tenant de l'orme, du chêne et du châtaignier de France : il sert avantageuse­
ment pour la confection des canots, des bateaux de cabotage, des moulins
à manioc, pour les constructions dans 1eau el dans la terre ; il est égale­
ment recherché pour l’ébénisterie et la confection de jantes de roues. A
cause de son bois flexible et de ses longues el fortes racines, il se laisse
difficilement renverser par les coups de vent. Pendant la saison sèche, 1arbre
perd habituellement ses feuilles. — Abondant dans toute la région du
littoral el à l'intérieur jusqu'à une altitude d'euviron 350 met. [N ° 3061.]
M artinique . Yulgo
Poirier. — Abondant. [N° 1017 a.

Le T. capensis Lindl., Teeome du Cap de Bonne-Espérance, vulgo ; Jas­
min-trompette, est un arbrisseau sarmenteux, à feuilles imparipennées, à
fleurs rouges, en grappes courtes, terminales, à étamines exsertes, à corolle
en tube comprimé et courbe, qui esl naturalisé et cultivé pour 1ornementation
des tonnelles, des grillages, etc. fN° 3062.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Jasmin de Virginie, jasmin-trompette. [N° 1917.]

T. leucoxi/Ion Mart. ; Teeome à bois jaune. Yulgo : Bois d'ébène. Desc.,

B. æquinoclialis L., B. spect&amp;bilis V. ; Bignone fleurissant à l'époque de
l’équinoxe. Yulgo : Liane-crabe, liane à paniers, liane-corde. Desc., vol. Il,
t. 100, p. 130. — Forte liane, grimpant au moyen de vrilles partant du
sommet du pétiole commun, à tige nue dans le bas, à rameaux allongés,
flexibles et pendants. Feuilles à deux folioles ovées-oblongues, ou ovées,
pointues, entières. Fleurs axillaires, géminées ou en corymbes pauciflores;
corolle violette avec des stries jaunes à l’entrée de la gorge; silique longue
de 30-45 cm. sur 2 cm. de large, plus ou moins courbes ; semences aplaties,
noires, à ailes opaques. — Fl. de septembre à mars. — Avec les sarments
préalablement fendus, on fabrique des paniers, des nasses pour la pèche, des
cordes, etc. — D’après Descourtilz, cette liane est stomachique, astringente;
mais dans la médecine domestique du pays, on n’en fait pas usage. — Vit en
société avec les palétuviers de toutes sortes, dans les marécages maritimes :
Lamentin, Baie-Mahault, Pointe-à-Pitre, etc. N° 3065.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane à crabes. — Rivière-Salée, Trois-Ilets, Lamen­
tin, Ducos, Robert, etc. [N° 1239.]

vol. 111, t. '204, p. 244. — Arbre de grande taille, à feuilles composées-palmées, à cinq folioles ressemblant à celles du précédent, a fleurs larges, d un
jaune très vif, en bouquets terminaux très nombreux. — Etait autrefois
abondant à la Martinique. On en conserve encore quelques pieds au Jardin
botanique. — A l’époque de la floraison, il perd complètement les feuilles.
(Spécimen en mauvais état.)

T. stan-s Juss.; Teeome droit et solidement attaché. Yulgo : Bois-pissenlit,
fleurs jaunes, bois à enivrer (au Baillif) Bignonia L . ) — Grand arbuste ou
petit arbre, droit ou souvent tortueux, haut de 2-4,n 50. Feuilles imparipennées, à 3-5 paires de folioles oblongues-elliptiques, acuminées, dentées en
scie. Fleurs larges, jaunes, en grappes simples ou composées à la base, pyra­
midales, dressées : siliques linéaires, pendantes, longues de 1*2-15 cm., droites
ou légèrement courbes, pointues à l’extrémité; semences nombreuses, aplaties,
à deux ailes latérales. — 11 fleurit toute l'année. — On se sert, en quelques
endroits, des feuilles et des jeunes liges, froissées, pour enivrer les poissons '.
— Très abondant dans la région sèche du littoral de toute la Guadeloupe
el des dépendances. Alt. 0-350 met.; rare à une plus grande altitude.
[.V 2417.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Fleur jaune. — Abondant dans toute File. [ N ° 1915 ]

1. Tous les Tecoma des Antilles sont sans emploi médicinal; mais il faut signaler tou­
tefois que T. undulaüi Bon. y serait utilisé, dans son écorce, scs lleurs et ses feuilles,
comme fébrifuge et astringent. Poupée-Desportes recommande l usage du sirop fait avec
l’écorce et les fleurs au même titre que le sirop de quinquina du commerce auquel il
pourrait être substitué. La poudre d’écorce s’administrerait à la dose de 8 à 15 gr., en
cachets ou en infusion dans le vin. On préparerait un électuaire miel, poudre d'écorce et
sirop d’écorce qui répugnerait moins aux fébricitants. Les fleurs, qui seraient aussi fébri­
fuges. s’emploieraient en poudre à moitié dose delà poudre d’écorces. Enfin, l'infusion faite
avec 30 gr. de feuilles pour un litre d’eau serait employée en lavements fébrifuges.
M. Bocquellon-Limousin loc.cit.) s'est occupé de cette plante cl n’y a trouvé que du
tanin, ce qui confirmerait cette opinion dont je me suis souvent fait le propagateur
après l’étude de certaines plantes coloniales, nettement fébrifuges el ne renfermant que
de l'acide tannique, que ce principe est doué de propriétés fébrifuges. A étudier compa­
rativement tous les Tecoma des Antilles. E. H.)

421

Bignonia L. (dédié à Jean-Paul Bignon, né à Paris, en 1662, abbé de SaintQuentin, bibliothécaire du roi, ami et protecteur de tous les savants de son
temps; mort en 1743, dans son château d'Isle-Belle.)

B. unc/uiscali L. ;Bignone à racines adventives en forme de grilles de chat.
Yulgo ; Grille-chatte. — Liane ne dépassant guère 5 mèt. d’élévation, à lige
d’abord rampante, radicante, pourvue de racines adventives ayant assez
exactement la forme de griffes de chat. Feuilles adultes dans les branches
libres, à deux folioles larges, luisantes, membraneuses, elliptiques ou elliptiques-lancéolées : celles des tiges radicantes, plus petites. Fleurs larges,
d'un jaune brillant, en grappes nombreuses, courtes ou allongées, axillaires
et terminales ; silique linéaire longue de 60-85 cm. sur 1.5 cm. de large, tou­
jours pendante, droite ou courbe; semences ailées. — A l'époque de la florai­
son, la liane se dépouille souvent entièrement de ses feuilles. — La plante a
des vertus alexitères internes, et Descourtilz la place, en effet, dans cette
catégorie. — Fl. de juin à août. — Çàet là dans les ravines, dans les endroits
boisés de la basse région de la Guadeloupe et de la Grande-Terre : Moule,
Saint-François, environs de la Basse-Terre (ravine de Belosl), Baillif, etc.
[N° 3069.]
M a r t i n i q u e . \ ulgo : Griffe-chatte. — On se sert des racines, pilées, comme

�422

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

remède contre la morsure du serpent — Case-Pilote (fond Layette et fond
Brûlé). Trinité, Trois-Ilels. etc. X° 191 L j
La Bignonia alliacea Lam., vulgo : Bignone à l'ail ! Adenocalymna alliacum
Miers!, forte liane, dont les feuilles froissées exhalent une forte odeur d’ail,
est cultivée au Jardin botanique de Saint-Pierre : elle est originaire de la
Guyane. La B. radicaux I,. se trouve à l'habitation Bollin, au Matouba.
Amphilophium Klh. (du grec « ampbi », autour, et « lophion », dimi­
nutif de « lophos », crinière, crête, parce que la partie extérieure du double
limbe calcinai est ondulée-crèpue et rappelle en quelque sorte le bord d'une
crête de coq.)
A.
paniciilatum II. B. Klh. ; Amphilophe à fleurs en panicules. '\’ulgo : Liane
à canot. PL, éd. Burin., t. 56, f. 1; Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 116. p. 18.3.
— Forte liane, vivace, grimpant au moyen de vrilles sur des arbres très
élevés et les couvrant complètement, pour y étaler ses nombreuses grappes;
à branches, jeune tige et rameaux à six angles, légèrement velus. Feuilles
opposées, le plus souvent à deux folioles, rarement à trois, ovées, pointues,
pétiolées, larges et garnies en dessous d’un léger duvet soyeux et gris. Inflo­
rescence en panicules pyramidales médiocrement allongées ; fleurs odorantes;
calice à limbe double : l’extérieur formant, au-dessous du sommet du pre­
mier, un collet ondulé qui s'applique contre la corolle; celle-ci est blanche,
ou violacée ou blanche dans le haut, et violacée ou violette à la base; silique
longue de 11-14 cm. sur 6 cm. de large, et 3-4 cm. de diamèl., elliptique,
échancrée au sommet ; valves dures, ligneuses, épaisses, formant deux
écuelles; semences larges imbriquées, à deux ailes latérales, minces et trans­
parentes. — Peu abondant. Çà et là dans les falaises cl endroits abrupts,
d'un accès souvent diflicile : Basse-Terre (ravine de Belost), rivières .Noire
eL Bouge, Vieux-Habitants, etc. Alt. 10-400 mèt. V 3060.J
M art in iq ue . Vulgo : Liane-canot. — Parnasse (habitation Litté), morne
du Jardin botanique, vallée du Carbel. Fonds-Saint-Denis (près de la Porlede-l’Enfer), etc. N° 1238.]
Tanæcium S\v. du grec « lanakès », ce qui est allongé, par allusion aux
branches droites et allongées, qui plus tard deviennent sarmenteuses.)
T. crucigerum Seem. (Tanæcie dont la coupe transversale de la lige
montre les faisceaux disposés en croix.). Vulgo : Liane à barrique. PL, éd.
Burm., t. 58. — Liane puissante, s’élevant sur les arbres les plus hauts, à
branches d'abord droites, devenant ensuite sarmenteuses, à lige cylindrique1. A la Guyane, le suc de toutes les parties de cette plante est réputé alexitèrc. En
infusion, les feuilles et les bourgeons sont utilisés en bains médicamenteux, et comme
sudorifiques dans les fièvres d’accès. Ils entrent dans la composition d ’un sirop béchiquc
adoucissant. (E. If.)

1)1GNONIACF.RS

acanthacérs

423

anfractueuse, à rameaux souvent couverts de nombreuses aspérités lenticu­
laires, blanchâtres. Feuilles larges, péliolôes : les inférieures, à 3 folioles; les
supérieures, très souvent à deux folioles seulement, folioles ovales, cartila­
gineuses. Fleurs blanches, géminées ou en grappes pauciflores, axillaires et
terminales; corolle à tube long et infundibuliformc, puboscente, à lobes
deltoïdes, pointus, ondulés; silique longue de 12-15 cm. sur 5-6 cm. de large,
convexe, elliptique, arrondie aux extrémités, formant, après déhiscence,
deux écuelles profondes ; semences nombreuses, aplaties, anguleuses, presque
quadrangulaires, à surface lisse, ondulée. — Peu abondant : environs de
Saint-Pierre (habitation Périnell, près du bord de la rivière des Pères), CasePilote (le long de la rivière du Fond Layette). — Ses tiges servent à faire
des cercles pour les barriques. [N° 1237.] — Je ne l'ai pas vu à la Guade­
loupe.
Le Jacaranda (ilieifolia D. Don. Vulgo : Palissandre, grand arbre, originaire
de la Guyane et du Brésil, fournissant un bois recherché pour l'ébénisterie
et la marqueterie, est cultivé aux Jardins botaniques de la Basse-Terre et de
Saint-Pierre, spécimen (C.). On rencontre également au Jardin botanique de
la Martinique le Calosanthes indica Blum., petit arbre, originaire de la
Cochinchine, à fleurs violettes, en panicules larges, à siliques ayant jusqu’à
30 cm. d&lt; long, et le Phyllarthron comorense DC., petit arbre des îles
Comores, qui fleurit presque constamment, mais ne produit pas de fruits.

cent

dix - septième

famille.

— ACAN TH AC ÉES.

Ruellia Plum.(dédié à Jean de la Buelle, né en 1474, à Soissons, botaniste
et médecin de François Ior, entra plus tard dans un ordre religieux ; mort à
Paris, en 1537; a publié plusieurs ouvrages des anciens, traitant des plantes
médicinales, entre autres ceux de Dioscoride. Il a aussi écrit : De natura

slirpium.)
R. luherosaL ., R. clandeslina L. ; Buellie à racines tubéreuses. Vulgo :
Chandelier. Desc., vol. II, t. 113, p. 180; SL, t. 95, f. 1. — Vivace par ses
racines fasciculées, fusiformes-allongées, profondément enterrées; à tiges
souvent multiples, droites, branchues, tétragones et velues dans le haut,
d’une élévation de 30-60 cm. Feuilles elliptiques, cunéiformes à la base. —
Fleurs violet pourpre, larges, en cymes dichotomes, terminales et axillaires.
Capsule lancéolée-oblongue, contenant 16-20 semences. — Les racines sont
purgatives et émétiques, et peuvent remplacer l’ipéca; réduites en poudre et
prises en décoction, elles servent, dans le pays, contre les fièvres L — Assez.
1. A la Guyane, le sirop obtenu avec les racines est très vanté contre la coqueluche. (E. II.)

�ACANTM ACRES

abondant dans les environs de la Basse-Terre, Vieux-Fort, Moule, SaintFrançois, Lamentin, Désirade, Capesterre (Guadeloupe), etc. [X" 2366.]
M a r ti n iq u e . — Ipéca bâtard, patate-macaque. — Trois-Ilcts, Ansesd'Arlet, Marin, Vauclin, etc. N° 2013.]
R.
gemimflora II. B. Klh. ; Ruellie â deux fleurs aux aisselles des feuilles.
Vulgo : Herbe-hallier. — Sulfrulescent et frutescent, haut de 30-70 cm.,
droit ou tortueux, à tiges souvent nombreuses, grêles. Feuilles lancéolées,
ovées, subsessiles. Fleurs violet pâle, petites, très caduques. — Assez rare.
Dans le sol sec, pierreux cl en pente de la basse région : environs de SaintPierre i ravine de Belosti, Houëlmont. N° 3808.;— 11 n’existe pas à la
Martinique.
Blechum P. Br. (du grec « blekon », mot par lequel les Grecs désignaient
une espèce de marjolaine : notre Blechum a une inflorescence semblable.)
B.
Hrownei .luss.. Justicia mnrlinicensis Sieb. ; Blechum de Browne.
Vulgo : Herbe-savane. SI., I. 109, f. 1. — Herbe annuelle ou bisannuelle,
haute de 25-80 cm., à lige souvent couchée et radicante, habituelle­
ment nue dans le bas. Feuilles ovées. Inflorescence en épis tétragonaux,
terminaux, réunis par 2-3; corolle violet pâle, pédicelles courts, munis, à la
base, de trois bractées ovées. ciliées. Capsule ovoïde,contenant huit semences.
— Très abondant dans les savanes sèches et humides de la basse région, où
il vit souvent en société et forme une sorte de gazon; il constitue un assez
médiocre fourrage. — Environs de la Basse-Terre, Baillif, Lamentin, Moule,
Désirade, Marie-Galante, les Saintes. Alt. 0-400 mèt. [N° 2363.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe-savane. — Abondant dans toute l'ile. [N° 1212.J
Lepidagathis W illd. (dugrec « lepis », écaille, et « agalhis », pelote, parce
les fleurs sont en glomérules, et les segments inférieurs de ces fleurs en
forme d'écaille.)
L. alopecuroules R. Br.; Lépidagathis à queue de renard. Vulgo : Queue
de renard ^Teliostachya Nees). — Herbacé, annuel ou vivace, ou parfois suffrutescent, selon les endroits, à lige couchée, allongée, radicante, ensuite
relevée, haute de 20-75 cm. Feuilles elliptiques, cunéiformes à la base. Fleurs
en glomérules verticillées, formant ensemble un épi serré, ovoïde-allongé ;
bractées scarieuses, elliptiques, pointues, grisâtres; corolle violet pâle, petite.
— Dans les endroits aquatiques ou très humides et le long des ruisseaux des
grands bois : Bains-Jaunes, Malouba, V ieux-Habitants, Trois-Rivières1, etc.
Alt. 400-900 mèt. [N® 2365.]

425

Vulgo ; Queuc-de-renard. — Abondant : Bois de la MontagnePelée, du Lorrain, de l’Alma, etc. [N° 1213.]
M artinique.

Pachystachys Nees (du grec « paclius », épais, serré, et « stachvs », épi,
allusion â la forme de l’inflorescence.)
P. coccinea Nees ; Pachystachys à (leurs écarlates. Vulgo ; Plumet d’oflicicr. AubL, t. 3. — Arbrisseau élégant, haut de 111150-3 mèt., droit, très
ornemental. Feuilles larges; les adultes, penchées; les jeunes, dressées,
elliptiques ou elliptiques-oblongues, pétiolées. Fleurs larges, serrées, en épis
cylindriques, longs de 8-12 cm. — Introduit de Cayenne, naturalisé et
cultivé â la Martinique, au Jardin botanique et dans beaucoup d’autres
endroits de l’ile; se rencontre rarement dans les jardins de la Guadeloupe.
[N° 2371.]
Thyrsacanthus Nees (du grec « thyrsos », thyrse, panache, et « akantha »,
épine, pointe, probablement parce que les grappes en forme de thyrse sont
allongées et pointues.)
T. nitidus Nees; Thyrsacanlhe à fleurs brillantes. Vulgo ; Bois indien. SL,
t. 10, f. 2. — Arbrisseau sulfrulescent et souvent frutescent, très glabre,
droit, haut de 0 ,n 70-1'" 40, ornemental, peu branchu, à bois très cassant.
Feuilles oblongues ou lancéolées-oblongues, acuminées au sommet, rétrécies,
à la base, en un pétiole court. Fleurs violet pourpre, ou violacées ou plus
rarement blanches, et panachées de violet, en thyrses allongés, formant, le
plus souvent, une large panicule terminale. — Abondant dans les bois infé­
rieurs, humides et rocailleux : Camp-Jacob, Houëlmont, Gourbeyre (mornes
Boucanier et Hirondelle), Trois-Rivières, Vieux-Habitants, etc. Alt. 0-40600 mèt. [N° 2361.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois genou, à cause des renflements des nœuds. — Très
abondant dans presque tous les grands bois, mais surtout dans les environs
de la fontaine Didier et dans les hauteurs des Trois-Ilets et du Diamant.
[N os 2004, 2005.]
Le Graptophyllum horlense Nees, Justicia picta L., grand buisson, haut
de 2-4 mèt., â feuilles panachées de blanc sur fond vert, est fréquemment
cultivé dans les jardins des deux colonies. [N° 1996.]
Dianthera Gronov. du grec « dis », double, et « anthera », anthère, allu­
sion aux loges de l’anthère, qui sont séparées par le connectif, de manière à
paraître doubles.)
D.
andros/vmifolia Griseb.; Dîanthère à feuilles d’Androsema. Vulgo :
Violette-savane. — SulTrutescent et frutescent, haut de 40-60 cm., nu dans
le bas, à tige grêle, à branches peu nombreuses, plus ou moins inclinées au
sommet. Feuilles ovées ou ovées-lancéolées. Fleurs violettes, panachées de

�426

PLANTES DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA MARTINIQUE

blanc, en épis pauciflores el allongés. — Peu abondant. Endroits secs, chauds
et pierreux : les Saintes (chemin du Chameau), Deshaies (Gros-Morne).
[X° 2895. ■
M ar ti n iq u e . Vulgo : Violette des bois. — Assez abondant dans les brous­
sailles pierreuses et en pente des hauteurs du Fond Layette (Case-Pilple).
[X° 2008.]
D.
pecloralis J. F. G m cl.; Dianthère pectorale. Vulgo : Herbe
aux charpentiers. Tuss., F l., 111, t. 2; Jacq., Sel. Am. slirp. hisl.,
t. 3, p. 3. — Sutîrutescent, haut de 20-70 cm., à racines fibreuses, à
lige grêle, allongée, peu branchue (à l’état sauvage) et souvent garnie d'une
ligne de poils gris. Feuilles ovées ou ovécs-lancéolées, petites. Fleurs vio­
lettes, en épis allongés, formant ensemble une panicule terminale, lâche. —
Rare à l’état sauvage ; se rencontre très fréquemment dans les jardins, où il
est cultivé comme plante médicinale et aussi en bordures, qui, par la taille,
deviennent très touffues el très belles. — Dans la médecine domestique, on
emploie les feuilles et les branches en infusion contre les maux d’estomac;
mêlées à du sirop, contre les maladies de poitrine; macérées avec du sel,
pour la guérison des blessures. [N° 2362.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à charpentiers. — Çà et là dans les haies et
surtout dans le cimetière de lAjoupa-Bouillon. — On en fait aussi des bor­
dures. Xos 2001,2132. |
D.
sessilis J. F. Gmel.; Dianthère à feuilles sessiles. Vulgo ; Petite margue­
rite. — SulTrutescent, haut de 30-80 cm., souvent très branchu, à branches
rigides, droites, fastigiées, peu feuillues, quelquefois presque sans feuilles.
Feuilles ovées, pointues, brièvement pétiolées. Fleurs larges, violet foncé,
sessiles, axillaires. — Endroits secs, chauds, pierreux, arides. — Fl. en
avril, mai. — Assez abondant sur la côte de Baillif, entre le bourg et l'habita­
tion Bovis. ! X° 3625.] — 11 n’existe pas à la Martinique.
Justicia Houst. (dédié à l'horticulteur Ecossais James Justice, qui a écrit :

The seols gardener direeior, 1745; The hritish gardener direclor , 1767.)
J.
euslachiana Jacq. ; Justicie de Saint-Eustache. Vulgo : Grande margue­
rite. Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 4, p. 4. — Sulfrutescent, ornemental, haut
de 50-95 cm., droit, à tige et branches rétrécies aux nœuds. Feuilles lancéo­
lées, acuminées, terminées par une pointe obtuse, pointues à la base. Fleurs
rose foncé, en épis axillaires et terminaux. — Fl. d'août à janvier. — Envi­
rons du Moule, seul endroit où j ’aie pu trouver cette belle plante, mais elle
y est assez abondante. [N° 2894.] — Elle n’existe pasà la Martinique.
J. carlhaginensis Jacq., Beloperone violaeea Planch. el Linden; Justicie
de Carthage. Vulgo : Grande marguerite. Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 5, p. 5.
— Sulfrutescent, haut de 50-95 cm., droit, quelquefois tortueux et subsar-

ACANTHACÉE9

427

menteux, à tige noirâtre, lisse, à branches courtes, à lige et branches rétré­
cies el noirâtres aux nœuds. Feuilles ovées ou elliptiques-lancéolées. Inflo­
rescence en épis courts, terminaux ; bractées obovales. spatulées, plus longues
que le calice; corolle violet foncé, très belle, à lèvre supérieure large et à deux
stries blanches. — Abondant dans les environs de la Basse-Terre (Morne-àVaches), Baillif, Pigeon, Moule, Morne-à-I'Eau, etc. [N° 2364.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande violette. — Environs de Saint-Pierre (TroisPonts), vallée du Carbet, Trinité (Tartane), etc. X° 409.]
Le Crossandra infmidiInilifor mis Xees, sous-arbrisseau haut de 0 m 90l m 20, droit, à fleurs d'un jaune d'ocre, en épis carrés et allongés, a été
introduit au Jardin botanique de Saint-Pierre, d’où il s'est répandu et natu­
ralisé dans les deux colonies [X° 2368), Martinique [X° 408 ; il est origi­
naire de Madagascar.
On rencontre également dans les deux îles le Justicia Adhatoda L. (J. caracassana Sieb.), sous-arbrisseau à branches tombantes, relevées aux extré­
mités, à fleurs d’un bleu noir, panaché de blanc, en larges cvmes axillaires;
il est originaire de Caracas. [X° 411.]
Anthacanthus Xees (du grec « anlhos », fleur, cl « akantha », épine, à
cause des épines qui se trouvent à la base du pédoncule floral.)
A. spinosiis Nees; Anthacanthe épineux. Vulgo ; Picanier jaune.— Arbris­
seau haut de 0 m 60-1 met., droit ou tortueux, le plus souvent fortement
branchu. Feuilles ovées ou ovées-elliptiques, pointues au sommet, atténuées
à la base en un pétiole tantôt long, tantôt court. Inflorescence en épis courts,
terminaux et axillaires ; les derniers très courts, épines a 3-5 branches
acérées, droites ou légèrement recourbées, blanches, situées à faisselle des
branches et des fleurs; corolle large, d'un jaune pâle; bractées ovales-lancéolées, terminées par une épine rigide el très acérée. — Peu répandu ; çà
et là dans les terres sablonneuses des environs de la Basse-Terre (quartier de
l’Arsenal et embouchure de la rivière du Galion). X° 2360.] Il existait
autrefois à la Martinique : je n’ai pas pu le retrouver.
A. microphyllus Xees; Anthacanthe à petites feuilles. Vulgo ; Amourette.
— Buisson très touffu et très ornemental, haut de 1-2m 50, à branches allon­
gées, flexibles, infléchies ou tombantes. Feuilles très petites, spatulées ou
obovales, solitaires ou fasciculées par 2-5. Fleurs violettes, axillaires, soli­
taires ou plus rarement fasciculées. — FL de septembre à mars. — Abondant
dans les terres calcaires de la côte occidentale de la Désirade; rare à MarieGalante. [N° 2899.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Dicliptera Juss. (du grec « diklis », double porte, et « pteron », aile, parce
que les deux valves de la capsule sont ailées el se séparent à la base.)
D marlimcensis Juss.; Dicliptère de la Martinique. Vulgo ; Herbe-savane

�428

PLANTBS DE LA GUADELOUPE ET DF, LA MARTINIQUE

,1acq., Sel. Am. si. hisl., t. 2, I'. 3, p. 2 (une feuille et une fleur . Justicia
Jacq. — Herbe géniculëe, rameuse, glabre, haute de 50-80 cm., plus ou
moins droite. Feuilles ovées ou ovëes-oblongues, rétrécies, à la base, en un
pétiole mince. Inflorescence en épis allongés, interrompus, terminaux et
axillaires; fleurs fasciculées par 3-5 : chacune enveloppée par deux bractées
larges; corolle à deux lèvres, violet pâle. — Assez abondant. Dans les endroits
ombragés et dans les haies de la basse région : environs de Saint-Pierre,
Carbet, Prêcheur, Trois-llets. Alt. 0-300 met. [N° 2002.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
Thunbergia Ret/.ius dédié à Charles-Pierre Thunberg, né en 1743, à
Jonkôping, en Suède ; étudia, sous Linné, les sciences naturelles ; après de nom­
breux voyages au Cap, à Batavia et au Japon, devint professeurde botanique,
et mourut en 1822, sur sa propriété de Tuuaberg, prèsd’Upsal. lia écrit :
Flora japonica ; Icônes planlarum japonicarum; Prodromns plantarum
capensium', Flora capensis. etc.)
T. fraqrans Roxb. ; Tlnmbergie à fleurs odorantes. ' — Liane annuelle,
haute de 2-4 met., à tige flexible, filiforme, cylindrique. Feuilles ovées ou
ovées-lancéolées, subcordées ou hastées à la base. Fleurs d’un blanc pur,
inodores dans nos colonies), axillaires, larges, pédonculées ou réunies par
2-3; corolle à 4-5 lobes deltoïdes-renversés, tronqués ou tridentés au som­
met; calice entouré de deux bractées spathacées, caduques, vertes. Capsule
ovoïde, s’ouvrant élastiquement en deux valves, dont chacune terminée par
une pointe longue, large, obtuse; semences subglobuleuses, tronquées aux
deux extrémités et percées d'un trou de part en part. — FL surtout pendant
et après l'hivernage. — Naturalisé et très abondant dans les haies et les
broussailles des basse et infra-moyenne régions de la Guadeloupe et de la
Grande-Terre. — Originaire des Indes Orientales. Alt. 0-600mèt. [N° 2370.]
M a rt i n i q u e . Yulgo ; Abondant dans toute l ile. [N° 2014.] T. alala Boj., Bot. mag. ; Thunbergie à pétiole ailé. Vulgo ; Fleur jaune
savane. — Liane annuelle, rampante et grimpante, haute de 3-5 mèt., à lige
et branches très enchevêtrées, flexibles, filiformes. Feuilles velues, en cœur,
à sinus ouvert et profond. Fleurs jaunes, ornementales, larges, disposées
comme celles de la précédente espèce, marquées d'une tache pourpre noir à
la gorge; corolle à cinq lobes arrondis; calice, bractées et fruits comme dans
le précédent. — Fl. surtout pendant et après l'hivernage. — Dans toute la
Guadeloupe et ses dépendances, Marie-Galante, les Saintes (Terre-de-Haut ,
etc. Alt. 0-700 mèt. [N° 2367.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Fleur jaune savane. — Abondant dans toute l île.
[N° 2015.]
T. grandiflora Roxb. ; Thunbergie à grandes fleurs. Yulgo : Liane-fleur
violette. Illust. horlic. Belge , pl. xx x i i , anno 1895. — Très forte liane, à

ACANTHACEES

429

branches extrêmement nombreuses, allongées, flexibles, pendantes, glabres
et noires. Feuilles larges, ovales, cordées, anguleuses. Inflorescence en
grappes pendantes, terminales, nombreuses ; corolle large, violette, plus
rarement violacée ou blanche, renfermée, avant l’anthèse, dans deux bractées
spathacées cl caduques, tube ventru, à 5 lobes arrondis et inégaux. Cap­
sule ovoïde, terminée par un bec large, droit, environ deux fois plus long
qu elle ; déhiscence élastique; semences 2, arrondies, convexes-concaves,
noires, sillonnées-ruguleuses. — FL toute l’année. — Originaire de la Chine
et des Indes Orientales, introduite en Europe en 1820. Naturalisée et cultivée
comme plante d’ornement dans les jardins de la Basse-Terre, de Gourbeyre,
du Camp-Jacob. [N° 2367.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane de Chine. — Introduite au Jardin botanique,
où elle s’est naturalisée, et pousse avec une vigueur et une rapidité telles
qu’elle envahit tout et qu’il faut détruire de temps en temps les vieux pieds.
La racine devient très grosse et prend la forme d’une souche ; elle est subé­
reuse et spongieuse.
Sesamum L. (du grec « sesamon », ou de l’arabe « sem-sem ».)
S.
orientale L., S. indicum L .; Sésame de l’Orient. Yulgo : Gigiri. Desc.
vol. IV, t. 268, p. 155. — Herbe annuelle, pubescente, droite, haute de 60-,
95 cm., rarement plus élevée. Feuilles ovées-lancéolées, acuminées, gros­
sièrement dentées, longuement pétiolées : les inférieures, opposées; les supé­
rieures, alternes. Fleurs axillaires, brièvement pédonculées, situées tout le
long de la tige; corolle rosée. Capsule ovoïde-oblongue, brusquement ter­
minée par un bec court et droit, traversée de quatre sillons, s'ouvrant au
sommet en deux valves, par le dédoublement d'une fausse cloison. — Natu­
ralisé et cultivé. — FL en mai, juin, juillet. — Les feuilles et surtout les
fleurs sont émollientes et ont des vertus béehiques adoucissantes; dans le
pays, on les emploie souvent contre le rhume et la toux. L ’eau froide ou
tiède, dans laquelle on a infusé soit les feuilles, soit les fleurs, soit les deux
ensemble, sert de collyre pour les yeux malades ou fatigués ; l'huile, qu’on
extrait des graines, se conserve longtemps et rend les mêmes services que
l’huile d’olive; avec les graines, grillées, mêlées à du sirop, on lait des
galettes ou des tablettes très appréciées des Créoles. [N° 2898.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Gigiri. — Cultivé et naturalisé. (Spécimen manque.)
De celle famille des Acanthacées, si riche en arbrisseaux d’ornement, toujorurs laciles à propager à cause de leur bois mou, on cultive dans les deux
colonies les espèces suivantes :
Eranthenum nervosum U. Br. iRuellia varians Vent. , buisson haut de
1-1 m50, à fleurs bleues, serrées, en épis terminaux et nombreux, originaire
des Indes Orientales. [N° 8 3 8 .]— E. hicolor Spr. Vulgo : Pensée créole,

�PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

GBSNÉRIACHES

arbrisseau grêle, haut de 50-90 cm., à Heurs blanches, ponctuées de noir,
originaire de Java. [X° 1999. — Meyenia erecla Benlli. \ ulgo : Gueule-deloup. buisson à liges 1res nombreuses, à Heurs violettes, larges, originaire de
la Guinée. [X° 2372. Martinique. [N° 1996.] — M. alba Mort. \ ulgo :
Gueule-de-loup-blanc, buisson comme le précédent, mais à Heurs moins larges
et blanches. [X° *2373. Martinique. X"s 8 3 1 ,8 3 3 .]— Sanchezia nobilis Ilook.,
arbrisseau, tortueux, à fleurs jaunes, en épis terminaux, originaire de la
République de l’Equateur. X° 835. — On rencontre plus souvent le Stephanophysum venlricosum Xees de la Xouvellc-Grenade, arbrisseau à fleurs
rouges, en cymes lâches et larges [X° 1995]; — le B arleria crislala L ., de
l'Inde Orientale, sous-arbrisseau, fort élégant et loull'u, originaire de Pondi­
chéry [X° 199*2]; le B. cærulea Hoxb.. à Heurs bleu céleste, originaire du
Xépaul. [X° 1993.]

Episcia Mari, (du grec « episkos », ombragé, parce que ces plantes se
plaisent dans les endroits couverts et humides.)

430

L'Aphelandra peclinata W illd. [X° *2000], de l’Amérique australe, et le
Gendarussa vulgaris Xees, de l’Asie tropicale[X° 1994], sont cultivés au Jardin
botanique de Saint-Pierre * et dans l'ile de la Martinique.

CEXT DIX-HUITIÈME FAMILLE.

G ESXERI AGEES.

Pentarhaphia Lindl. (du grec « penté », cinq, et « raphia », coulure, parce
que le tube de la corolle présente cinq côtes.)

P. longiflora Lindl., P. Swarlzii Decne., Gesneria venlrieosa Sw. ;
Pentaraphie à longues fleurs. Vulgo ; Gueule-de-loup-monlagne. — Arbris­
seau ornemental, droit, haut de ()m 90-5ni 50, à écorce lisse, se détachant
par petites plaques. Feuilles rigides, souvent visqueuses, entières ou serretées au-dessus de la base, lancéolécs-ellipliques ou lancéolées-oblongues, atté­
nuées à la base. Fleurs axillaires, très longuement pédonculées, en cymes
ombelliformes de “2-5 rayons; corolle rouge foncé, bilabiée, à tube arqué; éta­
mines exsertes; pistil plus long que les étamines; calice herbacé, à dix
côtes, à 5 lobes subulés, longs, linéaires ; ovaire infère. Fruit médianicide au sommet; semences nombreuses, petites. — Fl. en juin, juillet.
— Rare ; dans les hauteurs sèches et pierreuses de Vieux-Fort et des VieuxHabitants. Alt. *200-400 mèt. X° 2375.]
M a rt i n i q u e . Vulgo ; Gueule-de-loup-montagne. — Plus abondant qu'à la
Guadeloupe, Pitons-du-Carbet, morne des environs de l’Alma. Alt. 700800 mèt. [X os 330 a et b), avec la variété Lindleyana Decne, à feuilles pl*is
petites, clliptiques-ovales. X° 3*29.
1. D ’après Limousin-Bocqucllon (toc. cil.) on emploierait, aux Antilles, souvent cette
plante, le G. vulgaris, contre les fièvres intermittentes. Un en prépare une décoction
aqueuse ou une infusion vineuse à la dose de 30 pr. de plante pour un litre de véhicule.

(E. H.)

431

E.
melilhfolia Mari.; Episcie à feuilles de mélisse. Vulgo : Herbe à miel.
— Herbe flasque, pubescente, droite ou ascendante, à lige succulente, grosse,
carrée dans le haut, d’une élévation de 15-60 cm. Feuilles larges, plus ou
moins pubescentes, elliptiques, pointues, crénelées, à base toujours inégale.
Fleurs violet pourpre, en cymes axillaires, pauciflores ou mulliflores; corolle
infundibiliforme, droite, à 5 lobes arrondis, presque égaux. Capsule
médianicide. — Fl. presque toute l’année. — Celte herbe s’emploie souvent
en tisane comme sudorifique contre les fièvres, ies bronchites, la toux et les
rhumes. — Abondant dans les anfractuosités des roches humides, sur les
talus des chemins des grands bois : Ilouëlmont, Camp-Jacob, Trois-Rivières,
Ravine-Chaude, Sofaya, etc. Alt. 150-900 mèt. [X° 3384.]
M a r t i m q u e . Vulgo : Herbe à miel. — Abondant ; Morne-Rouge, Champllore, Fonds-Saint-Denis, Chemin de la Trace, fontaines Didier et Absalon,
etc. X° 327.
Tussacia Reichb. (dédié au botaniste français G. R icli.d e Tussac, quia
écrit : Flora Antillarum , en 4 grands volumes, avec des figures coloriées.)
T.
pulchella Reichb.; Tussacie gracieuse. Vulgo ; Herbe à miel bâtard,
(Besleria Plum.) (Episcia Mart.) — SufTrutescent, àtige inférieurement couchée
et ensuite dressée, grosse, carrée-sillonnée, pubescente dans le haut, d'une
hauteur de 40-80 cm. Feuilles flasques, larges, plus ou moins pubescentes,
ovées ou ovées-oblongues, pointues, fortement crénelées au-dessus de la
base et rétrécies en un pétiole court. Fleurs jaunes, solitaires ou en cymes
axillaires, pédonculées; calice rouge jaunâtre. — Dans les bois humides et
rocailleux ; Ravine-Chaude (bord de la rivière Bras de Sable). [X° 3384.] —
On le cultive quelquefois dans les jardins comme plante médicinale, et on
emploie feuilles et fleurs en décoction contre les fortes fièvres, les bronchites,
les fluxions de poitrine, etc.
M a r t i m q u e . Vulgo : Herbe à miel. — Environs de la fontaine Didier, du
Camp de l’Alma, et dans les bois du Gros-Morne. [X u3*28.]
Besleria Plum. ex L. (dédié à Basile Besler, né en 1561, à .Nuremberg,
pharmacien, directeur du jardin de l’évêque d’Eiclistædt, à Saint-Wilibald,
mort en 16*29; a décrit les plantes du jardin de l’évéché, avec des figures
gravées sur cuivre. Son frère et son neveu ont également publié des ouvrages
de botanique.)
B. lutea L. ; Reslérie à fleurs jaunes. Vulgo : Herbe à pique bâtard.
Plum. éd. Burm., t. 49. — Sous-arbrisseau, droit, glabre, slolonifère, haut de
0 lu9 0 - lm50, à tige grosse, succulente, remplie de moelle blanche. Feuilles
larges, pétiolées, à veines très fortes et saillantes en dessous, limbe ellip-

�432

IM.ANTES DE LA GUADELOUPE BT DE LA MAU T INIQUE
(jESN KII IACEES.

lique ou elliptique-oblong, pointu, serreté au-dessus de la base. Fleurs
jaunes, axillaires, solitaires ou en cynies ombclliformes à 2-8 rayons; corolle
tubuleuse, à tube droit, subcylindrique et légèrement bossu à la base.
Fruit unir rouge foncé, subglobuleux-comprimé, luisant, delà grosseur d'une
très petite cerise, contenant une masse de petites semences noires. — Peu
abondant. Çà et là sur les lisières et dans les clairières des grands bois, dans
les haies des savanes : Camp-Jacob, Ilouëlmont, Trois-Rivières, Sol’aya, etc.
Alt. 400-800 mèt. N° 2379. 1
M artinique . Vulgo : Bois-graine rouge. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : Morne-Rouge, Calebasse, Ajoupa-Bouillon, hauteurs de Case-Pilote,
fontaine Didier, etc. N° 326.]
Alloplectus Mari, du grec « allos », autre, et « plectos », noué, entortillé,
allusion à l étal de torsion des étamines.)
A. cri stalus Mart. ; Alloplectes à calice en crête de coq. Yulgo : Fuchsia
sauvage (au Camp-Jacob). Jacq.,SeZ Am. st. hisl., I. 119, p. 188. — Vivace,
ornementai, grimpant, à lige radicante, à branches libres et velues. Feuilles
petites, elliptiques. Masques, laineuses, entières ou serretées au-dessus de la
base. Fleurs laineuses, très belles, d'un rouge jaunâtre, solitaires, axillaires,
pédonculées, à pédoncules presque aussi longs que les feuilles; calice à
5 folioles herbacées, inégales, cordées, serretées, laineuses, persistantes.
Fruit baccien, subglobuleux ou nettement globuleux, très blane à la matu­
rité, de la grosseur d'une cerise, contenant une infinité de petites semences
nichées dans une pulpe blanche. — Assez abondant dans tous les bois
humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 300-4000 mèt. X° 2983.]
M artinique . Yulgo ; Fuchsia sauvage. — Dans tous les grands bois
du nord de l'ile. ,X° 1877.]
Columnea Plum. (dédié à Fabio Colonna (en latin Fabius Columna), né en
1567, à Xaples, fut d’abord jurisconsulte, étudia ensuite la botanique, après
avoir été guéri du haut mal par l'usage prolongé de la valériane ; devint plus
lard gouverneur de la Calabre et en&gt;uite professeur à Xaples, où il mourut en
1050; a écrit ; Phijlobasanos ou entretiens sur les plantes), accompagné de
gravures sur cuivre; Ecphrasis (description) minus cognilarum rariorunique

—

CONVOLVU LACÉES

433

dépassant pas la lèvre supérieure. Fruit baccien, globuleux, déhiscent, blanc
à la maturité, de la grosseur d’une petite cerise, contenant une masse de
petites semences. — Fl. de mai à août. — Rare. Çà et là dans les bois
supérieurs des Fonds-Saint-Denis, des Deux-Choux, du Lorrain, etc. i N° 1876.]
— Il n'existe pas à la Guadeloupe.
Martynia lloust. (dédié à John Martyn, né en 1699, à Londres; en 1733,
professeur de botanique à Cambridge; mort en 1761 ; a écrit ; Tabulæ synoplicœ planlarum officinalium ; Methodus planlarum circa Canlabrigiam nas-

cenlium; Iiistoriæ planlarum rariorum décades V.)
M. diandra Glox.; Cornaret à deux étamines. Vulgo ; Tête-de-mort.
Desc., vol. IV, t. 272,
180. — Herbe annuelle, droite, haute de 50-80 cm.,
visqueuse, pubescente. Feuilles penchées dans la journée, larges, finement
duvetées, opposées, cordées-arrondies, sinuées-dentées, à pétiole long. Inflo­
rescence en grappes courtes, terminales et axillaires; calice à cinq feuilles
obliques; corolle à deux lèvres, blanche, avec des taches larges, d’un pourpre
noir, sur les lobes; tube obliquement campanulé. Capsule large, ligneuse
et dure à la maturité, s’ouvrant, au sommet, par déhiscence médianicide, en
deux valves, dont chacune est surmontée d’un crochet brusquement recourbé
et acéré. — Fl. pendant et après l’hivernage. — Durant la nuit, par un beau
clair de lune, les feuilles se dressent verticalement et s’abaissent vers le
matin. — Dans les terres sèches ou humides et ombragées près du bord de
mer : Prêcheur, Fond-Canonville. [N° 1874.' — Je ne l’ai pas trouvée à la

p.

Guadeloupe.
De la famille des Gesnériacées, on cultive dans les jardins des deux colo­
nies, où elles se sont pour ainsi dire naturalisées, les espèces suivantes :
Achimenes longi/lora DC. du Mexique [N° 2236]; A. grandi/Iora DC.
[X° 2374] du Mexique, qui fleurissent en juin, juillet et août; Tydæa picta
Decne, de Panama, très abondant dans les jardins du Camp-Jacob, du Matouba
et du Morne-Rouge [N° 1937]; enfin le Gloxinia maculata LTIérit., de l'Amé­
rique Australe. Yulgo ; Gueule-de-loup. [N° 2378.]

nosiro ccelo orieniium stirpium.)
C.
scandens\j. ; Columnea grimpant. Yulgo ; Fuchsia des bois. Plum., édit.
Burm., t. 89, f. 1. — Vivace et grimpant comme le précédent. Feuilles lai­
neuses, épaisses, elliptiques, subenlières, petites. Fleurs larges, rouges, très
belles, solitaires à l’aisselle des feuilles placées à l'extrémité des branches libres ;
corolle laineuse, arquée, profondément bilobée, à étamines exserles, mais ne
1. Sous le n o m cl Ortie d'eau, le B. violacea d’Aublet est employé à la Guyane comme
sudorifique par ses feuilles infusions chaudes). (E. H.)

CENT DIX-NEUVIÈME FAMILLE.

— CONVOLVULACÉES.

Argyreia Lour. (du grec « arguros », d’argent, parce que les feuilles sont
habituellement argentées en dessous.)
A. tiliæfolia W igh t; Argyreia à feuilles de tilleul. Vulgo : Liane gros bou­
din, bois-patate marron. — Vivace par ses racines, fortes et allongées, her­
bacée par ses tiges, à tige adulte subéreuse, grosse. Feuilles larges, cordéesarrondies, membraneuses, glabres; calice à cinq feuilles persistantes et accresDuss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

î$

�434

PLANTES DI

LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

centes. Fruit large, indéhiscent, niché dans le calice; ovaire à quatre logetles,
contenant chacune une semence brune, lisse, de la grosseur d'un pois. — Fl.
de septembre à février. — Assez abondant le long des ruisseaux, des rivières
et dans les savanes humides de la basse région ; environs de la Basse-Terre,
Trois-Rivières, Baillif, Sainte-Rose, Lamentin, Moule, Sainte-Anne, etc.
[X os ‘2 176, 3503.]
M art inique . Yulgo : Gros boudin, liane d’argent bâtard.— Grande-Rivière
^abondant près du bord de mer), Grand’Anse, Trinité, Fort-de-France, etc.
[N° 1883.]
L Argyreia bracleaia Chois, de l’Inde Orientale, vulgo : Liane d’argent, à
feuilles larges, cordées, garnies, en dessous, d'un duvet soyeux, blanc argenté,
à fleurs en grappes terminales, est cultivé dans les jardins des deux colonies.
]N° 3480.] — M art iniq ue . (X° 1884.]
Ipomœa L. (du grec « ips », ver, et « omoios », semblable, plante qui
marche comme un ver, c'est-à-dire plante semblable au liseron.)
I. Bona-nox L., Calonyction megalocarpum Rich. ; Ipomée bonne nuit.
Yulgo : Belle-de-nuit. SL, t. 96, f. 1 ; Rich., Cuba, t. 63. — Annuel, voluble,
à tige adulte subéreuse, jeune tige el branches filiformes. Feuilles larges, cordées-rondâtres, pointues. Inflorescence axillaire; fleurs pédonculées, larges,
blanches, très odorantes, à odeur suave et très agréable, solitaires ou réunies
par trois; corolle à tube cylindrique, long, s'élargissant brusquement au
sommet; sépales 5, inégaux : les deux intérieurs, ovales-oblongs, obtus; les
trois extérieurs, ovés-lancéolés et terminés par un appendice filiforme;
ovaire à deux loges quadriovulées. Capsule entourée des sépales persistants,
s'ouvrant de la base au sommet et ne contenant que quatre semences blan­
châtres, glabres : les autres ovules avortent. — Fl. d'août à décembre. — Peu
abondant. Çà et là dans les halliers du Morne-à-l'Eau el du Moule. |N°3499.]
M a rt i n i q u e . Yulgo ; Belle-de-nuit, liane douce. — Dans le£ halliers du
Parnasse, des Trois-Ponts et des hauteurs de l'habitation Pécoul. [N° 428.]
I. tuba G. Don, Calonyction grancli/lorum Chois.; Ipomée à fleurs à long
tube. Yulgo ; Liane douce bord-de-mer. — Voluble, grimpant, peu branchu,
haut de 5-7 met., tige grosse, subéreuse, adulte quand elle est jeune, lige et
branches striées. Feuilles cordées-rondâtres, pointues, entières. Fleurs
blanches, pédonculées, réunies par trois aux aisselles desfeuilles, nombreuses;
cinq lobes courts et à peine distincts; sépales et capsule comme dans le pré­
cédent; semences 4, anguleuses, pubescenles, laineuses autour du hile el le
long des angles. — Fl. de juin à novembre. — Abondant sur les lisières des
bois du bord de mer : Sainte-Anne (habitation Les Anglais), Vauclin, etc.
i N° 1892, spécimen imparfait. — de ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
I. ventricosa Chois.; Ipomée à Heurs ventrues. Yulgo ; Liane blanche,

CONVOLVULACÉES

435

liane d’argent. — Vivace, grimpant et rampant, extrêmement branchu, à
branches très allongées, glabres. Feuilles cordées, rondâtres : les adultes,
souvent plus larges que longues. Inflorescence en cymes longuement pédonculécs, axillaires, allongées, portant 3-5 fleurs; corolle blanche, faiblement
odorante, large, infundibuliforme, à tube large, venlru-campanulé. Capsule
large, globuleuse, complètement couverte et dépassée par les sépales persis­
tants el accrescents; semences 4, globuleuses, couvertes d'un duvet court et
noir. — Rare à l’état sauvage : se rencontre souvent dans les cours et les jar­
dins, où il est cultivé comme plante d'ornement à cause de la richesse de ses
fleurs qui se succèdent d’octobre jusqu’en mars ; Basse-Terre, Trois-Rivières,
Poinle-à-Pitre, Moule, etc. [N°3081.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane-serpent, liane bord-de-mer. — Assez rare : GrandeRivière (dans les halliers près du bord de mer), Basse-Pointe, Grand’Anse,
etc. [N° 427.]
I. luberosa L. ; Ipomée à racine tuberculeuse. Yulgo ; Liane à tonnelle,
liane à courtine, bois-patate. SL, t. 96, f. 2. — Forte liane, montant sur des
arbres très élevés, dont elle atteint le sommet, vivace par ses racines tuber­
culeuses, grosses comme une tête d'homme, annuelle par ses tiges, à branches
flexibles, pendantes, brunes et cylindriques. Feuilles larges, palmifides, à 5-7
segments profonds, ellipliques-lancéolés, pointus, entiers. Fleurs jaunes, plus
petites que dans les trois espèces précédentes, en cymes longuement pédon­
culées, uni-triflores ; corolle, campanulée-infundibuliforme. Capsule très large,
globuleuse, entourée et dépassée par les larges sépales cartilagineux et accrescents; semences rondâtres, pubescenles. — FL de septembre à janvier. — Çà
et là dans les halliers des falaises de la basse région : Basse-Terre (ville et
environs), Trois-Rivières, Gourbeyre (l)olé), Pigeon, Deshaies, etc. [X os2481,
3010.] — Il n'existe pas à la Martinique. — Tubercule énorme, drastique.
I. dissocia Pursh, I. sinuata Orteg. ; Ipomée à feuilles découpées. Yulgo ;
Liane-amande amère, liane à noyau (de cerise sous-entendu). — Annuel,
voluble, à tige et branches poilues, filiformes. Feuilles palmatifides, à 5-7
segments profonds, ellipliques-lancéolés, pennifides ou sinués-dentés;
pétiole long, poilu ou glabre. Fleurs le plus souvent solitaires, plus rarement
géminées, pédonculées, glabres; corolle blanchâtre ou blanc pâle, ou blanche;
sépales membraneux, luisants, légèrement violacés, oblongs, obtus, environ
une fois plus courts que la corolle; semences 4, rondes, glabres, brunes. —
Fl. pendantet après l'hivernage. — Les feuilles contiennent de l’acide cyanhvdrique, car, quand on les froisse, elles exhalent une odeur analogue à celle des
noyaux de cerise. — Abondant dans les halliers de la basse région : environs
de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Pointe-Xoire, et çà et là dans
tous les grands fonds de la Grande-Terre, de la Désirade et de MarieGalante, etc. [XTo 2472.]

�436
M

Pl-AXTËS DF. LA GÜADÊLOUPE F.T l&gt;R LA MARTINIQUE
artinique.

Vulgo : Pâle d'amande. — Abondant dans la basse région de

Pile. [X° 1886.]
I. pentaphylla Jacq.; Ipomée à cinq feuilles. Vulgo : Liane p oilu e.—
Annuel, grimpant, à branches filiformes, tombantes; à tige, branches, pédon­
cules. pétioles et sépales garnis de poils longs, roux, droits, sétiformes.
Feuilles à cinq lobes elliptiques ou lancéolés-elliptiques, pointus, entiers.
Fleurs blanc pâle, peu odorantes, en cymes très lâches, axillaires et très lon­
guement pédonculées ; sépales 5, ovés-oblongs, obtus : les trois extérieurs plus
longs et garnis de poils très développés; ovaire à quatre logettes. Capsule
à quatre semences globuleuses et brunes. — Dans les balliers de la région
inférieure de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. [N° *2-481.1
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Liane poilue. — Dans toute l'île. [N° 1889.]
I. Batatas Poir., Batatas edulis Chois, (du mot espagnol « balata » ou
« patota », pomme de terre, allusion à la saveur et à l usage des racines de la
plante.) Vulgo : Patate douce. Tuss., F l ., IV, f. 1; Desc., vol. V III, t. 545,
p. 70. — Rampant ou voluble, à racines tuberculeuses, allongées. Feuilles
très variables ; tantôt cordées ou bastées à la base, tantôt entières ou sinuéesdentées, tantôt à 3-7 lobes pointus ou arrondis, tantôt très longuement, tan­
tôt brièvement pétiolées. Fleurs violettes ou violet pâle, ou blanches, en
cymes paucifiores, pédonculées, à pédoncules de longueur variable. — On
croit que la patate est originaire de l'Amérique : elle est cultivée dans presque
toutes les parties chaudes et tempérées du monde entier. On en rencontre
plusieurs variétés, entre autres : la patate « Maley », à racines violettes en
dehors et en dedans; la patate « Créole », à racines violettes en dehors et
blanches en dedans; la patate « Samana », à racines jaunâtres; la patate
« moyenne » ou patate « suif », à racines napiformes, grasses; la patate de la
« Barbade » ou « gros bois », à racines blanches; la patate « rouge », etc.
Celles qui ont des racines blanches sont généralement plus sucrées et sont
préférées aux autres. — Les patates se mangent rôties dans le four ou cuites
avec du sel, ou en confitures avec du sirop. Dans le pays, on se sert de la
patate, gragée ou mêlée au lait froid, comme d'un remède infaillible
contre les démangeaisons des vieillards (pruriclus senilis); il suffit d’en
frictionner les parties malades pendant trois ou quatre jours. La patate
rouge, gragée et mêlée à l'huile d'olive, s’emploie intérieurement contre les
empoisonnements causés par les crabes, les moules, les écrevisses, etc. On
fait encore usage de la patate blanche, crue et gragée, contre les brûlures. Les
patates produisent très rarement des graines : les pieds se multiplient surtout
par les tronçons de la partie inférieure de la lige. ] X° 3452.]
M art iniq ue . V ulgo ; Patate douce. [N 08 436, 1884.]
I. fastigiata Swt. ; Ipomée à fleurs en cymes ramassées. Vulgo : Patate mar­
ron, patate bâtard, patate sauvage, liane douce. — Vivace par les racines

convolvulacées

437

tuberculeuses, annuelle par les tiges, qui sont, comme les branches, très
vertes, lisses, cylindriques. Feuilles variables, généralement cordées, à sinus
fermés ou très ouverts, pointues au sommet. Fleurs violettes, en cymes fastigiées, multiflores, longuement pédonculées ; sépales scarieux, oblongs, mucronés, quatre ou cinq fois plus courts que la corolle. Capsule à 2-4 semences
glabres. Les racines, tuberculeuses, sont blanches, verticalement enfoncées
dans la terre, ovoïdes-cylindriques et souvent très allongées ; elles peuvent se
manger cuites, mais elles n'ont pas la saveur des patates cultivées. — Fl.
pendant et après l’hivernage, jusqu’en janvier ou février. — Très abondant
dans les balliers et les broussailles des basse et infra-moyenne régions de toute
la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-700 mèt. [N ° 2479.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane douce, patate sauvage. [N° 432.]
1. violacea L .; Ipomée à fleurs violettes. Vulgo : Lianedouce. Plum., édit.
Burm., I. 193, f. 1; SL, t. 98, f. 1. — Annuel, rampant et grimpant, entiè­
rement glabre. Feuilles cordées, rondâtres, pointues, pédatinerviées, rarerement sinuées sur les bords. Fleurs larges, violettes, en cymes longuement
pédonculées, rnulfillores ou paucifiores; sépales oblongs-lancéoJés, subégaux,
six ou huit fois plus courts que la corolle. Capsule ovoïde-conique, surmon­
tée du style rigide et persistant; semences noires et pubescentes. — Çà et là
dans les halliers propres aux endroits secs et pierreux : vieille route de Baillif
aux Vieux-IIabilants, Pigeon, Bouillante, etc. [N ° 3591.] — Je ne l’ai pas
trouvée à la Martinique.
I. selifera Poir.; Ipomée à calice sétifère. Vulgo : Lianeàfaux. — Rampantou
grimpant, vivace par ses racines épaisses et allongées. F'euilles cordées-ovées,
terminées en une pointe large, échancrée et mucronulée. Inflorescence en
cymes triflores, pédonculées; sépales 5, larges, inégaux : les trois extérieurs,
imbriqués, herbacés, verts, ovales, carénés, à carène muriquée et terminée
par un bec long et rigide; les intérieurs, membraneux, beaucoup plus étroits
et un peu plus courts; corolle violet foncé, infundibuliforme, veinée, à cinq
dents aiguës. Capsule enfoncée dans les sépales persistants. — Fl. d'octobre
à mars. — Extrêmement abondant dans les savanes et terres cultivées des
basse et infra-moyenne régions de la Guadeloupe proprement dite, où elle
devient souvent gênante pour les laboureurs et les planteurs. — Les lapins
sont friands de ses feuilles. |X° 2474. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Coudrel. — Abondant au Marigot, à la Grande-Anse,
à Sainte-Marie, etc., où elle gêne beaucoup les planteurs. [N 08429, 430.1
I. triloha L. ; Ipomée à feuilles trilobées. Vulgo : Petite patate marron.
SL, l. 97, f . I . — Petite liane, annuelle, rampante et grimpante, haute
de &lt;)m90-1 m80, filiforme et très flexible. Feuilles habituellement très petites,
cordées-deltoïdes, à (rois lobes ; les deux inférieurs, courts, situés près
de la base, peu profonds et arrondis; celui du milieu, deux ou trois fois

�CONVOLVULACEES

plus long. Fleurs petites, violet pâle ou roses, en cymes ombelliformes à 2-3
rayons ou solitaires; sépales ovés-oblongs, velus sur les bords, environ trois
fois plus courts que la corolle infundibuliforme ; semences glabres, brunes,—
Çà et là dans les savanes inférieures de Baillif, des Vieux-Habitants; très
abondant sur les mornes calcaires du Gozier. N03 3084, 3559.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Petite liane douce. — Mornes calcaires de SainteAnne, endroits pierreux du plateau des Trois-Ilets. [N° 433.]
I. umbeUata G .F .W . Mey., I. moUieoma Miq. ; Ipoméeà Heurs en ombelles.
Vulgo : Liane à malingres, liane-berceau. Desc., vol. N 11, t. 524, p. 305;
Miq., Stirpes Surinam , t. 37. — Annuel, grimpant, ornemental, haut de
3-5 met. Feuilles cordées-deltoïdes, pointues, plus ou moins gaufrées, à pétiole
garni, à la base, de deux stipules de longueur variable. Fleurs jaunes, en
ombelles pédonculées, de 5-12 rayons; corolle obconique au-dessus du tube
cylindrique; sépales ovales, obtus, subégaux, imbriqués, trois ou quatre fois
r plus courts que la corolle. Capsule globuleuse, s'ouvrant en quatre valves
égales; semences 4, garnies d’un duvet noir et de poils longs sur les angles.
— Fl. vers latin de l’hivernage jusqu’en février. — Assez abondant dans les
basse et infra-moyenne régions : environs de la Basse-Terre, Montéran,
Gourbcyre, Vieux-Fort, Capesterre (Guadeloupe), Lamentin, Sainte-Rose,
etc. Alt. 10-600 met. [N° 3082.j
M a rt i n i q u e . Vulgo : Liane douce, jaune. — Abondant : environs de SaintPierre, Prêcheur, Carbet, Parnasse, Basse-Pointe, Trinité, etc. [N° 1891.]
I. pes-capræ Roth; Ipomée pied-de-chèvre (parce que la feuille reproduit
à peu près la forftie que laisse la trace d'un pied de chèvre). Vulgo : Patate
bord-de-mer, passe-pierre (aux Saintes). Desc., vol. II, t. 130, p. 255. —
Vivace par ses racines volumineuses, très allongées, grimpant ou rampant à
une distance indéfinie, quelquefois à plus de 15 mèt., à rameaux blancs, cylin­
driques, vigoureux. Feuilles cartilagineuses, très vertes, penninerviées, ver­
dâtres, émarginées au sommet, cunéiformes ou tronquées et garnies de deux
glandes à la base. Fleurs violettes ou violacées, en cymes trillores, pédon­
culées; sépales ovés-oblongs, mucronés, cinq fois pins courts que la corolle;
semences pubescentes. — La plante est rangée, par Descourlilz, parmi les
purgatives laxatives. Dans le pays, on s’en sert rarement pour se purger,
mais on emploie les racines en décoction contre les coliques et les fièvres
intermittentes; les feuilles, bouillies et macérées, en topique contre les
tumeurs et les œdèmes des jambes. — FL presque toute l’année. — Abon­
dant sur les sables du bord de mer et aussi dans les savanes sablonneuses
près de la mer : toute la Guadeloupe et ses dépendances. [N° 3501.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Patate bord-de-mer. — Sur toutes les plages sèches
et sablonneuses et dans les savanes du bord de mer. [N° 1888.]
I. acelosæfolia. R. S. ; Ipomée à feuilles d’oseille. Vulgo ; Liseron rampant.

u

439

Plum., Descripl., t. 105; Desc., vol. II, t. 145, p. 317. — Vivace, rampant,
radicanl à tous les nœuds, à feuilles linéaires-oblongues, cordées ou arrondies
à la base, à Heurs blanches, axillaires. — Est indiquée, par Mazé (page 88,
loc.cit .), comme existant à la Guadeloupe; je ne l’y ai pas trouvée; mais elle
est abondante à Sainte-Lucie, sur le bord de mer, près de la ville de V ieuxFort. [N° 1885.]
I. rnarlinicensisG. F. W . Mey., I . salicifoliaDesv. ; Ipomée de la Martinique.
Vulgo : Liseron-savane. Jacq., 5e/. Am. stirp. hisl., t. 17, p. 26. — Annuel,
haut de 2-4 mèt., voluble, délicat, filiforme, à lige unique, très peubranchue.
Feuilles linéaires-oblongues ou oblongues, mucronées, obtuses, rétrécies, à la
base, en un court pétiole. Fleurs solitaires ou géminées, axillaires, pédon­
culées, garnies de deux bractées; sépales 5, pointus, veinés et réticulés :
les deux extérieurs, plus larges, elliptiques, décurrents, une fois plus courts
que la corolle; les trois intérieurs, ovés; corolle blanche, se rétrécissant
graduellement vers la base, à plis garnis de poils. Capsule à deux loges,
contenant chacune deux semences arrondies. — FL de mars à juin. — Peu
abondant : dans les marécages de Port-Louis, et à Marie-Galante (environs
de Saint-Louis et du Grand-Bourg), Moule (étang du Coeoyer). (N os 3500,
3638.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit liseron. — Peu abondant : endroits marécageux
du Robert et du François. [N° 1996. |
I. repanda Jacq.; Ipomée à feuilles ondulées. Vulgo : Liane-patate, patate
grand-bois. Jacq., Sel. Am. st. hisi., t. 20, p. 28. — Voluble, vivace par ses
racines tuberculeuses, herbacé par le haut, à branches très allongées, glabres.
Feuilles luisantes, cordées, acuminées, entières ou ondulées sur les bords.
Fleurs très belles, rouge carmin, en cymes très nombreuses, situées tout le
long des branches, paucillores ou multiflores; sépales ovés, rondàtres, quatre
ou cinq fois plus courts que la corolle, dont le tube est infundibuliforme,
recourbé, quatre fois plus long que ses cinq lobes droits, oblongs-lancéolés.
Capsule à deux loges à la base et à quatre logettes au sommet. — Jacquin ne
fait pas mention de ses racines; Grisebach, p. 472, dit : « Root with small
lubers. » J'ai vu de vieux pieds dont les tubercules presque ligneux ont
70 cm. de long sur 40 cm. de large; ils sont pointus aux deux extrémités,
tantôt rondàtres, tantôt plus ou moins cylindriques. — FL de janvier à avril.
— Assez abondant dans les bois inférieurs secs : Vieux-Fort, Vieux-Habi­
tants, Pointe-Noire, Camp-Jacob (rivière Noire), Gourbeyre (morne Bouca­
nier). Alt. 180-480 mèt. [X ‘J 2478.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Patate grand-bois. — Abondante : hauteurs des TroisIlets, Marin (morne Gommier), Trinité, Grand Anse. [N° 1890.]
I. filiformis Jacq. ; Ipomée à tige et branches filiformes. Vulgo : Petite liane
bleue. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 19, p. 27. — Vivace par ses racines,

�440

PLANTES DE LA GUADELOUPE F,T 1)E LA

MARTINIQUE

herbacé par les liges, voluble, haut de '2-4 met., à lige adulte subéreuse, à
branches filiformes très enchevêtrées. Feuilles petites, ovées-oblongues,
légèrement cordées à la base, mucronées-obluses au sommet. Inflorescence
en cymes courtes et lâches, pédonculées, très nombreuses; corolle pourpre
noir, à tube infundibuliforme-cylindrique, environ quatre fois plus long que
seslobes; sépales ovés-rondâtres, terminés par une pointe. Capsule globu­
leuse, de la grosseur d'une graine de poivre; semences 4. — Assez abondant
dans les endroits pierreux, secs, chauds, près de la mer : Marie-Galante (bois
de Folle-Anse), Moule, Gozier, Désirade, etc. [N° 3085.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Liane razier bord-de-mer. — Dans les broussailles du
bord de mer de Sainte-Luce. [N° 425.J
I. penciula R. Br., I. palmala Forsk. ; Ipomée à Heurs pendantes. Vulgo :
Liane rouge à tonnelles. — Vivace, glabre, à feuilles à cinq folioles elliptiques,
pointues aux deux extrémités, à fieur rouge carmin très foncé, fleurissant
toute l'année, mais ne produisant que très rarement des graines; a été intro­
duit d’ Egypte et est cultivé dans les deux colonies pour l'ornementation des
tonnelles, des grillages, etc. [N° 3086.] — M a r t i n i q u e . [N° 1822.]
I. Quamoclif L. (du grec « Kuamos », fève, et « Ulilos », bas, petit, c'est-àdire une petite plante grimpante comme le haricot); Quamoclit vulçjans
Chois. Vulgo : Cheveux de Vénus, herbe à éternuer. Desc., vol. V I, t. 415,
p. 146. — Annuel, voluble, très délicat, haut de 3-4 mèt., à tiges et branches
filiformes, très enchevêtrées. Feuilles subsessiles, palmiparlites, à segments
filiformes, pointus, entiers, ou les inférieurs bifides. Fleurs petites, rouge
cramoisi ou écarlates, pédonculées, solitaires ou en cymes bi-triflores ; tube
de la corolle trois ou quatre fois plus long que ses lobes; sépales ovés, obtus,
mucronés, quatre fois plus courts que le tube de la corolle ; semences com­
primées, glabres, brunes. — Fl. de septembre à décembre. — Descourtilz
classe la plante parmi les sternulaloires irritantes; dans le pays, on n'en fait
pas usage. — Elle est à l’état sauvage et à l'état cultivé : environs de la
Basse-Terre, V ieux-Fort, Capeslerre (très abondant au cimetière), Moule
(cimetière), Sainte-Anne, Baillif, etc. [N° 2473.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Cheveux de Vénus. — Abondant, surtout dans les
cimetières. [N° 1887.]
I. coccinea L. ; Ipomée à fleurs écarlates. Vulgo : Liseron-hallier. — Annuel,
grimpant, à tige et branches filiformes. Feuilles fiasques, cordées-deltoïdes,
sinuées -dentées ou entières, ondulées sur les bords ou trilobées. Fleurs petites,
écarlates, en cymes très longuement pédonculées et très lâches; tube de la
corolle trois fois plus long que ses cinq lobes; sépales subégaux, environ cinq
fois plus courts que le tube de la corolle. Capsule à quatre semences trigones,
anguleuses, pubescentes. — Dans les halliers et les haies de la basse région :

CONVOLVULACÉES

441

environs de la Basse-Terre, Baillif, Trois-Rivières, grands fonds du Moule,
du Gozier, etc. [N° 2477.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Liseron rouge. — Ç à et là dans les halliers de la
basse région de toute File. [N° 1230.]
I. N il Roth, I. hederacea Jacq.; Ipomée Nil. Vulgo : Liseron bleu.—
Annuel, ornemental, voluble, à tige et branches filiformes et poilues. Feuilles
cordées, trilobées, pointues au sommet; pétiole long, velu. Inflorescence en
cymes bitlores, à pédoncule long et velu; corolle délicate, large, bleu azur
au sommet, blanche dans le bas, s’élargissant graduellement de la base cylin­
drique au sommet; sépales hirsutes, filiformes dans les trois quarts supérieurs,
brusquement élargis dans le quart inférieur, ensemble près de la moitié plus
courts que la corolle. Capsule insérée sur un disque cupuliforme, triloculaire;
semences 4, obovalesL — Abondant dans les haies et les broussailles de la
région inférieure : Basse-Terre (ville et environs), Gourbeyre, Capeslerre
(Guadeloupe), les Abymes, Moule, Marie-Galante. [N os 2480, 3450.]
M a r t i n i q u e . — Liseron bleu. — Saint-Pierre, Trois-Ponts, Carbet, Prê­
cheur, Trinité, Marin, etc. [N° 1231.]— On en rencontre une variété à
feuilles plus larges et à lobes courts. [N° 2475.] — M a rt in iq ue . [N° 431.]
Jacquemontia Chois, (dédié à Victor Jacquemont, voyageur français, qui,
chargé d'une mission par le.Iardin botanique de Paris, parcourut les environs
de Rio-Janeiro, l’île Bourbon, la région du Nord-Est des provinces de
Kachmir, le Sud-Ouest du Tibet; mort en 1832.)
J. tamnifolia Griseb.; .lacquemontie à feuilles de Tamnus. V ulgo : Liseronsavane. Dill., Elth., I. 318, f. 410. — Annuel, haut de 01" 60-1m80, d’abord droit,
ensuite voluble, sans branches ou peu branchu, à tige adulte glabre, à jeune tige
et branches filiformes et velues. Feuilles subcordées-deltoïdes, ondulées sur les
bords. Fleurs bleuâtres, petites, en cymes ombelliformes, très contractées,
longuement pédonculées, contenant 8-20 rayons ; bractées hispides ; sépales
linéaires, acuminés, hispides, aussi longs que la corolle campanulée-infundibulil’orme. — FL presque toute l'année. — Peu répandu : Capeslerre (Gua­
deloupe) ; abondant dans le cimetière et dans les champs de cannes et les
haies des environs. [N° 2480. j — Il n'existe pas à la Martinique.
1. L ’Ipomæa A il, originaire des montagnes de l’Inde, donne des graines inscrites sous
le nom de Kaladana dans la Pharmacopée anglo-indienne et qui possèdent les propriétés
cathartiques du jalap ; elles s'emploient à la dose de 2 à 3 gr. comme purgatives. Fluckiger, qui a fait l’analyse de ces graines, en a retiré : 14 % d’une huile épaisse, brunâtre,
de saveur Acre, se solidifiant à 18°; une forte proportion de mucilage, des matières albu­
minoïdes, de l’acide tannique et surtout 8.2 °/0 d’une résine qui en constitue le principe
actif cathartique. Il a reçu le nom de Pliarbilisine , sous lequel cette résine a été introduite
dans la médecine indienne. C’est une masse friable, jaunâtre, douée d’un goût Acre,
nauséeuse et d’une odeur désagréable, qui s’accentue par l'action de la chaleur : elle fond
à 160“ et se dissout dans l’alcool absolu, l'acétone, l’éther acétique. Cette résine a la plus
grande analogie avec la convolvtiline, qui, comme on le sait, est un des deux principes
bien définis qui constituent la résine purgative du jalap. (E. H.)

�J. violaeea, Chois., ConvQlvulus pentanfhus Jacq. — Suffrulescent h la
base, voluble, glabre. très ornemental, à lige et branches filiformes, très
enchevêtrées, haut de 3-4 met. Feuilles petites, cordées-ovées, pointues,
entières ou ondulées. Inllorescence en cvmes contractées, bractéolées, pédonculées, axillaires, très nombreuses; sépales de moitié moins longs que la
corolle : les trois extérieurs, plus larges, ovés, pointus; les deux intérieurs,
ovés-lancéolés et acuminés; corolle campanulée-infundibulil'ormc, beaucoup
plus large que dans le précédent, violet foncé. Capsule ù quatre valves,
glabre, globuleuse; semences glabres.— Fl. pendant et après l’hivernage.—
Il fait l'ornement des haies et des broussailles de la région inférieure de toute
la Guadeloupe et de ses dépendances, j N° 2480.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Liseron bleu. — Dans la région inférieure de toute
l'ile. N° 1879.]
Evolvulus L. (du latin « evolvcre », dérouler.)
E.
sericeus S\v. ; Evolvulus soyeux. Yulgo : Herbe argentée. SL, t. 99, f. 3;
Br., Jam., t. 10, f. 3. — Herbe annuelle, plus ou moins diffuse, rarement
droite, à tiges nombreuses, grêles, hautes de 15-35 cm., à racine pivotante,
forte.Feuilles petites, garnies d'un duvet blanc et soyeux, subsessiles ou briè­
vement pétiolées, lancéolées-linéaires, mucronées. Fleurs blanches ou légère­
ment violacées, solitaires, portées sur un pédoncule beaucoup plut court que
les feuilles; sépales à cinq lobes ovés-lancéolés, acuminés, un peu plus courts
que la corolle rolacée-infundibuliforme. — FL pendant l'hivernage. — Assez
abondant dans les terres sablonneuses, sèches, arides près de la mer ou tout
à fait sur le bord de la mer : entre Baillif et les Vieux-Habitants, Désirade,
Moule. [N° 2451.] — Je ne l'ai pas vu à la Martinique.
E.
linifolius L.; Evolvulus à feuilles de lin. \ ulgo : Herbe grise.
Br., ,/am., t. 10, f. 2. — Ressemble de prime abord au précédent; il en
diffère : par ses liges plus élevées et plus droites, ses feuilles plus étroites,
non argentées; par ses pédoncules filiformes, beaucoup plus longs que les
feuilles, unibractéolés au-dessus du milieu, et infléchis au-dessus de la bractéole; par ses sépales plus étroits. — Endroits secs, arides de la côte du
Diamant, Yauclin, Caravelle. [N° 1810.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
E.
nummularius L. ; Evolvulus ù feuilles en pièce de monnaie. Yulgo :
Yéronique. SL, t. 99, f. 2. — Petite herbe, ornementale, complètement cou­
chée, radicanle, rampant en tout sens à une distance indéterminée, à lige fili­
forme, un peu en zig-zag, à racine forte, pivotante. Feuilles petites, orbiculaires ou ovales-orbiculaires, subcordées à la base, arrondies ou rétuses au
sommet. Fleurs solitaires, à pédoncules plus courts que les feuilles et disposés
tout le long des branches; corolle blanche ou légèrement violacée ; sépales
oblongs, obtus, de moitié moins longs que la corolle. — Cette herbe vit habi­
tuellement en société et forme alors un magnifique tapis qui, dans la journée,

est'émaillé de fleurs innombrables; quand il pleut, les fleurs ne s’ouvrent
pas; quand il lait beau temps, elles s'ouvrent vers 9 heures du matin et se
ferment I après-midi. — Abondant dans les endroits sablonneux, plats et
secs du bord de mer, et aussi dans les savanes sèches peu éloignées du
littoral : Port-Louis, Anse-Bertranc I, Ma rie-Galante, Désirade, les Saintes,
etc. [N° 3003.]
M a r t i n i q u e . \ ulgo : Petite véronique, véronique bord-de-mer. — Dia­
mant, Anses-d'Arlet, Sainte-Anne, Marin, Yauclin, Caravelle. [.\° 1881.
Cuscuta L. (du mot arabe « kechout », c'est le « kadutas » de Théophraste,
mot modifié de « kattuein », attacher, parce que les plantes s’attachent, par
leurs suçoirs, aux autres végétaux.)

C. a mericana L. ; Cuscute américaine. Yulgo : Vermicelle, herbe-z’amitié,
corde à violon. SL, t. 128, f. 4. — Herbe parasite, annuelle, sans feuilles, à
tiges jaunes, filiformes, cylindriques, très entortillées, s’accrochant, au
moyen de leurs suçoirs, aux petits arbrisseaux, qu'ils couvrent souvent entière­
ment et finissent par tuer. Inflorescence en petites grappes courtes, très
nombreuses; corolle blanc verdâtre, campanulée, à cinq lobes; calice ventru,
un peu plus court que la corolle. Capsule ovoïde-globuleuse, s’ouvrant irré­
gulièrement par déhiscence pyxidaire. — FL en juin, juillet, et aussi en
octobre et novembre.— Peu abondant: environs delà Basse-Terre, Baillif,
Pointe-Noire, Sainte-Rose, les Abymes, Morne-à-l Eau, etc. [N° 2468.]
' M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane à cordon, liane sans fin, cordon de violon,
verm icelle.— Rare dans les années pluvieuses; assez abondant dans les
années sèches : environs de Saint-Pierre, Carbet, Trois-Ilets, Case-Pilote,
Yauclin, etc. fN 0 1878.]
•

r

De la famille des Convolvulacées, ou cultive, pour l'ornement des murs
et des grandes tonnelles, le Porana paniculala Roxb., vulgo : Muguet, puis­
sante liane, à écorce grise, à branches très nombreuses et très allongées, à
feuilles cordées, à fleurs blanches, petites, infundibuliformes, en grappes ter­
minales et axillaires : ces dernières formant avec les terminales une large
panicule. — Originaire de l’ Inde Orientale et de la Malaisie, elle a été intro­
duite du Brésil et de l’Uruguay à la Martinique, en 1875, par M‘ne Duplessis,
bille s’est répandue dans l’ilc et dans les autres colonies. [X° 3087.1— M a r t i ­
nique . [N° 247.]

cent

vin gt iè me f a m il le .

—

HYDROLÉAGÉES.

Nama L. (du grec « nama », eau courante, de « naein », couler, allusion à
l'habitat de la plante.)

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

N.
ja maicense L. ; N ame de la Jamaïque. Vulgo : Herbe couchée. Br.,
Jam., t. 18. f. 2. — Petite herbe, annuelle, couchée, longue de 10-20 cm.,
entièrement garnie d'un duvet grisâtre. Feuilles obovées, contractées à la
base, décurrentes, entières. Fleurs violet pâle ou blanches, petites, oblique­
ment tournées, brièvement pédonculées, naissant, sur de petites cymes, à
la bifurcation de deux branches; segments du calice, linéaires, acuminés; tube
de la corolle infundibuliforme, un peu plus long que le calice ; étamines
incluses. Capsule oblongue-linéaire, médianicide. — Assez rare : çà et là dans
les endroits humides des environs de Saint-Pierre, Trou-Vaillant, Trois-Uets,
Marin, etc. [X° 1891.1 — Je ne l'ai pas vue à la Guadeloupe.

CENT VLNGT-UMÈME FAMILLE. ---

BORAGINÉES.

Cordia L. (dédié à Eurich et Valérien Cordus : le premier, né en 1-186, à
Simmershausen, dans la Hesse, professeur à Erfurt, ensuite à Marbourg,
mort médecin à Brème, en 1535 ; a écrit : Bolanoloi/icum ; son fils, Valérien, né
à Erfurt, en 1515, médecin et botaniste, mort à Rome, en 1511, a laissé :
Annotaliones in Dioseoridem ; Liber quintus stirpium descriptionum quas in
italia sibi visas descrîhit; Dispensatorium 'pharmacorum omnium , publié
et annoté par Conrad Gesner.)
C. Geraseanlhus Jacq. (du grec « geraskein », vieillir, et « anlhos », Heur,
parce que la gorge de la corolle est garnie de poils gris ou blancs.) Vulgo :
Bois de Rhode, bois de rose (à cause de l'odeur des fleurs), bois Chypre.
Rich., Cuôa, t. 59; Jacq., Sel. Am. slirp. hist., I. 175, f. 16. — Arbre de
taille moyenne, à tronc légèrement anfractueux, à écorce grise, rüde. Feuilles
oblongues-lancéolées ou elliptiques-oblongues, pointues, entières, coriaces,
grisâtres en dessous. Fleurs blanches, parfumées, en panicules étalées, à
branches terminées par des glomérules ombelliformes; calice à dix côtes,
obovoïde-cylindrique, tomenteux, à cinq dents petites et égales. Fruit sec.
— Fl. en janvier, février et mars. — Le bois sert pour les constructions à
l’intérieur et à l'extérieur. — Dans les bois secs du littoral et les mornes
pierreux inférieurs : Pigeon, Bouillante, Pointe-Noire, Deshaies, VieuxFort, etc. N° 2585.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois de Chypre. — Prêcheur, Anses-d'Arlet, TroisIlets, Rivière-Salée, etc. (N° 1415.]
C. alba Roem. et Schull.; Cordia à fleurs blanches. Vulgo : Herbe à cou­
ronne, arbre à raisins,bois-zizi (au Moule). Desc., vol. V I , t. 529, p. 324. — Arbre
de taille moyenne, à branches inclinées et souvent très penchées, divariquées,
à tronc anfractueux à la base. Feuilles glabres en dessus, scabres en dessous,
elliptiques-arrondies, dentées-ondulées. Fleurs blanches, larges, odorantes,

Il ORA OIN ÉES

en cymes corymbiformes, larges, très nombreuses; calice cupuliformeturbiné, à lobes irrégulièrement émarginés et arrondis, deux fois plus court
que la corolle, qui est plissée, infundibuliforme, à cinq lobes courts. Drupe
blancheà la maturité, globuleuse, très lisse, luisante et comme transparente, à
pulpe gluante, d’une saveur douceâtre, de la grosseur d'un grain de raisin. —
Les enfants en mangent les fruits, et, au moyen de la pulpe, mélangée avec de la
terre glaise, ils préparent une glu pour prendre les petits oiseaux. — Trouvé
en fleurs et en fruits en août et septembre : Moule (le long du canal et
dans les environs), Saint-François, Marie-Galante (Grand-Bourg). [N° 2757.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mapou blanc, mahot blanc, mapou-baril. — Assez
rare : hauteurs inférieures et sèches de Case-Pilote, seul endroit ou j ’aie
trouvé cet arbre. [NT° 285.]
C. Sebeslena L. (du mol persan « Sébestan » ou de Sébesta », ville de
la Samarie, dans les environs de laquelle celte plante pousse en abondance,
C. speciosa Salisb. Vulgo : Bois-rape (à cause de la rudesse de ses feuilles).
Desc., vol. IV, t. 277, p. 205; SI., I. 164. — Petit arbre, droit, ou quelquefois
tortueux, haut de 4-6 mèt., à écorce rude, gercée, brunâtre, à branches étalées.
Feuilles très scabres, larges, ovées, subentières. Inflorescence en cymes
corymbiformes, terminales; fleurs pédicellées; corolle écarlate, plissée, à
six lobes ovés-rondâtres. Drupe blanche à la maturité, subglobuleuse, poin­
tue au sommet, de la grosseur d'une petite noix, à noyau pourvu de 5-6 sil­
lons profonds et longitudinaux. — Fl. durant toute l'année. — Descourtilz
en range les fruits parmi les béchiques adoucissants ; dans le pays, on n'en
fait pas d'usage et l'arbre est à peine connu. — Se rencontre çà et là autour
des habitations, oü il est cultivé comme plante d'ornement : environs de la
Basse-Terre (habitation l'Espérance), Sainte-Rose (cimetière), Désirade
(planté en allée à l’extrémité nord du bourg), Port-Louis, etc. [N° 2754.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Sébestier, mapou rouge. — Environs de Saint-Pierre,
Jardin botanique, Carbet, Làmentin, Trinité. N° 458.]
C. Collococca L. (du grec « kolla », colle, et « kokka », baie, parce que les
drupes contiennent une pulpe très gluante). Vulgo : Mapou-rivière. SL, t. 203,
f. 2. — Arbre de taille moyenne et souvent au-dessus de la moyenne, à tronc
fort, court, à cyme arrondie, à branches horizontales, divariquées, à écorce
blanchâtre. Feuilles obovées ou obovées-elliptiques, très luisantes en dessus.
Inflorescence en cymes corymbiformes, pubescentes ; fleurs blanc pâle, petites,
à odeur peu agréable; calice globuleux, pubescent, mou, à 3-5 dents. Drupe
globuleuse, vert clair, lisse, de la grosseur d’un petit grain de raisin, à pulpe
très gluante, dont les enfants se servent pour faire de la glu. — A l'époque
1. Tous les Cordia à fruits succulents ont été employés en médecine contre les affec­
tions de la poitrine : on utilisait ces fruits sous le nom de Sêbestes, notamment ceux
de C. Myxa L., Sebeslena L., etc., qui sont émollients et légèrement laxatifs. (E. H .)

�de la floraison, l'arbre se dépouille partiellemenl, e l . sur les vieux pieds,
entièrement de ses feuilles. — Fl. en mai, juin, juillet. — Le bois est mou
et n'a pas de valeur pour les constructions, car les insectes l'attaquent
facilement. — Assez aboftdanl le long des rivières el cours d’eau de la basse
région: Moule, les Abvmes, Gozier, Baillif, Marie-Galante, etc. [N° 2577.]
M artinique, Vulgo : Mahol-bré, bois puant. — Abondant le long des
rivières du Lamentin, de Ducos, de la Rivière-Salée, des Trois-llets, etc.
[N° 282.]

1
)

C. lævigata Lam. ; Gordia à feuilles lisses. Vulgo : Mapou-lélé (au CampJacob). — Arbre approchant de la taille moyenne, droit, à branches habi­
tuellement fasligiées, les inférieures étalées ou inclinées. Feuilles d'un vert
sombre, luisantes en dessus, légèrement gaufrées, elliptiques, pointues,
entières, à veines réticulées des deux côtés. Inflorescence en cymes corymbiformes, petites, garnies d'un duvet couleur de rouille. Fleurs blanches, odo­
rantes; calice ellipsoïde, strié, à 3-5 lobes; corolle à 5 lobes ovés, trois fois
plus courts que son tube. Drupe blanche à la maturité, ovoïdc-ventrue, légè­
rement courbe, terminée par une pointe allongée. — Fl. et fructifie presque
toute l'année. — Abondant dans tous les grands bois de la Guadeloupe pro­
prement dite, mais surtout dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes et du
Matouba. Alt. 300-800 met. .\" 2584. |
M artixique. Vulgo : Mahol sillleur. — Abondant dans tous les grands
bois de la partie nord de File, et dans les hauteurs de la Rivière-Salée el de
la Régale. X° 1422.]
C. elliptiea S\v. ; Gordia à feuilles elliptiques. Vulgo : Mapou grand-bois.
— Arbre de taille moyenne, rarement de grande taille dans nos colonies,
droit, très branchu, à rameaux allongés, droits : les brandies inférieures,
souvent tombantes. Feuilles d'un vert très sombre, rigides, ovées-elliptiques, arrondies à la base. Fleurs blanches, petites, très odorantes: lobes
de la corolle recourbés, ovés-oblongs, une fois plus courts que sou tube.
Drupe globuleuse, blanchâtre, terminée par une pointe courte; ressemble de
prime abord au précédent ; il en dilFère : par ses feuilles plus petites et non
gaufrées; par sa corolle cylindrique et plus allongée, mais surtout par la
forme de ses drupes, plus petites et globuleuses. — Fl. en juin, juillet,
août. — Rare. Çâ et là dans les hauteurs des Trois-llets, de la RivièreSalée, de la Régale, de Sainle-Luce, etc. — Le bois se fend facilement : on
en fait des merrains. L\° 242.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

C. macrophylla L. ; Gordia à larges feuilles. Vulgo : Mahol grand-feuille,
bois-llot, bois de liège. SI., t. 221, f. 1. — Le plus souvent petit arbre, rare­
ment arbuste de taille moyenne, à branches inférieures toujours étalées hori­
zontalement, à rameaux striés; à rameaux, pétioles, pédoncules, pédicelles,
calice et face inférieure des feuilles revêtus d’un duvet plus ou moins long,

plus ou moins serré, toujours brun. Feuilles très larges, scabres en dessus,
ovées ou ovées-oblongues, pointues, entières ou subcordées à la base. Inflo­
rescence enpanicules corymbiformcs étalées, à branches souventscorpioïdes;
llours blanc pâle, petites; calice obové, globuleux. Fruit rondâtre, blanc à la
maturité, lisse, de la grosseur d'un pois. — Fl. en juin, juillet, août. — Assez
abondant dans les basse et infra-moyenne régions de la Guadeloupe propre­
ment dite; ça et là dans les gorges des grands fonds, du Moule, du Gozier,
des Abvmes, etc. Alt. 50-700 met. [N° 3074.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mapou ou mahot grand-feuille. — Trou-Vaillant,
Carbet, Parnasse, Champflore, Fontaine Didier, etc. [N 09 1206, 1426.]

C. salviæfolia IL B. el Kth. ; C. cylindrislachya Roem . et Schult.,
Varronia curassavica Bertero ; Gordia à feuilles de sauge. Vulgo : Bois de bré,
mapou noir. — Grand arbuste, habituellement très branchu, nu dans le bas,
haut de 1-3 met. Feuilles hispides-tuberculées en dessus, pubescentes et
blanchâtres en dessous, à poils épaissis à la base, ovées-lancéolées, acuminées, terminées en pointe courte, dentées en scie. Fleurs en cymes corvmbiformes, terminales, courtes, arrondies ; corolle blanche, à 4-5 lobes arrondis,
quatre ou cinq fois plus courts que son tube; calice obové, hirsute, à 4-5
dents coui'tes. Drupe ovoïde-globuleuse, de la grosseur d'une graine de
poivre. — Abondant dans les endroits marécageux ou secs delà basse région :
Désirade, Moule, Saint-François, Marie-Galante, les Saintes. Alt. 0-30 met.
[N° 2749.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mahot noir. — Très abondant dans les endroits pier­
reux, secs ou humides près du bord de mer. — Trinité (Galion), Caravelle,
Carbet, Case-Pilote, Trois-llets, etc. N° 287.]
C. ulmifolia Juss. ; Cordia à feuilles d’orme. Vulgo : Petitmahot. SL, l. 191,
f. 3. — Grand arbuste, à branches alternes, disposées sur le même plan,
allongées, droites : les vieilles, très infléchies ou tombantes, à rameaux pubescents. Feuilles rigides, pubescentes-scabres, ovées ou ovées-lancéolées, acuminées, pubescentes et blanchâtres en dessous, dentées en scie au-dessus de
la base, à dents aiguës. Inllorescence en panicules courtes, à branches ter­
minées par des glomérules de 10-15 fleurs; pédoncules communs adnés à la
base des pétioles ; fleurs petites, blanc pâle; calice ovoïde, strigeux, à cinq
dents, de moitié plus court que la corolle, qui est infundibuliforme, terminée
par cinq crénelures. Drupe globuleuse, beaucoup plus petite qu'une graine
de poivre. — Abondant dans les haies et les broussailles des régions infé­
rieure et infra-moyenne : Gourbeyre, Trois-Rivières, Ravine-Chaude. 1.amenlin, Moule, Morne-à-l'Eau, Marie-Galante, etc.
2576.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mahot lin. — Très abondant : Parnasse, MorneRouge, Carbet, hauteurs des Trois-llets, du Diamant, Lamentin (RochesCarrées), Marin, etc. [N° 1421.]

�448

DK LA MARTINIQUE

C. cylindrislachya Roem. et Scliult., C. macrostachya Spreng. ; Cordia à
fleurs cylindriques. Yulgo : Mahot bord-de-mer. — Grand arbuste, très branchu, nu dans le bas, à écorce noirâtre et rude, à rameaux pubescents, souvent
couverts de lenticelles blanches. Feuilles oblongues-lancéolées ou lancéolées,
dentées en scie au-dessus de la base ou crénelées. Fleurs blanchâtres, en
épis allongés, terminaux; corolle petite, infundibuliforme, deux fois plus
longue que le calice, qui est globuleux, à cinq dents deltoïdes. Drupe globuleuse-ovoïde, rouge. On en rencontre deux variétés : a) C. cinerascens DG.,
à feuilles crénelées et blanchâtres en dessous [N° 288]; b) G. inlerrupla DG.,
à épis interrompus, à feuilles plus larges et verdâtres en dessous. [N° 289.]
— Abondant à la Trinité (Galion), Caravelle, Sainte-Anne, Marin. — Je ne
les ai pas trouvées à la Guadeloupe.
C. marlinicensis Roem. et Schult. ; Cordia de la Martinique. Yulgo : Mahot
noir. (Varronia P. Br. Sel. Am. slirp. hisl., t. 32, p. 41.) — Grand arbuste,
ornemental, scabre dans toutes ses parties, haut de 2-31,1 50, à branches
inclinées et souvent tombantes. Feuilles très rudes, ovées, acuminées, pubescentes en dessous, inégalement serretées, à dents très aiguës; pétiole arti­
culé au milieu. Fleurs blanc pâle, en épis terminaux, serrés, plus grands que
dans le précédent ; corolle infundibuliforme, exserte, à cinq lobes courts,
arrondis; calice obovoïde-globuleux et pubescent. Drupe subglobuleuse,
complètement renfermée dans le calice persistant et gontlé. — Les racines et
les feuilles, pilées, sont employées comme vulnéraires. — Abondant dans
les haies et les broussailles de la région inférieure : Parnasse, Case-Pilote,
Marin (mornes Sulpice et Pérou), Prêcheur, Grande-Rivière. [N° 1423.] —
Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. dasycephala H. B. et Kth. ; Cordia à fleurs serrées en capitules globuleux.
Yulgo : Herbe à bouc (aux Saintes), Guérit-tout, bonbon rond (au Baillif) (Var­
ronia P. Br.). — Grand arbuste, droit ou tortueux, extrêmement branchu dans
le haut, à frondaison arrondie, à branches et rameaux hispides-ruguleux, garnis
de lenticelles blanches, à ramuscules courts et pubescents. Feuilles petites,
scabres, ovales-elliptiques, acuminées, couvertes, en dessus, de nombreuses
lenticelles, pubescentes en dessous, surtout sur les nervures, dentées en scie
au-dessus de la base. Fleurs blanc pâle, en capitules globuleux, terminaux,
brièvement pédonculés ; calice ù cinq lobes filiformes, garnis de longs poils
et de cils; corolle infundibuliforme, deux fois plus longue que le tube du
calice, à lobes très courts. Drupe subglobuleuse, incluse aux deux tiers dans
le calice persistant. — Fl. de mars en juillet. — Assez rare : endroits secs,
pierreux et arides de la basse région : Baillif, roule de la Basse-Terre à Gourbeyre, Capeslerre (Guadeloupe), Capesterre (Marie-Galante), les Saintes
(Terre-de-Haut). [N° 2575.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bonbon rond. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe *.
Carbel, Case-Pilote, Marin, Sainte-Anne, Caravelle. [N° 1424.]

UOlt AUINEËS

449

Le Cordia amplifolia A. DG., vulgo ; Tek d’Arabie, est cultivé dans les
mornes du Jardin botanique de Saint-Pierre, où il fleurit avec une grande
abondance en avril et mai. [N° 284.] — Patrie inconnue.
Beurreria Jacq. (dédié à J.-A. Beurrer, pharmacien à Nuremberg.)
B. succiilenlu Jacq., Ehretia Beurreria Linn.; Beurrérie à fruits pulpeux.
\ ulgo : Acomat-côlclelte. — Grand arbusteou petit arbre, entièrement glabre,
droit, à écorce rougeâtre, à branches allongées, droites, habituellement
l'astigiées, à bois très fragile. Feuilles membraneuses, obovées-oblongues ou
oblongues, ou obovées-arrondies, péliolées. Fleurs blanches, odorantes, en
eorymbes larges, nombreux, étalés, souvent penchés, pédonculés; calice
cupuliforme, à 5 lobes valvaires; tube de la corolle aussi long que ses
lobes obovés, lesquels sont plus longs que le calice. Drupe globuleuse, obtusément mucronée, jaunâtre à la maturité, pulpeuse, de la grosseur d'une très
petite cerise ; semences 4, tétragones. — Très abondant dans les endroits
morneux, secs et pierreux : Vieux-Fort, Trois-Rivières, Ravine-Chaude,
Sainte-Rose, Moule, Morne-à-l’Eau, les Abymes, Gozier, Marie-Galante, etc.
[N° 2752.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-cabril bâtard. — Abondant : environs des TroisPonts, Carbet, Trois-Ilets (plateau), Marin (morne Gommier . Saint-Esprit
(Régale), hauteurs de Sainte-Luce, etc. [N° 241.]
Rochefortia Sxv. (dédié à François César de Rochefort, qui, en 1039, a
publié une histoire naturelle des Antilles.)
R. cuneata Sw. ; Rochefortie à feuilles cunées. Yulgo : Bois vert, bois
d’ébène vert (aux Saintes). — Arbrisseau élégant, très touIfu, à tiges nom­
breuses, ou plus rarement petit arbre, haut de 3'" 50, à branches l'astigiées,
étroites. Feuilles très vertes, luisantes, obovées, arrondies au sommet et
souvent émarginées, rétrécies, à la base, en un court pétiole. Fleurs blanches,
petites, en cymes pédonculées, terminales et axillaires, naissant sur des pro­
tubérances ligneuses; calice à trois lobes ovés, arrondis, ciliés, aussi longs
que le tube de la corolle, à segments ovés, obtus, deux fois plus longs que
son tube. Drupe jaunâtre à la maturité, un peu plus petite qu'une graine de
poivre verte. — Fl. en juin, juillet, août. — Peu abondant. Endroits pierreux,
secs, arides de la basse région ; les Saintes (Terre-de-Haut), sur le chemin
du Chameau, et Tcrre-de-Bas), Yieux-Fort. Alt. 40-80 mèt. [N° 2753.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois vert. — Caravelle (environs du Phare). [N° 1420. j
Tournefortia L. (dédié à Jos. Pitton de Tournefort, né en 1650, à Aix ; en
1683, professeur de botanique à Paris; voyagea en Portugal, en Espagne, en
Angleterre et en Hollande, dans un intérêt botanique; alla, en 1700, en
Grèce, en Roumélie, dans l’archipel grec, en Asie Mineure, en Syrie et en
Egypte; de retour, en 1702, il devint professeur de médecine à Aix, et
Dus». — Planten Guadeloupe et Martinique.

SJ

�451

PLANTES DE LA GUADELOUPE HT DE LA MARTINIQUE

UORAGINEKS

mourut en 1708. 11 a écrit : Eléments de botanique ; Histoire des plantes &lt;/ni
naissent aux environs de Paris; Institutiones rei berbariæ ; Voyage du

dent. Il en diffère : par ses Heurs en épis allongés, divariqués, formant un
corvmbe paniculé, toujours pendant; par sa corolle filiforme, quatre ou cinq
fois plus longue que le calice, dont les lobes sontovés-arrondis etmucronés;
par ses drupes plus petites, globuleuses, d’un blanc pur à la maturité. —
Rare : çà et là sur les lisières des bois du Morne-Rouge, du Prêcheur et des
hauteurs des Trois-Iléts. [N° 217. |— Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

450

Levant.)
T. gnaplialodes H. Br.; Tourneforlie à feuilles de Gnaphalium. Yulgo ;
Bois de lance noir. — Arbuste haut de 60-95 cm., rarement plus haut, droit
ou tortueux, ornemental, très rameux. à branches, rameaux, feuilles,
pétioles, pédoncules et calices garnis d'un duvet blanc argenté, à tige glabre
et noire dans le bas. Feuilles spatulées-linéaires, épaisses, allongées, obtuses
au sommet, sessiles. Fleurs blanches, en épis terminaux, scorpioïdes, for­
mant souvent un corvmbe peu branehu; corolle petite, à lube laineux, à
lobes arrondis, ovés. Drupe ovée-conique. — Fl. en toute saison. — Sur les
pierres et les rochers calcaires ou madréporiques du bord de mer ; Désirade, Moule, Marie-Galante (Gapesterre). [N° “2748. j
M a rt in iq ue . Yulgo ; Romarin blanc bord-de-mer. — Rare ; Vauclin (sur
un petit îlot, à l’entrée du port du Macabou). |N° 246. j
T. hirsufissinia L.. T. corymbosa Sieb. ; Tourneforlie très hirsute. Yulgo :
Liane à chique poilue. SL, t 212, f. 1 ; Desc., vol. IV, t. 253, p. 89; Plum.,
édit. Burm., t. 229. — Arbrisseau sarmenteux, à tige et branches d'abord
droites, devenant peu à peu volubles et à la fin tombantes, pouvant atteindre
4-5 mèt. d’élévation, à jeune tige, branches, pédoncules, pétioles et calice
revêtus d'une couche de poils rudes, brun foncé. Feuilles elliptiques, larges,
pointues, garnies en dessous d’ un duvet roux, scabres en dessus. Fleurs
blanches, petites, en épis courts, scorpioïdes, nombreux, formant ensemble
un large corvmbe. Drupe très blanche à la maturité, subglobuleuse et velue.
— FL en août, septembre, octobre et novembre. — La plante a, selon Descourtilz, des vertus diurétiques excitantes ; dans le pays, on ne fait aucun
usage de cette liane. — Assez abondant dans les falaises des mornes inférieurs
et dans les grandes haies qui bordent les savanes : Vieux-Fort, Capeslerre
Guadeloupe), les Abvmes, Morne-à-l’ Eau, etc. [N° 2747.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Herbe malingre. — Vallée du Carbet, hauteurs de la
Rivière-Salée, Anses-d’Arlet, etc. [N° 1207.]
T. fœlidissiina L. ; Tourneforlie très puante. Yulgo ; Mapou puant,
z'erbe à chiques. Plum., éd. Burm., t. 130. — Suffrutescent, arbuste toulhi,
haut de 0“* 90-111150, à écorce noire, glabre. Feuilles très larges, glabres, ellip­
tiques, à base lentement rétrécie en un court pétiole, limbe de 10-14 nervures.
Fleurs blanches, en épis allongés, corymbiformes, formant une paniculc plus
ou moins penchée. Drupe subglobultuse, glabre, blanchâtre à la maturité.
— Fl. de mai à juillet. — Çà et là dans les ravines profondes de Houëlmonl.
N° 2848. — Il n’existe pas à la Martinique.
T. fili/Iora Griseb., T. cymosa Griseb. PL caraïbes) ; Tourneforlie à épis
filiformes. Yulgo ; Zerbe à chiques. — Ressemble de prime abord au précé-

T. bicolor S\v. ; Tourneforlie à feuilles bicolores. Yulgo ; Liane à chiques.
— Arbrisseau sarmenteux, haut de 2-4 met., à branches d'abord droites,
ensuite sarmenteuses, peu flexibles, glabres, cylindriques. Feuilles ellip­
tiques ou elliptiques-oblongues, ou ovées, péliolées, à 4-6 paires de nervures.
Fleurs blanc verdâtre, en épis terminaux et axillaires, plus ou moins allongés,
flexueux, non penchés; lube de la corolle pubescent, campanulé-cylindrique,
trois fois plus long que le calice. Drupe blanchâtre. — FL d’avril à juin. —
Gapesterre (Guadeloupe, habitations Longmont et Saint-Sauveur), environs
de la Pointe-à-Pitre, etc. ! N° 2579.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane à chiques. — Hauteurs de l’habitation Pécoul,
Diamant (près du bord de mer), Trois-Ilets et Rivière-Salée. [N° 248.]
T. volubilis L. ; Tournefortie voluble. Vulgo ; Liane noire, petit chique.
SL, t. 143, f. 2. — Vivace, voluble, haut de 2-5 mèt., à tiges et branches
cylindriques, rouges ou noirâtres, flexibles, très enchevêtrées. Feuilles glabres
(dans mes spécimens), ovées ou oblongucs. Fleurs vertes, très petites, en épis
allongés, nombreux, filiformes, formant ensemble des corymbes pendants ;
tube de la corolle pubescent, filiforme. Drupe petite, rouge, très souvent
marquée de quatre taches, très blanches et rondes. — FL d'avril à ju illet.—
Cette plante est douée, dit-on, de vertus vulnéraires. Les habitants en pilent
les feuilles et les jeunes tiges, y ajoutent un peu de sel et appliquent le tout
sur les blessures, les écorchures, etc. — Assez abondant dans les haies et les
broussailles de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. N° 2582.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Liane caraïbe. — Abondant ; Lamentin, Ducos,
Marin (morne Sulpice), Sainte-Anne, Robert, Caravelle. Alt. 15-300 mèt.
[N® 350.]
T. ferruginea Lam., T. scandens M ilL; Tournefortie à poils couleur de
rouille. Yulgo : Liane caraïbe. — Vivace, voluble, peu rameux, à rameaux,
pétioles, pédoncules et nervures des feuilles garnîsd’unecouche depoilsrudes,
de couleur brun foncé. Feuilles ovées-lancéolées ou ovées, ou oblongues,
pointues. Fleurs petites, verdâtres, en épis courts, formant ensemble un
corymbe plus ou moins contracté ; lube de la corolle filiforme, environ deux
fois plus long que les lobes linéaires-filiformes du calice. Drupe dépriméeglobuleuse, à l étal vert ; à 3-4 semences. — Peu abondant : çà et là dans les
haies de la basse région du Lamentin (environs de l'usine), Caravelle, SainteAnne (près du Calvaire). .\°244. i — Je ne l’ai pas trouvée à la Guadeloupe.

�452

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

T. lomenfosa Mill. ; Tournefortie à feuilles lonienteuses en dessous. \ ulgo :
Liane à chiques. — Vivace, voluble, haut de 2-4m 80, à tige cylindrique, peu
rameux, à rameaux et pédoncules garnis d’un duvet grisâtre, fin, court et
couché. Feuilles ovées-lancéolées ou ovées-oblongues, acuminées, revêtues,
en dessous, d'un duvet blanchâtre et court. Fleurs vertes, en épis allongés,
minces, constituant un corvmbe arrondi; tube de la corolle pubescenl, un
peu plus long que les lobes filiformes du calice. Drupe petite, à deux
semences. — Fl. en mai, juin, juillet. — Çà et là dans les haies des TroisRivières. [N°2582 h. — Je ne l’ai pas trouvée à la Martinique.
Heliotropium L. (du grec « lielios », soleil, et « trepo », je tourne, parce
que, d'après Dioscoride, 1\ , 185, et Pline, II, 42 ; X X II, 2, l Heliotropium
villosum Dcsf. se tourne du côté du soleil.)
H.
indïcum L .; Héliotrope de l'Inde Occidentale. Yulgo : Crête à coq,
crête co-d'Inde, verveine à pians, grosse verveine, verveine crête à coq.
Desc., vol. V II, t. 483, p. 135. — Herbe annuelle ou bisannuelle, droite,
grosse, haute de 35-90 cm., très feuillue, d'un aspect gris, à racine pivo­
tante, allongée, forte et blanche, à jeune lige, pétioles et feuilles garnis de
poils longrs, dressés sur la tige et les pétioles, plus courts et couchés sur les
feuilles. Feuilles larges, gaufrées, ovées, contractées à la base en un long
pétiole, ondulées sur les bords ou irrégulièrement et grossièrement crénelées
au-dessus de la base. Inflorescence en épis courbes, très allongés; tleurs
bleuâtres, rarement blanches, disposées sur quatre rangs tournés en haut.
Fruits I, unis par la base, en deux paires bilobées. Selon Descourtilz, les
feuilles seraient détersives, désicatives et résolutives1. — Assez abondantdans
les savanes fertiles et les terres cultivées, sur les décombres et le long des
routes des régions inférieure et basse de toute la Guadeloupe et de ses
dépendances. ! N° 2581.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Herbe à verrues, herbe à malingres, herbe à pians. —
Abondant dans toute l'île. [N° 1419.]
H. parviflorum L. ; Héliotrope à petites Heurs. Yulgo : Herbe scorpion,
petite verveine. Dill., E llh., t.. 146. — Annuel ou suirrutescent, haut de
0 “ 30-1 Ul 40 : les jeunes pieds, droits, sans branches; les pieds adultes, très
branchus, à branches inclinées, souvent sarmenteuses, à tiges et branches
brunes, velues dans le haut. Feuilles Hasques, gaufrées, vert clair, ovées-elliptiques ou ovées, ou lancéolées oblongues, pointues. InHorescence en épis
I. D'après Bocquillon-Limousin ( loc. cit.), on ferait, dans l’Inde et en Afrique, des appli­
cations de suc de feuilles sur la morsure des serpents venimeux, en même temps qu’on
ferait infuser le résidu de l’expression et qu’on le donnerait à boire au patient. On emploie­
rait aussi le suc contre les furoncles, dans la pharyngite et la tonsillite. En Cochinchine,
à la Réunion, à Rio Nunez, on emploierait les feuilles en cataplasmes comme maturatifs contre les plaies et l’ anthrax, et pour provoquer de la diurèse; le suc serait
employé contre l'ophtalmie. (E. H.)

IlORAGINÉES

453

scorpioïdes, allongés, axillaires et terminaux; Heurs blanches, petites, dis­
posées sur quatre rangs, à la surface supérieure de l’épi. Fruits 4, unis par la
base,— Fl. pendant et après l'hivernage. — Très abondant sur les décombres,
dans les terres abandonnées et cultivées, sur les vieux murs, etc., des basse
et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt.
0-700 mèt. [N° 2583.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petite verveine. — Abondant dans toute l’île. Alt.
0-600 mèt. [N® 1418.]

H. curassavicum L. ; Héliotrope de Curaçao. Yulgo : Verveine bord-demer, absinthe bord-de-mer(au Moule), quinquina bord-de-mer (à Port-Louis),
verveine blanche, romarin blanc. SI., t. 132, f. 3. — SulFrutescent ou vivace,
d'un aspect gris, très branchu, à tige et branches noires, à tige plus ou moins
couchée et radicante, relevée à l’extrémité, haute de 20-65 cm. Feuilles lan­
céolées ou oblongues, subsessiles, charnues, glauques, ce qui leur donne un
aspect qui tranche fortement avec les herbes vertes ambiantes. InHorescence
en épis scorpioïdes, simples ou bifides; Heurs petites, blanches ou très légè­
rement violacées. Fruit comme dans l'espèce précédente, mais noir. — Forme
souvent gazon dans les endroits arrosés par l'eau de mer et dans les savanes
humides ou lieux aquatiques situés près du bord de mer, où il lleurit toute
l'année : Moule, Saint-François, Sainte-Anne, Port-Louis, Anses-Bertrand,
Petit-Canal, Marie-Galante, les Saintes. L\u2755.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Verveine bord-de-mer. — Vauclin, Sainte-Anne,
Marin, Trinité (Galion), François, etc. [N° 1416.]
H- fr uticosum L. ; Héliotrope frutiqueux. Yulgo : Verveine blanche savane.
PL, édit. Burin., t. 227, f. 2. — Frutescent, ornemental, tortueux ou droit,
d’un aspect gris, haut de 60-90 cm., nu dans le bas, très branchu dans le
haut, à branches inclinées et divariquées, à rameaux garnis d'une pubescence
grise, qui s’étend aux pétioles, à la face inférieure des feuilles, aux pédon­
cules et aux calices. Feuilles petites, grisâtres : les adultes, scabres en dessus
et garnies de poils courts tuberculés à la base, lancéolées-linéaires, acumi­
nées, subsessiles, roulées sur les bords. InHorescence en épis courts, scor­
pioïdes, d'abord sessiles, ensuite pédonculés; fleurs blanches, odorantes, plus
larges que dans toutes les espèces précédentes. — Fl. toute l ’année, excepté
pendant les sécheresses prolongées. — Vit en société, souvent sur d'assez
grandes étendues, dans les savanes sèches, arides, pierreuses de la basse
région : Désirade (très abondant sur le plateau); çà et là sur la côte entre
Baillif et les Vieux-Habitants. [N os 2570, 2756. j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Verveine-savane. — Case-Pilote (abondant), Cara­
velle (rare). [N° 1417.]
L H eliotropium peruvianum L. (Héliotrope du Pérou) est cultivé dans les
jardins des deux colonies comme plante d’ornement, à odeur suave, et le

�45'i

PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Symphytum officinale L. (grande consoude) comme plante médicinale; celle
dernière fleurit abondamment. N° .‘1511.] — M a r t i n i q u e . [N° 1415.]

LARIÉES

455

rons de Saint-Pierre, Carbet, Prêcheur, Marin, Sainte-Anne. Alt. 0-400 mèt.
[N ° 400.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Coleus Lour. (du grec « koleos », étui, fourreau, parce que les étamines
sont concrescentes inférieurement en un tube qui entoure le pistil.)
CENT VINGT-DE UXI F.ME FAMILLE. ---

LABIÉES.

Ocimum L. (dn grec «&lt; okimon ». de « o/.ein ». sentir, parce que ces plantes
émettent une odeur forte et agréable.)
0.
Bnsilicum L. (du grec « basilicos », royal, digne d'un roi.) Yulgo : Basi­
lic. Desc.. vol. IV. l.301,p. 317. — Sull’rulescent, toulïu, haut d e 30-75 cm.,
originaire de l'Asie occidentale et tropicale, naturalisé et cultivé dans toutes
les Antilles comme plante médicinale et culinaire. — Elle lleurit toute l'année.
[N » 2151.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Basilic. [X° 27.] — On en cultive deux variétés : la
grande et la petite; la dernière est moins haute, les feuilles en sont plus petites,
les branches plus ramassées et moins longues; elle forme un joli sous-arbris­

seau.
0.
mîcranthum W illd. ; Basilic à petites fleurs. Yulgo : Petit framboisin,
petit basilic. — Annuel ou plus rarement sulîrutescent, ligneux dans le bas,
haut de 20-60cm., droit, peu branclui, à branches lastigiées. Feuilles ovées,
pointues, serretées, contractées à la base en un court pétiole. Fleurs
blanches, en grappes courtes, spiciformes, interrompues; calice élargi à la
base: dents de la lèvre supérieure, ovées, obtuses, concaves, décurrentes
jusqu'à la base du tube : les quatre dents inférieures, subulées. — Assez, abon­
dant dans les savanes et les terres en friches des basse et infra-moyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. — Toute la plante est
aromatique, et, dans les campagnes, on fait avec les feuilles et les jeunes
tiges un extrait qu'on emploie avec succès contre toutes sortes d’indisposi­
tions. [N° 2155.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Petit framboisin. — Abondant dans les savanes.
[N° 399.]
0.
&lt;jrnlissimum L .; Basilic à odeur très agréable. Yulgo: Grand framboisin,
grand baume. — Herbe annuelle, très droite, haute de 0 ,n 90-1 m60, à lige
forte, carrée-sillonnée, branchue dans le haut, à branches lastigiées. Feuilles
ovées-lancéolées (les jeunes lancéolées), dentées en scie, rétrécies, à la
base, en un pétiole, tantôt long, tantôt court, légèrement pubescenles en des­
sous. Fleurs blanches, en grappes spiciformes, allongées, formant ensemble
une panicule souvent très large. — Toute la plante, surtout les Heurs, exhalent
une odeur aromatique, forte et agréable. — Abondant sur les décombres, les
vieux murs, dans les endroits abandonnés de la région inférieure : euvi-

C. amhoinicus Lour., C. aromaticua Benlh.; Coléus d’Amboine. Yulgo :
Gros thym. — Vivace, aromatique et stolonifère, d’abord plus ou moins
couché, ensuite sarmenleux, à tige grosse, cylindrique, succulente, à
branches velues. Feuilles épaisses, charnues, velues des deux côtés, ovées,
pointues, brusquement rétrécies à la base. Fleurs violettes, en grappes spici­
formes, très allongées, simples ou composées à la base, terminales. — Fl. en
juin, juillet, août. — Naturalisé et cultivé comme plante sudorifique et insec­
ticide. — Se rencontre souvent à l’état sauvage dans les endroits autrefois
babitéset maintenant abandonnés : Basse-Terre, Bailli f (batterie La Madeleine,
où il est devenu envahissant), Yieux-Fort (batterie), Moule, Goz.ier, etc.
[N° 2936.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Thym de l'Inde. — Çà et là dans les jardins et à l'état
sauvage. [N° 1975.] Les beaux Coleus Yerschaffellii Lem. et Blnmei
Benlh., vulgo : Robe à l'évêque, introduits des établissements horticoles
d'Europe, sont devenus communs dans les jardins et dans les endroits aban­
donnés de la région humide du Camp-Jacob, du Matouba, deGourbeyre, etc.,
où ils viennent spontanément. [Nos 2157, 2129.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe panachée. — Morne-Rouge, Gros-Morne,
Lamentin, Saint-Pierre, Fort-de-France, etc. [N°401.
M arsypianthes Mart. (du grec « marsupion », bourse, et « anthos », lleur,
allusion à la lèvre supérieure de la corolle qui forme une sorte de petit sac.)
M. hyptoides Mart.; Marsypianthe ressemblant à un Hyptis. Yulgo : Ver­
veine-terre. — Herbe annuelle, couchée, molle, plus ou moins relevée aux
extrémités, à tiges et branches nombreuses et carrées. Feuilles flasques, ovées
ou ovées-lancéolées, dentées en scie. Fleurs pourpres, en capitules globuleux,
nombreux, habituellement pédonculés; calice 5-lide, laineux; corolle renfer­
mée dans le calice persistant; étamines 4. Fruits 4, cymbiformes, entourés
d'un bourrelet. — Dans les mornes sablonneux et herbeux de la région infé­
rieure : Baie-Mahault, où il forme souvent gazon, Sainte-Rose, les Abymes.
Moule, etc. [N° 2938.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe couchée, herbe courante, Trou-Vaillant, SainteAnne, Trois-Ilets, Marin, Saint-Esprit, Rivière-Pilote, etc. FN0 919.
H yptis Jacq. (du grec « huptios », replié, allusion à la forme de la corolle.)
H. capitata Jacq.; Hyptis à fleurs en capitules. Yulgo : Mélisse à boulons.
SI., t. 109, f. 2; Desc., vol. V III, t. 576, p. 172. — Herbe annuelle, très
droite, haute d e 0 m 70-1“’ 30, nue dans le bas, habituellement peu branchue

�456

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

LABlÉES

cl peu feuillue, à branches distantes et décussées, à tige grosse et vigoureuse,
à tige et branches carrées. Feuilles pétiolées, ovées-oblongues, pointues,
rétrécies à la base, grossièrement dentées en scie : les florales, oblongues-lancéolées. Fleurs petites, en capitules globuleux, longuement pédonculés, axil­
laires, opposés par deux, confinés dans les parties supérieures de la tige et
des branches; dents du calice 5, subulées, sétiformes et dressées; corolle
blanc pâle, souvent tachetée de petits points ronds. — On se sert des parties
tendres de cette herbe en décoction comme sudorifiques contre les fièvres, les
rhumes, les fluxions de poitrine, la toux, efc. — Fl. pendant et après 1hiver­
nage. — Assez abondant le long des cours d'eau, dans les endroits humides et
ombragés de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-700 mèt.
[N° 2159.]
M a rt in iq ue . Yulgo ; Pompon blanc, mélisse â télé. — Dans les endroits
humides et ombragés de toute l ile. [N°920.]

Noire, Anse-Bertrand, Port-Louis, Moule, Gozier, Marie-Galante, etc.
[N® 2154.]
M a r ti n iq ue . Vulgo : Framboisin. — Abondant ; Saint-Pierre, Case-Pilote,
Marin, Vauclin, Trois-Ilets, etc. [N° 1217 a.J

H. atroruhens Poit.: Hyptis à fleur pourpre noir. Yulgo : Herbe à miel,
bouton à vonvon, petit thym àlapins (à Gourbeyre), véronique (au Lamentijn),
blanc mauve (au Moule). — Herbe flasque, à tige d’abord couchée, rampante
et radicante, ensuite ascendante, à branches nombreuses, à branches et lige
pubescentes dans le haut. Feuilles petites, brièvement ovées ou ovéesoblongues, dentées en scie ; les florales toujours ovées. Fleurs en capitules
globuleux, axillaires, brièvement pédonculés, à pédoncules aussi longs que
les capitules; corolle pourpre noir, panachée de blanc; dents du calice sétiformes et hispides. — Cette plante est sudorifique au même litre que la précé­
dente et s'emploie souvent dans la médecine domestique. — Extrêmement
abondante dans la région supérieure, où elle constitue souvent presque
l'unique herbe fourragère des savanes; plus rare dans les savanes sèches
inférieures. Alt. 5-900 mèt. N°2159.]
M arti ni que . Yulgo ; Herbe à mouches (parce que les insectes ailés les
fréquentent pour sucer le nectar des fleurs), herbe à miel. — Fort abondante
dans toutes les savanes. [N° 404.]
H. spicata P o il.; Hyptis à inflorescence en épis. Yulgo : Herbe-mélisse,
framboisin. — Annuel, très droit, haut d e 0 "‘ 80-1 m 50, rarement plus haut,
à tige forte, carrée, nue dans le bas, à branches distantes, décussées. Feuilles
petites : les caulinaires, ovées, pointues, inégalement dentées en scie; les
llorales. lancéolées. Fleurs en grappes simples ou composées, allongées, ter­
minales, constituées par des glomérules pauciflores, un peu distantes;
corolle blanchâtre, tachetée de violet, à tube cylindrique, à lèvre largement
ouverte; calice ventru à la base, à dents courtes, sétiformes et droites,
beaucoup plus courtes que le tube de la corolle. — Abondant dans toutes
sortes de terrains, le long des ruisseaux, sur les vieux murs, sur les dé­
combres de la région inférieure : Basse-Terre et environs, Baillif, Pointe-

457

H. suaveolens Poit. ; Hyptis à odeur suave. Yulgo ; Gros baume, démarré,
gros du thym. S l.,t. 101, f. 2; Br., ./am., t. 18, f. 3; Desc., vol. V, t. 448,
p. 282. — Annuel, très droit, haut de 0m70-111180, quelquefois plus haut, selon
le terrain, nu dans le bas, très feuillu et branchu dans le haut, à jeune tige et
branches plus ou moins carrées, toujours fortement garnies de poils gris et
longs. Feuilles caulinaires, ovées, doublement serretées : les inférieures,
cordées; les florales, petites, lancéolées, sétiformes. Fleurs petites, en glo­
mérules subsessiles, multiflores, constituant une grappe allongée, feuillue ou
non feuillue; corolle bleu pâle, brièvement exserte; calice brièvement pédicellé, â tube garni de dix côtes, à dents subulées, rigides, spinescentes et
acérées. — Fl. de décembre à mars. — Toute la plante est aromatique, et on
se sert des feuilles et des parties tendres des branches pour parfumer les
bains. — Yit souvent en société dans les terres arides, sèches et pierreuses des
côtes de la basse région : environs de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habi­
tants, Yieux-Fort, Pointe-Noire, Marie-Galante, les Saintes, etc. [N° 2161.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Baume. — Saint-Pierre (environs de la batterie SainteM arthe), Garbet, Case-Pilote, Vauclin, Sainte-Anne, Marin. (N° 1972.1
H. pectinata Poit. ; Hyptis h fleurs en glomérules, disposées en peigne.
Vulgo : Baume-z’anglais camphré, guérit-tout. — Herbe très droite, haute
de 0,n80à l ul80, et parfois de 2'" 80, à tige nettement carrée, forte, nue dans
le bas, à branches décussées, à jeune tige et branches souvent pubescentes.
Feuilles petites : les caulinaires, ovées, inégalement dentées en scie, velues
en dessous; les florales (quand elles existent), lancéolées ou sétiformes. Inflo­
rescence en petites cymes contractées, nombreuses, tournées en biais, consti­
tuant ensemble une grappe paniculée, souvent très allongée; cymules pédonculées, multiflores, à fleurs disposées sur deux rangs, tournés en haut et d'un
seul côté; calice brièvement pédicellé, à tube à dix stries, à dents aiguës et
légèrement courbes, plus courtes que son tube : ouverture du tube du calice
tronquée et garnie de poils laineux; corolle.blanc pâle, petite, à lèvres large­
ment ouvertes et souvent ponctuées de noir. — Fl. pendant et après l'hiver­
nage. — Abondant dans les terres sèches, tufières ou sablonneuses de la
région inférieure de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. [N° 2166.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Baume-savane, herbe-muraille. — Abondant dans
toute l’ile. [N° 402.]
H. verticillata Jacq., Stachys païens S\v. ; Hyptis à glomérules verticillées.
Yulgo ; Grand baume. — SufTrutescent et frutescent, haut de 2 à 21U80, droit,
ornemental, très branchu dans le haut, à branches droites, étalées, longues.

�458

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Feuilles brièvement pétiolées, oblongues-lancéolées, dentées on scie : les
florales très petites, sétiformesou avortées. Inflorescence en glomérules verticillées. très nombreuses, disposées sur des grappes spiciformes, interrompues,
allongées, axillaires et terminales, formant ensemble une très large panicule'.
— Peu répandu : environs de Saint-Pierre (Trois-Ponts et dans le lit de la
Roxelane). |
’ N° 1217. — Je ne l ai pas trouvé à la Guadeloupe.
Salvia L. du latin « salvarc », sauver, conserver, par allusion aux vertus
médicinales de ces plantes.)
S. occidenfalis S\\\, Hyptis glandulosa Sicber; Sauge de l’Inde Occidentale.
Vulgo : Herbe à couleuvre. SL, t. 107, f. 2. — Herbe annuelle, à tige cou­
chée, radicante, rampant en tout sens, longue de 0'" 40 à 90cm., rarement
plus longue, très branchue, cylindrique, rougeâtre ou noirâtre. Feuilles
gaufrées, ovées, pointues, cunées à la base, dentées en scies, garnies de poils
épars sur les deux faces. Fleurs en glomérules verlicillées, à 2-6 rayons,
distantes, constituant une grappe spieiforme, mince, allongée, terminale;
tube du calice garni de poils glanduleux, courts, visqueux, de moitié moins
long que le tube de la corolle, (pii est bleue. — Fl. à toutes les saisons. —
Dans beaucoup de savanes humides des basse et infra-moyenne régions
de toute la Guadeloupe et de la Grande-Terre. — Est considérée comme un
assez bon fourrage. Dans le pays, on se sert du suc (extrait des feuilles et des
tiges qu'on instille par gouttelettes dans les yeux pour faire disparaître les
taies de la cornée. Alt. 10-700 met. [X° 2153.1
M a rt in iq ue . Vulgo : Petite violette. — Dans toutes les savanes de l ile.
[N° 1978.]

S. micrantha Yahl, S. lenella S u .; Sauge à petites fleurs. Vulgo ; Herbemuraille. — Sutl’rutescent, aromatique, haut de 20-35 cm., nu dans le bas,
très toufl'u parle haut. Feuilles deltoïdes, garnies des deux côtés d’un duvet
soyeux et gris. Inflorescences en verticilles de 2-6 fleurs, disposées en grappes
courtes, interrompues et terminales. — Peu répandu : çà et là sur les
décombres et les vieux murs du bourg de Saint-François. [X° 2160.] — 11
n’existe pas à la Martinique.
On cultive souvent dans les jardins : 1° le Salvia splendens Ker.-Gaxvl., du
Brésil, vulgo : Sauge rouge, sous-arbrisseau à fleurs écarlates, subspontané
au Camp-Jacob, au Matouba [X° 2160J, au Morne-Bouge et au Gros-Morne
Martinique X° 1977 ; 2" le S. farinacea Benth., du Mexique, vulgo : Sauge
blanche, à tiges plus ou moins couchées, à feuilles et pédoncules d’un blanc
1. Sous le nom vulgaire d’ .lsïer marinejouin, Raguet maringouin, cette plante, qui a
été introduite à Cayenne venant des Antilles, est employée en Guyane comme pectorale,
emménagogue, céphalique. On la donne aussi en infusion contre les indigestions, comme
excitant diffusible au même titre que les autres H yptis signalées ci-dessus comme aro­
matiques.
(E. II.)

LARIÉES

459

farineux, à fleurs violettes, en glomérules verticellées sur de longs épis nom­
breux [X° 2934]; 3° le S. coccinea Juss., d’Amérique tropicale, herbe
annuelle, droite, haute de 40-60 cm., à tige et branches carrées, poilues ou
glabres, à fleurs cramoisies. 1X" 2935]. — M a r t i n i q u e . [X° 1214.]
Le S. lamiifolia Jacq., sufTrulescent, plus ou moins droit, haut de 6090 cm., à fleurs d’un violet très foncé, se trouve dans la région montagneuse de
l’îlc de Sainte-Lucie. [X° 1218.]

Stachys L. (du grec « stachys », épi, allusion à la forme de l’inflores­
cence.)

S. arvensis L. ; Epiaire des prés. Vulgo ; Herbe graine-z’oiseau. — Petite
herbe flasque, très branchue, plus ou moins diffuse, haute de 10-15 cm.; s’est
naturalisée dans les jardins du Morne-Rouge. — Introduite sans doute de
France par les graines de plantes potagères. [X° 397.
Leonurus L. (du grec « leon », lion, et « oura », queue, par allusion plus
ou moins forcée aux glomérules florales rappelant un peu une queue de lion.)
L. sibiriens L. ; Agripaume de Sibérie. Vulgo : Herbe-savon (à la BasseTerre), herbe Madame Lalie. — Herbe annuelle ou bisannuelle, droite, orne­
mentale, haute de 60-95 cm., à lige carrée-sillonnée, fortement branchue
dans le haut. Feuilles palmipartites ou les supérieures entières. Fleurs
pourpres, en glomérules vertieillées, axillaires; calice à cinq dents spinescentes et à cinq nervures; corolle à deux lèvres : lèvre supérieure, concave,
entière, droite; lèvre inférieure, à trois lobes; étamines didynames, parallèles :
les deux inférieures plus longues. — Herbe très répandue dans la région
inférieure de toutes les Antilles, originaire de la Sibérie. — FL surtout
pendant et après l’hivernage. — Avec les feuilles, mêlées à celles du curage
(Commelina cai/ennensis Rich.) et des bourgeons du gommier rouge Bursera
çjummifera L.), on prépare une décoction contre la toux invétérée. X°2162.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Chandelier. — Abondant. [X° 1976.]
Leucas Burin, (du grec « leucas », blanc, à cause de la couleur des fleurs.)
L. martinicensis R. Br., Phlomis earihæa Jacq.; Leucas de la Martinique.
Vulgo : Herbe à boutons. (Phlom is L.) Jacq., Sel. Am. si. hist., t. 177,
f. 75. — Herbe annuelle, haute de 20-60 cm., droite, peu branchue, d’un
aspect grisâtre. Feuilles flasques, ovées-lancéolées ou ovées, oblusément
dentées en scie. Fleurs en glomérules larges, vertieillées, multiflores,
distantes, à bractées linéaires-acuminées ; calice oblique, recourbé, à
dix dents spinescentes et sétacées, subulées à la base; corolle blanche, ren­
fermée dans le tube du calice. — Dans le pays, on se sert des feuilles en
décoction contre les fluxions de poitrine. — Assez abondant dans les terres
sablonneuses et fertiles de la basse région : environs de la Basse-Terre,

�LABIÉES ---- VERBÉNACÉES

Baillif, Pigeon, Vieux-Habitants, Désirade, Moule, Pointe-à-Pitre, etc. Alt.
5-180 met. [N° 2165.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bouton blanc, pompon blanc. — Carbet, Case-Pilote,
route du Lamentin à la Trinité, Robert. [N° 1221.]
Leonotis R. Br. (du grec « leon », lion, et « ous », oreille, parce que la lèvre
supérieure de la corolle, large, dressée, concave et laineuse, aurait une cer­
taine ressemblance avec une oreille de lion.)
L. nepeLvfolia R. Br. ; Léonotis ù feuilles de Népéta (autre espèce de
Labiée). Vulgo : Herbe à mouton, gros bouton (au Moule). — Herbe annuelle,
très droite, ornementale, haute de 60-95 cm., rarement plus élevée, glabre,
à tige carrée-sillonnée. Feuilles ovées, crénelées-dentées, longuement
pétiolées. Fleurs en glomérules solitaires, globuleuses, très larges, axillairesverticillées, distantes; corolle écarlate, large, pubescente en dessous, deux
fois plus longue que le calice, à lèvre supérieure allongée, beaucoup plus
longue que l'inférieure, qui est tritide ; calice à dix nervures, à 8-10 dents
inégales, spinescentes, très rigides et acérées, lancéolées-linéaires : les supé­
rieures, beaucoup plus longues et subulées. — Abondant dans les terres
sablonneuses, ou calcaires ou lulièresde toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 5-600 mèt. [N° 2164.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe-chandelle, pompon rouge, gros pompon.
— Alt. 5-350 mèt. [N° 1958.
Scutellaria Riv. (du latin « scutella », écuelle, assiette, tasse, à cause de
l'appendice en forme d’écuelle que porte la lèvre supérieure du calice.)
S. purpurascens Sw .; Scutellaire à Heurs tirant sur le pourpre. Vulgo :
Violette-savane, toque de la Havane. — Annuel ou bisannuel, ornemental,
haut de 15-30 cm., stolonifère, plus ou moins diffus, quelquefois très droit.
Feuilles relativement larges, ovées ou deltoïdes, dentées en scie, à dents peu
nombreuses et larges. Fleurs pourpres, panachées de blanc, en glomérules
verticillées, distantes, paucillores, formant ensemble une grappe courte,
terminale; calice à deux lèvres entières : la supérieure portant sur le dos un
appendice scutelliforme; corolle à deux lèvres : la supérieure fortement voûtée
et rapprochée de l'inférieure; tube de la corolle allongé, dilaté vers le som­
met. — Fl. presque toute l’année. — Feu répandu. Çà et là dans les endroits
ombragés, sablonneux, secs ou humides : environs de la Basse-Terre (Ravine
de Belost), Pointe-Noire (au Gommier et au Pérou), Alt. 50-60!) mèt.
[N° 2163.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Muguet bleu. — Prêcheur (habitation Céron), GrandeRivière, etc.; se cultive quelquefois dans les jardins. [N° 1974.]
De la famille des Labiées, on cultive dans les jardins des deux colonies,
comme plantes condimenteuses ou médicinales : le Rosmarinus officinalis L.,
vulgo : Romarin de France NT° 2168], Martinique [N° 800]; l'Origanum

461

Majorana L., vulgo : La Marjolaine de France |N° 2939], Martinique I N°801] ;
le Pogostemon Patchouli/ Pellet, vulgo : Thym de l'Inde [N70 2 169], Marti­
nique [N° 1222]; le Mentha piperila L., vulgo : Menthe poivrée, avec les
variétés à liges rouges ou vertes, vulgo : Petit thym. [N° 3193]. — Toutes
ces plantes fleurissent facilement, à l’exception du palchouly.

CENT VINGT-TROISIÈME FAMILLE.

— VERBENACEES.

Priva Adans. (anagramme d’un nom inconnu.)
P.
echinala Juss. ; Priva à fruits hispides. Vulgo ; Collant, guériltout. SI., t. 110, f. 1. — Herbe annuelle, d’un aspect gris, pubescente
ou glabre, à lige souvent couchée, ensuite ascendante, haute de 60-90 cm.,
habituellement très branchue. Feuilles ovées, pointues, rétrécies à la base ou
subtronquées, crénelées-dentées, llasques. Fleurs violet pâle, en grappes
spiciformes, courbes, allongées; calice ventru, à cinq dents, garni de poils
crochus, gris et visqueux; corolle obliquement 5-lobée. Fruits à quatre
angles, composé de deux coques cohérentes, à angles fortement muriqués. —
Constitue un bon fourrage pour le grand bétail. — Abondant le long des
routes, dans les savanes sablonneuses et humides des basse et infra-moyenne
régions de toute la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-700 mèt.
[N ° 2393.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à l'angine. — Abondant dans toute l’île .— Avec
les feuilles et les liges, on prépare une décoction, qui est employée en garga­
rismes contre l’angine couanneuse et les inflammations de la gorge. [N° 1961.]
Stachytarpha Link. (du grec « stachys », épi, et « tarpha », épais, dru,
serré, parce que, dans les espèces-types, les inflorescences sont en épis doués
de ce caractère.)
S. jamaicensis Vahl, Verbena jarnaicensis L . ; Stachytarphe de la Jamaïque.
Vulgo : Verveine queue-de-rat. SL, t. 107, f. 1 ; Desc., vol. V I, t. 392, p.42.
— Herbe annuelle, droite, haute de 25-90 cm., à racine pivotante, forte,
blanche, à lige grosse, nue dans le bas, généralement peu branchue dans le
haut. Feuilles larges, d'un aspect grisâtre, gaufrées, ovales, grossièrement
serretées, contractées en coin à la base. Fleurs bleu tendre, en épis légère­
ment courbes, allongés, pouvant atteindre jusqu’à 30 cm. de long; bractées
recourbées, subulées ; calice à quatre dents; corolle à tube légèrement courbe,
à cinq lobes arrondis. Fruits linéaires, couchés dans de petites fossettes. —
Abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
et de ses dépendances1. Alt. 0-700 mèt. N° 2393.]
1. Sous le nom vulgaire de Verveine ou de Crète d'Inde, cette espèce est réputée astrin­
gente à la Guyane et y rend, avec la suivante (St. cayennensis)&gt; les plus grands services

�462

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MAUT1NIQUE

Yulgo : Verveine queue-de-rat, verveine caraïbe. — Dans
N° 1963.]

M artinique.

toute l'ile.

S. cayennensis Yahl; Slachylarphe de Cayenne. Vulgo : Petite verveine
queue-de-rat, petite queue-de-rat. — Sulfrulescent, glabre, pouvant atteindre
11,150 tle haut, à lige d’abord droite, ensuite tortueuse, à branches nombreuses,
à tige et branches grêles, quelquefois subsarmenleuses, penchées ou tom­
bantes. Feuilles vertes, beaucoup plus petites que dans le précédent, ovées,
obtuses, dentées en scie, contractées à la base. Fleurs violettes ou violet pâle,
en épis très allongés, filiformes, légèrement courbés; bradées linéaires-acuminées, séleuses vers l'extrémité; calice à 4 dents. Fruit disposé comme
dans le précédent. — Abondant dans les savanes et les haies de la moyenne
région; plus rare dans le bas. Toute la Guadeloupe et ses dépendances.
Alt. 5-800 met. [N° 3282.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Petite verveine queue-de-rat. — Commune dans
toute l'ile. Alt. 0-600 mèl. [N° 1962.]
Lippia Houst. (dédié à Auguste Lipp, né en 1678, à Paris; alla, en 1707,
comme médecin, avec une société de savants, à Habbech, en Afrique, petit
port sur la mer Rouge, où il fut massacré. A laissé plusieurs écrits ayant
trait à la botanique et à l'histoire naturelle.)
L. nodiflora Rich. ; Lippia à Heurs portées sur des pédoncules naissant à
l'aisselle des feuilles. Vulgo : Verveine courante. — Herbe sulIVutescente ou
annuelle, à tige couchée, radicante, rampant en tout sens à une distance de
plusieurs mètres, à extrémités souvent relevées. Feuilles petites, spatulées,
dentées en scie au-dessus de la base, à dents aiguës ou émoussées. Fleurs en
capitules d'abord ovoïdes, ensuite ovoïdes-allongés, portées sur des pédon­
cules filiformes solitaires, et trois fois plus longs que les feuilles; bractées
ovales, arrondies, cunées à la base, un peu plus courtes que la corolle qui est
blanche ou très légèrement violacée; calice bifide du côté postérieur, bipar­
tite du côté antérieur, un peu plus court que le tube de la corolle. Fruit à
deux coques cohérentes. — Fl. toute l'année. — Abondant dans les endroits
humides ou secs du bord de la mer et souvent aussi un peu dans les terres ;
environs de la Pointe-à-Pitre, Port-Louis, Anse-Bertrand, Saint-François,
etc. X° 2941. ]
M art in iq ue . Vulgo : Verveine courante. — Commun au Vauclin, à SainteAnne, à la Caravelle, etc. [N° 415. |
L. replans H. B. kth. ; Lippia rampant. Vulgo : Verveine courante. —
Herbe su (frutescente, couchée, radicante, s'étendant en tout sens à une disconlre la dysenterie : ses feuilles sont aussi employées en cataplasmes résolutifs. Une
cuillerée du suc récent de ses feuilles suffirait pour apaiser les coliques et les tranchées
dans la dysenterie. (E. II.)

VERBÉNACÉES

463

lance indéterminée. — Feuilles comme dans le précédent. — Fleurs en capi­
tules d'abord ovoïdes, devenant plus tard ovoïdes-allongés, portés sur des
pédoncules comprimés, un peu plus courts que les feuilles; corolle violet
pâle ou blanche. Ressemble beaucoup au précédent; il s’en différencie sur­
tout : par ses pédoncules constamment beaucoup plus courts; par son calice
bicaréné-comprimé, bidenlé au sommet, et par les cils qui 'garnissent les
deux carènes. — Même habitat que l’autre, mais moins abondant. [N° 2937.
M a r t i n i q u e . Vulgo: Petite verveine. — Vauclin, Sainte-Anne, Trois-llets,
Robert. [N° 414.]

L. geminata IL B. et Kunth; Lippia à glomérules géminées à l’aisselle des
feuilles. V ulgo: Sauge du Brésil. — Arbrisseau ornemental, d'un aspect gris
blanchâtre, très droit, haut de 0m 80-1 m 30, à une ou plusieurs tiges, très
peu branchues (à l’état sauvage), à tiges et branches pubescentes. Feuilles
petites, ovées ou ovées-oblongues, finement dentées en scie, scabres-pubescentes. Fleurs en capitules subglobuleux-oblongs, portés sur des pédoncules
axillaires, opposés, plus longs que les pétioles et plus courts que les feuilles ;
bractées ovées, pointues, un peu plus courtes que la corolle qui est rose;
calice bifide, trois fois plus court que la corolle. — Rare : çà et là aux
Abymes, au Morne-à-l'Eau et dans les environs de la Basse-Terre (quartier
de l’Arsenal). [N°3281.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Sauge de la Barbade. — Plus abondant qu'à la Gua­
deloupe. — On se sert des feuilles et des jeunes tiges en tisanes sudorifiques
contre les refroidissements, les rhumes, la toux, etc.— Grande-Rivière (près
du bord de mer) ; Case-Pilote, Marin. (N° 416.]
Le Lippia cilriodora H . B. et Ivth, d'Amérique australe, vulgo : Citron­
nelle, sous-arbrisseau à branches plus ou moins couchées, à feuilles rudes,
lancéolées, à fleurs en panicules spiciformes, est cultivé dans beaucoup de
jardins de la Martinique et de la Guadeloupe comme plante très sudorifique.
— Originaire de l’Amérique australe. [X° 2124.]

Lantana L. (du latin « lenlare », plier, parce qu'un grand nombre de ces
espèces ont des branches flexibles comme le Lantana des Anciens, qui appar­
tient au genre Viburnum, et qu'en outre les feuilles et les fruits noirs lui res­
semblent aussi.)
L. Cainara L v L. aculeata L. (nom de la plante chez les indigènes de
l'Amérique du Sud.) Yulgo : Mavisou (à la Basse-Terre i, mille-fleurs, sauge,
herbe à plomb. SL, t. 195, f. 2; Desc., vol. IV, t. 304, p. 330, et vol. V,
(. 370, p. 250; PL, éd. Burm., t. 71, f. 1. — Arbrisseau ou grand arbuste,
ne dépassant que rarement 3 mèt. d’élévation, nu dans le bas, à branches
nombreuses, divariquées, penchées ou tombantes, ou parfois un peu sarmenteuscs, à tige et branches quadrangulaires, garnies sur les angles de piquants
recourbés, acérés, jaunes ou jaunâtres. Feuilles ovées ou ovées-oblongues,

�464

PLANTES 1)E LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

dentées en scie, à dents obtuses. Fleurs odorantes, en capitules axillaires,
solitaires ou géminés, ou réunis par 3, portées sur des pédoncules plus longs,
ou aussi longs el plus courts que les feuilles; calice à 2 dents, quelque­
fois à 4, petit ; bractées lancéolées, une fois plus courtes que la corolle.
Drupes noires, luisantes, souvent épineuses. — Sur les mêmes capitules, on
trouve toujours des fleurs de deux, souvent de trois couleurs différentes :
celles du centre sont jaunes d'abord, deviennent ensuite lilas, et avant de
tomber elles tournent très souvent au blanc; la gorge des fleurs, lilas et
blanches, demeurant du reste jaune L — Fl. d'un bout à l'autre de l'année. —
Extrêmement abondant dans la basse région sèche de toute la Guadeloupe
et de ses dépendances. |_N° 2380.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Bois-genou. — Très abondant dans toute l ile.
N05 418, 687.]
L. croceaJacq. ; Lantana à fleurs couleur de safran. Yulgo: Petit baume, bois
mille-fleurs jaunes. — Ressemble beaucoup au précédent ; il en diffère : par
sa taille plus élevée, ses branches plus allongées et souvent sarmenteuses;
par la corolle, qui est constamment d’un jaune de safran, passant ensuite à
l orangé ; par ses bractées linéaires-acuminées, environ trois fois plus courtes
que la corolle. — Moins abondant, mais même habitat que le précédent.
N 02383.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Baume safran. — Abondant. [N° 687.
L. involucrata L. ; Lantana à fleurs enveloppées de larges involucres.
Yulgo : Petit baume, baume blanc. — Arbrisseau ornemental, d’un aspect
grisâtre, très droit, haut de 1-2"' 50, tantôt peu, tantôt fortement branchu, à
rameaux droits, grêles, plus ou moins fastigiés. Feuilles petites, ovées ou
ovales, crénelées, pubescentes, grisâtres. Fleurs d'un blanc pur ou lilas
tendre, odorantes, portées sur des pédoncules droits, plus longs ou aussi
longs que les feuilles, situés un de chaque côté des quatre dernières feuilles de
la branche; capitules 3-4, plus petits que dans les deux précédentes espèces,
à bractées involucrales largement ovées. pubescentes, aussi longues que les
fleurs. — Fl. en août, septembre, octobre et novembre. — Abondant sur la
côte sèche et aride entre Baillif et les Yieux-Habitants : Deshaies, Moule,
Gozier, Marie-Galante, les Saintes, e tc .2. Nos 2391, 2945, 2746.]
1. Cette plante est utilisée à la Guyane, sous le nom de Marie-Crabe ou de Marie-Crabe
épineux, comme aromatique et antispasmodique. La décoction de toute la plante est pré­
conisée en bains contre le tétanos, les rhumatismes, la fièvre palustre. C'est un tonique
puissant très employé contre l'atonie des viscères abdominaux. L''infusion des feuilles est
stomachique, digestive; elle faciliterait, dit-on, le travail intellectuel. Les bourgeons,
macérés dans le vin de Malaga, servent de topique contre les aphtes des enfants.
On en fait un thé sudorifique un peu amer, et avec les feuilles, froissées et bouillies, des
bains fortifiants : l’infusion est donnée contre les coliques. Negrete en a extrait la lantanine,
alcaloïde qui. à la dose de 2 gr., serait plus actif que la quinine contre les fièvres. (E. H .)
2. Cette espèce pourrait recevoir sans doute les mêmes emplois médicinaux que L.

ver bhnackes

465

M a r t i n i q u e . Yulgo : Baume blanc : Carbet, Case-Pilote, Sainte-Anne,
Caravelle. [N° 417.]

Citharexylum Mill. (du grec « kithara », guitare, et « xulon », bois, parce
que le bois de ces plantes se prête particulièrement à la fabrication des instru­
ments de musique, comme violons, violoncelles, guitare, etc.)
C. quadranc/ulare Jacq., C. coriaceum Desf., C. caudalurn Sw. ; Citharéxylon à branches quadrangulaires. Yulgo : Bois carré, bois de fer blanc.
St., t. 200, f. 3, 4. — Arbre de taille moyenne, à tronc anfractueux, à branches
tantôt fastigiées, tantôt divariquées, tantôt penchées, surtout les inférieures,
à écorce grise, à jeunes branches constamment quadrangulaires. Feuilles
luisantes, d’abord flasques, ensuite cartilagineuses, elliptiques-oblongues ou
elliptiques, pointues ou obtuses au sommet, glabres des deux côtés. Fleurs
blanches, à odeur forte et agréable, petites, en grappes allongées, spiciformes,
noueuses, axillaires et terminales, souvent réunies en groupe; calice à cinq
dents tronquées, subsessile, ou brièvement pédicellé, à pédicclles plus courts
que la bractée; corolle en forme d’assiette. Drupe d’abord rouge, ensuite
noire, luisante et polie, ovoïde. — Le bois, mou, n’est guère employé pour la
construction. — FL d'août à novembre et aussi en mai, juin et juillet. — Çà
et là dans les grandes haies, dans les falaises, le long des rivières des basse
et infra-moyenne régions : Vieux-Fort, Gourbeyre, Capesterre (Guadeloupe),
les Abymes, Morne-à-l'Eau, Moule, Marie-Galante. [N° 2944.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-côtelette. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe.
— Dans tous les bois inférieurs du nord et du sud de l'île. [N° 2027a.]
C. luciclum Chain, et Schlecht., C. caudalurn L. ; Citharéxylon à feuilles
luisantes. Vulgo : Bois-côtelette. — Ressemble au précédent ; il en diffère :
par ses rameaux, qui sont d’abord quadrangulaires et deviennent ensuite
plus ou moins cylindriques; par ses grappes, plus nombreuses ; par ses pédicelles, aussi longs et souvent plus longs que le calice. — Fl. en avril, mai. —
Assez abondant au Parnasse, au Prêcheur, dans les hauteurs de l'habitation
Pécoul, dans le haut de la vallée du Carbet, de la Rivière-Salée, etc.
[N° 2027.] — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
Duranta L. (dédié à Castor Durante, médecin à Rome, mort en 1590, à
Viterbe; a écrit : Herhario nuovo in versi lalini.)
D. Plum ieri Jacq., D. Ellisia Jacq. ; Durante de Plumier. Vulgo : Vanillier,
fleurs vanille. Br., Jam ., t. 29; Desc., vol. V II, t. 488, p. 155; Jacq., Sel.
Am. st. hist., t. 176, f. 76. — Grand arbuste ou petit arbre, droit ou
tortueux, toujours anfractueux, armé de piquants de longueur variable ou
caméra : elle est usitée, sous le nom vulgaire de Monjoly en bains aromatiques que l’on
prépare au moyen de la décoction de ses feuilles (à étudier comme composition chi­
mique). (E. H.)
Dnss. — Plantet Guadeloupe et Martinique.

30

�inerme, à branches divariquées : les inférieures presque toujours pendantes.
Feuilles ellipliques-lancéolées, ou obovées-arrondies, subenlières ou serrelées-crénelées. Fleurs lilas, en grappes penchées ou pendantes, simples ou
composées, terminales et axillaires : les dernières naissant à 1aisselle des
feuilles de l’extrémité des branches; calice cylindrique, une fois plus court
que le tube de la corolle, d'abord tubuleux, s’élargissant ensuite et renfer­
mant complètement la drupe : corolle en forme d'assiette ; tube de la corolle
cylindrique, courbe; lobes 5, légèrement irréguliers : les deux supérieurs
plus étroits et parcourus d’une strie pourpre qui tranche fortement sur le
fond lilas. Drupe ovoïde-venlrue, surmontée des cinq dents persistantes du
calice, au milieu desquelles se dresse le style, persistant et droit; péricarpe
jaune à la maturité; semences 4. — Rare à l’état sauvage, cultivé souvent
dans les jardins et les courscomme piaule d’ornement, état qui lui fait perdre
habituellement les épines. — Selon Descourtilz, les feuilles sont détersives;
dans le pays, on n’en fait pas d’usage : on se sert seulement des grappes
florales pour la confection de bouquets. [X° 2394.]
M ar ti n iq u e . Yulgo ; Vanillier. — Se rencontre à l’état sauvage et armé de
piquants dans les hauteurs de l’habitation Pécoul. du Prêcheur, et au Champflore, enfui à l étal de culture dans beaucoup de jardins. [N° I960.]
Petrea Houst. (dédié au lord anglais R. J. Pèlre, né en 1710, mort en 1742,
possesseur d'une grande collection de plantes vivantes exotiques.)
P.
volubilis L. ; Pélréa voluble. Yulgo ; Liane rude, liane violette, liane
Saint-Jean, liane à cercles, liane Pentecôte. Jacq., Sel. Am. si. lusl., t. 114,
p. 180. — Forte liane, très ornementale, pouvant atteindre les sommets de
grands arbres, à lige anfractueuse, à écorce grise, à branches et grappes pen­
dantes. F'euilles très rigides et scabres, elliptiques ou elliptiques-oblongues,
luisantes en dessus; pétiole court. Fleurs bleues, très belles, en grappes
lâches, allongées, nombreuses; calice double : l’extérieur, large, 5-partite,
persistant et renfermant plus tard le fruit, à tube scabre ; l'intérieur, petit, à
cinq dents arrondies; corolle bleue, infundibuliforme ; étamines 4, incluses;
akène unique, par avortement de l’autre ovule. — Fl. de janvier à juillet, et
souvent d’octobre à janvier. — Abondant dans les mornes inférieurs, le
long des falaises et des rivières : Vieux-Fort, Houëlmont, Gourbeyre, Montéran, rivières Noire et Rouge, Pigeon, Bouillante, Deshaies, etc. [N° 2390.]
M artin ique . Vulgo : Liane rude. — Abondant : hauteurs du Prêcheur,
Trois-llets, la Régale, hauteurs du Diamant, etc. [N° 1964.]
Ægiphila Jacq. (du grec « aix », chèvre, et « philein », aimer, c’est-à-dire
plantes aimées des chèvres.)
Æ. marlinicensis Linn., Æ. glahra Lam.,Æ. Manahea Svv.; Ægiphile de la
Martinique. Yulgo : Bois-cabrit, bois de fer, sureau gros. Lam., ///., I. 70,
f. 1. — Grand arbuste, haut de 2-3m 50, généralement assez peu branchu, à

fil

branches allongées, très souvent penchées, à rameaux à quatre angles ou sub­
cylindriques. Feuilles assez larges, membraneuses, lancéolées-oblongues,
pointues ou acuminées, rétrécies à la base. F'ieurs jaunâtres ou blanc sale, en
panicules terminales et axillaires, composées de cymes corymbiformes, trichotomes; calice turbiné-infundibuliforme, à 4 lobes tronqués, deux ou trois
fois plus court que le tube de la corolle; étamines 4, exsertes. Drupe jaune à
la maturité, lisse, ovoïde-globuleuse, contenant quatre semences. — FL
presque toute l’année. — Assez abondant dans toute la région inférieure ;
Gourbeyre, Montéran, Vieux-Fort, Deshaies, Pointe-Noire, Sainte-Rose,
Ravine-Chaude, Moule, les Abymes, Morne-à-l’ Eau, Marie-Galante, etc.
Alt. 20-100 met. [N° 2389.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-cabrit. — Abondant. Environs de Saint-Pierre:
Carbet, Grand-Anse, Macouba, Basse-Pointe, Marin (morne Gommier)1.
[N° 1966.
Clerodendron L. (du grec « kleros », sort, hasard, et « dendron », arbre,
allusion aux vertus bonnes ou mauvaises qui sont propres aux différentes
espèces de ces plantes.)
C. aculealum Schlecht., Volkameria L. ; Clérodendre épineux. Vulgo :
Amourette. SL, t. 166, f. 43; Br., Jam., t. 30, f. 2. — Buisson ornemental,
très touffu et très feuillu, haut de 0 ln 95-2m50, rarement plus haut, à branches
droites, fastigiées, armées de piquants courts et subconiques. Feuilles
petites, elliptiques ou ellipliques-lancéolées, entières. Fleurs blanches, en
cymes nombreuses, portant 3-7 péclicelles ; calice beaucoup plus court que
lacorolle,à 5 lobes ovés-deltoïdes ; corolle infundibuliforme, à lobes oblongs,
environ trois fois plus courts que le tube; étamines longuement exsertes, de
• couleur pourpre. Drupe jaunâtre, quand elle est mûre, lisse, globuleuse, ren­
fermant quatre semences.— Fl. surtout de décembre à avril. — Très abon­
dant dans les terres sèches et pierreuses du littoral : Vieux-Fort, Capesterre
(Guadeloupe), toute la côte entre la Basse-Terre et Deshaies, Marie-Galante
(Capesterre et Saint-Louis), les Saintes, Moule, Gozier, Saint-François,
Petit-Canal, etc. [N° 2387. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Thé bord-de-mer. — Abondant : Saint-Pierre, Prê­
cheur, Carbet, Case-Pilote, Case-Navire, Sainte-Anne, Trinité, etc. [N° 1968.]
C. fragrans W illd .; Clérodendre à forte odeur. V ulgo : Herbe puante,
herbe à Madame Villaret. — Arbrisseau haut de 0“ 60-1 m 4, herbacé par la
tige, très vivace par ses racines fortes et stolonileres, droit, pubescent. Feuilles
très larges, très rapprochées, ovées-deltoïdes, inégalement et grossièrement

�468

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

blanches, on cymescourtes, ramassées; corolle toujours double. — Originaire
de la Chine, naturalisé et très envahissant. — Les feuilles émettent une
odeur forte et désagréable; les fleurs, au contraire, sentent bon. — FL
presque toute l'année, mais surtout pendant et après l'hivernage. — Envi­
rons du Camp-Jacob, Montéran, Sainte-Rose, Lamentin, Pointe-à-Pitre,
Morne-à-l’ Eau, les Abymes, etc. [N° 2386.]
M artinique . \’ ulgo : Herbe puante. — Abondant sur les décombres et le
long des cours d'eau : Saint-Pierre, Trois-llets, Carbel, Marin, etc. [N° 1969.]
C. siphonanthus R. Br. ; Clérodendre à fleurs à long tube. Yulgo : Herbe à
long cou. — Vivace par ses racines fortes et stolonifères, herbacé parla
tige, haut de 0m80-1m 60, droit, peu feuillu, à tige grosse, carrée, remplie
de moelle blanche. Feuilles verlicillées par 3, lancéolées, acuminées : les
supérieures, oblongues-linéaires. Fleurs blanc pâle, en cymes feuillues, axil­
laires et terminales, formant ensemble une large panicule ; pédicellcs droits ;
calice long de 5-6 mm., à lobes arrondis; tube de la corolle cylindriquefiliforme, long de 6-8 cm., à lobes obovés, réfléchis; étamines exsertes.
Fruit noir, grand, pulpeux, luisant, contenant quatre semences. — FL en mai,
juin, juillet. — Dans les savanes et terres cultivées, où on est obligé de déra­
ciner les pieds pour empêcher leur trop grand envahissement : Lamentin,
Sainte-Rose, Gourbeyre (Dolé), environs de la Basse-Terre, Trois-Rivières,
etc. [N° 2943.]
M a rt i n i q u e . — Herbe à long cou. — Saint-Pierre (cimetière du Fort),
Prêcheur, Trois-llets, Parnasse, Lamentin. |N° 1229.]
De ce genre, on cultive fréquemment dans les jardins des deux colonies le

C. nulans Wall. [Bot. Mag., vol. L X X X V III, t. 5313), grand arbuste, droit, à
écorce noire, à branches et grappes pendantes, à fleurs blanches [N° 3280],
Martinique [N° 1970]; C. Thompson;c Bail’., liane, à fleurs rouges, avec un
calice grand et blanc, plante très florifère et ornementale {Bot. Mag.,
vol. L X X X V III, t. 5313 ; III. horticole, anno 1863, t. 358) ; C. Kaempferi Fisch.
(III. horticole, anno 1863, t. 10) j Xos 1971, 2375], sous-arbrisseau, haut de
1-2,n 40, à feuilles larges, pubescenles, à fleurs écarlates, en larges panicules
terminales.

VBRBÉNACÉES

469

C. pgramidata L. ; Cornutie à fleurs en grappes pyramidales. Vulgo ;
Bois de savane, bois-cac, bois-caral (à Vieux-Fort). Plum., éd. Burm., t. 106,
f. 1. — Grand arbuste, (rès touffu, d’un aspect gris, à tiges nombreuses, ou
petit arbre pouvant atteindre jusqu’à 6 mèt. d’élévation, à écorce gris blan­
châtre, lisse dans les jeunes pieds, longitudinalement gercée dans les grands,
à rameaux carrés, droits, fastigiés et très cassants. Feuilles longuement
elliptiques, pointues, en coin à la base, vert grisâtre en dessus, garnies en
dessous d’un duvet blanchâtre et fin. Fleurs odorantes, en cymes dichotomes,
constituant une large panicule pyramidale, pédonculée, terminale; corolle
bleue, à deux lèvres : la supérieure, subentière ; l'inférieure, à 3 lobes. Drupe
bleu foncé à la maturité, globuleuse, de la grosseur d une graine de poivre,
et légèrement duvetée. — Fl. de mai à juillet. — Cette belle plante ne se
plaît que dans les endroits secs, pierreux ou rocailleux des mornes inférieurs :
Vieux-Fort(abondant), Deshaies, Pointe-Noire, Pigeon, Bouillante. [N °2384.]1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-cassave, mouri-debout (à la Caravelle, parce que
les pieds morts restent longtemps debout). — Abondant : Case-Pilote, Troisllets, hauteur de la Rivière-Salée, Prêcheur, Caravelle, etc. [N° 1965.]
Vitex L. (du latin « viere », lier, tresse, parce que les branches servent à
faire des paniers et que les feuilles ont de la ressemblance avec celles du
saule, lequel sert par excellence à lier; le saule s’appelait autrefois Vit ilia ;
Pline, X X IV , 38.)
V. ,tivancata S\v., V. mulliflora Miq. ; Gattilier à branches divariquées.
Vulgo ; Bois à agouti. — Le plus souvent arbre de taille moyenne, très orne­
mental, à cause de la richesse de ses belles fleurs, anfractueux, à branches
divariquées, plus rarement fastigiées, droites, très fragiles. Feuilles mem­
braneuses, trifoliées, à folioles elliptiques ou ellipliques-oblongues, entières,
brièvement pétiolulées. Fleurs bleues, très nombreuses, en cymes axillaires,
dichotomes, constituant des corymbes paniculés, situés le long des branches.
Drupe jaunâtre, lisse, luisante, de la forme et de la grosseur d’une olive. —
Fl. en mai, juin, juillet. — Peu abondant. Çà et là dans les mornes et les
falaises des basse et infra-moyenne régions : Camp-Jacob, Montéran, bords
des rivières Noire et Rouge, Gourbeyre, Trois-Rivières, Sainte-Rose, etc. —
A l’époque de la floraison, les pieds adultes se dépouillent complètement de
leurs feuilles; le bois est résistant et élastique, assez facile à travailler : il se
conserve longtemps dans l’eau et dans la terre, et les termites ne l’attaquent
pas; il est recherché par les charpentiers, par les menuisiers et surtout par
les charrons. Alt. 10-500 mèt. [N° 2385.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-lézard. — Parnasse, Case-Pilote, Carbet (vallée),
Trois-llets, La Régale, Rivière-Pilote, etc. [N° 1967.]
1. Sous le nom vulgaire de bois-savane, cette espèce est employée à la Guyane comme
émolliente et rafraîchissante. (E. II.)

�VERBÉNACÉES —

Le Vitex agnus-caslus L., Gatlilier-agneau chaste, vulgo : Muguet bleu,
petit arbre (clans nos colonies), ornemental, à feuilles à 5-7 folioles entières
ou incisées-dentées, blanches, tomenteuses en dessous, ainsi que les calices,
les jeunes branches et les pédoncules, à Heurs bleuâtres, en petites grappes,
presque sessiles, formant une panicule allongée, a été introduit aux Jardins
botaniques de la Basse-Terre et de Saint-Pierre, d’où il s’est répandu dans les
jardins et y fleurit abondamment de mai à octobre. ! N° 2396.] — M a r t i ­
nique . N° 422.] — Originaire du Midi de la France.
Avicennia L. (dédié à Avicenne, né en 980, à Afschana, petite ville de
la Perse, médecin, mort vizir, en 1036, à Hamadan; a écrit plusieurs ouvrages
sur la médecine.)
A.
nitifla Jacq.; Avicennie à feuilles luisantes en dessus. Yulgo : Bois de
mèche, mangle blanc (à la Grande-Terre), palétuvier blanc. Jacq., Sel. Am.
si. hist., t. 112, p. 177. — Petit arbre, haut de 5-7 met., rarement plus haut,
à branches nombreuses, souvent fortement inclinées, à écorce gris bleuâtre,
lisse ou un peu gercée dans le bas. Feuilles coriaces, lancéolées ou lancéoléesellipliques, garnies, en dessous, d’un duvet farineux blanc. Fleurs blanches,
en cymes trichotomes, contractées, terminales et axillaires : les dernières
confinées aux extrémités des branches; calice quadripartite ; corolle subrotacée,
à 4 lobes, dont un plus grand; étamines 4, brièvement exsertes. Fruit cordiforme,comprimé, coriace, s'ouvrant tardivement en deux valves; semence 1.
— Dès que les graines tombent à terre, elles se mettent à germer. — Le bois
est excellent pour le chauffage; l'écorce contient du tanin ; on l'utilise pour
les tanneries de la Basse-Terre. — A it en société avec les palétuviers rouges,
dans les marécages maritimes. — Fl. surtout de mai à juillet. — Pointe-àPitre, Port-Louis, Petit-Canal, Saint-François, Marie-Galante, les Saintes
(Terre-de-Haut, Marigot), etc. [N° 2942.;
M artinique . Vulgo : Mangle blanc, mangle gris, palétuvier gris. — Lamenlin, Rivière-Salée, Robert, François, Trinité (Galion). [N° 1224.]
De la famille des Verbénacées, on cultive aux Jardins botaniques de la
Basse-Terre et de Saint-Pierre, leTectona grandis L. fils, vulgo : Tek, grand
arbre, très droit, anfractueux, à écorce blanchâtre, à branches fastigiées, à
feuilles très larges, coriaces, garnies, en dessous, d’un duvet farineux blanc,
à Heurs blanc pâle, en cymes larges, formant une énorme panicule pyrami­
dale; étamines 6. — Fl. en juin ou juillet; fruits mûrs en octobre-novembre.
— Le bois est dur et compact; c'est le meilleur qu’on connaisse, pour les
constructions navales. ’— Originaire des montagnes de Malabar et du Pégou.
[N° 3786.]
Le Hastingia coccinea Sm. (Halmskioldia Retz.), vulgo : Chapeau chinois,
grand arbuste à branches allongées, très inclinées ou tombantes, à fleurs rouge
orangé, avec un calice en forme de chapeau chinois, se rencontre souvent

MYOPORINEBS

ALISMÀCEES

471

dans les jardins; il est originaire de Madagascar et fleurit d’un bout à l'autre
de l’année. [N° 2391.]

CENT VINGT-QUATRIÈME FAMILLE. ---

MYOPORINÉES.

Bontia L. (dédié à Jacq. Bontius, né à Leyde; alla, en 1627, comme méde­
cin à Batavia, où il mourut en 1631 ; a écrit : Hisloria naluralis et medica

indiæ orienlalis.)
B.
daphnoides L. ; Bontia ressemblant au Daphné. Yulgo ; Olivier bâtard,
olivier bord-de-mer (à Marie-Galante). Desc., vol. V I, t. 386, p. 22; Jacq.,
Sel. Am. slirp. hist., t. 173, f. 46 (la fleur et le fruit1. — Grand arbuste ou
petit arbre, souvent tortueux, à écorce rude, gercée' dans les vieux pieds :
les branches inférieures, horizontales et divariquées. Feuilles lancéolées,
acuminées, glabres, subeharnues-flasques. Fleurs solitaires ou géminées à
1aisselle des feuilles; calice à cinq segments subulés et ciliés; corolle rouge
jaunâtre et panachée de pourpre, à deux lèvres laineuses en dedans : l'infé­
rieure penchée en avant et roulée. Drupe ovée, jaunâtre à la maturité, de la
grosseur et un peu de la forme d'une petite olive, surmontée du style persis­
tant. — A la Guadeloupe, on cultive quelquefois ce petit arbre dans les jar­
dins ; il devient alors très beau, et par la taille on lui donne toutes les formes
voulues. — Selon Descourtilz, les feuilles passent pour un excellent vulné­
raire; l'huile, extraite des fruits, est très émolliente, et la décoction des fleurs
est utilement employée contre les ophtalmies aiguës; l'huile est recommandée
dans les lavements qu’on administre contre les coliques, les irritations intes­
tinales même, causées par la présence d'un tænia, et contre le ténesme et les
douleurs dysentériques.,— Peu abondant : Anse-Bertrand (bord de mer),
Port-Louis. [N° 3788. j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Olivier bord-de-mer, olivier de pays. — Beaucoup
plus abondant qu'à la Guadeloupe. — On en fait souvent des haies vives,
qui, soumises à une taille régulière, deviennent très belles et très touffues.
— FL toute l’année. — Rivière-Salée, Lamenlin, Ducos, Trois-Ilets, Prê­
cheur, Trinité. Alt. 0-120 mèt. [N° 1959.

IL MONOCOTYLÉDONES,
CENT VINGT-CINQUIÈME FAMILLE.

— ALISMACEES.

Echinodorus Rich. (du grec « echinos », hérisson, ef « doros », outre en cuir,
sac, parce que les fruits, de la consistance du cuir, forment un capitule hérissé
de pointes.)

�472

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

E.
cordifolius Griseb.,E. rostralus Hngel.; Echinoclore à feuilles en cœur.
Vulgo : Plantain d'eau. PI., éd. Burin., 1. 234, f. 2. (Alisma Berteroanum
Balb.) — Herbe aquatique, haute de 30-70 cm., très droite, à racines fibreuses,
très nombreuses et longues. Feuilles radicales, rosulées, cordées-rondâlres,
ondulées ou subcrénelées sur les bords, un peu plus larges que longues, à
sinus très ouvert, à 7-9 nervures, très longuement pétiolées, à pétioles creusés
en gouttière vers la base. Fleurs blanches, en capitules ovoïdes, pédicellés,
verticillés par 3-9 sur des branches opposées-décussées et terminées par des
ombelles, formant ensemble une large panicule pyramidale, portée sur une
hampe radicale, pentagone, vigoureuse, lisse; sépales 3 ; pétales3, imbriqués;
étamines 12-15; ovaires très nombreux, insérés sur un réceptacle ovoïde;
carpide à 10-12 sillons, surmonté du style persistant, durci, qui forme une
pointe crochue. — F l.,de janvier à juillet. — Peu répandu. Dans les mares
d'eau douce : à Marie-Galante (Grand-Bourg, habitation Maréchal, et à la
Capeslerre.) N° 3652. — Il n'existe pas à la Martinique.

CENT VINGT-SIXIÈME FAMILLE.

— HYDR.OCHARIDÉES.

Limnobium Bich. (du grec « limné », étang, et « bioun », vivre, c'est-à-dire
plantes qui vivent dans l'eau.)
L. stoloniferum Griseb. ; Limnobie à racines stolonifères. Yulgo : Herbeétang, herbe-mare. — Vivace, lloltant, stolonifère, d’un aspect gris, long de
10-15 cm. Feuilles petites, flottantes, ovales-oblongues ou ovées-rondâtres,
spongieuses en dessous et faites pour llotter ainsi que les longs pétioles.
Fleurs unisexuées, petites, blanchâtres, solitaires, portées sur des hampes
filigranes; sépales 3; pétales 3, presque filiformes et une fois plus longs que
les sépales; étamines 6. — Çà et là dans les petits étangs d'eau douce de
Sainte-Anne et de la Caravelle. Alt. 10-80 met. [N° 1959.] — Je ne l'ai pas
trouvée à la Guadeloupe.

CENT VINGT-SEPTIÈME FAMILLE. —

NAJADEES ---- AROÏDÉES

473

rompu, porté sur un long pédoncule vigoureux, comprimé. — Dans le canal
de l'usine de Lareinly et dans les rivières du Lamentin, près de l’embouchure.
— Dans les eaux à fort courant, les feuilles s’allongent et deviennent lancéolées-linéaires ; dans les eaux à courant faible, elles sont presque elliptiques.
[N os 1952 a o l 1952 b.\ — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
Ruppia L. (dédié à Hen.-Bern. Ruppius, né à Giessen, dans le grand-duché
de Hesse-Darmstadt, mort en 1719; a écrit la Flore d'iéna.)
R. maritima L .; Ruppie maritime. — Petite herbe vivace, à rhizome
traçant, radicanl, stolonifère, filiforme. Feuilles capillaires, longues, entou­
rées, à la base, d’ une gaine. Fleurs et fruits inconnus. — Vit dans l'eau de
mer, dans les endroits peu profonds et vaseux : Marin, Sainte-Anne, SainteLuee, Trois-Ilets, etc. |X° 1953. j — Je ne l ai pas vuq à la Guadeloupe.
Cymodocea Koen. (du grec « kurna », onde, et « dokeuin », observer, parce
que ces plantes se rencontrent dans l'eau de mer.)
C. manalorum Aschers. ; Cymodocée des Lamantins ( manalus, lamantin).
— Herbe vivace, stolonifère, à rhizome rampant et articulé. Feuilles très
nombreuses, linéaires, longues de 40-48 cm., engainées à la base. Fleurs et
fruits non vus. — Vit complètement submergé dans les endroits peu profonds
et vaseux ; Saint-François, Sainte-Anne, Gul-de-Sac (Pointe-à-Pitre), etc.
[N° 3801.]
M a r t i n i q u e . — Trois-Ilets, Robert. François, Rivière-Salée, elc. 1N° 1954.1
Thalassia Banks (du grec « thalassé », la mer, parce que ces [liantes vivent
dans l'eau de mer.)
T. lestudinum Koen. ; Thalassie des tortues. — Vivace, à rhizome rampant,
gros, d’une longueur indéterminée. Feuilles rosulées, en forme de ruban,
longues de 17-35 cm. sur 4-5 cm. de large, très vertes, enveloppées, à la base,
d’une gaine membraneuse. Fleurs dioïques. f ruits non vus. — Fxtrémement
abondant dans l’eau de mer, près du bord et dans les endroits peu profonds
des culs-de-sac, où il forme souvent un épais gazon sur une grande étendue.
[N° 3803.] — M a r t i n i q u e . [N° 1956.]

NAJADÉES.

Potamogeton L. (du grec « potamos », fleuve, et « geiton », voisin, parent,
parce que ces plantes ont une vie essentiellement aquatique.)
P.
fluitans Roth; Polamol nageant. Vulgo : Herbe d’eau, herbe-rivière.—
Vivace, vivant immergé dans l'eau douce courante, à tige prolifère, filiforme,
s'étendant à une distance indéterminée. Feuilles cartilagineuses, longuement
pétiolées : les plus proches de la racine, flottantes; les autres, submergées,
lancéolées-oblongues, garnies de stipules. Fleurs glomérulées, en épi intcr-

CENT VINGT-HUITIÈME FAMILLE.

-- AROÏDÉES.

Anthurium Scholt (du grec « anthos », fleur, et « oura », queue, parce que
ces plantes ont une inflorescence en spadice allongé et cylindrique, res­
semblant à une queue de serpent.)

A.violaceum Scholt, Anthurium scandens Engl.; Anthurium à spadice vio­
let. Vulgo ; Siguine violet. — Vivace, rampant ou grimpant sur les arbres et

�474

PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DF. LA MARTINIQUE

les pierres, haul de 30-70 cm. Feuilles longues de 25-3*2 cm. sur 7-9 cm. de
large, enveloppées, à la base, d’une bourre fibreuse, elliptiques-lancéolées,
entières, pointues au sommet, rétrécies à la base, à nervure unique, très large
et aplatie en dessus, en carène en dessous, nervilles communiquant avec deux
arcs filiformes, dont le premier est très près et le second à quelque distance
du bord ; pétiole court, amplexicaule, épaissi et géniculé au sommet. Pédoncule
axillaire, court ; spadice violet, droit, long de 12-13 cm., cylindrique, gra­
duellement atténué vers le sommet obtus ; spathe verte, entière, plane, presque
aussi longue que le spadice, réfléchie, lancéolée, brusquement pointue au
sommet. — Peu abondant : çà et là dans les hauteurs pierreuses de Deshaies
et des Vieux-Habitants. N° 3787.] — 11 n'existe pas à la Martinique.
A. lanceolatum Kth ; Anthurium à feuilles lancéolées. Yulgo : Petite
Siguine. PI., Descripl., t. 62. — Se distingue du précédent, auquel il res­
semble : par l’absence de la tige; par ses feuilles vert pâle, plus longues, plus
larges, nettement lancéolées et lentement rétrécies à la base; par les arcs,
dont l'un est aussi près du bord que possible, et l'autre à une assez grande
distance; par sa spathe, plus courte et plus étroite. — Abondant dans les
endroits secs, pierreux des hauteurs des Trois-Ilets. |NÜS 2143, 2144.] — Je
ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
A. Huegelii Schott; Anthurium de Huegel. Vulgo : Siguine rouge. — Plante
très ornementale, épidendre, à tige très courte, à racines nombreuses, vertes,
cylindriques, de lépaisseur d'un crayon ; les unes pendantes, les autres atta­
chées au tronc, souvent longues de 10-12 mèt., si les pieds se trouvent dans
le haut d'un arbre. Feuilles rosulées, nombreuses, longues de 0 ra 60-1 mèt.
sur 15-37 cm. de large, cartilagineuses, très vertes, obovales-oblongues :
celles du centre, plus courtes; toutes formant ensemble une vaste corbeille,
à ouverture de 60-80 cm. de diamèt., à nervure médiane, très large, aplatie
en dessus, fortement carénée ef saillante en dessous, à nervures secondaires
de 9-12 paires, courbes, alternes, distantes; arc marginal aussi près que pos­
sible du bord; pétiole robuste, court, bossu au sommet, du côté du dos;
pédoncule radical, latéral, un peu plus court que les feuilles, relativement
faible, d'abord plus court, ensuite plus long que le spadice. Spadice violet,
uni à la base, d une odeur très suave à l époque de la lloraison, long de 3040 cm., d’abord droit, ensuite penché en dehors de la corbeille. — Fleurs
stériles, dans la partie supérieure et terminale; étamines vert clair. Fruit
long de 3 mm. sur 1 mm. d'épaisseur, violet avant la maturité, laissant voir,
à travers la pulpe gluante et transparente, les deux semences noires, juxta­
posées et munies, au sommet, d'une tache verte. — Fl. de février à mai ;
fruits mûrs en juin, juillet. — Avec les racines, on fait des liens, des paniers,
quelquefois des nattes grossières; certains oiseaux des bois se servent de la
bourre fibreuse qui enveloppe les pétioles pour construire leurs nids, et des

AROÏDBBS

475

graines mûres pour nourrir leurs petits. — Abondant dans les grands bois
des Bains-Jaunes, du Matouba, des Trois-Rivières, deshauteurs de Bouillante
et de Pigeon ; plus rare dans les bois intérieurs de la Ravine-Chaude. Cette
belle plante est aussi très abondante à la Dominique, à Sainte-Lucie; mais
fait complètement défaut à la Martinique. [N° 3298.J
A. dominicense Schott; Anthurium de la Dominique. Vulgo : Siguine. —
Vivace, terrestre, à lige courte, couchée. Feuilles cartilagineuses, acuminéesoblongues, cordées à la base, à sinus très ouvert, palmi-pédalinerviées,
longues de 30-40 cm. sur 11-13 cm. de large à la base, et de 7-9 cm. au
milieu du limbe; nervures secondaires communiquant avec un arc courant à
6-8 mm. de distance des deux bords; pétiole long; pédoncule radical, élancé,
aussi long que les feuilles. Spathe oblongue-lancéolée, environ trois fois plus
courte que le spadice ; spadice long de 9-11 cm., presque entièrement cou­
vert de fleurs fertiles. — Assez rare : çà et là dans les terres calcaires des hau­
teurs des Trois-Ilets. [N° 525.] Spécimen imparfait. — Je ne l’ai pas trouvé
à la Guadeloupe.
A. Guildingii Schott; Pothos cordalus L. ; Anthurium de Guilding (bota­
niste anglais, directeur du Jardin botanique de Saint-Vincent). Vulgo :
Siguine. PL, éd. Burm., t. 38. — Ornemental, vivace, terrestre, à tige
courte, plus ou moins couchée. Feuilles 4-6, sur une tige, larges : les plus
grandes pouvant mesurer jusqu’à 72 cm. de long, avec un limbe de 20-35 cm.
de long sur 15-18 cm. de large, cordées-ovées à la base; à sinus très profond
dans les feuilles adultes, cartilagineuses, luisantes, roulées sur les bords,
brusquement acuminées au sommet; à côte carénée et saillante en dessous; à
quatre paires de nervures : la dernière paire formant un aréa ovale avec de
nombreuses nervures secondaires, droites; pétiole canaliculé, renflé à la base,
toujours plus long que le limbe. Spathe longue de 7-9 cm., ovale-lancéolée,
brusquement contractée au sommet et terminée en pointe, d’abord presque
aussi longue que le spadice, ensuite plus courte; spadice droit, gros, nu à la
base, sur une courte étendue, long de 10-12 cm., chargé de Heurs fertiles
presque jusqu’à l’extrémité. Fruit mûr blanc.— C'est de tous les .Anthu­
rium, qui poussent à terre, le plus abondant : il se rencontre dans tous les
grands bois humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 400-950 mèt.
[N° 3585.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Siguine. — Dans tous les grands bois. [N° 2145.]
A. grandifolium Kth, Pothos grandifolius Jacq.; Anthurium à grandes
feuilles. Vulgo : Siguine blanche, langue a bœuf. PL, Descripl., t. 63. 51 i . —
Vi vace, grimpant, radicant, rarement terrestre. Feuilles cartilagineuses, dont
les plus grandes peuvent atteindre jusqu’à 72 cm. de long sur 45 cm. de
large dans leur plus grande largeur, largement cordées-ovées, pointues au
sommet; à sinus peu ou très profond; à lobes basilaires, arrondis, palmi-

�476

PLANTES DF, LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

pédatinerviés; à 7-9 paires de nervures qui, ainsi que la grande côle, sont
plus saillantes en dessous qu'en dessus; pétiole vigoureux, pouvant mesurer
jusqu'à 84cm .de long, légèrement cannelé en haut; pédoncule plus court
ou plus long que le pétiole. Spalhe longue de 18-24 cm., lancéolée-linéaire,
pointue au sommet, rétrécie à la base, pendante; spadice long de 7 4 cm.,
etlilé, violet, d’abord droit, ensuite pendant. Fleurs à odeur suave : les fertiles
situées sous le premier quart inférieur du spadice. Fruit violet avant maturité
ensuite blanc. — Avec ses racines, longues et filiformes, on fabrique aussi des
paniers et quelquefois des nattes. — Abondant dans les bois des Bains-Jaunes,
du Matouba, des Trois-Rivières, des hauteurs de Bouillante, etc. Dans les bois
des Bains, j'ai trouvé plusieurs pieds à spadices jaunâtres. Alt. 380-800 met.
[X os 3296, 3606.]
M artinique . Yulgo : Grande Siguine. — Dans tous les grands bois.
[N° 524.]
A. palmalum Kunth; Anthurium à feuilles palmées. Vulgo : Bénéfice (au
Morne-à-lEau et à la Ravine-Chaude), Gagne-Petit (partout ailleurs). PI.,
Descript., I. 64, 65. (Potlios L.) — Vivace, grimpant, radicant, haut de
3-5 met., très ornemental, sans branches ou rarement branchu, à tige cylindrique-comprimée. Feuilles très vertes, ramassées à l’extrémité de la tige,
coriaces : celles des jeunes pieds, entières, petites, elliptiques, ensuite ovéeselliptiques, pointues, puis trilobées, plus tard 5-lobées, à l âge adulte 7-9, et
plus rarement 11-partiles, à segments lancéolés, pointus : les plus longs
mesurant jusqu'à 40 cm. de long; pétiole vigoureux, légèrement cannelé en
dessus, variable quant à la longueur, habituellement plus long que les
feuilles; pédoncule délicat, cylindrique, penché, environ de la même longueur
que le pétiole. Spathe linéaire, acuminée. longue de 14-16 cm. sur 6-7 cm. de
large, d'abord aussi longue que le spadice, ensuite plus courte. Spadice violet,
odorant, recourbé au sommet, nu à la base, sur une petite étendue. — Fl.
en avril, mai, et aussi en octobre et novembre. — Grands bois humides :
Ravine-Chaude, Trois-Rivières, Pointe-Noire, Morne-à-PEau (bois maréca­
geux du canal des Rotours et Vieux-Bourg). Alt. 0-600 mèt. [N° 3274.]
M artinique . Yulgo ; Bénéfice. — Bois de la Grand’Anse, de Sainte-Marie,
de la Régale; çà et là dans les bois des environs de la fontaine Didier, etc.
[N° 520.]
L'Anthurium gracile Lindl., petite espèce très belle, originaire de la Trinidad, est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre.
N o ta . — Les fruits de tous les Anthurium que j ’ai observés sont, avant de
tomber, suspendus, pendant plusieurs jours, à un fil mince, qui s’allonge peu
à peu et peut atteindre jusqu'à 11 mm. de long.
Monstera Ad. (l’origine de ce nom nous est inconnue.)
M. periusa de Vriese ; Monstera à feuilles percées de trous. Vulgo ; Bois

AROÏDÉES

477

de couleuvre, liane franche, liane percée, caroal. PL, Descript., t. 56, 57;
Besc., vol. 111, t. 229, p. 351. — Vivace, grimpant, à tige cylin­
drique, fortement pressée contre les troncs d’arbres, haut de 5-10 mèt.
Feuilles membraneuses, ovées, entières : les plus grandes mesurant jusqu’à
45 cm. de long ; les jeunes, sans trous ; les adultes, percées de 3-7 trous ovalesarrondis, obliquement situés; pétioles longs, engainants, élargis du sommet
à la base. Spathe pédonculée, verte dans sa partie inférieure et grosse, blanc
jaunâtre par le haut et large; spadice d'abord blanc, ensuite très légèrement
jaunâtre, libre, portant des fleurs fertiles de la base au sommet, environ une
fois plus court que la spathe; étamines 4L — Assez abondant sur les arbres
de la région inférieure des grands bois des Bains-Jaunes, du Gommier et des
bords des rivières Noire et Rouge. — FL de septembre à janvier. — Les
racines, filiformes et longues, servent à faire des cribles, des nattes et des
liens. — Alt. 300-600 met.; rare à une altitude moindre. [N° 3304.]
M a r t i n i q u e . \ ulgo : Siguine-couleuvre. — Le suc de la racine est un alexitère interne, et sert dans le pays contre la morsure du serpent. — Parnasse,
hauteurs de 1habitation Périnell, Ajoupa-Bouillon, fontaines Didier et Absalon, la Régale, etc. [N° 522.]
Dieffenbachia Schott (dédié à Jcan-Fr. Dieflenbach, né en 1794,à Kœnigsberg, médecin et chirurgien célèbre, professeur de la Charité, à Berlin; mort
en 1842.)
D.
Seguine Schott; Dieffenbachie Siguine. Vulgo : Canne marronne, canne
brûlante, canne-rivière, canne-siguine. PI., Descript., t. 61, 51; Jacq., Sel.
Am. stirp. hisl., t. 151. — Vivace, stolonifère, généralement droit, haut de
0m90-lra90, rarement plus haut, à tige cylindrique, marquée de cicatrices
annulaires nombreuses et rapprochées. Feuilles ramassées aux extrémités de
la tige, larges, ovées-oblongues, pointues, souvent marquées de taches
blanches, engainantes, peu nombreuses, à 9-15 paires de nervures; spathe
verdâtre; spadice soudé dans la partie inférieure qui porte les Heurs femelles,
libre dans la partie supérieure qui contient les fleurs mâles. — Le suc de
toute la plante est extrêmement caustique2. — Abondant et vivant souvent
en société dans les lits et sur les bords des rivières, dans les mares, les étangs
et endroits aquatiques ; environs de la Basse-Terre, Camp-Jacob. PointeNoire (le long de la rivière), Pigeon, Lamentin (canal et marécages), Pointeà-Pitre, Gozier, Sainte-Anne, etc. Alt. 0-600 mèt. [N° 3790.]
1. Ce spadice devient, A l’cgal du fruit de l’ananas, succulent dans toutes ses parties et si
agréablement parfumé (odeur de fraise et d’ananas), qu’on le consomme aujourd'hui cou­
ramment, même quand la maturation de ce fruit a été obtenue artificiellement dans nos
serres chaudes de l’Europe. (E. 11.)
2. Cette espèce, commune à Cayenne, entrerait, d’après Bâillon, dans la composition
du curare de lu Guyane française. Elle est connue dans ce pays sous le nom de canne-feu,
à cause de l’extrême causticité du suc de sa lige ou de ses feuilles. (E. H.)

�478

PLANTES DE LA GÜADËLOÜPfi Et

M artinique.

Vulgo : Siguine d’eau,

DE LA MARTINIQUE

canne d'eau. — Très abondant.

[N° '2149 b.)
Le Dieffenbachia Barraquiniana Versch. et Leni. (/II. horticole , anno 1864),
à feuilles panachées, a été introduit d Amérique tropicale et se cultive dans
beaucoup de jardins comme plante d’ornement.
Montrichardia Crueg. (l'origine de ce nom générique nous échappe.)
M. arborescens Schott ; Arum arborescent L. ; Montrichardie arbores­
cente. Yulgo : Malanga-gratler, malanga-rivière. PL, Descript., t. 60,
50 q. — Vivace, stolonifère, droit, haut de 2-2m80, à tige cylindrique,
nue, d’une épaisseur de 4-5 cm., marquée de cicatrices annulaires. Feuilles
ramassées au sommet de la lige, 1res vertes, luisantes, polies, membra­
neuses, sagiltées, à lobes arrondis-pointus, plus longs que la nervure
médiane, divergents; pétiole plus long que la feuille, portant une gaine
large, qui prend naissance au milieu de ce pétiole et se dilate graduel­
lement vers la base, à veines communiquant avec un arc marginal. Spathe
verte en dehors, blanche en dedans et pourpre à la base, à moitié enve­
loppée par une bractée. Spadice long de 7-9 cm., libre, pédonculé, à pédon­
cule presque aussi long que la spathe, entièrement couvert de fleurs : les
mâles, dans le haut, et les femelles, dans le bas. — Après la chute de la
spathe et des fleurs mâles, la partie du spadice portant les fleurs femelles
forme une sorte de cône ovoïde, grand, contenant des semences anguleuses,
blanches et farineuses en dedans, de la grosseur d’une prune. Elles sont
comestibles1. — Fl. d'avril à juillet; mais en certains endroits, les pieds
fleurissent toute l'année. 11 faut environ six mois pour la maturation des
fruits. — A it en société dans les endroits inondés et aquatiques, le long des
rivières et des fossés remplis d'eau de la basse région : environs de la Pointeà-Pitre, grand fond du Gozier, où il abonde. [N° 3791.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Malanga bâtard, malanga d’eau. — Endroits aqua­
tiques, deDuços, du Petit-Bourg, du François, du Robert, etc. [N° 999,]
M. aculealuni Crueg. ; Montrichardie à piquants. Yulgo : Malanga sauvage.
— Ressemble au précédent quant à la taille, au port, etc. ; il en diffère par
les tiges garnies de petits piquants et par les lobes basilaires des feuilles plus
divergents. — Même habitat et même époque de floraison. [N° 3792.]
M artinique . Vulgo : Malanga d’eau. — Ducos, Sainte-J.uce, RivièrePilote, etc. [N° 1000.1
Philodendron Schott (du grec « philein », aimer, et « dendron », arbre,
parce que ces plantes grimpent sur les arbres.)
1. Cette espèce, connue à la Guyane sous le nom vulgaire d’ « Arum du pays », donne un
suc corrosif employé contre les cors et les verrues : les ménagères s'en servent aussi pour
marquer le linge. (E. II.)

AROÏDÉES

479

P. dispar Schott, P. Karsleniannm Schott; Philodendre dissemblable.
Yulgo : Siguine rouge, liane à hébichet. SL, t. 27, f. 3; Plum., édit. Burm.,
I. 3J. — Vivace, radicant, grimpant, à tiges nombreuses, très feuillues, forte­
ment attachées aux troncs des arbres, haut de 4-6 mèt. Feuilles alternes, lar­
gement ovées-oblongues, mucronées au sommet, subcordées à la base, environ
de même longueur que le pétiole; pétiole inarginé depuis le sommet, émarge
graduellement dilatée vers la base et formant une large gouttière. Spathe
verte en dehors, concave, blanc jaunâtre en dedans, longue de 17-19 cm. ; spa­
dice blanc, libre, un peu plus court que la spathe, acuminé vers le sommet.
Fleurs mâles, situées dans la partie supérieure; les femelles, à là base, sépa­
rées des mâles par un espace contenant des fleurs stériles; pédoncule garni
d'une bractée d’abord plus courte, ensuite plus longue qu? la spathe. — Cette
espèce de siguine enveloppe si bien les troncs des arbres qu elle finit par les
faire mourir; les racines, longues et filiformes, servent à faire des petits
paniers, des corbeilles, etc. — Dans les hauteurs de la Capesterre (Guade­
loupe), les bûcherons extraient le suc de la racine et de la tige et l’emploient
pour purifier les plaies. — FL à diverses époques de l’année. — Assez abon­
dant dans les endroits abrités contre les vents des grands bois inférieurs :
Camp-Jacob (environs de la cascade de Yauchelet), falaises de la rivière
Rouge, Gommier, Trois-Rivières. Alt. 300-700 mèt. [N° 3297.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Siguine grand-bois. — Abondant dans le bois de
l'Ajoupa-Bouillon, près des bords de la Capote, Champflore, fontaine
Didier, etc. [N° 2149 /&gt;.]

P. hederaceum Schott; Philodendre grimpant comme le lierre. Yulgo :
Liane brûlante, herbe à méchant. Desc., vol. III, t. 168, p. 71; Plum.,
Descript., t. 55, 51 d-, Jacq., Sel. Am. stirp. hist., t. 159. — Vivace, grim­
pant, haut de 15-20 met.; à tige glabre, cylindrique, d’une épaisseur de
3-5 cm. ; à branches souvent détachées et flottant librement dans l'air : extré­
mités des rameaux terminées par un bourgeon pointu et allongé. Feuilles
larges, cordiformes, très lisses, membraneuses, caduques, à 4-5 paires de ner­
vures; pétiole cylindrique, presque aussi long que les feuilles. Spathe grande,
verte en dehors, jaune verdâtre en dedans, brièvement pédonculée; pédon­
cule axillaire, naissant à la base des feuilles, long de 10-12 cm., plus long
que le spadice; spadice cylindrique, un peu plus court que la spathe. — La
plante est toxique, corrosive; dans le pays, on n’en fait aucun usage. — Fl.
en avril, mai, juin. — Çà et là dans presque tous les grands bois : CampJacob (Bagatelle), Gommier, Gourbeyre (morne Goblin), Trois-Rivières,
hauteurs des Vieux-Habitants. Alt. 400-800 mèt. [N° 3794.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Siguine-liane, siguine rouge. — Assez abondant,
Pointe-Fine, Parnasse, Champflore, fontaine Didier, Fonds-Saint-Denis
(Porle-de-l’Enfer). [N° 2149 c.]
P. gicjanteum Schott; Philodendre géant. Yulgo : Siguine blanc. —

•

�480

PLANTES DK t.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

N ivace, terrestre ou arboricole : à tige couchée, longue île 20-30 cm., souvent
plus longue, très épaisse et volumineuse; à racines (uniformes, vertes, très
longues, quand les pieds sont grimpants. Feuilles vert bronzé, luisantes, attei­
gnant jusqu'à 85 cm. de long sur 25-30 cm. de large, cordées à la base; à
sinus profond, arrondi ; à lobes arrondis, larges ; à nervures médianes carénées
en dessous : les nervures secondaires, à cinq paires, aplaties en dessus, sail­
lantes en dessous; pétiole cylindrique, gros, diminuant de volume du sommet
à la base, un peu plus court cpie le limbe delà feuille et enveloppé, ù la base,
d'un tissu fibreux qui, en même temps, couvre partiellement la lige. Spathe
d'abord sessile, ensuite brièvement pédonculée, enveloppée d’une bractée très
large, bifide, roussâtre et portant sur le dos une large aile longitudinale : par­
tie inférieure de la spathe, verte, ventrue-ovale ; la partie supérieure, très
blanche. Spadice très blanc, exhalant une odeur forte et suave, long de 1518 cm., un peu plus court que la spathe. Fleurs disposées comme dans les
précédents. — Fl. rarement et à des époques indéterminées. — Les feuilles,
membraneuses et de consistance forte, se récoltent et se vendent dans les
magasins d’épicerie, où elles servent à envelopper toutes sortes de denrées.
— Très abondant dans les bois supérieurs : Savane à Mulets (source du
Galion), cône de la Soufrière, où il est souvent rabougri, Matouba, Matelyane,
Savane aux Ananas, etc. Alt. 400-1-100 mèt. [N os 3303, 3626.J
M artini que . Yulgo : Malanga bâtard, chou caraïbe sauvage. — Plus rare
qu'à la Guadeloupe : Prêcheur (habitation Céron, sur les rochers), vallée du
Carbet, Lamentin (Roches-Carrées), Rocher du François. Alt. 150-400 mèt.
[N°517.]
Acontias Schott (du grec « akontias », mol par lequel on désignait une
espèce de serpent, allusion à la longueur du pédoncule qui porte le spadice,
ou aussi à la couleur des pétioles.)
A. helleborifolius Schott, Xanthosoma helleborifolium Schott; Acontias à
feuillesd’Ellébore. Yulgo: Malanga bâtard, malanga-poison, malanga-cochon.
— Herbe acaule, vivace par ses tubercules, droite, ornementale, haute
de 40-60 cm. Feuilles radicales 4-6 pour un pied, pédatipartites, ressemblant
bien à celles de l'Ellébore de France, sauf la couleur; à 5-11 segments lancéolés-oblongs, pointus : les extérieurs beaucoup plus petits; à nervures com­
muniquant avec un arc marginal; pétiole panaché ou bariolé de blanc pâle,
de brun et de vert; pédoncule radical, plus court que les feuilles. Spathe
dressée, blanc pâle, corymbiforme, allongée et pointue; spadice blanc pâle,
plus court que la spathe. Fleurs mâles, à anthères connées au milieu. — Les
tubercules sont arrondis, jaunes en dedans et ne se mangent pas. — Dans le
pays, on les pile, et avec le suc on se frotte les parties du corps affectées de
douleurs rhumatismales. — Dans les caféières deHouëlmont, du Camp-Jacob,
du Gommier, de Gourbeyre, des Trois-Rivières, etc. Alt. 20-600 mèt. [N° 3295.]

M a r ti n iq ue . Yulgo : Chou-diable, calalou-diable. — Trois-Ponts, parc du
collège, Parnasse, Morne-Rouge, Carbet, Trois-Ilets, etc. N° 21 49 c.j

Xanthosoma Schott (du grec « xanthos », jaune, et « soma », corps, parce
que les stigmates sont couverts d’une sorte de matière jaune et visqueuse.)
X. sagillifolium Schott ; Xanthosome ù feuilles sagittées. Yulgo : Malanga.
Desc., vol. Y III, t. 533, p. 4; PL, édit. Burin., t. 35, p. 24. — Yivace, à
tige nulle ou très courte. Feuilles très larges, vert clair, sagittées, à lobes
basilaires, pointus, presque en triangle; spathe jaune serin, acuminéc, plus
longue que le spadice, blanc pâle, teinté de jaune. — Fl. habituellement de
septembre à décembre. — Cultivé dans toutes les Antilles comme plan Le
alimentaire ; on en compte une dizaine de variétés. Alt. 0-700 mèt. [X° 2149 (/.]
— M a r t i n i q u e . Yulgo : Chou-caraïbe.
X hnslifolium C. Koch, X. hastatum Egg. ; Xanthosome à feuilles en
forme de hallebarde. Yulgo : Calalou, z'herbe à calalou. — Yivace, à feuilles
radicales, hautes de 30-80 cm. Feuilles pédalinerviées, à lobes hastés-auriculés et très divergents, à sinus très ouvert. Spathe, blanche dans sa partie
supérieure, longue, pointue; verdâtre, dans sa partie ventrue; spadice blanc,
un peu plus court que la spathe. — Les tubercules sont blanchâtres, assez
gros et légèrement rugueux; cuits, on les donne habituellement aux porcs;
les feuilles seules sont employées pour la cuisine et on les mange dans la soupe
comme le chou ordinaire de France; elles servent, en outre, avec les feuilles
de l’espèce précédente, de base à plusieurs mets particuliers aux colonies,
entre autres au fameux Calalou. — On appelle Calalou un met exquis pré­
paré avec des feuilles du X. luistifolium, de petits concombres épineux (Cucumis Augurai L.), des feuilles du Mouzambi Cleome pentaphylla L.), de la
petite valériane, ù feuilles argentées en dessous, vulgairement nommée Patagon (Boerhaavia paniculala Rich. ), de la morelle Solanum nodiflorum Jaeq.,,
du pourpier, de l'oseille de France, des feuilles tendres de patate, des jeunes
fruits de gombo (Abelmoschus esculentus \Y.), de l’oseille de Guinée (Hibiscus
Sabdariffa L .), des tomates, et enfin du piment. Quand on veut donner au pial
encore plus de relevé, on ajoute un peu de vin blanc, quelques clous de
girofle, un peu de muscade et d'écorce de cannelle râpés. On doit cuire le
tout avec du lard, un os de jambon, du bœuf salé ou des crabes vulgo :
Ciriques). Le Calalou est toujours servi avec du riz cuit, en grains. — Fl. en
mai, juin, juillet. — Cultivé dans toutes les Antilles. .\" 3692. — M a r t i ­
nique . Yulgo : Calalou. [N u 2149.
X. alrovirens C. Koch et Bouché; Xanthosome à feuilles d'un noir vert.
Vulgo : Malanga sauvage, malanga bâtard, malanga-cochon. SI., t. 116,
f. 2 [ex parle). — Yivace, à lige nulle ou très courte, même à l étal adulte.
Feuilles d'un vert noirâtre, sagittées, à lobes pointus cl divergents, limbes
à huit paires de nervures, reliées par un arc marginal. Spathe rose; spaDu.'t. — Plantes Guwleloupe et Martinique.

31

�482

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

clice blanc, odorant, latéralement comprimé. — Les tubercules de celle espèce
sont assez fortement rugueux, mais cuits ils peuvent servir de nourriture aux
porcs. — Dans les haies, et le long des routes et des ruisseaux : route de la
Basse-Terre à Monléran et à Gourbevre, Trois-Rivières, Lamenlin, BaicMahault, Pointe-à-Pitre, Marie-Galante, etc. Alt. 10-500 met. [N°3795.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Chou-cochon, chou bâtard. — Saint-Pierre (Boulevard),
Grande-Rivière, Basse-Pointe, Trinité, etc. (Spécimen manque.)
Colocasia Scholt (de « kolkas » ou « kulkas », mot arabe pour désigner
une espèce de colocasia. Le vrai kolokasion des Anciens est le Nelumbo speciosus, composé du mot « kolon », nourriture, et « kazein », orner, c’est-àdire racine qui sert de nourriture, et fleur qui sert à orner.)
C. esculenta Schott, C. antiquorum Scholt ; Colocasie mangeable. Yulgo:
Madère. (Arum L.) — Introduit des Indes Orientales et cultivé dans toutes les
Antilles; à tubercules rondâtres et noirâtres en dehors. Feuilles radicales,
très différentes de celles du Malaga, peltées, cordées à la base, oblongues,
pointues, à veines principales reliées par un arc marginal. Spathe légèrement
jaunâtre ; spadice odorant, libre, nu à la base. Fleurs mâles dans le haut et
les femelles dans le bas, les unes séparées des autres par un espace à fleurs
stériles, visqueuses, noires. — Fl. de septembre à décembre. — Cultivé
dans toutes les Antilles comme plante alimentaire. — Les feuilles de cette
espèce ne se mangent pas. Du corps du tubercule qui, comme celui du
Malanga Xanthosoma sagittifolium), peut devenir très gros, parlent une
masse de tiges souterraines, allongées, pyriformes-obeoniques, pouvant
atteindre jusqu’à 35 cm. de long : les grosses se détachent pour être livrées à
l’alimentation; les petites, on les laisse en terre pour avoir de nouveaux pieds.
L'extérieur des tubercules de Madères est uni et presque poli; celui du
Malanga est rugueux. Les Madères aiment les endroits frais et humides.
Alt. 0-700 mèt. [N° 3706.]
L Alocasia macrorhiza Scholt, variété foliis variegatis (///. horl.,
anno 1861), à feuilles larges, panachées de blanc sur fond vert, à lige cylin­
drique, marquée de gros anneaux, haute de 011140-1 mèt. et au delà, à suc
très caustique, a été introduit comme plante d'ornement et est devenu extrê­
mement abondant. Il est originaire des Indes Orientales, particulièrement de
l île de Cevlan.
Caladium Yent. (mot indien employé d'abord par Rhumphius pour désigner
l’Arum esculenlum ou Madère, et dont Yentenat s'est servi pour faire le
genre Caladium.)
C. hicolor Ven t.; Caladium à deux couleurs. Yulgo : Madère bâtard, petit
Madère. — Yivace, haut de 15-35 cm., très ornemental et remarquable par
ses feuilles d'un rouge cramoisi très vif au milieu du limbe, passant assez

brusquement au vert foncé ou au rouge cerise à la circonférence, à racines
coniques, munies de fibres charnues cl caustiques. Feuilles radicales; à limbe
horizontal, sagitté, ondulé, pointu ou souvent obtus au sommet, de dimension
variable; à pétiole bordé de deux membranes veinées. Pédoncule solitaires
ou 2-3, un peu plus courts que les pétioles ; spathe d’un blanc de lait dans sa
partie supérieure, acuminée, coriace, verdâtre dans sa partie ventrue; spa­
dice plus court que la spathe, aminci vers l'extrémité et légèrement teinté de
rose, rouge vif inférieurement ; ovaires très serrés, d'un violet tendre; stig­
mates scssiles, simples, couverts d'une matière visqueuse. — On en connaît
plusieurs variétés à couleurs moins vives, à limbe plus large et marqué de
quelques taches blanches, qui sont cultivées souvent dans les jardins. — Assez
abondant dans les champs humides et le long des routes : Camp-Jacob, Mon­
léran, Gourbevre, Sainte-Rose, Lamenlin, Baie-Mahault, Trois-Rivières, etc.
Alt. 10-600 mèt. [N° 3306.]
M a r ti n iq ue . Yulgo : Calalou sauvage. — Abondant dans les champs de
cannes et les plantations : Lamenlin, Ducos, Rivière-Salée, Trois-Ilcts, SaintEsprit, François, Robert, etc. [N°*515, 516, 998.]
Dans les jardins des deux colonies, on cultive fréquemment plusieurs
espèces très belles de Caladium, provenant des établissements horticoles
d Europe, entre autres : C. argy rites Ch. Lem. (///. horticole, anno 1858);
C. Belleymii Ilorl. (///. horl., 1860); C Chanlini Ch. Lem. (Il/, horl.,
1855), etc.
Le Syngonium podophyllum Schott, puissante liane, dont les feuilles
ressemblent à celles de l’Ellébore, se rencontre au Jardin botanique de SaintPierre et dans d’autres jardins de l île. [N° 2194.
Pistia L. (du grec « pislos », aquatique, allusion à I habitat delà plante.)
P. occidenlalis Blum., P. slratioles Lin.; Pistia des Indes Occidentales.
Yulgo : Godapail, herbe à la chance. Jacq., Sel. Am. .slirp. hi.st., t. 148,
p. 234. — Herbe flottante, stolonifère, à racines blanches, très nombreuses,
souvent très allongées, filiformes, sans tige. Feuilles rosulées, blanchâtres,
spongieuses, molles, obovées-rhomboïdes, tronquées-arrondies au sommet et
à deux ou trois échancrures, longues de 8-12 cm., largement sessiles à la base;
spathe très petite, cymbiforme; spadice adné à la spathe, à deux fleurs : la
supérieure, mâle et portée sur un disque scutelliforme ; l’inférieure, temelle,
latéralement adnée au spadice et séparée de la mâle par un appendice écail­
leux. — Çà et là dans les étangs d'eau douce et les mares, où il se propage
avec rapidité, protège l’eau contre l'ardeur du soleil et la conserve fraîche et
limpide : Gourbevre, Capesterre, Marie-Galante, Moule, les Abvmes, îles des
Saintes, etc. [N° 3798.]
M artinique . Yulgo : Chance. — Trois-Ilets, Rivière-Salée, Sainte-Anne,
Caravelle, etc. [N° 2147.

�CYCLAXTHKBS

PANDANKRS

485

C. insif/nis Duchass.; Carludovice superbe. Yulgo : Siguine bâtard, langue
à bœuf. — Vivace, terrestre, haut de 1-2 met., à tige grosse, tortueuse ou
droite, rarement couchée, garnie de nombreuses racines advenlives, fili­
formes, grises. Fouilles beaucoup plus larges que dans les deux précédentes
espèces et mesurant (avec le pétiole) jusqu’à 1 mèl. de long et davantage,
sur 12-15 cm. de large, bifides au sommet, à lobes arrondis, longs de 16 cm.,
el à trois côtes principales dont les deux latérales expirent au-dessous du
milieu du limbe; spalhe à quatre parties, disposées comme dans les précé­
dentes espèces, mais plus larges et plus longues. — Abondant dans les
endroits humides des grands bois : Bains-Jaunes, Matouba, Trois-Rivières,
etc. [N° 3804.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Cachibou. — Bois des Fonds-Saint-Denis, du Camp
de l’Alma, du Lorrain, etc. [N° 24.]
CENT VINGT-NEUVIÈME FAMILLE.

—1 C YC LA N TH E E S.

Carludovica H. P. (dédié à Charles IV, roi d'Espagne, né en 1748, à Naples,
morl en 1819, à Rome, el à son épouse, Marie-Louise, née en 1751, à Parme,
morte en 1819, tous deux protecteurs des botanistes
C. Plumieri Klh.; Carludovice de Plumier. Yulgo : Ailes à mouches. PL,
Descripl., t. 59, f. c. — Vivace, radicant, grimpant à une grande hauteur,
à racines fibreuses, longues, à tige comprimée, verte. Feuilles rosulées, allon­
gées, rétrécies à la base, de longueur variable, selon que les pieds viennent
à l’ombre ou au soleil : les plus longues mesurant 70-78 cm. sur 14-17 cm.
de large, fendues dans les deux premiers tiers en deux segments, à nervure
propre allant jusqu’à la bifurcation; pétiole cannelé, environ trois fois plus
court que les feuilles; spalhe à cinq parties, blanches, distantes, alternes,
concaves: les inférieures, plus longues; spadice blanc. Fleurs mâles, dispo­
sées par quatre phalanges opposées aux femelles; filaments stériles 4, blancs,
longs, caducs, accompagnant les Heurs femelles groupées par 4 ; ovaire mûr
noir, tétragone, contenant de nombreuses petites semences. — Fl. de février
à mai.— Abondant dans tous les grands bois de la Guadeloupe proprement
dite. Alt. 380-900 mèl. X0 3607.]
M a rt in iq u e . Yugo : Cachibou, pcltau. — Dans tous les grands bois.
[X° 2008.]
C. gracilis Sieb., C. anguslifolia Secm.; Carludovice grêle. Yulgo : Ailes
à mouches. — Diffère du précédent par les lobes des feuilles plus étroites el
le spadice entouré d une spalhe à trois éléments seulement. — Dans les
grands bois et de préférence dans les endroits plus ou moins secs: Houëlmont,
Gommier, Trois-Rivières, etc. [N° 3312.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Cachibou. — Fontaine Didier, Camp de l’Alma, bois
du Gros-Morne, etc. (Spécimen absent.)

Cyclanthus Poil, (du grec « kuklos », cercle, el « anthos », fleur, parce
que les fleurs des deux sexes sont disposées alternativement en cercles sur
le spadice.)
C. Plum ieri Poil. ; Cyclanthe de Plumier. — Vivace, haut de 2m50-3 met.,
cespileux, sans lige. Feuilles radicales, bipartites, pétiole long, cylindrique,
en forme de baguette, de l’épaisseur du petit doigt, lisse, verdâtre; pédon­
cule radical, droit, cylindrique, presque aussi gros que le pétiole et presque
aussi long; spalhe formée de quatre parties : les deux extérieures plus larges
cl munies d’un appendice au sommet; spadice cylindrique, verdâtre, odorant.
Fleurs monoïques : les mâles et les femelles disposées en cycles alternants.
— De celte plante intéressante, je n’ai trouvé que quelques grandes touffes
le long de la rivière de Ducos, près du sentier qui conduit au Petit-Bourg,
et quelques toufTes moins grosses sur la rivière de Sainte-Luce. — Spécimen
manque. — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Le Carludovica/ia/ma/a Ruiz et Pav., qui fournit la paille pour les chapeaux
dits de Guayaquil et nommés vulgairement chapeaux de Panama, est cultivé
aux Jardins botaniques de la Basse-Terre et de Saint-Pierre.

CENT TRENTIÈME FAMILLE.

— PAN D A NEES.

Pandanus Rumph. (du mot malais « Pandanv » qui désigne un Pandanus.)
P. utilis B orv; Pandanus utile. Yulgo : \ acoua ou Bacoua. — Orne­
mental : jeunes pieds, sans branches, à feuilles très rapprochées formant une
spirale autour du tronc; pieds adultes, hauts de 6-9 met., pyramidaux, à
branches nues, peu nombreuses : les inférieures horizontalement étalées,
marquées de cicatrices très nombreuses, très rapprochées, à écorce grise,
unie, à tronc garni, à la base, de nombreuses racines advenlives, cylindriques.

�480

PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Feuilles droites el fermes, ramassées aux extrémités des branches, imbriquées
sur trois rangs et tournant en spirale, linéaires-lancéolées, graduellement
acuminées de la base au sommet, sessiles, finement dentelées en scie, de
couleur grise. Fleurs dioïques, situées près de l’extrémité des branches : les
mâles apérianlhées, en chatons rameux, pendants, à odeur forte el agréable,
à branches renfermées avant l'ouverture dans une Jiractée large, blanche,
membraneuse, caduque, acuminée, ciliée-dentée au-dessus du milieu; éta­
mines 8-12, insérées au sommet sur un pédicelle long de 7-9 mm., filiforme;
pédieelles très nombreux couvrant les branches d'une extrémité à l'autre;
anthères à deux loges, à déhiscence longitudinale, tournées en tire-bouchon
à la maturité ; les femelles insérées sur un spadice globuleux ou ovoïde, à
stigmates sessiles, distincts. Fruits constitués par des drupes fibreuses,
contenant 2-5 semences allongées, nichées séparément dans une substance
très dure. I n spadice peut contenir 100-180 fruits: ceux du sommet com­
mencent à mûrir les premiers; la surface nue du spadice est couverte d'une
matière sucrée qui attire une masse d’abeilles. — Avec les feuilles, fendues
en lanières au préalable, on fabrique des sacs, des chapeaux grossiers, des
nattes, etc. — Originaire des îles de la mer du Sud, introduit, naturalisé et
cultivé çà et là autour des maisons : Camp-Jacob (Choisy, habitation Hollin),
Capesterre (Guadeloupe), Sainte-Rose, Baie-Mahault, etc.
M a rt in iq u e . — Beaucoup plus abondant: environs de Saint-Pierre, AjoupaBouillon, Morne-Rouge. Parnasse, Fort-de-France, Trinité, etc. [N° 2009.]
Le Pandanus odoratissimus J.., l)esc., vol. 4 III, t. 540, est cultivé aux
Jardins botaniques delà Basse-Terre et de Saint-Pierre.

PALMIERS

487

odeur forte et peu agréable, attirant néanmoins une masse d'abeilles; pédon­
cule court, un peu plus long que les étamines; périgone nul ; étamines 8-12,
hypogynes, à filets subulés, élargis, comprimés el connés à la base, un peu
plus courts que l ’ovaire; anthères droites, biloculaires, basifixes, bifides aux
deux extrémités; pistil un peu plus court que l'ovaire, dressé, tubuleux,
élargi et creux au sommet ; ovaire unique, à un seul ovule. Fruit globuleux,
de la grosseur d'un pois ou, dans les jeunes pieds, de la dimension d'une
petite cerise, pulpeux, à chair noire, contenant un suc rouge noir : surface
de la coque irrégulièrement sillonnée-fendillée. — Fl. deux fois dans l'année,
souvent cinq fois dans l’espace de deux ans. — Assez abondant sur les mornes
calcaires et secs des grands fonds du Morne-à-l’Eau, du Gozier, de MarieGalante, de la Désirade, etc. — Se rencontre souvent à l'état de culture; les
jeunes pieds servent à l'ornementation des salons et des autels pour les
grandes l'êtes religieuses. [N° 3797.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Palmier à balai. — I lauteurs des Trois-Ilets : çà et là
sur les mornes calcaires de Sainte-Anne. — Ksi souvent cultivé dans les
jardins.
On cultive dans les deux colonies : le T. argenlea Lodd., haut de 5-10 mèt.,
à feuilles plus ou moins argentées en dessous; le T. radiala Lodd., origi­
naires de Cuba et de Panama; le T. parvi/Iora S\w, originaire de la Jamaïque
et de Saint-Domingue; le Latania horhonica Lam.; le Sabal umhraculiferum
Mari., et au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans 1&lt;$jardins de la ville, le
Rapis flabelliforints L ’ Hérit., petit palmier cespiteux, haut de 1-1 m20, d’une
grande beauté.
Oreodoxa W illd. (du grec « oreos », montagne, el « doxa », gloire, c'est-àdire arbre qui fait la beauté des montagnes.)

CENT TRENTE-UNIEME FAMILLE.

-- PA LM IE R S.

Thrinax L. f. du grec « thrinax », éventail, allusion à la forme des feuilles.)
T. barhadensis Lodd.; Thrinax de la Barbade. Yulgo : Latanier, palmier à
balai. — Très ornemental, pouvant atteindre jusqu'à 15 mèt. de haut el
davantage, à slipe cylindrique, de 14-17 cm. de diamèt., souvent beaucoup
plus mince dans les vieux pieds. Feuilles larges, llabelliformes, palmifides, à
segments longs de 10-12 cm., acuminés; pétiole inerme, comprimé-convexe
des deux côtés, environ de la même longueur que les feuilles, enveloppé, à
la base, par un tissu fibreux, fort. Régimes larges, unilatéraux, longs de
25-45 cm., composés de panicules partielles, pyramidales, alternes, au
nombre de 4-10, très glabres, blanc mat, contenant chacune de 10-2.‘l
grappes simples, spiciformes : panicule partielle renfermée dans une
gaine membraneuse, fermée dans sa moitié inférieure; ouverte, acuminée,
concave dans sa partie supérieure. Fleurs hermaphrodites, blanc mat, à

0. oleracea Mart. (Areca L .); Oreodoxa dont les jeunes fleurs et feuilles
servent de légumes. Yulgo : Chou-palmiste, chou-colonne, palmiste franc.
SL, t. 215 (la feuille et le fruit); Desc., vol. IY , t. 265, p. 140; Jacq., Sel.
Ain. st. hisf., t. 110, p. 278. — Palmier majestueux, le plus élevé des
Antilles, haut de 30-35 mèt. : jeunes pieds fortement renflés à la base. Feuilles
longues de 2m 50-3 mèt. et même au delà, penniséquées, à segments longs,
lancéolés-linéaires, bifides à l'extrémité, longs de 28-30 cm., creusés en gout­
tière à la base; pétiole long, creusé aussi en gouttière, engainant à la base et
terminé par un tissu fibreux, très fort. Fleurs monoïques dans le même spa­
dice, situées à la base du cylindre formé par les gaines, disposées en larges
panicules, d’abord renfermées hermétiquement dans une spathe longue de
60-80 cm., renflée au milieu en forme de fuseau, verdâtre, lisse, caduque ;
panicule blanche au sortir de la spathe, à branches deux ou trois fois rami­
fiées, à ramuscules déliés; périgone double : 1extérieur et 1intérieur, triphylles; l'intérieur, un peu plus long; celui des fleurs mâles, imbriqué; celui

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489

PLANTES PF. LA GUADELOUPE RT DF LA MARTINIQUE

PALMIERS

des (leurs femelles, valvairc; étamines 6-9; stigmates 3, scssiles, ovaire assis
sur une petite cupule 6-denlé. Fruit baccien, monosperme, oblong, obtus,
légèrement recourbé, bleu pourpre, de la grosseur d'une petite olive ; coque
dure, adhérente à l'albumen corné, brun. — La partie extérieure du slipe,
sur une épaisseur de 6 cm., est dure, compacte et brune, et se détache faci­
lement de la partie molle et fibreuse de l'intérieur : on s'en sert pour faire
des bâtons, des lattes pour les clôtures, etc. La plus jeune feuille, centrale,
dont les segments ne se sont pas encore déroulés et qui émerge verticalement
comme une sorte de bâton, prend le nom de /lèche (le chou-pal misle\ elle est
toujours penchée du côté du vent. — Avec les feuilles, encore tendres et
blanches, renfermées dans le cœur de la loutre qui couronne l'arbre, on pré­
pare un aliment sain et très apprécié, connu sous le nom de « chou-palmiste » ;
il est d'un goût délicat, analogue à celui de la noisette de France, tout en
rappelant un peu le goût de l'artichaut : on peut le manger cru, mais le plus
souvent on l'apprête en salade ou bouilli avec du sel et servi avec du beurre
frais ou une sauce mayonnaise. A la Guadeloupe et surtout à la Martinique,
on trouve des coupeurs de chou-palmiste qui montent régulièrement dans les
grands bois élevés et reviennent avec de lourdes charges qu ils vendent à bon
prix sur le marché. Environ deux mois après qu'on a coupé la tète du choupalmiste, on trouve, dans le slipe, une grosse larve blanche, appelée vulgai­
rement ver-palmiste (Calandra palmarum Fabric.) C'est celle d’un coléoptère
qui pond dans la moelle : on la mange crue ou simplement rôtie, ou rôtie avec
du jus de citron, du sel et du piment. Certains gourmets font grand cas de
ces vers cuits sur le gril. Avec les fleurs, encore renfermées dans la spathe.
on fait aussi une bonne salade, mais elle est un peu amère et ne vaut pas celle
qu'on compose avec les feuilles tendres. — Ce palmier n'atteint sa plus grande
dimension que dans les basse et infra-basse régions : au milieu des bois élevés,
il n'arrive qu'à une élévation de 8-1 2 met. — Abondant dans toutes les grandes
forêts de la Guadeloupe : çà et là dans les bois des grands fonds de la
Grande-Terre. Dans la basse région, on le plante souvent en allées.
V 3797.] — M artinique, i Spécimen absent.)

foliaires, il se produit un siillemenl aigu qu'on entend d’assez loin. Fleurs
renfermées dans des spathes courtes, noirâtres ; panicule très blanche ; étamines
6-9. Fruit baccien, sphérique, pulpeux, de la grosseur d une cerise ordinaire.
— Abondant dans la haute région aérée, où il reste rabougri. Dans la région
infra-supérieure, les coupeurs de chou-palmiste le recherchent; les morceaux
ou tronçons qui contiennent les jeunes feuilles sont tout aussi bien appréciés
que ceux du grand palmiste : Savane à Mulets, Grande-Découverte, Savane
aux Ananas, Nez-Cassé, etc. [N° 3800.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Chou-montagne. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe :
mornes escarpés et presque inaccessibles entre le Ghampfiore et les FondsSaint-Denis, Pitons-du-Carbet, sommet des mornes des environs du Camp de
l’Alma, etc. [N° 23.]

Areca (nom indien « arec », de l’arbre qui donne la noix d’Arec, et qui est
Areca Calechu L.)
A. reyia lvlh. ; Areca royal. Yulgo : Chou franc, chou-palmiste franc, clioupalmiste-monlagne, chou amer. — Droit, haut de 11,150-3 mèt., dans les endroits
escarpés et exposés aux grands vents, de 5-6 mèt. dans les endroits plats et
abrités contre les vents, dans les régions infra-moyenne et basse, où on le
rencontre quelquefois. Il peut s'élever à 12 mèt. de haut et même davantage.
Slipe d'une épaisseur de 13-20 cm. Feuilles longues de 0 m5 0 -lm80 et au
delà, à segments très rigides et très rapprochés, surtout dans les pieds rabou­
gris des hautes montagnes. Quand le vent soutlle à travers les segments

I, Areca Calechu L. Yulgo : Aréquier Bétel, noix de Bétel, haut de 5-8 mèt.,
à stipe marqué d’anneaux, à fruits jaunes d'or, de la grosseur d’un petit
œuf de poule, est assez fréquemment cultivé dans les jardins et les cours
comme plante d'ornement. Les travailleurs indiens récoltent les noix, qui leur
servent, avec un peu de chaux pulvérisée et quelques feuilles de Bétel (Piper
lietél L.), à préparer leur fameux masticatoire. On sait que cette même noix,
réduite en poudre, est un des meilleurs dentifrices qu'on possède*. Il est
originaire des Indes Orientales. — On cultive souvent dans les deux colonies
l’Areca ruhra Borv, beau palmier, haut de 5-8 mèt., à slipe annelé et à
feuilles rougeâtres.
Acrocomia Mart. (du grec « akron », pointe, et « komé », chevelure, parce
que les pétioles et les spathes sont garnis de piquants et que les Heurs forment
de larges bouquets dans les inflorescences.)
A. sclerocarpa Mart.; Acrocomia à fruits durs. Yulgo : Dindé, palmierdindé. — Haut de 6-10 mèt., rarement plus haut, à tronc ventru, au-dessus
de la base dans les jeunes pieds, peu ventru ou cylindrique dans les pieds
adultes, d'un diamèt. de 30-50cm., garni, de la base au sommet, de nombreuses
épines noires, acérées, d une longueur moyenne de 10 cm. Feuilles longues,
fortes, penniséquées, à segments lancéolës-linéaires, acuminés, glabres, dis­
tants; pétiole garni de piquants droits, noirs. Inflorescence en spadices dressés,
larges, pyramidaux, renfermés d’abord dans une spathe épaisse, glabre, longue
de 40-50 cm., revêtue de piquants brun noir, très acérés, longs de 3-6mm.
1. On sait de plus que. outre ces propriétés, la graine de cet Aréquier est un excellent
verm ifuge : elle donne, par des ébullitions successives dans l'eau, des extraits aqueux qui
sont descaclious dépourvus de catéehine (Fluckiger . Celte graine contient une huile (tau­
rine et myrisline, d’après Fluckiger , une matière tannique rouge et cinq alcaloïdes isolés
par Jahns, 1892), parmi lesquels l’a récofine liquide huileux est très actif et donne un
bromhydratc cristallisant facilement. Ce serait le principe trenifuge et il agirait comme la
pelletiérine, la muscarine et la pilocarpine. 11 serait intéressant de voir si les A. reyia
ruhra, etc., renfermeraient les mêmes principes. E. II.)

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491

PLANTES DE l.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

pALM IK RS

Fleurs monoïques, insérées dans de petites alvéoles : les mâles, situées à l'ex­
trémité des 80-100 divisions de la panicule, la partie inférieure étant réservée
aux fleurs femelles, scssiles, dont deux ou trois seulement se développent ;
branches de la panicule droites,non ramifiées; périgone intérieur et extérieur
à trois écailles; étamines 0; stigmates 3. Fruit sec, dur, de la forme et de la
grosseur d'une pomme-reinette, marqué de trois ouvertures, près du sommet ;
l'albumen est blanc et peut se manger comme celui du coco. — Assez abon­
dant : environs de la Basse-Terre (habitation La Jacinthe), Lamentin, SainteRose, Baie-Mahault. N° 3805. j
M a r t in iq u e . Yulgo : Cilouglou. — Ducos, environs du Pc lit-Bourg, Fran­
çois. (Spécimen manque.)

rieures, graduellement plus courtes. Fleurs monoïques sur le même régime,
disposées alternativement et latéralement tout le long des branches ; les
mâles, j&gt;1us nombreuses, occupant la partie supérieure; les femelles,
au nombre de 1-3, situées à la base; les mâles et les femelles entourées,
à la base, de bradées orbiculaires, membraneuses, très apprimées, imbri­
quées ; périgone 6-phvlle : les 3 écailles extérieures formant une alvéole;
les 3 intérieures et supérieures, plus longues, exserles, lancéolées, con­
caves, pointues; étamines 6, à anthères dressées, sagitlées; stigmates 3,
subulés, connés. Fruit ovoïde, long de 4-5 cm., strobiliforme, surmonté
d'une pointe conique et forte; écailles du strobile soudées, renversées,
polies, luisantes : celles du sommet graduellement plus petites et plus
rapprochées; amande ou albumen dur, détaché à la maturité, garni, à
la surface, de cavités et de petits enfoncements irréguliers.— On obtient
le vin de ce palmier en perforant la tige jusqu’à la moelle; à deux pieds audessus de la terre, il coule presqu’à l’instant une liqueur agréable, stoma­
chique et antiscorbutique. — Route de Fort-de-France au Camp-Balala,
bords de la rivière Monsieur, environs des bains Moutte, etc. [N® 20.] — Je
ne l’ai pas vu à la Guadeloupe, mais on m'a assuré qu’il existe à Sainte-Rose
et ailleurs.

Martinezia Ruiz et Pav. (dédié à Balth. Martinez, archevêque de la Nou­
velle-Grenade, naturaliste, et à Quer Josef y Martinez, professeur à Cadix,
mort en 1764; il a écrit la flore de l ’Espagne.)
M. corallina Mart. ; Martinezia à fruits couleur de corail. (Aiphanes Wendl.)
Yulgo : Palmier grigri. — Palmier élancé, très droit, haut de 6-8 met., à
stipe d'une épaisseur de 7-10 cm. à 1âge adulte, garni, de la base au sommet,
dépiquants noirs disposés en spirales. Feuilles très vertes, longues de 2 mèt.,
à segments longs de 4 4 cm. sur 7 cm. de large, revêtues des deux côtés de
piquants longs, séteux, droits; spathe couverte dépiquants couchés; spadice
droit, à branches non ramifiées; pédoncule court, pourvu de piquants droits,
noirs, de longueur variable. Fleurs monoïques dans le même spadice : les
mâles, dans le haut des branches; périgone double; étamines 6; ovaire triloculaire. Drupe sphérique, lisse, luisante, de la grosseur d'une cerise, à pulpe
rouge corail; coque dure, garnie de nombreux petits sillons irréguliers et de
petites cavités. — Originaire du Brésil; introduit et naturalisé : Camp-Jacob
habitation Michaux), Basse-Terre, Pointe-à-Pitre. [N° 3815.]
M a rt in iq ue . Yulgo ; Grigri, glouglou rouge. — Carbet (cimetière et jardin
du presbytère), Saint-Pierre, Prêcheur, Trinité (habitation Saint-Joseph), etc.
(N° 19.]
Sagus Rumph. nom indien de ce palmier.)
S. vinifera Pers. ; Sagoutier vinifère. Yulgo : Sagouier, palmier-sagou.
Metroxylon Roltb., Raphia Pal. de Beauv.) Desc., vol. 1, t. 33, p. 157. —
Palmier inerme, haut de 8-10 mèt., à stipe fusiforme, surtout dans le jeune
âge, plus gros vers le sommet. Feuilles très longues et très nombreuses, à
pétiole garni de petits piquants dans toute sa longueur et entouré, à la base,
d'une masse fibreuse épaisse; régime pendant mesurant 2-3‘"50, divisé en un
grand nombre de régimes partiels, rapprochés, inégaux, long de 28-33 cm.,
à pédoncules longs de 7-8 cm. et enveloppés d’écailles, glabres, luisantes,
membraneuses; branches du régime partiel 50-60, très rapprochées, latérale­
ment situées sur deux rangs : les inférieures, longues de 13-15 cm. ; les supé­

Geonoma W illd. (du grec « geonomos », expérimenté dans l'art de l'agri­
culture, parce que les pieds donnent des stolons qui produisent de nouveaux
pieds.)
G. vugaG r.et Wendl. ; Géonome vagabond. Yulgo ; Coco-macaque. — Haut
de 3-4 mèt., solitaire et alors droit, ou en loutre de 4-7 pieds et alors plus ou
moins tortueux, à stipe cylindrique, lisse, marqué de cicatrices annulaires,
distancées, très régulières, de l’épaisseur d'une forte canne à sucre, plein et
ne fournissant pas de substance farineuse comme les autres palmiers, à bois
fibreux et élastique, capable de résister aux vents les plus violents. Feuilles
très vertes, striées, au nombre de 4-6, longues de 0m 90-11,130, engainantes à
la base, penniséquées, à 6-10 segments adnés à la base, les uns larges, les
autres étroits, obliquement acuminés ; les inférieurs, distants; les supérieurs,
rapprochés; spathes 2, longues de 7-10 cm., l une couvrant l'autre en partie,
et revêtues d’un duvet ferrugineux : l'extérieure, plus grande et concave;
1intérieure, fusiforme, beaucoup moins concave; spadice, dans les spathes
entr ouvertes, gros comme un œuf d’oie blanc, ressemblant à une boule de
vers entrelacés, après son entier développement, long de 40-55 cm., couvert
d’une pubescence rouxnoirou roux grisâtre; branches du spadice nombreuses,
fastigiées, cylindriques, rigides, de même épaisseur dans toute leur longueur,
penchées ou pendantes à l’époque de la maturité des fruits. Fleurs d'un blanc
pur, petites, à odeur forte et suave, monoïques, insérées chacune dans une
alvéole tri-quadridentée : les mâles et les femelles mélangées, disposées sur

�PALM 1liltS
quaire rangs, les mâles pourvues d'un carpelle rudimentaire; périgone
double : l’extérieur de la Heur mâle, à 3 écailles concaves; l'intérieur, à 3
éeailles plus longues, plus ou moins plates; les 3 écailles extérieures de la
fleur femelle distinctes, les 3 intérieures gomopélales trifides ; étamines 6,
monadclphcs, à tube staminal plus long que les blets noirâtres ; styles 3,
avant chacun son stigmate. Fruit assis dans une cupule formée par les lobes
profonds et durcis du périgone intérieur, monosperme, sphérique, à pulpe
mince, rouge foncé. — Fl. de février à mai; graines mûres de juillet à
décembre. — Avec les slipes de ce palmier, on fabrique des bâtons très
solides. — Çà et là dans tous les grands bois de la Guadeloupe proprement
dite, mais plus abondant dans les bois des Bains-Jaunes que partout ailleurs.
Alt. 000-950 met. \° 3313.]
M ahtimque. Vulgo : Aile à ravet. — Pitons-du-Carbel, où il forme sou­
vent de grandes touffes; çà et là dans les bois du Lorrain, etc. [N° 22.]
Cocos L. (du grec « Kokkos », noix.)
C. nucifera L. ; Cocos à grosse noix. Yulgo : Cocotier. Desc., vol. I, l. 21,
22, p. 99; Tuss., F/., IV, t. 34. —- Haut de 18-20 met., à stipc llexueux,
relativement grêle, souvent incliné et tortueux, très rarement droit, quelque­
fois aminci au milieu, toujours épaissi à la base, marqué de cicatrices demicirculaires, rapprochées, composé de paquets de libres qui le rendent souple
et capable de résister aux vents les plus violents. Feuilles au nombre de 1014, longues de 2 m50-3 met., à segments nombreux, lancéolés-linéaires, acuminés, à pétiole très large à la base et semi-amplexicaule; spalhe obovale,
pointue, épaisse, verdâtre, longitudinalement fendillée en dehors, blanchâtre
en dedans, d'une longueur maximum de 1m 20; spadice glabre, lisse, jaune
verdâtre, paniculé, à 20-35 branches simples, droites, garnies de deux bosses
au point d'insertion; pédoncule très vigoureux et en rapport avec la charge
qu'il doit porter plus tard, légèrement comprimé. Fleurs sessiles, monoïques
sur le même spadice : les mâles très nombreuses, avec un carpelle rudimen­
taire petit (à 3 styles subulés, courts et dépourvus de stigmates), situées sur
six rangs irrégulièrement disposés; les femelles 1-3, placées vers la base des
branches, formant un corps arrondi, déprimé, plus large que long, du volume
d une grosse châtaigne; périgone double, 6-phylle : les 3 écailles extérieures
delà fleur mâle très petites, inégales, souvent avortées; les 3 écailles inté­
rieures six ou huit fois plus longues, valvaires, ovées, fermes, souvent dif­
formes; écailles de la Heur femelle imbriquées, arrondies, très épaisses à la
base, plus larges que longues, fortement apprimées : les 3 extérieures plus
courtes, les 3 intérieures beaucoup plus longues et couvrant complètement
l’ovaire, toutes acrescentes et formant plus tard la cupule sur laquelle le fruit
est assis; étamines 6, dont 3 fortement courbées en dehors (dans les fleurs
ouvertes), entre les écailles écartées : les 3 autres dressées et opposées à ces

493

mêmes écailles ; filet comprimé, noirâtre; anthères d'abord dressées, ensuite
horizontales, submédianifixes, subsagittées ; ovaire légèrement pubescent au
sommet; stigmates nuis ou indiqués par trois petites saillies à peine percep­
tibles, tant que l’ovaire est enfermé sous les écailles. Plus tard, les trois
stigmates rigides se forment et la fécondation s’opère. Fruit ovoïde-oblong,
légèrement triangulaire, à saillies angulaires, plus prononcées vers le sommet,
long de 22-25 cm. sur 11-16 cm. d’épaisseur, possédant un brou ferme,
filandreux, élastique, plus ou moins spongieux, épais, que recouvre une peau
vert pâle1; coque ou noix monosperme, ovale rondàtre, ligneuse-cornée,
creusée autour de l’extrémité attachée à la base de trois trous ronds, dont un
plus grand, de perforation facile, et deux plus petits, durs à percer. — En
débouchant une de ses ouvertures, il coule de la noix un liquide blanchâtre,
un peu sucré, parfois légèrement acidulé, selon les variétés, très frais et très
agréable à boire. Un coco de taille moyenne peut en fournir environ un
demi-litre : il en contient le maximum quand il est à moitié mûr. Lejeune
fruit ne renferme que de l’eau ; à mesure qu'il grandit, il se dépose, sur les
parois encore peu épaisses et molles de la coque, une matière blanche, de la
consistance du lait caillé, d’un aspect gélatineux (endosperme), qu'on
mange à la cuiller. Au bout d'environ huit mois, le fruit est devenu sec,
léger, tout le liquide a disparu et s’est changé en un albumen solide, appelé
vulgairement amande de coco [Coprah) ; elle se mange crue, ou râpée et rôtie
ou de toute autre manière. L'eau de coco est stomachique, antiscorbutique cl
rafraîchissante. C'est le matin à jeun qu’on la boit habituellement. L'amande,
séchée et mangée à jeun plusieurs jours de suite, détruit, dit-on, le ténia ou
ver solitaire. En incisant la spalhe à la base, à l'époque où la Heur n’est
pas encore sortie de celle enveloppe, comme cela se pratique dans certaines
localités de la Martinique, on obtient une liqueur agréable qui fermente faci­
lement et ([n on appelle vin de cocotier. D'après Cossigny vol. III, p. 235),
il constitue, après qu’on a ajouté des graines de coriandre, un remède
agréable à prendre, contre les néphrites et les affections de la vessie. On admi­
nistre au malade ce remède, dit cet auteur, plusieurs fois dans la journée,
pendant plusieurs jours de suite, et il provoque l'expulsion par les urines
d'une quantité considérable de graviers. La noix de coco, brûlée sur les
cendres chaudes, laisse exsuder une matière huileuse dont l'odeur approche
beaucoup de celle de la créosote et qui est employée contre les maux de dent.
Le brou du coco (fibres) peut servir à calfater les canots et à faire des cor­
dages ; avec la coque, dure, on peut faire toutes sortes d’ustensiles et de

1. Ce brou, d'après les observations du Dr Martialis, serait un anthclminthiquc de pre­
mier ordre, comparable à la graine de courge et aussi inollensif pour le patient que cedernier remède. Cette action sur le ténia serait due à une résine spéciale analogue sans doute
à celle que j ’ai nommée péporésine dans la courge) qui y est assez abondante : on ràpc ce
brou et on le donne au malade à la dose de 80 gr., après un jeune de 12 heures. (1£. II.

�494

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

petits travaux. Le bois du stipe est assez dur pour servir à la construction.
Les feuilles, encore tendres, peuvent se manger en salade au même titre que
celles du chou-pal mis le] elles ont cependant une saveur beaucoup moins
agréable*. — Dans les pays chauds, le cocotier fleurit et rapporte toute
l'année. — On le croit indigène de la côte occidentale de Panama; il se plaît
de préférence dans les sables du bord de mer, mais il pousse également bien
dans l'intérieur et sur les mornes inférieurs exposés au vent. — Cultivé dans
tous les pays chauds et subtropicaux du monde entier. [X° 386.]

garnie de vieilles feuilles et de vieux pétioles, à pétioles garnis sur les deux
bords d'une rangée de piquants, à fleurs monoïques, sur des spadices dis­
tincts et renfermés dans une double spathe, à fruits pourvus d'une enve­
loppe jaune à l’état frais, huileuse, à coque très dure, à albumen dur et
creux, et le Phœ nix daclylifera L., vulgo : Dattier, originaire de la Phœnicie
et de l'Afrique septentrionale, à fleurs dioïques, et dont les fruits arrivent en
plusieurs endroits à une parfaite maturité, se rencontrent couramment dans
les deux colonies.

Syagrus Mari, (du grec « sus », porc, et « agrios », sauvage. Pline, X III, 9,
désigne par ce mot une espèce de palmier, sans donner d'autres explica­
tions.)

Les palmiers étant des arbres d’ornement par excellence, les directeurs des
Jardins botaniques, les amateurs de plantes se sont appliqués à en intro­
duire un certain nombre des plus belles espèces. Citons parmi ceux dont les
feuilles sont en éventail : Latania Commersonii J. F. Gmel, Licuala spinosa
Thunb., Chamerops excelsa Thunb., Corypha unihraculifera L. et rolundifolia Lam.; parmi les palmiers à feuilles pennées : Phœ nix reclinala Jacq.
et sylveslris Roxb., A ttalea Maripa M a ri.4, Euterpe edulis Mart., Arenga
sacchanfera Labill., vulgo : Crin végétal, à stipe garni de très longs piquants
noirs, A. W ig h lii GrefL, Caryota urens L., M artinezia Iruneala Brongn., et
caryotæfolia IL B. Kth., de Java, M axim iliana régi a Mart., Bactris socialis
Mart., Seaforthia elegans R. Br., etc.

S.

:

—

amara Mart.; Syagrc amer. Yulgo Petit coco. (Cocos Lin.)
Palmier
élancé, très droit, dépassant rarement 15 mèt. d'élévation dans nos colonies,
à stipe d'une épaisseur de 14-10 cm. : celui des jeunes pieds est plus gros.
Semblable au cocotier par les feuilles, la spathe, les fleurs, le spadice, mais les
écailles du périgone sont plus épaisses : les intérieures de la fleur mâle sont
linéaires-oblongues. Fruit ovoïde, deux ou trois fois plus grand qu’ un œuf de
poule, jaune en dehors, possédant un brou drupacé-tilandreux, avec un suc jau­
nâtre; coque dure, un peu plus grosse qu'un œuf de poule, marquée de trois
sillons plus ou moins prononcés. — L ’amande se mange comme celle du coco
ordinaire. — Çà et là à l'état sauvage dans les mornes inférieurs ; se ren­
contre plus souvent à l’état de culture dans les parcs et autour des maisons,
comme arbre d'ornement : Camp-Jacob, Matouba (habitation Rollin et la
Joséphine, où il y en a toute une allée), Gourbeyre (l)olé), les Palmistes,
Trois-Rivières. [X° 3817.j
M artin ique . Yulgo : Petit coco. — Assez abondant à la Rivière-Salée
habitation La Reprise), Petit-Bourg, La Régale, Saint-Esprit, François.
[N 0 18.]
L Elaeis guineensis L., vulgo: Palmier de Guinée, palmier à l'huile (Jacq.,
Sel. Am. slirp. hist., t. 173, p. ‘280; Tuss., F/., IV , t. 34), originaire de
1 Afrique chaude, haut de 9-11 mèt., à stipe droit, marqué de larges cicatrices
demi-annulaires, à feuilles longues, nombreuses, qui ne tombent pas d'une
seule pièce, comme dans les autres palmiers, mais se flétrissent et pourrissent à
partir de l’extrémité, de sorte que la partie supérieure du tronc est toujours
1. 11 est à peine besoin de rappeler ici que l'amande de cocotier fournit, sous le nom
d c coprah, une matière oléagineuse de première utilité pour l'industrie des savonneries
et des stéarincries en Europe. Celle amande renferme de 10 à 50 0/0 d'une huile dite de
copmli qui sert encore comme matière alimentaire quand elle est fraîche et qui, quand elle a
ranci, est transformée en une axonge végétale très agréable, qui est encore journellem ent
utilisée dans l’alimentation publique sous le nom spécial de Taline. On peut dire que le
cocotier est, par ses produits, un des végétaux les plus utiles à l’homme non seulement
dans les climats où il végète, mais encore à l'industrie de tous les peuples civilisés. (E. II.)

CENT TRENTE-DEUXIEME FAMILLE.

COMMELYNEES.

Tradescantia Rupp. (dédié à l’Anglais John Tradescanl, jardinier de
Charles Ier, roi d’Angleterre, promoteur de l'histoire naturelle, possesseur
d’une riche collection d'objets d’histoire naturelle, dont il a publié la nomen­
clature en 1656.)
T. geniculata Jacq. ; Tradescantia à tiges géniculées. Yulgo : Curage des
bois. Plum., édit. Burm., t. 116, f. 2. — Herbe annuelle, dilFuse, velue,
peu branchue, longue de 40-90 cm., radicante et à extrémités souvent plus
ou moins relevées. Feuilles cordées-ovées, cuspidées, finement ciliées sur les
bords, à gaine lâche, revêtue, sur le bord supérieur, de longs poils soyeux,
ou plus rarement sans poils. Fleurs purpurines (ou blanches dans les
endroits ombragés), en cymes ouvertes, terminales et axillaires : celles-ci
naissant dans les deux ou trois dernières feuilles des rameaux ; pédicelles
délicats, capillaires, longs; sépales 3, verts, persistants; pétales 3, sessiles;
étamines 6, garnies de poils; anthères toutes fertiles, globuleuses. Capsule
triloculaire, s’ouvrant en trois valves membraneuses; graines 3-5. — On en
rencontre trois variétés :
1. A la Guyane française, sa patrie, l'huile extraite tic la graine de ce palmier est
employée en frictions contre les rhumatismes. (E. II.)

�498

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

îles routes et dans les champs de cannes : Marin, Lamenlin, Trois-Ilels,
Grande-Rivière. N° 1086.]
Commelyna Pluin. (dédié à Commclyn, né en 1667, à Amsterdam, profes­
seur de botanique dans celle ville, mort en 1731 ; a écrit : Flora. malabanca’,
P rte India bo tan ica ; J/orti med. Amslel. planta: rariores ; Bolanographia

malabarica.)
C. caycnnensis Rieh.; Commelyne de Cayenne. Yulgo : Curage. — Herbe
rampante, radicante, parfois grimpante, mesurant O"160-1"' 60 de long, à
tige molle. Feuilles ovées-oblongues ou oblongues-lancéolées ; gaine lâche,
striée, ciliée au sommet. Inflorescence en cymes pédonculées, 3-5-flores ;
fleurs renfermées dans deux bractées cordées-ovées, pointues, pliées en deux;
pétales bleus, plus rarement blancs ; étamines 5-6 dont 3 plus longues, lertiles, 2-3 stériles avec des anthères rudimentaires en forme de crosse. Fruit
à trois loges, dont deux contiennent deux semences et l'autre une seule.—
Fl. toute l’année. — Très abondant dans les endroits fertiles, humides des
basse et moyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. —
Elle constitue un succulent fourrage pour le bétail, mais surtout pour les
lapins et les porcs; on s'en sert souvent dans les bains et aussi en cata­
plasmes, à cause de ses vertus émollientes. [N ° 3*290.]
•
M artin iq ue . Yulgo : Herbe grasse. — Abondant dans toute 1ile. [N° 1017.]
C. elegans lvth; Commelyne élégante. Yulgo : Curage. — Petite herbe
d’abord droite, ensuite plus ou moins difl'use, haute de 15-40 cm. Feuilles
petites, subcharnues, lancéolées, finement ciliées sur les bords : la dernière
feuille de l'extrémité ovée, sessile; gaine courte, ciliée-velue. Fleurs en
petites cymes terminales, sessiles à l’aisselle de la dernière feuille, renfer­
mées d'abord dans deux et en dernier lieu dans onze paires de bractées
semi-lunaires, cuculiformes, pointues, horizontalement placées, lâchement
imbriquées; sépales concaves, carénés au sommet, à l’extérieur; pétales
bleus; étamines 6, dont 3 fertiles et 3 stériles, toutes enveloppées, à la base,
de poils bleus laineux ; ovaire dépassé par les 3 sépales persistants; semences
anguleuses, coniques, tronquées aux deux extrémités, scrobiculées. — Assez
répandue dans les jardins ; plus rare dans les savanes des basse et moyenne
régions : Basse-Terre, Camp-Jacob, Trois-Rivières, Morne-à-l’ Eau, etc.
[N° 3289.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe grasse. — Carbel (cimetière), Prêcheur
(cimetière), Parnasse, Morne-Rouge, Saint-Pierre, etc. [X° 1022.j

Dichorisandra Mik. (du grec « dis », double, « chorizein », séparer, et
« aner », organe mâle, parce que les six étamines sont toutes fertiles, mais
séparées en deux groupes de trois, dont l’un, l'intérieur, est formé d(étamines
plus grandes.)
^

COM MKLYNEES

G RAMI NEES

499

D.
Aubletiana Schult. ; Dichorisandre d'Aublet. Yulgo : Herbe-ravine.—
Sarmenteux, grêle, haut de 1-2 mèl., peu branchu, à gaine et pédicelles
poilus. Feuilles oblongues, pointues, arrondies à la base, glabres, finement
ciliées sur les bords. Fleurs bleu foncé, en grappes courtes, pyramidales, ter­
minales; calice à 3 sépales persistants ; corolle à 3 pétales obovés, également
persistants; ovaire à 3 loges; semences garnies d'un arille rouge orangé.
— Très rare : Basse-Pointe (ravine de l'habitation Gradis). [N° 1019.]
Le Dichorisandra thyrsi/lora Mik., haut de 0 1" 60-1 1,1 20, vivace par ses
racines, à fleurs bleu foncé, en thyrse terminal, longuement pédonculé, est
cultivé aux Jardins botaniques des deux colonies et dans d’autres jardins
comme plante d'ornement. Originaire du Brésil.

CENT TRENTE-TROIS IÈM E FAMILLE. —

G R A M IN E E S .

Les espèces marquées d'un * sont fourragères.

TRIBU I. POACÉES. —

sous - tribu i . bambusées .

Bambusa Schreb (des mots indiens « bambos, ou bambu ou mambu ».)
B. vulgaris Schrad., B. arundinacea .Vit., B. Thonarsii lvth; Bambou
commun. Yulgo : Bambou. Desc., vol. IV, t. 293, p. 281. — Haut de 1520 mèl., rarement plus haut, cespileux, formant avec le temps des souches
aériennes énormes, hautes d e 0 ,M6 0 -lm 30, à tiges droites, infléchies dans le
haut, très glabres, luisantes, rameuses dès la base, noueuses, creuses entre
les entrenœuds et marquées en dehors par des anneaux saillants. Feuilles
alternes sur le même plan, linéaires-oblongues, acuminées, arrondies à la
base, brièvement péliolées, engainantes. Rameaux naissant par 3-5 : celui du
milieu toujours très allongé et plus fort, tous très épaissis à la base cl enve­
loppés de4-6 paires debractées écailleuses, imbriquées, très apprimées, large­
ment ovées et pointues; bourgeon produisant les rameaux gros, complète­
ment entouré d’une spalhe mesurant jusqu’à 37 cm. de long sur presque
autant de large, membraneuse, polie en dedans, garnie en dehors d une
couche de poils séteux, couchés, roussâtres, longs de 2 mm. : spathes des
grosses liges et branches surmontées d’un appendice large, cordé-conique et
pointu; celles des rameaux graduellement plus petites et dépourvues d'ap­
pendice. A mesure que les bourgeons se développent, la spalhe protectrice
tombe. Inflorescence en panicule longue, souvent de plus d'un mètre, pyra­
midale, terminale, à ramitications rigides; épillets rapprochés, alternant trois
par trois, sessiles, comprimés, lancéolés : chacun muni, à la base, de trois
glumes inégales; fleurs environ 5, à deux glumelles inégales, roulées sur ellesmêmes ; étamines 6, très courtes, à anthères oblongues; stigmates 3, velus ;

�m■

style Ion", velu; ovaire à deux glumellules membraneuses el pubescentes;
caryopse oblong, ressemblant à celui de l'avoine cultivée.
Le bambou des Antilles ne produit que très rarement des fleurs, encore ne
les trouve-t-on que sur des pieds qui poussent dans les endroits secs. Les
jeunes pousses renferment une moelle spongieuse, d une saveur agréable et
sucrée, et lorsqu'elles ont acquis plus de solidité, il découle naturellement de
leurs nœuds une liqueur mielleuse, qui se coagule et se convertit en larmes
concrètes constituant un véritable sucre dont on faisait grand usage avant la
culture de la canne à sucre. Avec les jeunes pousses, on prépare aussi une
salade agréable el saine. — Les malfaiteurs, sous l'empire d'un désir de ven­
geance, grattent les poils qui recouvrent les spathes.les ramassent et les mêlent
aux herbes destinées au bétail ; ces poils se fixent dans la gorge et le tube diges­
tif de l'animal qui ne larde pas à dépérir pour mourir enfin d'inanition au bout
d'un certain temps. On se sert des nœuds de bambou en guise de pots à fleurs ;
avec les liges, on fait des gouttières, des clôtures, des cercles, des ustensiles
à boire, des mâts pour les petits canots, des gaules pour la pêche, etc. Les
feuilles forment un bon fourrage pour les animaux. La décoction des feuilles
est employée, en beaucoup d'endroits, contre les rhumes et les catarrhes. —
Abondant dans la basse et surtout dans la moyenne région jusqu'à une alti­
tude de 700-950 met. [X° 3135.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Bambou. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe.
[N ” 1*285.]
sous - tribu

ii.

festucées .

—

/,e Division. —

Bromàes.

Arundo fourni', (du mot celle « aru », eau, allusion à l'habitat de la plante,
ou de « arere », être sec, à cause de la lige sèche qui caractérise ce genre de
végétaux, ou de « ruere », faire du bruit.)
%
A. Donax L. (du grec « donax », roseau.) Vulgo : Bambou indien. —
Ornemental, haut de 2-4 mèt., stolonifère, d'un aspect gris, souvent tor­
tueux, à panaches blancs, pyramidaux, allongés. — Probablement introduit,
naturalisé ; çà el là à l étal sauvage et cultivé dans les jardins comme plante
d'ornement : Moule, Baie-Mahaull, environs de la Pointe-à-Pitre. [X os 3145,
3471.]
M a r ti n iq u e . Yulgo : Roseau des mares. — Prêcheur (rivière du Céron),
Carbct (emhouchure de la rivière), Lamènlin, etc. rN° 56L]
Phragmites Trin. (du grec « phragmis », haie, parce que, dans le Midi de
la France, on fait des haies avec ces plantes.)
P. marlinicensis Trin., Arundo occidenlalis Sieb. ; Phragmites de la Mar­
tinique. Yulgo : Petit roseau. SL, t. 67. — Haut de 2-4 mèt., droit, stolonifere. Feuilles linéaires, acuminées, légèrement scabres sur les bords; bord
de la ligule cilié ; panache large, penché, branches du panache verticillées.

— Endroits marécageux près de la mer ; Anses-d'Arlet, Carbct (rare), Robert,
François, Trinité (Tartane). [N° 1283.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Gynérium Humb. et Bompl. (du grec « guné », femme, et « erion », laine,
parce que les fruits sont garnis d'un duvet laineux.)
G. saccharoides ITumb. et BonpL; Gynérium ressemblant à une canne à
sucre. Yulgo : Roseau d'Inde, grand roseau, roseau de rivière. — Vivace
par ses stolons, haut de 4-6 mèt., très droit. Feuilles de canne à sucre;
panache très long, penché, à branches unilatérales. Fleurs petites. — On se
sert des tiges pour latter les toits des chaumières, pour palissader les cases;
on en fait aussi des nasses et des paniers à capturer le poisson. — Assez
abondant dans les endroits humides ou aquatiques de la basse région : YieuxHabitants, Pointe-Noire, Sainte-Rose, Lamentin, Morne-à-l’Eau, etc.
[N° 3138.]
M a r tin iq u e . Vulgo ; Grand roseau. — Prêcheur (Céron), Carbet, Maçin,
Anses-d’Arlet, etc. [N° 1284.]

Orthoclada Pal. Beauv. (du grec u orllios », droit, et « klados », branche,
parce que les branches de la paniculc sont droites et rigides.)
*0. rariflora Nees; Orthocladc à fleurs peu nombreuses. — Vivace, stolo­
nifère, cespiteux, haut de 60-80 cm., droit. Feuilles longues de 14-16 cm.,
ovales-lancéolées, acuminées, à pétiole long de 3 cm.; panicule ramassée,
allongée, à branches filiformes, rigides, nues dans le bas. — Vit en société
dans les endroits ombragés et souvent inondés, ou marécageux : BaieMahaull (dans la vaste forêt de filet La Jaille, seul endroit où j ’aie trouvé
cette belle graminée). [X° 3522.1 — Elle n'existe pas à la Martinique.

Eragrostis Host. (de la particule grecque « eri », beaucoup, et « agrostis »,
herbe, parce que les épillets sont mullitlores et forment habituellement une
grande panicule.)
E.
giganlea Trin. ; Eragrostis géant. Yulgo : Herbe à chapeau (au Moule).
— Yivace, cespiteux, rigide, droit, haut deO m80-111120. Feuilles très longues,
rapprochées dans le bas, distancées dans le haut, linéaires, longuement
acuminées, souvent roulées; panicule longue de 30-43 cm., allongée, forte­
ment penchée, portée sur un chaume nu dans le haut; épillets bruns.—
Assez abondant dans les terres sablonneuses près du bord de mer : Baillif,
Moule, Gozier, Marie-Galante, etc. |N° 3142.]
M artin iq u e . Yulgo : Herbe à chapeau. — Prêcheur (embouchure de la
rivière Sèche), Trois-Ilets (abondant au bord de mer près de l'embarcadère),
Marin, etc. [N° 565.]
E.
proliféra Steudel; Eragrostis prolifère. Yulgo : Herbe à chapeau. — Se
distingue du précédent ; par sa taille beaucoupplus élevée, sestiges géniculées,

�502

PLANTBS DF l.A GUADELOUPE ET DE T.A MARTINIQUE

branchucs: par ses feuilles inférieures courtes ; par sa panicule lâche, scs
épillets plus larges et plus bruns. — Pointe-Noire (près du bord de mer),
Baillif, Yieux-Habitanls, elc. N° 342*2.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Marti­
nique.
* E. plumosa Link ; Eragrostis plumeux. Vulgo : Herbe à bouquets. —
Annuel, ccspiteux, plus ou moins droit, haut de 1*2-18 cm., ornemental,
Feuilles peu nombreuses, ovales-lancéolées, aeuminées, courtes; chaume
lîliforme, géniculé ; panicule dressée, ramassée, ovoïde, longue de 4-7 cm. :
partie nue du chaume trois fois plus longue que la panicule. — Autour des
maisons, dans les jardins et les champs cultivés : Basse-Terre, Baillif, VieuxHabilanls, Moule, Saint-François, etc. [N° 3143 b.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe à bouquets.— Dans les jardins abandonnés et
les terres cultivées ; Saint-Pierre, Carbet (cimetière), Case-Pilote. N“ 566.]
’ E. pilosa Beauv.; Eragroslis à épillets poilus. Vulgo: Herbe à bouquets. —
Annuel, cespileux, de taille et de port très variables, tantôt diffus et haut de
5-10 cm., tantôt élancé, peu touffu et haut de 50-65 cm., surtout quand il
vit en société avec d'autres herbes. Feuilles assez courtes, linéaires, roulées ;
épillets souvent pourprés. — Abondant dans les rues peu fréquentées, dans
les terres sablonneuses, dans les savanes humides des basse et moyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. [N° 3143.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Herbe à bouquets. — Abondant dans toute l'île.
[X° 793. — Introduit probablement du Midi de la France.
* E. replans Nees; Eragroslis rampant. M idi., Fl. de l'Amérique boréale,
vol. II. I. 11.— Haut de 4-6 cm., cespiteux, à tiges géniculées, filiformes,
ditruses. Feuilles courtes, linéaires, aeuminées. Epis au nombre de 6-1*2,
longs de i-7 mm., formant ensemble une petite grappe simple. — Diamant et
Marin (dans les savanes sèches près du bord de mer). N° 739 /;. J — Je ne
l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
E.
ciliaris Link; Eragrostis à épillets ciliés. Yulgo : Herbe à bouquets.
— Annuel, cespiteux, haut de 30-42 cm., plus ou moins diffus, plus rare­
ment droit. Feuilles ovales-linéaires, aeuminées; panicule contractée, longue
de 1-6 cm. : partie nue de la tige, entre la dernière feuille et la panicule,
longue de 8-10 cm. — Abondant autour des maisons, dans les cultures des
basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances.
N° 2706] (avec la variété à panicules minces et allongées.)
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Herbe à bouquets. — Abondant dans toute l’île.
: Xu&gt; 1305, *2710, forme ordinaire.] Nos 1307, 2707, forma minor.]

t" Division. — Agrostidées.
Sporobolus R. Br. (du grec « spora », semence, et « ballein », jeter, parce
que les caryopses se détachent facilement et de bonne heure.)

GRAMINEES

503

* S. vîrqinicus Klh ; Sporobole de la Virginie. Trin .,l. 18. Agrostis L., Vilfa
F. B.) — Vivace, droit, haut de 40-75 cm., à stolons rampants. Feuilles dis­
tiques, courtes, filiformes, aeuminées, à gaine poilue ou glabre ; panicule
spiciformc, relativement courte. — Vit en société sur le littoral sec ou
humide, pierreux ou non, et souvent dans les sables. [N °3 1 40.]
M a rtintque . — Extrêmement abondant sur presque toutes les plages et
souvent un peu à l’intérieur. [N° 1*277. j
S. liltoralis Klh; Sporobole du bord de mer. — Vivace, droit, haut de
1-2m 50, à stolons nombreux, très longs, profondément enterrés. Feuilles
toujours roulées, linéaires-sétiformes, très aeuminées; gaine cylindrique,
légèrement poilue ou glabfe; panicule allongée, spiciforme, renfermée à la
base par les dernières feuilles du chaume. — Fl. rarement. — Ait en société
sur les plages, oü il maintient les sables, que le vent impétueux tend à porter
dans l'intérieur des terres : Moule, Saint-François, Sainte-Anne, Port-Louis,
elc. [N° 316*2.]
M a r t i n i q u e . — Diamant (toute la plage), Trois-Rivières, Marin, SainteAnne. [N°562.]
* S. indiens R. Br., S. lenacissimus P. B.; Sporobole indien. Vulgo : Mâlefoin (au Moule), Mabouge. SL, l. 73, f. 1 ; Trin., le., t. 60. — Droit, cespi­
teux, haut de 40-80 cm., à chaume sec, tenace. Feuilles roulées, linéairesacuminées, longues. Fleurs purpurines, plus rarement blanches; panicule
contractée, longue de 25-35 cm. : les branches inférieures distantes. — A it
en société dans la région sèche, inférieure et basse, où il constitue souvent
l’unique herbe des savanes; moins abondant dans la région moyenne. —
Jeune, il forme un bon fourrage pour les moutons et les chevaux. — Toute
la Guadeloupe et ses dépendances. Alt. 0-800 mèt. [N° 3141.1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Cabouya. — Très abondant dans toutes les savanes
sèches de l’île. |X° 1*278.1
* S. Jacquemonlii Klh ; Sporobole de Jacquemonl. Vulgo : Mabouge. —
Ne diffère du précédent que par ses gaines cylindriques et striées, par ses
panicules plus ouvertes et à branches moins allongées. — Moins abondant,
mais même habitat. Alt. 0-500 mèt. XM31 41 /;.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Cabouya. — Même habitat que le précédent. X° 1*279. |

30 Division. — Sfipncées.
Aristida L. idu latin « arisla », barbe d'épi, arête, parce que les épillets
ont des glumes terminées par trois arêtes trilides.
A.
americana L., A. slriela M id i.; Aristide américaine. Vulgo : Barbe à
blé. — Annuel, cespiteux, stolonifère, plus ou moins droit, ne dépassant
guère 60 cm. de haut. Feuilles roulées, filiformes : bord de la ligule légère-

�504

PLANTES 1)E 1.A GUADELOUPE ET DF LA MARTINIQVE

ment cilié; épillets uniflores, barbus, à barbes trilides, capillaires, droites,
terminant la glume fertile; paniculc droite,effilée, lâche, délicate. — Hndroits
secs, chauds, sablonneux cl pierreux de la côte entre la Basse-Terre et la
rivière des Pères, Pigeon, Bouillante, Baillif. Alt. 40-350 mèt. [N° 3159.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Barbe à blé. — Abondant aux Fonds-Saint-Denis
(dans.les friches), hauteurs des Trois-Ilels et du Robert, etc. [N° 1326.]
4e Division. — Oryzôes.
Oryza salira 1,. Yulgo : Riz. — Haut de 0m80-l m 20, droit, à épillets en
paniculc contractée, penchée, est cultivé çà et là ,à la Guadeloupe [N° 3144]
et à la Martinique, au Gros-Morne, dans les hauteurs de Fort-de France.
.Y11287. — La récolte se fait habituellement en septembre et octobre.
Leersia Soland. (dédié à John Daniel Leers, né en 1727, à Wunsiedel, apo­
thicaire de l'université de Herborn, mort en 1774; a écrit : Flora herhor-

nensis.)
L. mona-ndra Sw.; Leersie à une seule étamine. Vulgo : Riz bâtard.—
Cespiteux, formant des touffes compactes, hautes de 60-90 cm. Feuilles lancéolées-linéaires, acuminées,scabres; ligule courte; paniculc d’abord étroite,
courte, ensuite allongée, à branches étalées, subunilatérales, distantes;
épillets pâles. Fleurs à une étamine; glumessans arêtes. — Peu répandu : çà
et là dans les bois secs des hauteurs du Diamant (habitation Kikandon).
Alt. 300-450 mèt. X° 775. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

.ïe Division. — P hniaridfies.
Olyra L. (du grec « oluein ». avoir peu de valeur, parce que les semences
contiennent peu de farine. L ’OIvra d’Homère, Iliade Y et Y III, était une
espèce d'orge, qui servait à nourrir les chevaux. Link etSprengel croient que
le Triticum zea Mort, actuel est l’Olyra des anciens.)
0. lalifolia L., 0. paniculala Sw. ; Olyre à feuilles larges. Yulgo ; Calu­
met. SL, t. 64, f. 2; Trin., /c., t. 346. — Yivace, sarmenteux, haut de 35 mèt., à lige ligneuse, cylindrique, polie, d’une épaisseur de 8-9 mm., con­
tractée aux nœuds, à branches pendantes. Feuilles vert pâle, membraneuses,
ovées-oblongues ou ovées-lancéolées, acuminées, inégales à la base. Inflo­
rescence en paniculc pyramidale, terminale; fleurs monoïques sur la même
paniculc ; les femelles, solitaires, pédicellées et situées aux extrémités des
branches; les mâles, dans le bas; glume de la fleur femelle très acuminée et
terminée par une longue barbe, l'autre à barbe plus courte; caryopse blanc,
libre, ellipsoïde, dur, poli et très luisant. — Abondant dans les mornes secs
ou humides ; Gourbeyre (Dolé, mornes Boucanier, Dos-d'Ane, les Palmistes),

Houëlmonl, Yieux-Fort, Trois-Rivières, Pointe-Noire, dans tous les grands
fonds de Grande-Terre, Marie-Galante, etc. Alt. 10-480 mèt. [N° 2701.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Calumet. — Abondant ; hauteurs du Prêcheur, de
Case-Pilote, des Trois-Ilets, de la Rivière-Salée, de la Régale, de la RivièrePilote. [N° 1286.]
* 0 . pauciflora Sw. ; Olyre à fleurs peu nombreuses. Yulgo: Petit calumet.
— Yivace ou annuel, stolonifère, cespiteux, à 6-1 (t liges, hautes de 4060 cm. Feuilles comme dans le précédent, mais plus petites. Inflorescence en
paniculc très courte, axillaire, naissant à l'aisselle des trois ou quatre der­
nières feuilles ; caryopse blanc, obovoïde, tronqué, arrondi au sommet et
muni d’un bec latéral très court. — Dans les mornes inférieurs, secs et pier­
reux de Houëlmonl, de Baillif, de la Pointe-Noire, de Deshaies (Gros-Morne),
etc. Alt. 150-400 mèt. jN° 3148.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit calumet. — Hauteurs du Prêcheur, de la GrandeRivière, du Fort-de-France, des Trois-Ilets, du Diamant, etc. [N° 733.]
Pharus P. Br. (du grec « pharos », enveloppe, habit, parce que les Noirs
de la Jamaïque se servaient autrefois de ses feuilles pour se couvrir.)
P. latifolius L., P. scaber H. B. Kth, P. ovalifolius Ham. ; SL, t. 73, f. 2;
Br., Jam., t. 38, f. 3. — Yivace, stolonifère, peu cespiteux, haut de 4085 cm. Feuilles distiques, larges, scabres en dessous, vert noir, souvent
panachées-zébrées, obovées-oblongues ou ellipliques-oblongues, cuspidées au
sommet, longuement pétiolées, penninerviées, à nervures secondairescourbes,
insérées à angle aigu : partie supérieure du pétiole légèrement creusée en
gouttière; partie inférieure ailée, à aile s’élargissant graduellement vers la
base. Inflorescence en panicule très ouverte, terminale, à branches spiciformes; pédoncules et surtout pédicelles pubescents; fleurs monoïques sur la
même panicule ; épillets biflores : les fleurs mâles, portées sur un pédieelle
filiforme; les femelles, sessiles; étamines 6; stigmates 3; glumes fertiles
plus longues que les stériles et pubescentes au sommet; caryopse cylindrique,
libre, noirâtre, long 'de 9-11 mm., garni de poils courts, crochus, muni au
sommet d'un bec dur et crochu. — Fl. d'avril à juillet. — Abondant dans
les mornes abrupts et secs de la région inférieure ; Massif de Houëlmont,
Vieux-Habitants, Pointe-Noire,
Baillif, Deshaies. Alt. 300-600 mèt.
[N ° 3147.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Avoine bâtard, collant. — Hauteurs boisées et sèches
du Diamant, des Trois-Ilets, de la Grande-Rivière. [N° 781.]
P. (jlaber H. B. et Kth; Pharus à feuilles glabres. Yulgo ; Avoine à chien.
Tuss., Fl., II, t. 8; Desc., vol Y I, t. 398, p. 65. — Ne diffère du précédent
que par sa taille plus élevée, ses feuilles plus longues, plus étroites et com­
plètement glabres, ses caryopses plus courts et presque glabres. — Même
habitat et tout aussi abondant que son congénère. [N u 3150.]

�PLANTES 1)F, LA GUADELOUPE ET DE T A MARTINIQUE

GRAMINEES

M a r t i n i q u e . Yulgo : Avoine bâtard. — Variété à pédoncules ol pédicelles
glabres.— Plus abondant que le précédent. Alt. 350-600 met. [N° 780.]

endroits secs, pierreux ou rocailleux, ou sablonneux des basses cotes de
Baillif, des Vieux-Ilabitanis, de Pigeon, de Bouillante, où il iorme gazon,
souvent sur une assez grande étendue. Alt. 0-300 mèL [N 08 2313, 3160.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe-savane. — Environs de Saint-Pierre, CasePilote, Grande-Rivière. [N° 779.J

506

6e Division. — Pappophoréés.

507

Pappophorum Sehreb. (du grec « pappos », aigrette, duvet, et « pherein »,
porter.)
P. hquroideum Schrad., P. alopecuroideum Yahl : Pappophoreà queue de
lièvre. Yulgo : Queue-de-renard, herbe à laine. Yahl, Symb., t. 51. —
Vivace par ses rhizomes, droit, très cespiteux et très ornemental, haut de 6090 cm., rarement plus haut, entièrement glabre. Feuilles très longues, étroi­
tement linéaires-acuminécs, roulées, rapprochées de la base du chaume.
Inflorescence en panicule allongée, blanche, longue de 25-30 cm., cylin­
drique, spieiforme, composée d'épis courts et simples, dans les pieds maigres,
l'astigiée et constituée d’épis longs et composés, dans les pieds gras; épillets :
les uns, sessiles; les autres, pédicelles, presque toujours réunis par paire,
Iritlores. La première tleur, hermaphrodite, est sessile ou pédieellée; la
deuxième, plus petite, pédieellée, est imparfaite; un peu au-dessus de celle-ci,
la troisième, est également stérile, ou réduite à un simple rudiment de (leur; les
deux stériles, sont étroitement adossées contre l'hermaphrodite. Glumes
stériles de la fleur complète ou hermaphrodite, membraneuses, transparentes,
ovées-lancéolées, uninerviées, à arêtes, et restant attachées au rachis après la
chute de l’épillel : l'extérieure, légèrement plus longue; toutes les autres
plumes, tant celles de la fleur complète que celles des stériles, garnies de
7-1 1 poils, plus longs que fépillet, rigides, de longueur inégale, blancs et
formant comme une aigrette semblable à celles des Synantbérées.— Feu
répandu. Endroits secs ou sablonneux de la région inférieure et de la région
du littoral : Basse-Terre (La Pintade où il vil en société sur une petite éten­
due , Pointe-Noire (entre le bourg et le bord de m e r).— Alt. 5-100 mèt.
[.V3164.]
M a r t i n i q u e . Yulgo

: Herbe queue-de-renard. — Fond-Canonville, Prêcheur.
Alt. 0-50 mèt. [N° 1329.]
SOUS-TRI DU III. CHLORIDÉF.S.

Bouteloua Lag. dédié à l’Espagnol Boulelou. de Madrid, botaniste; a
écrit un ouvrage sur l'horticulture, en 1813. )
' B. litigiosa Lag. Yulgo : Herbe sèche. Sw., O/mc/t ., I. 2, f. 2. — Haut de
45-60 cm., cespiteux, plus ou moins droit, à chaume sec, géniculé, filiforme.
Feuilles inférieures, courtes, plates ; les supérieures, plus longues. Inflores­
cence en panicule allongée, étroite, composée d'épis courts ; ligule briève­
ment ciliée; épillets distants, à 6-12 sur un épi. — Très abondant dans les

Leptochloa P. Beauv. (du grec « leplos », mince, et « cbloé », foin, berbe,
c'est-à-dire herbe à épis minces et allongés.)
* L . f lifonnis ltoem. et Schult. ; Leptochloa à épis filiformes. Yulgo ; Herbe
fine. — Annuel, très droit, cespiteux, haut de 45-80 cm. Feuilles flasques,
plates, peu nombreuses, linéaires-acuminées ; chaume sec, à nœuds noirs et
contractés; panicule lâche, pouvant atteindre 40 cm. de long, à épis longs,
liliformes, légèrement penchés, longs de 8-15 cm. ; épillets distiques, distants,
bi-quadriflores; glumes barbues; pédicelles glabres. — Çù et là dans les
terres sablonneuses des basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. ( V 3807.]
M a r t i m q u e . Yulgo : Herbe fine. — Dans foule file, sans être abondant
nulle part. [N° 532.]
* L. virgala P. IL ; Leptochloa droit comme une baguette. \ ulgo : Piedpoule de Saint-Domingue. SL, t. 70, f. 2. — Annuel, haut de 0 m 80-1 mèt.,
très vert, cespiteux; panicule longue de 10-14 cm., à épis rapprochés, pen­
chés d’un côté : les inférieurs, longs de 8-12 cm. ; les supérieurs, plus courts;
épillets rapprochés, très nombreux, 3-6-florcs, glumes ciliées, toutes briève­
ment barbues. Variable quant à la couleur, au nombre et à la longueur des
épis. — Répandu dans la région inférieure de toute la Guadeloupe et de ses
dépendances. Alt. 0-500 mèt. N° 3156.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe droite, berbe aux chevaux. — Dans toute file,
mais surtout aux environs de Saint-Pierre, Carbet, Parnasse, Basse-Pointe.
[N° 531.]
Chloris Sw. (du grec « chloros », vert jaune, parce que la plupart des
espèces ont cette couleur.).
‘ C. raxliata Sw. ; Chloris à épis disposés en ombelle. Yulgo ; Petit piedpoule. — Annuel, droit, cespiteux, haut de 30-45 cm. Feuilles courtes, mem­
braneuses, rapprochées, distiques, confinées dans le bas de la tige, largement
linéaires, plates, obtuses au sommet, souvent ciliées à la base; chaume à
noeuds rétrécis, bruns; panicule contractée, longue de 6-8 mm. Epis digités,
rapprochés, spiciformes, au nombre de 10-20 ; l'inférieur habituellement
distant des autres; épillets très brièvement pédicellés, unitlores : ceux du
bas de l’épi habituellement distiques; les supérieurs, tournés d un seul côté;
glumes extérieures longuement barbues, les autres à barbes beaucoup plus
courtes. — Très abondant le long des chemins, dans les terres en friches ou

�50 8

PLANTES I)E LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

cultivées de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-500 met.
[N° 2708.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit pied-poule. — Très abondant dans la région
inférieure de toute 1île. N° 1272.]

* C. bar ha la Sw. : Chloris à épillels barbus. Yulgo : Petit pied-poule. Trin.,
Ic., t. 306. — Annuel, haut de 40-70 cm., droit, rarement couché à la base,
à chaume grêle. Feuilles situées vers la base du chaume, linéaires-acuminées,
plates: panicule très contractée, comptant 5-8 épis longs de 4 cm.; éprllets
tronqués au sommet, à trois barbes noirâtres, longues. — Peu abondant :
chemin de la Basse-Terre à Gourbevre, Baillif, Vieux-Habitants. Alt.
0-300 met. [N° 3158.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Herbe à barbes. — Environs du port des Transatlan­
tiques, de Fort-de-France, Trois-Ilets (environs du bourg). [N° 782.]
*C. ciliata Sw. ; Chloris à épillets ciliés. Yulgo : Petit pied de poule, Trin.,
Ic., t. 307.— Annuel, droit, hautde 40-60 cm. Feuilles plus longues et plus
larges que dans les deux précédents. Epis digités, au nombre de 4-6, longs
de 5-7 cm.; épillets triflores; glumes garnies de cils soyeux, blanchâtres tout
le long du bord; barbes courtes. — Peu abondant. Çà et là dans les endroits
abandonnés et le long des routes : Trois-Rivières (environs du bourg),
Capesterre (Guadeloupe), Marie-Galante (Saint-Louis). Alt. 5-308 met.
[N° 3158 h.]
M arti ni que . Yulgo : Petit pied-poule. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : Rivière-Salée (bord des chemins), Rivière-Pilote, Marin, SainteLuce. [X° 1273.
Dactyloctenium W illd . (du grec « dactylos », doigt, et « klenion », dimi­
nutif de « kteis », peigne, parce que les épis sont disposés comme les doigts
de la main et les épillets comme les dents d'un peigne.)
* D.ægypliacurn W illd. ; Dactvloctène d'Egypte. Yulgo : Trin., Ic., t. 69. —
Annuel, très cespiteux, diffus ou plus ou moins droit, haut de 30-45 cm.
Feuilles plates, rigides, garnies de poilslins et droits. Epis 2-4, digités, longs
de 12-15 mm.: épillets bruns noirs, bi-quadrifïores, sessiles, étroitement
imbriqués sur deux rangs, du côté supérieur du rachis; glumes brièvement
barbues; péricarpe du caryopse utriculaire. — Dans les endroits sablonneux
et les savanes sèches des basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe : Marie-Galante, les Saintes, etc. [N° 2711.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe fine. — Basse région de toute l'île. [N° 1271.]
Eleusine Gaertn. (du nom de la ville grecque « Eleusis », où Gérés, la
déesse du blé, fut particulièrement honorée; les semences de celte graminée
donnent de la farine comme les grains de blé.)
* E. indica Gaertn.; Eleusine indien. Yulgo : Pied-poule. Trin., Ic., t. 71.

— Cespiteux, haut de 30-70 cm., le plus souvent droit, slolonifère, fortement
feuillu dans le bas ; à chaume comprimé. Feuilles linéaires-acuminées, plates.
Epis longs de 7-10 cm., rarement plus longs, réunis par 3-6 : un de ces épis
distants des autres; épillets sans barbe.— Commun dans les basse et inframoyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. — Les
racines, prises en infusion ou en décoction dans du ri/., sont, dans les colo­
nies, d'un fréquent usage comme rafraîchissantes et calmantes. [N° 2704.j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pied-poule. — Abondant dans toute l'île. [N° 1270.]
Cynodon Rich. (formé de deux mots grecs qui veulent dire dent de chien :
« xuon », chien, et « odous », dent.)
* C. Daclylon Pers.; Cynodon à épis disposés comme les doigts de la main.
Yulgo : Petit chiendent. — Vivace, très slolonifère, haut de 20-60 cm.,
dill’us à la base; dressé aux extrémités, à chaume ligneux dans les vieux pieds,
délicat, filiforme dans le haut. Feuilles très vertes, courtes, linéaires-acu­
minées, roulées. Epis réunis par 4-5, filiformes, divergents, longs de 4-5 cm.,
à rachis étroit; épillels unillores ; glumes imberbes. — Abondant sur les bords
des chemins, dans les rues peu fréquentées, sur les vieux murs des basse et
infra-moyenne régions de toutes les Antilles. X° 2715. — Probablement
introduit d'Europe.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Chiendent. [N° 1274.]

TRIBU II. PANICÉES. — sous-tiubc i . paspalbes .

Paspalum L. (du grec « paspalos », millet, d'après Hippocrate (formé de
« pas », entier, et « paie », farine), c'est-à-dire plante dont les semences
donnent beaucoup de farine; le genre Paspalum est voisin du genre millet.)
* P. platycaule Poir., P. compressum Xees, P. guadahipense Sleud.; Paspale à chaume large. Yulgo : Herbe-sûre mâle. Trin., Ic., t. 118. — Diffus
ou plus ou moins droit, très feuillu dans le bas; à stolons rampants et radicanls; à chaume comprimé et souvent branchu. Feuilles plates, très vertes, le
plus souvent ciliées. Épis 2-6, distants, filiformes, les plus longs mesurant
9-10 cm; épillets petits, distants, disposés sur deux rangs, brièvement pédicellés, dépourvus d'involucre. — Dans toutes les savanes humides ou plus ou
moins sèches de toute la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre, à la
Désirade et à Marie-Galante. Alt. 0-600 mèt. Nu 2678.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe-sûre. — Dans toutes les savanes jusqu à une
altitude de 530 mèt. [N os 776, 777.]
* P. conjugal uni Berg, P. ciliaium Lam.; Paspale à épillets conjugués.
Vulgo : Herbe-sûre, herbe-sûre mâle, herbe fine, herbe-mouton femelle,
herbe-gazon. Trin., Ic., I. 102. — Slolonifère, radicant à la base ; à chaume

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

R;

faible, grêle, haut de 10-60 cm. Feuilles plaies, ciliées; gaine comprimée;
nœuds rétrécis, noirs. Epis '2, rarement 3, longs de 8-12 cm., filiformes, diver­
gents, courbes, dont 1 toujours placé à distance; épillels très brièvement
pédicellés, disposés sur deux rangs qui se louchent ; rachis linéaire, légère­
ment cannelé sur le dos; glumes stériles à 2 nervures; caryopse ové,
aplati. — Constitue une des meilleures herbes fourragères des Antilles. —
Très abondant dans toutes les savanes, où il forme souvent gazon. Alt.
0-850 mèt. [X° 315 i.j
M ar ti n iq u e . Vulgo : Herbe-mouton, herbe line. Alt. 0-700 mèt. X° 1276.]
* P. duslichum L. ; Paspale à feuilles distiques. Vulgo : Herbe à cabrit.
Trin., 7c., I. 112 et t. 120. — Vivace ou annuel, haut de 35-60 cm., à rhi­
zome rampant, stolonifère, gros, à chaume droit ou plus ou moins couché.
Feuilles courtes, roulées, glabres ou poilues à la base. Epis 2, longs de
4-5 cm., divergents d'abord, ensuite convergents, dont 1 toujours situé plus
bas; épillels sur deux rangs, ovés, larges; glume stérile, à 3-5 nervures;
rachis linéaire, aplati sur le dos. — Dans les savanes et endroits humides, ou
aquatiques : Gourbeyre, Camp-Jacob, Trois-Rivières, etc. Alt. 0-600 mèt.
[X" 3609.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-mouton, herbe-cabri t. — Parnasse, Fort-deFrance, Lamentin, Ducos, Rivière-Salée, Case-Pilote, Robert, François, etc.
[X° 545.]
* ?.pusillum Vent. ; Paspale petit et mince. — Rampant, radicanl, à chaume
filiforme, long de 30-60 cm. Feuilles petites, vert très pâle, plates, souvent
pubescentes, aussi longues que les entrenœuds. Epis 2-5, rapprochés, longs
de 5-7 mm.: rachis linéaire, plat sur le dos; épillets sur deux rangs, briève­
ment pédicellés, rondâtres. — Peu abondant. Çà et là le long des chemins,
dans les champs de cannes, les plantations de manioc, etc. : Fontaine Didier,
Prêcheur, Parnasse, Carbet, etc. Alt. 10-400 mèt. X° 565.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
* P. notatum Fliigg. ; Paspale très caractéristique. Vulgo : Herbe-sûre
femelle. Trin., 7c., H. 114; Sw\, Ohserv., t.2, f. 1. — Herbe à rhizome stolo­
nifère, plus ou moins rampant, à chaume droit ou incliné, haut de 35-55 cm.
Feuilles distiques, glauques, confinées vers la base : les supérieures peu
nombreuses, distantes et courtes; chaume comprimé. Epis 2, divergents,
longs de 6-8 cm. ; le terminal plus haut; épillels ovés, obtus, glabres, larges ;
glume fertile, à 3-5 nervures, insérées sur deux rangs; rachis linéaire, plat
sur le dos. — Cette espèce ressemble de prime abord au P. distichum ; mais
il en diffère surtout par ses feuilles vert glauque, ses stolons très longs, et ne
se rencontre que le long des ruisseaux, dans les lits des rivières et sur le bord
des mares : environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Lamentin, Baie-Mahaull,
Moule, Marie-Galante, etc. Alt. 0-600 mèt. [X us 2675, 3610.]

GRAMINÉES

511

M a r t i n i q u e . Vulgo : Zerbe à mouton. — Endroits aquatiques, bords des
ruisseaux, le long des canaux, etc. [X° 558.]

* P. selaceum M id i.; Paspale séteux. Trin., 7c., t. 129 et 130. — Annuel,
délicat, à rhizome rampant, radicanl, long; chaume géniculé, couché
ou plus ou moins ascendant, haut de 40-60 cm. Feuilles glabres, flasques,
longues,penchées, plates. Epis 1-2, dont un très distant, longs de 4-5 cm.,
arqués, portés sur un chaume grêle et filiforme, ou naissant à 1aisselle du
dernier nœud; épillets glabres, insérés sur trois rangs; rachis glabre, plat
sur le dos. — Peu abondant. — Endroits ombragés et humides des environs
du Camp-Jacob (chemin de la Cascade de Vauehelet), Gommier, Matouba,
bois inférieurs des Bains-Jaunes, etc. Alt. 400-800 mèt. [X° 2673.] — Je ne
l'ai pas trouvé à la Martinique.
* P. fim.bria.lum 11. B. Kth; Paspale à épillets frangés. — Annuel, orne­
mental, cespiteux, très droit, haut de 40-60 cm. Feuilles plates, ciliées;
épis 2-5, rarement 7, longs de 4-5 cm. : les inférieurs, très distants; les supé­
rieurs, plus courts et plus rapprochés; rachis trigone, plat sur le dos, large ;
glumes stériles, trinerviées,garnies d'une aile large, frangée-lacérée ; épillets
ovés, obtus, mucronés, pédicellés. — Assez abondant sur la route de la
Basse-Terre à Gourbeyre et du Camp-Jacob, Trois-Rivières (dans les
chemins des caféières), etc. Alt. 10-400 mèt. [X° 2679.]
M a r t i n i q u e . — Environs de Fort-de-France, roule du Lamentin à Ducos,
hauteurs de la Rivière-Salée, Marin, etc. [X° 1276.j
P. glahrum Poir. ; Paspale glabre. Vulgo : Herbe-café. Trin., 7c., t. 126.
— Cespiteux, haut de 50-70 cm., plus ou moins diffus. Feuilles longues,
plates. Epis 3-9, filiformes, distants, longs de 5-7 cm. : les supérieurs plus
courts; rachis linéaire, convexe sur le dos; épillets sur quatre rangs, plus
rarement sur trois, obovés-oblongs ou clliptiques-oblongs, souvent légère­
ment pubescenls. — Abondant dans les terres sèches, sablonneuses ou cal­
caires des mornes inférieurs : Vieux-Fort, Vieux-Habitants, Deshaies, Désirade, Marie-Galante, grands fonds de la Grande-Terre. |X0S 2674, 3153. \
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-sûre bâtard. — Endroits secs des hauteurs
inférieures de Case-Pilote, de Case-Navire, du Marin, des Trois-Ilels, etc.
[X° 550.]
»
* P. plicatiilum Mich., P. undulalum Poir.; Paspale à feuilles légèrement
plissées. Vulgo : Herbe-café. Trin., 7c., t. 140. — Annuel, cespiteux, très
droit, haut de 50-80 cm.; à racines filiformes, fortes; à chaume comprimé.
Feuilles ondulées sur les bords, rigides, droites, larges, ciliées à la base;
ligule garnie au sommet et sur les deux bords de poils plus ou moins nom­
breux. Epis 5-7, un terminal, les autres distants, longs de 4-6 cm. : les supé­
rieurs plus courts; rachis trigone, plat sur le dos; épillets sur quatre rangs,
ovales-obtus, pédicellés; glumes stériles, à 5 nervures. — Abontlaut dans

�512

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DE LA MARTINIQUE

les savanes herbeuses et sablonneuses, clans les chemins des caféières, dans
les plantations de manioc des régions moyenne et basse : Basse-Terre (champ
d Arbaud), Gourbeyre, Baillif, Trois-Rivières, Montéran, etc. Alt. 30400 met. [N°* 2676, 3608.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à cheval. — Parnasse, hauteurs de Périnell,
Trois-Ilets, Anses-d Arlet (abondant), La Régale, Saint-Esprit, etc. [N os 548,
720.]
* P. virgalum L. ; Paspale très droit. Vulgo : Herbe rude. Trin.,/c., t. 133;
SI., t. 69, f. “2. — Cespiteux, formant de grandes toufies, haut de 0 U1 80-111130.
Feuilles larges, longues, glabres, plates, scabres sur les bords; gaine assez
souvent ciliée. Epis 8-12, d'une longueur moyenne de 10 cm. : les supérieurs
souvent plus courts, un terminal, les autres distants; rachis vigoureux, trigone; épillels obovés ou rondàtres elliptiques, quelquefois pubescents sur les
bords. — C'est de tous les Paspalum l'espèce la plus vigoureuse, possédant
les caryopses les plus volumineux. — Endroits fertiles et le long des chemins
de campagne des basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
proprement dite; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-500 met. [N° 2680.]
M a rt in iq u e . — Herbe à cheval. — Case-Pilote (Fond Layette et Fond
Bridé), Case-Navire, Lamentin, Fort-de-France (environs), Trois-Rivières,
Robert, etc. N° 552.]
* P. paniculaiuin L. ; Paspale à épis en panicule. Vulgo : Herbe à cheval.
Trin.,/c., t. 127; SL, t. 72, f. 2. — Droit, cespiteux, ornemental, haut de
70-95 cm., à chaume comprimé. Feuilles longues, relativement larges ; gaine
couverte de poils luisants, couchés; ligule longuement ciliée et garnie de poils
courts et luisants. Epis droits, 30-40 : les inférieurs, longs de 5-6 cm.; les
supérieurs, plus courts et plus rapprochés, constituant ensemble une belle
panicule pyramidale ; épillels petits, insérés sur quatre rangs, arrondis ou
ovés-rondàtres ; rachis trigone, légèrement convexe sur le dos ; épillels petits,
insérés sur quatre rangs, arrondis ou ovés-rondàtres. — Espèce facile à
reconnaître à cause de sa panicule à épis nombreux. •— Abondant dans les
terres sablonneuses et les savanes humides de la région inférieure : roule de
la Basse-Terre à Montéran, Camp-Jacob, Gourbeyre (grande savane près du
Valcanard), Trois-Rivières, Lamentin, Sainte-Rose (Sofaya), Morne-à-l’Eau,
Moule, Sainte-Anne, etc. [N ° 2677.!
M a rt i n i q u e . Vulgo : Herbe à mulet, herbe achevai. — Abondant : Carbet
(vallée), Case-Pilote (Fond Layette, Fond Brûlé, Belle-Fontaine), CaseNavire, Lamentin, Ducos, Trinité, Robert, etc. [N os 5f9, 554.]
P. saccharoides Nees; Paspale à panache de canne à sucre. Vulgo : Calu­
met. Trin., Ic ., t. 107. (Tricholæna Schrad.) — Vivace par ses stolons, à
chaume fort, ligneux, creux, trois fois plus gros à la base qu’une plume
d oie, renflé aux nœuds, toujours tortueux, géniculé, branchu, presque lou-

51 3

gr a m i n é e s

jours à branches penchées, haut de 111150-3 mèt. Feuilles distiques, relative­
ment courtes, laineuses en dessus, linéaires-acuminées, cinq à sepl fois plus
longues que les entrenœuds:gaine glabre ou légèrement poilue; ligule ciliée.
Epis 20-28, longs de 20-26 cm., toujours penchés, filiformes, formant une
panicule corymbiforme, courte; épillels blancs, laineux-soyeux, lancéolés,
acuminés, brièvement pédicellés; rachis glabre. — Abondant sur les talus et
dans les falaises abruptes et humides des régions moyenne et infra-moyenne :
Camp-Jacob, Bagatelle, Gommier, Matouba, Trois-Rivières (environs du
Trou-au-Chien). Alt. 350-900 mèt. [N°3366.]
M a r t i m q ù e . Vulgo : Calumet blanc. — Très abondant : roule de la Trace,
Camp de l’Alma, fontaine Absalon, roule des Deux-Choux au Gros-Morne,
et à la Trinité, etc. [N° 1317.]
Eriochloa H. B. et Kth (du grec « erion », laine, et « chloa », foin, parce
que les épillels sont garnis de poils fins et laineux.)
* E. puncta la Ham.; Eriochloa ponctulé. Vulgo : Herbe àlaine. Trin., /c.,
t. 153. — Vivace par ses rhizomes, ornemental, droit, cespiteux, haut de
0m 80-1 m10, à chaume cylindrique. Feuilles largement linéaires-acuminées,
glabres, souvent pubescentes aux nœuds, à gaines et ligules glabres. Inflo­
rescence en grappes dressées, allongées, longues de 10-14 cm., composées de
10-14 épis : les inférieurs, distants, longs de 3-5 cm.; les supérieurs, plus
courts et plus rapprochés; rachis et pédicelles pubescents; épillets subsessiles, alternes, ovés-lancéolés, garnis d’un duvet fin. soyeux et luisant. — Le
long des roules, dans les savanes herbeuses, humides et fertiles de la région
inférieure et basse : environs de la Basse-Terre. Montéran, Ducharmois,
Gourbeyre, Trois-Rivières, Vieux-Fort, Pointe-Noire. Alt. 40-400 mèt.
[N° 2709.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à laine. — Peu abondant : cnvfrons de Fortde-France, Port des Transatlantiques, Lamentin, Rivière-Salée (habitation
Sainl-Pée. [N° 540.'
Stenotaphrum Trin. (du grec « sténos », court, et « taphros », fosse, parce
que les glumes sont concaves et les épillets couchés dans les petites fossettes
du rachis.)
S. americanum Schrk..S, glabruin Trin.; Stenotaphre américain. Vulgo :
Gros chiendent. — Vivace, très stolonifère, rampant et radicant à la base,
plus ou moins dressé aux extrémités, haut de 30-90 cm., branchu, à chaume
comprimé. Feuilles rigides, distiques, obtuses, courtes, naissant par deux à
l’aisselle des nœuds; gaine comprimée, glabre; ligule glabre. Epis solitaires,
longs de 6-7 cm., axillaires et terminaux : ces derniers, plus longs; épillels
bilatéraux, bilrisériés, couchés dans les cavités du rachis; glumes très con­
caves, imberbes, pointues, dures, oblongues-Iancéolées.
— Abondant dans les basse et infra-moyenne régions, où il forme souvent
Duss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

33

�514

PLANTES

DR LA GUADELOUPE

ET DE LA MARTINIQUE

gazon sur d'assez grandes étendues : Vieux-Fort (près du bord de mer),
Camp-Jacob, Montéran, Matouba, Pigeon, 'l'rois-Rivières, et dans les grands
fonds de la Grande-Terre. AU. 10-040 met. X° 3151.
M a r t in iq u e - Vulgo : Gros chiendent. — Savanes du Morne-Rouge, hau­
teurs de Périnell.du Prêcheur, du Lamcntin, du Saint-Esprit, etc. [X° 1324. j
Oplismenus Reauy. (du grec « hoplizein », armer, parce que les glumes
sont pourvues de longues arêtes.)
0. selarius R. et Sch.; Oplismène séteux. Vulgo : Herbe à barbes. Orthopogon R. B r .)— Annuel ou vivace dans les endroits humides), rampant,
radicant, long de 0 m 40 -lm20, souvent ascendant aux extrémités, à chaume
grêle, branchu. iiliforme dans le haut. Feuilles ovées-lancéolées ou lancéo­
lées, brièvement acuminées, parsemées en dessus de quelques poils; gaine
ciliée. Epis 5-0, longs de 1-3 cm., très distants, en panicule terminale,
longue de 10-13 cm.; épillels 5-11, dans un épi; glumes stériles 3, ciliées,
longuement barbues ; les 2 supérieures à barbes plus courtes ; rachis commun,
glabre; le secondaire, hispidulé.— Très abondant dans les chemins des
eal’éières, cacaoyères, dans les clairières des grands bois : Matouba, CampJacob, Bagatelle, Gommier, les Palmistes, hauteurs des Vieux-Habitants, des
Trois-Rivières, etc. Alt. 400-800 mèt. X° 3826.]
M a rt i n i q u e . Vulgo ; Z'erhe à barbes. — Abondant ; fontaines Didier et
Absalon, hauteurs de Case-Pilote, Parnasse, Champflore, Basse-Pointe, etc.
[X° 778.]
0. loliaceus Beauv. Oplismène ressemblant à l'ivraie. (Orthopogon R. Br.)
— Ressemble beaucoup au précédent quant au port et à la forme des
feuilles; il en diffère surtout par sa taille et ses feuilles plus petites,
ses épillets non ciliés. — Peu abondant : endroits ombragés de Montéran, de
Gourbevre, des mornes inférieurs de Houëlmont, etc. Alt. 100-300 mèt.
[X° 2714.]
M a rt i n i q u e . — Plus abondant ; environs de Saint-Pierre (Trois-Ponts et
Jardin botanique), Prêcheur, Grande-Rivière, etc. [X° 778 /;.]
1. Oplismenus africanus Beauv., 0. composilus Beauv., vulgo : Herbe
panachée, vivace, radicanle, rampante, à feuilles ovales-lancéolées, zébrées
de blanc, à tiges filiformes, est naturalisé et cultivé dans les jardins et les
parcs comme herbe d'ornement. — Originaire de l'Afrique. [X° 3155. ! —
M a r t i n i q u e . X° 1325.
Panicum L. (du latin « panis », pain, parce qu’autrefois on fabriquait du
pain avec ses semences; le Panicum de Pline, X V III, 10, 25, est le Holcus
Sorgbum L. actuel.)
* P. paspaloides Pers., P . truncalum Tr. ; Panis ressemblant à unPaspalum.
Vulgo : Herbe à riz. Trin., Ic., t. 108. — Vivace, cespiteux, plus ou moins

GRAMINEES

515

droit, haut de 60-85 cm. Feuilles rigides, linéaircs-acuminées, à ligule briè­
vement ciliée, à nœuds noirs ou bruns. Epis 7-12, alternes : les inférieurs,
très distants, longs de 2-3 cm.; les supérieurs, graduellement plus rappro­
chés et plus courts, formant ensemble une panicule terminale, très allongée;
épillets très brièvement pédicellés, ellipsoïdes, pointus, insérés sur deux
rangs; glumes sans arêtes. — Peu abondant. Çà et là dans les régions infé­
rieure et basse : environs de la Basse-Terre (le long des cours d’eau), VieuxFort (dans les savanes herbeuses), Lamentin (environs de la Ravine-Chaude),
Baie-Mahault, etc. Alt. 0-300 mèt. [X° 3384.
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Herbe à riz. — Sainte-Anne (endroits aquatiques),
Case-Pilote (rivière du Fond Layette), cl Fond Brûlé. [X° 1293.]
P. colonum L., P. pseudocolonum Roth, P. Daltoni Parlât. ; Panis des
colons. Vulgo : Herbe à riz. Trin., Ic., t. 100. — Annuel, droit, haut de 3080 cm., rarement plus haut. Feuilles llasques, glabres, linéaires-acuminées,
sans ligule; nœuds bruns, rétrécis. Epis environ de même longueur que les
entrenœuds,en panicule longue de 8-12 cm. ; épillets insérés sur quatre rangs;
glumes stériles, mueronées. — Abondant dans les savanes fertiles, le long
des routes de la basse région de toute la Guadeloupe et de ses dépendances.
Alt. 0-300 mèt. [X ° 2084.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à riz. — Abondant dans toute l'ile. Alt.
0-300 mèt. [X® 1322.]
* P. Crus-galli L. ; Panis à crête de coq. Vulgo : Herbe à riz. Trin., Ic.,
t. 161. — Annuel, cespiteux, haut de 50-80 cm., slolonifère, géniculé à la
base et haut de l m20 dans les endroits aquatiques. Feuilles glabres, linéairesacuminées; ligule nulle. Epis longs de 2,5-3 cm., plus longs que les entrenœuds, en panicule terminale; épillets sur quatre ou six rangs, brièvement
pédicellés, hispidulés; glumes stériles mueronées, la troisième garnie d'une
arête qui devient souvent très longue dans la variété aquatique. — Assez
rare. Çà et là sur le bord des fosses et des ruisseaux, souvent dans les ruis­
seaux peu profonds : Baie-Mahault, Petit-Canal (environs du bourg).
Alt. 0-300 mèt. [X° 3161.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à riz 1. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe et
répandu dans presque toutes les parties basses de l’ile. X° 542.]
* P. proslralum Lam., P. procumbens Xees, P. umhrosum Retz., P. insularum Steud.; Panis couché. Trin., Ic., t. 184, 185. — Annuel, couché, radi­
cant à la base, long de 25-60 cm., à nœuds géniçulés, à chaume Iiliforme.
Feuilles courtes, ondulées, souvent ciliées à la base, lancéolées-acuminées ou
1. Cette plante, originaire d’Orient, mais actuellement très répandue en Europe où elle
s’accommode de tous leslerrains, môme les plus sableux, peut être pâturée par les bes­
tiaux dès le premier printemps, mais c’est son seul usage. Les espèces décrites par Linné,
sous le nom de P. colonum et P. crus-corvi, n’en sont que des variétés, (lï. H.)

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

GRAMINÉES

** p molle S\\\. P. harhinode Trin., P. sarmentosum Ro\b., P. gundaloupense Sleud.; Panis à chaume mou. Vulgo : Herbe de Para. — \’ivace par

* P. dis tic hum Lam., pilosum Sw. ; Panis à feuilles distiques. Vulgo ; Herbe
à blé, herbe fine. Trin., /e., t. 213. — Stolonifère, tantôt très droit, tantôt
plus ou moins droit, eespiteux, haut de 40-80 cm., entièrement glabre.
Feuilles lancéolées-acuminées. Epis filiformes : les inférieurs, composés, en
panicule pyramidale, large à la base, pouvant atteindre jusqu’à 23 cm. de
long, et les épis inférieurs jusqu'à 10 cm.; épillets ovés, glabres, unilatéraux
et attachés du côté inférieur du rachis,ce qui leur donne un aspect très carac­
téristique; glume inférieure, à 3; les deux supérieures, à 5 nervures. —
Très abondant dans les savanes des moyenne et infra-moyenne régions, où il
vit en société sur des étendues souvent considérables : Camp-Jacob, Matouba,
Gommier, les Palmistes, Trois-Rivières, etc. Alt. 250-300 mèt. [N os 2687,
3179.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Herbe-savane, herbe fine. — Très abondant : Champflore, Ajoupa-Bouillon, hauteurs de la Basse-Pointe, de la Grand’Anse, de la
Rivière-Salée, etc. [N os 534, 735, forme uberior.]

518

ses rhizomes, rampant à la base et radicant, ensuite plus ou moins ascendant,
à chaume cylindrique, mou dans le haut, à nœuds renflés et garnis de poils
droits, fins et blanchâtres. Feuilles molles, relativement courtes, linéairesacuminées. glabrescentes ; gaine finement striée et le plus souvent pubeseente,
ciliée sur les bords; ligule glabre, brune. Epis simples : les inférieurs, souvent
composés à la base et longs de 5-6 cm.; les supérieurs plus courts, tous
beaucoup plus longs que les entrenœuds, en panicule pyramidale longue
de 10-20 cm.; épillels glabres, tournés d'un côté; glume inférieure, deltoïde,
étroite, uninerviée; les deux supérieures, à 5 nervures ; caryopse demicylindrique, légèrement ponctulé. — Introduit du Brésil, naturalisé et
cultivé pour la nourriture des chevaux et du bétail. — Abondant dans nos
deux colonies et dans presquetoutes les Antiljes. Alt. 0-600 met. [N° 2689. 1
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe de Para. N° 539.]
’ P. diffusum Sw. ; Panis diffus. Vulgo : Herbe-cabrit. Trin.. /&lt;■., t. 263. —
Annuel, très eespiteux. glabre, haut de l5-55cm., toujours plus ou moins couché
à la base, ensuite ascendant, à chaume filiforme. Feuilles étroites, linéairesaeuminées. Epis solitaires ou réunis par 2-7, étalés, souvent branchus à la
base, formant une panicule courte, très lâche, pyramidale, terminale, n'excé­
dant jamais 8 cm. de long; épillets bruns, irrégulièrement tournés d’un côté.
— Propre au terrain sec, rocailleux ou sablonneux, ou calcaire de la basse
région, où il forme souvent gazon sur une assez grande étendue ; Baillif,
Vieux-Habitants, Bouillante, Pigeon, Pointe-Noire, Deshaies, Vieux-Fort.
— Constitue un fourrage recherché des chèvres et des moutons. Alt. 5240 mèt. [N° 3181.]
M artinique Vulgo ; Herbe à cabrit. — Endroits secs entre les Anses-d’ArJet et le Marin. N° 536. j
P. r i vu lare Tr. ; Panis des rivières. — Vivace par ses rhizomes, très droit,
ornemental, haut de 1-1 "’ 20. Feuilles glabres, lancéolées, longuement acuminées. graduellement rétrécies à la base, longue de 15-25 cm. sur près de 3 cm.
de large; gaine finement striée : celles des feuilles inférieures, garnies de poils
serrés, couchés et de cils droits. Epis nombreux, composés, en panicule fastigiée, dressée, rétrécie à la base, élargie au sommet, longue de 30 cm.;
rachis principal, glabre, robuste; rachis secondaires et tertiaires filiformes;
épillets irrégulièrement unilatéraux, petits. — Rare : sur les bords de quelques
petites rivières, dans les hauteurs entre la Rivière-Salée et Sainte-Luce. Alt.
280-350 mèt. N° 708. — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
1. Cette graiVle espèce fourragère, originaire de l'Am érique chaude, de l’Afrique et de
l'Asie méridionale, constitue un superbe et excellent fourrage, atteignant jusqu’à deux
mètres de haut : elle donne un produit abondant dans les terres arrosées, mais ne peut
prospérer que dans les régions chaudes. (E. II.)

51 9

‘ P. maximum Jacq., P . jumentorum Pcrs. ; Panis très élevé. Vulgo: Herbe
de Guinée. — Vivace, très droit, haut (à l’état de culture) d e 0 "180-11,150 (à
l’état sauvage), de 3—P " 50 et alors à chaume ligneux, de l’épaisseur du petit
doigt. Feuilles linéaires-acuminées, à ligule laineuse, à gaine souvent pubescenlc dans le haut. Epis d'une longueur moyenne de 3 cm., étalés, verticillés,
en panicule racémiforme; pédicelles anguleux; glume inférieure, à 3-5, et
les deux supérieures, à 7-9 nervures; caryopse ellipsoïde, glabre, luisant. —
Originaire de la Guinée1. — Introduit dans les colonies pour la nourriture
des chevaux de la Gendarmerie. — Naturalisé et cultivé dans toutes les
Antilles. Alt. 0-750 mèt. [N° 3186.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe de Guinée. [N° 1288.J
* P. Cayennense Lam. ; Panis de Cayenne. Vulgo : Herbe de Guinée bâtard.
— Droit ou légèrement incliné, quelquefois couché à la base, surtout dans
les endroits aquatiques, haut de 40-70 cm. Feuilles rigides, étroites, souvent
roulées, longuement acuminées, très pubescentes, surtout en dessous, plus
rarement glabres, glauques en dessous; gaine poilue, à poils gris et droits.
Epis en panicule lâche, d’abord l'astigiée, ensuite étalée, longue de 1-2 cm.,
«à branches non verticillées : les inférieures, composées et plus courtes que
les supérieures; pédicelles filiformes, rigides; pédicellules capillaires ; épillets
ellipsoïdes; première glume, deltoïde, tronquée, trois fois plus courte que
l’épillet; les deux supérieures, stériles, de même longueur et à 5 nervures ;

1. Ce grand panis est aujourd’hui cultivé dans presque toutes les régions chaudes et on
le considère, avec raison, connue un des meilleurs fourrages à faire consommer vert, en
ayant soin de l’associer à d’autres herbages pour l'alimentation des bestiaux. Il est meme
introduit en France et va jusqu’à la Loire, depuis le M idi; on le multiplie de graines qu’il
produit en petite quantité, et plus ordinairement par les fragments de rhizome. (E. II. i

�520

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

caryopse convexe sur le dos. poli el luisant, blanchâtre, comprimé et pourvu
de sillons du côté du ventre. Ressemble de prime abord à des pieds maigres
de l'herbe de Guinée. — Assez abondant dans les endroits sablonneux des
environs delà Basse-Terre; çà et là à Gourbevre ;bords du V a ica n a rd ) ; beau­
coup plus abondant dans les savanes des environs du Moule, où il forme
gazon sur une étendue souvent considérable. Alt. 0-350 mèt. [N°3184, variété
à feuilles pubescentes.] |
’ N° 3178, variété à feuilles glabres.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Martinique.

P. nemorosum Sw\. Ichnanthus nemorosus S\v.; Panis des bois. Trin., Ic .,
t. 210. — Annuel, rampant, radicant, long de 35-70 cm., branchu, glabrescent, délicat. Feuillesovéesou ovées-lancéolées, pointues, obliques à la base,
demi-amplexicaules; gaine légèrement pubescente. Fpis simples, rarement
composés, solitaires ou en panicule courte, pyramidale; épillets assez volu­
mineux, elliptiques-oblongs, dressés, à pédicelles courts : les trois glurnes
stériles, subégales, l'extérieure à 3, les deux supérieures à 5 nervures, el la
troisième munie de glumellules. — Assez abondant dans les chemins des
caféières et cacaoyères, des bois de petite futaie, secs ou humides : fontaines
Didier el Absalon, Morne-Vert, La Régale, Gros-Morne. Alt. 300-650 met.
N° 773. — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
P. pulchellum Raddi ; Panis petit et gracieux. — Annuel, rampant, radicanl, délicat, glabre, peu feuillu, long de 30-50 cm., à chaume filiforme.
Feuilles courtes, ovées, pointues; gaine courte, ciliée. Epis 7-21, allongés,
simples ; les inférieurs, très distants; les supérieurs, plus rapprochés et plus
courts,constituant ensemble une panicule très lâche, fasligiée, étroite,longue
de 10 cm.; épillets distants, unilatéraux, souvent avortés, ovoïdes-pointus;
glume inférieure, deltoïde, deux fois plus courte que lépillet, à 1 nervure;
les deux supérieures, à 3 nervures. — Rare ; çà et là dans les endroits om­
bragés des environs de la fontaine Didier el des hauteurs du Carbet. Alt. 20400mèt. [N° 767. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
’ P. paliens S w .; Panis à couleurs pâles. Trin., /c., t. 211. — Annuel,
branchu, rampant, radicant, souvent ascendant, long de 30-90 cm. Feuilles
nombreuses, rapprochées, ovées-lancéolées ou lancéolées, brièvement ou
longuement acuminées, sessiles, inégales, glabres ou ciliées à la base; ligule
glabre dans tous mes spécimens); gaine glabrescenle. Epis racémiformes, le
plus souvent légèrement composés, en panicule axillaire et terminale, acuminée à la base el élargie au sommet, longue de 7-10 cm. ; les panicules axil­
laires plus courtes; pédicelles anguleux; épillets elliptiques-oblongs. Glume
extérieure, trois fois plus courte que l épillet, à 3-5; les deux supérieures, à
5-7 nervures. Fleurs fertiles, munies, à la base, de deux appendices liguliformes ; caryopse à base garnie de deux petits prolongements. — Abondant
dans les sentiers des caféières et cacaoyères, des bois humides, etc., de toute

la Guadeloupe proprement dite; assez raresurles mornes des Grands-Fonds.
Alt. 90-800 mèt. [N® 2686.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans les chemins des plantations, mais surtout
dans celles de la fontaine Didier, du Morne-Vert et du Morne-Rouge. Alt. 50600 mèt. [N® 773.]
* P. (lira rica lu ni L., P. bamhusoides Hamilt.; Panis à branches divariquées. \ ulgo ; Petit bambou, calumet. Lam., ///., t. 13, f. 3 sup. — Vivace
par ses rhizomes, sarmenteux, pouvant atteindre jusqu'à 7 mèt. d'éléva­
tion, très branchu, à branches tombantes, grêles, divariquées, à chaume
ligneux dans le bas, plus gros qu'une plume d'oie, renllé aux nœuds.
Feuilles étroites, Iancéolées-linéaires, acuminées, courtes, distiques, glabres
ou légèrement pubescentes. Epis en panicule peu branchue, à branches
simples ou composées (selon la fertilité du terrain); pédicelles inégaux; épil­
lets obovés, très verts; glume inférieure, très concave-venlrue, déviée ou
souvent presque horizontale, à 7 nervures; les deux supérieures, stériles
polies et luisantes, de même longueur, surmontées d’ une petite touffe de poils
soveux, blancs; caryopse convexe sur le dos, aplati du côté ventral. — Abon­
dant dans les bois secs, pierreux ries mornes inférieurs de toute la Guade
loupe et de ses dépendances. Alt. 5-400 mèt. [N° 3182.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit calumet. — Hauteurs de Case-Pilote, du Carbet,
des Trois-Ilets, de la Régale, du Diamant, etc. [N° 769.]
P. Sloanei Griseb., P. aiborescens Sieb. ; Panis de Sloane. Yulgo ;
Calumet. SI., t. 71, f. 3. — Vivace par ses rhizomes, sarmenteux, haut de
3-5 met. et au delà, branchu, à branches pubescentes ; chaume ligneux, deux
fois plus gros dans le bas qu'une plume d'oie, à nœuds larges, renllés. Feuilles
obovales-lancéolées, acuminées, finement pubescentes en dessous et glauques,
souvent inégales à la base; gaine pubescente ou seulement ciliée sur les
bords, à l’état adulte, fortement poilue dans la jeunesse, finement striée et
garnie de nombreux petits tubercules au fond des stries. Epis en panicule
obovée ou pyramidale, lâche, longue de 13 cm., à branches divergentes, peu
distantes et peu composées : les plus basses souvent renfermées dans la gaine
de la dernière feuille; épillets obovés-obtus, verts ou noirâtres; glurnes
stériles, arrondies ; les deux supérieures, légèrement inégales et à 11 nervures.
— Abondant dans les haies et les lisières des mornes inférieurs, secs ou
humides, dans les clairières des bois de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 0-600 mèt. [N° 3613.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Calumet. — Dans tous les bois jusqu'à une altitude de
550 mèt. [N° 770.]
P. eompaclum Sw. ; Panis à panaches compacts. Yulgo : Calumet. — Dif­
fère du précédent, auquel il ressemble beaucoup : par sa taille moins élevée,
ses feuilles plus étroites ; par les panicules, dont les branches inférieures sont

�524
M

GRAMINEES

PLANTES DP LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
artinique.

Yulgo : Calumet, petit bambou. — Abondant. — Alt. 400-

1000 mèt. [N° 1341.]
I. rigens Trin. ; Isachnè à feuilles rigides. Yulgo : Petit calumet.— Orne­
mental, vivace par ses rhizomes, haut de 26-50 cm., très branchu, d'un aspect
grisou vert très pâle; à racines fortes, longues et très nombreuses; à chaume
souvent couché à la base et radicanl , ensuite droit. Feuilles distiques, courtes,
très rapprochées, rigides, linéaires-acuminées, scabres; gaines courtes, lais­
sant après la chute des feuilles des protubérances annulaires. Epis courts,
en panicule courte, rigide, droite, ovale-pyramidale, longue de 6-8 cm.;
pédicelles courts et inégaux ; épillets obovoïdes ; les deux glumes inférieures,
inégales, à 7 nervures. — Assez abondant dans la haute région où il vit
souvent en société sur d'assez grandes étendues : Savane à Mulets, Savane
aux Ananas, Grande-Découverte, Nez-Cassé, etc. Alt. 1200-1480 mèt.
[N° 2705] et [N° 3190] la grande variété.
M a r t in iq u e . Yulgo : Petit calumet. — Montagne-Pelée, Pilons-du-Carbet.
[N° 1312.]
Setaria P. Beauv. du latin « seta ». soie de porc, parce que le rachis des
épis porte de nombreux faisceaux de soies droites et rigides.)
S. glauca P. Beauv., variété penicillata Griseb. ; Sétaire à feuilles glauques.
Yulgo : Herbe-salon. Trin., /c., t. 195. — Annuel ou bisannuel, cespiteux,
d’un aspect grisâtre; à racines souvent rampantes dans les vieux pieds; à
chaume le plus souvent penché, haut de 40-70 cm. ; à nœuds presque toujours
géniculés dans le bas. Feuilles glauques, rigides, droites, étalées, plates,
linéaires-acuminées, rétrécies à la base; gaines et ligules glabres. Inflores­
cence en épis vert jaunâtre, cylindriques, longs de 8-13 cm., solitaires, ter­
minaux; épillets rapprochés, solitaires, subverticillés, uniflores, insérés sur
quatreou six rangs, pédicellés, chaque pédicelle portant, à la base, un faisceau
de soies jaunâtres (à la maturité), quatre ou cinq fois plus longues que
l'épillet, et barbelées, à barbules tournées de bas en haut; glume extérieure
deux fois plus courte; la deuxième, carénée et une fois plus courte que les
épillets; glumes fertiles égales; étamines 3, a anthères brunes; caryopse
transversalement sillonné, convexe sur le dos, plat sur le côté ventral. —
Assez abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. — Les épis se conservent longtemps ; on les
cueille pour en faire des bouquets de salons. Alt. 0-600 mèt. [N° 2694.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Ilerbe-salon, herbe à bouquets. — Dans toute File.
Alt. 0-500 mèt. [N° 1314. Introduit probablement de France dans les
deux colonies.
S. iialica P. Beauv.; Sétaire d'Italie. Yulgo : Petite queue-de-renard.
Trin., le , t. 198. — Annuel, glabre, droit, ornemental, haut de 60-80 cm.
Feuilles plus larges et plus longues que dans le précédent. Epis rapprochés,

525

courts, formant une panicule serrée, longue de 11-13 cm. sur 4 cm .dediamèt., oblongue; soies involucrales 5-8, cinq fois plus longues que les épillels, réunies à la base sur une longueur de 1,5 mm.; épillets elliptiques,
oblongs; caryopse linement pointillé. Facile à distinguer du précédent ; par
son port, sa panicule courte et épaisse; par sa taille beaucoup plus vigou­
reuse. — Probablement introduit d'Europe. — Rare ; çà et là dans les envi­
rons du bourg du Marin, dans les terres fertiles et cultivées. [N° 1315. — Je
ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
S. verlicillala P. Beauv.; Sétaire verticillé. — Annuel, glabre, haut de
35-45 cm., droit, beaucoup plus délicat que les deux précédents; chaume à
nœuds noirs. Epis très courts, en glomérules verlicillés par 4, formant
ensemble une panicule longue de 4-6 cm., serrée, cylindrique ; épillets sessiles, cinq ou six dans un glomérule; soies involucrales 2-4, droites, courtes,
inégales ; la plus longue dépassant une fois l’épillet. — Probablement intro­
duit de France. — Assez rare : terres sablonnes des environs du Marin et dans
les plaines entre le Marin et Sainte-Anne. Alt. 0-80 mèt. N° 787.] — Je ne
l’ai pas vu à la Guadeloupe.
S. selosa P. Beauv.; Sétaire séteux. Vulgo : Avoine-savane. Trin., 7c.,
t. 96, A 95. — Annuel, grêle, haut de 50-85 cm., rarement plus haut; à
rhizome rampant dans les vieux pieds; à chaume d'abord droit, ensuite
incliné, nu dans le haut, sur une étendue de 6-20 cm. Feuilles peu nom­
breuses, linéaires-acuminées, roulées. Epis courts : les inférieurs, très dis­
tants, longs de 2-3 cm.; les supérieurs, graduellement plus rapprochés et
plus courts, formant ensemble une panicule très allongée, souvent longue de
20 cm., l’astigiée; épillets elliptiques, pointus; caryopse transversalement
strié; soies involucrales 1-3, trois ou quatre fois plus longues que les épillets,
quelquefois presque nulles; axe des épis garni de petits poils. — Très abon­
dant dans les terres sèches, arides, calcaires ou sablonneuses de Baillif, de
Bouillante, de Pigeon, de Deshaies, de Yieux-Fort, des Saintes (Terre-deIlaut), de Marie-Galante, etc. — Alt. 15-200 mèt. [N os 2697, 2698, 3188.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Avoine bâtard. — Hauteurs du Diamant, Gros-Ilels
des Trois-Ilets, rochers du bord de mer de Sainle-Luce. Alt. 4-280 mèt.
[N° 541.]

Pennisetum Rich. (du latin « penna », plume, et « seta », soie de porc,
parce que les soies involucrales sont plumeuses à la base )
P. setosum Rich.; Pennisetum séteux. Yulgo ; Herbe à soies.— Vivace
par ses rhizomes, cespiteux, haut de 0 iu9 0 -lm 50, droit, ornemental. Feuilles
plates, droites, assez rigides, linéaires-acuminées, rétrécies à la base; ligule
garnie de poils soyeux; gaine des feuilles inférieures bordée de cils. Inilorescence en épis longs de 12-18 cm., cylindriques, pointus, légèrement inclinés
au sommet ; épillets biflores, à Heurs pourpres, sessiles, quadrisériés, insérés

�526

GRAMINÉES

PLANTES DR LA (ÎÜADELOUPB ET DE LA MARTINIQUE

sur de petites protubérances du rachis, chacun niché au fond d'un faisceau
desoies; soies unies à la base : les quatre extérieures, longues, dont une très
longue; les intérieures, plus courtes, toutes plumeuses à la base; glumes
inégales, concaves, muliques : l'inférieure, petite ou avortée; les glumes
stériles, au nombre de 3; glumellules 3; étamines 3 ; style 2; étamines et
styles pourpres. — Assez peu répandu : çà et là dans les terres sablonneuses
des environs de Saint-Pierre (Boulevard), de Fort-de-France, Trois-Ilels
rare). Alt. 5-150 met. N° 1316. — -le ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Cenchrus L. (du grec « kenchron », millet, à cause de la ressemblance du
caryopse avec un grain de millet.)
* C. echinatus L. ; Cenchrus hérissé de piquants. Yulgo : Herbe rude,
herbe-collant, herbe piquante (aux Vieux-Habitants), herbe-poule mâle (au
Moule . — Annuel, haut de -10-70 cm., presque toujours couché et radicant
à la base, ensuite ascendant; à chaume mou, supérieurement branchu, très
feuillu. Feuilles relativement larges, allongées, linéaires-acuminées. Inflo­
rescence en épis terminaux, cylindriques, longs de 7-0 cm. ; épillets bi-quadriflores, insérés sur quatre rangs, renfermésdans uninvolucre large, ventru,
très dur; à 0 lobes linéaires, séteux et spinescents, inégaux : les uns, droits;
les autres, infléchis et se croisant entre eux; involucre entouré, à la base, de
18-20 soies adhérentes, infléchies, séteuses : les unes, plus courtes; les autres,
plus longues que cet involucre; glumes 2, minces, transparentes, renfer­
mant un caryopse libre, sessile, comprimé, presque aussi large que long, et
surmonté d'une pointe courte, émoussée et brune. — Assez abondant dans
les savanes herbeuses delà basse région de toute la Guadeloupe proprement
dite : plus rare à la Grande-Terre, à la Désirade cl à Marie-Galante.
Alt. 0-250 mèt. [N°2718.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe rude. — Dans la région inférieure de toute
l'ile. [N° 790.]
C.
tribuloides L. ; Cenchrus dont les épillets ressemblent à un fruit de
Tribulus. Yulgo : Herbe rude, pied-poule mâle (au Moule). SI., l. 65,
f. 1. C. spinifex Cav.). — Diffère du précédent : par sa taille moins
élevée; par son chaume plus couché et moins branchu; par ses épillets
moins volumineux ; par ses soies involucrales, moinsnombreuses, mullisériées,
noirâtres, divergentes, très acérées, droites ou subuliformes, lancéolées; par
les lobes de Tinvolucre plus courts, fendus jusque près de la base, plus
rigides et moins nombreux. — Espèce variable quant à la longueur des soies.
— Les fruits mûrs des deux espèces de Cenchrus se détachent facilement et
s'attachent fortement à tout ce qui les touche, au moyen des pointes propres
aux feuilles involucrales. — Plus petit que le précédent et abondant dans
toutes les savanes des basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
et de ses dépendances. Alt. 0-600 mèt. [N°3173.]

M artinique.

527

Yulgo : Herbe rude. — Abondant dans toute l'ile. (N° 791.]

Anthephora Schreb. (du grec « anthos », fleur, et « pherein », porter,
parce que, dans les espèces-types, les épillets portent une fleur neutre et une
fleur hermaphrodite.)
A.
elegans Schreb., Tripsacum hermaphroditum L. ; Anthéphore élégant.
JVulgo : Herbe-collant. — Annuel, élégant, très droit, haut de 30-60 cm.,
rarement plus haut; à chaume mou, glabre; à ligules et gaines glabres.
Feuilles linéaires-acuminées. Inflorescence en épis cylindriques, minces,
allongés, solitaires, longs de 9-12 cm.; épillets alternes, insérés sur deux
rangs, sessiles, tous hermaphrodites; involucre unisérié, divisé presque jus­
qu'à la base en quatre segments ovés-lancéolés, rétrécis à la base, durs,
presque osseux, formant quatre fentes; fleurs à deux glumes membraneuses,
plus courtes que l’involuere; stigmates 2, courts, glabres, capillaires, presque
sessiles, très aigus; caryopses petits, glabres. — Assez abondant dans toutes
les savanes herbeuses, humides de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 0-500 mèt. [N° 2717.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans toute l'ile. [X° 1319.]
Arundinella Raddi (diminutif de « arundo », roseau.)
A. martinicensis Trin. ; Arundinelle de la Martinique. \ ulgo : Petit
roseau. — Yivace par ses rhizomes forts et longs, très droit, haut de 111120l 1,180; à chaume ligneux dans le bas, deux ou trois fois plus gros qu'une
plume d'oie. Feuilles longues, peu nombreuses, linéaires-acuminées, scabres;
gaine à peine pubescente. Fleurs en panicule allongée, fasligiée, droite,
longue de 30-35 cm., constituée par des épis filiformes, légèrement composés,
disposés par faisceaux subverticillés; épillets bifïores, jaunâtres, distants,
lancéolés, petits, géminés; glumes inégales, à 3-5 nervures; glumes stériles,
3 : celles des fleurs fertiles, cartilagineuses, surmontées d'une arête droite
(dans mes spécimens). — Peu répandu : hauteurs du Fond Layette (CasePilote), route de Fort-de-France à la fontaine Didier. Alt. 250-300 mèt.
[N° 559.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
SOUS-TUIBU II. SACCIIAHÉES.

Manisuris S\v. (du grec « manos », rare, lâche, mince, et « oura », queue,
allusion aitx épis courts ressemblant à une petite queue, qui caractérisent ce
genre de plantes.)
M. (jranularis Sw .; Manisure granuleux. Y u lg o : Petit millet. SL, t. 80.
— Annuel, cespileux, droit, très branchu, haut de 10-70 cm., rarement plus
haut et alors penché ou tombant; à chaume mou. Feuilles fermes, légère­
ment velues; gaine laineuse, à poils droits, grisâtres, rudes. Epis axillaires,
articulés, longs de 1,5-2 cm., composés de 10-18 épillets uniflores, imberbes,

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

GRAMINEES

géminés, alternativement fertiles et neutres; (leurs fertiles, à deux glumes
concaves, dures, dont l'une inférieure et 1autre supérieure et plus longue ;
fleur stérile, à deux glumes presque égales ; étamines 3; caryopse orbiculaire,
comprimé, scrobiculé, blanc à la maturité, de la grosseur d'une tête d’épingle.
— Çà et là dans les champs sablonneux, fertiles de la région inférieure;
roule de la Basse-Terre a Gourbeyre, Trois-Rivières, Moule, Gosier, etc.
Alt. 0-360 met. [N° 3172.]
M a rt i n i q u e . Vulgo ; Herbe queue-de-souris, petit millet. — Plus abondant
(1u'à la Guadeloupe : Trou-Vaillant, chemins des champs de cannes de la
Basse-Pointe, Macouba, Parnasse, Ajoupa-Bouillon. [N° 1275.]

capillaires, élargis el épais au sommet; paniculé longue de 25-30 cm. ; arti­
culations du rachis élargies, garnies de poils fins, soyeux et blancs; glumes
extérieures de la fleur fertile acuminées et munies d’une arête légèrement
géniculée. — On se sert des panaches pour orner les salons et du chaume
pour couvrir les cases. — Assez abondant sur les coteaux secs des basse et
infra-moyenne régions de toutel’île : Vieux-Fort, Vieux-Habitants, Deshaies,
Bouillante, etc. Alt. 50-400 mèt. [N° 3817.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-panache. — Environs de Saint-Pierre, SainteAnne, Marin (mornes Sulpice et Gommier). Alt. 0-110 mèt. [N° 1299.j

528

Andropogon L. idu grec « aner », homme, et « pogon », barbe, allusion
aux poils et arêtes des épillets et de l'axe des épis.)
A. saccharoides S\v. ; Andropogon à épillets semblables à ceux de la flèche
de la canne à sucre. — Annuel, haut de 45-70 cm., droit, grêle, rarement
couché à la base; à chaume nu dans le bas. Feuilles distiques, courtes, très
rapprochées, glabres ou plus rarement velues; ligule poilue; gaine glabre.
Kpis articulés, longs de 3-5 cm., au nombre de 5-7, formant un faisceau
paniculé, long de 4-7 cm. ; épillets fertiles, sessiles, munis d'une longue arête ;
épillets neutres pédicellés; axe de l’épi garni de poils fins. — Assez abondant
dans les endroits rocailleux et secs de la basse région : Baillif, falaises du
Galion, les Saintes (Terres de Haut et de Bas). Alt. 0-200 mèt. [N° 3170^
M ar ti n iq u e . — Diamant, Sainle-Luce (sur les rochers près du bord de
mer;, Trois-Ilets (rochers de la pointe Salomon), Anses-d’Arlet (pente du
morne Larcher). N° 1296.
A. coniortus L. ex parte)., A. secunclus W illcL; Andropogon à barbes
longues et entrelacées. — Annuel, cçspiteux, droit, haut de 45-90 cm.,
branchu, à gaine et ligule glabres. Feuilles allongées, linéaires-acuminées.
Epis solitaires, longs (la barbe y comprise) de 11 cm. ; épillets allongés, 1215, dont les 6-9 inférieurs sont mâles et à glume extérieure lancéolée-acuminée, à deux ailes ciliées sur les bords; les 6-7 supérieures, fertiles, chacun
muni d'une arête légèrement géniculée, brune, longue de 7-10 cm. ; arêtes
s’entrelaçant en spirale dans la moitié supérieure, poilues et libres dans la
partie inférieure, au-dessous du genou. — Peu répandu ; dans la partie basse,
le long de la route qui va du bourg à l'habitation Sainte-Sophie (Baillif).
[N° 3137.1 — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
«
A. condensalus H. B. et Kth . variété paniculalus Ilack.; Andropogon à
paniculé dense. Yulgo ; Herbe à bonhomme. — Vivace par ses rhizomes, très
droit, très cespiteux, rigide, haut deO '"80-1 Ul20. Feuilles rigides ; les inférieures,
assez courtes; les supérieures, très courtes. Epis alternes, en partie cachés
dans une bractée très étroite, latéralement comprimée, allongée, longue de
3 cm. et garnie, à la base, d une petite toull'e de poils très fins; pédicelles

529

A. A ardus L., variété cerifera Ilack., A. cilralus DG. Vulgo : Citron­
nelle. — Vivace par ses rhizomes stolonifères, plus ou moins rampants, blancs,
durs, ligneux et épais; à chaume droit, haut de 1-1 "* 70. Feuilles longues,
penchées, étroites. Fleurs en paniculé très lâche, allongée, longue de 3045 cm., composée d'épis courts, peu nombreux, géminés, garnis, à la base,
d'une bractée spalhacée, concave, très aiguë, rougeâtre, apprimée, pliée en
deux; pédicelles filiformes, noirs, articulés près du sommet; articulations
du rachis garnies de poils à la base. — Fl. en août, septembre et octobre. —
Introduit et cultivé comme plante sudorifique; originaire de l'Inde et de
l'Arabie. — Basse-Terre, Moule, les Abymes (abondant au cimetière).
[N° 3169.]1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Citronnelle. — Cultivé dans les jardins comme plante
médicinale. [N° 560.]
A. squarrosus L. fils, Vetiveria arundinacea Griseb., V. odorafa Virey.,
Anatherum muricalurn P. Beauv., Andropogon rnuricatus Uetz..; Andropogon
muriqué. Vulgo : Vétiver. — Vivace par ses rhizomes, très cespiteux,
haut de 1in 50-2 mèt., à feuilles très longues, inclinées; à épis en panicule large, pyramidale; à épillets muriqués.— Se cultive à la Guadeloupe, où
on le plante à côté des routes pour fixer les terres. — L'odeur forte des
racines chassela vermine qui, dans les pays chauds, attaque si facilement les
vêtements de laine : cette particularité vaut à la racine un emploi journalier
dans les deux colonies; son chaume, dur, sert à couvrir les cases. — Origi­
naire des Indes Orientales. [N° 3167.] 1. C’est la citronnelle de l'In dequi est cultivéeà Ceylan et à Singapoore où elle atteint
une hauteur de I n‘ 80 et davantage. Elle se distingue des espèces voisines par sa couleur
rousseâtre, ses feuilles étroites et ses épis courts. On en extrait, par la distillation, une
essence d’un jaune verdâtre clair, offrant une couleur comparable à celle d’un mélange
de citron et de rose. Cette essence est connue dans le commerce anglais sous le nom de
Citronnelle oil et elle sert, dit-on, en France, à sophistiquer l’essence de mélisse officinale
dont elle a un peu l’odeur. (E. II.)
2. La racine de cette plante est aujourd’hui dans le commerce européen ; elle est employée
soit comme drogue, soit comme parfum. Elle se présente en paquets formés de racines
fibreuses, grêles, dures, ligneuses, de couleur jaune pâle, et dont les radicelles, très nom­
breuses, sont entremêlées d’une façon inextricable. En économie domestique, elles sont
Dus». — Plante* Guadeloupe et Martinique.

34

�53 0

PLANTES DR LA GUADELOUPE

ËT

DE LA MARTINIQUE

Vulgo : Vétiver : çà et là dans les jardins et autour des mai­

ses bractées plus larges, mais surtout par la longue arête, droite, que porte
la fleur femelle de chaque épillet. — Mêmes localités et même altitude,

A. imberbis Hack., variété mulicus Hack.; Andropogon sans arêtes. —

mais moins abondant. [N° 3518. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à panache. — Trois-Ilets, Morne-Rouge, Dia­
mant, Gros-Morne, etc. |X° 1301.]

M artinique.

sons. ! N° 1303.
Vivace par les rhizomes, plus ou moins droit, haut de 40-60 cm. Feuilles
extrêmement nombreuses, imbriquées à la base, confinées dans le bas du
chaume, très longues, roulées, linéaires-acuminées, glabres. Epis solitaires,
longs de 7-8 cm., axillaires et terminaux, renfermés à la base dans la gaine;
épillets glabres, alternes, couchés dans les cavités du rachis imberbe et arti­
culé. — Abondant. Endroits secs et rocailleux près de la mer : Vieux-Fort,
Baillif. [N° 3171.]
M a rt i n i q u e . — Rochers du bord de mer entre Sainte-Luce et RivièrePilote. [N° 784.]
A. bicornis L., Anatherum bicorne P. Beauv.; Andropogon à épillets
bicornes. Vulgo : Herbe au pauvre homme. SI., t. 15. — Vivace par ses
rhizomes, très cespiteux, droit, haut de 0 m 80-1 1,1 20, rarement plus haut.
Feuilles distiques, linéaires-acuminées, très longues, rigides, souvent légère­
ment poilues vers la base, scabres sur les bords : les inférieures, tombantes,
très nombreuses et rapprochées de la bâse du chaume; les supérieures, dis­
tantes, plus courtes; ligule souvent ciliée; gaine glabre. Inflorescence en
panicule très large, rétrécie à la base, supérieurement élargie, composée de
panicules secondaires formées d'épis digités par 2-3, verdâtres, renfermés
d'abord complètement dans une bractée cylindrique-comprimée, acuminée,
verte, longue de 2-3 cm.; pédoncules secondaires longs, filiformes, rigides;
rachis des épis articulés, chaque articulation munie de poils fins, très soyeux,
et d’une fleur mâle et femelle : la mâle, avortant ou se réduisant à un
simple pédicelle; la femelle, dépourvue d'arêtes. — On se sert, pour la cou­
verture des cases, du chaume qui est très tenace et dure longtemps. — Abon­
dant dans les savanes sèches, souvent arides des basse et infra-moyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 90-900 mèt.
[N° 3168.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe-panache. — Abondant dans toute l'île. Alt.
50-600 mèt. |NU 1302.1
A. leucostacbyus H. B. et Kth. Anatherum domingense Rœm. et Schult. ;
Andropogon à épis blancs. Vulgo : Herbe au pauvre homme, paille du
pauvre homme. SI., t. 68, f. 2. — Diflere du précédent, auquel il ressemble
beaucoup : par sa taille moins élevée, ses épis et ses panicules plus courts,
employées pour parfumer le linge, les étoffes et en éloigner les insectes. En médecine,
c’est surtout un stimulant. Dans l’ Inde, on en fait même des paniers et des stores odorants.
On v a trouvé une résine, une matière extractive amère et une huile essentielle employée
en parfumerie. Cette plante est cultivée depuis longtemps en A lgérie pour les besoins de
la parfumerie locale. (E. H.)

A. Sorghum Brol., Sorghum vil lg are Pers. ; V u lgo: Sorgho à mil, gros
millet. Desc., vol. V II, t. 541. — Haut de 2-3 m è t.— Introduit et cultivé
çà et là en petite quantité, principalement pour la nourriture des oiseaux V
[N° 3191J : 1° à caryopses blanchâtres, variété effnsus Hack. [N° 3191 b |;
2" à caryopses noirs, variété niger Ilack.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Sorgho, gros millet : [N° 1327 j , variété e/fusus,
qu’on rencontre çà et là à l'état sauvage; [N° 788], variété vulgaris , et
[N° 788 /&gt;], variété niger.
Arthraxon P. Beauv.
A.ciliarisP. Beauv., variété: Quintinianus Hack. ; Arthraxon cilié. Vulgo :
Ilerbe-savane. — Vivace par ses rhizomes, longs, rampants et noueux,
couché et radicant à la base, ensuite plus ou moins ascendant, haut de 2045 cm. ; à chaume branchu, mou, délicat, capillaire dans le haut. Feuilles
petites, cordées à la base, ornées, pointues, ciliées à la base ; ligules et
gaines glabres. Inflorescence en panicules digitiformes, axillaires et termi­
nales, composées de trois à huit épis d'inégale longueur, les plus longs
mesurant 3 cm. ; épillets alternes, allongés, sessiles, noirâtres ; glume
extérieure noire, surmontée d'une arête géniculée au-dessus de la base. —
Très abondant dans les savanes herbeuses du Gommier et de l'habitation
Mousine, où il vit en société sur une grande étendue : Bagatelle, Parnasse,
etc. Alt. 400-600 mèt. [N° 3136.] — 11 n’existe pas à la Martinique.
Themeda Forsk. ( du mot arabe « Thæmed ».)
T. ci/iata Hack. ; Théméde à feuilles ciliées. (Anthistiria L.) — Haut de
50-80 cm., vivace, plus ou moins droit, très branchu, rarement couché à la
base et alors radicant et géniculé ; à chaume ligneux dans le bas ; à ligule et
gaine glabres (dans mes spécimens). Feuilles étroites, glabres. Inflorescence
en épis longs de 7-8 mm. (sans l'arête], solitaires, chacun renfermé, avant
son épanouissement, dans une feuille spathiforme, ovale-lancéolée, pointue,
garnie, à la base, de cils longs, droits, qui sortent d’un gland basilaire ; épis
1. Sous le nom de Grand millet de l lnde, blé de Guinée et Dourra, cette plante est
cultivée dans l ’Inde et en Afrique, où elle forme la base de l ’alimentation des indigènes
( Couscous des Arabes et des nègres). Sous les climats chauds et en terre arrosée, cette
graminée est très productive. Coupée avant la formation du grain, elle constitue un
excellent fourrage. Sa culture est très ancienne, aussi a-t-elle donné une foule de variétés,
notamment une d’entre elles, nommée Sorgho cernuum par quelques botanistes, et qui
est remarquable par la blancheur et la grosseur de son grain. (E. H.)

�532

PLANTES DE LA GUADELOUPB ET DK LA MARTINIQUE

formant des faisceaux paniculés, pédoncules, distiques, qui, à leur tour,
constituent une panicule allongée, interrompue et toujours penchée;
pédoncules et pédicelles glabres. Épis à sept épillets ; les quatre premiers à
fleurs mâles, sessiles, verticillées, couvrant les autres, chacune ayant deux
glumes extérieures rigides, aiguës, roulées sur les bords et quelquefois
ciliées,* qui restent attachées au rachis après la chute de l'épillct, et deux
glumes intérieures, ovales, minces et transparentes ; au-dessus des épillets
mâles, un épillet hermaphrodite, cylindrique, sessile, à une glume extérieure,
coriace, roulée, velue à la base, et à deux glumes intérieures, oblongues,
presque égales, légèrement obtuses; à trois étamines pourvues de filets courts
portant des anthères droites, oblongues ; à deux styles avec des stygmates
pileux et en massue ; à un ovaire de la base duquel part une arête légère­
ment pubescente, longue de 40-43 mm., tortueuse et filiforme dans sa moitié
inférieure, géniculée un peu au-dessus du milieu, capillaire et droite audessus du genou ; de chaque côté de la fleur hermaphrodite, un épillet sté­
rile, pédicellé : l’un, légèrement plus court et plus étroit que l’autre, les
deux, lancéolés et pointus aux deux extrémités; base de la fleur hermaphro­
dite garnie d'une touffe serrée de poils courts; caryopse mûr très brun, dur,
oblong, enveloppé par la glume. — Peu répandu : assez abondant sur les
terres argileuses de l’habitation Sainte-Catherine, près de Fort-de-France.
Alt. 40-130 mèt. [N os 333, 1304.]

Ischæmum Lin., du grec « ischein », arrêter, et « aima », sang, parce que la
plante servait autrefois à titre d’hémostatique.)
I. lutifolium Kth ; Ischæme

larges feuilles. (Ischæmopogon Griseb.)
Yulgo : Pied-poule-falaise. — Vivace par les rhizomes rampants, haut de
0m90-lm40, quelquefois sarmenteux et haut de plus de 3 mèt.; à chaume
géniculé, renflé aux nœuds, rarement droit, le plus souvent tortueux. Feuilles
largement lancéolées-linéaires, glabres, lisses, plates, acuminées ; à ligule
garnie de poils droits, blancs; gaine glabre. Inflorescence en panicule digitée, composée de 8-15 épis racêmiformes, de longueur variable : les plus
longs mesurant 9 cm. ; épillets biflores, pourpres, lancéolés, pédicellés, à
pédicelles articulés au-dessus du milieu et garnis de poils très fins aussi longs
que les pédicelles mêmes : les deux glumes inférieures, stériles, cartilagi­
neuses, cuspidées, noirâtres, sans arêtes; la troisième, mâle, avec une glumellule ; la quatrième, femelle, avec une glumellule et garnie d’une arête
tordue ou droite, légèrement géniculée ; étamines 3, pourpres, à anthères
dressées. — Abondant dans les endroits non boisés, humides et aquatiques
des régions infra et supra-moyenne de toute la Guadeloupe proprement dite.
Alt. 200-1000 mèt. [N ° 3366.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Herbe à laine. — Dans les clairières et falaises
humides de toute la partie montagneuse de l'île. [N ° 783.]
à

GRAMINÉES

533

Saccharum L. (du grec « sakchar, sakcharon », sucre, en arabe « soukar ».)
S. officinarurn L. ; Saccharum officinal. Yulgo : Canne à sucre. Tuss.,
7*7., I, t. 23-25; Desc., vol. IV, t. 287; vol. 1,1. 493. — Vivace par ses stolons,
haut de l m80 à 3 mèt., rarement plus haut (certaines variétés peuvent cepen­
dant, dans une terre fertile, atteindre 4-5 mèt.). Feuilles distiques, amplexicaules, finement serretées sur les bords : celles du milieu, longues de 1-1m50
sur6-7 cm. de large dans leur plus grande largeur, graduellement acuminées,
glabres, légèrement rétrécies vers la base et souvent garnies de poils, par­
courues d'une côte large, blanche ; les supérieures, plus courtes et formant
une sorte d’éventail terminal et dressé ; celles du milieu et du bas, penchées
à l’extrémité. Toutes les feuilles se fanent et se détachent à mesure que la
canne mûrit ; ligule le plus souvent garnie de poils ; gaines longues de 3040 cm., fendue du sommet jusqu'à près de la base ; jeunes nœuds légèrement
pubescents et couverts d’une poussière glauque ; chaume cylindrique, lisse,
d’une épaisseur moyenne de 4 cm.; intervalle d'un nœud à l’autre, d'une
longueur moyenne de 11 cm. Inflorescence en panicule pyramidale, nom­
mée vulgairement « flèche » dans nos colonies, longue de 30-40 cm., composée
d’épis ramifiés à la base, longs de 15-30 cm., articulés, à articulations
garnies, à la base, d’une touffe de poils soyeux, fins et deux ou trois fois plus
longs que les épillets ; rachis commun et secondaires sillonnés ; épillets
petits, biflores : la fleur inférieure, sessile, mâle, renfermée dans deux
glumes; la supérieure, pédicellée, femelle ou hermaphrodite, également
renfermée dans deux glumes ; glume involucrale sans arête et souvent nulle ;
étamines 2-3, brunes ou noirâtres ; styles 2, allongés, à stigmates plumeux ;
caryopse sessile, très petit, ou manquant ou avorté. — Les feuilles consti­
tuent un bon fourrage pour les chevaux et le bétail. — Originaire de l’Asie
méridionale ; introduit à Saint-Domingue, en 1506, par Pierre d’Arranca ;
le Catalan Michel Balestro fut le premier qui en exprima le jus, et Gonzale
de Celosa le premier qui en fit du sucre. — On en cultive plusieurs variétés,
dont les principales sont : la canne créole, la canne violette ou de Batavia, la
canne noire, la canne de Salangor, la canne blanche et la canne de T ait i ;
c’est cette dernière qui est le plus souvent cultivée. — Dans l'année 1896, la
Guadeloupe a exporté 43.299.757 kilog. de sucre d'usine. Alt. 0-500 mèt.
[N° 1328.] — M a r t i n i q u e . Yulgo : Canne à sucre. (Spécimen manque.)
Imperata Cyr. [dédié à l'Italien Ferrante Imperate, qui vivait au
xvie siècle ; il a écrit un ouvrage sur l’histoire naturelle (Naples, 1599.)]
I. caudala Trin., I. contraclurn IL B. et Kth; Imperata en panicule à
queue de renard. Y ulgo : Herbe queue blanche. SI., t. 70, f. 1. (Saccharum L.)
— Y’ivace par ses rhizomes, ornemental, haut de 0m80-l mèt., droit, élancé;
à chaume sous-ligneux à la base, cylindrique. Feuilles peu nombreuses,
lancéolées-linéaires, plates ; ligule glabre (dans mon spécimen) ; gaine égale-

�534

GRAMINÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

ment glabre. Inflorescence en panicule droite, pyramidale-allongée, longue
de 20-26 cm., composée d épis plus longs dans le bas de la panicule que dans
le haut ; rachis des épis non articulé ; épillets non articulés, laineux, gémi­
nés, biflores, inégalement pédicellés, garnis, à la base, d'une touffe de poils
soyeux, blancs, et quatre ou cinq fois plus longs que les épillets : les deux
glumesinférieures, stériles, membraneuses; les deux glumes fertiles, sans
arêtes; la troisième renfermée, dépourvue de glumelles; étamine 1 ; styles 2,
à slygmales plumeux ; caryopse oblong, libre. — Peu abondant et peu répandu :
çà et là dans les terres sèches et rocailleuses des environs du bourg du Dia­
mant. Alt. 10-80 met. V 1306. — Je ne l ’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
Coix L. fdu grec « koïx » (Théophraste), qui est un palmier: Iîyphaene
coriacea Gaertn. — Linné croyait que Théophraste avait voulu désigner par

CYPKHACÉES

535

canne à sucre ; à fleurs monoïques séparées sur le même pied : les mâles,
situées dans le haut en une panicule terminale composée de 10-15 épis, longs
de 10-15 cm., à épillets alternes biflores, géminés, à 3 étamines ; les femelles,
axillaires, situées au-dessous des mâles, appliquées en dix rangées, sur une
sorte despadice cylindrique et renfermé dans plusieurs spathes membraneuses,
blanchâtres; spadice surmonté d'un faisceau de filaments longs, d’abord
droits, ensuite pendants, qui ne sont que des étamines superflues. — Origi­
naire de l’Amérique continentale chaude; cultivé dans les deux colonies
principalement pour la nourriture de la volaille. Alt. 0-600 mèt. [N° 3163.]

cent

trente - quat rièm e

fa m il le .

— CYPERACEES.

Les espèces marquées d’un * sont fourragères.

ce nom une graminée.)
C.
Lacryma L. ; Coïx-larme (par allusion aux caryopses blanchâtres, lui­
sants et ovoïdes rappelant la forme d’une larme.) Yulgo : Larmes de Job. —
Vivace par ses rhizomes, plus rarement annuel, droit, haut de 0m6 0 -lm60,
branchu dans le haut; à chaume ligneux dans le bas. Feuilles comme celles
de la canne à sucre, mais plus courtes, alternes, glabres, traversées par une
côte blanche, cordées à la base ; ligule glabre, marquée de chaque côté d une
tache brune; gaine courte, lâche, élargie au sommet. Inflorescence en pani­
cule extrêmement lâche, feuillue, terminale, composée d’épis longuement et
inégalement pédicellés, sortant par 2-3 des gaines des feuilles de la panicule;
fleurs monoïques : les femelles 1-2, rarement 3, situées à la base de l’épi ;
à 3 glumes stériles, membraneuses ; à style bipartite ; à stigmates longs,
saillants, corniculés et pubescents ; à caryopse entouré par la glumelle durcie,
osseuse, luisante, ovale-conique, ou en forme de toupie, de la grosseur d’un
pois, traversée par l’axe qui porte les fleurs mâles ; épillets à fleurs mâles,
biflores, sessiles, a deux glumes ovales-oblongues, mutiques, et à deux glu­
melles glabres, mutiques, presque aussi longues que les glumes ; étamines 3,
ovaire, sessile. — On se sert des fruits pour fabriquer des colliers, des cha­
pelets, etc.— Originaire des Indes Orientales ; introduit et naturalisé. Çà et
là autour des maisons, dans les savanes et les lieux abandonnés : environs
delà Basse-Terre, Gourbeyre, Trois-Rivières, Moule, Sainte-Anne, MarieGalante, etc. Alt. 0-600 mèt. [N° 2702.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Larmes de Job. — Saint-Pierre, Prêcheur, Carbet,
Sainte-Anne, Trinité, etc. (NT° 1280.]

Zea L. (du grec « zacin », vivre, c’est-à-dire plante fournissant une bonne
nourriture. Le Zea ou Zeki des anciens est le Triticum Spella L.)
Z. Mays L. Yulgo : Maïs (nom de la plante chez les Indigènes de l’Amé­
rique du Sud.) Desc., vol. V III, t. 544, p. 56. — Annuel, haut de 0 m80-2 mèt.
et quelquefois au delà, droit, branchu ; à feuilles ressemblant à celle de la

TRIBU I. CYPÉRÉES.

Cyperus L. (du mot « kuperos ou kuperon » des anciens, probablement
dérivé de « kupris», Vénus, à cause des vertus aphrodisiaques du Cyperus
rotondus L., localisées dans les racines odorantes. Bauhin croit que le mot
vient de « kupuros », vase, à cause de la forme ovale du tubercule de ce
même souchet comestible.)
C.
polystachyus Rottb. ; Souchet à épis nombreux. Rottb., Desc., t. II,
f. 1. — Annuel ou bisannuel, droit, cespileux, très vert, haut de 40-65 cm. ;
à rhizomes courts : à chaume triangulaire, nu dans le haut. Feuilles confinées
dans le bas. Inflorescence en ombelle contractée, composée de 7-9 épis,
constitués par un grand nombre d’épillets ; pédicellés de longueur variable;
feuilles involucrales longues de 3-6 cm. — Abondant dans les savanes
humides et sablonneuses des régions inférieure et basse de toute la Guade­
loupe et de la Grande-Terre. Alt. 0-300 mèt. [N os 3104, 3669.]
M a r t i n i q u e . — Variété major. — Abondant dans toute l'île. [N°691.]
C.
compressas L. ; Souchet à épis comprimés. SL, t. 76, f. 1; Rottb.,
Desc., t. 9, f. 3. — Annuel, plus ou moins couché, très feuillu, haut de 2030 cm., cespileux ; à chaume triangulaire. Feuilles étroites, plates. Inflores­
cence en ombelles à 3-5 rayons pédicellés, de longueur inégale, une des ombcllules sessile au centre de l’ombelle ; ombellules paniculées portant 3-6
épis, longs de 10-14 mm. — Rare dans les champs ; plus abondant dans les
rues peu fréquentées et le long des routes : Basse-Terre, chemin de la BasseTerre à Gourbeyre, Pointe-à-Pitre, Trois-Rivières, etc. Alt. 0-180 mèt.
[N° 3818.]
M a r t i n i q u e . — Saint-Pierre, Trois-Ponts, Fort-de-France (dans les rues
peu fréquentées), Marin (abondant), Trinité. [N° 700 a.]

C.
a lopecuroides Rottb. ; Souchet à queue de renard. Rottb., Desc., t. S,
f. 2. — Vivace par ses rhizomes, très droit, très ornemental, haut de 0m70-

�536

PLANTES DE LA GUADELOUPE F.T DE LA MARTINIQUE

CYPÉRACÉKS

l m20, nu dans le haut. Feuilles longues, confinées dans le bas, très élargies
à la base ; à chaume Iriquèlre. Inflorescence en ombelles trois fois compo­
sées, portant 5-7 ombellules, à pédicelles de longueur très inégale : les plus
longs mesurant 13 cm. ; ombellules à 7-11 épis inégaux : le plus long mesu­
rant près de 4 cm. ; ombellules secondaires peu nombreuses, composées de
3-4 épis; épillets très rapprochés; feuilles involucrales de l’ombelle, très lon­
gues, au nombre de 3-3. de longueur inégale : celles des ombellules primaires,
3-1, sétiformes, courtes; celles des ombellules secondaires, nulles. — Ne se
trouve à la Guadeloupe que dans les fosses remplies d’eau de certains fau­
bourgs de la Pointe-à-Pitre.1N° 3105.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Martinique.

C. ochraceus Vahl ; Souchet à épis jaune d ocre. — Vivace par ses rhi­
zomes, ornemental, droit, cespiteux, haut de 45-50 cm. ; à racines tuberculiformes; à chaume peu feuillu, nu dans le haut, nettement triangulaire. Inflo­
rescence en ombelle arrondie, raccourcie, composée, à 7-15 rayons d'inégale
longueur : le plus long ayant 4 cm.; épis fortement comprimés, d'un jaune
d'ocre, longs de 8-12 cm. Feuilles involucrales, longues, linéaires-acuminées,
d’inégale longueur, au nombre de 4-5; ombellules sans involucre. — Assez
rare. Sur le bord des étangs et des mares : Marie-Galante (Capesterre, GrandBourg). [N° 3654.] — 11 n'existe pas à la Martinique.

C. confe rla s S\v. ; Souchet à épis courts et ramassés. — Vivace, droit,
délicat ; à chaume comprimé, haut de 40 cm. ; à feuilles longues, nom­
breuses, confinées à la base. Inflorescence en ombelles simples; à 4-6 branches
pédicellées; à pédicelles filiformes portant des glomérules courts, cylindriques,
longs de 11-13 mm. ; composés d'épis au nombre de 18-25; quatre glomérules
sessiles. Feuilles involucrales 4-6, plus courtes que les feuilles cauliriaires. —
Çà et là dans les savanes humides de la région inférieure: Carbet, Parnasse,
environs de Saint-Pierre, Lamentin, Saint-François. Alt. 0-280 mèt. |N:°453.]
— Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. nmbellatus Benth. ; Souchet à épis en ombelle. Rottb., Desc., t. 4,
f. 2. — Droit, ornemental, haut de 45-60 cm. ; à chaume nu dans le haut,
très feuillu dans le bas; à feuilles rapprochées. Inflorescence en ombelle
simple, à 11-13 rayons portés sur des pédoncules fermes, d'inégale longueur;
épis cylindriques : les plus longs mesurant 13 mm. Feuilles involucrales 7-11,
inégales, allernes-distiques. — Peu répandu : abondant dans les terres
sablonneuses du Quartier-Monsieur (Carbet). Alt. 25-120 mèt. [N° 695.] —
Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. elegans W all., C. flavicomus Schlecht. ; Souchet élégant. — Vivace par
ses rhizomes, très droit, haut de 35-50 cm. ; à chaume comprimé, nu dans
le haut. Feuilles lancéolées, brusquement acuminées. Inflorescence en une
ombelle trois fois composée, large, très lâche, à 9-12 rayons, dont le plus
long mesure jusqu'à 15 cm. ; ombellules à 7-9 rayons, très inégaux : le plus
long avant 5 cm. ; ombellules secondaires à 3-6 rayons, dont 2-3 plus longs;
épis des ombellules secondaires, longs de 4 mm. Feuilles involucrales de
l'ombelle lancéolées, presque aussi longues que les caulinaires, inégales, au
nombre de 7, plus longues que l’ombelle; celles de l'ombellule primaire 7,
inégales : les plus plus petites, sétiformes ; les plus grandes, linéaires acu­
minées; celles de l'ombellule secondaire, réduites à 2-3, sétiformes, très
courtes. — Peu répandu et peu abondant : environs de Saint-Pierre (TroisPonts, Jardin botanique, Trou-Vaillant). Alt. 15-90 mèt. [N° 447.] — Il
n’existe pas à la Guadeloupe.

mmm

537

C. allernifolius L. ; Souchet à feuilles alternes. — Vivace, très ornemental,
formant des loutres très larges, hautes de O"180-1 11120; à feuilles très vertes,
longues, rigides; à inflorescence en ombelles trois fois composées; à feuilles
involucrales, larges, très nombreuses. — Est cultivé dans les fossés, les bas­
sins et lieux aquatiques : Basse-Terre, Camp-Jacob, Pointe-à-Pitre.
[N° 3284.] — M a r t i n i q u e . [N° A.]
C. viscosus S\v., C. elegans L. ; Souchet visqueux. Rotlb., Desc., t. 6,
f. 4. — Vivace, très cespiteux, haut de 45-70 cm., plus ou moins droit, vis­
queux dans toutes ses parties; à feuilles peu nombreuses; à chaumeobtusément triangulaire. Inflorescence en ombelles trois fois composées, à 9-11
rayons avec une ombelle sessile au centre; pédoncules de longueur inégale :
le plus long ayant 11 cm. de long; ombelle secondaire à 2-3 rayons étalés;
épis longs de 7-9 mm., comprimés. Feuilles de l'involucre général, 4-6, dont
1-2 très longues. — Abondant dans les endroits marécageux ou inondés par
l’eau denier : Deshaies, Pointe-à-Pitre, Gozier, etc. [N° 3340.]
M a r t i n i q u e . — Trois-Ilets (très abondant), François, Rivière-Salée, Trinité
(Galion), etc. [N° 692 a.]

C. surinamensis Rottb., variété viridis Boek. ; Souchet de Surinam. Rottb.,
Desc., t. 16, f. 5. — Vivace, haut de 70-80 cm., peu cespiteux, droit, orne­
mental, peu feuillu. Feuilles longues; chaume comprimé, nu dans le haut.
Inflorescence en ombelle arrondie, trois fois composée, à 15-20 rayons; à
pédicelles filiformes, fermes, très inégaux; ombellules primaires, à 8-10
rayons, très inégaux : une sessile au centre; épis longs de 1,5-3 mm., en
glomérules arrondis; épillets imbriqués, très rapprochés. — Peu abondant.
Dans les savanes humides et aquatiques de la basse région : Moule (envi­
rons de l'usine Duchassaing), Gozier, les Abymes, etc. Alt. 0-100 mèt.
[N° 3524.]
M artinique.

— Petit-Bourg, Rivière-Salée, Lamentin, Anses-d'Arlet, etc.

[N° 690.]
C. Luzulæ Rottb., G. Trinitatis Steud. ; Souchet semblable au Luzula
(Joncacée). Rottb., Desc., t. 13, f. 2. — Vivace, glabre, haut de 25-45 cm.,
plus ou moins droit, ou rarement droit, peu cespiteux; à rhizome renflé, sto-

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

CYPBRACÉliS

lonifère; à chaume vigoureux, triangulaire; à feuilles très vertes, glauques
en dessous, plates. Inflorescence en ombelle simple, à 4-8 rayons courts, por­
tant des glomérules ovoïdes-coniques ; à épis très nombreux, petits, ramas­
sés. — Peu répandu. Endroits très inondés et sur le bord des étangs : Gourbevre i bords de l étang de Yalcanard), Trois-Rivières, etc. Alt. 5-350 mèt.
[N° 3107.]
M a r t i n i q u e . — Saint-Esprit, Fort-de-France (bords de la rivière Madame),
Trois-Ilets. Alt. 0-380 mèt. [N° 705 a.'|

régions inférieure et infra-moyenne de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 0-700 mèt. [N°3655.]
M a r t i n i q u e . — Très abondant. [N os 452, 460.j

538

C. articulatus L .; Souchet à chaume articulé. SI., t. 81, f. 1. — Haut de
0 m 80-1 mèt., vivace; à rhizome gros; à chaume cylindrique, dépourvu de
feuilles, enveloppé, à la base, de 3-4 gaines graduellement plus longues; à
nœuds partitionnés et rapprochés. Inflorescence en panicule ombelliforme, à
6-9 rayons inégaux, chacun portant 5-6 épis minces, pointus, bruns, longs de
9-13 mm. ; épillels imbriqués. — Endroits aquatiques, bords des mares et des
étangs, et fossés remplis d’eau : Trois-Ilets, route de Fort-de-France au
Lamentin, Trinité, etc. Alt. 0-400 mèt. [N° 851. | — Je ne l’ai pas vu à la
Guadeloupe.
C. rotundus L., C. bexastachyos Roltb., C. Hydra Michx.,C. olivansTarg. ;
Souchet à tiges souterraines globuleuses. Yulgo : Pelit coco. Rottb., l)esc.,
t. 14, f. 2. — Vivace par ses liges souterraines en forme de tubercules rondâtres ou ovoïdes, de la grosseur d’une petite noisette; à racines fibreuses,
noires; à feuilles très vertes; à chaume triangulaire, droit, haut de 25-30 cm.
Inflorescence en ombelle composée, paniculiforme, à 4-6 rayons, très inégaux,
avec une ombelle sessile au centre; ombellules à 4-6 épis comprimés, longs
de 9-20 cm. — Extrêmement commun dans les terres cultivées, dans les
savanes, le long des routes. — Ce souchet est une plante très nuisible et dif­
ficile à détruire; plus on en arrache les tiges, plus on en multiplie les pieds,
quand on n'enlève pas en même temps les tubercules profondément enterrés.
Alt. 0-800 mèt. [N ° 3102.] *
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Coco-chat, chien-coq. [N° 852.J
C. sphacelalus Rottb., C. Balbisii Klh ; Souchet ergoté. — Ressemble au
précédent quant aux feuilles, au port et à l'inflorescence ; il en diffère par sa
taille plus élevée, l'absence de tubercules, ses épis beaucoup plus nom­
breux. — Abondant dans les savanes humides, dans les terres cultivées des

i. Ce Souchet donne des tubercules ovoïdes unis par des prolongements radiciformes,
ligneux. Noirs à l’ extérieur et marqués d’anneaux circulaires, ces tubercules sont blancs,
spongieux et comme subéreux à l'intérieur ; leur saveur est un peu aromatique et leur
saveur douce. Ils passent pour excitants et peut-être même aphrodisiaques. On les a em ­
ployés en médecine sous le nom de Souchet rond. — Le C. hexastachyos Rottb. donne,
d après Holmes, un rhizome usité dans l’ Inde contre le choléra, sous le nom de Mootha.
(E. H.,

53 9

C. brunneus Sw., C. purpurascens Yahl, C. planifolius Rich. ; Souchet à
épis d'un brun foncé. SI., t. 74, f. 2, 3. — Yivace, à souche grosse, noirâtre,
droit, haut de 60-80 cm., ornemental, cespiteux ; à feuilles larges, nom­
breuses, glauques en dessous, rigides, scabres sur les bords, plates, carénées
en dessous, aussi longues ou plus longues que le chaume triangulaire et
glabre. Intlorescence en ombelle composée, à 7-11 rayons d’inégale longueur ;
ombellules constituées par 25-35 épis, longs de 6-8 mm., comprimés, à épillets brun foncé. Feuilles involucrales 5-6, dont deux très longues. — Abon­
dant dans les sables secs du bord de mer et dans les endroits inondés par la
mer : Vieux-Fort, Baillif, Vieux-Habitants, Bouillante, Pigeon, PointeNoire, sur toutes les plages sèches de la Grande-Terre, de la Désirade, de
Marie-Galante. Alt. 0 mèt. [N° 3103.]
M a r t i n i q u e , — Sur toutes les plages sèches. (N° 765 b.}
C. purpureo-variegatus Boekeler; Souchet brun panaché. — Yivace, haut
de 45-50 cm., droit, à feuilles fiasques, lancéolées-linéaires, un peu plus
courtes que le chaume et confinées dans le bas. Inflorescence comme dans le
Cyperus rotundus; épis comme dans le précédent. — Assez rare. Çà et là
dans les sables secs, près du bord de mer et aussi dans l’intérieur, jusqu’à
une altitude de 100 mèt. : Prêcheur, Case-Pilote, Ducos (dans les clairières
des Mangles). [N° 449.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. Oltonis Boekeler; Souchet d'Olton. — Ressemble au C. brunneus Sw. ;
il en diffère par sa taille svelte, ses feuilles plus étroites et beaucoup moins
nombreuses, ses ombelles plus courtes et peu fournies, ses épis moins allon­
gés, ses épillets plus gros, plus bruns, ses caryopses plus courts et plus larges.
— Savanes humides ou sèches près de la mer : Trois-Ilets, Anses-d’Arlet,
Sainte-Luce, Marin, etc. Alt. 0-20 mèt. [N° 695. — Je ne l’ai pas trouvé à
la Guadeloupe.
C. acicutaris W ith .; Souchet à épillets à pointe acérée. — Vivace par ses
rhizomes gros et tubériformes, droit, haut de 60-70 cm. ; à feuilles larges à
la base; à chaume triangulaire. Inflorescence en ombelle composée, à 5-7
ombellules paniculées, constituées par des épis allongés; épillels à glume
très pointue. Feuilles involucrales 5-7, larges : celles des ombellules, aussi
longues que ces ombellules. — Assez rare : çà et là dans les savanes humides
de Ducos, du Marin, de la Tartane. Alt. 0-140 mèt. [N° 708.] — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
C. IJartii Boekeler; Souchet de Hart. — Yivace par ses souches tubéri­
formes; à chaume svelte, triquètre, haut de 20-25 cm.; à feuilles peu nom-

�541

PLANTES DE LA GL'ADELOUPB ET DE LA MARTINIQUE

CYPÉR ACÉF.S

breuses, très étroites. Inflorescence en ombelle composée; à rayons paniculés, brièvement pédonculés, à ombelles allongées ; épis minces, cylindriques,
pointus. — Dans les savanes humides du Lamentin, de Ducos, du PetitBourg, des Anses-d’Arlet. Alt. 0-200 mèt. [N° 450 A.] — Je ne l'ai pas vu à
la Guadeloupe.

dans toutes les savanes humides de la région inférieure: Lamentin, BaieMahault, Moule, les Abymes, Petit-Canal, etc. Alt. 0-200 mèt. [N° 3106.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Iierbe-razoir. — Ducos, Lamentin, Rivière-Salée,
Anses-d’Arlet, Garbet, Trinité, etc. [N° 458.]

540

C. esculenlus L. ; Souchel comestible. — Vivace, droit, haut de 40-50 cm. ;
à souche grosse, tubériforme, subglobuleuse; à chaume vigoureux, triangu­
laire; à feuilles peu nombreuses, plates; à chaume et feuilles vert jaunâtre.
Inflorescence en ombelle composée, dressée, à 7-9 pédicelles très inégaux,
portant chacun une petite panicule constituée par 5-13 épis, longs de 1,5-2
cm., sessiles, comprimés, linéaires, souvent courbes. Feuilles involucrales
4-5, dont la plus longue ne dépasse pas l'ombelle. — Assez abondant dans les
plaines humides ou aquatiques de la basse région : Marin, Sainte-Anne,
Lamentin, Anses-d'Arlel. Alt. 0-300 mèt. [N 0' 459, 470.]— Je ne l ai pas vu
à la Guadeloupe 1.
C. distans L., C. elatus Rotlb. ; Souchel à épis et épilletsdistancés. Rollb.,
t. 10. — Vivace, à souche épaisse et noirâtre, haut de 60-75 cm., très droit;
àchaumenettement triangulaire ; à feuilles longues, penchées, plates, glauques
en dessous. Inllorescence en une large ombelle jusqu’à trois fois composée,
à 7-11 rayons, dont 2-3 longs de 15-23 cm., les autres plus courts, d'autres
très courts; ombellule primaire à rayons nombreux; ombellules secondaires,
paniculées, pyramidales; épis cylindriques, allongés, au nombre de 13-23;
épillets linéaires, bruns. — Dans les savanes humides des basse et inframoyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances.
Alt. 0-300 mèt. [N 05 3365, 3668, 3576, 3377.]
M a rt i n i q u e . — Dans toutes les parties basses de l'ile. Alt. 0-200 mèt.
[N° 451.]
C. odoratus L. ; Souchet odorant. Vulgo : Herbe-couteau. SI., t. 74, f. 1. —
Vivace par ses rhizomes, à souche grosse, tubériforme, à chaume très droit,
robuste, triangulaire, haut de 30-60 cm., rarement plus haut. Feuilles
longues, tombantes, glauques en dessous, larges. Inflorescence en ombelle
simple (dans les pieds maigres], composée (dans les pieds gras) et très étalée,
arrondie, à 5-6 pédicelles comprimés, très fermes : les plus longs mesurant
12 cm. ; ombellules paniculées, à épis longs, cylindriques, à épillets distants,
jaunâtre ou jaune doré; feuilles involucrales 6-12, très longues. — Çà et là
1. Le tubercule du Souchel comestible est ovoïde, de la grosseur d une olive, marqué
d’anneaux circulaires, jaune au dehors, blanc au dedans, et doue d’une saveur sucrée,
huileuse, très agréable, qui rappelle celle de la noisette. On en fait grand cas en Espagne,
en Italieet même dans le Midi de la France, où ces tubercules sont couramment vendus
sous le nom de sou/flet, ou chou/Jlet (notamment à Marseille), altération du nom de Sou­
chet. On lui prête encore aujourd’hui des propriétés aphrodisiaques plus que douteuses.
(E. H.)

C. ferax Rich. ; Souchet fertile. Vulgo : Herbe-couteau. — Vivace par ses
souches tubériformes, très droit, haut de 55-75 cm. ; à chaume oblusément
triangulaire, cannelé d'un côté; à feuilles linéaires, longues, plates. Inflores­
cence en ombelle de 5-6 rayons, dont les plus grands seulement portent 4-5
ombellules allongées, à épis courts, cylindriques, longs de 4-7 cm. ; épillets
cylindriques, distants, 3-4 dans chaque épi ; feuilles involucrales 6-8, dont
3-4 très longues. Facile à distinguer des congénères de la même section par
sa taille svelte, la couleur pâle des feuilles, la petitesse des ombelles et la
brièveté des épis. — Dans toutes les savanes humides ou aquatiques, sur le
bord des étangs et des marais de toute la Guadeloupe et de la Grande-Terre.
Alt. 0-700 mèt. [N° 3578.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-razoir. — Dans toutes les plaines de la basse
zone et les savanes humides de la moyenne région. [N os 448, 450.]
G.
nitidus Boekeler; Souchet luisant. — Ressemble au précédent par sa
taille, son port et son inflorescence; il en diffère: par son chaume profon­
dément et très nettement triquètre ; par l’ombelle plus fournie et à rayons
plus nombreux ; par ses épis plus courts, ses épillets luisants et peu distants,
ses caryopses plus allongés. — Dans les savanes humides de la région infé­
rieure : Lamentin, Robert, François, Vauclin, etc. Alt. 0-300 mèt. [N° 688.]
- Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

C. Irispicatus Boekeler ; Souchet à trois épis. — Vivace par sa souche
grosse, stolonifère, épaisse, arrondie; à chaume triangulaire, svelte, haut de
28 cm. ; à feuilles glauques en dessous, très nombreuses, plus courtes que le
chaume, très rapprochées. Inflorescence en ombelles composées à 9-11
rayons, dont 2-3 des plus longs portent deux épis latéraux plus petits et un
central beaucoup plus grand. Epis minces, cylindriques, pointus, longs de
6-8 cm. ; feuilles involucrales 4-8, dont 4-6 plus longues que l'ombelle. —
Assez rare : çà et là dans les savanes humides du Parnasse, du Morne-Vert,
du Gros-Morne. Alt. 250-500 mèt. [N° 455.] — Je ne l'ai pas trouvé à la
Guadeloupe.
C. Dussianus Boekeler; Souchet de Duss. — Annuel, haut de 40-70 cm.,
à feuilles longues, étroites. Inflorescence en ombelles, portant des rayons
filiformes; épis peu nombreux, cylindriques; épillets bruns, pointus, à
glume extérieure brun foncé sur le dos, blanche sur les bords. — Çà et là
sur les coteaux secs ou humides des Trois-Ilets. Alt. 200-300 mèt. [N°454Z&gt;.]
(Spécimen très imparfait.) — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

�542

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C. Martinicensis Boekeler; Souehet de la Martinique. — Vivace par ses
rhizomes tubériformes, plus ou moins rampant, à chaume triquètre, haut de
0m90-l mèt., à feuilles très longues et peu nombreuses. Inflorescence en
ombelle à 5-7 rayons très inégaux, portant des épis cylindriques simples ou
composés; épillets tri flores, orientés de tous côtés ; feuilles involucrales 5-7,
longues, carénées, trois ou quatre fois plus longues que l'ombelle. — Savanes
humides de la Basse-Pointe, du Lamenlin, du Saint-Esprit, de La Bégaie,
etc. Alt. 0-300 mèt. [N° -471.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. flaramariscus Griseb., Mariscus flavus Vahl ; Souehet à épis jaunâtres.
— Vivace par ses souches rampantes, nombreuses, tubéreuses-ovoïdes, cespileux, haut de 25-70 cm., peu feuillu ; à feuilles étroites, tombantes; à
chaume nettement triangulaire. Inflorescence en ombelle simple à *2-3 rayons,
portant des épis courts, cylindriques-oblongs ; épillets jaunes ou jaunâtres,
orientés de tous côtés, très rapprochés; feuilles involucrales deux ou trois
fois plus longues que lombelle. — Abondant dans toutes les savanes
humides de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-600 mèt.
[N° 3653.j — M a r t in iq u e . — Dans toute l ile. [N 08 473, 564. |
Le Cyperus Papyrus L., de l'Afrique tropicale, haut de l m50-2 mèt., sans
feuilles, à ombelles composées, très vastes, avec des pédicelles longs, étalés
et engainés à la base, est cultivé dans l'eau chez quelques amateurs de plantes :
Camp-Jacob (habitation Bollin . [N° 3829.]
M a rt in iq ue . — Jardin botanique, Saint-Pierre, Fort-de-France, etc.
(Spécimen B.)
Mariscus Gærtn. (du celtique « mai’ » , marécage, parce que ces plantes se
trouvent dans les endroits marécageux.)
M. rufus H. B. Kth ; Mariscus roux. Vulgo : Herbe-couteau. — Vivace
par ses souches renflées, noirâtres, courtes, à chaume robuste, triquètre,
strié, haut de 60-75 cm., quelquefois plus long, nu sur une longueur de 4048 cm. Feuilles aussi longues que le chaume, glauques en dessous, striées,
tuberculées et fortement carénées, très finement serrelées sur les bords,
brunes à la base. Inflorescence en ombelle composée, à 7-11 pédoncules
comprimés, très inégaux, portant 3-5 épis, gros, coniques-oblus, à épillets
bruns, rapprochés, verticalement insérés sur l'axe, très nombreux, 3-5-flores,
orientés en tous sens. — Abondant dans les marécages d’eau salée, dans les
terres inondées par la mer et dans les sables du littoral : Pointe-à-Pitre,
Sainte-Anne. Baie-Mahault, Saint-François, etc. [N° 3683.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-razoir. — Fort-de-France (habitation de
l'Echelle), Sainte-Anne, Marin, Trinité, etc. [N° 456.]
Kyllinga Rottb. (dédié au Danois Peter Ivylling, mort en 1696; a écrit :
Yiridarium Janicum , 1628.)

CYPERACRES

543

K. squamulala Vahl ; Kyllinga garni de squamules sur le bord desglumes.
— Annuel, délicat, droit, haut de 32-40 cm. ; à feuilles flasques, linéairesacuminées; à chaume filiforme, nu sur une étendue de 25-30 cm. Inflores­
cence en un glomérule arrondi, sessile, composé de 10-12 épillets, entouré
de trois feuilles involucrales; glumes garnies, sur les bords, de squamules
nombreuses formant une sorte de frange. — Assez abondant dans les endroits
ombragés près du bord de mer : Carbet (près de l’embouchure de la
rivière), Prêcheur. Alt. 0-20 mèt. [N° 461.] — Je ne l’ai pas trouvé à la
Guadeloupe.
’ K. odorata Vahl, K. triceps S\v. ; Kyllinga odorant. Rottb., Desc., t. 4, f. 4.
— Annuel, cespiteux, haut de 5-20 cm., droit ou plus ou moins diffus; à
feuilles linéaires-acuminées, plates, peu nombreuses ; à chaume filiforme,
nu. Inflorescence en capitules oblongs-obtus, réunis par trois : les deux laté­
raux beaucoup plus petits ; feuilles involucrales relativement plus longues.—
Abondant dans les prairies, dans les savanes herbeuses des basse et inframoyenne régions, oü il forme souvent gazon sur d’assez grandes étendues :
environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Matouba, Lamentin, Gozier, SainteAnne, Saint-François, Marie-Galante, etc. Alt. 0-700 mèt. [N° 3130.]
M a r t i n i q u e . — Environs de Saint-Pierre, de Fort-de-France, Parnasse,
Lamentin, Robert, Gros-Morne, etc. j N° 474 a.]
* K. brevifolia Rottb.; Kyllinga à feuilles courtes. Rottb., Desc., t. 4, f. 3.
— Haut de 30 cm. ; à rhizome rampant, vivace, noueux ; à feuilles courtes,
rigides, linéaires : une ou deux seulement pour chaque chaume ; chaume
triquètre, droit, svelte, tiliforme-rigide. Inflorescence en capitules sessiles,
petits, arrondis-solitaires ou géminés, entourés de trois feuilles involucrales
dressées, dont une plus longue. — Peu répandu : assez abondant sur le bord
des mares d’eau douce et dans les savanes aquatiques des environs de SaintLouis. Alt. 0-30 mèt. [N° 3579.] — Je ne l’ai pas vu à la Martinique.

K. cæspitosa Ness, variété elatior Boekeler ; Kyllinga cespiteux. — Annuel
ou vivace (dans les endroits très humides) ; à rhizome rampant ; à feuilles
nombreuses, linéaires-acuminées, longues; à chaume filiforme, ferme,
sillonné, nu, haut de 20-22 cm., rarement plus haut. Inflorescence en capi­
tules solitaires, largement ovoïdes, sessiles ; feuilles involucrales 3-4, dont
une très longue. — Abondant dans toutes les savanes herbeuses, humides ou
aquatiques de toute la Guadeloupe proprement dite, de la Grande-Terre et
de Marie-Galante. Alt. 0-800 mèt. [N° 3129.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans les savanes humides ou aquatiques : TroisIlets, Rivière-Salée, Gros-Morne, Tartane, etc. [N ° G 7.]
Abildgaardia Vahl (dédié à P. Chr. Abildgaard, né en 1740, à Copenhague,
professeur d'histoire naturelle et secrétaire de la Société royale des sciences,

�54 4

PLANTES DR LA GUADELOUPE RT DK LA MARTINIQUE

fondateur de l’ École vétérinaire, en 1773, et de la Société d'histoire natu­
relle de Copenhague ; mort dans cette ville en 1801.)

A. monostachya Vahl ; Abildgaardie à un seul épi. Vulgo : Barbe à nègre,
SK, t. 79, f. :2 ; Rottb., Desc., t. 13, f. 3. (Cyperus L .; Scirpus Boekeler.) —
Petite herbe, très cespiteuse, vivace, droite, haute de 5-30 cm. ; à feuilles
très étroites, roulées, presque filiformes; à chaume filiforme, nu, dépassant
de beaucoup les feuilles. Inflorescence en épis comprimés-ovoïdes, pointus,
longs de 6-13 mm. ; épillets imbriqués, couleur de paille, pluriflores ; les
deux glumes extérieures vides, mucronées, les trois autres carénées et il trois
nervures ; rachis ailé. — Assez abondant dans les clairières d'endroits secs et
humides des mornes de Gourbeyre, du Camp-Jacob, de Bagatelle, du Gom­
mier, du Matouba. des Vieux-Habitants, de Ilouëlmont. Alt. 200-450 mèt.
[N ° 3127.]
M artlmque. Vulgo : Herbe fine, herbe à cheveux. — Sur les talus des
routes et dans les endroits humides ou secs du Champilore, chemin de la
Trace, fontaine Didier, hauteur de Fort-de-France, etc. [N° 466.]
TRIBU II. SCIRPÉES.
Heleocharis R. Br. (du grec « helos », marécage, et « charis », charme,
beauté, c'est-à-dire plantes qui font l'ornement des marécages.)
H.
chætaria Roem. et Schult. ; Héléocharide à feuilles fines comme des
cheveux. Vulgo : Herbe à cheveux. — Annuel, haut de 12-20 cm., cespiteux ;
à feuilles capillaires, plus longues que le chaume également capillaire. Inflo­
rescence en épis courts, terminaux, solitaires, longs de 1,5-2 mm. — Forme
gazon sur le bord des mares et dans les endroits aquatiques des montagnes :
Camp-Jacob, Bagatelle, Matouba, Gommier, Vieux-Habitants, etc. Alt. 400800 mèt. [N° 3737.]
M a rt in iq u e . Vulgo ; Herbe-cheveu. — Chemin de la Trace, environs du
Camp Balata et de la fontaine Absalon, du Camp de l’Alma, etc. [N os 470 a,
468. j — On le rencontre aussi sur le bord de l’étang de la Montagne-Pelée, à
une altitude de 1250 mèt.
H.
punclulala Boekeler, forma m ajor ; Héléocharide pointillée. Vulgo :
Barbe à mulâtre. — Cespiteux, vivace, haut de 8-32 cm., droit, sans feuilles
ou avec quelques feuilles radicales et courtes ; à chaume filiforme, strié, ter­
miné par un épi ovoïde-pointu, couleur de paille, long de 3-5 mm. Se dis­
tingue du précédent, en la société duquel on le rencontre souvent, par l'ab­
sence de ses feuilles, son chaume plus long, deux ou trois fois plus gros, ses
épis plus longs et plus gros. — Mares et endroits aquatiques des montagnes :
Savane à Mulets, Ilaul-Matouba, chemin du Matelyane à la Savane aux
Ananas, etc. Alt. 400-1480 mèt. [N° 3124.]

545

CYPÉRACÉES

M a r t i n i q u e . Vulgo : Barbe de mulâtre. —• Champilore, Gros-Morne, Che­
min de la Trace, Camp de l’Alma. [N°467.|

H. Dussiana Boekeler; Héléocharide de Duss. Vulgo : Barbe à mulâtre. —
Diffère du précédent par ses rhizomes rampants, par sa taille plus élevée, son
chaume plus rigide, ses épis noirs, pouvant atteindre jusqu’à 1 cm. de long.
— Plus abondant : marcs et endroits aquatiques du Champilore. [N° 466 a.J
(Spécimen imparfait.)
H capitata R. Br.; Héléocharide à épillets en capitules arrondis. Vulgo :
Barbe à mulâtre. SK, l. 75, f. 2; Rottb., I)esc., t. 15, f. 3. (Scirpus L.) —
Vivace dans les endroits très humides, annuel dans les endroits secs et sablon­
neux, très cespiteux, ornemental, droit, ou plus ou moins penché, haut de
4-32 cm., à chaume sans feuilles, strié. Inflorescence en épis globuleuxconiques, multillores ; glumes ovales-arrondies, obtuses; caryopse brun,
luisant, biconvexe. — Assez abondant dans les marécages et endroits inondés
par la mer ; Port-Louis, Anse-Bertrand. Alt. 0 mèt. K\° 3126. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Barbe-mulâtre. — Trinité (Galion), Robert, Tartane,
Fort-de-France, etc. [N os 457, 752.]
H. maeulosa R. Br.; Héléocharide à épis mouchetés. Vulgo : Herbe-che­
veu. (Scirpus K.) — Haut de 10-44 cm., à rhizomes rampants, à feuilles
milles. Épis noirs ou bruns, longs de 8-12 mm., ovoïdes-coniques, compri­
més. — Endroits marécageux du Camp-Jacob, du Parnasse, des Vieux-Habi­
tants, de Bouillante, où il vit souvent en société. — Dans les Sphagnums du
cône de la Soufrière, à la Savane à Mulets et à la Savane aux Ananas, cette
même herbe peut atteindre jusqu’à 84 cm. de haut. Alt. 400-1400 mèt.
[N os 3125, 3595.]
H. planlaçjinea R. Br.; Héléocharide tenant de la nature du plantain.
Vulgo ; Jonc. SK, l. 81, f. 3. ^Scirpus L. ; Limnochloa P. Beauv.) — Vivace,
haut de 0ra 80-1 mèt., rarement plus haut, sans feuilles; à chaume cylin­
drique, noueux, engainé en son quart inférieur dans une gaine terminée par
une pointe deltoïde. Épis cylindriques, un peu plus gros que le chaume et
légèrement atténuésau sommet, longs de 4-6 cm. ; épillets imbriqués; glumes
ovées-arrondies, striées, cartilagineuses, membraneuses sur les bords; style
trifide; caryopse obové, biconvexe, longitudinalement strié, muni, au som­
met, d'une pointe conique et noire. — Çà et là dans les fosses pleines d’eau,
dans les mares et les étangs peu profonds : Matouba, Trois-Rivières, BaieMahault, Lamentin, Pointe-à-Pitre, etc. Alt. 0-500 mèt. N° 3123. j
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Jonc. — Parnasse, Champilore, Trinité (Galion),
Gros-Morne, etc. [N os 696, 753.]
H. spiralis R. Br. (emend.) ; Héléocharide à épillets disposés en spirale.
Vulgo : Jonc. (Scirpus Rottb.; Limnochloa Nees.) — Vivace, sans feuilles, à
Dns*. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

35

�54 6

PLANTES DE T.A GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

chaume nettement triquèlre, insérée la base dans une gaine courte, terminée
par une pointe deltoïde. Epis cylindriques, longs de 3-5 cm., presque aussi
gros que le chaume contracté au sommet ; glumes deltoïdes, cartilagineuses,
minces et membraneuses sur les bords; caryopse comme dans le précédent.
— Çà et là dans les mares d'eau douce près du littoral : Pointe-à-Pitre,
Gozier, Anse-Bertrand, Moule. Alt. 0-100 met. [N° 3441.1
M a r ti n iq u e . Vulgo ; Jonc bâtard. — Trois-Ilcls, Marin, Robert, etc.
[N® 754.]
Fimbristylis Yahl du latin « timbria », frange, et « Stylus », style, parce
que les styles sont finement frangés ou ciliés.)
F.
autumnalis R. cl Sch. (emend.t, Trichelostylis mucronulala T o rr .;
Fimbristylis d’automne. Scirpus L.) — Cespileux, haut de 45-75 cm., rare­
ment plus haut, droit, à feuilles longues, linéaires, plates, nombreuses, dépas­
sées par le chaume comprimé. Inllorescence en cymes composées, terminales,
ombelliformes, plus longues que les feuilles involucrales dressées; épillets
bruns, lancéolés-oblongs, pointus; glu mes ovées, mucronées; style trifide;
caryopse obové-rondâlre, trigone. — Abondant dans toutes les savanes
humides de la basse cl surtout de l'infra-moyenne région de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. Alt. 150-600 met. [N°3134.]
M a r t i m q u e . — Abondant dans toute 1’ile. [N° 755.]
F.
polymorpha Bockeler; Fimbristylis à formes variables.— Cespileux,
haut de 45-65 cm., à feuilles nombreuses, flasques, couvertes d’un duvet
glauque, plus courtes que le chaume. Inflorescence en cymes ombelliformes,
petites; épillets bruns, ovoïdes-pointus, petits, au nombre de 10-13 seule­
ment sur chaque épi; caryopse brun, longitudinalement strié, ovoïde, com­
primé, surmonté d'une pointe courte. Feuilles involucrales 3-5, dont 2 plus
longues que la cyme. Se distingue facilement du précédent par sa taille plus
petite et ses feuilles velues. — Abondant dans presque toutes les savanes
humides, dans les mornes peu boisés de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 40-700 mèt. [N 0 3288.]
M a r t i n i q u e . — Dans toutes les savanesel les endroits peu boisés. [N° 759.]

F.
spadicea Yahl; Fimbristylis à épis allongés et cylindriques, en forme de
spadice. SI., t. 76, f. 2. (Scirpus L .) — Très cespileux, formant des touffes
très larges, vivace, haut de 60-80 cm., à feuilles filiformes, rigides, canne­
lées, brunes à la base; à chaume trigone-comprimé, le plus souvent penché.
Inflorescence en cymes inégalement ombelliformes, composées, larges, longues
de 10-14 cm. Feuilles involucrales de la cyme le plus souvent 2, dont l’exté­
rieure beaucoup plus longue et l’intérieure plus courte que la cyme ; les 2,
brunes et élargies à la base. Epis longs de 7-9 mm., noirs, ovés, subcvlindriques; feuilles involucrales des cymules 2-3, dont I plus longue; épillets
pédicellés; style bifide, cilié; caryopse brun, obové-biconvexe, longitudina-

CYPÉRACÉES

547

lemenl strié. — C’est, de tous les Fimbristylis des deux colonies, celui qui a
les plus larges ombelles et les plus longs épis. — Assez abondant dans les
endroits inondés par la mer et les savanes très sablonneuses du littoral ;
Fort-de-France, Trois-Ilcls, Lamentin, François, Trinité (Galion), etc.
Alt. 0 mèt. [N°* 756, 757.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
F.
ferrucfinea Yahl; Fimbristylis à épis couleur rouille de fer. SI., 1.77,
f. 2. — Vivace, très cespiteux, à feuilles très étroites, glauques, rigides, can­
nelées, souvent visqueuses, à chaume subcomprimé, haut de 70-75 cm. Inflo­
rescence en cymes ombelliformes, courtes, simples, plus rarement composées,
compactes. Feuilles involucrales 2, plus courtes que la cyme, élargies et sans
taches, brunes à la base; épillets bruns, pédicellés, ovés-coniques, larges;
glumes ovées-rondâtres, mucronées, pubescentes sur le dos : caractère par
lequel il se distingue facilement du précédent; caryopse obové, biconvexe,
poli et sans stries. — C'est l’espèce dont les épillets sont les plus larges, mais
non les plus longs. — Très abondant dans les terres basses inondées par la
mer et dans les savanes sablonneuses et marécageuses, voisines du littoral :
Deshaies, Pointe-à-Pitre, Gozier, Saint-François, Marie-Galante, les Saintes
(Terre-de-Haut, Grand’Anse), etc. Alt. 0-3 mèt. [N°3133.]
M a r t i n i q u e . — Marin, Trinité (Galion), Trois-Ilels, Rivière-Salée, etc.
[N° 704.]

F. obtusifolia Kth ; Fimbristylis à feuilles courtes, — Droit, cespileux,
haut de 40-45 cm.; à chaume comprimé, sillonné, nu dans le haut; à feuilles
courtes, rosulées, très rapprochées, fortement cannelées, obtuses au sommet,
rigides, occupant le tiers inférieur du chaume. Inflorescence en cymes
simples ou composées, plus ou moins contractées, plus longues que les deux
feuilles involucrales, obtuses et rigides; épillets très allongés, ovoïdes;
glumes brunes, ovées-oblongues, obtuses, carénées sur le dos, pâles sur les
bords; caryopse obové, convexe d'un côté, ruguleux, caréné sur le d o s.—
Assez rare ; hauteurs inférieures des Yieux-Ihabitants. Alt. 250-300 mèt.
N° 3594.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Martinique.
F. spathacea Roth.; Fimbristylis à feuilles à base spathiforme. — Vivace,
cespiteux, haut de 12-14 cm., à souche volumineuse, tubériforme, allongée,
noire; à feuilles rosulées, cannelées, courtes, très rigides, obtuses au sommet;
à chaume nu et légèrement comprimé, de longueur variable. Inflo­
rescence en cymes courtes, ombelliformes, simples ou composées; à feuilles
involucrales rigides, dressées, plus courtes que les cymes; épillets petits,
brun noir; caryopse noir, biconvexe, poli, luisant, surmonté d'une pointe
courte et obtuse. — Peu répandu. Çà et là sur les rochers madréporiques,
arrosés par la mer ; Moule, seul endroit où j'aie pu trouver celte petite
espèce. Alt. 0 mèt. [N° 3520. — Je ne l'ai pas vu à la Martinique.
F. capillaris A. Gray, variété dation , S. lemiifolius Rudg.; Fimbristylis

�PLANTES DB I,A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

CYPÉRACÉES

à feuilles capillaires. ^Scirpus L .; Isolepis H. Br.) — Annuel, cespiteux,
droit, très ornemental, haut de 40-45 cm.; à feuilles rosulées, filiformesséleuses. réfléchies; à gaine velue; à chaume filiforme, nu, tantôt plus long,
tantôt plus court que les feuilles. Inflorescence en cymes très petites, inéga­
lement ombelliformes, à 5-9 épis bruns, ovés-oblongs, obtus; glumes ovées,
carénées, obtuses; caryopse Irigone, obové, transversalement luberculé et
surmonté d'un petit tubercule mammiforme. — Assez abondant sur les talus
des roules, dans les endroits sablonneux et peu boisés : Champflore, route de
la Trace, des Fonds-Saint-Denis aux Deux-Choux, etc. Alt. 300-660 mèt.
X° 758. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

endroits aquatiques des basse et moyenne régions où il vit souvent en
société sur une grande étendue : Camp-Jacob, Bagatelle, Lamentin, BaieMahault, les Abymes, Petit-Canal, Port-Louis, etc. Alt. 0-600 mèt. [N°3128.]
M a r t i n i q u e . — Champflore, Ducos, Gros-Morne, François, Robert, etc.
[N° 853.]

54 8

Scirpus L. (du mol celle « Sirs », jonc. Celte racine celtique vient de
« scirpare ». lier, tresser.)

S. Dussianus Boèkeler; Scirpe de Duss. — Annuel, cespiteux, très droit,
haut de 15-20 cm., à feuilles filiformes-eapillaires, séteuses, peu nombreuses,
plus courtes que le chaume filiforme. Inflorescence en petits glomérules
arrondis, composés de 8-15 épillets, courts, couleur paille. — Rare : çà
et là quelques pieds dans le Champ de Pétrification, à Sainte-Anne. Alt. 415 mèt. [N° 478.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
Hemicarpha Nees et Ain. (du grec « hemi », à moitié, « karpha », brin de
paille, parce que les épillets n’ont qu’une paillette à l'axe de l'aisselle de la
glume au lieu de deux.)
H. subsquarrosa Nees; Hemicarpha garni de petites pustules. Scirpus
micranthus Yahl. — Petite herbe très délicate, plus ou moins droite, haute
de 15-18 cm., cespiteuse; à chaume capillaire, portant à la base une feuille
courte, capillaire. Inflorescence en capitules ovoïdes-comprimés 2-3, petits,
dépassés par l’unique feuille involucrale dressée; glumes vert pâle, lancéo­
lées, terminées en une pointe recourbée; étamine 1 ; caryopse subcylindriqueoblong. — Assez abondant dans les basse et infra-moyenne régions : endroits
très humides des Trois-Ponts, dans- les friches du Carbet, des Fonds-SaintDenis, du Gros-Morne, du Robert, etc. Alt. 0-450 mèt. [N° 460, D 4.] — Je
ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
FuirenaRoltb. (dédié au Danois Georg Fuiren, né en 1581, à Copenhague,
médecin : a exploré la Scandinavie dans un intérêt botanique; mort en 1628.)
F. umbellala Rottb. ; Fuirena à épis en ombelles. R ottb ., Desc., t. 19, f. 2.
-— Vivace par ses rhizomes, droit, haut de 0 m80-11,180, rarement plus haut ;
à chaume mou, glabre; à feuilles glabres, relativement courtes, lancéolées,
brièvement acuminées; à gaine à 5 angles, ligulée. Inflorescence enombelles
arrondies, axillaires et terminales, portées surdespédonculeshispides; glumes
pourvues d’une arête, à 3 nervures; caryopse Irigone, supporté par 3 écailles
obovées et dépourvues d’arêtes. — Très abondant dans les marécages et

549

Cladium P. Br. (du grec « ldadion », diminutif de « klados », rameau
allusion au grand nombre de panicules très branchues de l'inflorescence.)
C.occidentale Schrad., Schœnus Cladium S\v. ; Cladium des Indes Occi­
dentales. Vulgo : Herbe coupante.— Vivace, haut de 1"‘ 50-2IU50, très
droit, vert foncé; à chaume sous-ligneux à la base, obtusément triangulaire,
demi-cylindrique dans le haut; à feuilles très longues, nombreuses, rigides,
linéaires-acuminées, carénées, très finement serretées sur les bords; à dents
rigides, distantes; à gaine apprimée. Inflorescence en panicules corymbiformes, interrompues : les inférieures, courtes; les supérieures et terminales,
plus longues et plus larges; épillets brun foncé, ovés-lancéolés, disposés par
3 ou 5; étamines 2 ; style trifide; caryopse ellipsoïde, surmonté d'une pointe
courte. — Séchée, cette Cypéracée sert de chaume pour couvrir les toits. —
Vit en société sur de grandes étendues, dans les endroits marécageux et dans
lès tourbières des Abymes, du Morne-à-l'Eau, du Petit-Canal, de Port-Louis,
qui avoisinent la mer; à Marie-Galante (entre le bois de Folle-Anse et les
terres de l'usine de Retz); à Trois-Rivières (étang de Roussel au-dessus du
bourg), Gourbeyre (étang du Valcanard). Alt. 0-350 mèt. [N° 3108. — De
cette plante, si commune à la Guadeloupe, on ne trouve pas trace à la Mar­
tinique, mais elle existe à Sainte-Lucie dans un étang au-dessus de la sou­
frière. [N° 469.]
Machærina Vahl (du grec « machaira », couteau, sabre, allusion à la
forme des feuilles, qui sont recourbées, larges et polies.)
M. restioides Vahl; Machærine ressemblant à un Restio. — Vivace par ses
souches, droit, cespiteux, haut de 55-65 cm., très ornemental; à chaume
comprimé, poli; à feuilles distiques, imbriquées à la base, rigides, épaisses,
ensiformes, légèrement courbées, très polies et luisantes : les supérieures,
courtes et distantes. Inflorescence en panicule racémiforme, allongée, longue
de 13-15 cm., large; panicules partielles alternes, entourées, à la base, d'une
gaine ferme, comprimée, brune à la base; épillets pauciflores, noirs; glumes
inférieures, vides; les supérieures, garnies d'une petite arête; étamines 3;
style trifide; caryopse trigone, noir, surmonté d’un bec conique. — Rare
dans la région des grands bois; abondant dans la région supérieure ; Savane
aux Ananas, Savane à Mulets, Matelyane, Grande-Découverte, Soufrière, etcAlt. 600-1480 mèt. [N° 3130.]
M a r t i n i q u e . — Montagne-Pelée, Pitons-du-Carbet (abondant). rN° 760 a.]

�550

PLANTES DE LA GUADELOUPB ET DE

LA

CYPÉRACÉES

MARTINIQUE

Rynchospora Yahl (du grec « rhynchos », bec, el « spora », semence, parce
que les caryopses sont surmontés d un long bec, qui est le style persistant.)
R. cyperoides Mart., R. polycephala W ydl., Schœnus polycephalus Fers.,
S. (riceps Yahl ; Rvnchospore ressemblant à un Cvperus. (Schœnus Lin.) —
\ ivace, très droit, svelte, ornemental, haut de 0 UI 80-1 m 20, à leuilles peu
nombreuses, très longues, linéaires, rigides, carénées; à carène très scabre ;
à gaine longue, apprimée; à chaume triangulaire. Inflorescence en capitules
globuleux, disposés en une ombelle très inégale, à 1-3 capitules sessiles ou
presque sessiles, les autres pédicellés. Feuilles involucrales du capitule sétiformes; épillets ovés, acuminés. Fleurs supportées par plusieurs barbes;
glpmes inférieures orées, les supérieures ovées-lancéolées; caryopse obové,
articulé avec le bec qui le surmonte; bec pâle, subulé, linéaire, environ de la
même longueur que le caryopse. — Çà et là sur le bord des fosses remplies
d'eau el des mares : Petit-Bourg, Petit-Canal, Goyave. Alt. 0-300 mèt.
X° 3821.]
M a rt in iq ue . — Ducos, Gros-Morne, Trois-Ilets. [X°761.]

551

allongées. — Abondant dans la haute région : Savane à Mulets, Savane aux
Ananas, Matelvane, Grande-Découverte, etc. Alt. 800-1300 mèt. [X" 3117.
M a r t in iq u e . — Montagne-Pelée, Pitons-du-Carbet, etc. IX 0* 762, 763.

R, polyphylla Vahl; R. fernujinea Sieb. ; Rvnchospore à feuilles nom­
breuses. (Mitrospora Nees; Schœnus Lin.) — Yivace, très cespiteux, droit ou
souvent plus ou moins penché, haut de 70-90 cm. ; à feuilles très longues,
très nombreuses, tombantes, linéaircs-acuminées; à 3 côtes en dessous; à
chaume triangulaire. Inflorescence comme dans le précédent; épillets allon­
gés, couleur paille, plurilïores; glumes inférieures ovées, les supérieures lan­
céolées; caryopse strié, dépourvu de barbe, finement tubercule, aussi long
que son bec tronqué et articulé. — Abondant dans les endroits ensoleillés des
moyenne et infra-moyenne régions : bois des Bains-Jaunes, Savane à Mulets,
Matelyane, Vieux-Habitants, Deshaies, Trois-Rivières. Alt. 400-1100 mèt.
[X° 3116.]
M a r t i n i q u e . — Bois de la Montagne-Pelée, Champflore, fontaines Didier
et Absalon, Trois-Ilets, la Régale, Gros-Morne, etc. [X° 764.]

R. aurea Yahl; R. surinamensis Nees; Hynchospore à épillets dorés.
Yulgo : Paille-mare, herbe-razoir mâle. Rottb., Desc., t. 21, f. 1. (Schœnus
Lin.) — Yivace, haut de 0 m90 -lm 50 et quelquefois au delà; à feuilles
longues, largement linéaires, scabres sur les bords et sur la carène; à chaume
à trois angles aigus. Inflorescence enpanicules corymbiformes, interrompues,
larges, arrondies, terminales et axillaires, dépassées par les feuilles; épillets
jaune doré (à l’état frais); glumes inférieures ovées, les supérieures ovéeslancéolées; caryopse obové, brun, traversé longitudinalement de chaque côté
d’un sillon profond, surmonté d’un bec conique, pointu, plus gros et un peu
plus long que le caryopse lui-même. — Abondant dans les marécages du
Lamentin, de la Baie-Mahaull, du Petit-Canal, des Abymes, du Morne-àl’Eau, où il vit en société avec le Fuirena umhellata Rottb., Gommier, Gourbeyre (Yalcanard), Trois-Rivières, etc. Alt. 0-600 mèt. [X os 3118,3523,
3612.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe à couteau. — Ducos, Trois-Ilets, Anses-d’Arlet, Gros-Morne, etc. [N° 761 a.j

R. selacea Boekeler, R. spermodon Griseb.; Hynchospore à feuilles sétiformes. (Schœnus Rottb., l)esc., t. 21, f. 2.) Dichromena Kth.i —
Cespiteux, annuel, haut de 32-40 cm., droit; à chaume rigide, filiforme; à
feuilles filiformes plus longues que le chaume. Inflorescence en faisceaux
corymbiformes, petits, axillaires et terminaux, plus courts que les feuilles à
l’aisselle desquelles ils naissent; épillets bruns, allongés, petits, lancéolésacuminés; glumes inférieures elliptiques, terminées par une courte pointe,
les supérieures lancéolées; caryopse dépourvu de barbe, brun, rondàtre, trans­
versalement sillonné, bidenté au sommet, plus long el plus large que le bec.
comprimé-conique, qui le surmonte. — Endroits secs, rocailleux ou pierreux
des mornes inférieurs et peu boisés : Houëlmont, les Saintes (Terre-deHaut, route du Chameau), Marie-Galante; assez rare dans les endroits
plus ou moins humides en général ; ieux-Habitants. Alt. 150-600 mèt.

R. corymbifera Nees; Hynchospore à inflorescence en corymbes. —
Yivace par ses stolons, cespiteux, droit, très glabre, ornemental, haut de
65-75 cm.; à chaume triangulaire; à gaine ferme, lâche au sommet; à feuilles
longues, plates, très légèrement carénées; à tiges et feuilles couleur de paille.
Inflorescence en corymbes composés, axillaires et terminaux : les derniers
beaucoup plus longs et larges; épillets cylindriques, allongés, bruns; caryopse
brun, biconvexe, court, surmonté d'un bec conique-comprimé, qui lui-même
est surmonté d’une barbe géniculée, longue de près de 1 cm. Se distingue
facilement de ses congénères par ses longues feuilles, ses épillets et ses barbes

R. emaciata Boekeler; Hynchospore très maigre. — Annuel, cespiteux, plus
ou moins tombant, haut de 40-46 cm., à feuilles et chaume capillaires, très
tenaces. Inflorescence en 1-3 faisceaux corymbiformes, terminaux et axil­
laires, très distants, composés de 2-3 épillets; glume inférieure carénée,
petite, la deuxième brusquement pointue, les supérieures lancéolées-pointues ;
caryopse biconvexe, plus large que long, terminé par trois pointes courtes,
distantes, situées sur le même plan. — Endroits secs, maigres, ombragés,
souvent arides et pierreux : les Saintes (Terre-de-Haut, morne du Chameau).
Abondant. Alt. 80-250 mèt. [N° 3122.]

[N° 3121.]
M

artinique.

— Plateau des Trois-Ilets, Fonds-Saint-Denis, hauteurs de la

Grand’Anse, Caravelle. [N° 760.]

�552

PLANT RS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

CYPÉRACÉES

553

— Hauteurs du Diamant, chemin des Fonds-Saint-Denis aux
Deux-Choux, Caravelle, hauteurs de Fort-de-France. N° 693.]

dans les friches et dans les terres cultivées du Gros-Morne. Alt. 350-600 mèt.
[N ° 4(55.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

R. micranlha Vahl, R. sparsa Sieb.; Rynchospore à petites fleurs, Vulgo :
Herbe à cheveu. (Dichromena Kth.) Annuel, haut de 25-55 cm., déli­
cat. flacide, plus ou moins droit; à chaume triangulaire, branchu; à feuilles
linéaires, plates, nombreuses. Inflorescence en corymbes courts, délicats,
divariqués, axillaires et terminaux, à pédicelles filiformes; épillets ovésarrondis, petits; glumes lancéolées, obtuses; caryopse brunâtre, rondâlre,
transversalement sillonné, marginé, trois fois plus long et plus large que son
bec, court, comprimé-conique, pointu, et brièvement décurrent. — Endroits
humides et peu boisés, bords des mares et des étangs, savanes aquatiques, où
il n"it souvent en société et forme gazon : Bains-Jaunes, Matouba, CampJacob, Bagatelle, Parnasse, Gourbeyre, Trois-Rivières, Vieux-Habitants, etc.
Alt. 300-900 met. [N° 3119.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Herbe à cheveu. — Champflore (abondant), TroisIlets, Ajoupa-Bouillon, Grande-Rivière, etc. [N" 403.

R. slellata Griseb., Dichromena leucocephala Mich. ; Rynchospore à
feuilles involucrales étoilées. SI., t. 78, f. 1. — Haut de 40-45 cm., droit,
cespiteux, à rhizomes vivaces, rampants, à feuilles glabres, linéaires-acuminées, peu rigides : les unes plus courtes, les autres plus longues que le chaume
anguleux. Inflorescence en capitules compacts, larges, hémisphériques,
blanchâtres, entourés de 3-5 feuilles involucrales étoilées, élargies et blanches
à la base, sans cils, vertes à l’extrémité : 2-3 longues, les autres courtes ;
épillets blancs, ovés-oblongs ; caryopse obové-rondâtre, à sillons trans­
versaux, lins, deux fois aussi large et aussi long que son bec comprirnéconique et pointu ; barbe longue, noire. — Abondant dans les savanes her­
beuses, très humides ou aquatiques des basse et infra-moyenne régions:
Marie-Galante (environs du bois de Folle-Anse), Gourbeyre, Camp-Jacob,
Pointe-à-Pitre, Gozier, Moule, les Abyrnes, Matouba, etc. Alt. 0-700 mèt.
[N° 3131.]
M a r t i n i q u e . — Abondant : Saint-Esprit, La Régale, Rivière-Pilote, TroisIlets, Marin. [N° 665 a.]

M

artinique.

R. pubera Boekeler, forma elatior ; Rynchospore pubescent. — Vivace
habituellement'!, cespiteux, plus ou moins droit, haut de 35 cm. ; à rhizomes
rampants; à feuilles nombreuses, linéaires-aduminées : les unes plus courtes,
les autres aussi longues ou plus longues que le chaume comprimé, souvent
tacheté de brun; à feuilles, gaines et chaume pubescents. Inflorescence en
capitules arrondis, sessiles, terminaux, composés d'un petit nombre d’épillets
et entourés de 3-5 feuilles involucrales, dont 2-3 très longues; épillets et
glumes carénés; caryopse subglobuleux, transversalement sillonné-tüberculé,
plus long que son bec obtus. — Abondant dans les terres cultivées et en
friche de la région infra-moyenne de toute la Guadeloupe proprement dite.
Alt. 300-600 met. [N “ 3122, 3611.]
M a rt i n i q u e . —
Fontaine Absalon, Camp Balata, Gros-M orne, etc.
[N ° 706.]

R. Jehkiana Boekeler ; Rynchospore de Jelske. — Vivace par ses rhizomes
rampants, droit, haut de 35-38 cm., cespiteux, à feuilles peu nombreuses : les
inférieures courtes, les supérieures plus longues, toutes flasques, réfléchies,
légèrement pubescentes vers l’extrémité, plus pubescentes vers la base; gaine
courte, ciliée sur les bords; chaume sillonné, filiforme, rigide, dépassant de
beaucoup les feuilles. Inflorescence en capitules arrondis, larges, blancs,
composés d’épillets 5-6-llores ; glumes inférieures larges, ovées-membraneuses, les autres ovées-lancéolées, toutes carénées sur le dos ; caryopse
ovoïde, légèrement comprimé, transversalement sillonné-tuberculé, un peu
plus court que son bec blanc, articulé, comprimé et surmonté d’une pointe
brune et courte. Se distingue facilement de ses congénères par son chaume
noirâtre et ses feuilles courtes. — Environs des fontaines Didier et Absalon,

R. Dussii Boekeler ; Rynchospore de Duss. — Haut de 40-45 cm., peu
cespiteux, droit, à rhizome rampant, à feuilles lancéolées-linéaires, flasques,
glabres, 6-8-nerviées, très vertes : celles de la base, courtes, avec une gaine
également courte ; les supérieures, plus longues que le chaume filiforme,
comprimé-anguleux. Capitules arrondis, composés de 6-8 épillets, blanc
pâle, allongés, cylindriques, pointus, 4-5-llores ; feuilles involucrales vertes,
au nombre de 5, dont 1-3 longues ; caryopse brun, ovoïde, transversalement
sillonné-strié, deux fois plus long et plus large que son bec obtus, et surmonté
d'une barbe noire un peu plus longue que les deux arêtes qui naissent à la
base du caryopse. Facile à distinguer de ses congénères de la même section
par ses feuilles larges. — Peu répandu : assez abondant dans une ravine du
Morne-Vert, au pied des Pitons-du-Carbet. Alt. 750 mèt. [N° 462.] — Je ne
l'ai pas vu à la Guadeloupe.
TRIBU III. SCLÉRIÉES.
Scleria Berg, (du grec « skleros », dur, parce que les caryopses sont durs.)
S. praiensis Lindl., S. commumis Kth ; Sclérie des prés. 5 ulgo : Herbecouteau. — Vivace par ses rhizomes rampants et forts, peu cespiteux.
Feuilles longuement linéaires, scabres sur les bords, à chaume haut de 6090 cm., à chaume et gaine triailés, à ligule herbacée, ovée-oblongue, obtuse.
Inflorescence en panieule terminale, à branches triailées ; fleurs des épillets
mâles, à 1 étamine; glumes inférieures vides; fleur femelle, à 1 style;

�55 i

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

caryopse globuleux, blanc à la maturité, très poli cl luisant, cl un charnel, de
1-5 mm., niché dans un double disque dont l’extérieur, ci 3 lobes terminés
en pointe allongée, se sépare facilement du second, qui est à 2 lobes et adhérent
à ce caryopse. — Çà et là clans les savanes herbeuses, clans les haies, sur le bord
des chemins des basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe, de
la Grande-Terre et de Marie-Galante. Alt. 0-600 met. [N° 3824.]
M arti ni que . — Yulgo : Herbe à couteau. — Dans toute 1 ile. [N° 443.]
S. microcarpa Nees, variété latifolia macrocarpa. Vulgo : Herbe-razoir.
— Vivace par ses rhizomes, haut de 1-2 met., rarement plus haut, droit,
ornemental, à feuilles lancéolées-bnéaires, seabres sur les bords, rigides,
penchées à l'extrémité, à gaine fendue, au sommet, en deux lobes, garnie de
trois ailes larges, allant en diminuant du sommet à la base et formant finale­
ment trois carènes, à ligule deltoïde. Inflorescence en panicule souvent très
allongée, étroite, interrompue, à branches trigones ; épillets mâles situés
dans le bas des branches, chacun contenant trois fleurs avec trois étamines:
les fleurs supérieures, femelles ; caryopse globuleux, blanc à la maturité,
très poli et luisant, surmonté d'une pointe très noire ; disque double : 1exté­
rieur, tronqué ; l’intérieur, trilobé. — Ait en société dans les endroits maré­
cageux de 1intérieur des terres et dans les terres marécageuses et inondées
du bord de la mer: Gourbeyre (étang du Yalcanard), où il abonde, PetitCanal près du bord de mer), Baie-Mahault, Gozier, Lamentin. Alt. 0-350
met. , N° 3112.]
M ar tinique . Yulgo : Herbe-razoir. — Ducos, Lamentin (près de l’embar­
cadère de l'usine de Lareinly, etc.). [N° 445.]
S. scindens Nees; Sclérie coupante. Vulgo : Herbe coupante. — \ ivace
par ses rhizomes, haut de 1m 50-2"150, à feuilles rudes, très seabres sur les
bords, longues, linéaires, étroites, penchées; à gaine non ailée, mais à trois
carènes finement serretées-scabres; à ligule courte, arrondie-obtuse. Inflo­
rescence en panicule longue de 7-9 cm., naissant près de la dernière leuille
du chaume, à branches triquètres, étalées; épillets mâles à trois fleurs,
chacun à trois étamines ; caryopse comme dans le précédent : disque intérieur
trilobé, supporté par un petit carpophore; l’extérieur, ondulé. — Dans les
bois secs, ou plus ou moins humides de l’infra-moyenne région de toute la
Guadeloupe proprement dite, surtout dans le massif de Houëlmont, dans les
bois de Deshaies, des Trois-Rivières, de Pigeon, des \ ieux-Habitants, etc.
Alt. 50-670 mèt. [N° 3111.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à couteau. — Dans les clairières et sur les
lisières des bois inférieurs. N° 446.]
S. la tifolia. S\v.; Sclérie à larges feuilles. Yulgo : Herbe à couteau. —
Vivace par ses rhizomes forts et volumineux, haut de 0 ,n 70-111160, à feuilles
larges, oblongues-lancéolées, ou lancéolées; à chaume triangulaire; gaine à

cypéracées

555

trois ailes, allant en diminuant du sommet vers le nœud; ligule dure, del­
toïde, obtuse. Inflorescence en panicule compacte, plus large que dans le
précédent : tantôt nettement pyramidale, tantôt arrondie, à branches tri­
quètres, seabres; épillets mâles, à trois fleurs, chacune à trois étamines,
droites; caryopse unique dans chaque épillet femelle; branches principales de
la panicule armées, à la base, d’une longue arête, les branches secondaires
d une arête courte, subulée, celles des épillets mâles et femelles d'une arête
plus longue qu'eux; caryopse blanc à la maturité, légèrement déprimé au
sommet et terminé par une petite protubérance ; disque intérieur incisodenté et à trois lobes plus longs que le disque extérieur ouvert et ondulé.
Facile à distinguer de ses congénères par ses larges feuilles. — Dans tous les
bois plus ou moins humides de la région infra-moyenne de toute la Guade­
loupe proprement dite. — On en rencontre deux variétés : l'une dont les
branches de la panicule et les épillets sont d'un blanc pâle ou couleur paille;
l’autre où ils sont noirâtres, bruns ou pourpres. Alt. 350-1100 mèt. N° 3113.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe à couteau. — Dans tous les bois humides ou
plus ou moins secs. \N° 443 a. I
S. reflexa II. B. et Kth, S. flagellum Griseb.; Sclérie à branches tom­
bantes. Yulgo : Herbe à couteau. SL, t. 77, f. 1. — Vivace, grimpant, pou­
vant monter sur des arbres très élevés; à branches pendantes; à feuilles
linéaires-acuminées, trèsscabres sur les bords; à gaine sans ailes, ftigone. très
finement serretée, avec des dents placées à rebours; à ligule scarieuse, courte,
obtuse, noirâtre, souvent oblitérée. Les feuilles des S. reflexa IL B. et Kth,
latifolia Sw. et scindens Nees sont très tranchantes : elles occasionnent des
blessures profondes et douloureuses. Inflorescence en panicules terminales
et axillaires, toutes courtes, compactes, pyramidales, à branches triquètres,
pubescentes; épillets mâles à trois fleurs, chacune à trois étamines; épillets
femelles placés plus haut, renfermant un caryopse globuleux-ovoïde, blanc,
luisant, terminé par un petit mamelon; disque extérieur subentier, à bord
renflé et noir, renfermant le petit disque intérieur. — Abondant dans les bois
secs ou plus ou moins humides des moyenne et infra-moyenne régions des
grands bois, où il forme souvent des fourrés impénétrables : Houëlmont,
Gourbeyre, Vieux-Habitants, Pointe-Noire, Bouillante, Deshaies, etc.
Alt. 300-800 mèt. [N° 3825.]
M a r t i m q u e . Vulgo : Herbe à couteau. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : hauteurs de Sainte-Luce, des Trois-Ilets, La Régale, Grand’ Anse, etc.
[N° 444.]
S. lithosperma Sw. (emend), S. filiformis Sw., S. purpurea Poir. ; Sclérie
à semences pierreuses. — Vivace, cespiteux, ornemental, haut de 50-75 cm.
droit; à feuilles étroitement linéaires, carénées, glabres; à chaume triangu­
laire, nu dans le haut; à ligule deltoïde, obtuse. Inflorescence en faisceaux

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

LILIACÉES ---- AMARYLLIDÉES

courts, pédoncules, axillaires el terminaux, très distants, composés d’un
petit nombre d’épillets; bractée mère, longue, séteuse, rigide, droite ou
subulée; épillels mâles à une étamine; caryopse globuleux, blanc, oblusément trigone à la base; disque trigone, noirâtre, simple, petit. — Abondant
dans les mornes inférieurs peu boisés, secs el rocailleux de Vieux-Fort, des
Vieux-Habitants, de Bouillante, de Pigeon, de Deshaies, etc. Alt. 10-400 mèt.

épineuses. Hampe comprimée, haute de 70-85 cm., simple ou à 2-5 branches;
'niloresconce en grappes pouvant atteindre 15 cm. de long. Fleurs pédicellées,
d'un jaune orange strié de vert, en clochettes 6-fîdes, pendantes, subcylin­
driques, bossues à la base, longues de 2-4 cm. ; pédicelles garnis d’une bractée
blanche, mince, ovéc-lancéolée ; étamines hypogynes, légèrement exserles ;
anthères introrses; style exscrt, simple; stigmate trilobé. — Fl. de février à
mai, mais ne produit pas de fruits. — Introduit probablement delà région
méditerranéenne. — Cultivé comme plante médicinale, mais se rencontre
assez souvent à l’état sauvage dans les endroits très secs, pierreux el arides :
côte entre Baillif etles Vieux-Habitants, bord de la rivière des Pères, mornes
calcaires du Petit-Canal, environs du Moule. — Dans nos deux colonies, on
met rarement à profit les propriétés purgatives bien connues de cet aloès,
mais on en emploie souvent les feuilles comme très émollientes; on les pré­
fère à toute autre substance contre les brûlures. [N° 3830. j
M a r t i n i q u e . — Cultivé çà et là à l’état sauvage. — Hauteurs inférieures de
Case-Pilote et du Diamant. [N° 1340.]

556

I V

[N® 3114.]
Hauteurs du Diamant, des Trois-Ilets, Sainte-Luce (près
du bord de mer.) [N° 440 a. \
M

ri

a rt in iq u e .

—

TRIBU IV. CARICINÉES.
Carex L. du latin « carere », manquer, parce que les épillets supérieurs
sont mêlés el ne portent pas de semences.)
C. Dussiana Boekeler; Laiche de Duss. — Vivace, haut de 55-75 cm.; à
chaume mince, penché, triangulaire; à feuilles très longues, très glabres,
plates, beaucoup plus longues que le chaume, lancéolées-linéaires, très acuminées et graduellement rétrécies vers la base, presque toutes radicales, bitricaulinaires; ligule nulle; gaine triangulaire. Inilorescence en épis formant
des panicules lâches, allongées, longuement pédonculées, fastigiées, biaxillaires el triterminales, toutes d’inégale longueur; épis longs de 8-12 mm.,
sessiles, obovés-allongés, garnis, à la base, d’une arête droite, barbelée,
tantôt plus courte, tantôt de moitié moins longue que l’épi, et à 2-3 bractées
vides; épillets distiques : les huit premiers renfermant des fleurs femelles, à
trois styles, à caryopse comprimé-ovoïde, pointu, renfermé dans un utricule,
persistant, ovoïde-allongé et muni, à la base, d'une écaille légèrement caré­
née, pointue, uninerviée; fleurs mâles dans la partie supérieure de l’épi, à
trois étamines. — Peu répandu : çà et là dans les hauteurs du Morne-Vert.
Alt. 500-700 mèt. N° 763 b. &lt;— Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

— LILIA C E E S.

557

On cultive fréquemment dans les deux colonies le Yucca gloriosa L., qui
montre sa belle et large panicule pyramidale en mai, juin ou juillet ; il est
originaire de l’Amérique; on rencontre plus rarement les Yucca (ilameniosa
L., flaccida Haw et aloifolia L., enfin l Aspidistra elalior Blum., etc.
Dans les jardins potagers, on voit partout : lAllium Porrum L., vulgo :
Poireau ou Porreau; lAllium fistulosum L., vulgo : Ciboule ; lAllium salivum L., vulgo : Petit ail; l Allium cepa L., vulgo : Oignon; l Allium ascalontcvm L., vulgo : Echalolte ou Chalotte. — Dans les hauteurs, les oignons
fleurissent assez souvent.

cent

tr en te - cinquième famille .

— A M A R YLLID E E S.

Agave L. (du grec « Agauos », beau, fier, par allusion au port de la plante
el à la beauté de ses fleurs.)
A. americana L. ; Agave américaine. Vulgo : Langue à bœuf, Salsepareille.
Lindley, Vegetable Kingdom, f. 116, p. 157. — Plante majestueuse, sans lige
ou à lige courte. Feuilles nombreuses, rosulées, longues de l m- l IU 30 sur
2-4 cm. de large, épaisses, terminées par une pointe ligneuse, dure, acérée,
droite, longue, noirâtre, garnies sur les bords d'épines recourbées et très
élargies à la base. Hampe cylindrique, longue de 4-7 m. (dans nos colonies),
garnie de distance en distance de bractées larges, deltoïdes, sessiles, mucronées, tournées de haut en bas. Inflorescence en panicule pyramidale, lâche,
longue de l m50-2m 50; branches de la panicule très comprimées : les infé­
rieures, horizontales, longues de 55-75 cm., el deux fois trichotomes; les

�PLANTES DE I.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

AMAR YLLIDKES

dernières divisions, courtes et terminées chacune par une ombelle contenant
5-10 fleurs. Fleurs d'un jaune très vif d'orange, longues de 8-9 cm.; ovaire
infère, long de près de 3 cm.; périanthe à 6 segments ovés-lancéolés, obtus,
garni au fond de plusieurs nectaires sécrétant une matière brune, mielleuse,
demi-liquide qui attire des nuées d insectes ailés; étamines exsertes, fixées à
la base du tube, légèrement arquées; anthères dorsifixes; style plus long
que les étamines, à stigmates trilobés-trigones. Capsule longue de 5 cm. sur
2 cm. de diamèl., s’ouvrant au sommet en 3 valves; graines très aplaties,
noires en dehors, blanches en dedans, largement obovées ou irrégulièrement
subquadrangulaires-arrondies. — Fl. en février, mars ou avril. — Endroits
secs, rocailleux, souvent arides du bord de mer ou dans les mornes voisins
de la mer : Moule, Sainte-Anne. Désirade, Marie-Galante, les Saintes (Terrcde-Bas). — Spécimen manque. Alt. 0-150 mèt A
M a r t in iq u e . Yulgo : Langue à bœuf. — Case-Pilote (Belle-Fontaine), Dia­

légèrement caustique, et avec des fragments de feuilles pilées on prépare
une sorte de pâte à laquelle on ajoute du sel et, du tafia, et qu’on applique
contre les plaies, les blessures et les foulures des chevaux et des mulets; les
bu 1billes sont acides cl astringents ; on en lait, à la Martinique, une espèce
de sirop contre les dysenteries chroniques. Avec le bois mou et spongieux de
la hampe, après dessication, on fabrique, dans les Antilles, d’excellents repassoirs pour les rasoirs, les instruments de chirurgie et les canifs. Tout le
monde sait que les feuilles de cette espèce et de la précédente contiennent
une filasse forte semblable à celle du chanvre. — FL en juin, juillet, août. —
Assez abondant dans les mornes inférieurs, secs, arides et pierreux : côte de
Baillif et de Deshaies, Vieux-Fort; çà et là au Moule, au Gozier, à MarieGalante, à la Désirade (environs de la Léproserie), etc. Alt. O-250 mèt.
[N® 3602.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Ivaratas, langue à bœuf, bois-chique. — Côtes sèches
entre le Carbet, Case-Navire, Diamant, Anses-d’Arlet, Caravelle, GrosMorne (où on en fait des haies). [N° 2125.]

558

mant. Caravelle. [N° 2136.]
On cultive souvent dans des pots ou en pleine terre, I A. amencana foins
variecf&amp;lis. — Je ne l’ai jamais vu fleurir.

Fourcroya Vent, (dédié au Français Ant.-François Fourcroy, né à Paris, en
1755; en 1784, professeur de chimie au Jardin du roi, collaborateur de la
nouvelle nomenclature de chimie, membre du comité de l ’instruction
publique et du salut public, fondateur des écoles de médecine de Paris, de
Strasbourg et de Montpellier; mort en 1809.)
F. giganiea Y’ent., Agave fœtida L. ; Fourcroya géant. Yulgo : Ivaratas.
Tuss., F l .. II, t. 25 et 26. — Sans tige ou à tige peu élevée. Feuilles rosuJées, longues de 1m20-1 m 50 sur 16-18 cm. de large, linéaires-lancéolées,
droites, épaisses, avec ou sans piquants sur les bords, terminées par une
pointe acérée, cylindrique, ligneuse. Hampe longue de 7-10 m., cylin­
drique, très droite, garnie de bractées larges, deltoïdes, apprimées. Inflo­
rescence en une panicule nettement pyramidale, longue de 2 1" 60-3m50, à
branches paniculées, distantes, alternes : les inférieures, horizontales; les
supérieures, fastigiées. Fleurs à odeur forte et désagréable, blanc verdâtre,
pendantes après léclosion, longues de près de 6 cm. ; tube du périanthe fili­
forme, long de 2-5 cm.; lobes du périanthe, elliptiques, finement veinés, plus
courts que le tube : les 3 extérieurs, plus étroits; les 3 intérieurs, plus
larges; étamines 6, incluses, inférieurement dilatées; ovaire presque tou­
jours transformé en un bu 1bille ové-lancéolé, acuminé. — Les racines, mises
dans l’eau, sont purgatives, mais on s’en sert rarement; le suc des feuilles est

559

Hymenocallis Salisb. (du grec « hymen », pellicule, et « kallos », beauté,
allusion aux segments longs, tendres et délicats du périanthe qui font la
beauté de la fleur.)
H. caribæa Iierb., Pancratium carihæum L., P. amœnum Salisb., P. declinalum Jacq.; Ilyménocalle des Caraïbes. Yulgo ; Lis blanc, oignon de lis,
lis à l’huile. Desc., vol. V III, l. 556, p. 135.— Haut de 45-80 cm., à bulbe
rondâtre, blanc. Feuilles lancéolées-oblongues, inclinées, se rétrécissant len­
tement en un pétiole largement cannelé. Hampe comprimée, plus longue que
les feuilles, surmontée d’une ombelle de 6-12 fleurs; ombelle enveloppée, à
la base, de deux spathes foliacées, blanches en dedans, vertes en dehors,
deltoïdes, allongées. Fleurs longues de 15-22 cm., d’un parfum très suave et
fort, sessiles; tube du périanthe droit, filiforme, tantôt plus court, tantôt
plus long que les lobes étroits, inclinés el plus larges au milieu qu'aux extré­
mités; étamines insérées sur une couronne infondibuliforme et alternant avec
ses dents pointues; filets filiformes, vert foncé dans la moitié supérieure;
anthères fixées un peu au-dessus du milieu; style filiforme, dépassant un peu
les étamines, vert foncé dans la moitié supérieure ; ovaire trigone. — La
décoction des bulbes est vomitive, et s'emploie contre l'asthme. — FL habi­
tuellement deux fois dans l'année. — Dans toute la Guadeloupe et ses
dépendances. Est souvent cultivé dans les jardins. .Vit. 0-700 mèt. [N° 3406.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Lis blanc, lis à l’huile. — Dans toute l île. [N° 2133.
Crinum L. (du grec « krinon », lis.)

1. Celte plante reçoit des usages divers : ses feuilles donnent un textile apprécié; ses
racines sont dites sudorifiques et antisyphilitiques (contiennent peut-être delà saponinc) ;
la tijre laisse exsuder, ainsi que les feuilles, après incision, un suc sucré qui, par ferm en­
tation, donne un liquide alcoolique poulqué des Mexicains), qui serait, dit-on, laxatif.
(E. II.)

C. amahile Don. — Crinole aimable. Yulgo : Grand lis rouge. — Haut de
1-1m 10, à bulbe blanchâtre, gigantesque, formant au-dessus du sol une
colonne cylindrique, haute de 40-75 cm. cl d'un diamèt. de 20 cm., la partie

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

AMAHYLLIDÉBS

souterraine étant plus grosse et arrondie. Feuilles longues de 0 m85-1 m 20
sur 12-18 cm. de large, inclinées, vert très tendre, épaisses, ondulées sur les
bords, cannelées et rétrécies à la base, terminées au sommet par une pointe
ferme. Hampe latérale rouge, plus longue que les feuilles, droite ou souvent
tortueuse et tombante, large de 3-4 cm., comprimée, portant une ombelle
composée de 15-25 Heurs. Ombelle entourée, à la base, de deux spathes con­
caves, allongées, blanches en dedans, d'abord dressées, ensuite fortement
rejetées sur la hampe. Fleursà odeur forte et exquise, longuement pédieellées,
à tube mince, long de 5-7 cm., légèrement infondibuliforme; segments longs
de 20-25 cm., rose foncé, striés de rose moins foncé, lancéolés-linéaires,
finement veinés : les3 extérieurs moins larges; étamines insérées au sommet
du tube, plus courtes que les segments ; ovaire allongé, ne produisant pas de
semences. — Fl. principalement de janvier à mai. — Originaire de Sumatra.
— Très répandu dans l ile. On le plante rarement dans les parterres, parce
qu'il est trop encombrant, mais il abonde souvent dans les cimetières, dans
les parcs, dans les grandes cours et dans les environs des maisons de cam­
pagne. Alt. 0-500 mèt. [N° 3831.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Gros lis rouge. — Dans toute l'île. [ N ° 2141.]

segments lancéolés plus courts, et par ses étamines recourbées au sommet.
[N° 2142.]

560

C. longiflorum Ilerb.; Crinole à longues fleurs. Yulgo : Lis panaché. —
Haut de 65-75 cm., à bulbe rondâtre, très filandreux-spongieux, très profon­
dément enterré, trois ou quatre fois plus grand qu'un œuf de poule. Feuilles
fortement infléchies-tombantes, ondulées, oblongues-linéaires, lentement
acuminées, légèrement scabres sur les bords, à nervures parallèles. Hampe
droite, latérale, dépassant de beaucoup les feuilles, comprimée, rouge ou
rouge vert, surmontée d'une ombelle sessile de 5-7 fleurs, longues de 1822 cm., toujours penchée, renfermée, à la base, dans deux spathes herbacées,
deltoïdes, très allongées, pointues, presque aussi longues que le tube de la
fleur. Tube du périanthe filiforme, plus court que les lobes, graduellement
dilaté vers le sommet en six segments oblongs-lancéolés, acuminés, blan­
châtres en dedans, rose foncé, et traversés de deux stries longitudinales blanc
pâle; étamines recourbées au sommet, plus courtes que les segments. — Fl.
de mars à août. — Çà et là dans les endroits aquatiques ou très humides et
le long des ruisseaux ; environs de la Basse-Terre, Gourbeyre (habitation
Saint-Charles), Trois-Rivières, Lamentin. Alt. 0-300 mèt. [N° 3833.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Lis penché. — Parc du Collège, habitation Pécoul
grand parc , Carbet, Ducos, Sainte-Anne, etc. N° 2134.]
On rencontre encore çà et là dans les deux îles le Crinum americanum L.,
vulgo : Grand lis blanc, haut de 0 m 90-1m 40, à feuilles allongées, assez
étroites et rigides, à Heurs blanches, peu odorantes, disposées en ombelle
Nos 3491, 3716], et le Crinum giganleum Andr., vulgo ; Grand lis blanc, qui
dillere de 1americanum par ses fleurs à tube plus allongé et plus mince, à

561

Hippeastrum Herb. (du grec « hippos », cheval, et « astron », étoile, parce
que les feuilles sont équitantes et les lobes de la corolle étoilés.)
H. equestre Ilerb., H. occidentale Roem., Amaryllis equestris A il.; Ilippéastre à feuilles chevauchantes. Yulgo : Lis rouge. — Haut de 45-75 cm.,
à bulbe arrondi, rouge en dehors, deux ou trois fois de la grosseur d'un
œuf de poule. Feuilles disposées latéralement sur deux rangs, chevauchantes,
oblongues-linéaires, obtusémenl pointues, inclinées, peu atténuées à la base.
Hampe creuse, droite, glauque, dépassant les feuilles, subcylindrique, rétré­
cie au sommet, très souvent munie de deux sillons longitudinaux, profonds,
latéraux. Ombelle à 2-4 fleurs pédieellées; pédicelle vert noirâtre, long de
3-3,5 cm., dressé jusqu'au niveau de l'ovaire où il tourne à angle droit et
fait prendre à la Heur une direction horizontale; spathes de l'ombelle très
vertes, deltoïdes, aussi longues que la partie droite du pédicelle; tube du
périanthe long de 2-3 cm., obtusément trigone, se dilatant graduellement en
6 lobes étalés, longs de 10 cm., rouge cinabre vif en dehors, blanchâtres en
dedans vers la base et garnis d’une touffe longitudinale de poils blanchâtres;
sépales ovales-elliptiques, subégaux; pétales plus étroits, et le troisième,
opposé aux étamines, bien plus étroit et lancéolé; étamines plus courtes que
les lobes, horizontales, redressées à l'extrémité : les trois externes un peu
plus courtes et plus minces; anthères semilunaires, submédiafixes ; pistil
suivant la direction des étamines, plus long qu elles et redressé à l'extrémité;
stigmate trilobé, triangulaire. — Répandu dans toute la Guadeloupe et
ses dépendances, mais particulièrement abondant dans les savanes des TroisRivières. — FL en février, mars, avril et mai. — Alt. 0-500 mèt. N° 3316 b.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Fleur-trompette, lis rouge. — Dans toute l'île, mais
moins abondant. [N° 2143.]
Amaryllis L. (dédié à la belle nymphe Amaryllis, de « amarussein »,
briller.)
A. tubispatha L ’LIérit. ; Amaryllis à spathe tubuleuse. Yulgo : Petit lis^
blanc. (Zephyranthes Ilerb.) — Haut de 25-30 cm., à bulbe ovoïde-rondâtre
et noirâtre en dehors, deux ou trois fois plus volumineux qu'un œuf de
pigeon. Feuilles plates, linéaires-rubanées. Hampe filiforme, à peu près de
la même longueur que les feuilles; spathe simple, tubuleuse, située audessous de l ’ovaire, bifide, égalant à peu près en longueur la moitié des pédicelles ; tube du périanthe très court; lobes de ce périanthe d'un blanc étince­
lant, verdâtre à la base, étalés, longs de 2 cm., ovés-oblongs, subégaux, aussi
longs que le pédicelle. Etamines incluses: trois plus longues et trois plus
courtes, les longues deux fois plus courtes que les lobes ; pistil inclus,
dépassant un peu les étamines ; style trifide, — Fl. habituellement de juillet
Duss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

36

�PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

AMAItYLLIDKBS ---- SMILACÉES

à octobre. — Abondant dans les jardins, où on le plante en bordures; çü et
là dans les savanes et les terres cultivées : Moule, Go/.ier. les Abymcs,
Morne-à-l'Ean, Gourbeyre, Marie-Galante, etc. A il. 0-600 met. |N°33l4/&gt;.j
M art in iq ue . Vulgo: Petit lis blanc, lis-savane. — Dans les jardins et à
l'état sauvage. N° 2138.1

caféières et cacaoyères : Ilouëlmont, Gourbeyre (Grande Savane), Parnasse,
les Palmistes, etc. Alt. 350-800 met. 'N ° 3317 /&gt;.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit safran. — Morne-Rouge, Trois-Ilets, Marin
(morne-Gommier), Case-Pilote, etc. [N° 2011. 1

562

A. carinata Sjireng. ; Amaryllis à spathe carénée. "\ ulgo : Petit lis rose.
Zepliyrantbes Merb. — DilTère du précédent : par sa taille un peu moindre,
scs feuilles un peu plus étroites ; par sa spathe fendue et légèrement carénée,
enveloppant la moitié inférieure du pédicelle ; par son périantlie rose, à lobes
obovés-oblongs et pointus, un peu plus longs que le pédicelle et une fois plus
longs que les étamines subégales. — Fl. de juillet à octobre. — Plus abon­
dant que son congénère; cultivé et à l'état sauvage, on en fait souvent des
bordures dans les parterres : Basse-Terre, Gourbeyre (dans les terres cultivées
de l'habitation Saint-Charles), Vieux-Fort, Trois-Rivières (environs du
Bourg . Alt. 0-500 met. N° 3313 /;.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit lis rose, lis à bordures. — Dans les jardins et à
l'état sauvage. N° *2138 b.
On cultive fréquemment dans les jardins des deux colonies : 1° le bel
Encharis grandiflora Planch. E. amazonica Linden), vulgo : Couronne de la
Vierge, li&gt; de saint Joseph, originaire des bords du tleuve des Amazones
N° 3334 , Martinique [N° 2137]; 2° le Lilium longiflorum Thunb., variété
Ilarrisii Mort., vulgo: Lis de France |
’ N° 3850] ; 3° un peu moins souvent,
1Amaryllis dilata L Héril. ; 4° les Hemerocallis fuira L. et flava L. : 5° l'Ama­
ryllis Ata/nasco L., à fèbilles cylindriques et creuses. [N°3315Z&gt;], Martinique
N" 2138 c ; 6° le Polyanthes luberosa L., vulgo : Tubéreuse ; 7" assez rare­
ment l Agapanthus umbellatus Ait., qui fleurit difficilement.

Hypoxis !..
■ oxus

du grec « hvpo », avec la signification de quelque peu, et
pointu. Les feuilles et les lobes du périanlhe sont pointus.)

H.procumhens L. ; Hypoxide à feuilles tombantes. V u lgo: Petit safran.
— Vivace par son bulbe ovoïde-obeonique, arrondi à la base, jaunâtre en
dedans. Feuilles radicales, rosulées, fiasques, tombantes, linéaires-acuminées,
ressemblant à celles d’une Graminée, légèrement poilues : les plus longues
mesurant de 20-23 cm. sur 4-8 mm. de large. Hampes 1-6, tombantes, fili­
formes. comprimées, très flexibles, pubeseenles, plus courtes que les feuilles.
Inflorescence en cyme lâche, bi-trillore fleur rarement solitaire) ; périanlhe
jaune vif, petit, supporté par deux bractées filiformes plus longues que le
pédicelle ; tube du périanthe complètement adné à l’ovaire, divisions 6-partites. rotacées. ovés-lancéolées, pointues; étamines courtes, incluses. Capsule
longue de 1.6-2 cm., oblusément quadrangulaire-oblongue, légèrement
recourbée; semences noires, subglobuleuses, attachées par un large fumicule.
— f l. en tout temps. — Dans les savanes humides, dans les sentiers des

CENT TRENTE-SIXIÈME FAMILLE.

563

— SMILACEES.

Smilax L. (du grec « smilé », grattoir, allusion aux fortes aspérités des
tiges.)
S. maerophylla W illd. ; Salsepareille à larges feuilles. V u lgo: Liane-bamboche. PL, éd. Burm., t. 81. — Liane vivace pouvant atteindre le sommet
de très grands arbres, à tige inférieurement anguleuse, rarement subcylin­
drique et armée de forts aiguillons, longs ou courts, distancés ou rapprochés,
noirs ou jaunâtres, pointus ou émoussés, rarement sans piquants, supérieure­
ment cylindrique, très lisse et garnie de petits aiguillons, à branches lisses ;
vrilles stipulâmes, ligneuses, longues, insérées au-dessus du milieu du pétiole.
Feuilles larges, obtuses ou brusquement pointues, lisses, luisantes, rigides, de
la consistance du parchemin : les inférieures, ovées, cordées ou subcordées ;
les supérieures et les florales, ovées-lancéolées ; les jeunes, lancéolées, toutes
palmincrviées, à 3-5 nervures principales et à nombreuses nervilles divariquées et saillantes des deux côtés. Inflorescence en ombelle à 18-20 fleurs
pédicellées, à pédicelles un peu plus courts que le pétiole ; boutons des fleurs
lancéolés. Fleurs dioïques, petites, vertes. Les mâles, périanthées à 6 lobes;
étamines insérées à la base du périanthe : filets dressés ; anthères grises, plus
longues et aussi larges que les filets. Fleur femelle à style trifide. Fruit
baecien, rondâtre, d’abord très vert, devenant noir à la maturité, environ
deux fois plus grand qu’une graine de poivre verte; semences 2-3, rondes. —
FL en juillet et août. — Assez abondant sur les lisières et dans les clai­
rières des bois de la région infra-moyenne : Ilouëlmont, Gourbeyre, CampJacob, Bagatelle, Gommier, Trois-Rivières, Vieux-Habitants, Deshaies,
Sainte-Rose, etc. Alt. 250-600 mèt. [N°3311.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Boyau-chat, liane-boyau. — Trois-Ilets, Case-Pilote,
fontaine Didier, Ajoupa-Bouillon, etc. Nos 1047, 1017 h.
De celle famille, on rencontre en abondance, comme plantes introduites
et cultivées, le Dracæna Sieberi Planch., vulgo: Roseau des Indes, haut de 2-3
mèt., à (leurs roses, en panicule droite, terminale; l Aletris fragrans L., haut
de 5-6 mèt., à fleurs très odorantes, en grappes axillaires, longues, pendantes
1. L ’Hypoxis decumbens Aublet Curculigo scorzonerœfolia Baker) est employé à la
Guyane : ses fleurs y passent pour ennnénagogues, et ses feuilles pour antispasmodiques.
Il est probable que l'espèce des Antilles jou it des mêmes propriétés (à vérifier). E. H.)

�564

PLANTES DE La

GUADELOUPE

ET

DË LA MARTINIQUE

et interrompues. — Avec ces deux espèces, on l'ail 1res souvent des clôtures.
On cultive plus rarement le Dracæna umbraeulifera Jacq. — Au Jardin
botanique de Saint-Pierre, on remarque le Dracæna slricta Sims, le D. marginata Lam., le D. indivisa Forst., le D. Guilfoylei Veitch, le D. draco L. —
Plusieurs de ces espèces se sont répandues dans le pays, mais n'v fleurissent
que rarement.
Le Sanseviera seylanica W illd., à feuilles panachées, à fleurs d’une odeur
forte et exquise, portées sur une hampe radicale presque aussi longue que
les feuilles, orne souvent les jardins ; il se multiplie très rapidement par ses
stolons.

CENT TRENTE-SEPTIÈME FAMILLE.

-- DIOSCORÉES.

Dioscorea L. dédié au Grec Dioscorides (Pedanius), d’Anazarbe, dans la
Cilieie, qui vivait dans le iCr siècle de 1ère chrétienne. 11 a écrit un traité
de botanique en cinq volumes et un traité sur la Matière tnédicale.)
D.
alata L. ; Ignane à lige ailée. Yulgo : Iguane blanc. L)esc., vol. V III,
t. 537. — Grimpant, voluble, à tige garnie de quatre ailes, plus ou moins
larges, très souvent ondulées. Feuilles très ternes, opposées, longuement
pétiolées : les adultes, oblongues, cordées, ovées, à sinus profonds, à 5-7
nervures principales ; les jeunes, ovées et à 3 nervures, toutes brusquement
terminées en pointe. Bulbes aériens, ruguleux, noirâtres, avec ou sans
piquants. Fleurs dioïques, blanchâtres : les mâles, très petites, en panicules
axillaires et terminales, verticillées, quelquefois géminées et opposées;
étamines 6 ; les femelles, en épis simples, géminés ou verticellés par 3,
pouvant atteindre 4 cm. de long ; ovaire infère; stigmate tripartite, large.
Capsule elliptique, longue de 1,6-2 cm., subsessile, à trois ailes, dont une ou
deux fois plus étroite que les autres. — Originaire de l ’Archipel océanien.
— Çà et là à l'état sauvage et cultivé dans toute la Guadeloupe, la GrandeTerre et à Marie-Galante.
On en rencontre plusieurs variétés sous les noms de ; Igname tl'eau, à bulbes
aériens, muriqués, à tubercules tendres et faciles à cuire ; Igname portu­
gaise, à tige épineuse dans le bas, à tubercule large et noir en dehors;
Igname Pacala, à tubercule très large. — Fl. habituellement en septembre.
Alt. 0-500 met. [N os 3309, 3544.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Igname Saint-Martin. — Cultivé dans toute 11 le. —
Çà et là dans les halliersà l’état sauvage. [N ” 512.]
D.
pilosiuscula Berter. ; Igname pubescente. Yulgo : Igname bâtard. —
Grimpant, à tige mince, très llcxueuse, subcylindrique, striée finement et

DIOSCORÉES

565

légèrement pubescente, à bulbilles rondàtres ou ovoïdes, nombreux : les
jeunes, lisses; les adultes, muriqués. Feuilles subcordées, ovées, brusquement
acuminées, pubescentes en dessous ; les adultes, à 5-7 ; les jeunes, à 3
nervures principales. Fleurs dioïques : les femelles, distantes, en épis soli­
taires, axiliaires, filiformes, pendants, longs de 2,5-3,5 cm., à pédicelles,
rachis et ovaires pubescents ; fleurs mâles inconnues.
Le tubercule de cette espèce est aplati, long de près de 20 cm. sur 10 cm.
de large et de 5 cm. d’épaisseur; il peut se manger, mais il est peu apprécié à
cause de son goût amer. — FL en octobre ou en novembre. — Rare : Ilouëlmont (environs de l’habitation Bisdary) N° 3809.] — Je ne l'ai pas trouvé à
la Martinique.

D.
multiflora Presl, D. altissirna Sieb. ; Igname à fleurs nombreuses.
Yulgo : Igname bâtard, Igname marron, Igname grand-bois. PL, éd. Burm.,
t. 117, f. 1. — Grimpant, pouvant atteindre plus de 15 mèt. d’élévation, à tige
cylindrique, très glabre, à branches très allongées, pendantes, filiformes.
Feuilles larges, ternes, quelquefois panachées en dessus et violettes en des­
sous, cordées, deltoïdes, cuspidées : les adultes, à 5-7; les jeunes, à 3 ner­
vures principales ; bulbilles grands, peu nombreux, mangeables, rondàtres,
ou ovoïdes-allongés, jamais muriqués. Fleurs dioïques ; les mâles très petites,
en glomérules sessiles, distants, disposés en épis filiformes, allongés, soli­
taires ou géminés, ou en panicule très lâche et très longue ; étamine 6,
3 fertiles et 3 stériles, insérées à la base des lobes rotacés du périanthe ;
fleurs femelles en épis simples, solitaires ou réunis en grappe. Capsule
échancrée au sommet, rondâtre, longue de 2-2,4 cm., un peu plus large que
longue, à 3 ailes inégales ; semences très aplaties, complètement entourées
d'une aile membraneuse et très fragile. — Ses tubercules sont allongés, sou­
vent presque cylindriques, à chair blanche et comestible.— FL en novembre
et décembre. — Assez abondant dans tous les bois secs ou humides de la
région infra-moyenne de toute la Guadeloupe proprement dite. Alt. 300600 mèt. [N os 3547, 3565.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Igname marron. — Dans tous les bois. \ ° 1013.]
D. Cayennensis Lam., D. Berteroana Ivth ; Igname de Cayenne. Yulgo:
Igname-Guinée. — Grimpant, à tige souvent noire ou noirâtre, cylin­
drique ou anguleuse ou anfractueuse dans le bas, ligneuse, garnie d'aiguil­
lons habituellement noirs, acérés, de longueur très variable. Feuilles très
vertes, luisantes, membraneuses: les adultes, cordées-rondàtres et à 5-7
nervures ; les jeunes, cordées-deltoïdes et à 3 nervures. Fleurs dioïques: les
mâles en épis simples, solitaires ou plus souvent deux opposées, naissant à
l'aisselle de chaque feuille, tout le long des jeunes branches, rarement en
panicule composée de 7-12 épis racémiformes ; périanthe blanc pâle ; éta­
mines 6, toutes fertiles ; anthères subglobuleuses presque aussi longues que

�566

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

BT

DE LA

M ARTINIQUE

les filets courts. — .le n'ai jamais pu trouver clés pieds à fleurs femelles. —
Originaire de la cote occidentale d'Afrique. Généralement cultivé dans
toutes les Antilles, on en rencontre de nombreuses variétés qui diffèrent
entre elles par la couleur et la forme des tubercules, le nombre des épis.
Les principales sont : YIgname carême, parce qu’on les récolte habituelle­
ment pendant le carême, à piquants noirs, et les branches garnies, à la base,
d une bractée charnue, épaisse, ovale ou ovale-deltoïde, à tubercule jaune ;
YIgname Grand Monsieur ou Monsieur, parce que ses tubercules 1em­
portent en excellence sur les autres variétés ; YIgname jaune grosse-tête, à
tubercules jaunes et larges, etc. Xos 3286, 3543, 3546, 3564.]
M a r t in iq u e . Yulgo: Igname-Guinée, igname-ouaoua. [N 08 510,513, 514.]
D.
trifida L. ; Ignane à feuilles trilobées. Yulgo : Gousse-couche, couchecouche. — Grimpant, vigoureux, à tige anguleuse ou pourvue de quatre ailes
courtes; bulbilles arrondis, glabres. Feuilles alternes, larges, ternes, fendues
jusqu'au delà du milieu du limbe en trois lobes ovés-oblongs et pointus :
celui du milieu, beaucoup plus large et plus long; les deux latéraux, à un
lobe basilaire, arrondi. Fleurs dioïques, axillaires: les mâles, pédicellées,
distantes, vertes, en grappes allongées racémiformes et réunies par 3-7,
pendantes ; étamines 6, toutes fertiles, insérées sur le tube très court du
périanthe infondibulil’orme ; les femelles distantes, en épis pendants, toujours
géminés, pouvant atteindre jusqu'à 42 cm. de long; rachis légèrement pubescent. Capsule longue de 2,7-3 cm., triailée, surmontée du style persistant. —
Fl. en novembre et décembre. — Introduit, origine incertaine. Cultivé dans
toutes les Antilles. — Cette espèce produit habituellement un grand nombre
de tubercules allongés ou fusiformes, attachés à un fil comme ceux du Topi­
nambour et fournissent un aliment délicat, très appétissant et recherché,
qui l'emporte de beaucoup sur les autres ignames par sa valeur. |N° 3560.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Cousse-couche. [N° 996.]
D.
tuherosa X’ell. : Igname tubérifère. Yulgo : Patte à cheval, IgnameBonda. — Diffère du précédent par ses tiges moins élevées, les lobes de la
feuille beaucoup moins allongés, ses fleurs moins nombreuses, ses tubercules
plus larges, blancs en dedans et aplatis comme le dessous d’un sabot de che­
val. — Cultivé dans toute la Guadeloupe et aussi à la Martinique. (Spéci­
mens manquent.)

Rajania L. dédié à l’Anglais John R a y (W ra y ), né en 1622, à Blak-Notley,
dans l Essexhire, théologien et naturaliste ; mort en 1705, dans son lieu de
naissance ; a écrit : Calalogus planlarum circa Cantahrigiam nascentium \
Calalogus plantururn Angliæ el insularum adjacenlium ; Methodus plantarum , etc.)
R. cordata L. ; Rajanie à feuilles en cœur. Yulgo : Igname-pas-possible,
igname-bamboche, ignamc-bamboche bâtard. — Grimpant, ornemental, à

DIOSCORÉES

---

IRIDÉES

567

tige cylindrique, sans épines. Feuilles membraneuses, vert pâle, deltoïdespoint ues, cordées, à sinus profond et largement ouvert, lobes basilaires
arrondis, limbes à 0 nervures ; pétiole plus court que le limbe; bulbilles
nuis. Fleurs vertes, dioïques, pédicellées: les mâles en panicules géminées
ou réunies par 4, composées de grappes spiciformes, courtes, 3-6-flores ;
étamines 6, insérées au fond du périanthe; fleurs femelles en grappes allon­
gées, pendantes, réunies par 4-6, longues île 20-35 cm. : pédicelles des fleurs
mâles et femelles capillaires et garnis, à la base, d’une bractée courte, cylin­
drique, pointue et souvent accompagnée d’une fleur avortée. Fruit indéhis­
cent, samaroïde, obtus, membraneux, blanchâtre, portant inférieurement
un bec latéral, qui est le style persistant, et supérieurement une aile mem­
braneuse, obtuse, semi-ovale, longue de 1,5-4-8 cm., ayant la forme d’une
petite lame de couteau courte; semence 1. — Tubercule mangeable, mais
amer, cylindrique, verticalement enfoncé dans la terre. — Assez abondant
dans les bois secs de tout le massif de Ilouëlm ont; plus rare dans les bois
inférieurs des Trois-Rivières. Alt. 300-560 mèt. [N° 3285.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Igname-ououa. — Rare : çà et là dans les bois entre
le Camp Balata et le bourg de Saint-Joseph. [N° 511.

CENT TRENTE-HUITIÈME FAMILLE.

-- IRIDEES.

Cipura Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane française.)
G. mariinicensis II. B. et Kth; Cipura de la Martinique. Yulgo : L ’Envers
mâle. PL, édit. Burm., t. 261, f. 2; Desc., vol. IVr, f. 252, p. 85 (Iris L .). —
Haut de 40-80 cm., ornemental, très droit, vivace par son tubercule conique.
Feuilles radicales, équitantes, lancéolées-linéaires, plates, 3-6 pour chaque
pied, plus courtes ou plus longues que la tige; feuilles caulinaires 1-2,
spathiformes, engainantes à la base. Inflorescence en une sorte de cyme biquadrifïore, portée sur un pédoncule nu, subcylindrique ; cyme garnie, à
la base, de deux spathes ovées,pliées en deux, tantôt rapprochées, tantôt
distantes l'une de l'autre et couvrant partiellement ou entièrement les pédicelles et les bractées minces, longues et luisantes des fleurs. Périanthe caduc,
à six lobes profonds, uniformément jaune ou plus souvent pourvu au-dessous
du milieu d’une large strie noire, transverse : les trois lobes extérieurs
(calice), plus grands, obovés, réfléchis, longs de 11-18 mm.; les trois inté­
rieurs (corolle), plus étroits el environ une fois plus courts. Etamines 3,
oppositisépales ; anthères extrorses ; style tripartite; stigmate large ; ovaire
infère à trois loges multiovulées. Capsule trigone,à angles arrondis, oblongue,
s’ouvrant au sommet par trois ouvertures rondes; semences brun noir, de la
grosseur d'une graine de radis. — Selon Descourtilz, la plante est diuré-

�PLANTES

568

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

tique-excitante, et les racines, employées comme purgatives, vomitives et
astringentes, seraient, selon le Dr Renaud, un puissant emménagogue. D'après
des renseignements précis, cette herbe ne jouit d’aucun crédit ni à la Gua­
deloupe ni à la Martinique, où son usage dans la médecine domestique est
nul. — Fl. presque toute l'année dans les endroits humides. — Abondant
dans toutes les savanes de la Guadeloupe et de ses dépendances.
Alt. 0-700 met. [N° 3312 /&gt;.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Lis jaune savane. —

PONTÉDÉRIACÉES ---- BROMÉLIACÉES

56 9

très vertes, luisantes, réniformes-cordées, ses pétioles gros, vésiculeux, renflés
au-dessous du milieu, mais surtout par ses grandes fleurs bleues en épi large,
terminal. — Il se multiplie si facilement que, tous les ans, il faut en détruire
une masse de pieds. — FL de mars à juillet. — Originaire du Sud des EtatsUnis. — Les Saintes (Terres de Haut et de Bas), Saint-François (habitation
Richeplaine), etc. [N° 3331.] — M a r t in iq u e . — Lamentin, Fort-de-France,
Saint-Pierre, etc. (Spécimen manque.)

Abondant dans toute l’île.

[N° 1951.]

C. plicata Griseb., Sisyrinchium laiifolium Sw. ; Cipura à feuilles plissées.
Yulgo : L ’Envers femelle, chance. (Moræa Sw., Marica Curt.) — Haut de
40-60 cm., formant des touffes larges, vivace par son tubercule ovoïdeangulcux, noirâtre en dehors, blanc en dedans, long de 4-6 cm. Feuilles
radicales, rosulées. plissées, à six côtes, longuement lancéolées-acuminées au
sommet et lentement acuminées à la base, plus longues que la lige, 4-5 pour
chaque pied : les adultes, tombantes; les jeunes, dressées. Tige sillonnée.
Inflorescence en une cyme terminale naissant à Faisselle d'une feuille
allongée, spathiforme et portant un nombre variable de fleurs très inégale­
ment pédicellées, dont chacune est entourée, à la base, d'une bractée courte
et très concave. Périanthe à six lobes blancs, subégaux. — Les ovules de
celte espèce avortent presque toujours. — Fl. de juin à novembre. —
Abondant dans les savanes argilo-ferrugineuses du Lamentin et de BaieMahault. Alt. 10-150 mèt. [N° 3836.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Chalotte-bois, chalotte-savane. — F,es bulbes, réduits
en pâte et mis dans le tafia, sont employés en friction contre les rhuma­
tismes 1. — Çà et là dans les bois et les savanes inférieurs de Case-Pilote et
des Trois-llets. Alt. 200-300 mèt. rN° 1950.]
Le Belamcanda chinensis Red. Pardanthus sinensis Yan-IIoutle), vulgo ;
Iris tigré, haut de 0 U1 90-1 mèt., à fleurs tigrées, en cymes larges et lâches,
est assez souvent cultivé dans les jardins des deux colonies. Originaire de la
Chine. N° 1949.]

CENT TRENTE-NEUVIÈME FAMILLE.

PO X TÉ D ER IAC ÉE S.

On cultive dans les étangs, les bassins et les mares d’eau douce des deux
colonies. FEichhornia crassipes Solms, vulgo ; Gayeul bleu (Pontederia Lin.ï,
haut (dans les mares profondes) de 0 m 90-1 m 20, remarquable par ses feuilles
1. A

la Guyane,

on utilise, sous le nom d’Envers, le Cipura

palndosa Aublet

cent

q u a r a n t iè m e

f a m il l e .

— BROM ELIACEES.

TRIBU I. BROMÉLIÉES (ovaire infère, baie).

Ananassa Lindl. (de Anana, Anassa ou Nana, chez les Tupis du Brésil,
pour désigner une Broméliacée semblable à l’Ananas.)
A. saliva Lindl.; Ananas cultivé. Yulgo : Ananas, -r- Originaire de l'Am é­
rique continentale équatoriale, répandu maintenant dans toutes les parties
intertropicales du monde entier, cultivé en serres dans les pays tempérés et
froids. — On en rencontre de nombreuses variétés dans les colonies, dont les
principales sont : l'Ananas jaune ordinaire , l'Ananas anglais , YAnanasbouteille, 1Ananas vert, YAnanas pain-de-sucre, l'Ananas pol-k-eau,
YAnanas Barhade, YAnanas de Cayenne ou Barot, YAnanas-porcelaine.
(Spécimen manque.)
Bromelia L. (dédié à Olaüs Bromel, né en 1639, à Gothembourg, en Suède,
médecin et botaniste; mort en 1705 ; a écrit Chloris gothica .)
B. Karatas I&gt;. Vulgo ; Karatas (du nom indigène brésilien « Karaguataacanga ».) — Terrestre, vivace par ses stolons. Feuilles radicales nombreuses,
longues de l m2 0 -lm50 sur 3,3 cm. de large, gracieusement recourbées,
acuminées, glauques-pulvérulentes en dessous, élargies à la base, légèrement
cannelées, et bordées d'aiguillons courts, recourbés, acérés, distants et tour­
nés vers le haut; base de la feuille, garnie de poils roux, brillants, couchés.
Fleurs nombreuses, roses, sessiles, insérées sur un réceptacle ou une tète
large, située au fond de la corbeille formée par les feuilles. Tube du calice,
cylindrique, garni de poils laineux, couchés; lobes du calice, oblongs-lancéolés, une fois plus courts que le tube de la corolle et aussi longs que le tube
du calice. Fruit long de 8 cm., subcylindrique au milieu, atténué au sommet
et à la base, à trois loges contenant chacune un grand nombre de semences
brunâtres. — Le fruit, chargé de poils courts, se mange; il est acidulé, très
rafraîchissant et d'une saveur très agréable1. — Peu abondant. Çà et là dans

comme un antispasmodique éprouvé; on l’emploie, mêle au laudanum, contre les convul­
sions des enfants. Si ces propriétés étaient bien établies, on les retrouverait, probablement
à un égal degré, dans les deux espèces des Antilles. (E. M.)

1. Sous le nom vulgaire de Carata, on utilise de cette plante à la Guyane française : le
suc des feuilles et de la tige pour la cicatrisation des plaies récentes; la teinture alcoo-

�PLANTES

570

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

les endroits secs, rocailleux, peu boisés près de la mer cl dans les mornes
inférieurs : Deshaies, Pigeon, Pointe-Noire, Bouillante. Alt. 5-300 met.
[N° 33U).]
M

a r t in iq u e .

Vulgo : Karatas. — Case-Pilote, Case-Navire, Trois-Ilets.

[N ° 994. j

Wittmackia Me/.

fii

W. lin gu lata Mez; Witlmackie à pétales munis d’un appendice linguliforme. Yulgo : Ananas sauvage. P L , édit. Burm., t. 64, f. 1. (Chevalliera
Gaudich.) — Haut de 66-95 cm. Feuilles larges, rigides, brusquement acuminées au sommet, bordées de dents noires, crochues, acérées, courtes. Hampe
plus longue que les feuilles, garnie de bractées apprimées, lancéolées-acuminées. Inflorescence en une panicule large, composée de 5-7 branches allon­
gées, distantes, cylindriques, longues de 15-18 cm., et munies, à la base,
d’une bractée semblable à celles de la hampe, mais plus petite. Fleurs subsessiles, beaucoup plus longues que la bractéole subulée de chacune d’elles.
Calice rigide, plus long que la bractéole, à lobes obliquement obovés, arron­
dis et plus longs que la pointe qui les termine. Corolle blanchâtre ou rose;
pétales distincts, munis d’une sorte d’appendice linguliforme et dilaté à la
base. Baie ovoïde, surmontée des trois pointes rigides, acérées et persis­
tantes du calice. — Fl. en avril et mai. — Çà et là dans les bois humides ou
secs : Gourbeyre( morne Goblin), Houëlmonl (environ de la batterie), CampJacob, Pointe-Noire, Ravine-Chaude. Alt. 200-700 met. [N° 3317.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Ananas-marron. — Champflore, plateau des TroisIlets, hauteurs de La Régale, etc. X° 273.]
Æchmea R. P. (du grec « aichmé », piquant, parce que les lobes du calice
sont terminés par une arête et les feuilles sont bordées de piquants.)
A. serrata Mez, A. dichlamydea Baker; Aechmea à feuilles serretées.
Yulgo : Ananas sauvage. — Haut de 70-85 cm., très ornemental, arbo­
ricole. Feuilles rigides, ovales-lancéolées : les plus longues mesurant
jusqu'à 85 cm. sur 5 cm. de large, très élargies à la base, brusquement
mucronées au sommet, glauques en dessous, bordées dans toute leur longueur
de dents noires ou noirâtres, acérées, élargiesà leur base. Hampe un peu plus
longue que les feuilles, noirâtre, garnie de bractées blanches, alternes, ren­
versées, lancéolées, membraneuses. Inilorescence en panicule cylindriquepointue. longue de 28-35 cm. sur une épaisseur de 9-12 cm., composée d’un
grand nombre d’épis comprimés, longs de 5-7 cm. et portant 1-4 paires de
fleurs distiques et sessiles ; pédicelles des épis garnis d'une bractée blanche,
laineuse, presque aussi longue que l'épi; rachis et pédicelles couverts d’un
tique des feuilles est employée comme détersive des ulcères. Le suc, qui est amer, pour­
rait. dit-on, remplacer le savon et contient peut-être de la saponine. (E. II.)

BROMÉLIACÉES

571

duvet laineux, court, caduc, brun; fleurs pourpre foncé, peu ouvertes,
chacune entourée d’une bractéole très concave, ovale, pointue, couverte d’un
duvet farineux et caduc. Baie bleu foncé à la maturité, ovale, pointue;
semences rondâtres. — Çà et là sur les arbres, dans les bois inférieurs, secs,
et aussi dans les endroits boisés près du bord de mer : Gourbeyre (morne
Goblin), Houëlmonl (batterie), Pointe-Noire (Gommier), Deshaies (près de
la mer). Alt. 25-600 met. [N° 3325.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Carbet (le long de la rivière),
Trois-Ilets, La Régale, Anses-d’Arlet (morne Larger), etc. [N°272.]
Dans les jardins, on cultive fréquemment l Aechmea fulgens Brongn.

TRIBU II. TILLANDSIÉES (ovaire supère, capsule).

Pitcairnia L ’ Hérit. (dédié à Archib. Pitcairn, né en 1662, à Édimbourg,
professeur de médecine à Leyde, en 1692, et à Edimbourg, en 1693, où il est
mort en 1713.)
P. penduliflora A. Rich. ; Pitcairnie à fleurs pendantes. Vulgo : Ananas
grand-bois. — Haut de O1" 90-111160, et exceptionnellement bien au delà,
di'oit. Feuilles rigides, souvent longues de plus de 1 mèt. sur 14cm. de large,
peu recourbées. Hampe grosse, très vigoureuse, garnie de bractées larges,
rapprochées dans le bas, graduellement plus petites dans le haut. Inflores­
cence en panicule large, nettement pyramidale, à branches inférieures hori­
zontales ou souvent penchées; fleurs confinées aux extrémités des branches
nues et cylindriques, disposées en épis distiques, 4-6-flores; corolle jaune,
très peu ouverte. C'est de toutes les Broméliacées arboricoles des Antilles,
celle qui offre les plus grandes dimensions. — Assez abondant dans les grands
bois humides des Bains-Jaunes, du Matouba, des Trois-Rivières, etc.
Alt. 400-900 mèt. [N° 3837.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Ananas sauvage. — Calebasse, Fonds-Saint-Denis,
Gros-Morne, Grand’Anse, bords supérieurs du Lorrain. [N° 278.]
P. bracteata Dry., P. latifolia Red., P. siilfurea Andr. ; Pitcairnie à fleurs
garnies de larges bractées. Yulgo : Ananas rouge montagne, fleur rouge mon­
tagne. — Terrestre, haut de 60-80 cm., généralement droit. Feuilles
linéaires-acuminées, bordées d’aiguillons noirâtres dans le bas, et à la face
inférieure, revêtues, vers la base, d'une poussière blanchâtre; celles de la
base, peu développées : les supérieures, longues, fortement recourbées-tombantes, ondulées; celles de la hampe, bractéiformes, deltoïdes-acuminées,
graduellement plus courtes. Hampe dépassant de beaucoup les feuilles. Inflo­
rescence en un épi dense, cylindrique, pouvant atteindre jusqu'à 23 cm. de
long; fleurs brièvement pédicellées, chacune garnie d’une bractée concave,

�0/2

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

rouge foncé, pluscourte que la corolle ; corolle longue de4-5cm., écarlate, d’une
grande beauté, quelquefois d'un jaune de soufre dans les régions où émergent
des sources sulfureuses, exceptionnellement blanchâtre jaune. Lobes du calice
pointus, une fois plus courts que la corolle, beaucoup plus longs que le pédicelle. Pétales distincts, voûtés au sommet et garnis, à la base et à l’intérieur,
d une écaille deltoïde-arrondie, large, longue de près de 3 mm.; Pdels fili­
formes; anthères quatre fois plus courtes que les filets; stigmate tordu. Ovaire
trigone; semences fusiformes, portant à chaque extrémité un prolongement
filiforme. — FI. surtout de février à juillet. — Très abondant dans la haute
région des montagnes ; Savane aux Ananas, Savane à Mulets, cône et plateau
de la Soufrière, Grande-Decouverte, etc. Alt. 1000-1480 mèt. fN0**3314,3315.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas-montagne. — Montagne-Pelée, Pitons-duCarbet, Calebasse rare), hauteurs de la Grande-Rivière. Alt. 600-900 mèt.
rN° 995.]
P. ram osa Jacq. ; Pitcairnie à hampe ramifiée. Vulgo : Ananas rouge
bâtard. — Le plus souvent terrestre, cespiteux, haut de 70-90 cm., droit.
Feuilles recourbées-penchées, longuement acuminées, à bords garnis d ai­
guillons à la base. Hampe munie de 5-6 bractées serretées, delloïdes-acuminées, graduellement plus petites. Inflorescence en une panicule très lâche,
large, à branches longues, peu nombreuses, distantes : les inférieures hori­
zontales, toutes portant, à la base, une bractée rouge, lancéolée-deltoïde. Corolle
rouge foncé ou rouge pâle, à deux lèvres; pétales étroits, longs de 2-4 cm.;
écailles de l'intérieur insérées au-dessus de la base des pétales et dentelées;
segments du calice rouges, lancéolés, plus courts que la corolle; appendices
des semences tronqués. — FL de février à juillet. — Abondant sur les terres
rocailleuses et dans les falaises du bord de mer, dans les endroits exposés au
grand vent, sur les rochers humides ou secs et dans les falaises des mornes
des basse et infra-moyenne régions; rare au delà de 500 mèt. d’altitude ;
Vieux-Fort, Gourbeyre, Houëlmont, rivières Rouge et Noire, Vieux-Habi­
tants, Pointe-Noire, Deshaies, etc. [N°3461.]
M a r t im q u e . — Rocher du Diamant, hauteurs de Case-Pilote, des TroisIlets, rochers de Sainle-Luce et de Rivière-Pilote, etc. [N° 994 a.\

Tillandsia L. (dédié à Elias Til-Lands, professeur de médecine à Abo,
dans la Finlande ; publia en 1673 son catalogue des plantes des environs d'Abo.)
T. fasciculata Sw. ; Tillandsie à épis fasciculés. Vulgo : Ananas sauvage.
— Arboricole, très beau, haut de 40-50 cm. Feuilles rigides, épaisses, longue­
ment et graduellement acuminées, élargies à la base, entièrement couvertes,
en dessus et moins en dessous, de squamules grises. Inflorescence en pani­
cule composée de 3-7 épis très comprimés, rapprochés, longs de 14-16 cm. ;
les latéraux presque aussi longs que le terminal. Hampe plus longue que les
feuilles. Bractées florales imbriquées, distiques, ovées-oblongues, pointues,

BROMÉLIACÉES

57 3

aussi longues que le calice. Corolle peu ouverte, d un pourpre foncé très
riche dans sa portion exscrte; pétales linéaires; étamines tordues en spirale
au sommet; anthères exsertes; pistil plus long que les étamines; stigmate
gros, pourpre, roulé en spirale. — FL de décembre à mai. — Peu répandu.
Dans les falaises le long des rivières : Rivière-Noire, Vieux-Habitants route
du presbytère à l’habitation La Grivelière), Deshaies. Alt. 20-300 mèt.
[N° 3404.] — Je ne l ’ai pas trouvé à la Martinique.
T . polyslachya L .; Tillandsie à épis nombreux. Vulgo : Ananas sauvage.
— Epidendre, haut de 40-60 cm. Feuilles vertes, acuminées : celles de la
base très courtes, les supérieures plus longues, toutes largement ovées à la
base; celles de la hampe graduellement plus petites, lancéolées-linéairesacuminées. Hampe verte, dépassant de beaucoup les feuilles. Inflorescence en
épis composés de 3-7 branches courtes, inégales et renfermées dans une
bractée. Corolle inconnue. Endocarpe de la capsule très noir, luisant et poli.
— Peu répandu : assez abondant dans les bois des marécages du littoral de
Port-Louis. Alt. 0 mèt. [N°3402.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Lamentin, Ducos (dans les
endroits boisés près du bord de mer). [N° 280.]
T. bulbosa Hook. ; Tillandsia bulbeux. Vulgo : Ananas-marron.— Arbo­
ricole, haut de 35-40 cm. Feuilles vertes, rosulées, brusquement dilatées à la
base, autour de la tige fortement renflée ; les supérieures allongées, acumi­
nées, roulées. Hampe plus longue que les feuilles. Inflorescence en panicule
composée de 2-7 épis comprimés, longs de 4-6 cm. ; bractées florales distiques,
imbriquées; sépales du calice beaucoup plus courts que la corolle; pétales
spatulés-linéaires, violets au sommet; anthères exsertes. — Peu répandu :
çà et là au Camp-Jacob, à Bagatelle, à Choisy, au Parnasse, dans les hau­
teurs de Deshaies, etc. Alt. 400-600 mèt. [N° 3316.] — Il n’existe pas à la
Martinique.
T. ulriculata L. ; Tillandsia à feuilles utriculées. Vulgo ; Ananas sauvage.
PL, édit. Burm., I. 237. — Arboricole, très variable quant à la taille, de
0‘" 25 cm. jusqu’à 1 m20 d’élévation. Feuilles rigides, lancéolées-acuminées,
se rétrécissant graduellement à partir de leur base, ovée, vert gris, couvertes
de nombreuses petites squamules. Hampe nue, beaucoup plus longue que
les feuilles. Inflorescence en une panicule pyramidale, très lâche, à branches
paniculées : les inférieures, horizontales; les supérieures, fastigiées; bractée
de chaque branche lancéolée, embrassante. Fleurs distiques, distantes, con­
finées aux extrémités des branches; bractées florales finement striées, une fois
plus courtes que le calice, vertes avec une marge mince et rouge; lobes du
calice verts bordés de rouge; corolle blanc verdâtre; filets tordus en spirale;
stigmate tordu. Capsule deux fois plus longue que le calice. — C'est de toutes
les Broméliacées la plus commune. Elle se rencontre surtout sur les fromagers

�57 4

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

M AR TIN IQ UE

Bombax , les orangers, les citronniers, les calebassiers (Cescentia), cl les
immortels bâtards de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt
0-600 met. [N ° 33*20.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Très abondant. [N° 280.]
T . pulehella Hook.; Tillandsie gracieux. Vulgo : Petit ananas sauvage. —
Haut de 20-25 cm., arboricole, à lige recourbée et nue dans le bas, à 2-3
branches dans le haut; partie nue longue de 15 cm. Feuilles confinées aux
extrémités des branches, imbriquées, linéaires-acuminées à partir de la base
élargie, rigides, droites, couvertes de squamules brunes. Inflorescence en
un épi portant 4-8 tleurs. Bractées florales rosées, oblongues-lancéolées,
membraneuses; sépales deux fois plus courts que les pétales blancs, spatuléslinéaires; étamines inégales, droites. Capsule aussi longue que le calice;
semences dépourvues d'aigrette. — Rare ; sur les petits arbres, dans les
mornes inférieure, secs et pierreux du Fond Layette (Case-Pilote). Alt.
280 met. N° 179. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

T. recurvata L. ; Tillandsie à feuilles fortement recourbées. Vulgo : Barbe
à nègre. SL. t. 121, f. 1. — Arboricole, cespiteux, haut de 10-23 cm. Feuilles
filiformes-comprimées, nombreuses, confinées à la base de la tige, fortement
recourbées et entièrement recouvertes de squamules blanchâtres ainsi que
les tiges et les bractées. Tige unique, courte, donnant naissance à 3-6 branches
rapprochées dont chacune porte une hampe nue, filiforme, droite et plus
longue que les feuilles. Inflorescence en 1-2 épis uniflores, dont un situé plus
haut que l'autre, tous les deux sont entourés, à la base, de deux bractées
embrassantes et couvrant la bractéole de l'épi supérieur. Calice à trois seg­
ments membraneux, minces, rigides, deux fois plus courts que la corolle;
étamines incluses, à filets droits, à anthères dressées; stigmate trilobé, porté
sur un style court. — FL en janvier et février. — Assez peu répandu. Çà et
là sur les calebassiers ou sur d'autres petits arbres des mornes inférieurs
secs : Vieux-Habitants, Pointe-Noire. Alt. 60-150 met. [N° 3401.]
M a r t in iq u e . Vulgo ; Barbe-z'arbre. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe ;
collines sèches de Fond-Canonville, du Prêcheur, de la Rivière-Pilote, du
Marin morne Gommier). Alt. 40-220 met. [N° 992.]
T. usneoides L .; Tillandsie ressemblant à un Usnea (genre de lichen).
Vulgo ; Barbe à l'arbre. SL, t. 122, f. 2, 3. — Fpidendre, pendant, d une
longueur très variable, formant des loulles très enchevêtrées, qui, dans cer­
tains endroits abrités contre les vents, peuvent atteindre 5-6 mèt. de long et
ressemblent à d’immenses queues de cheval. Feuilles et tiges couvertes
d’écailles grisâtres. Feuilles distiques, filiformes, recourbées. Tiges filiformes,
recourbées, donnant successivement et alternativement naissance à d’autres
tiges, dont chacune porte une branche latérale garnie de 3-6 feuilles d’inégale
longueur. Hampe uniflore, plus courte que les feuilles. Calice à trois segments

RROMÉLIACÉES

57 5

plus longs &lt;pie la corolle; pétales pourpres, spatulés; étamines incluses; stig­
mates 3. Capsule trois fois plus longue que le calice; endocarpe pourpre brun
en dedans. — FL rarement. — Abondant dans les falaises abruptes de la
rivière Noire, au-dessous du Camp-Jacob, et dans les mornes élevés de Houëlmont. Alt. 200-700 mèt. [N 1’ 3322.]
M a r t i n i q u e . V u lgo : Queue-de-cheval, cheveux-de-mulâlre. — Rochers
des environs de la Rivière-Pilote, hauteur des Trois-IIets, etc. N° 993. !
Le Tillandsia splendens Brongn., espèce introduite de la Guyane, se ren­
contre souvent dans les jardins où il se propage avec beaucoup de facilité.
Vriesia Lindl; (dédié au Hollandais W . IL Van Vriesse, professeur de
botanique à Amsterdam ; a écrit sur la physiologie des plantes une Chloris
medica, et a collaboré à un journal botanique.)
V. cjuadaliipensis Mez; Vriésie de la Guadeloupe. Vulgo: Ananas grandbois. Haut de 0 U186-1 mèt., arboricole. Feuilles très vertes, nombreuses,
rosulées, lancéolées, brusquement pointues, se rétrécissant lentement à partir
de la base élargie, les plus longues mesurant 65 cm., les supérieures passant
graduellement à l'état de gaines apprimées, amplexicaules, deltoïdes-acuminées. Hampe toujours inclinée, dépassant de beaucoup les feuilles. Inflores­
cence en un épi long de 30-38 cm., portant de 10-12 paires de fleurs distiques ;
fleur entourée de 4 bractées, dont l’extérieure très verte, plus grande,
largement ovée-pointue, longue de 4,3 cm. sur presque autant de largeur,
les trois autres plus petites, toutes imbriquées. Calice beaucoup plus court
que la corolle ; pét aies écarlates, concaves, longs de 4,3 cm. : le postérieur
voûté au sommet et un peu plus long que les deux autres. Etamines presque
aussi longues que les pétales, à filets filiformes, dressés ; style un peu plus
long que les filets; stigmate trifide. Capsule subovoïde, pointue; endocarpe
pourpre foncé en dedans; semences brunes, fusiformes, longues de 3 mm.,
à aigrette non dépliée, longue de 1 cm. — Fl. en juin, juillet, août et sep­
tembre. — Abondant dans les bois du Gommier, des environs de Bagatelle,
des Palmistes, des hauteurs des Vieux-Habitants, de la Pointe-Noire, des
Trois-Rivières, etc. Alt. 400-900 mèt. [N° 3321. | — Je ne l ai pas trouvé à
la Martinique.
Guzmania R. P. (dédié à l’ Espagnol Guzman, grand collectionneur d'objets
d'histoire naturelle.)
G.
Dussii Mez; Guzmannie de Duss. Vulgo: Ananas grand-bois. — Arbori­
cole, haut de 70-80 cm. Feuilles rosulées, très vertes, lancéolées-graduellement et peu rétrécies à partir de la base élargie, brusquement pointues au
sommet : celles de la hampe membraneuses, minces, nombreuses, engai­
nantes à la base, longuement acuminées, graduellement plus petites, imbri­
quées. Hampe plus longue que les feuilles inférieures. Inflorescence en une

�576

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE L A

M A R TIN IQ U E

panicule longue de 15-30 cm., à 3-5 branches très inégales ; fleurs solitaires,
distantes, alternes, chacune à moitié enveloppée d'une bractée large, concave,
rougeâtre, pointue, plus longue que le calice; lobes du calice droits, pointus,
de un tiers plus courts que les corolles ; pétales écarlates, longs de 4 cm. :
le postérieur, un peu plus long, à sommet voûté et arrondi ; étamines dres­
sées, un peu plus courtes que les pétales; anthères deux fois plus courtes
que les lilels ; style exsert, épaissi au sommet, à stigmate trifide, penché.
Capsule inconnue. — Hare : çà et là dans les bois du Haut-Matouba, du
Gommier, des Bains-Jaunes, etc. Alt. 500-900 met. [N° 3326.] — Je ne l’ai
pas trouvé à la Martinique.
Guzmania R. et Pav.
G.
Iingu la ta Mez; Gusmanie à pétales munis d'un appendice linguliforme.
Yulgo : Ananas-bois. SL, t. 120. — Arboricole, haut de 45-50 cm. Feuilles
nombreuses, très vertes, rosulées, oblongues, mucronées, dilatées à la base,
recourbées : celles de la hampe, courtes, imbriquées, et entourant la base de
la hampe. Hampe un peu plus courte que les feuilles. Fleurs en un capitule
large, chacune garnie d'une bractée rouge aussi longue que la corolle; lobes
de la corolle jaunes, inférieurement soudés en un tube cylindrique; sépales du
calice lancéolés-acuminés, égalant en longueur la moitié du tube de la corolle.
Capsule longue de 3 cm., atténuée à la base. — Assez abondant dans les
bois inférieurs de Houëlmont, des Trois-Rivières. Alt. 300-700 met.
[N° 3403.]
M a r t in iq u e . Y ulgo: Ananas-marron. — Bois de la Calebasse, de l’AjoupaBouillon, du Lorrain, du Camp de l'Alma, etc. [N° 275.]
G.
megaslaehya Mez; Gusmanie à grand épi. Yulgo : Ananas-bois.— Haut
de 60-70 cm. Feuilles comme dans le précédent, mais beaucoup plus larges et
plus longues : celles d elà hampe graduellement plus courtes. Hampe plus
longue que les feuilles inférieures. Inflorescence en un épi composé, long de
14-22 cm., portant de 12-18 faisceaux bi-quadriflores ; chaque faisceau enve­
loppé à moitié dans une bractée large, ovée, cymbiforme, pointue, plus
longue que le faisceau lui-même ; chaque fleur garnie d'une bractée secon­
daire ovale-lancéolée, aussi longue que la capsule. Segments du calice mem­
braneux, lancéolés-acuminés, aussi longs que la capsule. Corolle inconnue.
— Capsule longue de 3 cm., obtusémenl trigone, pédonculée. — Assez abon­
dant dans la région supra-moyenne des bois humides : Bains-Jaunes,
Matouba (Matelyane), bois supérieurs du Gommier ; rare au-dessous de
500 mèt. d'altitude. [N° 3405.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
G.
Plum ieri Mez ; Gusmanie de Plumier. Yulgo : Ananas sauvage
montagne. — Terrestre, haut de 0 U,80-1 mèt. Feuilles lancéolées, brusque­
ment terminées en une pointe rigide : celles de la hampe passant brusque­
ment à l'état de feuilles bractéiformes, amplexicaules. Hampe deux fois plus

BHOMÉLIACÉKS

577

longue que les plus longues feuilles. Inflorescence en panicule longue de 3540 cm., portant 8-9 branches distantes, alternes : celles du milieu plus
longues que les inférieures. Bractée de chaque branche, large, ovée, mem­
braneuse: bractées florales, ovées-lancéolées, très rigides, rouges et couvertes
de squamules écailleuses; rachis principal noueux, rachis secondaire angu­
leux. Lobes du calice spatulés-linéaires, environ une fois plus courts que la
bractée florale ; corolle jaune brun, plus longue que le calice et ne s'ouvrant
qu'à moitié. — Fl. principalement de janvier à juillet. — Très abondant
dans la région supérieure des montagnes : Savane aux Ananas, Savane à
Mulets, cône et plateau de la Soufrière, Grande-Découverte, etc. Alt. 9001840 mèt. [N° 3443.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Ananas-montagne. — Montagne-Pelée, Pilons-duCarbet, Piton-Gelé. [N 0 277.]

Catopsis Griseb. (du grec « katopsis », vue de haut en bas, c'est-à-dire
plante à hampe penchée.)
C.
milans Griseb. ; Catopside penché. Vulgo : Ananas sauvage. — Haut de
40-65 cm., arboricole. Feuilles vertes, ovées-lancéolées, lentement acuminées au sommet, très élargies à la base, plus de la moitié plus courtes que la
hampe: les inférieures, rosulées ; les supérieures, graduellement plus courtes
et bractéiformes. Inflorescence en une panicule penchée-pendante, longue
de 10-20 cm., portant 5-8 branches longuement pédonculées et divisées en
deux épis; rachis glabres. Bractées des branches, ovées-lancéolées, plus
petites que les feuillesde la hampe : les bractées florales, longues de 3-4 mm.
Fleurs petites ; sépales spatulés, plus courts que la braetéole; pétales spatulés, blancs, ou souvent légèrement roses; stigmate subsessile. Capsule
deux fois plus longue que le calice ; aigrette deux fois pliée sur elle-même. —
Fl. presque toute l'année, mais principalement d'octobre à mars. — Abon­
dant sur les arbres épineux, de petite laille, comme les citronniers et les
orangers; plus rare sur d’autres arbres: Gourbeyre, Deshaies, Pointe-Noire,
Gommier, les Palmistes, Trois-Rivières. .Vit. 350-600 mèt. N" 3323.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Hauteurs de Case-Pilote et de
Case-Navire. [N° 270.]
C. nilida Griseb. ; Catopside luisant. Yulgo : Ananas sauvage. — Di flore
du précédent : par sa taille plus petite, ses feuilles obtuses, souvent échancrées au sommet, glauques en dessous, et plus courtes; par sa hampe moins
penchée, plus grêle et pourvue de bractées caulinaires, très petites; par sa
panicule moins composée ou à inflorescence réduite à un seul épi ; par ses
bractéoles et ses fleurs plus larges. — Même habitat., même altitude et
même époque de floraison. [N° 3324.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Trois-Ilets, La Régale, etc.
[N° 270 h.)
Duss. — Piailles Guadeloupe et Martinique.

37

�578

PLANTES

I)U

LA UUAOELOÜPB

CENT Q U ARAN'TE-IM H M E

ET

KAMII.I.E.

1)1

---

LA

M AR TINIQUE

M U SAC EES.

Musa L. de l’arabe « Mau/.
mais Linné a dédié ce genre au frère
d'Euphorbus, médecin du roi Juba, Antonius Musa, lui-même médecin de
l'empereur Auguste ; il a écrit : De botanica.)
De celle famille, on cultive en abondance, comme plantes alimentaires dans
les Antilles et dans tous les pays intertropicaux du monde entier, les espèces
suivantes :

a. — Musa paradisiaca L. ; Bananier du paradis terrestre L Vulgo :
Bananier, banane. — On en rencontre de nombreuses variétés, dont les
principales sont : banane franche, banane Polau , banane-serpent, banane
jaune, banane blanche, etc. — A la Martinique, on cultive les variétés :
banane colossale, ou banane d'Aris ou banane à quatorze pattes, elle est
très productive et la plus élevée de toutes, ses régimes ont quatorze à quinze
pattes, dont chacun porte jusqu'à 22 bananes : un seul régime pèse en
moyenne 60 kilos, et il faut près de deux ans pour qu il parvienne à maturité;
la banane noire, à régime de 8-10 pattes, dont chacune compte environ
18 bananes ; la banane-puce, à régime de 5-7 pattes, dont chacune compte
environ 15 bananes tachées de noir ; la banane sans nombril, à régime de
9-10 pattes, contenant environ 18 bananes eflilées ; la banane à cornes, à
4-5 pattes, portant 5-6 bananes d'une grosseur et d'une longueur considé­
rables.

b.
— Le Musa sapientum L., Bananier des sages. Vulgo: Banane-figue
ou figue-banane, banane sucrée. — Ses variétés sont également nombreuses,
ce sont ; ligue-café, ou grosse figue, figue naine, figue Raimbaud, figuepomme, figue rose, figue Jacob, etc. — A la Martinique: figue-créole, figueprune , figue-pomme, figue-cochon, figue verte, figue-vipère ou Cacanbourg,
figue naine, etc.
c. — Le Musa Cavendishii Lamb. Vulgo : Banane naine, banane de Chine.
Les bananes se mangent habituellement cuites ou Irites, tandis que les
bananes-figues se mangent crues.
Comme plante textile ou d’ornement,on cultive : le Musa lextilis^îée, Bana­
nier textile, vulgo : Banane-corde, Abaca, qui lournit des libres longues, lines
et très tenaces ; Martinique, vulgo: Banane-corde; le Musa rosacea Jacq.,
vulgo: Bananier rose; enfin le Musa coccmea Andr., vulgo: Bananier rouge,
j. Celle espèce cl le M.

s a p ie n tu m .

L., originaires d'Asie, sont em ployés à la Guyane

française : les feuilles pour panser les vésicatoires; le fruit vert a litre d’astringent et
même d’abortif par son cpicarpe; la sève esl considérée comme astringente et hémosta­
tique. (E. II.

MU SAC KES

579

haut de 1-11,160, et au Jardin botanique de la Basse-ferre, le Musa super ha
Boxb. : le Ravenala madagascarensis J. F. Gmel. (nom indigène de la
plante à Madagascar), vulgo : Arbre du voyageur Urania speciosa M i1Id.)&gt;
qui donne une graine féculente, pourvue d’un arille pulpeux, agréable.
Heliconia L. (du mont llélicon, dans la Béotie, voisine du Parnasse, consa­
crée aux neuf Muses et à Apollon.)
H.
Iiihai L. (mot d’origine américaine.) H. luteofusca Jacq. Vulgo : Bali­
sier rouge. Sw., Observ., t. 5, f. 2 .— Vivace par ses stolons, haut de 2'" 508 m20, à tige courte, cylindrique, formée par les gaines des feuilles. Feuilles
6-8, en forme d’éventail, beaucoup plus longues que la hampe, à limbe long
de 0'"90-11,130 sur 20-23 cm. de large, brusquement pointues au sommet,
atténuées à la base, à nervures parallèles, insérées presqu à angle droit;
pétiole longuement engainant et presque aussi long que le limbe; pédoncule
de la hampe nu, lisse, légèrement comprimé, inséré entre les deux dernières
feuilles. Inflorescence en un épi long de 25-30 cm., droit, portant 7-9 brac­
tées, rouge carmin vif, épaisses, horizontales, cymbiformes, distiques, larges
à la base, pointues au sommet, embrassantes : les inférieures, distantes,
longues de 18 cm., terminées en une pointe très allongée ; les supérieures,
graduellement plus courtes, imbriquées à la base. Fleurs situées sur deux
rangs, disposées en épis, longues de 6-8 cm., et renfermées dans les bradées,
au nombre de 5-6, blanches : chaque paire renfermée dans une bractéole
blanche, membraneuse, délicate, légèrement concave, longue de 7-8 cm.
Périanthe inférieurement tubuleux, largement cannelé, divisé supérieure­
ment en cinq dents insérées sur deux rangs: les deux dents de la lèvre posté­
rieure, recourbées ; les trois dents de la lèvre antérieure, plus courtes,
dressées ; étamines 6 : 1inférieure, stérile ; les autres, fertiles, toutes blanches,
exserles, recourbées et ensuite dressées à l’extrémité ; ovaire à 8 loges uniovulées, ovules avortant, à l'exception de 2-3. Fruit bleu foncé, drupacé, trigone ou tétragone, long de 8-9 mm. sur 5-6 mm. d’épaisseur, subtronqué aux
deux extrémités, divisé en 2-3 coques, bosselées-ruguleuses. — FL de
février à juillet — Abondant dans les bois humides de la Guadeloupe pro­
prement dite. A il. 400-900 mèt. [N° 3838.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Balisier rouge. — Dans tous les bois humides. Spéci­
men manque.)
H.
caribæa Lam. ; Meliconie des Caraïbes. Vulgo : Balisier jaune. PL, éd.
Burm., t. 57; Desc., vol. IV, t. 260, p. 116. — Ressemble au précédent
par la taille, le port et les fruits ; il en diffère : par ses feuilles arrondies à
la base, ses bractées jaunes, moins larges, moins nombreuses et plus distantes ;
par sa lèvre supérieure, à trois dents. — Même habitat, même altitude et
même époque de floraison L [N°3839. |
1.

Ces deux espèces, confondues en une seule par la plupart des auteurs actuels, sont

�58 0

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

M a r t in iq u e . Vulgo: Balisier jaune. — Dans tous les grands bois humides.
— On en trouve une variété à pétioles couverts d une poussière blanche et
farineuse. Spécimen manque.)
L'Heliconia psiltacorum Sw. ; Heliconic des perroquets, vulgo : Petit bali­
sier H. cannoidea A. Rich., Floredes Jardiniers, vol. 11, t.67), très ornemen­
tal. vivace par ses slolons traçants, haut de 0 m9 0 - l,11'20, à feuilles lancéolées—
elliptiques, longuement pétiolées, à hampe longue et filiforme, à fleurs
larges, jaune rougeâtre, noires au sommet, est cultivé dans beaucoup de
jardins, où il lieu ri t abondamment et se propage avec une grande rapidité.
— Originaire du Brésil. ! X° 3318.] — M a r t in iq u e . \ ulgo : Petit balisier.
[.VD.J

CENT QUARANTE-DEUXIÈME EA MILLE. ---

SOIT AM IN EES.

TRIBU I. Z1N GIB É RA CÉ ES.

Renealmia L. lils (dédié au Français Paul Reneaulme, botaniste, qui, en
1611, publia un ouvrage sous le litre de: Specimen hisloriæ plantarum.
R. caribæa Griseb.; R. racemosa R. et Sch.; Rénéalmie des Caraïbes.
Yulgo : Lavande blanche. Lavande grand-bois. Plum., édit. Burin., 1. 20. —
Haut de 1111 10-1 m75, herbacé, annuel par la lige, vivace par ses stolons
gros el traçants. Tige toujours plus ou moins penchée. Feuilles largement
lancéolées ou oblongues, ou plus rarement elliptiques, ligulées, longuement
engainantes, longues de 30-40 cm. sur 7-9 cm. de large, glabres, à nervures
se détachant à angle très aigu. Inllorescence en panicule terminale, lâche,
longue de 18-25 cm., dépassée par la dernière feuille de la lige; pédoncule
épaissi au sommet et donnant naissance à une bractée verte, demi-embrassante,
longue de 7-8 cm. et souvent terminée par une feuille rudimentaire; branches
de la panicule courtes, à pédicelles garnis, à la base, d’une bractée blanche,
membraneuse, habituellement plus longue que la branche; rachis et pédi­
celles blancs. Fleurs blanches, odorantes, le plus souvent géminées, entière­
ment renfermées, avant leur épanouissement, dans une bractéole blanche,
très mince, caduque; calice tubuleux, apprimé, à 3 lobes obtus et écartés;
corolle infondibuliforme; labelle obové, à 3 lobes arrondis; étamine presque
sessile ; style filiforme ; stigmate échancré, connivent avec l’anthère. Capsule
longue de près de 2 cm., ovoïde, à déhiscence loculicide : les valves restant
unies au sommet surmonté des débris du périanthe; semences jaune brun,
rondàtres-anguleux,arillées, percées d'un trou à la base. — Très abondant dans
employées à la Guyane française : les feuilles pour en extraire des fibres textiles, et les
racines connue diurétiques. E. II.)

tous les bois de la Guadeloupe proprement dite. — Fl, de février à ju ille t1.
— Alt. 400-900 mèt. [N° 3328.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Gingembre grand-bois. — Abondant dans tous les
bois. [N° 2117 b.]
R. exalta la L. ; Rénéalmie élevée. Vulgo : Lavande rouge. — Vivace par
ses stolons larges, noueux, haut de 1 1,1 20-11,1 50, et formant des touffes très
amples. Feuilles très vertes, mucronées, oblongues ou elliptiques, souvent
atténuées vers la base, longues de 25-35 cm. sur 6-8 cm. de large, ligulées,
engainantes. Hampe radicale, très droite, longue de 45-60 cm., garnie, à la
base, de feuilles bractéiformes, ovoïdes, arrondies, rapprochées : les infé­
rieures, courtes; les supérieures, graduellement plus longues, lancéolées,
toutes engainantes et rouges. Inllorescence en grappe longue de 12-18 cm.;
rachis et pédicelles revêtus d’ une pubescence couleur de rouille ; pédicelles
longs de 8-12 mm., portant à la base une bractée vert rougeâtre, plus longue
que la Heur. Fleurs solitaires, rouge brun ; bractée spirale de la fleur ventruetubuleuse, brièvement bifide; calice tridenté ; corolle presque aussi longue
que le calice; lobes de la corolle oblongs-ovales, plus courts que le tube;
labelle subinclus, entier. Capsule longue de 2,5-3 cm. sur 1,9 cm. de diamèt., loculicide, surmontée des débris durcis du périanthe; semences rouge
foncé (à l’état frais), lisses, luisantes, faiblement arillées, plus petites que
dans le précédent, mais à ouverture basilaire plus large. — Rare. Çà et là
dans les endroits aquatiques des basse et infra-movenne régions, exception­
nellement dans les endroits secs : Capesterre (le long de la rivière, sous le
pont de l’usine du Marquisat), Deshaies (près du presbytère dans un sol sec
et rocailleux), Pointe-Noire (habitation Pérou). Alt. 10-400 mèt. [N° 3328.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Grand gingem bre.— Sainte-Luce (près de la mer,
bois inférieurs du Lorrain, sur le bord d’un endroit aquatique). [N° 2109.!

Costus L. (du grec « Kostos », mot par lequel les anciens désignaient une
plante aromatique, en arabe « koost ».)
C. spicatus S av.; Costus à fleurs en épi. Vulgo : Canne-Congo. Rose.,
Monand., t. 77. — Vivace par ses rhizomes larges et rampants, haut de 0 m 902 m 50, à tige cylindrique, droite ou souvent plus ou moins tortueuse. Feuilles
molles, subcharnues, oblongues, larges, pointues, glabres, quelquefois sub­
cordées à la base; pétiole court, large, attaché au-dessous du sommet sub­
tronqué d’une gaine longue de 4-5 cm., longuement ciliée sur les bords, à cils
apprimés. Inflorescence en épi serré, terminal, strobiliforme, obtus, pouvant
atteindre jusqu’à 20 cm. de long. Bractées très rapprochées, imbriquées, roul. Sous le nom vulgaire de Balisier génipa, cette espèce est employée en médecine à la
Guyane française; son rhizome, aromatique, est considéré comme un bon remède contre
les douleurs rhumatismales : on le fait macérer dans le rhum ou le vermouth, et celle
boisson est absorbée à jeun. (E. II.)

�58 2

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

SCITAMINÉES

M AR TIN IQ UE

geâtres, longues de 4 cm. sur à peu près autant de large, légèrement carénées
sur le dos, au sommet. Corolle longue de 3,3 cm., jaune pâle, à moitié
exserte, tubuleuse; labelle rejeté en arrière, obtusément trilobé; étamine
pétaloïde, spatulée; stigmate garni de deux petites cornes sur le dos, au som­
met. Capsule légèrement pulpeuse, loculicide, triloculaire ; semences petites,
arillées. nombreuses, violet pâle là l'état frais). — Fl. en mars, avril, mai.
— Peu abondant. Çà et là dans les bois humides et le long des ruisseaux des
basse et infra-moyenne régions : Vieux-Fort (ravine du haut de la rivière
Blondeau), Capesterre (environs du Grand-Etang), rivière Noire (au-dessous
du Camp-Jacob . Alt. 200-500 mèt. [N 05 3701, 3701.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Petit dégonflé. — Ajoupa-Bouillon, roule des FondsSaint-Denis aux Deux-Choux, Camp de l'Alma, etc. [N° 2109.]
On rencontre souvent dans les deux colonies le Costus speciosus Smith., à
Ileurs très larges, blanches, en épi globuleux, garni de bractées d'un rouge
vif noirâtre. Originaire des Indes Orientales, introduit en Angleterre en 1794.
( Illust . horticole, de Linden, t. 111, avril 189(3.) [N° 3329.]1

Hedychium Koenig (du grec « hedus », doux, agréable, allusion à l’odeur
agréable des ileurs.)
H.

coronarium Koenig; Hedychium à ileurs en boutpiel. Yulgo ; Canne
d eau. Pose., Monand., t. 51. — Haut d e 0 m 80-1 mèt., rarement plus haut,
à rhizome rampant et noueux, l ige très droite, cylindrique, grosse. Feuilles
distiques, lancéolées-acuminées, glauques, imbriquées, à limbe long de 253.3 cm. sur 5-7 cm. de large; ligule deltoïde, large, membraneuse, mince;
gaine fendue. Inilorescence en épi raccourci, obovoïde, strobiliforme, termi­
nal, naissant à l'aisselle de la dernière feuille, long de 10-12 cm. Bractées de
l'épi spathiformes, imbriquées, vert pâle, minces et blanchâtres sur les bords,
obovales, arrondies, plus longues que kirges; bractées basilaires de l'épi
pointues, de 1 à 3 prolongées en un limbe foliiforme souvent long. Fleursd’un
blanc très pur, extrêmement odorantes, à odeur exquise et forte. Périanlhe
tubuleux, à tube cylindrique, filiforme, long de 5-6, 5 cm., renfermé, à la
base, dans trois bracléoles minces, membraneuses, longues de 2-3 cm. : les
trois segments extérieurs du périanlhe, longs de 3 cm. sur 2 mm. de large,
égaux, pointus, étalés; les deux segments latéraux intérieurs, larges, obovés,
obtus, plus longs que les trois extérieurs; labelle très large, obeordé, brus­
quement et étroitement rétréci à la base, long de 4,2 cm., plus large que
long; étamine à filet comprimé; anthère longue, jaune, toujours penchée;
stigmate infondibuliforme; ovaire subsessile, triloculaire. Capsule large,

583

obovoïde, loculicide; semences jaunâtres, arillées. — Fl. d’avril à juillet. —
Introduit et naturalisé. Originaire de l'Asie tropicale. — N il en société sur
d'assez grandes étendues, dans les endroits aquatiques et le long des ruis­
seaux : Camp-Jacob, Basse-Terre (ravine de Belosl), Gourbeyrc (étang du
\ alcanard), Pointe-Noire (le long de la rivière), Pigeon (bords de la rivière
Lostau), Trois-Bivières, etc. Alt. 9-500 mèt. [N° 3330.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Canne-rivière, canne d’eau. — Saint-Pierre (rivière
des Pères), Carbet (le long de la rivière), etc. [N °2 1 10.;
Au Camp-Jacob et dans beaucoup de jardins de la Martinique, on cultive
les superbes Hedychiumflavum W all. (Rose., Monand.), 1 . 49 [N" 2005 //], et
Gardnerianum W all. (Rose., Monand., t. 62) |".\° 2004 ; ils fleurissent en
mai, juin et juillet, et sont originaires de l'Asie tropicale.
D elà tribu des Zingibéracécs, on rencontre souvent ;
1° Le Zingiber officinale Rose. Yulgo : Gingembre. Rose., Monand., I. 83.
— Ses racines, excitantes, servent dans la médecine domestique. — FL en
septembre ou octobre, ou novembre, mais ne produit pas de fruit. — Il se
trouve aussi à l’état sauvage autour des vieilles habitations en ruine; il est
originaire des Indes Orientales. [N°3840.] — M a r t i n i q u e . N° 2004 c.]
2° L Alpinia milans Rose. (Globba milans L). Yulgo ; Lavande. — Haut de
1n* 50-21,1 50, à liges et grappes penchées, à fleurs très parfumées. — Origi­
naire des Indes Orientales. N° 3441.] — M a r t in iq u e . Yulgo ; Dégonflé (parce
qu'on emploie la décoction des feuilles contre le météorisme. N° 200 h.\
3" Le Kaempferia longa Jacq. Yulgo : Fleur de mai, qui, en avril, mai ou
juin, époque de la floraison, perd complètement ses feuilles panachées, et
dont les ileurs, radicales, blanches, striées et lavées de violet carminé,
répandent une odeur exquise. [ N ° 3844.] — M a r t in iq u e . Yulgo : Iris de
Florence. [N°2111 h. \
4° Le Curcuma longa L. Yulgo ; Gurcuma. — A fleurs d'un blanc pur,
portées sur une hampe radicale ; à racines jaune safran, d'une odeur forte et
pénétrante. — Elles entrent dans la préparation du fameux mets créole,
nommé à la Guadeloupe le «Colom bo ». — Le suc des racines est employé
chez les femmes de la campagne pour teindre les mouchoirs, les foulards, les
loques, appelées vulgairement « Madras» ; il constitue un excellent antiscor­
butique que les travailleurs indiens du pays emploient souvent ; il passe en
outre pour être un contrepoison du Mancenillier. [N° 3333.] — M a r t in iq u e .
Y ulgo: Safran du pays, safran-cooli. [N° 2117.1
TRIBU IL MARANTÉES.

J.

Sous le nom de Canne-Congo on utilise à la Guyane française les rhizomes du

Costus

arahicus L., originaire des Indes Orientales; ce rhizome, à fine odeur de violette, y sert
à faire une tisane dépurative et diurétique. Il est probable que les deux
décrits jouissent des memes propriétés. (E. H.)

Costus ci-dessus

Calathea Mey. (du grec « kalathos », corbeille, allusion à la forme particu­
lière du labelle.)

�584

PLANTES

DF LA

GUADELOUPE

F.T

DE LA

M AR TINIQUE

C.discolor Mey., Maranta Cachibou Jacq., M. lui ea Lam. ; Calathée à feuilles
pourvues de deux couleurs. Vulgo : Cachibou, roseaü-mare. Rose., Monand.,
I. 13. — Vivace, cespiteux, à racines stolouifères, formant une masse com­
pacte, à tiges hautes de 3-1m50, en baguettes très droites, nues, creuses,
lisses, cylindriques, de l’épaisseur d’un doigt. Feuilles conlinées aux extrémi­
tés des liges, ovales, obtuses au sommet, habituellement arrondies à la base,
longues de 45-60 cm. sur *23-00 cm. de large, de la consistance du parchemin,
vert pâle en dessus, blanches, poudreuses en dessous; pétiole légèrement com­
primé, pouvant atteindre jusqu'à 70 cm. de long, renflé près de la base du limbe.
Inflorescence en “2-1 épis strobiliformes. naissant de la gaine de la dernière
ou des deux dernières feuilles, comprimés-cylindriques, longs de 9-11 cm.,
pédonculés, à pédoncules longs, très inégaux, entourés d’une bractée géné­
rale extérieure, très longue, couvrant les bractées intérieures beaucoup plus
courtes, et spéciales à chaque pédoncule. Bractées du slrobilc brunes sur les
bords, très coriaces, plus larges que longues, largement obovoïdes, subtron­
quées au sommet, imbriquées. Fleurs jaunes, de moitié moins longues que les
bractées, fasciculées : le faisceau garni d'une bractéole cannelée sur le dos ;
calice à trois segments ; corolle à tube liliforme, et à six lobes : les trois
extérieurs, lancéolés ; les deux intérieurs, obtus ; labelle large, en forme de
cuiller ; étamine pétaloïde ; stigmate rond. — Fl. presque toute l’année. —
Endroits aquatiques : çà et là dans l’étang de Valcanard (Gourbeyre) ; plus
abondant dans les marécages du Lamentin et de la Baie-Mahault. Alt. 0-400
met. [N° 3334.j
4 ulgo : Cachibou. — Rare: Champllore (sur le bord de la
Capotte), Sainte-Marie (endroits marécageux des bois inférieurs), etc.
[N° 2117 h.]
M a r t in iq u e .

Ee Calathea Allouia Lindl., Maranta Allouia Aublet., vulgo : Topitambourg pour Topinambourgi (Rose., Monand., t. 38; Desc., vol. I, t. 26,
p. 127), à racines portant des tubercules alimentaires, ovoïdes, globuleux,
légèrement hérissés de petits piquants, à fleurs blanches disposées en tête,
ovoïde, naissant de la gaine de la dernière feuille, est cultivé dans les deux
colonies et dans toutes les Antilles. — Fl. en juin, juillet. — Alt. 10600 mèt. N0 3842. 1 — M a r t in iq u e . Vulgo : Topitambourg. X° 2110 c.J

Ischnosiphon Koern. (du grec « ischnos », mince, maigre, et « siphon »,
tube, allusion aux bractées tubuleuses des épis.)
I. Arouina Koern., Maranta junce a Lam., M. peliolata Rudge. Vulgo :
Arouma ( de « aruna », nom de la plante chez les Garipons et les Galibis de la
Guyane.) ( Maranta Jacq. Vivace, formant des touffes très larges, compactes
1. Sous le nom vulgaire de Galanga, celle espèce est em ployée à la Guyane française:
ses rhizomes, tubéreux et féculents, y donnent un excellent salep. (E. II.)

et très ornementales par leur port, hautes de2 m50-3 met., à tiges comme dans
le Calathea discolor Mey., mais beaucoup moins grosses. Feuilles rosulées aux
extrémités des tiges, au nombre de 4-5, à limbe long de 20-25 cm. sur 1214 cm. de large, ovale, obliquement pointu au sommet et à côte médiane
déviée et courbe; pétiole long de 23-30 cm., engainant dans les trois quarts
inférieurs, renflé au-dessus du limbe sur une étendue de 2,3-3 cm., subcylin­
drique entre le renflement et la gaine. Inflorescence en épis cylindriques,
très minces, fasciculés ou solitaires, très inégaux en longueur: les plus longs
mesurant jusqu’à 11 cm., naissant tous des gaines disposées sur un pédoncule
qui s’élève du nœud formé par le faisceau des pétioles. Bractées des épis
alternes, imbriquées, obliques au sommet et rouges sur le bord. Fleurs
jaunes, avec de nombreux points rouge brun ; calice renfermé dans la bractée
et garni de plusieurs bractéoles ; corolle à tube filiforme, dilaté au sommet,
exsert, plus long que les segments : les trois segments extérieurs, lancéoléslinéaires ; les deux internes, latéraux, aussi longs, mais lancéolés ; labelle
spatulé ; étamine liliforme, à anthère libre. Capsule inconnue. — Trouvé en
fleurs en août. — Peu abondant : çà et là dans les grands marécages d’eau
douce du Lamentin. Alt. 5 mèt. [N 0 3541.] — Je ne l’ai pas trouvé à la
Martinique 1.
Maranta L. (dédié au Vénitien Barth. Maranta, médecin, mort en 1754;
a écrit : Méthode pour connaître les plantes.)
De ce genre, on cultive dans les deux colonies, comme du reste dans
toutes les Antilles :
1° Le Maranta arundinacea L., vulgo: Dictame (1 «A rro w -root » des
Anglais) (SI., t. 149 Rose., Monand. t. 25), à fleurs blanches, en cymes
terminales, très lâches et dichotomes. — Originaire de l'Amérique méridio­
nale. [N° 3843.] — M a r t in iq u e . Vulgo : L ’ Envers blanc. [N os 2107, 2110.]
2° Le Maranta indica Tussac, vulgo: Dictame de la Barbade, Moussache
de la Barbade (Rose., Monand., t. 26 ; Tuss., F l., I, t. 26 ; Desc., vol. V III,
t. 549) ; il ressemble au précédent, mais est plus élevé. — Originaire des
I ndes Orientales.
%
Les rhizomes de ces deux espèces produisent des tubercules comprimés,
écailleux, allongés, pointus, qui contiennent une fécule blanc nacré, très
appétissante, nourrissante et facile à digérer : elle est connue dans les colo­
nies sous le nom de « farine de Moussache ». |N°3332. — M a r t in iq u e . Vulgo :
Moussache de la Bardade. [N° 2110 h.)
1. Cette espèce, très commune à la Guyane française, y est connue vulgairement sous
le nom d’Arouman : le suc de scs feuilles et de sa tige serait caustique comme celui
de la Canne-feu (Dieffenbachia Seguine Schott); les graines donnent une huile employée
à Cayenne comme cosmétique pour les cheveux ; enlin le rhizome, tuberculeux, renferme
une fécule alimentaire. (E. H .)

�58 0

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DK LA

SCITAMIXÉBS ---- BURMANN’ IACKES

M AR TINIQUE

On l'encontre souvent dans les jardins de nos deux colonies le beau
Maranta zebrina Sims, remarquable par ses larges feuilles rayées de brun
velouté et de jaune en dessus, d’un beau violet en dessous, — Il est origi­
naire du Brésil.
TRIBU II. CANNÉES.
Canna I.. (du mol celle « eau ou cana », roseau, eu grec « kanna » , en
hébreu « kanak ».)
C. indica I..; Canna de l'Inde occidentale. Vulgo : Balisier rouge. Desc.,
vol. IV, t. 240, p. 30; Kosc., Monand., t. 1. — Vivace par ses rhizomes, à
tige haute de O"190-2 mèt. — Feuilles ovées ou ovées-oblongues, pointues,
engainantes, sans ligule. Inflorescence en une grappe simple, terminale, plus
rarement composée, quelquefois en deux grappes parla division du pédon­
cule primaire ; pédoncules primaires et branches de la grappe garnis de 1-3
gaines. Fleurs rouges, striées de jaune; bractée de la fleur, glauque, cymbiforme, plus long que bovaire. Périanthe à six segments : les trois extérieurs,
inégaux, lancéolés-acuminés ; les trois intérieurs, formant deux lèvres : lèvre
supérieure, à segments lancéolés, subégaux, un des segments bipartite ; la
lèvre inférieure, entière, projetée en avant, roulée en dedans et plus vive­
ment colorée que la supérieure; style pélaloïde, large, spatulé; ovaire infère,
surmonté de trois appendices glauques, dressés, deltoïdes-acuminés, persis­
tants. Capsule triloculaire, loculicide, hérissée, noire à la maturité ; semences
noires, sphériques. — Fl. en juin, juillet, août. — On se sert des graines pour
faire des chapelets. — Cultivé et à l’état sauvage: Basse-Terre, Gourbevre,
Trois-Rivières, Capesterre, Marie-Galante, Pointe-à-Pitre, etc. Alt. 0-600
mèt. [N° 3554.
M a r t in iq u e . Vulgo: Balisier rouge, balisier à chapelets. — Çà et là dans
toute l'ile. [N° 2112 b. 1
C. coccinea Mill. ; Canna à fleurs écarlates. Vulgo: Balisier rouge. Bosc.,
Monand., t. 11. — Ressemble au précédent quant aux racines et à la taille ;
il en diffère: par ses feuilles mucronées, par les segments de la lèvre supé­
rieure, échancrés, lancéolés, inégaux et surtout par la lèvre inférieure échancrée, striée de jaune, tandis que dans le précédent tous les segments des
deux lèvres sont striés de jaune. — Même habitat et même altitude.
\V 3554 h.
M a r t im q u e . Vulgo : Balisier rouge. — Cultivé çà et là et à l'état sauvage
dans toute l ile. [N ° 2112.J

58 7

C. edulis K erG aw l ; Canne comestible. Vulgo : Toloman. Rose., Monand.,
t. 5. — Vivace par ses rhizomes tubérifiés, volumineux et allongés, à tige
haute de I 1,150-2 m50. Feuilles larges, ovées ou ovées oblongues, pointues ou
arrondies au sommet, contractées, à la base, en une gaine longue, non apprimée. Corolle écarlate ; segments de la lèvre supérieure, subégaux, dressés,
sans échancrure ; lèvre inférieure, éehancrée, projetée.— Fl. principalement
en septembre, octobre cl novembre. — Assez souvent cultivé pour ses
tubercules comestibles; plus rare à l'état sauvage: environs de la BasseTerre, Baillif, Vieux-Fort, Capesterre, Morne-à-l'Eau, Gozier, etc. Alt. 0-600
mèt. [N° 3558.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Toloman. — Dans toute l’île. [N os 2111 a. b , c.j
C. pallida Rose., C. lutea Mill. ; Canna à fleurs jaune pâle. Vulgo : Bali­
sier jaune. Rose., Monand., t. 19, 20. — Haut de 1-1 80, rarement plus
haut. Feuilles larges, ovées-oblongues ou ovées, habituellement très glauques
en dessous, à gaines et bractées glauques. Corolle large, jaune pâle, à lèvre
supérieure dressée, ses deux segments égaux et entiers, souvent légèrement
rélus, à lèvre inférieure tachetée d’orange brun. Capsule muriquée. — Assez
abondant. Cultivé et à l’état sauvage dans les endroits humides et aquatiques :
Camp-Jacob, Gourbeyre (habitation Saint-Charles), Baillif, Pigeon (environs
de l'usine), Trois-Rivières (habitation Roussel), Pointe-Noire, Moule, MarieGalante, environs de Saint-Louis, etc. Alt. 5-500 mèt. [N us 3566, 3723.J
M a r t in iq u e . Vulgo: Toloman bâtard. — Environs de Saint-Pierre (TroisPonts), Carbet, Case-Navire, Marin, Gros-Morne, etc. [N° 2114.]
C. c/lanca L. ; Canna à feuilles très glauques. Vulgo : Balisier jaune. Rose.,
Monand., t. 17. — Haut de 0m8 0 -lm50. — Feuilles plus étroites que
dans toutes les espèces précédentes, elliptiques, acuminées au sommet et lente­
ment atténuées, à la base, en une longue gaine étroite. Fleurs larges, d'un
jaune assez v if ; segments de la lèvre supérieure, obovés-spatulés, inégaux,
entiers, larges; lèvre inférieure, oblongue-linéaire, éehancrée, fortement pro­
jetée et roulée. Capsule muriquée. — Cultivé et à l'état sauvage dans les
endroits humides et aquatiques, et le long des rivières : Pigeon, Camp-Jacob
(Montéran), Baillif, Capesterre, Lamentin, etc. Alt. 0-500 mèt. [N° 3335.J
M a r t in iq u e . V u lgo: Balisier jaune. — Rivière-Pilote (le long de la rivière ),
Ducos (ravine), Trinité, La Régale, etc. |N0 2113.]

CENT

q u a r a n t e - tr o is iè m e

f a m il l e .

— BURM ANNIACÉES.

1. Cette espèce, bien connue et largement cultivée en France et en Europe, esl réputée

Apteria Nutt. (du grec « apteros », sans ailes, parce que la capsule est
couverte, à la base, par le périanthe non ailé.)

diurétique et diaphorétique par son rhizome qui contient une fécule connue et exploi­
tée comme aliment sous le nom d 'Arrow -rott de Queensland. (E. II.)

A. selacea Nutt. , A. lilacina Miers, A. hymenanlhera Miq. ; Aptérie à

�588

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

feuilles séteuses. Traité général de Botanique descriptive, de Le Maoul et
Decaisne, 1876, '2e édition, p. 566, figure. — Haut de 1-6 cm., à lige droite,
filiforme, sans ou avec 2-3 branches. Feuilles réduites, à quelques écailles
engainantes, linéaires. Fleurs bleues, 1-3, longues de 3-4 mm., terminales.
Périanthe infondibuliforme, adné à la base de l'ovaire, à 0 lobes d’inégale
largeur ; étamine 3. incluses, à filets très courts, insérées un peu au-dessus
du milieu du périanthe et garnies sur le dos d'un petit appendice obeordé ;
style inclus, trifide ; ovaire uniloculaire, multiovulé. Capsule médianicidc
au sommet. — Trouvé fleuri en août. — Très rare: Trois-Rivières (sur les
racines d'un manguier, non loin de l’habitation Trou-aux-Chiens). Alt.
310 mèt. N° 2856.]

CENT QUARANTE-QUATRIÈME FAMILLE. ---

ORCHIDEES.

TRIBU I. MALAXIDÉES.
Pleurothallis R. Br. (du grec « pleura », côté, flanc, et « thallos », branche,
parce que les fleurs naissent sur le côté au sommet de la tige.)
P. ruscifolia R. Br. ; Pleurothalle à feuilles de Ruscus (une espèce de Fragon delà famille des Asparaginées). Jacq., Sel. Am. stirp. hisl., t. 133, f. 3.
Dendrobium Sw .) — Arboricole, haut de 8-30 cm., sans bulbe; à racines
rampantes; à tige cylindrique, droite, rigide, garnie, à la base et au-dessous
du milieu, d'une gaine. Feuille 1, elliplique-lancéolée, atténuée au sommet
et à la base, péliolée. Inflorescence en un fascicule arrondi, situé latéralement
au sommet de la tige, plus long ou aussi long que le pétiole et entouré, à la
base, d’une bractée bifide, engainante, de laquelle sortent 3-16 fleurs, petites,
pédicellées, verdâtre pâle. Divisions extérieures du périanthe lancéoléesacuminées, dont deux sont cohérentes jusqu’au sommet; divisions intérieures,
une fois plus courtes et libres; lèvre très petite, ovée-oblongue, articulée
avec le gynostème. — Fl. durant les mois de mars et octobre. — Abondant
dans les bois humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 300-900 mèt.
[N° 3343.]
M artinique. — Dans tous les bois. [Nos 395, 2069.]
P. anstata Hook.; Pleurothalle à divisions extérieures terminées par un
prolongement en forme d’arête. — Arboricole, haut de 4-5 cm., cespitcux.
Feuilles naissant près de la racine, longues de 1,2-2 cm., spatulées, assez
brusquement atténuées vers la base. Inflorescence en grappe droite, dépas­
sant de beaucoup la feuille. Rachis en zigzacs très réguliers : rachis, pédon­
cules et pédicelles capillaires. Fleurs pourpre noir. Divisions extérieures du
périanthe larges à la base, brusquement atténuées, à partir du milieu, en

ORCHIDEES

589

arête allongée : divisions intérieures, une fois plus courtes, ovées-lancéolées ;
lèvre ovée-oblongue, avec deux petits lobes latéraux. — Assez rare. Sur les
troncs à une faible hauteur, vit souvent dans la mousse : Camp-Jacob, Baga­
telle, Gommier, Matouha, V ieux-Habitants, Trois-Rivières. Alt. 500-900 mèt.
[i\° 3341.]
M

a r t in iq u e .

— Calebasse, Ajoupa-Bouillon, Camp de l'Alma, Lorrain, etc.

[N° 395 /;.]
Stelis Sw. (du grec « stelis », par lequel les anciens désignaient une petite
plante parasite. Théophraste, Caus., 2, 23; Pline, X V I, 93.)
S. ophioglossoides Sw .; Stélide à feuilles en forme de langue de serpent.
Jacq., Sel. Am. stirp. hisl., t. 133, f. 2. (Epidendron L . ) — Arboricole, sans
bulbe, haut de 9-18 cm. Feuilles oblongues-lancéolées, épaisses (à l’état vert;,
obtuses, lentement atténuées vers la base, plus longues que la tige et plus
courtes que les pédoncules, l ige garnie de 2-3 gaines comprimées, non appriniées et élargies au sommet. Inflorescence en 1-4 grappes effilées, spiciformes, lâches, longues de 4-5 cm., naissant à la base du pétiole. Pédoncules
droits, filiformes-capillaires, munis de 2-3 petites gaines courtes. Fleurs soli­
taires, pourpre noir, très petites, brièvement pédicellées, alternes (dans tous
mes spécimens), assises dans une petite bractée concave et pointue; rachis
disposé en zigzag. Caractères généraux de la fleur les mêmes que ceux des
Pleurolhalles : divisions extérieures, deltoïdes, d'égale longueur; les inté­
rieures, tronquées; lèvre deltoïde-tronquée. — Assez abondant sur les troncs
d'arbre à une faible hauteur et souvent couverts de mousses : Camp-Jacob,
Bains-Jaunes, Bagatelle, Gommier, les Palmistes, Matouba, etc. Alt. 5001000 mèt. [N° 3340.]
M a r t in iq u e . — Deux-Choux, Piton-Gelé, Montagne-Pelée, etc. [N° 380.]
Octomeria R. Br. (du grec « octo », huit, et « meros », partie, division,
parce que ce genre a huit masses polliniques.)
0. graminifolia R. Br. ; Octomérie à feuilles de graminées. — Haut de 1113 cm., à rhizomes rampant au loin, noueux et garnis de gaines. Feuille 1,
terminale, lancéolée-linéaire, environ de la même longueur quela tige noueuse
et pourvue de gaines qui se divisent supérieurement en un grand nombre de
fibres filiformes. Inllorescence en fascicules situés latéralement, comme dans
les Pleurolhalles, au sommet de la tige, et à base garnie de plusieurs bradées.
Fleurs 1-5, jaunes, tachetées de points rouges : divisions extérieures du
périanthe, ovées-lancéolées, presque distinctes; les intérieures semblables
aux extérieures, mais plus courtes et insérées à la base du gynostème; lèvre
articulée avec la base prolongée du gynostème, de moitié moins longue que les
divisions intérieures, garnie de deux petites crêtes, et au milieu, sur les
côtés, de deux petits lobes. — Dans le bas comme aussi sur le haut des arbres,
où il forme souvent une sorte de gazon recouvrant des troncs entiers : dans

�59 2

PLANTES

UK L.A GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ U E

E.
slrobiliferum Rchb ; Epidendre en épi strobiliforme. — Haut de 1622 cm., à tige branchuc, comprimée. Feuilles distiques, petites, épaisses au
milieu, plus minces sur les bords, lancéolées ou ovées-lancéolées, échancrées
au sommet. Inflorescence en épis droits, strobiliformes, courts, terminaux ou
axillaires, très comprimés. Fleurs distiques, blanchâtres ou verdâtres, petites ;
bractées florales, voûtées-ovées, obtuses, non décurrentes, plus courtes que
l'ovaire. Divisions extérieures du périanlhe, ovées-oblongues : les internes,
oblongues-linéaires; lèvre entière, cordée-ovée, pointue, avec un disque con­
cave sans callosités. — Dans la région basse, sur les tiges de petits arbres, sur­
tout sur les cacaoyers : Ajoupa-Bouillon, Grand’Anse, Champtlore, etc. Alt.
300-500 mèt. N° 1033. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
E.
ramosum Jacq. ; Épidendre rameux. Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 13*2.
— De hauteur très variable : les plus longs pouvant atteindre 70-95 cm. et
au delà, à lige très branchue, à branches toujours penchées ou pendantes
dans les pieds adultes. Feuilles linéaires-lancéolées. Inflorescence en épis
terminaux: bractées florales, distiques, blanchâtres, ovées-oblongues,
coriaces, concaves, obtuses, non décurrentes, plus longues que l'ovaire.
Fleurs petites, vertes : divisions extérieures du périanlhe, ovées-lancéolées;
les intérieures, linéaires ; lèvre indivise, cordée-ovée. Gynostème à disque
concave avec deux petites bosses à la base. — Assez abondant sur les arbres,
dans le bas comme dans le haut des troncs : Bains-Jaunes, Gommier,
Malouba. Pointe-Noire, etc. Alt. 250-800 mèt. [N° 3361.]
M a r t in iq u e . — Très abondant : Parnasse, Morne-Rouge, Prêcheur, FondsSaint-Denis, fontaines Didier et Absalon, etc. [N° 2075. |
E.
difforme Jacq., E. umbellatum Snv. ; Epidendre difforme. Jacq., Sel.
Am. stirp. hist., t. 136. — Haut de 14-18 cm., tortueux, à tige comprimée.
Feuilles oblongues ou ovées-oblongues, obtuses ou émarginées, engainantes;
gaine comprimée, plus large au sommet, persistant après la chute des
feuilles. Inflorescence en ombelle terminale, sessile, composée de 3-10 fleurs
verdâtres, odorantes; bractées florales, ovales, pointues. Divisions du
périanlhe, veinées : les extérieures, lancéolées ou oblongues ; les intérieures,
linéaires, légèrement spatulées; lèvre à trois lobes plus larges que longs, réniformes, portant en dedans deux callosités; lobe du milieu, légèrement
échancré. Gynostème tronqué-dentelé. — Fl. d’avril à juillet. — Assez abon­
dant sur les arbres des régions moyenne et infra-moyenne, exposées au grand
air : Camp-Jacob, Bagatelle, Gommier, hauteurs de Pigeon et des TroisRivières. Alt. 350-800 mèt. [N° 3362.]
M a r t in iq u e . — Plus abondant : bois de l’Ajoupa-Bouillon, de la Calebasse,
du Champflorc, hauteurs de la Basse-Pointe, etc. [N ° 1048.]
E.
pamculalum R. P.; Epidendre à fleurs en panicule. — Arboricole, haut
de 60-70 cm., à tige très feuillue, inférieurement grosse, cylindrique, supé-

ottcrii dues

593

rieurement comprimée. Feuilles larges, obovées-elliptiques, acuminées. Inflo­
rescence en panicule terminale, à branches allongées, penchées. Fleurs
petites, nombreuses, pédicellées, à péri icelles capillaires plus longs que
l’ovaire. Divisions extérieures du périanlhe, étroites, spatulées, lentement
atténuées vers la base; les intérieures, blanches; lèvre plus large (pie longue,
cordée à la base, subcarrée au sommet, avec plusieurs petites échancrures
sui' les bords, et à deux cornes latérales plus longues que le corps de la lèvre
même. — FI. en avril et mai. — Très rare : bois de la Grand’Anse et de
Sainte-Marie. Alt. 400-700 mèt. [N° 387.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Gua­
deloupe.
E.
nocturnum L. ; Epidendre à fleurs très odorantes pendant la nuit.
Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 139. — Haut de 30-48 cm., à 2-4 feuilles
confinées dans le haut de la tige. Tige cylindrique dans le bas, comprimée
dans sa partie supérieure. Feuilles épaisses, rigides, très vertes, oblongues ou
ovales, obtuses : des deux feuilles terminales, une est toujours plus large;
toutes sont engainantes, à gaines très comprimées, élargies au sommet et
articulées avec les feuilles. Inflorescence terminale; fleurs larges, solitaires,
rarement géminées, blanches, émettant une odeur des plus exquises, surtout
le soir et pendant la nuit. Pédoncule presque aussi long que les feuilles.
Bractées florales, ovées-lancéolées, très courtes ou réduites à quelques
écailles, ou faisant complètement défaut. Divisions du périanlhe, longues,
linéaires-acuminées ; lèvre à trois lobes : les deux latéraux, ovés-oblongs,
linéaires-sélacés. Capsule longue de 4-6 cm., acuminée aux deux extrémités.
— A la partie inférieure des troncs d ’arbre, dans les endroits plus ou moins
humides et très aérés: Houëlmont, Gourbeyre, Vieux-Fort ravine Blon­
deau], Pointe-Noire. — On en rencontre deux variétés: une plus grande, à
feuilles plus larges et très peu nombreuses; l'autre, à feuilles étroites, plus
nombreuses. Alt. 300-670 mèt. [\ ° 3846 la grande variété; N" 3846 h la
petite variété.
M a r t in iq u e . —
M orne-Rouge, Ajoupa-Bouillon, Champflore, etc.
[N° 2074] la grande variété : [N° 1032] la petite variété.
E. vinceniiiuim Lindl. ; Epidendre de Saint-V incent. — Haut de 7-14 cm.,
à tige droite, délicate. Feuilles lancéolées-linéaires, acuminées. Inflorescence
en panicule lâche, allongée, à branches filiformes. Bractées florales, compri­
mées, engainantes, très petites. Fleurs vert jaunâtre, à pédicelles beaucoup
plus longs que les bractées. Divisions extérieures du périanthe, lancéolées:
les intérieures, linéaires; lèvre entière, cordée, arrondie, ondulée-crispée. —
FI. en avril, mai, juin. — Rare. Çà et là sur les troncs de petits arbres et
sur les souches pourries: Gommier (bords du Galion), Rivière-Noire, bois
intérieurs de la Pointe-Noire. Alt. 500-900 mèt. N° 2728.]
M a r t in iq u e . — Fontaine Absalon, Camp de l’Alma, Piton-Gelé. [N° 375.]
Dns*.—

P lu n le x G u a d e lo u p e et M a r t i n i q u e .

38

I

�594

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

E. terelifoliuni S\\\; Epideudre à feuilles cylindriques. — Ilautde 18-23cm.,
à litre jaune, légèrement comprimée, droite, ayant une épaisseur égale de la
base au sommet. Feuilles jaune verdâtre, recourbées, disliques-alternes,
obtuses, charnues, triquèlres-subeylindriques ; une seule fleur terminale,
jaune verdâtre, brièvement pcdicellée, à pédicelle garni, à la base, de 2-4
bractées scarieuses, blanchâtres, ovées. Divisions extérieures du périanthe,
lancéolées, pointues, rigides : les intérieures, elliptiques, de moitié plus
courtes que le calice ; lèvre libre, entière, d’un bleu violet foncé, épaissie
et triquètre à l'extrémité. — Rare : çà et là sur les arbres du Matouba et des
Bains-Jaunes. Alt. 680-900 met. [N° 3597.] — Je ne l'ai pas trouvé à la
Martinique.
E. globosum Jacq. ; Epidendre à capsule globuleuse. Jacq.,5e/. Am. stirp.
hist., t. 134, f. 4 .— Haut de 4-12 cm. Tige feuillue, droite, ayant la même
épaisseur, de la base au sommet. Feuilles recourbées ou droites, distantes,
alternes-disliques, obtuses, cannelées-cvlindriques. Inflorescence en une
petite ombelle sessile, terminale, entourée de bractées membraneuses, ovées,
obtuses. Fleurs petites, jaunâtres, panachées de rouge. Divisions du périanthe,
ovées: les intérieures, plus étroites; lèvre entière, pointue, concave. —
Fl. habituellement de mai à juillet. — Abondant sur les arbres des grands
bois de toute la Guadeloupe proprement dite. Alt. 500-980 met. [N°3698.]
M a r t in iq u e . — Dans tous les grands bois. X° 2076.J
Brassavola R. Br. (dédié à l’Italien Ant. M. Brassavola, né en 1500, à
Ferare, professeur de physique etdcmédecine dans cette ville, médecin parti­
culier de plusieurs papes, médecin consultant de plusieurs princes, mort en
1555; a laissé plusieurs ouvrages ayant trait aux matières qu'il enseignait.)
B.
cucullata R. Br. ; Brassavola à lèvre en forme de cuiller. — Haut de
25-30 cm., cespiteux. Tige courte, noueuse, cylindrique à la base, supérieu­
rement comprimée, garnie de 2-3 gaines blanches, membraneuses, dont la
supérieure est beaucoup plus longue, fendue dans le haut et dépasse la
base de la hampe courte. Feuilles solitaires, plus rarement géminées,
charnues, glauques, subcylindriques, linéaires-acuminées, unisillonnées, nais­
sant de la gaine supérieure. Fleur 1, terminale, d’un blanc très pur, exhalant,
surtout pendant la nuit et le soir, une odeur des plus agréables; hampe
courte, garnie de 2-3 gaines blanches de grandeur inégale, située au-dessus
de l'insertion de la feuille; pédoncule de la fleur, long de 11-13 cm., fili­
forme, plus court que la feuille. Divisions du périanthe, longues de 8-9 cm.,
lancéolées-linéaires, très acuminées, subégales ; lèvre libre, onguiculée,
cannelée, en forme de cuiller, frangée sur tout le bord, et garnie, au milieu,
d’un long appendice, linéaire-acuminé. Masses poliniques 8. — Fl. habituel­
lement d'août à janvier. — Assez abondant sur les rochers et les arbres dans
les endroits secs de la basse région : Vieux-Fort, Ilouelmont, Désirade, etc. —

ORCHIDEES

595

On le cultive quelquefois autour des maisons. Alt. 20-300 mèt. (X° 3398.] —
Il n'existe pas à la Martinique.

Elleanthus Rresl. (du grec « ellein », réunir par force, mettre ensemble,
et « anllios », fleur, parce que les fleurs sont réunies en une tête et renfer­
mées dans des bractées.)
E. capilatns Rcbh fils; Elléanthe à fleurs en tête. (Evelyna Poepp.) —
Haut de 0m65-1 m20, sans pseudobulbes, très cespiteux, toujours penché, à
tige grêle, rigide, feuillue de la base au sommet. Feuilles membraneuses,
larges, oblongues, lancéolées, acuminées: les supérieures, lancéolées, toutes
à 8 ou 10 côtes, avec des nervures accessoires plus fines. Inflorescence en capi­
tule terminal, brièvement pédonculé, d’abord arrondi, ensuite allongé;
bractées florales imbriquées, foliacées, ovales, lancéolées, acuminées, rou­
geâtres, presque aussi longues que les fleurs, qui sont presque tubuleuses,
pourpres et seulement un peu plus longues que les bractées. Labelle libre,
sessile, presque aussi long que le tube, creusé en capuchon à la base,
émarginé au sommet. Masses poliniques 8. — Fl. de mai à juin. — Sur les
arbres, habituellement à une faible hauteur; assez rare : Bains-Jaunes, Gom­
mier. Alt. 450-900 mèt. f.\° 3732.]
M a r t in iq u e . — Bois de FAjoupa-Bouillon (assez abondant), des FondsSaint-Denis, etc. [N° 1037.]
Bletia Ruiz et Pav. (dédié à l’Espagnol L. Blet, pharmacien et botaniste
à Madrid.)
B.
verecunda R. Br. ; BlÆtie modeste. — Haut de 30-76 cm., rarement plus
haut (et à l’état de culture seulement), terrestre, très beau, à pseudobulbe
rondâtre-déprimé, lisse, marqué d’anneaux noirs provenant de la chute des
feuilles, de la grosseur d’un oignon, terminé par une touffe de 4-5 feuilles
plissées, longues de 30-40 cm. sur 3-4 cm. de large, d'abord lancéoléesacuminées, ensuite linéaires-acuminées. Inflorescence en grappe terminale,
longue finalement de 20-30 cm., toujours penchée, portée sur une hampe
latérale, panachée, plus longue que les feuilles, plus ou moins penchée,
noueuse à la base, garnie de distance en distance de petites bractées deltoïdes-subulées. Fleurs lilas, demi-penchées, subunilatérales; bractées flo­
rales semblables à celles de la hampe, mais beaucoup plus petites. Pièces du
calice, ovées, pointues, recourbées; pièces de la corolle, oblongues, obtuses,
plus larges, légèrement plus longues et droites ; lèvre sensiblement bossue à
la base, libre, courbe, presque tubuleuse-cylindrique dans sa moitié infé­
rieure et garnie de cinq crêtes blanches, longitudinales, parallèles et lamelleuses, élargie vers le sommet en trois lobes : celui du milieu, beaucoup
plus avancé, et profondément échancré, tous les trois crispés-ondulés sur
les bords. Pollinies 8. — Fl. de janvier à mai. — Rare à l'état sauvage: çà et
là dans les endroits marécageux de la Goyave et de Sainte-Marie. — Se

�597

PL AN T BS DE LA GUADELOUPE ET DE l.A MARTINIQUE

ORCHIDÉES

cultive fréquemment en pot, dans les jardins: les Heurs deviennent alors
plus grandes, el la hampe, souvent vivement panachée, se termine par une
panicule lâche. AU. 0-50 mèt. X° 3395.] — Elle n'existe pas à la Martinique.

arboricole, à lige branchue, souvent tortueuse, couverte d’écailles bractéiformes qui se décomposent en libres très nombreuses, et garnie de pseudo­
bulbes nombreux, distants, quelquefois rapprochés, ovales-comprimés, du
sommet desquels naissent une ou plusieurs feuilles lancéolées ou lancéoléeslinéaires, obtuses, et obliquement échancrées au sommet. Inflorescence en
faisceaux axillaires; fleurs rouge vif, petites, longuement pédonculées, à
pédoncules noueux, garnis, à la base, d’une bractée mince, luisante el engai­
nante, et dans le haut de 2-4 bractées vertes, plus petites, acuminées, éga­
lement engainantes. Pièces du calice el de la corolle égales, droites, ovéeslancéolées, terminées en une pointe subulée; lèvre ascendante, creusée en
cuiller, contiguë à la base du gynostème, entière, oblongue-obluse; gynos­
tème nu, bossu; masses polliniques 4, caudicule linéaire. — Fl. de mars à
juillet. — Assez abondant dans tous les bois élevés et humides de la
Guadeloupe proprement dite. Alt. 500-900 mèt. j X° 3396.]
M a r t in iq u e . — Abondant dans tous les grands bois. [XTo 2070.

596

Isochilus R. Br. (du grec « isos», égal, et « cheilos », lèvre, parce que
la lèvre est presque de même forme que les autres divisions du périanthe.)
I.
linearis R. Br. Yulgo : Lin bâtard. — Arboricole, sans bulbe, très cespiteux, haut de 10-55 cm., à tige grêle, rigide, très feuillue. Feuilles distiques,
plates, linéaires, courtes, émarginéesau sommet qui est obtus. Inflorescence en
épi court, brièvement pédoncule ; bractées llorales, ovées-lancéolées. Fleurs
petites, unilatérales, pourpre foncé ou pourpre clair. Divisions du périanthe,
égales ; lèvre spatulée-linéaire, libre, à onglet courbe. Pollinies 0, dont 4
plu&gt; larges el 2 plus petites et sessiles. — Fl. de mai à octobre. — Abon­
dant, formant des louiîes souvent très larges et très compactes: Gommier,
Bains-Jaunes, Matouba. Vieux-Habitants, Bouillante, etc. Alt. 480-900 mèt.
Y 3349.]
M

a r t in iq u e .

Yulgo : Lin bâtard. — Dans tous les bois humides. X° 2075.]

TRIBU III. VANDÉES.
Dichæa Lindl. du grec « diché ou dicha », double, parce que les liges
portent deux rangées de feuilles très rapprochées.)
D. eehinocarpa Lindl.. Limodorumpendulum Aubl. ; Dichée à capsule héris­
sée. Aubl., Guy., I. 322. — Arboricole, cespiteux ou non, sans pseudobulbe, à
lige simple ou branchue, poussant de haut en bas, légèrement radicante, ou sou­
vent non radicante, flexible, comprimée, longue de 40-60 cm. Feuilles nom­
breuses, très rapprochées, oblongues, très mucronées, longues de 12-15 mm.
sur4-5 mm. de large; pétioles larges, engainants, équitanls. Fleurs soli­
taires, toujours très nombreuses, portées sur un pédoncule aussi long que
les feuilles. Divisions du périanthe distinctes, toutes de même longueur,
jaune pâle ; lèvre libre, entière, sagittée-oblongue, d un bleu très vil ;
gynostème nu ; masses polliniques 4; caudicule rétréci à la base. Capsule
ovoïde, muriquée et velue. — Peu abondant : çà et là dans tous les grands
bois humides de la région supérieure de la Guadeloupe proprement dite.
Alt. 600-1000 mèt. [X° 3354.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mille-pattes. — Calebasse, bois du Lorrain et des
Pitons-du-Carbet. [X° 2068.J
Ornithidium Salisb. du grec « ornithidion », petit oiseau, parce que les
fleurs sont petites et ofl’rent, dans l ensemble des différentes parties, une cer­
taine ressemblance avec un oiseau.)
0. coccineum Salisb.; Ornithidie à fleurs rouge vif. — Haut de 15-45 cm.,

Polystachya Ilook. (du grec « polus », beaucoup, et «stachus», épi, c’està-dire fleurs en panicule composée de beaucoup d’épis.)
P. hiteola Hook.; Polystaehye à fleurs jaunâtres.— Plum., édit. Burm.,
t. 185, f . 1. — Haut de 17-42 cm. Tige à pseudobulbe à la base, droite, peu
feuillue. Feuilles rigides, lancéolées-oblongues, obtuses, souvent recourbées,
dépassées par la tige. Inflorescence en panicule composée de 2-5 épis unila­
téraux; fleurs vert jaunâtre, petites. Divisions extérieures el latérales du
périanthe, larges à la base et adnées au gynostème court et étroit, droites et
dressées : les pièces de la corolle, plus courtes; la belle sessile, plat, articulé
avec la base du gynostème, à trois lobes s’étendant jusqu'au milieu : les deux
latéraux, très petits, obtus; celui du milieu, prolongé, obové-carré; gynos­
tème nu, court, demi-cylindrique; masses polliniques 4, collatérales (2 et 2),
cohérentes; caudicule filiforme. — Fl. durant la majeure partie de l’année.
•— Assez abondant sur les arbres de tous les grands bois de la Guadeloupe
proprement dite. Alt. 450-900 mèt. [X° 3356.]
M a r t in iq u e . — Dans tous les boiset sur les arbres fruitiers des habitations.
[N° 2066.]
Cyrtopera Lindl. (du grec « kurtos », courbe, bossu, et « pera », sac, parce
que le labelle, concave à la base et articulé avec le gynostème, forme un
petit creux.]
C.
Wooclfordii Lindl.; Cyrtopère de Woodford. — Terrestre, haut de 4095 cm., très droit, sans pseudobulbe. Feuilles plissées, engainantes, allongées,
lancéolées, acuminées au sommet, longues de 35-46 cm. (sans la gaine) sur
4-5 cm. de large, naissant au nombre de 4-5, du sommet d’une racine tuber­
culeuse, fusiforme, grosse, très lisse, blanchâtre et profondément enterrée.
Hampe latérale, beaucoup plus longue que les feuilles, tantôt rouge, tantôt

�598

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DK LA

M A R T IN IQ U E

blanchâtre, cylindrique, succulente. Inflorescence en grappe allongée, ter­
minale; fleur généralement pourpre foncé, avec des divisions légèrement
jaunâtres à la base (je n’ai trouvé que dans deux spécimens des corolles
pourpre violet au sommet et blanchâtres à la base), large, pédieellée, à pédicelles d'abord iiliformes, ensuite plus gros, garnis d’une bradée lancéolée,
subulée, plus courte que le pédicelle. Divisions du périanthe, ascendantes,
oblongues, brusquement pointues: les deux latérales, extérieures, et les deux
intérieures, adhérentes au gynostème; label le articulé avec la base prolongée
du gynostème, venlru-concave, trilobé, garni de deux callosités : lobes laté­
raux, très courts; celui du milieu, plat, arrondi, ové-oblong, plus large.
Pollinies 4 : 2 postérieures et '2 antérieures. — Fl. en juin, juillet, août. —
Çà et là dans les terres argilo-ferrugincuses de l’infra-moyenne région : Gourbeyre Grande-Savane, Dolé et habitation Saint-Charles), Gommier, les Pal­
mistes. Trois-Rivières. Alt. 250-600 mèt. [X° 3338.]
M a r t in iq u e . — Fontaine Absalon, bois de la Grand’Anse (dans les clai­
rières). N° 378.]
Oncidium Sw. (du grec « oncos », enflure, exhaussement, à cause du ren­
flement qui caractérise la base du gynostème.)
0. (elrapelalum W illd .; Oncidium à quatre pétales. Jacq., Sel. Am. slirp.
hisl., t. 142. — Haut de 25-60 cm., à tige horizontale ou penchée, rarement
dressée. Feuilles peu nombreuses, confinées à la base de la tige, recourbées,
équitantes, cannelées, oblongues-linéaires, acuminées, longues de 5-13 cm.,
beaucoup plus courtes que la tige grêle, rigide, noueuse, et garnie de petites
bractées. Inflorescence en grappe ou en panicule; fleurs jaune d'or vif. D ivi­
sions du périanthe, étalées : les pièces du calice spatulées (les deux latérales
étant soudées presque jusqu'au sommet); celles de la corolle, obovées, légè­
rement ondulées; labelle contigu à la base du gynostème et garni de crêtes
lamelleuses, à trois lobes : les deux latéraux petits et arrondis; celui du
milieu, bien plus large et plus long, réniforme, bilobé, ondulé, uni sur les
bords ou crénelé. Gynostème court, garni, au sommet, de deux petites ailes
demi-ovées-obluses et entières. — Fl. en avril, mai, juin. — Assez abondant
sur les petits arbres, plus rare sur les rochers, dans les endroits secs, chauds,
pierreux des mornes inférieurs : Vieux-Fort, Houëlmont (bois de l'habita­
tion Bisdary), rivière des Pères, Désirade, les Saintes (mornes du Chameau),
Marie-Galante (bois de Folle-Anse et Capesterre). Alt. 5-380 mèt. .V 3337.]
M a r t in iq u e . — Trois-Ilets, hauteurs du Diamant, Marin (Gommier).
[N° 377 /&gt;.]
0. variegatnm Sw. ; Oncidium à fleurs panachées. SI., t. 148, f. 2. — Res­
semble au précédent quant au port, à la taille et à la forme des feuilles; il en
diffère : par les gaines de la tige cylindriques, plus courtes que les entrenœuds, blanches, ce qui tranche bien avec la tige verte; par ses grappes plus

ORCHIDÉES

courtes, enfin par ses fleurs blanches, panachées et striées de rose. — Sur
les calebassiers (Crescentia Cujele) des hauteurs des Trois-Ilets. Alt. 250380 mèt. [N° 376.1 (Spécimen imparfait.) — Je ne l'ai pas trouvé à la Guade­
loupe.
0. Cehollela Sw .; Oncidium Cébollelte. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl.,
t. 131, f. 2. — Haut de 55-75 cm., cespiteux. Feuilles radicales, droites ou
recourbées, cylindriques, acuminées, striées, articulées à la base et entourées
de 2-3 bractées membraneuses, blanches, l ige horizontale ou penchée, mar­
quée de nœuds annelés, noirs à la base des gaines. Inflorescence en pani­
cule lâche, toujours penchée, étalée, à branches alternes-distiques; fleurs
jaunes, légèrement lavées île bistre. Divisions du périanthe, distinctes, obovées-oblongues; labelle pourvu d'une crête à la base, à trois lobes : les laté­
raux, très petits ou réduits à deux petits rudiments; celui du milieu, très
distant, large, veiné, réniforme, bilobé. Ailes du gynostème plus ou moins en
forme de faux. — Fl. en avril, mai, juin. — Sur les grosses pierres, les
rochers et les arbres, dans les endroits secs des mornes et falaises inférieurs :
Houëlmont (bois de l'habitation Bisdary), rivière Noire, Pointe-Noire, etc.
Alt. 40-300mèt. [N°3847.]
M a r t in iq u e . — Hauteurs de la Rivière-Salée, de La Régale, de Fort-deFrance, etc. [N° 278.]
0. altissimum S w .; Oncidium à hampe très longue. Yulgo : Papillon
végétal. — Arboricole, long quelquefois de plus de 2 mèt., à tige nulle ou très
courte, portant 4-8feuilles, au-dessous d'un pseudobulbe comprimé, ridé, ové
ou elliplique-oblong et surmonté de 1-2 feuilles terminales. Feuilles imbriquées-équitantes à la base, oblongues-lancéolées, ou lancéolées, brièvement
acuminées, habituellement ondulées, 5-8 fois plus courtes que la hampe.
Hampe latérale, ligneuse, toujours penchée, panachée de vert et de brun,
très cylindrique, lisse, pouvant atteindre jusqu’à 1U180 de long et quelque­
fois au delà, garnie dans le bas de bractées très apprimées, blanches, fendues
jusqu’à la base, plus courtes que les entre-nœuds marqués d'un anneau noir.
Panicule 4-5, plus longue que la partie nue de la hampe, à branches alternes,
courtes; bractées florales courtes, blanchâtres, concaves, pointues, plus
courtes que les pédicelles. Fleurs jaunes, panachées de brun. Divisions du
périanthe, distinctes, égales, oblongues-lancéolées, ondulées ; lèvre aussi
longue que les divisions; base de la lèvre garnie d’une crête et de plusieurs
tubercules; les lobes latéraux tantôt très développés, tantôt très petits ou
rudimentaires : celui du milieu, distant, large, réniforme, souvent beaucoup
plus large que long, échancré au milieu. Ailes du gynostème, courtes et
arrondies. — Fl. en mai, juin, juillet. — On le rencontre assez souvent à
l’état de culture; les fleurs deviennent alors plus larges et leur coloris se
modifie beaucoup. C’est la plus belle de toutes les Orchidées arboricoles des

�600

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

deux colonies. — Çà el lù dans presque tous les bois inférieurs, mais plus
abondant an Houëlmont, dans les hauteurs de Raillif, des "\ ieux-Habitants,
de Desbaies. Alt. 150-550 met. N° 3346.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Papillon végétal. — Assez abondant : Fonds-SaintDenis, Champllore, Ajoupa-Bouillon, fontaine Didier, Trois-Ilets, Diamant,
etc. N° 2072.]
0. luridum Lindl. ; Oncidium à (leurs sombres. — Arboricole, haut de
70-95 cm., sans pseudobulbe. Feuilles longues de 25-30 cm., épaisses, rigides,
piales, lancéolées-oblongues. avec une pointe terminale obtuse: deux à cinq,
parmi les inférieures, sont beaucoup plus courtes. Hampe latérale, penchée,
noueuse, à nœuds marqués d’un anneau noir ; bradées de la hampe blan­
châtres, engainantes, cinq à six plus courtes que les entre-nœuds. Inflores­
cence en panicule allongée, lâche, à branches courtes. Fleurs d'un jaune très
sombre, panaché de brun sombre. Divisions du périanthe, distinctes, obovées,
assez brusquement onguiculées, à onglet de longueur variable; labelle garni
d'une crête à cinq tubercules; lobes latéraux légèrement recourbés, pointus,
à pointes tournées vers le gynostème : celui du milieu très distant, de même
forme que dans le précédent. Ailes du gynostème charnues el arrondies. —
Fl. en mai. juin, juillet. — Assez rare : çà et là dans la partie supérieure de
la vallée du Carbel. Alt. 50-90 met. |X° 2073.] — .le ne l'ai pas vu à la
Guadeloupe.

ORCHIDEES

601

Ionopsis IL B. et ICth (du grec « ion », violette, el « opsis », aspect, parce que les espèces-types n’ont pas de lige et ressemblent à des pieds de
violette.)
I.
ulriciilarioides Lindl. ; Inopside ressemblant à un lltriculaire. — Arbori­
cole, haut de 35-52 cm., sans bulbe, et à racines fibreuses, blanches.
Feuilles rigides, courtes, peu nombreuses, lancéolées, environ quatre fois
plus courtes que la hampe. Hampe rigide, toujours inclinée, renflée à la base,
à nœuds légèrement renflés, distants et garnis de bractées engainantes, courtes,
souvent mal développées; bractées des fleurs très petites. Inflorescence en
grappe ou plus souvent en panicule. Fleurs blanches, veinées de rouge.
Divisions du périanthe, obtuses: les extérieures, latérales, adhérentes à la
base et se prolongeant en un petit sac court au-dessous du labelle ; lèvre
attachée à la base du gynostème par un onglet cunéiforme et garni de deux
callosités; limbe de la lèvre, grand, plat, bien plus long que les divisions
du périanthe, bilobé, à lobes carrés-arrondis ou ronds; gynostème très
court, nu; roslellum pointu ; pollinies 2, sillonnées sur le dos. — Peu abondant:
Gros-Morne (çà et là sur les calebassiers), Trinité, Robert. Alt. 200-400 mèt.
I N° 377. j — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
TRIBU IV. ARÉTIIUSÈES.

On cultive assez souvent à la Martinique 1Oncidium p api Ho Lindl., origi­
naire de la Trinidad. j \°2071.

Vanilla Plum. (du mot espagnol « vainilla », diminutif de vaina », gousse,
à cause de la forme des fruits.)

Leochilus Knowles et M’esto. (du grec « leios », lisse, glabre, et « cheilos»,
lèvre, parce que le labelle est entier et lisse.)

V. anaromatica Sw. ; Vanillier à fruits sans arôme. Yulgo : Vanillier
sauvage, vanille sauvage. Plum., édit. Burm., t. 188.— Grimpant, radicant,
à tige cylindrique ou subcylindrique. Feuilles subcharnues-membraneuses,
nettement et largement ovales, pointues, à 28-34 nervures, avec des aréoles
carrées et régulières; pétiole court, cannelé, demi-amplexicaule à la base.
Inflorescence en grappes axiliaires, situées dans les parties supérieures des
tiges ; bractées de la grappe, larges, foliacées, elliptiques, sessiles. Fleurs
inconnues (spécimens imparfaits). Gousses légèrement aplaties, pen­
dantes, longues de 12-19 cm., sans parfum, le plus souvent fortement
courbes, mais ayant une assez grande ressemblance avec la vanille du
Mexique. — Peu abondant : Ajoupa-Bouillon (habitation Eden), fontaine
Absalon (plus rare), Case-Pilote (plateau militaire). Alt. 400-640 mèt.
[N° 2081.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

L. cochlearis Lindl. ; Leochile à lèvre en forme de cuiller. — Epidendre,
minuscule, haut de 8-12 cm., à pseudobulbe court, comprimé, ové. Feuilles
oblongues. fermes, au nombre de 3-5: une d’entre elles surmonte le bulbe ;
les deux ou quatre autres, radicales, sont situées au-dessous du bulbe. Hampe
radicale, enveloppée à la base par le pétiole engainant, garnie de bractées
ovées-lancéolées, très acuminées, distantes, engainantes vers la base. Inflo­
rescence en grappe simple ou composée de 2-3 branches très courtes, portant
3-6 fleurs jaune pâle. Divisions du périanthe, droites, rigides, ovées, obtuses:
les deux intérieures situées latéralement et cohérentes; labelle libre, concave
en dessous, sessile, entier, obové, garni à la base d'une crête en forme de fer
achevai; gynostème court, garni de deux petites cornes tournées vers la
lèvre. — Fl. en avril, mai, juin. — Feu répandu. Endroits secs ou humides:
Gourbevre les Palmistes, sur des arbrisseaux), Port-Louis (sur de petits
arbres du bord de mer,. Petit-Canal (mornes calcaires), les Saintes (morne
du Chameau (rare). Alt. 0-400 mèl. N ÜS 3391, 3731.] — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe.

On cultive dans les deux colonies, surtout à la Guadeloupe, le Vanilla
plum folia Andr., vulgo : Vanillier du Mexique, originaire du Mexique et du
Brésil, à gousses subcylindriques, vert clair, qui atteignent ordinairement de
15-19 cm. de long [N° 3488], Martinique [N° 2080] ; le Vanilla claviculata
Sw., vulgo : Vanillon, à feuilles, fleurs et tiges plus grandes, à gousses vert

�60 2

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

foncé brun, longues de 0—11 cm., oblongues. Desc., vol. Y, t. 362, p. 221
N°3487], Martinique N° 2080 h.\
A la Guadeloupe, on rencontre assez souvent le ^ anillier du Mexique à
l’état sauvage, autour des vieilles habitations abandonnées et en ruine,
comme on en voit dans plusieurs quartiers du Gom m ier; ces pieds, qui
grimpent â une hauteur considérable, ne doivent pas être confondus avec le
vanillier sauvage proprement dit.

TRIBU V. NÉOTTIÉES.
Ponthieva R. Br. (dédié à de Ponthieu, qui fournissait au botaniste anglais
Banks des plantes d’Amérique.)
P. peliolala Lindl. ; Ponthiève â feuilles longuement pétiolées.— Terrestre,
haut de 55-75 cm., très droit, à racines faseiculées, blanchâtres, longues,
velues, demi-cylindriques. Feuilles larges, radicales, rosulées, flasques, au
nombre de 5-7, lancéolées-oblongues et amplexicaules â la base, de un tiers
ou de un quart plus courtes que la hampe, qui est cylindrique, velue, grêle, â
nœuds distants et garnis de poils couleur de rouille. Inflorescence en grappe
longue de 15-20 cm. ; rachis, pédicelles, ovaires, bractées florales revêtus de
poils de même couleur que ceux de la hampe. Divisions du périanthe, rosées,
délicatement veinées, étalées : les deux extérieures, latérales, très légèrement
courbes, oblongues-lancéolées ; la troisième, centrale, lancéolée-acuminée et
plus étroite ; les deux intérieures, arquées, plus courtes, demi-cordées,
adhérentes à leur sommet et en même temps avec le sommet de la division
centrale extérieure, de manière à former un limbe ovale rondâtre, garni à
l'extrémité de trois petites dents ; labelle situé en arrière, plus court que les
autres divisions périanlhiques, très concave, pointu, adhérent par sa hase au
gynostème et aux divisions intérieures, garni, en dehors, d’une pubescence
courte et brune ; gynostème très court, nu ; pollinies 2. — Fl. de janvier à
avril et d’août à octobre. — Endroits secs ou humides et ombragés des grands
bois : bois inférieurs du Nez-Cassé, des mornes élevés de Deshaies, où il
abonde ; plus rare dans les mornes de Houëlmont. Alt. 400-800 mèt.
[N° 3337.]
M a r t in iq u e . — Calebasse, bois de la Grand'Anse, du Lorrain, du Champflore. [ N ° 373.
P. glandulosa R. Br. ; Ponthiève à poils glanduleux. — Terrestre, très
droit, à tige ferme, haute de 15-28 cm., à racines faseiculées et courtes.
Feuilles 3-4, lancéolées-elliptiques, pointues, beaucoup plus courtes que la
hampe, et brièvement pétiolées, à pétiole engainant à la base ; hampe,
rachis, pédicelles et ovaires revêtus de poils glanduleux courts, couleur de
rouille; bractées de la hampe concaves, ovées, pointues: les inférieures,

ORCHIDEES

603

engainantes et plus longues que les entre-nœuds; les supérieures, plus
courtes ; celles du rachis, lancéolées et plus longues que les pédicelles.
Inflorescence en grappe longue de 6-9 cm. Fleurs plus petites, mais de même
couleur que dans le précédent. Divisions extérieures du périanthe, ovéesoblongues: les deux latérales, planes; les deux intérieures, demi-cordées,
deltoïdes, légèrement adhérentes entre elles par leur sommet et avec le sommet
de la division extérieure centrale; lèvre longuement onguiculée à la base, brus­
quement élargie, concave, et armée sur le dos, près du sommet, d une petite
corne droite. — Fl. de janvier à avril. — Rare : falaises abruptes des hauteurs
des Vieux-Habitants (morne de l’habitation L ’ Héritier). Alt. 390-430 mèt.
[N° 3614. i — Je ne l'ai pas trouvé â la Martinique.

Cranichis Sw. (du grec « Kranos », casque, allusion à la forme du labelle.)
C.
muscosa Sw. ; Cranichide moussu. Sw., F l., t. 29, f. 3. — Haut de
30-40 cm., terrestre, très droit et élégant, à racines fasciculées-fibreuses,
blanchâtres, velues. Feuilles 3-5, radicales, rosulées, de longueur inégale,
obovées ou ovées-lancéolées, pointues, flasques, glabres, penchées : les plus
longues, une fois plus courtes que la hampe ; pétioles de longueur variable,
cannelés-ailés, élargis et engainants à la base ; feuilles de la hampe bractéiformes, longuement engainantes, ovées-rondâtres : les inférieures, plus
larges, et en forme de cuiller; les supérieures, graduellement plus courtes;
les 3-4 dernières et supérieures, étroites, lancéolées. Hampe glabre, grêle.
Inflorescence en épi d’abord dense et pyramidal, ensuite allongé ; bractées
de l'épi oblongues-lancéolées, un peu plus courtes que l’ovaire ; fleurs
blanches, petites, subsessiles, plus longues que l'ovaire. Divisions du
périanthe, distinctes, oblongues, droites, subégales; lèvre en forme de casque,
non adhérente au gynostème, sessile, aussi longue que les divisions du
périanthe, obovée-oblongue, lubcrculée en dedans. — Assez abondant dans
les endroits ombragés et humides des grands bois : Camp-Jacob (cascade de
Yauohelet), hauteurs de la rivière Noire, Bains-Jaunes, partie supérieure du
Gommier, bois intérieurs de la Pointe-N oire, etc. Alt. 400-800 mèt.
[N° 3355.]
M artinique. — Chemin des Fonds-Saint-Denis aux Deux-Choux, environs
des Deux-Choux, bois des Pitons-du-Carbet, etc. [N° 385.J
Prescottia Lindl. (dédié à l’Anglais John Prescott, qui, établi à SaintPétersbourg, voyagea en Sibérie dans un intérêt botanique.)
P. slachyoides Lindl.; Prescotlie ressemblant à un Stachys(Labiée). Sw., Fl.,
t. 29, f. 4, analyt. — Terrestre, très élégant par son port, haut de 70-85 cm.,
à racines faseiculées, nombreuses, allongées, velues, blanchâtres. Feuilles
2-3, radicales, rosulées, environ une fois plus courtes que la hampe, à limbe
long de 12-14 cm. sur 0-6,4 cm. de large, nettement elliptique, ferme,
pointu, vert foncé et souvent strié de vert clair, assez brusquement rétréci

�60 4

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE

LA

M AR TIN IQ UE

on un pétiole plus long que le limbe, étroit, plié en deux longitudinalement,
élargi à la base et embrassant. Hampe grêle, glabre; feuilles de la hampe,
bractéiformes, non apprimées, obovées-lancéolées, pointues, engainantes :
celles du bas, presque aussi longues que les entre-nœuds ; celles du haut,
graduellement plus courtes et plus distantes. Inflorescence en épi effilé,
grêle, long de 18-24 cm. ; fleurs très petites, vertes : les inférieures, dis­
tantes ; bractées de l'épi lancéolées, acuminées, aussi longues que l’ovaire.
Divisions du périanthe, obtuses; les extérieures, oblongues-linéaires; lèvre
postérieure aux divisions du périanthe, charnue, en forme de cuiller profondé­
ment creusée, conique-obtuse, surmontant le sac obliquement adné aux divi­
sions ; gynostème extrêmement court, garni, à la base, de deux appendices
auriculaires, linéaires. — Fl. de mars à mai. — Assez abondant dans les
mornes secs et pierreux de Houëlmont, des Vieux-Habitants, de Pigeon et
delà Pointe-Noire. Alt. 300-600 met. [N° 3394.]
M a r t in iq u e . — Hauteurs boisées des Trois-Ilets et du Diamant. [X° 372.]
P. myurus Griseb., P. Myosurus Reichb fils; Prescottie à inflores­
cence en queue de souris. Sw., F l., t. 29, f. 2, analyt. — Terrestre, très
droit, haut de 18 cm., à racines fasciculées, blanchâtres, très velues. Feuilles
2-4, ovées ou elliptiques, longues de 3-3,5 cm., brièvement pétiolées, rosulées, très rapprochées du sol, environ quatre fois plus courtes que la hampe
garnie de bractées lancéolées-acuminées, subulées. Epi long de 4 cm., effilé;
bractées de l'épi, linéaires-acuminées, un peu plus courtes que l'ovaire.
Fleurs rougeâtre blanc, très petites. Divisions extérieures latérales du
périanthe, deltoïdes, dressées et renfermant la lèvre, qui est déform é hémisphérique-conique et obtuse : la division extérieure et antérieure et les deux
divisions intérieures sont linéaires, obtuses et recourbées; appendices auri­
culaires de la base de la lèvre, extrêmement courts. — Très rare : dans les
bois inférieurs des Bains-Jaunes, le long du canal de Montéran. Alt. 600680 met. N° 3849. ] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
Spiranthes Rich. (du grec « speira », spirale, et « anthos », fleur, parce que
les fleurs de l’épi sont disposées en spirale.)
S. torhlis Rich.; Spiranthe tordu. Sw., F l., t. 28, f. e, analyt. — Ter­
restre, haut de 40-55 cm., droit, à racine tubériforme, profondément enter­
rée. Feuilles radicales, linéaires, disparaissant complètement à l’époque de
la floraison. Hampe grêle, garnie de bractées lancéolées-acuminées, faible­
ment apprimées, engainantes, graduellement plus petites. Inflorescence en
épi effilé, long de 8-11 cm.; fleurs légèrement pubescentes, blanc mat,
courbes, unilatérales, disposées autour du rachis en 2-4 spirales; bractées de
l'épi, concaves, plus longues que l'ovaire, largement ovées et terminées en
une pointe rigide et subulée. Divisions du périanthe, oblongues-lancéolées :
les deux extérieures, obliques à la base, aussi longues que la lèvre; la supé-

ORCHIDÉES

605

Heure, extérieure, et les deux intérieures, cohérentes à la base; lèvre canne­
lée, en forme de capuchon, bossue h la base, carénée sur le dos, embrassant
la base du gynostème, ovale et ondulée-crispée à 1extrémité. — Fl. en mars,
avril, mai. — Çà et là dans les savanes herbeuses du Bas-Matouba, des envi­
rons de la Ravine-Chaude, et dans les savanes de Sainte-Rose. Alt. 100400 mèt. [N° 3393.]
M a r t in iq u e . — Fonds-Saint-Denis, fontaine Didier, environs du Fort
Desaix (Fort-de-France). [N ° 379.]

Stenorhynchus Rich. (du grec « sténos », court, et « runchos », bec, parce
que les divisions du périanthe, soudées inférieurement, forment un petit sac
en bec arrondi.)
S. orchioides Rich., S. aphyllus Lindl.; Sténorhynche en forme d’orchis.
Sw., F L , t. 28, f. a, b. — Terrestre, très droit, haut de 40-65 cm., à racines
fasciculées, nombreuses, allongées, spongieuses, velues. Feuilles longues,
largement lancéolées, pointues, insérées à la base de la hampe, disparaissant
complètement à l'époque de la floraison, disposition qui imprime à la plante
tout d’abord l'apparence d’une grande OVobanche. Hampe cylindrique, cou­
verte, surtout dans le haut, d'une pubescence courte, couleur de rouille,
munie de feuilles bractéiformes, légèrement pubescentes et rouges, ovéeslancéolées, pointues, non apprimées et engainantes à la base. Inflorescence
en épi long de 9-13 cm.; bractées de l'épi, brunes, lancéolées-linéaires, acu­
minées, aussi longues que l'ovaire; fleurs rouge brun, garnies de très petites
écailles. Divisions du périanthe, lancéolées-linéaires, très acuminées, subu­
lées ; les deux extérieures et latérales, soudées inférieurement en un sac
allongé ou éperon adné à la moitié de l ovaire et libre ensuite sur une petite
étendue; division extérieure médiane et les deux intérieures libres, légère­
ment obliques; lèvre sans callosités, oblongue, pointue; gynostème muni
d'un rostellum long et acuminé. — Fl. en mars, avril, mai. — Assez abon­
dant dans les savanes herbeuses des basse et infra-moyenne régions : environs
de la Basse-Terre, Montéran, Ducharmois, Gourbeyre (habitation SaintCharles), Trois-Rivières, Bas-Matouba, etc. Alt. 10-400 mèt. N° 3350.
M a r t in iq u e . — Fonds-Saint-Denis, vallée du Carbet, hauteurs de l’habi­
tation Pécoul, Trois-Ilets, etc. |N°371.

Physurus Rich. (du grec « phusa », vessie», et « oura ». queue, parce que
la lèvre est garnie inférieurement d'une petite queue arrondie en forme de
vessie.)
P. plantagineus Lindl. ; Phvsure à feuilles de plantain. SI., t. 147, f. 2;
Rich., Cnh., I. 88.— Terrestre, haut de 40-55 cm., couché à la base et radicant, ensuite plus ou moins droit, à racines non fasciculées, spongieuses,
velues, à tige succulente, simple ou branchue, noirâtre ou brune, épaisse, nue
dans le bas. Feuilles distiques, au nombre de 3-5, ovées-elliptiques, ou ovées-

�606

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TINIQUE

lancéolées, pointues, rétrécies à la base en un pétiole étroit qui ensuite
s’élargit fortement pour devenir engainant; nervures 15-17, délicates.
Hampe grêle, légèrement pubescente, garnie de bractées peu nombreuses,
distantes, lancéolées, pointues : les inférieures, engainantes. Inflorescence en
épi long de 7-14 cm. ; bractées de l'épi, oblongues-lancéolécs, plus longues que
l'ovaire. Divisions extérieures du périanthe, vertes et pubescenles en dehors :
les intérieures et la lèvre, blanches; les deux extérieures et latérales,
oblongues-lancéolécs et obtuses; les deux intérieures, adhérentes à la supé­
rieure extérieure; lèvre située en avant, terminée au sommet par une feuille
ovée-oblongue et à trois petits lobes, dont celui du milieu est exsert, aeuminé et légèrement roulé en dedans; sac libre, en forme de massue, transpa­
rent à l étal frais, jaunâtre, descendant le long de l'ovaire et dépassant un
peu en longueur la moitié de celui-ci, qui est brun foncé, poilu. — Fl. de
décembre à mai. — Très abondant dans les endroits ombragés et très
humides des bois des Bains-Jaunes, du Ilaut-Matouba, des bois élevés des
Vieux-Habitants et de la Pointe-Noire, de Pigeon, de Bouillante, etc.
[N° 3352.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans tous les bois humides supérieurs. Alt. 600900 mèl. [X ° 673.]
P. hirlellus Lindl.; Physure hérissé de poils. — Terrestre, haut de 3543 cm., à lige couchée à la base et succulente, à racines fibreuses, spon­
gieuses. plus petites et moins allongées que dans le précédent. Feuilles dis­
tiques : les deux ou trois inférieures, ovées-elliptiques ; les supérieures, lan­
céolées. toutes pointues, subcharnues, vert noir et comme veloutées à la
face supérieure, quelquefois striées au milieu de vert clair; pétiole étroit,
élargi à la base et engainant. Hampe habituellement hérissée de poils courts
et droits, ainsi que le rachis et l'ovaire, le plus souvent rouge, tantôt longue
et alors très grêle, tantôt courte ; bractées de la hampe peu nombreuses, dis­
tantes ou rapprochées, lancéolées-acuminées, légèrement engainantes. Epi
long de 5-9 cm.; bractées de l'épi, blanchâtres, plus courtes que l'ovaire
allongé et courbe. Fleurs vertes en dehors et d'un blanc très pur en dedans,
un peu plus courtes et environ deux fois plus sveltes que dans le précédent.
Divisions extérieures et latérales, lancéolées-Iinéaires, obtuses; lèvre exserte,
dilatée à l'extrémité en une petite feuille ayant assez exactement la forme
d'un fer à cheval, caractère qui distingue facilement celte espèce de la pré­
cédente. — FI. de mars à juillet. — Abondant dans les endroits ombragés,
très humides des grands bois des Bains-Jaunes île long du canal de Montéran;. du Gommier, du Nez-Cassé, de Bouillante, de Pigeon et de l'intérieur
de la Pointe-Noire. Alt. 400-800 mèt. [N 093353, 3392.]
M a r t i n i q u e . — Bois de la Grand’Anse, du Lorrain, du Camp de l’Alma et
des Deux-Choux. [N ° 384. j

ORCHIDEES

60 7

TRIBU VI. OPHRYDÉES.

Habenaria W illd. (du latin « habena », lanière, courroie, parce que la lèvre
porte à la base un appendice très allongé.)
H.
maculosA Lindl.; Habenaria tacheté.— Terrestre, très droit, haut de
35-90 cm., à racines fibreuses avec un tubercule généralement obovoïde.
Feuilles vert noir, subcharnues et comme veloutées en dessus, bordées d'un
liseré rouge jaunâtre, ovées-lancéolées, graduellement décrescentes, à limbe
semi-amplexicaule à la base, passant à un pétiole engainant et fortement
tacheté de noir. Tige feuillue un peu au-dessus de la base jusqu'à la grappe
spiciforme, qui est longue de 8-16 cm. Fleurs blanc verdâtre, brièvement
pédieellées; bractées florales, lancéolées-acuminées, à peu près aussi longues
que l’ovaire courbe-infléchi. Divisions du périanthe, distinctes : les deux exté­
rieures et latérales, ovées, réfléchies, dont une un peu plus large et souvent
un peu plus longue; la troisième intérieure, ovée-lancéolée, chacune des
deux intérieures très profondément divisées en deux segments, dont l’un large,
droit, obtus; l'autre sétiforme et subulé, tous les quatre de même longueur,
mesurant 4-5 mm.; lèvre libre, dressée, tripartite, à segments linéaires-sétiformes, égaux; stigmate garni de deux appendices en forme de faux; appen­
dice de la lèvre long de 1,8-2, 2 cm., descendant, un peu courbe, presque
toujours fortement redressé, élargi vers l'extrémité pointue, habituellement
aussi long, quelquefois un peu plus long que l’ovaire; loges de l'anthère
divergentes; glandes des massespolliniques nues. — Fl. de novembre à mars
ou avril. — Ça et là dans les savanes herbeuses, argilo-ferrugineuses du
Lamentin, de Baie-Mahault, des hauteurs des Vieux-Habitants. Alt. 30500 mèt. [N° 3586.]
M a r t i n i q u e . — Trinité (La Tartane), Saint-Esprit, Robert,
Prêcheur.
[N° 2067.]
H. ulula Ilook. ; Habenaria à ovaire ailé. — Terrestre, haut de 40-83 cm.,
à port, racines et tubercule comme dans le précédent. Feuilles rougeâtres,
lancéolées, engainantes : les supérieures, graduellement plus petites et plus
acuminées. Tige rougeâtre, sans taches. Inflorescence en épi svelte, long de
12-15 cm.; bractées florales oblongues, lancéolées, rougeâtres, dépassant
l’ovaire; fleurs vert brun foncé. Divisions extérieures, ovées : les deux laté­
rales, réfléchies; les deux intérieures, lancéolées, entières. Lèvre entière, fili­
forme, aussi longue que les divisions périanthiques, garnie de deux petites
dents à la base; appendice de la lèvre descendant, d’abord filiforme, ensuite
en forme de massue, obtus, recourbé à l’extrémité, un peu plus court que
l'ovaire 6-ailé; appendices du stigmate oblongs, obtus. — Fl. d'août à
octobre. — Peu répandu : çà et là dans les savanes sablonneuses des hau-

�608

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

RT

DK

LA

M AR TIN IQ U E

CYCADEES

609

leurs du Vieux-Fort, de Deshaies. Alt. 2*20-380 mèt. [N os 2537, 3551. — Je
ue l'ai pas trouvé à la Martinique.
cent qu arante - sixième fam ille .

111. GYMNOSPERMES.

CENT QUARANTE-CINQUIÈME FAMILLE. — CO NIFERES.

— CYCADEES.

Les Cycas revoluta Thunb., vulgo ; Petite palme, et Cycas circinalis L..
l)esc., vol. Y I, t. 449, p. 285 : le premier, originaire du Japon, et le second,
des Indes Orientales, sont fréquemment cultivés dans nos deux colonies; on
se sert des feuilles pour les cérémonies du dimanche des Rameaux.
Au Jardin botanique de Saint-Pierre, on trouve encore le Dioon edule
Lindl., originaire du Mexique, elle Zamia muricala W il Ici.

Podocarpus L'Hér. (du grec « pous », pied, et &lt;c karpos », fruit, allusion au
support charnu qui porte le fruit.)
P. salicifolius Kl. et Karst. : Podocarpe à feuilles de saule. Yulgo : Laurier
rose. — Arbre haut de 10-14 mèt., rarement plus haut, peu élégant, souvent
tortueux, à écorce noirâtre, fendillée, à tronc et branches nus, à branches
divariquées. Feuilles coriaces, luisantes, très vertes, oblongues-linéaires ou
lancéolées, longuement acuminées. Fleurs dioïques : les mâles en chatons
blanc pâle, d'abord droits, ensuite plus ou moins penchés, longs de 3-4 cm.,
cylindriques, solitaires ou géminés; les femelles, solitaires, confinées aux
extrémités des branches. Fruit drupacé ; drupe de la grosseur d'une petite
cerise, rouge écarlate, insérée sur un disque bilobé au sommet et latéralement
comprimé, plus court que le pédoncule. — L ’ensemble du fruit rappelle
bien la forme d’un pied d'homme dont le talon est représenté par la drupe et
le reste par le disque allongé. — Le bois, à nuances de jaune rouge veiné,
est très apprécié pour la construction, mais surtout pour Fébénisterie, la
menuiserie. — Fl. de décembre à février; fruits mûrs en avril, mai, juin. —
Assez abondant dans tous les grands bois supérieurs du massif de la Soufrière.
Alt. 600-950 mèt. N°2397.j
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Laurier-rose-montagne.* — Assez abondant sur les
crêtes très aérées des Pilons-du-Carbet. N° 2097.]
Le P. Purdieanus Hook.. grand arbre, droit, ressemblant à un peuplier
d ltalie, originaire de la Jamaïque, est cultivé au Jardin botanique de SaintPierre. X° 2096. |
De la famille des Conifères, on rencontre dans les deux colonies : l'Arau­
caria excelsa R. Br., le Cupressus (Crvptomeria) japonica L., le Cupressus
sempervirens L., le Thuya sinensis Tournef., le Cryptomeria elegans Veitch,
le Taxodium dislichum Rich., etc.

Diiss. —

P la n t é * G u a ile lo u p e et M a r t in iq u e .

�ADDENDA ET CORRIGENDA

Page 67. — Au lieu de Sida cordifolia L. et ses synonymes S. multiflora
Cav. et hamulosa Salzm., mettez :
S. ham ulosa Salzm.; Sida à semences garnies de crochets en forme
d'hameçon. Vulgo : Balai poilu. — Sullrutescent, haut de 0 ,u 80-1 met., cou­
vert en entier d’un duvet gris blanchâtre, étoilé, soyeux et fin. Tige
striée. Feuilles cordées ou subcordées, arrondies au sommet, grossière­
ment dentées en scie. Fleurs petites, axillaires et terminales, ramassées
en glomérules; corolle jaune, plus longue que le calice; tube du calice à 10
angles saillants; lobes du calice deltoïdes. Fruit à 10-1*2 carpides surmontés
chacun de deux arêtes légèrement inégales, aussi longues que les carpides et
garnies du sommet à la base de nombreux crochets tournés de haut en bas,
caractère qui le distingue facilement de tous ses congénères. — Vit solitaire
ou le plus souvent en société sur les coteaux secs, arides et graveleux : envi­
rons de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Bouillante, Pigeon, Désirade, Marie-Galante, les Saintes, etc. [N° 2335], — Martinique. [N ,&gt;s 870 a
et Jj .]

Page 120. — Après la description de Paullinia pinnata, ajoutez la des­
cription suivante d’une espèce omise :
P. Pluniieni ' Tr. et Planch., P. curassavica L. partim ; Radlkofer, Monog.
Paulliniæ , 1895-96, p. 309; Triana et Planchon, Prod. Flor. Novo-Granat.
Ann. desSc. nat., 1862. Vulgo ; Liane-persil. — Arbrisseau grimpant, rameaux
jeunes, presque ronds, recouverts d’une poussière jaune sale, discrète, plus
âgés, glabrescents. Rameaux de 2-5 mm. de diamètre, couverts de lenticelles,
à écorce rouge jaunâtre sur un épiderme blanchâtre. Feuilles de 5-18 cm. de
long sur 5-12 cm. de large; folioles de3-7cm. de long sur 1-3 cm .delarge, un
peu recourbées sur les bords, brillantes ou presque obscures ; pétiole commun
rond, pubérule, 1-4 cm. de long; rachis le plus souvent un peu plus court.
Stipules d’environ 1 mm. de long. Thyrses mesurant de 3-20 cm., sessiles ou
pédonculés, portant de nombreux rameaux subspiciformes ; rameaux sessiles,
multiflores, contractés; bractées et bractéoles subulées, petites; pédicelles de
3-4 mm. de long, articulés au-dessus de leur milieu. Les deux sépales exté­
rieurs égalent les deux tiers des intérieurs et sont couverts extérieurement de
poils jaune sale; les intérieurs sont largement ovales : ils mesurent environ

�(&gt;12

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

3mm. (le long et sont submembraneux. Pétales oblongs, très tendres; écaille
égalant les deux tiers des pétales, un peu villeux sur les bords : les supérieures,
pourvues d’une courte crête suborbiculaire et d'un appendice déjeté et
barbu. Glandes du torus suborbiculaires, pubérules, comme le torus luimême. Filets staminaux aplatis, pileux; anthères glabres; ovaire recouvert
d'un duvet court. Capsule tri ailée, de l.S cm. de long sur 1,7 cm. de larges
sèche, jaune rougeâtre. Graine elliptique de presque t cm. de long sur envi­
ron b mm. de large, noirâtre.— Fl. en novembre, décembre et janvier.
G u a d e l o u p e . — Rare. — Grands tonds du Morne-à-l’Eau, Capesterre (Gua­
deloupe), route de Saint-Sauveur à l'habitation Monllong. Alt. 100-40,
mèt. N° 2905.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-persil. — Quartier du Prêcheur, vallée du Carbet, Case-Navire, etc. N° 1181.J

Page /69. — Ajoutez à la famille des Polvgonées :
L Antigonon leplopus Ilook. Vulgo : Belle Mexicaine. — Superbe liane à
racines tilipendulées, à fleurs tantôt rose tendre, tantôt rose foncé, tantôt
blanches, en grappes pendantes, nombreuses, qui se succèdent toute l’année.
— Originaire du Mexique, naturalisé et cultivé dans tous les jardins.
.V 2182. — Martinique. Vulgo : Liane du Mexique. [N° 2093.]

Page 248. — Après Acacia laniari ndifolia W illd., mettez :
A. nucliflora W illd ., Mimosa nudi/loraL., M. muricala W illd . ; Acacia à
fleurs nues. Vulgo : Tendre à caillou. PL édit. Burin., I. 11. — Grand arbre
à tronc d'un diamètre de 50-65 cm., à écorce brun clair ou grisâtre dans les
vieux pieds, crevassée peu adhérente. Branches longues, divariquées.
Pétioles et jeunes rameaux glabres ou souvent légèrement pubescents;
rameaux plus âgés tantôt glabres, tantôt finement muriqués, tantôt garnis de
lenticelles et d’aspérités blanches. Feuilles deux fois composées, à 4-6 paires
de pennes, portant 10-16 paires de folioles oblongues, noirâtres et luisantes
en dessus, rougeâtres en dessous, inégales à la base, arrondies au sommet ;
pétiole principal garni, entre chaque penne ou seulement entre la première et
la dernière, d’une glande large, scutelliforme, elliptique ou arrondie. —
Fleurs petites, blanches, en épis terminaux et axillaires, effilés, longs de 915 cm. Gousses brièvement slipitées, souvent courbes, oblongues-linéaires,
fissurées, coriaces cl noirâtres, de longueur très variable : les plus longues ne
dépassant pas 14 cm., sur près de 2 cm. de large. Semences jusqu'à 12,
rondâtres, amincies sur les bords et teintées d’un liseré vert jaunâtre.
Le Tendre à caillou fournil un bois des plus précieux. L'aubier est jau­
nâtre et dure peu de temps; le cœur, au contraire, d’une teinte rougeâtre à
l’état frais, tournant ensuite au gris noirâtre, est dur, lourd, incorruptible
dans l'eau et dans la terre: ses fibres, très longues et très pressées, ne laissent

ADDENDA

ET COR HIGENDA

61 3

pas, malgré leur compacité, d’être élastiques. A cause de sa dureté, on l’em­
ploie rarement pour les constructions, mais ou le préfère à tout autre pour
seuils, pilotis, poteaux, traverses de chemin de fer, etc. On en fait aussi des
pièces d’engrenage, des outils de menuiserie, des leviers, des moyeux, des
timons, etc. Ce bois se vend couramment dans les magasins de bois de la
Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre, aussi les grands pieds de ce végétal
commencent-ils à devenir assez rares. — FL en mars, avril, mai. — Endroits
secs, rocailleux de la région inférieure : Vieux-Fort (peu abondant), Pigeon.
Bouillante, Pointe-Noire, Deshaies, j N° 3043.]
M artinique. Vulgo : Tendre à caillou. — Etait autrefois abondant dans
les hauteurs du Lamentin, du Ducos, du Diamant, du Marin, de la Trinité,
etc. ; maintenant on n’en rencontre plus que çà et là quelques pieds.
[N° 1159.]

Page 290. — Au lieu de Ammannia humilis M idi., mettez :
Rotala L. (du latin « rota », roue, parce que les feuilles verticillées forment
comme une roue autour de la tige.)
R. ramosior Koehne.
Page 299. — Hufelandia pendilla Nees. Au lieu de : « Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe », mettez :
G u a d e l o u p e . Vulgo : Muscadier, muscadier à grives. — Arbre de grande
taille (à la Guadeloupe), à tronc nu sur une longueur de 13-17 mèt. — Son
bois, rouge en dedans, craint l'eau et l'humidité, mais il est recherché pour
les constructions à l'intérieur et pour la menuiserie. Les oiseaux sont très
friands de ses graines noires et pulpeuses. — FL habituellement en octobre
et novembre; graines mûres en avril et mai — Assez abondant dans les
grands bois des Bains-Jaunes, du Matouba, et des bois entre la Pointe-Noire
et la Ravine-Chaude. [N° 137.]

Page 027. — A l'article Loranthus ainericamis Jacq., ajoutez :
M a r t i n i q u e . Vulgo : Haut-bois. — Côte sèche de Sainte-Luce, bois du
Champilore et de la fontaine Absalon. [N° 1376.]

Page 0 29. — A l’article Dendrophtora macroslachya Eich., ajoutez :
D. elliplica Kr. et Urb., var. plali/phglla Kr. et Urb. — Arbrisseau para­
site, à branches plus ou moins pendantes, long de O"1 70-11,1 20, à feuilles
subcharnues, petites, ellipliques-obovales, souvent échancrées au sommet,
ressemblant à celles du Loranthus emarginalus S\v., à fleurs petites, vert
jaunâtre. — Fl. en mars et avril. — Bois du Nez-Cassé. [N° 3852.] Je ne l'ai
pas vu à la Martinique.

Page 088. — A la suite de Bumelia Sw., ajoutez :
B. cuneala Sw., B. nryrsinifolia A. DC. ; Bumélie à feuilles en coin.

�614

PLAN TES

DR LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ U E

Yulgo : Bois de bouis. petit bonis. — Arbrisseau ou grand arbuste extrême­
ment touffu et feuillu, haut de I 1U50-3 met., ressemblant beaucoup, quant
au port et au feuillage, au M yrsin e /ion blinda B. Br. Jeunes rameaux
garnis d'un duvet très léger. Feuilles petites, obovées, arrondies ou
réluses au sommet, rétrécies à la base en un pétiole très court. Inflorescence
axillaire, en fascicules de 5-8 rayons courts. Fleurs blanches, petites.
Fruit très petit, long de i-6 mm., cylindrique-obovoïde, pulpeux, rempli
d'un suc laiteux, visqueux, surmonté du style persistant. — Fl. en août,
septembre et octobre. — Peu abondant : côte et plateau calcaires déjà Désirade; çà et là sur les mornes calcaires du Petit-Canal, cl des mornes entre
Port-Louis et FAnse-Bertrand. [N° 2910.]
M art in iq ue . Yulgo : Bois buis, bois de fer. — Endroits pierreux de la
Caravelle (environs du Phare), mornes calcaires de Sainte-Anne (abondant).
[ X ° 260.

Page .3.9/. — A la suite du Diospyros Ebenosler Retz., mettez :
D. Philippensis Gürke, D. discolor W illd. Yulgo : Mabolo. — Arbre
superbe, très droit, à fruits ronds, fortement veloutés, du volume d'une
grosse sapotille. — Originaire des îles Philippines, cultivé çà et là dans les
parcs et autour des maisons : Sainte-Rose, Petit-Bourg (habitation Bel),
e tc .— Fl. en avril et mai. [N° 257 4.]
M art in iq ue . Yulgo : Mabolo. — Au Jardin botanique et sur plusieurs
habitations. [N° 1922.
Le D. Kaki Roxb., originaire de la Chine, est cultivé sur l'habitation
d'Ad. Cabre, au Matouba, où il rapporte régulièrement tous les ans. (Spéci­
men manque.)

fABLE DES MATIERES

A
A baca.....................................................
A b e lm o s c h u s rsculenlus W illd ___
—
mosçhatm M ich.......
A b i l g a a r d i a monostadnja V a h l...
Abricot bâtard......................................
Abricot bord-de-mer............................
Abricotier bâtard.......................... 102.
Abricotier-montagne............................
Abricotier du pays................................
A b r o m a angusta L. fds...................
—
fasluosa Gaertn..................
A b r u s precatorius T..........................
Absinthe anglaise.................................
Absinthe bord-de-rner..........................
Absinthe de la Dominique...................
A b u t i l o n auritum W a ll...................
—
crispum G. Don................
hirtum G. Don..................
indicum G. Don................
—
mollissimum G. Don.......
striatum Dicks..................
Acacia arrête-bœuf...............................
Acacia balai..........................................
Acacia blanc..........................................
Acacia bord-de-mer..............................
Acacia à bracelets.................................
Acacia de Cayenne...............................
Acacia à cornes ...................................
Acacia cornes-de-bœuf.........................
Acacia courant.....................................
Acacia jaune.................................
250,
Acacia odorant......................................
Acacia piquant....................................
Acacia rivière........................................
Acacia savane....................... 227, 249,
A c a c i a arabica W illd .......................
—
cornigera W illd ...................
—
Farnesiana W illd .................

578
73
73
544
103
103

110
103

102
88
88
204
365

453
365
69
68

67
67

68
68
252
236
251

251
254
250
251
252
244

251
250
249
253

250
250
252

250

A c a c i a glauca W illd ........................
—
Lebbeck W illd .......................
—
macrantha H. D. Kth..........
—
martinicensis P rl..................
—
nudiflora W illd . —acid..........
—
paniculala W illd ..................
—
riparia H. B. Kth.................
—
sarmentosa Desv...................
—
Suma Kunz...........................
—
Sundra Roxb.........................
—
tamarinifolia W illd .............
—
Vincentis Griseb...................
Acajou...................................................
Acajou amer..........................................
Acajou blanc.........................................
Acajou à meubles..................................
Acajou du pays.....................................
Acajou de Saint-Domingue..................
Acajou senti..........................................
A c a l y p h a ai'vensis Poepp. et Endl..
—
chamædnj folia Müll. Arg.
corchorifolia W illd .........
—
indica L ...........................
—
macrophylla D ort...........
—
musaica W illiam s..........
—
reptans S\v.....................
A c a n th o s p e rm u m x a n / A io id e s DC.
A c h im e n e s grandi flora DC............
—
longiflora DC................
A c h r a s Sapota L ..............................
A c h y r a n t h e s argentea Lam ...........
—
aspera DC.................
A c n is t u s arborescens Schlecht........
Acomat.......................................... 315,
Acomat bâtard.......................................
Acomat boucan.....................................
Acomat côtelette...................................
Acomat franc................................ 314,

247
257
£49
249
611
249
248
248
252
252
248
257
130
126
142
129
129
130
129
35
35
35
35
32
36
35
364
4SI
433
385
54
54
410
386
388
90
449
386

�616

PLAN TES

DK LA

GUADELOUPE

Acomat du pays.......................................
A c o n t i a s helleborifolius Schott. , . . .
A c r o c o m i a sclet-acarpa Mai l ...........
A c r o d i c l i d i u m salicifolium Griseb.
—
sericeum Griseb. ..
A c t in o s t e m o n concolor Midi. A r g ..
A d a n s o n ia digitata L .....................
A d e n a n t h e r a pavoiuna 1.................
A d e n o c a ly m n a dlliacea M iers.......
A e c h m e a dichlamydea Baker.........
—
fidgens Brongn................
serrala Mez...................
A e g i p h i l a glabra Lam .....................
—
Manabea S w .. ..............
—
martinicensis L ..............
A e s c h y n o m e n e americana L .........
—
sensitiva S w .........
A g a t i grandiflora Ad .....................
A g a v e americana L..........................
—
feolida L ..... .......................
A g é r a t u m coendaeum S ie b ...........
—
conyzoides L ..................
Agoman ou Agouman.............................
A grost id é e s .........................................
A g r o s t i s virgirdca L ........................
Aile à mouches.......................................
Aile à ravets.......................... 116, 117,
Aile rave! bord-de-mer.........................
A ip h a n e s corallina W en dl..............
Akaïa b lanc.............................................
A k e e s i a a/ricana T u s s ......................
A l e t r a brasiliensis Benlli.................
A l e t r i s fragrans L ...........................
A l e u r i t e s triloba Fors!.....................
A l i b e r t i a edulis Rich.........................

391
480
489
‘299
299
40
82
242
422
570
571
570
406
460
466
197
197
196
557
558
353
353
412
502
503
484
492
114
490
11
122
404
564
30
330

ALISM ACÉES.........................................
A l l a m a n d a catharlica L ................
—
Schottii Poh l..................
A l l i u m ascalonicum L .......................
—
cepa L ...................................
—
fistulosum L ........................
—
satiimm L .............................
A l o c a s i a macrmdiiza Schott..............
A l o e rulgaris Larn..........................
— barbadensis Mill........................
A l p i n i a milans L ..............................
A l s t o n i a scholaris R. Br.....................
A l t e r n a n t h e r a achyrantha R. Br..
—
par onychioides S i.
M il.....................
—
sessdis R. Br.........
A ly s i c a r p u s vaginalis OC................

471
.'193
393
557
557
557
557
482
556
556
583
397
57
57
57
199

ET

DE LA

M ARTINIQUE

Amande glaciale....................................
Amandier..............................................
A m a n o a caribœa Kr. et Urb...........
AM AR AN TACÉ E S................................
Amarante bord-de-mer.........................
Amarantine...........................................
A m a r a n t u s caudatus L ...................
—
spinosus L ....................
tristis L .........................
AM ARYLLIDÉES..................................
A m a r y l l i s Atamasco 1....................
—
carinata Spreng............
—
tubispatha Wcx'h.............
vittata L ’Hérit................
A m b l o g y n e polygonoides R af.........
A m b r o s ia artemisifolia L ................
AM ENTACÉES.....................................
A m m a n n ia Immilis M id i................
lalifolia L .....................
orieritalis DC................
—
ramosior L ...................
A m o m is caryophyllata Kr. et U r b ..
—
fragrans YVilld....................
Am ourette... 245, 246, 249, 254, 427 ,
Amourette grand-bois...........................
Amourette-rivière..................................
AMPÉLIDÉES.......................................
A m p h ilo p h iu m paniculatum H. B.
Kth.....................................................
A m y r i s elemifera W illd ...................
—
m arilim a Jacq....................
A n a c a r d iu m occidentale l..............
Ananas.............................
Ananas anglais......................................
Ananas Barbade....................................
Ananas Barot.........................................
Ananas-bois...........................................
Ananas-bouteille....................................
Ananas Cayenne...................................
Ananas grand-bois....................... 571,
Ananas jaune ordinaire.........................
Ananas pain-de-sucre............................
Ananas-porcelaine................................
Ananas pot-à-eau.. .............................
Ananas rouge bâtard.............................
Ananas rouge montagne......................
Ananas sauvage... 570, 571, 572, 573,
Ananas sauvage montagne........... 576,
Ananas vert...........................................
A n a n a s s a saliva Lindl.....................
A n a t h e r u m bicorne P. Beauv.........
— domingense Roern. et Schult.

TABLE

374
294
21
52
56
53
58
58
58
557
562
563
561
562
58
365
190
290
290
290
290
262
274
469
247
246
95
422
183
184
189
569
569
569
569
576
569
569
575
569
569
5(59
569
572
571
574
577
569
569
530
530

DES MATIÈRES

A n a t h e r u m mûricatum P. Beauv.. 529
A n d i r a inet'mis H. B. Kth...............
223
A n d r o p o g o n Incornis L ................... 530
—
ci trains DC................. 529
condensatus Kth......... 528
—
imberbis Kth.............. 530
leucophaeus L ............ 522
Umcostachyus H.B.Kth. 530
muricatus Retz.......... 529
N ardus E................... 529
—
saccharoides Sw......... 528
secundus W illd . . . . .
528
—
Sorghum B rot.......... . 531
squarrosus L. fils. . .. 529
Angelin..................................... ......... 223
Angelin bâtard...................................... 225
Angelin palmiste................................... 225
A n g e l o n i a angustifolia II. B. Kth .. 406
A n g u r i a Plumieriana Schlect ....... 309
A n i b a bracteala Mez.......................
304
—
Ramageana Mez.................... 304
2
Anis étoilé.............................................
2
AN O NACÉ E S......................................
A n o n a muscosa Jacq........................
4
—
muricata L ............................
2
—
palustris L ..............................
3
—
reticulata L ............................
4
—
squamosa L ............................
3
A n t h a c a n t h u s spinosus Nees . . . . 427
A n t h e p h o r a elegans Schreb..........
527
A n t h i s t i r i a ciliaris L ......................
531
A n t i r r h a e a cristata Benth.............. 337
A n t h r a x o n ciliaris L ....................... 531
A n t h u r iu m dominicense Schott.... 475
—
gracile Schott.............. 476
—
Guildingii Schott......... 476
—
Huegelii Schott............ 474
lanceolatum K th......... 474
grandi folium Kth . . . . 475
—
palmatum Kth............ 476
scandons Engl.............. 473
—
violaceum Schott.......... 473
A n t ig o n u m leptopus Hook. — add. 612
A p h e l a n d r a pectinaita W illd ......... 430
A p iu m A mmi U rb ............................ 336
APOCYNÉES........................................ 393
A p t e r i a hymenanthera Miq............. 527
—
lilacina Miers..................... 587
—
setacea Nutt........................ 587
A r a c h i s hypogæa I........................... 203
A r a l i a capitata Jacq........................
321
—
filicifàlia Hort........................ 323

617

321
ARALIACÉES.......................* ..........
99, 323
Aralie................ ..........................
Aralie cerise....................................
155
Aralie montagne............................
Aralie petite cerise.........................
155
Aralie petite feuille.........................
105
Aralie z’abricot............................... 99, 382
608
A r a u c a r i a excelsa R. B r..........
276
Arbre à barrette..............................
Arbre à caoutdioue.........................
29
243
Arbre à graines rouges..................
242
Arbre graines réglisse.....................
155
Arbre à pain...................................
242
Arbre à rubans...............................
5
444
Arbre du voyageur..........................
A r d i s i a crenulata Vent..............
383
382
—
Gruadalupensis Duchass.
—■
laurifolia A. DC............
382
489
A r e c a Catechu L .........................
—
oleracea Jacq...................
487
488
—
regia K th .........................
—
rubra Rory .....................
489
A r e n g a saccharifera Labill........
495
—
W ightii GrelT................
495
roi
A R É T H U S É E S ........................
A r g e m o n e mexicana L ..............
8
A r g y r e i a bracteata Chois..........
435
—
tiliæfolia W ight........
435
A r g y r o t h a m n i a lanceifolia Midi.
34
A rg ..............
A r i s t i d a americana L.................
503
—
stricta M ich .................
503
A r i s t o l o c h i a anguicida Jacq....
346
—
constricta Griseb..
316
galeala Mart. et Zucc.. 316
—
grandiflora S w ....
316
—
oblusala Sw..........
315
—
odoratissima 1......
316
—
trilobata T.............
315
315
ARISTOLOC ID É E S ........................
473
AROIDÉES......................................
584
Arouma..........................................
325
Arrachacha......................................
325
A r r a c h a c h a esculenta DC........
51
Arrada..............................................
5
A r t a b o t r y s odoratissima R. Br.
177
A r t a n t h e incurvum Sieb............
177
—
martinicense M iq.......
Arrête-bœuf................. 227, 228. 229, 230
376
A r t e m i s i a Absinilùum L ..........

�A r t e m i s i a vulgaris L .
A r t o c a r p u s incisa L.
—
intcgrifolia L
Læcucha Roxb.
A r t h r o s t e m m a glameratum Naud.
A r u m arborescens 1............................
A r u n d i n e l l a niartinicensis T r in ....
A r u n d o Dona-x L ..............................
—
occidentales Sieb..................
ASCLÉPIADÉES...................................
A s c l e p i a s curassavica L ..................
A s p i d i s t r a elatior E l .......................
A S P H O D É L É E S ..........................
A s t e r simensis L ................................
A s t r a p æ a Wallichii Lindl...............

A t r o p a arborescens L
A t t a l e a Maripa Mart
Attrape-sot
Aubergine
AU R AN TIAG ÉE S.......
A v e r r h o a Bilim bi I
A v i c e n n i a nitida Jacq
Avocat
Avocatier.........
Avoine bâtard .
Avoine à chien............................
Avoine savane............................
Ayapana......................................
A y d e n d r o n bracteatum Nees

B a u h in ia Outimoutou A u b l... .
—
tomentosa 1..............
B au m e................................... 31, 33,
Baume bâtard...............................
Baume blan c........................
32, 464,

240
240
457
31
465
465
457
457
397
320
321

Baume savane...............................
Baume //anglais cam phré............
B e a u m o n t ia grandiflora Wall.
B é g o n i a dominicales A. D C ___
—
humilis Dryand..........
—
martinicensis A. DC ..
321
BÉGONIACÉES..............................
320
B e la m c a n d a chinensis Red .. .
568
Bélangère bâtard...........................
414
Bélangère petite............................
413
Bélangère piquante................,...
414
Belle-de-nuit............................ 59, 60, 434
B e l l u c i a grossularioides Triana
287
B e lo p e r o n e violacea Planch .. .
426
Bénéfice ........................................
476
B e r n a r d i a coreeisis K l..............
35
B e s l e r i a lutea L .......................
431
—
puchella Plum............
431
179, 180
Bétel.............................................
B e u r r e r i a succulenta Jacq.......
449
B id e n s bipinnatus L ..................
369
—
coreopsidis DC..............
368
—
leucanthus W illd ..........
3(58
B i g n o n i a æquinoctialis L .........
421
—
alliacea Larn..............
422
4.22
—
radicans L ............ •..
—
stans L .......................
—
speclabilis L ..............
421
—
unguis-cati L ..........
421
B1GNONIACÉES........................
421
B ilim b i........................................
346
B i x a Orellana L .......................
14
BIXINÉES
B l a k e a pulverulenta Vahl.......
287
B le c h u m Ilrownei Juss...........
424
B l e t i a verecunda R. B r ...........
595
122
B l i g h i a sapida R oern..............
B o c c o n i a fnitescens I ....... ...
9
B o e h m e r i a ramiflora Jacq....
163
60
B o e r h a a v i a erecta L ..............
—
hirsuta W illd . ..
60
—
paniculata Rich.
60
Bois à agouti................................
469
Bois de l’a i l .................................
213
Bois z’amande..............................
150
Bois a m e r .............................. Ce,
143

Bois de l’Anglais......................
Bois an oli................................. . . . .

175
95, 97
296

Bois d’argent............................
Bois d’argent bâtard................ ........... 273
Bois baguette......................... 97, 197, 266
Bois balata............................... ........... 387
Bois balate................................

Ht
Bois bouc.................................
Bois de bouis............................
Bois bracelet............................
Bois branda..............................
Boc cac.....................................
Bois caca.................................
Bois caca-rat............................
Bois cachiman..........................
Bois
Bois
Bois
Bois

...........
..........

384
385

........... 479
.. 337, 413
..........

107
118
98, 146

ca fé................................. . ..
café bois........................... ......... 112
cab rit.............................. .. 355, 466
cabrit bâtard..................... ......... 449

Bois canon..............................
Bois capitaine.........................
Bois caral................................
Bois c a r ré ..............................
Bois cassant............................
Bois cassave............................

Bois cendre............................

...

159, 399

...........

469

...........
...........

342
469
383
107
268

..........

86

Bois chandelle......................... . . . 139, 184
184
Bois chandelle blanc.............. ............
Bois chandelle noir................. .. 338, 339
120

ch iqu e............................ . . . 299, 339
146,149
citron .............................. . . .
citronnier........................ ....... 6 , 149
150
citronnier montagne---- ............
182, 183
cochon............................ . . .
............ 387
152
Bois côte................................. ............
............
151
Bois côtelette. 277, 279, 280, 281, 289, 466
. . . 282, 283
............
151

Bois
Bois
Bois
Bois
Bois

.......
Bois côtelette rouge................
Bois couché............................ ............

284
106

�LA GUADELOUPE ET

f;

Bois cou illes......................................... 106
Bois couis.............................................. 385
Bois couleuvre....................................... 476
Bois crécré l'auge
Bois Chypre.............................. . 298
Bois de basse blanc
Bois de basse rouge
Bois diable
Bois doux...................................... 298,
Bois doux b lan c...................................
Bois doux couronne
Bois doux d'encens
Bois doux Desbonnes
Bois doux grand-feuille................
166,
Bois doux Isabelle................................ 302
Bois doux ja u n e .................................... 302
Bois doux pimenté................................ .‘102
Bois d io it........................
39
Bois de l’eau.........................................
181
Bois d’éb èn e......................................... 420
Bois d'encens...............
182
Bois enivrant....................... 220, 262, 263
Bois à e n iv rer........................................
22
Bois d’é p ice................................... 96, 288
Bois e tti.................................................. 269
Bois de fe r...............................
23, 50. 466
Bois de fer bâtard.................................
229
Bois de fer blanc......... 265, 337 , 338, 465
Bois de fer franc.............................. 92, 93
Bois de fer rouge.................................. 340
Bois (lambeau..............................
138, 139
Bois llambeau montagne.......................
339
139
Bois flambeau n o ir ......... ...................
341
Bois flèche....................... ...................
3, 78, 81, 82, 446
Bois flot........................
336
Bois flots des hauts......... ...................
Bois flot montagme.......... ..................... 313
332. 345
Bois foufou............ ....... ............
299
Bois fourm i.....................
Bois fragile..................... ..................... 180
Bois de frédoche............ ..................... 461
40
Bois fricassé................... .....................
Bois fustet..................... ..................... 263
Bois gamelle.................. ..................... 223
425. 464
Bois genou..................... ............
Bois gli-gü..................... ..................... 296
Bois g lu ......................... ..................... .‘185
182
Bois gom m ier................ .....................
Bois goyavier................. ..................... 337
Bois graine rouge.......... ..................... 432
Bois à graines rouges---- ..................... 110
Bois g r ig r i..................... ..................... 296

Bois grillé.............................................. 281
Bois g r is .......................................
149, 259
Bois gu épois......................................... 264
Bois Guillaume.......... ....... 146. 360, 361
Bois de h è lre .................................
84, 314
Bois de hêtrev e r}...................................
84
Bois im mortel....................................... 218
Bois immortel grand............................ 218
Bois immortel ja u n e ............................ 219
Bois immortel vrai................................ 217
Bois d’Inde...................................
262, 263
Bois d'Inde bâtard................................ 274
Bois d'Inde marron.............................. 138
Bois indien............................................ 425
Bois ja u n e ............................................
‘104
Bois .losé..............................................
104
Bois K abi.............................................. 385
Bois K a k lin ........................................... 225
Bois la g lu .............................................
37
Bois lait........................................... 41, 395
Bois lait bord-de-m er............................. 41
Bois lait petit............................................ 393
Bois de lan.
Bois de lance.
Bois de lance noir
Bois lélé..........................................
326
Bois de lau rier...................
Bois lépineux blanc...........
Bois lépineux rouge
Bois l’épreuve.
Bois de liège
Bois lézard.
Bois mabi..............................................
93
Bois m abouge.......................................
13
Bois mabouia........................................
14
Bois madame.................................. 143,317
Bois mamzelle.......................................
41
Bois mandé........................................ -.
19
Bois m apou..........................................
83
Bois mapou b a r il..................................
83
Bois mapou lé lé ...................................
82
Bois marbre....................................... . .
39
Bois m arbré.....................................
19, 39
Bois marbré bâtard.............................. 109
Bois marguerite............................ 345, 3.46
Bois de m èche................................
14, 470
Bois mille branches..............................
21
Bois mille (leurs ja u n e ......................... 464
Bois montagne.............................. 142, 304
Bois mouri debout................................ 469
Bois moussara.......................................
20
Bois mousseux...................................... 121

Bois muscade...................................... 267
Bois négresse............ 3, 87, 123, 301, 380
Bois n o ir ................................. 13,51,387
Bois noyer...........................................
443
Bois noyau........................................... 259
Bois o liv e ............................................. 123
Bois l'onguent......................................
102
Bois de l’orm e............................... 85, 152
Bois ortolan.........................................
26
Bois patate................................... 253, 435
Bois patate m arron .............................. 431
Bois pays..............................................
32
Bois pelé............................................... 274
Bois perdrix......................................... 326
Bois pétard........................... 106, 391, 398
Bois petit chique..................................
382
Bois petite fe u ille ........................ 266, 269
Bois petit houx....................................
114
Bois petit Jean.............................
150, 301
Bois pilori.............................................
124
Bois pini............................................... 184
Bois pintade.........................................
340
Bois piquette........................................
110
Bois pissenlit........................................ 420
Bois pistolet.......................................... 128
Bois à plier...........................................
407
Bois poison........................................... 376
Bois poisson.......................................... 142
Bois puant..................... 13, 323, 337 , 446
Bois quenouille....................................
310
Bois à ram es........................................ 386
Bois râp e.............................................
445
Bois rasoir................................. - ........
82
Bois résolu................................... 259, 312
Bois résolu montagne.......................... 334
Bois royal.............................................
113
Bois de rose................................. 128, 444
Bois de Rhodes....................................
444
Bois rouge............................ 131, 166, 167
Bois rouge à grives...............................
116
Bois de Sainte-Lucie............................ 363
Bois savane.......................... 355, 386, 469
Bois de savane......................................
97
Bois savon...........................................
416
Bois savonnette..................................... 209
Bois de sept ans................................... 126
Bois sifdeur.........................................
320
Bois de so ie ..........................................
37
Bois tabac..................................................133
Bois tan................................................. H 1
Bois tan montagne...............................
111
320
Bois tan rouge.

ROM BACLES.
B o m b a x Cciba Lun.
Bonbon noir.
Bonbon rond.
Bonnet carré.
Bonnet de prêtre
B o n t i a daphnoldes L
BORRAGINÉES.
B o r r e r a lœvis Griseb.....................
—
latifolia K. et Sch
parvi/Iora Mey
—
podocephala DC.
—
spinosa Charn. et Schlecht
B o r r i c h i a arborescent DC
Bouis.
Rouis poilu.
Boulet à canon
B o u s s i n g a u l t i a leptostac/nja Miq
B o u t e lo u a litigiosa Lag
Bouton blanc.......................... 56, 367,
Bouton jaune........................................
Bouton d'or .. 314. .‘166, 368, 370, 371,
Bouton piquant.
Bouton violet.
Boulon à vonvon
Boyau-chat.
B r a c h y p t e r i s borealis Juss............
B r a c h y r h a m p h u s inlgbaceus DC.
Branda grand b o is ................................
B r a s s a v o l a eucullata R. Br............
Brésillel.................................................
Brésine.................................................
Brinvillière............................................
Brinvilliers bâtard................................

Bromées............................................
B r o m e l i a Karalas L . . . . .................
BROMÉLIACÉES.................................

Broméhées .......................................
B r o s s æ a anastomosons Griseb.......
B r o u s s o n e t ia papijrifera Vent . . . .
B r o w n e a grandiceps Jacq..............
—
Bosa B e r g .....................
B r o w a l l i a demissa L .....................
B r u n f e l s i a fallajc Duchass.............

500
569
569
569
144
160
240
240
406
407

�622

LANTBS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

B r y o p h y llu m calycinum Salisb . . .
B u c id a Buceras I ................................
—
capitata V e n t .........................
BUE TTN É RIAC É ES............................
B u g a i n v i l l e a fastuosa Heninq . . . .
—
spectaMlis W illd . . . .
Buis de C hine.........................................
B u m e lia cuneata $w. — add ...........
—
pallida S\v.........................
—
m yrisinifoliak. DC.— add.
—
tena W illd .........................

c
Cabouya............................
Caca poule.......................
Caca rat............................
Caca ravet...
151, 153, 191, 277,
Cacao...............................
Cacao montagne..............
Cacao du Pérou................
Cacao sauvage.................
Cacaoyer..........................
Cachibou.........................
Cachiman........................
Cachiman cochon............
Cachiman cœur de bœuf..
Cachiman crème..............
Cachiman m ontagne.......
Caconnier blanc..............
Caconriier rou ge..............
C æ s a lp in ia pulcherrirna S\v...
—
cepiaria Roxb .
C Æ S A L P IN IÉ E S .
Café bâtard.....................
235,
Café bâtard montagne___
Café b la n c .......................
Café bois......................... 98, 112,
Café bois m arron ............
Café jau n e.......................
Café Lib eria.....................
Café m arron...................
Café marron grand bois...
Café moka.......................
Café montagne.................
Caféier.............................
Cafter...................................................................
C a ja n u s flamus DC ...............
—
indiens Spreng
C a k ile æqualis L'Héril..
—
cubensis Kth . . . .
—
m arilim a R ic h . .

...
.. .
.. .
381,

B u n c lio s ia glandulifera Desc.........
B u n c h o s ia glandulosa Rich............
BURMÀNNIACÉES.................................
B u r s e r a gum m ifera L .......................
B u x u s subcolumnaris Midi. Arg . . . .
B y r s o n im a lævigata Rich ...............
lucida R ic h ....................
martinicensis Kr. et Urb.
—
spicata Rich..................
—
trinitensis Juss.............

319
296
296
84
62
(52
132
612
386
612
386

503
395
390
382

95
.. .
86
...
80
.. .
85
484, 584
4
4
4
4
225
225
230
229
226
344
342
342
343
343

224,
120,
...
.. .
...
341,
.. .
...
327,
.. .
. . . 122
.. . 341
343, 344
. . .
343
112, 341
. . .
342
. . .
341
. . .
341
. . .
205
. . .
205
. . .

10

. . .

10

. . .

10

112
112
587
181
19
110
111

111
111
111

*
9

C a la d iu m Belleymii Hort................
—
bicolor Vent.....................
—
Chantini Cham. e tS c h l..
Calalou..................................................
Calalou diable.......................................
Calalou sauvage.....................................
Calathea Allouva Lind ...........................
Calebasse ..............................................
Calebasse douce.....................................
Calebasse herbe.....................................
Calebasse musquée................................
Calebassier.............................................
Calebassier bâtard................................
Calebassier p oison ................................
C a l l i a n d r a lalifolia Griseb..............
Portoricensis Benth.......
—
pwpurea B enth............
—
tergemina B en th ...........
C a l l i s i a repjens 1...............................
—
umbellulala Lam ................
C a lo n y c t io n grandiflonim Chois...
—
megalocatpum R ic h ..
C a lo p h y llu m Calaba L ...................
C a lo s a n t h e s indica Blurn................
C a lo t r o p is procera A it.....................
Catalpa...................................................
Calurnet................................ 512, 521,
C a ly p t r a n t h e s elegam Kr. et Urb..
—
pallens Griseb.........
—
soûcea Griseb.........
—
Forsteri B erg .........
Carnanioc..............................................
C am om ille .............................................................................................
Camomille rouge ...........................................................................
Campèche .............................................................................. 226,
C a n a n g a odoratai. llo o k .................................
C a n a v a l i a gladiala DC .........................................
—
obtusifolia D C ..................................

483
482
483
481
481
483
584
418
308
308
308
418
418
419
253
254
252
253
498
497
434
434
103
423
399
80
523
266
266
267
267
29
369
369
227
5
215
215

Canari macaque.................................... 27(5
Canéfice bâtard..................... 231, 232, 231
Canéûcier............................................. 231
Canéficier bâtard.................
232, 233, 234
C a n e lla alba M ù rr..............................
103
—
laurifolia Lodd..................... 103
Caneïïe b ois.......................................... 104
Canellier...................................... 297, 298
Canellier sauvage................................... 217
Canicroc................................................. 217
Canique jaune......................................
229
C a n n a coccinea M ill..........................
586
—
edulis Iver............................... 587
—
glauca L ................................. 587
—
indica L ................................. 586
—
pallida Rose.......................... 587
Canne brûlante..................................... 477
Canne Congo........................................ 581
Canne d’eau.......................... 478, 582 , 583
Canne marronne..................................... 477
Canne rivière...............................
477 , 503
Canne siguine....................................... 477
Canne à sucre....................................... 533
Ca n n é b s ................................................. 586
C a p e r o n ia caslaneifolia St. Mil.......
34
CAPPARIDÉES.......................................
11
C a p p a r is am ggdalina Lam..............
13
—
Breynia L ..........................
13
—
cynophallopliora 1.............
13
—
f rondosa Jacq...................
14
intei'medxa H. B. Itth.......
13
javnaieensis J acq..............
13
C a p r a r i a biflora L ............................ 403
C APRIFO LIAC É E S.............................. 329
C a p r if o liu m pubescens Goldie......... 329
C a p s ic u m annuum L ............... 412
—
baccalum L ............. 411
—
ceratocarpumFingerhut.
412
—
conoides Roem. et Schult. 412
dulce I l o r t .............. 412
frutescens L ............ 411, 412
Caractère des dam es...............................
75
Caractère des hommes...........................
75
Carambolier............................................ 135
C a r a p a Guianensis Aubl.....................
130
Carapate................................... 21, 31, 130
Carapate bâtard....................................... 409
C a r d io s p e r m u m Halicacabum L ..
117
—
microcarpum Bl. 118
C a r e x Dussiana Boekeler.................... 556
Car icinée s .............................................. 556
C a r i e a Papaya 1.................................. 310

C a r is s a Garendas L.......................... 397
C a r l u d o v i c a angustifolia Secm___
484
gracilis Sieb................. 484
—
insignis Duchass.......... 485
—
palmala Ruiz et P a v ... 485
—
Plum ieri K t h .............. 485
Caroal................................................... 477
C a r o l i n e a grandiflora Tuss............
80
—
princeps L. fils ................
80
Carotte................................................... 325
CARYO PI1YLLÉES..............................
45
C a r y o p h y l l u s aromaticus W illd .. .
16
C a r y o t a urens L ................................ 495
Casse ailée............................................ 234
Casse habitant....................................... 231
Casse hallier.......................................... 232
Casse puante.................................
234,235
Casse savane.......................................... 234
Casser coutelas..................................... 351
C a s s ia alata L ................................... 234
—
bicapsularis L ........................ 231
—
emarginata L ......................... 232
—
fistula L ................................. 231
—
glandulosa L .......................... 233
—
glauca L a m ............................ 232
—
hirsuta L ................................ 234
—
ligustrina L ............................ 233
—
multijuga Rich....................... 233
—
nicticans L .............................. 236
—
obtusifolia L ............................ 235
—
occidenlalis L ......................... 235
—
planisilujua Lam ................... 232
—
spectabilis DC......................... 236
C a s s ip o u r e a elliptica P o ir.............. 293
C a s u a r in a equisetifolia F o rst.........
190
—
quadrivalvis L ab ill.......
191
—
lenuissima Hort............ 131
C a s s y t a americana Nees.................. 305
—
filiformis L ......................... 305
C a t a l p a ..............................................
79
C a t o p s is nitida Griseb..................... 577
—
nutans Griseb..................... 577
Caya blanc ............................................
11
Caya bord de riv iè re ........................
11
Caya jau n e............................................
12
Caya à épines........................................
12
Cayali..................................................... 304
C a y a p o n i a americana Cogn........... 307
Cayari................................................... 304
C e a n o th u s asiaticus L .....................
93
—
ferreus Desc...................
92
C e c r o p ia oblusala l i é e ..................... 150

�t ) 2 '4

PUANTES 1)E LA CUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C e d r e la odorala 1................................
129
CÉLASTRLNÊES................................... L4ô
C e lo s ia argentea L ...............................
52
—
ntiida Y a h l.............................
.*&gt;3
—
paniculata W illd ....................
53
C e lt is aculcata S\v..............................
15*2
C e n c h r u s echinains 1........................ 526
—
spin if ex C av..................... 526
—
tribuloides L ..................... 5*26
C e n t e lla asiatica U rb....................... 324
C e n t r a t h e r u m muticum Less......... .'25*2
C e n tr o p o g o n Berteroanus DC......... 376
—
Surinamensis Presl .. 37(5
C e n tr o s e m a Plum ieri Benth..........
-208
—
pubescens Benth......... -208
—
virginicum Benth....... *209
C e p h æ lis axiUaris S\v..................... 315
—
muscosa S w ..................... 345
—
Swartzii DC..................... 316
C e r b e r a Thevelia L ..........................
394
C e r a t o s a n t h e s corniculata Cogn...
309
C e r e u s compressas M ill..................... 317
—
Curlisii Otto............................ 317
—
grandiflorus M ill................... 317
—
triangulat'is Haw.................... 317
Cerise bord-de-mer.............................. 378
Cerise de Cayenne................................ *269
Cerise à côtes................................ *268, 269
Cerise montagne................... *267, 271, 278
Cerise montagne petite feuille.............. 263
Cerise noire........................................... 268
Cerisier capitaine.................................. 113
Cerisier grosses côtes............................
113
Cerisier du pays............................
112, 113
Cestrarn...................................................
291
C e s tr u m latifolium L a m .................. 417
—
laurifolium L’ H érit........... 416
—
noctut'um L ....................... 417
—
vespertinum L .................... 417
Chaddek.................................................. 132
C h a e t o g a s t r a chamæcistusGriseb. 288
—
chironioidesGriseb.. 288
C h a e t o c a l y x Vincentinus DC...... 203
CHAILLÉT1ACÉES................................
151
Chalotte................................................. 557
Chalotte b o is ........................................
568
Chalotte savane..................................... 568
C h a m e r o p s excelsa Thunb................
485
C h a m is s o a altissima K th ................
53
Champignon.......................................... 326
Chance.......................................... 483, 568
Chandelier.............................................. 423 I

Chapeau d’eau.......................................
8
Chapeau chinois.................................... 470
C h a p t a lia autans llensl...................
375
Charderon.............................................. 318
Charderon b én i.....................................
-325
Chardon............................................. 8 , 318
Chardon b é n i................................ 324, 325
C h a r ia n t h u s eoriai-eus DC..............
*285
—
conjmbosus Cogn . . . . 286
nodosus Triana.......... 285
Châtaigne..............................................
156
Châtaignier.....................................
80, 156
Châtaignier c o c o ....................................
92
Châtaignier grand-feuille......................
91
Châtaignier petit c o c o ...........................
9*2
Châtaignier petite-feuille......................
91
C h a v i c a Betle M iq............................. 179
Chêne d’Am érique................................
420
CHÉNOPODÉES....................................
51
C h e n o p o d iu m ambrosioides L .........
51
—
murale L ..................
51
C h e v a l l i e r a lingulata Gaudich....... 570
Cheveu de Vénus.................................. 440
Chèvrefeuille de C h in e......................... 329
Chien-coq.............................................. 538
Chiendent.............................................. 509
C h im a r r h is cymosa Jacq.................. 332
China-grass............................................ 164
C h io c o c c a racemosa Jacq................ 339
C h io n a n t h u s compacta S w ............
391
CHLORANTHACÉES............................
180
C H L O R I D É E S ................................ 506
C h lo r is barbata S w ........................... 508
—
ciliala S w .............................. 508
—
radiata Sw ..............
507
Chou a m e r..........................................
488
Chou bâtard........................................... 482
Chou caraïbe.........................................
181
Chou caraïbe sauvage............................
480
Chou cochon..........................................
482
Chou colonne.........................................
487
Chou d iab le........................................... 481
Chou franc............................................. 488
Chou franc m ontagne........................... 489
Chou palmiste.......................................
487
Chou palmiste fra n c ............................. 488
Chou palmiste m ontagne.....................
488
Christophine........................................... 306
Chrysanthème.......................................
371
C h r y s a n t h e m u m indicum 1..........
371
C RYSO B ALAN ÉES..............................
257
C h r y s o b a la n u s cuspidalus Griseb
258

'Pa r l e

des

C h r y s o b a la n u s Jcaco I,................. 257
C h r y s o p h y llu m argmteum Jacq... 385
cæruleum Jacq . . . . 384
—
Cainilo L ............... 384
—
glabrum Jacq....... 385
C ic c a antillana Juss..........................
21
—
disticha L .................................
20
C ierge................................................... 317
Cierge lézard........................................ 317
Cierge lian e.......................................... 317
Cierge rouge.......................................... 317
C I N C H O N A C É E S ........................
329
C in n a m o m u m corticosum Miers___
104
zeylanicum B1.......... 297
C ip u r a marlinicensis Kth................. 567
—
plicata Griseb........................ 568
C is s a m p e lo s Pareira I,...................
7
C iss u s discolor B1..............................
95
—
ovata L a m ..............................
95
—
sicyoides L ..........................
95
—
smilacina K th ........................
95
C it h a r e x y l o n coriaceum Desf......... 465
—
caudatum S w ........... 465
—
lucidum Cham. et
Schlechht.............. 465
—
quadrangulare Jacq. -465
Citronnelle............................ 310, 463, 529
Citronnier............................ 131, 149, 416
Citronnier blanc................................... 149
Citronnier montagne............................ 150
C it r o s m a glabrescens P resl..............
6
C it r u llu s vulgaris Schrad................ 310
C it r u s aurantium L .......................... 131
—
decumana L ............................ 132
C it r u s medica L ...............................
131
—
m yrti folia Ruiz et Pav.......... 132
C la d iu m occidentale Schrad............ 549
C le m a t is americana M ill..................
1
—
dioica L .............................
1
—
domingensis Lam..............
1
C le o m e aculeata L ............................
Il
—
pantaphylla L ......................
11
—
pungens W illd ......................
11
—
speciosa K th..........................
11
—
viscosa L ...............................
12
C le r o d e n d r o n aculealum G riseb... 467
—
Balfouri H ort........... 468
fragrans W illd ......... 467
—
Kaempferi Fisch___ 468
—
nutans W a ll.............. 468
—
siphonanthus R. B r .. 468
Thompsonæ B alf___ 468

Dus» —•P l a n t e s

G u a d e lo u p e e t M a r t i n i q u e .

m atiè res

625

C le r o d e n d r o n violaceum Ilo rt....... 468
C l e y e r a elegans T u l..........................
97
—
theoides Planch...................
97
C lib a d iu m asperum D C .................. 362
—
Badieri Griseb................ 362
—
erosum D C ..................... 363
C lid e m ia crenata Mey. Esseq..........
278
—
Guadalupensis Griseb....... 279
—
hirta Don, var. elegans . . . 278
latifolia DC....................... 279
—
umbrosa Cogn................... 279
C l i t o r i a arborescens A i t ................... 208
—
glycinoides D C ................... 207
—
Ternatea I......................... . 209
C o c c o lo b a ascendens Duss...............
166
—
barbadensis Jacq............ 166
—
Dussii Kr. et U rb ............
167
—
excoriata L ....... ! ............ 165
—
nivea Jacq........................
168
—
pubescens L ..................... 166
—
uvifera Jacq..................... 165
C o c c u lu s domingensis DC...................
7
Cochléaria............................................... 173
Cochon-gras............................................ 371
Coco-carette............................................ 273
Coco-chat................................................. 538
Coco-macaque......................................... 491
C o c c o s amara Mart............................ 494
—
nucifera L .............................. 492
Cocotier................................................. 492
Cœur à bœuf........................................... 279
C o ffe a arab ica L .................................. 341
—
Liberica H iern .......................... 341
C O F F É A C É E S .................................
336
C o i x Lacryma L .................................. 534
C o la acuminata R. Br. et Benn.........
84
C o le u s amboinicus Lour...................
-455
—
aromaticus B enth.................. 455
—
Blumei Benth........................ *455
—
Verschaffheltii H ort.............. 455
Colibri végétal......................................... 197
Collant............................ 53, 360, 461, 505
Collier du diable..................................... 254
C o lo c a s ia antiquorum Schott..........
482
—
esculenta Schott................ 182
C o lu b r in a reçlinata Brongn............
93
C o lu m n e a scandens L .........................
432
C o m m e ly n a elegans K th .................... 498
—
cayennensis L. Rich . . . 498
COMM ÉLYNÉES...................................
495
C o m m e r s o n ia echinala F orst.........
87
C o m o c la d ia ilicifolia S w .................. 184

■10

�&gt;i: ET

DE LA MARTINIQUE

TABLE

Corosol montagne..................................
1
Corosolier...............................................
23
C O R Y M B I F È R E S ......................... 350
C o r y p lia umbràculi fera L ................ 195
rotundi folia Lam ..............
195
C o s m o s caudalus H. B. K lh ..............
369
C o s tu s speciosus Sm ith...................... 582
—
spicalus Sw ............................ 581
Côtelette grand bois..............................
279
Côtelette grand'feuille........................... 281
Côtelette petite feuille........................... 280
Côte lézard............................................. 248
Coton de France.................................... 399
Cou de canard.......................................
316
Cou maronna..........................................
210
Courbaril................................................ 238
C oudrel.................................................. 137
Cou is ...................................................... 323
Couronne de la V ierge.......................... 562
C o u r o u p it a guiancnsis Aubl............ 276
Cousin blanc........................... 81, 197, 202
Cousin falaise......................................... 200
Cousin grand savane............................. 200
Cousin petit....................................... 71, 89

Corail
C o r c h o r u s hirlus I’ ianch.
—
siliquosus L
—
torlipes St. IIil................
Corde à violo n ... . 199, ‘203, ‘210, 305,
C o r d ia alba Roem. et Scliult.
—
amplifolia A. D C ..................
—
collococra L ...........................
—
cylindristachya Roem. et
Schult..................................
—
dasycephala II. B. K lh .........
—
elliptica L ..............................
—
macrophylUi L .......................
—
marfintcensisRoem.el Scliult.
—
salvifolia H. B. K lli..............
—
Sebeslena I............................
—
speciosa Salisb.......................

—

ulm ifolia Juss..................

Cordon de violon...................................
Coriandre..............................................
C o r ia n d r u m sativum I....................
Cornichon.............................................
C o r n u t ia pyramidata 1....................
Corosol à chien .....................................
Corosol diable.......................................

Cousin rou ge.............................. ..........
Cousin trèfle..........................................
Cousse-couche.......................................
C o u t a r e a speciosa A u b l....................
C o u t o u b e a densiflora Mart..............
C r a c c a caribæa Benth.......................
C r a n ic h is muscosa S w .....................
CRASSULACÉES..................................
C r a t æ v a Tapia 1...............................
C récré....................................................
Crécré blanc.................................. 281,
Crécré falaise.........................................
Crécré grand b ois......................... 277,
Crécré grand’feu ille..............
279,
Crécré montagne...............
278,
Crécré noir............................................
Créosote......................................... 370,
Créosote du pays...................................
C r e s c e n t ia Cujele L .........................
—
cucurbitina L ................
Cresson bâtard......................................
Cresson courant......................................
Cresson de l’a r a ....................................
Cresson sauvage....................................
Cresson de savane................................
Crète à coq............................................
Crête codinde.........................................
Crin végétal...........................................

1
201
°66

332
101
195
603
319
12
250
28.)
279
283
288
283
286
371
370
418
118
195
136
370
9
9
452
452
495

DES

MATIERES

627

Curcuma.............................................. 583
C rin u m amabilc Don........................ 559
C u r c u m a longa 1............................... 583
—
americanum L ..................... 560
C u s c u ta americana L ......................... 413
—
giganteum Àndr.................. 560
C y a t h u l a proslrata B1........................
54
—
longiflorum H e rb ................ 560
CYCADÉES............................................ 609
C r it o n ia mapropoda DC................... 357
C y c a s circinalis L .............................. &lt;&gt;09
—
pàrviflora DC..................... 357
—
revoluta Thunb......................... 609
Croc chien..................... 61, 222, 216, 247
C y c n o p o d iu m lalifolium Naud....... 287
Croc à chien.................................
152, 221
C y m o d o c e a manatorum Aschers . . . 173
C r o s s a n d r a infundibuliformis Nees 127
C y n o d o n Daclylon P e r s .....................
50V)
C r o t a l a r i a incana h ........................
193
CYCLANTHÉES.....................................
485
juncea L ......................... 194
C y c la n t h u s Plum ieri P o i l .............. 485
lolifolia L ....................... 193
CYPÉRACÉES....................................... 535
pendula B enth.............. 193
C Y P É R É E S ....................................... 535
quinquefolia L ..............
194
C y p e r u s acicularis YVith.................. 53V)
relusa 1..........................
193
—
alopecuroides Rotlh............ 535
—
slipularis Desv..............
192
—
allernifolius L ..................... 537
verrucosa L ................... 192
—
articulatus L ....................... 538
C ro to n astroiles Ait............................
33
—
Balbisii K lh ......................... 538
—
balsamifer L ..........................
31
—
brunneus L ......................... 539
—
betulinus Vahl........................
32
—
comprcs'iis L ....................... 535
—
corylifolius Lam.....................
31
—
cunferlus L ......................... 536
—
flocculosus Geiss.....................
31
—
distans L ............................ 510
—
Guildingii Griseb...................
31
—
Dussianus Boekeler............ 511
—
hirlus L ...................................
33
—
elatus Rottb......................... 510
—
lobatus L .................................
33
—
elegans W a lt .............. 5136, 537
C ro to n montanus Geiss.....................
31
—
esculentus L ....................... 510
—
niveus Jacq..............................
32
—
ferax R ic h .......................... 511
—
origanifolius L a m ..................
32
—
flavicomus Schlecht............ 536
—
ovalifolius Lam.......................
33
—
flavomariscus Griseb.......... 512
—
populifolios Lam....................
33
—
Harlii Boekeler................... 53V)
—
Tiglium L ..............................
31
—
hexastachyos Rottb............ 538
CRUCIFÈRES..........................................
9
—
Ilydra M id i........................ 538
C r y p t o m e r i a elegans Veitch..........
608
—
Luzulæ Rottb....................... 542
—
japonica L ....... ....... 608
—
martinicensis Boekeler....... 542
C r y p t o s t e g i a grandi flora R. B r . .. . -401
—
monoslachyus L ................... 544
C u c u m is Anguria L ........................... 309
—
nitidus Boekeler................. 541
C u c u r b it a maxima Duch.................. 310
—
ochraceus Vahl................... 537
—
P ep oL .............................. 310
—
odoratus L .......................... 540
CUCURBITACÉES.................................. 309
—
olivaris Targ....................... 538
C u p a n ia ameneana L .....................
120
—
Ollouis Boekeler.................... 539
fulva Mart.......................... 120
—
Papyrus L .......................... 512
—
triquetra R ich ................... 120
—
planifolius Rich.................. 539
C u p h æ a Bahamona Cliam. et
—
polyslachyus R ottb.............. 535
Schlecht.......................... 289
—
purpurascens Vahl................ 539
—
hyssopifolia Griseb............ 28V)
—
puipureo-variegalus
—
macropetala K th .............. 190
Boekeler............................. 539
—
platycentra Benth............ 290
—
rotundus I-............................ 538
C u p re s s u s japonica L ....................... 608
—
sphacelatus Rottb.................. 538
—
sempervirens L ................ 608
—
surinamensis Rottb.............. 537
—
Trinitalis Steud.................... 537
Curage des bois..................................... 4Jo
—
trispicatus Boekeler.............. 511
Curage riviè re ....................................... 496

�02 8

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C y p e r u s umbellatus Benth..............
—
viscosus S w ........................
Cypre-orange...........................
C y r i l l a anliUana Mich.......................

536
537
389
145

TABLE DES MATIÈRES

G YRILLÉ E S..........................................
C y r t o p e r a Woodfordii L in d l...........
C y t is u s Cajan L ................................

145
597
205

D ic h r o m e n a leucocephala M ich___
D i c l i p t e r a marlinicensis Juss.........

553
427

D
D a c r y o d e s hexandra Gviseb............
D a c t y lo c t e n iu m aegyptiacum
W illd ................
—
mucronatum
'NVilld..............
D a le c h a m p ia scandens L ................
Danday..................................................
Dattier...................................................
D a t u r a fastuosa L ............................
—
Metel L .................................
—
Stramonium L .....................
—
suaveolescens Humb. et Bonp.
—
Tatula L ..............................
D au eu s Carota L ..............................
D e g u e lia scandens Alibi...................
D e n d r o b iu m ruscifolitvtn Sw..........
D e n d r o p h t o r a macrostachya Eich.
—
elliptica K r.et Urb. var.
platyphylla. — add.
D e s m a n th u s depressus W illd .........
—
virgatus AYilld............
D e s m o d iu m ascendens DC..............
—
cucillare D C ..................
—
girans DC.....................
incanum D C ................
—
latifolium DC..............
—
molle D C .......................
—
scorpiurus Desv ...........
—
spirale D C ...................
torluosum DC..............
—
tri/lotnim DC................
Devan t-nègre.........................................
Diaballe.................................................
D ia n t h e r a androsemifolia Griseb...
—
pecloraüs J. F. Gmel___
—
sessilis J. F. Gmel..........
D id y m o p a n a x attenualum March..
Urbanianum Kr. et
Urb.......................
D ic h æ a echinocaipa Lindl................
D ic h o r is a n d r a Aubletiana Roem.
et S d iu lt..............
thyrsiflora Mik . . . .
D ic h r o m e n a selacea Kth.................
—
mxcranlha K tb...........

182
508
508

10
50
495
409
408
499
408
109
325
226
588
328
613
244
244
199
200

202

200
200

200

201
201
201
199
50
254
425
425
425
322
323
596
499
499
551
552

D IC O T Y LÉ D O N E S...................
Dictame..................................................
D ie f fe n b a c h ia Seguine S c b ott.......
Barraquinina Chain.
et S ch lech t...........
D i l l e n i a speciosa Thunb...................
Dinde.....................................................
D ip la d e n ia H arrisii Hook................
D i o d i a sa&gt;mientosa S w .....................
D io o n edule L in d l..............................
D i o s c o r e a alata L ............................
—
altissima Sieb..................
—
Berteroana K th ..............
—
Cayennensis Lam ............
—
m ultiflora Presl..............
pilosiuscula Bert..............
—
tr ifid a L ...........................
—
tuberosa Y i l l ....................
DIOSCORÉACÉES...............................
D io s p y r o s Ebenaster Retz................
—
Philippensis Gürke.— add.
—
discolor W illd .— add . . . .
—
K a li R oxb.— add ...........
Diotine...................................................
Du-bon-rnatin.........................................
D u r a n t a P lu m ieri Jacq...................
—
Ellisia Jacq.........................
D u s s ia marlinicensis Kr. et U r b .. . .
D ip h o lis salicifolia A. DC................
D i p t e r i x odorata Schreb..................
D is t r e p t u s nudicaulis L e s s ............
D i t a x i s glabella Griseb.....................
D ividivi..................................................
D o d o n æ a viscosa L ...........................
D o lic h o s albiflorus DC.....................
Lablab L ............................
D o m b e y a mollis Pav.........................
Dos blanc....................................... 353,
D o r s t e n ia contrayei'va L ..................
Douce-amère.........................................
D r a c n æ a Drcao L ............................
—
Cruilfoylei V eitch............
—
indiviea Forst..................

1
585
477
478

2
489
398
347
309
564
565
565
565
565
564
566
566
564
390
614
614
614
233
285
465
465
224
388

220
352
34
231
123
213

212
88
375
159
413
564
564
564

D r a c a e n a marginata Lam..............
—
Sieberi Planch.................
—
stricta Sirns.....................
—
umbraculifera Jacq........
D r e p a n o c a r p u s lunatus Mey.........

D r y m a r i a cordala W illd .................
D r y p e t e s Dussii Kr. et Urb..............
—
p/auca Vahl.......................
glomerata Griseb..............
serrala Kr. et Urb............

564
563
564
564
221

629
45
20
20
20
20

E
ÉBENACEES........................................ 390
Echalotte............................................... 557
E c h in o d o r u s cordifolius Griseb___ 472
—
rostratus E n g e l......... 472
E c h in o p s fruticosus L ..................... 353
E c h it e s bi/lora Jacq.......................... 396
E h r e t i a Beurreria L ........................
449
E c lip t e alba L ................................... 366
E ic h h o r n ia crassipes Sol ms............ 568
E la p h r iu m elemiferum Royle......... 183
E l a i s guyanensis L ............................ 494
E le p h a n t o p u s angustifolius 1........
352
—
scaber L ................... 352
—
spicatus L ................ 352
E le u s in e indica Gaert......................
508
E l e u t h e r a n t h e r a ovala P o i l ___ ,. 363
E lle a n t h u s capitatus Rchb. fils....... 595
E m i l i a flammea Cass....................... 374
—
sagittata DC.......................... 374
—
sonchi folia DC....................... 374
En bas feuilles......................................
23
En bas feuilles grand bois...................
22
En bas feuilles rouge....................... 23, 24
En bas feuilles vert.......................... 23, 24
E n c k e a articulata M iq .....................
175
—
Sieberi M iq ..........................
177
E n ic o s t e m a littorale Blum.............. 401
Enivrage...............................................
22
E n t e r o lo b iu m cyclocarpum Macf... 254
E P I D E N D R É E S ............................
E p id e n d r o n ciliare L ....................... 590
—
difforme Jacq.............. 592
—
globosum Jacq.............. 594
elongatum Jacq............ 591
fuscatum Sw ................ 591
—
nocturnum L ................ 593
—
ophioglossoides L ......... 589
—
paniculatum Cogn....... 592
ramosum L .................. 592
rigidum Jacq................ 591
—
strobiliferum G riseb... 592
tereti folium S w ........... 594
—
umbellatum S w ........... 592

E p id e n d r o n vincenlinum L in d l.... 593
Epicar...................................................
27
Epinard bord-de-mer............................
51
Epinard de Cayenne..............................
49
Epinard doux........................................
49
Epinard rouge.......................................
58
E p i s c i a m elillifolia Mart.................. 431
—
pulchella Murt..................... 431
E r a g r o s t i s ciliaris L k ..................... 502
—
gigantea T r in .............. 50-1
—
pilosa P. Beauv............ 502
plumosa L k .................. 502
—
proliféra Steud............ 501
—
replans N ees................ 502
E r a n t h e m u m bicolor Spreng..........
429
—
nex'vosum R. B r ....... 429
E r e c t i t e s h ieracifolia Rail-.............. 374
—
præalta Rail'..................... 374
E r i g e r o n bonariensis L ..................... 360
Canadensis L ..................... 360
—
cuneifolius DC................... 359
—
Jamaicencis L.,......................359
—
sjiathulatus V a h l.............. 359
E r i o b o t h r i a japonica L in d l............
261
E rio c h lo a p itn c ta ta Hamilt.............. 513
E r io d e n d r o n anfracttwsum DC___
80
E r i t h a l i s angustifolia D C ................ 339
—
fruticosa L ......................... 338
E r n o d e a liltoralis S w ....................... 347
E r y n g i u m fœtidum L ..................... 324
E r y t h r i n a Amasica Spruce............
229
—
corallodendron L ........... 217
—
indica Lam ..................... 218
ERYTH RO XYLÉES..............................
109
E r y t h r o x y l o n areolalum Poep....... 110
—
coca L ....................... 110
—
havanense Jacq........
110
—
obtusum Desc........... 109
—
squamatum Vahl___ 110
E t h u l i a sparganophora L ................ 350
E u c h a r is amazonica Linden..........
562
—
grandiflora Planch......... 562
E u t e r p e edulis Mart.......................... 495

�(530

PLANTES

E u g e n ia albicans R ic h .....................
aromatica Baill...................
axillaris W illd ...................
baruensis Balb............ 207,
__
broc hyslach ga Berg............
_
ch n/sobolano ides 1) C..........
_
eoffeifolia D C .....................
_
distycha Bello.....................
__
Duchassaingiana Berg . . . .
_
Dussii Kr. et Urb...............
_
emarginata Macf..........
_
ferniginea G riseb..............
__
floriblinda W est.......... .
_
fragrans W illd ...................
__
Gregii Poir..........................
—
grypospenna Kr. et U rb ...
_
Giladahvpensis DC..............
_
Jambos L ............................
_
javanica Lam.......................
—
Lambertiana D C ................
__
ligustrina W illd ..................
__
__
—
—
—

TABLE

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Michelii Lam.......................
monticola D C .....................
nigro-punclata L ................
octopleara Kr. et U r b .........
psendopsidium Jacq...........

E u p a t o r iu m Guadalupense Spreng..
—
inlegri folium Lam .......
iresinoides IL B. Kth . .
—
ivwfolium M a i l ...........
—
maerophyllum L .........
—
odoratum L ..................
—
paniculalum Schrad.. .
populi folium Mart.......
—
punctatum L ................
Sieberianum DC..........
sinuatum L a m .............
—
triplinerve V a h l...........
—
urlicæfolium Hb. Banks
—
Vahlianum U rb...........
E u p h o r b ia Berleroana Balb............
buxifolia L a m ..............
Dussii Kr. et Urb..........
—
geniculala O r t ..............
—
heterophylla I...............
—
hirta L ...........................
—
hyperici folia 1...............
—
linearis R etz..................
—
petiolaris Sims..............
pilulifera I ....................
—
Preslii G uss..................
—
pros Irai a Ait..................
—
pulcherrima W illd .......

208
275
270
270
272
209
273
273
271
270
274
273
273
274
272
271
271)
274
275
270
269
274
268
269
270
273
270
073

__

smaragdina Berg................
—
Tapacumensis B erg...........
—
Trinitatis D C .....................
—
uniflora L ............................
E u c a ly p t u s amyydalina Labill.......
grandiflora L 'H é rit. . . .
—
E u p a to r iu m Ayapaaa Vent............
—
brachialum W ick sl....
—
canescens V a h l............
celtidifolium L a m .......

—
verticillata P o ir ............
E u p h o r ia Litchi C om m ers..............
E v e l y n a capitata Poepp...................
E v o l v u l u s linifolius L .....................
—
nummullarius L .........
—
sericeus Sw .....................
E x c æ c a r i a bicolor H ass................
—
caribæa Griseb............
—
lucida S w ....................
E x o s t e m m a ceribæum R. S .........
floribundum R. S ----

270
271
269
268
276
276
276
356
354
355
356

350
.155
355
355
354
356
353
335
355
331)
350
354
43
42
44
44
44
42
43
41
45
42
43
42
45
42
43
124
595
442
442
40
40
39
333
333

F
F a g a r a microphylla Desf.................
—
pterola L ..............................
F a r a m e a odoralissima DC..............
Farine chaude.......................................
Farine à zom h i.....................................
Faux ipéca ............................................
Fenouil
F E S T U C É E S ...................................

139
139
377
341
25
25
346
325

Fève de T o n k a ....................................
F ic u s carica I....................................
—
—
—
—
—

clastica I.................................
lauri folia Lam .......................
lentiginosa Vahl.....................
martinicensis W illd ..............
métallica H o r t.......................

226
155
154
155
153
154
154
155

DES MATIÈRES

631

Fleur d’amour........................................
317
Fleur c o ra il................................
Fleur jaune............................................ 420
Fleur jaune montagne............................. 370
Fleur jaune savane.................................. 428
Fleur de m a i..........................................
583
Fleur montagne......................................
377
Fleur de paon.......................................... 230
Fleur rouge montagne............................
408
Fleur du Sacré-Cœur.............................. 210
Fleur trois couleurs................................ 290
Fleur trompette..............................
408,501
Fleur vanille.......................................... 450
Fleurit-Noël.......................................... 354
F l e u r y a sasluans Gaud.....................
100
Follet femelle...............................
402
F o r e s t i e r a rhamni folia Griseb....... 391
Fougère......................
22, 254
F o u r c r o y a gigantea Vent................ d58
Framboise.............................................. 200
Framboisier.......................... 200, 275, 287
Framboisin . . . . ............................... 250,2;&gt;7
Frangipan blanc.............................. 395,390
Frangipanier blanc................................ 395
Frangipanier jaune................................ 390
Frangipanier rou g e............ /............... 395
F r e z i e r a cordata T u l.......................
90
—
uridulata S w ........................
90
Fromager..............................................
86
Fromager m apou..................................
81
Fruit à pain..........................................
455
F u i r e n a umbellata Rott...................
548
Flambeau caraïbe...................................
138 Fuchsia................................................. 285
Flambeau noir........................................ 138 Fuchsia des bois................................... 432
Fuchsia m ontagne................................ 432
Flamboyant................................... 230, 231
Fuchsia sauvage..................................... 432
F l e m i n g i a strobilifera■R. B r ......... 200

Figue banane....................................... 578
— Cacanhourg................................. 578
— café............................................. 578
— cochon........................................ 578
— Jacob.......................................... 578
— naine.......................................... 578
— pomme........................................ 578
— prune.......................................... 578
— Raimbaud................................... 578
— r o s e ............................................ 578
— verte............................................ 578
— vipère.......................................... 578
Figuier à agouti...................................
158
Figuier Arabe...................................... ' 321
Figuier blanc........................................
154
Figuier de Fran ce................................ 155
Figuier grand'feuille..............................
154
Figuier hêtre........................................
321
Figuier maudit........................
54, 99, 154
Figuier maudit marron...........................
99
Figuier maudit montagne........................
99
Figuier petite feuille...............................
loo
Filao.............................................
190, 191
F i m b r i s t y l i s autumnalis R.et Sch. 546
—
capillaris Âs. Or......... 547
—
ferruginea Val il......... 547
—
oblusifolia K th .......... 547
—
polymorphci Boekêler. 540
—
spadicea V ah l............ 540
—
spathacea Vahl........... 547
F l a c o u r t i a cataphrala R oxb ..........
b&gt;
—
Ramoutchi L’H érit.......
15

G
Gagne-petit.............................
G aïac......................................
Galba......................................
G a l a c t i a angustifolia K th ..
—
filiformis Benth ..
—
longiflora A r n ... .
G a liu m hypocaipium Endl.
G a r c i a nulans R oh i............
G a u l t h e r i a buxifolia W illd
G e n d a r u s s a vulgaris Nees.
Génipa,...................................
G e n ip a americana I............

470
137
103

210
210

210
350
29
14-4
430
329
330

Génipayer...............................
Godapaïl.................................
G e n t ia n a uniflora Griseb ..
—
verticillala L . . . .
G e o n o m a vaga W e n d l.......
G e o p h ila reniformis Don ..
G é r a n iu m odoralissimum T.
Gérolle m are..........................
Gigiri.......................................
Gingembre..............................
G irollier.................................
Girofma...................................

329
483
402
401

491
346
1133
272
429
583
275

110

331

�G œ th e a slrictiflora Nees et Mart
Gombo.
Gombo bâtard___
Gombo chanvre..
Gombo de nuit....
Gombo grand bois
Gombo mangle .. .
Gombo musqué.....................................
73
Gombo rivière.......................................
74
Gombo savane.......................................
Gommier barrière.................................
Gommier blanc............................
18:2,
Gommier rouge.....................................
G o m p h ia lotxgifolia Desc.................
98
—
nitida S w .........................
97
G o m p h r e n a glnbosa f.......................
54
G o n o lo b u s martinicensis D cne....... 400
G o n z a le a spicata DC......................... 332
GOODÉNIACÉES.................................. 378
G o s s y p iu m arborescent L ................
78
G o u a n ia domingensis L ...................
93
Goutte de sang.............................. 374, 406
G oyavier....................................... 261, 262
Goyavier bâtard... 206, 266, 270, 272, 339
Goyavier bois................................
128, 264
Goyavier fraise....................................... 262
Goyavier grand bois.............................. 273
Goyavier montagne......... 96, 266, 274, 276
Goyavier petite feuille........................... 264
Goyavier prune..................................... 262
Goyavier queue de rat........................... 266
Goyavier rose......................................... 287
Graine bleue.................................
287, 390
Graine bleue montagne......................... 390
Graine dorée......................... 144, 346, 347
Graine d’église....................................... 204
Graine à perdrix...................................
344
Graine é perruche................................ 328
Graine rouge................................. 343, 344
Graine rouge montagne........................
344
Graines vertes...............................
143, 149
Graines violettes...................................
126
G r a m m a d e n ia parasilica G riseb.. 382
Grand baume................................ 454, 457

Grand branda.......................................
334
Grand collant.........................................
54
Grand cosmaya.....................................
12
Grand cousin.........................................
71
Grand cousin bois..................................
89
Grand flamboyant.................................. 290
Grand fo lle t...........................................
8
Grand framboisier................................
260
Grand framboisin.................................. 454
Grand gingem bre.................................. 581
Grand lis blanc.....................................
560
Grand lis rou ge..................................... 559
Grand mahot cou sin ............................. 259
Grand’oreille mouton..............................
352
Grand’oseille.........................................
78
Grand pourpier......................................
46
Grand roseau......................................... 501
Grande guimauve.................................... 354
Grande marguerite.......................
352, 426
Grande ortie........................................... 161
Grande ortie des bois............................
163
Grande sauge......................................... 361
Grande savonnette................................ 225
Grande violette.....................
206, 351, 355
G r a p t o p h y llu m hortense Xees....... 425
Gratte-jambe......................................... 246
Gros balai..............................................
233
Gros baume........................................... 457
Gros b ouis.......................................
384
Gros bouton.................................. 368, 460
Gros chiendent.............................. 513, 514
Gros cousin............................................ 364
Gros curage........................................... 496
Gros-fort................................................ 358
Gros lins rouge...................................... 560
Gros m illet............................................. 531
Gros pompon......................................... 460
Gros thym..............................................
455
Gros du thym......................................... 456
Groseille................................................
77
Groseille de la Barbade.........................
319
Groseille de Guinée...............................
78
Groseille du pays.................................... 319
Grosse cerise......................................... 113
Grosse figu e........................................... 578
Grosse herbe grasse..............................
497
Grosse mal-nommée..............................
44
Grosse m au ve.......................................
67
Grosse merise................................ 268, 271
Grosse oreille.........................................
41
Grosse prune-café................................
15
Crosse sapote......................................... 387

H a b e n a r i a alala Ilook....................
—
maculosa L in d l............
H æ m a t o x y l o n Campeckianum L . .
H a m e l i a païens Jacq........................
Haricot bâtard......................................
Haricot blanc........................................
Haricot marron....................................
Haricot ordinaire.................................
Haricot rames......................................
Haricot sabre........................................
Haricot te r r e ........................................
H a s t i n g i a coccinea Smith................
Haut b o is .............................................
H e b e c l i n i u m macrophyllum D C ...
H e c a s t o p h y llu m Brownei Pers....
—
monelavia I )C . . .
H e d y c h iu m coronarium Kœnig___
—
flavum W a ll................
—
Gardnerianum W all ..
H e d y o s m u m arbocescens Sw...........
H e i s t e r i a coccinea Jacq...................
H e le n iu m quadridentatum L ab ill...
H e l e o c h a r i s Dussiana Boekeler___
capitata R. Br.............
—
chætaria Boekeler . . . .
—
maculosa R. B r..........
—
planlaginea R . B r .. . .
—
punctulata Boekeler...
—
spiralis R. Br..............
H e lia n t h u s tuberosus L ...................
H e l i c o n i a Bihai L. S w .....................
cannoidea A. Rieh...........

607
607
226
331
226
214
208
214
214
215
214
470
328
353
222
222
582
583
583
180
326
372
545
545
544
545
545
544
545
360
379
581

H e l i c o n i a caribæa Lam ...................
579
luteofusca Jacq................ 379
—
psittacomrn L .................. 580
H e l i c a r p u s americanus L ..................
90
H e lo s c ia d iu m leptophyllum DC . . . 325
H e lio t r o p iu m curassavicum L ....... 453
—
fruticosum L ............ 453
indicum L ................ 452
parviflorum L ......... 452
peruvianum L ......... 453
H e l m s k i o l d i a coccinea R e tz........... 470
H e lo s is guyanensis Hook.................
326
H e m e r o c a l l i s /lava L ...................... 562
fulva L ..................... 562
H e n r i e t e l l a Dussii Cogn.................. 277
—
laterifloraTriana.......... 277
Herbe z’aiguille.............................. 368, 369
Herbe /'aiguille liane............................ 368
Herbe am ère....................... ................. 413
Herbe z’amitié....................................... 443
Herbe à l'angine..................................
461
Herbe argentée ..................................... 353
Herbe à bambou................................... 517
Herbe à blé................................... 519, 522
Herbe blanche................................ 49, 353
Herbe à bonhomme.............................. 528
Herbe à bordures.................................. 162
Herbe à bouc...............................
384, 448
Herbe à bouquets.................................
502
Herbe àcabrit........................................ 518
Herbre cabrit...............................
510, 518
Herbe c a fé ............................................ 511

�634
Herbe à

PLANTES

DF,

LA GUADELOUPR

calalou ................................

413

Herbe à la chance............................
Herbe chandelle..............................
Herbe charpentier............................
Herbe aux charpentiers.....................
Herbe chapeau......................... 459,
Herl&gt;e à chat....................................
Herbe à cheval........................... .. - ■
Herbe aux chevaux...........................
Herbe cheveu........................... 544,
Herbe à cheveux....................... 544,

^*4
51509
ok&gt;
552

H erbe à cinq c ô t e s .....................................

386

Herbe collant...........................

483
460
426
426

°^6, 527

H erbe contre fiè v re ......................................... 356

Herbe à cornettes..................... 348,
Herbe côtelette................................
Herbe coton....................................
Herbe couchée...............................
Herbe à couleuvre...........................
Herbe coupante...............................

349
278
373
444
458
554

171, 306
Herbe à courresse........................
Herbe courèze................................. 471
444
Herbe à couronne............................
Herbe à couteau 540,541, 542, 550, 554, 555
553
Herbe couteau.................................
52
Herbe à crabes.................................
Herbe à dartres................................ 234
Herbe d’eau.................................... 472
357
Herbe à dinde.................................
Herbe droite.................................... 507
Herbe à l'encre................................ 366
262
Herbe enivrante......................
495
Herbe à enivrer...............................
Herbe étang..................................... 472
Herbe à éternuer.............................. 440
Herbe à femme................................ 366
371
Herbe à feu............................
Herbe fine. 507. 508, 509, 510, 549, 523, 544
523
Herbe fine femelle...........................
Herbe fine mâle................................ 522
404
Herbe fragile...................................
509
Herbe gazon....................................
Herbe graine z’oiseaux....................... 459
Herbe grand bois.................................. 332
Herbe grand Jean.................................
50
Herbe grasse........................................
498
Herbe grasse des bois..........................
496
Herbe grise...........................................
442
Herbe de Guinée................................... 519
Herbe de Guinée bâtard....................... 519
Herbe Lhalliers............................ 442, 455
Herbe à lain e....................... 506, 543, 532

RT

DE LA

MA R I I NI QUE

Herbe à lapin................................ 374, 375
Herbe au long case................................
49
Herbe à long cou...................................
468
Herbe à macornet.................. 247 , 248 , 249
Herbe madame Bihoret........................ 380
Herbe madame Boivin.........................
398
Herbe madame Lalie...........................
459
Herbe madame Villaret........................ 467
Herbe M adeleine..................................
207
Herbe mal aux dents............................. 371
Herbe à malingres.........
............. 329
Herbe mal tète............
290, 324, 472
Herbe mare..................
............. 479
Herbe à méchant.........
• ............
456
Herbe mélisse..............
434, 456
Herbe à miel ... '..........
............. 431
Herbe à miel bâtard---. . . 289, 456
Herbe à mouches..........
............... 460
Herbe à mouton...........
............. 509
Herbe à mouton femelle.
............. 540
Herbe mouton..............
............. 458
Herbe muraille............
............. 542
Herbe à mulet..............
......... 26, 33
Herbe aux ortolans........
............. 398
Herbe à ouate..............
. . . 529, 530
Herbe panache..............
............. 531
Herbe à panache...........
............
455
Herbe panachée...........

Herbe de Para...................................... 518
Herbe au pauvre homme..................... 530
Herbe à pians....................................... 452
Herbe pilori.......................................... 352
Herbe piment....................................... 165
Herbe piment vache.............................. 165
Herbe piquante..................................... 526
Herbe à pique............................... 272, 273
Herbe à pique bâtard................... 375, 431
Herbe à pisser....................................... 353
Herbe à plomb..................................... 463
Herbe à poc.......................................... 411
Herbe poison............................... 33(5, 378
Herbe pou bois..................................... 324
Herbe à pou bois................................... 323
Herbe aux poules de Guinée................
31
Herbe poule mâle................................. 526
Herbe puante............... 235, 324, 467, 468
Herbe puante bâtard............................ 235
Herbe queue blanche............................ 533
Herbe queue de renard................ 506, 516
Herbe queue de souris......................... 528
Herbe rasoir......................... 541, 542, 554
Herbe rasoir mâle................................ 550

..

289, 263, 364, 377,
427, 506, 519,

Herbe savon.
Herbe scorpion.
Herbe sèche.
Herbe à soies................................

372,

Herbe soleil............... 136, 366,
Herbe aux sorciers ..................
Herbe soyeuse.
Herbe sûre.
Herbe sûre femelle.
Herbe sûre mâle.
Herbe tchacha..........................
Herbe à terre.
Herbe à thé
Herbe à Trérnenl
Herbe à vache.
1lerbe à vache mâle..................
Herbe à vache noire.
Herbe de Vauchelet
Herbe à verrues.
Herbe à vers.......
Herbe de la Vierge.
Herbe vulnéraire
Hérisson blanc
H e r i t i e r a l i t t o r a li s Ait.
H e r n a n d i a sonora L
H e r p e s t i s M o n i e r i a H. B. Kth.
H e r r a n i a a lb i/ lo r a Goudot.
Herse.

368,
353,

H e t e r o p t e r i s p l a t y p t e r a DC.

—

p u ip u r e a

Kth

H e v e a g u i a n e n s i s Aubl.
H ib is c u s a r b o r e s c e n s Desc

—
—
—
—

Cav
Desc.
c a n n a b i n u s L.
C o o p e r i Hort..

b i f u r c a lu s
B û i'y a n u s

192,

288,

�TAULE DES MA'ITEIIES
636

PLANTES

DR

LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

637

MARTI NI QUE

I
I b a t e a muncala Griseb...................
Icaque.......................................... 257 ,
laïque grand bois.................................
Icaque montagne.................................
Icaque poileux......................................
Icaque poilu..........................................
Icaquier...............................................
I c i c a heptaphylla Aubl.......................
Igname bamboche bâtard.....................
Igname bâtard.............................. 564,
Igname blan c.......................................
Igname bonda.......................................
Igname carême.....................................
Igname Cayenne..................................
Igname d’e a u .......................................
Igname grand bois...............................
Igname grand monsieur.......................
Igname jaune grosse tète.....................
Igname m arron...................................
Igname monsieur.................................
Igname ouaoua............................ 566,
Igname pas possible..............................
Igname portugaise.......... .................
Igname Saint-Martin............................
I l e x dioica G riseb................................
— monlana Griseb........................
— nilida G riseb...............................
— sideroxyloides Griseb................
ILLIC IN É E S.........................................
I l l ic iu m anisalum L .........................
Immortelle............................................
Immortelle blanche ..............................
Immortelle grande................................
Immortelle jaune..................................
Immortelle rouge.................................
I m p e r a t a caudata T iin ....................
—
contracta II. B. Kth.........
Indigo...........................................
194,
Indigo bâtard.........................................
Indigo vrai............................................
I n g a coruscans W i l l d .......................
—
Guadalupensis Desv..................
—
ingoides W illd ...........................
—
laurina W illd ............................
—
Martinicensis Presl...................
—
Saman W illd ............................
—
tergemina W illd .......................
Io n id iu m linearifolium V en t...........
—
stiûctum W illd ..................

-400
258
258
258
258
258
15
182
566
565
564
566
566
566
564
565
566
566
565
566
567
566
564
564
150
449
149
149
148
2
54
53
28
209
53
533
533
195
49-4
494
255
254
256
255
255
254
253
47
47

Ionopsis u t r i c i d a r i o i d e s Lindl........
Ipéca bâtard............................. 348,
Ipéca noir........................................
Ipom ea a c e t o s if o li a R. S.................
—
b o n a - n o x L .......................
—
c o c c in e a L .........................
—
d is s e c t a Pursch.................
—
f a s t i g i a t a S\v....................
—
f i l i f o r m i s Jacq...................
—
h e d e r a c e a Jacq..................
—
M a r t i n i c e n s i s G. F. W. Mey.
—
m o l h c o m a Miq...................
—
N i l Roth ..........................
—
p a l m a l a Forsk...................
—
p e n d u l a R. B r ..................
—
p e n t a p h y l l a Jacq................
—
p e s - c a p r æ L.......................
—
q u a m o c li t L ......................
—
r e p a n d a Jacq....................
—
s e t i f e r a Poir......................
—
s i n u a t a Ortega..................
—
t r i lo b a L............................
—
t u b a G . Don......................
—
t u b e r o s a L .........................
—
u m b e l l a t a G . F. W. Mey.,.,
—
v e n t r i c o s a Chois.................
Iresin e c e lo s o id e s Moq...................
—
e l a t i o r Rich.......................
—
H e r b s t i i Ilook..................
—
v e r m i c u l a l a Moq...............
IR1DÉES........................................
Iris de Florence...............................
Ir is M a r t i n i c e n s i s L .......................
Iris tigré................................
Iach n e a r u n d i n a c e a Griseb.............
—
r i g e n s Trin........................
Ischæ m opogon l a t i f o l i u s Griseb,..
Ischæ m um l a t i f o ü u m Kth............
Ischnosiphon n e m o r o s u s S\v........
Isoch ilu s l i n é a r i s é . Br.................
Isotom a lo n g iflo r a Presl...............
Ix o r a B a n d h u c a Roxb..................
— b la n d a Ker-Gawl..................
— c o c c in e a L ............................
— f e r r e a Benth.........................
— o d o r a t a Hook.......................
—
P a v e t t a Roxb.......................
— s a l i c i f o l i a DC.......................
— t e r n i f o l i a Cav.......................

601
424
3(56
-438
-434
4-40
435
436
439
444
439
438
444
440
440
438
438
440
439
437
435
437

-434
435
438
434
55

J a c a ra n d a filic i folia G. Don..........
J acq u em on tia tant ni fo lia Griseb..
—
violacea Chois........
J a cq u in ia a rista la Jacq.................
—
a rm illa ris Jacq...............
—
ru scifolia Jacq...............
Jam b osa M alaccensis DC...............
—
vu lg a ris DC......................
J a n ip h a m a n ih o t Kth......................
Jasmin bâtard......................................
Jasmin blanc.......................................
Jasmin bois................................ 334
Jasmin des bois...................................
Jasmin à bouquet................................
Jasmin grand bois..............................
Jasmin odorant....................................
Jasmin sauvage....................................
Jasmin trompette................................
JASMINÉES........................................
Jasn im um a zoricu m 1.....................
g ra n d iflo ru m L ..........
h u m ile L ......................
m u ltiflo ru m Andr........
pubescens Willd............
—
Sam bac Ait...................
u n d u la tu m Ker-Gawl...

55

55
56
567
583
567
568
523
524

532
533

27
J a tro p h a Curcas I..................
—
dulcis Banks............ . 28 29
26
—
qossy p ifolia \...........
hast ata Jacq............
26
26
—
in le g e rrim a Jacq....
m a n ilto l 1................
28
26
—
m u ltifid a I...............
—•
p a n d u rifo lia Andr...
26
27
—
p o d a g ric a Hook.......
47
Jaune d’œuf................................
Jonc............................................
104, 144
105
José vrai.....................................
240
Jonezia A/.oca Roxb.....................
Jububier.....................................
94
292
J u ssie u a erecta 1.....................
292
—
lin ifo lia Vahl...........
—
p a lu stris Miq..........
292
291
—
su ffru licosa L ..........
427
J u s tic ia A d h atod a I................
—
Caracassana Sieb.......
427
—
C arth a ginensis Jacq..
426
426
—
eustachiana Jacq . . ..
424
—
m a rtin ice n s is Sieb ...
—
p icta I........................
425

423
444
442
384
383
384
27-4
274
28
447
392
340
417
392
447
392
448
421
392
392
392
392
392
392
392
392

K
K a e m p f e r i a lo n g a Jacq...............
Kaïmitier.......................................
Kaïmitier blanc..............................
Ivaïmitier bois...............
Kaïmitier noir.................................
Kaïnitier.........................................
Ivaratas..................... 558, 559, 569,
Kénépier.........................................

583
385
384
385
385
385
570
123

Ivénettier.........................................
Ivoumarré.......................................
K l e i n h o v i a f r u l i c o s a A. I)C..........
K y l l i n g a I tr e v ifo lia Rottb..............
—
c æ s p it o s a Ness................
—
o d o r a t a Vahl..................
—
s q u a m a t a Vahl...............

423
273
397
543
543
543
543

Laitron épineux..............................
Laitue sauvage.......................... 374,
La mal nommée vraie......................
La neige.................................
Langue à bœuf..................................
Langue à bœuf femelle.......................
Langue à chat...................................

375
375
42
25
475
352
354

520
548

L

378
340

340

La douce-amère..............................
L a g e n a r i a v u lg a r is Ser...............

454
376
443
308

340

L a g e r s t r œ m i a in d ic a L ................

294

L ............
L a g u n c u l a r i a r a c e m o s a Griseb ...

294
285

340
340
340

340
340

LABIÉES.......................................
L a c t u c a s a tiv a L .........................

r é g im e

�638

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

Langue à vache................................
Langue à vache femelle....................
Larme de Job..................................
L a n ta n a C a m a r a I.......................
—
c r o c e a Jaeq....................
—
in v o l u c r a t a L .................
L a ta n ia b o r b o n ic a Lam...............
Latanier...........................
Laug^eria r e s in o s a Vahl.................
Laurier avocat................................
laurier bord-de-mer........................
Laurier caillé...................................
Laurier canelle................................
Laurier caraïbe................................
Laurier Chypre................................
Laurier à cerise..............................
Laurier doux...................................
Laurier falaise................................
Laurier line..................... .
301,
Laurier gland.................................
Laurier gombo................................
Laurier Isabelle..............................
Laurier Isabelle rouge.......................
Laurier madame.............................
Laurier n oir.............
Laurier rose............................. 397,
Laurier rose montagne.....................
LA URINÉES...................................
Lavande..........................................
Lavande blanche.............................
Lavande grand bois.........................
Lavande rouge ................................
L a w s o n ia in e i'm is L ....................
L e b id ib ia c o r ia c e a Schlechl..........
L e c y th is g r a n d i/ lo r a Aubl............
L e e r s ia m o n a n d r a Sw..................
LÉGUMINEUSES.............................
Lem n a p a n c i c o s la la Hegelm.........
— v a ld i v i a t i a P b il..................
LENTIBU LA RIÉES..........................
Lentille sauvage..............................
L’envers femelle..............................
L’envers mâle..................................
Leo ch ilu s c o c h le a r is L in d l..............
Leonu ru s s i b i r i c u s L . ..................
L eo n o tis n e p e l æ f o l i a R. Br...........
Lépiné blanc......... .........................
Lépineux blanc................................
Lépineux jaune................................
Lépineux rouge........................ 138,
L e p ta c tin ia M a n n i i llo o k ..............
L e p id a g a th is a lo p e c u r o i d e a Willd.

352
362
434
h&gt;3
464
464
487
487
338
298
1302
304
298
389
301
300
301
304
302
303
300
302
301
302
303
608
008
297
583
580
580
581
291
231
276
504
192
484
484
380
207
568
567
600

459
460
141
141
141
140
331
424

ET

DE LA

MARTI NI QUE

TAREE

L e p id iu m I l e r i s Desc.......................
v i r g i t i i c u m L ..................
L e p t o c l i l o a f i l i f o n n i s R. et S c h .. . .
v i r g a l a P. Beauv.........

9
9
507
507

L e r y a nutans U C ..............................
Letehi....................................................
Liane à agoutis.....................................
Liane aile à ravets................................
Liane amande a m è re ...........................
Liane a m è re .........................................
Liane d’argent.......................................
Liane d’argent bâtard...........................
Liane bamboche....................................
Liane bamboche bâtard.......................
Liane barrique............. 222, 223, 256,
Lianes à barriques.......................
222,
Liane à barriques bord-de-mer............
Liane berceau.......................................
Liane bord-de-mer..............
114, 440,
Liane blanche....... 49, 141, 150, 151,
Liane blanche m ontagne......................
Liane à bœuf.........................................
Liane boudin tordu..............................
Liane brûlante........................
36, 95,
Liane b rû lée.........................................
Liane caco.............................................
Liane canot ou liane à canot................
Liane caraïbe................................ 116,
Liane à caoutchouc..............................
Liane à chasseur..................................
Liane cercle ou liane à cercle..............
Liane â chique..............................
451,
Liane à chique poilue...........................
Liane de Chine.....................................
Liane colibri m ontagne.......................
I.iane corde...................... 7, 204, 398,
Liane à corde...............................
115,
Liane à cornette....................................
Liane â couleuvre................................
Liane à courtine..........................
Liane crabe ou liane à crabes....... 151,
Liane douce...................
95, 316, 436,
Liane douce bord-de-mer.....................
Liane douce jau n e................................
Liane à eau ................................ 1, 95,
Liane à l’en cre.....................................
Liane à fa u x .........................................
Liane fer à ch e v a l................................
Liane ficelle...........................................
Liane fleurs violettes.............................
Liane l'rarnboisin......... .........................
Liane franche........................................

375
124
421
115
434
316
434
434
563
7
257
256
222
438
435
434
334
475
240
479
94
117
422
451
461
408
466
452
450
429
335
421
378
344
312
434
421
437
434
438
338
312
437
315
.‘105
438
74
476

639

DES MATI ÈRES

Liane gaufre....................................... 358
Liane gros boudin............................... 433
Liane liai lier....................................... 347
Liane â hébichet.................................. 479
Liane jaune......................................... 430
Liane à lait.......................................... 393
Liane lilas............................................ 413
Liane mangle.............................. 149, 396
Liane à malingres............................... 437
Liane molle.........................................
95
Liane noire.......................... 115, 400, 451
Liane â noyau..................................... 435
Liane ortie..........................................
41
Liane ouaou....................................... 241
Liane à paniers.................................. 421
Liane papaye.......................................
39
I.iane pâques .....................................
19
Liane patate........................................ 439
Liane Pentecôte.................................. 466
Liane perruche....................................
7
Liane à perruche................................ 328
I.iane persil.. 118, 119, 120, 138, 477, 610
Liane poilue.............................. 4, 36, 41
Liane pomme...................................... 407
Liane porcelaine................................. 401
Liane quinze jours............................
7
Liane à ravets.. . ............................... 116
Liane razier bord-de-mer.................... 440
Liane réglisse..................................... 205
Liane à réglisse.................................. 204
Liane à remède....................................
7
Liane rouge ................................. 150, 376
Liane rude........................................... 466
Liane Saint-Jean..........................
466
Liane sans fin...................................... 306
Liane savon................................... 93, 118
Liane à scie......................................... 419
Liane sèche......................................... 34/
Liane serpent...................... 359, 400, 435
Liane terre.......................................... 3r/
Liane à tonnelle.................................. 435
Liane tordue................................ H»8, 358
Liane trompette.................................. 407
Liane â vache....................................... 400
Liane violette.......................................
Liane zamande.................................... *f)9
Licaniapyri/'ohrt Griseb................. 259
—
Ternatensis Hook...............
259
L ic u a la spinosa Thunb.......... "■ •••• 49;&gt;
Lilas grimpant..................................... 413
Lilas du pays............................... *26, 127
562
L iliu m lo n g iflo ru m l'hunb..........

Lim nanthem um

I J v m b o ld li a n u m

Griseb...........
Lim nobium s t o l o n i f &amp; 'u m Griseb...
Lim n och loa p l a n t a g i n e a P. Beauv .
—
s p i r a l i s Nees............
Lim odorum p e n d u l u m Aubl.........
Lim on ia t r i f ’o l i a l a L .....................
Lin bâtard................................ 372,1
L in o c ie ra c a r ib a æ S w ..................
L ip p ia c i t r io d o r a Kth...................
—
g e m i n a t a Kth....................
—
n o d i/ lo r a Rich..................
—
r e p l a n s II. B. Kth...............
Lis blanc.........................................
Lis à bordures.................................
Lis de France..................................
Lis à l’huile....................................
Lis jaune savane..............................
Lis panaché— *...............................
Lis rouge.......................................
Lis de Saint-Joseph..........................
Lis savane............ -.........................
Lisian th u s f r i g i d u s S w ...............
Liseron bleu............................. 441,
Liseron hallier.................................
Liseron rampant..............................
Liseron rouge..................................
Liseron savane............... ......... 439,
Litchi.............................................
L ith o p h ila m u s c o id e s Sw.............
L o b e lia c i r s i i f o l i a A. UC...............
—
c li f f o r t i a n a L ....................
—
c o n g lo b a ta A. DC..............
—
/ la v e s c e n s A. DC...............
—
p e r s i c æ f o li a A. UC............
—
s t r i c t a A. D C....................
Lonch ocarpu s l a l i f o l i u s Kth........
—
s e r ic e u s Kth.........
—
v i o la c e u s Kth.......
Loran th u s a m e r i c a n u s Jacq.........
—
e t n a r g i n a lu s S w .........
—
p a r v i f l o m s Lam.........
u n i f lo r u s Jacq............
L o u rea v e s p e r t i lio n is Desv............
Lucuma D u s s i a n a Pierre...............
—
m a n i m o s a Gært...............
L u ffa a c u t a n r ju la Roxb..................
— a e g y p t i a c a Mill.....................
— c y l i n d r i c a Roxb....................
L ycop ersicu m c e r a s if o r m e Dun...
—
e s c u le n lu t n Mill....
LYTHRARIÉES..............................

I

�640

PLANTES

UE

LÀ GUADELOUPE

ET

DK

LA

MARTI NI QUE

TABLE
M apou

M
14
Mabouia .........................................
44
Mabouia falaise................................
Mabouge................................... 13, 503
Macatta...................................... 247, 248

247, 248
Macatta jaune.................................. 230
Macatta bourse...........................

M achæ rina r e s tio id e s Vahl........... 549
M a clu ra x a n t h o x y l o i d e s Endl........ 459
Madère.......................................... 482
Madère bâtard................................. 482
57
Magloire.........................................
57
Magloire blanc.................................
2
M agn olia g r a n d if lo r a S w ................
2
—
P l u m i e r i S w ..................
2
MAGNOLIACÉES............ a .............
Mahogani du Sénégal....................... 130
Mahot anglais.................................. 428
84
Mahot baba.....................................
Mahot blanc.................................... 449
Mahot bord-de-mer.......................... 448
Mahot bré....................................... 446
89
Mahot cousin...................................
Mahot cousin rouge.........................
89
Mahot fin....................................... 447
Mahot franc..................... ..............
79
Mahot gombo...................................
72
Mahot jaune....................................
79
Mahot mangle.................................
72
Mahot noir.......................... 87, 447, 448
Mahot piment................................... 297
Mahot pimenté................................. 297
Maïs.............................................. 434
M a la ch ra a l c i f o l i a Jacq...............
70
—
c a p it a t a L ....................
69
—
f a s c i a t a Jacq............... .
70
Maladrièrc...................................... 334
Malanga.......................................... -480
Malanga bâtard........................ 480, 481
Malanga cochon........................ 480, 484
Malanga d'eau................................. 478
Malanga gratter.............................. 478
Malanga poison................................ -480
Malanga rivière................................ 478
Malanga sauvage.............................. 481
M A L A X ID É E S .......................... 588
Mâle codinde...................................
34
Mâle foin........................................ 503
Malimbé................................... 477, 478

lélé.....................................

Mapou n o ir ........................................

Mal nommée.........................................
48
Mal nommée fine..................................
43
Mal nommée verte................................
42
Maloko...................................................
12
M a l p i g h i a angustifolia L ................ 113
corrigera L ..................... 114
—
glabra Cav...................... 113
punici folia L .................. 113
«ren s L ........................... 413
M ÀLPIG IIIAC É E S................................
110
M a l v a aniet'icana L ...........................
63
—
coromandéliana Sw ..............
63
—
polystachya Cav....................
62
MALVACÉES.........................................
62
M a l v a s t r u m spicatum Griseb.........
62
—
tricuspidalum As. Gr.
63
Mamain..................................................
3
M a m m e a americana L ....................
102
—
h um ilisV ahl...................... 102
Mancenillier...................................... 37, 38
M andarine.............................................
132
M a n e t t a calycosa Griseb.................. 334
M a n g i f e r a indica L .........................
187
Mangle...................................................
222
Mangle blanc......................................... 275
Mangle b ois........................................... 295
Mangle chandelle..........................
292, 293
Mangle g r is ........................................... 295
Mangle m éd aille........................... 221, 222
Mangle montagne..................................
99
Mangle n o ire ......................................... 292
Mangle r o u g e ....................... 292, 293 , 295
Mangle oseille.......................................
123
M a n i h o t A ip i P o h l...........................
28
—
palmata MüU.....................
28
—
utilissima P o h l..................
28
Manioc a m e r.........................................
28
Manioc bâtard.......................................
28
Manioc brûlant.....................................
28
Manioc doux............................
29
Manioc la chapelle................................
242
M aniolia................................................
2
M anguier..............................................
4^7
M a n is u r is granularis S w ................ 597
Mapou baril........................................... 445
Mapou blanc.................................. 322, 4.45
Mapou grand bois.................................. 440
Mapou grand’feuille..............................
447

DES MATIERES

446

337 , 338

Mapou p u a n t ..............................................

450

Mapou r i v i è r e ............................................

445

Mapou r o u g e ..............................................

445

Arg.......
Aubl..................

346
584

A r o u m a J acq........................

584

M a p o u r i a h e r b a c e a M idi.
M a r a n t a A llo u ia

L ...............

585

indica T u s s .........................
juncea L a m ..........................
lutea L a m ..............................

585

p e t io la t a R u d g e ..................

584

a &gt; 'u n d in a c e a

z e b r in a

Sims..................

M A R A N T É E S ....................................
M a r c g r a a v i a s p i c if lo r a

—

Rich.......
L.........

u m b c lla t a

584
584

586
583
105
406

MARCGRAAVIACÉES........................... 404
Marjolaine............................................. 461
Marguerite.............................................
54
Marguerite blanche................................
55
Marguerite bord-de-mer........................ 372
Marie-Gougeat....................................... 342
Marie-honte........................................... 245
Marie-l’hôpital........................................
33
Marie-périne..........................................
49
M a r ic a p lic a la Curt.......................... 568
M a r ila racem osa Sw.......................... 407
M a riscu s flavus Vahl........................ 542
ru fus H. B. K th .............. 542
M a r lie ria D ussii Kr. et U rb.......... 267
—
g lo m e ra ta Berg................ 267
M arlie rio p sis E g g e rs ii Iviersk....... 263
M arsd en ia e llip tica Dcne.................. 400
M a rsy p ia n th es h yptoides Mart. .. 455
M a rtin e z ia co ra llin a Mart.............. 490
—
ca ry otæ folia Lam....... 495
—
tru n ca ta Brongn..........
495
M a r ty n ia d ia n d ra Glox................... 433
Matricaire............................................ 365
Matricaire bord-de-mer...................... 373
Matricaire savane................................. 373
Mauressif ou Mauricif......................... 414
Mauv«...................................... 67, 86, 87
Mauve d Amérique...............................
62
Mauve savane............................................. 63
Mavisou................................................ 463
M a x im ilia n a regia Mart................. 495
M a y e p e a D ussii Kr. et Urb............ 391
M ay ten u s e llip tic a Kr. et U rb....... 445
guyanensis Griseb......... 446
Médecinier barrière.............................
27
Dr?* —

P la n t e s G u a d e lou p e e t M a r t in iq u e .

641

Médecinier bâtard...........................
Médecinier béni..................
Médecinier blanc.............................
Médecinier à feuilles de guitare..........
Médecinier à feuillesde violon . ..
.
Médecinier purgatif...............
Médecinier rouge..................... .. .
M elam podium p e r f o l i a t u m H. B.
et Kth................
M ela n th era d e lt o i d e a Mich...........
Môle...............................................
M elia A z e d a r a c h L .......................
— s e m p e r v i r e n s Sw..................
MÉLIACÉES...................................
M elicocca b i ju g a 1.......................
M eliosm a H e r b e r t i i Ko IL.............
P a r d o n i Kr. et Urb.. . . .
M elocactu s c o m m u a i s Link et Otto.
Mélisse à bouton..............................
Mélisse â tète...................................
M eloch ia n o d i/ lo r a Sw.................
p y r a m i d a t a L ...............
—
t o m e n t o s a L ..................
Mélongène................................
Mélogène bâtard........................
Mélogène diable........................
Mélogène diable bord-de-mer.
Mélongène de Guinée................
Mélongène liane bâtard.............
Mélongène liane razier.............
Mélongène piquant...................
Mélongène razier.....................
M e l o t h r i a g u a d a lu p e n s i s Cogn
—
p e r v a g a Griseb ....

25
27
27
26
26
20
25
363
367
286
426
426
426
423
426
425
316
455
456
87
86
86
415
444
415
404
445
443
414

309
309

7
464
376
Menthe glaciale........................
Menthe poivrée................................ 464
Merisier. 448,263, 264,266,269,270, 271,272
Merisier bois. . . .............................. 273
Merisier hois petite feuille................. 264
Merisier montagne........................... 264
Merisier noir................................... 268
Merisier petite feuille....................... 269
M e t r o x y l o n v i n i f e m n i Rottb......... 490
M e y e n i a a lb a Mort....................... -430
—
e r e c t a Benth..................
430
Mibi............................................... 115
Mibi bord-de-mer........................... 414
Mibi falaise...................................... 115
M i c o n i a a m b ig u a UC.................... 282
—
c o lt i n a DC.......................
282
11

MÉNISPERMÉBS......................

M e n t h a p i p e r i t a I..................

�()42

PLANTES

DB

LA GUADELOUPE

282
M ic o n ia coriacea DC.
280
—
discolor DC..
283
—
furfuracea Griseb....
282
—
globulifera Cham.......
281
—
Guyanensis Cogn.. . . .
284
—
inipetiolaris Don---281
—
lævigata DC............
282
*
—
prasina D C ...............
284
—
striata C ogu............
282
—
tetrancira N au d .......
284
—
tricholonxa C ogn---590
M ic r o s t y lis spicata L in d l..
49
M ic r o t e a debilis S\v..............
522
M iliu m digitarium S\v..........
463
M ille-fleurs...............................
335, 336
Mille-graines...............................
596
Mille-pattes.................................
379
Millet..........................................
246
M im o s a asperala L ................
—
camporum Benth .. .
245
—
casta L .....................
247
—
ceratonia L ..............
247
—
glauca L ...................
254
—
laurina L ..................
—
muricata W illd. — add... 612
—
nudiflom Willd. — add---- 612
—
pudica L .............................. 244
—
unguis-cali L ...................... 254
M I M O S É E S ..................................... 241
M im u s o p s Elengi L ......................... 387
—
Riedleana P ie r r e ........... 387
59
M i r a b i l i s dichotoma I......................
59
—
Jalapa L ..........................
Mirobolan............................................. 305
Mirobolan bâtard............................ 84, 305
M is a n t e c a triandra Mez.................. 304
M it h r a n t h e s Eggersii Niedenzu.... ‘263
M i t r e o l a peliolata Torr. et G ray.. . . 335
M it r o s p o r a polycephala Nees......... 551
M o g ip h a n e s Jacquini Sch rad........
56
M o m o r d ic a Charantia L ................ 1307
M onbin................................................. 185
Monbin rouge........................................
186

.N10 N OCOT YLÉDONES...........

471

M o n s t e r a pertusa Griseb.................
M o n t r i c h a r d i a aculeata C ru eg... .
—
arborescent Schott.
Mon val..................................................
M o r a e a plicala Sw............................
M o r i n g a pleriyosperma Gaerl.........
M o r in d a cilrifolia L ........................
—
macraphylla Desf..............

476
478
478
247
568
12
346
346

PT

DF.

LA

MARTI NI QUE

M o r i s o n i a americana L ..................
14
M o r o n o b e a coccinea Aubl................
101
Mort aux cabrits.................................... 378
Mort aux poissons.................................. 195
Mort aux vaches.................................... 378
M o r u s nigra I&gt;.................................... 180
M o u r i r i a Domingensis W a lp ..........
286
Mouron.................... 45, 75, 141, 173, 192
Mouron blanc.................................... 45, 46
Mouron grand bois................................ 172
Mouron grand’feuille.............................
172
Mouron sauvage.................................... 174
Mouron vivace....................................... 170
Moutarde................................................
10
Moutarde du pays..................................
380
Moutarde sauvage..................................
10
Mouzambé blanc....................................
33
Mouzambé à fleura blanches................
Il
Mouzarnbé à fleurs roses.......................
11
Mouzambé jaune....................................
12
Mouzambé à six feu illes.......................
11
Mouzambé zépineux...............................
11
M u c u n a altissima 1)C....................... 217
—
pruriens D C ....................... 211
—
urens D C ............................. 211
M u h le n b e c k ia platyclada L in d l. . . 169
Muguet...................................................
443
Muguet bleu........................................... 460
Muguet jaune......................................... 409
Muguet montagne.................................. 402
Muguet savane........................................ 401
Multipliant............................................. 155
Mûrier n o ir ...........................................
160
Mûrier du pays.....................................
159
M u r r a y a exotica L ........................... 132
M u s a Cavendishii L am ................ •.. 578
—
coccinea And r ........................... 578
—
paradisiaca L ........................... 578
—
rosea Jacq................................. 578
—
sapienlum L ............................. 578
—
superba R o x b ........................... 579
—
textilis N ees.............................. 578
MUSACÉES........................................... 578
Muscade.............................................. • 300
Muscadier..............................................
6
Muscadier bois....................................... 267
Muscadier bois d o u x ............................. 310
Muscadier fo u .......................................
6
Muscadier porte-suif............................
6
M u s æ e n d a frondosa L ...................
331
M y g i n d a lalifolia S w .......................
148
—
pallens S w ......................... 147

TABLF DES MATIÈRES
M y g i n d a Rhacoma Sw....................
MYOPORINÉES...................................
M y r c i a bcrberis DC..........................
—
deflexa DC...........................
—
divaricata Griseb.................
—
dumosa Kr. et Urb...............
—
edulis Kr. et U rb .................
—
ferruginca Berg...................
—
leptoclada DC.......................
—
martinicensis Kr. et Urb
—
paniculata Kr. et U r b .........
—
splendens DC........................
M y r i s t i c a fatua S w ........................
—
fragrans Houtt................

643

M y r i s t i c a moscliata Thunb............
M y r o b o la n u s lulea M acf................
M j r o d ia lurbinala L .......................
M y r o x y l o n buxi folium Kr. et Urb..
—
martinicense Kr. et Urb.
M y r s i n e coriacea R. Br....................
—
floribunda R. B r ..............
—
læta A. D C .........................
MYRSINÉES........................................
MYRTACÉES........................................
Myrte de France...................................
Myrtille.................................................
Myrtille du pays...................................
M y r t u s commuais L ........................

147
471
205
266
265
264
264
266
264
265
263
265

6
6

6

185
82
16
16
381
382
381
381
261
276
144
145
276

N
NAJADÉES...........................................
N a m a jamaicensis L ........................
N a s t u r t iu m officinale R. B r...........
Navet de Jérusalem......................
325,
N e c t a n d r a Antillana Meiss............
—
coriacea Griseb..............
—
Dominicana Mez...........
—
membranacea Griseb...
—
patens Griseb................
Néflier des bois....................................
Néflier des Indes.................................
Néflier du Mexique...............................
Ne m’oublie pas...................................
N É O T T I É E S ...................................
N e p h e liu m Litchi L ........................
N e p s e r a aquatica Naud...................
N e p t u n i a plena Benth......................
N e r i u m Oleander L ..........................

472

444
10
306
300
301
300
301
301
128
340
287
406
602
124
287
243
397

N e u r o læ n a lobala R. B r..................
N i c o t i a n a Tabacum L .....................
N i s s o l i a pinnala A u b l.....................
Noisette des Grands-Fonds..................
Noisette purgative.................................
Noix d’acajou...............................
189,
Noix de Bancoul...................................
Noix des Moluques...............................
Noix de Saint-Domingue.....................
Nopal....................................................
N o p a l e a coccinellifera Solms. Dyck.
N o r a n t e a guyanensis Aubl..............
N oyau ...................................................
Noyau de F ran ce.................................
N YC TA G IN É E S...................................
N y c t a g o arbor-lristis L ...................
N y m p h a e a ampla L ........................
NYMPHÆCÉES .................................

375
409
226
30
26
190
30
30
30
318
318
106
141
260
59
392

Œil de bourrique.................................
Œil de chat................................... 228,
Œil du C hrist.......................................
Œil de crabe........................................
O g i e r a ruderalis Griseb...................
O ig n on .................................................
Oignon de lis ........................................
OLACINÉES..........................................
O ld e n la n d ia corymbosa L ..............
—
Halei Chap.................
—
herbacea DC................
OLÉINÉES............................................
O livier.....................................................

216
229
260
420
363
557
559
326
335
335
335
391
111

8
8

O
OCHNACÉES........................................
O c h r o m a Lagopus S w .....................
O c im u m Basilicum L .......................
—
gratissimum 1....................
—
micranthum W illd ............
O c o t e a cernua M ez............................
—
Egersii M e z..........................
—
falcata Mez............... ...........
—
Jacquiniana Mez...................
—
martinicensis Mez................
O c t o m e r ia graminifolia R. Br . . . .
Œil de bœuf..........................................
Œil bourrique......................................

104
81
454
554
454
302
302
303
303
302
589
372
217

�644

PLANTES

DP.

I.A

GUADELOUPE

Olivier bâtard............................... 383,
Olivier bord-de-mer..............
1-4. 295,
Olivier de m ontagne............................
Oliviei' du pays.....................................
O l y r a latifolia L ...............................
—
pauciflora S w .........................
OMBELLIFÉRES...................................
O m p h a le a diandra L ..........................
ONAGRAR1ÊES......................................
O n c id iu m altissimum S\v..................
Cebolleta S w ...................
—
luridum Lindl.......... .. .
Papilio L in d l..................
letrapetalum W illd .........
—
variegatum Sw................
O n k o b a spinosa Forst......................
O P H R I D É E S ...................................
O p lis m e n u s africanus P. Beauv.. . .
—
composilus P. Beauv ..
—
loliaceus Spreng..........
—
setarius Roern. et
Schult.......................
O p u n tia coccinellifera M ill...............
—
spinosissima M i l l ..............
Tuna M ill.............................
Orange des b o is ......................................
Orange douce.........................................
Orange macaque.....................................
ORCHIDÉES.........................................
Orégine.................................................
Oreille mouton.......................................
Oreille mouton lo n g ...............................
O r e lia grandiflora V ah l......................
O r e o d a p h n e cermui Mez....................
—
Martinicensis Mez.......

471
471
145
471
504
505
323
39
291
599
599
000
000
598
598
607
514
514
514
514
318
318
318
131
131
132
588
376
350
393
393
302
302

PT

DH

LA

M A RTINIQ U E

O r e o d o x a oleracea Mart...................
O r é o p a n a x capitatum Doue, et
P lanch.......................
Dussii Kr. et U r b .........
O r ig a n u m Majorana L ..................
Orme du p ays..............................
152,
O r m o s ia dasgcarpa Jacks.................
O r n it h id iu m coccineum Salisb.......
O r t h o c la d a rariflora N ees..............
O r t h o p o g o n loliaceus R. B r............
setarius R. Br..............
Ortie bâtard...........................................
Ortie des bois................................
163,
Ortie brûlante............................... 160,
Ortie grande...........................................
17Ortie mon lag n e.....................................
Ortie ro u g e ...........................................
Ortie savane...........................................
O r y z a saliva L ....................................
O R Y Z É E S .........................................
Oseille b âtard.......................................
Oseille bois.................................... 320,
Oseille bois jaune..................................
Oseille m arronne......................... . . . .
Oseille marronne des b ois....................
Oseille sauvage......................................
Ouabé............................................
O X A LID É E S .........................................
O x a l i s Barrelieri J a c q ......................
—
corniculata L .........................
frutescens L ...........................
—
Martiana Z u c .......................
O x a n d r a laurifolia R ic h .................
O x y a n t h u s longiflorus L a m ...........
O x y t h e c e Hahnianum P ie r r e .........

P a c h i r a aquatica Aubl........................
86
—
grandiflora Tuss...................
80
P a c h y r h i z u s angulatus R ich ......... 211
P a c h y s t a c h y s coccinea N ees......... 425
P aille-m are............................................ 550
Palétuvier...............................................
221
Palétuvier grand bois.............................. 100
Palétuvier gris......................................... 295
Palétuvier jau n e.....................................
lOl
Palétuvier montagne............................
99
Palétuvier rouge................... 292, 293, 295
P a l i c o u r e a crocea DC.......................
345
—
Pavetta DC...................... 345

TABLE

487
321
322
461
153
225
596
501
514
514
164
166
161
162
162
162
164
504
504
134
321
135
134
134
134
39
133
134
134
134
133
5
331
387

Palissade à Jacques................................
280
Palrna-Christi...........................................
31
P A L M IE R S ............................................. 486
Palm ier à balai..............................
486,487
Palmier dindé....................................... 489
Palmier g rig ri.......................................
490
Palmier de Guinée................................
494
Palmier à l’huile.................................... 494
Palmier sagou................... : .................
490
Palmiste franc.......................................
487
P a n a x cochleatum DC....................... 323
—
fi'uticosum L ............
323
—
Morototoni A u b l..................... 322

P a n c r a t i u m amœnum Salisb.........
—
caribæum L ..............
declinatum Jacq.........
P A N D A N É E S ...................... ..........
P a n d a n u s odoratissimus L ..............
—
utilis Bory.......................
Pain de singe........................................
P a n ic u m amplexicaule Rudge........
arborescens Sieb...............
—
arund inaceum Sw............
bambusoides Hainilt.........
barb inode T rin .................
brevifolium L ...................
cayennense Lam...............
—
colonum L ........................
—
compactant Sw.................
—
crus-galli L ......................
—
Dallorii Parlai...................
—
diffusum S w .....................
—
dispetmium Lam ..............
—
distïchum Lam..................
divaricatum L .................
Duchassaingii Steud........
—
flavescens S w ...................
frumentaceum R o x b .......
—
fuscum Sw........................
Guadalupense Steud.........
grossarium L ...................
—
insularmn Steud..............
jumentorum P a r s ............
lanatum Rotlb..................
leucophæum K th;............
maximum J acq................
—
molle S w ................. . ..
—
nemorosum S w ................
—
pallens S w ........................
—
palm ifolium P o i r ...........
—
paspaloides Pers..............
—
pilosum S w .......................
—
plicatum ( hailiense) Kth..
—
procumbens Nees........
proslratum Lam ...............
pseudocolonum R o th .......
—
Tpulchellum Radd..............
—
rivulare T r in ...............
—
sanguinale T r in ..........
sarmentosum Roxb..........
—
Sloanei Griseb.............
truncalum T rin ................
—
umbrosum G riseb.......
PAPAVÉRACÉES.................................
PAPAYACÉES......................................

DES

.559
.559
559
485
485
485
89
523
521
523
521
518
522
519
515
521
515
515
518
523
519
521
522
517
516
516

515
516
516
519
522
522
519
518
520
520
517
514
519
517
515
515
515
520
518
522
518
521
514
515

8
310

MATIERES

645

Papayer................................................ 310
P A PILIO N A C É E S............................... 192
Papillon végétal............................ 599, 600
P A P P O P H O H É E S ........................ 506
P a p p o p h o r u m alopecuroideum
Vahl.................
506
—
laguroideum Scln ad. 506
P a r d a n t h u s sinensis Van-Houtte... 5(58
P a r i t i u m tiliaceum Ad Juss..........
79
P a r k l n s o n i a aculeata L ................. 227
P a r t h e n iu m hysterophorum L ....... 365
P a s p a lu m cilialum Lam .................
509
—
compressum Nees.......... 509
—
conjugalum Berg............ 509
—
distichum L ................... 510
fim brialum Kth.............. 511
glabrum Poir.................. 511
—
Guadalupense Steud....... 509
notatum Flügg................ 510
paniculatum L ................ 512
—
platycaule Poir............... 509
plicatulum Mich.............. 511
pusillum Vent................. 510
—
saccharoides N e e s .......... 512
—
setaceum M ich................ 511
undulalum P o ir.............. 511
virgatum L ..................... 512
Passe-pierre.......................................... 438
P a s s i f l o r a capsularis L k ................. 312
—
fœtida L ........................ 313
hederacea C av................ 311
laurifolia L ..................... 312
maliformis L .................. 312
—
minima L ....................... 311
Murucuja L ..................... 314
—
peltata C a v ..................... 312
—
rotundifolia L ................. 312
rubra L ............................ 312
—
quadrangularis L .......... 313
—
serrata L ........................ 313
—
suberosa L ....................... 311
PASSIFLORE ES................................... 311
Patagon.................................................
60
Pa lagon rou g e................................. 60, 61
Patate hàtard........................................ 436
Patate cochon......................................
211
Patate douce.......................................... 436
Patate grand b ois.................................
439
Patate macaque..................................... 424
Patate marronne................................... 436
Patate sauvage.............................. 436, 437
Pâte d’arnande..................................... 436

�646

PLANTES

DK

LA

GUADELOUPE

DE

LA

TABLE

M ARTINIQ U E

Petit café bois..................
............. 327
Petit café marron............
............. 343
Petit calum et..................
Petit chiendent................
............. 509
Petit citronnier................
............
149
Petit coco.......................
92, 330, 494, 558
Petit concombre..............
............. 309
Petit concombre hallier ..
............. 309
Petit cornichon................
............
309
Petit cré c ré ......................
........... 282
............ 497
Petit curage....................
Petit épinard....................
.............
58
Petit figuier blanc............
............
287
Petit fiambovant..............
............
239
Petit fo lle t.......................
............
402
Petit goyavier bâtard m ontagne........... 265
Petit haricot....................
............. 214
Petit lis blanc..................
. . . 561, 562
Petit lis rose...................
............. 562
Petit liseron.....................
............. 439
Petit m adère................
............
482
Petit merisier..................
147, 148, 265
Petit m ibi.......................
Petit m ille t.....................
380, 527, 528
Petit mouron..................
............
170
Petit o r m e .....................
............. 152
Petit pain d ou x..............
.............. 353
Petit pied de poule.........
Petit p ois.......................
............. 209
Petit réso lu ....................
............. 334
Petit romarin..................
.............. 323
Petit roseau....................
............. 527
Petit safran.....................
Petit teigne.....................
Petit teigne blanc..........
............. 161
Petit thym à la p in .........
Petit trèlle.....................
199, 201, 202
Petite amourette............
.............. 245
Petite avoin e..................
Petite diotine..................
Petite gironflée..............
Petite feuille des hauts..
.............. 265
Petite herbe grasse.........
.............. 497
Petite liane blanche.......
.............. 439
Petite marguerite...........
Petite marguerite jaun e.
.............. 372
Petite ortie.....................
..............
163
Petite o s e ille ..................
..............
134
Petite oseille savane.......
..............
134
Petite p a lm e..................
..............
609
Petite patate savane.......
..............
437
Petite queue de renard ..
..............
524
OO

Patte à cheval................................ 566
P a v o n i a nemoralis St. H i l ..............
73
—
racemosa S\v.......................
7*2
—
rosea Schlect.......................
73
—
spicaJa C a v .........................
72
—
spinifex C a v .......................
72
P e c t i s carthusianorum Less............
372
—
humifusa S\v......................... 372
—
linifolia L .............................. 371
—
punctata Jacq........................ 371
P e d ila n t h u s Hthymaloides Poir ...
41
P e n t a c le t h r a filamentosa Benth... 243
P e i r e s c i a aculeala M ill............. 319
—
grandiflora H a w ............ 319
P é la r g o n iu m zonale L ..............
133
Peltau............................................ 484
P e n n is e tu m setosum R ic h ........ 525
Pensée c réo le................................ 420
P e n t a r h a p h ia longiflora L in d l.... 430
P e n t a s carnea Benth.................. 334
P e p e r o m ia acuminata L .................. 171
—
Balbisii Dalilstad........... 174
—
bracliciflora DC............
173
emarginella S w ............ 170
—
exilis G riseb.................. 170
—
glabella D ie tr................ 172
—
hernandifolia Dietr....... 172
magnolifolia Dietr......... 173
nummularifolia K th.. . . 169
—
pellucxda K th ................ 171
—
rotundifolia Kth............ 170
P e p e r o m ia lenella D ietr..................
170
—
trifolia D ie tr................ 174
P e r s e a gxatissima L .................. 298
Persil............................................. 325
Persil bâtard.................................
117,368
Persil n o ir ..................................... 119
Peste à p o u ........................................... 302
Petit acacia............................................ 244
Petit œ il................................................ 557
Petit ananas sauvage............................. 574
Petit balai......................................... 89, 90
Petit balai poileux.................................
90
Petit balai savane.................................
*236
Petit balisier......................................... 580
Petit bam bou....................... 517, 521, 523
Petit basilic........................................... -454
Petit baume..........................................
464
Petit bois de f e r ...................................
93
Petit bouis............................................ 383
Petit cachiman des b ois.......................
4
Petit c a fé .............................................. 122

ET

DES MATIÈRES

Petite siguine...............................
172, 447
Petite teigne............................................
162
Petite teigne blanche............................ 161
Petite véronique...................
404, 405, 443
Petite verveine.....................
452, 453, 463
Petite verveine queue de r a t................ 462
Petite violette...............................
290, 405
P e t i v e r i a alliacea L ...........................
50
P e t r s e a volubilis L ............................
466
P e t r o s e lin u m sativum H olïm ......... 325
P H A L A R I D É E S ............................ 504
P h a r u s glaber H. B. K th ...................
505
—
latifolius L ............................ 505
—
ovalifolius Ham ilt................ 505
—
scaber H. B. K th ... ............ 505
P h a s e o lu s adenanthus M ey............ 214
—
amœnus Macf .............. 214
—
latisdiquus Macf............ 213
—
lunatus L .............
213
—
nanus L .......................... 214
—
rostratus W illd .............. 214
—
saccliaratus M a c f.......... 213
—
semierectus L ............
214
—
Surinamensis M iq .......
214
—
Truxilletisis Kth............ 214
P h e n a x vulgaris W edd......................
164
P h ilo d e n d r o n ilispar Schott.......... 479
—
giganteum Schott.... 479
—
hederaceutn Schott.. 479
—
Karstenianum Schott 479
P h i l o x e r u s vermicularis R. B r ___
56
P h lo m is caribæa Jacq........................
-459
—
martinicensis Sw................. 459
P h æ b e elongala N ee s ......................... 298
P h œ n i x dactylifera L ....................... 495
—
reclinata Jacq....................... 495
—
silvestris Roxb....................... 4%
P h o r a d e n d r o n hexastichum Griseb. 228
—
Martinicen.se Griseb. 228
—
trinervium Griseb.. 228
P h r a g m i t e s Martinicensis T rin ---- 500
P h y l l a n t h u s Brasiliensis Midi. Arg.
22
—
Carolinensis W a lt.. . .
23
—
Conand S w ........
22
—
epiphyllanthus L ....
25
—
falcatus S w ........
25
—
lalhyroides H. B. Kth.
23
—
mimosoides L ....
22
N iru ri L .............
23
nivosus llo i'l.............. - 25
—
ovatus P oir.........
22
—
piscatomm K th .....
22

647

P h y lla n t h u s rosen-pictus Mort . ..
—
ur inaria L ..................
PH YLLOCORYNÉES...........................
P h y s a l i s angulata L .......................
—
fætens Poir........... ............
P h y s u r u s hirlcllus Lin d l.................
planlagineus Lindl.........
P h y t o l a c c a icoaandra L ................
PHYTOLACCÉES.................................
Picanier fem elle...................................
Picanier jaune......................................
Picanier m âle......................................
P ic r æ n a excelsa Lindl....................
P i c r a m n i a micranlha T u l..............
—
pentandra Sw...............
Pied de p ou le......................................
Pied poule falaise.................................
Pied poule rnâle...................................
Pied de poule de Saint-Domingue.......
P i l e a chamædrys W jlld ...................
— cdiaris Wedd . ......................
—
microphylla Liebrn.................
P i l o c a r p u s racemosus Vahl............
Piment bonda Madame Jacques..........
Piment cabresse...................................
Piment caraïbe.....................................
Piment c e rise......................................
Piment doux........................................
Piment enragé......................................
Piment à g rives...................................
Piment moka...................................
Piment oiseau......................................
Piment poivre......................................
Piment ro n d ........................................
Piment rouge........................................
Piment vach e.......................................
Piment z’indien....................................
Piment zoiseau.....................................
Pim enté...............................................
Pimprenelle..........................................
P in z o n a calineoides Eichl................
Pipe végétale............................... . . . .
P i p e r æquale Vahl............................
—
Betle L ................. ...................
—
Decumanum W illd .................
—
dilatatum Rchh.......................
—
ceanothifolium 11. B Kth.......
—
citri folium Lam .......................
—
birsulum Sw............................
—
incurvum Sieb.........................
—
macrophyllum H. B. K th .......
—
medium Jacq..........................

25

23
48
411
411
606
605
49
48

143
142
142
508
532
526
507
163
162
161
138
412
411
411
412
412
411
412
412
411
412

411
412
164
412
411
289
327

1
315
178
17'. i
175
176
177
178
176
177
176
177

�648

TATJLE

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

P i p e r nigrum L ................................... 179
—
peUatum L ................................ 175
—
reticulalum L ............................
175
—
smilacifolium H. B. K lli.......... 173
—
tuberculaium H. B. Klh..........
178
PIPÉRACÊES.........................................
189
P i r i q u e t a cistoides G.F. W . M e y ... 314
P i s c i d i a Erythrina l .......................... 220
P i s o n ia aculeata L ...............................
61
—
obtusata S w ...........................
62
—
subcordata L;..........................
61
—
suborbiculata Heinsl..........
62
Pistache..................................................
203
Pistache bâtait.......................................
193
Pistache vraie......................................... 203
P i s t i a occidenlalis B lu m .................... 483
— slratioles L ................................ 483
P i t c a i r n i a bracteata D r y .................. 571
lalifolia R e d .................... 571
penduliflora A. R ic h .. . . 571
—
ramosa J acq.................... 572
—
sulfurea A n d r.................. 511
P ith e c o lo b iu m micradenium
Benlh..................... 254
unguis-cali Benth.. 251
PLANTAGINÉES...................................
379
P la n t a g o lanceolata L .......................
380
—
major L ............................. 379
—
virginica L ......................... 379
Plantain d'eau....................................... 472
P l e u r o t h a llis aristala Hook........... 588
—
ruscifolia R. B r ....... 588
P lu c h e a odorata Cass......................... 361
—
puipurascens D C ................ 362
P lu m b a g o capensis Thunb................
380
coccinea Salisb................ 380
—
scandens L ....................... 380
Plumet d’officier.....................................
425
P l u m i e r a alba L ................................ 393
—
pudica Jacq......................... 396
—
rubra L .............................. 396
P O A C É E S ......................................... 499
Poe..........................................................
411
P o d o c a r p u s Purdicanus Hook....... 608
—
salicifolius K l ............. 608
P o g o s t e m o n Patchouly Pellet......... 461
P o i n c ia n a regia B oj........................... 230
P o i n s e t t i a pulcherrima Graham . . .
45
Poireau...................................................
557
Poirier................................................... 420
Poirier du pays.......................................
419
Pois bâtard................................... 207, 208

Pois bâtard razier.................................
210
Pois bâtard savane................................ 209
Pois bois ou pois de b ois.......................
206
Pois bord-de-m er.................................... 215
Pois boureoussou.................................... 213
Pois cabrit............................................... 215
Pois carre................................
Pois casse-canari.................................... 212
Pois chicane............................................. 212
Pois chique .... ......................................... 212
Pois chouche...........................................
213
Pois colibri............................................... 209
Pois con tour...........................................
213
Pois Coolis............................................... 213
Pois doux bâtard...................................... 253
Pois doux blanc.......................................
255
Pois doux g ris.........................................
256
Pois doux m a rro n ..................................
214
Pois doux montagne.....................
255, 256
Pois doux poilu........................................ 256
Pois énivrant...........................................
209
Pois fic elle ............................................... 212
Pois goganne...........................................
215
Pois à gratter........................................... 216
Pois halliers..........................
205, 207, 208
Pois haricot............................................. 214
Pois haricot s a b re .................................. 216
Pois indien...................................... 212,266
Pois lisière............................................... 206
Pois lo n g ................................................. 213
Pois Makendal......................................... 216
Pois mare.................................................
197
Pois marron............................................. 207
Pois marron savan e............................... 209
Pois patate............................................... 211
Pois pigeon...................................... .. 212
Pois poison..............................................
214
Pois puant............................................... 235
Pois rigo ise ............................................. 212
Pois rouge bâtard.................................... 210
Pois de Sainte-Catherine........................ 213
Pois de Saint-Martin............................... 213
Pois savane...................................... 193,210
Pois sauvage.................................... 208,209
Pois s avon ............................................... 213
Pois d’ün son........................................... 213
Pois sucré................................................ 205
Pois en tout temps..................................
213
Pois ouaoua............................................. 215
Pois zoiseau.........................
195, 205, 209
Pois zombi............................
192, 193, 211
Pois à zo m b i.........................................
193

212

DES MATIERES

649

Porreau ............................................... 557
Pois à zombi ja u n e .............................. 193
P o r t u l a c a crassicaulin Jacq............
46
Poivrier................................................. 179
—
halimoides L .................
47
Poivrier aromatique............................. 179
oleracea L ......................
47
Poivrier bâtard............................
170, 177
—
paniculala Jacq..............
46
Poivrier des Indiens............................ 179
pilosa L ..........................
47
Poivrier v r a i....... ...................................
179
P o s o q u e r ia lalifolia Roem. et
P o l y a n t h e s tuberosa L ................... 562
Schult....................... ,‘100
P o l a n i s i a viscosa D C ..........................
12
palustris Mart.............. 300
P o l y b æ a corensis K l...........................
35
P o t a m o g e t o n fluitam Roth............
472
P o l y g a l a angmtifolia K t h ..............
18
P o t h o s cordata L .............................
475
paniculala L .....................
18
P otiron ................................................ 310
P O L Y G A L É E S .....................................
18
336
POLYGONÉES........................................ 164 Poudre à vers.......................................
P o l y g o n u m acre K t h ....................
165Pourpier............................................... 136
Pourpier bâtard...................
136, 171, 172
—
acuminatum K th ......... 165
P o l y s c i a s pinnata Lam ..................... 323 Pourpier bois........................................ 172
P o l y s t a c h y a luleola Hook................ 597 Pourpier bord-de-mer................. 136, 166
Pourpier jaune....................................
136
Pomme d’acajou..........................
189, 190
P r e313
s c o t t i a myosurus Reichb. (ils ... 604
Pomme à agouti..
myurus G. Reichb......... 604
Pomme Cooli.......................................... 307
—
stacfiyoides L in d l.......... 603
Pomme Cythère..................................... 186
Pripri....................................................
81
Pomme d 'H a ïti.............................
274
Pomme hallier bâtard............................ 309 P r i v a echinata Juss.......................... 461
16
Pomme de Java...................................... 275 P r o o k i a crucis L ...............................
385
Pomme jard in ........................................ 317 P ru n e..................................................
Pomme z'Indien..................................... 307 Prune des b ois..................................... 271
Pomme liane.......................................... 312 Prune bord-de-mer . . . . 146,147, 326, 378
Prune café............................................ 112
Pomme liane bâtard..................... 311, 312
Pomme liane collant.............................. 314 Prune de Chili...................................... 187
Prune de Chine....................................
15
Pomme liane de la Guadeloupe..........
313
Prune épine.......................................... 326
Pomme liane hallier....... ............
311,314
Prune d’Espagne.......................... 186, 189
Pomme liane manicou . ..................... 313
Prune Monbin......................................
185
Pomme liane rouge h a llier................. 312
Prune Myrobolan................................. 185
Pomme liane zoiseau............................ 311
Prune Pacôme......................................
187
Pomme de Malacca.............................. 275
Prune rouge................................. 186, 187
Pomme de verm eille............................ 308
Prune à tète..........................................
186
Pomme p a in ...................
388
Pruneau...........................................
149
Pomme p oison ..................................... 415
Pruneau noir........................................ 149
Pomme à r a ts .............................. 311, 312
P r u n u s Dussii Kr. et U r b ................ 259
Pomme rose................................. 274, 275
P s id iu m Arapa Radd........................ 262
Pomme de singe................................... 346
—
Cattleyanum Sabine......... 262
Pomme de T a ïti................................... 274
—
(ruava L ............................. 262
Pomme zom b i...................................... 416
—
pom ifenw i L ..................... 262
Pompon blanc......................................
244
—
pyrifenan L ...................... 262
Pompon jau n e................................ 243,251
P s o p h o c a r p u s tetragonolobus D C .. 212
Pompon rouge...................................... 253
P s y c h o t r i a chimarroides N u it....... 343
P o n t h i e v a gla&gt;idulosa R. B r ..........
602
crassa Benth.................. 344
—
petiolata L in d l.............. 602
floribunda H. B. Kth .. . 343
P o n t e d e r i a crassipes L ................... 568
—
hotnzontalis S w '............ 344
PONTÉD ÉRIACÉES............................ 568
—
lanceolata Nutt.............. 349
P o r a n a paniculala R oxb .................
443
—
parasitica S w ................ 344
P o r o p h y l l u m ruderale Cass..........
372

�TABLE DES MATIEUF.S

Quadrille......................................

^

Quassia

*1

atnara

L........................

R o c h e f o r t i a cuneala Sw................. 449
R ocou yer.............................................
14
R o l a n d r a argenlea Rottb................ 353
R o l l i n i a Sieberi D un.......................
4
Romarin blanc...................................... 453
Romain blanc bord-de-m er.................
450
Romarin bord-de-mer.......................... 335
Romarin de France.............................. 460
Romarin noir................................... 48, 49
R o n a b e a lalifolia A u b l................... 342
R o n d e l e t i a speciosa Paxt................ 334
—
stereocarpa Griseb....... 334

S78
Quidec zerbe poison................. ............ °
Queue de cheval............................... "
Queue de lézai'd ........................
Queue de rai............ 53, 54. 175, 176, 1^&gt;

RO SAC ÉES..........................................
Rose de Cayenne...................................
Rose de Venézuela...............................
Roseau d’Inde......................................
Roseau m are........................................

Queue de rat blanc...............................
^
.Queue de ren ard.................
424, *‘J5i 506

Raisin d’Amérique...............................
Raisin coudre............................... 'I6S,
Raisin marron........................................
Raisinier bord-de-mer...........................
Raisinier coudres...................................
Raisinier des coudres............................
Raisinier grand bois................................
Raisinier grand’feuille............................
Raisinier marron...................................
R a j a n i a cordata L ..............................
Ram ie....................................................
R a n d ia aculeata L .............................
—
annota D C .............................
—
dumetonim L k .......................
—
grandiflora L a m ....................
—
Mussændæ D C ......................
R a p h i a vinifera P. Beauv.v...............
R a p h io le p is indica Lindl..................
Raquette bord-de-mer.............................
Raquette à piquants................................
Raquette sans piquants...........................

R h a m n u s ellipticm S w ......................

R h a m n u s iguaneus L .......................
49
R h a p i s flabelliformis L'H érit..........
169
167 R h e e d i a latenflora L ........................
169 R h i z o p h o r a Mangle L .....................
169 RHIZOPHORÉES..................................
169 R h o e o discolor H ance.......................
168 Rhubarbe caraïbe..............
166 R h y n c h o s p o r a aurea Vahl, R. Br .
—
corymbifera Nees .
167
cyperoides Mari . . .
56(3
—
Dussii Boekeler . . .
164
—
emaciata Boekeler.
330
330
ferruginea S ie b ...
331
—
Jelskeana Boekeler.
331
—
micrantha V a lil. . .
330
—
polycephala W y d l.
490
—
polyphylla Vah l. . .
261
—
pubera B oekeler...
318
—
setacea Boekeler...
318
—
sparsa Sieb...........
318 R h y n c h o s p o r a stellata Grise)&gt;.......
—
surinamensis Nees.
R i c h e r i a grandis Vahl.....................
Ricin.......................................................
Ricin bâtard...........................................
Ricin brûlant.........................................
R i c i n u s commuais L .........................
Ris de v e a u ...........................................
R i v i n i a humilis L ............................
—
laevis L ................................
—
octandra L ...........................

93

R iz..........................................................
Riz bâtard..............................................
Robe à l’évéque.....................................

152
487
102
292
292
496
346
550
550
550
553
551
551
552
552
550
551
552
551
552

552
550
19
31

28
28
30

122
49
49
59

504
504
.453

651

Roseau des m ares...............................
Roseau de rivière................................
R o s m a r in u s officinalis L ...............
R o t a l a ramosior Koelme. — add...
Roucou................................................
Roucouyer...........................................
R o u p e l l i a grata Wall, et Hook ......
R u b u s Jamaicensis S w .....................
—
rosifolius Smith.....................
R u e l l i a clandestina L .....................
—
geminiflora H. B. Kth........
—
varions Vent........................
R u p p i a marilini a L ........................
R u s s e l i a .juncea Zuc........................
RUTACÉES.........................................
R u y s c h i a clusiæfolia Jacq..............

240
75
240
501
584

500
501
440
613
14
14
397
360
360
424
424
429
473
406
138
104

S
S a b a l umbracuUfera M ail..............
SABIACÉES..........................................
Saccharées ..........................................
S a c c h a r u m caudatum M iq ............
—
officinarum L ..............
Sagouier...............................................
S a g u s vinifera P e r s ........................
Salade à lapins.....................................

487
125
527
533
533
490
490
374

S A LIC IN É E S.......................................
S a l i x babylonica Sw ..........................
—
Humboldtianum AVilld............
S a l v i a farinacea B en th ...................
—
lam iifolia Jacq.......................
—
micrantha Vahl.....................
—
occidenlalis Sw......................
—
splendens K er-G aw l..............
Samana...................................................

107
108
107
458
459
458
458
458
254

Saule peuplier.............................
107,
Saule pleureur......................................
S a u v a g e s i a erecta L .......................
SAUVAGÉSIÉES.................................
Savonnette............................................
Savonnette grand bois.................
219,
Savonnette riv iè re ...............................
Savonnier.............................................
Savonnettier........................................

108
108
108
108
121
220
220
121
122

SAXIFRAG ÉES...................................
S c æ v o la Koenigii V ah l.................
—
Plum ieri V a h l................

320
379
378

S c h æ f f e r ia frulescens Jacq...........
S c h le g e lia Urbaniana Kr. et U rb ...
S c h m id e lia occidenlalis S w ............
S c h n e lla splendens Benth................
S c h œ n u s aureus L ..........................
—
Cladium S w .....................
S a m b u c u s canadensis L ................■ 329
—
cyperoides L .....................
S a m y d a serrulata Lam......................
17
—
polycephalus P ers............
S a n s e v i e r a zeylanica W i l l d .......... 564
—
polyphyllus L ...................
S a p iu m aucuparium Jacq..................
37
—
setaceus Rottb...................
SAP1NDACÉES....................................... 117
—
triceps Vahl.......................
S a p in d u s saponaria L .......................
121
S a p o t a Achras M ill............................ 385 S c h æ ffia arfrorescensRoem.etSchult.
SAPOTACÉES........................................ 384 S c h r a d e r a capitata Vahl................
Sapote à crèm e..................................
387S c h r a n k ia leptocarpa DC................
Sapotillier.............................................. 385 S c ia d o p h y llu m capitatum Griseb.
Sapotillier marron.................................. 387 S C I R P É E S .......................................
Sauge...................................................... 463 S c ir p u s autumnalis L ......................
Sauge de la Barbade.............................. 463
—
Dussianus Boekeler............
Sauge du Brésil.....................................
463
—
capillaris L ...........................
Sauge rouge......................................
458 —
caj-)ilalus L
........

148
419
122
240
550
549
550
550
551
550
550
327
331
247
321
544
546
548
548
545

�6o2

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

S c ir p u s monostachyus Boekeler___
—
maculosus V a h l...................
—
micranthus Vahl...................
—
spadiceus L ..........................
—
spiralis Rottb........................
—
tenuifolius R u d g e ...............
S O T AM INÉES.....................................
S c l e r i a communis K th.....................
—
fdiformis Sw........................
—
flageUum Berg.....................
—
lalifolia Sw ..........................
—
lithosperma W illd ................
—
mio'ocarpa Nees.................
—
pmtensis Lindl.....................
—
purpurea P o ir .....................
—
reflexa K th ..........................
—
scindens N ees.......................
S c o p a r ia dulcis L ............................
SCROPHÜLARINÉES.........................
S c u t e lla r ia purpuracens S w .........
S e a f o r t h ia elegans R. B r................
Sébestier...............................................
S e c h iu m edule Sw............................
S e c u r id a c a Lamarkii Griseb.........
—
scandons Lam ..............
Semen-contra......................................
S e n e b ie r a pinnadfida RC...............
S e n e c io lucidus D C ..........................
S é n é ....................................................
Séné zom b i........................
Sensitive.............................. 244, 245,
S e r is s a foelida L ..............................
S e s a m u n orientale L .......................
S e s b a n ia sericea DC...........................
S e s u v iu m portulacasd'um L .........
S e t a r ia glauca P. Beauv..................
—
italica G riseb.......................
—
setosa P. Beauv....................
—
verticillata P. Beauv...........
S ic y d iu m tamnifolium C ogn.........
S id a acuta Burm...............................
— arguta S w ..................................
— carpinifolia L ...........................
— ciliains L ....................................
— cordifolia L ................................
— dumosa S w ................................
— hamulosa Salzm 67 et cuid.......
— jamaicensis L ...........................
— m ultiflora Cav...........................
— pyramidata Cav .......................
— rhombifolia L ............................
— spinosa L ...................................

544
545
548
548
548
547
680
551
555
555
554
555
554
553
555
555
554
403
403
460
495
445
306
19

49
51

10
374
235
233
247
397

429
199
47
524
504
525
525

307
307
99
93
9 $.
97
99

611
94
97
(59
95
(55

stipulata Cav..............................
93
truncata L ’Hérit.........................
66
ultnifolia Cav.............................
99
urens L ......................................... 63
verticillata Cav.........................
95
S i d e r o x y l o n Mastichodendronh&amp;cq. 389
S id a
—
—
—
—

Siguine....................................................
475
Siguine bâtard......................................... 485
Siguine blanche.............................
475
Siguine d’e a u ......................................
478
Siguine couleuvre................................... 477
Siguine grand bois..................................
479
Siguine liane............................................ 477
Siguine noire............................................ 172
Siguine rou ge.......................................... 479
Siguine violette........................................ 474
S im a r u b a arnara Aubl.....................
142
exelsa DC.......................... 143
officinale s DC.................... 142
S in a p is juncea L ...................................
10
—
nigra D esc................................
10
Sinapisme............................................ , 380
S ip h o c a m p y lu s Iierleroanus G. Don 376
S ip h o n ia elastica P e rs ........................
29
S is y r in c h iu m lad folium S w ......... 568
S l e v o g t i a occidenlalis G rise b .........
401
SM ILAC1NÉES....................................... 593
S m i l a x macrophylla AViild................
563
S lo a n e a caribæa Kr. et Urb............
90
—
Massoni S w .........................
91
—
Surinamensis A u b l............
91
S o la n d r a grandiflora Sw..................
407
S O LA N É E S ............................................. 406
S o la n u m asperum V a h l....................
413
—
caribæum D u n .................. 412
—
ferrugineum Jacq..............
415
—
lanceæfblium J a c q ............. 414
—
macrocarpwm L ................ 415
—
mammosum L .................... 415
—
Melongena L ....................... 415
—
neglectum Dun................... 413
—
nodi/lorum Jacq ................ 412
—
racernosum J a c q ................ 414
—
Seaforthianum Andr......... 413
—
triste J a c q ........................... 413
—
tot'vum S w ......................... 415
S o n c h u s asper Vill......................... •..
375
—
oleraceus L ......................... 375
S o rg h o ............................................
531
Sorgho à m il...........................................
531
Soum arqué.............................. 231, 235, 236
Soumarqué bâtard..................................
235

TABLE DES MATIERES
Soumarqué p o ilu ................................. 1
S o p h o r a tomentosa 1........................ 1
S o r g h u m vulgare Pers....................
S p a r g a n a p h o r u s Vaillanlii Griseb.
S p e r m a c o c e hirta L ........................
lad folia Aubl............
Portoricensis B alb....
—
tenuior L ...................
S p e r m o d o n selaceus P. Beauv........
S p i g e l i a anthelmia I........................
S p ila n t h e s Acmella Murr____
370,
—
exasperata Jacq............
oleracea L .....................
uliginosa S w .................
—
urens Jacq.....................
S p i r a n t h e s lorlilis R ic h .................
S p o n d ia s Cytherea Tuss.................
—
Monbin Jacq.....................
—
pleiogyne L ......................
—
purpurea L ......................
S p o n ia Lamarkiana D ecs................
—
micrantha Decs.....................
S p o r o b o lu s indicus R. B r................
—
Jacquemontn K th.........
littoralis K th ................
tenacissimus P. Beauv..
—
virginicus Kth,..............
S t a c h y s païens Sw ...........................
—
arvensis L ............................
S t a c h y t a r p h a Cayennensis V ah l...
—
Jamaicensis V ahl...
S t a d m a n n ia australes G. D o n .......
S t a p h y l e a occidenlalis S w ..............
STAPHYLÉACÉES...............................
S t e lis ophioglossoides S w .................
S t e l l a r i a media L ............................
S t e m o d i a arenaria H. B. Kth........
—
parviflora A i t .................
S t e n o r h y n c h u s aphyllus L in d l. . . .
—
orchioides Rich....
S t e n o s to m u m aculatum DC..........
—
resinosum Griseb ...

653

S t e n o ta p h r u m amcricanum Schrk.
Stephanophysum ee/U ncofiuni Nees.
S t e p h a n o tis floribunda Ad. Brongn.
S t e r c u l i a caribæa R. Br...............
coccinea R oxb .................
STERCULIACÉES...............................
S t e r ip h o m a aurantiaca Spreng....
Stigmalophyllumccmtio/eu/i/'o/iw»!
Juss................
—
emarginatum
Juss................

513
430
401
83
83
83
14
114

1
114

periplocifblium
Juss...............
—
pubeewm Juss.
S t i l l i n g i a sebifera M id i...................
S T IP A C É E S
S t r u m p fia maridma Jacq..............
S t y lo s a n t h e s procumberis I ............
STYRACÉES........................................
S t y r a x glabrum S w ........................
Sureau gros..........................................
Surelle..................................................
Surette..................................................
S u r ia n a maritima L ........................
Suriau..................................................
Suriau maladif.....................................
Suyau ...................................................
Suyau bâtard........................................
S w a r t z i a tomentosa Aubl................
S w i e t e n i a Mahogani L ...................
Senegalensis Desr.........
S y a g r u s arnara Mart......................
S y m p h o n ia globulifera L ..............
S y m p h y s ia Guadalupensis K l.......
Martinicensis Deless...
S y m p h y t u m officinale L ................
S y m p lo c o s Guadalupensis Kr et Urb
Martinicensis Jacq.........
SYN ANTH É R É E S..............................
S y n e d r e l l a nodiflora Gaert..........
S y n g o n iu m podophyllum Schott .
S y z y g i u m Jambolanum DC..........

115
114
36
503
338
302
389
389
466
94
20

48
329
178
327
417
240
130
130
494
KH
144
144
454
390
389
350
371
483
276

Tabac montagne................................... 333
T a l a u m a Plum ieri D C ...................
2
T a lin u m patens W illd .....................
46
—
triangulare W illd ............
46
Tamarin bâtard......................................
247
Tamarin des bois...................................
128

j

�654

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

Tamarin des Indes......................... 340
Tamarindus In d ica L.................. 237
Tamarinier..................................... 237
Tanæcium cru cig en tm Seem...... 422
Tanacetum m d ga re L.................. 376
Tanghinia ven en ife ra Poir............ 397
Tapura G uyanensis Aubl............. 151
Taxodium distichum Rich............ 608
Taraxacum officinale Wigg......... 376
Tcbacha......................................... 192
Tecoma capensis Lindl................ 421
—
leucoxylon Mari...............
420
—
pen ta p h ylla DC...............
419
—
stans Juss........................
420
Tectona givindis L. lils.................. 470
Teigne................................... 161, 328
Teigne bord-de-mer......................... 327
Télégraphe..................................... 202
Teliostachya alopecuroides Nees.. 424
Tendre à caillou............................. 254
Tendre à caillou rivière................... 254
Tendre en gomme........................... 333
ïephrosia cinerea Pers................ 195
Teramnus labialis Spreng............ 209
—
volubilis Macf.............. 209
TÉRÉBINTHACÉES........................ 181
Ternstrœmia elliptica Rich......... 96
—
ovalis Rich............
95
TERNSTRŒM1ACÉES .................... 95
Tète d’Anglais................................. 317
Tète à l'Anglais............................... 317
Tète de mort.................................. 433
Tète à nègre............................... 88, 89
Tété négresse.................................. 276
Tetranthera lau rifolia Jacq......... 306
Tetrapteris inæqualis Cav.......... 117
Tetrazygia angustifolia DC......... 280
discolor DC...............
280
Thalassia testudinum Koenig....... 473
Thé bord-de-mer............................ 467
Thé du Mexique.............................. 51
Thé montagne................................. 108
Thé muraille........................... 403, 404
Thé du pays.................................... 403
Thé savane........................ 108, 109, 403
Themeda d ila t a Haek.................. 531
Theobroma Cacao L...................
85
—
G u a z u m a L...............
84

ET

DE LA

MARTI NI QUE

T h e s p e s i a populnea Corr................
T h e v e t i a nerii folia Juss....................
T h r i n a x argentea Eodd....................
—
barbadensis Lod d ..............
—
parviflora S w ......................
—
radiata Lodd.......................
T h u n b e r g i a alata Boy........................
—
flagrans R oxb...............
—
grandijlora Roxb.......
T h u y a sinensis Tournef....................
TH Y M É LÉ E S ..........................................
T h y r s a c a n t h u s nitidus N ees.......
T ib o u c h in a chamæcislus Cogn___
T1LIACÉES...........................................
T i l l a n d s i a bulbosa Hook..................
—
fascicxdata S w ................
—
polystachya L ................
—
recurvata L ....................
—
splendens Brongn.........
—
usneoides L .....................
—
utricidata L ....................
T r i c h o l æ n a insularis Griseb..........
—
saccharoides Griseb. . . .
T r i c h o s a n t h e s Anguina L ...............
—
colubriria J a c q ....
T r i l i x crucis Griseb...........................
T r i p s a c u m hernuxpliroditum L ---T r i x i s erosa S w ..................................
—
scabra S w .................................
Trompette à canon..................................
Trompette du jugement..............
403,
T r i p h a s i a tri foliota DC....................
T r i u m f e t t a grandiflora Y a h l.........
—
havanensis K th ...........
—
helerophylla Larn.......
—
Lappula L ..................
—
semitriloba L ..............
Tubéreuse................................................
T u p a cirsiifolia A. DC.......................
—
conglobata A. DC.......................
—
flavescens A. D C .......................
—
stricta A. DC............................
T U R N É R A C É E S ....................................
T u r p i n i a ocddentalis Don................
T u s s a c i a pulchella Reichb................
Thym de l’Inde........................................
Thym de montagne.................................
Thym violet.............................................

TARLE

79
394
487
486
487
487
128
428
428
608
297
425
288
88
573
572
573
574
575
574
563
522
512
310
310
16
527
363
362
322
409
132
89
89
89
88
89
562
377
378
377
377
314
124
431
461
288
288

DES MATIERES

655

U
U n o n a odorata D u n ...

U r e r a caracassana Gaud.
U r t i c a æstuans Jacq........

U r a n i a speciosa "Willd

5
579

U r e n a lobata L ...........

70

sinuata S w .......
Swartzii M acf..

70

U R T IC É E S .......................

164
152

70

U r v i l l e a ulmacea Kth..

118

—
—

—

nivea L ...............

162
160

V
Vacoua................................................... 485
V andées................................................ 5%
V a n d e l i a crustacea Benth................ 405
V a n i l l a anaromatica Sw................. 601
—
claviculata S w ................... 681
—
planifolia Andr.................. 601
Vanille bâtard....................................... 398
Vanille du Mexique.............................. 601
Vanille sauvage..................................... 601
Vanillier du Mexique..........................
601
Vanillier sauvage.................................
601
V an illon ................................................ 601
V a r r o n i a dasycephala P. Br.......... 448
—
martinicensis P. B r......... 448
V e r b e n a Jarnaicensis L .................. 461
VERBÉNACÉES................................... 461
V e r b e s i n a alata L ........................... 369
—
gigantea Jacq................. 369
—
heliànthoides H. B. Kth. 370
Verm icelle............................................
443
V e r n o n i a arboresceus S w ................ 351
—
cinerea Less..................... 351
—
icosantha DC................... 351
—
punctata S w ................... 351
Véronique..................................... 324, 442
Véronique bord-de-mer....................... 443
Verveine blanche.................................
453
Verveine blanche savane....................... 453
Verveine bord-de-mer.......................... 453
Verveine courante.................................
462
Verveine à crête de coq ....................... 452
Verveine à pian..................................... 452
Verveine queue de l'ai..........................
461
Verveine terre....................................... 455
Vétiver................................................... 529

V e t i v e r i a arundinaceaGriseb........ 529
—
odorata Virey................. 529
Vieille fille...........................................
251
V i l f a virginica P. Beauv................... 563
V i g n a luteola Benth.......................... 211
—
sesquipedalis L ...................... 212
—
sinensis Endl.......................... 212
V i n c a roseaL .................................... 395
V i o l a slipularis L ..............................
18
VIOLACÉES............................................
17
Violette des bois................................... 426
Violette bord-de-mer.............................. 355
Violette montagne..................................
18
Violette savane..................... 355, 425, 460
V i t e x agnus-castus L ........................ 470
— divaricatus L .......................... 469
— multiflora M ig........................
469
V o l k a m e r i a aculeatea l..................
467
Vonvon................................................... 213
V o y r i a unifiera P ers......................... 402
V r i e s i a Guadalupensis Mez................ 575
W a l t h e r i a americana 1......................
87
—
glabra P o i r ......................
87
W appe.......................................... 358, 359
Wappe montagne................................... 359
W e d e l i a hupluhalmoides Griseb... 367
—
carnosa Rich..................... 366
—
frutescens Jacq.................. 367
—
pulchella H. B. Kth.......... 367
W e i n m a n n i a /iirta S w ...................
320
—
pinnata L .................. 320
W i n t e r a n a Canella L .....................
103
W i t t m a c k i a lingulata Mez..........
570
W u l f i a Havanensis DC..................... 368
—
stenoglossa DC................... 368

�65 6

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTI NI QUE

X
X a n t h i u m orientale L .....................
X a n th o so m a

3t&gt;4

X a n t h o s o m a hastifolium C. Koch..

481
481

431
481

sagittifolium Schotl. .
X i m e n i a americana L .....................
X y l o p h y l l a falcata S\v....................

atrovirens C.

Koch
et Bouché..............
hastatum Egg...........

356
25

Y
Y u c c a aloifolia L . ..
—

filamentosa L

557 I Y u c c a flaccida H aw ..........................

557

gloriosa L ..............................

557

557 I

—

Z
Z'aiguille mare............................... 1%
Zamia m u rica ta "Willd.................. 609
Z'amourette.............................. 245, 246
Z’amourette violet............................ 246
Zanthoxylon aromaticum Willcl.. . 140
fla vu n i Vahl............
140
—
martinicense L ........... 141
—
m ic ro c a rp u m Griseb. 140
Zea Maijs L ......................................... 534
Zephyrantes carinata Herb.......... 562
—
tubispa llia Herb......
561
Zépinard cochon.............................. 58
Zépinard de France.......................... 59
Zépinard du pays.............................
59
Zépinard piquant......................
59
Zerbe bouton...................... *.yp.:.... 371
Zerbe brûlante................,.V........ '.. \61
Zerbe cabrit........................^:;jé v 58, T08
Zerbe à calalou............: ....... a . . -481
Zerbe à chique............; ^
. 'J'IoO
Zerbe coton......................................... 55
Zerbe Jean...................... ^
55

Zerbe mamzelle.....................................
244
Zerbe mal nommée...............................
42
Zerbe mouton.......................................
198
Zerbe à mouton.................................... 511
Zerbe papillon....................................... 399
Zerbe s’amuser...................................... 245
Zerbe savane.................................. 90, 199
Zicaque.........................................
257, 258
Ziccaque montagne............................... 258
Zieux à bœuf.........................................
216
Zieux bourrique.................................... 216
Zieux chat........................................ 228,229
Z i n g i b e r officinale Rose.................. 583
Z I N G I B É R É E S ......... .................. 580
Zingting................................................. 233
Z in n ia elegans Jacq......................... 365
—
m ultiflora L ......................... 365
Z iz y p h u s emarginalus S\v..............
92
—
Jububa L am .....................
94
Z o r n ia diphylla F ers.......................
198
ZYG O PH YLLÉE S.................................. 135

Omission dans la table
E n d l i c h e r i a sericea N ees....................................

M AC O N , P P .O T A T F R E R E S ,

IM P R IM E U R S .

303

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                    <text>B P «t i
ANNALES
DU

L’INSTITUT COLONIAL
DE

M A R S E IL L E
P U B L I É E S S O U S LA. D I R E C T I O N DE

M. le

Professeur

Edouard

H ECKEL

5e Année. — 4e Volume (1897)

1897 - Vol 4

à la Martinique et à la Guyane, par Emmanuel
GEOFFROY.
Los P la n t e s m é d ic in a le s et to x iq u e s de la Guyane française, par
M. Edouard HECKEL.
Recherches sur les G r a in e s g ra s s e s nouvelles ou peu connues des
Colonies françaises, par M. Edouard HECKEL.
Sur un S t r o p h a n tu s du Congo français {Strophantus d’Autran),
étude de chimie et de matière médicale, par MM. les professeurs
SCHLAGDENHAUFFEN et Louis PLANCHON.
L ’E ro u m a de Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par
M. Henri JUMELLE.
Du B o is p iq u a n t de la Guyane française, et de son écorce fébrifuge
fournie par Zanthoxi/lum Pcrotctii 1)C., par MM. Ed. HECKEL
et F. SCHLAGDENHAUFFEN.
Sur les M u r r a y a K œ n ig ii et e x o tica de Cochinchine ; étude de
pharmacognosie, par le Dr LABORDE.
R a p p o rt de M is s io n

MARSEILLE
TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE B APLATI EU
19, Rue Vonturfi, 19

1898

�B P «t i
ANNALES
DU

L’INSTITUT COLONIAL
DE

M A R S E IL L E
P U B L I É E S S O U S LA. D I R E C T I O N DE

M. le

Professeur

Edouard

H ECKEL

5e Année. — 4e Volume (1897)

à la Martinique et à la Guyane, par Emmanuel
GEOFFROY.
Los P la n t e s m é d ic in a le s et to x iq u e s de la Guyane française, par
M. Edouard HECKEL.
Recherches sur les G r a in e s g ra s s e s nouvelles ou peu connues des
Colonies françaises, par M. Edouard HECKEL.
Sur un S t r o p h a n tu s du Congo français {Strophantus d’Autran),
étude de chimie et de matière médicale, par MM. les professeurs
SCHLAGDENHAUFFEN et Louis PLANCHON.
L ’E ro u m a de Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par
M. Henri JUMELLE.
Du B o is p iq u a n t de la Guyane française, et de son écorce fébrifuge
fournie par Zanthoxi/lum Pcrotctii 1)C., par MM. Ed. HECKEL
et F. SCHLAGDENHAUFFEN.
Sur les M u r r a y a K œ n ig ii et e x o tica de Cochinchine ; étude de
pharmacognosie, par le Dr LABORDE.
R a p p o rt de M is s io n

MARSEILLE
TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE B APLATI EU
19, Rue Vonturfi, 19

1898

��ANNALES
DK

P U B L I É E S S O U S LA D I R E C T I O N D E

M. le

Professeur

Edouard

HECKEL

5e Année. — 4e Volume 1897

à la Martinique et à la Guyane, par Emmanuel
GEOFFROY.
Les P la n te s m é d ic in a le s et to x iq u e s de la Guyane française, par
M. Edouard HECKEL.
Recherches sur les G r a in e s g ra s s e s nouvelles ou peu connues des
Colonies françaises, par M. Edouard HECKEL
Sur un S tr o p h a n tu s du Congo français (Strophanius d’Autran),
étude de chimie et de matière médicale, par MM. les professeurs
SCHLAGDENHAUFFEN et Louis PLANCHON.
L ’E r o u m a de Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par
M. Henri JUMELLE.
l)u B o is p iq u a n t de la Guyane française, et de son écorce fi-brituge
fournie par Zantlioxi/lum Perotetii 1)C., par MM. Ed. HECKEL
et F. SCHLAGDENHAUFFEN.
Sur les M u r r a y a K œ n ig ii et e x o tica de Cochinchine ; étude de
pharmacognosie, par le Dr LAHORDE.
R a p p o rt de M is s io n

MARSEILLE
TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE BAlt LA Tl ER

���AVANT-PROPOS

En 1890, à la suite d’une mission confiée en Nouvelle-Calédo­
nie à MM. Jeanneneyet Bompard, agents de colonisation, en vue
de rechercher la valeur des Araucarias exploitables qui abondent
dans cfctte île, j ’acquis la certitude, par une étude comparative
des produits résineux propres aux Araucaria Cooki et Brasiliensis
que ces végétaux étaient appelés à fournir un rendement très rému­
nérateur en gomme-résine d’une véritable importance industrielle.
D’autre part, à ce moment-là, ainsi que je l’ai fait connaître dans
mon introduction à l’ouvrage de M. le Dr Rançon intitulé : Voyage
(Texploration scientifique en Haute-Gambie (1894) et qui fait la
matière du 2e volume des Annales de l Institut Golomal de illa / seille, une grosse question se posait et se pose du reste encore
aujourd’hui. Pour remplacer les guttas de Ylsonandra gutta, dont
l’industrie française ne peut se passer, et qui leur lont défaut
depuis longtemps par suite de la destruction progressive de ces
végétaux dans les îles de la Sonde, il s’agissait de trouver dans
nos colonies françaises des arbres voisins des Isonandra et
capables de donner des produits similaires de la gutta, sub­
stance indispensable, que les nombreuses industries métropoli­
taines mettent chaque jour en œuvre, et que rien ne peut jus­
qu’ici remplacer artificiellement.
C’est sous l'empire de ce double besoin, trouver des gommesrésines d’Araucaria dans des colonies françaises plus rappro­
chées de la France que la Nouvelle-Calédonie, et se procurer par
tous les moyens possibles, chez nous, des guttas capables de

�remplacer celle des îles de la Sonde, que je sollicitai et obtins de
M. le Sous-Secrétaire d'Etat aux colonies alors en fonctions,
M. Etienne, l'organisation d'une double mission, l’une dans le
Soudan et la Haute-Gambie pour y étudier les arbres à gutta et
notamment le Karité (Bulyrospermum Parkii Kotschy), l’autre
pour aller à la Guyane rechercher aussi les arbres à gutta et en
étudier le rendement, enlin s’assurer si, malgré le silence gardé
sur ce point par les botanistes les plus connus de cette région
(Aublet, Sagot, etc.), les Araucarias, et spécialemment YArau­
caria Brasiliensis, qui abonde dans la région montagneuse du
Brésil, ne se retrouveraient pas dans les zones hautes, pro­
fondes et boisées de notre Guyane française, encore si peu
connue.
On a vu. par la lecture du beau travail de M. le Dr Rançon,
qui fut chargé delà mission au Soudan, combien cet explorateur
a rempli amplement sa tâche, et j’ai dit, dans l'introduction de
son livre, comment son malheureux collègue, Emm. Geoffroy, à
qui avait été dévolue la mission de la Guyane, fut empêché par la
mort, après avoir produit toutefois un beau travail, plein de pro­
messes pour l’avenir, sur une liane à enivrer de la Guyane, le
Bo/jinia Nicou Aublet1, de mettre au jour le rapport détaillé de
son exploration.
Il est resté cependant une esquisse de cette périlleuse mis­
sion sous forme d’un rapport très substantiel à M. le SousSecrétaire d'Etat aux colonies. J ’ai pensé qu’à défaut de mieux,
ce document pourrait être de quelque utilité à tous ceux (et ils sont
nombreux aujourd'hui) qui s’intéressent à la question de l’exploi­
tation du Balata à la Guyane. 11 y a là des données expérimen­
tales et des faits importants qui méritent d’être divulgués ; c’est
ce qui m’a décidé à publier ce rapport. En dehors de sa techni­
cité, il offre encore un réel intérêt comme récit de voyage dans
I. Ce travail posthume a paru dans les Annales de VIn stitu t Colonial de
Marseille, 189o.

des zones aujourd’hui bien connues et bien fréquentées depuis
que la Guyane çst en proie à la fièvre de l’or, mais bien peu
observées par les naturalistes, il faut le reconnaître.
Marseille, le 30 décembre 1890.
Dr

E.

H eckel,

Professeur à l'Université de Marseille-Aix,
Directeur des Annales de l'Inslilut Colonial

�RAPPORT DR MISSION

A LA MARTINIQUE ET A LA GUYANE

Paris, 14 mars 1892.

MISSION A LA MARTINIQUE

Je suis arrivé à la Martinique le 29 mars 1890 par le paquebot
Olinde Rodrigues, de la Cio Générale Transatlantique.
M. le Sous-Secrétaire d’État aux colonies avait bien voulu
m’autoriser à séjourner quelque temps dans cette île pour y étu­
dier sur place les plantes dont l’acclimatation pourrait être uti
lement tentée dans notre Guyane.
M. le gouverneur Germain Casse m y a fait le meilleur accueil.
Je dois des remerciements àM. le chef d'escadron Dudraille, qui
a mis gracieusement à ma disposition un homme et deux mulets
d’artillerie. Sans son précieux concours, j ’aurais eu bien du mal à
visiter un pays, où, en offrant 30 et 40 francs par jour, on n’est
pas toujours assuré de trouver un modeste véhicule pour aller
d’un village à un autre.
Il n’y a d’hôtels qu’à Fort-de-France et à Saint-Pierre. Ailleurs
il faut frapper à la porte d’un ami : on est généralement bien reçu
chez les fonctionnaires européens, tels que 1 instituteur, le curé,
les gendarmes.
J avais obtenu de M. le commandant Jacquemot 1autorisation
de loger et de prendre mes repas chez les gendarmes.
Je n’ai eu qu’à me louer de leurs soins. Par 1 intermédiaire des

�—

10

—

chefs de brigade, j ’ai pu avoir bien des renseignements sur les
coutumes, les habitudes, les industries et les cultures du pays.
J'ai quitté Fort-de-France le 17 avril, me dirigeant sur SaintPierre en suivant le tracé du bord de la mer. .1 avais une excel­
lente carte routière due à l’obligeance de M. le lieutenant d artil­
lerie Julien.
Le tracé du bord de la mer dessert les villages de Case-Navire,
de Case-Pilote, du Morne-Vert et du Carbet,; en certains endroits
il est difficilement praticable. Entre Fort-de-France et le Carbet,
la région n’est pas riche, il n’y a ni grandes plantations, ni grandes
usines. Le terrain, très accidenté, est peu propre à la culture de
la canne à sucre. On y récolte surtout des fruits et des légumes
(ignames, patates, manioc, bananes, etc.) qui sont consommés
sur place, ou vendus aux marchés de Fort-de-France ou de
Saint-Pierre.
Les cultures vivrières sont les mêmes à la Martinique et à la
Guyane. Dans les deux colonies, la population indigène se nour­
rit de bananes, de patates, d’ignames, etc. : le pain est une excep­
tion sur les tables créoles, où il est remplacé par de la farine
de manioc diversement apprêtée.
Il y a d’assez beaux champs de canne à sucre aux environs du
Carbet. Ces champs sont surtout utilisés par les petits sucriers et
pour la fabrication du rhum.
La première grande usine à sucre que j aie visitée, se trouve sur
la route du Prêcheur, à 2 kil. de Saint-Pierre. C’est 1 usine de la
« Rivière Blanche » ; elle est dirigée par M. Guérin, son proprié­
taire. Il y a dix-huit grandes usines comme celle de M. Guérin :
presque toutes, sauf celle de M. Larenty, et je crois aussi celle
de « Basse-Pointe », appartiennent à des sociétés anonymes ou
en commandite, au capital variant entre huit cent mille francs et
deux millions.
Rien n’est négligé pour que ces usines produisent un rende­
ment maximum en sucre et en tafia, beaucoup sont dirigées par
des ingénieurs sortant de l'Ecole centrale.

La plupart des propriétaires ont des contrats avec les direc­
teurs d’usines; ils livrent leurs cannes pour un prix déterminé,
à des époques convenues. Sur presque toutes les grandes plan­
tations, il y a des chemins de fer Decauville pour le transport des
cannes. On trouve cependant, surtout dans le Nord, quelques
petits propriétaires qui traitent eux-mêmes leur récolte. Ces
petites sucreries, moins bien outillées et moins bien dirigées,
donnent un rendement bien inférieur, comme qualité et comme
quantité, ù celui des grandes usines ; elles tendent à se transfor­
mer en rhumeries.
Dans le matériel d une rhumerie, il n’y a que les cylindres à
broyer les cannes qui rappellent l’usine à sucre. Le jus de canne
{vesou) est immédiatement dirigé dans de grandes cuves où il
fermente; la fermentation terminée, on distille.
On obtient un rhum inférieur [tafia) en distillant, après les
avoir fait fermenter, les produits non cristallisables (mélasses),
qui se séparent du sucre turbiné.
L industrie du sucre occupe presque toutes les forces vives de
la Martinique, et on peut dire qu’elle y a atteint son maximum de
développement et de perfection. Il est difficile de faire mieux
qu’on ne fait actuellement dans les grandes usines; la canne à
sucre vient aussi bien que par le passé, et pourtant la situation
des sucriers est loin d’être brillante.
Dans de telles conditions, je ne crois pas que l’on doive faire
des sacrifices pour introduire à la Guyane une industrie qui,
depuis la découverte du sucre de betterave, a cessé d'être l’apa­
nage exclusif de la zone tropicale.
11 est bien prouvé que. la canne à sucre plantée dans les terres
hautes de la Guyane vient mal et ne donne qu’un faible rende­
ment. L’administration pénitentiaire en a fait la malheureuse expé­
rience au Maroni. Tous les engrais qu on prodigue aux terres
hautes sont entraînés par les pluies et vont enrichir les terres
basses voisines.
Ces terres basses de notre Guyane sont seules propices aux

�—

12

—

grandes plantations sucrières, quelle que soit leur nature ; mal­
heureusement elles sont inondées pendant les deux tiers de l’année.
C’est en desséchant les terres basses que les Hollandais ont fait
de leur Guyane la belle colonie que l’on sait. Je crois que nous
pourrions utiliser la majeure partie des terres basses de notre
Guyane par des plantations d’arbres à caoutchouc et à gutta-percha. C est pourquoi je ne suis pas partisan de faire des frais
énormes pour les dessécher, en vue d’y planter de la canne à
sucre, alors que (c'est aujourd'hui bien prouvé) cette culture,
entreprise dans les meilleures conditions et par des gens dont
la compétence est indiscutable, reste tout juste rémunératrice.
De Saint-Pierre, je suis allé dans le Nord en m'arrêtant au
Morne-Rouge, à 1Ajoupa-Bouillon, à Russe-Pointe, à Macouba et
à Grande-Rivière. Cette région est la plus riche et la mieux culti­
vée. Les plantations de canne à sucre y dominent, mais on y fait
aussi du cacao, des vivres, et un ancien directeur du Jardin Bota­
nique de Saint-Pierre, M. Thierry, vient d'essayer l'industrie de
1 indigo aux environs de Grande-Rivière 1.
Presque toutes les gorges et les ravins compris entre le Prê­
cheur, Macouba et YAjoupa-Bouillon sont plantés en cacao.
Ces arbres trouvent dans ces régions, tout à la fois un abri
contre le vent, et l'exposition à l’humidité qui leur est absolument
nécessaire. Les cacaoyères ont beaucoup soullert du dernier
cyclone ; quelques-unes ont été complètement détruites.
Le cacao}rer se multiplie par des semis sur place ou par des
plantes provenant de pépinières. A la Guyane, l’administration
pénitentiaire emploie un troisième procédé qui tient des deux
1. C'est en 1887 queM. Thierry a introduit, à la Martinique, la culture de
l'Indigofera disperma L., petit arbrisseau droit, liant de I h 2 mètres, et à
gousses ne renfermant que deux semences. Ce végétal, originaire du Vene­
zuela, dont la floraison a lien en juin, juillet, août et septem bre, à la Marti­
nique, y réussit admirablement et donne un très bel indigo déjà 1res bien
coté sur les marchés européens : cette culture promet les meilleurs résul­
tats pour l’avenir. Un bel échantillon de cet indigo est au Musée Colonial de
Marseille. (E. IL)

— 13 —
premiers et donne d’excellents résultats : les graines de cacao
sont semées dans des paniers remplis de terreau. On peut mettre
ces paniers à l’abri des fourmis, des insectes, du grand soleil,
de la grande pluie, etc., et quand le jeune plant est assez fort
pour n ’avoir plus rien h craindre, on enfouit le panier à son
emplacement définitif : il pourrit en terre et l’arbre se développe.
On évite ainsi les inconvénients de la transplantation.
M. Nollet, actuellement directeur au Jardin botanique de
Saint-Pierre, vient d’y établir des pépinières très importantes où
toutes 'les variétés de cacao et de café sont représentées. Les
graines lui sont fournies par ses collègues des colonies voisines,
principalement parle directeur du jardin de Trinidad. Pour l'en­
tretien de son jardin et de ses pépinières, M. Nollet n’a que six
ouvriers et quelques corvées de condamnés. Malgré ce faible
personnel, il espère pouvoir livrer cette année (1890) 50.000 pieds
de caféier et de cacaoyer, 250 pieds de Cola acuminata (kola);
des boutures de vanille, des manguiers grelles, etc., etc. Les pro­
cédés de M. Nollet pourraient être mis en pratique à la Guyane.
Je ne crois pas qu’il soit sorti beaucoup de caféiers, de man­
guiers, de cacaoyers, etc., des pépinières que b Administration
entretient à grands frais au Maroni. Ces pépinières constituent
plutôt un jardin d'agrément avec sable dans les allées et bancs
pour les promeneurs. M. Nollet tient à la disposition de l’Admi­
nistration de la Guyane les graines et les plants qu'on voudra
bien lui demander. La Cic Transatlantique accorde la gratuité
pour ces sortes d’envois.
Le café et le cacao, qui font la richesse du Venezuela et de la
Guyane anglaise, viendraient on ne peut mieux dans notre colo­
nie de l’Amérique du Sud. Mais de grandes plantations ne seront
jamais entreprises par les relégués individuels ou par les conces­
sionnaires ; elles ne rapporteraient que dans cinq ans : c'est
presque la vie d'un travailleur européen à la Guyane !
Dans les concessions, chacun travaille pour son compte, et le
moins possible, de façon seulement à ne pas mourir de faim.

�— 15 —
Le seul avenir assuré à presque tous les concessionnaires, c’est
l’hôpital où ils vont se faire soigner et mourir. En attendant, ils
végètent et travaillent sans conviction : ce sont des gens décou­
ragés et incapables d'un effort suivi. Peut-être pourrait-on les
utiliser en les employant comme fermiers sur des plantations en
rapport. La récolte du café et du cacao n’est pas bien pénible et
conviendrait à ces malheureux, incapables d'initiative, qui, épui­
sés par un séjour plus ou moins prolongé au bagne ou aux maisons
centrales, n’ont réellement pas la force nécessaire pour les pénibles
travaux de la colonisation. M. le Sous-Secrétaire d’Etat aux
colonies a bien voulu approuver les conclusions de la Com­
mission Houry, et donner des instructions pour que de grandes
plantations de café et de cacao soient entreprises au Maroni. Ces
plantations, dans quelques années, pourraient être entretenues et
exploitées pour le compte et sous la surveillance de l'Adminis­
tration pénitentiaire par les relégués individuels ou collectifs et
par les concessionnaires. Mais revenons aux Antilles.
Dans toute la partie nord de la Martinique, il n'y a que deux
usines centrales : celle de Basse-Pointe et celle de la Grand Anse. En allant vers l ouest, on trouve les villages de SainteMarie, de la Trinité, du Robert, du François, et les usines « Bossignac », « Galion », « Sainte-Marie », « la Trinité ». Là, on ne
voit plus de plantations de cacao ; les seules cultures en vigueur
sont la canne à sucre et les vivres. Un peu plus au sud, au Vauclin, on fait un peu de café.
On trouve des caféiers à la Martinique, à peu près comme on
trouve des rosiers dans les jardins en France : sur chaque habita­
tion, il y en a toujours une vingtaine de pieds. Au Vauclin et sur
les propriétés deM. Persaint, entre les A nses-d'Arlets et le bourg
des Trois-Ilets. il en existe de petites plantations, mais elles sont bien
insuffisantes pour assurer la consommation du pay's. Les Martini­
quais font venir leur café de Saint-Dominique, du Venezuela et de
la Guyane anglaise. Les plantations d essai de café Libéria, qui
donnaient les meilleures espérances, ont été complètement

détruites par le cyclone de 1891. Peut-être, grâce aux efforts per­
sévérants de M. Nollet, les plantations de café pourront-elles
être reprises en grand d’ici quelques années. On a fait la
remarque que les caféiers entretenus avec du fumier de mouton
n’étaient pas attaqués par les parasites.
Entre les A nses-d' Arlets et les T rois-Ilets, il existe de petites
plantations de café et de cacao assez prospères. Des T rois-Ilets
à Fort-de-France, en passant par la Rivière-Salée, Petit-Bourfj,
Saint-Esprit. I)ucos, Lamentin, on traverse une contrée unique­
ment consacrée à la culture de la canne. C'est la région des
grandes usines « Hivière-Salée », « Petit-Bourg », « Larenty »,
« Loudon », etc.
Dans le sud, le sol est montagneux et peu fertile : il n’y a
qu'une usine importante, celle du « Marin ».
Les cultures potagères d’Europe réussissent sur les plateaux
élevés : le marché de Fort-de-France est suffisamment pourvu
de melons, fraises, radis, choux, choux-fleurs, artichauts, asperges,
etc., qui ne se mangent à la Guyane qu’à l’état de conserves.
En 1882, la Martinique ne possédait qu'un seul pied de Cola
acuminata R. Br. (kola). Sur la demande de M. le professeur
Ileckel, les graines de cetarbre unique ont été recueillies, semées, et
les jeunes plants on tété distribués gratuitement aux propriétaires.
M. le Dr Thaly, propriétaire au Gros-Morne, possède aujour­
d’hui 400 jeunes plants de kola ; M. Saint-Yves, du Fonds-SaintDenis, en a 40; M. Osnat, de Case-Pilote, 10; M. Guérin, de la
Rivière-Blanche, 10, etc.
Le jardin de Saint-Pierre a distribué plus de G00 jeunes plants.
M. Nollet a bien voulu me montrer son cahier de distribution
des plantes : il contient l’adresse du demandeur, le nombre de
plantes livrées, et l’époque de leur livraison. Ce cahier n'est à
jour que depuis mars 1888. Il permet de se rendre un compte
exact des opérations du jardin; il permet surtout d’avoir des ren­
seignements utiles pour introduire de nouveau au jardin les
plantes qui en ont disparu par suite d'accidents.

�— 16 —
Peut-être, à ce point de vue exclusif, y aurait-il avantage à tenir
à jour le cahier de sortie des produits de la pépinière du Maroni ?
Je n ai pu relever que la répartition de 190 plants de kola ; les
autres avaient été distribués avant l'inauguration du cahier de
sortie, et le directeur actuel du jardin ignore entre quelles mains
ils se trouvent.
Voici la liste de cette répartition :

NOM S.

A D RESSES.

E. de Reynal. Saint-Pierre.
Habitation Bonnes.
Massias.
Morne-Rouge.
Faruig.
Vauclin.
Thoré.
Dumeix.
Fort-de-France.
Geoffroy.
Pour la Guyane.
Guérin.
Usine de la Riv. Blan.
Boyer.
Lamentin.
Bardury.
Habitation Parnasse.
Lemaistre.
Habitation Montagne.
Dr Thaly.
Gros-Morne.
Brunet.
Saint-Pierre.
Brunet.
Habitation Tricolore.
Saint-Félix.
Fort-de-France.
Sévère.
Case-Pilote.
Pra.
Morne-Rouge.
Cocquerell.
Saint-Pierre.
Dr Thaly.
Gros-Morne.
Saint-Yves.
Fonds-Saint-Denis.
Cocquerell.
Saint-Pierre.
Osnat.
Case-Pilote.
Thaly demande 100 plants.

DATES

NOM BRE

la
LIV11 AIS0 X.

Plants livrés.

Je

19 sept. 1888.
14 nov. 1888.
17 nov. 1888.
26 déc. 1888.
23 juil. 1889.
21 mai 1890.
15 sept. 1890.
15 sept. 1890.
16 sept. 1890.
27 sept. 1890.
28 sept. 1890.
23jan v .1890.
17 fév. 1891.
26 fév. 1891.
26 fév. 1891.
3 mars 1891.
3 avril 1891.
15 juin 1891.
11 août 1891.
17 oct. 1891
23 sept. 1891.

de

4
4
1
1
6
2

10
2
5
4
6
2
4
4
3
1
4
75
40
2
10

�— 17 —
La noix (le kola contient beaucoup de caféine, de la théobrosorine et de la kolanine : tous principes reconstituants. Le caféier,
on le sait, a été introduit à la Martinique par Desclieux, qui, mal­
gré son dévouement demeuré classique, perdit pendant le voyage
deux de ses précieux arbustes : le troisième servit de point de
départ aux grandes plantations des Antilles. L’unique pied de Cola
acurninala du Jardin de Saint-Pierre paraît appelé au même rôle
que le caféier de Desclieux ; nous lui devons déjà G00 jeunes plants,
et, bien qu'il ait été très éprouvé par le cyclone de 1891, il nous en
donnera encore d’autres. Dans une quinzaine d’années, on trouvera
des noix de kola à la Martinique comme au Sénégal et à la Côte
de l’Or ', où il a fait l'objet des savantes études de M. Heckel.
Les Anglais font de grandes plantations de Cola acurninala
dans leur colonie de la Grenade.
Conclusions :
De touteslescultures martiniquaises,je ne voisque cellesdu café
et du cacao qui puissent être entreprises avec profit à la Guvane.
Les caféiers sont aussi peu nombreux à la Guyane qu’à la
Martinique. Les plantations martiniquaises ont été détruites par­
les parasites, celles de la Guyane ont été envahies par la
brousse ; les propriétaires ne se donnent même plus la peine d’en
récolter les fruits; il en est de même pour les cacaos.
J 'ai donné plus haut les raisons pour lesquelles je ne suis pas
partisan des grandes cultures de canne à sucre à la Guyane : il
faudrait dessécher les terres basses, installer de grandes usines,
faire venir des hommes spéciaux et des travailleurs, etc. ; les frais
ne seraient jamais couverts par les petits bénéfices de la vente
du sucre et du tafia.
1. Celle prédiction s'est réalisée à celle heure, non seulement pour la Martinique,mais encore pour la Guadeloupe, grâce au zèle (pour celte der­
nière colonie) de M. Guesde, l ’infatigable secrétaire général de la Chambre
d ’Agricullure de la Pointe-à-P itre. J ’ai reçu, en effet, de ce dernier une belle
photographie r ep rése n tan t une négresse qui vend dans la rue de superbes
gousses de kola contenues dans un panier. L’acclimatation, que j'avais
recommandée et favorisée, y a réussi complètement. (E. II.)
Annales de l’Jnslilut Colonial. 1897.

2

�—

18

—

Le Cola acuminata, qui tend à se répandre à la Martinique, et
que les Anglais cultivent clans leur colonie de la Grenade, vien­
drait également bien à la Guyane.
Je crois qu’il y aurait lieu d’entreprendre des plantations
d Eryihroxylon coca Lamk (coca du Pérou). Le climat chaud et
humide de la Guyane convient admirablement à ce végétal. Deux
jeunes plants semés fin 1889 à la Martinique et apportés en mai
1890 à la Guyane avaient acquis leur complet développement
en août 1891. Ces plants m'ont été donnés par le directeur du
Jardin de Saint-Pierre, je les ai confiés à M. l'agent de colonisa­
tion Milliemme qui les a plantés dans son jardin de Ivourou.
Ce sont les seuls qui existent à la Guyane.
A mon retour, je me suis arrêté à la Martinique, et moi-même
j'ai recueilli au Jardin de Saint-Pierre 300 graines (VE. coca
que j'ai envoyées encore fraîches à M. Grodet, gouverneur de la
Guyane : elles étaient dans les meilleures conditions pour germer.
Je priai M. Grodet de vouloir bien les faire distribuer sur les
pénitenciers.
Le principe actif de 1 E. coca (cocaïne) se trouve dans les
feuilles; il doit varier quantitativement avec les procédés de cul­
ture, la nature du sol, le milieu ambiant. Il serait bon que des
essais comparatifs fussent tentés en terre humide, en terre sèche,
au soleil, sous bois, etc. En faisant analyser les feuilles prises
dans les différents essais, on aurait des indications utiles pour
des plantations plus sérieuses. L E. coca se multiplie par semis.
On peut récolter des feuilles à la lin de la première année, et des
graines au milieu de la seconde. Cette récolte peu pénible serait
avantageusement confiée à des vieillards ou à des infirmes : aux
convalescents de l ile Saint-Joseph par exemple.
Les feuilles de coca se payent de 3 à 8 fr. le kil., suivant leur
teneur en cocaïne. Legramme de cocaïne vaut aujourd'hui 1 fr. 25.
La cocaïne se consomme en grande quantité dans nos hôpi­
taux ; pour ce produit, comme pour bien d’autres, nous sommes
tributaires de l’étranger.

A LA GUYANE

MISSIO.N

A K OU ItOU

ET

AU

MA II O M

Le vapeur annexe chargé du service postal met six jours pour
aller de Fort-de-France à Cayenne. Il s’arrête à Sainte-Lucie,
Trinidad, Surinam, Paramaribo. Je descends à toutes les escales
et j ’ai la satisfaction de voir de magnifiques Araucarias au jardin
du gouverneur à Trinidad et au jardin des plantes à Surinam. Le
climat de la Guyane convient donc à ces végétaux.
Nous avons à bord quelques Cayennais, MM. Yitolo, Leblond
et des agents de placera ayant vécu longtemps dans les bois. Si
cette vie a ses charmes, elle présente bien aussi ses inconvénients
et le tableau qu’ils m’en font n ’est rien moins que séduisant :
l’explorateur est sans cesse menacé par des serpents qui, pour
mieux le surprendre, prennent la forme et la couleur des lianes
de la forêt; les moustiques le harcèlent nuit et jour; le matin, il
se réveille tout en sang, c'est un vampire qui a profité de son
sommeil pour lui ouvrir une veine ou une artère, etc., etc. Les
tiques (ricins), les chiques (Pulex penetrans). les fourmis rouç/es,
les araignées venimeuses et mille insectes qu'il serait trop long
d’énumérer lui font une guerre acharnée. Pendant l'hivernage,
qui dure plus de huit mois, il faut vivre sous l’eau et dans la
boue; durant l’été (saison sèche), la chaleur est insupportable.
Les Européens ne peuvent vivre dans les grand bois : ils y con­
tractent des fièvres dont ils ont ensuite bien du mal à se défaire ;
tel est le résumé de nos conversations à bord du Venezuela.

�—

Le 30 mai, à 9 heures du matin, nous apercevons les Iles du
Salut ; à midi, nous sommes à Cayenne.
Les pluies vont durer encore tout le mois de juin. J ’attendrai
que la saison sèche soit à peu près établie pour commencer mes
excursions. J ’ai d ailleurs des renseignements à prendre, des
personnes à voir. Il faut aussi que j'établisse le plan général de
mes opérations ; je n'ai pas trop d'un mois pour cela, el alin d’être
plus tranquille, je vais passer une partie de ce mois aux lies du
Salut, où je reçois une très cordiale hospitalité chez mes cama­
rades Beaumont et Larobertie.
Les Iles du Salut sont trop connues pour que j ’aie besoin d'en
parler ici.
Pendant mon séjour, j'ai recueilli les différentes roches qui
entrent dans leur constitution géologique.
Les cocotiers viennent bien aux Iles du Salut ; autrefois on fai­
sait de l'huile de coco à Saint-Joseph : cette huile était de mau­
vaise qualité et revenait très cher. Les cocos de Saint-Joseph sont
aujourd’hui utilisés plus avantageusement pour l’élevage des
porcs. A l'ile du Diable, les transportés lépreux récoltent les
cocos pour nourrir la volaille.
Le sol aride des Iles du Salut ne convient guère aux cultures,
peut-être pourrait-on y essayer VE. coca. C’est avec beaucoup de
peine qu’on peut avoir quelques légumes pour les malades et le
personnel libre.
Le i juillet, j ’étais à Kourou. Les transportés dépendant de
l'établissement de Kourou sont disséminés sur différents centres
reliés par le téléphone avec le pénitencier des Roches. Tous les
services généraux, les magasins, l’hôpital sont installés aux
Roches.
L’Administration y possède divers ateliers et une petite scierie
mue par un moulin à vent. Une ligne télégraphique relie les
Roches avec Cayenne et le Maroni. On correspond avec les Iles
du Salut au moyen d’un appareil qui rappelle la bonne vieille
époque du télégraphe de Chappe.

21

—

Pendant le peu de temps que je demeurai aux Roches, je fus
l’hôte de mon camarade le Dr Pelissier. Les hôtels sont encore
plus rares à la Guyane qu’à la Martinique, et un voyageur sans
relations pourrait se trouver très embarrassé en bien des cas. J’ai
toujours reçu chez mes camarades de la marine l’accueil le plus
cordial et le plus chaleureux. J ’ai à cœur de les en remercier ici.
Le commandant provisoire du pénitencier, M. l’agent de colo­
nisation Miliemme, se mit à ma disposition avec beaucoup de
bonne grâce. Je lui confiai deux pieds de Cola acuminata (kola)
et d'E. coca (coca du Pérou) que j’avais apportés de la Marti­
nique. Un an après, août ,9/, les deux pieds d'E. coca avaient
atteint leur complet développement et portaient des fruits.
M. Mil iemme s'occupe de l'élève du bétail. Les troupeaux (à
l'exception des buffles qui réussissent très bien) ne répondent
pas aux soins qu’on leur donne. Sous l’influence de diverses
causes, ils s'anémient, le miasme palustre et le climat agissent
sur eux comme sur l’espèce humaine ; peut-être ferait-on bien de
leur donner de l’arsenic à doses vétérinaires.
Le café et le cacao viennent admirablement bien à Pariacabo,
dans l'ancien domaine de M. de Préfontaine. On y fait déjà de
petites récoltes , et si l’Administration continue à étendre ses
plantations, elle pourra d’ici trois ou quatre ans affecter à d’autres
dépenses les sommes qu’elle attribue aujourd hui à son approvi­
sionnement en café h
C’est à Passoura que j ’ai pénétré pour la première fois en forêt,
accompagné du surveillant Mysiotis. L'époque n’était guère favo­
rable ; la saison des pluies venait à peine de terminer; les terres
basses et marécageuses étaient encore sous l’eau, souvent j en­
fonçais dans la boue jusqu'à mi-jambe et même davantage. Sur

I . Cette plantation paraît réussir très bien aujourd'hui sous l'habile direc­
tion de M. Jcanneney, agent de colonisation, dont le goût prononcé pour
les sciences naturelles trouve là une application des plus utiles et des plus
profitables à la colonie de la Guyane. (E. II.)

�les plateaux, je pouvais marcher à pied sec, mais les difficultés
inhérentes à la forêt restaient les mêmes.
Il est difficile de circuler en dehors des sentiers d’exploita­
tion : on est arrêté à chaque pas par des lianes qu’il faut couper,
par une végétation touffue à travers laquelle il faut se frayer un
passage, et par des criques (ruisseaux), parfois très larges, qui font
mille contours, et vont serpentant d'une façon telle, qu’en suivant
une ligne droite on arrive à couper cinq ou six fois le même cours
d eau. Ou court de plus le danger de se perdre; après avoir
marché quelque temps à 1aventure, on finit par n’avoir plus le
sentiment de la direction. Le malheureux égaré s’enfonce de plus
en plus dans une forêt sans fin, et le plus souvent est condamné à
une mort horrible. 11 n’est pas rare de rencontrer là des osse­
ments humains blanchissant au soleil des tropiques : ce sont les
restes d’évadés, perdus dans les bois, morts d inanition et dévorés
par les fourmis.
Les serpents à sonnettes, les grages, les serpents-lianes existent
dans les forêts de la Guyane à peu près comme les vipères dans
les bois de France : ils n’y causent que fort peu d'accidents. Mais
les moustiques y sont très nombreux et rendent tout repos
impossible.
Mes recherches à Possoura ne furent pas vaines. Je m'aven­
turai dans toutes les directions avec Mvsiotis aussi loin que le
permettait la prudence. Je pus constater là l’abondance des
arbres donnant du lait après incision.
A Carouabo, à Pariacabo, à Guatemala, mêmes résultats : tou­
jours abondance des arbres à sucs laiteux.
Je vais au chantier forestier de Gourdonville, à H) kil. du péni­
tencier des Hoches, sur la rivière de Kourou : les terres basses
sont heureusement plus rares à Gourdonville qu’à Passoura et à
Carouabo; presque partout je puis circuler à pied sec. La forêt
est la même, aussi toulfue et aussi impénétrable. L)e nombreux
sentiers d’exploitation me permettent d’aller très loin sans guide.
Quand je veux sortir des limites ordinaires, je me fais accompa­

gner par le surveillant Danis, qui habite Gourdonville depuis
14 mois, et connaît la forêt, autant qu’un Européen peut la pos­
séder.
Au bout de huit jours de courses, je ne trouve toujours que
des arbres à sucs laiteux. Danis m’en fait connaître quelquesuns : les plus abondants sont les Balalas (.Sapota rnullcri), ils
donnent beaucoup de lait. Les transportés recueillent ce lait, qui,
à certaines époques, est très épais, puis ils l’étendent sur leur
pain comme de la crème. Le bois de balata est très demandé
pour certains travaux, aussi les balatas tendent à devenir très
rares près des centres d’exploitation.
Je vais aux Trois-Carbets à 10 kil. en amont de Gourdonville.
Je descends ensuite aux Hoches, à Malmanoury, à Sinnamary.
Je remonte le Sinnamary jusqu’à 50 kil. environ avec la cha­
loupe à vapeur du placer Sainte-Elie. Je ne trouve nulle part
trace des Araucarias. Au deyrad [port) ou placer à Mamanpian, j ’essaye de pénétrer un peu dans la forêt, mais je n’ai pas
de guide; c’est imprudent.
Mes provisions sont épuisées, je n’ai plus d’argent, il faut
retourner à Cayenne.
Peut-être reviendrai-je à Sainte-Elie, mais avant j irai au
Maroni et à l’Oropu. C’est surtout sur les terrains pénitentiaires
que doivent porter mes recherches.
Je ne reste pas même une semaine à Cayenne. Le 8 août, je
débarquai à Saint-Laurent de Maroni.
Le mois d’août est celui des grandes chaleurs. La saison sèche
est bien établie, les eaux commencent à se retirer, il se produit
une fermentation putride des matières organiques en décomposi­
tion ; c’est l’époque des fièvres, mais les terres basses sont
presque praticables.
Je commence par visiter le village de Galibis, à l'embouchure
du Maroni, sur la rive hollandaise. M. Bastard. interprète arabe,
m'accompagne. 11 se livre depuis quelque mois à l’étude des idiomes
caraïbes, et fréquente assidûment tous les Peaux-Rouges avec les-

�— 2o —

quels il converse tant bien que mal. Nous sommes bien reçus
chez les Galibis, grâce au tafia et aux provisions que nous parta­
geons avec nos hôtes à l'heure des repas. Je demande quelqu’un
pour m’accompagner en forêt. Un nommé Lucien consent à
venir avec moi si je veux lui donner un couteau; marché conclu,
nous parlons.
La forêt est la même qu’à Kourou, peut-être un peu moins
praticable. 11 n'y a que des sentiers d Indiens où un Européen a
bien du mal à se reconnaître. Je trouve là encore des arbres à
sues laiteux, des balatas.
Les Gabilis se livrent à la pêche et à la chasse; ils manient
très bien l'arc et n'ont point leurs pareils pour conduire une
pirogue. C'est chez eux, que j'ai pour la première fois vu utiliser
le lait de balata. Ils le font évaporer sur le feu ou au soleil ; le
produit solidifié leur sert à fixer le fer de leurs flèches.
Les Indiens Roucouyennes (également de race caraïbe), qui sont
séparés par plus de 30 jours de canotage des villages Galibis,
préparent de la même façon le lait de balata et l’emploient aux
mêmes usages.
Nous ne restons que deux jours chez les Galibis. Bastard est
appelé à Saint-Laurent; il reviendra plus tard compléter ses notes.
Je vais aux Ilattes continuer mes recherches.
Le pénitencier des Ilattes est situé vis-à-vis la pointe Galibis,
de l’autre côté du Maroni. Avec de bons canotiers,on peut tra­
verser le fleuve en une heure.
Aux Ilattes comme à Kourou, on s’occupe de l’élève du bétail.
Je ne suis pas plus heureux aux Hattes que chez les Galibis : même
forêt marécageuse, balatas toujours nombreux, ils manifestent
même une tendance à vivre en famille. Mais pas d’Araucarias.
Mêmes résultats au Nouveau-Chantier. La forêt est plus propre ;
en certains endroits, la brousse a presque disparu et on peut cir­
culer à l'aise. Toujours pas d’Araucarias.
Ces excursions dans les bois m’ont fatigué, je vais prendre
quelques jours de repos à Saint-Laurent.

De Saint-Laurent je me rends à la Forestière sur le Maroni, à
50 kil. en amont. L’Administration y possède une magnifique
scierie. En septembre i89(h le personnel se composait d’un direc­
te u r^ !. Blondel, de trois surveillants, d’un transporté libéré, cher­
cheur de bois, et de 20 à 30 transportés, la plupart anémiés et
tremblant la fièvre. Tous les travaux étaient interrompus.
Quelques jours après mon arrivée, le directeur tombe malade et
descend à Saint-Laurent; deux surveillants et une dizaine de
transportés ne tardent pas à le suivre. Je reste seul avec le sur­
veillant Fraticelli atteint d ulcères aux jambes. Les transportés
organisent un complot, et un beau matin, cinq ou six seulement
répondent à l’appel, les autres s'étaient évadés pendant la nuit.
Tous les jours, j ’arpente la forêt avec le chercheur de bois, un
ancien forçat du bagne de Toulon nommé Guichard. Ma manière
de faire ne convient pas à Guichard, il trouve que c’est trop fati­
gant. Recherches infructueuses en ce qui touche aux Araucarias.
Il y a moins de balatas à la Forestière qu au Nouveau-Chantier
et aux Hattes ; presque tous ont été abattus lors de l'exploitation
de M. de W inter.
Je passe la fin de septembre et une partie d’octobre à SaintJean avec mes camarades Beaumont, Le Rot et Titi. Je com­
mence à avoir quelques accès de fièvre. Je suis d’ailleurs com­
plètement découragé par le résultat négatif de mes recherches.
Chez les Galibis, aux Hattes, au Nouveau-Chantier, à SaintLaurent, à Saint-Jean, à la Forestière, j ’ai toujours borné mon
champ d’exploration à une zone dont la superficie peut être
approximativement évaluée à celle d’un cercle de rayon variant
entre 3 et 0 kilomètres. Je n’ai en somme visité guère plus de
250 kil. carrés de forêt. Je ne crois pas que cela soit suffisant
pour pouvoir conclure à l’absence des Araucarias dans un pays
comme la Guyane. D’un autre côté, il y a impossibilité matérielle
à pénétrer plus avant que je l'ai fait. C’est déjà beaucoup que
de rayonner en forêt pendant une moyenne de 4 à 5 kilomètres
autour d’un point central.

�26 —
Pour tourner la difliculte, je nie décide à remonter le Maroni
le plus haut possible : je me rendrai compte de la flore rive­
raine, et chaque fois que 1occasion se présentera, je ferai des
excursions dans la forêt. De cette façon, j arriverai à connaître
une superficie forestière considérable, et comme mes observations
auront lieu en des points différents, j arriverai bien, à moins d’une
malechance inadmissible, à rencontrer quelque part un ou deux
Araucarias, si tant est qu'ils existent à la Guyane en quantité
appréciable. En observant ensuite les conditions de végétation de
ces spécimens, je pourrai peut-être trouver des indices qui me per­
mettront ensuite de diriger mes recherches dans tel ou tel sens.
Mes préparatifs de voyage furent vite faits. Le 20 octobre, je
quittai Saint-Laurent avec une pirogue conduite par deux Booschs.
J'avais des vivres pour trois mois, un hamac, une moustiquaire,
quelques objets d échange pour les Indiens, au cas où il me fau­
drait pousser jusque là. J ’emportai en outre un appareil photo­
graphique, des plaques sensibles et tout un matériel, planches à
herbier, papier-filtre, alcool, bocaux, etc., pour recueillir et con­
server les plantes et les animaux de petite taille. J ai perdu tous
ces objets dans différents naufrages. Quand je revins à SaintLaurent, je n'avais même plus ma feuille de route !
Ma première halte fut à la Forestière où je fis une provision
de pain qui malheureusement ne dura pas longtemps : au bout
d’une huitaine de jours tout était moisi. Pendant deux mois et
demi, j ’ai mangé des pommes de terre bouillies en guise de pain !
De la Forestière au village d’Apatou, il n'y a que quelques
heures. L’ancien compagnon de Grevaux est en conférence avec le
Grand-man Arrato : c’est sa mère qui commande en son absence.
Elle me reçoit de son mieux et met à ma disposition l’habitation
du chef : c’est une petite case, ni mieux, ni plus.mal bâtie que la
plupart de celles que l'on voit à Saint-Laurent; le mobilier est
modeste. Un bon accueil est généralement réservé aux fonction­
naires chez Apatou; il y a toujours pour eux la bière, le ver­
mouth, l’absinthe, etc.

— 27 —
Malgré toutes les attentions de la vieille mère d’Apatou, j’ai
hâte de continuer mon voyage ; mais mes canotiers me déclarent
qu'ils ne sont pas assez forts pour remonter les sauts et les
rapides du Maroni. « Un placérien, M. Grillaud, doit quitter
« Saint-Laurent dans deux jours, il faut l’attendre; en voya(( géant de conserve, nous pourrons nous prêter une aide réci­
proque. » Leur raisonnement est juste, mais pourquoi ne pas
m’avoir prévenu plus tôt : j ’aurais fait coïncider mon départ avec
celui de M. Grillaud.
Puisque j’ai au moins quatre jours devant moi, je vais en pro­
fiter pour explorer un peu la forêt. Le plus jeune fils d’Apatou,
Léopold, veut bien m’accompagner, il me mène voir les abatis
(plantations) de la famille. Ces abatis sont disséminés en diffé­
rents [joints, on y arrive par des sentiers compliqués et connus
seulement des Bonis. Ils cultivent surtout le manioc; avec la
farine de manioc, les Bonis préparent le « couac » et la cassave »
qui leur tiennent lieu de pain. Ils récoltent aussi le riz, les
ignames, les patates et un peu de mais, des arachides, de la
canne à sucre, dont le jus leur sert à préparer une liqueur fer­
mentée assez agréable. Les abatis sont situés en terres hautes;
ils ne donnent un rendement utile que pendant quatre ou cinq
ans.
Léopold est un bon chasseur, avec lui je n’ai pas peur de me
perdre. Nous partons le matin au jour pour ne revenir que le
soir tard ; cela dure trois jours. Mêmes résultats qu ailleurs : des
arbres à sucs laiteux et pas d’Araucarias.
Enfin M. Grillaud arrive. Il savait que je 1 attendais. Mes
Booschs et les siens avaient résolu de faire le voyage ensemble,
seulement ils n’avaient rien voulu me dire à Saint-Laurent, de
peur ([ue je prisse d’autres canotiers. M. Grillaud n’ayant aucune
raison pour rester chez Apatou, nous partons dès que je suis prêt.
Dans trois quarts d’heure nous serons au Saut Hermina; mais avant
de franchir ce premier obstacle, il faut montrer son laisser-passer au
commissaire hollandais chargé de la surveillance des plaeers du

�— 28 —
Contesté. Ces laisser-passer sont signés par le commandant supé­
rieur à Saint-Laurent et par le représentant du gouvernement
hollandais à Albina. On n'en délivre qu'aux voyageurs en mis­
sion et aux chercheurs d'or munis de permis réguliers.
Les Hollandais ont trois postes dans le haut Maroni : le pre­
mier est un peu en avant du Saut Ilermina, le second à Polygoudou. le troisième à Assici, à quelques kilomètres en amont de
Cotica, la capitale des Bonis. Le personnel de chaque poste se com­
pose d'un commissaire, d'un sergent et de quelques soldats noirs.
Les postes français sont à Polvgoudou, à Assici et au cou Huent
de l’Awu et de la crique Inini. Le chef des trois postes réside à
Assici; il dépend du directeur de l'intérieur et a sous ses ordres
les sous-chefs de Polvgoudou. d’Assici et d’Inini. 11 y a une dou­
zaine d'agents à Assici, quatre à Polvgoudou et trois à Inini.
Le service des postes olfre beaucoup d’analogie avec celui des
douanes. Les agents doivent vérifier les laisser-passer; ils tiennent
un registre des quantités d’or circulant sur l’Awa et ont le droit
de contrôle. Us sont chargés en outre de la police générale.
On est bien mieux chez Apatou qu’au poste hollandais d'Hermina. Les paillettes sous lesquelles logent les soldats ne valent
pas les carbets des Bonis. Presque tout le monde a la fièvre. Je
laisse quelques grammes de quinine au sergent qui a épuisé sa
réserve de médicaments. Nous ne restons que peu de temps
chez les Hollandais ; voilà trois heures et il faut franchir le Saut
Hermina avant la nuit.
On a donné le nom de Saut Ilermina à une série de sauts et de
rapides qui se succèdent sur une longueur de plus d’un demikilomètre. C’est le premier saut du Maroni : il est tout près du
village d’Apatou.
« Tous les fleuves de la Guyane, dit Crevaux, ne sont navi« gables pour les bateaux à vapeur que sur une étendue de 12
« à 15 lieues au-dessus de leur embouchure. Plus haut, ces fleuves
« sont obligés de déchirer pour ainsi dire les collines et les mon« tagnes (à la Guyane, les chaînçs de montagnes sont paral-

— 29 —
« lèles à la mer, c’est-à-dire perpendiculaires au cours des fleuves)
« afin de se frayer un passage. Des blocs souvent granitiques
« opposent dans le lit même mille obstacles à l’écoulement des
« eaux ; puis des roches disposées dans le sens longitudinal rétré« cissent le cours de la rivière et forcent la masse liquide à mar« cher d’autant plus vite que l'espace est plus restreint. C’est ce
'&lt; qui constitue un rapide. Les roches transversales forment un
« barrage, une digue par-dessus laquelle l’eau se précipite pour
« tomber en cascade. Tels sont les sauts de la Guyane fran« çaise.
« Les sauts, dit Vidal, établissent une série de bassins dont
« ils constituent eux-mêmes la digue de retenue. Le courant
« d’une rapidité vertigineuse dans les sauts est faible et quelque« fois nul entre ces obstacles. »
Presque tous les fonctionnaires ayant servi à Saint-Laurent et
à Saint-Jean-du-Maroniconnaissent le Saut Ilermina. On le fran­
chit facilement: il n’a que quatre ou cinq mètres de hauteur.
Mes Booschs unissent leurs efforts à ceux de M. Grillaud pour
faire passer nos pirogues les unes après les autres. Des embar­
cations ordinaires ne vaudraient rien pour la navigation du
Maroni. Il faut les pirogues indiennes ou Booschs, longues et
étroites à la façon d’un cigare, qui offrent peu de prise au cou­
rant et glissent facilement entre les obstacles.
Malgré toutes les précautions, l’eau embarque en grande quan­
tité : les vivres, les elfets sont mouillés. C'est un malheur qui se
renouvellera souvent : nous avons encore une douzaine de sauts
avant d'arriver à Cotica; quelques-uns sont très dangereux. On
ne compte plus les placériens qui se sont noyés dans les sauts et
les rapides du Maroni. Presque toujours les accidents arrivent
quand les pirogues sont conduites par des créoles ou des Saramakas. Les Booschs et les Bonis ont davantage l'instinct de cette
navigation toute spéciale : ils devinent les écueils à l aspect des
ondulations de l’eau. J ’ai vu, au Saut Laissé-Dédé, une pirogue filer
avec la rapidité d'une flèche en décrivant des courbes pour évi-

�30 —
ter les écueils; elle était conduite par deux jeunes Bonis dont
l'aîné n’avait pas quinze ans. C'est surtout pour la descente des
rapides, qu il est urgent d’avoir de bons canotiers : l’impression
que l'on ressent est tout à fait semblable à celle que l'on éprouve
aux Montagnes Russes ; il y a en plus la certitude d'aller se bri­
ser contre une roche à la moindre faute des pagayeurs.
Nous sommes au mois d'octobre, en pleine saison sèche, le
soleil donne toute la journée. En pirogue, on ne perd pas un
seul de ses rayons; ils tombent à pic entre 10 heures du matin
et 2 heures du soir: le reste du temps, aux rayons directs viennent
s ajouter ceux qui sont réfléchis par l’eau de la rivière. Les
Booschs semblent éviter à plaisir l'ombre quand ils s'arrêtent
pour se reposer ou pêcher le poisson. Je me garantis de mon
mieux avec une double coitfure et un voile vert : le parasol m’est
interdit, il gênerait le patron qui a besoin de voir devant lui pour
guider la manœuvre.
La navigation serait très agréable le matin et le soir avant huit
heures et après quatre heures, mais les Booschs ont leurs habi­
tudes et tout ce que je leur dis à ce sujet les laisse indifférents.
Ils se lèvent de bonne heure, se racontent des histoires et pré­
parent sans se presser les vivres de la journée ; ils ne se décident
à partir que quand le soleil est déjà haut. Vers I I heures, halte
le plus souvent au milieu de la rivière sur une roche ou un banc
de sable; on déjeune rapidement, et en route. Après quatre
heures, quand la forte chaleur est passée, on cherche un point
favorable pour débarquer et passer la nuit. Pendant que mes
hommes installent les hamacs et préparent le repas, j ’explore
les environs de notre campement, je vais quelquefois assez loin
quand la forêt n’est pas trop mauvaise. Mon domestique m’accom­
pagne quelquefois. Cet homme, sur qui je comptais beaucoup,
manque absolument de bonne volonté, souvent il refuse de venir
avec moi sous prétexte qu’il est fatigué. C’est un personnage qui
veut qu'on ait des égards pour lui; il injurie constamment les
Booschs, les traitant de sales nègres. Quand je ne suis pas là, il

— 31
les oblige à faire une partie de sa besogne; enfin un beau jour il
me déclare qu'il n’est pas assez payé (je lui donne 100 fr. par
mois et la nourriture) : il veut Gfr. par jour, et les Booschs devront
l’appeler Monsieur. Mes canotiers rient beaucoup de cette der­
nière prétention : ils lui donnentdu Monsieur du matin au soir, mais
d’une manière ironique et peu flatteuse pour son amour-propre.
Il m’arriva un accident un peu avant le saut de Man-bari. A
la suite d une fausse manœuvre, ma pirogue chavire ; tous les
bagages sont à 1eau : les plus légers surnagent et sont entraînés
par le courant. Heureusement, M. Grillaud me suit à 3 ou 400
mètres : il en sauve une partie; pour avoir les autres, il faut plon­
ger. Les Booschs, qui ont perdu un fusil, mettent tous leurs
moyens en action pour le retrouver. La journée entière est consa­
crée aux recherches : ils n’auraient certainement pas pris tant de
peine, s’il n ’y avait eu que mes affaires en cause. J ’ai perdu trois
caisses, mon appareil photographique, mes plaques sensibles sont
hors d usage ; toutes mes provisions, sauf les boîtes de conserve
et les pommes de terre, sont plus ou moins avariées, le biscuit
est en bouillie.
Deux jours après, nous arrivons à Polygoudou. au confluent de
l’Aura et du Tapanaponi. Nous y restons juste le temps de mon­
trer nos papiers et de confier mon domestique au chef du poste
français, avec prière de vouloir bien l'expédier à Saint-Laurent
par la plus prochaine occasion. J ’en ai assez de ce serviteur: son
intention, je l’ai su plus tard, était de me quitter une fois arrivé
dans la région des placers, et d'aller s’engagerchez quelque cher­
cheur d’or. Le travail de l'or est pénible et malsain, mais il est
bien rétribué : un bon ouvrier de placer peut se faire des journées
de 8 et lü francs.
Nous mettons six jours de Polygoudou à Cotica. Il y a une
série de sauts et de rapides à franchir avant d’arriver à la capi­
tale des Bonis : nous les franchissons sans accidents, mais non
sans émotion ; la moindre fausse manœuvre, une amarre rompue,
et c’en était fait de nous.

�— 33 —
Il csl huit heures du soir, quand nous arrivons à Gotica. Apatou
prévenu, je 11e sais par qui, nous attend au deyr ad. Le Grand-man
est couché, mais il nous fait dire que sa case est à notre disposi­
tion ; je puis y faire porter mes provisions et mon hamac.
Apatou est vêtu à 1européenne, il parle correctement le créole
de Cayenne et j'ai plaisir à m’entretenir avec lui. Nous causons
de ses voyages avec Crevaux : il paraît avoir conservé un véri­
table culte pour cet illustre et infortuné explorateur. Nous disons
aussi quelques mots de Goudreau.
Je raconte mon accident de Man-bari : « cela ne serait pas
arrivé, me dit Apatou, si vous aviez voyagé avec des Bonis. »
Les Bonis ont la prétention d’être meilleurs canotiers que les
Booschs (ce qui ne m a pas empêché d'avoir trois naufrages presque
aussi sérieux que celui de Man-bari avec des pagayeurs Bonis),
mais ils demandent iO, 4b et 30 francs par baril (100 kil. envi­
ron^ pour aller de Saint-Laurent dans la région des placers. Pour
le même voyage, les Booschs se contentent de 30 et 3b fr., selon
la saison.
Apatou me quitte vers minuit. Il m’a mis au courant de toutes
ses affaires : « Il 11e peut m’accompagner chez les Roucouyennes :
« le Grand-man est malade, c’est lui qui a la responsabilité de
« tout, mais il me fera avoir de bons canotiers. Vous ne voyagez
« pas pour chercher de l’or, me dit-il en substance ; je représente
« ici la Société de Géographie de Paris, je suis entièrement à
« votre disposition. »
Le lendemain, je reçois la visite du Grand-man et de ses
conseillers. Après quelques paroles insignifiantes, on me
demande si j ’ai des papiers établissant ma mission : je montre ma
feuille de route et une lettre du Gouverneur de la Guyane. Pen­
dant que son secrétaire examine ces pièces avec attention, le
Grand-man m’explique que je ne dois point me froisser de cette
façon d’agir : il a été souvent victime de forçats évadés et de placériens peu scrupuleux ! Puisqu’il est prouvé que je suis l’envoyé
du Gouvernement, il se tient à ma disposition en tout et pour

tout, et il sera très heureux si je veux bien déjeuner avec lui.
Nous étions huit à ce déjeuner et il y avait bien à manger pour
deux. J ’envoie chercher quelques boîtes de conserve et du vin :
c’est un régal pour tout le monde excepté pour moi, car nous
n’avions pas de pain !
A la fin du repas, je prie le Grand-man de mettre quelques
hommes à ma disposition pour continuer mon voyage chez les
Indiens. Il me répond que dans deux jours il viendra à Assici et
nous causerons de cette affaire, aujourd'hui je suis son hôte et ce
n'est pas le moment de traiter une pareille question. En réalité,
il veut se donner le temps de réfléchir.
Il ne faut pas plus de deux heures pour aller de Gotica à
Assici. Le chef du poste français, M. Gaudchautrier, me reçoit avec
beaucoup d amabilité ; il met un petit carbet à ma disposition et
comme je dois rester quelque temps chez lui, nous feronsgamelle
ensemble.
Je le mets au courant de mes projets d’excursion dans les forêts
du Contesté où je compte trouver des Araucarias; je lui fais la
description de ces végétaux dont l aspect est si caractéris­
tique :
« J ’ai prospecté pendant plus de quinze ans dans les différents
« placers de la Guyane, me ditM . Gaudchautrier, je ne crois avoir
« jamais vu d'arbres pareils et je doute que vous en trouviez
« dans le Contesté. En tout cas, mes hommes sont à votre dispo« sition pour vous accompagner, je vous recommande surtout
« un Brésilien nommé Lucien : avec lui, vous pouvez aller partout
« sans risquer de vous perdre. »
Et comme je dis à M. Gaudchautrier que j ai l'intention d'aller
chez les Roucouyennes, si je ne trouve pas d'Araucarias dans le
Contesté, « dans ce cas, me répond-il, partez de suite, vienne la
« saison des pluies et vous ne trouverez pas un Bonis qui consente
« à franchir la ligne de sauts et de rapides qui séparent l’Avra de
« l ltani. Le mieux serait d’aller chez les Roucouyennes à pré« sent : les eaux sont basses, il n’y a pas de danger; il n’en sera
Annales de l’In stitut Colonial. 1S97.

3

�« pas de même dans un mois. Remettez à votre retour vos
« recherches dans le Contesté, où, je puis déjà vous le prédire,
« vous ne trouverez pas un Araucaria. »
Je me décide à suivre les conseils de M. Gaudchautrier, et
quand le Grand-man vient, je le prie de me faire avoir le plus tôt
possible une pirogue et des pagayeurs. Avec beaucoup de peine,
j obtiens une demi-promesse. Le Grand-man veut gagner du
temps, .le m'explique alors avec Apatou qui prend un air embar­
rassé : « Certainement, il faut partir le plus tôt possible, mais
« qu'allez-vous faire là-bas, c'est un voyage pénible, les sauts et
« les rapides sont très dangereux et vous risquez de rencontrer
« les Oyacoulets; ces Indiens sont méchants, ils flèchent tous
« ceux qui essayent de remonter le fleuve. » Et Apatou se met
à me raconter des histoires toutes plus terribles les unes que les
autres sur les Oyacoulets. 11 ne fait réellement pas bon de tom­
ber entre les mains de ces Peaux-Rouges à grandes oreilles
« qui mange moun » (qui mangent le monde).
Mais je suis bien résolu à partir. Au bout de huit jours, le
Grand-man, suffisamment renseigné sur mes projets, consent à
me prêter deux pirogues, à condition que je serai en état de me
défendre contre les Oyacoulets. M. Gaudchautrier s’offre de
m'accompagner avec trois de ses hommes, dont Lucien qui est bon
chasseur. Nous serons armés de fusils Gras et de revolvers; nos
quatre pagayeurs ont des fusils de chasse. Trois des pagayeurs
sont des neveux du Grand-man, le quatrième est un vieillard
d’Assici quelque peu sorcier; il connaît la langue roucouyenne :
c'est son sixième voyage chez les Indiens. J ’aurais préféré un
canotier plus jeune et plus fort, mais Apatou insiste tellement que
je finis par accepter « papa Emerillon » : mon vieux sorcier doit
ce surnom à un séjour assez long chez les Indiens de l’Inini et de
l’Approuage.
Le départ est précédé de cérémonies qui n’en finissent plus.
Chaque canotier emporte son « Obiat » : c'est une préparation
mystérieuse qui doit garantir de tous les dangers. La terre

glaise entre pour une bonne part dans la composition de cet
« Obiat ».
Au dernier moment, Apatou juge à propos de me donner
quelques conseils : « Il s’est opposé à ce voyage; s’il m’arrive mal« heur, la Société de Géographie n'aura rien à lui reprocher. Les
« canotiers sont à ma disposition, seulement il ne faudra pas les
« contrarier : ils connaissent la rivière et savent ce qu’ils ont à
« faire. » Il nous indique aussi la façon d’agir avec les Roucouyennes : « En arrivant dans un village, nous devrons d'abord
« aller saluer le chef et, quelle que soit notre répugnance à le
« faire, goûter aux restes du dernier repas. C’est seulement après
« cette formalité que nous serons les hôtes ; nous pourrons alors
« nous installer dans la maison commune et agir en toute liberté.
« Il est de bon goût de faire un cadeau au chef.
« Quant aux Oyacoulets, si nous les voyons, il faudra nous
« tenir tranquilles, mais bien les observer, et, au moindre mouve« ment suspect, ne pas hésiter à tirer les premiers. »
Je remercie Apatou de ses conseils et nous nous mettons en
route (12 novembre).
Nous ne nous arrêtons que quelques instants aux placers
Goliot, Grillaud, Saint-Ange, Leblond et CiP, Dusserre. etc. On
nous fait partout bon accueil.
En cinq jours, nous arrivons au confluent de l'Awa et de la
crique Maroni. A ce point, l’Awa perd son nom et devient l’Itani.
Est -ce bien lTtani qui continue l’Awa? Si les Hollandais
disaient non, nous aurions un nouveau Contesté, qui doit être
aussi riche que l'ancien en alluvions aurifères.
Nous restons trois jours à l'embouchure de la crique Maroni,
d'abord pour connaître un peu la forêt, et ensuite pour assister à
une grande pêche des Bonis.
Le Grand-man donne une fête qui doit durer quinze jours. 11
faut des quantités considérables de gibier et de poisson boucané
pour les invités, et, comme le poisson se fait rare dans la région
des placers, la pêche aura lieu précisément à l’endroit où nous

�nous sommes arrêtés, un peu avant les premiers rapides de l'Itani.
Ils sont une vingtaine de Bonis qui doivent y prendre part. Leur
premier soin est de se procurer le plus possible de liane à enivrer
iRobinia AïcouAubl.J.Cette liane, autrefois cultivée sur lespropriétés, se fait très rare; j'ai eu beaucoup de peine à m’en procurer
une cinquantaine de kil. qui vont être étudiés au laboratoire de
M. Heckel '.
Le « Xicou » est écrasé, réduit en (liasse, qui,agitée dansl'eau,
laisse dissoudre un principe actif, nuisible au poisson et capable
de le tuer à la longue. La pèche des Bonis consiste en somme
à empoisonner la rivière et à recueillir le poisson moitié mort.
Ce spectacle est très intéressant, quand l'opération se pratique en
grand; dès que le poisson éprouve les premiers effets du « Xicou »,
il vient à la surface où il est aussitôt cueilli par une flèche, qui
manque rarement son but.
Les Bonis rivalisent d’adresse ; mes canotiers luttent d’efforts
avec leurs camarades. Le poisson mis à boucaner peut se conser­
ver longtemps : nous sommes approvisionnés pour tout notre
voyage. Ce poisson empoisonné peut être mangé impunément
même cru.
Mon excursion dans les bois n'a pas été heureuse ; je n'ai pas
trouvé d Araucarias et j'ai failli me perdre. Il y a moins de halatas dans cette région que dans le bas Maroni ; les arbres à
copahu (Copaifera) sont nombreux, tellement nombreux qu’un
placérien, M. Galliot, ancien conseiller général, a songé à les
exploiter au point de vue de leur oléo-résine.
Nous mettons quatre jours pour franchir la région des sauts et
des rapides. Le vieil « Emerillon » n’a pas la force nécessaire
i. On pourra lire dans le IIe volume des A nnales (le l'Institut Colonial
(1895) le remarquable travail posthume sur le Ilobinia Nicou, qui a paru
dans cette publication sous le nom de Geoffroy : dans l'avant-propos qui
précède ce dernier travail du très regretté explorateur dont nous publions
ici le rapport, j ’ai indiqué les conditions douloureuses dans lesquelles cette
publication s’est faite. (E. H.)

pour conduire son embarcation dans les passages difficiles. A trois
reprises différentes, elle chavire et je perds presque toutes mes pro­
visions et tous mes effets. Il faudra désormais chasser pour vivre.
Après la région des sauts, l'Itani est très calme. Nous trou­
vons beaucoup de gibier et nous serions tout à fait bien sans la
crainte des Oyacoulets. La nuit chacun veille à tour de rôle. Ces pré­
cautions sont heureusement inutiles, aucun ennemi ne se présente.
Nous ne sommes plus qu’à deux jours du premier village roucouyenne. Il est i heures 1/2, c’est le moment de choisir un
emplacement pour la nuit, quand il me semble entendre quelque
chose d’anormal. M. Gaudchautrier éprouve la même impression ;
le bruit se rapproche, on distingue très bien la cadence des
pagayes. Nul doute, ce sont les Oyacoulets; ils sont encore
caches par les méandres du fleuve, mais nous n’allons pas tarder
à les apercevoir. Chacun s'arme à la hâte, nous avançons lente­
ment et sans bruit; à un détour, nous nous trouvons nez à nez
avec__ Coudreau et son compagnon Lavaux, qui, après avoir
remonté LOyapock et traversé les IIumuc-Humacs, descendent
l’Itani pour aller rejoindre l’Approuage par l'Inini; ils ont l’in­
tention de séjourner quelque temps chez les Emerillons. Je les
retrouverai à Cayenne en mars ou avril.
Coudreau est un ancien condisciple du collège de Saintes. Il a
sa famille à Matha (Charente-Inférieure), où un de mes oncles a
été notaire. Nous causons du pays, des amis communs, de nos pro­
fesseurs, de la Guyane, des blancs, des noirs, des Oyacoulets,
des Roucouyennes__ Nous nous occupons même des Arauca­
rias. D’après la description que je lui fais de ces végétaux, Cou­
dreau ne pense pas qu’ils existent à la Guyane.
Coudreau voyage sans provisions. Il n’a que son fusil, ses muni­
tions et quelques objets d’échange; c’est la seule façon pratique
de voir du pays. En somme, je ne suis guère plus avancé que
lui : j ’ai presque tout perdu dans les sauts et les rapides; il ne
me reste qu’un peu de vin, du tafia, des pommes de terre et
quelques boîtes de conserve.

�Le premier village roucouyenne se compose de sept ou huit
grands carbets, disposés en fer à cheval autour de la maison com­
mune, sorte de grand hangar conique, recouvert de feuilles de
palmier pinotL
La maison commune est propre, bien entretenue; elle est ornée
de tous les produits de l'industrie roucouyenne : hamacs, cassétète, arcs, flèches, coiffures en plumes, etc.
Pour arriver au village, il faut gravir une petite éminence. Les
Indiens viennent au-devant de nous et nous font asseoir en rond
dans la maison commune ; puis on nous présente une sorte de
brouet peu engageant : il faut y goûter du bout des lèvres. Cela
fait, j’offre à celui qu’on me désigne comme le chef un couteau,
un miroir, deux pelotes de fil. Ces cadeaux sont accueillis avec
de grands gestes de contentement : nous sommes amis.
Les Indiens vont chercher les bagages et nous nous installons.
Je recommence mes courses dans la forêt sans plus de succès
que pendant le voyage ; je pénètre aussi avant que je le puis
guidé par les Indiens : les Copahu sont abondants, on trouve
peu de balatas et pas du tout d’araucarias.
Les Roucouyennes préparent la gutta de balata comme les Galibis : ils l’emploient aux mêmes usages.
Le second village que je visite, porte le nom de son capitaine,
Yamaïqui. Il est un peu plus important que le premier. Même
disposition des cases, même accueil, mêmes recherches dans les
forêts et pas plus de succès.
Le plus grand village des Roucouyennes se trouve au pied des
monts Tumuc-Humacs, tout à fait aux sources de l’Itani. C’est
\ . Le pinot est un superbe palmier (Eulcrpc oleracea Mart.) qui recherche
les terrains marécageux et constitue une ressource importante pour les indi­
gènes de la Guyane. Les fruits sont appréciés pour leurs qualités comes­
tibles et les graines donnent une huile claire, légèrement parfumée et d ’un
goût excellent. Le stipe se laisse fendre facilement et donne d ’excellentes
lattes très estimées des charpentiers pour les couvertures de maisons.
(E. IL)

là que réside le grand chef Apoïké. Il faut huit jours de canotage
pour aller de Yamaïqui chez Apoïké.
Pendant que nous faisons nos préparatifs de départ, je suis
pris d’un violent accès de fièvre, qui ne tarde pas à se compliquer
de dysenterie. La seule nourriture que l’on puisse me donner
(gibier, poisson, bouillon de singe) m’inspire un dégoût insur­
montable. J ’essaye de me soigner tant bien que mal, mais je
manque de tout, et, aucun mieux ne survenant, je me décide à des­
cendre à Assici. Nous avons le courant pour nous et le retour est
assez rapide, heureusement, car la fièvre ne me quitte pas.
M. Gaudchautrier est presque aussi malade que moi.
Coudreau et Lavaux sont à Assici; ils m’attendent pour m’em­
mener chez les Emerillons, mais je ne suis guère en état de les
suivre, et quand la fièvre m’a quitté, j ’ai perdu toute énergie. Ce
fut sans conviction que je continuai mes recherches dans les forêts
du Contesté. Elles furent ce que je prévoyais, complètement
négatives.
Je dois des remerciements à MM. Galiot, Dusserre, Thilbert,
Leymerie, Vitalo, Grillaud, et à tous les directeurs de placers qui
m’ont fait un accueil inoubliable. J ’ai trouvé chez eux, non seu­
lement des vivres et le logement, mais aussi un appui moral et
des encouragements dont j ’avais le plus grand besoin.
Ce ne fut qu’à bout de forces que je me décidai à descendre à
Saint-Laurent. Apatou me fit donner ses meilleurs canotiers. La
saison des pluies venait de commencer, je n’avais rien pour
m’abriter, et pendant huit jours, je fus exposé à des ondées comme
on n’en voit qu’à la Guyane. C'est surtout la nuit que la pluie
est désagréable, quand on n’a rien pour s’en garantir. Je préfé­
rais rester debout, ou accroupi contre un arbre, que de me coucher
sous la pluie avec des habillements trempes, dans un hamac
mouillé.Les moustiques ne désarment pas en temps de pluie!!
J ’avais toujours la fièvre. Aussitôt arrivé à Saint-Laurent, j ’en­
trai à l’hôpital : j ’y retrouvai M. Gaudchautrier qui était descendu,
pendant que je visitais le Contesté.

�— 40 —

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11 —

Ce fut pendant mon séjour à l'hôpital que j ’entrevis la possi­
bilité d utiliser les sucs laiteux si abondants dans les forêts de
la Guyane.
J ’ignorais ce qui avait déjà été tenté à ce sujet. Je savais seu­
lement que le Balata donne un produit semblable à la gutta-percha ; j ’avais vu ce produit chez les Galibis et chez les Roucouvennes. Aussitôt ma sortie, j ’allai au Nouveau-Chantier pour
faire quelques essais, et le 28 février 1891. j ’envoyai mon pre­
mier rapport concluant à Yabsence des Araucarias à Kourou et
dans les forêts riveraines du Maroni, depuis les Ilattes jusqu'au
village roucouyenne de Yamaïqué. Je priai le département des
Colonies, en outre, de vouloir bien m’autoriser à établir un petit
champ d'expériences, dans lequel les sucs laiteux seraient recueil­
lis et traités par différents procédés. On a bien voulu accueillir
favorablement ma demande; il me reste à rendre compte des
résultats que j ’ai obtenus dans ce nouveau genre de recherches.

botanique, et diverses autres essences que je définirai le mieux
possible.
Pour recueillir les sucs laiteux, j ’ai presque toujours fait aux
arbres deux incisions circulaires en forme de « V »; je faisais
aboutir aux branches du « V » de nombreux canaux et je plaçais
à la pointe un récipient pour recevoir le produit de l’écoulement.
Le tableau ci-après donne le résultat de mes opérations au
Nouveau-Chantier :

SUCS LAITEUX

Pour la consistance des latex :
E veut dire épais (consistance laiteuse ordinaire).
T E veut dire très épais (consistance de la crème).
L’écoulement des lianes est presque nul : le suc se coagule sur
1 incision.

Les végétaux donnant des sucs laiteux coagulables par l’alcool
sont très nombreux dans les forêts de la Guyane.
Il y a d’abord les nombreuses variétés de « lianes caoutchouc »,
qui se rencontrent surtout dans les terres basses et marécageuses.
Malheureusement, à cause de leur faible diamètre, il est presque
toujours nécessaire de les couper pour en retirer le suc. Ces lianes
mettent un temps considérable pour prendre leur complet déve­
loppement ; elles sont appelées à disparaître devant une exploi­
tation sérieuse.
Aublet et Voisin ont signalé YHevea guyanensis AubL Je pour­
rais citer une trentaine d’essences dont beaucoup sont recherchées
par l’exploitation forestière. Je ne veux m'occuper que de celles
qui existent en quantité suffisante pour permettre une exploita­
tion industrielle, au cas où leur produit serait reconnu de qualité
marchande. Je veux parler des Balatas, dont je donnerai le nom

Observations. — Dans ce tableau ', j ’ai mis :
1° Le nom des essences, tel qu’il m’a été donné par les cher­
cheurs de bois de l’Administration pénitentiaire;
2° La quantité de sucs recueillie;
3° La durée de l’écoulement;
i° La dimension des arbres.
G veut dire gros (plus d’un mètre de circonférence).
T G veut dire très gros (plus de deux mètres de circonférence).
M veut dire moyen (moins de deux mètres de circonférence).

I. Nota. — Le Balata indien répond au Labatia macrocarpa P. et Seb.
(Sapotacées).
Le Balata rouge répond au Mimusops balata Gærtn. (Sapotacées).
Le Balata blanc
—
Plumeria articulata Vahl. (Apocignées).
Le Bagasse blanc
—
Bagassa guianensis Aubl. (Artocarpées).
—
noir (non identifié).
—
jaune
—
Le Bois de lettres répond au Piratinera guianensis Aubl.; Brosimum Aubletii Pœpp. (Artocarpées).
Le Bois de lettres jaune répond à Amanoa guianensis Aubl. (Euphorbiacées'.
Le Satiné rubané
—
Ferolia guianensis Aubl. (Artocarpées).
Le Langoussi
—
Terminalia Tanibouea Smith. (Combrétacées).
Le Taoub (non identifié).

�des arbres

DIMENSION

QUANTITÉS
de lait récol­
tées
en litres

l’écoulement

DATES

NOM DES A R B R E S
tel qu'il a été donné
par les chercheurs de bois

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13 mars. Bois de lettres.
Bois de lettres.
1 4 mars. Balata rouge.
Balata rouge.
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Le Figuier répond à un Ficus non déterminé.
Le Poirier
—
Couma guyanensis Aubl. (Arlocarpées).
Le Cèdre bagasse est attribué, mais à tort évidemment, au Bursera alliss im a lL B n . ( Térébinthacées).
Le Bon lait (non identifié).
(E. H.)

DATES

NOM D ES A R B R E S
tel qu’il a été donné
par les chercheurs de bois

23 mars. Bagasse jaune.
24 mars. Bagasse jaune.
Bois de lettres.
23 mars. Bagasse jaune.
20 mars. Bagasse jaune.
27 mars. Bagasse jaune.
Balata rouge.
Bois de lettres.
28 mars. Bagasse jaune.
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30 mars. Bagasse jaune.
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3 avril. Lianes.
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10 avril. Langoussi.
Balata rouge.
Balata rouge.
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Balata blanc.
Balata rouge.

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13 avril. Balata rouge.
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15 avril. Bois de lettres.
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Balata rouge.
Bois de lettres.
18 avril. Figuier.
Balata rouge.
Bois de lettres.
Langoussi.
19 avril. Langoussi.
Bagasse jaune.
Figuier.
20 avril. Figuier.
Langoussi.
Bagasse jaune.

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22 avril. Langoussi.
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NOM DES A R BR ES
tel qu’il a été donné
par les chercheurs de bois

26 mai.

27 mai.
28 mai.

Bagasse blanc.
Figuier.
Bagasse noir.

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Satiné rubané.
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Balata rouge.

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Bagasse noir.
Langoussi.
Poirier.
Balata indien.
Balata blanc.

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tel qu'il a été donné
par les chercheurs de bois

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3 juin.

4 juin.

5 juin.

8 juin.
9 juin.
10 juin.

11 juin.
12 juin.
13 juin.

Bagasse noir.
Langoussi.
Bal ata rouge.

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4
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Balata indien.
Balata blanc.
Poirier.
Poirier.
Poirier.
Satiné jaune.
Bois de lettres blanc
Satiné jaune.
Balata rouge.
Satiné rubané.
Taoube.
Bagasse blanc.
Balata rouge.
Poirier.
Figuier.
Balata rouge.
Langoussi.
Satiné jaune.

4
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Poirier.
Bon lait.
Poirier.
Figuier.
Balata rouge.

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19 juin.

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Balata indien.
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Balata rouge.
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22 juin.

Balata indien.
Balata rouge.
Balata rouge.

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5
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23 juin.

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13 juin.

juin.

20 juin.

21 juin.

Annales de l’In stitu t Colonial. 189*.

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DATES

13 juillet.
16 juillet.
17 juillet.
18 juillet.
19 juillet.
20 juillet.
21 juillet.
22 juillet.
23 juillet.
24 juillet.
25 juillet.
26 juillet.
27 juillet.
28 juillet.

QUANTITÉS
de lait de b alata

DATES

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de lait de balata
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QUANTITÉS
de lait de balata
en bouteilles
de 3/4 de litre

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12 juillet.
13 juillet.
14 juillet.

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DATES

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du camp

Pendant les mois de juillet, août, septembre, octobre et jusqu’au 18 novembre, j ’ai
employé les trois transportés : Dusauce, n° 22347, 5Ü classe; Guven Van Chu, n° 21272,
b® classe, et Petit Charles, n° 24667, b° classe, du chantier de l’Orapu, à la récolte et à la
préparation du lait de balata.
Voici le résultat de leurs opérations :

5 1/2
4
D im a n c h e
5 1/2
5
5 1/2
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novembre.
novembre.
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QUANTITÉS
de lait de balata
en bouteilles
de 3/4 de litre

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5 1 /2

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de 3/4 de litre

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au camp

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DATES

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du camp

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16 s e p t e m b r e .

du

DATES

Q U A N T IT É S
de lait de balata

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QUANTITÉS
de lait de balata
en bouteilles
de 3/4 de litre

5
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7 bouteilles.
7
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8
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7
»

Ce qui donne, pour 119 jours de travail, un total de 888 bouteilles (666 litres de lait
de balata).
Ce lait de balata a été :
1° Traité par l’alcool. Il se produit de suite un coagulum. J ’ai envoyé une huitaine de
kilos de ce coagulum à M. le professeur Heckel, de Marseille.
2° Mis à évaporer ;'i une température élevée, dans un four, et le produit solidifié lavé dans
plusieurs eaux. Une certaine quantité de ce produit a été remise à M. Ileckel, ii Marseille, le
reste envoyé à 1 Exposition permanente des colonies, à Paris.

il

�— 54 —
3° Mis à évaporer sur le feu. Les échantillons provenant de
cette opération sont au Palais de l'Industrie.
4° Mis à évaporer à l'air libre, dans des cadres. Par un beau
soleil, il faut généralement deux jours pour solidifier six litres de
lait, étendus sur une surface d’évaporation sensiblement égal*
à un mètre carre. J'ai six cadres pouvant contenir 200 lui. de
gutta de balata. Ils ont été déposés à l’Exposition permanente des
colonies.
J ’ai fait mettre en bouteilles, avec de l’alcool, pour éviter toute
fermentation, une certaine quantité des différents sucs laiteux de
Balata, Langoussi, Taoub, Poirier ou Poûé, etc.... Ces échantil­
lons sont au Palais de 1 Industrie, ainsi qu’une petite quantité
des produits obtenus par l’évaporation de ces sucs.
Mes trois transportés de l'Orapu ont travaillé pendant 119
jours. Le lait de balata qu’ils ont recueilli (666 litres) a donné
360 kil. de gutta, ce qui fait un rendement d’un peu plus d’un.
kil. par homme et par jour. J avais eu soin de choisir mes
travailleurs, et on peut être bien persuadé que la moyenne ordi­
naire ne donnera pas d’aussi bons résultats. Des ouvriers libres
n'auraient pas de peine à faire le double et le triple : j ’en ai eu
la preuve en employant au Nouveau-Chantier un transporté
condamné pour crime passionnel.

« Les arbres à Balata sont situés dans des régions d’accès
« difficile, dans des terrains marécageux où l’on s’enfonce par­
ce fois jusqu’aux épaules. Mais cette récolte pénible et malsaine,
(( à laquelle les femmes prennent souvent part, est très lucra« tive, plus même que n’importe quel travail mécanique. Les
« collecteurs gagnent souvent d’un à cinq dollars par jour, les
« plus habiles parfois davantage. Ils vendent ordinairement le
« lait non concentré. »
Le Mimusops Balata est tout aussi répandu dans notre
Guyane que dans les Guyanes hollandaise ou anglaise et le
Venezuela.
Pour bien établir ce premier point, je vais avoir recours :
1° A des documents officiels déjà anciens.
2° A des extraits de rapports de MM. Hayes et Campana.
Ces rapports datent de 1891. Ils figurent au procès-verbal de la
commission Iloury.
3° Je dirai enfin ce que j'ai constaté moi-même.
1° Extrait d'une lettre de M. l'amiral Baudin, gouverneur
de la Guyane, n° 196.
Cayenne, 15 mars 1859.

BALATAS
L’exploitation du balata rouge (Mimusops Balata Gærtn.) se
fait avec grand profit dans les Guyanes hollandaise et anglaise
et dans le Venezuela. On estime à 47.000 livres la quantité
de gutta de balata provenant de la Guyane anglaise pour la
seule année 1881. (Planchon, Etude sur les produits de la famille
des Sapotacées, 1888, Montpellier.)
Le Journal of the Society of arts, n° du 21 juillet 1885, s’ex­
prime ainsi :

. . . Quant à fixer votre Altesse Impériale sur les quantités de
gutta de balata que la colonie pourrait fournir au commerce de la
métropole, je puis dire que ces quantités seraient assurément
considérables et créeraient au pays une branche importante de
recettes. Mais pour se les approprier, il faut des spéculateurs
entreprenants, qui ne reculent devant aucun sacrifice au début,
et à Cayenne tout manque malheureusement, industriels et capi­
taux ....................................................................................................

�Lettre adressée par M. le Ministre de VAlgérie et des Colonies
aux membres de la Chambre de commerce de Marseille.
« Paris, G septembre 1859.
« Analyse. E n v o i d ' u n é c h a n t i l l o n d e Ba l a t a .
« En réponse à votre demande du 23 août 1839, j'ai l'honneur
de vous adresser pour M. Gabriel Phelut un petit échantillon
provenant de l’Exposition permanente de l’Algérie et des Colo­
nies.
« Suivant les indications transmises par M. le Gouverneur de
la Guyane, les arbres dont on l'extrait sont très abondants et
se rencontrent par groupes considérables au milieu des forêts.
« Les quantités que la colonie pourrait fournir, seraient considé­
rables, si des spéculateurs entreprenants voulaient prendre en
main cette affaire; mais jusqu’à présent, soit apathie, soit manque
de bras ou d'argent, les négociants de Cayenne sont restés sourds
à l’appel du ministère.
« La Guvane hollandaise seule a su profiter de celte découverte,
et l'on vend aujourd’hui sur le marché d’Amsterdam des quanti­
tés considérables de sève concrète sous le nom de Gutta percha
de Surinam.
« Les expériences faites jusqu’à ce jour au laboratoire de l’Expo­
sition permanente des colonies permettent d’espérer que ce nou­
veau produit pourra lutter avec les meilleurs gutla-percha de
l lnde. Il est donc vivement à désirer que le commerce métropo­
litain se préoccupe des avantages qu’il peut en tirer.
«

L

e

M

in ist r e.

»

Une communication du même genre fut adressée aux membres
de la Chambre de commerce du Havre.
2° Dans le procès-verbal de la commission lloury se trouve

un rapport de M. Campana, directeur P. I. de l’Administration
pénitentiaire, dont j ’extrais le passage suivant :
« En 1885, le Maroni a envoyé à l’Exposition d’Anvers 85
« échantillons de bois avec un herbier et du suc de balata réduit
« en pains par l’évaporation. L’appréciation du jury d’examen
« sur la valeur des essences exposées et de son suc de balata,
« n’ayant pas été communiquée, le Maroni n’a plus tenté de tirer
« parti des nombreux balatas qu'il possède, presque en famille,
« aux Ilattes. »
Dans un rapport de M. b Agent de colonisation de l re classe
Hayes, qui figure aussi au procès-verbal de la commission lloury,
on lit :
« En Guyane, où les balatas sont abondants, il y aurait des
siècles d'exploitation de gutta à faire, si toutefois la matière pre­
mière obtenue est de qualité marchande, et si on n’opère pas
comme en Malaisie, où la gutta-turban devient plus rare juste
au moment où son emploi industriel est plus considérable. Il est
vrai (ju’à la Guyane, si on n’y met bon ordre, le balata rouge
disparaîtra de même, puisque actuellement on l’exploite inconsi­
dérément pour son bois, lorsque sa sève représente peut-être
une des plus grandes richesses de notre colonie de VAmérique du
Sud. »
3° Les balatas (rouge), Mimusops Balata, végètent le plus
souvent isolés, quelques fois par groupes de trois ou quatre, rare­
ment ils vivent en famille.
On les a signalés sur tous les points connus de notre Guyane,
et j ’ai pu constater leur présence partout où j'ai séjourné : aux
environs de Cayenne, sur les différents chantiers forestiers de
l’Administration pénitentiaire, aux Ilattes, à Saint-Laurent, à
Saint-Jean, au village d’Apatou, le long du Maroni, sur les rives
de l’Awa, dans le Contesté de l’Awa, le long de 1 Itani et chez
les Roucouyennes.
D’après le témoignage des surveillants militaires employés
aux chantiers forestiers, d’après les chercheurs de bois de l'Ad-

�ministration pénitentiaire et d’après mes observations person­
nelles, je crois pouvoir affirmer, que pour un hectare de foret non
exploitée, il existe une moyenne de 90 à 95 pieds de « Mimusops
Balata ». La proportion est bien plus forte en certains points où
les balatas manifestent une tendance à vivre en famille : aux
flattes; sur certains plateaux du Nouveau-Chantier ; dans la por­
tion de foret qui s'étend entre VOrapu et la rivière de Counana,
etc. J'ai surtout visité le territoire forestier du Maroni et de
l Orapu. et mes observations portent sur plus de mille hectares.
S il est très pénible de circulerdans les forêts de la Guyane, il
n’est pas plus facile de parcourir celles de l’Amazone et du Vene­
zuela, où l’on fait en grand la récolte du lait de caoutchouc et de
gutta de balata.
Les seringueros de l'Amazone commencent par explorer la
forêt pour trouver les arbres à caoutchouc qui généralement ne
vivent pas en famille, puis ils tracent un sentier circulaire pas­
sant au pied de chaque arbre. Le sentier dessert 100 à 150 arbres,
c’est tout ce qu'un homme peut travailler pendant un été. Il ne
reste plus qu’à construire un petit carbet au centre de l’exploitation.
Cette façon de procéder serait tout à fait applicable aux bala­
tas delà Guyane. Le chemin de ronde qui devrait desservir 100
à 150 pieds de balata n arriverait jamais A couvrir une surface
de plus de sept à huit hectares.
La récolte du lait de balata n’est pratique que pendant la sai­
son sèche (juillet, août, septembre, octobre, novembre). Pendant
l'hivernage, on ne peut recueillir qu'un suc mêlé d'eau, dont la
coagulation est pour ainsi dire impossible ; il est de plus très
pénible de circuler en forêt, cette saison pluvieuse durant.
Le lait de balata se coagule rapidement au contact de l’air ; il
importe de raviver souvent l incision corticale, si on veut qu’elle
continue à saigner. A certaines époques, le lait prend la consis­
tance de la crème : il est alors nécessaire de l’enlever avec une
lame de couteau ou un racloir, et l'ouvrier est forcé de rester à
côté de son arbre pendant toute la durée de l’écoulement.

Des échantillons de gutta de balata ont été envoyés, à diffé­
rentes reprises, à la Métropole par l’Administration delà Guyane.
Ces échantillons, essayés dans divers laboratoires, ont donné les
meilleurs résultats, et certains industriels ont fait des offres avan­
tageuses et bien capables de décider les habitants de la Guyane
à récolter un produit naturel si abondant chez eux.
La lettre n° 505 de M. le Ministre des Colonies ne laisse aucun
doute à cet égard.
En voici la copie :
N° 505. Demande de 100 kil. de sève de balata en pâte
compacte.
« Paris, 17 octobre 1862.
« M

onsieu r

le

G

ouverneur,

« L’emploi de la sève de Balata pour la confection des appareils
de chirurgie a été essayée avec succès par M. Bénas, rue Bourbon-le-Chàteau. n° 0, qui s’est adressé à mon département à
l’effet d’obtenir de la colonie de la Guyane 100 kil. de cette sève
en pâte compacte, s'engageant à en payer le prix, à raison de
7 fr. par kil., tous frais compris. Cette olfre étant extrêmement
avantageuse, j ’ai l'honneur de vous prier de vouloir bien donner
des ordres, pour que la quantité ci-dessus demandée soit expédiée
à M. le Conservateurdel’Exposition permanente des colonies, au
Palais de l’Industrie à Paris, qui en fera remise au postulant, et
versera au service local le montant de la livraison, les frais
déduits.
« D’après l'empressement, que montrent plusieurs industriels à
expérimenter la sève de Balata, dont les propriétés de résistance
et d'inaltérabilité en font un agent supérieur à beaucoup d'autres
substances, j'ai lieu de supposer que l’usage de cette résine pren­
drait bientôt un développement proportionné aux ressources, que

�les pays producteurs offriront à la consommation. M. Bénas est
en mesure d’en employer annuellement 500 à 1.000 lui. M. Despecher est occupé d'une expérience, à la suite de laquelle il fera
une demande encore plus importante.
« Dans cette prévision, il serait peut-être utile que la colonie se
préparât à une exploitation régulière de la sève de Balata, en pro­
cédant avec méthode à l'extraction des sucs, sans compromettre
l'existence des arbres qui les fournissent. Il importe aussi de se
rendre compte du prix justement rémunérateur à demander aux
fabricants, afin de ne pas les détourner de l’emploi de cette
matière par de trop hautes prétentions, et de ne pas les obliger à
en faire la recherche dans d’autres pays. J’appelle sur ces deux
derniers points votre sérieuse attention.
« L

e

M

in ist r e.

»

En 1860. un M. Serres adressa au Ministère de l’Algérie et des
Colonies une demande pour obtenir l’autorisation de récolter gra­
tuitement la gutta de balata dans les forêts dépendant de l’Etat.
Le ministre répondit à cette demande par une lettre que je
crois devoir citer en entier. Elle contient des renseignements qui
ont conservé toute leur valeur.
MINISTÈRE DE L’ALGÉRIE ET DES COLONIES

« Paris, 18 novembre 1859.
c&lt; A Monsieur Serres, rue Richelieu, 67/, Paris.
« Analyse. Au
de

B alata

de la

G

sujet

de son

p r o j e t d ’e x p l o i t a t i o n

d e la s è v e

uyane f r a n ç a is e .

« Vous m’avez adressé une demande tendant à obtenir la faculté
de pouvoir récolter gratuitement la sève de balata dans les forêts
de la Guyane qui appartiennent à l’Etat.

« Votre intention serait de fonder, à l aide des capitaux d’une
société constituée dans ce but, une industrie que vous désignez
sous le nom « d’industrie de la Gutta française ».
« Je vois avec plaisir s’élaborer de semblables projets, et je suis
prêt à en favoriser de tout mon pouvoir la réalisation. Mais je
crois devoir dès à présent vous renseigner sur la situation réelle
de la Guyane française, au point de vue de la propriété doma­
niale, afin de vous prémunir contre toutes déceptions.
« Les immenses forêts de cette colonie ne sont pas régulière­
ment aménagées, comme vous pourriez le croire; la majeure par­
tie en est difficilement accessible.
« Un certain nombre de concessions et des permis d’exploitation
ont été, à diverses époques, délivrés à des habitants de la colo­
nie, et, dans ces derniers temps, un industriel de Paris a obtenu
la permission de faire des abatis sur certains points choisis par
lui.
« Il y aurait donc lieu de tenir compte de ces diverses conces­
sions dans l’examen qui sera fait de votre demande.
« Les différents points d’exploitation ainsi accordés ne donnent
lieu d ’ailleurs à aucune redevance, l’industrie forestière étant
considérée comme avantageuse pour la colonie dont elle favorise
l’épanouissement. Je ne verrais, quant à présent, aucune objec­
tion à ce que la même faveur fût accordée à l’exploitation par
vous projetée. Il me serait toutefois difficile de déterminer d’ici
les limites dans lesquelles devrait se maintenir ladite exploita­
tion. En présence de ces considérations, vous jugerez peut-être
utile d’attendre les renseignements que je suis tout disposé à
réclamer de l'Administration de la Guyane, et que je m’empres­
serai de vous communiquer, aussitôt qu’ils me seront parvenus.
Vous pourrez agir en connaissance de cause.
« Si, au contraire, vous préfériez vous rendre vous-même à la
Guyane, ou y envoyer un fondé de pouvoirs, à l’effet d’y jeter les
premières bases de votre entreprise, vous me trouveriez très
empressé à accréditer auprès du gouverneur de la colonie la per-

�— 62 —

— 63 —

sonne qui désirerait tenter un essai de ce genre, et je ne doute
pas que l'Administration locale ne lui en facilite les moyens en tout
ce qui dépendra d’elle.

PLANTATION D’ARBRES
A

«

L

e

C A O U T CH O U C

ET

A G U TTA -PERC1IA

M iiNi s t r e . »

M. Serres est le seul industriel qui ait songé sérieusement à
exploiter la gutta de balata de la Guyane française. Pour des rai­
sons que j’ignore, il n'a pas donné suite à son projet.
Les seringueros de l'Amazone n'existent malheureusement pas
dans notre colonie, et je ne vois pas par qui on pourrait les rem­
placer pour recueillir et préparer le lait de balata. La main-d’œuvre
indigène est hors de prix, et il ne faut pas compter sur la maind'œuvre pénale, à cause de la dissémination des balatas qui rend
toute surveillance impossible.
En résumé :
Les Balatas sont très nombreux dans toute notre Guyane : ils
vivent isolés ou par petits groupes, dans des régions d’accès dif­
ficile. On peut en admettre une moyenne de 20 à 25 par hectare de
forêt non encore exploitée.
Le rendement annuel de chaque arbre est de 2 à 3 kil. de
gutta. Cette gutta est de qualité ordinaire : un industriel de Mar­
seille a estimé 3, 4 et 5 francs les échantillons que j ’ai recueillis
à l’Orapu.
Pour l’exploitation de la gutta de balata, il ne faut compter
que médiocrement sur la main-d’œuvre pénale, et pas du tout sur
la main-d'œuvre indigène. Quant aux travailleurs qui viendront
du dehors ils ne feront œuvre utile que pendant la saison sèche.
Il faudra les employer à autre chose pendant l’hivernage qui dure
plus de la moitié de l’année.

En groupant les végétaux utiles, en créant une nouvelle forêt
qui devra succéder à l’ancienne, au fur et à mesure que celle-ci
disparaîtra par suite de l’exploitation de ses bois, nous prépa­
rerions les voies à une exploitation facile et rémunératrice (dans
une quinzaine d’années) des produits qui se perdent aujourd’hui
à cause de leur dissémination.
Ce sont surtout les arbres à caoutchouc et à gutta qu'il con­
viendrait de grouper et de multiplier.
M. le gouverneur Lacouture, répondant à une demande du
département de la marine (sa lettre est du 2 mars 1882, n° 263;
la dépêche du ministre est du 17 octobre 1881, n° 607), exprime
l’avis que des plantations d’arbres à caoutchouc et à gutta
auraient toutes chances de réussir dans un pays comme la
Guyane; mais, ajoute-t-il :
« Outre Yllevca guyanensis et le Balata. il existe d’autres espèces
« en grand nombre, dont la présence a été constatée, sans que I on
« ait songé à examiner si leur caséum était susceptible d’être utilisé
« par l’industrie. Ce seraient là des recherches à faire, et l'on peut
« être persuadé qu’il en résulterait de précieuses découvertes au
« [joint de vue de leurs applications électriques. Mais ce sont des
« essences disséminées, qu il faudrait soumettre comme le caout« choucàlaculturedomestique. Cettequestion constitue une entre« prise digne d’attirer l'attention de la Métropole, puisqu'il s'agit
&lt;( de l'affranchir de la dépendance des colonies étrangères. »
L'Administration pénitentiaire seule peut disposer de bras et
de capitaux suffisants pour mener à bien une pareille entreprise.
Une société civile hésitera certainement à faire des plantations
qui sont évidemment d’un avenir assuré, mais dont les produits
exigeront une attente de douze ou quinze ans.

�Dans une récente brochure due à l’initiative de M. Richard,
membre du comité de l'Exposition de la Guyane, on estime à
huit millions le rendement annuel de 5.000 hectares plantés en
arbres à caoutchouc. Le territoire pénitentiaire du Maroni ren­
ferme bien des fois 5,000 hectares, et en réduisant de
moitié, et même davantage, le chiffre par trop séduisant de
M. Richard, l’exploitation serait encore avantageuse. Elle per­
mettrait de donner une occupation moralisante et rémunératrice
aux libérés et aux relégués dont le nombre va croissant.
Les Hollandais se sont donné bien du mal pour dessécher les
terres basses de leur colonie américaine en vue d’y planter de la
canne à sucre. Il y a cent ans de cela, ce système leur a réussi.
Mais aujourd'hui que la métropole est obligée de protéger le
sucre colonial au détriment du sucre de betterave, on ne peut
songer sérieusement à planter de la canne à sucre à la Guyane.
La métropole doit demander à ses colonies des produits qui ne
peuvent venir sur son sol et sous son climat. Le caoutchouc et
la gutta occupent le premier rang parmi les produits coloniaux
qui n’ont pas leurs similaires en France.
Les Anglais viennent d’entreprendre des plantations de caoutchoutiers (j’ignore le nom de l’arbre qu'ils multiplient, ce n’est
pas VHevea guyanensis). Nous n’avons qu’à les imiter. On ne
trouvera nulle part un sol et un climat qui soient plus favorables
que la Guyane à la multiplication de ces essences; la plupart y
sont indigènes, ce qui indique combien le milieu serait favorable
à leur belle venue.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Mes recherches pour trouver des Araucarias dans les forêts de
la Guyane ont été complètement infructueuses et j ’ai de fortes
présomptions pour croire qu’ils n’existent pas, du moins dans les
régions connues de notre colonie.

Il est bien improbable que ces végétaux, dont l’aspect est si
caractéristique, aient échappé à l’attention d’observateurs comme
Aublet, Guisan, Leblond, Sagot ,Crevaux, etc., qui ne les citent
dans aucune de leurs relations.
Par contre, les arbres donnant des sucs laiteux coagulables
par 1alcool, les balatas surtout, sont très abondants; malheureu­
sement ces arbres sont disséminés dans des régions d accès géné­
ralement difficile. Personne, jusqu’à présent, n’a essayé d’en tirer
parti, malgré la valeur bien établie de leurs produits et les offres
avantageuses du commerce métropolitain.
Des plantations d’arbres à caoutchouc et à gutta auraient toutes
chances de réussir dans les terres basses de la Guyane. Ces terres
sont inondées pendant les deux tiers de l’année, et l’époque où
les eaux se retirent est la plus favorable à la récolte des sucs
laiteux. De telles plantations permettraient d utiliser les terres
basses (qui sont de beaucoup les meilleures) sans les dessécher,
opération pénible et malsaine devant laquelle nous avons reculé
jusqu’à présent.
Il est bien reconnu que les terres hautes de la Guyane on peut
définir les terres hautes, par opposition aux terres basses, celles
où l’on peut en tout temps marcher à pied sec) perdent vite leur
fertilité quand elles sont déboisées ; tous les engrais qu’on peut y
mettre sont entraînés par les pluies et vont enrichir les terres
basses voisines.
Les Booschs, les Bonis, les Indiens sont obligés de renouveler
leurs abatis tous les trois ou quatre ans, et, quand il n’y a plus
de bonnes terres aux environs des villages, ils émigrent plus
loin. Les abatis créoles durent un peu plus longtemps; mais, au
bout d’une période plus ou moins longue, ils finissent par n’avoir
presque plus de terre végétale.
Les créoles de la Guyane se sont toujours obstinés à vouloir
entreprendre leurs grandes cultures en terres hautes ; on connaît
les résultats de cette façon d'agir : « Que signifient, pour les
« grandes cultures, des terres épuisées au bout de trois, cinq
AmuUes de l'Institut Colonial. 1897.

5

�LES

PLANTES

MÉDICINALES

ET

TOXIQUES

DE LA

GU Y AN E

FRANÇAIS]

[V]

« ou sept ans? Le même sol qui produit du sucre à Saint« Domingue, en produit depuis quatre-vingts ans. » (Malouet,
Mémoires pour la Guyane, tome I, page 448.) On ne peut utiliser
les terres hautes de la Guyane que par des plantations arbores­
centes susceptibles de retenir le sol. (Voir mon rapport du 21 mai
sur l'utilisation des terres hautes de la Guyane.) Ces plantations
(café, cacao, quinquina, arbres à épices, coca, Hevea guyanensis,
kola, etc.) devraient être entreprises dans la forêt bien débrousée
et débarrassée d'une partie de ses grands arbres.
Toutes les cultures de plantes annuelles ou de courte durée,
celles qui exigent de continuelles façons du sol, ne conviennent
pas aux Européens, et puisque la force des choses veut que nous
n ayons pour travailleurs à la Guyane que des malheureux peu
faits pour vivre sous une pareille latitude, il paraît rationnel de les
mettre autant que possible à l’abri des influences qui les dévorent.
L entretien et l'exploitation des cacaoyers, des plantations de
café, de coca, d'arbres à caoutchouc et à gutta-percha, de kola
n’exigent pas de bien grands ell'orts, et les ouvriers n’ayant pas à
remuer la terre seraient à l’abri des émanations telluriques si
redoutables à la Guyane.

�LES

PLANTES MÉDICINALES
ET TOXIQUES
DE LA

GUYANE FRANÇAISE
O

(Catalogue raisonné et alphabétique)
PAR

L e Dr

HECKEL

É douard

MACON
PROTAT

FRÈRES,

1897

IM PR IM E U R S

�AVANT-PROPOS

L’emploi de la plupart des plantes médicinales de nos colonies
françaises est resté longtemps livré à l'empirisme le plus grossier.
J ’ai cherché à en rationaliser l'utilisation, au moins pour les plus
intéressantes d’entre elles ou pour celles dont l'usage était si
généralement répandu parmi les habitants de ces colonies qu’elles
s’imposaient forcément à l'attention des chercheurs : tels le kola,
le dagi-gogo, le bonduc, le doundaké, le bakis, le sangol, le séribcli, le balia/jor, le kinkclibah, le bois piquant, etc., etc.; mais
il m’a paru qu’en vue de favoriser ce long et méthodique travail
de laboratoire, qui doit avoir pour résultat de démontrer la valeur
réelle de nos médicaments coloniaux, il importait d’en entre­
prendre d'abord une sorte d’inventaire pour chaque colonie ou
groupe de colonies 1 et de faire connaître les propriétés qui leur
sont couramment attribuées, avec l’emploi dont elles sont l’objet.
Pour quelques-unes d’entre elles, des travaux bien conduits en
ont montré déjà toute la valeur, mais c’est évidemment le plus
petit nombre. Le gros de l’armée végétale reste soumis à 1em­
pirisme, qui seul a dicté les diverses applications thérapeutiques
dont elles sont l’objet; et encore, cet emploi est-il le plus souvent
emprunté aux pratiques les plus anciennes des aborigènes de ces
colonies. Toutefois, ces données, si grossières qu’elles puissent
être, je l ai répété bien des fois, portent en elles, le plus souvent,
1. Ainsi, il est bien entendu qu’un seul catalogue englobera les Antilles
françaises, et il faut s’attendre à voir certaines plantes médicinales insérées
dans le travail actuel se retrouver dans celui des Antilles, dont la flore a
des affinités étroites avec celle de la Guyane.

�72 —
un fond sérieux de vérité; il convient de la dégager des erreurs ou
des exagérations qui l’entourent. L’empirisme, on le sait bien par
1histoire des drogues les plus en honneur qui forment le meilleur
de notre arsenal thérapeutique (quinquina, jaborandi, kola, maté,
etc.), a devancé de beaucoup les conquêtes de la science. 11 importe
donc de faire à cet empirisme la part qui lui revient dans l’étude
des produits médicinaux nouveaux, c’est-à-dire le consulter sans
enthousiasme irréfléchi, et ne jamais le repousser avec un mépris
déraisonnable. Pour moi. j'estime qu il faut lui donner, dans ces
inventaires coloniaux, la place à laquelle il a acquis des droits
incontestables, en éclairant, pour d’autres drogues aujourd’hui
très appréciées, les premières investigations scientifiques d’un jour
qui a souvent servi à guider les pas hésitants des chercheurs à
travers les obscurités du début. Dans ce fatras de données empi­
riques souvent incohérentes, la science saura bien reconnaître ce
qui lui appartient.
Après avoir esquissé l’inventaire actuel de la Guyane française
et celui des colonies les plus anciennes, c’est-à-dire les mieux
connues, mon intention est d’en étendre, si c'est possible, le
bénéfice à toutes nos possessions tropicales d’outre-mer. C'est là
une œuvre aussi ingrate qu'obscure, mais qui, j ’en suis assuré,
ne restera pas sans utilité. Je considère, en elfet, que j ’aurai ainsi
préparé le réservoir commun, auquel s’alimenteront, dans l’ave­
nir, les principales sources de recherches thérapeutiques d’ordre
végétal. Qu’on le veuille ou non, il faut bien reconnaître que
c est dans les régions tropicales qu'on a rencontré jusqu ici et
qu'on rencontre encore les médicaments les plus actifs et les
plus en honneur dans notre thérapeutique officielle, en dehors,
bien entendu, des produits de synthèse, qui semblent, en ce
moment, prendre une place de plus en plus marquée dans notre
arsenal médical. Les produits végétaux (alcaloïdes, glucosides,
résines, gommes-résines, tanins, etc.), que les plantes accumulent
en elles parce qu elles ne peuvent les expulser au dehors, sont le
résultat de leur activité vitale. Ils y seront d’autant plus abon­

— 73
dants et plus complexes que la puissance des échanges avec le
milieu, résultat ou facteur de cette activité végétale, sera plus
intense; c’est ce (pii arrive précisément dans les régions chaudes
et humides de notre globe, entre les tropiques et l’équateur de l un
et de l’autre hémisphère, où la vie végétale atteint son maximum
d’expansion et d’activité. Il faut donc étudier les produits végé­
taux de nos colonies tropicales avec l’assurance d’y trouver des
matières nouvelles dont la puissance physiologique (ces produits
sont des armes de défense pour les plantes) répondra à l’activité de
la vie végétale dans ces régions. Les catalogues que je veux dres­
ser constitueront par suite,je dois l’espérer, le canevas sur lequel
s’exercera l’esprit d’investigation des médecins etdespharmaciens
désireux de jeter du jour sur la véritable valeur de ces drogues.
Je serai aidé, dans mon œuvre d’inventaire, par les publica­
tions qui semblent se presser à l’heure actuelle sur la flore de ces
colonies. A cet égard, on peut dire que notre domaine d outre­
mer, après avoir, à la fin du siècle dernier et au commencement
de celui-ci, vivement excité l’intérêt et stimulé l’ardeur des
botanistes, semblait un peu délaissé à notre époque. L'esprit de
ces recherches sommeillait dans nos colonies pendant que l’idée
coloniale elle-même s’était profondément assoupie en France.
Mais le réveil s’est produit, et voilà que viennent au jour, après
les Etudes sur lherbier du Gabon par Bâillon, après la Flore de
la Guyane de Sagot, celle de La Réunion de J. de Cordemoy,
celle des Antilles françaises par le R. P. Duss, les études de
M. P ierre et de M. Franchet sur le Congo, enfin la Flore fores­
tière de Cochinchine par Pierre. Ce dernier ouvrage est un véri­
table monument. Ces flores, pour ne parler que des publications
françaises, se font remarquer, pour le plus grand nombre, par
une particularité que j enregistre avec quelque satisfaction; elles
donnent, à côté des descriptions botaniques, l’emploi médicinal
empirique ou l’utilisation industrielle de ces plantes. Je puiserai
à ces données et les renforcerai par des renseignements locaux
qui me sont fournis soit par mes correspondants spéciaux (méde-

�— 74 —
cins, pharmaciens, etc.), soit par des familles créoles, origi­
naires de ces colonies, qui ont pu ou su longuement mettre à
l'essai la valeur thérapeutique de ces drogues végétales, soit enfin
par le résultat de mes propres recherches. En ce qui toucheaux
plantes, qui ont été bien étudiées déjà, je me bornerai, après en
avoir donné 1 utilisation la plus substantielle et l'analyse chi­
mique, à renvoyer le lecteur aux travaux qui les ont fait con­
naître ou aux classiques qui en font mention détaillée. Mais
j ’insisterai davantage sur celles dont les propriétés ignorées,
ayant été l'objet d'aucune étude scientifique, donnent cepen­
dant quelques promesses, soit à cause de l’emploi très répandu
et très populaire de leurs diverses parties constituantes, soit en
raison de leur parenté botanique avec des végétaux ayant déjà
fait leurs preuves comme véritables médicaments.
J'appelle de tous mes vœux la mise en œuvre des matériaux
dont je vais essayer de faciliter l'étude aux chercheurs de l’ave­
nir1. Ainsi deviendront définitivement acquises à la science les
quelques vérités que l’empirisme aura pu faire émerger du grand
inconnu, dont le poids se fait encore si lourdement sentir sur
notre riche domaine colonial. Ainsi seront mieux connues, après
une étude pharmacognosique, c’est-à-dire d’application, certaines
espèces végétales pour lesquelles la morphologie, en dehors de
toute investigation anatomique, a seule été mise en cause jus­
qu'ici pour les classer et les dénommer. Toutes ces recherches,
qui se donnent mutuellement appui, arriveront à se compléter
les unes par les autres, au grand avantage de la meilleure con­
naissance des formes végétales exotiques. Je crois avoir donné,
par 30 années d’étude pure ou appliquée du domaine botanique
f. Il leur sera toujours facilé d ’avoir la plupart des matériaux de
recherches soit au Musée Colonial de Marseille, dont les collections s’enri­
chissent tous les jours de produits nouveaux destinés à l’étude, soit en
s’adressant à M. Hassières, directeur du Jardin botanique de Baduel, à
Cayenne. La complaisance bien connue de ce fonctionnaire dévoué à la
science, m’est un sûr garant de l’em pressement qu ’il mettra à répondre à
ces demandes.

d’outre-mer, un exemple qui peut être utilement suivi par les
jeunes générations actuelles. Elles trouveront dans les inven­
taires que j ’établis, sans autre prétention que de servir leurs
recherches et de faciliter leurs travaux, des indications de quelque
utilité et puisées dans ce but aux meilleures sources. Il leur suf­
fira, pour en tirer quelque profit, de suivre le sillon que j'ai tracé
péniblement, ayant tout à déblayer autour de moi, sur un terrain
embroussaillé. Je voudrais épargner aux jeunes cette pénible
besogne accrue de tous les embarras multiples, que je connais
bien pour les avoir subis, et qui ont retardé ma course en amoin­
drissant l'étendue de mon œuvre coloniale; je veux parler de
cette pénible correspondance à échanger avec les hommes de
bonne volonté qui abondent dans nos colonies, pour en obtenir
le moindre renseignement sur ce qu'on peut y étudier, sur les
moyens de se procurer les matériaux de ces études et sur leur
emploi local. Ce travail, je l’ai fait et je veux que les autres en
profitent.
Dans ces catalogues, j ’ai placé, quand il existe ou quand j ’ai
pu le connaître, le nom indigène au-devant de chaque drogue et
tout à fait en vedette pour bien indiquer l'importance de cette
notion; elle facilitera singulièrement la recherche sur place de
ces matériaux d’étude, même par des personnes étrangères à la
botanique. L’ordre alphabétique que j ’ai adopté, en prenant pour
base les noms indigènes, est de nature à faciliter encore les
recherches dans ce catalogue. J ’y ai recouru uniquement dans ce
but. Quand le nom créole ou indigène n'existe pas, ou quand je
n’ai pu le connaître, j ’ai dû placer en ordre alphabétique le nom
scientifique lui-même, et j'ai dû recourir, bien entendu, pour ce
classement, à la première lettre du nom générique.
Le lecteur trouvera dans ce catalogue, comme dans ceux qui
suivront, quelques plantes qui ne sont pas spéciales à la flore de
la colonie mise en cause. J ’ai cru devoir faire une place aux
végétaux qui, après leur introduction dans une colonie donnée, y
ont acquis droit de cité et s'y sont popularisés et vulgarisés

�— 76
jusqu au point d’entrer dans les pratiques usuelles médicales de leur
nouvelle patrie. Leur origine est indiquée telle qu’on la connaît.
L intérêt du progrès rapide de nos connaissances coloniales et
celui des recherches à venir m a inspiré le courage d’entreprendre
ces nomenclatures, malgré leur imperfection, leur aridité et le peu
de relief qui peut en résulter pour leur auteur. Ma seule satisfac­
tion, je la trouve dans le plaisir que j ’éprouve à tracer un cadre
de travail, qu'assurément je ne remplirai pas, mais qui attirera
certainement des travailleurs. J'ai conscience, en publiant ces
matériaux, de rendre encore obscurément service à cette branche
spéciale de la botanique appliquée qui a pris une si grande place
dans ma vie scientifique. De plus, ils ne resteront pas sans utilité
pour nos colonies, j aime h l’espérer. En effet, dans nos possessions
tropicales, dont je vais dresser le catalogue botanique appliqué à
l'art de guérir, en me basant surtout sur la réputation acquise à
ces plantes, les habitants pourront tirer aussi quelque profit des
notions que j y esquisserai. Ils suivront, en attendant mieux, les
indications médicales que j'y porterai. Quand ces emplois seront
rationalisés par l'étude méthodique, nos colons pourront aban­
donner certaines drogues pour recourir uniquement à celles qui
auront résisté à l'épreuve de la pierre de touche scientifique.
Pour le moment, ils pourront trouver dans cette nomenclature
quelques indications dont l’expérience leur démontrera ou l’ina­
nité ou la valeur. En tout cas, ils n’auront pas à redouter de
recourir à un emploi de ces plantes tel qu’il aura été indiqué. Le
pis qui puisse leur arriver, c’est, après avoir suivi ces indications, de
n en tirer aucun profit curatif. Mais nul mal n’en peut résulter,
car je m'en tiendrai strictement aux données fournies par une
longue expérience aux populations de chacune des colonies dont
je m’occuperai.
Du reste, il n’est pas mauvais que les habitants de nos colo­
nies s’habituent de plus en plus à se soigner exclusivement avec
les produits naturels de leurs pays, où la vieille Europe va sou­
vent puiser les meilleurs et les plus renommés de ses médicaments.

Il serait bon également que les médecins coloniaux, sans recou­
rir à peu près uniformément, comme cela se pratique aujour­
d'hui, aux produits consacrés par la science métropolitaine, prissent
la résolution d’étudier et de mettre à profit la matière médicale
exotique propre à la colonie où ils professent leur art. Ce serait
un réel bénéfice pour tout le monde1. Les approvisionnements de
nos hôpitaux coloniaux pourraient se faire en partie sur place, et
les pharmaciens de ces hôpitaux pourraient y préparer des pro­
duits spéciaux à chaque colonie, sans recourir, comme on le fait
aujourd’hui, exclusivement à la nomenclature métropolitaine. \o s
colonies sont actuellement assez importantes (Côte occidentale
d'Afrique, Soudan, Indo-Chine, Congo, Madagascar pour avoir
chacune leur pharmacopée propre, comme l’a fait l'Inde et aussi
l'Australie, alfranchies à cet égard de la métropole anglaise.
Dans les catalogues que je prépare aujourd'hui, je voudrais que
l'on trouvât le germe des futurs Codex coloniaux dont le besoin
se fera certainement sentir un jour ou l’autre.
Pour le bien mettre en évidence, je tracerai immédiatement
après celui-ci, et dans la limite où l'entreprise est aujourd'hui
réalisable (réserve nécessaire au moins pour ce qui touche la
grande île que l’on vient d’annexer à la France, et qui a l'impor­
tance de la métropole), le cadre des plantes usitées à Madagascar
et aux Mascareignes. Ma résolution paraîtra sans doute bien témé­
raire. Je m ’en console en pensant que ce premier essai, si impar1. Je dois reconnaître que quelques médecins militaires coloniaux sont
entrés ou en tre n t franchement dans cette roie de l’étude clinique et de
l'utilisation des médicaments-nègres, comme certains les appellent avec un
mépris non déguisé, qui ne met en relief que leur ignorance. Je cite volon­
tiers, comme modèles de ces tendances aussi nouvelles que dignes d’éloges
et d’encouragement, d ’abord le Dr Corre, un précurseur, puis MM. Drevon,
Rançon et Maclaud, dont, je l’espère, l’exemple sera contagieux. M. le Dr
Rançon a donné une large part à l’examen des plantes médicinales dans son
Vogage d'exploration scientifique en Ilaute-Ganibie; M. Drevon en a fait de
même dans sa Topographie médicale de la Guinée française. Je ne puis
passer sous silence le remarquable travail du professeur C. Sambuc sur la
Flore et la matière médicale de la Sénégambie. (École de pharmacie de Mont­
pellier, 1880.)

�fait et si informe qu il puisse sortir de ma plume, attirera 1 atten­
tion de nos médecins coloniaux, aujourd hui en possession de
Madagascar, et hâtera l'heure de la connaissance de ses richesses
thérapeutiques.
En ce qui concerne la Guyane, à laquelle je donne le premier
rang dans cette série coloniale, aucun autre travail de ce genre
n'a été entrepris à ma connaissance, si I on en exclut 1 amas des
données médicales empiriques qui accompagnent les descriptions
botaniques dans la Flore de la Guyane d’Aublet. Il faut faire
exception toutefois pour la thèse de M. Jousset, intitulée Des
plantes usuelles de la Guyane, et soutenue à l'école de pharmacie
de Montpellier en 1870. Ce travail très consciencieux, mais un
peu limité, m a fourni quelques données dont j'ai profité. Je dois
signaler aussi comme sources précieuses de renseignements, les
deux thèses du Dr Louis Planchon, sur les produits des Apocynées
(189i) et sur ceux des Sapolacées (1888), qui m'ont été, en rai­
son même des détails précis qu elles renferment, d’une haute uti­
lité. J 'ai trouvé aussi quelques renseignements appréciables dans Les
plantes utiles des colonies françaises (188G), de De Lanessan. Ce
livre est devenu classique; il ne peut pas ne pas être consulté.
J en dirai autant du Résumé de la matière médicale et toxicolo­
gique coloniale de A. Corre et Lejanne, et des applications
thérapeutiques contenues dans la magistrale Histoire des plantes,
de Bâillon, à la fin de chaque famille végétale. J ’ai également
appris de M. Janneney, le savant auteur de La Nouvelle-Calé­
donie agricole, presque tous les noms indigènes des plantes et
la plupart d’entre les propriétés qui leur sont attribuées empiri­
quement1. Je lui en adresse ici tous mes remerciements.
Je ne puis passer sous.silence la publication toute récente tou1. Je me fais un devoir de donner ici une mention toute spéciale à l ’excel­
lent Traité des dror/ues végétales, de G. Planchon et Collin, qui m'a été d'un
puissant secours et dont je ne saurais trop louer ici l’ordonnance. C’est le
premier ouvrage de ce genre qui ait commencé à faire une place sérieuse
aux produits nouveaux et peu connus de nos colonies françaises, en dehors
de ceux qui sont utilisés depuis longtemps.

chant la matière médicale colonialeentrepri.se parM. BocquillonLimousin et comprenant, sans catégorisation d’origine, les pro­
duits dans leur ensemble de toutes nos colonies françaises.
Fort de cet exemple, je fais en terminant, un suprême appel à
fous ceux que l'élucidation de ces questions intéresse, et en parti­
culier aux médecins et aux pharmaciens coloniaux, pour qu’ils
veuillent bien adresser au Musée Colonial de Marseille, où elles
seront étudiées, les plantes avec leurs produits, que je signale ici
à l’attention des chercheurs comme méritant une étude sérieuse et
approfondie. Ils rendront service tout à la fois à la science, à la
colonie qu'ils habitent et à leur profession, qui en tirera les premiers
profits. J engage aussi les médecins coloniaux à vérifier sur place
les propriétés médicinales que je signale comme propres aux
plantes qui sont consignées dans ce catalogue ou qui le seront dans
les catalogues à venir. C’est un contrôle nécessaire qui leur revient
de droit et qui sera d’autant plus efficace qu’il aura été entrepris
sur les lieux mêmes, avec des végétaux frais. — Pour pouvoir colo­
niser utilement, il importe de bien posséder tous les éléments de
résistance qu’une colonie peut offrir à l'Européen dans sa lutte
contre l’inclémence du climat et surtout contre toutes les causes
multiples de déchéance physique qui l’entourent dans un milieu
pour lequel il n’est pas né et pour lequel il n'a pas été préparé.
L'entretien de la santé est la première condition du succès pour le
colon : il lui faut donc connaître d’abord tout ce qui, parmi les
productions naturelles d’un milieu donné, peut assurer le maintien
de ses forces physiques. Etudier à fond ces ressources précieuses,
c’est donc servir le plus utilement la cause des colonies et sur­
tout de la colonisation. Cette considération, dont l'importance
n’a pas besoin d'être démontrée, suffirait, en dehors de toute autre,
à justifier l’œuvre que j ’entreprends aujourd’hui.
E. IIECKEL.
Institut Colonial de Marseille.
Juillet 1890.

�PLANTES MÉDICINALES OU TOXIQUES
EMPLOYÉES A LA GUYANE FRANÇAISE

Abérémou ou Pérébier. —

P e r e d e a g u i a n e n s i s Aublet (UrticéesArtocarpées). Se trouve communément sur les bords de la
rivière Kourou. Ses tiges, flexibles et molles, donnent une
écorce remarquable dont le lait est employé comme anthelminthique. Le latex du Bayassa guianensis Aublet, plante de
la même famille, donne après coagulation une gutta à étudier;
frais, ce latex serait, dit-on, purgatif par sa résine (à vérifier).

Acajou rouge. — S w i e t e n i a

Jacq. [Mcliacées-Cédrélacées).
Décoction de l’écorce employée pour panser les blessures par
armes à feu. Cette écorce est amère, astringente, fébrifuge et
antiseptique. C est à cette dernière propriété sans doute qu elle
doit ses applications comme topique dans le traitement des
plaies de tous les genres. Son fruit (capsule ovoïde) donne, par
ses graines, une huile dite de Caraba, non étudiée, comme
l'écorce du reste.
Acajou vrai; Acajou femelle ; Cèdre acajou. — C e d r e l a o d o r a t a L.
[Méliacées-Cédrélacées). L'extrait du bois est fébrifuge. Ce bois
laisse exsuder une résine aromatique. L infusion des feuilles
et des fleurs est considérée comme antispasmodique et employée
en injection contre les maux d oreilles. L écorce est très astrin­
gente, amère et constitue un bon tonique et fébrifuge. Le fruit
serait anthehninthique. L’huile des graines est recommandée
M

a iiag o ni

�pour la cicatrisation des brûlures et des blessures. Cet arbre
odorant, fort commun au quartier de Mana, possède un beau
bois rougeâtre d'ébénisterie : la résine aromatique du bois est
à étudier.
Acooia ou Acouma; Mavémé ou Mavévé. — H omalium racemosum
Jacq. (Samydacées-Homalinées). C’est le R acoudea guian e n s i s d’Aublet, le « mavémé » des créoles. Voir Mavévé. Les
racines,dit Aublet, s’emploient en infusion contre la gonorrhée ;
elles sont encore employées de nos jours à titre d'astringent.
Acouroa ; Acuroa; Acourou. — G e o f f r æ a violacea Pers. ; Acouroa violacea Aublet ( Légumineuses). Arbrisseau à fruit âcre
qui serait, dit-on, précieux contre le tétanos d'origine tellu­
rique. (A étudier sérieusement en raison de cette dernière affir­
mation.)
Ahouaï. — On connaît, sous ce nom, à la Guyane deux espèces
différentes de Thevetia, savoir : 1° T u e v . n e r i i f o l i a J u s s . [Allouai
neriifolia Plum., Ncrio affinis angusti folia Pluk., Gerbera
foliis linearibus Plum., Cerb. Thevetia L., Cerb. peruviana
Pers.) et 2° le T h e v e t i a A hou al D . C. [Allouai Thevetia, Allouai
fructus venenatus J. Bauh., Gerbera Allouai L.). Ces deux
végétaux toxiques devraient, dans leurs propriétés physiolo­
giques, être étudiés comparativement avec le Cerbera Manghas de Nouvelle-Calédonie et le Tanghinia venenifera de
Madagascar qui s’en rapprochent sensiblement (Apocynées).
Le premier est nommé, en Amérique tropicale, d’où il est
originaire et d’où il a été introduit dans l’Inde et dans l’Asie
chaude : « ahouaï », « yorre », « abia île Malto », « jaca »,
« noix de serpent », etc.; le second : « ahouaï du Brésil »,

« noix ahouaï », « ahouaï des Antilles », « noix de serpent »,
« bagage à collier », etc. Cette dernière dénomination vient
de l’emploi, déjà signalé par Clusius, de ses noyaux vides pour
faire des sonnettes bruyantes que les indigènes s'attachent aux
jambes et au cou comme colliers. Le fruit et la graine de ces

deux espèces sont des toxiques puissants (narcotico-âcres). La
mort survient après des convulsions violentes et des désordres
gastro-intestinaux. Une amande mâchée ou broyée dans
le lait amène une purgation énergique (en un quart d’heure)
souvent suivie de vomissements. On l’emploie comme purgatif
dans le rhumatisme et les hvdropisies à la dose d’une demiamande. C’est surtout comme fébrifuge qu elle est utilisée
concurremment avec l’écorce. Pilée avec du rhum, l’amande est
un bon alexitère : deux graines broyées dans un verre de rhum
suffisent; le liquide est bu par fraction, et la pulpe pressée est
appliquée sur la blessure. La dose maxima en poudre, décoc­
tion, macération, teinture, extrait aqueux doit correspondre à
Ogr. 2o d’extrait. De Vry en a isolé la thévétine : c’est un glucoside cristallisé dont l’action est tétanisante; il est très amer, a
un goût métallique et picote la langue qu’il finit par engourdir.
La graine contient, en forte proportion, une huile fixe qui est
purgative; on y trouve, comme dans toutes les autres parties
de la plante, le pséudo-indican, substance jaune, amorphe, qui
bleuit magnifiquement par les acides (chlorhydrique). C’est
une très belle matière colorante. L indican a été employé en
médecine.
Ajouva; Ajouhona. — O c o t e a

GUIANENSIS Aublet; O r e o d a p h n e g l i a Nees (Laurinées). L'huile du fruit, jaunâtre, à odeur
agréable, est employée contre les rhumatismes. Feuilles odo­
riférantes employées comme résolutives et en cataplasmes
antiseptiques (huile essentielle). L'écorce s’emploie dans le
traitement des abcès.
n en sis

Alamande; Orélie.— A

L.; O k e l i a g r a n d l f l o r a
Aubl. (Apocynées-Carissées). Latex abondant, constituant un
purgatif énergique qui aurait réussi dans plusieurs cas de
coliques saturnines à la dose de S à 10 gouttes. A dose modé­
rée, 10/1000, l’infusion des feuilles est un purgatif cathartique
excellent. A dose plus forte, c’est un purgatif émétique viol l a m a n d a c atuartica

Annales de l'Institut Colonial. 1897.

6

�lent. Plante très répandue : existe eneore aux Antilles, dans
l'Inde, en Malaisie, à Geylan.
Alarnan. — Soi..vm m m g r u m L. (Satanées). Plante recommandée
contre la cardialgie et les tranchées à l'intérieur; à l'extérieur,
contre les ulcères rongeants, les cancers en suppuration,
les brûlures profondes, les dartres. On la conseille aussi en
cataplasmes contre les coliques néphrétiques. Cette plante est
du reste officinale en France et son histoire a été faite avec
détail dans tous les traités classiques de matière médicale.
Aloés. — A g a v e a m e r i c a n a L. (Amaryllidccs). Racines sudori­
fiques et antisyphilitiques (renfermant peut-être de la saponine?). La racine et les feuilles laissent exsuder par incision
un suc sucré qui après fermentation donne un liquide alcoo­
lique (poulr/uc) qui est laxatif.
Amandier; Badanier. — T e r m i n a l i a G a t a p p a L. ( Combrétacées).
Ecorce des racines astringente, usitée contre la dysenterie, la
diarrhée. L'écorce des tiges est préconisée contre les fièvres
bilieuses. L’huile des graines est considérée comme rancissant
difficilement. Un onguent connu dans le pays, et réputé contre
les maladies de pea^j, se prépare en mélangeant le suc des
jeunes feuilles au lait des amandes. Les feuilles macérées dans
l’huile de palme sont appliquées sur les abcès des amyg­
dales.
Ambotay; Corossol ambotay. — A.nûna A muotay Aublet (.Anonacées).
Ecorce amère, aromatique et piquante, recommandée déjà du
temps d’Aublet, en décoction, pour la cicatrisation des ulcères
anciens appelés mal-nègres dans le pays. G’est un antisep­
tique et un excitant par son huile essentielle.
Ambélani. — A m be l a n l a a c i d a Aublet (Apocynées). Voir Quienbendent.
Ambrette; Calalou musqué.— H ibiscus A belmoschls L. (Mnlvacées).

Les graines à odeur de musc sont employées comme mastica­
toire contre la carie dentaire et 1 haleine fétide. Leur infusion

est considérée comme céphalique et stomachique; on la regarde
aussi comme antispasmodique.
Amourette. —

M e d i c a g o a h b o r e a Aublet Légumineuses). L infu­
sion des feuilles est purgative, celle des fleurs, d’après Aublet,
serait bonne contre les all'ections pulmonaires (?).

Amourette blanche. —

S o l a n u m B o t e l i i i a n u m Dun. (Solanées). Les
baies s’emploient en cataplasmes maturatifs (?).

Anacardier; Acajou à pommes — A nacardiem OCCIDENTALE L.; Cassuvium po.mieerum Lam. ( Térébinthacées). Le péricarpe du fruit

renferme, dans des loges spéciales creusées en ses parois, un suc
oléagineux pourpre, noircissant à l’air et acre; ce suc estemployé
contre les douleurs causées par la carie dentaire; on l’emploie
aussi pour détruire les verrueset les cors ; il pourrait mêmeservir
comme vésicant. Ge suc est composé : 1° d'acide anacardique,
blanc, cristallisé, inodore, d’une saveur âcre et brûlante, aro­
matique; il est insoluble dans l’eau et donne avec l’acide sul­
furique une couleur rouge de sang ; 2° de cardol, liquide oléa­
gineux. jaune, très altérable, insoluble dans l’eau, soluble dans
l’éther et vésicant; 3° de Vacidegalliquc, une gomme résine et
une matière colorante. L’embryon contient une huile douce
usitée pour faire des émulsions (loochs pharmaceutiques) au
lieu et place des amandes douces, et employée aussi dans l’ali­
mentation sous le nom d'huile de caraïbes. La graine tout
entière se mange crue ou grillée.
Chez les végétaux âgés, l'écorce du tronc laisse exsuder,
spontanément ou après incision, une gomme (cashew-gum des
Anglais) qui se concrète en masses stalactiformes d’une couleur
jaune ou rougeâtre et qui se dissout incomplètement dans
l’eau : employée aux mêmes usages que la gomme arabique,
elle est un mélange de gomme ordinaire et de bassorine. Les
feuilles ainsi que l’écorce sont riches en tanin : on les emploie
en lotions et en gargarismes astringents. La racine est regar­
dée comme purgative (à étudier).

�—

86

—

—

Le pédoncule floral hypertrophié, charnu, pyriforme, qu’on
désigne sous le nom de pomme d'acajou tandis que le fruit
s'appelle noix d'acajou, et qui est de couleur jaune blanc ou
rouge à maturité, a une saveur aigrelette et agréable. On le
mange en guise de fruit et on en fait des boissons fermentées ;
au Brésil, il passe pour sudorifique et antisyphilitique.
Anda ; Bois Johana des créoles (Andalazou des Brésiliens). — A nda
G o.mesii A. Juss.; Jouannesia phinceps Vellozo (Euphorhiacées).
C’est l’Anda-çu des anciens voyageurs du Brésil. L ’écorce
contient un suc laiteux, vénéneux, qui sert à enivrer les pois­
sons. Les amandes des graines sont purgatives : une seule suffi­
rait à purger un adulte, deux pourraient le tuer. L ’écorce, passée
au feu, est prise en infusion contre la diarrhée. Par expression,
on tire des semences, qui ont la grosseur d’une châtaigne,
l i °/0 d'une huile jaune pâle, transparente, d’une faible
saveur; cette huile purge à la dose de 50 gouttes. Elle est aussi
appliquée comme topique contre les brûlures. Cette huile n’a
pas été analysée.
Angelin; Angelin à grappes. — A ndira RACEMOSA Lam. ( Césalpiniées). Plante introduite du Mexique. L’écorce et les graines sont
anthelminthiques. L ’écorce et le fruit sont excessivement amers.
On prétend qu'à une certaine dose, au-dessus de 1 gramme,
les effets pourraient en être mortels. Il ne faut donc les employer
qu’avec beaucoup de circonspection. (A étudier comparative­
ment avec YAndira inermis IL B. K. qui jouit au même degré
des mêmes propriétés et a une écorce purgative.)
Anguine amère. — T r i c h o s a n t h e s cu cu .m e r i n à L .1 ( Cucurbitacces).
Coloquinte à fruits oblongs. Anthelminthique, purgatif, vomif. Cette espèce est comparable à la plante indienne, Trichosanthes palmata Roxb., dont les fruits sont globuleux et sphériques, rouge foncé et
de la grosseur d'une orange, et qui est vénéneuse, puissamment laxative
même à l’état sec, et très dépuralive. Mêlée à des grains de riz, elle se rt
dans l'Inde anglaise à empoisonner les corneilles. Ce sont deux variétés
du T. pubera Blume.

87 —

tif. L’extrait de la plante est regardé par les Malabars employés
à Cayenne comme le meilleur stomachique dépuratif. Introduite
d’Asie,
LeT. r i n c t a t a L . ( F e v i l l e a u e d e r a c e a Poir.), plante indienne
introduite aux Antilles ; donne une graine appelée noix de ser­
pent, qui y est employée comme purgatif et passe pour être
l’antidote du mancenillier et des morsures de serpent.
— C a r u m A n i s u m Baill. ([Omhcllifères). Introduit et cultivé
à Cayenne. Carminatif, vermifuge.

Anis.

Arouara ; Aouara. —

A s t r o c a r y u m v u l g a r e Mart. (Palmiers-Cocoïnées). Racines antisyphilitiques. La pulpe du péricarpe cuite est
renommée pour calmer les coliques. L’huile épaisse du fruit
(kiokio en créole) est usitée en friction pour calmer les douleurs
rhumatismales; cette plante est très employée dans le pays.
L huile fraîche est prescrite en lavements laxatifs, et en injec­
tions contre les douleurs d’oreilles. C’est le pendant du pal­
mier à huile (Elæis guineensis) de l’Afrique chaude.

Aracouchini. —

Aublet ; I . i i e t e r o p i i y l l a DC. ;
Mardi. (Térclnnthacées-Burséracées). La
résine qui exsude de l’écorce,légère,jaunâtre,aromatique, fluide1,
dit Aublet, comme la térébenthine, est employée contre les
maladies de la peau, et notamment le pian et la lèpre. Donne de
très bons effets quand elle est mélangée à l'iodoforme dont
elle atténue l'odeur forte. La décoction de cette résine rempla­
cerait l’huile de foie de morue. Appelée encore acouchi, alouchi.
cette résine est vulnéraire et astringente. D’après Aublet, on la
conserve dans le fruit du petit coui. Les caraïbes l’utilisent
pour la fabrication d’un parfum très employé en la mêlant à
l’huile de Carapa et à la couleur rouge du rocou [Bixa orellana).
P

r o tiu m

A

I cica A

ra cou ch im

racouchili

I. C ’e s t la Tacahamaque incolore huileuse d e G u i b o u r t f o u r n i e p a r p l u ­
s i e u r s I c i c a d e la G u y a n e ( s u r t o u t p a r Icica Guianensis A u b l e t ) . E l l e e s t
f o r m é e d e d e u x r é s i n e s c r i s t a l l i n e s (Rréane e t Icicane) e t d ’u n e r é s i n e
a m o r p h e (C o lo p h an e).

�—

Arec. —

88

— 89 —
-

L. [Palmiers). Introduit de 1 Inde. La
noix est un masticatoire astringent, seulement employée par les
immigrants hindous qui la mélangent avec la chaux et la
feuille du bétel. La poudre du fruit entier est très recomman­
dée contre la dysenterie. La graine est un vermifuge : elle
donne, par des ébullitions successives dans l'eau, des extraits
aqueux qui sont des cachous dépourvus de catéchine (Fluekiger). Cette graine contient une huile (laurine et myristine,
d'après Fluckiger), une matière tannique rouge, et cinq alca­
loïdes (isolés par Jahns, 1892) : arécoline, arécaïdine, arécaïne,
(/uvacine et choline. L'a récoline (liquide huileux) est un alca­
loïde très actif qui donne un bromhydrate cristallisant facile­
ment. C'est, d'après Marmé, le principe vermifuge; il agit
comme la pelletiérine, la muscarine et la pilocarpine.
A

rec a

catecuu

— A r g e m o n e m e x i c a n a L . [Papavéracées). La plante est
considérée comme alexitère au Mexique, sa patrie. On ne l’em­
ploie point dans ce but à la Guyane où elle a été introduite. La
graine, par l’huile qu’elle renferme, est un purgatif drastique,
dit-on, comme le croton, à la dose de 45 à 30 gouttes ; elle est
vomitive comme l’ipéca. La plante donne, par incision, un suc
jaunâtre, épais, soporifique qui brunit à l'air. Ce serait un corro­
sif substitutif (?) à l’état frais. A ce titre, on donne contre les
calculs vésicaux la décoction des tiges et des racines. Les fleurs
sont narcotiques. On tire des graines une assez grande quan­
tité d’huile employée à Surinam pour l’éclairage.

Argémone.

Arouman. — M a r a .m a

A r o u m a Aublet ; I s c h n o s i p h o n A r o u m a Kœrn.
(Scitaminées). Plante très commune à Cayenne. Suc des feuilles
et de la tige caustique et même vésicant, comme celui de la
canne feu [Diffenbachia Seguine Schott). Les graines donnent
une huile employée à Cayenne comme cosmétique pour les
cheveux. Le rhizome tuberculeux contient une fécule alimen­
taire.

Arrow-root. —

M

aranta

arun d ina cea

L. (Scitaminées). Aublet

signale les racines comme médicinales. Les Indiens les mange­
raient, cuites sous la cendre, dans les cas de lièvres intermit­
tentes. Le rhizome est estimé comme remède pour la cure des
blessures faites par les armes empoisonnées (« arrow-root »
signifie, en anglais, racine-flèche). C’est du reste sous cette
forme un excellent aliment. Le Canna indica L. (Maranta in­
dica Tussac) originaire de l’Asie chaude et introduit ù la
Guyane où il abonde, fournit aussi un arrow-root.
Arum du pays.

— A r u m a r b o r e s c e n s L. ( M o n t r i c h a r d i a a r b o r e s Schott; M o n t , a c u l e a t u m Cruez) (Aroulées . Suc corrosif
employé contre les verrues, les cors. Les ménagères remploient
aussi pour marquer le linge.
Aubergine. — S o l a n u m m e l o n g ê n a L. (Solanées). Le suc des racines
est instillé contre l’otite ou l odontalgie.
Avocat. — P e r s e a g r a t i s s i m a Gærtn. ; L a u r u s p e r s e a L. ( La urinées).
Introduit à la Guyane en 1750. Fruit antidysentérique (?).
Feuilles aromatiques présentant le parfum affaibli de celles du
laurier-sauce. Elles sont employées contre les maladies des
femmes (dysménorrhée). D’après Jousset, l infusion des feuilles
et des racines passe pour un aphrodisiaque certain.
Ayapana. — E ü p a t o r i u m A y a p a n a Vent.; E l p a t o r i l m t r i p l i n e r v e
Vahl (Composées). Les feuilles ont une saveur amère, aroma­
tique, et une odeur analogue â celle de la fève deTonka. Elles
donnent, en infusion dans l’eau, un thé digestif et sudorifique
agréable et très employé dans le pays. Le suc récent de la
plante est considéré comme alexitère au Brésil et au Para.
Les feuilles, écrasées, sont employées à Cayenne en cataplasmes
dans les céphalalgies. Les feuilles de cette plante contiennent,
d’après Wuaflart, une matière grasse soluble dans l’éther, une
huile essentielle assez abondante, un principe amer et du sucre.
Azier à l’asthme; Raguet l'asthme i. — N on atf . li a o f f i c i n a l i s Aublet;
P s y c h o t r i a o f f i c i n a l i s Haeusch i Pubiacées-Guettardées). Infu­
sion ou décoction de feuilles, pectorale, aromatique, contre
c. e n s

�—

— 91

90 —

l’asthme. Toutes les parties delà plante froissées exhalent une
odeur agréable.
O
Azier maringouin ; Raguet maringouin). —

H y p t i s y e r t i c i l l a t a Jacq.
[Labiées). Petite mélisse des créoles de Cayenne. Plante pec­
torale, emménagogue, céphalique. En infusion dans les diges­
tions diiliciles. Introduit des Indes Occidentales.
A l s o d e i a f l a v e s c e n s Spr. ( Yiolariées). Pas de nom créole
connu. Amer astringent. Écorce fébrifuge.
A m a r a n t i i u s r r a s i l t e n s i s Moq. [Arnaranthacées). Pas de nom
créole. Toute la plante est astringente.
A n d i r a i n e r m i s H. B. et K. [Légumineuses-Césalpiniées). Pas
de nom vulgaire connu. Graine âcre, très émétique, vermifuge,
dangereuse à haute dose. Voir Angelin.
A p oc y n um m a c u l a i t m Descourt.; E c i i i t e s m a c u l a t a A . DC.
[Apocynées). Suc laiteux enivrant (à étudier). On l’emploie
pour expulser les épines qui ont pénétré dans les pieds ou dans
les mains. On considère ce suc comme hémostatique; les
feuilles écrasées passent pour posséder la même propriété.
A r t i i a n t e B r e d e m e y e r i Miq. ; P i p e r B r e d e m e y e i u Jacq. (Pipéracées). Pas de nom créole. Feuilles sudorifiques, hémostatiques
et antiblennorrhagiques.

B
Bagasse fiait de'. — Bac a s s a
Abérémou.
Balai-doux. —

g uia n en sis

Aublet (Artocapécs). Voir

L. et V e r o n i c a a m e r i c a n a Schwein.
(Scrophularinées). Herbe a Balai, Petit balai à graines, Herbe à
balai sauvage. Tisane antiblennorrhagique. Toutes les parties de
la plante sont émétiques et employées dans le pays surtout
pour faire vomir les enfants. On en fait également des garga­
rismes antiodontalgiques. Les feuilles en sont amères. La
décoction de la racine astringente et mucilagineuse qui entre
S coparia

di lc is

dans la composition de la tisane antiblennorrhagique est recom­
mandée contre l’écoulement trop abondant des règles. C’est
surtout (m réalité un adoucissant. Les feuilles sont employées
en infusion dans les affections fébriles.
Balisier. — C a n n a i n d i c a L. [Sci laminées). Racines diurétiques. On
fait des cataplasmes émollients avec les rhizomes. Leur décoc­
tion est regardée comme diaphorétique et diurétique. La fécule
de la racine constitue Varroiv-root du Queensland. Introduit.
Balisier génipa. — A m o m c m p y r a m i d a l e Lamk; R e n e a l m i a r a c e m o s a
A. Rich. [Scitaminées-Amomées). Le rhizome aromatique est
mis à macérer dans le rhum ou le vermout; la boisson ainsi
composée est absorbée à jeun contre les douleurs rhumatismales.
Balourou. — H e l i c o n i a c a r i r a e a Lamk; IL B i h a i L. (ScitaminéesZingibéracées). Racines1diu ré tiques, fibres textiles.
Bambou. — B a m r u s a a r u n d i n a c e a Willd. (Graminées) de l'Inde.
Une forte décoction des feuilles est emménagogue. Les poils
noirs et aigus qui tapissent la face interne des stipules engai­
nantes caduques des feuilles constituent un irritant redoutable,
capable de provoquer de dangereux accidents par leur intro­
duction dans les bronches et les poumons où ils s'enkystent.
Ils étaient du moins employés comme tel autrefois par les
piayeurs (sorciers) qui faisaient respirer à leurs victimes 1air
où ils avaient répandu la fine poussière de ces poils, ou bien
encore les leur faisaient aspirer, en les répandant â la surface
d’un liquide chaud (par exemple du café), qu’ils leur offraient.
Bananier. — M u s a p a r i d i s i a c a L. ; M u s a s a p i e n t u m L. (Musacées). Plante asiatique. Les feuilles sont employées pour panser
les vésicatoires. Le fruit vert astringent, surtout par son écorce,
est considéré comme abortif. Sa sève est très astringente et
hémostatique.
Bancoulier. — A l e u r i t e s t r i l o b a Forst. (Euphorhiacées). Introduit
de l’Asie tropicale à Cayenne. Huile de graine légèrement
purgative et siccative.

�— 93 —
Barbadine. — P vssiflora oi adrangflaris L . (Passif!orées). La

racine, qu’on dit un puissant narcotique, est considérée comme
un poison dangereux, au point qu’on recommande de ne pas
planter de barbadines au bord des citernes. A petite dose, elle
serait vomitive et tamicide (?). Cette racine mérite une étude
sérieuse et méthodique. Fraîche, elle a une odeur rappelant
celle de la rave, et serait, d'après Ricord-Madiana, le poison
dont se servaient les nègres des Antilles pour se venger de
leurs ennemis. On combattrait ses effets nocifs en adminis­
trant toutes les deux heures une décoction faite avec une poi­
gnée de Petiveria alliacea. Cassia emarginata, Anclropogon
saccharoides, Pois-trompette. Rufz nie formellement la toxicité
de la barbadine. A étudier.)
Basilic. — Ocimi .m america nfm Benth. (Labiées). Cette plante,

commune dans les terrains abandonnés, est cordiale, béchique,
aromatique, céphalique, et. dit-on, diurétique et emménagogue.
Sa décoction sert à déterger les ulcères, et ses feuilles contuses
résoudraient les tumeurs. Agit évidemment par son huile essen­
tielle comme antiseptique. Introduite de l'Amérique australe.)
Basilic sauvage. — M atofrea pratensis Aublet ; S temodia pusilla

Benth. (Scrophulariées). Considéré du temps d Aublet comme
un très bon vulnéraire. Les créoles conseillent encore l'infu­
sion théiforme des fleurs et des feuilles contre la migraine. La
décoction des racines est recommandée en gargarisme contre
les inflammations buccales. Enfin on emploie encore aujourd'hui
la plante comme vulnéraire. (Antiseptique des plaies par son
essence.)
Batoto. — P hysalis

L. (Solanées). Racines amères,
apéritives, toniques, fébrifuges, très employées dans le pays.
Elles contiennent la physaline, recommandée autrefois comme
succédané de la quinine dans les fièvres intermittentes. C’est
une poudre amorphe d un blanc jaunâtre, d une amertume per­
sistante, soluble dans l’éther et l’alcool, beaucoup moins dans
pibescen s

l’eau bouillante, très peu dans l’eau froide. Les baies sont, dit-on,
puissamment diurétiques. On prétend que quatre baies soulage­
raient les coliques néphrétiques, et que trois feraient cesser la
rétention d'urine (?). L ’infusion des sommités est employée
comme diurétique. Plante introduite de l Amérique boréale.
Baume; Grand-Baume. — C roton origanifolies Lamk et C roton

niMiLts L., variété origanifolius (Euphorbiacées . Sudorifique
recommandé dans le pays ; sert à préparer des bains aromatiques.
Belle-de-nuit. — M irabilis

dichotoma Gâter.; M. J alapa L. (Nycta­
gine es). « Herbe de quatre heures » des créoles. Purgatif drastique
et dépuratif par sa racine. Planleemployée contre lhydropisie et
la goutte; elle est classique sous le nom de nyctage faux jalap.

Bilimbi. — A verrhoa B ii.imbi L. (Géraniacées). Plante introduite

des Indes Orientales. Le sirop des fruits est très préconisé
dans les cas de maladies inflammatoires, surtout contre les
hépatites. On emploie aussi la décoction avec du riz non pelé
comme un remède excellent contre les mômes maladies; on
l’emploie aussi toutes les fois qu'il s'agit de tempérer la fièvre
et de modérer les diarrhées et les coliques bilieuses.
Bois-balle. — G uarea

trichilioides L. ; T richilia guara L. (Méliacées). Les parties laiteuses de la plante sont considérées comme
un poison corrosif. Le contre-poison serait une infusion de
bourgeons de médecinier (Curcas jnirgans). En tout cas, le suc
laiteux et l’écorce de la racine constituent un purgatif et un émé­
tique violent, considéré comme emménagogue et même comme
abortif. En décoction, ses effets seraient atténués. Cette action a
déjà été signalée par Aublet. Cette plante serait un remède
héroïque contre l’asthme. En voici l'emploi contre cette affec­
tion : on pile les feuilles fraîches, on les mélange avec du
miel et on prend une cuillerée matin et soir; on ajoute dans
la journée, de temps en temps, une tasse d’une décoction légère
des feuilles. (Renseignements dus à M. de Saint-Quentin,
créole delà Guyane, trésorier des Invalides â Marseille, 1896.)

�— 94 —
Bois-batiste ou Baptiste. — H ypericum

cayf.nense

L .; Y ismia cayex -

nensis Pers. (.Hypêricinccs). Bois-sang, bois-la-fièvre, bois
d'acajoës. Gomme-gutte d’Amérique. — Exsudât résineux,
jaune, purgatif. On l'emploie extérieurement pour apaiser les
démangeaisons des dartres; la décoction des feuilles est
recommandée contre les lièvres intermittentes (Aublet).
L exsudât frais est appliqué avec succès sur les blessures.
(Cicatrisant, antiseptique.)

Bois-calumet. — M abea

piriri Aublet et M. taquari Aublet (Euphorbiacécs). Le latex de ces deux plantes est assez riche en caout­
chouc. L'écorce, amère et astringente dans les deux espèces,
passe pour fébrifuge. (A étudier à ces deux points de vue.)

Bois-canon.— C ecropia

peltata L. ( Urticacces). Le suc caustique
du tronc est employé contre les verrues et les dartres. Les
feuilles et l’écorce sont un astringent employé comme antiblennorrhagique.
Bois-canot. — L iriodendron tulipifera L. (Magnoliacées). Grand
et beau végétal introduit d’Amérique Nord. Ecorce aromatique,
amère, contenant, d'après Lloyd : 1° la lyriodenclrine de
Emmett, principe neutre, non azoté, cristallisé et fébrifuge,
abondant surtout dans l’écorce de la racine, et que Lloyd
appelle résine âcre; 2° un alcaloïde, la tulipiférine, mal
connu; 3° une huile essentielle et une matière colorante, jaune.
L eau distillée de cette écorce servait autrefois à parfumer les
liqueurs. Les feuilles confuses sont employées contre la cépha­
lalgie. C'est un médicament inscrit dans la Pharmacopée des
Etats-Unis.
Bois-chandelle. — E rithalis fruticosa L . [Ruhiacées). Bois dur,
résineux, agréablement odorant (résine h étudier). On en fait
des torches.
Bois creux. — L isian thu salatu s Aublet (Gentianées). Voir ce mot.
Bois jaune piquant. — Z anthoxylum fraxuseum Willd. (Rutacces).
Ecorce astringente, à saveur âcre, excitant la salivation.

Employée comme antirhumatismale, sudorifique et diurétique
en poudre à la dose de 0 gr. 60 en trois fois, ou en décoction
(10 p. 500). On la considère comme odontalgique. Bois et
feuilles sudorifiques et vulnéraires. Remède classique et ofTicinal aux Etats-Unis; son histoire est longuement faite dans
tous les traités de matière médicale.
Bois-nivré. — Sous ce nom, l’on confond généralement plusieurs

plantes d'un usage courant chez les Galibis, les Boschs ou les
nègres d’habitation, pour étourdir ou empoisonner le poisson
des rivières. Ce sont d’abord divers Galega [Légumineuses) ,
entres autres le G alega sericea Buch-Ham. ou T ephrosia plr pi rea Pers.; G . singapou Buchoz o u T . toxicaria Pers. ; G . f r it e s cens Mill. ou T. frutescens D. C., dont la racine est employée.
Les feuilles jeunes du G. frutescens se mangent soit crues,
en salade, soit cuites en guise d’épinards. Assez commune au
Maroni. Le G. clnerea L. ou T eph . cinerea Pers., est cultivé,
d’après Aublet, sur les habitations pour les besoins de la
pêche. C’est également la racine qui est employée. Dans la
même famille des Légumineuses, on emploie pour le même
usage, le Sinapou (T ephrosia toxicaria Pers.), dont la tige en
décoction légère est employée contre les palpitations, et cons­
tituerait un bon succédané de la digitale. La P iscidia erythrina
L., employée surtout par les Boschs et les Galibis, est recom­
mandée dans la médecine créole; la teinture alcoolique de
l’écorce ou des racines constitue en effet un analgésique remar­
quable dans les cas d odontalgie et de névralgie, et un calmant
soporifique dans les cas d insomnie. Le R obima N icou Aublet
a des racines toxiques employées pour la pêche. Cette espèce
a été étudiée magistralement par le très regretté Geoffroy : il
en a extrait la nicou line, principe stupéfiant qui se range à côté
des alcaloïdes de l’opium, de Yatropine, de Yaconitine, de la
nicotine, delà conicineK Parmi les bois-nivré ou bois à enivrer
1. Annales de l'Institut Colonial de Marseille, 189b.

�le poisson, citons les conam i, de la famille des Euphorbiacées :
le CONAMI RRASILIENS1S Aublet OU PllYLLANTHUS CONAMI S w .1, dont
le suc laiteux et âcre est employé comme dépuratif. Commune
dans le haut Maroni, cette plante est contusée entre deux cail­
loux, puis rassemblée en longs balais dont on bat l’eau des
ruisseaux ou des rivières, qu’on a généralement le soin de bar­
rer au préalable. Le suc des Euphorbiacées est d'ailleurs géné­
ralement nuisible aux poissons" et on emploie au même usage
les Ph. urinaria L. et Ph. virosus Roxb. Le Conami indien,
employé surtout, par les Galibis, est LE upiiorbia cotinoides Miq.
Enfin, le C libadiüm suiunamense L. (Composées), commun sur
les bords du Maroni, est encore un Conami. Le Phyllanthus
guyanensis Klotseh se confond avec le Conami brasiliensis.
Aublet cite un conami qu’il nomme Coutenbou (Palliera aspera
Aubl.), plante à odeur de céleri, à goût amer, qui sert à eniArrer le poisson. C’est le Clibadiüm asperum D. C. employé
ainsi que le Clib. sylvestre Baill. (Baillera sylvestris Aublet.)
Bois piquant; Bois amer. — Cette dénomination vulgaire s'applique

à deux espèces, le Z antoxyu m P errotetii D. C. et le Z anWilld., toutes deux delà famille des
Rutacées-Simaroubées, et fondues le plus souvent dans Z ant .
caribælm Lamk. Les travaux de MM. Ileckel et Schlagdenhauflen 3 ont fait connaître la constitution chimique de l’écorce
fébrifuge de ces deux végétaux , produit qui entre de plus en
plus dans la pratique médicale à la Guyane. L écorce, amère,
contient deux principes actifs : 1° la zanthopicrite; 2°la zanthopicrinc. La solution aqueuse de 1 alcaloïde (zanthopicrine) injec­
tée par voie hypodermique à la dose de 0 gr. 005 à une grethoxylum hermaphrodite »

1. Ce végétal, avec quelques autres Phyllanthus, est employé aux mêmes
usages aux Antilles.
2. Voir, à cet égard, l'élude de MM. Ed. Ileckel et Boinet sur l'action
toxique des sucs d ’Euphorbe dans le Bulletin de l'Association française pour
l'avancement des sciences, 1801.
3. Comptes rendus de l'Acad, des sciences, août 1884, et Ann. Inst. Col., 1807.

nouille produit rapidement une paralysie générale. La respira­
tion et la circulation se ralentissent puis cessent, et la mort
survient au bout d’une demi-heure. L'effet est le même sur les
lapins et les cobayes. Ces auteurs ont tiré de l’écorce, outre
l’alcaloïde et la zanthopicrite, principe amer cristallisable des
écorces jeunes, une substance résineuse azotée, soluble dans
l’eau, jouissant des caractères chimiques des alcaloïdes. Si elle
en diItère par ses propriétés physiques, elle s’en rapproche par
son action physiologique. En résumé, l’écorce est un antifébrile
puissant, regardé à tort par les créoles comme l’équivalent de
la quinine. C’est en réalité un excellent tonique et un fébri­
fuge auquel on peut recourir pour certaines formes de la fièvre
palustre. On la fait macérer dans le rhum, le vin blanc ou le
vermout, et la boisson ainsi obtenue est recommandée contre
les lièvres intermittentes dans les cas où la quinine ne produit
plus d’effet.
Bois rouge; Triane; Houmouri. — Hu.mikia balsamifera Jaum. St-IIil.

(Ilumiriacees). Décoction de l’écorce contre les maux de gorge.
Voir Houmouri.
Bois Saint-Martin. — B itteha

febrifuga Bélanger; P icraena excelsa
Lindl. (.Rutacée-Simaroubée). Plante fébrifuge. C'est le Quassia
de la Jamaïque : drogue bien connue dont l’étude est faite dans
tous les traités classiques de matière médicale.

Ait.; C ornttia punctata
Willd. ( Verbénacées). Plante émolliente et rafraîchissante.

Bois-savane. — A gnanthus

pyramidatls

latifoliüs IL B. et Kunth; L onch.
(Légumineuses-Papilionacées). Feuilles irritantes,
purgatives, vomitives. Le bois coupé en fragments fait mousser
l'eau comme le savon. C’est également un bois-nivré, mais beau­
coup moins employé que ceux que nous avons cités plus haut.
Contient de la saponine (?) (à étudier de près). Existe à la
Guadeloupe et à la Martinique.

Bois-savon.— L onchocarpis
oxycarpus D C .

�— 99 —

— 98 Bois-tabac; manaba. — M anabea
losa

Aublet; Æ giphila v il Vahl [Verbénacces). Excitant sudorifique par ses feuilles.
villosa

Bouquet-corail. — J atropha

mültifida L. (.Euphorbiacées). Petit
médicinier. Les graines fraîches sont purgatives, émétiques.
Mûres et sèches, elles deviennent dangereuses el contiennent
une huile acre et drastique, dont l'effet, d'après les créoles,
serait enrayé par l absorption d’un verre de vin blanc.

Bouquet-soda ou soldat. — A sclepias

L. (.Asclépiadces).
Ipéca sauvage. La racine est purgative et vomitive. La décoction
en est astringente et est recommandée en injections dans les leu­
corrhées. Introduit de l’Amérique australe. Voir Ipéca-nègre.
curassavica

Bourghoumy. — I nga B urgoni D. G. (Mimosécs). Fruits astrin­

gents, préconisés contre les phlegmasies catarrhales, la diar­
rhée et la dysenterie.
B acopa aquatica Aublet [Scrophularices). Voir Herbes aux
brûlures. Plante adoucissante employée en cataplasmes contre
les gerçures, les crevasses et les brûlures.
B oerhaavia uirsüta Lin. (.Nyclaginées). Antiictérique.
Feuilles en cataplasmes contre les indurations du foie.
B oerhaavia diffusa S\v . [Nyctaginées). Racines emménagogues, diurétiques et sudorifiques. Voir Ipéca.
B yrsonima verbascifolia Rich. et Juss. (Malpighiacées). Bois
astringent et vulnéraire. Ecorce fébrifuge. (A étudier.)
B yrsonima spicata Rich. et Juss. [Malpighiacées). Cette plante,
sans nom vulgaire connu, contient beaucoup de tanin. Les
fruits, acides et astringents, sont employés contre la dysenterie.
Brinvillière. — Voir Spigclia anthclmia L.
B rünfelsia American a L. [Solanacées). Pas de nom créole.
Baies sucrées dont on fait un sirop astringent employé dans
le cas de diarrhées rebelles.

Buisson de la Guyane.— E chites

svphilitica L. [Apocynées). Décoc­
tion des feuilles et des jeunes tiges antisyphilitique. L. Plan-

chou [Les Apocynées. p. 178) dit que c’est une plan te très riche
en latex et ajoute que De Candolle doute qu elle appartienne
au genre Echites. A étudier.)

Cacao sauvage. — P aciiira

aquatica Aublet (Stercaliacées.) Plante
entière en décoction alexitère ; analysée parBocquillon Limousin.
Cacatin. — F agara pentandra Aublet; F agara guyanensis Lamk.
[Bu lacées). Fagarier, poivre nègre. Résine astringente et vulné­
raire. La plante donne des semences noires, luisantes, huileuses
(à étudier). Les parois des capsules sont piquantes et aroma­
tiques (Aublet). C’est peut-être Zanth. hermaphroditum Willd.
Café. — C offea arabica L. [Rubiacées). Infusion théiforme des
graines vertes contre les migraines (caféine), la fièvre i tanin)
et les accès de goutte. Introduit.
Caïmite. — C hrysopiiyllum C ainito L. [Sapotacées). Ecorce
tonique, excitante. Amande amère (à étudier).
Calalou; calou. — H ibiscus esculentus L. [Malvacées). Plante émol­
liente, cultivée comme aliment et très employée comme simple
mucilagineux rafraîchissant : feuilles en cataplasmes émol­
lients, les racines remplacent celles de la guimauve. Les fleurs
sont employées en infusion contre les phlegmasies des mu­
queuses. La décoction des fruits est recommandée aux poitri­
naires (?). La décoction des feuilles s ’administre en lavements
rafraîchissants. Les créoles recommandent aux gens affaiblis par
les excès, les fruits coupés, bouillis dans la sauce de pois verts,
à laquelle on ajoute une laitue, de la chicorée, un jaune d'œuf
et un peu de cannelle et de sucre. Le fruit bouilli dans le
lait est recommandé soir et matin, pour le rhume, ou en
guise de lait de poule pour les estomacs des convalescents.
Calalou-diable. — M ai.vasiscus arborkus Cav. [Malvacées). Un
Uniment à base de cette plante est usité pour les brûlures.
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

7

�—

Calebassier. — ChescEiNTI.v Cijete L. (.Bignoniacées). Plante diu­

rétique, employée contre 1’hydropisie et la diarrhée. Chair du
fruit pâteuse, purgative, vomitive et vermifuge. Elle entrait,
du temps d’Aublet, dans la composition du sirop de calebasse,
encore recommandé par les créoles.
Calebasse-colin. — CouroüPita guianensis

Aublet (Myrtacées) .
Boulet de canon, abricot-macaque. Pulpe et graines rafraî­
chissantes. Fleurs très parfumées.

— L agenaria vülgaris Ser. (Cucurbitacées).
Graines contre l’hvdropisie. Suc violemment purgatif. Pulpe
vénéneuse entourant les graines. On emploie quelquefois les
graines comme ténicides (péporésincjd’Heckel).

Calebasse-terre.

Camara. — A crodiclidii m

Schomb. (Laurinées). Bois amer,
aromatique (à étudier). On conserve ses fruits fendus et dessé­
chés pour les employer dans les cas de dysenterie. L ’/l.
chn/sophyllum Meiss. constitue l’un des bois de Sassafras de
Cayenne; il est aromatique et amer. (Il conviendrait de l’étu­
dier comparativement avec le précédent et avec les autres
Sassafras, voir page 70.)
camara

Campéche. — ILematoxylon Campechianum L. (Légumineuses). Bois

et écorce astringents, recommandé contre les diarrhées chro­
niques.
Cananga. — C ananga

ouregou Aublet (Anonacécs). Feuilles aro­
matiques, excitant du système nerveux, donnent une essence
remarquable. (Il conviendrait de voir si les fleurs de cette espèce
pourraient remplacer celles du Cananga odorata Hoxb., origi­
naire des Moluques, qui servent à préparer le dorri-borri, la
fameuse pommade avec laquelle les Malais se frictionnent les
cheveux pour prévenir et guérir les fièvres, et qui fournissent
l’essence d'ylang-ylang, préparée aux Philippines.)

Caméraire. — C ameraria

latifolia L. (Apocynces). Existe à la
Guyane, à Cuba, Saint-Domingue et à la Jamaïque. La camé-

101

raire est un arbre à tronc élevé, très commun dans les forêts
humides et très riche en suc laiteux, si fortement toxique que
les naturels du pays en empoisonnent leurs flèches de chasse.
Les singes tués par ces flèches peuvent être mangés impu­
nément après ablation de la chair en contact avec le poison. Ce
suc fait partie aussi de certaines mixtures destinées à des usages
criminels. Il est singulier que l'on dise le fruit comestible
quoique purgatif. Il sera prudent de s ’en méfier (Jousseti.
Canari macaque. — L ecythis grandiflora Aublet (Myrtacées). Pulpe
acidulé, rafraîchissante. L ’infusion des fleurs est recommandée
contre les ophtalmies. Les graines sont comestibles ; l’émulsion
en est préconisée contre les alfections des voies urinaires. On
les dit douées de propriétés narcotiques (ce dernier point est
à contrôler et à étudier).
Canne Congo. — C ostus arabicus L . (Scitaminces-Zirigibéracées).
Les racines sont amères. C’est un tonique puissant, très
employé dans le pays. Le rhizome a une fine odeur de violette.
On en fait une tisane antiblennorrhagique, dépurative et diu­
rétique. Introduit de l lnde.
Canne-feu. — D ieffenbachia S eguine Schott; C aladium

segui .m .m

Vent. (Aroïdées). Entre, d’après Bâillon, dans la composition
du curare. Plante à suc caustique et vésicant redoutable. Les
C. scandens Willd. (introduit de 1 Afrique tropicale) et Philoden­
dron hederaccum Schott ont les mêmes propriétés. (A étudier. )
Canne à sucre — S acciiarum

officlnarum L. (Graminées). Le sucre
en poudre ou la cassonade blanche sont considérés comme
détersifs. A l intérieur, on considère la cassonade brune
comme vermifuge. On emploie le sucre finement pulvérisé en
insufflations sur les taies de la cornée. Enfin on recommande
contre les rhumatismes un mélange de sucre et de mélasse, de
savon noir et de tafia, en frictions.

Canelle-giroflée. — D icypellium

caryophyllatu .m Xees [Laurinées .
Le bois a l odeur de la rose. L ’écorce, très aromatique, a un

�— 103 —
goût poivré. C est un tonique très énergique. Cette écorce ren­
ferme de Yhuile essentielle à laquelle elle doit son odeur aroma­
tique, une résine qui lui donne sa saveur chaude et poivrée, de
la gomme et du tanin. Descourtilz la cite comme contrepoi­
son de la racine de barbadine (Passiflora quadrangularis L .);
elle entre dans la composition du curare du haut Amazone.
Caraïpé. — C araipa

Aublet ( Ternstrœmiacées). Ecorce
et racine astringentes employées contre la dysenterie.
angustifolia

Carambol. — A verrhoa

carambola L. (Géraniacées). Plante intro­
duite des Indes Orientales. Le sirop des fruits est préconisé à
bon droit contre les fièvres bilieuses. C est un excellent anti­
scorbutique. A, du reste, par son fruit, les mêmes applications
que son congénère .4. Bilimbi. Voir ce dernier mot.
Carapa. — Garapa guianensis Aublet (Méliacées). L ’huile des
graines, épaisse, amère, unie au rocou, sert aux Galibis à
enduire les cheveux et la peau pour la protéger contre la
piqûre des moustiques et les attaques des chiques. L ’écorce,
tannique, est amère, fébrifuge, et contient la carapine (Robinet),
principe amer, très soluble dans l’alcool et 1 éther, insoluble
dans l’eau. L ’acide acétique la dissout sans l’altérer, et l’eau
la précipite de cette solution. La décoction des feuilles du carapa
est employée pour laver les plaies et les ulcères atoniques.
Carata. — B romelia K aratas L. (Broméliacées). Le suc de la
plante est employé pour la cicatrisation des plaies récentes; la
teinture alcoolique est employée comme détersive des ulcères.
Le suc, qui est amer, pourrait, dit-on, remplacer le savon (con­
tient peut-être de la saponine ; à vérifier). Introduit de Panama.
Caractère-des-dames ou Rose changeante. — H ibiscus mutabilis L.
[Malvacées). Tisanes émollientes. Introduit de Chine.
Carmentine rouge. — J usticia coccinea Aublet ; J acobima coccinea
Hiern (Acanlhacées). Cette plante, qui croît dans les lieux
humides de l'île de Cayenne, est un excellent stomachique amer.
(A étudier.)

Carmentin ou Carmentine. — J usticia pectoralis Jacq. ; Dianthera pectoralis Gmel. [Acanthacées]. On en fait un thé pectoral et un

sirop renommé.
Casse. — C assia

fistula L. (Légumineuses). Cultivé. Purgatif
doux, laxatif bien connu. Introduit de l’Asie tropicale.

Casse. — C assia

Lamk ; C assia grandis L. (Légumi­
neuses). Pulpe amère, d'un goût désagréable, purgative ou
laxative. Introduit de Panama.
rrasii.iana

Casse-Para.— C assia javamca Auh\et(Légumineuses). Mêmes usages

que leCanéficieroilicinal.Sans doute la même que C. grandis L.
racemosa L. (Bubiacées), dite Cainça des
Antilles, sans nom créole. Les racines sont un violent drastique.

Caïnça. — l° C hiococca

2° C hiococca anguifuga Mart. (Racines de Caïnça du Codex).
Cette racine est âcre et fétide étant fraîche. Desséchée, elle
présente d’abord un peu le goût du café, puis elle devient nau­
séeuse. L infusion est un émétique drastique violent. On l’em­
ploie avec beaucoup de succès contre les hydropisies essen­
tielles. Ces deux espèces, dites, la première, Cainça des Antilles,
et la seconde (qui est officinale), Caïnça du Brésil, existent
ensemble à la Guyane. Malgré la différence de leurs pro­
priétés médicinales réunies, elles ont la même composition chi­
mique. (Etude à reprendre comparativement pour les deux
Chiococca.)
Cèdre blanc. — I cica altissima Aublet (Térébinthacées-BurséracéesÇ

Résine aromatique employée fraîche en émulsion par décoction
dans l’eau contre les affections des bronches et des poumons.
C’est la Caragne blanche de Bâillon qu’il ne faut pas confondre
avec la Caragne verte de la Nouvelle-Espagne, qui est fournie
par YAmyris Caragna Humb.
Centaurée ; centaurelle de Cayenne. — Les créoles désignent sous ce

nom plusieurs plantes qui semblent jouir de propriétés toniques
et fébrifuges ; ce sont les Gentianées suivantes, qu'il faudrait

�étudier comparativement avec la petite centaurée et les autres
plantes médicinales françaises appartenant à la même fam ille :
1 ° E xàcum guianense A ublet. Infusions recom m andées. A m er,
fébrifuge ; très employé.
2° E xacüm tenuifolium A ublet. C ’est la centaurelle violette
de Cayenne. A m er, fébrifuge; très employée.
3° C outoübea spicata A ublet ; E xacum spicatum W ahl. Centau­
rée blanche de Cavenne, propre aux lieux hum ides. Plante très
amère, stomachique et verm ifuge. C ’est, dit A ublet, à propos
de cette dernière plante, un rem ède excellent pour rétablir le
cours des règles (emménagogue).
4° C outoübea ramosa A ublet jou it des m êm es propriétés.
C est la centaurée rouge des créoles. T outes ces plantes
devraient être étudiées de près.
Cerise carrée. — E ugenia M ichel » L am k , E . dniflora L . ( M yrtacces). Pitange du Brésil. Fruit acide, rafraîchissant. Plante aro­
m atique.
Cerise ronde. — M alpighia pünicifolia L . (Malpighiacécs). L'écorce
laisse exsuder une gomme pectorale recom m andée. (A étudier
sérieusement.)
Cestreau. — C estrum nocturne» L . ( Solanécs). Narcotique peu
employé aujourd’hui, combiné autrefois au Datura par les
piayeurs. On appelle de ce dernier nom les nègres sorciers ou
ensorceleurs et empoisonneurs. Introduitde l ’A m érique australe.

contre les flux diarrh éiques; 2° sa variété 1 A nd, citriodorus
Ilort. ex D esf., dont on fait des infusions sudorifiques, et 3° la
V erbena triphylla L ’H érit. [Verbéracées), dont la décoction est
recommandée en lotions contre le pian rouge. M. Jo u sse t dit,
à propos de YAndrop. Schoenanthus, qu'on prépare avec les
feuilles vertes ou sèches une infusion théiforme, stim ulante et
antispasm odique, dont l ’u sage est journalier dans les hôpitaux
m aritim es. Cette infusion, d’un goût agréable, d'une odeur par­
fumée. peut rem placer le thé, auquel certaines personnes la pré­
fèrent. 11 ajoute : « M entionnons en passan t que notre am i et
« distingué collègue, M. le I)r Heckel, a préparé, avec les
« m êm es feuilles, en N ouvelle-Calédonie, un hydrolat et une
« huile essentielle qui ont été utilisés comme succédanés, le
« prem ier de l ’eau de menthe, le second de l’essence de citron,
« et qu'il a em ployé avec succès 1 hydrolat dans le pansem ent
&lt;c des plaies ulcérées longues à se cicatriser. (Loc. cil., p. 13 et
« 14.) » C ’est là un pansem ent rendu antiseptique par l’essence
de citronnelle.
C leome frutescens A ublet [Capparidécs). Plante commune
dans les fo ssés de la ville de Cayenne. L es fruits écrasés sont
vésican ts. Le suc de toute la plante et particulièrem ent des
feuilles est em ployé comme vésicant à la place des cantharides
dont il n’a pas l'action fâcheuse sur les voies urinaires. (Plante
d ’un haut intérêt, à étudier m éthodiquement en se basant sur
les principes connus dans les C apparidées.)

Chevelure-de-Vénus.— I pomæa viridis Chois. [Convolvulacées). L es
feuilles sont dites détersives; les racines donnent une poudre
sternutatoire. (A étudier.)

C lusia panapanari Choisy ; C. macrocarpa Spren g. ( Gutlifères). Donne un suc jau nâtre (à étudier) qui se rapproche de

Lin. ( Rutacées). Ecorce em ployée on

Coachi. — Q uassiaamaha L. (.Rutacées-Simarubées). L e bois, am er,
réduit en copeaux, rem place le houblon dans la fabrication de
la bière, surtout en A ngleterre. On en emploie la décoction en
lotions contre les malingres et les ulcères vénériens. L infusion
amère de ce bois et surtout des racines fraîches est préconisée

Citronnier. — C itrus
bols fébrifuges.

medica

Citronnelle. — Sous ce nom, on désigne com m uném ent trois
plantes différentes : 1° I’A ndropogon S cikenanthus L . (Grami­
nées), introduite, q u ’on emploie en infusions sudorifiques et

la gom m e-gutte par sa couleur et ses propriétés purgatives.

�107 —

contre les fièvres rebelles. C est un amer tonique, apéritif et
fébrifuge. On en extrait l'alcaloïde connu sous le nom de quassine.
Codio. — A sclepias curassavica L. (Asclépiadécs). (Voir Bouquetsoldat.) Le suc laiteux de la plante est préconisé contre les

cors aux pieds.
Cœur vert. — N ectandra R odiei Schomb. (Laurinées). Bibiru des

Arrouagues. Le principe amer de l’écorce est un alcaloïde, la
bébérine ou bibérine identique à la buxine, d’après Walz, et à
la pélosine du Cissampclos Pareira d’après Flückiger. Dans le
bois même, M.Maclagana trouvé un autre alcaloïde, la nectandrine, qui existe à 1 état de traces dans la jeune écorce. Les
graines contiennent de Yacide bébérique. L ’écorce est entrée
dans la pharmacopée des Guyanes hollandaise et anglaise
[Cortex beberi), comme tonique, amère et fébrifuge. Elle ren­
ferme, outre la bébérine, du tanin et une résine.
Comou. — QEnocarpus B acaba Mart. (Palmiers). L ’émulsion de

la pulpe des fruits est très rafraîchissante. Ces fruits, de la
grosseur d une olive, sont très recherchés par les habitants de
Cayenne. La graine est enveloppée d'une matière blanchâtre;
c’est cette matière que l’on mélange à l’eau, après y avoir fait
bouillir le fruit, pour préparer le lait de coco. Ce lait, qui rap­
pelle beaucoup le chocolat; est très nourrissant et excellent
au goût. Les créoles en sont très friands; breuvage très adou­
cissant, tempérant.
Les mêmes usages sont communs aux fruits et graines d’Euterpe oleracea Mart., autre palmier de la Guyane appelé P inot .
Concombre (petit). — C ucumis A nguria L. (Cucurbitacées). Con­

combre épineux. Le suc du fruit, mêlé à l’huile, s ’applique sur
les contusions. Introduit d’Afrique tropicale.
Congono. — P iper

L. &lt;Pipéracées). Commun sur les
murailles et les vieux troncs d’arbres. Thé purgatif. S ’emploie
trifolium

à l’extérieur sur les bubons vénériens. Cet usage est signalé par
Aublet chez les nègres de Madagascar. (Peperomia trifolia Diet.)
Conguéricou. — X ylopia

frutescens Aublet (Anonacées). (Alasa
pcçjrctroe en Caraïbe). Fruits aphrodisiaques et servant
d’épices. On les recommande ainsi que les bourgeons contre
les affections catarrhales des muqueuses urinaires. On les
emploie aussi en décoction avec le Galanrja contre la carie den­
taire.
Copahu. — Plusieurs plantes de la Guyane portent ce nom et four­
nissent un baume employé généralement aux mêmes usages ;
10 C opaifera gitan en sis Desf. (Légumineuses) donne une oléorésine par incision du tronc. On l’emploie contre la gonorrhée.
2° C opaifera bracteata Benth. donne un baume dont l’émul­
sion, par décoction, est recommandée contre les affections pul­
monaires.
3° C opaifera pubiflora Benth. jouit des mêmes propriétés.
4° C opaifera officinalis L. se rencontre sur les bords du
Maroni.
11 est inutile d’insister sur des produits (oléorésines) qui sont
si connus et si bien étudiés.

Copaia. — B ignonia C opaia Aublet; J acaranda C opaia Don i Bigno-

niacées.) C’est Yonçjuent pian de Cayenne. L ’écorce des jeunes
branches est émétique et purgative. Elle est très employée en
poudre comme antisyphilitique. Les nègres, dit Aublet,
emploient le suc des feuilles pour préparer un extrait qui s'ap­
plique en frictions ou en cataplasmes en cas de pian. Introduit
de Panama.
Coquelicot. — M elastoma grandiflorfm Aublet ; R iiynchanthera
grandiflora D. C. (Mélastomacées). Fleurs en tisanes très appré­
ciées contre les bronchites, pneumonies. On en fait un bon
sirop béchique.
Corossol. — A nona

mlricata L. (Anonacées). Fruit mûr, agréable,
antiscorbutique et fébrifuge. Vert, on le fait sécher et on le

�— 109 —
conserve sous forme de poudre. Il constitue ainsi un antidysen­
térique puissant et un bon vermifuge. Les feuilles, narcotiques,
à odeur forte, s'emploient en infusions antispasmodiques et
calmantes. On les applique également en cataplasmes sur les
panaris. Le suc frais des branches et des rameaux est irritant.
Coton herbacé. — G ossypum

L. (Malvacées). Graines en
fumigations contre les tumeurs indolentes. On affirme que
ces graines seraient un poison pour les porcs. Fraîches, elles
augmenteraient le lait des nourrices. Les bourgeons se donnent
en tisanes diurétiques. Les racines constituent un des préten­
dus abortifs du pays. Leur action a été niée, et est, tout au
moins, douteuse. Le Dr Bonchellez a employé ces racines
comme fébrifuge et en a obtenu d'excellents résultats. Elles
sont bonnes aussi dans les cas d'aménorrhée et de métrorrhagie
puerpérale. Leur action abortive, niée par les uns, est affir­
mée par Garrod qui prétend qu'elles provoquent des contrac­
tions utérines, et par Schaw qui les compare à l’ergot de
seigle. Introduit d'Asie tropicale.
Coton rouge. — G ossypiüm iurbadense L. (Malvacées). Bourgeons
diurétiques. D’après Aublet, l’émulsion des graines fraîches
serait pectorale et rafraîchissante.
iierbagei m

Couépi. — Couepia gri a.nen sis Aublet (Rosacées-Chrysobalanées).

Kwépie des Bosclis. Amande très amère (à étudier).
Couma. — Cor.MA

guianensis Aublet (.Apocynécs). Bel arbre dont
le latex résineux paraît donner une gutta.

Courbaril. — Hymf.n.ea courbaril L. [Légumineuses). La résine

extraite des racines par incision est employée en Uniment
contre les douleurs rhumatismales. D'autres recommandent,
dans le même but, les fumigations de cette résine. L ’écorce
est purgative, et, dit-on, carminative à petite dose (en infu­
sion). La décoction de l’écorce interne (de l’aubier) est regar­
dée comme un bon vermifuge. La résine fraîche sert à la cica­
trisation rapide des plaies. On l'emploie également comme

celle du cèdre blanc (Caraçjnc blanche de Bâillon), contre les
affections pulmonaires. Voir Cèdre blanc. La résine et le
fruit ont été étudiés par MM. Ileckel et Schlagdenhauffen.
(Journal Le Naturaliste, 1888.)
Cousin Maho; Grand Cousin. — T rilmphetta L appula L. ( Tiliacées).

Les feuilles, fleurs et écorces sont mucilagineuses et astringentes.
Couzou. — P assiflora Em u s Sims. (Passiparées). Les feuilles

sont données en looehs dans les fièvres inflammatoires; on les
mêle dans ce but à la verveine, au pied de poule, aux feuilles
et à l’huile de palma-christi ou ricin.
L. (Borraginées). L infusion
des fleurs est recommandée, probablement à cause de son
astringence, contre les pertes de sang chez les femmes. Etait
déjà préconisée par Aublet. Voir p. 119. (A étudier et à
rapprocher des travaux de Battandier sur VH. europeunx L.)

Créte-coq. — H eliotropium

indici/ m

Crète d’Inde ; Crète-dinde. — V erbena J amaicensis L. ; S tachytarp11eta indica Vahl ( Verhénacées). Cette plante, astringente,
rend les plus grands services dans la dysenterie.
Cresson-Para. — S pilanthes oleracea L. ; S p. Â cmella Murr. (Com­
posées). Comestible en salade, cette plante passe pour pro­
voquer la salivation, comme le jaborancli. (A étudier, i

Cresson-savane. — L epidium virginicum L. (Crucifères). Plante

antiscorbutique et diurétique.
Curares. — Poisons de différentes compositions, sous forme d'ex­

traits secs, préparés, suivant les tribus qui les emploient, avec
des substances différentes, d’origine végétale et animale : la
base du poison est végétale et empruntée au suc d’un Strrjch­
aos. La substance employée par les indigènes de la Guyane
est enfermée dans de petites gourdes ou de petits pots de terre.
Elle est brune ou noirâtre, dure, à cassure nette, à odeur
empyreumatique, à saveur amère. Elle résiste à l’ébullition et
se conserve très longtemps sans que ses propriétés se trouvent

�— 111
atténuées. On a malheureusement, surtout flans le monde des
explorateurs, souvent confondu, sous le nom de curare, tous
les poisons des flèches indistinctement.
Il existe quatre variétés connues de curare qui sont prépa­
rées avec l'écorce de la tige ou de la racine de plantes diffé­
rentes. parmi lesquelles les Slrychnos jouent le plus grand rôle
comme action physiologique; les autres ne sont que des auxi­
liaires ou des synergiques de l’action des Strychnos. Ces
curares sont : 1° celui du haut Amazone; 2" de l’Orénoque ;
3° de la Guyane française; 4° de la Guyane anglaise. Nous
nous occuperons particulièrement de celui de la Guyane fran­
çaise qui seul nous intéresse ici.
Le curare du haut Amazone a pour base une liane connue
sous le nom de Ramon et désignée par Bâillon sous le nom de
S trychnos castelnjsana . Celui de l'Orénocjue est dû aux S try .
G i bleri G. Planchon (pour le curare faible), et S. toxifera
Schomb. (pour le curare fort).
Le curare de la Guyane française est préparé par les
Indiens Trios et Roucouycnnes qui occupent la partie supé­
rieure du Parou resserré, dont l'embouchure se trouve près de
l immense delta de l’Amazone. Cette région a été visitée deux
fois (187(1-78) par le Dr Crevaux, qui a assisté h la préparation
du poison. Il est essentiellement constitué par le suc d’une
plante (liane) nommée Ourari, quia été rapportée par Crevaux
et déterminée par M. G. Planchon. Il l’a nommée S trychnos
C revauxii . D’après Crevaux, le curare de la haute Guyane
française est préparé avec le suc extrait de la racine d’Ourari.
Les Indiens commencent par mouiller les racines, puis ils
enlèvent l écorce avec un instrument tranchant, et en expriment
le suc avec les mains. Celui-ci, après addition de substances
peu actives, est chauffé très légèrement puis desséché au
soleil. Les plantes accessoires, qui entrent dans la préparation
de ce curare, ont été recueillies par Crevaux; elles se rapportent
toutes au groupe des Pipéracées et sont désignées, par les

indigènes, sous les noms d'A liniière, Roi-peu, Aracoupani.
Le curare de la Guyane anglaise est à base de S trychnos
toxifera Schomb. et de S t . cogens Benth. On n’a pas déter­
miné les plantes auxiliaires qui entrent dans la composition de
ce suc.
Le curare n’est pas à proprement parler un médicament,
mais c’est un agent physiologique important. Administré à
l’intérieur et à faible dose, il n’exerce aucune action sur la
muqueuse stomacale et s ’élimine rapidement ; mais injecté
sous la peau, il agit sur la partie périphérique des nerfs moteurs
qu’il paralyse complètement. On l’a essayé pour combattre le
tétanos et les empoisonnements par la strychnine, mais sans
grand succès.

D
Dartrier. — V atairea

Aublet (Léyumincuses-Dalbergices). La graine, pilée et mêlée à du saindoux, est employée
contre les dartres.
Datura. — D atera S tramonium L. et D. ceratocaula Jacq. (Solanées). Plantes narcotiques. Le fruit vert, écrasé, est préconisé
contre les pustules charbonneuses. Voir Stramonia.
Douvant-douvant; Guinée; Pipi. — P etiveria ali. iacea L. (Phytolaccacées). Verveine puante. Plante à odeur d’ail prononcée. Les
racines sont considérées comme antispasmodiques, calmantes,
fébrifuges, diurétiques, emménagogues et même abortives.
Les feuilles sont sudorifiques et dépuratives. On emploie les
racines comme analgésiques contre les maux de dents. Toute
la plante elle-même est donnée en infusion contre les
coliques L
guianensis

1. Celle plante qui existe aussi aux Antilles y esl connue à la Guade­
loupe sous les noms de Devant-nègre, danday, et à la Martinique d'A rrada,
Herbe aux poules de Guinée : elle y est employée aux mêmes usages.

�i 12 —

Ebène verte '. — B ignonia

D. C .; T ecoma leucoxylim
Mart. (Bignoniacées). (Urupariba au Brésil). Alexitère
renommé. L ’écorce est regardée comme l’antidote du serpent
et du mancenillier. Les habitants recueillent soigneusement
les (leurs qu’ils conservent pour en faire des infusions pecto­
rales. Le bois, à aubier blanc entourant un cœur jaune verdâtre,
donne, par décoction, un puissant sudorifique (â étudier).

Encens. — A m y ris

leücoxylon

Aublet ( Téréhinthacées-Burséracées).
La teinture alcoolique de la résine aromatique est recomman­
dée comme topique des ulcères. On en donne dix gouttes pour
un verre de lait aux phtisiques. Elle soulage les asthma­
tiques. L ’I cica yiuidiflora Aublet donne une résine d’odeur très
agréable, qui sert comme encens dans les églises. (A étudier.)
giianensis

Encens grand bois. — P rotium

guyanense Mardi.; I cica g iia n en sis
Aublet [Burséracées). Le tronc de cet arbre laisse exsuder,
après incision et aussi spontanément, un liquide résineux,
limpide, d une odeur de citron très prononcée, se desséchant
rapidement sur l’arbre en une résine blanchâtre, formée de
petits cristaux aciculaires et qui brûle avec une odeur d'en­
cens. Cette résine est employée contre la toux et pour faire
de la « boucane » à chasser les moustiques. C’est l’élémi du
Brésil. Cet arbre fournitaussi probablement la Tacahamaquc en
larmes transparentes, incolores, d’une odeur agréable. C’est
une oléorésine qui, comme le produit de 17. Aracouchini, est
connue sous le nom de Tacahamaque incolore huileuse de Guibourt. Voir Aracouchini. Arbre commun sur la côte sablon­
neuse qui mène de Kourou à Sinnamary.
Envers. — Cipura p a l u d o s a Aublet (/ridées). Antispasmodique

1. Greenheart des Anglais.

éprouvé. On l’emploie, mêlé au laudanum, contre les convul­
sions des enfants.
E pidendrum hifidim Aublet (Orchidées). Pas de nom créole. Le
suc est purgatif à la dose d’une cuillerée (Schombgh.). On le
regarde comme anthelminthique et diurétique.
Épinards de Cayenne. — 1° P hytolacca DECàNDRa et 2° P iiy.

icosan-

dra L. (Phytolaccacées). Le suc de la racine et des baies est pur­
gatif. Introduit, de l’Amérique boréale 10 et de l’Inde orientale 2°.

Ergon. — A maranti-iüs

o lera ceu s L . (.Amaranlhacécs). Les feuilles
confuses sont employées pour le pansement des vésicatoires.
C’est un rafraîchissant employé en lavements émollients.
Introduit des Indes Orientales.
E ugenia latifolia Aublet (Myrtacées). Bois astringent. (A étudier.)

Euphorbe.— E uphorbia

punicea S\ y . (.Euphorhiacées). Le suc lai­
teux est employé contre la teigne. On recommande quatre
grains de ce suc mêlés à de la magnésie comme purgatif et
contre la syphilis. Introduit delà Jamaïque.

Erythrine graine de corail. — E rythrina

corallodekdron L. [Légu­
mineuses). D’après Bochefontaine et Rev, l écorce et la plante
contiennent un alcaloïde narcotique agissant sur le système
nerveux central, sans atteindre l ’excitabilité motrice ni la con­
tractilité musculaire (érythriné) et un glycoside migarrhine
(Yung). (Voir Immortelle.)

F
Figuier maudit. — C llsia rosea Jacq. Voir Millepied.
Feuille à polir. — C uratella

vmekicana L. ( Dilléniacées). Écorce
employée à Surinam comme sédative aussi bien que les fleurs dont
1odeur est désagréable : feuilles râpeuses à la face supérieure.
F otuergilla mirabilis Aublet ( Mélastomacées). Le suc des
feuilles est employé contre la piqûre de certains poissons.
C'est leMicoMA fotuergilla Naudin

�Frangipanier blanc ; Bois-de-lait. — P lemeria ai.ha Aublet (Apoci/-

nées). Le suc laiteux et gommorésineux caustique est suspect. On
l emploie néanmoins contre les ulcères, les dartres et la gale.
Les fleurs sont âcres, à saveur brûlante, caustique. Descou'rtilz dit que les graines sont préconisées contre les flux san­
guins. Ecorce des racines, purgative, altérante, dépurative,
donnée surtout contre la blennorrhagie. On l’administre sous
forme de décoction ou de macération, de poudre, dans l’eau
sucrée, le vin ou la bière que l’on prend comme boisson aux
repas. On en fait aussi un extrait. On le donne encore contre
l’herpès, la syphilis à 1 intérieur, à 1 extérieur en lolionscontreles
ulcères syphilitiques. C'est le P lemeria cuneata Sm. ( A étudier.)
Frangipanier rose. — P lemeria rubiia L. [Apocynées). Fleurs
béchiques, aromatiques, employées dans un sirop pectoral
renommé. Les créoles disent que c’est le remède de Véchau/f'ement de la poitrine (sic). Le latex est employé contre les rages
de dents, dans les cas de carie. Ecorce drastique : c’est celle
de la racine qu’on emploie comme dans l’espèce précédente et
contre les mêmes alîections.
Fromager. — B omrax globosem Aublet (Malvacées). Bourgeons
diurétiques. Ecorce vomitive. On fait, avec la bourre con­
tenue dans les fruits, des oreillers qui servent à provoquer la
transpiration.

G
Gaïac. — D ipteryx

odorata Willd. (Légumineuses). Coumarouna.
Les graines donneraient une huile excellente contre la dysen­
terie L Très agréablement odorante, cette graine renferme delà
coumarine. Elle est très étudiée dans les classiques.
Galanga.— M aranta allo u a Aublet; C alathea A llouia Lindl.

1. Cette huile, que j'ai extraite et qui est en fort minime proportion d'ans
les graines, est concrète, jaune et à odeur de coumarine : il y en a à peine
2 °/0 dans les sem ences.

(Scilaminées). Les rhizomes, tubéreux, féculents, donnent un
excellent salep.
Génipayier.— G enipa americana Lin. (Rubiacées). Ecorce astrin­
gente. La pulpe des fruits (baies grosses comme un petit citron
est employée par les nègres Bonis pour faire leur tatouage. Le
fruit, dans su pulpe aigrelette et succulente, contient une certaine
quantité d’acide malique. On emploie l’infusion de l’écorce et
du fruit contre les diarrhées atoniques. Avec les racines, on fait
une tisane purgative très recommandée contre la gonorrhée.
Gentiane. — G entiana exaltata L. ; E ustoma exaltati m Sal. (ien/innées). Les feuillesen décoction constituent un excellent fébri­
fuge. Introduit d’Amérique boréale.
Gentianelle pourprée. — E xacem pi rpurelü Lamk. N oir Centau­
rée). C’est le Schultesia stcnophylla Mart. [Gentinnées .
Gingembre. — A momum Z ingiber L.; Z ingiberofficinale Rose. Scitaminées). Stomachique, stimulant, aromatique. Introduit de
l’Inde tropicale.
Giraumont. — C ucurbita moschata Duchesne (Cucurbitacées). On
applique la pulpe écrasée en cataplasmes sur le front contre
les maux de tète, sur les yeux contre les ophtalmies, et sur
les tumeurs de toute nature pour les faire disparaître (empi­
risme le plus grossier). Les semences sont adoucissantes et
laxatives. Les Heurs en infusions sont recommandées contre
l ictère. L huile des graines est vantée pour faire disparaître les
taches de rousseur. Introduit d’Asie tropicale.
Giroflier.— C aryophyllus aromaticus L.; E ugenia caryophyllata
Thunb. (Myrtacées). Infusion excitante des bourgeons et des
clous (Heurs non épanouies et séchées). Introduit desMoluques.
Gommier ou Bois-cochon. — B ursera gemmifera Lin. ( Térébintliacées). L ’arbre, qui existe dans les terres hautes, donne une résine
d un rouge foncé qui se rapproche de la résine élémi et constitue
un vulnéraire très apprécié.
Goupi. — G oupia glabra Aublet (Célastrinées). Plante astringente
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

8

�/
La décoction des feuilles s'emploie contre les ophtlialmies. Le
G. tomentosa Aublet dorme, par contusion des feuilles, un suc qui
est employé pour dissiper l’inflammation des yeux. Les feuilles
ainsi que l'écorce sont amères. (A étudier méthodiquement.)
Goyaviers-savanes. — P sidium pyriferum L. et P sm . pomiferum L.
{Myrtacées). Racines, bourgeons effeuilles astringents, antidy­
sentériques. On fait une bonne tisane astringente avec les racines
et les feuilles. Les Psidium pomiforum et pyriferum ont été
étudiés avec grand soin, au point de vue botanique, chimique
et pharmaceutique, par M. Khouri, pharmacien de l ro classe.
{Annales de l'Institut Colonial de Marseille, II'1 vol. 1895.) Il
y a trouvé une essence antiseptique et un tanin (acide psiditanique) très astringent.
Goyavier grand bois. — P sidium
sia aromatica

grandiflorum Aublet ; C ampomanuLindl. [Myrtacées). Fruits acres et astringents.

Goyavier-citronnelle. — P sidium

Aublet. La décoction
des rameaux, qui exhalent l'odeur de mélisse, est employée en
bains toniques (Aublet). C’est peut-être la même espèce que la
précédente.

Graines-tiques. — G uilandina

aromaticum

B onducella L.

{Légumineuses).
Graines très amères, vomitives. Les racines sont employées
contre la gonorrhée. C'est le Iionduc gris de l’Inde, étudié à
titre de fébrifuge par MM. Heckel et Schlagdenhaull'en, dans
le journal Les Nouveaux Remèdes, octobre 1885. Ces
auteurs y ont découvert et isolé le principe actif, fébrifuge,
la bomlucine.
Graine-tonnerre. — 1° D olichos obtusifolius Jacq. (Légumineuses).
Principe amer et purgatif. La racine est diurétique. On l’em­
ploie. macéré dans le vinaigre, en gargarismes. (A étudier.)
2° D o l . ure .ns L. On recommande contre la hernie inguinale
les cataplasmes de l'écorce et de la graine broyées. La même
racine, cuite et additionnée du suc frais de la plante puis
édulcorée au miel, s ’administre dans l'Inde contre le choléra.

Remède introduit par les Malabars immigrants et recommandé
contre la cholérine.
L. {Myrtacées). L écorce fraîche de
la racine est un vermifuge bien connu : nous n’en parlerons
pas (pellcticrine). L ’écorce du fruit bouillie [malicorium des
anciens) et additionnée de jus de citron donne un bon garga­
risme détersif. On l’édulcore au miel et l’on y ajoute le suc de
l oxalis et du cresson. Introduit de l’Europe australe.

Grenadier. — P unica

Grignon. — B ucida

granatum

L. {Combrétacéc.s . Ecorce astringente.
Guaco. — M ikama guaco Ilumb. et Bompl. ; E upatorium parviflorum Aublet (Composées). Les feuilles sont un excellent
tonique; thé stimulant très employé. Cette plante a été l’objet
de nombreuses et méthodiques études; on y a trouvé de la
guacine, principe neutre, incristallisable, blond, très amer.
Le suc est regardé par les Indiens comme l’antidote par excel­
lence des morsures de serpents. Très recommandée autrefois
comme alexitère. C’est le Guaco morado du Brésil.
buceras

Guimauve. — M alva

spicata L. ; M alvastrlm
(Malvacées). Emollient, mucilagineux.

Guingamadou. — V irola

spicatum

A. Gray

serifera Aublet ; M yristica serifera S yv.
(Myristicées). Ecorce astringente. Suc rougeâtre, gluant, âcre,
qui devient résineux à l’air. On l’emploie pour calmer les dou­
leurs dans la carie dentaire, et pour la cautérisation des
aphtes. Les graines donnent une huile concrète, abondante.
G oodalia guianensis Benth. [Thyméléacées). Plante âcre et irri­
tante comme nos garous (Daphné) d Europe.
G uettarda amrigua D. C. {Rubiacées). Propriétés toxiques con­
statées mais inconnues dans leur détail. (A étudier métho­
diquement.) Introduit des Antilles françaises.
G uettarda argua tua Lamk (Rubiacées). Mêmes propriétés
toxiques.
G uettarda cocciaea Aublet; I sertia coccia l a Va hl {Rubiacées). Ecorce
fébrifuge. D’après Aublet, la décoction des feuilles est employée

�en fomentations toniques, en bains et en douches, chez les créoles,
contre les œdèmes. Le bois am er serait à étudier (toxique?).
G uidonu glomerata Ivurz (Samydaccès). Ecorce am ère. Feuilles
employées pour bains, contre les rhum atism es. F ru its diurétiques.
P as de nom vulgaire connu. Introduit de 1 Inde orientale.

II
Henriette. — Henriettea succosa D. C. ; M elastoma slccosum
A ublet i Mélastomacécs). Ecorce préconisée en décoction pour
déterrer et cicatriser les ulcères et les plaies.
Herbe à balai. — S coparia dulcis L. (Scrophularinées). (Voir
Balai-doux.)
Herbe aux brûlures. — B acopa aquatica A ublet ( Scrophularinées).
Cette plante, qui vit dans les m arais, a la réputation de guérir
les plaies, gerçures, crevasses, brûlures, par l'application de
ses feuilles pilées.
Herbe aux chiques. — T ournefortia scandens M ill. (Borraffinées).
Plante amère. dont la décoction sert à éloigner les chiques
t Pulexpenetrans). Introduite de la Jam aïque.
Herbe à crochets.— O uroupahia guianensis A ublet; U ncariatomentosa D. C. (Iiubiacées) . Rare, se trouve au Maroni. En g arg arism es
contre les ulcérations de la bouche. ( Oupou, Ouroupou des Bonis.)
Herbe à malingres. — H eliotropium indicum L . (Borraginécs). Verveine pian, Voyez Créte-coq. L a décoction, astringen te, sert à
lolionner le pian et les ulcères atoniques. Introduit de l'ancien
continent où il est em ployé comme alexitère (suc de feuilles).
Inde et Afrique.
Herbe-couteau. — C vperüs ELegans L . [Cypéracées). Infusion des
feuilles utilisées en collyres dans le traitem ent des blépharites.
Herbe Saint-Martin. — S auvagesia ehectaL. ( Violariées). Adima des
G alibis. Plante astringente em ployée contre les ophthalm ies et
la diarrhée. C est un diurétique an tiphlogistique des voies uri­
naires; très em ployé. On l 'utilise égalem ent contre les allec-

tions du tube digestif; on le dit même fébrifuge. L es feuilles,
m ucilagineuses, sont très recom m andées comme pectorales ; on
les m ange au ssi en guise de légum es. L e s S auvagesia elata
Benth. et S . S prengelii A . St-IIil. (var de S. crccia) ont les
m êm es propriétés.
Houmouriou Bois rouge. — H ümiria balsamifera J . S t-IIil. (.Humiriacées). A rbre fort commun dans les terrains sablonneux de
Kourou, donnant une oléorésine, nommée Baume-résine Houmou ri, épaisse, rouge balsam ique d'abord, et qui se concrète,
par Faction de l ’air, devient cassan te, et brûle avec une odeur
désagréable. Cette oléorésine est em ployée contre la tœnia et
la blennorrhagie. On en fait, avec de l'huile chaude, un Uniment
q u ’on applique sur les articulations douloureuses enflammées.
Ce végétal serait le Gommart ou Gommier de montagne des
A ntilles (Bursera balsamifera), où il est nommé faux styrax.
Hya-hya. — T abernæmontana utilis A rn. (Apocynées). L écorce
est réputée fébrifuge et n'a pas été étudiée. Le latex fourni par
ce végétal, connu encore sous le nom d 'arbre à lait de Demerara , est nutritif, agréable au goût, ayant l'aspect physique du
lait, et utilisé comme tel par les indigènes. Il suffit de blesser
légèrem ent le tronc pour qu'il coule en abondance, gras, cré­
m eux, doux et nutritif. L 'an alyse faite ju sq u ici d’une façon
insuffisante y a montré une proportion assez forte d ’album i­
noïdes. Il y aurait peut-être lieu de faire quelques réserves sur
son innocuité absolue, étant donné que, d ’après PouppéeD esportes, ce lait desséché serait fébrifuge.
H ypoxisdecumbens A ublet; C urculigoscorzoneile folia Baker (A maryllidées). F leu rs em m énagogues, feuilles antispasm odiques.

I
I cic.a viridiflora Lam k ( Térébinthacées-Burséracées). Donne un

encens apprécié. Voir Encens.
Immortelle. — E rytiirina corallodf.ndron L . ( Légumineuses). L es

�120

—

fleurs et l'écorce sont employées contre l’asthme. On applique
les feuilles écrasées sur les bubons vénériens. Contusées, on
les emploie en cataplasmes sur les tempes contre la céphalal­
gie. Voir Erythrine à graine de corail.
Immortelle pourpre. — G ompurena globosa L . ( Amaranthacées).
Originaire des Indes Orientales. Plante rafraîchissante : 1 in­
fusion chaude des feuilles est employée comme sudorifique ;
croît dans les sables avoisinant les cours d’eau.
Indigo. — I ndigofera

anil L . (Légumineuses). On en jette les
feuilles froissées dans les bains chauds calmants. En décoction,
c’est un résolutif de ce qu’on nomme érysipèle dans le pays;
elles agissent comme un puissant sudorifique. Les racines et les
graines infusées dans le tafia servent à détruire la vermine.

Indigo sauvage. — I ndigofera

polyphylla

D. G .; I. G erardiana

R. Grah. (Légumineuses). Feuilles en poudre contre l’hépatite.
Elles sont irritantes et purgatives. La racine passe pour ver­
mifuge. Introduite de la région de PHimalaya.
Ipéca. — Sous ce nom, les créoles emploient un grand nombre de

plantes vomitives et purgatives. Nous citerons les plus impor­
tantes et les plus employées :
1° P sychotria emetica L. (Bubiacées). Racine vomitive.
2° B oerhaavia paniculata Rich. (Ng etagi nées). Plante
vomitive. Du Mexique et du Texas; se confond avec la suivante.
3 °B oerha .4Via decumrens Yahl (Nyctaginées). Racine émé­
tique très astringente; s ’emploie surtout en décoction dans la
dysenterie.
4° B oerhaavia diffusa Swartz (Ag cta g inées). Les feuilles
sont potagères, d’après Jacquemin ; les racines sont émétiques.
C'est une plante astringente recommandée dans la dysenterie.
Elle serait antispasmodique et augmenterait la sécrétion des
urines et des sueurs. Peut être fondue avec B. paniculata.
5° C eph .e l is E vea D. C. (Bubiacées). Racines vomitives.
0° IoMDiiM parviflorum Vent., I. glutinosum Vent. ( Viola-

riées). Les racines constituent un purgatif et un vomitif violents ;
très employé contre l’éléphantiasis tuberculeux appelé dans le
pays cocobayc. Introduit de la République argentine.
7" V iola I toubou Aublet ( I ”iolariées). Racine purgative à petite
dose, vomitive à haute dose. On l ’appelle encore Ipéca sauvage.
Voir Itoubou.
Ipéca bâtard. — R uellia tuberosa L .; R . clandestina L. (Acanfhacées). Le sirop des racines est très vanté contre la coqueluche.
Ipéca nègre. — 1° A sclepias curassavica L. (Asclépiadées). Le suc
laiteux est vomitif. La racine est émétique. Voir Codio, BouquetSoldat.

2° I omdil'M ipecacl'ANHA Vent. (Violariécs). Racines, tiges et
feuilles fraîches ayant une odeur nauséabonde. Vomitif et purga­
tif c o m m u n s à la Guyane, abondant dans les terrains sablonneux
près l’habitation de la Madeleine, aux alentours de Cayenne.
Itoubou. — V iola I toubou Aublet; I omdium I toubou IL R. et
Kunth; H ybanthus ipecacuanha H. Bn. ; V iola calceolaria L.
( Violariées). Ipéca blanc, Violette blanche de Cayenne, Itoubou ou
Etoupou en Galibi. (Itoupou signifie : herbe, petite plante her­
bacée. Martius, Dictionnaire Galibi. p. 22). Cette plante (voir
Ipécaï est antidysentérique, émétique et purgative. Elle renferme
de Yémétine. D’après les Brésiliens, ce serait le meilleur remède
contre, la dysenterie. On la préconise également contre la goutte.

J
Jasmin d’Espagne. — J asminum

grandiflorum L. (Oléacées). Les fleurs
sont administrées en tisanes béchiques. Introduit de la région
de 1 Himalaya.
Jaune d’œuf. — L ucuma rivicoa Gærtn. (Sapotacées). Graines oléa­
gineuses donnant un beurre. Originaire du Brésil.
J ussieua hirta Vahl ; Juss. per uvlan a L . (Onagrariées).
Les feuilles pilées sont appliquées en cataplasmes émollients.

�On en donne également en décoction, en lavements ou en
bain de siège aux femmes en couches. Cette décoction est
également bonne en lotion contre certaines éruptions de la
peau.

L
Labalaba. — Qu aléa

Aublet ( Yochysiacées). Arbre résineux
à résine purgative. [A étudier méthodiquement.)
Laman. — S olanum nigrum L. (Salariées). Voir Alaman.
L asiadena rupestris Benth. (Thyméléacces). Plante à suc âcre qui
irrite très violemment le tube digestif. Vénéneux.
Liane à eau. — 1° Cissus venatorum Descourtilz (C. sicyoides Klein;
Vitis sicyoides Miq.) (Ampélidées) ; 2° PixzoNA calineoides Eicli.
et T etuacera a lai fou a Willd. (.Dilléniacées) d’Afrique tropicale.
Lianes des chasseurs. La première espèce est de la famille des
vignes. Ces lianes contiennent une eau limpide, sans saveur sen­
sible, rafraîchissante, légèrement diurétique Pour en avoir une
certaine quantité, il sullil de couper la liane à une hauteur
quelconque, et, pour empêcher l’eau de monter dans la partie
supérieure de la tige, d’en détacher lestement un morceau;
avec un tronçon de 1 m. de long, on peut remplir un verre à
boire.
Liane carrée. — P aülunia Triternata IL B. et K. (Sapindacécs).
Plante diurétique excitante. (A étudier comparativement avec
Paul, sorbilis.)
r o se a

Liane palétuvier ou Liane mangle. — E chues

Jacq. et (E c.h.
torosa Jacq. ou E ch. torulosa L. du Mexique) [Apocynécs). Suc
amer, vomitif. Les feuilles sont appliquées comme topique sur
les ulcères. Bourgeons et feuilles purgatifs. Les noirs se purgent
avec les feuilles d 'Ecliites hiflora. Latex abondant, purgatif. Ces
lianes viennent* dans les terrains salés, dans les vases du
bord de la mer, et courent sur les mangliers, d'où leur nom
vulgaire.
riflora

Liane rouge. — T etracera

tigarea 1). C. et T et . ovalifolia D. C.
1Di liéniacées). La décoction du bois est sudorifique et antisy­
philitique. Les graines infusées dans le vin blanc sont préco­
nisées contre les fièvres intermittentes, le scorbut, la chlo­
rose.

Liane-torchon. — M omordica

surculata Noronha [Cucurbitacées).
Plante très amère, à suc évacuant très énergique. Introduit
de l’Asie tropicale.

S w . (Méliacées). L ’écorce bouillie est vermifuge, fébrifuge, surtout celle
de la racine. La décoction astringente des feuilles est
employée en gargarism es après L avulsion des dents, et sert à
fortifier les gencives. (Végétal introduit de l llim alaya.)

Lilas. — M elia A zedarach Lin.;MELiA

Liseron à tubercules. — I pomœa

sempervirens

L . ( Convolvulacées .
Tubercule énorme, drastique. (A étudier.)
L isianthus alatus Aublet (Gentianées). Bois creux en créole.
Racine très amère, fébrifuge. Obstructions viscérales.
L isianthus ghandiflorus Aublet et L y s . cjîrulescens Aublet [Gen­
tianées). Plantes amères employées comme la petite centaurée.
L isianthus purpurascens Aublet (Gentianées). Amer, apéritif,
fébrifuge (Aublet).
L isianthus uliginosus Griseb. (Gentianées). Mêmes propriétés.
L oranthus americanus L. (Loranfhacces). Décoction de la plante
en gargarisme contre l’angine, en lotion contre les ophthalmies. Les graines sont employées dans le même but; on les
applique fraîches et pilées sur les tumeurs. Fleurs antispasmo­
diques, employées en infusion contre la migraine. La décoc­
tion des feuilles est vulnéraire et détersive.
tuberosa

Lamk [Amaryllidées). Le bulbe est
un poison irritant, émétique. L infusion des fleurs est antispas­
modique, et très recommandée contre la coqueluche. Introduit
du Mexique.

Lys rouge. — A maryllis

punicea

�Mancenillier. — H ippomane

Mabi. — G ouama

Aublet, G . striata Hich. (.Bhamnées). Le bois, amer et antiseptique, entre dans la composition
d’une bière diurétique très recherchée : c’est la bière de Mabi
ou Mabi que l'on vend à Cayenne sur le marché.
Macata. — P oinciana pui.cuerrima L., C æsalpinia pulcuerrima S av.
[Légumineuses). Les fleurs, desséchées, entrent dans la compositionde bols fébrifuges appréciés. Fraîches,elles sont réputées
sudorifiques. Feuilles fébrifuges, toniques, excitantes, emménagogues et mêmes abortives à une certaine dose (?). La racine
est âcre et serait vénéneuse. Le périsperme des graines fraîches,
légèrement mucilagineux. soluble dans l’eau tiède, donne un
mélange pectoral très employé.
Maglomain. — 11 existe sous ce nom une variété blanche à'Euph.
pilulifera L. var. alha L. Employée aux mêmes usages.
Maho (Grand . — H ibiscus tiliaceus Lin. (Malvaeées). Mucilagineux.
Feuilles adoucissantes; mucilage émollient.
Maho consin (Grand;. — T riumfetta L appula L. ( Tiliaeécs). Les
feuilles, les fleurs et l écorce sont astringentes et mucilagineuses.
Malnommée (Grande Malnommée rouge). — E uphorbia iiirta L.; E.
pilulifera L. [E uphorbiacées . Mêmes propriétés que la suivante.
Abondante dans les défrichements, autour des cases. Fébrifuge.
La plante fraîche donne des tisanes rafraîchissantes.
Malnommée; Petite Malnommée. — E uphorbia pilu lifera var. rubra
L. (Euphorbiacées). S ’emploie contuse ou cuite en cataplasmes
résolutifs dans les adénites et les abcès. La tisane est très
recommandée pour les pertes rouges et blanches. Renommée
dans la médecine européenne contre l’asthme cardiaque.
Malnommée. — E uphorbia capitata Lamk [Euphorbiacées). Alexipharmaque. G est une autre Arariété de VE. pilulifera L.
Manaba. — Voir Bois-tabac, p. 27.
domingensis

mancixella L. [Euphorbiacées). Figuier
à Cayenne. L ’ara, lescrabes et les poissons mangeraient, dit-on,
impunément les fruits des mancenilliers. L ’arbre donne un suc
laiteux, âcre, analogue au caoutchouc. L’antidote du fruit et
du lait serait une infusion de feuilles de Bouquet-corail (Jatroplia multifida Lin.), que l’on ferait suivre de potions huileuses
et mucilagineuses. D’autres préconisent une infusion de fleurs
et de feuilles d’ébène verte (.Bignonia leucoxylon D. C.), dans
l’eau de mer. L ’on n'a sans doute alors affaire qu'à un A'ornitif.
Certains créoles recommandent l’extrait du fruit contre l’éléphantiasis. L aspect général de l’arbre rappelle un peu celui
des poiriers de France. Le fruit a la forme et la grosseur d’une
petite pomme d’api (en espagnol : Manza, manzanilla), et si
abondant qu’après sa chute il couvre littéralement le sol sous
l’arbre. L ’odeur du fruit mûr rappelle un peu celle d'un citron
très avancé. Les ulcères et ampoules que proA^oque le suc lai­
teux ne se manifestent qu’assez longtemps après leur contact
avec la peau. Le seul antidote bien connu serait, non pas l’eau
de me!', comme certains l'affirment, mais une décoction de la
graine du Fevillea scandons L. ou Fcvillea Irilobata L..
F. cordifolia L. (Cucurbitacécs).
Le mancenillier est devenu assez rare à la Guyane, parce
qu’on s ’est attaché à le détruire, du moins dans les enxdrons des
lieux habités. « Quelques imprudents, dit Aublet, emploient
« le lait pour tirer les vers des enfants; très pernicieux usage,
«c qui met leur AÛe en danger L »

Mango ou Manguier. — M angifera

indica L. ( Téréb intha cées-A na cardiacées). Feuillesodontalgiques, mais surtout employées pour
raffermir les genciAres. Les jeunes tiges remplacent au pis aller
le Bétel pour les Malabars. Le fruit est antiscorbutique, antidy­
sentérique. Graines astringentes, antidiarrhéiques, anthelmin-

I. Le manoenilfier el son suc laiteux ont été étudiés par MM. Heckel et
SchlagdenhaufTen dans un mémoire publié en 1886 dans le Bulletin de la
Société de Pharmacie des Bouches-du-Rhône.

�tiques. Dans ce dernier cas, les créoles les emploient grillées.
Feuilles astringentes, très souvent employées contre l’angine et
recommandées pour l’asthme. Le tronc donne par incision une
oléorésine stimulante, sudorifique et antisyphilitique. La plante
est très employée dans le pays, presque autant que dans l’Inde
orientale sa patrie, dont les immigrants ont fait connaître aux
créoles guyanais plusieurs usages nouveaux.
M alpighia M o u reil \ Aublet ; M alpighia crassifolia Lin.; B yrsonima
crassifolia H. B. K. (Malpighiacées). Ghapara menteca , en
brésilien. Plante des savanes. Ecorces en infusions pour arrê­
ter le dévoiement. On prétend qu'elle est fébrifuge (Aublet).
Les infusions en sont recommandées contre la morsure des ser­
pents et contre les affections inflammatoires des bronches. (Sans
nom créole.)
M alpighia verrascifolia ; B yrsom .ma verbascifolia Rich. est
employé (les racines et les souches en décoction) pour déterger
les ulcères et laver les plaies. C est une plante astringente.
Mani ou Manil (Résine de . — M oronobea

,

Aublet; S ympiiokia globelifera L. f. (Clusiacées). Oléorésine à étudier; la
plante croît dans les endroits marécageux de la Guyane.
Cette oléorésine est fluide et jaune, au moment où elle
s’écoule de l’arbre ; elle s ’épaissit à l’air et prend une colo­
ration vert noirâtre qui lui donne quelque ressemblance avec
la résine Caragne (Icica Carana IL B. K.) ou résine élémi en
pains de la Nouvelle-Grenade.
coccinea

Maniguette. — U yaria Z eylanica Aublet; U nona

concolor

Willd.

(.Anonacées). Graines toniques, aromatiques.
Manioc. — J atropha

manihot L. ; M anihot
utilissima Pohl
(Eupliorbiacées), Manioc amer, Manioc petit Louis. manioc
à suc très vénéneux. La liqueur fermentée alcoolique qu’on
tire du manioc râpé et cuit est un diurétique puissant. Le
suc du manioc, bouilli jusqu’en consistance sirupeuse, est apé­
ritif. La râpure fraîche des rhizomes est employée en cata­

plasmes; on la recommande même en application sur les ulcères.
L ’eau qui a servi à laver la racine du manioc fraîchement râpé
est vénéneuse. Le remède serait la canne à sucre, l’eau de mer
ou l’infusion des feuilles de Rocou (Bixa orellana).
Mapou ou Mapounier. — M apolria

Aublet; P sychotkia
nitida Willd. Rubiacées). Feuilles en lotions dans les ophthalmies chroniques (décoction). Croît le long des ravins humides.
Ses feuilles, d'un vert pâle, exhalent une odeur nauséeuse,
tandis que les fleurs sont blanches et parfumées. Son écorce
brunâtre sert â faire des cordages solides.
guianensis

Maraganzimam. — N ectandra

sangulnea Roland; L ai rus globosa
Aublet (Laurinées). Ecorce aromatique, excitante, à étudier
comparativement avec celles des autres Laurinées de la Guyane.

Marie claire. — E upüokbia

L. [Eupliorbiacées).
contre la céphalalgie.

iiypericifolia

Plante employée en cataplasmes
Graines très drastiques.
Marie-crabe. — L antana

camara L. [Verbénacées). Vulnéraire.
Thé sudorifique un peu amer, céphalique et carminatif. Bains
fortifiants avec les feuilles froissées et bouillies. La décoction
de ces feuilles est employée en injections dans les inflamma­
tions de l’utérus, ün l’absorbe à l’intérieur contre les coliques.
Negrete en a extrait la lantanine, alcaloïde plus actif que la
(juinine, à la dose de 2 grammes.

Marie crabe épineux. — L antana aclleata L. ( Verbénacées); espèce

fondue avec la précédente. — Plante aromatique, antispas­
modique. La décoction de toute la plante est préconisée en bains
contre le tétanos, les rhumatismes, la fièvre palustre. C’est du
reste un tonique puissant,très employé contre 1 atonie des viscères
abdominaux. L'infusion des feuilles est stomachique, digestive;
elle faciliterait le travail intellectuel. Les bourgeons, macérés
dans le vin de Malaga, servent à traiter les aphthes des enfants.
Marie-tambour ou Maritambour. — P assiflora

tinifolia

Juss. ; P.

�128 —
laurifolia L. (Passif!orées). Feuilles verm ifuges recom m andées
pour le pansem ent des ulcères syphilitiques.

Maripa. — A ttalea

maripa Mart.; M aximiliana M aripa Drude [Pal­
miers). L'huile de l'amande est employée en frictions antirhumatismales.

Matévé; Grand Matévé. — P otalia amaiia Aublet [Strychnces-Loga-

niacées). Feuilles emménagogues, antisyphilitiques. A haute
dose, elles sont vomitives. Toute la plante est très amère.
Voir Potalie.
Mavévé ou Mavémé. — R ac.oubea geyanensis Aublet; H omalium
racemosum Jacq. [Bixacées-Samy (lacées). Voir Acouma.
Mayépé. — M îy epea

Aublet; L inociera tetrandra R .
Br. (Oléacées). L ’enveloppe amère du fruit est à étudier.
Médicinier. — C urcas plrgans Medic. ; J atropha curcas L.
[Euphorbiacées). Les graines sont purgatives. La sève du tronc
sert à marquer le linge d une façon indélébile. Le suc du pétiole
des feuilles est recommandé contre l’odontalgie. Le suc de
l'écorce, mêlé à de l’axonge, donne une pommade résolutive.
Les graines mûres donnent une huile très abondante, purga­
tive, et aujourd’hui employée en grand pour la fabrication du
savon en Europe.
Mélastomes. — Ces plantes, du genre M elastoma . ont divers usages
chez les créoles ; nous citerons les plus employées :
1° M. ala t l .m Aublet ; M iconia alata D. C . La décoction des
feuilles sert à laveries vieux ulcères appelés malingres (Aublet).
2° M elastoma arborescens Aublet; L oreya arborescens D. C.
Mélasfomacées). Amer recherché. L infusion des feuilles est
employée pour laver les ulcères.
3° M elastomaelegans Aublet; C lidemia ihrta 1). Don. Plante
astringente, qui porte encore le nom de rayuct macaque. Très
employée contre les diarrhées, les dysenteries, les pertes
rouges et blanches. Les feuilles sèches, pulvérisées, servent à
la guérison des vieilles plaies rebelles.
guianensis

4° M. grandiflorlm Aublet; R ynchanthera grandiflora 1). C.
Toutes les parties de la plante laissent exsuder un liquide vis­
queux, balsamique, à odeur agréable. Les fleurs sont employées
contre la toux et l'expectoration. Toutes les autres parties sont
vulnéraires (Aublet). Voir Coquelicot.
:;° M. l .evigatlm L. ; M iconia prasina D . C. Les feuilles
écrasées sont employées comme topique contre la piqûre de
certains poissons (Aublet).
0° M. succosl' m Aublet; H enriettea succosa D. (L Caca Hen­
riette des nègres. La décoction des feuilles est vulnéraire et
astringente. On l’emploie pour laver les vieux ulcères.
Melon d'eau. — C ucurbita citrullüs L . ; C itrullus vuLGARisSchrad.
( Cucurbitacées). P astèq u e. Pulpe rafraîchissante. Le suc en est
adm inistré en lavem ents rafraîchissants. L ’ém ulsion des graines,
mêlée aux feuilles écrasées, donne un excellent cataplasm e
q u ’on applique chaud dans les cas d ’inflammation intestinale.
Introduit de l’A frique tropicale.
Mignonnette.— 11olostelm cor date m L.; D rymaria glandllosa Parti.

[Caryophyllées). Salade rafraîchissante. Originaire du Mexique.
se ssilifo liim Aublet; V ismia rufescens
Pers. (Hypéricinées). Résine purgative, très recommandée
contre les lièvres. Voir Bois-batiste qui s’en rapproche.
Mille-pieds. — C llsia rosea Jacq. (Clusiacées). Figuier maudit.
Suc laiteux, balsamique, amer; purgatif succédané de la scamonée. (A étudier méthodiquement.)
Monbin sauvage. — S pondias perpurea L. (Tércbinlhacées-Anacar(Placées). Monbin à fruits rouges. On confectionne avec ses fruits
une marmelade laxative qui vaudrait le Tamar indien. Bour­
geons astringents. Les graines seraient vénéneuses. (A étudier.)
Monbin. — S pondias monbin Jacq. et S pondias u tka L. ( Térébinthacées-Anacardiacécs). Astringent. La compote des fruits est
généralement recommandée pour la diarrhée. La décoction des
bourgeons, astringents comme ceux de l’espèce précédente,

Millipertuis. — H ypericum

�donne un bon collyre et sert à laver les ulcères. On emploie
aux mêmes usages la décoction des feuilles. Les créoles
appliquent les feuilles écrasées sur le ventre des femmes en
couches (?). Prise à l’intérieur, l'infusion des bourgeons est sudo­
rifique ; on recommande la tisane des racines contre la dysen­
terie. Les fleurs en infusion sont employées contre les maux de
gorge. Le tronc donne un exsudât analogue à la gomme ara­
bique (à étudier). C'est une plante très employée dans le pays.
Montjoly. — V arronia globosa Desv. ( Borraginécs), et L antana
îNYOLiCKATA L. ( Verbénacées) . Feuilles aromatiques (en bains).
Montjoly à fruits rouges. — Y auuonia M artinicensis Aublet; Conuiv
A lbletii D. C. [Bor paginées). Les feuilles sont employées en
décoction dans des bains recommandés contre les rhuma­
tismes et après les couches. Les feuilles en infusion sont diges­
tives.
Moucou-moucou ou Coumarou. — C aladium arborescens Vent.
[Aroïdées). Le nom de Coumarou lui vient de cette croyance
que le poisson appelé de ce nom indigène en mange les fruits (?).
La sève sert dans le traitement de la phtisie pulmonaire (?). Ce
serait aussi un aphrodisiaque (?). Voir Arum du pays.
Mûrier à teinture. — M ores tinctorià L. [Urticées-Morées) ; Cm.orophora tinctorià Gaud. L'écorce est employée comme vermi­
fuge. Le bois contient une matière colorante jaune [Morin).
Introduit du Mexique sa patrie.
Muscade. — M yrjstica fragrans Iloutt. [Myristicacécs). Excitant,
stimulant par sa graine et son arille. Introduit des Moluques.
Myrobolan. — H ernandia son or a L. Introduit de l’Asie tropicale
et H ernandia guianensis Aublet [Laurinées). L amande entre,
d après Aublet, dans la composition d'une émulsion purgative.
L écorce, les graines et les jeunes feuilles sont légèrement pur­
gatives. Frais, le suc des feuilles est, dit-on, un puissant épila—
toire. Avec la chair du fruit, on prépare une liqueur de table
assez agréable.

M elothria pendula L. [Cucurbitacées). Fruits très drastiques,

dont quatre suffiraient, dit-on, à purger violemment un ch eva K
MicoNia agrestis Baill. et M elastoma agreste Aublet (Mélastornacées). Fruits antibilieux.
M iconia alata D. C. Voir M elastoma alatum Aublet.
M imosa acacioides Benlli.; P iptadenia peiœgrina Benth. [Légumi­
n eu ses).^ graine pulvérisée est un violent sternutaloire; apo­
plexie.
M icrolicia grandiflora Baill., L avoisiera grandiflora Naud.
[Mélastomacécs). Plante balsamique, surtout les bourgeons. On
la recommande en infusion dans les affections pulmonaires.
M ollinedia laurina Tul. [Monimiacées). Toute la plante est aro­
matique, carminative et tonique. On emploie surtout l’infusion
des feuilles.
M onnina lucida Ruiz et Pav.; C atacoma lucida Benth. (,Polygalées). Toute la plante passe pour antisyphilitique.

N
Nhandiroba ou Fevillea ou Liane contrepoison. — F evillea

trilo -

L .; F ev illea M arcgrawii Guib. [Cucurbitacées). Cette
espèce, comme Fev. cordifolia des Antilles, a des graines
fortes, réputées antirhumatismales. Au Brésil, où elles
sont appelées à tort fèves de Saint-Ignace, elles jouissent de la
même réputation. Leur amande, plate, jaunâtre, huileuse,
grasse et amère, contient une huile abondante, violemment
purgative (à étudier). On les dit aussi alexitères et antidotes
des empoisonnements par le manioc et le mancenillier (?).

bata

Niori. — H umiria

floribunda Mart. [Humiriacées). Couranoura des
Arrouagues; Niori des Galibis. Tisane d'un parfum très
agréable, employée contre la blennorrhagie.
N oisettia longifolia IL B. et K. [Yiolariées). Racine vomitive:
remplacerait l'Ipéca. (A étudier.)
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

9

�132
Ouadé-ouadé. — Malva ul.mifolia Balb.; Malvastrl.m triclspi da­
te m A.

O

Ouange. — S esamum orientale L .; S. lndicu.m L. (Pédaliacées).

L. (Myoporinces). L huile des baies
est émolliente. On l’emploie en lavements contre les coliques
et le ténia.

Olivier. — B ontia

dapiinoides

Onguent-bois. — Belle Clusiacée indéterminée. Dans

la lleur
femelle, à la place que devraient occuper les étamines, on
trouve une substance cireuse, molle, fondante, à odeur de
fourmi, qu’on emploie fraîche pour la cicatrisation des bles­
sures et des plaies.

Oranger amer. — C h r i s

vulgaris

Hisso. (Bulacécs). Ecorce et

pulpe amères.
a l r a m iu .m Risso (Butacées). Feuilles en infu­
sions calmantes : fruits acidulés, rafraîchissants.

Oranger. — C itrus

Orélie ou Alamanda. — O r e l u grandiflora Aublet [Apocynées).
Feuilles purgatives. Voir Alamande.
Ortie d’eau. — B esleria

violacea

Aublet ( Gesnériacéos). Feuilles

sudorifiques.
Oseille-de-Guinée blanche.— H ibiscus digitatls P oir.; H .

digitiformis

D. C. (Malvacécs). Rafraîchissant. Posséderait la propriété de
rendre limpides les urines chargées.
L. ( Malvacccs). Le
sirop est un antiscorbutique. Il est très rafraîchissant. La racine
est amère, tonique et apéritive. Originaire des tropiques de
l ’ancien continent.

Oseille-de-Guinée rouge. — H ibiscus

Gray. (Malvacécs). Mucilagineux, rafraîchissant.

sardariffa

Ouabé. — O mphalea u ia.mjha L. (Euphorbiacées). Liane papaye,

Liane de l'anse, Graine de l'Anse. La graine est légèrement
purgative. On lave et on déterge les vieux ulcères à l’aide de
la décoction des feuilles; on y applique aussi les jeunes feuilles
contusées (Aublet). L ’huile des graines est recommandée
contre les brûlures.

Sésam e. Graines diurétiques. L ’huile en Uniment oléo-calcaire
est recommandée pour les brûlures. Comme pour l’extraction
des parfums par l’enfleurage. Les fleurs s ’administrent en tisanes
adoucissantes. Feuilles mucilagineuses. Racines émollientes.
Ouapa. — E perna falcata Aublet [L ég uni inc uses- Cæsalpin iées\.

Ecorce amère, employée comme émétique par les Arrouagues.
(A étudier.)
Ouraté. — Ouratea guianensis A ublet; G omphia guyanensis Rich.

(Ochnanées). Racines et péricarpe amers, stomachiques et diges­
tifs. Dans les graines, on trouve une matière grasse, comes­
tible (à étudier).

P
P aciiira

aquatica

Aublet [S 1ercul ia cees). Voir Cacao sauvage.

Palétuvier rouge. — R hizopmora M angle L. (Rliizophorées). Ecorce

fébrifuge, astringente, riche en tanin. La décoction s ’emploie
contre les hémorrhagies et en gargarism es contre les angines.
Exsudât analogue au kino.
Palma-christi. — R icinus commukis L. (Euphorbiacées). On mange,

pour se purger, les graines fraîches : deux ou trois suffisent.
L ’huile de ces graines est un purgatif connu. Les feuilles,
meurtries, appliquées sur les seins, arrêtent, dit-on, la sécré­
tion du lait. On active cette action antilaiteuse en en absorbant
la décoction de ces feuilles dans l'eau.
precatorils L. (Légumineuses ). liges
adoucissantes. Les racines remplacent la réglisse. La plante
est employée en tisanes auxquelles on ajoute des jeunes
feuilles, des tiges et des racines de maïs, contre les inflamma­
tions légères des voies urinaires, la diarrhée, les aphtes, l’en-

Panacoco (petit). — Aimes

�134 —
rouement. M. de Yecker a le premier proposé de remplacer les
inoculations de pus, dans le traitement des ophtalmies, par la
décoction des graines de panacoco, qui provoque également
une inflammation substitutive et la suppuration. Les résultats
obtenus ont été excellents dans le cas de trachome de la con­
jonctive. M. Jatther a affirmé que cette action est microbienne.
On attribue aujourd hui cette action à une substance albumi­
noïde Yabrine qui est très toxique et peut remplacer le pana­
coco ou jcquirity (1 : 500000).
Panacoco ^grandi. — R obinia

panacoco Aublet; S waktzia tomkn C. [Légumineuses). Ecorce employée en tisanes sudorifiques. Le tronc donne par incision une résine noirâtre, bal­
samique (Aublet).

t o sa D .

Papayer. — C arica

L. [Papayacées). Le suc laiteux de
l’arbre et surtout des jeunes fruits, légèrement amer et aroma­
tique, est un bon anthelminthique et un digestif puissant
(peptonisant). Les graines sont également réputées anthelminthiques; elles ont un goût très prononcé de graines de capu­
cines. La pulpe du fruit mi-mùr, écrasée, est très employée
pour faire disparaître les taches de rousseur de la peau, surtout
après les insolations. La papaïne, comme la pepsine, est un
ferment qui. en se fixant à l'état insoluble sur certaines
matières albuminoïdes, les modifie de telle sorte qu elles
peuvent s ’hydrater à -j- i0° par l'action de l ’eau pure, en for­
mant de véritables peptones. D’où l’usage que l’on fait du lait
des fruits verts pour ramollir les viandes coriaces et les rendre
plus agréables et plus facilement assimilables. On l’emploie
contre certaines dyspepsies, gastro-entérites et gastrites. Il est
devenu la base des spécialités très répandues aujourd’hui dans
la pharmacopée européenne.

P arala. — P aralha

papaya

guianensis Aublet; D iospyhos P aralea Steud.
(Ehénacées). Les Galibis se lavent le corps avec la décoction
de lécorce quand ils ont la fièvre.

amara Aublet ; A ristolochia glaücesce .ns
IL B. et K. [Aristolochiées). Racines et sarments très amers
d’après Aublet. Originaire delà Nouvelle Grenade. (A étudier.)

Pareira jaune. — A büta

Pareira-brava ; paria-brava. — C issampelos P areira L. [Ménisper-

rnées). Racines’ amères et sucrées, diurétiques et mucilagineuses. Elles contiennent de la pélosine, analogue à la buxine et
à la bébérine 1. Les racines sont employées comme diurétiques
dans les cas de dysurie et de néphrite calculeuse. L infusion
facilite l’expectoration; on la considère comme un alexitère
intense. Le pareira blanc des créoles, 1'A buta rufescens d’Aublet, sert à faire des tisanes avec sa tige et ses racines, contre
les obstructions du foie et la morsure des serpents. On prétend
que la plante entre dans la composition de certains curares. On
en applique les feuilles sur les ulcères.
Passe-colère. — (Non identifiée). Plante vulnéraire assez employée.
Patate-de-mer. — C onvolvilus maritimes Desr.; I pom.ea biloba

F orsk. [Convolvulacées). Purgatif. On prépare des bains avec
les feuilles froissées.
Patate purgative. — P iptostegia P insoms Mart. Convolvulacées).

Les tubercules renferment iO °/0 d’une fécule grise, qu’on dit dastrique, etemployée comme purgative à petite dose. (A étudier.)
Patate sauvage. — B atatas

paniculata Chois.; I pomjea
[Convolvulacées). Racine cathartique. (A étudier.)

digitata L.

Petit balai à graines. — Voir Balai doux, herbe à balai.
Petit balai des murs. — V iola

polygalæfolia

Poir. ; I onidilm

poly -

Vent. [Violariées).
Racines vomitives employées surtout pour les nouveaux-nés.
Recommandé contre la coqueluche et les pâles couleurs (?).
Originaire du Mexique.

galæfolium

I. D’après MM. Ilcckel et Schlagdenhaulïen (Annales de l'Institut Colo­
nial, 1895. Mémoire sur le Sangol et le Bakis), le Pareira-brava renferme en
onlre de la sangoline, nouveau principe actif amer découvert par ces auteurs.

�Petit cousin savane. — H edysarum

Aublet; D esmodiem
guianense D. C. [Légumineuses). Dysenterie, flux intestinal.
P hyllanthes epipiiyllanthus L. (Euphorbi accès). Bon diurétique.
Originaire de Cuba.
P hyllanthi's mruri L. (.Euphorbiacces). Bon d iu rétiq u e.
P hyllanthes erinaria L. (Euphorbiacées). Bon d iu rétiq u e.
guianense

Pied-de-poule. — C ynosurusindices L.; E leusine iNDicAGœrtn. (Gra­

minées). Décoction de la plante contre les convulsions des enfants.
P ik ia;P ek ea. — P erea

ternata Poir. ; C aryocar glabru .m Pers.
( Ternslrœmiacées). Le beurre, qui est renfermé dans les graines,
est recommandé contre les brûlures.

Piment. — C apsicem

L. (Solanées). Stimulant puissant.
Combiné au quinquina, il donne les meilleurs résultats dans
les fièvres intermittentes. On recommande d’avaler le piment
dans les cas de dyspepsie (?). On l’emploie, en gargarismes
atténués, contre les maux de gorge. L ’extrait est recom­
mandé contre les hémorrhoïdes au début. Introduit, cultivé.
annllm

Pinot. — Voir E uterpe

oleracea

Mart. au mot Comou.

Pirigara mépé. — P irigara

iiexapetala Aublet; G ustavia fasteosa
Willd. [Myrtacées). Fruits et feuilles employés comme
topiques contre les affections du foie.

Pistache; Pistache de terre. — A raciiis

hypogæa L. (Légumineuses).
L émulsion huileuse de la graine soulage dans les coliques
inflammatoires. L ’huile chaude est appliquée en compresses
sur les luxations. On l’emploie, dans le même but, mêlée à du
tafia. Introduit, cultivé.

Plantain.— P lantagolanceolata Hook. [Plantaginces). Onfait,avec

les feuilles, un collyre (eau de plantain). Introduit d’Europe.
prlriens L.; M ucuna pruriens D. C.
(,Légumineuses). Racines purgatives. Les poils prurientsdu fruit,
roulés en boulettes avec un corps gras solide, agissent méca­

Pois à gratter. — D olichos

niquement comme anthelminthiques. On fait suivre cette appli­
cation d’une purgation pour expulser les parasites.
Pois-coolie. — M oringa

pterygosperma Gærtner (Moringccs).
L écorce, douée d une saveur excitante, est employée comme
antiscorbutique. La graine fraîche est âcre, amère et purgative;
elle passe pour fébrifuge. Les feuilles, contuses et chauffées,
sont appliquées sur les tumeurscomme résolutives(?). L ’écorce
des racines est rubéfiante. On la préconise contre les enroue­
ments, les maux de gorge et le scorbut. Introduit de l’Inde.

Poisd Angole.— C.

indices Spreng.; C ajanus flavus D. C. Légu­
mineuses). La farine des graines est dite résolutive. Les bour­
geons et les gousses vertes donnent de bonnes infusions pec­
torales. On applique les feuilles bouillies sur les plaies, pour
en hâter la cicatrisation. Le suc de ces feuilles, exprimé à froid,
est employé contre les hémorrhagies; leur décoction sert à
déterger les ulcères. L infusion des fleurs est également consi­
dérée comme pectorale. Introduit de l’Inde orientale.

L .; I nga v eiia Willd. [Miniosées). La
décoction des feuilles et de l’écorce est utilisée dans les cas de
dysenterie. L ’écorce est très astringente. La pulpe des gousses
est comestible et rafraîchissante. Il en existe une variété, à
gousse courte, à pulpe plus abondante, qui porte dans le pays
le nom de pois-sucre bacove.

P ois su c ré . — M im o sa ing ’a

Poivres. — Plusieurs Pipéracées de ce nom sont connues et

employées à la Guyane. Le P eperomia trifolia A. Dietr. et le
P. rôti ndifolia H. B. et K. sont utilisés comme stoma­
chiques et toniques des voies digestives. Le P iper pelta tl .m
R. et Pav. est un bon diurétique, surtout la racine macérée
dans l’eau. Le poivre jaborandi P iper umbellatem Sieb. et K.
donne une huile essentielle qu on tire des graines par distilla­
tion. Une goutte de cette huile sur un morceau de sucre réus­
sit très bien dans l’atonie de l’estomac. On fait usage, comme

�138 —

apéritif et comme verm ifuge, de l'infusion des fleurs du 1\
peantagineum Sclilecht., dont la tige porte des feuilles à cotes
saillantes.
Pomme-cannelle.— A.nona squamosa L . (Anonacées). La poudre
des graines est excellente contre la vermine (Boyle).
Pomme Cythère. — S pondias dulcis F orst. ('Tércbinthacécs-Anaeardiacées). F ru it légèrem ent diurétique.
Pomme-liane; Maritambour et Couzou.— P assiflora laurifoeia L.
[Passif!orées). L es feuilles, en poudre, sont considérées comme
anthelminthiques. Toute la plante est am ère, sauf le fruit.
Pomme rose. — E ogema jaaibos L . ('Myrtncccs). On fait avec les
fruits une limonade agréablem ent parfumée et rafraîchissante.
Fcorce astringente. Introduit d'A sie tropicale.
PoRTLANDIA SPECIOSA Hail 1. ; COLTAREA SPECIOSA A u blet ( Jillbiflcres). Ecorce amère, stomachique, fébrifuge. (A étudier.)
Potalie. - - P otalia AMARA A ublet (Strydindes). L es feuilles et
jeunes tiges sont chargées souvent d’une résine transparente
jaunâtre, en gouttelettes, qui, sur le feu. brûle avec une odeur
qui rappelle celle du benjoin (à étudier). L es feuilles et les
jeunes tiges sont em ployées en tisane contre les m aladies
vénériennes. A haute dose, c'est un vom itif que l’on emploie
dans les cas d ’empoisonnement par le manioc (A ublet). Toute
la plante est très franchement am ère; elle est em ployée h titre
de sudorifique (dans les affections vénériennes). E m m énagogue,
antispasm odique, fébrifuge, antiictérique *. Voir Matévé.
Poudre aux vers. — C henopodu m amrrosioides L .; C h . anthelmixticlm L . ( Cfiénopodées). Sem en-contra des créoles. Toutes
les parties de la plante sont stom achiques et se prennent en
infusion. L es som m ités, m ûres, sont em ployées comme anthelminthiques. Remède classique en Europe.
1. (’elte plante a été l'objet d'un mémoire détaillé do MM. Ileckel et
Haller (Journal de pharmacie et de chimie, 1876).

Pourpier des savanes. — P iper obtlsifolh .m Ja cq . (Pipéracées).
L e s feuilles, ovales, pulpeuses et succulentes, constituent un
excellent antiscorbutique. Plante commune su r le bords des
ru isseau x.
Prune-coton; Prune de l’anse. — C iirysobalanus I caco L . ( Hosacées).
Icar/uicr ; Apura. R acines, écorces et feuilles, astringentes,
em ployées dans les cas de diarrhées et de leucorrhée. Le suc
des feuilles et des racines, battu avec de l ’huile, resserre les
sphincters de la vulve, il est employé par les m atrones pour
sim uler la virginité. On l ’emploie égalem ent pour combattre la
flaccidité du scrotum . L e fruit mûr, rappelant la prune comme
aspect, est pourvu d ’une pulpe cotonneuse m ais fondante et
sucrée qui est m angée communément.
P aullinia sorbilis M art. ; P . C upana IL B . K . [Sapindaccès). La
graine sert à préparer la pâte de guarana : on la m élange avec
du cacao et de la farine de manioc. C ’est un aliment d’épargne
et un antiperditif par la caféine qu il renferme. C est aussi un
m édicam ent usité contre la m igraine et devenu officinal. Intro­
duit du Venezuela.
P etiveria alliacea L . (Phytolaccées). Voir Douvant-douvant.
P iratinera guianensis A ublet ; B roslmlm A lbletii P œ p p . et Endl.
( Urticacées). B ois de lettres. L atex âcre et caustique. (A étudier.)
P lumbago rosea L . (Plumbaginées). Racines et feuilles vésicantes.
P lumbago scandens L. ( Plunibaçjinécs). On se sert du suc des
feuilles et de l ’écorce des racines pour brûler les verrues.
D ’après les gens du p ay s, le suc de la racine servirait même à
détruire les chairs baveuses des ulcères.

O
Québraco. — A spidosper .ma Q uebracho Sclilecht. (.Apocynées).
A strin gen t, tonique, antidysentérique. Introduit de la Répu­
blique A rgentine.

�diffusüm Vahl. ; P iper sarmentosum Roxb.
[Piperacées). On dit que la racine sèche, en macération, con­
stitue un excellent diurétique. Même usage que pour les feuilles
du P. peltatum L . Voir ce mot. Originaire des Indes orientales.
Quienbiendent. — W illugiibeia acida Gmel. ; A mbelania acida
Aublet [Apocynées). Graine-biche, Ambélani, Ambélanier.
Son nom de Quienbiendent (qui tient bien aux dents) lui vient
de la glu épaisse dont est imprégnée la pulpe du fruit et qui
adhère fortement aux dents. Le fruit est très renommé dans le
pays comme antidysentérique. On emploie, dit Aublet, la con­
fiture des fruits non dépouillés : celle des fruits dépouillés est
acide et rafraîchissante ; celle des non dépouillés est légère­
ment purgative et recommandée contre la dysenterie. Suc lai­
teux. employé comme cicatrisant. (A étudier.)

Queuez-à r a t . — P iper

R
Racine d'or, Mungo. — O phyorhiza M ungos L. (.Rubiacces). Racine

alexitère employée en décoction (30 p. 1000). Introduite de Java.
Raguet-crapaud. — 1° T radescantia diuretica Mart. ; T . elongata
F. Meyer [Commélynacées). Diurétique, rafraîchissant.
2° Qi ebitea guianensis Aublet [Pipéracées). Racines à saveur
piquante, employées, d’après Aublet, contre la morsure des
serpents par les Galibis.
Raguet du vin ou divin. — O xalis B arrelieri L. Antiscorbutique.
Raguet de la fièvre.— E ryngium fœtidum L. (Ombellifères). Char­
don étoilé. Fébrifuge très employé malgré 1 odeur puante delà
plante. Les racines sont surtout employées en tisanes. Elles
provoquent des sueurs abondantes. C’est un abortif très
employé. Recommandé contre 1 hydropisie.
Raguet-françois. — A gératum conizoides L. [Composées). Infusion
de la plante dans les cas d’atonie du tube digestif.
Raguet macaque. Voir M elastoma elegans .

Raisin du bord de la mer. — C occoloba UVIFERA L. [Polyyonées).

Fruit et écorce, bons astringents. Le bois donne, par décoc­
tion, une liqueur rouge et un extrait qui est un des kinos du
commerce (astringent).
opuntia L. [Cactées). Tiges écrasées pour cata­
plasmes émollients (mucilage abondant). Le fruit, diurétique,
colore fortement les urines en rouge.

Raquette. — C a c tu s

Aublet [Cypéracces). Racines à
odeur aromatique agréable, laissant à la bouche une saveur
piquante, expérimentées avec succès par Aublet, comme sudo­
rifique et diurétique en infusion.

Remire. — R emirea

maritjma

Réséda de Cayenne. — L awsonia

L. [Lythrariées). Intro­
duite de 1 Arabie. Les feuilles sont employées contre les bles­
sures, les dartres, la lèpre même (?). L écorce est emménagogue. (A étudier.)
inermis

Ricin. — Voir Palma-Christi ou R icinus communis L. [Euphorhiacées).

L ’huile chaude, en applications, est recommandée contre 1 en­
gorgement ganglionnaire. Les feuilles, trempées dans du
vinaigre et appliquées sur le front, seraient très bonnes contre
les insolations. Elles provoquent, dit-on, une abondante trans­
piration.
orellana L. [Bixacées). Ururu en Galibi.
Feuilles détersives. Ecrasées dans l’eau douce ou l’eau de mer,
elles seraient 1 antidote du manioc amer. L infusion des
feuilles est un purgatif employé contre la dysenterie.

Rocou; Roucou. — B ixa

Roxb. [Puhiacées).
Sa racine, purgative, renferme un principe colorant brun.
Plante introduite des Philippines et de l’Inde. (A étudier pour
son principe purgatif.)

Royoc. — Moiunda ROYocBlanco; M.

tinctoria

lateriflora L. et R h . virens Planeh. et Triana [Guttifères). Suc laiteux et vomitif. ( A étudier.)

R iieedia

�112

—

S
Sablier. — H uracrepitans L. (Euphorbiacécs). Suc laiteux, irritant

et caustique. Graines émétiques, violemment drastiques. Les
feuilles sont très employées « contre les douleurs chroniques ».
Saint-Jean. — P axax M orototoni Aublet; D ldymopanax M oroto-

Dec. et PI. (Araliacécs). Espèce aromatique à étudier.
Certains créoles prétendent que cette plante aurait les pro­
priétés du ginseng chinois, et que son nom de Saint-Jean ne
serait que la corruption du nom chinois, par la transposition
des consonnes de ce nom.

tom

Salade madame Hector. — L actuca

L. (Composées). Bron­
chites, pneumonies, maladies de poitrines. (Infusionsde la plante,
qui est introduite de l’Europe australe.)

Salade-soldat. — P eperomia

qlercina

C. DC. (Pipéracées).
Antiscorbutique, sudorifique et fébrifuge. En salade, il est
légèrement purgatif. Introduit du Pérou.
procumbens

dans la composition du curare de l’Orénoque. Des incisions pra­
tiquées à sa tige découle un liquide aromatique appelé huile (le
sassafras qui ressemble à celui de YOcotea opifera.
On désigne encore sous ce nom de sassafras, à la Guyane, le
L icaria guianexsis Aublet, qui ne serait, d’après Nees, que le
D icypellium caryophyllatum (voir Cannelle-giroflée), autre Laurinée dont le bois exhale une odeur très agréable; c’est le
bois de rose femelle.
Savonier. — S àpikdüs

L. [Sapindacées). Fruits diuré­
tiques à pulpe riche en saponine, L’écorce et la racine sont des
astringents toniques et amers. Les S ap. àrborescens et f r it e s cens Aublet ont les mêmes propriétés, comme aussi S ap. rigides
sapoxaria

MOI.
S ahcostemma B ronwmi Mey.; P uilibertia viminalis A. Gray (Asclê-

piadées). Le suc, laiteux, est un émétique violent, recommandé
immédiatement après l’ingestion accidentelle des substances
toxiques.
S auvagesia erecta et S àgvagesia adima Aublet (S. erecta L.) ( Violariées). Amer aromatique, stomachique, cordial.

Salsepareille. — S milax

Sensitive épineuse. — M imosa

Sapotille. — A chras

Simarouba. — S imaruba

sarsaparilla L. ; S. glauca Mart. (Smilacées). Bien que regardées aujourd’hui comme inertes, les
racines de cette plante sont employées fraîches dans le pays
comme toniques et antisyphilitiques.

(Sapotacées). L ’écorce est un tonique
fébrifuge. La graine, grasse, est diurétique, mais elle doit être
employée avec précaution, parce qu elle provoquerait, dit-on, à
dose élevée, de la dysurie. (Sapotine. alcaloïde de Besnou.)
sapota L .

Sassafras Orénoque. — N kctandra

cymbarum Nees. (Laurinées).
Diffère des véritables sassafras par son amertume spéciale.
Quand on le râpe, il développe une odeur de sassafras et
d’anis, mais moins prononcée et moins persistante que celle du
sassafras vrai. Très employé en Guyane hollandaise comme diu­
rétique, emménagogue et tonique. Entrerait, d’après Martin,

pudica L. (Légumineuses . Feuilles
recommandées comme un puissant sudorifique. Racine vomi­
tive, irritante et même toxique à haute dose. Graines émé­
tiques. L ’infusion légère des feuilles est tonique et amère.
officinalis

D. C.; S. amara Aublet (Buta-

cées). Ecorce de la racine contre la diarrhée et la dysenterie. Elle
entre, avec l’écorce du monbin et du goyavier, dans la compo­
sition d’un sirop très efficace contre les diarrhées persistantes
accompagnées de fièvre. C’est une plante employée surtout
comme diurétique, fébrifuge et antidysentérique. Cette écorce
est, du reste, officinale en France; c’est un tonique amer, dont
on retrouve la formule dans tous les élixirs anticholériques.
Elle s ’emploie généralement en infusion à la dose de 4
grammes par litre; à haute dose, elle est purgative et émétique.

�L’écorce de simarouba renferme, d’après Morin, de l&amp;quassine,
une matière résineuse, une huile volatile dont Codeur rappelle
celle du benjoin, des acides gallique et malique.
Si pan ex piUTExsis Aublet (Bubiacées). Plante astringente employée
en tisanes contre les métrites et contre la gonorrhée ; la décoc­
tion en est détersive et sert à panser les ulcères.
S ehjama paucidentata D. C. (Sapindacées). Plante vénéneuse,
suc narcotique. (A étudier sérieusement.)
S loanea P lumieri Aublet; S. dentata L. ( Tiliacées). Ecorce
tannante. Le fruit est une espèce de châtaigne dont la farine
serait résolutive (?). Imbibée de vinaigre, elle est employée en
application contre les engorgements des seins.
Sorossi. — M omordica

balsamina Desc.; Mo.m. ciiarantia L. (Cucurbitacées). Le fruit, mûr, dépouillé de ses semences et macéré
dans 1 huile d’amandes douces, devient, dit-on, un vulnéraire
incomparable. On prend les feuilles en infusion contre les con­
tusions. Les mêmes feuilles, broyées et mêlées à un corps gras,
donnent un onguent contre la gale et les maladies de la peau.

Souchet ; Pripri des marais. — Gypéracée aquatique indéterminée

(Cyperus?). Plante diurétique et recommandée contre les
coliques.
S pigelia antiielmia L. (Strxjc/inces). Brinvillière ; Yerba de Lombrices au Brésil. Le rhizome est employé contre les vers intes­
tinaux. A haute dose, c'est un poison violent. La plante répand
une odeur vireuse très accentuée et possède une saveur nau­
séeuse persistante. Souvent nommée Brinvillière, à cause
de l’usage qu en a fait la célèbre empoisonneuse de ce
nom, cette plante contient, d’après Dudley, un alcaloïde vola­
til qui serait le principe actif de la drogue (spigéline), et qui
présenterait d’étroites allinités avec la nicotine et la lobclinc.
Cette drogue, bien que constituant un bon vermifuge, doit être
employée avec la plus grande prudence à cause de ses proprié­
tés éminemment toxiques.

— D atera ceratocaula Jacq. (Solanées). Les feuilles
chaudes s’emploient en applications contre la sciatique. Il en
est de même des feuilles de Datura Stramonium L. La teinture
des feuilles est recommandée contre les palpitations. Mêlée à
la farine de patate, elle donne des cataplasmes adoucissants.
D’après les gens du pays, les parties de la plante, soumises à
la vapeur du vinaigre, donnent un extrait employé contre poul­
ies engorgements de l utérus (?). On obtient surtout un extrait
utile en mettant les feuilles et les racines à macérer dans
l’alcool. Cet extrait, mêlé à l’huile, ou encore les feuilles
pilées ou macérées dans l’huile, servent en frictions pour les
rhumatismes et contre le prurit des parties génitales ?). On
recommande le fruit vert, écrasé, en applications sur les
pustules charbonneuses.
S per .macoce longifolia Aublet (Bubiacées). Cette plante possède
des propriétés éméto-cathartiques très marquées qui la font
employer aux lieu et place de 1 ipéca. En tisane, elle donne de
bons résultats dans la troisième période delà gonorrhée. Beau­
coup de Spermacoce sont employés comme vomitifs au même
titre; ce sont : Sr. cœkulescens Aublet; S i\ radicans Aublet;
S p . cartifolia Aublet; Sr. aspera Aublet; S p. sexangularis
Aublet ; Sr. prostrata Aublet.
S taci iyt a RPu eta JAMAiCENSis Gardu.; S DicuoTOMA Vahl Verbénacée.s). La décoction des feuilles est administrée, aux Antilles,
en lavements et comme vermifuge. Au Para, on applique
sur les ulcères les feuilles fraîches, contuses.

Stramonia.

T
Tabac. — La feuille, écrasée avec du rocou, préserve des chiques

(.Pulex pénétrons), et sert à cicatriser les plaies déterminées
par l’extraction de 1 insecte. Le lavement de la fumée de
tabac est préconisé dans les cas de la hernie étranglée. Quatre
feuilles de tabac vert en infusion, administrées en lavement,

�— 147 —

font, d'après les commères, très bien réussir les purgations.
Les feuilles, huilées et tièdes, s'appliquent sur les blessures
récentes. (N icotiana T abacum L. Solunées.)
T abernjsmontana citrifolia L. [Apocpnées). Plante introduite des
Antilles. Feuilles purgatives. Latex, réputé fébrifuge, à étudier.
Pains fébrifuges avec les feuilles écrasées. Arbuste aroma­
tique. Ecorce tonique et fébrifuge.
T aberxæmontana utilis Arn. Voir Hya-Hya de la Guyane.
Tachini. — Origine botanique inconnue. Grand arbre qui

se
trouve dans les forêts vierges (placers), employé par les PeauxRouges. Latex rouge, suintant abondamment de 1 écorce, après
incision; ce suc est toxique. M. Simon a empoisonné des
chiens adultes avec 15 gr. de ce suc. Les Galibis l’emploient
contre les rhumatismes; ils boivent ce suc à doses toxiques
mais avec certaines précautions qui en tempèrent Leifet.
Grande réputation à la Guyane.) Renseignements dus à M. le*
Dr Simon, médecin des colonies. Plante à étudier à tous les
points de vue.
Tachy. — T achia gijianensis Aublet [Gentianées). Racines exces­
sivement amères et fébrifuges. (A étudier comparativement
avec les Gentianées indigènes de France et avec les plantes
coloniales appartenant à la même famille). C'est le Quassia du
Para des Brésiliens.
Tamarin. — T amarikdus indica L. [Légumineuses). La pulpe du
mésocarpe, sucrée et acidulée, est employée comme laxative.
Introduit de 1 Asie ou de l’Afrique tropicales.
Tapier. — C ratæva T apia L.

(Capparidées). Ecorce amère,
tonique. On l’emploie pour combattre les fièvres intermit­
tentes. Racine âcre et vésicante. (A étudier.')
Tapiriri. — T apimua guianensis Aublet ( Férébinthacées-Hurséra­
cées). Oléorésine lluide, oléagineuse, abondante, antisyphili­
tique, recommandée contre les ulcères de cette nature.
Quelques autres Tapirira jouissent de la même réputation.

Tariri. — T ariri

guianensis Aublet; P icramma T ariri D. C. [Rula­
cées). Ecorce employée en tisanes astringentes. Les feuilles
donnent aux indigènes une belle couleur violette avec laquelle
ils teignent leurs tissus. (A étudier comparativement avec T.
pentandra Aublet).

Tayore. — C aladium

bicolor Vent. [Aroïdées). Caladium comes­
tible. Le bourgeon se mange cuit. Rafraîchissant. Les feuilles
contusées sont usitées en médecine vétérinaire; elles sont très
employées pour détruire la vermine sur les plaies du bétail.

Thé de la Guadeloupe. — C apraria

biflora L. [Scrophulariées).
Tonique à faible dose; antipériodique à dose plus élevée. S ’em­
ploie comme thé, elïicace contre les coliques résultant d'un
refroidissement. Diurétique très employé. Introduit des Antilles.

Tiboucbi. — T ibouciiina

Aublet [Mélastomacées). Plante
employée en infusion contre les maladies de poitrine et sur­
tout la toux sèche (Aublet).

Ticorée. — T icorea

aspera

Aublet [Rutacées-Diosmées . Plante
très amère, fébrifuge, succédané du quinquina. (A étudier.)
fœtida

Timoutou.— P olygala T imoutou Aublet (.Polygalées).

Plante

emménagogue et diurétique.
Tiotio; Kio-kio. — Beurre extrait de l'amande de la graine

à'Aouara, qui est I'A strocarylm vulgare Mart. ;Palmiers).
Très employé en frictions contre les douleurs rhumatismales.
Voir Arouara.
Touka. — B ertholletia

excelsa Berg; B. nobilis Miers [Myrtacées). Huile douce des graines recommandée pour les brûlures.

Toute-épice. — E ugenia

pimenta D. C.; P imenta officinalis Lindl.
On l’appelle encorequatre-épices dans le pays. Toutes les parties
de la plante donnent une essence très recommandée contre
l’odontalgie. Les fruits sont carminatifs, stimulants, digestifs.
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

10

�— 149 —

L'essence présente assez d’analogie avec celle de girofle. On
l'emploie en frictions rubéfiantes avec le Tiotio ou beurre
d’Aouara.
T ricmfetta L appula L. ( Tiliacées). Excellent émollient. Voir

Vulnéraire. — S iparuna

guianensis Aublet [Monimiacées). Thé
excitant. Feuilles en infusions vulnéraires. Il en est de même
du Si PA R . GLARRESCENS Aublet.

Grand Maho cousin.

X
U

X ylopia aromatica Baill.; U nona concolor Willd. [.Anonacées).

Urexa lorata L. (Malvacées). Emollient. L ’infusion des fleurs est
employée en gargarismes dans les cas d’angine et d’aphthes.

X

Ecorce et bourgeons toniques, aromatiques. (A étudier.)
Vahl [Xy ridées). Feuilles et racines bouillies,
préconisées contre la lèpre. Les feuilles, macérées dans du
vinaigre, puis écrasées, guériraient l’impétigo.

yris AMERICAN a

V
V andf.llia diffusa L. [Scrophulariées-Gratiolées). Plante amère,

mueilagineuse, en décoction dans les fièvres continues et inter­
mittentes. Elle est légèrement purgative. Contre les maladies
du foie, elle entre dans lemédicament, d’origine brésilienne, très
avantageusement connu à la Guyane sous le nom de Ilaimerada.
Elle est surtout recommandable comme émétique et fébrifuge,
dans les cas de fièvre bilieuse ou de dysenterie. On l’appelle
encore Herbe du Paraguay.
Vatairée. — V ata ire a guianensis Aublet (Légumineuses). Voir
Dartrier.

L.; S taciiytarpiieta diciiotoma
Vahl( Verbénacées). Voir Crête d’Inde. Cataplasmes résolutifs avec
les feuilles. Une cuillerée de suc récent de ces feuilles suflirait
pour apaiser les coliques et les tranchées dans la dysenterie.

Verveine. — V erbena

jamaicensis

Verveine puante. — Voir petiveria
vant.

alliacea ou

m ieux Douvant-dou-

Vétiver. — A ndropogon

mdricatus Retz..; A . squarrosus L. [Gra­
minées). L infusion des racines est tonique et emménagogue.

Voyère bleue. — V ovria

cærulea Aublet[Gentiances). Planteamère,

tonique des voies gastro-intestinales.(A étudier.)

Y
Yayamadou. — V irola sebifera Aublet; M yristica
[Myristicées). Voir Guingamadou.

sebifera

S w.

Z
Zœuf-diable; Œuf du diable. — L ycoperdon

americantm L . [Champignons-Gastromycètes). Employé couramment comme hémos­
tatique mais non sans danger.

Z’ongchatte; Ongles de chat; Griffes de chat. — M imosa

lnguis -cati

Blanco ou P itiiecolobium dulce Benth. (Légumineuses) et
B ignonia auglis - cati L . (Bignoniacées). L ’écorce de la pre­
mière de ces plantes est réputée fébrifuge (poudre i à 15 gr.
et vin GO gr. avant l'accès); c’est surtout la décoction qu’on
emploie en lavements. Le suc de toutes les parties de la
seconde de ces espèces est considéré comme alexitère. En infu­
sion, les feuilles et les bourgeons sont employés pour bains, et
comme sudorifiques dans les fièvres d’accès. Ils entrent dans
la composition d'un sirop béchique adoucissant.

�TABLE ALPHABETIQUE
DES

ESPÈCES

BO TA N IQ U ES

Acanlhacées.
Dianthera pecloralis G m e l.. . .
103
Jacobinia coccinca H iem ........ 102
Ju sticia coccinea Aubl.............. 102
—
pecloralis J a c q ............ 103
Ruellia tuberosa L ..................... 121
—
clandeslina L ................ 121
Amaranthacées.
Amaranthus Brasiliensis Moq.
89
—
oleraceus L .......... 113
Gomphrena globosa L .............. 120
Amaryllidées.
Agave americana L ..................... 84
Amaryllis punicea Lam k.......... 123
Hypoxis decumbens Aubl........ 119
Curculigo scorzoneræfolia Baker 119
Ampélidées.
Cissus venalorum D escou rt... 122
— sicyoides Miq................
122
Anonacées.
Anona Ambotay A ubl.................
84
— muricata L ..................... 107
— squam osa L ................... 138
Cananga Ouregou A ubl............. 100
Unona concolor W illd ... 126-149
Uvaria zeylanica A ubl............... 126
Xylopia aromatica Baill..........
149
—
frulescens A ubl..........
107
Apocynées.
Allamanda cathartica L . . . . 83-132
Ambelania acida A ubl........ 84-140
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

D ISPO SÉES

PAH

FA M ILLE

Apocynum maculatum Descourt
90
Aspidosperma Qurbraelio Soblfhl .. 139
Cameraria latifolia L ................. 100
Couina guianensis Aubl.......... 108
Echites biflora Ja c q ................... 122
Echites torulosa L ..................... 122
—
maculata A. DC..........
90
—
syphilitica L ................
98
Orelia grandiflora A u b l.... 83-132
Plumeria alba Aubl................... 114
—
cuneata S m ................ 114
—
rubra L ....................... 114
Tabernæmonta citrifolia L ........ 146
—
utilisArn. 119-146
Thevetia Ahouai D. G...............
82
—
neriifolia J u s s ............
82
W illughbeia acida Gmel.......... 142
Araliacées.
Didymopanax Morototoni Dec.
et Planchon..............................
Panax Morototoni A ubl.............
Aristolochiées.
Abuta amara Aubl......................
Aristolochia glaucescens II. B. K.
Aroïdées.
Arum arborescens L ..................
Caladium —
V e n t..........
—
bicolorV ent................
Caladium seguinum V ent........
Diefïenbachia Seguine Schott.
Montrichardia arborescens Schoii
—
acu leatu m ........
il

142
142
135
135
89
130
147
101
101
89
89

�153 —

132 —
Philodendron scnndens W ild. 101
hederaceum Schott. 101
Asclépiadées.
Asclepiascurassavicn !.. 98-106-121
Philibertia viminalis A. Gray. 143
Sarcoslemma Broxvnii M e y ... 143
Bignonia cêes.
Bignonia Copaia Aubl..............
107
—
leucoxylum ........ 125-112
—
unguis-cali L ............
149
Crescenlia Cujete L .................. 100
Jacaranda Copaia D o n ............ 107
Tecoma leucoxylum M ari........ 112
Bixacées.
Rixa orellana L ..........................

141

Borraginées.
Heliotropium indicum L .. 109-118
Cordia Aublelii D. C.................. 130
Tournefortia scandens W illd.. 118
Varronia globosa Desv. ........
130
—
Martinicensis A u b l.. 130
Broméliacées.
Bromelia Karatas L ...................

102

Cactées.
Cactus opuntia L ........................
Capparidées.
Cleome frutescens Aubl..........
Cratæva Tapia L .........................

105
146

Caryophyllées.
Holosteum cordaturu L ............
Drymaria glandulosa Bartl. . . .

129
129

Célastrinées.
Goupia glabra Aubl...............
—
tomentosa A ubl..........

115
116

141

Champignons ^Gastromycètes).
Lycoperdon americanum L . . .

149

Chénopodées.
Chenopodium ambrosioides L .
—
amhflminlbitnm L ....

138
138

117
84

Momordica surculataN or nha.
Trichosanthes cucumerina L . .
—
punctata L ........

122
86
87

Commélynées.
Tradescantia diuretica M art...
elongata Meyer. .

140
140

Cypéracées.
Cypcrus elegans L .....................
Remirea maritima A ubl..........

118
1VI

Composées.
Agératum conizoides L ............
Clibadium asperum D. C ..........
—
suriramense L ........
Clibadium sylvestre B a ill. . . .
Eupatorium Ayapana V e n t ....
—
triplinerve V a h l..
—
parvillorum Aubl..
Lactuca quercina L .....................
Mikaniaguaco Humb.et Bompl.
Spilanthes oleracea L ...............
—
Acmella M u r r ....

140
96
96
96
89
89
117
142
117
109
109

Dilléniacées.
Curatella americana E ............
Pinzona calineoides Eich........ .
Tetracera alnifolia W illd ........ .
ovalifolia D. C ........
—
tigarea D. C ............

113
122
122
123
123

Ebénacées.
Diospyros Paralea S t e u d ....
Paralea guianensis Aubl.......... .

134
134

Convolvulacées.
Batatas paniculata C hoisy........
Convolvulus maritimus D esr...
Ipomæa digitata L ......................
—
biloba F orsk.................
—
tuberosa L ...................
—
viridis C hoisy.............
Piptostegia Pinsonis M a r t ....

135
135
135
135
123
104
135

Crucifères.
Lepidium virginicum L .............

109

Combrélacées.
Bucida buceras L .......................
Termiualia Catappa L ..............

Cucurbitacées.
Citrullus vulgaris S ch rad ......... 129
Cucumis Anguria L ................... 104
Cucurbita citrullus L ................. 129
moschata Duch........ 115
Fevillea cordifolia L ........... 125-131
—
hederacra Poiret.........
87
—
Margravii Guib........... 131
—
scandens L ................... 125
—
trilobata L ............
125-131
Lagenaria vulgaris S e r............... 100
Melothria pendula L ................... 131
Momordica Balsamina D e s c ... 143
—
Charantia L ........... 143

Euphorhiacées.
91
Aleurites triloba F o rst..........
86
Anda Gomesii A. J u s s ............
96
Conami brasiliensis Aubl. . . .
93
— humilis L ....................... .
93
Croton origanifolius L k .......... .
128
Curcas purgans Medic............
Euphorbia capitata L k ............. . 124
96
—
cotinoides M iq ...
hirta L ..................... . 124
hypericifolia L. . . . . 127
pilulifera I ............. . 124
—
punicea S \v ............. . 113
Hippomane mancinella L. .. . 125
. 142
Hura crepitans 1................
Jptropha curcas L.
. 128
—
maniot L............... . 126
—
multifida L........
125-98
86
Johannesia princeps Vellozo. .
Mabea piriri Aubl.....................
94
— taquari Aubl................ .
94
Manihot utilissim a Polh.......... . 126
Omphalea diandra 1.................. . 132
Phyllanthus epiphyllanthus L . 136
—
Conami S w ......... .
96
guyanensis Klotscli 96
—
niruri L............. . 136
—
urinaria L ........ 96-136

Phyllanthus virosus Roxb........
%
Ricinus communis L .......... 127-141
Gentianées.
Coutoubea ramosa Aubl.......... 104
spicata Aubl........... j 04
Eustoma exaltatum S alish . . . . 11g
Exacum guianense Aubl........... 104
—
purpureum L k ............ 115
—
spicatum W ah l.......... 104
—
tenuifolium A ubl........ 104
Gentiana exaltata L ................... 115
Lisianthus alatus Aubl........ 94-123
—
cærulescens A u bl.. 123
—
grandillorus A ubl. . 123
—
purpurascens Aubl. 123
—
uliginosus G riseb .. 123
Schultezia stenophylla M art... 115
Tachia guianensis A ubl............ 146
Voyria cærulea L ......................... 148
Géraniacées.
Averrhoa Bilimbi L ...................
93
—
carambola L ............... 102
Gesnériacées.
Besleria violacea Aubl..............
132
Graminées.
Andropogon muricatus Retz. . . 148
—
Sch œ nanth usL ... 104
squarrosus L ........ 148
Bambusa arundinacea W illd. .
91
Cynosurus indicus L ................. 136
Eleusine indica Gærtn............... 136
Saccharum officinarum L ........
101
Gutlifères.
Clusia macrocarpa Spreng. . . . 105
— panapanari Choisy........ 105
— rosea Ja c q ................
113-129
Moronobœa coccinea A u b l.. . . 126
Symphonia globulifera L .f.. . 126
Rheedia lateriflora L .......... ' . . .
141
—
virens Planch............. 1*1
Humiriacées.
Humiria balsamifera Jau n i.
S ‘- I lil................................... 97-119

�Humiria floribunda Mart........ 131
llypéricinées.
Hypericum eayenense A u b l...
04
sessilifolium Aubl. 129
Vismia cayennensis Pers . . .
94
—
rufescens P ers............
129
Iridiés.
Cipura paludosa A u b l.............. 112
Labiées.
Hyptis verticillata Ja c q ..........
90
Ocymum americanum Benth..
92
La urinées.
Acrodiclidium CamaraSchomb. 100
chrysophvllum
M eiss......................................... 100
Dicypellium carvophyllatum
N ees................ . . . . ! . . .
101-143
Hemaodia guianensis A ubl... 130
sonora L ................
130
Laurus globosa A ubl................ 127
— Persea L ........................
89
Licaria guianensis Aubl.......... 143
Nectandra cymbarum N ees__
142
—
Rodiei Schomb . . . . 106
sanguinea Roland.. 127
Ocolea guianensis Aubl............
83
Oreodaphne guianensis A u b l..
83
Persea gratissima Gærtn..........
89
Légumineuses.
Abrus precatorius L ................
133
Acouroa violacea Aubl..............
82
Andira inerrais H. B. K........ 86-90
— racemosa Lam k............
86
Arachis’hypogæa L ..................... 131
Capsalpinia pulcherrima S w ... 124
Cajanus Havus D. C.................. 136
—
indicus Spreng.......... 136
Cassia brasiliana L k .................. 103
—

tistula L ............................

103

— grandis L ........................
— javanica Aubl................
Copaifera guyanensis D esf.. ..
—
bracteata B e n th ....

103
103
107
107

Copaifera pubiflora B en th .. . . 107
officinalis L ............. 107
Desmodium guyanense I). C . . 136
Dipteryx odorata W illd ........... 114
Dolichos obtusifolius Ja c q ........ 116
pruricns L .................... 136
—
urens L ......................... 116
Eperna faleala A ubl...................
133
Erythrina corallodendron L. 113-119
Galega sericea Buch-Ham........
95
— frutescens Moll.............
95
— singapou Buchoz...........
95
GeotTræa violacea P e rs.............
82
Guilandina Bonducella L ........
116
Hedysarum guianense Aubl. . . 135
Ilæmatoxylum Camptcfaianum L___ 100
Ilymenæa Courbaril L ............... 108
Indigofera anil L ......................... 120
—
polyphylla D. C . . . 120
—
Gerardiana R. Grah 120
Inga Burgoni D. C.....................
98
— vera W illd .....................
136
Lonchocarpus latifolius H. B. K.
97
oxycarpus D. C.
97
Medicago arborea A ubl.............
85
Mimosa acacioides Benlli......... 131
—
inga L ........................... 136
— pudiea L ....................... 143
—
unguis-cati B lan c o ... 149
Mucuna pruriens D. C ............... 136
Piptadenia peregrina Benth. .. 131
Piscidia Erythrina L .................
95
Pithecolobium dulce B e n th ... 149
Poinciana pulcherrima 1............ 124
Robinia Nicou Aubl...................
95
—
panacoco A ubl........... 133
Swartzia tomentosa D. C ......... 133
Tamarindus indica L ................. 146
Tephrosia frutescens D. C .. . .
95
—
purpurea P e rs.........
95
toxicaria P ers..........
95
Yatairea guianensis Aubl. 111-148
Loranihacées.
Loranthus americanus L ..........

123

Lylhrariées.
Lawsonia inermis L ...................

141

Magnoliacées.
Liriodendron tulipifera L ........

94

Malpighiacées.
Byrsonima crassifolia II. B. K. 126
—
spicataRich. e tJu ss.
98
verbascifolia Rich.
et J u s s ie u ............................ 98-126
Malpighia crassifolia L ....... 126
—
Moureila A u bl.........
126
—
punicifolia L ............. 104
verbascifolia L ........
126
Malvacées.
Bombax globosum A ubl..........
Gossypium Barbadense L . . . .
—
herbaceum L .........
H ibiscus Abelmoschus L .........
—
esculentus L .............
—
digitatus P o ir.............
—
digitiformis D. C . . . .
—
mutabilis L .................
—
sabdariffa L ...............
—
tiliaceus L ...................
Malva spicata L .........................
— ulmifolia B a lb .................
Malvastrum tricuspidatum A.
Gray............................................
Malvastrum spicatum A. Gray.
Malvaviscus arboreus C a v .. ..
Urena loba ta L ............................

114
108
108
84
99
132
132
102
132
124
117
133

Melastoma lævigatum L .......... 128
—
succosum Aubl. 118-129
Miconia agreslis B aill................. 130
—
alata D. C ....................... 131
—
Fothergilla N a u d .... 109
—
prasina D. C................... 128
Microlicia grandiflora Baill. . . . 131
Rvnchanthera grandiflora U. C. 107-129
Tibouchina aspera ^.ubl.......... 147
Méliacées.
Melia Azedarach L .........................
— sem pervirens Sw ............
Carapa guianensis Aubl............
Cedrela odorata L ..........................
Guarea trichiloides L ............. .
Swietenia Mahagoni J a c q ........
Trichilia guara L ............................

123
123
102
81
93
81
93

Ménispermées.
Abuta rufescens Aubl.................
Cissampelos Pareira L ...............

135
135

Monimiacées.
Mollinedia laurina Tul................. 131
Siparuna guianensis Aubl........ 149
Moringées.
Moringa pterygosperma Gærtn.

136

Musacées.
133
117
99
148

Musa paradisiaca L ...................
— sapientum L .....................

Mélaslomacées.
Clidemia hirta D. Don............... 128
Fothergilla m irabilis Aubl. . . .
113
llenriettea succosa D. C ..
118-129
Lavoisiera grandiflora N a u d .. 131
Loreya arborescens D. C ......... 128
Melastomagrandiflorum Aubl. 107-128
—
agreste A u b l........... 131
—
alatum A u b l.. 124-128
—
arborescens A u b l,. 128
—
elegans A ubl..........
128

Bonlia diaphnoides L ................

91
91

Myoporinées.
132

Myristicacées.
Myristica fragrans Iloutt........
130
—
sebifera S w . . . . 117-149
Virola sebifera A ubl........... 117-149
Myrtacées.
Bertholletia excelsa B erg .........
—
nobilis Miers........
Campomauesia aromatica Lindl
Caryophyllus aromaticus L . . .

147
147
116
115

�156 —
Couroupita guianensis A u b l...
Eugenia caryophyllata T h u n ..
—
jam b o s L .....................
—
latifolia A u b l..............
—
Michelii L k ....................
—
pim enta D. G ...............
—
uniflora L ......................
Gustavia fastuosa W illd ..........
Lecvthis grandiflora A ubl. . . .
Pim enta oflicinalis L in d l..........
Pirigara hexapetala A u b l........
Psidium pomiferum L ...............
—
pyriferum I...................
—
grandiflorum A u b l.. .
—
arom aticum A u b l.. . .
Punica granatum L .....................

100
115
138
113
104
147
104
136

101

147
136
116
116
116
116
117

Xyctaginées.
Boerhaavia decum bens V a h l,. 120
—
dilîusa S w ........ 98--120
hirsuta L .................
98
panieulata R ich . ..
120
M irabilis jalapa L .......................
93
—
dichotoma G âter........
93

Ochnacées.
Gomphia guyanensis Rich........
Ouratea guyanenis A ub l...........

133
133

Oléacées.
Jasm inum grandiflorum L . . . .
Linociera tetrandra R. B r ........
Mavepea guianensis A ubl.........

121
128
128

Ombellifères.
Carum Anisum B a ill.................
Eryngium fœtidum L .................

87
140

Onagrariées.
.lussieua hirta V ah l....................
—
peruviana L ...............

121
121

Orchidées.
Epidendron bifldum A u b l . . . .

132

Oxalidées.
O xalis Barrelieri I........................

140

Palmiers.
Areca catechu L ...................
88
Attalea Maripa M art........... 128
Astrocaryum vulgare Mart.87-147
Maximiliana Maripa D ru d e.. . . 128
Euterpe oleraeea Mart......... 106
OEnocarpus Bacaba M art........
106
Papavéracécs.
Argemone Mexicana.............

88

Papayacées.
Carica papaya L ...................

134

Passifl orées.
Passiflora edulis S im s ............... 109
—
laurifolia L ........
128-138
linifolia J u s s ............... 127
—
quadrangularis L . . .
92
Pédalinées.
Sesamum orientale L ................ 133
—
indicum L ................. 133
Phytolaccées.
Petiveria alliacea L . . . 111-139-148
Phytolacca decandra L ............. H 3
icosandra L ............. 113
Pipéracées.
Artanthe Bredemeveri M iq ...
90
Peperomia trifolia D ietr... 107-137
—
procumbens C. D C . 142
—
rotundifolia H. B. K. 137
Piper B redem eyeri...................
90
— diflusum W a h l.............. 140
Piper obtusifolium J a c q ........... 139
— umbellatum Sieb. et K. 137
— peltatum R. et Pav. 137-140
— plantagineum Schlecht.. 138
— sarmentosum R oxb........ 140
— trifolium L ....................... 106
Quebitea guianensis Aubl........ 140
Plantaginées.
Plantago lanceolata Hook........ 136
Plombaginées.
Piumbago rosea L ..................... 139

Piumbago scandens L .............

139

Poly gâtées.
Catacoma lucida Benth.............
Monnina lucida Ruiz et Pav. ..
Polygala Timoutou A u bl.........

131
131
147

Polygonées.
Coccoloba uvifera L ................

141

Citrus aurantium R isso ............ 132
— medica L ......................... 104
— vulgaris R isso ................. 132
I'agara guyanensis L k ..................
99
— pentandra A ubl.............
99
Picramnia Tari ri D. C.............. 146
Picræna excelsa Lindl...............
97
Quassia amara L .......................
105
Simaruba officinalis D. C ........
143
—
amara Aubl.............. 143
Tariri guianensis Aubl............
146
Ticorea fœtida Aubl.................. 147
Zanthoxylum fraxineum W illd
94
—
caribæum L k .. .
96
—
hermaplirodilum Willd 96-99
—
Perrotetii D. C . .
96

Iihamnécs.
Gouania Domingensis A u b l... 124
—
striata Rich................. 124
Rhizophorées.
Rhizophora Mangle L ............... 133
Rosacées.
Chrysobalanus Icaco L ........... 139
Couepia guianensis Aubl.......... 108
Samydacées.
Rubiacées.
Guidonia glomerata Kurz........ 118
Cephælis Evea D. C ..................... 120
Ilomalium racemosum Jacq. 82-128
Chiococca anguifuga M art........ 103
Racoubea guianensis Aubl. 82-128
racemosa L ............... 103
Sapindacées.
CofTea arabica L .......................
99
Paullinia tritem ata H. B. K ... 122
Coutarea speciosa Aubl............ 138
Paullinia sorbilis M art............. 139
Erithalis fruticosa L ...................
94
—
Cupana H. B. K ........
139
Genipa americana L ................. 115
Sapindus arborescens A u b l... 143
Guettarda ambigua D. C .......... 117
—
frutescens Aubl........ 143
—
argentea Lk...........
117
Sapindus rigidus Moll............... 143
coccinea Aubl......... 117
—
saponaria L ..............
143
Iserlia coccinea V ahl................. 117
Serjania paucidentata D. C . . . 143
Mapouria guianensis Aubl........ . 127
Morinda Royoc Blanco............. 141
Sapolacées.
—
tinctoria R oxb............ 141
Achras
Sapota
L ......................... 142
Nonatelia officinalis A u bl.........
89
Chrysophyllum Cainito L ........
99
Ophyorhiza Mungos L ............ 140
Lucuma Rivicoa G æ rtn............ 121
Ourouparia guianensis Aubl.. . 118
Portlandia speciosa Baill........... 138
Scilaminées.
Psychotria emetica L ................. 120
Amomum pyramidale L k ........
91
—
uitida W illd............. 127
—
Zingiber L ................. 115
89
—
officinalis Raeuschi.
Calathea Allouia Lindl.............. 114
Sipanea pratensis A ubl........... . 144
Canna indica L .................................. 91
Sperm acoce longifolia Aubl. . . 145
Costus arabicus L ..................... 101
.
118
Uncaria tomentosa I). C .........
Ileliconia caribæa L ...................
91
Rulacées.
—
Bihai L .......................
91
Ischnosyphon Arouma K œ rn..
88
97
Bittera febrifuga Bélanger. . .

�Humiria floribunda Mart........ 131
Ilypéricin ées.
94
Hypericum cayenense Aubl. . .
sessilifolium Aubl. 129
94
Vismia cayennensis Pers . . .
129
—
rufescens P e rs............
Iridées.
Cipura paludosa Aubl.............. 112
Labiées.
90
Ilvptis verticillata Ja c q ..........
92
Ocymum americanum Benth..
Laurinées.
Acrodiclidium CamaraSchomb. 100
—
chrysophyllum
M eiss......................................... 100
Dicypellium ca ryoph y11a tu m
N ees..................................
101-143
Mernandia guianensis A ubl... 130
—
sonora L ................ 130
Laurus globosa A ubl.............. .. 127
— Persea L . . ....................
89
Licaria guianensis Aubl.......... 143
Ncctandra cymbarum N ees__ 142
Rodiei Schomb . . . .
106
sanguinea Roland.. 127
Ocolea guianensis Aubl...........
83
83
Oreodaphne guianensis A u b l..
Persea gratissima Gærtn..........
89
Légumineuses.
Abrus precatorius I.................. 133
Acouroa violacea A ubl.............
82
Andira inermis H. B. K........ 86-90
— racemosa L am k ............
86
A ra c lu s’hy pogæ a L ....................
131
Cæsalpinia puleherrima S w ... 124
Cajanus fia vus D. C.................. 136
—
indicus S p r e n g ...
136
Cassia brasiliana L k ................
103
— Gstula 1,........................... 103
— grandis 1........................
103
— javanica A ubl................ 103
Copaifera guyanensis Desf.. .. 107
—
bracteata B e n th .... 107

Copaifera pubiflora B e n t h . . . .
107
ofûcinalis L .............
107
Desmodium guyan en se 1). C .. 136
D ipteryx odorata W illd ...........
114
Dolichos obtusifolius J a c q ........
116
pruriens 1......................
136
—
urens L ..........................
116
Eperna falcata A u b l....................
133
Erythrina corallodendron L . 113-119
Galega sericea Buch-H am .........
95
—
frutescen s M oll.............
95
—
singapou B u ch oz...........
95
Geoffræa violacea P e r s ..............
82
Guilandina Bonducella L ......... 116
H edysarum guianense A u b l .. .
135
H æm atoxylum Campeebianum L.. . . 100
Hymenæa Courbaril L ................
108
Indigofera and L .......................... 120
—
polyphylla D. C . . .
120
—
G erardiana R. Grah 120
Inga Burgoni D. C ......................
98
— vera W illd .....................
136
Lonchocarpus latifoliusM . B. K.
97
oxycarpu s I). C .
97
M edicago arborea A u b l.............
85
Mimosa acacioides B en th .........
131
—
inga L ............................
136
—
pudica L ........................
143
—
unguis-cati B la n c o ... 149
Mucuna pruriens D. C ................ 136
Piptadenia peregrina B e n t h .. . 131
Piscidia Erythrina L ..................
95
Pithecolobium dulce B e n t h ... 149
Poinciana puleherrim a 1............
124
Robinia Nicou A ub l....................
95
—
panacoco A u b l...........
133
Sw artzia tom entosa D. C ......... 133
Tam arindus indica L .................
146
Tephrosia fru tescen s D. C . . . .
95
—
purpurea P e r s .........
95
toxicaria P e rs...........
95
Y atairea guian en sis A ubl.
111-148

Loranthacées.
Loranthus am ericanus L ...........

123

Lyfhrariées.
Lawsonia inermis L ...................

141

Magnoliacées.
Liriodendron tulipifera L .........

94

Malpighiacées.
Byrsonima crassifolia H. B. K. 126
—
spicata Bich. et Ju ss.
98
verbascifolia Rich.
et J u s s ie u ............................ 98-126
Malpighia crassifolia L ....... 126
—
Moureila Aubl..........
126
punicifolia L ............. 104
verbascifolia L ........
126
Malvacées.
Bombax globosum A ubl..........
Gossypium Barbadense L . . . .
—
herbaceum L .........
Hibiscus Abelmoschus L ........
—
esculentus L .............
—
digitatus P o ir.............
—
digitiform is D. C . . . .
—
mutabilis L .................
—
sabdariffa L ...............
—
tiliaceus L ...................
Malva spicata L .........................
— ulmifolia B alb .................
Malvastrum tricuspidatum A.
Gray............................................
Malvastrum spicatum A. Gray.
Malvaviscus arboreus C a v .. . .
Urena lobata L ............................

114
108
108
84
99
132
132
102
132
124
117
133

Melastoma lævigatum L .......... 128
—
succosum Aubl. 118-129
Miconia agrestis B aill............... 130
—
alata D. C ..................... 131
—
Fothergilla N a u d .... 109
—
prasina D. C................ 128
Microlicia grandiflora Baill. .. . 131
Rynchanthera grandiflora D. C. 107-129
Tibouchina aspera A ubl..........
147
Méliacées.
Melia Azedarach L ......................
— sem pervirens S\v............
Carapa guianensis Aubl............
Cedrela odorata L ......................
Guarea trichiloides L ........ , . . .
Swietenia Mahagoni J a c q ........
Trichilia guara L .........................

123
123
102
81
93
81
93

Ménispermées.
A bu ta rufescens Aubl..............
Cissampelos Pareira L .............

135
135

Monimiacées.
Mollinedia laurina Tul..............
Siparuna guianensis Aubl........

131
149

Moringées.
Moringa pterygosperma Gærtn.

136

Musacées.
133
117
99
148

Mélaslomacées.
Clidemia hirla D. Uon............... 128
Fothergilla m irabilis A u bl. . . .
113
Henriettea succosa D. C ..
118-129
Lavoisiera grandiflora N a u d .. 131
Loreya arborescens D. C ......... 128
Melastomagrandiflorum Aubl. 107-128
—
agreste A u b l........... 131
—
alatum A u b l. .124-128
—
arborescens A u b l,. 128
—
elegans Aubl............
128

Musa paradisiaca L ...................
— sapientum L .....................

91
91

Myoporinées.
Bontia diaphnoides L ................

132

Myrislicacées.
Mvristica fragrans Houtt........
130
—
sebifera S \ v . . . . 117-149
Virola sebifera A ubl........... 117-149
Myrtacées.
Bertliolletia excelsa B erg.........
—
nobilis Miers........
Campomanesia aromatica Lindl
Caryophyllus aromaticus L . . .

147
147
116
115

�Maranta Allouia Àubl................
—
Arouma A ubl..............
—
arundinacea L ............
Renealmia racemosa A. R ic h ...
Zingiber officinale Rose............

114
88
88
01
1R)

Scrop/i u Inri nées.
Racopa aquatica Aubl........ 08-118
Capraria biflora L ..................... 147
Matoubea pratensis A u b l.. . . .
02
Scoparia dulcis L ................... 00-118
Stemodia pusilla Benth............
02
Vandellia diffusa L ..................... 148
Veronica americana S c h w ....
00
Smilacées.
Smilax glauca Mari...................
—
Sarsaparilla 1................

142
142

Solanées.
Brunfelsia americana 1.............
98
Capsicum annuum L ................. 136
Cestrurn noclurnum L .............. 104
Datura stramonium L .............. 111
—
ceraioeaula J a c q . . 111-146
Nicoliana tabacum L ................. 146
Physalis pubescens L ................
02
Solanum Botelhianum D u n ....
86
—
nigrum L ............... 84-122
—
melongena 1................
89
Sterculiacées.
Pachira aquatica A ubl........

Cassuvium pomiferum L a m ..
Bursera gummifera L ..................
Icica altissim a Aubl......................
— Aracouchini A ubl................
— guianensis Aubl...................
— heterophylla D. C ............
— viridiflora L am k...............
Mangifera indica L ...........• . . . .
Prolium guyanonse March. . . .
—
Aracoucbili M arch ...
Spondias dulcis F orst.................
—
lutea L .......................
—
monbin J a c q .............
purpurea L ................
Tapirira guianensis A ubl.........

Strychnées (Loganiacées).
Potalia araara Aubl...........
128-138
Spigelia anthelmia L ........ 98-144
Strychnos Castelnæana B aill... 110
—
Gubleri Planchon.. 110
—
Crevauxii Planchon 110
cogens Ben th ......... 111
toxifera Sch om b... 111
Térébinlhacées.
Amyris guianensis Aubl..........
Anacardium occidentale L . . . .

112
86

M anabea villosa A u b l.................

98

Stachytarpheta difhotoma Vahl. 146- 148
indica V ahl. . . .
109
jam aicensis Gard. 145
Verbena jam aicensis L . . . 109-•148
—
triphylla L ’H é rit. . . .
105
Violariées.
A lsodeia flavescen s S p r ...........
Ilyban th us ipecacuanha H . Bn
lonidium ipecacuanha V e n t .. .
—
glutinosum V ent. . . .
—
itoubou H. B. et K . .
—
parviflorum V en t.. . .

90

lonidium polygalæfolium Vent.

121

121

120

Vochysiacées.
Qualea rosea A ubl.......................
X y ris am ericana Vahl .............

Caraipa angustifolia A ubl........
102
Caryocar glabrum P e rs............. 136
Pekea ternata Poir........................ 136
Thyméléacées.
G oodalia gu ian en sis B e n th .. . .
Lasiadenia ru p estris Benth. . .

117
122

Tiliacées.
Sloanea Plumieri A ubl............. 143
—
denlata 1.........
143
Triumfetta Lappula L. 109-124-148
Urticées.

Brosimum Aubletii

II.

90

B. et K.

139

Perebea guianensis A ubl........
Cecropia peltata L .....................
Chlorophora tinctoria Gaud. . .
Morus tinctoria L .......................
Piratinera guianensis A u b l....

81
94
130
130
139

Vcrbénacées.
Æ gvphilla villosa V ahl............
Agnanthus pyramidatus A it ...
Cornulia punctata W illd..........
Lantana camara 1.........................
—
aculeata L .....................
—
involucrata L .............

98
97
97
127
127
130

122

X y ridées.

121

120

136

N oisettia longifolia II. B. K .. 131
Sauv agesia Adima A u b l........... 143
—
erecta A u b l ... 118-143
—
erlata L .......... 118-143
Viola calceolaria L ......................
121
— itoubou A u b l...................
121
— polygalæfolia P o ir...........
136

Ternstrœmiacées.

Bagassa guianensis A u bl........
99-133

86
116
103
87
112
87
J 19
126
112
87
138
129
129
129
146

Mâcon, Protat frèrei, imprimeur*.

149

��RECHERCHES
SUR

Les GRAINES GRASSES NOUVELLES ou PEU CONNUES
D ES

C O L O N IE S

F R A N Ç A IS E S

Par M. Edouard ÏÏECKEL

�IN TRO D U CTIO N

Les graines grasses à huiles ou à graisses concrètes (benn es,
graisses, cires végétales) sont trop utiles à l'industrie pour ne
pas prendre une place prépondérante dans les préoccupations
de ceux qu'intéresse le développement de nos colonies fran­
çaises tropicales, et la mise en œuvre industrielle de leurs
richesses naturelles. 11 est incontestable, qu ’à l’heure actuelle
les graines coloniales constituent le principal appoint de nos
industries de la savonnerie et peut-être d elà stéarineric, en
tant que matières premières capables de donner des corps
gras (1). Le fait n’a rien de surprenant si on veut bien remar­
quer ([ue c’est sous le soleil des tropiques seulement que se
forment, à l’exception des produits des Myrica, les graines
donnant des huiles concrètes, si appréciées des fabricants de
savons, et que c’est encore sous ces climats favorisés que l’on
compte, sur un nombre déterminé de végétaux producteurs,
le plus de graines grasses dont la richesse en huile permette
une exploitation rémunératrice. Il semble donc qu ’il y ait
une corrélation entre la densité des corps gras dans les graines
(1) Actuellement les graines coloniales les plus souvent exploitées
par nos industries sont celles de coco (coprah), de sésame, d'arachide,
de coton et des illipés, de ricin, de palmiste, mais il en existe bien
d’autres cpii pourraient entrer utilement en concurrence avec elles et
changer la face de ces industries.

�-

végétales et la température moyenne annuelle du milieu ou
elles se sont formées, l’abondance cl la densité de ces corps
gras augmentant avec la moyenne thermique. Ces deux faits
suffisent à expliquer l’état actuel de nos industries basées sur
l'utilisation des huiles liquides ou concrètes, c ’est-à-dire leur
tendance de plus en plus marquée à devenir tributaires de nos
possessions tropicales. Il en résulte naturellement que notre
domaine colonial s’accroissant chaque jour, le devoir de ceux
qui se préoccupent des approvisionnements de nos industries
nationales est de rechercher dans ces régions chaudes les nou­
veaux produits de cet ordre qui pourraient augmenter la puis­
sance de ces industries et surtout diminuer la dépense q u ’oc­
casionne forcément leur approvisionnement à une longue
distance d elà métropole. C’est ce qui m ’a porté à consacrer
quelques recherches à ce genre de produits dans nos colonies
les plus récentes comme le Congo et le Gabon, et même dans
nos colonies les plus anciennes et les moins connues à ce point
de vue, comme la Guyane. C’est le fruit de ces recherches
que je me hasarde à publier aujourd’hui, avec l’espoir pour
la plupart des graines que j'étudie et la certitude pour quel­
ques unes d’entre elles, qui, sous mon impulsion ont déjà fait à
Marseille leurs preuves industrielles, que mon but sera atteint.
J'ai à cœur en effet de signaler à l’attention des industriels
d’abord, aux savants ensuite que ces questions intéressent à
un autre point de vue, des graines grasses inconnues ou peu
connues, leur rendement en corps gras (huile ou beurre) ,
la nature et l’emploi possible de ces corps gras, la richesse
de leur tourteau, les conditions possibles de leur exploi­
tation en un mot. Je ferai précéder ces données de tout ce
qui touche à l'histoire botanique des végétaux producteurs
de ces graines. Ce travail sera poursuivi, et il devra l’être,
dans les régions que nous annexons à la France (Madagascar
par exemple) ju sq u ’au moment où, la synthèse des corps gras

155

étant connue, nous aurons, par des moyens simples et nou­
veaux, la possibilité de réaliser, au sein de nos laboratoires
industriels, la formation des graisses telle qu ’elle se produit
au milieu des tissus végétaux ou animaux les plus simples et
les plus variés. Cette possibilité est théoriquement entrevue
aujourd’hui et il ne manque plus, semble-t-il, comme con­
sécration aux considérations chimiques qui permettent de
comprendre cette formation, q u ’une expérimentation heu­
reuse, un tour de main favorable qui en rende la réalisation
pratique. Voici, en ce qui me concerne, à la suite de quelles
considérations j ’ai engagé des recherches en vue de cette
réalisation, et comment il me semble permis de comprendre
la formation des corps gras dans la cellule vivante au moins
chez les végétaux.
Les corps gras soit liquides, soit solides, et la fécule jouent
dans les graines, où l’industrie va les chercher, un rôle si con­
sidérable qu ’on comprend aisément comment, dans une cer­
taine mesure, ces produits, véritables réserves alimentaires,
mises en œuvre pendant la germination pour la nutrition de
l’embryon, peuvent se remplacer l’une l’autre dans différentes
graines. Ces réserves ont entre elles des liens multiples tant
d ’origine cpie d ’utilisation ultérieure dans la graine, et cepen­
dant il semble, d ’après les idées courantes que ces deux
produits s ’excluent le plus souvent l’un l’autre. Il est en effet
ordinairement admis que les semences se divisent en graines
grasses et en graines féculentes; mais il n’y a dans ces déno­
minations qu ’une constatation de la prédominance de l’une
de ces réserves sur l’autre. Les graines féculentes ne sont
pas exemples de matières grasses (maïs, etc.) et il arrive quel
quefois que les graines grasses renferment des fécules, même
en abondance, comme le Coula edulis Haillon ou noisette du
Soudan, YEntndu gigalobium 1). G., etc. Il semble donc que
la formation de ces deux réserves, dans les mêmes tissus et

�au sein de la même cellule, esl due à des phénomènes biolo­
giques el à des conditions chimiques semblables, puisqu’elles
peuvent se réaliser dans les mêmes milieux et avec les mêmes
organes. On sait, en outre, que l'une des formes de ces ré­
serves hydrocarbonées, l'huile par exemple, comme l'a
démontré M. Van Tieghem dans le ricin, peut passer à l ’autre
(fécule), dans certaines conditions spéciales il est vrai, durant
la germination de l’endosperme séparé de l’embryon, mais
le l'ail se produit. Il y a donc des relations étroites entre les
deux formes principales sous lesquelles les matières ternaires se mettent en réserve dans les graines, et il résulte,
en outre, des récentes recherches de M. Leclerc du Sablon
(Revue Générale de Botanique, t. VII, 1895, p. 165) que ces
réserves, tout en étant digérées pendant l'acte germinatif de
façons différentes, donnent les mêmes produits assimilables
par la plante. Il esl dès lors permis d ’admettre que la syn­
thèse industrielle des corps gras deviendra possible, quand
on aura pu, tout d ’abord, comme le fait la nature, trans­
former avec nos moyens de laboratoire l une de ces réserves
en l’autre (la fécule en graisse) ce qui ne semble pas irréa­
lisable à priori, puisque l'on sait cpie l'un et l’autre provien­
nent du glucose, préexistant dans la cellule végétale, et (pie,
pendant la germination, la fécule et les corps gras se trans­
forment en glucose qui sert seule à alimenter la plantule.
Ces réserves (corps gras et fécule) proviennent donc du glu­
cose, subissent les conditions de la vie latente et retournent
à l'état de glucose primitif. Comment peut-on chimiquement
donner une explication acceptable de ces formations? Voici
une de celles, qu’en l’état de nos connaissances actuelles,
j’ai cru pouvoir adopter el que je donne comme simple
déduction basée sur quelques faits bien démontrés.
On admet que Yaldélujde. métlujlique, dont la synthèse a
été réalisée par l’étincelle électrique agissant s u r i 'oxyde de

carbone et l’eau, peut se produire dans les tissus végétaux par
l’action directe de l’eau (H*0)]sur le carbone mis en liberté par
l’action chrophyllienne. Or, les aldéhydes jouissent de la
propriété de se polymétiser facilement ; on peut donc admet­
tre que Yaldéhgde méthyliquc subisse dans la cellule végétale
des phénomènes de polymérisation. Parmi les polymères
possibles de cet aldéhyde, se trouve Yaldéhgde glgcérique
(C3H60 3) et les glucoses dont la formule brute générale est
G°H‘*Oc. Les travaux de Grimaux el de Fischer ont montré
que, sous l'influence des bases, Yaldéhgde méthyliquc et
Yaldéhgde glgcérique sont susceptibles de se polymériser
en donnant des glucoses artificiels et même après certains
détours, des glucoses naturels (dextrose et lévuloseJ, il est
donc permis de supposer que, dans les végétaux, Yaldéhgde
méthyliquc et son produit de condensation Yaldéhgde glgcérique sont la source des sucres naturels et par suite aussi
des matières amylacées qui en dérivent incontestablement.
Pour les corps gras, leur origine glycosique directe est plus
difficile à expliquer, et, cependant, on est conduit à l'admet­
tre par ce fait actuellement démontré, que, dans l'acte de la
germination, des acides gras (probablement sous l’influence
d ’un ferment non isolé ju sq u ’ici) se forment directement
aux dépens de l’huile ou des graisses, sans donner naissance
à de la glycérine. Par un simple phénomène protoplasmique
lié sans doute à la respiration, les corps gras de la graine
s ’oxydent et donnent comme premier produit d ’oxydation,
des saccharoses, puis, sous l’influence d'une diastase, des
glucoses. Il n’y aurait donc rien d ’étonnant que, par un
phénomène inverse de désoxydation réductrice, ces sucres
retournent à l’état de corps gras directement, comme les
corps gras passent à l’état de glucose durant la germination,
d ’après M. Leclerc du Sablon.
D’autre part, si on admet, ce qui est plus rationnel, la

�— 158 —
nécessité de production simultanée de la glycérine et des
acides gras pour former, par leur combinaison dans la cellule
végétale, les glycérides (pii y constituent les divers corps
gras, on peut admettre, fait parfaitement établi, que Yaldé­
hyde glyccrique (C3H ° 0 3) par des influences hydrogénantes,
est susceptible de donner de la glycérine, base de tous les
corps gras. On peut s’expliquer, en outre, la genèse des
acides gras, dont les éthers glycériques constituent les prin­
cipes gras naturels, en considérant qu’une action oxydante
exercée sur l’aidélujde mélhyliqne donne de Yacide formique
qui est le premier terme de la série des acides gras ; les
homologues supérieurs s ’en déduisent peut-être par la réac­
tion générale qui, en présence de l’acide cyanhydrique (il se
forme très facilement dans les végétaux (1), donne le nitryle
correspondant, que les agents d ’hydratation (certains fer­
ments p. ex.) transforment en acide homologue immédiate­
ment supérieur.
D’après cette dernière théorie, dont la seconde partie ne
concorde pas, il faut le reconnaître, avec les termes actuelle­
ment connus de la transformation des corps gras par l’acte
germinatif dans la graine (2), Yaldéhyde glycérique, produit
probable de polymérisation de Yaldéhyde méthylique, pour­
rait être considéré comme le générateur commun des matiè­
res grasses et des matières amylacées. Si cet aldéhyde glycériquese trouve soumis, au moment de sa formation, à une
action hydrogénante (réductrice) il donne de la glycérine et
par suite des matières grasses ; si, au contraire, il est soumis
(1) A l'appui de cette appréciation voir un travail récent de
M. Treub « Sur la localisation, le transport et le rôle de l'acide
cyanhydrique dans le Pangium edule {Ann. du Jardin bot. de Beutenzorg, vol. XIII, l re partie »).
(2) Dans l’acte germinatif, les corps gras donnent naissance à des
acides gras, mais jusqu’ici on n’a pas trouvé le second terme de ce
dédoublement, c’est-à-dire la glycérine.

159 à une action alcaline, il donne des glucoses et par suite des
matières amylacées.
Il est donc permis d ’entrevoir, d’après la première de ces
théories, qu ’en parlant du glucose (issu industriellement de
la fécule) on pourrait, par une succession de désoxydations
et de fermentations diastasiques, arriver aux corps gras. C’est
peut-être par cette voie que le grand problème industriel de
la fabrication des corps gras sera résolu. Quant à la seconde
théorie, plus scientifique mais moins d ’accord avec les faits
connus, elle ne paraît pas devoir conduire à des résultats
pratiques, au moins à l’heure actuelle, même au cas où elle
permettrait la réalisation d ’un corps gras dans le laboratoire
de chimie, ce qui n’a pas été fait encore. En ce qui me con­
cerne toutes les tentatives expérimentales que j ’ai pu faire
dans ce sens ont complètement échoué, malgré la persistance
({ue j’ai pu mettre à varier les procédés d ’hydratation et
d ’oxydation en vue de conduire Yaldéhyde méthylique'jus­
qu. ’à l’état d ’acide gras ou de glycérine. Je n’ai pas réussi
dans mes recherches en vue de transformer directement le
glucose en corps gras. D’autres seront sans doute plus heu­
reux ou plus habiles.
En somme, il ne reste debout de tout cet exposé qu ’une
théorie n’ayant ju sq u ’ici d’autre valeur q u ’une conception de
l’esprit en vue d ’expliquer des faits dont la réalité est incon­
testable. Il y a loin de là à une application industrielle, et un
long temps s ’écoulera sans doute encore avant que celle-ci
ou toute autre ait reçu la consécration expérimentale seule
capable de servir de base à une industrie nouvelle. Toutefois,
les théories servent quelquefois à éclairer la voie des recher­
ches; aussi ai-je cru devoir exposer l’une de celles qu’on peut
concevoir comme répondant aux faits actuellement connus.
Mais ce qu ’il ne faut pas perdre de vue, comme je l’ai dit au
début, c’est que les graines végétales, indigènes ou exotiques,

�160 —
seront pendant longtemps encore, selon toute probabilité, le
réservoir commun où nos industries nationales puiseront
les corps gras qu'elles mettent en œuvre, et, dès lors, il
convient de faire, avec le plus de détails possibles, l'inven­
taire et l’histoire de celles (pii sont peu connues ou inconnues.
C’est l’unique but du travail qui va suivre.
Mû par un sentiment de gratitude bien naturel, je l’ai
écrit avec le désir sincère de venir en aide aux industriels
marseillais, tant savonniers que stéarineurs, dont les sous­
criptions volontaires jointes à celles des autres négociants
et industriels, m ’ont permis de créera Marseille un Musée et
un Institut de recherches coloniales. En raison même de
la situation de Marseille au point de confluence de tous les
services maritimes qui desservent nos colonies; en raison
du développement constant que prend l’industrie des corps
gras dans cette ville, les fabricants marseillais doivent pro­
fiter les premiers des données utilisables que je publie
dans ce travail. Je souhaite vivement qu ’il en soit ainsi et
je serais heureux s'il m ’était permis de payer en partie, de
cette façon, la dette de reconnaissance que j ’ai contractée
vis-à-vis de ces généreux donateurs, ils trouveront au Musée
Colonial les graines que j ’étudie ici et toutes les matières
grasses qui en proviennent.
Marseille, le 31 décembre 1896.

Dr El). IIE C K EL,
Professeur à VUniversilé de Marseille,
D irecteur de rin stitu l Colonial.

BEURRE DE KANYA

Le vieux continent africain, si peu ou si mal connu au point de
vue botanique, parait avoir, à côté d’une certaine originalité végé­
tale, sa richesse particulière en tant que produits tirés de ce règne.
Pourvue comme l’Inde, en ce qui toucheaux huiles concrètes, des
beurres de Bassia, elle nous offre en plus et en propre des végé­
taux qui, jusqu’ici, ne paraissent pas se retrouver ailleurs dans le
monde. Ils fournissent des graisses à peu près inconnues jusqu'ici
(comme les plantes qui les produisent) et sur lesquels il impor­
tait d'être fixé. 11 s'agit des beurres de Maloukang ou d'Ankalaki,
de Kanya, d'Owala, d"Oddjendjé, etc., produits de valeur fort
différente, mais très intéressants. Nous allons d’abord nous occu­
per ici du Kanya et de son corps gras.
Deux auteurs classiques seulement se sont avant nous intéressés
à ce beurre : 1° Carnet (Nouveaux éléments de matière médi­
cale, tome II, p. 275, 1887) qui l'a décrit d’après un échantillon
existant dans le droguier de la Faculté de Médecine de Lyon, et
provenant de Zanzibar par l'intermédiaire de Chantre qui le
tenait probablement de Holmes; 2° G. Pennetier (Leçons sur les
matières premières organiques, page 756, 1881) qui le désigne sous
le nom de Beurre de Kanya pour le Sénégal et d'Oddjendjè pour
le Gabon. C'est là une erreur, YOdjendjé est fourni par une Simaroubée toute différente du végétal qui produit le Kanya; nous en
parlerons plus loin sous le nom de Quassia (Odjendjea) Gabonensis Pierre. L'un et l'autre de ces auteurs attribuent la production
du beurre de Kanya au Pentadesma butyracea, mais sans faire

�—

162

—

connaître ni de quelle partie du végétal il est extrait, ni quelle en
est la composition chimique exacte.
L'unique arbre producteur de la graisse de Kanya est connu
botaniquement depuis île longues années, la première description
en remontant à G. Don (General sysl. I, 01 9). Klle fut reprise par
Oliver dans son Flora of tropical A frica, T. I, p. 014, mais resta
néanmoins comme celle de Don, si erronée et si incomplète, que
je crois devoir en proposer une plus exacte et plus détaillée,
résultant de l'examen des matériaux que j ’ai pu nie procurer.
Le P en tad csm a butyracca est lin arbre de 10 à 12 mètres de haut, qui
croit sur presque toute la côte occidentale de l’Afrique tropicale, sans
qu'il soit possible actuellement de délimiter d’une façon plus précise
l'aire de dispersion de ce végétal. Il est très probable, néanmoins, qu’en
dehorsdes stations déjà assez nombreuses de cette côte, citées par Don
et Oliver, il est répandu assez uniformément jusqu’au Congo, où
M. Lecomte l'a retrouvé, et, où le produit graisseux de cette plante est
probablement utilisé. Il devrait végéter aussi sur la côte orientale tro­
picale du même continent africain, si nous en croyons ce fait que
l’échantillon de Beurre de K a n y a existant dans les collections de la
Faculté de Médecine de Lyon proviendrait de Zanzibar d’où il aurait
été envoyé assurément, avec une indication précise, directement à
Londres (muséum de Kew), par le docteur Kirk, sous le nom de sorte
de s u i f végétal de Zanzibar. Toutefois, il y a plus que des doutes sur
l'existence de ce végétal à Zanzibar, comme nous le verrons. — Cet
arbre fleurit au mois d’avril et de mars et donne, sur un fort pied, de
forts rameaux qui laissent suinter par incision de leur écorce une
matière résineuse peu abondante, jaune rougeâtre, demeurant assez
peu consistante après une longue exposition à l’air. Cette résine adhère
facilement aux doigts ; elle est poisseuse, sans goût et sans saveur ni
odeur particulière : elle découle de nombreux canaux sécréteurs qui
se trouvent disséminés dans l'écorce.
Si on pratique, en effet, la coupe transversale d'un rameau, on cons­
tate, que ces canaux, de dimension variable, mais tous gorgés de résine
jaunâtre, sont disséminés dans toute la région corticale, mais deviennent
plus particulièrement abondants dans la zone libérienne où, du reste,
leur dimension est moindre. Ces canaux (cr), bordés de cellules sécré­
tantes, sont souvent entourés d'une masse de cellules remplies d’un
contenu solide formé de cristaux d ’oxalale de ch au x (F ig. 3. — Aj. Ces
canaux, du reste, ne sont pas propres ù cette plante; on les retrouve dans
tous les représentants de la famille des Gultifères à laquelle appartient le
P en tad esm a butyracca. La fleur qui laisse de traces dans le fruit mûr,
par la persistance de ses éléments constituants, est grande, terminale,
solitaire, brillante et à pétales rouges; les pièces calicinales sont

- 163 —
vertes, charnues et épaisses. Nous allons revenir en détail sur les orga­
nes essentiels de la reproduction. Les feuilles sont vertes, lisses et lui­
santes sur la surface supérieure, où l’on aperçoit à peine la trace des
nervures secondaires, et où la côte ou nervure médiane est peu sail­
lante. A la face inférieure des nervures secondaires fines, distantes
l’une de l'autre de deux millimètres environ et rectiliques, se détachent
obliquement de la côte très saillante et se rendent jusqu’à la marge en se
redressant pour former une courbe légère à leur extrémité marginale.

F i g . t. Fruit mûr du Pentadesma butyracca Don.

Là, elles se joignent à la nervure suivante, et cette dernière courbe,
dans son ensemble, forme une ligne longeant de très près le bord du
limbe foliaire, lequel se termine au sommet par une pointe ou par une
dépression légère. Le pétiole, assez court, mesure deux centimètres, le
limbe entier, de 12 à 13 centimètres de long, sur 4 à 5 de large. Il est à
remarquer que le limbe foliaire ne s'arrête pas brusquement au pétiole,

�— 165 —
mais il est décurrent sur cet organe qu'il borde de deux ailes peu
accusées (Fig. 2 ci dessous).

F ig . 2. Feuille de Pentadesma Imtyracea (face intérieure).

Le calice est formé de 5 sépales ovales imbriqués dont 3 internes
sont plus longs que les externes; 5 pétales rouges, charnus, sont plus

longs que les sépales internes. Entre les pétales et le verticille suivant
(staminal) se trouvent, alternant avec les faisceaux staminaux qu’ils
séparent les uns des autres, des nectaires qui prennent un grand déve­
loppement, se montrent sous forme de fortes tumeurs glandeuses, iso­
lées ou par paires entre les étamines, et finissent par se subériüer à
la maturité du fruit; ils sont, à ce moment, de la grosseur d’un pois,
rouge noirâtre, durs et souvent encroûtés de résine. Ces organes, carac­
téristiques par leur volume, leur situation et leur consistance finale,
n’ont pas été signalés jusqu’ici par les auteurs, môme dans la diagnose
du genre Pentadesma, ce qui a lieu d’étonner fortement, car leur
importance est considérable (Fig. 1, page 17).
Les étamines, longues et nombreuses, sont réunies en 5 phalanges
courtes et légèrement aplaties. Les lilets longs et rougeâtres sont ter­
minés par des anthères jaunes, longues, liliformes qui en sont le pro­
longement. Tous ces organes, calice, corolle et étamines sont persis­
tants, et se retrouvent intacts, mais desséchés à la base du fruit mûr.
L ’ovaire est pyriforme, à 5 loges pluriovulées ; il est terminé à son som­
met pointu par un style long, divisé à son extrémité en deux lobes
stigmatiques linéaires: le style et les stigmates sont caducs, ils ne per­
sistent pas à la maturité. Le fruit est une capsule (et non une baie
comme l’affirment les deux descriptions de Don et Oliver) pourvue d’un
péricarpe dur, très résistant à maturité et sillonné dans toute son épais­
seur par de nombreux canaux résineux qui laissent transuder, par
incision ou par les ruptures accidentelles de l’épiderme, une résine
jaunâtre, abondante, qui est surtout accumulée sur le pédoncule
épaissi autour du point d'insertion du fruit. Cette résine provient de
nombreux canaux sécréteurs dont le péricarpe est parcouru dans toute
son épaisseur (Fig. 3 — B). C’est sans doute l’épanchement de ce liquide
résineux par rupture des parois du fruit qui en a imposé à Don et à
Oliver et les a conduits à y affirmer, sans preuve, l’existence d'un suc
graisseux. L ’analyse chimique la plus minutieuse du péricarpe n'a pu
déceler la moindre trace d'un corps gras dans les parois du fruit. On y
trouve que 2 0/0 environ, en poids, d’une résine soluble dans le chlo­
roforme, l'alcool, l’acétone, la benzine, le pétrole et l’éther. C'est dans
un autre organe (les graines) que se trouve le corps gras formant le
beurre de ICanya.
A maturité, la capsule renferme, groupée au centre, une masse
compacte réunie par les placentaires et contenant non pas 3 à 5 graines
(comme Don et Oliver l'affirment), mais de 3 jusqu'à 10 semences par­
faitement développées. Elles sont enveloppées d’un tégument qui fait
suite au placenta (Fig. 3 — C). Dépouillées de cette tunique lâche et
peu résistante, elles sont irrégulièrement ovales et mesurent de 4 à
centimètres de long sur 1 à 2 centimètres de large. Leur couleur est
brun chocolat, leur surface rugueuse. Dures et formées d'un embryon
macropode sans cotylédon, leur constitution est essentiellement grais­
seuse (Fig. 3 — D).

�166

-

—

167

—

celle du Kola, même sèche, conserve autour du point radiculaire,
très facile à déterminer, un rayonnement résultant de trois à cinq
fentes portées par les cotylédons à leur base, c'est-à-dire à leur
point d’insertion sur le corps cotylédonaire. La structure histolo­
gique nous permettra mieux et plus sûrement encore de différen­
cier ces graines.
Si on pratique une coupe perpendiculaire au grand axe de la
graine de Kanya, on trouve que cet organe est constitué par un
tissu assez uniforme de cellules qui, d’abord petites à la périphérie,

D

F ig . i. A, coupe transversale d’une graine de Pentadesma butyracea Don;

B, une cellule isolée avec ses corpuscules graisseux sphériques.

F i g . 3. P e n t a d e s m a

butyracea

Don.

A, coupe transversale d’un rameau; B, coupe transversale du fruit; C, graine de
P e n t a d e s m a b u t y r a c e a Don entourée de son spermoderme ; D, graine nue.

\o u s allons nous occuper maintenant et d’une façon spéciale de
la graine; elle nous intéresse non seulement par la matière grasse
qu’elle fournit mais encore parce que, dans ces derniers temps,
elle a servi à sophistiquer la graine de kola (Cola acuminaia Rob.
Brown) dont, comme on le verra, elle n’a ni la composition ni les
propriétés merveilleuses, mais dont elle revêt presque toutes les
apparences extérieures de forme et de couleur.
Toutefois, on peut différencier ces deux graines à ceci, que
celle du Pentadesma, dépouillée de son enveloppe, forme une
masse ovalaire entière sans solution de continuité, tandis que

deviennent, à mesure qu’on s'éloigne de la surface extérieure de
la graine, de plus en plus allongées transversalement pour rede­
venir plus petites au centre. Ce tissu est interrompu par des fais­
ceaux fibrovasculaires, mais il est privé absolument de canaux ou
de poches sécrétrices résineuses, tandis qu’on en rencontre
souvent dans les graines des Guttifères.
Le contenu de toutes ces cellules dont l’ensemble, sauf celle de
l’épiderme, constitue le parenchyme gras, est entièrement grais­
seux : les corpuscules gras qui le remplissent sont de très faible
dimension et de forme sphérique. Cette graisse est le beurre de
Kanya du Sénégal.
Voici en quels termes Cauvet (loc. eit.) décrit l’échantillon de
beurre de Kanya en pain, tel qu’il existe dans la collection de la
faculté de médecine de Lyon.
« Le spécimen porte la mention suivante : Sorie de su if végétal

12

�—

168

—

a de Zanzibar envoyé, par le J)r K ir le, au muséum de Kew et
« présenté à la Pliarinaceutical Society dans l'enveloppe d'origine.
« Il consiste en une masse aplatie pesant environ 250 grammes,
« enveloppée dans une sorte de poche faite avec des feuilles de
« palmiers (?) juxtaposées et maintenues par un lien formé de
« libres végétales grossières tordues sur elles-mêmes.... La
« matière incluse est légèrement brunâtre à la surface, blanche
« en dedans, grasse et douce au toucher, très friable à la tempé« rature ordinaire, d’une odeur de rance assez faible au dehors,
« à peu près inodore dans la portion interne. Ecrasée entre les
« doigts, elle se ramollit beaucoup, s'y étale aisément et les
« imprègne d'une odeur empyreumatique spéciale, comme rési« neuse. Le Kanya fond à 42°, il est soluble à 18° dans 3 p. de
« chloroforme, 4 de benzine, I2d'éther à 56° et 145 d'alcool à 90°.
« Il se dissout dans 30 p. d'alcool pur bouillant et dans GO d'alcool
« à 90° bouillant. 11 est constitué par un mélange de palmitine
a 88 et oléine 12. Le Kanya semble inconnu dans le commerce.
« Il est simplement mentionné par G. Pennetier, et Holmes n’en
k parle pas. Cette substance pourrait être utilisée pour la fabri« cation des savons (Jacquet et Barbarin). »
Je n'ai pu malheureusement jusqu'ici obtenir ni de SierraLeone ni du Gabon, le beurre de Kanya en pain. Les dillicultés
que j ’éprouve à me procurer ce produit à Sierra-Leone semblent
prouver que, contrairement à ce que pensait Don, il n’est pas ou
il n’est plus vendu comme substance'alimentaire sur les marchés
de cette capitale anglaise (1). Il ne m'est pas possible non plus
de contrôler les assertions ci-dessus, au moins en ce qui concerne
l’aspect et la forme de celte matière grasse telle qu’elle serait
usitée et préparée en Afrique par les indigènes, d'après Don.
Mais j’ai pu extraire des graines de Pentadesma butyracea une
(1) D’autre part, je n’ai pas pu me procurer cette graisse à Zanzibar et le
R. P. Sacleux, missionnaire apostolique, qui a étudié avec soin tout récemment
la flore de cette région, m’affirme que le Pentadesma butyracea n’y existe pas.
Il est probable que, sous le nom de Kanya ou mieux de K anyé, on a, à Zanzi­
bar, le beurre du Stearodendron Stu/dm annii Engler, et non comme le dit par
erreur M. Hua, de YAllanbladda Sarcleu xi, car le végétal qui fournit le Kanyé
(confondu par identité de consonnance avec le Kanya), n’appavlient pas au
genre Allanblackia dont l’ovaire a des placentas pariétaux, ce qui n’existe pas
dans le genre Stearodendron. L’examen du corps gras de St. Stu/dmannii
donné par le l)r R. lleise dans Noii~ hlatt dcr Kæniyl Bot. Gartens su Berlin
1895, concorde Dion avec l’analyse de Cauvct. (Je corps gras est appelé par le
l)' lleise graisse de Mkaui (corruption de Kanié).

— 1G9 —
quantité assez grande de graisse, pour arriver à une connaissance
complète de sa composition chimique : graines et beurre ont
élé analysés par mon savant ami, le professeur Schlagdenhauiïen,
directeur de l’école de pharmacie de Nancy.
Les corps gras obtenus de ces graines répond bien aux carac­
tères physiques indiqués pour le Beurre de Kanya. Nous aurions
donc affaire au même produit, si on s ’en tenait aux apparences
extérieures, mais l'analyse chimique ne confirme pas cette identité.
Malgré mon insistance auprès de mes correspondants à SierraLeone et au Gabon, je n’ai pu obtenir aucun renseignement sur le
procédé qu’emploient les nègres africains pour extraire ce corps
gras de la graine. Il semble que ce corps gras n'y soit pas connu.
11 est fort probable que pour ces semences comme pour celles
du Butyrospertnum P arlai (arbre à Karité) qui donne le beurre
de Galant ou de Karité, le moyeu d'obtention fort simple et fort
primitif, doit consister à piler les graines et à les faire bouillir
dans l’eau : on recueille ensuite le corps gras en fusion qui nage
à la surface du liquide chaud ou froid. Je ne puis, à mon grand
regret, dire quoi que ce soit de l'emploi indigène et de la valeur
commerciale de ce produit sur la Côle occidentale d’Afrique.
Voici quel est le résultat de l’analyse du corps gras et de la
graine :
La composition du beurre de Kanya peut ^ acide oléique...... 18 35 %
être représentée par............................................. ) acide stéarique... 81 65 i&gt;

MM. Jacquet et Barbarin disent y avoir trouvé de la palmitine.
C'est une erreur, à moins que les auteurs aient examiné une
matière première qui, sous le nom de Kanya, ne provient pas du
Pentadesma butyracea, ce qui peut très bien être, étant donné que
l’échantillon du musée de Lyon, par son origine même, laisse,
comme je l’ai dit, subsister de forts doutes sur son authenticité
botanique. Les seuls acides gras obtenus par la décomposition
du savon potassique et sodique, à la suite d’opérations partielles,
n’ont jamais fourni de produits dont le point de fusion soit
supérieur à G9° 1.
Voici comment le beurre de Kanya s'est présenté à nous après
son extraction de graines fraîches par le chloroforme. La matière
débarrassée de son dissolvant par distillation est solide, d’un
d’un blanc jaunâtre. Le microscope permet d’y reconnaître un

�enchevêtrement de cristaux fins. Elle se ramollit entre les doigts,
commence à fondre à 36°, mais la fusion n'est complète qu'à 40".
Elle se dissout totalement dans 100 volumes d’alcool chaud &lt;4 95°.
Le liquide se trouble de nouveau à froid et laisse déposer des
cristaux aiguillés dont le point de fusion est le même que celui du
corps gras primitif. Cette solution alcoolique est fortement acide
au papier tournesol, ce qui indique, contrairement à ce qui se
passe dans beaucoup d'autres corps gras naturels, fraîchement
extraits, la présence d'un acide libre; c'est l'acide stéarique.
Quant à l'analyse de la graine, voici les résultats qu’elle a
fournis pour cent :
Eau hygrométrique.............
Traitement au chloroforme.
Traitement à l’alcool...........

Traitement à l'eau..................

Différence..................................

.....................................................................
5.242
32.500 } Corps gras (beurré de lvanya). 32.500
Glucose......................................
1.100
7.805
Tannin et phlohaphène.........
G 705
Glucose......................................
3.407
Tannin, mat. album, et mat.
12.415
colorantes.............................
8.869
Sels.............................................
0.139
Ligneux, cellulose, mat. album.
42.038
insolubles............................... 40.477
S e ls ............................................
1.5G1
100.000

11 résulte de ces diverses analyses : 1° que les graines renfer­
ment 32,5 0 0 d'un corps gras très riche (81,65 0/0) en acide
stéarique. Si la faible richesse de ces graines en matières grasses
n’en rendait l'exploitation industrielle peu rémunératrice, il n'est
pas douteux que le beurre de Kanva serait un produit de haute
valeur pour la fabrication des bougies stéariques, et bien supérieur
au Karité ou beurre de Ga/am qui provient du même continent.
On pourrait peut-être cependant mêler ce beurre a d’autres
produits d’un prix inférieur et d'une obtention plus facile quoique
moins riches en acide stéarique, pour en abaisser le prix de
revient ; 2° que ces semences, en raison de leur faible teneur en
matières azotées albuminoïdes ne peuvent être d’aucune utilité
(en dehors de l'obtention du corps gras) pour l'alimentation des
animaux et ne pourraient fournir, après pression, qu’un tourteau
d’engrais de maigre valeur nutritive, mais cependant utilisable
comme engrais.

BEURRE DE GALAM
ou de K A R I T É

Comme nous le verrons par l’étude d'autres graines du même
ordre, le sol africain, comme celui de l'Inde, possède des Bassia
donnant des corps gras utiles à l'industrie et qu'on pourrait
désigner aussi sous le nom de beurres d'Illipés. L Illipé africain
le plus commun est le Batyrospermum (Bassia) P arkii Kotschy,
et le beurre que ces graines fournissent porte les noms vulgaires
de beurre de Galam, beurre de Bambouck, beut're de Ght ou
mieux de beurre de Karité : le végétal lui-même est appelé arbre
de K arité, Ghi. Cette plante et le produit gras qu'elle donne
avaient été, avant nous, l’objet d'une étude sommaire due à
Guibourt puis à Baucher, mais ces observateurs ont laissé glisser
dans ces études beaucoup d’inexactitudes et de nombreuses
lacunes. Je crois devoir donner une description plus complète de
ce végétal.
Le B u( grosper mu m Parkii est un bel arbre atteignant la hau­
teur de neuf à dix mètres et 1m50 à l m80 de diamètre au tronc,
ramifié comme un chêne {Fiy. G)et donnant un suc laiteux qui se
coagule en une gutta-peroha. Condensées an sommet de rameaux
forts, glabres et rugueux {Fig. 5), les feuilles sont entières,
coriaces, pétiolées et stipulées. Les pétioles mesurant de 0"‘ 05 à
0n'ü75 de long sont glabres (mais d’abord pubescents); stipules
lancéolées, subpersistantes, longues de 0"'0l2 environ, soyeuses
sur le dos : limbe oblong et lancéolé mesurant 0"‘ 15 à 0m20 de
long et 0,n075 à 0‘" 10 de large, fortement cunéiforme ou arrondi à
la base, subcoriace, glabre à la maturité sur la face supérieure,

�173
fortement pubescent en dessous, pourvu de 20 à 25 nervures pri­
maires.
Fleurs en ombelle, naissant en mars à l’aisselle des feuilles au
sommet des rameaux ; pédoncules de 0m012 à 0"'025 ou plus, longs,
fortement recouverts dans leur jeune âge d'un duvet ferrugineux.

I’ i g . r&gt;. Rameau fouillé do Bulyrosperinum P arlai Kotschy.

Calice campanule, coriace, avec un court tube et habituellement
huit segments oblongs lancéolés, les quatre extérieurs, recouverts
d’un tomentum ferrugineux dense. Corolle aussi longue que le
calice avec segments oblongs glabres et imbriqués {Fig. 7, n° G).
Etamines opposées aux segments de la corolle et insérées à leur

base ; anthères oblongues lancéolées, mesurant 0m003, c’est-à-dire
ayant la moitié de la longueur des filets glabres et subulés, pollen
sphérique présentant quatre pores. Staminodes larges, oblongs,
pointus et dentés en scie sur leurs bords, plus courts que les

F ig , (). Aspect d’un pied de Butyrospermum P a rla i abritant
des cases nègres au Soudan français.

étamines, alternant avec les filets staminaux (Fig. 7, n° 6).
Ovaire globuleux, soyeux, à huit ou dix loges renfermant chacune
un ovule anatrope ; style grêle, variable en longueur, quelquefois
exsert, d’autres fois inclus dans la corolle (forme hétérostylée

�dimorphe) (Fig. 7, n° S). Fruit ellipsoïde (baie) avec un péricarpe
mince, solide et contenant habituellement une simple semence
pourvue de cotylédons très épais. Ce fruit est de la grosseur d’une
noix ordinaire, il est pourvu d'un sarcocarpe savoureux, succulent
et excellent au goût (Fig. 7, n° 12). La graine, sur laquelle nous
reviendrons à propos de son emploi dans les usages domestiques,
est recouverte d'un épisperme, lisse, crustacé, de couleur marron,
qui enveloppe un embryon macropode très volumineux sans
endo sperme (Fig. 7, nos 1 et 2). Le végétal qui nous occupe est
encore connu sous le nom de Bassia P ark ii G. Don (A. de Candolle, Pi'od. xiii , 199 ; Oliver, Transactions Linn. Soc. xxix,
104, t. l x x i i i ) ; Butyrospermum niloticum Kotschy, Plant. Knoblecher, t. i.
D’après Oliver (F/ora of tropical A frica, t. m, p. 352), il habite
la Guinée supérieure, le royaume c/e Bambara où il a été décou­
vert par Mongo Parle; dans la contrée du Niger ; à Nupe Jeba, etc.,
A66eaA*uta(Barter et DMrving) ; dans le pays du Nil ; le Nil Blanc,
Gondo-Koro, Djur, Kosanga, et la contrée des Niams-Niams,
Madi.
A ces localités ou stations, nous pouvons ajouter les suivantes
qui sont plus nombreuses et plus précises : « Le Karité est très
commun dans la vallée du haut Niger et dans celles du Bakoy, du
Baoulé et de leurs alîluents ; on en rencontre de véritables forêts
dans le Bélédougou, le Fouladougou, le Manding, le Guéniékalaris,
etc. » (Tour du monde, Exploration du haut Niger par le com­
mandant Galliéni, numéro du 31 mars 1883).
D’autre part, nous devons à M. Baucher (Archives de médecine
navale, 1884) les notions suivantes sur le même point : « Il croit
spontanément dans les terrains argilosiliceux, ferrugineux, rocail­
leux et crevassés qu’on rencontre le plus souvent dans les plaines
du haut Sénégal, lorsqu’on fait route sur le Niger. D'une manière
générale, on peut dire qu'il existe dans toute la vallée supérieure
du Niger, c’est-à-dire dans tous les pays situés à l’Est de nos
anciennes possessions sénégalaises avant notre pénétration dans
le Soudan. Il est surtoutcominun chez les Bambaras, où il joue uu
rôle très important dans l’alimentation, la médicamentation, etc.,
de ces peuplades du Haut-Fleuve.
« On le signale également dans le Bouré et dans l'est du
Fouta-Djallon, où il est plus connu sous le nom de Karè que celui
de Karité.

�177
Il est tout à fait inconnu sur la côte et dans nos comptoirs du
Sud, et même sur lout le parcours du Sénégal compris entre
Médine et Saint-Louis; il faut remonter jusqu’à Boccaria ou
Boukaria, petit poste situé entre Médine et Bafoulabé, pour en
rencontrer quelques pieds vigoureux réunis par petits groupes;
il devient de plus en plus répandu à mesure qu'on s ’avance vers
Kita et très abondant à Bamakou, point fortifié sur le Niger.
Des renseignements puisés à diverses sources, nous permet­
tent également d'affirmer qu'il est très commun à Ségou et à
Tombouctou. »
M. Corre avait exprimé, touchant le grand éloignement du
Karité des zônes littorales africaines, la même opinion dans sa
Faune et Flore du R io-N unez (.4 rc/i tues de médecine navale, 1SGV),
en disant : « L ’on croit, à Saint-Louis, que cet arbre est commun
dans le Rio-Nunez; il n'en est rien. Le beurre de Karité ne se
rencontre qu'à plus de vingt journées de marche, et au-delà du
territoire du Cercle, en plein Fouta ; les graines qui arrivent
quelquefois à Boké, et toujours en petit nombre, n’y sont guère
considérées que comme des objets de curiosité. »
Si maintenant nous passons dans la région du Nil, voici ce que
nous révèle G. Schweinfurth, concernant les localités les plus
importantes de ce végétal. On le trouve chez les Bongos, chez les
Mitions et chez les Niams-Niams (Au cœur de l ’Afrique, Trad.
Moreau, 1886).
D'autre part, le Dr Rançon s'exprime ainsi dans son remarquable
Voyage d'exploration scientifique en haute Gambie (Ann îles de
l’Institut colonial de Marseille. pp. 245, 435 et 483, 1895), au
sujet du végétal et du produit qui nous occupent :

« Dans la haute Gambie, je n’ai trouvé le Karité, depuis Nétèboulou
« jusqu’à Damentan, qu’entre le marigot de Boulodiaroto et celui de
» Damentan, et encore n’en ai-je vu là que quelques rares pieds. Je l’ai
« retrouvé dans le Niocolo, particulièrement le long de la route entre
a Tomborocoto et Dikhoy où il est commune, mais il abonde dans tout le
« Niocolo. J ’ai pu le voir aux environs de Sillacounda, Diengui, Dikhoy.
« Toute la plaine de Sillakounda en est littéralement couverte et nous
« en avons vu là des pieds qui atteignent une taille fort respectable,
a Le Karité, dans cette région du moins, ne pousse pas en forêts
&lt;• compactes. Les pieds sont distants les uns des autres d’environ 60
« mètres. Il y aurait là matière à une véritable exploitation agricole.

« Il existe au Soudan deux variétés bien tranchées de Butyrospermum
« P a r k ii : le M a n a et le Shcc. C’est cette dernière qui est de beaucoup
o la plus commune et elle est facile à distinguer de. sa congénère, le
« Mana. Voici, du reste, leurs caractères principaux : à première vue, on
« pourrait aisément les confondro, mais un examen attentif permet de
« les discerner aisément. L’écorce du Mana est blanc-grisâtre; ses
« feuilles sont moins vertes que celles du Shee, son bois est moins
« rouge, sa couleur se rapproche plutôt du jaune. Son fruit a bien la
« môme forme que celle du Shee, mais sa graine au lieu d’être ovale
« est ronde , enfin, caractère distinctif capital, à l’incision, il ne laisse
« dégoutter aucun latet en quelque saison et en quelque circonstance
« que ce soit.
« L’écorce du Shee est, au contraire, noirâtre et profondément fen« dillée. Son bois est d'un rouge vif à la périphérie et le cœur en est
a d’un rouge tendre veiné de blanc et de jaune. Son feuillage est relati« vement abondant. Ses Heurs sont blanches, portées à l’extrémité d’un
« long pédoncule ; le fruit est une baie à pulpe savoureuse. La graine
« est ovale. La lloraison a lieu du milieu de janvier à fin février et les
« fruits sont mûrs en juin ou juillet, selon les régions. Ils tombent
« quand ils sont arrivés à maturité complète, et, sous les arbres, le sol
« est jonché de graines. Ces graines rancissent vite et perdent leur
« faculté germinative par ce rancissement.
« Pour les faire germer, il faut avoir le soin de les recueillir à l’état
« de fruit sur l’arbre et de les mettre immédiatement en terre.
« Le Shee, aussi bien que le Mana du reste, se développe très lente« ment et c'est à peine, si, au bout de 20 ans environ, son tronc acquiert
« un diamètre de 0 m. 20.
« On trouve le Karité, d’une façon générale, dans tout le Soudan
« français, mais, comme je l’ai dit, le Shee est plus commun. On ne
« trouve guère le Mana que dans les régions méridionales de notre
« Soudan et encore y est-il assez rare.
« Le Karité habite de préférence les terrains à latérite et les roches
« ferrugineuses ; il est rare d'en trouver dans les argiles compactes.
« Nous avons, à ce point de vue, remarqué que le Mana affectionne spè« cialement ces derniers terrains, tandis que les premiers sont surtout
« recherchés par le Shee. On ne trouve que rarement l’une ou l’autre
« variété sur les bords des marigots. Elles fuient les terrains vaseux et
« marécageux. Il n'est pas rare devoir de beaux échantillons se dévê­
te lopper parfois vigoureusement entre des rochers où la terre végétale
« semble faire complètement défaut. En général, les Karités qui pous« sent dans de semblables conditions atteignent de faibles proportions
a et affectent des formes bizarres qui frappent par leur étrangeté et leur
« monstrueux aspect. Les Karités qui se développent, au contraire,
a dans les terrains riches en latérite, sont de beaux végétaux, à tiges
« absolument droites et à ramures et feuillages bien fournis. De ce qui
« précède, on peut conclure que l’aire d’extension du Karité est consi-

�178 —
« durable au Soudan. Mais on no le trouve ni dans leBaol, ni dans le
« Saloum, le Sine, le Foutah. le Oulè, le Sandougou, le Niani, le Bon« don, c’est-à-dire dans aucun des pays dont le sol est formé de sables
« ou d’argiles. Par contre, on le trouve dans tout le Soudan et le Fou­
et tah-Djallon: à l’Ouest, il commence à apparaître vers 15° lü’ de long.
« Ouest et au Nord, vers 16° 22' de latitude. On ne trouve plus au Sud,
« ni Mana, ni Shee, au-dessous de la latitude de la Mellacorée. »

Enfin, M. Dibowsky le signale dans le haut Congo français.
Après cette extension donnée aux diverses stations de cet
arbre précieux, après cette description rectificative du végétal
rendue nécessaire par les erreurs et les inexactitudes qui en
obscurcis saient la connaissance, nous nous occuperons de ses
parties utiles. « Les fruitssontconsommés sur place par les indigè­
nes (1); au nombre de G à 8 par rameaux sur les plants vigoureux
et en plein rapport, ils arrivent à complète maturité en juillet et
août. Ils sont de la grosseur d’une de nos fortes prunes de France
et forment des drupes à épicarpe d’un vert noirâtre à maturité.
Le sarcocarpe est charnu, verdâtre, comestible... » (Baucher).
Certains auteurs rapprochent sa saveur de celle de nos sorbes
blettes, maisM. Baucher déclare qu'il est difficile d'en comparer
le goût à celui de nos fruits de France ; cependant, ajoute-t-il, à ce
point de vue, il se rapprocherait assez du prunier sauvage. La
mission Galliéni (loc. cit.) déclare, par contre, que cette chair est
savoureuse et excellente au goût. Quoi qu'il en soit de la valeur de
cette pulpe qui est sans intérêt pour nous, le fruit, dépouillé de
son sarcocarpe de 1 cent, d’épaisseur au plus, livre une graine
ovoïde recouverte d’un spermoderme dur, corné, lisse, luisant, de
couleur isabelle. Mais cette coque n'est pas uniformément lisse et
luisante sur toute son étendue, elle présente une surface rugueuse,
en forme de cœur allongé et portant à son sommet un pinceau de
fibres (faisceaux fibro-vasculaires nutiitifs de la graine) qui cons­
tituent les traces du trophosperme (cordon ombilical) : c'est la
surface hilaire (Fig. 7, &gt;in 1). Le volume et le poids de cette graine
sont éminemment variables. Sur un total de 50 kilogr. environ
de ces graines sèches, j'ai pu trouver les trois catégories indi(1)
M. Baucher dit à propos de la récolte: « On ne fait pas la cueillette de
ce fruit à proprement parler, mais chaque matin les femmes et les enfants
vont ramasser ceux qui sont tombés. »

quées dans le tableau ci-contre avec leurs poids relatifs d’embryon
et d'épisperme :
1 Spermoderme.. .
/ Embryon..
( Spermoderme...
( Embryon..
pern
io'ir,ni•
drrmf...•
Graine grosse pesant 11 gr. 10 donne..j( S
%
r""M
( Embryon..
Embryon.

1 gr.
3 gr.
1 gr.
6 gr.
3 gr.
7 gr.

50 En poids,
50 / le sperrno90 ( derme est à
l’embryon
40 i dans
le rap\
90 port de 1
à
3
environ.
30

Une coupe transversale du spermoderme m’a donné les couches
suivantes. On trouve en strates très serrées et sans méat entre
elles, des cellules ligneuses à parois très épaisses et présentant
une lumière linéaire (Fif/. 7, n° 11).
Cette enveloppe cruslacée est sans intérêt d’application, mais il
n’en est pas de même de la graine formée entièrement par l’em­
bryon et par une enveloppe (tegmen) très mince, de couleur brune
et veinée de blanc. De consistance ferme et cireuse, de couleur
blanche quand elle est fraîche, la graine devient brun rougeâtre
quand elle a vieilli et qu’elle a perdu son eau de végétation. Son
odeur est aromatique et agréable ; on retrouve cette odeur, du reste,
dans le corps gras quand ce dernier a été séparé de la graine
par des dissolvants appropriés. Sur une coupe longitudinale de
cette graine, on trouve, en allant de l’extérieur vers l’intérieur :
1° une couche protectrice appartenant au tegmen; 2° une épiderme
à une couche de cellules plates ; 3° des cellules vides de grande
dimension disposées en séries longitudinales ou éparses dans des
cellules plus petites formant le fond constitutif de l’embryon ; ces
grandes cellules sont vides; 4° des cellules plus petites pleines
ou vides. Les cellules pleines ont un contenu gras coloré en
jaune et renfermant de l'aleurone, les autres petites cellules sont
entièrement vides de tout contenu (Fig. 7, n° 3).

Préparation du beurre de Karité.
Les graines de Butyrospet'nmm Parkii servent à la préparation
du beurre de karité. Voici comment y procèdent les nègres
africains. « La récolte commence à la fin de mai et finit aux
derniers jours de septembre. Les femmes, les enfants, sont jour-

�—

nellement dans la forêts surtout après les orages ou les tornades,
et rapportent au village de grands paniers ou calebasses remplis
des fruits que le vent a fait tomber. Us les versent dans des Irous
cylindriques que l'on rencontre ça et là dans les villages bambaras,
au milieu même des rues et des places. Les fruits perdent dans
ces trous leur chair qui pourrit; on les y laisse généralement plu­
sieurs mois, souvent même tout l'hivernage; on place ensuite les
noix dans une sorte de four vertical eu terre, élevé dans l'intérieur
des cases; un feu de bois, entretenu dans le four, leur permet de
se dépouiller de leur humidité. Dès quelles sont bien séchées, on
casse les coques, on pèle la chair blanche intérieure, que l'on fait
griller, puis on réerase bien au moyen d’une pierre, de manière
a en former une pâte homogène. Cette pâte est alors portée dans
de l’eau maintenue à l’ébuliition. Le corps gras vient nager à la
surface et les impuretés gagnent le fond. On met alors le beurre
dans une jarre remplie d’eau froide et on bat vivement ; on le
bat encore après qu'on l’a sorti de la jarre pour en chasser l'eau
emprisonnée par ce traitement.
Ce procédé primitif laisse dans les résidus 8 à 1U pour cent de
beurre et on ne peut guère en retirer que 10 à 12 pour cent. On
forme avec ce beurre des pains de 1 à 2 kilogrammes qu'on
entoure de feuilles et auxquels on donne à peu près la forme et la
dimension de nos pains de munition. Toutes ces opérations assez
longues et très imparfaites, se font généralement à la saison sèche.
Le beurre ainsi obtenu présente une consistance grenue comme
celle du suif et une couleur blanc sale quelquefois rougeâtre.
Son odeur est spéciale, peu accusée à la température ordinaire,
se développant surtout par la cuisson et qui cause parfois une
certaine répugnance aux Européens appelés à s ’en servir (1).
Ce beurre offre l’avantage très appréciable de se conserver
presque indéfiniment sans rancir. Le beurre de Karité est d’un
usage constant parmi les populations Bambaras et Malinkés des
régions nigériennes; il sert pour la cuisine, pour l'alimentation
des grossières lampes du pays, pour la confection du savon,
pour graisser les cheveux des femmes, pour panser les plaies.
Les Dioulas en exportent de petites quantités vers les rivières
(1) On arrive à faire disparaître cette odeur désagréable en projetant de
l’eau froide dans le beurre en fusion. L ’eau se vaporise et entraine les acides
gras volatils qui causent cette saveur désagréable.

181

du sud, surtout vers les rivières anglaises. Les beurres préparés
par les Foulahs, et qui arrivent dans nos comptoirs du sud et à
Sierra-Leone par les caravanes Piakakanyes, sont plus estimés
que ceux qui viennent du haut Sénégal (1). Celte différence dans
la qualité doit être attribuée à une fermentation moins longue des
fruits et à un traitement moins prolongé de l’eau bouillante. On
gagne donc en qualité ce qu’on perd en quantité » (2).
D’après M. Corre, il règne sur le beurre deGalam, une erreur
singulière et depuis longtemps accréditée par les classiques. Il y
aurait sous ce nom, en Afrique, un beurre végétal produit par
Bassia P ark ii (3) et un beurre animal préparé dans le Galam
avec le lait de vache : ce dernier est appelé Diou par les Woloffs ;
il ne rancit que fort difficilement.
L ’analyse du beurre de Karité a été donnée par M. Baucher,
mais nous avons cru devoir la refaire et il y a, en effet, entre nos
résultats, quelques différences sensibles. Chauffé à 120° c., il
donne 0,05 pour cent d’eau et 0,10 de brut obtenu par décanta­
tion du beurre fondu. Le brut consiste en poussières et matières
ligneuses. Saponifié par l’hydrate de baryte cristallisé, le
beurre de Galam donne un déchet de 5,15 pour cent, soit un ren­
dement en acide gras de 94,85 pour cent ; les acides gras ont
un point de solidification de 53°. La pression de ces acides gras a
fourni, d'une part, 43 pour cent d’acide stéarique et 57 pour cent
d'acide oléique, d'autre part. Purifié par l’alcool à 95°, l’acide
stéarique a un point de solidification de 07°. La glycérine a été
extraite des eaux de lavage du savon de baryte; le rendement
est de 10,25 pour cent à 30° Baumé, soit 10,96 pour cent à 28°.
C'est à 28° que la glycérine brute est livrée au commerce.
Il est inutile, après cette analyse, d’insister sur les nombreuses
et importantes applications que pourrait recevoir ce produit dans
notre industrie française, si le prix pouvait en être réduit, si sa
(1) A propos du beurre de cette provenance, feu le Dr de Lessard, médecin
de la marine, qui a séjourné longtemps dans le haut fleuve du Sénégal, nous
disait que le produit n’arrive au Sénégal que par les caravanes de Toueouleurs
qui apportent en même temps l’or et le gourou (ou Cola) du Bouré, du Bendougou et du Fouta-Djalon.
(2) Baucher et mission Galliéni (loc. cit.).
(3) Quelques auteurs, M. Baucher, puis M. Chateau (Guide pratirpue de la
connaissance et de l’exploitation des corps gras industriels, Paris, 1863),
attribuent fautivement ce produit à un Lucuma,

�— 18-2 —
préparai ion pouvait, sur place même, devenir possible et d'un
rendement plus fructueux.
Les graines déjà anciennes, que j'ai traitées par l'éther sulfuri­
que, m’ont donné constamment de 20 à 25 pourcent de corps gras
d’aspect verdâtre et d'odeur agréable. Par la pression, entre des
plaques chauffées, je n’ai jamais pu obtenir plus de 10 pour cent.
Obtenu ainsi de graines fraîches, ce beurre a une odeur aroma­
tique très agréable que l'on ne retrouve plus dans le corps gras tel
qu'il nous arrive d'Afrique pour les besoins de l’industrie. Il est
aussi pourvu quand il est frais, d'un goût très agréable qui en jus­
tifierait largement l’emploi en France pour les usages culinaires.
S ’il devenait possible d'obtenir facilement dans nos huileries des
graines fraîches (de 1 mois de date), ce qui n’est pas actuellement
réalisable, étant donné la distance considérable qui sépare les
forêts de Karité des points de la côte, l'exploitation pourrait être
entreprise. Du reste, je dois dire que si les graines n’ont point
fait encore leur apparition sur les marchés de Marseille et des
grands ports de commerce, du moins le beurre de Karité a été
importé à Marseille en quantité assez considérable, pour que les
usines à stéarine l'aient employé pendant un certain temps, avec
un grand succès je dois le dire. J ’ignore quelle est la richesse et
la valeur du tourteau de celte graine: il doit être très peu riche
en azote.
Telle est dans l'état actuel de nos connaissances, l'histoire du
corps gras industriel fourni par la graine de Butyrospermum
Par/tii. Il est très probable quecelte graine, quand la pénétration
commerciale du Congo et de notre Sénégal (Soudan) aura été
réalisée par une voie ferrée, arrivera abondamment sur les mar­
chés européens où elle recevra, j’en ai l’assurance, le meilleur
accueil. C'est une question de temps.

OWALA

V U E D’UN GROUPE DE GRANDS

(Pentaclelhra m acrophylla BENTH.J
ENVIRONS

DE

LIBREVILLE

(C ongo

F

ra n ç a is)

�BEURRE D’OWALA
( P e n t a c le t h r a m a c r o p h y lla

Bentli.)

Sur toute la cote occidentale d'Afrique, à partir du Rio-Nunez
(Rivières du Sud) jusqu’au Congo, d’après mes renseignements
propres, — croit un grand arbre de la famille des Légumineuses
aussi remarquable par sa stature que par l’énorme développe­
ment de ses gousses, il est connu des botanistes sous le nom de
Pentaclethra macrophylla Bentham. La présence de ce végétal est
devenue certaine pour moi dans les stations suivantes : en Casamance (Sénégambie) où il existe assez abondamment surtout dans
le pays des Bayottes à Kandiola et Candi (renseignements dûs
au R. P. Sébire); au Rio-Nunez (Bâillon, Adansonia, août 1865) ;
à Fernando Po (Vogel, Niger Flora 329); dans la colonie alle­
mande du Cameroon sur les bords de la rivière de ce nom (Mann) ;
à Elle des Princes (Welwitsch) et à Saint-Thomas (herbier de
Mann)-, en Sénégambie (Ileudelot) d’après Oliver (Flora o f tro­
pical africa, T. II, p. 323); dans tout le pays Sousou, dans It
Konia, le pays Timéné et chez les Fouhahs pour les rivières
du Sud (Guinée Française); dans le Manoh et sur les bords de la
rivière Sulimah d’après des renseignements que je tiens des agents
de la Compagnie Française du Sénégal et de la côte occidentale
d’Afrique ; enfin d ’après feu Pierre, directeur du Jardin d’Essai
de Libreville (in litieris), il serait assez commun au Gabon.
Le témoignage cumulatif de MM. Lecomte, Fondère et de
Brazza, nous indique qu’il est très répandu au Congo. De même
13

�— 185
dans noire colonie de la Côte d’ivoire (Grand-Bassam), M. Pobéguin, administrateur colonial, en a relevé la présence dans la
Sasanga. Enfin Engler dans son P/lanzenicelt Ost Africa (Berlin,
1895, Theil C, page 196), indique cet. arbre dans le pays des Monbas
et au Cameroon. Comme on le voit, faire d'extension actuelle­
ment connue de ce végétal est considérable.
Le nom indigène que reçoit la plante dans ces diverses régions
est très variable. Les M'Pongués du Gabon l'appellent Oirala (1)
ou N ’ichiumbou ;\e professeur Oliver (loc cit.), déclare avoir reçu
d'une localité qu'il n'indique pas des graines de P. macrophylla
sous le nom d'Opachala ; dans le pays Sonsou on l’appelle F ritambo ; dans le Konia, Babiley; chez les Timénées, M afall; chez
les Foutahs, Bobo ; les indigènes de Manoh et Sulimah nomment
la graine de l’arbre F aï, enfin au Congo on le désigne en langue
Fioti (Loango) sous le nom de Panza.
Voici la description détaillée de ce végétal que j ’emprunte à
Bâillon (loc. cit.) :

«
«
«
«

« C’est un arbre de 20 mètres environ au Rio Numez et atteignant
5 â 6 mètres seulement au Gabon (2) (Congo Français actuel). Les
rameaux ouverts et étalés, sont chargés de grandes feuilles bi-pinées,
à folioles très nombreuses, insymétriques, trapézoïdales, opposées les
unes aux autres comme les divisions du rachis de la feuille. Celle-ci

(1) Bâillon sur ses Eludes sur l’herbier (lu Gabon (Adansonia, août 18G5)
après avoir donné la description détaillée de VOicala et esquissé les emplois
indigènes de la plante et de la graine, en fait connaître une seconde espèce
sous le nom de Pentaclethra Gi'iffoniana ; les indigènes la nomment
N’chiumba. 11 y a tout lieu de supposer que cetle graine a les mêmes pro­
priétés que celles du P. macrophylla, si j’en crois l’appréciation de quelques
observateurs du Gabon. Je ne l'ai pas étudiée ne l’ayant jamais reçue, malgré
mes demandes rcitérces.
(2) Au sujet des dimensions de cet arbre, voici les renseignements que j’ai reçus
(in litteris) de M. Pondère, chef d’exploitation au Congo: « Durant mon court
séjour à Libreville, j’ai recherché le P. macrophylla et je l’ai trouvé dans des
terrains entièrement différents. Immédiatement derrière Libreville sur les quel­
ques mamelons dénudés qui dominent le cimetière indigène, l’Oicala n’atteint
que les proportions données parM. Griffon du Bellay (rappelées par Bâillon) et
confirmés plus tard par Pierre, directeur du jardin d Essai, c’est-à-dire 5 à 6
mètres : les quelques arbustes que j’ai vus sur les terrains argileux secs se rami­
fient à environ 1 m. 50 du sol. Un peu plus loin, dans les bas-fonds constam­
ment humides qui environnent le mont Bouet, l’Oicala atteint les dimensions
qu'il possède dans les rivières du Sud (Rio Numez), c’est-à-dire 20 à 25 mètres
de haut. J ’ai observé dans ce sol constamment humide et composé d’une terre

«
«
«
«
«
«

est accompagnée à sa base, de deux stipules lancéolées, de petite
taille et la base des divisions porte, en outre, des stipelles sétacêes.
Les feuilles sont ou glabres ou recouvertes d’un fin duvet ferrugineux. La forme de leurs folioles est un peu variable; elles sont plus
ou moins asymétriques et plus ou moins arrondies ou aiguës à leurs
extrémités.
« Quand le feuillage commence à paraître, il constitue au bout des
« rameaux, des espèces de touffes chargées d’un duvet velouté et
« couleur marron. Plus bas, les branches sont couvertes d’une écorce
« rugueuse et portent de nombreuses cicatrices saillantes des anciennes
« feuilles. La section des faisceaux fibrovasculaires qu’on voit sur les
« cicatrices figure grossièrement un masque humain, d’après l’obser« vation de Griffon du Bellay; le nombre des paires de folioles est très
« variable. Grillon du Bellay n’en a compté qu'une douzaine au plus,
« il y en a souvent davantage sur les échantillons d’Heudelot. Les
« fleurs très nombreuses qui apparaissent dans la saison sèche, sont
« groupées en épis ramifiés sur les axes desquels elles sont sessiles et
« articulées ; elles sont polygames. Leur calice à la forme d’une
« petite clochette gamophylle à cinq dents arrondies, reliées et imbri« quèes dans la préfloraison. Au-dessus de lui, le réceptable forme
« une cupule profonde dont le fond est occupé par un gynécée souvent
« stérile, et dont la surface intérieure est tapissée d’un disque glanduleux
« tandis que la corolle et fandrocée sont insérées sur les bords. Les
« jiêtales sont épais et valvaires. Les étamines fertiles, au nombre de
« cinq, alternent avec les pièces de la corolle ; leurs filets sont infléchis
« dans le bouton, plus tard redressés exserts ; leurs anthères sont
« introrses, biloculaires, déhiscentes longitudinalement. La glande
« caduque, elliptique, allongée, que porte en haut le connectif, est
&lt;( d’abord appliquée le long de la face interne de l’androcée. A chaque
« pétale répond un petit faisceau de deux ou trois filaments stériles,
« grêles, repliés sur eux-mèmes dans le bouton et qu’on considère
« comme des staminodes alternant avec les étamines fertiles. En dedans
« de l’androcée, le bord saillant du disque se découpe en dix petites
« dents glanduleuses et obtuses.
« L ’ovaire ordinairement mal développé, supporté par un pied très
meuble, un pied d’O icala qui ne se ramifiait qu’à environ 6 mètres du sol. Je suis
persuadé, d’après ce que j ’ai vu, que l’Oicala n ’aime pas les terrains secs et
dénudés, il les supporte en dégénérant, m a isc ’est tout, caron peut constater que
cet arbre, qui atteint de G à 10 mètres en terres sèches, arrive à 20 et 25 mètres
dans les terrains humides et en forêt. Depuis mon arrivée à Loango, j ’ai pu faire
sur les stations préférées de ce végétal les m êmes observations qu’au Gabon.
Sur la partie aride (terrains sablonneux) qui environne Loango, le Pan.:a ,
conserve de faibles proportions, tandis que. dans l'humide et riche forêt de
Mayumbé, située à 48 kilom ètres à l'Est de Loango, le même végétal atteint des
hauteurs de 20 à 25 mètres et donne des gousses de 0 m. 50 à 0 m. GO de long
contre 0"Ü0 que mesurent les gousses provenant d’arbres venus eu terrain sec.

�— 186 —
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

court contient souvent de nombreux ovules disposés sur deux rangées
verticales. Le fruit attire souvent l’attention par l’épaisseur de ses
parois ligneuses et ses grandes dimensions. L'un d’eux envoyé par
Griffon du Bellay et Touchard, mesure 55cm de long, sur 9 de large [et
3 1/2 d'épaisseur. C’est une sorte de latte aplatie, atténuée obliquement vers la base, et dont le bord arrondi et mousse, présente, dans
toute sa longueur, un sillon de déhiscence qui le partage en deux
lèvres. La surface de toute la gousse est d’un brun marron, velouté
avant l’entière maturité, puis, le duvet tombant, glabre et parcouru
comme un morceau de bois par des stries et des fissures longitudinales {Fig. 8) ».

— 187 —
gros fils de fer. se brisèrent vers le milieu et les tronçons se
recourbèrent en dehors des liens contenteurs.
11 est certain que, dans leur pays d’origine, ces graines au

F ig . 8. Gousse ouverte d’Owala (Pentaclethra macrophylla).

La floraison de ce végétal a lieu au Congo en juillet août et la
fructification en décembre (d’après Pierre).
Revenons à la gousse ; elle s ’ouvre avec élasticité et ses deux
valves tendent avec une grande force à s ’écarter l’une de l’autre et
à s’enrouler ensuite en dehors. Telle est la puissance de ce mou­
vement de déhiscence que M. Poisson, assistant au Muséum de
Paris, ayant fixé en plusieurs points avec des boulons, les deux
valves d’une gousse qu'il voulait conserver intacte, l’une de ces
deux valves se brisa et commença à s ’arquer en dehors, dès que
le fruit fut placé dans un endroit suffisamment sec (1). Le même
fait s ’est produit au musée colonial de Marseille, où des gousses
de 0m55 de long et de 0ra 105 de large, ayant été serrées dans de
(1) Le professeur Olivier a décrit en détail (Transactions of the Linnean Society
x x iv , i l 5), la remarquable hygrométricité des valves de celle gousse mûre.

F ig . 9. Graines d’Owala (Pêntaclethr macrophylla) vues sur des faces
différentes.

moment de la déhiscence, sont lancées avec force à une distance
d’autant plus grande qu’à ce moment elles sont faiblement atta­
chées à leur loge. Ces graines au nombre de six à sept, dans

�— 180 —
chaque gousse, y sont placées obliquement par rapport aux deux
bords parallèles de cette gousse. Elles sont très grosses (7' '" de
long sur 5 de large), elliptiques, aplaties, minces sur les bords,
lisses, talceuses au toucher, obliquement atténuées vers leur point
d'attache, à épispenne luisant, brun foncé, parcouru suivant sa
longueur par de nombreuses rides obliques, peu profondes
{Fig. 9; A, B, C, D, F, F).
Le spermoderme très épais, coriace et formé de deux membra­
nes de couleur brunâtre, enveloppe des cotylédons très résistants,
volumineux, de couleur éburnée, de saveur sucrée d’abord, puis
amère et gorgés de matière grasse; comme on va le voir par
l'analyse chimique. Ces cotylédons blanchâtres se prolongent audessous de leur insertion en une sorte d'auricule décurrente de
chaque côté de la radicule, qui en est entourée comme par un étui.
Examinés au microscope sur une coupe tangentielle par rap­
port au grand axe de la graine, ces cotylédons présentent la struc­
ture suivante : en allant de l’intérieur vers l’extérieur, on trouve
un épiderme à petites cellules grasses, puis une succession de
cellules, d'abord petites, puis augmentant graduellement leurs
dimensions jusqu'au centre du cotylédon charnu ; ces cellules
vont ensuite en décroissant jusqu’à l’épiderme de la face plane
et interne du même cotylédon. Toutes ces cellules sont uni­
formément remplies d'un corps gras formé de petits globules
sphériques réunis en une masse compacte. Ces cellules sont à
parois assez épaisses et les sphères d'huile liquide, grandes et
petites, remplissent ces cellules en laissant autour un protoplasma
marron et granuleux. Ces granules ne se colorent pas avec la
teinture d'iode autrement qu’en vert comme l’huile elle-même.
Cette dernière se révèle bien par la teinture d’orcanette; elle ne
se colore pas avec le carmin boraté si ce n’est en quelques points.
Pas de trace d’aleurone.
La graine, dépouillée de son épisperme marron et d’un blanc
grisâtre, est d’un aspect corné. Toute la surface externe des coty­
lédons qui la forment entièrement est recouverte de sillons qui y
dessinent une véritable arborisation externe. Rien de semblable
sur la face cotvlédonaire interne.
Au sujet de l’utilisation de cette graine par les indigènes de la
côte occidentale d’Afrique voici les renseignements que j ’ai pu
recueillir. Au Gabon, les indigènes l'emploieraient pour la mêler

une fois torréfiée et pilée à celle de I’Oba (Irvingia Gabonemis,
Haillon) dans la fabrication du fameux pain de Dika, qui est une
des matières alimentaires les plus en honneur parmi eux, mais ce
fait est contesté par quelques explorateurs du Congo et notam­
ment par M. Thollon (communication verbale).
Les indigènes de Manoli (7° de Lat. N. et 14° Long. O.) et de
Sulimah, mangent, d’après M. Grenier, agent à Manoli de la
Compagnie Française de la Côte occidentale d’Afrique (in litteris),
la graine fraîche dont ils sont très friands, après l’avoir fait torré­
fier à sec dans une marmite non couverte, avec feu dessous et feu
dessus. Nulle part, les indigènes n’ont songé à en extraire le
corps gras, comme ils le pratiquent cependant pour le Karité,
(Bulyrospermum Par/cii Kotschy). Dans cette même région du
Manoli comme sur toutes les rivières de la côte (rivières du Sud),
l’arbre a unehauteur de 15 mètres environ, le bois y est employé
pour la construction des pirogues. Dans les rivières du Sud
(Guinée française), les indigènes ne mangent pas la graine. Par
contre, dans laSassandra (côte d'Ivoire), où d’après M. Pobéguin
[in littcris), administrateur colonial, l’Owala existe en assez
grande abondance, les indigènes mangent ces graines après les
avoir fait cuire à l'eau comme des patates.
Au Gabon, comme dans les rivières du Sud et à Manoli, l’arbre
ne vient jamais en forêt (il n'en est pas de même, nous l’avons vu
au Congo, d’après M. Pondère, qui l a trouvé ramassé dans la
forêt de Mayombé) : les pieds sont isolés et c’est à peine si l'on en
trouve quelques-uns groupés, mais alors toujours en petit nom­
bre (voir la planche placée en tête de l’article Owala, p. 183).
Ils ne recherchent pas le bord des cours d’eau, mais mieux
les terrains secs. L ’Owala vit aussi en société dans les forêts du
Fogny (Sénégambie) d’après le R. P. Sébire, directeur du Jardin
Botanique de Thiès, qui a recherché récemment ce végétal en
Casamance, à mon instigation et sur les ordres de M. le Gouver­
neur général Chaudié qui voulut bien lui confier la mission de
faire cette recherche.

A n a l y s e c h im iq u e e t e m p l o i in d u s t r i e l . — Il était intéressant
de connaître la composition chimique de la graine et l’emploi
industriel dont le corps gras serait susceptible. Voici l’analyse

�100 —

191 —

qu’en a faite, sur ma demande, le Professeur Schlagdenhauffen,
directeur de l'Ecole Supérieure de Pharmacie de Nancy.
Corps g ra s; jaune pâle fusible, à 24°8.............................
45. J80
Sucre ettannin.............................................................................
4.862
Corps gras etgliadine................................................................
2.005
Ma t i è r e s a l b u m i n o ï d e s et P auctne ( I ) .....................
30 500
Cellulose....................................................................................
15.043
S els.................................................................................................
2.410

100.000

Voici, en effet, les résultats de l’examen de ce corps gras et du
rendement qu’en donnent les procédés industriels ;
100 parties de graines entières donnent 81.67 0/0 d’amandes (cotylédons).
Rendem ent en huile par la graine non décortiquée.............
—
—
— décortiq uée.....................

36.00 0/0
44.00 0/0

Par saponification des corps gras on trouve :
Point de fusion des acides gras de saponification............... 58°7
Rendem ent en acide gras de saponification.............................. 94.50 0/0
—
en stéarin e................................................................. 32.50 0/0
Par saponification, traitem ent acide et distillation des acides gras on trouve :

Cette analyse nous révèle la présence, dans cette graine, d’une
quantité considérable de matières azotées dont on ne retrouve
l’équivalent dans aucune des légumineuses alimentaires connues
(pois, lentilles, haricots, fèves), saufle Soya hispida et les féverolles. Les fèves contiennent 29 0/0 de légumine, les haricots et. len­
tilles 25, les pois 23, les féverolles 30 0/0. Dans toutes ces graines,
il y a de l’amidon et peu de matière grasse. Les cotylédons
d'Oica/a ne renferment aucune trace d’amidon.
Il résulte de ces données analytiques, que cette graine
constitue un aliment possible de premier ordre pour les ani­
maux. et un engrais d'une bonne richesse en azote : 5 à 6 0/0,
après extraction du corps gras. Quant à ce dernier qui est semi
solide jusqu'à 24° c., il présente un réel intérêt à cause de la
manière d’être de ses acides gras solides qui ne fondent qu’à 58n.
On sait que l’industrie des bougies recherche activement de nou­
veaux acides gras (stéariques) d ’origine végétale, dont le point de
fusion serait le plus élevé possible, et les corps gras qui donnent
la plus grande quantité d’acides gras. Ces deux qualités se trou­
vent réunies dans l’huile d'Oioala, dont la valeur sera surtout mise
à profit dans la fabrication des bougies stéariques et du savon.

(1) Merck a désigné sous ce nom un alcaloïde qu’il a trouvé « dans les noix de
Pauço, fruits (sic) du Pentaclethra macrophylla, plante originaire du Congo. »
C’est évidemment de la graine qu’il s ’agit, m ais cette graine nous est toujours
parvenue du Congo par MM. Lecomte et Pondère sous les noms de P ansa et
non de Pauco, c’est donc Panzina qu’il conviendrait de nommer cet alcaloïde
nouveau. (Voir Merck, Annales de 1894, p. 11).

Rendem ent en acides gras d is tillé s ............................................
—
en stéarin e.................................................................
D osage de la glycérine .............................................................

85.500/0
38.000/0
8.37 0/0

Cette huile donne des acides gras fusibles à 58°,7, température
très élevée et qui est supérieure à celle qu’exigent, pour se fondre,
les autres acides gras des huiles généralement employées dans
l’industrie. Mais, malgré cette température élevée, particularité
qui semble indiquer une forte proportion d’acides gras solides
dans ces huiles, les acides gras de saponification, traités par
l’acide sulfurique et distillés en présence d’un courant de vapeur
d’eau, ne contiennent que 38 0/0 de stéarine. Cette stéarine a un
point de fusion de 74°, titre également très élevé et qui peut faire
supposer que la composition de la partie solide de l’huile d'Oirala
est voisine de celle de Yacide arachidique.
Examinée suivant le procédé suivi pour apprécier la valeur
industrielle des corps gras au point de vue stéarique, l’huile
d’Ow«/a donne des résultats concordants avec ceux obtenus par les
autres huiles, sauf la teneur du rendement en stéarine. Les pro­
duits de la distillation et la stéarine sont très blancs et la propor­
tion en glycérine est également normale.
Il résulte de cette étude qu'il y a tout intérêt à propager cet
arbre dans nos colonies tropicales françaises où il pourra végéter
et produire. Déjà, du reste, les graines à'Oirala, objet d’un cer­
tain commerce, sont exportées vers l’Angleterre par les paquebots
anglais qui les prennent au Gabon et à San-Thomé, et du Congo
belge vers Bruxelles. Jusqu’en 1896, elles n’ont pas pénétré en
France dans l’industrie de la savonnerie ni dans celle de la
stéarinerie; elles donnent cependant un beau savon et une bougie

�—

10-2

—

très éclairante cl ne coulant pas, remarquable par son point de
fusion élevé. D'autre part, la graine se met en pâte avec une
grande facililé et s ’écrase sans effort dans les meules et dans
les appareils employés couramment par l'industrie de l'huile
ordinaire; à la pression, en ayant soin d’injecter dans la pâte
un peu de vapeur d’eau, l'extraction de l’huile concrète, se fait
bien. Le spermoderme peut être conservé dans la pâle et 11e
donne au corps gras, au moment de la pression, aucune couleur
spéciale; celle-ci reste jaune vert plus ou moins clair suivant l'état
de conservation des graines. La coque des graines (spermoderme)
se mêle très bien au tourteau sur lequel il forme quelques petites
plaques brillantes qui ne nuisent en rien à la beauté et à l'uti­
lisation de ce produit. Celui-ci, en raison de sa saveur qui est due
à la présence de la Panzine, sera surtout employé comme engrais;
certains bestiaux cependant le mangent et avec grand appétit,
mais le plus grand nombre le repoussent. La cote actuelle de ces
graines sur les marchés à'Amsterdam et de Bruxelles est de 10 à
12 fr. les 100 kil; le tourteau vaut de 0 à 7 fr., l’huile 44 à 45 fr.
La graine d'Owala paraissant avoir des applications multiples
dans l'industrie européenne, j'ai cru devoir, en la répandant dans
toutes les colonies françaises chaudes, assurer la diffusion du
végétal qui la produit, en vue d’en alimenter un jour nos usines à
corps gras (stéarineries et savonneries).

BEURRE DE MALOUKANG
ou A N K A L A K 1

Entre toutes les plantes connues comme propres au vieux sol
africain et capables de fournir un beurre (huile concrète), il n'en
est guère de plus intéressante pour l’industrie que celle dont j ’ai
fait le premier l’étude (plante et produit), dans le Journal de
Pharmacie et de Chimie, août et septembre 1880, et dans le B ul­
letin de la Société de Gèogranhie de Marseille, T. XIII, n° 3, sous
les noms africains indigènes de Molonkang ou Ankalaki.
O beurre est fourni par le Polggala butgracea Heckel. C’est
un arbrisseau de 2 m. 70 de hauteur, se rapprochant un peu de
P. rarifolia D. C. et de P. rnultiflora Poiret, qui habitent les
mêmes régions de l'Afrique tropicale occidentale.
En voici la description :
« Arbuste à aspect junciforme, à rameaux grêles,dressés ou cylindri­
ques et sans stries longitudinales à l’état frais. Les tiges et les feuilles
sont largement villeuses. Les feuilles, éparses et assez distantes les
unes des autres, sont en disposition 2 4, étroites et aiguës mais non
linéaires, elles mesurent de G à 12 cent, de long sur 0 m. &lt;U de large.
La plante entière est très rameuse. A l’aisselle des feuilles supé­
rieures, naissent des inflorescences qui avortent le plus souvent pour
ne laisser subsister, à l'époque de la floraison, que des inflorescences
terminales ; ces feuilles sont sessiles.
Les inflorescences terminales sont longues, dressées racémiformes
et à fleurs très rapprochées les unes des autres se touchant presque,
mesurant 0 m. 18 de long. Les fleurs jaunâtres sont glabres et pla­
cées au sommet de pédoncules très courts (0 m. 002) et grêles 11'égalant pas la longueur du sépale. Chaque fleur est portée par trois

�— 194
bractées, dont une antérieure plus frangée de poils est terminée en
pointe, et deux latérales plus petites à bords minces, velus; aucune
de. ces bractées n'est articulée à la base ; elles sont persistantes. Le
calice est formé de cinq sépales verdâtres dont deux antérieurs connés,
entiers, à nombreuses nervures verdâtres ; le sépale postérieur concave
et plus développé que les précédents, se termine en pointe, il est
pourvu aussi de nombreuses nervures vertes longitudinales. Les sépa­
les latéraux (ailes) sont jaunes, transparents, pourvus de trois nervu­
res principales qui vont de la base au sommet, incolores, ovales,
symétriques, onguiculés courtement et subitement à la base, persis­
tants, mesurant 0 m. 01 de long sur 0 m. 015 de large. La corolle
jaunâtre est formée de trois pétales. La carène est fortement frangée
sur les bords et la partie frangée est recourbée en arrière. Les
pétales latéraux manquent et sont représentés par un bourrelet pileux ;
mais les pétales postérieurs sont allongés, étroits et ont leur partie
inférieure terminée en pointe mousse recourbée en arrière et formant
ainsi une gibbosité médiane. Androcée normal, huit étamines monadelplies, libres supérieurement. Ovaire à deux loges ; style recourbé à
angle droit et présentant un stvgmate taillé en biseau. Le fruit est une
capsule elliptique, quadrilatérale, un peu plus longue que large,
dépourvue d'ailes, glabre et de dimensions toujours un peu inférieures
à celles des ailes qui l’enveloppent.
La graine, partie la plus importante de la plante, est celle qui fournit
la matière grasse, le beurre de Maloukang; elle mérite donc une des­
cription spéciale. De forme ovoïde, légèrement aplatie de manière à for­
mer deux faces bombées, elle est recouverte d’un épisperme dur, brillant,
crustacé, noirâtre ou couleur chamois. Cette enveloppe se termine supé­
rieurement par un bec recourbé dont la pointe s ’insère au placenta. Ce
bec porte sur sa partie convexe une houppe de poils tins, longs et
unicellulaires que l'on retrouve à l’autre pôle de la graine, mais plus
courts et plus clairsemés sur une grande surface. Le poids de ces
graines est en moyenne de 0 gr. 013. Au-dessus du spermordeme brun
qui est d'un noir plus foncé à la face interne, on trouve un endosperme
épais, oléagineux, recouvrant de toutes parts l’embryon dont les coty­
lédons sont très volumineux, eu égard aux proportions de l’ensemble
de la graine (voir les figures sur la planche 'placée en tète de l'article).

L ’amande oléagineuse est formée de cellules à parois minces,
nombreuses disposées en strates horizontales petites et remplies
en entier de corpuscules gras sphériques pourvus de grains
d’aleurone. Enveloppé dans l’endosperme se trouve l’embryon dont
les dimensions sont considérables. L ’épaisseur de cet organe
dépasse de beaucoup celle de l'endosperme. Son parenchyme,
formé de cellules à parois minces, est enveloppé par un épiderme

p?Al

RAMEAU F L E U R I ET GRAINE DE
( P o ly g a la b u ty ra c e a
ORIGINAIRE

DE

LA

COTE

MALOUKANG

HECKEU

OCCIDENTALE

D ’A F R I Q U E .

�— 195 —

dont les éléments cellulaires sont, comme dans l’endosperme,
remplies de corpuscules gras sphériques (voir les figures 7, 8 et 9
de la planche).
Le marché de ces graines est Sierra-Leone (Côte occidentale
d’Afrique), où elle est encore rare.
C o r p s g r a s . — Le beurre de Maloukang extrait des graines
par pression est de saveur agréable et d’un goût prononcé de
noisettes. Il se présente sous la forme d'une masse butyreuse
jaunâtre. Aux environs de 28 à 30°, il s’empâte pour commencera
fondre à 35°, mais la fusion n’est complète qu'à 52°. Après refroi­
dissement le produit reste limpide pendant longtemps et ne pré­
sente ses premiers points de solidification qu’à 33°. Il reprend
ensuite lentement sa consistance primitive. Voici la eompositiou
chimique de ce corps gras :
Oléine .............................................. .........
Acide palmitique libre................. .........
.........
M vristin e........................................ ........

31.5
4.795
57 540
6.165

)
On n’a pas tenu
f compte d’une faible
quantité
£
1 d’acide formique.

100.000

Les graines de Maloukang reconnaissent, elles-mêmes, la com­
position suivante :
1° Partie soluble dans l’éther de pétrole, coiys g ra s ............................

_

.,

17.553

{ tannin glucose, matières coloran1alcool. !
„
,
( tes, s e ls .........................................
matières albuminoïdes, sels, ma­
l’e a u .
tières non déterminées ...............

11.6697

4° Partie insoluble dans l’eau ___ mat. album .; se ls; cellulose ........

66.1285

2°

îd.

3»

id.

4.6488

100.000

En somme, le Maloukang en graine donne 17.55 0,0 de matière
grasse d’excellente qualité et d’un goût très agréable. 11 est à
regretter, au point de vue de l’exploitation industrielle, que la
graine, en outre de ses dimensions très réduites, soit pourvue
d'un épisperme (enveloppes dures) si abondant et si résistant que
le traitement en reste peu fructueux et le maniement difficile.
«

--- ïu i .

‘

‘ •

�— 196 —
un passage très significatif que nous traduisons du hollandais en
rempruntant au rapport de M. Treub, directeur du Jardin bota­
nique de Beutenzorg (île de Java) pour 1887 : « Nous avons reçu
« du Directeur du Jardin des Plantes de Paris quelques graines,
« originaires du centre africain (1) et provenant d’une plante
« mère produisant une graine excellente de qualité. Après les avoir
« semées en janvier, nous en avions des pousses magnifiques en
« mars. Déjà, dans la deuxième quinzaine d’avril, se montraient
« les premières fleurs et en mi-mai commença la récolte qui dura
« jusqu'au 25 septembre. Sans discontinuer, il se produisit de
« nouvelles fleurs qui donnaient de nouvelles graines, les graines
« nous ont fourni un échantillon de graisse et le reste fut employé
« à donner de l’extension à celte nouvelle culture. Celle graisse
« d'un jaune pâle et agréable au goût, se trouve avoir les mêmes
« qualités que le beurre animal. Elle fût envoyée au Directeur de
« la fabrique de margarine, M. le Dr Mouton, à la Haye, en lui
« demandant son opinion sur ce produit.
« Voici sa réponse : « Celte graisse pourrait être parfaitement
« employée dans la fabrication du beurre de margarine si on nous
« la fait parvenir à l’état frais. » L ’échantillon (envoyé à la Haye)
« était devenu rance en chemin. Mon dessein est d’envoyer une
« certaine quantité de graines, dès la moisson prochaine, en
« Europe, avec prière de les presser sur place et d’en faire un
« nouvel essai afin d’être fixé sur la valeur commerciale de ce
« corps gras. Je fais des vœux pour que l'on obtienne un résultat
« favorable, ce qui d’ici peu nous permettrait d’avoir un produit
« d'exportation rémunérateur pour la population indigène en
« même temps qu’une substance d’emploi ménager. »
Il n'y a rien à ajouter à cette note, si ce n’est de souhaiter que
l’essai d’acclimatation si intéressant et si heureux réalisé à Java,
soit imité dans toutes nos colonies françaises tropicales avec le
même succès. Au point de vue alimentaire aucune graine, en
effet, ne peut rivaliser avec celle-ci pour l’excellence des qualités
gustatives de son produit gras. Ni les Illipés de l’Inde ni les
(1) Los graines avaient été transm ises par mes soin s à M. le professeur
Cornu du Muséum d’histoire naturelle de Paris, qui les avait adressées lui—
même à M. Treub, à Beutenzorg. Je tenais m oi-m êm e ces graines de M. Bolm,
directeur de la Compagnie Française du Sénégal et de la Côte occidentale
d’Afrique dont le siège est à Marseille (44, rue Bretcuil).

197 —
Karités de l’Afrique, ni le beurre de Dika ne constituent un pro­
duit comparable au Maloukang.
Un certain nombre de colons ries Antilles et de l’Inde française,
les Chambres d’Agriculture Coloniales et tous les directeurs de
Jardin des plantes de nos colonies françaises tropicales ont été
pourvus de nouveau en 1896 et par mes soins, de graines fraîches
de Maloukang, pour que l’acclimatation ait toutes chances d’y
réussir. Un premier essai avait été tenté en 1889 et était resté sans
résultat. J ’apprends au dernier moment (juillet 1896) par le R. P.
Sébire, directeur du jardin botanique de Tliiès (Sénégal), que les
graines y ont parfaitement réussi. D'autre part, je reçois, à la
même date, de M. Acliard, directeur des Jardins coloniaux à
Pondichéry, les nouvelles suivantes: « J’ai semé le 19 juin les
250 grammes de graines de votre Polygala hutyracea que vous
avez bien voulu m’adresser à l’état frais. Elles ont germé à sou­
hait et les jeunes plants poursuivant leur développement ont
atteint maintenant (9 juillet 1896), la hauteur de 6 à 8 centimètres.
Je vous tiendrai au courant des diverses phases de leur déve­
loppement, M. le Gouverneur Girod, dans sa première visite au
Jardin colonial, m’a remis 20 autres grammes de ce Polyga : il les
tenait de vous et s'intéresse beaucoup au succès de cette plante
dans notre colonie (1). » A côté decesrenseignementssatisfaisants,
j ’ai le regret de constater d'après des documents très exacts que
je dois à M. Guesde, le très zélé secrétaire général de la Chambre
d’Agriculture de la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), dont la solli­
citude bien connue pour tout ce qui touche aux choses agricoles
avait été éveillée, par mes soins, en faveur du Maloukang, que
les tentatives d’acclimatation de celte plante aux Antilles n’y
ont pas réussi. Les graines ont bien levé partout où elles ont
été semées, mais la plante ne tarda pas à jaunir, à s ’étioler et
finalement à disparaitre.
(1) Malheureusement, le gouverneur de l’Inde française, M. Girod, m ’apprend
(in liîteris — 10 octobre 1896) que ces sem is si pleins de promesses, ont été dé­
truits par la sécheresse persistante qui a désolé les Indes cette année même,
.l’ai envoyé une nouvelle provision de graines fraîches à M. le gouverneur
Girod pour que la tentative soit renouvelée.

(-4 suivre).

�S T T IR

UN STROPHANTHUS DU CONGO FRANÇAIS
( S trophanthus

d ’A U T R A N )

ÉTUDE I)E CHIMIE ET I)E MATIÈRE MÉDICALE

Par MM. les professeurs SCHLAGDENHAUFFEN et Louis PLANCHON

�S U R

UN STROPHANTHUS DU CONGO FRANÇAIS
( S t r o p h .a n t h .u s d 'A U T R A N )

CHAPITRE PREMIER
DESCRIPTION DU FRUIT ET DES GRAINES

Il est actuellement très important de faire connaître tous les
Slroph auth us que le commerce peut nous fournir un jour en plus

ou moins grande abondance. Un peu délaissés aujourd hui, à
cause de la difficulté où Ion est de se procurer des graines d'action
bien constante, les Stroph an ih u s sont des médicaments de
demain, que l'on emploiera journellement dès qu on les maniera
avec sécurité. Aussi ne doit-on négliger 1étude d aucune sorte
nouvelle, fùt-ce pour en conseiller le rejet si on en constate 1inté­
riorité ; cette étude s'impose, à fortiori, si la plante parait être
active, ce qui est le cas actuel.
Le Slroph auth us, dont les lignes qui suivent donnent les carac­
tères spéciaux, m’a été obligeamment communiqué par M. le
professeur H e c k e l ( I ) . Il ne s'agit ici que du fruit et des graines,
et je n’ai sur la plante qui les produit aucun document. C’est un
Stroph an ih u s africain, à graines velues, récolté par M. A ü t r a n
dans la plaine de Guégué aux environs de Libreville. Une belle
aquarelle exécutée par MMcB o h l k r , s o u s la direction de M. I I e c k e l ,
(1) Ce produit existe dans les collections du Musée colonial de Marseille,
sous le n0 43 de la section Galion-Congo.

�—

'202

—

d'après des échantillons frais reçus à Marseille, est jointe au pré­
sent travail. On voit, d’après cette figure, que les deux follicules
insérés au sommet d’un axe tortueux, divergent avant de s'ouvrir,
au point d'être dans le prolongement l’un de l'autre; on voit aussi
que le fruit frais est d’un vert clair uniforme, glabre et fort petit.
Aucun autre renseignement n’accompagne l'échantillon; mais
nous avons, en somme, les organes que le commerce apportera
peut-être quelque jour, et qui devront être reconnus isolément.
Cela ne suffit sans doute pas pour une détermination rigoureuse ;
cela suffit pour justifier la description qui suit, et nous appelle­
rons provisoirement notre plante Stroplianthus d'Autran.
Fruit.

!//aa/es (/e /Institut tv/onia/ s/c J/a/seil/c

J ’ai eu entre les mains un follicule isolé, plein de graines et
ouvert.
Les dimensions en sont relativement faibles, surtout en lon­
gueur, si on les compare à celles des Strophanihus médicinaux
d'Afrique (hispidus, Kombè, gratus)\ la forme du follicule ouvert
est en effet celle d'une nacelle de 15centim. 1/2 de long; fermé,
le follicule aurait 2 1/2 à 3centim. de diamètre; complètement
étalé, il mesurerait 8 cent, de large. Face externe régulièrement
arrondie; extrémité/&lt;o.s/ér/eurelargement et régulièrement échancrée; extrémité antérieure atténuée en pointe mousse, mais non
brisée, arrondie, sans trace de plateau stigmatique.
La surface extérieure est d'un brun noir, très foncée, fuligineuse
avec des striations longitudinales assez nettes, surtout sur quel­
ques points, et sans lenticelles visibles. Cette surface est presque
entièrement recouverte de petites granulations, de fines verruco­
sités, qui, vues au microscope, se montrent comme des conceptacles creux, garnis de fines paraphyses et de nombreuses spores
à double contour, ovoïdes, grosses, blanches, granuleuses à l'inté­
rieur. Ces granulations parasitaires superficielles doivent sans
doute manquer dans beaucoup d’échantillons,
Surface interne lisse, luisante, soyeuse, jaune paille; en enle­
vant les graines avec précaution, on laisse dans le follicule, sur
les deux tiers inférieurs, sous forme d’une sorte de bourre con-

.S/rop/nm/us d Autran fdu //thon

(Voir la planche jointe à ce numéro.)

�— 203 —
servant encore vaguement l'empreinte des graines, cette aigrette
inférieure, si caduque chez les Slrophanihus que l’on a pu en nier
l’existence ; elle est ici 1res évidente, et, comme partout d’ailleurs,
séparée de la base de la graine dont elle dépend primitivement.
La lame placentaire manque; elle a dû tomber de l’échantillon
étudié.
Tout ce péricarpe est dur, fortement lignifié; sur une section
transversale nette, il se montre fort épais (3-4 mm.) et formé
comme chez tous les Slrophanihus de deux zones :
1° Une région externe, fibro-parenchymateuse où la loupe
montre :
a) une zone brune uniforme;
b) une ligne pointillée, blanchâtre, interrompue ça et là;
c) un tissu brun plus clair avec des mouchetures blanchâtres
(paquets de fibres) d’autant plus grandes qu’on s'approche plus de
l’intérieur;
2° Une région interne dure, parcheminée, cassante, faeile à
séparer de la précédente, très mince relativement à l'autre. C'est
l'endocarpe.
A n a t o m i k . — 1° Zone externe. — Sur des coupes longitudinales
et transversales, on peut se rendre compte que la structure de ce
péricarpe est celle des fruits des Slrophanihus en général ; on
peut donc ne donner ici que les détails spéciaux. Sous l'épiderme
assez épais de parois et très sinueux,on trouve une région co/tenchgmateuse, puis un parenchyme dont les cellules serrées ne sont
visibles qu’après traitement par la potasse, et qui entoure des
paquets de fibres grosses, longues, blanches, nacrées, avec des
zones d’accroissement bien nettes et des canalicules très marqués;
leur diamètre varie dans d’assez grandes proportions, mais elles
sont souvent très volumineuses.
Les lalicifères sont très difficilement visibles dans le paren­
chyme, surtout dans les coupes transversales.
Les faisceaux vasculaires libéro-ligneux sont forts petits et très
souvent noyés au milieu même des paquets de fibres blanches.

2° Zone interne. — Elle comprend les deux plans de fibres
constants dans cette région du fruit des Strophanthus. Fibres
extérieures longitudinales, fibres intérieures transversales : la
limite des deux est assez irrégulièrement ondulée. Chacun des

�— 204 —

- 205 -

deux plans est formé de trois à cinq assises de fibres ; les fibres
longitudinales sont un peu aplaties latéralement ; la section et le
lumen légèrement allongés radialement, mais assez irréguliers ;
les fibres transversales très grosses, sinueuses, très irrégulières.
Toutes un peu jaunâtres, relativement courtes, fortement canaliculées, à parois très épaisses, à extrémités obtuses et assez enche­
vêtrées, plus nettes sur les coupes longitudinales que sur la sec­
tion transversale.

B. A i g r e t t e . — Elle s’élève au-dessus de la graine et offre deux
parties comme chez tous les Strophanthus. Ici la région nueest très
courte (4 à 5 mm.), droite, moyennement fragile. La partie velue
a environ 2 1/2 à 3 centim. de long. Les poils eux-mêmes, très
longs (3 à 3 centim. 1/2), sont blancs, un peu jaunâtres à la base
ou quand on les voit en masse. Dirigés en avant dans le fruit, ils
s ’étalent horizontalement dès qu’on retire les graines du péricarpe,
et peuvent même être retournés et dirigés en arrière. Ces poils
sont soyeux, fins, délicats, assez fragiles.
Après macération dans l'eau, l’albumen se sépare facilement
de l’embryon, moins facilement de Yenveloppe externe.
Saveur fortement amère, bien loin cependant de l’atroce amer­
tume de certaines espèces (Kombé, glabre du Gabon, etc.).

Graine.
(Voir la planche en couleur jointe à ce travail.)

Elle comprend, comme on le sait, la graine proprement dite,
et son aigrette supérieure : l'aigrette inférieure se sépare, ainsi
qu’on l’a vu, de très bonne heure, reste dans le follicule et ne se
rencontre pas dans les graines isolées sorties du fruit. Dans le
commerce (si tant est que cette espèce doive devenir commer­
ciale), les graines seront, ou contenues dans le follicule et com­
plètes, ou isolées et dans ce cas probablement privées de leurs
aigrettes fragiles. Il est donc nécessaire d’étudier les deux
parties.
A. G r a i n e p r o p r e m e n t d i t e . — Elle a en moyenne 12 à 14 mm.
de long, 4 à 5 de large et 2 à 3 d’épaisseur. La forme en est lan­
céolée mais un peu irrégulière, aplatie surtout d’un côté. Surface
recouverte d’un duvet velouté, chatoyant, doux au toucher, assez
long relativement, bien visible à l’œil nu, de couleur brun-choco­
lat, à retlets soyeux uniformes, rappelant beaucoup le tomentum
du Strophanthus hispidus. Sur le milieu de la face ventrale, une
région ovalaire, de largeur assez variable, présente ordinairement
une teinte plus claire. Cette face ventrale est parfois plane ou
même légèrement bombée, mais le plus souvent déprimée. Sou­
vent aussi, une crête plus ou moins saillante se montre au tiers
supérieur de cette face. Face dorsale plutôt bombée, parfois
même assez fortement. Bords sinueux, assez minces, irréguliers.
Extrémité supérieure atténuée finement en hampe. En arrière de
l’insertion de cette hampe, se trouve souvent une petite saillie,
ou une pointe parfois fort développée (extrémité du funicule).
Extrémité inférieure fortement obtuse, arrondie.

A n a t o m i e . — La structure est dans l'ensemble celle des graines
de Strophanthus en général ; l’assise externe est la plus intéres­
sante. On sait que les cellules qui limitent extérieurement le tégu­
ment séminal des Strophanthus sont caractérisées par un renfle­
ment des parois latérales, en sorte que, sur une coupe, les renfle­
ments accolés de deux cellules voisines donnent lieu à une figure
symétrique biconvexe, lenticulaire chez Yhispidus, pyriforme chez

F ig . 1.

Stroph. hispidus.
Stroph. glabre du Gabon.
Stroph. d'Autran.

le glabre du Gabon, etc. Ici chaque renflement est hémisphérique
sur section, et l’accolement de deux cellules donne un renflement
total circulaire u (fig. 2). Entre les renflements, la paroi cellulaire
externe se déprime fortement par dessication, en sorte que les par­
ties épaissies saillent fortement entre les poils tecteurs p (fig. 2).
Au-dessous de cette assise est le reste des téguments, représenté
par quelques assises cellulaires brunes, fortement aplaties (non

�—

-200

— 207 —

—

distinctes sans réactifs), et formant une ligne brune, un peu plus
claire vers l’intérieur. Puis viennent Valbumen et /'embryon, et,
entre les deux, ces quelques cellules de tissu intermédiaire déli­
cat, indiquées chez les Strophanthus en général, mais particulièF ig . 2.
S trophanthus

o ’A u t r a n

Non traité par la potasse.

Traité par la potasse.

renient développées ici. Comme partout les parois cellulaires de
l’albumen sont plus épaisses que celles de l’embryon.
Rien à dire de ces parties qui ne rentre dans la structure géné­
rale des graines de Strophanthus. L 'oxalate de chaux semble
manquer complètement. On sait que H a u t w i c h a remarqué que
l’oxalate de chaux et la strophanthine paraissent s ’exclure réci­
proquement dans ces graines.
Enfin, si l’on traite sous le microscope une coupe de graine par
Yacide sulfurique concentré, cette coupe devient rapidement
orangé, rouge orangé, puis cerise, puis rouge plus ou moins
foncé suivant l’épaisseur; quelquefois, au début, la couleur est
jaune, ou même d’un jaune très légèrement verdâtre (très rare­
ment), en tous cas jam ais verte. Le fait doit être noté, parce que
l’on a considéré la coloration verte par l’acide sulfurique comme
caracté lisant la présence de la Strophanthine ; mais il faut faire ici
toutes ses réserves, car les graines de S . hispidus, par exemple»
verdissent fortement et A r n a u d n’a pu en retirer ce glucosideLa question sera d’ailleurs traitée plus loin dans la partie chi­
mique de cette étude.

Si nous cherchons maintenant à rapporter le fruit ci-dessus
décrit à une espèce connue (et nous pouvons prendre comme
guide la monographie du genre récemment publiée par M. F k a n C h e t ) ( l ), nous devons conclure que le produit ici étudié est pro­
bablement nouveau, et qu’aucun des fruits de Strophanthus décrit
ne peut lui être identifié. En effet, laissons de côté toutes les
espèces asiatiques dont les graines sont toujours glabres, élimi­
nons ensuite les espèces africaines à graines glabres et toutes
celles chez qui la partie nue de la hampe est plus longue que la
graine elle-même. Dans ces conditions, il ne nous reste guère
à considérer (pie les espèces suivantes :
Strophanthus Ledienii Stein (Eranchet, loc. cit., 24G-270), dont
il est dit: Folliculi a n g u s t e fusiformes sublineares, et l’on a vu
que ce n'était pas le cas de nos follicules. De plus, la partie nue
serait presque nulle, d’après la figure citée par F r a n c h e t .
S. Boivini H. Bn., dont la description se rapproche davantage
de la nôtre, mais dont les graines sont dites grisâtres et les fruits
Adroitement fusiformes aigus (Franch., loc. oit., 254). De plus,
cette plante n’est indiquée qu'à Madagascar.
S. bracteatus Franch. Ici encore le diamètre du follicule
parait bien moindre que dans notre espèce. « Chaque follicule,
dit Franchet (loc. cit., 281), ne dépasse guère 20 cent, de long sur
15 millim. de large. » Ce fruit est dit aussi lentieellis oblongis
vel linearibus conspersus. Quant aux graines dont les propor­
tions (hampe, etc.) répondraient bien à celles du fruit étudié,
elles seraient : parce serieea, grisea, demum fere nudata. »
Enfin, j'ai eu l'occasion d’étudier deux autres fruits de S t r o ­
phanthus (2) qui, par la forme et les dimensions du follicule, pour­
raient être rapprochés de celui qui nous occupe; la détermination
n'en a pas été faite. Mais les proportions des parties de la hampe
les distinguent immédiatement. Dans l'un, la partie nue a 2 centi­
mètres 1/2, et dans l’autre, elle est même plus longue que la
partie velue.
(1) A. F r a n c h e t . Etude sur les Strophanthu s de l'Herhier du Muséum de
Paris (Nouvelles Archives du Muséum, 4° série, V. pp. 222-294. Il planches).
(2) Louis P l a n c h o n : Produits fou rn is à la Matière médicale p ar la
fam ille des Apocynées. Thèse d ’agrégation. Paris, 1894.

�— 209 En résumé, le fruit envoyé par M . A u t r a n ne parait pas avoir
été décrit jusqu’à présent, et il serait juste, si l’espèce est nou­
velle, de lui donner le nom de celui qui l’a découverte. Mais il
existe encore d’assez nombreux S trop haut hus décrits seulement
d’après leurs organes végétatifs et floraux, et dont le fruit est
jusqu'ici resté inconnu : peut-être notre follicule se rapporte-t-il
à l’un d’eux. Jusqu'à ce que chaque espèce africaine ait été décrite
avec son fruit, il est à peu près impossible de se montrer afiirmat.if, et nous devons nous abstenir de donner à la plante d’après
le fruit seul, un nom qui plus tard risquerait de compliquer inuti­
lement la synonymie.

CHAPITRE II
ÉTUDE CHIMIQUE

Pour déterminer les principes constitutifs de la graine, nous
avons suivi la méthode habituelle qui consiste à épuiser d’abord
la matière par de l’éther de pétrole et le chloroforme, afin d’enle­
ver les corps gras, puis par de l’alcool, pour dissoudre le principe
actif. Ces opérations terminées, l’eau n'entralne, après coup, que
des éléments de peu d’importance et qui, dans le cas particulier,
ne présentent aucune action physiologique marquée. S’il s ’agit de
faire l’analyse immédiate complète, on incinère la substance,
préalablement épuisée par l’eau et l’on détermine le ligneux et les
matières cellulosiques par différence. C’est ainsi que Fraser a
opéré avec les semences de S. hispidus pour établir leur compo­
sition centésimale. Ci-joint le résumé de cette analyse :
Eau d’hydratation..........................................
Extr. pètrolèique (corps gras et huile).......
Extr. èthèré (résine et chlorophvlle)...........
Extr. alcoolique (principe actif impur).......
Extr. aqueux ! mucila« e...............................
( mat. album ..........................
Incinération (cendres).....................................
Ligneux et cellulose (par différence).........

6..7
31..81
0..845
8..94
.35
1 .95
3..514
38 .891

100.000
L’extrait alcoolique ainsi obtenu est très amer. Il est soluble
dans l'eau et l’alcool à 80°, peu soluble dans l’alcool absolu et
l’alcool amylique, insoluble dans le chloroforme.
Pour isoler le principe actif, l’auteur précipite par le lannin la
solution aqueuse de l’extrait alcoolique, lave le tannate insoluble
et le fait digérer avec de l'hydrate de plomb. Au bout de plusieurs
jours, la température étant maintenue au bain-marie et l’eau
d’évaporation du mélange étant constamment renouvelée, on

�—

210
-

épuise le résidu par de l'alcool à 84°. On filtre les liqueurs, ou éva­
pore et l’on ajoute de l'éther qui précipite un composé floconneux.
Ce précipité est repris par l'alcool et la liqueur, soumise à l’éva­
poration dans le vide. Le produit ainsi obtenu répond à la com­
position Cî0H3iO10.
L’acide sulfurique colore la strophantine en vert puis en brun ;
cependant, les auteurs ne s'accordent pas sur ce point, puisque le
Journal de Chimie et de Pharmacie dit, à ce propos, que la solu­
tion du principe actif dans l'acide sulfurique esl incolore et ne
change pas, même au bout de plusieurs heures. Mais si l'on
chauffe au bain-marie modérément à 45", le mélange devient vert
clair, vert d'herbe, vert sombre, bleu foncé et violet foncé.
Nous indiquerons plus loin les résultats de nos observations
personnelles.
Parmi les savants étrangers qui se sont occupés de l’étude chi­
mique desStrophanlus, nous devons citer en premier lieu Hilbing
qui, après avoir déslmilé les graines, prépare un extrait alcoo­
lique, l’épuise par l’eau et le traite ensuite par l'éther. Il évapore
la solution éthérée, y ajoute de l’eau, puis de l’acétate triplombique, filtre, précipite l’excès de plomb par l’hydrogène sulfuré,
évapore et décolore la liqueur à l’aide du charbon. Le résidu
d’évaporation est considéré comme le produit chimiquement pur
de la graine. Gerrard, un autre chimiste anglais, précipite la solu­
tion aqueuse de l'extrait alcoolique par le tannin, décompose, à la
façon de Fraser, le tannate par l’acétate triplombique, dessèche la
masse, évapore, reprend par l'alcool et sépare par l'hydrogène
sulfuré les traces de plomb qui n’avaient pas été enlevées ju s­
qu’alors.
Hardy etGallois font macérer les semences pulvérisées pendant
dix jours dans de l’alcool aiguisé d ’acide chlorhydrique. Ils jettent
sur filtre, évaporent le liquide jusqu’à consistance sirupeuse
reprennent par l’eau et font évaporer dans le vide. La strophantine
se dépose dans ces conditions au bout d'un certain temps.
En s ’occupant du même sujet, le professeur Arnaud, du Muséum,
soumet les semences à l’action de l’alcool à 70° ; il chauffe modé­
rément et retient l’huile par filtration; il ajoute ensuite de l’acétate
plombique dont il sépare l'excès, à l aide de l’iiydrogène sulfuré,
et évapore à consistance sirupeuse. La strophantine se dépose
sous forme de cristaux. On la jette sur une plaque de porcelaine
dégourdie, puis on la fait recristalliser dans l’eau bouillante.

211

Cette substance se présente sous forme de cristaux blancs,
amers. Elle se combine à l’eau et s'hvdrate, mais perd de nouveau
cette eau, sous la cloche à acide sulfurique. L ’hydrate fond audessous de 10U", tandis que le produit anhydre ne fond qu’à 165°.
Elle est dextrogyre, soluble dans 43 p. d’eau et beaucoup plus
soluble dans l'alcool.
Sa composition répond à la formule C31H*80 ‘*et correspond
par conséquent à l'homologue supérieur de l'ouabaïne. Ce produit
n’est donc pas identique à celui obtenu antérieurement par Fraser.
Catillon avait retiré des semences de Strophantus, indépendam­
ment de la strophantine, un composé glucosidique différent du
premier par son insolubilité dans l’alcool.
Citons enfin la composition des espèces les plus connues, celles
qui se trouvent le plus répandues dans le commerce et nous
aurons esquissé de cette façon, très brièvement il est vrai, la
partie historique de la question au point de vue chimique.

NATURE
DES E SP È C E S

Niger ....................
id........................
Ilisp id u s...............
Ivombé n“ 1.........
n° 2.........
—
n° 3 ..........
—
n° 4 .........
Xambése...............
Glabre du Gabon.

H U IL E

30
34
31
32
32
32
35
22
37

(Extr. pdlr.)
%

vert pâle.
vert jaune.
jaune.
jaune jiàle.
jaune d’or.
vert jaune.
jaune.

EXTU.

d ’a l c o o l

%

13
13
13
15
15
15
X
4
15

REN D EM EN T
EN STRO PH A N TIN E
%

0.75
O.00
0.65
0.05
t.80
2.6
0.4
0.2
5.0

Les rendements en strophantine sont donc très variables
comme l’indique le tableau ci-dessus; d’après d’autres auteurs,
au lieu d’étre de 0.65 à 5 0/0, ils seraient de 5 à 10 0/0. (Jhber. /'.
P h., 1892.)
L'élude si intéressante faite par Fraser et ses successeurs ne
pouvait être entreprise avec succès qu’avec une quantité de
matière suffisamment considérable. En effet, étant donnés les
chiffres ci-dessus, on comprend aisément que ce n’est pas avec 100
ni 20Ogrammes de semences qu’il est possible d'arriver à des résul­
tats aussi précis et aussi complets. Il est de toute évidence que

�215 —

- 214 —
B. — R é a c t i o n s

m ic r o c h im iq u e s.

Fraser qui, le premier, s'est occupé de l'étude du principe
actifdes Strophantus, indique l'acide sulfurique concentré comme
son meilleur réactif. La substance prend une coloration vert
foncé qui passe au vert jaunâtre et finalement au brun. Une gout­
telette d’acide, déposée sur une coupe mince de la graine, fait
apparaître ces variations de teintes.
Blondel, Hultin, Adrian et Bardet confirment également cette
réaction et ajoutent en outre que, seules les espèces qui présen­
tent ce caractère, sont stropbantinifères ; par conséquent les
S. Kombè et hispidus seuls contiendraient de la strophantine.
La coloration verte, toutefois, ne s'étend pas â la graine entière;
l’albumen seul prend cette teinte caractéristique, tandis que l’em­
bryon devient rouge ou pourpre. Certains auteurs admettent que
cette dernière teinte est tellement intense qu’elle peut masquer
entièrement celle de la strophantine; ils prétendent en outre que
cette coloration rouge doit être attribuée à la présence du glucose
formé au dépens de la cellulose, qui agirait alors secondaire­
ment sur les matières albuminoïdes. Contrairement à cette opi­
nion, émise par Waage et Muller (P harm. J. a. Trans. 1893 avril
et mai), un antre pharmacologiste, M. Fax, tout en envisageant la
coloration verte comme spéciale à la strophantine, trouve que le
rouge, produit à la longue, n'est qu'une teinte de passage au gris
bleu qui termine la réaction.
Holmes vient de publier récemment, sur les réactions microchi­
miques de la graine, en présence de l’acide sulfurique concentré,
un travail complet qui se trouve résumé dans le tableau cidessous.

E b iE Ü E o

LONGUEUR
(le bi
capsule
&lt;!ll
c/in

SEMENCES
Cil
iiüllimèlrcs

a ig r e t t e
___ —
,
■--- — . ..
pied
011
en c/m
c/m

I. — S e m e n c e s
Hispidus..............
Londres...............
N iger...........—
Côte de l’O r.......
Sierra-Leone__

28

13 x 3

30

13 x 3

45

13 x 3

2
4

12 x 2.5

4

2

2

2

18

-

" ■

-

Embryon

vert.
id.
id.
rouge.
id.

pourpre.
id.
id.
rouge.
id.

— Semences certes.

—
15 X 5
17 x 4

—

—

3.5

/

4 à 55

3

vert.
rouge.
vert.

1;i rtrl, 1, i p'iurp

rouge.

rouge.

rouge.

rouge.

rouge.
pourpre.

— Sem ences incolores.

i.i X 3

IV.
Glabre mag........

3

13 X 3

III.
Zambèze.............

3
4
4

20

Fraser..................
—
Manchester.......
25
Londres.............. 25 — 3o

_

Endospermc |

b ru n es.

25

II.

ACTION
de l'acide stilfuriquo
concentre'

3

' 2.5

— Sem ences glabres.

12 — 15 X 4

2

4

A peu près à la même époque, HarUvig a entrepris une étude
analogue qui porte sur un plus grand nombre d’espèces dont
S. hispidus, de Mozambique, et Kombè de Sierra Leone donnent
seules la coloration verte de l’endosperine. Les autres espèces,
qui ne fournissent qu’une teinte rouge ou jaunâtre dans le même
organe seraient-elles exemptes de strophantine? On ne saurait
être trop affirmatif sur ce point — malgré les opinions contraires
citées plus haut — puisque les réactions physiologiques nous
montrent, dans ces mêmes espèces, des réactions absolument
identiques à celles du S. Kombè e\. hispidus.
L ’acide sulfurique concentré, d'après Harlwig, se comporte
donc de la manière suivante :
15

�E SPÈC ES

LONGUEUR
do la
capsule
en
c/m

Longueur

I. — S e m e n c e s
35 — 40
Mozambique..........
Afrique orientale..
Afrique occid.........
N iger......................
Sénégal..................
Ile Los....................
S. Fischeri.............

19
13.5
18
15
15
—

AIGU ETTE

SEMENCES
en millimèlres
largeur

brunes :

latérale
pied
en c/m eu c/m

ACTION
de l’acide suUurii|ue
concentré
Endospevme

Embryon

type Hispidus.

—
3 — 3.5 6 - 8 6 — 8 vert.
11 — 13
rouge.
id.
—
9 — 17 2.5 — 5.5
—
rouge.
id.
—
14.5 — 15 3.5 — 4
—
id.
id.
5
1- 7
3
12
id.
id.
—
3
11
—
id.
id.
1— 6 1— 4
3
1 0 -1 1
id.
id.
3
—
—
11
rouge-jaunâlre
5
3
—
4
—
5
16 — 17

II. — Sem ences g ris-v e rt : type Kombé.
Kombé....................
Sierra-Leone.........
Sénégal..................
Lagos......................
S. Em ini................

30
9^a
21
24.5
—

9 — 22
11 — 19
14
"13
15

3—5
3 -6
2—5
3
4.5

—
—
—
—
—
—
—
—
5—6 3 - 5

vert.
—
jaune.
id.
rouge.
—
jaune brun, puis
rouge sale.

III. — Sem ences incolores recouvertes de p o ils incolores.
9 _ n | 4 — 4.5 | —

N iger....... .............

rouge.

rouge.

rouge.
jaunâtre

rouge.

[Y. — Sem ences glabres.
Lagos......................
Zambèze.................

25
—

13 — 18
10 — 16

4—6
3 —4

—
—

—
—

Il suffit cependant de jeter les yeux sur une préparation de
graine de Strophantus du type Kombé ou hispidus pour voir que
la réaction n'est pas, d'une façon absolue, celle qui se trouve
consignée sur les tableaux précédents. Et tout d'abord, il est aisé
de voir que la préparation microscopique présente un aspect tout
différent selon qu’elle est faite à l’air libre, ou bien fermée par un
couvre objet : c’est ce qui ressort précisément du tableau détaillé
que nous donnons plus loin. D’un autre côté, la variété des réac­

tions des graines du type Kombé, en présence de l’acide sulfuri­
que, est tellement considérable qu’on ne saurait affirmer que la
coloration verte, signalée par les auteurs, soil précisément carac­
téristique de la présence de la strophantine.
Cette différence s'accentue encore davantage en prenant de
l’acide pur, étendu de 2/5 ou de 1/5 d’eau. Nous trouvons alors
comme nous l’indiquons ci-dessous, tantôt de légères teintes vert
pâle ou rose (I, nos 1, 2, 3, 4), tantôt pas trace de réaction (I, n05 5
et G).
Puis, en se servant d’acide à 1/5 d’eau, les trois dernières coupes
affectent une teinte rose qui passe au violet après une heure et
demie, tandis que nos I, 2, 3 de II passent du vert à la teinte
neutre.
Avec l’acide concentré enfin, les différences sont également très
accentuées.
On ne saurait donc dire qu’en général les graines gris-noirâtre
du type Kombé sont colorées en vert par l’acide sulfurique, puisque
dans un grand nombre de cas la teinte qui parait en premier lieu
est rose, et qu’au bout d’un certain temps, elle devient violacée
sans la moindre trace de vert. Ce n’est pas seulement le tissu de
l’organe qui affecte ces diverses colorations, mais aussi les gout­
telettes graisseuses qui y sont engagées.
Si nous comparons maintenant les réactions du tableau I à
celles du suivant qui résume les opérations faites à l’abri de l’air,
par suite de l’application d’un couvre-objet, on remarque égale­
ment des différences très notables. C’est ainsi que les nos 1, 2, 3,
4 de I, passent rapidement au violet, lorsque les échantillons simi­
laires conservent leur teinte vert pâle du début. Nous voyons
de plus dans les nos 5 et G du tableau II des colorations roses,
tandis que les préparations correspondantes des échantillons,
traités à l’air libre, ne sont pas colorées du tout.
L ’acide à 1/5 d’eau produit des différences dans le même genre.
Enfin, si l’on emploie l’acide concentré, on voit que les prépara­
tions couvertes passent de l’orange au brun, au bout de quelques
instants, se maintiennent ainsi pendant fort longtemps, pour pren­
dre une teinte framboise après trois heures environ, tandis que
les préparations à l’air libre se comportent d’une façon tout à fait
différente.Le plus souvent les cotylédonssont colorés diversement :

�— 218 —
l‘un en vert ou bleu et l’autre en rouge. La couleur rouge subsiste
le plus longtemps et ce n’est qu’après t heure I 2 à 3 heures de
contact que la nuance s ’atténue et passe au violet pâle.

TABLEAU IL — Préparations couvertes.
I. — A ction de l ’acide su lfu riq u e p u r , contenant 2/s d 'eau , su r les g rain e s
du type Kombé.

TABLEAU I. — Préparation à l’air libre.

I. — Action de l'aride su lfu riq u e p u r. contenant - 5 d’eau, s u r les g ra in e s

D URER

N° 1

Début. . . .
A fil és 5'.
— 15'.
— 50'
1 h. 40...
3 h. 20...

vert pâle
id.
id.
vert violacé
bleu pâle.

N» 2

N° 3

N° 4

vert pâle

vert pâle
id.

brun violacé pâle

bien violacé pâle

1/2 bleu pâle
1/2 rouge pâle

rougeâtre
id.

id.
vert violacé
violet pâle

id.
vert violacé
violet pâle

id.
id.
violet pâle

N* 6

N° 5

—

—

rose
id.
id.
id.

rose
id.
id.
id.

du type Kombé.
II. — Action de l’acide su lfu riq u e p u r, contenant * /5 d'eau, s u r les mêmes g rain es.

Début.........
Après 5' ..
— 15'...
— 5 0 '...

2 heures...

X» 2

N» 1

Du rée

vert pâle
id.
id.
à peine visible

vert pâle
id.
id.

N° 3
verdâtre pâle
id.
id.
id.

très pâle

id.

N° 4

1/2 rose pâle
1/2 bleu pâle
id.
teinte disparu*

N&gt;5

N» 6

—

__

—

—

—

_

—

—

Début. . . .
Après 3'.
— 10'.
—
—

157 .

25'.
1 h. 30...
3 11. 30...

bleu foncé
id.
vert intense
id.
id.
1/2 bleu
1/2 rouge

vert
id.
1/2 vert vif
1/2 rouge vif
id .
nn-nies teintes allen.

id.
bleu foncé

vert
id.
1/2 vert vif
1 2 rouge vif
id.
• id.
id.
id.

rougeâtre
rose
id.
id.
id.
violacé
id.

rose
id.
id.
id.
id.
id.
id.

0

rose
id.
id.
id.
id.
id.

III. — Action de l'acid e su lfu riq u e concentré su r les mêmes grain es.
II. — Action de l'acide su lfu riq u e p u r, contenant '/s d ’eau,
sur les memes g rain es.
Début.........
Après 10'..
20'..
-

35'..

id.
1/2 bleu
1 2 rouge
1 '2 bleu pâle
12 rouge pâle

1 h. 30___
3 h. 30.

vert
id.
id.
vert pâle

vert
vert bleu
bleu
1 2 bleu pâle
1 2 rouge pale

violacé pâle

teinte bleutée à peine visible

rose
id.
id.

rose
id.
id.

rose
id.

id.

id.

id.

Après 10'..
—

40'..

1 li. 30.......
3 h. 30__

1/2
12
1/2
1/2
1 !
1/2

bleu
rouge
bleu
rouge
bleu vif
rouge vif

rouge
rouge
1 2 bleu foncé
l 2 rouge foncé rouge
rouge vif
rouge vif

passe au violet pà le
teinte neutre très pà le

3 h . 3 0 ...

rouge framboise

orange
brunit
brun
id .
id .
ronge framboise

orange
brunit

orange
brunit

orange
brunit

brun jaunâtre

brun jaunâtre

broo rougeâtre

rouge

jaune rouge
id.

jaune rouge

jaune rouge

rouge framboise

rouge (ramboise

id .
rouge framboise

id .
rouge framboise

orange
brunit
bru n
id .

id.

violacé pâle
à peine reconnaissable

III. — Action de l'acide sulfurique concentré s u r les mêmes grain es.
Début.........

Début. . . . orange
Après 10'. brunit
— 25'. brun
— 50'.
id .
1 b. 3 0 . . .
id.

rose

rose

rose

id.

id.

id.

id.

id.

id.

violacé
teinle à peine visible

Les réactions consignées dans les tableaux III et IV s ’éloignent
notablement des précédentes. La graine de S. hispidus, traitée par
l’acide à 2/5 d ’eau, se rapproche, quant à la coloration, de celle de
S. minor ; mais elle diffère complètement de S. glabre et S. Zambèse. Comparée à notre graine, elle présente, au contraire, dans
ces conditions expérimentales, une certaine analogie. Cependant,
quand l’acide ne contient que 1/5 d’eau, on voit que S. glabre et
S. minor s ’en différencient davantage et que S. Zambèse surtout
prend une teinte rouge vif qui se maintient la même pendant près
de 3 heures. Notre graine, par contre, devient rouge orange, puis

�-

rouge violacé pour ne s’atténuer vers le bleu que 3 heures après
le début de l'expérience.
Les teinles dans le même ordre sont plus accentuées encore
quand on opère avec l'acide concentré.
Le tableau IV qui résume les modifications des phénomènes de
coloration dans les trois conditions opératoires — la préparation
se trouvant sous un couvre-objets — fait ressortir les nuances
spéciales du S. Zambèse et du S. d’Autran. L'embryon et l’endosperme de cette dernière graine, sous l'influence de l'acide con­
centré, passent de l’orange au rouge. La préparation conserve la
nuance rouge, tandis que le liquide qui l'imprègne devient de plus
en plus jaune et présente une lluorescence très brillante. Ce n'est
qu’au bout de deux heures environ que cette fluorescence s ’at­
ténue: lateinte jaune rouge fait alors place à une teinte violet pâle.
Ce phénomène parait donc différencier notre graine de toutes
celles que nous avons eu l’occasion d’analyser jusqu'à présent.

Action de l'acide su lfu riq u e p u r, contenant 2/5 d'eau, su r des g rain e s diverses.
Du rée

G i .a b r e

M in o r

Début..........
Après 3 '...
10'...
— 25'...
— 35'...
3 heures__

0
0
0
0

tig. ex‘. brun

0

emb. blea ^
id.
id.
id.

H i s p i d u s (1)

H i s p i d u s (2)

verdâtre pâle verdàt. pâle
violacé
violacé
bleuâtre
bleuâtre
id.
id.
vert nickel pâle

verl nickel pâle

D ’A u t r a n

0
0
0

èmtir. bleu pâle

0

Début..........
0
0
Après 15'... brun pâle brun violacé
— 3 0 '...
id.
itl.
3 heures__
bleu faible
id.

1/2 bleu
1/2 rouge
id.
id.
bleuâtre

rouge pâle
rouge vif
id.
rouge violacé

—

30'

3 heures.

brun
id.
id.
brun pâle

brun foncé 1 vert olive
1/2 bleu
id.
j 1/2
rouge
id.
id.
bleu violacé 1 violet bleu

vert olive
1/2 bleu
1/2 rouge
id.
violet bleu

rouge pâle
rose rouge
id,
violet

Zam b ès e

0
U

rose tendre
rose
id.
violet

D ’A u t r a n

0
bleu pâle
id.
id.
id.
id.

1 5 '.

(erre deSienne pâle
id.
id.
id.
id.

brun pâle
id.
id.
id.
violacé

vert

1 /2 bleu
1/2 rouge

id.
id
id.

vert
bleu
rouge
id.
id.
id..

1/2
1 /2

0 ratage
rose
rose rouge orange rouge
id.
id.
id.
rose rouge vif
violacé
id.

Début. ... terre de Sleaoe faible orangé brun.
id.
id.
Après b'.
— 10'.
id.
id.
brun
id.
— 15'.
— 30'. brun violacé brun violacé
ponceau
3 heures violacé foncé

vert olive
id.
id.
brun sale
violacé
violet foncé

vert olive
id.
id.
brun sale
violacé
violet foncé

terre d’ombre
orange
id.
rougeâtre
violacé
id.

orange
vire au rouge
rouge arec dichrolsm»
id.
rouge (crie lluoresteoce
îioltt (oued , abseoed
de (laoreieeuue

C. — S t r o p h a n t fn e .

rouge orange
rouge violacé

id.
bleu pâle

III. — Action de l'acid e su lfu riq u e p u r concentre su r les mêmes g ra in e s.
Début. ..
Après 15'

0
violacé pâle
id .
id.
id.
id.

id.
id.
id.
bleu

II. — Action de l'acid e su lfu riq u e p u r, contenant V5 d 'e au , sur les mêmes graines.
1/2 bleu
1/2 rouge
id.
id.
bleuâtre

0

bleu pâle
id.
id.
id.
id.

H i s p i d u s (2)

Action de l'acide su lfu riqu e p u r concentré su r les m êm es.

Za m bèze

verdàt, pâle

H i s p i d u s (1)

Min o s

Action de l'acide sulfurique p u r contenant l/n d'eau su r les m êm es grain es.

— 30'.
3 heures

D u rée

Glabre

0
0
Début. ...
Après 3'. rnibrjon terre Sienne embrjon bleu pâle
id.
— 10'. rose tendre
rose
id.
—
1 5 '.
id.
id.
— 30'.
bleu
3 heures. violet pàie

—

I . — Action de l’acide su lfu riqu e p u r , contenant 2/5 d 'eau ,
s u r des g ra in e s diverses.

—

TABLEAU IV. — Préparations couvertes.

Début. ...
Après 10'

TABLEAU III. — Préparations à l’air libre.

221

rose rouge
rougo orangé
rougo violacé

bleu

Le produit, primitivement obtenu par Fraser au moyen de
l’extrait alcoolique des graines de Strophantus, était amorphe.
Convenablement traité par l’acétate de plomb, il a été transformé
en acide kombique, resté à l'état insoluble, en combinaison avec
l’oxyde de plomb et en strophantine cristallisée répondant,
comme nous l’avons dit en commençant, à la formule Ci0H34O10.
D’après l’auteur, ce composé est caractérisé par la coloration

�— 223 —
vert clair, puis vert jaune, puis brune, au contact de l’acide sulfu­
rique concentré. Avec SO*II* et le bichromate de potasse, il se pro­
duit une coloration bleue. Avec l’acide phosphomolybdique et
l'acide sulfurique, on obtient une coloration bleue ; au bout de
quelques heures coloration plus accentuée encore, après addition
d’une goutte d'eau. Le mélange d'acide chlorhydrique et d'acide
azotique fait apparaître une teinte jaune. Avec l’ammoniaque et
les autres alcalis la matière se colore en jaune.
Une solution d’acide phosphomolybdique à 1 0/0 donne dans les
solutions de strophantine une liqueur vert clair qui au bout de
quelque temps devient gris bleu. L'azotate d'argent fournit un
faible précipité brun rougeâtre. Les alcalis la colorent en jaune.
L'acide sulfurique étendu fait naître un faible précipité blanc ou
une opalescence seulement, suivant le degré de la dilution. Avec
le tannin il se forme un précipité abondant, soluble dans un excès
de l’un et l'autre réactif. Tandis que les acétates plombique et triplombique, les chlorures d’or et de platine, le sulfate de cuivre, le
bichromate de potasse et les iodures doubles, ne la précipitent pas.
L ’acide sulfurique à chaud la dédouble, enfin, en glucose et
strophantidine.
N'avant pu, avec la faible quantité de matière que nous avions
à notre disposition, obtenir, malgré nos tentatives, le principe
actif de notre graine nouvelle, nous avons cherché cependant à
nous rendre compte — dans le courant de ce travail — des pro­
priétés du composé commercial, fourni par diverses maisons de
France et d’Allemagne et connu sous le nom de strophantine.
Nous n'avons pas été peu surpris de constater que ces produits
étaient loin de présenter îles réactions identiques. A la suite de
quelques essais préliminaires, faits avec huit échantillons de
provenances diverses, nous avons fini par reconnaître qu'ils
ne pouvaient provenir que de trois fabriques différentes. Nous
rangeons, par conséquent, sous la rubrique A, trois produits
présentant les mêmes réactions au contact de l’acide sulfurique ;
sous la rubrique B, quatre autres, dont les phénomènes de
coloration sont différents et enfin, un seul, C, dont les caractères
n'ont rien de commun avec ceux de A et B.
Ces différences d'ailleurs ne sont pas de nature à nous surpren­
dre, puisque nous avons indiqué, plus haut, que la strophantine
de Fraser n'était pas la môme que celle de Arnaud, du Muséum.

TABLEAU V
Préparations à l’air libre.

Préparations couvertes.

1. — Action de l’acide su lfu riq u e p u r, contenant 2/-&gt; d 'eau , s u r les stroph antin es
de proven ances diverses.
Dorée

A

B

G

Début...
Après 2'.
8'.
— 15'.
— 30'.
— 40'.
1 h. 3 0 '...
1 h. 50'. .

rose très pâle
bleuté
verdâtre
id.
vert bleu
bleu
id.

rose très pâle
violacé
id.
id.
id.
bleu violacé
bleu

orange pâle
id.
verdâtre
ir r t

entoura

A

d e ja u n e

vert clair
id.
vert sale

G

B

rose très pâle rose très pâle orange pâle
violacé
violacé
id.
verdâtre
id.
id.
vert olive
id.
o ro n g e san s vert
id.
id.
o ra n g e tr. d e v e rt
id.
id.
id.
id.
violet bleu
id.

II. -— A ction de l'acid e su lfu riq u e p u r , contenant */3 d e a u , su r les mêmes.
Début. . . .
Après 1'.
— 6'.
— 12'.
— 35'.
— 50'.
1 h. 15'..

mordoré vif
vert clair
vert olive
olive et brun
id.
p r é c ip ité

v ert

id.

orange vif
rouge vif
id.
rouge vein.
id.
id.
id. (5)
violacé (3)
l é " , p o in te v e r t e
id.
violet bleuté verdâtre
teinte neutre v e r t n i c k e l s a l e

mordoré
vert
vert brun ( 1)
id.
id.
id.
id.

rouge

1.

de

S ie n n e

t. de Sienne
id.
t.

d e S ie n n e r io ls e d

id.
id.
id.

orange vif
id.
id.
id. (7)
id.
id.
id.

III. — Action d ■ l'acide su lfu riq u e p u r concentré su r les mêmes.
Début.. . m o r d o r é v i f v e rt
Après 3'. olive brun
—
8 '.
brun
30'. brun et vert
1 b. 3 0 '... v e r t p r é c ip ité
id.
1 h. 4 0 '...

oronge et 1. de Sienne

jaune d'or orange

t. de Sienne
id. (4)

orange
id. (G)

1. de Sienne fonri*

o ra n g e e t v e rt

trou d’ombre
teinte neutre

id.
id.

n&gt;orJor&lt; le rl bran

bru n

id. (2)
id.
id.
id.

ronge t. de Sienne

id.
id.
i&lt;l.
id.

pas-^e au v io le t

orange vif
id.
id. (8)
id.
id.
id.

A propos de ces réactions, nous ferons remarquer que l’acide
sulfurique, étendu de 2/5 d'eau, ne fait apparaître que des teintes
excessivement pâles au début, qui cependant, s’accentuent de
plus en plus, dans l’espace d’une demi-heure. Elles se foncent
davantage encore, quand la durée du contact se prolonge au-delà
d’une heure ; à partir de ce moment, elles s ’affaiblissent de
nouveau.
En comparant les teintes, fournies par l'acide à 1/5 d’eau et l’acide
concentré, nous voyons, dans les préparations couvertes, que celle

�— 224 —

— 225 —

de 1' de l’échantillon A est encore verte, tandis que celle de 2' du
même échantillon n'est qu’uniformément brune.
Dansl’échantillon B, nous trouvons une teinte nettement violacée,
produite par l'acide à 1/5 d'eau, tandis qu'elle est terre de Sienne
au bout du même temps (voir 3 et. 4) avec l'acide concentré. Les
teintes rouges, par contre, sont les mêmes pour G, soit que l’on
opère avec l’acide à 1/5 d’eau ou l’acide concentré, les prépara­
tions étant exposées directement à l'air ou couvertes (voir 5, 0,
7,8).
Au point de vue des phénomènes de coloration, les réactions des
strophantines commercialessont donc entièrement différentes. En
ce qui concerne leur solubilité, nous avons trouvé que les échan­
tillons A et B sont également solubles dans l’eau et l'alcool, tandis
que G, est très peu soluble, puisque sur 0 gr. 21) nous n’avons pu
dissoudre à froid que Û gr. 016, ce qui constitue donc un degré de
solubilité de 8 0/0 seulement ! Alors que les autres échantillons
sont solubles, à peu près en toute proportion.
En outre, l'échantillon A présentait une teinte légèrement jau­
nâtre, tandis que les deux autres B et G étaient parfaitement
blancs. Enfin, le produit d’évaporation de A et B était amorphe et
celui de C magnifiquement cristallisé.
Il s'ensuit donc que les strophantines commerciales sont diffé­
rentes les unes des autres. L ’une de ces trois variétés constituet-elle le produit chimiquement pur ? Il est certain qu’il faudra
encore un temps assez long pour résoudre ce problème.
En attendant que d’autres s'occupent de la vérification de l’iden­
tité de ces produits, nous nous proposons de rechercher dans la
graine nouvelle le principe actif analogue ou identique à celui qui
a fait déjà l'objet d'études très sérieuses de la part de nombreux
chimistes.
D’ici là, nous nous tiendrons sur une sage réserve au sujet des
caractères micro-chimiques de la strophantine. Dire, en effet, que
les graines seules qui se colorent en vert contiennent ce principe,
alors que notre tableau V nous montre que deux variétés au
moins de strophantine sur trois, se colorent en orange et en
rouge et non en vert, serait, il nous semble, affirmer que ces grai­
nes ne contiennent pas le principe actif que nous avions entre les
mains. Nous ajouterons en outre que, même la variété A qui se
colore en vert par l’acide, à divers degrés de dilution, ne se coin-

porte pas comme certaines graines d’Hispidus ou de Kombé au
point de vue de l’éclat et de la durée de la coloration verte signalée.
Tabl. I, II, III, IV.
D. —

H u il e .

L ’analyse de la graine nous a fourni 21.545 0/0 d’huile grasse
légèrement, verdâtre ; sa densité = 0,924 se rapproche de celles
que Fischer et Helbing ont trouvé pour l’huile de S. hispidus
0.927 et. 0.925.
Cette huile est facilement saponifiable par la potasse alcoolique.
Le savon décomposé par de l'acide chlorhydrique fournit un mag­
ma solide qui,après lavages répétés, est fusible à 45° et solidiflable
à 38° 5.
Faute de produit suffisant nous n’avons pu déterminer les indi­
ces d’iode (Iiübl) et. de saponification (Kœttsdœrfer) qui sont de
95,0 et 179,5 pour l’huile de S. hispidus (Jahrb. f. Ph. 1887. p. 35).
Il est à présumer que les constantes physiques de l’huile nouvelle
ne doivent pas sensiblement différer de celles-ci.
E. — E x t r a it aqueux et S e l s .

Nous ne nous arrêterons pas à l’étude des principes contenus
dans l’extrait aqueux, ni à celle des composés salins provenant
de l’incinération, puisqu’ils ne présentent aucun intérêt spécial.
Les produits solubles sont ceux que l’on rencontre dans toutes les
graines, matières albuminoïdes et autres et les sels fixes sont
des composés calciques et alcalins avec quelques traces de fer et
de manganèse.

�— 227 —

ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE

Si l'étude chimique de la graine nouvelle, comme aussi celle
des autres, laisse encore beaucoup à désirer, ainsi que nous
l'avons fait remarquer plus haut,nous sommes moins embarrassés
pour formuler nos conclusions au sujet de leur action physiolo­
gique.
En effet, soit que l’on prenne l'extrait alcoolique du S. gltabre,
minor, hispidus, Kombé, Zambèse ou d'Autran, pour l’injecter à
des grenouilles, on constate que les phénomènes physiologiques
chez ces animaux sont, sinon absolument identiques,du moins très
rapprochés. Nos essais ont toujours été faits dans les mêmes condi­
tions et par conséquent les résultats obtenus sont entièrement com­
parables. 2 gr. de graines, déchiquetées aux ciseaux, puis broyées
avec dusable parfaitement lavé à l’acide,puis à l'çau,ont été soumis
pendant deux heures à l'action de l’éther de pétrole. L ’huile ayant
été enlevée on épuise la matière par de l'alcool ; au bout de quatre
heures l'opération est considérée comme terminée. On évapore le
liquide alcoolique, on reprend par l’eau qui laisse à l’état insolu­
ble une certaine quantité de matières grasses, et l'on filtre. Le
liquide est additionné d'eau de façon à occuper 20 cc. La solution
est donc telle que 10 cc. correspondent à 1 gr. de graines, ou 1 cc.
correspond à 0 gr. I.
Nous prenons 1 cc. de la solution pour la diluer dans neuf fois
son volume d'eau et obtenons ainsi une liqueur contenant par
cc.. un centigramme de graines. Nous injectons alors tantôt 0.005
ou 0.0025 ou une fraction plus faible encore, et obtenons des
résultats consignés dans les planches ci-dessous.
Strophanline Kombé. — Nous voyons, Tabl. I, fig. 1, qu'après
l'injection d'une quantité de graines représentée par 0 gr. 004 les
amplitudes des battements du cœur diminuent déjà au bout de la
deuxième minute. Un peu plus tard, le nombre et l’amplitude sont

réduits de beaucoup et le cœur est arrêté complètement au bout
de la quatrième minute.
Le tracé est à peu près le même après une injection deOgr. 003
de matière (fig. 2). Enfin lig. 3, nous montre qu’à la suite de six
battements, à l’état normal pour un temps déterminé, il n'eu existe
plus que quatre, au bout de neuf minutes; leur amplitude est
réduite au tiers environ et à la quatorzième minule le cœur cesse
de battre.
L ’animal, remis en liberté, exécute encore tous les mouvements
de marche et du saut comme avant l’opération ; mais après un
quart d’heure, une demi-heure ou plus encore, il finit néanmoins
par rester complètement inerte et ne répond plus aux excitations
d’aucune sorte.
S. hispidus. — Nous assistons ici à la même scène. Avec de fortes
proportions d'extraitOgr. 004 et 0 gr. 003 (lig. 1 et 2, Tabl. II), le
cœur s'arrête entre la septième et la neuvième minute. Il se produit
bien encore dans la deuxième expérience un léger mouvement des
oreillettes signalé par deux faibles soulèvements du levier, mais
plus tard, à la onzième et douzième minute, le tracé général qui ne
figure pas ici redevient une ligne parfaitement droite. Quand la dose
est inférieure aux précédentes, l’arrêt du cœur est plus lent à se
produire : ici, dans le cas qui nous occupe, nous observons, au bout
d’un certain temps, des amplitudes presque aussi considérables
que celles du début ; mais elles ne se rapportent pas aux mouve­
ments du ventricule qui est entièrement exsangue et rigide. Ce
sont les oreillettes seules, dont l’action fonctionnelle est encore
éveillée, qui fournissent ce tracé un peu différent des deux pre­
miers. L'ensemble des phénomènes est cependant le même comme
pour le S. Kombé et nous le verrons encore reproduit par l’injec­
tion de l’extrait provenant des autres espèces.
«S. glabre — L ’analogie des phénomènes physiologiques se
poursuit encore ici : La dose de 0 gr. 004 arrête en effet le cœur
au bout de la quinzième minute. Celle de 0 gr.003 présente une
particularité digne de remarque et que nous avons observée d’ail­
leurs à plusieurs reprises dans des cas analogues. Le nombre des
battements au bout des quatorzième et quinzième minutes est
réduit à trois seulement, alors qu’il était primitivement, pour le
même temps, de cinq. Puis les battements cessent brusquement à
la seizième minute et le tracé devient une ligne droite. Mais ce

�— 229 que notre fig. 2, Tabl. III ne représente pas c’est un mouvement
convulsif, brusque, exécuté par l'animal et à la suite duquel le
cœur avait cessé de battre. Des t racés analogues ont été reproduits
dans d’autres cas et tout en cherchant à remettre en place les oreil­
lettes sorties des cuillerées, au moment même où les convulsions
avaient cessé. Leurs battements étaient tellement faibles qu’ils
n’ont pu soulever le levier, par conséquent le tracé était forcément
réduit à une ligne droite.
5’. Zambèse. — Ici encore nous voyons les mêmes phénomènes
précurseurs de l'arrêt du cœur après injection de 0 gr.004 de ma­
tière. Lorsque la dose est un peu supérieure à la moitié, c’est-à-dire
Ü gr. 00-25. Nous retrouvons dans fig. 2 de Tabl. IV un tracé simi­
laire à celui de fig. 2 Tabl. III. Puis quand la dose devient dix fois
moindre que la précédente, nous trouvons que les amplitudes des
mouvements sont moitié aussi grandes que celles du début et que
le cœur est loin d'être arrêté à la vingt-cinquième minute. 11 a fini
cependant par ne plus se contracter du tout au bout d'une heure,
mais ce tracé n'a pas été représenté sur notre Tabl. IV.
•S1. d'Autrcin. — La nouvelle graine possède les mêmes pro­
priétés physiologiques que les précédentes. L ’arrêt du cœur com­
mence en effet à la sixième minute, après une injection de 0 gr. 003
de matière. Peu après, il y a encore quelques faibles mouvements
auriculaires, mais qui finissent cependant par disparaitre com­
plètement.
Après une injection de 0 gr. 002, le cœur, après avoir été presque
arrêté à la vingt-deuxième minute, reprend encore un peu : les
oreillettes se meuvent encore, mais s ’arrêtent à la vingt-sixième
minute. Puis nous assistons à une nouvelle reprise jusqu’à ce que,
au bout de trente-cinq minutes, le tracé se réduise à une ligne
droite qui ne change plus.
Avec une dose plus faible encore 0 gr. 0015 l'arrêt du myocarde
est complet au bout d’une demi-heure.
Ici, comme dans les cas précédents, l'animal détaché de la plan­
chette, saute de tous côtés pendant une dizaine de minutes, un
quart d’heure et même au delà, mais la paralysie des membres
postérieurs et antérieurs est bientôt complète, et succède à celle
des mouvements respiratoires. La scène se termine sans convul­
sions.
Strophantines de diverses provenances A. B. C. — Les diverses

espèces de strophantines qui nous ont servi dans l’étude compa­
rative des réactions chimiques ont été employées à quelques
réactions physiologiques. Les doses employées ont été de Ogr. 0001
de matière. La marche générale qui précède l'arrêt complet du
cœur est toujours la même et, si non identique, du moins compa­
rable à celle que nous avons obtenue dans les cas précédents. Ces
réactions physiologiques nous permettent donc de conclure que le
principe actif amer, amorphe dans certains cas, cristallisable dans
d’autres, extrait des graines de Strophantus de diverses espèces,
est identique à peu de chose près à celui qui provient des extraits
alcooliques de ces mêmes graines.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS

1° La graine nouvelle présente une Composition chimique ana­
logue à celle du é&gt;. hispidus étudié pour la première fois par
Fraser. On y constate la présence d'une huile de même densité; celle
d’un principe amer, mélangé de sucre, de tannin et de corps gras
à peu près dans les mêmes proportions; d’un extrait aqueux conte­
nant des matières albuminoïdes et mucilagineuses ; de sels fixes
qui se rapprochent par leur composition de ceux des autres
espèces ;
2° La gousse renferme également le principe amer, mais en
moindre quantité ;
3° Les extraits alcooliques de la graine et de la gousse ne pré­
sentent pas les mêmes phénomènes de coloration que ceux des
espèces connues jusqu’à présent ;
4° Les réactions physiologiques sont identiques à celles des
S . Kombé, hispidus, glabre, Zambèse ; elles sont identiques éga­
lement à celle de la strophantine commerciale.
En conséquence nous croyons être en droit de conclure que
cette graine nouvelle contient de la strophantine quoique nous
n’ayons pu isoler ce glucoside, faute de quantité de matière
suffisante.
F 1*. SCH LAGD EN HAU FFEN .

�Action de l’extrait alcoolique de la graine de S. KOMBÉ sur le cœur de la grenouille.
Injection de O gv. 004.

In je c tio n d e O

'/&gt; '•

Tableau I

Injection de t) gr. 0015.

00-7 .

Après 4 mi nul Ps.

Après 4 minutes.

Après 14 minutes.

Après 3 minutes.

Après 3 minutes.

Après 9 minutes.

Après 2 minutes.

Après 2 minutes.

Après 7 minutes.

Après 1 minute.

Après 1 minute.

Après 5 minutes.

Fig. 1. — C œ u r n o rm al.

Fig. 2. — C œ u r n o rm al.
C AR D IO G RA PH E

IDE

IMITEE Y

Action de l’extrait alcoolique de la graine de S. HISP1DUS sur le cœur de la grenouille.

Tabl.

Injection de O fjr. 004.

Injection de O gv. 001.

Injection de O gv. 0015.

Après 3 minutes.

Après 6 minutes.

Après 20 minutes.

Après 1 minute.

Après 3 minutes.

Fig. 1. — C œ u r norm al.

Fig. 3 .— C œ u r n o rm al.

Fig. 3. — C œ u r norm al.

II

��Action de l’extrait alcoolique de la graine de Strophantus d’AUTRAN sur le cœur de la grenouille.
Injection de O gr. 003.

In jection de O

Tabl.

002.

Api*, s 7 minutes.

\pivs 31 et 35 minutes.

Fig. 2. — C œ u r n o rm al.
CARDIOGRAPHE

DE

DI A R E Y

Action de lasolution aqueuse de STROPHANTINE de diverses provenances sur le cœur de la grenouille.

Tabl

�I/EROUMA DE NO O VE f;L E-GA LÉ DON IE
ET

SON

P R O D U IT R É S IN E U X

Par M. Henri JUMELLE, Maitre de Conférence à la Faculté des Sciences de Marseille

�L’EROUMA DE NOUVELLE-CALEDONIE
ET

SON

Par

PRODUIT

M. H e n r i

RÉSINEU X

JUM ELLE

Maître de Conférences à la Faculté des Sciences de Marseille

(Voir au Musée Colonial de Marseille : hors vitrine,des branches d’Erouma ;
vitrine de la Nouvelle-Calédonie, bocal contenant la résine).

On désigne en Nouvelle-Calédonie sous le non! d’Erouma, ou
encore de Bée, le Macaranga Vedeliana Midi. (Acalypha Vedeliana Bâillon), commun surtout dans les îles Lifou et Maré.
C’est un petit arbre à ramules légèrement anguleux couverts
de poils bruns, et à grandes feuilles entières, ovales, cordées à
la base, acuminéesau sommet. Le limbe de ces feuilles a 15 à 18
centimètres de longueur, sur une largeur sensiblement égale.
Müller (d’Argovie), dans le Prodrome, indique le pétiole comme
plus court que le limbe ; cette description s ’applique aux petites
feuilles, les seules que l'auteur semble avoir vues, mais non
aux grandes, chez lesquelles le pétiole a la même longueur
que la nervure médiane.
Müller dit encore de la feuille qu’elle est trinerviée ; en réalité,
il part du sommet du pétiole sept nervures principales, les
deux plus externes de chaque côté étant il est vrai, très courtes,
et restant limitées à la base du limbe.
Des trois autres, la médiane présente, à droite et à gauche, 5 à
G fortes nervures secondaires obliques; les deux suivantes ne
portent de ces nervures secondaires, également obliques, qu’en
dehors. Mais toutes ces nervures, principales et secondaires,

�— 240 —
sont, de plus, reliées entre elles par de nombreuses nervures
moins saillantes qui leur sont, celles-là, perpendiculaires.
L.a face supérieure est glabre, et, seules, les nervures sont cou­
vertes de poils blancs ; la face inférieure au contraire possède de
ces poils, non seulement sur les nervures, mais aussi sur le reste
de sa surface. Cette face est, en outre, parsemée d’un grand
nombre de ces petites glandes jaunes qu’on trouve sur presque
toutes les feuilles de Macaranga et de Mallotus.
L'inflorescence mâle, très longue (10 à 15 centimètres), res­
semble à celle des Acalypha: c'est un épi simple de fleurs à 8 ou
10 étamines. L'axe est fortement poilu. Nous n’avons pas eu en
assez bon état pour les décrire, les fleurs femelles, qui sont encore
mal connues ; nous pouvons dire seulement qu’elles sont disposées
par petits groupes, en inflorescences courtes.
Mais, d’ailleurs, avec les seuls caractères précédents le Maca­
ranga Vedeliana est suffisamment défini. Son inflorescence mâle
le rapprocherait des Acalypha, mais déjà la forme de ses anthè­
res, si l’on s’en tient à la morphologie externe — et nous verrons
que l'anatomie amène à conclure dans le même sens, — l’éloigne
de ce genre. Et,d’autre part,comparé aux autres espèces de M aca­
ranga néo-calédoniennes, il dilTère, par exemple, du Macaranga
corymhosa, par la forme de ses feuilles, du M. Vieiltardi par la
présence de glandes à la face inférieure du limbe, du M. coriacea
par la disposition de ses fleurs mâles.
Le Macaranga Vedeliana est bien connu des Canaques, qui, en
grattant l’écorce et en faisant chauffer la poudre qu'ils recueillent
obtiennent une matière résineuse dont ils se servent, soit,
en guise de colle-forte, pour réparer les calebasses, soit, surtout
comme mastic, pour boucher les trous des flûtes et les fissures
d’objets variés.
Nous avons eu entre les mains le produit ainsi préparé par les
indigènes ; il est noir, à cassure brillante. Mais il est bien évident
qu’en raison de ce mode primitif de préparation, un tel produit
doit renfermer beaucoup de matières étrangères ; aussi avonsnous préféré pour l’étudier, examiner un autre échantillon envoyé
au Musée Colonial avec la mention : préparé par les dissolvants.
Ce second échantillon, déjà purifié mais qui avait les mêmes
propriétés que le précédent et pouvait être utilisé de même, était
verdâtre, à cassure mate.

Sa densité est de 0,95. Jeté dans l’eau bouillante, il se liquéfie et
s ’étale à la surface en une couche qu’on entraîne tout entière si
on la soulève par le bord avec un agitateur ; aussitôt hors de l’eau,
elle se solidifie, la substance, restant vert brunâtre, mais prenant
le ton brillant du produit préparé par le feu. Lorsqu’on la chauffe
directement, dans une capsule, elle devient plus fluide, ne s ’enlève
plus en masse et se colore en brun foncé.
C’est très probablement en la chauffant ainsi à feu nu que les
indigènes s ’en servent.
Dans l’ignorance, où nous étions, des dissolvants employés,
nous avons repris successivement notre échantillon par l’éther, le
chloroforme, la benzine, le toluène et l’alcool absolu.
L ’éther, le chloroforme et le toluène l’ont dissous à peu près
complètement, ne laissant que 5 à 8 0/0 de résidu. Les trois solu­
tions sont jaune clair. Mis à évaporer, après filtration, le chloro­
forme et le toluène abandonnent une substance jaune, qui forme,
au fond du vase, une couche homogène ne se solidifiant bien que
si l'on chauffe la capsule au bain-marie. A froid, la résine retient
une petite quantité du dissolvant qui la rend pâteuse. L ’éther
s'évapore plus facilement en totalité, mais la substance se dépose
sous forme de granules irréguliers.
Avec l’alcool absolu, le résidu est plus fort qu’avec les trois
liquides précédents : 15 0/0 environ. Ici, la substance laissée par
l’évaporation du liquide filtré est pulvérulente et blanche. Mais,
chauffée au bain-marie, cette poudre blanche fond en formant
une couche homogène jaunâtre, semblable à celle que donnent le
chloroforme et le toluène.
Le mode d’action de la benzine est à rapprocher de celui de
l’alcool absolu. Le résidu, sur le filtre, est de 15 à 18 0/0; il est
formé par une poudre brun foncé. Quant au dépôt du liquide
filtré et évaporé, il ressemble à celui qu’on obtient avec le chloro­
forme et le toluène : c’est une matière jaunâtre,formant une couche
homogène qui est pâteuse à froid, mais qui se solidifie entière­
ment lorsqu’elle a été chauffée.
On voit toutefois que, malgré la ressemblance apparente, la
résine extraite par la benzine est, comme celle extraite par
l’alcool, plus pure que le produit obtenu par les trois autres
dissolvants.
Ether, chloroforme et toluène avaient dissous, en effet, cette

�_ 242 _
poudre brunâtre insoluble dans la benzine. Or, par quelques
expérience faites sur la substance dissoute dans ce dernier liquide,
nous avons pu nous assurer qu'elle a toutes les propriétés qui
font utiliser la résine de l'Erouma ; le résidu que dissolvent en
plus l'éther, le chloroforme et le toluène doit donc être considéré
comme matière inutile et étrangère.
Ainsi, pour obtenir, aussi pur que possible, le produit de
l'Erouma, il faut avoir recours, comme dissolvants, à la benzine
ou à l’alcool absolu, plutôt qu’à l’éther, au chloroforme et au
toluène. La substance ainsi purifiée a une couleur jaune pâle,
prise en masse ; à l’état pulvérulent, telle qu’on l’obtient par
l'alcool absolu, elle est blanche. Ajoutons que sa densité est
supérieure à celle que nous avons donnée tout à l’heure pour
l’échantillon impur ; elle s ’élève à 1,01.
"Voyons, à présent, quelle est la localisation de cette résine dans
la plante. Dans son travail sur l’anatomie des Acalyphées appli­
quée à la classification, M. Rittershausen (1) signale comme
assez variable, du moins dans les détails, la structure de la tige
des diverses espèces de Macaranga qu’il a étudiées. Chez cer­
taines espèces, telles que M. indica, M auritiana et tomentosa, la
moelle reste parenchymateuse, alors que chez la plupart, cepen­
dant, elle est lignifiée. D’autre part, à la périphérie du liber, les
Macaranga indica, M auritiana et triloba présentent un anneau
interrompu, composé seulement de fibres, tandis que, chez les
autres espèces {M. Helferi, javan ica, gummiflua, minutiflora,
populifolia, etc.), l’anneau est formé de fibres mêlées à des cellu­
les scléreuses. A côté de ces différences, toutefois, tous les
Macaranga décrits par l’auteur ont, comme caractères communs,
l’étroitesse des rayons médullaires, la structure du bois, consti­
tué par de nombreuses fibres, avec de larges vaisseaux et très peu
de parenchyme ligneux, la formation d’éléments scléreux dans
l’écorce primaire, l’absence de tubes criblés périmédullaires, et
enfin la présence de laticifères dans la moelle, où ils sont relati­
vement larges, dans le liber et l'écorce, où ils sont plus étroits.
De ces divers caractères qui semblent ceux du genre d'après les
espèces examinées par M. Rittershausen, un seul fait défaut dans
(1) Paul Rittershausen ; A natom ischsystem atische Untersuchung von
Blatt und Axe der Acalypheèn (Inaugural Dissertation. München, 1892).

le Macaranga Vedeliana; ni dans les rameaux, ni dans les bran­
ches plus âgées — et nous en avons examiné qui avaient 3 centi­
mètres de diamètre — nous n’avons vu d’éléments scléreux à
l’intérieur de l’écorce primaire. Dans la région péricyclique
seule est une zone de fibres à lumen très étroit. Ces fibres n’étant
pas accompagnées de cellules scléreuses, notre Macaranga se
rapproche, à ce point de vue, des Macaranga indica et M auri­
tiana. Et il est à remarquer que ce rapprochement est encore
accentué par la non lignification de la moelle, qui reste tout
entière parenchymateuse, comme dans les deux autres espèces.
Quant aux laticifères, leur présence est ce caractère anatomi­
que auquel nous faisions allusion plus haut lorsque nous séparions
l’Erouma des Acalypha. En effet, aucune des espèces de ce der­
nier genre décrites par M. Rittershausen ne présente de ces
éléments sécréteurs, et nous pouvons ajouter que quelques autres
espèces du même genre que nous avons examinées, et dont l'au­
teur précédent ne parle pas, telles que les Acalypha carpinifolia,
obovata, musaïca en sont également dépourvues. M. Ritters­
hausen semble donc avec raison donner l’absence de laticifères
comme un caractère constant des Acalypha ; et l’anatomie
vient ainsi justifier l'opinion de Muller qui, se basant sur la mor­
phologie externe, retirait l'Erouma du genre Acalypha, dans
lequel le faisait rentrer Bâillon, pour le placer parmi les Maca­
ranga.
Chez l’Erouma, ces laticifères sont répartis comme nous avons
vu qu’ils le sont, d'après M. Rittershausen, dans les autres
espèces de M acaranga. On en trouve dans la moelle, dans le
liber et dans l’écorce, et ceux de la moelle ont de bien plus gran­
des dimensions que ceux des deux autres régions : ils mesurent,
en moyenne, 150 à 180 jx de diamètre, alors que ceux de l’écorce
ont une largeur moitié moindre, ceux du liber étant encore plus
petits. Dans la moelle, qui est très développée, ces éléments
sécréteurss ont surloutà la périphérie; dans l'écorce, qui est mince,
même sur de forts rameaux, ils sont presque tous vers l’intérieur,
au voisinage du péricycle.
Leur contenu est une substance jaune, soluble dans l’alcool,
l’éther, la benzine, le chloroforme, etc.C’est évidemment la résine
que nous avons examinée plus haut ; et, comme les poils qu’on
trouve sur les jeunes rameaux sont des poils unicellulaires, coni-

�— 244 —

— 245 —

ques, non glanduleux, c'est donc en mettant à nu et en enlevant
les laticifôres, de l'écorce d'abord, puis du liber, où ces éléments
sont principalement très nombreux, que les indigènes, par grat­
tage du tronc et des branches, obtiennent celte résine dont ils se
servent.
On la retrouve d’ailleurs dans les feuilles d'où elle peut tout
aussi bien être extraite par les dissolvants.
Ces feuilles de Maearanga Vedeliana n'ont pas tout à fait la
structure générale décrite par M Rittersbausen, pour le genre.
D’après l'auteur allemand, les faisceaux libéro-ligneux de la ner­
vure médiane, chez les espèces qu'il a étudiées, forment un
anneau presque complet, entouré d'une zone de fibres. Cette zone
fibreuse manque dans l’Erouma, et les faisceaux libéro-ligneux
ne sont pas unis en anneau. Leur disposition rappellerait plutôt
celle des feuilles de Mallotus : comme dans la nervure médiane
de ces feuilles, on n’observe que deux faisceaux libéro-ligneux bien
distincts et superposés, l'un très grand, correspondant à la face
dorsale, l’autre plus petit, correspondant à la face ventrale. L ’an­
neau n’est tout au plus indiqué que par un ou deux trèspetits
faisceaux, également bien isolés, placés entre les deux précédents.
Il n’y a aucune fibre péridesmique.
La disposition seule des laticifères nous ramène aux caractères
des M aearanga’. ces laticifères sont dans le parenchyme de la ner­
vure, à l’intérieur et à l'extérieur des faisceaux, et dans le liber.
Les premiers, comme dans la tige, sont les plus grands ; ils peu­
vent avoir, au centre de la nervure, 120 u. de diamètre. Ils con­
tiennent la même substance jaune que ceux de l’axe.
En dehors des nervures, les éléments sécréteurs typiques man­
quent complètement dans le parenchyme de la feuille. Ce paren­
chyme, qui est très nettement hétérogène (fig. 1) ne possède que
des cellules oxaligènes, qui sont, ondes cellules du tissu lacuneux ou des cellules, très élargies, du tissu palissadique.
Nous retrouvons toutefois l'appareil sécréteur résineux sous
une autre forme.
La face inférieure du limbe porte, en effet, des poils des deux
sortes : les uns sont des poils ordinaires coniques unicellulaires,
semblables à ceux delà tige; les autres, plus gros, capités, pluri­
cellulaires, constituant ces ponctuations jaunes que nous avons
signalées en décrivant la morphologie externe, sont logés dans
autant de dépressions très marquées de la feuille.

Ce sont ces derniers qui sont sécréteurs et qu’il y a lieu
d'examiner.
Les dépressions dans lesquelles ils sont logés sont très fréquen­
tes chez les Mallolus et les Maearanga. Chez l’Erouma, les cellu­
les palissadiques, à leur niveau, sont moins hautes, les assises
du tissu lacimeux moins nombreuses, et les cellules de l'épider­
me inférieur deviennent papilleuses.
C’est exactement du fond même de la dépression que part le
poil unique (pii l'occupe. Ces poils, dans les diverses espèces des
F ig . 1.

Coupe transversale d’une feuille de Maearanga Vedeliana Midi.

deux genres que nous venons de citer, sont, comme on sait, de
formes assez variables. Quelques-uns, tels que ceux du Mallotus
philippinensis, qui fournit la résine de Kamala, sont connus depuis
longtemps. Cependant si l'on passe en revue les quelques espè­
ces de Maearanga dont s ’est occupé M. Rittersbausen, il semble
que, le plus souvent, ces poils soient, dans ce genre, composés
d’une partie basilaire courte, surmontée (d’après la figure que
donne l’auteur pour le Maearanga indica) d’une masse plus ou
moins sphérique de cellules étagées à ditTérents niveaux, un espace
assez grand séparant de la masse cellulaire la cuticule décollée et
soulevée. Le sommet de ces poils viendrait d’ordinaire allleurer
au niveau de la surface du limbe.

�— 246 —
A dire vrai. c’est la structure que nous avons cru pendant
quelques temps retrouver dans les poils capités de l’Erouma.
Sur un très grand nombre de coupes, ces poils se présentaient
invariablement sous une forme qui était à peu près celle que
M. Martinet a figurée chez la Mentha eitrata, et qu'on ne pourrait
mieux comparer qu’à une toque de juge.
Mais, le manque de netteté de la partie centrale nous ayant fait
persévérer dans notre examen, nous avons tout à coup observé,
sur des feuilles qui étaient restées longtemps en macération dans
une solution de potasse, une forme tout autre, celle représentée
dans la figure 1.
En réalité, les poils capités de l’Erouma sont longuement
pédicellés et dépassent de beaucoup le niveau supérieur de la
dépression.
Le pédicelle est composé de deux longues cellules surmontées
d'une cellule plus courte, de la surface de laquelle partent, en
rayonnant, des cellules dont nous n’avons pu déterminer le nom­
bre, mais dont l’ensemble forme la télé, complètement sphérique,
du poil.
On voit quelle différence il y a entre cette forme et la précé­
dente. Il n'est cependant pas douteux que la première est anor­
male et due à une altération résultant de la dessication. Le pédi­
celle s'est rétracté, et, en rapprochant la partie sphérique de
l’épiderme, l'a déformée.
Nous avons cru devoir signaler ce fait parce qu’il montre bien
les causes d’erreur que peut parfois entraîner l’examen d'échan­
tillons d'herbier.
Au moins pour l’Erouma, la forme normale des poils n’est
donc nullement celle qui, d'après les descriptions de M. Rittershausen, semble la plus fréquente chez les Macaranga.
Ces poils, avons-nous dit, sont résineux ; la résine est exclusi­
vement dans les cellules de la tête.
Cette résine, qui est jaune, est soluble dans les mêmes liquides
que le contenu des laticifères. Bien que nous n'ayons pu l'obtenir
en assez grande quantité pour l'examiner isolément et nous assu­
rer de ses autres propriétés, il est très vraisemblable que le
produit, dans ces deux appareils sécréteurs différents, est le
même.

En résumé donc, la résine de l'Erouma (Macaranga Vedeliana),
(pii peut être utilisée comme mastic, et qu’on obtient surtout à
l’état pur par la benzine ou par l’alcool absolu, est localisée :
1° Dans les poils capilés pluricellulaires de la face inférieure
des feuilles ;
2° Dans des laticifères.
Ces laticifères occupent : clans la feuille, le parenchyme et le
liber des nervures ; dans la iicje, l'écorce, le liber et la moelle.
Ils atteignent leurs plus grandes dimensions dans la moelle,
mais ils sont surtout nombreux dans le liber.

�DU

BOI S

PIQUANT

D e la G u yane F ra n ç a is e

Ecorce fébrifuge du

Z a n th o x y lu m

P e r r o t e t ii

Par MM. Edouard HECKEL et F. SCHLAGDENHAüFFEN

DC.

�BOIS PIQUANT de la Guyane Française
Ecorce fébrifuge du

Z a n llio æ y lu m

P e r r o te tii

DC.

Par MM. Edouard HECKEL et F. SGHLAGDENHAUFFEN

§ I. — B otanique

et matière médicale .

A. — Botanic/ue.
Depuis quelques vingt ou trente ans, la matière médicale colo­
niale s'est enrichie d'un produit qui, longtemps resté à l’état de
simple curiosité scientifique, semble de jour en jour entrer plus
sérieusement dans la thérapeutique coloniale à titre de tonique
et de fébrifuge, au moins dans nos possessions de la Guyane
française, je veux parler de l’écorce de Bois piquant. Celle-ci est
fournie, à la Guyane, par le Zanthoxylum Perrotetii DC., espèce
qui n'est pas admise par tous les auteurs et que les botanistes
actuels tendent à considérer comme une simple forme du Zan­
thoxylum caribœum Larnk. ou même à identifier complètement
avec cette espèce. Sagot dit, à ce sujet (Plantes de la Guyane
française, Annales des Sc. nat. Gp série Bot. T. XII, p. 207 ) :
« Satis frequens in liltore, in syivis interioribus rarior. Spinæ
« multæ in ramis foliiferis valde vigentibus, sæpe raræ, parvulæ
« aut vix nullæ in ramis floriferis. Z. caribœum in Ilerb. Juss.
« non spécifié differt. ». J.-E. Planchon (Prodromus flor. nov.
granatens. Ann. des Sc. nat. 5*'série Bot., p. 319,1872),aprèsavoir
cité Z. rhoifolium Lk., lui donne comme synonymie Z. Perro­
tetii DC., Z. sorbifolium A.S.IT., Z. nudiflorum Grisb., Pohlana
Langsdorfii Mart., et cette manière de voir semble adoptée, avec
quelques doutes cependant, par YIndex Kewensis. Steudel (Nom.
botanicus, 1840) admet franchement cette espèce qui est, dans le
Prodromus de DC., vol. I, p. 72G, ainsi définie : « Foliis impari« pinnatis 7-9 jugis, foliis sessilibus elliptico-oblongis acuminatis

�- -252 —
« apice dentatis, petiolo inmarginalo ramis que inermibus, pani■ culà subcorymbosâ — in Guianà Gallicà (Perrotet). Cappella
« matura 2 aut uno abortivo. Flores ignotæ (v. s.) ».
Comme Z. Pei'rotetii n’a été l'objet, à ma connaissance, d’au­
cune antre description et que l’auteur de cette espèce déclare
n'en avoir pas vu la Heur, j ’ai pensé qu'il était utile, cette plante
ayant appelé l’attention par les propriétés médicinales de son
écorce : 1° de faire connaître ces fleurs; 2° de rechercher dans
l’anatomie de cette écorce non seulement une caractéristique
propre à la drogue, mais encore, si possible, des caractères diftérentiels séparant les espèces confondues avec celle qui donne le
bois /tiquant ou rapprochées d'elles (I J .

même pied, des fleurs mâles physiologiquement, qui, comme l’in­
dique la fig. I, renferment des étamines au nombre de cinq et
une trace de pistil avorté. Dans la fleur femelle (fig. 2) on trouve
deux carpelles, dont l’un avorte le plus souvent, nvec deux styles
(1) J'ai pu faire aisément l’examen de ees fleurs avec l’aide d'échantillons
copieux et en bon état de fructification et de floraison que je dois à la bien­
veillance de M. Sauvaire, pharmacien principal de la marine (alors chef du
service pharmaceutique à l’hôpital militaire de Cayenne), et qui voulut bien
me les faire récolter, avec des écovces de ce végétal, dans différents points du
littoral de Cayenne, et notamment à Crique Fouillée, Où j’espérais qu’il trouve­
rait le Fctfjara pentandra Aublel (Z. hermaphroditum Willd.), mais je n’ai
jamais reçu cette plante dans les envois cependant nombreux de M. Sauvaire.
Ce végétal atteint 5 à G métrés de haut et se couronne au sommet par une fron­
daison touffue. La grosseur du tronc atteint 0“ ,30 à 0n,,i0 de diamètre. Il se
dépouille de se s aiguillons à un certain âge et devient lisse. Il vit en associa­
tions végétales et ne forme pas de forêts d ’une seule essence; il croit partout,
même sur le bord de la mer et à la lisière des bois. Il abonde encore dans les
environs de Cayenne (bois de Montabo, à 1 kilomètre de cette ville, et route de
la Madeleine).

concrescenls à la base, et deux slygmates libres. Le fruit, composé
d’un ou deux carpelles, renferme une graine noire, grosse comme
un grain de millet (fig. 3 a), très luisante, retenue par son funicule. À la maturité, le fruit (fig. 3 b) s ’ouvre et la graine, encore
pendue au funicule assez allongé, fait saillie dans l’ouverture d’où
elle se détache plus tard.
Le reste de la description est connu; je n’ai rien à y ajouter.
2° S tructure anatomique de l ’é c o r c e . — Cette structure ana­
tomique a été faite comparativement avec celle des espèces sui­
vantes : Z. caribceum Lamk, Z. sorbifolium var. Langsdorfii,
Z . sovbifolium A. S. H., Z. rhoifolium var. peliolatum Engl., Z.
Bungei Planchon, Z. fraxiueum Willd. (Z. americanum Mill.),
enfin Z. Carolinianum Lambert. Voici comment elle se caracté­
rise. Tout d’abord, on trouve, dans le parenchyme cortical, et
presque au dessous de l’épiderme ou du suber, des poches sécré­
trices, de nature lysigène, assez grandes, de beaucoup plus grandes
que les cellules avoisinantes et renfermant une huile essentielle
de couleur jaunâtre. Dans ce parenchyme, on voit toujours des
groupes de cellules scléreuses formant, suivant l’âge de l’écorce,
un anneau scléreux ou des îlots scléreux très rapprochés qui
finissent par se confondre. Au dessous vient le liber qui, si déve­
loppé qu’il soit, ne présente jamais, comme dans les Z. caribceum,
fraxineum et Carolinianum, les mêmes poches à huile essentielle,
de forme elliptique en coupe transversale. Mais ici le liber,
comme dans le Z. caribceum, présente dans sa masse un épanouis­
sement des rayons médullaires venant du bois et formés d’une ou
de deux rangées de cellules, et entre ces rayons on voit des fais­
ceaux de cellules scléreuses disposées très régulièrement en
séries parallèles et alternant avec des bandes peu épaisses d’un
parenchyme qui contient, dans les cellules contiguës aux éléments
scléreux tout au moins, des cristaux prismatiques d’oxalate de
chaux. Les cellules scléreuses du parenchyme cortical présen
tent du reste la même disposition.
Cette structure anatomique se retrouve essentiellement dans les
deux variétés de Z. sorbifolium et dans Z .rhoi folium qui, comme
je l’ai dit, ont été assimilées à Z. caribceum, et qui par con­
séquent en diffèrent, comme Z. Perrotelii diffère de Z. caribceum,
c’est-à-dire par la non existence des poches ou cellules à huile

�-

2:&gt;4

essentielle dans le liber (1). Si on ne tenait compte que de ce
caractère, il faudrait donc conclure à la spécificité de / . PerroieUii,
à sa séparation d'avec Z. caribæum et à sa fusion avec Z. vhoifolium et Z. sorbifolium (2).
B. — Madère médicale.
Cette écorce varie de forme et d’aspect selon qu’elle provient
du tronc ou des rameaux. Dans le premier cas elle est plate, dans
le second elle est cintrée et enroulée en tube, mais quelle que soit
son origine, elle présente, sur toute sa partie extérieure, des
aiguillons courbes et très acérés qui sont portés sur un empâte­
ment pédiculaire de nature subéreuse et formé de strates bien
marquées, à grand axe transversal ; ces aiguillons se détachent
â leur insertion sur l'écorce et y laissent une cicatrice len­
ticulaire, ovale, assez large (2 cm. 1/2 sur 2 cm. de long), et de
couleur noirâtre tranchant sur le suber gris jaunâtre de l'écorce.
Celle-ci, desséchée, porte des crêtes longitudinales, orientées
dans le sens de la longueur de l'écorce et interrompues seule­
ment par les aiguillons ; elles sont très rapprochées les unes des
autres: toutes sont de nature plus ou moins tuberculeuse. A la
base des rameaux, les aiguillons sont quelquefois très rapprochés
les uns des autres, au point de se fondre en un tout adhérent
et de ne former qu'un seul massif compact. Plus loin, vers le
milieu et à l’extrémité des rameaux, ils se séparent de plus en
plus. De ces aiguillons vient le nom de bois piquant. Quelques
lichens noirs et blanchâtres sont disséminés discrètement sur le
fond jaunâtre du suber.
L ’écorce des gros rameaux et des troncs ne mesure pas plus de
( 1) Je dis poches ou cellules à huile essentielle, parce que dans l'écorce de

caribæum encore jeune, on constate que le parenchyme cortical, au dessus de
l’anneau scléreux péricvclique, présente de grandes poches lysigènes remplies
d’huile essentielle jaune, tandis que le liber est parsemé de cellules pourvues
du même contenu et un peu plus grandes que les cellules avoisinantes. La des
cription de l’écorce de cette espèce, telle quelle est indiquée dans les Drogues
simples d'origine végétale de Planchon et Collin, t. II, p. 627, doit être com­
plétée dans ce sens. Elle n’indique pas en effet la présence des poches lysigènes
dans l’écorce.
(2) En me basant sur l’examen anatomique comparé que j’ai du faire de
quelques espèces de Zanthoxylum, je pourrais établir, au point de vue de la
distribution des glandes dans l’écorce de ces plantes, le; trois divisions xui-

_ 92 -&gt;.)

—

2 millimètres d épaisseur; sur les jeunes rameaux, elle a un mil­
limètre seulement et est de teinte grisâtre assez uniformément
interrompue par des ponctuations noirâtres (lichens).
La face interne de l’écorce est brune, tachée de jaune, lisse, à
aspect feuilleté. Ce dernier état lient â la disposition spéciale du
liber entremêlé, comme dans l’écorce de Clavalier, d'assises sclé­
reuses. On voit, sur cette face, de nombreuses brindilles qui se
détachent facilement de l’écorce sur toute son étendue, en les tirant
sans effort
A la mastication, celle écorce présente une saveur franchement
amère et un peu aromatique : l’odeur est un peu poivrée.
§11. — E tude chimique .

L ’écorce, avons-nous vu, possède une saveur à la fois aroma­
tique et amère et une odeur pénétrante légèrement poivrée.
La constatation de ces propriétés organoleptiques nous indique
le sens dans lequel doivent être dirigées nos recherches au point
de vue chimique.
Dans le but d’y déceler la présence d’un composé volatil, nous
soumettons 4 k. d’écorces à la distillation par la vapeur d’eau ;
nous obtenons ainsi une petite quantité d’huile essentielle dont les
premières portions sont complètement incolores et les dernières
teintées en bleu, comme l’essence de camomille.
L ’essence a une densité moindre que celle de l’eau, elle ne con­
tient pas de stéaroplène et ne dépose pas de traces de cristaux
après trois mois d’exposition à l’air.
La partie incolore de l’huile volatile jouit des propriétés sui­
vantes :
1° L ’acide nitrique concentré donne avec une goutte d’essence
une coloration rouge améthyste qui passe lentement au bleu
pâle ;
2° L ’acide sulfurique concentré produit avec une goutte d’essence
vantes, qui comporteraient, du reste, des subdivisions d’après la présence ou
l’absence des ilôts ou anneaux scléreux dans l’écorce ou le liber:
1° Poches à huile essentielle dans le parenchyme cortical et pas dans le lil er
(mou ou dur): Z. Perroletii, sorbifolium, rhoifolium ;
2° P a s d e poches dans le parenchyme cortical, mais présence dans le liber
mou : Z. Dungei;
3- Poches dans le parenchyme cortical et dans le liber (mou ou dur) : Z. cari­

bæum, fraxin eu m , Caroliniannm.

�Les extraits des écorces jeunes renferment plus de chl &gt;rophylle
que ceux des écorces plus âgées. Dans les extraits des gros troncs
on ne trouve plus trace de cette matière colorante et le spectroscope
ne révèle plus la moindre bande d’absorption dans leurs solutions.
Tous ces extraits à l’éther de pétrole se dépouillent de leur
matière étrangère, jaune ou verte, après avoir été traités par
l'acétone. Ils abandonnent, au bout de deux à trois jours, un prin­
cipe cristallisé sous forme d’aiguilles.
En faisant bouillir ces cristaux dans de l'alcool et un pende
charbon, on les obtient d’un blanc de neige. Nous avions indiqué
leur composition par la formuleG,iHi+0 ; mais, après avoir opéré
sur des proportions plus fortes de matière, nous avons constaté
que les premiers cristaux constituaient encore un mélange de
deux composés différents. Des purifications successives, longues
et difficiles à effectuer, nous ont permis d’obtenir enfin un corps
défini, parfaitement pur.
Nous reviendrons plus loin sur ses propriétés physiques et chi­
miques. ainsi que sur sa composition centésimale.
III. — Traitement à l’éther.
La matière provenant de l’opération précédente est soumise à
l'extraction par l'éther, après avoir été préalablement desséchée.
Quand le liquide qui s ’écoule dans le ballon n’est plus coloré, on
considère l'extraction comme terminée, on évapore les liquides
et on obtient ainsi des extraits plus ou moins colorés, plus ou
moins chargés de chlorophylle et de cire selon l’âge des écorces.
Voici les résultats obtenus.
Extraits fournis par l'épuisement à 1 éther.
Gros troncs
de
0H5 à 0“&gt;20

Grosses brandies
de
0 “ 8 de diamètre

—

Brandies moyennes
de
0“ 02 à 0» 0J

En comparant ces nombres à ceux du tableau précédent, nous
trouvons une différence d’un quart ou d’un cinquième en moins.
L'extrait renferme une plus forte proportion de cire ou de chlo­
rophylle que l'extrait pétroléique précédent. Mais il contient éga­
lement un peu de matière cristalline analogue à celle qui a été
fournie par la première opération. La purification du produit peut
se faire comme ci-dessus au moyen de l’acétone.

IV. — Traitement à l’alcool.
Les ecorces, après dessication préalable, sont tiailées par
l’alcool à 05° dans notre appareil à extraction continue. Les liqui­
des qui s'écoulent dans le ballon inférieur sont fortement colorés
en brun foncé, à réaction acide. Evaporés à siccité, puis repris
par l'eau, ils laissent un résidu insoluble de nature résineuse.
La solution aqueuse se comporte de la manière suivante en pré­
sence d'un certain nombre de réactifs.
Chlorure ferrique
Acétate d’uraue
Nitrate d’argent
Alcalis caustiques
Chlorure stanneux
Chlorure mercuriquc
Acétate triplombique
Iodure iodé de potassium
— de mercure et de potassium
— de bismuth
— cadmium
Phosphomolybdate de sodium
Tannin
Acide nitrique concentré

=
=
=
=
=

coloration brun verdâtre,
précipité rouge.
précipité blanc abondant qui noir­
cit à la longue,
coloration rouge foncée,
précipité jaune abondant.
—
orange,
faible louche,
précipité blanc abondant.
—
blanc.
—
jaune.
—
blanc.
—
jaune.
—
blanc,
coloration rouge intense.

Nature
Feuilles

—

des
extraits

Ecorces

Ecorces

Ligneux

Ecorces

incolore

jaune

joua 2

vert

ver!

couleur

0sp001

0gr55

0sr05

0gr 25

Üër 40

Poids
%

Les quatre premières réactions font soupçonner la présence de
tannin et l’on est en quelque sorte autorisé à conclure à celle de
matières colorantes d'après 1abondance des précipités fournis
par les chlorures d'étain et de mercure. Nous remarquerons
cependant, à ce propos, que l’acétate triplombique n’y fait nailre
qu'un trouble insigniliant.

�Les iodures doubles, entin, donnent des précipités très volu­
mineux, ce qui nous permet de supposer, dans la solution, la pré­
sence d’une base organique. Cette hypothèse est corroborée
d'ailleurs par ce fait que l’extrait aqueux évaporé à siccité, traité
par de la chaux caustique, dégage de l'ammoniaque et, en second
lieu, que ce même extrait sec calciné avec du sodium fournit, en
présence d'un mélange de sels ferroso-ferriques un abondant pré­
cipité de bleu de Prusse. L'extrait alcoolique contient donc une
matière azotée qui doit être constituée par un alcaloïde.
Nous avions soupçonné à un moment, que l’alcaloïde pourrait
être identique à celui qui s ’extrait de la fausse angusiurc, en rai­
son des propriétés similaires que possèdent les deux écorces:
amertume, caractères identiques à l’égard des iodures doubles et
du phosphomolybate d’ammonium, coloration identique après
traitement par l’acide azotique.
Mais l’expérience suivante démontre que l’alcaloïde, dans notre
écorce, n'est pas de la brucine. Il suffît d’évaporer la solution
nitrique rouge, jusqu'à siccité, au bain-marie, et de traiter le
produit d'évaporation par le chlorure sLanneux pour voir qu’il ne
se forme pas trace de coloration violette (caractère le plus sensi­
ble de l'alcaloïde des Loganiacées).
Avant d ’aller plus loin et de parler de la préparation de l'alca­
loïde et de ses propriétés, nous devons indiquer, sous forme de
tableau, le poids 0/0 et la nature des extraits fournis par l’épui­
sement au moyen de l’alcool de nos divers échantillons d'écorces
mis en expérience.
Extraits fournis par l’épuisement des écorces à l’alcool.
Grosses branches
NATURE

DES

P R IN C IP E S

de 0 “ ,08
Ecorces

Composé cristallin.........................
Glucose............................................
Alcaloïde amorphe et cristallisé.
Tannin et matière colorante.......

1.034
0.573
3.357
6.545
11.509

Ligneux

B ran d ies moyennes
de
0 “ ,02 à 0-&gt;,0i

Feuilles

Ecorces

0.467
1.055

1.273
0.469
3.280
5.768

0.440
0.014
1.902
2.174

1.542

10.790

4.530

0
0 .0 2 0

Le dosage des divers principes inscrits dans la première colonne
de ce tableau a été effectué de la manière suivante :
Le composé cristallin qui résulte en partie du dépôt de cristaux
fournis par l'extrait alcoolique abandonné à lui-même et en partie
par le précipité obtenu en ajoutant de l’eau à l’extrait alcoolique
concentré jusqu’à consistance sirupeuse, est brun foncé. Soumis à
l’action du noir animal à plusieurs reprises, il se décolore peu à
peu et finit par devenir incolore. Les cristaux recueillis sur le filtre
ont servi directement au dosage.
La glucose a été déterminée au moyen du réactif cupro-potassique. La solution alcoolique, après traitement du magma calcaire,
évaporée à siccité et reprise par l’eau précipite entièrement par
l’iodure ioduré de potassium et par l'iodure de mercure et de potas­
sium à l’exception de la glucose. Ce précipité mercuriel contient
donc les substances classées sous la rubrique alcaloïde amorphe
et cristallisé. Enfin le tannin et les matières colorantes dosés par
différence constituent l’ensemble des produits de l’extrait alcooli­
que qui se sont combinés avec la chaux.
A. — Composé cristallin.
Les cristaux qui se forment dans l’extrait alcoolique, abandonné
à l’évaporation spontanée, varient avec la nature des écorces :
a les écorces jaunes laissent déposer des aiguilles jaunes d’or,
p celles qui proviennent de branches de 0,u,08 de diamètre sont
incolores.
Les cristaux jaunes sont franchement amers, tandis que les
autres sont dépourvus de toute saveur.
Quand on concentre l’extrait alcoolique jusqu’à consistance
sirupeuse qu’on précipite ensuite par l’eau, il se forme, avonsnous-dit, un magma poisseux brun, dans lequel le microscope
révèle à la fois des granulations résineuses et des cristaux. En
traitant ce dépôt par l’alcool à (JÜ°, on dissout la résine sans atta­
quer la masse cristalline. Des traitements répétés à l’alcool à 90°
permettent d’obtenir les cristaux dépouillés de toute trace de
matière colorante. Ces derniers sont identiques, au point de vue
de leurs propriétés chimiques, à ceux de (3. Comme ces derniers,
ils ne sont pas azotés et ne présentent pas de saveur amère;
leur réaction est légèrement acide. Ils sont difficilement solubles

�— 262 dans l'alcool, l'alcool méthylique, insolubles dans l’éllier et le
chloroforme, faiblement solubles dans l'acétone, mais solubles
dans la potasse caustique qu'elles colorent en jaune. Ils sont fusi­
bles à une température très élevée, 260°, et reprécipitables de
leur solution par addition d'un acide.
Les cristaux jaunes qui, ainsi que nous venons de le dire, ne se
déposent que dans l'extrait provenant des écorces jaunes de 0’"01
à 0m02 de diamètre sont entièrement différents des premiers.
Cristaux /aunes d'or (a) (Zanthopicrite).
Ces cristaux colorés amers sont, sans aucun doute, identiques
à ceux que Chevallier et Pelletan avaient signalés dans le temps,
comme un des principes constitutifs du Zanihoxylum ClaoaHerculis L. Us sont sans odeur, inaltérables à l’air, sans réaction
sur le papier de tournesol, sublimables en partie par la chaleur,
fort solubles dans l'alcool et dans l'eau, insolubles dans l'éther.
Ils se colorent en brun au contact de l’acide sulfurique, en
rouge par l’acide azotique et ne s'attaquent que difficilement par
le chlore. Le sulfure ammonique ajouté à leur solution aqueuse
produit un précipité brun rouge.
Les auteurs que nous venons de citer avaient donné à ce com­
posé nouveau le nom de Zanthopicrite (Journal de chimie médi­
cale, 1826, p. 31 i).
Lorsqu'en 1802 , Dyson-Perrins reprit le travail précédent, le
savant anglais constata que les caractères de cette Zanthopicrite
correspondaient à ceux de la Berbèrine et, sans chercher à établir
un contrôle par l'analyse ou à démontrer l'identité des substances
par des réactions multiples, il proclama Chevallier et Pelletan
comme ayant découvert la Berbèrine dans les Zanthoxylées Cette
constatation d’un droit de priorité en faveur des deux chimistes
français, toute gratuite d'ailleurs, est contraire aux indications des
annales de la science, qui attribuent à Buchner et à Herberger la
découverte de la base en question dans le Berberisvulgaris en 1835.
L'analyse de la Zanthopicrite, n’ayant pas été faite par Cheval­
lier et Pelletan, il serait difficile d’admettre de prime abord et
sans vérification pour ce composé l'une ou l’autre des formules
indiquées par Fleitmann, Gerhart ou Dyson-Perrins, soit:
C^H^NO0, C*iH,yNO,° ou Cu,H'8NO\

— 263 —
D’un autre côté, comme les propriétés communes aux deux
substances, Zanthopicrite et Berbèrine, sont très restreintes, ainsi
(pie nous venons de le dire, il serait tout au moins très présomp­
tueux de conclure à leur identité. — Nous eussions vivement
désiré établir la composition centésimale des cristaux jaune d’or(a)
que nous avons obtenus avec un de nos extraits alcooliques prove­
nant des écorces jaunes, mais la trop minime quantité de matière
ne nous a pas permis de donner suite à ce projet. /V défaut d’une
analyse plus complète, nous avons pu, du moins, constater que
le corps cristallisé, jaune, amer, était azoté, réaction capitale qui
n’est signalée ni dans le mémoire de Chevallier et Pelletan, ni
dans celui de Dyson-Perrins {Ann. derChem. uncl Pharm., 1862,
II, Supplem. p. 171).
Mais, de ce que la Zanthopicrite des Zanihoxylum Perrotetii
serait un composé azoté et identique au point de vue de sespro-

RÉACTIFS

Acide sulfurique cône.
Acide azotique cône.
Chlore.
Chlore -f- A/.H3 ( 1).
Brome.
Brome -f- A/.tl3 (?).
Chlore -f- Acide nitrique.
Brome -f- Acide nitr. (3).
Sulfure ammoniaque.
Iodure de potassium.

ZANTHOPICRITE

BERBÈRINE

Coloration jaune.
Coloration rouge, passe
rapidement à l'orange.
Coloration jaune orange.
—
jaune.
—
jaune.
—
jaune.
jaune.
—
jaune.
Précipité rouge.
Précipité jaune. — Pas
d’iode libre.

Coloration vert brune.
Coloration rouge, se
maintient rouge.
Coloration rouge.
Précipité vert.
Coloration rouge vif.
Précipité vert.
Coloration violette.
—
violette.
Précipité rouge.
Précip. brun qui devient
rapidement vert foncé.
Iode libre constaté par
l’addition du sulfure de
carbone.

Acide suif. conc. -j- iodale
de potasse.
Coloration rose faible.
Acide sulfur.-)- molybdate
d’ammoniaque.
—
rose.
Acide suif. -(- bichromate
de potasse.
—
vert pâle.

Color. viole"0 (iode libre).
Coloration brun foncé.
—

brun foncé.

(1) Nous évaporons à siccité la solution chlorée et nous ajoutons au résidu sec
uue goutte d’ammoniaque étendu au quart.

�priétés chimiques, à celui du Zauthoxylum Clava-Herculis L.
(/. caribœum Lk), il ne s'ensuit pas que ce corps cristallisé constitue de la Berbèrine.
11 manque, comme nous l’avons dit plus haut,un rapprochement
entre les propriétés des deux substances pour établir leur identité.
Or, en cherchant à multiplier les réactions chimiques nous avons
été conduits à reconnaître que cette identité n’existait, pas. Voir
page '201 les expériences sur lesquelles nous nous basons pour
justifier notre assertion.
L ’ensemble de ces réactions nous montre donc que les deux
composés Zanthopicrite et Berbèrine ne sont pas identiques. Il
existe bien entre elles, comme le montre le tableau, un certain
nombre d’analogies: ainsi par exemple, le sulfure ammonique
fait naître dans les deux solutions un précipité brun rouge qui
semble être le même dans les deux cas ; l'acide nitrique les colore
toutes deux en rouge, mais les deux nuances sont entièrement
différentes : Celle de la Berbèrine est rouge sang, tandis que
l’autre est jaunâtre et disparait assez rapidement. La solution
nitrique de la Berbèrine, évaporée jusqu'à siccité, laisse un résidu
rouge framboise, tandis que celle de la Zanthopicrite est jaune.
La coloration fournie par le chlore et le brome semble, au pre­
mier abord, identique dans les deux cas ; mais il sullit de mettre
les mélanges au bain-marie pour reconnaître aussitôt une diffé­
rence notable : La solution de Berbèrine prend une teinte rouge
framboise, celle de la Zanthopicrite devient jaune.
Indépendamment de ces reactions, nous n'en trouvons pas sur
le tableau précédent, qui puisse nous autoriser à reconnaître une
identité absolue entre les deux substances en question. Il est pos­
sible, dira-t-on, que la Zanthopicrite du Zauthoxylum ClavaHerculis L. (Z. caribœum Lk), sur laquelle Chevallier et Pelletan
ont fait leurs expériences soit différente de celle des Z. Perrotetii et identique à la Berbèrine, ainsi que l’avance le savant
chimiste anglais. C'est là, en effet, une question à résoudre plus
tard, quand nous pourrons nous procurer assez de cette écorce.
Mais ce qui, pour nous, ressort de la discussion dans laquelle
nous venons d’entrer, c’est que les cristaux jaune d’or qui pro­
viennent de l’extrait alcoolique de Zauthoxylum Perrotetii et
auxquels nous conservons le nom de Zanlopicrite, ne constituent
pas de la Berbèrine.

C r i s t a u x INCOLORES |3

(Acide Zanthogènique)

Les cristaux provenant des branches de 0o,03 à 0"'i)8 de diamètre
ne fournissent plus de Zanthopicrite mais des cristaux incolores
de nature différente. Ces cristaux se déposent, soit dans l’extrait
alcoolique abandonné à l’évaporation spontanée, soit dans le pré­
cipité poisseux formé par l’addition d’eau dans l’extrait évaporé.
On peut les obtenir entièrement incolores en les soumettant à des
lavages répétés à l’alcool après précipitations réitérées par l’eau.—
Ils ne renferment point d’azote comme la zanthopicrite. Leur
solution alcoolique présente une réaction acide accentuée. Ils
n’entrent en fusion qu’à 2t)0°. A une température plus élevée ils se
décomposent et laissent un résidu faible de charbon. Incinérés
sur la lame de platine, ils brûlent sans résidu.
L'ammoniaque et la potasse caustique les dissolvent en fournis­
sant des solutions jaune d’or.
Les carbonates et bicarbonates alcalins sont presque sans
action sur eux. — Quand on ajoute l’un ou l’autre des acides sulfu­
riques, chlorhydrique ou nitrique étendus à leur solution alcaline,
on les précipite entièrement ; l'acide sulfurique concentré les rougit.
L ’acide azotique concentré est sans action sur eux.
L'acide chlorhydrique concentré les rougit au début, mais la co­
loration disparait bientôt et la solution ne conserve qu’une teinte
jaune.
Nous donnons à ce composé nouveau le nom d’acide Zanthogéniqueen raison de la réaction qu’il présente au contact des alcalis
caustiques.
L ’acide Zanthogènique dont nous venons d’indiquer le mode de
préparation et les réactions les plus saillantes présente certaines
analogies avec un autre acide retiré, comme nous l’avons dit de
l’extrait à l’éther de pétrole. Cependant les deux composés se dis­
tinguent l’un de l’auire par leur solubilité dans un certain nombre
de véhicules et surtout par leur réaction en présence des alcalis
caustiques.
B. — Glucose.
Nous avons déjà indiqué plus haut que son dosage a été effectué

�parla liqueur titrée cupro-potassique. La proportion 0/0, dans les
écorces des diverses branches d'épaisseur diverse, varie, comme
cela résulte descliilïres du tableau précédent.
C. — Tannin ei Matières colorantes
1. — Quand on maintient pendant quelques instants un éche­
veau de laine ou de soie dans la solution de l'extrait alcoolique, il
fixe la matière colorante, sans mordant, et se teint en brun
marron ou en brun jaune.
Au bout de 5 à 10 minutes ou d’un quart d'heure, la laine prend
une teinte jaunâtre, tandis que la soie devient marron clair.
Si le bain de teinture est maintenu à l’ébullition pendant une
demi-heure, la nuance sur soie se fonce davantage et la laine se
colore à peu près de la même façon.
En ajoutant au bain des quantités successivement croissantes
d'une solution de sulfate d'indigo à 1 0/0, on produit sur les libres
des teintes variables, passant par les diverses nuances de vert
jusqu'au bleu indigo.
2. — Dans le but d’étudier la nature de la matière colorante de
l’extrait alcoolique, nous avons fait une nouvelle opération con­
sistant à précipiter par l'eau ce même extrait, évaporé d’abord
sous forme sirupeuse. La laine et la soie, maintenues dans ce
bain à l'ébullition pendant un quart d’heure, ont pris une teinte
brun marron beaucoup plus claire que les précédentes.
3. — La masse calcaire traitée par l’alcool en vue d'extraire
l’alcaloïde, ayant fixé, comme nous l’avons dit plus haut, le tannin
et la matière colorante, nous a servi à faire un autre essai. Ce
magma a été redissous dans l’acide chlorhydrique ; la solution
acide, précipitée par l’oxalale d'ammoniaque pour éliminer la
totalité de la chaux, a été évaporée à siccité et le résidu repris
par l'alcool.
4. — Dans une autre opération, nous avons pris la solution
aqueuse de l'extrait alcoolique, pour la précipiter partiellement
par de l’acétate triplombique. La matière brune s ’est combinée
au sel de plomb, ce qu'indiquent les deux nuances beaucoup
moins foncées que les précédentes.
5. — Enfin, en ajoutant un excès de sel de plomb, 1 1 matière

colorante brune a été complètement précipitée. Après filtration du
principe coloré, le liquide jaune a été sursaturé par un courant
d'hydrogène sulfuré, afin d'en éliminer le sel plombiquequi aurait
modifié nos teintures en ce sens qu'il aurait agi comme mordant
— réaction que nous voulions éviter — afin de nous trouver dans
les mêmes conditions que ci-dessus.
La soie et la laine se sont colorées en jaune et les nuances sont
beaucoup plus vives que les deux précédentes.
Nous concluons donc de là qu’il existe dans l’extrait alcoolique
de même que dans la solution aqueuse de cet extrait, deux ma­
tières colorantes distinctes, l’une jaune non précipitable par le
sous-acétate de plomb, l’autre brune précipitable par ce sel. Cette
dernière constitue, sans aucun doute, un principe tannique, car
elle présente une réaction acide et précipité en brun au contact
du chlorure ferrique, en rouge au contact de l’acétate d'urane, de
plus elle fournit, par addition des liqueurs alcalines des solutions
rouge foncé et réduit en outre le nitrate d'argent à froid et surtout
à chaud, après addition d’une trace d ’ammoniaque.
Le poids du tannin et des matières colorantes a été déterminé
par différence.
Connaissant le poids F* primitif de l’extrait, celui de la glucose
p et le précipité // de l’épuisement par l’alcool de la masse cal­
caire, on prend : F* — (p -f-/&gt;')qui donne p" poids des matières
combinées à la chaux c’est-à-dire le tannin et les matières colo­
rantes.
D. Alcaloïde amorphe et cristallisé.
La masse calcaire épuisée par l’alcool fournit un liquide jaune
orange amer à réaction alcaline ; convenablement évaporé, il
devient sirupeux sans présenter trace de cristallisation. Ce n’est
qu’au bout de un à deux mois qu’on voit apparaître dans la masse
des cristaux aiguillés qui augmentent petit à petit. Quand on
essaye de reprendre par l’eau le produit d’évaporation, on obtient
un précipité floconneux ne présentant aucune forme définie sous
le microscope. Ce précipité est de nature résineuse. Quant au
liquide aqueux, évaporé sous la cloche à acide sulfurique, il finit
par se transformer en une masse cristalline. F.es cristaux se dissol­
vent aisément dans l'alcool, l'acétone, l’alcool méthylique et l'eau.

�—

268

260

—

Ils sont insolubles dans l'éther et le chloroforme. Leur réaction
est fortement alcaline. En la saturant par de l’acide sulfurique
ou de l'acide chlorhydrique faible, on obtient des solutions qui
cristallisent facilement et qui constituent par conséquent des sels.
Zanthopicrine. — Nous donnons le nom de zanthopicrine
à la substance alcaline, amère, extraite du magma calcaire
comme nous venons de le dire. Cette substance, nouvelle base
organique, forme avec les acides des composés parfaitement
définis, caractérisés par leur forme cristalline. Nous n'avons pu
jusqu'à présent nous procurer une quantité suffisante de matière
pour en faire l'analyse el déterminer la nature de leur forme cris­
talline ; mais nous pouvons du moins indiquer un certain nombre
de réactions caractéristiques. La zanthopicrine ne se colore pas
au contact de l’acide sulfurique concentré ; ses cristaux ne pren­
nent qu'une teinte jaunâtre très pâle au bout d’une demi-heure.
Elle se colore en rouge vif sous l'influence de l’acide nitrique.
La solution nitrique évaporée, traitée par du chlorure stanneux,
ne se colore pas en violet.
Une solution alcoolique ou aqueuse de brome colore les cris­
taux en bleu foncé.
L’acide sulfurique concentré au contact d’une trace de chlorate
de potasse, produit une coloration d'un bleu foncé. Lorsque le
fragment de chlorate est trop volumineux, la teinte bleue ne se
manifeste point, l’excès de chlore fait apparaître une coloration
jaune.
Quand on opère dans de bonnes conditions, la teinte bleue se
maintient pendant quelques minutes pour être remplacée ensuite
par une teinte violette, plus tard apparaît le rouge framboise et
enfin le jaune.
L'acide sulfurique concentré additionné d’un cristal de bichro­
mate produit une teinte violette qui passe au bleu, au vert, puis
au brun. On dirait dans la première phase de la réaction avoir
affaire à de la strychnine.
Le bioxyde de manganèse de même que le bioxyde de plomb
ajoutés à l’acide sulfurique concentré provoquent également les
nuances bleues et violettes qui se suivent, comme dans la réaction
bien connue de la strychnine. Dans le cas particulier de la Zan­
thopicrine la couleur violette fait place à une teinte framboise
tandis que le violet de la strychnine est remplacé par du brun.

—

L ’acide sulfurique additionné d’acide sélénieux produit avec la
zanthopicrine la même coloration violette que ci-dessus. La
nuance passe lentement au gris.
Ce dernier alcaloïde présente donc quelques réactions commu­
nes à la brucine et la strychnine.
En raison de cette similitude de propriétés, il n’est peut-être
pas sans intérêt de les rappeler sous forme de tableau et de mon­
trer en même temps les caractères distinctifs propres à cette base.

Caractères qui distinguent la ZANTHOPICRINE de la BRUCINE et de la STRYCHNINE.

RÉA CTIFS

Acide sulfurique conc.

BRUCINE

Presque incolore, légère
teinte rosée.
Orange, puis terre de
StRH1 Bichromate.
Sienne.
Jaune.
id. -}- MnO-.
Jaune.
id. -f-PbO*.
id. -)- molybdate.
0
Acide sulfuriq. -j- acide Jaune orange.
iodique.
id. -j- acide sélénieux.
Terre de Sienne.
id. -)- cyanure rouge.
Jaune.
Réactif de chlore.
0
de brome.
Jaune.
Acide nitrique conc.
Rouge sang.
Acide nitrique -f- GISn. Violet.

ZANTHOPICRINE

STRYCHNINE

Incolore, jaune paille Incolore.
faible, après 1/2 heure.
Violet-bleu, vert-brun.
Violet-bleu-rouge.
Bleu-violet-framboise.
id.
Bleu passe au jaune.
Violet passe au brun.
Violet passe au gris.
Violet.
Jaune rouge.
Bleu-viotet foncé.
Rouge sang.
Incolore.

Bleu-violet, rouge-brun.

id.
0
Brun passe au rouge.
0
Bleu-violet très pâle.

0
0
0
0

Il résulte donc de l’ensemble de ces réactions qu’on ne saurait
confondre la zanthopicrine avec l’une ou l’autre des bases que nous
venons d’examiner. La zanthopicrine est abondamment précipitée
de ses solutions par les iodures doubles, les phospho-molybdate
et phosphotungstate de sodium, par l’acide picrique et le tannin,
mais non par les alcalis caustiques et les carbonates alcalins.
Comme elle est insoluble dans l’éther et le chloroforme, on ne
parvient pas à l’isoler par le procédé de Stas ou de Dragendorff.
Elle est associée dans la solution alcoolique qui provient de
l’épuisement du magma calcaire à une autre substance non cristallisable, qui partage la plupart de ses propriétés chimiques.

�— 271

- 270 —
Cette zanthopicrine amorphe est précipitée, en effet, comme ia
zanthopicrine cristallisée par les iodures doubles métalliques et
par le tannin.
En nous basant sur ces réactions nous avons cherché à l'isoler
et à la séparer de l'alcaloïde cristallisé, mais soit que nous ayons
fait emploi de l’un ou l’autre des précipitants, lavé le dépôt obtenu
et repris par un véhicule approprié, nous n’avons eu dans chacune
de nos opérations que des mélanges dont l’acétone seule nous a
séparé le corps cristallisé dont nous venons de parler plus haut.
Les feuilles ainsi que les grosses branches renferment éga­
lement de la zanthopicrine amorphe.

V. — Traitement à l’eau.
Les écorces épuisées par les divers véhicules que nous venons
d’employer, ne conservent plus trace d’amertume ; aussi l’eau ne
parvient-elle à dissoudre que les matières amylacées et le restant
des matières colorantes. Comme le dosage des matières amyla­
cées et gommeuses ne présente pas d’intérêt dans l’étude qui nous
occupe, nous n’avons pas cherché à les isoler et employé le résidu
des écorces complètement dépouillées de principes actifs à une
incinérationpourconnaltrele poids des cendres eteelni du ligneux.
Nous avons opéré de même sur divers résidus d’écorces. Les
résultats obtenus sont les suivants :

La composition des écorces peut donc être établie avec ces
données et avec celles qui nous ont été fournies par les poids des
trois extraits à l’éther de pétrole, â l’éther et à l'alcool.
Analyse immédiate des écorces et des feuilles
Grosses 1 rancîtes

Branthi s moyennes
Feuilles

N A TU R E D E S PR IN C IP ES
Ecorces

Ecorces

Ligneux

1 .9 5

0 .3 0

1 .5 0

1.84

0 .5 5

0 .0 5

0 .2 5

0 .4 0

Extraits par l’éther (le pétrole............
Extraits par l'éther...............................
Extraits par l’alcool.............................
Cendres....................................................
Eau hygrométrique..............................

1 1 .5 0 9

1 .5 4 2

1 0 .7 9 0

7 .5 0 5

9 .6 8 5

7 .8 2 5

6 .7 5 5

9 .2 1 5

8 .3 1 0

9 .3 0 7

10.435

Total par différence ................

3 0 .7 2 9

2 7 .8 8 7

2 9 .6 7 2

2 3 .9 6 0

Ligneux, cellulose, mat. amylacée..

6 9 .3 7 1

7 2 .1 1 3

7 0 .3 2 8

7 6 .0 4 0

100

100

100

4 530

100

Les cendres sont grisâtres.
L’eau en dissout 13,775 0/0 ; la partie insoluble = 86,225 %.
Parmi les sels solubles se trouvent du chlorure de sodium, du
sulfate de potasse, du sulfate de magnésie et du sulfate de chaux.
Dans la partie insoluble, nous avons constaté la présence de phos­
phate alcalin, de carbonate de chaux en majeure partie, un peu
de carbonate de magnésie, de l’oxyde de fer et du manganèse.

VI. — Nature des cristaux contenus dans les extraits à l’éther
de pétrole et à l'éther (Acide Zanthoxijlique).
Nous avons dit plus haut que l’extrait de pétrole renfermait un
composé cristallisé et que ce même composé se trouvait dans
l’extrait à l’éther. En traitant par l’acétone l’un et l’autre de ces
extraits, on les dépouille de la matière colorante verte ou jaune

�et l’on finit par obtenir un composé parfaitement défini, caracté­
risé par les réactions suivantes :
Point de fusion = 210°. Point d'ébullition 295°. A partir de cette
limite, le composé se volatilise en partie et laisse un résidu de
charbon. Il est entièrement décomposable par la chaleur au rouge
sombre et ne laisse pas trace de résidu sur la lame de platine.
Il se dissout difficilement dans l’alcool ordinaire ainsi que dans
l'alcool à 95*. Il est plus soluble dans l’alcool méthylique, mais
soluble pour ainsi dire en toute proportion dans le chloroforme,
cette solution dévie la lumière polarisée à droite.
La réaction est franchement acide au tournesol. L ’acide azoti­
que l’attaque difficilement, en le maintenant au bain-marie pen­
dant quelques heures avec un excès d’acide nitrique, on finit par
obtenir un composé précipitable par l’eau qui jouit des propriétés
d'un corps nitré. Le nouveau composé précipité par l’eau, lavé à
grande eau, desséché à 105° abandonne, quand on le chauffe, des
torrents d’acide azotique. — Le brôme l’attaque plus ou moins
vite. Une solution chloroformique de brôme ajoutée ù la solution
chloroformique du composé, perd immédiatement sa couleur. En
l’ajoutant par petite portions, jusqu’à production de coloration
jaune, on transforme le composé cristallin en produit brômé.
Avec un excès de brôme, on obtient un nouveau composé brômé,
parfaitement cristallisable sous forme de tables rhomboïdales.
L’acide sulfurique concentré colore les cristaux en orange.
En chauffant le mélange, la coloration passe au rouge. Il se
produit dans la masse acide des flocons violets, solubles dans
l'éther et le chloroforme. En opérant sur une certaine quantité
de matière 0 gr. 05 environ et IV gouttes d’acide sulfurique, chauf­
fant au bain-marie pendant 2 heures et saturant au bout de ce
temps l'excès d’acide par du carbonate de baryte, on peut en
mélangeant au résidu du chloroforme en retirer un liquide d‘un
violet superbe. Cette solution chloroformique colorée donne au
spectroscope une bande d'absorption très noire aux environs de
la division 60.
L’appareil étant disposé comme précédemment c’est-à-dire de
manière à faire coïncider la raie du sodium avec la division 50 ;
on reconnaît pour une certaine épaisseur de la cuvette à réaction,
une bande noire très foncée, s ’étendant de la division 46 à 73.
Quand on dilue la solution chloroformique, la bande d’absorption

273 —

devient plus pâle et ne commence qu’au delà de 50, pour ne
s ’étendre que jusqu’à la division 67. Puis, par suite de nouvelles
additions de chloroforme, on remarque un rétrécissement de la
bande.
Lorsqu’enfin le liquide observé n’a plus qu’une teinte violacée
très pâle, la bande d’absorption disparaît totalement et le spectre
apparaît avec toute sa netteté. Les cristaux dont il vient d’ôtre
question sont entièrement différents de ceux qui se trouvent dans
l’extrait alcoolique. Ils ne jouissent pas, comme ces derniers, de
la propriété de se colorer au contact de la potasse. Néanmoins,
ils se dissolvent en partie dans la potasse alcoolique pour former
un sel cristallisable. Le composé nouveau extrait de l’écorce
ainsi que des feuilles constitue un acide auquel nous donnons le
nom d ’acide Zanthoxylique pour rappeler son origine.
L ’analyse élémentaire que nous avons faite de ce corps cristal­
lisé nous a fourni les résultats suivants :

I
II
III

Matière employée

CO4

H*0

CI %

u H %

0.1883
0.248/i
0.2683

0.570
0.7525
0.8128

0.1793
0.2636
0.2838

82.55
82.61
82-61

11.76
11.79
11.75

les nombres conduisent à la formule : Ci0 H3i O
résultat différent de celui que nous avions annoncé antérieu­
rement et qui se rapportait — ainsi que nous l’avons men­
tionné plus haut — à un produit incomplètement purifié.
En résumé, notre étude au point de vue chimique nous conduit
aux résultats suivants :
A. — Les écorces de Zanthoxylum Perrotetii (bois piquant)
contiennent :
1° Dans l’extrait à l’éther de pétrole.
a) un principe a réaction acide, sans saveur, très soluble dans
le chloroforme, l’acide zanthoxylique dont la composition centé­
simale est représentée par Ci0 H31 O.
b) des corps gras, de la cire et des traces chlorophylle.

�2°

dans /'extrait à /'ét/ier.

a) le même acide zanthoxylique.
b) des corps gras, de la cire el de la chlorophylle qui n'avaient
pas été enlevés en totalité par le véhicule précédent.
3° dans l'extrait à l'alcool.
a) un principe amer cristallisable, la Zanthopicrite qui ne se
trouve que dans les écorces jeunes, mais non dans celles prove­
nant de branches de 0“04 à 0 m0 S.
b) de la glucose.
c) des matières colorantes qui se fixent sans mordant sur la soie
et la laine.
d) de Yacide zantkogènique, incolore, parfaitement cristallisé
en aiguilles et caractérisé par la coloration jaune qu'il donne au
contact de la potasse caustique.
e) une matière résineuse précipitable par l’eau et une base
organique à saveur amère la zanthopicrine, dillicilement cristal­
lisable, mais capable de fournir des sels cristallisés avec les
acides sulfurique et chlorhydrique.

3• Expérience. — On sectionne la moelle à la partie cervicale et l’on
injecte 1/4 seringue. — Les mouvements volontaires sont abolis, mais
les rétlexes persistent.
4e Expérience. — On met à nu les nerfs lombaires, on ligature la partie
inférieure du corps et l’on injecte dans la partie supérieure 1/2 seringue.
— Les mouvements volontaires ainsi que les réflexes sont abolis.
.5e Expérience. — On met à nu le nerf sciatique, on l’isole par le cro­
chet d ’expérience et l’on injecte 3/4 seringue. — Abolition des mouve­
ments volontaires et des réflexes. On fait passer un courant par le nerf,
ce qui détermine des contractions musculaires.
L’abolition de la contractilité volontaire et des réflexes n’est donc pas
due à une action directe de la substance sur le muscle et le nerf.
6e Expérience. — On isole le gastroenèmien d'une grenouille, on
place sur le crochet à expérience le nerf sciatique et on l'excite par
l’électricité en vue de contracter le muscle.
La contraction musculaire s ’effectue, après l’injection de 1/2 seringue,
entièrement identique à celle que l’on observe avant l’injection
Le tracé myographique l’indique nettement.

B .— Les feuilles contiennent également de Yacide zanlhoxyliqne et de la zanthopicrine.
§

III.

— E tude p h y sio lo g iq u e.

Nous préparons une solution d’extrait aqueux de l’écorce de
telle façon que I gr. d’écorce corresponde à 4 cc. du liquide. Une
seringue de Pravaz de 1 cc. renferme donc les principes dissous
dans un quart de gramme d’écorce.

F i g . 1. — Contraction avant l’injection.

F ig . 2. — Contraction après l'injection.

�?' Expérience. — On injecte I 2 seringue à une grenouille de taille
moyenne tient le cœur avait été mis à nu et placé entre les deux cuillers
du cardiographe.
Avant l'injection on compte 48 battements. Nous en détachons le quart
pour servir de terme de comparaison ; cinq minutes après l’injection, il
n'y a plus que 40 battements, ils sont diminués comme amplitude.
Dans les cinq minutes suivantes on trouve une diminution nouvelle
comme nombre et comme amplitude (flg. 5).
Entin après cinq autres minutes même effet, produit d’une manière
plus accentuée. Il n’y a plus que 32 battements par minute.
Nos quatre ligures 3, 4. 5, 6 , donnent tes tracés correspondant à un
quart de minute.

Action du cœur. — Battements pendant

de minute.

La respiration s ’effectue péniblement. Le cœur bat encore mais faible­
ment. Au bout d’une demi-heure, mort.
Deuxième série d'expériences, Solution contenant 0 gr. 50 d ’écorce
par cc. — Soit 0,50 par seringue.
Cobaye

0° Expérience. — Injection d’une seringue. — L ’animal est incommodé
il se meut difficilement. — Dix minutes après nouvelle injection de la
même dose : paralysie des membres postérieurs. On excite le nerf scia­
tique par l’électricité et l’on obtient comme chez la grenouille la con­
traction des muscles du membre. Dix minutes plus tard nouvelle dose
d'une seringue. — Paralysie prononcée. L'animal succombe une demiheure après.
L a pin

10e Expérience. — Injection d’une seringue. — Les mouvements volon­
taires et des réflexes s ’effectuent comme dans des conditions normales.
F i o . 3.

F ig . 7. — Avant l’injection.
F i g . 4.

F ig . 8. —'5 minutes après l’injection.

F i g . fl. — 10 minutes après l’injection.
F ig . G.

Expérience. — La grenouille reçoit trois seringues de la solution
dans l'espace d’un quart d’heure. Les réflexes et les mouvements volon­
taires sont complètement abolis. L ’animal est entièrement paralysé.

Fig . 10. — 20 minutes après l’injection.

�On retrouve la substance dans les urines au bout de vingt minutes, le
réactif le plus sensible est l’acide nitrique; il suflit d’en verser une cer­
taine quantité dans l'urine pour obtenir une coloration rouge caracté­
ristique de la Zanthopicrine.
Une demi-heure après, injection d'une nouvelle seringue. On prend
le tracé de la respiration. Il correspond à celui du cœur de la grenouille,
c'est-à-dire il montre une diminution du nombre et de l’amplitude des
mouvements pour un quart de minute.
Injection d’une troisième seringue. — Paralysie du train postérieur et
peu après paralysie des membres antérieurs.
L’animal succombe au bout d'une demi-heure. Les deux pattes de
derrière sont étendues.

C o n c lu sio n s

Il résulte de cette étude physiologique : 1° que l’alcaloïde de
notre Zanthoxylum ou l’extrait aqueux de l’écorce qui le renferme,
agit sur l’organisme comme paralysant ; 2 ° qu’on peut déceler
dans les organes et dans les produits de sécrétion, les mêmes
alcaloïdes au moyen de l’acide azotique.

§ IV. — E mploi

Recherche de la Zanthopicrine dans les organes.
L'autopsie d’un lapin mort à la suite de l’injection hypodermique de
l’extrait aqueux de l’écorce dans les conditions ci-dessus, nous révèle une
hyperhémie considérable dans les poumons. Le cerveau est également
piqueté de rouge. Les autres organes ne présentent rien de particulier.
Foie 125 gr. L'organe est finement broyé avec du sable, évaporé au
bain-marie, puis traité par de l'alcool à plusieurs reprises à l’ébullition.
La solution alcoolique est évaporée à sec. Le résidu repris par l'eau a
été évaporé de nouveau.
Une partie de ce résidu est traitée par l’acide azotique; on obtient une
coloration rouge sang, identique à celle que donne la zan th op icrin e.
Une autre partie du résidu redissout dans l’eau est injecté à une gre­
nouille ; l'animal est paralysé du train postérieur au bout d’un quart
d'heure. Le symptôme est le même que celui que présente une autre
grenouille à laquelle on injecte 1/4 de seringue de la solution primitive.
Reins 22 gr. Les organes traités comme le foie, présentent la même
réaction. Il est facile d'y déceler la zanthopicrine par l'acide azotique.
C'jm.r : même traitement.coloration rouge faible en présence du réactif.
Poumons: même traitement.
Urine S cc. : Coloration rouge sang très intense.
Muscles 125 gr. : Traités comme les autres organes, on ne peut y déce­
ler la présence de l'alcaloïde.
Cerveau : Il donne également un résultat négatif.
A part ces deux organes, le cerveau et les muscles, la zanthopicrine
peut être décelée après l'autopsie sans difficulté dans tous les autres.
Nous avons pu également déceler l’alcaloïde dans quatre foies de gre­
nouilles qui avaient été intoxiquées par des injections hypodermiques.

médicinal du

bois piquant.

Les notions que nous pourrons donner sur l’emploi de cette
plante nous ont été fournies par des spécialistes tant médecins
que pharmaciens qui l’ont expérimentée à la Guyane.
Voici tout d’abord une note qui est due à M. Kerbec, pharma­
cien, directeur de l’hôpital civil de Cayenne :
« Le Zantlioxylum, appelé lois piquant, est très employé par
les naturels du pays qui l’apprécient à un plus haut degré que le
quinquina.
« Cette plante croit en abondance et en famille sur tous les
points de la Guyane, et se trouve surtout fréquemment le long des
grandes routes, dans les endroits peu élevés.
d L ’écorce est la seule partie de la plante dont on fasse usage
ici ; elle est très mince et roulée sur elle-même après dessication
(rameaux jeunes). Elle possède des propriétés fébrifuges et anti­
périodiques très remarquables : son action comme tonique
parait moins certaine, et je n’ai pas pu la constater d’une façon
absolue.
« Les différentes formes sous lesquelles j ’ai employé cette
écorce dans les diverses expériences que j ’ai faites sont : la
poudre, l’extrait alcoolique, Yinfusion dans l'eau et la macération
dans du vin.
« La poudre, de couleur brun fauve, est d’une saveur excessi­
vement amère ; je l’ai employée à la dose de 1 à 4 grammes en
cachets.
a L'extrait, de couleur noir foncé, est très hygrométrique ; il
ne peut être conservé en consistance d ’extrait, devient liquide dès
que le llacon a été débouché une ou deux fois, et absorbe plus du

�double de son poids d ’eau ; il a une odeur désagréable rappelant
légèrement celle de l'extrait d’opium ; l’écorce fournit en moyenne
15 pour 100 d’extrait ; nous l'avons employé à la dose de 8 gram­
mes pour 1 litre de vin de Banyuls ; mais dans cette proportion,
le vin est tellement amer qu'il est difficile de le faire accepter par
tout, le monde.
« L'infusion, qui donne des résultats excellents, était préparée
dès la veille pour être bue le lendemain, dans les proportions de
12 grammes d’écorce pour I litre d'eau bouillante.
« La macération dans le vin se faisait dans les mêmes propor­
tions et durait six jours. Il résulte des expériences faites sous ces
diverses formes que les préparations qui donnent les meilleurs
résultats sont :
« En première ligne : l’infusé et le vin préparés comme je l’ai
dit plus haut ; vient ensuite la poudre prise en cachet.
« Le vin est administré par verre à bordeaux deux fois par
jour ; l’infusé, à la même dose.
« Quant à l’extrait, les expériences tentées sous cette forme
n’ont pas donné de brillants résultats. Je vous signale ce fait,
parce qu'il s’est produit avec assez de constance pour attirer
l'attention ; peut-être, est-ce dù à une altération produite par la
chaleur pendant la préparation ; peut-être aussi le véhicule alcoo­
lique ne dissout-il pas suffisamment le principe actif. Cette der­
nière supposition parait plus logique, quand on met en regard les
bons résultats obtenus par l’infusion ; quoi qu’il en soit, ce ne
sont que des suppositions, car n’ayant pas fait l’analyse de la
plante, je n’ai aucun moyen d’appréciation scientifique. C’est
surtout comme antipériodique que son effet est indiscutable ;
toutes les fièvres palustres traitées sérieusement ont. cédé sous
l’action de ce médicament. Un grand nombre de malades avaient
subi auparavant, sans succès, des traitements au su lfate de
quinine et à l'acide arsénieux. Dans les fièvres continues, son
action se produit d’une façon incontestable, mais à un degré bien
moindre que le sulfate de quinine, toutes proportions gardées.
( 11 est bon de vous faire remarquer que dans ces préparations
les doses employées sont de moitié inférieures à celles auxquelles
on a l’habitude d’employer le quinquina.
« Ces notes sont le résultat d’observations assez nombreuses
pour être, sinon concluantes, du moins très près de la vérité ».
f

Voici, d’autre part, l’appréciation de M. le D' François, très
habile praticien de la Guyane, qu’une longue expérience a mis au
courant des avantages réels que présente la drogue qui nous
occupe : son appréciation nous a été transmise le 22 janvier 1883 :
« Parmi toutes les plantes de la Guyane, une de celles que
j ’emploie le plus souvent est. le bois piquant. Excessivement amer,
mais d’une amertume franche, il est assez facilement accepté par
les malades.
« Mon attention fut appelée sur cette plante alors que j ’étais
médecin d’une compagnie aurifère de l’Approuague en 1875 ;
depuis je m’en suis constamment servi.
« La dose est de 100 grammes environ en décoction dans un
litre d’eau ; mais cette dose est en général peu exactement mesurée ;
on fait un pot de tisane ou de décoction et le malade en prend
trois bols dans la journée : un le matin, un à midi, un le soir.
« Je l’emploie principalement dans les fièvres rebelles, alors que
les moyens ordinaires sont impuissants et surtout dans ces accès
périodiqu es faibles, absolument réfractaires à la quinine et qui
amènent rapidement la mort du malade, soit par anémie, soit par
un accès pernicieux foudroyant ; dans ces cas, le remède est
presque souverain. Toujours il améliore l’état du malade et sou­
vent amène sa guérison.
« Je n’ai malheureusement pas d’observations bien faites à
donner à l’appui de mon dire : la clientèle civile, surtout dans les
colonies, se prête peu à ce travail, mais une pratique de huit
années déjà donne une certaine valeur à mon dire.
« Je n’oserais cependant me fier au bois piquant dans un cas
grave, où le médecin doit agir rapidement, car il m’a semblé, au
contraire, qu’il fallait à ce remède quelques jours pour agir. Il est
probable que si le principe actif était dégagé, on obtiendrait de
meilleurs résultats. La décoction de quinquina employée dans les
mêmes conditions ne serait guère plus efficace.
« J ’ai employé plusieurs fois le bois piquant contre la fièvre des
phtisiques et toujours avec succès les premiers jours, mais
l’estomac s ’en fatigait vite et l’on était forcé de renoncer au
médicament.
« Au total, il y a dans le bois piquant un médicament pré­
cieux, très fidèle et qui demande à être étudié sérieusement ; je
serais heureux qu’il lui soit, donné une forme plus pratique. .

�282 —
« Quand on a comme moi, par l’expérience de tous les jours,
reconnu combien souvent la quinine et le quinquina sont impuis­
sants, on est heureux d’avoir sous la main une plante qui puisse,
sinon la remplacer, du moins leur donner un aide puissant ».
En somme, à part la question de dose dans l’emploi des diffé­
rentes formes pharmaceutiques sous lesquelles le bois p iq u an t est
employé à la Guyane française, l'opinion précitée des deux spé­
cialistes dont nous venons de donner l’appréciation in extenso,
est absolument favorable à la constatation des propriétés antipé­
riodiques de cette drogue.
D'un autre côté voici les renseignements que nous tenons, sur
l'emploi de cette écorce, d'abord de M. le professeur Sauvaire,
pharmacien principal de la Marine, qui, pendant son séjour à la
Guyane, notamment en 1882 et 1883, s'est mis à notre disposition
avec la plus grande obligeance pour nous rechercher les matériaux
les plus complets et les plus variés nécessaires pour la présente
étude, et ensuite de M. Micheli, pharmacien civil, qui a vainement
tenté d’introduire en France des préparations à base de bois
piquant, et dont le père a le premier appelé l’attention sur ce
médicament. M. Sauvaire s ’exprime ainsi (in lilte r is ) :
« D'après ce que j'ai appris de plusieurs personnes habitant
Cayenne et les divers quartiers de la Colonie, l'arbre qui fournit
le bois piquant est répandu partout dans la Guyane et aussi dans
les Guyanes anglaise et hollandaise, mais seulement à l'état de
plante de seconde végétation. Elle abonde partout sur le littoral,
mais n'existe pas dans la forêt vierge. Quant à l'emploi médicinal,
il est borné à Cayenne seulement ; dans les quartiers on a recours
à d’autres plantes pour atteindre le même but. Du reste, il est à
supposer que la date de l’emploi parles indigènes ne remonte pas
bien haut. C’est le père de M. Michéli, pharmacien à Cayenne,
qui adonné une certaine vogue à ce végétal, il en a envoyé des
écorcesàson fils pendant que ce dernier exerçait en France comme
pharmacien. Il en a fait un vin de bois piquant qui n'a pas réussi
en tant que spécialité. Le Dr François a employé ce bois avec une
certaine continuité à Cayenne comme fébrifuge, soit sous forme
de vin, soit sous forme de décoction. »
Voici maintenant l'opinion de M. Michéli fils telle qu'il l’a
exposée au Dr Pain, médecin à la Guyane qui a bien voulu nous
la transmettre :

— 283 « Le bois piquant se rencontre surtout dans file de Cayenne,
(tour de file) ; il est là en famille. C'est un excellent tonique et un
très bon fébrifuge qui agit pendant l’accès; il a également la pro­
priété très importante, lorsqu’il est administré dès le début de
l'affection, de transformer la terrible lèpre rouge en lèpre blanche
qui est guérissable. Voici le mode d ’emploi : comme ionique,
20 grammes d'écoive en infusion dans un litre d’eau bouillante, à
boire aux repas coupée de vin blanc ; comme fébrifuge 20 gram­
mes en décoction dans un verre d ’eau à réduire à moitié par ébul­
lition : à prendre avec addition de café et de sucre. »
Comme on le voit, les diverses formules se rapprochent sensi­
blement, et, tous les praticiens qui ont employé cette écorce ou
l’ont vu employer, sont unanimes à lui reconnaître uniquement
des propriétés fébrifuges plus ou moins accusées. Il faudrait
donc faire des réserves sur les propriétés diaphoniques et
anti-syphilitiques qui leur sont attribuées presque généralement
par les auteurs.
Il est probable, mais la preuve n’en est pas faite encore caté­
goriquement, que le véritable principe actif de ces écorces est la
zanthopicrine, qui, alors, agirait dans la fièvre en diminuant les
battements du cœur en nombre et eu intensité fl J. Mais l'expé­
rience clinique seule pourra nous renseigner sur ce point et elle
reste entièrement à faire. Un point seul demeurerait inexplicable
dans l’hypothèse où la zauthojncrine serait l’unique principe actif
fébrifuge de ce bois piquant, c'est que, d’après M. Kerbec,
l'extrait alcoolique, qui devrait être la forme pharmaceutique la
plus riche en zanthopicrine, est précisément la préparation qui a
donné dans la pratique médicale les plus mauvais résultats en
tant qu'action fébrifuge, alors que les décoctions aqueuses, qui
sont amères mais renferment peu de cet alcaloïde, montrent la
plus grande activité. Faudrait-il croire comme le pense M. Kerbec,
que la préparation de cet extrait se conserve mal et amène une
altération de la zanthopicrine.
Ce sont là autant de questions qu'il reste à résoudre au lit du
(]) Dans ce cas, le bois 'piquant jouirait, comme fébrifuge, d’une action
comparable à celle du Batjantior (Vernonia Nigritiania 01. et Iliern), action
que nous avons mise en évidence dans ce poison du cœur propre à la Cote occi­
dentale d’Afrique. Le Batjantior e d employé dans cette région pour combattre
la fièvre paludéenne, comme le boi* piquant l’est à la Guyane française pour le
même objet.

�- 284 —
malade et sur lesquelles les médecins coloniaux nous donneront
le dernier mot, en expérimentant sur la santhopicrine pure à
faibles doses.
Cette dernière substance, d’une préparation assez facile, fixera,
nous en avons la certitude, un jour ou l’autre, l’attention des
médecins et des pharmaciens coloniaux à la Guyane française.

�ÉTUDE BOTANIQUE ET CHIMIQUE
DES

MURRAYA EXOTICA
ET

K C E N IGM

Dr Eugène LABORDE
Pharmacien en chef des Hospices civils.
Ancien Interne en pharmacie des Hôpitaux de Paris.

�INTRODUCTION HISTORIQUE

Le genre Cm raya est dédié à Murray, médecin-botaniste, professeur
à Gœtti ngue.
Ce savant a laissé un grand traité de matière médicale ( i).
Ce genre comprend des plantes découvertes par Kœnig ( 1 7 2 8 - 88 ),
qui a exploré l'Inde et dont les travaux ont été publiés par Rottboll et
Retzlus ( 2 ).
D’après P. Thunberg ( 1 7 4 3 - 18 2 8 ), élève et successeur de Linné à
Upsal, qui a visité en naturaliste et en ethnographe, de 1 7 7 0 à 1 7 7 9 ,
l’Afrique australe, l’Insulinde et le Japon ( 3 ), les fleurs de l’espèce la
plus répandue, appelée par Linné ( 4 ) Murraya exotica, servent à tein­
dre les cuirs en noir ( 5 ).
En dehors de cet usage industriel indiqué par Mérat et de Lens,
d’après l’édition française du voyage de Thunberg, cette plante est citée
dans l’édition allemande ( 6 ) (qui m’a été seule accessible), comme cultivée
aux environs de Batavia, pour la beauté et le parfum de ses fleurs.
Kosteletzky ( 7 ) cite plusieurs Aurantiacées réparties entre les genres
Murraya L., Bergera Kœn., Chalcas Lour., comme condiments et fébri­
fuges très usités dans l’Inde.
( 1 ) Apparatus medicaminum. 6 volumes, 1776 - 17 9 2 , Gottingen.
( 2 ) Winckler, Geschichle der 'Bolaiiik. Francfort, 1854 , p. 248 .
( 3) Resa idi Europa, Africa, Asia, édition allemande de Groskurd. 2 vol. in-8°,
1792.
(4 ) Linné, CManlissa plantara m, 363 . Havniae, 17 6 7 .
( 5) Merat et de Lens, 0.dictionnaire de matière médicale, tome I\r, p. 5 1 7 , 18 3 2 .
(6) Loc. cil., tome II, p. 260 .
(7 ) Allg. medic. phann. Flora, V, p. 1995 -96, 18 ^6 .

�—

4

—

Le ChCttrraya exotien a été étudié chimiquement par de Vrij (i),
Blas ( 2 ) et le CSCurraya Kœnigii, par Prebble ( 3), Mootooswamy (.4), ainsi
que par un auteur anonyme américain ( 3 ), qui y signalèrent côté d’une
huile volatile et de principes résineux, un corps cristallisé de nature glucosidiquc, appelé provisoirement kœnigiine. Ces plantes sont signalées
comme condiment, fébrifuges, antiasthmatiques et antidysentériques.
Dans le dictionnaire de Thérapeutique et des Eaux Minérales ( 6 ) se
trouve une bonne description des Murraya exotica et Kœnigii. L’auteur de
l'article fait connaître les usages des divers organes de ces plantes et signale
les principes résineux et glucosidiques, en particulier la Murrayine.
Enfin la Revue coloniale du 5 mai 1896 contient un article très inté­
ressant de M. Poulain sur le sujet de cette étude. (Je n’ai pu me procurer
à temps cette publication.)
M. le professeur Heckel, directeur de l'Institut colonial de Marseille,
a bien voulu me signaler l’intérêt qu’il y aurait à reprendre l’étude de
ces plantes qu'on trouve dans nos colonies de l’Extrême-Orient. Je m’étais
proposé, en entreprenant ce travail, de taire non seulement leur étude
botanique et chimique, mais aussi de contrôler, par des observations cli­
niques, les propriétés médicinales qui sont attribuées aux Murraya, dans
leur pays d’origine, et enfin d’essayer de montrer à quelle forme phar­
maceutique il fallait donner la préférence, pour leur emploi en médecine.
J ’ai le regret de n’avoir pu exécuter entièrement le plan que je m’étais
tracé; ces plantes renferment, en effet, peu de principes actifs, et, en opé­
rant sur des poids de substance relativement élevés ( 1 0 0 gr. et 200 gr.),
j’ai obtenu des principes immédiats en quantité tellement faible que sur
certains résidus je n’ai pu faire agir que deux réactifs. D’autre part, les

( 1 ) Bulletin de VMendémie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de
Belgique, 2 e série, t. XXVI, p. 303 , 1868 .
(2 ) Ibid., p. 303 à 3 1 8 .
( 3) Dymock, Warden and Hooper, Pharmacographia indica, tome I, 1889 ,
p. 26 2 .
(4 ) Thannac. Journ. and. Transact., p. 423 (15 novembre 1890 ).
( 5) Pacijical Record, p. 504 (ap. Jahresber. (1er Pharm., 18 9 2 , p. 383 ).
( 6) Dujardin-Beaumetz, Dictionnaire de Thérapeutique et des Eaux Minérales.
Paris, 1887 , pp. 756 et 7 3 7 .

recherches pharmacologiques et l’expérimentation médicale auraient exigé
une quantité beaucoup plus grande de matière que celle qui a pu être
mise à ma disposition par M. Heckel.
Pour ces raisons, j’ai dû renoncer à faire l’étude pharmacologique et
clinique des Murraya, me réservant, quand je serai en possession d’une
quantité suffisante de ces plantes, dont l’arrivée en Europe nécessite de
longs mois, de compléter ce sujet par des recherches ultérieures.
Cette étude se divise en deux parties :
Première partie : Elude botanique.
Deuxième partie : Etude chimique.
P r e m i è r e p a r t i e . — Dans le premier chapitre, je m’occupe de la sys­
tématique et de la morphologie des Murraya.
Le deuxième chapitre est réservé à l ’anatomie et à l’histologie :
i° De la feuille et de la tige du Murraya exotica.
2 ° De la feuille, tige et du fruit du Murraya Kœnigii.
D e u x i è m e p a r t i e . — Le premier chapitre comprend l’étude chimi­
que des feuilles et rameaux du Murraya exotica.
Dans un deuxième chapitre se trouvent consignés les résultats des
recherches chimiques sur les feuilles et rameaux du Murraya Kœnigii.
Un troisième chapitre est consacré à la chimie des fruits du Murraya
Kœnigii.
Enfin, dans un quatrième chapitre, je fais une étude spéciale des prin­
cipes que j’ai isolés au cours de mes recherches : murrayine, kœuigiine,
et une essence que j’ai obtenue par la distillation des fruits de Murraya
Kœnigii.
Avant de commencer cette étude, je tiens à exprimer à M.le professeur
Heckel mes sentiments de profonde gratitude pour m’avoir donné l’idée de
ce travail et pour l’obligeance et l’empressement avec lesquels il a bien
voulu m’adresser toute la provision de PMurraya dont il pouvait disposer.
C'est à M. le docteur Bræmer professeur de matière médicale que je dois
d’être entré en relation avec M. Heckel; c'est lui qui a mis à ma disposition
les appareils et les produits nécessaires pour l’examen chimique. Il m’a
guidé de ses conseils et j’ai pu souvent profiter de son érudition et de sa
bibliothèque riche en auteurs anciens et étrangers. Qu'il veuille bien rece­
voir l’expression de mes meilleurs sentiments de reconnaissance pour la

�— G—

bienveillance qu'il n'a cessé de me témoigner non seulement dans cette
occasion mais encore dans les rapports de service que j’ai journellement
avec lui et pour l’honneur qu'il veut bien me taire en acceptant la prési­
dence de ma thèse.
Les recherches anatomiques et histologiques ont été faites dans le
laboratoire particulier de M. le docteur Suis, chargé du cours de zoologie
et chef des travaux pratiques de micrographie.
Mon ami M. le docteur Marie, chargé de cours de physique, a bien
voulu mettre à ma disposition les appareils dont j’ai eu besoin pour
l'étude des constantes physiques de l’essence et m’aider de ses conseils
dans cette partie de mon travail.
Mon ancien camarade d’internat et ami M. le docteur Gérard, pro­
fesseur agrégé de pharmacie m'a été des plus utiles en m’accueillant dans
son laboratoire et en me faisant profiter de son ^expérience et de son
savoir dans l’étude des principes immédiats d’origine organique.
Qu'ils veuillent bien accepter mes remerciements les plus sincères pour
l'excellent concours qu'ils m’ont prêté dans le cours de ces recherches.
Je remercie aussi bien sincèrement M. Cluzet, chef des travaux de
physique, qui a bien voulu, malgré ses occupations personnelles, m’aider
dans la tâche parfois délicate de la détermination des propriétés physiques
de l’essence de Murraya.
Enfin, je n'aurai garde d’oublier dans mes remerciements M. Arnaud,
interne en pharmacie, qui a bien voulu me traduire plusieurs articles
relatifs aux ÎSCurraya et publiés par des auteurs anglais.
Je suis heureux de l’occasion qui m’est offerte, d’exprimer toute ma
gratitude à mes Maîtres de la faculté , pour la bienveillance qu’ils m’ont
témoignée dans le cours de mes études médicales, et particulièrement à
messieurs les Professeurs de clinique ou agrégés, médecins ou chirurgiens
des hôpitaux, avec lesquels je suis heureux d’avoir les meilleures relations
de service. Je remercie aussi M. Mathias, professeur à la faculté des scien­
ces, d’avoir bien voulu me donner l’hospitalité dans son laboratoire, et
d’avoir mis à ma disposition un appareil que je n’avais pas pu me procu­
rer dans le laboratoire de M. Marie.

PREMIÈRE PARTIE
ETUDE

BOTANIQUE

C H A P IT R E PREM IER

Systématique, Morphologie extérieure et Usages.
Le genre Murraya figure d’abord dans la Mantissa plantarum ( i ) de
Linné.
Il a été admis dans le Généra plantarum, d’Ant. L de. Jussieu ( 2 )
dans son Ordo X. — Aurantia. — Les Orangers. — 2 e Section : Aurantia
vcra,h fruit baccien polysperme et feuilles glanduleuses (pellucido-punctata).
Sprengel, dans la 1 4 e édition du Systema Vegetabilium de Linné ( 3 ) a
réuni dans un seul gen’re de la Decandria lAConogyna, les espèces des gen­
res Chalcas, Bergera, Marsanna et Murraya, adoptés par Linné et de
Jussieu, d après les descriptions de Kœnig ( 4 ), Loureiro ( 5 ) Burmann ( 6 ) et Sonnerat ( 7 ).
(1 )
(2 )
( 3)
(4 )
( 5)
( 6)
(7 )

Loc. cit., p. 563 .
Ant.-L. de Jussieu, Généra plantarum Paris, 1789 , p. 260 .
Vol. II, p. 3 1 5 , n° 1369 . Gœtting, 18 2 $.
In Manlis. plant.
Loureiro, Flora cochinchinensis, 1790 .
A.-L. Burmann, Flora indien. Lugd. Bat., 17 6 8 .
Sonnerat, Voyage aux Indes Orientales et à h Chine. Paris, 1 7 8 2 .

�8

—

9
Arbores, v. frutices inermes; foliis pinnatis, foliolis alternis basj
inæqualibus, v. cuneatis, integris, v. crenulatis ; floribus axillaribus
solitariis, v. in cymas axillares terminales v. ramoso-cymiferas et corymbiformes dispositis ( 1 ).
La division des Murraya en deux espèces est fondée sur ce que dans
la section Bergera a laquelle appartient le M . Kœnigii, il y a un ovule
par loge et que dans la section Exotica il existe deux ovules par loge.
—

De Candolle dans son ‘Prodrome ( i ) , place dans son Ordo XXXIII,
Aurantiaceæ les genres :
IV. — Cookia établi par Sonnerat (Voyage Ind. t. 2 . p. 1 3 9 ) ;
V. — Murraya Kon. in Sclireber (Gen., n° 7 1 7 ) ( 2 ) : Marsanna
(Sonnerat).
VL — Aglaia Lour. (Flora cochinchinensis p. 2 1 6 ) ;
VII. — Bergera Kon. (in Schreber Gen. n° 7 1 8 ) ;
VIII. — Clausena (Burm. Flora, ind. p. 89 ).
(Ce dernier est devenu le type de la tribu des Clausenées dans la­
quelle les auteurs ont rangé tous ces genres.)
Le genre Murraya dans le Prodrome comprend deux espèces : Murraya
e.xotica (Linné, Mautissa planlarum, 5 6 3 ) et le Murraya paniculata.
Le genre Bergera comprend également deux espèces : le Bergera Kœnigii (Linné, Mautissa, n° 5 6 5 ) et le Bergera integerrima (Roxb).

Caractères du genre Murraya

( 3 ).

Floresfere Limoniæ, calyce 5 -fido v. 5 -partito. Petala 5 . Stamina 8 - 1 0 , ■
filamentis linearis subulatis, antheris brevibus. Germen 2 v. 5 -loculare.
Ovulis in loculis 1 (Bergera), v. 2 , collateribus v. subsuperpositis. Stylo
elongato, apice stigmatoso, capitato, demum deciduo. Bacca ovoidea,
v. oblonga ; seminibus 1 -2 , testa glabra v. lanata ( 4 ).

( 1 ) Aug. Pyr de Candolle, Prodromus Systematis naluralis Reoni Vegetabilis.
Paris, 1 S2 5 .
( 2 ) Schreber ( 1730 -18 10 ), professeur à Erlangen, a réédité en 1789 le
Généra plantarum, de Linné. 2 vol. Francfort, 1789 -9 1 .
( 3) Bâillon, Histoire des plantes, t. IV, p. 486 , 18 7 6 .
(4 ) Fleurs semblables à celles des Limonia ; calice quiwquefide ou quinquepartite ; 5 pétales. Etamines 8- 1 0 ; filets linéaires subulés ; anthères courtes.
Ovaire à deux ou cinq loges; un seul ovule par loge (Bergera), ou deux ovules
collatéraux ou presque superposés. Style allongé, avec stigmate terminal en
tête, enfin caduc. Baie ovoïde ou oblongue ; une ou deux graines, tégument
glabre ou pubescent.

—

Origine. — Description et usages.
1 ®Murraya exotica. — Originaire du Domaine indien (de Grisebach),
cette plante se trouve dans l’Inde française ( 2 ) et en Cochinchine ( 3 ).
Elle est naturalisée à File de la Reunion (4 ) où elle est cultivée dans
les jardins. Son bois compact, d’un grain fin, remplace celui du buis et se
prête aux mêmes usages ( 5 ).
« C’est un arbrisseau, toujours vert, pouvant atteindre deux à trois
mètres, ramifié dès la base, à écorce blanchâtre ( 6 ). »
Les feuilles (le seul organe que j’ai eu à ma disposition), sont pennées
à 3 - 7 folioles, alternes, elliptiques, asymétriques, entières, luisantes, la
terminale plus grande que les autres. Ces feuilles sont assez semblables à
celles du buis; aussi a-t-on appelé le 'Murraya exotica, buis de la Chine.
Elles ont une saveur âcre (7 ).
Les fleurs sont grandes, blanches et odorantes, disposées en cymes
axillaires ( 8 ).

( 1 ) Arbres ou arbrisseaux inermes, à feuilles pennées, folioles alternes,
inégales à leur base ou bien en forme de coin, entières ou crénelées ; fleurs
axillaires solitaires ou en cymes axillaires terminales ou bien rameuses et dispo­
sées en corymbes.
( 2 ) de Lanessan, Plantes utiles des colonies françaises, 1886 , p. 608 .
(3 ) Ibid., pp. 304 , 7 3 0 .
(4 ) Ibid., p. 1 9 6 .
( 5) Jacob de Cordemoy, Flore de l’ile de la 'Réunion, p. 3 72 . Paris, 1895 .
(6 ) Davin, Revue horticole des Bouches-du-Rhône, p. 7 1 . Avril 1897 ,
(7 ) de Lanessan, loc. cil., pp. 196 et 608 .
(8) Ibid., loc. cil., p. 608 .

�10

Le fruit a peu de pulpe ; sa peau est mince et ponctuée (i)
D'après de Lanessan ( 2 ), les usages de cet arbrisseau sont assez nom­
breux; c'est ainsi que son bois, que son grain dur et serré rend suscep­
tible d’un beau poli, peut être employé pour le tour et l'ébénisterie; les
indigènes de l'Inde s’eiTservent pour faire des poignées de sabre.
Les fleurs donnent, à la distillation, une essence parfumée ; elles peu­
vent servir aussi pour la teinture en noir.
Enfin la plante est astringente et stimulante.
Tels sont les principaux renseignements que j’ai pu recueillir dans les
auteurs, relativement à l’origine, à la description et aux usages médicaux
et industriels du 51Curraya exotica.
2 ° Murraya Kœnigii. — « Le 5\Curraya Kœnigii qui est appelé en

sanscrit Saurabhi nimba, se rencontreà l’état sauvage dans les districts mon­
tagneux, sur les monts Himalaya, dans le Bengale, les Provinces occi­
dentales et à Ceylan ( 3 ) » ; il est cultivé dans nos colonies de l’Inde.
C'est un petit arbre à feuilles pétiolées, imparipennées, à folioles al­
ternes, brièvement pétiolées, ovales, lancéolées ayant de 3 à 5 centimètres
de long, asymétriques, faiblement serretées, pubescentes, d'une coloration
vert foncé à la face supérieure, d'une couleur plus pâle sur l’autre face, à
nervation réticulée. Ces feuilles ont une odeur agréable, un goût légère­
ment piquant d’abord, puis acidulé et amer.
« Les fleurs sont en corymbes terminaux composés ; le calice à cinq
divisions; cinq pétales, étalés, blancs; dix étamines libres; l’ovaire est
biloculaire à loges uniovulées ( 4 ) ».
Les fruits, constitués par une baie de couleur noirâtre, sont disposés en
corymbes; leur volume varie de celui d’un grain de millet à celui d’un
pois ; en général leur volume est à peu près le même que celui des fruits
du troène. De vingt-cinq à trente fruits pèsent un gramme. Ce fruit
écrasé dégage une odeur aromatique, forte d’abord, puis comparable à celle
du néroli, due à la présence d'une huile essentielle.
(1)
(2 )
( 3)
(4 )

Davin, T\a&gt;ue horticole des Bouches-du-Rhône, loc. cil.
Loc. cit., pp. 196 , 304 , 608 , 73 0 .
Pharm. ind., loc. cit.
de Lanessan, loc. cit., p. 607 .

Au goût, il a une saveur nettement poivrée tout d’abord, mais beau­
coup moins prononcée que celle du poivre noir; il est ensuite amer et
laisse finalement une fraîcheur agréable. L’épicarpe est membraneux ,
glabre, difficile â pulvériser et lesarcocarpe mucilagineux ; les graines sont
glabres et auriculées à la base.
L’écorce et la racine sont employées dans les pays d’origine comme
stimulants et, d’après Roxburgh, pour la guérison des exanthèmes et des
blessures faites par les morsures des animaux venimeux.
Les feuilles fraîches, réduites en poudre, entrent dans la préparation des
curry indiens ( 1 ) ; elles sont aussi employées pour le « flavouring chut­
ney ( 2 ) » met indien.
En décoction, elles sont employées pour combattre la fièvre; et pour
cela, on les mélange avec d’autres substances aromatiques et amères ( 3).
En infusion, elles sont usitées chez les Hindous pour arrêter les vomisse­
ments (4 ). Réduites en pâte et mélangées avec du lait beurré, elles sont em­
ployées avec succès pour combattre la dysenterie ( 5).
La plante est inscrite dans la pharmacopée de l’Inde ('Tharmacopœia of
India) comme ayant des propriétés toniques et stomachiques ( 6 ).
Une essence jaune transparente est quelquefois retirée des graines
et est connue sous le nom de « simaboil » ( 7 ).

(1)
(2 )
( 3)
(4 )
( 5)
(6)
(7 )

de Lanessan, loc cit., p. 608 .
Thannac. Journ. and Transac., p. 4 2 3 .
Pharmac. Jauni, and Transact., p. 4 2 3 .
Pharm. indien, t. I, p. 262 .
Pharm. Journ. and Traits., p. 4 2 3 .
Loc. cit., t. I, p, 262 .
Pharm. Journ. and Traits., p. 423 (15 novembre 1890 ).

�— 13 -

C H A P IT R E

Anat omi e

II

et H i s t o l o g i e .

La texture et la structure des Murraya sont celles des RutacéesAurantiées en général. Dans les tiges ou rameaux, les feuilles et les fruits,
des différences secondaires sont seules à signaler. Je les indiquerai à
propos de chacun de ces organes.

Ti ge (i).
Murraya exotica. — La coupe de la plante fraîche provenant du jardin
botanique de Marseille ne diffère en rien de celle des rameaux secs.
Le contour extérieur otîre une série de sinus rentrants qui le rendent
obscurément polygonal.
Sur l'épiderme fortement cuticularisé s'élèvent de place en place des
poils unicellulaires, recourbés sur eux-mêmes, en forme de crochets et à
parois très épaisses.
Le stiber, réduit à quelques rangées de cellules dans les rameaux jeu­
nes et trais, se développe dans la tige plus âgée et y détermine l’exfoliation
de l’épiderme. Il se soulève en des points variables sous forme de lenticelles
qui marquent la tige et les rameaux de petites tubérosités blanchâtres.
Le parenchyme cortical, à cellules arrondies et remplies de chlorophylle
dans les rameaux verts, offre :
i° de grandes cellules cristalligènes contenant des cristaux octaé­
driques d’oxalate de chaux, qui affectent la forme d'enveloppe de lettre et
(i) La racine ne faisant pas partie de la drogue n’a pas été examinée.

sont tous semblables à ceux que les auteurs ont signalé daivs les d iras. Ces
cellules cristalligènes se trouvent dans d’autres tissus, liber mou et moelle
et dans les autres organes des éMurraya ;
2 0 des poches sécrétrices appartenant au type des Rutacées en général
et des Aurantiacées en particulier.
Le péricycle donne naissance à une zone collenchymatoïde formée
par des éléments polygonaux à angles fortement épaissis et contournés.
Liber. — Le liber dur se présente au-devant du liber mou, beaucoup
plus développé que lui, sous forme d'ilot^ fibreux concavo-convexes, à
convexité extérieure; les fibres, régulièrement polygonales, offrent un
lumen presque ponctiforme et des parois épaisses striées et très réfrin­
gentes. Comme les éléments scléreux de la zone péricyclique, elles se colo­
rent fortement par les réactifs colorants. Le liber est traversé par des
rayons médullaires à une seule rangée de cellules.
Un cambium, très net sur la plante fraîche, le sépare du bois.
Celui-ci constitue un anneau offrant à peu près le même diamètre
que l’écorce et disposé en files radiales très régulières, séparées par des
rayons médullaires très nombreux à une rangée de cellules; il offre, au
milieu des fibres fortement épaissies qui la constituent, des vaisseaux à
lumen moyen, en files radiales très régulières.
La moelle, très développée, est formée par des éléments polygonaux
à parois épaisses et ponctuées, et contenant de nombreux cristaux en
enveloppe de lettre et des mâcles ( 1 ).
Murraya Kœnigii. — La texture et la structure de la tige du Murraya
Kœnigii ne diffèrent essentiellement de celles que je viens de décrire que
par l’existence, dans la couche péricyclique, d’ilots de sclérites fibriformes
qui limitent intérieurement la couche collenchymateuse décrite ci-dessus,
dont ils paraissent une différenciation ( 2 ).

( 1 ) Ces cristaux mâclés, à aspérités peu prononcées, offrent une structure
rayonnée qui pourrait les faire confondre avec des sphéro-cristaux d’hespéridine.
Les réactions histochimiques (Cf. L. Bræmer, Congrès de Besançon, 1893 )
lèvent tout doute à cet égard.
(2 ) R. Gérard, Traité pratique de micrographie, p. 1 7 2 . Paris, 1887 .

�14 —

Les arcs de liber dur sont plus denses et plus étendus que dans le Murra\a exotica. Ils correspondent aux convexités du pourtour extérieur de
la tige.

Feuille.

Murraya exotica. — La structure des feuilles rappelle celle de la feuille
d’oranger décrite par les auteurs. Comme celle-ci, en effet, elle offre une
nervure médiane très saillante à la face inférieure et de nombreuses nervures
secondaires qui parcourent le mésophylle sans le dépasser.
Les deux épidermes et, en particulier, le supérieur sont fortement cuticularisés, ce qui explique la consistance coriace des feuilles. L ’épiderme
supérieur, dépourvu de stomates, est formé de cellules sinueuses qui s’en­
grènent très étroitement les unes dans les autres ; elles sont dépourvues
de cristaux et ceux que l'on aperçoit, quand on détache des lambeaux,
appartiennent, ainsi que le démontre la coupe transversale, aux cellules
sous-jacentes. Ces sinuosités distinguent très nettement l’épiderme supé­
rieur des feuilles de Mur raya exotica de celui des feuilles de Murraya
Kœnigii et d’oranger.
Le tissu palissadique est formé de deux rangées de cellules allongées à
pourtour polygonal et renferme de nombreux cristaux surtout mâclés.
De place en place, de grandes cellules cristalligènes contenant des cristaux
en enveloppe de lettre, plongent en quelque sorte entre le rang supérieur
du tissu palissadique et le rang inférieur. Ce sont ces cristaux que l’on
aperçoit sous l’épiderme supérieur vu à plat.
Le parenchyme lacuneux, formé de grandes cellules irrégulières, renferme
également de nombreux cristaux mâclés.
Les nervures offrent la structure décrite par les auteurs pour la feuille
d’oranger. De même que dans cette feuille, la nervure médiane est sépa­
rée des épidermes par plusieurs rangées de cellules collenchymateuses,
nombreuses surtout sur la face inférieure. Le tissu fondamental du centre
de la nervure est entouré d’un anneau continu de bois essentiellement
fibreux. Celui-ci est séparé des arcs de sclérenchyme qui occupent la péri­
phérie par du liber mou à éléments délicats.

—

i5

Des poches secrélices marquent tout le mésophylle.
Les stomates se trouvent en grand nombre sur l’épiderme inférieur,
dont les cellules sont à contour moins sinueux que celles de l’épiderme
opposé. La disposition des cellules de bordure des stomates est analogue à
celle observée et décrite pour les feuilles d’oranger ( 1 ).
L’épiderme inférieur se distingue, en outre, par la présence de poils
unicellulaires, courts et pointus, qui laissent, en se détachant, une cicatrice
circulaire sur la cellule qui les porte.
Murraya Kœnigii. — La texture de la feuille du Murraya Kœnigii est
semblable à celle de Yexotica ; elle n’en diffère que :
i° Par une abondance plus considérable de poches sécrétrices. Ces derniè­
res sont identiques à celles de la tige, mais d’un volume beaucoup moins
considérable que les poches sécrétrices observées dans le fruit;
2 0 Par Yépiderme supérieur, dont les cellules, au lieu d’être sinueuses,
sont polygonales, en général pentagonales ; cet épiderme est remarquable
par les stries cuticulaires qui parcourent sa face externe. Au-dessus des
glandes, les cellules s’orientent pour affecter une disposition circulaire qui
a été signalée, du reste, pour toute la famille.
Comme dans le 'Murraya exotica, les cristaux que les cellules épider­
miques paraissent renfermer sont contenus en réalité dans la couche sousépidermique. Ces cristaux offrent les particularités signalées par Biermann ( 2 ) dans les Citrus, et par Tschirch et Wittlin ( 3 ) dans toute une
série d’autres plantes.

Fruit.
Je n’ai eu que le fruit du Murraya Kœnigii à ma disposition.
Le péricarpe offre la texture générale de celui des Aurantiacées et sa.

( 1 ) Voir L. Bræmer, Caractères microscopiques des poudres officinales de feuilles,
p. 1 5 , fig. 20 à 2 2 , 18 9 1 .
( 2 ) Mrchiv. d. Tharm., t. 2 2 5 , p. 22 ( 1897 ).
( 3) Ueber Kalkoxalat Taschen (Diss. Bern., 1896 ).

�coupe est toute semblable à celle décrite et figurée par les auteurs pour les
orangettes, auxquelles il ressemble du reste, morphologiquement.
Sous un épiderme formé d’éléments quadrangulaires à parois épaisses,
on observe un tissu dense à cellules polygonales que parcourent en tous
sens des faisceaux libéra-ligneux. De nombreuses poches secrétices, autour
desquelles s’orientent en bandes circulaires les éléments environnants,
donnent à la coupe un aspect spongieux. Le volume des poches est consi­
dérable. Leur formation n’a pu être observée, mais leur structure rappelle
en tout celle décrite pour les fruits des Citrus ( i )
(i) M'étant préoccupé d’établir la structure histologiquedesorgancs ci-dessus
décrits, étude qui n’avait pas encore été laite, j’ai dû subordonner les recherches
histochimiques aux recherches anatomiques proprement dites. Je compte revenir
prochainement sur ce point intéressant, les résultats de mes observations ne me
paraissant pas assez précis pour être publiés.

DEUXIÈME PARTIE
ÉTUDE

CHIMIQUE

J ’ai suivi dans ces recherches la méthode de DragendorfT ( i ) basée
sur l’épuisement successif des végétaux par des dissolvants variés; j’ai em­
ployé ces véhicules dans l’ordre suivant: éther de pétrole, éther absolu,
eau distillée, lessive de soude à 2 °/00, acide chlorydrique à 1 % et eau
chlorée; lessolutions que j’ai obtenues avec ces dissolvants ont été surtout
analysées qualitativement.

C H A P IT R E PREM IER
Feuilles et rameaux de Murraya exotica.

§ i er- - —Matières solubles dans Véther de pétrole
Les feuilles et rameaux ont été desséchés à une basse température et fine­
ment pulvérisés; j’ai fait macérer pendant sept jours cinquantegrammes de
la poudre ainsi obtenue avec trois cents centimètres cubes d’éther de pétrole
( 1 ) DragendorfF, ^Analyse chimique des végétaux; traduction française par
Schlagdenhauffen. EncycUpédie chimique de Frémy, tome X. Paris, 1 8 85 .
2

�— iS —

pur et bouillant à 4 5 °, dans un vase cylindrique bouché à l’émeri; j’ai eu
soin de noter extérieurement le volume occupé par le mélange des deux
substances.
Après sept jours de macération pendant lesquels j'ai eu soin d’agiter
le mélange plusieurs fois par jour, j'ai obtenu une solution de couleur
vert-clair, laquelle a été ramenée à son volume primitif par addition
d'éther de pétrole. Vingt centimètres cubes de cette solution, qui était
très limpide, ont été abandonnés à l'évaporation spontanée dans un verre
de Bohème taré. v
j ’ai obtenu ainsi un extrait sec d’un poids équivalent à 6 grammes, 26
p. % de poudre employée.
Cet extrait de couleur vert-foncé possède une odeur forte, due à la pré­
sence d'une huile essentielle. Traité par l'alcool absolu, ce résidu ne se dissout
pas complètement et donne une solution colorée en vert. Cette solution éva­
porée à basse température laisse comme résidu une substance vert-noirâtre,
poisseuse, tandis que sur les parois du vase qui a servi à cette évapora­
tion se trouvent des gouttelettes presque incolores et translucides d’huile
essentielle; ce résidu se dissout complètement dans l'éther, la benzine, le
chloroforme. Il est constitué par des résines et de la chlorophylle. En effet,
la solution alcoolique présente une teinte rouge par transparence et verte
par réflexion due à la chlorophylle, et l’éther, la benzine, le chloroforme
qui ont dissous le résidu alcoolique, abandonnent en très petite quantité,
après évaporation, une substance qui se résinifie facilement a l’air et devient
collante au doigt.
La chlorophylle et les résines, bien que difficilement solubles dans
l’éther de pétrole, peuvent cependant se dissoudre dans ce véhicule, la
première, à la faveur des matières grasses, les résines à la faveur de l'huile
essentielle. Si, en effet, on porte à n o ° un verre de Bohème contenant
une portion de la solution éthéro-pétroléïque, afin de vaporiser toute l’es­
sence, on obtient un résidu qui est presque complètement insoluble dans
l’éther de pétrole. La partie du résidu insoluble dans l’alcool est blanchâ­
tre, de consistance pâteuse, amorphe, fond à 6 o° ; elle est soluble dans
l’éther de pétrole, le sulfure de carbone, l’éther. Une goutte de l’une
quelconque de ces solutions produit sur le papier une tache translucide,
qui persiste malgré l’élévation de température. Ce résidu répand, quand

19

—

on le soumet â l’action de la chaleur, une odeur caractéristique d’acroléïne. Il est donc constitué par des matières grasses.
Une autre partie de la solution éthero-pétroléïque a été traitée par de
l’acide sulfurique au centième. La solution aqueuse, limpide, lavée avec
de l’éther de pétrole, puis soumise à l’action des réactifs généraux des
alcaloïdes, a donné, avec le réactif de Mayer un très faible précipité blanc;
avec le réactif de Wagner, un louche très sensible ; l’acide picrique est
resté sans action.
Cette solution sulfurique a été agitée successivement, et dans cet ordre,
avec l’éther de pétrole, la benzine, le chloroforme. L ’éther de pétrole,
après séparation d’avec la liqueur aqueuse, a abandonné, par évaporation,
dans un verre de montre, â la température ordinaire, un résidu qui, exa­
miné au microscope, a présenté quelques rares cristaux en aiguilles, réunis
les uns aux autres sous forme de rayons, ou bien groupés parallèlement les
uns aux autres. Ces cristaux, traités par une solution de potasse aqueuse
au vingtième, se sont dissous en partie, et la solution a pris une couleur
nettement jaune orangé par transmission, d’une teinte bleutée, verdâtre,
par réflexion. Chauffés avec de l’acide sulfurique au centième, ils se sont
dissous au bout de quelques minutes; par refroidissement, il s’est déposé
une substance blanchâtre, et la liqueur est devenue opalescente et légère­
ment fluorescente. Il nem’apasété possible d’essayer d’autres réactions, vu
la faible quantité de cristaux obtenus.
Je reviendrai plus tard sur l'étude de cette substance qui a les mêmes
réactions que la VvCurrayine de Blas ( 1 ). En opérant dans les mômes con­
ditions, je n’ai pas obtenu de résidu avec la benzine. Avec le chloroforme
j’ai obtenu un faible résidu, qui examiné au microscope, se montre com­
posé d’un assez grand nombre de petits cristaux arrondis, réfringents à
contours très nets, avec un point plus sombre au centre. Cette substance
réduit la liqueur de Felhing ; c’est la seule réaction que j’ai pu essayer.
§ 2 . — Matières solubles dans l'éther absolu.
Le résidu du traitement par l’éther de pétrole, après lavage sur un
filtre et dessiccation à la température ambiante, a été mis â macérer
( 1 ) Blas, loc, cit., p. 303 à 3 18 .

�21

avec trois cents centimètres cubes d’éther à 66 ° dans le même vase qui a
servi pour le traitement précédent. Après huit jours de macération, j’ai
évaporé 20 c; de la solution éthérée, qui était absolument limpide, dans un
verre de Bohème, à la température ambiante d'abord, puis sous une cloche
à acide sulfurique ; après plusieurs pesées successives jusqu'à poids cons­
tant, j’ai obtenu un résidu équivalent à 5 grammes 385 p. % de substance.
Cette solution présente une coloration verte très foncée, presque noire,
qui est due à la chlorophylle ; cette dernière substance est, en effet,
on le sait, beaucoup plus soluble dans l’éther sulfurique que dans l'éther
de pétrole. De même que la solution éthéro-pétroléïque, cette solution
est rouge par transparence et verte par réflexion.
Une partie de la solution éthérée a été traitée par l’acide sulfurique au
centième. La solution aqueuse qui était très limpide a été agitée successi­
vement avec l'éther de pétrole, la benzine, le chloroforme. Ces dissol­
vants évaporés à la température ambiante ou à basse température n’ont
laissé aucun résidu à l’exception toutefois de la benzine, dont le résidu
était constitué pour la plus grande part par une substance amorphe et
par quelques rares corps arrondis semblables à ceux constatés dans le
résidu chloroformique du paragraphe précédent.
Une autre portion de la solution a été évaporée à sec et le résidu
finement pulvérisé a été traité par de l’eau distillée froide. La solution
ainsi obtenue est claire, a une odeur aromatique ; mise à évaporer sous
la cloche à acide sulfurique, elle laisse un résidu d’une odeur agréable, rap­
pelant un peu celle de la vanille ; au microscope, on voit de petites gra­
nulations très réfringentes, et çà et là, des ilôts d’une substance jaune
amorphe, offrant tous les caractères des résines. Elles se colorent, en
effet, en rouge par la teinture alcoolique d’orcanette, en bleu violacé
par addition d'une solution de fuchsine, en rouge brun par l’acide sul­
furique ; elles sont solubles dans l’éther, la benzine, le chloroforme.
J ’ai repris ce résidu par l’eau; la liqueur qui était neutre et amère au
goût, a été chauffée avec de la liqueur de Fehling; celle-ci a été réduite
dans de faibles proportions. Une autre partie de cette liqueur a été acidu­
lée par de l’acide sulfurique, puis chauffée à l’ébulition ; après ce traite­
ment elle réduit aussi la liqueur de Fehling. Il semble que le pouvoir
réducteur de la liqueur, ainsi chauffée à l’ébulition avec de l’acide sulfuri­

que, a été plus grand que dans le premier cas. — Une autre partie de la so­
lution aqueuse a été évaporée à siccité; j’ai obtenu ainsi une matière jaunâ­
tre, amorphe, se présentant sous forme de gelée, à saveur amère. Traitée
par une solution de potasse aqueuse, cette matière s’est dissoute en partie,
et la solution a pris une couleur jaune orangé par transmission, d’une
teinte bleutée, verdâtre, par réflexion. J ’ai obtenu avec cette substance les
mêmes réactions que celles indiquées plus haut avec la murvciÿme dont
j’ai constaté la présence dans la solution éthéro-pétroleïque ( 1 ).
La partie de l’extrait éthéré insoluble dans l’eau a été séchée et traitée
par l’alcool absolu; j’ai obtenu une solution vert foncé qui, par évapora­
tion, a laissé un résidu amorphe, peu odorant, d’une saveur amère, entiè­
rement soluble dans une solution de potasse au vingtième ; cette solution
potassique, acidulée par de l'acide sulfurique, a laissé un précipité soluble
dans l’alcool, l’éther, la benzine, le chloroforme, les lessives alcalines.
Cette substance a une coloration noirâtre, amorphe, de saveur amère, se
colore en vert noir par l’acide acétique; sa couleur se fonce quand on la
traite par l’acide sulfurique ; elle ne précipite pas par l’ammoniaque, préci­
pite par l’acétate de plomb et donne un précipité vert noirâtre avec le
perchlorure de fer; elle ne précipite pas parla gélatine. Ces caractères
permettent de considérer cette substance comme une résine acide.

§ 3 . — Matières solubles dans l'alcool absolu.
Le résidu du traitement par l’éther absolu a été lavé sur un filtre, des­
séché à la température ambiante et mis à macérer pendant sept jours avec
300 cc. d’alcool absolu, dans le même vase qui a servi aux deux opérations
précédentes. Le mélange a été agité plusieurs fois par jour ; au bout du
septième jour, j’ai filtré.
Une partie de la solution évaporée au bain-marie dans une capsule de
platine tarée et portée à l’étuve à 1 io° jusqu’à poids constant, a donné un
poids d’extrait équivalent à 3 grammes, 760 p. % de substance.
Cet extrait est brun, amer et âpre au goût; j’ai évaporé dans les mêmes
( 1 ) Blas, loc. cil., p. 303 à 3 1 8 .

�conditions toute la solution alcoolique; l’extrait obtenu traité par l’eau
distillée bouillante et filtré a donné :
i° Une solution.
2 ° Un résidu.
i° La solution est jaune-brun ; précipite en noir par le perchlorure de
1er, précipite en blanc sale par la gélatine ; elle précipite également en
brun par l’acétate de plomb. La formation de ces précipités permet de
conclure à la présence du tanin.
Une autre partie de cette solution aqueuse a été légèrement acidulée
par l'acide sulfurique etagitée successivement et dans cet ordre avec l’éther
de pétrole, la benzine cristallisable et le chloroforme. Chacun de ces trois
dissolvants après séparation d’eau d’avec la liqueur aqueuse, au moyen d’une
ampoule à robinet, a été purifiée avec de l’eau distillée. Puis, après sépara­
tion de l'eau, j'ai laissé évaporer spontanément dans des verres de montreL’éther de pétrole a laissé un résidu très faible exhalant une odeur suave
comparable à celle de la bonne vanille et présentant au microscope des
petits corps arrondis très réfringents; la benzine a laissé un résidu un
peu plus abondant, mais amorphe. Le résidu chloroformique est amorphe
également et a aussi une odeur de vanille.
La solution sulfurique a été sursaturée par l'ammoniaque et traitée de
nouveau par les mêmes dissolvants : éther de pétrole etc., en suivant le
meme mode opératoire; la benzine a seule laissé un résidu amorphe.
Une autre portion de la solution aqueuse d’extrait alcoolique a été
traitée par l'acétate de plomb, puis filtrée ; le plomb en excès a été pré­
cipité par le carbonate de soude. J ’ai filtré de nouveau et j’ai fait réagir
la liqueur claire sur la liqueur de Fehling, à froid et à chaud. A froid, la
liqueur de Fehling n’a pas été réduite; à chaud, il y a eu une petite
quantité d’oxydule de cuivre précipité ; la solution examinée au polarimètre dévie à droite le plan de la lumière polarisée ; donc, présence de
glucose.
2 ° Le résidu représentant l’extrait alcoolique insoluble dans l’eau a été
épuisé par l’eau ammoniacale au cinquantième. J ’ai obtenu une solution
rouge brun et un résidu. La solution, légèrement acidulée par l’acide acéti­
que et évaporée au bain-marie, a donné un résidu brun qui, lavé à plusieurs
reprises avec de l’eau distillée chaude, s’est dissous en se colorant en jaune
brun et présente tous les caractères du tanin, et un résidu brun foncé so­

luble dans l'alcool et l’eau ammoniacale. Cette matière brun foncé, en
raison de ces propriétés, doit être considérée comme formée par des phlobapbènes, c’est-à-dire des produits de transformation du tanin.
La partie de l’extrait alcoolique insoluble dans l’eau distillée chaude
et dans l’eau ammoniacale a été épuisée par de l’acide sulfurique .à — . J ’ai
obtenu ainsi une liqueur qui, soumise à l’action des réactifs généraux des
alcaloïdes, n’a donné lieu à la formation d’aucun précipité.

.

§ 4 . — üvCatières solubles devis l'eau distillée.

Le résidu du traitement par l’alcool absolu a été desséché à 40 ° et
mis dans un appareil à déplacement. J ’ai lixivié avec 500 grammes d’eau
distillée. La quantité de liquide recueilli s’est élevée à 35 occ. J ’ai alors
ajouté de l’eau distillée jusqu’à ce que le volume du liquide obtenu ait
atteint 500 “ . A ce moment, le liquide qui s’écoulait de l’appareil était
incolore.
Le liquide ainsi obtenu est rouge brun, légèrement acide au tournesol,
d’une saveur un peu amère.
Une portion de la solution aqueuse a été évaporée au bain-marie, puis
portée à l’étuve entre iO) et n o °, jusqu’à poids constant. Ce résidu est
équivalent à 16 grammes 8 52 p. % de substance. Cet extrait, après cal­
cination, donne, comme proportion de matières minérales, un poids équi­
valent à 3 grammes, 2 5 7 p. ° / 0 de substance.
Une partie de la solution a été alcalinisée par quelques gouttes d’am­
moniaque et agitée successivement, en prenant les précautions d’usage,
avec l’éther de pétrole, la benzine et le chloroforme. Ces différents véhi­
cules, abandonnés à l’évaporation spontanée dans des verres de montre,
ont laissé comme résidu : l’éther de pétrole, une matière blanchâtre, en
très petite quantité ; la benzine, une matière semblable, en quantité un
peu plus forte; le chloroforme, un résidu jaunâtre, grenu, exhalant une
légère odeur de vanille. Au microscope, le résidu chloroformique se com­
pose d’une substance amorphe, au milieu de laquelle on trouve quelques
cristaux arrondis, solubles dans l’acide acétique, se colorant en jaune par
l’acide sulfurique et en brun par le perchlorure de fer. Ces deux réactions,

�24

—

les seules que j’ai pu essayer, sont identiques à celles que m’a fourni
l'hespéridine de Merck en opérant dans les mêmes conditions. Le résidu
benzénique présente également une odeur de vanille. Au microscope, on
constate dans ce résidu quelques longues aiguillles formant plusieurs
groupes; chaque groupe se compose d’aiguilles partant toutes du même
point et allant ensuite en divergeant. Ces cristaux, traités par les alcalis,
se dissolvent en prenant une coloration jaune devenant rouge brun sous
l'influence de la chaleur. Par l’acide azotique concentré, ils se dissolvent
en prenant également une coloration jaune, mais plus prononcée que dans
la réaction précédente. La très faible quantité de résidu obtenu ne m’a
pas permis d’essayer l'action d’autres réactifs; ces réactions me semblent
cependant assez précises pour conclure à la présence de la rnurrayine.
Une autre portion de la solution aqueuse a été traitée par l’acétate de
plomb. Il s'est produit un précipité abondant; j’ai filtré et traité la solu­
tion claire par l'acide sulfurique, pour éliminer le plomb en excès; j’ai
filtré de nouveau. La liqueur ainsi obtenue réduit faiblement la liqueur
de Fehling. Acidulée par quelques gouttes d’acide chlorhydrique au i/ioo
et soumise à l’ébullition pendant vingt minutes, cette solution réduit
encore la liqueur de Fehling, et le mélange des deux liqueurs prend une
belle coloration verte; après le traitement par l’acide chlorhydrique, la
réduction de la liqueur de Fehling a été plus marquée. Cette action doit,
sans doute, être attribuée à la présence d’une certaine quantité de glucose,
accompagnée d’une petite quantité de rnurrayine, qui, sous l’influence
de l’ébullition en présence de l’acide chlorhydrique, a produit du glucose.
On sait, en effet, depuis les travaux de Blas ( i ) , que la rnurrayine,
chauffée avec les acides étendus, se dédouble en glucose et en une autre
substance que de Yrij et Blas ont désignée sous le nom de murrayétineLa solution aqueuse a été examinée au polarimètre avant et après le trai­
tement par l’acide chlorhydrique ; dans le second cas, j’ai observé que la
déviation à droite était un peu plus grande que dans le premier.
Une autre portion de la solution aqueuse a été mélangée avec deux
fois son volume d’alcool absolu et le tout a été abandonné pendant vingtquatre heures dans un vase bien couvert et dans un endroit frais. Au

(i) Blas, loc. cil., p. 303 à 3 1 8 .

— 25
bout de ce temps, il s’est déposé un précipité floconneux légèrement co­
loré en brun. Ce précipité a été recueilli sur un filtre et purifié par des
lavages avec de l’alcool à 6 5 ° ; il est presque entièrement soluble dans
l’eau distillée froide; en solution dans ce véhicule, il précipite par l’acé­
tate neutre de plomb (précipité caséeux), ne précipite pas par le perchlorure de fer, réduit la liqueur de Fehling, après action de la chaleur en
présence d’acide sulfurique au ^ &gt; ne subit aucune modification avec
une solution saturée de borate de soude; ces réactions sont celles
des corps pectiques. La solubilité incomplète de ce précipité est
due à ce qu’il est accompagné d'une faible quantité de matières albu­
minoïdes.
La solution alcoolique à laquelle on a ajouté les eaux de lavage a été
concentrée au bain-marie jusqu'à réduction à un petit volume ; cette solu­
tion ainsi concentrée est additionnée d’acétate neutre de plomb tant qu’il
s’est pr~di\it un précipité. J ’ai filtré ; le précipité a été mis en suspension
dans l’eau distillée et soumis à l’action de l’hydrogène sulfuré. La liqueur
filtrée essayée par les réactifs des acides oxalique, tartrique, citrique, malique etc., n’a donné aucun précipité. Toutefois en cherchant à caractériser
l’acide oxalique au moyen du chlorure de calcium en présence d’acide acé­
tique, il s’est produit un léger louche; il est donc probable que la solution
aqueuse contient des traces d’acide oxalique.
Une autre partie de la solution aqueuse acidulée par deux goutttes d’acide
acétique a donné un très léger précipité à froid; donc, présence de légumine. Cette liqueur acidulée par l’acide acétique, débarrassée par fil­
tration du précipité obtenu au moment de l’addition d’acide acétique
n’a donné à chaud qu’un léger précipité. En additionnai cette liqueur
contenant l’acide acétique par quelques gouttes d’acide chlorhydrique, j’ai
obtenu un très léger précipité.
La solution aqueuse ne précipite pas par l’anhydriquecarbonique ; elle
ne précipite pas non plus par un volume égal de solution saturée de sulfate
de magnésie.
De ces essais il résulte que la solution aqueuse renferme en faible quan­
tité de la légumine et de Yalbumine végétale et qu’elle ne contient pas de
globuline.
Une autre portion de la solution aqueuse a été traitée par deux fois
son volume d’alcool à 90 ° ; j’ai filtré, puis délayé dans la liqueur limpide

�— 27 —
une quantité suffisante de magnésie calcinéeet j’ai soumis la distillation.
Le liquide distillé n’a pas d’odeur ammoniacale ni de réaction alcaline.
Il ne précipite pas parle réactif de Nessler, ni par le bichlorure de platine.
Donc absence de sels ammoniacaux.

§ 5 . — Matines solubles dans la lessive de soude.

Le résidu du traitement par l'eau distillée a été délayé dans une lessive
de soude à 2 p. % . J'ai introduit dans un appareil à déplacement, et j’ai
lixivié jusqu'à ce que le liquide qui s’écoule soit incolore ; j'ai obtenu ainsi
830 cc, d'une solution de couleur brune.
Une partie de cette solution évaporée, d'abord au bain-marie, puis
portée à l’étuve entre 100 et 105 0 jusqu’à poids constant, a laissé un
résidu équivalant à 15 grammes, 876 p. % de substance.
Une autre partie de la solution aiguisée d’acide acétique a été addition­
née de trois fois son volume d’alcool à 90 ° et placée dans un endroit frais
pendant vingt-quatre heures. Au bout de ce temps, il s’est formé un dépôt
brun que j’ai purifié par des lavages avec de l’alcool faible. Ce précipité
est gélatineux, peu soluble dans l’eau à froid, très soluble à chaud ; une
solution aqueuse de cette substance donne un précipité blanc-jaunâtre avec
le perchlorure de fer, un précipité floconneux avec l’acétate neutre de
plomb, un précipité blanc avec l’acide picrique, précipite également par
le ferrocyanure de potassium et l’acide acétique ; elle n’est pas épaissie
par une solution saturée de borate de soude. Ces réactions sont celles des
matières pectiques. Le liquide séparé par filtration après le traitement à
l’alcool et à l’acide acétique, a été évaporé à sec au bain-marie ; ce résidu
repris par l’eau distillée se dissout presque complètement et cette solution
précipite en vert noirâtre par le perchlorure de fer dilué et en blanc sale
par la gélatine; donc présence de tanin.
La partie insoluble dans l’eau distillée est entièrement soluble dans
l’eau ammoniacale à 1 / 5 0 . Cette dernière substance paraît n’être formée
que de phlobaphènes.

§ 6 . — Matières solubles dans l'acide chlorhydrique à y~.

Le résidu du traitement par la lessive de soude a été lavé par décanta­
tion, puis mis à macérer pendant quarante-huit heures avec de l’acide
chlorhydrique à 77 7 . Au bout de ce temps j’ai chauffé au bain-marie pen­
dant quatre heures et j’ai filtré la solution encore chaude (je m’étais assuré
préalablement par un examen microsopique de la substance que cette der­
nière ne renfermait pas d’amidon, point important, car le mode opéra­
toire diffère suivant la présence ou l’absence de l’amidon).
Une partie de la solution a été évaporée au bain-marie puis portée à
l’étuve entre 105 et n o °; elle a laissé un résidu équivalant à 8 grammes
5 53 P- °/o de matière. Ce résidu incinéré a fourni un poids de matières
minérales correspondant à 2 grammes, 10 p. % de substance.
Une autre partie de la liqueur a été neutralisée par l’ammoniaque et
additionnée de deux fois son volume d'alcool à 90 °; il s’est formé dans
ces conditions un précipité composé de pararabine, d’oxalate de chaux et
d’autres sels minéraux que j’ai isolés par filtration ; j’ai lavé avec de l’alcool
faible ( 1 ) séché et pesé. Cette matière qui est constituée par de la para­
rabine et de l’oxalate de chaux a fourni un poids équivalant à 1 gramme
8 1 3 p. % de substance. Cc résidu, après incinération, a donné un poids
de chaux équivalant à o gramme 30 d’oxalate de chaux p. % de substance.
La perte de poids qui s’élève à 1 gramme 783 p. % de substance repré­
sente la pararabine précipitée en même temps que l’oxalate de chaux.
Une autre portion de la solution chlorhydrique a été traitée par l’acé­
tate de plomb puis filtrée ; la liqueur a été additionnée de carbonate de
soude pour précipiter le plomb en excès. La liqueur débarrassée par fil­
tration du carbonate de plomb, réduit la liqueur de Fehling et dévie à
droite le plan de la lumière polarisée; donc présence de glucose. Ce glu­
cose provient de l’action de l’acide chlorhydrique sur les hydrates de car­
bone contenus dans la substance mise en expérience. II n’est pas dù à la

( 1 ) Pour dissoudre les sels minéraux, à l’exception de l’oxalate de chaux.

�— 28 —

transformation de l’amidon puisque l'examen microscopique n’a pas per­
mis de constater la présence de cette substance organique.

29

—

§ 8 . — Matières minérales.
§ 7 . — Matières solubles dans Veau chlorée.

Le résidu du traitement par l’acide chlorhydrique a été séché et pesé
puis mis à macérer dans l'eau chlorée récente. Après huit jours de macé­
ration avec l'eau chlorée, qui a été renouvelée tous les deux jours, j'ai ob­
tenu un dépôt jaune qui a été recueilli sur un filtre. J'ai lavé avec une
solution de potasse caustique à 3 p. ° / 00 tant que la liqueur qui filtrait était
colorée en brun; j’ai ensuite lavé à l'eau distillée tant que les eaux de
lavage présentaient une réaction alcaline, séché et pesé. La perte de poids
correspondant à la lignine, la cutine et substances cuticulaires correspond à
9 grammes, 470 p. % de substance primitive. Le résidu du traitement par
l'eau de chlore a été pulvérisé puis mis à macérer avec de l’acide azotique à
1 . 1 8 additionné d'un peu de chlorate de potasse en poudre fine. (Pour
obtenir l'acide azotique à r. 18 j'ai mélangé 45 cc, 5 d’acide azotique pur
avec 54 cc, 5 d’eau distillée). Sous l'influence de ce mélange oxydant, la
décoloration du résidu provenant du traitement précédent a été complète
au bout de trois jours. J ’ai délayé le tout dans l’eau distillée, filtré, lavé le
dépôt resté sur le filtre avec de l'eau distillée jusqu’à disparition de
toute trace d’acide; j’ai ensuite traité par l'eau ammoniacale à 1 / 5 0 , puis
par l’alcool et en dernier lieu par l’éther.
Le dépôt n’est plus formé que de cellulose mélangée d’un peu de silice.
Ce dépôt est séché et pesé. La différence de poids avant et après le traite­
ment par l’acide azotique et le chlorate dépotasse correspond à la substance
du mésophylle. J ’ai constaté que cette perte de poids est équivalente à
15 gramme, &gt;43 p. % de substance. Pour avoir la valeur de la cellulose et
delà silice, j’ai calciné; la perte de poids après calcination représentant la
celluloseaété de iygramme 295 p. % et le résidu de la calcination repré­
sentant la silice avait un poids de 1 gramme, 006 p. % de substance.

La poudre de Vtfurraya, exolica après avoir servi à la détermination de
l’eau hygroscopique qui existe dans la proportion de 12 grammes, 30 p. % ,
a été incinérée jusqu’à obtention de cendres blanc grisâtre. La moyenne de
plusieurs essais a donné un poids de cendres égal à 9,4 60 p. % de la subs­
tance primitive. J ’ai constaté dans les cendres la présence:
i° Des acides carbonique, phosphorique, sulfurique, chlorhydrique et
silicique.
2 ° Du potassium en grande quantité, du sodium, calcium, ce dernier
en faible quantité et des traces de fer.
Ces cendres étaient très alcalines et contenaient une quantité relati­
vement élevée d’acide carbonique ( 1 ).

RÉSUMÉ DE LA COMPOSITION CHIMIQUE GÉNÉRALE DES FEUILLES
ET RAMEAUX DE MURRAVA EXOTICA

i° Matières solubles dans l'éther de pétrole. — Essence, matières
grasses, chlorophylle, matières résineuses, glucosides........
2 ° Matières solubles dans l’éther. — Chlorophylle, matières rési­
neuses acides, glucosides......................................................
3 0 Matières solubles dans l’alcool absolu. — Tanin, glucose, phlobaphènes, glucosides..............................................................
4 0 Matières solubles dans l'eau distillée. — Glucosides, tanin,
glucose, matières protéiques...............................................
5 ° Matières solubles dans la lessive de soude. — Matières pectiques,
albuminoïdes insolubles dans l’eau, tanin, phlobaphènes.
6 ° Matières solubles dans l'acide chlorhydrique à 777 .— Pararabine,
glucose, sels minéraux...........................................................

6 .26
5 -3 8 )
3 .7 6 0
16 .8 5 2
15 .8 7 6
8 .5 5 3

( 1 ) Analyse faite par M. Arnaud, interne en pharmacie, dont les résultats
ont été contrôlés et reconnus exacts.

�C H A P IT R E I I

Etude chimique des feuilles et rameaux de Murraya Kœnigii.

§ i . — 'Matières solubles dans l’éther de pétrole.

grammes de poudre fine ont été mis à macérer avec 300 cc d’éther
de pétrole. Au bout de sept jours de macération, j’ai obtenu une solution
vert foncé qui a laissé par évaporation à la température ambiante un résidu
équivalant à 6 grammes, 576 p. % de substance. Une partie de la solution
a été traitée par de l’eau acidulée; la solution aqueuse limpide a été traitée
successivement par l’éther de pétrole, la benzine et le chloroforme. L’éther
de pétrole a laissé un résidu amorphe; la benzine a laissé un résidu dans
lequel j’ai constaté au microscope des corps polyédriques et arrondis. La
solution aqueuse sulfurique traitée par les réactifs généraux des alcaloïdes
n’a donné lieu à la formation d’aucun précipité; cependant le réactif de
Wagner (iodo-ioduré) a donné un léger louche.
Le résidu laissé par évaporation de l’éther de pétrole, épuisé par l’al­
cool fort a donné une solution et un résidu ; ce résidu insoluble dans l’al­
cool est composé de matières grasses reconnaissables à ce qu il détermine
sur le papier des taches translucides ne disparaissant pas par une éléva­
tion de température et qu’il répand lorsqu’on le chauffe une odeur carac­
téristique d’acroléïne.
La solution alcoolique séparée par filtration des matières grasses, pré­
sente une coloration verte due à la chlorophylle ; par évaporation lente
dans un verre de Bohème, elle laisse comme résidu des gouttelettes jau50

�J

33
taux en aiguilles se colorant en jaune par la potasse, ne se colorant pas
par l’acide sulfurique ; ils sont faiblement solubles daus l’eau et l’alcool.
La solution aqueuse précipite par l’acétate de plomb, ne précipite pas par
les réactifs généraux des alcaloïdes; elle réduit la liqueur de Fehling. Cette
substance est probablement un glucoside nommé provisoirement par
Prebble : kœnigiine (r).
Je reviendrai plus tard sur l’étude de cette substance organique.
Le résidu insoluble dans l’eau est ensuite séché et soumis à l’action
de l’alcool absolu; il s’y dissout complètement. Par évaporation de la so­
lution alcoolique, on obtient un extrait verdâtre, collant au doigt, d’une
saveur amère et d’une odeur particulière, soluble dans le chloroforme, le
sulfure de carbone, benzine, l’alcool amylique, et dans une solution
alcoolique de potasse, peu soluble dans l’acide acétique et l’éther de pé­
trole, insoluble dans l’éther acétique; traitée par l’acide sulfurique, cette
résine donne une coloration vert-émeraude ( 2).
Traitée par la potasse aqueuse à t‘0, cette substance ne se dissout qu’en
très petite quantité, et la solution prend une coloration légèrement
brune. J’ai filtré et traité le résidu, insoluble dans la potasse aqueuse, par
une solution alcoolique de potasse au vingtième. Ce résidu s’est dissous
et le mélange a pris une coloration rouge brun. La solution potassique,
aqueuse ou alcoolique, acidulée par l’acide sulfurique, se décolore, et
en même temps il se précipite une matière jaunâtre pour la solution
aqueuse de potasse, et une matière vert noirâtre pour la solution alcooli­
que. Ces deux substances présentent à peu près les mêmes réactions; elles
sont solubles dans l’alcool, l’éther, la benzine et le chloroforme. Chauf­
fées en tube scellé, elles donnent un sublimé cristallin jaune, constitué
par de l’acide picrique. Des réactions observées, je conclus que ces deux
substances sont des matières résineuses et qu’il n’y a entre elles qu’une
seule différence bien marquée : c’est que, l’une de ces résines est soluble
seulement dans la potasse alcoolique et que l’autre est à la fois soluble dans
la potasse aqueuse et dans la potasse alcoolique.
Pour Prebble ( 3 ), il n’y aurait pas de résine soluble dans la potasse
aqueuse.
—

nàtres, translucides, d’huile essentielle et une substance vert foncé, collant
au doigt. Le résidu de l'évaporation de la solution alcoolique est partiel­
lement soluble dans l'éther de pétrole, la benzine, le chloroforme ; le
résidu de l’évaporation de ces différentes solutions se résinifie facilement
à l'air ; il se dissout entièrement dans une lessive faible de potasse, se
colore en jaune verdâtre par l’acide acétique. Ce résidu est constitué par
une matière résineuse, mais la quantité obtenue étant très minime (les
résines sont en effet très peu solubles dans l’éther de pétrole), je n’ai pu
le caractériser par d’autres réactions.
Cette résine n'a été dissoute dans l'éther de pétrole qu'à la faveur de
l’huile essentielle; en effet, en portant à une température élevée, u o °
par exemple, pendant un certain temps le résidu éthéro-pétroléïque, afin
de vaporiser toute l'essence, j’ai constaté qu’à ce moment le résidu est
presque complètement insoluble dans l’éther de pétrole.

§ 2 . — 'Matières solubles dans l'éther sulfurique.

Le résidu du traitement par l’éther de prétole, après lavage sur un fil­
tre et dessication à la température ambiante, mis à macérer pendant huit
jours avec 300 cc d’éther pur à 66 °, a fourni une solution de coloration
verte très foncée. Cette solution évaporée d’abord à la température am­
biante puis sous une cloche à acide sulfurique a laissé un résidu corres­
pondant à 2 grammes, 670 p. 0 /0 de substance.
Une portion de l’extrait desséché et pulvérisé avec soin a été traitée
par l’eau distillée froide. J ’ai obtenu ainsi une solution légèrement acide
au tournesol, qui précipite par l’acétate de plomb, ne précipite pas par la
gélatine et réduit la liqueur de Fehling. En acidifiant cette solution
aqueuse avec de l’acide sulfurique et en agitant avec l’éther de pétrole, la
benzine et le chloroforme, et en évaporant ensuite ces véhicules, je n’ai
pas obtenu de résidu avec l’éther de pétrole et la benzine; avec le chloro­
forme, j’ai obtenu un faible résidu de couleur brune et amorphe. La solu­
tion acide soumise à l’évaporation spontanée, laisse comme résidu quelques
cristaux polyédriques ou sphériques. Ce résidu traité par une faible quan­
tité d’alcool absolu et soumis à une nouvelle cristallisation laisse des cris-

( 1 ) Prebble, t. I, 1889 , p. 2 6 2 .
(2 ) là. (Ibid.).
(3) Id. (Ibid.).

—

�Une autre portion de la solution éthéro-sulturique a été traitée par de
l’acide sulfurique à 77 ; ; cette liqueur acide, traitée par les réactifs géné­
raux des alcaloïdes, n’a donné que des résultats négatifs.

§ 3 . — î\(attires solubles dans l’alcool absolu.

Le résidu du traitement par l’éther a été mis à macérer, après lavage
et dessiccation, avec 300 cc d'alcool absolu. Après huit jours de macé­
ration, le liquide a été filtré.
Une portion de la solution, évaporée au bain-marie, puis portée à
l'étuve à n o 0, a laissé un résidu correspondant à 2 gr. 7 8 2 p. % de sub­
stance. Cet extrait est brun, amer, âpre au goût. Traité par l'eau distillée
chaude, il s’est dissous en presque totalité. Cette solution précipite en
noir verdâtre par le perchlorure de fer et par la gélatine ; donc, présence
de tanin.
Dans une autre partie de la solution aqueuse, j’ai recherché les alca­
loïdes :
i° En solution acide ;
2 0 En solution alcaline.
i° En solution acide, je n’ai obtenu aucun résidu avec l’éther de pé­
trole ; avec la benzine, j'ai obtenu quelques cristaux polyédriques; avec le
chloroforme, j’ai obtenu un plus grand nombre de cristaux, bien qu’en
faible quantité ; parmi ces cristaux, les uns sont arrondis et présentent les
réactions de l’hespéridine ; ils sont, en effet, solubles dans l’acide acétique
et dans l’alcool à chaud ; insolubles dans l’éther, ils deviennent rouge
brun au contact du perchlorure de fer et se dissolvent en prenant une
coloration jaune dans l’acide sulfurique ; les autres cristaux ressemblent
par leur aspect au microscope et par les quelques réactions que j’ai pu
faire sur eux aux cristaux en aiguilles du paragraphe précédent.
2 ° En solution alcaline, je n’ai obtenu aucun résidu avec l’éther de
pétrole ni avec la benzine; avec le chloroforme, j’ai constaté la présence
de quelques cristaux jaunes arrondis identiques à ceux laissés pour résidu
par le chloroforme dans le traitement précédent et aussi quelques cris­
taux en aiguilles.

Une nouvelle portion de la solution aqueuse débarrassée du tanin et
des autres substances précipitables par l’acétate de plomb, a réduit nette­
ment la liqueur de Fehling â chaud et à froid. Cette solution dévie à
droite le plan de la lumière polarisée; d’où présence de glucose.
La partie de l’extrait alcoolique non dissoute par l’eau a été épuisée
par l'eau ammoniacale; j’ai obtenu une solution brune qui, acidulée par
l’acide acétique et évaporée, abandonne une matière rouge brunâtre que
j’ai reconnu être composée de tanin et d’une substance insoluble dans
l’eau, soluble dans l’eau ammoniacale et dans l’alcool. Les caractères que
présente cette dernière substance, permettent de la considérer comme formée par des phlobaphènes, c’est-à-dire par des produits de transformation
du tanin.

§ 4 . — Matières solubles dans l’eau distillée.

Le résidu du traitement par l’alcool absolu après dessication, a été
traité par déplacement par l’eau distillée, dans la proportion de i o 00 pour
un gramme de produit.
Cette solution a fourni un extrait sec correspondant à 13 grammes
725 p. % de substance. Cet extrait a laissé un poids de cendres équiva­
lant à 5 grammes, 648 p. % de substance primitive.
Une portion de la solution aqueuse mélangée avec deux fois son volume
d’alcool absolu dans un vase bien couvert, a laissé déposer au bout de 24
heures un précipité floconneux que j’ai reconnu être formé par des matières
pectiques; cette substance, en effet, précipite par l’acétate neutre de plomb,
ne précipite pas par le perchlorure de fer, réduit la liqueur de Fehling
après avoir été chauffée avec de l’acide sulfurique au 777 . La solution alcoo­
lique a servi à la recherche des acides organiques; j’ai constaté que cette
solution précipite par le chlorure de calcium et que ce précipité est insoluble
dans l’acide acétique; donc présence d’acide oxalique.
Une autre portion de la solution aqueuse acidulée par l’acide acétique
a précipité à froid; donc présence de légumine. Cette liqueur acidulée par
l’acide acétique n’a donné aucun précipité à chaud. Par addition de quel­
ques gouttes d’acide chlorhydrique j’ai obtenu un léger précipité. Je n’ai

�pas obtenu de précipité en traitant la solution aqueuse, par l’anhydride
carbonique, ou par une solution saturée de sulhite de magnésie. La solu­
tion aqueuse renferme donc de la légumine et de l’albumine végétale; elle
ne contient pas de globuline.
J'ai cherché dans une autre portion de la solution aqueuse à caractéri­
ser les sels ammoniacaux ; pour cela, après avoir délayé dans la liqueur
obtenue par le mélange de la solution aqueuse avec deux fois son volume
d'alcool à 90 °, une quantité suffisante de magnésie calcinée, j'ai soumis
à la distillation; je n'ai pas obtenu de précipité en Taisant réagir le réactif
de Nessler et ensuite le bichlorure de platine sur le liquide distillé. Donc
absence de sels ammoniacaux.
Une autre portion de la solution aqueuse a été déféquée par l’acétate
de plomb ; le plomb en excès a été éliminé par le carbonate de soude et
le liquide filtré a réduit la liqueur de Fehling. Une partie de la solution
déféquée par l'acétate de plomb a été traitée à chaud avec l’acide chlo­
rhydrique à 773 et chauffée de nouveau avec la liqueur de Fehling. Le
pouvoir réducteur de la solution aqueuse sur la liqueur de Fehling n’a pas
été modifié à la suite du traitement par l’acide chlorhvdrique ; donc ab­
sence de saccharose.
Sur une autre portion de la liqueur j’ai procédé à la recherche des
alcaloïdes ; pour cela j ’ai alcalinisé la liqueur par quelques gouttes d’am­
moniaque et je l'ai agitée avec de l'éther ; j’ai lavé cet éther avec de l’eau
distillée; l’éther évaporé à la température ambiante a laisssé un résidu
très Faible composé de cristaux en aiguilles, semblables aux cristaux de
Kœnigiine obtenue par l’évaporation du chloroforme dans le paragraphe
précédent, et présentant les mêmes réactions.

§ 5 . — 'Matières solubles dans la lessive de soude 2 p. % .

J'ai opéré ce traitement en suivant le même mode opératoire que dans
le traitement correspondant sur les feuiljes et rameaux de M ur raya exotica. J ’ai obtenu un liquide brun qui abandonne après évaporation un
extrait sec équivalant à rq g. 6 20 p. % de subtance.

J'ai obtenu, avec l’acide chlorhydrique à 1 p. % , après quarante-huit
heures de macération et une digestion de quatre heures au bain-marie
dans un appareil à reflux, une solution jaune (je m’étais assuré, préa­
lablement, que la substance primitive ne contenait pas d’amidon). L’éva­
poration de cette solution d’abord au bain-marie, puis à l’étuve, à une
température de 1 0 5 - 1 1 0 ° a fourni un résidu égal à 9 grammes 350 p. °/0
de substance. Après incinération, cet extrait a laissé un résidu correspon­
dant à 2 gr. 50 p. % de substance primitive.
Cette solution neutralisée par l’ammoniaque et additionnée de'deux
volumes d’alcool à 90 °, a laissé un précipité de pararabine et d’oxalate de
chaux mélangé d’autres sels minéraux. Ce précipité lavé avec de l’alcool
faible, séché et pesé, équivaut à 2 grammes 60 p. % de substance.
En opérant dans les mêmes conditions que pour les feuilles de Mur raya
exotica, j’ai constaté que les proportions respectives de pararabine et d’oxa­
late de chaux étaient :
Oxalate de chaux, o gramme 4 8 0 , et pararabine, 2 grammes, 12 0 p .%
de substance.
La solution chlorhydrique contient également du glucose. Elle réduit,
en effet, la liqueur de Fehling après traitement par l’acétate de plomb,
suivi d’un traitement par le carbonate de soude; elle dévie, en outre, à
droite le plan de la lumière polarisée.

§ 7 . — Matières solubles dans l'eau chlorée.
J ’ai suivi, pour ce traitement, le même mode opératoire que pour les
feuilles de Murraya exotica. J ’ai constaté que la lignine et les substances

�-

5§ “

articulaires se trouvaient dans la proportion de 12 grammes 650 p. % de
substance; la silice dans la proportion de o grammes $0 0 ; la substance
du mésophylle dans la proportion de 14 grammes 900 p. % , et la cellulose
de 14 grammes p. %•

§ 8 . — Matières minérales.

— 39 —
6 ° Matières solubles dans l’acide chlorhydrique. — Sels minéraux,
pararabine, glucose.............................................................
7 0 Lignine et substances cuticulaircs.....................
12 .6 5 0
Cellulose..............................................................
14
Substance du mésophylle................................
14 .9 0 0
Silice....................................................................
0.500
8 ° Matières minérales......................................................................

Après avoir déterminé l’eau hygroscopiqüe qui existe dans la proportion
de 13 ,9 5 p. % , j’ai incinéré 2 grammes de feuilles et rameaux de Murraxa Kœnigii jusqu’à obtention de cendres blanc grisâtre ; le poids de cen­
dres obtenu correspond à 8 gr. 50 p. % de subtance primitive.
Ces cendres renferment les mêmes éléments que les feuilles de Murraya exotica ; elles n’en diffèrent que par une plus grande proportion de
fer. Il y a donc dans ces cendres :
i° Acides carbonique, chlorhydrique, sulfurique, phosphorique, silicique.
2 0 Potassium, calcium, sodium et fer.
De même que dans les cendres de Murray a exotica, le potassium et
l'acide carbonique étaient en proportions élevées.

RÉSUMÉ DE LA COMPOSITION CHIMIQUE GÉNÉRALE DES FEU ILLES
et

ram eaux

de

Murray a Kœnigii

i° Matières solubles dans Yéther de pétrole. — Essence, matière
grasse, chlorophylle, matières résineuses.........................
2 ° Matières solubles dans Véther. — Chlorophylle, matière rési­
neuse, glucosides...................................................................
30 Matières solubles dans Yalcool absolu. — Tanin, glucose, phlobaphènes, glucoside..............................................................
4 0 Matières solubles dans l'eau distillée. — Matières minérales,
tanin, matières pectiques et protéiques,glucose, glucosides.*
50 Matières solubles dans la lessive de soude. — Matières pecti­
ques et albuminoïdes insolubles dans l’eau, tanin, phlobaphènes.....................................................................................

6 -5 7 6
2 .6 7 0
2 .7 8 2
1 3 .7 2 5

l
1 4 .6 2 0

9.3 50

8.50

�1

— 41 —

C H A P IT R E III

Etude chimique du fruit de Murraya Kœnigii (i).

§ i . — Matières solubles dans l’éther de pétrole.

J'ai obtenu avec l’éther de pétrole une solution verte qui, par évapora"
tion, a donné un extrait sec équivalant à 8 grammes 520 p. ° / 0 de substanceA n o ° le vase de Bohème dans lequel j’ai évaporé la solution éthéropétroléïque a éprouvé une perte de poids égale à o gramme 7 2 p. % de subs"
tance primitive. Cette perte de poids représente la quantité d'essence dis­
soute par l’éther de pétrole. La distillation des fruits a confirmé ce résultat.
En effet, trois kilos de fruit ont fournià la distillation 23 cc d’essence.
L’extrait sec est d'une couleur vert foncé, d'une odeur forte, aroma­
tique. J ’ai fait plusieurs réactions sur l’huile essentielle. J ’en ferai connaî­
tre plus tard les résultats quand je m'occuperai spécialement de
l’essence.
Le reste de l’extrait pétroléïque est presque complètement constitué

(1) J'ai employé pour l’étude chimique des fruits de M u r r a y a K œ n ig ii la
même méthode que pour l'étude semblable des feuilles et rameaux de ces deux
espèces de plantes. Je crois donc pouvoir me dispenser, afin d’éviter des lon­
gueurs et des répétitions qui ne pourraient, d’ailleurs, que nuire à la clarté de
l’exposition, d’entrer dans des détails aussi étendus, et je me bornerai, pour
l'étude du fruit, à faire connaître les résultats des divers traitements en décri­
vant aussi succintement que possible les différents modes opératoires.

par de la chlorophylle, des matières grasses, et par une légère quantité de
matières résineuses.
J ’ai recherché les alcaloïdes ou glucosides en traitant la solution
éthéro-pétroléïque par de l’acide sulfurique au rfôLa solution aqueuse limpide a été traitée successivement par l’éther de
pétrole, la benzine et le chloroforme. Par évaporation de ces dissolvants,
j’ai obtenu avec l’éther de pétrole un résidu présentant au microscope
des cristaux en aiguilles, ayant le même aspect que la substance de nature
glucosidique isolée dans les traitements des feuilles des rameaux de
Murraya Kœnigii par l’éther sulfurique, l’alcool et l’eau distillée.
Ces cristaux présentent aussi les mêmes réactions.
A remarquer aussi que le résidu éthéro-pétroleïque a une légère odeur
de vanille.
Les fruits de Murraya Kœnigii ayant une saveur poivrée très nette,
j’ai recherché la pipérine dans une portion du résidu laissé par l’évapora­
tion de l’éther de pétrole. J ’ai eu recours, pour cette recherche, au pro­
cédé d’Herlant ( 1 ). Pour cela, j’ai traité au bain-marie une portion du
résidu laissé par évaporation de l’éther de pétrole avec une solution de
salicylate de soude à 10 p. % . La solution filtrée et alcalinisée par le carbo­
nate sodique a été épuisée par le chloroforme. La solution chloroformique
a été évaporée et a été reprise une seconde fois par le salicylate. J'ai
obtenu un résidu coloré en brun foncé, amorphe, et ne présentant ni
l’aspect ni les propriétés de la pipérine. J ’ai constaté, dans la suite de mes
rechërches, que la saveur poivrée du fruit de Murraya Kœnigii était due
à l’huile essentielle.

2.

— Matières solubles dans l’éther absolu.

Avec l’éther absolu, employé dans la proportion de 300 °°, pour 50 gr.
de substance, j’ai obtenu un extrait sec correspondant à 1 gr. 500 p. °/° de
substance primitive. Après avoir traité la solution éthérée avec de l'acide
sulturique au y^j, j’ai obtenu une solution aqueuse, limpide, qui, traitée

!

(1) Herlant, B u lle tin de l'A c a d é m ie royale de m édecine de B e lg iq u e , 1894,

�—

4 2

—

par les réactifs généraux des alcaloïdes, a donné un louche assez sensible
par le réactif iodo-ioduré. La solution sulfurique agitée avec l’éther de
pétrole, la benzine, le chloroforme, n'a pas cédé de principe de nature
alcaloïdique à l'éther de pétrole et à la benzine. Le chloroforme évaporé a
laissé un résidu très faible, composé de cristaux granuleux et réfringents.
Ces cristaux, lavés avec une faible quantité d’alcool et soumis à une nou­
velle cristallisation, donnent des cristaux en aiguilles; ils se colorent en
jaune par la potasse, mais ne sont pas colorés par l’acide sulfurique.
Traités par différents dissolvants ou réactifs, ils se comportent comme les
cristaux de Kœmgiine.
Une autre portion du résidu obtenu après évaporation de l’éther a été
traitée par l'eau distillée froide. J ’ai filtré et j’ai obtenu une solution abso­
lument limpide, légèrement acide, d’une odeur très agréable de vanille.
J'ai recherché dans cette solution aqueuse l'hématoxyline, l’acide gallique,
la catéchine-, la pyrocatéchine, etc. Je n’ai caractérisé aucune de ces
substances. J'ai essayé les réactions de la vanilline avec l’acide sulfurique
et la phloroglucine, avec l’acide sulfurique et la résorcine; les réactions
qui se sonç produites dans ces conditions n’ont pas été assez nettes pour
affirmer la présence de la vanilline.
L’extrait éthéré insoluble dans l’eau s’est dissous complètement dans
l'alcool absolu; l'évaporation spontanée de l’alcool a laissé une substance
noirâtre, amorphe, soluble dans le chloroforme, l'acétone, l’alcool amy lique,
l’éther acétique. Le résidu de l’évaporation de tous ces dissolvants s’est
dissous entièrement dans de la potasse alcooliqueau ,‘0 etlasolution obtenue
est noire. La solution potassique traitée par l’acide acétique s’est décolorée
en partie et en même temps il s’est déposé une substance de coloration
brune qui présente toutes les réactions des résines.
La solution potassique traitée par l’éther a laissé déposer une matière
brun noir qui présente également tous les caractères des résines. Il y
aurait donc deux résines acides, toutes les deux solubles dans une solution
de potasse, l’une précipitable par l'acide acétique et l’autre soluble dans
cet acide.

— 43 —

§ 3 . — 3/Catières solubles dans l'alcool absolu.
)
Avec l’alcool absolu, j’ai obtenu une solution vert clair qui a fourni
un poids d’extrait sec équivalant à 3 gr. 4 5 1 p. % de substance. Cet
extrait, traité par l’eau distillée chaude, ne se dissout pas complètement.
La solution aqueuse précipite en noir par le perchlorure de fer; elle préci­
pite aussi par la gélatine. La liqueur aqueuse, préalablement acidulée par
l’acide sulfurique, traitée par l’éther de pétrole, la benzine et le chloro­
forme, a cédé ü ce dernier liquide des cristaux en aiguilles présentant
l’aspect et les réactions du glucoside appelé provisoirement par Prebble
kœmgiine. La liqueur sulfurique, sursaturée par l’ammoniaque et trai­
tée par l'éther de pétrole, la benzine, le chloroforme, cède : i° à l’éther de
pétrole des cristaux granuleux pour la plupart à contours très nets,
d’autres cubiques, réfringents et colorés en jaunes; ces cristaux traités par
l’acide sulfurique sont également colorés en jaune et présentent une struc­
ture rayonnée ; ce sont probablement des cristaux d’hespéridine ; 20 au
chloroforme, elle cède des cristaux en aiguilles.
Dans une autre partie de la solution aqueuse, j’ai constaté la présence
du glucose.
Le restant de l’extrait alcoolique non dissous par l’eau a été traité par
l’eau ammoniacale au 1 / 5 0 . Il s’est dissous complètement; il est aussi
soluble dans l’alcool; il doit donc être considéré comme formé par des
phlobaphènes.

N o t e . — La pipérine qui peut faire partie de l’extrait alcoolique, ayant plus
de tendance à rester dans la partie de l’extrait alcoolique insoluble dans l’eau
distillée chaude, j’ai traité cette dernière partie de l’entrait alcoolique par le
procédé d’Herlant ( 1 ) en vue d'y rechercher la pipérine. Je n’ai obtenu que des
résultats négatifs.
( 1 ) Herlant, loc. cil., 1 8 9 4 .

�— 44 —

§ 4 - — 'Matières solubles dans Veau distillée.

La solution obtenue avec l'eau distillée, a fourni un poids d’extrait
sec équivalant à 14 grammes, 74 0 p. 0 „ de matières. Cet extrait incinéré
a fourni 3 grammes, 223 de matières minérales p. %• (Le fruit de ü\(urraya contenant une grande quantité de mucilage, ce traitement a été très
long.)
Dans une portion de la solution j’ai constaté la présence du tanin.
Dans une autre portion, j’ai caractérisé les corps pectiques, notam­
ment en faisant agir la solution aqueuse sur la liqueur de Fehling, après
une digestion prolongée avec quelques gouttes d’acide sulfurique. En es­
sayant de dissoudre ces corps pectiques dans l’eau froide, j’ai remarqué
qu'une partie se dissolvait difficilement dans ce liquide; cela est dû à la
présence d'une petite quantité de matières albuminoïdes.
Dans une autre portion de la solution aqueuse, j’ai recherché les aci­
des organiques. J ’ai constaté la présence d’une quantité assez faible d’acide
oxalique.
Une autre portion de la solution a servi à la recherche du glucose.
J'ai constaté la présence de cette substance organique et l’absence de
saccharose.
Une autre portion de la solution aqueuse alcaliqisée par l’ammonia­
que et agitée avec de l'éther sulfurique, a cédé à ce dissolvant des cristaux
granuleux, probablement de nature glucosidique, car ils ne réduisent la
liqneur de Fehling qu’après digestion prolongée avec l’acide chlorhydri­
que à 1 p. °/0. C’est la seule réaction que j’ai pu faire en raison de la
minime quantité de matière obtenue.
Dans une autre portion de la solution aqueuse, j’ai constaté la pré­
sence d’albumine végétale et de globuline. Cette dernière a été caracté­
risée par l’anhydride carbonique et une solution saturée de sulfate de
magnésie.
Dans une autre portion de la solution, j’ai recherché les sels ammo­
niacaux. Je n’ai obtenu que des résultats négatifs.

45 —

§ 5 . — Matières solubles dans lu lessive de sonde.

En traitant le résidu du traitement précédent par de la lessive de soude
à 2 p. °/0, j’ai obtenu une solution brune qui, évaporée, a donné un
extrait sec équivalant à 27 grammes 680 p. % de substance.
Dans une partie de la solution, j’ai constaté la présence d’une quantité
relativement élevée de matières pectiques.
Dans une autre partie de la solution, j’ai constaté la présence de tanin
accompagné d’une faible quantité de phlobaphénes.

§ 6 . — Matières solubles dans l’acide chlorhydrique à 1 p. °/0.

Ayant constaté, au microscope, que le fruit du Mur raya Kœnigii con­
tenait de l’amidon, j’ai traité le résidu du traitement par la lessive de
soude, par un procédé un peu différent de celui employé pour les feuilles
des deux espèces de Mur raya.
J ’ai fait bouillir la matière avec dî l’eau dans la proportion de iocc
pour r gramme de substance. J ’ai laissé refroidir jusqu’à 40 à 4 5 °, puis
j’ai ajouté à la liqueur une faible quantité de diastase pour transformer
l’amidon. J ’ai filtré, et le précipité insoluble a été traité ensuite comme les
feuilles qui, elles, ne contenaient pas d’amidon.
Le liquide filtré, qui renferme les produits de transformation de
l’amidon, a été digéré à chaud avec de l’acide chlorhydrique; il contient
du glucose après ce traitement. Après avoir fait macérer, avec de l’acide
chlorhydrique, le résidu insoluble provenant de l’opération précédente,
j’ai fait digérer pendant quatre heures au bain-marie dans un appareil à
reflux.
J'ai constaté, dans la solution, en suivant le mode opératoire décrit
antérieurement, la présence de la pararabine et de l’oxalate de chaux ; ces
deux substances n’ont pas été dosées.
En dosant le glucose provenant de la transformation de l’amidon et en

�—

4 ^

—

ajoutant à cette valeur le poids des matières dissoutes dan. l’acide chlo­
rhydrique, j’ai obtenu un poids correspondant à 4 grammes 4 9 2 p. % de
substance primitive. Ce poids représente le total des matières solubles dans
l’acide chlorhydrique.

§ 7 . — Traitement par l’eau chlorée.

Le mode opératoire suivi est le meme que pour le traitement corres­
pondant des feuilles. J'ai constaté que la lignine, la cutine et les substan­
ces cuticulaires se trouvaient dans la proportion de 6 gr. 4 5 1 p. % de
substance et que cette dernière renfermait p. % : 0 , 2 0 0 de silice, ^ g r a m ­
mes, 333 de substance du mésophylle et enfin 1 2 gr. 4 33 de cellulose.

§ 8 . — Matières minérales.

L’incinération prolongée jusqu’à obtention de matières minérales d’une
couleur grisâtre a fourni un poids correspondant à 8 gr. 20 0 p. % de
substance. J ’ai constaté par l’analyse qualitative que ces cendres conte­
naient les mêmes acides et métaux que les feuilles de Murrava Kœnigii.
Toutefois le fer parait y exister en plus faible quantité que dans les
feuilles.

RÉSUMÉ DE LA COMPOSITION CHIMIQUE GÉNÉRALE DES FR U ITS DE
MURRAYA KŒNIGII

i° Matières solubles dans l’éther de pétrole. — Résines, matières
grasses, chlorophylle, glucoside, essence.............................
2 ° Matières solubles dans l’éther. — Chlorophylle, matières rési­
neuses acides, glucoside.........................................................
3 0 Matières solubles dans l'alcool absolu. — Tanin, phlobaphènes, glucose, glucoside............................................................

p. %
8 .5 2 0
1.5 0 0
3 •4 5 1

q° Matières solubles dans l’eau distillée. — Matières pectiques, al­
buminoïdes, glucoside, glucose........................................... 1 4 . 7 4 0
50 Matières solubles dans la lessive de soude. — Matières pectiques,
matières albuminoïdes insolubles dans l’eau, tanin, phlobaphènes.................................................................................. 2 7 .6 8 0
6° Matières solubles dans l'acide chlorhydrique à 1 p. °/0. — Ami­
don, pararabine, glucose, sels m inéraux..........................
4 .4 9 2
7 0 Lignine et substances cuticulaires............................
6 .4 5 1
Silice........................................................................
0 .20 0
Substance du mésophylle..................................... 1 2 . 3 3 3
Cellulose................................................................. 1 2 . 4 3 3
8° Matières minérales. — COL HCL. SO'H1. PO'H3. SiO \
K. Na. Ca. Fe........................ : ............................................
8 .2 0 0

�49 —

C H A P IT R E IV

Etude Spéciale : 1° de la Murrayine, 2° de la Kœnigiine et
3° de l’Essence du fruit de Murraya Kœnigii.

i° 'Murrayine.

Historique. — Cette substance a été découverte par de Vrij, à Java,
dans les résidus de la distillation des fleurs de Murraya exotica. Il cons­
tata que les pétales sont les parties de la plante les plus riches en murra­
yine et qu’ils peuvent en contenir jusqu’il i p. % .
Le meilleur procédé, pour retirer ce produit, consiste à traiter les péta­
les à plusieurs reprises par l’eau bouillante et à évaporer les liquides en
consistance d’extrait. Cet extrait est lavé à l’eau froide pour lui enlever
la plus grande partie des matières colorantes et extractives, ainsi que la
murrayétine qui s’y trouvé en grande quantité. Le résidu insoluble est
mis à digérer dans de l’alcool absolu ; ce dernier dissout la murrayine et
la murrayétine ; cette dernière est précipitée au moyen d'acétate de plomb
en solution alcoolique.
La solution filtrée est traitée ensuite par l’hydrogène sulfuré pour pré­
cipiter le plomb en excès et évaporée jusqu’à siccité, après une nouvelle
filtration. Le résidu solide est dissous dans une quantité d’alcool absolu
et bouillant aussi petite que possible. On décolore à l’aide du charbon
animal et on fait recristalliser le produit à différentes reprises (i).
(i) Blas, loc. cît., p. 305 .

■

■ M H

Quelques auteurs ont affirmé que la murrayine se trouvait dans tou­
tes les parties de l’arbre.
J ’ai voulu vérifier cette assertion sur les feuilles et rameaux du Mur­
raya exotica, seuls organes que j’avais à ma disposition. J ’ai opéré sur 200
grammes de substance, et j’ai suivi scrupuleusement le procédé indiqué
par Blas ( 1 ).
Après avoir fait cristalliser plusieurs fois dans l’alcool absolu jusqu’à
presque décoloration, (traitement qui a demandé plusieurs jours) j’ai enfin
obtenu une faible quantité d’une poudre légère, presque blanche formée
de petites aiguilles. La faible quantité de subtance obtenue ne m’a pas per­
mis d’essayer toutes les réactions indiquées par Blas ( 2 ) dans sa commu­
nication à l’Académie Royale des Sciences de Belgique; mais j’ai bien
identifié la substance que j’avais obtenue, avec la murrayine de de Vrij
et Blas.
Entre autres réactions, j’ai obtenu la suivante, que Blas considère comme
caractéristique de la murrayine : en traitant le résidu obtenu après cristal­
lisations repétées dans l’alcool par une solution faible de soude, j’ai obtenu
une solution jaune par transmission, bleu verdâtre par réflexion.
J ’ai pu constater également qu’à la température de ioo°, la substance que
j’ai obtenue réduit la liqueur deFehling, et qu’après traitement à chaud par
l’acide sulfurique ou l'acide chlorhydrique dilué, la murrayine se dissout et,
qu’après le refroidissement de la liqueur, il se sépare des cristaux en ai­
guilles que Blas a dénommés murrayétine.
La très faible quantité de substance précipitée après action de l’acide
sulfurique sur la murrayine ne m’a permis de constater que le pouvoir
fluorescent de ses dissolutions alcalines, ainsi que la-coloration vert bleuâ­
tre qu’elle prend en solution aqueuse par le perchlorure de fer ( 3 ).
En comparant les réactions de la substance glucosidique isolée en
très minime quantité dans l’analyse immédiate du Murraya exotica, à celle
de la murrayine obtenue par le mode opératoire indiqué par Blas, j’ai pu
identifier la première.

�— 51 —

Cette substance a été signalée par Prebble (i) dans les feuilles de
M. Kœnigii. Il l'a obtenue en agitant une solution éthérée de feuilles de
M. Kœnigii avec de l’acide sulfurique faible et en agitant cette solution
acide avec du chloroforme. Ce dernier liquide laisse par évaporation un
résidu peu abondant, de couleur brune et amorphe. En concentrant la so­
lution acide et en la soumettant à l'évaporation spontanée, il s’est séparé
des cristaux granuleux qui, purifiés par de nouvelles cristallisations, ont
finalement laissé des cristaux en aiguilles. Dans l’analyse immédiate que
j’ai faite du M. Kœnigii, j’ai constaté la production de ces cristaux en
aiguilles. J ’ai essayé d'obtenir en quantité un peu plus grande cette subs­
tance que Prebble ( 2 ) a provisoirement appelée Kœnigiine, afin de pou­
voir étudier sa composition et aussi de préciser à quelle espèce chimique
il fallait la rattacher. J ’ai le regret, malgré la quantité relativement élevée
de feuilles mises en expérience, de n’avoir pu obtenir que des quantités
trop faibles pour arriver à ces résultats.
Ainsi que je l’ai cité, en donnant les résultats de l'analyse immédiate
des feuilles de M. Kœnigii, j’ai constaté que cette substance, cristallisant
en touffes d'aiguilles (pour me servir de l'expression de Prebble), se colo­
rant en jaune par la potasse, n’est pas modifiée par l’acide sulfurique; que
sa solution aqueuse précipite, par l’acétate de plomb, le tanin, qu’elle
réduit la liqueur de Fehling, et donne un précipité orangé par un sel
ferroso-ferrique ( 3 ) ; qu’elle n’est pas modifiée par le perchlorure de ter.

30 Essence,

a

de Murrdya Kœnigii.-

Préparation. — Les fruits de Murraya Kœnigii ont été pulvérisés en
poudre grossière (cette manipulation a été longue et pénible en raison de
( 1 ) Dyrnock, loc. cit., p. 26 2 .
(2 ) Dymock, loc. cit., p. 2 6 2 .
( 3) Prebble, loc..cit., p. 262 .

la grande quantité de mucilage que renferme ce fruit), puis mis à macérer
avec de l’eau saturée de sel marin pendant deux heures, dans un récipient
en cuivre auquel j’ai adapté un réfrigérant traversé par un courant continuel
d’eau froidç. Au bout de ce temps, j’ai chauffé et j’ai obtenu après trois ou
quatre heures une eau distillée chargée d'huile essentielle.
Pour trois kilogrammes de fruits traités dans ces conditions en plusieurs
opérations (les dimensions de l’appareil ne permettant guère de traiter
plus de 500 grammes de fruits à la fois), j’ai recueilli 2 3 “ d’essence, ce qui
donne environ 7 grammes 65 d’essence par kilo de substance.
L ’eau qui a passé à la distillation était acide. Pour séparer l’essence, *j’ai
d’abord introduit le mélange dans une ampoule à robinet; par le repos,
l’essence surnage, et il est facile de la recueillir au moyen d’une pipette.
Je l’ai ensuite filtrée au papier.
‘Propriétés. — L’essence ainsi obtenue est légèrement colorée en jaune,
d'une odeur forte tout d’abord, mais laissant ensuite une odeur rappelant
celle du néroli, d’une saveur piquante, plus faible que celle du poivre et
laissant ensuite au bout d’un certain temps une sensation de fraîcheur
agréable.
‘Propriétés physiques. — Sa densité, prise par la méthode du flacon, a été
trouvée égale à o gr. 8 7 2 , à la température de 1 3 0.
Elle se dissout facilement, comme la plupart des essences d’ailleurs,
dans l’éther, l’éther de pétrole, l’alcool, le sulfure de carbone; elle est
assez soluble dans l’eau, elle dissout à son tour les résines.
Elle dévie gauche le plan de la lumière polarisée.
Le pouvoir rotatoire a été déterminé dans un tube de 0 , 5 .
Le degré indiquant la déviation a été de i i ° 5 3 '. Pour le calcul, j’ai
appliqué la formule habituelle :

dans laquelle a indique le degré de déviation, / la longueur du tube qui
a servi à l’expérience, et d la densité de l’essence. Remplaçant ces lettres
par leur valeur nous avons :
0 0 ,_

IlPS3’
_ iio88&gt;
o,$ x 0 ,8 7 2
0,4 36 0

—

_

2 7 °2 4

L’indice de réfraction de cette essence est égal à i ° 4 8 7 . Il a été déter-

�52

—

miné dans un petit prisme à liquide,jnis obligeamment à ma disposition
par M. Mathias, professeur à la Faculté des sciences.
L’angle réfringent du prisme égalait = 6 o° 3 o'.
— de déviation
— 3 6 ° 3 o’.

CONCLUSIONS

Sin. 6oc3 o’ 4 - 36 ° 3 0 (
2

Sin. 6 o° 3 o’

_ Sin. 48 ° 3 0 &gt;
“ Sin. 3 0 ° !$ ’

Et en faisant les calculs on trouve :
N — 1 ,4 8 7 .
Cette essence bout à i 7 3 °-i 7 4 °.
‘Propriétés chimiques. — Traitée par le brome en sol. chloroformique,
elle s’est colorée en jaune.
Avec le chloral impur, en jaune orangé.
Avec l'acide azotique concentré, il s’est produit une coloration
rouge brun, sans dégagement de chaleur et avec production de vapeurs
blanches.
Avec une dissolution d'iode, il y a eu une coloration jaune sans éléva­
tion de température ni dégagement de vapeurs.
Par l'acide sulfurique, il s'est produit une coloration jaune d’abord, qui
est devenue rapidement brune et enfin noire.
Par l'acide azotique fumant, coloration jaune brun avec points plus co­
lorés d'où partent des stries.
Sous l'influence de l'air elle se résinifie.
La santaline est sans action sur elle.
je n'ai pas pu déterminer la composition élémentaire de cette essence ;
j’ai cependant recherché si elle contenait du soufre. Pour cela, j’ai chauffé
un peu d’essence avec une lessive de potasse et calciné. Il ne s’est pas
produit, dans ces conditions, de sulfure de potassium, que j’aurais pu carac­
tériser avec du nitroprussiate de soude; cette essence n’est donc pas sul­
fureuse.

En résumé, dans cette étude, j’ai établi la structure de la tige et des
feuille du [Mur raya exotica ; la structure de la tige, des feuilles et du fruit
du Mur raya Kœnigii.
J ’ai montré que les feuilles de Murray a exotica renfermaient une
résine, de la murrayine, de l’hespéridine et très probablement de la
vanilline en très faible quantité.
J ’ai démontré la présence, dans les feuilles et le fruit du Murraya Kœnigii,
de deux résines acides, alors que Prebble n’en avait découvert qu’une
seule et d’un principe glucosidique, sans doute, désigné sous le nom de
kœnigiine par cet auteur, ainsi que des traces d’hespéridine et probable­
ment de vanilline. Et enfin, j’ai isolé des fruits de cet arbuste une essence
dont j’ai fait l’étude et établi les constantes physiques.
Le sujet n’est évidemment pas épuisé et de nouvelles recherches s’im­
posent en particulier sur la kœnigiine, dont la constitution n’est pas en­
core établie. Quoiqu’il en soit, je crois avoir contribué à étendre nos con­
naissances sur ces plantes intéressantes et je me réserve de compléter ce
sujet par des recherches ultérieures.

�I

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,

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A N N A L E S

L’INSTITUT
COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES FAU

M.

ll pr o f e s s e u r

É d o u a rd H E C K .E L

ot publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par le Conseil général des Rouches-du-Rhône

1898 - Vol 5

Sixième année. Cinquième volume (1898).
Ior fascicule)
L.es plantes â, Caoutchouc et à, G utta dans les colonies françaises,
par 11r m u JUMELLE, Professeur-adjoint à la Faculté des sciences de
Marseille.

MACON

PROTAT FRÈRES
IMPRIMEURS

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A N N A L E S

L’INSTITUT
COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES FAU

M.

ll pr o f e s s e u r

É d o u a rd H E C K .E L

ot publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par le Conseil général des Rouches-du-Rhône
Sixième année. Cinquième volume (1898).
Ior fascicule)
L.es plantes â, Caoutchouc et à, G utta dans les colonies françaises,
par 11r m u JUMELLE, Professeur-adjoint à la Faculté des sciences de
Marseille.

MACON

PROTAT FRÈRES
IMPRIMEURS

�ANNAL E S
UE

L’INSTITUT COLONIAL DE MARSEILLE
(Année I898i

�A N N A L E S

L’INSTITUT
COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES PAR

M.

le pr o fesseu r

É douard

HE CK. EL

cl publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par te Conseil général des Bouches-du-Rhône
Sixième année. Cinquième volume (1898).
(1er fascicule)
Les plantes à Caoutchouc et à G utta dans les colonies françaises,
par H enri JUMELLE, Professeur-adjoint à la Faculté des sciences de
Marseille.
^7

A.

MACON

PA R IS

PROTAT FRÈRES

C il A LL AM EL
ÉDITEUR

I 898

IMPRIMEURS

�AVERTISSEMENT
Les applications, chaque jour plus nombreuses, du
caoutchouc dans les diverses branches de l’industrie font
de l’exploitation et de la culture des plantes qui produisent
la précieuse substance une des principales préoccupations
actuelles des colonies françaises et étrangères.
Dans un article publié par le Tropenpflanzer (mars
1898), le Dr Warburg rappelait récemment les noms de
quelques grandes sociétés qui se sont organisées, dans ce
but, en ces dernières années. La Compagnie anglaise
India Rubber of Mexico s’est fondée au capital libéré de
406.000 livres sterling, outre 200.000 livres sterling
d'obligations; la Colonial Rubber Estâtes, créée au
capital de 100.000 livres sterling, a établi son centre
d action dans l’Afrique occidentale ; la Columbian India
Rubber Exploration exploite la Bolivie; la Sociélé nordaméricaine Mexican Cul/ Agricultural C^, constituée, a
l’origine, en vue de la culture du caféier à l’isthme de
Tcbuantepec, se tourne maintenant, avec un capilal de
100.000 dollars, vers les cultures de caoutchouc; enfin
une autre Société analogue s est fondée 1année dernière
à Hambourg et plusieurs gouvernements ont déjà favorisé
ce mouvement. Le Mexique paie aux propriétaires du
district de Lliano de Juarez 5 centimes de prime par arbre
à caoutchouc planté, quand cet arbre a atteint une tei-

�VI

AVERTISSEMENT

laine hauteur; le Nicaragua a publié un décret inter­
disant l'exportation des plants sauvages; l'administration
anglaise de Ceylan et du Queensland adonné des instruc­
tions précises à ses inspecteurs de culture pour étudier
à fond la question du caoutchouc.
Nos fonctionnaires coloniaux semblent, d'ailleurs, avoir
la légitime ambition de ne pas se laisser devancer par
l’étranger. On verra plus loin que certains d'entre eux, tels
que M. Adam en Casamance, M. Chalot au Congo fran­
çais, M. Chapotte à Madagascar, pour n’en citer que quel­
ques-uns, se livrent, avec un véritable zèle, à la recherche
des espèces indigènes, ainsi qu’à des essais d’acclimata­
tion des espèces exotiques; et beaucoup de nos indus­
triels ont. de leur coté, à leurs risques et périls, établi
des plantations dans quelques-unes de nos colonies,
principalement à Madagascar et sur la côte occidentale
d'Afrique.
Nous avons eu toutefois, à maintes reprises, l'occasion
de constater, par les nombreuses demandes adressées au
Musée colonial de Marseille, combien toutes ces bonnes
volontés risquent d’être rendues vaines par l'ignorance,
où se trouvent les colons, soit des espèces qu’on peut ten­
ter, avec chances de succès, d’introduire dans telle ou
telle région, soit des méthodes de culture à employer.
C’est qu'en effet si beaucoup d’ouvrages ont été publiés
sur le caoutchouc, les auteurs se sont, jusqu’alors, dans
presque tous, attachés à décrire les procédés de prépara­
tion industrielle du caoutchouc, bien plutôt que les plantes
productrices. Les renseignements qu’on possède aujour­
d'hui sur ces plantes, sur leur répartition géographique
et sur leur culture, sont encore épars.

\ VKltTlSSEMKNT

VU

Nous avons eu précisément pour but, dans ce volume,
de résumer et de condenser toutes ces données, en y ajou­
tant les résultats de quelques recherches personnelles.
Nous nous sommes proposés : 1° de donner, pour toutes
les plantes à caoutchouc qui poussent spontanément dans
nos colonies, une description qui fût assez complète pour
permettre de les reconnaître; 2° d’indiquer la valeur du
produit que fournit chacune d'elles; 3° de signaler les
espèces qui sont étrangères à nos colonies, mais qui pour­
raient y être introduites, si elles ne le sont déjà; 4° de
faire connaître leurs conditions de végétation, et les pro­
cédés de culture qui, jusqu’alors, ont donné les meilleurs
résultats.
Peut-être, sur ce dernier point, les renseignements
paraîtront-ils quelquefois incomplets. La seule cause en
est que la culture des végétaux qui nous occupent, des
lianes en particulier, n’a pas encore franchi la période des
tâtonnements; c’est aux planteurs qu’il appartient de
renouveler les premiers essais el de les perfectionner, en
profitant des faits déjà acquis, et que nous avons résumés.
La seconde partie de ce volume est consacrée aux
plantes à gutta, qui ne le cèdent pas, en intérêt, aux pré­
cédentes. On verra, et on sait déjà qu’ici le principal
problème à résoudre est l’acclimatation, dans nos colo­
nies, des véritables espèces guttifères, originaires de la
Malaisie.
La question est d'actualité, puisque le gouvernement
français fait, en ce moment, répartir, dans celles de nos
possessions où ils semblent devoir réussir, les plants rap­
portés, l’année dernière, de Sumatra — au prix de sa
vie — par l’explorateur Raoul.

�VI 11

AVERTISSEMENT

Nous avons donné les caractères des espèces réputées
les meilleures, en indiquant leurs conditions de végéta­
tion ; et nous avons jugé utile aussi de décrire ensuite
quelques autres végétaux, qui sont indigènes, ceux-là,
vons nous colonies, et dont le produit a, plus ou moins
les propriétés des guttas, qu’il pourrait ainsi, au moins
dans quelques cas, remplacer.
Ajoutons qu'en dehors des recherches nouvelles que
nous avons pu faire, et que nous avons résumées dans
le travail, nous avons, chaque fois qu'il nous a été poslible, contrôlé les observations anciennes, en utilisant les
matériaux nombreux que notre éminent collègue de la
Faculté des Sciences, le Dr Heckel, directeur de l’Institut
colonial de Marseille, a accumulés, depuis cinq ans, dans
le Musée qu'il a fondé. C'est grâce aux facilités qui nous
ont été ainsi procurées par M. Heckel — avec une obli­
geance dont nous lui sommes reconnaissant — que nous
avons pu mener à bien un ouvrage qui, nous le croyons,
paraît à son heure.
Musée colonial de Marseille,
juillet 1898.

LES PLANTES A CAOUTCHOUC
i
HISTORIQUE
Le premier envoi de caoutchouc en France date de 1735.A
cette époque, de la Condamine, qui faisait partie d une mis­
sion chargée de mesurer, dans la région équatoriale de l'Amé­
rique du Sud, un degré du méridien, adressait à l Académie
des Sciences un échantillon d'une résine élastique, que,
disait-il, les Indiens Maïnas, sur les bords de l’Amazone,
nomment caoutchouc. « On trouve un grand nombre des
arbres qui la fournissent dans les forêts de la province des
Emeraudes, où on les appelle Hhévé. »
Quelques années plus tard, en 1751, de la Condamine com­
muniquait encore à l’Académie une note dans laquelle M.
Fresneau, ingénieur à la Guyane Française, annonçait avoir
découvert les mêmes arbres, — ou du moins qu il croyait tels
et (pii appartenaient en réalité à une espèce très voisine —,
aux environs de Cayenne, sur les bords de 1A[irouague et de
la Mataruni, chez les Coussaris.
Les premières plantes signalées comme productrices de
caoutchouc furent donc 1espèce que Fuset-Aublet, en 17(12,
nommait Ilcvca guyancnsis, et 1 Ifevca hrasiliensis de Mueller
d Argovie.
Cependant, depuis longtemps déjà, les Mexicains avaient
reconnu des propriétés analogues dans le latex d arbres tout
différents, car J. de Torquemada, dans un ouvrage sur la
Piaules à caoutchouc et à giitla.

1

�2
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
Monarquia indiana, publié à Madrid en 1615, cite l'usage de
balles élastiques faites avec le suc de l’Ulaquahuitl, nom sous
lequel, encore aujourd’hui, les indigènes, au Mexique, désignent
le Castilloa elastica Cerv.
L'existence d’espèces caoutchoutifères asiatiques n'a été
connue quaprès celles des espèces américaines. L Urecula
elastica Roxb., de l'Archipel indien, qui fournit actuellement
une partie des caoutchoucs de Bornéo et de Java, fut décou­
vert par James Horwison dans l’ile du Prince de Galles, vers
1790; et le Ficus elastica Roxb., qui donne le caoutchouc
d'Assam, ne fut décrit qu'en 1832 par Roxburg, qui l'avait
rencontré dans les forêts des bords du Brahmapoutre.
Jusqu'en 1860 environ, l’Amérique du Sud, l'Inde et Java
furent ainsi à peu près les seules contrées d’exportation du
caoutchouc.
Poiret avait bien, dès 1817, signalé à Madagascar le
Vahea yummifera Poir., mais la gomme de cette espèce
n'apparut dans le commerce qu après l'Exposition de 1831 ;
et enfin, quoiqu'on 1855 une factorerie française fût déjà fon­
dée sur les bords du Congo, il y a à peine une vingtaine d'an­
nées que des expéditions importantes sont faites de la Côte
occidentale d’Afrique.

CARACTÈRES ET PROPRIÉTÉS DU CAOUTCHOUC
Le caoutchouc, dit M. Seeligmann, doit être considéré
« comme un mélange de carbures polymères à équivalents
élevés, dérivant d’un carbure fondamental C'’ H8, de la classe
des terpènes ou polyterpènes, qui, sous l'influence de l’oxygène
atmosphérique et de la lumière, se change partiellement en
produits résineux, et fournit ainsi les divers caoutchoucs du
commerce ».
C'est un corps mou, extensible et élastique à une tempéra­
ture supérieure à 10 degrés. Il «eut subir un allongement égal
à 5 fois sa longueur primitive sans se rompre, et il reprend
ensuite très rapidement, s'il est abandonné à lui-même, ses
dimensions primitives, à moins qu'il ne survienne une action
nouvelle, telle qu'une modification de température.
Pur, il est blanc ou légèrement jaunâtre ; sa couleur noire
habituelle est due à des impuretés ou à des produits d’oxyda­
tion. En couche mince, il est translucide.
Sa densité, un peu variable suivant les diverses sortes, est,
en moyenne 0,925. D’après M. Chapel, celle de la gomme de
Para (Hevca brasilicnsis, Muell. Arg.) est 0,914, et celle de la
gomme de Céara (Manihot Glaziovii) est de 0,958.
Le caoutchouc se soude facilement à lui-même lorsque les
surfaces de section sont récentes. Il est mauvais conducteur
de la chaleur et de l’électricité; il est imperméable à l’eau.
Dans l'eau bouillante, il se ramollit et se gonfle, mais ne
se dissout pas, non plus que dans l'alcool.

�4

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

Il est soluble en apparence dans certains liquides tels que
l’éther, le sulfure de carbone, le chloroforme et la benzine. On
obtient, en effet, avec ces liquides des sortes de solutions lai­
teuses, qui filtrent même complètement si la proportion de
gomme n'est pas trop forte. Cependant, en réalité, il n’y a
qu’une très faible partie de caoutchouc (substance dite adhésive) qui soit véritablement dissoute ; tout le reste (substance
nerveuse) n’est que considérablement gonflé.
Au contraire un mélange de 95 parties de sulfure de car­
bone et de 5 parties d'alcool absolu est un dissolvant réel; la
solution est alors claire connue de l’eau. Sont aussi d’excellents
dissolvants le liquide qu’on obtient en faisant passer un cou­
rant d'acide sulfureux gazeux sur le camphre, le carbure
liquide provenant de la distillation du caoutchouc, le toluène
et l'essence de térébenthine.
Parmi les réactifs, les alcalis ont peu d’action sur la gomme,
et il en est de même des acides dilués ; mais les acides chlor­
hydrique, sulfurique et nitrique, concentrés, ‘l ’attaquent peu
à peu, même à froid ; le chlore lui fait perdre son élasticité
et la rend cassante.
Les agents atmosphériques ont également, à la longue, une
influence marquée : non seulement l’air et la lumière altèrent
la couleur du caoutchouc naturel, mais, l’humidité aidant, ils
le rendent peu à peu visqueux et gluant.
Au point de vue pratique, on conçoit combien il est utile de
déterminer ce degré d’altération de la gomme, qui varie
entre de larges limites, suivant les espèces, et qui dépend du
procédé employé pour la coagulation du latex. Il importe
de savoir quels sont les caoutchoucs les plus altérables et
quelles sont aussi, parmi les méthodes de coagulation, celles
qui peuvent diminuer la valeur du produit.
La substance résineuse qui provient de l’altération de la
gomme et qui la rend poisseuse étant soluble dans l’alcool,
nous usons de préférence, pour l’isoler, du procédé suivant.
Le caoutchouc est traité par l’éther qui ne le dissout pas,
mais le gonfle et le désagrège. Au mélange laiteux on ajoute
une quantité à peu près égale d'alcool absolu. Le caoutchouc

5
est précipité et se ramasse en une masse compacte qui, sépa­
rée du liquide, a tous les caractères du caoutchouc primitif,
mais n’est plus poisseuse, quelle que fût précédemment la
viscosité de l’échantillon. La résine est restée dissoute; on
l’obtient en faisant évaporer, après filtration, le mélange d’éther
et d'alcool; elle dépose sous forme de granules très blancs,
qui sont peu visqueux à froid, mais le sont fortement à chaud.
Alors que, par ce procédé, certains caoutchoucs, comme
celui de Para, n’abandonnent que des traces de résine,
d’autres, comme le caoutchouc de Kickxia africana perdent
environ ht) °/0 de leur poids sec.
Tous les caractères qui précèdent sont ceux du produit
brut, et un tel produit, facilement altérable, élastique seule­
ment à certaines températures ne pourrait, en somme, rece­
voir qu'un nombre restreint d’applications. Aussi l’industrie
du caoutchouc n'a-t-elle pris un véritable développement qu’à
dater de l’année 1842, où l’Américain Nelson Goodyear
reconnut qu'on supprimait à la fois tous les défauts de la
gomme en la vulcanisant.
La vulcanisation consiste à soumettre le caoutchouc naturel,
d’abord à l’action du soufre, puis à celle d’une température
de 120 à 150 degrés.
Le produit ainsi vulcanisé conserve son élasticité à basse
comme à haute température, n’est plus soluble dans les dis­
solvants du caoutchouc ordinaire, et est plus difficilement
altérable par les agents chimiques.
Quelques années après la découverte de la vulcanisation,
Goodyear remarquait encore qu’en combinant le caoutchouc, à
150 degrés, avec le cinquième de son poids de soufre, on
obtenait un corps ayant la dureté de l’ébène et pouvant être
poli : c’était le caoutchouc durci ou ébonite, qui est employé
pour la fabrication de meubles, de manches de couteau, etc.
Depuis lors, plusieurs autres composés, dans lesquels le
caoutchouc entre pour une part, ont été inventés.
E. Turpin, durcissant le caoutchouc avec de la magnésie, a
réalisé une sorte d'ivoire végétal, qui sert à la fabrication des
billes de billard.
CARACTÈRES ET PROPRIÉTÉS DU CAOUTCHOUC

�l't

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

L'ivoire artificiel ou cburite est préparé en traitant une
épaisse dissolution de caoutchouc par le chlore.
Enfin, mélangé à du liège en poudre, le caoutchouc fournit
le Kamptulieon, qui, laminé, puis appliqué sur des toiles
grossières, qu'on a enduites de plusieurs couches d’huile de
lin, a donné naissance à l’industrie des tapis de linoléum.

III
LE LATEX ET LES MÉTHODES DE COAGULATION
Le latex des plantes à caoutchouc est un liquide générale­
ment blanc, inodore quand il est frais, saul celui de certaines
espèces de Landolphia, et dont l’aspect laiteux est dû à ce que
le sérum incolore tient en suspension un grand nombre de
o-lobulites Ces globalités sont de dimensions variables suivant
l’espèce et l’àge ; leur diamètre moyen, chez YHevea brasiliensis, est de 0 mm0035. Ce sont ces globules qui, en se séparant du
sérum sous l’action de la chaleur ou de certains réactifs, et en
formant une masse compacte élastique, constituent le caout­
chouc.
La réaction du sérum est alcaline ou acide, suivant les
espèces. Elle est acide chez les Ficus, d’après Adriani ; et nous
avons constaté qu’il en est de même pour les Landolphia.
Par contre, d’après M. Seeligman, le sérum d llevea brasiliensis, h la sortie de l’arbre, est alcalin.
Le sérum contient encore, à l'état dissous, diverses autres
substances parmi lesquelles les plus constantes et les plus
importantes sont des matières sucrées, des composés orga­
niques azotés et des substances minérales.
La présence de matières sucrées communique aux latex,
dont quelques-uns, tels que ceux d llevea ou d Hancornia,
sont comestibles, une saveur agréable qui les fait apprécier
des indigènes. Dans le lait d un n djembo, qui est un Landolp/iia, M. Aimé Girard a trouvé, comme principe sucré, la
dambonite, qui est l’éther méthylique d’un deuxième principe

�8
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
également sucré, le dambose. Le même auteur a tiré du suc
des l Trecoin de la Malaisie la bornésite, et de celui d une
plante gummifère appelée rnalcza à Madagascar, la matézile.
Bornésite et matésite sont les éthers méthyliques du bornéodambose et du matézo-dambose.
Les composés organiques azotés sont de nature encore mal
déterminée; il y aurait cependant d'autant plus intérêt à les
bien connaître que c’est leur facile fermentation qui est la
cause de l'altérabilité de certains caoutchoucs, tels que ceux
provenant des espèces africaines. Les latex de ces espèces ren­
ferment, en effet, ordinairement, une assez forte proportion de
substances azotées fermentescibles, qui donnent au produit
mal préparé une odeur nauséabonde, La proportion est beau­
coup plus faible dans le latex d'Ilevea brasiliensis ; elle
s'abaisse à 2. 3 °/0 d après M. Seeligman.
Comme matières minérales, le sérum contient, soit des sels
organiques de chaux et de potasse, soit des sels magnésiens.
Ces derniers semblent ne jamais manquer dans le latex des
Ficus asiatiques ; on ne les trouve jamais, au contraire, dans
l’eau-mère du latex d'Hevca.
Il y a donc là, jusqu'à un certain point, un moyen de
reconnaître quelquefois, par l'analyse, la provenance d'un
caoutchouc. Dans le même ordre d’idées, il importe aussi de
signaler que, dans le suc des Ilevea, la chaux et la potasse
sont combinées à un acide organique spécial, tandis que, dans
le suc des Landolphia, les deux bases sont combinées à l ucide
oxalique.
Les globules pouvant se séparer du sérum et s’unir en
masse sous 1influence, soit de la chaleur, soit de divers réac­
tifs, les procédés de coagulation sont variés et diffèrent sui­
vant les pays.
Coagulation spontanée. — Certains latex coagulent sponta­
nément au contact de 1air, dès leur sortie de l’arbre. Les indi­
gènes usent alors ordinairement, pour recueillir le caoutchouc,
du procédé suivant, qui est employé, par exemple, au Mozam­
bique, en Casamance et dans certaines parties du Gabon.

9
Appliquant leur doigt sur la plaie, ils saisissent la portion
solidifiée et l'attirent doucement à eux; le latex, au fur et à
mesure de son écoulement, se solidifie et donne des filaments
qui sont ensuite enroulés en boule ou en fuseau autour d’un
fragment de bois.
Une variante du même procédé est en usage en Indo-Chine
et aux Indes néerlandaises, pour la récolte du produit des
Ficus. De nombreuses entailles en Y sont pratiquées dans
l’écorce de l’arbre; le latex, en s’écoulant, se coagule sous
forme de larmes, qui sont recueillies et agglutinées.
Coagulation par évaporation à froid. — Très voisine aussi
de la précédente — car il est parfois difficile de dire si le latex
s’est vraiment coagulé spontanément, ou par évaporation rapide
— est la méthode employée au Brésil, pour la préparation du
caoutchouc de Céara (Manihot Glaziovii). Le pied de l’arbre
est dégagé et. sur la place ainsi déblayée, l’opérateur dispose
quelques feuilles de bananier. L écorce est alors fendue en
plusieurs endroits ; le latex, qui, chez le Manihot Glaziovii
est très épais, coule lentement ; une partie seulement atteint
le sol, l'autre reste sur le tronc. Toute la coulée est laissée
quelques jours à l’air; elle se dessèche, et, lorsque la dessicacation est complète, le caoutchouc est détaché par lanières. Il
est d’ailleurs toujours, en raison de ce procédé quelque peu
défectueux, mélangé soit à des fragments d'écorce, soit à de
la terre ou du sable.
D’autres caoutchoucs, en certains points de la Côte occiden­
tale d’Afrique, particulièrement dans l’Angola et chez quelques
peuplades du Congo, sont obtenus de la même manière. Les
Noirs n’ont même pas toujours le soin d'étendre au pied de
l'arbre quelques feuilles, et le suc s'étale sur le sol. La
terre, en absorbant l’eau, active la coagulation, mais on con­
çoit quelle quantité d’impuretés doit renfermer la gomme
recueillie.
Coagulation par évaporation sur le corps humain. —
Quelques tribus du Congo et de l’Angola ont une autre
façon d opérer, qui est trop originale pour être passée sous
LF. LATEX ET LES MÉTHODES DE COAGULATION

�10
LES PL AM'ES V CAOUTCHOUC
silence. Après avoir pratiqué l'incision du tronc, le Noir, com­
plètement nu, reçoit le latex dans le creux de sa main et s’en
couvre tout le corps. Lorsque sous l'influence de la chaleur et
de la sueur, la coagulation est à peu près complète, il détache
le caoutchouc par fragments et en forme les boulettes qu’il
porte au marché.
Tout en étant mélangé de corps gras, le produit est, du
moins, plus pur que par le procédé précédent.
Coagulation par la chaleur sèche ou enfumage. — C'est la
méthode employée, de très longue date, sur les bords de
l’Amazone, pour l’obtention du caoutchouc de Para, et c’est
aussi la meilleure.
Aussitôt que la saison sèche le permet, vers le commence­
ment de mai, des entailles sont faites dans les troncs d’arbres
à caoutchouc (lievea b ras iliensis) et on adapte à ces entailles
des fragments de tige de bambou qui conduisent le latex dans
des calebasses placées à terre *.
Lorsque la récolte est suffisante, l’ouvrier procède à Yenfu ­
mage : il trempe dans le latex l’extrémité large d’une sorte de
battoir ou de palette en bois, à manche long, et il expose
cette extrémité enduite à la fumée d’un feu alimenté, soit par
des branches vertes, soit par des noix de palmiers, qui sont
surtout, d’après M. Collins, YAttalea excelsa et le Maxirniliann
regia. Pour faciliter l'enfumage, un fourneau en terre cuite à
1. Bien entendu le procédé opératoire que nous indiquons ici peut
varier dans les détails et suivant les régions. On ne se sert pas toujours
de ces tiges de bambou, et le latex peut être recueilli plus directement,
ainsi que l’a vu faire M. Prosper Chaton, ancien Consul de France, au
Brésil. « L'ouvrier, dit-il, se rend auprès des arbres qu’il va exploiter;
il est muni d’un hachereau, dont le tranchant a cinq centimètres de lar­
geur, et d'une calebasse, suspendue à son cou. Au moyen d’argile qu'il
a préalablement rassemblée auprès de chaque arbre, il forme une espèce
d’écuelle, de huit h dix centimètres de diamètre, qu'il colle sur l’écorce,
après avoir fait une incision transversale au moyen de son hachereau ;
l écuelle doit être parfaitement adhérente à l’écorce, un peu au-dessous
de l’incision. Cette opération commencée vers cinq heures du matin, est
terminée ordinairement à neuf. A midi, le lait recueilli dans les écuelles
est versé dans la calebasse que l’ouvrier porte à son cou ; vers trois
heures, cette récolte étant terminée, il se rend à son carbet, où il pro­
cède à la formation du caoutchouc. »

11
col très étroit (fumeiro) est placé sur le foyer; la fumée en
sortant par l’étroite ouverture se concentre et détermine la
coagulation.
De nouveau, la palette, recouverte de cette première couche
de caoutchouc, est trempée dans le latex, puis portée au-des­
sus du fumeiro ; et la même opération est répétée un certain
nombre de fois jusqu’à ce que la couche ait atteint une épais­
seur de 2 à 3 centimètres. Avec un couteau l’ouvrier fend le
caoutchouc sur un des deux côtés les moins épais et dégage sa
palette.
Le produit, non encore absolument desséché, est suspendu
sur des branches d’arbres, où sa dessiccation s'achève; et ce
n'est qu’au bout de quelques jours qu’il peut être livré au
commerce1.
Il y est connu sous le nom de biscuit de Para fin, et c'est
encore aujourd’hui la sorte la plus appréciée de tous les
caoutchoucs. Elle doit incontestablement sa valeur au procédé
même de coagulation ; la fumée, en même temps qu elle sert
de coagulant, introduit dans la masse des éléments antisep­
tiques (phénol, créosote, etc.), qui empêchent la fermentation
des matières azotées du suc.
Coagulation par ébullition. — Après la méthode de l'enfu­
mage, la meilleure à recommander est certainement celle de
l’ébullition, qui a l’avantage d’être simple. Le latex est
recueijli dans des vases qu'on chauffe à feu doux ; plus ou
moins rapidement, suivant l espèce, les globules se séparent
du sérum et se prennent en masse qui surnage. Le coagulât
est comprimé et séché.
Le procédé est employé depuis longtemps par les Mexi­
cains, pour la coagulation du latex des Castilloa, et il est aussi
I.E LATEX ET LES MÉTHODES DE COAGULATION

t Primitivement les Indiens, au lieu de se servir d'une palette en
bois, enduisaient de latex des moules en argile de formes variées.
Lorsque les couches avaient atteint l’épaisseur voulue, ils brisaient, par
pression, le moule d’argile, dont ils retiraient les fragments par une
ouverture ménagée h cet elfet. C’est ainsi qu'ils fabriquaient ces objets
(bouteilles, souliers, etc.) qui attirèrent l’attention de de La Condamine
et de Fresneau.

�LES PLANTES V CAOUTCHOUC
12
usité aujourd hui, çà et là, dans les diverses régions où on
récolte le caoutchouc. Il fournit surtout de bons résultats à la
condition que l'ébullition ne soit pas trop rapide ; plus la
coagulation est lente et moins le caoutchouc emprisonne d’eaumère, dont les matières azotées, qu elle tient en dissolution,
sont une des principales causes de l’altérabilité des gommes.
Coagulation par le repos, après addition d'eau au latex. —
Fréquemment, lorsqu'on ajoute au latex, une ou plusieurs
fois, son volume d'eau, les globules se séparent, même à froid,
et viennent nager à la surface du liquide où ils se coagulent.
On tire parti de ce fait et on obtient le caoutchouc de cette
manière : en quelques régions du Congo, avec le suc des Landolphia ; dans certaines localités de l'Amérique centrale avec
le suc des Hancornia\ dans 1 Assam, avec le suc des Ficus.
Coagulation par l alcool. —Beaucoup de substances ajoutées
au latex le font coaguler. Au premier rang est l'alcool, qui
est cependant rarement employé à cet usage, en raison de son
prix qui rend le procédé coûteux ; c’est par exception qu’à
Madagascar, et en quelques autres points de l'Afrique, on uti­
lise comme tel l’alcool de traite ou l'absinthe.
Coagulation par les acides. — Les acides sont d'un usage
plus courant : soit les acides minéraux, soit les acides orga­
niques.
Les acides minéraux sont employés depuis que les Blancs
les ont fait connaître aux indigènes. Le plus usité est l'acide
sulfurique, qui est un coagulant énergique : il sert à préparer,
d’après M. Morellet, le caoutchouc de Maranham, qui pro­
vient du suc d'Hancornia speciosa; il sert aussi pour la pré­
paration de certains caoutchoucs de Madagascar. Cependant,
soit à la suite d’accidents résultant d'un maniement maladroit,
soit parce qu’on a reconnu qu'il altère la gomme si celle-ci
n’est ensuite soigneusement lavée, son emploi semble aujour­
d’hui de plus en plus abandonné dans notre possession afri­
caine.
Des résultats aussi satisfaisants, sinon meilleurs, sont d'ail­
leurs fournis par les acides organiques que renferment en

13
abondance divers sucs végétaux ; et il y a longtemps que les
Noirs ont, d’eux-mêmes, reconnu le pouvoir coagulant de
certains fruits et de certaines plantes.
Dans le district de Faranah, sur le haut Niger, les Malinkés
et les Diallonkés, d'après le Dr Chaussade, ont recours, pour
la coagulation des laits à caoutchouc, à quatre sortes de
liquides :
1° A l’eau acidulée par du jus de citron (une dizaine de
citrons pour un litre d’eau).
2° A l’eau acidulée par le pain de singe. Un fruit de baobab
bien mûr suffit pour un litre d’eau, dans lequel on fait
macérer la pulpe pendant quelques minutes. Si le fruit est
encore vert, il peut servir quand même, mais avec addition, au
liquide, du jus de quelques citrons, pour l’amener au degré
d’acidité voulu.
3° A l'eau acidulée par une espèce d'oseille cultivée dans
toute l’Afrique occidentale et connue sous les noms de : dakoun
chez les Malinkés, santoume chez les Diallonkés, bisab chez
les Ouolofs, et folleré, chez les Toucouleurs, qui tous en font
des préparations culinaires. On met bouillir environ 300
grammes de l’herbe, feuilles et fruits, dans un litre d'eau.
i° A une infusion de tamarin, à la dose de deux poignées
pour un litre d’eau froide.
Avec des variantes, des procédés analogues sont employés
dans beaucoup d'autres régions. L’action de l’infusion de
tamarin, par exemple, est connue à Madagascar. Au Congo,
les indigènes font usage, soit de jus de citron (sur les bords de
l’Ogooué), soit de sucs obtenus par expression de certaines
plantes grasses, probablement des Euphorbes; ils utilisent
aussi le fruit de certains Arnomum.
Au Fouta, d’après encore le Dr Chaussade, les habitants s'y
prennent d’une manière un peu différente. Au lieu d'inciser
simplement les branches, ils font des entailles dans l’écorce,
dont ils enlèvent des parcelles de la dimension d’une pièce de
cinq francs. Aussitôt l'entaille faite, on la recouvre de jus de
citron et le latex est coagulé dès sa sortie. 11 se forme ainsi
toute une série de petites boules de caoutchouc, de grosseur
LE LATEX ET LES MÉTHODES DE COAGULATION

�U
LES PLANTES A CAOUTCHOUC.
variable, adhérentes aux rameaux. Elles sont enlevées rapi­
dement et pressées les unes contre les autres, de façon à déter­
miner une agglomération en une boule unique, qui peut peser
500 grammes, et plus.
Au Guatémala et au Nicaragua, le coagulant employé est
une macération de racines d Ipomæa Bona-nox dans l’eau ; il
présente 1 inconvénient d’introduire dans le caoutchouc un
liquide noirâtre, résineux, visqueux, très amer, qui recouvre la
surface de la boule d'un enduit résineux.
Enfin au Pérou, le latex des Ilancornia est coagulé par le
sue d une liane appelée sachacarnote par les caucheros du
pays.
Coagulation par certaines solutions salines. — Deux solutions
salines surtout sont de bons coagulants : celle de chlorure de
sodium et celle d'alun.
La solution de chlorure de sodium— souvent, plus simple­
ment, l'eau de mer — est employée au Sénégal, à la côte
d’ivoire, au Cameroun, au Congo, au Mozambique et en
quelques points de Madagascar. Le latex est généralement
versé dans l eau ; le coagulât surnage. D’autres fois, comme en
Casamance, à la Côte d Ivoire et au Mozambique, le procédé,
plus compliqué, rappelle un peu celui usité au Fouta, mais le
sel remplaçant le jus de citron comme coagulant. Des inci­
sions peu profondes sont faites sur la liane, puis dès que le
latex exsude, l'indigène asperge la blessure d’eau salée. La
coagulation se fait rapidement et donne de petites masses
que le récolteur retire pour en former un noyau. Il attire alors
ce noyau à lui et le latex, continuant à couler et à se solidi­
fier, sous l’action de l’eau salée projetée de temps en temps,
s’étire en filaments, qu'on enroule tant que dure la coulée du
suc. Les boules ainsi obtenues peuvent atteindre un poids
de deux kilogrammes.
L’usage de l'alun est beaucoup plus limité que celui du sel
marin. La méthode fut indiquée par M. Ilenrique Antonio
Strauss, et vendue au gouvernement du Para; elle est usi­
tée pour la préparation du caoutchouc de Pernambuco, qui
provient du suc d’Ilancornia speciosa. Le produit récolté de

O
cette manière est, la plupart du temps, couvert d’efflorescences
cristallines.
LE LATEX ET LES MÉTHODES DE COAGULATION

On voit combien sont nombreux les procédés de coagula­
tion des latex. Il convient d’ajouter que tous ne peuvent être
employés indifféremment pour la préparation des divers caout­
choucs. Si les causes de la coagulation des latex sont encore
inconnues, il est, du moins, bien établi qu elles ne sont pas
toujours les mêmes pour toutes les espèces, et que certains
latex coagulent dans des conditions où d’autres laits ne sont
pas modifiés. Ainsi l’éther, qui coagule rapidement les laits
de beaucoup de Landolphia, est sans action sur ceux d’autres
espèces du même genre, et sur ceux de quelques Ficus. Il en
est de même pour le sel marin, pour l'alun, etc...Les coagu­
lants les plus constants semblent être l'alcool, l’acide phénique et la chaleur.
Entre tous, c’est, ainsi que nous l'avons déjà dit, la chaleur,
dont l'emploi doit surtout être recommandé : soit la chaleur
sèche (enfumage), soit l'ébullition à feu doux. L'inconvénient
des réactifs, acides ou autres, est d’introduire dans le caout­
chouc des substances étrangères qui peuvent en provoquer
l’altération. Les acides, tels surtout que l’acide sulfurique,
résinifient la gomme, qui devient visqueuse, en même temps
qu’elle perd son élasticité; les caoutchoucs comme le caout­
chouc de Pernambuco, obtenus à l’alun, perdent aussi très
rapidement leur valeur. Le sel marin, en entretenant l’humi­
dité, n’est pas un meilleur coagulant : nous avons comparé
des caoutchoucs d’une même espèce, préparés, les uns avec le
sel, les autres avec divers réactifs ; les premiers étaient de qualité
inférieure et visqueuse. Enfin, d’après M. Chapel qui a examiné
plusieurs échantillons de ce caoutchouc du Faranah, dont
nous avons parlé plus haut, l’emploi de l’oseille dakoun doit
être absolument rejeté; l’acide azotique, le vinaigre ne
donnent guère de résultats plus satisfaisants. Parmi les
substances coagulantes, une des moins mauvaises serait peutêtre le jus de citron, à la condition que les Noirs ne laissent
pas dans le caoutchouc, comme ils le font trop souvent, des

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC
16
graines ou des fragments du fruit dont ils ont exprimé le
suc.
Quant à la méthode de la coagulation par évaporation du
lait sur une surface plane, l’objection qu’on y peut faire est
que, par ce procédé, une grande partie des substances dis­
soutes dans le sérum restent mélangées à la gomme, après
l'évaporation de l'eau-mère ; or la proportion de ces sub­
stances, qui sont une cause de fermentation, est assez élevée
pour qu'il soit nécessaire d’en tenir compte.
C'est pourquoi, en définitive, la chaleur (ébullition ou enfu­
mage) est bien le meilleur moyen auquel on puisse avoir
recours. D'une part, on n introduit ainsi dans le caoutchouc
aucune substance étrangère ; d’autre part, si l'on coagule par
ébullition (en faisant bouillir lentement pour que la masse
des globules n emprisonne pas une trop grande quantité
d'eau) le sérum, avec presque toutes les substances qu’il
tient en dissolution, est séparé du coagulât et celui-ci ne
retient que les matières albuminoïdes coagulées par la cha­
leur; si ion coagule par enfumage, tous les composés solubles
sont bien mélangés au caoutchouc, comme dans le cas de l'éva­
poration à l’air libre, mais les produits antiseptiques apportés
par la fumée, et qui s'incorporent à la gomme, empêchent la
fermentation de ces composés et 1 altération du caoutchouc qui
en résulte.

IV
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT
Les plantes à caoutchouc actuellement connues sont très
nombreuses. Elles appartiennent aux quatre familles des
Euphorbiacées, Artocarpées, Asclépiadées et Apocynées1,
et sont les suivantes ;
Parmi les Eupiiorbiacées : Ilevea brasiliensis Muell. Arg. : Ilevea
guyanensis Aubl.; Ilevea lutea Muell. Arg.; ilevea lienthanifana
Muell. Arg.; Ilevea pauciflora Muell. Arg.; Ilevea rigichfolia
Muell. Arg.; Ilevea (liscolor Muell. Arg.; Ilevea Spruceana Muell.
Arg. ;
Manihot Glaziovii Muell. Arg.;
Excœcaria gigantea Posada Arango ;
Euphorbia Tirucalli L.;
Sapium biglandulosuni Müll.
Parmi les Aiitocarpées : Ficus elastica Roxb. ; Ficus glomerata
Willd. ; Ficus Ilolstii Warb. ; Ficus oppositifolia Willd. ; Ficus
macrophylla Roxb.; Ficus lacet fera Roxb.; Ficus indica Linn.;
Ficus annulala Bl. ; Ficus religiosa Linn.; Ficus prolixa Forst.;
Ficus altissima RI. ; Ficus oblusifolia Roxb. ;Ficusprinoïdes Willd. ;
Ficusrubiginosa Desf. ; Ficus VogeliiMiq. ; Ficus Sycomorus Linn. ;
Ficus BraziiBrown; Ficus Vohsenii W;frb. ; Ficus Preussii Warb. ;
Ficus usarnbarensis Warb.; Ficus mysorensis Heyne (Ficus
Karel); Ficus Tsiela Roxb.;
Cecropia peltala Meyer; Cecropia adenopus Mars. ;
Caslilloa elastica Cerv. ; Caslilloa Markhamiana Collins.;
Arlocarpus elastica Reinw.;
Brosimum Alicaslrum Swarlz.
1. On tirerait aussi, dit-on, du caoutchouc (?) de deux Lobcliacécs : le

Siphocampylus Caoutchouc Don. (de Nouvelle Grenade) et le Siphocampylus Jamesonianus D.G. (de l'Equateur).
Plantes à caoutchouc et à gulta.

2

�18

Parmi les

LES l'L.VNTES A CAOUTCHOUC
Asclépiadées : Calolropis procera R.

Rrown ;

Cynanchum ovalifolium W ight;
Penploca gnvca Lian.; Cryploslegia grandi/lora Br.
Parmi les A pocynées :

Landolphia comorensis Boj. ; Landolphia madagascariensis Boj. ;
Landolphia Lecomlei l)e\v.; Landolphia brac.leala Dcw. ; Landol­
phia Pelersiana Th. Dyer ; Landolphia lucida K. Schum. ; Landol­
phia senegalémis D .C .; Landolphia otvariensis Pal de Beauv. ;
Landolphia Foreli Juin.; Landolphia Michelini Benlh. ; Landol­
phia T raunii Sadeb. ; Landolphia IJeudelolii D. G. ; Landolphia
lomenlosa Dow.; Landolphia crassipes Radlk. ; Landolphia A irkii
Th. Dyer; LandolphiaparvifoliaK. Schum. ; Landolphia Thollonu
Dcw. ; Landolphia capensis Oliv. ; Landolphia anguslifolia K.
Schum ; etc.
Carpodinus dulcis Don; Carpodinus acida D on.; Carpodinus
uniflorus Stapf; Carpodinus Foretiana Pierre; Carpodinus Jumellei Pierre ; etc.
Cleghornia cymosa W ight [Baissea acuminala Benth.);
Diverses espèces mal précisées de Clilamlra ;
Kickxia africana Benlh. ;
Frceola elaslica Roxb ; Urceola esculenta Benlh.;
Haneornia speciosa Muell. Arg. ; Ilancornia flonbunda Pœppig
et Endl. ;
Willughbeia edulis Roxb. ; Willughheia firma Blume; \\ illughheia Treacheri Dyer;
Tabernæmontana eoronaria Br.; Tabernæmontana stenosiphon
Stapf; Tabernæmonlana crassu Benth.;
Plumeria lancifolia Mari. ; Plumeria phagedenica Mari. ; Plumeria drasliea Mart. ; Plumeria aculifolia Poil*. ; etc. ;
Parameria glandulifera Benlh, ;
Alstonia plumosa Labill. ;
Alyxia displiœrocarpa Heurk et Muell. Arg. ;
Dyera coslulala Hooker. ; JJyera Lowii llook. ;
Camcraria lucida Jaccj. Cameraria lalifolia Jacq. ;
Pacouria guyanensis Aubl. ;
Nouellea cochinchinensis Pierre ;
Kopsia çochinchinensis O. K.; Kopsia Ilarmandiana Pierre;
Melodinus monogynus Roxb. ;
Chonemorpha macrophylla G. Don.

1!)
Si longue que soit la liste précédente, elle est encore incom­
plète, car nous avons omis à dessein quelques espèces, telles
(pie les Leuconolis de l’Inde et de la Malaisie, YAnodendron
paniculaluni I). G., le Diplorhynchus mossambicensis Benth.,
etc., qui sont des végétaux indiqués parfois comme caoutchoutifères, mais sur les produits desquels nous n’avons que
des renseignements peu précis. Du reste, il est prudent aussi
de faire remarquer que meme beaucoup des plantes que nous
avons citées, surtout parmi les Apocynées, sont mal connues
et que des études sérieuses sont encore à faire sur les qua1ités très contestables des caoutchoucs qu elles fournissent.
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEU 11 PIIODL'IT

Nous n'allons décrire ici, avec détails, que les principales
espèces, et, en tout cas, presque exclusivement celles qui
poussent naturellement ou sont cultivées dans les colonies
françaises. Nous ferons exception seulement pour quelquesunes, qui, telles que Y Urceola elaslica, n’existent pas, dans
nos possessions, mais peuvent, en raison de la valeur
reconnue de leur produit, y être introduites au premier jour.
Hevca brasiliensis Muell. Arg.
Syn : Siphonia brasiliensis Kunth.
Le vrai caoutchoutier du Para, appelé Ilhcvc sur les bords
de l’Amazone.
C'est un grand arbre, atteignant 20 mètres, et plus,
de hauteur, et dont les branches sont réunies en bouquet
au sommet. Les feuilles, alternes, longuement pétiolées, sont
composées de trois folioles entières, de 5 à 15 centimètres de
longueur, elliptiques, lancéolées, aiguës aux deux extrémités,
membraneuses, glauques ou brunâtres en dessous, à nervures
proéminentes sur les deux faces, et marquées, sur la face infé­
rieure, de petites ponctuations gris blanchâtre. Les fleurs,
monoïques, sont réunies en cyrnes composées, très ramifiées,
axillaires ou terminales ; elles sont apétales. Le calice, velu,
gamosépale, est à cinq fortes dents lancéolées aiguës. Dans les

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC
20
fleurs mâles, jaunâtres, les anthères, au nombre de dix,
extrorses, disposées en deux verticilles, sont appliquées sur la
surface d’une colonne cylindrique, centrale et dressée, que
surmonte un petit corps terminal, non lobé, considéré comme
un rudiment du pistil. A la base de la colonne est un petit
disque peu proéminent. Dans les fleurs femelles, l'ovaire,
ovoïde, à trois loges uniovulées, est surmonté de trois stig­
mates épais, sessiles, bilobés.
Le fruit est une grande capsule à trois coques, déhiscentes
chacune en deux valves élastiques ; l’exocarpe, charnu avant
la maturité, se sépare facilement de l’endocarpe dur. Les
graines, descendantes, sont grosses, allongées, brillantes,
tachées de brun, caronculées d’après Bâillon, sans caroncule
d'après Fax.
Ullcvea brasiliensis est certainement, entre les diverses
espèces du genre, celle qui doit être surtout propagée, et pré­
férée. par exemple, à Yllcvea Spruceana et à YHcvea yuyanensis. Des essais de culture, en différentes contrées, ont réussi :
aux Antilles, à Buitenzorg, sur la côte d’Afrique, etc. Au
Cameroun, de jeunes plants introduits en 1892 ont atteint, en
cinq ans, 10 à 11 mètres de hauteur. A Buitenzorg, au bout
de six ans, les arbres avaient une hauteur de 1I mètres, et
commençaient à fleurir; après neuf ans, ils atteignaient 16
mètres; après quinze ans, 20 mètres. A Libreville, des plants,
dont la taille était de 30 centimètres en 1896, mesuraient 2
mètres à la fin de 1897.
Il ne faut pourtant pas se dissimuler que, malgré l’appa­
rence, le rendement n’est jamais aussi grand que dans le pays
d’origine ; et la cause en est que les conditions de végétation
de Yllcvea brasiliensis, au point de vue delà quantité et de la
valeur de son produit, sont très étroites. Même au Brésil,
l’arbre ne donne de grandes quantités de latex, et de la gomme
de qualité supérieure, que s’il pousse sur les bords du fleuve,
dans les terrains d alluvion riches et argileux ; à la limite de
1inondation, il réussit déjà moins. Néanmoins, le rapport des
arbres acclimatés ailleurs est encore assez grand pour que
ces cultures soient très rémunératrices au bout de quelques

21
années, si les plantations sont laites dans des conditions se
rapprochant de celles du pays d’origine, c’est-à-dire si on choi­
sit des terrains humides, avoisinant les cours d’eau. Les pieds
doivent être placés à 10 mètres de distance; on plante la
jeune tige dans une fosse de 30 centimètres; les fragments
bouturés doivent avoir 30 centimètres de longueur, au moins.
L arbre peut être exploité vers la sixième année, mais on n’en
peut attendre avant dix ans un rendement qui couvre les frais.
Actuellement, c’est encore du Brésil que provient le caout­
chouc le plus estimé, et c’est aussi ce pays qui en exporte les
plus grandes quantités. La contrée arrosée par l’Amazone et ses
affluents fournit plus de la moitié du caoutchouc du monde,
les deux tiers si l’on considère la valeur. Dans la seule petite
région d Iquitos, dans le très haut Amazone, la récolte, en
1885, a été de 714.161 kilogrammes de caoutchouc. Le Para,
en 1888, en a expédié 15 millions de kilogs, ce qui représente
une valeur minima de 71 millions de francs.
Le caoutchouc de Para est de trois qualités.
1° Caoutchouc Para fin. Mis en pain avec soin, ce caout­
chouc présente, sur la coupe, une couleur qui varie du gris
clair au jaune brun. Le pain est formé par la superposition des
couches régulièrement fumées, il a l’odeur du goudron de
bois. Les couches superposées sont très ténues ; leur épaisseur
est d un dixième de millimètre environ. Cette sorte vaut
aujourd'hui 9 à 10 francs le kilog. Les pains sont de 3 à a
kilogrammes (Bas-Amazone) ou de 10 à 15 kilogrammes
(Hau t-A mazone ).
2° Caoutchouc Para demi-fin ou entrefin. De même appa­
rence extérieure que le précédent, mais déstructuré différente.
Au lieu de couches minces et régulièrement fumées, la section
présente des parties plus ou moins allongées, qui n’ont plus la
même couleur, ni la même consistance. Ces parties sont jaune
clair et résultent de l’interposition, dans l’épaisseur des pains,
de parties de latex coagulées spontanément. Le pain a une
forte odeur de méthylamine. Il vaut 9 fr. le kilog.
3° Caoutchouc Para en tètes de nègres, ou Cernamby de
Para. C’est le résultat de tous les déchets de la fabrication
l e s pl a n tes a ca o u tc h o u c et leu 11 ph o d ü it

�22
I.ES PLANTES A CAOUTCHOUC
des deux sortes précédentes. Ces déchets, présentés, sur le mar­
ché, eu blocs volumineux ou en masses irrégulières, de la gros­
seur du poing, proviennent : soit des rognures des pains, soit
du latex qui a coagulé sur les bords des vases dans lesquels il
a été recueilli, soit encore du latex qui a coulé sur le sol et s’y
est solidifié par évaporation. Cette sorte, plus humide que les
précédentes, a souvent une odeur de méthylamine ou de
moisi ; et souvent aussi elle contient du sable ou d autres corps
étrangers emprisonnés par le caoutchouc qui a coagulé à terre.
Elle vaut encore, cependant, de a à fi francs h' kilog. La sec­
tion est blanc jaunâtre et veinée de stries noires.

LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

23

étamines sont seulement au nombre de cinq, sur un seul verticille ; la colonne suprastaminale est sublobée.

Hevea guyanensis Aubl.
Syn. : Jairoplia clastica Linn. ; Siphonia elasiica Pers. ;
Siphonia Cahuchu Willd.
L'Hevea guyanensis est l'espèce la plus anciennement nom­
mée ; elle fut longtemps confondue avec la précédente, et
aujourd'hui encore pareille confusion n est pas rare.
L Hevea guyanensis est souvent appelé, comme 1 Ilcvea brasiliensis, Caoutchoutier du Para ; et on donne indifféremment
aussi aux deux espèces le nom portugais Pao syringa (bois à
seringue), dont l’origine serait la suivante, d’après Fresneau.
Chez les Omaguas, nation située sur les bords de l'Ama­
zone, on fabriquait, au siècle dernier, des bouteilles en forme
de poire, auxquelles on attachait une canule en bois, ce qui en
faisait de véritables seringues. Or c’eût été « une espèce d’im­
politesse de manquer à présenter, avant le repas, à chacun de
ceux que l'on avait priés de manger, un pareil instrument rem­
pli d’eau chaude, duquel il ne manquait pas de se servir avant
que de se mettre à table ». Cette bizarre coutume fit nommer
par les Portugais 1 arbre produisant la résine : Pao syringa.
Quoique très voisin de YHevea hrasiliensis, YHevea guya­
nensis en diffère bien par quelques caractères : le disque, dans
les Heurs des deux sexes, est nul ou très rudimentaire ; les

— IJevea guyanensis Aubl. (d'après Berg et Schmidt), d. Rameau
avec fleurs; 2. Fleur femelle, dont le calice est enlevé; 3. Fleur mâle,
dont le calice est enlevé; 4. Calice de la fleur mâle; 5. Partie d'une
inflorescence.

F ig . I.

L’arbre, très droit et très haut, a une écorce blanchâtre,
mince et unie. Les branches sont en bouquet au sommet; les
feuilles, longuement pétiolées ( 1ü centimètres), ont trois folioles
de 2,o à 5 centimètres de longueur, oblongues-ovées, rétrécies
à la base, brusquement aiguës au sommet, vertes en dessus.

�24

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

de couleur cendrée en dessous, portées sur des pétiolules de 5
à 7 millimètres.
Le fruit, ovoïde, verdâtre, long de 4 centimètres environ, a
la même structure que dans l’espèce précédente. Les graines
ont 1 centimètre 5 de longueur; elles sont comestibles et ont
goût de noisette. Lorsque le fruit s’ouvre, vers le mois de mai,
elles tombent sur le sol, où elles germent presque aussitôt.
Les branches, d’autre part, se bouturent très facilement.
lu'IIevea guyanensis peut donc être propagé aussi facilement
que YHcvea brasiliensis, mais il fournit beaucoup moins de
lait, et le produit est, paraît-il, de qualité un peu moindre,
bien qu'il soit généralement vendu comme caoutchouc du
Para.
Peut-être, au reste, ces différences dans la quantité et la
valeur du latex tiennent-elles simplement â ce que l’arbre
trouve, en Guyane, de moins bonnes conditions de végétation
qu’au Para, au point de vue surtout de la nature du sol.

23
Le fruit est une capsule â trois coques, s’ouvrant chacune
en deux valves ; les graines ont un arille épais.
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

Manihol Glaziovii Muell. Arg.
Le caoutclioutier do Coara, appelé Manisoha ou Loifora au
Brésil, d’où il est originaire.
La tige de cet arbre, à écorce argentée, écailleuse, peut avoir
lu mètres de hauteur; la circonférence est alors de 1 mètre
environ. Les branches forment un panache au sommet; elles
sont garnies de feuilles alternes, peltées, palmilobées, à 3 à 7
lobes aigus, échancrées à la base, avec un pétiole brunâtre,
long de 15 à 20 centimètres.
Les fleurs, disposées en grappes, monoïques, apétales, ont
un périanthe plissé, blanc verdâtre, à cinq lobes réfléchis ; les
mâles ont dix étamines, entourées par un calice à cinq divi­
sions ; les femelles, â calice aussi quinquépartite. ont un ovaire
à trois loges, surmonté d'un style cjui se divise rapidement en
trois lobes épais, fortement papilleux. Dans chaque loge est
un seul ovule descendant.

F ig . 2. — Manihol Glaziovii Muell. Arg.
1. Feuille; 2. Fruit; 3. Fleur femelle; 4. Inflorescence; o. Graine;
6. Fleur mâle.

Comme dans les autres espèces du genre, les racines se
renllent en tubercules, qui ont ici, en moyenne, la grosseur
d’une pomme de terre.
Le caoulchoutier de Céara est un arbre rustique, qui réussit

�26
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
surtout bien sur les terrains élevés et secs, contrairement au
caoutchoutier du Para, qui est l’arbre des terres basses, très
arrosées. On peut le propager par boutures ou par semis.
Mais le bouturage ne donne que des individus de végétation
capricieuse, souvent chétifs; les semis sont préférables.
Dans ce dernier cas, il est quelquefois nécessaire, au préa­
lable, d'entailler ou de limer les graines à la pointe correspon­
dant à la radicule; ou encore de les faire tremper, pendant
six jours, dans l’eau froide. La graine, en etfet, est enveloppée
par un tégument tellement dur que, souvent, la germination
ne se fait pas en moins d'un an. Mais en entaillant les tégu­
ments, à l’extrémité radiculaire, avec une scie très line, ou
mieux en limant avec précaution, pour ne pas entamer l’em­
bryon, on obtient la germination au bout de huit jours ; elle com­
mence au bout d’un mois si les graines ont été mises dans l’eau.
Un autre procédé est encore quelquefois recommandé. On
met au fond d'une caisse une couche de dix centimètres de
crottin de cheval ; on sème sur ce crottin les graines côte à
côte, et on les recouvre d’une couche de même matière, et de
même épaisseur. La caisse est tenue en plein soleil et arro­
sée copieusement tous les jours. Au bout de huit à dix jours,
les graines commencent à germer.
Quelle que soit la méthode employée, les plantes doivent
êtres repiquées en pépinière dès qu elles apparaissent. A cet
effet, on prépare, dans un endroit arrosable, une ou plusieurs
planches, dans lesquelles les plants sont placés à 30 centi­
mètres les uns des autres, en tous sens. La mise en place
définitive a lieu quand les jeunes sujets ont 30 à 40 centimètres
de hauteur; on laisse alors entre les pieds un intervalle de 4
mètres. « Cette faible distance, dit M. Chalot, qui peut ne pas
sembler suffisante, de prime abord, est rendue nécessaire par ce
fait que les arbres, peu résistants par eux-mêmes, ont besoin
de se soutenir mutuellement pour pouvoir résister davantage
aux grands vents. »
Le sol doit être remué à 30 centimètres de profondeur, mais
dans les endroits seulement où les pieds sont plantés. Le ter­
rain environnant est débarrassé des mauvaises herbes, mais il

27
est inutile d’en labourer la surface. Pour préserver des ter­
mites, on répand des cendres autour de chaque arbre.
Le caoutchoutier de Céara craint la chaleur excessive et
continue, et l’humidité persistante; il lui faut, pour qu’il donne
un produit abondant, une saison de repos bien marquée, pen­
dant laquelle il perd une partie de ses feuilles. On le plantera
de préférence sur les terrains en pente, caillouteux, où les
eaux ne restent jamais stagnantes.
La croissance est très rapide; l’arbre fleurit et donne des
fruits au bout de trois ans, et il atteint déjà, à cette époque, 3
à 5 mètres de hauteur.
La première récolte de caoutchouc ne doit pas être faite
avant la sixième année; les plants exploités plus tôt four­
nissent bien déjà une certaine quantité de latex, mais meurent
en général après la récolte.
&lt;( Au fur et à mesure que les arbres prennent de la force,
dit M. Godefrov-Lebeuf, dans une note publiée par le Jour­
nal officiel de l'Afrique occidentale française (12 mai 1898),
la production augmente; et, comme le revenu de la première
récolte est très suffisant pour amortir tous les frais antérieurs,
il ne reste plus, pour les années suivantes, que les frais de
saignée et de récolte. Les frais de culture et d’entretien, de
saignée et de préparation n’atteindront jamais au delà de trois
à quatre cents francs 1 hectare, et certainement beaucoup
moins quand les arbres seront assez forts pour ne pas exiger
d’autres frais que ceux de la saignée. »
D’après des essais qui ont été faits par le service colonial
anglais sur une plantation de six ans, dont l’hectare contenait
023 arbres, chaque pied peut donner, à ce moment, 300 grammes
de caoutchouc sec. Le kilog ayant été vendu 3 francs, c’est donc,
au minimum, un rendement total de 1.300 francs à l’hectare.
Cependant il faut bien ajouter que, comme pour les Hevea,
le produit obtenu dans les contrées où la plante a été acclima­
tée n’a pas toujours la valeur de la gomme provenant du pays
d’origine ; et il y a eu, de ce fait, dans nos colonies, quelques
déceptions. La culture du Manihot Glaziovii n’en doit
pas moins être continuée : outre qu'elle est facile, l’arbre
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

�28

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

se plaisant dans les terrains qui ne seraient pas assez riches
pour le caféier et le cacaoyer, sur des sols pierreux, à des
altitudes assez élevées (1.800 mètres à Ceylan), et dans des
contrées sèches, la croissance est assez rapide et le produit
conserve encore une valeur assez grande pour que les planta­
tions — qui ne pourraient quelquefois pas être remplacées par
d'autres à cause des conditions de végétation — soient très
rémunératrices. Peut-être même une désillusion trop grande
a-t-elle succédé à des espérances exagérées.
Le caoutchouc dit Ccara scraps vaut 4 à 7 francs le kilo­
gramme. Obtenu au Brésil par la coagulation du latex sur le
tronc même de l'arbre, comme nous l’avons vu, il nous arrive
sous forme de blocs, dont le poids peut atteindre 150 kilo­
grammes, et qui sont formés par l'agglomération des larmes
recueillies (mêlées à des fragments de bois malheureusement) à la
surface du tronc. La proportion de matière utilisable repré­
sente environ 75 à 78 0/0 de la matière brute. Toutes ces
impuretés doivent avoir évidemment pour résultat une altéra­
tion partielle de la gomme ; et en effet, le Ccara scraps
dégage presque toujours une odeur forte, qui devient nauséa­
bonde sous rinfluence de la chaleur et de l humidité. Il serait
donc à désirer qu’on employât, pour la préparation de ce
caoutchouc, le procédé de l'enfumage usité pour le caoutchouc
de Para.
Tel qu'il est obtenu actuellement, le Ccara scraps est
ambré foncé à la surface, ambré clair sur la coupe, presque
translucide. Par la traction, il devient blanc et opaque, appa­
rence qui est due, selon M. Morellet, à de nombreuses déchi­
rures produites dans la masse.
Ficus elaslica Roxb.
Appelé Kasmccr en Assam, où il fut découvert, en 1810, par
Roxburg.
Cet arbre, qui atteint une très grande taille, est à rameaux
glabres, ordinairement trigones. Les feuilles, assez longue-

29
ment pétiolées, alternes, sont lisses, ovales ou oblongues,
entières, brièvement acuminées, coriaces, avec une forte ner­
vure longitudinale, de laquelle partent de fines nervures paral­
lèles, s’anastomosant â leurs extrémités.
Les fleurs sont monoïques ; les mâles ont une et cinq éta­
mines, les femelles sont à calice quinquépartite, avec un ovaire
uniloculaire, à un ovule.
Les figues sont axillaires, par deux, jaune verdâtre, glabres,
ovoïdes, sessiles, et ont, à peu près, la grosseur d’une figue
ordinaire.
Les vieux arbres, d’après Roxburg, donnent un latex plus
riche que les jeunes; les incisions les plus élevées sont celles
d’où s’écoule le plus de suc. Les racines fournissent autant
que la tige elle-même.
Le Ficus clastica formait autrefois, dans l’Assam et en Arrakan, des forêts entières, dont l’étendue a beaucoup diminué, par
suite de l’exploitation. Aussi les Anglais se préoccupent-ils,
depuis plusieurs années, d’établir des plantations en Assam
et à Madras. D’autre part, les Portugais l’ont planté avec suc­
cès à San Thomé, dans le golfe de Guinée, à 1.000 mètres
d’altitude. C’est donc une espèce dont il y aurait peut-être
lieu de tenter des cultures en certaines régions élevées de nos
possessions de la côte occidentale d’Afrique.
Le caoutchouc qui provient actuellement du Ficus elastica
est exporté surtout de Calcutta, de la Birmanie (caout­
chouc de Rangoon), de la presqu’île de Malacca (caoutchouc
de Patani) et des Indes néerlandaises. Lorsqu’il est de cette
dernière provenance, il est appelé caoutchouc de Java, qu’il
soit récolté à Java ou à Sumatra.
Les pains sont d’un volume plus ou moins considérable,
depuis la grosseur d’un œuf de poule jusqu’à celle d’une tête
d’homme, et sont formés par l'agglomération de larmes de
latex préalablement coagulé.
Le caoutchouc de Rangoon est noirâtre et rugueux à l’exté­
rieur ; sa coupe est brillante, et d’un rouge plus ou moins
foncé, avec des taches blanches au centre; il contient des frag­
ments de bois.
I.ES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUH PRODUIT

�30

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

L'aspect des autres sortes est à peu près le même. Le
caoutchouc de Palani, un peu plus foncé, souvent altéré et
poisseux, contient de la terre et du sable. Le caoutchouc de
Java renferme souvent, selon M. Morellet, lorsqu’il provient de
la province de Bengkoelen (Sumatra), des larmes d’une guttapereha rouge, appelée Gutla Sumatra, qu'on reconnaît à
l’efflorescence bleuâtre dont elle se recouvre, après un temps
plus ou moins long.
Ficus rcligiosa L; Ficus indien L;
Ficus annulala Bl. ; etc.
Du Ficus précédent il nous faut rapprocher quelques autres
espèces du même genre, que nous ne décrirons pas longuement,
mais qu'il est nécessaire de citer, parce qu elles croissent et
sont exploitées souvent dans les mêmes contrées ; et auss
parce que les caoutchoucs qu’elles fournissent sont fréquem­
ment confondus sous les mêmes noms.
Ainsi le caoutchouc de Patani est dû surtout au Ficus elasiica, mais il est récolté aussi sur le Ficus laccifera Roxb., fré­
quent dans les forêts de la Birmanie, sur le Ficus oblusifolia
Roxb., et sur le Ficus annula ta Bl., dont l'habitat est le
même.
Le caoutchouc de Java est dû, en partie, au Ficus allissima
BL, des régions montueuses et calcaires de Java et de Suma­
tra, et au Ficus rcligiosa L.
Cette dernière espèce, d’autre part, avec le Ficus indica L.,
contribue à la production du caoutchouc dit d'Assam, moins
estimé que le caoutchouc de Rangoon.
Le caoutchouc d'Assam se présente sous des aspects très
variés, dus à ce qu’il peut être tiré de plusieurs végétaux bien
différents. 11 est vendu soit en blocs plus ou moins volumi­
neux, provenant de l’agglomération de larmes de latex préa­
lablement coagulé, soit en masses aplaties, résultant de la
coagulation d'une grande quantité de latex.

31
Parmi les arbres producteurs de cette sorte, et autres que
le Ficus elaslica, nous signalons surtout le Ficus rcligiosa et
le Ficus indica parce que ce sont deux plantes bien connues,
qu'on rencontre dans certaines de nos colonies françaises, où
elles peuvent être exploitées *, quoique leur produit ne vaille
pas, semble-t-il, celui du Ficus elaslica.
Le Ficus indica L., très voisin du Ficus bengalensis L. et
dont le nom Indien est Banut-Kalodja, est un grand arbre à
feuilles persistantes, dont les branches horizontales produisent
de fortes racines, qui descendent vers le sol et s’y enfoncent.
Un seul de ces arbres, avec ces sortes (l'étais, peut couvrir une
surface considérable. A l’exception des stipules, toutes les par­
ties de la plante sont glabres.
Les feuilles, pétiolées, sont coriaces, ovales-aiguës, cor­
dées à la base, entières, à trois nervures, dont la principale
porte quatre à six paires de nervures secondaires, peu proé­
minentes ; le pétiole a 1 à 2 centimètres 5 de longueur ; le
limbe a 10 à 18 centimètres; les stipules sont ovales-lancéolées, pubescentes.
Les figues sont axillaires, sessiles, disposées par paires, de
la grosseur d’une cerise, arrondies, jaune-rougeâtre quand elles
sont mûres, et entourées, à la base, de trois larges bractées
ovales-aiguës. Les fleurs mâles, à deux sépales concaves, ont
une étamine à filet court, portant des anthères allongées. Dans
les fleurs femelles, l’ovaire est ovoïde, le style long, le stig­
mate oblique.
Des essais de plantation de ce Ficus indica ont été faits
dans l'Assam, en 1860. Ils ont démontré que la plante ne
peut fournir une récolte sérieuse avant 25 ans; ù partir de ce
moment, il peut être saigné tous les trois ans. A 50 ans, un
individu peut donner une récolte triennale de 20 kilogs de
caoutchouc.
Le Ficus rcligiosa L (Figuier des Pagodes) est dans l’Inde
un arbre sacré ; ce serait à son ombre que le dieu Yichnou
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUll PRODUIT

1. On sail que de ces Ficus on lire aussi de la gomme-laque, produite
par la piqûre du Coccus Laccæ, qui vil sur leurs rameaux.

�32
l e s p l a n t e s a ca o u tcho u c
aurait vu le jour, selon les traditions religieuses. Avec son
bois, d’ailleurs mou et cassant, les Hindous sculptent des
idoles. Le tronc de eet arbre est cannelé, les rameaux sont
glabres ; les feuilles longuement pétiolées, sont entières, ovalesarrondies, terminées brusquement par un très long acumen,
avec cinq nervures principales, tronquées à la base, à peine
cordées. Les plus jeunes présentent ordinairement de petites
ponctuations et sont blanchâtres en dessus. Les bourgeons ter­
minaux sont coniques, un peu courbés. Les ligues sont par
deux, sessiles, arrondies, avec trois bractées à la base.
Ficus trichopoda Bak.
Nous croyons devoir décrire cette espèce, qui, d’après M.
Chapotte, serait VAviavindrano de Madagascar.
M. Baker signale le Ficus trichopoda dans la région centrale
de l’île.
Les branches sont fortes, pubescentes au sommet, à écorce
brun pâle. Les feuilles, à stipules lancéolées, ont un pétiole
velu, de 3 à 5 centimètres, et un limbe de 8 à 10 centimètres
de longueur, ovale, arrondi à la base, subobtus au sommet,
coriace, faiblement poilu, parcouru par 8 à 10 paires de ner­
vures secondaires, qui s’anastomosent près des bords.
Les ligues sont solitaires ou par deux, pédonculées, globu­
leuses et petites. Elles mesurent 7 ou 8 millimètres de dia­
mètre et sont entourées, à la base, par trois bractées orbiculaires. Les akènes sont ovoïdes, surmontés d'un long style ;
le périanthe est composé de trois ou quatre segments lancéolés,
brun pâle.
Le caoutchouc est inconnu. M. Chapotte, à vrai dire, con­
sidère Yaviavindrano comme producteur de gomme pour celle
seule raison qu’il a remarqué, sur plusieurs troncs, de nom­
breuses cicatrices. L'écorce n’ayant pas été enlevée, il pense
que le latex a dû être recueilli dans des vases, puis coagulé
au moyen d’un réactif.

33

LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

Ficus prolixa Forst.
Syn. : Urostigma prolixum Miq.
Appelé : Ouangui et N'dourou en Nouvelle-Calédonie ; Urai
1 Ile Nui; Oraa à Tahiti.
Ce Banian, commun en Nouvelle-Calédonie et à 1 Ile des
Pins, atteint des dimensions colossales. Le tronc de quelques
individus, d’après MM. Vieillard et Deplanche, mesure 3 à i
mètres de diamètre. « Les branches, qui, elles-mêmes, sont
grosses comme des arbres moyens, s’étendent presque hori­
zontalement à 15 et 20 mètres, et forment ainsi un immense
parasol. De ces ramifications descendent une quantité de
racines adventives de toutes grosseurs; les plus anciennes, déjà
enracinées depuis longtemps, simulent des piliers, tandis que
les plus jeunes, munies, à leurs extrémités, de radicelles allon­
gées, pendent gracieusement ». C’est un arbre sacré pour les
indigènes de l’Océanie.
Il est glabre, à rameaux rugueux, portant des feuilles
caduques, faiblement pétiolées (1 à 3 centimètres), elliptiques,
longues de 10 à IG centimètres et larges de 3 à G, coriaces,
sans poils, avec un acumen court, aigu ou obtus, tronquées à
la base, et trinerviées. La nervure médiane donne dix nervures
secondaires principales, qui se divisent, vers le bord du limbe,
en deux branches s’anastomosant avec leurs voisines. Les
stipules sont ovales-aigues, convolutées, glabres.
Les figues sont axillaires, par deux ou solitaires, presque
sessiles, arrondies, glabres; avec trois bractées ovales, à la
base. Les bractéoles sont linéaires, lancéolées.
Le périanthe est gamophvlle, à deux lobes inégaux. Dans
les fleurs mâles est une seule étamine, à anthère apiculée ; dans
les fleurs femelles, l’ovaire est obové, le style latéral filiforme,
le stigmate simple, papilleux. L'akène est ovoïde, finement
aréolé.
Plantes à caoutchouc et à y ut ta.

3

�31
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
C est ce Ficus (jui fournit tout le caoutchouc de la NouvelleCalédonie. D'après des renseignements (jue nous devons à
l’obligeance de M. Waser, concessionnaire de 1 Etat pour l’ex­
ploitation des caoutchoucs néo-calédoniens, la saignée se fait par
une incision régulière, dans le sens vertical, au moyen d’une
hachette à manche court, dont la tranche n'a pas plus de trois
centimètres de largeur, avec une arête vive de cinq milli­
mètres environ.
Les incisions répétées n’affectent pas le sujet, quand elles
sont faites avec soin; un arbre de I m. 25 à 2 m. 50 de cir­
conférence à sa base supporte très bien de dix à vingt inci­
sions tous les deux ou trois jours.
Le procédé de coagulation employé est celui du Para. Le
caoutchouc, coagulé par enfumage, est détaché de la palette
par une incision latérale; il est vendu en biscuits de 3 à 5 kilo­
grammes.
Ce caoutchouc est assimilé dans le commerce à la sorte Sernambrj, et vendu G l'r. 50 à 7 fr. 50 le kilogramme.
Ficus Yoyelii Miq. ; Ficus Holslii YVarb. ; etc.
Les caoutchoucs africains sont surtout fournis par des Landolphia, mais quelques Ficus sont ou peuvent être aussi
exploités.
Tel est le Ficus Yoyelii Miq., appelé Abba sur la Côte de
l’Or. On cite quelquefois cette espèce comme une des princi­
pales sources du caoutchouc de Layos, dont l’origine botanique
est encore indéterminée. D après des essais faits, en Allemagne,
sur des échantillons de provenance certaine, il y aurait là une
erreur, car le produit du Ficus Voyelii est de moindre valeur
que le caoutchouc dit de Layos.
Ce Ficus Yoyelii, commun surtout à Grand-Bassam et au
cap Palmas, atteint une hauteur de S à 10 mètres. Les
feuilles, assez longuement pétiolées (3 à 5 centimètres), sont

35
oblongues, ovales ou lancéolées, avec un court acumen obtus,
légèrement émarginées à la base, coriaces, glabres en dessus,
légèrement poilues sur la lace inférieure, à trois nervures prin­
cipales. Elles mesurent 15 à 20 centimètres de longueur et 7
à 12 centimètres de largeur.
Les figues sont axillaires, par deux, presque sessiles, arron­
dies, un peu plus grosses qu’un pois, à peu près glabres,
entourées par un involuere à trois lobes. Les fleurs mâles sont à
une étamine, dont le filet est court et épais. Les fleurs femelles
ont un périgone tripartite, à lobes concaves carénés; l'ovaire
est ovoïde, avec un style court, surmonté d'un stigmate un
peu allongé obliquement.
C est sans doute à cette espèce qu’est dû en partie le caout­
chouc de la Côte d Ivoire. Cette yomme de Grand-Bassam et
d'Assinie, qui a aussi pour origine des Lanclolphia, est d’assez
bonne qualité ; elle est ferme et contient peu d’impuretés
(20 °/0) ; brune à la surface, elle est brun foncé sur la coupe,
avec quelques points blancs. Elle peut valoir G francs le kilo­
gramme et est livrée sous forme de boules, de l à 3 centi­
mètres de diamètre, qu'on appelle quelquefois marbles, comme
les boules du Mozambique.
Les biscuits d'Accra, peu nerveux, à chair blanche traver­
sée par des veines rougeâtres, auraient même origine.
En dehors du Ficus Yoyelii, les figuiers africains exploités
ou exploitables sont encore peu connus.
On retirerait, dit-on, un assez bon caoutchouc du Ficus
Holslii YVarb., arbre de l’Usambara (où il est appelé Msoso)
et du Kilimandjaro. Les Allemands ont établi à Morangui, à
1.500 mètres d'altitude, des cultures de cet arbre qui ont
réussi.
Les feuilles du msoso sont grandes (19 à 21 centimètres de
longueur, 9 à 12 centimètres de largeur), assez longuement
pétiolées (1 à 5 centimètres), coriaces, glabres, arrondies au
sommet, aiguës à la base.
Les ligues sont solitaires ou géminées, glabres, axil­
laires, sessiles, légèrement verruqueuses, mesurant 2 centi­
mètres 5 environ de longueur sur 1 centimètre 5 de largeur;
elles sont entourées par de grandes bractées inégales.
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

�36
I.ES PLANTES A CAOl'TCUOl'C
Le périgone des fleurs mâles et femelles est à trois lobes
oblongs. obtus. La fleur mâle n’a qu’une étamine; clans la
fleur femelle, le si vie est filiforme, le stigmate papilleux.
Seraient aussi caoutchoutifères : le Ficus Preussii Warb.,
d’après Braun; le Ficus Vohsenii Warb., d’après Yohsen ;
le Ficus usanibarensis Warb. (mgandi à Zanzibar) ; le Ficus
Brazii Brown ; etc. Des études plus complètes sont toutefois
encore à faire.

37
distiques, pétiolées, oblongues, très légèrement dentées,
ciliées sur les bords, cordées à la base, aiguës au sommet,
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PROMIT

Castilloa clastica Cerv.
Originaire de l’Amérique centrale, le Cas/illoa clastica Cerv.
n’a pas encore été. croyons-nous, cultivé en grand dans nos
colonies, mais il le sera peut-être prochainement L Dans un
rapport récent sur une mission dont il avait été chargé à la
Trinidad et en Guyane anglaise, M. Landes conseille de l’in­
troduire à la Martinique, où il réussira certainement, car il
paraît se développer vigoureusement partout où pousse le
Bois-flot (Ochroma lagopus S\v.). Quelques pieds ont aussi
été plantés avec succès, il y a une quinzaine d’années, en
Cochinchine.
Le Castilloa elastica, désigné sous le nom d’l laqua huitl
(arbre d’Ulé) au Mexique, donne presque tout le caoutchouc
venant de Guvaquil, de la Nouvelle-Grenade, de l’Equateur,
des Antilles, de Panama (où l’on trouve aussi le Castilloa
Markhamiana Coll.), du Nicaragua, du Guatémala et du
Mexique.
Cet arbre, dont le tronc est à écorce lisse, peut avoir 12 à
15 mètres de hauteur, et 1 mètre de diamètre à la base. Les
rameaux, d'abord légèrement comprimés, puis cylindriques,
sont couverts de nombreux poils jaunâtres. Les feuilles sont
1. Des essais de culture de cette plante sont laits, depuis l’année der­
nière, à Sierra-Leone, à la station botanique anglaise de Free-Town,et
semblent réussir. Des plantations ont été faites aussi dans les colonies
allemandes de la côte orientale d’Afrique.

F ig . 3. — Castilloa clasiica Cerv. (d'après TréeuLsauf 1, original).

I. Rameau. 2. Inflorescence mâle, avec un involucre écailleux, pédon­
cule, qui enveloppe un réceptacle plan ou un peu concave; ce récep­
tacle porte des étamines qui sont dépourvues de périanthe et entre­
mêlées seulement d écailles fimbrillées. 3. Inflorescence femelle, sessile, dont les fleurs du centre sont fécondées et celles de la circon­
férence avortées. 4. F.lamine. 5. Embryon, h cotylédons épais. 6. Fleur
femelle isolée et prise sur un réceptacle jeune; avec 4 sépales épais,
connés.

velues sur les deux faces. Le pétiole, couvert aussi de poils
jaunâtres, a 1 centimètre de longueur, pour un limbe qui peut
avoir 38 centimètres sur 17. De la nervure médiane partent
seize à vingt nervures secondaires, proéminentes en dessous.

�38
.ES PLANTES \ CAOUTCHOUC
Les stipules (5 à 7 centimètres) sont oblongues, aiguës, revê­
tues de poils jaunes en dehors, glabres en dedans.
Les fleurs, monoïques, sont insérées sur des réceptacles
plans ou concaves, entourés de bractées formant involucre.
Les inflorescences mâles sont portées sur des pédoncules
pubescents, de I centimètre environ ; les femelles, subsessiles,
souvent insérées au même point que les précédentes, sont
fasciculées et également velues.
Les Heurs mâles sont dépourvues de périanthe et possèdent
de nombreuses étamines, à filets plus ou moins allongés, à
a nthères t ermi na 1es.
Les fleurs femelles (soixante environ sur un même récep­
tacle) ont un calice tubuleux, tétramère, à sépales épais, connés entre eux. L’ovaire est semi-infère, uniloculaire, avec un
seul ovule pendant et anatrope ; le style se termine par deux
stigmates filiformes, comprimés, papilleux. L’akène, d'abord
uni d'un côté au calice persistant, devient tout à fait libre à la
maturité; l’embryon est sans albumen, à cotylédons épais.
Le Castilloa dus/ica ne réussit pas en sol marécageux, mais
se plaît en terre arable humide. On le propage facilement par
boutures détachées des jeunes branches1.
Les caoutchoucs provenant de cette plante, n’ont pas, en
général, la valeur du caoutchouc de Para, mais peut être seu­
lement à cause du peu de soin avec lequel ils sont recueillis.
La plus grande quantité est envoyée de Guayaquil. Cetle sorte
nous arrive généralement en plaques de dimensions considé­
rables, pouvant avoir 1 mètre de longueur sur 30 à 70 centi­
mètres de largeur et 1 à 5 centimètres d’épaisseur. Elle est
dite Guayaquil on planches [Guayaquil sheels). A l'extérieur,
le caoutchouc a un aspect noirâtre ; sur la section, il est noir
verdâtre, très humide, avec beaucoup de poches à eau. Quoique
nerveux et élastique, il est assez peu recherché, à cause des
impuretés qu'il renferme.
La sorte dite lanières do Guayaquil ou tlo Car/hagèno subit
1. M. Davin, chef de cultures au Jardin botanique de Marseille, qui a
réussi ce bouturage en serre chaude, recommande de laisser s’écouler
le latex de la bouture, avant de la planter, et de bien laver la section.

39
une égale dépréciation, pour la même raison. Elle est due
aussi au Castilloa elaslica, mais la gomme nous parvient sous
forme de longues lanières, d’un diamètre moyen de 10 centi­
mètres, et d une longueur qui est variable, mais qui peut
atteindre 3 mètres.
Du Castilloa elastica proviennent encore les caoutchoucs du
Mexique, du Guatemala et du Nicaguara. Les doux premiers
sont préparés en planches (sheels) \ le dernier est livré, soit
en planches (Nicaragua shoots), soit en boules (Xicaragua
scraps) formées par la réunion de petites lanières repliées
ou enroulées. Le poids de ces boules de Xicaragua dépasse
quelquefois cent kilogrammes. Le Xicaragua shoo/s est une
des sortes les plus estimées.
I.F.S PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

Calolropis prneora R. Br.
Fafolono (en ouoloff), N'goyo (en malinké), Porc (en
peulh) au Sénégal; X'goi (en bambara), Oschar (dans la région
de Bornou) au Soudan; Algodon do soda (coton de soie) au
Vénézuéla ; Mudar (en hindoustani) et Yercum (en tamoul
dans l’Inde.
Cette Asclépiadée est indigène dans l'Inde orientale, en
Perse, en Arabie, et dans une partie de l’Afrique (Abyssinie,
Egypte, Soudan, Sénégal, Guinée française) ; elle a été accli­
matée dans l'Amérique tropicale, en particulier au Vénézuéla.
C’est un petit arbrisseau, à l'écorce grisâtre, ne dépassant
pas .'i mètres de hauteur, alors que l’espèce voisine, le Calotropis gigantca R. Br., exclusivement localisée dans l'Inde,
poul avoir une dizaine de mètres.
Il réussit dans des sols pauvres, et à d’assez hautes alti­
tudes, mais, d’après le Dr Rançon, recherche l'humidité. Aussi,
en Afrique, est-il surtout commun dans les régions où l’hiver­
nage se prolonge; au Soudan, où la saison des pluies ne dure
guère plus de quatre mois, on ne le trouve que sur les bords
des marigots.

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUK PRODUIT

F ig. i — Calolropis procera H. Br.

(d’après Schumann).

I. Hameau avec Heurs el fruits; i. Fruit (£ gr. nat.)

sessiles, légèrement cordées à la base, lisses sur la face supé­
rieure, laineuses en dessous.
L'inflorescence est une ombelle composée, à pédoncules
velus.
Les fleurs, un peu plus petites que dans le Calotropis
gigantea, sont pourpres. Le calice est à cinq divisions; la
corolle, subcampanulée, à tube anguleux, a cinq lobes droits
(réfléchis dans le Calotropis gigantea) ; la couronne est formée
de cinq appendices linéaires-oblongs. soudés au tube staminal, réfléchis à la pointe. Les pollinies sont solitaires dans
chaque loge, obovales, comprimées, suspendues par le som­
met. Le stigmate, contre lequel sont appliquées les anthères,

41

est pentagone, déprimé, et terminé par un appendice mem­
braneux.
Les follicules sont jaune brillant, renflés, longs de 10 à lo
centimètres, larges de 7 à 9 ; ils contiennent des graines
ovoïdes, munies, autour du hile, d’une aigrette de poils
soyeux.
« Les Dioulas, dit le l)r Rançon, dans son ouvrage sur
son Exploration en Haute-Gambie, emploient l’écorce du
fafetone comme stimulant ; ils lui attribuent des propriétés
aphrodisiaques. Les feuilles ont, de plus, pour les Malinkés
du Ghabou et les Peulhs du Fouladougou, la propriété de clari­
fier l’eau. Les Pahouins du Gabon, les Sousous et les Balantes
fabriquent, avec ses fibres, des fils très résistants. Enfin
la soie courte qui entoure les graines sert aussi à faire des fils
qui, colorés en jaune ou en rouge, sont employés pour coudre
les boubous des élégants du Fouta-Djallon. »
Nous n'avons pas cru devoir supprimer la description de
cette plante, qui est assez commune au Soudan et que
quelques auteurs considèrent comme donnant un caoutchouc
de bonne qualité. C’est l’opinion, par exemple, du Dr Rançon,
selon (pii le caoutchouc apporté aux factoreries de la Gambie
par les indigènes du Soudan est dû au Calotropis procera ;
c’est aussi l’avis de M. Seligmann, pour qui une partie du
caoutchouc de Bornéo a la même origine botanique, la sorte
provenant du Calotropis procera se distinguant même bien,
d’après ce dernier, des autres sortes, par la blancheur de sa
section et son odeur de cuir tanné.
Il est bien certain cependant que le latex du Calotropis pro­
cera n’a pas la valeur que ces deux auteurs lui attribuent.
Déjà le Dr Riddell, lui-même, qui a, le premier, signalé ce
suc, l’avait indiqué comme donnant une sorte de gutta, plas­
tique et non élastique,bien plutôt que du caoutchouc; et, depuis,
les analyses de MM. Warden et Waddell ont établi que ce
latex des Calotropis, (pii a les mêmes propriétés que l’écorce
de la racine (écorce de rnudar), employée comme tonique alté­
rant et comme émétique, contient de 1 albane (mudar-albane .
de la fluavile (mudar-fluavile), et deux autres résines. Un tel

�42
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
produit n’a évidemment pas les qualités de la gomme élastique
et peut, tout au [dus, être mélangé avec d'autres sortes supé­
rieures.
Beaucoup plus exacte était donc l’opinion de Baucher, qui
est en contradiction avec celles de MM. Rançon et Seligmann.
Pour Baucher, cpii a fait une étude des arbres à caoutchouc
de la Sénégambie. le latex du fafetone ne se coagule que
très difficilement et ne donne qu’ « un produit grumeleux qui
ne possède aucune des propriétés du caoutchouc. » Et remar­
quons que M. Tschirch, dans l’ouvrage qu’il a publié en 1892
sur les plantes utiles des Indes néerlandaises, ne cite pas le
Calotropis procera au nombre des végétaux producteurs
de caoutchouc ; il indique, comme seule origine de la gomme
de Bornéo, YUrceola clastica.
D'après le Dr Riddell, dix pieds, de grandeur moyenne, de
Calolropis cjiçjantea donnent environ un demi-kilog de pro­
duit. qu’on obtient en faisant évaporer, au soleil ou à l’ombre,
le suc du mudar.
Landolphia oivariensis Pal. Beauv.
Svn. : Pædcria oiva,riensis Spr.
Appelé Mvoochi et Xinga au Congo.
Cette Apocvnée, qui est, parmi les nombreuses espèces du
même genre, la plus anciennement connue, a été décrite, pour
la première fois, en 1804, par Palisot de Beauvois, dans sa
Flore dOware et de Bénin.
On l’a signalée, sur la côte occidentale d'Afrique, depuis
la Sénégambie jusqu’à 1 Angola; et. d’autre part, Schweinfurth
dit l’avoir retrouvée chez les Djours, au voisinage du Nil.
Le Dr Welwitch la représente comme une grande liane,
qui a de 10 à 15 centimètres de diamètre, à 1 mètre du sol.
A cette hauteur, elle se divise en nombreuses branches,
longues et minces, qui, se subdivisant à leur tour, montent le

&gt;

43
long des arbres qu’elles rencontrent. Les fortes vrilles, par
lesquelles la plante s’accroche, sont les anciennes inflores­
cences, qui se sont allongées et modifiées après la chute des
fruits.
Toute la tige, qui est couverte de poils dans sa jeunesse, est
glabre à l’état adulte, et pourvue de nombreuses lenticelles.
Les feuilles, membraneuses, elliptiques, allongées, arrondies
à la base, terminées, au sommet, par un mucron arrondi,
glabres, entières, mesurent, en moyenne, 13 centimètres de
longueur, sur 4 à 5 centimètres de largeur. Les nervures
secondaires, à disposition pennée, au nombre de 10 à 12, sont
un peu arquées, mais non obliques, et s’anastomosent, par
leurs extrémités, sur les bords du limbe. Le pétiole a 7 à 8
millimètres. Los inflorescences sont des panicules corymbiformes, presque sessiles, placées entre les deux dernières
feuilles, ou à la bifurcation de deux rameaux.
Les fleurs sont petites, de 10 millimètres de longueur en
moyenne. Le calice est velu, relativement grand, avec des
sépales ovales arrondis; la corolle est blanche, largement
tubulée, et pubescente, sauf sur la face interne des lobes.
Les cinq étamines sont situées dans la partie renflée du tube
de la corolle; l’ovaire globuleux, tomenteux supérieurement,
est surmonté d’un style filiforme, court, que termine un stig­
mate ovoïde, se prolongeant en un bec bifide.
Le fruit est, comme chez tous les Landolphia, une baie à
péricarpe relativement mince, contenant un certain nombre de
graines plongées dans une pulpe jaune, sucrée et acide. Cette
pulpe, qui est comestible et recherchée des indigènes, est
formée par de longs poils, gorgés de suc, qui sont générale­
ment considérés comme appartenant au tégument séminal ;
quelques auteurs, cependant, tendent plutôt à les rapporter
au placenta.
Les graines sont ovales, aplaties, amincies à une extrémité,
arrondies à l’autre, où se trouve la radicule. Leur tégument
est très-mince, brun. L’albumen est eorné-cellulosique; il
enveloppe l’embryon, qui est à cotylédons plans, foliacés.
Ces cotylédons sont incolores, mais la tigelle et la radicule,
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

�LES PLANTES V CAOUTCHOUC
U
qu'on aperçoit facilement, au fond d'une cavité cylindrique
creusée dans l'albumen, lorsqu’on gratte, à l’extrémité arron­
die de la graine, le mince tégument, ont une forte coloration
brune, due à une substance qui remplit toutes les cellules de
l'écorce.
Tous ces caractères, concernant le fruit et la graine, sont,
du reste, ceux de tous les Lanclolphia et s’appliquent, non
seulement au L. owaricnsis, mais aussi aux diverses espèces
du même genre que nous allons successivement décrire. Les
différences portent à peu près uniquement sur les dimensions
du fruit et des graines et sur la couleur et l'épaisseur du
péricarpe.
Dans le Lanclolphia oivariensis, la baie est sphérique, de
la grosseur d'une mandarine; elle est brun rougeâtre h la
surface ; les graines y sont peu nombreuses.
Le latex du Lanclolphia owaricnsis se coagule facilement,
et déjà au-dessous du point d ébullition. La gomme est une
des meilleures que fournissent les espèces de ce genre, et
aussi une de celles qui entrent pour la plus forte part dans h'
commerce des caoutchoucs de la côte occidentale d Afrique.
Cependant il est actuellement difficile de bien préciser ses
propriétés, ainsi que les régions qui l'exportent; et la même
remarque peut être faite pour un grand nombre des Lanclol­
phia que nous allons examiner. Les caoutchoucs africains sont
généralement obtenus par le mélange de divers latex, et l’ori­
gine botanique des produits livrés au commerce est presque
toujours incertaine. Il n’est pas douteux que ce sont, dans
presque tous les cas, des Lanclolphia, qui sont les végétaux
exploités; mais quelles espèces? on l'ignore. Beaucoup sont
encore inconnues, et celles qui sont connues le sont souvent
imparfaitement au point de vue de leur produit.
Ainsi c'est avec hésitation que M. Chapel attribue au Landolphia oivariensis le caoutchouc de Libéria ; et si la même
espèce se retrouve en Guinée française, on ne peut dire cepen­
dant jusqu’à quel point elle contribue à fournir les caout­
choucs de cette région, car on y connaît également le Landolphia senegalensis D. C., le Lanclolphia tomentosa Leprieur,.

43
le Lanclolphia Ilcudelotii 1). C., et des Ficus. Il en est de
même pour la Côte des Esclaves, le Dahomey et le Cameroon, où l'on trouve, outre le Lanclolphia owaricnsis. les
Lanclolphia Hcudelotii et Mannii, et le Ficus Vogelii.
A Sierra-Leone, toutefois, la sorte dite Lilibue ne provien­
drait, d’après un rapport de M. Willey, que du Lanclolphia
owaricnsis.
Le caoutchouc de Sicrra-Lconc est sous forme de boules,
résultant de l’enroulement de filaments préalablement coagu­
lés, ou en plaques, résultant simplement de la coagulation, en
masse, du latex.
Il est. d’ailleurs, et en raison, sans doute, du mode de prépa­
ration, assez peu estimé; il est mou et spongieux, humide,
très impur et devient poisseux ; la robe est brune, la section
blanche ou gris ardoisé.
De meilleure qualité est la gomme de Libéria. qui se pré­
sente à l’état de petites boules, brunes extérieurement, blanches
à l’intérieur; elle serait excellente, si elle n’était humide et
souvent falsifiée. Mais nous venons de AToir qu elle n’est
qu’avec doute rapportée au Lanclolphia owaricnsis.
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEEK PKODUIT

Lanclolphia Foreti Juin.
Connu au Fernan-Yaz (Congo français) sous le nom de
N'cljembo (trad : petit singe).
Cette liane, que nous avons décrite récemment, est voisine
de la précédente, dont elle diffère bien cependant par l'absence
complète de poils sur la tige, à tout âge, et par les dimensions
du fruit, qui sont celles d’un petit melon (15 centimètres de
diamètre.)
La tige est brun rougeâtre, couverte de lenticelles jaunes.
Les feuilles sont ovales, avec un fort acumen au sommet,
très grandes, atteignant 35 centimètres de longueur sur 20
centimètres de largeur; elles sont arrondies à la base et por-

�4G
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
tées sur des pétioles courts (l-&gt; millimètres). De la nervure
médiane partent douze à quatorze paires de nervures secon­
daires, alternes, un peu obliques, bien saillantes a la face infé-

47
Les fleurs, en cymes denses, sont petites, d'un blanc mat,
sans odeur. Les fruits mûrissent en janvier ; le péricarpe est
brun, à l'état sec, et présente, dans l’épaisseur de ses parois,
une zone de gros granules scléreux, d’un diamètre de I milliLES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEE II PRODUIT

F ig. 6. — Section transversale de la nervure médiane d'une feuille de
Lnndulphin Forcli : /, cellules contenant le latex ; l. /&gt;, tubes criblés
internes; lib, liber; s, liège; f, fibres.

t ig. 5. — Landolphin Forcli J uni. t . Jeune plante provenant de graine ; les
3 premiers nœuds ne portent que des écailles, et les nœuds suivants
portent alternativement des écailles et des feuilles. 3. Section longi­
tudinale schématique de l'embryon, perpendiculaire au plan des coty­
lédons; e, écorce et épiderme de l’axe; c, cylindre central; col,
cotylédons. 4. Moitié d’une graine ouverte suivant le plan des cotylé­
dons; c, cotylédons; a, ligcllc et radicule.

rieure, et unies entre elles, aux extrémités, par une nervure
marginale. Il y a de fortes vrilles axillaires ramifiées.

mètre 5 en moyenne, et distants les uns des autres d’un peu
moins de 1 millimètre; la pulpe contient de l’acide malique et
un sucre réducteur. Les graines, au nombre d’une soixantaine
environ, ont la forme et la structure décrites pour l’espèce pré­
cédente; elles ont la grosseur d’une fève des marais.
A la germination, que nous avons pu suivre en serre chaude,
elles donnent des plantes dont la tige ne porte, pendant un cer­
tain temps, de véritables feuillesque de deux en deux nœuds;
aux nœuds intermédiaires naissent seulement de très petites
écailles.
Le latex, blanc, acide, et qui coagule spontanément, four­
nit un caoutchouc qui renferme .'1 °/0 environ de matières
étrangères (albuminoïdes, sucres, etc.) et (pii se résinifie peu.
C’est une sorte très élastique, très nerveuse, de bonne qualité,

�48
T.RS PLANTES A CAOUTCHOUC
supérieure à beaucoup d’autres caoutchoucs de Landnlphia de
la même région.
En même temps que nous décrivions cette espèce, M. Pierre
en signalait une autre, appelée aussi N'djembo au Gabon, et
cjui en est très voisine, le Landolphia Klainii.

49
Le calice est velu, petit (&lt;&gt; millimètres), profondément
divisé en 4 à d lobes ovales, inégaux. La corolle, couverte de
poils à l’extérieur et à l’intérieur, a une partie tubuleuse un
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUH PRODUIT

Landolphia Heudelotii D. G.
Nommé Madd en Sénégambie.
Les rameaux adultes de cette liane, qui s’élève peu audessus du sol, sont velus, rouge noirâtre, parsemés de nom­
breuses lenticelles jaunes. Les feuilles, coriaces, sont pétiolées
(4 à 7 millimètres), oblongues, arrondies ou cunéiformes à la
base, s’atténuant en mucron au sommet; elles sont glabres,
sauf sur les nervures qui présentent quelques poils, luisantes
en dessus, mates en dessous. Elles peuvent avoir, d’après
Dewèvre, 11 centimètres de longueur sur 5 à (i centimètres de
largeur. Il y a huit à douze paires de nervures secondaires,
saillantes à la face inférieure, enfoncées et roussàtres à la face
supérieure. Les pétioles sont poilus.
Les inflorescences sont couvertes de poils mous ; ce
sont des cymes corymbiformes. portées sur des pédicelles assez
longs.
Les fleurs, entremêlées de petites bractées roussàtres et
velues ont, d'après des dessins que nous a communiqués
M. Pierrre, 1 centimètre o environ de longueur, avant l’épa­
nouissement de la corolle, et 1 centimètre environ depuis la
base jusqu’au sommet du tube, quand cette corolle est ouverte
et a rabattu ses lobes. M. Schweinfurth, qui a vu la plante
fraîche, dit que le calice est jaune brun, le tube de la corolle
et la partie inférieure externe des pétales d’un jaune de cire,
les extrémités et la partie interne de ces mêmes pétales d’un
blanc pur, La fleur aurait une forte odeur de lilas.

7. — Landolphia Heudelotii I). C. (d'après des dessins de M. Pierre),
i. Rameau avec inflorescences ( - gr. not.). 2. Fleur ouverte (4 gross.).
3. Coupe longitudinale de l'ovaire (10 gross.). 4. Boulon floral (4 gross.).
ü. Fleur dont la corolle a été fendue longitudinalement (4 gross.).

F ig .

peu renflée, avec cinq lobes elliptiques, obtus au sommet. Elle
a 1'1 à 14 millimètres de longueur.
Plantes à caoutchouc et à gutta.

(

�50

I.ES PLANTES A CAOUTCHOUC

Les cinq étamines s'insèrent, par un filet très court (3 milli­
mètres environ), au-dessus de la base du tube; 1ovaire est
poilu, globuleux, uniloculaire, avec de nombreux ovules sur
les placentas.
Le fruit, que les Djours emploient pour la fabrication dune
limonade, est, d’après Dewèvre1, une baie globuleuse, avec de.
nombreuses graines. Son péricarpe est à surface glabre,
recouverte d'un enduit blanc et parsemée de lenticelles
blanches; ses dimensions varient entre 25 et 35 millimètres
de diamètre. Les jeunes fruits seraient noirs, couverts de poils
roux.
Le Landolphia Heudclotii a été trouvé par Ileudelot en Cazamanee et au Rio-Nunez; le Dr Noury l a signalé au FoutaDjallon, et le D1'Schweinfurth chez les Djours.
Sur la qualité delà gomme, les opinions sont contradictoires.
Baucher, qui a publié, en 1884, un mémoire sur les caoutchoucs
du Sénégal, dit que cette gomme est médiocre et poisseuse.
Au contraire, pour le Dr Noury, le Landolphia Ileudelofii
donne une grande partie du caoutchouc de la Guinée française.
Toutefois le Dr Noury aurait, selon Dewèvre, confondu avec
le Landolphia scnegalcnsis ; et un tout récent rapport, que
nous résumerons plus loin, dù à M. Adam, administrateur
général du district de la Casamance, paraît confirmer cette sup­
position, car, d'après M. Adam, les lianes appelées madd au
Sénégal ne donnent qu’un produit sans valeur.
Landolphia scnegalcnsis Radlk.
Syn. : Vahca scnegalcnsis D. C.
Appelé Toll, comme le suivant, en Sénégambie. C’est peutêtre la même plante qui, dans le Haut-Niger, porte, en bami. De Gandolle décrit le fruit de la même plante comme « une baie
ellipsoïdale, petite, monosperme ». D'après M. Schumann, il y a de 7 à
10 graines; la baie est sphérique ou py ri forme.

51
bara, le nom de Goc ou de Lare, cité par Baucher. Ce serait
aussi le Saba dont parlent MM. Rançon et Binger 1.
Les rameaux sont glabres, couverts de petites lenticelles
ponctiformes. Les feuilles sont ovales-oblongues, arrondies à la
base, obtuses ou avec un faible mucron au sommet, glabres
sur les deux faces, luisantes en dessus, mates en dessous. Il
y a huit à seize paires de nervures secondaires, peu courbées,
s’insérant obliquement sur la nervure médiane. La nervure
marginale, très rapprochée du bord, n’est pas très nette. Le
pétiole, glabre, mesure 1 centimètre environ. Les feuilles ont
10 à 12 centimètres de longueur sur 4 à 5 centimètres 5 de
largeur.
L’inflorescence est une cyme terminale pubescente, plus
ou moins condensée ; le pédoncule est plus long que dans le
Landolphia oivariensis.
Les fleurs sont jaune orangé, à sec; elles sont, en petit
nombre, au sommet des branches tertiaires. Encore fermées,
elles ont environ 20 millimètres de longueur.
Le calice est petit, poilu en dehors, à lobes obtus; le tube
de la corolle, également velu, est légèrement renflé; les lobes
sont elliptiques, arrondis au sommet, ciliés sur les bords.
Les filets des étamines sont courts, insérés vers la base
de la corolle; les anthères sont insertes. L’ovaire est turbiné.
La baie est ellipsoïdale, à surface rugueuse, noirâtre, avec
des marbrures brunes ; un échantillon mesuré par Dewèvre, et
qui paraissait mûr, avait 5 centimètres 5 de longueur sur 3 cen­
timètres 8 de largeur. Les fruits que nous avons examinés
avaient à peu près les mêmes dimensions; le péricarpe n’a pas
de zone de granules scléreux.
Les graines logées dans la pulpe sont peu nombreuses.
G est de cette espèce cpie paraît retirée la majeure partie du
caoutchouc du Sénégal, sans qu’on puisse affirmer pourtant,
comme nous l’avons dit plus haut, que le latex ne soit pas
LES PLAINTES A CAOUTCHOUC ET LEUH PKODUIT

I. Il n’est pas rare qu'un même nom indigène, comme toll, madd,
n’djembo, soit ainsi appliqué à plusieurs espèces, entre lesquelles les
Noirs n’établissent pas de différence.

�LES PLANTES A CAOÜTCHOÜC
52
mélangé avec ceux des espèces voisines, telles que le Landolphia
Heudelotii.
Le caoutchouc du Sénégal se présente sous deux formes
principales : en plaques et en boules.
Les plaques pèsent 130 à 150 grammes; elles sont gluantes,
grumeleuses, noirâtres en dehors, blanc-grisâtre en dedans,
et contiennent une forte proportion d'eau.
Les boules (de S à 60 grammes) sont formées de filaments
enroulés; elles sont plus ou moins colorées en rose. Elles sont
solidifiées par des procédés chimiques, tandis que les plaques,
noirâtres extérieurement, ont été coagulées par la chaleur.
Le caoutchouc de Boulant, ou caoutchouc de Casamance, ou
encore caoutchouc de Lavé, est peut-être dù plus exclusive­
ment (jue le précédent au Landolphia senegalensis : il forme
des masses plus ou moins volumineuses (de 300 grammes à
2 kilogrammes), arrondies ou aplaties, suivant la pression
exercée sur le produit après la coagulation. Intérieurement, ce
caoutchouc est blanc ou légèrement teinté de rose ; il est plus
ou moins chargé d'eau et d impuretés telles que du sable et
des fragments de bois. Sa robe est d’abord blanche, puis rougebrun.
Nous rappelons que nous avons déjà cité le Landolphia
nenégalé nais comme producteur, en partie, des caoutchoucs
de la Guinée française. Il donne encore, avec le Landolphia
lomentosa et le Landolphia Petersiana, la gomme de la
Guinée portugaise, dont l'exploitation est d’ailleurs assez
faible (477.761 kilogrammes en 189i).

Landolphia lomentosa Devv.
Svn. : Vahea tomentosa Leprieur.
Cette espèce est encore appelée Toll.
Son produit ressemble beaucoup à celui du Landolphia
senegalensis, avec lequel il est mélangé en Guinée portugaise
et en Guinée française.

33
Nous empruntons la description de la plante à M. Dewèvre.
Les tiges sont fortement poilues, même à 1état adulte,
d'un gris cendré. Les feuilles sont elliptiques, ou plus ou moins
arrondies, obtuses ou mucronées au sommet, toujours arron­
dies à la base, velues sur la face inférieure; les plus grandes
ont 10 centimètres de longueur sur 4 à 4 centimètres 5 de
largeur. Les nervures sont poilues; les secondaires, au nombre
de six à sept paires, sont peu arquées, légèrement obliques,
avec un fort ourlet loin des bords.
Les inflorescences, tantôt compactes et multiflores, tantôt
plus lâchement rameuses, sont, en général, assez longuement
pédonculées. — Les fleurs sont petites (18 à 19 millimètres);
le calice a quatre ou cinq lobes inégaux, à sommet arrondi,
poilus en dehors, lisses en dedans. Le tube de la corolle est
velu, renflé à sa base, et présente un second renflement audessous des lobes. Les étamines s’insèrent au-dessous du
milieu du tube corollaire ; l’ovaire est turbiné.
Le Landolphia tomentosa recherche les ravins, la terre
noire, argilo-sablonneuse, et riche en sels de fer; l’humidité
paraît lui être absolument nécessaire.
Sa distribution géographique est ainsi indiquée par
M. Planchon, dans son mémoire sur les Apocvnées :
« Baucher pense que la plante n'est pas localisée au Diander,
mais se trouverait dans tous les pays avoisinants. Elle
semble, d'après Sambuc, disparaître vers l'intérieur, dans le
Cayor et dans le Fouta, fait bien établi par les recherches
que les négociants de Gorée Firent faire en 1886, en vue d’ex­
ploiter le caoutchouc. Elle occuperait une bande littorale
comprenant la Petite-Côte, de Joal à Rufîsque, la région du
Diander, à la base de la péninsule du Cap-Vert, et enfin la
région des Niayes, ligne d'étangs qui suit la côte depuis le
Cap-Vert jusqu’à proximité de l’embouchure du Sénégal. »
M. le Dr Kançon dit la même plante abondante dans la
Gambie et dans tout le Soudan ; et, d’après des échantillons
que nous avons reçus récemment, nous pouvons ajouter que
c’est cette liane qui est surtout exploitée en Casamance.
LES PLANTES \ CAOUTCHOUC ET LEUH PRODUIT

�54

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUll PRODUIT

•&gt;•&gt;

fossettes, au fond de chacune desquelles se trouve une lenticelle. Les graines sont en assez grand nombre.
Landolphia pari du Bentli.
Syn. : Landolphia comorcnsis (Boj.) var. /lorida K. Sclmm.
Très répandue en Afrique, cette liane porte ditîérents
noms, suivant les contrées : M'bungu (Zanzibar) ; Malumba
(Landana) ; Ri lu ri ou Aboli iSl Paul de Loanda) ; M bunga
(Mozambique) ; M'hoongo (Ivissuaïli) ; Mada (Sénégambie).
Le Docteur Welwitsch dit du Landolphia florida : « J’ai
souvent rencontré cette belle liane ; j’ai pris plaisir à me
rafraîchir avec son fruit doux et acidulé, et j ai été émerveillé
de la beauté et de labondance de ses grandes Heurs blanches,
dont le parfum rappelait celui du jasmin. »
La tige, qui peut atteindre un fort diamètre, est glabre,
brun noirâtre. Les feuilles, glabres également, sont coriaces,
elliptiques-allongées, arrondies à la base, obtuses ou légère­
ment mucronées au sommet ; les nervures secondaires sont
ordinairement au nombre de huit à dix de chaque côté ; elles
font un angle de 50 à 70° avec la nervure principale. Le
pétiole est court (1 à I centimètre 5), glabre ; le limbe a jusqu’à
19 centimètres de longueur sur 9 centimètres de largeur. La
nervure marginale est peu marquée.
Les inflorescences sont terminales, multiflores, recouvertes
d’un duvet blanchâtre. La tloraison a lieu en juillet. Le calice,
velu, est divisé, presque jusqu’à sa base, en cinq lobes ovalesoblongs, un peu inégaux. Le tube de la corolle a 22 à 25
millimètres de longueur ; les lobes, oblongs-allongés, peuvent
avoir 4 centimètres de longueur et (i à 10 millimètres de
largeur.
L'insertion des étamines se fait à 8 ou 9 millimètres au-dessus
de la base du tube. L’ovaire est turbiné, velu ; il est quel­
quefois semi-infère. Le stigmate est lancéolé.
Les fruits sont sphériques et ont la dimension d’une orange.
Leur surface, jaune citron, est creusée de nombreuses petites

F ig . 8. — Landolphia /lorida Benth. (d’après K. Schumann). 1. Rameau

avec inflorescences (■ * gr. nat.). 2. Fruit (* gr. nul.). 3. Coupe trans­
versale de l'ovaire (8 gross.). 4. Coupe longitudinale du même (8 gross.).
a. Corolle et étamines. 0. Bouton floral.

Cette espèce est la plus répandue de toutes celles du genre.
On l’a signalée sur la côte occidentale d’Afrique et sur la
oôte orientale : en Sénégambie, au Cameroun, au Congo, dans
l’Angola, dans l’Usambara, chez les Djours, au Mozambique.
O11 n'en est pas moins indécis sur la valeur de son produit.

�06
LES PLANTES \ CAOUTCHOUC
Il est excellent, selon les uns (Speeke et Grant), et il donne­
rait une grande partie de la gomme élastique du Congo et
d'Angola. De eet avis aussi est M. Morellet, qui pense que
c’est du Landolpliia florida que provient le caoutchouc de
Loanda en houles h appelé encore fêles de nègres d Afrique
1Loanda Xiggers).
Ces boules sont d’une sorte nerveuse et recherchée ; elles
ont de 3 à 'i centimètres de diamètre, et semblent formées par
un enroulement de filaments de caoutchouc préalablement
coagulé et desséché pendant quelque temps sur l'arbre. Elles
sont dépourvues d humidité, brun ambré à la surface, blond
corné translucide sur la coupe.
Mais sont-elles bien dues au Landolpliia florida ? M. de
Ficalho dit que cette liane n est pas exploitée dans l’Angola ;
le Dr Xourv allîrme de même qu’en Sénégamhie son caout­
chouc n’est utilisé que pour falsifier les gommes de bonne
qualité ; et ces assertions sont appuyées par les recherches
de M. Lecomte, qui n'a pu obtenir, avec le latex de la même
espèce, qu’une substance dure, cassante, résineuse, inutili­
sable. Pourtant, puisque nous citons toutes les opinions,
ajoutons encore que, d’après M. Willey, directeur delà Station
botanique de Free-Town, c'est le Landolpliia florida qui
fournit la sorte de Sierra-Leone appelée no/i.
Landolpliia comorensis Iv. Schum.
Syn. : 1 aliea comorensis Boy ; ^l illughbeia corda fa Klotsch.
Appelée Yaughinia à Iohama.
1. M. Morellet ne se prononce pas sur l’origine botanique du Loanda
en thimhles, qui est sans doute la meme. Quand la gomme, au fond des
récipients, est trop consistante pour que les Noirs puissent en former
des boules, ils la découpent en petits morceaux cubiques, de la gros­
seur d’un dé fou Ihimble). Ces petits cubes renferment rarement des
corps étrangers, mais tournent facilement au gras.

37
Nous n insistons pas sur cette espèce, dont le latex,
d’après le D1- Noury, sert à falsifier les bons caoutchoucs.
Nous ne la mentionnons qu’en raison de son étroite parenté
avec le Landolpha florida, dont elle diffère surtout par
l’absence de poils sur les rameaux de l’inflorescence et
sur le tube de la corolle. Ses fleurs sont blanches et
odorantes ; le fruit a la couleur et la forme d’une orange,
avec un grand nombre de graines.
On la rencontre à 1’i1e d Anjouan, jusqu’à 1.300 mètres
d’altitude, à Mayotte, ainsi que sur les rives du Congo et de
l’Ogooué, et au Fouta-Djallon.
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

Landolpliia Petersiana Dyer1.
Syn. : Willuçjhbeia Petersiana Klotsch.
Ses noms vulgaires sont : M folia à Mombasa ; Matatahonzu
au Mozambique ; Efonda au Gabon.
L’espèce est presque aussi répandue que le Landolpliia flo­
rida. On la trouve à Zanzibar et au Mozambique, sur la côte
orientale ; et en Sénégamhie, au Gabon, dans 1Angola, sur la
côte occidentale.
Elle s’élève peu, et ses ramifications s'étendent sur les brous­
sailles.
La tige, dont le diamètre reste faible (3 à 6 centimètres), est
glabre, et les jeunes rameaux sont couverts de poils roux. Les
feuilles sont elliptiques, obtuses au sommet et à la hase,
glabres quand elles sont adultes, couvertes de poils roux quand
elles sont jeunes. Leur longueur maxima est de 11 centimètres,
leur largeur varie entre I centimètre 3 et 3 centimètres 3.
i. De ce Landolpliia Petersiana M. Pierre, se basant sur son inflo­
rescence spéciale, sur ses anthères, qui sont insérées très bas, sur son
fruit, cpii est petit, rond, à péricarpe mince, et aussi sur la méristèle
largement ouverte, fait le type d’un nouveau genre, le 'genre Ancylobothrys.

�58

LES PLANTES V CAOUTCHOUC

Les inflorescences sont particulières, comparées à celles
des autres espèces du genre. « Ce sont, dit Dewèvre, de
grandes cymes sympodiques, divariquées, poilues, comprenant
de petits capitules de fleurs, placés à l’extrémité de rameaux
secondaires, longs de quelques centimètres, lesquels viennent
s’attacher sur un rachis qui se continue, à la base, par un pédicelle pouvant avoir jusqu’à 1(i centimètres de longueur. »
Les fleurs sont assez grandes, blanches, avec un calice pro­
fondément divisé, de 2 milliinètresà 2 millimètres5 de longueur,
et une corolle à tube de 20 millimètres environ, surmonté de
cinq lobes à peu près de même longeur, lancéolés, ciliés sur
les bords. Les étamines s’insèrent à 3 à 3 millimètres au-dessus
de la base. L'ovaire est glabre, le stigmate pubescent.
Les fruits, rouges, ont un diamètre de 2 à 3 centimètres et
renferment un assez grand nombre de graines, de la grosseur
de la graine du Ricin.
Le latex est très-fluide et coagule difficilement, contrai­
rement à celui du Landolphia Kirkii Dyer, espèce du Zanzibar
et du Mozambique, où elle est appelé Matiré ou Mtiri.
C'est de ces deux espèces (dont nous ne décrivons que la
première qui se trouve seule dans nos colonies) qu'est tiré le
caoutchouc de Mozambique, exporté sous trois formes : 1° en
boules ou mâchiez, comme celles du Sénégal ; 2° en boules for­
mées par le pelotonnement du caoutchouc coagulé, avec des
couches concentriques, minces, blanc-rosé; 3° en fuseaux.
Ces derniers sont des larmes allongées et étirées, enroulées
autour de petites branches. Ils sont roses ou noirs. Les fuseaux
roses sont dus, pour M.Chapel, au Landolphia Kirkii, dont le
latex épais coagule spontanément ; les noirs sont le produit
du L andolphia Petersiana, dont le lait est coagulé par la cha­
leur. L un et l’autre, quand ils ne sont pas fraudés, sont d'ail­
leurs assez bons, peu humides, laissant un faible déchet.

LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

59

L andolphia madaç/ascariensis K. Schum.
Svn. : Vahca gummifera Poiret ; Vahea madaç/ascariensis
Boj.; Tahernæmonlana squamosa Smith; Vahea cchites Sieb. ;
Fatcrna elasfica Sieb.
A Madagascar, la plante est appelée : Vahy, Voa-canya, Voahinc, Vouhema. Voahéhy, Rehea. Ce serait la même espèce
qui serait appelée Fingitra ou Fingotra dans le Bouéni.
Les rameaux sont glabres et grisâtres ; les feuilles sont
coriaces, luisantes en dessus, mates et brunâtres en dessous .
Le pétiole est très-court (4 à 10 millimètres); le limbe, ovale, à
sommet obtus ou arrondi, à base cunéiforme, porte quatorze à
quinze paires de nervures secondaires, presque parallèles à la
nervure médiane, avec une nervure marginale très-nette ; il a
7 à 9 millimètres de longueur et 4 à 5 centimètres de largeur.
La floraison a lieu en mars et décembre.
Les inflorescences sont des cymes corymbiformes pubescentes, formées d’une vingtaine de grandes fleurs.
Le calice est divisé, jusqu’à la base, en quatre à cinq sépales
larges, obtus au sommet. La corolle a jusqu’à 47 millimètres
de longueur, d’après Dewèvre ; le tube est renflé, et c'est sur
la paroi du renflement, surtout prononcé au-dessus du calice,
que sont insérées les étamines.
Les fruits sont pyriformes, bruns, glabres, longs de I 1 centi­
mètres 7, sur 8 centimètres 7 de largeur, et contiennent de
nombreuses graines.
On estime qu’il faut attendre 3 à 7 ans pour pouvoir tirer
profit des plantations de la liane à caoutchouc de Madagascar &gt;
un pied rapporterait alors en moyenne 2 francs par an.
Mais le Landolphia madaç/ascariensis n’étant pas la seule
liane exploitée à Madagascar, où poussent aussi le Landolphia
comorensis Boj., le Landolphia crassipes K. Schum., et
d’autres espèces peu connues, il peut être imprudent de

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC
60
décrire les qualités de son produit d'après les échantillons
exportés de la grande ile africaine, puisque ces échantillons
peuvent résulter du mélange de plusieurs latex. Cependant,
d'après M. Chapel, la sorte connue sous le nom de Madagas­
car rose (ou Pinki rose) est plus particulièrement tirée de cette
espèce. C est une gomme très estimée, qui est livrée en boules
parfois un peu aplaties, à enveloppe brun foncé, propre et
lisse, à chair intérieure rouge clair ou rose. Elle est peu ner­
veuse, mais assez élastique ; son principal défaut est d'ètre
très humide. Elle vient surtout de la côte orientale de l’île.
Et des autres plantes proviendrait la sorte dite Madagascar
noir. Celle-là se présente aussi sous forme de boules, mais
noires extérieurement, couvertes d’impuretés, et blanchâtres
sur la coupe ; elle est plus humide encore que le Madagascar
rose. Elle vient de la côte occidentale et de Nossi-Bé.

Landolphia crassipes K.Schum.
Svn. : Vahea crassipes Radlk.
Ce Landolphia, dont le latex serait mélangé, comme nous
venons de le voir, avec ceux d'autres plantes, pour la prépara­
tion du -Madagascar noir, est une petite liane, à tige grisâtre,
parsemée de lenticelles jaunes ; les jeunes rameaux sont poilus,
les plus âgés sont glabres.
Les feuilles sont pelites(3 à 6 centimètres de longueur sur 12
à 26 millimètres de largeur) et presque sessiles; le pétiole est
constitué par une sorte de court renflement, d’où le nom de
crassipes. Le limbe est glabre, elliptique, arrondi à la base,
terminé au sommet par une pointe obtuse; il a dix à dix-huit
nervures secondaires.
Les inflorescences sont de petites cymes corymbiformes ,
terminales, légèrement poilues, composées de six à sept fleurs.
La corolle mesure, de la base au sommet, 15 millimètres au
maximum. Les étamines sont insérées dans la partie élargie du
tube.

LES PLANTÉS A CAOUTCHOUC I3T LEU H PRODUIT

Les fruits sont inconnus,
L'espèce n’a été signalée, jusqu'alors, qu’à Madagascar.

61

Landolphia lucida Sclium.
Peut-être cette espèce existe-t-elle au Congo français. Elle
a été trouvée au Congo belge, dans la région du Lassai, par
Pogge, et elle donnerait du caoutchouc.
Elle est reconnaissable à ses feuilles, qui sont cordées à la
base, brillantes, assez grandes (8 à 10 centimètres de lon­
gueur sur 4 à 5 centimètres de largeur), ainsi qu’à ses inllorescences, qui sont glabres, longuement pédonculées. Les éta­
mines sont insérées, dans le tube corollaire, à une assez grande
distance de la base.
Carpodinus et Clifaudra.
Très voisines des Landolphia*, ces lianes sont aussi certai­
nement exploitées par les Noirs, mais les renseignements
1. La délimilation des genres Landolphia , Carpodinus et Clitandra
n’est même pas encore bien nette. Ainsi beaucoup d'auteurs
indiquent comme un des principaux caractères distinctifs entre les
Landolphia cl les Carpodinus l’absence d’albumen dans la graine de
ces derniers. M. Pierre, cependant, considère comme rentrant dans le
genre Carpodinus des espèces du Gabon à graines albuminées. Pour ce
botaniste, le genre Carpodinus est surtout défini : par la méristèle qui
n’est jamais complètement fermée dans le pétiole (elle l'est dans les
Landolphia et les Clitandra) ; par les étamines insérées vers le sommet
du tube corollaire ; par le nombre des ovules (six à huit rangées de
quatre à cinq ovules sur chaque placenta) ; et par le fruit ovale, acuminé,
à péricarpe très mince.
D’autre part, M. Iv. Schumann réunit les Clilandra aux Carpodinus.
M. Pierre persiste, au contraire, à tenir ces deux genres pour bien
distincts : les Clilandra ont la méristèle fermée; leurs étamines sont à
filets longs et flexibles, insérés vers la base du tube corollaire; chaque
placenta ne porte que quatre à cinq rangées de quatre à cinq ovules.

�G2
LES PI.AM’IîS A CAOUTCHOUC
k leur égard sont encore plus incomplets que pour le genre
précédent.
Baucher cite, comme produisant un caoutchouc de qualité
médiocre, le Carpodinus dulcis Don., qui se trouve au Gabon
et à Sierra-Leone. où les Anglais l’appellent Street pishamin
(Diospgros virginica doux). Les feuilles sont ovales, lan­
céolées, glabres, avec, parfois, des vrilles à leur aisselle ;
les lleurs sont disposées en çvmes axillaires sessiles ; les
étamines sont velues.
D'après le Dr Schweinfurth, les traitants de la Guinée tire­
raient aussi de la gomme du Carpodinus acida, à fruit plus
sphérique que le précédent, mais beaucoup plus petit.
Ajoutons qu’il y aurait intérêt à étudier, au point de vue
du produit, les espèces nouvelles décrites par M. Stapf :
Carpodinus calabaricus, du Calabar ; Carpodinus Barlcri, de
Lagos et du Calabar ; Carpodinus uniflorus et Carpodinus
parviflorus, du Gabon ; Clitandra Mannii, des rives du Bogroo ;
Clitandra Schweinfurthii, du Fertit ; Clitandra Barteri, du
Niger.
Il illughbeia cdulis ltoxb.
Luti-am au Bengale.
Originaire de l’Inde orientale, où elle a été trouvée par
lioxburg dans les forêts de Chittagong et de Silhet, cette
liane est aujourd hui cultivée à Java, à Bornéo et dans la
Malaisie. Elle est aussi acclimatée à Maurice, et Miquel la
signale à Madagascar.
Les feuilles sont blanches, elliptiques, oblongues, avec un
acumen obtus au sommet, presque aiguës à la base, de 10 à
17 centimètres de longueur sur i- à G centimètres de largeur ;
le pétiole a 10 à li millimètres.
Les inilorescences sont des cymes axillaires terminales.
Les tleurs sont rose pâle, de 2 centimètres 5 environ de
longueur ; le calice est à cinq lobes ovales ciliés ; la corolle a

03
un tube cylindrique, velu en dedans, surmonté de cinq lobes
oblongs. Les étamines sont insérées vers le milieu du tube ;
les anthères sont plus longues que les filets.
I/ovaire est ovoïde, uniloculaire, avec de nombreux ovules;
le style est cylindrique, le stigmate épais, ovoïde, strié.
1.e fruit, qui est comestible,est une baie, de la grosseur et de la
forme d’une orange; il est jaune, pointu au sommet et à la base.
Les graines sont nombreuses, de la grosseur d’une fève, et
logées dans une pulpe, comme chez les Landolphia.
Les cotylédons sont charnus ; l’albumen manque.
Cette liane et les autres espèces du même genre ( Willughbeia firma Blume ; Willughbeia flavescens Dyer ; Willughbcia Treaclicri Hook.) sont surtout exploitées en Malaisie. Le
produit est vendu sous le nom de caoutchouc de Bornéo,
désignation qui comprend une grande variété de gommes,
d’origines botaniques très diverses. Nous avons déjà vu qu'une
sorte était a ttribuée au Calotropis procera et nous allons voir
qu’une autre est due à YUrceola elastica ; les latex des
Willughbeia représentent aussi une source importante du
même produit.
Le caoutchouc du Willughbeia edulis serait toutefois très
inférieur et visqueux; celui du 'Willughbeia /irma Blume
( Willughbeia Burbidgei Hooker), connu sous le nom indigène
de Manungan-Poulo, serait de meilleure qualité, ainsi que
celui du Willughbeia Treacheri Hooker, avec lequel il est
généralement mélangé.
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LE UK PRODUIT

Urccola elastica Roxb.
Cette espèce,ainsi que les deux suivantes (Urceola esculenta
et Hancornia speciosa), ne sont pas encore, que nous sachions,
cultivées dans nos colonies, mais elles passent pour donner
un bon caoutchouc, et elles peuvent être, à tout moment, intro­
duites dans l une ou 1autre de nos possessions ; c’est comme

�64
LKS PLANTES A CAOUTCHOUC
telles que nous les décrivons, au même titre que, précé­
demment. le Castilloa elastica.
L Urceola elasfica Roxb. est le Tabernæmonlana elasfica
de Sprengel.
Il croît dans toute la Malaisie et dans la presqu'île de
Malacca. C’est une liane pouvant atteindre 180 mètres de
longueur, et dont la grosseur, à la base, est alors celle d'un
corps d’homme.
Les feuilles sont ovales-oblongues, entières, brusquement
acuminées au sommet, rudes, légèrement velues en dessous.
Elles ont de 10 à 15 centimètres de longueur sur 5 à 8
centimètres de largeur.
Les fleurs sont en cvmes composées, pubescentes, denses
et terminales ; elles sont petites et verdâtres. Le calice est à
cinq divisions ovales-aiguës. La corolle est urcéolée, à cinq
dents quatre fois plus longues que le calice.
Les cinq étamines sont insérées à la base de la corolle. Les
anthères sont sagittées, incluses, conniventes autour du style;
autour de la base du pistil est un disque nectarifère, annulaire,
entier. Il y a deux ovaires libres, multiovulés, à style plus
court que les étamines, à stigmate ovoïde. Chaque follicule
est cylindrique, de 15 centimètres de longueur, et contient
de nombreuses graines linéaires, portant de longs poils à la
pointe. L’albumen est peu abondant.
L'Urceola elasfica peut être exploité dès la cinquième
année. Voici comment procèdent les Malais, d’après M.
Tschirch : les branches sont coupées par fragments d’un à
deux mètres, dont une extrémité est placée au-dessus du feu ;
le caoutchouc coule à l’autre bout et sa coagulation est acti­
vée par 1ébullition dans leau salée. Le coagulât est blanc,
grisâtre et humide.
Ce caoutchouc a été utilisé, pour la première fois, en
Angleterre, en 1823, et importé en France en 1827. Il vient
actuellement dans le commerce par Macassar et Singapour.
Les principales régions d’exportation sont Sumatra et
Bornéo, mais, dans les deux cas, même venant de Sumatra,
e produit porte le nom de caoutchouc de Bornéo (alors que

65
le caoutchouc de Sumatra, dû aux Ficus, est plutôt appelé
caoutchouc de Java).
Le caoutchouc de Bornéo récolté à Sumatra est en plaques
peu épaisses, assez pures sur la coupe. La pâte est brune à
l’extérieur, blanche en dedans, et d’assez bonne qualité ; elle
est appelée dans le pays getah gitan, nom qui, du reste,
s'applique aussi à d’autres sortes, à celles, par exemple, qui
proviennent des II’illughheia*.
Le caoutchouc de Bornéo récolté à Bornéo même est aussi
en plaques, de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, brunes à la
surface, blanc rosé ou blanc violet h l’intérieur ; mais elles
sont humides et trop souvent additionnées de sable ou
d’argile. Les meilleurs viennent de la côte Est(Passir, Cotie,
Bulungam, Banjermassim et Labuan).
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

Urceola csculenta Benth.
Syn. : Chavannesia csculenta D. C.
Cette seconde espèce appartient à l’Inde orientale (environs
de Pégou et province de Tenasserim).
Les branches et les feuilles sont glabres. Le limbe a, à peu
près, les mêmes dimensions que dans l'espèce précédente,
mais les nervures, rougeâtres, sont plus arquées. Les fleurs
sont petites et blanches, en cymes corymbiformes.
Les follicules ont 13 centimètres de longueur environ,
et sont fortement coriaces. Les graines sont étroites, allongées,
velues, de 1 à 2 centimètres de longueur, avec une aigrette
blanche.
I. En malais, le Willughbeia /irma est appelé : Getah gitan gedang ;
le Melodinus orientalis : Getah gitan gedong ; le Leuconotis eugeniœfolia : Getah gitan kedjil ; le Ficus glahella et le Ficus Karel : getah
kadjei ; VAlstonia costulafa : Getah lahoeai ; le Ficus unxhcllala : Getah
lahoe.
Plantes à caoutchouc et à tjuita.

5

�(Ri
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
Le caoutchouc fourni par cette liane, et récolté surtout à
Tenasserim, est, d’après M. Morellet, de très bonne qualité.
Dès sa septième année, un individu fournit une récolte
variant d'un demi à deux kilogrammes de gomme.

()7
Brésiliens, qui, dit-on, dans certaines provinces, négligent
l’extraction du caoutchouc pour épargner l’arbre fruitier.
A l’intérieur de ce fruit on trouve quelques graines,aplaties
et discoïdes, plongées dans la pulpe jaunâtre. Les cotylédons
sont foliacés; l’albumen est volumineux.
LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

Hancornia spcciosa Muell. Arg.
Appelé Manyaba, Manyabiba, Manyabeira, Cachim et
Borrccha au Brésil.
C est un arbre d une dizaine de mètres de hauteur, qui
croit sur les hauts plateaux de 1 Amérique du Sud ; il s’élève
jusqu’à 1300 mètres d’altitude, ce qui explique qu’il résiste
dans certaines régions extra-tropicales.
Les rameaux sont espacés, glabres, souvent pendants; les
feuilles sont petites(4 à 0 centimètres de longueur sur 20 à 2i
millimètres de largeur), oblongues, glabres, aiguës à la base,
obtuses au sommet, avec un court pétiole de G à 8 milli­
mètres; les nervures latérales sont nombreuses, parallèles,
faiblement marquées. Ces feuilles, au Pérou, tombent en juillet
et repoussent quelques jours après, au commencement d’août.
Les (leurs, en cvines terminales, glabres et pauciflores, sont
odorantes, rappelant un peu celles du jasmin ; elles ont de
I à 2 centimètres de longueur. Les cinq sépales sont imbri­
qués ; la corolle est à tube allongé, velu en dedans; et
ses lobes, quatre fois plus courts, sont étroits et lancéolés.
Les cinq étamines, à filets grêles, sont insérées vers le
milieu du tube ; les anthères sont aiguës. L ovaire est
fusiforme, avec deux placentas pariétaux, qui portent de nom­
breux ovules.
Le fruit est une baie, de la grosseur d’une prune, à surface
jaune, tachetée de rouge. Avant la maturité, il est rempli d un
suc laiteux, riche en caoutchouc, amer et désagréable; mais,
complètement mûr, il devient sucré et est très recherché par les

Fiu. 9. — Ilancornia spcciosa Muell. Arg. I. Rameau avec fleurs2. Fruit.

L'Ilancornia speciosa qui, nous l’avons vu, peut pousser à
d’assez hautes altitudes, se plaîtsurtout en terrain sablonneux.
Le caoutchouc qu’il donne est de très bonne qualité, quand
il a été recueilli avec soin. On en distingue, dans le com­
merce, plusieurs sortes.
De Hio-de-Janeiro vient la sorte Pernanihouc ; elle est de

�68
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
belle apparence, en plaques rectangulaires (parfois 1 mètre 50
centimètres sur O"1 70 centimètres), rosées en dehors et en
dedans. Mais son mode de préparation par l’alun, qui forme des
efflorescences à la surface, la rend très humide ; elle est peu
élastique et devient cassante. Elle perd, en outre, à l’emploi,
40 à 60 %.
Aussi est-elle de plus en plus remplacéee par la sorte
Maranham, apparue pour la première fois en France en 1882.
Celle-là, coagulée par l'acide sulfurique, est à peu près de
même apparence ; toutefois elle ne présente jamais d’efflores­
cences et elle prend, avec le temps, une nuance lie de vin.
Elle est moins humide, laisse moins de déchet, est plus
nerveuse et plus élastique.
C’est, en définitive, la meilleure sorte due à YHancornia
speciosa, car le caoutchouc de Bahia, qui semble avoir même
origine botanique, est très-inférieur, et doit être le résultat
d'une coagulation spontanée : non-seulement les plaques con­
tiennent beaucoup d'eau et d impuretés diverses, mais il en
sort aussi, quand on les ouvre, du latex liquide.
Le caoutchouc du Pérou, en blocs volumineux, noirs et gra­
nulés extérieurement, jaunes sur la coupe, serait dû, en partie
au mangakeira, et en partie au Camcraria lafifolia Jacq. Il est
humide, mais assez élastique.
Le caoutchouc du Venezuela, rappelant la sorte Para, et quel­
quefois vendu sous ce nom, est donné par YHancornia speciosa,
le Calotropis procera, des Hevea, et une Euphorbiacée, le
Sapium biglandulosum Mill.
Enfin c'est d’un Hancornia indéterminé que serait tiré le
caoutchouc du Paraguay.

69
Le Kickxia af ricana Benth., sur lequel l’attention a été
appelée en ces dernières années, s’étend, sur la côte occi­
dentale d’Afrique, depuis Sierrra-Leone jusqu’au Congo1.

Kickxia africana Benth.

C'est un grand arbre, à écorce grise, dont le tronc est nu
jusqu'à une certaine distance du sol ; il peut avoir 20 à 25
mètres de hauteur, avec un diamètre de 0 m. 20 à 0. ni. 30.

Nommé : Ire ou Ireh à Lagos; Pau cadeiro ou Pau visco à
San-Thomé; Mundemha (au Bangola), N'goué-yo-naye (en
m'pongoué), N'gornaban (en m'fan), au Gabon-Congo.

LES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEUR PRODUIT

10. — Kickxia af ricana Benth. 1. Rameau avec fleurs. 2. Fruit
(|gr- nat.). 3. Fleur (2 gr. -*).

F ig .

1. Il n'a cependant pas été encore signalé au Dahomey ni à la Côted’Ivoire, mais il est fort probable qu’il y existe, puisqu'on le trouve en
deçà et au-delà.

�70

LKîS PLANTES A CAOUTCHOUC

La tige et les rameaux, même jeunes, sont glabres.
Les feuilles sont opposées-décussées. Le limbe, porté par
un pétiole de 5 millimètres environ, est ovale-oblong, arrondi
ou atténué à la l)ase, brièvement acuminé au sommet. Il
mesure 10 à 20 centimètres de longueur sur 3 à 7 centi­
mètres de largeur. De la nervure principale partent huit à
dix paires de nervures secondaires.
Les inflorescences sont de petites cymes axillaires. Le
calice est formé de cinq s ‘pales, arrondis au sommet, ciliés
sur les bords, et portant, sur la face interne, à la base, un
certain nombre île petites écailles glanduleuses. La corolle,
jaune, a 12 à 20 millimètres de longueur. Son tube est renflé
vers la région médiane, et c'est dans ce renflement que sont
insérées les cinq étamines, à lilets très courts, à anthères
triangulaires.
L'ovaire est à deux loges, et surmonté d'un style unique
terminé par un stigmate pyriforme, dont la base est entourée
par une sorte de collerette formée de cinq pièces. Les placen­
tas portent de nombreux ovules.
La floraison, au Gabon, a lieu en janvier et février.
Le fruit est composé de deux follicules, de 9 à 15 centi­
mètres de longueur, s'ouvrant sur la face interne. Les
graines sont fusiformes, de 12 à 14 millimètres, creusées en
gouttière sur une des faces, et terminées par une arête por­
tant des poils inclinés vers la graine. A la partie supérieure
est une pointe très courte. L’albumen entoure un embryon
dont les deux cotylédons sont repliés sur eux-mêmes.
D’après M. Ghalot, cité par M. Lecomte, un Kickxia adulte,
ayant I mètr * de circonférence et une quinzaine de mètres
de hauteur, peut fournir, au minimum, en trois jours, un
kilogramme de latex, ce qui représente, après la coagulation,
'&gt;00 grammes de caoutchouc.
Le rendement, en gomme, du latex de Kickxia serait donc
de 45 à 50 0 0, alors que, pour les Landolphia et le Manihot
Glaziovii. il n’est que de 30 à 35.
Le latex coagule assez difficilement, Chauffé, il ne coagule

LES PUANTES \ CAOUTCHOUC. ET LEUR PRODUIT

71

jamais avant l’ébullition1; et, en somme, c’est seulement par
suite de la vaporisation du liquide que la coagulation est pro­
voquée.
L'alun et le sel marin sont sans action; l'acide sulfurique
donne une masse grumeleuse et cassante. Les deux meilleurs
coagulants, d'après les essais que nous avons faits sur du
latex qui nous avait été obligeamment envoyé par M. Chalot,
sont l’alcool et l'acide acétique. Avec l'alcool, on obtient une
gomme jaunâtre ; avec l’acide acétique, la gomme est plus
blanche.
Mais, dans l’un et l’autre cas, cette gomme est molle,
visqueuse, et manque de nerf, comme le produit obtenu par la
chaleur.
Nous avons aussi étalé sur une surface plane une certaine
quantité de latex, que nous avons laissé se dessécher par
évaporation ’. Les résultats n’ont pas été plus satisfaisants :
le résidu recueilli était encore visqueux et peu élastique.
Aussi avons nous peine à comprendre la valeur que l’on
attribue aujourd’hui, en Angleterre principalement, à la
gomme de Kickxia. Des essais faits à Lagos auraient démontré
qu’en employant un procédé spécial, qui n’a pas été dévoilé,
on peut obtenir un produit valant de 6 fr. 20 â G fr. 50 le
1. D'après M. Lecomte, les latex des Landolphia et autres Apocynées, sur lesquels il a pu expérimenter au Congo français, forment deux
catégories : certains latex se coagulent par la chaleur, avant d'atteindre
la température d'ébullition ; d’autres ne coagulent que lorsque celle tem­
pérature est atteinte. Or les premiers donnent toujours un caoutchouc de
bonne qualité, tandis que les autres donnent un produit inférieur, adhé­
rent aux doigts, et faiblement élastique.
2. M. Lecomte avait déjà fait des essais du même genre, qui l’avaient
amené à la même conclusion. Ce procédé de préparation du caoutchouc, par
évaporation à froid, est celui qui est employé sur la Côte de l'Or, pour
obtenir la gomme de Kickxia. Le latex filtré est versé dans une sorte
d'auge creusée dans un tronc d ’arbre abattu, et qu'on recouvre de
feuilles de palmier. Une partie du liquide est absorbée par le bois,
l’autre s’évapore; au bout de douze à quatorze jours, la masse s’est
transformée en une pâte molle, qui donne un caoutchouc médiocre,
brun extérieurement, clair à l’intérieur, nommé dans le pays Silk
lhlbber,

�LES PLANTES \ CAOUTCHOUC

kilogramme. Il est bien diiTicile d’admettre &lt;ju i1 n’y ait pas
mélange de plusieurs latex '.
Quel (jue soit le procédé employé, le caoutchouc renfermera,
en effet, toujours une très forte proportion de résine. Nous
avons fait quelques recherches à ce sujet. Des échantillons,
obtenus par différentes méthodes (par la chaleur ou par les
coagulants), ont été traités par l'éther, auquel nous avons
ajouté ensuite un volume égal d’alcool absolu. C’est, ainsi que
nous l'avons établi (Comptes rendus de i Association fran­
çaise pour Vavancement des Sciences. 1897), un des meilleurs
moyens auquels on puisse avoir recours pour déterminer la
proportion de résine d’une gomme. En traitant le caoutchouc
par l'éther, on obtient, comme on sait, une solution
apparente, et qui peut filtrer, bien que le caoutchouc ne soit,
en réalité, que fortement gonflé. Or si on ajoute à cette solu­
tion un certain volume d alcool absolu, le caoutchouc se
rassemble aussitôt en une masse unique, et le liquide, qui,
maintenant, filtre clair, ne contient que la résine.
1. M. Aimé Girard, à qui nous avions envoyé, sur sa demande, du
latex de Kickxia africana, pour lui permettre d’achever un travail qu’il
préparait, depuis de longues années, sur les caoutchoucs, nous écrivait,
eu décembre dernier :
« J’ai retiré du lalcx que vous m’avez envoyé 10 °/0 environ de
caoutchouc, mais ce caoutchouc est bien mauvais, collant aux doigts,
fusible à 100°, rapidement soluble en totalité dans l’éther; il n'a, en
réalité, aucune des qualités du caoutchouc Véritable. Je ne sais, en
vérité, comment on pourra l’utiliser, et je ne devine pas par quel pro­
cédé on a pu, à Lagos, parait-il, en obtenir une gomme de bonne qua­
lité. Mais, en celte circonstance comme toujours, c’est l’expérience qui
est notre mailre. »
M. Aimé Girard ajoutait : « Je vous avais demandé un lait de caout­
chouc dans le but de vérifier un petit détail qui m'eût permis de ter­
miner un mémoire sur les laits de caoutchouc. Je n’ai pu, avec le lait
du Kickxia , et à cause des différences qu’il présente avec les latex ordi­
naires, faire de ce détail qu’une vérification partielle. Aussi ne publie­
rai-je pas encore; j'attendrai un lait mieux caractérisé. Il faut être
patient, j'attends depuis plus de dix ans. »
Nous avions, malheureusement à celle époque, employé tous les
autres latex inaltérés (pie nous avions à notre disposition ; nous le
regrettons aujourd’hui d'autant plus que la mort de l’éminent chimiste
laisse définitivement inachevé un travail qui, d’après les lettres qu'il ’
nous écrivait, était rempli de faits nouveaux. Mais n’y aurait-il pas
intérêt à publier le manuscrit, même incomplet ?

73
Par cette méthode, nous avons trouvé, dans divers
échantillons de caoutchouc de Kickxia, fit) °/0 environ de
substance résineuse. Cette forte proportion, qu’aucun procédé
de coagulation ne peut, croyons-nous, diminuer sensiblement,
sera toujours une cause d infériorité de la valeur du produit.
Il y a donc lieu, ii notre avis, de ne s’associer qu'avec
réserve aux espoirs fondés, à létranger, sur l’avenir du
Kickxia comme producteur de caoutchouc. Et il est bien
probable aussi que l’origine botanique de la gomme de
Lagos, rapportée un moment au Ficus Vogelii, puis de nou­
veau douteuse, à la suite des essais dont nous avons parlé
précédemment, ne peut être attribuée davantage, comme on a
eu tendance à le faire récemment, au Kickxia africana1.
LES PLANTES V CAOUTCHOUC ET LEUK PltODUIT

Parameria ç/landulifern Bentli.
Syn. : Ecclysanthera glandulifcra D. C. ; Echites glandulifera W all.; Parsonsia harhata Bl. ; Parameria harhata
Pierre; Parameria Pierrei Bail.
En Chine ; Tuchung ; en Annam : 7)o/am; au Cambodge :
Vâhr-angkot.
Cette liane est très répandue dans toute la Basse-Cochinchine, dans le Siam et dans les Iles malaises.
Ses branches, qui atteignent rarement un fort diamètre,
1. Ce volume était à l'impression quand a été publié, dans le Tropenpflanzer de juillet 1898, un article de M. Preufs, qui vient apporter une

nouvelle confirmation à l'opinion que nous exprimons ici. D’après
M. Preufs, on trouve dans Phinterland de Lagos deux arbres, appelés par
les indigènes okenrj et ofuntum. Or le premier de ces deux arbres serait
le Kickxia africana ; le second serait une espèce voisine, lui ressemblant
beaucoup, mais dont les feuilles, cependant, auraient une forme un peu
différente, « rappelant celle du café d'Arabie ». Et Vofuntum seul don­
nerait un bon caoutchouc. La gomme de Lagos proviendrait donc, soit
d'un mélange des deux latex, soit du seul latex de Vofuntum, confondu
avec Vokeng, ou Kickxia africana.

�LES PLANTES \ CAOUTCHOUC
7i
portent des feuilles coriaces, elliptiques, oblongues ou obovales, aiguës aux deux extrémités, de 7 à 13 centimètres de

— Parameria glandulifera Bonth. I. Rameau terminé par une
inflorescence. 2. Fruit (double follicule).

F ig . H .

longueur sur 3 à o centimètres de largeur. Le pétiole mesure
2 centimètres au plus; le limbe porte cinq à six paires de
nervures secondaires, très obliques.
L inflorescence est une grappe de cvmes, terminant de
petits rameaux ; c'est la seule région poilue de la plante.
Les dents du calice sont étroites, ovales; les lobes de la
corolle, qui est hvpocratérimorphe, ont la même longueur que
le tube. Les étamines s’insèrent au fond de ce tube ; les

73
anthères sont aiguës et apiculées, conniventes, et adhèrent au
stigmate. Le disque est composé de cinq écailles connées,
insérées sur un réceptacle légèrement concave. Les deux
carpelles sont distincts et renferment de nombreux ovules; le
style est court, le stigmate conique.
Les follicules (13 à 30 centimètres) ressemblent à ceux des
Urceola; ils sont filiformes, sauf au niveau des graines,
flexueux, glabres. Les graines sont poilues, avec une aigrette
persistante, oblongues-lancéolées ; l'albumen est peu abon­
dant.
M. P ierre signale le Parameria glandulifera comme don­
nant un caoutchouc très pur, que I on peut voir s'étirer en
fils, quand on casse les branches de l’arbre. « Cette gomme,
nous écrit M. Pierre, est une des plus nerveuses que je con­
naisse. » Le latex, (pii est,d’autre part, employé par les Cam­
bodgiens et les Annamites comme stomachique et fébrifuge,
et &lt;pii a, paraît-il, un goût très agréable de noisette, coagule
très facilement.
Le Parameria glandulifera serait donc une liane méritant
d’être plus exploitée qu’elle ne l'a été jusqu’alors, et qu'il y
aurait peut-être lieu de cultiver. Elle se propage facilement par
boutures ; l inconvénient est qu'en raison de ses faibles dimen­
sions elle ne peut donner de récolte sérieuse qu’au bout d’un
assez grand nombre d’années.
I.ES PLANTES A CAOUTCHOUC ET LEU K PltODUlT

Kopsia cochinchinensis O. Iv.
Cette plante a été décrite par O. Kuntze, en 1891.
Les Kopsia sont de petits arbres à feuilles elliptiques, atté­
nuées à la base, obtusément acuminées au sommet, glabres.
Le pétiole est dilaté à la base, eanaliculé.
Les inflorescences sont des cymes terminales. Les fleurs
sont petites, blanches ou roses, Les étamines sont insérées

�70
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
dans la partie rentlée du tube de la corolle. Les deux
carpelles sont libres ; dans chaque ovaire sont deux ovules
descendants.
Le fruit est une baie ovoïde, à une ou deux graines; le péi'icarpe est généralement coriace, peu épais. Les graines sont
exalbuminées.
On tirerait, d’après M. Pierre, un assez bon caoutchouc des
deux espèces indo-chinoises, le Kopsia cochinchinensis O. K.
et le Kopsia Harmandiana Pierre.

Y
EXPLOITATION ET CULTURE DES PLANTES
A CAOUTCHOUC
DANS LES COLONIES FRANÇAISES
Nous allons maintenant donner un aperçu rapide de l'état
actuel de l’exploitation et de la culture des plantes à caout­
chouc dans nos différentes colonies; et nous aurons l’occasion
de signaler, chemin faisant, un certain nombre d’espèces que
nous n’avons pu décrire plus haut, soit parce qu’elles ne nous
sont encore connues que sous leurs noms indigènes, soit
parce que nous n’avons que des indications plus ou moins
vagues sur la valeur de leur produit.
Colonies d'Asie.
Nos possessions d’Asie n’ont envoyé, jusqu’à présent, sur
nos marchés que de très faibles quantités de caoutchouc.
Sans parler des territoires français de FInde, dont la trop
petite étendue (56.000 hectares), occupée en grande partie par
d’autres cultures (riz, indigo, arachides, canne à sucre, coton),
ne permettrait pas des plantations importantes d’arbres à caout­
chouc — qui, pourtant, y prospéreraient, puisque l’Hindoustan est la patrie des Ficus elastica et indica, du U illughbeia
edulis, etc. —, l’Indo-Chine française même a encore très peu
fourni à l'exportation. On ne trouve aucune mention spéciale
du produit dont nous nous occupons dans les derniers rap­
ports officiels et les statistiques les plus récentes.
I

�Il y a cependant là, pour notre colonie d’Kxtrême-Orient,
une source de bénéfices qui n'est pas négligeable. Les lianes
indigènes immédiatement exploitables y paraissent nom­
breuses. Nous avons déjà cité le Parameria (jlandulifera et les
Kopsia coc/iinchinensis et Hannandiana ; M. Pierre signale
encore d’autres espèces jusqu’alors peu étudiées : le Xouetlca
coc/iinchinensis Pierre, le Belluttakaka Grandieriana Pierre,
1 Aganonerion dongnaiense Pierre, le Xylinaharia minutiflora Pierre, etc.
Dans le Nord de l’Annam, d’après des indications récentes,
il v aurait en abondance, dans les forets du Phu de TranDinh et du Phu de Tran-Ninh, une liane pouvant donner un
excellent caoutchouc. Elle est appelée, en dialecte nghé-an,
Khoma-mak-khaou-ngoua, ou Giang-mak-khao-ngua, dont la
signification est : liane dont les fruits ressemblent aux cornes
de bœuf.
Ces fruits sont comestibles, légèrement acides. La liane,
à écorce un peu rugueuse, et dont la feuille rappelle celle de
l’oranger, atteint des hauteurs considérables, se mêlant aux
branches des plus grands arbres, ou, à défaut d’appui, ram­
pant à terre.
Les incisions laissent écouler un suc jaunâtre qui se
coagule rapidement. Les Xa et les Muong activent la
coagulation par la chaleur : ils recueillent le lait dans de
petits godets qui. une fois remplis, sont placés sur le feu; le
caoutchouc esf obtenu par ébullition ou par évaporation.
La récolte peut être faite en toute saison; elle est des plus
faciles. Malheureusement les indigènes ne se préoccupent pas
encore de vendre ce produit, dont ils ne trouvent pas, jus­
qu’alors, l'écoulement.
Outre toutes ces lianes, qu'on pourrait exploiter avec profit,
de vastes plantations pourraient être aussi établies en IndoChiné, avec succès certain. Le Ficus clasfica, introduit, il y a
une vingtaine d’années, en Cochinchine, par M. Pierre, alors
directeur du Jardin botanique de Saigon, a réussi à merveille;
et les résultats ont été les mêmes pour les plantations d'Hcvea
apportés du Brésil. Enfin, en certaines régions, telles que les

EXPLOITATION ET (XLITJHE DANS LES COLONIES

7!J

montagnes humides du haut Don-Naï, qui présentent des
conditions de sol et de climat tout à fait semblables à celles
de la péninsule malaise et des îles de la Sonde, il serait pos­
sible d'acclimater, ainsi que l’a déjà fait remarquer, il y a
longtemps, M. de Lanessan, les espèces des Indes néerlan­
daises. On pourrait aussi donner de l’extension aux cultures
de Cas/illoa elàstica, dont quelques pieds sont déjà introduits.
Sénégal.
Le caoutchouc du Sénégal est surtout récolté au sud de la
colonie, en Casamance; et les renseignements qui suivent, au
sujet de cette région, sont le résumé d’un excellent rapport
que M. Adam, administrateur supérieur du district, a récem­
ment adressé au Gouverneur général de l’Afrique occidentale
française *.
La seule liane considérée en Casamance comme donnant du
bon caoutchouc est le Toll (en ouololl) ou Folé (en man­
dingue). « Cette liane, dit M. Adam, est reconnaissable à la
minceur de son corps, qui atteint, au plus, la grosseur du poi­
gnet; elle se présente avec des nœuds assez rapprochés, mais
peu apparents; en général, elle forme buisson et ne s’élève
pas à une grande hauteur; le latex quelle contient se coagule
avec facilité. » Il s’agit ici, évidemment, quoique M. Adam ne
donne que les noms indigènes,soit du Landolphia scnegalensis
Hadlk., soit du Landolphia !ornent osa Dew., peut-être des deux,
confondus par les Noirs sous une même dénomination. « La
présence de la plante se révèle sur beaucoup de points de la
Casamance ; malheureusement certains extracteurs, comme
les Mandingues, non seulement travaillent toujours les mêmes
lianes, mais souvent avec des procédés défectueux ; au lieu
I. Ce l’apport a été publié dans le Journal of/iciel de /'.[frit/ue occi­
dentale française (décembre 1897 el janvier lS'Jîy.

�80

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

d inciser légèrement, ils entaillent profondément, et, quelque­
fois même, coupent la plante, espérant obtenir une plus
grande quantité de lait. »
Trois autres lianes, d’après M. Adam, pourraient peut-être
encore être utilisées. L'une est appelée Macle en ouololf,
Kaba en mandingue, Sidipasou en diola. « Cette liane, qui
acquiert un gros volume, porte des rameaux vigoureux, mais
sans nœuds; elle s'élance à des hauteurs prodigieuses et ne
forme jamais, dans son enchevêtrement, un corps compact.
Quand on l'incise, on recueille un latex fort abondant, mais
qui. ne coagulant pas bien, reste toujours collant et gluant.
Les indigènes fraudeurs s'en servent pour le mêler au latex
du toll ; ils arrivent à former de grosses boules, de qualité
inférieure et dépourvues d'élasticité. » Ces deux dernières
phrases du rapport de M. Adam, peuvent contribuer à tran­
cher une question encore mal résolue. Nous avons vu plus
haut qu'on appelle madd (ou mada), au Sénégal, le Landolphia
Heudelotii D. C., trouvé en effet par Heudelot en Casamance,
et le Landolphia florida Benth. Or nous avons vu encore que,
sur la valeur des caoutchoucs de ces deux espèces, les opi­
nions sont contradictoires. Pour Baucher, la gomme du Lan­
dolphia Heudelotii est poisseuse et de mauvaise qualité; elle
serait bonne au contraire, d’après le Dr Noury et M. Schweinfurth. De même, le produit du Landolphia florida est excel­
lent, selon Speeke, M. Morellet et M. Willey ; il est inutilisable,
selon le Dr Noury et M. Lecomte. Du rapport de M. Adam
il ressort, à notre avis, que les caoutchoucs des deux espèces
de Landolphia doivent être de qualité médiocre, comme le
pensent Baucher pour le Landolphia Heudelotii, le l)r Noury
et M. Lecomte pour le Landolphia florida. Il est, en effet, peu
Araisemblable que les Noirs donnent le même nom à deux
lianes fournissant deux produits de valeurs très différentes;
il est bien plus probable que, de même que les bonnes espèces
de Landolphia (Landolphia senegalensis et Landolphia tomenfosa) sont appelées toll, les noirs appellent madd les lianes
qu’ils n’incisent que dans un but de fraude. Que le madd cité
par M. Adam soit le Landolphia Heudelotii ou le Landolphia

81

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

florida, L’un et l’autre doivent donc, très probablement, être
considérés comme fournissant un mauvais caoutchouc.
En Casamance, le madd est plus répandu que le toll.
Aussi M. Adam ajoute que, s’il était possible de trouver un
procédé pour en coaguler convenablement le lait, on arriverait
à une grande production.
La troisième plante citée dans le rapport est le Boudj (en
ouololf), ou Kessesso (en mandingue), ou Foufcnéfole (en
diola). Nous ne croyons pas qu'on puisse espérer en tirer
parti ; le lait, à l’air, devient visqueux et est employé
comme glu par les Noirs, qui ne tentent meme pas de s’en
servir pour le mêler frauduleusement au vrai caoutchouc.
Quant au quatrième arbre, appelé Foulaçjue par les Man­
dingues et Kaladumbo par les Diolas, et qui pousse sur­
tout dans le Fogny, son lait, réputé comme médicament
chez les Diolas, n’a pas encore été coagulé ; c'est dire que la
gomme, si on l'obtenait, serait, sans aucun doute, de qualité
très inférieure.
La seule véritable espèce caoutchoutifère de la région
serait donc bien le toll1. La coagulation est presque toujours
obtenue par la méthode de l'eau salée, mais qui est plus ou
moins convenablement appliquée par les différentes tribus.
Ce sont les Akous (Sierra-Léonais, Sousous, Timnès,
Mindes, etc., tous venus du Sud) qui opèrent avec le plus
grand soin. Leur méthode est celle même que nous avons
décrite ailleurs. Ils entaillent légèrement la liane, et sur cette
incision jettent du sel ou de l'eau saturée de sel ; immédiate­
ment le latex se coagule, et, en se solidifiant, coule sous la
forme de fils, qu'on enroule autour d’un noyau central.
Ce procédé est aussi, à peu près, celui des Mandingues,
alors que les Mandiagos (originaires des environs de Ziguinchor et de la Guinée portugaise) aspergent bien encore les
1. L'examen d’échantillons de ce toll, envoyés tout récemment au Musée
colonial de Marseille par M. Adam, nous permet de préciser, au dernier
moment, que la liane dont il s'agit, sous ce nom, dans ce rapport, est
le Landolphia tomentosa. Les rameaux portaient des fruits non mûrs,
sphériques, contenant 1 à 8 graines.
Plantes à caoutchouc et à (/ulta.

6

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC
82
incisions avec de l'eau salée, mais recueillent le latex, à demi
coagulé, dans des calebasses ou sur de larges feuilles, où il
prend la forme de plaques. Ces plaques sont conservées dans
l'eau salée, puis, quelques jours avant la vente, plongées dans
l'eau chaude. Après les avoir ainsi ramollies, le Mandiago
les plie les unes sur les autres, et façonne une grosse boule,
qui, nécessairement spongieuse puisqu'elle vient de séjourner
dans l'eau, a acquis une certaine pesanteur.
Déjà cette seule addition d’eau suffirait pour diminuer la
valeur réelle du produit; il y a encore une autre cause de
dépréciation, due à ce que la boule renferme souvent de la
terre ou du sable, dont était souillée la feuille sur laquelle ont
été recueillies les plaques.
Plus défectueux encore sont les procédés des Diolas du
Fogny. Après avoir incisé la liane, ils laissent le lait se
répandre dans des calebasses ou sur des feuilles de pal­
mier; la quantité suffisante obtenue, ils rentrent chez eux et
coagulent avec de l'eau provenant des salines. Ce moyen ne
donne pas un bon résultat, d abord parce que cette eau est
boueuse et salit le latex, puis parce que les petites plaques ainsi
obtenues, étant très humides, ne tardent pas à fermenter. Par­
fois encore, au lieu de tailler les lianes, les Diolas creusent la
terre et tirent le lait des racines. Non seulement la méthode est
nuisible à la plante, qui meurt souvent par suite de l’ablation
de ses racines, mais le produit est terreux, de très mauvaise
qualité, et refusé par les Compagnies.
Le Diola, du reste, ne vend jamais lui-même son caout­
chouc au commerçant ; il le cède au Dioula « le commis voya­
geur de 1Afrique 1 ».

I. Voici, toutefois, ce que dit de ces Dioulas le commandant Biuger,
dans son volume Du Niçjer au Golfe de Guinée :
« Dans nos possessions du Sénégal et du Soudan français, on a pris
l'habitude de désigner les marchands sous le nom générique de Dioula;
c'est une appellation impropre.
Le mot Dioula sert à désigner une partie très importante de la
famille Mandé, et n’implique en aucune façon l’obligation de s’occuper
de commerce..... Le marchand du Soudan, dans toute l’acception du
mot, celui qui ne fait que voyager et ne craint pas d’être absent, de sept

83
« Ce Dioula achète donc au Diola les petites plaques
spongieuses et terreuses, et voici ce qu’il en fait : il les
découpe en petites lanières, qu il plonge, durant quelques jours,
dans un bain d’eau chaude, non, sans doute, pour améliorer
le caoutchouc, mais plutôt pour le frauder davantage, en le ren­
dant plus pesant ; puis, après avoir soigneusement enduit les
lanières de matières étrangères, il en fait une boule à la façon
des Mandiagos.
Ce caoutchouc, dans lequel rentrent toujours des alliages
défectueux, et quelquefois même des pierres, n’est acheté d’or­
dinaire par les factoreries qu’à un prix très faible. À Bathurst,
au contraire, ces dernières années, les maisons se le sont dis­
puté ; mais, apporté sur le marché européen, il a puissamment
contribué à jeter du discrédit sur la Casamance, parce qu’il
avait l’étiquette de cette région. »
Enfin les Peulhs et, quelquefois, les Balantes ont aussi un
procédé dont la perfection est fort relative : ils recueillent le
lait non coagulé dans de grandes calebasses, où, à défaut de
sel, ils jettent le suc de plantes acides ; ces plaques sont
laissées dans l’eau pendant quelques jours. Le caoutchouc
est trop humide pour avoir une grande valeur; souvent il
pourrit avant qu'on puisse le vendre. Les plaques ont la
forme de . galettes.
Les parties de la Casamance les plus riches en caoutchouc
sont : en première ligne, le Fogny, dont les vastes forêts ont
fourni, en 1895, 300 tonnes à Bathurst, et pourraient donner
dix fois plus ; en seconde ligne, le Combo, les Bayottes et les
environs de Goudoum ; puis les Etats Mandingues, de la rive
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

à huit mois de l'année, est ou Dioula, quand il est Mandé, ou Marraba
quand il est Haoussa ou Dagomba.
C’est cette catégorie de gens qui fait les grands et longs voyages, qui
s’abouche avec les rois et chefs, leur achète les captifs faits pendant la
guerre, leur procure armes et munitions, et leur fait quelquefois de
superbes cadeaux en étoffes fines ou autres objets, qu’ils vont se procurer
à la côte, ou directement à nos comptoirs de Médine.
Ils ont des femmes un peu partout : c’est la cause principale qui les
force à travailler presque toute leur vie, pour leur fournir des captifs et
pourvoir à leurs besoins. »

�Li:S PLANTES A CAOUTCHOUC
84
gauche de la Casamance, qui ne sont entrés que depuis peu
dans le mouvement ; enfin, en dernier rang, le Kiau, le
Yacine, le Pakas et le sud du Firdou.
Sur tous ces points, la liane à caoutchouc trouve des
conditions favorables de végétation. Elle est, d'ailleurs, peu
exigeante comme sol ; les terrains marécageux et purement
sablonneux lui sont seuls défavorables, et elle se contente d’une
humidité modérée et d'un peu d'ombrage. C'est parce que la
Casamance est peu sablonneuse, sauf vers l’extrémité de l’es­
tuaire, et aussi parce que les marécages sont peu nombreux,
les marigots se desséchant assez vite après l’hivernage, que
les plantes à caoutchouc sont abondantes dans la région.
Leur saignée doit être faite au commencement de l'hiver­
nage, et pendant les mois suivants. Le latex est rare en mars,
avril et mai. Pour la récolte, M. Adam recommande de faire
des incisions d'un centimètre environ ; moins profondes, on
ne recueillerait pas tout le lait qu'on peut tirer; plus pro­
fondes. on courrait le risque d’abîmer la liane.
En même temps qu il se préoccupait du mode d’exploi­
tation des espèces indigènes, M. Adam établissait, à Sedhiou,
une pépinière de Manihot Glaziovii. Cette pépinière est
actuellement composée de plants provenant de semis et de
plants provenant de boutures. Celles-ci ont été prélevées sur
des arbres d'une ancienne pépinière installée, en 1895, par
M. Parque, prédécesseur de M. Adam, et aujourd'hui aban­
donnée. Les résultats obtenus pour le moment peuvent être
résumés ainsi :
1° L'arbre-graine a réussi dans une proportion de 5/6;
l’arbre-bouture dans une proportion de 3/6 L
2° L arbre-graine pousse très rapidement, mais résiste

t. La différence, au reste, semble due à une cause plutôt accidentelle
que normale ; les plants-boutures qui sont morts avaient été attaqués
par les termites, auxquels ils résistent moins que les plants provenant
de graines. Ceux-ci, en effet, lorsqu’on les transplante, ont déjà des
racines, dont sont dépourvues les boutures; leur végétation est plus
rapide, et ils se trouvent plus tôt dans de meilleures conditions de
résistance. M. Adam poursuit des essais sur les moyens de oréserver
ses plants contre les fourmis blanches.

85
mal aux vents très forts ; l’arbre-bouture est plus buissonnant
et a un tronc plus épais.
3° L’arbre-graine ne peut donner de boutures qu’après un
temps assez long, deux ans environ ; sur l’arbre-boulure,
six mois après sa mise en terre, on peut prélever quelques
branches.
4° L’arbre-graine donne des fruits beaucoup plus tard que
l’arbre-bouture.
Ainsi l'un se complète par l’autre : l’arbre-graine croît très
rapidement et réussit très bien ; l’arbre-bouture s’acclimate
moins facilement, mais rapporte, dans un délai très court,
des graines et des boutures.
Les graines ont été semées en janvier; les jeunes plants
ont été repiqués, ainsi que les boutures, au mois de juin1,
au commencement de l’hivernage. L’arbre doit être ombragé.
Grâce à tous ces soins, pris par M. Adam, et qui font le
plus grand honneur h l’administrateur général dont nous
venons de résumer le rapport si documenté, il est à prévoir
que le commerce du caoutchouc en Casamance reprendra peu
à peu l'importance qn’il a perdue en ces dernières années.
Voici, en effet, les fluctuations du marché depuis
l’année 1883 :
1883
59.623 kilos
103.347 »
1884
1887
150.000 »
128.807 »
1888
139.169 )&gt;
1891
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

1. Pour une pépinière d'un hectare et demi, contenant un millier
d’arbres, M. Adam estime, comme frais de première année, 1500 francs,
et, comme frais de seconde année, 1020francs, ainsi répartis:
2 hommes attachés, pendant toute l’année, à la plantation, à
1 franc par jour........................................................................ ”20 fr.
5 débroussaillements, à 20 francs l’un.....................................
100 »
1 bêchage à 200 francs...............................................................
200 »
Total............................... 1020 fr.
Au bout de six ans, un arbre peut donner 1 kilogramme de caout­
chouc, vendu actuellement au prix moyen de 4 francs 50. La plantation
rapporte, dans ces conditions, 4.500 francs.

�86

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

1892
493.135 kilos
1893
238.471 »
1894
396.553 ))
1895
144.592 »
1896
126.878 &gt;v
Il y a ainsi eu, à partir de 1894, une diminution très
sensible dans le commerce de la gomme. Cette diminution est
due aux produits des Diolas, qui, chargés de corps étrangers,
ont fait déprécier le caoutchouc de la Casamance sur les
marchés d’Europe ; et il en est résulté des pertes sérieuses
pour les maisons de commerce. Aussi, depuis 1895, ces
maisons se montrent-elles prudentes et plus exigeantes. Mais,
lorsqu'on aura redonné la confiance, en surveillant les Noirs
et en réprimant la fraude, l'exploitation des espèces indigènes
ou des espèces introduites pourra amener, au dire de M.
Adam, une production dix fois supérieure à ce qu elle est
actuellement.
En dehors de la Casamance, d’autres régions du Sénégal,
bien que moins riches peut-être, peuvent encore apporter
leur appoint au commerce de la colonie.
Dans le Diander, les Ficus sont nombreux, les meilleures
espèces étant celles qui portent les noms indigènes de Kheul,
Khcul-bap et Dobb ; on trouve aussi le Landolpliia tomentosa
(toll), dont nous avons déjà donné ailleurs (page 53) la dis­
tribution géographique, le Landolpliia senegalensis) appelé
toll comme le précédent, et le Landolpliia Ileudelotii, ou niadd.
Dans le Dentilia, le Dr Rançon dit avoir vu quelques Ficus
elastica (?) ; et le même explorateur a trouvé un autre Ficus,
qu il a déterminé comme Ficus religiosa(fl), dans le Dentilia,
leGounianta, le Badon et le Niocolo, où il est commun. La
plupart de ces régions sont riches encore en saba, liane mal
déterminée, que nous allons retrouver au Soudan, et qui
n’est peut-être autre que le Landolpliia seneg alensis. Enfin,
surtout sur les bords de la Falémé, qui est, sur une partie de
son parcours, la limite entre le Sénégal et le Soudan français,
le fafetone (Calotropis procera) abonde*

87
Presque partout, ces plantes sont aujourd’hui exploitées ;
mais comme leur destruction complète, dans un délai plus
ou moins éloigné, est à craindre, l’administration supérieure
se préoccupe, dès maintenant, d’y remédier. Dans le discours
qu’il prononçait, à l’ouverture de la dernière session du
Conseil général en 1897, M. Chaudié annonçait que des sacs
de graines de toll avaient été distribués parmi les populations
des provinces Sérères et du Baol.
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

Soudan français.
Les plantes à caoutchouc foisonnent dans beaucoup de
régions du Soudan, surtout au Sud et au Sud-Ouest ; ce n’est
cependant qu’en ces dernières années que le commerce de la
gomme a pris, en ces contrées, une certaine importance.
M. le Dr Ghaussade, dans les Bulletins et Mémoires de la
Société africaine de France (juillet 1895), donne d’intéressants
renseignements sur les différentes phases qu’a traversées ce
commerce, dans le Faranah et les pays avoisinants, depuis 1881,
époque à laquelle ont été faits les premiers essais de récolte.
L’exploitation du caoutchouc était alors commencée depuis
peu dans le Fouta ; les gens d’Abalou, chef de Boketo, dans
le Houré, se mirent à recueillir le caoutchouc pour l’échanger
contre les produits de la côte. Peu après, vers 1884, les
habitants du Firia et du Sulima s’adonnaient aussi à la même
industrie, qui se répandait peu à peu dans les régions voi­
sines, tout en restant ignorée dans le Sankaran.
Mais, vers 1886, Samory, qui tenait à écouler un stock
important d’or et d’ivoire, interdit tout commerce de la
gomme et ordonna à ses sofas de brûler toutes les provisions
qu’ils rencontreraient. L’interdiction s’étendait au Firia, au
Sulima, et, sur les rives du Niger, de Saman à Faranah.
Elle ne fut toutefois appliquée que peu de temps, car,
après le siège malheureux de Sikasso (1887), Samory, cher-

�88

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

chant h se procurer des armes et des munitions par tous les
moyens , envoya, au contraire, à Bilali, son lieutenant,
l’ordre de recueillir de grandes quantités du produit dont il
avait défendu la vente. La récolte était expédiée à SierraLcone et aux comptoirs de Dubreka.
En 1889, des Dioulas de la côte, qui retiraient de ce
commerce des bénéfices considérables, vinrent jusqu'à
Kouroussa et enseignèrent le procédé d’extraction aux gens
de l’Amana, qui allèrent à la recherche des plantes à caout­
chouc jusque dans le Bouré. Il était alors expédié de
Kourassa, en janvier, février et mars, environ soixante
charges de caoutchouc par mois, chaque charge représentant,
en moyenne, de 150 à 200 boules. Pendant le reste de
l'année, l'exportation continuait, mais faiblement.
L’arrivée des sofas en Oulada l’interrompit presque
complètement ; c’est à peine si, après l’occupation de Banko,
des Dioulas de Dinguiray en emportaient quelques rares
charges, qu’ils allaient, par le Fouta, écouler chez les trai­
tants de Kaporo, près de Ivonakry. Seuls, les habitants du
Firia et duSulima avaient continué l’exploitation, qui était cen­
tralisée par Bilali à Hérémanoko, près de la frontière de SierraLeone. Le commerce n’a repris qu’en ces dernières années.
Mais, jusqu’en 1895, tout le caoutchouc ainsi apporté, soit
en Guinée française, soit à Sierra-Leone, était confondu avec
le produit directement récolté dans ces colonies, sans qu’on
eût jamais établi quelle part revenait au Soudan dans l’expor­
tation totale. Des recherches sur ce point n’ont été faites
qu'après la pacification ; et elles sont dues surtout aux
docteurs Coppin et Thiroux. L’état actuel de la ques­
tion a été bien exposé par le capitaine Ballieu, de l’ar­
tillerie de marine, dans u it rapport sur les produits
du Soudan qu'a publié la Revue coloniale (décembre 1897janvier 1898). A ces données s'ajoutent celles fournies,
dès 1895, par le Dr Chaussade, sur le cercle de Faranah et les
pays voisins.
Le caoutchouc apporté du Soudan, est, en général, de
bonne qualité. En 1896, M. Sambain, président de la

89
Chambre de commerce de Saint-Louis, formulait ainsi son
appréciation sur des échantillons qui avaient été soumis
à son examen.
« La qualité de ces échantillons est bonne, quelques-uns
sont même de qualité supérieure. L’échantillon de Kouroussa
clair, classé premier, paraît (quoique l'intérieur de la boule
soit mal recueilli) former une catégorie tout à fait à part, et
représenter, à l’état puret récolté d'une façon convenable, une
valeur commerciale presque égale à celle du Para. »
M. Sambain cote ce caoutchouc, tel qu’il est préparé, 6 francs
le kilogramme.
Deux autres échantillons, venant de Kissi et de Bissandouyou,
vaudraient 4 francs 75, et un quatrième, venant de Kankan,
vaudrait 4 francs 50, si toutes ces sortes étaient pures.
M. Chapel, secrétaire de la Chambre syndicale des
caoutchoucs, yultas, etc., à Paris, considère aussi comme
excellent le caoutchouc du Faranah que lui a présenté le
Dr Chaussade.
L'exportation du caoutchouc du Soudan vers la côte
augmentera donc rapidement, si plus de soins sont
apportés à la récolte. En 1895, cette exportation était de
71,342 francs, représentant 35,671 kilogrammes à 2 francs ;
en 1896, elle s’est élevée à 135,521 francs, représentant
90,347 kilogrammes à 1 franc 50.
Tout ce caoutchouc semble surtout être extrait de trois
espèces de lianes, portant les noms indigènes de Saba, Gohinc
et BahiC
Nous avons déjà signalé le saba au Sénégal, et nous
avons émis l’hypothèse qu'il s’agit peut-être du Landolphia
senegalensis. Nous n'en avons pas, à vrai dire, de preuve
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

1. M. Ballieu cite, dans son rapport, les trois lianes saba, fjohine, et
bili. Sur cette dernière, nous ne possédons que les indications données
dans le rapport du Dr Coppin, et qui sont les suivantes : La tige du bili
est à écorce très dure (alors que celle du saba est tendre), très rugueuse
et très brune ; les feuilles sont lancéolées et terminées en pointe, longues
de lü centimètres environ et larges de 8 centimètres. Le fruit est sphé­
rique, de couleur jaune rougeâtre, de la grosseur d’un citron. La
liane pousse sur les berges, ou même dans le lit des marigots.

�90
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
précise, sinon que le l)r Rançon identifie le saba des Man­
dingues au taré des Peulhs, et que, d'après Baucher, ce
taré serait probablement le toll de la Casamance.
Le saba est abondant dans toutes les régions qu'a par­
courues le Dr Rançon : au Baiera, à l Amana, au Dinguiray,
etc. Le commandant Binger le signale aussi à Kalaba et à
Sénou, dans la relation de son voyage Du Niger au golfe de
Guinée, par le pays de Kong et le Mossi (1887-1889).
La liane atteint, dans ces contrées, d'après M. Rançon, des
proportions gigantesques ; elle s’attache aux grands végétaux,
et acquiert parfois un tel développement que l'arbre qui la
porte disparaît.
Les feuilles, d'après les figures données par le Dr Rançon
et par le commandant Binger, ont un pétiole très net ; elles
sont arrondies à la base et au sommet.
Les fleurs, blanches, ressemblent à celles du jasmin et ont
une odeur très agréable. Les fruits ont la forme d'une orange ;
ils sont vert sombre quand ils ne sont pas mûrs, et jaune
rouge à la maturité. Les graines, au nombre d’une trentaine
environ, sont plongées dans une pulpe jaune d'or, d'un goût
délicieux, et très rafraîchissante.
Les pieds qui poussent dans un sol argileux et sur les pla­
teaux ferrugineux sont moins vigoureux que ceux qu’on trouve
sur les rives des marigots1. Le latex est très abondant en
toute saison et se coagule rapidement, par simple évaporation ;
le caoutchouc est excellent.
Le g obi ne est encore complètement indéterminé. Nous
pouvons atïirmer seulement que son produit est de très bonne
qualité, car nous en avons examiné quelques échantillons,
envoyés au Musée colonial de Marseille par M. Cazalbou,
vétérinaire militaire attaché au corps d’expédition du Soudan.
Les boules que nous avons vues sont formées par l'enrou­
lement de lanières assez larges ; noires extérieurement, ou
i. C’est du moins ce que dit le Dr Rançon, tandis que, d’après le
l)r Coppin, le saba se trouve toujours à quelque distance des marigots.
La liane qui pousse sur le bord de ces marigots serait le bili, confondu
avec le saba.

91
fortement brunâtres, elles sont rouges sur la section, nullement
visqueuses. Elles sont malheureusement mal préparées,
humides, et contiennent beaucoup d’impuretés, surtout des
fragments d’écorce.
Sur la liane bahi, nos renseignements, grâce au Dr Chaussade, sont plus complets. Au dire des habitants, cette plante
est la seule qui, dans le Faranah et les pays voisins, fournisse
le caoutchouc de la région, qui est excellent1. Le nom de
bahi (ou bohi ou holiié) est celui donné par les Malinkés ; les
Diallonkès appellent la même espèce Poré, et les Foulas
Iladjingué.
Les rameaux, droits et flexibles, pourvus de vrilles,
peuvent atteindre une grande longueur. Le tronc, qui est
rarement isolé (on en trouve généralement trois ou quatre
accolés), atteint, au maximum, la grosseur de la cuisse. Il s'élève
à une hauteur de deux mètres environ; et si les arbres
manquent dans le voisinage, les rameaux s infléchissent
et s'étendent sur le sol. L’écorce des grosses branches est
rugueuse, écailleuse, noirâtre ; celle des petites est grise,
parsemée de lenticelles.
Le bahi pousse de préférence sur les pentes et les collines
ferrugineuses, en bordure des bois ; on ne le trouve ni dans les
plaines basses, ni au bord des cours d’eau.
La floraison commence en décembre et se continue jusqu’en
mars ou avril.
La fleur, petite et blanche, ressemble à celle du jasmin et
a une odeur légère, agréable. Le fruit, comestible, a la gros­
seur d’un petit citron et renferme quatre à cinq graines.
La feuille est employée, en médecine indigène, pour la
confection d’emplâtres, contre certaines maladies de poitrine.
La quantité de lait fournie par un pied n'est pas consi­
dérable ; les plus gros ne donnent guère qu’une boule d’une
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

1. Nous avons vu que ce caoutchouc est quelquefois coagulé par
l’oseille dakoun ou bisab. Cette oseille est très probablement un Hibis­
cus : soit VIlibiscus Sabdari/fa L.,qui est, d’après M. Rançon, l'oseille de
Guinée ou du Soudan ; soit 17/. panduræformis Birm., appelé bisab y alla
en ouolofî.

�92
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
grosseur moyenne; et. en général, il faut inciser deux ou trois
pieds pour obtenir une boule ordinaire. La récolte faite, la
plante est épuisée pour deux ans.
Le bahi pousse non seulement dans le Faranah, mais dans
le Sulima, l Oularé, le Houré, le Baiera, le Firia, 1 Oulada,
l’Amana, le Bouré, le Fouta, le Sankaran ; vers le Sud, on le
rencontre au moins jusqu'il Tiro.
En 1895, le prix du produit était de 0 IV. 50 la boule de
150 à 180 grammes, ce qui représente une valeur moyenne
de 8 francs le kilogramme.
Nous avons vu que le Dr Chaussade attribue ce caoutchouc
au bahi seul. Le fait indiquerait que le fafetone [Calotropis
procera), qui, cependant, existe au moins dans quelques-unes
de ces régions, sur les bords des marigots, n'est pas exploité.
Est-ce parce que les indigènes en ont reconnu le produit
comme de qualité inférieure? La supposition, pour les raisons
que nous avons données précédemment (page 41), n'est pas
invraisemblable. Il est toutefois possible aussi que leur
attention n ait pas encore été attirée sur cet autre usage
d'une plante qu’ils connaissent bien, puisqu'ils emploient
l’écorce comme textile et les feuilles pour clarifier l’eau. Il
est certain qu'au Soudan, où le commerce du caoutchouc est
tout récent, beaucoup de plantes sont encore négligées, dont
il sera tiré parti plus tard. Les Ficus sont communs ; les
espèces les plus fréquentes, d’après le Dr Rançon, sont : le
Ficus Sycomorus L., le Ficus Afzclii L., le Ficus ruyosa L.,
le Ficus rnacrophylla Desf., ce dernier abondant surtout
dans le Bondou.
Le caoutchouc sera, tôt ou tard, retiré de quelques-uns
de ces arbres, de même qu’il sera sans doute procnainement
apporté de régions où, comme aux environs de Tombouctou,
les plantes dont on peut l'extraire sont en assez grand
nombre, mais sont encore délaissées, les tribus se livrant à
d'autres commerces, qu elles croient plus avantageux.

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

93

Guin cc fra nçaisc.
Le caoutchouc représente à peu près les sept dixièmes du
commerce de la Guinée française.
Il en était exporté, en 1894, pour une valeur de 3.486.889
francs; et l’exportation, pour le premier trimestre de 1897,
a été de 1.848.217 francs, ce qui, au prix de la mercuriale
(3 francs 50), correspond à 528.061 kilogrammes.
Mais il faut remarquer que dans ce total rentre une par­
tie des produits du Soudan, qui, comme nous l’avons vu, sont
apportés soit en Guinée française, soit à Sierra-Leone. Les
meilleures sortes sont même celles qui ont cette provenance,
particulièrement celles qui sont vendues par les Sarakolets et
les Mandingues, et qui sont livrées en boules, formées de
longues lanières d’un très bel aspect et d’une grande pureté.
La deuxième et la troisième qualités sont fournies par les Foulahs, auxquels les Sousous (les Somboyàkayes, par exemple)
servent d intermédiaires avec les factoreries de la Côte.
La Guinée française récolte donc, en définitive, assez peu,
par elle-même ; et ses sortes, dites flakcs, sont, en général, de
qualité inférieure. Leurfaible valeur n’a, d'ailleurs, pour cause
que leur préparation défectueuse, car on connaît dans la colonie
plusieurs espèces à caoutchouc qui sont les mêmes qu’au Sou­
dan. Le Dr Crozat a rencontré le saba en abondance au FoutaDjallon ; et, dans la même région et au Rio-Nunez, poussent,
outre le Landolphia Heudelotii, dont le produit est de valeur
douteuse, divers Ficus et le Landolphia owariensis, qu’on
retrouve encore sur d’autres points de la colonie, sur les bords
du Rio-Pongo et de la Mellacorée. La Guinée, tout en expor­
tant les caoutchoucs de l’intérieur, pourrait donc augmenter et
surtout améliorer sa propre production. Ajoutons que des
plantations d'Ilevca brasiliensis ont été faites par quelques éta­
blissement privés et réussissent.

�91

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

Côte d Ivoire .
L’exploitation du caoutchouc augmente, tous les ans, dans la
colonie ; les indigènes, qui la reconnaissent rémunératrice, s’y
livrent de plus en plus. L'exportation, en 1895, a été de 115.221
kilogrammes, alors qu elle n’était que de 76.576 kilogrammes
en 1890.
Les plantes à caoutchouc existent un peu partout : au Baoulé
dans le cercle de Béribv, etc. Ce sont, comme en Guinée fran­
çaise, ou des Ficus, dont l’espèce principale est le Ficus
Vogelii Miq., ou des Landolpliia.
Dahomey.
Le Dahomey n’a commencé l’exportation du caoutchouc qu’en
1895, et il en a été expédié, cette année-là, 103 kilogrammes ;
mais, dès le premier trimestre de 1896, l’exportation s’est
élevée à 1082 kilogrammes, et elle a été de 2812 kilogrammes
en 1897. 11 est donc à prévoir que le commerce de la gomme
va, dans cette colonie également, prendre, peu à peu, de l’extension. Les lianes, entre autres 1e. Landolphia owariensis, sont
aussi abondantes que dans les colonies précédentes, et pourront
être activement récoltées, quand le chemin de fer entre Allada
et la rivière Sô sera construit.
Des négociants indigènes ont aussi fait des plantations dans
les régions d’Ouidah, d’Abomey-Calavi et de Porto-Novo.
Le Dahomey peut devenir un centre d’exportation tout aussi
important que les colonies voisines anglaises de Lagos et de la
Côte de l’Or, où les progrès du commerce sont extraordinaires.
Dans la Côte de l’Or anglaise, l’exportation du caoutchouc,

95
qui n’a commencé qu’en 1882, atteignait, en 1895, une valeur
de 5 millions de francs.
Lagos, en 1894, expédiait 50.000 livres environ de caout­
chouc, et 5.069.504 livres en 1895, ce qui représente, pour
cette dernière année, une valeur de 6.721.022 francs. Cette
forte augmentation serait due à l’utilisation du produit du
Kickxia africana. Nous avons cependant vu, plus haut, au
sujet de cet arbre, les doutes qu’on peut avoir.
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

Gabon-Congo.
Au Gabon-Congo, l’exploitation des plantes indigènes est
menée de front avec la culture des espèces introduites.
Depuis longtemps déjà, l’acclimatation d'arbres étrangers
était d’autant plus nécessaire qu’en certains points, sur le
littoral surtout, presque toutes les lianes, coupées par les
Noirs, ont disparu. Aussi, dès 1887, E. Pierre, fondateur du
Jardin d’essai de Libreville, se préoccupait-il d’établir des
plantations de Manihot Glaziovii; et, en 1891, il rendait compte
ainsi de ses premières tentatives, dans le Bulletin de la
Société de Géographie commerciale de Paris :
« Un seul arbre, que j’ai importé en octobre 1887, a d’abord
donné 115 arbres, dont la plupart ont, en ce moment,
des troncs de 50 centimètres de circonférence et une hauteur de
7 à 8 mètres. Cette plante, que M. Brazza répand le plus qu'il
peut chez les indigènes, est d'un grand avenir dans le pays.
L’arbre importé en 1887 est le père de 14.000 à 15.000 jeunes
plants que j’ai faits cette année. Plusieurs milliers de ces arbres
ont déjà été distribués aux Pahouins de la rivière Congo. »
Après E. Pierre, M. Chalot, son successeur, a également
apporté tous ses soins à répandre le Manihot Glaziovii, en
même temps qu'il introduisait, vers la lin de 1896, VHevea
guyanensis.
Aujourd’hui les plantations du premier de ces arbres sont

�%
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
nombreuses. On peut citer, notamment, celles d’une maison
hollandaise (dont l’agent principal est M. Wisser), sur le lac
Cayo, où il v a plus de trois mille caoutchoutiers de Céàra, et
celles de la Mission catholique du Fernan-Vaz. Plusieurs vil­
lages ont aussi multiplié des plants de la même espèce.
11 faut bien dire, d’ailleurs, que cette culture d’arbres intro­
duits est surtout préférée à la culture des lianes indigènes
parce qu’elle est plus facile et donne des résultats plus rapides;
il n'est pas douteux, pourtant, que les planteurs qui auraient
la patience et les moyens d’attendre quelques années de plus
trouveraient avantage, dans la suite, à avoir, de préférence,
entrepris des cultures de Landolphia.
Nous avons dit, en etîet, plus haut, que le caoutchouc du
Manihot Glaziovii acclimaté en Afrique passe généralement
pour n’avoir pas la même valeur qu’au Brésil ; sa qualité serait
même inférieure à celle du produit de certaines lianes indi­
gènes.
Les plantations de ces lianes pourraient donc être, au bout
d'un certain temps, plus rémunératrices ; et, bien que plus dilliciles, elles sont possibles, caries marécages de l’établissement
d Ashouka, dans le Bas-Ogooué, sont actuellement entourés
d’une ceinture de pieds de rijamho (Landolphia Foreti
probablement), dont le nombre est de 1.800 environ.
En tout cas, les raisons qui font recommander la culture
de ces Landolphia démontrent qu'il est de la plus haute
importance, pour l’avenir de la colonie, d’arrêter, autant
que possible, la destruction des pieds encore existants.
Les espèces qui donnent du bon caoutchouc, et à la con­
servation desquelles il est nécessaire de veiller, sont très
variées.
Quelques-unes sont bien déterminées, telles que le Landol­
phia Petersiana Dyer, trouvé notamment à Libreville et à
Denisville, le Landolphia owariensis Pal. Beauv., qui est
appelé malumba par les Congolais, le Landolphia Forcli
Jum., nommé n' djembo au Fernan-Vaz.
Mais la plupart sont encore mal connues et nous ne pou-

97
vons les décrire, très imparfaitement du reste, que sous leurs
noms indigènes.
Dans le Bas-Ogooué, citons, d’après M. Bouyssou, ingé­
nieur de la Société du Ilaut-Ogooué, le Djournialc des
Bakalais. M. Bouyssou ne donne, malheureusement, sur
cette plante, aucun renseignement botanique. Il indique
seulement qu elle est surtout fréquente dans la région des
sources du N'gounié et de son affluent l'Oloio, et que le
caoutchouc, qui est très bon, est obtenu par l'indigène en
Arersant le latex dans du jus de citron chauffé. Le caoutchouc
est enlevé au fur et à mesure de sa formation, puis roulé en
boules, qui ont un poids moyen, les unes de 120 grammes,
les autres de 0 grammes.
« Les boules de 120 grammes sont faites avec le caoutchouc
obtenu dans le jus de citron non épuisé. Ce caoutchouc, sans
être pur, est de bonne qualité ; il est élastique, nerveux, et
craque sous le couteau, quand on le coupe. Les boules de
b grammes sont obtenues avec le jus de citron épuisé à la
suite de la préparation des boules précédentes. Le caoutchouc
de ces boules est élastique, mais moins dur, moins nerveux
que celui des grosses boules. Sa qualité inférieure tient :
1° à l’épuisement partiel du jus de citron; 2° à l’élévation de
température qui est nécessaire pour obtenir la précipita­
tion a.1
Quelquefois l’indigène augmente le pouvoir de précipitation
de ce jus de citron épuisé, en y ajoutant du sel marin ; le
produit est alors de moins bonne qualité que lorsqu il est
obtenu avec le jus seul.
Souvent aussi le caoutchouc de djournialc est fraudé par
l’addition des latex de deux autres lianes : VAkounya et
YAboundji, dont le produit n'a ni consistance, ni élasticité,
ni nervosité.
Ces trois lianes qui donnent ainsi du caoutchouc, vrai ou
faux, sont, d’après M. Bouyssou, les seules qu incisent les
Noirs dans le sùd et il l’ouest du bassin de l'Ogooué.
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

1. Revue des cultures coloniales, janvier 1898.
Plantes à caoutchouc et à gutta.

�98

LFS PLANTES A CAOUTCHOUC

Au Fernan-Vaz, les espèces exploitées sont plus nombreuses.
Nous en connaissons une dizaine d’espèces, dont les échantil­
lons ont été envoyés au Musée colonial de Marseille par
M. Foret, administrateur de la région. De ce nombre faisait
partie le Landolphia Foreti, que nous avons déjà décrit, et
qui fournit un bon caoutchouc. Nous allons donner rapidement
les indications, d’ailleurs un peu incomplètes, que nous possé­
dons actuellement sur les autres, d’après les matériaux que
nous avons eus entre les mains. Les noms cités sont en dia­
lecte n’coumi.
L 0/xOUcndé ngowa (trad. : queue de porc) a été nommé par
M. Pierre Carpodinus Forctiana. 11 rentre dans la section des
Commidodia de cet auteur, et est voisin de ses Carpodinus
Klaincana, rufonervis et Griffoniana. Le tronc que nous avons
vu mesurait 7 centimètres de diamètre ; la section du bois
est rougeâtre ; l'écorce, brun rouge également, épaisse de 8
millimètres environ, est subéreuse, à surface rugueuse et
écailleuse.
Les rameaux sont glabres, brun noirâtre, couverts de
petites lenticelles jaunes punctiformes. Les feuilles, dont le
sommet est arrondi ou pourvu d'un mucron, sont ovales
oblongues ; les plus grandes ont 28 centimètres de longueur
sur 15 centimètres de largeur, avec un pétiole d’un centimètre
environ. Elles sont glabres, coriaces, luisantes à la face supé­
rieure, mates inférieurement ; elles ont sept à neuf paires de
nervures secondaires, très saillantes en dessous, courtes, et
s’insérant obliquement sur la nervure médiane. L'ourlet
marginal n’est pas aussi net que chez le ndjembo.
Les fleurs sont petites, à peu près de la dimension de celles
du lilas ; elles sont blanches et sans odeur. Le fruit, qui
mûrit de janvier à mars, est une baie, à surface brune quand
elle est sèche ; beaucoup moins Amlumineux que celui du
ndjembo, ce fruit est un peu ovoïde, mesurant en moyennes
centimètres de longueur sur 7 centimètres de largeur. Le
péricarpe a une épaisseur d’un centimètre et ne présente pas
la zone de granules scléreux qu’on remarque dans celui du
Landolphia Foreti.

99
Les graines, au nombre de 20 à 25 par baie, sont sem­
blables, comme dimensions, comme forme et comme struc­
ture, â celles des Landolphia ; elles sont albuminées, et leur
tégument possède les mêmes poils qui constituent la pulpe
du fruit.
Le latex de cette liane ne paraît pas coaguler sponta­
nément. Nous en avons reçu deux litres à des époques
différentes ; dans chaque envoi, les globules, séparés de
l’eau-mère, s’étaient réunis en une masse dépourvue de
toute élasticité, cassante et friable. Pour obtenir un produit
normal, élastique, il faut donc provoquer la coagulation. Ce
produit, noir à l’extérieur et sur la coupe, devient un peu
visqueux, avec le temps, à la surface. Au bout de deux ans,
la proportion de substance résineuse était de 19 °/0, alors
qu elle n’est que de 8,5 pour le caoutchouc de n'djembo. Le
caoutchouc d okouende n’en est pas moins une sorte audessus de la moyenne comme valeur, et très utilisable.
Meilleur encore est le produit du Gnongo, qui devient bien
moins visqueux (9 °/0), qui est très élastique et très ner­
veux. Au sujet de la plante elle-même, nous savons
seulement que c’est une très grosse liane, dont les fruits
mûrissent de janvier à mars.
VIvogué (trad. : noire) donne une sorte inférieure ; les
Noirs l’incisent surtout pour mélanger son latex avec celui
des espèces meilleures. C’est cependant, paraît-il, selon eux,
la mère des autres lianes. Les rameaux et les feuilles sont
couverts de courts poils roides, roussâtres ; les rameaux
présentent, en outre, de nombreuses lenticelles jaunes. Les
feuilles sont ovales (12 centimètres de longueur sur 7 centi­
mètres de largeur), avec un court mucron aigu, arrondies à la
base ; il y a cinq à six paires de nervures secondaires
fortement arquées. Le pétiole mesure 8 millimètres.
Les fleurs sont en grappes de cymes ; le calice (2 milli­
mètres de longueur sur 2 millimètres de largeur) porte les
mêmes poils roux que le reste de la plante. Le fruit est
sphérique, brun quand il est sec, â surface bosselée ; celui
que nous avons vu mesurait h centimètres de diamètre, avec
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

�100
LF.S PLANTES A CAOUTCHOUC
un péricarpe Oc 1 centimètre d'épaisseur, sans granules
scléreux. Il contenait huit graines semblables à celles des
Landolphia. M. Pierre vient de nommer Yivogué : Carpodinus Jumellei.
L'Ebourendé (trad. : qui coule lentement) est une grosse
liane qui donne des fruits en janvier. Son latex sert, dit-on, à
coaguler les laits de qualité inférieure ; il dégageait, quand
nous l'avons reçu, une forte odeur d’acide suif hydrique,
mais était liquide. Il nous a servi à faire de nombreux essais.
Nous avons obtenu sa coagulation par différents procédés :
soit par simple évaporation sur une surface plane, soit par
ébullition, soit par l'action de l’alcool, de l'éther, de l’acide
sulfurique. Par contre, les acides chlorhydrique, azotique et
citrique, l’alun et le chlorure de sodium ont été sans elï'et.
Le produit est de très bonne qualité ; la gomme obtenue par
l’éther est, en particulier, très blanche, nacrée et très élas­
tique ; celle obtenue par évaporation contient 10 °/0 environ
de substances étrangères. Les boules préparées par les indi­
gènes étaient, au bout de deux ans, encore très peu résineuses
(4,5 %)•
L Itomba (trad. : entourée d'eau) diffère très sensiblement
des autres espèces. Sa tige, couverte de courts poils blancs,
est à section polygonale, et marquée de fortes côtes ; les
rameaux jeunes ont de longs poils bruns, et les lenticelles y
sont rares. Les feuilles sont glabres, spatulées, très larges en
haut, avec un mucron très net, atténuées peu à peu vers le
pétiole. Les plus grandes que nous ayons vues mesuraient
27 centimètres de longueur et avaient, comme largeur,
10 centimètres au voisinage du sommet, 5 centimètres un peu
au-dessus du pétiole. Ce pétiole a 12 à 15 millimètres. Les
nervures secondaires, très fortes, sont au nombre de douze
paires.
La plante, pourvue de vrilles, grimpe très haut; les fruits
mûrissent en janvier. Le caoutchouc a une certaine valeur,
quoique plus résineux que les précédents (24 °/0).
Le Boucla (trad : qui fait exprès), dont le produit semble
de qualité tout à fait supérieure, est à tige glabre. Les

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

101

rameaux, jaunâtres, portent de très nombreuses lenticelles
arrondies, brunes. Les feuilles sont minces, sans poils, brun
verdâtre en-dessus quand elles sont sèches, brun foncé à la
face inférieure. Elles sont ovales et mucronées et portent
quinze à seize paires de fortes nervures secondaires ; le limbe
peut avoir 19 millimètres de longueur sur 8 millimètres de
largeur ; le pétiole a 8 millimètres. Les fruits mûrissent en
janvier.
L Oçjouniou (trad. : se dit d’un homme faible qui cherche
l’appui d'un homme fort) donne une gomme considérée
comme médiocre et qui, en effet, renferme 50 % de résine,
(blette liane pousse près des grands arbres. Ses feuilles sont
ovales, arrondies au sommet, atténuées à la base ; le limbe
mesure, en moyenne, 18 millimètres de longueur sur 8 mil­
limètres de largeur; le pétiole a 10 à 12 millimètres; il y a
sept paires de nervures secondaires.
Le Gambo usina (trad. (?) : si on voit le lait, à plus forte
raison la liane) fournit un produit plus résineux encore que
le précédent (54 °/0 ). Sur la tige, brun foncé, se déta­
chent nettement les lenticelles jaunes. Les feuilles minces et
glabres ont la face supérieure verdâtre û l'état sec, et la
face inférieure brune; elles sont ovales et mucronées (17
centimètres de longueur sur 8 millimètres de largeur) et
portent onze à douze paires de nervures secondaires ; le
pétiole a 1 centimètre environ.
Le Lôni (trad : espèce de paqne) est une liane peu feuillue,
à petites fleurs, fructifiant en janvier et février. Son caout­
chouc, d’après M. Foret, est de mauvaise qualité, et la boule
que nous avons reçue était, en effet, gluante et sans élasticité.
Mais cette faible valeur ne tient-elle pas au mode de prépa­
ration ? On peut le croire, si le latex qui faisait partie du
même envoi provient bien de la même plante. Ce latex,
rougeâtre et d’odeur agréable, rappelant celle du latex
d ogouendé ngowa, nous est parvenu coagulé, mais le
coagulum qui plongeait dans l eau-mère était très peu vis­
queux, très élastique, très nerveux, et s’est parfaitement
conservé. A en juger par ce coagulum (et s'il n'y a pas eu

�102
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
erreur dans l’envoi) on devra pouvoir, au moins par certains
procédés de coagulation, tirer bon parti du caoutchouc de lôni.
Nous citerons, enfin, une dernière espèce dont nous ne con­
naissons pas le produit, mais qui a même origine que les
précédentes. L Iganda a une lige brune, à courts poils blancs,
parsemée de rares lenticelles. Les feuilles sont glabres,
elliptiques, arrondies à la base, acuminées au sommet ; elles
ont dix à douze paires de nervures secondaires, peu saillantes ;
le limbe, porté sur un pétiole d'un centimètre et demi, peut
mesurer 13 centimètres de longueur sur 5 centimètres 5 de
largeur. Le fruit est brun, il surface lisse, sphérique, de 7
centimètres de diamètre ; il ressemble à celui des Lanclolphia
et contient une dizaine de graines.
Le latex de cet iganda nous est parvenu en trop mauvais
état pour pouvoir être utilement étudié : il était blanc, déga­
geait une odeur nauséabonde, et dans le sérum, trouble,
nageait un faible coagulât.
L énumération que nous venons de faire, tout incomplètes
que soient les descriptions qui l'accompagnent, prouve quelle
est la richesse du Fernan-Vaz en plantes à caoutchouc.
D'autres régions du Congo français nous réservent certaine­
ment encore des découvertes. L'année dernière, M. Goujon,
administrateur de la Haute-Sangha, décédé, il y a quelques
mois, à Libreville, a rapporté, en France, de la région où il
résidait alors, des échantillons d’une gomme de bonne qualité.
L’arbre producteur n'est pas une liane, mais un arbre de
haute taille, mesurant 30 à 40 mètres de hauteur, et très pro­
bablement un Ficus ; les fruits ont la grosseur d’une petite
noisette.
« L'arbre à caoutchouc signalé par M. Goujon, dit la Iicvuc
des cultures coloniales (septembre 1897), a été trouvé, pour la
première fois, à Nola, au conlluent de la Kadaï e l de la Mambéré, par 13° 20 de longitude et 3°40 de latitude Nord.
M. Goujon et M. Lemaitre, agent de la Société anonyme belge
à Ngoko, ayant vu entre les mains des indigènes des baguettes
de tambour garnies à leur extrémité d’une boule de caoutchouc,
eurent l'idée de se faire montrer les arbres produisant ce caoul-

103
cliouc. D’après M. Goujon, ces arbres se trouveraient en quan­
tité considérable dans la forêt, et ils représenteraient environ un
dixième du peuplement. 11 est bon de signaler, en passant, un
fait nouveau rapporté par M. Goujon et qui infirme l opinion
généralement admise au sujet de la grande forêt équatoriale.
Cette forêt s’étend le long des grands cours d’eau et forme, de
chaque côté, une bordure de 20 à 30 kilomètres de profondeur,
après laquelle on ne trouve plus que la savane. Ce n'est donc
pas là l’immense forêt continue et mystérieuse qu’on se plaît
généralement à décrire. »
M. Goujon dit qu’un de ces Ficus peut fournir une grande
quantité de latex ; il en a tiré deux litres environ sur un arbre
non abattu.
Plus au Sud de la colonie, vers la limite du Congo belge, il
y aurait lieu, d’autre part, de rechercher les lianes signalées
dans le district du Kivango oriental et dans celui de StanleyPool par le lieutenant Lemaire et par M. Emile Laurent, pro­
fesseur à l’Institut agricole de Gembloux (Belgique)
Ces lianes doivent être voisines des Landolphia, mais leurs
tiges, au lieu d’être grimpantes, rampent à quelques centi­
mètres au-dessous de la surface du sol, en émettant des
rameaux aériens qui atteignent tout au plus une hauteur de
20 à 00 centimètres.
M. I.aiment dit avoir rencontré six espèces différentes de ces
lianes souterraines, mais une seule présente une importance
économique. Les indigènes savent bien la distinguer des
autres et en retirent le latex, qui leur sert à préparer du caout­
chouc dit quelquefois caoutchouc dûs herbes. De vastes plaines
sablonneuses, dans le Kivango, sont couvertes de cetfe plante;
le produit est vendu, en Europe, 4 francs à 4 francs 50 le
kilogramme.
Il n'est pas impossible que la même plante existe dans
notre colonie, dans la région de Brazzaville.
Remarquons, en terminant, qu'en citant précédemment,
parmi les espèces connues, celles qui sont scientifiquement déter­
minées, nous n’avons mentionné que celles dont le caoutchouc
a une valeur certaine, mais que quelques autres encore sont
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC
104
peut-être exploitables et exploitées, bien que nous n'ayons
aucun renseignement précis à cet égard : tels sont le Landol­
phia Lecomtei Dew., trouvé par M. Lecomte à Kitabi, où il est
appelé Binntouba ; le Landolphia comorensis Schum., vu sur
les rives de l'Ogooué et du Congo par Thollon ; le Landolphia
lucida Schum., appelé Tabulo-bulo au Congo belge ; le Landolp/tia Thollonii Dew., recueilli à Brazzaville par M.de Brazza
et par Thollon, etc.
C'est donc très justement, et sans exagération aucune, que
M. de Brazza écrivait en 1887 : «Tout le pays est, à la lettre,
couvert de vignes à caoutchouc. Il y a là d immenses récoltes
à faire, et sans peine; il ne s'agit que d'apprendre aux indi­
gènes à extraire le caoutchouc sans détruire la liane, et sans
gâter la sève par ces mélanges impurs qui la déprécient. 11 y
a là des trésors. »
En 1891, l’exportation totale du Congo français était de
390.025 kilogrammes ; elle a été de 546.355 kilos en 1896 et
de 518.270 kilos en 1897, ce qui représente, pour cette der­
nière année, au prix moyen de 4 francs, une valeur de plus
de 2 millions de francs.

Madagascar
Les végétaux producteurs de caoutchouc, à Madagascar,
sont des lianes ou des arbres.
De toutes les lianes la meilleure paraît être le vahy, et c’est
aussi celle qui est le mieux étudiée. Nous avons vu que c’est
le Landolphia madagascaricnsis, et nous avons vu aussi que
c est très probablement la même espèce qu’on appelle dans
certaines régions, par exemple au Bouéni, fingitra ou fingotra.
Le vahy peut atteindre une longueur de 40 mètres, mais sa
tige reste toujours relativement grêle et ne dépasse pas la
grosseur du poignet. Il faut donc généralement inciser plu­
sieurs pieds pour obtenir un litre de lait.
Aussi les indigènes ne se font-ils pas faute, pour augmenter

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

105

la récolte, d’ajouter à ce lait de bonne qualité les laits, souvent
inférieurs, d’autres lianes.
Ils exploitent souvent, entre autres, dans ce but, le Vahintampotra, liane indéterminée1, de plus fortes dimensions que
la précédente, mais dont le produit est de très médiocre qua­
lité.
Une liane, nommée Rciabo ou Rciahatra au Ménabé, donne,
par contre, d’après le Dr Lévrier, une gomme valant celle du
vahy. Nous n’avons mahneureusement aucune indication sur
ce rciabo, que le Dr Lévrier n’a pu voir, les Sakalaves
n’avant pas voulu le lui montrer, malgré des cadeaux et des
promesses. Le docteur, dans son rapport sur les productions
végétales du Ménabé (paru dans les Notes, reconnaissances
et explorations de novembre 1897), raconte que le roi Inguereza, à qui il donnait ses soins, refusa toujours de lui fournir
le moindre renseignement et avait ordonné à ses sujets de
l’éclairer le moins possible.
Quoi qu’il en soit, le caoutchouc du Ménabé serait fourni
par les laits du vahy, du reiabo et par ceux du fruit du
Bokabé et des tiges du Lombiro et du Vahimainty.
Le bokabé est une liane qui escalade souvent un Comhrctum de Madagascar, le tanienaka. Sa tige est lisse, « avec (dit
le Dr Lévrier) des excroissances minuscules, les unes blan­
châtres, les autres terreuses. » Ce sont évidemment des lenticelles. « Le fruit, de 10 à la centimètres de longueur, est
déhiscent, piriforme comme celui du rehea vahy ; son enve­
loppe, d'abord verte, devient jaune, puis noire et est complète­
ment ligneuse à la maturité (alors que le péricarpe du fruit
du vahy ne l’est jamais); ouvert, il montre, dans sa cavité de
jolies aigrettes et des graines blanches à enveloppe jaune. On
le reconnaîtra immédiatement en remarquant qu'à sa surface
il présente, en de nombreux points, de petites agglomérations
de caoutchouc noir, dues à la mise en liberté du latex par les
I. Le vahintnmpotra est souvent indiqué, dans les rapports officiels,
comme le Vahea gummifera , alors que le t'ahg est le Yahea madagascariensis. C’est une erreur, car nous avons vu que Vahea gummifera est
synonyme de Yahea madagascariensis. Le vahintampotra serait, peutêtre, plutôt le Landolphia comorensis.

�106

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

piqûres d’insectes. Les Sakalaves exploitent surtout le fruit,
l'incisent suivant sa longueur, l'expriment, et chauffent pour
coaguler; mais on peut se servir des coagulants ordinaires. »
« Le latex des tiges et des branches du bokabé, dit encore
le L)1' Lévrier, passe pour nôtre pas utilisable à l'état de pureté.
Comme il en est de même, dans l'esprit du Sakalave, pour le
lornbiro et le vahimainty, encore plus pauvres, on mélange
les trois sucs, ou deux seulement, provenant des tiges du
bokabé, du vahimainty et du lornJ. ro. Cette opération bar­
bare est autant le résultat de l’ignorance que de l'insouciance
de l'indigène masikoro. On doit pouvoir coaguler le suc de
chacune de ces lianes isolément, mais à une certaine époque
de l’année seulement, époque qu il conviendrait d’adopter
exclusivement pour l’exploitation, si on veut obtenir le
maximum de rendement et la meilleure qualité. C’est ce que
j'ai constaté à Ambiky poiy* le lornbiro. N’ayant pu coaguler
isolément son latex au milieu de septembre, j’y parvins le 18
octobre, la liane étant alors en floraison depuis quelques
jours. »
Le Dr Lévrier ajoute que M. de Fleury, directeur des éta­
blissements Suberbie, à Amboanio, lui a montré un très bel
échantillon de caoutchouc lornbiro préparé par lui-même.
Ce lornbiro, ou lombiri, est une Asclépiadée à fleurs bleues,
abondante à Majunga et sur tout le littoral de la côte ouest.
C'est une des plus petites lianes. La tige, qui est brunâtre, et les
feuilles, qui sont opposées, petites, ovales, passent pour con­
tenir un poison, qui se trouve probablement dans le latex.
Le fruit est un double follicule elliptique, contenant de nom­
breuses graines jaunâtres, munies d'aigrettes. Le péricarpe,
d'abord vert, devient jaunâtre, puis noir; il est complètement
ligneux, à la maturité.
Le vahimainty est également une Asclépiadée. Sa tige
atteint une moindre longueur que celle du lornbiro, mais est
beaucoup plus forte et peut dépasser la grosseur du bras; elle
est très rugueuse, noirâtre et noueuse. Les feuilles sont
entières, opposées, lancéolées, petites. Le fruit, un peu plus
long que le petit doigt, est une capsule, dont les graines ont
de fines aigrettes.

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

107

Après les lianes précédentes, citons encore, comme don­
nant du caoutchouc, YErtriazo, et une espèce de DiégoSuarez signalée par le Dr Jaillet, qui la considère comme un
Strophantus (?)
L crtriazo est simplement cité, sans autre renseignement,
par M. le chancelier Durand, qui l’a trouvé dans le district
d’Ambohimanga du Sud (territoire de Mananjary).
Quant au Strophantus de Diego-Suarez, son produit, d’après
le Dl Jaillet, serait excellent. La plante peut être cultivée à la
façon des houblonnières ; elle vient de bouture. Elle résiste
à toutes les sécheresses, s’accommode du sol le plus aride et
donne toujours un lait abondant. Peut-être est-ce, en réalité,
plutôt qu’un Strophantus, le Cryptostcyia madagascariensis
Boj. Cette Asclépiadée, indiquée â Madagascar par Bojer, et
qui est très voisine du Cryptostcgia grandiflora Br., de la
Réunion et de l lnde, fournirait un caoutchouc de bonne qua­
lité. Il est possible que son fruit, qui est un double follicule, ait
été confondu par le Dr Jaillet avec le fruit des Strophantus.
Parmi les végétaux caoutchoutifères de Madagascar qui sont
des arbres, le plus important est une Euphorbiacée, YIntisy.
Cet intisy, abondant autrefois dans tout le Sud-est de
l’île, fut découvert à Tsivary, le 7 juin 1891, par M. Monin,
employé de MM. Saint-Pierre et Desjardins. A cette époque,
le commerce de Fort-Dauphin était presque nul; la décou­
verte de l’arbre â caoutchouc le développa subitement. Le
Père Piolet cite un traitant français, qui, presque ruiné,
gagna, en très peu de temps, 650.000 francs.
Pour ne pas trahir le secret, on vendit d'abord le produit
aux Indiens de Maintirara, qui l’expédiaient en Europe,
comme provenant de la côte d’Afrique, sous le nom de caout­
chouc de Kilua. Ce ne fut que onze mois plus tard que le
secret fut connu à Hambourg.
« L intisy, dit M. Chapotte, garde-général des forêts, dans
son rapport sur les forêts du Sud de Madagascar *, est un petit
arbre qui ne dépasse pas 60 centimètres de circonférence et
1. Ce rapport a été publié dans le Journal officiel de Madagascar et
dépendances (juillet 1897.)

�108
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
3 m. 50 de hauteur. Il se maintient droit dans sa jeunesse,
mais devient pleureur en vieillissant. Les ramifications, très
prèles, passent, par gradations insensibles, de la tige aux plus
menues branches, celles-ci cylindriques et d’un vert accentué.
A défaut de feuilles véritables, il convient de mentionner
cependant quelques stipules linéaires, allongées, de 5
centimètres, qui ont été remarquées aux nœuds près des
bourgeons latéraux. La ramification n'est ni nettement oppo­
sée ni nettement alterne, mais assez irrégulièrement verticillée, chaque bourgeon terminal donnant naissance à trois
pousses au plus. Le fruit, examiné en état de maturité impar­
faite. est une capsule ovoïde, de la grosseur d’une cerise, atté­
nuée à la base, étranglée vers le milieu, suivant la cloison qui
la divise en deux loges, à péricarpe lisse et mince. Chaque
loge contient une graine, à tégument également mince et peu
résistant.
L intisy, lorsqu'il est jeune, a l'écorce verdâtre et luisante;
elle tire sur le gris jaunâtre, avec l’âge. L'arbuste, avec sa
ramification grêle, assez peu groupée, est d’autant moins
apparent qu’il se trouve en sous-étage, dominé par les autres
végétaux de la brousse; il est toujours disséminé, formant à
peine le dixième du peuplement dans les parties où il est le
plus abondant. »
Il ne pousse pas dans le sable ; il croit sur la terre argileuse,
même dure et sèche, et se développe surtout bien dans les ter­
rains faibles.
La récolte de sa gomme a lieu par un procédé assez rudi­
mentaire.
« Les indigènes pratiquent, à la hache, des entailles trans­
versales, le long du tronc, jusqu’à hauteur d’homme, entailles
généralement peu profondes, mais très multipliées, et rap­
prochées, entre elles, de moins de 5 à (i centimètres. Le
latex s'amasse dans les petites poches ainsi formées entre
l’écorce et le bois, et se coagule à l’air libre au bout d’une
dizaine d’heures. On le recueille sous forme dç lamelles blan­
châtres, qui sont réunies en boules, de G à 8 centimètres de
diamètre.

109
Souvent l’indigène, non content d entailler le tronc,
déchausse l’arbuste, tant pour recueillir le suc des racines que
pour former une petite cuvette, dans laquelle la gomme qui
peut déborder des incisions supérieures vient se rassembler.
Le caoutchouc, arrivant ainsi en contact avec le sol, se
mélange d’impuretés, terre, gravier, etc. D’autres fois, l’ar­
buste est complètement déterré, afin de retirer des racines une
pulpe aqueuse, de goût plutôt fade, qui sert à étancher la soif
des indigènes, dans une région où l’eau douce manque sou­
vent.
L’intisy, même laissé sur pied, meurt infailliblement après
l'opération, ce qui explique la très grande étendue de brousse
épuisée en quelques années. Il faut de cinq à six boules de
caoutchouc pour un kilogramme, et les plus gros sujets, sai­
gnés à mort, donnent trois boules ».
Un autre arbre, quelquefois, quoique plus rarement, exploité,
est \'Hazondrano, qui atteint un mètre de circonférence et 10
à 12 mètres de hauteur.
Cet hazondrano du Sud, qui diffère de l arbre connu sous
le même nom à Tananarive1, est, d’après M. Chapotte, « à
feuilles opposées et à fleurs analogues à celles des Solanées ».
L’indigène, pour la récolte de cette espèce, pratique, le
long du fût, au moyen d’une petite hachette, de nombreux
blanchis ou miroirs plus ou moins circulaires, de 5 à G centi­
mètres de diamètre. Le latex se coagule sur les bords de la
cicatrice, au bout d'une douzaine d'heures, sous forme d’un
petit bourrelet. Tous ces bourrelets, ou lamelles, de couleur
blanche ou nacrée, sont réunis en boules, qui ont de 8 centi­
mètres de diamètre en moyenne. L’arbre laissé sur pied ne
meurt pas et I on peut recommencer l’opération tous les trois
ans.
L’hazondrano peut donc paraître, à première vue, d’une
bonne exploitation, d’autant que le caoutchouc est semblable,
comme aspect, à celui de Yintisy ; mais, outre que l'essence
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

1. Il en diffère même complètement, car l'autre hazondrano est indiqué
par Baron, ( The flora. of Madagascar, in The Journal of the Linnean
Society , 1N‘J0) comme un Elxodcndron , c’est-à-dire une Célastrinée,

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC
HO
est assez rare, chaque sujet ne donne guère qu une boule par
récolte. Aussi n'est-ce, en réalité, qu'un médiocre producteur
de gomme.
Dans la même région, M. Chapotte cite encore, comme
végétal donnant peut-être du caoutchouc, 1 aviavindrano,
rencontré de Farafangana à lkongo. Nous avons vu que ce
serait le Ficus trichopoda Baker, que nous avons décrit plus
haut. Il est assez fréquent, à l'état isolé, dans les parties
basses et humides. Nous rappelons que son produit est
inconnu, mais que M. Chapotte pense que l’arbre a été
exploité comme producteur de caoutchouc, parce qu'il a
remarqué de nombreuses cicatrices sur plusieurs sujets.
I/écorce n’était pas enlevée; le latex a dù être recueilli, puis
coagulé au moyen d'un réactif.
Nous ne sommes guère mieux renseignés sur le caoutchouc
d’un autre arbre, trouvé dernièrement par le Chef du service
des forêts vers le nord de l'ile, sur la côte Est, entre Vohémar et la baie d’Antongil. Les indigènes l’appellent Barabanja; son latex serait abondant et de bonne qualité. Le
barabanja pousse jusqu’à 500 mètres d’altitude, de préfé­
rence dans les clairières et à la lisière des forêts. Il atteint
parfois 15 mètres de hauteur et 1 m. 50 de circonférence.
Mais les sujets de cette taille sont rares, car les indigènes les
abattent vers l’âge de 10 à 12 ans, pour obtenir une plus forte
récolte. Heureusement les souches donnent des rejets vigou­
reux, et c'est en partie à ce fait qu'on doit les peuplements
actuels.
Un autre arbre à caoutchouc, signalé par différents auteurs
est le Godroa, ou Gidroa, qu’on trouve, par exemple, dans le
Ménabé et au Bouéni. Le godroa est un arbre atteignant jus­
qu’à G mètres de hauteur, mais dont la tige ne dépasse guère le
volume du bras qu'à la base. Les feuilles sont entières, ovales
et opposées. Les fleurs sont blanches. Pour faire sortir le
latex de cet arbre, il suffit de frapper, avec un instrument
contondant, la tige et les branches. « Les Sakalaves, dit le
Dr Lévrier, ne le sectionnent pas; l’ayant tapoté, le matin,
de bonne heure, ils vont, le soir, recueillir le caoutchouc

111
déposé sur la liane; le liquide qui s’est écoulé est coagulé au
sel. »
Le gidroa d'Ambiky est peu estimé ; sur les rives du lac
Andranomena et des fleuves du Nord-Ouest, il acquiert une
valeur plus grande et fournit un produit très avantageux.
D’autre part, entre Tulléar et Morondava, il existe, toujours
d’après le Dr Lévrier, un grand Ficus très riche en gomme
élastique.
Enfin M. Durand mentionne, dans le district d’Ambohimanga du Sud, un arbre qui atteint 25 à 30 centimètres de
diamètre, qui donne également du caoutchouc, et qui est
appelé Erobaty.
La plupart de ces arbres, sauf le godroa, pour être exploi­
tés, sont abattus ; et il en est de même des lianes. Quand il
s’agit de ces dernières le procédé de récolte est le même dans
toute l’ile. Les indigènes l, en grimpant aux arbres, détachent
la liane, puis, après l’avoir coupée au pied, la partagent en
tronçons de 30 à 40 centimètres, qu’ils réunissent en fais­
ceaux, d'un diamètre d’environ 15 centimètres. Ces faisceaux
sont suspendus, soit directement au-dessus de la calebasse
dans laquelle le lait doit être recueilli, soit au-dessus d un
EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

1. M. le lieutenant Boucaille dépeint ainsi ces indigènes qui se livrent
à la recherche du caoutchouc à Madagascar (De Tananarive à DiégoSuai'ez, récit publié dans les Noies, reconnaissances et explorations, revue
mensuelle paraissant à Tananarive) :
« Les chercheurs de caoutchouc sont gens à l’esprit bohème, que
leurs longues solitudes ont ramenés un peu à l'état sauvage; vrais
misanthropes, fuyant la société, ils vivent dans la forêt, seuls, quelque­
fois deux par deux, rarement plus, se nourrissant de racines et de
fruits.
Ils établissent, sur les pitons, près des ruisseaux, des abris grossiers,
où ils restent cinq à six jours, et d’où ils déménagent dès que le coin
de forêt où ils opèrent commence h s’épuiser.
Quand leur récolte est faite, ils se rendent à la côte, vendent leurs
boules, font une fête qui dure autant que l’argent et retournent dans
leurs bois continuer leur vie errante et vagabonde. Certains, à l’esprit
plus positif, empilent piastres sur piastres, rentrent dans leurs villages
après sept ou huit ans d’absence, convertissent en bœufs l'argent qu'ils
ont amassé, et deviennent de gros propriétaires que tentent quelquefois
les gloires et les honneurs des fonction publiques. Ceux-là, la corpora­
tion les renie : ce sont les faux-frères. »

�112

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

conduit, en écorce d'arbre ou en bambou, qui sert de canal
jusqu'au récipient. La coagulation est ensuite obtenue par le
sel (à Morondava et Maintirano), le jus de citron, l'acide sul­
furique ou le suc des fruits du tamarinier.
Grâce à des procédés aussi rudimentaires, les plantes à
caoutchouc sont déjà aujourd'hui complètement détruites dans
certaines régions.
En 1891, lorsqu'on découvrit Yinlisy, la gomme était récol­
tée au voisinage immédiat de Fort-Dauphin ; maintenant il
faut remonter à quatre ou cinq jours de marche, dans FAntan drov et le Mahafaly.
Il en est de même, pour ne citer que quelques exemples,
dans les environs d'Andevorante ; de même encore, plus au
Nord, entre Mangindrana et Zarandahy, sur un espace
de plus de 10 kilomètres vers l'intérieur, toutes les lianes
ont disparu. L'exportation a subi, de ce fait, une baisse
considérable, très sensible surtout à Fort-Dauphin, où le
commerce de caoutchouc est à peu près le seul, puisque, sur
le chiffre total de l'exportation de ce port, en 1896, qui a été
de 520.837 francs 50, le caoutchouc figure pour 515.870 francs.
Or, depuis 1891, il a été expédié de la région les quantités
de caoutchouc suivantes, évaluées approximativement1 :
1891 ...........

1 8 9 2 ............
1 8 9 3 ............
1 8 9 1 ...............
1 8 9 5 ............

1896 .............

15 tonnes

400
400
400
200

—
—
—
—

168 —

Par suite de cette baisse, plusieurs maisons ont dû fermer;
huit seulement subsistent aujourd'hui et ont établi leurs comp­
toirs à l'intérieur.
Hâtons-nous de dire, cependant, que cette baisse ne doit pas
trop alarmer pour l'avenir de notre colonie; elle peut n’être
que momentanée, tant est grande la richesse de Madagascar
1. Ces chiffres sont donnés parM. Marchai, un des premiers commer­
çants de la région, mais ne peuvent être qu'approximatifs, la douane
hova n’ayant tenu aucun compte sérieux.

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

1 13

en espèces caoutchoutifères. On peut s’en rendre compte par
une revue rapide des différentes régions de 1île, examinées à
ce point de vue.
Sur la côte Ouest, nous avons déjà dit que dans le Ménabé
abondent le vonhéhy (Landolphia madayascariensis), le reiabo,
le hokahé, le lornhiro, le vahimainty et le yodron. On
retrouve ce dernier dans le Bouéni, principalement à la hau­
teur d’Ambelaniampondro et d’Andranoboka ; on rencontre
aussi, à tout moment, dans la même région, d’après le lieu­
tenant S. V. Duruy, quia exploré de Tsaratanana à Nossi-Bé,
le finyiira, que nous avons dit être encore le Landolphia
rnadayascariensis.
Plus au Nord, dans l’Antankarana, nous savons que le Dr
Jaillet a signalé, près de Diégo-Suarez, une liane exploitable,
et que le Chef du service des forêts a attiré l’attention sur le
hnrabanja des environs de Vohémar.
Chez les Betsimisarakas, le commerce du caoutchouc, qui
était très actif, il y a quelques années, a diminué ; cette dimi­
nution, constatée à Tamatave, à Fénérive et à Foulpointe,
tient en partie à la destruction des lianes que nous avons
signalée, et en partie aussi à la mauvaise préparation des
boules livrées par indigènes. Cependant les lianes (devenues
rares, nous l’avons vu, aux environs d’Andevorante) sont
nombreuses encore sur certains points, par exemple dans le
district de Mahanoro, dont l’exportation annuelle est de
1000 kilogrammes, et dans celui de Yatomandry.
Chez les Bezanozanos, la forêt de Moramanga, en particulier,
est très riche en vahy, bien que les indigènes se livrent à la
récolte pendant toute l’année.
L importance du caoutchouc est moindre dans le Betsileo,
où beaucoup de forêts ont été détruites ; mais, de nouveau,
dans l'Antanala, les végétaux producteurs abondent. M. le
sous-lieutenant Jacquier les a rencontrés presque partout, audessous de 500 mètres, dans la partie orientale du district
d’Ambohimanga.
Dans le pays Bara, les naturels, qui ont jusqu’alors peu de
besoins, ne se livrent au commerce que lorsqu’ils y sont forcés
Plantes à caoutchouc et à y ut ta.

S

�114

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

par la famine ; la contrée est donc actuellement une véritable
réserve.
Enfin, dans l’extrême Sud de 1 île (qui est la région de
Yintisy), en dehors des environs de Fort-Dauphin, dont nous
connaissons la situation économique, la province des Antanosy
celle des Antandrov, celles de Masikoréfa, du Mahafaly et de
Fihérénana comptent encore le caoutchouc parmi leurs prin­
cipaux produits d’exportation.
En réalité donc la diminution constatée, en ces dernières
années, dans l'exportation, serait surtout due h ce que le
caoutchouc a disparu, non pas de File, mais des parties facile­
ment accessibles, où l'exploitation a été faite à outrance, sui­
vant les procédés que nous avons décrits. Avec les progrès de
la pacification, à mesure que nous pourrons pénétrer dans les
provinces encore en partie indépendantes, nous retrouverons
de riches provinces non encore dévastées. 11 serait à désirer
qu'on pût alors appliquer les règlements sévères interdisant la
destruction des lianes.
Mais comme il ne faut pas se faire trop d’illusions à cet
égard — car une telle réglementation est, pour plusieurs rai­
sons, bien difficile dans une colonie aussi nouvelle, chez des
tribus soumises de la veille —, il est peut-être plus prudent
et plus pratique d étendre et de multiplier les plantations.
Plusieurs sont déjà établies. Des cultures de Manihot
Glaziovii ont été commencées, dès 1890, au jardin d’essais
de Nampoa, à deux heures au nord de Fort-Dauphin. Un
pied planté, à cette époque, par M. Marchai mesurait, en juin
1897, 0 m. 80 de circonférence et 8 mètres de hauteur; il a
donné naissance à tous les autres sujets, dont beaucoup ont
été transplantés en avril 1895. Les graines, récoltées en
octobre 1894, ont été semées en pépinières immédiatement;
et, trois mois après la levée, les plants, qui avaient un demimètre de hauteur, ont été mis en place définitivement.
Les plus beaux avaient, en juin 1897, 20 à 25 centimètres
de circonférence au pied, sur 4 mètres de hauteur. La distance
qui sépare les sujets, en tous sens, est de 3 mètres 50.
Les arbres fructifient dès l’âge de trois ans et les graines,

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

115

abandonnées à elles-mème, tombent sur le sol, où elles germent
facilement. Les semis doivent être faits en décembre, dans
des pots en bambou. Lorsque les conditions sont favorables,
la germination a lieu au bout de huit jours. Deux mois après,
on transporte le plant sur le terrain, qui doit être frais, mais
non humide. La végétation, qui est rapide, s’arrête pendant
les mois de juin et juillet — et c’est alors que les incisions
doivent être faites — pour reprendre en août et septembre.
M. Marchai possède aujourd’hui 2000 pieds de Manihot Gla­
ziovii.
A Mananantély, un colon français, M. Boccard, a fait des
plantations analogues.
D’autres ont été également entreprises à Mananjary et à
Mahanoro, ainsi que dans le Betsileo (où s est installé un mau­
ricien, d’origine française, M. de Chazal), et en Imérina, au
jardin d’essais de Tananarive.
Mais nous répéterons la remarque déjà faite à propos de nos
autres colonies africaines : il peut être, dans l’avenir, plus avan­
tageux de cultiver, en même temps que le Manihot Glaziovii et
YHevea, qui sont des espèces introduites, les plantes indigènes;
d’autant plus qu’il est à craindre que le Manihot Glaziovii, ne
trouvant pas, surtout sur la côte orientale, les conditions de
sécheresse prolongée qui lui sont nécessaires, fournisse, en
définitive, un produit peu abondant et de faible valeur.
Or la culture des vahy semble pouvoir être obtenue sans trop
de difficultés : un colon français, M. Guillaume, a fait à Amborovy, dans le Bouéni, un essai fie plantations de ces lianes qui
a parfaitement réussi, puisque, sur 300 pieds plantés, aucun
n’a péri.
Le même colon a été tout aussi heureux en bouturant le
godroha. Une branche de ce godroha, coupée en biseau aux
deux bouts et piquée en terre, produit, en peu de temps, un
arbre de belle venue.
Et on peut espérer propager de même Yintisy. Les tenta­
tives faites à Nampoa, n’ont pas, il est vrai, donné jusqu’alors
de résultats très satisfaisants, car il n’en existe actuellement,
dans le jardin d’essais, que trois ou quatre pieds, d’aspect assez

�116
LES PLANTES \ ('AOUTCHOl'C
chétif, et mesurant à peine un mètre de hauteur; mais les Alle­
mands ont lait, dans leurs colonies de la côte orientale d’Afrique,
quelques cultures de cette Euphorbiacée, qu’ils disent en
bonne voie. A plus forte raison doit-on réussir dans la région
où la plante est indigène.
Pour le moment, Madagascar n’exporte encore que le caout­
chouc retiré des végétaux indigènes poussés spontanément.
Cette exportation a été, pendant l’année 1896, d’après le
dernier rapport du général Gallieni, de 536.783 kilogrammes
( Nossi-Bé, Diégo-Suarez et Sainte-Marie n’étant pas compris
dans cette statistique).
La part de Fort-Dauphin, dans cette exportation totale, est
de 168 tonnes1; celle de Tamatave de 67 tonnes2; celle de
Nossi-Yey de 130 tonnes3; celle de Majunga de 120 tonnes
environ 4.
Le caoutchouc expédié de ce dernier port vient de Marorano, de labaie de la Mohajamba, de Tsaratanana, deBetanatana,
de Namakia, et surtout de Maintirano et de Morondava. Mal­
heureusement les caoutchoucs de Maintirano et de Morondava,
qui représentent la moitié de la production de la région, sont
préparés par le sel. et de qualité relativement inférieure.
A Tamatave, le prix du kilogramme, en 1896, était de
o francs en moyenne ; il était de i fr. 50 à Mananjary et à
Maroantsetra. et de 3 fr. 50 à Fort-Dauphin et à Nossi-Vey.
On nous assurait dernièrement que certaines sortes avaient
été cotées, cette année, à 8 et 9 francs.
. Celte exportation de Fort-Dauphin, en 1896, se décompose ainsi :
143 tonnes pour Londres; 38 tonnes pour Hambourg; 3 tonnes pour
Marseille.
2. 27 tonnes pour l’Angleterre, 22 tonnes pour l’Allemagne, 17 tonnes
pour la France, 423 kilogrammes pour Maurice.
3. 70 tonnes pour l'Angleterre, 39 tonnes pour l’Allemagne, 21 tonnes
pour la France.
4. Les deux tiers environ de la production totale de la région sont
expédiés sur Londres, le dernier tiers sur Marseille et Hambourg.
1

EXPLOITATION ET CILTUKE DANS LES COLONIES

117

La Réunion.
La Réunion n’exporte pas de caoutchouc. On trouve cepen­
dant, dans la Partie Sous le Vent, \ine Asclépiadée qui est
assez commune et qui donne, paraît-il, un bon produit, le
Cryptostegia grandiflora R. Br., voisin de l’espèce que nous
avons déjà signalée à Madagascar.
L’origine de ce Cryptostegia grandiflora est douteuse.
M. J acob de Cordemoy considère la plante comme une espèce
indienne, naturalisée dans les îles africaines; et M. Drury,
dans sa Flore de 1 Inde, la donne, en effet, comme indigène.
MaisM. Ilooker, par contre, pense que le Cryptostegia grandi­
flora a été introduit dans l'Inde et vient de l’Afrique tropicale.
Quoi qu’il en soit, les différents auteurs s’accordent sur la valeur
du produit : M. Drury dit que des échantillons envoyés à
l’Exposition de Madras ont été reconnus de bonne qualité ; et
de même, M. Deroux, dans une communication faite à la
Chambre d’agriculture de la Réunion, en 1887. rapporte que
des spécimens envoyés en France ont été très appréciés.
Malheureusement, d’après M. Deroux, le latex de la plante
est peu abondant et la récolte difficile.
L'auteur de la communication s’exprime ainsi à ce sujet :
« J’ai fait des essais qui, avec l’emploi de l’eau, m’ont donné
7 grammes de caoutchouc en une heure, ce qui représenterait
70 grammes par journée de 10 heures de travail.
Toutefois, il nous semble bien qu’en opérant à la sève mon­
tante, et non, comme nous l avons fait, au cœur de l’hiver,
c'est-à-dire pendant l'époque de repos, qu’en employant des
instruments spécialement appropriés pour la saignée du
plant..., en améliorant ainsi les conditions d’extraction, on
devrait pouvoir tripler ou quadrupler, au moins, les résultats
que nous avons obtenus. Or, si on arrivait à recueillir

�IIS
les pl a n t e s \ r. \o rT f.iio rc
300 grammes seulement de caoutchouc par journée de travail,
le problème serait résolu. »
Nous ne croyons pas qu’aucun essai ait, jusqu alors, confirmé
ces suppositions et établi que l'exploitation du Cryplostegia
grandifïora serait rémunératrice.
D’autre part, des recherches ont été faites autrefois dans la
colonie, nous a-t-on dit, sur le caoutchouc du Ficus elastica
qui y est assez répandu aujourd hui : le produit était de qua­
lité inférieure.
Quant h YHcvea brasiliensis et au Maniliot Glaziovii, ils ne
sont représentés que par quelques pieds plantés au Jardin
botanique de Saint-Denis.

Guyane française.
D’après les Statistiques coloniales, la Guyane a envoyé, en
France, en 1891, 50 kilogrammes de caoutchouc, d'une valeur
de 200 francs.
On peut s'étonner de l’indifFérence de la colonie pour un
commerce qui devrait être plus prospère, dans une région où
les Hevea sont indigènes et abondent. M. Coudreau a constaté,
en particulier, l’existence d'une immense zone de forêts à
caoutchouc dans toute la haute Guyane, au pied des monts
Tumuc-Humac, de l ltany à lOyapock.
Mais, à aucune époque, la colonie ne s’est livrée sérieusement
à cette exploitation. Toutes les forêts sont délaissées pour les
placers ; la recherche de l'or est la seule préoccupation des
habitants et a même fait abandonner presque tous les travaux
agricoles.
Dans le rapport sur la mission dont il avait été chargé en
Guyane française, et au retour de laquelle il mourut si préma­
turément, le pharmacien des colonies Geolfroy fait remarquer
toutefois que l'Administration pénitentiaire pourrait entre-

EXPLOITATION ET CT LTE HE DANS LES COLONIES

119

prendre ce que ne peuvent ou ne veulent pas faire les parti­
culiers. Après avoir rappelé que M. Richard, membre du
comité de l’exposition de la Guyane, estime, dans une récente
brochure, à huit millions le rendement annuel de 5000 hec­
tares plantés en arbres à caoutchouc, M. Geoffroy ajoute : « Le
territoire pénitentiaire du Maroni renferme bien des fois 5000
hectares, et, en réduisant de moitié, et même davantage, le
chiffre, par trop séduisant, de M. Richard, l’exploitation serait
encore avantageuse. Elle permettrait de donner une occupa­
tion moralisante et rémunératrice aux libérés et aux relégués,
dont le nombre va croissant.»
Antilles françaises.
Le commerce du caoutchouc est insignifiant dans les Antilles
françaises, où cependant poussent quelques Ficus, qu il serait
utile d’étudier à ce point de vue.
Quatre espèces sont spontanées.
Le Ficus laurifolia Lam. (vulgairement Figuier à agouti)
est un arbre souvent énorme, à tronc de 1 à 2 mètres de dia­
mètre, dont l’écorce, rougeâtre, est généralement peu fendillée.
Les feuilles sont larges, pointues au sommet, arrondies à la
base. Le fruit, dont les agoutis sont friands, est sphérique, de
la grosseur et de la forme de celui du Tamarin des Indes, rougevert, tacheté de brun ou de jaune ; son pédoncule a de l ia 18
millimètres.
On trouve ce liguier, â la Guadeloupe, à des altitudes de
50 à 600 mètres, dans les falaises et sur les bords des rivières
des bois inférieurs (Bains-jaunes, Rivière Rouge, TroisRivières). Il est plus abondant à la Martinique, où il est appelé
Figuier maudit ; il pousse dans tous les grands bois inférieurs.
Le Ficus crassinervia Desf. (Figuier à grandes feuilles a la
Guadeloupe; Figuier blanc à la Martinique) est un arbre de

�12(1

LES PLANTES A CAOUTCHOUC

taille moyenne, avec, ordinairement, des racines aériennes ;
récorce est grise et fendillée sur les vieux pieds. Les feuilles
sont arrondies à la base et au sommet. Le fruit est globuleux
(8 à 10 millimètres de diamètre), velouté, grisâtre, marqué de
taches rondes, vertes ou brunes; il a deux feuilles involucrales,
persistantes, larges et arrondies.
Le Ficus lentiginosa L. (Figuier blanc à la Guadeloupe;
Aralie-cerise à la Martinique) est, dit le P. Düss, « un arbris­
seau souvent gigantesque, produisant, sur le tronc et les
branches, une masse de racines adventives, de l'épaisseur d’un
crayon, courant quelquefois au loin sur la terre, devenant
alors beaucoup plus grosses et se couvrant de nombreux corps
lenticulaires blancs; à branches très étendues, divariquées,
horizontales; à écorce grise ou blanchâtre, gercée; à tronc
formant, à la base, des anfractuosités énormes. » Les feuilles
sont plus petites que celles de l’espèce précédente, membra­
neuses, lisses, vert tendre, longuement pétiolées, faiblement
cordées ou, plus rarement, arrondies à la base, terminées en
pointe obtuse au sommet. Le fruit mûr est blanchâtre, sou­
vent tacheté de rouge, de brun ou de vert, globuleux, glabre,
deux fois plus gros qu’une graine de poivre, et muni, à l’ou­
verture, d’une petite proéminence rouge, mammiforme. Les
feuilles involucrales sont petites et bilobées. L’espèce est assez
fréquente dans les mornes inférieurs de la Guadeloupe.
Le Ficus perfusa L [Multipliant ou Figuier petite-feuille,
à la Guadeloupe; Aralie petite-cerise à la Martinique) est un
petit arbre de 7 à 10 mètres, toujours très vert, à branches
très nombreuses et très feuillues, tétragones ; l'écorce est lisse
et grise. Les feuilles sont petites, coriaces, obovales-lancéolées, arrondies au sommet, obtuses à la base, finement veinées;
le pétiole est court et renflé. Les fruits sont glabres, globu­
leux, de la grosseur d’une graine de poivre, tachetés de brun,
fermés au sommet par une proéminence mammiforme. L’arbre
abonde en certains points de la Guadeloupe et de la Marti­
nique.
Tous ces figuiers ont un suc blanc, laiteux, caustique, qui
peut-être donnerait du caoutchouc.

121
En tous cas, on pourrait exploiter le Ficus elaslica, déjà
acclimaté en plusieurs endroits, dans les deux îles.
L Hevea hrasiliensis, qui, de même, existe déjà et vient bien
à la Martinique, sur le littoral, pourrait aussi être propagé;
il prospérerait sur les mornes humides.
La cause, il est vrai, qui nuira toujours à l’extension des
cultures de cet arbre est qu’on ne peut guère récolter avant
10 ans, et qu’un pied n'atteint son complet développement
qu’au bout de 20 ou 30 ans.
Aussi l’espèce qu’il conviendrait surtout de planter, semblet-il, est le Castilloa elaslica *, dont l’acclimatation dans nos
Antilles est recommandée par M. Landes, dans le rapport dont
nous avons parlé plus haut. La Martinique et la Guadeloupe
étant comprises dans l’aire géographique de cet arbre, il y
réussirait comme il réussit à la Trinidad. Le Castilloa elaslica
présente l’avantage de croître très rapidement; bien qu il ne
donne de graines qu'après une dizaine d'années, il a acquis
déjà son plein développement au bout de cinq ou six ans. Nous
avons dit, en le décrivant, qu’il redoute les sols marécageux
et préfère les terres un peu légères. Ajoutons qu il craint le
vent et qu il est nécessaire de l’abriter.
Voici, d’ailleurs, d'après M. Hart, directeur du Jardin bota­
nique de la Trinidad, les soins à donner aux jeunes plants pro­
venant de graines :
Ces jeunes plants sont gardés à l’ombre jusqu'à l’âge d’un
an. Pour transplanter un pied, on prépare, à des distances de
4 mètres, des trous de 1 mètre de largeur sur 0 m. 30 de pro­
fondeur, et on remplit ces trous avec de la terre de savane
bien fumée, mélangée à l’herbe qu'elle porte et à du sable fin
de rivière. Dans ce compost riche et perméable on met la
plante, un jour ou deux après, en tassant un peu la terre sans
EXPLOITATION ET CULTÜHE DANS LES COLONIES

i. M. Chapel, dans son traité sur le Caoutchouc et la Gulla-Perclia, dit
que le Castilloa elaslica est acclimaté depuis plusieurs années à la Mar­
tinique. y serait alors très rare et localisé dans quelques propriétés
privées, car \1. Landes, d’après les termes de son rapport, ne parait pas
connaître le fait, et le P. Düss, qui pourtant cite les espèces introduites,
ne le signale pas davantage.
11

�LES PLANTES A CAOUTCHOUC
122
la durcir. Si le pied est trop faible, on met un tuteur; pendant
la croissance on le taille, de façon à lui donner un tronc droit
et uni, qui facilite la récolte.
« Dans la région productrice, par excellence, le bassin du
Rio San Juan, dit M. Saussine, qui a publié, en 18ÎH», une
note sur le Castilloa elastica aux Antilles, il pleut neuf mois
de l’année, et les pluies d’automne surviennent après cpie
l'arbre a porté ses fruits. On récolte aussitôt après, avant que
les nouveaux bourgeons apparaissent : c'est le moment où le
tlux de lait est le plus abondant (octobre à janvier). On fait
des incisions, soit en spirale, soit en Y, et le suc est amené,
par des gouttières, dans les récipients. On laisse saigner plu­
sieurs heures ; le suc est alors lavé à l’eau de pluie, et coagulé
par les sucs de certaines plantes, entre autres Ylpomœa Bonanox.
Le travail doit se faire de grand matin ; l’arbre cesse de sai­
gner aussitôt après le lever du soleil ; les travailleurs peuvent
avoir tini à 9 heures et se rendre à d’autres occupations. »
Le Castilloa elastica aurait donc sur YHevca brasiliensis
l'avantage d'une certaine économie de main-d’œuvre et aussi
celui de rapporter beaucoup plus tôt. D’après le Dr Morriss,
de Kew, un grand arbre de 0 m. 70 de diamètre donnerait
30 litres de latex, ce qui, après coagulation, représente 8 kilo­
grammes environ de caoutchouc.
Concurremment avec ces cultures de Castilloa elastica, on
pourrait faire, aux Antilles, sur certains mornes arides et
déboisés, des plantations du Manihot Glaziovii, introduit déjà
dans la colonie par les soins du Dr Heckel. La végétation de cet
arbre s’arrête en juin et juillet et il perd alors ses feuilles,
mais les nouveaux bourgeons repoussent rapidement. C’est
pendant cet arrêt de la végétation qu’on devra faire les inci­
sions ; on les renouvellera en décembre ou janvier.

EXPLOITATION ET CULTURE DANS LES COLONIES

123

No iivel le-Ca ledon ir.
Le Ficus prolixa est, en Nouvelle-Calédonie, le seul arbre
fournissant le caoutchouc; il est appelé Ouanguih Balade et
N'dourou à Ivanala, sur la côte Est, où il est commun. Nous
avons donné, en décrivant ce figuier, tous les renseignements
que nous possédons et qui nous ont été communiqués par
M. Waser, concessionnaire de l’Etat pour l’exploitation des
Banians de la colonie ; nous ne pouvons que renvoyer à ce
précédent chapitre.
Tahiti.
Le Ficus prolixa pousse également à Tahiti. C'est YOraa
des indigènes, qui croient, sur la foi de la Légende, que les
graines en ont été apportées de la lune par la tourterelle. Le
suc leur servait autrefois comme cosmétique, et, avec les
fibres de l’écorce, ils font, encore aujourd'hui, des étoffes.
L’arbre est commun dans l ile, sur le bord de la mer et dans
les vallées de l'intérieur; il pourrait donc être exploité. Nous
ne croyons pas qu'il l'ait été jusqu’alors.

�LES PLANTES A GUTTA
i
CARACTÈRES ET PROPRIÉTÉS DE LA GüTTA-PERCHA
La gutta-percha (exactement getah-pertcha) est encore appe­
lée quelquefois gomme de Sumatra. Ce dernier nom, toute­
fois, n’est pas, d’après M. Sérullas, la traduction du premier,
comme on le croit généralement. Sumatra, en malais, est bien
appelé perxa ; mais pertcha signifie chiffon. Gutta-percha doit
donc être traduit gomme-chiffon, terme qui rappelle la vague
ressemblance que présente la gomme brute avec une masse
de chiffons comprimés.
La gutta-percha était, depuis plusieurs siècles déjà, utilisée
dans la presqu’île de Malacca, dans l'ile de Sumatra et à Bor­
néo, lorsque le docteur Montgomerie, chirurgien à Singapour,
la lit connaître en Europe, en 1843.
La communication du docteur Montgomerie fut favorable­
ment accueillie. La découverte de la vulcanisation du caout­
chouc datait d’un an à peine, et l’industrie n’avait pas eu le
temps encore d'en apprécier tous les avantages ; on s’empressa
donc de substituer la nouvelle substance à celle dont l'emploi,
à l’état brut, avait donné lieu à tant de mécomptes,
Mais cet engouement même faillit compromettre 1avenir de
la gutta, qu’on employa ainsi immédiatement dans les mêmes
conditions que le caoutchouc, sans faire attention que ses pro­
priétés étaient bien différentes, et qu'elle ne pouvait, par suite,
recevoir les mêmes applications. Les premiers articles fabri-

�LES PLANTES A C.UTTA
126
cjués furent des bouchons et des fils; puis on confectionna des
chaussures et des vêtements. Mais on s’aperçut bien vite que
les chaussures, placées trop près d’un foyer de chaleur, se ramol­
lissaient et que les semelles, ensuite, adhéraient au parquet ;
l’usage en lut vite abandonné. Puis les vêtements, bientôt aussi,
tombèrent en défaveur, la vulcanisation n’ayant pas donné les
mêmes résultats satisfaisants que pour le caoutchouc.
Heureusement, entre temps, d’autres propriétés de la subs­
tance avaient été reconnues. Son emploi se restreignit alors, peu
à peu, aux applications actuelles, qui sont encore assez nom­
breuses et assez importantes pour faire delà gutta une matière
de première nécessité.
L’électricité et la galvanoplastie en tirent le parti qu’on
sait : la gutta, bon isolant, inaltérable dans l’eau, est utilisée
pour envelopper les câbles télégraphiques1, en même temps
que sa très grande plasticité, jointe à cette autre propriété,
qu elle possède, de conserver, à la température ordinaire, les
formes et les aspects qui lui ont été donnés à une température
plus élevée (60 degrés environ), la rend précieuse pour la
préparation des moules destinés à reproduire, par galvano­
plastie, les plus fines empreintes.
Sa résistance à la plupart des acides (sauf aux acides sulfu­
rique, azotique et chlorhydrique concentrés) est mise, en
outre, à profit pour la confection de récipients ou de tubes
employés dans les laboratoires; et cette même inaltérabilité,
ainsi que sa souplesse, sont les principales causes qui la font
rechercher pour la fabrication des instruments de chirurgie.
Et nous venons, en énumérant ces usages, d’indiquer déjà
quelques-unes des propriétés qui séparent les guttas des
caoutchoucs.
Tandis que le caoutchouc est élastique et n’est pas rayé par
l'ongle à la température ordinaire, la gutta est presque dépour­
vue d’élasticité et est facilement entamée.
Sous l’action d une chaleur modérée, le caoutchouc con-

1. Le premier câble sous-marin enveloppé de gutta-percha fut
immergé sur les côtes d’Angleterre, le 10 janvier S49, sous la direction
M. Wallke.
1

127
serve son élasticité, mais devient adhésif ; la gutta ne devient
pas élastique, mais est malléable et plastique.
A l’air et à la lumière, le caoutchouc, peu à peu, se trans­
forme en une substance visqueuse, alors que la gutta devient
cassante.
La gutta conserve ses propriétés à des températures très
basses; le caoutchouc, au-dessous de 0°, durcit et n’est plus
extensible.
La gutta conduit mal l’électricité, et, par conséquent,
s’électrise par le frottement; le caoutchouc n’est pas diélec­
trique et ne peut servir d’isolant.
A l’égard des réactifs chimiques : le caoutchouc se combine
bien avec le soufre, il se gonfle, mais ne se dissout pas, dans
le sulfure de carbone, l’éther, le chloroforme, la benzine, les
huiles grasses et les huiles essentielles. La gutta, au contraire,
se combine mal avec le soufre ; elle est peu soluble, mais ne
se gonfle pas, dans l’éther et les huiles grasses ; elle se
dissout facilement, par contre, dans le sulfure de carbone, le
chloroforme, la benzine et les essences. Elle est soluble égale­
ment dans l’huile de résine bouillante, d’où on peut la préci­
piter ensuite par l’acétone, ainsi que dans toutes les paraflines
lourdes chaudes, dont on la sépare par addition de benzoline
ou de naphte léger froid. A chaud, l’essence de pétrole la
dissout, mais elle dépose pendant le refroidissement.
Telle qu’elle est livrée au commerce, la gutta-percha est de
couleur plus ou moins foncée; épurée, elle est inodore et blanc
grisâtre. Sa densité, supérieure à celle du caoutchouc qui
n’atteint jamais l’unité, varie entre 1.010 et 1.020.
C’est à 37° qu’elle commence à se ramollir. A 60°, elle
devient très sensible à une pression exercée sur sa surface et
elle peut alors recevoir les empreintes les plus délicates,
qu elle conservera en se refroidissant. A 00°, elle devient adhésive et peut être pétrie à volonté, en prenant toutes les formes
possibles, qui resteront, de même, permanentes quand la
température sera redevenue normale.
Payen, le premier, a établi que cette gutta, livrée au com­
merce, n’est pas simple, même lorsqu’elle est épurée, mais est
un composé d’au moins trois principes immédiats :
CARACTÈRES ET PROPRIÉTÉS

�I28
LES PLANTES A LUTTA
la gutta proprement dite (78-82 °/0), insoluble dans
1alcool froid et dans l’alcool bouillant ;
la fluavile (i-6 °/0), soluble dans l'alcool froid ;
1allume ( I i-lG °/0), soluble dans l'alcool bouillant.
Pour isoler chacun de ces principes, on traite la gutta
épurée pari alcool bouillant, pendant plusieurs heures, puis on
liltre. La solution alcoolique laisse déposer, après un ou deux
jours, de nombreuses granulations d une matière blanche et
opalescente. Ces granulations sont composées d'un noyau
central, jaunâtre, soluble dans l’alcool absolu froid, et d’une
enveloppe blanche, qui y est insoluble. Par plusieurs lavages
à l’alcool froid, le noyau central, cpii est de la fluavile, se
dissout, tandis que l'enveloppe, qui est de 1 albane, reste inso­
luble. Après une série d’ébullitions de la gutta-percha dans
l'alcool bouillant, le résidu est la matière, chimiquement pure,
appelée gutta par Payen.
Cette gutta réunit presque toutes les propriétés de l'en­
semble constituant la gutta-percha normale. Elle est solide et
souple, est extensible, mais peu élastique, entre 10 et 30°, se
ramollit à environ 15", et devient visqueuse à mesure que la
température s’élève. C'est un hydrocarbure.
La fluavile est une résine jaunâtre, diaphane, plus dense
que l’eau. Dure et cassante à 0°, elle se ramollit vers 50° et
devient pâteuse à GO". Elle est soluble, à froid, dans l’alcool,
l’éther, la benzine, l'essence de térébenthine, le sulfure de
carbone, le chloroforme. Par évaporation, ces dissolvants
abandonnent une masse amorphe, résistant aux acides dilués
et concentrés mais détruite par les acides sulfurique et
nitrique.
h albane est une résine blanche, déposant sous forme de
cristaux lamelleux, unis en groupes mamelonnés. Sa densité
est supérieure à celle de l eau. Elle fond seulement à 100° et est
inattaquée par l’acide chlorhydrique. Elle est soluble dans la
benzine, l’essence de térébenthine, le sulfure de carbone,
l’éther, le chloroforme et l’alcool anhydre bouillant.
Les caractères et les propriétés qui précèdent se rapportent,
d’ailleurs, exclusivement aux véritables guttas provenant des

CARACTÈRES ET PROPRIÉTÉS

129

Palaquium. Or on réunit, en réalité, sous le nom général
de tjuttas, divers produits qui, comme le balata, n ont, en
somme, que quelques-unes des qualités de la gutta-percha
proprement dite. Les caractères de tous ces succédanés, de
valeurs très inégales, étant excessivement variables, nous ne les
donnerons qu’en décrivant les arbres producteurs.
Et c’est de même au cours de cette description que nous
indiquerons les procédés de récolte et de coagulation.
Il n’y a pas lieu, en effet, de faire une étude générale de
ces procédés, qui sont beaucoup moins variés que pour les
caoutchoucs, puisque la coagulation des laits à gutta n’est
jamais provoquée par des réactifs. Tantôt, comme dans la
plupart des vraies guttas, cette coagulation est spontanée,
les globules venant se réunir à la surface du sérum en une
masse qu’on recueille et qu’on pétrit; tantôt, et le plus
souvent, il n’y a pas de véritable coagulation, car la gutta
n’est que le résidu solide du latex, évaporé ù chaud ou à
froid.

Piaules à caoutchouc et à gutta.

y

�1-31
Nous commencerons précisément par ces Palaquium de
Malacca et de Malaisie d’où était extrait le produit signalé
par le docteur Monlgomerie, et qui sont les arbres à gutta par
excellence.
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

II
IÆS PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

Palaquium Gutta Bn.

Tandis que les plantes à caoutchouc appartiennent à
différentes familles (Euphorbiacées, Artocarpées, Asclépiadées
et Apocynées), les guttas connues jusqu'alors, et ayant
quelque valeur, sont toutes fournies par des Sapotacées. Les
plantes d’autres familles, indiquées quelquefois comme pos­
sédant un latex à gutta, donnent des sortes tellement infé­
rieures qu elles ne sont jamais exploitées que dans un but
frauduleux et qu il serait superflu de s’en occuper. Ces sortes
sont plutôt des caoutchoucs fortement résineux, intermé­
diaires entre les caoutchoucs et les guttas, mais qui ne
peuvent être employés ni à un titre ni à l’autre.
Nous ne nous occuperons donc ici que des Sapotacées,
parmi lesquelles nous décrirons, non seulement les espèces
guttifères indigènes dans nos colonies, mais encore celles
qui y sont ou pourraient être cultivées. Et ces dernières
sont, au point de vue de l avenir économique de nos colonies,
celles qui doivent nous intéresser le plus. Dans aucune de nos
possessions on ne trouve, en effet, à l’état sauvage, les véritables
arbres à gutta, ou du moins ceux que, jusqu’alors, on a con­
sidérés seuls comme tels, car nous verrons les ressources
que pourrait sans doute offrir le Karité. La question qui doit
donc nous préoccuper surtout est l’acclimatation de ces arbres,
et c'est pourquoi il est bon de fournir à leur sujet tous les
renseignements nécessaires, au point de vue botanique et
industriel.

Syn. : Isonandra Gutta Hooker ; Dichopsis Gutta Benth.
Cette espèce, appelée Getah tahan en malais, et qui est
considérée comme le type des arbres à gutta, doit, en réalité,
surtout sa réputation à ce qu’elle fut la première décrite.
Le docteur Montgomerie, au moment où il adressait
à Londres le premier échantillon de gutta, ignorait encore
quel était l’arbre producteur ; et il se proposait de recueillir
des renseignements plus précis, lorsqu il tomba malade. Ce
ne fut qu’en 1847 que Thomas Lobb découvrit les Isonarulra
à Chasseriau-Estate, dans les ravins de la forêt de BoukettTinah, au centre de 1 île. Des rameaux et des feuilles envoyés
à Londres furent examinés par Hooker, qui reconnut que la
plante était une Sapotacée et créa l’espèce Isonandra Gutta.
Mais la plante de Hooker est, d’après M. Burck, beaucoup
plus localisée qu’on l’a cru longtemps. Elle n’existerait qu’à
Singapour; et tous les arbres à lionne gutta de la Malaisie
seraient d-autres Palaquium.
Or, comme le Palaquium Gutta a été presque entièrement
détruit dans l’île par suite de l’exploitation, l'espèce est
devenue excessivement rare et n’est plus représentée que.
d’une part, par quelques pieds, échappés à la destruction dans
la région où elle est indigène, et, d'autre part, par les plants
qui ont pu être introduits en Malaisie. Aussi la gutta du com­
merce vient-elle aujourd’hui presque entièrement des Pala­
quium que nous allons décrire plus loin.
Nous n'en croyons pas moins utile de donner la description
du Palaquium Gutta, qu'il importe, autant que les autres, de

�LES PLANTES A GUTTA
132
propager et de sauver d une destruction complète, puisque son
produit est de première qualité.
C'est un bel arbre, de 20 à 30 mètres de hauteur, â écorce
rude, gris jaunâtre ou gris rougeâtre, dont les rameaux jeunes

12. — Palaquium Gntta Bn. (d’après W. Burck). . Rameau avec
fleurs gr. nat.). 2. Fleur gross. 7). 3. Fruit gr. nat.).
4. Graine (£ gr. nat.)

F ig .

1

(3

(1

(3

sont couverts de poils roux. Les feuilles sontovales-oblongues,
progressivement atténuées vers la base, arrondies au sommet
qui est surmonté d’un très court acumen ; elles ont de 12 à 15
centimètres de longueur et 4 à 0 centimètres de largeur dans la
région médiane. Le pétiole a 2 à 3 centimètres. Le limbe est

133
légèrement coriace, vert jaunâtre en dessus, et couvert, â la
face inférieure, d’un fin duvet roussâtre qui tombe lorsque la
feuille est adulte. De la nervure principale partent, sous un
angle presque droit, vingt-quatre à trente paires de nervures
non proéminentes, qui sont reliées entre elles par un réseau
très serré de fines nervures tertiaires.
Le Palaquium Guf/a fleurit au bout de trente ans, et, à
partir de cet âge, tous les deux ans.
Les fleurs sont disposées en petites cymes, à l’aisselle des
cicatrices des feuilles tombées ; elles sont de petite taille. Le
calice est à six sépales ovales, tomenteux, formant deux verticilles.
La corolle est gamopétale, presque rotacée. Son tube
dépasse à peine le calice; ses lobes, bien rabattus, et qui ont à
peu près la même longueur que ce tube, sont elliptiques,
obtus.
Les douze étamines sont sur deux verticilles ; les filets sont
égaux aux lobes de la corolle ; les anthères sont ovales-aiguës,
trois fois plus courtes que les filets.
L'ovaire est supère, â six loges, et surmonté d un style dont
l’extrémité stigmatifère n'est pas renflée et dépasse les éta­
mines.
Le fruit est une petite baie ovoïde, duveteuse, de 2 à 3 cen­
timètres de diamètre ; il contient une ou deux graines jau­
nâtres, comprimées, sans albumen, avec un large hile.
Le Palaquium (lutta ayant perdu, pour le moment, beaucoup
de son importance première, en raison de sa rareté, nous décri­
rons le mode général de récolte de la gutta en Malaisie à pro­
pos de l’espèce suivante, qui semble actuellement une des plus
exploitées à Sumatra.
Disons seulement que, d’après des analyses faites par
M. Obach sur des échantillons de gutta recueillis à Perak, et
d’origine botanique certaine, le produit brut du Palaquium
Gutta, qui est de coloration rosée, et très clair, a la composi­
tion suivante :
77,1
(lutta .
16,9
Résine
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

�134

LES PLANTES A GUTTA

Substances étrangères.......................
Eau................................................ ...

4, (&gt;
1,4
100,0
Purifie, il est composé de 82 parties de gutta et de 18 par­
ties de résine. La gutta est claire, rose, élastique, excellente;
la résine est brun jaunâtre et très dure.
Palaquium oblonçjifolium Burck.
Syn. : Isonandra Gutta var. oblonçjifolia de Vriese ; Diebopsis oblonçjifolia Burck.
Cette espèce porte, d’après M.Tschirch, de nombreux noms
indigènes.
A Sumatra, elle est appelée Njalu balam tembaga J Njatu
balam silah ; Njatu balam niera h ' Njatu balam susu
Njatu balam abang.
A Bornéo, c’est le Njatu balam durian 1.
Nous empruntons sa description à M. Burck.
C’est un arbre élevé, dont les jeunes rameaux sont couverts
d une pubescence rousse.
Les feuilles sont oblongues ou lancéolées-oblongues, plus
longuement acuminées que dans l’espèce précédente ; elles
peuvent avoir 22 centimètres de longueur sur 8 centimètres
de largeur. Le limbe, qui s'atténue vers la base en un pétiole
grêle de 1 centimètre 5 à 3 centimètres de longueur, est vert
en dessus, jaune pâle en dessous ; il est parcouru par vingt
à trente paires de nervures latérales, arquées, presque per­
pendiculaires à la nervure médiane, peu visibles sur les deux
faces.
I. Durian, ainsi que Tembaga, signifient, en malais, rouge cuivré,
allusion à la couleur de la face inférieure des feuilles et à celle des
jeunes rameaux.

133
Les fleurs sont longuement pédonculées, isolées ou réunies
par deux à six, en cvmes axillaires. Le calice est à sépales
ovales, obtus, jaune pâle, les intérieurs plus minces que ceux
du verticille externe. Le tube de la corolle dépasse le calice;
sa longueur égale sensiblement celle des lobes laciniés.
Les douze étamines sont sur deux verticilles : les blets,
grêles, sont à peu près aussi longs que les lobes de la corolle ;
les anthères sont glabres, aiguës.
L’ovaire est presque sphérique, pubescent ; le style,
filiforme, est plus long que les étamines et surmonté d'un
stigmate obtus.
La baie est charnue, de 3 centimètres o à 4 centimètres
de longueur sur 3 à 3 centimètres 5 de largeur ; elle est cou­
ronnée parle reste du style, et est à surface tomenteuse, brune ;
généralement, plusieurs de ses loges avortent. Elle renferme
une, deux ou trois graines ellipsoïdes ou comprimées latéra­
lement, à tégument blanc, avec un hile qui couvre presque
toute la surface.
Le Palaquium oblongifolium est très répandu à Sumatra,
h Bornéo, à Riou et dans la presqu île de Malacca. 11 est
surtout vigoureux sur les collines peu élevées, dans les
endroits où l’eau ne séjourne pas.
L’exploitation est malheureusement toujours primitive et
consiste dans l’abatage de l’arbre.
Sur le tronc abattu les indigènes récolleurs enlèvent
l’écorce, au moyen d’une hachette, par bandelettes circulaires,
distantes Lune de l’autre de 30 à 30 centimètres. Le latex
s’amasse dans les cercles ainsi tracés et s y coagule presque
immédiatement ; le produit, plus ou moins desséché, est retiré
avec un racloir en fer, qu’on introduit dans la fente.
Il n’est pas nécessaire d’insister sur les multiples inconvé­
nients d’un tel procédé. Non seulement l’arbre est sacrifié,
mais on n’en tire pas toute la gutta qu’il pourrait fournir, car
souvent le lait, qui est très épais, et qui, pour cette raison,
coule lentement, continue à s'amasser dans les fentes, après
le départ du récolteur, et est perdu. De plus, l'arbre étant
couché à terre, la moitié qui touche le sol n’est pas incisée ; et
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

�136
LES PLANTES A GUTTA
la gutta n'en est pas extraite. M. Tschirch estime qu’on ne
recueille ainsi, en définitive, que le cinquième du produit de
l'arbre.
C est là une méthode qu’il importerait donc, tout au moins,
de perfectionner, s’il faut admettre que l’abatage est néces­
saire. Sur ce dernier point, en effet, la plupart des auteurs

t3. — Palaquium o/jlonrjifoliurn Burck. . Fragment rie rameau
gr. nat.). . Fleur (1. gross. 7). 3. Graine (| gr. nat.). Fruit (f
gr. nat.).

F ig .

1

2

font remarquer que l’incision sur le vivant n’est guère
possible et ne donne qu’un faible rendement, parce que le
suc, se coagulant immédiatement à 1orifice, arrête l’écoule­
ment ; ou il faudrait alors multiplier les incisions au point

137
de compromettre la vie de l’arbre, ce qui aboutirait au même
résultat que l’abatage.
Quoi qu'il en soit, on est arrivé ainsi, en neuf ans, à abattre
près d'un million de pieds, et il y a lieu de s’en inquiéter
sérieusement, si l’on songe que non seulement les plantes à
vraie gutta sont beaucoup moins nombreuses que celles à
caoutchouc, mais qu’en outre leur rapport est beaucoup plus
tardif, et leur rendement très faible. Un Palaquium ne peut, en
effet, être exploité avantageusement qu’à Page de 30 ans, et
chaque tronc ne donne guère, à ce moment, par les procédés
employés, que 250 grammes de gutta. M. Tschirch, il est vrai,
pense qu’on pourrait, en pratiquant avec précaution des
incisions en V sur l’arbre vivant, recueillir annuellement
1400 grammes par pied, et continuer la récolte pendant trois
ou quatre ans sans inconvénient. Mais, même en supposant
exacts ces calculs optimistes, on voit que la quantité de produit
fournie par un arbre est toujours relativement minime, surtout
quand on tient compte de Page qu'il doit avoir atteint et de
la courte période pendant laquelle il rapporte.
Il semble bien que le seul remède soit l’application et la
généralisation de la méthode préconisée en 1892 : d'une part
en mars par M. Rigole, et de l'autre en juin par MM. Jungfleisch et Sérullas. Elle consiste à épuiser, au moyen de
dissolvants, les vieux bois, les bourgeons et les feuilles, sèches
ou fraîches, des Palaquium. L’arbre, non incisé, et dépouillé
seulement, chaque année, de ses feuilles et de ses parties
mortes, ne subit aucun dommage et peut être indéfiniment
conservé et exploité. L'extraction peut être faite en Europe, où
sont expédiés les feuilles et les rameaux.
Pour des raisons que nous ignorons, la méthode, qui doit,
semble-t-il, donner de bons résultats, n’a encore reçu qu une
application restreinte. Des essais ont été cependant tentés de
différents côtés, avec des dissolvants variés.
M. Rigole employait le sulfure de carbone. MM. Jungfieisch
et Sérullas préfèrent le toluène, qui, selon eux, présente sur
les autres dissolvants cet avantage qu'il dissout bien les trois
principes constituants de la gutta, tandis qu'il dissout peu, à
LES PLANTES A Gl.’TTA ET LEUR PRODUIT

�LES PLANTES A Gl’TTA
138
l'exception de la chlorophylle, les matières étrangères qui les
accompagnent.
Ce sont surtout MM. Jungfleisch et Sérullas qui, dans les
recherches très complètes qu'ils ont faites à ce sujet, ont bien
démontre les avantages de la méthode des dissolvants.
Par l’emploi du toluène, les deux expérimentateurs ont pu
retirer des feuilles et des rameaux de Palaquium 9°/0 de
gutta, proportion supérieure à celle qui est fournie par les
incisions du tronc.
Un arbre de 30 ans pouvant donner, en moyenne, 11 kilo­
grammes de feuilles sèches, on obtient, pour un seul pied,
1100 grammes de gutta-percha pure, alors que l’incision du
tronc n'en donne, nous l'avons dit, que 250 grammes environ.
On quadruple, par suite, la quantité recueillie, tout en conser­
vant l'arbre vivant. De plus on peut ainsi tirer parti des
nombreux rejetons qui couvrent les forêts exploitées depuis
ces quinze dernières années, rejetons qui sont actuellement
inutilisés, car les Malais n incisent que des repousses de
quinze ans au moins.
Primitivement, MM. Jungfleisch et Sérullas séparaient la
guttadu dissolvant en reprenant le toluène par distillation. Ils
ont, plus récemment, modifié leur premier procédé en précipi­
tant par l'acétone; le produit obtenu de cette manière semble
supérieur à celui que la solution abandonne par simple évapo­
ration.
Ce dernier, cependant, d’après M. Jungfleisch, était déjà luimême de bien meilleure qualité que la gutta provenant des
incisions. D’une façon générale, en effet, la gutta extraite des
feuilles et des rameaux par le toluène est verdâtre, à cause de
la présence de la chlorophylle entraînée par le dissolvant,
mais elle est plus pure que la substance qui s'écoule directe­
ment du tronc, car elle est dépourvue de tous les corps
étrangers, terre et fragments d'écorce, qu'on trouve dans
celle-ci, et dont la présence résulte du mode même de récolte.
Elle n’a, d’ailleurs, perdu aucune des propriétés ordinaires
des guttas, et elle est, au contraire, plus ferme et plus élas­
tique, et très plastique ; elle reste aussi un très bon isolant.

139
Quelques chimistes cherchent néanmoins, pour diverses
raisons, à substituer au toluène d’autres dissolvants.
En 1896, M. Obach a proposé de traiter les rameaux et les
feuilles par l’essence de pétrole bouillante. La gutta dépose par
refroidissement, au-dessous de 15°.
L’année dernière, le professeur Ramsay a recommandé
l'huile de résine. Les feuilles et brindilles, d’abord traitées
par l'eau chaude ou froide, sont soumises à l’action d’une
solution alcaline, qui est ensuite éliminée par lavage à l'eau.
On fait alors bouillir ces feuilles et ces rameaux en vase clos,
dans l’huile de résine à 120° à 130°. Toutes les résines et
toutes les gommes contenues dans les tissus sont dissoutes ; on
les précipite par une quantité suffisante d'acétone ou d'un
autre agent convenable, et le précipité, séparé au moyen d’un
filtre à pression, constitue la gutta-percha.
Enfin, généralisant le premier procédé de M. Obach,
MM. Siemens et Obach ont pris récemment un brevet pour
l’extraction de la gutta par divers dissolvants légers, comme
la benzoline. La gutta se dépose, dans tous ces cas, par refroi­
dissement. Les mêmes expérimentateurs emploient aussi les
paraffines lourdes chaudes, qui ont un pouvoir dissolvant plus
considérable que les hydrocarbures légers. Lorsque la solution
est riche, on sépare la gutta par l'addition de benzoline ou
de naphte léger froid, qui reprennent l’huile lourde, et on
régénère celle-ci par distillation. Les organes végétaux sur les­
quels on opère doivent être séchés à température douce, puis
contusés par un passage dans un laminoir approprié. Le dissol­
vant qui adhère encore à la gutta précipitée est entraîné par
la vapeur d’eau.
Quelle est, de toutes ces méthodes, celle qui donnera les
meilleurs résultats ? Ces essais sont encore trop récents et
ont été encore trop peu contrôlés pour qu'il soit possible,
actuellement, de se prononcer. Un fait toutefois n'est pas
douteux : c’est que cette extraction par les dissolvants, qui
n’entraîne pas la destruction de l’arbre, est, comme nous le
disions plus haut, le procédé qu’il faut surtout chercher à
améliorer, puisqu’il est le seul qui permette de ne pas épuiser
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

�140
LES PLANTES A GUTTA
la source d’un produit beaucoup moins répandu que le caout­
chouc, et dont la consommation augmente tous les ans.
A un autre point de vue, le nombre des espèces productrices
étant très restreint et ces espèces n’étant pas spontanées
dans nos colonies, il importe aussi de bien faire connaître les
conditions de végétation des arbres à gutta et les soins à
prendre pour leur culture. Nous ne pouvons mieux faire, ici,
que de reproduire les instructions données h ce sujet, en
décembre 1897, dans le Moniteur de la Martinique, journal
officiel de la colonie :
« Les dernières recherches et essais, auxquels s’est livrée la
mission envoyée dernièrement par le Ministre des colonies en
Malaisie, ont permis de déterminer scientifiquement les condi­
tions climatériques exigées par les arbres à gutta, et de for­
muler nettement les conditions d'habitat indispensables pour
la bonne venue et la naturalisation de ces plantes. Le
facteur indispensable consiste dans une humidité excessive,
non du sol, mais de l air.
L'existence d'une saison sèche, même de courte durée,
détermine rapidement la mort des plantes à gutta lorsqu’elles
sont jeunes, et constitue, en tout temps, un obstacle à leur
bonne venue et à leur naturalisation.
Ce n’est que sur les pentes des montagnes boisées de la
colonie qu’on pourra rencontrer des conditions climatériques
se rapprochant le plus des conditions exigées par cette
culture.
En raison de l'origine équatoriale de ces plantes et de
l'abaissement de la température produit par l'altitude, il con­
viendra de rechercher, pour la plantation, un emplacement
d'une altitude aussi faible que possible, c’est-à-dire de ne
s’élever que juste assez haut pour rencontrer l'humidité exces­
sive de l’air indispensable à la bonne venue de ces arbres.
Les arbres à gutta sont peu exigeants en ce qui concerne
la qualité du sol, à la condition toutefois que le terrain ne soit
pas marécageux et que l’écoulement des eaux pluviales se
fasse rapidement.
Il est certain que lorsqu’on peut trouver un sol possédant

141
une couche d’humus profonde, cela vaut mieux, mais cette
condition n'est pas indispensable ; et ce qu'il faut seulement
éviter, c’est un sol compact, dans lequel les plantes à racines
pivotantes ne viennent pas bien. La racine des arbres à gutta
s’enfonce en effet perpendiculairement dans le sol, à une assez
grande profondeur.
Il y aura donc lieu de n’affecter à la plantation qu’un ter­
rain où, à l’aide d’un sondage poussé à trois mètres, on aura
acquis la certitude de l’absence de toutes couches imper­
méables aux racines (roches, tuiïs, limonites compactes, etc.)
Les arbres à gutta venant très mal dans les localités enso­
leillées, il y aura lieu, tout en débarrassant le terrain de la
brousse et des lianes, d’y laisser d'assez grands arbres pour
que la plantation des jeunes pieds de gutta soit parfaitement
ombragée.
Les arbres à gutta recherchent particulièrement les terrains
en pente ; on les rencontre même sur les versants les plus
escarpés. »
Tous les renseignements que nous venons de transcrire
s’appliquent, du reste, à tous les Palaquiurn ; mais nous les
avons donnés à propos du Palaquiurn oblongifolium parce que
cette espèce est, croyons-nous, celle qu il convient surtout
d’acclimater.
M. Obach, qui a analysé son produit, tel qu’il sort de
l'arbre, en donne la composition suivante :
Gutta..................................................................... 84,3
Résine.................................................................... 10,7
Matières étrangères............................................ 3,7
Eau........................................................................ 1,3
100,0
Purifié, le même produit est composé de 88 parties 8 de
gutta proprement dite et de 11 parties 2 de résine. La gutta
est brun clair, élastique, excellente ; la résine est jaune et très
molle.
Telle qu elle est livrée au commerce, la gutta-percha du
Palaquiurn oblongifolium, obtenue par incisions, est très
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

�14'2
LFS PLANTES A l'.UTTA
homogène, très tenace et très souple. Brune, elle acquiert celte
coloration au cours des opérations qu'on lui fait subir, car, au
moment de la récolte, elle est incolore ; mais, après l'avoir
extraite de la fente annulaire pratiquée sur le tronc, l’ouvrier
la jette dans un pot rempli d’eau chaude, pour la rendre molle
et périssable, etc'esl là qu elle prend sa teinte foncée, due aux
débris d’écorce et de bois qui l'accompagnent et qui colorent
l’eau portée à l'ébullition.
Retirée de cette eau, elle est pétrie, étalée en feuilles, lavée
et frottée; puis elle est repliée, plusieurs fois, en pièces de
diverses grandeurs et de formes variables. Le plus souvent,
ce sont des galettes rondes ou carrées, à arêtes arrondies, et
d une épaisseur variant entre un et six centimètres.
Ces gâteaux sont, du reste, rarement formés par la seule
gutta du Palaquium oblongifolium, mais sont presque tou­
jours des mélanges de produits de diverses espèces, dans
lesquels il est d’autant plus diiïicile de dire la part qui revient
à chacun que ces mélanges sont plusieurs fois répétés. Les
récolteurs mêlent déjà, dans les forêts, les guttas de plusieurs
arbres ; puis les traitants, dans les ports de Sumatra et de
Bornéo (Padang et Bandjermassin), unissent encore les sortes
de diverses provenances ; et enfin à Singapour, qui est le grand
centre d’exportation des guttas, les maisons de commerce
font un troisième mélange.
Il reste cependant vraisemblable que la gutta du Palaquium
oblongifolium entre, dans tous les cas, en assez forte propor­
tion dans le pain, à cause de la grande extension de l’espèce,
que nous savons fréquente à Malacca, à Bornéo, à Hiou et à
Sumatra.
Cette gutta contribuerait donc à donner aussi bien les
sortes de Padang, de Saraivak, de Sandakan (ces dernières
dites quelquefois aussi de Macassar, bien qu’elles soient
récoltées à Bornéo) que les sortes de Sumatra.
Toutes ces sortes ne valent pas, néanmoins, le même prix :
celles de Sumatra sont de moindre qualité que celles de
Padang et de Macassar ', sans qu’on sache bien à quelles
I. La sorte Macassar valait 9 francs le kilogramme en 1889, et 17 francs
en 1891.

LES PLANTES A OUÏT A F.T LEU B PRODUIT

14 3

causes sont dues ces différences. Est-ce parce que la gutta
du Palaquium oblongifolium, dont la valeur n’est pas dou­
teuse, prédomine dans les sortes de Padang et de Macassar,
ou au contraire parce qu elle est mélangée à d’autres qui lui
sont encore supérieures? La première supposition paraît la plus
vraisemblable, car les sortes de Sumatra, en particulier, passent
pour être un mélange du produit du Palaquium oblongifolium
avec celui du Payena Leerii, que nous verrons être de qualité
moindre. Le fait est pourtant encore trop mal établi pour qu’il
ne soit pas utile d'attirer aussi l’attention sur quelques autres
espèces de Palaquium, qui comptent également parmi les
meilleures et sont donc très probablement exploitées.
Palaquium malaccense Pierre
Cette espèce est indigène dans la presqu’île de Malacca, près
de Lahat-Perak.
Elle est appelée Getah terbow nierait.
Ses feuilles sont elliptiques ou oblongues, avec un court
acumcn obtus ; elles s’atténuent en un long pétiole. Le limbe
porte quarante-huit à cinquante-six nervures secondaires,
couvertes d’un duvet roux qui tombe lorsque la feuille est
adulte ; et elles deviennent alors grisâtres.
Les fleurs sont par deux à six, brièvement pédonculées : le
calice a six à sept sépales, subdeltoïdes, obtusément atténués
au sommet, complètement libres ; la corolle a six à sept lobes
arrondies, ciliés.
Il y a douze à quatorze étamines, à anthères elliptiques, for­
tement poilues en dehors ; le connectif, dans le bourgeon, est
plus long que le filet. Le disque est cupulaire, velu.
M. Pierre dit que cette espèce est une des meilleures à pro­
pager ; sa gutta est de première qualité.

�144

LES PLANTES A GU'lTA

Palaquium formosum Pierre
A cette espèce doit probablement, d’après M. Pierre, être
rattaché, comme variété, 1Isonandra Gutla var. sumatrana
Miq.
Les feuilles sont oblongues, brièvement ou longuement
pétiolées, lancéolées aux deux extrémités ou ovales lancéolées,
avec un long acumen aigu. Les nervures sont au nombre de
quarante-huit à cinquante-six, couvertes d’un duvet roux quand
la feuille est jeune, puis argentées.
Les fleurs peuvent être par six ; elles sont, plus souvent, de
deux à quatre.
Les sépales sont oblongs, deltoïdes, obtusément atténués,
duveteux sur la face dorsale, pubescents et ciliés en dedans,
vers la pointe. Les pétales, dans le bourgeon, sont elliptiques,
arrondis, ciliés. Les anthères jeunes sont oblongues, pubescentes en dehors ; le connectif est assez long, obtus.
L’ovaire est tomenteux ; le style est cilié à la pointe.
La baie est oblongue, amincie aux deux extrémités, sillonnée
vers la pointe, et à surface velue ; elle renferme une graine
ovoïde, munie, au hile, d'un arille incomplet, qui est denticulé
sur les bords.
Le Palaquium formosum est commun à Malacca. A Suma­
tra, on le trouve dans les environs d’Assakan, sur les bords du
Siak, dans la province de Padang.
Palaquium P r inceps Pierre
Cette espèce n'est connue qu’à Bornéo, surtout dans la
province de Sambas.
Les feuilles sont faiblement pétiolées, aiguës aux deux extré­
mités, oblongues ou légèrement ovales-oblongues, rosées ou

LES PLANTES A GUTTA ET LEUH PRODUIT

1 45

roux clair; le limbe porte cinquante-six à soixante-deux ner­
vures secondaires.
Les fleurs, au nombre de six à huit, sont brièvement pédonculées. Les sépales sont ovales-oblongs, obtus au sommet, pré­
sentant cinq nervures en dedans, glabres ou à peu près ; les
lobes de la corolle sont elliptiques, arrondis, ciliés.
Les étamines, qui les dépassent légèrement, sont à anthères
oblongues, avec un long connectif aigu, velu ; les filets sont
deux fois plus longs. Le disque est épais et glabre. L’ovaire
est hémisphérique ou ovoïde aigu, avec un style sillonné ,
couvert d’un duvet roux à la base.
Palaquium borncense Pierre. 1
\
L'arbre était commun autrefois à Bornéo, dans la région
occidentale de Pontianah ; il est rare aujourd’hui.
Les rameaux sont anguleux, avec des stipules lancéolées.
Les feuilles portent, à la face inférieure, un duvet épais, roux
ou pourpre ; elles sont oblongues, lancéolées ou légèrement
obovales, brièvement acuminées, ondulées. Le pétiole est de
dimensions variables ; le limbe est pourvu de quarante-deux
à cinquante nervures secondaires.
Les fleurs sont inconnues.
Cette espèce ainsi que les deux précédentes donnent, selon
M. Pierre, un produit excellent. Il serait bon de les cultiver.
Palaquium calophyllum Pierre.
Syn. : Isonandra calophylla T. et B. ; Isonandra costata de
Vriese ; Dichopsis calophylla Bentli. et Hooker ; Bassia caloneura Kurz.
1. Cette espèce ne doit pas être confondue avec le Palaquium horneensc Burck, dont les caractères sont différents.
Plantes à caoutchouc et à gulta.

10

�LES PLANTES A ftl'TTA
146
C'est probablement le Mayang batou signalé par M. Seligmann-Lui. 11 est appelé aussi, en malais, Njatu dyangkar.
M. Burek le décrit comme un arbre élevé, dont les jeunes
rameaux sont revêtus d’un duvet jaune d’or. Les feuilles sont
pétiolées, coriaces, obovales-obloligues, brièvement et obtusément acuminées, de 10 il 15 centimètres de longueur, avec
dix à douze paires de nervures secondaires proéminentes en
dessous.
Les fleurs sont en cymes axillaires. Le calice est à lobes
ovales, obtus. Le tube de la corolle est à peu près de même
longueur que ce calice ; il est plus court que les lobes qui sont
rabattus, ovales, aigus.
Les douze étamines, à blets grêles, d’égale longueur, ont des
anthères ovoïdes, légèrement acuminées. L ovaire est sphé­
rique, couvert de poils jaunes ; le style dépasse les étamines.
La baie est charnue, sphérique, longuement pédonculée, de
2 centimètres de longueur sur 2 centimètres 5 de largeur,
velue, jaune, contenant une seule graine, qui est fi tégument
blanc, avec un très large hile.
Le Palaquium calophyllum pousse à Bornéo. La gutta qu’il
donne est plus claire et plus rouge que celle du Palaquium
oblongifolium | son tissu, d’après M. Seeligmann, est moins fin
et moins rigide.
Cette espèce est la dernière que nous décrirons dans le genre
Palaquium qui en comprend un grand nombre d’autres. Signa­
lons seulement encore : le Palaquium Pisang Burck, qui est le
Njatu balam pisang ' de Sumatra ; le Palaquium parvifolium

1. Il faut bien dire que l’identification de tous ces termes indigènes
n’est pas absolument certaine, soit par suite d’erreurs commises par
les auteurs, soit parce que les indigènes donnent le même nom à diffé­
rentes espèces. Nous avons adopté les déterminations de M. Tscbireh,
mais M. Burck rapporte quelquefois à d’autres Palaquium les termes
identifiés par cet auteur. Ainsi pour M. Burck :
le Njatu pisang (ou encore Njatu teroen) de Banka est le Palaquium
rostratum Burck ;
le Palaquium Teysmannianum Burck est appelé, à Sumatra, Njatu
dœrian ou Balam pipit ;
dans la province de Gloegoer, à Sumatra, le Njatu balam est le
Palaquium gloegorense Burck ;

LES PLANTES A GUTT A ET LEE K PIUi DLTT

Ml

Burck, qui est le Dadaw de l’île de Banka ; le Palaquium
Vricseanurn Burck, qui est le Njatu bindaloe de Sumatra.
Toutes les guttas de ces espèces sont également appréciées
et ont fi peu près les mêmes caractères que le produit du Pala­
quium oI)Iong ifol i uni.
La gutta du Palaquium Selendit Burck (Mayang korrik et
Njatu selcndit à Halaban) est de valeur bien moindre ; elle
est impropre fi la confection des câbles.
Payena Lcerii Benth. et Hook.
Syn. : Koratophorus Leerii Hasskl. ; Azaola Lcerii Teisj. et
Binn.
Les noms indigènes, d’après M. Tscbireh, sont nombreux :
Njatu balam baringin ; Njatu balam sundai ; Njatu
balam pipis'Njatu balam tandjung ; Njatu balam tjahee;
Njatu balam tanduk, etc., à Sumatra;
Kulan à Banka;
Njatu kamalan ranas fi Bornéo ;
Njatu balam suntaï à Riou.
Les arbres désignés sous l’un ou l’autre de ces noms sont
très communs dans les îles de la Sonde : on les trouve à
Sumatra (surtout sur les plateaux supérieurs de Padang), fi
Bornéo, à Banka et à Riou. Leur zone de culture s’étend ,
sur les terrains secs, depuis le bord de la mer jusqu’à une alti­
tude de 150 mètres, où commence le Palaquium oblongifo­
lium. Ils existent aussi dans la presqu'île de Malacca.
le Njatu linang (ou Karnalau pnloeng), de Bornéo, est le Palaquium
quercifolium Burck ;
le Njatu boenga fandjong, d’Halaban, à Sumatra, est le Palaquium
membranaceum Burck ;
le Balam pienteq kajoe (ou Njatu soedoe soedoe), de Sumatra, est le
Palaquium macrocarpum Burck.

Il est possible, au reste, qu’on ait souvent considéré comme espèces
des plantes qui sont, en réalité, de simples variétés.

�148
LES PLANTES A GUTT A
Mais il est douteuxque tous ces arbres appartiennent, comme
l'admettent M. Tschirch et quelques autres auteurs, à la
même espèce.
M. Pierre ne considère pas comme Payena Lcerii le Njatu
balam sundai (ou sundeck) qui, pour lui, est le Payena
Croixiana •. Le même botaniste appelle Payena Benjamina le
Njatu balam baringin (ou wringin), adoptant ainsi la manière
de voir de M. de Yriese, qui avait déjà fait pour cet arbre l’espèce
Isonandra Benjamina, rapportée ensuite par M. Burck au
Payena Leerii.
En présence de ces divergences d opinions, nous décrirons
les trois espèces admises par M. Pierre (et qui, en réalité, sont
très voisines), en commençant par le Payena Leerii.
Les feuilles de ce Payena Lcerii, arrondies à la base, sont
glabres, ovales-oblongues ou elliptiques, brusquement termi­
nées par un long acumen. Le pétiole a 8 à 10 millimètres de
longueur ; le limbe, de 10 à 12 centimètres de longueur sur 5 à
G centimètres de largeur, porte une nervure médiane très
faiblement proéminente en dessus, plus fortement en dessous,
et de laquelle partent, de chaque côté, trente à trente-six ner­
vures secondaires à peine visibles, allant, en droite ligne ,
presque jusqu’au bord de la feuille, où elles s’incurvent, pour
s'unir entre elles par leurs extrémités.
Les fleurs sont en groupes de trois à sept, quelquefois au
sommet de petits rameaux, plus souvent à l’aisselle des cica­
trices laissées par les feuilles tombées. Les sépales sont
subdeltoïdes, couverts d'une pubescence rousse. La corolle
est environ deux fois plus longue, à huit lobes oblongs-lancéolés. Il y a seize étamines, dont les blets sont glabres et de
même longueur que les anthères; celles-ci sont ovoïdes, cordées
à la base, et dépassées par le connectif, qui est aigu et velu.
L’ovaire est conique, à dix à douze loges (huit seulement
d après M. Pierre), à surface fortement tomenteuse. Le fruit est
une baie conique, terminée par un reste du style ; il ne renL Déjà M. Trimen avait regardé le sundck comme une espèce nou­
velle alors que M. Beauvisage l'avait rapporté au Payena Leerii.

LES PLANTES A GL'TTA ET LEUR PRODUIT

1 49

ferme qu’une graine oblongue, de 18 à 25 millimètres de lon­
gueur. Le tégument est brun pâle, avec hile latéral oblong ;
l’albumen est abondant, corné, et enveloppe l’embryon, dont
les cotylédons sont charnus.
Le Payena Croixiana Pierre a des feuilles glabres, ovalesoblongues et acuminées comme celles de l’espèce précédente,

F ig .

14. — Payena Leerii Benth. et Ilook. 1. Rameau avec fruits
(tô gr- nat.) . Graines (| gr. nul.).
2

mais elles sont un peu plus petites et portent un moins grand
nombre de nervures secondaires: le limbe a 5 à 8 centimètres
de longueur sur 3 centimètres 5 de largeur; le nombre des
nervures est de vingt-quatre à vingt-huit.
Les fleurs sont par groupes d’au moins trois, axillaires ou
subterminales. Les sépales sont ovales et ciliés ; le tube de la

�LES PLANTES A GUTTA
150
corolle est velu h 1 intérieur, et les lobes sont oblongs, ciliés,
tronqués à la pointe.
Les tilets des étamines sont très courts ; le connectif, obtus
et poilu, dépasse les anthères. L'ovaire est à huit loges ; il est
urcéolé h la base du style.
La baie est oblongue, de 20 à 30 millimètres de longueur
sur 12 à 15 millimètres de largeur, à une seule graine.
Ce Payena Croixiana est de Malacca.
Le Payena Benjamina est de Bornéo. Ses feuilles diffèrent
bien des deux autres espèces : elles ont, en moyenne, 0 centi­
mètres de longueur sur 2 centimètres 5 de largeur, sont épaisses,
ovales-lancéolées, et ont un long acumen obtus. Blanches en
dessus quand elles sont fraîches, elles sont noires à l'état sec ;
en dessous, elles sont rouge noirâtre et marquées de petites
ponctuations.
Quelle que soit, du reste, au point de vue botanique, la diffé­
rence réelle qu'il convient d admettre entre les trois espèces que
nous venons de décrire, leurs guttas ont les mêmes caractères
et les mêmes propriétés.
Le latex des Payena est, en général, plus liquide que celui
des Palaquiurn et coagule beaucoup moins rapidement.
Il ne se concrète pas dans les fentes annulaires de l écorce
et doit donc être recueilli dans un récipient placé sous chaque
incision de l’arbre abattu. La coagulation peut avoir lieu
spontanément, au bout d'un certain temps ; le plus souvent
les récolteurs font bouillir le liquide. Le produit qui reste,
après l'évaporation de l’eau, est traité comme la gutta des
Palaquiurn : il est jeté dans l'eau chaude, pétri et mis en
pains.
Déjà, avant toute action de la chaleur, le latex des Payena
prend une teinte jaunâtre, mais cette teinte augmente peu
pendant l’ébullition ; le suc qui a coulé dans des récipients ne
contient pas, en effet, comme celui des Palaquiurn, qui est
gratté sur le tronc de l’arbre, des fragments d’écorce.
Aussi la gutta des Payena est-elle beaucoup plus blanche
que celle des Palaquiurn. Elle est toutefois moins homogène,
et elle a une beaucoup plus forte tendance à la résinification,

151
fait qui s’explique lorsqu’on connaît sa composition, qui est
la suivante, d après M. Obach, pour le Payena Leerii :
Gutta. . . . ....................
43,9
Résine.................................................................. 37,6
Substances étrangères........................................... 5,1
Eau.......................................................................... 13,4
100,0
C’est là, du moins, la composition du produit brut; après
purification, il est composé de 53 parties 0 d’une gutta claire,
rosée et élastique, et de 46 parties 1 d'une résine jaune pâle,
presque liquide.
On voit combien la proportion de cette résine est plus
élevée que dans la gutta des Palaquiurn ; et il n’y a pas lieu
de s’étonner qu’un produit déjà normalement si résineux
devienne très rapidement cassant. Mais il en résulte que la
gutta des Payena ne peut être employée pure pour l'isolement
des câbles, bien que sa résistance spécifique, en raison même
de la forte proportion de résine, soit supérieure à celle des
Palaquiurn.
Généralement on mélange donc les guttas de Palaquiurn et
de Payena et c’est dans ce but que le produit des Payena est
recherché; son prix, sur les marchés de Singapour, atteint
presque celui des sortes précédentes, au moi is quand il pro­
vient de l’une des trois espèces que nous avons décrites.
D'autres Payena, en effet, tels que le Payena Balem Pierre,
de Sumatra, donnent des produits très inférieurs, qui,
mélangés avec la gutta sundek (des Payena) et avec la gutta
derrian (des Palaquiurn), constituent les guttas dites souni,
qui sont de très faible valeur, car elles deviennent friables et
pulvérulentes au bout de peu de temps.
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

�132

LES PLANTES A GLTTA

Palaquium Krantziaimm Pierre
Syn. : Dichopsis Krantziana Pierre.
Toutes les espèces que nous avons examinées jusqu’alors
sont étrangères à nos colonies ; et nous ne les avons décrites,
ainsi que nous l'avons dit, que parce qu'il y aurait lieu de
les acclimater comme les Palaquium, ou parce que, comme
les Payena Leerii, Croixiana et Benjamina, elles fournissent
des produits qui ont une grande part dans la préparation des
guttas journellement employées.
Les plantes que nous allons maintenant passer en revue ne
donnent plus, sauf peut-être le Karité, ce qu'on peut appeler
de véritables guttas, c’est-à-dire des guttas ayant toutes les
propriétés de la matière tirée des Palaquium, mais ce sont
des espèces qui sont spontanées dans nos colonies et qui
peuvent fournir un produit ayant tout au moins quelques
caractères de la gutta-percha, et pouvant, en conséquence,
remplacer au besoin celle-ci, dans l’une ou l'autre de ses
applications.
La première dont nous nous occuperons appartient même
au genre dans lequel rentrent les bonnes espèces.
Ce Palaquium Krantzianum est indigène dans les forêts
montagneuses du Cambodge et de la Cochinchine. Il est
appelé Thior a\i Cambodge et Chay en Annam.
Le docteur Beauvisage, dans son mémoire Sur les origines
botaniques de la Gutta-percha, donne une description com­
plète des fleurs.
Elles ont un réceptacle à peu près plan, et plutôt légère­
ment concave.
Le calice est double : les trois sépales externes sont trian­
gulaires, équilatéraux, coriaces, rugueux à l'intérieur ; les trois
sépales internes sont ovales-arrondis, très concaves, coriaces
et très épais sur la ligne médiane surtout à leur base, minces

L33
et scarieux sur les bords, nettement imbriqués, lisses sur leur
face interne, lisses et brillants sur les bords de la face
externe.
La corolle, à peine gamopétale, se compose de six divisions
presque entièrement distinctes, orbiculaires, concaves, assez
épaisses, amincies sur les bords, alternes avec les six pétales.
Le tube est réduit à un simple anneau, sur lequel s’insèrent
les étamines.
Celles-ci sont au nombre de douze, disposées sur deux
verticilles ; elles ont des filets très courts, élargis à leur base,
insérés, par leur sommet, au quart inférieur de la hauteur de
la face interne du connectif. Les anthères sont ovales-laneéolées, aiguës, extrorses, et couvertes, sur leur face externe,
d'un fin duvet serré. Les six étamines externes, plus grandes
que celles du second verticille, sont opposées aux lobes de la
corolle ; les six internes sont alternes avec les précédentes.
L’ovaire est à six loges, qui contiennent chacune un ovule
court, incomplètement anatrope, ascendant, à micropyle en
bas et en dehors ; le style est gros, court, cylindrique, à
sommet obtus.
Le fruit est charnu, réduit par avortement à une seule loge
monosperme. La graine est ovoïde et munie d'un tégument
crustacé.
Le port du Palaquium Krantzianum est celui des autres
Palaquium de l’Inde et de la Malaisie.
C’est un arbre de 30 à 33 mètres de hauteur, à feuilles
rassemblées au sommet des rameaux, oblongues ou ellip­
tiques, arrondies ou acuminées au sommet, pubescentes
sur la face inférieure.
La récolte du latex se fait de juillet à octobre.
Ce latex est comestible comme celui de beaucoup de
Sapotacées ; il a, paraît-il, une saveur agréable de noisette.
On le recueille en pratiquant, sur le tronc, des incisions en
V, et en enfonçant des bambous au point de réunion des deux
entailles on l’évapore à chaud dans une bassine, mais sans
le porter à l’ébullition; il faut avoir soin de l’agiter.
Le résidu concrété est grisâtre, souple, tenace, extensible,
LES PLANTES A GLTTA ET LEUR PRODUIT

�lo i

LES PLANTES A GUTTA

élastique à chaud. Pour certains auteurs, il peut remplacer la
gutta dans quelques usages; pour d’autres, il est, au contraire,
absolument sans valeur.
M. Seligmann-Lui, dans son rapport sur les plantes à
gutta d'Extrême-Orient, ne semble pas y attacher grande
importance. Un autre ingénieur, M. Th. Seeligmann, le
signale également comme une gomme-résine tout à fait infé­
rieure et ne pouvant servir, tout au plus, qu'à des mélanges
industriels, d'une valeur très contestable.
Mimusops Balat a Gærtn.
Svn. : Achras Balata Aublet ; Mimusops hidentata D. C ;
Sapofa Muelleri Blume ; Lucuma mammosa de Vriese.
On désigne sous le nom de Balata 1 plusieurs arbres assez
différents. Le Balata indien est le La ha tia macrocarpa Mart. ;
le Balata blanc est une Apocvnée, le Plunieria articulata
Vahl. ; le Balata bâtard est le Burnelia nigra S\v.
Le Mimusops Balata Gærtn. est le Balata rouge, ou Balata
foncé, ou encore Balata saignant ; c'est aussi le Balata des
Galibis et le Boromc des Arrouagues.
L’espèce habite les Guyanes, le Vénézuela (où l’on trouve
aussi le Mimusops globosa Gærtn., qui donne un produit ana­
logue), le Brésil septentrional, et certaines îles des Antilles,
telles (jue La Trinité, Saint-Domingue et la Jamaïque.
En Guyane française, elle est signalée un peu partout.
M. Geoffroy, pharmacien des colonies, qui, en 1890, fut envoyé
en mission dans cette colonie, sur la demande de M. Hefckel,
1. Les Anglais disent : Bullet-tree, qui, comme le terme de Balata et
comme celui de Boerowe, est appliqué à plusieurs espèces. Le terme de
Manil Isara, des Indiens, semble correspondre plus exclusivement au
Mimusops Balata ; il en est de même du nom hollandais Paardenbesh, qui
veut dire chair de cheval, et qui caractérise la couleur du bois du Balata
rouge. A la Martinique, on appelle Balata le Mimusops Biedlena Pierre.

LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

précisément pour y étudier l’arbre à balata, en constata la
présence sur tous les points où il séjourna : aux environs
de Cayenne, sur les divers sentiers forestiers de l'Administra­
tion pénitentiaire, aux Hattes, à Saint-Laurent, à Saint-Jean, au
village d'Apatou, le long du Maroni, sur les rives de l’Awa,
dans le Contesté de l'Awa, le long de lTtani et chez les
Roucouyennes.
M. Devez a vu aussi, entre les embouchures de la Mana et du
Maroni, des régions peuplées uniquement de Balatas rouges, au
détriment d’autres espèces végétales. Ce sont, en général, des
terrains marécageux, traversés par des eaux d’infiltration,
dans lesquels les récolteurs enfoncent parfois jusqu’aux
épaules.
Le Mimusops Balata est une des plus grandes essences
des forêts de la Guyane; il peut dépasser 30 mètres de hau­
teur.
Les rameaux sont épais, cylindriques, noueux, bruns,
glabres, couverts de lenticelles arrondies. Les feuilles, très
rapprochées, sont oblongues-lancéolées, ou elliptiques, ou
oblongues-ovales, acuminées, aiguës aux deux extrémités ;
très glabres et rougeâtres en dessus, elles sont brunes,
avec des poils blanchâtres, en dessous. Ces poils, très petits,
sont souvent agglutinés par une matière résineuse grisâtre. Le
pétiole mesure de 2 à 5 centimètres ; le limbe a 10 à 22 centi­
mètres de longueur sur l à 10 centimètres de largeur; il est
parcouru par cinquante-six à soixante-quatre paires de ner­
vures secondaires très fines.
Les fleurs sont fasciculées, par groupes de dix à vingt. Les
pédicelles sont arrondis, et à peu près de la même longueur
que les pétioles; ils sont glabres et couverts de lenticelles
linéaires très fines.
Les sépales, au nombre de six, longs de 3 à 0 millimètres,
sont grisâtres, veloutés sur la face dorsale, ciliés à 1intérieur.
La corolle, de même longueur que les sépales, ou plus courte,
est très glabre. Ses six ou huit lobes sont réfléchis, lancéolés,
linéaires, glabres sur la face externe et très légèrement pubescents sur la face interne.

�LES PLANTES A GUTTA
156
Les staminodes sont ligulés; les six ou huit étamines fer­
tiles, deux fois plus longues, ont leurs filets dilatés à la base
et leurs anthères elliptiques et cordées.
Le pistil est glabre ; l’ovaire est à huit à dix loges.
La haie, ovoïde, brune, marquée de petites ponctuations, a
25 millimètres de largeur en moyenne sur 30 millimètres (Je
longueur ; à sa surface sont des sillons bien apparents, marquant
les loges. Les graines sont nombreuses, allongées (23 milli­
mètres de longueur, 15 millimètres de largeur), blanches,
à bile elliptique proéminent.
L'albumen est charnu, blanc quand il est frais, rouge à
l'état sec; il enveloppe l’embrvon, dont les cotylédons sont
foliacés.
Le Mimusops Balata est souvent recherché pour l’ébénisterieet pour la charpente. Son bois est d’une belle couleur rou­
geâtre et n est pas attaqué par les termites ; il a été employé
avec succès par la Compagnie des Chemins de fer de l'Ouest,
pour la confection de traverses dont la durée est très grande.
Mais c'est par son produit que l’arbre mérite, plus encore,
de retenir l’attention. La gutta de Balata fut signalée, pour la
première fois, par M. Bleekrood, en 1857 ; elle a donné lieu,
depuis cette époque, au Vénézuela et dans les Guyanes hollan­
daise et anglaise, à une forte exploitation. En 1881, on esti­
mait à 47.000 livres la quantité de cette gutta expédiée, pen­
dant l'année, de la Guyane anglaise.
Par ses propriétés, qui sont sensiblement ditférentes de celles
de la gutta-percha, elle se prête à des usages variés. Elle n’est
guère employée, il est vrai, comme isolante, bien qu’elle ait
une résistance spécifique moyenne, ruais cela tient à ce qu’elle
ne se ramollit pas assez par la chaleur et est très dillicilement
travaillée. Par contre, sa très grande force et sa très faible
élasticité, sous l’influence de la traction, la rendent particuliè­
rement propre â la fabrication des courroies de transmission.
On en fait aussi des bandes et des lanières de toutes sortes,
très souples et très résistantes ; on l’utilise encore pour les
instruments de chirurgie.
Sa composition est un peu variable. Celle d'un échantillon

157
provenant de la Guyane anglaise, et analysé par M. Obach,
était la suivante :
G utta................................................................ 52,4
Résine.............................................................. 39,8
Substances étrangères.................................. 5,3
Eau.................................................................... 2,5
100,0
ce qui représente, pour le produit purifié, 56 parties 8 de
gutta et 43 parties 2 de résine.
La gutta est brun clair et ferme ; la résine est jaune clair
et très molle.
Dans d'autres échantillons, la proportion de gutta variait
entre 45 et 54 ; celle de la résine entre 45 et 50.
Le latex du Balata roiuje est blanc, épais, et comestible; sa
saveur se rapproche beaucoup de celle du lait de vache, et il
paraît que, mélangé avec le café noir, il constitue un breuvage
qui peut être confondu avec le café au lait.
11 passe, sans laisser de dépôt, à travers le papier à filtrer.
L'alcool absolu et l'acide citrique le coagulent. L'acide acé­
tique et l’ammoniaque sont sans action. Lorsqu’on le chaulïe
avec précaution, il se forme à sa surface une pellicule, qui se
renouvelle au fur et à mesure qu'on l’enlève. On peut arriver
ainsi à une dessiccation complète et obtenir un produit d’une
blancheur parfaite.
Dans la pratique, les récolteurs de la Guyane se contentent
presque toujours d exposer au soleil le lait recueilli dans des
récipients. L'évaporation se fait à froid ; on enlève, de temps à
autre, la croûte qui se forme à la surface du liquide.
Quant à la récolte du lait, elle se fait suivant plusieurs
méthodes, mais toutes sont basées sur la saignée de l'arbre1
et constituent l’opération du gemmage. M. Devez, dans sa
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

1. On pourrait cependant, au besoin, employer aussi la méthode pré­
conisée actuellement pour les Palaquium. Le professeur Wijsman, de
Leiden, en expérimentant sur des feuilles de balata rouge le procédé
Jungfleisch, a extrait de ces feuilles 5 % de gomme, alors que le ren­
dement, pour la gutta, est de 4 seulement.
° /0

�LES PLANTES A fU'TTA
i 58
Aotice sur les produits de la Guyane, donne, à ce sujet, les ren­
seignements qui suivent.
« Un balata gemmé à vie, c’est-à-dire entaillé sur toute sa
circonférence, peut donner jusqu’à 20 litres de lait. Mais
l’arbre meurt de cette saignée à blanc.., Dans la Guyane
hollandaise et au Vénézuela, on rencontre encore des vandales
qui coupent le balata à sa base et usent de la presse pour
faire rendre à l éeorce tout le lait qu'elle contient.
Pour exploiter sagement le balata, on doit saigner l’arbre
sur une partie seulement de sa circonférence, la moitié ou le
tiers. En soumettant le balata au gemmage à temps, sur le
tiers de sa circonférence, on obtient un peu moins de lait, mais
on fatigue beaucoup moins l'arbre et on peut recommencer
l’opération tous les trois ou cinq ans, tandis qu’en pratiquant
la saignée sur la moitié du tronc, il faut attendre dix ou onze
ans avant de recommencer le gemmage.
D’après Rousseau, on obtiendrait les meilleurs résultats en
enlevant des rectangles d’écorce, de distance en distance, et en
laissant entre eux des rectangles d'écorce de même surface.
L'écorce arrachée serait soumise à la presse pour abandonner
tout son lait.
Pour opérer, comme nous l’avons indiqué d’abord, sur le
tiers du tronc, on incise verticalement l’écorce, depuis 30 à
40 centimètres de terre jusqu’à 2 ou 3 mètres de hauteur; puis
on fait des entailles obliques, de part et d’autre de cette gout­
tière, de façon que la sève qui s'en écoulera vienne se déverser
de tous ces canaux dans le canal collecteur vertical. Au moyen
d’un vase disposé, à cet elfet, à la base de ce canal, on recueille
le lait, au fur et à mesure qu’il s’échappe.
Un balata, bien saigné par ce procédé, peut donner de 3 à
4 litres de lait pendant l’été, et jusqu’à 7 et 8 pendant la saison
pluvieuse, alors que la sève est beaucoup plus diluée et moins
sèche. A cause de la rapidité avec laquelle le lait se coagule,
il faut souvent gratter les incisions pour nettoyer les ouver­
tures, qui s obstruent rapidement.
Quoique la sève d’hiver représente environ le double de
celle d'été, le rendement du lait en produit sec est sensiblement

LES PLANTES A (ïUTTA ET LEl’R PRODITT

159

le même pendant les deux saisons. Cela tient à ce que le lait
renferme, en hiver, une proportion d'eau beaucoup plus forte.
Il faut compter sur un poids de gomme égal à la moitié de
celui du lait d’été.
Chaque arbre produit, par conséquent, un minimum de
1 kilogramme de gomme par saignée. »
Les récipients dans lesquels le lait est soumis à l’évapora­
tion sont en bois, parce que le fer communique au produit une
couleur noirâtre, qui diminue son prix. Quelquefois, pour hâter
la solidification, on additionne le lait de jus de citron (60
citrons pour 100 litres de lait).
La gomme de balata ainsi obtenue est blanc rougeâtre, quand
elle est bien préparée ; son aspect rappelle un peu celui de
certains cuirs.
Elle n’a pas de saveur et dégage, quand on la chauife, la
même odeur que la gutta ordinaire chauffée lentement sous
une couche d’eau.
Sa densité est de 1,05.
Elle se dissout complètement, à chaud, dans la benzine, le
sulfure de carbone, le chloroforme et l’essence de térébenthine.
L'alcool absolu et l’éther la dissolvent en partie seulement.
Moins altérable à l’air que la vraie gutta, elle ne se résinifie
pas et conserve presque indéfiniment sa souplesse. Elle est
aussi plus tenace, plus molle à la température ordinaire et
ne durcit pas aux basses températures.
Nous savons déjà qu elle s’électrise facilement et peut ser­
vir d’isolateur. A 49°, elle se ramollit et reçoit, en cet état,
toutes les empreintes et toutes les formes qu’on lui donne.
Elle fond à 150°; elle est combustible et dégage, en brû­
lant, une odeur très désagréable.
C'est, en définitive, une substance à laquelle ses propriétés
donnent une grande importance industrielle, et elle est cotée,
en fait, actuellement, à un prix élevé.
- Ce prix est même la principale cause qui restreint son
emploi. Il pourrait cependant s’abaisser fortement, si les pays
producteurs livraient le balata en plus grandes quantités. Mal­
heureusement la Guyane française, en particulier, ne se

�1Ü0
LES PLANTES A GUTTA
préoccupe pas plus de cette exploitation que de toutes les
autres. La colonie est couverte de Balatas rouges et de plantes
à caoutchouc : les uns et les autres sont à peu près délaissés.
Mimusops sp.
Des guttas d'autres Mimusops que le balata rouge peuvent
encore être plus ou moins utilisées.
Nous avons déjà cité le Mimusops globosa Gærtn., du
Vénézuela, qui donne un produit appelé purvio, très voisin du
précédent.
On trouve aussi, au Brésil, le Mimusops data ou Massaranduba (alors que, dans cette région, le Mimusops balata est
appelé Muirapiranga). Le latex du massaranduba, qui est
comestible, donne une gomme plus dense que celle du balata
rouge, et plus élastique. Elle se ramollit aussi à une tempé­
rature plus basse, en devenant visqueuse ; ses usages sont,
par suite, plus limités. Elle peut cependant recevoir quelques
applications.
D'autre part, MM. Heckel et Schlagdenhaulïen ont étudié les
guttas de deux espèces de Mimusops d’Abyssinie : le Mimu­
sops Kummel Hôchst et le Mimusops Schimperi Hôchst.
Les deux espèces donnent un produit dur, brun sale, se
rayant à l’ongle, un peu adhérent à la peau quand on le chauffe
dans la main. Il contient 28 °/0 de sels et 12 °/0 de
matières organiques.
Cette matière organique, glutineuse et élastique, se diffé­
rencie nettement des guttas ordinaires par ce fait que l'alcool
en dissout 42 °/0 La solution laisse ensuite déposer, par
refroidissement et évaporation, une substance blanche, mame­
lonnée, soluble dans l’alcool, l’acétone, la benzine, le chloro­
forme, l’éther de pétrole, l’éther sulfurique et le sulfure de
carbone : c’est une résine, qui diffère à la fois, par ses pro­
priétés, de l'albane et de la fluavile.

l 61
La gutta des Mimusops ne contient que cette résine
amorphe. Le résidu insoluble dans l’alcool est composé par
un coi'ps d'un brun foncé, dont 1 aspect et les caractères se
confondent avec ceux des guttas ordinaires, et par une cer­
taine quantité de sulfate de chaux.
Telle quelle, cette gutta est inutilisable; mais mélangée, à
mi-partie, avec de la gutta des Palaquium, elle a pu être
employée, à l'imprimerie Berger-Le vrault, de Nancy, pour
la fabrication de moules de clichés en taille-douce destinés à
la confection des galvanos.
Etant donné la rareté et la cherté de plus en plus grandes
de la gutta-percha, il est certain qu il y aurait intérêt à pouvoir
la mélanger ainsi, dans quelques cas, avec d’autres produits.
Nous avons cité les exemples précédents, quoique ces gut­
tas viennent de pays étrangers, pour indiquer qu'on pourrait,
au besoin, chercher à tirer parti, par de tels mélanges, de cer­
taines espèces de Mimusops de nos colonies, en dehors du
balata rouge. Ainsi on signale, entre autres, comme donnant
des sortes de guttas, le Mimusops coriacca, de Madagascar et
un Mimusops appelé au Gabon M'binio. Aucune expérience
sérieuse n’a toutefois été faite sur ces gommes.
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

Vitellaria paradoxa Gaertn.
Syn. : Butgrospermun Parkii Kotsehy ; Bassia Parkii Don. ;
Butyrospermum niloticum Kotsehy.
Les noms indigènes sont : Karité, Cé et Ghi.
Le Karité est un bel arbre, dont le port rappelle celui de nos
chênes. Son tronc, très ramifié, atteint une hauteur de 9 à
10 mètres et un diamètre de 1 m. 50 à 1 m. 80.
Les rameaux sont glabres et rugueux ; les feuilles, conden­
sées au sommet, sont entières, coriaces, pétiolées et stipu­
lées. Le pétiole mesure de 5 à 7 centimètres 5. Le limbe est
oblong-lancéolé, de 15 à 20 centimètres de longueur sur 7
à 10 centimètres de largeur ; il est cunéiforme ou arrondi à la
Plantes à caoutchouc et à tjutta.

Il

�H)2
LES PLANTES A GUTTA
hase, glabre en dessus, pubescent en dessous, et muni de 20 à
25 nervures qui sont insérées obliquement, de chaque côté,
sur la nervure médiane. Les stipules sont lancéolées, soyeuses
sur le dos, longtemps persistantes.
La floraison a lieu en mars. Les fleurs sont en ombelle et
naissent à l'aisselle des feuilles, au sommet des rameaux.
Le calice est campanulé, coriace, avec un court tube sur­
monté ordinairement de huit lobes oblongs-lancéolés, dont
les quatre extérieurs sont recouverts d’un duvet ferrugineux
très dense.
La corolle est aussi longue que le calice, avec des lobes
oblongs, glabres et imbriqués.
L androcée est composé d'étamines, opposées aux lobes de
la corolle, et de staminodes alternants, plus courts que les
filets de ces étamines.
L’ovaire est sphérique, soyeux, à huit ou dix loges, qui
contiennent chacune un ovule anatrope.
Le fruit, qui est mûr en juillet et août, est une drupe ellip­
soïde, vert noirâtre, de la grosseur d’une prune, à mésocarpe
comestible; il renferme une seule graine. Celle-ci est sans
albumen, à tégument lisse et brun, avec un large hile en
forme de cœur allongé.
Le Karité se plaît surtout dans les terrains argilo-siliceux,
ferrugineux, rocailleux et crevassés.
Il est essentiellement africain, et son aire géopraphique est
assez limitée. Il reste toujours éloigné de la zone littorale et
ne paraît pas dépasser : au Nord, la région de Tombouctou ; au
Sud, le Haut-Congo français. Il est surtout commun dans la
vallée du Haut-Niger et dans celles du Backhoï, du Baoulé et
de leurs affluents ; on en rencontre, d’après le commandant
Gallieni, de véritables forêts dans le Beledougou, le Fouladougou, le Manding, le Guéniékalaris, etc.
A l’Est, M. Schweinfurth l’a trouvé dans la région du Nil.
Il est connu aussi au Fouta-Djallon, ainsi que dans
l’Hinterland du Dahomey, vers Carnotville ; enfin, d’après
M. Dybowski, il existe dans l’Oubangui et la Sangha, qui
paraissent être sa limite méridionale.

LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

103

Dans les régions où il pousse, et particulièrement au Sou­
dan, où il est fréquent, le Karité est recherché pour ses
graines, d’où les indigènes extraient le beurre dit bourre do
Galarn, ou bourre de Bambouck, ou bourre do shea, ou bourre
de karité.

Ce n’est pas le lieu d’insister ici sur ce corps gras, très
employé par les populations nigériennes, et qui pourrait rece­
voir de nombreuses applications dans 1 industrie française,
ainsi que le démontrent les premiers essais faits à ce sujet.

�164

LES PLANTES A (UiTTA

Du point de vue où nous nous plaçons dans ce travail, le
Karité nous intéresse plutôt par la gutta qu’il peut fournir, et
que M. Heckel a le premier signalée.
Cette gutta, dite quelquefois gutta shca, est obtenue par
l’évaporation de l’eau du latex. Elle est fibreuse et comparable,
comme structure, à la gutta de Bornéo. Sa densité est de
0,976. Elle est soluble dans le sulfure de carbone, dans le
chloroforme et dans la benzine.
Sa composition chimique est, à peu près, celle de la guttapercha. Celle-ci, nous l'avons vu, renferme, en moyenne,
92 °/0 de gutta, 5,8 d’albane et 2,2 de Hua vile. La gutta
shca, d’après les analyses de MM. Heckel et Schlagdenhauffen, contient 91.5 °/0 de gutta pure, 6 d’albane et 2,5 de
lluavile. Elle serait donc même plus voisine de la gutta-percha que le produit du Pagena Leerii.
Cependant il faut ajouter que, traitée par l’éther ordinaire,
l'éther de pétrole, l’essence de térébenthine, l'acide acétique
bouillant, la gutta de Karité abandonne à ces différents véhi­
cules moins de principes solubles que l’autre. Par évaporation,
ces solutions laissent, en outre, un résidu poisseux, au lieu d’un
vernis sec.
Quoi qu il en soit, des essais, faits à l'imprimerie BergerLevrault, à Nancy, ont établi que la gutta shca peut être faci­
lement malaxée dans l'eau chaude, et que les moules obtenus
ne le cèdent en rien à ceux que l’on prépare avec la gutta
commerciale ordinaire.
La substance pourrait donc être, tout au moins, employée
de cette manière, en admettant que, comme le prétend M. Serullas, il soit impossible de l’utiliser pour la confection des
câbles télégraphiques. Mais, sur ce point encore, il ne serait
pas sans intérêt d’entreprendre de nouvelles recherches.
MM. Heckel et Schlagdenhauiren se sont, en ell'et, assurés,
par des expériences de laboratoire, qu elle s’électrise facile­
ment et a, par suite, une grande résistance spécifique.
C’est donc seulement par des essais en grand, qui jusqu’à
ce jour, à notre connaissance, n’ont pas été tentés, que nous
pourrions être définitivement fixés à ce sujet, et savoir si,

165
oui ou non, la gutta du Karité est, à tous points de vue, un
succédané de la gutta-percha.
Au cas où elle pourrait servir d’isolant, nous aurions dans
notre colonie du Soudan une véritable réserve d’un produit
de haute valeur.
LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODUIT

Sapota Achras Mill.
Syn. : Achras Sapota L.
Le Sapotillier, d’origine américaine, est un arbre aujour­
d’hui répandu dans presque toutes les contrées chaudes du
globe. En Amérique, il pousse, à l’état sauvage, au Mexique,
au Vénézuela, en Guyane et dans les Antilles. Il ne dépasse
pas toutefois 22° de latitude Nord; et un climat chaud et
humide lui est nécessaire. Ainsi, au delà de Vera-Cruz, qui
est par 19" 12 de latitude Nord, son rendement, à une altitude
de 700 mètres, esta peu près nul, tandis qu'au-dessous de 19°,
il prospère encore à une altitude double.
Le Père Düss le décrit comme un arbre très branchu, à
frondaison arrondie, à branches inférieures horizontales, à
jeunes rameaux garnis, ainsi que les pétioles et les pédicelles
floraux, d’un duvet couleur de rouille.
Les feuilles, réunies aux extrémités des branches, qui sont
très rapprochées, sont alternes, entières, coriaces, lancéoléesoblongues ou plus ou moins elliptiques, persistantes.
Les fleurs, situées aux aisselles des dernières feuilles des
rameaux, sont solitaires, blanches. Le calice a six sépales ; la
corolle, gamopétale, est à six divisions ; il y a douze étamines,
dont six fertiles ; l'ovaire est pluriloculaire.
Le fruit est comestible et très recherché pour sa pulpe jau­
nâtre, qui, à la maturité, est sucrée, fondante, d’un parfum
délicat. C’est une baie brun grisâtre, de la grosseur d’une
pomme, ronde, légèrement apieulée au sommet et portant, à
sa base, le reste du calice.

�LES PLANTES A OUTTA
166
Elle renferme normalement une dizaine de graines, dont
plusieurs, ordinairement, avortent.
Ces graines sont allongées, comprimées, à tégument bril­
lant, brun sombre, avec un bile linéaire. Elles sont à albu­
men oléagineux et passent pour diurétiques; les Indiens leur
attribuent même des propriétés vénéneuses, fait dont l'exac­
titude, cependant, n’est pas bien établie.
Le latex donne, par évaporation, une sorte de gutta, appe­
lée chiclc, qui peut être extraite du tronc de l'arbre ou des
fruits.
Pour 1 extraire du tronc, on pratique, sur lécorce, des inci­
sions transversales. Le lait qui sort se concentre rapidement;
on pétrit le produit après l’avoir recueilli.
Pour l'extraire des fruits, on presse la pulpe et on laisse le
liquide fermenter pendant quelque temps ; puis on décante, et
le dépôt est le c/iicle vierge.
L'analyse a établi que la composition de ce chicle est la sui­
vante :

Résine.............................................................. 41.80
Caoutchouc.........................................................

Sucre............................................................
Gomme........................................................

Matières colorantes, amidon et sels.............

17.20

9 »
6.40
8 . '2 0

Eau............................................................... 14.40
On voit que cette composition est bien différente de celle de
la gutta-percha et qu’il y a surtout une bien trop grande
quantité de matières étrangères pour qu’on puisse songer, un
seul instant, que le chicle pourrait servir d’isolant.
Il est toutefois assez plastique pour pouvoir servir à la fabri­
cation de statuettes. Dissous dans le sulfure de carbone, il
donne, d'autre part, un vernis imperméable.
A ce double titre, il peut donc trouver dans l'industrie
quelques applications. En certaines régions de l’Amérique,
il est encore employé comme masticatoire.
Dans nos colonies, le sapotillier est abondant à la Marti­
nique, à la Guadeloupe et à la Guyane, où il est spontané ; il
est acclimaté au Sénégal, au Soudan et à Tahiti.

LES PLANTES A GUTTA ET LEUR PRODLIT

167

Autres plantes gutlifères.
Outre les espèces que nous venons de décrire, quelques
autres sont encore parfois citées comme donnant de la gutta.
En réalité, leur produit est, la plupart du temps, une sub­
stance résineuse sans valeur, ou qui, en tout cas, est encore
trop peu connue pour que nous nous attardions k cette étude.
Tels sont :
les Bassia longifolia Roxb. et Bassia latifolia Roxb., de
l’Inde ;
le Bassia Motlcyana Clarke, de Malacca et de Bornéo, dont
le produit sert principalement à falsifier les bonnes guttas1;
le Chrysophyllum af ricanum D. C. ;
certains Lucuma et certains Sideroxylon ; etc.
Tous ces genres appartiennent à la famille des Sapotacées.
Parmi les Euphorbiacées, YEuphorbia Cattimandoo Elliot,
de l’Inde, et YEuphorbia Tirucalli L., de l’Afrique orientale,
fournissent une substance résineuse qui peut être employée
comme mastic.
Parmi les Asclépiadées, rappelons le Calotropis procera Br.
et le Calotropis gigantea, dont nous avons parlé à propos des
plantes à caoutchouc.
Parmi les Apôcynées, les produits du Dyera costulata IIooker, de Perak, et du Dyera laxiflora, de Malacca, servent, dit. Le produit du Bassia. Molleyana [yclah yaru) a, d’après M. Obach,
la composition suivante :
Gutta.................................................................................... 31,6
Résine.................................................................................. 65,2
Substances étrangères....................................................... 1,8
Eau.......................................................................................
1,4
1

100,0

Purifié, il contient 32 parties de gutta, blanche et très friable, et
67 parties 4 de résine claire et dure.
6

�Ifi8
LES PLANTES A fi UTTA
on. à falsifier la &lt;jutta jelu(ong\ celui de YAUtonia scholaris1
entre dans la préparation de la gutta dite pulei, de Singapour.
Enfin, parmi les Artoearpées, beaucoup de figuiers four­
nissent des matières auxquelles on donne quelquefois le nom
de gui tas, mais qui ne sont bien plutôt que des caoutchoucs
résineux.

III

1. Il résulterait d'essais faits dernièrement, à Kew, sur des échantil­
lons envoyés des des Fidji, qu'une autre espèce du genre, VAlslonia
plumosa, donne un caoutchouc très utilisable.

LES PLANTES A GUTTA DANS NOS COLONIES
On voit, en résumé, par ce qui précède, que, dans l’état de
nos connaissances, deux plantes seulement, parmi les espèces
indigènes dans nos colonies, présentent un réel intérêt comme
productrices de gutta.
L’une est le Mirnusops Balat a de la Guyane, qui donne une
gutta spéciale, douée de propriétés qui ne sont pas tout à fait
celles de la gutta percha mais qui peuvent la faire rechercher,
et même préférer, pour différents usages.
L’autre est le Yitellaria paradoxa, ou karité, dont le pro­
duit a presque la même composition que les guttas de la
Malaisie et n’a pas été expérimenté autant qu’il conviendrait.
La troisième plante qu'on pourrait encore citer, le sapotillier, donne le chicle, qui est d'un emploi beaucoup plus res­
treint.
Mais les Palaquium à vraie gutta sont tous étrangers. La
question importante qui se pose pour nous est donc bien,
comme nous le disions plus haut, l'introduction de ces arbres
dans nos colonies.
Entre toutes, nos possessions d'Indo-Chine semblent celles
qui sont tout d’abord indiquées pour ces essais, en raison de
leur voisinage avec les contrées où les bonnes espèces de
Palaquium sont indigènes.
Aussi, dès 1882, le gouvernement français confiait à
M. Seligmann-Lui, ingénieur des Postes et Télégraphes, la
mission de se rendre en Malaisie et d’en rapporter, pour la
Cochinchine, des plantes à gutta. M. Riche, dans son rapport

�LES

PLANTES A GLIT A

sur les produits chimiques de 1 Exposition universelle de 1889,
dit à ce sujet :
« Après avoir constaté que ces arbres n'existent pas en
Cochinchine, après avoir étudié la langue malaise et la flore
du pays, après s être instruit sur l’origine des meilleures sortes
de guttas, M. Seligmann-Lui pénétra seul dans les régions
non explorées de Sumatra, qui sont encore sous la domina­
tion de peuplades sauvages ; et il en revenait peu après, appor­
tant à Saigon, outre une collection importante, cinquante
plantules de l’espèce nommée dans le pays mayang tahan
derrian, qui fournit les gommes les plus estimées. Cette tache,
périlleuse et difficile à tous égards, étant accomplie, M. Selig­
mann-Lui revenait à Paris en 1883, après avoir indiqué la
région montagneuse de Kamchay, dans la Cochinchine, comme
susceptible de se prêter à une tentative d’acclimatation ; et il
rédigeait un rapport plein de faits, dans lequel il concluait à
l'envoi d'une nouvelle mission à Sumatra. »
Mais le gouvernement hollandais, qui, de son côté, avait
organisé une exploration analogue, sous la direction de
M. Burck, sous-directeur du Jardin botanique de Buitenzorg,
ne s’y prêta pas immédiatement. Ce ne fut qu’en 1886 que
M. Sérullas fut envoyé en Malaisie pour reprendre l’œuvre
commencée par M. Seligmann-Lui.
La mission de ce second explorateur fut malheureusement
interrompue par la maladie, contractée dans ces régions mal­
saines. M. Sérullas dut rentrer en France ; il repartait
cependant, en 1887, pour l’Inde-Chine.
« Secondé par M. Demortière, chancelier du Consulat de
France à Singapour, il parcourut les forêts de l'État de Perak ;
et, après s’être assuré de la grande vitalité de ces espèces, il
installa à Singapour une pépinière provisoire d’arbres arrivés
à leur état de croissance. Ces arbres avaient été coupés dans
les forêts de Perak, à moins d’un mètre au-dessus du sol,
séparés de leurs grosses racines, placés dans des bacs conte­
nant de la fougère mouillée d’eau sans cesse renouvelée, et
transportés par bateaux ; en deux mois, ces troncs avaient émis
de vigoureuses pousses dans la pépinière. »

171
C’est pendant le séjour qu'il fit, à ce moment, à Singapour
que M. Sérullas parcourut la contrée où Lobb et Oxley avaient
signalé autrefois la présence du Palaquium Gutla. Ses
recherches furent couronnées de succès; il trouva une véritable
forêt de ces arbres, qu’il étudia et dont il récolta des graines.
Mais nous avons vu que M. Sérullas avait dû abandonner
son exploration en Malaisie. A la fin de 1896, le Ministère
des Colonies chargeait d’une nouvelle mission à Sumatra
le pharmacien des colonies Raoul, professeur de cultures à
l’Ecole coloniale.
Le vaillant explorateur, qui avait déjà parcouru cette région,
au cours d’un voyage pendant lequel il avait visité successive­
ment Madagascar, La Réunion, Maurice, Adélaïde, Victoria,
la Nouvelle-Zélande, les Tonga, les Samoa, les Fidji, la Nou­
velle-Galles du Sud, la Nouvelle-Calédonie, Tahiti, les Tuamotou, les Tubuaï, Rapa, les Iles-sous-le-Vent, le Queensland,
Java, Sumatra, Bornéo, la Cochinchine, l’Annam, le Tonkin,
etc., et qui eut donc été, certes, en droit de se récuser, et de
jouir désormais d’un repos bien mérité, n hésita pas à repar­
tir. Et bien qu’il ait dû, lui aussi, terrassé par la maladie,
— à laquelle il devait succomber peu après son retour —
revenir avant la date qu’il s’était fixée, son voyage, qui a duré
dix mois environ, a été fructueux. Raoul a pu rapporter, en
serres portatives, un assez grand nombre de jeunes plants de
Palaquium, qui, après un certain temps de repos au Jardin
botanique de Marseille, sont, en ce moment, répartis dans
quelques-unes de nos colonies : au Congo, aux Antilles fran­
çaises et à la Guyane.
Quelques pieds doivent être aussi envoyés à la GrandeComore. L’année dernière, en effet, M. Humblot annonçait,
à une réunion des naturalistes du Muséum, qu’il avait intro­
duit, dans l île, des Palaquium (lutta, dont l'un, planté à
230 mètres d’altitude, est devenu, en trois ans, un bel arbre
de 5 à 6 mètres de hauteur, donnant un latex abondant.
Il importe évidemment de reprendre sur une plus grande
échelle ces premiers essais, encore trop restreints pour qu'on
en puisse tirer des conclusions certaines.
DANS NOS COLONIES

�172
LES PLANTES A GITT A
11 importera aussi de ne pas oublier, que dans nos posses­
sions d'Extrême-Orient, la Cochinchine et le Cambodge
semblent, sur certains points, présenter des conditions clima­
tériques très favorables à la même culture.
M. Ch. Crozat de Fleury, qui a fait de longues excursions
dans ces contrées, a bien fait remarquer la grande analogie
qu elles présentent avec la Malaisie.
« Géologiquement parlait, dit-il1, les terrains observés,
jusqu’à présent comme se prêtant à la culture de l’arbre à guttapercha sont des terrains d origine volcanique. Pour s'en con­
vaincre, il n’y a qu’à visiter les îles de la Malaisie, la pres­
qu’île de Malacca, etc., où croissent spontanément plusieurs
espèces d’arbres et de lianes à gutta, et, entre autres, 1'Isonandra Gutta de Hooker.
Eh bien ! au Cambodge, toutes les montagnes sur lesquelles
je propose de faire cette culture sont d origine volcanique,
comme celles de la Malaisie.
Ces arbres et ces lianes à gutta se trouvent toujours sur des
terrains sablonneux, siliceux, alluvionnaires, ou silico-argileux,
mais plus particulièrementargilo-ferrugineux. C’est, du moins,
ce que Ion observe dans toute la Malaisie et ailleurs, où
poussent spontanément les différentes espèces d’arbres à gutta.
Eli bien, encore, toutes ces qualités de terrain se trouvent
parfaitement au Cambodge, et cela, certainement, sur une
étendue de plus de trente lieues carrées.
Au point de vue des conditions climatériques indispensables
à cette culture, toujours d'après ce que l’on peut observer en
Malaisie et ailleurs, la chaleur et l’humidité constantes sont
les deux états essentiels.
Quoique le Cambodge ne se trouve pas exactement situé
comme chacune des autres terres sur lesquelles on a, jusqu’à
présent, récolté la plus grande partie de la gutta livrée au com­
merce, je puis néanmoins affirmer que certaines parties de ce
pays remplissent parfaitement ces deux dernières conditions
climatériques.

. Bulletin &gt;Ic la Société de géographie commerciale de
.

1
1888

Paris,

1887

-

173
Au Cambodge, la moyenne de la température est de 28°,
et, pendant la mousson du Nord-Est, le degré de saturation
de l’air, en moyenne toujours, est de 55° à 60°.
11 n'en est pas autrement dans les îles de la Malaisie, à
Singapour, dans la presqu’île de Malacca, etc., partout, en un
mot, où l’on trouve les arbres à gutta ».
La région favorable, au Cambodge, serait, d'après M. Crozat
de Fleury, la chaîne montagneuse qui couvre les provinces
ccidentales, depuis le canal de Hatien jusqu’à la province
de Battambang, au Nord, en y comprenant la chaîne qui
s’étend entre Kampot (Cambodge) et Chantaboum (Siam). On
retrouve là les mêmes plantes qu’à Java et à Malacca.
M. Crozat de Fleury recommande encore les montagnes
avoisinant le Grand-Lac, surtout les monts Krewanh.
Et la Cochinchine présente en certains points, un terrain et
un climat analogues.
Quant aux autres colonies, telles que celles de la côte
occidentale d’Afrique, bien que des comparaisons aussi précises
n aient pas été faites, il n’est pas douteux qu elles puissent
aussi offrir, çà et là, des conditions propices.
L’avenir dira ce qu’il en est réellement, mais la question a
une importance économique trop grande pour que des essais
nombreux ne soient pas tentés dans les stations botaniques
de l'Etat. C’est la raison d’être et le devoir de ces jardins
d’entreprendre de ces cultures nouvelles, que des particuliers
hésitent — et cela se conçoit — à installer, à cause des
dépenses qu elles entraînent, pour un résultat douteux et loin­
tain.
DANS NOS COLONIES

�INDEX
DES NOMS

GÉOGRAPHIQUES, SCIENTIFIQUES ET INDIGÈNES

Abba ................................. .. 34
54
Aboli................................
97
Aboundji............................
35
Accra (biscuits d’) ...........
54
Achras Balata..................
— Sapota ................... . . 165
Aganonerion Dongnaiense .. . 78
97
Akounya ............................
Albane................................ . . 128
Akous................................. . . 81
39
Algodon de seda................
Alstonia scholaris............. 168
65
costulata .............
168
— plumosa...............
Ancylobothrys..................
9
Angola...............................
Anjouan............................ . . 37
78
Annam................................
Antanala............................ 113
Antandroy........................ . 114
Antankarana...................... .. 113
Antanosy........................... . 114
Antilles françaises............. .. M9
Aralic-ccrise ...................
— petite cerise...........
Assam (caoutchouc d’) . . . ., 30
35
Assinie (caoutchouc d') ...
Aviavindrano.................... 32, 110
Azaola Leerii.................... .. 147
91
Badjingué..........................
89
Bahi...................................
68
Bahia (caoutchouc de).......
147
Balam pienteq Kajoe.......
41
Balantes ............................
Balata bâtard.................... .. 154
1

1 2 0

1 2 0

Balala blanc.......................... 154
— foncé........................... 154
— des Galibis................. 154
— indien......................... 154
— rouge......................... 154
— saignant..................... 154
Bandjermassim.................. 65,142
Banka............................... 146, 147
Banut-Kalodja......................... 31
Bara...................................... 113
Barabanja.............................. 110
Bassia caloneura................... 145
— latifolia...................... 167
— longifolia.................... 167
— Motleyana.................. 167
— Parkii.......................... 161
Belluttakaka Grandieriana... 78
Bengkoelen............................. 30,49
Betsileos.................................. 113
Betsimisarakas...................... 113
Beurre de Bambouk............ 163
— Gala ni.................. 163
— Karité.................. 163
— sh ea.................... 163
Bili............................................ 89
Binntouba....................
104
Bisab........................................ 12,91
Boeroive............................... 134
Bokabé..................................... 105
Bornéo (caoutchouc de)....... 41, 65
Bornésite..............................
Boromé.................................. 134
Borrecha ... ......................... 66
Boudj
Bouela.........100

81

�176

INDKX DES NOMS

Boueni........................ 59, H 3, 115
Boulam (caoutchouc de).... 52
Bullet-tree............................ 154
Bumelia nigra...................... l;j&lt;*
Butyrospermum niloticum... 161
— Parkii.......................... 161
Cachim................................... 66
Calotropis gigantea............. 39
— procera......... 39, 51, 68, 86
Cameraria latifolia............... 68
Carpodinus acida................. 62
— Barteri........................ 62
— calabaricus................. 62
— dulcis......................... 62
— Foretiana.................... 98
— parviflorus ................. 6— uniflorus...................... 62
Carthagène (caoutchouc de). 28
Casaraance (caouchouc de). 14, 52
Castilloa elastica ... 2,12,36, 121
— Markhamiana............. 36
Cé........................................... 161
Céara (caoutchouc de)......... 22
Cernamby (caoutchouc de).. 21
Chay...................................... 152
Chavannesia esculenta........ 65
Cbicle................................... 166
Chrysopbyllum africanum . . 16/
Clitandra Barteri.................. 62
— Mannii........................ 62
— Schweinfurthii........... 62
Cochiuchine.......................... ~8
Congo................................... 9, 95
Côte d’ivoire...................... 27,94
Cryptostegia grandillora....... 117
madagascariens is ....................................... 107
Dadaw.................................... 147
Dahomey............................... 94
Dakoun.......................... 13, 15, 91
Dambonite............................ ~
Damhose................................. ~
Diallonkés.............................. 13
Dichopsis calopliylla........... 145
— G utta.......................... 131
— Krantziana................... 152
— oblongifolia............... 134
Diolas .................................... 82

Dioulas................................ 41, 82
Djoumialé............................ 97
Doh h .................................... 86
. 79
73
Dyera costulata.................. 167
— laxiflora..................... . 167
5
Ebourendé .......................... . 100
6
Eburite................................
Ecdvsanthera glandulifera . . 73
Echites glandulifera........... 73
Erohaty................................ 111
Ertriazo............................... 107
Etonda . ........................ 57
Euphorbia Cattimandoo . . . . 167
Tirucalli ................... 167
Fafetone........................ 39, 86, 92
12
Faranah................................
Faterna elastica................... . 59
Fernan-Vaz ......................... 98
92
Ficus Afzelii........................
— altissima................... 30
— annulata................... 30
— Brazii......................... 36
— crassinervia............... 118
— elastica 2, 28, 78, 86, 118, 121
glabella..................... 65
— Holstii ....................... 34
— indica........................ 30
— Karet......................... . 65
— lauri folia................... 119
— laccifera.................... 30
— lentiginosa............... 120
— macrophylla............. 92
— obtusifolia................ 30
— pertusa .................... . 120
— prolixa ...................
— Preussii................... . 36
— religiosa................... 30, 86
' rugosa ..................... .. 92
92
— Sycomorus.............
— trichopoda.............. 32, 110
— umbellata................
— usambarensis......... .. 36
— Vogelii..................... 34, 94
36
— Vohsenii.................
Figuier à agouti............... .. 119
— blanc.................... 119, 120

177

GÉOGRAPHIQUES, SCIENTIFIQUES ET INDIGÈNES

Figuier maudit....................... 119
— grande feuille............ 119
— petite feuille.................. 120
Fihérénana............................ 114
Fingitra...................... 59, 104, 113
Flakes.................................... 93
Fluavile................................. 128
Fogny..................................... 83
Foie....................................... 79
Folléré................................... 12
Fort-Dauphin........................ 116
Foufenéfole.......................... 81
Fouladougou......................... 41
Foulague............................... 81
Fouta-Djallon...................... 13, 57
Gabon.............................. 8, 41, 95
Gambo n’sina........................ 101
Getah garu........................... 167
— gitang......................... 65
— gitan gedang............... 65
— — gedong............... 65
— — kedjil................. 65
— kadjei.......................... 65
— lahoeai........................ 65
— lahoe............................ 65
— ta ban.......................... 131
— terbowmerah.............. 143
Ghi.......................................... 161
Giang-mat-khao-ngua......... 78
Gnongo.................................. 99
Godroa.................................. 110
Goé ......................................... 51
Gohine................................... 89
Gomme de Sumatra............. 125
Grand-Bassam (caoutchouc
de)....................................... 35
Guatemala........................... 14, 39
Guayaquil (caoutchouc de).. 38
Guinée française................. 52,93
— portugaise................. 52
Gutta derrian........................ 151
— gelutong...............
168
— de Karité.................... 164
— percha........................ 125
— pulei........................... 168
— shea............................ 164
— souni.......................... 151
— sundek........................ 151
Guyane française................. 118
Plantes à caoutchouc et à gutta.

Ilalaban............
llancornia speciosa.... , 14,
Haute-Sangha.................. ...
109
Hazondrano . ..
Herbes (caoutchouc des). ... 103
1, 19
Ilhev.é...............
Hevea brasiliensis 1,3, 7, 8,10,'19,
78, 93, 118,
— guyanensis........... . . 22, 95
— Spruceana.............
Hibiscus Sabdariffa.........
91
— panduræformis. . .. 91
Iganda . . .
...
Inde française.
... 77
77
Indo-Chine ..
Intisy.........
107,144
Ipomœa Bona-nox........... . 14, 122
Iquitos...
Ire ; Ireh....
...
Isonandra Benjamina .. . ... 148
— calophylla............. ... 145
— costata .................. ... 145
— Gutta.................... ... 131
— oblongifolia.......... ... 134
— sumatrana............. ... 434
Itomba................
...
Ivogue .......
99
Ivoire végétal.......
... 5
Jatropha elastica............
29
Java (caoutchouc de)....
80
Kaba.................................
81
Kaladumbo......................
Kamalau paloeng... . ... 147
6
lvamptulicon..................
89
Kankan.............................
161
Karité.............................
Kasmeer........................
28
Keratophorus Leerii........... 147
Kessesso ........................
81
Kheul.............................. __ 86
— Bap ..................... __
Khoma-mak-khaou-ngoua.,. 78
Kickxia africana............. __
107
Kilua (caoutchouc de) . ..
89
Ivissi................................
Kopsia cochinchinensis. ,. . . 75
Kopsia Harmandiana . . . .... 70
Kouroussa.... ............... ,... 89
Kulan................................... 147
1 2

6 6

1 0 2

121

2 0

1 0 2

2 1

6 8

1 0 0

2 2

8 6

6 8

12

�178

INDEX DKS NOMS

Labatia macrocarpa.............. 1;)4

Laeros (caoutchouc de)... . 34, 71
Landolphia........................
Landolphia com orensis... 56, 104
— crassipes............... 50
— Honda.................. . 34, 80
— Foreti................. 45, 96, 98
— Heudelotii... 48,80, 86, 93
— Kirkii..................... ;&gt;8
— Klainii................... 48
— Lecomtei............... 104, 113
— lucida.............. 61, 104
— madagascariensis.. 59,104,
114
— owariensis. . . 42, 93, 94, 96
— Petersiana......... 57, 58, 96
— senegalensis . 50, 79, 86, 89
— Thollonii................
104
— tomentosa. . . 52, 79, 81, 86
Laré..................................... 51, 90
Leuconotis eugeniæfolia....... 65
Leitera................................... 24
Libéria (caoutchouc de) .... 44
Lilibue.................................. 45
Linoléum.............................. 6
Loauda (caoutchouc de).... 56
Lombiro........................... 107, 113
Loni....................................... 101
Lucuma mauuuosa............... 154
Luti-am................................. 62
Macassar............................... 142
Madd ; mada........... 48, 54, 80, 86
Madagascar ... 14, 45, 47, 60, 104
Mahafaly................................ 114
Mahanoro............................... 115
Malacca......... . ................ . 123
Malaisie.......................
63
Malinkès.............................. 13,41
Malumba .............................. 54
Mananjary............................. 115
Mandiagos............................. 81
Mandingues.......................... 81
Mangaba................................ 66
Mangabeira........................... 66
Mangabiba......................
66
Manihot'Glaziovii.. 3, 9, 24, 84, 95,
114, 118, 122
Manil Ivara.............................. 154
Manisoba............................
24

63
Manungan poulo...............
68
Maranham (caoutchouc île)
Marbles.............................. 35, 58
Massaranduba....... ............ 160
114
Masikorefa........................
57
Malatabonzu......................
7
Matézite.............................
58
M atiré................................
Mayang balou.................... 146
korrik........................ 147
170
taban derrian.........
57
M’binio................................ 161
54
M’bungu............................
65
Melodinus orientalis.........
39
Mexique (caoutchouc du) .
36
Mgandi..............................
154
Mimusops Balata.............
154
— bidentata ...............
— coriacea................... 161
160
— d a ta .......................
— globosa................. 154, 160
160
— Kummel.................
154
— Riedleana...............
160
— Schimperi..............
54
M’ioango...........................
113
Moramanga.......................
Mozambique............... 14, 4.3, 58
35
Msoso.................................
58
Mliri
...................
57
Mtolia................................
39
Mudar................................
160
Muirapiranga....................
Multipliant......................... . . 120
68
Mundemba........................
42
Mvoochi............................
N’djembo........................... 45, 96
N’ dourou......................... 33, 123
39
N’g-ei..................................
68
N’gomaban........................
68
X’goué-yo-naye ................
39
N’goyo...............................
39
Nicaragua ..........................
Ninga ..................................
42
Njatu balam abang........... 134
147
— — baringin ....
— — durian ....... . . 134
— — m erah........ . . 134
— — pipis ........... 146

179

GÉOGRAPHIQUES, SCIENTIFIQUES ET INDIGÈNES

Njatu balam pisang.............. 146 Palaquium rostralum........... 146
— silah................. 134 — Selendit...................... 147
— Teysmannianum........ 146
— — sundai.............. 147
— — susu................. 134 — Vrieseanum................ 147
— tandjung........ 147 Pahouins.................................. 41
tanduk........... 147 Pao syringa............................. 22
— tembaga......... 134 Para (caoutchouc de).. . . . . .
— — tjabee.............. 147 Paraguay (caoutchouc du)...
— w r i n g i n 148 Parameria barbata.................. 73
— gjandulifera............... 73
— boenga tandjong....... 147
— Pierrei........................ 73
— bindaloe.................... 147
— diangkar.................... 146 Parsonsia barbata.................... 73
— doerian........................ 146 Palani (caoutchouc de)......... 29
— kamalan ranas........... 147 Pau cadeiro.............................
— visco............................
— selendit...................... 147
— soedoe....... ................ 147 Payena Balem....................... 131
— Benjamina.................. 148
— tersen.......................... 146
— Croixiana.................... 148
— tinang......................... 147
Nof i........................................... 56 — Leerii.................... 143, 147
Nossi-bé............................. 60, 116 Pernambouc (caoutchouc de). 14,
51, 67
Nossi-vey............................
116
Nouettea cochinchinensis ... 78 Pérou (caoutchouc du)............
Nouvelle-Calédonie............ 34, 123 Peulhs....................................... 41
Ofuntum.................................... 73 Pinki rose................................. 60
Ogooué................................ 57, 97 Plumeria articulata................. 154
Ogoumou.................................. 101 Pœderia owariensis............... 42
Okeng.................................... 73 Poré..................................... 39, 91
Okouendé-n’gowa........... . . 98 Purvio.................................... 160
Omaguas................................ 22 Rangoon (caoutchouc de) ... 29
Oraa.................................... 33, 123 Rehea..................................... 39
Oschar................................... 89 Reiabo............................• 105, 113
Oseille de Guinée.................. 91 Reiakatra............................... 103
— du Soudan.................... 91 Réunion................................. L17
Ouangui.........................■ . 33, 123 ^ Riou................................ 142, 147
Paardenbesh........................... 134 Rituri..................................... 54
Padang..................................... 142 Saba....................... 51, , 89, 93
Palaquium borneense............. 145 Sachàcamote. ....................... 14
— calopliyllum............... 145 Sandakan............................... 142
— formosum................... 144 Sanloume.............................. 13
— gloegorense................. 146 Sapium biglandulosum........
Gutta.................... 131, 171 Sapota Achras....................... 165
— Muelleri..................... 134
— Ivranlzianum............... 152
— macrocarpum............. 147 Sapotillier............................. 16a
— membranaceum......... 147 Sarawak................................ 142
— oblongifolium............. 134 Sénégal (caoutchouc du).. . 52, 79
— parvifolium................. 146 Sernamby............................. 21
— Pisang...............
146 Sidipasou.............................. 80
— Princeps..................... 144 Sierra-Leone (caoutchouc de) 49
— quercifolium............... 147 Silk-Rubbcr.............................. ' 1
2 1

6 8

6 8

6 8

6 8

8 6

6 8

�180

INDEX DES NOMS

Siphocampylus Caoutchouc.. I 7
— — Jamesonianus 4 7
Siphonia brasiliensis............ 49
— Cahuchu...................... 22
— elastica.......................
Soudan................................... 87
Sousous................................. 44
Slrophanlus.......................... 407
Sumatra............................ 30, 142
Swet pishamin..............
62
Tabernæmontana elastica ... 64
— squamosa................... 59
Tahiti..................................... 123
Tabulo bulo.......................... 404
Tamatave............................... 416
Tètes de nègres.................. 21, 36
Thimbles................................ 56
Thior..................................... 152
Toll............. 50, 52, 79, 81, , 90
Tombouctou.......................... 92
Tran-Dinh............................ 78
Tran-Ninh............................. 78
Tuchung................................ 73
Ulaquahuitl...................... . . 36
Ira i........................................ 33
Urceola elastica................
63
— esculenta.................... 65
Urostigma prolixum............. 33
Usambara.............................. 35
2 2

8 6

56
Vahea comorensis . . . ...
60
— crassipes................
59
— echiles....................
59
— gummifera.............
59
— madagascariensis .
50
— senegalensis...........
52
— tomenlosa............
Vahimainty...................... 107, 413
105
Vahintampotra..................
Vahy .......................... 59, 104, 113
115
Vatomandry......................
56
Vaughinia..........................
68
Vénézuela (caoutchouc du
464
Vitellaria paradoxa.........
59
Voa héhy .......................... 59, 113
59
— biné ........................
73
Vor-angkot........................
59
Voua-héri........................
59
Vouhéma.........................
63
Willughbeia Burbidgei..,
56
— cordata .................
62
— edulis....................
firma.......................
63
— flavescens.............
57
— Petersiana..............
63
— Treacheri..............
Xylinabaria minutiflora. .
78
39
Yercum............................
54
Zanzibar............................

TABLE DES MATIERES
AVERTISSEMENT........................................................................
LES PLANTES A CAOUTCHOUC
I. Historique....................................................................................
II. Caractères et propriétés du caoutchouc.................................
III. Le latex et les méthodes de coagulation ..............................
IV. Les plantes à caoutchouc et leur produit.............................
Ilevea b rasilien sis ......................................................................
Hevea gui/anensis ........................................................................
M anihot Glaziovii ........................................................................
Ficus elastica ...............................................................................
Ficus religiosa , indica, annulata, etc......................................
Ficus trichopoda. ........................................................................
F ic us p ro l ix a ...............................................................................
Ficus Vogelii, Ilo lstii , etc......................................................
Caslilloa elastica ......................................................................
Calolropis p ro cera ..................................................................
Landolphia owariensis ............................................................
Landolphia F o r e h ..................................................................
Landolphia H eudelotii ............................................................
Landolphia senegalensis .......................................................
Landolphia tomenlosa ....................... .................................
Landolphia flo n d a ..................................................................
Landolphia com orensis ..........................................................
Landolphia P elersiana ...........................................................
Landolphia m adagascanensis ................................................
Landolphia crassipes ..............................................................
Landolphia lucida ....................................................................
Carpodinus et C litandra .........................................................

Willughbeia edulis.............................................................

Urceola elastica ........................................................................
Urceola esculenta .................................................................. •

V
1
3
7

17

19
2*2

24

28
30
32
33
34
36
39
32
3o
***
0/
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^

�182

TABLE DES MATIÈRES

Hancornia speciosa ......... .........................................................
K ickxia a[ricana .......................................................................
P a ra m eria g la n du h fera ..........................................................
Kopsia cochinchinensis ...........................................................

V. Exploitalion el culture des plantes à caoutchouc dans les
colonies françaises....................................................................
Colonies d 'A s ie .........................................................................
Sénégal ......................................................................................
Soudan français . . , .................................................................
Guinée française .......................................................................
Côte d 'iv o ire .............................................................................
D ahom ey ...................................................................................
Gabon-Congo .............................................................................
Madagasca .................................................................................
La R éu n io n ...............................................................................
Guyane française .....................................................................
A ntilles françaises ...................................................................
N ouvelle-C alédonie .................................................................
T a h iti .........................................................................................
LES PLANTES A G UTT A
I. Caractères et propriétés de la gutta-percha..........................
II. Les plantes à gutta et leur produit......................................
Palaquium G u tla .....................................................................
Palaquium oblongifolium .......................................................
Palaquium m alaccense ...........................................................
Palaquium fo rm o su m .............................................................
Palaquium P rin cep s ...............................................................
Palaquium borneense ..............................................................
Palaquium calophyllum .........................................................
Payena Leerii ...........................................................................
Palaquium K ra n tzia n um ........................................................
Mimusops B a la ta .....................................................................
Mirnusops s p .............................................................................
Vitellaria paradoxa .................................................................
Sapola A chras ...........................................................................
Autres plantes g u ttifères ......................’ .................................
III. Les plantes à gutta dans nos colonies................................
XIACOX, P R OTAT F R E R E », I M l'tl 1M E U fts.

86
88
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11

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87
93
91
91
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191
H”
118
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125
130
131
131
113
111
111
115
115
117
152
151
160
161
165
167
169

��Som m aires des volum es p aru s des|

ANNALES DE L'INSTITUT COLONIAL DE MARSEILLE
Prem ier volume.

1893. —

Mémoire.

/"

— S u r le s

s io lo g iq u e ,

E d. I I kCKF.U.

4* Mémoire.

K olas africain s

t h é r a p e u t iq u e ,

—

h r n m a lo lo g iq u e

S u r le b e u r r e

et le

p a in

—

P r e m iè r e a n n é e .

a u p o in t d e
et

d'O 'D ika

du

t a u x q u i le p r o d u is e n t . C o m p a r a is o n a v e c le b e u r r e d e
v é g é ta u x q u i le d o n n e n t , p a r

D ans la H aute-G am bie.
R ançon

le

b o t a n iq u e , c h im iq u e ,

G abon-Congo

Cay-Cay

le

phy­

p ro fe s s e u r

e t s u r le s v é g é ­

d e C o c h in c h in c e t le s

II kckki,.

p ro fe s s e u r E d .

pur

1891. — Deuxième année .
— V o y a g e d ' e x p lo r a t i o n s e i e n t i li q u e

p a r le D o c t e u r A n d r é

A v e c c a r t e s et lig u r e s d a n s le t e x t e e t h o r s t e x t e .
1893. —

1. C o n t r i b u t i o n à l' é lu d e d u

Deuxième volum e.

R o b in ia Nicou

m iq u e e t p h y s io lo g iq u e , p a r E .

2.

vue

p h a r m a c o lo g iq u e ,

—

T r o is iè m e a n n é e .

A u b le t . a u p o in t

G koffuoy . p h a r m a c ie n

de

vue

b o t a n iq u e , c h i ­

d e s c o lo n ie s , lic e n c ié è s - s c ie n c e s

n a t u r e lle s .
( ' . o n t r ib u lio n

à l' é t u d e

b o t a n iq u e ,

B a o b a b . p a r le d o c t e u r C h a r le s G

th é r a p e u tiq u e
e iu u îii.

e t c h im iq u e

d u g e n re

A dansonia

p r o f e s s e u r s u p p lé a n t à l ’É c o le d e m é d e c in e ,

p r é p a r a t e u r d e b o t a n iq u e à la F a c u lt é d e s s c ie n c e s d e M a r s e i l l e .
3. S u r le

Q u assia afric a n a B â i l l o n

P la n t e s d u
L.

C i .a v o k u .

G a b o n . E lu d e
p ré p a ra te u r

e t s u r le

b o t a n iq u e ,

à la

P ancov ia H eckeli q u i

c h im iq u e

et

f a c u lt é d e s s c ie n c e s d e

n a t u r e lle s .
i. S u r le

B abis Tinospohn Balcis M ie r s

du Sénégal et du Soudan, p a r Ed.
3. E l u d e sui- le P s id iu m

1896.

G o y a v ie r

e t le

Sangol

l u i e s t s u b s t it u e
par

M a r s e i l l e , lic e n c ié

('.occulus Leaehu

d o c te u r

G . P . e t H ie h .

et F r .

par M.

K u o r n i , p h a r m a c ie n d e l rD c la s s e d e
—

S (: u i . ac, i &gt;i'.n iia c f k i : n .

le

è s - s c ie n c e s

H fc. k ki .

Troisième volume.

—

t h é r a p e u t iq u e ,

I E c o le

Quatrième année .

Flore pkanérogam ique des A ntilles fran ça ises

( G u a d e lo u p e e t M artinique p a r
le R. P. D uss, professeur au Collège de la B asse-Terre. Avec annotation du professeur
D r II kckku sur l’emploi de ces plantes .

1897. — Quatrième volum e. — ( C in q u iè m e a n n é e .
1. R a p p o rt de M ission à la Martinique et à la Guyane, par Emmanuel G eoffhoy.

P lan tes m édicinales et toxiques d e la G u y a n e f r a n ç a is e , p a r M . E d o u a r d
3. R e c h e r c h e s s u r le s G raines g rasses n o u v e lle s o u p e u c o n n u e s d e s C o lo n ie s f r a n ­
ç a is e s . p a r M . E d . I I
.
i. S u r u n S tro p h an th u s d u C o n g o f r a n ç a is (S tro p h an thu s d ’A u t r a n . É t u d e d e c h i m ie
e t d e m a t iè r e m é d ic a le , p a r M M . le s p r o f e s s e u r s S chlaubnha Ufffn e t L o u i s P lancuon .
3. I.'E roum a d e la N o u v e lle - C a lé d o n ie e t s o n p r o d u i t r é s in e u x , p a r M . H e n r i J umei.uk .
0. l ) u Bois p iq u an t d e la G u y a n e f r a n ç a is e e t d e s o n é c o r c e f é b r if u g e f o u r n i e p a r
Z anth Oxvuum Pr.nnoTKTii 1). G. p a r M M . E d . H ëckeu e t F . S chi .a o uexh auffen .
7. S u r le s M u rray a K œ nigii e t ex o tica d e C o c h in c h in e : é t u d e d e p h a r m a c o g n o s ie ,
2. L e s

1 I KOKF. !..

eckhl

par

le 1)r L aboeiie .

1898.
1. L e s

—

('.intjnième volume.

— ( S ix iè m e a n n é e .

plantes à C aoutchouc e t à G u tta d a n s le s c o lo n ie s f r a n ç a is e s , p a r IL J umf.uue,

P r o f e s s e u r - a d jo in t à la F a c u lt é d e s s c ie n c e s rie M a r s e ille .

I

M A C O N , IM IO T A T I H K l t K S , I M P I l l M M T D

�P?

ANNALES

L’INSTITUT
COLONIAL
DE MARSEILLE
DE

FONDÉES PAH

M.

LE PR O FE SSE U R

ÉDOUARD

HECKEL

et publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône
Sixième année. Cinquième volume (1898).
(2° et dernier fascicule)

-i ' '*

1° G ra in e s g ra s s e s n o u v elles ou p eu c o n n u e s des C olonies
fra n ç a is e s , étude botanique, chimique et industrielle, par
M.

E douard

I IEC KEL.

2° S u r un n o u v e a u J a b o r a n d i d es A n tille s fra n ç a is e s
(Pilocarpus racernosus Vahl), par M. le Dr ROCHER, professeur à
l’Ecole de médecine de Clermont-Ferrand. (Etude botanique, chimique
et pharmaceutique).

b
È

MACON

P A R IS
A.

PRO TA T

CHALLAM EL

ÉDITEUR

FRÈRES

IMPRIMEURS

1898

„

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.

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�ANNALES
DE

L’INSTITUT COLONIAL DE MARSEILLE
(Année 1898)

�ANNALES
DE

L’INSTITUT
COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES PA H

M.

LE P R O F E S S E U R

ÉDOUARD

HECKEL

et publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par te Conseil général des Bouches-du-Rhône
Sixième année. Cinquième volume (1898).
(2° et dernier fascicule)
i° G ra in e s g ra s s e s n o u v elles ou peu co n n u es des C olonies
fra n ç a is e s , étude botanique, chimique et industrielle, par
M.

É douard

HECKEL.

2° S u r u n n o u v e a u J a b o r a n d i d es A n tille s fra n ç a is e s
(.Pilocarpus raceniosus Vahl), par M. le Dr ROCHER, professeur à
l’École de médecine de Clermont-Ferrand. (Étude botanique, chimique
et pharmaceutique).

5-

MACON

P A R IS
A.

PROTAT

C IIA LL AM EL

FRÈRES

IMPRIMEURS

ÉD ITE U R

1898

�GRAINES GRASSES NOUVELLES
OU

PEU

CONNUES

DES COLONIES FRANÇAISES

I
HUILE DE COULA OU DE KOUMOUNOU
(Voir Musée colonial de Marseille, vitrine Congo, n°* 11 i bis, 115 et 115 bis, 125 bis, 126, l26 6&lt;s).

On trouve au Gabon et au Congo français, dans différents
points de la zone littorale, un végétal dont la graine grasse
désignée, comme le végétal lui-même, sous le nom de Koum o u n o ü par les noirs de Loango, et sous celui de C o u l a par les
M’Pongués du Gabon, offre un intérêt réel, non seulement en
tant qu’aliment usuel des indigènes du pays, mais comme
producteur d'un corps gras liquide spécial. Voici comment
Bâillon a décrit le végétal producteur : Coula edulis Bâillon 1
«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

« Arbre à rameaux ronds, glabres, dont les extrémités comme
toutes les parties jeunes de la plante sont couvertes d'une
légère pubescence ferrugineuse. Les feuilles sont alternes,
dépourvues de stipules, pétiolées, ovales, aiguës, a base ou
arrondie ou obtusément cunéilorme, brusquement pointues
au sommet terminé en pointe (huit à dix centimètres de longueur,
cinq de largeur), entières, à bords réfléchis, coriaces, glabres et
brillantes au-dessus, ferrugineuses en dessous, penninerves,
nervures médiane et primaires peu accusées en dessous, concaves en dessus et à veines peu apparentes. Pétioles convexes
en dessous, en dessus canaliculés et glabres, pubérules et lerrugii. Adnnsonia, vol. III,

p.

61.

Graines (/fasses nouvelles des colonies françaises,

1

�2

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

neux à l'état jeune (1 cent. 1 '2 de long). Fleurs hermaphrodites
en grappes, de la longueur à peu près du pétiole, axillaires ou
quelquefois intraxillaires, composées, recouvertes en (olalité de
poils ferrugineux. Pédoncule court, un peu épaissi au sommet,
pubérule; calice (ou bourrelet pédonculaire) annulaire court,
coriace, indivis, glabre, et persistant (?) Corolle infère, pétales subcoriaces, libres, épais, parcourus de sillons inégaux en dedans,
« pubescents, précocement caducs et disposés dans le bouton en
« préfloraison valvaire. L'androcée est constitué par “20 étamines
« également hypogyncs et qui, si l'on en juge par leur taille relative,
« appartiennent à trois verlicilles différents; les 5 plus grandes éta« mines répondent à l'intervalle de 5 pétales et les 5 plus petites
« sont superposées à ces pétales en face de leur ligne médiane. 11 y
« a en outre, à droite et à gauche de chaque petite étamine, une éta« mine de chaque côté de la ligne médiane du pétale. Ces deux éta« mines superposées par conséquent chacune à une moitié du pétale
« correspondant, sont égales entre elles, mais plus grandes que
« l'étamine qui est entre elles deux et plus petites que celle qui
« alterne avec deux pétales voisins. Chaque étamine se compose
« d'un lilet libre et d’une anthère tétragoneun peu aplatie de dehors
« en dedans, introrse et déhiscente par deux fentes longitudinales.
« Le gynécée se compose d'un ovaire supère, large et surbaissé,
&lt;&gt; présentant intérieurement la forme d'un cylindre sur la paroi con« vexe duquel se remarquent des sillons verticaux déprimés qui
« répondent aux filets staminaux. Ceux-ci s'appliquent et se moulent,
« par leur face interne, dans ces dépressions. Au sommet, l'ovaire
« s’atténue en un style unique surbaissé dont l’extrémité, à peine
« élargie, forme un petit stigmate. L’ovaire est uniloculaire avec un
« placenta central libre qui ne s'élève pas tout à fait jusqu'au som« met de la loge. De l’extrémité supérieure de ce placenta, pendent
« trois ovules. Un de ces ovules est superposé à une foliole de la
« corolle, les deux autres se trouvent en face de l'intervalle de deux
« pétales. Dans sa partie inférieure, l ovaire n'est plus uniloculaire,
« mais bien séparé comme celui de Liriosma, Psemlaleia, Anincha« malinm, .1lyzodendron, etc... en 3 logettes incomplètes, par des
« cloisons partielles qui séparent les ovules les uns des autres dans
« leur portion inférieure et libre. Telle est l’organisation la plus
« fréquente de la fleur, mais elle est sujette à varier. Ainsi les éla« mines peuvent être réduites au nombre de 15, parce que les
« 5 plus petites d’entre elles, celles qui sont en face de la ligne
u
«
«
«
«
»

HUILE DE COULA OU DE KOUMOUNOU

«
«
«
«
«
«
«
«
«
«

3

médiane des pétales viennent parfois à manquer. Ailleurs, des
modifications plus profondes peuvent survenir, le nombre des
pièces de la corolle diminuant, tandis que le nombre des ovules
est augmenté. Il y a, en eflet, des Heurs à 4 pétales et à 4
ovules alternes avec les pétales, avec 4 fosses ou loges incomplètes dans le fond de l'ovaire. Avec 4 pétales, il n’y a au plus
que 16 étamines, savoir : 3 étamines en face de chaque pétale et
une étamine en face de l’intervalle des pétales. Mais aussi la
petite étamine qui répond au milieu du pétale peut manquer et
l’androcée être ainsi réduit à 12 pièces.
« Le fruit du Coula présente extérieurement une grande analogie
« avec celui du n o y e r1. C'est aussi une drupe à sarcocarpe peu
« épais et légèrement coriace. Mais sa forme est moins allongée,
« c’est celle d’une sphère légèrement aplatie vers le pôle supérieur.
« Ce fruit est indéhiscent et son noyau ne s’ouvre jamais comme
« celui de la noix; mais le brou se détruit graduellement dans les
« couches extérieures. L'endocarpe est très dur et très épais; les
« habitants le brisent entre deux pierres afin d’en extraire la graine
« qu’ils mangent seule. Un épicarpe mince et lisse recouvre le brou,
« et l’intérieur du noyau est tapissé d'une couche brunâtre molle et
« subéreuse dont l’origine nous échappe. Une seule graine sphè­
re rique remplit toute la cavité du péricarpe. A son point d’attache,
« répond une légère dépression. Les téguments séminaux sont au
« nombre de deux, l'intérieur est une membrane mince, sèche et
« dure, brun foncé; l’enveloppe extérieure, plus épaisse et plus
« pâle est de consistance subéreuse.
« En dedans on trouve un albumen très abondant2 et charnu
« dont le goût rappelle un peu celui du pain bis. A sa partie supé« rieure, cet albumen est creusé d’une cavité qui renferme l'em« bryon, et, de la base de cette cavité jusqu'à la chalaze, on aper« çoit un canal étroit, à paroi mal limitée, dilaté du côté de la chaf . Il y a des réserves à faire sur cette affirmation de Bâillon. Le fruit,
ap rès ablation du sarcocarpe, laisse un endocarpe d u rqui présente n ette­
m ent 3 lignes de suture indiquant la présence de 3 carpelles. Cet endo­
carp e est assez résistant mais moins dur que l’affirme Bâillon : voir du
reste la rectification apportée à cette description par M. Lecomte dans
sa com munication à YAcadémie des sciences du 28 jan v ier 1895.
2. Cet album en est d ’un beau blanc; il est huileux et féculent tout à la
fois, et renferm e une quantité notable de fécule de forme sphérique spé­
ciale avec des rayonnem ents réguliers p artant du hile placé au centre
•de la sphère. Ces grains sont minimes et m esurent de 5 à 10p..

�i

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

». laze. Ce canal représente probablement l'analogue du vas umbiliu cale que Malpighi (Analome plantarum ; de seminis generatione
»» 57, t. XXXYIIi) avait, dès 1675, si bien observé clans la graine
u de l'amandier et de quelques autres plantes. El, s'il en est ainsi,
«» nous serions porté à admettre que l'albumen du Coula est d'ori»» gine purement nucellaire, ce qui demande à être vérifié.
« L'embryon se compose d'un corps fusiforme trapu, atténué aux
&lt;» deux extrémités et représentant l'ensemble de la tigelle et de la
« radicule, et de deux cotylédons relativement peu développés,
»&lt; aplatis et à peu près circulaires; ils sonlappliquésexactement l'un
&lt;» contre l'autre et leur bord est finement crénelé. »

Voici en outre, sommairement, les compléments et les rec­
tifications qu'a apportés à ces descriptions M. Van Tigheni
(Bulletin du Muséum d'histoire naturelle, année 1895, n° L,
p. 166 et suivantes) dans un travail intitulé : Sur quelques
plantes rapportées du Congo par M. Lecomte :
« Les échantillons rapportés par M. Aubry-Lecomte ont été
« étudiés en 1862 par M. Bâillon qui en a fait le Coula edulis près
« des Ximenia parmi les Olacacées, place qui lui a été conservée
« par Bentham et Ilooker et par Engler.... La tige renferme dans
« son écorce des poches sécrétrices spéciales, sécrétant une résine
(&lt; jaune brun qu elles déversent dans la lacune où elles forment une
« masse de couleur foncée, presque noire ; elle n'en a pas dans sa
« moelle qui est hétérogène. L'écorce de la feuille, dont l'assise
« supérieure est fortement palissadique et qui est lacuncuse dans
« le reste de son épaisseur, oll're aussi, çà et là, sous l assise palis»&gt; sadique, de pareilles poches sécrétrices. Enfin ces poches sécré»&lt; trices se retrouvent dans les diverses parties de la fleur, notam»&lt; ment dans la paroi de l'ovaire et plus tard sous la péricarpe du
« fruit. Dans l’ovaire, la résine prend une couleur bleu foncé.
« Les fleurs, disposées en grappe axillaire simple, ont un calice
»&lt; court, cupuliforme, à bord entier, qui reçoit du pédicelle 5 fais« ceaux libéro-ligneux et doit en conséquence être regardé comme
« formé de 5 sépales concrescents dans toute leur faible longueur.
« La corolle a 5 pétales libres, valvaires alternant avec les sépales.
« Landrocée a 20 étamines verticillées : 5 plus grandes alternant
« avec les pétales, 10 moyennes superposées aux pétales deux par
« deux de part et d’autre de la ligne médiane, et 5 plus petites
« superposées aux pétales sur la ligne médiane. Le pistil est formé

HUILE DE COULA OU DE KOUMOUNOU

«
&lt;»
«
«
«
«
».
«
«
«
«
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«
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«
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«
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&lt;»
«

O

de 8 carp elles ferm és et co n c resc en ts d an s to u te le u r lo n g u eu r en
un ov aire trilo c u la ire à p la ce n tatio n axile, ay a n t d an s ch aq u e
loge, a tta c h é au so m m et e t d an s l’angle in te rn e , un ovule
p e n d a n t a n a tro p e , à rap h é ex tern e.
« L 'o v aire est su rm o n té d ’un sty le co n iq u e, c o u rt, non renflé à
l'e x tré m ité , creusé d 'u n canal trilo b é d o n t ch aq u e lobe prolonge
une loge o v arie n n e. Le fru it e st une d ru p e à une seule g rain e
p o u rv u e d ’u n p e tit em b ry o n é tra n g lé au m ilieu et d ’un album en
am ylacé cre u sé au c e n tre d une ca v ité irré g u liè re .
« A insi co n fo rm é, le Coula edulis p eut-il ê tre m a in ten u dans la
fam ille des O lacacées? c ’est la q u estio n q u 'il nous reste à exam in e r. Q u atre c a ra c tè re s l'é lo ig n e n t de to u te s les a u tre s O lacacées:
1° les p oches sé crétric es de la tige et des fe u ille s; 2° la conform atio n de l an d ro cée qui ressem b le à celui des R osacées ; 3° la
p la c e n ta tio n a x ile ; 4° la n a tu re am ylacée de l’alb u m en qui est
oléag in eu x d an s les a u tre s O lacacées 1.
« Ces différences so n t telles q u ’elles ex ig e ro n t to u t au m oins
l'é ta b lisse m e n t d an s la fam ille d 'u n e trib u d istin c te p o u r le Coula
edulis. M ais p e u t-ê tre co n v ien t-il d ’aller plu s lo in , de re tire r
d é c id é m en t c e tte p la n te de la fam illed e s O lacacées et de c o n s titu e r
p o u r elle u ne fam ille au to n o m e, sous le nom de C oulacébs. On y
tro u v e ra it, e n tre a u tre s, ce t av a n ta g e de p o u v o ir c o n tin u e r à
c a ra c té rise r les O lacacées p a r la p la ce n tatio n ce n tra le lib re, ce qui
cesse d éso rm ais d 'ê tre possible si l’on y laisse le g en re C oula. »

D e s c r ip t io n e t a n a l y s e c h im iq u e d e l a g r a i n e 2. — Le fruit,
tel que je l’ai reçu du Gabon, c’est-à-dire du lieu même où
Bâillon a eu ses échantillons, est de la forme de celui du noyer
dépouillé de son brou3. Sans péricarpe, tel qu'il nous arrive,

1. Sur ce point il y a des réserves à faire relativem ent à l'affirmation
de M. Van Tieghem, car, comme nous l avons dit, l’album en dans cette
espèce est tout à la fois oléagineux et féculent; l'huile y existe dans une
proportion de 28 ° /0, la fécule de 22 % seulem ent, ce qui n 'est pas une
quantité négligeable, mais ce qui ne constitue pas un album en féculent.
2. J ’em prunte, en la com plétant sur beaucoup de points, la description
des fruits telle qu’elle est faite p ar M. Lecom te dans sa com munica­
tion à l’In stitu t (Académie des Sciences) le 28 janvier 189a, en collabo­
ration, pour la partie chim ique, avec M. A. H ébert et intitulée : Sur
les çjraines de Coula du Congo français.
3. Une courte description m icroscopique du fruit de Coula edulis a
été donnée par Ilenkel dès 1870, dans Zeitschrift des Allgenieinen
œsterreichischen Apolhekervereines, p. 274.

�G

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

il n’est pas, comme le dit Bâillon, aplati au sommet, mais au
contraire (voir fig. 1-c ci-dessous) un peu ovoïde et terminé en
pointe (voir coupe du fruit, fig. 1-b), à grand axe prolongeant
le pédoncule qui s’insère sur une partie mamelonnée du noyau,
située à la base du fruit (voir lig. 1-a. fruit reposant sur son som­
met). Le noyau, au lieu d'être lisse, est recouvert de petites
saillies arrondies (fig . 1 -A ,fîg . 1-n). Il présente à son sommet, â
partir du pôle supérieur et sur une longueur variable, mais
qui peut aller de l un à l’autre pôle (fig. 4- a et fig. 1-n), dans

A

b

c

1

F ig . . — Fruits du C oula editlis on grandeur naturelle dépouillés de
leur sarcocarpe : fig. 1 - a et t-c, fruits 6111161*8 vus par leurs doux pôles ;
fig. 1 - b , coupe longitudinale du fruit et de la graine selon leur grand axe.

trois directions rayonnantes, une saillie représentant les
lignes de suture des 3 carpelles. Dans certains fruits, cette
suture est même incomplète, et on peut facilement séparer
les carpelles en introduisant un scalpel dans la fente suturale.
Le noyau, dont les parois ont souvent une épaisseur dépassant
3 millimètres (lig. 1 - b ), est tapissé à l’intérieur parune couche
peu épaisse de tissu brunâtre qui paraît avoir pour origine la
partie la plus interne du tissu carpellaire. Chaque fruit contient
une graine unique, à peu près sphérique, de U m. 015 de dia­
mètre environ, présentant extérieurement un sillon très net
allant du point d’attache au pôle supérieur. Au-dessous de ce
pôle supérieur, se voit une cavité cylindrique de 2 à 3 milli­
mètres, renfermant l'embryon ; de cette cavité, part un canal
mal délimité qui débouche dans la région de la chalaze. L’em­
bryon ne remplit pas toute la cavité dans laquelle il est logé ; il
a au plus 2 millimètres à 2 mm. 5 de long et présente deux

i

HUILE DE COULA OU DE KOUMOUNOU

cotylédons très petits. Le tissu formant la graine, en dehors
de l'embryon, est constitué par un albumen dont les cellules
sont gorgées de gouttelettes d’huile mêlée à des grains
d’amidon d'une forme spéciale (sphériques, avec hile central
et rayons nombreux allant du hile à la périphérie), qui sont
plus abondants encore que les gouttelettes d’huile. A la
coupe transversale, la graine Coula eclulis présente au-dessous
du spermoderme brun marron formé de quelques assises de
cellules subérifiées, un endosperme à parenchyme féculent et
huileux, et à petits éléments cellulaires dont les parois sont
très minces et toutes cellulosiques. Le contenu cellulaire est
formé de grains d’amidon très serrés les uns contre les autres
et de globules huileux sphériques à peu près de même dia­
mètre que les grains amylacés. Les globules huileux ne con­
tiennent pas de grains daleurone1. Ces graines sont agréables
et comestibles; elles ont le goût de la noisette et un arrièregoût de pain de seigle. M. A. Hébert (loc. cil.) a trouvé
(jue les graines décortiquées ont donné une proportion de 72
parties d ’écorce et 28 parties d'amandes pour 400 grammes
de graines. Les chiffres que j ’ai trouvés pour 50 kilogr. de
graines fraîches sont un peu différents : coques 75 °/0 et
amandes 25 °/0. Ces coques, d'après M. Hébert, pilées, tamisées,
puis séchées à 400°, ont fourni 43 °/0 d’eau; le produit séché
avait la composition suivante pour 100 :
C en d res.....................................................................................................
3.46
M atières’g ra sse s.....................................................................................
4.09
M atières azotées totales (azote i.80 °/0) ......................................... 11.25
1.43
m atière azotée (azote 0.23 °/0) ...................
sucres réd u c teu rs................................... traces.

i

sucres non réd u c teu rs.............................
gommes, tanins, acides végétaux, etc.

C ellu lo se.............................................................................................
A utres principes : vasculose, xylanc ou analogues, par dif­
féren ce.............................................................................................

traces.

2 . GO
29. 82

100. 00
48. 78

1. J. Moellcr [Ueber afri/canische Oclsamen, D ingler’s polyteclinischem
Journal 1880) avait déjà observé les grains de fécule avec leur forme
spéciale et l’absence d aleurone dans l’huile. Ce même auteur rapporte

�8

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Cette écorce (endocarpe), en raison de sa consistance, ne
paraît devoir comporter aucune utilisation, tout au plus pour­
rait-on remployer comme combustible, à raison des 4 °/0 de
matières grasses qu elle renferme; elle brûle en elfet avec une
flamme non fuligineuse.
Les amandes pilées et séchées à 100° ont accusé une humi­
dité égale à 10.5 °/0. M. A. Hébert les a épuisées par la ben­
zine pour en extraire la matière grasse ; celle-ci, isolée par la
distillation du dissolvant, puis séchée à 100°, lui a donné
une proportion de 22 °/0 dans les graines, ce qui ne corres­
pond qu'à une quantité de 5 °/0 de graines non décortiquées.
Je les ai traitées par le sulfure de carbone et j'ai obtenu par
ce dissolvant 28.20 ü/0 d’huile dans la graine, ce qui donne
une richesse de 7.05 °/0 pour la graine non décortiquée ; le sul­
fure de carbone est donc un meilleur dissolvant. Le tourteau
laissé par les amandes après épuisement h la benzine a été
séché et analysé par M. Hébert; il contenait :
C endres...............................................................................................
2.63
Matières azotées totales (azote 2.60 % )....................................... 16.25
I Matières azotées (azote
l
1-23 o/0)............................
7.68
Matières organiques solubles /sucres réd u c teu rs.................
0.28
dans l’eau, 14.23 °/0
jsucres non réducteurs.........
0.20
I gommes, tanins, acides
végétaux, etc......................
6.07
Cellulose.............................................................................................• 16.30
A utres principes : vasculose, xylane ou analogues, par d if­
férence ............................................................................................ 58.27
100.00

On remarquera que dans cette analyse la présence de l'ami­
don n'est pas signalée et n’est pas dosée ; si elle l’était à
l'état de glucose, la quantité de sucre indiquée dans les
colonnes ci-dessus serait bien plus considérable. En raison de
cette omission, qui porte sur un élément important, l’analyse
du tourteau a été reprise, sur ma demande, par mon ami le
le rendem ent cji huile des graines décortiquées comme étant, d’après le
Catalogue des colonies françaises, de 32.88 °/0. Ce chiffre est de beaucoup
trop élevé.

HUILE DE COULA OU DE KOU.MOUNOU

9

professeur Schlagdenhauffen, de Nancy, qui a obtenu les résul­
tats suivants 1 :
Corps gras liquide..........................................................................
0.875
Saccharose, glucose, corps g ras..................................................... 10.191
Matières album inoïdes...................................................................... 11.812
Matières am ylacées......................................................................... 22.340
Sels fixes............................................................................................
2.364
Ligneux et cellulose........................................................................... 52.418
T otal.......... 100. 000

Comme on le voit, la quantité de matière amylacée (fécule)
est assez élevée pour qu’il en soit tenu compte dans le tour­
teau de Coula dont elle accentue la valeur en tant que sub­
stance alimentaire destinée aux bestiaux. Ce tourteau constitue
du reste, tel que l’analyse de M. Schlagdenhauffen en révèle la
composition, un aliment très complet quoique peu riche en
azote ; il pourrait donc être utilisé fructueusement au moins
comme engrais.
n a l y s e d e l a m a t iè r e g r a s s e . — D’après M. Hébert,
l'huile extraite des amandes de Coula est jaune, complètement limpide, fort peu soluble dans l’alcool à 90°; sa densité
est de 0.913 à 30°, elle se solidifie vers 0" et fond à 5 ou
6°; elle présente les réactions suivantes :
« Échautîement par acide sulfurique monohydraté = -f- 39°;

A

«
«
«
«

1. Voici par quelle méthode ont été obtenus ces résultats : 1° Epui­
sem ent du corps gras par Yéther de pétrole. 2° Epuisem ent par Yalcool
(le résidu d ’évaporation du liquide laisse à l’état insoluble une partie des
corps g ra s; dans le liquide aqueux il y a principalem ent un saccharose
parce que la solution prim itive ne réduit la liqueur de Bareswil que fai—
blem ent, tandis qu’après le traitem ent par l’acide chlorhydrique on trouve
au moins 30 fois plus de sucre interverti). 3° Les m atières album inoïdes
ont été déterm inées par incinération de la m atière prim itive avec la chaux
sodée. 4° Pour obtenir la proportion de m atières am ylacées (amidon)
on saccharifie par l’acide chlorhydrique et on traite par la liqueur de
Bareswil la solution ainsi obtenue. La quantité d'am idon est d éterm i­
née par la quantité d ’oxyde de liqueur cuivreuse réduite. 5° On incinère
le reste de la poudre ; on ajoute le poids des sels fixes à celui des autres
principes isolés par les opérations précédentes. La différence des deux
répond au poids des m atières ligneuses et cellulosiques.

�10

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

« avec l’acide azotique et le mercure = masse jaunâtre,
« pâteuse après plusieurs heures.
u Avec la potasse (D = 1.34) = à froid, masse jaunâtre, à
« chaud, savon jaune mou.
« Avec l'acide azotique fumant = zone de séparation rouge
« orangé.
« Avec l'acide sulfurique = coloration rouge verdâtre.
« Avec eau bouillante et litharge = emplâtre mou.
« Degré marqué à l oléoréfractomètre d’Amagat et F. Jean :
« à 30° = — 1°5 ; à 45° = — 4°.
« La matière grasse après la saponification par la soude
« alcoolique, puis décomposition des sels de sodium par
« l'acide sulfurique, a fourni une proportion d’environ 90 °j0
« d'acides gras, liquides, jaunes, dont les sels de plomb étaient
« solubles en totalité dans l'éther. Ces acides ont été carac« térisés en les traitant par le nitrate acide de mercure qui
« les a transformés en une masse jaunâtre ; celle-ci, lavée à
« l'eau et recristallisée dans l’alcool, a donné un corps fon« dant à 43° 44°, point de fusion de l'acide élaïdique. Les acides
« gras de lhuile de Coula se composent donc presque uni« quement d'acide oléique. Un dosage approximatif de gly« cérine, fait par les eaux-mères de la saponification, en a
« indiqué une proportion d’environ 9 parties pour 100 d’huile.
« M. Hébert termine son étude chimique de l huile dont les
« détails précèdent, en disant : « ce n’est donc que de la tri« oléine presque pure et c’est un curieux exemple d'une
&lt;• matière grasse contenant un seul acide ».
De mon côté, j'ai cherché à me rendre compte de cette sin­
gulière composition de l’huile de Coula par d’autres méthodes
de recherches portant sur la nature de ses acides gras.
1° Liquides à la température ambiante, ces acides gras se
liquéfient à 13° qui est le point de fusion de l'acide oléique.
2° L acide gras obtenu par la saponification d'un corps gras
est en général formé par un mélange de divers acides gras à
points de volatilisation et de fusion différents, et qu’on peut
séparer par la distillation ; or, on obtient pour l'huile de Coula,
à chaque fractionnement, un seul acide gras fusible à 13°, à

HUILE DE COULA OU DE KOUMOUNOU

11

l’exception de la dernière partie de la distillation qui est formée
par un acide gras solide fusible vers 30°. Cette dernière partie
ne représente qu'une très faible proportion de la masse distil­
lée (0.5 °/„ environ). En distillant à sec les acides gras de cette
huile de Coula, on obtient des produits qui, par lavage à chaud,
donnent de l’acide sébacique (caractéristique de la présence de
l'acide oléique). La quantité de potasse caustique fixée par les
acides gras du Coula peut être considérée comme égale à celle
fixée par l’acide oléique. En effet :
1 partie d’acide oléique fixe 0.1985 de potasse
! partie d'acide gras de Coula fixe 0.1978 de potasse.
Ces diverses observations, auxquelles on aurait pu joindre,
si de nouvelles preuves étaient nécessaires, l’indice d’iode,
l'indice de brome et l'analyse élémentaire, permettent de con­
firmer absolument les conclusions de M. Hébert.
Cette huile, dont la proportion est du reste bien minime
dans la graine pour être exploitée fructueusement au point de
ATue industriel, ne pourrait être utilisée, dans les grandes indus­
tries, que pour la fabrication des savons mous à base d'oléine.
Mais encore l'industrie de la stéarinerie nous livre-t-elle assez
d’oléine pour ne pas être obligés de recourir à une pareille
source qui serait trop coûteuse.
L’huile de C o u l a n’est qu'une curiosité scientifique à cette
heure; mais comme l'huile de B e n , en raison de son faible
rancissement et de sa finesse, elle pourra sans doute un jour
servir dans l’horlogerie pour le graissage des rouages.

�IÆ BEURRE n ’üDYENDYÉ

Il

LE BEURRE D'ODYENDYÉ

bis, 128, 128 bis, 134, 153, 15-1),
Le beurre d’Odyendyé est probablement, au point de vue
industriel, la matière la plus intéressante de la série africaine
que j'étudie ici. Ce corps gras est fourni par YOdyendyea
Gabonensis (Pierre) Engler, ou Quassia (Odyendyea) Gabo­
nensis Pierre1, Simaroubée particulière au Gabon et au Congo2.
M. Pierre n'a pas admis de différence suffisante entre les
Quassia, les Simaha et les Hannoa, pour ériger en un genre
nouveau la section Odyendyea qu’il a classée dans le genre
(Voir Mosèe colonial de Mar.-eille, vilrine Congo, nM 127

t. Il existe au Gabon, d’après Pierre (loc. cil.), deux espèces de Quas­
sia de la section Odyendyea, dont les graines sans doute peuvent four­
nir le même beurre d'Odvendyé, mais je n’ai étudié que le produit du
Quassia Gahonensis Pierre, la seconde espèce Quassia Klaineana Pierre
n'est jam ais parvenue en ma possession, bien que j ’en aie dem andé les
graines et les échantillons botaniques à M. le IL P. Klaine lui-même, à
qui est due la découverte de la plante et dont le zèle est aussi inépui­
sable que la bienveillance. Il est à présum er, du reste, que Q. Klaineana,
différant très peu, de l'aveu même de Pierre, de Q. Gahonensis, au point
de vue morphologique, ne doit guère présenter de dissem blances pro­
fondes avec la même espèce, au point de vue de la nature tant physique
que chimique du corps gras.
2. J'ai dit déjà, en m'occupant du Beurre de Kanya (Annales de l'In­
stitut colonial, 1807), que les auteurs et même .1. Moeller (loc. cil.)
ont confondu ces deux produits (beurres de Kanya et d'Odyendyé)
comme ayant une même origine, c’est-à-dire les graines de Pentadesma
hutyracea G. Don (Clusiacées). C’est une erreur qui ne peut pas être
reproduite, plus longtem ps. La confusion qui a si longtemps subsisté
entre ces deux corps gras et leurs graines productrices ne peut s’expli­
quer que par la coexistence des deux végétaux producteurs dans les
mêmes régions. Elle surprend néanmoins quand on considère que ces
deux produits présentent des différences profondes à tous égards comme
les graines d’où ils proviennent. Pour la comparaison, je renvoie le lec­
teur au beurre de Kanya déjà traité. Je veux m ’occuper ici exclusivement
de la graine et du beurre &lt;/’O dyendyé, dont l’importance est bien plus
considérable comme application industrielle.

13

Quassia. Mais tel n’a pas été l’avis de M. Engler. Ce savant
a créé le nouveau genre Odyendea [Pftanzenfa mil. Theil III,
135 Lief., p. 215) qui serait mieux nommé Odyendyea, le
nom indigène de ces plantes étant Odyendyé. Voici la des­
cription botanique de cette plante, d’après l’auteur même de
cette espèce, dans le Bulletin de la Société Linéenne de Paris,
189G : « Arbre étalé, amer, à feuillage glauque et glabre,
« rameaux de 5 à G mm. d’épaisseur. Pétiole commun, rond,
« mesurant 15 à 20 centm. de long. Folioles 3-4-juguées
« opposées (5 à 10 cent, de long, 2 à 4 cent, de large), très
« courtement pétiolulées, oblongues elliptiques, aiguës à la
« base, arrondies au sommet, émarginées, coriaces, à côte et
« à nervilles peu distinctes. Fleurs en grappes de 15 à 18
« centm. de long, terminales ou solitaires à Faisselle des
« feuilles supérieures, rameuses, mesurant de 1 à 8 cent, de
« long, cymes un peu lâches. Calice de 1 à 2 mm. de long, à
« lobes arrondis; pétales de 5 mm., étamines de 7 mm. de
« long, disque de 1 à 1,5 mm. de longueur, carpelles plus
« courts que le style et mesurant 1,4 mm. Coques drupacées
« ou à déhiscence tardive, le plus souvent solitaires, de 5 à
« G centm. de long sur 4 à 5 de large, obovoïdes, courtement
« atténuées â la base, épicarpe léger jaunâtre ; endocarpe de
« 5 mm., plus épais que le mésocarpe charnu qui mesure
« 2 mm. 1/2, fibreux extérieurement, ligneux en dedans.
« Graine pendante, de 3, 4 cent, de long, revêtant la forme de
« la cavité du fruit, à spermoderme léger, coriace à l’exté« rieur, membraneux à l’intérieur, à cotylédons très amers,
« plan-convexes, elliptiques. Cette graine est très adhérente
« à l’endocarpe; radicule épaisse, supère, un peu ramassée
« entre les cotylédons. — Habite auprès de Libreville où on
« le nomme Odyendyé. »
Description du fruit et de la graine. — Le fruit est une
drupe ovoïde (lig. 2), légèrement carénée à la face interne, à
épicarpe succulent peu épais, mais à endocarpe ligneux, osseux,
résistant, légèrement oléagineux. Cet endocarpe, qui constitue
la coque du fruit après disparition du péricarpe, brûle facile-

�5

LE BEURRE ü ’ODYENDYÉ
14

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

ment avec une flamme brillante, vive, et non fuligineuse. Il
transude, pendant la combustion de la coque, une assez

ou légèrement convexe, terminée en pointe, au sommet et
echancrée en cœur à la base ; l’autre face est bombée et libre

c

B

2. — Fruit de I'O dyexdyea G aboxexsis Pierre vu sur ses dif­
férentes laces (grandeur naturelle). A, vue de face ; B, vue de profil ;
C, vue de dos.

F ig .

notable quantité d’une huile jaune qui découle sur la plaque
supportant cette coque. La quantité de cette graisse propre à
la coque est de i h 5 °/0. L’endocarpe et la graine pèsent
ensemble, en moyenne, de 20 à 25 grammes. Isolée de la
graine, la coque pèse en moyenne de 16 à 17 grammes.

A

B

c

3. — Graine de I'O dyexdyea G aboxexsis P ierre pourvue de son sperm oderm eet dépouillée de l’endocarpe osseux. A, vuedeface p arsalig n e
d ’insertion; B, vue de profil ; C, vue de dos (grandeur naturelle).

F ig .

Au centre- de la coque se voit (fig. 2 et 3) une graine
appendue h la paroi carénée du fruit, en face de cette carène,
par une surface hilaire assez développée. Cette face est plane

F ig . 4.

— Rameau fructifère cFO dyexdyea
(grandeur naturelle).

G aboxexsis

P ierre

(sans adhérence à l’endocarpe), elle porte, sur sa partie
médiane, un long mais très profond sillon correspondant à la

�16

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

crête qui règne sur la face adhérente du mésocarpe. Le spermoderme qui recouvre cette graine est léger, gris jaunâtre ;
au-dessous, se trouve l'embryon dont les cotylédons sont
blancs, jaunâtres, épais, gras et plan-convexes ; au sommet
de la graine, se voit, contre les cotylédons, une radicule
épaisse et courte. Cette graine est très amère et contient le
beurre d O d y k n d y ê . Son poids moyen est de 8 à 9 grammes ;
à l'état frais, la coupe transversale présente une couleur jau­
nâtre et le tissu qui la compose (cotylédons gras) n'oppose pas
plus de résistance au couteau que n'en olTre la section du
fromage fraîchement préparé.
Une coupe de ces cotylédons, macérée dans le carmin
borate et mise ensuite en préparation microscopique dans la
glycérine, montre, sous le microscope, des cellules pleines
d'un corps gras ramassé en masses solides, dont quelques
points isolés seulement et de forme sphérique sont colorés en
rouge ; le reste, c'est-à-dire les 2/3 de la masse, est de couleur brunâtre. Pas de traces de canaux secréteurs dans cette
coupe. En mettant des coupes à macérer, avec du sulfure de
carbone, dans un verre de montre, on voit la totalité du corps
gras s'y dissoudre et venir nager en plaques sur le sulfure de
carbone qui s’évapore. Macérées dans l’alcool, d autres coupes
ne perdent rien de leur corps gras pris en masse.
Les cellules de ces coupes sont à parois ténues, peu épaisses
et peu résistantes ; de petite dimension à la périphérie de la
graine, elles augmentent de taille au fur et à mesure qu’on
pénètre vers le centre. Elles ne contiennent que des masses
grasses, mais pas de fécule ni d'aleurone.
Corps gras. — Si on soumet ces cotylédons à la pression, le
liquide gras qui s’en écoule, la presse étant chauffée, est de
couleur jaune, très onctueux, très doux au toucher, de saveur
moins amère que la graine et se prend très rapidement, après
son écoulement, en une masse jaunâtre peu consistante en été
(fin juin, température ambiante 23°) mais très solide en
hiver (40°). Quand elle a été fondue totalement, cette graisse
devient rouge par transparence ; elle redevient jaune après

UN

P IE D

DE

O D JE N D JÉ

[Quassia (Odjendjea) Gabonensis PIERRE]
EN VIRO NS

DE

LIB R EV ILLE

(C o n g o F r a n ç a i s )

�LE BEÜRIŒ D ODYENDYÉ

17

refroidissement et solidification. Sa densité à 15° est de
0,980 L
Voici maintenant les rendements de la graine recouverte de
son endocarpe ligneux, c'est-à-dire telle qu’elle arrive du
Congo français : elle donne 00 °/0 de coque et 40 °/0 d’embryon
gras. Le rendement en matière grasse par le sulfure de car­
bone est : 1° sur l’ensemble de la graine recouverte de son
spermoderme et de l’endocarpe ligneux, 24,50 °/0 ; 2° sur
l’ensemble de la graine recouverte de son spermoderme et
dépouillée de l’endocarpe, 61,25 °/0. Les acides gras de sapo­
nification fondent à 54°. Les acides gras solides [stéarine?)
fondent à 61°60. Le rendement en stéarine industrielle est de
08,70 °/0, et en glycérine de 8,50 °/0.
Ce corps gras, en raison des points de fusion des acides
gras et de la stéarine, de la proportion de glycérine qu’il
donne et de la blancheur des produits distillés, trouverait un
emploi fructueux et immédiat dans l’industrie stéarique.
L’exploitation commerciale de cette graine ne serait cependant
possible et avantageuse qu’à la condition d’enlever à la graine
son endocarpe osseux sur les lieux d'origine même. Le tour­
teau provenant de la pression des graines a été examiné par
M. le professeur Schlagdenhaullen (de Nancy), sur ma demande.
Il a obtenu, à la suite de l’épuisement par le sulfure de car­
bone, en faible quantité, une substance cristalline blanche
qui, examinée au microscope polarisant, donne des couleurs
irisées et produit, avec une goutte d’acide sulfurique concentré,
une magnifique couleur bleue violacée ; ces cristaux sont
amers, mais ce n’est pas de la Quassine 2. Est-ce à ce principe
1. Le Dictionnaire de chimie de W u rtz donne à l'article « huiles » les
indications suivantes qui, quoique attribuées au Dryobalanops du Gabon
se rapportent en réalité au Quassia (Odyendyea) Gabonensis : Densité à
15°, 0,977 ; p erte en eau à 100°, 4,36° /0 ; cendres, 1,60; m atière grasse en
poids pour 100 p arties naturelles, 61,60; m atière grasse en poids pour
100 parties desséchées, 64,303. — Sous ce nom inexact de Dryobalanops,
J. Moeller (/oc. cit.) décrit YOchoco du Gabon dont il sera question plus
loin.
2. Cet épuisem ent a dém ontré qu’après pression il restait encore dans
le tourteau 24 % de corps gras. 11 est vrai que cette opération avait été
faite à l’aide d’une petite presse de laboratoire peu puissante.

Graines grasses nouvelles des colonies françaises.

2

�18

CHAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

que la graine doit son amertume? En partie, oui, mais il y a
en outre de la Quassine dans cette graine. M. Schlagdenhauffen
se base pour établir ce fait sur l’insolubilité des cristaux dans
l’eau, la Quassine, au contraire, étant très soluble dans ce
véhicule. En second lieu, le corps gras extrait de la graisse
est amer, et, si on l'agite au bain-marie, à plusieurs reprises,
avec de l’eau, elle perd complètement son amertume.
M. Schlagdenhauffen conclut donc que la matière amère du
corps gras n'est pas due à la présence des cristaux ci-dessus,
mais doit provenir de la Quassine, puisque l’extrait aqueux de
la graine donne les memes caractères que ceux d'un extrait de
Quassia.
Il y a donc de la Quassine dans le corps gras et un autre
principe cristallisé et amer dans la graine, qui y reste après
extraction du corps gras, ce dernier n’entraînant que la Quas­
sine. Mais il est bon de retenir que ce beurre d'Odyendyé peut
être privé de sa saveur amère par simple battage dans l'eau,
ce qui en rend l'emploi applicable à l’alimentation quand il
est frais, c’est-à-dire sur les lieux de production même.
Voici les détails analytiques des opérations de M. le profes­
seur Schlagdenhauffen sur la graine d'Odyendyc.

I. — Tourteau (dépouillé du corps gras par pression).
Après dessiccation dans l’étuve à air, à la température de
105°, pendant 4 heures, jusqu’à ce que les pesées soient iden­
tiques, on épuise la poudre fixe par l’éther de pétrole, le sulfure
de carbone ou le chloroforme, afin d’extraire les dernières
portions de matière grasse qui peuvent n’avoir pas été enlevées
à la presse. Cela fait, on reprend la matière desséchée par
de l’alcool, on évapore le liquide et I on détermine la nature
et le poids de l'extrait. On opère de même avec de l’eau et
l’on arrive enfin à un reste dans lequel on détermine isolément
le poids des sels fixes, et celui des matières albuminoïdes, s’il y
en a. En faisant ensuite la somme de tous les principes trouvés

LE BEURRE

d ’û DYENDYÉ

19

antérieurement et la retranchant de 100, on trouve que la
différence correspond au ligneux et à la matière cellulosique.
I. Traitement à l'éther de pétrole. — On obtient, suivant le
mode opératoire, des résultats très variables, en ce sens
que, si l’expérience est arrêtée au bout d'une heure, par
exemple, le poids du corps gras est de beaucoup inférieur à
celui que l'on obtient après deux heures. A priori, il semble qu en
épuisant à la température du bain-marie, une heure devrait
suffire largement pour dissoudre la totalité de la graisse non
enlevée par la presse, mais il n’en est rien. Car après avoir
retiré 3 gr. 04 °/0 au bout de trois heures de chauffe, nous avons
fini par obtenir, après dix heures, un rendement de 16.340
°/0. Cette portion de corps gras resté dans le tourteau est
d’ailleurs d’une nature toute différente de celle obtenue à la
presse. Cette dernière a en effet un point de fusion de 40°
environ, tandis que la matière grasse retirée à l’éther de
pétrole, dans les conditions opératoires dont nous parlons,
n'entre en fusion qu’à 68° et se solidifie à 64°. Ce sont donc
deux corps entièrement différents. La solution pétroléique du
ballon, parfaitement limpide au moment où on la retire du
bain-marie, laisse déposer à froid une masse de cristaux très
nets. Ce sont ces cristaux qui, séparés du liquide pétroléique,
présentent le point de fusion si élevé dont il vient d’être ques­
tion. La matière fondue au bain-marie se prend par refroidis­
sement en une masse cristalline très brillante et très dure
comparativement au corps gras obtenu à la presse ou encore
à celui qui reste en solution dans le liquide pétroléique.
La quantité de graisse fusible à 68° ayant été insuffisante
pour en retirer l’acide correspondant, nous avons saponifié la
totalité du corps gras, tant celui fourni par la presse que celui
dont nous parlons, et obtenu de la sorte un produit de consi­
stance assez molle, fusible, à 38° environ, et solidifiable à 29°30°.
IL Traitement à l'alcool. — Aussitôt que l'on traite par
de l’alcool la matière desséchée provenant de l'opération pré-

�20

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

cédente, le liquide devient jaune pâle. Au bout de deux heures,
il est couleur acajou. On remarque à ce moment, au pourtour
de la surface du liquide, un enduit cristallin très net qui se
redissout dans le reste de la solution après agitation. On éva­
pore dans un verre de Bohême à peu près en consistance siru­
peuse et l'on traite par l'eau. Il se produit un dépôt brun qui,
examiné au microscope, se présente sous forme de cristaux
aiguillés ou rhomboïdaux obliques dont le superbe coloris se
révèle à la lumière polarisée. Ces cristaux sont englobés par
une substance de nature résineuse brune. On jette sur filtre
et l'on recueille un liquide brun foncé très amer dont l'odeur
rappelle entièrement celle d’une décoction de bois de quassia.
Un dosage fait avec une partie aliquote de la solution alcoo­
lique nous indique que le poids de l’extrait est de 21.260 °/0.
Le dépôt cristallin mélangé de résine est 5 grammes et
représente par conséquent le quart environ du poids total de
l’extrait. Ce dépôt, lavé au chloroforme, se dépouille de sa
matière résineuse, de sorte que les cristaux peuvent être
obtenus presque purs. Nous trouvons dans ce cas le rendement
suivant :
Cristaux.................................
R ésine...................................
Matière am ère s o lu b le ...

3.210 °/0
1.790
16.260
21.260

L épuisement à l'alcool a été effectué en trois opérations
différentes dans le but de connaître exactement les rendements
au bout de 2, 4 et 6 heures de durée.
Le mélange des cristaux et de résine représentant environ
le quart du poids total de l’extrait alcoolique, il importait de
déterminer la nature des trois autres quarts, c’est-à-dire du
produit que nous venons de désigner sous le nom de matière
amère soluble. Dans la pensée que c’est à la quassine que
pourrait être due son amertume si prononcée, nous l’avons
traitée par vingt fois son volume d’eau additionné de tanin. Il
s'est formé un précipité très volumineux qui a été lavé à l’eau,
puis additionné, encore humide, de carbonate de plomb. Le
dépôt a été desséché au bain-marie pendant plusieurs heures, puis

LE BEURRE D ODYENDVÉ

21

épuisé par l’alcool dans notre digesteur. Le liquide provenant de
cette opération, évaporé, a fourni une très minime quantité
d’extrait, de nature résineuse, sans trace de cristaux. Ce résidu
traité ensuite par de l’acide chlorhydrique étendu ne se dissout
pas; le produit de l’évaporation ne fournit pas de cristaux;
la solution précipite faiblement par les iodures doubles, mais
non sous forme cristalline. On peut donc conclure de là que cet
extrait alcoolique ne renferme pas d'alcaloïde, et que les
faibles précipités dont il vient d’être question ne proviennent
que de traces de matière résineuse.
Le produit sirupeux épais auquel nous avons donné le nom
de matière amère soluble ne contient d’ailleurs ni glucose, ni
tanin, ainsi que nous avons pu nous en assurer à l'aide de
nos réactifs. Il est vrai que la liqueur de Bareswill fait naître
dans la solution un précipité gris très abondant, mais sans
trace d'oxyde cuivreux.
L’interprétation de ces résultats négatifs nous amène donc
à conclure que cette matière ne contient pas de quassine
cristallisable.
L étude des cristaux obtenus dans les conditions susindiquéesn’a pu être faite d’une manière complète jusqu’à présent.
Qu il nous suffise de dire ici pour le moment qu’ils sont carac­
téristiques et ne participent en rien aux propriétés de la quas­
sine. En effet, leur point de fusion est très élevé, 315°, tandis que
celui de la quassine du bois de Surinam est, d’après Oliveri et
Denaro, de 210°. Ce bois renferme, en outre, trois autres com­
posés cristallisés, étudiés par Massute1, et dont les points de
fusion sont 216°, 223° et 24-0°. Le composé que nous retirons
de la graine d’Odyendyé n’est donc pas identique avec l’un des
quatre produits que nous venons de signaler. Il diffère égale­
ment de deux autres corps cristallisés entrant en fusion l un
à 204°, l’autre à 210°, désignés par le même auteur sous le
nom de picrasmines, et provenant du bois de quassia de la
Jamaïque, Picraena excelsa, qui tend à se substituer de plus en
plus au bois de quassia arnara.
1. J. de Pli. et Ch., 1890, II. p. 206.

�22

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Comme réaction chimique caractérisque et différentielle de
la quassine, nous citerons celle que fournit l’acide sulfurique
concentré. La quassine ne se colore pas, tandis que les cristaux
que nous venons d’obtenir prennent une teinte d’un violet
superbe, mais qui disparaît au bout de quelques minutes.
La solution sulfurique violette examinée au spectroscope
présente une bande d'absorption très foncée, estompée sur les
deux bords, superposée et un peu à droite de la raie du sodium.
Lorsque la solution se décolore, petit à petit la bande disparaît,
mais on peut la faire renaître en laissant tomber de nouveau
quelques cristaux dans l'acide. Ce phénomène se reproduit un
grand nombre de fois. Du côté du rouge, le spectre est intact ;
à la droite de la bande d'absorption apparaît le vert jusqu’au
bleu, et à partir de là les dernières teintes du spectre sont
masquées. Celles-ci reparaissent en même temps que le jaune,
aussitôt que la solution sulfurique est décolorée.
III. Traitement à l'eau. — Le produit épuisé par l'alcool
est desséché puis épuisé au bain-marie par l'eau. La solution
devient brune au bout de 2 à 3 heures. On filtre, évapore et
effectue avec l'extrait: 1° le dosage des matières albuminoïdes
solubles ; 2° la détermination des sels fixes, et 3° le dosage
des matières restantes, par différence.
Le poids de l'extrait aqueux est de 16.977 °/0 ; celui des
matières albuminoïdes, de 2.023 ; celui des sels lixes, de 1.162.
La somme des deux retranchée du nombre primitif fournit
13.790, résidu amer analogue en tous points à celui que nous
avons trouvé dans l’extrait alcoolique. Il ne contient pas de
quassine cristallisable.
Enfin, dans le produit restant, nous dosons isolément les
matières albuminoïdes; nous incinérons une autre portion
pour avoir le poids des sels lixes et nous obtenons finalement,
par différence, le poids de la cellulose et du ligneux.
La composition immédiate du tourteau peut donc être résu­
mée comme suit :

LE REURRE D ODYENDYÉ

23

Eau h y g ro m étriq u e..............
11.7Gü
E xtrait au pétrole (corps gras). 16.340
i 3.210 cristaux.
E xtrait à l’a lc o o l.. 21.260
1.790 résine.
16.260 mat. amère.
2.025 mal. albuminoïdes.
E xtrait à l’eau.
16.977
1.162 sels.
13.790 mat. am ère.
11.835 mal. album.
Produit restan t.
33.657
2.575 sels.
19.247 cellulose, ligneux et pertes100.000

Une particularité digne de remarque qu'on ne saurait passer
sous silence, c’est la nature des cendres qui présentent un
aspect violacé quand la température de l’incinération n’a pas
été trop élevée, rosé quand on chauffe un peu plus, et légère­
ment ocracé quand on a maintenu le moufle au rouge blanc
pendant deux heures. Ces cendres renferment du cuivre en
quantité assez notable pour que leur solution chlorhydrique se
présente avec une couleur franchement bleue. Nous avons
trouvé d’ailleurs, dans 100 gr. de cendres, un composé de
cuivre qui, calculé comme cuivre métallique, correspondait
à 0 gr. 698 ; pour le fer, ce nombre devient 0 gr. 644. Il y a
en outre des traces de manganèse. La proportion de sulfate
de chaux est abondante. Il existe aussi un peu de magnésie,
beaucoup de soude et un peu de potassium, mais pas trace de
lithine. Enfin, la quantité d’acide phosphorique y est abon­
dante, comme dans les graines en général.
Ce tourteau, malgré les 15 °/0 de matières albuminoïdes, à
raison de sa saveur amère, ne pourrait être employé quecomme
engrais.
IL — Graine privée de ses téguments.
Quand on vient à traiter la graine débarrassée de son tégu­
ment séminal par les mêmes dissolvants que ceux qui nous
ont servi pour l’épuisement du tourteau, on obtient des solu­
tions pétroléiques alcooliques et aqueuses qui sont beaucoup
moins colorées que celles fournies par la graine sortie direc-

�28

HUILE DE CITRON DE MER OU D ELOZY-ZÉGUÉ

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Arbuste très branchu, épineux» à aspect de citronnier, m esurant de 4à
o m ètres de haut. Les feuilles sont ovales, glabres, charnues et coriaces,
articulées (au moins dans le jeune âge), fragiles, toujours vertes,
brillantes en dessus, pâles en dessous, sans ponctuations pellucides
(fig. 8-1). Limbe atténué à la base, pétiole très court (3 à 4 mm.), lim be
3 à 5 cent, à 5-6 nervures latérales. Ces feuilles p résentent au som m et
une dépression au fond de laquelle s’insère un mucro filiforme qui peut
disparaître à l'état adulte, mais la feuille reste le plus souvent ém arginée
au sommet. A l'aisselle des feuilles, naît un bourgeon qui donne nais­
sance à un rameau-épine court mais très acéré. Fleurs pauciflores au
nombre de 3-4, ombellées au sommet de grappes term inales, blanches,
verdâtres et assez grosses, tétram ères ; les pédoncules (2 cent, t/2), plus
courts que la fleur, sont portés au sommet d ’un rachis long de 8 m illi­
m ètres. La grappe simple mesure de 2 5 2 1/2 cent, de long. Dents
du calice très aiguës. Les pétales m esurent de 9 à 10 m illim ètres,
et sont valvaires, oblongs, revêtus de longs poils roux, bruns en dedans.
Les étamines, au nombre de 8, sont plus courtes que les pétales : les
unes alternes et les autres opposées aux pétales de la corolle. Leurs
filets sont jaunes, hyalins et aplatis, plus courts un peu que les pétales
et quelquefois contournés en spirale au sommet. A nthères oblongues de
même longueur que les filets, jaunes et basifixes. Pollen ovale à 3
bandes (Voir fig. 8 : 1, 2, 3, 4, 5 et 6).
Ovaire sessile, scrobiculé à sa partie basilaire, lancéolé, glabre, su r­
monté à son sommet par un style à 4 angles, mousse et conique»
terminé par un stigmate petit et capité ; le style est un peu plus court
que l'ovaire qui est à 4 loges incomplètes au somm et et uniovulées.
Les ovules attachés au sommet de l'axe placentaire, sont pendus, avec
le raphé dorsal et le micropyle intérieur et supère. Le fruit est une
drupe ovale, monosperme, 5 péricarpe charnu, de la grosseur d'un œuf
de pigeon, mesurant fig.7) 3 cent, de long sur 2 de large ; ilestacum iné à
son sommet. De couleur jaune sont l’épiderme et l'exocarpe ; ce dernier,
sept à huit fois plus épais que l’endocarpe, est succulent, charnu et
d'odeur cyanique prononcée1, mais édule. L'endocarpe, rougeâtre,
ligneux, mesure 1 à 2 m illimètres d'épaisseur ; il est recouvert par l'exocarpe succulent. La graine (fig. 5) est grande, obovoïde, très huileuse
et d'un goût agréable de noisette. L'endosperm e, très épais, entoure un
embryon à radicule supère plus courte que les cotylédons, placé au som­
met de l'albumen qui rem plit toute la cavité de la g ra in e 2.
1. J ’ai pu obtenir de ces fruits (variété A', elliptica de Forster) pendant
mon séjour en Nouvelle-Calédonie, par la distillation, une eau très char­
gée en acide cyanhydrique et pouvant rem placer l'eau de laurier-cerise
officinale.
2. Pour les singuliers phénom ènes morphologiques que présente la
germination de cette graine, voir ma com munication 5 la Société bota­
nique de France (Il novembre 1898).

29

J ’ai déjà dit que cette espèce, dont je viens de donner la des­
cription du type sans tenir compte des nombreuses variations
qui peuvent la modifier, est cosmopolite dans les régions tro­
picales (Amérique , Asie , Océanie et Afrique). Mais elle est
particulièrement répandue en Amérique1 et sur la côte occiden­
tale d’Afrique, peut-être même dans l'intérieur de ce continent,

A

ü

C

F ig .

5. — X imenïa américana . — Fruit recouvert de son endocarpe et
dépouillé de cette coque. A, fruit vu d ’en haut (par son som m et); B,
coupe longitudinale m ontrant la g rain e; C , graine dépouillée de
l’endocarpe, vue de face (grandeur naturelle).

à ce point que Hiern a pu dire - : « comme l’espèce y est très
« abondante et de propagation facile, elle mérite l’attention
« de ceux qui étudient les plantes productrices d'huile. »
Schweinfurth (A« cœur de l'Afrique, trad. Moreau, vol. I, ch.
V, p. 192) a trouvé cette plante chez les Bungos et lui a reconnu
« des boutons floraux d’une odeur agréable de fleur d'oranger,
« un fruit rond, jaune et de la grosseur d'une cerise, aussi
« aigre que possible, sa saveur rappelant celle du citron,
1. Aublet (Plantes de la Guyane, I, 324, tab. 125-1735) avait désigné
cette plante sous le nom de Heymassoli spinosa : il avait même créé
deux espèces basées sur la spinescence ou l’état inerm e des pieds
qu'il observait. La seconde espèce (loc. cil., p. 325) était désignée sous
le nom de inennis. Nous savons aujourd’hui que cette absence d’épines,
qui peut, du reste, se constater sur les rameaux d'un même pied n’est
qu'un accident de végétation dû h l’avortem ent partiel ou total des
bourgeons-épines 5 l’aisselle des feuilles. J ’ai obtenu en serre chaude,
d'un envoi de graines provenant du même su jet, des pieds tantôt inerm es
tan tô t arm és, et cela dans des conditions identiques (dans la même
serre et dans la même terrine). Aublet nomme cette espèce spinescente
prunier épineux.
2. Catalogue o f the A frican plants collecled by D r W elwitsch, p. 140
e t 141, 1896.

�30

31

GRAINES GRASSES SO I'VELl.ES DES COLONIES FRANÇAISES

HUILE DE CITRON DE MER OU D ELOZY-ZÈGl E

« mais Vamande d'un goût de noix est mangée par les indi« gènes ainsi que la pulpe juteuse ». Il se pourrait que le
Dr Rançon l'eut trouvée aussi au Soudan français, à Kita,
d'après ce qu'en rapporte Raoul (Manuel de cultures tropi­
cales, p. 277), et peut-être aussi dans son voyage en HauteGambie1. William Faucet [Bull, of tlie department Jamaïca,
1898) dit : « Le fruit est appelé prune de montagne, prune de
« mer ; les arbres qui le portent sont ordinairement armés
« d’épines, le fruit est environ de la dimension d’une olive et
« de couleur jaune, avec une saveur particulière aromatique
« et une graine ayant le goût de la noisette. Le fruit est
« employé contre la constipation habituelle et les troubles
« stomacaux lorsqu il conAÛent d’éviter l'action irritante des
« drastiques: la graine est fortement purgative. »Wehvitsch,
dans sa Flore d'Angola ~, a désigné sous le nom de var.
macrophglla, un arbrisseau rigide de 1 mètre de haut,
très glauque dans toutes ses parties, branchu et presque
entièrement recouvert de Loranthus, à feuilles peu charnues
et à fleurs d'un blanc de rose. Il l’a trouvée à Bumbo fréquent

dans les endroits boisés, à la lisière des bois près de la baie
de Sierra de Xella, où il fleurit en octobre.[C’est à cette variété

1. Voici comment s’exprime à ce sujet le Dr Rançon [Ann. insl. col.. 1894,
p. 510) :« Le Séno (en Bambara et Malinké) est un végétal sur lequel je ne
« saurais trop fixer l'attention de ceux qui sont appelésk voyager auSou« dan français. C’est un arbuste de taille moyenne, que M. le professeur
« Cornu m‘a indiqué comme appartenant au genre Ximenia. Ce végétal
« est assez commun au Soudan, surtout dans le Fouladougou, le pays
« de Kita, le Manding, le Bambouck, le Dentilia cl le Konkoudogou. 11
« croît de préférence dans les terrains pauvres en humus et dans 1 in—
« terstice des rochers. Très rare sur les bords des marigots, il fait
« défaut également dans les terrains argileux. Cet arbuste attein t à
« peine 3 m ètres de hauteur. Sa tige, rarem ent droite, est difforme et
« ne dépasse pas 10 cent, de diam ètre k sa partie supérieure ; il ém et
« un grand nombre de rameaux qui portent, en général, quelques dards
« acérés d’environ 3 cent, au plus de longueur. Ce caractère n’est pas
« constant...... » Ces caractères semblent bien concorder avec ceux du
Ximenia americana : l ’auteur cependant attribue un peu plus loin
l’odeur cyanique à la graine et cite un cas d ’empoisonnement survenu
après absoption de dix de ces graines. Par contre, il n’indique pas cette
odeur dans la pulpe. Mais la description du fruit et des feuilles concorde
bien, même celle des fleurs qu’il indique comme blanches, et des fruits
qu’il dit de la couleur et de la forme d ’une prune de mirabelle.
2. D’après Hiern, Cal. o f lhe afr. plants collected hy Ür W elwitsch,
p . 140, 1890.

F ig .

6. — X imenia americana . — Jeune plant, épineux, venu de graines
(du Gabon), au Jardin botanique de Marseille (forme spinescente).

rabougrie que paraît répondre la forme de l’estuaire de
Gabon dont les graines m'ont été envoyées par M. Autran

�32

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

(lig. 5 et 7) avec le fruit. Iliern a signalé aussi (/oc. cit.) à
Mossamédès une forme rapprochée de la précédente qu’il
signale comme constituée par un petit arbre ou arbrisseau
fortement robuste, glaucescent, épineux, ayant les feuilles
caduques en certains lieux et persistantes dans d’autres,
à fruits oviformes, de couleur orange. Elle est fréquente dans
les lialliers, presque à travers tout le district de Mossamédès,
à Bumbo sur les bords de la rivière Maiombo, dans les lieux
sablonneux. Il fleurit en octobre, et son nom indigène est
Umpeque. D'après le même auteur, les graines de ces fruits
contiennent une amande savoureuse
d’où les indigènes tirent une huile
qu’ils emploient, mêlée à leurs ali­
ments, à l’époque de leurs festins, et
qui leur sert aussi à s’oindre le corps
et les cheveux.
Baker (Fl. of Mauritius and (lie
Seychelles, I, p. 48) dit que c’est une
FlG. 7. — XlMENIA AMERIcana. — Fruit (drupe)
plante vivant près de la mer et rare
entier parvenu à m atu­
en A frique. Nous avons déjà vu à quel
rité {grandeur naturelle)
point cette assertion est contredite,
et nous avons encore à joindre aux précédentes protestations
le témoignage de Ficalho (Plantas useis de Africa Portugueza,
Lisbonne, 1884) qui déclare que cette plante est largement
répandue dans les régions tropicales et se rencontre dans
beaucoup de localités de l'Afrique chaude (îles de San-Thiago
du Cap-Vert, abondant dans la Guinée portugaise, à Angola,
dans le Galango-Alto où les indigènes le nomment Muhinge,
et dans le teriitoire de Mossamédès, à la base de la montagne
de Chella, où on le nomme Umpeque, enfin au Zambèze). Cet
auteur ajoute que, selon C. Schrnitt, on le nomme Gcngi au
Congo, et que R. Brown voit dans cette plante YOgheghe de
Lopez.
Moloney (Sketsch of thc Forestry of West India, p. 228)
confirme que cet arbuste est connu au Gabon sous les noms
d'Elozy et de Zégué (en Pahonin) ou citron de mer, que le bois
est odoriférant comme celui du Santal, que le fruit est légère-

HUILE DE CITRON DE MER OU

d ’e LOZY-ZÉGUÉ

33

ment laxatif et que les semences purgatives donnent une
huile capable de fournir un bon savon. Nous verrons que cette
dernière assertion est justifiée par l’analyse de l’huile que nous
donnerons bientôt ; mais en ce qui touche la première, relative

F ig . 8. — X imenia americana.
(D'après Engler, Pflanzenfamilien, III, ubth. 1, p. 237.)
I. Feuilles, rameau floral, inflorescence et ép in e; 2. Ovaire entier el
en coupe transversale; 3. Drupe en coupe longitudinale; 4. Graine
en coupe longitudinale; 5. Fleur en tière; 6. Fleur en coupe longi­
tudinale.

à l'action purgative des graines, je dois déclarer que je n'ai
jamais constaté le fait dans celles que j ’ai reçues du Gabon, et
ce sont précisément celles de cette origine que vise Moloney.
Du reste, de Lanessan1 (loc. cit.), à propos de son Ximenia
I. Cet au teur adm et trois espèces : .Y. americana, clliplica et gabo-

Gruines yrosseslnouvelles des colonies françaises.

�34

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

gabonensis, reproduit la même assertion que Moloney au sujet
des graines du Gabon, et Engler (Pflanzcnwelt Osfafrika,
vol. Y. theil B, p. IN2) affirme le fait comme propre à quelques
variétés de cette espèce, ce qui me paraît répondre mieux à la
réalité des faits, car je sais que la variété océanienne dénommée
parForster Ximenia elliptica, qui est décrite et lig-urée clans le
Sertum austrocaledonicum de Labillardière (p. 34, tab. 37) et
que j ai eu 1 occasion de voir et d étudier comme plante littorale
en Nouvelle-Calédonie (environ de Nouméa, pointe de l'artille­
rie et anse Aata), passe, parmi les indigènes et les Européens,
pour donner une graine purgative. Masters (in Ilooker fils,
Flora of britisch India, I, p. 94) dit que le fruit est mangeable
et le bois employé comme succédané du bois de Santal par les
Bralnnes dans leurs cérémonies, la même assertion est donnée
parle major II. Drurv (Uscfulplants of India, Madras, 1830).
Haillon (Hist. des plantes, vol. XI, p. 4(iü) dit que le fruit est
purgatif, que la graine se mange, que l’écorce est astringente,
que la corolle est très parfumée, enlin que le fruit du A . Ca/fra
est comestible. Pierre dit (loe. cit.) : « Les indigènes de Cocliin« chine ne paraissent pas employer son bois cjui, pourtant,
« est assez dur et jaunâtre : on dit que son bois a quelques
« rapports avec celui du Santalum album. ce que j ’ai pu
« vérifier. » — M. Naudin (Manuel de l'Acclimateur, p. 337)
dit : « Le bois de l’arbre est aromatique, c'est Yalvarillo
« del Campo des Mexicains; le végétal est naturalisé en
« Floride et peut-être pourrait-il l’être dans tous les pays
« tempérés exempts de gelée. »
11 m a paru intéressant et utile de rapprocher ces différentes
assertions, billes démontrent manifestement la variabilité de
celte espèce, sa large ditl’usion sur le territoire tropical afri­
cain (fait qui nous intéresse au point de vue pratique de l’ap­
provisionnement de cette graine pourlindustrie métropolitaine,
nrnsis; la prem ière répandue au Sénégal, la seconde à la Nouvelle-Calédo­
nie et la troisième au Gabon. Pour A. americana il adm et comme fruit une
drupe jaune, ovoïde, de la grosseur d'une prune, à chair douce, aroma­
tique et devenant légèrem ent âpre, mais comestible. Pour A . elliptica,
épicarpe du fruit amer, astringent, pulpe purgative, amande douce cl
bonne à manger ; pour A\ gabonensis, fruit laxatif et graine purgative.

35
si elle s’en empare un jour) et, enfin, par leur indécision même,
que la graine est tantôt purgative, tantôt comestible. Ce der­
nier fait n ’a rien de bien surprenant car, nous voyons des phé­
nomènes semblables de variations dans la constitution chimique
de la graine, se fairejour dans des espèces cultivées ou sauvages
largement répandues, comme Amygdalus commuais L. (à
variétés douces et amères) et Dialiurn nitidurn Guill. et Perr.
(à variétés toxiques et comestibles) L La même incertitude règne
parmi les auteurs sur l’état édule ou non comestible du fruit : il
est probable que la variation qui frappe la graine atteint aussi
le fruit, qui du reste n’est ni de forme, ni de dimension, ni
de couleur absolument constantes.
IIUILE DE CITRON DE MER OU

D

e s c r ip t io n

de

la

g r a in e ,

so n

d ’e LOZV-ZÉGUÉ

rendem ent

en

co rps

gras,

Cette graine
se présente, quand elle est revêtue de son endocarpe, sous
l'aspect indiqué figure 5 A : c’est sous cet état qu elle arrive
des pays de production. Quand elle a été dépouillée de son
endocarpe osseux, elle présente l’aspect figure 5 C. Dans le
premier cas, son poids moyen est de 3 gr. 30, et dans le
second, de 2 grammes. Dépouillée de l’endocarpe, c’est un
ovoïde de couleur isabelle avec sommet terminé en pointe
légère. La coupe transversale de l'endosperme montre une
zone subéreuse (spermodermique) recouvrant un endosperme
blanc, peu résistant au couteau, formé de cellules polygonales,
à parois peu épaisses, remplies d’un corps gras liquide divisé
en un grand nombre de grains sphériques de grosseurs dis­
semblables. Au milieu de ce tissu uniformément huileux, on
voit çii et là des cellules isolées ou des îlots de cellules d’une
couleur jaune d'or, renfermant une matière solide d aspect
résinoïde et soluble dans l’alcool. Traitées par la teinture
d’orcanette récente, ces sphérules d’huile se colorent totale­
ment en rouge ; sous l'influence de la glycérine et de la cha­
leur, chaque sphérule montre un grain d’aleurone plutôt petit
valeur

d e l ’h u i l e a u p o in t d e v u e i n d u s t r i e l .

—

1.
Voir, su r ces variétés du Dialiurn nitidurn du Sénégal, et sur leur
analyse, noire travail dans Journal île P harm acie et de Chimie, 1889.

�3(1

GRAINES GRASSES NOUVELLES LES COLONIES FRANÇAISES

que gros. Pas d'amidon. La teinture d’iode donne toutefois,
sur la membrane d'enveloppe des cellules, des ponctuations
fines de couleur bleue qu'il faut peut-être attribuer à la pré­
sence de l’amidon soluble que l’analyse chimique, comme on
le verra, a permis de révéler.
La richesse en huile de cette graine a donné lieu à des
appréciations fort différentes. De Lanessan donne à son
Ximcnia gabonensis (x-ariété que j ’ai étudiée spécialement)
« 7 0 0 d'une huile purgative comme l’amande qui la fournit »
loc. cit.). J’ai déjà dit n’avoir jamais reçu de cette prove­
nance des graines purgatives, mais je ne prétends pas qu’il ne
puisse y en avoir au Gabon. Gé que j'affirme, c’est que la
richesse en huile dans la graine de Ximcnia amcricana du
Gabon est de beaucoup au-dessus de 7 °/0. Le catalogue de la
section coloniale de l’Exposition universelle de Paris (1879)
indique, pour les mêmes graines, 32,80 °/0 d’huile. Voici les
résultats que j ’ai obtenus sur des graines fraîches du Gabon
qui ont pu germer en serre chaude, et on sait que les graines
huileuses perdent facilement leurs facultés germinatives dès
qu elles ne sont plus récentes :
100 parties de graines pouvucs de leur j am ande................. 39.79 ° 0.
coque (endocarpe) donnent
j coque...................40.21 °/°.

Le rendement en huile après traitement par le sulfure de
carbone a été :
Sur l'amande dépouillée de sa coque (endocarpe) ....................... 09.30 °/0
pourvue de sa coque
—
....................... 41.43 °/0

Ainsi obtenue cette huile est jaune, un peu épaisse et vis­
queuse, non siccative; sa densité est de 0,925 à 15° : elle a un
goût agréable. L échauffement par 1 acide sulfurique est de
40° 30.
Elle donne en stéarine de saponification.. . . . . . . . . . . 37.76 %
—
— de distillation.............................. 36.62 °/0

HUILE DE CITRON DE MER OU

d ’e LOZY-ZÉGUÉ

Le degré de solidification des acides gras de saponification est de 42.
Le degré de solidification des acides gras de distillalion est de 02.
Le degré de solidification de la stéarine do saponification est de 08.
Le degré do solidification de la stéarine de distillation est de 67.

37

j
l
Le
) rendem ent en
j glycérine est de
I
7,44 °/0.
I
1

Je n’ai pu obtenir l’huile de Ximcnia amcricana par pres­
sion, bien que j’eusse vivement désiré connaître le rendement
de la graine par ce procédé. Cette huile, en effet, à raison de
sa viscosité et de son épaisseur, ne se sépare pas du tourteau.
Il faudrait donc, si elle était employée dans l’industrie, recou­
rir à l’emploi des dissolvants, ce qui, du reste, dans l’état de
développement actuel de l'industrie de l’extraction des corps
gras par ce procédé, ne serait pas un inconvénient. Mais, telle
qu elle est constituée chimiquement, cette huile aurait, surtout
en Europe, son emploi dans la savonnerie. Sur les lieux de
production, elle pourrait être consommée à l’état frais, à l égal
des huiles comestibles, à raison de son goût agréable, mais à la
condition qu elle fût extraite des graines non purgatives, ce
qui n’est pas facile à déceler d’après les caractères extérieurs
fie la graine.
Bien que donnant des acides gras et de la stéarine à points
de fusion élevée, cette huile ne serait pas applicable à l’indus­
trie de la stéarinerie, à cause de son faible rendement en acides
gras solides et en raison du déchet élevé qu elle laisse après
obtention de ces acides gras solides.
Quant au tourteau de la graine, il donne une teneur assez
élevée en matières albuminoïdes; il pourraitdonc être tout au
moins employé comme engrais, soit qu il provienne de graines
purgatives, soit qu’on le tire de graines comestibles. La forte
teneur de la graine en huile en permettrait un traitement
rémunérateur, et l’huile donne en savonnerie un bon produit.
C’est une nouveauté à introduire dans le commerce des
graines grasses européennes en vue de la fabrication du savon.
L essai peut en être tenté fructueusement. Voici l’analyse du
tourteau telle qu’a bien voulu le faire, sur ma demande.
M. le professeur Sehlagdenhaulfen, de Nancy :

�38

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

HUILE DE CITRON DE MER OU n ’ELOZY-ZÉGUÉ

La poudre, d’un jaune paille, soumise à la dessiccation j\ l'étuve à air â
10l»°, perd 0 gr. 500 % de son poids.
Elle est épuisée successivement à l'éther de pétrole, l'alcool et l'eau.
Chacune des solutions, après évaporation du véhicule, fournit un résidu
dont le poids est soigneusement déterminé.

d ’une particularité que nous n’avons jam ais eu à signaler dans des ana­
lyses faites dans des conditions sim ilaires.

Extraction à l'éther de pétrole. En opérant sur 10 gram m es de
matière nous trouvons que le résidu calculé % est de 3 gr. 10 : e’est un
corps gras, de consistance pâteuse, jaune orange, aisém ent saponifiable
par la potasse ou la soude caustique en solution aqueuse ou alcoolique.
Avec l’acide sulfurique concentré à froid, il se colore en brun acajou,
coloration qui n'est pas modifiée par l'addition de chlorure ferrique.
Dissous dans le chloroforme et traité ensuite par le réactif précédent, il
ne fournit pas la moindre teinte violacée ou bleuâtre ; donc absence de
cholestérine.
On n'v constate pas davantage la présence de lécithine en em ployant
les réactifs appropriés.
Extraction à Calcool. La solution alcoolique que l'on obtient à la suite
d'une opération, durant environ 2 heures, est jaune orange. Evaporée
au bain-m arie elle fournit un extrait de même couleur dont le poids est
de 19 gr. 930 0 0. Reprise par l'eau et convenablement traitée, on y con­
state la présence de saccharose et de glucose, ainsi qu’une faible
proportion de matière qui est restée indéterminée. Cet extrait ne
renferme pas de tannin ni de principes albuminoïdes.
Extraction ù l'eau. Nous enlevons la poudre de notre appareil et
nous la traitons par de l'eau froide d'abord, puis au bain-marie pendant
3 heures. Nous filtrons et évaporons le liquide com plètem ent incolore.
Le produit de l'évaporation est à peine teinté en jaune paille. Repris
par l'eau et additionné d’un peu de chlorure ferrique il ne se colore ni
en vert ni en bleu : preuve de l’absence de tannin. Le liquide aqueux est
précipitable par l'acétate de plomb et l’alcool, ce qui indique la p ré­
sence de m atières gommeuses. De plus, une partie de l'extrait, calciné
avec un peu de sodium, puis repris par l'eau et le mélange de sel ferrosoferrique, fournit un abondant précipité do bleu de Prusse : d'où la
conclusion que l’extrait aqueux contient des principes azotés et partant,
très probablement, des matières albuminoïdes. Leur dosage n'a pas été
effectué avec l'extrait aqueux mais avec la poudre non épuisée par
l'eau, comme nous le dirons dans un instant.
En ajoutant à notre extrait aqueux, redissous dans l’eau, un peu
d ’iodure ioduré de potassium pour essayer d'y déceler un principe
alcaloïdique, nous avons été surpris d'obtenir une coloration bleue intense
due à la présence de matière amylacée soluble. Ce fait nous parait
d ’autant plus digne d’intérêt que la poudre primitive, ou mieux encore,
deshuilée par l’éther de pétrole et épuisée par l’alcool ne se colore pas
en bleu sous l’influence de l'iode. Nous nous trouvons donc en face

30

Incinération. Une partie du résidu épuisé par les trois prem ières opé­
rations est soumise à l ’incinération. Les cendres qui restent, soit
5.047 % , sont blanches (9 renferm ent principalem ent du phosphate de
chaux; point de chlorure et à peine du sulfate, puis un peu do fer. et
du manganèse, comme dans la plupart des cas analogues.
Matières albuminoïdes. Pour doser les m atières albuminoïdes nous
prenons I gram m e de poudre, épuisée par l’éth er de pétrole et l’alcool,
et opérons la destruction en présence delà chaux sodée. L'opération, con­
duite d’après la règle générale, fournit 43.750 % de m atière protéique.
Ce nom bre com prend non seulem ent les m atières album inoïdes inso­
lubles, mélangées au ligneux et â la cellulose, mais encore celles qui
sont solubles dans l’eau et dont il a été question ci-dessus.
Pour déterm iner le poids du ligneux e t d e là cellulose, nous faisons la
somme de tous les principes trouvés jusqu'alors et retranchons de 100,
ce qui nous am ène à i l . 499.
La composition imm édiate du tourteau se résum e donc de celle
façon :
Eau h y grom étrique
E x tra it pdtroléique

Extrait alcoolique..

Extrait aqueux....
Incinération...........
Mat. album, totales
Par différence.......

9.369

3.100 corps gras.
!

1!)9 30

saccharose 17.521
g'ucose
1.993
J m at. incict. 0.116
\ pas de tannin 0.0
/ am idon soluble.

7 103 ( Sornm eI m atières album inoïdes.
! pas de tannin.
5.017 cen d res blanches.

13.750

•

11.199 ligneux, cellulose et p e rte s.

100.000
Comme on le voit, ce tourteau est riche en m atières album inoïdes et
pourrait être em ployé, celui au moins (pii provient des variétés non
purgatives de cette espèce, comme un alim ent de prem ière utilité poul­
ies bestiaux. Ce serait aussi un engrais de valeur à dosage d'azote très
élevé.
La plantation du Ximenia americana est donc recom m andable à tous
égards dans nos colonies tropicales, d’autant que cet arbuste peut venir
sans soins et servir à faire des haies de clôture.
La récolte qu’il donnerait en graines grasses ne coûterait donc aucun
effort et pas de dépense. Le tourteau form erait un bon alim ent pour les
animaux de ferme.

�HUILE D’ENGESSANG 01. D’iiSSANG DU GABON

IV

HUILE D'ENGESSANG OU \YESSA\G DU GABON
Musée colonial de Marseille. Yilrine Gabon-Gongo, n°* 14 e( I i bis.)

Cette huile, qui présente un réel intérêt à cause de certaines
particularités qui la caractérisent, est fournie par la graine
d'un arbre assez commun sur la cote occidentale d’Afrique, c’est
le Ricinodcndron Ileudelotii Pierre mssc. ; R. afric,-mus Müll.
Arg. in Flor. v a t i s b 1864, p. 533, in DC., Prod., pars XV,
1111 ; Bonth. et Hook., Gêneraplanfarum, III, 291 et297 ; Pax,
in Pflanzenfamilien, 88 (quoad Ricinodcndron africanuin) ;
Jatropha HeudelotUWaiW., in Adansonia, I (1860-61), p. 64. —
Ce végétal estconnu sous le nom indigène deBournet au FoutaliDjallon (Heudelot, n°8570. Mus. de Paris), à l’ile de FernandoPo (Mann, n° 229 du Mus. de Paris), près d’Angola, dans les
montagnes boisées du Carengoet du Golungo-alto (Welwitsch,
n° 443 du Mus. de Paris); aux environs de Libreville (Congo
français), où il est désigné sous les noms d'Essang selon Jollv,
Engessang d’après Autran, et d'Issanguila d'après le
R. P. Klaine. Voici la description détaillée de ce végétal,
d'après M. Pierre (in li/teris).
Arbre de 4 à 12 m ètres de haut ; tronc nu, de 5 m ètres de hauteur,
recouvert d'une écorce grise ; bois léger, blanc. Rameaux divisés et nus,
excepté au sommet ; les plus récents portant des feuilles jeunes et des
inflorescences couvertes de poils ferrugineux, étoilés ; stipules gém inées,
presque em brassantes ou presque orbiculaires, à dents glanduleuses.
Feuilles longuement pétiolées ; pétiole aussi long ou plus long que le
limbe qui, m esurant, dans ses lobes inférieurs, 12 cent, de long sur
1. Voir la figure de cette plante, dans les Icônes de Ilooker, tab. 1300,
et la description de Oliver, faite d'après les échantillons de Mann et de
W elw itsch, qui sont au Muséum de Paris, à l'état com plet (mâle et
femelle).

6 cent, de large, est digité à 3 à 7 lobes, mais plus souvent à 5 ; folioles
oblongues ou ovales-oblongucs, lancéolées, assez longuem ent cuspidées,
légèrem ent pétiolées ou décurrentes dès la base, à dents glanduleuses,
finalement glabres, m em braneuses, pourvues de 10 nervures dans les
folioles les plus grandes et légèrem ent ascendantes, à nervures transver­
sales, parallèles et à veinules saillantes. — Inflorescences mâles, grêles,
nues en bas, term inales ou solitaires aux aisselles des feuilles qu’elles
dépassent en longueur, à divisions inférieures de 1 à 2 cent, de
long, cym es G-8 flores, bractées de 3 mm. de long, pédoncules un peu
plus courts que les fieurs et de 3 h 4 mm. de diam ètre. Calice de 3 mm.
de long, ferrugineux, tom enteux, à lobes presque aigus. Pétales, 4 mm.
de long, im briqués, velus sur la marge interne, réunis par des poils
nom breux, brièvem ent pédiculés à la base, libres, subcampanulés en
haut. Etam ines 10 le plus souvent, plus longues que les pétales, réunies
h la base par 5 glandes discoïdes; dans les Heurs mâles, les glandes
sont libres ; dans les fleurs femelles, elles sont réunies en une cupule
entière ou sinueuse ; filets glabres en haut, insérés sur un réceptacle
légèrem ent conique, villeux, h anthères basifixes oblongues, h loges
parallèles. Rudiment d ’ovaire nul. — Grappes femelles plus souvent
solitaires à l’aisselle des feuilles supérieures que les mâles, plus fortes
et plus courtes, à divisions inférieures de 3 à 4 cent, de long, les
supérieures presque sessiles; pédoncules de 3 à 4 mm. de long, plus
courts que les fleurs, qui m esurent 5 à 8 mm. Tube du calice très court,
à 4-5 lobes im briqués, obtus, de 4 à 5 mm. de long, larges de 4 mm.,
com plètem ent velus, étoilés. Pétales 5, oblongs, lancéolés, couverts
égalem ent de poils, m esurant 8 mm. de long sur 4 de large. Ovaire 3,
le plus souvent 2 loculaire *, sphérique, obtusém ent 2-3 gone, à duvet
étoilé. Styles 3, mais le plus souvent 2, filiformes ou linéaires2, divisés
près de la base, tortueux, finalement divergents, de 4 mm. de long,
glanduleux. Ovule h funicule épais, presque trilobé. Drupe subbilobée,
le plus souvent disperm e, à endocarpe osseux, cireux, crustacé en dedans,
de 3 mm. d’épaisseur. Semence rem plissant exactem ent la cavité de
l’endocarpe et à sperm oderm e appliqué étroitem ent sur cette cavité.
Album en abondant, huileux. Cotylédons elliptiques, en cœur, un peu
plus courts que l'albumen, longs de 7 m m .; radicule très courte, capitée
e t apiculaire.

Ce végétal est utilisé par les indigènes du Gabon-Congo
1. Les ovaires, dans les échantillons d'Ileudelot, du Foutah-Djallon,
sont presque toujours à 3 loges et k 3 styles, tandis que, dans les échan­
tillons du R. P. Klaine (de Libreville), les ovaires sont toujours k 2 loges
et k 2 styles, bipartites. De là, le fruit didvme dont parle Millier d'A r­
govie (in Prodomus, pars XV, 1111). 11 serait curieux de savoir comment
sont les fruits, ju sq u ’ici inconnus, du Foutah-Djallon.
2. Ces styles ne sont pas pétaliform es, comme le dit Bâillon (Adan­
sonia, I, p. 64), mais bien linéaires et filiformes.

�42

43

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

HUILE D ENGESSANG OU DESSANG DU GABON

français dans sa graine riche en huile 1(comestible, quand elle
est fraîche) et dans ses feuilles qui. suivant Jollv, sont man­
gées cuites avec du poisson sec.
La graine nous intéresse : elle m’est parvenue du Gabon- à
l’état de petites noix rappelant une noix de Banhoul (A leu rit es
fri loba Forst.) en miniature (fig. 9, A, B, G). Ces noix,
quoique isolées, sont, dans le fruit, rapprochées deux par deux
sous le même sarcocarpe. L’endocarpe est osseux, noirâtre, très
tourmenté extérieurement, lisse et blanchâtre en dedans, où
il porte la trace de spermoderme appliqué contre les parois :
celui-ci. quoique non huileux, brûle aisément avec une flamme

lu0 : mais elle présente cette particularité remarquable d’être
solide quand elle est obtenue par le sulfure de carbone1. Sa
densité est de 0,935 à 23°. Comme l’huile de lin, elle se
colore en brun par l’acide sulfurique ; réchauffement par cet
acide est de 90° ’. Elle donne, par saponification, des acides
gras, fusibles à 30°. Mise en couche mince au contact de l'air,
elle sèche facilement et rapidement ; elle est donc siccative.
Après saponification, elle donne 10,33 °/0 de glycérine.
Par sa densité, par réchauffement que détermine l’acide
sulfurique et par l’attaque énergique de ce même acide con­
centré, cette huile se rapproche beaucoup de celle du lin.
Comme cette dernière, elle pourrait donc être employée à la
fabrication des peintures et des vernis. Mais elle n’aurait
aucune application ni en stéarinerie ni en savonnerie. En
stéarinerie, parce que les proportions d’acides gras solides
qu’elle renferme sont trop faibles 3 et parce que, au contact de
l’air, les acides gras qu’elle contient s’oxydent trop facilement
et rapidement. D’autre part, en savonnerie, on sait que les
huiles siccatives ne peuvent être employées qu'en très petite
quantité et à la faveur du mélange avec d’autres huiles. Le
savon fait aArec les huiles siccatives est mou et se résinifie à
la surface. Donc, son utilisation par les fabricants de savon
serait très limitée. Son utilisation principale serait son
emploi dans la fabrication des peintures, comme l’huile de lin.

A

B

C

F ig . 9. — R icixodexdron H eidei .otu Pierre. A. Fruil dépourvu de son

sarcocarpe, vu délacé (reposant sur sa base) ; B. Coupe longitudinale
m ontrant la graine dans l'endocarpe osseux ; C. Le même, vu d'en haut
(grandeur naturelle).

très éclairante. La noix entière pèse 2 grammes en moyenne,
dont 69 °/0de coque et 33 °/0 de graine, soit, en poids, 0 gr. 08
en moyenne. Cette graine est blanche extérieurement (sper­
moderme) ; elle contient un albumen assez consistant dont les
cellules sont uniformément remplies de globules huileux (colo­
rés en rouge par la teinture d’orcanette). Les grains d’aleurone contenus dans cette huile sont très gros et se colorent
en rouge par la teinture d’iode iodurée. — Obtenue par la
pression, celte huile est incolore, liquide à la température
1. i&lt; M. Jollv m'a envoyé des colliers d ’amandes de cette plante, colliers
« qui sont suspendus dans les cases nègres et sont mangés p endant .“&gt;à
« 6 mois, comme friandise. Ces amandes se conservent pendant ce laps
« de temps sans rancir » (M. Pierre, in lit Irris).
2. J'ai pu, grâce aux envois fréquents el copieux de celle graine, que
j'ai reçus de mon excellent et infatigable correspondant M. A utran,
faire des essais en grand sur cette huile si particulière. Je liens à l’en
rem ercier encore ici publiquement.

R

e n d e m e n t d e la g r a in e

e t d e la n o i x .

—

La coque, comme

1. Un fait analogue et bien connu (W urtz, Sujiplêmenl au I)ict. &lt;le
ch im iej se retrouve dans l’huile d ’une graine d ’Euphorbacée, c'est
YElæococca vernicia Spreng. (arbre à huile de la Ghinei. En épuisant
cette graine (VElæococca par l’éth er sulfurique, on peut obtenir i l 0 0
d'huile liquide; mais si on rem place ce dissolvant par le sulfure de car­
bone, celui-ci agit comme modificateur isom érique et on obtient un
corps gras, solide, fusible à 114°, possédant la même composition que
l’huile obtenue par l’éther. La lumière même, surtout la partie la plus
refrangible du spectre, agit sur l'huile d'Elæococca et la solidifie en
un ou deux jo u rs sans changem ent de com position.
2. L’acide sulfurique concentré l’attaque très énergiquem ent, en la
cbarbonnant.
J. Ces acides gras, solides, obtenus par pression, jaunissent et
donnent une com bustion fuligineuse.

A

�HUILE
ü

d ’ e NGESSANG

OU

d ’e s SANG

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

nous le verrons à l’analyse, ne renferme pas d’huile. L’amande,
par le traitement au sulfure de carbone, donne sur l’ensemble
de la noix 18 °/0 d’une huile solide, blanc jaunâtre, et sur
l’amande dépouillée de sa coque. 54,30 °/0. Par simple pres­
sion. on obtient une huile liquide, jaunâtre, dans la proportion
de 50 % de l’amande seule.
— Nous
allons donner maintenant, d’après les analyses qu’en a bien
voulu faire, sur ma demande, M. le professeur Schlagdenhauiïen, de Nancy, l’étude chimique du tourteau provenant
du traitement sulfocarbonique de la graine entière, et enfin de
la coque.
A

n a l y s e du t o u r t e a u

de la g r a in e e t d e

la c o q u e .

I. — Tourteau.
Le tourteau en poudre fine, tel qu’il nous a été livré, semble en tière­
ment dépouillé de corps gras puisque, conservé dans un sac en p ap ie1"
pendant trois semaines il n’y a pas laissé la moindre tache.
Il est sans odeur et sans saveur.
Chauffé à l’étuve à air à la tem pérature de 105°, il perd 0.470 °/0 de
son poids.
Nous l’épuisons successivement par divers véhicules et obtenons les
résultats suivants :
Extraction ù l'éther de pétrole. — En opérant sur 10 gr. de poudre
sèche soumise à l’épuisem ent par ce véhicule dans notre appareil, nous
obtenons au bout de deux heures un liquide incolore qui, après évapo­
ration, abandonne un résidu d’apparence de corps gras avec un dépôt
cristallin assez considérable. L’aspect de ce produit est tout différent de
celui obtenu par expression. Ce dernier, en effet, est une huile parfaite­
ment limpide et incolore qui se conserve sans altération dans des flacons
herm étiquem ent bouchés.
Le rendem ent du corps gras ne dépasse pas 1.99 % .
Extraction à l'alcool. — Après dessiccation de la poudre, nous la sou­
m ettons à l’action de l’alccol h 90° bouillant. L’opération term inée au
bout de deux heures nous fournil un liquide orange qui, après évapora­
tion du dissolvant et chauffé à l’étuve à air à 100°, laisse un résidu sec
de 5.432 ° /0. Ce résidu traité par l’eau ne se dissout pas com plètem ent.
Dans la partie soluble, 3.469 °/°, nous constatons la présence de glucose
et de saccharose, tandis que la partie insoluble, c ’est-à-dire 4.663, con­
tient des principes albuminoïdes, 1.50 °/0, une substance de nature rési­
neuse, fusible au bain-m arie, solidifiable à la tem pérature normale, ainsi
que d’autres élém ents restés indéterm inés.

DU GABON

43

Extraction à l'eau. — Lorqu’on épuise la m atière par l’eau froide et
q u ’on évapore le liquide filtré au bain-m arie, il se précipite au bout de
quelques m inutes des flocons blancs entièrem ent insolubles dans l’alcool.
Le liquide renferm e en outre des traces de sucre qui n’a pas été dissous
par le véhicule précédem m ent employé. Si, après formation de ce pré­
cipité blanc, on ajoute de l’eau dans la capsule, il se redissout en grande
partie. C’est pour ce motif aussi que l’on peut enlever à la poudre ce
produit particulier en opérant à la tem pérature du bain-marie bouillant
au lieu de l’épuiser par l’eau froide.
Le dépôt floconneux ainsi obtenu n’est qu’un mélange de gliadine et
de m atières album inoïdes, tel qu’on le rencontre d’ailleurs dans un
grand nom bre de graines. Le rendem ent est de 2.70 °/0.
Incinération. — Le résidu précédent soumis à l’incinération renferm e
une forte proportion de cendres blanches non fusibles, 7.072° 0, con­
tenant principalem ent du phosphate de chaux, un peu de sulfate, point
de carbonate, des traces de manganèse et de fer.
Calcination avec la chaux sodée. — Cette opération est destinée à
déterm iner la proportion de m atières album inoïdes contenues dans le
produit avant le traitem ent par l’eau. Le résultat nous fournil une quan­
tité d’azote telle que, calculée comme m atière albuminoïde, elle rep ré­
sente un poids total de 50.018 °/0. Dans ce nom bre se trouvent com pris
les produits de même nature enlevés par l’eau, comme il vient d’être dit
ci-d essu s.
Détermination du poids du liijneux et de la cellulose. — En faisant la
som m e des élém ents dissous précédem m ent et la retranchant de 100,
nous arrivons à la différence de 23.648 qui constitue le poids du ligneux,
de la cellulose et des pertes effectuées par le calcul ou ren tran t dans
la lim ite des erreurs d ’opération.
La composition du tourteau de Ricinodendron peut donc être établie
comme suit :
E au h y g ro m étriq u e ................
E x tra it au p é tro le .................

9.470
1.990

Corps gras.
Glucose et saccharose.
M atières album inoïdes et résineuses.
l
2 530 G liadine et m at. album inoïdes.
E x tra ctio n à l’eau, 2.700 ■
"
Sucre.
I n c in é r a t i o n .......................... 7.072 Sels fixes.
D osage ù la chaux s o d é e ... 50.018 Matières albuminoïdes.
« P a r d iffére n ce ......................... 23.618 Ligneux, cellulose et p e rte s.
E x tra it à

’

( ms. 1.663

l’alcool, 5.132 j

100.000

IL — Graines.
En faisant des lots de 10 graines entières on trouve que le poids
moyen de l’une d ’elles est de 1 gr. 766; puis en pesant séparém ent

�16

GRAINES GRASSES NOUVELLES UES COLONIES FR A N ÇA ISES

HUILE D’ENGESSANG OU D'ESSANG DU GABON

la ni auile inondée cl la coque, on oblienl les résultats suivants : 0 gr. 559
et 1 gr. 207.
La mesure de ces graines suivant (rois diamètres donne eu moyenne
8m m . 3; Il mm. 3: 13 mm. 6.
Nous avons étudié séparément les principes contenus dans 1 am ande
mondée et dans la coque.
A — Amandes inondées.
La matière est réduite en poudre aussi fine que possible à 1 aide de
la râpe. Une portion est soumise la dessiccation à l’étuve ci air à 105°,
afin de déterm iner la quantité d’eau hygrométrique qu'elle peut renfer­
mer, nous trouvons, en faisant plusieurs pesées successives, 8 gr. 27.» ° /0.
Extraction à l'éther de pétrole. — Nous opérons comme avec h* tour­
teau et retirons du ballon inférieur un liquide tout à fait incolore qui,
après disparition de toute odeur pétroléiquo, présente une apparence
butyreuse avec traces de cristaux enchevêtrés, soyeux et d’une grande
finesse. Maintenu un peu plus longtemps au bain-m arie, le corps gras
change d’aspect, il ressemble alors à une huile d'une transparente par­
faite et se m aintient à cet état pendant longtemps dans des flacons ferm és.
Mais si on le laisse exposé pendant 24 heures à l’action de l’air, à la
tem pérature de 80° environ, il change complètement de consistance,
devientdur, élastiquect très résistant, absolument comme de l'huile cuite.
Ce composé subit donc très probablement une influence oxydante de la
part de l’air ou tout au moins une modification moléculaire. II perd sa
transparence cl finit par se transformer presque com plètem ent en une
masse friable, soluble en partie dans l'alcool.
En saponifiant le corps gras, dans l’un ou l'autre de ces états dont il
vient d'être question, au moyen de potasse ou de la liqueur des
savonniers, on perçoit vers la fin de l'opération une odeur spéciale qui
rappelle en tous points celle (pii se dégage quand on arrive à la
limite de la saponification de l’huile de ricin. Cet essai prélim inaire
nous a conduit à préparer une centaine de grammes de ce savon et à le
chauffer m odérément dans une cornue. Le liquide qui passe h la distil­
lation est en tous points identique à celui (pii provient de l’opération
sim ilaire faite avec le savon de ricin. C aron trouve dans le récipient un
produit huileux dont l’odeur d'alcool capryliquc est absolum ent caracté­
ristique. La solution aqueuse jouit en outre de la propriété de réduire
le nitrate d'argent ammoniacal, ce qui semble indiquer la présence d’une
certaine quantité d'aldéhyde capryliquc. En attendant (pie celle expé­
rience puisse être reprise avec une quantité d'huile plus considérable
nous considérons le corps gras de la graine de IUcinodendron comme
renferm ant un composé sinon identique, du moins très voisin de l'huile
de ricin. Ce glycéride n ’y existe pas seul, d’après ce que nous avons dit
en commençant, puisqu’on y découvre des amas cristallins dont l'as­
pect est caractéristique et (pii semblent bien indiquer la présence de

47

stéarin e ou d ’un mélange de stéarine et de palmiline ; c'est ce que
confirme d’ailleurs l’opération de la saponification et la mise en
liberté des acides gras. En efTet, le savon décomposé par l'acide
chlorhydrique laisse surnager une couche molle, jaune pâle, (pii n’a
pas l’air de se solidifier. Au bout d ’un tem ps très long, exposé à une
tem pérature de l a 0 environ, chauffé h plusieurs reprises avec de
l’eau afin d ’être débarrassé com plètem ent de l’acide chlorhydrique qui
aurait pu le souiller encore, ce magma d’acides gras a été étendu sur du
papier Bcrzélius, dans le but d’im prégner le papier de l’acide liquide et
de retenir un composé solide cristallisable dans le cas où il existe. On
obtient, il est vrai, une certaine quantité de cristaux, mais le rendem ent
en e st très faible. Nous avons mieux réussi en traitant le mélange d'acides
gras par de l’alcool à 88° un certain nom bre de fois, de manière à séparer
plus nettem ent l’acide huileux du ou des acides cristallisés. Ces derniers
n’existent d ’ailleurs dans le mélange qu'en très faible porporlion ; leur
point de fusion F = 02.9 et de solidification S = 5 9 . 1. Ces deux
constantes ainsi que' l’état cristallin du produit sous forme de fine
aiguille sem blent donc indiquer qu'on a affaire à un mélange d’acide
stéarique et d'acide palm itique dans la proportion de 70 0 0 du prem ier
pour 30 °/o du second.
L’acide huileux qui se trouve en m ajeure partie dans le mélange ne
peut être autre chose que de l’acide ricinoléique.
D’ailleurs, en transform ant l’acide en sel de soude ou de potasse, chauf­
fant dans un appareil distillatoire comme il a été question plus haut,
on obtient comme ci-clessus un com posé huileux, plus léger que l’eau,
qui se com porte entièrem ent comme un m élange d'alcool caprylique et
d ’aldéhyde caprylique.
Le rendem ent en corps gras par l’extraètion à l'éther de pétrole est
de 32.303 °/0.
Extraction à l'alcool. — Nous obtenons comme avec le tourteau, dans
les m êm es conditions opératoires, un liquide brun pâle, qui fournit un
ex trait, soluble en partie dans l’eau et dont l’autre, insoluble, est
constituée par des m atières album inoïdes. Le poids total de l'extrait
alcoolique est de 2.033 °/0, dont la moitié environ contient de la glucose
et de la saccharose.
Extraction à iean. — En opérant à chaud ou à froid, on retire de la
poudre, préalablem ent desséchée, un liquide entièrem ent limpide qui
fournit, après traitem ent par l'alcool, un précipité de m atières album i­
noïdes et dont le poids correspond à peu près entièrem ent à celui de
l'ex trait aqueux. La minime différence entre les deux est à m ettre au
com pte d ’un peu de saccharose enlevée incom plètem ent par l’opéra­
tion précédente.
Incinération. — Le poids des sels fixes obtenus après incinération de
la poudre est de 3.420 ° /0. Ce résidu est absolum ent identique h celui
(pii est fourni par le tourteau.

�18

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Détermination des matières albuminoïdes. — Nous chauffons avec de
la chaux sodée 1 gr. de poudre, privée de corps gras par l’éth er de pétrole
et par l’alcool, et dosons la proportion d’ammoniaque fournie par cette
opération pour arriver à déterm iner par le calcul la quantité de m atière
albuminoïde correspondante. Nous obtenons ainsi 22.365, quantité bien
inférieure à celle du tourteau. Cette différence d ’ailleurs était à prévoir,
car il suffît de m ettre en regard la quantité de corps gras dans les deux
produits.
La différence entre la somme des nombres précédents et 100 constitue
le poids du ligneux, de la cellulose et des pertes, soit 8.011 °/0, nom bre
également inférieur à celui qui correspond aux mêmes principes conte­
nus dans le tourteau. De là, nous lirons la composition imm édiate de la
graine mondée :

Eau hygrométrique... s.275
Extrait pétroléique... 52.305 Corps gras.
Extrait alcoolique__ 2.635 Glucose, saccharose cl gliadine.
„E xtrait
. aq u eu x .......... .2.0S9
.. . (&gt;Matières, albuminoïdes et traces de
n
( saccharose.
Incinération.............. 3.420 Cendres blanches.
Détermination des prin­
cipes azotés............ 22.365 Matières albuminoïdes.
Par différence.............
S.911 Ligneux, cellulose et pertes.
100.000

III. — Coques.

L'extraction à l’éther de pétrole ne fournit aucune trace d’huile. Avec
l'alcool on enlève un produit brun, sans saveur et sans odeur, qui ne se
dissout pas dans l’eau, mais dans la potasse caustique étendue. La solu­
tion est précipitable de nouveau par l’acide chlorhydrique, ce qui carac­
térise par conséquent un composé de nature résineuse.
A l’incinération on obtient un résidu fixe qui contient de la chaux en
majeure partie,surtout à l’état de sulfate, de carbonate et de phosphate;
du feret du manganèse, cedernier en quantité telle que l’addition d’acide
chlorhydrique à ces cendres produit un abondant dégagement de
chlore.
La composition immédiate de la coque peut donc être représentée de
la manière suivante :

IIU1LE

d ’e NGESSANG

OU

d ’e s SANG

DU GABON

49

Comparaison des résu liais et conclusion.
En mettant en regard les uns des autres les nombres qui se
rapportent aux principes extraits par nos divers véhicules du
tourteau et de la graine mondée, on constate des différences
très grandes en ce qui concerne les extraits alcooliques et
aqueux; il en est de même pour les poids des sels tixes, des
matières albuminoïdes et du ligneux. Ces résultats sont uni­
quement la conséquence de la grande richesse en corps gras
de la graine mondée.
En tous cas, la forte proportion de matières albuminoïdes
dans le tourteau, même en l'absence de beaucoup de corps
gras, indique que ce tourteau peut constituer une matière ali­
mentaire d’une certaine utilité et que, mêlé surtout à des pro­
duits amylacés, il doit pouvoir constituer la base d’un aliment
très convenable. En tout cas, il est certain que ce tourteau
pourra former un excellent engrais.
Quant à l’huile, en dehors de ses emplois industriels très
limités que j ’ai fait connaître, elle pourrait facilement être
livrée à la consommation. Ce fait que le corps gras,comme la
graine d’où il provient, rancit difficilement, permet de le
recommander encore comme matière alimentaire. Son goût est
agréable du reste. Le Ricinodcndron I!eudelotiiserait donc un
végétal à propager par la culture au moins dans une certaine
mesure, n’était le faible poids de ses fruits et surtout de ses
graines qui ne permettent pas un rendement rémunérateur en
matière grasse, même quand l’arbre a acquis tout son dévelop­
pement.

E x tra it alcoolique. 6.50 Résine.
E xtrait a q u e u x .. . . 1.625 P ro d u its non déterm inés.
In c in é ratio n .......... 16.530 Sels fixes.
P ar d iffé re n c e .... 75.345 Ligneux, cellulose et p e rte s.

100.000
\
Graines grasses

nouvelles des colonies françaises.

1

�BEU BI\ K n ’oCIIOCO

V

BEURRE D OCUOCO
OU OSOKO DU GABON-CONGO
(Voir au Musée Colonial de Marseille les vitrines du Congo,
n " 33

bis ,

36, 36

bis, 38.)

Les indigènes africains paraissent donner indifféremment le
nom d’Oc/ioco, sur toute la côte occidentale d’Afrique, à un
certain nombre de graines grasses très différentes les unes des
autres. C'est ainsi que ce nom se trouve indiqué dans Moëller1
comme désignant, d'après l’auteur, une graine de Dryobalanops,
mais le dessin qui accompagne ce travail rappelle bien une
graine d Ochocoa. Planchon et Collin 2 disent : « C’est égale­
ment une Diptérocarpée du Gabon, le Lophira alata Gærtn.,
qui fournit le suif d’Ochoco; » en réalité, celte espèce, connue
au Soudan et au Congo sous le nom de Mène, comme la
graine qu elle produit, donne, non pas un beurre mais une
huile liquide. Warburg, dans un premier travail sur l ’Ochoco3,
a rattaché le végétal producteur au genre Scyphoccphaliurn
et a nommé d'abord la plante productive Sc. chrysothrix, puis'4
Scyphoccphaliuni Ochocoa. Pour lui permettre ce classement
dans le genre Scyphocephalium, Warburg a admis que le
fruit de l’Ochoco est déhiscent et que la graine est pourvue
d’un arille. M. Pierre, antérieurement, en mai 1895, avait dis­
tribué le dessin et la diagnose (que nous reproduisons plus
1.
238.
2.
3.

Ueber afrikanische Oelsamen, in Dirigions P olyt. Journ., i 880, Bd
S. 252.
Les drogues simples d'origine végétale, l. II, p. 735.
ldcnlifierurig der sogenannten Oclwconüsse ausG ahun m it S cypiiocepualium, einer ncuer M uskalnuss-Gallung, in N olizblall. des KœniglisckGart. und Mus. zu Berlin, n° 3. — 26 novem bre 1893.
4. Monographie des Mgristicaceen in Acta Leopoldina, LXVIII, 1897.
Halle (p. 244).

5l

loin) de cette plante à tous les botanistes et musées d’Europe,
en créant pour elle un genre nouveau etune section spécifique
sous le nom à’Ochocoa Gahonii. Cette dénomination, qui a
pour elle la priorité, doit subsister par ce fait qu elle repose
sur la création d’un genre autotype caractérisé nettement par
l’absence d’arille et l’indéhiscence du fruit. N’ayant jamais eu
de fruit entier dans ma possession, je ne suis pas en mesure
d’infirmer ni de confirmer cette assertion, mais les graines sèches
ne me paraissent pas porter trace d’arille et j ’en ai examiné près
de mille attentivement. Nous dirons donc, avec Pierre, que le
beurre d ’Ochoco est fourni par la graine de YOchocoa Gahonii.
Voici la description du genre et de la plante telle que la
donne M. Pierre1 :
Ochocoa, nov. gen. M y r is t ic a c e a r u m . — Plus courtes que les
feuilles, les grappes axillaires sont divisées en pédoncules
1-5 ramassés, rameux, épais et capités au sommet, ou pyrami­
daux ou comprimés; fleurs nombreuses, pédonculées. Récep­
tacle obeonique, rouge, tomenteux au dehors, glanduleux
en dedans. Calice à 4 lobes valvaires, deltoïdes, acuminés,
excavés à la base interne, carénés en dessus, très épais.
Etamines 4, disposées en couronne au sommet d’une colonne
ovoïde, sessiles. Anthères biloculaires, alternes avec les
sépales, elliptiques, à loges extrorses, parallèles, rapprochées.
Ovaire nul.
Grappes femelles paniculées plus longues que les mâles.
Calice à 4 lobes, à tube infundibuliforme articulé au milieu,
tomenteux au dehors. Fruit indéhiscent, sphérique, à exocarpe
hispide, à mésocarpe épais, granuleux ou sec, â endocarpe
mince, adhérant à la graine. Arille nul. Tégument externe,
légèrement charnu, crustacé en dedans, épais, séparé de l’in­
terne qui est étroitement appliqué contre l’albumen ou retenu
seulement par l’aréole de la chalaze supérieure. Albumen
copieux, sébacé, dur, ayant la forme de la graine, ruminé, sil­
lonné de plis fongueux descendant de la chalaze et non pas
ruminé radialement comme cela se produit d’ordinaire dans
1. Bulletin delà Société linnéenne de Paris, 1898. N° 139. — Séance du

1er mai 1896.

�52

BEURRE

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

les Myristicacées. Embryon minime à radicule infère plus
courte que les cotylédons divergents et étalés.

O chocoa G abonii. — Arbre à rameaux épais portant des
pétioles et une grappe hispides, feuilles brièvement pétiolées
(pétiole 5 mm., limbe 10 à 20 cent, de long sur 7 cent, de large),
oblongues, lancéolées ou obovées, acuininées, aiguës, légère­
ment atténuées, cordées à la base, coriaces, glabres, nervures
secondaires 18 à 24 reliées par des nervures transversales
proéminentes en dessous. Fleurs dioïques pourvues d’une brac­
tée à la base, disposées en cymes ou en fausses ombelles ;
fleurs femelles en grappes rameuses de 4 à 7 cent, de long. Fruit
gros, globuleux, déprimé, pourvu des lobes du calice souvent
bifides, long de 3 à 4 cent, large de 4 à 5 cent., hispide, cou­
vert de poils rameux, rugueux, couleur de rouille1; péricarpe
de 3 mm. d'épaisseur, endocarpe membraneux. Spermoderme
de 3 il 4 mm. d épaisseur, crustacé fragile.
M. Pierre fait suivre cette description de l’observation sui­
vante : « Je n’ai examiné que des fruits très anciens; je n ai
(( trouvé en cet état aucune trace d’arille autour du tégument.
« Cependant celui-ci était encroûté d’une matière brune qui
« m’a paru être d’origine endocarpique. Il est bien certain que
« le fruit est indéhiscent. Le péricarpe a un tissu granuleux
« qui persiste longtemps autourde la graine et devient poussier
« avec l âfire.
O M. O. Warbursr
O a décrit 1 Ochoconiisse du Gabon
« avec un péricarpe bivalve et une graine arillée, et pense (pie
« c’est un Scyphocephalium. Ce n'est donc pas notre plante. »
J ai déjà dit, au début, comment il fallait interpréter ces faits.
Je me hâte d'ajouter que M. Warburg, dans sa magnifique
publication récente (Monographie des Myrislicaceen, 1897,
p. 245 et suivantes), ne donne aucune certitude de la présence
de l arille, autre qu’une probabilité tirée delà ressemblance du
fruit d’Ocnoco avec celui de son Scyphocephalium clirysothrix
qui est muni de cet organe. Il est très probable que M. W ar­
burg a raison, tout le fait supposer, mais la preuve du fait
1. Ce sont des poils remarquables, sympodiques, caractéristiques des
Myristicacées.

d ’o CIIOCO

53

n’étant pas établie, il reste un doute tout au moins sur le vrai
nom qui convient à cette plante. Ce doute doit profiter à
la diagnose de M. Pierre.
— La graine d’Ochoco dont nous
donnonsune figure, avecet sans son spermoderme, puis en coupe
transversale, est de couleur brun chocolat et sous forme d’un
D

e s c r ip t io n

de l a g r a in e .

Pig . io. — O chocoa G abonii Pierre. A. Graine pourvue de son spermo­

derme et montrant sa face hilaire; B. Coupe transversale de la graine
dépouillée de son spermoderme et montrant l’albumen ruminé;
G. Graine pourvue de son spermoderme lisse et brun (face dorsale) ;
D. Graine entière dépouillée de son spermoderme et montrant son
aréole chalazique supérieure.

sphéroïde fortement aplati aux deux pôles et irrégulier à la
périphérie. Elle pèse en moyenne, quand elle est recouverte
de son spermoderme, de 7 à 8 grammes, dont 1/3 pour le
poids de la coque qui est constituée par ce spermoderme crus­
tacé etcassant. Cette enveloppe est formée de trois tuniques, dont
une externe, moins foncée que la moyenne, est appliquée inti­
mement contre celle-ci, qui est plus foncée, presque noirâtre,
et fait corps avec elle. Elle reste indépendante de la troisième,
(jui entoure intimement l’endosperme, est accolée à cet organe

*

�‘&gt;4

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

et de couleur plus claire, mais sillonnée de nombreuses libres
entrelacées et orientées dans le sens des méridiens. Les deux
premières tuniques du spermoderme restent indépendantes de
la troisième et ne s’unissent à elle que sur une surface aréolaire entourant la ehalaze interne, c'est-à-dire le pôle supérieur
de la graine opposé au pôle hilaire. Lendosperme est blanc,
à consistance stéarique : il se coupe facilement au couteau et
se brise, dans cette opération, en petits fragments comme
quand on tranche un morceau de bougie stéarique. Cet endosperme est sillonné par de véritables lamelles d’une expansion
membraneuse spermodermique couleur chocolat, de nature
subéreuse, qui s'insinue de haut en bas, c'est-à-dire de la ehalaze
vers le hile, en constituant vers le centre une colonne llbrilleuse et noirâtre. Ces expansions membraneuses se dédoublent
et forment des chambres oupetitesloges vides ; elles se ramifient
quelquefois en 3 ou 4 culs-de-sac. Toutes les expansions
membraneuses brunâtres qui, en s’irradiant, atteignent presque
le bord de la graine sont au nombre de 9 à 10, représentent
presque la moitié du volume de la graine et diminuent consi­
dérablement la quantité de matière endospermique de consi­
stance stéarique qui forme la masse utile de cette graine.
Une coupe, faite sur un point intérieur de la masse blanche
stéarique de l endosperme, montredes cellules à parois minces
contenant un corps gras en masse qui remplit ces cellules.
Quand on le traite par la solution iodo-iodurée, on remarque
(jue divers points de celte masse grasse se colorent en rouge
violacé, tandis que tout le reste prend une couleur verdâtre.
La teinture d'orcanette teint cette masse cireuse en rouge,
le carmin boraté en vert. A la périphérie de la graine, la
coupe de lendosperme montredes cellules dont les parois sont
pourvues de bandes larges et lignifiées, très ornementées : ces
cellules sont également remplies de matière cireuse.
R e n d e m e n t . — La graine d’Ochoco ne peut pas aisément
être pressée pour obtenir le corps gras qu elle renferme. Le
traitement au sulfure de carbone donne des résultats plus
pratiques. Sur l’ensemble de la graine pourvue de son spermo-

BEURRE O’OCHOCO

derme, ce dissolvant donne 38.28 °/0 d'un corps gras, solide
et brunâtre, de saveur stéarique. Sur la graine dépouillée de
scs enveloppes, le rendement avec le même véhicule est de
00 °/0i. C’est là une richesse qui se rencontre rarement dans
les graines grasses. La solidification des acides gras de saponifi­
cation s’opère à 44°9.Les acides grasde saponification,pressés,
n’ont donné aucune trace d’acide gras liquides, pas d'acide
stéarique. Le corps gras obtenu par le sulfure de carbone et les
acides gras de distillation sont d’une couleur chocolat foncé.
A la pression comme par le sulfure de carbone, on n’obtient
qu’un corps gras coloré en brun, parce que la matière colo­
rante brune du spermoderme (ruminé) se dissout dans le corps
gras. Cette condition empêche tout emploi industriel de ce
corps gras qu’il faudrait au préalable décolorer entièrement.
Ce résultat obtenu, le beurre d'Oclioco aurait des applications
possibles à la fabrication des bougies.
Voici maintenant le détail des recherches analytiques faites,
à ma demande, sur cette graine et sur son tourteau par le pro­
fesseur Shlagdenhauffen, de Nancy.
I. —

ÉTUDE CHIMIQUE DU TOURTEAU DE LA GRAINE

d ’ o CHOCO.

Nous appliquons la méthode générale à la détermination des
divers principes contenus dans le tourteau : épuisement par
l'éther de pétrole, l’alcool et l’eau, incinération d’une fraction
de la matière pour connaître le poids des cendres, destruction
d’une autre partie en présence de la chaux sodée pour doser
l’ammoniaque et calculer d’après le résultat la proportion des
matières albuminoïdes ; enfin évaluer par différence le poids
de la cellulose et du ligneux.
1.
Epuisement à Véther de pétrole. — En opérant avec
notre appareil à déplacement continu sur 20 grammes de
1. Le Catalogue des Colonies françaises (Exposition universelle de
1879) indique pour ces graines un rendem ent de 61 % d'un corps gras
fusible à 70°. Il s'agit évidem m ent ici de la graine dépouillée de son
sperm oderm e,

�.‘&gt;6

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

poudre fine nous obtenons une assez forte proportion do corps
gras 16.804 °/0, résultat qui prouve bien que l'expression à la
presse n’avait pas suffi pour en éliminer la totalité. Le liquide
pétroléique est jaune ; jeté sur un filtre pour retenir quelques
fragments de poudre, puis évaporé à siccité, il fournit un
résidu de couleur chocolat. Ce corps gras se dissout dans
l’alcool bouillant et se reprécipite après refroidissement sous
forme d'écailles blanches. En filtrant la solution alcoolique sur
du papier blanc on constate que le filtre prend une légère
teinte vert bleuàtreet les premiers cristaux, en se déposant, se
couvrent eux-mêmes, au bout de quelquesminutes, d’un enduit
de même couleur. 11 résulte donc de là que l'alcool dissout, en
même temps qu’une matière colorante rouge brun, un autre
principe bleu vert. Ce qui prouve bien qu’il en est ainsi c'est
qu'en mettant des fragments de papier dans le ballon conte­
nant le corps gras et l’alcool, et faisant bouillir, le papier bleuit
de plus en plus et l'excès d’alcool n’enlève pas la matière
colorante. En répétant l’opération à plusieurs reprises, les
papiers prennent une teinte de moins en moins foncée, et au
bout de 4 ou 5 ébullitions, répétées dans ces conditions, le
papier reste absolument incolore.
Il se forme donc ici une combinaison insoluble avec la fibre
cellulosique et la matière bleu vert contenue dans le corps gras.
Nous desséchons tous ces fragments depapier et lavons au sul­
fure de carbone afin de dissoudre la matière grassequi pourrait
encore y être adhérente. Nous desséchons et exposons ensuite
àun courant de vapeurs d'acide chlorhydrique. Le papierprend
aussitôt une coloration rouge, plus ou moins intense, corres­
pondante à la teinte bleue primitive. On dessèche de nou­
veau et l'on traite par l'alcool ou mieux encore par le
chloroforme qui a la propriété de dissoudre très rapidement la
matière colorante rouge. On évapore le liquide au bain-marie
et l'on purifie à l’aide de traitements répétés à l’alcool et au
chloroforme. Au bout de 4 ou 5 opérations, le liquide
chloroformique, d'un beau jaune, laisse après évaporation —
surtout quand il n’est pas trop concentré — un résidu rouge
rosé d’un bel éclat. Lorsqu’après refroidissement on vient à

BEURRE

d ’o CIIOCO

57

mettre une goutte de potasse caustique en contact avec ce résidu
il se produit une coloration bleu marin ou bleu de Prusse
d’une grande pureté. Cette teinte bleue subsiste pendant une
heure environ, mais plus tard elle passe au vert, et 24
heures après cette coloration verte devient terne et sale. Un
excès de potasse n’a pas d’action sur elle et l’alcool pas plus
que le chloroforme, l’éther, la benzine ou le sulfure de car­
bone n’y produisent de modification.
Cette matière colorante bleue est donc la même que celle
que nous trouvons fixée sur nos papiers filtres dès le début
de nos opérations. Elle est insoluble dans les divers véhicules
dont il vient d’être question et se modifie au contact de l’acide
chlorhydrique. Elle ne s'y dissout pas, comme nous l’avons
dit plus haut, et reste fixée sur le papier d'où le chloroforme
et l’éther peuvent l’enlever complètement.
Le principe colorant qui se fixe ainsi sur le papier Berzélius
a la propriété de former également des combinaisons bleues
dans d’autres conditions. Nous avons observé, en effet, la for­
mation de teintes analogues avec deux espèces de papier éco­
lier, avec divers tissus de lin, rien avec le coton, la soie ou
la laine, rien avec du papier à filtres de la maison Max Dreverhoffs, de Dresden. Mais avec des produits de trois autres
marques allemandes, en traitant ultérieurement ces divers
papiers, ainsi colorés en bleu, par de l'acide chlorhydrique
concentré, il se produit, comme plus haut, un dépôt rouge
insoluble, qui, après dessiccation, cède son principe colorant
rouge à l’éther ou au chloroforme.
Si, au lieu d'épuiser le tourteau par de léther de pétrole,
comme nous venons de le faire, on emploie d’autres véhicules,
la matière colorante brune se dissout plus vite. L'acétone se
colore instantanément; l’éther ordinaire, le sulfure de carbone
et le chloroforme un peu moins; viennent ensuite les alcools
méthylique et éthylique, et enfin l éther de pétrole. Ce n’est
même qu'au bout de 18 heures que ce dernier prend à froid
une teinte jaune orange alors que les autres solutions sont
fortement colorées en brun.
La matière grasse épuisée par l’éther de pétrole jusqu’à

�58

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

refus, traitée en dernier lieu par du chloroforme, fournit un
liquide d'une feinte un peu différente présentant la plus
grande analogie avec du sang veineux. Ce liquide renferme
une matière colorante caractérisée au spectroscope par la pré­
sence de deux bandes d'absorption, dont l une, la plus foncée,
h bords nettement Jtranehés, se trouve superposée et un peu
adroite de la raie D de Franhofer; la seconde, un peu plus
pâle, sur les raies E et F. Sous une certaine épaisseur de la
solution, on aperçoit, par conséquent, la teinte rouge, puis la
bande noire; entre la première bande et la seconde, c’est le
vert qui apparaît. Après la deuxième bande d’absorption, on
aperçoit le vert bleu du spectre jusqu’en F 1/ a, et au delà de
cette région les couleurs spectrales sont masquées. Vient-on
alors à diluer la solution chloroformique, la bande d'absorp­
tion n° 2 pâlit et le bleu apparaît avec tout son éclat,
mais la bande n° 1 ne se modifie pas. A un degré de
dilution plus considérable, celte dernière, à son tour, perd en
intensité, tandis que sa voisine de droite n’existe plus. Enfin,
en ajoutant une nouvelle quantité de chloroforme au liquide
primitif, la bande D disparait complètement.
Il résulte donc de là que la matière colorante brune ren­
ferme trois principes différents : le premier, brun foncé, qui
est sans action sur le spectre ; le second, bleu vert, qui se
modifie en présence de l’acide chlorhydrique, et le troisième
enfin, brun violacé, qui fournit les bandes d’absorption dont
il vient d’être question.
Le point de fusion de la matière grasse est de 53°; son point
de solidification = 42 — 37.
Après saponification avec delà lessive des savonniers, traite­
ment par l’eau, précipitation par l’acide chlorhydrique, lavage
jusqu’à disparition de toute trace d’acide libre, on obtient un
acide gras de couleur brune, très dur, qui fond à 54° et se
solidifie à 48°.
2.
Epuisement à l alcool. — Le résidu provenant du traite­
ment du tourteau au moyen de l’éther de pétrole est soumis à
1action de l’alcool à 90° bouillant. La solution, jaune orange,

BEURRE

d ’OCHOCO

39

évaporée, laisse un extrait coloré dont le poids est de 8.940 °/0.
Traité par l’eau bouillante, cet extrait cède à ce dissolvant
3.732 0/ o de matière renfermant du glucose, du tanin et des
principes colorants. La partie insoluble, 5.208°/0, estconstituée
par un mélange de phlobaphènes et de matières résineuses.
3. Epuisement à l'eau. — Le produit épuisé par l’alcool
est traité ensuite dans une capsule au bain-marie avec de l’eau.
On considère l’opération comme terminée au bout des 2
heures. On évapore le liquide et l’on pèse. Le rendement est
de 2.084 °/0, dont 1.112 de matières organiques et 0.972
de sels fixes. La matière organique se compose en grande
partie de gomme, soit 1.074 °/„, tandis que le reste contient
un peu de matière protéique, 0.038 °/0.
4. Incinération. — Nous prélevons une fraction de la précé­
dente opération pour la soumettre à l’incinération. Les cendres
sont légèrement ocracées; leur poids est de 1.864 °/0.
5. Examen du résidu. — Après élimination des divers
principes à l’aide des véhicules employés successivement :
éther de pétrole, alcool et eau, le résidu final contient des sels
fixes, de la cellulose et du ligneux, et peut en outre renfermer
des matières albuminoïdes. Nous venons d'indiquer la
méthode suivie pour la recherche des sels. Reste à employer
une nouvelle portion du résidu pour doser 1 ammoniaque qui
provient de la calcination en présence de la chaux sodée. Cette
expérience nous conduit par le calcula 11.985 °/0 de matières
albuminoïdes.
En faisant maintenant la somme des nombres obtenus et
retranchant de 100, nous trouvons par différence le poids du
ligneux et de la cellulose. Nous ferons observer en outre que
l'extrait aqueux n'ayant fourni aucune trace de coloration
bleue en présence de l’iodure ioduré de potassium, il s’en­
suit qu’il n’y a pas d’amidon dans la matière examinée.
La composition du tourteau peut donc être résumée dans le
tableau suivant :

�(&gt;0

REU RRE
GR AINES GRASSES N O U V EL LES

DES COLONIES

FRANÇAISES

16.804

Extrait au pétrole
( Sucre cl saccharose, tanin, m atière
co lo ran te..............................................
Extrait à l'alcool 8.040 \
1 Phlobaphènes et matières résineuses.
( Matières albuminoïdes..........................
Ext rai 1 à l'ea u .. 2.084 ^ Matières gommeuses ........................
Sels fixes..................................................
Sels fixes..................................................
Incinération.. .
Calcination avec chaux
sodée
Matières album inoïdes........................
Par différence................ Ligneux, cellulose et p erte s................

3.732
b . 208
0.038
1.074
0 972
1.864
11.086
68.323
100.000

Conclusion.
La présence d’une proportion très notable de corps gras et
de principes albuminoïdes, quoique insolubles dans l’eau,
ainsi que celle d'un peu de matières gommeuses et saccliarifères semblent indiquer que le tourteau peut être utilisé pour
l’alimentation animale, malgré l’absence d'amidon ou de
fécule.
II. —

GRAINES.

L analyse du tourteau étant terminée, nous avons pensé
qu'il ne serait pas sans .intérêt d'examiner la graine entière
contenant encore la totalité de son corps gras. Dans ce but,
nous en avons décortiqué un certain nombre pour étudier sépa­
rément la coque et l’amande.
Dans un lot d’une cinquantaine de graines environ, nous en
trouvons de grandes et de petites. Ces dernières mesurent,
suivant leurs trois diamètres, 20, 25 et 27 mm., et présentent
un poids moyen de 4 gr. 96 dont 1 gr. 28 pour la coque et
3.68 pour l’amande.
Les plus grosses ont de 33, 35 et 40 mm., avec un poids
moyen de 12 gr. 62. Le poids moyen des coques est de
2 gr. 92, celui des amandes de 9 gr.70.
A mandes.
Nous étudierons en premier lieu la composition des amandes,
biles sont soumises à 1action de la râpe en poudre aussi fine

I) OCIIOCO

61

que possible et épuisées ensuite par les différents véhicules,
employés dans le même ordre que celui des opérations précé­
dentes.
1.
Extraction à l'éther de pétrole. — On chauffe dans l’ap­
pareil à épuisement 25 gr. de poudre avec 75 centigr. environ
d’éther de pétrole. Au bout de 3 heures, nous considérons
l expérience comme terminée. Nous évaporons le liquide
dans un verre de Bohème jusqu’à consistance pâteuse au
bain-marie, et puis à l’étuve à air jusqu’à ne plus avoir de dif­
férence entre deux pesées successives.
En calculant pour cent nous trouvons que lu proportion des
corps gras est de 63.57.
Le produit obtenu est identique à celui du tourteau, soluble
dans les divers véhicules, renfermant les mêmes principes
colorants, dont l’un se fixe sur le papier et le tissu de lin sous
forme de composé bleu vert insoluble ; l'autre, capable de don­
ner en solution chloroformique les bandes d’absorption dont
il a déjà été question, et le dernier enfin, de beaucoup le
plus abondant, sans action sur le spectre. En reprenant la
matière grasse par l alcool bouillant et filtrant, il se dépose à
froid une matière cristalline au lieu d un liquide fortement
coloré de même qu’avec la matière grasse du tourteau. En
répétant cette opération un certain nombre de fois, on obtient
le corps gras absolument blanc de neige.
Son point de fusion = 53 ; son point de solidification =
42 — 37.
La saponification du corps gras fournit le même résultat
que celle du produit extrait du tourteau. Le point de fusion
et de solidification sont identiques à ceux trouvés plus haut.
Le produit cependant varie selon qu’on opère avec le corps
gras coloré ou avec celui obtenu préalablement par cristalli­
sation de l'alcool ; dans ce dernier cas. l’acide ou le mélange
des acides gras est entièrement blanc.
2.
Extraction à l'alcool. — En opérant comme avec le
tourteau, nous retirons une quantité d'extrait à peu près moitié moindre de la première. Le rendement n’est que de 4.780°/„.

�62

63

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

BEU R RE D OCIIOCO

Ce résidu est formé en majeure partie de principes sucrés, de
tanin, de phlobaphènes et d'un peu de matières résineuses. Sa
composition est donc la même que celle qui provient du tour­
teau.

que de faibles quantités d’extraits. Le poids des cendres est
plus considérable que celui des graines mondées. Leur compo­
sition est à peu près similaire de celle des organes de même
nature : le sulfate et le carbonate de chaux y dominent. Les
nombres fournis par l’analyse conduisent aux résultats sui­
vants :

3. Extraction à l'eau. — Nous enlevons à l'eau bouillante
une faible quantité de produits dont l'examen détaillé ne nous
a pas paru digne d intérêt. Le rendement est de 1.500 °/„
formés de 0.380 de sels lixes et 1.120 île matières organiques :
principes gommeux et colorants.
4. Incinération. — Le poids des sels lixes est de 1.085 °/0.
5. Examen du résidu. — Une fraction de la matière épuisée
est calcinée avec de la chaux sodée pour déterminer la quan­
tité d'ammoniaque dégagée et calculer d’après cela le poids
des matières albuminoïdes insolubles. Le résultat obtenu est
de 4.075.
Une autre partie est incinérée complètement pour arriver
par différence à connaître la quantité de matière disparue et
qui se rapporte nécessairement au ligneux et à la cellulose,
soit 24.360.
Ces données nous permettent donc d'établir la composition
immédiate de la graine entière :
Extrait au pétrole

Corps g ra s......................................................... 63.570
\ Sucre cl saccharose, m atières colorantes,

Extrait à 1 alcool. 1

±

tanin et phlobaphènes..............................

/

Extrait à l'eau 1.500 S

orRa" i&lt;lues..................................

( Sels fixes......................

Incinération.............

„
4. /80
* •* »

0.380

Sels fixes......... ...........................................

1.085

Calcination avec chaux
sodée...................... Matières a lb u m in o ïd e s ...........................
Par différence.......... Ligneux, cellulose et p e rte s.......................

4.705
24.360

100.000

III.

— COQUE.

L'examen de la coque ne présente pas grand intérêt. L éther
de pétrole n’enlève, en effet, qu'une fraction minime de corps
gras; l’alcool d'un autre côté ainsi que l’eau ne fournissent

E xtrait au pétrole Corps g ra s .............................................
Extrait à l’alcool ■ ^an‘n phlobaphènes avec m atières
( co lo ra n tes........................................
Extrait à l’ea u ........................................................................
In c in é ra tio n .............................................................................
Ligneux, cellulose e t p e rte s .................................................

0.61
0.95
{ .25
2.90
94.29
100.00

IV. --

M A T IÈ R E

BLANCHE

DE

L ’AMANDE MONDÉE ( ENDOSP ER M e ) .

Il nous a semblé intéressant d’examiner séparément la
matière blanche de l’amande mondée et débarrassée entière­
ment du spermoderme brun qui pénètre dans sa masse ; cette
opération était faite dans le but, d’une part, d’obtenir un
produit incolore et de connaître surtout le rendement en
corps gras. Nous avons pu, avec un peu de précaution, déta­
cher au couteau ou à la lime une quantité assez considérable
de matière pour arriver à un résultat satisfaisant.
1. Extrait à Véther de pétrole. — La poudre line traitée
dans notre appareil nous fournit, après épuisement à l’éther
de pétrole, 80.795 °/0 de corps gras absolument blanc, dont
les points de fusion et de solidification sont : F = 53, H = 42
à 37. Ces deux constantes sont donc les mêmes que celles indi­
quées plus haut pour le corps gras brun.
2.
Extrait à l'alcool. — La solution alcoolique est incolore;
évaporée au bain-marie et réduite à 1état d’extrait, elle four­
nit un résidu non coloré dont le poids est de 2.716, composé
principalement de sucre.
3.
Extrait à l'eau. - - Nous trouvons dans la solution
aqueuse un peu de matières gommeuses et albuminoïdes
pesant ensemble 0.226 °J0.

�64

GllAINES GRASSES N O U V ELL ES DES COLONIES FRANÇA ISES

1. Incinération. — Les sels obtenus sont entièrement blancs.
Leur poids s'élève h 1.090 °/0.
5. Calcination de la chaux sodée. — Cette opération a pour
but de doser l'ammoniaque et de calculer, d'après le résultat
obtenu, le poids des matières albuminoïdes qui est de
5.519 o/c
6. Examen du résidu. — En faisant la somme des nombres
précédents et retranchant de 100. nous trouvons pour dilîérence le poids de ligneux et de cellulose.
Nous arrivons de la sorte à établir comme suit la composi­
tion immédiate de la matière blanche (endosperme) :
Extrait à l'éther de pétrole : corps g ra s.........................
Extrait à l'alcool : glucose et saccharose.........................
Extrait aqueux : m atières albuminoïdes et gom m euses.
Incinération : sels fixes........................................................
Calcination avec chaux sodée : m atières album inoïdes.
Par différence : ligneux, cellulose et p e rte s.....................

80.79a
"2.710
0.020
1.090
5.519
9.654
100.000

Comparaison des résultats et conclusion.
En jetant un coup d'œil sur les trois tableaux qui résument
la composition immédiate de la graine à divers états : tour­
teau. graine entière ou matière blanche prise isolément, on
constate des différences très notables dont il importe de don­
ner l'explication; nous commencerons, à cet etfet, par établir
la somme des extraits pétroléique, alcoolique et aqueux, qui
est :
Extrait pétroléique . . .
—
alcoolique . . . .
— aqueux ..........

Tonrteau.

Graine entière.

Matière blanche
(endosperme).

16.804
8.940
2.084

63.57
4.78
1.50

80.795
2.716
0.226

27.828

69.85

83.737

La différence entre ces sommes et 100 est donc respective­
ment :
1 6 .2 0 3
72.172
30.15

BEURRE D OCIIOCO

65

Chacun de ces nombres représente l'ensemble des produits
de l'incinération, le poids des matières albuminoïdes, du
ligneux et de la cellulose.
Le premier tableau nous fournit le résultat suivant pour le
tourteau :
Sels fixes............................................ 1.864
M atières album inoïdes insolubles.. 11 .985
Ligneux, cellulose et p erles.......... 58.323
72 172

Puis nous trouvons pour les deux autres :
P roduit de l’in cin ératio n ...................
M atières album inoïdes in so lu b les...
Ligneux, cellulose et p erle s...............

Grains entière.

Matière blanche

1.085
4.705
24.360

1.090
3.519
9.654

30.150

16.263

(endosperme).

Or, si l’on cherche parle calcul à déterminer les proportions
de sels fixes, de matières albuminoïdes insolubles, de ligneux
et de cellulose qui pourraient se trouver dans 30 gr. 15 de
résidu, sachant que dans 72.172 il y en a respectivement
1.864, 11.985 et 58.323, on arrive h des nombres très rap­
prochés de ceux qui sont inscrits sur notre tableau n° 2.
Ce résultat était à prévoir puisque les opérations sont effec­
tuées sur des matières de même nature, et quoique l’éther de
pétrole n’enlève au tourteau que 10.804 de corps gras, tandis
que la graine entière en prend 63.57 dans les mêmes conditions,
il est évident que, dans le résidu final de 30.15 de la graine
entière, il devrait se retrouver des proportions de ligneux et
cellulose, de matières albuminoïdes et de sels fixes des quan­
tités rigoureusement proportionnelles aux mêmes principes
contenus dans les 72.172 du tourteau. Dans le cas qui nous
occupe, ces nombres fournis par le calcul répondent à ceux
donnés par l’expérience, d’où résulte par conséquent l'exacti­
tude de notre procédé opératoire.
Quant à la comparaison des nombres inscrits au tableau du
tourteau et à celui de la matière blanche, elle ne peut pas être
établie comme ci-dessus parce que les produits sur lesquels
Graines grasses nouvelles des colonies fixinçaises.
5

�66

GRAINES GRASSES N O U V ELL ES DES COLONIES FRANÇAISES

porte l'analyse sont de nature entièrement différente. Les
extraits pétroléique, alcoolique, aqueux sont incolores et
privés par conséquent des principes contenus dans le spermoderme. Il s'ensuit donc qu'en cherchant à comparer la pro­
portion de ligneux, de matières albuminoïdes insolubles et de
sels fixes dans le résidu de 16.263 et fournie par le calcul,
on trouverait des nombres tout différents de ceux donnés par
l'expérience, soit 9.654, 5.519 et 1090.
Cette étude comparée nous amène à dire, en dernière ana­
lyse, que la graine d’Ochoco est très riche en corps gras dont
l'acide devrait pouvoir être utilisé dans l'industrie stéarique en
raison de son point de fusion élevé, s'il était possible de l’ob­
tenir incolore. Le tourteau qui en provient renferme des prin­
cipes nutritifs en proportion suffisante, malgré l’absence
d’amidon, pour l’employer dans l’alimentation du bétail. Il
suffirait de le mélanger à une matière féculente (céréale) pour
avoir un aliment très complet.

VI

huile \y ONG UK KO

OU

ONGOK É

OU ISA

NO

DU CONGO

(Voir au Musée colonial de Marseille, vitrine du Gabon-Congo,
n°* 141, 144 bis, 145, 145 bis, 148.)

H istorique et B otanique. — Sous ce nom d'Onç/uéko, j'ai
reçu de M. Autran, mon zélé correspondant de Libreville, des
fruits entiers et en coque renfermant une graine huileuse
comestible à l’état frais. Ce fruit est fourni par un végétal qui
n’est connu encore qu’au Congo (belge et français) où il est du
reste assez commun, même aux alentours de Libreville 1 et
qui doit être désigné sous le nom d Orujuekoa Gore Engler
de la famille des O liniées. M. Pierre a décrit ce même végétal
en le nommant Ongokea Klaineana (Bull, de la Soc. Linnéenne
de Paris, n° 166. — Séance du 18 juin 1897), mais en faisant
remarquer toutefois que son véritable nom doit être celui que
j'adopte ici, la plante qu’il décrit étant identique à celle dont
M. Hua a donné la diagnose dans le Bulletin du Muséum, t. I,
décembre 1895, d’après des fleurs et des fruits rapportés
d’Achouka (Ogooué) par M. Dybowski (n° 103). M. Pierre
a complété cette description (loc. rit.) et je la donne ici in
extenso, d’après cet auteur, après l’avoir traduite du latin :

«
«
«
«
«
«
«
«

1. M. P ierre (in litteris) me d it au sujet de ce végétal : « Il m ériterait
l'attention des colons, car il pourrait, en dehors de rem ploi de sa graine
comme source de corps gras, être utilisé dans la culture de la vanille,
à titre de tuteur et en raison de l ’om brage qu'il donne. 11 conviendrait
aussi de 1 associer aux caféiers et aux cacaoyiers, car il est bien prouvé
que la densité des cultures exclusives des espèces arborescentes est
la cause principale de la propagation des parasites sur les espèces cul livées où elles trouvent leurs élém ents de vie en provoquant des maladies. »

�H U IL E

G8

GRAINES GRASSES NOUVELLES UES COLONIES FRANÇAISES

Polit arbre de 8 à i) m ètres de haut, glabre, à rameaux grêles et com­
primés. Les feuilles, portées sur un pétiole canaliculé de 8 m m .de long,
ont un limbe de S il 7 cent, de long sur 2 il 3 de larg e; elles sont ellip­
tiques, presque oblongues, aiguës à la base, obtusém ent acuminées au
sommet, coriaces, assez épaisses, un peu plus pâles en dessous qu’en
dessus; nervures secondaires 8 h 10 de chaque côté de la nervure
médiane, légères et ténues comme les nervures tertiaires, éloignées de
la marge et confluentes en arc. Grappes florales de 3 h 7 cent, de long,
plus courtes que les feuilles ou les égalant presque, à divisions dichotom esde 2 cent, environ de longueur; pédicelles floraux (5 cent.) disposés
en ombrelles et deux fois plus longs que les fleurs qu'ils supportent.
Calice en cupule de 3 mm. de long, h L, 5 dents très courtes.
Pétales spalulés obovés, de 2 mm. 5 de long, à bords épais, tronqués.
Lobes du disque charnu ém arginés. Colonne stam inifère (2 mm.) h lobes
quatre fois plus longsque le disque ; style trois fois plus long que l’ovaire.
Drupe d’environ 3 cen t.d e long et de large, légèrem ent convexe au som­
met ou en forme de mamelle, à exocarpe charnu, jaune, se séparant
finalement du calice, beaucoup plus léger que l’endocarpe qui m esure
1 mm. 5 d’épaisseur. Albumen très épais, léger, oléagineux, m esurant
3 cent, de diam ètre L

M. Pierre ajoute : « L'albumen, très oléagineux, semble être
« destiné à être utilisé dans le commerce et l’industrie. Ce
« petit arbre habite la région de Libreville où il a été observé
« par le R. P. Ivlaine, en novembre 1895. Il est connu des
« indigènes sous le nom d'Onguéco ou Ongoké. » En réalité,
il est connu sous ces deux noms dans le Congo français, aux
environs de Libreville ; mais à Loango et dans la forêt de
Mavombé où il a été trouvé par M. Lecomte, cet observateur
m’a fait connaître qu'il est nommé Isano.
D esc r iptio n

des

g r a in e s

et

leur

rendement

en

beurre

. —

Après cette description, je vais revenir à la graine qui
nous intéresse particulièrement. Le fruit arrive du lieu d'ori­
gine dépouillé de son exocarpe et pourvu d’un endocarpe dur,
résistant, ligneux, de couleur blanchâtre veinée de rouge
avec une partie brune, noirâtre, formant le mamelon du som­
met (fig. 11 A).
I. L’em bryon, d’après les figures de M. Pierre, est petit, turbiné
et placé imm édiatement au-dessous du somm et de la graine au milieu de
l’endosperme, la radicule épaisse regardant ce somm et, et les deux coty­
lédons étroits, elliptiques et foliacés regardant la base.

d ' o n GUÉKO

OU

ISANO

69

Quoique résistant, l'endocarpe est assez cassant : sa surface
extérieure est sillonnée de fibres interrompues, orientées suivant
les méridiens de la sphère que forme le fruit. A sa partie supé­
rieure, la portion polaire devient plus noire, cesse d’être striée
et se termine en une pointe, tandis que le pôle inférieur
(rapproché de l’insertion du fruit sur le pédoncule) reste sphé­
rique et un peu aplatie. La portion interne de l'endocarpe
ligneux est lisse et présente une couleur légèrement rougeâtre ;
on y voit des bandes en fuseaux allant d’un pôle à l’autre et

F ig . 11. — O ngokea G ore Engler.
A. F ruit dépouillé de son exocarpe, reposant sur sa base et présentant
de profil son som m et aréolé ; B. Coupe longitudinale du fruit A mon­
trant la graine libre dans l'endocarpe osseux ; C. Graine recouverte
de son sperm oderm e et reposant sur sa base (grandeur naturelle).
limitées par des lignes saillantes de fibres (fig. 11 B). L’endo­
carpe, quoique non huileux, brûle avec facilité.
La graine est jaune paille, sphérique et légèrement mame­
lonnée ausommet (fig. 11 C). Un peu aplatie au pôle inférieur,
elle présente de légers sillons sur sa surface. Le spermoderme
très ténu est formé d’une couche épidermique légère qui est
composée de cellules à parois assez épaisses renfermant des glo­
bules huileux, sphériques, à petits grains d'aleurone. L'endosperme est charnu, huileux, jaunâtre, assez consistant, cassant
quand on le coupe, sans odeur, à saveur stéarique peu agréable.
Les cellules qui le constituent sont â parois peu épaisses et
renferment un contenu huileux liquide sous forme de globules
sphériques très petits, contenant aussi de l'aleurone. Ils se

�70

GRAINES GRASSES N O U V ELL ES

DES COLONIES

FRANÇAI SES

teignent en rouge par la teinture d’orcanette. Chaque cellule
ainsi traitée présente un protoplasma pariétal peu épais et
coloré en brun marron.
R e n d e m e n t en h u il e e t a n a l y s e de la g r a in e . — Les fruits
pourvus de leur coque pèsent en moyenne de 6 gr. 45 ;
dépouillée de cette coque dure, la graine pèse en moyenne
2 gr. 85. Le fruit renferme donc 32.25 °/0 de coque et
67.73 °/0 d’amande.
Traité par le sulfure de carbone, le fruit, endocarpe compris,
a un rendement pondéral en huile (par la graine), de 53.27 °/0.
Traitée par le sulfure de carbone, la graine, dépouillée de son
endocarpe dur, donne en huile 78.64 °/0.
Cette huile est fluorescente, dichroïque, rouge par transpa­
rence et verte par incidence; sa densité à 15° est 0.9864.
Elle s'épaissit au contact de l’air sans se dessécher complète­
ment. Elle reste liquide même à une température de 5 à 10°C.
Elle répand une odeur de poisson, ou mieux de Pélargonium
zonale, qui se dégage surtout pendant sa saponification ou qui
se forme pendant le rancissement de l’huile. Les acides gras
de saponification sont liquides à la température ambiante.
Refroidis, ils se solidifient vers 0° et repassent h l’état liquide
à 10° C. Elle donne 8.20 °/0 de glycérine. Cette huile n’au­
rait pas d'emploi en stéarinerie mais elle pourrait servir dans
la fabrication des savons mous. La graine, à raison de son
exceptionnelle richesse en huile, pourrait être utilisée, sur­
tout s'il était possible, ce qui serait aisément réalisable étant
donnée la faible résistance de la coque qui entoure la semence,
de l'expédier en Europe débarrassée, sur place, de cette enve­
loppe.

Etude chimique.
Dans un mémoire présenté à la Société chim ique de P aris1, M. Alex.
H ébert fait successivement l’étude de l’écorce, de l’am ande mondée, du
tourteau et de la m atière grasse de la graine , et arrive aux résultats
suivants :
1. Bull. Soc. chim., 5 avril 1895. — C. R .A c.Sc., ÇXX, p. 200 cl suiv.

HUILE

d ’ o NG UÉKO

OU

ISANO

71

1° Analyse de l'écorce (endocarpe). — Les écorces moulues, tam isées
et séchées perdent 5.4 °/0 d’eau hygroscopique. Leur composition immé­
diate est représentée par :
C e n d re s........................................................................................................................
Matières grasses ......................................................................................................
M atières azotées to tales (azote : 0.55
°/„) ......................................
M at. azotées (azote : 0.02 ° / , ) . . .

0.92
0.05
3.44
0.12

Sucres réducteurs.....................

traces

i

non rcducteui’S. • ..........

traces

Gommes, tannins, acides..........

—

0.10

C ellulose.......................................................................................................................
G o m m esh y d ro ly sab lcs, x ylanc et an alo g u es...................................................
A u tres prin cip es, p a r d ifféren ce..........................................................................

56.80
32.50
6.13
Les cendres sont constituées principalem ent par de l’acicle sulfurique,
100.00

de l’acide carbonique, des sels de fer, de chaux, de potasse et des traces
de silice, do chlore, d’acide phosphorique, d’alumine, de magnésie et do
soude.
2° E lude de l'amande (albumen). — Les am andes moulues et séchées
à l’étuve contiennent 7.3 ° /0 d’hum idité.
La m atière grasse a été extraite par la benzine. Le rendem ent des
am andes en huile est de 00 °/0 du poids des am andes sèches, soit 35 °/0
du poids des graines non décortiquées.
3° Analyse du tourteau. — Après épuisem ent des am andes par la
benzine, on trouve pour la com position du résidu les principes su iv an ts:
C en d res.........................................................................................................................
M atières azotées to ta les (azote : 5.30 ° /0..........................................................
M at. azotées (azote : 1.47 ° / „ ........
Sucres ré d u c te u r s .............................

(

—
non ré d u c te u rs .....................
^ G om m es, tan n in s, a c id e s.................
C e llu lo se .....................................................................................................................
G om m es hy d ro ly sab lcs, xylane et
an alo g u es............................
A u tre s p rin cip es (vasculose, etc.),
p a r différen ce...............................

4.25
32.12
9.18
0.33
1.17
4.60
6.70
24.37
25.46
100.000

Les m atières m inérales se com posaient principalem ent d'acides carbo­
nique et phosphorique, de sels de fer, d'alum inium , de magnésium et
de potassium , et en petite quantité de sulfates de chlorures et de sels
de chaux et de soude.
Le tourteau d’Isano est donc ram arquable par sa très grande propor­
tion de m atières azotées, ce qui ferait certainem ent une substance très
nutritive pour le bétail.
4° Étude de In matière grasse. — Traitée par l'acide sulfurique con­
centré, elle noircit et se charbonne. La tem pérature du mélange s’élève
à 117».

�72

GHAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Avec l'acide azotique fumant on observe d'abord une coloration
brune; mais quand la réaction est plus vive la masse devient charbon­
neuse.
La potasse (de densité 1.34) donne k froid une coloration jaune
brun et un savon brun foncé, mou quand on opère à chaud.
Elle se saponifie aisément en présence de la soude alcoolique, et quand
on décompose le savon par l'acide sulfurique on en retire 80 °/0 d'acides
gras, liquides, bruns.
Les sels de plomb de ces acides sont entièrem ent solubles dans
l'éther.
Les précipitations fractionnées des sels de baryum ont perm is de
déterm iner la présence de trois acides ;
l ’n acide liquide jaune, possédant pour le brom e une capacité d'absorp­
tion égale it celle de l'acide oléique et qui correspond aux propriétés do
ce dernier ;
Un acide brun, liquide, très oxydable, possédant pour le brome une
capacité d'absorption double de celle de l ’acide oléique et correspondant
à l’acide linoléique ;
Enfin un nouvel acide, solide, blanc, se colorant im m édiatem ent en rose
au contact de l'air, très altérable, possédant pour le brome une capacité
d'absorption double de celle de l’acide oléique et correspondant à la
formule C,v H-° O-’ que l'auteur se propose d’appeler acide isanique.
Ces divers acides se trouvent dans le mélange dans les proportions
suivantes :
Acide oléique.............. 15 ° /0
Acide linoléique.......... 75 °/„
Acide isan iq u e............ 10 • /.

L’huile d’Isano pourrait être extraite industriellem ent, avec avantage,
et servir aux mêmes usages que l’huile de lin, avec laquelle elle présente
beaucoup d’analogie.

VII

BEURRE I)E BOUANDJO DU CONGO FRANÇAIS
(Voir au Musée colonial de Marseille, vitrines du Congo,
n°" 98, 99, J00, 155, 156, 157.)

H i s t o r i q u e . — Ce corps gras solide, ignoré des indigènes
du Congo et non utilisé par eux, provient des graines d 'A U a n blackia floribunda Oliver, bel arbre de la famille de Guttifères,
connu uniquement jusqu'ici sur la côte occidentale d’Afrique
(hémisphère sud). Deux autres espèces du même genre sont
particulières, d’après nos connaissances actuelles, à la côte
orientale (même hémisphère), ce sont A. Sacleuxii Hua et
A. Stuhlmanni Engler dont les graines fournissent, pour la
première, le beurre ou graisse de K a g n é 1, employé par les
indigènes du Zanguébar^et, pour la seconde, un corps gras
solide consommé depuis longtemps par les indigènes de
l’Usambara sous le nom de graisse de M ’K am ~. Nous ne nous

1. Il ne faut pas confondre, — je tiens à le répéter encore, — comme on
l'a fait trop souvent, cette graine avec celle de Ivvnya fournie par le
Pentadesma hulyracea Don, autre guttifère voisine des Allanblackia et
vivant dans la même région africaine. J ’en ai donné la description
avec une figure, et même l’analyse des graines k propos de mon étude
sur les Kolas africains, dans les Annales de l'Institut colonial de Mar­
seille-, 1893, p. 120. Cette dernière a été encore confondue avec l'Ony e n d y é du Gabon, mais j'ai relevé dans un article précédent (p. 12,
note 2) su r le beurre fourni par cette Simaroubéc, cette erreur dans
laquelle je suis tom bé moi-même, su r les fausses indications de G. Penn etier (Leçons sur les matières premières organiques, p. 756-1881), qui
a donné le nom d'O dyendyé comme étant celui qui a cours au Gabon
pour désigner le b eu rre de Pentadesma hulyracea. En réalité, le beurre
d'O dyendyè e st fourni par le Quassia Gahonensis Pierre.
2. C ette graine a été étudiée au point de vue chimique et industriel
par le Dr Ileise (Notizbl. des Kœnigl. bol. Muséums su B erlin, nos 3-26,
novem bre 1895).

�71

T\

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

BEURRE DE BOUANDJO

occuperons pas ici de ces deux dernières graisses autrement
qu'au point de vue comparatif.
h'Allanblackia floribunda est connu aux environs de Libre­
ville (H. P. Klainelet au Cameroun (Mann). M. Vadon, admi­
nistrateur colonial, le P'r mai 1897, en a trouvé un beau pied
à Boue dans POgooué (Congo français), à droite, sur la route
du débarcadère au poste et aux trois quarts de cette route.
Les indigènes Babouins qui reconnaissent, sans faire toute­
fois usage eux-mêmes de cette graine, que les rats en sont
très friands, nomment l'arbre B ouandjo d'après M. Vadon.
B o t a n iq u e . — Ce végétal a été décrit pour la première fois
par Oliver, d'abord dans Journal of Linné an Society, X, p. 42,
puis dans Flora of tropical Africa, vol. I, p. 1G3 : cette des­
cription a été complétée en ce qui concerne le fruit, inconnu
jusqu'alors, par M. Pierre, dans Bulletin &lt;le la Société Linnéenne de Paris, mars 1898, p. 21. Antérieurement, une des­
cription accompagnée d'une figure (sans fruit) avait paru dans

la rareté de ce fruit et du manque absolu de figures concer­
nant cet organe, la reproduction d’une photographie de M.
Vadon, [irise au moment même de la récolte qu'il a faite
sur Punique arbre de Boué (fig. 13). Au premier plan, et à
droite de l’observateur, on voit ce fruit très gros d'Allanbla­
ckia placé sur une assiette : au deuxième plan, et à droite de

F ig. 13.

A

B

C

D

F ig . 12. — A llanblackia floribunda Oliv. el A. S acleuxij Ilua.
A. Graine d’.4. floribunda pourvue de son sporm oderm e; H. sans son
spermoderme ; C. A . Sacleuxii pourvue de son sperm odcrm e ; D. A .
Sacteuxii sans son sperm oderm e (grandeur naturelle).
les Icônes de Hooker, 3P série, p. 3, tab. 1004. Je place ici
une figure des graines (fig. 12) et du fruit (fig. 13 et 14)
que j'ai reçus de Libreville1. Je joins, en outre, à raison de
1. J'ai reçu ces graines et ces fruits de mes correspondants du Gabon,
MM. Autran el le H. P. Klaine. Ils étaient à l’étal frais. Cependant je n ’ai

— A ll a n b l a c k ia

flohibcnüa

Oliv.

A. Gros fruit fraîchem ent cueilli par M. Vadon, adm inistrateur colonial,
à Boué (Ogoué) et placé sur une assielle. I.e fruit de gauche est celui
du Cola digitata M asters. (Cliché photographique de M. Vadon).

l’observateur, est une réunion de gousses de Cola digitata Mas­
ters [Ombéné-ni-Polo ou Bang-Bilé des Babouins '). Je crois
en outre devoir reproduire ici une description de la plante,
d’abord parce que j ’aurai quelques points à ajouter et même
jam ais réussi «à obtenir la germ ination des graines d'Allanblackia flori­
bunda, si fraîches qu’elles fussent, dans les serres du jardin botanique
de Marseille.
1. Voir l’étude de cette espèce et l'analyse de ses graines, dans mon
travail sur les Kolas africains (Annales de l'Inslitul colonial de Mar­
seille), t. I, 1893.

�7G

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

à rectifier dans celles d'Oliver et de Vesque qui sont clas­
siques, et ensuite, parce que nulle part jusqu'ici on ne peut
trouver cette description complète dans quelque publication
botanique que ce soit. Elle est disséminée dans divers ouvrages
spéciaux.
Grand arbre de 10 h 12 m ètres de liant (8 a 10 m ètres et 0 m. 2a, à
0 m. 30 de diamètre au tronc, d'après M. Vadon), à aspect de Garcinia,
muni de branches nombreuses, petites relativem ent au tronc. Rameaux
ronds, entre-nœuds m esurant jusqu'à 2, 3 ecnt. de long, les latéraux dila­
tés il la base, comprimés et bio.ipités comme dans beaucoup de Garcinia.
Les jeunes rameaux sont presque carrés ou com primés et dichotom es.
Feuilles opposées, penninerves, oblongues elliptiques ou légèrem ent
ovées elliptiques, plus ou moins contractées en une pointe apiculée ou
acuminée, arrondies ou quelquefois subcordées à la base, légèrem ent
carthacées, étroitem ent relevées sur les bords ; I I à 10 cent, de long,
3, 4, 5 cent, de large; pétiole grêle de 8 à 12 mm. de long; nervure
médiane peu marquée en-dessous, proém inente en dessus. Les nervures
latérales au nombre de 20 environ, très peu m arquées su r les deux
pages, se détachent sous un angle de 50°, s’élevant presque verticalem ent
de la côte, s'anastomosant près du bord, alternant avec des nervures
plus courtes, véniformes, simples ou divisées ; les veinules sont lâche­
ment réticulées L
Fleurs unisexuées, nombreuses, mesurant 0 m. 03 de diam ètre, en
grappes term inales ou subterm iuales, ombelliformes ou subpaniculées,
1. Vesque loc. cil.) indique ainsi qu'il suit l’anatomie de la feuille;
je traduis ce passage de sa description de l’espèce en y ajoutant (en
italiques; des caractères nouveaux ou en y apportant des rectifications
nécessaires d’après mes observations : cellules de l’épiderm e supérieur à
parois droites et à parois latérales minces, cuticule médiocre un peu
rocailleuse ; cellules de l épidcrme inférieur très sinueuse, cuticule légère,
stom ates elliptiques orientés en tous sens, le plus souvent un p eu .p lu s
petits que les cellules de l'épiderme ou à peine les égalant en surface;
cellules annexes larges, parallèles à l'osliole, quelquefois subdivisées.
Poils nuis, pas de stom ates à l'épiderme supérieur, bypoderm e nul.
Mésophvlle bifacial; cellules en palissades 2 à 3 couches, occupant le tiers
de la coupe transversale et interrompues dans la première zone sousépidermique par des cellules plus grandes renferm ant des cristaux d o x a late de chaux très gros, muriformes et réticulés à la surface ; les cellules
en palissade sont plus longues que larges. Parenchyme lacuneux inter­
rompu régulièrement par des lacunes très larges presque circonfércncieltes. On trouve çà et là dans le parenchyme bifacial des cellules noi­
râtres ou brunes, à granulations très fines qui les remplissent entière­
ment. Faisceaux des nervures latérales entourés d'une gaine fibreuse,
légère, quelquefois discontinue. Canaux secréteurs gros au-dessus et
au-dessous de la nervure médiane.

Il EU RRK DK UOUANDJO

77

l’axe feuillu se prolongeant quelquefois au delà de l'inflorescence. Pédon­
cules floraux vigoureux de 0 m. 03 hOm. 0H de long, un à trois ensemble
ém ergeant de l’aisselle de feuilles très réduites. Largem ent im briqués,
les in tern es étant successivement plus petits, les sépales sont coriaces,
orbiculaires, concaves, ceux d e l’intérieur plus petits que ceux de l'exté­
rieur et quelquefois légèrem ent plus bas (pic les autres. Pétales H, obovés cunéiform es, deux fois aussi longs que les sépales intérieurs et
dépassant les phalanges slam inales dans la Heur mâle.
F leur m a l e . — Etamines pentadelphes, anthères étroitem ent ramas­
sées h la partie supérieure et vers le somm et de phalanges cunéiform es1,
spalulées, opposées aux pétales, polyandres : anthères sessiles ou subsessiles, largem ent elliptiques ou arrondies, à deux loges s’ouvrant
longitudinalem ent, sans appendices. Risque central (rudim ent d’ovaire)
profondém ent quinquélobé, lobes alternes avec les phalanges, profon­
dém ent tuberculeux eorrugués sur la face supérieure. (Voir ce qu'en
dit M. Hua, note 2, au bas de cette page.)
F leur femelle . — Phalanges staminales rudim entaires très courtes
et épaisses. Disques très épais et plus développés que dans le
Penladesma. Ovaire conique, épais, uniloculaire, h H pacenlas pariétaux,
légèrem ent p ro ém in en ts2, libres partout, chacun portant 10 h 20 ovules
1. M. Hua fait observer (un nouvel arbre à suif du Zanguébar, Bull, du
Mus. d'hist. nat., 1896, n° 4), h propos des différences spécifiques qui
sép aren t son Allanblackia Sacleuxii d\/l. floribunda qui nous occupe ici,
(pie cetle dernière espèce : 1° n'a pas d ’étam ines en arrière des phalanges,
le dos de celles-ci y étant soudé à une sorte de palette spatulée absolu­
m ent lisse; 2° a un disque central dans la fleur mâle, plus compliqué
que celui dVl. Sacleuxii, « Dans l’espèce d'Oliver, dit-il, ces lobes sont
« très épais et comme godronés de chaque côté du sillon médian : et
;&lt; ce n'est pas une apparence due h la dessiccation, comme semble le
« croire V esque (DC., Monog. phanerog., VIII, p. 231). Grâce à d'excel« lents m atériaux dans l'alcool, rapportés, par M. Lecomte, j'ai pu m’as(( su rer de la vraie forme de ce disque dont chaque lobe ainsi compliqué
&lt;( va s'appuyer, après être passé entre les phalanges stam inales, contre
(( un talon squam m iform e lisse ressem blant absolum ent à la palette
« spatulée plus interne sur laquelle s’appuie chaque phalange stam inale.
&lt;( C etle palette sem ble appartenir au disq u e...... » Je n’ai jam ais vu les
fleurs de ce végétal et ne puis que m ’en référer h ce qui en a déjà été dit
par les divers auteurs cités.
2. Comme le fait observer aussi M. Hua (loc. cit.), les placentas, tels
qu'ils sont représentés sur la coupe d'ovaire d ’.l. floribunda, figurée dans
Ilo o kers Icônes (planche 1004), sont à bords libres, dilatés, s’avançant
vers le m ilieu de l’ovaire sans y atteindre, tandis que dans .1. Sacleuxii
les placentas pariétaux atteignent le milieu de l'ovaire qui parait avoir
ainsi 3 loges. Les ovules occupent sur les placentas, dansles deux espèces,
exactem ent la même position. M. P ierre (Bull, de la Soc. Linn. de Bans,
n° 3, m ars 1898, p. 19-20) dit au sujet de ces placentas : « Minces au
« début, ils prennent un grand épaississem ent vers le centre, ét ont,

�bisériés, semianalropcs, ascendants, à micropyle inférieur. Jeune fruit
allongé, conique, couronné par le stigmate persistant qui mesure 6 mm.
de large : style nul ou réduit à un stigmate sessile, épais, bombé et
finalement un peu sillonné.
Le fruit dont je donne ici deux figures, comme je l'ai dit au début de
cet article, est bacciforme h ’&gt;loges (fig. 14 A et B), mesurant de 27 à 3a
cent. de long et large au milieu de 11 cent., oblong, atténue aux deux
extrémités et tronqué au sommet couronné par un stigmate discoïde,
déprimé, obscurément pentagone. Péricarpe épais, de I cent. 8; épicarpe subsquammeux et aréole, mésocarpe épais, endocarpe léger,
fibreux, excepté dans sa partie interne qui est succulente 1. Graines bisériées, le plus souvent , fig. 14 B) 8 à 10 dans chaque loge apparente,
elliptiques, oblongucs, adhérentes par la face ventrale au placenta et
munies d’un raphé charnu qui s’étend de la base au sommet ; elles
mesurent 3, 8 cent, de long sur 0 cent, de large. Spermodermo légère­
ment charnu à l'extérieur, crustacé h l’intérieur. Embryon (tigelle)
dépourvu de canaux secréteurs et pourvu d’une portion médullaire
linéaire oblongue incurvée vers le sommet.

dans chaque fruit, elles sont de forme un peu variable. Tantôt
polyédriques (solide à faces planes ou convexes) par suite de
la compression des unes contre les autres pendant leur déve­
loppement, le plus souvent ovoïdes, allongées en forme de

D escription

des graines , leur rendement en beurre et com ­
position de ce corps gras .

— Les graines doivent nous occu­
per maintenant d'une manière spéciale. Au nombre de 40 à 50
« sur la coupe transversale, la forme d'une pyramide, dont la base
« ou face extérieure, de chaque côté, porte une rangée de b à 6 ovules
« chez A. florihunda.. » M. Pierre (loc. cil.) s’exprime ainsi qu’il suit sur
le même point : « Les cloisons incomplètes des loges arrivent à se tou« cher, mais sans s'unir. Minces au début, elles prennent un grand épais« sissement vers le centre, et ont, sur la coupe transversale, la forme
« d une pyramide dont la base ou face extérieure, de chaque côté,
« porte une rangée de b à 6 ovules ascendants avec le micropyle tourné
« un peu en dedans et en bas. »
1. Cette description du fruit est traduite de celle de M. Pierre, écrite
en latin (loc. cil., p. 20). Elle me paraît s'appliquer assez sensiblement
au fruit dans l’alcool (pie possède le Musée Colonial (le Marseille (vitrine
Congo, n° lbb). Toutefois, les dimensions en sont moindres, l’épicarpe
n'est pas aréole ni squammeux, il est de couleur chocolat et parsemé
de lenticelles. Les graines sont recouvertes par une partie pulpeuse
qui se transforme en un mucilage épais, semblable à celle des Sterculia
fen gelée) et des Cola. Les graines sont orientées vers le sommet du
fruit (voir fig. 14). C’est la forme à fruit long de celle espèce; on en
trouve une autre moins allongée aux environs de Libreville et que je
vais recevoir du R. P. Klaine avec des graines. Je ne saurai dire
s’il est possible d’y voir une espèce différente d’.l. florihunda. Pour le
moment, à défaut de feuilles et de fleurs pour établir une comparaison
sérieuse, tout au plus pourrait-on s’arrêter à l’idée d’une variété. 11 y
aura lieu de revenir sur celte question qui est, du reste, réservée.

F ig. 14. — Allanblackia floiubunda Oliver.
montrant la situation des graines enveloppées partiellement d'un
arille charnu (1/3 de grandeur naturelle).

A. Fruit entier avec son pédoncule; B. Fruit coupé longitudinalement

dattes, elles présentent toujours un grand et un petit axes,
avec deux extrémités arrondies (fig. 12 A-B), l’une, chalazique, qui est le sommet de la graine, moins aiguë que l'autre
(micropylaire), qui en forme la base. F.lle est quelquefois,
rarement, plus courte et ramassée en un trièdre, rappelant,

�80 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
sauf les nervures qui sont moins accusées, la graine à'Ail.
Sacleuxii (fig. 12 D). Couvertes de leur spermoderine, elles
ont un poids moyen de 4 grammes oscillant entre 3 gr. 5 et
0 grammes. Leur longueur est de 2 cent. 5 à 4 cent., leur lar­
geur est de 1.5 à 2 cent. Le tégument, crustacé et rouge brique,
a une épaisseur de 0 m. 001.
L embryon dépourvu de cotylédons est formé par une tigelle
qui constitue toute la graine : il est de couleur blanc jaunâtre
à l’état frais.
Sur une coupe, sa couleur se fonce immédiatement à 1air et
passe au chocolat clair. Une partie ovalaire placée au centre
de la section, perpendiculaire au grand axe de la graine, reste
blanche, c’est la partie médullaire de la tigelle.
La saveur de cette graine, est, non pas amère, comme
l'indique M. Pierre, mais astringente ; après quelque temps
d’exposition à l'air, elle prend l’odeur de la pomme rainette.
Le spermoderme, rouge brique et comme vernissé extérieure­
ment, est sillonné à sa surface de nombreuses veines proémi­
nentes (7 à 8) orientées en ligne droite, de bas en haut de la
graine, du micropyle à la chalaze, en donnant à droite et à
gauche des ramifications qui se divisent et s’anastomosent avec
leurs voisines. Ce tégument, contracté et résistant, est très
adhérent à l’embryon, surtout à l’état frais : il ne peut en tout
cas ifrais ou sec) en être séparé que par fragments. Il est con­
stitué par deux zones de cellules sclérifiées, colorées en
rouge : l’une formée d’une couche d’éléments, qui, en coupe
radiale, sont à peu près sphériques, et l’autre, de cellules
ovales très allongées, à parois très épaissies dans le sens radial
et disposées en deux et quelquefois trois couches.
L’embryon présente un tissu plus consistant, offrant au
couteau la résistance d'une masse caséeuse et, après section,
une surface lisse et comme marbrée. Il est formé de cellules
polyédriques, à parois peu épaisses, de couleur jaune, verdâtre,
contenant, contre ces parois, des corpuscules huileux, liquides,
disposés en une couche peu épaisse, tout le reste de la cellule
étant rempli par une masse solide, blanchâtre, formant un
seul bloc présentant des stries rayonnant dans différents sens

BEURRE DE ROUAN DJO

81

et d’aspect cristallisé. Traitées par la teinture d’orcanette
lraîche, ces cellules colorent leur contenu solide en une teinte
rosée, uniforme, tandis que les globules d'huile liquide et
quelques points de la masse solide se colorent en rouge cerise,
Dans la glycérine chauffée, on décèle au milieu des globules
huileux la présence de l’aleurone. Avec la teinture d iode, les
corpuscules liquides huileux se colorent en rouge cramoisi,
mais on voit apparaître aussi des corpuscules de couleur rouge
violacé (amidon soluble?) qui sont appliqués surtout sur les
membranes cellulaires.
Ces graines entières (pourvues de leur tégument) donnent,
après traitement par le sulfure de carbone, 46 °/0 d’un corps
gras très solide, à surface libre très mamelonnée à la tempé­
rature ordinaire, de couleur jaune foncé et ayant une densité
de 0,9734 à 15°. Le rendement de ce beurre en acides gras de
saponification est de 95 °/0 et en stéarine de saponification de
1)1.80 °/0. Le degré de solidification des acides gras de sapo­
nification est de 60°8 et celui de la stéarine de saponification
de 08° ; le rendement en acides gras de distillation est de
92.35 °/0 et celui en stéarine de distillation de 79.70 °/0. Le
degré de solidification des acides gras de distillation est de
02°30 et celui de la stéarine de distillation de 64°G0. Enfin, le
rendement en glycérine est de 9.50 °/0. La stéarine de saponi­
fication, après cristallisations successives dans l’alcool, donne
un acide gras dont le point de solidification est de 70°,
c’est de l’acide stéarique pur. De plus, en mélangeant la
stéarine de saponification avec l’acide stéarique pur, on
obtient un corps dont le point de solidification est égal
au point arithmétique (70°-72°). Il existe, mêlé à la stéarine
dans le corps gras, une proportion d’acide oléique qui peut
être évaluée à 42.65 °/0. Le corps gras de YAllanblackia floribunda est donc une oléostéarine mêlée à une très faible quan­
tité d’autres glycérides indéterminés. Par la quantité dematière stéarique qu elle renferme, cette semence peut être con­
sidérée comme l’une des graines grasses industrielles à ren­
dement le plus élevé. En outre, la forte proportion, la blan­
cheur et le point de solidification de la stéarine fournie par
Graines grasses nouvelles des colonies françaises.

6

�82 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
cette graine, la feront sûrement rechercher par l’industrie
stéarique quand elle sera devenue un article de commerce. A
ce point de vue, elle est supérieure à sa congénère de la côte
orientale d’Afrique tropicale, I A. Stuhlmanni Engler, qui a
été étudiée, ainsi que la graisse qu elle fournit, sous le nom
de beurre de M'Ivam, par le Dr lleise (Notizblnlt des kœnig.
bot. Muséums zu Berlin , n° 3, 2(i novembre 1893, p. 93).
Cette graine, connue des indigènes de 1 Usambara qui en font
usage depuis longtemps, ne renferme, en elfet, que 52.75 °/0
d'acide stéarique et 12.90 °/0 d'acide oléique. Elle convient
donc moins que celle de Bouamljo du Gabon à la fabrication
des bougies.
11 existe une troisième espèce d’Allanblackia, en Afrique
tropicale, au Zanguébar, décrite par M. Ilua (Bull, du Mus.
d'hist. nat. de Paris, 1896. n° 4), sous le nom d'AU. Saclcuxii,
et dont la connaissance est due au R. P. Sacleux. Les graines
de cette espèce, plus épaisses que celles des deux précédentes,
ont à peu près la même composition chimique; leur corps gras
solide est connu des indigènes. Ils l'emploient sous le nom de
beurre de Kagné, qu'il ne faut pas confondre, comme on l a
fait très souvent, avec le beurre de Kanyu,de la côte occiden­
tale d Afrique, et qui est fourni par la graine d une autre Guttifère, le Pentadesma butijracca Don, dont la composition chi­
mique est peu différente de celle du produit des Allanblackia.
J'ai fait connaître (Annales de l'Institut colonial de Marseille,
1893, p. 120), cette composition du beurre de Kanya : acide
oléique, 18.35 °/0; acide stéarique, 81.65 °/0.
Je rapporte ci-après : 1° l'analyse du tourteau obtenu par le
traitement de la graine au sulfure de carbone, et 2° celle de la
graine elle-même. Cette double analyse a été faite, sur ma
demande, par le professeur Schlagdenhaulfen, de Nancy :
I.

Tourteau.

Le tourteau, provenant de graines non dépouillées de leur tégu­
ment, se présente sous forme d’une poudre jaune qui rappelle celle de
la litharge. 11 ne tache pas les doigts, par conséquent ce rendement en

BEURRE DE BOUANDJO

83

corps gras — si toutefois il en renferme — doit être excessivement
faible.
Nous le soumettons à l’épuisement des véhicules appropriés et obte­
nons les résultats suivants :
1° Traitement à l'éther de pétrole. — La substance ne semble rien
céder h ce dissolvant parce que la solution ne présente pas la moindre
teinte colorée, même en opérant sur 50 grammes et en laissant fonction­
ner l’appareil à épuisement au delà de deux heures. Le produit évaporé
fournit alors un résidu qui n’est que de 1.16 %.
Le point de fusion de ce corps gras est de 36°, son point de solidifica­
tion de 33°.
L’alcool à 90° le dissout à chaud et le laisse précipiter à froid sous
forme de houppes soyeuses qui prennent des couleurs irisées très belles
au microscope polarisant.
2° Traitement à l'alcool. — L’alcool à froid dissout un peu de principe
colorant. Quand l'épuisement se fait à chaud on remarque que la
solution devient de plus en plus foncée. On distille l’excès d'alcool —
après avoir laissé marcher l’opération pendant 2 à 3 heures — et l’on
concentre les liqueurs. On obtint ainsi un résidu brun dont le poids —
42.10 °/0. Cet extrait est soluble en partie dans l’eau : ce liquide contient
du tannin, de la glucose et de la saccharose et d’autres matières qui
n’ont pas été déterminées. La partie insoluble semble n’être autre chose
qu’un mélange de résine et de phlobaphènes. Une expérience faite en vue
d’y déceler des matières albuminoïdes n'a fourni qu’un résultat négatif.
Sur 28.24 °/0 de matières insolubles, l’extrait de 42 gr. 10 renferme
13.86 °/0 de principes solubles.
3° Recherche des produits azotés. — Nous incinérons une partie du
résidu avec du sodium pour essayer de reproduire la réaction du bleu de
Prusse : le précipité abondant que l’on obtient dans ce cas nous engage
à faire un dosage d ammoniaque à la chaux sodée. Cette opération nous
conduit à représenter le poids des matières albuminoïdes parle nombre
15.155 %.
4° Recherche de la matière amylacée. — Une autre partie de la poudre,
1 gramme, épuisée par l’éther de pétrole et l’alcool, est traitée par l’acide
sulfurique étendu au bain-marie pendant six heures, en renouvelant l’eau
au fur et à mesure des besoins. La liqueur, parfaitement limpide, donne
alors avec le réactif de Bareswill une réduction cuivrique qui corres­
pond à 3.75 °/0 de matière amylacée.
5° Recherche des sels fixes. — On calcine une partie aliquote du résidu
et l’on obtient 3.283 % de cendres entièrement blanches. En faisant la
somme des divers nombres obtenus ci-dessus et retranchant de 100 on
obtient, comme différence, la quantité de matière qui se rapporte à la
cellulose et au ligneux. D'où il suit que la composition du tourteau dVl/lanblachia peut être représentée par :

�84

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Extrait à l'éthcrdc pétrole : corps gras................
„ ,
, \ tannin, glucose, saccharose.
x Iai a n co° ‘ / résine cl phlobaphènc..........
Matière albuminoïde......................................................
Matière amylacée.........................................................
Sels fixes........................................................................
Cellulose, ligneux et perles.......................................

1.1G0 %
13.860
28.210
15,155.
3.750
3.283
31,552
100.00 0

II. Graines. ■

Le poids moyen des graines est de 3 gr. 871; la graine mondée pèse
3gr. 086; le tégument séminal, Ogr. 783.
Un dosage relatif h la richesse en corps gras nous fournit le nombre
suivant : 73.20 °/0 en employant le sulfure de carbone et opérant avec la
graine mondée.
Son point de fusion est de 37°, son point de solidification de 28°. Ce
n'est donc pas absolument le même composé que celui qui se trouve
dans les dernières parties de graisse décelée dans le tourteau.
III. Tégument séminal
Nous constatons une très minime quantité de corps gras dans le tégu­
ment après l’épuisement par l’éther de pétrolç. En employant l’alcool on
retire 32.363 d'extrait constitué principalement par une résine brune et
du tannin. L'incinération fournit 1.30 °/„ de cendres blanches. Enfin, la
recherche des matières azotées par le sodium ou la chaux sodée ne
recèle que des traces insignifiantes.
Sa composition peut s’établir comme suit :
Épuisement à l’éther de pétrole : corps g ra s .... 1.060
— à l'alcool : mal. résineuse et tannin.. 32.363
— à l'eau : tannin et mat. gommeuse.. 0.570
Matières azotées et album. 0.025
Incinération : cendres....................................... 1.300
Différence : ligneux, cellulose et pertes............. 61.682
100 .00 0

Il résulte de cet examen chimique du tourteau provenant
d'un traitement par le sulfure de carbone, que ce produit,
surtout quand il résultera de la pression des graines (opéra­
tion qui laisse toujours 8 à 10 °/0 en plus de corps gras dans le
tourteau), pourra être utilisé comme aliment pour les bestiaux,
la graine n’ayant aucun goût, ni amer, ni désagréable.
Il est à remarquer que, le corps gras du tégument séminal
étant à peine coloré, il n’est pas nécessaire de décortiquer la

8O
graine au préalable pour en extraire le beurre à la presse.
C’est donc une opération industrielle en moins, ce qui a son
importance au point de vue commercial. On doit vivement
désirer que le Arégétal producteur de cette graine grasse, si
riche, soit rapidement introduit par la culture dans toutes nos
colonies tropicales et équatoriales où elle aura chance de pro­
duire. Selon toute probabilité, d’après les cours actuels,
cette graine pourrait être vendue sur les marchés européens
au prix de 45 à 50 francs les 100 kilos. C’est là un rendement
rémunérateur pour le colon, surtout si, comme on le dit, un
arbre adulte peut produire jusqu’à 100 kilogrammes de
graines dans les récoltes d’une seule année. Mais c’est là
évidemment un résultat sur lequel il n’est pas permis de
compter autrement que d’une façon tout à fait exceptionnelle.
En tout cas, si on tente d’introduire ce végétal, comme il
faut le souhaiter, dans nos diverses colonies quasi équato­
riales, comme la Guyane et peut-être les Antilles, il ne faut
pas songer à le faire autrement qu’en exportant de sa patrie
de jeunes pieds vivants1. Les graines perdent trop rapidement
leurs facultés germinatives pour essayer la propagation de ce
végétal par ce moyen.
BEURRE DE -BUAND JO

1. J'ai reçu, pendant la correction de ces épreuves, de M. le R. P. Klaine
de nombreux spécimens, très frais, de cette plante en fleur. Après exa­
men, je dois ajouter quelques caractères et rectifier quelques erreurs
ou omissions à la description que j’ai donnée de cette plante, d'après
Olivier et Vesquc (p. 76 à 78) : 1° les sépales sont successivement
plus grands en allant de dehors en dedans de la fleur; 2° les pétales
sont uniformément colorés en rouge brique, brillant et légèrement glutineux; 3“ le disque central, qui est considéré dans la fleur mâle comme
un rudiment d’ovaire, rappelle si bien en raccourci les phalanges staminales avec leurs écailles dorsaleslibres, que jeserais tenté d'y voir plutôtdes organes mâles avortés ; 4° la fleur femelle porte souvent, intercalés
dans les lobes du disque très développé et alternant avec ces lobes,
des ovaires supplémentaires et plus petits, mais bien conformés, ce
qui indique qu’il y a lendanceà la répétition des carpelles, et ce qui cadre
bien avec la répétition des organes mâles dans les verticilles des pha­
langes staminales de la fleur mâle. J’ai trouvé également, se détachant
delà base des lobes du disque, des étamines libres à filet aplati et fer­
tiles; 3° enfin, dans la coupe du rameau, on trouve dans l'écorce un
cycle de gros canaux sécréteurs (à contenu résineux jaune) ; ces mêmes
organes se retrouvent plus nombreux et plus grands dans la moelle.

�HUILE DE HONGAY OU DE PONGAM

87

sommet, épaisse de 0 m. 003 h 0 m. 006. — Fleurit en avril et mai dans
l'Inde (Coromandel, Concans, Travancore, Bengale ’).

HUILE DE HONGA Y OU DE PONGAM DE L’INDE *
(Voir an Musée colonial de Marseille, vitrine Inde, les n°’ Cl. 126 el 126 his.)
H ist o r iq u e e t b o t a n iq u e . — Cette huile, qui se solidifie à la
température de 8°, çst fournie par les graines d’une Légumineuse-Papilionacée dont le nom le plus généralement admis
parles botanistes est Pongamia glabra Vent. [.Tard. Malmaison,
t. 28). Les autres dénominations sous lesquelles on le trouve
encore désigné par les auteurs sont les suivantes : Galedupa
indica Lam., in Roxb., Fl. Inde, III. 250 ; G. arborea Roxb.,
in Hort. Beng., 53; Robinia mitis L., Sp. 1044; Dalbcrgia
arborea Willd., Spec. 901.
Voici la description de ce végétal, empruntée à la Flora oj
british India de .1. D. Hooker (vol. II, p. 240) et à Drury
(Useful of plants India, p. 3G3).

Grand arbre, droit ou grimpant, avec des feuilles et des branches
glabres. Feuilles pinnées avec impaire de 0 m. 05 à 0 m. 10 de long.
Folioles 5à 7, opposées, subcoriaces, oblongues ou ovales, pointues, pétiolées. Fleurs inodores, mais d’un aspect agréable, en grappes axillaires,
simples, pédonculées, presque aussi longues que les feuilles; pédon­
cules 2 à 4, groupés, de 0 m. 006 à 0 m. 008 de long, pourvus sur leur
milieu d'une paire de petites brachées. Calice rougeâtre, campanule,
presque tronqué. Corolle blanche, très exserle, de 0 m. 012; étendard
large, pourvu de deux callosités à la base, soyeux sur le dos; carène
obtuse, dont les pétales sont cohérents à la pointe. Ovaire subsessile,
biovulé; style recourbé, glabre; stigmate capité. Gousse ligneuse, apla­
tie, glabre, oblongue, indéhiscente, dépourvue d'ailes, à sutures saillantes
et épaisses, longue de 0 m. 036, avec une petite pointe recourbée au
t. Cette graine a été présentée dans certaines maisons commerciales
de Marseille, dès 1885, sous le nom de C araparacé .

Ce végétal, qui n’est pas rare autour de Pondichéry, est
signalé dans l’Hymalaya du Centre et de l’Est : on le trouve à
Ceylan et à Malacca, spécialement près des côtes. La distribu­
tion géographique comprend, en outre, les îles de la Malaisie,
le nord de l’Australie, la Polynésie, les Seychelles2.
D escription de la g ra in e . — Le fruit et surtout la graine nous
intéressent particulièrement. A ce que nous en avons déjà dit
ci-dessus, nous pouvons ajouter que la gousse renferme une ou
assez souvent deux graines, qui sont d'abord rouges mais qui
noircissent en vieillissant. Ces graines ne présentent pas la
même forme quand elles sont isolées dans la gousse ou quand
on en trouve deux réunies. Dans le premier cas, elles sont
réniformes (fig. 15 B.); dans le second cas, elles sont tronquées
à l’un des bouts et se réunissent à une troncature semblable
qui se trouve sur la graine adjacente, dans la même gousse.
Au-dessous d’un spermoderme rouge ou noirâtre (quand il a
vieilli), de consistance carthacé et fragile, on voit deux coty­
lédons revêtant la forme générale de la graine et de couleur
jaune clair, de saveur amère. Le poids moyen de ces graines
1. « Cet arbre, dit Lépine (Noies sur quelques huiles peu connues du
« Sud de l’Inde, Journal de Pharmacie et de Chimie, III0 série, t. IV),
« prospère aussi bien dans les plaines arides du Carnatic que dans la
« région alpine du Mysore : son introduction dans le Sud de la France
« et en Algérie offrirait beaucoup d’intérêt. Il est d’un port élégant,
«propre à former des avenues; quand il est en fleurs, il présente
« l’aspect le plus agréable. Toutes les parties de cet arbre ont une
« odeur vireuse. Les légumes sont aplatis, pointus, renfermant une
« seule semence orbiculaire, comprimée : l’épisperme est rouge marron,
« ridé, se détachant facilement de Vamande qui est blanche. Elles ren« ferment 27 °/0 d'huile. » Remarquons que toutes les gousses ne sont
pas monospermes, que l'amande n’existe pas dans cette graine, el
nous verrons, plus loin, que la teneur en huile ici indiquée (obtenue pro­
bablement par la pression) est inférieure â la réalité.
2. Le bois, qui est léger, blanc et solide, est usité pour divers emplois
économiques. Les feuilles sont mangées par les bestiaux. Le végétal,
d’après Drury, porte, dans l’Inde, les noms suivants : Karanj (Ilindoustani), Ponga marum (Tarn.), Del-Karenja (Beng.),Iianougon (Tal.).

�SS GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
est do 2 grammes, quand elles sont réniformes, et de 1 gr. 10
quand elles sont tronquées. Le poids moyen de la gousse entière
vide est de 1 gr. 25. Si on pratique une coupe dans ces coty­
lédons, gras et de faible consistance, on aperçoit à l’œil nu ou
à la simple loupe, se détachant sur le fond jaunâtre de la masse
cotvlédonaire, d’assez fortes ponctuations, remarquables par
leur coloration jaune plus foncée. Les plus grosses sont rassem-

A
F ig . 15. — P o S gamia glabra Vent.
A. Gousse indéhiscente ; B. Graine rouge et réniforme unique dans la
gousse et recouverte de son spermodcrmc (grandeur naturelle).

blées en une ligne à peine interrompue le long des bords des
cotylédons : à mesure qu'on s'approche de la partie centrale cotylédonaire, ces ponctuations deviennent plus petites. A l’examen
microscopique d’une coupe de ces cotylédons, on trouve des
cellules parenchymateuses, à parois assez épaisses, contenant
surtout de l'amidon à petits grains sphériques ou ovoïdes avec
hile linéaire ou ponctiforme radié au centre. Sur les parois,
on trouve également accolées des sphérules ou des traî­
nées d’huile, mêlées au protoplasma et contenant de l’aleurone. Quelques-unes de ces cellules du parenchyme, plus
petites que les autres, renferment, avec de l’amidon et de
l’huile, des cristaux d’oxalate de chaux revêtant les
formes cristallines les plus variées : tantôt en prismes isolés
ou terminés par d’autres prismes transversaux, le tout allant

89
d’une paroi de la cellule à l’autre, comme un étai ; tantôt on
petites mâeles; tantôt, enfin, en prismes plus courts occupant
une partie restreinte de la cellule.
Mais les organes les plus intéressants dans ce parenchyme
sont constitués par des poches huileuses, sphériques, qui cor­
respondent aux ponctuations jaunâtres déjà signalées ci-dessus.
Ces [loches, grandes ou petites, se fondant quelquefois entre
elles, sont bordées, comme les canaux sécréteurs, de cel­
lules aplaties et différentes de leurs voisines dans le même
parenchyme. Les poches sont remplies uniquement par une
masse homogène d’huile semblable à celle qui est conte­
nue dans les cellules parenchymateuses. Les cellules bor­
dantes sont quelquefois prolongées en papilles dans l'inté­
rieur de la poche, mais elles portent toujours trace, sur
leurs bords, de débris de parois cellulaires qui indiquent nette­
ment leur origine léissogène. Ces organes, qui n’ont jamais
été signalés, à ma connaissance, dans les graines grasses des
Légumineuses, constituent jusqu'ici une exception unique dans
le règne végétal ; ils présentent un réel intérêt en tant que
citernes ou réservoirs à huile : la coupe transversale en est
circulaire ou ovale, selon qu’ils sont uniques ou résultent de
la fusion de deux poches voisines. L'huile qu elles renferment
esttrès colorée en jaune ; elle contient, comme celledes cellules
ordinaires, des grains d’aleurone à enclaves minérales très
petites.
R e n d e m e n t en h u il e e t p r o p r ié t é s d e l ’h u il e . — Traitées par
le sulfure de carbone, ces graines donnent 36.37 °/01d'une
huile qui est jaune foncé, à odeur vireuse et à saveur amère.
Sa densité à 15° est de 0.945. Elle se solidifie à 8° centigrades.
D’après Lépine2, au contact de l’acide sulfurique, elle se
HUILE DK IIONGAV OU DE PÔNGAM

t. Les auteurs ne sont pas d’accord sur la quantité d'huile renfermée
dans ces graines : Lépine (in Ann. de l'agrie. des Col., t. I, 1800)donne le
chilire de 18 °/0 ; Maidcn (Usefui nat. plants of Australia, p. 280) en
indique 20 c/0.
2. Sur les produits des Bassia Iong ifolia et latifolia dans Journal de
l'agriculture des pays chauds, de Madinier, II0 série, 2e année n° 1,
p. 23.

�90 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
colore en rouge vermillon passant ensuite au jaune citron ;
avec l’acide azotique, elle se colore en jaune orange, et avec
l’ammoniaque, elle forme un mélange épais dont la température
augmente de 2 degrés.
L’échaulTement de cette huile par l'acide sulfurique est de
41°. Elle se colore beaucoup quand on la saponifie avec la soude ;
le savon obtenu ainsi est rouge comme celui que donne l'huile
de palme. Décomposé par l'acide sulfurique, ce savon donne
des acides gras, très bruns, qui, pressés, n’ont rendu qu’une
faible proportion d’acides gras solides, fusibles à 58°. Le degré
de solidification des acides gras de saponification est de 3(1°40.
Le rendement en acides gras de saponification est de 93.20 0lo,
et en acides gras solides de saponification de 33 °/0, enfin le
rendement en glycérine est de 8.50 °/0. Cette huile, qui n'est
employée, dans son lieu d’origine, que pour l’éclairage par
les classes pauvres de l’Inde et à titre de médicament pour le
traitement de certaines maladies éruptives1, ne saurait être
utilisée par la stéarinerie et aurait des emplois limités dans la
fabrication du savon. Elle pourrait, du reste, rendre le même
service que l’huile de palme dont elle se rapproche un peu par
certaines propriétés. D’autre part, le rendement de la graine
est peu élevé. Quant au tourteau, son analyse faite par
M. Schlagdenhaulfen a donné les résultats suivants :
— Le tourteau provenant
du traitement de la graine par le sulfure de carbone est con­
stitué par une poudre blanche qui ne tache pas le papier, ce
qui indique l'absence de matière grasse en quantité notable,
fait qui est vérifié d’ailleurs par l’expérience. Nous le traitons
successivement par l’éther de pétrole, l’alcool et l’eau pour
en enlever les principes solubles. La matière ainsi épuisée est
incinérée pour effectuer le dosage des cendres; une autre
partie traitée par la chaux sodée est destinée à la recherche
A n a l y se du t o u r t e a u de la g r a in e .

1. Lo suc de la racine fraîche du Pongamia glabra a été employé pour
déterger les ulcères de mauvaise nature, surtout les ulcères fistuleux
(Duchesne, Rép. des plantes utiles et vénéneuses, Paris, 18.19, p.20i).

IIU1LE DE HONGAY OU DE PONGAJI
91
dos matières albuminoïdes. La proportion de ligneux et de
cellulose s’obtient par différence.
1. Epuisement par l'éther cle, pétrole. — L’appareil à épui­
sement nous fournit une minime quantité seulement de corps
gras, soit 0.058 pour 10 gr. de tourteau, soit 0 gr. 68 °/0.
2. Epuisement par l'alcool. — Le liquide qui provient de
l’opération, dont la durée est de deux heures, est jaune paille ;
il se trouble à froid et laisse déposer une matière sirupeuse,
insoluble par conséquent dansl alcool froid, mais entièrement
soluble dans l’eau : caractère qui laisse à supposer qu'on a
affaire à de la gliadine. La solution alcoolique ne se colore
pas en présence du chlorure ferrique, par conséquent absence
de tannin ou de composés similaires.
Le poids de l’extrait alcoolique est de 2 4 gr. 30 °/0.
Une partie du résidu est incinérée avec du sodium dans le
but de dégager de l'ammoniaque et de déterminer par le
calcul, la proportion de matières albuminoïdes. On arrive de
cette façon à 8 gr. 041 0/o de gliadine une autre partie de
l’extrait sert au dosage du sucre réducteur dont le poids s’élève
h 2 gr. 789 °/0. La dillerence entre ces deux nombres et le poids
total de l’extrait se rapporte à des matières dont l’analyse n’a
pas été faite, soit 13.510 %.
3. Epuisement par l'eau. — Nous opérons sur 2 gr. de
substance préalablement épuisée par les premiers véhicules et
maintenons au bain-marie bouillant pendant 4 heures. Nous
filtrons et recueillons le liquide qui présente les caractères de
l’amidon soluble. Nous soumettons ensuite une autre partie
de l’extrait aqueux sec à l’action du sodium en vue de repro­
duire la réaction de Lassaigne. Il se forme un abondant préci­
pité de bleu de Prusse, d’où il suit qu’il contient de l'azote
qui très probablement se rapporte à des matières albuminoïdes.
Le poids de l’extrait aqueux = 14.25 °/0. En déterminant iso­
lément celui des matières albuminoïdes solubles et de l'amidon
soluble par les méthodes connues, nous obtenons les nombres
suivants : 1 1 gr. 543 et 2 gr. 709 °/0.

�92 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES CO 1,0 NI ES FRANÇAISES
4. Recherche de la totalité des matières albuminoïdes. — La
substance épuisée par l'eau chaude est traitée par la chaux
sodée en vue de doser l’ammoniaque et de transformer par le
calcul l’azote, ainsi trouvé, à l’état de composé albuminoïde,
l’expérience fournit le nombre 13 gr. 978 °/0. Si, d’autre
part, on traite de la même façon la matière non épuisée par
l'eau, on trouve 25 gr. 593 pour poids de la totalité des matières
albuminoïdes solubles et insolubles. Or, comme l’expérience
précédente indique 11.543 pour les matières albuminoïdes
solubles, nous aurions dii, en retranchant ce dernier nombre
de 25.593, obtenir 14 gr. 050 et non 13 gr. 978. Il y a donc
ici un écart de 0 gr. 072 à mettre au compte des erreurs d’ex­
périences ; donc, au lieu de conserver ce dernier nombre, nous
ferons entrer dans nos calculs ultérièurs celui qui a été obtenu
en effectuant par soustraction.
5. Dosage de la totalité de l'amidon. — Nous traitons 2 gr.
de poudre sèche, épuisée par le pétrole et l’alcool, au moyen
d'eau aiguisée d’acide sulfurique, et maintenons au bain-marie
pendant 0 heures. L'opération terminée, nous traitons par la
liqueur de Bareswill et obtenons leur rendement en glucose
qui représente 17.360 °/0 d'amidon. Or, comme nous venons
de trouver plus haut 2.707 d’amidon soluble, il s’ensuit qu'il
en est resté encore, comme figuré, 14.653.
6. Dosage des sels fixes. — A la suite de l'incinération d'une
partie de la poudre épuisée, nous obtenons 1.896 °/0 de cendres
entièrement blanches qui contiennent comme dans les cas
analogues des phosphates et sulfates de chaux, de potasse et
de soude.
7. Ligneux et cellulose. — Ces deux principes sont évalués
par différence entre le poids total de la matière 100, et la
somme des éléments trouvés jusqu'ici.
La composition du tourteau de Pongamia peut donc être
établie de la manière suivante :

HUILE DE MONGAY OU DE PONGAM

Corps gras............................
Sucre....................................
Extraction à l'alcool. 24.340 Gliadine...............................
Matières indéterminées.. ..
albuminoïdes sol..
Extraction à Peau. 14.330 Matières
Amidon soluble...................
Matières albuminoïdes insol.
Amidon...........................
Incinération.
&gt;e et pertes.............................

93
0.380
2.780
8.041
13.510
11.343
2.707
14.050
14.653
1.806
30.231

Ce tourteau, n'était sa légère amertume, constituerait un
excellent aliment pour les bestiaux, riche en matières albu­
minoïdes et complet. Ce ne peut être, dans ces conditions,
qu’un engrais de bonne valeur.

�93
des grappes de 40 à 50 cent. : les fleurs, d’une belle couleur
rose, sont nuancées de rouge et de jaune ; le calice, recou­
vert d’un duvet presque noir, a les dents obtuses; enfin, les
graines de cette espèce sont un peu plus petites que celles
de l'espèce précédente, bien que revêtant les mêmes formes.
Ces deux espèces peuvent être considérées comme produc­
trices du même corps gras ; il n’y a pas de différence appré­
ciable entre les huiles extraites de ces deux sortes de graines.
Les deux végétaux producteurs sont aussi ornementaux 1
qu’ils pourraient être utiles, mais jusqu'ici le corps gras des
graines, [bien qu’étudié déjà sommairement par J. Lépine2,
n’a reçu aucune application, parce qu'aucune indication d’uti­
lisation n’a été donnée par cet auteur.
h u il e d e b u tea fro n d o sa

HUILE DE BUTE A FRONDOSA DE L’INDE
(Poarassan-virei en Tamoul)
(Voir Musée colonial de Marseille, vitrine Inde, nc* 263, 266 et 266 l)is.)
H ist o r iq u e et b o t a n iq u e . — Cette huile, semi-concrète, est
fournie par un végétal très répandu dans l’Inde anglaise et
dans nos possessions françaises de cette région : Bute a fron dosa Koxb. On le trouve depuis Ceylan jusqu à l Himalava et
au Birma, et atteignant, dans le nord-est, jusqu'à 3.000
mètres d altitude, c’est-à-dire sur une étendue de territoire
considérable et en assez grande abondance. Son congénère,
le Butea superba Roxb., au contraire, qui en diffère surtout
par sa condition de plante grimpante, se trouve dans les
forêts de Concan, du Bengale, d'Orissa et de Birma.
C’est un arbre de moyenne grandeur, très commun sur les
collines qui forment le premier plan de la chaîne des Gates.
Les feuilles sont trifoliolées. Les fleurs, portées sur des
inflorescences terminales, sont nombreuses, à calices couverts
d’un duvet roux, à corolles rouges, recouvertes d’un duvet
argenté. Les gousses sont pédicellées, aplaties, coton­
neuses; elles renferment une seule semence réniforme,
presque orbiculaire, échancrée à l’ombilic. Les deux faces en
sont différentes : l'une est légèrement bombée, l’autre est
plate. Elles sont inégalement sillonnées de nervures.
I ne autre espèce dont les graines sont quelquefois confon­
dues avec celles de B. frondosa, se rencontre dans la même
région indienne, mais sur des points bien plus localisés,
comme je l’ai dit, c’est Butea superba Roxb. Elle dilfère du
premier par une taille moins élevée, de larges jets sarmenteux, des fleurs plus grandes, mesurant 5 cent, de long,

D e sc r ipt io n d e s g r a in e s , l e u r r e n d e m e n t en iiu il e , sa n a t u r e
c h im iq u e e t p h y s iq u e .

— La gousse est pourvue d'une graine à
spermoderme assez épais, de couleur rouge cuivre ou marron,
très adhérent aux cotylédons. Ceux-ci sont très aplatis, peu
épais et de couleur jaune pâle, et de même épaisseur à la
périphérie qu'au centre : en sorte que la graine est très plate,
à peine un peu atténuée, dans son épaisseur, sur les bords. Dans
Butea frondosa , la plus grande longueur de la graine mesure
34 à 36 mm. sur 24 à 23 de large et 2 mm. d’épaisseur (celle du
1. Ces deux espèces, surtout la dernière, sont du plus bel effet : l'une
d’elles, B. frondosa, pourrait vraisemblablement être introduite dans
notre région méditerranéenne. On sait, en outre, que ces végétaux
reçoivent dans l’Inde divers emplois sur lesquels ce ■ n'est pas le lieu
d’insister ici. Je rappelle seulement : 1° que, desraciueset des écorces, on
tire des fibres dont on fait des cordages résistants; 2° que, de l'écorce,
on extrait, par incision, un suc rouge, se solidifiant à l’air et connu sous
les noms commerciaux de Pulas Kino ou Butea Kirio, très astringent
et riche en tannin. Les natifs s’en servent dans le N.-O. de l’Inde, en
solution pour précipiter l’indigo. Les Butea fournissent aussi une petite
quantité des laques du commerce. Le bois, les feuilles et les fleurs
servent aux cérémonies religieuses des Indous; les graines sont anthelmintiques. Enfin, à Gugerat, les jours de fête on fait avec les fruits de
Trapa b isp in osa Roxb. une teinture rouge que l'on mélange avec une
couleur jaune tirée des fleurs de Butea frondosa.
2. Note sur quelques huiles peu connues du Sud de l’Inde (Journal
de Pharmacie et de Chimie, IIIe série, t. IV).

�06

GII A1NES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

B. splendens est un peu plus petite), le contour est réniforme,
presque orbiculaire, avec un ombilic échancré (fig. 16). L’épisperme, toujours ridé et quelquefois pourvu de nervures très
saillantes et très réticulées, est. lisse comme vernissé; l’em­
bryon, dans la graine sèche, a une saveur d’abord douce puis
légèrement amère dans laquelle domine le goût de légumine
crue. Le poids de ces graines, spermodcrme compris, oscille
entre 1 gramme et lgr. 20.
Si on fait une coupe dans l'embryon huileux on trouve des

»

a
F ig . 16. — B utea ehon dosa R oxb.

A. Face bombée; B. Face plane (grandeur naturelle).

cellules polygonales 1contenant des sphérules jaunâtres d’huile
liquide, à grains d'aleurone pourvus de tout petits cristaux.
Certaines des cellules de ce parenchyme se différencient des
voisines par leur taille plus réduite; elles sont étroites et
allongées et renferment des cristaux prismatiques d’oxalate
de chaux, disposés en étais, comme nous l avons vu dans le
cotylédon gras de Ponyamia ylabra (p. 88). D’autre part,
on rencontre dans diverses cellules, mais assez discrètement
disséminés, des cristaux tabulaires d’oxalate de chaux. Les
sphérules d’huile se colorent en rouge groseille par la teinture
d iode : il n’y a pas trace d amidon figuré ni d amidon soluble.
D'après Lépine (loc. c&lt;7.), les graines renferment 16.4 °/„
i. Ces cellules ue présentent pas dans leurs parois de bandes d’épais­
sissement réticulées, comme nous en avons trouvé ailleurs dans les
graines grasses déjà étudiées, mais cependant il y a une sculpture des
parois qui se traduit par des ponctuations et des lignes régulières, sans
réticulation.

97
d’une huile jaune, presque sans saveur, et ayant pour densité
0. 917 à 15° et se solidifiant à 10"; par pression, elles en
donnent 10.1 °/0. Ces chiffres ne sont pas rigoureusement
exacts *. Traitées au sulfure de carbone, ces graines m ont
donné 17 gr. 50 °/0 d’huile semi-concrète, en hiver, dans nos
climats et dont la densité à 15° est de 0 gr. 923. Cette huile, au
contact de l’acide sulfurique, forme des stries grises et déter­
mine un échauffemen t de 35° 50 : une partie d ammoniaque et
10 parties d’huile donnent un mélange blanc jaunâtre, ayant
la consistance du miel et dont la température s’élève de 2° 5;
avec l’acide sulfurique et une solution de bichromate de potasse,
l’huile devient d’abord jaune fauve, puis passe au vert foncé;
avec la soude, elle forme un savon consistant jaune pâle. Le
rendement en glycérine est de 6.62 °/0.
Cette huile donne en outre les résultats suivants :
HUILE DE BUTEA FKONOOSA

Point de solidification des acides gras de saponification... .
»
des acid, gras solid. de saponification.
Rendement en stéarine de saponification.................................
»
de distillation......................................
Point de solidification des acides gras de distillation...........
»
de la stéarine de distillation...............

4'»° 80 °/0
58° 00
38 60 °/„
45° °/0
46°
38°

Il résulte de ces observations que cette huile pourrait être
employée en stéarinerie, mais la proportion de 45 °/0 en acides
gras solides la ferait classer parmi les produits à faible rende­
ment. Son emploi dépendrait donc du prix auquel cette huile
pourrait être livrée au stéarineur, et il est à remarquer que la
richesse de la graine en huile, 17.50 par le sulfure de car­
bone étant très peu élevée, le traitement en serait peu rému­
nérateur. Il y aurait donc intérêt à ce que la pression des
graines pût se faire sur place, dans l’Inde même, afin d’éviter
une partie du frêt assez élevé de cette colonie en France,
entraîné par le transport de ces graines si peu riches. Il est a
peine besoin d’ajouter que l liuile aurait encore une belle
application dans la fabrication des savons, et en particulier
des savons durs.
1. Ces différences tiennent peut-être au mélange des graines des deux
espèces de B. frondosa et B. splendens.
Graines granges nouvelles des colonies françaises.

7

�08

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Voici l'analyse du tourteau (traité au sulfure de carbone)
telle qu elle a été faite par M. le professeur Schlagdenhauiîen,
de Nancy :
A nalyse du tourteau . — La composition du tourteau peut être expri­
mée de la manière suivante :

Corps gras huileux.
..........................................................
Saccharose...................................................................................
Glucose..........................................................................................
Amidon...........................................................................................
Matière gommeuse et colorante..........................................
Matières albuminoïdes...............................................................
Sels fixes.......................................................................................
Matières indéterminées..............................................................
Cellulose, ligneux et pertes.......................................................

0.170
10.050
1.250
3.225
2.678
38.186
5.966
2.684
35.791

100.000

Elle a été établie en épuisant la matière par l'éther de pétrole, l’al­
cool, l'eau et l'eau aiguisée d'acide sulfurique.
Éther de pétrole. —Nous faisons fonctionner notre appareil h déplace­
ment pendant deux heures. Au bout de ce temps, nous en retirons un
liquide presque incolore qui, après évaporation, ne fournit que 0.170 °/0
d'un corps gras huileux, quantité très faillie mais qui prouve que
l'épuisement industriel n’avait pas été complet.
Alcool. — Quand on évapore le liquide qui provient de l’épuisement par
l'alcool, on obtient un résidu brun qui se redissout presque complète­
ment dans l'eau. Ce résidu sec, incinéré avec du sodium, fournit du
bleu de Prusse, preuve de la présence d'un composé azoté, de la nature
des gliadines sans aucun doute. On a effectué le dosage de ce principe
azoté en opérant avec la chaux sodée. La quantité trouvée est de 5.227.
Une autre partie de l’extrait a servi au dosage du sucre.
L’ne première expérience avec la liqueur de Fekling nous donne
1.250 °/0 de poids de glucose.
En intervertissant à l’aide de l’acide sulfurique dilué, nous trouvons
un total de 11.300 °/0 de sucre, ce qui nous fournit par conséquent
10.050 de saccharose, en prenant la différence entre le nombre précé­
dent et celui qui se rapporte au glucose.
Le poids total de l’extrait alcoolique étant de 19.209, nous voyons
qu’il manque 2.G84 % de matières qui n’ont pas été déterminées direc­
tement. Nous les laissons par conséquent sous une rubrique spéciale.
Eau. — L'eau bouillante enlève à la substance 24.028 °/0. Cet extrait
renferme à la fois de la gomme, de la matière colorante et des principes
azotés. Pour obtenir le poids de ces derniers, nous opérons avec de la
chaux sodée. Le calcul nous fournit ainsi 21.350 0/o de matières albumi­
noïdes. La différence entre ce nombre et celui qui se rapporte à l'ex­
trait total, 24.028, représente le poids des matières gommeuses et colo­
rantes.

99

1IUILE DE DUTE A FRONDOSA

Acide sulfurique dilué. — Un essai préliminaire nous ayant permis de
constater la présence de l’amidon, nous prenons une partie aliquole du
produit épuisé par les véhicules précédents et portons au bain-marie
avec de l'acide sulfurique dilué. L'expérience étant terminée, nous fil­
trons et dosons le glucose obtenu à l’aide de la liqueur de Fehling. Le
poids de l'amidon, d’après cette donnée, est de 3.225 °/0.
Incinération. — Une autre partie du produit précédent, incinéré dans
une capsule de platine dans le four à moufle, nous fournit des cendres
blanches dont le poids =5.900 °/0.
Produit restant. — En faisant la somme des poids des divers principes
obtenus précédemment et retranchant de 100 nous arrivons finalement
à 47.402 °/0.
Ce résidu n’est pas seulement constitué par du ligneux et des
matières cellulosiques, mais il contient encore une forte proportion de
principes azotés, ainsi qu’il est aisé de le constater en faisant la
réaction du bleu de Prusse. Un dosage h la chaux nous indique que le
poids des matières protéiques est de 11.611 °/0. La différence, avec ce
dernier nombre, représente donc 35.791 °/0, poids de la cellulose, du
ligneux et des pertes.
Les diverses opérations effectuées pour connaître la composition
immédiate du tourteau se résument donc ainsi :
Corps gras
Extrait à l'éther de pétrole
! Glucose
Extrait à l’alcool 19.209 ' Saccharose.................................
Gliadine.......................................
indéterm inée.......
t Substance
albuminoïdes............
Extrait à l’eau.. 24.028 j Matières
Gomme; matières colorantes.
Acide sulfurique dilué... Amidon.......................................
Incinération..................... Sels fixes...................................
Matières, alb. insol.................
Résidu................. 47.402 ) Cellulose,
ligneux et pertes ..

0.170 ‘
1.250
10.050
5.225
2.684
21.350
2.678
3.225
5.966
11.611
35.791

100.000
Ce tourteau, à raison d’une certaine amertume qui en
éloignerait l’emploi h titre d’aliment pour les bestiaux, ne
pourrait être utilisé que cpmme engrais, mais ce serait un
produit de haute valeur.
1. Dosage du corps gras contenu dans les graines. — En épuisant la graine
par l’éther de pétrole ou le sulfure de carbone, nous obtenons 16.235 °/0 d'un
corps gras, aisément saponifiable.

�BEURRE DE KOMBO

X
BEURRE DE KOMBO DU GABON OU MUTAGE D’ANGOLA
OU IKOUM EN PAHOUIN

Voir au Musée colonial de Marseille, vili'inc Gabon-Congo n°* 130, 135, 136,137.)
H is t o r iq u e . — Sous ces noms, on connaît au Congo et au
Gabon une graine de la famille des M y iu st ic a c é e s donnant un
beurre assez intéressant. L'arbre qui la fournit et qui porte
les memes noms indigènes est le Pijcnanlhus Kombo (Bâillon)
Warburg. Ce végétal, assez commun au Gabon et au Congo1
français, a d’abord été décrit très sommairement par Bâillon
dans Adansonia (Herbier du Gabon, IX, p. 79), sous le nom de
Myristica Kombo qui a fait place, dans la Monographie des
Myristicacées, de Warburg, 1888, p. 252, à celui que je viens
d'indiquer. Bâillon, du reste, n’a rien dit de la nature intime et
de la composition des graines, il s’est borné à indiquer que
les indigènes en emploient le beurre dans le traitement de
quelques affections de la peau et que le bois reçoit certaines
applications économiques. Après lui, quelques auteurs,
Moeller, Christy, Molonav, ont fait connaître la teneur des
graines en corps gras, mais d’une façon inexacte, en se bor-

1. J’ai reçu le premier envoi de graines et de beurre de Kombo (avec
rameaux feuilles sans fleurs), de Rata (Gabon), parle H. P. Davezac; le
second, par M. Autran, provenant des environs de Libreville. Le R. P.
Davezac m’écrivait à la date du 9 octobre 1894 : « Les arbres qui four­
nissent cette graine sont en grand nombre dans cette région. » De
Lanessan (Plantes utiles, p. 812) dit : « Cet arbre est très abondant au
Gabon. » Prantl, dans ses Familles de plantes naturelles, avance même
que, dans la Guinée, les graines de Kombo remplacent la noix de mus­
cade, mais c’est là une exagération provenant, comme le dit Warburg
(loc. cil., p. 114), de fausses indications de voyageurs, car, ni comme
quantité de production, ni comme qualité, cette graine, ainsi que nous
le verrons, ne peut lutter avec la muscade.

101

nant à reproduire les chiffres indiqués par le Catalogue des
Colonies françaises pour l’Exposition universelle de 18G7, p. 46,
et il en est de même dans De Lanessan (Plantes ut. des Col.
françaises, p. -802) L Ces graines et leur produit ont été
envoyés il y a longtemps pour la première fois en France, d'après
Bâillon, sous le nom d arbre à suif du Gabon. Warburg
(loc. cit., p. 255 et suiv.) donne, d'après Welxvitsch, des
renseignements détaillés sur l'emploi de cette graine, par les
indigènes comme chandelles auGolungo alto, sur leur exporta­
tion de Saint-Thomé, sur l'utilisation de l’arbre à FernandoPo, sur la possibilité de l’existence de ce végétal au lac Vic­
toria Nianza, d’après les données de Stuhlmann et d’Emin
pacha, et, peut-être, d’après Cameron, à l’ouest du Tanganika.
— Enfin, Welwitsch, d’après Warburg, aurait relevé dans
un manuscrit l’indication par Zuchelli, sur les bords du Zaïre,
d’une muscade qui pourrait être rapportée au Kombo.
Le Pycnactlius Kombo (Bâillon) Warburg
(Monog. d. Myrist., p. 252, avec figures des feuilles, fleurs
fruits et graines, pl. 2 et 10, 1897) est encore désigné sous le
nom de P. microcephala (Benth.) Warb. in Périclité pharm.
Gesell., 1892, p. 226; Myristica microcephala Benth. in Hook.
Icônes, 3° série, III, p. 48, tab. 1261 (1878); Myristica angolensis Welwitsch, sine descriptione, in Ficalho, Plantas uleis
de afr. port., Lisbonne, 1884, p. 246, et sine nomine in Wel­
witsch Appont., 1868, p. 554, et Synopse, p. 51.
Voici maintenant la description du végétal telle que je la
traduis de celles de Warburg et de Bâillon, en les rapprochant
en un tout complet :
B o t a n iq u e . —

Arbre à tronc droit de là mètres de haut et 0 m 40 de large, d'après
Griffon du Bellay, à frondaison épaisse, à rameaux étalés; jeunes
pousses profondément fauves, veloutées et couvertes de poils; rameaux
1. Cet auteur s’exprime ainsi (p. 802) : « Les graines sont administrées
« dans un certain nombre d’affections chroniques. En plongeant dans
« l’eau chaude les fruits, on en retire environ 72 °/0 d'une matière
« grasse, solide, nauséeuse, analogue à celle de Myristica sebifera. Cet
« arbre est très abondant. »

�102

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

ronds ol finalement glabres; pétioles courts (I cent.), épais, veloutés,
canaliculés en dessus, enfin glabres ; feuilles parcheminées, alternes,

BEURRE DE KOMBO

103

glabres en dessus; en dessous, le duvet subsiste quelquefois entre les
nervures : ces feuilles sont entières ou obtusément sinueuses ou cré­
nelées. Nervures secondaires 14 h 40 de chaque côté, à demi ouvertes,
se recourbant avant d’atteindre la marge et se rejoignant en arcs, peu
apparentes en dessus, proéminentes en dessous; nervures tertiaires
réticulées ou subtransversales, presque imprimées en dessus et à peine
distinctes, saillantes en dessous1.
1. Il m'a paru intéressant, en vue de distinguer cette feuille de Pi/c.
Xiowhe (Bâillon) Warburg, espèce avec laquelle le Pyc. Kombo est
quelquefois confondue parce qu’elle habite les mêmes régions, de don­
ner ici la structure anatomique des deux feuilles et d’y joindre le
dessin d’un rameau feuillé de Xiowhe P. Kombo Epiderme supérieur très
cuticularisé, à cellules sans contenu, peu larges. Tissu palissadique en

Coupe transversale

Coupe

F ig . 18.
d ’une feuille d e P ycnantiius K ombo

tra n sv e rsa le d ’u ne feuille de P ycnanthus N iow he

Warb.

Warb.

deux couches : la première, formée de cellules très allongées et étroites,
est interrompue par quelques rares cellules h macles (qui se retrouvent
aussi dans le tissu spongieux sous-jacent); la seconde, à cellules plus
courtes et étroites, est interrompue par des glandes huile essentielle
jaune, nombreuses, grandes, et qu’on retrouve aussi, mais plus rare­
ment, dans le tissu spongieux (fig. 18). Ce dernier tissu occupe le tiers

�104

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

Inflorescences mâles sur le vieux bois ou axillaires, rameuses, plus
courtes que les feuilles ou les égalant ; fleurs minimes, sessiles, réunies
en capitules globuleux ou ramassées en épis denses, ovés, capituliformes ;
boutons floraux subglobuleux, périgone subclavifonne, extérieurement
papilleux, intérieurement glabre, 3-4 fide, h lobes larges arrondis,
colonne staminale exserte, à 2-4 anthères biloculaires adnées au dos
d'une colonne 1 à 3 fois plus longue qu'elles. Inflorescences femelles
rameuses, à fleurs sessiles, formant des capitules globuleux un peu plus
grands que les milles, périgone 2-4 partit, à poils ferrugineux extérieurs;
ovaire épais, velu, stigmate sessile à peine distinct. Fruit oblong (fig.
20), couvert extérieurement d'un péricarpe épais, glabre, arille rosé,
profondément lacinié, testa léger, chalaze infraterminale jointe au bile
par un sillon strié; endosperme ruminé, embryon petit, basilaire, coty­
lédons épais, presque droits, à peine connés à la base.

Cette espèce n existe pas seulement au Gabon, au Congo et
h Angola : on peut dire qu'avec les trois variétés que lui a
reconnues Warburg (.A ngolensis, Kamerunensis et microcephalus), elle est répandue sur une grande partie de l'Afrique
occidentale, depuis Sierra Leone jusqu au bas Congo. La
variété Angolensis, avec ses rameaux jeunes, fortement villeux,
rouges, ses inflorescences contractées et ses villosités persis­
tantes, ses capitules floraux ramassés, ovoïdes et non globudc l’épaisseur de la feuille, il est bordé par un épiderme inférieur et
papilleux, portant de nombreux stomates orientés en tout sens, à
chambres sous-stomatiques profondes et larges. Les papilles de cet
épiderme sont granuleuses. Poils sympodiques. La nervure médiane
présente un faisceau noyé dans un abondant tissu collenchymateux.
Comme on le verra par la comparaison des figures, la feuille de P. Xiowhe
présente une structure différente (fig. 19). Je donne, du reste, un dessin
delà feuille de P. Niowhe, qui est peu connue, et ijui reproduit celle de
l'espèce décrite par Bâillon dans l’herbier de Grillon du Bellay, actuelle­
ment au Muséum de Paris fig. 17). Voici, en opposition, la structure
anatomique de la feuille de cette dernière espèce : Epiderme supérieur
très cuticularisé : couche épidermique simple, sans contenu. Tissu palissadique double, mais à cellules à peine plus longues que larges, la
première couche étant formée d’éléments plus allongés que la seconde.
Dans la première couche palissadiquc, quelques cellules à macles. Le
tissu spongieux est plus développé que le tissu en palissade, et c'est
entre ces deux tissus que se localisent les glandes à huile essentielle
généralement jaunâtre, moins nombreuses que dans P. hombo et plus
grandes. L’épiderme inférieur non papilleux ne porte pas de poils; les
stomates sont manifestement bordés de deux cellules annexes. Le fais­
ceau médian libéro-ligneux est entouré de collenchyme.

HEl'RRE DE KOM1)0

105

leux, existe à Angola et à Victoria Nianza; la variété Kame­
runensis, avec ses feuilles longuement et étroitement lancéo­
lées, ses nervures nombreuses et ses inflorescences mâles,
très grandes, n’a été trouvée qu’au Cameroun; enfin, la variété
microcephalus, avec ses feuilles largement lancéolées, ses
nervures au nombre de 30 et ses grandes inflorescences mâles,
est connue à Sierra Leone et
à la Cote d’Or. Peut-être
même trouve-t-on le Kombo
dans nos possessions des ri­
vières du sud (Guinée fran­
çaise), si on en juge par le
passage suivant du R. P.
Sébire [Les plantes utiles du
Sénégal, Paris, G. Baillière,
1889, p. 128) : « Il existe en
« Casamance, dans la forêt
« de Diongoutes, près de
« Bronbone, de beaux et
« grands arbres qui produi­ F jg . 20. — P ycnanthus K ombo Warb.
fructifère.
te sent de grosses grappes Un fruit estRameau
ouvert
pour
montrer l'arille
« de noix muscades (bah en
(grandeur naturelle).
« dioula). La saveur de ces
« noix est très peu aromatique. Il est probable que cette
« espèce a beaucoup d’analogie avec le Mgr. Kombo du
« Gabon..... Les noirs, du reste, n'en font aucun usage. »
D escription

de la graine et son rendem ent en corps gras .

— La graine telle qu elle nous arrive en France pour le com­
merce (à Marseille de la côte occidentale d'Afrique), se pré­
sente sous l'aspect représenté fig. 21 A. C’est un ovoïde noi­
râtre, mesurant 2 cent, de long sur 1 de large et portant, sur
un testa noir brillant comme vernissé, des lignes saillantes
alternant avec des sillons profonds qui contenaient les lanières
de l'arille disparu. Cette disposition est encore apparente
dans la fig. 20 où la graine est revêtue de son arille, et dans
la fig. 22 où la graine non revêtue de son arille est contenue

�100 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
dans la double coque du fruit, très épaisse, très coriace, gra­
nuleuse extérieurement et de couleur chocolat foncé. Le poids
de ces graines, dépouillées de leur arille, est de 2 grammes
environ, spermoderme compris, et de 1 gr. 40 sans spcrmoderme. En coupe transversale pratiquée dans sa partie
médiane, elle présente l'aspect lig. 21 G, et en coupe longitu­
dinale, celui des lig. B et D. La coupe est de couleur blanc
jaunâtre et de consistance stéarique : au centre de la coupe
transversale, on voit un espace vide limité par des rayon­
nements à 3 ou 4 branches. Le spermoderne pénètre assez

A

F ig .

21. —

B
c
P ycnanthus K ombo

Warb.

D

A. Graine entière dépouillée de son arille; B. Coupe longitudinale de

la graine faite en dehors de la chambre et montrant la rumination de
la graine; C. Coupe transversale de la graine montrant la chambre
libre disposée en étoile sur la coupe; D. Coupe longitudinale mon­
trant l’embryon (grandeur naturelle).

profondément dans l’endosperme ruminé. Ces graines
ainsi ouvertes ont même, quand elles sont anciennes, une
odeur aromatique spéciale qui n’a rien de bien agréable, et
rappelle celle du laurier sauce, mais très atténuée.
La coupe transversale de l’endosperme, examinée au
microscope, présente des cellules à parois assez épaisses,
contenant au centre une masse solide de matière grasse
entourée contre les parois de très petites grains d’amidon,
agglomérés le plus souvent. La matière grasse solide est
mêlée à des sphérules très petites d'huile liquide, contenant
des grains d’aleurone à cristaux très petits. Le spermo­
derne qui pénètre dans l’endosperme se présente, en coupe,
sous forme de plusieurs rangées de cellules remplies d’une
matière jaune orangée, d'apparence résineuse, qui se dissout

107
partiellement dans le chloroforme et l’éther sulfurique. La
teinture d’iode, appliquée sur une coupe, en mettant en évi­
dence les grains d’amidon, colore en jaune une partie du
contenu cellulaire. Les divers auteurs qui se sont occupés
de la richesse de cette graine en graisse, en apprécient fort
inexactement la teneur. J'ai déjà indiqué ce fait; je me borne
à reproduire ici le passage de Moloney {Stctch of the forestry
of West Africa , Londres, 1887, p. 40410), relatif à notre plante qu’il appelle
Myris/ica anc/olensis Welwitsch : « Les
semences de cette plante ont été impor­
tées récemment à Liverpool de SaintThomé comme graines huileuses. On dit
qu’elles contiennent 72 °/0 ou environ
les 3/4 de leur poids d’une huile concrète.
Elles n ont pas d'odeur et un léger
goût. » Nous avons déjà fait connaître
leur odeur, et leur saveur est légèrement
aromatique et amère.
Le corps gras qui en est retiré, soit
par pression, soit par les dissolvants,
F ig . 22.
est toujours fortement coloré en brun P ycnanthus K ombo
Warb.
rouille, solide à la température ordinaire
Fruit
isolé
et en déhis­
et légèrement odorant. Il prend en vieil­ cence, contenant
une
dépouillée de
lissant l'odeur de saumure de hareng ou graine
arille (grandeur
naturelle).
de triméthylamine. La graine, dépouillée son
de son arille mais pourvue de son testa
noirâtre, luisant, crustacé et cassant, assez facilement sépa­
rable de l’amande, donne, par traitement au sulfure de
carbone, 45.40 °/0 de graisse. Dépouillée de ce testa, elle
en donne (par l'endosperme seul) 56 °/0. Ce corps gras
a pour point de fusion 51° et pour point de solidification
49°. — Après saponification, traitement par l acide sulfurique
concentré et distillation en présence d'un courant de vapeur
d'eau surchauffée, cette graisse laisse un déchet de 25 °/0 ; le
rendement en acides gras distillés est donc de 75°/0. Ces acides
gras distillés soumis à l’action de la presse donnent 68.50 °/0
BEURRE DE KOMBO

�1 OS GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

d'acides gras solides fusibles à 48° 5. La faible proportion
d’acides gras liquides (6.50 °/0) est l'indice d’une constitution
homogène dans ce corps gras. Les acides gras distillés sont
toujours un peu colorés. Les acides gras de saponification sont
très colorés, tout autant que la matière neutre : le rendement
en glycérine est de 8.45 °/0. A l'état neutre, ou à l’état
d'acides gras, cette matière grasse est très énergiquement
attaquée par l'acide sulfurique qui charbonne la masse même
à basse température.
Les acides gras de cette graisse, mélangés à la stéarine de
palme ou de suif, font baisser de plusieurs degrés le point de
fusion du mélange sur la moyenne arithmétique (propriété
caractéristique de la présence de l’acide myristique). Il est
probable que la graisse est presque entièrement composée de
myristine. La teinte foncée et brunâtre que possède le corps
gras à l’état neutre est due à la présence de la matière colo­
rante contenue dans le spermoderme (testa) et qui s’y dissout
quand on presse la graine pourvue de cette enveloppe. La matière
colorante contenue dans la seconde enveloppe qui pénètre dans
l’endosperme ruminé est moins accentuée, elle donne seule­
ment au corps gras une couleur orange. Le corps gras obtenu
par pression de la graine est tout aussi coloré que celui qui est
obtenu par action d'un dissolvant (sulfure de carbone ou éther
de pétrole). En saponifiant le corps gras, les eaux delà saponi­
fication entraînent une partie de la matière colorante spermodermiquedissoute dans le corps gras; c'est une sorte de gomme
résine qui paraît siccative et qui durcit rapidement à l’air.
Cette graisse, à raison des propriétés que nous venons de lui
reconnaître, ne saurait avoir d’emploi ni en stéarinerie ni en
savonnerie. En savonnerie, à cause de sa coloration très brune
à l’état neutre et à l’état d’acide gras; en stéarinerie, parce que
les acides gras qu’elle donne sont presque entièrement com­
posés d’acide myristique qui abaisse sensiblement le point de
fusion des autres acides gras auxquels on peut la mélanger.
Voici l'analyse de la graine telle que l’a faite M. Schlagdenhauffen :

BEURRE I)E ROMBO

109

A nalyse des chaînes . —Ces graines, de la grandeur d’une olive, d’un
brun noir, à spermoderme dur et cassant, sont dépouillées de leur enve­
loppe et réduites en pulpe à l’aide de la râpe.
I. Extrait à l’éther de pétrole. — En les épuisant à l’éther de pétrole
on obtient un liquide jaune paille qui, après évaporation, fournit un ré­
sidu orange constitué par un corps gras, dont le point de fusion est de 51°
et celui de solidification de 49°. On distingue dans la masse, récemment
fondue, des parties blanches cristallisées dans un milieu amorphe
coloré. Il est donc hors de doute qu’il doit y avoir dans cet extrait un
mélange d’au moins deux corps, dont l’un très probablement constitué
par une glycérine, et l’autre par un ou plusieurs acides libres.
Pour résoudre la question à fond, il nous aurait fallu une quantité de
matière supérieure à celle dont nous pouvions disposer.
Le rendement en corps gras est de 50.87 %•
2. Extrait à l'alcool. — La solution alcoolique est jaune orange, dès le
début de l’opération; plus tard, elle se fonce de plus en plus et finit par
laisser, après évaporation, un extrait brun de près de 10 °/0, soit exacte­
ment 9 gr. 09. Cet extrait cède au chloroforme ou au sulfure de carbone
un composé cristallin constitué sans aucun doute par un acide gras, de
sorte qu’il ne reste finalement que 2, 52 de matière soluble dans l'alcool,
insoluble dans le chloroforme et le sulfure de carbone. Ce résidu est
composé presque uniquement de glucose et de saccharose.
Il résulte donc de là que les extraits alcooliques de Staudtia kamerunensis, qui sera examiné dans l’article suivant, et de Kombo sont entiè­
rement différents. Ce dernier, en effet, traité par le chloroforme ou le
sulfure de carbone, se réduit à un point tel qu'il ne reste que le dixième
environ de l’extrait du Staudlia kamerunensis.
3. Détermination des matières azotées. — Une partie de la poudre, épui­
sée par les deux opérations précédentes, traitée par la chaux sodée,
fournit une certaine quantité d’ammoniaque qui vient saturer un volume
déterminé d’acide sulfurique normal. En continuant les opérations clas­
siques, on arrive, par le calcul, à indiquer, pour le poids de la matière
albuminoïde contenu dans l’échantillon, le rendement de 11.012 °/0.
4. Détermination delà richesse en matière amylacée. — L’iode en solution
aqueuse, alcoolique ou alcaline, colore la poudre en bleu foncé. La pré­
sence de l’amidon dans le tourteau est donc incontestable : c’est ce que
le microscope révèle d’ailleurs aisément. Pour opérer son dosage, nous
prélevons 1 gr. de poudre desséchée préalablement à 105°, après épui­
sement par l’éther de pétrole et l’alcool, et chauffons avec 100 cc.
d'eau aiguisée de 10 gouttes d’acide sulfurique, en ayant soin de rempla­
cer le liquide au fur et à mesure des besoins. Au bout de 4 heures, une
partie de la poudre, lavée à grande eau, est examinée de nouveau avec
le réactif iodique. Comme il n'y a plus trace de coloration bleue, on
conclut à la transformation complète de l'amidon en glucose et l'on
arrive à fixer la préparation d’amidon dans le tourteau à 4 gr. 34 °/0.
5. Dosage des sels fixes. — Nous incinérons une partie aliquote de la
poudre épuisée par les premiers véhicules et obtenons un rendement

�110

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

de 1.072 °/0. Ces cendres sont absolument blanches et renferment les
principes qu'on trouve généralement en pareil cas dans les graines, c'està-dire : acides phosphorique et sulfurique, chaux, potasse, trace de magné­
sie et soude.
l.a somme des éléments déterminés ci-dessus retranchée de 100 se rap­
porte au ligneux cl à la cellulose. D'où il suit que la composition immé­
diate de la graine de Pycnanthus Kombo peut être exprimée par :
1. Corps gras (extrait par l’éther de pétrole)........................
2. Matières sucrées et acides gras (extraits par l’alcool)..
3. Matières albuminoïdes (par la chaux sodée)....................
4. Amidon (calculé d'après la quantité de glucose produit)
5. Sels fixes (après incinération de la poudre épuisée)....
6. Cellulose, ligneux et perles.................................................

56.870
9.690
11.012
1.340
1.072
17.016

100.000

Résumé cl conclusions.
Si nous faisons abstraction du corps gras qui entre clans la propor­
tion de ofi.870 dans la composition de la graine, nous voyons que la
somme des autres principes constituent le poids du tourteau. En
rapportant à 100 cette somme représentée par 43.130, nous trouvons les
résultats suivants représentant la composition du tourteau :
Matières sucrées et acides gras (extraits par l’alcool)........
Matières albuminoïdes..........................................
Am idon...........................................................................................
Sels fixes...........................................................................................
Cellulose, ligneux et pertes........................................................

23.468
25.527
10.062
2.485
38.458

100.000
Nous n’avons, il est vrai, dans 9.69 que 2.52 de matière
sucrée, il s’ensuit donc que les 23.468 qui constituent l’ex­
trait alcoolique n’en contiennent que 6.194. Mais cette quan­
tité est suffisante pour que nous puissions envisager le tour­
teau du Pycnanthus Kombo comme une substance alimen­
taire très, convenable pour les bestiaux, attendu qu’on y
trouve 25.527 °/0 de matières albuminoïdes et 10.062 °/0
d’amidon. Pour en tirer tout le bénéfice voulu, il faudra
nécessairement l’associer à un tourteau d’une autre graine,
comme celui du Cocos nucifcra (cocotier), contenant une cer­
taine proportion de matière grasse, qui fait défaut à peu près
complètement dans la graine de Kombo traitée par le sul­
fure de carbone. Mais si ce tourteau est obtenu par pression,
comme il contiendra toujours 10 °f0 environ de corps y ras, l’ali­
ment sera complet et assez riche.

XI
BEURRE DE ST AU DTI A IiAM ERU NENS1S VVARB.
(Voir au Muscc colonial de Marseille, vitrine du Congo, n0' 45, 101, 101 bis.)
H ist o r iq u e e t b o t a n iq u e . — J’ai reçu du Congo français,
à plusieurs reprises, de mes très zélés correspondants, sous le
nom de graines de Niohué ou Niowhé, des semences dont
l’examen attentif ne me laisse plus de doute, à l’heure actuelle,
sur leur nature botanique. Ce sont bien celles du Staucltia
kamerunensis Warburg et non celles du Pycnanthus Niowhé
(Bâillon) Warburg, comme le nom de Niowhé semblait l’in­
diquer. Cette erreur nous révèle deux faits importants : 1° que
les indigènes appliquent les mêmes noms à des plantes dis­
semblables ; 2° que contrairement à ce qui est connu jusqu'ici
(et comme il fallait le supposer du reste), l'espèce nouvelle
de Warburg qu’il a décrite dans sa Monographie des Myristicacées, p. 241, n’existe pas seulement au Cameroun, comme son
nom spécifique le ferait croire et comme l’indique War­
burg, mais bien probablement sur d’autres points de la côte occi­
dentale d’Afrique (hémisphère sud) et certainement dans notre
colonie du Congo. Les graines que j’ai reçues venaient des
environs de Libreville : par contre, je n’ai pas encore pu
avoir, de cette région dont je possède cependant de si nom­
breux et si précieux envois de graines grasses, par mon excel­
lent correspondant M. Autran, la véritable semence de Niowhé
(.P ycnanthus Niowhé). Je vais donc m’occuper, bien que som­
mairement, de la graine de Staudtia kamerunensis qui paraît
être assez abondante au Congo.
N’ayant eu que les fruits et les graines de cette plante,
j’en donne ici la description mot à mot d’après Warburg. Ce
savant l’accompagne d'une figure (rameau fructifère et feuille.

�U 2 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
coupe longitudinale et transversale de la graine, tab. VIII,
sous le nom de Brochoncara kamerunensis).
Sur le sec, rameaux anguleux, striés, cendrés, glabres, pétioles courts,
canaliculés en dessus, légers, les plus jeunes noirâtres ; feuilles subco­
riaces, glabres, lancéolées ou oblongues lancéolées, longuement acuminées, aiguës au sommet, arrondies à la base et enfin atténuées en un
pétiole ; nervure médiane très proéminente en dessous, peu en dessus,
nervures secondaires au nombre de la â 20, à peine visibles, bifurquées
bien avant d'atteindre la marge de la feuille et se terminant en un
réseau de nervilles à peine moins distinct que les nervures.
Inflorescences dépourvues de feuilles depuis l’aisselle, subsphériques,
presque sessiles, entourées extérieurement de bractées larges, velues,
caduques ; fleurs minimes, sans bractées, tomentcuses, brièvement pédicellées, capitées, les mâles subinfondibuliformes, à 3 lobes (rarement 4)
ovés, obtus, glabres en dedans, â androcée cylindrique brièvement stipité, anthères 3 adnées au dos de la colonne, linéaires, étroites; fleurs
femelles subglobuleuses, «à 3 lobes (rarement 4) largement ovés, glabres
à l'intérieur; ovaire très tomentcux; stigmate petit, â peine â 2 lobes,
glabre, sessile, ovule anatrope basilaire. Fruits brièvement pédicellés,
retenus quelquefois à la base par les lobes du périgone longuement
persistant et légèrement aecrescenls; péricarpe bivalve, charnu, finale­
ment glabre; arille rouge très épais, complet ou ne recouvrant pas com­
plètement la pointe, semenceovale ou oblongue elliptique, testa ligneux,
endosperme non ruminé; embryon petit, épais, subbasilaire ou sublatéral, cotylédons minimes, épais, non divariqués.

M. Warburg ajoute à cette description les développements
suivants : « Les jeunes pousses ont une épaisseur de 2 à
« 3 nnn.; les pétioles mesurent 0 à 8 mm. de long et 1 mm.
« d’épaisseur; les feuilles, à l'état frais, d’après l’étiquette
« accompagnant l’espèce, sont d’un vert brillant et mesurant
« 9 à 15 cent, de long sur 2 1/2 à 5 de large, leur plus
&lt;( grande largeur étant au-dessous de leur milieu. Les capi« tules floraux ont 7 mm. de diamètre, les pédoncules llo« raux à peine 1 mm. de long et le périgone est encore plus
« court... Le fruit, couleur rouge chair à maturité, mesure
« 5 cent, de long sur 3 1/2 de large; le péricarpe sec, 3 à 4,
« et frais, 8 mm. d’épaisseur ; la graine a 3 cent. 1/2 de long et
« 11/2 d’épaisseur ; l’arille frais est, en bas, épais de presque
« 7 mm., son épiderme ne présentant à la loupe aucune strie
« longitudinale. Dans l’endosperme, lacouche interne est mani-

113
&lt;( lestement séparée de l’externe; l’embryon possède un axe
« hypocotylé, épais, long de 3/4 de mm. En outre de la
&lt;( matière grasse, l’endosperme, non ruminé, contient de l’ami« don et paraît posséder aussi de grandes cellules à huile
« essentielle dispersées dans sa masse.
« Grand arbre, de 30 à 38 mètres de haut, avec une tige
« élancée et une tête sphérique, écorce rude et brune, bois
« dur et rougeâtre, à suc rouge : connu au Kameroun.
« Quoique la nervation de la feuille soit semblable à celle
« du genre madécasse Brochoneura, les inflorescences com« plètement différentes (en tête et non en grappe), et la dis« semblance des fleurs (pédonculées et non sessiles,
« 3 anthères et non G à 10) forment obstacle à la réunion de
« cette espèce dans le même genre. »
IJELRRE DE STALDTIA KAMERUNENSIS

D e s c r ip t io n e t r e n d e m e n t d e la g r a in e en m a t iè r e g r a s s e .

— La graine dépouillée de son arille, telle qu elle arrive de
la côte d’Afrique, et pourvue de son enveloppe extérieure

A

H

C

23. — S taudtia kamerunensis W a rb .
A. Graine dépouillée de son spermoderme et de son arille; B. Graine
dépourvue de son arille; C. Coupe transversale de la graine, endos­
perme non ruminé (grandeur naturelle).
F ig .

(testa), se présente sous l’aspect représenté fig. 23 B : elle a
la forme olivaire comme celle de Pycnanthus kornho, mais elle
est un peu plus grosse, le plus souvent, et un peu plus longue.
La couleur du spermoderme extérieur est rouge cuivre ou
jaune d’ocre; cette enveloppe est cassante, crustacée, peu
épaisse et ne se détache pas spontanément, bien qu elle soit
séparée de l'enveloppe interne. Cette dernière est de couleur
Graines [/russes nouvelles des colonies françaises.

�I i i GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

isabclle. Sur 1enveloppe externe, crustacée, on voit des sil­
lons longitudinaux orientés dans le sens de la plus grande
longueur de la graine et alternant avec les lignes saillantes :
les dépressions, moins profondes et. moins nombreuses que
dans la graine de ko ni ho, correspondent aux liyiières de
l'arille.
Le tégument interne, de couleur plus claire, est appliqué
intimement contre Lendosperme, dont il ne se sépare pas, quel
que soit l'état de dessiccation de la graine (fig. 23 A). Il pré­
sente aussi extérieurement des sillons et des crêtes en grand
nombre, mais plus multipliés que ceux de l’enveloppe externe
et ne correspondant pas à ceux-ci : il ne pénètre pas dans
I endosperme qu'il entoure et qui n'est point ruminé.
L endosperme est de couleur chocolat : il se coupe facile­
ment au couteau en laissant une tranche brillante, stéarique.
II a une légère odeur aromatique et sa saveur rappelle celle
du mastic avec un peu plus d'arome agréable : pas la moindre
amertume. A la coupe transversale de l endosperme, on con­
state que cet organe est composé de deux parties, une partie
périphérique très homogène, assez épaisse, et une partie centrale
limitée par une circonférence blanche, ligne de séparation avec
la portion périphérique : cette partie centrale (lig. 23 G) est
très petite en section transversale. A la coupe longitudinale, on
voit qu elle est formée par une partie centrale, sous forme d’un
cylindre qui s’étend de la base au sommet de la graine à peu
près. Ce cylindre se sépare quelquefois sous l'influence de
la dessiccation, par rupture de sa ligne blanche de jonction,
d’avec la masse endospermique périphérique, comme 1 in­
dique la fig. 23 C.
La graine, pourvue de ses enveloppes, mesure 2 cent. 5 de
long et 1 1/2 de large au maximum; son poids est de 3 gr. 50
maximum et 2 gr. 10 minimum.
Examinée au microscope, une coupe transversale de cette
graine présente des cellules h parois peu épaisses contenant
en même temps une masse de matière grasse solide et en
assez grande quantité des grains d'amidon rappelant par
leur forme ceux du Coula edulis, mais cependant pourvus

DEURRE DE STAUDTlA KAMERUNENSIS

d’un hile linéaire central. Cette fécule se présente quelque­
fois aussi sous forme d’ovoïdes tronqués rapprochés deux
à deux par leur surface de troncature. Au milieu de cette
masse de tissus gras et féculent tout à la fois, sont semées
assez discrètement des cellules plus grandes, contenant une
huile essentielle jaune verdâtre.
Le rendement de ces graines grasses par le sulfure de car­
bone est (dans les graines-pourvues de leur double enveloppe
sans arille) de 31.70 °/0. Ce corps gras est solide à la tempé­
rature ordinaire, de couleur jaune de cire d’abeilles naturelle,
et de saveur et d'odeur aromatiques comme les graines.
Les acides gras de saponification, qui sont aussi très colo­
rés, se solidifient à 39° 20 ; ils sont constitués par de l’acide
myristique et de l’acide oléique. Il est inutile d’ajouter que ce
corps gras ne semble pas indiqué dans l’emploi soit de la stéarinerie, soit dans la savonnerie. Peut-être pourrait-il avoir
quelque utilité aux lieu et place du beurre de muscade dans
ses emplois médicinaux. Le tourteau provenant du traitement
de cette graine par le sulfure de carbone a été analysé par
M. le professeur Schlagdenhauffen, de Nancy, avec les résul­
tats suivants :
A nalyse du tourteau . — Le tourteau se présente sous forme d’une
poudre rouge brique qui ne tache pas les doigts et ne paraît par con­
séquent plus devoir renfermer de corps gras. Nous la soumettons
d’abord à la dessiccation complète, à l'étuve à air, à 103°, puis nous l’épui­
sons par l’étlier de pétrole, l’alcool et l’eau, et incinérons finalement ce
produit épuisé pour obtenir le poids des cendres et, par différence,
celui du ligneux et de la cellulose.
1. Eau hygrométrique. — Sa perte à l’étuve est de 10° 25 °/0.
2. Extrait à Véther de pétrole. — Ainsi que nous l’avions supposé, à la
simple inspection, le tourteau ne contient qu’une proportion insigni­
fiante de corps gras: Ogr. 31 °/0. Celui-ci est entièrement blanc,fusible à
40° et solidifiable à 33°. Traité par l'alcool à 90° il se dissout et se
reprécipite à froid sous forme de cristaux aiguillés.
3. Extrait à l'alcool. — Aussitôt en contact avec de l’alcool, la poudre
abandonne une matière colorante. Au bout d’un certain temps, le liquide
fonce de plus en plus et contient alors une quantité considérable de tan-

�116 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

nin. La solution ne présente pas le moindre effet parle spcctroscope;
on n'y distingue aucune bande d’absorption. Complètement évaporée,
elle fournit un extrait «pii, à l étal sec, se présente à 20 gr. 30 °/0- Cet
extrait ne se dissout pas entièrement dans l'eau. La portion insoluble
contient des matières résineuses, colorantes, et des phlobaphènes ; tandisque la partie soluble, 7.63 °/0, est constituée principalement par de la
glucose et du saccharose. Quand on effectue le traitement de ce liquide
par de l'acide sulfurique étendu en vue d'obtenir la transformation de
la saccharose, on constate toujours la production d'une matière rési­
neuse parmi les produits de dédoublement.
4. Dosage de la matière amylacée. — En traitant la poudre par de l'iodure ioduré de potassium, on remarque une coloration bleue très pronon­
cée, qui indique la présence d'une proportion notable d'amidon. Dans le
but d'en effectuer le dosage, nous en prélevons une partie aliquote et la
traitons au bain-marie par de l'acide sulfurique étendu jusqu'à réaction
complète et dosons la quantité de glucose obtenu à l'aide du réactif de
Bareswill. Le nombre trouvé exprime par le calcul la proportion d'ami­
don dans la poudre, soit 13.50 °/0.
5. Dosage des matières albuminoïdes. —Nous avons essayé de recher­
cher dans la partie insoluble de l’extrait alcoolique la présence des
matières azotées, mais les résultats sont restés négatifs. Dès lors, nous
ne pouvions donc espérer rencontrer les composés de cette nature (jue
dans la partie résiduaire, après épuisement par l'éther de pétrole et
l'alcool. Ce résidu, traité par le sodium et par le mélange des sels ferrosoferriques, fournit un abondant précipité de bleu de Prusse; il était
donc à supposer que la méthode de Will et Warentrapp nous fournirait
un rendement assez élevé. Nous trouvons en effet près de 7 °/0 de
matières albuminoïdes, soit exactement 6.943 °/0.
6. Dosage des cendres. — Une partie de la matière est incinérée afin
d'obtenir le poids des sels fixes, et, par différence, celui du ligneux et de
la cellulose. Nous arrivons, de la sorte, pour les cendres à 0.336 et pour
l'autre à 48 gr. 161 °/0.
La composition du tourteau de Stauldia kanierunensis peut donc être
établie comme suit :
Eau hygrométrique.........................................................., ...........
Corps gras (épuisés à l'éther de pétrole).................................
Matières résineuses et phlobaphènes................. ^ traité |
- par &lt;
Glucose et saccharose............................................ ' 1alcool (
A m idon...........................................................................................
Matières albuminoïdes..................................................................
Cendres.............................................................................................
Ligneux, cellulose et perles.......................................................

10.25
0.31
12.67
7.63
13.50
6.943
0.536
43.161
1 0 0 .0 0 0

BEURRE DE ST AU DTI A KAMERUNENSIS

117

Résumé et conclusions.

Malgré l’absence presque complète de corps gras, on voit
que la quantité de principe sucrés (7 gr. 63 °/0 de l’extrait
alcoolique), d’amidon 13 gr. 50 °/0 et de matières albumi­
noïdes 6 gr. 943 °/0 permettent d’envisager ce tourteau comme
un aliment passable pour les bestiaux, surtout s’il provient
de graines traitées par pression et qui contiennent toujours,
dans ce cas, 10 °/0 de matières grasses. Toutefois, dans les
mêmes conditions, ce tourteau sera inférieur à celui du Myr.
Kombo qui est moins riche en amidon mais plus chargé
en matières albuminoïdes.

�119
dant, soit en Nouvelle-Calédonie, soit à la Guyane, et
qui occupait à ce moment les fonctions de commandant du
poste de Pariacabo1, une lettre dans laquelle il est dit, à
propos du Virola sebifera : « J'ai trouvé deux espèces [sic)
(( de cet arbre : une de modeste taille, à petits fruits et à
« grandes feuilles, et une autre très grande, à gros fruits, qui
« est le géant des savanes ». Si j’en juge par les fruits et par
leurs dimensions, comparés à ceux de V. sebifera, le Virola
Micheli (nous le saurons bientôt) doit être un grand arbre et
semble répondre « au géant des savanes de Jeannenev » ;
SUIF DE VIROLA MICHEL!

XII
SUIF DE VIROLA MICIIELI HECKEL
I)E LA GUYANE FRANÇAISE

(Voir au Musée colonial de Marseille, vitrine Guyane, n0&lt; 170, 174.)

J'ai reçu, à l’état très frais, cette année même, de
MM, Hâves et Michel, mes dévoués correspondants à SaintLaurent-du-Maroni (Guyane française), sous un nom inexact,
un lot de graines d’une Myristicacée du genre Virola, que
j'ai reconnue nouvelle quoique se rapprochant beaucoup
de Virola Surinamensis, fait qui a été confirmé (in litteris) par
M. Warburg, le savant monographe de la famille des Myristicacées. On sait, en effet, que le genre de Virola n'est repré­
senté dans les Guyanes que parles espèces V. sebifera Aubl.
et V. Surinamensis (Roi.) Warb. Je m’étais assuré, du reste,
que toutes les autres espèces de ce genre essentiellement
américain ne répondent pas complètement à la diagnose que
je vais donner de cette espèce nouvelle, en la basant seule­
ment sur l'état de la graine, unique organe que j’en aie
reçu jusqu'ici. J'en compléterai ailleurs la description, quand
j’aurai en mains les matériaux nécessaires; mais, dès aujour­
d'hui, je la dédie sous réserve de la vérification spécifique à
l’aide d’autres éléments (foliaires et floraux), à mon corres­
pondant, M. Michel, pharmacien du service des Colonies,
à qui je dois d'en connaître les graines ramassées par lui
à Saint-Laurent-du-Maroni. Il est probable, du reste, que cette
forme ou espèce nouvelle, très intéressante à divers égards,
n’existe pas seulement sur les bords du Maroni, où l'a ren­
contrée M. Michel, et d’où il l'a expédiée en Europe pour la
première fois. Le 2 novembre 1895, je recevais, en effet, du
regretté Jeannenev, qui fut longtemps mon çorrespon-

A

B

C

D

F ig . 24. — V irola M ich eli Ileckel.
A. Graine pourvue de son arille et vue par son sommet; B. Graine
dépouillée de son arille et vue en coupe transversale ; C. Graine pour­
vue de son arille et vue par sa base d’insertion ; D. Graine arillée
reposant sur sa base (grandeur naturelle).

mais ce sont là de simples conjectures, car Jeannenev ne
m’envoya jamais ni l’une ni l'autre de ces deux espèces de
Virola.

D e s c r ip t io n d e la g r a in e e t r ic h e s s e en g r a is s e . — Cette
graine m’est arrivée recouverte de son arille (fig. 2i A et
B), mais dépouillée de son fruit, que je ne connais pas. L arille
est jaunâtre, à peu près lacinié depuis la base de la graine jus­
qu’au sommet : les lanières en sont très plates, dichotomes le
plus souvent, et allant quelquefois, d'un jet, delà base au som­
met, où elles se réunissent toutes (en se recouvrant les unes
les autres) en un capuchon à éléments difficilement sépa­
rables, à l’état frais, mais que la dessication finit par dis­
joindre. L’une d’entre ces lanières, plus large que les autres,

I. Ce poste est très éloigné de Saint-I.aurenl-du-Maroni et en pleine
forêt de la Guyane, dans la partie sud de cette colonie, tandis que
Saint-Laurent-du-Maroni est au nord.

�120 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
s'applique dans une partie carénée du testa et forme, près du
sommet, et un peu avant sa terminaison, une pointe plus ou
moins aiguë mais toujours très apparente. Cette lanière, gibbeuse, large, se divise, par la dessiccation, en deux parties
égales. Au-dessous de l'arille, le testa, à l’état frais, est de
couleur gris perle sur fond chair, pour passer, en vieillissant, à
celle de la noix muscade (brun marron) le plus souvent.
Cette enveloppe, testacée, épaisse d’un millimètre, est dure
et cassante, assez peu profondément, mais largement sillon­
née pour loger les lanières de l'arille. Les creux et les élé­
vations qui en résultent se reproduisent sur la surface de la
graine appliquée étroitement contre le testa. Cette graine
est de couleur brun marron, chagrinée extérieurement.
L endosperme est très profondément ruminé, sa masse est
blanche, mêlée de marbrures rouge jaunâtres, provenant de
la pénétration du spermoderme. Au centre, on trouve une
grande chambre vide, de dimensions à peu près égales dans
tous les sens, mais pas toujours. L’endosperme a une légère
odeur aromatique, à l’état frais, qui disparaît assez rapidement
à la dessiccation; embryon très petit, à cotylédons divariqués.
La graine, à la coupe, laisse transsuder un peu d'huile; sa
cassure est grasse, onctueuse; sa saveur est un peu amère,
comme celle de l'arille. Sa longueur est de 0 m. 021 et sa
largeur de 0 m. 019; son poids, avec testa et arille, oscille
entre 2 gr. 37 et 2 gr. 84; dépouillée du testa et de l’arille,
elle pèse de 1 gr. 48 à 1 gr. 9b.
L'examen microscopique de l'arille, à saveur aromatique et
amère, décèle un parenchyme gras, parsemé de cellules plus
grosses à huile essentielle jaunâtre : les granules d’amylodextrine (Tschirch) sont à contour régulier et non dentelé;
ils sont rendus très visibles par leur coloration en rouge
vineux, au moyen de la teinture d’iode.
L’endosperme est formé, en totalité, par des cellules
grasses, à parois épaisses, pourvues (le bandes réticulées
très fines et très anastomosées entre ellesb Le corps gras
1. Cette disposition anatomique spéciale que nous ayons déjà rencon­
trée dans l’endosperme de Ochocoa Gaboni Pierre, et que nous retrou-

SUIF DE V1KOLA MICIIEL1

121

solide, en masses, qui y est contenu est en cristaux aiguillés
rayonnants : on y voit aussi quelques globules sphériques
d'huile liquide, pourvus d’aleurone à gros cristaux. Quelques
cellules renferment de gros cristaux prismatiques d'oxalate
de chaux ; pas de cellules à huile essentielle. Pas de fécule,
sauf dans l'endosperme jeune et non mûr où il en existe qui
disparaît au moment où se forment les bandes réticulées
des parois cellulaires.
Voici la composition de la graine pour cent en poids :
arille 14.20; testa 16.10 et endosperme ruminé 69.70. Le tout
étant obtenu par le traitement au sulfure de carbone : l'arille
donne 47.10 °/0 d’une graisse aromatique, mêlée d’huile
essentielle, le mélange est de couleur jaune verdâtre ;
l’endosperme donne 65.41 °/0 d'un corps gras solide.
En rapportant ces proportions de matières grasses de
l’arille et de l’endosperme au poids de la graine elle-même,
on a pour 100 parties de graines : 5.65 pour l’arille, 45.60
pour l’endosperme ; en tout 51.25.
Le corps gras solide extrait de l endosperme a une densité
de 1.043 à 15°; il est formé de myristicine et d'oléine. Les
acides gras de saponification se solidifient à 36°. Il y a
7.06 °/0 de rendement en glycérine.
Cette espèce étant peu connue, et, jusqu'ici, sans intérêt
commercial, je n’ai pas cru utile de donner une analyse du
tourteau. Elle n'est encore qu’à l’état de curiosité scientifique,
mais il fallait la faire connaître, à ce titre tout au moins,
pour appeler l’attention sur un produit qui a quelques points
de ressemblance avec le Guingamadou [Virola sebifera),
originaire de la même région et dont nous aurons à nous occu­
per bientôt.
verons dans les mêmes organes de la graine d'IJydnocarpus anthrlminlica Pierre, n’est pas caractéristique du genre, car elle n'existe pas,
comme nous le verrons dans la graine de Virola sebifera Aublet, pas
plus qu’elle ne se retrouve dans Iii/clnocarpus Wightiana Roxb. dont
nous avons publié une étude de la graine et de l’huile dans le Journal
de Pharmacie et de Chimie, 1885. C'est donc un caractère tout à fait
spécifique, disséminé dans un certain nombre de familles très dis­
tinctes et très éloignées, et qui jusqu’ici, croyons-nous, n'avait pas
été signalé encore dans les endospermes.

�GRAISSE DE KRÉBAO

GRAISSE DE K RKBAO OU DE CHUNG RAO
PE COClriNClIINE

(Voir au Musée colonial de Marseille, vitrine Gochinchinc française,
n01 284, 285, 286.)

— Au commencement de l'année
1899, il est arrivé dans le commerce de Marseille, provenant
de Saigon, un chargement de graines grasses, sous le nom
de Krébao, destinées à être soumises à l essai industriel. L'une
des plus importantes maisons qui s’occupent des corps gras
voulut bien m’en envoyer une certaine quantité pour l’étude,
et je ne tardai pas à les identifier avec celles d’Ilydnocarpus
anthelmintica Pierre. Cette espèce, particulière à la Cocliinchine, ayant été seulement signalée, sans description, par
Warburg dans Engler (Pflanzenfamilien , III Theil 21), et
par De Lanessan (Plantes utiles des Colonies françaises, p.
303 et 707 ), j'ai demandé à M. Pierre de vouloir bien, avec
son obligeance habituelle, me donner une description détail­
lée de cette espèce pour mon étude sur les corps gras des
colonies françaises. II s’est rendu à mon désir, ce qui me per­
met de donner ici la primeur de cette description ; je la tra­
duis mot à mot de sa diagnose latine, en déclarant que je n'ai
pas pu la contrôler, n’ayant jamais eu entre mes mains de
spécimen botanique de cette plante :
H istorique

et botanique .

Feuilles ovales, oblongues, ou linéaires oblongues, assez longuement
lancéolées, aiguës, atténuées à la base, glabres, coriaces. Rameaux
jeunes, pourpres, les anciens vert sombre, nervures secondaires 8 à 10,
grêles des deux côtés, à veinules très réticulées; grappes plus longues
que le pétiole, pédicelles dans les fleurs hermaphrodites deux fois plus
longs que le pédoncule commun, articulés au-dessus de la base;
sépales pubescents à l’extérieur, glabres comme les pétales, naviculaires, à écailles pédonculées, arrondies et ciliées; anthères deux fois

123

plus longues que les filets glabres, larges ; ovaire ovoïde à 5 côtes,
lomenteux ou presque hispide, plus long que le style épaissi; stigmate
en bouclier, bombé, à bords réfléchis et dentés; placentas 5, ovules
innombrables; baie mammelonnée ou ovée, acuminée, à semences angu­
leuses.
Arbre de 8 à 15 mètres, à ramuscules dorés, pubescents, de 1 mm.
d’épaisseur; pétiole 9 à 15 mm. de long, canaliculé, limbe foliaire 9,5 à 24
cent, de long, et 1.5 h 6.5 de large, quelques feuilles elliptiques, de
13 cent, de long sur 5 cent, de large, subobtuses ou aiguës des deux côtés.
Grappe hermaphrodite, à pédoncule égalant à peu près le pétiole, divisions
très courtes, à pédicelles de 15 à 20 mm. de long. Sépales tout à fait libres
de 5.0.7 cent, de long, dépassant un peu les pétales. Filets staminaux
1.5 mm. de long, deux fois plus courts que les anthères oblongues et
obtuses. Pistil 4 mm. de long, subhispide, lancéolé, à sommet 4-5
lobé. Ovaire 5 mm. de long, ovules pubescents. Style et stigmate de
2 mm. de long; lobes du stigmate réunis en tube 5-fides au sommet, à
lobes bidentés. Baies pourvues d'une écorce, 8 cent, de long, 8.5 de
large, atténuées au sommet, obtuses. Péricarpe épais de 6 à 7 mm. ;
épicarpe léger, mésocarpe scléreux, dont les cellules resserrées forment
un anneau solide; endocarpe pulpeux ; semences 2 cent, de long, 1.5 de
large, à angles obtus, à tégument crustacé ; albumen épais, gras, plus
long que l’embryon. Tigelle plus courte que les cotylédons cordés,
ovales, elliptiques et à trois nervures (trinerviés).
Espèce remarquable, qui se distingue facilement par la forme de ses
feuilles, du stigmate et de la baie; habite dans toute la Cochinchine
australe (herbier Pierre, 189i ), où cette essence forestière est nommée
Chàm ou Chung-bao; elle est encore nommée, par les marchands de
drogues, sous le nom de daiphon-tu ou Mau-cho. Dans la médecine indi­
gène, l'endosperme est vanté contre la galle-ou les vers. La graine de ce
végétal se distingue de celle de la fève de Saint-Ignace dont elle
diffère un peu par l'aspect, le poids, la forme, le tégument, la nature de
l’albumen et celle de l’embryon. Les fèves de Saint-Ignace (Ignalia
amara Berg) sont appelées, par les Annamites, thua j&gt;hu tu, et, d'après
Loureiro, au centre de l'Annam, elles sont nommées luit daût giù.
D escription

de la graine et son rendem ent en corps g ra s .

— Les graines, telles qu elles arrivent dans le commerce,
sont de couleur foncée et portent encore, sur leur tégument
dur et ligneux, la trace de l’endocarpe pulpeux qui s'est soli­
difié et empâté sur plusieurs points de ce tégument. Elles se
trouvent ainsi déformées. Débarrassées de cet empâtement,
elles sont en général amygdaloïdes et polyèdriques, à faces
courbes et â arêtes mousses, séparant les différentes faces qui
limitent le solide ainsi formé ; on trouve généralement trois

�I 2i

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

à quatre faces planes ou courbes, avec deux extrémités arron­
dies, dont une plus grosse que l’autre. Ces graines (tig. 25 A)
mesurent en général 2 cent. : l’épaisseur du testa est de
1mm. 5, il présente une structure rayonnée transversalement
(fig. 25 B). A l'intérieur de ce testa, est une graine enveloppée
d'un te&lt;rmen très léger, grisâtre, ride et intimement adhérent
â l'endosperme dont on peut cependant le séparer avec
1aide de 1ongle. Au-dessous de ce tegmen est 1endosperme
gras, blanchâtre, comme translucide et peu résistant. 11
entoure de toutes parts un embryon foliacé déjà décrit dans

a
n
F ig . 25. — II ydnocarpus anthelmintica Pierre.
A. Graine pourvue de son arille ; B. Graine en coupe longitudinale
montrant le spermoderme, l'endosperme et l’embryon (grandeur
naturelle). (Figure extraite d’Engler P/lanzenfamilien.)

la diagnose de M. Pierre. Cet endosperme a une saveur
agréable de noisette ou de noix de coco, mais légèrement
cyanique. Le poids de la graine, pourvue de son testa, en
moyenne, est de 2.23. Sur une coupe transversale, cette
graine présente, dans tout l'endosperme, des cellules à
parois minces, munies de lines bandes réticulées. Le réseau
de réticules est très tenu, formé de bandes légères, fines, qui
s'anastomosent les unes dans les autres et enveloppent toute
la cellule1. Ces cellules renferment uniquement une masse de
corps gras et pas de trace d’amidon dans la graine mûre :
1. Ce caractère anatomique semble, dans le genre //i/d/iocarpus, parti­
culier à l'espèce que nous éludions ici; il ne se retrouve point, en tout
cas, dans une autre espèce de l’Inde que j’ai étudiée, à ce point de vue
et à d'autres : c'est 17/. Wighliana Roxb.

125
dans h; jeune âge, l'endosperme contient de l’amidon qui dis­
paraît au moment où les bandes réticulées se forment. — Les
cellules sont remplies d’un corps gras qui se présente sous
iorme de sphérules incolores, de dimensions diverses, à aleurone renfermant de petits cristaux de formes différentes. Ces
sphérules se colorent en jaune par la teinture d’iode.
La graine renferme 66.50 °/0 de coque (testa) et 33.25 °/0
d’amande.
Le rendement en matière grasse de la mande par le sul­
fure de carbone est ;
Sur l'ensemble de la graine de 20.44 °/0.
Sur l’amande seule de 65.50° 0.
Le corps gras, qui est ainsi obtenu, par pression, de
l’amande dépouillée de sa coque, se présente sous l aspect
solide à la température ordinaire, à odeur forte : il rancit
facilement et prend alors une odeur désagréable : il est d’un
beau blanc. Sa densité à 15° = 0.955.
Le rendement en acides gras de saponification est de 93.20 °/0.
Le rendement en acides gras solides de saponification est
de 90.40 °/0.
Le point de solidification des acides gras de saponification
est de 40° 0.
Le point de solidification des acides gras solides de saponi­
fication est de 40° 9.
Le rendement en glycérine est de 9. 16°/0.
Les acides gras sont de composition homogène, ils ren­
ferment très peu d’acide oléique, comme l’indique la compa­
raison des deux rendements en acides gras totaux et en acides
gras solides.
Il faut signaler que le traitement à chaud des acides gras
de saponification par l’acide sulfuriqne concentré donne nais­
sance à une coloration bleue marine, très remarquable.
Le rendement en acides gras de distillation est de 78 °/0.
Le rendement en acides gras solides de distillation est
de 73.80°/o.
Le point de solidification des acides gras de distillation est
de 36°4
GRAISSE DE KRÉBAO

�126 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
Le point de la solidification des acides gras solides de distil­
lation est de 3709 °/0.
Ces acides gras présentent l'anomalie suivante : infériorité
du point de solidification des acides gras de distillation sur
celui des acides gras de saponification ; c’est 1inverse qui se
produit le plus généralement. Les acides gras extraits de cette
graisse de Krchao sont d'une composition particulière : ils ne
sont pas constitués, comme dans la majorité des huiles con­
crètes, par un mélange d'acide palmitique et stéarique, mais
bien par de l'acide oléique et de l acide laurique.
Ce corps gras ne saurait avoir aucun emploi en stéarinerie
à cause du faible point de solidification des acides gras
solides, mais il pourrait être très fructueusement utilisé dans la
savonnerie.
Voici les détails de l'examen chimique de la graine et du
tourteau faits par M. Schlagdenhauffen :
A n a l y se ch im iq u e de la g r a in e . — Le poids moyen des
graines analysées est d'environ 2 gr.
Sur un lot de 10 graines dont la plus petite pèse 1.03 et
la plus grosse 3.14, nous constatons que le poids de l’amande
mondée est d environ deux à trois fois moindre que celui de
la coque, ainsi que l'indiquent les nombres suivants :

Poids total.

Amande mondée.

Coque.

1.03
0.38
0.65
3.14
0.75
2.39
Le poids total moyen exact d'une graine, pris sur divers
lots, est de 1.940 (coque 1.400, amande 0.478).
La graine mondée, épuisée par l'éther de pétrole, fournit
environ 58 °/0 de son poids de corps gras, soit exactement
57.787. Ce composé commence à fondre à 24° et se liquéfie
entièrement à 27° seulement.
Sa solution chloroformique se colore en bleu au contact de
l'acide sulfurique concentré. Sa coloration est plus intense
quand on ajoute à l'acide un oxydant tel que : acide iodique,

127
molybdique, sélénieux; mais l’addition d’acide nitrique ne
produit aucun effet. La [goutte d’acide sulfurique entraîne le
corps gras et forme au fond de la capsule un enduit brun
foncé. Lorsque l’huile est mise en contact direct avec l'acide
sulfurique, sans addition préalable de chloroforme, on ne con­
state pas la moindre coloration bleue : le mélange devient
brun foncé et ne s’altère pas. La coloration bleue observée
dans ces conditions nous paraît donc être une réaction carac­
téristique de ce corps gras.
Saponifié par la potasse ou la soude alcoolique, il donne
naissance à un savon qui, après traitement par de l'acide
chlorhydrique, fournit un ou plusieurs acides gras. Le précipité
lavé jusqu’à refus, puis entièrement desséché, est repris par
l'alcool. La solution alcoolique laisse déposer, au bout d’un
certain temps, une masse complètement opaque, sans trace de
cristaux, dont le point de fusion est de 47°, et le point de soli­
dification de 44°.
Quand on compare ce résultat à ceux de Ileintz (DragendorlF, Analyse des véyétaux, Encycl. de Frémy, p. 13) relatifs
à la composition des acides gras, on trouve qu il existe aux
environs de 47° plusieurs mélanges qui pourraient jusqu’à un
certain point se confondre avec celui que nous avons sous la main.
Soit 40 d'acide palmitique et 00 d'acide myristique fusible
à 47° ; 70 d’acide stéarique et 30 d’acide laurique fusible à 40° 7 ;
et d’autresencore, s’éloignant de plus de quatre ou cinq dixièmes
de degrés de 47°. Mais comme tous ces mélanges ont la pro­
priété de constituer dès cristaux, soit après solidification, soit
après évaporation des solutions alcooliques et que le produit
qui nous occupe est presque complètement amorphe et
opaque, nous admettons jusqu’à plus ample information que
nous avons affaire à un mélange, à parties égales, d’acide
palmitique et d’acide laurique, puisque, d’après Ileintz, c'est
ce mélange qui a pour point de fusion 47°, et pour point de
solidification 44°.
Ce premier fait établi, nous avons procédé à l’analyse des
principes contenus dans la matière ainsi deshuilée : nous y
avons constaté la présence de principes sucrés, albuminoïdes,
graisse de kréuao

�128 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
gommeux et colorants, comme dans toutes les graines, mais
sans présence de matières amylacées.
Nous avons opéré de même avec le tourteau cpii nous avait
été remis, mais les nombres trouvés ne sont pas identiques
par la raison que le tourteau, obtenu industriellement par pres­
sion. renfermait encore une proportion considérable de corps
gras, plus de la moitié de la totalité existant normalement. Il
nous semble donc inutile de transcrire ici nos deux analyses;
celle qui se rapporte au tourteau nous paraît suffisante.
Composition du tourteau.
Corps gras..................
33.150
Principes sucrés........................................................ 6.840
Matières albuminoïdes.............................................. 23.387
Matières indéterminées............................................. 1.830
Matières gommeuses et colorantes.......................... 5.135
Cellulose, ligneux et pertes...................................... 25.427
Sels fixes..............................
4.231

100.000
1. Pour arriver à ce résultat, nous épuisons d’abord le
tourteau par l'éther de pétrole. Le liquide évaporé fournit
comme on le voit une quantité de corps gras considérable,
au delà de 33 0 0. Ce corps gras a été saponilié par la potasse
alcoolique. Le savon dissous dans l’eau a été précipité par
l'acide sulfurique. L'acide gras, mis en liberté, a été lavé avec
soin, desséché et redissous dans l’alcool, et l’on a obtenu de
la sorte un produit absolument identique à celui fourni par
les graines mondées.
2. L'épuisement à l'éther de pétrole étant terminé, nous
avons traité le produit sec par de l'alcool bouillant. Après
deux heures, l'opération a été arrêtée. Le liquide alcoolique,
brun clair, évaporé, nous a fourni un extrait du poids de 11.38
°/0. Une partie de cet extrait, incinérée avec du sodium, nous
a permis de constater la présence de l'azote en raison du pré­
cipité de bleu de Prusse produit avec les réactifs appropriés.
Nous avons donc été amenés à doser l'azote par le procédé à
la chaux sodée, et, calculé d'après cela la proportion de prin­
cipes albuminoïdes, soit 2.710 °/0. Une autre partie de l'ex­

trait, traitée par la liqueur de Fehling, nous donne 0.840 de
matières sucrées et 1.830 °/0 de principes non déterminés.
3. Nous traitons ensuite par l’eau et obtenons 8.207 d’extrait
aqueux. Celui-ci fournit, dans les mêmes conditions que l’ex­
trait alcoolique : d’une part une certaine quantité de prin­
cipes albuminoïdes, et d autre part des matières colorantes et
gommeuses.
Nous n’y constatons pas la moindre trace de principe alcaloïdique1. En effet, la solution chlorhydrique étendue de l extrait ne se trouble pas en présence des iodures doubles métal­
liques et ne fournit pas de précipités cristallins. D'un autre
côté, cet extrait ne se colorant point en vert ou en bleu au
contact des sels ferriques, ni en rouge sous l'influence des
sels uraniques, ne contient donc point de principes tanniques.
4. Le produit restant contient encore des matières albumi­
noïdes insolubles, de la cellulose, du ligneux et des sels.
L'incinération nous permet de déterminer le poids des sub­
stances salines, 4.231. Ces sels ne contiennent que des traces
de chlorure, de sulfate et de chaux. L’acide phosphorique y
prédomine et s’y trouve sous forme de phosphate de potasse
et de soude. La magnésie et la lithine font entièrement
défaut. Quoique blanches, elles renferment cependant un peu
de fer et de manganèse. Un dosage à la chaux sodée nous donne
celui des matières albuminoïdes, soit 17.005, et la différence
enfin est considérée comme formée de cellulose et de ligneux.
Nous pouvons donc résumer notre analyse de la manière
suivante :

pétrole. Corps gras................... 33.150
1 Matières albumin.. . . 2.710
Extraction à l’alcool 11.38 % Matières sucrées......... 6.840
1 Maliè.es indéterm....... 1.830
Matières albumin........ 3.072
Extraction à l'eau.
8.207 ■ Matières
col. et gom.. 5.135
Matières album, ins... 17.603
Produit restant.
47.263 Sels fixes..................... 4.231
Cell , ligneux et pertes. 2b.427
100.000
1. Si la graine est vraiment anthelminlhique, elle no doit pas cette pro­
priété à un alcaloïde.
Graines grasses nouvelles des colonies françaises.

9

�130 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
Ce tourteau serait convenable pour l'alimentation des
bestiaux.
Pendant l'impression de cet article, je reçois de M. HaiTner,
Directeur de l'Agriculture en Cochinchine française, les ren­
seignements suivants au sujet du Krébao : « L’Hydnocarpus
u anlhclmintica n’a de fruits qu'en juillet ou août. Le nom
« de Chung-Baô donné à cette plante est annamite; celui de
« Crébao est cambodgien. Elle est commune dans les forêts
« plus haut que Pnon-pelin ; on la rencontre également en
« Cochinchine, mais en moins grand nombre. »

XIV
HUILE DE NKOU DU SÉNÉGAL
(paiunarium macropiiYLLUM Sabine)
(Voir au Musée colonial de Marseille, vitrine côte occidentale d’Afrique
n°* 9, 9 bis, 9 1er.)
H istorique et rotanique . — Sous ce nom en dialecte wolofet
sous ceux de féraf en noue, de bel ou bahacl en diola, de
tambakoumba en portugais créole, de dàf en serère, de nif
ou nêva enfalor, enfin denéoudi en toucouleur, on connaît au
Sénégal le corps gras liquide extrait des graines du Parinariu/n Senegalense Guill. et Perrot., P. macropliyllum Sabine
(non Teijsm. etBinn., in Tidjsch. nederl. Ind., XXIX 1807, p.
256). Voici la description de cette Rosacée, augmentée de
mes propres observations, et empruntée, en partie à Oliver 1
et en partie à Guillemin et Perrotet 2 :

Arbre de G à 7 mètres de haut, très rameux, quelquefois arbrisseau
ou petit arbre dans leslieux arides et sablonneux, et mesurant 3 mètres
de haut : tronc droit d'environ 0m30 de diamètre; écorce grise, râpeuse,
rameaux presque étalés, les jeunes couleur de rouille, pileux, tomenteux. Feuilles ovales, elliptiques, à peine cordées ou largement
cordées h la base, simples, alternes , sessiles, très obtuses ou obtusément terminées en pointe, entières, coriaces, vert pâle en dessus,
glabres ou glabrescentes, excepté sur la nervure médiane, légèrement
toinenteuses en dessous, où la nervure médiane, forte, et les réti­
culations sont plus noires et tranchent davantage sur la couleur pâle
ou verte du duvet interstitiel; nervures latérales 13 ù 22 de chaque
côté : longueur S à 20 cent, de long sur 3 à 12 de large. Pétiole subsessile et sans glande, ne dépassant pas 2 mm. Stipules petites, lan­
céolées, velues au dehors, ferrugineuses, décidues. Fleurs très nom­
breuses, blanches rosées, en grappes simples, tomenleuses et termi­
nales. Pédoncules tomenteux, rouges, triflores, égalant le tube calicinal
ou plus courts que ce tube qui est largement gibbeux d'un côté. Lobes
du calice inégaux (l’un d’entre eux est gibbeux), ovales, oblongs ou
1. Flora' of tropical Africa, vol. II, p. 369.
2. Floræ Scncyambiæ Tcntamen, I, p. 273, tab. 61.

�182 U11AIRES GllASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

oblongs obtus, glabres en dedans : le lobe calicinal, gibbeux, regarde le
pédoncule commun et la gibbosité descend au-dessous de l’insertion du
pédicellepartiel. — Corolle à 5 pétales ovales, concaves, charnus, caducs,
dépassant à peine le calice, insérés au sommet de ce calice et dans
ses divisions. Etamines attachées au sommet du tube calicinal, irrégu-

F ig. 26. — Fruit de P arinauium S enegalense Gui II. et Pcrr.

A. Fruit entier avec son sarcocarpe ; B. Fruit réduit à son noyau (endo­
carpe osseux ; C. Coupe longitudinale du fruit montrant une loge,
avec sa partie périphérique cotonneuse, remplie par une graine;
D. Coupe transversale du fruit montrant les deux loges remplies par
les deux graines entourées de poils cotonneux (grandeur naturelle).
lières, 10 à lb fertiles, insérées sur la partie interne de la fleur, c’està-dire sur le côté qui regarde le pédoncule, à filets rouge jaunâtre,
plus ou moins connés à la base, recourbés, à anthères ovales didvmes ;
7 à 8 étamines sont stériles, polymorphes. Gorge du calice fortement

HUILE DE NÉOU

133

couverte de poils réfléchis. Ovaire hirsute, à deux loges, placé de côté,
devant les étamines fertiles, presque sphérique, très villeux, rouge, à
loges uniovulées, à ovules dressés. Style inséré à la base interne de
l'ovaire, ascendant, de la longueur des étamines, filiforme, glabre, hispidule à la base; stigmate petit, denticulé. Le fruit est une drupe
ovoïde (fig. 26 A), de la grosseur d’un œuf d’oie ou plus petit ; épicarpe
rouge jaunâtre *, couvert de tubercules ou de taches blanches (lenticelles) à sarcocarpe couleur jaunâtre2, épais de I cent, au moins, charnu
(fig. 26 C et D), à saveur d’abord acerbe, ensuite presque douce, comes­
tible3; endocarpe osseux (fig. 26 B), très épais (I cent.), biloculaire ou
uniloculaire, subsphérique, légèrement comprimé, anfractueux au
dehors, émettant des fibrilles, cuspidé à la base, où il présente de
chaque côté une cavité ample, profonde et ronde. Les loges de cet
endocarpe sont tapissées en dedans d'un duvet rougeâtre très épais
Graine ovoïde, elliptique, à tégument extérieur membraneux, jaune,
tomenleux en dehors, à cotylédons très épais, un peu rugueux, oléagi­
neux, blancs, à radicule exserte, minime, aiguë, légèrement arquée.

Ce végétal est indiqué en Sénégambie (Brumer, Sieber,
Perrotet), à Saint-Thomas (G. Don). D'après le R. P. Sébire
(les Plantes utiles du Sénéc/al, 1899, p. 133), on le trouve en
Casamance. Guillemin et Perrotet indiquent pour le Sénégal
les stations suivantes : dans les lieux sablonneux de la région
de Walo, autour du lieu nommé Panié-P'oul ; près de Lamsar
et Gandon, dans le Cayor ; dans la presqu’île du Cap Vert; le
long de la Gambie et de la Casamance. Il fleurit toute l'année.
Pour ce qui concerne les dimensions variables de cet arbre,
Guillemin et Perrotet indiquent, dans leurs observations, qu’il
mesure 9 à 10 mètres dans le pays de Walo et au Cavor, tan­
dis qu’il ne s’élève qu'à 3 mètres dans la presqu’île du Cap
Vert comme sur les bords de la Gambie et de la Casamance. Ces
variations paraissent tenir à la diversité de la nature des ter­
rains dans lesquels elles se forment. Cet arbre fleurit et fruc­
tifie toute l’année, de sortè qu'on trouve en même temps des
1. Je l’ai toujours vu couleur chocolat clair sur des fruits un peu
anciens il est vrai, mais n’ayant pas plus de 2 mois 1 2 depuis leur
récolte.
2. Même observation pour le sarcocarpe; je l’ai toujours vu couleur
chocolat clair.
3. Il devient dur rapidement et prend le goût du pain d’épice.
4. Formé de poils unicellulaires, à contenu légèrement huileux et à
protoplasma verdâtre.

�13 1 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

fleurs ainsi que des fruits verts ou mûrs. Ce fruit, qui est
désigné quelquefois, à cause de sa forme, sous le nom de
Pomme dn Cayor, n’est consommé par les indigènes que
lorsqu'il tombe à terre par suite de complète maturité. A cet
état, la chair est sèche et farineuse, quoique assez agréable 1
(R. P. Sébire), aussi n’est-il pas apprécié par les Euro­
péens. Il est désigné, dans le rapport de Sabine sur les fruits
comestibles de Sierra-Leone, sous le nom de Ginger breadplum
(prune à saveur de pain d'épice). Cependant les nègres le
recherchent avec avidité et le consomment presque continuel­
lement. On en voit en grande quantité sur les marchés de
Saint-Louis (Sénégal), pendant une partie de l'année ?. La
graine, huileuse, rancit facilement et exhale alors une odeur
désagréable. On s'en sert au Sénégal pour faire du savon 3.
Le duvet qui entoure les cavités des graines remplace l’ama­
dou : ce duvet se nomme en wolof ng and al, et la graine
iiahoy, ou kadia ou sâl. Parfois, les pêcheurs prennent le fruit
encore vert Ilôt en wolof) et en tirent une sorte de glu dont ils
enduisent les lignes à pêcher pour les conserver, et les jarres pour
les empêcher de couler. On emploie encore contre les maux
de dents la décoction de l'écorce ou des feuilles de ce végétal.
D escription de la graine , sa teneur en h uile et nature de
cette h u il e . —

La graine oléagineuse, qui nous intéresse tout

1. Le mésocarpe, sucré et édule, est formé de cellules épaisses, jau­
nâtres, qui augmentent de dimensions depuis l'épiderme jusqu’au noyau.
Ce parenchyme renferme une forte quantité d’un amidon à gros grains
libres (non agrégés), sphériques ou ovoïdes.
2. Sagot et Raoul (Manuel des Cull. col., p. 286) disent que « les Parinarium africains donnent des fruits mangés par les nègres, notam­
ment P. Mobola Oliver, P. macrophyllum G. Don et P. excclsum G.
Don, dits Xou au Sénégal. Ce sont des arbres très fructifères dont les
noirs ramassent les fruits à terre et dont ils en tirent un parti impor­
tant pour l’alimentation ». Le P. excclsum Sabine (mampala des Wolofs)
donne aussi par ses fruits, en Casainance, un grand appoint à la nourri­
ture des indigènes (R. P. Sébire).
3. A propos du Parinarium Mobola 01., Moloney [Foreslry of West
Africa, p. 347) dit que les graines, connues sous le nom de semences de
Mobo, sont exceptionnellement importées en Angleterre de la côte
d’Afrique comme semence à huile. Ce végétal n’existe pas ou n’est
pas signalé encore dans nos colonies françaises d’Afrique tropicale.

135
spécialement, est, avons-nous dit, ovoïde et recouverte d'unspermoderme jaunâtre. Son poids est variable. Quand il y en a deux
dans chaque fruit, le poids moyen d’une graine est de 0 gr. 47 ;
quand il y en a une seule par avortement elle peut peser jus­
qu à 0 gr. 71. Dans tous les cas, la graine, huileuse, est enve­
loppée d un tégument jaune foncé, peu épais et qui se détache
dilïicilement de l’embryon. Ce dernier, dépourvu d'endosperme,
est de saveur agréable quand il est frais.
Les cotylédons, épais et gras, présentent en coupe transver­
sale des cellules ù parois minces, remplies de sphérules d'huile
incolore, à grains d aleurone contenant de petits cristaux.
Cette huile se colore, sous le microscope, en jaune verdâtre
par l’action de l’iode et de l’iodure de potassium iodé : pas de
traces d’amidon, ni granulé ni soluble.
Sans parler du mésocarpe, la graine, comme nous l'avons
dit, est enveloppée par un noyau dur et épais (endocarpe) :
on trouve 85.86 °/0 de coque dure et 15.14 °/0 de graine. Le
rendement en huile, après traitement par le sulfure de carbone,
est de 9.45 °/0 sur l’ensemble de l’endocarpe osseux et de la
graine, et de 62.40 °/0 sur la graine seule.
Cette huile est liquide à la température ordinaire, légère­
ment jaunâtre et d'une densité de 0.954 â 15°. Elle rancit
facilement et épaissit par le rancissement. C’est une huile
très siccative, et de ce fait très attaquable par l’acide sulfu­
rique. Elle rappelle par ses propriétés physiques celle de
l liuile de Bankoul [Aleurites triloba Forster).
Le rendement en acides gras de saponification est de 92 °/0,
et leur point de solidification est de 20°.
Le rendement en acides gras de distillation est de 72.50 °/0,
et leur point de solidification est de 32°.
Le rendement en acides gras solides de saponification est
de 10 °/0, et leur point de solidification est de 51° 7.
Le rendement en acides gras solides de distillation est de
25 °/0, et leur point de solidification est de 50°.
Elle donne 9.68 °/0 de glycérine.
Cette huile ne saurait convenir ni iv la fabrication des
savons, ni ù l’industrie stéarique, mais elle pourrait recevoir
HUILE DE NÉOU

�136 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
les applications qu'on donne à l'huile de lin ; elles sont trop
connues pour que nous ayons à y insister ici.
Bien que la question soit en dehors du sujet de cette étude,
il m'a paru intéressant de donner ici avant 1analyse de la
graine huileuse, celle du sarcocarpe, telle que 1a faite, à ma
demande, M. le professeur Schlagdenhauffen.
A nalyse chimique du sarcocarpe . — La pulpe, râpée, est sou­
mise à l'épuisement continu à l'aide de 1éther de pétrole, de
1alcool et de l'eau. Dans le résidu on détermine séparément,
sur une petite fraction de matière, les sels lixes et les matières
albuminoïdes. Puis on calcine le tout pour obtenir, par diffé­
rence, la proportion de cellulose et de ligneux. Mais, au préa­
lable, on détermine l eau hygrométrique en chaulfant, à
l’étuve à air, une partie aliquote de la substance. Le poids de
l'eau est de 17.190 °/0.
Extraction à /'éther de pétrole. — 20 gr. de pulpe sèche, trai­
tés dans notre appareil, nous fournissent un liquide jaune ver­
dâtre qui évaporé à siccité, au bain-marie, laisse un résidu
poisseux formé par de la cire et de la résine. La matière ne
tache pas le papier : elle ne contient donc pas de corps gras.
Le rendement est de 0.730 °/0.
Extraction à l'alcool. — Le liquide alcoolique présente au
début une coloration jaune qui brunit au fur et à mesure que
l’opération avance. Quand la solution est décolorée, on cesse
de chauffer; on la verse dans un verre de Bohême, et l'on
concentre au bain-marie. Pour chasser tout l’alcool, on main­
tient le vase à l’étuve à air jusqu'à cessation de diminution
de poids. Ce résidu pèse 11.273.
On le reprend par l’eau qui, après évaporation et concen­
tration convenable, laisse à l’état insoluble un peu de cire
jaune, soit 0.270 ; le reste, évaporé à nouveau, prend un aspect
sirupeux brun rouge qui contient du glucose. Lne opération,
faite en vue de rechercher la présence de la saccharose, ne
fournit qu’un résultat négatif. Il s’ensuit donc que l’extrait
alcoolique contient 11.003 de glucose.

137
Extraction à l eau. — Nous épuisons le résidu desséché par
de l’eau; après filtration, nous concentrons le liquide, et con­
statons qu'il renferme encore 5.788 de glucose. Puis, après
une seconde concentration de la liqueur, nous précipitons par
de l’alcool. Ce dépôt, lavé soigneusement à l’alcool et dessé­
ché, contient des traces de matières albuminoïdes, de la
gomme, des matières pectiques et une matière colorante rouge
brun qu’on enlève au moyen de l’acétate de plomb.
Le poids total de l’extrait aqueux est de 15.885 °/0, dont 5.788
de glucose et 8.472 de matières gommeuses, pectiques, albumi­
noïdes et colorantes. Une partie de l'extrait, chauffée à l’étuve
à air puis incinérée, laisse un résidu fixe de 1.625, composé
principalement de sels de chaux, de soude, de potasse, d’un
peu de manganèse et de fer. Au spectroscope, on reconnaît
aisément la raie rouge de la lithine.
Traitement du résidu. — On prélève 2 gr. de matière pour
la soumettre à l’action de la chaux sodée. Il se dégage un
peu d’ammoniaque que l’on dose à l’aide de l’acide sulfurique
titré et l’on évalue par le calcul la quantité de matière albu­
minoïde qui est de 2.625 °/0. Une autre partie, la plus consi­
dérable, est incinérée et laisse un résidu de 0.834 % de sels
fixes constitués par les mêmes principes que ci-dessus.
Une dernière partie enfin est soumise à l'action de l’acide
sulfurique dilué qui est destiné à transformer l'amidon en
sucre. Lorsqu’une prise d’essai ne se colore plus en présence
de l’iode, c’est une preuve que l’opération est terminée. On
filtre, on lave, on concentre pour ramener à un volume déter­
miné et l’on dose à l’aide de la liqueur de Fehling. On ramène
par le calcul et obtient ainsi le poids de la matière amyla­
cée = 6.397 °/oSi maintenant nous retranchons de 100 la somme de tous
ces éléments, nous trouvons, comme différence, le nombre
45.060, qui correspond au poids des matières cellulosiques et
ligneuses. L’analyse peut donc être résumée de la façon sui­
vante :
HUILE DE NÉOU

�LES DES COLONIES FRANÇAISES

Perte d'eau à l'étuve à 110°
Extrait pétroléique : cire et résine
•sine....................................
Extrait alcoolique... 11.273 ^) ('ire................................
Glucose..........................
i Glucose..........................
Mal. gom. et pectiques.
Extrait aqueux.
13.885 \) Mat.
alb. et colorantes..
( Sels fixes......................
/ Sels fixes......................
albuminoïdes .
Résidu...................... 54.910 J\ Matières
Amidon..........................
( Gell., ligneux et perles.

17 190
0.730
1) 270
l 1.003
5.788
G. 240
2 232
1.025
0.834
2.025
6.397
45.000

100.000
Elle nous permet d'établir la composition immédiate du
sarcocarpe comme suit :
Eau hygrométrique...................................................... 17.190
Cire et résine............................................................... 1.000
Matières sucrées........................................................... 10.791
Matières amylacées...................................................... 0.397
Matières gommeuses.................................................... G. 240
Matières albuminoïdes................................................. 4.857
Sels fixes....................................................................... 2.459
Cellulose, ligneux et pertes................................
45.000
100.000

A nalyse de la graine . — Graine mondée. La graine
dépouillée de son duvet est finement râpée et soumise à l’ex­
traction au moyen de divers véhicules.
Ether de pétrole. — I/épuisement au moyen de l’éther de
pétrole fournit une huile blanche, incolore, limpide, mais qui
au bout de plusieurs jours d'exposition à l’air et au bainmarie prend une odeur rance analogue à celle de l’huile de

B icinodendro n Heu delotii.

L’extraction à l’aide du sulfure de carbone, de l’éther ordi­
naire ou du chloroforme conduit au même résultat.
Après saponilication par la potasse et traitement par l’acide
chlorhydrique, on obtient un magma jaunâtre surnageant. Ce
produit constitue un mélange d’acides gras dont l’un est
liquide à la température ordinaire, jaune orange; l’autre inco­
lore, cristallisé, fusible à 69°. Ce dernier s'obtient sous forme

139
d’aiguilles transparentes après plusieurs cristallisations suc­
cessives. Nous allons conclure nécessairement à la présence
d’acide stéarique. Mais en abandonnant le produit pendant
une quinzaine de jours dans un flacon bien bouché, nous
avons été surpris de constater sa modification complète. Les
cristaux s’étaient ternis, leur forme était méconnaissable, la
majeure partie même s’était transformée en un composé
amorphe dégageant une odeur butyrique très prononcée.
L'acide sulfurique concentré les colore en brun terre de
Sienne, comme il le fait du reste avec les cristaux purs au
moment de leur préparation. De tous ces faits il résulte que le
composé que nous avons entre les mains n’est pas de l'acide
stéarique, quoique le point de fusion des deux composés soit
le même. Nous nous proposons de revenir ultérieurement sur
la nature de ce produit nouveau, si facilement altérable au
bout d’un temps relativement court.
L’acide gras liquide se colore également en présence de
l’acide sulfurique. Cette propriété de coloration se retrouve
d’ailleurs dans l’huile brute elle-même.
Le poids de l’huile contenue dans la graine est de 56.20 °/0.
Celui des acides gras séparés n'a pu être évalué exactement*
parce que les opérations nécessaires pour arriver à la purifica­
tion du composé cristallisé ont amené des pertes considérables.
HUILE DE NÉOU

Alcool. — En traitant le résidu précédent par de l'alcool,
on obtient un extrait contenant 3.42 °/0 de matière, dont le
1/3 environ est insoluble dans l eau, et le restant soluble
contenant des traces de matières sucrées et albuminoïdes.
Eau. — Ce véhicule ne dissout qu’une proportion très

faible de matières consistant en gomme et principes albumi­
noïdes, soit ensemble 1.68 °/0.
Incinération. — La substance qui reste à la suite de ces
divers traitements est incinérée en partie, et une autre trai­
tée par la chaux sodée. La première opération nous fournit
2.75 °/0 de cendres blanches, la seconde 8.878 de principes

�140 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
albuminoïdes calculés d’après le rendement en ammoniaque
provenant de la décomposition de la matière sèche en pré­
sence de la chaux sodée.
En faisant la somme de ces deux nombres et les retran­
chant de 35.950, nous obtenons 27 gr. 072 qui se rapportent
au poids de la cellulose et du ligneux.
La composition de la graine desséchée du Parinarium Séné­
galaise peut donc être exprimée de la manière suivante :
Extraction de l’alcool 3.42
Extraction à l'eau... 1.68
Incinération.... .................
Calcination avec chaux sodée
Différence............................

Corps gras......................... 50. 20
Mat. cireuse et corps gras 1. 05
Sucre et gliadine............... 2 37
Matière gommeuse........... 0..45
Matière albuminoïde....... 1.23
Sels fixes............................ 2,.75
Matière albuminoïde........ 8.878
Cell., ligneux et pertes... 27 .072

100.000
Le tourteau provenant de cette graine, bien que de goût
agréable, n’est pas assez azoté pour fournir un aliment com­
plet pour les bestiaux ; il est en outre dépourvu de matière
amylacée. Ce serait donc, tout au plus, un engrais, peu riche
en azote du reste, si la graine était exploitée pour son huile,
ce qui ne paraît pas probable à cause de la difficulté de l'ex­
traction entraînée par la présence de l’endocarpe osseux.
Mais il n'en serait pas de même du fruit (sarcocarpe) qui
pourrait, à raison de sa richesse en sucre, devenir une source
d'alcool ou même permettre la préparation d'une liqueur
fermentée. Des essais d'emploi de ce fruit ont été faits, si je
suis bien informé, dans ce dernier sens, par la maison Mau­
rel frères, de Bordeaux, sur mes indications analytiques.

XV
HUILE DE CARAPA I)E LA GUYANE
(CARAPA GUIANENSIS Aublet)
(Voir au Musée Colonial, vitrine Guyane française, n°*40 bis, 42, 42 his, 43, 43 his.)
H isto riq ue et botanique . — Cette huile1 est fournie par
la graine du Carapa Guianensis Aubl., de la famille des Méliacées. Elle est connue depuis longtemps et elle a été étudiée à
diverses reprises. Tous les classiques en parlent, mais en la
confondant souvent avec l’huile de Touloucouna, qui en dif­
fère sensiblement, et en émettant bien des erreurs sur sa véri­
table nature2. D’après nos connaissances actuelles, elle serait
utilisable dans l'industrie de la fabrication des savons, et les
indigènes de la Guyane s’en servent (Galibis et autres) pour
s’en oindre les cheveux et le corps, après l’avoir mêlée au
roucou, afin de se préserver ainsi de la piqûre des insectes et
surtout des chiques (Pulex prnetrans). Je vais démontrer qu'on
peut en espérer mieux.

1. Certains auteurs affirment qu'elle est tantôt solide, tantôt liquide,
selon la quantité de stéarine qu elle renferme : j’en ai préparé à plu­
sieurs reprises et fait préparer par pression ou par sulfure de carbone,
avec des graines bien authentiques et bien fraiches provenant de la
Guyane (envoyées par M. Bassière). M. le prof. Schlagdenhauffen,
comme on le verra plus loin, en a préparé aussi par l'éther de pétrole,
et, ni lui ni moi n’avons jamais eu, en été comme en hiver, que du pro­
duit liquide. Avec les graines de Touloucouna (Carapa Touloucouna G.
et Per.), je n’ai jamais obtenu qu’un corps gras solide, même en été.
2. Courchet, Traité de botanique, t. Il, p. 379, dit, après bien d'autres,
que cette huile est comestible : malheureusement il n'en est rien.
L’amertunc qui la caractérise forme un obstacle absolu à cette utilisation
et il est regrettable qu'il en soit ainsi, car, avec l’abondance qui carac­
térise notre Guyane française en arbres producteurs de la graine
donnant celtehuile, ce serait une véritable fortune pour cettecolonie amé­
ricaine. Toutefois on pourrait essayer, pour faire disparaître cette
amertume, le procédé de Boulloy h l'acide sulfurique appliqué au
beurre de Touloucouna comme je l’indiquerai à l'article suivant.

�1 42 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

L'huile de Carapa est, d’après Chateau 1, extraite, sur place,
des graines de Campa Guianensis par deux procédés indi­
gènes différents. Le premier ne ressemble ii aucun autre :
il consiste à faire bouillir les amandes huileuses sans les
séparer de leur coque, puis à les exposer à l'air pendant vS à
10 jours pour permettre à l’huile de se développer. On
sépare ensuite les coques et on broie les amandes de manière
à en former une pâte ; celle-ci est placée dans des vases que
l'on expose au soleil et que l'on a soin de tenir inclinés
pour permettre à l'huile qui exsude de s’écouler. Cette pre­
mière huile, assez fluide ordinairement, est mise de côté et est
réservée pour certains usages domestiques. Les résidus sont
ensuite soumis à la presse et on obtient un autre produit qui
a la consistance de la graisse et qui est moins estimé que le
premier. Il n est guère, en effet, employé que pour les usages
les plus communs, tels que l'éclairage. Uni à la poix et au
goudron, il sert en outre h enduire les embarcations. Son
excessive amertume, due à la présence d'un principe acre,
empêche les insectes d’attaquer les bois qui en sont empreints :
c'est cette propriété que les nègres utilisent pour se garantir
contre hattaque des tiques. Le second procédé, encore plus
simple, consiste, après avoir retiré l’amande de son enveloppe
et l’avoir pilée, à l’exposer au soleil sur de larges écorces
demi-cylindriques qui sont tenues inclinées, et l’huile, en se
fluidifiant, coule dans des vases placés pour la recevoir. Ainsi
préparée, elle prend le nom de Touloumaca.
Le végétal qui fournit les graines de Campa est considéré
par quelques auteurs (Oliver) comme identique spécifique­
ment à celui de l'Afrique tropicale que d’autres botanistes
(Jussieu. Guillemin et Perrotet, Richard, De Candolle) con­
sidèrent comme une espèce spéciale sous les noms de Carapa
Guineensis Sweet, Carapa procera DC, et C. Touloucouna
G. et Perr. Il semblerait, si l’on tient compte de quelques
différences morphologiques3 (peu importantes il est vrai),
1. Les corps &lt;jras industriels, Paris, 1803, p. 293.
2. Dans leur Floræ Senegambiæ Tentnmcn, p. 120, Guillemin et Per­
rotet ont insisté beaucoup sur ces différences morphologiques (carac-

143
de la dissemblance qui existe au point de vue chimique dans
l’écorce de ces deux espèces et de celle plus accusée encore
qui existe entre les graisses fournies parles graines; enfin de
la non concordance que présente la structure anatomique de
ces graines et la constitution chimique des cotylédons et de
l’huile, comme je le montrerai, dans les graines africaines
et américaines, il me paraît, dis-je, que la distinction spéci­
fique a quelques raisons d’être établie. Quoi qu’il en soit,
voici la description du Campa Cuianensis de la Guyane :
III ILE DE CARAPA

A. Fruit mûr, vu par son sommet (1/3 de sa grandeur naturelle);
B. Un quartier de déhiscence carpellaire emportant quatre graines
sur sa face concave (1/3 de sa grandeur naturelle); C. Graine vue sur
sa face convexe appliquée contre la paroi carpellaire (moitié de sa
grandeur naturelle).
Arbre à tronc ordinairement très élevé, terminé par une frondaison
large de feuilles et de branches retombant presque jusqu’à terre. Les
feuilles, très grandes, sont composées, imparipennées, et leur rachis
atteint parfois un mètre de long. Les folioles sont subopposées ou
tères tirés du fruit pentagone et des autres parties de la fleur en nombre
quinaire), même sur la taille de ces deux végétaux en Afrique et en Amé­
rique, pour établir leur espèce africaine Carapa Touloucouna. Mais Oli­
ver (Flor. of trop. Africa, vol. 1, p. 336) déclare que ces différences,
d’après son examen, ne lui inspirent aucune confiance, même appuyées
par Richard et A. Jussieu, et que les espèces comparées de la Guyane et
de l’Afrique sont restées pour lui identiques. Barter déclare même sur
ses étiquettes d’herbier de ce végétal, que quoique décrit comme un
grand arbre, le C. Touloucouna est souvent petit. La distinction s’impose.

�I il

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

alternes, oblongues, h sommet arrondi. Les supérieures ont ordinaire­
ment de 12 à 25 cent, de long, sur 4 à 10 cent, de largeur, pétiolules
très courts, très épais dans les grandes feuilles. Les inflorescences, qui
mesurent souvent 50 cent, de long, sont des panicules multiflores, axil­
laires ou terminales. Fleurs en cvmes de grappes; pédicelles variables,
très courts ou dépassant la longueur de la fleur ; corolles blanches,
fleurs régulières, hermaphrodites. Calice à 5 dents arrondies ; corolle à
4-5 pétales plus longs, 10 étamines réunies en un sac urcéolé ; dents du
tube staminal arrondies ou presque carrées, entières ou légèrement
émarginées. Ovaire libre, à 4-5-6 loges, enfoncé en partie dans un
disque annulaire épais, jaune orange, avec une marge libre, arrondie.
Style court, à stygmale dilaté en un plateau circulaire, épais, dentelé.
Ovules nombreux, 4 k 7 dans chaque loge. Le fruit, globuleux, est une
grosse capsule de 5 à 12 cent, de diamètre, demi-charnue, à plusieurs
loges, renfermant de 7 à 9 graines, très grosses, polygonales en dedans
du fruit, convexes en dehors (voir fig. 27 A. B. C.), à testa spongieux,
lisse, couleur marron clair, et à embryon charnu et huileux.

Ce végétal est très abondant à la Guyane française : les
localités les plus riches en massifs de Carapa sont le Cachipour, le Carséwène, le Couanany et surtout l'Oyapock1.
D escription de la g ra ine , son rendem ent en h u ile ; nature
chimique de l ’h u il e ; son em plo i . — Pourvue de son spermoderme,

cette graine est polyédrique, avec une face courbe et toutes les
autres planes, formant un solide à arêtes aiguës, mais c/ranuleuses. Les faces, soit courbes soit planes, sont lisses. Le
testa, de couleur chocolat clair, est assez épais, dur, cassant
II recouvre intimement une graine de même forme polyé­
drique qui y est adhérente, et dont il n’est séparé que par un
tegmen de couleur plus claire que le testa crustacé. La graine
proprement dite est constituée, en dehors de ses enve­
loppes, par deux cotylédons gras, souvent inégaux, avec une
gemmule et une radicule petite à la base. La saveur en est
très amère, la consistance ferme : à la coupe, il exsude une
matière huileuse, sur une surface jaunâtre, sans aspect stéa1. Le B. P. Duss, dans sa Flore des Antilles, in Ann. de l'Institut col.
de Marseille, 1897, p. 130 et 131, le signale à la Guadeloupe, mais rare
(Basse-Terre, habitation La Jacinthe et quelques autres propriétés), puis
à la Martinique, au jardin botanique, d'où il s’est répandu dans quelques
propriétés, au Morne Jobin et l’habitation Pecoul.

145
rique; mais à la simple pression de l’ongle, on fait jaillir des
traînées huileuses de cette surface peu résistante.
A la coupe transversale (perpendiculaire au grand axe de
la graine fraîche) des cotylédons gras on trouve un paren­
chyme de cellules polyédriques à parois minces remplies de
globules huileux sphériques et assez volumineux dépourvus
de grains d’aleurone, et ‘incolores. Le parenchyme, surtout
à sa périphérie voisine du spermoderme, est interrompu par
des cellules plus grandes remplies par un contenu massif de
couleur jaune, de nature résineuse et soluble dans l'alcool à
95°, dans le sulfure de carbone et dans l’éther sulfurique. Sous
l’influence de l’iode, on voit dans la coupe de très petits
grains d’amidon, se révéler sur certaines parties très limitées
de la membrane d’enveloppe. Ils y sont très discrètement
disséminés et on les trouve surtout dans les cellules voisines
du spermoderme. Ce dernier est formé de cellules à contenu
jaune verdâtre. Les sphérules d’huile se colorent en rouge par le
carmin boraté et en rouge foncé par l’iode.
Voici l’analyse des graines faite, à ma demande, par M. le
professeur SchlagdenhaufTen :
Poids des graines. — Sur un lot d une quarantaine de graines,
les plus grosses pèsent environ trois à quatre fois plus que
les petites. Le poids de la coque est de six à sept fois plus petit
que celui des grosses graines, et trois fois seulement inférieur
à celui des petites.
Les pesées nous ont fourni les résultats suivants :
HUILE DE CARAPA

GRAINE

Grosse

Entière.......... 17.50
Coque........... 2.65
Mondée.......... 14.85

Petite

4.90
1.50
3.40

D’où le rapport, pour le poids de la coque et de la graine
entière : 6.60 et 3.36.
Nature des graines. — Sur le nombre de graines qui nous
ont été fournies pour effectuer l’analyse, les v/3 étaient noires à
10
Graines grasses nouvelles des colonies françaises.

�I 4() GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
l'intérieur el semblaient absolument pourries, tandis qu’un
cinquième seulement était en bon état. Les principes isolés
dans les deux cas présentent néanmoins une analogie très
grande.
A.

GRAINES MONDÉES

Extraction des principes constitutifs. — Les graines sont
râpées et soumises à la dessiccation à l’étuve à air à 105°.
La matière est traitée alors successivement à l’éther de
pétrole, à l’alcool et à l’eau, et le reste est incinéré.
L'eau hygrométrique contenue clans la graine est de 52.487 °/0
Le résidu sec pèse....................................................... 47.513
100.000

Le résidu sec se compose de 26.805 extrait par l’éther de pétrole.
4.714 — par l’alcool.
1.088 — par l’eau.
14.006 non soluble (partie liquide).
47.513

Si, ou lieu de rapporter tous ces principes à la matière
sèche, 47 gr. 513, contenue dans 100 gr., nous les calculons
pour 100 gr. de matière sèche, nous trouvons :
Extrait par l'éther de pétrole. Corps gras........... 55.250
Matière résineuse 1.750
Extrait à l'alcool........ 9.720 I( Partie
soluble.... 8.150
(
Mat.
gom.
et alb. 2.102
Extrait à l'eau............. 2.242 ( Sels fixes.............
0.140
, Sels fixes........... 0.337
Mat. albumin .... 0.135
Restent....................... 32.788 'I Cellulose,
ligneux
' el pertes.......... 23.316
100.000

Extrait à l'éther do pétrole. — Les graines mondées
fraîches fournissent une matière huileuse jaune d’or dans
laquelle il se dépose, au bout de quelques jours, des aiguilles

147
cristallines très fines qui se groupent par houppes. Celles
plus anciennes, brunes ou complètement noires, renferment
presque h* même poids de matière grasse, légèrement bru­
nâtre au lieu de jaune et une plus forte proportion de cristaux.
Ce dernier corps gras fond à 26° tandis que celui des graines
fraîches est liquide à cette température.
Malgré cette différence, les deux huiles fournissent, après
saponification, un acide gras fusible à 43° 3 et solidifiable à
41°.
Le corps gras brunit fortement au contact de l’acide sulfu­
rique concentré ; l’acide azotique et l ucide chlorhydrique ne
produisent pas de coloration. L’addition d’un oxydant éner­
giques, tel que acide chromique, iodique ou molybdique, ne
modifie pas la teinte produite par 1acide sulfurique employé
isolément.
HUILE DE CA RAPA

Extrait à l'alcool. — L extrait alcoolique pèse 9.72 °/0.

Repris par l’eau, une partie reste insoluble ; elle consiste en
un mélange de corps gras et de matière résinoïde, tandis que
l’autre est soluble, légèrement amère, avec un arrière-goût
sucré.
La solution aqueuse examinée au point de vue de la pré­
sence des alcaloïdes, ne fournit que des résultats négatifs. En
effet, elle ne précipite ni par le tanin, ni par les indurés
doubles. De plus, elle ne se modifie pas en présence du chlo­
ruré ferrique, ce qui indique l’absence de tanin.
La partie insoluble dans 1eau se dissout au contraire aisé­
ment dans l’alcool, l’éther et le chloroforme, et présente une
amertume très marquée. La solution alcoolique, précipitée
par l’eau, fournit un produit jaune clair, qui, après lavages
répétés, et dessiccation, se redissout complètement dans les
divers véhicules susindiqués. L’évaporation de ces liquides
abandonne une matière jaune pâle, fusible au bain-marie, qui,
après dessiccation, se présente sous formed un vernis cassant.
Un fragment de cette substance se colore en jaune orange,
au contact de l’acide sulfurique concentré. Lorsqu'on ajoute
à l’acide un peu d’acide iodique, de molybdate d’ammoniaque

�Ii8

GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

ou d acide sélénieux, on obtient, au bout de quelques minutes,
une coloration rouge brun, avec mise en liberté d’iode, une
coloration bleue due à la réduction du composé molybdique ou
encore un dépôt foncé noirâtre.
La solution potassique de la matière résinoïde précipite par
les acides minéraux, et ce dépôt lavé se redissout de nouveau,
après dessiccation, dans les mêmes véhicules précédemment
indiqués.
Ces caractères sont identiques à ceux de la carapine, prin­
cipe amer retiré de l'écorce de Carapa, il y a fort long-temps
déjà, par Caventou (Dict. de Wurtz, III, p. 742).
Sur les 2 gr. 72 d’extrait alcoolique, nous n’avons pu reti­
rer que 1 gr. 57 de principe résinoïde. Le reste, c'est-à-dire
8.15, renferme un peu de sucre, de gliadine et d’autres
matières restées indéterminées.
Extraction à l'eau. — En faisant bouillir avec de l’eau la
substance épuisée par les véhicules précédents, on obtient un
liquide jaune brun qui, après dessiccation, fournit un extrait
contenant 0.140 de sels fixes et 2.402 de matières organiques
constituées par des matières colorantes, gommeuses et albu­
minoïdes. Le poids total de l’extrait est de 2.242 %.
Partie restante. — La somme des principes étudiés précé­
demment, retranchée de 100, donne par différence 32.788.
Une partie de ce résidu, calcinée avec de la chaux sodée,
fournit de l’ammoniaque qui, évaluée en principes albumi­
noïdes, donne par le calcul 9 gr. 135. Une autre partie aliquote
incinérée dans une capsule de platine abandonne un résidu
fixe de 0.337 de sels complètement blancs sans trace de man­
ganèse.
En retranchant ces deux derniers nombres du poids total
du résidu sur lequel on a opéré, on trouve, comme différence,
le nombre 23.316 qui se rapporte à la cellulose, au ligneux
et aux pertes.

HUILE DE CARAPA

149

B . COQUE DURE

Nous avons dit en commençant que dans le lot de graines
soumises à l’analyse, les unes étaient complètement noires à
l’intérieur, mais que d’autres, le plus petit nombre d’ailleurs,
présentaient une coloration brune sans trace d'altération.
Renfermées dans leur coque, il était impossible de les diffé­
rencier les unes des autres, puisque l’aspect extérieur des
graines était absolument le même.
L’étude de ces coques ne présente pas grand intérêt. L’ex­
traction à l’éther ne fournit pas de corps gras. Soumises à
l’épuisement par l’alcool on n'obtient qu’un liquide sans
saveur et sans odeur, donc pas de présence de carapine. Traitées
enlin par l’eau elles cèdent à ce véhicule un peu de matière
colorante, du tanin et quelques principes gommeux précipi­
tables par l’alcool.
L’incinération nous fournit enfin 1.265 % de cendres
fusibles, légèrement verdâtres, contenant par conséquent un
peu de manganèse, du sulfate de chaux et principalement du
carbonate de chaux, de potasse et de soude. La différence
entre ce dernier nombre et 100 se rapporte donc au ligneux,
soit 98.735 %.
La graine dont nous venons de donner l’analyse, d'après
M. Schlagdenhauffen, présente des cotylédons d une saveur
très amère et désagréable ; la composition moyenne de cette
graine prise, sur 100 d'entre elles, est la suivante : spermoderme, 17.50 °/0 ; cotylédons, 82.50 %.
Le rendement par le sulfure de carbone sur l'ensemble de
la graine est de 24.60 %.
Le rendement par le sulfure de carbone sur la graine
dépouillée du spermoderme 30.00 °/0.
L’échaulîement de l’huile par l’acide sulfurique est de 34°.
Les acides gras de l’huile de Carapa sont presque entière­
ment formés d'acide oléique et d'acide palmitique.

�| r»0 «.HUNES GRASSES NOl VKLI.ES DES COLONIES FRANÇAISES

Le rendement de cette huile en acides gras de saponifica­
tion est de 91.90 #/«.
l.e rendement de cette huile en acide gras de distillation
est de 80.32 ° „•
Le rendement de cette huile en acides gras solides de dis­
tillation est de i9.28 0 0.
Le rendement de cette huile en acides gras solides de sapo­
nification est de i3.00 0 „.
Le point de solidification des acides gras de saponification
est de 36° 20.
Le point de solidification des acides gras de distillation est
de 39*20.
Le point de solidification des acides gras solides de sapo­
nification est de 33°.
Le point de solidification des acides gras solides de distil­
lation est de 49°.
Le rendement en glycérine est de 9.30 °/0.
Cette huile, en dehors des emplois qu elle pourrait recevoir
pour la savonnerie, comme sa congénère l'huile de Touloucouna dont nous allons nous occuper bientôt et dont elle dif­
fère assez sensiblement, serait encore, à raison de la richesse
en acides gras solides de saponification (43 °/0) et de leur
degré élevé de fusion 33° , très utilisable dans l’industrie de
la sléarinerie. Ce dernier emploi, comme nous allons le
démontrer, n est pas permis pour l huile de Touloucouna, qui
ne peut admettre qu une seule application, à la savon­
nerie, dans la grande industrie européenne, et elle l a reçue
déjà dans les usines françaises. A ce point de vue, c'est une
distinction qui s'impose, et elle a son importance comme
application. Nous verrons, en outre, d autres différences de
Tordre chimique et histologique dans la graine de Touloucouna.

En ce qui touche au tourteau de Campa Guianensis, son
amertume en interdit l emploi comme aliment et il ne serait
en outre, à cause de sa faible teneur en azote et en acide
phosphorique qu'un médiocre engrais.Il n’est pas meilleur que
celui de Touloucouna dont nous donnerons la composition

d’après les analyses de Corenwinder et Décugis *. A raison
di* l’emploi qui peut être fait de l’huile &lt;le Campa, les faits
que je viens de signaler ont une importance suffisante pour
appeler l'attention de l'industrie sur les graines qui se perdent
inutilement dans notre colonie de la Guyane française, où
cependant la main-d’œuvre pénitentiaire pourrait les utiliser
si fructueusement. Il y a là un intérêt de premier ordre pour
notre unique possession d Amérique continentale, si mal
exploitée jusqu’ici dans ses richesses forestières.
J’ai déjà dit que cette graine, qui donne l’huile de Campa ,
est très abondante à la Guyane française, dans les localités
que j’ai citées. A ce sujet, je relève, dans le Catalogue de
i Exposition universelle de 1878, p. 27 (Challamel, éditeur,
Paris), les indications suivantes : « La chute des graines com(( mence en février et finit en juin ou juillet, et même, dans
« certaines localités, en avril et juin ; c'est ce qu’on appelle
« la grande récolte : la terre est alors couverte de Ht cent.
« de ces graines. Une autre récolte, moins abondante, a lieu
« en octobre et donne une huile épaisse, particulièrement
« propre à la savonnerie. Il y a là des richesses incalculables
« qui sont presque entièrement perdues chaque année, car
« outre que les graines ne se conservent que peu de temps,
« elles sont d'un transport difficile et coûteux. C’est sur place
« que la fabrication de l’huile devrait avoir lieu pour être
« fructueuse. L’huile épurée est propre au graissage. » —
D après Malonay (Sketch of /lie forestry of West Africa,
p. 296), par pression des graines on obtient, à Demerara
et dans la Guyane anglaise, une huile connue sous les noms
variés de Crab, Corap, Andiroba , Talliconah ou Coondi,
employée pour l’éclairage, en onction dans les cheveux et
comme purgative anthelminthique, même pour cicatriser les
plaies. Cette huile contiendrait, d’après Cadet père, une forte
proportion de stéarine, associée à l’oléine et à la margarine,
mais c’est une donnée inexacte que j’ai rectifiée : elle ferait un
excellent savon ; elle serait aussi employée comme enduit protec1.

Les tourteaux de graines oléagineuses,

1874.

�152 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
teur du fer contre la rouille. Certains voyageurs affirment aussi
que les hois imprégnés de cette huile sont par cela môme préser­
vés de la piqûre des vers. Cette huile est liquide, jaune d’or, peu
épaisse, de saveur franchement amère 1 et d’une odeur parti­
culière. J’ai trouvé sa densité à l’oléomètre de Lefebvre,
d Amiens, de 0.942 à 15°.
Il serait intéressant de pouvoir comparer la graine et
l'huile de Campa de Guyane à celles de Carapa de l’Inde
C. procera), mais je n’ai pas pu jusqu’ici obtenir des échan­
tillons bien authentiques de cette dernière espèce ou variété.
Je comblerai cette lacune dès que je le pourrai. 11 serait aussi
très intéressant de faire l’analyse de la graine du Carapa de
Surinam Guyane hollandaise), forme que Miquel (Flora Surinamensis tab. 49) a cru devoir élever au rang d’espèce sous
le nom de C. Surina menais, et rapprocher de C. Touloucouna
Guill. et Perr., à cause de l’état quinaire de la fleur.
1. D’après J. Bouis article huile du Diclionn. de chimie de Wurtz),
l'huile de Carapa de la Guyane, qui y est distinguée de celle de Touloucouna dont les chiffres sont différents, donnerait : poids à l'hectolitre,
+4.ti8 ; inerte en eau à !00°, 4.10 ; cendres, 2.76 0 0 ; matière grasse en
poids par 100 de produit naturel 80.208 ; matière grasse en poids par
100 de produit desséché, 73.255; densité à 15°, 0.949.

XVI
BEURRE DE TOULOUCOUNA (C a r a pa T ouloucouna G. et Perr.)
(Voir au Musée Colonial de Marseille, vitrine Sénégal, n0* 53 cl 53/ns )

— Cette huile est fournie par un
Carapa qui vient surtout sur la côte occidentale d’Afrique, et
c’est cette huile qui a été utilisée, ainsi que le constatent tous
les classiques, par l’industrie de la savonnerie marseillaise, il
y a quelque vingt années. Aujourd’hui, cette graine n arrive
plus à Marseille, et la savonnerie ne l’emploie plus.
Le Carapa Touloucouna G. et P. ou C. Guineensis Sweet
est assimilé aujourd’hui au C. proccra DC., qui est asiatique,
et même, comme je l’ai dit à propos de l huile de Carapa de
la Guyane, au C. Guianensis Aubl. 11 est certain qu'il existe
des affinités très accusées entre ces quatre espèces ; mais
cependant, au point de vue de l’étude originaire des produits
et de leur distinction, il est bon de conserver ces dénomina­
tions spécifiques, et cela d’autant plus qu elles répondent à
quelques dill'érences réellement incontestables soitdansla forme
des graines, soit dans leur histologie, soit enfin dans leur
constitution chimique, comme je vais le montrer. Je ne crois
pas utile de revenir sur les dissemblances morphologiques que
les auteurs ont signalées entre les Carapa Guianensis et
C. Touloucouna : j’en ai assez dit à propos du Carapa de la
Guyane *. Je me borne à rappeler qu’on attribue à C. ToulouH is t o r iq u e e t b o t a n iq u e .

1. Voici ce que disent Guillcmin et Perrotet (Fl. Seneg. Tenl., p. 129)
sur celte espèce comparée à celle de la Guyane : « Le Touloucouna a
« de grands rapports de feuillage avec C. Guianensis, cependant, nous le
« croyons suffisamment caractérisé par son fruit pentagone quinquélo« culaire et par les autres parties de sa fleur en nombre quinaire. Il
« est peu d’arbres aussi beaux que le Touloucouna, tant par la hauteur
« à laquelle son tronc s’élève que par sa cime excessivement large,

�151

('.RAINES GROSSES NOUVELLBS DES COLONIES FRANÇAISES

cuuna une fleur pentamère et des fruits à cinq loges, comme

l'indique la fig. 28 C.
C est un grand arbi'e ou un arbre médiocre, selon les
localités qu'il habite. Il est appelé en WololT, Touloucouna ;
en Diola, bonfopay ou boukounnu. En Casamance, où il est
abondant, d’après le H. P. Sëbire ', c’est un bel arbre touffu.
M. Cazalbou, vétérinaire militaire, qui a séjourné au Soudan
français, parle Revue des cultures coloniales, 18517 ; de ce végé­
tal qui, dans cette possession française, est désigné sous le
nom de Kobi, et indique que ses stations dans cette région
sont surtout le haut Niger et ses premiers affluents. Il en existe
cependant, d’après cet observateur, quelques pieds dans le
pays de Kati, et plusieurs jeunes d'entre eux ont été transplan­
tés dans le jardin d’essai de cette ville: « Sa graine, dit-il,
« contient de l acide oléique en notable proportion. J en ai été
« convaincu de visu au moment de la préparation, par les
« indigènes de Kati. du corps gras qu’ils retirent de cette
&lt;« graine et dont ils se servent surtout comme cosmétique sur
« toutes les parties du corps. » Ce végétal est signalé encore
par Oliver Flor. of trop. Africa , II, p. 336) : en Sénégambie, à Sierra Leone (Barter!), à Fernando-Po (Barter! Mann!),
au Niger (Barter), à Ambas-Bay (Mann .
■ formée par ses branches, qui se divisent en rameaux flexibles ef
&gt;• retombent presque jusqu'à terre. Ses énormes feuilles, abruptement
. pinnées, ont un rachis de plus d'un mètre de long souvent; la Heur
« forme des panicules lâches qui naissent sur le tronc et sur les vieilles
« branches, les fruits sont sphériques et de la grosseur d'un boulet de
- canon de six. On obtient, par expression de ses amandes, une huile
qui est absolument semblable à celle du Carapa de la Guyane. » Nous
verrons que sur ce dernier point il y a des réserves à faire.
1. Les plantas utiles du Sénégal, 1899, p. 55 : La même région est
indiquée dans Flora- Seneg. Tent. Le H. P. Sébire dit à propos de ce
végétal : • Son bois est bon pour la menuiserie, il prend un beau poli.
— L’huile exprimée des graines est très estimée pour guérir les
« douleurs, plaies, dartres et afTections du cuir chevelu. On la regarde
« aussi comme purgative et vermifuge. Elle j eut servir d’huile à brûler.
■ Elle donne un excellent savon, et est. dit-on, très bonne pour proté• ger de la rouille le fer et l'acier. » Enfin, le même auteur ajoute :
« Cette huile, comme celle de Carapa, s’exporte à Marseille pour la
■ fabrication du savon ; » ce qui n’est plus exact aujourd'hui.

REERRE DE TOI LOfCOllNA

D escription de i . a g ra in e , son rendement en r e ir h e , nature
de ce b eer h e .
à

— Le fruit, coriace, cinq carpelles, renferme
dans chacun d’eux trois graines, disposées en séries verticales
et remplissant tout l’espace laissé par les cloisons très ténues.
Ces graines, sèches, ont un testa couleur chocolat, plus épais,
plus foncé, que celles du Carapa Guianensis ; les angles que
forment leurs diverses faces sont mousses el le spermoderme
est chagriné et tuberculeux sur à peu près toute sa surface
externe. Elles ont uneforme polyédrique à trois ou quatre faces
planes ventrales et une face courbe dorsale appliquée contre la
concavité interne du fruit (fig. 28 A et B). L’embryon, de cou­
leur rosée, remplit entièrement la cavité du spermoderme; il
est recouvert d’un tegmen de couleur plus claire que le testa.
Les cotylédons, gras, ont une consistance plus solide et une
saveur moins amère que ceux du Carapa Guianensis. Le poids
moyen des graines est de 10 à 12 grammes; il est plus élevé
que dans le Carapa.
A la coupe tranversale des cotylédons, on trouve un tegmen
appliqué fortement contre eux et formé de deux couches de
cellules jaunâtres au-dessous desquelles le tissu cotylédonaire
est formé de cellules parenchymateuses à parois plus épaisses
que dans Carapa Guianensis. En outre, on trouve disséminées
en très grand nombre dans ce parenchyme gras, des cellules
spéciales à contenu résineux, jaune, soluble dans l’alcool à
5)5", qui devient orange dans les graines vieilles, et qui se
décolore par l hypochlorite de soude. — Quant aux cellules
grasses spéciales, elles contiennent tout à la fois des sphérules
grandes et petites d huile liquide, sans aleurone, et des masses
solides de corps gras. Ces cellules, grasses, ne renferment pas
trace des grains d amidon dont nous avonsconstaté la présence
indiscutable dans C. Guianensis. Donc, ce qui différencie ces
graines d’avec leurs congénères de la Guyane, c’est : l absence
d’amidon, l’existence de membranes à parois plus épaisses,
l’abondance de cellules à contenu résineux jaune, enfin l'exis­
tence dans le parenchyme gras, d’un corps gras solide et
d’un corps huileux liquide.
La graine donne 28.75 °/0 de coque et 71.25 °/0 d’amande

�fi

i

156 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES
cotylédons gras). Par la pression, elle fournit une huile solide,
même à la température ambiante de 25°, très amère et prise
en masse jaune plus ou moins verdâtre avec marbrures jaune
foncé. Elle n est pas absolument homogène. Sa densité à 15°
est de 0.932. Le rendement en beurre par le sulfure de car­
bone est, sur la graine entière, de 13.64 0fo et sur l'amande
de 61.25. — L'échaulTement de cette huile par l’acide sulfu­
rique est de 30° : le produit en glycérine est de 10.58 °/„.
Le rendement en acides gras de saponification est de
93.27 •/..
Le rendement en acides gras solides de saponification est de
27.25 •/..
Le rendement en acides gras de distillation est de 83 °/0.
Le rendement en acides gras solides de distillation est de
48 •/..
Le degré de solidification des acides gras de saponification
est de 32° 65.
Le degré de solidification des acides gras solides de saponi­
fication est de 51°.
Le degré de solidification des acides gras de distillation
est de 39°.
Le degré de solidification des acides gras solides de distil­
lation est de 48®.
Si nous comparons les données ci-dessus à celles que nous
avons établies parallèlement pour le Carapa de la Guyane nous
i. Chateau, Les corps gras industriels, Paris, 1863, p. 293, s’occupe
de cette huile et déclare qu'elle est de couleur jaune pâle et de consis­
tance d’huile d'olive figée. 11 ajoute qu'on l'importe à Marseille (ce qui
n'est plus exact pour la fabrication des savons, et qu’on y utilise
industriellement aussi la graisse, ce qui n’est pas plus vrai aujourd'hui.
11 ajoute enfin qu'on peut enlever l'amertume de cette huile et la rendre
presque comestible par le procédé de Boulloy, qui consiste à faire bouil­
lir cette huile avec de l’eau aiguisée par l'acide sulfurique. Cette eau
s’empare du principe amer, on sépare par le repos, on lave avec de
l'eau pure pour ne laisser aucune trace d’acide.
Bouis, dans le Dictionnaire de chimie de Wurtz (à l’article Huiles),
indique au Touloucouna le poids de l'hectolitre, 41.55; la perte en eau à
100°, 3.24; les cendres, 3.24; la matière grasse en poids pour 100 p.
de produits naturels, 65.04; la matière grasse en poids pour 100 p. de
produit desséché, 67.148 ; la densité à 15°, 0.935.

157
voyons que le produit gras de cette dernière provenance est le
plus souvent liquide, tandis que celui du Touloucouna est
solide même en été; que les rendements des deux graines
BEI R RF. DK TOULOUCOUNA

sont différents en poids. De
plus, ces deux huiles, à peu
près de même nature qua­
litativement, présentent une
différence notable dans la
proportion des éléments
constituants. Les acides
gras, en elfet, du Toulou­
couna et du Carapa de
Guyane, obtenus de graines
d'origine bien authentique,
sont formés, comme élé­
ments principaux, par de
l’acide oléique et de l’acide F jg . 28. — Fruit et graines de
Guill. et Perr.
palmitique, mais en propor­ A et T ouloucouna
B.
Graines
de
tion inégale. La graine de différentes formes rugueuses
suivant leur
Touloucouna contient plus situation dans le fruit C (Grandeur
C Fragment de fruit
d’acide oléique que l’huile naturelle);
(2/5
de
la
totalité)
et mon­
de Carapa ; de là l’infériorité trant la dispositionouvert
des graines
du rendement en acides gras (1/4 de grandeur naturelle).
solides par le Touloucouna,
de là aussi l'application possible de l’huile de Carapa à l’indusCa-

i\a p a

�1;&gt;S i• K VIN F&gt; t.R \SSKS NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

trio «le la stéarinehe, tandis que 1huile de Touloucouna ne
peut servir «ju à la fabrication du savon. — Mais, la presque
identité des points «le solidification «les acides gras solides, et
les mêmes propriétés cristalhigraphiques qui caractérisent ces
deux acides gras «lans leurs mélanges comparés avec l’acide
palmitique, indiquent bien une même composition qualitative
pour le&gt; deux huiles dans leurs éléments gras essentiels.
J ai tenu à insister sur ces divers points et a établir cette
comparaison bien nette entre deux huiles et deux graines sur
lesquelles on a publié bien des erreurs, et que l’on a confondues
le plus souvent ou considérées à tort comme de valeur indus­
trielle identique. Il était nécessaire de remettre les faits à leur
véritable point, et cela d autant plus «pie, par un esprit de
synthèse botanique exagéré, on en était arrivé à ne plus
distinguer botaniquement les Carapa de la Guyane de ceux
de l’Inde ou de l Afrique. La distinction s’impose aujourd’hui
à tous égards, les données morphologiques étant corroborées
dans le même sens par les données histologiques et chimiques,
dans la graine tout au moins pour Carapa et Touloucouna.
Pour compléter ces résultats, nous donnons ici l’analyse
chimique de la graine avec détails.
Voici cette analyse, faite, à ma demande, par M. Schlagdenhaulïen :

Spermoderme crustacé.
La coque, dure, après incinération, renferme 0.806° u de cendres
presque entièrement blanches; elles sont infusibles et contiennent
princijwdemenl du sulfate de chaux.
Ces cendres sont donc différentes de celles de C. Guianensis qui sont
fusibles et vertes en raison du manganèse qui apparaît sous forme de
manganate de soude.
Le poids du ligneux et produite analogues est de 99.194 ° 0, tandis que
celui des mêmes éléments contenus dans C. Guianensis est de 98.725 °/0.
Amandes mondées.
I. L'extraction à Céther de pétrole, après dessiccation préalable de la
matière «lans l'étuve à air à 105°, fournit un li«juide incolore &lt;jui, après
«'•«aporalion complète, se réduit en une masse huileuse très légèrement
jaunâtre, solide A la température ordinaire, fusible à partir de 41° et
entièrement fondue è 44°. Le rendement du corps gras est de 65 gr. 310° „ ;
il est donc supérieur à celui «lu C. Guianensis qui ne m’a donné que
55.250 °/0 avec l'éther de pétrole.

BEURRE DE TOULOUCOUNA

159

Quand on dissout le corps gras «lans le- chloroforme et qu’on addi­
tionne la solution d’une goutte d’acide sulfurique concentré, celui-ci
devient jaune, puis mordoré par suite d’une légère élévation delà tempé­
rature nu bain-marie, tandis «pie le liquide chloroformique présente une
teinte verdâtre qui s’accentue considérablement h chaud.
La saponification s’effectue aisément à l'aide delà potasse alcoolique,
La solution aqueuse du savon, précipitée par l’acide chlorhydrique,
fournil un précipité tloconneux entièrement blanc qui, après lavages,
«lessiccation et redissolution dans l'alcool à 90°, nous donne un produit
cristallin sous forme de lamelles indistinctes, fusible entre 42 et 47°, et
solidifiable h 43°7. Le composé, d'après les résultats de Ileintz sur le
mélange des aciiles gras, semble être formé de 30 gr. d’acide palmitique
et de 70 d’acide oléique.
2. Extraction au chloroforme. On obtient une matière résineuse
brune, légèrement amère, dont l’étude n’a pas fixé notre attention. Le
rendement est de 1.050 °/0.
3. Extraction A l'alcool. Ici encore nous n'obtenons qu’une ((uantité
faible de produit 1.140 °/0, dont la moitié environ est de nature rési­
neuse1 et l’autre partie, gluante, précipitable par l'acide chlorhydriipie,
n’a pas été examinée.
4. Extraction A l'eau, lin évaporant le liquide cjui provient «le
l’épuisement de la matière (20 grammes) par 500 grammes d’eau à la
température du bain-marie, en renouvelant au furet h mesure du besoin,
nous obtenons 2.735°/0 d'extrait, dont 1.006 0 0 de matières salines,
contenant principalement des phosphates à base de potasse et
«le soutle, et un peu «le chlorure de sodium. La différence er.lre les
deux derniers nombres correspond à un mélange de gomme et de
matières albuminoïdes. Le premier de ces principes a été reconnu
qualitativement par les divers réactifs appropriés, tandis &lt;|ue le second
a été dosé par le procédé de Will et Varentrapp.
5. Produit restant. En retranchant le poids «les divers éléments,
déterminés jusqu'alors, du nombre 100, il nous reste les autres produits
contenus dans ce résidu et qui sont généralement formés «le cellulose
et de ligneux, de sels fixes cl de matières azotées à l'état d'éléments
albuminoïdes insolubles.
Deux dosages nous donnent à coup sûr le poids des sels fixes et des
matières protéiques. Le calcul nous permet d'arriver au poidsdu ligneux
et des principes cellulosiques.
En faisant l'incinération d'une partie aliipiote de ce résidu on obtient
1.777 0 o de sels fixes, contenant principalement «lu phosphate de chaux
1. Celle substance, aussi bien «jue celle de même nature qui résulte
du traitement chloroformique, répond probablement au corps de nature
résinoïde, à réaction légèrement acide, qui a été isolé de l’écorce par
Caventou, en 1859, sous le nom de Touloucounin (E. Ileckel).

�ll&gt;0 GRAINES GRASSES NOUVELLES DES COLONIES FRANÇAISES

&lt;1 de potasse, dos sulfates et carbonates de chaux, un peu de fer et des
traces de manganèse.
I ne autre partie est incinérée avec de la chaux sodée en vue d'obtenir
de l'ammoniaque que l’on convertit par le calcul en matières protéiques :
le nombre obtenu correspond à 9.425 °/«.
Puis enfin la richesse en cellulose et ligneux est obtenue par différence
en retranchant la somme des deux nombres précédents de 29.765 qui
constitue le poids du résidu insoluble dans les divers dissolvants.
La composition de l’amande mondée de Carapa Touloucouna desséchée
préalablement à l’étuve h air à 105° peut être exprimée de la manière
suivante :
0&gt;rps gras............... 63.310 •/. retiré au moyen d’éther de pétrole
Matière résineuse.......... 1.050
»
de chloroforme
Résine et produits indéterm__
1.140
»
de l'alcool
Gomme et mat.album............. 1.729 1 ,
Sels.................... 1.00b |
Cendres.... 1.777 après incinération
Produit restant IMat.album.. 9.425 / après traitement par chaux sodée
contenant
i Cellul.,ligneux )
(
[ et pertes \l*A* ) P " dlfferenCC

Le tourteau de Touloucouna ayant été dans le commerce à
une certaine époque, on s’en est occupé beaucoup plus que de
celui du Carapa de la Guyane. Larbalétrier (Les tour­
teaux des graines oléagineuses, p. 59 i donne sur ce produit les
renseignements suivants : « De couleur brune ressemblant à
« celle du chocolat, ce tourteau dont les effets sont peu étudiés
«&lt; en raison de son emploi restreint, se rencontre sous deux
« formes, décortiqué et non décortiqué. Dans le premier cas,
« la masse est de couleur uniforme; dans le second, elle
laisse voir des tâches plus claires et d'autres plus foncées,
« rougeâtres. Il ne convient pas pour le bétail, car la plupart
« des animaux le refusent à cause, dit-on, de son amertume.
« On le réserve donc pour la fumure, mais sous ce rapport il
« ne vaut pas le tourteau de ricin, car sa teneur en azote est
&lt;• assez faible, comme le prouvent les analyses de Corenwinder
o et Décugis azote 2.53 h 2.58 °/0; acide phosphorique, qui
« existe seulement dans le produit dicortiqué, est de 0.86°/°
« dans la graine entière). »
Nous avons dit que la graine de Carapa de la Guyane donnait
un tourteau identique, de peu de valeur comme fumure.
(A suivre.)

UN NOUVEAU JABORANDI
DES ANTILLES FRANÇAISES

ÉT U D K
BOTANIQUE, CHIMIQUE ET PHARMACOLOGIQUE
DU

PIL0CARPUS RACEM0SUS

�UN NOUVEAU JABORANDI
DES

ANTILLES FRA NÇA ISES

É
BOTANIQUE,

T

U

CHIMIQUE

D
ET

E
P H A R M A C O L O G IQ U E

PAR

Le Dr G. ROCHER

Professeur de pharmacie et de matière médicale à l’Ecole de médecine et de pharmacie
de Clermont-Ferrand.

�AYANT-PROPOS
Plantæ, qiue gencrc conveniunt, etiam
virtute conveniunt. (Linn.) (1).
E n 1874 , le d o c t e u r C o u t i n h o d e R i o - J a n e i r o a t t i r a l’a t ­
ten tio n su r une plante sudorifique et sia lag o g u e connue
d a n s s o n p a y s s o u s le n o m d e Jaborandi. Des e s s a i s fai fs
à l’h ô p i t a l B e a u j o n p a r le p r o f e s s e u r G u b l e r c o n f i r m è r e n t
les d o n n é e s d u m é d e c in b ré silie n et ce m é d ic a m e n t e x o ti­
q u e j o u i t r a p i d e m e n t d ’u n e v o g u e c o n s i d é r a b l e . L e s f e u i l ­
l e s e n v o y é e s p a r le d o c t e u r C o u t i n h o , f u r e n t r e c o n n u e s p a r
le p r o f e s s e u r B â i l l o n c o m m e a p p a r t e n a n t à u n e R u t a c é e Z a n t h o x y l é e , le Pilocarjms pennotifolius L e m a i r e .
D’a u t r e s e s p è c e s s u d - a m é r i c a i n e s , p l u s o u m o i n s v o i s i ­
n e s d e c e l l e s - c i , a p p a r u r e n t s u r le m a r c h é e u r o p é e n , s e u l
le P. racemosus V a h l , l’e s p è c e l a p l u s a n c i e n n e m e n t c o n
n u e d e ce g e n r e , a è t è n é g l i g é e p a r l e s t h é r a p e u t e s e t les
p h a r m a c o l o g i s t e s . S o n é t u d e f a i t l ’o b j e t d e c e t r a v a i l , d a n s
lequel je crois a v o ir d é m o n tré q ue cette p lante, o rig in aire
d e s A n t i l l e s f r a n ç a i s e s , a le s m ê m e s p r o p r i é t é s q u e l e s p l a n ­
t e s b r é s i l i e n n e s e t m é r i t e d ’ê t r e i n t r o d u i t e e n t h é r a p e u t i ­
q u e de p ré fé re n c e à elles.

�166

AVANT-PROPOS

C e s r e c h e r c h e s j u s t i f i e n t p l e i n e m e n t le s p r é s o m p t i o n s
é m i s e s p a r M le p r o f e s s e u r H e c k e l , d a n s s e s a n n o t a t i o n s
d e la Flore (1rs Antilles d u P. D u s s , s u r l ’e m p l o i d e c e t t e
p l a n t e . E l l e s v é r i f i e n t , u n e lo is d e p l u s , l ’a d a g e l i n n é e n q u e
j’a i c h o i s i c o m m e é p i g r a p h e .
Ce t r a v a i l s e r a d i v i s é e n q u a t r e p a r t i e s :

P remière P artie. — Introduction historique. — J ’y
r a p p e l l e r a i r a p i d e m e n t les t r a v a u x s u r les d i f f é r e n t e s
s u b s t a n c e s a p p e l é e s Jahorandis.
D e u x i è m e P a r t i e . — D a n s la d e u x i è m e p a r t i e , j e f e r a i
Yétml botanique d u P. raceniosus c o m p a r é e a v e c c e l l e d e s
au tres espèces du m êm e genre.
T r o i s i è m e P artie . — L'étude chimique d e s a l c a l o ï d e s e t
d e l ' e s s e n c e q u ’o n r e t i r e d e c e s f e u i l l e s , f e r a l ’o b j e t d e l a
troisièm e partie.
Quatrième P a r t i e . — E n f i n , s o u s le n o m à’étude phar­
macologique, j ’é t u d i e r a i la p r é p a r a t i o n e t le s c a r a c t è r e s
d e s l o r m e s p h a r m a c e u t i q u e s q u e j ’a i o b t e n u e s a v e c l e s
f e u i l l e s d u P. racemosus.
J ’a i é t é d i r i g é d a n s m e s r e c h e r c h e s p a r m o n a m i M . le
p ro fe s s e u r B r æ m e r , d e la F a c u lté d e m é d e c in e d e T o u ­
louse, qui m 'a c o n sta m m e n t so u te n u de ses co n seils; je suis
h e u r e u x d e l 'e n r e m e r c i e r , ici, p u b l i q u e m e n t . J e d o i s a u s s i
un tém o ig n a g e particulier de toute m a reco n n aissance à
M. le p r o f e s s e u r H e c k e l , le s a v a n t d i r e c t e u r d e l’I n s t i t u t
c o l o n i a l d e M a r s e i l l e , q u i m ’a i n d i q u é l ' i n t é r ê t q u i s ' a t t a ­
c h a i t à l ' é t u d e d e c e t t e p l a n t e d e n o s c o l o n i e s ; il a g r a c i e u ­
s e m e n t m is à m a d isp o sitio n les m a t é r i a u x de m e s r e c h e r ­
ches.
Q u'il m e s oit p e r m i s d e d o n n e r u n t é m o i g n a g e d ’a f f e c ­
t u e u s e g r a t i t u d e à M. le p r o f e s s e u r S u i s , d e l a F a c u l t é d e

A V A N T -PR O rO S

167

T o u l o u s e , d o n t le c o n c o u r s m ’a é t é t r è s u t i l e , e t d ’a d r e s s e r
d e v i l s r e m e r c i e m e n t s à m e s a m i s M. B r u y a n t , m o n c o l l è ­
g u e à l’E c o l e d e m é d e c i n e e t d e p h a r m a c i e d e C l e r m o n t ,
et à M. B a r t h e l a t , p r é p a r a t e u r d e s t r a v a u x p r a t i q u e s à
l’E c o l e d e p h a r m a c i e d e P a r i s .
J e s u i s t r è s r e c o n n a i s s a n t à M. le p r o l e s s e u r H a r t w i c h ,
d e Z u r i c h , q u i a y a n t s u , p a r M. B r æ m e r , q u e j e m ’o c c u ­
p a i s d e s Pilocarpus, a b i e n v o u l u m ’e n v o y e r u n e c o l l e c t i o n
des d iv erses v ariétés étu d iées d a n s son la b o rato ire p a r
M. G e i g e r .
Q u ’il m e s o i t p e r m i s d ’e x p r i m e r , ici, à l’é g a r d d e M M . les
professeurs F réb au lt, D upuy, Lam ie, M arie et G érard,
m e s s e n t i m e n t s d e g r a t i t u d e p o u r l a s y m p a t h i e q u ’ils n ’o n t
c e ssé d e m e t é m o i g n e r d a n s les r a p p o r t s qui u n is s e n t
l ’E c o l e d e C l e r m o n t à la F a c u l t é d e T o u l o u s e .

��Explication des Planches
PLANCHE
F i g . 1. — F e uille du

i

Pilocarpus racemosus.

F i g . 2 . — E p i d e r m e i n f é r i e u r de la feuille a v e c s t o m a t e s . St.
F i g . 3. — E p i d e r m e s u p é r i e u r de la feuille a v e c s t r i e s .
P. gl. I n s e r t i o n d ’u n p o il g l a n d u l a i r e .
P L A N C H E II
F i g . 4.

C o u p e t r a n s v e r s a l e de la n e r v u r e m é d i a n e .
ep. s. E p i d e r m e s u p é r i e u r .
p. c. P a r e n c h y m e c o r t i c a l .
per. P é r i c y c l e .
lib. L i b e r .
b. B o is.
moe. M o e l l e .
cr. M à c l e d ’o x a l a t e d e c h a u x .
ep. i. E p i d e r m e i n f é r i e u r .
p. e. P o c h e à e s s e n c e .

F i g . 5. — C o u p e t r a n s v e r s a l e du l im b e .
ep. s. E p i d e r m e s u p é r i e u r .
p. p. U n e a s s i s e d e c e l l u l e s p a l i s s a d i q u e s .
cr. M à c l e d ’o x a l a t e d e c h a u x .
p. I. P a r e n c h y m e l a c u n e u x .
cp. i. E p i d e r m e i n f é r i e u r .

�PL II.

Les p h o to g ra p h ie s re p ré s e n té e s d a n s ce tra v a il so n t
d u e s à l ' o b l i g e a n c e d e M . le p r o f e s s e u r S u i s : l e s p r é p a r a ­
tions m ic ro sc o p iq u e s d estin é e s à la p h o to g r a p h ie é ta i e n t
c o l o r é e s a v e c u n n o u v e a u p r o d u i t , le j a u n e d i a m i n e .
Le d o c t e u r S u i s e s t , à m a c o n n a i s s a n c e , le p r e m i e r q u i
a utilisé cette s u b s ta n c e p o u r la p h o to m ic ro g ra p h ie .
La d e s c r i p t i o n d e s l i g u r e s e s t d o n n é e a u c h a p i t r e III.

�PREMIÈRE PARTI E
Introduction historique

CHAPITRE PREMIER
Les

divers

Jaborandis.

§ i" ,
L e m é d e c i n h o l l a n d a i s P i s o n (1) e s t le p r e m i e r a u t e u r
q u i p a r l e d e Jaborandi. Il d é c r i t e t f i g u r e s o u s c e n o m
q u a t r e p l a n t e s q u ’il a p p e l l e Jaborandi, I, II , III, I \ (2).
Les in d ig è n e s d u B résil c o n s id é r a ie n t les ra c in e s de ces
plantes com m e des panacées.
A s ’e n r a p p o r t e r a u x l i g u r e s g r o s s i è r e s d e l’o u v r a g e d e

(1) G. Pisonis De Incline ntriusque rr naturali cl wcdicô. Libri XIV.
Amstelodami ap. L. et I). Elzevirios, 1658.
(2) Ibid.; Lib. IV; Cap. XLV1I. Diversæ speciei Jaborandi, p. 215 et
216.

�170 UN NOUVEAU JABORAXDl AUX ANTILLES FRANÇAISES
P i s o n , l e s J a b o r a n d i s III e t IV p a r a i s s e n t ê t r e d e s P i p è r a c è e s . Le J . II, a é t é i d e n t i f i é p a r d e M a r t i u s (1) a v e c le
Monnieria trifolia (2) R u t a c é e s , P « A l f a v a c a d a C o b r a » d e s
colons p o r t u g a i s . P i s o n r e v i e n t ( p . 312) s u r le J . I . , q u ’il d i t
ê t r e l’e s p è c e la p l u s u s i t é e c o m m e a n t i d o t e c o u t r e l e s p o i ­
s o n s f r o i d s « v e n e n a t r i g i d a », t e l s (jue le s c h a m p i g n o n s et
le s u c d e la r a c i n e d e m a n i o c ( Mandihocœ ).
Ce n o m d e laborandi o u Jaborandi, o r t h o g r a p h i é d ’a p r è s
L a n g g a r d (3) d e s e p t f a ç o n s d i f f e r e n t e s , a é t é a t t r i b u é à
d 'a u tr e s su b sta n c e s a le x ip h a rm a q u e s du Brésil(4) q u e cel­
les s i g n a l é e s p a r P i s o n . M ê m e , p a r s u i t e d e c o n t u s i o n s b i e n
e x p l i c a b l e s p o u r d e s p r o d u i t s e x o t i q u e s à l ' o r t h o g r a p h e si
v a r i a b l e , il a é t é d o n n é à d e s d r o g u e s o r i g i n a i r e s d ’a u ­
t r e s c o n t r é e s t r o p i c a l e s d u n o u v e a u e t d e l’a n c i e n c o n t i ­
n e n t . C 'e st a i n s i q u e M é r a t e t d e L e n s (5) d i s e n t q u e le
n o m b r é s i l i e n d e laborandi a p p a r t i e n t à « p l u s i e u r s e s p è ­
c e s d e p o i v r e s » e t q u ’ « il n e f a u t p a s le c o n f o n d r e a v e c
Jaborandi q u i e s t c e l u i d u Monneria (sic) trifolia , » t a n d i s
q u e p l u s lo i n (b) ils d o n n e n t c e d e r n i e r n o m a u Gratiola
Monneria (sic) (Hcrpestes Broumi P e r s . ) q u i « c r o i t d a n s
l ' I n d e et a u B r é s i l ».
G e i g e r ( loc. c i i p. 7), d a n s s e s c o n t r i b u t i o n s si c o n s ­
c i e n c i e u s e s à l ’h i s t o i r e p h a r m a c o l o g i q u e e t b o t a n i q u e d e s
f e u i l l e s d e Jaborandi, d o n n e u n e l i s t e d e o n z e e s p è c e s d e

(1) C.-F. Th. de Martius. Systema materia- medicæ vegetabilis brasilitnsis. Lipsiæ, 1843, p. 100.
Cl* C. Lintiæi Species plantarum, édit., 111a. Vindobonæ, 1764, II,
p. 986.
(3) Langgard, Dictionnano de medicina domeslica e popular, II, p. 644
(ap. (4), p. 6).
&lt;»• Geiger Heitvügc zvr phen makoynostischen und botanischen hevntnis der JaborandisblûUer. Inaug. Piss. de Zurich, Berlin, 1897.
(â&gt; Meiat et de Lcd^, Dicliotinoin de matière médicale, III p. 581-1831.
(6) Ibid. p. 666.

LES DIVERS JABORANDIS

171
plantes a p p a rte n a n t aux R utacées, aux Piperacées et aux
S c r o f u l a r i a c è e s q u ’o n a a p p e l é e s Jaborandi.
V e l l o s o a d o n n é le n o m s p é c i f i q u e d e Jaborandi à u n e
e s p è c e d u g e n r e Piper (Serronia Jaborandi, G u i l l . ,
Ottonia Anisum , S p r e n g . , Ottonia Jaborandi, K u n t h ) (1),
q u e , d ’a p r è s H . B â i l l o n (2) « a u B r é s i l , o n c o n s i d è r e
c o m m e le v é r i t a b l e Jaborandi. » C e t t e p l a n t e , o r i g i n a i r e
d u B r é s i l m é r i d i o n a l , e s t s p é c i a l e m e n t d é s i g n é e s o u s le
n o m d e Jaborandi do Mate (3) e t s a r a c i n e , le J ambu assu,
a été r é c e m m e n t p ré c o n isé e c o m m e s tim u la n te et féb ri­
f u g e (4).
M a i s j u s q u ’e n 1874, l e s J a b o r a n d i s n ’o n t j o u é a u c u n
r ô l e d a n s la t h é r a p e u t i q u e e u r o p é e n n e . C’e s t a l o r s q u e
le d o c t e u r C o u t i n h o , d e R i o - d e - J a n e i r o , a p p o r t a à P a r i s
d e s f e u i l l e s d ’ « u n a r b u s t e q u i c r o i t d a n s l’i n t é r i e u r d e
q u e l q u e s p r o v i n c e s d u N o r d d u B r é s il e t d é s i g n é p a r les
I n d i e n s s o u s le n o m d e Jaborandi (5) ». C e t t e n o u v e l l e
s u b s t a n c e q u e le d o c t e u r C o u t i n h o a v a i t e m p l o y é e p e n d a n t
p l u s i e u r s a n n é e s , f u t e s s a y é e d a n s le s e r v i c e d u p r o f e s ­
s e u r G u b l e r (6) e t a t t i r a l ' a t t e n t i o n d u m o n d e s a v a n t .
Les r e c h e r c h e s d e to u t o r d r e se m u ltip liè r e n t s u r ce
s u j e t e n F r a n c o e t à l’é t r a n g e r . Il e s t i n u t i l e d e r a p p o r t e r

(1) G. DragendorfT, Die Heilpflanzen, Stuttgard, 1898, p. 158.
(2) H. Bâillon. Traité de Botanique médicale phanéroganique. Paris,
1884, p. 782.
(3) G. Hartwich. Die neuen Arzneidrogen ans dan Pjlanzenreiche.
Berlin, 1897, p. 260.
(4) Parke, Dawis and C°. 1lie Phannacology of newer Muleria medica.
Detroit, 1892, p. 830 (ap. Hartwich, loc. cil.).
(5) Coutinho, Note sur un nouveau médicament diaphorétique et
sialagogue : le Jaborandi du Brésil. (Journal de thérapeutique, I.
p. 161, 10 mars 1874.)
(6) Ibid., p. 105. — Journal de Pharmacie et de chimie (4), XX,
pp. 145-242-357, - 1874.

�17? UN NOUVEAU JABORVNDI DES ANTILLES FRANÇAISES
ici t o u t e s c e l l e s q u i p a r u r e n t d a n s les p é r i o d i q u e s d e c e t t e
é p o q u e ; .je m e b o r n e r a i à s i g n a l e r c e l l e s q u i é t a b l i r e n t
l ’h i s t o i r e b o t a n i q u e , c h i m i q u e , p h y s i o l o g i q u e e t t h é r a p e u ­
tique de cet intéressan t m é d ic a m e n t.
S a n s d ’a u t r e s é l é m e n t s d e d é t e r m i n a t i o n q u e l e s f e u i l l e s ,
a p p o r t é e s p a r le d o c t e u r C o u t i n h o , B â i l l o n (1) é t a b l i s s a i t
q u e c e l l e s - c i é t a i e n t i d e n t i q u e s à c e l l e s d ’u n e p l a n t e d e
l ' A m é r i q u e d u S u d . c u l t i v é e d a n s le s s e r r e s d e p l u s i e u r s j a r ­
dins b o tan iq u es et en p a rtic u lie r du M u sé u m ; cette p la n te ,
c o n n u e s o u s d e s n o m s d i v e r s , d e v a i t se r a p p o r t e r à u n e R u t a c é e - Z a n t h o x y lée, le P. pennati folius d é c r i t p a r L e m a i r e ( 2 )
e n 1852. C e s d o n n é e s l u r e n t c o m p l é t é e s p a r ce s a v a n t p r o ­
fesseur de la F a c u lté de M édecine q u elq u es a n n é e s p lu s
t a r d (3) e t c o n f i r m é e s d è s la m ê m e a n n é e p a r M . le p r o ­
f e s s e u r P l a n c h o n (-1) q u i p u b l i a u n e é t u d e s u r l ’o r i g i n e
b o t a n i q u e d u J a b o r a n d i e t s u r les c a r a c t è r e s d e s t r u c t u r e
a n a t o m i q u e d e t o u t e s les p a r t i e s d e l a p l a n t e .
M ais on ne ta r d a p a s à r e m a r q u e r q u e les feuilles e x p o r ­
t é e s ^ o u s le n o m d e J a b o r a n d i p a r les d i v e r s p o r t s d u
Brésil, d iffé ra ie n t s e n s ib le m e n t d u ty p e p rim itif. P lu s ie u r s
a u t e u r s lu re n t ain si a m e n é s à r a p p o r t e r à d e s e sp è c e s dif­
f é r e n t e s so it d é j à c o n n u e s s o it n o u v e l l e s les d i v e r s e s s o r t e s
d e J a b o r a n d i d é n o m m é e s d ’a p r è s l e u r o r i g i n e g é o g r a ­
p h i q u e . ( " e s t a i n s i q u e P o e h l ( 5 ) r a p p o r t e le ■ Jaborandi d u
c o m m e r c e n o n a u P. pnvnatifolius L e m . , m a i s à u n e e s p è c e

I i haillon. Journal de pharm. et de chimie, série 4, t. XXI, p. 20.
(2) Lemaire, Jardin Fleuriste, t. III, planche 203.
(3) haillon, Journal de phann. et de chimie, série 4, t. XXVII, p. 393.
(4) Planchon, Journal de phann. et de chimie, série 4, t. XXI, p 295.
(5) Poehl, Untersuchuny der Jilâtter von Pilocarpus officinalis. SaintPétersburg, 1879 (d’après Geiger, loc. vit.).

LES DIVERS JABORANDIS

173
n o u v e l l e le P. officinalis P o e h l ; q u e H o l m e s (1 ) c r é e p o u r
le J a b o r a n d i d e P e r n a m b u c o , le P. Jaborandi H o l m e s ,
p o u r c e l u i d e C é a r a , le P. trachylophus H o l m e s , e t a d m e t
q u e l e P. Srlloanus E n g l . , le P. microphyllus S t a p f . e t le
P. spicatus S t-H il. c o n t r i b u e n t à f o u r n i r l e s d i v e r s e s s o r t e s
de Jaborandi.
T o u s l e s t r a v a u x r e l a t i f s à l’o r i g i n e b o t a n i q u e e t a u x
c a r a c t è r e s a n a t o m i q u e s s o n t e x p o s é s d a n s l’é t u d e d é j à
c i t é e (p. 2 , n o t e 2 ) d e M. G e i g e r à l a q u e l l e j e r e n v o i e pourplus a m p le s d étails.
Des é t u d e s c h i m i q u e s d ’a b o r d e n t r e p r i s e s p a r R a b u t e a u (2) t u r e n t b i e n t ô t c o m p l é t é e s p a r c e l l e s d ’a u t r e s
e x p é r i m e n t a t e u r s . B y a s s o n (3), e n f a i s a n t l’a n a l y s e d e la
feuille t r o u v a u n ré s id u s i r u p e u x q u i a v a it to u s les c a r a c ­
t è r e s d e s a l c a l o ï d e s e t q u ’il d é s i g n a s o u s le n o m d e Jaborandine. De s o n c ô t é , le d o c t e u r E. H a r d y (4) r e t i r a i t d u
J a b o r a n d i u n a l c a l o ï d e p a r t i c u l i e r p o u r l e q u e l il p r o p o s a i t
le m ê m e n o m d e Jaborandine o u m i e u x d e Pilocarpine ;
c ’e s t ce d e r n i e r n o m q u i a p r é v a l u .
C e t t e d é c o u v e r t e f u t c o n f i r m é e p a r G e r r a r d (5), q u i é t a ­
b lit a v e c s o i n le m o d e d e p r é p a r a t i o n e t les r é a c t i o n s d e ce
corps.

(1) Holmes, Pharrn. Journ. and. transact (3), V, p. 582, p. 041, 1875.
— (3) XXII, p. 875, 1892. - (3) XXIV, p. 1065, 1894. - (4) I, p. 520,
p. 539,1895. - (4) III, p. 2, 1896.
(2; Rabuteau, Gornptes-rendus de la Soc. de Biologie, 11 avril 1874.
(3) Byasson, Note sur la présence dam les feuilles du Jaborandi d’une
substance offrant 1îs caractères des alcaloïdes naturels. (Journal de thé­
rapeutique, II, p. 175, 10 mars 1875.)
(4) Hardy, Sur la composition du Jaborandi. (Comptes-rendus de la
Société de Biologie (6), II, p. 109, 13 mars 1875.
(5) Gerrard, Pharm. Journ. a. Trans. (3), V, p. 965 et VI, p. 227. —
1875, VII, p. 228, 1876.

�17 4 UN NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
E n 1*80, E. H a r n a c k e t H. M e y e r (1) i s o l è r e n t ilu J a b o ­
r a n d i u n n o u v e l a l c a l o ï d e , la Jaborinr, a u q u e l v i n t s ’a j o u t e r , e n 1887, la Pilocarpidine , t r o u v é e p a r E. H a r n a c k (2).
E n t i n , e n 1897, la d é c o u v e r t e p a r P e t i t e t P o l o n o v s k i (3)
d e l a Psrudo-Piloccii'pine et d e l a Psntdo-Jaborine d a n s le
P. spicatus, p o r t e à c i n q le n o m b r e d e s a l c a l o ï d e s d e s

Jaborandis.

Des r e c h e r c h e s p h a r m a c o - d y n a m i q u e s , p h y s i o l o g i q u e s
e t t h é r a p e u t i q u e s , f a i t e s p a r A. R o b i n v4), d è s 1874, t u r e n t
p o u r s u i v i e s p a r u n g r a n d n o m b r e d ’a u t e u r s . U n e é t u d e
d ’e n s e m b l e e s t d u e à \ u l p i a n (5), d a n s s e s m a g i s t r a l e s

Leçons sur Vétude physiologique des poisoyis.

T o u s c e s t r a v a u x m i r e n t r a p i d e m e n t e n v o g u e le n o u ­
v e a u m é d i c a m e n t , e t , d è s 1874, M. le p r o f e s s e u r H e c k e l (6)
d é m o n t r a q u ’e l l e s e s p é r a n c e s il f a i s a i t n a î t r e .
T o u t e s les p h a r m a c o p é e s — le C o d e x e n 1884 — o n t i n s ­
c r i t le J a b o r a n d i s o u s p l u s i e u r s f o r m e s p h a r m a c e u t i q u e s ,
a i n s i q u e la p i l o c a r p i n e e t c e r t a i n s d e s e s s e l s .

(1) E. Harnack und H. Meyer, Ann. der Chem., u. Pharm., CCÏV, p. 67.
(2) E. Harnack, Ann. der Chem. u. Pharm., CCXXXVIII, p. 228.
(3) Petit et Polonovski, Sur deux nouveaux alcaloïdes isolés d’une
espèce de Jaborandi (Bulletin de la Société chimique de Paris, 5 juin
1897).
(4) A. Kobin, Etudes physiologiques el thérapeutiques sur le Jabo­
randi (Journ. de thérapeutique, I, pp. 88t-930, 1874, et II, p. 178, 1875).
(5) Yulpian, Etude physiologique des poisons : Jaborandi (Revue inter­
nat. des Sciences biologiques, IV, p. 481, 1879; V, p. 97, 1880).
(6i Heckel, Histoire médicale et pharmaceutique des principaux agents
médicamenteux introduits en thérapeutique depuis ces dix dernières
années, p. 83; Bruxelles, 1874.

DEUXIÈME PARTIE
Etude Botanique

C H A P I T R E II
S ystém sitiqu e et M o r p h o lo g ie .

§ 1“
E n 1796 , M a r t . V a l il (1) d r é a le g e n r e Pilocarpus (mXoç,
c h a p e a u ; xapiroç, f r u i t ) (2) p o u r u n e p l a n t e d e s A n t i l l e s , le
P. racemosus, q u i f a i t l ’o b j e t d e c e t r a v a i l .
J ’e m p r u n t e l a d i a g n o s e d u g e n r e a u Flora brasiliensis (3).
« Flores h e r m a p h r o d i t i . Calyx b r e v i s , b r e v i t e r 4 - 5 l o ­

ti) Vahl, Eclogæ americanæ, I, p. 29, tab. X, 1796, 1807.
(2) Le fruit, après la déhiscence, rappelle la forme d’un bonnet de
prêtre.
(3) Flora brasiliensis, t. XII, pars II, p. 131. Monachii, 1872-77.

�17&lt;&gt; UN Norvt VU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES

b u s , l o b i s c i l i o l a t i s . Petala 4-5 æ q u a l i a , c a l y c i s l o b i s a l ­
t e r n a , p a t e n t i a , c o r i a c e » , o v a t a vel o v a t o - l a n c e o l a t a ,
m a r g in e s u p e r io r e a t q u e a p ic u lo m u c r o n i f o r m i inflexis,
in i i i s c o s t u l a m e d i a i n s t r u c t a , æ s t i v a t i o n e v a l v a t a v e l
l e v i t e r i m b r i c a t a . Sknuina 4 - 5 , i n t r a d i s c u m i n s e r t a ; fUamenUi s u b u l a t a . g l a b r a ; antherœ l a t e o v a t æ , p r o f u n d e
‘2 l o b æ , v e r s a t i l e s , i n t r o r s u r n l o n g i t u d i n a l i t e r d é h i s c e n t e s .
Discus a n n u l a r i s , o v a r i u m c i n g e n s e i q u e t e r e c o n c r e t u s .
Ovarium d e p r e s s o - g l o b o s u m , g l a b r u m vel p i l o s u m , a l t e
4 - 5 l o b u m , c a r p i d i i s d i s c r e t i s o p e s ty l i s u p r a c o n n é x i s 1
l o c u l a r i b u s . ovula i n l o c u l i s g e m i n a , c o l l a t e r a l i a vel s u p e r p o s i t a : slylus b r e v i s s i m p l e x v e l b a s i 5 p a r t i t u s ; s t i g m a
c a p i t a t u m , 5 l o b u m . Fructus 1-5 c o c c u s , c o c c i s d i s i i n c t i s ,
conchiturm ibus, 2 valvibus, 1 sperm is, dorso atq u e ventre
c a rin a tis, tr a n s v e r s e plus m in u s v e a r c u a tim su lca tis, e n d o c a r p i o s o l u t o c u m s e m i n e s e c e d e n t e . Semen o v a t u r n ,
c o m p r e s s u m , t e s t a m e m b r a n a c e a . Embryo c o t y l e d o n i b u s
m agn is 2 a u ric u la tis , ra d icu la m inflexam in v o lv en tibus.
« Arbores p a r v æ vel frutices A m e r i c æ t r o p i c æ a t q u e
I n d i æ o c c i d e n t a l is i n c o l æ . Rami d e n s i , c o r t i c e t e n u i r u g o s o o b t e c i i , a p i c e r n v e r s u s d e n s i u s fo lio s i. Folia a l t e r n a
a u t per p aria valde a p p ro x im a ta , su bo pposita au! com p lu ra su b v e rtic illa ta , m e m b r a n a c e a vel s u b c o ria c e a , g l a b r a vel s u b t u s p i l o s a , g l a n d u l i s m i n u t i s r u b i c u n d i s p e l l u cidis in s tr u c ta , vel g la n d u lis su p e rfic ia lib u s t a n t u m imm e r s i s ; s i m p l i c i a v. i m p a r i - p i n n a t a , o b l o n g o - e l l i p t i c a ,
vel o b o v a t a vel m a x i m a l i n e a r i - l a n c e o l a t a , b r e v i t e r p e t i o l a t a vel s u b s e s s i l i a . n e r v o m e d i o l a t e r a l i b u s q u e s u b t u s
d i s t i n c t e p r o m i n e n t i b u s . Flores p a r v i , v i r i d e s c e n t e s , s u b s e s s i l e s vel p e d i c e l l a t i , in r a c e m o s l o n g o s v e l s p i c a s e l o n g a t a s , t e r m i n a l e s vel a x i l l a r e s d i s p o s i t i . Pedicelli b a s i
b racteo la a tq u e infra calycem pro p hy llis m in im is oppositis
instructi. *

SYSTÉMATIQUE ET MORPHOLOGIE

177

L e s Piloearpus , dit B â i l l o n (1), s o n t ' d e s Z a n t h o x y l é e s
d e l a s o u s - s é r i e d e s Pilocarpèes, d a n s l a q u e l l e Je g y n é c é e
a ses carp elles réu n ies en un seul o v aire p lu rilo cu laire.
Ils o n t d e s ( l e u r s h e r m a p h r o d i t e s o u , p l u s r a r e m e n t , p o l y ­
g a m e s , à r é c e p t a c l e c o u r t e t le p l u s s o u v e n t d é p r i m é e n
d e s s u s . Il d o n n e i n s e r t i o n à u n c o u r t c a l i c e e n t i e r o u 4 , 5 —
d e n t é , e t à 4, 5 — p é t a l e s , p l u s l o n g s q u e le c a l i c e , t r i a n ­
g u la ir e s , é talés, puis réfléchis, v a lv a ire s ou lé g è r e m e n t
i m b r i q u é s d a n s le b o u t o n . L e u r s é t a m i n e s s o n t e n m ê m e
n o m b r e q u e le s p é t a l e s e t a l t e r n e s a v e c e u x ; e l l e s o n t u n
filet i n s é r é s o u s le d i s q u e , o r d i n a i r e m e n t s u b u l é , i n c u r v é
d a n s le b o u t o n , e t u n e a n t h è r e c o u r t e , s o u v e n t l a r g e , i n tro rse , v e rs a tile et à d e u x loges d é h is c e n ie s p a r des (en tes
l o n g i t u d i n a l e s . L e g y n é c é e e s t e n t o u r é d ’u n d i s q u e s o u v e n t
é p a i s , g l a n d u l e u x ; il e s t f o r m é d e 4, 5 — c a r p e l l e s o p p o sitip é ta le s, lib re s ou c o n n è s à la b ase, p lu s o u m o in s p r o ­
f o n d é m e n t e n c a d r é s p a r le d i s q u e e t c o m m e p l o n g é s d a n s
sa m a s s e , s u rm o n té s de styles libres d a n s une é te n d u e
v a r i a b l e , b i e n t ô t u n i s e n u n e c o l o n n e d o n t le s o m m e t s e
p a r t a g e e n 4, 5 — l o b e s d i l a t é s , s t i g m a t i f è r e s . C h a q u e c a r ­
pelle re n fe rm e d e u x ovules c o lla té ra u x ou su p e rp o sés,
d e s c e n d a n ts ou p re s q u e h o riz o n ta u x , à rnicropyle s u p é ­
r i e u r e t e x t é r i e u r . L e f r u i t e s t f o r m é d e 4, 5 — c o q u e s l o c u l i c i d e s e t b i v a l v e s , d a n s l e s q u e l l e s l ’e n d o c a r p e , d é h i s c e n t
é l a s ti q u e m e n t e n d e u x m o itiés, se s é p a r e en m ê m e te m p s
d e l ’e x o c a r p e . L e s g r a i n e s , o r d i n a i r e m e n t s o l i t a i r e s d a n s
c h a q u e carpelle, sont d escen d an tes, ovoïdes et re n fe rm e n t
sous leurs tég um en ts un em bryon ch a rn u , sans album en,
a c o t y l é d o n s é p a i s , e n t r e la b a s e d e s q u e l s e s t c a c h é e l a
radicule courte et supère.

(1) H. Bâillon, Botanique médicale, p. 857, 1884. Cf. ul., Histoire des
Plantes, IV, p. 475, 1873.

�17^ UN NOUVL. VU JABORANDl DBS ANTILLES FRANÇAISES

L es Pilocarpus s o n t îles a r b u s t e s g l a b r e s o u , p l u s r a ­
r e m e n t, c h a r g é s de d u v e t, d o n t to u te s les p a rtie s s o n t
g l a n d u l e u s e s , p o n c t u é e s . Ils o n t d e s f e u i l l e s a l t e r n e s ,
o p p o s é e s o u t e r n é e s , p è t i o l é e s . 1-3 l o l i o l è e s o u p l u s o r d i ­
n a ire m e n t im p a rip in n é e s s a n s s tip u le s, et d es fleurs d is­
posées en épis ou en g r a p p e s , sim p le s, s o u v e n t très
a l l o n g é s , t e r m i n a u x o u a x i l l a i r e s , s u r T a x e d e s q u e l s s ’i n ­
sèren t de n o m b re u x pèdicelles qui p o rte n t p re s q u e to u jo u rs
u n e o u p l u s i e u r s b r a c t è o l e s v e r s le m i l i e u d e l e u r h a u t e u r
ou près de leu r som m et.
Ils s o n t t o u s o r i g i n a i r e s d e T A m é r i q u e t r o p i c a l e e t
subtropicale.
L a d i a g n o s e s u i v a n t e d u P . raccmosus e s t e x t r a i t e d e
l a Flore (les Antilles d u P . D u s s ( I A

§

2.

-

P. racemosus Y a h l.

P ilo c a rp e à fleurs en g r a p p e s . V u lg o : F la m b e a u - C a ­
raïbe.
A rb risseau souvent b u isso n neu x et ton d u , droit, h a u t de
3 rn à 3 * 50 . F e u i l l e s l a r g e s , e l l i p t i q u e s , a r r o n d i e s o u è c h a n crèes a u som m et, g a r n ie s de très n o m b re u s e s c ry p te s
t r a n s l u c i d e s , c o m m e les f e u i l l e s d u c i t r o n n i e r .
F leu rs en g ra p p e s sim ples, très a llo n g ées, te rm in a le s ,
le p l u s s o u v e n t p e n c h é e s , p é d o n c u l é e s ; p è d i c e l l e s l o n g s ,
i n s é r é s à a n g l e d r o i t ; c a l i c e à 5 l o b e s ; p é t a l e s 5, j a u n e
s a f r a n ; é t a m i n e s 5, é t a l é e s , i n s é r é e s s u r u n l a r g e d i s q u e ;
o v a ire à 5 lobes. F r u its 2 -4 , fo llicu laires à e n d o c a rp e

(1) Duss, Flore phanêrogamique des Antilles françaises, p. 138. (An­
nales de l lnstitut colonial de Marseille, IIIe vol., 1890).

SYSTÉMATIQUE ET MORPHOLOGIE

179
b iv a lv e ; sem e n c e s ovales, noires, luisantes, petites, te r­
m in é e s en un bec c o u rt et lé g è r e m e n t re c o u rb é . — A la
m a t u r i t é d u f r u i t , le p é r i c a r p e s e d é t a c h e d e l’e n d o c a r p e
et re s te lo n g te m p s a t t a c h é à la g r a p p e , ta n d is q u e celui-ci
d is p a ra it de b o n n e h e u re . T o u te s les p a rtie s de la p la n te
e x h a le n t u n e o d e u r forte, p é n é tra n te , p lu s ou m oins d é s a ­
g r é a b l e ; a v e c les tig es on fait des fla m b e a u x qui b rû le n t
com m e une chandelle.
F le u rit de n o v e m b re en j a n v i e r et très so u v e n t de ju in en
s e p t e m b r e . — R a r e . Ç à e t là, d a n s le s e n d r o i t s s e c s e t
r o c a i l l e u x d e s h a u t e u r s d u V i e u x - F o r t . (G uadeloupe .)
M artinique . V u l g o : F l a m b e a u n o i r . E n d r o i t s s e c s e t
p ie rre u x , h a u te u r s boisées des T rois-Ilets, m o rn e G o m ­
m ier (M arin ), h a u te u rs de Sainte-L uce.

§3.
L e s é c h a n t i l l o n s , q u e M. le p r o f e s s e u r H e c k e l a b i e n
v o u lu m e ttre à m a disposition, p ro v e n a ie n t de la G u a d e ­
l o u p e . Ils c o n s i s t a i e n t e n d e s e x t r é m i t é s d e r a m e a u x , d e s
feuilles c o m p lè te s ou d é ta c h é e s de le u r s u p p o rt, d e q u e l­
q u e s g r a p p e s n o n fleuries et d e fru its isolés.
L e s rameaux n o u e u x e t a r r o n d i s s o n t d e c o u l e u r g r i s e
m a r q u é s d e s t r i e s l o n g i t u d i n a l e s s i n u e u s e s . Ils p o r t e n t d e
p la c e en p la c e des feuilles a lte rn e s et les c ic a tric e s à
c o n to u r tria n g u la ire que celles-ci laissent p a r leu r ch u te .
L e b o is e s t b l a n c e t i n s i p i d e , l’é c o r c e o f f r e , a u c o n t r a i r e ,
u n e sav eu r am ère et p iq u an te très prononcée.
L e s feuilles q u i p e u v e n t a t t e i n d r e j u s q u ’à 30 c e n t , d e
l o n g s o n t c o m p o s é e s , i m p a r i p e n n é e s , le p l u s s o u v e n t à u n e
se u le p a ir e d e folioles la té ra le s , r a r e m e n t à d e u x p a i r e s ;

�ISO UN NOUVEAU JABORANDl DES ANTILLES FRANÇAISES
en d 'a u tr e s term es, elles so nt g é n é r a l e m e n t trilo lièes. U
a r r i v e f r é q u e m m e n t , q u ’à l’e x t r é m i t é d e s r a m e a u x , e l l e s
s e r é d u i s e n t à l a f o lio le t e r m i n a l e , e t p a r a i s s e n t a l o r s
s i m p l e s . M a is , d a n s c e d e r n i e r c a s , c o m m e d a n s le c a s
p ré c è d e n t, elles so nt to u jo u rs a r t i c u lé e s s u r le u r s u p p o r t.
Le rach is s u b c y lin d r iq u e , l é g è r e m e n t é la r g i à la b ase, se
r e n f l e a u n i v e a u d e l’i n s e r t i o n d e s f o l i o l e s . S a f a c e s u p é ­
rie u re est c re u s é e d 'u n sillon lo n g itu d in a l.
L e s fo lio le s s o n t e l l i p t i q u e s , a r r o n d i e s a u s o m m e t e t
in é g a le m e n t a tté n u é e s à la base. Le s o m m e t d u lim be e s t
è c h a n c r è c o m m e d a n s l e s a u t r e s e s p è c e s d e Pilocarpus,
le b o r d e n t i e r e t l é g è r e m e n t r é f l é c h i e s t d è c u r r e n t le l o n g
d e la n e r v u r e m é d i a n e q u ’il b o r d e d ’a i l e r o n s d e l o n g u e u r
et de larg eu r très variables.
D a n s l e s fo l io l e s l a t é r a l e s , c e t t e d è c u r r e n c e s e p o u r s u i t
d 'u n e façon trè s p ro n o n c é e , d u côté e x te r n e s e u le m e n t,
t a n d i s q u e d a n s la t e r m i n a l e , e l l e e s t t r è s r é d u i t e s u r l e s
d e u x c ô t é s . 11 e n r é s u l t e q u e l e s f o l i o l e s s o n t t o u j o u r s t r è s
a sy m é triq u e s à la base et n e tte m e n t sessiles, ta n d is q u e la
te rm in a le , g é n é r a le m e n t plus lo n g u e et plus ré g u liè r e
q u ’e l l e s , s e m b l e p o r t é e p a r u n p é t i o l u l e .
L e s d i m e n s i o n s d e s fo l io l e s sont, ' r è s v a r i a b l e s , l e s p l u s
g r a n d e s m e s u r e n t j u s q u ’à 2 0 c e n t i m è t r e s d e l o n g p o u r
p l u s d e 10 c e n t i m è t r e s d e l a r g e , m a i s , e n m o y e n n e , e l l e s
n ' o n t g u è r e p l u s d e 10 c e n t i m è t r e s d e l o n g , e t l e u r l a r g e u r
d é p a s s e g é n é r a l e m e n t la m o i t i é d e l a l o n g u e u r .
Elles s o n t t â c h é e s d e n o m b r e u s e s p o n c tu a tio n s p e llu c id e s
co rre sp o n d a n t a u x poches sécrétrices.
L a c o u l e u r d u l i m b e e s t d ’u n v e r t l o n c é s u r l a f a c e s u ­
p é rie u re , d 'u n v e r t p lu s c la ir s u r l 'a u t r e face.
L a n e r v u r e m é d ia n e p ro é m in e n te à la face s u p é r i e u r e ,
l’e s t d e u x fo is p l u s à la f a c e i n f é r i e u r e ; s a c o u l e u r j a u n â t r e
tra n c h e a v ec celle du m ésophylle. Les n e r v u r e s la té ra le s
q u i s o n t é g a l e m e n t p l u s p r o é m i n e n t e s e n d e s s o u s q u ’e n

SYSTÉMATIQUE KT MORPHOLOGIE

181
d e s s u s , p a r l e n t d e l a n e r v u r e m é d i a n e s o u s u n a n g l e d ’e n ­
v i r o n 70°. E l l e s v i e n n e n t s ’a n a s t o m o s e r le s u n e s a u x a u t r e s
à q u e l q u e s m i l l i m è t r e s d u b o r d d e la f e u i l l e , e l l e s s o n t
r e l i é e s p a r les n e r v u r e s t e r t i a i r e s p l u s fines p o u r f o r m e r
u n r é s e a u a n a s t o m o t i q u e s a i l l a n t s u r les d e u x f a c e s , e t d e
c o u le u r plus c la ire q u e celle du m é so p h y lle.
L e s f e u i l l e s e t le s p é t i o l e s s o n t g l a b r e s . J e n ’a i p a s c o n s ­
t a t é la p r é s e n c e d ’u n s e u l poil t e c t e u r , m a i s j ’a i t r o u v é d e
r a r e s poils g l a n d u l a i r e s trè s c o u rts e n fo n cés p ro fo n d é m e n t
d a n s l ’é p i d e r m e .
L e s f e u i l l e s o n t u n e o d e u r f o r t e et a r o m a t i q u e , u n e s a ­
v eu r ch au d e, piq u an te, légèrem ent a m è re ; rappelant
fa ib le m e n t celle de la rue.
L eur m astication d é te rm in e une salivation ab o n d a n te ,
m a is ne p ro v o q u e p as de n a u s é e s c o m m e celle des feuilles
d e P. pennatifolius.
L e s fruits o f f r e n t : u n e , d e u x , t r o i s o u q u a t r e c o q u e s
réniform es, ch aq u e coque est form ée de d eu x valves déhis­
ce n te s à la m a tu r ité . Ces v alv e s so n t m a r q u é e s s u r la face
e x te r n e et in te r n e de rides a r q u é e s qui se c o r r e s p o n d e n t
et qui p a r t e n t d u m ilieu de la face d o rsa le p o u r m o n te r
v e r s l a p o i n t e d u f r u i t e t r e d e s c e n d r e e n s ’a t t é n u a n t
j u s q u ’a u m i l i e u d e l’a u t r e f a c e .
E n m o y e n n e , l e s f r u i t s o f f r e n t u n e l o n g u e u r d e 11 m i l l i ­
m ètres et une la rg e u r de 9 m illim ètres, su r un e épaisseur
de 7 m illim ètres.
L a c o u l e u r d e l a c o q u e e s t d ’u n b r u n p l u s o u m o i n s
foncé.
L ’e n d o c a r p e e s t g r i s c l a i r , m i n c e e t d e c o n s i s t a n c e
cornée.
L e s p é d i c e l l e s s o n t g r ê l e s , l o n g s d e 8 à 14 m i l l i m è t r e s ,
lé g è re m e n t striés lon g itu d in ale m en t. L eu r d ia m ètre a u g ­
m e n t e i n s e n s i b l e m e n t d e p u i s le m i l i e u j u s q u à l a b a s e d u
fruit.

�]s*2 UN NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
L e p é d o n c u l e s u r l e q u e l ils s ’i n s è r e n t , p e u t a t t e i n d r e
u n e l o n g u e u r d e 30 c e n t i m è t r e s . Il e s t m i n c e , c y l i n d r i q u e ;
tinem ent strié lo n g itu d in a le m e n t, v e r d â t r e , m a r q u é de
n o m b re u se s cicatrices laissées p a r la c h u te d es pédicelles.
L a grainee st n o i r e , l u i s a n t e , m a r q u é e s u r le b o r d i n t e r n e
d ’u n h i l e b l a n c h â t r e e t b e a u c o u p p l u s v o l u m i n e u s e à l ’e x ­
t r é m i t é i n t é r i e u r e q u ’à l a p o i n t e .

CHAPITRE

III

A n a to m ie .

L a p a r t i e u t i l i s é e d u P. racemosus é t a n t l a f e u i l l e , c ’e s t
p r in c ip a le m e n t à son e x a m e n a n a t o m i q u e q u e je c o n s a c r e ­
r a i c e c h a p i t r e ; c e n ’e s t q u ’a c c e s s o i r e m e n t q u e j e t r a i t e r a i
d e s a u t r e s p a r t i e s q u e j’a i t r o u v é e s d a n s les é c h a n t i l l o n s
q u e j ’a v a i s à m a d i s p o s i t i o n .

§ 1er. —

Limbe de la feuille.

L a c o u p e t r a n s v e r s a l e d u l i m b e , p r é s e n t e u n épiderme
supérieur a v e c u n e cuticule s t r i é e d e 4 à 6 n d ’é p a i s ­
se u r. La paro i e x te r n e des cellules de l'é p id e rm e est for­
t e m e n t é p a i s s i e ; e l l e a t t e i n t e n v i r o n le t i e r s d e la h a u ­
t e u r p o u r l ’é p i d e r m e s u p é r i e u r e t l e s d e u x c i n q u i è m e s
p o u r Vépiderme inférieur. C e s c e l l u l e s c o n t i e n n e n t u n e
m a t i è r e g r a n u l e u s e d if f i c i l e à e n l e v e r p a r les d i s s o l v a n t s .
h'épiderme supérieur r e c o u v r e u n e c o u c h e d e c e l l u l e s
e n p a l i s s a d e ; le r a p p o r t d e l a l a r g e u r d e c e s d e r n i è r e s à
l e u r l o n g u e u r e s t e n m o y e n n e d e 1 à 5, e t c e t t e l o n g u e u r
a t t e i n t le 1/6 d e l’é p a i s s e u r t o t a l e d u m é s o p h y l l e .
L e s cellules pallissadiques r e n f e r m e n t d e s mâcles cristal-

�1^1

UN

NO!'VF. VU JVUORVNDI DES ANTILLES FRANÇAISES

Unes. Q u e l q u e f o i s

n ’y e n a q u ’u n e p a r c e l l u l e , m a i s le
p l u s s o u v e n t , il e n e x i s t e p l u s i e u r s . C e d e r n i e r f a i t a d é j à
été sig n alé p a r
M e y e r (1 ) p o u r le P. p&lt; nnatifolius. D’a u '
t r e p a r t . A. Y o g i 2 ) , a c o n s t a t é q u e l e s c e l l u l e s p a l i s s a d i q u e s d a n s le P. t rachylop h ns é t a i e n t c l o i s o n n é e s t r a n s v e r ­
s a l e m e n t . G c i g e r (3) a m o n t r é la r e l a t i o n e n t r e c e s d e u x
f a i t s , e t mis e n é v i d e n c e q u e le c l o i s o n n e m e n t é t a i t c o r r é ­
l a t i f à la p r é s e n c e d e s m à c l e s c r i s t a l l i n e s . Il a d é c r i t e t
figuré ce:te division en c o m p a r tim e n ts crista llifères des
c e l l u l e s p a l i s s a d i q u e s p o u r le P. trachylophus e t le P . spiil

ANATOMIK

185
v a r i a b l e , s e l o n l ’é p a i s s e u r d e l a f e u i l l e , s o n t r é g u l i è r e m e n t
s u p e r p o s é e s l e s u n e s a u x a u t r e s et. o f f r e n t d e s é l é m e n t s à
contour arro n d i avec leu r g ra n d d iam ètre transversal.
Elles r e n fe r m e n t d es m a cles cristallines co m m e celles
d e s p a l i s s a d e s , m a i s s a n s o f f r i r le p h é n o m è n e d e c l o i s o n ­
n em e n t décrit ci-dessus
D a n s le m è s o p h y l l e , e t p a r t i c u l i è r e m e n t p r è s d e s é p i d e r ­
m e s , s e t r o u v e n t d e g r a n d e s poches sécrétrices, a r r o n d i e s ,
du type des R utacèes en gén éral.

catus

.l’ai o b s e r v é c e t t e d i s p o s i t i o n d a n s t o u t e s l e s e s p è c e s o u
f o r m e s d e Pilocarpus q u e j ’a i e u l’o c c a s i o n d ’e x a m i n e r . C e
p h é n o m è n e m e p a r a î t d o n c g é n é r a l a u g e n r e Pilocarpus
et p o u r r a i t b i e n lui s e r v i r d e c a r a c t è r e a n a t o m i q u e . Il y
a u r a i t p e u t - ê t r e l ie u d e r a t t a c h e r c e t t e d i v i s i o n e n c o m ­
p a r t i m e n t s à la f o r m a t i o n d e s p o c h e s c r i s t a l l i n e s d é c r i t e s
p a r W i t t l i n (4).
L e s c e l l u l e s d e l a c o u c h e s u p é r i e u r e d u parenchyme
lacuneux a f f e c t e n t u n e f o r m e s e n s i b l e m e n t r e c t a n g u l a i r e ;
e l l e s s o n t s e r r é e s l e s u n e s c o n t r e le s a u t r e s e t i n t e r r o m ­
pu es p a r de r a r e s l a c u n e s ; elles s e m b le n t c o n s titu e r u n e
d eu x iè m e assise de cellules p a lissad iq u es. L e u r disp o sitio n
e t le s d i m e n s i o n s r e s p e c t i v e s d e l e u r s d i a m è t r e s , l e s r a p ­
p rochen t c e p e n d a n t b e a u c o u p plus de l a tro isiè m e co u c h e ,
o ù les d i a m è t r e s v e r t i c a u x e t t r a n s v e r s e s s o n t s e n s i b l e ­
ment égaux.
Les a u tre s assises du p a re n c h y m e la c u n e u x en n o m b re

(1) A. Meyer. Drogenkunde, 11, p. 229, fig. 4*2 (1892).
(2) A. Vogl, Ubrr Folio Jaborandi, fig. I, p. 5 du tirage à part (1896).
(3) Geiger, Loc. cit., p. 26, fig. 20 et fig. 25.
(4) Wittlin, Uber die Bildung der Kalkoxalat-Taschen. — Inaug. Jiss.
Bern. 1896.

§2. —

Nervure médiane.

L a n e r v u r e est f o r m é e d e t r o i s p a r t i e s d i s t i n c t e s : l’é c o r c e ,
le s y s t è m e l i b é r o - l i g n e u x , l a m o e l l e .
L'écorce f o r m é e p a r u n t i s s u c e l l u l a i r e , e s t p r è s d e d e u x
lois p l u s é p a i s s e s u r l a f a c e i n f é r i e u r e d e la f e u i l l e q u e
s u r l’a u t r e f a c e , l a c o m p o s i t i o n a n a t o m i q u e e s t s e n s i b l e ­
m e n t l a m ê m e d a n s c e s d e u x p a r t i e s . A u - d e s s o u s d e l’é p i ­
d e r m e , e x i s t e u n t i s s u d e collenchyme c o m p o s é d e c e l l u l e s
plus ou m o in s a rro n d ie s , a u g m e n t a n t de d ia m è tr e en a l l a n t
v e r s le c e n t r e ; e n t r e c e t i s s u e t le s y s t è m e c e n t r a l , s e
t r o u v e le parenchyme a v e c s e s c e l l u l e s p l u s o v a l e s e t
a p l a t i e s d a n s le s e n s t a n g e n t i e l .
Le s y s t è m e l i b e r o - l i g n e u x e s t e n t o u r é d ’u n a n n e a u péri cyclique, d o n t les i l ô t s s o n t s é p a r é s p a r les r a y o n s m é ­
dullaires.
Le liber mou, a s s e z é p a i s , t r a v e r s é p a r le s r a y o n s m é d u l ­
l a i r e s , e n t o u r e le bois r e p r é s e n t é c o m m e d a n s les a u t r e s
e s p è c e s d e Pilocarpus p a r d e u x a r c s , l’u n i n f é r i e u r c o n c - a v o - c o n v e x e , l’a u t r e s u p é r i e u r r e l i a n t c o m m e u n p o n t les
deux ex trém ités du précédent.

�186 UN NOUVEAU J.YRORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
E n f i n l a moelle esi f o r m é e d ' u n p a r e n c h y m e s e m b l a b l e
à c e l u i il»* l ' é c o r c e , a v e c l e q u e l il e s t e n c o m m u n i c a t i o n p a r
les r a y o n s m é d u l l a i r e s q u i s o n t à u n e , d e u x e t r a r e m e n t
trois ra n g é e s de cellules.
L e s poches sécrétrices s o n t g é n é r a l e m e n t p l a c é e s c o m m e
d a n s le l i m b e p r è s d e l ’é p i d e r m e . D e s ci'istaux d ’o x a l a t e
d e c h a u x e n o u r s i n s s e r e n c o n t r e n t d a n s le t i s s u f o n d a ­
m e ntal cortical et m é d u lla ire .
L’épiderme supérieur, v u d e l a c e , m o n t r e d e s c e l l u l e s
p olygonales, à côtés d roits ou lé g è re m e n t c o u rb e s, leu rs
stries cu tic u la ire s sont b eau co u p m o in s p ro n o n c é e s q u e
c e l l e s d u P. pennatifolius. E n c e r t a i n s p o i n t s , le s c e l l u l e s
affectent u n e disp o sitio n c irc u la ir e , qui p a r a it c o r r e s p o n d r e
a des d ép ressio n s, d a n s lesquelles so nt logés de co u rts
p o il s g l a n d u l a i r e s .
L’é p i d e r m e n e u r a l d i f f è r e u n p e u d u m é s o p h y l l i e n , e n ce
que ses cellules s'a llo n g e a n t d e v ie n n e n t p re sq u e r e c t a n g u ­
laires, tronquées o b liquem ent à leurs extrém ités. Le r a p ­
p o r t e n t r e la l o n g u e u r e t l a l a r g e u r e s t t r è s v a r i a b l e .
L'épiderme inférieur , f o r m é d ’é l é m e n t s p o l y g o n a u x à
c ô t é s c o u r b e s , p o r t e u n g r a n d n o m b r e d e stomates a r r o n ­
dis, e n to u r é s g é n é r a le m e n t p a r 5 cellu les d isp o sé e s circu l a i r e m e n t a u t o u r d ' e u x . L ' o u v e r t u r e d e l ’o s t i o l e e s t é g a l e ­
m ent ronde.

§3. —

Le pétiole offre

Le Pétiole.

la m ê m e s t r u c t u r e qu e la n e r v u r e p r i n ­

cipale.
L 'écorce e s t c o l l e n c h y m a t e u s e d a n s la p a r t i e p é r i ­
p h é r i q u e . L e s c e l l u l e s d u collenchymc s o n t a r r o n d i e s , o u

\N ATOMIE

187
lé g è re m e n t polygonales, irrégulières dan s leurs d im e n ­
s i o n s . L e s c e l l u l e s d u parenchyme a f f e c t e n t l a f o r m e d ’u n
p o l y g o n e a l l o n g é d a n s le s e n s t a n g e n t i e l .
Le péricycle c o n s t i t u e u n c e r c l e f i b r e u x , a u t o u r d u
s y s t è m e libero-ligneux, p r o p o r t i o n n e l l e m e n t m o i n s d é v e ­
loppé q u e d a n s la n e rv u re m é dian e.
L e parenchyme médullaire e s t p l u s d é v e l o p p é , e t se s
c e l l u l e s s o n t p l u s g r a n d e s q u e c e l l e s d e l’é c o r c e .
L e s cristaux d ’o x a l a t e s e t r o u v e n t d a n s le p é t i o l e c o m m e
d an s la n erv u re m édiane.

4. —

Tige.

L a te x tu r e d e la tig e est s e n s ib le m e n t la m ê m e q u e celle
d u p é t i o l e , m a i s e l l e offre c e c a r a c t è r e d i s t i n c t i f q u e l e s
î lo ts f i b r e u x d u péricycle, s o n t , d a n s les j e u n e s r a m e a u x ,
a c c o m p a g n é s , ç à e t l à , p a r u n e o u p l u s i e u r s c e l l u l e s sclé­
reuses, q u i v i e n n e n t p o u r a i n s i d i r e l e s r e n f o r c e r . À c e
m o m e n t le suber a f a i t s o n a p p a r i t i o n s o u s la c o u c h e
é p i d e r m i q u e . L ’é p a i s s e u r d u s u b e r e t le n o m b r e d ’é l é m e n t s
s c l é r e u x a u g m e n t e n t a v e c l’â g e .
De n o m b r e u x cristaux maclés s e r e n c o n t r e n t d a n s les
c e l l u l e s d e l’é c o r c e . D a n s c e l l e s d e l a m o e l l e o n t r o u v e
a u s s i e t s u r t o u t d e s cristaux octaédriques, q u i m a n q u e n t
à p e u p r è s t o t a l e m e n t , d a n s l a f e u i ll e .
De n o m b r e u s e s glandes à essence e x i s t e n t e n c o r e d a n s
les j e u n e s r a m e a u x .

�1K^ UK NOUVEAU JABORANDI DBS ANTILLES FRANÇAISES
^5. —

Fruit.

L a c o u p e t r a n s v e r s a l e , f a i t e a u m i l i e u d e l’e n v e l o p p e
d u f r u i t , c o m p r e n d J ' é p i c a r p e e t le n i é s o c a r p e i n t i m e m e n t
unis.
L'épicarpe e s t c o n s t i t u é p a r u n é p i d e r m e à p a r o i s
épaisses.
L e s c o u c h e s e x t e r n e s d u mésocarpe s o n t s c l è r i f i è e s
p a r p l a c e s , s u r t o u t s u r la f a c e v e n t r a l e . L e s f a i s c e a u x ,
l o c a l i s é s d a n s la p o r t i o n i n t e r n e , s o n t e n t o u r é s d ’i lo t s
p é r i c j c l i q u e s f i b r e u x et s c l é r e u x . L a p a r t i e i n t e r n e d u
mésocarpe c o m p r e n d u n t i s s u p a r e n c h y m a t e u x a p l a t i ,
d u q u e l s e d é t a c h e l’e n d o c a r p e à la m a t u r i t é ; o n r e t r o u v e
s u r ce d e r n i e r d e s c e l l u l e s d i s p o s é e s e n p a l i s s a d e .
D es c r i s t a u x i n a c l é s e t d e s p o c h e s s é c r é t r i c e s s e r e n c o n ­
t r e n t d a n s le m é s o c a r p e .

§6. —

Graine.

L a c o u p e d u t é g u m e n t s é m i n a l o lf r e trois zones. L'exté­
rieure e s t f o r m é e d ’u n e a s s i s e d ’é l é m e n t s à p a r o i s e x t e r ­
n e s t r è s é p a i s s i e s , r e c o u v e r t s d ’u n e c u t i c u l e t r è s d é v e l o p p é e .
L a zone moyenne c o m p r e n d d e 6 à 12 a s s i s e s d e c e l l u l e s
a p l a t i e s d a n s le s e n s t a n g e n t i e l à p a r o i s l é g è r e m e n t é p a i s ­
s e s e t f o r t e m e n t o n d u l é e s . E n f i n , les é l é m e n t s d e l a zone
interne o f f r e n t d e s é p a i s s i s s e m e n t s r é t i c u l é s .
L a s t r u c t u r e du t é g u m e n t sé m in a l c o m m e celle d e s a u ­
t r e s organes r a p p r o c h e le P. racemosus &gt; u r t o u t d u P. spi catus si b i e n é t u d i é p a r G e i g e r .

TROISIÈME PARTIR
Étude chimique

C H A P I T R E IV
L e s A lc a lo ïd e s d es J a h o ra n d is .

Il m e p a r a i t n é c e s s a i r e , p o u r l a c l a r t é d e l’e x p o s i t i o n ,
d e f a i r e d ’a b o r d u n e é t u d e s u c c i n c t e d e s m o d e s d e p r é p a ­
ration et des propriétés des différents alcaloides retirés
d e s d i v e r s Pilocarpus , a v a n t d e r a p p o r t e r m e s p r o p r e s
r e c h e r c h e s s u r l a c o m p o s i t i o n d u P. racemosus.
L e s t r a v a u x q u e j ’ai r a p p e l é s p r é c é d e m m e n t (p. 9) o n t
p o r t é le n o m b r e d e s a l c a l o ï d e s d e s Pilocarpus à c i n q ,
savoir :
1° l a pilocarpine , d é c o u v e r t e e n m ê m e t e m p s p a r B y a s son, H ard y et G erra rd ;
2° l a jaborine, i s o l é e p a r H a r n a c k e t M e y e r ;
3° l a pilocarpidine , t r o u v é e p a r le p r e m i e r d e c e s d e u x
chim istes ;

�11*0 UN NOUVtiAU JABORANDI DliS ANTILLES FRANC USES
1 la pseudo jaborine, e t 5" \apseudo-pilocarpine, i s o l é e s
p a r Petit et P o lo n ov sk i.
M a i s H a r d y et C a l m e l s (1), a u x q u e l s o n d o i t d e n o m b r e u ­
s e s é t u d e s s u r c e s a l c a l o ï d e s e t en p a r t i c u l i e r l a s y n t h è s e
d e l a pilocarpiru\ o n t é m i s u n doute s u r l a p r é e x i s t e n c e
d e la pilocarpidine d a n s le jaborandi Ils p r é t e n d e n t q u e
c e c o r p s s e f o r m e s e u l e m e n t p a r l’a c t i o n d e l a c h a l e u r p e n ­
d a n t le t r a i t e m e n t d u jaborandi, e t n ' e s t a i n s i q u ’u n p r o ­
d u i t d e t r a n s f o r m a t i o n d e l a pilocarpine. P e t i t e t P o l o ­
n o v s k i (2) c r o i e n t « p o u v o i r a f f i r m e r q u e c e t a l c a l o ï d e
e x i s t e b i e n p r i m i t i v e m e n t d a n s l a p l a n t e ». E. M e r c k (3 )
c o n tin u e e n tiè re m e n t cette d e rn iè re m a n iè r e d e voir.
A c e t t e l is t e , o n p e u t a j o u t e r e n c o r e c e r t a i n s p r o d u i t s
s e c o n d a ire s d o n t les n o m s se r a p p r o c h e n t d e c e u x cités
c i - d e s s u s , t e ls q u e l a jaboninc, C9 H 14 A z-, q u i s ’o b t i e n t
p a r l’a c t i o n d e l a c h a l e u r s u r le p i l o c a r p a t e d e b a r y u m ,
e t l a jaborandine, q u i s e f o r m e p a r l’a c t i o n d e s a c i d e s s u r
l a p i l o c a r p i n e e t q u e P a r o d i (4) a d é c o u v e r t e d a n s 1e Piper
jaborandi Ye\\. o u Jaborandi do Mate d u P a r a g u a y .

§ 1". —

La Pilocarpine.

C&lt;» H,fi Az* 0- = 208
La

Pilocarpine e s t

le p r e m i e r a l c a l o ï d e r e t i r é d e s

Pilo-

I) Hardy et Calmels. Comptes-rendus Ac. Sc.. Cil, pp. 1H6-1251 et
1562, 1886; Bull. Soc. chim., 1887, 11, p. 219.
(2) Petit et Polonovski, Contt ibution à l’étude de la pilocarpxne et de
la pilocarpidine, p. 17 du tirage à part, 1897.
(3) E. Merck, Annales de 1897, p. 16.
(4 Parodi, Pharmac. journ. and trans., 3 avril 1875.

carpus e t

LES ALCALOÏDES DES JABORANDIS

191

a u s s i le s e u l d o n t les s e l s s o n t u t i l i s é s e n t h é r a ­
p e u t i q u e j u s q u ’à c e j o u r .

P r épa ra tio n . — N o m b r e u x s o n t les p r o c é d é s i n d i q u é s
p o u r l a p r é p a r a t i o n d e c e t a l c a l o ï d e ; j ’a i e m p l o y é les
su iv an tes :
1° Procède du Codex (1). — On é p u i s e les f e u i l l e s d e
j a b o r a n d i p a r d e l’a l c o o l à 80°, a d d i t i o n n é d e 8 g r a m . p o u r
1(X)0 d ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e ; l a c o l a t u r e e s t é v a p o r é e e n
c o n s i s t a n c e d ’e x t r a i t s i r u p e u x q u i e s t r e p r i s p a r l’e a u .
A la s o lu tio n a q u e u s e filtrée, on a jo u te un lé g e r excès
d ’a m m o n i a q u e q u i m e t la p i l o c a r p i n e e n l i b e r t é ; o n a g i t e
a v e c d u c h l o r o f o r m e q u i s ’e m p a r e d e l’a l c a l o ï d e .
P o u r e n l e v e r a u c h l o r o f o r m e l a p i l o c a r p i n e q u ’il a d i s ­
s o u t e , o n l’a g i t e a v e c d e l ’e a u a l a q u e l l e o n a j o u t e g o u t t e
à g o u t t e d e l ’a c i d e a z o t i q u e j u s q u ’à r é a c t i o n f a i b l e m e n t
acide.
P a r é v a p o ra tio n a u b a in - m a rie , la solution a q u e u s e
a b a n d o n n e l e n i t r a t e d e p i l o c a r p i n e q u e l’o n p u r i f i e p a r
d e s c r i s t a l l i s a t i o n s r é p é t é e s d a n s l ’a l c o o l à 90° b o u i l l a n t .
2° L e procédé Petit (2), i n d i q u é e n 1876, d if f è r e d e c e l u i
d u C o d e x e n c e q u ’il é p u i s e les f e u i l l e s p a r d e l ’a l c o o l à 85°
n o n a c i d u l é , e t q u e l a s o l u t i o n d e p i l o c a r p i n e d a n s le c h l o ­
r o f o r m e e s t é v a p o r é e d i r e c t e m e n t . L ’a l c a l o ï d e i m p u r e s t
t r a n s f o r m é e n a z o t a t e q u ’o n r e p r e n d p a r l’a l c o o l à 95°
bouillant.
3° L ’a n n é e s u i v a n t e , M. P e t i t (3) r e t i r e l ’a l c a l o ï d e d e l a
s o l u t i o n c h l o r o f o r m i q u e a v e c d e l ’e a u d i s t i l l é e a d d i t i o n n é e
d ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e , e t , p a r é v a p o r a t i o n d a n s le v i d e ,

(1) Codex, édit. 1884, p. 134, Azotate de pilocarpine.
(2) Petit, Moniteur scienlilique de Quesneville, p. 1250.
(3) Petit, Bulletin Soc. Chim., 1877, t. I, p. 397.

�lî&gt;2 UN NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
il o b t i e n t d e b e a u x c r i s t a u x d e c h l o r h y d r a t e d e p i l o c a r pine.
4* Le m e i l l e u r m o d e d e p r é p a r a t i o n , d ’a p r è s F l ü c k i ­
g e r ( 1 ) , s e r a i t d ’é v a p o r e r l’e x t r a i t a q u e u x d e s f e u i l l e s
a v e c d e la m a g n é s ie et de le s siv e r ce m é l a n g e a v e c d u
c h l o r o f o r m e , d ' e n l e v e r l ' a l c a l o ï d e à la s o l u t i o n c h l o r o f o r ­
m i q u e a v e c d e l’e a u l é g è r e m e n t a c i d u l é e ; é v a p o r e r c e t t e
s o lu tio n a v e c d e la m a g n é s i e et r e p r e n d r e p a r d u c h l o r o ­
f o r m e ; l ’é v a p o r a t i o n d e c e d e r n i e r d o n n e la p i l o c a r p i n e .
C e s d i f f é r e n t s p r o c é d é s m ’o n t d o n n é d e b o n s r é s u l t a t s .
M a i s il y a a v a n t a g e à e m p l o y e r , p o u r l’é p u i s e m e n t d u
J a b o ra n d i, une m o in d re proportion d 'acid e c h lo r h y d riq u e
q u e n e l ’i n d i q u e le C o d e x .
Le s e c o n d p r o c é d é P e t i t p e r m e t d ' o b t e n i r d i r e c t e m e n t le
c h l o r h y d r a t e d e p i l o c a r p i n e . C e sel n e c o n t i e n t pas, o u t r è s
p e u , d e c h l o r h y d r a t e d e p i l o c a r p i d i n e , si o n le p u r i f i e p a r
p l u s i e u r s c r i s t a l l i s a t i o n s d a n s l’alcool à 9 0 ° ; m a i s l a c r i s ­
ta llisa tio n est l o n g u e à se p r o d u ir e .
A v e c le Pilocarpus racemosus, le t r a i t e m e n t à l ’a l c o o l
e s t dif fic ile , c a r l’e s s e n c e e t l e s m a t i è r e s c o l o r a n t e s d e la
f e u i l l e s ’y d i s s o l v e n t a b o n d a m m e n t e t g ê n e n t d a n s l e s o p é ­
rations ultérieures.
Le p ro c é d é in d iq u é p a r F lü c k ig e r, e n a p p a r e n c e facile,
e s t d ’u n e m a n i p u l a t i o n d é l i c a t e , s u r t o u t si o n o p è r e s u r
une certaine quantité.
P o u r o b t e n i r l a p i l o c a r p i n e à l ’a i d e d e s o n a z o t a t e , d ’a p r è s
le C o d e x , o n d i s s o u t le sel d a n s d i x fo is s o n ^ p o i d s d ’e a u , o n
a j o u t e d e l ’a m m o n i a q u e à la s o l u t i o n j u s q u ’à r é a c t i o n a l é a '
l i n e , o n a g i t e a v e c d u c h l o r o f o r m e q u i d i s s o u t l’a l c a l o ï d e
m i s e n l i b e r t é e t o n é v a p o r e l a s o l u t i o n c h l o r o f o r m i q u e fil­
trée.

(1) Flückiger, Pharmakoynosie, 3te Aufl., p. 695, 1891.

T,ES ALCALOÏDES DES JABORANDIS
P r o p r ié t é s

193

ph y siq u es . — L a p i l o c a r p i n e a l c a l o ï d i q u e

s e p r é s e n t e s o u s f o r m e d ’u n s i r o p é p a i s à la t e m p é r a t u r e
o r d i n a i r e , s e f l u i d i f i a n t s o u s l ’a c t i o n d e l a c h a l e u r . E n t i è ­
r e m e n t p u r e , e l l e e s t i n c o l o r e e t i n o d o r e , m a i s , le p l u s
so u v e n t, elle est l é g è r e m e n t colorée en j a u n e et d é g a g e
une o d e u r de n icotine très prononcée. Sa s a v e u r est am ère,
m a i s d ’u n e a m e r t u m e p e u p e r s i s t a n t e e t q u i n ’e s t p o i n t
désagréable.
La p ilo c a rp in e est soluble en tou tes p ro p ortio n s d an s
l’e a u , d a n s l ' a l c o o l , t r è s s o l u b l e d a n s le c h l o r o f o r m e , q u i
e s t le d i s s o l v a n t d e c h o i x p o u r l a p r é p a r a t i o n , m o i n s s o l u ­
b le d a n s la b e n z i n e e t d a n s l’é t h e r , e t p r e s q u e i n s o l u b l e
d a n s l’é t h e r d e p é t r o l e . E l l e r e t i e n t l’e a u a v e c u n e g r a n d e
t é n a c i t é . A u s s i e s t-il d if fic ile d e l’o b t e n i r p a r f a i t e m e n t
sèche, m ê m e sous la cloche sulfurique.
L e p o u v o i r r o t a t o i r e d e la p i l o c a r p i n e s e r a i t , d ’a p r è s
P œ h l ( 1 ) , («) d = -j- 1 0 1 ° 6 ; d ’a p r è s M M . P e t i t e t P o l o n o v s k i (2), il s e r a i t (a) i&gt; = -f 106° p o u r u n e c o n c e n t r a t i o n
d e 2 °]0, à l a t e m p é r a t u r e d e 18° e t d a n s u n t u b e d e Üm,2.
U n e c h o s e i n t é r e s s a n t e à r e m a r q u e r , c’e s t q u e c e t a l c a ­
l o ï d e g a r d e s o n p o u v o i r r o t a t o i r e s p é c i f i q u e d a n s t o u s les
s e l s . L e s c a r b o n a t e s e t l’a m m o n i a q u e n e p a r a i s s e n t p a s
s e n s i b l e m e n t le m o d i f i e r ; il n ’e n e s t p a s d e m ê m e d e s
b a s e s f i x e s q u i e n f o r m a n t d e s pilocarpates b a s i q u e s a b a i s ­
sen t ce p o u v o ir ro tato ire.

P r o pr ié t é s chim iques . — A ction de la chaleur . — L a
c h a l e u r t r a n s f o r m e la p i l o c a r p i n e e n s o n i s o m è r e , l a j a b o r i n e . O n o b t i e n t le m ê m e r é s u l t a t e n c h a u f f a n t , a u b a i n
m arie, la so lu tio n a q u e u s e , cette tra n sfo rm atio n est encore
(1) Pœhl, d'apr. Ber. d. ch. Ges., XII, p. 2185, et XIII, p. 2401.
2) Petit et Polonovski, loc. cit., p. 9.
3

�191 UN NOÜVEVU4AB0RVNDI D '.S AN TILLES FRANÇAISES
p l u s r a p i d e e n s o l u t i o n a c i d e ; d a n s c e d e r n i e r c a s , il s e
f o r m e u n sel d e j a b o r i n e . Si o n p o r t e à l ' é b u l l i t i o n p e n ­
d a n t un certain tem ps une solution a q u e u se e t su rto u t u n e
s o l u t i o n a c i d e , il y a f o r m a t i o n d e p i l o c a r p i d i n e ( C h a s t a i n g ) (1).
U ne actio n p ro lo n g é e d e l'éb ullitio n s u r u n e so lu tio n
aq u eu se de pilocarp in e ou su r u ne solution d a n s u n excès
d ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e d é d o u b l e l a p i l o c a r p i n e e n t r i m e t h v la m in e e t en acide pyrid in e-lactiq u e (H a rd y et C alm els)(2).

C“ H»6 Az3O* + H-O =
Pilucarpiiu*

G8 H9 Az O3 +

Aride pyridino-laclique

Az (CH3) 3

Trimethytamine.

Action des acides . — L ' a c i d e a z o t i q u e f u m a n t e m p l o y é
e n g r a n d e x c è s 10 K) p. 1, t r a n s f o r m e l a p i l o c a r p i n e e n
j a b o r a n d i n e ( C h a s t a i n g ) (3).
L ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e e m p l o y é e n g r a n d e q u a n t i t é e t
c h a u f f é à l’a i r l i b r e , p r o d u i t a u s s i d e l a . j a b o r a n d i n e e n
m ê m e te m p s q u e d e la j a b o r in e .
L i p i l o c a r p i n e se c o m b i n e a u x a c i d e s p o u r f o r m e r d e s
sels g é n é r a l e m e n t c rista llisé s ; d e u x so n t in s c rits a u c o d e x :
le c h l o r h y d r a t e e t l ' a z o t a t e , m a i s o n u t i l i s e a u s s i le b o r a t e ,
le b r o m h y d r a t e , le p h è n a t e , le s a l i e v l a t e , le s u l f a t e , le t a n n a t e e t le v a l e r i a n a t e d e p i l o c a r p i n e .
Action

— La potasse e m p lo y ée en so lu tio n
c h a u d e , s e c o m b i n e a v e c la p i l o c a r p i n e . C e t t e d e r n i è r e e s t
c h a n g é e en acide p ilo carp iq u e p ar sa c o m b in a iso n av ec
u n e m o l é c u l e d ’e a u , e t d o n n e le p i l o c a r p a t e d e p o t a s s e
des

a l c a l is .

(C“ H11 Az* K). O3

(1&gt; Chastaing., C. R. Ac. Sc. XCIV(1882). p. 223,966; C, 1885, p. 1593
CI, p. 507.
(2) Hardy et Calmels, C. R. Ac. Sc., CH (18813), p. 1562.
(3) Chastaing, C. H. Ac. Sc. XC1V (1882), p. 967.

LES ALCALOÏDES DES JARORANDIS

195

C e sel d é c o m p o s é p a r u n e x c è s d ’a c i d e r é g é n è r e l’a l c a ­
l o ï d e , et f o r m e u n sel d e p i l o c a r p i n e . Si l a q u a n t i t é d ’a c i d e
e m p l o y é , s a t u r e e x a c t e m e n t le p o t a s s i u m , l ' a c i d e p i l o c a r ­
p i q u e m i s e n l i b e r t é r e s t e e n s o l u t i o n d a n s l’e a u . Si o n
m a i n t i e n t l ’é b u l l i t i o n d ’u n e s o l u t i o n d è t h y l a t e d e s o d i u m
d a n s l’a l c o o l a b s o l u a v e c l a p i l o c a r p i n e , il y a f o r m a t i o n d e
p i l o c a r p i d a t e q u i d o n n e e n s u i t e la p i l o c a r p i d i n e (1).
L a potasse fondante, em ployée en g ra n d excès, déd o ub le
la p ilo c a r p in e e n m è th y la m in e , a cid e c a rb o n iq u e , a cid e
b u t y r i q u e , t r a c e s d ’a c i d e a c é t i q u e , e t c . ( C h a s t a i n g ) .
L a s y n t h è s e d e l a p i l o c a r p i n e a é t é fa i t e p a r M M. H a r d y
e t C a l m e l s (2) e n p a r t a n t d e l ’a c i d e p y r i d i n e - l a c t i q u e .
La p ilo carp in e fonctionne co m m e base m onacide.

§ 2. —

La Jaborine.

C H H 16 Az2 O2 = 208.
Isomère de la pilocarpine.

L a Jaborine f u t r e t i r é e e n 1880 p a r M M . H a r n a c k e t
M e y e r (3 ), d e s f e u i l l e s d u P. pennatifolius.
Ce c o r p s e s t a m o r p h e , f a c i l e m e n t s o l u b l e d a n s l ’a l c o o l ,
d a n s l ’é t h e r e t le c h l o r o f o r m e , m o i n s s o l u b l e d a n s l’e a u q u e
que la pilocarpine.
C ’e s t u n e b a s e é n e r g i q u e , e l l e p r e n d n u s s a n c e l o r s q u ’on
é v a p o r e l e s s o l u t i o n s a q u e u s e s e t s u r t o u t a c i d e s d e p il o -

(1) Petit et Polouovski, Loc. cit., p. 8.
(2) Hardy et Calmels, G. R. Ac. Sc. loc. cit.
(3) Harnack et Meyer, Ann. cler Chem und Pharm., CCIV, p. 67.

�1% UN NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
c a r p i n e ; a son to u r, elle se t r a n s f o r m e e n p ilo c a rp id in e
sous Tinfluence d es acid e s m in é ra u x ou des alcalis.
M. M e r c k n e c r o i t p a s à l a f o r m a t i o n si t a c i l e d e c e c o r p s
p e n d a n t la p r é p a r a t i o n d e la p ilo c a rp in e .
Ses p r o p r i é t é s p h y s i o l o g i q u e s s e r a p p r o c h e n t d e c e l l e s d e
l’a t r o p i n e ; e n effet, l a j a b o r i n e d i l a t e l a p u p i l l e , e l l e p r o ­
d u i t d o n c u n effet i n v e r s e à c e l u i o b t e n u a v e c s o n i s o m è r e
la pilocarpine.
Les a u tre s c a ra c tè re s ph ysiq u es et c h im iq u e s so n t peu
é tu d ié s ; c e p e n d a n t l'azo tate de ja b o r in e c rista llise fa c ile ­
m e n t , e s t p e u s o l u b l e d a n s l’a l c o o l , t a n d i s q u e le c h l o r h y ­
d r a t e q u e j ’a i o b t e n u e s t s i r u p e u x , e t t r è s s o l u b l e d a n s c e
liquide.
C e s s e l s s e c o m p o r t e n t c o n n u e l a p i l o c a r p i n e a v e c le s
réactifs des alcalo ïd es.

§3. —

P ilocarpidine

Cl» H “ Az1 O* = 194.
L a pilocarpidine a é t é d é c o u v e r t e p a r H a r n a c k (1 ), e u
1887 ; e l l e f o r m e u n e m a s s e s i r u p e u s e e t d é l i q u e s c e n t e .
E n 1897 , M M . P e t i t e t P o l o n o w s k i l’o n t o b t e n u e c r i s t a l ­
lisée en p rism e s o b liq u es, tr a n s p a r e n ts et d é liq u e s c e n ts ,
s o l u b l e s e n t o u t e s p r o p o r t i o n s d a n s l’e a u , l’a l c o o l , t r è s s o l u ­
b l e s d a n s le c h l o r o f o r m e , p e u s o l u b l e d a n s l a b e n z i n e e t
l’é t h e r , p r e s q u ’i n s o l u b l e d a n s l a l i g r o i n e .
S o n p o u v o i r r o t a t o i r e e s t d e (a) d — -P 50° d a n s u n e s o l u -

(1) Harnack, Annalen der Chemic urxl Pharmac., CCXXXVIII, |». ‘228.
(‘2; Petit et Polonovski, loc. ciL, p. ‘21.

LES ALCALOÏDES DES JABORANDIS

197
t i o n à 2 °lo à l a t e m p é r a t u r e d e 18° e t d a n s u n t u b e d e 0®20.
En p ré s e n c e de la s o u d e ou de la p otasse tpilocarpidate),
s o n p o u v o i r r o t a t o i r e d e v i e n t l é v o g y r e (a) i&gt; — — 3°. C o m m e
p o u r l a p i l o c a r p i n e le p o u v o i r r o t a t o i r e d e l a p i l o c a r p i d i n e
e s t p e u i n f l u e n c é p a r s a c o m b i n a i s o n a v e c les a c i d e s .
Le p o in t de fusion des sels d e p ilo c a rp id in e est inférieu r
a u p oint d e fu sio n des m ê m e s sels de pilocarpine. Ces c a ­
r a c t è r e s p h y s i q u e s p e r m e t t e n t d e les d i f f é r e n c i e r : c e p e n ­
d a n t , le c h l o r y d r a t e d e p i l o c a r p i n e s u b i t u n e i s o m é r i e
s o u s l ’a c t i o n d e l a c h a l e u r ; le p r o d u i t o b t e n u e s t c o n s i ­
d é ré c o m m e c h l o r h y d r a t e de p ilo c a rp id in e p a r MM. Petit
e t P o l o n o w s k i , c e q u i e s t c o n t e s t e p a r M . M e r c k (1).
D a n s p r e s q u e to u te s ses r é a c tio n s c h im iq u e s, la p ilo c a r­
p i d i n e s e c o m p o r t e d e la m ê m e f a ç o n q u e l a p i l o c a r p i n e ;
c e p e n d a n t, u n e solution à ^ de son azotate ne do nn e pas
d e p r é c i p i t é a v e c le r é a c t i f d e D r a g e n d o r t f , ni a v e c le c h l o ­
r u r e d ’o r a c i d u l é p a r l ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e , ni a v e c le c h l o ­
r u r e de p la tin e. Le ré a c tif iod o -io d u ré de T h ilm a n y ne
d o n n e p a s d e p ré c ip ité n o n plus.
L a p ilo c a rp id in e diffère d e la p ilo c a rp in e p a r ses p ro ­
p rié té s p h y s io lo g iq u e s ; elle est m oins s ia lo g o g u e ; et au ssi
p ar q u elq u es propriétés physiques.
M M . P e t i t e t P o l o n o v s k i (2) o n t f a i t u n t r a v a i l s u r l’isom e r i e d e l a p i l o c a r p i n e a v e c la p i l o c a r p i d i n e , r é f u t é p a r
M. M e r c k (3), q u i r e c o n n a i t q u e le c o r p s n o m m é p i l o c a r ­
p id in e p a r ces c h im is te s est bien un isom ère de la pilocar­
p i n e , m a i s q u e ce n ’e s t p a s d e la p i l o c a r p i d i n e .
P o u r M . M e r c k , la t r a n s f o r m a t i o n d e la p i l o c a r p i n e e n
p i l o c a r p i d i n e , n e p e u t s e t a i r e f a c i l e m e n i , ni p a r l’a c -

(1) E. Merck, Annales de 1897, i° 157, p. 1 (Iraducl. du Dr Adarnski)(2) Petit et Polonovski, loc. cil., |&gt;. 5.
(3) E. Merck, Annale*, 1897, p. !..

�1os r&gt; NorvF. vr jaborandi dls Antilles

françaises

t i o n d e la c h a l e u r ( p r o c é d é P e t i t e t P o l o n o s k i ) , n i p a r l a
d éco m p o sitio n en p ré s e n c e d e l'eau ou en p ré s e n c e de
l’a c i d e c h l o r h y d r i q u e s o u s l ' a c t i o n d e c e m ê m e a g e n t .
L a p i l o c a r p i d i n e s e c o m b i n e a v e c les a c i d e s p o u r d o n ­
n e r des sels qu i so n t peu e m p lo y é s.

§ 4. — J a b o r a tid iv c
C‘»&gt; H‘2 Az2 O3 = 208.
L a Jaborandine (1) a l c a l o ï d e , v o i s i n d e l a p i l o c a r p i n e ,
e s t u n c o r p s a m o r p h e o b t e n u p a r D o m i n g o P a r o d i (2),
e n 1875.
C’est e n é t u d i a n t u n e e s p è c e d e Piper d u P a r a g u a y , e m ­
p l o y é e p a r les I n d i g è n e s q u i l a d é s i g n a i t s o u s le n o m d e
Jaborandi, q u ’il fit c e t t e d é c o u v e r t e : il l u i a v a i t a s s i g n é
la f o r m u l e c 20 H-* A d O ; H a r n a c k la d é d o u b l a n t , e l l e d e ­
v i n t C ‘() H ,s Az2 O3 .
L a Jaborandine s ’o b t i e n t a u s s i p a r l’a c t i o n d e s a c i d e s
s u r la p i l o c a r p i n e c o m m e il a é t é d it à l’é t u d e d e c e c o r p s .
L ’a c t i o n p h y s i o l o g i q u e d e l a Jaborandine s e r a p p r o c h e
d e c e l l e d e l a Jaborine.

Acide pilocarpique. — L ’a c i d e p i l o c a r p i q u e a é t é i s o l é
p a r M M . P e t i t e t P o l o n o v s k i , e n d é c o m p o s a n t le p i l o c a r (t) Jaborandine,

ce nom a été donné par Bvasson à l’alcaloïde qui fut
appelé pilocarpine par Hardy ; c'est ce cPrnitrr nom qui a prévalu et celui
de Jaborandine a été attriLué à l’alcaloïde du Pipei' Jaborandi Vell, et
à un produit de transformation de la pilocarpine.
iwJ) Domingo Parodi, Bevista pharmaccutica, janvier 1875 ; d’après le
Piiarmaceulical Journal and Ti ans., 3 avril 1875.

LES ALCALOÏDES DES JAflORANDIS

199
p a l e d e b a r y u m p a r l ’a c i d e s u l f u r i q u e ; la s o l u t i o n a q u e u s e
f i l t r é e e s t s o u m i s e à l’é v a p o r a t i o n s p o n t a n é e ; o n o b t i e n t
u n e m a ss e s ir u p e u s e qui p re n d , à la lo n g u e , un asp ect de
v e r n i s ; il e s t t r è s s o l u b l e d a n s l’e a u e t l 'a l c o o l .
I n s o l u b l e d a n s l ’é t h e r , le c h l o r o f o r m e , l a b e n z i n e .
Sa ré a c tio n , n e u tre à la p h taléin e, est très alcaline au
t o u r n e s o l . A c e t é t a t , l ’a c i d e s ’e s t d é j à d é s h y d r a t é e n p a r t i e ,
c a r l a d é v i a t i o n e s t p l u s g r a n d e . Si o n é v a p o r e à c h a u d ,
l’a c i d e p i l o c a r p i q u e s e d e s h y d r a t e e n p a r t i e e t d o n n e u n e
p lu s g r a n d e q u a n tité d e p ilo c a rp in e ; m ais la tr a n s f o r m a ­
t i o n e n p i l o c a r p i n e e s t i n s t a n t a n é e l o r s q u ’o n f a i t r é a g i r
u n a c i d e , m ê m e d i l u é , s u r l’a c i d e p i l o c a r p i q u e s e c ; e lle
est, a u c o n tr a ir e , le n te en solution a q u e u s e et q u a n d
l’a c i d e a j o u t é n ’e x c è d e p a s d e b e a u c o u p l a q u a n t i t é d ' u n e
m olécule.

§5. —

Réaction des Alcaloïdes des

Pilocarpus.

Il n ’e x i s t e p a s d e c a r a c t è r e s b i e n t r a n c h é s p e r m e t t a n t d e
d i s t i n g u e r n e t t e m e n t le s u n s d e s a u t r e s , le s a l c a l o ï d e s
r e t i r é s d e s Pilocarpus. Ce n ’e s t q u e p a r l ’e n s e m b l e d e s
r é a c t i o n s et d e s p r o p r i é t é s p h y s i q u e s e t p h y s i o l o g i q u e s
q u ’il e s t p o s s i b l e d e r e c o n n a î t r e c e s c o r p s .
Ils d o n n e n t , a v e c :
1" le phosphomolybdale de sodium ( r é a c t i f d e S o n n e n s chein), u n p ré c ip ité b la nc teinté lé g è re m e n t de ja u n e . —
L ’a c i d e p h o s p h o m o l y b d i q u e d o n n e le m ê m e p r é c i p i t é ;
2° Yiodurc double de mercure et de potassium ( r é a c t i f
de V a l s e r ou d e M a y e r), un p ré c ip ité blanc, faib le m en t

-7

�200

UN NOUVEAU JABORVNDI DES ANTILLES FRANÇAISES

j a u n â tr e , sensible m êm e d a n s u n e s o lu tio n â j ^ , de pliocarpine ;
3 ° Viodure double de bismuth et de potassium ( r é a c t i f
île D r a g e m l o r f f ) , u n p r é c i p i t é r o u g e o r a n g é , t r è s s e n s i b l e
p o u r l a pilocarpine e t l a jaborine , m a i s n e d o n n e r i e n
p o u r u n e s o l u t i o n à 77 ^ d ’a z o t a t e d e pilocarpidine;
4 Viodure double de cadmium et de potassium {r é a c t i f
de M ariné), un p récip ite b la n c . Ce ré a c tit e st m o in s s e n ­
sible q u e les p ré c é d e n ts ;
•V Viodurede potassium iodiiré ( r é a c t i f d e T h i l m a n y ) ( l ) ,
un précipité b ru n , sensible m ê m e p our u n e so lution à
j—! _ d e sel d e p i l o c a r p i n e ; n e d o n n e r i e n p o u r u n e s o l u ­
t i o n d ’a z o t a t e d e p i l o c a r p i d i n e , m ê m e à
;
0° le chlorure « f o r , u n p r é c i p i t é j a u n e s o l u b l e à c h a u d ;
7 ° le chlorure d'or a c i d u l é a v e c l 'acide chlorhydrique ,
un précipité ja u n e cristallisé en lon g u es a ig u illes ;
8° le chloruirc de platine, u n p r é c i p i t é j a u n e c r i s t a l l i n
soluble à c h a u d ;
9° le chlorure mercurique, u n p r é c i p i t é b l a n c ;
10° le bromure mer'eurique, u n p r é c i p i t é b l a n c ;
11° l 'acide picrique e n s o l u t i o n s a t u r é e , u n p r é c i p i t é
jaune ;
12° Vacide silicotungslique , u n p r é c i p i t é b l a n c . C e t t e
ré a c tio n est trè s .sensible ;
13° Vacide sulfurique e t le bichromate de potassium ,
une coloration vert clair.
A v e c les c i n q r é a c t i f s s u i v a n t s : l’a z o t a t e e t le chlorhy ­
d r a t e d e pilocarpine d e M e r c k e t d e P e t i t , d ’u n e p a r t ;
l ' a z o t a t e d e pilocarpidine d e M e r c k e t le c h l o r h y d r a t e

(1) Fluckiger, loc. cit

LES ALCALOÏDES DES JAHORANDIS
201
d e pilocarpidine ( q u e j ’ai o b t e n u p a r le p r o c é d é P e t i t
e t P o l o n o v s k i ) , d ’a u t r e p a r t , d o n n e n t les r é a c t i o n s d i s ­
tinctives su iv an tes :

1° Avec l'acide phosphomolybdiguc :
Un précipité blanc jaune, in­
Un précipité blanc jaune, solu­
soluble à chaud, avec une solu­ ble à chaud, se reformant par
refroidissement.
tion à 00■
Le chlorhydrate que j’ai ob­
tenu par le procédé Petit se com­
porte de même.
10

2* Avec le chlorure d'or :
5 centimètres cubes de solu­
L’azotate et le chlorhydrate
tion à yôVô additionnés de une traités de même ne donnent rien.
goutte d’acide chlorhydrique,
donnent après quelque* heures,
de magnifiques aiguilles de chlo­
rure d’or et de pilocarpine acide.
3° Avec le chlorure de platine :
Une solution à -8L, un préci­
pité jaune, soluble à chaud, qui
se reforme par refroidissement.

Avec l’azotate, rien.
Avec le chlorhydrate, la même
réaction qu’avec celui de pilo­
carpine.

4° Avec le réactif de Dragendorff :
Un précipité abondant avec
Aucun précipité avec une so­
une solution à -rrrw.
lution à
1000
Le chlorhydrate se comporte
comme le sel de pilocarpine.
*

�202

i N NOUVEAU JABORANDl DES ANTILLES FRANÇAISES
5° A v e c l'io d u r e d e p o ta s s iu m io d u r ê

Aucun précipité avec une so­
Un précipité brun al ondant
lution à
mais il se forme un
avec une solution à j j -f ,.
précipité abondant en solution
® 1«o•
Le chlorhydrate de pilocarpidine réajrit comme celui de pilo­
carpine.

C H A PITRE Y

A lc a lo ïd e s du P . ru ccinosus.

3

P o u r m ’a s s u r e r q u e le P. racemosus c o n t e n a i t d e s a l c a ­
loïdes d o n n a n t les m ê m e s ré a c tio n s g é n é ra le s qu e ceu x du
P .pennatifolius, 2 0 g r a m m e s d e f e u i l l e s p u l v é r i s é e s e t p a s ­
s é e s a u t a m i s n° 3 0 , o n t é t é t r a i t é e s p a r l i x i v i a t i o n a v e c
d e l’e a u d i s t i l l é e a c c i d u l è e à ^ d ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e .
Il a é t é r e t i r é 6 0 cc d e c o l a t u r e t r è s c o n c e n t r é e q u i o n t é t é
d é c o l o r é s a v e c d u s o u s - a c é t a t e d e p l o m b ; l ’e x c è s d e p l o m b
a é t é p r é c i p i t é a v e c d u s u l f a t e d e s o u d e e t du c a r b o n a t e
d e s o u d e . L a l i q u e u r f i l t r é e e t n e u t r a l i s é e a v e c u n p e u d ’a ­
cide c h l o r h y d r i q u e é ta it c o m p lè te m e n t incolo re et d o n n a it
t o u t e s le s r é a c t i o n s d e l a p i l o c a r p i n e é n u m é r é e s c i - d e s s u s .

1er. —

Extraction de la pilocarpine.

L e p r o c é d é q u i m ’a d o n n é le s m e i l l e u r s r é s u l t a t s p o u r
i s o l e r l a pilocarpine d e s f e u i l l e s d u P. racemosus e s t le s u i ­
vant :

2 5 0 g r a m m e s d e p o u d r e d e fe u i ll e s d e P. racemosus
p a s s é e s a u t a m i s n u m é r o 30, s o n t m é l a n g é s a v e c 2 5 0 rc
d ’e a u d i s t i l l é e a c i d u l é e à u n p o u r c e n t d ’a c i d e c h l o r h y -

�2 04 T’N NOVTF.AU JABORANDI DES ANTILLES PR \ NT AISES
d r i q u e . L e m é l a n g e h u m i d e et s p o n g i e u x e s t a b a n d o n n é ,
p a r f a i t e m e n t t a s s é d a n s u n v a s e c o u v e r t p e n d a n t 12
h e u r e s ; il e s t e n s u i t e d i v i s é e t m é l a n g é d e n o u v e a u
p o u r obtenir un produit h o m o g è n e qui est disposé p a r
c o u c h e s et ta ssé c o n v e n a b le m e n t d a n s u n a p p a r e i l à
dép lacem ent continu (p erco lateu r à siphon). On ajo u te de
i’e a u d i s t i l l é e e n q u a n t i t é s u f f i s a n t e p o u r i m p r é g n e r la
p o u d re et m a in te n ir u n e co u ch e de liq u id e en d e s s u s ;
24 h e u r e s a p r è s , o n l a i s s e é c o u l e r l e l i q u i d e g o u t t e à g o u t t e .
Il f a u t e n c o r e 24 h e u r e s p o u r o b t e n i r 2 5 0 e* d e c o l a t u r e ,
c ' e s t - à - d i r e le m ê m e n o m b r e d e c e n t i c u b e s q u e le p o i d s e n
g r a m m e s de la s u b s ta n c e e m p lo y ée.
O n r e c u e i l l e d e l a m ê m e m a n i è r e , t r o i s fo is le m ê m e
v o l u m e d e c o l a t u r e . C h a q u e p o r t i o n d e 2 5 0 fC e s t r e c u e i l l i e
s é p a r é m e n t et a u t o m a t i q u e m e n t ; o n l e s é v a p o r e s é p a r é ­
m e n t à l’é t a t d ’e x t r a i t m o u . C e t e x t r a i t a q u e u x e s t r e p r i s
p a r S p a r t i e s d ’a l c o o l a 0 5 ° : o n l a i s s e e n c o n t a c t q u e l q u e s
h e u r e s p o u r b i e n p r é c i p i t e r t o u t e s le s m a t i è r e s g o m m e u s e s
et m u e i l a g i n e u s e s , o n d é c a n t e e t o n l a v e e n c o r e le p r é c i ­
p ité a v e c d e u x p a r t i e s d ’a l c o o l à 95° p o u r r e t i r e r t o u s l e s
alcaloïdes.
L a s o l u t i o n a l c o o l i q u e o b t e n u e e s t d i s t i l l é e , le r é s i d u
recueilli d a n s u n e c a p s u le est é v a p o r é au b a in - m a r ie j u s ­
q u ' à é l i m i n a t i o n c o m p l è t e d e l’a l c o o l ; il r e s t e u n e x t r a i t
hydro-alcoolique de consistance sirupeuse.
Cet e x tra it placé d a n s l'a m p o u le à d é c a n t a t io n e s t tra ité
p a r u n l é g e r e x c è s d ’a m m o n i a q u e e t d u c h l o r o f o r m e q u i
s ’e m p a r e d e s a l c a l o ï d e s . L e c h l o r o f o r m e e s t d i s t i l l é . Il
reste d a n s la c o rn u e un ré s id u b r u n , s ir u p e u x , trè s é p a is,
d ’o d e u r a r o m a t i q u e , d e s a v e u r c h a u d e e t a m é r e q u i r e n ­
f e r m e les a l c a l o ï d e s , le r é s i d u e s t r e p r i s p a r d e l ’e a u a c i ­
d u l é e a l 'a c i d e a z o t i q u e j u s q u ’à r é a c t i o n à p e i n e a c i d e ; la
s o l u t i o n l i l t r é e e s t é v a p o r é e s o u s l a c l o c h e d a n s le v i d e e n
p r é s e n c e d e l ' a c i d e s u l f u r i q u e . L ’a z o t a t e o b t e n u e s t t r a i t é

ALCALOÏDES DU P. RACEMOSUS
2U5
p a r l ’a l c o o l b o u i l l a n t q u i l a i s s e d é p o s e r , p a r r e f r o i d i s s e ­
m e n t, de beaux c ris ta u x d 'azo tates. Une seconde cristalli­
s a t i o n e s t s o u v e n t u t i l e p o u r l’o b t e n i r b l a n c e t q u e l q u e f o i s
m ê m e u n e t r o i s i è m e ; il p e u t c o n t e n i r d e l’a z o t a t e d e p i l o —
c a r p i d i n e e t d e l ’a z o t a t e d e j a b o r i n e .
C ’e s t a u m o y e n d e c e sel q u e la p i l o c a r p i n e e s t p r é p a r é e ;
o n t r a i t e s a s o l u t i o n d ’a p r è s le p r o c é d é i n s c r i t a u C o d e x ,
d a n s u n e a m p o u l e à d é c a n t a t i o n , p a r l’a m m o n i a q u e e t le
c h l o r o f o r m e ; l ’é v a p o r a t i o n d e c e l u i - c i a b a n d o n n e u n e p il o c a r p i n e i m p u r e , q u i p e u t c o n t e n i r d e l a j a b o r i n e e t d e la
pilocarpidine.
P o u r l ’o b t e n i r p u r e , o n la c o m b i n e à l’a c i d e c h l o ­
r h y d r i q u e , le c h l o r h y d r a t e d e p i l o c a r p i n e c r i s t a l l i s e
a v e c le c h l o r h y d r a t e d e p i l o c a r p i d i n e , m a i s le c h l o ­
r h y d r a t e d e j a b o r i n e r e s t e à l’é t a t s i r u p e u x . P a r u n e
o u d e u x c r i s t a l l i s a t i o n s d a n s l’a l c o o l b o u i l l a n t o n o b t i e n t
u n c h l o r h y d r a t e a b s o l u m e n t p u r , d o n t les c a r a c t è r e s p h y ­
siq u es et c h im iq u e s ré p o n d e n t à ceu x qui sont indiqués
p l u s l o i n . L e c h l o r h y d r a t e d e p i l o c a r p i d i n e r e s t e d a n s les
eaux m ères.
C’e s t a u m o y e n d e c e c h l o r h y d r a t e p u r q u e la p i l o c a r ­
p i n e p u r e e s t p r é p a r é e . C e t t e d e r n i è r e , c o m b i n é e à l’a c i d e
a z o t i q u e , d o n n e a u s s i l’a z o t a t e p u r ; c’e s t e l l e q u i d o i t
s e rv ir à p r é p a r e r to u s les sels de p ilo c a rp in e .
L a pilocarpidine o u s e s s e l s n e s o n t p a s t r è s faciles à
o b t e n i r , c a r , m ê m e d a n s le c o m m e r c e , il e s t difficile d e
s’e n p r o c u r e r e t le p r i x e n e s t t r è s é l e v é .
J ’a i a u s s i e s s a y é l a p r é p a r a t i o n d e l a p i l o c a r p i n e a u
m o y e n d e l’e x t r a i t o b t e n u p a r i n f u s i o n s s u c c e s s i v e s ; e t e n
t r a i t a n t le c h l o r o f o r m e p a r d e l ’e a u a c i d u l é e à ^ d ’a c i d e
c h lo r h y d riq u e . P a r é v a p o r a tio n de ce liquide, on o b tie n t
d u c h l o r h y d r a t e d e p i l o c a r p i n e , m a i s la c r i s t a l l i s a t i o n s ’ef­
f e c t u e d i f f i c i l e m e n t e t o n n e p e u t r e t i r e r q u ’u n e f a i b l e

�2 0 6 UN NOUVEAU J.VBORANDI DES VNTILLKS FRANC USES
p a r t i e «lu sel d e p i l o c a r p i n e , c e c o r p s é t a n t t r è s s o l u b l e
d a n s t o u s les v é h i c u l e s , m ê m e l’a l c o o l .
L es i n f u s i o n s s u c c e s s i v e s é p u i s e n t m o i n s f a c i l e m e n t l a
feuille q u e la lix iv ia tio n ; la q u a n tité d e liq u id e e m p lo y é
e s t b e a u c o u p p l u s g r a n d e e t c o m m e c o n s é q u e n c e le p r o ­
d u i t e s t s o u m i s à l’a c t i o n d e la c h a l e u r p e n d a n t u n t e m p s
b ea u c o u p plus long. Le p ro c é d é p a r lix iv ia tio n est d o n c
préférable.
J ’a i é t é c o n d u i t a u p r o c é d é p a r l i x i v i a t i o n à f r o i d a l i n d e
c o n s e r v e r l’e s s e n c e d u P. racemosus, l a q u e l l e a é t é o b t e ­
n u e ap rès avoir retiré des alcaloïdes.
C e p r o c é d é a l’a v a n t a g e :
1* d e n ’e u i p l o y e r q u ' u n e p e t i t e q u a n t i t é d e v è l f i c u l e
e x t r a c t i f ; t r o i s fois le p o i d s d e l a s u b s t a n c e , q u a t r e fo is a u
plus ;
2» d ' é v a p o r e r s é p a r é m e n t l e s d i f f é r e n t e s c o l a t u r e s e t
d ’é v i t e r a i n s i u n e a c t i o n t r o p p r o l o n g é e d e l a c h a l e u r s u r
les p a rtie s les p lu s c o n c e n tré e s ;
3* d e p e r m e t t r e l’e x t r a c t i o n d e l’e s s e n c e ;
4° d ’ê t r e p l u s é c o n o m i q u e q u e c e l u i à l ’a l c o o l .

§ 2. —

Dosage des Alcaloïdes du P .

racem osus.

C e d o s a g e a é t é f a i t d a n s l’e x t r a i t h y d r o - a l c o o l i q u e
o b t e n u a v e c 100 g r a m m e s d e f e u i l l e s p a r le p r o c é d é i n ­
d i q u é p o u r l’e x t r a c t i o n d e la p i l o c a r p i n e ( p a g e s 4 6 - 4 7 ) .
L ’e x t r a i t t r a i t é p a r l’a m m o n i a q u e e t le c h l o r o f o r m e
c o m m e p o u r l a p r é p a r a t i o n d e l a p i l o c a r p i n e ( p a g e 35). L e
r é s i d u d e l’é v a p o r a t i o n d u c h l o r o f o r m e , r e p r i s p a r u n
p e u d ’e a u d i s t i l l é e , d o n n e u n e s o l u t i o n t r è s a l c a l i n e q u i
s u rn a g e un p ro d uit b ru n v e rd â tre , insoluble é g a le m e n t

LES ALCALOÏDES DU F. RACEMOSUS

207
d a n s l ’e a u a c i d u l é e p a r l’a c i d e c h l o r h y d r i q u e , m a i s s o l u b l e
d a n s l’a l c o o l , l ’é t h e r e t le c h l o r o f o r m e . Ce r é s i d u a u n e
faible o d e u r de m e n th o l, u n e s a v e u r c h a u d e la iss a n t u n e
s e n s a tio n d e f r a ic h e u r d a n s la b o u c h e ; sa so lu tio n d a n s
l ’e a u a l c o o l i s é e d o n n e u n p r é c i p i t é a v e c le r é a c t i f i o d o io d u ré de T hilrnany, ce p ro d u it ré sin eu x a donc e n tra in è
u n p e u d ’a l c a l o ï d e s .
L a s o l u t i o n a q u e u s e d ’a l c a l o ï d e s e s t s a t u r é e p a r d e l’a ­
c i d e c h l o r h y d r i q u e , filt r é e e t e n fi n t r a i t é e d e n o u v e a u p a r
l’a m m o n i a q u e e t le c h l o r o f o r m e , d a n s l ’a m p o u l e a d é c a n ­
ta tio n ; on obtient ainsi par évaporation du dissolvant un
p r o d u i t s i r u p e u x j a u n e q u i e s t le m é l a n g e d e s a l c a l o ï d e s
d u P. racemosus , s o n p o i d s e s t d e 1 g r a m m e , ce q u i p o r t e
à p r è s d e 1 p o u r c e n t l a q u a n t i t é d ’a l c a l o ï d e s c o n t e n u s
d a n s ces feuilles.
P o u r s é p a r e r le s d i f f é r e n t s a l c a l o ï d e s d u P . racemosus,
j’a i a p p l i q u é le p r o c é d é i n d i q u é p a r M M . P e t i t e t P o l o n o v s k i (1). P o u r c e l a , j ’a i t r a i t é c e p r o d u i t s i r u p e u x p a r
u n e so lu tio n d e s o u d e c a u s tiq u e a u e n ex cès. D ans ces
c o n d i t i o n s , il s e f o r m e d u p i l o c a r p a t e e t d u p i l o c a r p i d a t e
d e s o u d e , i n s o l u b l e s d a n s le c h l o r o f o r m e , t a n d i s q u e l a
jaborine a u c o n t r a i r e , a i n s i q u e l e s a u t r e s a l c a l o ï d e s s e
d is s o lv e n t d a n s ce v éhicule.
O n t r a i t e d o n c p a r le c h l o r o f o r m e s e c d a n s u n e a m p o u l e
à d é c a n ta tio n la so lu tio n a lcalin e de soude, t e n a n t en so lu ­
tion ces d ifférents alcalo ïdes. P a r év ap o ra tio n du dissol­
v a n t , o n o b t i e n t 0 , 2 1 6 d ’u n c o r p s s i r u p e u x , b r u n , t r è s a l c a ­
l i n , à s a v e u r a m è r e ; il e s t f a c i l e d e le t r a n s f o r m e r e n u n
sel, en azo te p a r e x e m p le , qui crista llise facilem e nt, c'e st
l a jaborine.
Si o n r e t r a n c h e d e 1 g r a m m e , p o i d s t o t a l d e s a l c a l o ï d e s ,

(1) Petit et Polonoski, loc. c i t p. 7.

�2 0 * US NOUVEVU JABORANDl DUS ANTILLES FRANÇAISES
0 , 2 1 6 d e j a b o r i n e , il r e s t e 0 g r . 784 p o u r la p i l o c a r p i n e e t
la p i l o e a r p i d i n e .
L a s o l u t i o n a l c a l i n e q u i r e s t e d a n s l’a m p o u l e e s t a c i d u ­
lé e p a r q u a n t i t é s u f f i s a n t e d ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e p o u r r e n ­
d r e la s o l u t i o n f r a n c h e m e n t a c i d e . O n o b t i e n t a i n s i le c h l o ­
r h y d r a t e d e p i l o c a r p i n e e t le c h l o r h y d r a t e d e p i l o e a r p i d i n e ,
lesquels sont d éco m p o sés p a r un peu d 'a m m o n ia q u e qui
m e t le s d e u x a l c a l o ï d e s e n l i b e r t é ; ils s o n t r e p r i s p a r le
c h l o r o f o r m e , c o m m e d a n s le c a s p r é c é d e n t , e t , p a r é v a p o ­
r a t i o n d e ce d i s s o l v a n t , o b t e n u s s o u s f o r m e d ’u n s i r o p
é p a i s d e c o u l e u r l é g è r e m e n t a m b r é e d o n t le p o i d s e s t d e
0 , 0 5 0 , s o it 0 , 0 5 0 8/«. C e p o i d s d e v r a i t ê t r e d e 0 , 7 8 4 ; il y a
d o n c u n e p e r t e d e U. 130, s ’e x p l i q u a n t p a r c e t a i t q u e , d a n s
l e s o p é r a t i o n s d ’é p u i s e m e n t a v e c d e s d i s s o l v a n t s , o n e n ­
tr a in e d e s m a tiè r e s é t r a n g è r e s q u e les t r a i t e m e n t s u l t é ­
rieu rs sép aren t en m a je u re partie.
Ces a lc a lo ïd e s so nt tra n s fo rm é s en a z o ta te s av ec u n peu
d ' a c i d e a z o t i q u e d i l u é ; le se l o b t e n u p a r é v a p o r a t i o n s o u s
l a c l o c h e , d a n s le v i d e , e n p r é s e n c e d e l ’a c i d e s u l f u r i q u e ,
est tr a ité p a r u n p eu d'alcool b o u illa n t, qui laisse d é p o s e r
d e b e a u x c r i s t a u x b l a n c s d ’a z o t a t e d e p i l o c a r p i n e . A l a
s e c o n d e c r i s t a l l i s a t i o n , c e sel d o n n e t o u s l e s c a r a c t è r e s
c h i m i q u e s d e l ' a z o t a t e d e p i l o c a r p i n e , d o n t le p o i n t d e
f u s i o n e s t à 162» ; le p o u v o i r r o t a t o i r e n ' a p a s é t é p r i s .
Le r é s i d u d e c e t t e c r i s t a l l i s a t i o n é v a p o r é e t r e p r i s p a r
l’a l c o o l b o u i l l a n t d o n n e u n se l é g a l e m e n t c r i s t a l l i s é , d o n t
le p o i n t d e f u s i o n e s t a 155°, p a r c o n s é q u e n t i n f é r i e u r à
c e l u i d e l’a z o t a t e d e p i l o c a r p i n e , e n r a i s o n d e s i m p u r e t é s
q u i s e c o n c e n t r e n t d a n s le s e a u x - m è r e s .
Les d o n n é e s f o u r n i e s p a r c e m o d e d e d o s a g e a u r a i e n t
d û , si j ' a v a i s e u a s s e z d e m a t é r i a u x , ê t r e c o n t r ô l é e s p a r
d ’a u t r e s p r o c é d é s , s o i t a u m o y e n d e s p e s é e s , e n p r é c i p i t a n t
l a p i l o c a r p i n e p a r l ' a c i d e s i l i c o t u n g s t i q u e , o u p a r l’i o d u r e
d o ub le de p o ta s s iu m et de m e r c u r e , soit p a r u n e d es m è -

200

ALCALOÏDES DU P. RACEMOSUS

t h o d e s a l c a l o ï m è t r i q u e s e m p l o y é e s p a r M. G é r a r d (1), o u
e n c o r e p a r la m é t h o d e d e M a y e r , m o d i f i é e p a r M. F r é b a u l t (2). q u i l’a r e n d u e p l u s a p p l i c a b l e .
C o m m e p r i n c i p e p o u v a n t p a r t i c i p e r à l ’a c t i v i t é d u J a b o r a n d i d e s A n t i l l e s e n d e h o r s d e s e s a l c a l o ï d e s , il e x i s t e
e n c o r e u n e h u i l e e s s e n t i e l l e d o n t l’é t u d e f e r a l ’o b j e t d u
ch ap itre suivant

(1; Gérard, Etude des extraits phat'maceutiques, Toulouse, 1898.
(2) Frébault, Etude comparative des teintures alcooliques et des alcoolatures, Toulouse, 1883.

4

�ESSENCE DE FEUILLES DU PILOCARPUS RACEMOSUS

C H A PITR E VI

E ssence de fe u ille s du P ilo e a r p u s ra c e u io s u s .

P réparation . — P o u r o b t e n i r l e s s e n c e d e l a f e u i l l e d u

Pilocarpus racnnosus, j'a i

u tilisé 250 g r a m m e s de feuilles
ré d u ite s en p o u d re et qui on t d é jà se rv i à la p r é p a r a t i o n
de la p ilo carp in e. On a jo u te à cette p o u d re fo rte m e n t im ­
p r é g n é e d ’e a u u n e n o u v e l l e q u a n t i t é d e c e l i q u i d e p o u r
q u e le p o i d s t o t a l s o i t d e 1 ,5 0 0 g r a m m e s . L a p o u d r e s e
t r o u v e a i n s i m é l a n g é e a v e c c i n q l o i s s o n p o i d s d ’e a u :
p o u r é l e v e r le p o i n t d ’é b u l l i t i o n , o n a j o u t e 2 5 0 g r a m m e s
d e s e l m a r i n . A p r e s u n c o n t a c t d ’u n e h e u r e , o n d i s t i l l e à
teu nu.
L ' a p p a r e i l (1) q u i a s e r v i à c e t t e p r é p a r a t i o n e s t u n e
petite c h a u d iè r e e n c u iv re m u n ie d 'u n r é f r ig é r a n t d e L ie b ig
e n v e r r e . L a d i s t i l l a t i o n e s t m e n e e a v e c s o i n a f i n d ’é v i t e r
les p ro je ctio n s.
O n r e t i r e e n v i r o n 6 0 0 à 7 0 &gt;e&lt; d ’e a u d i s t i l l é e a v e c u n e
p e t i t e q u a n t i t é d ’e s s e n c e .
P o u r r e c u e i l l i r l’e s s e n c e p l u s f a c i l e m e n t , j ’a i r n o d i l i è le
ré c ip ie n t florentin de la m a n iè r e s u iv a n te :
D ans un tube ferm é p ar un bout, un tube à essai, p a r
e x e m p l e , d ’u n d i a m è t r e d e 2 c e n t i m è t r e s e n v i r o n , o n i n -

(!) D E. Laborde, Kiutlc sur le Mu fraya Kœnitjii. Toulouse, 1898,
y. 39.

211

t r o d u i t u n s e c o n d t u b e q u i o n i r o t r è s l i b r e m e n t ; ce d e r ­
n i e r e s t é t i r é et o u v e r t à s a p a r t i e i n f é r i e u r e c o m m e u n e
p ip ette ; s a l o n g u e u r est de 5 à 0 cen tim ètres de plus q u e
celle du tub e ferm é.
L e p r o d u i t d e l a d i s t i l l a t i o n es t r e ç u d a n s le t u b e o u ­
v e r t ; l’e s s e n c e , p l u s l é g è r e q u e l ’e a u , s ’a c c u m u l e d a n s ce
t u b e j u s q u ’a u n i v e a u d e l’o u v e r t u r e d u t u b e f e r m é , et
l’e a u d i s t i l l é e s e d é v e r s e le l o n g d e c e d e r n i e r d a n s u n
r é c i p i e n t d i s p o s é à c e t effet.
P o u r é v i t e r le l a v a g e d e l’e s s e n c e , o n f a it a r r i v e r le
p ro d u it de la d istillation à un c e n tim è tre a u -d e s s o u s de
l a c o u c h e q u ’e l l e f o r m e , c e q u i s ’o b t i e n t f a c i l e m e n t e n
a d a p t a n t au ré fr ig é ra n t un bouchon m u n i de deux t u ­
bes. Le p re m ie r, placé en dessous, est co u rb é de m a n iè r e
à p é n é t r e r f a c i l e m e n t d a n s le r é c i p i e n t f l o r e n t i n m o d i f i é ;
il a m è n e le l i q u i d e c o n d e n s é ; le s e c o n d , p l a c é e n d e s s u s ,
e s t u n t u b e e n S d e s t i n é à é v i t e r les a b s o r p t i o n s q u i s e
p r o d u i r a i e n t f o r c é m e n t p e n d a n t l ’o p é r a t i o n et q u i f e r a i e n t
p e r d r e u n e c e r t a i n e q u a n t i t é d ’e s s e n c e .
C e t t e d i s p o s i t i o n p e r m e t d ’o b t e n i r l’e s s e n c e s a n s p e r t e
sensible de produit.
P o u r r e t i r e r l’e s s e n c e , il su ffit d e l a i s s e r r e f r o i d i r re l i e s e
p r e n d e n m a s s e , o n r e t i r e le t u b e , l ’e a u s ’é c o u l e , o n le
s è c h e ; p o u r r e c u e i l l i r l’e s s e n c e , o n c h a u f f e l é g è r e m e n t le
t u b e , e l l e s ’é c o u l e f a c i l e m e n t .
P a r ce p ro c é d é et e n e m p lo y a n t un e s u b s ta n c e qui a
d é j à é t é t r a i t é e p a r l’e a u f r o i d e , j ’ai o b t e n u u n e m o y e n n e
d e 1 g r . 40 p a r 2 5 0 g r a m m e s d e p o u d r e ; si o n t i e n t c o m p t e
d e s p e r t e s p a r a d h é r e n c e a u x v a s e s , et p a r s o l u t i o n d a n s
l ’e a u d i s t i l l é e o b t e n u e , o n p e u t f a c i l e m e n t p o r t e r c e n o m ­
b r e à 1 g r . 5 0 p o u r 2 5 0 g r a m m e s d e fe u i ll e s , c e q u i d o n n e r a i t
u n r e n d e m e n t d e 6 g r a m m e s d ’e s s e n c e p o u r 1000 g r a m m e s
d e f e u i l l e s . J e s u i s p e r s u a d é q u ’o n d é p a s s e r a i t ce c h i f f r e
avec des ap p a re ils m ie u x conditionnés, en o p éran t su r de

�2 1 2 US NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
plu s g r a n d e s q u a n tité s et a v e c d es feuilles no n é p u isé e s
p a r l’e a u f r o i d e .
P r o p r i é t é s . — L ’e s s e n c e o b t e n u e e s t c o n c r è t e à l a t e m ­
p é ra tu re o rd in a ire , d 'u n e c o u le u r lé g è re m e n t v e rd â tre ,
d ’u n e o d e u r f o r t e , a r o m a t i q u e , a s s e z a g r é a b l e .
E lle est plus lé g è re q u e l'eau.
11 m ' e s t d if fic ile d e d o n n e r l e s c a r a c t è r e s p h y s i q u e s e t
ch im iq u e s de cette essen ce, la p etite q u a n tité q u e j e pos­
s è d e n e p e r m e t t r a i t d ’a r r i v e r q u ' à u n e a p p r o x i m a t i o n ; le
p o i n t d e l i q u é f a c t i o n s e u l a é t é p r i s ; il e s t à 25° 5.
L ' e t u d e c h i m i q u e d e l ' e s s e n c e d u P. pennatifolius a é t é
f a i t e [»ar M. H a r d y ( 1 ) . Ce c h i m i s t e a c o n s t a t é q u ’e l l e e s t
f o r m é e d ' u n c a r b u r e d ’h y d r o g è n e d e l a f o r m u l e C 10
q u ' i l a p p e l l e p i l o c a r p è n e ; il e s t l i q u i d e , s o n p o i n t d ’è b u l l i ti- n n ' e s t p a s c o n s t a n t , m a i s p a r d i s t i l l a t i o n s f r a c t i o n n é e s
d e c e t t e e s s e n c e , il a o b t e n u u n p r o d u i t q u i s e p r e n d p r e s ­
que en une m a sse solide, tr a n s p a r e n te , de c o u le u r l é g è ­
r e m e n t v e r t e , é t a t q u i s e r a p p r o c h e d e l’e s s e n c e q u e j ’ai
o b t e n u e a v e c le P . r a c e m o s u s .
Si. c o m m e j e l’e s p è r e , le p r o d u i t d e v i e n t c o m m e r c i a l ,
o u si je p e u x m ' e n p r o c u r e r u n e c e r t a i n e q u a n t i t é , j e m e
p r o p o s e d ’e n c o n t i n u e r P e t u d e .

(1) Hardy, Journal de pharmacie et de chimie, (4) XXIII, p. 96.

QUATRIÈME PARTIE
Étude pharmacologique.

L e s p r é p a r a t i o n s i n s c r i t e s a u c o d e x e t o b t e n u e s a v e c le
e t s e s s e l s p e u v e n t s ’a p p l i q u e r

Jaborandi, la p i l o c a r p i n e
a u P. racemosus.

Ces différentes form es sont :
L a p o u d r e d e f e u i l l e s , l ’i n f u s i o n , le s i r o p , l a t e i n t u r e ,
l ’e x t r a i t a l c o o l i q u e , l a p i l o c a r p i n e , l’a z o t a t e e t le c h l o r h y ­
d ra te de pilocarpine.
A c ô t é d e c e s f o r m e s , j e f e r a i l’é t u d e , d a n s le c h a p i t r e
s u i v a n t , d e l ’e x t r a i t a q u e u x , d e l’e x t r a i t h y d r o a l c o o l i q u e ,
d e l’e x t r a i t f l u i d e o u m i e u x d ’u n e s o l u t i o n t i t r é e r e p r é s e n ­
t a n t u n p o i d s d é t e r m i n é d e l a feu ille.
L ’h i s t o i r e p h a r m a c o l o g i q u e d e s s e l s d e p i l o c a r p i n e l e r a
l ’o b j e t d u c h a p i t r e d e r n i e r .
O n p e u t a j o u t e r a c e s f o r m e s l’e m p l o i d e la f e u i ll e e n ­
tière c o m m e m asticatoire.

�C H A P IT R E VII
l*r«‘p u r »(io n s g a lé n iq u e s .

§ 1". —
La po ud re de

Poudre de P. racemosus.

P. racemosus

s ’o b t i e n t c o m m e l a p o u d r e
d e la façon s u iv a n te :
F a i r e s é c h e r à 25 l e s f e u i l l e s d u P. racemosus ; l e s p u l ­
v é r i s e r a u m o r t i e r d e 1er, e t p a s s e r a u t a m i s n° 120.
La p o u d re o b te n u e est d 'u n b e a u v ert un peu foncé, son
o d e u r f o r t e e s t c a r a c t é r i s t i q u e ; la s a v e u r a m è r e , a r o m a t i ­
q u e et c h a u d e , p ro v o q u e u n e s a liv a tio n a b o n d a n t e . Elle
contiem une essen ce et des alcaloïdes. Ces d e rn ie rs p e u ­
v e n t ê t r e c a r a c t é r i s é s a v e c u n g r a m m e d e p o u d r e , p a r les
m ê m e s p r o c é d é s q u e c e u x e m p l o y é s p o u r l’i n f u s i o n .
L e d o s a g e p o u r r a i t s ’e t f e c t u e r a v e c 2 0 g r a m m e s .
L’étude microscopique p e r m e t d e r e c o n n a î t r e c e t t e p o u ­
d r e c o m m e l ' a i n d i q u é M. le p r o f e s s e u r B r æ m e r (1 ), p o u r
le P. pmnatifolius.
P a r l ’é t u d e h i s t o l o g i q u e d e c e t t e f e u i l l e , f a i t e p l u s h a u t ,

P. pennatifolius,

PRÉI‘ AU ATIONS G AIÆNIQURS
2 15
o n a c o n s t a t é q u e les é l é m e n t s é t a i e n t à peu p r è s les m ê ­
m e s q u e c e u x d u P . pennatifolius ; c e p e n d a n t l’é p i d e r m e
s u p é r i e u r a d e s s t r i e s m o i n s a c c u s é e s e t s u r l’é p i d e r m e
i n f é r i e u r il e s t diffic ile d e les d i s t i n g u e r . Il n ’y a p a s d e
poils le c te u rs. Ces c a ra c tè re s p e rm e ttra ie n t de re c o n n a ître
c e t t e s u b s t i t u t i o n . C e p e n d a n t , il f a u t d i r e q u e l e s p o il s tec"
l e u r s s o n t r a r e s d a n s le P . pennatifolius e t q u ’ils s e r e n ­
c o n t r e n t p l u s r a r e m e n t e n c o r e d a n s les p r é p a r a t i o n s m i ­
croscopiques.

( I ) Braenier, Caractères microscopiques des poudres officinales de
feuilles, jj. 14, 1804.

2

.

—

Infusion de P. racemosus.

L a f e u i l l e d u P. racemosus p e u t s e r v i r à la p r é p a r a t i o n
d ’u n e t i s a n e p l u s o u m o i n s c o n c e n t r é e , s u i v a n t l’effet d e ­
m andé.
La p r é p a r a t i o n se fait avec :
P o u d r e g r o s s i è r e d e P. racemosus. .
E a u ...............................................................................

1 gr. ;
100 g r .

S e l o n la f o r m u l e d u C o d e x p o u r l a t i s a n e d e

folius.

P. pennati­

L e s f o r m u l a i r e s d o n n e n t u n e i n f u s i o n p lu s c o n c e n t r é e :
2 à 4 g . d e f e u i l l e s p o u r 150 d ’e a u b o u i l l a n t e .
L aisser infuser p en d an t une dem i-heure dans un vase
c o u v e r t et filtrer.
Le liq u id e o b te n u est lim pide, de co u leu r a m b ré e ; son
o d e u r s e r a p p r o c h e d e c e l l e d e l ’i n f u s i o n d e t i l l e u l ; l a s a ­
v eu r est a m è r e , a ro m a tiq u e , un peu a strin g en te, n u lle­
m e n t n a u s é e u s e c o m m e c e l l e d u P. pennatifolius ; p r i s e e n
p e tite q u a n ti t é , elle laisse une sen satio n de fra îc h e u r d a n s

�2 1 0 CN NOl'VKUT JVBORANDI DKS ANTILLES FRANÇAISES
la bouche. La p ré p a ra tio n e n tiè re p ro v o q u e u n e saliv a tio n
abondante.
L 'infusion à 1 . “ d o n n e e n c o re les c a r a c t è r e s d e la piloc a r p i n c a v e c les r é a c t i f s s e n s i b l e s c o m m e c e l u i île Valser,
d e Sontr nsch in o u l ' a c i d e silico-tungstique. Du r e s t e , s a
p r o p r i é t é s i a l a l o g u e s u f f i r a i t p o u r l a f a i r e r e c o n n a î t r e , si
elle é ta it a d m in is tr é e à dose suffisan te.
A v e c u n e i n f u s i o n à 2 0/% l e s c a r a c t è r e s c h i m i q u e s s o n t
p l u s m a r q u é s , ils s o n t r e n d u s p l u s s e n s i b l e s e n c o r e p a r l a
clarification de l'infusion a v e c d u s o u s -a c é ta te de p lo m b ,
c o m m e il e s t d i t p a g e 4 3 .
La form ule su iv an te d o n n e aussi u n e b o n n e p ré p a ra tio n :
P o u d r e g r o s s i è r e d e P. racemosus. 2 à 4 g r . ;
A lc o o l à 9 0 ° ....................................................... 10 g r .
L a i s s e r e n c o n t a c t p e n d a n t 24 h e u r e s d a n s u n v a s e c o u ­
vert.
A j o u t e r , a p r è s c e t e m p s , e a u b o u i l l a n t e , 150 g r a m m e s ;
la isse r in fu se r u n e d e m i-h e u re e t filtrer.
C ette p r é p a r a t i o n a u n e c o u le u r v e rte , elle e s t t ro u b le ,
c e q u ’e l l e d oit à l ' a c t i o n d i s s o l v a n t e d e l’a l c o o l ; c e v é h i ­
cu le a d issout la c h lo ro p h y lle et l'e sse n c e q u i re s te e n s u s ­
p e n s i o n dans l ' i n f u s i o n . L ’o d e u r e s t p l u s f o r t e , l a s a v e u r
plus a r o m a tiq u e q u e d a n s la p ré c é d e n te , et elle ne p ro ­
voque pas de n au sées, m a lg ré la p résen ce d 'u n e c e rta in e
q u a n t i t é d ’e s s e n c e .
C ette infusion est fo rtem e n t s ia la g o g u e et d i a p h o n i ­
que.
L e P. racemosus c o n t i e n t 10 °/00 d ’a l c a l o ï d e s ; 1 g r . d e
p o u d re en c o n tie n t d o n c 0 g r . 01, et, s e n s ib le m e n t,
0 g r . 0 0 6 d e p i l o c a r p i n e , d e s o r t e q u ’u n e i n f u s i o n d e
3 g r . d e p o u d r e r e p r é s e n t e p r è s d e O g r . 02. d e p i l o c a r p i n e .
C ette d e rn iè re p ré p a ra tio n p a ra it p référab le à la p ré c é ­
den te, g râ c e à sa s a v e u r a g ré a b le q u o iq u e a m è re .

PRE P AR VTI ONS OALÉNIQTTES

217
L ’i n f u s i o n d e P. pennatifolius p r o v o q u e d e s n a u s é e s e t
s o u v e n t des v o m is se m e n ts; on a attrib u é cette action à
l’e s s e n c e , m a i s , é t a n t d o n n é l a p e t i t e q u a n t i t é q u i e n p a s s e
d a n s c e s p r é p a r a t i o n s , il e s t p e r m i s d ’e n d o u t e r . Du r e s t e ,
a v e c le P. racemosus , l ' e s s e n c e n e p r o d u i t p a s d ’effet s e m ­
blable.
§3. —

Sirop de P. l'acrmosus.

L e s i r o p d e J a b o r a n d i s e f a i t a v e c u n e i n f u s i o n à /5- d e
f e u i l l e s ; o n a j o u t e à 100 p a r t i e s d ’i n f u s i o n 180 p a r t i e s d e
s u c r e ; o n o b t i e n t a i n s i u n s i r o p d ’u n e belle c o u l e u r j a u n e ,
d ’u n e o d e u r a r o m a t i q u e e t d ’u n e s a v e u r a m è r e .
U n e c u e i l l e r é e à b o u c h e o u 2 0 g r a m m e s d e ce s i r o p r e ­
présentent :
0 g r a m m e 4 7 6 d e f e u i ll e s .
0 g r a m m e 0 0 4 7 d ’a l c a l o ï d e s .
0 g r a m m e 0028 de pilo carp in e.
L a q u a n t i t é d ’a l c a l o ï d e s e s t f a i b le , il s e r a i t difficile d e
c a r a c té r is e r d ir e c te m e n t ces produits au m oyen des rèae"
t i f s ; il n ’y a d o n c q u e s e s c a r a c t è r e s o r g a n o l e p t i q u e s q u i
n o u s p e r m e t t e n t d e le r e c o n n a î t r e .
Dose : 1 à 8 cu illerées.

§ 4. —

Teinture de P. racemosus.

L a t e i n t u r e s e p r é p a r e c o m m e c e l l e d u P. pennaiifoliu*, p a r m a c é r a t i o n , o u c o m m e l’i n d i q u e le C o d e x , p a r
lix iv ia tio n , e t d a n s les p ro p o rtio n s s u iv a n te s :

�218

UN NOUVEAU JABORAND1 DES ANTILLES FRANÇAISES

F e u i l l e s d o P. racnnosus, g r o s s i è r e m e n t
p u l v é r i s é e s ................................................................. 1
A lc o o l à 8 0 ° ................................................................. 5
L a t e i n t u r e o b t e n u e p a r l 'u n o u l ’a u t r e p r o c é d é a u n e
c o u le u r foncée à reflets v e r d â tr e s , u n e o d e u r fo rte, u n e
s a v e u r a m è re , a ro m a tiq u e , très c h a u d e ; elle p ro d u it u n
l o u c h e blanc v e r d â t r e l o r s q u ’o n l a v e r s e d a n s l ’e a u ; p r i s e
à dose suffisante, elle p ro d u it u n e saliv ation a b o n d a n te .
10** d e t e i n t u r e é v a p o r é e à 100° d a n s l’é t u v e d e G a y L u ssac d o n n e u n e x tra it sec :
1* De 0,41 a v e c la t e i n t u r e p r é p a r é e p a r m a c é r a t i o n ;
2* l»e 0 ,4 4 a v e c l a t e i n t u r e o b t e n u e p a r l i x i v i a t i o n .
Soit u n e d ifféren ce d e 0 ,0 3 en fa v e u r d e la t e i n t u r e p r é ­
p a r é e p a r l i x i v i a t i o n : d u r e s t e , le m ê m e f a i t a é t é c o n s t a t é
p a r B u i g n e t p o u r les t e i n t u r e s e n g é n é r a l .
Il e s t f a c i l e d e r e c o n n a î t r e l a p r é s e n c e d e s a l c a l o ï d e s
d a n s c e t e x t r a i t e t m ê m e d ’e n e f f e c t u e r le d o s a g e .
5** d e c e t t e t e i n t u r e r e p r é s e n t e n t s e n s i b l e m e n t 1 g r a m m e
d e p o u d r e et la q u a n t i t é d ’a l c a l o ï d e s et d e p i l o c a r p i n e d é j à
i n d i q u é e à la p o u d r e p o u r le m ê m e p o i d s d e c e t t e s u b s ­
tance.

§5. —

Alcoolat ou teinture d'essence.

L ’a l c o o l a t d e P. racemosus p e u t s e p r é p a r e r , c o m m e
l'in d iq u a it l'a n c ie n C o d e x , e n d is tilla n t la p o u d r e de
f e u i ll e s a v e c l 'a l c o o l a p r è s u n e m a c é r a t i o n p r é a l a b l e .
Le p ro d u it o b ten u a u n e o d e u r a g ré a b le et u n e s a v t u r
arom atique.
L a t e i n t u r e d ’e s s e n c e p r é p a r é e p a r le p r o c é d é d u n o u -

PRBPARATIONS GALÉNIQUES
210
v e a u C o d e x , d o n n e u n p r o d u i t p lu s a r o m a t i q u e p a r c e q u ’il
c o n t i e n t p l u s d ’h u i l e e s s e n t i e l l e q u e le p r é c è d e n t .
C e s p r é p a r a t i o n s n e s o n t p a s s i a l a g o g u e s , p e u t - ê t r e les
utilisera-t-on c o m m e dentifrice.

§8. —

Des extraits du P. racemosus.

J ’a i p r é p a r é a v e c l a f e u i l l e d u P. racemosus :
1° L ’e x t r a i t a q u e u x ;
2° L ’e x t r a i t , a l c o o l i q u e ;
3° L ’e x t r a i t h y d r o a l c o o l i q u e .
L ’e x t r a i t a l c o o l i q u e s e u l e s t i n s c r i t a u C o d e x p o u r le

P. pennatitolius.
Extrait aqueux . —

L ’e x t r a i t a q u e u x p r é p a r é p a r i n f u ­
s i o n o u p a r d é p l a c e m e n t d o n n e 2 8 % . L’a v a n t a g e e s t d o n c
a u p r o c é d é p a r d é p la c e m e n t, qui est p lu s facile et s u rto u t
p a r c e q u ’il d o n n e d e s l i q u e u r s t r è s c o n c e n t r é e s .
E n effe t, e n o p é r a n t , a v e c le p e r c o l a t e u r à s i p h o n , l a
p r e m i è r e c o l a tu r e très c o n c e n tré e , lim p id e , o b te n u e avec
100 g r . d e p o u d r e e t 100cc d ’e a u d o n n e u n e x t r a i t d u p o i d s
de 20 gr.
La d e u x iè m e co lature , m oins concentrée, do nn e 7 gr.
L a tro isièm e co la tu re , très peu colorée, a y a n t peu de
sa v e u r, d o n n e 1 gr.
Ce q u i p o r t e la q u a n t i t é t o t a l e à 2 8 g r .
P a r d é p la c e m e n t, la q u a n tité de liquide retiré était s e u ­
l e m e n t d e t r o i s fo is le p o i d s d e l a p o u d r e ; e n a d m e t t a n t
u n e o p é r a tio n m o in s h e u re u s e , elle s e ra ép u isée avec q u a ­
t r e fo is s o n p o i d s . C e s s o l u t i o n s n e s u b i s s e n t p a s l ’a c t i o n
d e l a c h a l e u r a u s s i l o n g t e m p s q u e la g r a n d e q u a n t i t é d e
liq u id e o b te n u p a r infusion s successives.

�2 2 0 I N NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
L ' e x t r a i t a q u e u x e s t d ’u n b r u n f o n c é , b r u n j a u n e , s o u s
u n e p e t i t e é p a i s s e u r ; l’o d e u r e s t l é g è r e m e n t a r o m a t i q u e ,
la s a v e u r e s t c h a u d e , a m è r e e t u n p e u a s t r i n g e n t e . Il e s t
soluble d an s l e au et d o n n e u n e so lu tio n b ru n e plus ou
m o in s foncée s u iv a n t sa c o n c e n tr a tio n . L 'alco ol à 95 d o n n e
un a b o n d a n t précipité g r u m e le u x b ru n ja u n e , q u i p re n d
l ’a s p e c t d e l ’e x t r a i t a q u e u x e n a b s o r b a n t l ' h u m i d i t é d e
l ' a i r . Ce p r é c i p i t é , e n t i è r e m e n t s o l u b l e d a n s l’e a u , n e
d o n n e a u c u n c a r a c t è r e d e s a l c a l o ï d e s ; il e s t d u r e s t e p r e s ­
q u e insipide.
U n g r a m m e d ’e x t r a i t o b t e n u p a r d é p l a c e m e n t , r e p r é ­
s e n t e 3 g r . 57 d e p o u d r e , r e n f e r m e 0 , 0 3 5 d ’a l c a l o ï d e s , e t
0,021 d e p i l o c a r p i n e .

Extrait alcoolique.

— L ’e x t r a i t a l c o o l i q u e o b t e n u e n
é p u i s a n t p a r d é p l a c e m e n t a v e c l 'a l c o o l à (JO, la p o u d r e d e
f e u i l l e d u P. racemosus, d o n n e u n r e n d e m e n t q u i e s t s e n ­
s i b l e m e n t d e 28 p o u r 0 0.
Cet e x tra it a u n e c o u le u r b ru n v e r d â ir e , u n e o d e u r p lu s
a r o m a t i q u e e t u n e s a v e u r a m è r e p l u s c h a u d e q u e l’e x t r a i t
a q u e u x . Il n ' e s t p a s e n t i è r e m e n t s o l u b l e d a n s l ’e a u ; l a s o ­
lution a q u e u se est b ru n e.
Le r e n d e m e n t e n e x t r a i t , a v e c l’a l c o o l , e s t le m ê m e
q u ' a v e c l’e a u ; à p o i d s é g a l , il r e p r é s e n t e d o n c l a m ê m e
q u a n t i t é d e f e u i l l e s , e t r e n f e r m e la m ê m e q u a n t i t é d ’a l c a ’
loïdes.
I! n ’e s t p a s e n t i è r e m e n t s o l u b l e d a n s l’e a u , q u i n e s a u ­
r a i t d i s s o u d r e le s m a t i è r e s o l è o r é s i n e u s e s e t c e r t a i n e s
m a t i è r e s v e r t e s , m a i s il es t s o l u b l e d a n s l’a l c o o l . L ’e x t r a i t
a q u e u x a u c o n t r a i r e e s t s o l u b l e d a n s l’e a u , m a i s l ’a l c o o l
en p ré c ip ite les m a tiè re s g o m m e u s e s et m u c i l a g in e u s e s .
Ces c a r a c tè r e s p e r m e t t e n t de d is t i n g u e r ces d e u x p r é p a ­
rations.

PRÉPARATIONS GALENIQUES
221
Du r e s t e , il n ’y a u r a i t a u c u n i n c o n v é n i e n t à s u b s t i t u e r
l’u n à l’a u t r e .

Extrait hydroalcoolique.

— L 'ex trait h y dro a lco o liq u e
p o u r r a i t s ’o b t e n i r e n t r a i t a n t l ’e x t r a i t a l c o o l i q u e p a r
l ’e a u , m a i s il e s t p r é f é r a b l e d e le p r é p a r e r e n t r a i t a n t
l ’e x t r a i t a q u e u x p a r l’a l c o o l . E n effet, l’e a u d i s s o u t t o u s les
a l c a l o ï d e s d e l a f e u i l l e ; j’ai i n d i q u é p l u s h a u t q u ’e l l e é t a i t
f a c i l e m e n t é p u i s é e p a r q u a i r e fois s o n p o i d s d e ce l i q u i d e .
C e t e x t r a i t , a q u e u x r e p r i s p a r 8 à 10 fois s o n p o i d s d ’a l c o o l
à 95 °, d o n n e p a r l ’é v a p o r a t i o n d e c e d e r n i e r l’e x t r a i t h y ­
droalcoolique.
O n o b t i e n t e n v i r o n 17 •/„ d ’e x t r a i t h o m o g è n e , d e c o u ­
l e u r b r u n f o n c é ; l’o d e u r e s t c e l l e d e l’e x t r a i t a q u e u x ; la
s a v e u r e s t p l u s a c c e n t u é e q u e c h e z c e d e r n i e r , e t il e s t
e n t i è r e m e n t s o l u b l e d a n s l’e a u et d a n s l’a l c o o l , ce q u i p e r ­
m e t d e le d i s t i n g u e r d ’a v e c les d e u x a u t r e s .
C e t e x t r a i t s erait, p l u s a c t i f , c a r 1 g r a m m e d ’e x t r a i t
h y d r o - a l c o o l i q u e r e p r é s e n t e r a i t 5 , 8 8 d e fe u i ll e s , c o n t i e n ­
d r a i t 0 , 0 5 8 d ’a l c a l o ï d e s e t 0 ,0 3 5 d e p i l o c a r p i n e ; il s e r a i t
m êm e trop co n centré.
D es t r o i s e x t r a i t s é t u d i é s , d e u x s o n t b o n s e t r e n f e r m e n t
l a m ê m e q u a n t i t é d ’a l c a l o ï d e s ; ils p e u v e n t d o n c s ’e m p l o y e r
i n d i f f é r e m m e n t l ’u n p o u r l’a u t r e ; c e p e n d a n t , j e p r é f è r e
l’e x t r a i t a q u e u x q u i d o n n e f a c i l e m e n t u n e s o l u t i o n l i m p i d e
a v e c l ’e a u .
On p e u t d o se r les a lc a lo ïd e s qui so n t c o n te n u s d a n s ces
e x t r a i t s p a r le p r o c é d é i n d i q u é ( p a g e 43) o u p a r le s p r o ­
c é d é s i n d i q u é s p a r M. G é r a r d (1) d a n s l’é t u d e q u ’il a f a i t e
des extraits.
(1) Gérard, E tu d e d es c a r a c tè r e s d 'id e n tité sp é c ifiq u e et de c o n tr ô le
d e s e x tr a i ts p h a r m a c e u tiq u e s . Toulouse, 1898.

�222

UN NOUVEUÎ J vBORaXDI L&gt;t: ANTILLES françaises

Privait fluide. — L e s e x t r a i t s f l u i d e s c o n d a m n é s p a r le
C o d e x f r a n ç a i s s o n t a c c e p t é s p a r d ’a u t r e s p h a r m a c o p é e s ;
ils p e u v e n t ê t r e u t i l e s c o m m e s o l u t i o n t i t r é e . U s s e c o n ­
s e r v e n t g é n é r a l e m e n t b i e n . C 'e s t p o u r c e t t e r a i s o n q u e
j ’a i f a i t le s e s s a i s s u i v a n t s :
Premiei'procédé ( 1). — O n d é t e r m i n e p a r le p r o c é d é
q u e j ’a i d é j à indiqué l a q u a n t i t é d ’a l c a l o ï d e s c o n t e n u s
d a n s le s f e u i l l e s (2). p u i s o n p r e n d p a r e x e m p l e :
P o u d r e d e f e u i l l e s p a s s é e s a u t a m i s n° 3*). . 100 g r .
A c i d e c h l o r h y d r i q u e q. s. p o u r s e c o m b i n e r
au x alcalis dosés :
A l c o o l à 3 0 ° .............................................................................. 100 g r .
O n m é l a n g e l’a c i d e à l’a l c o o l , p u i s l a p o u d r e ; le t o u t e s t
l a i s s é e n c o n t a c t p e n d a n t 24 h e u r e s d a n s u n v a s e f e r m é ,
p o u r é v i t e r l ’é v a p o r a t i o n d u l i q u i d e ; a p r è s c e t e m p s , l a
m a sse est de n o u v e a u divisée, p a rfa ite m e n t m é la n g é e e t
enfin tassé e c o n v e n a b le m e n t d a n s u n p e r c o la te u r à s y p h o n .
O n é p u i s e l a p o u d r e a v e c d e l’a l c o o l à 30° e t o n r e t i r e
d 'a b o rd 80" de prem ière co lature, qui est m ise de c ô té ;
o n c o n t i n u e l a l i x i v i a t i o n a v e c l’a l c o o l à 30° j u s q u ’à o b t e n ­
tion de 300" de co lature.
La p o u d re e s t c o m p lè te m e n t é p u is é e , on d istille et on
r e t i r e l’e x t r a i t d e c e t t e d e r n i è r e c o l a t u r e q u i e s t d i s s o u t
d a n s l e s 8 0 " d e p r e m i è r e c o l a t u r e ; o n a j o u t e d e l’a l c o o l
à 30° Q. S., p o u r f a i r e 1 0 0 " ; c h a q u e c e n t i c u b e d e c e t t e
(1) Ce procédé se rapproche de celui de de Yrij pour le quinquina.
(2) Il est probable que toutes les feuilles de P. raa'rnosmi ne renfer­
meront pas toujours la même quantité d’alcaloïdes; comme pour les au­
tres feuilles, il faudra tenir compte de l'âge de la leuille et du moment
de la récolte pour obtenir un bon produit; du reste, celles que je traite en
ce moment n’ont peut-être pas été récoltées dans les meilleures condi­
tions.

PRÉPARATIONS GALENIQUES

223
p r é p a r a t i o n r e p r é s e n t e 1 g r a m m e d e p o u d r e . Le p r o d u i t
filtré e s t c o n s e r v é p o u r l'u sa g e . Cette p r é p a r a tio n de co u ­
le u r b r u n foncé a u n e o d e u r aro m a tiq u e , une sa v e u r a m è re ,
c h a u d e e t a s t r i n g e n t e . E lle p r o v o q u e l a s a l i v a t i o n .
M é l a n g é à l’e a u , l’e x t r a i t d o n n e u n e s o l u t i o n l é g è r e m e n t
t r o u b l e ; m é l a n g é a u s i r o p , il n e le t r o u b l e p a s .

Deuxième procédé. —

A u lie u d ’e m p l o y e r l’a l c o o l a 30°
p o u r l a p r é p a r a t i o n d e c e t e x t r a i t fluid e, o n p e u t lui s u b s ­
t i t u e r l ’e a u d i s t i l l é e , e t o p é r e r c o m m e il a é t é d i t p o u r la
p r é p a r a t i o n d e l’e x t r a i t a q u e u x p a r d é p l a c e m e n t ; m a i s a u
l i e u d e r e c u e i l l i r 1 0 0 " d e c o l a t u r e , il n ’e n f a u t q u e 7 0 "
q u i s o n t c o n s e r v é s c o m m e d a n s le c a s p r é c è d e n t ; le s 2* e t
3* c o l a t u r e s s o n t é v a p o r é e s e n c o n s i s t a n c e d ’e x t r a i t . C e t
e x t r a i t e s t r e p r i s p a r l ’a l c o o l à 95° Q S., p o u r f a i r e 3 0 " ,
lesquels ajo utés au x 70" de prem ière colature, représen­
t e n t 1 0 0 " q u i s o n t c o m p l é t é s a u b e s o i n a v e c d e l’a l c o o l à
95° e t f i l t r é s .
C h a q u e cen tic u b e re p ré se n te 1 gr. de poudre, ren ferm e
t o u s l e s a l c a l o ï d e s d u Pilocarpus e t p e u t s e r v i r c o m m e le
p r é c é d e n t à t o u t e s les p r é p a r a t i o n s l i q u i d e s ; il r e n f e r m e
e n v i r o n 2 0 % d ’a l c o o l , q u a n t i t é s u f f i s a n t e p o u r a s s u r e r s a
conservation.
M a i s l’a c t i o n d e l a c h a l e u r a é t é u t i l i s é e d a n s c e s d e u x
procédés :

Troisième procédé. — L a P h a r m a c o p é e d e s E t a t s - U n i s
p r é p a r e l e s e x t r a i t s f l u i d e s à fro i d p a r l a m é t h o d e d e d é p l a ­
c e m e n t ; e l l e e m p l o i e g é n é r a l e m e n t l’a l c o o l c o m m e v é h i ­
c u l e . E n o p é r a n t s u r 100 g r . d e p o u d r e , l a p r e m i è r e c o l a ­
t u r e r e t i r é e q u i e s t s o n e x t r a i t f l u id e n ’e s t q u e les
s o i t ici
8 0 " p o u r u n e p re m iè re o p é ra tio n ; la 2e c o latu re de 100"
e s t g a r d é e p o u r l ’o p é r a t i o n s u i v a n t e , a i n s i q u e l a 3 e e t l a 4 e.
P o u r l a s e c o n d e o p é r a t i o n o n m é l a n g e 100 g r . d e p o u -

�224 UN NOUVEAU JvüORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
d r e a v e c le s 1 0 0 " Oe 2 e c o l a t u r e d e l a p r e m i è r e o p é r a t i o n ;
o n l a i s s e e n c o n t a c t 24 h e u r e s c o m m e d a n s l ’o p é r a t i o n
p ré céd en te, et on recu eille 100" co m m e p re m iè r e c o la tu re
q u i e s t Fextrait fluide. P o u r c e t t e d e u x i è m e o p é r a t i o n , o n
a j o u t e s u c c e s s i v e m e n t d a n s l ' a p p a r e i l à d é p l a c e m e n t l a 3 e,
p u i s la 4 e c o l a t u r e d e la p r e m i è r e o p é r a t i o n e t e n f i n o n
a c h è v e l a l i x i v i a t i o n a v e c d e n o u v e l a l c o o l à 30°.
O n r e c u e i l l e d e m ê m e d a n s d e s v a s e s é t i q u e t é s l a 2*, l a
3* e t l a 4* c o l a t u r e q u i s o n t c o n s e r v é e s p o u r u n e o p é r a ­
tion su iv a n te .
P a r c e p r o c é d é o n n e p r e n d d o n c q u e la p r e m i è r e c o l a ­
t u r e q u i r e p r é s e n t e e n c e n t i c u b e s le p o i d s d e l a s u b s t a n c e
em ployée.
A v e c u n e o p é r a t i o n b i e n c o n d u i t e , l’e x t r a i t f l u id e o b t e n u
c o n tie n t s e n s ib le m e n t to u t le p rin c ip e a c tif d e la feuille.
E n effet, s o n é v a p o r a t i o n d o n n e u n r e n d e m e n t e n e x t r a i t
q u i e s t d e 28 % , c e q u e j ’a i o b t e n u p o u r l’e x t r a i t a q u e u x
e t p o u r l’e x t r a i t a l c o o l i q u e .
C ette p r é p a r a tio n est e x c e lle n te et se c o n s e rv e b ien ;
e l l e a l ' a v a n t a g e d e n ’a v o i r p a s s u b i l’a c t i o n d e l a c h a l e u r .
De c e s d i f f é r e n t s m o d e s d e p r é p a r a t i o n , l e m e i l l e u r
p r o c é d é e s t , j e c r o i s , le p r o c é d é a m é r i c a i n ; il e s t f a c i l e
d e d o s e r l e s a l c a l o ï d e s q u i y s o n t c o n t e n u s e t d e l i v r e r ce
produit su r titre.
L ’a l c o o l à 30° e m p l o y é p o u r c e t t e p r é p a r a t i o n a l ’a v a n ­
t a g e d e d i s s o u d r e t o u s l e s a l c a l o ï d e s , p e u d ’e s s e n c e e t d e
m a t i è r e s v e r t e s , e t c e p e n d a n t le d e g r é a l c o o l i q u e e s t s u f f i ­
s a n t p o u r l a c o n s e r v e r . Il d o n n e u n e s o l u t i o n l o u c h e d a n s
u n e p e t i t e q u a n t i t é d ’e a u , l i m p i d e a v e c u n e p l u s g r a n d e
quantité.
Le sirop o b te n u est lim pide.
L ’a c t i o n d e l a c h a l e u r e s t é v i t é e ; il n e p e u t d o n c y a v o i r
tra n sfo rm a tio n iso m ériq u e ou a u tr e des alcaloïdes.

CHAPITRE VIII
t*r€*parations c h im iq u e s .

Azotate de pilocarpine.
C“ H‘c Az2 O*. Az 03. H = 271

§ 1er. —

Le n itr a te de p ilo c a rp in e se p ré s e n te sous d e u x fo rm e s :
c r i s t a l l i s é d a n s l’e a u , il e s t e n g r o s p r i s m e s t r a n s p a r e n t s ;
c r i s t a l l i s é d a n s l ’a l c o o l , il e s t e n p e t i t e s a i g u i l l e s d e s t r u c ­
t u r e p r i s m a t i q u e , s a n s o d e u r e t d ’u n e s a v e u r l é g è r e m e n t
a m è r e . U n e p a r t i e d e ce sel e s t s o l u b l e d a n s 6 ,9 5 d ’e a u et
146 d ’a l c o o l à 9 5 à l a t e m p é r a t u r e d e 18°; s o l u b l e d a n s 40
p a r t i e s d ’a l c o o l b o u i l l a n t ; il e s t f u s i b l e à 177° 178° d ’a p r è s
MM. M erck et Petit.
S o n p o u v o i r r o t a t o i r e e s t d e f«)D = + 8 2 p o u r u n e s o l u ­
t i o n à 2 % d a n s u n t u b e d e 0 , 2 0 e à 18°. U n d e s m e i l l e u r s
c a r a c t è r e s d e s s e l s d e p i l o c a r p i n e , c’est, d ’ê t r e s i a l a g o g u e .
Il c o n t i e n t 7 6 , 7 5 °/0 d e p i l o c a r p i n e

A ltéra tion . — N i t r a t e d e p i l o c a r p i d i n e o u n i t r a t e d e
jaborine.
O n le r e c o n n a î t :
1° P a r l a c r i s t a l l i s a t i o n t o u j o u r s c o n f u s e a u l ie u d ’ê t r e
p a r f a i t e m e n t définie.
5

�22t&gt; r \ NOUVEAU J VBORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
2* S u r t o u t p a r r a b a i s s e m e n t d u p o u v o i r r o t a t o i r e q u i
p eu t m ê m e p e rm e ttre de re c o n n a itr e à p eu près la q u a n ­
t i t é d ’i m p u r e t é s .
L e s a z o t a t e s d u c o m m e r c e q u e j'a i e u à m a d i s p o s i t i o n
a v a i e n t l e u r p o i n t d e t u s i o n e n t r e 102° e t 1(34°.
§2. —

Chlm'hydrate de pilocarpine.
C " H»* Az- O* H Cl

Ce corps cristalisé en prism es tra n s p a re n ts , sa n s e a u
de cristalisation ; san s od eu r, sa v e u r faiblem ent am ère.
Il e s t s o l u b l e d a n s 0 ,4 p a r t i e s d ’e a u e t d a n s 10,4 d ’a l ­
cool a 9 5 a l a t e m p é r a t u r e d e 18 °; b i e n s e c il e n t r e e n
fusion à 200° n o n c o r r . ( P e t i t ) . S o n p o u v o i r r o t a t o i r e e s t
de («)D = 4-91 a v e c une s o l u t i o n a q u e u s e à 2 % d a n s un
tube de 0,20 à la t e m p é r a t u r e de 18°.

Il contient 87,05 pour 0 0 de pilocarpine, ce qui fait sen­
siblement ,‘j) en plus que l’azotate.
Altération. — 11 peut contenir du chlorhydrate de
pilocarpidine et du chlorhydrate d’ammoniaque.
§ 3. — Brornhydratc de- pilocarpine.

Le bromhydrate de pilocarpine est un sel cristallisé en
prismes; il est soluble dans l’eau et l’alcool ; son pouvoir
rotatoire est (*)u = -f- 76, son point de fusion est k 178°.
Il possède les caractères chimiques de la pilocarpine, et
peut s’employer comme le chlorhydrate et l’azotate.

PRÉPARATIONS CHIMIQUES
§ 4. —

227

Borate de pilocarpine,

Le b o ra te d e p ilo c a rp in e se p ré se n te so us la form e de
petits g ra in s blancs, cristallins, déliquescents, solubles
d a n s l’e a u e t l’a l c o o l ; il d o n n e les c a r a c t è r e s c h i m i q u e s
de la pilocarpine.
Ce sel e s t e m p l o y é e n o c u l i s t i q u e c o m m e m y o t i q u e .
§ 5. —

Sidfate de pilocarpine.

Le sulfate de p ilo carp in e cristallise en petites aiguilles
s o l u b l e s d a n s l’e a u e t l’a l c o o l .
L e p o u v o i r r o t a t o i r e e s t (a)u = + 86, s o n p o i n t d e f u ­
s i o n e s t à 120°.
§ 6. —

Salicylate de pilocarpine et valèrianate de
pilocarpine.

C e s d e u x s e l s s o n t c r i s t a l l i s é s , s o l u b l e s d a n s l ’e a u e t
l ’a l c o o l e t p e u v e n t s ’e m p l o y e r a u x m ê m e s d o s e s q u e le
chlorhydrate.
§ 7. —

Phénate de pilocarpine.

L e p h é n a t e d e p i l o c a r p i n e , d é s i g n é s o u s le n o m d'aseptoline, e s t u n l i q u i d e h u i l e u x , i n c o l o r e , s o l u b l e d a n s l’e a u
e t d a n s l ’a l c o o l . D’a p r è s M. M e r c k , c ’e s t p l u t ô t u n m é l a n g e
q u ’u n e c o m b i n a i s o n . 11 e s t p r é c o n i s é e n A m é r i q u e c o n t r e
l a t u b e r c u l o s e e t le p a l u d i s m e , e n s o l u t i o n à 0 , 0 2 °/0, a l a q u e l l e o n a j o u t e 2 , 7 5 d ’a c i d e p h é n i q u e . C e t t e s o l u t i o n e s t

�2 2 8 UN NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FR VNÇAISES
e m p l o y é e e n i n j e c t i o n h y p o d e r m i q u e d e 2 j u s q u ’à 8®,ne e n
24 h e u r e s .
Le t a n n a te d e p ilo c a rp in e est u n e p o u d r e b la n c v e r d â t r e ,
s o l u b l e d a n s l’e a u e t l 'a l c o o l .
D ' a p r è s M . M e r k , le t a n n a t e s e r a i t , c o m m e le p h è n a t e ,
plutôt un m é la n g e q u 'u n e co m b in aiso n .
La feuille e m p lo y é e c o m m e m a s t i c a t o ir e p ro d u it u n e s a ­
liv a tio n a b o n d a n t e ; a v e c u n g r a m m e de feu illes, la q u a n ­
t i t é d e s a l i v e o b t e n u e p e u t d é p a s s e r 100 g r a m m e s .

§8. —

Thérapeutique.

L es i n d i c a t i o n s t h é r a p e u t i q u e s d u J a b o r a n d i e t d e s s e l s
île p i l o c a r p i n e son? c o n n u e s ; j e ne f e r a i q u ’è n u m é r e r l e s
c a s d a n s l e s q u e l s ils o n t é t é e m p l o y é s ; le J a b o r a n d i c o n s i ­
d é r é c o m m e u n e p a n a c é e il y a v i n g t - c i n q a n s , e s t l o i n d e
j o u i r a u j o u r d ’h u i d e l a m ê m e v o g u e ; s o n e m p l o i e s t r e ­
l a t i v e m e n t r e s t r e i n t . J e c r o i s q u ' i l n e m é r i t a i t p a s u n si
g r a n d h o n n e u r à c e t t e é p o q u e e t q u ’il e s t t r o p a b a n d o n n é
a u j o u r d ’h u i . Ses p r o p r i é t é s p r i n c i p a l e s s o n t d ’ê t r e s i a l a g o g u e s , d i a p h o n i q u e s ; u n d e s a l c a l o ï d e s q u ’il f o u r n i t , l a
pilocarpine, a, en o u tre , des p ro p rié té s m y o tiq u e s qui la
font e m p lo y e r en o c u listiq u e .
A d o s e é l e v é e , la p i l o c a r p i n e e s t u n t o x i q u e é n e r g i q u e
d o n t l’a c t i o n e s t s e m b l a b l e à c e l l e d e l a n i c o t i n e , e l l e e s t
l’a n t a g o n i s t e d e l’a t r o p i n e .
L ’e m p l o i d u J a b o r a n d i o u d e s e s a l c a l o ï d e s e s t i n d i q u é :
d a n s les l a r y n g i t e s , le c o r y z a , l e s b r o n c h i t e s , l’e m p h y ­
s è m e a v e c b r o n c h i t e , d a n s le c a t a r r h e s e c . D a n s l ’a s t h m e
e t l a g r i p p e , le J a b o r a n d i p r o d u i r a i t d e b o n s e f f e ts d ’a p r è s
G ubler.
A u d é b u t d e l a p n e u m o n i e f r a n c h e , il m o d è r e l ’i n t e n s i t é

PRÉPARATIONS CHIMIQUES

229
d e l a c o n g e s t i o n p u l m o n a i r e d ’a p r e s les o b s e r v a t i o n s d e
A. R o b i n .
Il a é t é e m p l o y é d a n s les h y d r o p i s i e s d i v e r s e s , d a n s l a
p l e u r é s i e ( V u l p i a n , G u b l e r , R o b i n , G r a s s e t , e tc .).
D a n s la m a l a d i e d e B r i g h t , l’a c t i o n s u d o r i f i q u e d u J a b o r a m l i s u p p l é e les f o n c t i o n s r é n a l e s e t p e u t d i m i n u e r l ' u r é ­
m i e e t l ’h y d r o p i s i e ( G u b l e r , R e n d u ) . D’a p r è s R o b i n , l ' u r é e
a u g m e n t e e t l ' a l b u m i n e d i m i n u e d a n s les u r i n e s . L a c o n ­
g e s t i o n r é n a l e e s t d i m i n u é e p a r l’e m p l o i d e c e m é d i c a m e n t .
L e J a b o r a n d i s e r a i t c o n t r e i n d i q u é d a n s les h y d r o p i s i e s
d ’o r i g i n e c a r d i a q u e ( D u j a r d i n - B e a u m e t z ) . C e m é d i c a m e n t
p a r a l y s e les c o n t r a c t i o n s d u c œ u r .
Il p e u t r e n d r e d e s s e r v i c e s d a n s le c a s d e r h u m a t i s m e s
goutteux.
L e Dr P i t o i s (1 ) a r a p i d e m e n t g u é r i u n e g i n g i v i t e m e r ­
c u rie lle av e c ce m é d ic a m e n t.
C z e r n i c k i (2) a t r a i t é a v e c s u c c è s l e s o r e i l l o n s et M. L e y d e n u n e p a ro tid ite d o u b le c o n sé c u tiv e à u n e lièvre ty p h o ïd e .
L e d o c t e u r D a n i e l M o l l i è r e u t i l i s e la p o m m a d e à 0 ,1 0
p o u r c e n t de c h l o r h y d r a t e de p ilo carp in e d a n s les cas
d ’e n t o r s e s , les h y d a r t h r o s e s e t d a n s l e s n é p h r i t e s .
Il e s t u t i l i s é c o m m e l a x a t i f .
H a m i l t o n a e m p l o y é la p i l o c a r p i n e c o n t r e l’é c l a m p s i e .
R i d e r e t W r o b l e w s k i (3) l’o n t e s s a y é d a n s l’h y s t é r i e
C ’est s u r t o u t e n o c u l i s t i q u e (4) p o u r les m a l a d i e s p r o ­
f o n d e s d e l 'œ i l q u e la p i l o c a r p i n e e s t e m p l o y é e . E l l e n ' a u ­
r a i t a u c u n e a c tio n s u r les affections c a ra c té ris é e s p a r u ne
sc lé ro se ou u n e transft rm a tio n fibreuse.

(!) Pitois, Tlièsi* pour le Doctorat en Médecine, Paris, 1807.
(2; Czernicki, Recueil de Médecine et de Chirurgie militaire, 1876.
(8) "Wroblewski, Thèse pour le doc'OKil en médecine, Paris, 1886.
(4) Lejour, Thèse doct. en inéd., Paris, 1884.

�2 3 0 TW NOUVEAU JABORANDI DES ANTILLES FRANÇAISES
E n f i n l a p i l o c a r p i n e a é t é p r e s c r i t e c o n t r e l ’a l o p é c i e
co m m e ex citant du bulbe p ileux, co m m e m o d ificateu r d u
cu ir chevelu.
A u j o u r d ’h u i le J a b o r a n d i e s t s u r t o u t u t i l i s é c o m m e s u d o ­
r i f i q u e d a n s l e s a f f e c t i o n s a fngore, e t d a n s q u e l q u e s c a s
d ’œ d è m e s a l b u m i n u r i q u e s a v e c l é s i o n s r é n a l e s p e u a v a n ­
cées.
Les do ses d e ces d ifféren tes p r é p a r a t i o n s so n t v a r i a b le s
s u i v a n t la f o r m e et l’u s a g e a u x q u e l s ils s o n t d e s t i n é s .
P o u r les f e u i l l e s , la d o s e v a r i e d e 1 à 4 g r . e t p o u r l e s
au tres p réparations galén iq u es à un e q u an tité du produit
c o r r e s p o n d a n t à cette d o se d e feuilles.
P o u r la pilo carp in e ou m ie u x ses sels, la dose est d e 1 à
2, ra r e m e n t 3 c e n tig r. p a r jo u r ; on a pu la p o rte r à 0,07
et m ê m e plus, m a is p a r ex c e p tio n . L es sels so n t u tilisé s en
potions, so lu tio n s, en in je c tio n s h y p o d e r m iq u e s ; on les u ti­
lise à l’e x t é r i e u r e n p o m m a d e 0 , 1 0 p o u r c e n t d e v a s e l i n e ,
en lotion, etc.
L es d i f f é r e n t e s p r é p a r a t i o n s q u i p e u v e n t s ’a d m i n i s t r e r
en lavem ent sont em ployées a u x m êm es doses que p our
l’u s a g e i n t e r n e .
J ’a i p a r l é d e l’e m p l o i d e s f e u i l l e s c o m m e m a s t i c a t o i r e ;
c e p r o c é d é e s t u t i l i s é d a n s c e r t a i n e s a f f e c t i o n s d e la g o r g e ,
a u d é b u t d u c o r y z a et d a n s q u e l q u e s o d o n t a l g i e s ; d a n s
c e s d i f f é r e n t c a s , le P. racemosus a d o n n é d e b o n s r é ­
sultats.
A p rès la m a stic a tio n on é p r o u v e u n e s e n s a tio n de s é ­
c h e re s s e d a n s la g o r g e qui d is p a r a ît a u bo ut de q u e lq u e s
heures.
L ’a c t i o n s i a l a l o g u e n ’e s t p a s d u e e x c l u s i v e m e n t a u x
a l c a l o ï d e s d u P. racemosus ; u n e p a r t i e a u m o i n s d o i t
ê tre a ttr ib u é e à l'essence, ou à to u t a u t r e p rin c ip e in c o n n u
q u i e s t c o n t e n u d a n s c e t t e f e u i l l e . C e q u i t e n d r a i t à le

PRÉPARATIONS CHIMIQUES

231
p r o u v e r , c ’e s t q u e u n e s o l u t i o n d ’u n sel d e p i l o c a r p i n e
r e p r é s e n t a n t 2 g r a m m e s d e f e u i l l e s , m a i n t e n u e d a n s la
b o u c h e p a r p e t i t e q u a n t i t é à la fois, n e p r o v o q u e q u ’u n e
s a l i v a t i o n i n s i g n i f i a n t e ; il y a d o n c d a n s l a f e u i l l e d ’a u ­
t r e s p r i n c i p e s a c t i f s q u e c e u x d e l a p i l o c a r p i n e . Du r e s t e ,
c e f a i t n ’e s t p o i n t i s o l é d a n s l’a c t i o n d e s m é d i c a m e n t s . Il y
a d o n c d a n s l e s p l a n t e s d e s p r i n c i p e s d o n t l ’e n s e m b l e d e s
p r o p r i é t é s p r o d u i t u n e r é s u l t a n t e q u e l’o n p e u t c o n s t a t e r
d a n s s e s e f f e ts , m a i s q u ’il s e r a i t d if fic ile d e r e c o n s t i t u e r
a v e c l e s é l é m e n t s q u e l’o n p o u r r a i t iso l e r .
La d éco u v e rte des alcaloïdes a donné, d ans un g ra n d
n o m b r e d e c a s , d e s p r o d u i t s q u e l’e m p l o i d e s s i m p l e s q u i
l e s f o u r n i s s e n t , n e p o u r r a i t j a m a i s r e m p l a c e r , la q u i n i n e
p a r e x e m p l e ; m a is p o u r un c e rta in n o m b re c e p e n d a n t, les
p r é p a r a t i o n s g a l é n i q u e s q u e l’o n t e n d à r e m p l a c e r p a r
les a lc a lo ïd e s , d e v r a i e n t ê tre m o in s d isc ré d ité e s, c a r elles
re n d e n t e n c o re bien des services.
L o i n d e m o i l ’i d é e d e b a n n i r les a l c a l o ï d e s d e l a t h é r a ­
p e u t i q u e ; ils s o n t l a g l o i r e d e la s c i e n c e m o d e r n e , e t b i e n
s o u v e n t il s e r a i t d a n g e r e u x d e le s r e m p l a c e r ; m a i s p o u r
c e r t a i n e s p l a n t e s d o n t l e s a l c a l o ï d e s s o n t t r è s t o x i q u e s , il
e s t p l u s f a c i l e d e d o s e r le m é d i c a m e n t a v e c les s i m p l e s
q u ’a v e c l e s s e l s q u i e n s o n t r e t i r é s . O n o b j e c t e r a , il e s t
v r a i , q u e les a l c a l o ï d e s s o n t t o u j o u r s i d e n t i q u e s à e u x m êm es, que leurs cara ctè res physiques et chim iques per­
m e t t e n t d e les r e c o n n a î t r e . P o u r q u e l q u e s - u n s , c’e s t p o s ­
s i b l e , m a i s p o u r le s p l u s d a n g e r e u x , c’e s t b ie n s o u v e n t
d if f ic il e .
D ’u n a u t r e c ô t é , o n d i t d e s p l a n t e s , q u ’e l l e s s o n t d e q u a ­
l i t é i n f é r i e u r e , q u ’e l l e s n ’o n t p a s é t é r é c o l t é e s a u m o m e n t
v o u l u , q u ’e l l e s s o n t m a l c o n s e r v é e s ; c ’e s t p o u r é v i t e r c e s
in c o n v é n i e n ts q u e les a lc a lo ïd e s doivent le u r ê tre p ré fé ­
r é s . P o u r r é p o n d r e à c e t t e o b j e c t i o n , j e d i r a i q u ’il e s t p l u s
f a c i l e d e r e c o n n a î t r e la q u a l i t é d ’u n e fe u i ll e o u d ’u n e

�232 rx n o f v k a u j vborandi vrx Antilles françaises
plante, que de vérifier la pureté d’une petite quantité
d’alcaloïde.
Si pour certains usages, les sels de piloearpine sont pré­
férable^ pour les injections hypodermiques, pour les col­
lyres. par exemple, parce qu'il serait difficile d’injecter
une solution d’extrait, de teinture ou une infusion, on peut,
sans inconvénient, utiliser les préparations galéniques
même pour l'usage interne, à moins d'une susceptibilité
stomacale spéciale du malade.

CONCLUSIONS

1 0Le P. racemosus V a h l , d e s A n t i l l e s f r a n ç a i s e s , e s t c a ­
r a c té r is é : p a r la disp o sition de son inflorescence en g ra p p e ,
p a r le n o m b r e e t l a f o r m e d e s fo l io l e s , c e s fo l io l e s g é n é r a ­
l e m e n t a u n o m b r e d e 3, r a r e m e n t 5, r é d u i t e s à u n e s e u l e
a u s o m m e t d es ra m e a u x , sont elliptiques, é c h an crè es au
so m m et, a tté n u é e s et a sy m é triq u e s à la base. L eur la rg e u r
a t t e i n t e t s o u v e n t d é p a s s e la m o i t i é d e l a l o n g u e u r .
L a n e r v u r e p rin c ip a le est p r o é m in e n te à la face s u p é ­
rieure.
2° L e s feuilles s o n t d é p o u r v u e s d e p o il s t e c t e u r s . E l l e s
p o r t e n t d e r a r e s poils glandulaires. Le p a r e n c h y m e
e n p a l i s s a d e e s t f o r m é d ’u n e r a n g é e d e c e l l u l e s o c c u ­
p a n t e n v i r o n le J. d e l a h a u t e u r d u l i m b e . L e s d e u x é p i d e r ­
m e s p o rte n t d es stries cu ticulaires b eau co u p m oins p ro ­
n o n c é e s s u r l’é p i d e r m e i n f é r i e u r q u i s e u l p o s s è d e d e s
stom ates.
3° L e P. racemosus c o n t i e n t l e s m ê m e s p r i n c i p e s a l c a l o ï d i q u e s q u e le P . pennatifolius e t l e s f o r m e s v o i s i n e s d e
celles-ci.

�CONCLUSIONS
234
4^ L a q u a n t i t é t o t a l e d e s a l c a l o ï d e s e s t t r è s v o i s i n e d e
1 «/„ d o n t la p i l o c a r p i n e c o n s t i t u e l e s •
C e t t e q u a n t i t é e s t s u p é r i e u r e à c e l l e c o n t e n u e d a n s le

P. pennatifolius.

5* L ’e s s e n c e d u P. racemostis d if f è r e d e c e l l e d u P. pen­
natifolius p a r s a c o n s i s t a n c e s o l i d e e t p a r s o n o d e u r a g r é a ­
ble.
6* U n e i n t u s i o n a v e c 2 g r a m m e s d e f e u i l l e s d e P. race­
mosus p r o d u i t u n e s a l i v a t i o n a b o n d a n t e .
I" On p e u t , a v e c a v a n t a g e , u t i l i s e r le P. racemosus e n
t h é r a p e u t i q u e e t s u b s t i t u e r ce p r o d u i t d e n o s c o l o n i e s a u x
Jaborandis d u B r é s i l .

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P e t i t . — M o n i t . s c i e n t , d e Q u e s n e v i l l e , 1 8 7 7 ; B u ll. Soc
C h i m . , I, p. 3 9 7 1877, J o u r n . p h a r m . e t c h i m . (4),
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randi ( R e v u e i n t e r n a t i o n a l e d e s s c i e n c e s b i o l o g i q u e s ,
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��S o m m a ire s des v o lu m e s p a r u s des

ANNALES DE L'IN STITU T COLONIAL DE MARSEILLE
1*93. P rem ier volum e. — (Première année.)
1&lt;r Mrwiiiie. — &gt;ur les Kol&amp;S a fricain s an point île vne botanique, chimique, physiologique, thérapeu­
tique, hrotnaloloeique et pharmacologique, par le professeur Ko. H eckel.
;• J/rmeure. — Sur le beurre et le pain d'O’D lka du Gabon-Congo et sur les végétaux qui le produisent.
Comparaison avec le beurre de C ay -C ay de Cocbincbine et les végétaux qui le donnent, par lo professeur
b u . H kc kl l .

1894. — (Deuxième année )
D ans la H aute-G am bie Voyage d’exploration scientifique, par lo docteur André H akçox. (Avec partes
et heures dans le texte et hors texte. )
— D euxièm e volume. — (Troisième annéo.)
I t nlribulun à I élude du R obinia Nicou Aublet, nu point do vuo botaniquo, chimique et physiologique,
par E, Gnu i b o y , pharmacien des colonies, licencié &lt;Vsciences naturelles.
7. i ntributiun a l'élude botanique, thèrapculiuuo et chimique du genre A d an S O n la (Baobab), parle docteur
Charles Ornera, professeur suppléant è l'Ecole de médecine, préparateur de botanique a ln Faculté des sciences
de Marseille.
3 Sur I- Q uassia afrlcan a Paillon et sur le P an kovla H eckell qui lui est substitué (Plantes du
Gabon). (Etude botanique, chimique et thérapeutique, par le docteur L. Claudel, préparateur à la Faculté des
sciences de Marseille, licencié ès sciences naturelles.
I. Sur le B ak is (Tinospora D akis Mier») et le S an g ol (Cocculus Leaeba) G. P. et Ricb.) du Sénégal et du
Soudan, par Ed. IIcokel et Fr. S culacoenhauffkn,
b. Elude sur le P sidium (Govavier), par M. Knocni, pharmacien de 1" classe de l’Ecole de Paris.
1890. — T roisièm e volum e. — (Quatrième année.)

Flore phanérogam lque des A ntilles fra n ça ise s (Guadeloupe et Martinique), par le U. P. Du«s,
professeur au Collège de la Basse-Terre. ( Avec annotation du professeur D r

U k c k k i.

sur l'emploi de c c s plantes.)

1897. — Q ua trièm e volum e. — (Cinquième année.)

I R appo rt de m ission scientifique è la Martinique et ft la Guyane, par Emmanuel G eoffroy.
2. Le- P lan tes m édicinales et toxiques de la Guyane française, par M. Edouard II kckf.l .
3. Ite. hen he- «or les G raines g ra sse s nouvelles ou peu connues des Colonies françaises, par Ed. H e c k r l .
4. Sur un StrophantUS du Congo français (S trophantus d'Autran). Elude de chimie et de matière médi­
cale, par MM. les professeurs S ciilagderhacffen et Louis P laxcuox.
5. L'Erouma de la Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par M. Henri J umelj.e ,
ri. Du Bois piq u an t de la Guyane française et de son écorce fébrifuge fournie par Zaxtiioxvlum P erbotetii
D. C., par MM. Ed. H eckel et F. S ciilagdeniiacffen.
7. Sur les M urray a K œ nigil et exotica de Cocbincbine ; étude de pharmacognosie, par le D' Ladorde.
1898. — C inquièm e volum e. — (Sixième année.)
1. Les P lan tes à. Caoutchouc et à G utta d a n s les Colonies françaises, par 11. J
, professeuradjoint ù la Faculté des sciences île Marseille.
2. Les G raines g rasses nouvelles ou peu connues des Colonies françaises, étude botanique
chimique et industrielle, par M. Edouard H eckel.
3. Sur un nouveau Jab o ran d l des A ntilles fra n ç a ise s (Pilocarpvs racemosut Vahl), par
M. le Dr R ocher, professeur à l’Ecole de médecine et de pharmacie de Clermont-Ferrand (Etude botanique, chi­
mique et pharmaceutique.)
um elle

1899. — S ix iè n le volum e. — (Septième année.)
Ce volame paraîtra en Gn décembre 1899 et contiendra :
1* Etude Sur les cacaos, p a r M . le p ro fe s s e u r J
.
2' Etude su r les gommes, gom m es-résines et résin es des Colonies française», par M. le
Dr Jacob de C
.
u m elle

o rd em o y

MACON, PRQTAt F R in E S ,’ IMPRIMEURS,

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                    <text>G

A N N A L E S

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES

M.

lé p r o f e s s e u r

PAH

É douard

HECK.EL

et publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par le Conseil (/encrai des Bouches-du-Rhône

1899 - Vol 6

Le C acaoyer. Sa culture et son exploitation dans tous les pays de
production, par H e n r i JUMELLE, professeur-adjoint à la Faculté des
Sciences de Marseille.

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A N N A L E S

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES

M.

lé p r o f e s s e u r

PAH

É douard

HECK.EL

et publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par le Conseil (/encrai des Bouches-du-Rhône

Le C acaoyer. Sa culture et son exploitation dans tous les pays de
production, par H e n r i JUMELLE, professeur-adjoint à la Faculté des
Sciences de Marseille.

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��ANNALES
1&gt;K

L’INSTITUT COLONIAL DE MARSEILLE
(Année 1899)

�A N N A L E S
I)E

DE MARSEILLE
FONDÉES

M.

LE PR O FESSEU R

PAH

ÉDOUARD

HECKEL

et publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par te Conseil général des Bouehes-du-Bhône
MACON,

PROTAT F R È R E S ,

IM PRIM EURS.

Septième année. Sixième volume (1899).
(Premier fascicule)
Le C acaoyer. Sa cullure et son exploitation clans tous les pays de
production, par H e n r i JUMELLE, professeur-adjoint à la Faculté des
Sciences de Marseille.

MACON

P A R IS
A.

PROTAT

C IIA L L A M E L

FRÈRES

IMPRIMEURS

ÉD ITEUR

1899

�AVERTISSEMENT

« C’est un fait curieux, écrivait Boussingault, que les
races humaines, séparées par les plus grandes distances,
n’ayant jamais eu de communications entre elles, pré­
parent, avec certains végétaux, des breuvages excitants :
le thé en Chine, le café en Arabie, le maté au Paraguay,
le coca au Pérou, le cacao au Mexique; utilisant tantôt
les feudles, tantôt les graines de plantes dont les genres
botaniques n’ont aucune analogie, mais qui, malgré cette
différence, excercent une même action sur le système
nerveux et sur la digestion : c’est que, en réalité, il y a
dans ces végétaux des substances possédant la constitu­
tion des alcaloïdes et douées de propriétés semblables.
C’est la caféine dans les feuilles de thé et de maté et
dans les semences de café, la cocaïne dans les feuilles de
coca, la théobromine dans les graines de cacaoyer. Ainsi,
le Chinois, l’Arabe, l'Indien du Paraguay, l'Inca, l’Aztèque étaient sous 1 influence d’un même agent quand ils
avaient pris leur boisson habituelle, dont l'usage est main­
tenant si répandu chez toutes les nations. »
A toutes les plantes citées par Boussingault, ajoutons
encore le kolatier, dont les graines ont des propriétés
aujourd’hui bien connues depuis les travaux de
M. Heckel, le cat et le guarana, et nous aurons mentionné
tous ces végétaux dont les graines ou les feuilles, eu rai-

�VI

AVERTISSEMENT

son des alcaloïdes qui y sont contenus (caféine ou com­
posés voisins), se trouvent souvent réunis sous le nom
de caféiques.
C'est l histoire de tous ces végétaux, et spécialement
de leur culture, de leur exploitation et du commerce de
leurs produits, que nous nous sommes proposé de mettre
au point de nos connaissances actuelles, en résumant et
condensant tous les documents que nous avons pu nous
procurer au Musée à leur sujet et y ajoutant nos obser­
vations personnelles.
Dans ce premier volume — qui est le développement
de notre cours professé cette année à la Chambre de
Commerce de Marseille — nous nous occuperons exclu­
sivement du cacaoyer.
Un second volume, sous le litre : L ’Arbre à (hé et les
végétaux similaires, comprendra le thé, le maté, la coca
et le cal. c’est-à-dire les diverses plantes dont les feuilles
sont la partie utilisée.
Un troisième volume sera consacré au caféier et au kolalier, deux arbres qui sont, à vrai dire, bien distincts, à
presque tous égards, mais qu’on peut — dans un grou­
pement un peu forcé et tout artificiel comme le précédent
— rapprocher par ce fait que, comme pour le cacaoyer,
le siège principal des principes actifs utilisés est non
plus la feuille mais la graine.
Musée colonial de Marseille,
1er août 1899.

LE

CACAOYER

I
HISTORIQUE
Le cacaoyer, qui ne pousse, à 1état sauvage, que dans
l’Amérique centrale, était encore ignoré en Europe au com­
mencement du xvic siècle, et ce furent les soldats de
Fernand Cortez qui, en débarquant au Mexique en 1519, le con­
nurent les premiers et révélèrent à 1Ancien Monde les quali­
tés de son produit.
L’arbre était du reste, déjà, à cette époque, cultivé par les
Mexicains de temps immémorial, et sa culture était même à
peu près la seule à laquelle se livrât ce peuple, qui y consa­
crait, il est vrai, tous ses soins. Au dire d'Herrera, les ense­
mencements et les plantations de cacaoyers étaient, dans le
pays, l’occasion de grandes cérémonies.
Suivant la tradition locale, la plante était d'origine divine.
Quatzalcault, le jardinier-prophète, en avait rapporté les
semences de l'Eden perdu, où il avait été transporté, et l'avait
cultivé dans ses jardins de Talzitepec. Puis il s’était nourri
des fruits, et cette nourriture céleste l'avait doué de la science
universelle. « Toutes les connaissances humaines, dit M. de la
Rozière, qui raconte cette curieuse légende, lui devinrent fami­
lières, et la nature n'eut plus de secrets pour lui ; ce fut là ce
qui le perdit. Il réunit autour de lui quelques adeptes, aux­
quels il enseigna l’agriculture, l'astronomie, la médecine; le
peuple de l’Anahnac, plein de respect pour une sagesse si pro­
i e Cacaoyer.

\

�2

LE CACAOYER

fonde, émerveillé d'une science si prodigieuse, le choisit pour
son chef. Comblé par les dieux, chacun enviait son sort et se
trouvait indigne d’y prétendre. Ses palais de Tula étaient les
plus beaux du monde entier; For, 1argent, les pierres pré­
cieuses étaient les seuls matériaux qui eussent servi à les édi­
fier ; les femmes les plus ravissantes, sous le rapport de la
grâce et de la beauté, peuplaient ces lieux enchantés et
semaient le bonheur sous les pas de ce bienheureux, que son
peuple adorait et que ses disciples vénéraient. Mais l’ambition
de l'homme est insatiable ; Quat/.alcault aspirait à l'immorta­
lité. Un magicien qui enviait sa puissance lui offrit de satis­
faire son unique désir ; il lui présenta une coupe contenant un
breuvage qui devait le rendre immortel. A peine l’eût-il vidée
qu'il devint fou. 11 détruisit tout ce que sa sagesse avait créé,
il jeta la ruine sur ce peuple qu'il avait enrichi, puis il aban­
donna ses jardins, traversa le Yucatan et disparut à Yuca,
enlevé par le Grand-Esprit, pour devenir le génie de la pluie
et de la rosée, et par conséquent de la fécondité terrestre. Les
peuples de l'Amérique, en souvenir de ses bienfaits, l’adorèrent
sous le nom de Vatan, ou de couleuvre vêtue de plumes
divines; ses disciples transmirent sa science par l'initiation.
Certains auteurs disent que ce Quatzalcaut est Saint Thomas,
qui serait venu prêcher l'Evangile au Nouveau-Monde ».
Quoi qu'il en soit, quand Fernand Cortez envahit le pays,
le cacao n’était pas, comme on pourrait le croire en raison de
son abondance, le mets vulgaire permis à tous. Herrera pré­
tend que les seigneurs et les vaillants guerriers avaient seuls
le droit d’en faire usage. Peut-être, en réalité, n’y avait-il pas,
pour le peuple, une interdiction aussi formelle, mais, les
graines de cacao servant de monnaie, il est probable que les
riches seuls en possédaient une assez grande quantité pour les
consommer pures ; et les gens du peuple ne les employaient
sans doute que comme assaisonnementà leur boisson ordinaire,
Yatolle, sorte de bouillie épaisse faite avec la farine de maïs.
Les graines de cacao, en effet, étaient autrefois, au Mexique,
la monnaie courante, comme, aujourd’hui encore, les noix de
kola chez certaines peuplades d’Afrique. C’était avec cette den-

IIISTOIUQUE

3

rée que les provinces d’Oaxaca, de Mechoacan, de Tabasco,
de Vera-Cruz, elc., payaient leur tribut à Montezuma, le sou­
verain du Mexique, au moment de la conquête. La seule pro­
vince de Tabasco fournissait par an deux mille xiquipils
d’amandes, ce qui représentait environ (le xiquipil corres-

■i
F ig . 1. — Rameau ileuri de Tlicobroma Cacao.

pondant à peu près à 12 kilogs 500) 23.000 kilogrammes.
Aussi Montezuma avait-il, dans ses palais, des réserves
considérables, qui servaient à préparer la boisson qu on entre­
tenait, pour lui, h toute heure du jour, dans des vases d'or.
« Il usait, dit Bernai Dias de Castillo, de cette préparation
fortifiante, lorsqu’il avait l’intention de visiter son sérail. »
D'après Herrera, lorsque le souverain mexicain fut vaincu,

�4

LE CACAOYER
HISTORIQUE

les soldats de Fernand Gortez trouvèrent dans un seul
magasin plus de quarante mille cargos, c’est-à-dire (la cargo
valant trois xiguipils) plus de 500.000 kilogrammes de cacao.
On conçoit qu'ayant mis la main sur de pareilles réserves
les Espagnols avaient tout avantage à conserver les usages du
pays et à se servir de ces amandes comme de monnaie.
« Quelque temps après la conquête, dit M. Gallais, dans une
Monographie du cacao qui date de 1827, deux cents amandes
valaient un réal de 12 sous; vers le milieu du xvnc siècle,
mille grains valaient 12 réaux et demi. » Et cette coutume se conserva pendant longtemps, car de Humboldt écri­
vait au commencement de ce siècle que « l’on fait encore
usage du cacao, comme petite monnaie, au Mexique ; et
comme le réal. qui vaut 12 sous, est la plus petite monnaie
des colonies espagnoles, le bas peuple trouve extrêmement
convenable l'emploi du cacao comme agent de circulation.
Six graines représentent un sou. »
En dehors de la raison que nous venons d’indiquer, il en
est sans doute une autre encore qui avait décidé sans peine
les conquérants du Mexique à considérer bien plutôt le cacao
comme monnaie que comme aliment. Le breuvage dans lequel
les naturels faisaient entrer la substance, et qu’ils appelaient
chocolatl, ne ressemblait guère à notre chocolat d’aujourd'hui.
C'était un mélange de bouillie de maïs et de cacao broyé gros­
sièrement entre deux pierres, le tout bouilli dans l’eau et
additionné de poivre de Cayenne. On ne s'étonnera pas que
les Espagnols en fussent d’abord peu friands. Aussi pendant
longtemps ne portèrent-ils sur le cacaoyer qu'une attention
distraite, bien plus préoccupés par les métaux précieux que
leur olfrait, d’autre part, en abondance le sol de la contrée.
Pendant la seconde moitié du xvi° siècle, l'Europe ne
reçut guère que quelques quintaux de cacaos, envoyés du
Mexique et du Pérou uniquement comme objet de curiosité.
Cependant, déjà à l’époque de Montezuma, la haute classe
de la société mexicaine savait consommer le cacao pur, c'estdire sans le mélanger avec du maïs et en l’aromatisant seulement
de différentes manières, puis en le sucrant avec du miel ou

5

le suc d’un agave. Ce fut sans doute cet aïitre mode de prépa­
ration qui donna aux Espagnols l’idée d’associer le cacao au
sucre, lorsque la canne eût été implantée avec succès aux
Canaries. L'amertume qui pouvait rendre le cacao désagréable
au goût était déjà ainsi masquée ; elle le fut mieux encore
quand des religieuses de Guaxaca, « classe de personnes qui
excellent dans l'art de faire des bonnes choses » (dit l’au­
teur anglais qui relate le fait), eurent apporté un nou­
veau perfectionnement au mélange en y ajoutant de la
vanille ou de la cannelle. A dater de ce moment l'usage du
chocolat se répandit avec rapidité dans toute l’Amérique
espagnole et, de là, en Espagne, où le cacao ne fut d’abord
importé ainsi pendant quelque temps que sous forme de pâtes
préparées.
Les Espagnols établis en Amérique, jaloux de conser­
ver le monopole de leur fabrication, évitèrent, en effet, le plus
longtemps possible, d’envoyer à la métropole du cacao brut.
Mais il était bien difficile, en dépit de toutes les précautions,
d’empêcher indéfiniment ces expéditions de graines, et, peu à
peu, des fabriques s'installèrent dans la péninsule. Puis
l’usage du chocolat passa en Italie et en France.
En Italie, il fut introduit par un Florentin, nommé Anto­
nio Carlotti.
En France, il fut connu, disent la plupart des auteurs,
après le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse
d’Autriche, fille de Philippe IV, roi d’Espagne. Et en effet il
pourrait paraître assez vraisemblable que ce mariage eût été
l’occasion qui permit de faire connaître en France quelquesunes des coutumes espagnoles. Il n ’y en a pas moins là une
petite inexactitude, comme le prouve l'ordonnance suivante
de Louis XIV :
« Veu par la cour les lettres patentes du roi données à Thoulouze le 28 novembre 1059, par lesquelles ledit seigneur, en
confirmant son brevet du 20 dudit mois de novembre, auraitpermis à David Chaliou de faire faire, vendre et débiter, dans
toutes les villes et autre lieux de ce royaume que bon luy
semblera, une certaine composition qui se nomme chocolat,

�(i

7

LE CACAOYER

HISTORIQUE

soit en liqueur ou pastilles, en boite ou telle autre manière
qu'il lui plaira, etc., et ce pendant l’espace de vingt-neuf
ans. »
Ainsi l'ordonnance est de novembre I6.'&gt;9 et le mariasse
O de
Louis XIV n eut lieu qu'en juin 1060. Ce mariage est donc
quelque peu postérieur à l’introduction du chocolat en
France.

Paris depuis quelques années, mais qui n’y était encore
qu’une boisson de luxe.
Après l’expiration (les vingt-neuf années, c’est-à-dire après
1G88, le commerce du chocolat fut libre pendant quelque
temps; et ce fut seulement le 22 janvier 1092 qu’un nouveau
privilège fut accordé, pour six ans, à un nommé François
Dumaine. Mais, dès le mois de mai 1693, ce Dumaine luimême demandait d’être déchargé de l’exécution de son traité,
prétextant « les frais excessifs qu’il était obligé de faire pour
l’exploitation de son privilège et qui consommaient tout le
bénéfice qu’il en pouvait retirer ». Plusieurs autres fabriques
de chocolat furent aussitôt installées.
Leur nombre et leur importance augmentèrent peu toute­
fois pendant le xvmc siècle, et M. Gallais en donne pour rai­
son la sorte de prohibition douanière qui frappa pendant
longtemps les colonies espagnoles et qui forçait ainsi les
fabriques françaises à n’employer que les cacaos peu estimés
de nos colonies d’alors. Aussi, pendant presque tout le xvinc
siècle, les Français donnèrent-ils la préférence aux chocolats
d’Espagne et d’Italie. « Mais enfin, écrivait M. Gallais en
1827, quelques fabricants, pour se procurer de bonnes matières
premières, ont eu le courage de payer des droits plus considé­
rables, et désormais les chocolats de France ont acquis sur tous
les autres une supériorité incontestable. »
Nous allons voir, dans le cours de cet ouvrage, quels sont
les principaux pays de production qui nous approvisionnent
aujourd'hui, et dans quelles conditions ont lieu actuellement
ces exportations.

F ig. 2. — Fruit (entier et ouvert) de Theobroma Cacao.

En tout cas, de l'ordonnance précédente il résulte que le
premier chocolatier de Paris, Chaliou, fut, pendant plusieurs
années, possesseur d’un privilège qui l’autorisait à être seul
débitant de la substance à la mode; et, établi près de la fon­
taine de la rue de l’Arbre Sec, ce Chaliou dut faire une bril­
lante fortune, car le chocolat fut tout de suite plus universel­
lement apprécié1 que le café, qui était bien déjà connu à
l.I.ap a ssio n pour le chocolat était devenue telle au xvn° siècle, sur­
tout en Espagne, que l’Eglise s’en inquiéta et souleva la question
de savoir si cette boisson rompait le jeûne. Un Espagnol nommé Pinelo

publiait, en 1636, h Madrid, une brochure dont le titre peut être traduit :
Le chocolat p eut-il rom pre le jeû n e ecclésiastique ? Non. Et, en effet,
d ’après les Lettres de Mesdames (le Maintenon et des Ursins, le chocolat
à l'eau était perm is en tout tem ps à la cour d’Espagne.

�Il
ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER
Sous le nom de cacaoyer on désigne indistinctement toutes
les espèces du genre Theobroma 1 créé jadis par Linné.
Pour le botaniste suédois, ce genre Theobroma (qui appar­
tient à la famille des Malvacées, tribu des Buettnériacées)
comprenait trois espèces : le Theobroma Cacao, le Theo­
broma Guazuma et le Theobroma augusLa.
Mais de ces trois plantes, les deux dernières sont aujour­
d’hui classées par tous les auteurs dans deux autres genres,
sous les noms de Guazuma ulmifolia Lam. et Ahroma augusta
L. On peut donc dire que Linné ne connaissait, en réalité,
qu’un seul Theobroma, celui qui, il est vrai, est le cacaoyer
proprement dit, qui est aussi le plus communément cultivé
et dont il sera surtout question ici, le Theobroma Cacao.
Et ce n’est qu’à une époque plus récente que d autres
véritables espèces de Theobroma, toutes de l’Amérique tro­
picale, ont été découvertes.
Actuellement on en peut compter une quinzaine environ, que
nous allons énumérer et dont nous allons donner les princi1.
En form ant ce term e générique de Theobroma, c'est-à-dire aliment
céleste, Linné résum ait d'un mot l'opinion que lui-m êm e a exprim ée
ailleurs, dans une thèse insérée dans le septièm e volume de ses Amenitates acaclemicæ et qui a pour litre : De potu chocolatée, Resp. A . H off­
m a n n ; Upsalice, 176a, in-4°.
C’est la même idée qu’on retrouve dans des travaux an térieu rs.
Ainsi Bachel, président aux écoles de facultés, écrivait, en 1684, que
le chocolat devait être la nourriture des dieux, plutôt que le nectar
e t l'am broisie (An cliocolatœ usus salubris? A ffirm ât, Resp. E. Foucault.
Parisiis ; 1684, in-4°). Citons encore la thèse de Dupont (An salubris
usus chocolata? A ffirm ât. Resp. E. Drisset. Parisiis; 1661 in-4°) et celle
de II. E. Baron (An senibus chocolatœ p otus? Affirm ai. Resp. L . G.
Lem ournier. Parisiis, 1739; id . R esponditl. F. C. Morand, Parisiis, 1749,
in -4°.)

�10

LE CACAOYER

paux caractères, non sans avoir toutefois, au préalable, fait
remarquer que, pour quelques-unes au moins, des doutes
sont permis sur leur réelle valeur spécitique.
On va voir, en effet, que les différences qu’elles présentent
entre elles sont parfois très faibles et ne portent, par
exemple, que sur la forme ou les dimensions du fruit ; ce
sont là des caractères qui peuvent n'avoir d’autres causes que
la culture ou les changements de sol ou de climat.
Déjà le nombre des espèces ainsi successivement créées a
été, pour cette raison, considérablement réduit; nous adop­
terons, en général, la synonymie admise par M. Iv. Schumann
dans sa Flore des Slcrculiacécs du Brésil, que l’auteur a eu
l’obligeance de nous communiquer. C’est certainement l’étude
la plus complète et la plus consciencieuse qui ait été faite
sur les Theobroma ; et, les principales espèces se trouvant
comprises dans le tableau dressé par M. K. Schumann pour la
détermination des T heobroma brésiliens, nous reproduisons
ici, tout d'abord, cette clef de la division du genre1, telle
que la donne le savant professeur de l’Université de Berlin.
A. Inflorescences multiflores.
a. Languette des pétales longuement
onguiculée, spatulée, courbée et
réfléchie ; étamines à 4 loges . . . . . .
Th. Cacao L.
b. Languette sessile ou subsessile.
a. Languette orbiculée ; étamines à
4 lo g e s............................................. Th. bicolor IL et B.
jî. Languette largement elliptique ;
étamines à 4 loges........................
Th. spcciosum Sprcng.
B. Inflorescences pauciflores; étamines à 6 loges.
a. Etamines stériles en alên e..........
Th. microcarpum Mart.
h. Etamines stériles pétaloïdes.
a. Etamines stériles brusquem ent
et très finement acuminées au
somm et......................................... Th. grandiporum K. Sch.
f. A dire vrai, nous ne reproduisons ici que le tableau de la section
Euthcohroma de M. Schumann. Le botaniste allemand distingue, en
effet, dans le genre Thcobroma deux sections : les Hcr r ania. et les
Eutheobronia. Ce sont ces Euthcohroma seuls qui correspondent aux
Thcobroma des autres auteurs, les Herrania pouvant constituer un genre
distinct.

ÉTUDE ROTANIQUE DU CACAOYER

11

(3. Etam ines stériles lancéolées,
réfléchies et aiguës au som m et Th. subincanum Mart.
-). Etam ines stériles lancéolées,
arrondies au som m et..........
Th. angustifolium Sess.etM oç.

Toutes ces espèces, ainsi que les autres que nous allons
décrire, ne donnent pas des produits d’égale valeur; nous
commencerons par celle qui est la plus importante et dont nous
ferons l’étude la plus complète, le Thcobroma Cacao de Linné.

Thcobroma Cacao L.

Syn. : Avcllana mexicana Bauh.; Cacao sativa Lamk ; Cacao
Thcobroma Tussac; Thcobroma guianensis J. F. Gmel ; Cacao
guianensis Aubl ; Thcobroma caribœa Sweet?; Thcobroma
integerrima Stokes ; Cacao minor Gaertn.
C’est le cacaoquahuitl1des Mexicains.
C’est un arbre de 8 à 10 mètres de hauteur à l'état sau­
vage, et très rameux. Le tronc très droit, à bois très peu
dense (0.431), est à écorce gris-rougeâtre2. Les feuilles sont
pétiolées, alternes et simples; elles sont rougeâtres quand elles
sont jeunes et d’un beau vert quand elles sont plus âgées. Le
pétiole, muni de deux stipules linéaires et caduques, est
1. Le docteur H ernandez, dans l’ouvrage intitulé Rerum rnedicarum
Novœ Hispaniœ historia, parle de quatre espèces de cacaoyers, qu’il
appelle, sous leurs noms indigènes, quauhcahuatl, mecacahuatl, xochicucahuall et tlalcacahuatl. La prem ière, dit-il, est la plus grande de
toutes et porte beaucoup de fruits ; la seconde, de moyenne grandeur,
porte des feuilles et des fruits plus p e tits; les fruits de la troisièm e
espèce, plus petite encore que les autres, sont rouges en dehors ; enfin
le mot qui désigne la quatrièm e espèce signifie « petit arb re à cacao ».
La graine de cette dernière espèce, très petite, était autrefois plus géné­
ralem ent employée en breuvage, les autres servaient de monnaie (Note
de la Monographie du cacao, par Gallais).
2. Le docteur O. Borke dit qu’en certains pays on extrait de l’écorce
du cacaoyer des fibres textiles qui servent à fabriquer des cordages
grossiers (Revue coloniale, 1858).

�12

LE CACAOYER

renflé à sa base et souvent ail sommet. Le limbe est ovale,
lancéolé, arrondi à la partie inférieure, aeuminé à l’autre
extrémité, g-labre, entier et coriace; il est penninerve, à ner­
vures secondaires arquées, entremêlées de nervures plus
courtes.
La floraison, qui commence à la fin delà troisième ou de la
quatrième année, a lieu pendant presque toutes les saisons :
les fleurs, petites (5 à 10 millimètres de largeur), roses,
naissent à l'aisselle des feuilles tombées, généralement sur le

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

13

cune de ces cinq étamines fertiles est formée d'un petit filet
dressé, qui porte quatre loges disposées en croix, deux supé­
rieures et deux inférieures, déhiscentes chacune en dehors par
deux fentes longitudinales. Deux de ces loges représentent
une anthère.
L’ovaire est supère, à cinq loges opposées aux pétales, et
surmonté d’un style à cinq stigmates. Dans chaque loge sont
insérés de nombreux ovules anatropes transversaux, disposés
sur deux séries verticales; ils sont â deux téguments.

F ig. 3 — Fleur en coupe longitudinale, tube staminal et étam ine
de Theobroma Cacao.

F ig . 4. — Tube slaminal ouvert, fleur entière et pétale
de Theobroma Cacao.

tronc ou sur les gros rameaux ; elles sont solitaires ou en fas­
cicules cymeux, et chacune est portée par un pédoncule grêle,
assez long, couvert de poils glanduleux. Elles sont régulières,
hermaphrodites et pentamères.
Les cinq sépales sont valvaires, blancs ou blanc rosé.
Les pétales sont de même couleur; chacun possède une por­
tion basilaire, élargie en cuiller, que surmonte une partie
rétrécie, spatulée à son extrémité libre. La partie basilaire
élargie est trinerviée ; l’extrémité spatulée est losangique et
denticulée.
L'androcée est composé de dix étamines, unies à leur base
en une sorte d'urcéole qui entoure l’ovaire. De ces dix
étamines cinq sont stériles et réduites à des languettes
linéaires et velues, noir pourpre, alternant avec les pétales et
dépassant l’ovaire ; les cinq fertiles sont verdâtres, plus courtes
que les précédentes et opposées aux pétales, dont la partie
basilaire élargie en cuiller les recouvre complètement. Cha­

Le fruit, vulgairement appelé cabosse, et qui mûrit quatre
mois environ après la floraison, est pendant et volumineux ; il
mesure, en moyenne, 12à20 centimètres de longueur sur 6 à 10
centimètres de largeur. Il est ovoïde, à section légèrement pen­
tagonale ; un peu pyriforme du côté du pédoncule il s'amincit
en pointe obtuse du côté opposé; il est glabre, et jaune ou
rouge, suivant les variétés, lorsqu’il est mûr. C'est une baie,
dont le péricarpe frais est à parenchyme faiblement charnu,
renfermant vers l'intérieur, et à quelque distance de la pulpe,
une mince zone ligneuse ; sa surface externe présente dix
côtes un peu proéminentes, qui forment, quand la dessiccation
survient, dix bandes assez également espacées, légèrement
tuberculeuses.
La pulpe qui est à l’intérieur de ce péricarpe, et qui est
blanche ou un peu jaunâtre et d’une saveur aigrelette, est
due aux cloisons de l'ovaire, qui se sont épaissies et amol-

�li

LE CACAOYER

ÉTUDE DOTAMQUE DU CACAOYER

lies ; elle englobe vingt à quarante graines transversalement
disposées, un peu comprimées, élargies à l’extrémité corres­
pondant au point d’attache, qui est, en même temps, l'extré­
mité radiculaire.
Ces graines mesurent, en moyenne, 2 centimètres de lon­
gueur sur 1 centimètre de largeur. Chacune est entourée
d une double enveloppe, mais l'externe, qui est charnue,

15

les autres parties chaudes et humides du continent américain
et aux Antilles. L’espèce ne serait ainsi pas spontanée au
Mexique où elle a été découverte. Dans les contrées où elle
croît à l’état sauvage, on ne la rencontre que dans les
forêts, où elle trouve seulement l’ombrage qui lui est néces­
saire.
Par la culture et la sélection, on a obtenu aujourd’hui un
assez grand nombre de variétés. M. Hart, à qui nous devons
les renseignements les plus précieux à ce sujet, classe ainsi
celles qui sont les plus renommées à la Trinidad :
I. C iuollo (crcole ou indigène)
1. Var. a A m arillo (jaune).
2. Var. b Colorado (rouge).
II. Forastero (étranger).
3. Var. a Cundeamor 1 vcrrugosa amarillo (verruqueux jaune).
4. Var. b
—
—
Colorado (verruqueux rouge).
5. Var. c A m arillo ordinaire (jaune ordinaire).
5. Var. d Colorado ordinaire (rouge
—
).
7. Var. e Am elonado amarillo (en forme de melon, jaune).
8. Var. f
—
Colorado (
—
rouge).

F i g . o. — F r u i t s d e s v a r i é t é s j a u n e s d e Forastero, Criollo,
e t Calabacillo ( d e g a u c h e à d r o i t e d e la f i g u r e ) .

Amelonado

appartient à la pulpe de la haie, et l’interne seule, qui est
mince et papy racée, représente le tégument séminal appelé
vulgairement coque. L'albumen est réduit à une mince mem­
brane ou même manque complètement ; et c’est dans les coty­
lédons très épais, chiffonnés et repliés sur eux-mêmes, que se
trouvent les substances nutritives qui constituent le cacao.
Le plan médian de l’embryon est perpendiculaire au plan de
symétrie de la graine.
La culture du Theobroma Cacao dans l’Amérique tropicale
remontant au delà de la découverte du Nouveau-Monde, il
est assez difficile de préciser quelles sont les régions où
l'arbre est indigène et celles où il a été introduit. Aujour­
d’hui l'espèce ne croît à l’état sauvage que dans le bassin de
l'Amazone et celui de l'Orénoque. Peut-être en a-t-il tou­
jours été ainsi et la culture se serait propagée jadis dans

III. Calabacillo (fruit ressem blant à celui du calebassier, Crescenlia
Cujeté L.)
9. Var. a A m arillo (jaune).
10. Var* b Colorado (rouge).

Cette classification de M. Hart, qui date de 1893, diffère
un peu de celle établie antérieurement par M. D. Morris (de
la Jamaïque), qui n'admettait que les deux classes Criollo et
Forastero, les Calabacillo rentrant, selon lui, dans les Foras­
tero.
Le cacaoyer Criollo est la variété qui donne le meilleur
produit. Ses amandes ont une finesse de goût incomparable et
la torréfaction y développe un arôme très agréable. Elles
ont de plus cet immense avantage, que la fermentation
nécessaire pour leur donner cet arôme recherché s’obtient
1. Ce term e de cundeamor est dérivé du nom espagnol du fruit du
Mormodica Charantia, dont la surface a un aspect verruqueux spécial.
On peut donc traduire : fruit ressem blant à celui du Momordica Charanlia.

�LE CACAOYER
16
très rapidement, ce qui représente une économie de temps et
donne la certitude que, pendant les trois jours suffisants pour
l'opération, elles ne subiront pas d’altération étrangère. Elles
contiennent 'il .5 °/„ de beurre de cacao, proportion qu’on
ne retrouve jamais aussi élevée dans les autres Variétés.
Ce Criollo des Espagnols est le Caracas des autres Euro­
péens et le Old rcd cacao de Ceylan. Au sujet du terme
« criollo » M. Hart fait remarquer qu’il ne préjuge rien sur
l’origine de la plante qu’il désigne, car rien ne prouve qu'il
ait été créé à la Trinidad. 11 est possible que la variété ait été

— Coupes transversales schématiques des fruits de Criollo,
Forastero, Amelonado et Calabacillo (de gauche à droite).

F i g . G.

introduite dans Vile sous le nom qu'elle portait dans son pays
d’origine, très probablement l'Amérique du Sud1, et qu’elle
l'ait simplement conservé.
Criollo ne signifierait pas ainsi nécessairement : « indi­
gène de la Trinidad &gt;,. Ce qui pourrait même faire, au con­
traire. penser que le terme a été créé ailleurs, c’est le fait
que le cacaoyer dit frinitario, qui serait plutôt évidemment
la vraie variété spontanée de l’île (ou tout ou moins sub­
spontanée, car le Theobroma cacao a été introduit) n’est pas
un Criollo. mais un Forastero. Ces termes adoptés pour dési­
gner les différentes variétés que nous signalons ici ne doivent
donc pas être considérés aujourd'hui comme s’appliquant à
une région déterminée, mais ont acquis un sens général, indé­
pendant de tout lieu d’origine.
1. D'après M. Simmonds, qui, il est vrai, ne cite aucun fait sur lequel1
soient basées ses assertions ( Tlie commercial producls o f the vcgetable
Kingdom), le cacaoyer créole aurait été transporté du Mexique (où il
avait été antérieurement introduit) dans les A ntilles, tandis que le
Forastero serait venu directement du Brésil.

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

1AM
i

Entre ces trois grandes classes de variétés, telles que les
admet M. Hart, les caractères distinctifs sont assez, nets, au
moins lorsqu’on considère les formes typiques, qui sont reliées
l une à l’autre par de nombreux intermédiaires.
Les Criollo sont moins vigoureux et à ramification moins
ample que les Forastero. Les feuilles, relativement petites, ont
une longueur de 12 à 30 centimètres sur 5 à 10 centimètres de
largeur. Le fruit est à péricarpe mince, rétréci à la pointe
(n° 2 de la fig. 5) ; les variétés rouges sont beaucoup plus
fréquentes que les jaunes. L’amande est arrondie1, à tégu­
ment très mince; sa section est blanche ou jaunâtre à l’état
frais, et rouge ou, plus exactement, de la couleur du raisin de
Corinthe, après la préparation.
Dans la classe Forastero, les feuilles sont plus grandes que
dans la précédente; elles ont de 22 à oO centimètres de lon­
gueur sur 7 à 13 centimètres de largeur. La fructification
est aussi plus abondante et plus régulière ; les fruits sont à
péricarpe plus épais, moins rétréci à la pointe (n° 1 de la fig. 5).
Les graines, très rarement arrondies, sont presques toutes
plates et comprimées, plus allongées et plus étroites dans
leur forme générale que les graines des Criollo ; leur tégu­
ment, comme le péricarpe du fruit, est plus épais. Sur la sec­
tion, l’amande, même fraîche, est rouge ou violette; prépa­
rée, elle est brun foncé ou noirâtre; elle contient une assez
grande quantité de principe amer, ce qui lui donne, avant la
fermentation, un goût caractéristique que n’ont pas, au même
degré, les fèves de la première classe. Aussi les Forastero
donnent-ils un produit de seconde qualité, plus amer et
moins suave que celui des Criollo ; et le temps de fermenta1. M. Hart, à qui nous em pruntons les schém as-types que nousdonnons
fig. 7, fait cette restriction que, en fait, on trouvera couram m ent des
graines qui ne correspondront exactem ent à aucun, et, que quelle que
soit la variété, il y aura toujours, dans chaque fruit, des graines rondes,
surtout aux extrém ités. Mais la proportion en sera insignifiante dans
les Calabacillo, tandis qu’elle sera très élevée dans les Criollo. Ces trois
schémas ne représentent, en réalité, que les trois formes respectivem ent
les plus fréquentes dans les trois variétés.
Le Cacaoyer.

�18

LE CACAOYER

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

(ion nécessaire pour donner l'arome est, en outre, relative­
ment assez long-, oscillant entre six à sept jours.
Par contre, ces arbres sont très rustiques, s’accommodent de
sols peu fertiles, nécessitent beaucoup moins de soins de cul­
ture que les Criollo et sont bien moins facilement attaqués
par les parasites.
Par tous ces caractères, il est à remarquer que les Forastcro semblent établir la transition entre les Criollo et les
Calahacillo. Les variétés de la troisième catégorie présentent,
en elfet, mais à un degré plus élevé, les mêmes qualités et
les mêmes défauts que ces Foraslero. Elles ont une rusticité
1

F ig .

2

3

7. — Coupes longitudinales schém atiques de graines de Criollo (1),
Foraslero (2) et Calahacillo (3).

encore plus grande, elles vivent dans des terrains encore
plus pauvres et qui ne pourraient absolument pas convenir
aux Criollo, et elles ont néanmoins une croissance plus rapide
et plus vigoureuse. Mais aussi leur produit est de moindre
qualité et nécessite plus de précaution et de dépense de maind’œuvre pour avoir une valeur commerciale ; la fermentation
doit durer deux fois plus longtemps que celle des Criollo.
Dans ces Calahacillo, les feuilles, comparées à celles des
deux autres classes, sont plus petites et plus ovales. Les
fruits, qui ici sont arrondis et lisses, sont également de plus
faibles dimensions. Enfin les graines dont la saveur est très
amère, sont, de même, plus petites, plus plates et plus étroites
que celles des Foraslero.
Des trois classes ainsi caractérisées, on a pu voir, par le
tableau précédent, que ce sont les Foraslero qui renferment
le plus grand nombre de variétés. Les Amelonado (rouges et
jaunes) sont celles qui se rapprochent le plus des Calahacillo;

19

au contraire, les Cundeamor verrugosa ont des fruits, qui,
par leur forme et l’épaisseur du péricarpe, peuvent être con­
fondus avec ceux des Criollo.
Le tableau que nous avons donné indique donc, dans leur
ordre naturel, les formes successives de transition qui amènent
des Criollo typiques aux vrais Calahacillo.
Dans la pratique, on conçoit combien il peut être parfois
diilicile de distinguer des variétés reliées par tant d’intermé­
diaires. Comme cependant toutes ne correspondent pas aux
mêmes conditions de végétation, le planteur ne devra choisir
que des sortes bien caractérisées, pour donner la préférence à
celle qui conviendra le mieux au terrain dont il disposera.
Si ce terrain est très pauvre, il ne pourra cultiver que les
Calahacillo ; si le sol est médiocre ou seulement bon, il plan­
tera des Foraslero ; et ce n’est que si la terre est vraiment
très riche qu'il pourra songer aux Criollo.
On évitera, en tous cas, les plantations mixtes, toutes ces
variétés d’arbres devant être traités de façons différentes.
Pour la même raison, on ne peut approuver le système quel­
quefois adopté à la Trinidad et qui consiste à remplacer, dans
une plantation de Criollo, les pieds qui ont péri par des pieds
plus vigoureux de Foraslero ou de Calahacillo. Mieux vaut
laisser les places vides que de chercher ainsi à les utiliser.
A côté des variétés précédentes il faut encore certainement
placer, d'après M. Iv. Schumann, trois Theobroma que Ber­
noulli a signalés autrefois dans l’Amérique centrale et qu’il a
décrits comme espèces, mais qui ne sont très vraisemblable­
ment que des formes du Theobroma Cacao : ce sont les Theo­
broma pentagonum, leiocarpum et Salzmannianum.
Le Theobroma pentagonum Bern. est cultivé au Nicaragua
et au Guatemala sous le nom de cacao lagarto. Il fournit une
sorte très fine; et M. Hart, qui, comme M. K. Schumann, ne
le considère que comme une variété du Theobroma Cacao, l’a
introduit, en 1893, à la Trinidad.
Ce Theobroma pentagonum diffère surtout de l’espèce-type
par ses fleurs, qui sont deux fois plus petites.
Le fruit, très voisin surtout de celui des Criollo, est à

�16

LE CACAOYER

très rapidement, ce qui représente une économie de temps et
donne la certitude que, pendant les trois jours suffisants pour
l'opération, elles ne subiront pas d’altération étrangère. Elles
contiennent 51,5 °/0 de beurre de cacao, proportion qu’on
ne retrouve jamais aussi élevée dans les autres Variétés.
Ce Criollo des Espagnols est le Caracas des autres Euro­
péens et le OUI rcd cacao de Ceylan. Au sujet du terme
« criollo » M. Hart fait remarquer qu'il ne préjuge rien sur
l’origine de la plante qu il désigne, car rien ne prouve qu'il
ait été créé à la Trinidad. Il est possible que la variété ait été

— Coupes transversales schém atiques des fruits de Criollo,
For astero, Amelonado et Calabacillo (de gauche à droite).

F ig . 6.

introduite dans l'ile sous le nom qu elle portait dans son pays
d origine, très probablement l’Amérique du Sud1, et qu’elle
l'ait simplement conservé.
Criollo ne signifierait pas ainsi nécessairement : « indi­
gène de la Trinidad &gt;,. Ce qui pourrait même faire, au con­
traire, penser que le terme a été créé ailleurs, c’est le fait
que le cacaoyer dit trinitario, qui serait plutôt évidemment
la vraie variété spontanée de l'ile (ou tout ou moins sub­
spontanée, car le Theohroma cacao a été introduit) n’est pas
un Criollo, mais un Forastero. Ces termes adoptés pour dési­
gner les différentes variétés que nous signalons ici ne doivent
donc pas être considérés aujourd’hui comme s’appliquant â
une région déterminée, mais ont acquis un sens général, indé­
pendant de tout lieu d'origine.
1. D’après M. Simmonds, qui, il est vrai, ne cite aucun fait sur lequel
soient basées ses assertions (The commercial products o f lhe vegetahle
Kingdom ), le cacaoyer créole aurait été transporté du Mexique (où il
avait été antérieurem ent introduit) dans les Antilles, tandis que le
Forastero serait venu directem ent du Brésil.

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

17

Entre ces trois grandes classes de variétés, telles que les
admet M. Hart, les caractères distinctifs sont assez nets, au
moins lorsqu’on considère les formes typiques, qui sont reliées
l une à l’autre par de nombreux intermédiaires.
Les Criollo sont moins vigoureux et à ramification moins
ample que les Forastero. Les feuilles, relativement petites, ont
une longueur de 12 à 30 centimètres sur 5 à 10 centimètres de
largeur. Le fruit est à péricarpe mince, rétréci à la pointe
(n° 2 de la fig. 5); les variétés rouges sont beaucoup plus
fréquentes que les jaunes. L'amande est arrondie1, à tégu­
ment très mince; sa section est blanche ou jaunâtre à l’état
frais, et rouge ou, plus exactement, de la couleur du raisin de
Corinthe, après la préparation.
Dans la classe Forastero, les feuilles sont plus grandes que
dans la précédente; elles ont de 22 à 50 centimètres de lon­
gueur sur 7 à 13 centimètres de largeur. La fructification
est aussi plus abondante et plus régulière; les fruits sont à
péricarpe plus épais, moins rétréci à la pointe (n° 1 de la fig. 5).
Les graines, très rarement arrondies, sont presques toutes
plates et comprimées, plus allongées et plus étroites dans
leur forme générale que les graines des Criollo ; leur tégu­
ment, comme le péricarpe du fruit, est plus épais. Sur la sec­
tion, l’amande, môme fraîche, est rouge ou violette; prépa­
rée, elle est brun foncé ou noirâtre; elle contient une assez
grande quantité de principe amer, ce qui lui donne, avant la
fermentation, un goût caractéristique que n’ont pas, au même
degré, les fèves de la première classe. Aussi les Forastero
donnent-ils un produit de seconde qualité, plus amer et
moins suave que celui des Criollo ; et le temps de fermenta\. M. H art, à qui nous em pruntons les schém as-tjrpes que nous donnons
fig. 7, fait cette restriction que, en fait, on trouvera couram m ent des
graines qui ne correspondront exactem ent à aucun, et, que quelle que
soit la variété, il y aura toujours, dans chaque fruit, des graines rondes,
surtout aux extrém ités. Mais la proportion en sera insignifiante dans
les Calabacillo, tandis qu’elle sera très élevée dans les Criollo. Ces trois
schémas ne rep résen ten t, en réalité, que les trois formes respectivem ent
les plus fréquentes dans les trois variétés.
Le Cacaoyer.

�20

LE CACAOYER

section nettement pentagonale; les arêtes sont bien marquées et les laces sont couvertes de gros tubercules irréguliers.
11 mesure, en moyenne, 18 centimètres de longueur sur
G centimètres 5 de largeur.
Les rameaux et les pétioles
jeunes portent un duvet roux.
Les feuilles sont obovales,
oblongues, acuminées et gla­
bres sur les deux faces, sauf
sur les nervures.
Le Theobroma leiocarpum
Bern. est également cultivé
au Guatemala, oü on le
nomme cumacao. Son fruit

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

21

centimètres de largeur. Sa surface est, en outre, 'isse avec cinq
légers sillons. Les rameaux et les feuilles ont les mêmes
caractères que dans le Theobroma pentarjonum.
Quant au TheobromaSalzrnannianum, c’est, pour Bernoulli,
une espèce distincte, à cause de la forme de la languette des
pétales, qui est longuement spatulée, et dont le sommet est
tronqué et émarginé. Mais M. K. Schumann, qui a vu les
échantillons récoltés près de Bahia par Salzmann, n’a jamais
observé ces particularités et pense que M. Bernoulli a examiné
une fleur anormale.

Theobroma bicolor Humb. et Bonp.

Syn. : Cacao bicolor Poir. ; Theobroma ovatifolia D. C.
Cette espèce découverte par de Humboldt et Bonpland
dans le Choco (province de Cauca), est très commune dans
beaucoup de forêts des vallées de la Colombie et de la région
brésilienne du Rio-Negro.
Elle est, d'après Bernoulli, cultivée au Guatémala, où elle
est appelée pataiste ou cacao de monte.
Au Brésil, c’est le cupu-assu, terme qui s’applique cepen­
dant aussi, nous le verrons, au Theobroma grandiflorum 1.

F ig . 8. — Fruit de Theobroma
pentarjonum.

F ig . 9. — Fruit de Theobroma
leiocarpum.

est caractéristique : beaucoup plus court que dans les Theobroma Cacao et pentarjonum, il est relativement beaucoup
plus large; ses dimensions, d’après la figure donnée par
Bernoulli, sont dix centimètres et demi de longueur sur sept

1. M. Peckolt (Hist. des plant, alim int. Brasil) dit, d’autre part, que
le cupu-assu du Brésil est la plante nommée par lui Deltonea lutea ; et
M. Peckolt ajoute qu’avec la pulpe bien lavée du fruit de cette plante,
qu’on passe, puis qu’on additionne de sucre, on fait une sorte de vin.
Or, d’après le Bulletin de Kew (avril 1898), la description du Deltonea
lutea Peckolt, telle que la donne M. Rand, ancien résident au Para, dans
un rapport publié en 1887 et intitulé Condition o f tropical and semi-tropi­
cal fru its in lhe United States, se rapporte exactem ent au genre Theo­
b ro m a ; et la description du fruit correspond, en particulier, à un
fruit étiqueté à Kew sous le nom de Theobroma Martianum.
Il faut rapprocher de cette rem arque du Bulletin de Kew cet autre
fait, signalé par Sem ler, que les « fruits de Deltonea lactea ou cupu-assu »
(sic) servent à Belem, au Para, à préparer du chocolat.
Le prétendu Deltonea lutea de Peckolt serait donc bien vraisem bla­
blem ent un Theobroma. Qu’est-ce toutefois que le Theobroma Martin-

�22

LE CACAOYER

En Colombie, elle est surtout connue sous le nom de bacao.
Cependant, dans la province de Vcragua, où M. Ilart 1 a
trouvée spontanée en 188'i, elle porte encore différents autres
noms, tels que tiger-cacao, sans doute à cause de l’odeur rance
des graines, Indian chocolaté, parce que seuls les Indiens
paraissent en faire usage dans
cette
région, où on ne 1 utilise
/ V
généralement pas, et wariba,
terme qui dérive probablement
de ica ri, nom indigène d un
pécari connu (comme toutes les
espèces du genre) pour son odeur
fétide.
Toutes ces dénominations sem­
blent indiquer que le Theobronia
bicolor est de qualité inférieure.
Et voici, en elfet, ce qu'en disent
de Humboldt et Bonpland. « Le
Theobronia bicolor se trouve
aujourd'hui cultivé à Carthago,
petite ville située au pied des
Andes de Quindin, dans la belle
et fertile vallée du Cauca1. Les
habitants
connaissent cette plante
F ig. 10. — Feuille
sous
le
nom de bacao et en
de Theobronia bicolor.
mêlent les graines, dans la pro­
portion d’une à trois, avec celles du Theobronia Cacao, pour en
faire du chocolat. Le chocolat fait avec les graines seules du
Theobronia bicolor n'est pas agréable; il faut nécessairement
y associer celles du cacao ordinaire. »
Tous les autres auteurs signalent de même la forte saveur
num? C'est peut-être la seule espèce de Theobronia que nous ayons dû
laisser de côté dans ce chapitre de la description botanique du genre.
Nous ne connaissons, à son sujet, que la mention qui en est faite dans
VIndex Kewensis.
La vallée du Cauca est située entre la chaîne occidentale et la chaîne
centrale des Andes et à une hauteur moyenne de 1.400 m ètres.

23
amère de ces graines. M. Ilart ne pense pas qu’elles entrent
dans l'exportation; tout au plus seraient-elles quelquefois,
comme le prétend Don, mélangées, par fraude, avec celles
des Theobronia Cacao.
Espère-t-on cependant les améliorer par la culture, ou
ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

même a-t-on obtenu déjà cette amélioration? C’est ce que
pourrait laisser supposer, s’il n’y pas eu erreur commise, un
rapport adressé, en 1896, au Foreign-Oflice par l’Ambassa­
deur d'Angleterre au Mexique, dans lequel il est dit que le
Theobrorna bicolor est cultivé dans cette contrée, en même
temps que les Theobronia angusti folium et ovatifolium.
Ce Theobronia bicolor est un arbre qui ne dépasse guère 3
ou 4 mètres de hauteur. 11 est à rameaux étalés, blanc cendré;

�JL

21

25

LE CACAOYER

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

les feuilles, de 20 à 30 centimètres de longueur sur 11 à 15
centimètres de largeur, sont brièvement pétiolées (1 centim. 8
à 2 centim. 7), oblongues, obliquement cordées à la base, à
7 nervures, et cotonneuses en dessous.
Les fleurs, réunies en assez grand nombre par bouquet,
sont pourpre noirâtre ; la base élargie de la corolle, deux fois
plus courte que le calice, est uninerviée ; la languette est lar­
gement ovale, les étamines fertiles sont à quatre loges.
Le fruit, vert â la maturité, est ovoïde, d’environ 15 centi­
mètres de longueur sur 10 centimètres de largeur; il est à cotes
peu marquées, mais entre lesquelles la surface est irrégulière­
ment bosselée. A l’état sec, le péricarpe est très dur. Humboldt dit que, dans la vallée du Cauca, on l’emploie pour faire
des tasses, des gobelets et autres objets.
Les graines ont 25 à 28 millimètres de longueur sur 18 â
20 millimètres de largeur.

que nous avons décrites jusqu’alors, s’élève à six. Le fruit est
ovoïde, rugueux, à côtes très proéminentes.
Le Theohroma ovatifolium est rapporté par Bernoulli au
Theohroma hicolor ; il en est cependant distinct par le nombre
des loges de chaque étamine (six au lieu de quatre), qui con­
stitue un caractère important chez les Theohroma.

Theohroma ovatifolium Sess et Moç. (D. C.)
Ce Theohroma, qui est sauvage au Mexique, est indiqué, par
MM. Cari Mohr et Simmonds, comme une des principales
sources du cacao très estimé de Soconusco 1. Il est peut-être
aussi cultivé, en même temps que le suivant, à l'Equateur,
dans la province d'Esmeralda.
Ses feuilles sont ovales, très entières, trinerviées à la base,
peltées et légèrement cordées, obtuses au sommet, duveteuses
et blanchâtres sur la face inférieure. Les fleurs sont petites,
à sépales acuminés et coriaces. Sur chaque filet staminal, le
nombre des loges, qui était de quatre dans toutes les espèces
1. D'après M. Schumann, le cacao de Soconusco proviendrait, au con­
traire, surtout du Theobroma an g asti folium ; et le Theohroma ovatifolium
donnerait plutôt le cacao d’Esmeralda. En fait, il est probable que ces
deux espèces, qui ont une même origine et qui fournissent l'une et
l'autre un bon produit, sont exploitées et cultivées indifférem m ent dans
les mêmes réglons.

F ig . 12. — Rameau de Theobroma anrfustifolium.

Theohroma angusti folium Sess et Moç. (D. C.)

Syn. : Theohroma macrantha Bern.
Egalement mexicain, ce Theohroma donne un produit qui
n'est pas inférieur au précédent. Il est aussi cultivé à Soco­
nusco ; d’autre part, ce sont ses graines qui, â Costa-Rica,
constituent le Cacao de Mico et â l’Equateur (avec celles
du Theohroma ovatifolium) le cacao d'Esmeralda. Nous
avons vu que M. Schumann le signale parmi les espèces
brésiliennes.

�20

LE CACAOYER

Au Guatemala on le cultive sous le nom de cacaoyer de
Costa-Hica.
Dans le Theobrorna anguslifolium, les rameaux jeunes et
les pétioles sont couverts de lins poils étoilés. Les feuilles sont
à court pétiole, oblongues, atténuées aux deux extrémités, acuminées au sommet, avec trois fortes nervures à la base. La
face supérieure porte d’a­
bord des poils étoilés,
mais, plus tard, est glabre ;
la face inférieure est poilue
et tomenteuse. Le limbe
mesure 15 à 20 centimètres
de longueur sur 4 à 5 cen­
timètres au plus de lar­
geur ; il est quelquefois
plus étroit.
Les tleurs ont une cou­
leur « jaune abricot sale »
(,sordide armeniacei, dit de
Candolle). Les sépales sont
coriaces; les pétales sont
à base large et épaisse,
parcourue par sept ner­
vures, la languette s’élar­
gissant peu à peu vers
l’extrémité, qui est légè­
F ig. 13. — Fruit de Theobrorna
rement bilobée. Les éta­
angustifolium.
mines fertiles sont à six
loges; les filets stériles sont pétaloïdes obovés.
Le fruit est irrégulièrement ovoïde, de 15 centimètres de
longueur environ sur 7 à 8 centimètres de largeur, à surface
couverte, d’abord, d'un duvet brunâtre, puis glabre. Les
graines sont un peu plus grosses que celles des Theobrorna
Cacao.

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

27

Theobrorna suhincanum Mari.

Svn. : Theobrorna obovata Bernoulli; Theobroma ferrugincum Bern.
Cette espèce, qui, d’après M. Schumann, n'est peut-être
qu’une variété du Theobrorna ovati folium, est indigène au
Brésil, au Pérou et à la Guyane; Pavon l’a trouvée aussi au
Mexique. Au Brésil, Martius la signale dans la région du
Rio Negro.
C'est un grand arbre, dont les rameaux, à écorce gris-noi­
râtre, sont presque glabres quand ils sont âgés, mais sont
couverts, quand ils sont jeunes, d’une pubescence rousse. Les
feuilles sont oblongues, brusquement et longuement acuminées, arrondies et très entières à la base, avec, parfois, quelques
dents au sommet; elles sont vertes en dessus, roux-cendré en
dessous. Les nervures sont proéminentes, mais le réseau peu
marqué. Le limbe a de 28 à 38 centimètres de longueur sur
10 à 14 centimètres de largeur; le pétiole, épais, mesure en
moyenne 1 centimètre 5.
Les fleurs sont isolées, ou par deux ou trois, rarement
par quatre. Les sépales sont tomenteux en dehors, glabres et
granulés en dedans. La base des pétales est brièvement
onguiculée, â sept nervures ; la languette est triangulaire,
charnue, un peu émarginée au sommet. Les étamines stériles
sont lancéolées, aiguës ; les fertiles sont à six loges. L’ovaire
est subglobuleux, tomenteux ; les styles, accolés et glabres,
sont deux fois plus longs.
11 n’y a pas, pour M. Schumann, le moindre doute que le
Theobrorna obovatum Bern. (Klotsch ms.), dont la forme des
feuilles est très variable, est le même arbre.
Il est très probable aussi que le Theobrorna ferrugineurn
Bern. doit être rapporté à cette espèce. Ce Theobrorna ferrug inc uni, d’après Bernoulli, est appelé cacao blanco â Lima; et

�28

29

LE CACAOYER

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

Bernoulli pense que c'est, à ce Theobroma qu’il faut encore
rattacher les échantillons incomplets récoltés par Poppig et par
Spruce, sous le nom indigène de cupua-i, ou ciipu-ai. Le fruit
du Theobroma ferruyineum est petit, ovoïde-arrondi, forte­
ment verruqueux.
D’autre part, selon M. Schumann, le Cacao silvestris d’Aublet, trouvé par ce botaniste dans les forêts marécageuses du
Maripa et près du Sinémari, est, soit le Theobroma subincanum, soit le Theobroma yrandiflorum.
Le Cacao guyanensis du même auteur ( Theobroma guianense Wild. *) est une espèce encore plus douteuse : les fleurs,
les fruits et les feuilles n’appartiendraient pas au même arbre.
Les fleurs sont absolument celles des Theobroma Cacao, et les
feuilles et le fruit proviendraient d’un Theobroma subincanum.

charnues et velues ; le limbe a 18 à 58 centimètres de lon­
gueur sur 7 à 14 centimètres de largeur.

F ig . 14. — Rameau fleuri de Theobroma yrandiflorum
(d’après K. Schumann).

Theobroma yrandiflorum Schum.

Syn. : Bubromayrandiflorum Wild. ; Theobroma speciosum?
Mart. ; Theobroma micranlhum Bern. ; Theobroma silvestre
Spruce.
C’est un grand et bel arbre, ressemblant un peu à l’orme,
à rameaux courts, tomenteux et roux. Les feuilles sont à
court pétiole, lancéolées-oblongues, un peu inégales à la base,
brusquement acuminées et très entières, sauf, pourtant, sur les
jeunes, quelques dents au voisinage du sommet. La face supé­
rieure est glabre et blanchâtre; la face inférieure est d’abord
pubescente et rousse, puis glabre. Le pétiole mesure environ
1 centimètre de longueur ; il est épais, sillonné, charnu, revêtu
d'un duvet roux ; les stipules sont subulées, caduques, un peu
1. Le Theobroma guianen.se Voigt, à feuilles acum inées, cordées,
sublobées et inégalem ent dentées, à corym bes term inaux, et à petites
fleurs blanches, n’est vraisem blablem ent pas même un Theobroma.
Remarque analogue pour le Theobroma m ontanum Goud.

Les inflorescences sont axillaires, formées de quatre fleurs
au plus ; les pédoncules ont, en moyenne, 4 centimètres de lon­
gueur, les pédicelles sont aussi longs; les bractées sont

F ig . 1d — Fragm ent de périanthe et étam ines à 6 loges du
Theobroma grandiflorum .

linéaires, lancéolées et tomenteuses. Les fleurs sont les plus
grandes du genre, trois fois plus grandes que celles du Theo­
broma anyustifolium. Le calice, divisé, à peu près jusqu’au

�28

LE CACAOYER

Bernoulli pense que c'est à ce Theobroma qu’il faut encore
rattacher les échantillons incomplets récoltés par Poppig et par
Spruce, sous le nom indigène de cupua-i, ou cupu-ai. Le fruit
du Theobroma ferrugineum est petit, ovoïde-arrondi, forte­
ment verruqueux.
D'autre part, selon M. Schumann, le Cacao silvestris d’Aublet, trouvé par ce botaniste dans les forêts marécageuses du
Maripa et près du Sinémari, est, soit le Theobroma subincanum, soit le Theobroma grandiflorum.
Le Cacao guyanensis du même auteur ( Theobroma guianensc Wild. *) est une espèce encore plus douteuse : les fleurs,
les fruits et les feuilles n’appartiendraient pas au même arbre.
Les fleurs sont absolument celles des Theobroma Cacao, et les
feuilles et le fruit proviendraient d'un Theobroma subincanum.

Theobroma grandiflorum Schum.

Syn. : Bubroma grandiflorum Wild. ; Theobroma speciosum?
Mart. ; Theobroma micranthum Bern. ; Theobroma silvestre
Spruce.
C'est un grand et bel arbre, ressemblant un peu à l’orme,
à rameaux courts, tomenteux et roux. Les feuilles sont à
court pétiole, lancéolées-oblongues, un peu inégales à la base,
brusquement acuminées et très entières, sauf, pourtant, sur les
jeunes, quelques dents au voisinage du sommet. La face supé­
rieure est glabre et blanchâtre; la face inférieure est d’abord
pubescente et rousse, puis glabre. Le pétiole mesure environ
1 centimètre de longueur ; il est épais, sillonné, charnu, revêtu
d'un duvet roux ; les stipules sont subulées, caduques, un peu

F ig . i5 — Fragm ent de périanthe et étam ines à 6 loges du
Theobroma grandifloru m .

Le Theobroma guianense Voigt, à feuilles acum inées, cordées,
sublobées et inégalem ent dentées, à corym bes term inaux, et h petites
fleurs blanches, n’est vraisem blablem ent pas meme un Theobroma.
Remarque analogue pour le Theobroma m ontanum Goud.

linéaires, lancéolées et tomenteuses. Les fleurs sont les plus
grandes du genre, trois fois plus grandes que celles du Theo­
broma angustifolium. Le calice, divisé, à peu près jusqu’au

�30

I.K CACAOYER

milieu, en 3 à 3 lobes ovales, épais, velus sur les bords et en
dehors, peut avoir 13 millimètres de longueur. La base large des
pétales a environ Gmillimètres 5 de longueur sur 5 millimètres
de largeur; elle est un peu cordée, légèrement tomenteuse sur
la face externe, glabre à l'intérieur, charnue. La languette
(o millimètres h de longueur et 2 millimètres de largeur) est
triangulaire, avec un court onglet à la base, tronquée au som­
met. légèrement émarginée.
Le tube staminal est court, pourvu à la base de cinq
groupes de glandes entremêlés de poils. Les étamines sté­
riles sont pétaloïdes, triangulaires, brusquement et longue­
ment acuminées; elles portent, au sommet de courts poils
simples, orangés. Les tilets fertiles sont deux fois plus longs
que le tube, et portent, chacun, G loges. L'ovaire est tomenteux, pentagone, sphérique.
Le fruit est ovoïde, à péricarpe faiblement ligneux, lisse et
brun.
Le Theohroma grandiflorum a été trouvé dans la HauteAmazone et au Para, où il fleurit en août. 11 est appelé cupuassu par les Brésiliens, ainsi que le Tlieobroma bicolor.

ÉTUDE II OTA NIQUE DU CACAOYER

31

noirâtre, à odeur agréable ; elles sont plus grandes que celles
du Tlieobroma Cacao. Le calice est divisé, jusqu’au quart
inférieur, en lobes oblongs-lancéolés, pubescents en dehors,
glabres en dedans. Les pétales ont i centimètre de longueur;
la base élargie (G millimètres de longueur) est ventrue, à trois
nervures ; la languette est presque sessile, très entière, en

Theohroma speciosum Spreng. ('Wild. ms.);

Svn. : Theohroma suhincanum Spruce (et non Martius,
comme le dit, par erreur, Sagot).
L'arbre est à rameaux noirâtres, velus seulement vers l'ex­
trémité. Les feuilles ont un long pétiole, glabre et coudé,
qui peut mesurer G centimètres environ ; le limbe a 25 cen­
timètres de longueur sur 10 centimètres de largeur. Ce
limbe est un peu ondulé sur les bords, ovale-oblong,
rétréci à la base, glabre et vert sur la face supérieure, blancroux en dessous.
Les inflorescences sont" multiflores, à pédoncules et à pédicelles tomenteux. Les fleurs vues par Sagot étaient pourpre-

F ig . 16. — Feuilles des Theohroma quinc/uenervium, speciosum el
Spruceanum (de gauche à droite).

coin à la base, largement ovale et légèrement émarginée. Le
tube staminal porte inférieurement cinq groupes de glandes
non entremêlés de poils : les étamines stériles sont grêles,
les fertiles sont à six loges. L’ovaire est à cinq côtes, ovoïde,
tomenteux, surmonté de styles soudés. Le fruit est pentagonal,
tomenteux, un peu plus petit que ceux du Tlieobroma Cacao.
Le Tlieobroma speciosum Spreng. est sauvage au Para.

�32

'

33

LE CACAOYER

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

Le Theobroma quinquenervium Bern. et le Theobroma Spruccanum Bern. n’en sont que des variétés.
Le Tlieobroma subincanum var. quinquenervium (.Herrania guyanensis Sagot) a été trouvé par Spruee dans la région
du Rio-Negro et par Sagot en Guyane française, sur les rives
du Karouany, où il est toutefois assez rare.
11 se distingue de lespèce-type par ses feuilles plus grandes
(30 centimètres de longueur sur 12 centimètres de largeur),
mais plus brièvement pétiolées (1 centimètre). Ces feuilles
sont, en outre, brièvement acuminées au sommet, fortement
inégales à la base, arrondies et non en coin; les pétioles sont
épais et velus. Tous les autres caractères sont ceux de
l'espèce.
Le Theobroma speciosum var. Spruceanurn a été récolté
par Spruee au Para, près d'Obidos. Les feuilles sont plus
grandes encore que dans la variété précédente, mais elles sont
aussi à pétiole court (1 centimètre 5); elles sont ovalesoblongues, plus égales à la base, avec un assez long acumen.
Les fleurs ont les mêmes caractères que celles de Lespècetype et de la première variété, mais elles sont presque deux
fois plus petites.

Les fleurs sont axillaires, isolées ou réunies par deux ou
trois, ou encore disposées en grappes sur de courts rameaux
placés à l’aisselle des feuilles tombées. Le calice est divisé

Theobroma microcarpurn Mart.

Ce Theobroma habite les forêts du Haut-Amazone, dans le
voisinage du fleuve.
Ce serait un arbre dépassant 10 mètres de hauteur et pou­
vant mesurer 30 centimètres de diamètre à la base. L’écorce
du tronc est brune et se détache par plaques. Les rameaux
sont grêles, très légèrement velus.
Les feuilles sont brièvement pétiolées (1 centimètre),
oblongues-lancéolées, longuement acuminées, très entières et
glabres. Le limbe a de 10 à 17 centimètres de longueur sur
o centimètres de largeur : il est blanc-verdàtre sur la face
supérieure, vert pale sur la face inférieure.

IMG. 17. — Rameau, avec fruit, de Theobroma microcarpurn.

jusqu’à la base; les sépales sont oblongs-lancéolés, ciliés sur
les bords et ne portent que quelques poils rares sur la face
inférieure. La base des pétales est ovale, à cinq nervures. Le
tube staminal est court; les étamines fertiles sont à six loges;
Le Cacaoyer.

■i

�LE CACAOVER
3i
les filets stériles, six fois plus longs, sont larges à la base,
mais deviennent brusquement filiformes ; ils sont glabres et
lisses. L’ovaire est pentagonal et tomenteux.
Le fruit est ovoïde, de la grosseur d’une prune de Damas,
à cotes longitudinales et marqué de fossettes dans les sillons.

ÉTUDE BOTANIQUE DU CACAOYER

35

Les pétioles sont courts et velus. Les feuilles sont à base
très inégale; elles sont trinerviées, largement ovales, ondu­
lées, brièvement acuminées, glabres en dessus et avec un
duvet roux sur la face inférieure. Sur l’échantillon figuré par
Bernoulli elles ont 28 centimètres de longueur sur 8 centi­
mètres de largeur. Il n’y a pas de poils sur les nervures.

Theobroma glaucum Karst.
.

• )«

J i •1 . i.

Ce Theobroma et tous les suivants sont des espèces dou­
teuses. incomplètement décrites, et qui seront sans doute rap­
portées, lorsqu'elles seront mieux connues, aux diverses
espèces que nous venons d’examiner.
Le Theobroma glaucum est ainsi décrit par Karsten, qui le
trouva sur les bords du Méta : « C est un arbre de 7 mètres
environ, à feuilles lancéolées, peu à peu atténuées à la base,
très longuement acuminées au sommet, glabres et vertes en
dessus, brunes et réticulées en dessous, couvertes, entre les
nervures qui sont glabres, de tins poils verts très serrés. Le
pétiole et les rameaux portent un duvet court ; le fruit est
ellipsoïde, vert, indéhiscent. On emploie les graines avec
celles du Theobroma Cacao. » Le Theobroma glaucum,
d après Karsten, se distingue du Theobroma bicolor par la
base de ses feuilles, qui est étroite et non cordée, et par
l'absence de poils sur les nervures de la face inférieure. 11
s'en ditîérencie en tout cas nettement encore par ses graines
qui sont de saveur agréable, alors que celles du Theobroma
bicolor sont amères.
Malheureusement Karsten n’a décrit ni l'inflorescence ni
la fleur. M. K. Schumann pense, sans cependant l'affirmer,
que ce pourrait être le Theobroma subincanum Mart.

Theobroma sylvestre Mart.
Sur les bords du Haut-Amazone, où Martius l’a découvert,
l’arbre est appelé par les indigènes cacao rana.

Theobroma Mardi Schumann.

Syn. : Theobroma nitidum Bern.
La plante est brésilienne et peut-être n'est autre que le
Theobroma grandiflorum.
Rameaux et pétioles sont glabres. Les feuilles ont un court
pétiole, sont presque régulières à la base, trinerviées, lancéo­
lées ; elles sont très longuement acuminées, blanches en
dessus et couvertes d'un fin duvet roux en dessous.
Le fruit, de 5 centimètres de longueur, est ovoïde, obtus,
vaguement pentagonal, revêtu de très courts poils bruns.
i
Theobroma album Bern.

Cet arbre a été vu en Guyane anglaise par Appün. Les
rameaux et les pétioles sont presque glabres ; les feuilles
sont brièvement pétiolées, à base à peu près régulière, ellip­
tiques, très faiblement acuminées, glabres sur la face supé­
rieure, couvertes de poils courts très blancs sur la face infé­
rieure.

�36

LE CACAOYER

FAUX-CACAOYERS
Nous réunissons sous le nom de « faux-cacaoyers » tous ces
arbres, autres que les Theobroma, dont les graines sont quel­
quefois employées, dans les pays d origine, comme des suc­
cédanés du cacao. Nous croyons bon d’en dire quelques
mots.
Herrania albiflora Goud. C’est le cacao montants ou siniarron de la Colombie. « Cette espèce, dit Goudot (qui a créé le
genre Herrania, dédié au général Herran, qui fut Prési­
dent de la République de la Nouvelle-Grenade), croît dans les
grandes forets humides et chaudes qui environnent la ville de
Mazo, célèbre par ses mines d émeraudes. Je l ai rencontrée en
juin, couverte d'une telle abondance de fleurs et de fruits que
les tiges paraissaient, dans quelques cas, presque entièrement
cachées. On mélange les graines de cette plante avec celles
du cacaotier cultivé ; et quelques personnes m’ont assuré
qu elles en rendaient le produit plus savoureux ; on en fabrique
aussi, sans autre mélange, un chocolat dont les habitants font
usage comme anti-fébrifuge. Cette substance, m'a-t-on dit,
est d une amertume très prononcée et contient plus de matière
butvreuse que le chocolat préparé avec les graines du cacao­
tier ordinaire. »
Les Herrania sont, du reste, si voisins des Theobroma que
M. K. Schumann n’en fait, nous l'avons vu. qu’une section
de ce genre. Ils sont caractérisés par leurs feuilles composéesdigitées, par leurs pétioles linéaires très longs, en spirale
dans le bouton ; leurs étamines fertiles ont six loges. Les
fruits ressemblent à ceux des Theobroma.
L’Herrania albiflora est k fleurs blanches; les étamines
stériles sont ovales-aiguës, rabattues extérieurement.
Herrania pulcherrima Goud. Les fleurs sont grandes et dis-

ÉTUDE HOTANIQUK DU CACAOYER

37

posées en bouquets nombreux, qui sont composés chacun de
vingt à trente fleurs; le calice est rouge; la corolle, de même
couleur, est marquée de veines noires. Les étamines stériles,
ovales-lancéolées, sont également rouges. « Cette belle plante,
dit Goudot, a tout le port de YHerrania albiflora ; elle habite
les grandes forêts situées entre le Rio Arrari et le Guayabero,
affluents du Ilaut-Orénoque, où les Indiens Gorequajes la
désignent sous le nom de cacao cahouai. Je l’ai retrouvée dans
les vallées profondes et humides de la chaîne orientale des
Andes, près de Savana-Grande et Payme ; mais elle y parais­
sait rare et isolée, ainsi que quelques pieds de YHerrania albi­
flora, au milieu d'une plantation de cacaotiers cultivés. Je crois
donc devoir regarder comme la patrie de cette espèce la
région comprise entre les deux grands affluents de l'Orénoque,
le Méta et la Guayabeira, situés par le 2° 4, lat. N. ». YîHer­
rania pulcherrima estle cacao cuadrado des colons et est encore
appelé cacaito de monte.
Une autre espèce du même genre, YHerrania Marier Dne,
k fleurs jaune-pourpre veinées de noir et k longs pétales
rubanés, se rencontre au Brésil, dans la région du HautAmazone.
Guazuma polybotrya D. C. D’après un rapport adressé, en
1876, au Foreign Office par l’ambassadeur d’Angleterre, le
Guazuma polybotrya est, au Mexique, la principale de ces
diverses espèces d'arbres qui sont exploitées à l'état sauvage
sans être cultivées et qui sont comprises sous la désignation
globale de guazumaco ou guacimo. Les guacïmo de la Colom­
bie sont les Guazuma ulmifolia Lamk. et Guazuma tomentosa
var. Cumanensis D. C. A Panama, cette variété Cumanensis
du Guazuma tomentosa est, de façon plus précise, appelée
guacimo torcido, et la variété Mompoxensis D. C. est le
guacimo macho.
Quararibea Gacao Bn. [Myrodia Cacao Tr. et PI.). Comme
YHerrania albiflora, cette espèce est appelée en Colombie

�38

LE CACAOYER

Cacao simarron, ou sauvage, et, sans doute, ses graines sont
employées de même ; dans le Magdelena, Bompland l'a entendu
désigner sous le nom de Palo baston.
III

Pachira aquatica. C'est le cacao sauvage de la Guyane, où
il est abondant près des cours d'eaux; il fleurit toute l’année.
Son fruit est une capsule déhiscente, mais qui, par la forme
et la grosseur, rappelle le fruit des cacaoyers, sauf les sillon*;.
Les graines sont mangées crues ou cuites, comme des châ­
taignes. Aux Antilles, l’arbre est vulgairement appelé, tan­
tôt cacao sauvage, tantôt châtaignier ; en Colombie, où il est
assez commun, c'est le Sapoto longo.
Tous ces arbres que nous venons de citer appartiennent, au
reste, à la famille des Malvacées, mais les plus voisins des
Theobroma. au point de vue botanique, sont les Hcrrania
et les Guazuma qui sont aussi des Buettnériacées. Les Quararibea et les Pachira rentrent dans la tribu des Bombacées.

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ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS
Les fèves de cacaos ne sont pas livrées au commerce telles
qu'on les extrait du fruit, après la cueillette. Elles subissent
sur place, avant d'être exportées, une série de préparations
qui ont pour but :
1° De les débarrasser de la pulpe sucrée qui les enveloppe;
2° De les dessécher et de tuer l'embryon, pour éviter toute
altération pendant le transport;
3° De produire dans l’amande des transformations chi­
miques qui modifient sa couleur et, en même temps, changent
déjà, en partie, sa saveur amère en saveur douce, par suite
d’une diminution dans la proportion des substances astrin­
gentes.
Les opérations qui amènent à ce résultat sont un peu
variables suivant les régions, et nous les décrirons plus loin
avec détails. Pour le moment il suffit de rappeler que la
principale de ces opérations est la fermentation.
Dans quelques pays, comme au Vénézuéla, les graines fer­
mentées sont, en outre, terrées, c'est-à-dire roulées avec de la
brique pilée ou de la terre rouge.
Il y a donc lieu de distinguer, commercialement, les cacaos
non terrés et les cacaos terrés, ceux-ci étant toujours recon­
naissables à la poussière terreuse rougeâtre qui adhère à la
coque.
Quant à la fermentation, qui est reconnue par tous les plan­
teurs, comme une opération nécessaire, et que tous les cacaos
ont subie, on se rendra compte des transformations internes
qu elle provoque par l'étude chimique, que nous allons faire
maintenant, des graines de cacao, considérées avant et après
la préparation.

�iO

LE CACAOYER

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

Nous donnerons ensuite les principaux caractères des
diverses sortes commerciales, en y ajoutant quelques rensei­
gnements généraux sur leur exportation et leur consomma­
tion.

Il ressort, en tout cas, du tableau précédent qu’une graine de
cacao pèse, en moyenne, 1 gramme 20.
Dans ce poids total la coque entre pour une part qui est
variable encore suivant les sortes. Le tableau ci-dessous
donne les résultats obtenus à ce sujet par MM. Girard,
Zipperer et lleisch. Les nombres donnés indiquent le rapport
du poids de la coque au poids de la graine ; les observations
de MM. Girard et Zipperer ont porté sur des graines crues,
celles de M. lleisch sur des fèves torréfiées.

ÉTUDE CHIMIQUE

La graine ou fève de cacao est composée de la coque, ou
tégument, et de l’amande, qui constitue seule la partie ali­
mentaire.
Nous avons vu plus haut quelle est la forme générale de
cette graine, qui peut varier quelque peu suivant les sortes
et aider ainsi, jusqu’à un certain point, à les reconnaître.
Semler prétend que le poids peut être un autre moyen de
détermination, car, d’après ses recherches, 100 fèves ayant les
provenances suivantes pèsent :
Trinidad ordinaire............ ..........
— fin ....................... ..........
— extra-fin.............. ..........
Grenade moven................. ..........
— fin....................... ..........
Caracas............................... ..........
Dominique......................... ..........
Surinam f in ....................... ..........
— — (petit)............ ..........
B ahia................................. ..........
Mexique............................... .........
Afrique............................... ..........

98
123
178
104
131
130
110
122
71
118
136
128

gr.
»
»
»
)&gt;
))
»
»
»
»
»
»

00
20
70
50
00
30
00
00
50
00
50
50

Semler ajoute cette remarque, que nous ne reproduisons qu’a­
vec réserves et qu il y aurait peut-être lieu de contrôler par
des observations plus nombreuses, que les fèves qui pèsent le
plus sont précisément celles qui sont le plus haut cotées et
qu’il y a là, par suite, un second caractère d’appréciation.

Girard

Zipperer

Heisch

Trinidad...........................
9.83
Caracas........................... . 15.85
Puerto-Cabello............... . 13.21
Guaynquil.......................
10.32
»
Surinam...........................
P ara.................................. 10.39
))
Bahia.............................
Ariba...............................
»
8.93
Haïti...............................
»
Port-au-Prince (Haïti). .
Martinique......................
8.97
Cuba............................... »
»
Grenade.........................

14.68
15.00
12.28
))
14.60
»
))
18.68
»
16.00
»
))
»

15.50
13.80
»
11.50
15.50
8.50
9.60
»
»
»
»
12.00
14.60

41

On voit, en comparant les résultats donnés par M. Heisch
et ceux de MM. Girard et Zipperer, que la torréfaction de la
graine modifie peu le rapport. Dans l'un et l’autre cas on
peut admettre comme moyenne celle qui est donnée par
M. Zipperer : 15,34 °/0.
La connaissance de ce rapport exact du poids de la coque
au poids de la graine pour les diflérentes sortes présente, du
reste, surtout un certain intérêt depuis une observation faite
accidentellement par M. Hart. Ayant mis ensemble, par
hasard, la pulpe du fruit et des fèves préalablement pelées,
M. Hart constata que la fermentation se produisait beaucoup
plus rapidement que lorsque ces fèves sont recouvertes de

�12

LE CACAOYER

leur coque : au bout de trois jours, les amandes avaient pris
un goût agréable de chocolat et la couleur claire de 1écorce
de cannelle.
La rapidité de la fermentation est donc en rapport avec
1 épaisseur du tégument de la graine, c'est-à-dire avec la lacilité de pénétration des liquides ; et ainsi est expliqué ce
fait que les fèves de Criollo, à coque mince, fermentent
après un temps beaucoup plus court que les fèves de Calabacillo ou de Forastero, à coque plus épaisse. Des nombres
qui indiquent les rapports du poids de la coque au poids
de la graine on peut, par suite, dans de certaines limites,
déduire la durée de temps nécessaire à la fermentation.
Pour une étude plus complète de la coque et de l'amande,
nous allons maintenant examiner successivement et séparé­
ment ces deux parties.
Coque. La composition des coques de cacao a été bien
établie par les analyses minutieuses de MM. Harrison et Jenman, qui ont opéré sur deux variétés Calabacillo et Forastero.
Ces analyses sont reproduites dans le tableau I ; pour cha­
cune des deux sortes, elles ont été faites comparativement
sur des coques de graines simplement desséchées et sur des
coques de graines ayant subi la fermentation.
Entre la composition des coques sèches et celle des coques
fermentées les différences sont naturellement de même sens
que celles que nous retrouverons, plus accentuées, dans les
amandes, où leur examen offrira plus d'intérêt, puisqu il nous
permettra de préciser les modifications apportées dans le cacao
parla fermentation. Mais ce qu'il importe surtout de constater
pour les coques, et ce que mettent bien en évidence ces ana­
lyses, c'est que, sèches ou fermentées, ces coques de cacao
renferment toujours, en proportions plus ou moins élevées,
toutes les substances que contiennent les amandes, même les
corps gras et la théobromine ; on voit, en outre, qu elles
sont riches en sels minéraux, particulièrement en sels de
potasse, et le calcul établit qu elles présentent les proportions
centésimales d’azote suivantes :

43

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

A p rè s d e s sic c a tio n A p rè s f e rm e n ta tio n

Calabacillo....................
Forastero.......................

1.542
1. (187

2.134
1.953

T ableau I . — Analyses de coques de cacaos.
CALABACILLO

KOBASTEBO

Coques
sèches

Coques
fermentées

Coques
sèches

E au .........................................
A lbum inoïdes......................
Substances azolees indêlerniinées. . . .
T h éo b ro m in e.......................
Caféine...................................
Substances g ra sse s.. . .
Glucose .................................
S acch aro se....................
A m id o n .......... ......................
Substances astrin g e n te s..
Pectine, e t c .........................
Rouge de c a c a o ...................
F ibres digestibles, e t c . . . .
F ibres lig n e u s e s ,..............
Acide tartrique lib re..........
Acide acétique lib re ..........
Acide tartrique co m b in é..
Peroxyde de fer..................
M agnésie.............. ................
Chaux.....................................
Potasse .................................
Soude.....................................
S ilic e ......................................
Acide su lfu riq u e.................
Acide p h osphorique..........
Chlore.....................................

12 400
6 092
traces
1 599
0 272
2 946
4 811
0 240
0 271
2 621
5 408
3 391
36 388
8 932
2 913
0 000
y 010
0 026
0 756
0 358
I 260
0 272
0 013
0 139
0 763
0 119

12 400
6 750
4 006
1 023
0 355
4 000
0 476
0 143
4 865
2_ H 3
6 140
3 000
35 721
9 840
0 420
0 720
3 450
0 057
0 999
0 266
1 821
0 219
0 200
0 085
0 912
0 019

11 840
6 603
traces
1 808
0 306
2, 186
5 200
0 473
6 779
0 561
5 849
3 662
34 100
12 753
3 148
traces
1 823
0 052
0 379
0 156
1 288
0 078
0 015
0 161
0 509
0 265

T otaux.........................

100 000

100 000

99 994

Coques
fermentées
lt
6
3
0
0
8
0
0
3
4
5
3
31
9
0
1
3
0
1
0
2
0
0
0
0
0

840
130
394
909
547
580
7i4
000
682
350
895
100
292
640
420
140
456
218
035
224
038
194
250
122
807
023

100.100

On s’explique donc que dans certains pays, comme en
Irlande, en Suisse et en Italie, les coques de cacao soient
parfois utilisées pour la préparation d’une boisson rempla­
çant le thé 1.
1. Ce mode d’emploi date de longtemps déjà, car, en 1827, Gallais
écrivait, dans une note de l’ouvrage que nous avons déjà cité : « La pel-

ft

�LE CACAOYER

T ableau I I . — Analyses d’am andes de cacaos Calabacillo cl Fofastero.
CALABACILLO

KOIlASTEllO

Aintitules
iéelies

Amnndea
fermentées

Amandes
sédies

Amande*
fermentées

0.080
7.310
3 . 406
1.659
0.051

5 .000

M agnésie...........................
Chaux...................................
P o ta sse .................................
S oude.....................................
S ilic e ................. ...................
Acide su lfu riq u e...............
Acide p h osphorique..........
C h lo re ...................................

5.000
10.202
0.809
2.059
0. lo i
44.574
1.310
traces
5.735
7.624
1.580
4.497
7.287
4.017
0 120
0.000
0.720
0.048
Q. 493
0.082
1 . 283
0.364
0.024
0.120
1.141
0.028

1.000
0 . ooo
5.329
5.972
1.950
2.300
0.182
4.600
0 . 560
0.900
0.624
0.115
0.621
0.196
0.980
0.477
0.037
0.051
1. 179
0.021

4.081
1.321
0.332
45.831
0 247
1.373
9.043
7.329
2.068
^ . :il 1
3.969
5.435
0 057
0.000
0.729
0.048
0.680
0.153
0.951
0. 101
0.024
0.072
1. 565
0.047

6.280
6.130
2.525
1 .480
0.414
52.120
o 566
0.000
6.750
3.470
0.770
2.850
5.752
6.200
0.420
0.600
0.596
0.057
0.621
0.154
0.776
0.196
0.020
traces
1.210
0.043

T otaux.........................

100.093

100.000

99.995

100.000

E a u .........................................
A lbum inoïdes.......................
Substances azolecs iiidclcrniiuécj.......
T h éo b ro m in e.....................
Caféine.................................
Corps g r a s ...........................
Glucose ...............................
Saccharose .........................
A m idon. ..............................
Substances a s trin g e n te s ..
Pectine, e t c .......................
Bouge de cacao...................
Fibres digestibles, elc . . .
Fibres ligneuses................ .
Acide tartrique libre........
Acide acétique lib re ........
Acide tartrique com biné. .

X

licule du cacao contient beaucoup de mucilage el un principe légère­
ment amer, qui, par l'ébullition, com m unique au lait quelque saveur.
Une décoction faite de cette m anière est le déjeuner ordinaire d'un
grand nombre d'habitants de la Suisse et de la Belgique ; aussi exportet-on pour ces pays une quantité considérable de coques de cacao ». En
Italie, cette boisson est appelée misérable.
1. En 1886, les usines allem andes ont produit plus de 7.500 quintaux
de ce déchet.
2. Nous verrons plus loin que, pour la préparation du chocolat, on
grille les fèves, puis on les broyé au moyen d’appareils spéciaux. Or ce
broyage donne un résidu, en poudre fine, qui représente encore 10 ° /0 du
poids des fèves. En 1800, un chim iste, M. F rédéric W eill, a proposé —
et nous ignorons si son conseil a été suivi — d’em ployer égalem ent ce
résidu inutilisé : d'une part, comme m atière prem ière pour l'extraction
du beurre de cacao, dont il renferm e 19°/0; d'autre part, comme engrais,
en raison de la forte dose d’azote qu'il contient.
Pour réaliser ces deux applications, il suffit d ’extraire le beurre de
cacao par le sulfure de carbone ou la benzine, qu’on fait ensuite éva­
porer. Ces agents ne dissolvant pas les m atières azotées, le résidu con­
tient, d'après l'analyse, 2 kilogrammes 123 d ’azote pour 100 kilogram m es
de poudre, c’est-à-dire constitue un excellent engrais.

parties de l’Allemagne et de la Belgique pour fumer les
vignes. Il paraît, d'autre part, que les usines Menier ont
vendu quelquefois leurs déchets pour la fabrication de l’engrais
dit In fo .
A Haïti et sur le continent américain, les coques ont un
autre emploi : on les incinère et on obtient une potasse très
estimée.

O

Malheureusement aussi des industriels peu scrupuleux pro­
fitent parfois de cette valeur alimentaire relative pour broyer
les graines tout entières et introduire ainsi les coques dans
les chocolats de qualité inférieure.
Mais le plus souvent toutes ces pellicules, qui constituent
un déchet important1 puisqu’elles représentent en moyenne
l'i °/0 du poids des graines, sont employées comme fourrage
ou comme engrais.
Comme fourrage leur emploi a donné des résultats satisfai­
sants. Payen, en 1870, disait h la Société nationale d'agri­
culture avoir entendu parler d'un achat de 200.000 kilo­
grammes fait dans cette intention. D après lieynal, on obtient
une bonne ration de vache en mélangeant 2 kilogrammes de
coques, 2 kilogrammes de paille et 2 kilogrammes de son.
Boussingault, en 1883, a proposé le même aliment pour les
moutons. Plus récemment, on l’a encore recommandé pour
les chevaux : à ces derniers les coques de cacao sont données,
le matin et le soir, en deux rations de 300 grammes, qu’on
mélange avec l'avoine.
Comme engrais 2, les coques de cacao servent, dans quelques

45

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

1W
oc

iï

Amandes. Dans le tableau II ci-dessus nous avons repro­
duit les analyses très précises faites par MM. Harrison et
Jenman sur des amandes de Calabacillo et de Foraslero,

�1. D’après d’autres analyses de M. Zipperer, que nous croyons inutiles
de donner, la composition des coques varie, du reste, quelque peu,
comme celle des am andes, suivant les provenances.

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

pepfuux
L: ~ ,r&gt; —
U I B U L U lg

/ &lt;&gt;ipqn:)
' oj.ton,!
T ableau III. — Analyses d'am andes de cacaos ferm entées.

LE CACAOYER
46
avant et après la fermentation; et dans le tableau 111 nous
avons réuni les principales analyses, beaucoup plus som­
maires, faites par divers auteurs, sur des amandes de prove­
nances variées, fermentées mais non torréfiées.
En comparant toutes ces analyses, ou simplement celles de
MM. Zipperer et Harrison, on peut se rendre compte que
les résultats en sont quelque peu variables et que les cacaos
de diverses origines n'ont pas tous la même composition1.
La proportion centésimale des matières azotées autres que la
théobromine est de 13.31, par exemple, dans les sortes de
Puerto-Cabello, el de 19.46 dans celles d'Ariba ; la proportion
de beurre de cacao peut de même varier de 48 à 52 : les sub­
stances astringentes sont en assez grande quantité dans les
cacaos de Guayaquil et beaucoup moins abondantes dans
ceux de Caracas.
11 est donc difficile de donner une composition bien déter­
minée des amandes de cacao. On peut dire seulement,
d'une manière générale, qùe ces amandes contiennent environ
moitié de leur poids de substances grasses concrètes, qui con­
stituent le beurre de cacao; et l’autre moitié est composée
surtout par des matières azotées (11 à 20 °/0), de l'amidon
(6 à 12 °/0), un alcaloïde, la théobromine (1 à 2 °/0), une
matière colorante, le rouge de cacao (2.50 °/0 environ), des
substances astringentes et des substances minérales. Le
beurre de cacao constitue la principale substance de la
graine; l’aliment est complété par les matières azotées, dont
la proportion est supérieure à celle que l'analyse révèle dans
les grains des céréales, et par l’amidon, dont la quantité est
toutefois relativement faible. La théobromine représente le
principe excitant; et le rouge de cacao, après les transforma­
tions que lui ont fait subir la fermentation puis la torréfaction,
donne au produit, en même temps que sa coloration par­
ticulière, son arôme spécial.
Beurre de cacao. Le beurre de cacao est un corps gras,

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47

�48

LE CACAOYER

Graines crues Graines torréfiées

M achala............... . .
Caracas................. . .
Ariba..................... ..
Port-au-Prince.. . . . .
Puerto-Cabello.. . . . .
Surinam............... ..
Trinidad............... ..

34°5
33°5
33°75
34°25
33°5
34°2
34°

49

ETUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

solide ù la température ordinaire pie nos régions mais com­
mentant à se ramollir vers 25°. 11 est onctueux au toucher,
jaune brillant quand il est frais, à cassure • cireuse ; sa
saveur douce et agréable rappelle celle du chocolat.
Sa densité, d’après Ilager, est de 0,950 à 0,952 quand il est
frais et de 0,945 à 0,946 quand il est ancien. Dietrich donne
toutefois des nombres plus élevés : 0,979 à 0,982.
Très peu soluble, à froid, dans l'alcool, il est complètement
soluble dans l'éther. La solution dans l'alcool bouillant donne,
par refroidissement, un mélange d’alcool et de beurre très
divisé qui reste en suspension dans le liquide.
Le point de fusion est un peu variable suivant les prove­
nances :
34°
33°
31°5
33°8
33°
34°
34°

Ces différences sont dues à ce que les divers principes
immédiats dont le mélange constitue le beurre de cacao ne
sont pas toujours exactement dans les mêmes proportions dans
les diverses sortes. Ces principes sont l'oléine, la stéarine,
la palmitine et la laurine, qu’accompagnent de faibles quanti­
tés d’acides gras libres. M. Graf signale, en outre, dans le
beurre de cacao la présence, comme substances insaponifiables,
delà cholestérine et d’un alcool supérieur indéterminé. L’acide
théobromique signalé autrefois par M. Kingzett n'a été retrouvé
ni par M. Traub, ni par M. Graf.
Voici quelles sont, d’après M. Zipperer, les quantités %
d'acides gras obtenus par la décomposition de beurres
extraits de divers cacaos :

Acides gras “/„

Machala......................
Caracas.......................
A rib a..........................
Port-au-Prince...........
Puerto-Cabello..........
Surinam......................
Trinidad......................

95°4
95°0
94°5
95° 1
93°8
94°9
95°2

Pour toutes ces sortes le point initial de fusion de la tota­
lité des acides gras est de 50°75 et le point terminal 53°.
On a (juelquefois pensé à utiliser la connaissance de ces
points de fusion pour reconnaître les falsifications du beurre
de cacao, mais le procédé n'offre aucune garantie de
certitude. M. Zipperer a, en effet, mélangé avec du beurre
de cacao 10 °/0 de suif de mouton et a comparé les points de
fusion des acides gras de ce mélange avec ceux du beurre pur.
Dans l’un et l'autre cas il a trouvé, comme point initial
de fusion, 50° 5, et, comme point terminal, 53°. Malgré la
quantité relativement grande de suif introduit dans le beurre
normal, il n’y a pas, on le voit, de différence appréciable, et
la falsification, par cette méthode, ne peut être reconnue.
Le beurre de cacao, quoiqu on dise et écrive quelquefois
le contraire, rancit facilement au contact de l’air. Quelques
auteurs prétendent toutefois que le beurre qui provient des
graines terrées rancit plus aisément et se conserve moins
bien que celui qu'on extrait du cacao qui n’a pas subi le
terrage.
Pour l’extraction de ce beurre des graines il est plu­
sieurs procédés. Une méthode souvent employée est celle
de Josse, que recommandent Ilenry et Guibourt : on prend
du cacao mondé, qu'on pile, en pâte fine , dans un mortier
chaud; puis on ajoute un quart de litre d’eau bouillante par
kilogramme et on soumet cette pâte, entre deux plaques de
fer bien chauffées, à une forte pression, dans un sac de coutil
épais. On recueille le beurre qui s’écoule. Quelquefois on
évite d’ajouter de l’eau, qui peut être une cause de rancisse­
ment.
Le Cacaoyer.

4

�50

LE CACAOVEli

Un autre procédé est celui de Demachv. Le cacao, ici, est
pris non mondé et brassé fortement dans un sac en toile d’em­
ballage très rude, afin de nettoyer sa surface. On réduit
ensuite les graines en une poudre assez fine pour qu elle puisse
être passée au tamis de crin et on transporte cette poudre sur
un tamis plus serré, préalablement exposé au-dessus d’une
bassine qui contient de l'eau bouillante et des plaques de
métal. Ce tamis est recouvert avec les sacs de toile ou de
coutil dont on doit se servir dans l’opération. Lorsque la
masse est bien humectée par la vapeur d'eau qui se dégage
de la bassine, on la met dans les sacs qui ont servi à recouvrir
le tamis et on place enfin ces sacs entre les plaques chaudes
de métal, qu'on soumet à la presse, d'une manière graduée.
Le beurre s’écoule en assez grande quantité et est, en cet
état, assez pur pour être employé à tout usage.
Quel que soit le procédé auquel on ait recours, le produit
est ensuite purifié par fusions successives dans l’eau chaude.
Dans l'industrie, le beurre de cacao est surtout extrait des
sortes de qualité inférieure.
Nous avons dit que ses falsifications 11e pouvaient être
décelées par la détermination des points de fusion. Pour
reconnaître s’il y a, ou non, mélange avec des corps gras
étrangers, d'autres méthodes ont été encore proposées, dont
la plupart ne donnent que des résultats tout aussi incertains.
Une seule est sûre, d’après M. Zipperer ; c’est celle de
Bjorklund :
Trois grammes de beurre de cacao sont dissous dans six
grammes d’éther. Si le liquide reste clair, il n’y a pas de
cire ; on le mélange alors avec de l’eau, à 0° et on observe
quel temps est nécessaire pour que le liquide commence à se
troubler ou pour que des flocons blanchâtres se déposent ; on
détermine également ensuite à quelle température la liqueur
redevient claire. Si, à 0°, la solution se trouble ou s’il s’en
sépare des flocons avant dix minutes, le beurre n’est pas pur,
car ce beurre pur ne trouble la solution qu au bout de dix à
quinze minutes. D’autre part, quand la température s’élève audessus de 0° la solution doit redevenir claire à 19 à 20°. S’il y

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

51

a addition de 5 °/0 de graisse de bœuf, le trouble commence à
0° au bout de huit minutes et disparaît à 22°; pour 45 à
20 °/„ de cette même graisse, le trouble se manifeste après
quatre à cinq minutes et cesse de 22°5 à 28°5.
Pour distinguer le beurre de cacao du beurre de coco
Ilager donne le procédé suivant : on dissout le beurre, à
douce température, dans trois parties d’alcool amylique. Le
beurre de cacao, après vingt-quatre heures, donne un dépôt
cristallin au fond de la solution, dont la partie supérieure
reste claire; le beurre de coco, dans les mêmes conditions,
reste entièrement dissous.
Amidon. — L’amidon du cacao, signalé, pour la première
fois, par Lampadius, puis bien étudié par Payen, se présente
sous forme de petits grains de 5 à 10 millièmes de millimètres
de diamètre c’est-à-dire environ vingt fois plus petits que
ceux de la pomme de terre. Ces grains sont groupés par trois
ou quatre et on n’y distingue nettement ni le hile ni les
cercles concentriques. Ils se colorent difficilement en bleu par
l’eau iodée et la coloration disparaît rapidement.
Pour les reconnaître, au microscope, dans les cellules des
graines, où leur répartition est très irrégulière, MM. Girardin et Bidard recommandent plutôt l’emploi de la teinture
éthérée d’iode. On fait agir cette teinture sur des coupes
minces et on laisse la préparation se dessécher légèrement
pour chasser l’excès d’iode et d ’éther. La coloration des
grains est d’un bleu intense. La teinture éthérée présente cet
avantage qu elle dissout la matière grasse et éclaircit ainsi
la coupe.
Théobromine. — Cet alcaloïde, qui a été découvert en 1810
par A. Woskressensky, est voisin de la caféine, avec laquelle
il rentre dans la série urique. Sa formule est C7 H8 Az* O’,
alors que la formule de la caféine (ou théine) est Cs H10 Az'1O ’.
Pour préparer la théobromine on réduit en poudre les
graines de cacao et on fait infuser la poudre dans dix fois son
poids d’eau, pendant une heure. Après refroidissement, on
décante la couche de beurre qui surnage, puis on passe le
liquide, en exprimant le résidu. Ce liquide est alors traité par

�52

LE CACAOYER

l’acétate neutre de plomb ; on (litre pour enlever le précipité
formé et dans la liqueur filtrée on fait passer un courant d hy­
drogène sulfuré, pour précipiter le sel de plomb restant.
On filtre de nouveau et dans la liqueur filtrée se trouve la
théobromine à l’état d'acétate, mais, la solution étant très
acide et l'alcaloïde ne pouvant guère cristalliser, on traite par
la potasse, qui s’empare de l’acide acétique, et par l’éther qui
dissout la théobromine. On décante alors la solution éthérée
avec une pipette et on l’abandonne à l’évaporation; il se
forme des cristaux de théobromine, qu’on purifie par plu­
sieurs traitements à l’éther.
La fin de l’opération peut d'ailleurs être conduite un peu
différemment. Quand le liquide a été de nouveau filtré, après
précipitation, par l’hydrogène sulfuré, du sel de plomb res­
tant, ce liquide est soumis à l'évaporation, et on reprend le
résidu par l’alcool bouillant, qui s’empare de la théobromine
et l'abandonne cristallisée, en même temps qu'un peu de
caféine.
On a pu voir, en effet, par les analyses de M. Ilarrison, que
les graines de cacao, en plus de leur alcaloïde propre, con­
tiennent un peu de caféine.
La théobromine cristallise en prismes anhydres, qui se
subliment, sans fondre, vers 290°. Elle est légèrement amère,
à saveur rappelant celle du cacao. Elle est peu soluble dans
l’eau, même bouillante : à 100°, il faut 148 parties 5 d’eau
pour dissoudre une partie de théobromine; à 17°, un litre
d'eau n’en dissout qu’un gramme. A 17° une partie de
l'alcaloïde n’est dissoute que par 4,284 parties 5 d'alcool; à
78°, il suffit, pour la même quantité, de 422 parties 5. La théo­
bromine est plus soluble dans le chloroforme et se dissout
rapidement dans l'ammoniaque; elle ne se dissout pas dans
la benzine.
En traitant la théobromine par une solution ammoniacale
de nitrate d’argent, Strecker a obtenu un précipité cristallin
G7 H7 AgAz' 0 ‘2; et cette théobromine argentique, soumise
à l’action de l’iodure de méthyle, a donné à son tour de la
caféine. On peut ainsi, avec la théobromine, obtenir l’alca­
loïde voisin.

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

53

La théobromine est un diurétique puissant, en même temps
qu’elle ralentit la désassimilation.
La présence de la caféine, qui accompagne en faible quan­
tité la théobromine dans les fèves de cacao, a été signalée
pour la première fois par James Bell.
Pour extraire cette caféine, on traite les fèves par la benzine
et on fait évaporer la solution ; puis le résidu gras est repris
par l’eau chaude. L’extrait aqueux est desséché, et l’alcaloïde
est dissous par la benzine et purifié par plusieurs cristallisa­
tions successives. On obtient des cristaux en longues
aiguilles, qui fondent à 225° ou 230°, mais subliment déjà, en
petite quantité, à 120°.
Ces propriétés caractérisent bien la caféine, car la théobro­
mine sublime, sans fondre, à 290°.
Rouyc de cacao. — « C’est, dit Tuchen, une matière colo­
rante qu’on peut précipiter de l'extrait aqueux du cacao par
l’acétate basique de plomb ; on la sépare du 'précipité par le
sulfure du carbone. Elle est soluble dans l’eau et dans l’alcool,
et se colore en vert par les sels de fer. Avec la théobromine,
elle donne au cacao sa saveur propre. »
Elle est aussi la cause de la coloration des fèves préparées,
et, d’après M. Zipperer, elle prendrait naissance, par oxyda­
tion, pendant que ces fèves se dessèchent.
Le même chimiste la considère comme un mélange de
résine et de tanin. Il la prépare de la manière suivante :
100 ©
grammes d’amandes sont débarrassées de leur matière
grasse par l’éther de pétrole, puis desséchées et mises à macé­
rer, pendant sept jours, dans un litre d alcool absolu. Au bout
de ce temps, la solution est filtrée, et le résidu de cette solu­
tion filtrée et évaporée est composé de 2.044 °/0, de résines
et de tanins, parmi lesquels des phlobaphènes.
Cet extrait alcoolique est ensuite repris par l’eau, qui ne
dissout ni les résines ni les phlobaphènes; la solution aqueuse
évaporée abandonne, par rapport au poids total des fèves
employées, 0,4565 °/0 de tanin. Traité à son tour par les
acides, ce tanin donne 30,2 °/0 de sucre, c'est-à-dire 0, 1377 °/0
du poids des fèves.

�51

55

LE CACAOYER

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

Le tanin ainsi obtenu est amorphe, brun-noirâtre ; il
réduit déjà légèrement la liqueur de Fehling et précipite la
gélatine ; l'acide chlorhydrique le colore en rouge écarlate, et
une addition de potasse en jaune-brun.
Quant au résidu de l’extrait alcoolique non dissous par l’eau,
il est repris par 200 centimètres cubes d’eau ammoniacale
(2 °j0) pour isoler les phlobaphènes de la résine. Après évapo­
ration on obtient 2 °/0 de ces phlobaphènes, qui, même après
l'action des acides, ne réduisent pas la liqueur de Fehling.
Ce que n'a pas dissous la solution ammoniacale, et qui repré­
sente 0,0075 °/0, est considéré comme de la résine.
Substances minérales. — Si l’on se reporte au tableau III,
on voit que les proportions des substances minérales indiquées
par les divers auteurs dans les amandes de cacao, varient, en
général, entre 3 et 4 °/0. De même, d’après les analyses
de M. Harrison (tableau II), les amandes sèches de Calabacillo contiennent 3,583 °/0 de ces matières et les amandes de
Forastero, 3,641.
A ces analyses nous ajouterons encore la suivante, qui a été
faite par M. Boname et qui établit la composition centésimale
des cendres de ces mêmes amandes :

Il r.’est pas inutile enfin de mentionner qu’en plus des
substances minérales citées dans les précédents tableaux,
quelques chimistes, comme MM. Duclaux, Skalweit etGalippe,
ont trouvé dans les fèves de cacao des traces de cuivre.
M. Duclaux indique, pour différentes sortes, les quantités sui­
vantes de cet élément, dosées'dans 1000 grammes d’amandes
ou de coques :

Acide phosphorique.......................
Acide sulfurique. • .........................
Chlore..............................................
Chaux..............................................
Magnésie.........................................
P otasse..-.......................................
Soude....................................... •. •.
Oxyde de fer...................................
Silice.................................................
Acide carbonique............................

26,06
4.43
0,35
3,83
12,80
39,81
1,26
0,30
traces
11,15

Cette analyse et celles de M. Harrison nous montrent — et
c'est là le principal point intéressant à retenir — que les éléments
minéraux dominants, dans les graines de cacao, sont l’acide
phosphorique, la potasse et la magnésie. Ce sont, par suite, là
les trois éléments qu'il faut surtout avoir soin de restituer, par
la fumure, aux cacaoyères dont les terrains s’appauvrissent.

Amandes de Maragnan................. 0 gr. 040
—
—
.................. 0 » 025
—
Caracas..................... 0 » 009
—
Guayaquil................. 0 » 024
cacao des îles........... 0 » 021
Coques de Maragnan....................... 0 » 225
—
Caracas............i ............. 0 » 200
—
provenance indéterminée 0 » 250
—
—
0 » 035
Ce cuivre est toujours engagé dans une combinaison inso­
luble dans l’eau.
On voit qu’il est en quantité bien plus considérable dans
les coques que dans les amandes ; M. Duclaux fait remar­
quer que son dosage peut ainsi servir d’élément d’appré­
ciation lorsqu’il s’agit de savoir si l'on a fait entrer les
coques dans la fabrication du chocolat.
Cette présence du cuivre n’a toutefois pas été constatée
par tous les chimistes ; elle dépend donc vraisemblablement
de la composition du sol. Il n’en importe pas moins de la signa­
ler pour éviter, au cas où on la constaterait, d’en conclure à
une falsification du cacao.

ÉTUDE COMMERCIALE

La consommation totale annuelle de cacao en Europe peut
être évaluée à plus de soixante-cinq millions de kilogrammes,
dont environ 16 pour la France, 20 pour l’Allemagne, 12
pour l’Angleterre, 10 pour l’Espagne et 1 pour la Russie.

�56

LE CACAOYER

D'après le journal le Grocer, de Londres, et YInstitut inter­
national de statistique, cette consommation, en 1889, se
répartissait ainsi, en moyenne, par habitant :
Espagne.......... . . 403 grammes
»
France............ . . 312
»
Angleterre.. . . . . 155
))
Danemark . . . . . . 122
»
Allemagne . . . . .
57
))
Norwège....... . .
53
))
Suède.............
22
10
»
Autriche.........
On voit que, pour quelques pays du moins, et surtout
pour l'Allemagne, ces chiffres se sont sensiblement modifiés
en ces dernières années.
D'autre part, les principaux marchés d’Europe, pour le
cacao, sont les suivants, en regard de chacun desquels nous
avons indiqué les sortes surtout importées.
Londres : Guayaquil ; Trinidad ; Grenade; Carupano ; Suri­
nam ; Caracas ; Bahia.
Le Havre : Maragnan ; Caracas ; Haïti ; Guadeloupe ;
Martinique; Trinidad; Equateur.
Hambourg: Guayaquil ; Caracas; Carupano ; Puerto-Cabello;
Saint-Domingue ; San-Thomé ; Cameroun.
Liverpool : Guayaquil; Bahia; Saint-Domingue.
Bordeaux : Guayaquil ; Caracas ; Carupano.
Marseille : Brésil; Martinique; Guadeloupe; Vénézuéla.
Lisbonne : San-Thomé.
Santander : Guayaquil ; Caracas ; Saint-Domingue.
Amsterdam : Surinam ; Java.
Anvers : Saint-Domingue; Bahia.
Anvers s’approvisionne aussi en grande partie, et de plus en
plus, au Havre et en Espagne.
Entre toutes ces sortes, de provenances si diverses, il est
certain qu'il y aurait un intérêt pratique à pouvoir établir des
caractères distinctifs; et on donne, en ell'et, souvent comme

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

57

tels les dimensions, la forme et la couleur des graines et
même leurs réactions chimiques.
Ainsi M. Trojanowsky pense qu’on peut reconnaître chi­
miquement les principales sortes de cacaos en suivant la
marche ci-dessous, qui est indiquée dans beaucoup de traités,
et que nous reproduisons d’après M. Zipperer :
On réduit en poudre 2 grammes d'amandes et 2 grammes de
sucre et on additionne le mélange de 30 centimètres cubes d'eau
distillée ; puis on filtre après 24 heures.
A une partie de la solution on ajoute quelques gouttes d'acide
sulfurique.
I. Les premières gouttes ne produisent aucun changement de
coloration.
1. Dans une nouvelle partie de la solution on verse une solution
d'azotate de cuivre.
a. La solution prend une couleur plus bleue et se trouble; par
ébullition, elle devient verte avec séparation de petits flocons
bleus : Caracas.
b. La solution se colore en vert avec précipité bleu ; par ébulli­
tion, les petits flacons deviennent plus bruns : Puerto-Cabello,
Surinam.
2. Dans une nouvelle partie du liquide, on verse de l’acide
nitrique.
a. Aucune réaction : Surinam.
b. Solution devenant jaunâtre : Puerto-Cabello.
IL Après addition des premières gouttes d'acide sulfurique, la
solution devient rouge framboise vif ; après une nouvelle addi­
tion, elle devient brun trouble et enfin brun noir.
1. A une nouvelle partie du liquide on ajoute du nitrate d’argent:
a. Précipité blanc : Para, Guayaquil, Trinidad, Ariba, Portau-Prince.
b. Précipité gris-violet; la solution est :
a incolore : Domingo.
p rougeâtre : Bahia.
y rose, avec flocons bleu-violet : Martinique.
2. A une nouvelle partie on ajoute de l'acétate de plomb :
a. petits flocons brun-clair; solution rougeâtre : Para.
b. llocons blancs : Trinidad, Guayaquil, Ariba, Port-auPrince.

�58

LE CACAOYER

3. Ou ajoute du chlorure de zinc. Précipité rose dans un
liquide qui est également rose, mais qui, à l'ébullition, devient *
a. plus clair : Guayaquil.
b. faiblement violet : Trinidad.
c. rouge feu : Port-au-Prince.
1. On ajoute à une nouvelle partie du liquide de l’azotate de mer­
cure.
Le précipité est rose et n'est pas modifié par l’ébullition : Ariba.
Mais a priori il est déjà permis d élever quelques doutes
sur la valeur réelle de ces déterminations. Grâce à la facilité
des communications, les variétés de cacaoyers réputées les
meilleures sont maintenant introduites un peu partout dans
les pays dont le climat est favorable à cette culture ; et des
sortes de Caracas, par exemple, peuvent être cultivées à la
Trinidad et provenir de cette île. D'un autre côté, les réac­
tions précédentes étant dues à la composition chimique des
graines, qui est elle-même en rapport avec le sol, on peut
supposer que ces réactions, pour une même sorte, varieront
avec la provenance, et même, dans une seule région, seront
diiFérentes pour des plantations voisines, dont les terrains ne
sont pas nécessairement identiques. Les caractères propres de
la sorte, les caractères dus au sol et les caractères dus au mode
de préparation se combinant, il est bien dilïicile, en un mot,
d’admettre comme base sûre et constante de détermination
des tableaux comme le précédent.
Nous avons donc cru bon de répéter sur un très grand
nombre d’échantillons, catalogués au Musée colonial de Mar­
seille, et de provenance certaine, les essais de M. Trojanowsky ; et nous avons eu la bonne fortune de pouvoir, en
particulier, examiner à ce point de vue une trentaine de sortes
ayant toutes la même origine et provenant de la Guadeloupe.
Nous donnons dans les tableaux ci-joints les résultats de nos
essais ; nous avons, comme M. Trajonowsky, laissé, pendant
2i heures, dans 30 centimètres cubes d’eau distillée un
mélange pulvérisé de 2 grammes de fèves non torréfiées et
de 2 grammes de sucre.
Nous ne nous occuperons d’abord que des cacaos de la

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

59

Guadeloupe, presque tous envoyés au Musée par la Chambre
de commerce de l’île.
T ableau IV. — Réactions chim iques de cacaos de la Guadeloupe.

PROVENANCES

COULEUR
NORMALE DE LA 1
SOLUTION

APRÈS ADDITION
SULFUniQUE

d’acide

Pointe-à-Pitre (Vignes)......................
brune
rose brunâtre
(Cayrol).......................
rose pâle
brune
(La Barbe l oréchant.) rouge foncé
rouge groseille vif
(La Barbe 2°
—
brune
rouge groseille pâle
(Gd0 Anse des Haies) rose brunâtre
rouge
Pointe-Noire (B u te l)...........................
rose
rouge groseille
Sainte-Rose (Plessis-N ogent)............ rouge foncé
rouge groseille vif
Crédit foncier colonial ....................... brun rougeâtre
rose
La Grivellière (N° 1 terré)..................
brun citrin
aucun changem ent
(N° 1 non te rré )........
aucun changem ent
brune
—
(N° 2 terré)..................
brun citrin
aucun changem ent
(N° 2 non terré)........
brun citrin
aucun changem ent
brun citrin
—
(N° 3 terré)................
aucun changem ent
aucun changem ent
(N° 3 non terré)........
brun citrin
—
(N° 4 terré1) ..................
brun citrin
aucun changem ent
(N° 4 non terré-)..........
brun citrin
aucun changement
Chambre de com merce de Bss0-Terre rouge foncé
rouge groseille vif
rouge groseille vif
Basse-Terre (Lacour, exportateur).. rouge foncé
brune
jaune rougeâtre
Trois-R ivières (Laméol).....................
rouge groseille vif
—
(Mllc R einette).......... rouge foncé
rouge groseille vif
(Lco Dufau, 1er écb.) rouge foncé
brun citrin
aucun changem ent
(Léo Dufau, 2° —)
(Roullet-Degazon)...
brun citrin rose excessivem ent pâle
Bouillantes (De Blaine).......................
brune
rose pâle
rouge foncé
rouge groseille
G rande-R ivière.....................................
brun citrin
brun légèrem ent rosé
—
(Roilin, terré)............
aucun changem ent
—
(Rollin n° 2}
brune
rose
— (Rollin n° 3, grosses fèves) brun citrin
rouge groseille vif
(Rollin n" 4).............. rouge sombre
brun citrin
rose pâle
V ieux-H abitants...................................
rose
(La Bique)................. brun rougeâtre
rose très pâle
brun citrin
V ieux-Fort..............................................
rouge groseille vif
Basse-Terre (E. G irard J..................... rouge foncé

Nous comparons, dans le tableau IV, la coloration
normale de la solution filtrée et la couleur de cette même
solution après l’addition de cinq gouttes d’acide sullurique à
5 centimètres cubes du liquide. Nous ne voyons aucun incon­
vénient à citer le nom des producteurs, ces réactions ne per­
mettant de rien préjuger sur la qualité des cacaos.

�T ableau V. — Réactions chimiques de cacaos de la Guadeloupe.
PROVENANCES

Liquide
—
—
—
—
—
—
—

—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—
—

—
—
—
—
—
—

—

vert
bleu verdâtre
violet
vert
vert bleuâtre
violet fonce
violet pâle
bleu
vert bleuâtre
vert
bleu verdâtre
bleu verdâtre
bleu verdâtre
vert
vert
vert
vert
violet
vert
vert bleuâtre
violet foncé
v ert
bleu
vert
vert trouble
vert bleuâtre
vert
bleu
violet
bleu
bleu verdâtre
bleu verdâtre
violet

AZOTATE d’argent
dans liquide incolore
noir
Précipité
incolore
—
brun rougeâtre
—

très noir

_

grisâtre

—

rose violet
noir

_
—

rose vi oie II
rosé

—

#

—
—
—

—
—
—
—

—
—
—
—
—

—

blanc
blanc
brun noirâtre

_
_

incolore
incolore
incolore

noir
noir
blanc sale
noir

—
_
_
_

rosé
incolore
incolore
incolore

jaune
blanc
rouge
brun grisâtre
blanc rosé

—
_
—
—
—

incolore
incolore
rose
incolore
incolore

_

rose pâle

noir

LE CACAOYER

P ointe-à-P itre (Vignes)...............................
(Cayrol).................................
(La Barbe, l or échantillon)
(La Barbe, 2'- échantillon).
(Grande Anse des Haies)..
Pointe-N oire (Bulcl) ...................................
Sainte-R ose (Plessis-Nogent)
...............
Crédit foncier colonial.................................
La G rivellière (N° 1 terré)...........................
(N° 1 non lerré)..................
(N° 2 lerré).........................
—
(N° 2 non lerré).................
(N° 3 terré).........................
—
(N° 3 non lerré).................
—
(N° 4 lerré).........................
—
(N° 4 non terré)................
Cham bre de com m erce de B a sse -T e rre ...
Basse-Terre Lacour explorateur)..............
Trois-Rivières (Lam éol)...............................
—
(MUo R einette)....................
—
(Léo Dufau, 1er é c h a n t.)..
—
(Léo Dufau, 2° éclian t.)...
(Roullet-D ugazon).......... ..
Bouillantes (De Blaine).................................
G rande-R ivière...............................................
(Rollin, terré).....................
—
(Rollin, n° 2 ).......................
(Rollin, n° 3 grosses fèves)
(Rollin, n° 4).......................
V ieu x -IIab ilan ts.............................................
—
(La Bique)...........................
V ieux-F ort........................................................
1 Basse-Terre (Girard)......................................

AZOTATE UE CUIVRE

I

T ableau VI. — Réactions chim iques de cacaos de la Guadeloupe.
CHLORURE

D E Z IN C

ACÉTATE

DE P L O M B

PR O V EN A N CES
d a n s liquide

p ré c ip ité

d a n s liquide

jaunâtre
rouge

incolore
jaune

jaune puis brun

incolore

blanc

brunâtre

noir
rougeâtre

jaunâtre
rose

bleu
gris puis brun
vert jau n âtre puis bleuâtre
noir
vert bleuâtre
jaune foncé
jaune puis rougeâtre

grisâtre
incolore
jaune
incolore
jaunâtre
incolore

jaune
incolore
violet
incolore
brun

jaune rougeâtre
jau n e
blanc jaunâtre
jaune
vert jau n âtre puis bleuâtre
bleu
jaune verdâtre
bleu pâle
bleu
jaune puis brun rougeâtre
jaune puis brun
jaune puis brun
bleu grisâtre
jaune
jaune
jaune verdâtre
bleu
blanc jaunâtre
jaune

incolore
incolore
incolore
incolore
grisâtre
grisâtre
incolore
incolore
grisâtre
incolore
incolore
incolore
incolore
incolore
incolore
incolore
incolore
incolore
incolore

incolore

vert

incolore

ja u n âtre
2 non lerré)....................
blanc
—
(N° 3 lerré). .
.......................
ja u n â tre
—
(N° 3 non terré) ................................
blanc
—
(N° k le r r é ) .......................................
blanc
—
(N ° 4 non terré) ..............................
Cham bre de com m erce de la Basse-Terre
B asse-Terre Lacour, ex p o rta teu r) .................
Trois-R ivières (Lam éol) .................................................
(MUo R einette) .................................
rougeâtre
—
(Léo Dufau n° 1) ..........................
(Léo Dufau n° 2 )................. blanc jaunâtre
blanc
(Roullet-D ugazon) ........
blanc
1 Bouillantes (De Blaine).................................
! G rande-R ivierc................................................
—
(Rollin, terré).......................
blanc
—
(Rollin, n° 2 ) .......................
blanc
—
(Rollin, n° 3 grosses fèves
—
(Rollin, n° 4 )....................... blanc puis noii
blanc
! V ieux-H abitants.............................................
rouge
(La B ique)...........................
V ieux-F ort........................................................
blanc
Basse-Terre (G irard).....................................
—

(N °

jaune
brun clair
incolore
incolore
incolore

rose
rosé
incolore
brunâtre

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

(Cayrol).............. ....................
(La Barbe, l or échantillon).
(La Barbe, 2 e échantillon).
(Grande Anse des Haies). .
j Pointe-N oire ( B u te l) ....................................
Sainte-R ose (P lessis-N ogent).....................
! Crédit foncier colonial..
............
La Grivellière (N° 1 te rré )...........................
—
(N ° 1 non lerré)..................
—

P r é c ip ité

�I ableai VII. — Réactions chim iques-de divers cacaos.
l
j
Qfi
H

P ré c ip ité j a u n e ; liq u id e in co lo re P ré c . b ru n r o u g e it. ; liq. in co l. P ré c . b ru n r o u g o il. ; liq. incol.

jp rô c . blanc b r u n i t . ; liq . incol. P ré c . b lan c puis n o ir ; liq . ja u n e P ré c . v e rt b le u â tre ; liq. incolore

b ru n c itr in

ro u g e j a u n i t r e

ro ug o

ro u g o so m b re
ro u g e som bre
ro u g o so m b re
b ru n e
b ru n e
ro u g e som bre
bru n trè s c la ir
b ru n trè s c la ir
ro u g e so m b re
ro u g e so m b re
r o u g e so m b re
r o u g e so m b re

G u a v n q uil n" 1 .................

G u n v a q u il n" 2 .................

C a vo nn o................................
M a r t in i q u e .........................
M a rtin iq u e , v a r. d e H a ïti
F o r t - d e - F r a n c e ...............
B o m b a y ................................
I n d o -C liin e ........................
A c c r a .................................. ..
S a n - T h o m è ........................
C ongo (ca p L o p ez). . . .
C ong o (lac C a y o ) ............
C ongo ( A n c e l- S e it z ) .. .
C on go ( A r m o r ) ...............
L ib re v ille ( ja rd in d ’e ssa i)

ro se P ré c . b la n c b r u n it . ; liq . rouge P ré cip ité bleu ; liquide incolore

P ré c ip ité r o u g e ;

liquido

ro se . P ré c . b lan c p u is g ris ; liq. m au v e P ré c ip ité bleu ; liquide incolore
P ré c ip ité bleu ; liq u id e g r is â tr e
P ré c ip ité b le u ; liquide g r is i lr e
P ré c ip . ro u g e â tre ; liq. g risù tre
P ré c ip ité n o ir ; liq u id e g r is i tr e
P
r é c . ja u n e r o u g e it. ; liq. incol.
P ré c . b lan c b r u n it . ; liq. in co l. P ré cip . t r è s b la n c ; liq . j a u n i t .
P ré c ip ité bleu ; liq u id e incolore
P r é c ip ité b r u n it r e ; liq. in co lo re
P ré c . b lan c b r u n it . ; liq. incol. P ré c . b lan c j a u n i t . ; liq . incol.
P ré c ip ité b r u n i t r e ; liq. in co lo re P ré c ip ité b la n c ; liq u id e in co lo re P ré c ip ité b la n c ; liquide incolore
P ré c ip ité m au v e ; liq u id e m au v e P réc. b lan c p u is n o ir ; liq . b leu P ré c ip ité b leu ; liq u id e incolore 1
P ré c . g r is n o i r â t r e ; liq . v io le t P ré c ip ité b leu ; liquide incolore 11
P ré c ip ité ro u g e ; liq u id o ro se
P ré c ip ité b leu ; liq u id e in co lo re II
P ré c ip ité noir ; liq u id e bleu
P ré c ip ité ro u g e ; liq u id e ro se
P ré c . n o i r ; liq . m au v e g ris â tr e P ré c ip ité b le u ; liquide in c o lo r e !
P ré c ip ité ro se ; liquide ro se

P ré c ip ité ja u n e ; liquido in co lo re P ré c ip ité j a u n e ; liq u id e in co lo re P ré c ip ité ja u n e ; liquide incolore

P ré c ip ité b ru n ; liquide iu co lo ro P ré c ip ité b la n c ; liq u id e in co lo re P ré c ip ité b la n c ; liquide in co lo r .

P ré c . b ru n r o u g e i t . ; liq .

rou g e so m b re

P ré c ip ité vio let ; liquide in co lo re P ré c ip ité v e r t ; liq u id e incolore

ja u n e tr è s c la ir

P ré cip ité m au v e ; liquido ro se

P allia n » 2 ........................

j

C a in p a n a .............................

,

I

ro u g o c la ir

s

P allia n" 1 ........................

1

b ru n e
b ru n ro sé
ro«o

s
&lt;

P ré c . b lan c b r u n it . ; liq . incol. P ré c ip ité b la n c ; liq u id e ja u n e P rè c . ja u n e v e r d i t . ; liq. grimât.
P ré c . ja u n e v e r d i t . ; liq. in co l.
P rè c . b lan c b r u n it . ; liq . incol.
P ré c ip ité n o i r i t. ; liquido g risd t. P iô c ip ilô ja u n e ; liquide in co lo re P ré c . ja u n e v e r d i t . ; liq. g ris â t.

iislu 4 # ! 1ii# # sis
liii i IHÜîiiïübiiUnii
rs
i
1

§

C a r a c a s ................................
L a G u a v ra
..........
B r é s i l , . '. ..............................

G2
LE CACAOYER
ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

63

Par l’acide azotique les réactions sont identiques à celles
obtenues avec 1 acide sulfurique.
À 5 centimètres cubes des mêmes solutions nous avons alors
ajouté cinq gouttes de nitrate acide de mercure. En général,
il se produit aussitôt, à froid, un trouble franchement jaune
dans les solutions normalement brunes et un trouble brun
rougeâtre dans les solutions normalement rouges. Après ébul­
lition, on obtient :
1° Un précipité rouge clans un liquide rosé dans les sortes
suivantes : Pointe-à-Pitre (Vignes) ; les quatre sortes de
Grivellière, terrées et non terrées ; Vieux-Habitants ;
2° Un précipité brun plus ou moins rougeâtre dans liquide
incolore, dans toutes les autres sortes, quelques-unes (VieuxIIabitants, La Bique; Trois-Rivières, Léo Dufau 2e échantil­
lon) ayant un précipité plutôt rouge, mais la plupart ayant un
précipité plus brun.
Dans le tableau V, nous indiquons les colorations ou
réactions obtenues en ajoutant aux solutions parties égales
de solutions d'azotate de cuivre ou d’azotate d’argent. L’azotate
de cuivre provoque toujours un précipité blanc, mais la cou­
leur du liquide varie.
Aux mêmes liquides nous avons encore ajouté (tableau VI)
parties égales de solutions de chlorure de zinc ou d’acétate de
plomb.
Enfin nous avons répété des expériences analogues sur des
cacaos provenant de pays autres que la Guadeloupe ettousnos
résultats sont consignés dans le tableau A”II.
En les examinant on voit qu’ils amènent à la même conclu­
sion que les précédents ; c'est que ces réactions chimiques ne
constituent pas une base sérieuse pour la détermination des
provenances.
Nous avons bien observé pour un échantillon de Bahia à
peu près les réactions indiquées par M. Trojanoxvsky ; on
remarquera également que les colorations des deux échantil­
lons de Guayaquil, ne sont pas très différentes entre elles et
que celles des divers échantillons du Congo, sauf pourtant la
sorte du Gap-Lopez, sont aussi très voisines. Mais, par

�ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

contre, nous n'avons pas obtenu pour le Caracas, soit avec
l'azotate de cuivre, soit avec l'acide sulfurique, les mêmes
résultats que M. Trojanowsky ; ou, du moins, La Guayra
seul devient bleu par l'azotate de cuivre. Les réactions des
Guayaquil ne correspondent pas davantage h celles du
tableau que nous avons reproduit plus haut. D'autre part, il
y a presque identité, à ce point de vue chimique, entre la
sorte exportée de Bombay et celle provenant de l'Indo-Chine,
comme entre la sorte Accra et la sorte Fort-de-France,
comme encore entre le Martinique et le B allia n° 2. Enfin,
si l'on passe en revue les différents tableaux concernant les
échantillons de la Guadeloupe, on peut presque toujours
retrouver, pour l'un ou l'autre de ces échantillons, un ensemble
de colorations concordant avec celle des sortes étrangères :
les réactions du n° i Grande-Rivière sont celles du deuxième
échantillon de Rallia. Et quelles différences entre les La Grivellière, Pointe-Noire et Plessis-Nogent, ou même, pour les
Trois-Rivières, entre les cacaos Roullct-Degazon et les
cacaos Léo Du [au !
On ne peut, dès lors, rien conclure de façon certaine et on
ne peut considérer ces déterminations chimiques que comme
une indication, permettant, par exemple, de reconnaître si
I on a affaire à deux sortes différentes; mais rien de plus. Il
serait imprudent d’y voir un critérium d'origine, comme d'es­
pérer en tirer quelques renseignements sur la valeur des
sortes.
Il n'est guère plus possible, pour les raisons que nous
avons données plus haut, de se fier, d’une manière absolue,
aux caractères extérieurs : formes, dimensions et couleur des
fèves. Tous ces échantillons de la Guadeloupe que nous
avons eus entre les mains sont on ne peut plus dissemblables
entre eux. Les uns comme Pointe-Noire, de Blainc, sont
plus ou moins convexes sur leurs faces larges, tandis que
d’autres, comme le Crédit foncier colonial, sont aplaties, ou,
tout au contraire, comme les échantillons de La Bique sont
encore plus fortement bombés. Les fèves de La Barbe
( / rC échantillon) sont plus petites que toutes les précédentes,

65

plus étroites et plus allongées. Les quatre échantillons de La
Grivellière sont représentés par autant de formes bien dis­
tinctes.
La saveur et la couleur sont tout aussi variables : la section
est tantôt brun chocolat, tantôt rouge lie de vin, tantôt même
gris ardoisé. Tous ces cacaos peuvent donc toujours être con­
fondus avec quelque autre ne provenant pas de la Guadeloupe.
Ces réserves faites, nous n ’en croyons pas moins bon, en
énumérant maintenant les diverses sortes, de rappeler les
caractères qu’on attribue généralement à chacune d’elles.
Bien que nous venions de démontrer qu'on ne peut, à cet
égard, avoir aucune certitude, il n’en est pas moins vrai
que ces caractères restent une indication et peuvent se rap­
porter, en somme, encore très fréquemment aux produits
envoyés des pays indiqués. On n ’ignore pas avec quelle len­
teur, malgré l’importation de variétés étrangères et la connais­
sance de méthodes nouvelles, les planteurs, en tous pays, se
décident à renier leurs prédilections anciennes pour les sortes
qu'ils cultivaient de longue date et à modifier leurs procédés
de culture et de préparation.
I.
CACAOS D’AMÉRIQUE. — Les cacaos américains
peuvent être classés en deux grandes catégories : les cacaos
du continent et les cacaos des îles.
i° Les cacaos du continent proviennent du Vénézuéla, de
l’Equateur, du Brésil, du Guatemala et de la Colombie.
Les c a c a o s d u V é n é z u é l a sont les plus recherchés en
Europe et ceux qui atteignent les prix les plus élevés; les
premières qualités peuvent être vendues 170 à 200 francs les
50 kilogrammes. Ils sont encore désignés — sauf la sorte de
Maracaïbo, ordinairement mise à part — sous les noms de
cacaos de la Terre-ferme ou cacaos de la Côte-ferme, ou plus
simplement de caraques. Et l’on distingue les caraques pre­
mier choix et les caraques second choix.
Les caraques premier choix sont récoltés à Ocumare, à
Choroni, à Naiguata. Ils sortent tantôt par La Guayra, port

�66

LE CACAOYER

de Caracas, tantôt par Puerto-Cabello, et prennent le nom de
la ville d'où ils sont exportés. Les amandes sont allongées,
fortement convexes sur leurs faces larges, arrondies latérale­
ment ; leurs dimensions moyennes sont : 25 millimètres de
longueur, 1;&gt; millimètres de largeur et 8 millimètres d'épais­
seur. La coque est épaisse, rougeâtre, couverte d une poussière
de même couleur, due au terrage ; l’amande est â odeur agréable
de chocolat, à saveur douce. La coupe de cette amande fraîche
est blanche ou jaunâtre, couleur qui semble, du reste, géné­
ralement concorder avec la saveur douce, les graines les plus
colorées étant presque toujours, en même temps, les plus
amères. Après préparation, la même section est de couleur de
« raisin de Corinthe ». Ces cacaos contiennent peu de tanin.
Dans l’alcool, ils donnent une solution jaunâtre.
Les caraques second choix ou petits caraqucs sont encore
appelés, d'une manière générale, Carupano, quelle que soit leur
provenance. Ils comprennent les Rio Chico, les Rio Carihe et
les Guïra. Les amandes sont ovoïdes, assez régulières, à coque
plus mince que celle des précédentes. Elles sont ordinaire­
ment envoyées à la Trinidad, d’où elles sont alors souvent
exportées sous ce nom. Leur arôme est moins lin que celui des
caraqucs premier choix. Les Carupano valaient, en mars 1899,
de 93 à 95 fr. les 50 kilogr.
Les cacaos Varinas sont quelquefois rangés parmi les pré­
cédents, mais leur sont inférieurs ; les graines sont plus petites,
à odeur moins agréable.
Les cacaosMaracaïbo, qui viennent également du Vénézuéla,
sont à fèves longues et fortes, avec une coque gris-brun et
une amande violacée, onctueuse sur la coupe.
Les c a c a o s d e l ' E q u a t e u r sont souvent tous confondus
sous le nom de Guayaquil, bien qu’on puisse distinguer les
Ariha, les Balao et les Machala.
Nous avons examiné deux échantillons qui nous ont été donnés
sous le nom de Guayaquil. Les fèves du premier étaient à faces
larges assez fortement bombées, avec un côté plus convexe
que l’autre, à coque brun noirâtre, à section violet noirâtre, à
saveur forte, à odeur peu prononcée. Leurs dimensions

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

67

moyennes étaient : 18 millimètres de longueur, 12 millimètres
de largeur, 8 millimètres d’épaisseur.
Les fèves du deuxième échantillon, â coque de même cou­
leur, à section gris noirâtre, à saveur également forte et un
peu âcre, étaient plus plates et plus larges. Leurs dimensions
moyennes étaient : 22 millimètres de longueur, 15 millimètres
de largeur, 7 millimètres d’épaisseur.
Toutes les deux sont arrondies aux extrémités et rétrécies
dans la région opposée à la radicule.
Ces caractères sont à peu près ceux qu indique M, Zipperer pour les Ariba et les Machala. Le deuxième échantillon,
en particulier, se rapproche des Machala.
Les Guayaquil sont, paraît-il, surtout recherchés dans le
Midi de l’Europe; leur saveur forte les fait employer pour la
préparation des chocolats à bon marché, dans lesquels on les
mélange avec des cacaos inférieurs ou avariés, dont ils
masquent le mauvais goût.
Les Guayaquil valaient, en mars 1899, 96 francs les 50
kilogrammes.
Les c a c a o s d u G u a t e m a l a ont un arôme faible, mais une
saveur très délicate. C’est une sorte très fine, qui est cepen­
dant rarement exportée en Europe. Les graines sont décrites
par M. E. Dubois « à faces très convexes, avec une amande
brun foncé et une coque peu adhérente ».
Les c a c a o s d u B r é s i l sont les Para-Maraynan et les Bahia
qui contiennent beaucoup de tanin.
Les Para-Maraynan sont à fèves de grosseur variable. Les
caractères donnés par M. Blanchet sont : « amande allongée,
arrondie d’un côté, pointue de l'autre, peu ou point aplatie, à
chair brune, claire ou violette; pellicule douce au toucher,
d’une belle couleur rouge, se détachant facilement ; saveur
douce quand le cacao est bien mûr; sinon, saveur acerbe. »
Ce cacao est estimé surtout quand ses fèves sont grosses.
La France reçoit beaucoup de Para-Maraynan ; le prix sur
le marché du Havre, en mars 1899, était de 100 à 103 francs
les 50 kilogrammes, et, en juillet, de 90 à 92 francs.
Les Bahia que nous avons examinés étaient à fèves petites,

�08

LE CACAOYER

plates, à mince coque rouge veinée et à section brune. Leurs
dimensions moyennes étaient : 18 millimètres de longueur,
12 millimètres de largeur, 6 millimètres d’épaisseur. Leur
saveur n'était pas désagréable, bien que les Bahia soient tou­
jours qualifiés très amers. La sorte était cotée de 86 à 87 francs
les 50 kilogs en mars 1899.
Les c a c a o s d e l a G u y a n e comprennent les Surinam, les
Cayenne et les Berbice.
Les Surinam sont à grandes fèves, mesurant en moyenne
24 millimètres de longueur, 12 millimètres de largeur, fi
millimètres d’épaisseur. La coque est brun grisâtre, l’amande
rouge brun sombre sur la coupe, à saveur amère.
Les cacaos de Cayenne sont souvent seulement séchés. Les
fèves que nous avons vues étaient très plates, plus convexes sur
un côté que sur l’autre, et mesuraient, en moyenne : 22 milli­
mètres de longueur, 12 millimètres de largeur, 4 millimètres
d'épaisseur. La coque est brun noirâtre; la chair est brune,
de saveur amère.
Les Berbice, d’après M. Blanchet, ont l'amande très grosse,
assez égale, courte et ronde, à chair rouge noirâtre, d’odeur
forte et légèrement vineuse. La coque est poudreuse, terreuse
et tombe d’elle-même.
Les c a c a o s d e C o l o m b i e , d'après M. Mangin, ressemblent aux
Para-Maraynan. La plus grande partie est expédiée en
France et en Angleterre.
2° Les cacaos des îles proviennent des Antilles, et surtout
de Cuba, de la Trinidad, de la Guadeloupe, de la Martinique,
de Sainte-Lucie, de la Jamaïque et de Haïti. La plupart con­
tiennent beaucoup de tanin et sont de saveur âpre.
Mais les variétés cultivées dans ces îles sont, depuis long­
temps, très nombreuses. Déjà Gallais, en 1827, déclarait qu'il
était difficile de caractériser les cacaos des Antilles et nous
avons vu, en effet, pour la Guadeloupe, que les producteurs
envoient sur les marchés des graines de toutes les formes,
de toutes les dimensions et de toutes les couleurs. Quelquesuns de ces cacaos, comme ceux de la Société La Grivellière,
sont même parfois terrés, bien que le terrage soit peu usité
aux Antilles.

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

69

Les c a c a o s d e la T rinidad, très appréciés, il y a quelques
années, ont subi en ces derniers temps une forte dépréciation.
La faute on est, d’après M. Hart, aux plantations nouvelles
laites dans l’île. On a introduit des variétés qui poussent rapi­
dement et qui ne sont pas attaquées par les parasites, mais
les fèves sont fortement colorées et amères. Aujourd'hui donc
les sortes des cacaos de la Trinidad sont très nombreuses,
mais les bonnes qualités sont en minorité.
Les Trinidad étaient cotés au Havre, qui reçoit de grandes
quantités de cette sorte, de 95 à 100 francs les 50 kilogs en
mars 1899.
Nous avons vu, d’autre part, que les caraques second choix
sont souvent exportés de la Trinidad sous ce dernier nom.
Quant aux c a c a o s d e l a M a r t i n i q u e , ceux que nous avons
vus étaient fortement bombés, rappelant par leur forme les
caraques, à chair bien brune, à odeur agréable, à saveur peu
amère. Tout autres sont cependant les caractères donnés par
M. E. Dubois, « fèves plates, concaves, coque rouge vif,
chair ardoisée, ayant un goût de verte spécial ». M. Mangin,
de son côté, les décrit : « grains plats et allongés, rouge vif à
l'extérieur. La chair est violacée, la saveur âpre ou vineuse. »
Les Martinique et Guadeloupe valaient, à Marseille, en
mars 1899, 116 à 118 francs les 50 kilogrammes; et en juil­
let, 103 à 105 francs. Mais, comme les Guadeloupe, les Mar­
tinique comprennent beaucoup de sortes.
Les c a c a o s d e S a i n t e - L u c i e et de la J a m a ï q u e sont de qualité
tout à fait inférieure.
Les c a c a o s d ' H a ï t i et de S a i n t - D o m i n g u e sont aussi assez
peu prisés; ils étaient cotés au Havre, à la fin de 1898, de 82
à 90 francs les 50 kilogrammes et sur le marché de Ham­
bourg, à la même époque, 86 à 90 francs; en juin 1899, ils
valaient au Havre 65 à 70 francs.
Les fèves que nous avons vues correspondent aux descrip­
tions ordinairement données : elles sont petites, allongées, un
peu aplaties, à coque terreuse, brun foncé ou même noire, à
chair brun foncé, d’odeur et de saveur faibles. Leurs dimen­
sions moyennes sont : 20 millimètres de longueur, 12 milli­
mètres de largeur, 5 millimètres d’épaisseur.

�70

LE CACAOYER

II.
CACAOS D'AFRIQUE. — Ces cacaos proviennent de
la côte occidentale et de Madagascar. La Réunion, qui produi­
sait autrefois des cacaos de forme assez caractéristique, à fèves
très courtes et presque rondes, n'en expédie plus que des
quantités insignifiantes.
Les c a c a o s d e S a n - T i i o m é que nous avons examinés avaient
des caractères assez variables : la plupart cependant étaient
aplatis, plus convexes sur un côté que sur l’autre, à coque
brun noirâtre s’enlevant facilement, à chair brun foncé,
d’odeur et de saveur médiocres. Cette sorte valait à Hambourg
82 â 85 francs les 50 kilogrammes en juin 1890, et 75 à
80 francs au mois de juillet.
Les c a c a o s d u C a m e r o u n et les cacaos Victoria, provenant
de la colonie allemande, atteignent à peu près les mêmes
prix : ils étaient vendus à Hambourg, en avril 1899, 83 à
85 francs, et, en mai et juin, 80 francs. Les Cameroun sont
cotés un peu plus haut que les Victoria. Les uns et les autres
ont toutefois une saveur si amère qu’ils sont rarement
employés seuls ; on les mélange ordinairement, dans la cho­
colaterie, avec un quart de leur poids d'Ariba.
Les c a c a o s d u C o n g o f r a n ç a i s proviennent surtout actuelle­
ment des plantations Armor et Ancel-Seitz, ainsi (pie de la
maison hollandaise du lac Cayo. La Société du Bas-Ogooué
en exportera sans doute aussi prochainement. Au Havre, en
juin 1899, ces cacaos du Congo valaient 102 et 110 les
50 kilogs.
Les cacaos Armor que nous avons vus sont à fèves très
petites (20 millimètres de longueur, 10 millimètres de largeur,
6 millimètres d’épaisseur), plates, à coque brun noirâtre, assez
épaisse et adhérente ; la chair est gris ardoisé. Ces cacaos,
dont le premier envoi ne date que de 1898, sont, paraît-il,
très appréciés sur la place du Havre.
Les cacaos Anccl-Seitz sont à fèves plus grosses et un peu
plus bombées, allongées, à coque terreuse, brun noirâtre ; la
chair est brun grisâtre.
Les cacaos du lac Cayo sont plus gros encore (25 milli­
mètres de longueur, 13 millimètres de largeur, 7 millimètres

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

71

d épaisseur), plats, allongés, à coque brun clair, à chair brun
grisâtre. 14.000 kilogrammes de ces cacaos ont été exportés
l’année dernière.
Nous avons également examiné des cacaos étiquetés au
Musée de Marseille sous le nom de cacaos du cap Lopez et des
cacaos du Jardin d’essai de Libreville,
Les cacaos du cap Lopez sont petits, longs, très étroits
et plats (22 millimètres de longueur, 1 I millimètres de lar­
geur, 4 millimètres d’épaisseur); la coque et la chair sont
brunes.
Les cacaos obtenus au jardin d’essai de Libreville sont
ovales, aplatis, à coque terreuse et brun noirâtre. La chair
est gris ardoisé, d’odeur et de saveur assez agréables. Beau­
coup de cacaos des Antilles ont certainement une saveur plus
amère.
III.
CACAOS D’ASIE ET D’OCÉANIE. — Ces cacaos
sont surtout expédiés de Java et de Ceylan. Les OUI lied
Ceylon sont aujourd’hui très appréciés.
D’autre part, nous avons vu des c a c a o s dits de B o m b a y qui
étaient ovoïdes, très convexes sur les faces larges et laté­
ralement ; la coque était brun sale ; la chair brun très clair,
à odeur faible, avait une saveur peu amère, mais aussi presque
nulle et, en somme, peu agréable.
Enfin, sous le nom de c a c a o s d T n d o -C i i i n e , nous avons trouvé,
dans les collections du Musée colonial de Marseille, des fèves
courtes, presque rondes, à coque brun clair, et dont la chair
est à peu près de même couleur que celles de la sorte précé­
dente. L’odeur est un peu plus prononcée, mais la saveur
presque aussi faible.
Pour compléter cette partie commerciale, nous reprodui­
rons le tableau général des importations de cacaos en France
pendant l’année 1897. Ces importations se répartissent comme
il suit, les pays exportateurs étant, soit des pays produc­
teurs, soit des pays qui interviennent comme intermédiaires.

�72

ÉTUDE CHIMIQUE ET COMMERCIALE DES CACAOS

LF. CACAOYER
P u r n a v ire s
français

k ilo g s

P a r n a v ire s
é tr a n g e rs

k ilo g s

Angleterre.............. . . . . . .
Belgique................................
Portugal................................
Indes anglaises.....................
États-Unis..............................
Colombie....................... .
Vénézuéla..............................
Brésil......................................
Équateur...............................
Poss. angl. d'Amérique C1"..
H aïti.......................................
Poss. esp. d’Amérique.........
Autres pays étrangers.........

150.121
1.582
•100.192
12.916
281.559
917.665
3.010.481
2.882.156
•138.690
678.556
697.158
- 59.833
37.396

236.258
3.905
8
832.300
2.340.248
1.821.668
2.843.949
4.492.777
1.528.699
121.162
S3.628

Totaux des pays étrangers..

9.5S8.295

14.374.299

Martinique............................
Guadeloupe...........................
Autres colonies françaises..

249.466
390.786
6.089

232.202
10.090

Totaux généraux..................

10.234.636

14.616.591

P a r t e r r e on
p a r v oie d 'u n
p ay s tie r s

T o ta u * p a r
pays

k ilogs

kilogs

69.697
132 287
2.447
852

145.966

219.818
133.869
16.821
284.004
1.749.965
5.350.729
4.704.676
3.282.369
5.171.333
2.225.857
180.995
131.404
24.088.560
4SI.668
400.876
6.089

145.966

24.977.193

Les 24.088.560 kilogrammes envoyés par les pays étran­
gers représentent une valeur de 37.819.039 francs; et les
888.633 kilogrammes provenant des colonies françaises, une
valeur de 1.395.154 francs.
A côté de ces chiffres nous pouvons placer, pour permettre
la comparaison, ceux de trois autres années.
Années

Des pays étrangers Des colonies françaises

1886
1891
1896

17.845.479 kil.
23.372.869 »
27.568.537 »

757.930 ltil.
965.232 »
823.728 »

Totaux:

18.603-409 kil.
24.338.121 »
28.392.265 »

On voit que les quantités totales importées en ces dernières
années ont, en somme, peu varié.
Pour 1897, la consommation, sur les 24 millions importés,
a été de 16.21 4.948 kilogrammes, de la valeur de 25.457.468
francs, auxquels il faut ajouter 16.336.038 francs de droits de
douane.

73

La France a, d’autre part, pendant cette même année,
exporté :
Angleterre...............
Allemagne...............
Pays-Bas................•
Belgique..................
Suisse......................
Autres paysétrangers
Colonies françaises. .

1.700.435 kilogs.
4.349.798
»
3.190.920
»
974.985
»
1.875.118
»
629.945 »
1.925 »
12.723.126

»

Ces 12.723.126 kilogrammes ont été vendus 19.975.308
francs ; et on remarquera que les exportations ont été faites
surtout pour l’Allemagne et la Hollande; la Suisse occupe le
troisième rang.
Quant aux pays producteurs qui nous envoient leurs cacaos,
on voit, par le premier tableau, que ce sont surtout le
Vénézuéla, les possessions anglaises de l’Amérique centrale
et le Brésil ; viennent ensuite, par ordre d’importance, l'Equa­
teur, Haïti et la Colombie.
Les divers ports de débarquement ont reçu, en 1897, les
quantités suivantes :
Le Havre........
Bordeaux........
Nantes............
Marseille........
Saint-Nazaire.
Totaux........

17.390.300
2.603.900
1.916.000
375.307
85.100

kil. au prix de 27.308.900 fr.
»
»
4.102.100 »
»
»
3.071.900 »
»

»

134.200 »

2.370.607

Les cacaos importés à Marseille sont expédiés principale­
ment du Brésil (264.287 kil., en 1897), de la Guadeloupe
(47.881 kil.), du Vénézuéla (37.941 kil.), des Indes anglaises
(6.213 kil.), de l’Amérique anglaise (4.175 kil.), de la Marti­
nique (1.978 kil.).

�74

LE CACAOYER

Rappelons que les droits de douane et de taxe de consom­
mation sur les cacaos sont, en France, de 52 francs par
50 kilogrammes pour les cacaos étrangers et de 20 francs
pour les produits de nos colonies. G est ce qui explique les
prix de vente assez élevés des cacaos des Antilles fran­
çaises : ces cacaos, n'étant frappés que d'un droit relati­
vement faible, peuvent être achetés plus cher aux produc­
teurs.
Les ventes sont faites généralement par 50 kilogrammes;
et c’est Limité que, pour celte raison, nous avons toujours
adoptée plus haut. Les prix que nous avons indiqués sont les
prix de cacao aux entrepôts; il faut donc y ajouter les droits
de douane.
A l'étranger, ces mêmes droits sont généralement moins
élevés qu'en France, et, en ces dernières années, étaient les
suivants, toujours pour 50 kilogr :
50 francs en Italie; \ \ francs en Espagne; 22 francs en
Allemagne; 11 fr. 50 en Angleterre; 7 fr. 50 en Belgique;
0 fr. 75 en Suisse. L’entrée est libre dans les Pays-Bas.

IV
CULTURE DU CACAOYER
Les cacaoyers ne poussent, à l’état sauvage, que dans la
zone tropicale de l'Amérique, où la température moyenne est,
au moins, de 2i°; et, dans cette zone, on les rencontre surtout
dans les vallées, à l’abri des grands arbres, au voisinage des
cours d'eaux, dans les sols largement arrosés.
On peut donc tout de suite conclure delà, et, en fait, l'ex­
périence prouve que, pour que la culture de ces arbres
réussisse, il faut un climat chaud et un terrain bien arrosé,
riche et ombragé. Dans les régions où la température
moyenne est inférieure à 24°, où le thermomètre descend audessous de 10°, et où la hauteur des pluies annuelles n’atteint
pas 1 mètre 60, toute tentative de culture est inutile1.
Le cacaoyer, d’ailleurs, recherche non seulement 1 humidité
du sol, mais encore celle de l’air. Boussingault a signalé
autrefois que, dans les capaoyères qu’il avait visitées, l’hygro­
mètre marquait constamment 05 à 08°, et cela à deux ou trois
heures de l’après-midi, c’est-à-dire au moment de la journée
où l’humidité est ordinairement minima.
Quant à 1 humidité dn sol, elle peut être très grande,
puisque dans la vallée de l’Amazone, où les cacaoyers poussent
spontanément, on les trouve même dans la zone des sub1. Si l'on suit, sur une carte du monde, dans les deux hém isphères
Nord el Sud, les isotherm es de 24°, telles qu'elles sont tracées dans
l'allas de Berghaus, on voit que ces lignes, dans l'hém isphère m éridio­
nal, peuvent descendre en Afrique ju sq u ’au 30° de latitude et atteindre
en Amérique, dans l’hém isphère septentrional (à San Diego), 32°. Mais,
en fait, les autres conditions ne se trouvant pas toujours sim ultaném ent
réalisées, on ne rencontre guère le cacaoyer, soit sauvage soit cultivé,
qu’en tre des lim ites plus étroites : 22° Lat. N. (Cuba) el 20° Lat. S. dans
le Nouveau-Monde; et 13° Lat. N. et 21° Lat. S. (La Réunion) dans l'An­
cien Monde.

�mersions périodiques du fleuve ; et leurs troncs baignent
sans dommage dans l’eau pendant trois mois de l'année, quel­
quefois plus. Il en est de même, d’après Simmonds, pour
quelques plantations du Yénézuéla.
Le terrain, en tout cas, — et ce facteur naturel est tout
aussi indispensable que les précédents — doit présenter une
couche végétale assez épaisse, de 1 mètre 30 à 1 mètre 50
environ. Cette condition est rendue nécessaire par le mode
d'accroissement de la racine, qui s'étend peu en largeur, mais
s'enfonce perpendiculairement. Si donc cette racine pivo­
tante rencontre peu au-dessous de la surface un sous-sol pier­
reux ou formé d'argile compacte, elle se recourbe ou pourrit
et l'arbre dépérit. Dans un cas seulement 40 ou 50 centi­
mètres de terre végétale peuvent suffire : c'est lorsque le ter­
rain est incliné et très fertile. Le pivot suit alors la pente, au
lieu de s'enfoncer verticalement.
Les meilleurs sols sont les sols vierges, ou qu’on a laissés
incultes pendant plusieurs années ; ils doivent être frais,
riches en humus, mélangés d’une certaine proportion de sable
ou de gravier, et contenir, outre l’azote, comme éléments plus
que tous les autres indispensables, de la potasse, I à 2 °/0 de
chaux et 0,25 °/0 d’acide phosphorique ; il est nécessaire
qu'ils soient assez perméables pour que l’eau ne séjourne pas
quand l’époque de l’inondation, si inondation il y a, est passée.
Les terres qui conviennent tout spécialement sont les terres
d’alluvions qui ont un grand fond et qui sont un peu ombra­
gées ; viennent en seconde ligne les marnes riches; les plus
mauvais sols sont les terres argileuses compactes.
Tout aussi défavorables, d’après Bartelinck, qui a cultivé
pendant plus de vingt ans des cacaoyers au Surinam, sont les
terrains saumâtres, tels qu’on en rencontre d'ordinaire au voi­
sinage immédiat des plages. Le sel serait une des substances
les plus nuisibles au cacaoyer : tout arbre dont les racines
ont été en contact, ne fût-ce que peu de temps, avec l’eau de
mer, est perdu. Ce qui ne veut pas dire cependant que le
voisinage de la mer soit toujours préjudiciable au cacaoyer ;
on sait, au contraire, qu’en Amérique le meilleur cacao vient

de la côte. Mais il est nécessaire de choisir les endroits proté­
gés contre la brise marine et où le sol n ’est pas imprégné de
sel.
Dans l’intérieur, les régions préférées du cacaoyer sont les
vallées : il s’y trouve à l’abri des vents, dans une atmosphère
chaude et humide.
L’altitude doit, en général, être peu élevée. Par exception,
l’arbre réussit encore quelquefois à une assez grande hauteur.
Au Vénézuéla, il vient encore fort bien à 600 mètres et. dans
le district de Badulla, de la province d’Uva, à Ceylan, il est
cultivé avec succès à 800 mètres. M. Chalot dit de même
qu’à San-Thomé, il y a des plantations établies à plus de
300 mètres, et dont les résultats sont satisfaisants. Il y a évi­
demment lieu, en tous cas, de tenir compte de la latitude :
l’arbre pourra vivre à une assez grande hauteur au voisinage de
l’équateur, mais s'accommodera d'altitudes de moins en moins
grandes à mesure qu’on s’élèvera en latitude. Il y a lieu de
tenir compte également des conditions exceptionnelles
que peuvent présenter certaines régions hautes, en raison de
leur disposition orographique. On ne peut, par conséquent,
établir sur ce point de règle absolue. Il y a seulement des
chances plus nombreuses pour que les diverses conditions
exigées par le cacaoyer soient réunies aux basses altitudes,
c'est-à-dire jusqu'à 200 mètres environ, qu’à des niveaux
plus élevés.
Maintenant, toutes ces conditions naturelles une fois réa­
lisées, voyons quelle est la marche à suivre et quelles sont
les diverses précautions à observer, lorsqu’on veut établir
une cacaoyère.
Préparation du terrain. — Le premier soin à prendre,
après que le terrain a été choisi, est d’enlever toutes les
herbes ou broussailles qui s’y trouvent, ainsi que la plupart
des gros arbres. On conservera toutefois un certain nombre
de ces derniers, de distance en distance, si l'on pense qu'ils
pourront dans la suite remplacer, comme arbres d'ombrage,
les espèces dont nous parlerons plus loin.
En tout cas on ne doit abattre aucun des arbres en bor-

�78

LE CACAOYER

dure, $ il y en a, du côté où soufflent les vents; et si ces
arbres manquent, on établit même le plus tôt possible un
rideau de bananiers rustiques ou de bambous, doublé d’un autre
rideau d'arbres de plus grande taille, comme des orangers, des
corossoliers, des acajous, des pois doux (Inga laurina) ou
souvent encore des sabliers (Hura crcpitans).
Tout le travail d'arrachage est fait pendant la saison
sèche, moment où il est le plus facile de se débarrasser sur
place, en les brûlant, de toutes les herbes arrachées : les tas
à brûler peuvent être placés sur les troncs des gros arbres
abattus; c'est un moyen d'empêcher l’arbre de repousser, et,
en même temps, de détruire les insectes qui se cachent dans
les cavités des troncs.
Puis le sol est remué aussi profondément que possible et,
lorsque le terrain l'exige et qu’il a fallu se résoudre à établir
la cacaoyère dans un sol non pas seulement frais mais maré­
cageux, ou envahi par des inondations, on creuse des fossés
pour l écoulement des eaux.
Et c’est aussitôt après ces opérations préalables de défrichage, de sarclage et, au besoin, de drainage, qu'on plante
les futurs végétaux-abris.
Abris. — Ces végétaux-abris sont les uns provisoires et les
autres permanents.
Les premiers sont destinés à ombrager la toute jeune plante
pendant les premières années, lorsqu’elle s'élève peu encore
au-dessus du sol. Ils seront conservés jusqu au moment où
les seconds auront atteint un développement suffisant pour
assurer, à leur tour, à la plante plus âgée une protection
contre le soleil et contre le vent, protection qui durera alors
tant que vivra le cacaoyer.
Ces végétaux de premier ombrage sont presque toujours
des bananiers, qu'on plante lors de la saison des pluies, et qui
croissent assez vite pour pouvoir abriter dès l'année suivante.
Souvent, d’ailleurs, si l'on craint que cet ombrage, dans les
premiers temps, 11e suffise pas, et surtout quand les semis ont
été faits sur place, on fait pousser entre ces bananiers
d'autres plantes, de croissance plus rapide encore et plus

CULTURE DU CACAOYER

70

basses, comme le manioc (appelé yucca dans l’Amérique
centrale).
A Madagascar, M. Lacharme, chef de cultures de la Com­
pagnie lyonnaise, recommande le tabac marron, dont il con­
seille de placer un pied à l’est et l’autre à l'ouest de l’endroit
où sera le jeune cacaoyer.
C’est vers la sixième année que les bananiers seront coupés,
les grands arbres pouvant, dès lors, jouer leur rôle protecteur.
Ces végétaux de second ombrage doivent être évidemment
choisis parmi les espèces qui réalisent le mieux les conditions
suivantes : une croissance rapide, une ramification abondante
à une certaine hauteur, des feuilles larges, des racines qui ne
soient pas traçantes, et enfin un bois qui ne soit pas trop cas­
sant et (jui ne soit pas, d’ordinaire, envahi par les insectes.
Il y aura en outre un avantage qu’on conçoit à préférer les
essences utilisables : arbres d’ébénisterie ou arbres fruitiers.
Ainsi on emploie quelquefois, au Vénézuéla et aux Antilles,
YAcajou du pays (Ccdr cia odorata) et l'Acajou Mahogani
[Sioietenia Mahogani). Après l'épuisement de la cacaoyère,
les troncs abattus, qui ont alors trente ou quarante ans,
représentent une valeur considérable.
On emploie assez souvent encore le manguier (Mangifera
indica), l’arbre à pain (Artocarpus incisa), le sablier (Hura
crcpitans), le monbin (Spondias Monhin), le muscadier, etc.
Mais, en Amérique, l'essence préférée entre toutes, et à tel
point que les Espagnols l'ont nommée madré dcl cacao (mère du
cacao), c’est VErythrine ou Immortelle, appelée encore bucare
au Vénézuéla, poro à Costa-Rica, colorin au Mexique, etc. Au
Vénézuéla, deux espèces d’érythrines sont plus particulière­
ment plantées : YErytlirina umbrosa, ou bucare peoriio, et
YErylhrina velutina, ou bucare anauco, qui, toutes deux,
résistent mieux au vent que les autres. L anauco, un peu
plus exigeant, au point de vue du sol, que le peonio, donne
le meilleur ombrage. Au Surinam, où l’érythrine est appelée
Kofie-marna, il y a, d’après Bartelinck, une variété rouge
et une variété blanche ; c’est celle-ci qui reprend le plus
facilement. O11 multiplie les deux par branches de 2 mètres
environ de hauteur, qu’on fiche profondément dans le sol.

�CULTURE DU CACAOYER

mersions périodiques du fleuve ; et leurs troncs baignent
sans dommage dans l'eau pendant trois mois de l’année, quel­
quefois plus. Il en est de même, d’après Simmonds, pour
quelques plantations du Vénézuéla.
Le terrain, en tout cas, — et ce facteur naturel est tout
aussi indispensable que les précédents — doit présenter une
couche végétale assez épaisse, de I mètre 30 à 1 mètre 50
environ. Cette condition est rendue nécessaire par le mode
d’accroissement de la racine, qui s’étend peu en largeur, mais
s'enfonce perpendiculairement. Si donc cette racine pivo­
tante rencontre peu au-dessous de la surface un sous-sol pier­
reux ou formé d'argile compacte, elle se recourbe ou pourrit
et l'arbre dépérit. Dans un cas seulement 40 ou 50 centi­
mètres de terre végétale peuvent sulïire : c’est lorsque le ter­
rain est incliné et très fertile. Le pivot suit alors la pente, au
lieu de s’enfoncer verticalement.
Les meilleurs sols sont les sols vierges, ou qu'on a laissés
incultes pendant plusieurs années ; ils doivent être frais,
riches en humus, mélangés d'une certaine proportion de sable
ou de gravier, et contenir, outre l’azote, comme éléments plus
que tous les autres indispensables, de la potasse, 1 à 2 °/0 de
chaux et 0,25 °/0 d’acide phosphorique ; il est nécessaire
qu’ils soient assez perméables pour que l’eau ne séjourne pas
quand l époque de l’inondation, si inondation il y a, est passée.
Les terres qui conviennent tout spécialement sont les terres
d’alluvions qui ont un grand fond et qui sont un peu ombra­
gées; viennent en seconde ligne les marnes riches; les plus
mauvais sols sont les terres argileuses compactes.
Tout aussi défavorables, d’après Bartelinck, qui a cultivé
pendant plus de vingt ans des cacaoyers au Surinam, sont les
terrains saumâtres, tels qu’on en rencontre d'ordinaire au voi­
sinage immédiat des plages. Le sel serait une des substances
les plus nuisibles au cacaoyer : tout arbre dont les racines
ont été en contact, ne fùt-ce que peu de temps, avec l’eau de
mer, est perdu. Ce qui ne veut pas dire cependant que le
voisinage de la mer soit toujours préjudiciable au cacaoyer ;
on sait, au contraire, qu’en Amérique le meilleur cacao vient

77

de la côte. Mais il est nécessaire de choisir les endroits proté­
gés contre la brise marine et où le sol n’est pas imprégné de
sel.
Dans l'intérieur, les régions préférées du cacaoyer sont les
vallées : il s’y trouve à l’abri des vents, dans une atmosphère
chaude et humide.
L'altitude doit, en général, être peu élevée. Par exception,
l’arbre réussit encore quelquefois à une assez grande hauteur.
Au Vénézuéla, il vient encore fort bien à 600 mètres et. dans
le district de Badulla, de la province d'Uva, à Ceylan, il est
cultivé avec succès à 800 mètres. M. Chalot dit de même
qu’à San-Thomé, il y a des plantations établies à plus de
300 mètres, et dont les résultats sont satisfaisants. Il y a évi­
demment lieu, en tous cas, de tenir compte de la latitude :
l’arbre pourra vivre à une assez grande hauteur au voisinage de
l’équateur, mais s’accommodera d’altitudes de moins en moins
grandes à mesure qu’on s’élèvera en latitude. Il y a lieu de
tenir compte également des conditions exceptionnelles
que peuvent présenter certaines régions hautes, en raison de
leur disposition orographique. On ne peut, par conséquent,
établir sur ce point de règle absolue. Il y a seulement des
chances plus nombreuses pour que les diverses conditions
exigées par le cacaoyer soient réunies aux basses altitudes,
c’est-à-dire jusqu'à 200 mètres environ, qu à des niveaux
plus élevés.
Maintenant, toutes ces conditions naturelles une fois réa­
lisées, voyons quelle est la marche à suivre et quelles sont
les diverses précautions à observer, lorsqu'on veut établir
une cacaoyère.
Préparation du terrain. — Le premier soin à prendre,
après que le terrain a été choisi, est d'enlever toutes les
herbes ou broussailles qui s'y trouvent, ainsi que la plupart
des gros arbres. On conservera toutefois un certain nombre
de ces derniers, de distance en distance, si l’on pense qu’ils
pourront dans la suite remplacer, comme arbres d’ombrage,
les espèces dont nous parlerons plus loin.
En tout cas on ne doit abattre aucun des arbres en bor-

�80

LE CACAOYER

Toutes ces érythrines, qui sont des arbres d'assez grande
hauteur, de 15 h 20 mètres, sont malheureusement inutili­
sables par elles-mêmes, et leur bois est sans valeur, mais elles
réunissent toutes les qualités recherchées dans les arbresabris des cacaoyers : elles se reproduisent facilement, de
graines et de boutures ; leurs cimes forment une voûte de ver­
dure, qui, tout en entretenant l'humidité, laisse passer la
lumière voulue ; et, de plus, — point important, qui fait, plus
que tout le reste, apprécier les érythrines par les planteurs de
l'Amérique centrale—à l’époque où le cacao doit mûrir, leurs
feuilles tombent et le soleil pénètre plus librement au moment
où son action est nécessaire. Ces feuilles réapparaissent dès
les premières pluies.
A Madagascar, M. Lacharme conseille une érythrine (nous
ne savons laquelle) qui pousse sur la côte orientale. Peutêtre est-ce YErythrina indien, sinon un genre voisin?
Au Cameroun, d'après un rapport récent, on n’est pas
encore fixé sur le choix de l’arbre à ombrage type.
Au Congo français, M. Rousselot, régisseur des plantations
du Bas-Ogooué, signale un arbre qui paraît convenir, on ne
peut mieux : c’est le Musanga Smithii (combo-combo des
indigènes), qui a l’avantage de croître rapidement, de ne point
donner une ombre trop intense et surtout de ne pas épuiser le
sol. Mais il faut le semer sur place, car les jeunes pieds ne
supportent pas la transplantation.
En beaucoup de régions, on peut se servir encore de YA l­
hizzia Lebheck, ou bois noir, essence aujourd’hui répandue
un peu partout dans les pays tropicaux.
A Java, où on a recours à quelques autres espèces du
même genre, YAlhizzia slipulata, d’après M. Van Krieken,
doit être recommandé plutôt que YAlhizzia moluccana : son
bois possède une certaine valeur pour la construction, il n'est
pas attaqué par les insectes, est peu cassant, et le feuillage n'est
pas trop dense ; toutes qualités que n’a pas la seconde espèce.
Un autre très bon arbre d’ombrage, dans la même contrée, est
le Pithecolohium Saman ou Reyenhoorn ; il pousse très droit,
sa couronne de feuillage commence à 6 ou 7 mètres au-dessus

CULTURE DU CACAOYER

81

du sol, et son bois très dur se prête à de multiples applica­
tions. On emploie aussi d’ailleurs les érythrines, qui, en Malai­
sie, sont appelées dadap.
Quant à la distance entre tous ces arbres d’une cacaoj'ère,
elle est environ de !) à 12 mètres pour les grands arbres-abris,
de 3 h 4 mètres pour les bananiers et de 3 à 5 mètres pour les
cacaoyers, suivant la nature du terrain : 4 ou 5 mètres dans
les bonnes terres et 3 h 4 mètres dans les sols relativement
pauvres, où les racines s’étendent moins.
Plusieurs modes d’alignement peuvent permettre de réali­
ser à la fois toutes ces conditions, le suivant entre autres :
Les arbres-abris (qu’on bouturera au moment de la saison
des pluies) sont placés en lignes distantes de 8 mètres, et à
9 mètres les uns des autres sur chaque ligne.
Entre toutes ces lignes, et exactement au milieu, les bana­
niers sont plantés à des intervalles de 4 mètres 50 , le
nombre des bananiers par rangée étant donc double de
celui des arbres-abris. Sur la ligne de ces arbres-abris on
plante de même un bananier au milieu de chaque intervalle.
Les cacaoyers sont ensuite disposés :
Sur chaque rangée d’arbres-abris, entre un arbre et un
bananier ;
Entre chaque rangée de ces arbres (c’est-à-dire sur les
lignes uniquement composées de bananiers') en alternance
avec ces bananiers.
En d’autres termes, de deux rangs en deux rangs à partir
du premier (les rangs étaient distants de l mètres), on trouve,
sur une même ligne, un bananier entre deux pieds de
cacaoyers et un arbre-abri entre les deux suivants ; et de deux
rangs en deux rangs à partir du second, on trouve alternative­
ment, à des distances de 2 mètres 25, un cacaoyer et un bana­
nier.
Si la cacaoyère est exposée aux vents, il est prudent d'éta­
blir, en outre, de 100 mètres en 100 mètres, et perpendicu­
lairement à la direction des vents, un rideau d’arbres comme
celui placé en bordure et dont nous avons parlé plus haut.
Le Cacaoyer.

G

�82

LE CACAOYER

Semis et plantations. — Le cacaoyer peut être multiplié par
boutures, mais on préfère presque toujours le semis.
Pour le choix des graines, la préoccupation du planteur doit
être il la fois de se procurer les variétés convenant le mieux au
terrain dont il dispose et de ne semer que des graines bien
développées.
11 ne faut pas oublier non plus que ces graines perdent très
rapidement leur pouvoir germinatif.
Si donc on peut recueillir sur place, dans les anciennes
plantations, les semences voulues, on ne doit cueillir les
fruits que huit jours environ avant les semis : on ouvre
avec soin les plus beaux, ceux qui paraissent « le plus à
point », et on choisit les graines bien conformées.
Lorsque ces graines doivent être apportées d’autres pays
plus ou moins éloignés, leur altération rapide est un obstacle
sérieux ; aussi a-t-on cherché les moyens de conserver le
plus longtemps possible leur pouvoir germinatif. M. A.
Vergnes, de la maison Ancel-Seitz, au Congo français, a
réussi à conserver des semences de cacaoyer pendant un mois
en les disposant par lits alternant avec des couches de terre
fine ou de sable frais, dans une caisse quelconque : les graines
peuvent commencer à germer en cours de route ; elles sont
replantées en paniers à l’ombre, à l’arrivée. Plus récemment,
M. Chalot a indiqué un tout autre procédé, qui consiste dans
l’envoi, non plus de graines, mais de fruits entiers : ces
fruits, légèrement jaunes, c’est-à-dire non arrivés à complète
maturité, sont plongés dans de la paraffine liquéfiée à une
douce chaleur ; on s'assure que leur surface en est régulière­
ment couverte, puis on les enveloppe séparément dans du
papier ordinaire et on les emballe dans une caisse. Des fruits
traités de cette manière ont été envoyés à Tunis : au bout de
plus d'un mois, les graines mises en terre ont germé presque
toutes. Peut-être n'auraient-elles pu être conservés plus long­
temps, mais leur vitalité n’en a pas moins été prolongée.
Dans tous les cas, les graines extraites des fruits sont mises
à sécher avec précaution, avant d’être semées, afin d’être
débarrassées de toute la substance sucrée qui les enveloppe

CULTURE DU CACAOYER

83

et qui attirerait les fourmis ou autres insectes. Souvent
même, au moment de leur extraction, on enlève leur gaine
pulpeuse, puis on les jette dans un récipient d’eau fraîche,
où elles séjournent pendant huit à douze heures. Au Suri­
nam, d’après M. Bartelinck, on les passe ensuite dans la
chaux, ce qui les garantit mieux encore contre les insectes;
c'est ce qu’on appelle, croyons-nous, le pralinayc.
Les semis sont faits sur place ou en pépinière.
Lorsqu’ils sont faits sur place, comme au Cameroun, on y
procède au commencement de la saison des pluies, après
avoir planté les végétaux-abris. La terre a été remuée,
comme nous l’avons dit, pendant la saison sèche. A chaque
point où doit être un cacaoyer, et qui a été indiqué par un
jalon, on place trois graines disposées en triangle, à des dis­
tances d’environ 10 à 12 centimètres. Ces graines sont piquées^
leur extrémité la plus large (qui correspond à la radicule) en
bas et presque à la surface du sol ; on les enterre de deux ou
trois centimètres à peine, mais on les recouvre d’une feuille de
bananier, qu'on enlève une huitaine de jours après : la germi­
nation, à ce moment, est déjà commencée. Si les trois graines
ont germé, on enlève, quand ils ont atteint 30 centimètres
environ, les deux pieds les moins forts, et on ne garde que
celui qui paraît devoir se développer le plus vigoureusement.
Les semis en pépinière sont le procédé le plus courant.
Beaucoup de planteurs trouvent aux semis directs plusieurs
inconvénients : la surveillance des graines est moins facile, et
beaucoup de ces graines, ou même de jeunes plants, sont
détruits par les nombreux insectes qui envahissent les
cacaoyères ; pendant le sarclage, les pieds très jeunes sont aussi
souvent endommagés.
Ces semis en pépinière doivent être faits plus tôt que les
précédents, pour que la transplantation puisse avoir lieu au
commencement de la saison des pluies. Cette transplantation,
d’autre part, devant avoir lieu quand les pieds ont de 60 à 70
centimètres de hauteur, taille qu’ils atteignent à deux ou trois
mois, c’est donc deux ou trois mois avant la saison pluvieuse
que les pépinières seront installées. Ces pépinières doivent

�Si

LE CACAOYER

être établies dans des lieux frais et ombragés, sous bois, par
exemple, chaque fois qu'il est possible ; le voisinage d’un
cours d'eau facilitera aussi les arrosements, qui devront être
fréquents, puisque la saison est sèche.
Au-dessus des plantations, h une hauteur de I mètre nO
environ, on peut faire une toiture h plat avec des feuilles de
bananier, si l'on craint que l’ombrage ne soit pas suffisant.
Les semis de pépinière sont faits en pleine terre ou dans
des caisses. Lorsqu’ils sont faits en pleine terre, on nettoie
l'emplacement, on pioche le sol et on sème en lignes distantes
d’un demi-mètre ; sur les lignes, les graines sont placées en
quinconce et h trente-cinq centimètres environ.
Mais le mieux, pour éviter d’endommager les racines lors
de la transplantation, est de semer dans des pots ou dans des
caisses: on évite, en même temps, mieux encore les inconvé­
nients signalés plus haut pour les semis directs et qu’on
retrouve plus ou moins, en pépinière, pour les semis en
pleine terre.
Les caisses qu’on emploie quelquefois ont un demi-mètre à
peu près en tous sens et sont percées de trous, sur lesquels on
met de petites pierres, et qui permettent l’écoulement de l’eau :
ces caisses sont remplies de bonne terre mêlée avec un peu
d’argile, qui donne de la compacité à la motte qu’il faudra
enlever.
Toutefois on n’évite pas encore tout à fait ainsi les incon­
vénients du dépotage, et un meilleur procédé est celui qui est
employé de longue date aux Antilles. La caisse est remplacée
par un petit panier en liane (courcourou ou croucrou aux
Antilles), de forme un peu haute ; c’est ce panier même qui,
avec la motte où a germé la graine, est mis plus tard en terre;
en pourrissant, il laisse les racines, dans la suite, se déve­
lopper librement.
Comme pots, on utilise encore en Amérique les nœuds de
bambou. Enfin M. Lacharme, à Madagascar, fait, avec de
l’argile à brique, des sortes de tubes de 10 centimètres de dia­
mètre et de cinquante centimètres de longueur. Ces tubes
sont formés de deux pièces qui ressemblent à des tuiles

CULTURE DU CACAOYER

83

creuses qu'on rapproche. On peut, plus tard, de cette manière,
supprimer le pot sans toucher à la terre.
Assez longtemps avant la transplantation, la terre de la
cacaoyère est creusée très profondément, pour que le pivot
de la racine ne se recourbe pas. Après la mise en place de la
motte de terre ou du panier, on achève de combler le trou
avec du terreau. Tout ce travail doit être fait par un temps
pluvieux.
Entretien de la plantation ; taille. — Vers deux ans et demi
ou trois ans, le cacaoyer commence à fleurir, et, un an après,
il porte déjà quelques fruits; mais ce n’est qu’à partir de la
cinquième ou sixième année, rarement plus tôt, qu'il donne
une récolte sérieuse.
Jusqu’à ce moment il n’y a qu’à veiller au bon état de la
cacaoyère.
Par des sarclages fréquents, on tient le sol net de toute
mauvaise herbe; on assure en même temps l’écoulement des
eaux, et, dans ce but, il est bon de creuser tle plus en plus les
rigoles à mesure que l’arbre grandit. Ces rigoles, d’au moins
un mètre de profondeur, ont été creusées, entre les rangs des
cacaoyers, à 10 ou lo mètres l’une de l'autre, suivant l’humi­
dité du sol.
Quand une sécheresse prolongée survient, il faut, par
contre, arroser les jeunes pieds.
On doit toujours avoir soin de supprimer tous les gour­
mands qui viennent sur le pied de l’arbre ou à la naissance
des branches. Vers l’âge de deux ans, le cacaoyer pousse à
1 mètre 40 environ du sol quatre ou cinq rameaux diver­
gents : ce sont les seules ramifications que 1 arbre, à ce
moment, doit conserver; on coupe toutes les autres.
A la Trinidad on préfère même ne laisser que trois branches,
qu’on choisit de telle sorte qu’elles ne partent pas, toutes les
trois, du même point du tronc. Ces branches principales sont
écimées à leur tour lorsqu’elles ont atteint 80 centimètres à
1 mètre de longueur et on ne leur laisse également que trois
rameaux de second ordre. Ces derniers rameaux seront plus

�86

87

LE CACAOYER

CULTURE DU CACAOYER

tard écimés d’après les mêmes règles et l’arbre aura acquis sa
forme définitive.
D’une manière générale, il importe d’empêclier l’arbre de
trop s’élever pour provoquer plutôt son accroissement en
largeur : on évite, par là, de donner trop de prise au vent et
on facilite la cueillette. La hauteur maxima doit être de trois
ou quatre mètres.
La taille se fait toujours un peu avant la saison des pluies
et après la récolte, si l’arbre est déjà en rapport. La section
doit être faite de haut en bas et très nette : une serpette est
préférable à un sécateur. On coupe les gourmands au ras du
tronc ou de la branche.
11 vaut mieux couper chaque année que tous les trois ou
quatre ans car il est bon de faire, chaque fois, le moins de
blessures possible. Les parties enlevées doivent être ramas­
sées et brûlées; sinon, on risque d'attirer les insectes.
Nous avons dit qu’on supprime les bananiers vers cinq ou
six ans.
Enfin une dernière précaution doit être de débarrasser les
cacaoyers des plantes grimpantes ou épiphytes (Bromélia­
cées, Loranthacées) qui envahissent le tronc et qui pourraient
entraver la floraison, puisque les fleurs se forment sur ce
tronc et sur les grosses branches. On évite même pour cette
raison, aux Antilles, de choisir comme arbres-abris les érythrines qui, dans ces régions, se couvrent facilement de toutes
ces plantes, et les communiquent ensuite aux cacaoyers.

mois avant les semis, on l'arrache au bout de douze ou
quinze mois, et on en replante d'autres.
On peut planter encore des haricots, des melons, des con­
combres, des giraumons, des ignames, des patates et des
taros.

Cultures intercalaires. — Pendant les quatre ou cinq pre­
mières années de la plantation, tant que les cacaoyers ne rap­
portent pas encore, on a tout avantage à utiliser le terrain
entre les pieds, en y cultivant des plantes diverses, de rap­
port immédiat. Ces cultures, sans conséquences fâcheuses pour
les cacaoyers, tiennent au contraire le sol exempt de mau­
vaises herbes et constamment remué et maintiennent sa fraî­
cheur.
Nous avons déjà cité le manioc, qui offre cet autre avan­
tage d’ombrager le tout jeune cacaoyer. On le plante un

Greffage. — M. Ilart a, paraît-il, réussi dernièrement le
greffage du cacaoyer. Nous manquons malheureusement, à
l’heure actuelle, de détails sur ce sujet et nous ne pouvons
que reproduire les lignes suivantes traduites d’un article du
Tropical Âgriculturist (décembre 1898) :
« Cette découverte permettra aux producteurs de mettre
désormais sur le marché des lots plus uniformes qu’il n’était
possible jusqu’ici de les obtenir, tant par la grosseur des
fèves que pour la qualité.
En greffant des variétés nobles, mais à végétation faible,
telles que les Criollo, sur d’autres, vulgaires mais plus
robustes, on arrivera à faire produire à un pied de Criollo
autant, en quantité, qu’aurait produit une variété prolifique
vulgaire.
Il deviendra possible de fixer et de perpétuer, en la multi­
pliant, toute variation individuelle qui se produira de semis
dans une plantation, Or, il existe déjà et il s’est toujours pro­
duit, dans certaines plantations, des sujets exceptionnels par
l’abondance et la qualité de la fructification. Mais jusqu’alors
on ne disposait pas de ce moyen sûr et rapide qu’est la greffe
pour tirer de ces heureux hasards un bénéfice général et
durable. »
Engrais et amendements. — Lorsque, après plusieurs
récoltes, le rendement d’une cacaoyère commence à diminuer
sensiblement, il devient nécessaire de remédier, par des amen­
dements, à l'épuisement du sol.
M. Marcano a déterminé, il y a quelques années, la teneur
en éléments minéraux des diverses parties d’un cacaoyer de
vingt ans. Tous les résultats de ces analyses sont réunis dans
le tableau VIII, après lequel il peut être intéressant d'exami-

�88

89

LE CACAOYER

CULTURE DU CACAOYER

neraussi le tableau IX, qui donne des analyses plus complètes
des graines, faites par MM. Jenman et Harrison.

dans le tableau X. Et on voit en particulier, en examinant
les nombres se rapportant aux graines et aux coques, quelles
sont les quantités de matières fertilisantes enlevées chaque
année par l’exportation.

T ableau

VIII. — Analyse d'un cacaoyer de vingt ans.
O
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PARTIES DE LA PLAXTE

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T ableau IX. — Analyses de cacaos Calabacillo et Foraslero.
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A m ande
p a n s coque)

1-1 10

4 .5 3

0 .4 6

0.198

0.S3

1 50

0 29

14.34

3.37

0 .5 0

0 .3 1 7

0.G4

0 .7 8

0 .2 4

B ran ch es m oyennes séch ées à l'a ir.

15.3$

4 .3 3

0 .6 0

0 .5 0 9

0 .7 7

0 .8 2

0 .2 0

1G.3G

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0 .9 7

0.5G0

0 .5 8

1.07

0 .3 2

F e u ille s séchées à l 'a i r ...................

14.34

15.00

1.94

0 .3 7 0

1 .4 5

1 .6 0

0 .4 9

G ra in e s à l ’é ta t Ira is ........................

77.95

3 .5 8

2 .4 8

1.377

0 .9 5

0 .2 2

0 .2 9

Coques à l'é ta t f r a is ..........................

SG. 05

4 56

1.40

0 409

0 .8 0

0 .4 9

0 .1 6

Cosses des fru its à l’é ta t f r a i s . . .

72.10

11.90

1.17

0 .5 8 5

3 .1 5

0 .8 7

0.17

B ran ch es élaguées séchées à l'a ir.

13.25

8.97

1 .4 3

0 .8 3 0

0.71

1 .1 2

0 .3 4

D’autre part, M. Marcano a établi que les poids de matières
sèches des diverses parties de cacaoyers plantés sur un
tablon (c’est-à-dire sur 70 ares environ) sont les suivants :
Troncs...................
Grosses branches. .
Branches moyennes
Petites branches.. .
Feuilles..................
Graines..................
Coques...................
Cosses de la gousse
Branches élaguées.

12 .269.000 kilogrammes

5 . 271.000

—

2.685.000
2.875.000
1.585.000
230.458
88.896
457.076
4.590.000

—
—
—
—
—
—
—

F O IÎA S T E H O

-a

G rosses b ran c h e s séch ées à l 'a ir .

P e tite s b ran c h e s séchées i\ l’a i r . .

C A L A B A C IL L O

«
S
o

Avec toutes ces données, M. Marcano a calculé qu’une
plantation de cacaoyers de vingt ans a pris au sol, par tablon
et par hectare, les quantités d’éléments minéraux indiqués

Coque
e t pulpe

A m ande
(sans coque)

G raisses.................................
Glucose .................................
Saccharose ...........................
A m id o n .................................
A stringents et tan in s........
Pectine, e t c .........................
Houge de cacao...................
F ibres d ig estib les...............
Fibres ligneuses ...............
Acide lartrique lib re ........
Acide tartriq u e c o m b in é ..
Peroxyde de fer..................
M agnésie...............................
C haux.....................................
P o ta s s e .................................
Soude.....................................
S ilic e .....................................
Acide sulfurique.................
Acide phosp h o riq u e..........
C h lo re ...................................

37.637
6.696
1 .352
0.108
0.531
29.256
0.991
traces
3.764
5.004
0.657
2.952
5.112
3.030
0.079
0.477
0 032
0.324
0.054
0.842
0.239
0.016
0 079
0.749
0.019

87.600
36.567
0.918
4.826
0.241
2.725
0.041
0.882
traces
0.222
U. ii i
30.602
0.725
0.917
0.066
0.165
0.945
6.038
0.395
4.894
0.815
1.380
0.511
1.543
4.652
2.821
1.346
3.458
0.439
0 .0 3 8
0.303
0.487
0.004
0.032
0.114
0.454
0.054
0.105
0.19U
0.635
0 .0 4 T ^ * . 0 6 8
0.002
0.016
0.021
0.048
0.115
1.045
0.018
0.032

T otaux.........................

100.000

100.000

E a u .........................................
A lbum inoïdes......................
T h éo b ro m in e.......................
Caféine...................................
S u b s ta n ce s

azolces in d é te rm in é e s ..............

100.000

C oque
e t pulpe

83.030
1.271
0.000
0.340
0.059
0.421
0.091
1.001
1.305
0.108
1.126
0.705
6.564
2.455
0.606
0.351
0.010
0.073
0.030
0.248
0.015
0.003
0.031
0.098
0.051
100.000

En somme, la culture du cacaoyer est assez peu épuisante,
et elle peut donner un rendement très rémunérateur pendant
longtemps, sans exiger aucun engrais. Il suffira presque tou­
jours (si, bien entendu, le terrain primitif était bon) de prendre
les petites précautions que nous allons indiquer.
M. Boname, en analysant les cendres du bois, a trouvé
qu’elles contenaient en moyenne :

�88

89

LE CACAOYER

CULTURE DU CACAOYER

neraussi le tableau IX, qui donne des analyses plus complètes
des graines, faites par MM. Jenman et Harrison.

dans le tableau X. Et on voit en particulier, en examinant
les nombres se rapportant aux graines et aux coques, quelles
sont les quantités de matières fertilisantes enlevées chaque
année par l’exportation.

T ableau VIII. — Analyse d'un cacaoyer de vingt ans.
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C©
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PARTIES DE LA PLANTE

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C A L A B A C IL L O

A m ande
(sans coque)

Tronc séché à t’a ir ........................

14.10

4 .5 3

0 .4 0

0.198

0 .8 3

1.50

0 .2 9

Grosses branches séchées à l'air.

14.34

3.37

0 .5 0

0.317

0 .0 4

0.7 S

0 .2 4

Branches moyennes séchées à l'air.

1 5 .3S

1.33

0 .0 0

0 .5 0 9

0.77

0 .8 2

0 .2 0

Petites branches séchées à l’a i r . .

10.30

7.01

0.97

0.500

0 .5 8

1.G7

0 .3 2

Feuilles séchées à l’a i r .................

14.34

15.00

1.94

0 .3 7 0

1 .4 5

1 .0 0

0 .4 9

Graines à l’état frais.....................

77.95

3 .5 8

2 .4 8

1.377

0 .9 5

0 .2 2

0 .2 9

Coques à l'état frais.......................

80.05

4 .5 0

1.40

0 409

0.8(1

0 .4 9

0 .1 0

Cosses des fruits à l’état fr a is .. .

72.10

11.90

1.17

0 .5 8 5

3 .1 5

0.87

0.17

Branches élaguées séchées à l’air.

13.25

8 .9 7

1.43

0.S 3 0

0.71

1.12

0 .3 4

D’autre part, M. Marcano a établi que les poids de matières
sèches des diverses parties de cacaoyers plantés sur un
tablon (c’est-à-dire sur 70 ares environ) sont les suivants :
Troncs..................... •
Grosses branches. . . .
Branches moyennes. .
Petites branches........
Feuilles......................
Graines......................
Coques.......................
Cosses de la gousse..
Branches élaguées. . .

T ableau IX. — Analyses de cacaos Calabacillo et Foraslero.

12 209 000
5 .271 .000
2 .685 .000
2 .875 000
1 585 000
230 458
88 890
457 076
4 590 000

Avec toutes ces données, M. Marcano a calculé qu’une
plantation de cacaoyers de vingt ans a pris au sol, par tablon
et par hectare, les quantités d’éléments minéraux indiqués

C oque
e t pulpe

I'O IIA S T E R O

A m ande
(san s coque)

Coque
e t pulpe

G raisses.................................
Glucose .................................
Saccharose ...........................
A m id o n .................................
A stringents et ta n in s........
Pectine, e t c .........................
Rouge de cacao ...................
F ibres d ig e stib les...............
F ibres ligneuses ...............
Acide lartrique lib re ........
Acide lartriq u e com biné. .
Peroxyde de fer...................
M agnésie...............................
C haux.....................................
P o ta s s e .................................
Soude.....................................
S ilic e .....................................
Acide sulfurique.................
Acide p h osphorique..........
C h lo re ...................................

37 637
6 696
1 352
0 108
0 531
29 256
0 991
traces
3 764
5 004
0 657
2 952
5 112
3 030
0 079
0 477
0 032
0 .324
0 054
0 .842
0 239
0 016
0 079
0 .749
0 019

87.600
0.918
0.241
0.041
traces
0.444
0.725
0.066
0.945
0.395
0.815
0.511
4.652
1.346
0.439
0.303
0.004
0.114
0.054
0.190
0.041
0.002
0.021
0.115
0.018

36 567
4 826
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0 882
0 222
30 602
0 917
0 165
6 038
4 894
1 380
1 543
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3 458
0 038
0 487
0 032
0 454
0 105
0 635
0 068
0 016
0 048
1 045
0 032

83 030
1 271
0 000
0 340
0 059
0 421
0 091
I 001
1 305
0 108
1 126
0 705
6 564
2 455
0 606
0 351
0 010
0 073
0 030
0 248
0 015
0 003
0 031
0 098
0 051

T o t a u x .......................................

100 .000

100.000

100 000

100 000

A lbum inoïdes......................
T h éo b ro m in e.......................
Caféine...................................
S u b s ta o ce s

a ïo lc e s in d é te rm in é e s ..............

En somme, la culture du cacaoyer est assez peu épuisante,
et elle peut donner un rendement très rémunérateur pendant
longtemps, sans exiger aucun engrais. Il suffira presque tou­
jours (si, bien entendu, le terrain primitif était bon) de prendre
les petites précautions que nous allons indiquer.
M. Boname, en analysant les cendres du bois, a trouvé
qu elles contenaient en moyenne :

�90

LE CACAOYER

Acide phosphorique. . 2.03
Potasse.......................... 3.37
C haux........................ 37.38
Magnésie...................... 3.58
On aura donc tout avantage à brûler sur le terrain même
de la cacaovère, comme nous l’avons déjà dit, tous les arbres
et arbustes abattus au moment du défrichement et à répandre
ces cendres sur le sol.
D’autre part, en consultant le tableau X, on constate que
les cosses des fruits, bien plus que les graines, contiennent de
grandes quantités de potasse. 11 sera facile de restituer cette
potasse au sol, en recueillant les gousses après l’extraction
des graines et en enfouissant ces gousses dans la cacaoyère.
On pourra enfouir aussi les bananiers abattus.
Un complément d’azote et d’acide phosphorique pourra être
donné sous forme de tourteaux de coton ou d’engrais de
ferme. M. le docteur Guérin, membre de la Chambre d’agricul­
ture de la Basse-Terre, prétend que le guano, partout où il a
été employé, a été plutôt nuisible qu’utile.
Dans les terres qui, comme presque toutes celles de la Gua­
deloupe, sont dépourvues de calcaire, M. le docteur Guérin
conseille l’épandage de 40 à 50 hectolitres de chaux par hec­
tare. L’efficacité du chaulage ne se fait guère sentir qu’au
bout d'un an.
Durée et rendement des cacaoyers. — Le cacaoyer, avonsnous dit, commence à rapporter vers l âge de cinq ou six ans.
C est vers la dixième ou douzième année qu’il atteint en géné­
ral toute sa force, et il se maintient jusqu’à vingt ou vingtcinq ans. Passé cet âge, l’abondance de la récolte dimi­
nue plus ou moins rapidement suivant le climat et le terrain,
et suivant aussi les soins donnés à la plantation. La plupart
des cacaoyères sont épuisées à trente ans ; c’est par exception
qu on en conserve pendant quarante ou cinquante ans.
M. Landes cite pourtant à la Trinidad une propriété qui
appartient à M. Léotaud, ancien consul de France, et où se

CULTURE DU CACAOYER

91

�93

CULTURE I)U CACAOYER

trouvent des cacaoyers de cent ans donnant encore d'excel­
lentes récoltes.
Mais ces arbres ont été, à vrai dire, régénérés, au moment
où ils commençaient à s'épuiser, par un gourmand qu’on a
laissé pousser et qui remplace, en somme, le pied dont il
provient.
C'est là un procédé parfois employé en certaines régions ;
il ne semble pas qu il puisse être recommandé partout. En
tous cas, il faut avoir soin, lorsqu'on y a recours, de ne pas
abattre, d'un coup, le vieux tronc, dès que le gourmand a
atteint la force voulue; on réduit peu à peu la vieille charpente
en pratiquant des sections très nettes.
La floraison du cacaoyer a lieu pendant toute l’année ;
néanmoins il y a surtout deux périodes où les fruits sont plus
abondants.
Aux Antilles, l’une de ces périodes correspond aux mois
d'avril, mai et juin : c'est la récolte dite de Pâques, ou encore
de carême, ou encore de Saint-Jean ; l'autre correspond aux
mois de novembre, décembre et janvier : c’est la récolte dite
de Noël, qui est ordinairement1la plus productive.
Au Vénézuéla, la récolte de Noël, supérieure d'un tiers à
l’autre, se fait en novembre, décembre et janvier; la récolte de
Saint-Jean, en juillet et août.
Au Mexique, la récolte principale est en mars et avril, la
petite récolte en octobre.
Au Brésil, la récolte d’hiver, qui est la plus abondante,
correspond à juin et juillet ; celle d’été ne commence qu’en
janvier et février.
Sur la côte occidentale d'Afrique, à San-Tliomé, au Came­
roun et au Congo, la grande récolte a lieu en août, septembre
et octobre, à la lin de la saison sèche; il y a une petite récolte
en décembre et janvier.
Le rendement d’un cacaoyer dépend naturellement de la
sorte et des influences extérieures.
1. On ne peut établir de règle absolue : des arb res de 5 à 8 ans
donnent quelquefois, dit M. Guérin, plus de fruits de m ars à juin que
d’octobre à décem bre ; tout cela est subordonné au tem ps, à la plus
ou moins grande sécherésse, etc.

Un pied de trinitario (ou forasfcro) fournit au moins deux
fois plus qu'un pied de criollo. Il est vrai que le cacao du
second a une valeur plus grande que le produit du premier.
D’après M. Marcano, un pied de criollo donne annuelle­
ment 460 grammes de cacao.
Les nombres indiqués pour les foraslero par la plupart des
planteurs sont bien plus élevés.
Au Cameroun, le docteur Preuss évalue le rendement
annuel d'un cacaoyer à deux kilogrammes de graines sèches.
Au Congo français, M. Rousselot, régisseur de la Société
du Bas-Ogooué, admet les rendements suivants, par an et par
pied, de la cinquième à la dixième année :
5 ans.........
6 ans.........
7 ans.........
8 ans.........
9 ans.........
10 ans.........

.... 0
.... 0
.... 0
.... 1
.... 1
2

kg.
»
»
»
»
»

300
500
750
500

M. Bartelinck, planteur au Surinam, donne à peu près de
même, comme produit moyen, 1 kilogramme 500 par an.
D’après M. Nicholls, cependant, on peut, au Surinam,
dans les bonnes terres d'alluvions, obtenir trois kilogrammes
et demi à quatre kilogrammes par arbre.
Au Mexique, d’après un rapport de l'ambassadeur d’An­
gleterre au Foreign-Office, des plantations comme celles de
« La Caroline », du district de Macuspana, possèdent des
arbres qui rapportent jusqu'à huit livres par an. A Alvarez,
à Apalzinghan, on obtient une moyenne de cinq livres.
Aux Antilles, par contre, le rendement serait bien moindre.
D'après M. de la Valette, la récolte de la Noël donne au
plus une livre et demie par pied, et celle de la Saint-Jean
une livre, lorsque les arbres ont de 5 à 8 ans.
En se basant sur tous les nombres précédents, il sera tou­
jours aisé de calculer le nombre moyen de cabosses que
doivent fournir tous ces plants : on peut admettre, en effet,

�1)1

LE CACAOYER

95

CULTURE DU CACAOYER

qu'un fruit cle cacaoyer rapporte 30 à 50 grammes de graines
sèches, la graine sèche pesant de 00 centigrammes à 1 gr. 30.

Frais d’établissement, graines comprises. . 300 francs.
Valeur foncière du terrain........................... 750
»

Frais d'installation et d'entretien. — Nous pensons qu'il
n’est pas sans intérêt de reproduire ici les comptes établis
par des planteurs en diverses contrées, pour donner une idée
des dépenses qu’entraînent l'installation et l'entretien d’une
cacaovère.
M. Marcano a dressé pour le Vénézuéla, en 1892, un devis
très précis.
Au Vénézuéla ainsi que dans d'autres pays de l’Amérique
espagnole, explique M. Marcano, les plantations de cacaoyers,
de cannes à sucre, de caféiers, etc., sont divisées en carrés
de cent vares (83 mètres 49) de côté, mesure agraire appe­
lée tablon ; et, en moyenne, un tablon contient 575 cacaoyers.
D'habitude, les propriétaires de terrains passent avec les
laboureurs des traités moyennant lesquels ils fournissent les
graines et l’arrosage ; les seconds s'engagent à leur rendre le
tablon planté, en due forme, de cacaoyers productifs, au prix
de 50 centimes le pied, ce qui revient à 288 francs pour
ladite superficie.
L'arrosage, qui a lieu tous les quinze jours pendant la sai­
son sèche, coûte, par année et par tablon, de 24 à 30 francs.
Les sarclage et enlevage des lianes nécessitent 13 corvées
d'ouvrier à 1 franc 50 chacune. Ce travail, fait deux fois par
an. coûte donc 39 francs.
Les frais de cueillette d’un hectolitre de cacao, qui pèse
42 kil. 800 sont en moyenne de fi francs, en y comprenant
les dépenses produites par l'élagage des arbres. Ces frais
oscillent entre 4 et 10 francs environ, suivant l’abondance de
la récolte.
Un tablon produit en cacao marchand 2fi4 kil. 500, c’est-àdire 6 à 7 hectolitres.
En ajoutant à tous les frais précédents le prix d’un bon
terrain, qui est, à Ocumare, de 750 francs le tablon, on peut
donc établir les comptes suivants pour un tablon :

Total.............. 1.050 francs.
Les frais annuels peuvent être, par suite, évalués comme
ci-dessous :
Intérêts de 1.050 francs à 9 °/0........ 94
Frais d’arrosage................................. 30
Sarclage, enlevage des lianes, etc.. . . 39
Frais de récolte et d’élagage............. 37

francs50
»
»
»

Un tablon coûte ainsi par an 200 fr. 50. Or, le prix de
vente de 2fi4 kil. 500 de cacao criollo à 316 fr. 20 les 100
kilog., s’élève à 83fi fr. 35. Il reste donc, comme bénéfice net
et annuel par tablon, 635 fr. 85.
Si le cacao est le trinilario (ou forastero), il n’est vendu que
138 fr. 33 les 100 kilogrammes, mais un tablon rapporte 529
kilogrammes. Le prix de vente est, dès lors, de 731 fr. 75,
et le bénéfice net 456 fr. 85.
Ces bénéfices sont ceux que peuvent espérer les proprié­
taires de cacaoyers des côtes : à l'intérieur, ils sont un peu
moindres, par suite des frais de transport.
Pour le Mexique, on trouvera des comptes analogues, éta­
blis, avec de nombreux détails, dans le Bolet in de agricultura,
mineria e indus-trias de Mexico (juillet 1893). L’auteur de l’ar­
ticle admet que la dépense totale d’une plantation de dix hec­
tares, au bout de la sixième année, y compris les intérêts des
sommes dépensées, s’élève à 2.321 dollars mexicains (12.500
francs environ). La septième année, ces dix hectares, qui four­
nissent 80 cargas à 20 dollars chacune, donnent une récolte de
1.600 dollars au minimum.
Ces renseignem mts concordent sensiblement avec ceux que
fournissait, en 189(1, au Foreign Office l’ambassadeur d'Angle­
terre. D’après ce rapport, dont nous avons déjà parlé, les plan­
teurs, dans le Chiapas et dans le Tabasco, font généralement des
contrats avec des entrepreneurs, moyennant 90 à 100 dollars

�CULTURE DU CACAOYER

mexicains pour mille arbres, qui doivent être livrés, en état
de production, dans 4 ans, la plantation étant faite dans debonnes conditions et convenablement ombragée. L’entrepre­
neur a, en outre, comme prolit personnel, la récolte des cul­
tures intercalaires et la première cueillette.
Lorsque le planteur n'a pas recours à l’entreprise et a des
ouvriers à son compte, il les paie de 5 à 8 dollars par mois,
plus la nourriture ; les mille arbres reviennent alors de 70 à 80
dollars. Si ce sont des journaliers, les dépenses des six pre­
mières années sont de 191 dollars par hectare, c’est-à-direpar 750 arbres.
La cueillette, la préparation et la mise en sacs coûtent
environ 3 à 5 dollars par carga de soixante livres (27 kil.
600).
D'autre part, les dix hectares donnent en moyenne 75 carg as,
représentant 4.500 livres (2.000 kil.) de cacao marchand. La
carga valant, à la plantation même, de 20 à 22 dollars, on
obtient, en définitive, intérêts et frais déduits, un profit
annuel de plus de 1.225 dollars mexicains (5.000 francs) par
10 hectares, sans compter le produit des cultures intermé­
diaires.
A la Trinidad et à la Grenade, les plantations sont souvent
faites, comme au Yénézuéla et au Mexique, par contrats pas­
sés entre les propriétaires et des entrepreneurs. Ce système
est bien décrit par M. Landes dans un rapport présenté au
gouverneur de la Martinique sur l'état de l’agriculture dans
les diverses colonies des Antilles.
« Les conditions dans lesquelles s’effectue ce travail sont
bien comprises à la fois par le propriétaire et par l’entrepre­
neur. Ce dernier est généralement un travailleur français
ou espagnol. Le propriétaire convient de payer l’abatage de
la forêt et de laisser la terre, quand elle est défrichée, à l’en­
trepreneur, à qui il est permis de planter des vivres, sans
payer de loyer. En revanche, il doit planter, à des distances
convenables, des cacaoyers et des arbres d'ombrage. Au bout
de 5 ans, il quitte le champ et reçoit 1 fr. 25 par
arbre en bon état. Lorsque les entrepreneurs travadlent bien,

97

ce système donne de bons résultats à la Grenade comme à la
Trinidad. Mais on ne peut comparer les plantations ainsi
faites à celles qui sont établies régulièrement par les proprié­
taires eux-mêmes. En réalité, le véritable avantage du sys­
tème réside dans sa commodité. On achète des terres de la
Couronne, payables en plusieurs années ; on paie le prix du
défrichement d'abord, puis le prix des arbres lorsqu’on va
avoir une première récolte.
Mais la plantation ainsi faite revient encore à plus de
1.000 francs l’hectare, sans compter le prix de la terre, qui
est de 85 francs.
Les inconvénients de ce système sont que les récoltes
vivrières épuisent le sol assez vite, ce qui, peut-être, n’est vrai
que pour les mauvaises terres, et aussi que, souvent, pour
obtenir une récolte de cacao avant l’expiration du contrat,
l’entrepreneur plante des sortes communes, comme les calabacillo, qui sont plus précoces que les autres, à la fois comme
développement de l’arbre et comme récolte. Le système du
contrat ne peut donc être excusable que là où la maind’œuvre est rare et la terre très fertile. Ailleurs, un proprié­
taire pourra planter sa terre lui-même, mieux et avec moins
de frais. »
D’après la Commission royale, le rendement, sur les bonnes
propriétés de la Trinidad, s'élève à 280 kil. par hectare, soit
0 kil. 464 par arbre. Exceptionnellement la production, sur
une propriété de 446 hectares, s’est élevée à 112.500 kil.,
soit 770 kil. à l’hectare et 1 kil. 252 par arbre. Le prix de
revient d’un sac de 75 kil. étant de 42 fr. 50, on voit que la
marge pour les bénéfices est considérable.
A la Guadeloupe, d’après M. Guérin, la valeur de la terre
propre au cacaoyer pouvait être évaluée, en 1896, entre 3.000
et 5.000 francs l’hectare (alors que celle des terres d'autre
nature varie entre 200 francs et t.000 francs). On peut, en
outre, estimer les frais de mise en culture de cette superficie
d’une cacaoyère à un minimum de 3.000 francs, avant que les
arbres ne rapportent. Dans la suite, la main-d’œuvre d’entre­
tien ne doit pas dépasser 300 francs, y compris la cueillette
Le Cacaoyer.

�CULTURE n u

des fruits, leur transport et leur préparation. Toujours d’après
M. Guérin, si les plantations étaient entreprises et entrete­
nues avec grand soin, le revenu de cet hectare devrait être de
3.000 ou 4.000 francs. Ajoutons que de la Pointe à Pitre
jusqu'il la livraison à Bordeaux (assurance, frais de paquebot,
débarquement, connaissement, magasinage, etc.), il faut
compter 19 centimes par kilogramme, auxquels on ajoutera
encore les droits de douane (20 fr. 23 les 30 kil.).
Sur la cote occidentale d’Afrique, au Cameroun, le profes­
seur Wohltmann estime que le défrichement et la plantation
d'un hectare reviennent à 700 marks (873 francs), l'hectare
comprenant 300 arbres en moyenne, 330 à 630 sur les sols
moins fertiles. Or, lorsque les cultures seront bien établies,
chaque pied devra donner 2 kilogrammes à 2 marks. Pour
500 arbres, l'hectare rapportera 1.000 marks; c’est à peu près
le bénéliee obtenu actuellement à San-Thomé.
En ce qui concerne le Congo français, nous donnerons les
évaluations de M. Rousselot, publiées dans la Revue des cul­
tures coloniales (février 1898). Il s’agit toujours de la planta­
tion d'un hectare.
La première colonne du tableau ci-dessous indique le nombre
de journées nécessaire pour mettre en état les terrains peu
boisés et les sous-bois peu fourrés; dans la seconde, on sup­
pose des terrains très boisés et des sous-bois très fourrés.
J o u rn é e s

D é b r o u s s e m e n t e l a b a t a g e d e s t a i l l i s ...............
C o u p e e t é la g a g e d e s a r b r e s . . ............................
B r û la g e e l n e t t o y a g e .....................................................
J a l o n n e m e n t .......................................................................
C r e u s e m e n t e t r e m p l i s s a g e d e 023 t r o u s ..........
P l a n t a t i o n , a r r o s a g e e t c o u v e r t u r e ....................
Q u a t r e b i n a g e s a n n u e l s ................................................

200
200
300
20
50
50
600

J o u rn é e s .

3b0
400
300
20
50
50
600

Les travailleurs indigènes étant payés 50 centimes par
jour, la moyenne du coût de plantation d’un hectare de
cacaoyer revient, la première année, à environ 800 francs. La
seconde année, les frais seront déjà moindres, et, pour les
suivantes, les travaux ne consistant qu’en débroussements,

CACAOYER

99

la dépense annuelle sera de 300 francs. A la sixième année,
lors de la première récolte, l’hectare aura donc coûté
2.300 francs, non compris, il va sans dire, le traitement du
directeur, les frais d’outillage, etc.
La sixième année, chaque pied peut donner un demi-kilo­
gramme de cacao ; un hectare de 623 arbres rapportera donc,
au prix de 2 francs le kilogramme, 625 francs.
La dixième année, si chaque pied fournit 2 kilogrammes, le
revenu d’un hectare sera de 2.500 francs.
Et, à cette époque, en admettant 750 grammes pour la
septième année, 1 kilogramme pour la huitième et 1 kil. 500
pour la neuvième, le rendement total aura été de 7.185 francs.
Le bénéfice commence vers la huitième année.

�V

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO
Nous avons dit, dans le chapitre précédent, à quelles
époques a lieu la récolte du cacao dans les diverses con­
trées. Nous allons décrire maintenant les détails de cette
récolte et les opérations consécutives.
On doit avoir tout d'abord grand soin de ne cueillir que
les fruits bien mûrs, car il suffît de quelques grains verts pour
nuire à la qualité de toute une récolte par leur saveur âcre et
amère. On reconnaît que la cabosse est mûre lorsqu’elle a pris
sur toute sa surface la couleur rouge ou jaune qui est propre
à la sorte qu'on cultive : le bout inférieur seul doit rester vert.
Ce choix a une importance telle que l'opération de la cueil­
lette ne doit jamais être confiée qu'à des travailleurs soigneux
et expérimentés.
Cueillette. — Les fruits placés sur le tronc ou sur les
branches basses, à portée de la main, peuvent être cueillis à
l’aide d’un sécateur. En tous les cas, il ne faut pas les arracher
en tordant le pédoncule : les fleurs étant, en effet, généralement
par bouquets, d’autres fruits peuvent naître un peu plus tard,
tout près du point où a été enlevé le premier; et la moindre
blessure, qui entamerait l'écorce, empêcherait le développement
de ces fruits.
Pour les fruits des branches plus hautes, on se sert, à la
Trinidad, de la sorte de faucille représentée ci-contre (fig. 18),
qu’on adapte à une perche en bambou, de 2 ou 3 mètres de
longueur. Cette faucille est faite de façon à pouvoir être
employée, soit en poussant de bas en haut, soit en tirant de
haut en bas, soit même en coupant de côté, si la lame est
bien tranchante. On prend avec cette serpette les mêmes pré-

�102

LE CACAOYEII

cautions qu’avec le sécateur : on fait, juste au-dessous du fruit,
une section aussi nette que possible.
Les fruits qui jonchent le sol sont ramassés, puis mis en tas,
soit dans la plantation même, si le temps est sec, soit sous
un hangar, si des pluies sont à craindre. On fait un ou plu­
sieurs tas, suivant l’importance
de la récolte.
Écossage. — Beaucoup de plan­
teurs laissent les cabosses en tas,
pendant deux ou trois jours,
avant de les ouvrir : d’autres
procèdent immédiatement à l'écossage. De ces deux méthodes
quelle est la préférable? Il semble
qu'il n’y a rien de bien précis à cet
égard. Les partisans de la première
donnent pour raison que le travail
de la maturation s’achève dans
les cabosses ainsi entassées pen­
dant quelques jours, mais on ne
peut admettre qu'il faille avoir
recours à cette précaution, car les
F i g . 18. — F a u c ille à c a c a o .
fruits ne doivent être cueillis qu'à
maturité bien complète et ne donnent jamais, dans le cas
contraire, qu'un produit inférieur, même si on les laisse mûrir
après les avoir détachés.
M. Hart, le directeur du jardin botanique de la Trinidad, si
compétent en ces questions, donne la préférence à l’écossage immédiat, qui, dit-il, permet au planteur de protéger
sa récolte contre les intempéries, et contre les dégâts des
animaux, rats, écureuils, etc. A ses yeux, le seul inconvénient
du procédé est qu’il nécessite un plus grand nombre d’ouvriers.
L’écossage est ordinairement le travail des femmes, des
enfants ou des vieillards. A la Guadeloupe, on brise les
cabosses en les frappant contre l'angle d’une pierre ou en don­
nant un coup sec avec un caillou; un autre travailleur achève

RÉCOLTE ET PRÉPARATION

DU CACAO

103

de les ouvrir et détache les graines avec le doigt. Mais le
mieux est de faire, avec un coutelas, une incision circulaire,
en évitant de blesser les graines : d'un coup sec, on sépare
ensuite les deux moitiés et on dégage les graines de la
pulpe1. Quelques auteurs recommandent de faire cette inci­
sion dans le tiers inférieur du fruit, du côté du pédoncule ;
on peut ainsi enlever très facilement le rachis central, avec
toutes les fèves qui y sont attachées.
Au moment de l’écossage, si l'on voulait avoir des cacaos
supérieurs, il serait bon — ce qui se fait peu d'ailleurs — de
séparer les graines bien mûres de celles qui le sont moins ;
et, d’après l’apparence de la pulpe qui entoure la graine, on
peut se rendre un compte exact de l’état de cette graine.
M. Hart, à ce sujet, réprouve l’habitude qui est à peu près
générale de confier l ’écossage aux personnes malhabiles. On
devrait, au contraire, là également, employer des ouvriers
capables de faire un triage judicieux, et c’est ce qui se pra­
tique, paraît-il, avec raison, à Ceylan.
L'écossage terminé, nous avons dit plus haut qu’il y a
avantage à enfouir dans le sol de la cacaoyère les cabosses
vidées.
Fermentation. — Les graines extraites des cabosses sont
portées dans les magasins à fermentation, et c’est le moment
le plus important de la préparation du cacao.
Mais avant de décrire les méthodes employées, on peut se
demander quel est le but et aussi quel est le mécanisme de
cette fermentation. La question, malgré son importance, est
malheureusement encore incomplètement résolue.
Des recherches ont cependant déjà été faites; et, à la fin de
1889, en particulier, M. Hart, de la Trinidad, dans l’espoir
d obtenir quelques données nouvelles, lit mettre, par le Gou­
verneur de l'ile, le sujet au concours. Trois prix furent
1. Au Surinam , les ouvriers recueillent cette pulpe clans des bou­
teilles qu'ils portent sur eux : ils la boivent fraîche ou la font ferm en­
ter, pour obtenir un alcool de cacao. Ils préparent aussi un vinaigre en la
laissant à l'air pendant quelque tem ps, diluée dans l'eau.

�104

LE CACAOYER

décernés aux auteurs des meilleurs mémoires. Il faut pourtant
bien reconnaître que les résultats ne furent pas ce qu’on pou­
vait espérer : les auteurs couronnés semblent, en elTet,
avoir fait preuve de connaissances purement techniques, bien
plutôt que des connaissances scientifiques nécessaires pour
résoudre un problème aussi complexe. Et dans le traité où il
résume ces essais, M. Hart n’a pu, en somme, à son tour,
que poser très nettement la question.
Le seul point, à peu près, qui paraisse bien acquis, c’est que la
fermentation, bien qu’elle soit négligée en quelques rares
pays, est nécessaire : les cacaos bien fermentés atteignent tou­
jours des prix supérieurs aux autres.
Quant à l'utilité de cette fermentation, c’est, avant tout,
aux yeux des planteurs, de débarrasser la graine de la pulpe
sucrée qui l’englobe, pour permettre ensuite à cette graine
de sécher plus rapidement ; c’est aussi de provoquer dans
1amande des transformations qui l’améliorent, en modifiant
son goût et sa couleur. Le cacao passe de sa couleur pourpre
naturelle à une couleur chocolat ou cannelle. On admet
encore que, pendant la fermentation, la coque durcit et s ’af­
fermit, et l’amande, bien protégée pendant le transport, se
conserve mieux.
Où le désaccord entre les opinions commence, c’est lors­
qu'il s’agit d’expliquer comment ces transformations se pro­
duisent.
D’après le docteur Chittenden, dont le mémoire eut le
premier prix à la Trinidad, l’agent de ces transformations est
le liquide fermenté qui provient delà pulpe; ce liquide traverse
le tégument de la graine et se répand à l’intérieur de l’amande.
Et le docteur Chittenden rappelle le moyen que les planteurs
emploient souvent pour reconnaître si la fermentation est suf­
fisante et s’est faite régulièrement : ils font, de temps à autre,
des sections dans les graines et « lorsque la fermentation a
été bien conduite, les cotylédons se séparent, et la liqueur
vineuse de la pulpe, qui a traversé le tégument séminal,
occupe cet intervalle, ainsi que les cavités qui se trouvent
entre les plis. C’est cela qui a une influence physiologique si

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

105

marquée et qui agit sur l’arome, la graine étant, pour ainsi
dire, cuite dans son jus. »
« Toute cette description, remarque M. Hart, est littérale­
ment exacte... Le principal but de la fermentation semble
bien être de modifier la partie interne de la graine en lui fai­
sant absorber des produits provenant de la pulpe en décom­
position. Quand on n’arrive pas h ce résultat par l’une ou
l’autre des méthodes employées, le cacao est classé comme
non fermenté, et de valeur inférieure. »
Et il est certain que plusieurs faits viennent à l'appui de
cette hypothèse et établissent qu’il y a influence exercée parla
pulpe sur les tissus internes de la graine, après filtration à tra­
vers le tégument. En premier lieu, il est bien connu que la durée
nécessaire de fermentation est en rapport avec l’épaisseur du
tégument : les fèves de criollo, à coque mince, fermentent plus
rapidement et s’adoucissent plus tôt que celles de calabacillo
ou de forastero, à coque plus dure. Nous avons, en outre, déjà
cité, ailleurs, une expérience de M. Hart : des fèves débar­
rassées de leurs coques et mises avec la pulpe ont fermenté
pendant trois jours à 27° et avaient acquis, au bout de ce
temps très court, qui eût dû être doublé ou triplé si le tégu­
ment n’avait pas été enlevé, un goût agréable de chocolat et
la couleur claire de l’écorce de cannelle.
Mais quel peut être le mode d'influence de la pulpe?
M. Hart, au cours de l’expérience que nous venons de citer,
remarqua que l'odeur des graines rappelait « celle du moût
quand le brassage s’opère. » Il tend, de là, à conclure que la
pulpe produit une diastase, qu elle introduit dans la graine et
qui est le point de départ’de la transformation de l’amidon.
L’opinion de M. Hart est à rapprocher de celle émise anté­
rieurement par M. Prestoe, son prédécesseur au jardin bota­
nique de la Trinidad. Suivant M. Prestoe, le maltage serait la
base du procédé de fermentation du cacao : la graine présen­
terait un début de germination et son amidon se transforme­
rait en sucre. Toutefois M. Hart, avec raison, n'admet pas
même un début de germination : la graine mise à fermen­
ter est très rapidement tuée, avant que la radicule ait pu s’al-

�106

longer; et il y aurait, au surplus, un inconvénient sérieux
dans ce commencement de germination, qui amènerait la déchi­
rure du tégument. Pour M. Hart, il y a, pendant la fermen­
tation du cacao, un maltage, mais « un maltage sans germina­
tion », et la diastase provient de la pulpe.
Tableau X I.

— A n a l y s e s c o m p a r é e s de g r a i n e s séchées
e t d e g r a i n e s f e r m e n t é e s de Calahacillo e t de Foraslero.

la fermentation, la composition de la pulpe, des coques et des
amandes qu'on peut aboutir à une solution sérieuse. Et, à ce
point de vue, les recherches les plus précises et les plus véri­
tablement scientifiques qu’on puisse citer sont celles de
MM. Jenman et Harrison, qui datent du mois de mars 1898.
X II. — A n a l y s e s c o m p a r é e s d e g r a i n e s f r a î c h e s
e t d e g r a i n e s f e r m e n t é e s d e Calahacillo e t d e Foraslero.

T ableau

G ra in e s

GRAI&gt; es de cala B/ICILLO GRAINES DF FOBASTEBO
a v ec pulpe
a v ec pulpe
Scellées

Fermentées

Séchées

000
704
681
023
186
181
143
070
080
000
822
404
048
515
620
000
074
044
559
134
312
355
022
482
008
044

T.1 6 9
7 .2 1 3
3 500
I 549
0 103
40 7 44
0 000
0 024
5 249
5 306
2 671
2 420
l î 645
5 503
0 535
0 869
1 114
0 105
0 686
0 207
1 125
0 120
0 065
0 . 057
1. 113
0 020

5 .0 0 0
7 .2 0 3
3 .3 0 5
1 .4 6 1
0 .3 3 1
3 7 .5 7 5
1 .2 6 3
1 .2 0 0
8 .5 ï 5
6 .0 5 3
2 .8 6 0
2 .6 2 0
1 0 .4 2 0
6 .8 0 3
0 .6 8 7
tra c e s
0 .9 6 4
0 .0 4 0
0 .6 2 7
0 .1 5 7
1 .0 3 3
0 .0 0 6
0 .0 2 2
0 .0 0 2
1 .3 7 0
0 .0 8 9

100 319

100. 000

9 9 .8 4 3

ri
0
0
2
Ô
38
2
0
5
G
1
4
12
5
0
0
0
0
0
0
1
0
0
0
1
0

100 000

Mais, ainsi que M. Hart lui-même le reconnaît, toutes les
conclusions, quelles qu’ellessoient, restentautant d'hypothèses,
tant que des analyses chimiques très précises n'ont pas été faites.
On conçoit que c'est seulement en comparant, avant et après

G ra in e s

2

A lb u m in o ïd e s ............................................
S u b stan c e s az o té e s in d é te rm in é e s .
T h é o b r o m i n e ........................ ...................
C a f é i n e ........................................................
S u b s ta n c e s g r a s s e s ....................
G lu c o s e ......................................................
S a c c h a ro s e ...................................................
S u b s ta n c e s a s tr in g e n t e s ................. ..
P e c tin e , e t c .................................................
R o u g e d e c a c a o .......................................
F ib re s d i g e s t ib l e s ..................................
F ib re s lig n e u s e s .......................................
A cide ta r triq u e l i b r e .............................
A cide a c é tiq u e lib re .............................
A cide ta r triq u e c o m b in é ................. .. .
P e ro x y d e d e f e r .......................................
M a g n é s i e ....................................................
C haux ...........................................................
P o t a s s e ........................................................
S o u d e .............................................................
S i l i c e .............................................................
A c id e s u l f u r i q u e .....................................
A c id e p h o s p h o riq u e ...............................
C h l o r e ...........................................................

1
C*
■Zi

3 .9 0 4
0 .2 7 4
0 .8 1 4
0 .0 7 5
15.361
0 .8 6 2
0 .0 3 2
2 106
2 .7 7 6
0 .7 3 3
1 .772
4 .8 4 7
2 .2 1 9
0 .2 5 3
0 .0 0 0
0 .3 9 2
0 .0 1 8
0 .2 2 5
0 .0 0 4
0 .5 2 8
0 .1 4 3
0 .0 0 9
0 .1 9 4
0 .4 4 2
0 .0 1 9

2 ,7 0 2
2 1719
1 .1 6 8
0 .5 8 4
0 .0 3 9
15.361
0 .3 4 2
0 .0 0 9
1 .979
2 .0 0 0
1 .0 0 7
0 .9 1 2
4 .3 7 9
2 .0 7 4
0 .2 0 1
0 .3 2 7
0 .4 2 0
0 .0 3 9
0 .2 5 8
0 .0 7 8
0 .4 2 4
0 .0 4 5
0 .0 2 4
0 .0 2 1
0 .4 1 9
0 .0 0 7

1 0 0.132

3 7 .5 3 8

avec

p u lpe de

FO nA S T E R O

6

Fermentées
7 .0 2 7
6 259
2 641
1 402
0 431
46 263
0 586
0 000
6 367
3 588
1 457
2 883
9 070
6 662
0 420
0 674
0 081
0 078
0 676
0 163
0 945
0 195
0 051
0 016
1 155
0 040

avec p ulpe de

CALAHACILLO

2

E a u .................................................
A l b u m i n o ï d e s ...........................
Substances aiMécs iudé(ermiare$.........
T h é o b r o m i n e ............................
C a f é in e .........................................
S u b s t a n c e s g r a s s e s ...............
G l u c o s e ........................................
S a c c h a r o s e ...........................
A m i d o n ........................................
S u b s ta n c e s a s t r in g e n t e s ..
P e c ti n e , e t c ..............................
R o u g e d e c a c a o ......................
F i b r e s d i g e s t i b l e s .................
F i b r e s l i g n e u s e s ....................
A c id e t a r t r i q u e l i b r e ..........
A c id e a c é t i q u e l i b r e ..........
A c id e t a r t r i q u e c o m b i n é . .
P e r o x y d e d e f e r ......................
M a g n é s i e .....................................
C h a u x ................... ........................
P o t a s s e ............ ........................
S o u d e .........................................
S i l i c e ............................................
A c id e s u l f u r i q u e ....................
A c id e p h o s p h o r i q u e .............
C h l o r e ...........................................

107

RÉCOLTE ET PRÉPARATION OU CACAO

LE CACAOYER

V

S
5
— 59 078
— 1 .1 8 5
v O . S '. I i
— 0 .2 3 0
— 0 .0 3 6
0 .0 0 0
— 0 .5 2 0
— 0 .0 2 3
— 0 .4 2 7
— 0 .7 7 6
4 0 .3 7 4
— 0 .8 6 0
— 0 .4 6 8
— 0 .1 4 5
— 0 .0 4 2
4 0 .3 2 7
4 - 0 .0 2 8
-j- 0 .0 2 1
4 0 .0 3 3
-j- 0 .0 2 4
— 0 .1 0 4
— 0 .0 9 8
4 0 .0 1 5
— 0 .1 7 8
— 0 .0 2 3
— 0.011

•Zi

U-

U
Cu
«©
U

58.261
3 .1 6 5
1 .452
0 .6 4 1
0 .1 4 5
16.509
0 .5 5 5
0 .5 3 1
3 .7 5 1
2 .6 5 9
1 .261
1.151
4 .5 7 8
2 .9 8 9
0 .3 0 2
tra c e s
0 .4 2 3
0 .0 2 1
0 .2 7 5
0 .0 6 9
0 .4 5 4
0 .0 4 2
0 .0 0 9
0 .0 4 0
0 .6 0 2
0 .0 3 9

2 .5 0 7
2 .2 3 3
0 .9 4 2
0 .5 0 0
0 .1 5 4
16.509
0 .2 0 9
0 .0 0 0
2.201
1 .2 8 0
0 .5 2 0
1 .0 2 8
3 .2 3 6
2 .3 7 7
0 .1 5 0
0 .2 4 0
0 .3 5 0
0 .0 2 8
0 .2 4 1
0 .0 5 8
0 .3 3 7
0 .0 6 9
0 .0 1 8
0 .0 0 6
0 .4 1 2
0 .0 1 4

99 927

3 5 .6 7 9

l

O
O
C
■S

— 55.751
— 0 .9 3 2
— 0 .5 1 0
— 0.141
+ 0 .0 0 9
o .o o o
— 0 .2 4 6
— 0.531
— 1 193
— 1.379
— 0.741
— 0 .1 2 3
— 1 342
— 0 .6 1 2
— 0 .1 5 2
4 0 .2 4 0
— 0 .0 7 3
4 0 .0 0 7
— 0 .0 3 4
— 0 .011
— 0 .1 1 7
4 0 .0 2 7
4 0 .0 0 9
— 0.03-1
— 0 .1 9 0
— 0 .0 2 5

Déjà nous avons donné plus haut (page 45) le résultat des
analyses faites par ces auteurs sur des amandes sèches et sur
des amandes fermentées de calahacillo et de foraslero, ainsi
que (page 43) les résultats analogues obtenus pour les
coques. Nous avons encore (page 89) reproduit les analyses
d’amandes et de coques avec pulpe des mêmes sortes.

�108

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

LE CACAOYER

A tous ces résultats s’ajoutent ceux qui sont consignés dans
les tableaux XI, XIl et XIII. Pour les deux mêmes variétés
calabacillo et forastero, MM. Jenman et Harrison ont comparé,
avant et après la fermentation, la composition des graines
entières, y compris le tégument et la pulpe. Un lot de ces
graines a été simplement séché, l'autre a été soumis à la
T ableau X III. — A n a l y s e s c o m p a r é e s d 'a m a n d e s f r a î c h e s
e t d ’a m a n d e s p r é p a r é e s d e C a la b a c illo e t d e F o r a s t e r o .

60 412

1

l

,

i

3 675
3 3 .9 6 2
4 419 — 2 .2 7 7
2 059 + 1 521
1 003 — 0 319
0 032 — 0 .0 7 6
29 256
0 .0 0 0
0 60-1 — 0 .3 8 7
OOO
0
0 000
3 221 — 0 .5 4 3
3 610 — 1 .3 9 4
1 178 + 0 521
1 390 — 1 .5 6 2
3 737 — 1 .3 7 5
2 780 — 0 .2 5 0
0 328 + 2 .2 5 9
0 544 + 0 541
0 377
0 100
0 069
0 .0 3 7
0 375 + 0 .0 5 1
0 118
0 .0 6 4
0 592
0 .2 5 0
0 288 + 0 a i!)
0 022 + 0 .0 0 6
0 031
0 .0 4 8
0 712 — 0 .0 3 7
0 012 — 0 .0 0 7

D ifféren ces

1 0 0 .0 0 0

ë
5

P rép arées

3 7 .6 3 7
6.6116
0 .5 3 1
1 .3 5 2
0 .1 0 8
21). 256
(1 991
tra c e s
3 .7 6 4
5 .0 0 4
0 .6 5 7
2 .6 5 2
5 .1 1 2
3 .0 3 0
0.0 7 !)
0 .0 0 0
0 . 177
0 .0 3 2
0 .3 2 1
0 .0 5 4
0 .8 4 2
0 .2 3 9
0 .0 1 0
0 .0 7 9
0 .7 4 9
0 .0 1 9

0

F ra îc h e s

E a u ..............................................................
A lb u m in o ïd e s ...........................................
S u b stan c e s azo tées in d é te rm in é e s ..
T h é o b r o m in e ...........................................
C a f é i n e .......................................................
S u b stan c e s g r a s s e s ..................................
G lucose .......................................................
S a c c h a ro se ..................................................
A m id o n .....................................................
S u b stan c e s a s tr in g e n te s ......................
P e c tin e , e tc ...........................................
R o u g e de c a c a o .......................................
F ib re s d ig e s tib le s ....................................
F ib re s lig n e u s e s ......................................
A cide ta r triq u e lib re .............................
A c id e a c étiq u e l ib r e .............................
A cide ta rtriq u e com biné ...................
P e ro x y d e de f e r ......................................
M a g n é s ie .....................................................
C h a u x .........................................................
P o t a s s e .......................................................
So u d e .........................................................
S i li c e ............................................................
A cide su lfu riq u e .......................... ..
A cide p h o sp h o riq u e ...............................
C h lo r e ..........................................................

P rép arées

fa

S
O

C

f

A m a n d e s d e koiustebo

j

A m a n d e s de calahacilio

3 6 .5 6 7
1.8 2 6
2 .7 2 5
0 88 i
0 222
3 0 .6 0 2
0 .1 6 5
0 .9 1 7
6 .0 3 8
4 ,8 9 4
1 .3 8 0
1 .5 4 3
2 821
3 .4 5 8
0 .0 3 8
0 .0 0 0
0 .4 8 7
0 .0 3 2
0 .4 5 4
0 .1 0 5
0 .6 3 5
0 .0 6 8
0 .0 1 6
0 -0 4 8
1 .0 4 5
0 .0 3 2

3 .6 8 7
3 .5 9 9
1 .1 8 2
0 .8 6 9
0 .2 4 3
3 0 .6 0 2
0 .3 3 2
0 .0 0 0
3 .9 6 3
2 .0 3 7
0 .4 5 2
1 .6 7 3
3 .3 7 7
3 .6 4 0
0 .2 4 6
0 .3 5 2
0 .3 5 0
0 .0 3 3
0 .3 6 4
0 .0 9 0
0 .4 5 5
0 .1 1 5
0 .0 1 2
tra c e s
0 .7 1 0
0 .0 2 5

— 32 880
—
1.227
—
1 .2 4 3
— 0 .0 1 3
0 .0 2 1
0 .0 0 0
+ 0 .1 6 7
0 .9 1 7
— 2 .0 7 5
— 2 .8 5 7
— 0 .9 2 8
+ 0 .1 3 0
+ 0 .5 5 6
+ 0 .1 9 2
+ 0 . 2 i8
+ 0 .3 5 2
— 0 .1 3 7
+ 0 .0 0 1
0.09(1
— 0 .0 1 5
— 0 .1 8 0
+ 0 .0 5 7
0 .0 0 4
— 0 .0 1 8
— 0 .3 3 5
0 .0 0 7
~

1 0 0 .0 0 0

5 8 .7 0 S

fermentation (tableau XII). Dans le tableau XII, la même
comparaison est faite entre des graines non séchées et encore
fraîches et des graines fermentées. Enfin dans le tableau XIII
sont comparées des amandes fraîches et des amandes fer­
mentées. Dans ces deux derniers tableaux, la perte et le gain
sont indiqués en regard.

100

On voit combien tous ces résultats, mieux que toutes les
recherches antérieures, contribuent à éclaircir la question, s’ils
11 e l'élucident pas entièrement.
Il se trouve établi que, pendant la fermentation, presque
toutes les matières énumérées subissent des pertes, à l’excep­
tion des matières azotées, des gommes et des acides libres.
Mais le fait important mis surtout bien en évidence,
c’est que, contrairement à ce que pensait M. Hart, la
saveur douce de la graine ne peut avoir pour cause la pré­
sence de glucose. Une certaine quantité de cette substance
doit bien avoir été produite aux dépens de la cellulose diges­
tible et de l’amidon, mais, puisque la proportion est moindre
dans l'amande fermentée que dans l’amande fraîche, il faut
admettre que le sucre est passé par osmose dans le liquide
extérieur, soit en nature, soit après avoir subi la fermentation
alcoolique.
Donc l’adoucissement de la saveur de l’amande, comme le
fait bien remarquer M. Saussine, qui commente le travail de
MM. Jenman et Harrison, 11e provient pas d’une accumula­
tion plus grande des sucres formés aux dépens des substances
amylacées, mais ne paraît s’expliquer que par une diminution
du taux des matières astringentes.
Il resterait h savoir ce que sont devenues ces matières
astringentes : ont-elles donné, par dédoublement, des pro­
duits plus simples, ou bien ont-elles été entraînées au
dehors, grâce à leur solubilité dans l'alcool ? C’est la question
qui est encore à résoudre.
Un autre point sur lequel il serait utile d’être fixé, c’est
la part qu’il faut attribuer, dans le phénomène de la fer­
mentation, à la température. Les planteurs ne sont même pas
d'accord sur le degré de chaleur nécessaire : M. Morris donne,
comme optima, une température de 60° C; M. Crichlow, l’au­
teur de l’essai qui obtint le second prix à la Trinidad, pense
que la plus convenable est celle de i3° ; le docteur Chittenden
admet celle de 16 à 49°, sans qu’on sache trop, du reste, sur
quelles bases ces auteurs ont établi leurs déterminations.
M. Hart, de son côté, est bien plutôt porté h croire que

�110

LE CACAOYER

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

la chaleur qui se dégage pendant la fermentation n’est pas si
nécessaire qu’on le suppose pour obtenir une préparation
convenable : dans l’expérience que nous avons déjà citée, et où
des fèves décortiquées furent laissées en contact avec la
pulpe pendant trois jours et donnèrent des cacaos de première
qualité, la température ne fut jamais que celle de l’air exté­
rieur, soit en moyenne 20° C.
Ici encore des séries d’expériences qui n'ont jamais été
faites, et qui seraient des plus simples, puisqu’elles consiste­
raient à placer des thermomètres dans les tas en fermentation
et à faire des lectures à intervalles rapprochés, fourniraient
des données de grande valeur.
Ce qui retarde ces expériences à la Trinidad, dit M. Hart,
c’est ce préjugé général que la fermentation du cacao est une
opération simple et facile, « car nous voyons qu’on la confie à
des gens légèrement au-dessous du type le plus inférieur de
l’homme sans instruction. Nous voyons que le planteur ama­
teur, qui est quelquefois un médecin, parfois un premier juge,
souvent un pasteur, fréquemment un homme de loi et non
rarement un ingénieur, obtient de beaux échantillons en se
fiant entièrement à l'habitude de l’opérateur de cette classe. Il
est cependant temps de nous familiariser avec des méthodes
plus scientifiques, et d’amener les classes plus élevées à
porter leur intelligence sur ce sujet, pour obtenir des produits
d’une valeur supérieure. »
Pour le moment, M. Hart pense, comme M. Chittenden et
comme M. Crichlow — car les auteurs des deux premiers
mémoires couronnés sont d’accord sur ce point — que la meil­
leure méthode de fermentation est la méthode Strickland,
adoptée aujourd’hui dans maintes exploitations de la Grenade
et de la Trinidad.
La construction se compose de 3 bassins en ciment, de
dimensions égales, et mesurant chacun 3 mètres de longueur,
2 mètres de largeur et 1 mètre 30 de profondeur, le tout recou­
vert d'un toit en tôle galvanisée, à 1 mètre 50 au-dessus du
bord. Il y a, par conséquent, passage libre à l'air et au vent.
Chaque bassin a les parois et le fond doublés de planches

bien ajustées, qui sont placées à quelques centimètres de la
maçonnerie ; celles qui forment le fond, et qui sont distantes
de la maçonnerie de 10 centimètres environ, sont perforées, au
vilbrequin, d’un grand nombre de petits trous ; l’inclinaison
de ce plancher, comme celle du fond maçonné, est de 30 cen­
timètres environ. En outre, dans le ciment même et dans les
planches des parois, on perce, sur les deux faces latérales, et en
regard, 2 rangées horizontales parallèles de 6 trous de 7 cen­
timètres environ de diamètre : l une de ces rangées est à
15 centimètres au-dessus du plancher, l'autre à 35.
Par chaque paire de trous se faisant face on fait passer un
bambou creux, qui est perforé sur toute sa longueur, et de 7 en
7 centimètres, de trous de 15 millimètres de diamètre. Ces
tubes perforés sont destinés à assurer l’aération de l intérieur
des tas.
Chacun des compartiments peut être fermé par un solide
couvercle en bois, s ajustant bien exactement. Enfin un ori­
fice, à la partie inférieure de la maçonnerie, sert à l’écoulement
du liquide fermenté qui a traversé le plancher perforé.
L'opération est conduite de la façon suivante :
On bouche d’abord toutes les ouvertures du premier com­
partiment, c’est-à-dire l'orifice du bas et les extrémités des
bambous; puis on remplit le compartiment à peu près jus­
qu’aux bords et on rabat le couvercle, après avoir, au besoin,
assuré une fermeture plus complète en recouvrant les graines
avec des feuilles de bananier ou de figuier.
Des pierres ou un poids quelconque peuvent être mis par
précaution sur le couvercle.
Au bout de 24 heures, s'il fait chaud, ou un peu plus tard,
si le temps est pluvieux, on débouche, du côté opposé à celui
d'où vient le vent, un des bambous de la rangée supérieure
et un de ceux delà rangée inférieure. On aère ainsi l'intérieur du
tas, et on peut, par la même occasion, introduire des ther­
momètres dans les bambous pour s'assurer que la tempéra­
ture ne s’élève pas au-dessous de 43° C.
A la fin du troisième jour, on débouche l'orifice du bas, pour
laisser s’écouler le liquide accumulé, on enlève le couvercle
et on transporte le cacao dans le second compartiment.

�113

LF CACAOYER

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

Dans cette seconde cuve, le cacao doit rester également
trois jours; on peut laisser monter la température jusqu'à
47°. Lorsqu'elle s’élève davantage, ou débouche un plus ou
moins grand nombre de bambous.
Dans le troisième compartiment, le cacao est laissé pen­
dant 4 jours au minimum, et à une température qui ne doit
jamais descendre au-dessous de 35°. De l'avis de beaucoup de
planteurs, plus cette phase est prolongée et plus le séchage est
ensuite rapide. Il y a cependant, bien entendu, une limite
maxima qu'il ne faut pas dépasser, et qui varie suivant la
température et le temps. Pendant la saison pluvieuse, l’opé­
ration totale peut durer trois semaines au maximum.
Au moment du transport d’un compartiment dans l’autre,
on a toujours soin de désagréger les fèves qui se sont agglu­
tinées. Ce travail est surtout de rigueur lors du passage de
la seconde cuve dans la troisième. On doit avoir aussi la
précaution de bien laver chaque compartiment avant de le
remplir. Pour le transport on se sert de pelles en bois, et il
faut prendre la précaution de ne jamais toucher le cacao avec
des outils en fer ou en bois résineux.
Lorsque toutes ces opérations ont été conduites avec soin,
les cotylédons sont séparés et gonflés, le liquide de la pulpe
remplit les intervalles ; l’amande, qui était dure, présente, sous
la pression des doigts, une certaine élasticité. C’est à ce
moment que la fermentation doit prendre fin. La pratique
seule, du reste, apprendra comment, suivant la plus ou moins
grande chaleur, suivant l’état de l’atmosphère et suivant
aussi la sorte des graines, il faut prolonger ou diminuer les
délais moyens que nous venons d’indiquer, pour chacune des
trois phases.
En admettant que l’opération nécessite ce temps moyen, qui
est le plus ordinaire, on voit que la première cuve est chargée
tous les 4 jours; le travail est donc intermittent. Les planteurs
deSurinam obtiennent une fabrication continue en augmentant
le nombre des compartiments : le cacao passe chaque jour
d une case à la suivante. Dans ce cas, la température ne pou­
vant s’élever beaucoup en 24 heures, les tubes de bambou
sont supprimés.

La mél/ioclc Strickland, que nous venons de décrire, est, avonsnous dit, celle qui est aujourd’hui réputée la meilleure et qui
doit être préférée dans foute plantation importante. Malheu­
reusement elle, nécessite la construction de bâtiments spéciaux,
qui ne peuvent être établis dans des plantations plus modestes.
Les petits propriétaires ont donc recours à des procédés plus
simples.
Les graines ne sont plus transportées successivement dans
plusieurs cuves ; elles sont entassées, par exemple, dans des
bacs en bois, construits avec des madriers assez épais, et à la
partie inférieure desquels se trouve une petite porte à rai­
nures ou à charnières, pour faciliter la sortie des graines.
L intérieur de ces bacs est garni de feuilles de bananier, et le
tas est recouvert de mêmes feuilles, puis pressé au moyen de
planches chargées de pierres ou de poids. C’est le procédé
souvent suivi à la Guadeloupe, d’après M. Guérin, et c’est
aussi, d’après M. Chalot, avec quelques variantes de détails,
le procédé usité à San-Thomé. Les graines doivent être ôtées
des bacs et remuées dès le deuxième ou troisième
jour de la fermentation, puis toutes les 24 heures jusqu’à ce
qu’on juge que cette fermentation est arrivée au point voulu.
L’opération dure de 4 à 8 jours; elle réussit, dit M. Guérin,
d’autant mieux qu’il y a plus de fèves à la fois mises à fer­
menter. Des bacs de 10 à 20 hectolitres paraissent réunir les
meilleures conditions.
Une autre méthode, décrite par M. Chittenden et par
M. Saussine, et bonne pour traiter de faibles quantités de
cacao, est souvent employée par le petit cultivateur
du Vénézuéla. Elle consiste à mettre les graines dans une
cuve à fond percé, pour les faire égoutter rapidement;
24 heures suflisent. On les expose au soleil pendant a à ti
heures ; puis, tandis qu’elles sont encore chaudes, on les met
en tas et on les couvre. On recommence l’opération plusieurs
jours de suite, en choisissant les heures de grand soleil, et on
obtient un produit qui, sans être d’une belle apparence exté­
rieure, présente cependant la cassure, la souplesse et le goût
des cacaos moyens. Le coniu/ucro est arrivé tout au moins au

M

�114

1-15

LF, CACAOYER

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

principal résultat qu'il poursuit, et qui esl d’obtenir des fèves
très rouges, qui, sur le marché, font prime. Les fèves rouges
sont, en effet, forcément les plus légères et les plus propres,
puisque, pour les obtenir telles, il faut les avoir soigneuse­
ment frottées et avoir complètement enlevé leur revêtement
gommeux.
Une variante de ce même procédé est de mettre le cacao,
tout chaud de son exposition au soleil, dans des sacs où il
passe la nuit ; et cela plusieurs jours de suite. C’est ainsi (pie
procèdent souvent, paraît-il, les marchands de cacaos de Portof-Spain, à la Trinidad, pour rehausser la qualité des graines
qui n’ont pas subi une fermentation suffisante.
Est-il besoin de faire remarquer combien toutes ces
méthodes, auxquelles a nécessairement recours le petit pro­
priétaire, sont inférieures à celle de Strickland? Les deux
dernières même ne doivent la plupart du temps donner que
des cacaos mal fermentés et plus ou moins amers.
Un avantage, par contre, qu elles présentent pour le petit
producteur, c'est qu elles lui permettent de faire marcher de
pair la fermentation et le séchage ; et elles le mettent ainsi à l’abri
des accidents dus au mauvais temps, s’il esl vrai, comme le
pense M. Chittenden, que le cacao en voie de fermentation
résiste mieux et plus longtemps au temps brumeux ou à l’ab­
sence de soleil que le produit qui a achevé sa fermentation.
Or, par la méthode de Strickland, comme par celle usitée
à la Guadeloupe et à San-Thomé, c’est seulement lorsque la
fermentation est achevée qu’on peut procéder au séchage, dont
nous allons parler plus- loin. Mais décrivons auparavant une
opération qui n'est pratiquée qu’en certains pays : le lavage.

mètre environ au-dessus du plancher, de façon à donner libre
issue au liquide qui s’écoule pendant la fermentation ; tout
le tas est recouvert de vieux sacs et de nattes. La fermentation
est complète au bout de b à 7 jours, selon l’état de 1atmos­
phère et l’épaisseur de la couche de graines. Pendant ces ü à
7 jours, le cacao est retourné deux ou trois fois avec des
pelles en bois.
C’est immédiatement après la fermentation que le planteur
de Ceylan lave le cacao en le passant dans plusieurs eaux,
pour enlever les débris de pulpe encore adhérents aux graines.
Si l’on considère le prix qu’atteignent sur les marchés les
produits de Ceylan, il semble qu'il y ait là une pratique à
imiter, puisque ces prix sont une garantie que les cacaos de
l’ile sont de première qualité. Beaucoup de planteurs doutent
pourtant que le lavage soit une des causes de cette supério­
rité ; en tous cas ils pensent que ce que le Ceylan gagne
ainsi en prix, il le perd en poids. Et il serait bien plus pro­
bable que la valeur de ce cacao tient à la sorte cultivée, qui
est généralement le Criollo, et aussi à la nature du terrain. Un
fait d’observation cité par M. Hart démontre que cette der­
nière cause doit entrer sérieusement en ligne de compte : très
rapidement les Forastero cultivés à Ceylan perdent leurs
caractères propres pour se rapprocher de Y OUI lied Ceylon ;
les graines, de foncées qu elles étaient, deviennent pâles ou
presque blanches.
Le seul véritable avantage du lavage, aux yeux de M. Hart,
— et il est vrai qu’il n’est pas négligeable — c’est de facili­
ter le séchage.
En dehors de cette cause, le lavage n’est peut-être utile que
dans quelques cas particuliers, par exemple, lorsqu’il y a eu,
pour une raison quelconque, commencement de moisissure.
Si alors cet accident s’est produit au cours de la fermentation,
on expose simplement à ce moment le cacao au soleil pendant
quelque temps. Mais après la fermentation et avant le séchage,
on lave le produit; beaucoup de planteurs, même, en ce cas,
conseillent de préférence l'eau acidulée avec du jus de citron
(1/4 de jus pour 3/4 d'eau). On redonne ainsi plus ou moins

Lavage. — L’habitude de laver les graines après leur fer­
mentation n’est pas générale, mais c’est un usage courant à
Ceylan et au Cameroun.
A Ceylan, la fermentation est généralement opérée dans des
hangars. On entasse les fèves, en couches de GO centi­
mètres à 1 mètre d’épaisseur, sur une plate-forme qui est
faite de solives et de nattes en cuir et qui est élevée d’un

�116

LE CACAOYER

aux cacaos moisis, qu'ils se soient altérés pendant la fermen­
tation ou pendant le séchage, la couleur qu'ils ont perdue.
A l’opposé des opinions précédentes, nous devons ajouter
que quelques planteurs, au Surinam, prétendent _ que le
lavage nuit à l'arome : ils préfèrent se débarrasser de la
pulpe en frottant les graines avec de la cendre.
Le docteur Guérin, de son côté, dit que le lavage tenté à la
Guadeloupe n'a pas donné les résultats espérés. Les graines
lavées deviennent trop sèches et trop friables dès qu elles
subissent l'action du soleil. Cet avis est partagé par le doc­
teur Chittenden : sans doute, d’après ce dernier, l’enlèvement
de cette couche pulpeuse qui couvre les fèves est un avantage,
mais, d’autre part, lorsque le cacao doit être séché au soleil,
cette couche protectrice a un rôle utile et « il est sûr que
dans le cacao lavé la peau est fort fragile et ne. protège pas
assez la fève. ).
En résumé, le lavage peut présenter des inconvénients que
ne compense peut-être pas la plus grande rapidité du séchage.
Y a-t-il lieu aussi vraiment de tenir un compte sérieux de ce
fait que les graines lavées ont un meilleur aspect, ce qui, sur
certains marchés, comme ceux d’Allemagne, élève leur
prix. C est pour ce motif que le lavage a été adopté dans la
colonie allemande du Cameroun, mais nous croyons qu'il y a
là un préjugé à combattre plutôt qu’à entretenir.
Séchage. — Lavées ou non, les graines fermentées sont
mises à sécher.
Ce séchage est obtenu par des méthodes variées : soit par
l’exposition au soleil, soit par la chaleur artificielle, soit par
un moyen mixte, c'est-à-dire tour à tour exposition à la cha­
leur artificielle et au soleil, suivant le temps qu'il fait.
Le séchage au soleil est le moyen le plus général et le meil­
leur, et celui qui est presque toujours employé, partout où le
temps le permet; et si en certaines contrées, comme à Ceylan,
le séchage artificiel est plus fréquent, la cause en est que,
dans les régions de l'île ou le cacaoyer est cultivé, la moyenne
annuelle des jours pluvieux est très élevée.

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

117

Pour l’exposition au soleil, le cacao est étendu, en couches
de 7 à 10 centimètres d’épaisseur, sur de grands parquets en
bois, ou sur des plateaux disposés de telle sorte qu’on puisse
les couvrir rapidement en cas de pluie, soit que l'on pousse
ces plateaux sous un toit fixe, soit que ce toit, au contraire,
soit mobile et puisse être ramené sur le parquet fixe. Ce der­
nier système est, à la Trinidad, le plus communément adopté :
les planchers sont de surface plus ou moins grande, suivant
l'importance de la plantation, mais les toits glissants sont
toujours construits très légèrement, posés sur roues et recou­
verts de zinc.
Dans le cas contraire, où le toit est fixe, ce sont les
caisses ou le plancher qui sont montés sur roulettes, et
portés, sur des rails, à l intérieur et à lextérieur du bâti­
ment.
Par un moyen ou par l’autre, l’opération est menée de la
même manière.
Le premier jour, les fèves ne sont laissées que pendant
quelques heures au soleil; et on les rentre, pour éviter tout
boursouflement, à l’heure la plus chaude de la journée. A
l’intérieur du bâtiment, dans lequel la chaleur solaire s’est
emmagasinée, les graines, pendant la nuit, ressuent, le
liquide de fermentation qu elles contiennent venant, par suite
de l’évaporation plus lente, perler à la surface, au lieu de
s’évaporer complètement. Les jours suivants, l'exposition est
de plus en plus longue, et on la continue jusqu à siccité com­
plète. On reconnaît que cet état de siccité est atteint quand
le cacao casse net sous la dent (comme une tablette de choco­
lat) et que la coque se brise facilement.
Le temps nécessaire pour obtenir ce résultat dépend beau­
coup de la manière dont la fermentation a été faite : le cacao
bien fermenté sèche plus vite que celui mal préparé. On
estime que, lorsque le temps est beau, il faut, en moyenne, 5
à Gjours ; mais pendant la saison pluvieuse, ou dans les con­
trées où les pluies sont fréquentes, ce séchage à l’air libre et
au soleil devient impossible, ou, du moins, on éprouve de
grandes dillicultés pour obtenir un produit convenable. C est

�118

119

LE CACAOYER

RÉCOLTE ET PRÉPARATION Dü CACAO

alors qu'on a recours à la chaleur artificielle, par le système
des séchoirs à air chaud.
Dans une intéressante brochure sur le cacao, sir W illiam
Robinson, gouverneur de la Trinidad, reproduit une descrip­
tion d'une maison de séchage de Ceylan, telle que la lui a
communiquée le docteur Trimen, directeur du jardin bota­
nique de cette colonie.
Cette maison, environ deux fois plus longue que large, est
construite en briques et pourvue de portes doubles ; mais, à
l’exception des ouvertures qui permettent l'entrée et la sortie
de l’air chaud, elle est hermétiquement fermée. A l’intérieur
sont des châssis droits, dans lesquels glissent, l'un sur l’autre,
les plateaux sur lesquels sont étendues les graines ; ces pla­
teaux sont faits de lattes de bambou, mais ne doivent jamais
être des toiles métalliques.
L'appareil de chauffage est à l'extérieur : c’est un calorifère,
placé dans une sorte de court tunnel qui s’ouvre dans le bâti­
ment. A l'autre bout de ce bâtiment, et dans un tunnel sem­
blable. est un puissant ventilateur qui, par sa rotation rapide,
provoque un courant d’air. Ce ventilateur, mis en mouvement
à la main, est manœuvré par 3 ou 4 coolies.
En passant sur le calorifère et autour, l'air est desséché et
chauffé : il traverse le bâtiment et sort chaud et humide. Le
chaull'age est encore augmenté par le tuyau qui passe sous le
plancher.
C’est, en somme une maison de chauffage de construction
assez simple. On pourra, d’ailleurs, la remplacer comme on le
fait nu Cameroun, par l’un ou l’autre de ces séchoirs à air
chaud, qu'on emploie en Europe pour les fruits de conserves,
et dont quelques types sont décrits par MM. Nanot et Tritschler dans leur Traité pratique du séchage des fruits et
des légumes.
Le séchoir mixte employé quelquefois au Cameroun consiste
à établir un système de chauffage dans des hangars â toit
mobile. Quatre fourneaux chauffent quatre gros tuyaux en
fonte, d’une dizaine de mètres de longueur, placés horizon­
talement. En temps de pluie, les claies garnies de cacaos sont

disposées sur ces tuyaux parcourus par de l’air chaud; pendant
le beau temps, les fourneaux sont éteints et on pousse la toi­
ture mobile du séchoir.
Coloration et terrage. — Une des préoccupations des plan­
teurs est de donner au cacao de la couleur et du brillant. C’est
là peut-être le seul résultat du terrage, opération, qui, au
Vénézuéla, accompagne toujours, la fermentation, et sur l’uti­
lité de laquelle les avis sont divers.
Voici comment, au Vénézuéla se pratique ce terrage. Nous ne
pouvons mieux faire, pour donner une idée de la méthode de
préparation du cacao en cette région, que de reproduire la des­
cription suivante, due à M. Marcano, professeur d’économie
rurale à l'U-niversité de Caracas,
Les graines, extraites des fruits sur le terrain même de la
plantation, sont transportées, dans des paniers, au desbavadero.
« Ce desbavadero est une chambre de petites dimensions, dont
le plancher est à claire-voie, pour laisser suinter le liquide qui
s’écoule, au fur et à mesure, des tas de graines fraîches.
Le lendemain, au lever du soleil, la récolte de la veille est
étendue sur des toiles de 2 mètres 30 de longueur, sur 1 mètre
GO de largeur, qui sont portées sur une aire plane, légèrement
inclinée, appelée patio et ayant pour dimensions 12 mètres
de largeur et 17 mètres de longueur. Les graines sont éten­
dues, avec un râteau, en couches minces et remuées trois
ou quatre fois par jour. A 3 heures de l’après-midi, le soleil
étant encore chaud, le cacao est rentré et mis en tas dans
les magasins. On fait de même tous les jours avec la
cueillette de la veille, en ayant soin de séparer les tas
d’après le nombre de journées pendant lesquelles ils ont été
exposés au soleil.
Le fruit mis en tas s’échauffe par la fermentation qui s'y
déclare ; deux jours après, on s’occupe de lui donner de la
couleur. Pour cela, le cacao est sorti chaud du tas et saupou­
dré avec de l’argile rouge ou de la brique pilée, dans une
toile que deux ouvriers secouent par les extrémités.

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121

LE CACAOYER

RÉCOLTE ET PRÉPARATION DU CACAO

Ensuite le cacao est exposé à nouveau au soleil pendant deux,
trois ou même quatre jours, jusqu'à ce que la pellicule qui
recouvre Vamande craque sous la pression de la main. On
mélange en un seul tas tous les produits île la récolte totale et
on soumet le cacao à un tamisage, pour faire tomber la poudre
colorante en excès; 100 kilogrammes de graines retiennent
227 grammes de celle-ci. »
A la Trinidad, la coloration des fèves de cacao est quelque­
fois obtenue, de même, par l addition de terre rouge, et on
cite particulièrement l’argile rouge de la propriété de San
Antonio comme une des meilleures à ce point de vue, parce
qu elle est très fine et dépourvue de toute substance organique.
Mais lorsque la terre qu’on emploie est trop faiblement colo­
rée, on la mélange quelquefois d’ocre rouge ou de rocou. Un
semblable procédé est parfois aussi, paraît-il, usité au
Yénézuéla.
M. le docteur Guérin, dans l'ouvrage déjà cité, s’élève
vivement contre toutes ces façons d'opérer, qui n'ont, en effet,
jamais été suivies aux Antilles. Peut-être cependant cet auteur
est-il trop sévère lorsqu'il prétend que le terrage n’a qu'un but:
celui de « donner la belle coloration rouge uniforme qu’on
aurait dû obtenir avec une bonne fermentation ».
Il est ditlîcile d'admettre que la fermentation soit mal con­
duite dans un pays comme le Yénézuéla, dont les produits
atteignent précisément, sur les marchés, les plus hauts prix. »
Le terrage bien pratiqué peut, tout au moins, présenter
deux avantages : il contribue à préserver les fèves de la moisis­
sure et il amène à préparer des fèves plus propres, les frotte­
ments auxquels elles sont soumises leur enlevant complètement
tout leur revêtement gommeux. N’est-ce pas là la raison pour
laquelle on recherche, sur les marchés, les cacaos les plus
rouges? Ce sont ceux qui ont dû être nettoyés avec le plus
grand soin.

de cribles dont les mailles sont de diverses grandeurs : le pre­
mier débarrasse les graines de la poussière ; le second laisse
passer les cacaos très petits, le troisième les cacaos moyens ;
et il reste, en définitive, sur ce dernier, les fèves les plus
belles et les plus grosses, celle qui, par suite, ont une valeur
supérieure.

Triage. — Quand les fèves, terrées ou non, et lavées ou
non, sont bien sèches, on les trie, pour obtenir des lots de
cacaos de grosseurs uniformes. On peut se servir, dans ce but,

Emballage et expéditions. — Le cacao doit être conservé le
moins longtemps possible en magasin, où il court le risque
d’être envahi par les moisissures. Si ce fait se produit, on
frotte soigneusement les graines avec les mains, ou encore,
comme à la Trinidad, on les met en tas, et des ouvriers
foulent ces tas avec leurs pieds nus. On peut aussi laver les
fèves moisies avec un acide faible, une solution très étendue
d’acide citrique, par exemple ; on fait sécher immédiate­
ment .
En général, la récolte et la préparation terminées, il est
prudent de faire rapidement les expéditions. Certains produc­
teurs expédient en barils, mais, plus ordinairement, les fèves
sont emballées dans des sacs, dont le transport est plus com­
mode et moins coûteux. Les cacaos ne doivent jamais être
emballés lorsqu’ils sont encore chauds ; les sacs doivent être
toujours être préservés de l’humidité.
Torréfaction ; fabrication du chocolat. — Notre étude des
procédés de préparation du cacao pourrait être terminée
ici, à l'instant où les graines sont expédiées des pays de pro­
duction.
Nous rappelons néanmoins, rapidement, pour compléter cet
exposé, les principales préparations que subit le cacao, lors­
qu'il est parvenu aux chocolateries.
Après un nouveau triage à la main, suivi d’un vannage, les
graines sont torréfiées, à une chaleur modérée, dans de grands
cylindres en tôle chauffés au bois et construits comme ceux
qui servent à torréfier le café. Cette torréfaction a pour but
de diminuer l’amertume du cacao, tout en développant son
arôme.

�122

LE CACAOYER

Les graines sont ensuite placées dans des moulins concas­
seurs‘ là elles sont soumises à l’action de battoirs, qui, en les
frappant légèrement, brisent leurs coques, devenues très
friables à la suite de la torréfaction. Des ventilateurs chassent
ces coques au dehors.
Les cacaos sont donc maintenant réduits à leurs amandes
torréfiées. On procède à un nouveau triage, et ces amandes
choisies sont, après pulvérisation grossière, portées successi­
vement dans des broycuses, des mélangcuses et toute la série
des appareils de fabrication.
La broyeuse ordinaire se compose de plusieurs meules
coniques, de granité ou de porphyre, roulant sur le fond
d'un bassin de granité. Ces meules ont pour pivots autant
d'axes horizontaux, qui sont disposés eux-mêmes, en rayons,
autour d'un axe vertical, mis en mouvement par un moteur
quelconque. Tout l'appareil est maintenu à 50° environ.
Sous les influences combinées du broyage et de la tempéra­
ture, les cacaos concassés se. transforment en une pâte, qu’on
transporte dans la mélangeuse.
C'est dans cette mélangeuse que s’opère le mélange, à par­
ties égales, du cacao et du sucre, auxquels on ajoute les aro­
mates voulus, généralement la vanille.
La trituration est complétée dans les remêleuses, où la pâte
est laminée entre des cylindres horizontaux, tournant l’un
contre l'autre en sens inverse. Elle sort de là complètement
homogène.
Elle est alors jetée dans des moules en fer blanc, qui sont
disposés sur une sorte de « table à secousses » dite trcmblcuse,
ou iapoteuse, ou claquelle. Cette table, par des mouvements
saccadés, étale la pâte et la fait pénétrer dans toutes les cavités
des moules.
Il ne reste plus qu'à transporter ces moules au refroidissoir. Les tablettes, solidifiées et durcies sont, quelque temps
après, détachées ; puis on les enveloppe dans les feuilles
d'étain.

J.ES ENNEMIS ET LES PARASITES DU CACAOYER
Beaucoup de gros animaux sont friands des graines de
cacao, et ce n’est pas toujours sans peine que les planteurs
défendent leurs cacaoyères contre les singes, les écureuils, les
antilopes, les agoutis, les rats et les oiseaux.
Contre les singes et les écureuils il n’y a d'autre ressource
qu'une chasse continuelle.
Pour se garantir des déprédations des antilopes, qui
mangent les cabosses vertes et les feuilles, et de celles des agou­
tis, il est souvent nécessaire d’enclore les plantations.
Parmi les oiseaux, les perroquets sont les plus redoutés ;
on les éloigne plus ou moins en dressant des épouvantails.
Les rats, qui vident les fruits, pour en sucer la pulpe
sucrée, ne sont pas, non plus, un des moindres fléaux; et on
dit qu’aux Seychelles c’est la principale cause qui a fait délais"
ser les cacaoyères.
A la Guadeloupe, leur nombre a déjà beaucoup diminué
depuis l'iiltroduction de la mangouste.
Comme procédé général de destruction, le mieux serait de
mettre çà et là, dans la plantation, des fruits, tels que
figues ou bananes, empoisonnés par la « mort aux rats » ou
autre ingrédient. On peut encore, pour empêcher le rat de
grimper, entourer le tronc de l’arbre d'une feuille de fer blanc
disposée en forme de cône renversé. Sir Edgar Ileanly propose
aussi de recouvrir la base de ce tronc avec deux minces feuilles
de mica, fixées par des attaches en fer. Ces feuilles seraient,
en même temps, un moyen de préservation contre les insectes
dont nous allons parler tout à l'heure.
Aux Antilles, dans les terrains bas et marécageux qui avoi­
sinent la mer, d’autres ennemis des cacaoyères sont les crabes
de terre, ou tourlouroux.

�124

LE CACAOYER

En creusant le sol, pour trouver l’eau, ces crustacés, qui
appartiennent au genre Cardisoma des Décapodes brachyures, et
dont le'plus gros est le crabe blanc, ou grand toulourou, ou
Cardisoma Guanhumi, altèrent les racines et le bas du tronc.
On les chasse surtout pendant la nuit, qui est le moment où
ils sortent de préférence ; au besoin, on provoque leur sortie
en versant de l’eau bouillante sur leurs tanières, quand cellesci ne sont pas trop rapprochées des arbres.
Insectes. — Beaucoup d’insectes attaquent les cacaoyers.
Parmi les fourmis (bacliacos au Venezuela) c’est surtout,
dans l’Amérique centrale, la grosse Fourmi-parasol [Atfa
Cephalotes Fabr.), appelée encore palometo, (jui ronge l’écorce
du tronc et des racines et s’attaque également aux feuilles1.
L arbre, dénudé à sa base, se dessèche et meurt.
Lorsque le mal n’est pas trop grand, on met à nu le tronc et les
grosses racines et on les recouvre de poudre insecticide. Mais
il est plus sûr encore d’user de moyens préventifs, en allumant
du feu sur toutes les fourmilières qui peuvent se trouver dans
les environs ; et, pour compléter les précautions, il est bon
d’arroser ensuite la terre avec de l’eau additionnée d’une
solution de sublimé ou autre. On pétrit enfin avec le pied la
terre humide pour fermer toutes les ouvertures.
Parmi les coléoptères, un des plus nuisibles, en Amérique,
est 1 asserador de cacao (ou scieur de cacao), qui est le Steirastoma depressa Fabr. (Steirastoma di/formis Dej.). L insecte
perce l’écorce du tronc, ou des branches et se creuse un
canal, dans lequel il dépose plus tard ses œufs ; les larves
1. D’après des observations de M. Moeller, qui datent de 1894, ces
fourmis du genre A lla découperaient les feuilles des arb res qu’elles
attaquent, moins pour s’en nourrir, que pour les tran sp o rter dans leurs
nids et faire des cultures de champignon. On a rem arqué, en effet,
depuis longtemps qu’un mycélium se développe su r ces feuilles en tas­
sées dans les fourm ilières; M. Moeller a établi que c’est ce blanc de
champignon qui est la véritable nourriture des fourmis. Le même
auteur, en suivant le mycélium hors des nids, a vu qu’il aboutissait tou­
jours à une Agaricinée dont il est la partie végétative souterraine, le
Roziles gongylophora.

LES ENNEMIS ET LES PARASITES DU CACAOYER

125

prolongent ensuite ce canal à travers le bois tendre et tuent
l’arbre.
Ce sont des ravages analogues qu’exercent les larves
d’autres insectes que nous ne connaissons que sous les noms
vul gaires qu’on leur donne au Vénézuéla et à la Guyane : les
gusanos ou angaripolas (c’est-à-dire indiennes, à cause de la
variété de leurs couleurs). « Ces gusanos, dit M. Aubry-leComte,qui réunit toutes les descriptions qui en ont été don­
nées dans les anciens ouvrages, sont des insectes volants,
assez semblables aux cigales, tachetés de blanc et de noir, de
la grosseur d’une petite amande; ils attaquent l’écorce, la
rongent circulairement et y déposent des œufs, d’où sortent de
petites larves qui s’introduisent entre l’écorce et la partie
solide de l’arbre. Ces larves font là une première station, en
attendant qu elles aient acquis le développement nécessaire
pour pouvoir percer le bois et pénétrer au cœur de l’arbre, où
elles s’établissent jusqu’au moment où elles deviennent, à leur
tour, insectes parfaits. »
Contre ces gusanos, ainsi que contre les asseradores et les
divers autres insectes, coléoptères, hémiptères ou lépidop­
tères (tels que divers Bostriclius, le Tceniofes furiosus, etc.),
qui peuvent causer, plus ou moins, de semblables dégâts,
divers moyens de destruction ont été préconisés.
On réussit, en partie, à détruire les angaripolas en allumant,
près des arbres, de petits feux qui, sans nuire au cacaoyer,
attirent les insectes et les brûlent.
On peut aussi faire la chasse, sur les troncs des arbres, aux
asseradores, aux heures où ils sortent; et d’après M. Rojas,
cette chasse est surtout fructueuse, aux époques où le cacao
mûrit, a Lorsqu’on enlève, dit cet auteur, le cacao de sa
pulpe, ces longicornes quittent leur retraite, à l’odeur du
fruit, et sucent les sucs que contient la partie interne du péri­
carpe : on les prend abondamment pendant les deux jours que
dure sa fraîcheur. »
A Ceylan et à Java, en ces dernières années, le grand lléau
des cacaoyères a été VHelopeltis Antonii, déjà trop connu pour
les ravages analogues qu’il cause de longue date en s’attaquant

�126

LE CACAOYER

aux feuilles, dans d’autres cultures telles que celles des arbres
à thé et des quinquinas.
De l'ordre des Hémiptères hétéromères, tribu des Capsides,
VHclopcltis Antonii Signoret est à corps noir, marqué de
rouge, à tète noire et à rostre jaune. Le premier article des
antennes est aussi long- que la tète et le prothorax réunis ; le
second est le plus long, le troisième et le quatrième sont
courts.
Ces antennes sont noires, jaunes seulement h la base.
Le prothorax et la poitrine sont rouge sang ; l'écusson est
rouge, avec une épine jaune présentant à son sommet une
cupule. Les élytres sont brun jaune, plus foncées à la base et
au sommet ; la partie médiane est transparente.
L’abdomen est jaune, avec une tache basilaire et le sommet
noirs. Les pattes sont noires, les antérieures annelées de jaune à
la base, les intermédiaires plus claires, marquées de jaune, et
les postérieures annelées de jaune au sommet.
A Cevlan, ces insectes sont surtout nombreux dans les con­
trées basses, où ils pullulent pendant la saison pluvieuse;
chaque année, leur apparition coïncide avec les premières pluies
d’avril; on ne les voit pas pendant les mois secs de janvier,
février et mars. Que deviennent-ils pendant ce temps? On ne
le sait trop, car le cycle complet de leur développement est
encore mal connu. Beaucoup sans doute meurent ; quelquesuns pourtant doivent hiverner et réapparaître au printemps,
en même temps que les œufs éclosent.
Il serait désirable d’être mieux fixé sur ces différents
points, dont la connaissance pourrait fournir des indications
sur les moyens efficaces de destruction. Jusqu'alors le seul
remède est une chasse acharnée faite à YHclopcltis, au moment
où il réapparaît. Des enfants employés à cette chasse en rap­
portent trois ou quatre cents par jour.
Il est moins facile de se débarrasser des larves, qui éclosent
ou s’introduisent à l’intérieur du tronc ou des branches. Si
c’est une branche seule qui est attaquée, il n’y qu’à la couper
et la brûler immédiatement; s’il s’agit du tronc, et si les
ravages sont profonds, il faut se résoudre à arracher 1 arbre,

LES ENNEMIS ET LES PARASITES DU CACAOYER

127

qu’on doit ensuite avoir soin de brûler. Il faut aussi prendre
la précaution d’arracher toutes les racines, et de chauler le trou
dans lequel on plantera, à la même place, un nouveau pied.
Avant de recourir à ce moyen extrême, et lorsque les per­
forations de l’arbre sont peu nombreuses et récentes, on peut
employer diverses solutions insecticides. Ces solutions sont
appliquées sur le tronc ou sur les branches, ou à la surface
des fruits, quand ces derniers commencent à se piquer.
M. A. Tonduz, qui a publié divers articles sur les maladies
du cacaoyer, recommande, contre les insectes, de laver les
fruits avec de l’eau salée ou de l’eau de mer. Sur le tronc ou
sur les branches on peut appliquer, avec une brosse, de
la bouillie bordelaise ou l’insecticide Vassilières.
La composition de la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre
et chaux) est trop connue pour qu’il soit nécessaire de la rap­
peler. Pour préparer l'insecticide Vassilières, on dissout dans
100 litres d’eau chaude 1 kilogramme de savon noir et 2 kilo­
grammes de carbonate de soude; et à la solution froide on
ajoute de 3 à 5 litres de pétrole, suivant la force qu’on veut
donner à la composition. On évitera de toucher avec ce
liquide les feuilles, les boutons ou les fleurs.
M. Tonduz indique encore d’autres solutions, qui ne sont
que des variantes de la précédente et qui ont donné de bons
résultats.
1° On dissout, par exemple, dans 50 litres d’eau chaude,
1 kilogramme de savon de Marseille et on ajoute un demilitre de pétrole, en mélangeant et battant le tout fortement.
2° On dissout 2 kilogrammes de savon noir dans 15 à
20 litres d’eau froide, on ajoute un litre de jus de tabac et
500 grammes soit d’essence de térébenthine, soit de benzine,
soit de pétrole, puis on agite fortement le tout. On l'addi­
tionne ensuite de la quantité d’eau nécessaire pour faire un
hectolitre du liquide.
3° On met dans un petit baril 3 kilogrammes de savon noir
et 10 litres d’eau chaude, et on agite jusqu’à dissolution com­
plète; puis on ajoute 1.500 grammes de poudre de pyrètre
fraîche, qu’on délaye avec un petit balai, et on complète avec
00 litres d’eau froide.

�LES ENNEMIS ET LES PARASITES DU CACAOYER

i° On prépare une solution avec 100 litres d’eau, 3 kilo­
grammes de savon, 500 grammes d'alcool et 2 litres soit de
benzine, soit de pétrole.
5° On émulsionne dans une baratte un mélange de pétrole
et de lait, ce dernier dans la proportion totale de 30 à 40 °/0.
L émulsion, conservée dans un vase fermé, est étendue d’eau
au moment de l’emploi.
Un point, dans tous les cas, qu'il est bon de ne pas perdre de
vue, c'est que, si les insectes sont capables de percer l'écorce,
ils préfèrent généralement profiter des blessures occasionnées
par la taille, pour déposer leurs œufs entre le bois et l'écorce,
au niveau de la section qui commence à se dessécher. Il est
donc toujours indispensable de recouvrir cette section, aussi­
tôt que faite, par un enduit protecteur. M. Hart propose, à
cet elTet, un mélange de coaltar et d'argile jaune, qui forme
un épais mastic qu’on applique, à l’aide d'un pinceau, sur
toutes les blessures, quelles qu’elles soient.
Végétaux supérieurs. — Nous avons déjà dit incidemment
que les cacaoyers étaient souvent envahis par des plantes
d’assez grande taille qui se développent sur leur tronc ou sur
les grosses branches.
Tantôt ces plantes, comme les Loranthacées, vivent en
parasites, et, par leurs racines, épuisent l’arbre.
Tantôt elles vivent simplement en épiphytes, c’est-à-dire
en se servant de l’arbre uniquement comme support, sans se
nourrir à ses dépens. Tels sont les Tillandsia, parmi les Bro­
méliacées ; les Anthurium et les Philodendron parmi les
Aroïdées; les Marcgravia parmi les Ternstrœmiacées. Et dans
cette même catégorie rentrent les lianes grimpantes, comme
lesPeperomia et, en particulier, le Pepcromia nu mmularifolia
H. B. et K. (Acrocarpidiurn nu m mularifoliu m Miq.) parmi les
Piperacées. Bien que non parasites, toutes ces plantes
entravent le développement du cacaoyer en empêchant les
bourgeons floraux d’apparaître.
On doit toujours se débarrasser rapidement des unes et
des autres par des raclages faits avec soin

129

Champignons. — Les cacaoyers présentent assez souvent
sur leur tronc ou sur leurs branches, et surtout à la base des
rameaux de premier ordre, des taches noirâtres qui rongent
l’écorce et sont préjudiciables à l’arbre. Cette maladie, appe­
lée taint-mancha au Vénézuéla, et qui est très probablement
due à un champignon — sans que le fait ait cependant,
croyons-nous, été bien établi — peut être combattue par le
grattage de la partie malade de l’écorce ou par l'enlèvement
de la branche, si celle-ci est plus largement atteinte.
A San-Thomé, une maladie analogue s’est manifestée, mais
elle est mieux connue : M. Bresadola l’a rapportée à un
Pyrénomycète, le Mclanomma Hcnrigucsianum Bres. et
Boum. Sous les assises supérieures noircies de l écorce sont
des périthèces presque hémisphériques, aplatis à la base, à
parois épaisses et noires, à pore terminal. Les spores sont
ellipsoïdes, jaunâtres, à quatre cloisons, et étranglées aux
niveaux de ces cloisons.
Sur les fruits, des taches noirâtres peuvent de même appa­
raître et envahir peu à peu tout le péricarpe. C’est ainsi qu’à
Ternate, il y a un certain nombre d’années, toutes les cabosses
noircissaient, se desséchaient et tombaient avant d’avoir
atteint leur maturité; pareil fait s’est produit, en 1860, au
jardin botanique de Buitenzorg. Et c'est sans doute la même
maladie que MM. Patouillard et de Lagerheim ont observée
sur des fruits provenant de l'Equateur (S. Domingo de Colo­
rado) : la surface de ces fruits était recouverte d’une couche
noirâtre.
Dans ce dernier cas, MM. Patouillard et de Lagerheim ont
reconnu que la cause du noircisssement était due à un cham­
pignon, qu’ils ont nommé Botryodiplodia Theohromæ. C est
un Ascomycète, à périthèces agrégés, larges, noirs et plus ou
moins poilus, avec un stroma noirâtre; les spores, bicellulaires, sont d’abord hyalines, puis brunes. La maladie à
l'Equateur se manifeste en août. la1 même champignon a été
retrouvé sur des cabosses provenant du Vénézuéla et du Came­
roun, et conservées au Musée de Berlin.
Au Cameroun, dans la plantation de Bimbia, un certain
Le Cacaoyer.

�130

LE CACAOYER

nombre de cacaoyers ont aussi été attaqués, en ces derniers
temps, par un champignon blanc — non déterminé — dont
le mycélium se loge entre l’écorce et le bois des racines. Les
cacaoyers périssaient en peu de temps. Le docteur Preuss pense
que, dans une grande exploitation, on pourrait circonscrire la
maladie en divisant la plantation par quartiers, qui seraient
séparés par des chemins de G à 8 mètres de largeur ; et ces
chemins seraient bordés de vétiver (.Amlropoyon muricatum)
ou de toute autre plante analogue.
Enfin MM. Prillieux et Delacroix ont donné, en 1894, la
description, relativement complète, d'un champignon qu’ils
ont trouvé sur les racines de cacaoyers malades provenant de
l’Amérique centrale, le Macrophoma vcstita.
La maladie due à ce champignon peut, paraît-il, causer
des dégâts importants dans tous les bas-fonds où l’eau stagne
après une inondation. Cette inondation terminée, les feuilles
jaunissent rapidement et tombent, ainsi que les fruits; puis la
plante se dessèche sur pied et périt. Les individus ainsi
attaqués sont généralement ceux qui ont atteint l’âge de 3 ou
4 ans.
Dans les racines des plantes mortes, l'écorce est desséchée
et se détache facilement de la partie ligneuse centrale. Celleci est colorée en gris de fer, d'un ton uniforme ; l’écorce pré­
sente, à l’œil nu, de petites toulfes noires, d’apparence fila­
menteuse, qui sortent à travers de petits pertuis, creusés dans
l’épaisseur de la couche subéreuse extérieure.
Par une coupe transversale, on peut s’assurer que ces poils
surmontent des périthèces paraissant complètement fermés,
et dans lesquels sont des spores ovoïdes, hyalines, à contenu
fortement granuleux, portées sur des basides filiformes, grêles,
de 30 millièmes de millimètres environ de diamètre.
Le mycélium qui porte ces périthèces est brun, très ramifié
et très cloisonné. Il envahit toutes les cellules de l’écorce,
ainsi que les tissus de la partie centrale de la racine, les
rayons médullaires surtout. Dans toute cette région, les élé­
ments sont tués : dans les cellules où se trouvent les filaments
mycéliens, le contenu plasmique et amylifère du paren-

LES ENNEMIS ET LES PARASITES DU CACAOYER

431

chyme médullaire a disparu ; dans d'autres, on trouve une
matière brunâtre, fortement granuleuse, remplissant entière­
ment la cavité, et qui résulte de la transformation du contenu
cellulaire, sous l’influence des zymases secrétées par le
parasite.
De ce Macrophoma on peut rapprocher, tout au moins par
la nature des dégâts causés, un autre champignon signalé
par M. Hennings sur des branches et des racines de cacaoyers
provenant de Samoa. Les fragments examinés étaient recou­
verts d’une sorte de croûte, rattachée à un mycélium subcorti­
cal filamenteux, blanehâtreou jauned’oere ; les filaments, faible­
ment ramifiés, avaient de 4 à G millimètres d’épaisseur. Les
stromas reproducteurs constituant la croûte étaient ou presque
plats ou arrondis, d’abord clairs et feutrés en dessus, puis
brun châtain sur la face supérieure, bruns intérieurement et
jaune brunâtre en dessous.
Le champignon était trop âgé pour pouvoir être exactement
déterminé ; M. Ilennings tend cependant à croire qu il s'agit
d'un hyménomycète, Y Hijmenochæte Iconina B. et G., qui, à
Cuba, à Céylan et dans l Usambara, apparaît sur les vieilles
tiges et dont le mycélium s’étend jusqu’aux racines, puis,
par le sol, se propage d’un arbre à l’autre, causant de grands
dégâts. Des cultures entières peuvent être compromises ; il
est donc nécessaire, pour entraver la maladie, de recourir
à un déracinage profond.
Pour le Macrophoma vcstita, il est certain qu'on arrêtera
surtout le mal en empêchant ou en diminuant tout au moins
l inondation, puisque c'est la cause première du développe­
ment du champignon.
A Ceylan et â la Trinidad, la maladie des cabosses est due
à une espèce toute différente : d’après les recherches
faites à Kew, ce serait le Phvtophtora-omnivora; et, par
des essais d’inoculation faits sur place, et qui ont réussi, il a été
bien établi que c’est ce champignon, vulgairement désigné
sous le nom de cacao canker, (pii est la cause de 1 altération.
Comme les Péronosporées en général, il se développe surtout
pendant les saisons pluvieuses; par les temps secs, il dispa-

�132

LES ENNEMIS ET f.ES PARASITES DU CACAOYER
LE CACAOVER

rait. Gomme beaucoup de Péronosporées encore, il ne vit bien
que dans les tissus frais.
Sur la gravité de la maladie il v a désaccord entre les
auteurs, à la Trinidad et à Cevlan. Dans la seconde de ces
îles, où le champignon a été étudié récemment par M. Carruthers, on le considère comme très dangereux ; à la Trinidad,
au contraire, où il a été étudié par M. Hart, on semble s'en
préoccuper assez peu, et il ne paraît redoutable que dans les
plantations négligées. Ces différences sont-elles dues au sol
ou au climat? Il est certain qu'à Cevlan les dégâts produits
sont réels.
Le mal se transmettant facilement d'un fruit à l’autre, la
première précaution à prendre doit être de ne pas laisser
répandre sur le sol de la cacaoyère, comme on le fait en cer­
taines régions, les cabosses ouvertes. Nous avons vu qu'on pro­
cède ainsi dans le but de restituer à la cacaoyère les éléments
minéraux que ces cabosses renferment ; mais on devra alors
avoir soin — et nous l'avons déjà indiqué — soit tout au moins
d'enterrer les cabosses, soit, mieux encore, de les incinérer.
En règle générale, on entravera tout cet envahissement de
moisissures en maintenant les cacaoyers dans de bonnes con­
ditions de végétation, soit p&gt;ar l’amendement des terrains en
voie d'épuisement, soit par la taille, soit par des drainages
convenables, soit encore en veillant à ne pas établir de planta­
tions trop touffues.
Gommose. — Nous ne pouvons guère que signaler cette
maladie, constatée par M. Mangin sur des branches sèches
d’un cacaoyer de la Guadeloupe dont le dépérissement était
resté inexpliqué. L’écorce et le bois de ces branches renfer­
maient de nombreux et forts amas de gomme dont la produc­
tion était, certes, suffisante pour amener la mort de certaines
branches ou de l’arbre entier.
Lien que nous ne sachions rien de plus actuellement, au
sujet de cette maladie, il n’était pas inutile de la mentionner
car souvent, sans cause apparente, des cacaoyers dans
les plantations dépérissent. La gommose peut être, dans cer­
tains cas, une cause à laquelle on n’a pas suffisamment pensé-

133

Teifjne et bruche du cacao. — Le planteur qui a mené à
bien sa culture de cacaoyers et qui a emmagasiné sa récolte,
après avoir fait subir au cacao toutes les opérations que nous
avons décrites, n’est pas toujours encore au boutdeses peines, car
fréquemment, les graines entassées et préparées sont attaquées
par des insectes, et notamment par une teigne connue sous le
nom vulgaire et expressif de friande à chocolat.

t9. — Graines de cacao, dont celle de gauche a été attaquée par
FEpheslia elutella ; chenille (grossie et de grandeur naturelle) et
papillon de cet Epheslia clulella.

F ig .

Cette teigne semble être d'ordinaire YEphestia elutella
(Phycila elutclla Curt. et Steph.), de la famille des Phycides
(ordre des Lépidoptères).
La chenille de YEphestia elutella est allongée, mince, frétil­
lante, animée de mouvements rapides en avant et à recu­
lons; elle a six pattes antérieures, huit ventrales et deux
anales. D’un gris rosé sale et à tète noire, elle porte sur le

�13Ü

LE CACAOYER

LES ENNEMIS ET I.ES PARASITES DU CACAOYER

premier anneau, derrière la tète, une tache sombre qui se
divise en deux dans la région postérieure. Sur chacun des
autres segments il v a, de chaque cote de la ligne dorsale, deux
taches analogues, et. un peu plus latéralement, une troisième
qui forme triangle avec les deux précédentes. L’avant-dernier
segment n’a toutefois qu'une large tache centrale, avec deux
points latéraux, et le dernier une seule tache transversale.
Toutes ces taches sont sétigères.
La chrysalide est de couleur chatain clair, et enfermée dans
un cocon soyeux, qui forme avec les autres un paquet atta­
ché à la graine.
Le papillon a 17 à 18 millimètres de largeur, au niveau des
ailes antérieures. Les ailes sont d'un gris pâle, avec une très
légère teinte ochracée, surtout vers le bord interne, et pré­
sentent des lignes transversales irrégulières, gris noirâtre,
d'ailleurs assez peu marquées. La première, vers la base, est
précédée d'une bande pâle ; la seconde, au delà de la région
médiane, est grise, suivie d'une autre bande pâle. Entre ces
barres, vers le milieu de l'aile, sont deux lignes plus étroites.
Il est très probable que ces papillons déposent leurs œufs
dans les graines non mûres, et l'éclosion a lieu plus tard dans
les graines sèches ; il est cependant possible aussi que les
papillons piquent les graines sèches. Quoi qu’il en soit, les
larves, en se nourrissant aux dépens de l’amande, dans laquelle
elles creusent des canaux en tous sens, la détruisent peu à peu.
Des dégâts de même sorte que les précédents peuvent être
encore produits dans les récoltes de cacao par une sorte de
bruche, YAræcerus fascicula/us de Geer. [Bruchus Cacao
Fabr. ; Macrocephalus Cacao Oliv. ; Anthribus pcregrinus
Merbst; Bruchus crassicornis Fabr. ; Anthribus Co/fcac Fabr. ;
Arcpccrus Coffeæ Sch.).
Ce coléoptère est, d’ailleurs, cosmopolite et polyphage. Sa
larve n’attaque pas seulement les graines de cacao, dans les­
quelles elle creuse de nombreuses galeries sinueuses; on l'a
trouvée aussi dans des cafés de Cayenne et dans des graines
de Cassia ; elle vit encore dans les brandies d’une espèce de
gingembre de Chine, dont elle dévore toute la partie ligneuse,

et elle a été signalée également dans les fruits de YElceococca
vcrnicosa, cultivé en Cochinchine pour ses graines grasses.
Longue de o à 6 millimètres et large de 1 millimètre 2'J à 2
millimètres, elle est à mouvements lents. La tête, de consistance
cornée, et d'un jaune testacé brillant, est bordée d’une bande
ferrugineuse sur les côtés et postérieurement ; et, vers la région
médiane, sont quatre taches de même couleur, disposées en
demi-cercle, les deux médianes plus petites que les deux
extrêmes; antérieurement elle est ferrugineux foncé. Les
divers anneaux qui composent le thorax sont confondus,
blancs, plus ou moins plissés en dessus et latéralement ; ils
sont hérissés de poils roux clair, courts, peu serrés, disséminés
çà et là. Les pattes, allongées, assez robustes, sont testacé
pâle; les tubercules pédigères sont saillants et les divers
articles qui composent ces organes locomoteurs sont hérissés
de soies très fines; l’article terminal est court, légèrement
courbé et aigu. L’abdomen, allongé, est toujours plus ou moins
courbé; il est de la même couleur que le thorax, charnu et
plissé ; les segments qui le composent, au nombre de neuf,
sont divisés par des plis transversaux plus ou moins saillants,
recouverts en dessus, sur les côtés et en dessous, de poils
roides, allongés, peu serrés, presque disposés en séries trans­
versales; le dernier segment est lisse. Il y a neuf paires de
segments.
La nymphe est longue de 5 millimètres et a environ
1 millimètre 3 /i de largeur. File est courbée, d’abord testacée,
puis brunâtre au moment où elle va se transformer en insecte
parfait, à tête lisse, convexe, arrondie en dessus et parcourue
par un sillon longitudinal médian. Elle reste douze ou quinze
jours dans cet état.
L insecte parfait, petit et ovale, est à thorax cendré. Les
élytres sont striées et, entre les stries, est une ligne de points
alternativement blanc grisâtre et noirs. Le dessous du corps
et les pattes sont brun fauve. Les antennes sont fauve sombre,
et de la longueur du thorax ; le rostre est très court et
grisâtre.
« Ce rhynchophore, dit M. Lucas, est très agile; et. lorsqu on

131

�130

LE CACAOYEIl

cherche à s'en emparer, il échappe facilement à la main qui
veut le saisir, au moyen de petits sauts qu'il exécute avec
beaucoup de facilité; il parcourt ainsi un espace de 25 à
30 millimètres environ. Si on persiste h le poursuivre, il prend
la fuite... J'ai remarqué aussi que quelquefois il contrefait le
mort, et cela se présente lorsqu’on le laisse libre après l'avoir
préalablement tenu, pendant un certain temps, entre les
doigts. »
Dans les galeries qui sillonnent les graines, les branches
ou les fruits attaqués, on peut trouver à la fois les larves, les
nymphes et les insectes parfaits.
Contre les dommages parfois très grands que les teignes
ou les bruches exercent dans les graines de cacao on ne
connaît malheureusement pas de remède bien efficace. On a
proposé des fumigations de soufre, la benzine et la naphta­
line; la mesure la plus prudente est encore, pour les produc­
teurs, de faire leurs expéditions le plus rapidement possible,
et de ne pas prolonger le temps d’emmagasinage, lorsque la
récolte est terminée.

VII

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER
Ce dernier chapitre sera une histoire rapide de la culture
et de l'exploitation du cacaoyer, ainsi que du commerce du
cacao dans les divers pays de production; et, chemin faisant,
nous ajouterons à ces données quelques renseignements sur
les conditions climatériques de ces régions.
Mexique.
Les états mexicains qui s’adonnent h la culture du cacaoyer
sont ceux de Chiapas, de Colima (district d’Alvarez), de
Guerrero (districts d'Aldama et d’Allende), de Michoaean (dis­
trict d'Apatzingan), d'Oaxaca (districts de Choapan, de Juchitan, de Juquila et de Pochutla), de Puebla (district de Chiautla), de Tabasco, de Vera-Cruz (districts de Cosamaloapan et
de Minatitlan) et le territoire de Tepic (Compostela et Tepic).
Pendant l’année 1894, la production, dans ces divers états,
a été la suivante. Nous indiquons les valeurs en piastres
mexicaines, ou pesos, le jteso correspondant intrinsèquement à
5fr. 40 de notre monnaie.
Chiapas . . . 1.107.280 kilogs, représentant 809.398 piastres.
))
120
»
»
115
Colima. . . .
))
10.780
»
))
138.704
Guerrero . .
))
72.000
»
»
55.210
Michoaean.
))
2.000
))
))
25.035
Oaxaca. . . .
»
))
700
»
4.002
Puebla . . . .
»
))
480.904
))
771.705
Tabasco. . .
»
25.000
»
»
29.415
Tepic.........
))
2.004
))
»
10.027
Vera-Cruz .
))
1.410.160
))
))
2.142.699
Total.. . .

�138

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

T.E CACAOYER

La production lotale de cotte année 1894 représente donc
à peu près 7.650.000 francs, dont la plus grande part
revient aux états de Chiapas et de Tabasco.
A titre de comparaison, ajoutons que le Mexique, en cette
même année, a produit :

cg

GO

Café.............. 16 . 764 . 583 kilogs. représentant 9. 907. 973 pia s1res.
Tabac............
8,.623 .75 f »
))
1.612 . 873 »
Riz................ 14. 174 534 ))
))
1.387 . 10*2 »
Orge..............
»
8.,940,. 196 »
))
8. 290
Maïs.............. 27. 231. 03 4 »
»
72 .401 .050 »
Sucre de canne 54. 237,,178 J)
»
8 .514 .933 ))
Henequen. . . . 48. 104. 716 »
»
4.393 .277 »
Colon............ 16. 609 ,823 »
)&gt;
16.609,.823 »
Caoutchouc . .
))
75. 430 »
75. 371 »
Copal............
»
64. 362 »
8,,630 ))
Bois de luxe. 1.050. 406 . 240 »
))
4 .528. 202 »
La culture du cacaoyer est donc loin de constituer auj ourd hui une des grandes richesses du pays, qui ne récolte même
pas la quantité de cacao nécessaire pour sa consommation.
Au cours de l'année fiscale 1893-1894 (du 1er juillet 1893 au
1er juin 1894), le Mexique n'a exporté, en elïet. que 1.501 kilo­
grammes du produit, alors que, d’autre part, il en était
importé 037.173.
Pendant la même période, les exportations de café étaient
de 18.866.590 kilogrammes, celles de sucre de canne
1.486.211. celles de henequen 56.522.352, celles de tabac,
1.622.038.
Les deux états où la culture du cacaoyer est restée la plus
prospère sontceux de Chiapas (4.674 millimètres de pluie par an
à Ixtacomitan) et de Tabasco (2.554 millimètres à San Juan
Bautista), qui. cependant, ne donnent pas toute la récolte
qu on en pourrait attendre.
Le canton de Soconusco, par exemple, qui fait partie de
l’état de Chiapas, et qui produit le cacao réputé le meilleur du
monde — à tel point que ce cacao était appelé autrefois cacao
royal, parce qu'on le réservait pour la provision du roi

139

d’Espagne — pourrait fournir, à lui seul, d'après M. Routier,
une récolte égale à celle de tout le Nicaragua. En fait, le
peu qu’on y recueille et qui pourrait être, au dehors, vendu
aux plus hauts prix, est consommé sur place. Les Mexi­
cains, d’ailleurs, en sont tellement amateurs qu’en certaines
régions, dit-on, ils n'accepter,aient pas, même à bas prix, les
sortes de Caracas et de Guayaquil. On ne peut que s’étonner
davantage qu’ils n'en développent pas la culture ; et on ne
peut que regretter en même temps que les étrangers ne
puissent, tout au moins, mettre en valeur ces terres délais­
sées par l'indolence des indigènes. Mais des exemples
malheureux témoignent qu'à cet égard il n’y a aucune
illusion à se faire. Des Américains et des Anglais avaient
tenté, il y a quelques années, d’entreprendre de ces planta­
tions dans le Chiapas : ils ont du les abandonner, faute
de pouvoir trouver les ouvriers dont ils avaient besoin et
heureux encore d’avoir échappé aux dangers d'un climat
généralement malsain. A ces difficultés s'ajoute la cherté
des transports, qui, actuellement, risquerait de fortement
amoindrir les bénéfices qu’on pourrait tirer de l'exploitation
proprement dite.
Il y a deux ans, cependant, le comte Enomoto, ministre
des Affaires étrangères du Japon, a acquis dans le Soconusco
une concession en vue d’établir une colonie agricole. Il est
difficile de prévoir le résultat de cette tentative; peut-être des
Orientaux, comme le fait remarquer M. Léon Schœnefeld,
vice-consul de France, dans son rapport sur le Mexique,
s’accommoderont-ils mieux que des Européens du climat de ces
contrées.
Nous avons dit ailleurs qu'on cultive à Soconusco, outre le
Theobroma Cacao, les TJccohroma ovatifolium et anguslifo­
lium.
Nous avons donné aussi, dans un autre chapitre, les
comptes d’établissement et d'entretien d'une cacaoyère au
Mexique.
Les arbres d’ombrage sont, de préférence, YErythrina
corallodcndron et le Robinia maculata, appelé vulgairement

�140

LE CACAOYER

cocoite. Il y a d'ordinaire trois récoltes par an : la principale
d'avril à juin, une seconde de novembre à janvier, et la troi­
sième, qui est celle d'hiver, en février.
Les fruits récoltés sont d'abord mis en tas au pied des
arbres, puis portés au quehradcro (briseur), où on les ouvre,
soit immédiatement, soit après vingt-quatre heures. Les fèves
extraites des gousses, sont jetées dans des auges en bois, ou
toUas, à moitié remplies d’eau, et y sont lavées ; elles passent
de là dans les maisons de fermentation.
On calcule que les trois récoltes donnent, au total, pour un
hectare, huit à dix charges, de 27 kilogs chacune.

Guatemala.
Le Guatemala, comme le Mexique, produit moins de cacao
qu il n'en consomme. La sorte qu'on y récolte vaut cependant
le Soconusco et peut être obtenu dans toute la zone chaude1
de la République.
Dans cette zone (23°-26° G.). qui comprend les côtes de
l’Atlantique et du Pacifique, la saison pluvieuse dure de mai à
décembre (2.S98 millimètres de pluie par an à Puerto-Barisos),
et le reste de l’année correspond à la saison sèche. Décembre
et janvier sont les mois les plus froids ; et la chaleur est sur­
tout forte en mars et avril. Le cacaoyer, en cette zone, est
cultivé jusqu’à 900 mètres.
Les départements producteurs sont :
Escuintla, où l'on comptait, en 1894, 607.876 cacaoyers.
Suchitepequez
—
587.668
»
Solola
—
204.301
»
Rethaluleu
—
122.898
»
1. Rappelons que le Guatemala, comme le Mexique et tous les autres
Étals cenlro-am éricains, peut être divise, au point de vue de la culture,
en trois zones ; la zone chaude (iierra calienle), la zone tem pérée (tierra
templada) et la zone froide (tierra fria).

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

441

Presque tous ces cacaoyers appartiennent à de petits pro­
priétaires ; il n'y a guère, comme grandes plantations, que
celles d’Aguna et de Guaehipilin.
Les espèces ou variétés qu’on y cultive sont, d’après divers
auteurs, très variées : ce seraient, outre le Thcobroma Cacao,
le Thcobroma ungustifolium, le Thcobroma bicolor et,
d'après Bernoulli, le Thcobroma pentagonum (cacao lagarto
ou alligator cacao) et le Thcobroma Iciocarpum (cumacao).
Quoi qu’il en soit, en 1894, le million et demi d arbres a
donné environ 200.000 kilogrammes de graines. Or, sauf
2.530 kilogrammes exportés dans d autres États de l'Amé­
rique centrale, toute la récolte a été consommée sur place, et
il a même fallu, pour compléter, avoir recours à l'importation.
Le cacao ainsi apporté est d’ailleurs payé, dans lp pays, à
un prix presque moitié moindre que le cacao local, qui est
vendu, au Guatémala même, 3 francs à 3 fr. 75 la livre.
En 1895, l’exportation a été à peu près la même que l’année
précédente, et elle a atteint la faible valeur de 6.150 francs.
Toutes les expéditions ont été faites à destination de l’Amé­
rique du Nord.
En 1896, le chiffre a été plus élevé et de 43.305 francs.
La principale culture de la République, qui a fait négliger
les plantations de cacaoyers, est celle du caféier ; le second
article d exportation est le sucre de canne.

Honduras, Salvador et Nicaragua.

La production du cacao, dans ces trois Etats, est encore
inférieure à la consommation locale.
Au Salvador, la culture du cacaoyer avait même été, pen­
dant quelque temps, abandonnée ; elle n'a repris que depuis
une dizaine d’années. La récolte qui, en 1879, n’était que de
22.000 kilogrammes, était de 50.000 kilogrammes en 1889, et
le nombre des pieds plantés s’est élevé, pendant la même
période, de 34.000 à 50.000.

�I i2

Lli CACAOYER

Au Honduras, le cacao le plus estimé est celui de Gualan,
près Omoa.
Au Nicaragua, la culture est si peu développée que les
indigènes s’approvisionnent en Colombie. Le climat du pays
est cependant, particulièrement favorable. Autour de Rivas
dans cette contrée où M. Menier établit, en 1803, lhacienda
appelée le Valle-Menicr), les cacaovères sont si prospères que
la ville, d'après M. Tonduz, est surnommée la mère du cacao ;
et les plantations, paraît-il, réussissent mieux encore à Tortugas, sur les rives de la Sapoa, à la frontière du Nicaragua et
de Costa-Rica.
Outre le Theobroma Cacao, on cultive au Nicaragua la
variété Theobroma pentagonum, que M. Hart a apportée de
cette région a la Trinidad en 1893; on cultive encore les
Theobroma bicolor et angustifolium. C’est sans doute le
Theobroma pentagonum, qui, en certains pays comme à
Amboine, est connu sous le nom de cacaoyer de Nicaragua et
considéré comme une très bonne sorte.
Nous n'avons trouvé nulle part mention des exportations
récentes des trois Etats ; nous savons seulement, par les
Notes sur le Centre-Amérique du lieutenant Aube, que le
Nicaragua expédiait, en 1877, pour 123.440 piastres de cacao.

San-Carlos que le cacaoyer est cultivé. Une des meilleures
sortes est celle de Matina, dans la contrée de Limon.
M. Paul Biolley, professeur au Lycée de San-José de CostaRica, nous apprend, dans sa Notice sur Costa-Rica, que le
gouvernement a, il y a une quinzaine d’années, payé des
primes de 4.000 à 3.000 piastres aux propriétaires des meil­
leures plantations ; et cet encouragement a influé d’une façon
sensible sur la production du cacao dans le pays. La récolte
de 1888 a été de 30.000 kilogrammes environ, représentant
163.770 piastres.
Presque tout ce cacao est consommé dans le pays, où en
importent, en outre, l’Equateur et la Colombie. Il y a cepen­
dant quelques petites expéditions : 6.300 kilogrammes en
1893 ; 4.799 (au prix de 2.734 piastres) en 1897.
Pour cette année 1897, les statistiques officielles indiquent
1 importation en France de 7.323 kilogrammes de cacao, pro­
venant des Etats (cités en bloc) du Guatémala, du Honduras
et de Costa-Rica. Il est probable que Costa-Rica a contribué,
pour la plus grande part, à cette exportation totale.
Les arbres cultivés seraient, non seulement des ThcoJjronia
Cacao, mais encore des Theobroma angustifolium, qui donnent
le cacao dit de Mico.

Cos ta-Rica.

Colombie.

Les terres chaudes, à Costa-Rica, correspondent à la zone
qui s’étend le long des deux côtes et sur les rives du SanJuan, depuis le niveau de la mer jusqu’à l’altitude de 900
mètres. La moyenne annuelle de la température varie là
entre 22 et 28 degrés, la côte du Pacifique étant un peu plus
chaude toutefois que celle de l’Atlantique.
C’est surtout sur cette dernière, où il pleut pendant une
grande partie de l'année (3 mètres d’eau par an dans les bas­
sins du Reventazon et du Colorado) et dans les plaines de

La culture du cacaoyer est très développée dans la zone
chaude de la Colombie, qui est comprise entre la mer et une
altitude de 600 à 1.000 mètres. 11 y a des plantations un peu
partout dans les provinces de Bolivar et du Cauca.
Dans celle de Magdalena, il y a surtout à citer un cacaoyer
sauvage de la Sierra-Nevada qui, à Fencontre des autres
cacaoyers, ne réussit pas en vallée, mais se plaît à des alti­
tudes élevées et fructifie jusqu’à 1.000 mètres. Peut-être est-ce
plus qu'une simple variété, et, en réalité, une espèce encore

�144

1.E CACAOYER

mal déterminée : les fruits sont petits, mais, la pulpe étant
peu abondante, chacun fournil néanmoins une quantité de graines
plus grande que dans les cacaoyers ordinaires. L’arbre est, en
outre, très productif, et chaque pied rapporte le double de
ceux des autres provinces de l’Etat.
Le cacaoyer pousse encore, en Colombie, dans les parties
chaudes de Santander; et dans le Sud du Tolima, où il faut
souvent avoir recours à des irrigations systématiques, à cause
de la sécheresse prolongée, on obtient un cacao si recherché
qu'il suffît à peine pour le pays même et qu’il n’en reste pas
pour l'exportation. Le nombre des pieds plantés dans cette
province du Tolima doit d'ailleurs être considérable, car
chaque arbre, par suite d une maladie cryptogamique des
feuilles qui fait de grands ravages, ne rapporte guère plus
d'une demi-livre, et cependant la récolte annuelle est de
plusieurs millions de livres.
Comparées à la production totale, les exportations de cacao
de la Colombie sont faibles, à cause de la grande consomma­
tion locale, qu’on évalue à raison de 3 livres par habitant et
par an. Le chiffre de la population étant de 4 millions environ,
ce serait ainsi 12 millions de livres que le pays devrait déjà
récolter pour ses propres besoins. Et nous avons vu qu’il en
exporte aussi au Nicaragua et à Costa-Rica.
En Europe, la France reçoit les principales expéditions :
1891
1893 ......................
1894 ......................
1895 ......................
1897.......................

1.703.360 kilogrammes.
2.384.572
—
1.712.274
—
3.431.865
1.749.965
—

Ces 1.749.965 kilogrammes, importés en 1897, représentent
une valeur de 2.747.445 francs; il n’en a toutefois été mis en
consommation chez nous que 185.253 kilogrammes.
Les importations directes en Angleterre sont beaucoup
plus faibles.

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

1891 ......................
1893 ....................
1894 .......................
1895 .......................

143

66.854 livres.
34.500 »
452.555 »
687.985 »

Nous ne possédons aucune donnée pour les autres pays
étrangers.
Rappelons que le Thcobroma bicolor est originaire de la
Colombie, ainsi que 1 Ilerrania albiflora, qui, avec le Quararibca Cacao, y donne le cacao simarron (ou sauvayc).

V enezuela .

Dès 1634, à l insligation des Hollandais établis à Curaçao,
le Vénézuéla faisait en Europe quelques envois de cacao.
Mais bientôt ce commerce devint si considérable que les
Espagnols en furent jaloux et prohibèrent l'exportation du
produit pour tout autre pays que le leur.
Les Vénézuéliens, qui trouvaient plus d avantage à traiter
avec les autres nations, n’en continuèrent pas moins clandes­
tinement leurs relations commerciales avec les négociants
anglais et hollandais ; les marchandises d’échange étaient
transportées furtivement sur des bateaux, dans des parages
non surveillés. Et cette contrebande devint telle qu’Amsterdam, à un moment donné, recéla presque tous les cacaos de
Caraque. Sur les soixante-cinq mille quintaux que récoltait à la
fin du xvnc siècle la province de Vénézuéla, il n'y en avait pas
vingt mille d'exportation légale ; et encore ces dernières expé­
ditions étaient-elles souvent faites par des étrangers couverts
d’un prête-nom espagnol. « De 1706 à 1722, dit M. Gallais,
on ne vit pas arriver en Espagne un seul vaisseau espagnol ;
et la souveraine maîtresse de l’Amérique fut obligée d’aller
payer bien cher dans les marchés étrangers les cacaos récoltés
sur ses domaines. »
Le Cacaoyer.
10

�LE CACAOYER
146
En 1728, Philippe V, pour remédier à ces abus, accorda le
droit exclusif de faire le commerce de Caracas et de Cumana
à une compagnie de nobles Biscayens, qui reçurent, en même
temps, le privilège d'exercer ce commerce sans déroger et sans
déchoir de leurs prérogatives, et qui acceptèrent, comme con­
dition, d’équiper, à leurs frais, le nombre de vaisseaux néces­
saire pour débarrasser la cote des contrebandiers.
Cette compagnie, connue sous le nom de Compagnie de
Guipuzcoa ou des Curaques, opéra si habilement que l’Espagne
recouvra les avantages qu’elle avait perdus.
Le monopole fut conservé jusqu'en 1780. A cette date,
l’agriculture vénézuélienne redevint donc libre en apparence ; en
réalité, elle tomba entre les mains des Catalans. Ceux-ci, étant
les seuls capitalistes de l’époque, accaparèrent toutes les
terres; et ce ne fut qu’après la guerre de 1830, qui eut pour
résultat l'émancipation du pays, que le commerce acquit sa
véritable indépendance.
Les chiffres suivants donnent une idée de la progression
suivie par l'exportation depuis cette époque. Nous rappelons
que les années fiscales vont du 1er juillet au 30 juin.

1830-1831
1841-1842
1851-1852
1872-1873
1886-1887
1890-1801
1893-1894
1895-1896

3.600.000 kilogrammes.
4.800.000
»
5.400.000
»
3.442.539
»
6.975.378
7.333.592
7.332.240
»
8.930.204

Les 8.930.204 kilogrammes exportés en 1895-1896 corres­
pondent à 167.005 fanègues, ou sacs de 50 kilogrammes envi­
ron, et représentent 10.776.157 bolivares (ou francs).
Les expéditions sont faites des ports de la Guaira, PuertoCabello, Carupano et Maracaïbo.
De la Guaira, qui est le plus important des trois, et d’où
provient plus de la moitié de l’exportation totale, il a été

LES

PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

147

envoyé, pendant l’année fiscale 1896-1897, 74.062 fanègues
soit 4.055.112 kilogrammes, de la valeur de 3.644.068 fr. 25.
Les droits de sortie ont été de 202.755 francs 60.
De Puerto-Cabello, pendant le premier semestre de 1897, il
est sorti, pour les pays suivants :
France.................. 107.311 kilogrammes.
Allemagne............ 23.659
»
Italie......................
2.713
»
Espagne................ 11.052
»
Etats-Unis............
2.807
»
147.542
Le même port a exporté, en 1895, 331.954 kilogrammes.
La plus grande partie de ces expéditions de Puerto-Cabello,
comme de la Guaira, est faite à destination de la France.
Ainsi, en 1891, sur les 8 millions approximatifs de l’exporta­
tion totale, nous avons reçu 5.163.007 kilogrammes.
En 1897, nous avons reçu à peu près de même 5.350.768
kilogrammes, au prix de 8.400.748 francs; et il a été mis en
consommation 4.058.928 kilogrammes.
Quant à la production annuelle du Vénézuéla, elle a été la
suivante, en 1894, d’après l'Annuaire statistique publié à
Caracas en 1895. Le tableau est, il est vrai, un peu incomplet,
puisqu il y manque les renseignements concernant le District
fédéral et l’Etat de Falcon, mais les deux régions (dont l’une,
le district, ne comprend que Caracas et les villages voisins)
sont de peu d’importance au point de vue d’où nous nous pla­
çons. L’unité adoptée est la fanègue, ou sac de 50 à 55 kilo­
grammes. Nous avons mis en regard les prix moyens de ces
fanègues, en 1894, dans les divers états, le bolivare valant un
franc.
District fédéral (manque).
Los Andes. . 11.800fanègues, valant chacune 296 bolivares.
Bermudez... 88.900
»
»
76
»
Bolivar........
1.030
»
»
58
»

�LE CACAOYER
148
Carabobo . . . 12.769 fanègues, valant chacune
Falcon (manque)
Lara.............
4.228
»
»
Miranda . . . 96.740
»
»
Zamora........
3.100
»
»
Zulia............
1.300
»
»

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

121 bolivares.
100
»
104
»
88
»
88
»
173
»

La production totale de cacao au Vénézuéla, en 1894, peut
ainsi être évaluée à un minimum de 11 millions de kilo­
grammes, dont 8 millions environ sont exportés.
Presque toute cette récolte est obtenue sur la côte de
l'Atlantique, dans cette zone des terres chaudes qui s’étend
de la mer jusqu’à une altitude de 585 mètres.
En dehors de cette bande littorale étroite, qui n’a pas par
endroits plus de 8 lieues de largeur, et où le thermomètre
marque entre 25 et 32 degrés, la culture du cacaoyer cesse
d'être avantageuse ; et c'est exceptionnellement que du
cacao est envoyé de certains points de l'intérieur, tels que la
vallée de l'Orénoque.
Les principales régions de production sont les districts de
Girardot (municipe de Choroni), de Paës (municipe de RioChico), de Vargas (municipe de la Guaira), dans l’état de
Miranda; d'Ocumare et de Puerto-Gabello dans l'état de Cara­
bobo; la péninsule de Paria dans l’état de Bermudez.
C'estdans cette dernière presqu'île qu’on récolte les caraques
de second choix ou Carupano.
Après Carupano, vers l'Ouest, est une petite bande de côte
où le cacaoyer ne réussit pas; et les plantations ne réappa­
raissent que dans la région de Cumana et de Barcelona. Elles
cessent de nouveau jusqu’au voisinage de la limite de l’état de
Bermudez; et ce n’est qu’à partir de cette région, connue dans
le pays sous le nom de vallée de Barlovenlo, que la culture
s'étend sans interruption jusqu’à l’état de Falcon. Au delà,
on ne trouve plus que quelques cacaoyères plus ou moins
importantes à l’extrémité du lac de Maracaibo, dans 1 état de
Zulia, et à Mérida et à Trujillo, dans l’état de Los Andes.
Le grand centre de culture, en dehors de la pointe de Paria,

149

est ainsi la côte des états de Miranda et de Carabobo; et c’est
de là que vient le meilleur cacao caraque, surtout de
toute la partie située à l’ouest de La Guaira, la qualité
augmentant, semble-t-il, à mesure que, dans cette région, on
s’éloigne de la Guaira. On rencontre alors les deux vallées de
Choroni et d’Ocumare; et dans la première se trouve la plan­
tation de Cliuaco, qui est une des plus renommées du monde.
Si l’on s'en rapporte à un article anonyme paru dans le
Bulletin de la Jamaïque en février 1898, la principale variété
plantée dans la péninsule de Paria, ainsi qu’au Rio-Chico,
dans la partie est de la côte de l’Etat de Miranda, est le Forastero, tandis que dans les vallées d'Ocumare, de Choroni et
Puerto-Cabello, c’est le Criollo. Quelques sortes communes de
Puerto-Cabello viendraient cependant aussi probablement de
Forastero.
Il n’est pas douteux, au reste, que la qualité des caraques
premier choix est due au sol autant qu'à la sorte; et les meil­
leurs terrains sont ceux d'Ocumare et de Choroni. La plupart
de ces terres, comme celles des environs de Puerto-Cabello,
sont rougeâtres ; toutefois il paraît que, celles de Choroni
étant les plus foncées, on en fait apporter à Ocumare pour le
terrage du cacao.
D’après l’article que nous venons de citer, il y a surtout, à
Ocumare, quatre ou cinq grandes plantations, qui se sont
constituées chacune par la réunion de neuf ou dix plantations
plus petites. L'une d’elles récolte annuellement2.500 fanègues.
Chaque arbre fournit d’une à deux livres, mais le plus sou­
vent une livre.
Les comptes d’établissement et d’entretien d’une cacaoyère
au Vénézuéla, que nous avons donnés ailleurs, se rapportent à
cette région d’Ocumare. Nous avons vu que le coût de
production d’une fanègue y est environ de 40 francs, et la
sorte est vendue par le planteur de 125 à 150 francs.
Tout le cacao récolté dans la péninsule de Paria est expé­
dié à Carupano, tandis que la Guaira exporte la récolte de
Rio-Chico et de toutes les vallées de l’Ouest situées en deçà
de l'état de Falcon. Plus loin, dans la partie plus occidentale
de la côte, Maracaibo expédie directement.

�LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

151

L’exportation complète a été ainsi, en 1893, de près de
20 millions de kilogrammes ; et, en cette même année, les
prix du quintal ont été les suivants, le quintal du pays équi­
valent à 100 livres espagnoles, c’est-à-dire à 46 kilo­
grammes 08.
Le cacao est aujourd hui une des grandes richesses de
l’Equateur ; et la république donne une extension de plus en
plus grande à ses cultures. Alors qu'il y a une quinzaine
d’années les cacaos n’y valaient que 10 h 12 sucres (50 à 60
francs) les 46 kilogrammes, ils atteignent aujourd’hui les
prix de 20 à 22 sucres (100 5 110 francs).
Presque toute la récolte est concentrée à Guayaquil, où
elle est chargée à destination de l'Europe ou des Etats-Unis.
Pendant les années fiscales 1801-92 et 1892-93, il a été
expédié de ce port :
1892
10.966 tonnes
2.332
»
1.752
»

1893
13.093 tonnes provenant d'Ariba.
3.077
»
»
de Machala.
1.782
»
»
de Balao.

En 1893, les expéditions ont été faites surtout par les Com­
pagnies suivantes :
Compagnie générale transatlantique via Panama
UambourgAmericanSteam Packet et C°.............
Compania transatlantica de Barcelona...............
R. Mail Steam Packet et C°........................... .
Compagnie maritime du Pacifique via Magellan..
Compagnie Allemande Cosmos...........................

52.479
43.857
3.002
49.250
88.714
1 .703

sacs.
»
»
»
»
»

Aux 18 millions de kilogrammes exportés de Guayaquil, en
cette année 1893, il faut a jouter les petites quantités expédiées
par les autres ports de l’Equateur, tels que ceux de Caraquès
et Esmeraldas, et dont le total est de 1.200.000 kilogrammes
environ.

Janvier.............. 83 fr. 75
Mars.................. 90 )) 60
Avril................. 405 »
Juillet................ 88 » 10
Août-Décembre. 80 » 75
Au prix moyen de 83 francs 30, la valeur totale de l’expor­
tation de 432.438 quintaux eût été de 36 millions de francs.
En fait, elle a été de 32.432.850 francs, et il a été perçu comme
droits de sortie 627.666 francs.
L’Equateur exporte principalement pour l’Espagne, la
France, l’Angleterre, les Etats-Unis et la Hollande.
La France reçoit environ le sixième1des expéditions.
1891......................
1894-................•.
1897......................

3.220.066 kilogrammes.
4.597.233
3.282.639
»

Mais sur les 3.282.639 kilogrammes reçus en 1897, et
valant 5.153.743 francs, il n ’a été mis en consommation que
379.106 kilogrammes.
On cultive, dit-on, à l’Equateur, et principalement dans la
province d’Esmeraldas, en même temps que le Theobroma
Cacao, les Theobroma angustifolium et ovatifolium.
1. C’est la proportion qu’on peut relever dans les statistiques depuis
longtem ps déjà. Ainsi, en 1866, l’Équateur exportait 247.602 quintaux
qui se répartissaient ainsi : 131.430 quintaux pour l'Espagne, 40.000
quintaux pour la France, 18.840 pour l’Allemagne, 17.390 pour l'Angle­
terre, 7.940 pour la Havane, 4.812 pour le Pérou, etc... Et si nous vou­
lions rem onter plus loin encore, nous trouverions qu’en 1845, sur une
exportation de cacao de 2.982.000 francs, l’Espagne recevait pour
990,000 francs; Ham bourg, 933.000, et la France o io .0 0 0 .

�152

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

LE CACAOYER

Brésil.

Le cacaoyer était depuis long-temps cultivé dans les colonies
espagnoles lorsqu’il fut découvert, à l’état sauvage, au Brésil,
dans le bassin de l'Amazone.
Le produit fut tout de suite apprécié, et, en 1730, le cacao
était au Para, avec le coton, la monnaie courante. Un ordre
royal, adressé à cette date au capitaine général gouverneur,
mandait que la récolte, depuis la rivière Yari jusqu’au
Cap Nord, devait être réservée au payement des uniformes de
linfanterie.
En 1740, il y avait dans cette région du Para environ
7.000 pieds plantés. Quelques-uns de ces pieds, transportés
vers 1780 dans la province de Bahia, y furent le point de
départ des plantations actuelles. Aujourd'hui, le Para
(districts de Cameta, d’Obidos et du Tocantins), Maranhao
et Bahia sont les trois principales provinces qui fournissent
le cacao du Brésil.
Plus au sud, vers Rio-Janeiro (où la température
moyenne est de 23° et la chute d’eau annuelle de 1.100 milli­
mètres, alors que l'une et l'autre, à Para, sont respectivement
de 27° et de 1.790 millimètres), la culture ne réussit plus.
Au Para et à Bahia, les deux grandes récoltes annuelles
ont lieu, l'une en décembre et janvier, l’autre en mai et
juin.
Par le tableau suivant, on peut se rendre compte du mou­
vement de l’exportation totale depuis 1830 :
1830.....................
1840.....................
1849.....................
1855......................
1860.....................

26.283 kilogrammes.
106.486
»
297.836
»
511.030
»
612.825
»

1870.
1883.
1892.
1893.
1894.

153

1.215.684 kilogrammes.
6.280.050
5.619.625
»
5.168.025
4.869.600
»&gt;

Presque tout ce cacao est importé en France, à Nantes et
au Havre.
Sur les 5 à 7 millions de kilogrammes qui représentent en
effet, suivant les années, la récolte totale du Brésil, la France
a reçu :
1891......................
1897....................

6.132.558 kilogrammes.
4.704.676

Les 4.704.676 kilogrammes de 1897 valaient 7.386.402
francs ; il en a été livré à la consommation 4.556.330 kilo­
grammes.
Les cacaos de Para-Maragnan sont toujours cotés à des prix
plus élevés que les Bahia. Ces derniers, au Havre, en mars
1899, étaient vendus 75 à 88 francs les 50 kilogrammes, alors
que les Para atteignaient les prix de 100 h 102 francs.
Il est certain que la province de Bahia, très rapprochée de
la limite extrême de végétation du cacaoyer, est bien moins
favorable à la culture que celle du Para, où non seulement
le Theobroma Cacao, mais beaucoup d’autres espèces (T.
subincanum, T. grandiflorum, T. spcciosum, etc.) sont indi­
gènes.
Nous avons dit que le Theobroma grandiflorum est appelé
cupu-assu, mais nous avons vu aussi que ce même terme est
appliqué par M. Peckolt h une autre plante, avec les graines
de laquelle les indigènes préparent également un chocolat, et
qui serait — bien que M. Peckolt la nomme Deltonea lutea
— un Theobroma encore mal déterminé, peut-être le Theo­
broma Martianum.

�lo i

155

LE CACAOYER

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

Dans la province de Bahia, on a signalé, à l’état sauvage,
le Theobroma Sahmannianurn.
Dans la région du Rio-Negro, on trouve les Theobroma
subincanum, quinquenervium, bicolor, grandiflorum, rnicrocarpum, sylvestre, etc., ce dernier appelé cacao-rana.

Le seul cacao exporté1, et en très faible quantité, du Pérou
est celui récolté sur la côte, au nord de l Etat, dans les dépar­
tements de Piura, de Lambayèque et de Cajamarque. Mais
la culture du cacaoyer en cette région ne peut donner de
résultats satisfaisants et s’étendre que si l'on établit
un système d’irrigation, qui remédiera à l'insuffisance des
pluies.
Le Theobroma subincanum (cacao blanco de Lima) est
indigène au Pérou.

Pérou.

Le Pérou est, au point de vue du climat, divisé en trois zones
bien distinctes : la première, dite la Costa, qui n'a pas plus
de 80 à 150 kilomètres de largeur, est comprise entre la mer
et la Cordillière occidentale, sur le xrersant ouest de laquelle
elle s'élève jusqu’il 1.500 mètres ; la seconde, dite la Sierra,
correspond à la chaîne des Andes et s’élève sur les deux ver­
sants de cette chaîne jusqu'il 4.000 mètres, la région supérieure,
ou puna, étant celle des neiges éternelles ; la troisième zone,
dite la Montana (ou la Forêt), comprend toute la partie de
l'Etat située entre les Andes et la Bolivie. C est cette Montana,
presque dépourvue de montagnes, couverte de forêts et bai­
gnée par l'Amazone et ses affluents, qui est la zone la plus
vaste et la plus belle. L humidité y est très grande et la tem­
pérature. dans la journée, y est de 28 à 31 degrés.
C'est dans cette zone qu’on récolte une sorte qui n’est con­
nue en Europe que de réputation et qui est appréciée dans le
pays à l'égal du Soconusco et des Caraques : cette sorte est le
cacao de Cuzco, obtenu dans les vallées qui avoisinent l’ancienne
métropole des Incas, celles de Paucartambo et d'Urubamba
en particulier. Malheureusement la distance entre Cuzco et la
côte est de 000 kilomètres, à travers un pays montagneux, et
il n'y a que très peu de temps que le chemin de fer qui doit
assurer les communications est terminé, si même il l’est.
Cette difficulté des transports a, jusqu’alors, entravé l'expor­
tation et influé par contre-coup sur la production, qui est restée
limitée aux besoins de la consommation locale.

Bolivie.
En Bolivie, au moins dans les provinces septentrionales, le
cacaoyer pousse à l’état sauvage et fournit une sorte4assez
appréciée des indigènes; mais la culture est encore très res­
treinte, et il n’y a pas, croyons-nous, d'exportation.

Guyane anglaise.
Toutes les Guyanes, avec leur climat humide et chaud,
sont des plus favorables 5 la végétation du cacaoyer. Certaines
espèces, du reste, y sont indigènes, telles que les Theo­
broma subincanum, quinquenervium et album.
Dans la Guyane anglaise, 5 Georgetown, à Demerara, sur le
Rio-Berbice, la température, très uniforme, est, en moyenne, de
27 degrés ; la chute de pluies annuelle est toujours au moins
de 1.700 millimètres et peut atteindre 3 mètres.
1. Les quantités de cacao expédiées ne sont jam ais spécifiées dans les
statistiques d ’exportation du Pérou. L’É tat fait surtout ses envois en
A ngleterre (6.800.000 soles en 1890, c'est-à-dire 27.200.000 francs au
m inimum, la sole valant de i à 5 francs) ; puis viennent le Chili
(1.500.500 soles), la France (1.100.007 soles) et l’Allemagne (800,000
soles).

�\ 56

LE CACAOYER

La culture du cacaoyer, presque abandonnée depuis 1832
dans la colonie, où, cependant, elle avait donné déjà, au com­
mencement du siècle, des récoltes annuelles de près de 50.000
kilogrammes, a repris en ces dernières années.
Les plantations nouvelles sont établies à plusieurs lieues de
la côte, sur les bords du Canal n° 1 et du Demcrara. L'une, à
quinze lieues de Georgetown, comprend 70 hectares plantés de
cacaoyers, qui rapportent en moyenne, annuellement, 1.200
kilogrammes de graines.
Dans une autre propriété, celle de Coverden, plus rappro­
chée de Georgetown, la récolte est de 22.000 kilogrammes,
représentant un revenu de 20.000 francs.
En 1895, l’Angleterre recevait de sa colonie environ
115.000 kilogrammes de cacao, au prix approximatif de
200.000 francs.

Guyane hollandaise.

La Guyane hollandaise est, de toutes les Guyanes, la colonie
qui a toujours apporté le plus grand soin à ses plantations de
cacaoj’ers. La culture de l’arbre y remonte à 1534, et pendant
longtemps la récolte a suffi à la consommation delà Hollande.
En 1775, la production était de 798.854 livres, qui furent
vendues 716.370 francs et dont 733.338 livres fut expor­
tées; en 1787, les expéditions s’élevèrent à 2 millions de
livres.
En 1881, d’après une notice néerlandaise, il y avait
6.657 hectares de cacaoyers seuls et 1.237 hectares de
cacaoyers mélangés à d'autres plantes.
Actuellement, d’après un rapport de M. Van Esveld, agent
consulaire de France à Paramaribo, rapport qui date de 1897, il y
a 97 plantations ayant des cultures de cacaoyers ou des cultures
mixtes de cacaoyers et de caféiers, d’une étendue de 35 à
350 hectares, et 1.032 propriétés de moindre importance,

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

157

représentant au total 13.241 hectares, mais dont il est impos­
sible de savoir la superficie cultivée.
Au Surinam, tout le monde, au reste, cultive plus au moins
le cacaoyer; et une grande partie de la production est due
soit aux propriétaires de petites plantations, dont le nombre
était de 3.673 en 1891, soit aux fermiers (4.929 à la même
époque) qui cultivent les plantes potagères.
Le développement de cette culture s’explique par les con­
ditions climatériques. A Paramaribo, la température moyenne
est de 27° et la chute de pluies annuelle peut être de plus de
3.500 millimètres.
Une trop grande humidité, qui, en se prolongeant, fait par­
fois tomber les fleurs, est donc même bien plus à redouter que
la sécheresse.
Un autre sujet de crainte, pour le planteur, est le vent du
sud, appelé dans le pays vent de terre (landwind), dont le
souffle froid arrête la formation des fruits.
Mais ce sont là de ces risques climatériques auxquels
sont exposées les cultures en tous pays; et, en général, la
récolte du cacao en Guyane hollandaise est satisfaisante et le
rendement relativement élevé.
M. Van Esveld donne les résultats obtenus en 1897 dans la
plantation Jagtlust, près de Paramaribo, où 175 hectares ont
été plantés de 1855 à 1885.
Un hectare y produit jusqu’à 1.380 kilogrammes de cacao
par an, et, au minimum, 570 kilogrammes ; la récolte moyenne
y est de 937 kilogrammes. Au prix moyen de l fr. 90 le kilo­
gramme, le revenu de l'hectare est de 1.780 francs. Or, la
dépense annuelle, pour une plantation d'un hectare, est de
150 francs.
Ajoutons que, d’après M. Bartelinck, qui a été planteur au
Surinam, un arbre rapporte 1 kilogramme 500 par an. Cette
évaluation concorde sensiblement avec la précédente, puisqu’en admettant, comme produit d’un hectare, 937 kilo­
grammes, comme le dit M. Van Esveld, on doit supposer
que la plantation est de 625 arbres ; et c'est bien, en effet,
comme nous l'avons vu, le nombre approximatif de pieds cor­
respondant d’ordinaire à cette superficie.

�LES PAYS DE CULTEHE DU CACAOYER

M. Bartelinck estime que les dépenses, pour le premier éta­
blissement d'un hectare de cacaoyers, sont, au minimum, de
025 francs; et les soins à donner au champ, depuis le moment
de la plantation jusqu’à la troisième année, reviennent, selon
lui, en tout, à 150 francs.
La cueillette, au Surinam, a lieu d’avril à août et d’octobre à
décembre.
L’exportation de cacao de la Guyane hollandaise, en ces
vingt dernières années, a toujours augmenté ;
1880 .....................
1881 .....................
1885.......................
1890.......................
1897.......................

940.000 kilogrammes.
1.871.290
»
1.337.500
2.109.500
3.584.715
»

Sur ces 3.584.715 kilogrammes exportés en 1897, la France
a reçu directement 51.057 kilogrammes (80.159 francs) et il
en a été mis en consommation 15.635.
Pendant le premier semestre de 1897, le prix était de
1 fr. 10 à 1 fr. 20 le kilogramme, et pendant le reste de l’an­
née, il s'est élevé à 2 fr. 15.
En mai 1898, le kilogramme était vendu 1 fr. 90.

Guyane française.

Ce n’est que depuis 1734 que le cacaoyer est cultivé à la
Guyane française ; et les graines avec lesquelles furent faites
les premières plantations, dans l'ile de Cayenne, provenaient
d une forêt de cacaoyers située au delà des monts TumucHumac, sur le Yari, affluent de l’Amazone.
La culture s’étendit ensuite quelque peu sur les rives de
l’Oyapock et du Sinnamari, et, lorsque les cacaos de Caracas
furent prohibés, Cayenne fournit à la France quelques cargai­
sons du produit.

159

Mais jamais les plantations n'ont pris dans la colonie fran­
çaise une grande extension ; et elles sont aujourd’hui à peu
près ce qu elles étaient en 1848.
Il y a cinquante ans, elles couvraient 230 hectares et fournis­
saient 41.000 kilogrammes de graines ; en 1895, leur ensemble
représentait 245 hectares et, pendant le premier semestre de
1898, il a été exporté de Cayenne 10.080 kilogrammes de cacao.
En 1897, la colonie n’a même expédié que 2.893 kilo­
grammes, d'une valeur de 4.542 francs.
La présence de cacaoyers sauvages indique pourtant bien
que la Guyane française trouverait avantage à se préoccuper
de cette culture comme de tant d’autres.
A Cayenne, la température moyenne est de 20°, et Sclimid
indique 3.513 millimètres de pluies par an.

Cuba.

Cuba s’est, pendant longtemps, approvisionnée de cacao à
Vera-Cruz, et ce n’est que vers le commencement de ce siècle
que des planteurs des environs de Santiago, las de payer
les droits énormes dont était frappé le produit, à
l’entrée dans l'ile, tirent, avec des graines venues de Caracas
et de Maracaïbo, des essais dont les heureux résultats don­
nèrent rapidement un grand essor à la culture du cacaoyer,
surtout dans les régions centrales et orientales de l’ile (27° de
température moyenne à Santiago de Cuba).
En 1847, il y avait 09 cavaleries de cacaoyers, c’est-à-dire
environ 925 hectares, la cavalerie espagnole équivalant à
13 hectares 42 ares ; et la production était de 3.830 arrobes,
c'est-à-dire 44.490 kilogrammes, l'arrobe étant de 25 livres
espagnoles, soit 11 kilogrammes 52. La valeur de ces
44.190 kilogrammes était de 103.000 francs environ.
Mais la production était encore loin alors de suffire à la
consommation, qui était à peu près de 450.000 kilogrammes.

�160

LE CACAOYER

G est vers 1860 que, la récolte augmentant toujours, l’équilibre
semble s'être établi ; et, en même temps que l’importation
devenait presque nulle, le commerce d'exportation se dévelop­
pait avec une rapidité dont témoignent les chiffres suivants :
1852
1853
1854
1855
1856
1857

.....................
.....................
.....................
.....................
.....................
.....................

99.520 kilogrammes.
318.642
262.706
418.692
447.948
491.280

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

Et, en 1893 :
720.492 kilogrammes pour l’Espagne;
1.976
»
pour le Centre-Amérique.
On voit qu’aucune exportation n’a été faite, en ces deux
années, aux Etats-Unis, qui ne recevaient jusqu’alors de l’île, de
temps à autre et exceptionnellement, que quelques milliers de
kilogrammes (20.000 en 1886).
Nous manquons encore de renseignements sur les modifica­
tions commerciales qui seront la conséquence de la récente
guerre hispano-américaine.

Les dévastations commises pendant l’insurrection de 1868
portèrent malheureusement à l'agriculture un coup qui retentit
longtemps sur le commerce del’ile et dont Cuba ne commença à
se relever que vers 1887. A celte dernière époque, les expédi­
tions étaient plus faibles encore cependant qu'avant la guerre,
mais elles ont, depuis lors, sans cesse augmenté :
1887.....................
1891 ......................
1892 ...................
1893 ..... • ...........
1894 ...................
1895 ...................
1896 ...................

879.748 kilogrammes.
1.039.276
1.079.634
»
722.468
,»
1.358.272
1.255.822
1.545.902
»

Le prix moyen, en 1896, était de 68 francs le quintal de
46 kilogrammes.
Depuis le début de l’exportation, presque toutes les expédi­
tions étaient faites à destination de l'Espagne.
Ainsi, en 1892, les 1.079.634 kilogrammes s’étaient répartis
ainsi :
1.078.592 kilogrammes pour l’Espagne ;
1.042
»
pour le Centre-Amérique.

161

La Jamaïque.

Le cacaoyer était déjà cultivé à la Jamaïque par les Espa­
gnols, quand l île fut prise par les Anglais, en 1655. Depuis
cette époque, les plantations ont été tour à tour abandonnées
et reprises ; et celles qui existent actuellement ne datent guère
(jue d'une trentaine d’années. Grâce aux efforts du Jardin
botanique de Hope, qui s’est préoccupé d’introduire les meil­
leures variétés delà Trinidad et duVénézuéla, et de répandre en
même temps les meilleures méthodes de culture et de prépa­
ration, le commerce du cacao a suivi, depuis 1875, la marche
ascendante qu’indique le tableau des exportations :
1875...................
1876....................
1880....................
1 8 9 0 ..:..............
1896....................
1897....................

22.150 francs.
))
32.150
»
272.950
»
363.475
»
438.200
))
563.750

En 1896, les divers pays d’importation ont reçu à peu près
L Cncaoycr.
Il
p

�162

LE CACAOYER

Angleterre............
États-Unis............ ........
Hollande.............. ........
Autriche............... ........
Allemagne............ .......
France..................

116.000
66.400
43.500
33.000

163

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

respectivement des cacaos de la Jamaïque pour les valeurs
suivantes :
»
»
»
,,

En cette même année, la surface plantée de cacaoyers (qui
était de 530 hectares en 1891 et de 330 en 1886) était de
700 hectares. Presque toutes ces plantations sont entre 50 et
150 mètres d’altitude, en des régions où la hauteur annuelle
des pluies n'est jamais inférieure à 1.500 millimètres et où la
température ne descend jamais au-dessous de 24°. Le climat
est particulièrement propre à la culture du cacaoyer, et cette
culture, dit M. Landes, n'est pas coûteuse à la Jamaïque
lorsqu'elle est associée avec celle de la banane qui est un des
principaux articles d'exportation de lile.
Tous les efforts de la colonie doivent donc tendre h mieux
préparer le cacao, qui, actuellement, est encore vendu k des prix
faibles.
La raison de cette infériorité paraît tenir surtout k ce que,
jusqu'en ces dernières années, le cacao de la Jamaïque était
lavé et séché sans être soumis k la fermentation. Ce procédé,
que M. Morris a combattu énergiquement vers 1889, semble
heureusement aujourd’hui peu k peu abandonné pour des
méthodes meilleures.

Haïti.

qui, vers 1664, eurent pour résultat l'occupation du tiers
occidental de lile par les Français, cette culture, dans la
partie restée espagnole, tomba en décadence.
Par contre, k la même époque, elle se développait dans le
partie que nous avions envahie, et où jusqu’alors le cacaoyer
n’avait pas été introduit. Dès l’année qui suivit l’envahisse­
ment, en 1665, un colon, du nom de Dogerang, plantait le
premier pied ; et les plantations étaient déjà prospères quand
le traité de Ryswick, en 1697, partagea l ile entre l’Espagne
et la France.
Toutefois, en 1716, lorsqu’un ouragan eut dévasté toutes les
habitations, la culture fut momentanément abandonnée;
quelques pieds seulement furent entretenus par simple curio­
sité.
Les plantations ne furent rétablies qu'assez longtemps plus
tard, d'abord dans le domaine de Perbach, de la paroisse
dite Dalmarie, puis sur d’autres points de la région française ;
et à la fin du xvmc siècle, la France recevait de SaintDomingue jusqu’k 300.000 kilogrammes de cacao.
Un nouvel arrêt se produisit au commencement de ce
siècle, k la suite des troubles qui éclatèrent en 1791 et qui
devaient se prolonger si longtemps. Le tableau ci-dessous
donne une idée des oscillations qu'a subies alors le commerce
d'exportation du cacao dans ce malheureux pays, sans cesse
agité par les révolutions :
1789 ( l re p é r i o d e ; r é g i m e c o l o n i a l . ) .............................................
1819 (3° p é r i o d e ; g o u v e r n e m e n t d e H e n r i C h r i s t o p h e ) . .

100.000

1 8 2 4 (4 e p é r i o d e ; g o u v e r n e m e n t d u P r é s i d e n t B o y e r )
1828 (
»
,&gt;
»

230.000
37.2 0 0

1829 (

»

,,

&gt;,

65.0 0 0

18 3 0 (

»

»

»

225.230

1841 (

»

»

»

1843 ( g o u v e r n e m e n t

Haïti (divisée depuis 1843 en République d'Haïti et Répu­
blique dominicaine) est la première des Antilles où les Espa­
gnols ont cultivé le cacaoyer. Mais k la suite des luttes

7 5 . 0 0 0 k i lo g .

1801 (2 e p é r i o d e ; g o u v e r n e m e n t d e T o u s s a i n t - L o u v e r t u r e ) 2 7 0 . 0 0 0

du président Iiérard).

320.300
350.400

On sait que c'est pendant cette présidence d’Hérard que
Saint-Domingue se sépara définitivement de Haïti.
Les chiffres suivants se rapportent maintenant k Haïti

�164

165

I.E CACAOVEH

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

seul, où le commerce du cacao était et est encore beaucoup
plus important que dans la République dominicaine :

En mars 1899, les Haïti valaient de même de 77 à 84
francs.
C’est, en somme, une sorte assez bascotée et peu appréciée ;
et la raison en est dans les méthodes défectueuses de prépa­
ration.

1845 (gouvernement du Président Pierrot)..
1819 (gouvernement de Soulouque)..............
1858 (
»
» ) .............

418.000 kilog.
332.250 »
728.100 »

A cette dernière date, le cacao était expédié des ports de
Port-au-Prince, Caves, Cap-Haïtien et Jérémie.
Après le renversement de Soulouque, en janvier 1859, la
République d'Haïti fut rétablie; et depuis lors les exportations
ont été :
1859......................
1862......................
1880......................
1887.....................

098.682 kilogrammes.
871.926
1.365.000
»
2.000.000
»

Sur ces 2.000.000 de kilogrammes de 1887, 1.500.000 ont
été expédiés de Jérémie, 350.000 de Cap-Haïtien, 11.000 des
Gonaives, et la petite quantité restante de Port-au-Prince, des
Caves et de Port-de-Paix.
Quant à la République dominicaine, ses exportations, beau­
coup plus restreintes, sont faites de Santo-Domingo et surtout
de Puerto-Plata. En 1896, il était expédié :
De Santo-Domingo............
De Puerto-Plata................

4.607 kilogrammes.
100.016
»

Pour Haïti, des renseignements complets nous manquent
sur les exportations totales annuelles depuis 1887. Il est cer­
tain toutefois que le commerce a continuellement augmenté,
car la France seule recevait de cette provenance :
En 1891......................
En 1897......................

1.585.600 kilogrammes.
2.225.857
»

L'envoi de 1897 représente une valeur de 3.494.595 francs,
ce qui correspond au prix de 77 fr. 50 les 50 kilogrammes.

Porto-Rico.
L'introduction du cacaoyer est de date plus ancienne à
Porto-Rico qu’à Cuba : elle remonterait au xvi0 siècle, c’està-dire aux premiers temps de la colonisation. La production
était alors abondante, mais elle a, dans la suite, considérable­
ment diminué. Pendant longtemps, la culture ne fut plus pra­
tiquée que par quelques Espagnols ou des métis, qui récoltaient
Juste les quantités nécessaires pour leur consommation.
Vers 1840 seulement, quelques petits propriétaires, aux
environs de Mayaguez, réorganisèrent des plantations qui
réussirent, et quelques quintaux étaient, vers le milieu du
siècle, transportés, par les navires espagnols, à Barcelone.
Ils furent appréciés, si l’on en croit les rapports officiels, à
l'égal des caraques.
Malgré tout, il semble que, de nos jours, le commerce du
cacao soit resté négligé dans 1île, car les statistiques, aussi bien
anciennes que récentes, ne font pas mention du produit, ou,
tout au moins, le comprennent sous la rubrique générale d ar­
ticles divers.

Montserrat.
Nous citons, en passant, cette toute petite ile anglaise,
située à onze lieues environ au sud-ouest d’Antigoa et à
quinze lieues au nord-est de la Guadcloiqie.

�LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

D'origine volcanique et très accidenté, son terrain 11e se
prête guère il de grandes cultures ; cependant, de petites plan­
tations de cacaoyers ont été entreprises en ces dernières
années et réussissent. Quelques lots de cacaos vendus par la
Montserrat Company ont atteint des prix satisfaisants.

La Guadeloupe.

Le cacaoyer a été, croit-on, apporté de la Martinique à la
Guadeloupe, mais sa culture n’y a pas eu, jusqu’en 1857, une
grande importance.
Avant le milieu du siècle, l'exportation n’avait pas dépassé
33.000 kilogrammes, chiffre qu’elle atteignit en 1819, et
elle était descendue plusieurs fois 5 quelques tonnes.
En 185G, elle était de 14.535 kilogrammes, et c’est en 1857
qu’elle s'éleva brusquement à 52.085 kilogrammes. Depuis lors,
elle a, si l'on considère la marche générale, sans tenir
compte de quelques oscillations inévitables, constamment
augmenté. La France a reçu :
1864......................
1874......................
1878......................
1884......................
1891 ......................
1895......................
1897......................

69.000 kilogrammes.
85.000
»
233.812
»
192.000
»
331.264
»
346.000
400.876
»

L'envoi de 1897 représentait une valeur de 629.375 francs.
Tout ce cacao provient de la Guadeloupe proprement dite,
le cacaoyer ayant, depuis le milieu de ce siècle, disparu de la
Grande-Terre.
Il est probable, du reste, que les plantations s’étendront
peu dans l'avenir, même en Basse-Terre, car si le climat est

167

favorable, peu de terrains, par contre, conviennent à la cul­
ture de l’arbre.
Dans le sud et l'ouest de l’île, ces terrains ne dépassent pas
une superlicie de 2.000 hectares; et beaucoup d’essais tentés
en dehors des plantations actuelles n'ont donné que des
mécomptes. En beaucoup de points, le cacaoyer pousse bien
mais ne vit pas longtemps.
Nous avons donné ailleurs les comptes de dépenses et de
revenus d’une cacaoyère de la Guadeloupe.

La Dominique.

Située entre la Guadeloupe et la Martinique, cette île
anglaise a, du nord au sud, douze lieues de longueur et une
largeur de six lieues.
La culture du cacaoyer s’y développe; malheureusement, on
a surtout introduit, au début, des Calabacillo et il n’y a que
quelques années qu’on apporte plus d’attention dans la sélec­
tion des graines.
L’exportation qui, en 1893, était de 213.000 kilogrammes
(197.000 francs) était, en 1896, de447.000 kilogrammes, valant
336.325 francs.

La Martinique.

Les premiers semis de cacaoyer furent faits à la Martinique,
en 1664, par un juif nommé Benjamin Dacosta, avec des
graines provenant du Vénézuéla. D’autres habitants, quelques
années plus tard, suivirent cet exemple et le cacao devint une
des principales richesses de 1ile.
Mais en 1727, un ouragan, suivi d’une inondation/détruisit

�168

169

LE CACAOYER

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

toutes les cacaoyères et il fallut qu’un édit royal, réduisant à
dix centimes par livre les droits d’entrée sur les cacaos des
colonies françaises, fut promulgué pour que les plantations
fussent rétablies. En 177T», il y avait, à la Martinique,
1.400.000 pieds de cacaoyers, et 1île fournissait avec SaintDomingue presque tout le cacao consommé en France.
Puis l’engouement qui se produisit pour la canne à sucre lit,
dit M. Guérin, abandonner les cultures secondaires; et
on alla jusqu’à détruire des plantations de cacaoyers pour y
substituer la canne.
Aujourd’hui, un revirement s’est produit et les exportations
de la Martinique sont un peu supérieures à celles de la Gua­
deloupe. La France a reçu :

couvre un millier d’hectares environ ; et la sorte récoltée, à
raison d’une livre, en moyenne, par arbre, est assez appréciée.
Les exportations de cacao, qui étaient de 18.000 kilogs envi­
ron en 1843, ont été en ces dernières années :

1891 ......................
1895......................
1897......................

633.988 kilogrammes.
686.023
482.272

En cette année 1897, il a été mis en consommation en
France 470.156 kilogrammes, au prix de 738.796 francs.

Sainte-Lucie.

Dans cette île, aujourd'hui anglaise, et qui est un peu plus
petite que la Dominique, il y avait, en 1874, alors qu’elle
appartenait encore à la France, 2.512.000 pieds de cacaoyers,
qui, dans la suite, disparurent peu à peu. L’insalubrité, bien
connue, du climat fut certainement une des causes de cet aban­
don.
Actuellement, bien que beaucoup de vallées soient très fer­
tiles, les seules cultivées sont celles des Roseaux, du Mabouya
et du Cul-de-Sac.
Le cacaoyer y réussit admirablement et fournit, après la
canne à sucre, le principal produit d’exportation. Sa culture

1893.. . .
1 8 9 4 .. ..
1895___
1 8 9 6 .. ..

466.920 kilogrammes, valant972.750 francs.
442.440
»
» 712.825
313.290
»
» 391.600
»
480.105
»
» 359.900

La récolte, en ces quatre années, a toujours été sensible­
ment la même, mais il est curieux de constater combien les
prix ont été variables.

Saint- Vincent.

D’origine volcanique, cette autre île anglaise a une super­
ficie à peu près moitié moindre que la précédente.
Les pluies y sont régulières, et leur hauteur annuelle est de
2 mètres au minimum ; la température moyenne est de 27°.
Le climat est plus sain que celui de Sainte-Lucie.
Vers le milieu du siècle, 1île exportait 3.000 kilogs environ
de cacao.
Aujourd’hui, le produit vient au troisième rang dans les sta­
tistiques commerciales, après le sucre et l’arrow-root :
1880............ ........
1890............ ........
1896........•. ........

16.025 francs.
))
45.875
»
79.025

Si l’on remarque que les prix des cacaos, en 1896,
étaient exceptionnellement bas, on voit que la culture du
cacaoyer a pris de l’extension, en ces dernières années, à SaintVincent.

�170

LE CACAOYER

Toutefois, au dire de M. Landes, certaines raisons, relatives
à la distribution de la terre, portent à croire que cette exten­
sion sera rapidement arrêtée.
Les plantations de l'ile sont entre les mains d'un petit
nombre de personnes.

La Grenade.
La Grenade, où le cacaoyer fut introduit, en 171 4, par des
Français, est une des îles des Antilles qui doivent attirer ici,
tout particulièrement, notre attention, carie cacao est aujour­
d'hui, de beaucoup, le principal produit d'exportation, comme
1 indique le tableau suivant des articles expédiés par la colonie
anglaise en 18% :
Cacao............
Muscades. . . .
Coton............
Campêche . . .
Cola............•
Café..............

3.462.975 francs
»
524.575
»
88.575
»
43.325
»
3.325
»
1.550

Quant au sucre, dont la Grenade produisait 20.000 tonnes
en 1831, il en a été exporté pour 375francs en 1896, et le pays
doit s'approvisionner au dehors.
C’est le cacaoyer qui a remplacé la canne, et 1 île se livre
aujourd'hui presque exclusivement à cette culture.
Dans ce pays très montagneux, les premières plantations
furent faites sur les hauteurs, au-dessus des sucreries alors
ouvertes; mais on s’est aperçu, en ces dernières années, que
les résultats étaient meilleurs dans les terres basses et c’est
surtout depuis ce moment que la culture s’est propagée dans
toute l’ile.
La surface plantée de cacaoyers était, en 1895, de 8.000
hectares, répartis en un grand nombre de propriétés.

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

« Quoiqu’il y ait, dit M. Landes, dont les renseignements
sur ce point sont empruntés à un rapport de M. Morris,
quelques grandes habitations plantées de cacaoyers à la Gre­
nade, les très petites habitations prédominent : 5.600 pro­
priétés ont moins de 2 hectares et demi ; 843 ont de
2 hectares et demi à 10 hectares; et 205, de 10 à 50 hectares.
Il résulte de là que les possesseurs de petites propriétés,
au-dessous de 50 hectares, sont au nombre de 6.648, repré­
sentant les 11/100 de la population totale de l’ile. Aussi les
variations de prix des cacaos se font-elles sentir surtout parmi
cette classe des petits propriétaires et souvent leur enlèvent le
plus clair de leurs bénéfices. »
Le sol de l'ile, très fertile, est formé par la décomposition
des roches volcaniques, et varie de l'alluvion friable à l'argile
rouge et tenace. Pour le cacaoyer, le meilleur sol est celui qui
est constitué par l'argile contenant encore les roches qui
l’ont formée. D’autre part, la hauteur des pluies est de 2 à
3 mètres par an.
Les conditions semblent donc favorables pour la culture à
laquelle se livre aujourd’hui la Grenade. Pourtant, d’après
un article anonyme publié dans le Bulletin of the botanical
Departement of Jamaica, les arbres sont, dans cette île,
généralement moins vigoureux qu’à la Trinidad ; les feuilles
sont souvent desséchées et brunâtres.
Ce fait expliquerait les récoltes relativement faibles qu'in­
diquent les rapports officiels : 530 grammes environ de cacao
par arbre dans les bonnes terres.
En moyenne, on estime qu'un hectare fournit 7 à 8 sacs de
75 kilogrammes, soit environ 550 kilogrammes.
Ces 550 kilogrammes rapportent à peu près 550 francs, et le
prix de revient total, pour la même quantité, est de 200 à
300 francs, y compris les intérêts du sol. Un hectare de bonne
terre, à la Grenade, coûte quelquefois jusqu’à 1.500 francs.
En 1881, l ile exportait 2.638.800 kilogrammes de cacao;
en 1893-94, 3.825.000, et en 1896, 5 millions environ. Nous
avons vu plus haut qu’en celte année 1896, où les prix ont
été les plus faibles de ces vingt dernières années, la valeur de

�172

I.E CACAOYER

l'exportation a été de 3.402.975 francs. Le sac de 75 kilo­
grammes a été vendu de 50 à 55 francs, alors qu'il était payé,
en 1893, 75 à 95 francs et atteignait des prix analogues les
années précédentes.
Les pieds plantés à la Grenade sont surtout des Forastero
et, sans doute, aussi des croisements de Forastero et de
Calabacillo.

Tobago.
Beaucoup d'efforts ont été faits par les Anglais en ces der­
nières années pour développer la culture du cacaoyer dans
cette petite île montagneuse, de 12 lieuesde longueur sur 4 de
largeur.
Dans ses vallées d'une très grande fertilité, 300 hectares
sont plantés actuellement de cacaoyers, et divisés en petites
pièces de 1 à 4 hectares.
Les expéditions, encore très faibles et qui në dépassent pas
50.000 kilogrammes, sont faites à destination de la Trinidad,
à laquelle l’île est politiquement rattachée.
Elles augmenteront sans doute, sous l’impulsion donnée par
M. Hart, qui encourage tout particulièrement les plantations
à Tobago. Et, en effet, le climat est, comme le sol, des plus
favorables. La chute annuelle de pluies est, en moyenne, de
1.600 millimètres. Il y a deux saisons humides, en mai et en
octobre ; les seuls mois secs sont ceux de février, mars et
avril.

La Trinidad.
Les premiers planteurs de cacaoyers, à la Trinidad, furen
quelques Espagnols qui s’étaient établis dans 1 île en 1525; et

M M

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

173

ils s’appliquèrent avec tant de soin à la culture que le produit
qu ils livraient fut, d’après l’abbé Raynal, préféré longtemps à
celui de Caracas. Les négociants espagnols le payaient
d’avance.
Mais, en 1727, les cacaoyères éprouvèrent à la Trinidad le
même sort qu’à la Martinique, en cette même année; et 1 île
fut ensuite presque abandonnée.
Un fait consigné dans les Voyages de M. Dauxion-Lavaysse
fixe, dit M. Gallais, l’époque à laquelle la culture fut reprise.
En 1790, raconte M. Dauxion, un matelot catalan, frappé de
la fertilité de la vallée d’Yaguarapero, vint s’y établir et com­
mença seul à abattre des bois et à planter des cacaoyers.
En 1797, au moment où la Trinidad fut prise par l’Angle­
terre à l’Espagne, cet homme avait vingt nègres attachés à son
habitation; il en avait trente en 1804 et récoltait 100.000 livres
de cacao.
Après sa mort, en l’absence de tout héritier, sa propriété
passa entre les mains du gouvernement anglais, qui possédait
définitivement 1île depuis la paix d’Amiens (1802) et qui a su
tirer de son sol si fertile un grand parti.
Le cacao vient en second, comme produit d’exportation,
après le sucre.
Ainsi, en 1896, 1 île expédiait :
Sucre. .
Cacao..

54.253.000 kilogrammes, valant 17.508.675francs.
10.567.000
»
» 11.303.535 »

Le tableau suivant indique maintenant la marche de l’ex­
portation du cacao depuis 1821 :
1821......................
1831......................
1841 ......................
1851......................
1861......................
1871......................
1886......................

546.341 kilogrammes.
849.983
»
1.121.985
»
2.498.596
»
2.938.907
»
8.889.917
»
8.060.866
»

�1 1D

LIOS PAYS DË CULTURE DU CACAOYER

1881.....................
1888 ....................
1889 ....................
1890 ...................
1891 ....................
1892 ...................
1893 ...................
1894 ......• ...........
1895 ....................
1896 ...................

5. 307.180 kilogrammes.
9.008.540
»
0.900.852
»
9.098.006
»
7.284.821
»
11.268.735
»
8.597.948
»
9.723.772
13.256.405
»
8.566.1031
»

Les nombres précédents sont doublement intéressants, car
ils établissent que l’exportation a sans cesse augmenté, mais,
en même temps, subit une oscillation régulière.
On peut remarquer, en effet, que, depuis 1880, il y a tour
à tour augmentation et diminution, ce qui indiquerait une plus
grande abondance de récolte tous les deux ans.
Les 10.500.831 kilogrammes exportés en 1896 ont été ven­
dus 11.303.525 francs; mais nous avons déjà rappelé les
faibles prix atteints cette année-là par le cacao. En 1892 et en
1894, le prix moyen était de 105 francs le sac de 75 kilo­
grammes. Le prix de revient du sac, d'après la Commission
royale, étant en moyenne de 42 fr. 50, il y a, on le voit, une
grande marge pour les bénéfices.
Il y a lieu cependant, naturellement, de tenir compte de
conditions très variables, telles que la qualité du sol, la position
des propriétés, les salaires, la plus ou moins grande dilliculté
des communications. A cet égard, le tableau suivant est instruc­
tif.
Nous y indiquons, d’après la Commission royale, la
superficie de la plupart des grandes plantations de 1 île, en
donnant, en même temps, pour chacune d’elles, la récolte
annuelle moyenne, très variable suivant l’âge des cacaoyères,
et le prix de revient d’un sac de 75 kilogrammes.

P la n ta tio n s .
T a l p a r o ......................................................................

S u p erficie
to i ale.
157 l i e c t .

R é co lt e P rix de
a n n u e lle , r e v ie n t
d ’u n sac.
650 sacs

4 0 fr.

M o u n t - P l e a s a n t ..................................................

90

))

100

»

69

))

M o n t s e r r a t ............................................................

120

))

572

»

46

»

S a n - L e o n - G r a n d e e t S a n - L o u i s ..............

374

))

600

»

41

))

L a C o m p e n s a c i o n e t S a n - . I o s é ................

228

))

1237

»

40 ))

»

M a r a r a v a l e t la C a r m e l i t a ...........................

124

»

949

E s m e r a l d a ................................................................

220

»

464

A d v i n a n z a e t la G l o r i a .................................

208

))

350

»

E s p e r a n z a ...............................................................

297

))

349

L a D e s c a d a ; la R e g a l a d a ; S a n R a f a e l

240

))

940

S a n - C a r l o s ..............................................................

225

))

T i e r r a N u e v a e t C a u r i t a ...............................

306

T o r r e c i l l a ................................................................

340

O r l i n o l a ...................................................................

32

))

94

»

»

52

»

»

52

))

300

»

46 »

»

900

»

41

))

»

400

»

41

))

172

»

520

»

100

))

S a n t a - E s t e l l a ........................................................

259

))

807

»&gt;

44

))

S a n - F r a n c i q u e .....................................................

80

))

150

«

75 »

E l S a l v a d o r ...........................................................

143

))

1500

»

56 »

On voit combien, en réalité, sont variables les revenus
qu’on peut tirer d une cacaoyère, puisque le prix de revient
d'un sac peut varier de 32 à 100 francs.
Il est vrai que le système adopté généralement à la Trinidad, comme à la Grenade, pour l'installation de ces grandes pro­
priétés, est une des causes qui élèvent les frais.
Nous avons expliqué ailleurs comment un contrat est passé
entre le propriétaire et des entrepreneurs qui plantent les
cacaoyers et les rendent au bout de 5 ans, à raison de 1 fr. 25
par pied. Nous avons dit aussi quel est l’inconvénient du
système. Les plantations vivrières faites par les entrepreneurs
épuisent le sol; et souvent, en même temps, ces entrepreneurs,
si on n’a le soin de leur donner des graines, plantent des
sortes inférieures, comme les Calabacillo, qui rapportent plus
vite que les Forastero et peuvent ainsi fournir une première
récolte avant l’expiration du contrat.
Les grandes propriétés, comme celles que nous venons
d’énumérer, sont d’ailleurs peu nombreuses à la Trinidad ;

�176

LE CACAOYER

elles ont clé formées, presque toutes, par la réunion de plan­
tations plus petites, que les premiers possesseurs ont dû, à un
moment donné, abandonner, par suite d’une concurrence trop
vive.
Presque toute l’étendue actuellement consacrée à la culture
du cacaoyer, et estimée approximativement à 20.000 hectares,
est divisée en petites propriétés dont la plupart n ’ont que b à
2b hectares de superficie.
Dans la plupart, la variété plantée est le Forastero, qui a
remplacé les anciens Criollo, si nombreux autrefois, mais
aujourd'hui presque tous disparus.
Par le tableau précédent, on a déjà pu se rendre compte du
rapport que fournissent ces arbres, à l’hectare, sur diverses
propriétés.
D’après la Commission royale, ce rapport, sur les bonnes
propriétés, s'élève à 280 kilogrammes par hectare, soit
0 kilogramme i6 i par arbre. Exceptionnellement la produc­
tion, sur une propriété de 446 hectares, s’est élevée à
112.500 kilogrammes, soit 770 kilogrammes par hectare et
1 kilogramme 252 par arbre.
Mais le plus souvent, h part quelques exceptions de ce
genre, la production est à peu près la même qu'à la Grenade.
Elle s'affaiblit mèmeencorequand la plantation est composée
d arbres âgés et mal entretenus ; c’est à peine si, dans ces con­
ditions, on récolte 150 kilogrammes par hectare, c'est-à-dire
250 grammes par arbre. Ce fait se produit surtout dans les
districts où I on cultive le cacao depuis une époque lointaine.
Le sol de ces plantations, situées pour la plupart dans les
vallées formées par les montagnes qui courent au nord de
l'ile, parallèlement à la côte, semble aujourd’hui épuisé ; et
les récoltes sont bien plus abondantes dans le centre de l'ile,
où les plantations ne datent que d'une vingtaine d’années.
Nous avons dit ailleurs encore qu’on fait quelquefois, à la
Trinidad, durer les plantations indéfiniment en laissant pous­
ser un gourmand sur les vieux arbres. Mais, même indépen­
damment de cette précaution, il semble que les cacaoyers
vivent et rapportent très longtemps à la Trinidad : des arbres
de 30 et 35 ans fournissent encore de très bonnes récoltes.

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

177

Avec des conditions climatériques aussi favorables, il n’en
est que plus regrettable qu’on n ’apporte pas à la culture du
cacaoyer ni à la préparation du cacao dans l’ile tous les soins
nécessaires.
Le directeur du jardin botanique, M. Ilart, jetait, en
1807, le cri d’alarme. Après M. Morris, il faisait remar­
quer que la qualité du cacao de la Trinidad allait toujours
diminuant depuis dix ans et que les chocolatiers se plaignaient
de sa saveur amère.
La cause en est due, selon M. Ilart, à l'importation de
plants nouveaux, dont beaucoup proviennent de Ceylan, et
qui, sans doute, poussent vite et résistent bien aux maladies,
mais donnent un produit inférieur. Les sortes de cacaos obte­
nues aujourd’hui à la Trinidad sont nombreuses, mais les
bonnes sont en minorité; et, si ces habitudes se perpétuaient,
fait remarquer M. Ilart, une dépréciation définitive des cacaos
de l île serait à craindre.
A cette première cause il faut en ajouter une seconde, que
signale M. Landes et qui est plus grave encore parce qu'il est
plus difficile d'y remédier : presque tous les propriétaires de
cacaoyers, n ’ayant que de petites plantations, cultivent simul­
tanément des légumes et des fruits, et ne peuvent ainsi appor­
ter à la fermentation qu’une attention sommaire. Souvent
même les bonnes méthodes leur sont inconnues.
L'ile expédie ainsi des cacaos mal préparés et provenant
de sortes inférieures.
Quoi qu'il en soit, jusqu'en ces derniers temps, une grande
partie de ces expéditions était faite à destination de la France.
Ainsi, en 1896, nos ports recevaient 3.877.000 kilogrammes
de cacao de la Trinidad, c’est-à-dire presque le tiers de la
production de l’ile, alors que les exportations pour l'Angle­
terre étaient beaucoup moindres.
Il semble qu'un déplacement se produise à l’heure présente.
Pendant le dernier semestre de 1898, les exportations ont
été, en effet, ce qui, depuis longtemps, n’avait pas eu lieu,
plus fortes pour l’Angleterre que pour la France.
Il importe d'autant plus d'indiquer les raisons de ce chan­
12
ge Cacaoyer.

�178

170

LE CACAOYER

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

gement, qu elles peuvent laisser supposer qu'il sera durable
Depuis quelques années, les capitalistes anglais font des
avances aux propriétaires de cacaoyères de la Trinidad, moyen­
nant hypothèques sur leurs plantations, à raison de 7 °/0 ou
plus. Or beaucoup de prêteurs mettent comme condition que
tous les produits leur seront consignés en Europe ; il est cer­
tain que, dans ces conditions, des quantités de plus en plus
grandes de cacao de 1 île seront dirigées vers l’Angleterre.
Nous avons vu, dans le chapitre sur les maladies du
cacaoyer, que la cause de l'altération des cabosses qu'on
remarque en ce moment à la Trinidad et à Geylan, et qui
inquiète surtout les planteurs de cette dernière île, est une
Péronosporée, le Phytophtora ornnivora de Bary. Ajoutons
que, d'après des renseignements que nous trouvons, au
dernier moment, dans le Bulletin de Kew, ce champignon, sur
les cabosses malades envoyées de la Trinidad. est accompagné
quelquefois d'une nouvelle espèce de Pyrénomycète, nommée
par M. Massee Neclria Bainii.
Ce Xectria Bainii forme des taches brun ferrugineux ou
orangées, avec périthèces composés sphériques, rouges, velus
puis glabres, de 30 h 33 centièmes de millimètre de diamètre.
Dans les asques, brièvement pédoneulés, sont 8 spores
oblongues-elliptiques, hyalines, aiguës aux deux extrémités,
à une cloison, et de 10 à 12 millièmes de millimètre de
longueur, sur 3 de largeur.
L'auteur de l'article recommande de pulvériser de la
bouillie bordelaise sur les fruits tout jeunes ; on appliquera
ensuite le même traitement tous les dix jours.

Cet abandon a deux causes : l’indolence des noirs, entre les
mains desquels était autrefois la culture, et la fréquence des
ouragans, qui dévastent complètement les plantations et
découragent les cultivateurs les mieux intentionnés.
Apporté, dit-on, d’Acapulco vers 1(570, soit par un pilote
nommé Pedro Brabo de Lagunas, selon les uns, soit par
quelques jésuites, sous le gouvernement de Salcedos, selon les
autres, le cacaoyer s’était pourtant très rapidement acclimaté
aux Philippines. Les sortes qu'on y récolte, et, en particulier,
celles de la petite île de Maripipi (au nord-ouest de l’île de
Leyte), d’Albay (dans l île de Luçon), de 1île de Gébu et de
celle de Négros, peuvent, paraît-il, rivaliser avec les meil­
leures d’Amérique.
C'est surtout à Cébu et à Négros que la culture s'était
développée jadis. Aujourd'hui, les provinces qui pro­
duisent encore du cacao sont celles de Leyte, de Bohol, de
Misamis (dans l'île de Mindanao) de Gébu, de Négros et de
Samar; mais la récolte est si faible qu elle est consommée sur
place et doit être complétée par l’importation.

Iles Philippines.
Les Philippines n’exportent plus de cacao depuis longtemps.
En 1827, M. Gallais écrivait que Manille approvisionnait de
ce produit les marchés de l'Inde, où il était transporté en
pâte; mais les statistiques de 1810 ne l’indiquent déjà plus.

Indes orientales néerlandaises.

Le cacaoyer a été introduit par les Espagnols à Célèbes vers
15(50, et c’est de cette île, où les indigènes l'avaient appelé
Kaiva Bengala (café du Bengale), que sa culture s'est étendue
à Amboine d'abord, dans la seconde moitié du xvme siècle,
puis aux autres îles néerlandaises.
Actuellement, on trouve des plantations : à Java, surtout à
l’ouest, dans les résidences de Batavia, de Buitenzorg, de
Samarang et de Préanger ; à Sumatra, sur la côte orientale,
dans la contrée de Déli ; à Linga ; à Riow; à Ternate; à Batjan; à Amboine; et, à Célèbes, dans la résidence de
Ménado.
C est exclusivement de cette dernière région que sont pro-

�180

LE CACAOYER

venus pendant longtemps tous les cacaos des Indes orientales
néerlandaises ; et encore ces exportations avaient-elles dû peu
à peu diminuer, car, alors qu elles étaient, paraît-il, — bien
que ce chiffre nous paraisse exagéré, — de 1.500 piculs, soit
90.000 kilogrammes, en 185i, les statistiques plus récentes
n'en faisaient plus mention.
Ainsi le cacao n’est plus cité dans le tableau des exporta­
tions des Indes néerlandaises, de 1872 à 1881, que donne un
catalogue, pourtant très détaillé, des produits de cette colonie,
publié en 1883. Les expéditions devaient se réduire, à cette
époque, à quelques milliers de kilogrammes, provenant de
Samarang, deTernate, de Batjan et de Menado.
Depuis une quinzaine d’années seulement, les plantations
de Java, dont les premières furent faites il y a environ un
siècle mais restèrent longtemps stationnaires, ont pris une
sérieuse extension; et c’est aussi depuis lors, seulement, que
les exportations de Java et de Madoura ont suivi une pro­
gression rapide :
1881.....................
1886 ....................
1887 ......• ...........
1888 ....................
1889 ...................
1890 ...................
1893 ....................
1894 ...................
1895 ...................
1896 ...................
1897... ..............

12.065 kilogrammes.
20.303
»
23.346
»
69.782
86.372
150.000
»
517.568
737.031
920.431
»
885.255
»
853.383

Presque toutes les expéditions sont faites pour la Hollande,
qui, en 1896, sur un total de 1.466.444 francs, en recevait
pour 1.060.531 francs ; l'Angleterre, qui vient au second rang,
n'en recevait, cette même année, que pour 17.537 francs.
En France, les envois sont intermittents et toujours faibles :

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

1891................•
1896..................

181

1.244 kilogrammes.
3.160
»

Ces 3.160 kilogrammes ont été vendus 5.056 francs, soit
78 francs les 50 kilogrammes.
D'après M. Van Gorkom, on a planté h Buitenzorg des
Theobroma Jricolor, sur lesquels on fonde beaucoup d’espoir;
et, à Amboine, les cultivateurs sont satisfaits de la variété
Nicaragua.
Au dire du même auteur, le cacao de Java, lorsqu’il est
bien préparé, présente une coloration brune très belle, qui le
fait rechercher pour la préparation des bonbons et autres con­
fiseries en chocolat; mais il est, par contre, relativement
pauvre en matières grasses, ce qui le fait peu apprécier des
fabricants de poudre de cacao.

Territoire de iEmpereur Guillaume.

Nous savons que des cultures de cacaoyers ont été tentées
et réussissent dans cette colonie allemande de la NouvelleGuinée, mais nous ignorons quel en est l'état actuel et quelle
importance elles sont destinées à prendre.

Queensland.

Nous citons, de même, pour mémoire, quelques plantations
de cacaoyers faites sur la cote nord-ouest du Queensland, dans
la région de Cairns, entre le Russell et le Mulgrave. Dans
cette région, où les pluies sont fréquentes et abondantes
(2m 50 par an), le cacaoyer fructifie. Il est cependant

�182

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

LE CACAOYEK

183

trop rapproché certainement de ses limites extrêmes de végé­
tation, et les points favorables sont trop peu nombreux et trop
limités pour que cette culture puisse prendre, dans la colonie
anglaise, beaucoup d'extension et mérite plus qu'une simple
mention.

(Ici/lan.

Nou vc IIes- Hébrides.

Bien que le cacaoyer ait été introduit à Ceylan, dès le siècle
dernier, par les Hollandais, et que les Anglais, à leur tour,
se soient, en 1834, préoccupés d acclimater dans l'ile les
sortes de la Trinidad, les premières exportations ne datent
que de 1872. Faibles encore pendant quelques années, elles
n’ont pris d’importance que depuis 1878 :

Le climat chaud et humide des Nouvelles-Hébrides convient
aux cacao vers, et, s'il n'y a encore actuellement qu'une douzaine
de ces arbres en rapport à Vila, dans l ile Vaté, la cause en est
la difficulté et la cherté des transports. Quelques centaines
de pieds ont, néanmoins, été apportés depuis quatre ans, et
la Société française possède aujourd'hui, à Vila, quelques hec­
tares de cacaovères.

Archipel Samoa.

Sur les avantages de la culture du cacaoyer dans ces îles,
les opinions dilfèrent. Alors que certains planteurs sont opti­
mistes, d'autres objectent la cherté de main-d’œuvre sur un
sol d’origine éruptive qui interdit l'emploi des animaux ou des
machines. Les rats, qui pullulent et dont il est bien difficile de
préserver les plantations, sont un autre obstacle.
Mais ce sont là, en somme, des considérations d’ordre pure­
ment pratique, et, au point de vue général, il n’en reste pas
moins intéressant de constater que le cacaoyer, dans cette partie
de l’Océanie, peut réussir; il donne une première récolte vers
la cinquième année.

___

1878

...........................

1879 .................
1880 .................
1881 ....................
1882 .................
1883 .................
1884 .................
1883....................
1886 .................
1887 .................
1889....................
1891....................
1893....................
1895 .................
1896 .................
1897 .................
1898 .................

508

2.133
6.197
24.333
51.744
182.270
501.040
343.306
678.027
845.210
961.290
1.047.242
1.512.620
1.392.936
1.500.000
1.752.752
1.878.685

k ilo g ra m m e s

»

»

»
»

En 1899, pour les cinq premiers mois, les envois de cacao ont
été de 993.393 kilogrammes.
En 1895, les exportations étaient ainsi réparties :
Angleterre..................
Amérique....................
Belgique.....................
Allemagne..................
France........................

1.173.222 kilogrammes
72.694
»
48.463
»
39.827
»
24.028
»

�184

LE CACAOYER

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

La répartition est encore aujourd’hui sensiblement la même,
car, pendant les cinq premiers mois de 1899, Ceylan a expédié :
Angleterre. 18.887 quintaux, c’est-à-dire 959.,459 kilogr. 600
»
»
472
Amérique..
»
23 .977
))
» 800
131
Belgique.. .
»
6 . 054
» 800
Australie. .
»
3. 098
61 ♦ ))
»
))
3
France . . . .
152 » 400
»
))
)) 800
1
Inde.........
50
»
» 400
19.555
»
993 .393
Ces cacaos valaient dans 1 île, en mai 1899, environ 110 à
115 francs les 50 kilogs.
Les plantations de cacaoyers, qui, en 1878, ne couvraient
encore, à Ceylan, que 200 hectares, en occupaient, en 1885,
5.120; et, en 1888, d’après M. Tschirch, leur superficie était
la suivante dans les divers districts :
D is tr ic ts .

Matale (est, nord et ouest).
Dumbara...........................
Kurunegala.......................
Monaragala.......................
KadugannaAva...................
Dolosbage.........................
Algala...............................
Badulla ...........................
Hewaheta .......................
H antane...........................
Nilambe.............................
Panwila et Wattegama. . .

C a c a o y e rs se u ls.

1.014 hectares
691
648
»
165
»
128
102
,,
98
90
»
80
»
77
»
53
»
52
»

C a c a o y e rs et c a fé ie rs.

583 hectares
»
1.076
»
352
))
70
»
»
))
8
))
8
))
91
»
6
»
41
»
121
))
223

Si l’on ajoute quelques hectares également plantés en
cacaoyers dans les districts d’Ambagamuwa, de Madulsima,
d’Haputale, de Pussellawa, de Rakwana et de Ramboda, on
trouve que la superficie totale était de 3,787 hectares en
cacaoyers seuls et de 2.711 en cacaoyers et caféiers.

185

Toujours d’après M. Tschirch, la récolte commence à Ceylan
à partir de la septième année et on utilise beaucoup, pour
sécher, les séchoirs à thé. On évalue que 33 fruits donnent
un kilogramme de cacao pur ; un arbre produisant par an
40 à 50 fruits, la récolte moyenne est donc, par pied, de
presque 1 kilogramme 500.
Le cacao de Ceylan est aujourd’hui une des sortes les plus
estimées et celle qui atteint les plus hauts prix sur les mar­
chés de Londres. Les raisons de cette supériorité ont été sou­
vent recherchées. Quelques personnes l’attribuent aux soins
apportés dans la culture et la préparation, et en partie aussi
à l'usage, adopté dans l'île, de laver les graines après la fer­
mentation.
Que ces causes interviennent, il est, en effet, permis de le
penser ; il est cependant vraisemblable aussi que les condi­
tions de climat et de sol doivent entrer en ligne de compte et
être mises peut-être au premier rang.
On en trouverait la preuve dans ce fait que le cacaoyer
Criollo introduit à Ceylan a acquis des caractères propres très
accusés. Le Ceylon red, quoique provenu de ce Criollo, est
aujourd’hui une véritable variété, bien distincte de toutes les
variétés américaines. Chez aucune de celles-ci, les fèves n’ont,
sur la coupe, cette coloration très claire qui aide 5 reconnaître
le cacao de Ceylan et que le commerce recherche ; et il
semble bien établi que cette couleur ne tient pas au mode de
préparation. M. E. Langes, de Santa-Cruz,a fait de nombreux
essais, il y a quelques années, pour donner 5 ses cacaos la cas­
sure du Ceylon red\ il a toujours échoué.
Des expériences citées par M. IL Martin dans une lettre
adressée en 1892 au secrétaire de la « Planters Association
of Ceylon » amènent à la même conclusion. D’après M. Mar­
tin, des Forastero, à cabosses jaunes, récemment introduits à
Ceylan et plantés parmi des Ceylon red, ont presque tous une
tendance à passer au type de l’île : pendant les premières
années, les cabosses sont restées jaunes ; mais, h mesure que
les arbres ont avancé en âge, des cabosses rouges sont appa­
rues de plus en plus nombreuses, en même temps qu’à l’inté-

�186

187

LE CACAOYER

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

rieur le nombre des fèves violettes ou pourpres diminuait.
Finalement, les fruits n'ont plus guère contenu que des graines
blanchâtres.
M. Martin signale encore une autre observation que lui a
donné l’occasion de faire M. Hadow, de Kina-Kellie. Ce plan­
teur lui a envoyé quelques cabosses d'un Forastero croissant
loin de tout autre cacaoyer, à 1.000 mètres d’altitude : or ces
fruits n ont conservé du type Forastero que le contour général
et quelques fèves violettes; l'enveloppe et la plupart des
graines ont pris la couleur du Ceylon red. L'arbre était âgé
d environ 17 ans.
De ces faits on pourrait rapprocher quelques autres, bien
connus, qui démontrent combien les cacaoyers se modifient
facilement suivant le climat et le sol. Des variétés médiocres,
importées dans des régions particulièrement favorables, comme
la province d'Ocumare, s'amélioreront après plusieurs généra­
tions, et. inversement, des variétés d Ocumare, transportées
ailleurs, s’altéreront.
Et il est certain que File de Ceylan est tout particulière­
ment favorable à la culture du cacaoyer, qui y fructifie,
paraît-il, jusqu’il 1.300 et 1.400 mètres d’altitude.
Malheureusement, les planteurs ont à lutter contre les
ravages de YHelopeltis Antonii et, en ces derniers temps, ont
dû aussi se préoccuper de ce « chancre des cabosses » produit
par le Phy/ophtora omnivora et dont nousavons parlé dans un
précédent chapitre. Toutes les variétés sont d ailleurs atta­
quées, mais surtout les plus délicates, telle que la vieille
variété Red Ceylon.

Sud-Ouest, et qui sont vraisemblablement très limitées, qu elle
pourra, semble-t-il, donner de bons résultats.
Dans le canton de Binh-chanh (arrondissement de Thu-daumot), l’annamite Nguyen-van-IIoa avait entrepris, en 1871),
avec 14 plants fournis par le jardin botanique, une plan­
tation de cacaoyers, qui, en 1880, comprenait 1.450 pieds.
Encouragés par l’exemple, la plupart des habitants du même
canton ont, depuis, établi des plantations analogues ; nous en
ignorons l’état actuel.
L'arrondissement où les principaux essais ont été faits est
celui de Rentré, dont le sol est presque partout argileux. A
Vinh-than, canton de Minh-ly, le Père Gernot, directeur de
la Chrétienté de, Caimong, avait planté, à peu près à la même
époque que l’annamite Nguyen-van-IIoa dans le canton de
Binh-chanh, des pieds qui, en 1880, d’après le mpport du jury
de l’exposition organisée cette année-là, formaient une des
ressources de l’exploitation agricole de la Chrétienté. Le Père
Gernot s’occupait, à cette époque, de propager cette culture
dans le district.
D’autre part, 400 ou 500 pieds plantés, en 1893-1894,
au jardin d’essai de Rentré, dans un terrain bas où
aréquiers et cocotiers poussaient dilïicilement, avaient, à la
fin de 1898, 4 à 5 mètres de hauteur et formaient leurs pre­
mières cabosses. Le jardin, d'après le rapport de l’administra­
teur de Rentré, a actuellement 3.000 pieds de cacaoyers, et,
ajoute le rapporteur, « si les indigènes étaient assurés de
trouver un débouché à leurs produits, ils planteraient presque
tous des cacaoyers dans leurs jardins, dont la superficie s'élève,
pour l'arrondissement, à 10.000 hectares ».
Il y aurait lieu d’examiner, plus attentivement qu’on ne l a
fait jusqu’alors, la valeur réelle de ce cacao de Cochinchine.

Indo-Chinc.
Le cacaoyer est introduit en Cochinchine depuis une tren­
taine d'années environ, mais sa culture y est encore aujour­
d’hui peu importante et ne prendra, sans doute, jamais beau­
coup d ’extension, car il n'y a que dans quelques régions du

M M

La Réunion.
La culture du cacaoyer est négligée depuis longtemps à la
Réunion. Déjà, en 1827, M. Gallais écrivait : « Les Français

�189

IÆ CACAOYER

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

ont acclimaté le cacaoyer à 1 île Bourbon, mais on y voit peu
de plantations régulières de cet arbre. » Il en a toujours été
de même depuis lors, comme le démontre le tableau ci-dessous,
dans lequel nous indiquons le nombre d’hectares plantés de
cacaoyers,
différentes époques, depuis 1860, ainsi que la
récolte totale correspondante et sa valeur brute. Nous donnons
en même temps, à titre de comparaison, les mêmes statistiques pour nos autres anciennes colonies.

en temps, en France, quelques centaines de kilogrammes.
Elle a expédié ainsi 1.292 kilogrammes pendant le premier
semestre de 1898; pendant la même période, elle en avait
expédié 433 en 1897. Dans le cours de certaines années,
les envois sont si faibles que les statistiques n’en font
pas mention.
Le Crédit foncier colonial a fait, en ces derniers temps, à
titre d'essai, quelques hectares de plantations nouvelles.
L'arbre d'ombrage employé est YAlbizzia Lebbeck\ la prin­
cipale récolte a lieu vers le mois de janvier. Le cacao se vend,
sur place, 1 fr. 80 le kilog.

188

La Réunion

Guadeloupe
215
178.830

Marlinique.
212
93.095

i *&gt;uU

Hectares c u ltiv é s..................
1 Récolle totale (en kilo g r.)..

28
1.000

Guyane
française
118
19.275

1oOo

H ectares cultivés...................
I Récolte totale (en kilogr.)..

21
2.300

147
43.950

478
101.887

517
177.846

157
15
1.000 58.023
2.400 03.825

370
81.777

551
309.500

( Hectares cultivés...................
18G5 | Récolte totale (en kilo g r.)..
' Valeur brute (en fra n c s).. . .
1875

H ectares cultivés...................
Récolte totale (en k ilo g r.)..
[ Valeur brute (en fra n cs).. . .

20
1.575
1.181

1

\ H ectares cultivés...................
) Récolte totale (en kilogr.).

9
550

252
38.070

458
272.925

098
512.300

( H ectares cultivés.................
1884 &lt; Récolte totale (en kilo g r.)..
I Valeur brute (en fra n c s).. . .

40
4.000
3.250

244
25.900
28.369

415
252.557

810
598.390

( Hectares cultivés..................
1887 | Récolte totale (en kilo g r.)..
' Valeur brute (en francs). . . .

58
1.305

375
28.000
26.000

979
303.422
370.243

975
498.800
663.500

\ &amp;QQ \ Hectares cultivés...................
( Récolte totale (en k ilo g r.)..

27
3.000

( H ectares cultivés...................
1889 ] Récolte totale (en k ilo g r.)..
( Valeur brute (en fra n c s).. . .

1.119
212.277
245
9.590
8.918

1.146
225.000
235.000

L'île ne produit donc même pas la quantité de cacao néces­
saire pour la consommation locale ; et, en effet, d après des
renseignements qu’a bien voulu nous communiquer l’admi­
nistration du Crédit foncier colonial, quelques pharmaciens
qui ont établi à la Réunion des fabriques de chocolat ne
peuvent les alimenter aArec les cacaos du pays.
Sur sa faible récolte, la colonie exporte cependant, de temps

Madagascar.

Les premières graines de cacaoyers qui aient été semées à
Madagascar avaient été apportées de la Réunion et elles prove­
naient, paraît-il, d’une variété h fruits longs et à côtes saillantes,
sans doute un Foras fera.
En 1883, il y avait, dans Elle, 3 à 6.000 pieds de cacaoyers
disséminés dans les plantations de la côte est. Pendant la
guerre, tout fut abandonné. « Mais, dit le Père Piolet, quand
les planteurs revinrent, quelle ne fut pas leur surprise de voir
que ces cacaoyères, plantées cependant sur de vieilles caféiries,
c’est-à-dire sur des terres déjà épuisées, loin d’avoir péri,
avaient, au contraire, non seulement résisté mais encore pros­
péré ! La preuve de leur résistance et de leur vitalité était
faite ; la conséquence fut un rapide développement de leur
culture. On comptait déjà 150.000 pieds en 1888; plus de
vingt plantations commençaient àrapporteren 1896, et le fruit,
qui, avant la guerre, valait 2 fr. 50, était descendu au-dessous
de 50 centimes. »
Toutes les régions de Madagascar ne conviennent pas tou­
tefois à cette culture. Sur la côte occidentale, la saison sèche
est en général trop prolongée : les pluies sont violentes à
Majunga et leur hauteur annuelle peut être de plus de

�190

LE CACAOYER

doux mètres, mais il ne tombe quelquefois pas une goutte
d'eau, de mai à septembre.
Il en est à peu près de même à Fianarantsoa et à Tananarive. A Diego-Suarez et à Fort-Dauphin, c’est-à-dire aux
deux points extrêmes nord et sud de lile, les jours de pluie
sont mieux répartis pendant tous les mois de l'année, mais la
quantité totale d’eau est trop faible : 952 et 093 millimètres à
Diego-Suarez en 1891 et 1892, et 920 millimètres à FortDauphin en 1892.
On ne peut donc guère cultiver le cacaoyer que vers le
centre de la côte orientale, et la meilleure région est celle de
Tamatave, où il pleut beaucoup et souvent. La température
moyenne a été là, en 1891 et 1892, de 24°à 28°environ, comme
maxima, et 19° à 20°, comme minima.
Les cacaoyères, dans cette province, se sont surtout déve­
loppées sur les bords de FIvoloïna et de l lvondrona.
Si, partant de là. on suit la côte, soit vers le nord, soit
vers le sud, il semble*que la culture du cacaoyer puisse être
tentée avec succès, dans la partie septentrionale, jusqu’à Vohémar inclusivement, et, dans la partie méridionale, jusqu'à
Farafangana, la limite naturelle, vers l’intérieur, étant la
chaîne de montagnes qui court parallèlement à la côte.
Dans la région sud de Yohémar, quelques-unes de ces plan­
tations ont, en elTet, déjà été faites et ont donné, paraît-il, de
bons résultats.
A Sainte-Marie, le cacaoyer n’est pas l'objet d’une cul­
ture rationnelle. Les statistiques indiquent bien, pour 1884,
39 hectares de cacaoyères, et, pour 1888, 49 hectares, mais
tous ces arbres ont, depuis lors, été délaissés ; il n'en est que
plus intéressant de constater que, malgré leur abandon, beau­
coup sont restés productifs.
Dans le district de Mahanoro, de la province d’Andevorante,
il y avait, à la lin de 1897, 28 propriétés sur lesquelles-étaient
récoltés le café, le cacao et la vanille.
Des plantations sont de même entreprises dans la province
de Mananjary.
En dehors de cette zone orientale, telle que nous venons de

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

191

la délimiter plus haut, le cacaoyer n’a de chances de réussite
que dans quelques régions très limitées, favorisées par la
configuration du sol. A Nossi-Bé, dans la vallée de Sambirano, quelques colons auraient fait des essais qui paraissent
devoir donner des résultats favorables.
Mais, d'une façon générale, toute cette culture est encore
trop nouvelle dans l ile pour qu’il puisse être fourni des indi­
cations précises sur les conditions et les frais de culture, et
sur le rendement moyen qu’on peut espérer.
Gomme rendement, plusieurs auteurs, qui ont sans doute
puisé leurs renseignements à la même source, indiquent
1.500 à 2.000 kilogrammes pour un hectare, Ces chiffres
sont évidemment fort exagérés, car ils supposent une récolte
peu vraisemblable de plus de 2 kilogrammes par pied ; et
il faut admettre — chiffre également trop élevé — 700 à 1.000
pieds par hectare.
On ne doit guère compter sur une récolte de plus d'un kilo­
gramme par pied et il ne peut y avoir plus de 600 à 700 arbres
par hectare.
Pour cette superficie, les frais d’entretien et de récolte sont,
en moyenne, de 350 francs. Les bénélices doivent commencer
vers la huitième année.
Jusqu'alors, on sème les graines de janvier h avril, dans
les mêmes conditions que pour le caféier de Libéria, et on trans­
plante un an ou deux après, un peu avant la lin de la saison
des pluies, en espaçant les pieds de 4 à 5 mètres. On se sert
beaucoup, comme abri, de VAIbizzia Lebbeek ou bois noir
[bonara des indigènes).
11 y a deux principales floraisons : l’une en décembre et en
janvier et l’autre en mai et juin. Les deux récoltes sont faites,
la première en mai et juin, et la seconde en décembre.
Les principaux ennemis du cacaoyer à Madagascar sont les
rats, très friands des cabosses, et, en certains endroits, une
sorte de chauve-souris, qui mange également les fruits et les
graines avant leur maturité.
Contre les rats on a proposé un remède, sans doute peu
efïicace, qui consisterait à planter çà et là, dans les

�192

LE CACAOYER

cacaoyères, quelques toulïes de cannes à sucre : ranimai plus
friand encore de la canne que de la cabosse délaisserait celleci pour celle-là.
Pour le moment, le cacao de Madagascar, bien qu'il ait
déjà été vendu sur place, à Mahanoro, I fr. 50 le kilogramme,
est peu coté sur nos marchés. Ses faibles prix sont dus au peu
de soin avec lequel la récolte et la préparation sont faites.
Mieux préparé, il pourrait valoir, de l’avis des spécialistes,
110 à 120 francs les 100 kilogrammes.
En 1896, l'ile a exporté 1.689 kilogrammes du produit,
dont 1.458 pour la France et 231 pour l'Angleterre. La valeur
totale a été de 1.121 francs.
Pour 1897, les statistiques ne mentionnent aucune expédi­
tion.

Congo belge.

C'est M. Teusz, un agronome allemand, qui introduisit le
cacaoyer au Congo belge, en 1884, dans la région de StanleyPool. Trois ans plus tard, le lieutenant Liebrechts retrouva
un des pieds provenant des semis de M. Teusz; l’arbre portait un
fruit dont les graines, à leur tour, furent semées, et c’est là
l’origine de tous les cacaoyers qu’on trouve aujourd’hui dans
l’Etat indépendant.
Les principaux centres de culture sont Bangala, Irebu,
Equateur, le Bas-Congo et Stanley-Falls.
Il y a actuellement, d’après M. Wauters, 125.000 pieds.
Un arrêté du 30 avril 1897 a prescrit aux chefs indigènes
d’établir et d’entretenir, sur les terres de l’Etat, des planta­
tions de caféiers et de cacaoyers, d une étendue proportion­
nelle à la population placée sous leur autorité. Us reçoivent,
de ce chef, une indemnité; et le produit des récoltes est remis
à l’État.

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

193

Gabon-Congo.

E. Pierre, le fondateur et ancien directeur du Jardin
d essai de Libreville, importa le cacaoyer au Gabon-Congo
vers 1887.
C’est avec des graines provenant de ce jardin et de Pile
de San-Thomé, que la maison Ancel-Seitz établit ses premières
plantations dans la vallée du Koudou, en 1893; et vers la même
époque, des cultures analogues étaient entreprises au Cayo, près
de la rivière Loimé, par une maison hollandaise, la Nieuivc
afrikaansche Ilandels Vennootscliap, et à Aschouka, sur
l’Ogooué, à cent milles environ du Cap Lopez, par M. Rousselot, cjui, en 1895, céda sa plantation à la Société du BasOgooué.
Aujourd’hui, le cacaoyer est cultivé dans presque
toutes les plantations de la colonie (plantation Armor,
Société du Haut-Ogooué; plantation Janselme, dans l’estuaire
du Gabon ; plantation Sargos, sur les rives du Koudou, à 40
kilomètres de la cote, etc.), et quelques indigènes même com­
mencent à s’adonner à cette culture. On trouve des cacaoyères
à Sette-Cama, à Benito, à Batah, à Campo, à Toco-Beach, à
Nyouma, etc.
Mais les établissements que nous avons cités plus haut étant
trois des plus grands centres agricoles du Congo, nous don­
nerons une idée de l'état actuel de la culture du cacaoyer
dans la colonie, en exposant la situation présente de ces pro­
priétés, d’après les rapports qui ont été publiés.
Dans tous, les cacaoyères donnent, d’après ces rapports,
des résultats satisfaisants.
La région de Loango, où coule le Koudou, est la partie la
plus méridionale du Congo français. Les plantations AncelSeitz ont été faites sur les deux rives de la rivière, à Kakamoëca et à Touba.
Le Cacaoyer.

13

�194

I.E CACAOYER

Au Ier janvier 1897, il y avait 15.000 cacaoyers 5 Kakamocca et 11.500 à Touba.
La propriété du Gayo comprend deux parties : l’une au voi­
sinage de la factorerie, et l'autre du coté opposé de la lagune,
à Sansa.
Au l 'r avril 1897, la plantation principale, voisine de la
factorerie, comprenait 7.000 cacaoyers plantés en 1893, et la
plantation de Sansa 40.
La même maison possédait en outre, à la même date :
3.000
cacaoyers près de la factorerie de Chicambo, sur la
Loëmé ;
300 ii Kullu, sur la même rivière ;
375 à Mayomba, sur le Koudou ;
6.000, plantés de 1893 ii 1896, it Kakamoëka ;
un certain nombre encore à Touba.
Dans le Bas-Ogooué, M. Rousselot avait planté
2.000 cacaoyers dès 1891 ; et la Société en possédait, en 1897,
25.000, couvrant une surface de 40 hectares.
Nous avons donné précédemment les comptes d’instal­
lation et d'entretien d’une cacaoyère au Congo, calculés
d'après ce dernier établissement. Nous avons vu que M. Rous­
selot, aujourd’hui régisseur de la plantation, estime que le
rendement, par pied, doit être de 300 grammes au bout de
la cinquième année, 500 après la sixième, 750 après la sep­
tième, I kilogramme après la huitième, et 2 kilogrammes
au bout de 10 ans. Le nombre des pieds par hectare est de
850.
Tous ces cacaos, ainsi que ceux de quelques autres planta­
tions, commencent à être expédiés sur nos marchés, où ils
sont, paraît-il, favorablement accueillis.
Les premiers envois de la Société du Bas-Ogooué et de la
maison Armor ont été effectués en 1898.
En 1896, la maison hollandaise récoltait 250 sacs de
50 kilogrammes au Cayo, et 20 dans la vallée du Kouilou. En
1897, la même compagnie exportait 14.000 kilogrammes.
En 1898, les expéditions totales de la colonie ont été de
15.569 kilogs, dont 4.794 pour la France et 10.775 pour
l’étranger. Le prix a été de 1 fr. 47 le kilog.

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

195

La culture du cacaoyer est-elle, en réalité, comme on le dit
aujourd'hui, une des grandes cultures d’avenir du Congo
français. Il est peut-être encore, malgré tout, téméraire de
l’affirmer aussi catégoriquement. Le climat est certes favo­
rable, mais il ne faut pas oublier non plus qu une condition
tout aussi essentielle est la perméabilité du sol jusqu’à une assez
grande profondeur. Or le sol de la colonie est, en général,
argileux, et la couche meuble souvent assez mince. Ainsi s’ex­
pliquent, croyons-nous, les mécomptes qu’ont eus quelques
planteurs : les arbres, d’abord vigoureux, ont bientôt subi un
arrêt de développement, très probablement parce que les
racines ont rencontré une couche d’argile trop compacte. On
ne saurait trop attirer sur ce point l’attention des colons dési­
reux d’entreprendre des cacaoyères au Congo.
En général, lorsque le sol convient, le cacaoyer, au Congo, se
plaît surtout dans les terres basses, et même à une faible
distance du littoral, si on a pris la précaution de l’abriter
contre les brises de mer.
Les semis, d’après M. Chalot, doivent être faits de préfé­
rence en août et septembre ; on plante au commencement des
pluies.
Nous avons déjà dit — et M. Dybowski, dans une lettre,
nous confirme le fait — qu’on peut commencer la récolte à la
fin de la cinquième année ; le rendement, quelques années
plus tard, est d’un kilogramme par pied en moyenne.

San-T home.

Dans cette petite île portugaise, voisine du Congo français,
le cacaoyer est cultivé depuis 1822 ; mais, comme en tant
d'autres contrées, cette culture n’est sérieuse que depuis une
vingtaine d'années.
En 1869, l'ile n’exportait que 50.867 kilogrammes de
cacao; les exportations, en 1895, étaient de 5.670.000 kilo­
grammes.

�196

LE CACAOVEH

L'impulsion (ut donnée, en 1870, par un médecin de cam­
pagne établi dans l ile et qui entreprit, à cette époque, aidé de
sa femme et de ses enfants, des plantations où il plaça brave­
ment toutes ses économies. En 1888, après 18 ans de séjour,
ce médecin quittait la colonie, après avoir vendu pour sept
millions sa propriété, qui, en 1897, en valait plus de douze.
L’importance qu'a prise aujourd’hui à San-Thomé la cul­
ture du cacaoyer, en même temps que celle du café, a donné
une plus-value énorme aux plantations. Dans la propriété de
Monte-Café, achetée, en 1876, au prix de 437.500 francs,
on récoltait, en 189b, 270.000 kilogrammes de cacao, et elle
était estimée, à ce moment, à plus de 6 millions de francs. Une
autre propriété, celle de Boa Entrada, appartenant à M. de
Mendonca et couvrant 900 hectares, donnait, en 1895 ,
160.000 kilogrammes. L hectare de forêt vierge était payé, en
1897, 225 à 250 francs. Dans une plantation prospère, celte
surface, à San-Thomé, rapporte environ 1.200 francs.
A l ile du Prince, qui, comme San-Thomé, appartient aux
Portugais, le cacaoyer constitue également la grande culture.
La principale variété plantée dans les deux îles est origi­
naire du Yénézuéla : elle est à fruits ronds et est appelée,
à San Thomé, cacao la.ra.nja (cacao orange) à cause de la
couleur jaune de ses cabosses mûres.
Elle réussit jusqu’à 600 ou 700 mètres, mais se plaît sur­
tout à une altitude moyenne, dans les vallées, dont, la plupart
du temps, le sol est argileux.
San-Thomé doit non seulement à sa situation sous l’équa­
teur, maisaussià sa configuration, lesavantages qu’il présente
pour la culture du cacaoyer. Les sommets assez élevés de l ile
régularisent et rendent abondantes les précipitations atmosphé­
riques ; il n’y a jamais ainsi de période prolongéede sécheresse.
Sur la côte occidentale, au sud de notre Congo, les Portu­
gais ont aussi récemment installé des cacaoyères à
Cabinda.

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

197

Fernando-Po.

L île de Fernando-Po est, comme San-Thomé, destinée à
devenir un centre important de production de cacao et de
café sur la côte occidentale d’Afrique.
Les renseignements que nous donnons ici sur cette île sont
dus à M. Bellière, régisseur de la plantation Armor au
Gabon, qui les a communiqués à M. Chalot, directeur du
Jardin d’essai de Libreville. Nous les reproduisons d’après la
Revue des cultures coloniales, où ils ont été publiés en
novembre 1898.
Le climat de Fernando-Po a beaucoup d’analogie avec celui
de Victoria, au Cameroun. Au sud, dans la partie comprise
entre les baies de San-Carlos et de Conception, il pleut
presque constamment, et la saison sèche n’y dure pas plus
d’un mois et demi. Cette région est donc tout particulière­
ment celle qui convient au cacaoyer ; il y est cultivé
jusqu’à près de 300 mètres d’altitude.
Les planteurs sont des Espagnols ou des Portugais.
D’après M. Bellière, les Espagnols ne préparent pas le
cacao selon les règles. Après la cueillette, les fruits sont
ouverts et les graines fraîches sont mises dans de grandes
caisses ou dans de vieilles pirogues, où elles séjournent pen­
dant deux jours, trois au maximum ; elles sont ensuite séchées
soit au soleil, soit dans le séchoir à air chaud, pendant 5 ou
6 jours. Pendant la fermentation, le cacao est recouvert de
feuilles de bananiers ou de toiles, et le jus s’écoule par des
trous percés au fond des récipients.
Bien que séchées à point, ces graines sont généralement
d’un rose trop clair, probablement à cause du peu de durée
de la fermentation. Elles n’en sont pas moins achetées, en
Espagne, 2 fr. 50 le kilogramme; les petits planteurs les
vendent, sur place, 1 fr. 50.

�198

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER
LE CACAOYER

Le cacao préparé par les Portugais de lile est bien supé­
rieur et atteint les prix de 4 francs le kilogramme ; mais il est
aussi beaucoup plus soigné.
Les planteurs portugais font fermenter les graines fraîches
dans de grandes auges, formées de madriers épais et à fond
percé de trous.
La fermentation dure de 5 à 8 jours, selon la température
et la saison. Les graines sont laissées dans une première
auge pendant 2 jours, puis dans une seconde pendant 2 ou
3 jours. La température ne doit pas, dans le tas, dépasser
60 degrés; si elle s'élève au delà, les graines sont aussitôt
retransportées dans la première auge, où elles restent 2 jours,
puis repassent dans la seconde, où on les laisse encore pendant
2i ou 48 heures.
Pour la dessiccation, elles sont disposées sur des sortes de
claies, d'environ l m 80 de longueur sur 80 centimètres
de largeur, que l’on expose en plein soleil. Lorsque la dessic­
cation est presque atteinte, on la termine dans un magasin à
plancher, ouvert pendant le jour et fermé le soir.
Le cacao est préparé de cette façon dans une plantation où
il est réputé comme le meilleur de l ile et où il est vendu
presque 1 fr. 50 de plus par kilogramme que dans les autres
propriétés.
En temps de pluie, on emploie, à Fernando-Po, un séchoir
artificiel, composé de deux longues boites de 35 à 40 mètres
de longueur sur 2 mètres de largeur et l ,n 60 de hauteur.
Dans le bas de ces deux boites passe un tuyau, dont la
fumée s'échappe en dehors du bâtiment. Chacune d'elles est
divisée en compartiments garnis de 9 à 10 caissettes et fermés
par des portes à deux battants. Les caissettes dans lesquelles
est placé le cacao reposent sur des sortes de coulisses ou
tringles en bois, ce qui permet à Pair chaud de circuler aisé­
ment partout. Les portes et les fonds des compartiments sont
doublés en fer-blanc.
Actuellement, les plantations de Fernando-Po occupent le
pourtour de l ile; leur nombre augmenterait si les communica­
tions à l’intérieur étaient plus faciles et s'il était possible

199

de se procurer sur place — ce qui n’est pas le cas — le
nombre de travailleurs suffisant.

Cameroun.

Les plantations de cacaoyers-ont pris, en treize ans, au Came­
roun, un développement extraordinaire. C'est certes faire des
prévisions trop optimistes, et d’un enthousiasme exagéré, que
de dire, comme on le faisait dernièrement, que la colonie alle­
mande suffira bientôt aux besoins de la métropole : l'Alle­
magne a consommé, en 1897, 20 millions de cacao et le pro­
tectorat n ’en a exporté, cette même année, que 270.000 kilo­
grammes. Mais il n’en est pas moins vrai que cette exporta­
tion est considérable, et que sa progression peut étonner, si
l’on songe qu’avant 1886 il n’y avait au Cameroun que
quelques cultures faites par les indigènes, et que c’est depuis
cette époque seulement que les Allemands ont entrepris des
plantations sérieuses.
La première cacaoyère fut établie par M. Friedérici sur les
bords du Bimbia : elle comprenait alors 16 hectares. En 1896,
la même propriété en occupait 210, et la superficie totale cul­
tivée en cacaoyers dans la colonie était de 450 hectares, dont
150 pour la plantation de Bibundi, 50 pour celle de Dibundja,
25 pour celle de Bonjé. A raison de 800 pieds par hectare, ce
qui est le nombre maximum, cette surface totale devait corres­
pondre à 360.000 arbres plantés. On estime que, à la fin de
1899, il y aura au Cameroun 1.900.000 cacaoyers.
Ce résultat est certainement dû, en grande partie, aux
efforts du docteur Preuss, qui, depuis plusieurs années, se
préoccupe d’introduire au Jardin d’essai de Victoria de nom­
breuses variétés ou espèces de Theobroma et qui a ainsi semé
successivement : en 1892, des graines provenant de Guayaquil ; en 1893, des graines de la Trinidad; en 1894, des
graines de San-Thomé et du Vénézuéla ; en 1895, des graines
de Ceylan, et, en 1897, diverses sortes de la Trinidad.

�200

201

LE CACAOYER

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

Parmi toutes ces variétés, dont nous ne citons que quelquesunes, puisque le Jardin de Victoria en possède actuellement 72,
il en est, comme les Guayaquil, qui s'hybrident dans les cul­
tures avec les anciens cacaoyers de 1île ; d’autres con­
servent leurs caractères propres.
Actuellement, toutes les plantations du protectorat alle­
mand se trouvent à l’ouest et au sud-ouest du massif du
Cameroun, soit le long de la mer, soit sur les bords du
fleuve Bimbia. La température moyenne n’y descend jamais
au-dessous de I5°, et la moyenne annuelle est de 25 à 2(i degrés ;
la hauteur annuelle des pluies n’est pas inférieure à 2 mètres.
Malgré l'activité déployée, beaucoup de parties fertilessont d’ail­
leurs encore en friche. L’Etat cède les terres à 5 marks
(fi fr. 25) l'hectare, près de la côte, et à 3 marks (3 fr. 75),
dans l’intérieur.
D’autre part, M. Wohltmann estime que le défrichement et
la plantation de la même surface reviennent à 500 marks, soit
625 francs.
L'exploitation doit donc être rémunératrice, si l’on suppose
que chacun des 500 à 800 pieds d'un hectare fournira, dans la
suite, 2 kilogrammes de graines, au prix moyen de 1 fr. 80
le kilogramme, et le fret pour le cacao, de Victoria à Ham­
bourg, étant de 55 francs par tonne.
Nous avons dit ailleurs qu’il y a deux principales époques
de récolte au Cameroun : une grande en août, septembre et
octobre, et ujae petite en décembre et janvier.
Depuis 1892, les exportations ont été :

que les San- T home valaient 173 à 180 francs, les Guayaquil
188 à 200 francs, et les Caracas jusqu’à 350 francs.
Sur les marchés d’Allemagne, on donne, en général, beau­
coup d’importance à l’aspect des cacaos : aussi a-t-on soin, à
Victoria, de laver les graines avant de les faire sécher.
Mais ce qui démontrerait bien précisément que cette précau­
tion, en dehors de l’influence qu’elle peut avoir sur la rapidité
de la dessiccation, n ’a guère d’autre résultat que de sauver les
apparences, c’est que le cacao du Cameroun est jusqu’alors,
malgré tout, une sorte médiocre.
Nous avons déjà dit, en effet, dans un précédent chapitre,
qu’il est de belle couleur, mais que sa saveur est tellement
amère qu’il faut le mélanger, dans les fabriques de chocolat,
avec un quart de son poids d'Ariha.
Il y a là une infériorité qui préoccupe en ce moment l association des chocolatiers allemands; et, sur la demande du syn­
dic, une enquête a été récemment ouverte par le Kolonialwirthschaftliclie Komitee. M. Preuss, dont la réponse a été
publiée dans le Tropcnpflanzer d’avril 1899, pense, et très
probablement avec raison, que la cause n'en doit pas être attri­
buée au sol, non plus qu’aux conditions climatériques,
mais aux méthodes de préparation.
Pour obtenir la belle couleur recherchée sur les marchés
(rouge à l’extérieur et violette ou gris ardoisé sur la coupe),
on abrège souvent au Cameroun la durée de la fermentation.
Dans la plantation de Bimbia, cette durée, d’après le rapport
de M. Chalot, qui a visité le Cameroun en 1898, est de
60 heures : « A six heures du soir, le jour où on a commencé
la cueillette, les graines fraîches sont mises à fermenter dans
le premier compartiment; le lendemain, on les fait passer dans
le second, et le troisième jour dans le dernier. » Et d’autres
planteurs, il y a peu de temps encore, ne laissaient même fer­
menter les graines que pendant 48 heures. Si l’on se reporte
à la description, que nous avons donnée plus haut, du mode
opératoire suivi à la Trinidad et au Vénézuéla, on peut se
rendre compte que le temps adopté est, en effet, beaucoup
trop court pour des Forastero et ne serait suffisant que pour
des Criollo.

1892
1893
1894
1895
1896
1897

..................
..................
..................
..................
..................
..................

45.000 kilogrammes.
78.000
»
83.000
132.000
200.000
237.000

A Hambourg, en avril 1899, les 100 kilogrammes valaient
aux entrepôts 140 à 144 marks, soit 175 à 180 francs, alors

�202

LE CACAOYER

M. Preuss a, d'ailleurs, dans les essais entrepris au Jardin
de Victoria, déjà obtenu de meilleurs résultats en prolongeant
la fermentation. La couleur de la fève est, il est vrai, plus
foncée qu’autrefois, même après la dessiccation, mais les négo­
ciants allemands se décideront, sans doute, enfin à tenir moins
grand compte de la belle apparence, lorsqu'il sera bien connu
qu'elle ne peut être réalisée qu'aux dépens de la saveur.

Côte de l'Or.

La production de café et du cacao n'est pas encore bien
grande dans la colonie anglaise, puisqu’elle ne dépasse pas
actuellement 3.000 kilogs, mais il faut tenir compte de ce que
la culture n’a été introduite que depuis quatre ou cinq ans.
Nous avons donné dans un autre chapitre les caractères du
cacao d'Accra.

Côte d'ivoire.

Les cacaoyers poussent bien dans toute la contrée du
Cavally et dans le Libéria. Il en a été planté dans les villages de
Poumié, de Kablaki et deWatcké, dans les champs de manioc
et de canne à sucre ; et les missionnaires libériens expédient
chaque année leur récolte à Cap Palmas, d’où les maisons
allemandes l’exportent en Europe.
Il y a donc toutes chances pour que les plantations récemment
entreprises par la Société de la Côte d’ivoire, dans notre colo­
nie, réussissent. Les jeunes pieds, d’après des renseignements
que nous devons à l’amabilité de M. Adrien Fraissinet, admini­
strateur de la Société, sont d’ailleurs jusqu’alors très vigoureux.
Encore en pépinière à la fin de 1898, ils ont dû être transplantés

LES PAYS DE CULTURE DU CACAOYER

203

enj uin 1899, c’est-à-dire pendant le mois où, dans la région,
les pluies sont le plus abondantes. A la fin de 1898, l’établis­
sement possédait 2.500 cacaoyers.

G u in é e f r a n ç a i s e .

Le cacaoyer donnera-t-il, en Guinée française, d’aussi bons
résultats que le caféier? Les essais sont trop récents pour
qu’il soit possible de se prononcer. Les premiers pieds ont été
plantés en 1897, au Jardin d’essai; ils se sont, jusqu’alors,
bien développés.

�INDEX
DES

N 0 AI S

GÉOGRAPHIQUES, SCIENTIFIQUES ET INDIGÈNES

Abroma a u g u s ta ...................
A cajou.....................................
A cro carp id iu m .....................
Albizzia L e b b e c k ...............
— m o lu ccan a.............
—
stip u lala...................
A lligator cacao ..................... .
A m elo n ad o ............................
A m id o n ..................................
A nauco................................... . .
A ngaripolas........................... . .
A nthribus ColTeæ................. ..
A ræccrus fasciculalus........ . .
A rib a.................................... 66,
A rtocarpus in c is a ............... .
A sserador............................... . .
A lo lle ......................................
A t t a ......................................... ..
Avella m e x ican a..............
B acao...................................... ..
Babia...................................... 67,
B a la o .....................
..
B erbice...................................
Beurre de cacao ................... .
Bolivie..................................... ..
B om bay.................................. . .
B o strich u s.............................. ..
Botryodiplodia Theobrom æ ..
67,
B ru ch e.................
..
Bucare . .
..
C abosse..................................
Cacaito de m o n te ...............

9
79
128
80
80
80
141
15
51
79
125
134
134
201
79
124
2
124
11
22
133
66
68
46
133
71
125
129
152
133
79
13
37

Cacao b ic o lo r...............................
21
— blanco ....................... 27, 135
— cahouai...........................
37
— C osta-R ica.....................
26
— cuadrado.......... ..............
37
— de C uzco....................... 154
— d’E sm eralda........ . ..
23
— g u y an e n sis................. 11,28
— la g arto ....................... 19, 141
— m in o r..............................
11
— m ico........................... 25, 143
— m o n taraz.......................
36
— de m o n te ......................
21
— ran a.................................
34
— sa u v ag e.........................
38
— s a tiv a ..................
H
— silv estris........................
28
— sim a rro n ............. 36,38,145
— T beobrom a...................
Il
C acao q u ah u itl............................
11
C alabacillo............................. 15, 45
C am eroun..................... 70, 80, 199
C anker........................................... 131
C a ra c a s ................................... 16, 65
C ard iso m a................................. 124
C arupano.............................. 66, 148
C ay en n e.....................................
68
Cayo (lac).................................
Cedrela o d o r a ta ......................
79
C ey lan ................................. 16, 183
C ham pignons.............................. 129
C h â ta ig n ier...............................
38
C ocoite.......................................... 1*6

�206

INDEX DES NOMS

Ilerrania Maria?........................
37
C olom bie.............................. ”8, 1*3
—
p u lc h errim a.............
36
C oloria....................................... * '9
H onduras................................... 141
Combo-combo..........................
80
Dura c re p ita n s ..................... 78, 79
Congo.................. 70, 80, 192, 193
131
Coque...................................... 1i, *'2 llym enochœte leo n in a..........
79
Costa-Rica................................. 11~ Im m o rtelle................................
Indes néerlandaises................. 179
C ôte-ferm e...............................
0o
Indian c h o c o la té .....................
22
Côte d’ivoire............................ -02
In d o -C b in e................................
71
Côte de l’Or ......................... -02
Inga la u rin a ...............................
78
Courcourou..................
8*
Ja m a ïq u e ............................. 69, 161
Crabes........................................ 1-3
Criollo..................................................•13 Kawa Bengala........................... 179
K ofie-m am a....................
79
C rouerou...................................
84
71
C u b a ............................................. 139 Lopez (cap)...............................
Cuivre............................................
5o Lucie (S a in te -)...................69, 168
M acb ala.....................................
66
Cumacao.............................. 20, 1*1
134
Cundeam or..................................
13 Macrocephalus cacao............
Cupuai..........................................
28 Macrophoma v e s tita ............... 131
C u p u a ssu .................................... 21,30 M adagascar....................... 80, 189
Madré
79
D adap.................................
81 del cacao.......................
79
Deltona lu le a ...............................
21 M anguier...................................
66
Domingue (S aint-).....................
09 M aracaïbo..................................
D om inique.................................. 167 M artinique........................... 69, 167
11
Ephestiella e lu te lla ................. 133 M ecacahuall..............................
Melanomma H enriquesianum 129
E q u a te u r............ ................ 66, 130
E rythrines.................................... 79,80 M exique...................................... 137
44
F ernando-Po............................... 197 M isérable...................................
79
F o rastero ..................................... la , 45 M onbin.......................................
G abon........................................... 193 M ontserrat................................. 165
Musanga S m ith ii.....................
80
G o m m o se.............................
132
79
G renade....................................... 170 M uscadier..................................
Myrodia Cacao.........................
37
G uacim o-m acho......................
37
N eclria Bainii...........................
178
—
to rc id o ......................
37
Guadeloupe................................. 69,161 N icaragua.................................. 141
G uatem ala................................... 67,140 N o u v elles-H éb rid es............... 181
Old red C eylon..................... 16, 71
G uayaquil..................................
66
Guazuma cum anensis.............
37
Palo b asto n ...............................
38
—
m om poxensis........
37
P ara-M arag n an ................... 67, 153
—
polvbotrya..............
37
P a ta iste ......................................
21
—
tom enlosa...............
37
P e o n io ........................................
79
—
ulm ifolia................. 9, 37
P ep erom ia................................. 128
G uazum aco...............................
37
P éro u ..........................................
154
Guinée fra n çaise....................... 203 P hilippines................................ 178
G usanos....................................... 123 Phycita e lu te lla ....................... 133
G uyancs....................... 68, 135, 158
P hytophtoraom nivora 131, 178, 186
H a ïti............................................. 69,162 Pilhecolobium S am an............
80
Helopeltis A ntonii........ 127, 186
P o ro ............................................
79
Ilerrania albiflora....................... 36,143 P o rto -R ieo ................................ 165
—
guyanensis...............
32
P ralin ag e...................................
83

GÉOGRAPHIQUES,

SCIENTIFIQUES ET INDIGÈNES

Q uararibea C a ca o ...................
37
Q u a u h c a h u a ll...........................
11
Q u e e n sla n d ............................... 181
Red C ey lo n ................................
16
Regen b o o m ...............................
80
R éu n io n ...................................... 187
Robinia m acu lala..................... 139
Rouge de cacao........................
53
S ab lier.........................................
78
S a lv a d o r..................................... 141
S a m o a ........................................
182
S a n -T h o m é ....................... 70, 193
Sapoto longo.............................
38
S e ls ..............................................
54
Spondias M onbin....................
97
S teirasto m a d e p re ssa ............. 124
S u rin a m ................................. 68, 103
Sw ietenia Mahogani . . . . . . . .
79
T æ nioles fu rio su s................... 123
T afo..............................................
45
Taint m a n ch a............................ 129
T erre-ferm e...............................
65
T errito ire E m pr G u illau m e.. 181
Thcobrom a alb u m ...................
35
—
angustifolium 11, 23,
25, 139, 141, 131
au g u sta.................
9
b ic o lo r ... 10, 21, 34,
141, 142, 145, 181
C a ca o ...................
Il
c a r ib æ a ...............
11
fe rru g in e u m . . . .
27
g la u cu m ..............
34
glandillorum 10, 28,33

207

9
T heobrom a G uazum a..
g u ia n e n sis.. .. . 11, 28
—
integerrim a.
H
lciocarpum . .,. 19, 141
m acranlhum &lt;.. 25,28
21
M a rtian u m ..
—
M artii..........
33
microcarpumi . . 10, 32
28
m ontanum . . . . . .
27
—
obo v atu m ...
—
ovalifolium .. 24, 139,
1 \
pentagonum . 19, 141,
142
32
quinquenerviium.
—
Salzmannianum . 19,
153
—
speciosum . 10, 28, 30
—
Spruceanum . . . .
32
—
silvestre . . . . . 28, 34
—
su b in can u m . .. 11, 28
31
T héobrom ine....................
-&gt;2
Tiger cacao...................
T la lca ca h u atl........
11
Tobago............................... . . . . 172
123
T ourlouroux..................... . . . .
T rin id ad ............................ .. 69, 172
T rin ita rio ..........................
66
V arinas .. ....................... . . . .
V énézuéla......................... .. 63, 145
70
V ic to ria ............................. . . . .
133
V incent (Saint- ..............
X ochicucahuall................ . .
11
79
Y ucca.................................. .. . .

1. C’est Thcobrom a m acranlhum , et non Th. m icranthum , qu il faut
lire, page 28 ; cl c’est aussi par suite d ’une erreu r, qu’il im porte de
rectifier, que ce Th. m acranlhum a été indiqué comme synonym e du
Thcobroma a n g u stifo liu m , page 25.

�TABLE

DES

MATIÈRES

AVERTISSEMENT...............................................................

V

H is t o r i q u e ...........................................................................................................

1

Iitucle b o ta n iq u e d u c a c a o y e r .................................................................

9

Theobroma Cacao...............................................................
Theobroma hicolor.............................................................
Theobroma ovalifolium.....................................................
Theobroma subincanum....................................................
Theobroma grandiflorum...................................................
Theobroma speciosum........................................................
Theobroma microcarpum...................................................
Theobroma glaucum.........................................................
Theobroma sylvestre..........................................................
Theobroma Marlii.............................................................
Theobroma album .............................................................

il
21

F a u x -c a c a o y e rs...............................................................................................
E tu d e c h im iq u e e t c o m m e rc ia le d e s c a c a o s .......................................
E tu d e c h im iq u e ..................

Coques................................................................................
Amandes............................................................................
Beurre de cacao.................................................................
Amidon...............................................................................
Thêobromine......................................................................
Bouge de cacao...................................................................
Substances minérales.........................................................
E tu d e c o m m e rc ia le .......................................................................................

Cacaos d'Amérique.............................................................
Cacaos d'Afrique...............................................................
Cacaos d'Asie et d'Océanie.................................................

24
27
28
30
32
34
34
35
35
3o
39
40
42
45
46
51
51
53
54
oo
65
70
71

C u ltu re d u c a c a o y e r .......................................................................................

75

Préparation du terrain......................................................
Abris..................................................................................
Semis et plantations...........................................................

77
78
82

�TAULE DES MATIÈRES

210

La. G u a d e l o u p e ......................................................................................

TAULE DES MATIÈRES

E n tr e tie n d e la p la n ta tio n ; t a i l l e ....................................................

211
166

L a D o m i n i q u e ..............................................................................................

167

85

L a M a r t i n i q u e ..............................................................................................

167

S a i n t e - L u c i e .................................................................................................
S a i n t - V i n c e n t ...............................................................................................

168
169

L a G r e n a d e ...................................................................................................
T o b a g o .............................................................................................................

170
172
172
178

C u ltu r e s in te r c a la ir e s ..............................................................................

86

G r e ffa g e .........................................................................................................
E n g r a is et a m e n d e m e n ts .......................................................................
D u ré e e t r e n d e m e n t d es c a c a o y e r s ..................................................
F r a is d 'in s ta lla tio n e t d 'e n t r e t i e n ......................................................

87
87
90
91

R é c o lte e t p ré p a ra tio n d u c a c a o . . .........................................................

101

L a T r t n i d a d .................................................................................................
I le s P h i l i p p i n e s ...........................................................................................

É c o s s a g e .......................................................
F e r m e n ta tio n ................................................................................................

102
103

I n d e s o r ie n ta le s n é e r la n d a i s e s ...........................................................

179

T e r r ito ir e d e l E m p e r e u r G u illa u m e ...............................................

181

L a v a g e ............................................................................................................
S é c h a g e .......................... * ..............................................................................
C o lo ra tio n e t te r r a g e ...............................................................................
T r ia g e ..............................................................................................................
E m b a lla g e e t e x p é d i tio n s .....................................................................
T o r r é fa c tio n ; fa b r ic a tio n d u c h o c o la t..........................................

11 i
116
119
120
121
121

L es e n n e m is et les p a r a s ite s d u c a c a o y e r ...........................................

123

Q u e e n s la n d ....................................................................................................

181

N o u ve I le s - I lé b r id e s

182

...............................................................................

A r c h i p e l S a m o a ...........................................................................................

182

C e y l a n .............................................................................................................

183

I n d o - C h i n e .....................................................................................................

186

L a R é u n i o n ....................................................................................................

187

M a d a g a sc a r ...................................................................................................

189
192

I n s e c te s ............................................................................................................

124

C o n g o b e l g e ...................................................................................................

V é g é ta u x s u p é r ie u r s .................................................................................

128

G a b o n -C o n g o ................................................................................................

193

C h a m p ig n o n s ..............................................................................................

129

G o m m o s e ........................................................................................................
T e ig n e et b r u c h e d u c a c a o ...................................................................

132
133

S a n - T b o r n é ....................................................................................................
F e r n a n d o - P o .................................................................................................

195
197

L es p a y s d e c u ltu r e d u c a c a o y e r ..............................................................

136

C a m e r o u n ........................................................................................................
C ote d e l ' O r ...................................................................................................

199
202

C ôte d ' i v o i r e .................................................................................................

202

G u in é e f r a n ç a i s e .........................................................................................

203

M e x i q u e ....................................................................

136

G u a té m a la .....................................................................................................

140

H o n d u r a s , S a lv a d o r e t N i c a r a g u a ..................................................
C o s ta - liic a .....................................................................................................

141
142

C o l o m b i e .......................................................................................................

143

Y é n é z u é l a .....................................................................................................
E q u a t e u r ........................................................

145
150

B r é s i l ...............................................................................................................
P é r o u ...............................................................................................................

152
154

B o liv ie ..............................................................................................................

155

G u y a n e a n g la is e ........................................................................................

155

G u y a n e h o l la n d a i s e .................................................................................
G u y a n e f r a n ç a i s e ......................................................................................
C u b a .................................................................................................................

156
158
159

L a J a m a ï q u e ..............................................
H a ï t i .................................................................................................................

161
162

P o r to - R ic o .....................................................................................................

165

M o n ts e r r a t.....................................................................................................

165

MACON, P » OTA T IR E R E S , IM PRIM EURS.

��R r M é m o ire . — S u r les K o la s a f l 'l c a i n s nu p o in t lie v u e b o ta n iq u e ,.c h im iq u e , p h y sio lo g iq u e , t h é r a p e u ­
t i q u e , h ro m n to lo g iq u ô o t p h a rm a c o lo g iq u e , p n r le p r o fe s s e u r K o. I I e ck e i ,.
2« M é m oire. —- S u r le b e u rr e c l )o p a in d’O’D ik a du G a b o n -C o n g o c l s u r les v é g é ta u x qui lo p ro d u is e n t.
C o m p a ra iso n avec le b e u rre do C ay-G ay de C o ch iiieh iu e e t les v é g é ta u x qui lo d o n n e n t, p a r le p ro fe s s e u r
E n . I I fckrl . — E p u isé.

1S91.

— (D eu x iém o n n n é e .)

D a n s la H a u te -G a m b le .

— V o y ag o d ’e x p lo ra tio n .scientifique, p a r lo d o c te u r A n d ré R
et lig u re s d an s le te x te et h o rs te x te .) — E p u isé.

ançon.

(A vec c a rte s

1 8 95. — D e u xiè m e volume. — (T ro isiè m e a n n é e .)

1. C o n trib u tio n à l'é lu d e du R o b in ia NiCOU A u b le t, au p o in t de vuo b o ta n iq u e , ch im iq u e e t p h y sio lo g iq u e ,
p a r E . G e o f f r o y , p h a rm a c ie n des co lo n ies, licen cié f s scien ces n a tu re lle s .
2 . C o n trib u tio n a l'é tu d e b o tan iq u e , th é ra p e u tiq u e e t ch im iq u e du g e n re A d a n s o n ia (B ao b ab ), p a r lo d o c te u r
C h a rle s G ehcer , p ro fe sse u r s u p p lé a n t à l'E c o le de m éd e c in e, p r é p a r a te u r de b o tan iq u e h la F a c u lté des sc ie n c e s
de M a rse ille.
3. S u r le Q u a ss la a f r ic a n a B âillo n et su r le P a n k o v ia H e c k e li qui lui es.t su b s titu é (P la n te s d u
G abon ). (E lu d e b o ta n iq u e , ch im iq u e et th é ra p e u tiq u e , p a r le d o c te u r L . C laudel , p r é p a r a te u r é la F a c u lté d o s
sciences de M a rse ille, lic e n c ié ès sc ie n c e s n a tu re lle s .)
4. S u r le B a k is (T in o s p o ra Kakis M iers) e t le S a n g o l ( C occulus Leaeba G. P . e t B ic h .) du S é n é g a l e t du
S o u d a n , p a r K d. M kckcl e t F r . S ciila’gdbnii .vupfen ,
5 . E tu d e s u r lo P sid iu m (G o y a v ie r), p a r M . K u o u r i , p h a rm a c ie n de l rt c la s s e d e l'E c o le de P a ris .
1866. — T ro is iè m e volum e. — (Q u a trièm e a n n é e .)

F lo r e p h axiérogam iq u e d e s A n tille s fr a n ç a is e s

(G u a d e lo u p e ot M a rtin iq u e ), p a r le R . P . D u ss,
p ro fe sse u r au C o llèg e de la B a s s e -T e r r e . (Avec a n n o ta tio n du p ro fe s s e u r Dr II eckei. s u r l'e m p lo i do ces p la n te s .)
1897. — Q u a triè m e volum e. — (C in q u ièm e a n n é e.)

1. R a p p o r t de m issio n sc ie n tifiq u e à la M a rtin iq u e e t il la G u y a n e , p a r E m m a n u e l G e o f f r o y .
2 . L e s P la n te s m é d ic in a le s e t to x iq u e s de la G u y a n e fra n ç a ise , p a r M . E d o u a rd H kckf. l .
3. R e c h e rc h e s s u r les G ra in es g r a s s e s n o u v e lle s ou peu c o n n u e s des C olonies fra n ç a ise s, p a r E d . I I eckei..
4. S u r u n S tr o p h a n tu s du C ongo fra n ç a is (StropliantU S d 'A u tra n ) , E tu d e de c h im ie e i d e m a tiè re m é d i­
ca le , p a r M M . le s p ro fe sse u rs S c iil a c d e n iia u f f e n ot Louis P i.a n c u o n .
5. L’E r o u m a d e la N o u v e lle -C a léd o n ie e t' son p ro d u it résin e u x , p a r M . H e n ri J umelle .
6. D u B o is p iq u a n t de la G u yane fra n ç a ise e t de son é c o rc e fé b rifu g e d u Z antiioxylum P erootetii D C .,
p a r M M . E d . H eckkl et F . S c iil a g d e n iia u f f e n .
7. Sur les M u r ra y a K œ n ig ii et e x o tic a de C o c b in e ld n e ; étude do pharmacognosie, par le D r L abordk.
1898. — Cinquièm e volum e. — (S ix ièm e a n n é e .)
1. Les P la n te s à, C aou tch ou c e t à. G u tta d a n s les C o lo n ies fra n ç a ise s, p a r II. J u m e l l e , p ro fe sse u r
a d jo in t A la F a c u lté d es sc ie n c e s d e M a rse ille.
,
2. L e s G ra in es g r a s s e s n o u v e lle s ou peu c o n n u es dos C o lo n ies f ra n ç a is e s , é tu d e b o ta n iq u e
ch im iq u e et in d u s trie lle , p a r M . E d o u a rd H eckrl .
3. Su r un n o u v ea u J a b o r a n d i d es A n tille s f r a n ç a is e s (P ilo c a rp u s racem osus V » h l), p a r
M . le l ) 1’ R ocher , p ro fe s s e u r à l'E c o lo d e m éd ecin e et rie p h a rm a c ie d e C le rm o n t-F e r ra n d ( E tu d e b o ta n iq u e , c h i­
m iq u e e t p h a rm a c e u tiq u e .)
1899. — S ix iè m e volu m e. — (S e p tiè m e a n n é e .)
C e v o lu m e p a ra îtr a p ro c h a in e m e n t e t c o n tie n d ra :

1* E tu d e su r le s c a c a o s , p a r M . le professeur J umelle.
2°

E tu d e su r le s g o m m es, g o m m e s -r é s in e s e t r é s in e s
L)r J a c o b de C ordemoy .

MACON, CROTAT FRÈRES,

IMPRIMEURS.

d e s C o lo n ies fra n ç a is e s ,

p a r M . le

�A N N A L E S
DE

L’INSTITUT
COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES PAIt

M.

LE PROFESSEUR ÉDOUARD

HECREL

et publiées sous sa direct ion.

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône

Septième année. Sixième volume (1899).
(Deuxième fascicule)
Gommes, R ésin es d’origine exotique et Végétaux qui les produisent,

particulièrement dans les Colonies françaises, par le Dr H ubert JACOB
CORDEMOY, Professeur à l'École de Médecine, Chef des travaux
pratiques de Botanique à la Faculté des Sciences de Marseille.
de

PARIS

MACON

A. CH AL LAN! EL

PROTAT FRÈRES

1899
. Bu ?)

IMPRIMEURS

�A N N A LES
DE

L’INSTITUT COLONIAL DE MARSEILLE
(Année 1899)

�L’INSTITUT
COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES PAB

M . LE PROFESSEUR ÉDOUARD H liC K E L
et publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône

Septième année. Sixième volume (1899).
(Deuxième fascicule)
Gommes, R ésin es d’origine exotique et Végétaux qui les produisent,

particulièrement dans les Colonies trançaises, par le Dr H ubert JACOB
CORDEMOY, Professeur à l’École de Médecine, Chef des travaux
pratiques de Botanique à la Faculté des Sciences de Marseille.

de

MACON

PARIS

PROTAT FRÈRES

A. C.HALLAMEL
ÉDITEUR

1899

IMPRIMEURS

�AYANT-PROPOS
Les produits qui fonl l’objet du présent travail ont
déjà, pour la plupart, suscité des recherches nombreuses,
tant au point de vue purement scientifique et spéculatif
que dans le sens économique et pratique. Comme ces
deux ordres d’idées et de faits, loin de s’exclure, doivent
toujours se compléter et s’éclairer mutuellement, il était
logique, et utile en même temps, de songer à coordon­
ner et à présenter en un méthodique tableau d’ensemble
tous ces documents épars.
Notre étude est donc un exposé général de la question
telle qu’elle se présente d’après les données actuellement
acquises.
Les gommes, les résines et les gommes-résines n’ont
certes pas la vogue commerciale de leurs congénères le
caoutchouc et la gulta, dont la cote très élevée tient à ce
que la production peut à peine, en l’état actuel des
choses, répondre aux besoins sans cesse croissants de la
consommation. Elles n’en sont pas moins intéressantes,
car les applications multiples quelles reçoivent dans
l'industrie permettent de les considérer comme des sub­
stances vraiment précieuses dont l’exploitation devrait
être régulière et suivie dans les pays de production.
Les végétaux gommifères abondent dans les contrées
chaudes. Les bonnes espèces ne manquent point dans

�VL

A YANT-l'HOPOS

nos colonies. El cependant combien sont-elles de ces
colonies où ces piaules sont productives, et qui, par
négligence ou indifférence, demandent à l’importation la
gomme nécessaire à la consommation locale?
Le Sénégal et le Soudan, il est vrai, cèdent annuelle­
ment à la métropole plus de trois millions de kilo­
grammes d’une excellente gomme. Mais ce n’est qu’une
partie, la moitié environ, de la consommation totale de
gomme exotique en France. Pour le reste, nous sommes
tributaires de l’étranger.
Ce ne sont donc pas les débouchés qui manquent; et
l'on peut s’étonner que dans d’autres parties de notre
domaine colonial les arbres à gomme restent inexploités.
Citons un exemple. Au Congo, dans tout le territoire qui
s’étend à l’ouest de Brazzaville, entre Comba et la
rivière N’djoué, des Acacias se rencontrent en grand
nombre, tout couverts de longues stalactites d’une
gomme soluble, de bonne qualité. Les indigènes, qui s’en
font un aliment, la disent fort abondante.
La gomme du Congo figurera donc probablement un
jour au tableau des exportations de nos possessions de
1Afrique occidentale.
En ce qui concerne les résines et les gommes-résines,
une simple énumération suffirait à montrer que nos
colonies sont à même de fournir à l’industrie nationale
les sortes les plus estimées. Le Copal de Madagascar, du
Congo et de la Guyane, le Damai* et la résine des Cardénia delà Nouvelle-Calédonie, la gomme-laque du Laos,
la laque noire du Cambodge et du Tonkin, etc., sont des
substances de grande valeur, d’importantes ressources
naturelles sur lesquelles nous nous efforcerons, dans les
pages qui vont suivre, d'attirer particulièrement l’atten­

AVANT-PROPOS

VII

tion, en nous attachant à les faire connaître d’une
manière aussi complète que possible.
Il est juste de reconnaître que parmi nos administra­
teurs, nos officiers des corps d’occupation, nos colons
même, il se trouve souvent des observateurs attentifs et
zélés qui se font un devoir de signaler dans des notes,
des rapports, des études de toutes sortes, les produits
naturels dont ils sont appelés à constater l’intérêt pra­
tique. Témoins de la façon parfois ingénieuse dont les
indigènes savent utiliser ces ressources que leur prodigue
la nature, nos compatriotes peuvent ainsi entrevoir et
apprécier sur-le-champ toute la valeur que prendraient,
dans l’industrie européenne, de telles matières premières.
Les végétaux gommifères et résinifères sont, pour la
plupart, des arbres : ils sont du domaine de la sylvicul­
ture. Ils devraient tenir une large place dans les opéra­
tions de reboisement, si urgentes dans bon nombre de
nos colonies où des régions entières, ravagées par
des défrichements inconsidérés, des incendies, ont été
reconnues impropres à toutes les cultures usuelles et,
par suite, demeurent improductives.
Les considérations que nous avons exposées et dévelop­
pées dans ce travail faciliteront sans doute le choix qu'il
convient de faire parmi toutes ces essences dont beaucoup
sont recommandables à plus d'un litre.
Notre étude comporte tout naturellement trois parties.
Dans la première sont les gommes, réparties en un
certain nombre de groupes assez bien définis.
Les deux dernières parties comprennent les résines et
les gommes-résines dont les caractères chimiques sont
souvent trop incertains pour pouvoir servir de base à une
classification quelque peu rigoureuse. Nous avons dû, en

�Mil

AVANT-PROPOS

conséquence, nous borner à étudier ces produits dans
l’ordre de leur importance relative au point de vue éco­
nomique .
Nous avons éliminé de notre cadre toutes les substances
dont la provenance n’est pas franchement exotique et
celles qui n’ont point de valeur industrielle et ne sont
guère susceptibles d’en avoir. C’est ainsi qu ont été pas­
sées sous silence la résine des Pistacia de la région médi­
terranéenne, et des matières telles que le Sagapenum, le
Galbanum, la Gomme-ammoniaque, etc., drogues tombées
en désuétude, qui n'offrent plus qu'un intérêt historique.
Toutes les bonnes espèces citées sont suivies de des­
criptions courtes mais suffisantes pour permettre de les
reconnaître aisément. Les figures, dessinées en partie par
nous-même d’après nature, ont été multipliées pour
rendre plus saisissables encore les détails techniques.
Nous avons éprouvé quelques difficultés lorsqu’il s’est
agi d'établir l étal actuel des transactions auxquelles
donnent lieu ces gommes et ces résines. Beaucoup d’entre
elles, il est vrai, n ont encore aucune place dans le com­
merce. Mais pour certaines résines, par exemple, nous
sommes parvenu à acquérir la certitude qu elles sont
actuellement exportées dans une certaine mesure, sans qu’il
nous fut possible de fixer, même d’une façon approxi­
mative, le chiffre de cette exportation. C est que les
statistiques publiées par la douane, qui seules en pareille
occurrence pourraient fournir quelques indications, ne
tiennent aucun compte de la nature véritable des matières
livrées au commerce d’exportation. Sous des rubriques
trop générales, telles que « gommes » ou « résines »,
elles associent les exsudais les plus différents ; et l’on
voit même parfois le titre par trop vague de « sucs végé-

WANT-PROPOS

IX

taux » abriter, dans une confusion regrettable, tout à la
fois des résines et des huiles grasses végétales.
Au reste, si les données bibliographiques extraites des
nombreux documents que nous avons compulsés forment
le fond de notre travail, on retrouvera dans presque tous
les chapitres la trace d’une certaine somme d’observa­
tions et de recherches personnelles.
Nous avons hâte de déclarer d’ailleurs que cette con­
tribution personnelle n’a été possible que grâce aux
belles collections réunies par M. le professeur Heckel
dans le Musée Colonial de Marseille, qu’il a fondé et
qu’il dirige avec l’autorité et la compétence que l’on
sait. Notre seul mérite est d’avoir pu utiliser ces pré­
cieux matériaux mis à notre disposition par l’éminent
directeur du Musée Colonial avec une obligeance dont
nous lui sommes vivement reconnaissant. Notre tâche
s’est trouvée ainsi grandement facilitée ; elle devenait
aussi plus intéressante et plus précise dans ses résultats,
grâce à tous les moyens de contrôle qui nous étaient
offerts.
C’est à cet heureux concours de circonstances que
nous devons d’avoir pu mener à bien cet ouvrage qui,
nous l’espérons, sera consulté avec fruit.
Musée colonial de Marseille,
Octobre 1899.

�PREM IERE PARTIE

LES GOMMES
GÉNÉRALITÉS

Définition. — Il n'est pas facile de donner une définition
précise et complète des gommes, tant sont nombreuses les
variétés, et différents leurs caractères et leurs propriétés.
D'une façon générale, on peut dire que les gommes sont
des substances le plus souvent amorphes, plus ou moins
solubles dans l’eau avec laquelle elles forment des mucilages
épais et filants. L’acide azotique les oxyde, à l'ébullition,
en produisant de l’acide mucique. Elles sont insolubles
dans l’alcool, l’éther, les essences, les huiles fixes; ces carac­
tères d’insolubilité servent à les distinguer des résines et
exsudats résineux.
Classification et composition des gommes. — Au point de
vue pratique, les gommes ont pu être classées en trois
groupes principaux dont deux sont établis sur le degré de
solubilité dans l’eau.
Le premier groupe comprend celles de ces substances qui se
ronflent
modérément dans l'eau et s’v" dissolvent totalement
O
ou en grande partie : la gomme arabique en est le type. Ce
sont les vraies gommes.
Dans le second se rangent celles dont la solubilité dans
l’eau est très faible et qui se gonflent beaucoup dans ce
1
Les Gommes et les Résines.

�2

LES GOMMES

liquide, sans s’y dissoudre : la gomme adragante en est un
bon exemple. Ce sont les pseudo-gommes de certains auteurs
anglais.
Enfin, il existe des gommes qui renferment, outre les élé­
ments pouvant former avec l'eau des solutions mucilagineuses, de l'acide gallique et des tanins. 11 convient de les
étudier dans une troisième section, celle des gommes lani­
fères ou (ano-gommes. On les appelle encore des /dnos.
La composition chimique des gommes n’est pas définitive­
ment. établie. D'après Guérin Yarry, elles seraient constituées
par trois principes immédiats : Yara bine} entièrement soluble
dans l'eau; la ce'rasine, isomère de la précédente, qui se
gonfle en restant insoluble dans l'eau; la bassorine, égale­
ment insoluble, qui se gonfle considérablement dans l'eau,
augmente beaucoup de volume, et se transforme en une
masse gélatineuse. L'arabine entre presqu'en totalité dans la
composition de la gomme arabique, de la gomme du Sénégal,
et, en général, dans celle de beaucoup de gommes d'Acacia.
La gomme du pays ou gomme de cerisier est formée de cérasine, mais non en majeure partie. En réalité, elle contient, pour
100 parties, 52,10 d’arabine, 34,90 de cérasine, 12 d’eau et
1 partie de matières salines : la cérasine, on le voit, repré­
sente presque toute la partie insoluble du mucilage.
La gomme de Bassora, que l’on attribue à YAcacia leucophlæa, est un mélange de bassorine et d’arabine. Il en est de
même de la gomme adragante qui, comme l'on sait, exsude de
diverses espèces du genre Astragalus, répandues en Grèce,
en Crète, en Asie-Mineure, en Perse, pour ne citer que les
régions où elles sont réellement productives.
Cependant, de ses recherches sur les gommes, Frémy con­
clut que celles-ci ne sont pas constituées par des principes
immédiats neutres, mais par des corps composés, par de véri­
tables sels. La gomme arabique, dit-il, considérée comme
une matière neutre comparable à la dextrine, dériverait d'un
principe insoluble dans l’eau, l’acide métagummique qui,
sous l'influence des bases, perdant son insolubilité dans
l’eau, se transformerait d'abord en acide gummique soluble,

3
pour se combiner ensuite h des traces de bases, principale­
ment de chaux, et former ainsi de véritables sels constituant
les gommes solubles.
Celles-ci, calcinées, laisseraient un résidu de 3 à 4 cen­
tièmes. D’après M. Græger (Rcp. pharm., 1873), la gomme
arabique desséchée à 100 degrés donne 3,563 pour 100 de
cendres. Ces cendres contiennent de la chaux, de la potasse
et de la magnésie.
La cérasine non plus, toujours selon Frémy, n’est pas un
principe immédiat neutre; et l’on doit considérer cette sub­
stance comme une combinaison de chaux avec l’acide méta­
gummique.
Quant à la gomme de Bassora, qui ne contient pas sensi­
blement de partie soluble, elle serait formée par une sub­
stance gélatineuse et acide présentant une certaine analogie
avec l’acide métagummique, mais qui ne doit pas être cepen­
dant confondue avec lui.
Quoi qu'il en soit, la question chimique ne paraît pas résolue.
Gomment se forment les gommes dans les végétaux?On peut
distinguer deux cas : l°les gommes se rencontrent en dissolution
dans le suc cellulaire et peuventalors être déversées au dehors à
travers la membrane des cellules ou après gélification de cette
membrane, dans les espaces intercellulaires, comme on
l'observe pour les canaux gommifères de la tige et de la
feuille des Cycadées; 2° elles proviennent (et c’est vraisem­
blablement le cas le plus général) de la gélification des mem­
branes cellulaires des tiges et des rameaux de certaines
plantes; ces membranes absorbent une grande quantité d’eau
et se transforment en un mucilage plus ou moins épais qui,
cheminant à travers les interstices naturels ou accidentels
laissés entre les tissus plus résistants, se dirige vers l’exté­
rieur, à la surface de l'écorce, où il ne tarde pas, en général, à
se concréter en masses mamelonnées plus ou moins dures.
Mais sous quelles influences se produit cette gélification des
membranes? Bien des théories ont été émises : aucune d’elles
n’est vraiment satisfaisante, ou du moins acceptable dans tous
les cas. On a attribué cette gélification à une nutrition trop
GÉNÉH ALITÉS

�LES GOMMES
4
abondante des cellules (Trécul), à l’action de certaines Bactéries
ou même d’un Pyrénom vcète, le Pleospora gummipara Oudem.
(Beijerinck). Wiesner conteste l'intervention des Champignons
et des Bactériacées dans la gommose des végétaux supérieurs,
et pense que celle-ci est due il l’action d'un ferment soluble,
d’une diastasequi aurait la propriété de transformer la cellulose
en gomme, et l’amidon en dextrine.
En somme, les causes de la gommose végétale demeurent
encore obscures. S'agit-il d’une maladie ou d’un phénomène
d’ordre biologique et normal ? Je crois qu’il ne faut pas tou­
jours considérer l’exsudation gommeuse comme un symptôme
morbide.
Il s’agit bien d’une maladie, et d’une maladie microbienne,
dans la gommose de nos arbres fruitiers (Pêcher, Prunier,
Abricotier, Amandier, Oranger, etc.). Mais, dans les pays
chauds, l’exsudation de la gomme par les végétaux ne paraît
pas relever toujours de cette cause parasitaire.
L'influence de l’humiclité sur la production de la gomme
est, en effet, indéniable. Les plantes gonunifères ont, en règle
générale, une prédilection marquée pour les stations sablon­
neuses, arides. Elles exsudent de la gomme pendant la sai­
son sèche qui succède aux périodes pluvieuses. C’est donc
pendant les pluies que se forme cette gomme. Ce qui semble
faire croire qu’il ne s'agit pas alors d'une maladie — qui
serait périodique pour beaucoup d’espèces — mais d'un phé­
nomène biologique que, pour ma part, je conçois comme un
mode de résistance de ces végétaux à l’humidité excessive
qui crée momentanément pour eux une condition météorolo­
gique défavorable ou nuisible.
D'ailleurs, au point de vue pratique, il importe peu d’être
renseignés à fond sur ces questions qui relèvent de la science
pure, chimie ou biologie. Il nous suffit de savoir que les
gommes sont dues le plus souvent à la transformation mucilagineuse des membranes cellulaires. Or, nous avons aujour­
d’hui des notions assez précises sur la composition de la
membrane cellulaire. Celle-ci n’est pas entièrement cellulo­
sique, comme on l'a supposé pendant longtemps; elle est

5
celluloso-pectique. Outre la cellulose, hydrate de carbone dont
les réactions sont bien connues, elle renferme, en effet, des
composés pectiques qui ne possèdent pas les caractères de la
cellulose, et dont les plus importantes sont : la pectose, inso­
luble dans l’eau, associée à la cellulose dans les membranes
des cellules jeunes, et l'acide pectiquc, également insoluble,
qui se trouve parfois en abondance, sous forme de pectate de
chaux, dans les membranes adultes.
Ces notions sont intéressantes à rappeler, car il existe des
relations étroites entre les mucilages et les composés pec­
tiques : les mucilages sont le résultat de transformations
subies par la pectose. Or, on ne peut établir de distinction
précise entre les mucilages et les gommes.
M. L. Mangin, constatant l’insuffisance de nos connais­
sances sur la composition chimique des gommes, a proposé
de classer ces produits végétaux d’après les données nouvelles
que nous possédons sur la structure de la membrane cellu­
laire dont ils dérivent.
Pour cet auteur, les gommes peuvent se rapporter à deux
groupes: l°les gommes vraies ou gommes proprement dites, qui
ont exactement les mêmes réactions colorantes que les muci­
lages pectosigues ou vrais mucilages. Ceux-ci, comme les
gommes vraies, se gonflent assez rapidement dans l’eau et se
liquéfient presque entièrement. La solution, lilante ou vis­
queuse, filtre très lentement; elle devient fluide par l'ébul­
lition avec les alcalis ou les acides étendus; 2° les gommes
mixtes, qui se comportent, il l'égard des réactifs colorants,
comme les mucilages mixtes formés d'un mélange de muci­
lages pectosiques et cellulosiques.
Au premier groupe appartiennent la gomme du pays
(gomme de Cerisier, Prunier, Pêcher, Amandier, Abricotier),
la gomme arabique et toutes celles qui lui sont comparables
par leur solubilité dans l’eau.
Au second groupe se rattache la gomme adragante qui se
colore à la fois par le rouge de ruthénium (réactif colorant des
mucilages pectosiques), et par les réactifs de la cellulose
(rouge Congo, par exemple, en bain alcalin).
GÉNÉRALITÉS

�6

LES GOMMES

Les réactifs colorants ne peuvent, il est vrai, trouver leur
emploi qu’en anatomie pour caractériser les mucilages et les
gommes; mais il est intéressant de voir que cette méthode
conduit à une classification qui ne diffère guère de celle basée
sur la simple action de l’eau.
En résumé, les gommes peuvent être classées comme l'in­
dique le tableau suivant qui est, sauf quelques modifications,
celui dressé par M. Cooke.
I. V raies gommes

ou

Gommes vraies solubles.

(

G ommes pectosiques .1 b .
G ommes

Ex. : gomme arabique, gomme du
Sénégal.
Gommes vraies/tari tellement solubles.
Ex. : gomme de cerisier.

II. G ommes mixtes . (

adragante, gomme de Stercu(Pseudo-gommes Gomme
lia,
gomme
de Cycas.
de Cooke). (

flll. G ommes tanifères

ou
t Gomme de Bulea, de Plerocarpus, etc.
(Gommes astringentes
de Cooke.)
T ano - gommes .

Qualité des gommes. — Les gommes qui possèdent la plus
haute valeur commerciale sont celles qui sont rapidement et
entièrement solubles dans l eau froide et forment avec ce
liquide des mucilages filants, homogènes et adhésifs. Mais, en
dehors de cette première catégorie, il existe d’autres gommes
qui ne se dissolvent que dans l’eau bouillante ; leur valeur est
nécessairement moindre. D’autres enfin sont insolubles;
mais elles ont néanmoins, dans l’industrie, des usages spé­
ciaux. C’est ainsi que la gomme adragante, malgré son insolu­
bilité, est recherchée par le commerce et l’industrie.
Le degré de solubilité dans l’eau n’a donc pas une valeur
absolue dans l’appréciation des qualités d’une gomme.
Les gommes, au point de vue commercial, doivent réunir
des conditions déterminées.
a) Elles doivent avoir une coloration pâle. Une gomme
peut être parfaitement soluble dans l’eau froide et former

7
avec ce liquide un mucilage filant et adhésif, comme la meil­
leure gomme arabique; mais si elle est de couleur foncée
ainsi que sa solution, sa valeur s’en trouve amoindrie.
L) Elles doivent être pures de tout mélange. Deux variétés
de gommes, toutes deux solubles, ne le sont jamais à un
même degré et dans les mêmes conditions. Le mélange est
plus désastreux encore si l’on associe deux sortes de gommes
dont l’une est plus ou moins insoluble, tandis que l’autre se
dissout entièrement : un échantillon de cette nature serait
assimilé, dans le commerce, à un produit insoluble. En aucun
cas, il ne faudrait mélanger une gomme à une résine, puisque
les caractères de solubilité de ces substances sont absolument
opposés.
c) 11 importe d’éviter que la gomme soit souillée par des
corps étrangers, tels que débris d écorce, fragments de feuilles
etc. 11 suffit pour cela que la récolte soit faite avec soin : le
produit ne fera que gagner en valeur.
Quant à la pratique qui consiste à entasser la gomme sur
la terre parfois humide, et surtout à l’enfouir dans le sol,
sous prétexte de conservation, comme le font quelques
tribus arabes de l'Afrique occidentale, elle doit être pros­
crite. Le produit se charge ainsi d’impuretés et se colore :
en un mot, il s’altère1.
En résumé, pour se conformer aux exigences commerciales,
il est important que les gommes réalisent les qualités sui­
vantes :
1° Un échantillon ne devra contenir qu une seule et même
sorte, provenant d'une seule et même espèce végétale;
GÉNÉRALITÉS

1. Il peut arriver que des matières étrangères soient ajoutées fraudu­
leusement aux gommes. Lorsqu'elles sont vendues pulvérisées, elles
sont parfois additionnées de sable qui en augmente le poids.
Les indigènes mélangent à la gomme du Sénégal soit des graines de
Balanites œgyptiaca, soit la résine appelée Bdellium d'Afrique ou encens
africain, produit du Balsamodendron africanum , soit des tanogommes, comme celle de YEriodendron anfracluosum ou des Bombax.
Il suffit de signaler quelques-unes de ces fraudes : il serait impossible
de les énumérer toutes.

�8

LUS GOMMES

2° Le produit sera d’autant plus apprécié qu’il aura une
coloration pâle, claire et homogène ;
3° On évitera, autant que possible, le mélange avec des
corps étrangers;
4° Une bonne gomme doit être sans saveur et sans odeur
et former des solutions inodores et insipides, ou du moins
non désagréables à l'odorat et au goût.
Nombreuses sont les gommes que pourrait fournir la végé­
tation tropicale, et en particulier celle de nos colonies. Beau­
coup trouveraient sans doute leur emploi dans l’industrie.
Mais ces produits sont inconnus dans le commerce. Notre
but est précisément d'appeler sur eux l'attention, de les faire
connaître autant que possible, d’étudier leurs caractères et
leurs propriétés. Chemin faisant, nous nous efforcerons de
signaler plus particulièrement les sortes qui offrent des qua­
lités réelles et dont l'exploitation serait vraiment avantageuse.
Cependant, il ne faudrait pas se faire illusion. L’exploita­
tion et la vente des gommes ne peuvent assurer qu’un prolit très modeste. Les végétaux gommifères ne sauraient être
l'objet de cultures spéciales et exclusives, comme les plantes
à caoutchouc, par exemple. Il n’est pas à prévoir que la con­
sommation de la gomme prenne une extension assez consi­
dérable pour que les prix s’élèvent jusqu’à devenir haute­
ment rémunérateurs. Mais voici ce que nous apprennent les
statistiques commerciales. En 1895, la moitié des gommes
exotiques importées en France provenait de l’étranger, l’autre
moitié était fournie par notre colonie du Sénégal. Il y a doncplace, chaque année, sur le marché métropolitain, pour plus de
trois millions de kilogrammes de gommes de diverses sortes;
cette place est occupée, nous le répétons, par l’étranger.
En supposant même que I on soit complètement fixé sur
les meilleures espèces gommifères, leur culture ne pourra
être que secondaire dans une entreprise agricole coloniale.
Mais ce ne sera pas une raison pour la négliger, d’autant
plus que beaucoup de ces plantes donnent d’autres produits
que la gomme et peuvent rendre des services multiples.
D'ailleurs la prudence la plus élémentaire conseille de mul­

9
tiplier ces cultures secondaires et, partant, les sources de
revenus : c'est un des moyens propres à éviter les déboires
aux colonies.
GÉ.NÉRALITÉS

Mode d'exploitation des végétaux gommifères. — Le prix
de la gomme étant relativement peu élevé, son extraction
doit se faire par des procédés simples et peu coûteux. Le
moment le plus favorable pour cette opération est la lin de
l hivernage, c'est-à-dire de la saison pluvieuse. A cette
époque, la gomme commence à exsuder spontanément des
arbres; mais afin d'augmenter le rendement, il est nécessaire,
autant que possible, de pratiquer des incisions longitudinales,
après avoir préalablement nettoyé et raclé avec un large
couteau l’écorce dont les fragments adhèrent trop souvent à
la gomme et la souillent.
Dans la plupart des cas, ces entailles n'ont pas besoin
d’être profondes. On sait, en effet, que presque toutes les
vraies gommes se forment surtout dans les tissus mous exté­
rieurs à la zone ligneuse des tiges, c'est-à-dire dans les
couches corticale, péricyclique et libérienne. Par consé­
quent, il suffit que les incisions entament l’écorce et pénètrent
jusqu'à l'aubier1.
La gomme exsudée doit être laissée sur l'arbre un certain
temps, et on ne doit la récolter que lorsqu’elle est parfaitement
sèche.
Cependant, il faut savoir que certaines gommes, comme
celle des Sterculia, brunissent à l’air et à la lumière : il y a
donc intérêt, pour les mettre à l’abri de cette altération, à les
récolter le plus tôt possible. D'autres, comme les tanogommes, brunissent également et subissent, à l'air, des
{. Cette règle est très générale; il y a des exceptions que nous nous
proposons de signaler dans le cours de cette étude. Quant aux gommes
que nous avons appelées mixtes, insolubles dans l'eau, elles paraissent
avoir souvent leur origine dans lestissus profonds (moelle des Astragalus,
canaux gommeux médullaires des Sterculia.), de sorte que les incisions,
pour être efficaces, doivent atteindre le bois. Il serait peut-être préfé­
rable, dans ces cas particuliers, pour ménageries arbres, de les perforer
au moyen d'une tarière, au lieu de les entailler aussi profondément.

�10

LES GOMMES

modifications chimiques telles qu'elles finissent par devenir
insolubles dans l’eau. Ajoutons que, pour des raisons faciles
à comprendre, on doit éviter de mettre ces gommes tanifères
en contact avec des récipients en fer.
Ce sont là des considérations très générales. D'autres
indications plus spéciales trouveront naturellement place
plus loin, dans l’étude détaillée des espèces gommifères et de
leur produit.

I
GOMMES VRAIES
Le groupe des vraies gommes, ainsi que nous l’avons éta­
bli dans la classification proposée plus haut, comprend tout
d'abord celles complètement solubles dans l’eau froide. Cesont
des Légumineuses, et surtout le genre Acacia, qui en four­
nissent la plus grande partie. Mais d’autres genres, appar­
tenant à différentes autres familles, en produisent aussi.
De là deux premières séries de végétaux gommifères.
Nous nous occuperons ensuite de deux nouvelles séries : dans
l'une, nous placerons les espèces d'Acacia qui ne donnent
que de la gomme partiellement soluble; dans l'autre, nous
étudierons les plantes qui, réparties dans diverses familles,
fournissent de la gomme ayant ce même caractère de solu­
bilité partielle.
.4. — GOMMES D’ACACIAS

Les meilleures de toutes les gommes sont produites par
diverses espèces du genre Acacia. Mais il en existe des
sortes distinctes qui demandent chacune une étude spéciale.
Tous les Acacias sont loin de donner une gomme identique.
Les conditions de climat et de sol ont ici une influence évi­
dente. Les vrais Acacias gommifères croissent dans les ter­
rains arides, dans les régions sablonneuses où à la période plu­
vieuse et humide, généralement courte, succède la sécheresse
prolongée : certains territoires sénégalais et soudanais réa­
lisent ces conditions climatologiques particulières. L'expé­
rience a montré que la gomme d'Acacias récoltée dans Tinté-

�12

LES GOMMES

rieur de l'Australie, comparable par son aridité au Soudan,
est de qualité supérieure, tandis que celle qui provient des
régions bien arrosées de la même contrée, couvertes d une
végétation relativement luxuriante, n’est que médiocre.
Nous sommes ainsi amené à étudier successivement :
l°la gomme d'Acacias soluble, dont les deux sortes les plus
importantes sont bien connues dans le commerce sous le
nom de gomme arabique et de gomme du Sénégal; 2° la
gomme d'Acacias partiellement soluble, par conséquent infé­
rieure il la précédente, et qui doit être rapprochée de la
gomme de Cerisier.

GOMMES VRAIES

13

les paires de pinnules, ou seulement de quelques-unes d’entre
elles, principalement les premières et les dernières. Les pin-

§ GOMME d ' a cacias SOLUBLE

1. Gomme arabique.
La gomme arabique du commerce est fournie par I ’A cacia
a ra bica Willd ( .1 . vera Willd.; A. nilotica Del.; Mimosa
arabica Roxb)1.
Cette espèce a une aire de distribution géographique très
étendue. Elle habite la vallée du Nil, en Egypte; le Sénégal,
le pays des Somalis, et se trouve répandue dans toute
l'Afrique jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Elle croît égale­
ment en Asie méridionale, en Arabie et dans l'Inde.
C’est un arbrisseau de 2 à G mètres de haut, très rameux,
à écorce brunâtre recouvrant un bois rouge brun. Les feuilles
sont alternes, bipinnées, accompagnées de deux épines stipu­
lâmes latérales, inégales, coniques, rigides, rectilignes, écar­
tées horizontalement. A la face supérieure du rachis commun
on observe une petite glande cupuliforme au niveau de toutes
1. Nous avons emprunté, en partie, la description de la plupart des
Acacia à Bâillon (Révision des Acacia médicinaux, in Adansonia IV,
8a). Tous ces Acacia appartiennent, comme on le sait, 5 la famille des
Légumineuses.

F ig . 1. — Acacia arabica Wild. (d'après Bâillon).
Rameau portant des capitules de fleurs et des gousses.

nules sont au nombre de 2 à 8 paires, rarement plus, le plus
fréquemment b à G paires. Chaque pinnule présente deux
rangées de 15 à 20 folioles étroites, allongées, à bords paral­
lèles, à sommet arrondi, à base également un peu obtuse, un

�LES GOMMES
14
peu insymétrique ; légèrement pubescentes, finement penninerves, imbriquées les unes sur les autres.
Les fleurs, d’un beau jaune d'or, sont réunies, au nombre
d'une cinquantaine environ, sur des capitules globuleux
situés à l’aisselle des feuilles, ou forment de longues grappes
terminales. Le calice est gamosépale, membraneux, un peu
plus épais sur les bords où il est divisé en cinq dents égales
ou inégales; il est couvert de poils fins et blanchâtres. La
corolle est gamopétale, en forme de cornet, à peu près deux
fois aussi longue que le calice, lors de son entier développe­
ment. Elle est partagée supérieurement en cinq dents
oblongues à préfloraison valvaire; les bords de ces dents sont
finement ciliés. Les étamines sont très nombreuses, au
nombre de 60 à 100. Elles sont libres, et ce n’est que tout à
fait à la base que les filets constituent un petit anneau hvpogyne, sans qu’il y ait de disque proprement dit. Lors de
l’antlièse, elles dépassent la corolle et représentent environ
trois fois sa longueur. Les anthères sont biloculaires, introrses,
et déhiscentes par deux fentes longitudinales. L’ovaire est
libre; il est supporté par un pied court, cylindrique et s’atté­
nue à son sommet en un style inséré un peu excentriquement,
long, replié sur lui-même et terminé par une extrémité non
renflée, pourvue à son centre d’une petite dépression stigmatique presque circulaire. Toute la surface du pistil est glabre.
Les fruits sont des gousses à surface plus ou moins glabre,
moniliformes, fortement étranglées dans l’intervalle de deux
graines voisines; elles contiennent chacune des graines dont
le nombre est de une demi-douzaine à une vingtaine, déformé
elliptique ou ovoïde, comprimées, glabres et brunâtres.
La gomme arabique était connue dès la plus haute anti­
quité. Au dix-septième siècle avant l’ère chrétienne, les
Egyptiens l'employaient déjà dans la fabrication des couleurs
pour la peinture. Le terme Kami par lequel ils la désignaient
est sans doute l’origine du mot grec
d’où paraît déri­
ver notre mot « gomme ».
Cette gomme était récoltée dans la basse vallée du Nil où
YAcacia arabica fut jadis abondant. Mais elle était surtout

45
importée par des navires venant du golfe d’Aden. Il est à
présumer que le port d’Aden la recevait en partie seulement
de l’intérieur de l’Arabie et qu’elle provenait aussi de la côte
des Somalis.
Plus tard, sous la domination romaine et pendant le
Moyen âge, Aden servait d'entrepôt à la gomme venant du
pays des Somalis; l’Arabie en produisait d’énormes quantités
qui de Djeddah sur la mer Rouge, étaient exportées en
Europe : de là la dénomination de &lt;jommc arabique appliquée
à ce produit1. De nos jours, les Arabes font beaucoup moins
de cas de leur Acacia à gomme qui cependant est abondant
dans les provinces de Yémen et Iladramaout. Ils en récoltent
un peu sur la côte sud-est, entre Aden et Makulla, mais en
si petite quantité qu’elle est absorbée par la consommation
locale sur le marché d’Aden. L’exportation est presque nulle.
La gomme arabique qui, de ce dernier port se répand sur
les marchés européens, provient de la côte d’Afrique et surtout
du pays des Somalis.
Les Somalis récoltent la gomme, qu’ils appellent rjouhio,
pendant les mois de décembre et de janvier. Leur procédé
d’exploitation est fort simple : ils font de longues incisions
dans le tronc et les grosses branches des arbres; la gomme
s’écoule et se solidifie en se desséchant à la surface de
l'écorce. Ils la recueillent quand elle est sèche. Lorsque toute
la gomme d'un district a été récoltée, ils l’enferment dans des
sortes de claies enveloppées de peau de chèvre, et la trans­
portent à dos de chameau à l’un des établissements de la côte
du nord-est de l’Afrique, sur le golfe d’Aden, notamment
à Berbera et à Zeilah, d’où elle gagne le port d’Aden ou
directement l'Europe2.
GOMMES VRAIES

1. On l’a désignée aussi quelquefois sous le nom de gomme lurique,
parce qu’elle était expédiée de Tor, petit port de la côte orientale de la
mer Rouge.
2. M. Lagarde, gouverneur d'Obock, dans une lettre adressée au ministre
des Colonies, en 189S, a appelé l’attention du commerce français sur le
marché des gommes de la côte des Somalis, exportées alors presque
exclusivement par le port anglais de Berbera.
Le gouverneur expliquait que lorsque les paquebots des Messa­
geries Maritimes feraient escale à Djibouti (ce qui a lieu actuellement),

�LES GOMMES
4G
La gomme de cette provenance, la vraie arabique, est de
fort belle qualité. Elle arrive en France par Marseille où elle est
triée el classée en trois catégories commerciales qualifiées de
premier blanc, deuxième blanc et troisième blanc.
La gomme arabique se trouve dans le commerce sous la forme
de larmes arrondies, transparentes, fendillées à l’intérieur,
Iriables, à cassure vitreuse, incolores, parfois un peu jau­
nâtres ou brunâtres, sans odeur ni saveur appréciable.
Elle est en majeure partie formée par l'arabine et se dissout
entièrement et rapidement dans l'eau froide. Elle a pour den­
sité 1,355. La solution rougit légèrement le papier de tourne­
sol. ce qui est dû â la présence d'une petite quantité de
malate acide de chaux; elle contient aussi des traces de chlo­
rures de potassium et de calcium et d'acétate de potasse.
En définitive, sa composition est la suivante :
Arabine.................................... ............................. 79, £0
Eau...................................................................... 17,60
Matières salines et terreuses; débris organiques 3

47
durcit à l'air et se présente sous forme de larmes de grosseur
variable. Il en existe deux variétés : l’une de teinte rouge
brunâtre, l'autre blanche; la première est employée dans les
arts, la seconde est réservée aux usages médicinaux. L’exsu­
dation de la gomme a lieu en mars et avril; un arbre de
belle venue peut en fournir un peu plus de deux livres
anglaises par an.
Les échantillons que I on trouve dans les bazars indiens
sont en larmes entières ou brisées, friables, à cassure vitreuse,
de couleur variant depuis le rouge brunâtre ou le brun jus­
qu'au brun clair et au jaune pâle.
Cette gomme est presque entièrement soluble dans l'eau
avec laquelle elle forme un mucilage de teinte foncée.
La gomme arabique qui, dans l’Inde, porte le nom de
Bahul-ki-gond, et, en tamoul, Velampisini ou Karouvelarnpisini, valait il y a une vingtaine d’années 1 fr. le kilog;
aujourd'hui sa cote a baissé au moins des deux tiers.
Elle est manifestement de qualité inférieure à celle que pro­
duit le nord-est de l’Afrique. La différence de climat et de
sol influe en réduisant la proportion d’arabine (Atkinson), et
la solubilité est un peu moindre que celle delà vraie arabique.
De plus, il est difficile, dans les bazars, d’obtenir ce produit à
l’état de pureté. Ce que I on y vend sous le nom de gomme
Babul est la plupart du temps un mélange de gomme de
lkl. arabica, et de celle de diverses autres espèces déAcacia :
A. catechu, A. modesta, A. Farnesiana; et aussi d’autres
plantes telles que Azadiraclita indica, Fcronia elephantum,
Anogeissus latifolius, etc.
Il y a encore une autre cause d’erreur dont il importe de
tenir compte, lorsqu'on veut apprécier des échantillons de
gomme arabique venant de l'Inde. C’est qu’il ne s’agit pas
toujours d’une production locale. Le commerce introduit, en
effet, dans l’Inde, par la voie de Bombay, une certaine quan­
tité de gomme récoltée sur la côte orientale d’Afrique.
GOMMES VRAIES

100,00

Gomme arabique de l'Inde. — L'Acacia arabica est com­
mun dans l'Inde ; il y est cultivé ou croît û l'état spontané.
Dans cette forme indienne, la gousse est couverte d’un duvet
blanchâtre et épais, tandis que les autres parties de la plante
sont glabres ou à peu près. Cette gousse est aussi caractéris­
tique en ce que le plus souvent ses dilatations et ses rétré­
cissements sont égaux.
La gomme exsude naturellement des arbres, mais souvent
aussi elle est lobjet d'une exploitation méthodique : des inci­
sions sont pratiquées dans l'écorce, et la gomme qui s'écoule
il serait possible à des négociants français d’y avoir des représentants
qui, faisant des achats directement aux indigènes au moment de la
récolte, pourraient expédier les gommes en France, au moins au
même prix (pie les Anglais.
Au commencement de décembre 1895, la gomme se traitait, à Berbera et à Zeilah, au prix de 4 talaris de Marie-Thérèse ou 16 francs la
frazlah de 13 kilos 50.

Gomme arabique du Sénégal. — L’Acacia arabica croit
au Sénégal. C’est le Gommier rouge que les Ouolofs
Les Gommes et les Résines.

___

�18

LES GOMMES

appellent Neb-Neb. Mais là l'influence du climat sur le pro­
duit de cet arbre est tout à fait défavorable. La gomme exsu­
dée est de qualité très inférieure.
« Après la saison des pluies, et vers le temps de la florai­
son, disent Guillemin et Perrotet, il découle du tronc de
l'arbre et de ses branches un suc gommeux, rougeâtre, légè­
rement amer, transparent, se concrétant difficilement en
larmes ou petites boules, et qui tombe souvent à terre où il
forme des croûtes si épaisses qu elles empêchent les plantes
de se développer. Cette gomme rougeâtre n’est pas recueillie
par les collecteurs. »
A côté de l’espèce type, il existe dans la même région une
variétédontGuilleminet PerrotetontTait une espèce: YA.Adansoni (Mimosa adstringens de Thoning et Schumaker), parce
que la gousse est à peine sinueuse au lieu d’être fortement
étranglée entre les graines, où on n’observe que des lignes
transversales déprimées. C’est le Gommier rouge que les
indigènes nomment Gonaké, Gonakié ou Gonade. La gomme
que donne cette variété est encore plus rouge et plus âpre
que la précédente. Elle se dessèche facilement et devient
vitreuse.
Outre la forme type, Adanson avait observé au Sénégal
un Acacia arabica, var. tomentosa Benth., dont toutes les
parties sont recouvertes d’un duvet tomenteux épais, et dont
la gousse elle-même est plus ou moins velue, du moins jus­
qu’à la maturité. Cette variété a été retrouvée en abondance
le long du fleuve Sénégal, dans le Oualo et dans le pays de
Galam, par Ileudelot et par Perrotet.
LM. arabica habite quelques autres de nos colonies, les
savanes sèches de la Guadeloupe et de la Martinique, par
exemple. Je ne sais s il y produit de la gomme.
2. Gomme du Sénégal.
La gomme du Sénégal est fournie par diverses espèces
d Acacia, dont les principales sont :

GOMMES VRAIES

19

A. Sénégal Willd.
A. albida Del.
A. S égal Del1.
L’A. S énégal Willd. (A. Verck Guil. et Perr. ; Mimosa
scnegalensis Lam.), la plus intéressante de ces espèces, est
un petit arbre, haut de 15 à 20 pieds, à tronc incliné, à écorce
cendrée, à rameaux très nombreux, tortueux, blanchâtres,
pubescents à leur extrémité, hérissés d’aiguillons courts et
crochus. Les feuilles sont alternes, accompagnées de deux
ou trois épines probablement d’origine stipulaire, allon­
gées, aiguës, dures, noirâtres, plus ou moins recour­
bées. Les pinnules des feuilles sont au nombre de trois à cinq
paires, portant chacune de dix à quinze paires de folioles
linéaires, elliptiques-allongées, un peu insymétriques à la
base, souvent obtuses au sommet, glabres, cendrées. Les
fleurs très nombreuses, d’un blanc jaunâtre, sont disposées en
épis cylindriques, allongés, grêles ; il y a à l’aisselle des
feuilles un seul ou plusieurs de ces épis, assez souvent deux,
portés sur un petit rameau axillaire commun très court.
L’axe de l’épi ne porte de fleurs que dans sa partie supé­
rieure, à l’aisselle de bractées très caduques. La gousse est
très aplatie, mince, membraneuse, atténuée aux deux extré­
mités, à péricarpe sec, de couleur brune, glabre, parcouru
par de fines nervures ramifiées et anastomosées entre elles,
légèrement saillantes; les bords sont entiers ou un peu
sinueux.
Cet Acacia, dont le produit est le meilleur, croît dans les
localités sablonneuses et sèches. Il existe sur la rive gauche
du Sénégal, dans le Cayor et le Oualo, où le sol est constitué
par des sables siliceux, quartzifères, peu riches en éléments
organiques, dont la nuance varie du gris clair jusqu’au ton
ocreux ou rougeâtre. On n’en trouve que quelques échantil­
lons dans le Bondou, le Ferlo et le Kalonkadougou (Rançon).
1. Nombre d’auteurs citent comme fournissant une partie de la
gomme du Sénégal un Acacia Ncboueb. Il n’y a pas, en réalité, d’espèce
botanique de ce nom. Bâillon pense que Ncboueb dérive, par corrup­
tion, de Neb-Neb, nom que les indigènes appliquent, nous l'avons dit,
à l’/l. arabica du Sénégal.

�20

LES GOMMES

Mais c’est surtout sur la rive droite du Sénégal, au nord du
fleuve, que l'-t. Sénégal abonde, couvrant de vastes étendues
sablonneuses parcourues par différentes tribus Maures, Trarzas, Braknas, etc., qui se livrent à la récolte de la gomme.
Cette récolte commence à la fin de la saison des pluies, c’està-dire en novembre. Les pluies qui tombent jusqu’en octobre

GOMMES VU AIES

21

Fjg. 2 — Acacia Sénégal "Willd. (d'après Taubert).
1. Rameau portant des épis de fleurs; 2. Fleur ; 3. Gousse ouverte.

prolongé, plus la récolte se fait abondante. Toutefois, la
quantité recueillie n’est jamais très importante à cette époque:
c’est la petite traite.
Mais, après les mois de janvier et de février, pendant les­
quels des rosées ont été amenées par les vents d'ouest, la
sécheresse devient extrême. C'est alors que le produit est
récolté en abondance : c’est la seconde traite ou grande
traite qui se prolonge jusqu’en juin ou juillet.
Ainsi, la gomme, formée sans doute pendant la saison
pluvieuse et humide, exsude pendant la saison sèche. Il est
à remarquer aussi que le maximum d’exsudation a lieu immé­
diatement après la floraison qui s’observe de janvier à mars.
Les Maures emploient leurs esclaves et aussi, dit-on, leurs
prisonniers de guerre à la récolte. Celle-ci se fait à la main
ou à l’aide de longues perches munies de sortes de ciseaux ou
de crochets. Les morceaux de gomme sont entassés sur des
nattes; mais il arrive souvent que, malgré cette précaution
qu’ils prennent d'empêcher le produit de se salir, les indi­
gènes y mêlent des fragments tombés naturellement sur le
sol par l’effet de la sécheresse et du vent, et souillés par de
la terre, du sable,et des débris végétaux.
Parfois la gomme est enfouie dans un but de conserva­
tion ; mais cette gomme dite enterrée, très impure, n'a pas de
valeur commerciale.
La gomme ramassée par les Maures dans tout le pays situé
sur la rive droite du Sénégal est transportée par caravanes
à nos différents postes de Médine, Nioro, Ivayes, Kaedi, etc.,
où se font les échanges.

imbibent et gonflent le tronc et les rameaux des arbres; c’est
sous l'influence de cette humidité que vraisemblable­
ment se gélifient les membranes cellulaires et se forme la
gomme. Bientôt, à la période pluvieuse succède le souffle
brûlant du vent d'est, du terrible Harmattan. Sous l’action
de ce courant d'air chaud et sec les arbres se dessèchent, les
écorces craquent et se fendent ; la gomme s'écoule par les
fissures et se concrète. Plus ce vent d’est a été fort et s’est

Gomme du Soudan français. — Sur toute la frontière nord
du Soudan, de Yélimané à Tombouctou, les Acacia fournis­
sant la gomme existent en grand nombre. C'est YA. Sénégal
qui y domine. Plus denses en certains points, de telle sorte
qu'on ait pu comparer leur assemblage à des forêts, partout
ailleurs ils sont disséminés, formant la seule et maigre végé­
tation des dunes sablonneuses.
D'un rapport sur le Soudan où nous prenons ces derniers

�22

détails, rapport paru dans la Revue coloniale du 30 décembre
1897, nous extrayons les renseignements qui suivent :
« Autrefois Médine était le centre du commerce de la
gomme pour le Sahel; les négociants de Saint-Louis y ont
encore des représentants spécialement accrédités pour la traite,
et les caravanes de chameaux y arrivaient en grand nombre. Ce
commerce a subi, en 1894, une crise qui a failli le détruire com­
plètement. Heureusement, la traite s’était reportée à Nioro, où
les commercants ont installé des représentants, et, pendant
l’année 1895, presque toute la gomme s’était traitée dans nos
postes frontières. Puis, les causes qui avaient formé la ligue
commerciale de. Médine n existant probablement plus au
même degré, la traite s'est faite par moitiés presque égales
dans les deux sens pendant l’année 1896.
Kilos

23
passe, en 1896, à 1. 209.600 kilogr. d’une valeur de 604.800
francs.
Il faut s’attendre, s’il n’y a pas de crises sur les marchés
européens, à voir ce commerce prendre une extension tou­
jours croissante qui n’aura de limites que les demandes des
traitants, lorsque la concurrence aura pu s'établir entre les
gommes du Sahel et celles de Tombouctou. »
Tombouctou pourrait, en effet, devenir un centre impor­
tant pour le commerce de la gomme. M. le lieutenant Baudry,
l’un des membres de la mission Ilourst sur le Niger, écrit
que la gomme serait le produit principal actuel du pays toua­
reg. 11 a vu à Say de fort belles gommes généralememt
claires, cristallines, quelquefois cristallisées à la surface.
« La gomme, dit-il, coûte fort bon marché à Tombouctou.
Il semble que cette gomme soit la même que celle du Sou­
dan égyptien. Les 20 ou 30 francs par 100 kilogs qui diffé­
rencient cette gomme de celle du Sénégal, par exemple, lui
permettraient peut-être d'arriver sur les marchés du Sénégal
dans les mêmes conditions commerciales. »
Il y aurait lieu évidemment d'établir entre Tombouctou et
Médine un trafic suivi sur ce produit. On a invité les indi­
gènes à le faire ; ils hésitent, par peur du nouveau, malgré
tous les avantages qu'on leur a consentis.
C’est qu’en effet « la gomme existe en grande quantité sur le
marché de Tombouctou; on s'en sert dans l’alimentation :
son prix est 0 fr. 15 à 0 fr. 20 suivant qualité. Outre la
gomme dure analogue à celle du Sahel, on en trouve une
variété particulière, plus blanche, plus pure, se rapprochant
par son odeur exquise de la gomme arabique dont elle est
peut-être une variété (?). On la connaîtrait même, paraît-il, sur
les marchés de Bordeaux où elle vaut 0 fr. 25 de plus au kilo­
gramme que celle dite de Galam dont on fait actuellement le
commerce. »
Un premier essai, dû h l'initiative du gouverneur, montre
combien la gomme de Tombouctou serait estimée sur les
marchés du Sénégal. Des achats ont été faits à Tombouctou,
et 2 kilogrammes de cette gomme ont été vendus h Kayes
au prix de 0 fr. 58 le kilogramme.
GOMMES VRAIES

LES GOMMES

Francs

Nioro....................... 650.566 à 0 fr. 30 soit 195.170.
Médine.................... 676.708 à 0 fr. 50 soit 338.384.
Totaux 1.327.274
soit 533.504.
L’exportation correspondante s'est faite par Kayes et
Médine, pendant le troisième trimestre, en empruntant la
voie fluviale; elle ligure, au prix de Médine, pour une somme
de 604.800 francs, représentant 1.209.600 kilogs, soit les
12/,s de l’importation maure ».
Médine est donc devenue le principal centre des transac­
tions. Les caravanes ont sans doute un plus long trajet à
faire pour y parvenir que si elles se rendaient à Nioro. Mais
elles ont, en venant à Médine, des avantages qui compensent
aisément le déplacement supplémentaire : elles cheminent en
pays plus hospitalier, plus sûr; elles trouvent ce poste
mieux pourvu d’objets de toutes sortes, puisqu’il est en rela­
tion avec la côte par le chemin de fer; enfin elles profitent
d’une majoration de 200 francs à la tonne.
« La traite de la gomme a d’ailleurs presque triplé de ce
fait, puisquede 462. 502 kilogr., représentant à l’exportation de
Kayes et de Médine une valeur de 231.251 francs en 1895, on

�LES GOMMES
24
Los autres espèces d'Aeacia qui habitent le Sénégal four­
nissent une gomme moins appréciée et moins recherchée que
celle de TA. Sénégal.
Ce sont surtout : LA. a lb id a Del. (A. gyrocarpa Hochst.),
arbre qui s’élève à 30 ou 40 pieds de haut, très rameux, à
écorce blanchâtre, à feuilles bipinnées accompagnées de deux
épines stipulaires droites et raides; l’A. S eval Del. (A. Giraffa
Sieb. ; Mimosa ferruginea Caillé) qui présente le caractère
d'avoir l'écorce des branches couverte d’écailles ferrugi­
neuses. « Ce caractère est tellement constant, disent Guillemin et Perrotet, que les voyageurs reconnaissent facilement
par ce moyen cette plante parmi les espèces du genre Aca­
cia si nombreuses au Sénégal. » Ajoutons seulement que les
gousses sont plates, minces, arquées, jusqu'à former parfois
des cercles complets.
La gomme de ces espèces est mélangée à celle de VA.
Sénégal.
Quoi qu'il en soit, on distingue deux sortes de gomme du
Sénégal
C* :
1° La gomme dure, du bas du fleuve, de Galam ou du
Cayor. Elle se présente en larmes blanches, arrondies,
ovoïdes, cylindroïdes ou irrégulières, ternes et ridées à leur
surface, d'aspect vitreux à l’intérieur; elle forme le plus sou­
vent des boules plus ou moins grosses, plus ou moins irré­
gulières, dont le volume atteint parfois des proportions
énormes. Tel est le produit de VA. Sénégal; mais il est sou­
vent mélangé à des morceaux rougeâtres, vitreux, de saveur
amère, dus à VA. arabica et à ses variétés sénégalaises.
2° La gomme friable ou du haut du fleuve. Elle est fournie
très probablement par YA. albida (arbre blanc : Ccdra beïda
ou. par corruption. Sadra-heïda et Salabreda); on la récolte
dans les forêts non loin de Bakel. Cette sorte ressemble à du
gros sel; elle est friable, à cassure vitreuse, et se présente
en petits fragments brisés ou en longues larmes vermieulées,
à surface terne et souvent ridée. Il en existe des sous-variétés
qui se distinguent par les teintes blanche, rouge, verte, jaune

23
qu’elles présentent. On dit que ces différences de coloration sont
dues soit à l’âge de l’arbre, soit à son état de vigueur ou de
déchéance, soit encore à la nature du sol ; toutes ces hypo­
thèses n’ont rien d’invraisemblable.
La gomme du Sénégal de bonne qualité a pour densité
moyenne 1,436. Elle est très soluble dans l’eau froide et sa
teneur en arabine est plus élevée que celle de la gomme ara­
bique. Elle renferme plusieurs matières minérales que l’on
retrouve dans ses cendres : oxyde de fer, chlorure de potas­
sium, alumine, silice, magnésie, chaux et potasse. En somme,
elle a la composition suivante :
Arabine................................................................... 81,10
Eau.......................................................................... 16,10
Matières salines, débris organiques.................... 2,80
GOMMES VRAIES

100,00

La gomme du Sénégal a pris depuis quelques années une
place importante sur les marchés européens, aux dépens de
la gomme arabique. Elle arrive en France par Bordeaux où
s’effectuent le triage et le classement du produit en catégories
commerciales nombreuses dont nous ne citerons que les
principales :
a) La gomme grosse blanche, en larmes assez grosses,
entières, blanches ou légèrement jaunâtres. Elle a été recueil­
lie, comme la suivante, au début de la récolte, sur l’A.
Sénégal.
b) La gomme petite blanche ne dilFère de la précédente
que par des larmes plus petites.
c) La gomme grosse blonde, dont les morceaux sont aussi
volumineux que ceux de la gomme blanche, mais jaunâtres
ou jaune rougeâtres.
d) La gomme blonde larmeuse, dont les morceaux sont
ondulés ou mamelonnés, d’un jaune clair, à surface lui­
sante, à cassure nette, sèche.
c) La gomme deuxième blonde, à larmes rougeâtres.

�26
LES GOMMES
/’) La gomme fabrique, dont les morceaux plus ou moins
gros (fabrique et petite fabrique) sont entiers ou fragmentés,
rougeâtres ou brunâtres, peu transparents, à surface granu­
leuse, ù cassure terne.
g) La gomme marron : morceaux brun foncé ou noirâtres,
à surface terne et opaque, chargés d’impuretés.
/i) La gomme friable que nous avons suffisamment décrite
plus haut.
i) Enfin la gomme poussière, tout à fait impure.
Le chiffre d'exportation de la gomme du Sénégal est très
variable d’une année à l’autre : il est soumis â l’influence
des conditions climatologiques, comme la production de la
gomme elle-même (durée et abondance des pluies, force et per­
sistance des vents d est), sans compter que la récolte est parfois
entravée par les conflits qui éclatent entre les tribus maures
qui font le trafic de la gomme, et diminuée par les incendies
des forêts.
En général, on peut dire que cette exportation est de 2 â
a millions de kilogs par année. La production de la gomme
au Sénégal, qui n’était que de G13.50i- kilogs en 1827, attei­
gnait 2 millions de kilogs en I86G; mais elle s’était élevée
à 5 millions en 1850.
En 1895, d’après la statistique du commerce, sur un
chiffre d’importation générale de 6.214.593 kilogrammes de
gomme exotique, le Sénégal a fourni à lui seul 3.593.684
kilogs, soit un peu plus de la moitié. Cette gomme du Sénégal
est presque tout entière consommée en France1.
Voici quels sont les prix courants de la gomme sur les
1. A l’une des dernières sessions du Conseil général de la colonie,
M. H. Devès, constatant que les efforts faits par l’industrie française
pour supplanter la production étrangère étaient loin d’être satisfai­
sants, a fait adopter par l’assemblée locale un vœu tendant à ce que
les gommes étrangères fussent frappées d’un droit qui serait protec­
teur des sortes du Sénégal.
Cette mesure pourrait sans doute s’étendre à toute notre production
nationale quand nos colonies seront à même d’offrir au commerce età l’in­
dustrie toutes les sortes similaires de celles de l’étranger.

27
marchés du Sénégal, d’après les mercuriales publiées pour
le premier semestre 1898 par le Journal officiel île l'Afrique
occidentale française :
GOMMES VRAIES

/ ,
^ bas du lleuve.................. 90 francsles 100 kilogs.
Gommes )
( de Galam ou du Cayor.. 80 »
»
pures j friables............................................. 40 »
&gt;&gt;
f avariées............................................10 »
»
Bacaques et poussières de gomme................... ü »
»

Gomme du Soudan égyptien. — Cette gomme a été et
pourrait devenir encore l'objet d’un commerce important.
Lorsqu’en 1820 le pacha Mehemet-Ali rêva de conquérir
les régions du Soudan qui s’étendent au sud de l’Egypte et
en paraissent la continuation naturelle, il n'ignorait pas leur
richesse. De la Nubie, du Sennar, du Ivordofan et du Dar­
four arrivaient chaque jour en Egypte des caravanes appor­
tant des produits de toutes sortes parmi lesquels, outre l'or,
les étoffes, l’encens, les plumes d'autruche, l’ivoire, figurait
la gomme. L’occupation égyptienne dura jusqu’en 1882,
époque â laquelle, pour mettre un terme aux exactions des
agents du Khédive, le Mahdi Mohammed-Ahmed chassa les
Egyptiens de la haute vallée du Nil. On sait comment les
Anglais, établis en Egypte depuis 1882, ont repris à leur
profit les idées de Mehemet-Ali. Le commerce du Soudan
égyptien, interrompu pendant la lutte que depuis seize ans
ils ont entreprise contre les Mahdistes avec une lenteur cal­
culée et persévérante, va reprendre certainement après la
campagne victorieuse actuelle dont la fin est prochaine. Les
richesses du Soudan vont de nouveau affluer en Egypte, et la
gomme ne manquera pas de redevenir l'objet d'un commerce
actif.
Le principal centre de production de la gomme dans ces
régions est le Kordofan. L’espèce qui la fournit paraît être
VA. Sénégal. Avant l’insurrection mahdiste, les indigènes
récoltaient la gomme en abondance et la dirigeaient sur Khartoum d’où, en suivant le Nil, le produit arrivait au Caire
et â Alexandrie.

�LES GOMMES
28
La gomme du Kordofan esl d’excellente qualité; elle vaut
au Caire un tiers de plus que celles du Sennar et de Taka.
Les Acacia gommifères recouvrent de leur végétation
rabougrie d’immenses espaces dans tout le Haut-Soudan. Los
Noirs les exploitent librement. La récolte de la gomme a
lieu, comme au Sénégal, après la saison des pluies, c’est-àdire pendant la durée de l'hiver, du mois de novembre au
mois de mars.

29
LM. Segal Del. var. fistüla Schweinf. fournit, d’après l’ex­
plorateur allemand, une bonne partie de la gomme vendue
sous le nom de Ghedaref. On trouve souvent celle-ci en
masses de la grosseur du poing; elle est jaune d’ambre, rare­
ment incolore1.
D'ailleurs VA. Segal donne, en général, une gomme rou­
geâtre, très cassante : c’est ce produit, probablement mélangé
à celui de TA. slcnocarjta Ilochst., qui, transporté à Souakim,
sur la mer liouge, s’y traite sous le nom de gomme de Soua­
kim ou de Taka.
GOMMES VRAIES

3. Autres Acacias donnant de là gomme soluble.

F ig .

3. — É pines d'.Acacia fis/nia Schw. (d’après Schweinfurth).

Les collecteurs errent dans les bois d’Acacias, tenant un
petit panier d'une main, une longue baguette de l’autre; les
plus habiles peuvent ramasser pendant trois mois une charge
de chameau de "cinq quintaux.
La gomme est généralement expédiée dans des étuis en
paille, parfois recouverts de peaux de bœuf. Avant l'insurrec­
tion. le gouvernement égyptien exportait annuellement envi­
ron 33.000 quintaux de gomme.
On récolte également dans le Sennar une gomme de bonne
qualité. Elle est donnée soit par l’A. gummifera W., soit par
VA. tortilis Forsk., qui, tous deux, ont la réputation de
produire aussi la gomme de Barbarie.
Quant à VA. Seyal, il habite aussi l'Egypte (l’arbre décrit
par Delile a été trouvé par lui au Caire en 1708), le plateau de
Taka, les vallées du Nil-Bleu et de TAtbara, ainsi que l’Abys­
sinie; sa variété fislula a été rencontrée très abondante par
Schweinfurth dans le pays des Chillouks, non loin de
Fachoda.

A cacia C ateciiu Willd. (A . Calechuoides Roxb. ; A. Wallichiana D. C. ; A. polyacantha W. ; Mimosa Catechu L. ; M.
Catechuoides Roxb.)
C’est un arbre de moyenne grandeur dont les rameaux,
couverts d'un duvet jaunâtre à leurs extrémités, sont armés
d'épines stipulâmes aiguës, brunes, luisantes, presque recti­
lignes d'abord, arquées plus tard et de couleur noirâtre.
L'écorce rugueuse est d'un brun foncé. Les feuilles sont
bipinnées avec 10 à 20 paires de pinnules, chargées ellesmêmes de 30 à 50 paires de petites folioles étroites et allon­
gées, pubescentes, ciliées sur les bords, obtuses ou légère­
ment aiguës au sommet, insymétriques à leur base, et pré­
sentant en ce point, sur leur moitié inférieure, une saillie
auriculée. Le rachis médian anguleux, canaliculé en dessus,
porte, sur la ligne médiane : une glande volumineuse

1. Le l)r Schweinfurth [Au cœur de l'Afrique ) dit que son A. fislula
est celui qui, au bord du Nil, s’appelle Sofdr, mot arabe qui veut dire
flûte. Les épines de cet arbre, d’après lui, sont creusées par un insecte;
elles se renflent à leur base (fig. 3) en des sortes de galles sphériques
évidées, munies chacune d’une ouverture circulaire par où s’échappe l'in­
secte adulte. Le vent fait vibrer ces organes tubuleux comme de
vrais pipeaux : d’où le nom de sofdr et celui d'arbre siffieur que les
indigènes donnent à FA. fislula.

�30

LES GOMMES

cupuliforme au niveau de la première paire de pinnules, et
d’autres plus petites, en nombre variable, au niveau des der­
nières paires. Les fleurs, presque sessiles, blanches ou jaunes,
sont disposées en très grand nombre sur des axes allongés,
rigides et pubescents, naissant par un ou deux à l’aisselle
des feuilles. Les gousses sont glabres, rectilignes, à bords
droits ou très peu sinueux. Elles sont fortement aplaties,
atténuées en pointe aux deux extrémités, et contiennent
environ une demi-douzaine de graines orbiculaires ou un peu
allongées, glabres.
Cette espèce est originaire des Indes orientales, où elle
habite le Coromandel. Elle a été introduite et est devenue
commune dans certaines îles américaines, notamment à la
Jamaïque. Elle est beaucoup plus connue pour son produit
le Cachou du commerce, que l’on emploie pour le tannage.
Mais il découle aussi del arbre une gomme qui se présente en
larmes brun foncé, un peu friables, et parfois fragmentées
comme les grains d'un sucre grossier. Cette gomme, agréable
au goût, est complètement soluble dans l’eau avec laquelle
elle forme un mucilage brun foncé, peu épais, mais parfai­
tement adhésif.
Ce produit est connu dans les bazars indiens sous le nom
de Iiheir-ki-gond. Il sert surtout à falsifier la gomme ara­
bique.
Willd. (.4 . indica Desv. ; Mimosa Farnesiana L. ; Yachellia Farnesiana Wr. et Arn.)
C'est un arbuste très rameux, tortueux, irrégulier, armé
d'aiguillons droits, aigus. Les feuilles bipinnées sont à
folioles petites, oblongues-linéaires. Les fleurs réunies en
capitules globuleux sont d’un beau jaune d'or et d’odeur
suave. Les gousses, au nombre de 2 à 10 sur un pédoncule
commun, sont plus épaisses et plus charnues intérieurement
que celles des autres Acacias; elles sont cylindriques, droites
ou courbées, d un brun noirâtre à la maturité, et renferment
des graines dures, ovales, aplaties, brunes, lisses, placées
sur deux rangs et plongées dans une pulpe molle.
A cacia F a r n esia n a

GOMMES VRAIES

31

Cet Acacia est très cultivé dans le Midi de la France, aux
environs de Nice, Cannes, Grasse, Menton, ainsi que sur le lit­
toral de l’Algérie, notamment dans les environs d’Alger. La
fleur, connue sous le nom de Cassie, est recherchée pour son
arôme délicat et fort employée dans les parfumeries de Grasse.
Originaire de Saint-Domingue, cette espèce a été intro­
duite dans l’Inde où elle est appelée Vedda-Valla en tamoul,
Guya-babnla en bengalais. Elle est cultivée aux Antilles
sous les noms vulgaires d'Acaç.ia jaune ou Acacia odorant, et
y donne de la gomme. A la Réunion, la Cassie jaune se
rencontre aux environs de Saint^Denis.
Dans l’Inde, VA. Farnesiana exsude une quantité considé­
rable de gomme que l’on récolte dans quelques provinces.
D’après Mason, il fournit dans la province de Tenasserim
une gomme qui a toutes les propriétés de la gomme ara­
bique. Cette gomme qui est en larmes arrondies transpa­
rentes, est parfaitement soluble; Waring la considère comme
un produit de qualité supérieure.
Link. (Mimosa dealhata Hort.)
La courte description suivante qu’en donne le Dr E. Jacob
de Cordemoy dans sa Flore de la Réunion permettra de dis­
tinguer facilement cette espèce. « Arbre inerme, à écorce
lisse. Rameaux finement pubescents et couverts d’une pous­
sière blanchâtre. Feuilles bipinnées, avec 12-13 paires de
pinnules. Folioles très nombreuses, petites, égales, sans
impaire. Entre chaque paire de pinnules, une glande perfo­
rée. Grappes axillaires et terminales. »
Les fleurs jaunes, finement odorantes, sont l'objet d'un
commerce important dans le Midi de la France, où cet Acacia
est très cultivé et prospère admirablement dans les terrains
siliceux de Cannes et du golfe Juan.
Originaire d’Australie, cet arbre a été introduit à la Réu­
nion, où on le connaît sous le nom &lt;YAcacia Bernier. Cultivé
et naturalisé sur les hauteurs, il donne de la gomme.
En Australie, cette gomme, d’après M. Maiden, est exces­
sivement visqueuse. Elle peut être recueillie en grande quanA cacia d e a l b a t a

�LES GOMMES
32
tité ; elle est colorée, rougeâtre, à cassure claire. Quoique de
qualité inférieure, dit-il, elle est susceptible de prendre un
rang convenable parmi les gommes d'Acacia.
MM. Ileckel et SchlagdenhaulTen ont analysé la gomme
d'-l. dcalbata cultivé au Jardin de la Villa Thuret, à Antibes.
Ils l'ont trouvée entièrement soluble dans l’eau, avec la
composition suivante :
Eau hygroscopique.. •..............................................13,716
Sels fixes
2,173
Tanin......................................... .......................... 0,230*
Gomme arabique................................................. 83,881
100,000

Nousavons, denotrecôté, examinédes échantillons dégommé
d’A. dcalbata récoltée à la Plaine des Palmistes, à la Réunion.
Ce sont de grosses larmes irrégulièrement arrondies, rouge
foncé, à cassure terne. Cette gomme ne se dissout qu’en partie
dans l’eau, et renferme de 8 à 10 °[0 de gomme insoluble. En
filtrant la solution, on obtient un mucilage pur, coloré mais
très adhésif.
Cet exemple montre une fois de plus combien le climat
peut influer sur la composition et les propriétés des gommes.
A cacia decurre .ns YVilld. — C'est un p e tit arbrisseau aus­
tralien, à feuilles alternes, bipinnées. Les branches sont
arrondies, les rameaux aplatis, anguleux ou m ê m e ailés.
Toutes les parties de la plante sont glabres, sauf dans le
jeune âge où elles sont couvertes d’une pubescence très fine.
Le pinnules sont au nombre de 4 ou 12 paires et le rachis
porte des glandes variqueuses au niveau de toutes les paires
de pinnules. Chacune de celles-ci est chargée de 30 à 50
paires de folioles étroites, linéaires, rectilignes ou subulées,
1. La présence du tanin dans cette gomme est loin d’être une exception.
En général, on trouve du tanin dans toutes les gommes colorées : c’est
ainsi que la gomme à'Acacia arabica du Sénégal ou gomme de (jonakié
est tanifère, à tel point que les Arabes l’emploient comme médica­
ment astringent contre la dysenterie. C’est presque un kino.

33
ou ayant la même largeur dans presque toute leur étendue et
se terminant par un sonmet plus ou moins aigu. Leur cou­
leur est verte ou un peu glauque. Les fleurs sont réunies en
petits capitules globuleux pédoncules formant des grappes
composées axillaires ou terminales.
D’après M. Maiden, cet arbuste, en Australie, fournit en
abondance, pendant la saison chaude, de la gomme dont la
couleur oll're la série des nuances ambrées; mais c’est souvent
la plus foncée des gommes d’Acacias. Cette gomme présente
sous la dent une résistance cornée et se pulvérise difficile­
ment; d’après le même auteur, elle serait à peine soluble
dans l’eau froide et ne pourrait se dissoudre que dans une
grande quantité d’eau, après une longue ébullition.
Nous avons eu l’occasion d’examiner de la gomme d’A.
decurrens provenant de l’Inde. Elle se présente en morceaux
mamelonnés, composés de larmes irrégulières agglutinées,
entremêlées de beaucoup d’impuretés comprenant notamment
de nombreux fragments d’écorce. Sa couleur n’est pas uniforme :
jaune pâle ou grisâtre et translucide en certains points, elle est
rougeâtre en d’autres. Sa consistance est dure, cornée.
Réduite en petits fragments, cette gomme se dissout assez
rapidement et entièrement dans l’eau froide. La solution est
trouble; mais, après l’avoir filtrée, on obtient un mucilage
de coloration jaune pâle, clair, limpide, et parfaitement adhé­
sif.
GOMMES VRAIES

A cacia pycnantha Benth. [A. petiolaris Hort.). — C'est un
arbuste à rameaux arrondis ou légèrement anguleux, glabres,
lisses. Ils portent des phyllodes alternes, étroits, allongés, un
peu arqués en faux, insensiblement atténués vers leur base,
un peu obtus au sommet, épais, coriaces, marginés. Assez
loin de leur base se trouvent une ou plusieurs glandes, sou­
vent peu saillantes. Les Heurs jaunes, parfumées, sont en
capitules globuleux, pédonculés, disposés en grappes rami­
fiées, allongées, flexueuses, à axes flexibles, souvent un peu
penchés, glabres ou couverts d'une très fine pubescence
blanchâtre.
a
Les Gommes el les Ilêsines.

�Cet arbre est cultivé dans le Midi de la France et en
Algérie.
C1
11 habite les terrains sablonneux du nord-ouest de l’Austra­
lie, comme d’ailleurs la plupart des Acacia gommifères de ce
pays. Mais la gomme qu’il fournit est de qualité inférieure.
Cette espèce a été introduite en Nouvelle-Calédonie. Nous
avons pu examiner la gomme qu elle y exsude. Ce produit
est en longues stalactites cvlindroïdes presque incolores,
transparentes, formant des masses souvent volumineuses à
la surface de l’écorce; ou encore, engrosses larmes arrondies,
parfois prolongées en une sorte de mamelon pointu, rou­
geâtres, translucides.
Cette gomme est entièrement soluble dans l'eau froide;
mais la solution est un mucilage peu épais dont les propriétés
adhésives sont médiocres.
Nous croyons utile de citer ici les excellentes espèces d'Acacia
à gomme que possède l’Australie et qui peuvent intéresser
particulièrement nos colons de Nouvelle-Calédonie. De pré­
cieux renseignements à leur sujet sont donnés par M. Maiden
dans son ouvrage sur les productions végétales de l’Aus­
tralie.
A. Cunn. fournit en abondance,
pendant toute la saison estivale, une gomme qui ressemble
d'une manière frappante â la résine du pin. Sa couleur est
claire, sa cassure conchoïdale et brillante. Elle est soluble
dans l’eau, et sa solution, d une belle nuance pâle, est tout à
fait adhésive.
L 'A cacia

iiom alopiiylla

L A. microbotrya Benth. [A. leiopliylla, var. microcephala
Meissn.) produit 50 livres de gomme par arbre en une saison.
Cette gomme, d’un goût agréable, consommée comme ali­
ment par les indigènes, est de qualité supérieure.
L A. p e n d il a A. Cunn., var. glabrata F. vonMuel. fournit
une gomme qui, entièrement soluble dans l’eau à froid,
forme un mucilage clair, incolore ou légèrement foncé. La

35
gomme vieillie a un aspect un peu différent, dit M. Maiden,
de celle plus récemment exsudée : tandis que, dans celle-ci,
les morceaux sont intacts, la première est parcourue par des
tissures rayonnant du centre vers la périphérie; aussi (mitelle par se réduire en fragments plus ou moins pyramidaux
ou coniques.
Toute cette gomme d Australie est importée en grande
quantité en Angleterre, depuis 1828.
HOMMES VRAIES

En Afrique australe, lespèce gommifère par excellence est
YAcacia horrida W. que les Allemands exploitent dans le
Nama-Land, et dont ils exportent, paraît-il, en assez grande
quantité, la gomme qui est de bonne qualité.
Bâillon incline à croire que VA. capensis de Burchell, qui
croit au cap de Bonne-Espérance et produit une gomme
importée en abondance en Angleterre depuis plus de lit) ans,
n’est pas autre chose que VA. horrida W. La gousse, en
ellet, est la même : étroite, aiguë à ses deux extrémités,
recourbée en arc suivant sa longueur, de manière à former
parfois un cercle complet.
§§ GOMME D’ACACIA INSOLUBLE

Nous n’avons à citer, dans ce groupe, qu'une seule espèce
digne de quelque intérêt : c’est 1 A cacia lebbek Willd. (.1.
spcciosa Willd.; Albizzia lebbek Benth.; Mimosa sirissa,
Roxb.).
C’est un grand arbre à écorce gris foncé, glabre dans
toutes ses parties. Les feuilles sont bipinnées, avec 2 à i
paires de pinnules; celles-ci (fig. 4) portent elles-mêmes de 3 à
(J paires de folioles oblongues, obtuses, insymétriques â la
base. Les fleurs blanches et odorantes sont disposées sur des
sortes d inflorescences corymbiformes axillaires ou terminales.
Les gousses (fig. 5) sont longues et larges, membraneuses,
minces, de couleur jaune paille, toujours pendantes, brièvement
stipitées, surmontées au sommet d’un mucron recourbé. Ces

�3(j
LES GOMMES
fruits restent longtemps pendus aux arbres, et, quand le vent
les agite, ils bruissent d’une façon particulière.
Ce végétal est originaire du Bengale où son nom indigène

F ig . 4.

Acacia lebbek Willd (d’après nature).

Une pinnule de la feuille.
(*/3 grand, nalur.).

Fig. 5.
(d’après nature). Gousse
Acacia lebbek Willd
(s/j grand, natur.).

est Siris ou Sirissa. Mais il est naturalisé dans quelques-unes
de nos colonies : c’est le Bois noir de la Réunion et des
Antilles, le Bonara de Madagascar.
La gomme découle en abondance des fissures du tronc et

37
des grosses branches. Roxburgh la signale comme une
gomme très pure, et elle est rangée dans la Pharmacopée de
l’Inde parmi les gommes de qualité supérieure.
Cependant, d’après Baden Powell, elle ne serait pas entiè­
rement soluble dans l’eau; elle ne ferait que se gonfler dans
ce liquide en se transformant en une sorte de gelée.
C’est aussi ce que nous avons observé. Voici les résultats
de quelques recherches auxquelles nous nous sommes livré
sur des échantillons dégommé dVl. lebbek récoltée à la
Réunion.
La gomme que nous avons reçue, rougeâtre et opaque, ou
bien jaune pâle, limpide et transparente, se présentait en
morceaux mamelonnés, parfois en longues larmes agglu­
tinées formant des stalactites volumineuses.
Le produit, desséché h l'étuve à 120° pendant une heure,
perd 6,05 °/0 d’eau hygroscopique.
20 grammes de gomme ainsi desséchée sont plongés dans
400 gr. d’eau distillée. Elle se gonfle lentement; au bout de
24 heures, elle a augmenté considérablement de volume et
forme une gelée rougeâtre et translucide d'aspect grumeleux.
Cette gomme peut cRre rendue soluble par deux procédés :
1° Par l'action de la chaleur en présence d’une petite quan­
tité dépotasse. Dans 100 grammes d’eau distillée, on fait dis­
soudre 2 grammes de potasse caustique, et à cette solution
on ajoute 10 grammes de gomme pulvérisée. Au bout de
12 heures, ce mélange forme une gelée grumeleuse que l’on
chauffe alors au bain-marie pendant une demi-heure
environ. La gomme se dissout et forme un mucilage épais et
rougeâtre qu’on peut filtrer sur une toile pour séparer les
impuretés.
Mais la potasse a l’inconvénient de colorer la solution.
2° Par l'action de la chaleur, sous pression. On fait un
mélange de 100 grammes d’eau distillée, et de 10 grammes
de gomme. Lorsque la masse gélatineuse est formée, l’on en
remplit un petit ballon que l’on bouche avec de l’ouate et
que l’on porte à l’autoclave à une atmosphère de pression,
pendant une heure. La gomme se dissout entièrement. On
GOMMES VRAIES

�GOMMES VRAIES

-10

Sa parfaite solubilité dans l’eau, sans résidu, la fait surtout
apprécier en médecine, et la Pharmacopée de l'Inde la consi­
dère, à ce point de vue, comme supérieure â la gomme
arabique.
La gomme de F. elephantum est depuis longtemps

Parmi les Rutacées, nous citerons les espèces suivantes :
F e r o n ia e l e ph a x t ü m Gorrea.— C’est un arbre armé d’aiguil­
lons solides et droits, à feuilles alternes, imparipennées.
Folioles 5-7, presque sessiles, obovales, crénelées au som­
met. Les fleurs, rougeâtres ou roses, forment des panicules
lâches, axillaires ou terminales. Les étamines sont au nombre
de 10 à 12. L ovaire est tout d’abord à i ou 6 loges; mais
plus tard, les placentas se séparent de l'axe central et restent
pariétaux. Le fruit est une baie globuleuse à peu près de la
grosseur d’une pomme; le péricarpe est dur, ligneux, à sur­
face rugueuse, grisâtre; les graines nombreuses sont plon­
gées dans une pulpe charnue et comestible.
Cette espèce indienne est appelée vulgairement « bois de
pomme » ou « pommier sauvage », et nommée en tamoul
Velampisini, comme la gomme arabique.
L’arbre fournit en très grande abondance de la gomme. De
toutes les gommes de l'Inde, c’est celle qui se rapproche le plus,
en etfet, de la gomme arabique vraie ou de la gomme du Séné­
gal, tant par ses caractères physiques que par ses propriétés.
Elle se présente en larmes rougeâtres, transparentes, souvent
ridées à la surface, agglomérées en masses plus ou moins
volumineuses. Elle se dissout rapidement et d’une manière
complète dans l’eau. Elle est insipide ou de saveur très légère­
ment amère ; sa solution, qui renfermerait une petite quantité de
tanin, est un mucilage rougeâtre dont les propriétés adhésives
sont égales à celle de la meilleure gomme d’Acacia.

F ig . 6. — Feronia elephantum Correa (d’après Engler).
1. Rameau portant des fleurs et un jeune fruit; 2. Androcée ouvert et
pistil ; 3. Coupe longitudinale du pistil ; 4. Section et structure inté­
rieure du fruit.

employée dans l’Inde pour la fabrication de l’encre et de
certains vernis, dans la peinture sur toile et la peinture à la
chaux ; elle est utilisée également par les teinturiers et les
miniaturistes.
C’est donc un produit qui mérite la plus grande attention.
Æ gle Marmf.lo s Correa (Cralœva marmelos L. ; Feronia
pellucida Roth.)

�LES GOMMES
40
C'est un arbre de 20 à 30 pieds de haut, à écorce cendrée,
armé d’épines axillaires fortes et aigues. Les feuilles sont
pennées, alternes, pellucides, ponctuées, avec généralement
3 folioles ovales, lancéolées; la foliole terminale est pétiolu-

F ig . 7 . — Au/le Marmélos Correa (d’après Engler).
i. Rameau et inflorescence; 2. Coupe longitudinale d’une fleur dont le
périanthe a été enlevé ; 3. Coupe transversale et structure intérieure
du fruit.

lée, les latérales sont presque sessiles. Les fleurs d’un blanc
grisâtre, à odeur de miel, sont groupées sur de courtes panicules latérales : pédicelles et calices sont pubescents. Le
périanthe se compose d’un calice obscurément denté et
d’une corolle formée de 4 ou 5 pétales oblongs, coriaces. Eta­
mines nombreuses, à anthères longues et linéaires. Style très
court et très épais ; stigmate en tête. Le fruit est une baie

GOMMES VRAIES

41

globuleuse, oblongue ou piriforme, à 10-13 loges; celles-ci,
outre les graines recouvertes de poils visqueux, contiennent
une quantité considérable de gelée transparente très tenace
qui s’enlève par filaments très longs et qui, en se desséchant,
devient très dure, mais reste transparente.
Cet arbre est connu au Bengale sous le nom de Bel, et de
Vilva Marum dans le territoire de Pondichéry.
A l’Exposition de Madras, en 1835, le Dr Cleghorn a fait
connaître la gomme de Bel et l’a signalée comme étant de
bonne qualité. Ce produit se présentait en petits fragments
ressemblant aux grains d’un sucre grossier.
On peut se demander s’il s’agissait bien d’une gomme
exsudée de l’arbre ou de la masse mucilagineuse du fruit
extraite et desséchée.
Quoi qu'il en soit, la gomme qui enveloppe les graines a
son importance. Elle possède une telle force d’adhésion, dit
M. Thvvaites, qu’à Ceylan les bijoutiers indigènes s’en
servent comme d’un ciment.
Le Rapport sur les Produits de l’Inde à l’Exposition d’Am­
sterdam en 1883 dit qu’elle peut être employée comme un
vernis tout fait.
Ajoutons que le fruit du Bel est très usité dans la méde­
cine indigène de llnde pour combattre la dysenterie et la
diarrhée chronique. Voici une note fournie à M. Grant par
un médecin musulman (hakim) de l lnde, au sujet du Bel
et de son administration : « Quand le Bel est gommeux et
blanc, on l’emploie contre l’espèce de diarrhée si commune
au Bengale pendant la saison des pluies. On l’administre
sous forme de sorbet préparé de la manière suivante :
«Exprimez le Bel et laissez-le exposé à l'air toute une nuit;
aites bouillir et passez; ajoutez du sucre et administrez à
dose d’un verre à vin deux fois par jour. »
Le Dr Collas, qui confirme l’efficacité du Bel, donne d’une
façon plus précise la préparation de ce sorbet qui est le mode
de préparation le plus employé dans la pratique indigène et
la pratique européenne.
On emploie le fruit mûr ou à moitié mûr. « Exprimez

�LES HOMMES
12
du mucilage de Bel; prenez environ 64 grammes et mélangez
avec 90 il 120 grammes d'eau; sucrez, et, pour rendre cette
boisson plus agréable, frappez-la ou mette/.-y un morceau de
glace. »
Le Bol est encore administré sous forme de marmelade,
de gelée, d’extrait, de sirop, etc.
Les deux espèces que nous venons d'étudier existent sur
le territoire de Pondichéry. L'Ægle Marmélos se trouve en
abondance dans l'extrémité nord-ouest du district de Yillenour.

C itri' s auranticm Risso. — C'est l'Oranger qu'il est inutile
de décrire longuement, et qui se distingue par ses feuilles cré­
nelées sur les bords, à pétioles plus ou moins ailés, par ses
ileurs blanches odorantes et son fruit globuleux ù pulpe douce.
L’Oranger est cultivé dans la plupart de nos colonies.
Il laisse exsuder de son tronc, dit M. Cuzent, « une grande
quantité de gomme blonde, en morceaux mamelonnés et
assez gros. Son goût d’abord amer, devient ensuite doux et
agréable.
Cette gomme est très soluble dans l’eau. Elle pourrait être
utilisé en médecine comme adoucissante et tonique, û cause
de son amertume franche et nullement désagréable. »
Ces observations de M. Cuzent ont été faites à Tahiti où
l’Oranger, vulgairement appelé Anani, est très répandu et
pousse partout où des graines tombent sur le sol, sans rece­
voir aucun soin. Cette dernière considération a son impor­
tance, étant donnée 1indolence presque légendaire de la
population indigène de Tahiti.
La gomme de l’Oranger a figuré à l’Exposition de Madras
en 1855, où on pouvait encore voir de la gomme ;
du Citrus decumana W illd. (Chaddock des Antilles ; Pam­
plemousse des Mascareignes. En tamoul : Bambal/nas) ;
du Citrus limetta D. C. (Citronnier doux de la Réunion.
En tamoul : Elemitchum) ;
du Citrus mediea Risso, ou Cédratier.
Cesorigines botaniques sont-elles bien exactes? D’ailleurs ces
gommes de Citrus n'ont pas été étudiées.

GOMMES VRAIES

43

Parmi les Meliacées, il faut signaler les espèces suivantes :
M e l ia a z e d a r a c ii L. C’est un arbre à feuilles imparipennées
avec de 2 ù 11 folioles dentées. Les fleurs à parfum de lilas,
à corolle violette ou violacée, sont réunies en larges cymes
paniculées. Les étamines sont monadelphes et concrescentes
par leurs filets en un tube qui occupe le centre de la fleur. Le
fruit est une drupe coriace, globuleuse, jaune.
Originaire de l’Asie méridionale, le M. azedarach est natura­
lisé dans tout le bassin méditerranéen où on le cultive, sous
le nom de Lilas des Indes, ou de Manjousier en Algérie,
comme arbre d’ornement. Il a été introduit dans nos diverses
colonies tropicales ; à la Réunion, il est très commun et appelé
Lilas de l'Inde; aux Antilles, on le nomme Lilas du pays; h
Tahiti, c’est le Tira des indigènes, et le Lilas de Chine de nos
nationaux. Il habite toutes les parties de l’Annam sous le nom
de Sau-dau.
A Tahiti, la gomme exsude naturellement de l’arbre pendant
la saison chaude. D’après M. Cuzent, elle ressemble beau­
coup û la gomme arabique.
La même gomme a été exposée par le Dr Cleghorn à
Madras en 1835. Elle est de couleur ambrée ou brunâtre, ino­
dore, insipide, friable, à cassure vitreuse et brillante; elle se
réduit facilement en poudre et se dissout en totalité dans
l'eau froide.
Cependant d’après M. Lépine, cette solution aurait une
saveur âpre et amère.

Juss. [Melia azadirachta L.) C'est un arbre
à feuilles imparipennées avec 9 û 13 folioles insymétriques,
ovales-lancéolées, glabres, dentées. Les fleurs sont petites,
blanches, à forte odeur de miel, surtout la nuit, pentamères,
groupées sur des panicules axillaires plus courtes (pie les
feuilles. Le fruit est une drupe ovoïde, de la grosseur d’une
olive à la maturité.
Son nom tamoul est Veppam ou Veppa marum.
A z a d ir a c iit a in d ic a

�44

LES GOMMES

La gomme fournie par cette espèce, signalée par Birdwood
et O'Shaughnessy, a été exposée par Hawkes et Cleghorn â
Madras en 1855; elle a figuré de nouveau parmi les produits
de Pondichéry, à Madras, en 1859.
Cette gomme, dit M. Jules Lépine, est en morceaux arron­
dis, quelquefois allongés, contenant presque toujours des
débris d'écorce ou de feuilles. Klle est transparente, friable, à
cassure vitreuse, variant, comme couleur, du jaune pâle au
rouge; on la trouve aussi en masses formées de plusieurs
morceaux agglomérés; elle a une saveur fade et se dissout
presque entièrement dans Peau, à l'exception d'une faible
partie blanche gélatineuse renfermant des impuretés. Le
mucilage brunit légèrement sous l'action d'une solution de
sulfate ferreux.
Ce produit est surtout employé dans l’Inde par les méde­
cins indigènes qui le considèrent comme stimulant. On le
trouve dans le commerce local.
C e d r e l a o d o ra ta L. Cette espèce habite la Guyane et les
Antilles où elle est appelée vulgairement, d’après le P. Düss,
Acajou amer, acajou du ]&gt;ays, acajou à meubles, acajou
senti.
Le Musée colonial de Marseille a reçu récemment des
échantillons de la gomme exsudée par cet arbre. C'est une
gomme en morceaux assez volumineux dont les uns sont
presque incolores, clairs et transparents, les autres rou­
geâtres ou bruns. Elle est sans odeur et sans saveur, et con­
tient beaucoup d'impuretés composées de fragments d’écorce
et de feuilles.
Ce produit est en partie soluble dans l’eau : il renferme
74 °/0 de gomme soluble. La partie insoluble forme une
masse visqueuse qu’on sépare assez facilement, avec les impu­
retés, par filtration grossière à travers une toile.
La solution est blanchâtre et trouble. Elle est adhésive.
L'acétate de plomb y donne un précipité blanc grisâtre.
En somme, c’est une gomme assez soluble, mais qui n'a
pas grande valeur.

45
Une espèce asiatique, le Cedrela Toona Roxb., a été signa­
lée également comme gommifère. Nous ne savons rien de
son produit.
Il résulte toutefois de ce que nous venons de dire que les
Cedrela exsudent bien une gomme, et non une résine,
comme le pensent quelques auteurs.
GOMMES VRAIES

C u ic k r a s si a t a b l l a r is A. Juss. (Sivietenia chickrassia
Roxb. ; «8. trilocularis Roxb. ; S. velutina Wall.; S. villosa
Wall.).
C’est un arbre à feuilles pennées, glabres. Les folioles
sont au nombre de 5 à 10 paires, ovales-oblongues, un peu
falciformes, inégales et aigues à la base, acuminées au som­
met. Les fleurs sont en grappes un peu plus courtes que les
feuilles. Le fruit est une capsule triloculaire de la grosseur
d'un petit œuf.
Cette espèce habite l’Asie méridionale. Son nom tamoul est
Agley ou Agle-marum\ en bengalais : Cliickrassi. Onia
rencontre, dit M. Pierre, dans la vallée du Mékong, dans la
région d’Attopeu.
Cet arbre laisse exsuder une gomme assez intéressante.
C’est une gomme vraie, jaune pâle ou rougeâtre, transpa­
rente, mais contenant beaucoup d’impuretés et surtout des
débris d’écorce. Elle est en grande partie soluble dans
l’eau froide; elle se dissout presque en totalité dans l’eau
maintenue pendant un quart d’heure à la température de
l’ébullition. En filtrant grossièrement à travers une toile, on
sépare les impuretés et une très faible proportion de gomme
insoluble.
La solution est à peine colorée, mais trouble; elle préci­
pite en masse par l’action du perchlorure de fer.
En employant 10 grammes de gomme pour 100 grammes
d’eau, on obtient un mucilage parfaitement adhésif.
Il s’agit, en somme, d’une gomme évidemment inférieure
comme qualité, mais très utilisable.
Nous ne faisons que citer, d’après M. C. Cooke (Gums
resins, etc., produced in India) les deux Sivietenia suivants

�40

LES GOMMES

réputés gommifères : le N. chloroxylon Roxb. (Satin Wood) ;
et le ,S\ Mahagoni L. ou Acajou (le Saint Dominique des
Antilles, dont le produit a été considéré comme une gomme
« supérieure ».

F ig .

8. — Algarobia glandulosa Torr. et Gray.
Hameau portant fleurs et fruits.

Une légumineuse américaine fournit une gomme intéres­
sante : c’est 1’A l g a r o b ia g la n d u l o sa Torr. et Gray (Algarobia
dulcis Benth. ; Prosopis juliflora D. C.)
Selon le D1'Shumard ( The Ycar-book of agriculture, 18551856), cette espèce est très répandue dans les régions éle­
vées et sèches des plaines de l’ouest du Texas. D'après
d'autres renseignements dus au capitaine Marcy, elle habitc-

47
rait le lit des rivières; on la trouve le long de la rivière Gila,
et, en abondance, sur les bords du Colorado. Les rives du ltio
Grande en produisent quelques exemplaires, comme aussi la
plupart des rivières du nord du Texas. Il paraît’ qu’on en a
vu aussi desforêts assez étendues dans le Nord de la Californie.
GOMMES VRAIES

9. — Pipladenia rigida Benth.
1. Rameau portant deux gousses ; 2. Capitule de fleurs.
F ig .

Cet Algarobia (fîg. 8) est généralement un petit arbre, mais
qui peut atteindre des dimensions plus considérables et s’élever
jusqu’à 20 ou 30 pieds de hauteur. Sa gomme est appelée
Muckeet, Mezqueet, Musquit ou Mczquitina. Elle exsude
spontanément des arbres; mais les incisions en facilitent et
en augmentent la production. La récolte a lieu pendant les

�LES GOMMES
18
mois de juillet, août et septembre; la période la plus favo­
rable pour cette opération est la dernière partie du mois
d’août. A cette époque, le produit peut être recueilli en abon­
dance.
Cette gomme est en masses plus ou moins volumineuses,
semi-transparentes, h cassure brillante, dont la couleur varie
depuis le jaune pâle jusqu’au ton ambré foncé.
D'après une analyse citée par M. Shumard, la gomme
Mezqueet renfermerait 84,90 °/0 d’arabine. C’est donc une
gomme vraie, presque entièrement soluble dans l’eau, et for­
mant avec ce liquide un mucilage très adhésif.

11 faut sans doute placer, ù. coté de l’espèce précédente,
une autre Légumineuse, le P ip t a d e m a r ig id a Benth. (Acacia
Angico Mart.) qui fournit la gomme d'Angico, très employée
au Brésil où on la considère comme supérieure à la gomme
arabique.
La plante fîg. 9) est très répandue dans tout le Brésil, et
son produit abondant.
Une Célastracée, I ’E lœ o d e n d r o n g la u c lm Hook. [E. Roxburghii W. et Arn. ; Necrija dichotoma Roxb.) donnerait,
dans l’Inde, une gomme soluble dans l’eau, la solution for­
mant un mucilage sans saveur, adhésif et à peine coloré.
Gommes insolubles.
Les gommes qui font partie de ce groupe ont pour type
bien connu la gomme dite du pays, produite par diverses
espèces du genre Prunus, et surtout par le Prunus Cerasus,
d’où le nom de gomme de Cerisier qui lui est souvent appliqué.
Un certain nombre de Prunus, susceptibles de donner de
la gomme, vivent sous les tropiques. Citons le Prunus persica
H. Bn. ou Pêcher, dont l’exsudation est presque sans valeur,

GOMMES VRAIES

49

le Prunus armeniaca L. ou Abricotier, dont le produit est
meilleur, et le Prunus puddum Roxb. qui, dans l’Inde, four­
nit une gomme ne différant pas sensiblement, par ses carac­
tères et ses propriétés, de la gomme du Cerisier.
Mais nous avons à signaler des sortes exotiques beaucoup
plus importantes, et qui méritent d’arrêter particulièrement
notre attention.
La famille des Anacardiacées renferme des espèces fort
intéressantes à cet égard.
A nacardium o ccidentale L. (Cassuvium pomiforum Lam. ;
Acajuba occidentalis Gærtn.). — C’est un arbre à feuilles
obovales, arrondies ou échancrées au sommet. Les fleurs sont
disposées sur de larges panicules terminales. Calice à 5
parties pubescentes ; 5 pétales, deux fois plus longs que le
calice, linéaires, acuminés, recourbés, d’abord blanchâtres,
puis pourpres; 9 à 10 étamines, périgynes, dont une plus
longue et fertile, les autres stériles; style simple, plus long
que les étamines, stigmate brun en tète tronquée. Le fruit est
réniforme, comprimé et biconvexe, fixé au sommet du pédon­
cule renflé, charnu, piriforme, tronqué, lisse, d’abort vert,
puis jaunâtre.
C’est la Pomme ou Noix d'Acajou des Antilles et de la
Guyane.
L’arbre a été introduit dans quelques autres de nos colo­
nies : Nouvelle-Calédonie, Inde, Sénégal, Congo, Madagascar.
Son nom malgache est Mahibiha.
La gomme qui exsude du tronc est la gomme d'Anacarde
ou gomme d'Acajou de nos colonies, la gomme de
Cajueiro du Brésil.
D’après la description classique, cette gomme se présente
en masses allongées en forme de stalactites, ou en larmes
plus ou moins cylindriques, isolées ou agglomérées, dont la
couleur varie depuis le jaune pâle jusqu'au rouge brun ; elles
sont dures, transparentes, à cassure vitreuse.
1
Les Gommes et les Résines.

�50

LES GOMMES

Le Musée colonial de Marseille possède de beaux échantil­
lons de cette gomme d Anacarde, provenant des Antilles et de
la Guyane française, et dont voici les caractères et les pro­
priétés.
Ce sont de gros morceaux anguleux à arêtes vives, dont la
couleur varie de la nuance jaunâtre au brun ou brun noirâtre,
à surface fendillée, transparents ou opaques, suivant que la
coloration est pâle ou foncée.
Ces morceaux sont parfois très volumineux : de Candolle
en cite un qui pesait 21 kilogrammes.
Cette substance est dure, à cassure irrégulière et vitreuse.
Elle n'est qu'en partie soluble dans l'eau froide et dans l’eau
bouillante. La solution est un mucilage trouble, contenant
une forte proportion d'impuretés ; ses propriétés adhésives
sont médiocres.
Le perchlorure de fer n'a aucune action sur cette solution ;
l’acétate de plomb y donne un léger précipité.
Les insectes n’attaquent pas, dit-on, les objets en bois badi­
geonnés avec la solution de gomme d’Anacarde.
Odina W o d ie r Roxb. « Grand arbre dont les rameaux, les
feuilles et l'inflorescence sont pubescents dans le jeune âge.
Feuilles alternes, imparipennées, en petit nombre à l’extré­
mité des branches, plus ou moins glabres quand elles sont
âgées; 3 à i paires de folioles opposées, entières, brièvement
pétiolulées. ovales, la foliole terminale étant longuement
pétiolulée. Fleurs petites, tétramères, sur de courts pedicelles,
en grappes paucillores réunies en faisceaux serrés : les fleurs
femelles en grappes simples, les Heurs mâles en grappes
composées. Grappes nombreuses à l'extrémité des branches,
ou sur de courts rameaux latéraux ; les fleurs mâles et femelles
sur des rameaux différents (souvent sur des arbres différents).
Bractées nombreuses, largement ovales, ciliées. Lobes du
calice obtus, ciliés. Pétales oblongs, ayant plus de trois fois
la longueur du calice, coriaces, étalés, de coloration purpurine
ou jaune verdâtre. Etamines 8, aussi longues que les pétales
de la fleur mâle. Ovaire uniloculaire surmonté de 4 styles

51
courts et distincts. Ovule solitaire. Drupe oblongue, com­
primée, à épicarpe coriace, glabre, rouge ou noir à la matu­
rité. »
Cet arbre habite surtout les montagnes du Coromandel ;
mais il est très répandu dans l'Inde, et se reproduit facile­
ment de boutures.
La gomme qui en découle a été, à plusieurs reprises, étu­
diée par les auteurs anglais. Cependant ceux-ci ne paraissent
guère fixés sur sa valeur véritable. Ne disposant d’aucun
échantillon nous permettant une étude personnelle, nous ne
pouvons que résumer les opinions émises, — trop souvent
contradictoires.
Roxburgh fait mention de cette gomme que Brandis décrit
sommairement. C’est, dit ce dernier, une gomme blanc jau­
nâtre qui exsude de l’arbre au printemps et qui est employée
en teinturerie et en médecine; elle sert aussi au collage du
lait de chaux et du stuc fin, et dans la fabrication de l’encre.
Stewart confirme l’emploi de la gomme d'Odina Wodier
pour ces différents usages, et en distingue deux variétés :
l'une blanche, l’autre noire qui doit sa coloration à ce qu’elle
est tombée sur le sol où on l’a recueillie. Cette dernière
variété serait mélangée à la gomme d'Anogeissus latifolius
dont nous parlerons plus loin.
O’Shaughnessy prétend qu’il ne s'agit pas d’une gomme
mais d'une résine. Royle, de son côté, parle d’une gommerésine exsudant du tronc de YOdina W odier. Et, de fait,
Baden Powell décrit un spécimen de ce produit ayant la forme
de cylindres. Or, cette forme est celle qu’affecte la gomme
gutte du Cambodge ; elle est due à ce que le liquide gommorésineux s’est écoulé dans des entrenœuds de bambou intro­
duits sous l’écorce de l'arbre : en se concrétant, il prend la
forme de ces récipients spéciaux.
Cependant M. Cooke dit que tous les échantillons de ce
produit qui ont été envoyés aux différentes expositions euro­
péennes se sont comportés, à part une seule exception,
comme des gommes solubles.
D'autres envois contenaient « une grande quantité de
matière visqueuse insoluble ».
GOMMES VRAIES

�:\2

LKS SOMMES

Enliil M. Jules Lépine donne sur cette gomme les rensei­
gnements suivants : « Si on fait des incisions à l’écorce de
Ythiicr. dit-il, il en découle un suc incolore, visqueux, qui se
dessèche h l'air et n’est que peu coloré. La gomme que l'on se
procure habituellement n'a pas cette origine; elle est produite
par l'action d'une larve de papillon qui entame l'écorce de
l'arbre et ronge le bois; de la blessure sort un suc visqueux,
mêlé de bois rouge et d'excréments de la larve. Ce suc,
assez long à se dessécher, se réunit en masses volumineuses.
Cette gomme est cassante, transparente, un peu glutineuse,
rouge brun, vue en masse, blonde ou rouge orangé, vue en
fragments ; avec l'eau elle se gonfle et forme une gelée trans­
parente, une partie seulement est soluble; la solution, qui a
un goût un peu âpre, précipite par l'alcool et noircit un peu
avec le sulfate de fer.
Les natifs mangent cette gomme macérée dans le lait de
coco; ils l’appliquent aussi sur les entorses et les meurtris­
sures. »
Il est probable que tous ces avis contradictoires et ces
incertitudes tiennent à des confusions et à des mélanges dans
les gommes examinées.
Jusqu’à plus ample information, nous considérons comme
une gomme le produit de YOdina Wodier.
B uchanania latifolia Roxb. C’est un arbre dont les jeunes
rameaux, l’inflorescence, la face inférieure des feuilles avec le
pétiole et la nervure médiane, sont recouverts de longs poils
soyeux. Les feuilles sont alternes, simples, entières, coriaces,
oblongues, obtuses. Il n'y a pas de stipules. Les fleurs, sur
des panicules pyramidales terminales ou axillaires, sont ver­
dâtres, sessiles, et possèdent 10 étamines et cinq carpelles
distincts, velus, dont un seul est fertile. Le fruit est une drupe
noire à la maturité.
La gomme qui découle de cet arbre est très appréciée dans
les bazars indiens sous le nom de Chironji-ki-yond. Un arbre
de belle venue peut en fournir un peu plus de 2 kilogs.
Cette gomme est en fragments friables, de coloration pâle

53
ou légèrement brune, sans saveur, en grande partie soluble
dans l'eau. Sa solution, qui ne contient qu’une faible propor­
tion d’élément insoluble, est incolore et se fait remarquer par
des propriétés adhésives tout à fait comparables à celles de la
gomme arabique.
C'est donc un produit qui peut acquérir une réelle valeur
commerciale.
GOMMES VH AIES

S pondias dülgis Forst, (S. cytherœa Sonn.) C’est un grand
arbre à feuilles imparipennées avec cinq à sept paires de
folioles pétiolulées, lancéolées, à liseré grisâtre sur les bords,
crénelées un peu au-dessus de la base. Les fleurs blanches,
odorantes, sont en panicules lâches et généralement pen­
dantes. Le fruit est une drupe ovoïde, à surface jaune à
la maturité, à épicarpe mince et à mésocarpe épais, charnu,
succulent, traversé par de nombreux filaments fibreux cjui
partent de l’endocarpe.
Cet arbre, originaire des îles de la Société, est très répandu
dans les colonies françaises où son fruit est très apprécié.
C'est la Pomme Cythcre des Antilles, YEvi ou Hévy de
la Réunion, le Vihi ou Vy des indigènes de Tahiti et des
des Marquises, où il croît à l’état spontané depuis la plage
jusqu’au fond des vallées; le Sakoa ou Sakoavavy de Mada­
gascar.
Nous emprunterons les renseignements relatifs à la gomme
de ce Spondias à M. Cuzent qui l’a étudiée avec soin à
Tahiti.
Du tronc de l’arbre, dit cet observateur, exsude une grande
quantité de gomme sous la forme de larmes brunes ou noires,
quelquefois très volumineuses. Lorsqu'elle est parfaitement
sèche, elle devient friable, à cassure vitreuse, se pulvérise
facilement et donne une poudre blanche.
Cette gomme, de saveur fade, est peu soluble dans l’eau.
Plongée dans ce liquide tiède, elle y augmente beaucoup de
volume et devient flexible. L'eau bouillante n’en dissout
qu’une faible quantité et la gomme s’y divise en petits gru­
meaux gélatineux. La nature gommeuse de ce produit est affir-

�34
LES GOMMES
mée par son insolubilité dans l'alcool froid ou bouillant ainsi
que dans l’éther; l’action de la teinture d iode n’y indique
aucune trace d’amidon.
Les Tahitiens appellent cette gomme Piapia vij ou bien
Tapau.
En résumé, il s’agit d’une gomme qui n’est soluble
qu’en faible partie dans l’eau bouillante : toute la partie inso­
luble se gontle dans ce liquide et prend une consistance géla­
tineuse.
Aux Antilles, le Spondias purpurca L. laisse exsuder de
son tronc une gomme verdâtre (Düss) dont les propriétés sont
très probablement analogues à celles de la sorte précédente.
Le Spondias à Heurs pourpres, vulgairement appelé dans ces
îles Prune d'Espagne, Prune rouçje, se distingue par des
feuilles imparipennées â S ou 10 paires de folioles, par des
fleurs rouges, et par son fruit pourpre noirâtre.
La famille des Euphorbiacées ne contient guère, comme
espèce gommifère digne d’être signalée, que I’A leuiu tes
moloccan’a W. (-1. triloba Forst. ; A. ambinux Pers. ; Croton
moluccanum L.). C’est le Bancoulier dont les graines four­
nissent une huile bien connue. L’arbre atteint de grandes
dimensions dans toutes les îles de l'Océanie et dans celles de
la mer des Indes. Les feuilles larges, pétiolées, d’un vert
clair, lisses en dessus, blanchâtres, pubescentes et comme
pulvérulentes en dessous, sont lobées, à 2 ou 5 lobes ^surtout
dans le jeune âge), ou entières et lancéolées. Les fleurs
monoïques, blanches ou d’un jaune pâle, sont groupées en
panicules terminales. Le fruit est une drupe charnue d'un gris
verdâtre renfermant une graine (noix de Bancoule) à tégument
extrêmement dur.
Cet arbre est très répandu dans les îles de la Société. Ori­
ginaire des Moluques, il s’est naturalisé à Ceylan, aux Masca­
reignes, aux Antilles. Il constitue de vastes forêts aux îles
Sandwich, et se rencontre très communément aux îles Mar­
quises, à Tahiti, aux îles Gambicr, à la Nouvelle-Calédonie,

55
La gomme qui exsude du tronc et des branches est en
larmes arrondies ou en petites masses mamelonnées. Elle
reste longtemps fluide sur l’arbre, puis se dessèche en dimi­
nuant de volume. Elle prend alors une consistance cornée,
s'aplatit et se pulvérise difficilement.
Cette gomme est incolore, inodore et à saveur peu appré­
ciable. Insoluble dans l’alcool et l’éther, elle est peu soluble
dans l’eau; elle se gonfle dans ce liquide, augmente de volume,
mais ne se dissout qu’en faible partie.
Ces propriétés sont presque identiques à celles que nous
venons de constater pour la gomme des Spondias.
M. Maiden dit qu’il découle de VAleurites mnluccana
une« résine», principalement des fruits. L’analyse deM. Cuzent,
que nous venons de résumer, contredit formellement cette
assertion.
GOMMES VU AI ES

Parmi les Combrétacées les espèces à gomme de quelque
importance sont les suivantes :
Wallich (Conocarpus la/ifolia Roxb.).
C’est un grand arbre à écorce blanc grisâtre, lisse; les
rameaux extrêmes et les jeunes feuilles sont pubescents,
soyeux. Les feuilles sont coriaces, subopposées, brièvement
pétiolées, ovales, glabres quand elles sont adultes. Les fleurs
sont petites, verdâtres, en grappes courtes, axillaires. Le
calice présente deux ailes à la base, et se prolonge au-dessus
de l'ovaire en un tube à 5 fentes, jaune. Il n’y a pas de
pétales. Les étamines sont au nombre de H); l’ovaire est uni­
loculaire. Le fruit ailé est presque orbiculaire, glabre, avec le
tube du calice persistant et pubescent, aussi long ou plus long
que le fruit.
Cet arbre est appelé en hindou, Dhoura, Dliaura ou encore
Bâkli. La gomme qui en exsude, quand elle est de belle
qualité, est en larmes plus ou moins irrégulières, parfois
allongées, cylindriques et vermiformes, claires, transparentes,
ou légèrement brunâtres, dures, non friables, sans saveur, et,
en partie, solubles dans l'eau.
A nogeissus

la tifo lià

�5G
LES GOMMES
L’élément soluble forme un mucilage clair et presque inco­
lore qui possède les propriétés adhésives de la gomme ara­
bique.
Malheureusement, cette gomme est parfois de coloration
brune, et contient souvent une notable quantité d’impuretés
qu'on pourrait d’ailleurs éviter par une récolte plus soi­
gneuse.
Gomme de Terminalia. — Diverses espèces de ce genre
fournissent de la gomme dont les propriétés sont loin d’être
bien connues, mais qui est citée par quelques auteurs, et çà et
là dans les rapports des jurys d Expositions. On ne peut que
la signaler.
Le Terminalia arjuna \Y. et Arn. (Pentaptera arjuna
Roxb.) arbre appelé en hindou Arjun ou Arjuna, et, en
tamoul, Yella-murda, laisse exsuder une gomme brun-clair et
transparente dont, d après Baden Powell, les droguistes font
commerce dans l’Inde.
Le T. bellerica Roxb. [T. punetata D. G.) est aussi un
arbre qui, dans le Nord de l’Inde, porte des noms indigènes
dérivant, pour la plupart, du sanscrit lia h ira. En tamoul :
Tani ou Tanikai. Certains auteurs rapportent qu’il fournit en
abondance une gomme offrant des analogies avec la gomme
du Sénégal. Si cette assertion est exacte, ce serait un produit
à étudier.
Quant au T. tomentosa W. et Arn. et au T. alata Dietr., ils
donnent une gomme noire, de saveur amère, inutilisable.
Les Légumineuses à citer ici sont les suivantes :
A lbizzia pro cera Benth. (Acacia procera Willd. ; A. elata
Roxb.; Mimosa procera Roxb.; M. elata Roxb.). Grand
arbre à feuilles bipinnées, presque aussi larges que longues. Le
pétiole commun est pourvu d'une grosse glande brune et
oblongue près de la base. Les pinnules sont au nombre de
3 à 4 paires, portant chacune G à 8 paires de folioles ovales ou
oblongues-ovales, à nervures secondaires proéminentes.

37
Les grandes inflorescences terminales se composent de nom­
breux capitules groupés par deux ou cinq, et comptant cha­
cun de quinze à vingt fleurs blanc jaunâtre. Les gousses
sont linéaires et contiennent de huit à douze graines.
La gomme de cet arbre est notée parmi les produits de l'Inde
exposés â Amsterdam en 1883. Elle peut être récoltée
en abondance dans l'Inde, comme en Australie. Elle
se présente en larmes arrondies de coloration plus ou moins
foncée. Aussi le triage est-il indispensable : les morceaux trop
colorés doivent être rejetés comme étant de qualité inférieure.
Cependant la teinte foncée n'est que superficielle : la cassure
est claire.
Cette gomme se gonfle dans l’eau en augmentant beaucoup
de volume mais ne se dissout que partiellement. Le muci­
lage soluble est limpide, presque incolore.
D'après Maiden, cette gomme offre une particularité qui la
distingue de la gomme d'Acacia insoluble. Quand on la plonge
dans l'eau, elle ne tarde pas à se désagréger et à former des
masses floconneuses, tandis que la gomme d'Acacia se gonfle
beaucoup et conserve un certain degré de cohésion pendant
un jour ou deux.
GOMMES VRAIES

Les gousses de Parkia birjlandulosa W. et Arn. laissent
exsuder une gomme dont le Musée colonial de Marseille pos­
sède un échantillon. Ce sont des larmes aplaties ou arrondies,
irrégulières, atteignant à peine un centimètre dans leurs plus
grandes dimensions; ou bien des fragments irréguliers ne
dépassant guère un centimètre et demi en longueur et huit h
neuf millimètres en largeur.
Ce produit est rouge brun ; certains morceaux sont ternes
et opaques, d'autres plus clairs et translucides. Pulvérisé et
mis en contact avec l'eau froide ou bouillante, il se gonfle et
se transforme en une gelée brune, sans se dissoudre.
C’est, en somme, une gomme de peu de valeur.
Le fruit du Cæsalpinia sepiaria Roxb contient aussi une
gomme très adhésive ; mais nous ne la connaissons que de
réputation.

�58

LES GOMMES

Quelques Bauhinia sont gommifères. Citons seulement
le B. variegata L. qui fournit la gomme connue, dans
l'Inde, sous le nom de Sem-ki-gond ; de ses propriétés,
nous savons seulement qu elle est brunâtre et insoluble, ce
qui en fait un produit de médiocre importance.
Le Musée colonial de Marseille a reçu tout récemment de
Madagascar la gomme du Madiro, qui serait le nom indigène
du Tamarindus indica L. Elle est en morceaux assez volumi­
neux formés eux-mêmes de larmes agglomérées, arrondies ou
un peu oblongues, de la grosseur d'un pois. Celles-ci, exami­
nées isolément, sont claires, translucides, à cassure bril­
lante, mais elles sont mélangées à une forte proportion d'im­
puretés (fragments d’écorce).
Cette gomme est complètement insoluble. Elle se gontle
énormément dans l eau et forme une gelée compacte.
Parmi les Sapindacées. quelques Cupania paraissent donner,
en petite quantité, une gomme à peine soluble.
On a recueilli aussi, parait-il, la gomme de plusieurs espèces
de Sapindus : S. acuminatus Wall.; *8. emarginatus W. et
Arn. Nous ne savons rien des caractères et des propriétés
de ces sortes.

II
GOMMES MIXTES

I. Gomme adragante.
Les substances entrant dans ce groupe des gommes mixtes
ont pour type la gomme adragante qui exsude des tiges et
des rameaux de plusieurs Légumineuses du genre As/ragalus
Ce sont : A. c r e t ic u s Lam. et A. c y l l e n k ü s Bois., qui habitent
la Grèce et l’archipel grec; A. m ic r o c é p h a l e s Willd., répandu
en Asie-Mineure ; A. v e r u s Olivier, A. a d sc en d en s Bois, et
A. py c n o c l a d u s Bois., que l’on rencontre en Perse.
Tous ces Astragalus sont de petits arbustes vivaces, attei­
gnant â peine un mètre, à feuilles presque toujours compo­
sées, inparipennées, parfois spinescentes. Ils vivent à l’état
spontané sur les collines sèches et calcaires, croissent en
abondance dans les terrains les moins fertiles, et ne sont l’objet
d’aucune culture de la part des Orientaux.
Quelques espèces poussent sur les coteaux arides du bassin
méditerranéen ; en Provence, elles ne produisent pas d’adragante.
Le professeur Sacc avait pensé jadis qu’en Algérie elles
pourraient être plus productives dans les terrains secs et
infertiles, pourvu que le climat fût chaud.
La gomme est due à la gélification des cellules de la
moelle des tiges et des rameaux; le mucilage, épais, com­
primé dans l’étui médullaire, s’échappe par toutes les tissures
et durcit à l’air en conservant la forme des ouvertures traver­
sées. La gomme ainsi exsudée spontanément forme la sorte
vermiculée ou en grains du commerce, suivant que les larmes
sont entières ou brisées.

�I.KS HOMMES
HO
Pendant longtemps, on s'est contenté de recueillir le pro­
duit spontané. Mais, aujourd'hui, l’exploitation est plus
méthodique. En juillet et août, on déchausse les buissons
d’Astragales et on fait autour des troncs, avec un couteau
acéré, des entailles longitudinales, d'où la gomme suinte;
elle se dessèche, et, trois ou quatre jours après, on la récolte.
Le liquide mucilagineux, passant à travers les fentes étroites,
subit une sorte de laminage : d’où les lames plus ou moins
contournées que nous allons décrire en détail dans un
instant.
Si le temps reste beau pendant la dessiccation, on obtient
l’adragante en feuilles blanches du commerce, qui est la sorte
la plus appréciée. Si, au contraire, la pluie survient ou que
le vent, soulevant et emportant des poussières, agit sur la
gomme encore humide, celle-ci perd sa blancheur et devient
l'adragante en feuilles jaunes qui est de seconde qualité com­
merciale. Aussi doit-on avoir soin de ne pas saigner tous les
arbustes à la fois, de manière à ne pas exposer toute la
récolte.
Toute cette gomme est soumise à un triage ayant pour but
de séparer le produit spontané, de qualité inférieure, des sortes
en feuilles; et, parmi celles-ci, l’adragante en feuilles blanches,
classée en première ligne, est achetée presque en totalité par
la France, où ses usages sont relativement nombreux : confi­
serie, pharmacie, industrie des papiers peints, apprêt des
vélins, des cuirs et des tissus de luxe.
Le produit arrive par caisses de 100 kilogr. de Smyrne,
d’Alep et de l'archipel grec à Marseille et k Trieste, où la
gomme brute vaut 5 fr. le kilogr. Les sortes triées valent, au
lieu d'arrivée, de 3 à 12 fr. le kilogr.
Un échantillon de gomme adragante blanche, provenant de
Constantinople, que nous avons examiné au Musée colo­
nial de Marseille, se présente en petites lames très aplaties,
délicates et fragiles, blanches, translucides, ondulées, tor­
dues, contournées de diverses façons; par transparence on y
observe de fines stries parallèles aux bords, et correspondant
très vraisemblablement aux couches successivement exsudées
et desséchées.

HOMMES MIXTES

fil

La composition en centièmes de la gomme adragante a été
établie par M. Giraud de la façon suivante (Comptes rendus,
1875, p. 477) :
E au........................
20
Composé pectique.
00
Gomme soluble. . .
8 à 10
Cellulose................
3
Amidon................
2à3
Matières minérales
3
Corps azotés..........
traces.
Cette gomme est très peu soluble dans l’eau froide. Mais
M. Giraud a pu s’assurer que, mise en digestion au bain-marie
avec cinquante fois son poids d’eau, au bout de 24 heures
environ toute la substance gommeuse se transforme en
gomme soluble ayant perdu la propriété de se gonfler après
dessiccation.
D’autre part, soumise à l’action de l’eau acidulée à 1 °/0,
cette gomme se modifie au bain-marie, au bout de deux k
trois heures, et devient entièrement soluble.
Quand on plonge la gomme adragante dans l’eau froide, elle
se gonfle lentement, mais d’une façon considérable, et finit
par former un mucilage très épais, blanchâtre.
On a observé qu’il faut 25 grammes de cette gomme pour
donner k un litre d’eau la consistance d un empois épais,
qu'on n’obtiendrait qu’avec 160 grammes d’amidon blanc ou
avec un kilogramme de gomme soluble. En se desséchant, la
pâte de gomme adragante reste souple, transparente et élas­
tique : d'où son emploi dans l’apprêt des tissus, des
papiers, etc.
2. Gomme de Bassora.
Ce produit offre beaucoup d'analogie avec la gomme adra­
gante.

�62

LES GOMMES

On ne paraît pas fixé sur le végétal qui lournit la
gomme de Bassora, et 1on admet, avec Ure, qu elle est
récoltée sur 1*A cacia l e l c o p h l æ a Willd. (Mimosa leucophlæa
Hoxb. ; A. alba \Y. ; M. alba RottL).
C’est un arbuste â feuilles décomposées pennées, accompa­
gnées de deux épines stipulaires, droites et aiguës. Les
pinnules, au nombre de cinq à douze paires, portent de dix à
trente paires de folioles chacune. Ces folioles sont insymé­
triques à la base, oblongues-linéaires, obtuses au sommet,
glabres ou couvertes d un très lin duvet, de même que les
rameaux, les pétioles et les rachis foliaires qui portent de
petites glandes cupuliformes. Les fleurs, sessiles, d un jaune
pâle ou presque blanches, sont réunies en capitules globuleux
dont le pédoncule se renfle en une tète souvent creuse au
centre. Ces capitules sont en petit nombre, groupés sur un
rameau très court, à l'aisselle des feuilles supérieures, ou en
grappes terminales. La gousse est étroite, recourbée, revêtue
d'un duvet brun.
Cet arbuste a été importé de la Turquie d’Asie dans l’Inde.
La gomme qui en découle a été exposée à Amsterdam, en
1883, et considérée comme étant bien la gomme de Bassora,
mais la description manque.
L échantillon de gomme de Bassora du Musée colonial de
Marseille est jaune rougeâtre, en morceaux irrégulièrement
aplatis, à surface mamelonnée ou cannelée. Les bords des
fragments, plus minces que le centre, sont seuls translucides.
On peut alors observer, en regardant par transparence, un
double système de stries qu’on distingue bien en examinant
successivement les deux faces. Ces stries sont perpendi­
culaires aux bords sur l'une des faces, parallèles à ces mêmes
bords sur l'autre. Elles paraissent donc se croiser à angle
droit dans l'épaisseur des morceaux. Les premières sont dues
aux plissements des lames dont les faces sont courbes ; les
secondes correspondent aux couches successives d'accroisse­
ment, comme dans Tadragante.
On peut voir également, au même Musée, « une gomme
adragante de Batavia » qui nous parait avoir même origine

63
botanique que la précédente. Elle offre, en effet, sensiblement
les mêmes caractères que la gomme de Bassora, avec seule­
ment, comme différence, une coloration un peu moins
foncée.
Une gomme analogue à la gomme de Bassora est produite
par YAlbizzia Sassa (Acacia S assa Mer. et Del.) dont Bruce
s’est beaucoup occupé dans son Voyage en Nubie et en Abys­
sinie (1791).
Cette espèce existe, paraît-il, à Nossi-bé, sous le nom de
Volomborana.
GOMMES MIXTES

3. Gomme adragante de l'Inde ou de Cochlospermum.
Cette adragante de l’Inde est fournie par une Bixacée, le
C ochlosperm um G ossypium D. C. (Bombax Gossypium L.).
C’est un arbre à bois mou, à feuilles alternes, larges, grou­
pées à l’extrémité des rameaux, longuement pétiolées, palmatilobées, à cinq lobes acuminés, tomenteux et gris en des­
sous. Les stipules sont linéaires, caduques. Les fleurs, d’un
beau jaune d'or, sont groupées sur des panicules terminales
dont les axes sont pubescents. Ces fleurs comprennent : cinq
sépales soyeux, ciliés sur les bords; cinq pétales étalés,
obovales, échancrés, parcourus par des veines parallèles; des
étamines en nombre indéfini, à filets plus courts que les
pétales, et à anthères linéaires; un pistil à placentas parié­
taux. Le fruit est une capsule environ de la grosseur d’une
orange, déhiscente par cinq valves, et contenant des graines
nombreuses, réniformes, brunes, recouvertes d’un duvet
soyeux.
La gomme qui découle de cet arbre est en usage dans la
médecine indienne; la Pharmacopée de l'Inde en fait mention
sous les noms de Kaserac-hind, Katéraé-hindi ou Samaghul.
D’après Baden Poxvell, elle est demi-transparente, blanche,
en morceaux striés, tout à fait tordus, contournés.

�61

LES GOMMES

Voici la description de cette gomme adragante de 1 Inde,
d après 1échantillon du Musée colonial de Marseille. Ce sont
des lames aplaties, tordues, contournées, mais plus épaisses,
moins fragiles, moins délicates que les lames de l'adragante
de Turquie, que nous avons décrites plus haut. Celle-ci est
blanche, translucide; l’adragante de l'Inde est moins trans­
lucide, et de coloration un peu jaunâtre. Au reste, elles sont
toutes les deux striées de la même façon, longitudinale­
ment.

65
produit a été bien mis en lumière par M. le professeur Ed.
Heckel h
Nous résumerons donc tout d’abord ces différents travaux
sur la gomme de Sterculia tomentosa, en y ajoutant quelques
observations personnelles. Puis nous passerons en revue les
autres espèces et le produit qui en découle.
GOMMES MIXTES

i. Gomme de Sterculia.
Un certain nombre d'espèces de Sterculia fournissent de la
gomme que l’on peut rattacher au type adragante, mais qui en
diffère par bien des caractères.
Ces espèces sont : S. urens Roxb., de l’Inde; S. tomentosa
Guil. et Perr. et S. tragacantiia Lindl., de l’Afrique occi­
dentale; S. hypochra Pierre et S. T horelii Pierre, de la
Cochinchine; S. rupestris Benth., d Australie.
La gomme de Sterculia est connue depuis longtemps. De
Candolle, dans sa Physiologie végétale (I, 171), établit que la
gomme dite Kutira, de l’Inde, est produite par le Sterculia
urens. Plus récemment, Endlicher donne comme espèces
gommifères ce même Sterculia urens de l’Inde, et le S. tragacantha d'Afrique.
La gomme du S. tomentosa est certainement aujourd'hui la
mieux connue, grâce à deux intéressants rapports, l'un de M.
Bouchez1, directeur du cercle de Xioro, l'autre de M. Robert'2,
administrateur du Cercle de Niani-Ouli, en Afrique occiden­
tale française ; et grâce aussi à une étude d’ensemble où ce
1. Bouchez, Revue des cultures coloniales, b janvier 1898.
2. Robert, Journal officiel de l'Afrique occidentale française, 17
mars 1898.

t

2

F ig . 10. — Sterculia tomentosa Guil. et Perr.
Feuille. — 1. Forme juvénile; 2. Forme adulte.

Le Sterculia tomentosa est un arbre de 8 à 10 mètres,
ayant le port du Platane, d’où le nom de Platane du Sénégal
que lui donnent les Européens. Nous empruntons les éléments
de sa description à M. Heckel (loc. cit.). Les branches sont
rugueuses et les jeunes rameaux tomenteux. Les feuilles
adultes sont alternes, formées d’un pétiole cylindrique villeux
et d’un limbe cordiforme à la base et trilobé ; les lobes sont acuminés ou arrondis, le central étant beaucoup plus long. Les
deux faces du limbe sont couvertes d’un tomentum rougeâtre.
Stipules petites, caduques, velues, rougeâtres. Les fleurs
sont groupées en grappes pauciflores, axillaires, tomenteuses,
t. Ed. Heckel, Revue des cultures coloniales. — Répertoire de phar­
macie, janvier et février 1899.
Les Gommes et les Résines.

5

�LES GOMMES
GG
rougeâtres. Le calice est oyat Informe, à cinq sépales tomenteux en dehors. Les étamines, au nombre de quinze, sont
portées au sommet d’une colonne staminale incurvée, cylin­
drique. se divisant au sommet en cinq petites branches dont
chacune supporte trois anthères bilobées, à loges arrondies,

F ig . H. — Sterculia iomentosa Guil. et Perr.
1. Fruit folliculaire; 2. Graine surmontée de son arille.

parallèles, à déhiscence linéaire, entourant un ovaire réduit
ou non développé, pileux, lui-même terminé par un style
simple, pileux, portant au sommet cinq stigmates mamelon­
nés, rayonnants, couverts de nombreux poils blancs fasciculés. Le pistil comprend de trois à cinq carpelles sessiles,
oblongs, acuminés, subréniformes, dressés, verticillés, renflés
supérieurement, à surface externe couverte d’un tomentum
rougeâtre. Les fruits sont des follicules polyspermes, s’ou­
vrant en dedans par une fente linéaire. Les graines sont nom­
breuses, oblongues, ovées, à tégument noir, et pourvues,

GOMMES MIXTES

67

autour du hile, d’un arille caronculé jaune d’or qui devient
dur et résistant.
Cet arbre habite toute 1Afrique équatoriale, au nord et au
sud de l’équateur. Il forme des forêts entières, ditM. Bouchez,
dans le canton de .YGagey, dans l’est du Sandial et le Drainé,
dans la partie septentrionale du Bip et du Niom, dans tout le
territoire de Niani-Ouli. Il existe également, mais plus clair­
semé, dans le Boundou. le Saloum, le Baol. Il croît en abon­
dance dans la partie méridionale du Ferlo, peut-être aussi en
certains points du Cayor. D’après M. Robert, il n’existerait
pas au Foutah-Djallon.
Il est appelé M'Bep ou M'Bcppc par les Ouolofs, Konçjosita par les Malinkés, Komikosita par les Mandingues,
M' Bobory par les Toucouleurs.
D’autre part, selon Hiern, Welwitsch a rencontré le même
arbre dans l'Afrique portugaise où il forme des forêts à
Golungo Alto et k Zenza de Golungo. M. de Ficalho (Plantas
uteis cia Africa portuyueza) dit, de son côté, qu’il existe en
abondance dans le territoire d’Ambriz et de Loanda. Les
indigènes le nomment Chiche', et sa gomme Ica ia Chiche.
La gomme de M Bep, récemment recueillie, est blanche,
nacrée, cassante, et se divise facilement en morceaux angu­
leux, dont la surface terne et rugueuse olfre des bourrelets
superposés dus aux dépôts successifs et successivement concrétésdu mucilage exsudé. Sa saveur est nulle, mais elle exhale
une odeur d’acide acétique qui a été constatée aussi d'ailleurs,
comme nous le verrons, pour la gomme de Sterculia urcns.
La simple action de l’eau froide permet de distinguer cette
gomme de M'Bep de la gomme adragante et des sortes qui s’en
rapprochent le plus : la gomme de Bassora et celle de Coclilospermum.
Si l’on met des fragments de ces trois derniers produits en
contact avec dix fois leur poids d’eau froide, on les voit com­
mencer à se gélifier dans leurs couches superficielles. Cette
1. D’après le même auteur, ce nom vulgaire Chiche aurait pour ori­
gine le mot Chicha qui désigne, au Brésil, plusieurs espèces de Slerculia.

�68

LES GOMMES

gélification se fait lentement de la surface vers le centre, et,
pendant au moins deux heures, les fragments conservent leur
forme et restent rigides. Ce n'est qu’au bout de trois heures
au minimum que ceux-ci ont subi un gonflement suffisant
pour les déformer. A partir de ce moment, la masse devient
assez rapidement un mucilage épais, blanchâtre et opaque.
Avec la gomme de M'Bep, les choses ont lieu autrement.
Plaçons quelques morceaux de cette gomme dans dix fois leur
poids d’eau froide, comme dans les expériences précédentes.
La gélification îles couches superficielles se fait rapidement :
au bout de deux heures, les fragments ont atteint vingt fois
environ leur volume primitif et se sont transformés eu une
gelée claire, au milieu de laquelle seules les parties centrales
persistent encore à 1état de noyaux solides. En trois heures,
la gélification est complète, et le mucilage qui en résulte est
incolore, clair et transparent comme du cristal.
M. le professeur SchlagdenhautTen, de Nancy, qui, sur la
demande de M. Heckel, a fait une étude chimique détaillée de
la gomme de M'Bep, signale, d'ailleurs, entre ce produit et la
gomme adragante, des dill'érences bien autrement impor­
tantes.
La gomme de M'Bep, d'après lui, a une densité de 1,416.
Elle contient 19,889 °/0 d’eau hygrométrique. L'eau froide
n'en dissout qu'une très faible quantité. « En opérant avec
l'eau bouillante, on obtient 7 à 8 °/0 de gomme dissoute. Mais
si l'opération est faite en tube fermé, au bain d'huile chauffé à
120 degrés pendant quatre heures, avec un poids d’eau éga­
lant vingt fois celui de la gomme, tout se dissout. Le liquide
reste incolore et n’est troublé que par quelques fragments de
matières étrangères. Si l’on filtre et si l’on évapore doucement
au bain-marie, on obtient une gomme dont les caractères
sont identiques à ceux de Yarabine.
La gomme adragante se comporte tout différemment.
Chaulîée avec vingt fois son poids d’eau, pendant quatre
heures, en tube fermé, dans le bain d’huile, elle ne laisse
dissoudre que 5 °/0 de gomme. Il faut doubler la quantité
d'eau et le temps de chauffe, puis porter à une température

69
de 135 degrés, pour arriver à peu près au résultat que nous
venons d’indiquer pour la gomme de M’Bep; le rendement
en gomme soluble n'a été, en effet, que de 80 °/0. » Autres
caractères distinctifs : l'iode colore, on le sait, la gomme
adragante ordinaire en rose, en bleu ou violet foncé, en raison
de l'amidon qu’elle contient ; la gomme de M’Bep ne pré­
sente pas la moindre'coloration.
La proportion de cendres de la gomme adragante n’est que
de 3 °/0, tandis que celle de M’Bep est de 7.249 (c’est-à-dire
plus du double), dont 1.812 de sels solubles et 5.437 de car­
bonate de chaux.
La gomme de M'Bep diffère donc essentiellement, par ses
caractères physiques et ses propriétés, de la gomme adragante,
et aussi de celles de Bassora et de Cochlospermum Gossypium. Elle se rapproche, par contre, beaucoup de la gomme
de Cycas, comme nous le montrerons plus loin.
Le Sterculia tomentosa représente, dans les parties de
l’Afrique occidentale que nous avons énumérées, environ le
dixième du peuplement végétal; on l a même vu constituer à
lui seul des forêts entières. Sa gomme, au dire de tous les
auteurs qui en font mention, peut être recueillie en très
grande quantité.
C’est au mois de février ou mars, dit M. Bouchez, que la
production est la plus abondante. « Toutes les époques de
l’année, dit à son tour M. Robert, ne sont pas également
propres à la récolte de la gomme; la fin de l'hivernage, ou
saison des pluies, paraît être le moment propice, c’est-à-dire
lorsque les feuilles sont en train de tomber, et que l'arbre
cesse de se développer et de vivre extérieurement. 11 s’en
trouve, du reste, sur les arbres pendant toute la saison
sèche. »
Les indigènes attachent peu de prix à ce produit; aussi
n’en récolte-t-il, pour leurs besoins, qu’une faible quantité, à
l’aide d’incisions à la hache faites au hasard sur le tronc des
arbres.
Un procédé d’exploitation méthodique, au cas où la gomme
de M’Bep viendrait à être ulilisée par l’industrie, reste à
GOMMES MIXTES

�70
LES GOMMES
trouver. La question ne peut g-uère être résolue que par des
essais sur place.
Quoiqu’il en soit, il faut savoir que celte gomme s'accumule
dans des canaux sécréteurs situés, d une part, dans la couche
profonde de l’écorce, et, d’autre part, à la périphérie de la
moelle.
Ces dispositions anatomiques semblent indiquer que des
entailles entamant l'écorce seule, telles que les pratiquent les
Noirs, ne peuvent donner issue qu’à une partie de la gomme
contenue dans le végétal, et qu’il faut atteindre, pour que la
production soit complète, les organes de sécrétion médul­
laires. Les incisions sont donc insuffisantes et nuisibles ; les
perforations paraissent plus utiles et moins préjudiciables
aux arbres 1.
La gomme de S. fornentosa — comme, d'ailleurs, celle du
S. ureris et du S. hypochra — a tendance à brunir quand elle
reste longtemps exposée à la lumière. Nous avons pu consta­
ter très nettement cette action de la lumière sur des échantil­
lons de gomme de M'Bep dont beaucoup de morceaux, plus
exposés que les autres aux rayons lumineux, s’étaient plus
ou moins nuancés de jaune dans un bocal en verre ordi­
naire. Dans la pratique, il importe donc, pour conserver
à la gomme de Slerculia sa couleur blanche plus estimée,
de la récolter aussitôt après qu’elle s'est desséchée sur
l'arbre, et de la maintenir à l’obscurité dans des récipients
à parois opaques.
Les indigènes se servent fort peu de cette gomme. Ils l’em1. D'ailleurs, c’est la conclusion qui découle des observations mêmes
de M. Robert : « ... Le résultat auquel les Noirs arrivent, par leur procédé
actuel d’extraction, dit-il, est absolument négatif; non seulement ils
affaiblissent l'arbre et souvent même causent sa mort, mais encore ces
larges fentes, faites dans le tronc, ne donnent rien ou presque rien
comme produit; tout au contraire, les seuls M’Beps qui possèdent de la
gomme en quantité sont ceux qui ont été attaqués par un ver minus­
cule qui parcourt le tronc en faisant, sur son passage, des trous gros
comme une tête d’épingle. On constate alors, au bout de quelque temps,
que l'arbre est couvert de gomme qui forme, par endroits, de véritables
grappes. J’ai vu des MBeps ainsi attaqués donner jusqu’à 4 à 5
kilogr. de gomme. On peut en déduire que de simples piqûres doivent
-u(Ere pour amener à l’extérieur une sécrétion. »

71
ploient comme aliment, mélangée à du mil pilé ; ils la font
entrer dans la fabrication d’un Uniment, d une sorte d’encre...
Quelques spécialistes la recherchent —et c'est là son usage le
plus intéressant — pour apprêter les tissus et fixer les tein­
tures avec lesquelles ils colorent leurs pagnes.
La gomme de M’Bep n’est encore l’objet d’aucune expor­
tation; et,rdans les cas très rares où elle est mise en vente, elle
est achetée, dit M. Bouchez, à un prix qui peut être évalué à
10 fr. à peine les 100 kilogs.
Le Sterculia tragacantha Lindl., qui vit dans les mêmes
régions que l’espèce précédente, fournit, on le sait, une
gomme qui n’a servi jusqu'ici qu’à falsifier la gomme du
Sénégal.
Il est probable que le produit de ce Sterculia est souvent
confondu avec celui du M'Bep, dont il a les propriétés.
Le Sterculia urens Roxb. habite l’Inde. La gomme, qui
exsude spontanément de cet arbre, pendant l’été, a été décrite
par O’Shaughnessy comme des masses volumineuses, dures,
brunes. Cette coloration était très probablement due à l’action
de la lumière.
Ce produit n’est pas soluble dans l’eau ; il se gonfle consi­
dérablement dans ce liquide, et se transforme en une sorte de
gelée.
On désigne, dans les bazars de b Inde, sous le nom de
Iiuteera, Kutira ou Katira, à la fois la gomme de Cochlospermum Gossypium et celle de Sterculia urens. Celle-ci est
plus particulièrement appelée Vellaypoutalie, en tamoul.
Le Sterculia rupestris Benth. croît en Australie. Sa gomme
est décrite par M. Maiden.
Elle rappelle tout à fait, dit-il, comme aspect, la paraffine.
Elle est incolore, dure, cornée, à cassure terne, en morceaux
irréguliers, à angles mousses, qui résultent de la fusion d’in­
nombrables larmes. Plongée dans l’eau, elle se gonfle et
forme un mucilage opalescent, bleuâtre, d’apparence finement
granuleuse.
En un mot, il paraît y avoir de grandes analogies entre ce
produit et celui de M’Bep.
GOMMES MIXTES

�72

LES GOMMES

Enfin, le Stcrculia hypochra Pierre appartient à la llore de
la Cochinchine et habite, dit M. Pierre, la province de Bienhoa.
Sa gomme est très abondante ; elle brunit à la lumière. Ce
produit est utilisé dans la médecine indigène.
Gommede .X Dimbe (en toucouleur,N'Douki ; en mandingue,
.V Dougoute). —Cette gomme est signalée par M. Robert, admi­
nistrateur du Cercle de Niani-Ouli, dans un rapport adressé à
M. le Gouverneur général de l’Afrique occidentale française, à
la date du 17 janvier 1898. D’après ce rapport, cette gomme se
rapproche beaucoup, par sa forme et sa couleur, delà gomme
arabique. Lorsqu’elle est fraîche, elle se présente en boules
jaunâtres assez grosses et parfaitement rondes.
Elle est fournie par un arbre très répandu, à tronc rugueux,
dont l'écorce ressemble assez à celle du chêne, et qui porte,
au mois de mai, des fruits sucrés dont la chair fibreuse, fort
goûtée par les Noirs, se rapproche un peu de la mangue par
sa forme.
C'est à la fin de l'hivernage que l’arbre laisse écouler sa
gomme. A cette époque, la moindre incision suffit pour pro­
voquer une abondante exsudation au sommet du tronc et sur
les grosses branches.
Cet arbre est très commun dans toutes les forêts du Saloum
et de la Haute-Gambie; et son produit pourrait être récolté
en grande abondance.
De quelle espèce s’agit-il ? M. le capitaine Moloney (Sketch
of the forestry of West A frica) attribue le nom de « N’Dimb »
au Stcrculia cordifolia décrit par les auteurs de la Flore de
Sénégambie. Et, de fait, la graine de ce Sterculia est enve­
loppée d'un arille succulent et comestible.
Cependant, cet arbre n’est nulle part indiqué comme gommifère ; 1 origine botanique du produit en question reste donc
à élucider.

GOMMES MIXTES

73

5. Gomme de Cycas circinalis L.
Cette Cycadacée a un peu le port d’un Palmier. Son tronc,
cylindrique, est terminé par une couronne de grandes feuilles
composées pennées, à folioles linéaires parcourues par une
nervure médiane unique; les feuilles non épanouies sont
euroulées en crosse comme chez les Fougères. Lorsqu’elles
tombent, après leur développement, elles laissent sur la tige
une série de cicatrices.
C’est une plante dioïque. La fleur mâle et la fleur femelle
ne sont autre chose que des feuilles modifiées, situées à l’ex­
trémité de la tige, et dont le rachis principal porte des éta­
mines dans le premier cas et des ovules nus dans le second.
Le Cycas est appelé vulgairement Sagoutier.
Originaire des Indes Orientales, il a été introduit en Nou­
velle-Calédonie où on le trouve, soit sur les plages du
Sud, soit dans les forêts élevées de l’Ouest (Jeanneney); à la
Réunion, on le rencontre çk et là dans les champs, sur le
bord des routes, dans quelques localités humides (E. J. de
Cordemoy, Flore de la Réunion). Il est aussi cultivé aux
Antilles.
Birdwood avait signalé la gomme que formait le Cycas
circinalis comme étant une sorte d’adragante. Il s’agissait
probablement d’une gomme exsudée par le tronc, ce qui ne
serait nullement surprenant, puisque la tige des Cycadacées
présente dans les régions médullaire et corticale des canaux
sécréteurs à contenu gommeux.
Le Musée colonial de Marseille possède un échantillon de
« gomme du pédoncule ovulifère » recueillie sur des Cycas
de Nouvelle-Calédonie.
Cette localisation spéciale de l’exsudation s’explique fort
bien. Nous avons dit, en effet, que les ovules sont portés par
des feuilles modifiées en véritables carpelles; ces ovules ne
sont d’ailleurs que des folioles transformées.

�LES GOMMES
74
Or, les feuilles, comme la tige des Cycas, sont pourvues de
canaux gommeux. On comprend dès lors que le rachis prin­
cipal des feuilles qui sont adaptées à la fonction de reproduc­
tion ait conservé, dans sa structure anatomique, ces mêmes
canaux, d’où provient la gomme qu’il exsude.
Cette gomme se présente en petites larmes un peu allongées
ou en fragments irréguliers de dimensions variables. Elle est
blanche et translucide, ou légèrement brunâtre, mélangée à
des impuretés en assez grande quantité.
C'est une gomme insoluble dans l’eau froide, où elle se
gonfle sans se dissoudre. Elle n'est pas soluble non plus dans
l’eau bouillante.
Elle rappelle, par ses propriétés, la gomme de Slerculia
tomentosa. Comme celle-ci, quand on la plonge dans l’eau,
elle se gonfle peu à peu et finit, au bout de trois heures environ,
par se transformer en une gelée claire et transparente comme
du cristal, qui n’est troublée que par les impuretés.

0. Gomme de Palmiers.
Le Cocotier (Cocos nucifcra L.) laisse exsuder une gomme
qui a été plusieurs fois signalée. M. Cuzent en a vu à Tahiti,
où le Cocotier porte le nom de Haari.
Cette gomme, dit-il. exsude de la base du tronc des jeunes
arbres. Elle se présente sous la forme de larmes brunes,
allongées, transparentes, à cassure vitreuse. Elle résiste au
pilon, et s’aplatit sans se pulvériser. Elle craque sous la
dent; sa saveur est à peu près nulle. Elle est insoluble dans
l’eau froide ou chaude, et s’y gonfle seulement.
Le Borassus flahelliformis L. donnerait aussi parfois une
gomme brune et même noire, qui paraît être sans valeur.
Le Dictijosperma alba Wendl. laisse exsuder, à la Réunion,
une gomme liquide qui ne se solidifie pas. C’est donc un muci­
lage et non une gomme véritable. Ce mucilage est insoluble

75
dans l’eau; desséché à l’étuve, il se gonfle dans ce liquide
sans se dissoudre.
On ne le rencontre guère sur les Palmiers sains; il s’écoule
seulement des blessures faites aux arbres malingres ou des
piqûres des insectes qui attaquent ces végétaux. Il s’agit donc
très probablement d’un produit morbide, d’une gommose.
GOMMES MIXTES

�77
hindou Palas-ki-gond, et, en tamoul, Palasampisini ou Pourrasampisini. Elle serait aussi connue dans les bazars indiens,
d'après M. Atkinson, sous le nom de Kamarkas.
Dans sa Nomenclature des produits de Pondichéry à l’Expo­
sition de Madras, en 1859, M. Jules Lépine la décrit de la
façon suivante : « De l’écorce entamée, dit-il, s’écoule une
gomme d’un beau rouge rubis, transparente. Elle est en
petits morceaux cassants, à surface lisse ou ridée, et en partie
soluble dans l’eau. Si on la laisse se dessécher sur l'arbre,
elle brunit et s’altère. On la trouve, dans le commerce, mêlée
à des morceaux d’écorce qui sont adhérents. Elle est aussi en
masses d’un rouge foncé. C’est une gomme très astringente,
susceptible d’être employée en médecine et dans l’industrie. »
La description qu’en donna, en 1874, Koxburgh est tout à
fait analogue; il fait observer aussi que cette gomme perd
bientôt sa belle couleur, quand elle est exposée à l’air.
Le produit tanifère de Butea frondosa a été, de la part de
quelques auteurs anglais, l’objet de recherches détaillées. Le
professeur Solly en a fait une étude complète : « C’est, dit-il,
une substance d’un rouge rubis magnifique, transparente et
cassante ; elle se présente en petites larmes arrondies, mélan­
gées àdes fragments des rameaux de l’arbre d’où on les a
détachées. Cette gomme, récoltée depuis quelque temps déjà,
devient opaque et de coloration foncée ; d’après le Dr Roxburgh, on peut empêcher ce changement d’aspect en la ren­
fermant dans des vases bien clos. Exposé à la chaleur, ce
kino se gonfle, émet de la fumée, s’enflamme et brûle; éloi­
gné de la source de chaleur, il continue à brûler comme de
l'amadou, et se consume presque complètement, en laissant
comme résidu une cendre blanche. Un poids de dix grains
(0 gr. 05) de ce kino ayant été choisi dans toutes les condi­
tions de pureté désirables, et chauffé dans une capsule de
platine recouverte et portée au rouge, toutes les matières
carbonées brûlent : il reste 0,45 du poids primitif (0 gr. 0145
environ), c’est-à-dire un résidu formé par une cendre blanche
dont une petite portion est soluble dans les acides avec effer­
vescence, le reste consistant principalement en silice et aluTANO-GOMMES

III
TA NO-GOMMES.

Je réunis dans ce groupe un certain nombre de gommes
contenant, en proportions diverses, de l’acide gallique ou des
tanins.
Il est impossible, dans une étude d’ensemble des gommes,
de laisser de côté ces produits, qui, néanmoins, pourraient
avoir leur place indiquée parmi les matières tannantes et les
médicaments astringents connus sous le nom de kinos.
La famille des Légumineuses offre, au point de vue de la
production de tano-gommes, quelques espèces importantes.
Ce sont :
B utea fhondosa Roxb. (Erythrina

monosperma L.). — C’est
un petit arbre dont toutes les parties jeunes sont duveteuses ou
tomenteuses, avec des poils simples et mous. Les feuilles sont
composées pennées, avec des folioles opposées, ovales, arron­
dies, couvertes de poils couchés en dessous, très clairsemés en
dessus. Inflorescences en grappes simples, lâches, multiflores.
Fleurs papilionacées, de couleur jaune orangé. Calice à seg­
ments courts, pubescents, comme d’ailleurs les axes et les
bractées de linflorescence. Etamines concrescentes à la base et
libres au-dessus du milieu de leur longueur. Gousse pendante
et tomenteuse.
Cette plante est très répandue dans l’Inde. C’est une
essence précieuse; outre la gomme tanifère qu’elle fournit,
ses fleurs et ses graines servent, dans l'Inde, à préparer des
solutions colorantes très estimées.
La gomme qui exsude de l’arbre, et dont nous avons à
nous occuper plus particulièrement ici, est appelée en dialecte

�LES HOMMES
78
mine. Ce kino se gonfle et se dissout lentement dans la
bouche; sa saveur est fortement astringente, comme les meil­
leures variétés de cachou. Il n'a aucune odeur. Dans l’eau
froide, il se gonfle et cède à ce liquide sa belle couleur rouge.
Après quelque temps d'exposition h l'air, la couche exté­
rieure des morceaux prend une couleur foncée : cette couche
superficielle est presque insoluble dans l'eau, tandis que
toutes les parties internes et inaltérées se dissolvent. L'inso­
lubilité de ces couches externes tient surtout à la présence
de matières extractives difficilement solubles. Dans une suffi­
sante quantité d’eau bouillante, au contraire, tout se dissout, et,
par évaporation lente de la solution, les matières extractives
insolubles dans l'eau froide se séparent en un faible dépôt
rouge. La proportion de ces matières extractives varie, d’ail­
leurs, considérablement d'un spécimen à l’autre : de là des
degrés variables de solubilité.
Les alcools éthylique et méthvlique dissolvent en grande
partie la gomme de Butea, mais beaucoup moins que l’eau.
L’éther la dissout, mais peu. et reste incolore. Une solution
aqueuse concentrée, agitée avec un peu d’éther, s’épaissit et,
par évaporation, fournit une forte proportion de tanin.
Une petite quantité de persulfate de fer, ajoutée à la solu­
tion aqueuse, lui donne une coloration vert sale ; une quantité
un peu plus grande détermine un précipité vert abondant. »
M. Sollv a procédé ensuite à toute une série d’essais, avec
des réactifs variés, dans le but de précipiter des solutions de
la gomme de Butea, dans les meilleures conditions, la
matière rouge susceptible d'être utilisée en teinturerie. Voici
quelques-unes de ces réactions : « Les acides dilués et les sels
acides colorent les solutions en jaune orangé et déterminent
un abondant précipité de même teinte. Une solution concen­
trée de potasse caustique, en petite quantité, donne h la solu­
tion gommeuse une magnifique couleur cramoisie ; avec un
excès de potasse, cette coloration devient rapidement grise,
et il se forme un abondant précipité. La soude caustique et
l’ammoniaque agissent comme la potasse. En général, les
solutions alcalines donnent un précipité rose ou gris, ou de

79
nuance intermédiaire. L’acétate de plomb, comme plusieurs
autres solutions métalliques, précipite la totalité de la
matière colorante. Ue précipité prend des teintes variables,
mais, en aucun cas, il n'a présenté de coloration franche et
vraiment belle. »
Néanmoins, continue M. Solly, « des tentatives furent faites
pour fixer la couleur sur les fibres de coton, de soie, de laine,
etc., par différents moyens, en employant divers mordants;
les colorations obtenues laissaient toutes à désirer : elles étaient
variables, mais plutôt noirâtres. Cependant elles étaient très
stables. Ces résultats concordent du reste avec ceux de Roxburgh. La matière colorante ne peut se fixer dans de bonnes
conditions, parce qu’elle est combinée intimement au tanin et
à la gomme. On ne peut précipiter ces corps isolément; ils
sont entraînés tous ensemble dans le précipité. Quand on
essaye de précipiter le tanin, la matière colorante et les sub­
stances extractives se précipitent en même temps que lui. Ce
sont là de graves inconvénients. »
M. Solly voulut maintenant obtenir la matière tannante en
la précipitant par la gélatine. Voici comment il opéra :
« 1 0 0 parties de kino solide furent desséchées pendant six
heures à une température d'environ 72° centigrades. La perte
d’eau fut de 13,23. Cette eau provient du bois, de l’écorce et
autres impuretés, car la substance, à l’état de pureté, n’est
que faiblement hygrométrique. Le kino ainsi desséché fut
plongé dans l’eau portée à une température voisine de son
point d’ébullition, jusqu’à former avec elle une solution con­
centrée ; celle-ci fut décantée et remplacée par de nouvelles
quantités d’eau dans les mêmes conditions de température,
jusqu’à ce que cette eau se fût emparée de toute la matière
soluble. Le résidu était formé uniquement d'impuretés et
correspondait à 17 parties en poids. On évapora la solu­
tion jusqu’à un degré considérable déconcentration. Pendant
cette évaporation, il se précipita 3,5 parties de matières diffi­
cilement solubles. Il est nécessaire que l’évaporation soit
faite aussi rapidement que possible, car si la solution chaude
reste trop longtemps exposée à l'air, elle prend une colora­
tion foncée, et ses propriétés s'altèrent.
TANO-GOMMES

�LES GOMMES
80
Cela fait, on précipita la solution par 28,3 parties en poids
d'une solution concentrée de gélatine. Le précipité recueilli,
lavé, soigneusement desséché, représentait 79 parties en
poids. En retranchant de ce poids celui de la gélatine
employée, il reste évidemment 50,7. Ce précipité tanogélatineux contenait principalement du tanin, mais il renfer­
mait aussi des matières extractives colorées qui lui donnaient
une teinte foncée, laquelle variait avec les conditions dans
lesquelles s’était effectuée la solution, etc.
Le reste de la solution, après séparation de cette tanogélatine, était évaporé; le résidu était constitué par de la
gomme, une petite quantité d’acide gallique, des matières
extractives, des traces de sels et de substances terreuses; le
tout équivalait à 15 parties en poids. »
La formule suivante résume la composition de la tanogomme de Butea, d'après les recherches de M. Solly :
Eau.............................................................. 13,23
Tanin........................................................... 50,70
Impuretés diverses..................................... 17
Matières difficilement solubles, précipitées
pendant l’évaporation et la concentration. 3,50
Gomme, acide gallique, matières extrac­
tives, sels et substances terreuses.......... 15

Le même auteur pense que, pour l’emploi de cette tanogomme dans les arts, il serait préférable d’en préparer des
extraits. En la dissolvant dans l’eau froide, on peut obtenir
des extraits contenant jusqu’à 75 ° / 0 de tanin, et même
plus. Mais il importe de faire remarquer que ces solutions
doivent être préparées avec rapidité et le moins d’exposition
possible à l’air.
La gomme de Butea est donc riche en tanin; de plus, elle
peut être recueillie en grande quantité. Elle pourrait être uti­
lisée dans l'industrie, principalement pour le tannage des
cuirs.
En ce qui concerne cette dernière application, voici les

TANO-GOM.MES

81

résultats obtenus par M. Teil dans les expériences qu il a
entreprises :
« Un morceau de peau de veau, ayant été préparé par le
procédé habituel pour recevoir la matière tannante, est
plongé dans une décoction de « dhàk-palâs » (tano-gomme
de Butea) rapidement soluble dans l’eau froide. La décoction
est changée par intervalles, quatre fois, comme on le fait
d’habitude, en augmentant chaque fois la concentration du
bain tannant. Chacune de ces solutions est de coloration d’au­
tant plus foncée qu elle reste plus longtemps exposée à l’air.
L’opération dura cinq jours, c’est-à-dire le temps nécessaire
pour tanner les peaux avec, par exemple, l’écorce d’Acacia.
Au bout de ce temps, on sectionna la peau de veau préala­
blement séchée, pour s’assurer si elle était vraiment tannée.
Sur la section, elle se montra fortement colorée dans toute son
épaisseur, avec toutes les apparences d’une peau parfaitement
tannée; néanmoins, lorsqu’elle fut lavée et séchée, ainsi que
cela se pratique en corroirie, elle demeura dure et rigide
comme une peau brute. C'était, en effet, une peau qui s’était fort
bien colorée dans toute son épaisseur, mais qui ne s’était pas
imprégnée de tanin. On poursuivit les opérations de tannage,
non plus pendant cinq, mais durant vingt et vingt-cinq jours.
La peau ne fut tannée que dans le tiers de son épaisseur. »
M. Teil conclut de ses recherches que, pour que la gomme
de Butea puisse être utilisée dans le tannage des peaux, une
condition est absolument nécessaire, c'est que le tanin soit
isolé de la matière colorante et de la gomme.
D’autre part, cette matière colorante elle-même a une
remarquable stabilité, et pourrait être employée dans l’art du
teinturier; mais il est indispensable de l’isoler également. Or,
les essais nombreux de M. Solly nous ont montré combien
il paraît diflicile de l’obtenir à l’état de pureté.
Nous avons cru devoir rapporter ces recherches dans tous leurs
détails parce qu elles indiquent bien, au point de vue de l’étude
pratique de la tano-gomme de Butea, les lacunes à combler,
et qu’elles peuvent contribuer à diriger de nouvelles investi­
gations, tout en les localisant.
0
Les Gommes el les Résines.

�$2

LES GOMMES

Deux autres espèces de Butea : B. superba et B. parviftora ont été signalées dans l’Inde comme laissant exsuder une
gomme semblable à celle du B. frondosa. Il est probable que
les trois sortes sont le plus souvent mélangées.
Le B. superba Roxb. a des feuilles trifoliolées, et des fleurs
d'un magnifique jaune orangé, portées sur des pédicelles trois
fois plus longs ([ue le calice, et plus grandes que celles du
B. frondosa.
Quant au B. parciflora Roxb., il diffère nettement des
deux espèces précédentes par ses petites fleurs blanchâtres.
P terocarpus marsupium Roxb. — C'est un très grand
arbre; les couches externes de l’écorce sont brunes; les
couches internes, fibreuses et tanifères. Les feuilles sont
alternes, imparipennées, avec 5-7 folioles alternes, elliptiques,
obtuses ou acuminées, à face supérieure vert foncé et bril­
lante. Inflorescences en panicules terminales ou latérales.
Les fleurs sont brièvement pédicellées, blanches ou légère­
ment teintées de jaune. Le calice et les pédicelles sont revê­
tus de poils épars, couchés. La corolle est papilionacée, à
pétales munis d onglets longs, ondulés ou recourbés sur les
bords. Les étamines sont monadelphes, formant deux groupes
de cinq étamines chacun. Ovaire velu. Gousse presque orbiculaire, dont les bords se prolongent en une sorte d’aile
membraneuse, dure et ligneuse au centre. Graine solitaire,
réniforme.
Cet arbre habite les montagnes et les forêts de Salem,
Yellore, Coimbatore, Travancore ; il croît dans le Canara, et
sur la côte du Malabar. Il fournit le Kino dit d'Amboine.
Kennedy rapporte, au dire du Dr Cooke, que ce produit est
recueilli pendant la floraison de l'arbre. On pratique, à cet effet,
des incisions longitudinales dans l'écorce, tout autour de l'arbre.
La gomme s'écoule alors dans de larges feuilles fixées à cette
écorce et destinées à empêcher la substance de tomber sur le
sol. De ces feuilles, elle coule dans des récipients disposés audessous pour la recevoir. Lorsque ces vases sont pleins, on les
expose au soleil jusqu’à complète dessiccation de la gomme

TANO-GOMMES

83

qui se fragmente. Dans cet état, on en remplit des boîtes
en bois pour l’exportation.
Roxburgh, de son côté, a publié sur cette gomme une
note (jue voici : « D’incisions faites dans l’écorce, dit-il, il
s'écoule un liquide rouge qui durcit à l’air et forme une
gomme-résine rouge foncé et très cassante; pulvérisée, elle
apparaît brune, brillante. Elle brûle difficilement dans la
flamme d’une bougie, et sans fondre ou se gonfler, sans
dégager aucune odeur particulière, elle se réduit en une
cendre blanche. Elle fond dans la bouche, comme toutes les
gommes vraies. Sa saveur est fortement mais simplement
astringente, autant, je crois, que celle de la gomme de Butea,
à laquelle elle ressemble beaucoup, bille colore la salive, mais
peu; la chaleur ne la ramollit pas. Elle est rapidement et
presque entièrement soluble dans l’eau aussi bien que dans
l’alcool. La solution est d’un beau rouge foncé; la solution
alcoolique est peut-être plus transparente, mais l’action des
sels ferriques y dénote moins d’astringence que dans la
solution aqueuse. C’est là une différence avec la gomme de
Butea qui, moins soluble dans l’alcool, paraît plus astrin­
gente, sous l'action des sels ferriques, en solution alcoolique
qu en solution aqueuse. »
En résumé, d’après Roxburgh, cette substance est ana­
logue à la gomme de Butea, et leur analyse conduit à peu près
aux mêmes résultats. Il importe toutefois de faire remarquer
que cette analyse doit être faite sur des échantillons fraî­
chement récoltés, ear, nous l’avons dit déjà pour la gomme de
Butea. ces produits s'altèrent à l’air et leurs propriétés se
modifient.
Cependant, Roxburgh, qui voit une gomme dans l'exsuda­
tion du Butea frondosa, regarde comme une « gomme-résine »
celle de Pterocarpus marsupium, ce qui ne l'empêche
pas de constater lui-même que l’action de la salive suffit à
la dissoudre complètement. C’est une manière de voir que
paraît contredire formellement, d’ailleurs l’analyse qu’a faite
jadis Vauquelin de ce Kino d'Amboine dont la composition,
d’après ce chimiste, serait la suivante :

�8i

LES GOMMES

Tanin et matières extractives............ 75
Gomme rouge....................................... 24
Matière insoluble.................................
100
Une espèce voisine donne un produit tout à fait analogue.
C'est le P terocarpus indices 'Willd., qui diffère du P. marsu-

Fig. 12. — Pterocarpus indicus Willd. (d’après GreshofT). Feuille.

piurn par un nombre de folioles plus grand, sept à neuf
(fig. 1 2 ), et par une gousse, suborbiculaire également, mais
plus renflée au centre (fig. 14).

85
Cet arbre est répandu dans le sud de la péninsule indienne
et les îles voisines, dans la presqu'île de Malacca, dans les
îles Andaman, à Sumatra, à Java et jusqu’aux Philippines.
C’est le &lt;( Padauk » dont le bois, fort recherché et exploité
dans les forêts de Burmah et des îles Anda­
man, est importé en
grande quantité en An­
gleterre et en Belgique.
La gomme tanifère
qu'il donne paraît iden­
tique à celle que four­
nit le P. marsupium,
bien qu'on l'ait rappro­
chée du sang-dragon.
En réalité, les deux es­
pèces produisent l’une
et l’autre le Kino des
Indes orientales ou Kino
d'Amboine des droguis­
tes.
Le P terocarpus erinaceus Poir. ou Bois de
rose d'Afrique, Santal
rouge d'Afrique, Véne,
habite la cote occi­
dentale d’Afrique.
C'est un arbre de qua­
rante à soixante-dix
pieds de haut, à bois F ig. 13. — Pterocarpus indicus Willd.
rouge très dur. Par in- (d’après GreshofT). Grappe de fleurs,
cisions pratiquées dans
l’écorce, il s’écoule un mucilage qui ne tarde pas à se coaguler
en une masse rouge et cassante. Cette substance se distingue
à peine du Kino de Pterocarpus marsupium ; elle est importée
au Portugal où on la connaît sous le nom de sang-dragon (sangue
de drago). C’est un médicament astringent, considéré comme
TA NO-GOMMES

�SG

87
On s’explique bien, d’après cela, (pie Baden Powell, dans
ses Produits du Punjab, ait décrit des échantillons de cette
gomme dont la coloration variait depuis la teinte blanche ou
rose pâle jusqu’au rouge le plus foncé.
J’ai pu, au Musée colonial de Marseille, me procurer de ce
produit et l’étudier.
Ce sont des larmes arrondies ou allongées d’un rouge
foncé, à surface terne et opaque, â cassure brillante; elles
ont un peu plus de deux centimètres de long sur environ un
centimètre ou un centimètre et demi de large; sur la section,
on voit qu elles présentent un noyau central d’un jaune clair
et une couche périphérique, corticale, foncée, due, comme
nous l'avons dit, ù l’action de l’air et de la lumière.
Cette gomme est insoluble dans l'alcool, l’éther, le chloro­
forme, la benzine et l'essence de térébenthine. Elle est égale­
ment insoluble dans l’eau froide, ainsi que dans l’eau bouil­
lante; elle s’y gonfle un peu, mais ne se dissout pas.
Si, après l’avoir réduite en fragments, on la met en con­
tact, pendant vingt-quatre heures, avec l'eau froide, elle se
transforme en une gelée compacte, et l'eau prend une colo­
ration jaunâtre. La solution contient un peu de tanin que le
perchlorure de fer précipite en noir, et peut-être aussi une
matière colorante particulière.
Après une longue ébullition dans l'eau, la gomme devient
transparente, tout en restant insoluble, et cède h l'eau G ° / 0
de son poids d’un tanin particulier.
D’après M. Lépine, 100 grammes de gomme incinérée
produisent 2 gr. 51 de cendres, contenant :
TANO-GOMMES

LES GOMMES

utile dans les diarrhées et en injections dans les leucorrhées ; on
l’emploie aussi comme topique, en application sur les plaies
indolentes et atones.
M oringa pterygosperma Gærtn. — Bâil­

lon place cet arbuste
parmi les Capparidacées. Ses feuilles sont
tripinnées. Les fleurs
sont blanches, réunies
en capitules axillaires.
Le fruit est une sorte
de gousse trigone qui
s’ouvre par trois val­
ves. Les graines sont
F ig. 14. — Pterocarpua indicus Willd. munies de trois ailes
(d’après GresholT).
Gousse suborbiculaire, munie d'une aile membraneuses.
membraneuse laree.
M. Düss dit, avec
raison, dans sa Flore
des Antilles, que cette espèce, originaire de l'Asie tropicale,
a été introduite aux Antilles par les travailleurs indiens. Son
nom vulgaire à la Basse-Terre est Maloko. Je pense aussi que
ce sont les immigrants indiens, venus du Malabar, qui l'ont
importée à la Réunion où ses jeunes feuilles sont très recher­
chées par ces Indiens, et même par les Créoles, pour être con­
sommées comme « brèdes mouroungue ». Le mot mouroungue,
qui désigne l’arbuste, est certainement d'origine tamoule; le
nom hindou est Sohajna.
Le M. pterggosperma est plus vulgairement appelé Ben aile.
Il est répandu en Cochinchine, au Sénégal et au Soudan.
« Lorsqu'on fait des incisions à l’écorce, dit M. Jules
Lépine, dans sa Nomenclature des produits de Pondichéry, il
en sort en abondance un suc visqueux, gélatineux, non
coloré, mais qui ne tarde pas à se colorer et ù se solidifier;
après quelques jours d'exposition à l’air, il brunit et linit par
devenir noir. »

Chlorure de sodium.................
Sulfate de potasse.....................
Phosphate de chaux.................
Chaux.........................................

0,36
1,64
0.40
0,14

Ce produit, dont on pourrait se procurer de grandes
quantités, n’a jamais eu de valeur commerciale. En raison

�88

LES GOMMES

de sa faible teneur en tanin, c'est un médicament peu astrin­
gent*.
Ailaxtus excelsa Roxb. — Cette Simarubacée asiatique
est un faraud arbre à feuilles imparipennées, tomenteuses
quand elles sont jeunes, glabres ensuite, avec 10-14 paires
de folioles dentées à la base. Fleurs vertes en panicules ter­
minales. Samares linéaires-oblongues.
En tamoul : Peroumaram.
La gomme qui exsude de l'arbre est appelée Afuttee-pal;
elle rappelle beaucoup la tano-gomme de Moringa pterygosperma, et peut être décrite dans les mêmes termes que celleci. Elle est en morceaux irréguliers, rouge brun, à surface
terne et opaque, à cassure brillante.
Les propriétés des deux gommes sont identiques, fet nous ne
pourrions que répéter ici ce que nous avons dit à propos du
Moringa. La tano-gomme de l’Ailante paraît seulement un
peu plus astringente, plus riche en tanin ; le précipité obtenu
avec le perchlorure de fer est plus abondant.
C est encore un produit qui ne semble pas avoir grande
valeur.
Parmi les Malvacées, les espèces suivantes doivent être
citées ici :
Bombax malabaricum D. C. (Salmalia malabarica W. et
Arn.). — Grand arbre dont le tronc est armé de gros aiguil­
lons; le bois est mou et spongieux. Les feuilles se composent
de 7 folioles entières, ovales lancéolées, rétrécies en une
1. Cependant, d'après M. Lépine, on pourrait en préparer une sorte
de gelée en employant la formule suivante : 20 grammes de gomme
parfaitement pure sont mis à macérer avec 100 grammes d’eau pendant
douze heures, puis battus dans un mortier jusqu’à ce que tous les frag­
ments soient bien divisés : on ajoute alors laO grammes de sucre et
l’on fait cuire sur un feu modéré en remuant constamment jusqu’à con­
sistance de gelée. On obtiendrait ainsi un médicament astringent, effi­
cace dans certaines diarrhées infantiles.

89
longue pointe à leur sommet. Les fleurs sont grandes, rouges.
Le fruit, long de 18 centimètres, est une capsule oblongue,
terminée en pointe obtuse; il renferme un grand nombre de
graines noirâtres entourées d une couche épaisse de poils
blancs et soyeux.
Ce Fromager, appelé en tamoul Ilavampisini, en hindou
Semai, est commun dans les forêts du sud de llnde.
Il est cité par M. Jules Lépine comme fournissant une
gomme légère, sous forme de morceaux irréguliers, tordus,
mamelonnés, creux, de couleur marron lorsque la gomme
est récente, devenant noire par une exposition prolongée au
soleil.
D'autre part, M. Maiden assure que, en Australie, cette
gomme exsude seulement des parties de l’écorce attaquées
par les insectes, et qu’il ne se produit rien là où l'écorce est
restée saine.
Elle se compose d'une faible quantité de gomme soluble,
de gomme insoluble, de tanin pur et d’un dérivé tanique
insoluble dans l’eau et l’alcool, et soluble dans l’ammo­
niaque en laissant un résidu insoluble.
C’est un médicament astringent employé par les Hindous
et les Mahométans dans les cas de diarrhée, de dysenterie
ou de ménorrhagie, aux doses de 30 à 40 grains (1 gr. 95 à
2 gr. 60) pour un adulte (Dymock,A/â&lt;ma medica of Western
India, cité par Maiden).
TANO-GOMMES

E riodendron anfractuosum D. C. — Grand arbre dont le
tronc est armé de gros piquants. Feuilles palmées à 5 ou 7
folioles lancéolées, entières, brièvement pétiolées. Les fleurs,
axillaires, nombreuses à l'extrémité des rameaux, ont la
corolle couverte d'un duvet luisant, argenté en dehors. Le
fruit est une grosse capsule loculicide contenant de nom­
breuses graines noires entourées de poils blancs et soyeux.
Cette espèce est très xroisine de la précédente. Son nom
tamoul est Ilavam-maram; en hindou : Hattian.
C’est un arbre très cultivé dans nos colonies ; aux Antilles,
il est appelé Fromager, et, à la Réunion, Ouatier, à cause de
la laine soyeuse qui enveloppe les graines et remplit le fruit.

�LES GOMMES
90
On le rencontre aussi au Sénégal et au Soudan. En Ouolof :
Jicnfen; en mandingue : Bintaforo.
La gomme fournie» noire et opaque, d’après O’Shaughnéssy, est nommée au Bengale Iiattian-ke-gond, et sert à com­
battre, en solution avec des épices (!), les affections intesti­
nales.
Cet Eriodendron, dit M. Jules Lépine, produit une gomme
transparente, cassante, jaune pâle ; mais elle est couverte
d’une croûte opaque, rouge brun. Privée de cette couche
superficielle, la gomme se dissout entièrement dans l’eau; la
couche brune externe renferme du tanin. Quand la gomme
séjourne trop longtemps sur l’arbre, elle se transforme en un
produit noirâtre qui se gonfle beaucoup dans l'eau et prend
une consistance gélatineuse. Cette gelée, d’un goût désa­
gréable, est astringente; les réactions y révèlent la présence
du tanin.
On vend dans les bazars indiens, sous le vocable de Muchcrus ou Mocharas, une gomme astringente employée dans la
médecine indigène. Ce produit ne provient pas d'une espèce
végétale unique : c'est un mélange de tano-gommes de
Moringa plerygosperma, de Bombax malabaricum, d'Eriodendron anfractuosum, et aussi probablement A'Ailantus
excelsa.

Le Thespesia populnea Corr. laisserait exsuder une gomme
brune, insoluble dans l'eau, qui paraît être une tanogomme. Mais nous n’avons sur ce produit que des indications
tout à fait insuffisantes.
Le T. populnea est un petit arbre à feuillage vert et épais
qui habite les endroits sablonneux sur le littoral de beaucoup
de nos colonies. Aux Antilles, on le nomme vulgairement :
Catalpa ; à la Réunion : Porcher; en Nouvelle-Calédonie :
Faux bois de rose.
VAdansonia digitata L., ou Baobab, donne, dit M. Jules
Lépine, par incision de l'écorce, une gomme transparente,
mais peu abondante, en larmes allongées, et qui se dessèche
très vite.

91
D’autre part, le Dr Rançon, dans la relation de sa Mission
en Haute-Gambie, rapporte que si, pendant la floraison du
Baobab on pratique une incision intéressant toute l’épaisseur
de l’écorce, on voit s’écouler par la blessure un liquide mucilagineux d’un gris sale qui, à l’air libre, ne tarde pas à prendre
la consistance de la gélatine.
Chez le Baobab, en effet, du mucilage s’accumule dans des
lacunes de la couche corticale; il résulte de la gélification des
membranes de certains groupes de cellules à tanin de l’écorce.
C'est ce fait qui nous laisse supposer que ce mucilage est
lanifère ; mais nous ne pouvons rien affirmer.
Ce produit ne paraît, d’ailleurs, être d’aucun usage dans
les pays tropicaux.
TANO-GOMMES

Gomme des Eucalyptus. — Les Eucalyptus (Gum-trees des
Anglais) sont de grands arbres dont la véritable patrie est
l’Australie; des 150 espèces environ qui composent ce genre,
quelques-unes seulement sont de la Nouvelle-Guinée, de la
Nouvelle-Zélande ou de la Nouvelle-Calédonie.
Nous allons nous occuper, au point de vue de la produc­
tion de tano-gomme, des trois espèces suivantes : Euca­
lyptus corymbosa Smith; E. leucoxylon F. v. Mueller; E.
viminalis Labillardière.
Ces trois Eucalyptus ont des feuilles éparses, lancéolées
ou falciformes.
L E. corymbosa Smith (Melrosideros yummifera Soland.),
vulgairement appelé Bloodivood-tree ou Bois sanguin, se
distingue par ses fleurs en ombelles paniculées, terminales, au
nombre de 3-9 par chaque ombelle. Le couvercle qui sur­
monte le bouton floral est déprimé, hémisphérique, k pointe
courte, divisé par une ligne transversale assez irrégulière. Les
étamines sont toutes fertiles avec des anthères s'ouvrant par
des fentes longitudinales. Le fruit est ovoïde, bi ou triloculaire.
Cet arbre habite les coteaux secs et s'élève jusqu’k une
altitude considérable,

�LES GOMMES
92
Il s’écoule du tronc une gomme semblable à du sang, et
en telle abondance que parfois le sol en est tout rouge au
pied. Cet exsudât se dessèche immédiatement et devient
excessivement cassant.
Cette tano-gomme s'accumule dans de véritables réservoirs
situés dans l’écorce ou entre les cercles concentriques du bois.
Souvent, lorsqu’on coupe les arbres, on peut obtenir de grosses
masses de gomme durcie qui remplissent ces cavités, ainsi
que de nombreux liions qui parcourent le bois en divers sens.
Aussi le bois du Bloodivood-free, qui est dur et résistant,
n’a-t-il qu’une valeur amoindrie, à cause de cette sorte de
carie gommeuse, de cette roulure. Il conviendrait évidemment
de procéder à un véritable gemmage préventif destiné à évacuer
au dehors la tano-gomme au fureta mesure de sa production.
On éviterait ainsi la formation de ces vastes lacunes au milieu
des tissus.
L ’E ucalyptus leucoxylon F. v. Mueller [E. sideroxylon A.
Cunn.) a des fleurs réunies généralement par trois ou parfois
par quatre ou cinq sur des pédoncules axillaires ou latéraux.
Le couvercle du bouton floral s'atténue graduellement en une
pointe courte. Les étamines extérieures sont dépourvues
d’anthères. Les anthères, élargies supérieurement, sont déhis­
centes par deux fentes longitudinales qui ne dépassent pas
cette portion supérieure renflée. Le fruit est semi-ovoïde, avec
quatre ou sept loges.
L’E ucalyptus viminalis Labillardière porte des ombelles
triflores, axillaires ou latérales, solitaires. Le couvercle du
bouton floral est surmonté d’une pointe courte. Les étamines
sont toutes fertiles. Le fruit est semi-ovoide et à trois ou
quatre loges en général, rarement cinq. Mais ce qui distingue
cette espèce, c’est que les valves de la face supérieure du
fruit, que quelques botanistes considèrent comme les pièces
du calice, sont, à la maturité complète, redressées, exsertes.
L’arbre a très souvent son écorce criblée de cavités rem­
plies de gomme lanifère.
Ces deux dernières espèces habitent le Queensland et la
Nouvelle-Galles du Sud.

93
Sans fournir de la tano-gomme en abondance comme VE.
corymbosa, elles en sont néanmoins relativement riches.
Nous relatons ici les résultats de quelques essais que nous
avons pu faire sur leur produit.
La gomme à'Eucalyptus leucoxylon est en morceaux irré­
guliers, stalactiformes ou allongées, vermiculées, d’un rouge
brun, à surface luisante et brillante.
Elle se pulvérise facilement et se réduit en une poudre
rouge.
A peine soluble dans l’alcool, elle est absolument insoluble
dans l’éther, l’essence de térébenthine, le toluène.
Elle est rapidement et complètement soluble dans l’eau
froide. La solution aqueuse est rouge, un peu trouble, de
réaction acide ; mais elle filtre facilement, et donne, après
filtration, une liqueur d’un beau rouge rubis qui, par addilion
d'une petite quantité d’une solution aqueuse de perchlorure
de fer, devient d'un noir d’encre.
L'acétate de plomb détermine dans la solution aqueuse un
abondant précipité gommeux blanchâtre.
La composition de ce kino, d’après MM. Heckel et Schlagdenhauffen, serait la suivante :
Eau hygroscopique................. 18,94
Sels fixes................................. 1,32
Tanin et catéchine................. 74,95
Gomme arabique................... 2,74
Débris cellulaires................... 1,51
P erte....................................... 0,54
TANO-GOMMES

100,00

La gomme de VEucalyptus viminalis est en petits frag­
ments irréguliers, anguleux, d’un noir brillant.
Elle se pulvérise facilement et se réduit en une poudre
line rouge vermillon.
Elle offre les mêmes propriétés que la précédente. Sa solu­
tion aqueuse filtrée est rouge, mais un peu plus clair; le per­
chlorure de fer la colore en noir, et l’acétate de plomb y donne
un abondant précipité de gomme.

�94

95
Cette substance a surtout reçu des applications en théra­
peutique. Sa parfaite solubilité dans l’eau froide et la pureté
de ses solutions lui permettent, en effet, de prendre rang
parmi les bons kinos, lorsque la proportion de tanin est suflisante.
M. Maiden rapporte que le Dr Bancroft (de Brisbane)
administre le kino d'Eucalyptus corymbosa aux doses de 2 à 10
grains (0 gr. 13 à 0 gr. 65).
D'autre part, Martindale et Wescott (Ext ra-Pharniacopceia)
donnent une série de préparations pharmaceutiques à base de
kino d Eucalyptus susceptibles d'être employées contre les
diarrhées ou comme gargarismes, ou enfin comme astrin­
gents pour combattre les dévoiements que provoque l'admi­
nistration du mercure dans la syphilis.
Voici, à titre d'indications, deux formules faciles à exé­
cuter :
Kino d'Eucalyptus................... 1
Eau distillée............................. 40
TANO-GOMMES

LES GOMMES

La composition de ce kino, d'après MM. Ileckel et SchlagdenhauiTen, est la suivante :
Eau hygroscopique.. •.......... 7,083
Tanin et catéchine................ 92,667
Gendres.................................. 0,230
100,000

C est au printemps et à l’automne que, en Australie, les
Eucalyptus exsudent leur tano-gomme; celle-ci s’écoule à
l'état visqueux, mais durcit à l'air presque immédiatement.
On ne doit la récolter que lorsqu'elle est complètement dessé­
chée. Cependant il y a des inconvénients à la laisser trop
longtemps sur l'arbre : la pluie la dissout et l'action du
soleil contribue à altérer ses propriétés chimiques.
M. Maiden dit, notamment à propos de YEucalyptus leucoxylon, que le produit, lorsqu’il est vieux, devient corné et
plus ou moins insoluble.
Je n'ai pas constaté ces altérations pour les gommes que
j’ai étudiées, et qui étaient conservées depuis longtemps en
collections au Musée colonial de Marseille.
Nous venons de voir que, d’après les analyses de
MM. ileckel et Sehlagdenhaulfen, le kino d'Eucalyptus leucoxylon contient 74,95 0/„ de tanin et catéchine, et que celui
de YE. viminalis renferme 92,667 ° /0 des mêmes substances
sans trace de gomme. Ces analyses ont été faites sur des
échantillons de tano-gomme exsudée par les Eucalyptus
cultivés sur le littoral méditerranéen, au Jardin de la Villa
Thuret, à Antibes.
La composition de ces kinos paraît dillerente si l'on opère
sur des produits provenant d'Australie. Nous avons trouvé
de la gomme dans le kino d’Eucalyptus viminalis d'origine
australienne. D'autre part, la teneur en principes astringents
est moindre dans les kinos d’Australie ; car M. Maiden dit
que ses recherches, faites au Jardin botanique de Sydney, lui
ont toujours montré que la teneur en acide kinotanique de
la gomme provenant d'espèces diverses d’Eucalyptus varie
entre 23 et 51 °/0.

Faire bouillir jusqu’à dissolution. Cette décoction peut
être employée comme gargarisme ou donnée dans la diar­
rhée à la dose de 2 à 4 drachmes (6 à 12 grammes environ).
On peut aussi se servir de l’extrait liquide suivant :
Kino d’Eucalyptus..................... 1
Eau distillée................................. 6
Dissolvez. Doses : 30 à 60 gouttes dans un peu d’eau.
Nous avons eu entre les mains une tano-gomme prove­
nant, paraît-il, de YEucalyptus rey nazis. Cette espèce est bien
indiquée dans YIndex Kcwensis comme ayant été décrite en
1870 par M. F. von Mueller. Mais celui-ci ne la signale pas
dans son Histoire des Eucalyptus d'Australie; et, d’autre
part, Bentham, dans sa Flore d'Australie, n’en fait aucune
mention.
Cette gomme ne différait en rien, d’ailleurs, de celle de
VE. leucoxylon.

�LES GOMMES
96
L'Eucalyptus globulus Labillardière, si utile à propager
dans tous les pays à paludisme, ne donne que fort peu de
tano-gomme. D’après M. Wiesner, de Vienne, celle-ci serait
rapidement soluble dans l’eau. Elle paraît donc analogue
aux précédentes.
Quant au produit d'exsudation de VE. pilularis, nous
avons pu nous assurer que ce n’est nullement une tanogomme, mais une gomme-résine tanifère. 11 sera, par consé­
quent, étudié plus loin.

Parmi les Myristicacées : aux Indes orientales, le Myrislica
zeylanica (Muscadier sauvage ou Mallabodde) et le M. laurifolia donnent, dit M. Thwaites, une gomme rouge, comme
le sang-dragon; en Afrique occidentale, le M. anyolensis
Welw., nommé Combo au Gabon, Mutago en Angola, pro­
duit un excellent kino.
Entin, Ylrianthera Sagotiana W arb., de la Guyane, laisse
exsuder une gomme rouge brun, poreuse.
Cette substance est insoluble dans l’alcool et dans l’éther.
L’alcool se colore en rouge. Par addition d’une petite quan­
tité de perchlorure de fer, la liqueur devient noire.
La tano-gomme d7. Sagotiana est presque complètement
soluble dans l’eau bouillante. La solution tiltrée et traitée par
le chlorure ferrique donne un abondant précipité vert bru­
nâtre.
La gomme précipite en masse par l’acétate de plomb : le
précipité est blanc rosé. La solution tanique qui reste, après
séparation de la substance gommeuse, se colore en noir
intense par le perchlorure de fer.
Une Légumineuse de la Guyane, le Vatairea guianensis
Aublet, Yarhre à dartres, laisse exsuder une gomme tani­
fère, qui a été prise pour une résine dite de Coumaté. Ce
produit offre de grandes analogies avec le précédent.
Il serait inutile d’allonger démesurément la liste de ces
gommes à tanin, qui sont fort nombreuses, mais sans aucune
importance pratique.

DEUXIÈME PARTIE

GÉNÉRALITÉS

Définition et classification. — Il est assez dillicilede donner
une définition qui puisse s’appliquer à l’ensemble des corps
désignés sous le nom de résines.
Plus rationnelle est la méthode qui consiste â en faire des
groupes distincts que l’on peut alors caractériser plus exacte­
ment. Or, ces groupes s’établissent d’eux-mêmes, en quelque
sorte, si l’on recherche le mode de formation des substances
résineuses dans les végétaux.
Les résines proviennent de l’oxydation ou de l’hydratation
des essences ou huiles essentielles. Ces essences sont des car­
bures d’hydrogène qui apparaissent dans le protoplasma des
cellules comme de petites gouttelettes très réfringentes, hui­
leuses, volatiles et odorantes. Elles peuvent rester dans les
cellules qui les ont formées, celles-ci étant isolées ou réunies
en massifs distincts.
D’autres fois, ces cellules spéciales se disposent autour d’une
lacune intérieure très allongée : l’huile essentielle, après géli­
fication des membranes internes, se déverse et s’accumule
dans ce réservoir central, qu’on nomme un canal sécréteur.
Par oxydation, les essences se transforment en composés
plus stables qu’on appelle des résines. Si l’oxydation est par­
ie s Gommes et les Résines.

�I I S ItÉSINES
98
tielle, le composé reste liquide el prend le nom d'oléorésine :
on admet que, dans ce cas, la résine est dissoute dans
l'huile essentielle qui a résisté à l'oxydation.
Si l'oxydation est complète, si elle porte sur la totalité de
l'essence, la masse devient solide, et l'on a une résine pure.
La famille des Diptérocarpées nous offre de bons exemples
de ces deux sortes de corps résineux. Le genre Dipterocarpus fournit une résine fluide, connue sous le nom d'huile
de bois, qui est une oléorésine; tandis que les genres Vateria,
Shorea, Ilopea, Yatiea sont riches en résine pure.
Cependant, cette distinction entre oléorésines et résines
vraies est loin d’être absolue; et l’on sait que certains corps
résineux d'une dureté extrême, que l’on croirait formés de
résine tout à fait pure, peuvent, par distillation, fournir une
quantité plus ou moins grande d’huile essentielle. Telle est,
par exemple, la résine des Dammara qui donne, à la distil­
lation, de 3 à 13 ° /0 d’essence.
Sous le nom de baumes on désigne des résines liquides ou
concrètes qui contiennent à l’état libre de l’acide cinnamique
ou de l'acide benzoïque, ou ces deux acides à la fois. Quand
on a enlevé ces acides aux baumes, il reste des résines.
Tels sont les trois types auxquels peuvent se ramener
toutes les résines : résine pure, oléorésine et baume.
Cependant, un grand nombre de ces substances ne sont pas
encore assez connues au point de vue chimique pour qu’on puisse
les classer définitivement. Certains baumes, par exemple,
— ou du moins certaines substances désignées comme tels, —
ne sont probablement que des oléorésines, et inversement.
De plus, entre les résipes et les oléorésines, il y une foule
d’intermédiaires dont les caractères restent indécis.
Donc, dans l'état actuel de nos connaissances, une classi­
fication rigoureuse, basée sur la constitution chimique, nous
paraît impossible.
Pour ne pas aller au-devant d'erreurs inévitables, nous
avons cru devoir nous contenter d'étudier successivement les
substances résineuses dans l'ordre de leur importance rela­
tive, sans vouloir les classer d'après des données chimiques
encore insuffisantes ou incertaines.

99
C'est ainsi que l'on trouvera tout au début de notre travail
les Copals et les Damars, substances précieuses qui, recher­
chées par l’industrie, forment la base des meilleurs vernis.
Néanmoins, les définitions données plus haut étaient
nécessaires pour fixer les termes dans l’exposé qui va suivre.
UÊNÊIt ALITÉS

Propriétés générales. — Les résines sont des substances
insolubles dans l'eau et solubles, en totalité ou en partie, dans
un grand nombre de dissolvants, parmi lesquels nous cite­
rons : l’alcool, l’éther, le chloroforme, le toluène, l’éther de
pétrole, l'acétone, l’essence de térébenthine, etc.
Les résines pures sont des corps solides, le plus souvent
colorés, amorphes ou cristallisés, qui fondent à une tempé­
rature généralement peu élevée.
Les résines naturelles sont souvent des mélanges de plu­
sieurs résines, de composititon et de propriétés différentes, qu’il
est possible d’isoler à l’aide de dissolvants particuliers.
Dans la nature, les résines pures sont rares; car celles qui
sont considérées comme telles fournissent à la distillation
de l’huile essentielle, — en faible quantité, il est vrai.
Beaucoup de résines, au contraire, exsudent des végétaux,
mélangées à de fortes proportions d’essences : ce sont les
oléorésines. On peut séparer les essences en distillant ces
produits avec de l’eau. La résine pure, solide, reste comme
résidu dans l’alambic.
Il faut noter qu’une résine est moins soluble dans un dis­
solvant déterminé lorsqu’elle est ainsi privée de son huile
essentielle.
Les résines sont en général neutres. Quelques-unes cepen­
dant se comportent comme des acides faibles et forment, par
leur combinaison avec les alcalis, des composés qu’on a appelés
des savons de résines, susceptibles d’être utilisés pour la con­
servation des bois. D'autres doivent leur acidité à l’acide ben­
zoïque et à l’acide cinnamique qu’elles contiennent : ce sont
les baumes.
L’action de la chaleur décompose souvent les résines ou
modifie leurs propriétés moléculaires. Nous signalerons ces
effets pour les Copals.

�LES RÉSINES
100
L'oxygène de l'air n’a aucune action sur quelques-unes
d’entre elles; d’autres, au contraire, sous celte influence, se
trouvent profondément modifiées. Cette oxydation est parti­
culièrement remarquable pour les Copals.
Les résines sont mal connues au point de vue chimique.
C’est qu’en ell’et une résine n’est jamais une matière de com­
position tixe, déterminée. Nous venons de parler de l’action
inévitable de l’air qui peut la modifier complètement. 11 y a
encore bien d’autres causes de variations : 1 âge de la résine,
les conditions de sol et de climat pour les végétaux produc­
teurs, l’époque de l’année à laquelle le produit est récolté.
Ce sont là autant d’influences qui sont loin d’être négli­
geables, même dans la pratique. Ainsi, dans un lot de résine
authentique, dont l’origine botanique est indiscutable, on trouve
des morceaux de consistance et de coloration très différentes,
qui ont des valeurs marchandes et industrielles très variables.
Il en résulte que les produits destinés au commerce doivent
être soumis a un triage soigné.
Nous parlerons plus loin — au sujet des Copals notam­
ment — de cette opération qui présente, comme on le voit,
un certain intérêt.

Extraction îles l'ésines. — La plupart des résines exsudent
naturellement des arbres ou découlent d incisions pratiquées
d une façon plus ou moins rationnelle. Il est évident que
les incisions méthodiques augmentent considérablement la pro­
duction. Les règles à suivre sont à peu près les mêmes que
celles déjà indiquées pour les gommes. Les détails doivent
nécessairement varier avec les végétaux en cause et le milieu
dans lequel on se trouve placé. Nous expliquerons, à propos
de chaque résine, les procédés d’extraction employés. Ces pro­
cédés sont parfois très, grossiers et devront être modifiés ou
rectifiés; d’autres fois, ils sont, au contraire, très minutieux,
comme ceux en usage dans l’exploitation des arbres à vernis
au Japon.
Tout ce que nous venons de dire s’applique aux résines
récoltées sur les arbres vivants. Mais on trouve dans le sol

GÉNÉRALITÉS

101

des résines fossiles, exsudées, à des époques plus ou moins
reculées, d’arbres disparus. Tels sont les Copals et les Damars
fossiles, qui forment d’importants dépôts dans diverses
régions, sur la côte orientale d’Afrique, en Nouvelle-Zélande,
au Congo, dans l’Angola, en Nouvelle-Calédonie.
Enfin, quelques résines sont obtenues en traitant les par­
ties végétales qni les renferment par des dissolvants appro­
priés, et en distillant ceux-ci pour extraire les substances
résineuses.
Nous avons compris dans notre étude l’histoire de la
gomme laque, bien que ce ne soit pas un produit végétal, et
qu’il semble prouvé qu’il s'agit d’une résine sécrétée par un
insecte, la Cochenille à laque. Cependant, il y a des relations
tellement étroites entre cet insecte et certains végétaux que
nous n'avons pu nous dispenser de nous occuper de ces
arbres sur lesquels paraît se plaire la Cochenille, et qui ont
pu, à cause de cela, être appelés laquiers. La gomme laque
est d’ailleurs un produit naturel d'un très grand intérêt.
LES COPALS

Il est d’usage dans le commerce de désigner sous le nom
générique de Copals des résines fournies par des espèces, des
genres de végétaux appartenant à des familles très diverses.
Sans négliger ces dénominations commerciales, nous ne les
prendrons pas comme base de notre classification des Copals.
C’est ainsi que, notamment, nous étudierons dans un
groupe spécial les Damars ou Copals tendres du commerce.
Nous croyons plus simple et plus conforme à la vérité
scientifique de classer les A'éritables Copals d’après les pays
qui les produisent et les exportent. Les origines botaniques
exactes pourront être ainsi plus nettement mises en lumière.
D’après ces considérations, nous allons répartir les Copals
en deux grands groupes :

�102

LES RÉSINES

I. — C opals d'A frique, com prenant les deux sections sui­
vantes :

A. — Copals de Madagascar, de Zanzibar et de la cote orien­
tale d'Afrique.
B. — Copals de l'Afrique occidentale.
II. — Copal d'A mérique.
1. — COPALS D'AFRIQUE

A. — COPALS DE MADAGASCAR, DE ZANZIBAR ET DE LA CÔTE
ORIENTALË D’AFRIQUE .
De ces pays proviennent les Copals durs, les plus estimés
sur les marchés européens.
On a supposé tout d’abord que le Copal dur du commerce
français venait du Mexique : le mot Copal, qui désigne cette
résine, est du reste mexicain. L’erreur ayant été reconnue, on
crut devoir placer dans l'Inde la source duproduit, que l 'on con­
tinua néanmoins à appeler Copal. Mais plus tard on sut que la
substance nommée parles Anglais gum anirni, connue encore
sous le nom de résine animé1 de 1 Inde, d’animé oriental, de
Copal de Bombay ou de Calcutta, n’était qu'importée dans
dans la péninsule indienne, et que, en réalité, elle provenait
de la côte orientale d Afrique et des grandes îles voisines,
Madagascar et Zanzibar. Les Arabes venaient, sur leurs
boutres, trafiquer sur toutes ces côtes; puis, des ports du
sud de l'Arabie, les produits étaient expédiés dans 1 Inde.
En ce qui concerne Madagascar, les Arabes en connais­
saient certainement la route depuis une époque fort reculée.
Ils s’y étaient même installés. On a trouvé sur les côtes de
1. Le mot animé vient de aniimum, terme par lequel J. Rodrigues de
Castello Branco, célèbre sous le nom de Amalus Lusitanus, désignait
une résine provenant de la côte orientale d’Afrique.

103
la grande île des restes incontestables d'établissements
arabes. A l’embouchure du Mahanara, sur la côte nord-est,
il subsiste des ruines marquant l’emplacement d’une ville
ancienne, et les monnaies arabes du xn° siècle cpi’on y a
découvertes laissent supposer que c’est en cet endroit qu’au­
rait atterri l’immigration musulmane du xiu® siècle, l’une de
celles dont parle de Flacourt.
Les Malgaches appelaient Antalaotras ces étrangers mahométans.
M. Jully a pu visiter récemment sur la côte ouest, dans
1 îlot d’Antsaribory, les ruines d’une nécropole arabe parais­
sant. dater du xvi° siècle, probablement celle d une cité appe­
lée Boina qui, au dire des Sakalaves, fondée par les
Antalaotras, fut la capitale d’un petit état arabe comprenant
le Bouéni actuel. Les Antalaotras en furent chassés par les
invasions des Sakalaves de l’Ambongo. B ailleurs, en 1789,
Lasalle a pu voir qu’à Majunga, fondée en 1758, les Arabes
possédaient « un établissement considérable pour protéger
leur commerce avec les naturels ».
Cependant, s’il est incontestable que les Arabes furent les
premiers et jadis les seuls à trafiquer avec Madagascar et la
côte orientale d’Afrique, on ne peut méconnaître qu’à une
époque plus moderne des commerçants indiens, qui actuelle­
ment encore sont très nombreux dans ces parages, leur firent
une concurrence active.
Aussi, le Copal de l'Est africain est-il aujourd'hui importé
dans l’Inde par voie directe.
A Madagascar, la résine Copal est fournie par une Légumineuse, I ’H y m en æ a v e r r u c o s a Gærtn. (Trachylobium verrucosum Hayne). Nous pensons, en effet, avec la plupart des
botanistes, que le genre Trachylobium, créé par Hayne, ne
doit être considéré que comme une section du genre améri­
cain et linnéen Hymenæa.
Le Copalier de Madagascar est un très grand arbre dont
le tronc droit, cylindrique, peut mesurer, à un mètre du sol,
jusqu’à 2rn 50 de circonférence. Il atteint 33 à 40 mètres
de haut. Les feuilles, accompagnées de stipules caduques,
LES COPALS

�104
LES RÉSINES
sont bifoliolées, à folioles coriaces, insymétriques. Les fleurs,
blanches, forment des panicules à l'extrémité des rameaux. ;
les bractées et bractéoles de l'inflorescence tombent avant
l’anthèse. Le tube du calice, turbiné, est à quatre segments

105
surmonté d'un style filiforme renflé en stigmate au sommet.
La gousse (fig. l(i) oblongue, trisperme, a son péricarpe épais,
coriace, rugueux et verruqueux la surface, indéhiscent ; ce
péricarpe renferme dans son épaisseur des poches résinifères
dont le contenu jaunâtre exsude au dehors à la maturité. La
graine contient un embryon à cotylédons charnus.
Les Malgaches nomment cet arbre à Copal Tsimatsy-Manyolo dans la province de Diégo-Suarez, Maiulrirofo dans la
province de Maroantsetra, et Mandrorofy dans la région de
Masoala.
Le produit que l’in­
digène recherche et
exploite, c’est le Copal
dur, semi-fossile, an­
ciennement exsudé de
l’arbre, et qui forme
des dépôts plus ou
moins abondants dans
1
le sol, à son pied. Pour
le découvrir, il creu­ F . 10.— Fruit d'IIymenæa verrucosa Gærtn.
Sadebeck).
se au pied des arbres, 1. Fruit entier(d’après
avec
verrucosités carac­
parfois malheureuse­ téristiques; 2. Le ses
même ouvert longitudi­
ment jusqu’à les déra­ nalement et montrant les trois graines
contenues.
ciner.
Cependant, les Mal­
gaches récoltent aussi la résine qui suinte de toutes les parties
de l'arbre vivant. Mais ils respectent celui-ci, et, contrairement à
la pratique adoptée à l’égard de certains végétaux, les caoutchoutiers, par exemple, qu’ils abattent pour en recueillir
le latex, ils se contentent de faire dans l’écorce du Copalier
des incisions par où s’écoule la résine.
Le Copalier existe sans doute dans toutes les parties de
Madagascar ; mais c’est surtout dans le nord et sur le ver­
sant oriental de la grande ile qu’il abonde, d'après les ren­
seignements qui nous sont parvenus depuis notre prise de
LES COPALS

ig

F ig . ta. — llymenæa verrucosa Ga?rln. (d’après Sadebeck).
Rameau et inllorescencc portant des boutons floraux et des fleurs
épanouies.

imbriqués. Les pétales, au nombre de cinq, sont presque
égaux, imbriqués, pourvus chacun d’un onglet. Il y a dix
étamines libres, dont les filets sont légèrement pubcscents à
la base, et les anthères allongées, déhiscentes longitu­
dinalement. L ovaire, brièvement stipité, est pauciovulé,

�LES RÉSINES
I0f)
possession, et qui sont presque tous consignés dans les Notes,
reconnaissances et explorations à Madagascar, revue men­
suelle publiée à Tananarive.
M. Chapotte, dans sa Note sur les forêts de Masoala, dit
que cet arbre affectionne plus particulièrement les terrains
sablonneux du littoral où il est très répandu.
« On le rencontre aussi, quoique plus rarement, dans
l'argile rouge, mais toujours à très basse altitude.
Assez abondant dans la basse vallée du Mahavelona, il
manque complètement sur le versant de la baie d’Antongil,
reste assez rare de Masoala à N Gontsy, et devient beaucoup
plus abondant entre Andraraony et Antalaha. Il existe enfin,
quoique plus rare, dans la vallée de l’Antsahanandriana. »
Dans sa Notice sur la région septentrionale qui s’étend de
Tananarive à Diégo-Suarez, M. le lieutenant Boucabeille dit
que le Copalier croit le plus souvent en bosquets à part, véri­
tables îlots dans la forêt, et qu il préfère, en général, les basfonds humides aux pentes très ravinées et brûlées par le soleil.
En somme, on voit que cet arbre se plaît tout particuliè­
rement dans les vallées et recherche les terrains humides.
L'exploitation du Copalier, ajoute M. Boucabeille, n’est
qu’un accessoire de celle du caoutchouc. Seule, elle ne fourni­
rait pas à celui qui l’entreprendrait des bénéfices suffisam­
ment rémunérateurs ; la livre de résine ne se vend guère
plus de cinquante centimes. Ce sont donc des chercheurs de
caoutchouc qui, à 1 occasion, complètent avec quelques
livres de Copal les charges qu’ils descendent à la côte.
Tout ce commerce est d'ailleurs actuellement aux mains
des trafiquants indiens et arabes établis àVohémar et à DiégoSuarez.
Au cours de sa mission dans le sud de la Colonie, M. le
capitaine Lefort a noté que le Copalier, malgré la vigueur
avec laquelle il croît, a presque complètement disparu de la
région côtière, soit que les arbres aient été détruits par l’in­
cendie des forêts ou déracinés par les indigènes chercheurs
de la résine fossilisée.
La population malgache connaît l’usage du Copal, et les

107
gens aisés l’emploient à faire vernir les meubles qu’ils ont
achetés ou fait fabriquer sur place.
Mais le produit est surtout exploité on vue de l’exporta­
tion. Or, dans le commerce, on distingue deux sortes de
Copal : le Copal vert, fraîchement récolté sur l’arbre ; et le
Copal fossile ou semi-fossile, qui forme les dépôts anciens
isolés ou qu’on exhume en creusant le sol au voisinage du tronc.
Etant donné qu'à Madagascar ces deux sortes sont égale­
ment recueillies, il est probable qu elles doivent être mélan­
gées dans les lots offerts sur les marchés.
Quoi qu’il en soit, le Copal est aujourd’hui vendu à Mada­
gascar, mais à des prix qui varient d’une province à l’autre.
Dans le district de Mahanoro, qui fait partie de la province
d’Andevorante, le Copal se trouve en grande quantité. Son
cours actuel est de 50 francs les 100 kilogrammes. L’expor­
tation annuelle est de 1 .0 0 0 kilogs environ.
Dans la province de Mananjary, le Copal est aussi
exploité; il vaut 110 francs les 1 0 0 kilogs sur les marchés de
la province.
D’après M. Chapotte, le même produit est exploité aux
environs d’Antalaha, et fait l’objet de quelques transactions
peu importantes.
Sur le marché de Tamatave, la résine est vendue 75 francs
les 1 0 0 livres; il en a été exporté, du 1er janvier au 1er octobre
1897, 4.680 kilogrammes.
Le Copal est très abondant dans la province de Maroantsetra, dit le capitaine Rossi, principalement aux environs de
Maroantsetra ; on en trouve des morceaux pesant jusqu'à
une livre. Cependant faute d’acheteurs, ajoute-t-il, les
indigènes ne le recueillent pas.
Il paraît évident toutefois que d'ici quelques années le pro­
duit, mieux connu, deviendra, après l’achèvement des voies
de communication, l’objet d’une exploitation méthodique.
Le Copal de première qualité de Madagascar est coté en
Europe 4 francs le kilogramme.
les copals

Le Copalier croît en abondance à Zanzibar. Hayne a voulu

�LFS RÉSINES
108
voirdnnsl’arbre à Copal de Zanzibarune espèce distincte qu’il a
nommée Trachylobium Hornemanninnum Hayne, synonyme
de Hymen,Ta Hornemanniana I). Dietr. Il est probable qu il
ne s agit que d'une variété ou d'une forme de 1 If. verrucosa
de Madagascar. La seule différence importante réside dans
la corolle : celle-ci se compose de cinq pétales presque égaux
munis d onglets dans VH. verrucosa de Madagascar, tandis
que le Copalier de Zanzibar a une corolle dont les trois
pétales postérieurs sont presque égaux et onguiculés, les
deux antérieurs étant squamiformes et rudimentaires.
Dès 1865, le colonel Playfair, consul anglais à Zanzibar,
signalait à son gouvernement l’importance commerciale de la
résine Copal dont l'exportation, pendant les années 1863-61,
s était chiffrée par une valeur de 163.333 dollars.
En 1869, le l)r Kirk donnait à Hooker des renseignements
assez précis sur le Copalier et son produit. On trouve de la
résine sur les arbres vivants, disait-il, et aussi en creusant le
sol dans leur voisinage; à une profondeur de quelques centi­
mètres, on commence à rencontrer des morceaux de résine
animé qui diffère de la sorte récemment exsudée. Ces mor­
ceaux sont enveloppés d'une couche blanchâtre, cassante,
due à leur oxydation superficielle pendant leur séjour dans
la terre. En les traitant par une solution de soude caustique,
cette couche friable se ramollit et tombe ; après dessiccation
au soleil et un brossage convenable, on voit apparaître l’as­
pect de « peau d’oie » qui caractérise l’animé fossile.
Les Arabes appellent l’arbre à Copal Shajar el sandarus.
La résine découle de toutes les parties du végétal, surtout
du tronc et des grosses branches qui en laissent exsuder des
masses considérables. D’innombrables insectes, et surtout des
fourmis, creusent le bois du Copalier; les ravages des insectes
sont tels que le capitaine Elton prétend que lorsque le cœur
du bois est miné, l’arbre projette de la « gomme » en quan­
tité, semblant par là « faire un ell'ort pour arrêter sa destruc­
tion. »
Le Copal fossile se trouve, à Zanzibar, dans la couche de
terre végétale, riche en débris organiques, qui recouvre le
sous-sol formé d’une argile bleue très compacte.

109
C’est surtout de la cote orientale d’Afrique que provient
en abondance la résine [fossile. Depuis 3° jusqu'à 10° envion de latitude sud, et sur une profondeur de 30 à 40 milles,
LES COPALS

llymenæa mossambicensis Klolzsch (d'après
une figure du Tropenpflanzer).

1. Rameau et inflorescence ; 2. Fleur.

l’Est africain peut être appelé la « Côte du Copal ». (Burton, The lake régions of central Africa, II, 403.)
Cameron, de même que Burton, indique comme gisement
principal la vallée du Loufidji, fleuve qui suit le huitième
parallèle et se jette à la mer dans le canal de Monfia, en

�LES RÉSINES
110
face de l'île de Monda. On en trouve également aux environs
de Saadani, de Mbouamadji et d’autres localités dans le
Ouzaramo.
Des Arabes ont affirmé à Gameron en avoir découvert en
creusant des citernes au centre même du continent.
Mais c’est près de la cote que l’on rencontre les dépôts les
plus importants, à i ou •&gt; kilomètres du rivage, dans des
plaines d'alluvions dont la couche superiicielle est formée
par des sables quartzeux et des galets roulés. En creusant
là. à 0 0 centimètres ou un mètre de profondeur, on arrive
sur une nouvelle couche de sable argileux rouge rempli de
débris organiques. C'est dans cette couche que l’on découvre
le Copal, en morceaux recouverts de sable rouge.
On admet que ces dépôts de résine enfouis dans le sol
jalonnent en quelque sorte l'emplacement de forets disparues
où abondaient les arbres à Copal. et qui s’étendaient le longdès côtes du Mozambique, à la place de la végétation plus
modeste qu'on y observe aujourd'hui.
De cette broussaille desséchée émergent encore quelques
rares Copaliers au tronc blanc jaunâtre.
Le Copalier de Mozambique, comme celui de Zanzibar, n'est
probablement qu’une forme de YHyrnenæa verrucosa de Mada­
gascar. h II. rnossambicensis de Klotzsch ne serait donc qu’un
synonyme.
Toutefois, cet arbre tend à disparaître de ce territoire où
il semble avoir constitué jadis des forêts entières. Ce que
l’on recueille aujourd'hui au Mozambique, c’est son produit
accumulé dans le sol, depuis des siècles peut-être, et devenu
fossile1.

1. Livingstone expliquait la fossilisation de la résine Copal de la façon
suivante : les arbres, perforés par des larves d'insectes, ont laissé exsu­
der des masses résineuses qui, tombant du tronc et des grosses
branches, se sont, avec le temps, enfoncées dans le sol où elles ont
formé les dépôts que l'on retrouve aujourd’hui.
Tout cela est possible. Mais ce qui est positif, c’est que des blessures
faites aux racines, accidentellement ou non, il peut s’écouler des quan­
tités considérables de résine qui s’accumulent sous terre et se fos­
silisent. Le fait a été observé pour Vliynienæa Courbaril; il est absolu­
ment démontré, comme nous le verrons, pour les Dammara.

LES COPALS

Le fait que les gisements principaux se rencontrent dans
les vallées ne doit point surprendre, car à l’époque actuelle
encore on peut constater la prédilection des Copaliers pour les
terrains humides, les bords des lagunes et des cours d’eau.
Il ne paraît pas douteux qu’en général les dépôts d'animé fos­
sile occupent l’emplacement même des anciennes forêts : cer­
tains morceaux renferment parfois des insectes, et même des
feuilles, des boutons floraux, des fleurs d'Hymenæa. On a pu
néanmoins observer leur mise au jour à la suite de ravine­
ments profonds, pendant la période des grandes pluies équa­
toriales et tropicales, ce qui laisse supposer que les fortes crues
des fleuves et des rivières ont pu en arracher au sous-sol des
berges, pour les charrier et les entasser plus loin. D’ailleurs,
on connaît de ces Copals roulés comme des galets et dési­
gnés sous le nom de Copals-cailloux.
11 est à peine besoin de dire que les Noirs exploitent fort
mal ces gisements de résine fossile. Ils se contentent
d’extraire des dépôts qu’ils découvrent la quantité qui leur
assure un prolit médiocre mais suffisant pour eux, et les
abandonnent ensuite à moitié exploités. « Tandis que de bons
ouvriers pourraient en récolter facilement chacun de 10 à 12
livres (i à 6 kilogs environ), dit Burton, les nègres préfèrent
dormir pendant les heures chaudes de la journée, et se con­
tentent d’en rapporter seulement quelques onces. »
Les commerçants de Zanzibar et de la côte de Mozambique
distinguent trois sortes de Copal, subdivisées elles-mêmes
en une foule de variétés secondaires d’après la forme des
morceaux, leur grosseur, leurs nuances, etc.
La première sorte est le Sandarusi za miti, ou « Copal
d’arbre, » que, dans le commerce français, on appelle Copal
vert. C’est la résine récoltée sur l’arbre vivant, exsudée spon­
tanément ou après incisions préalables1.
1. L’étude anatomique d’un rameau de Copalier montre que les
organes qui sécrètent la résine n’existent que dans l'écorce. Ce sont
de larges canaux sécréteurs occupant toute la couche corticale, relative­
ment peu épaisse par rapport au diamètre de la stèle que protège exté­
rieurement un anneau complet de fibres péricycliques.
La coupe microscopique ci-contre (fig. 18) donne tous les détails de
la structure d’un rameau d'Iiymenaea verrucosa de Madagascar.

�112

LFS RÉSINES

F ig . 18. — Hymenæa verrucosa Gærtn.
Coupe transversale d’un rameau. — s. Liège ; ec. Ecorce ; es. Canaux
sécréteurs, développés exclusivement dans la zone corticale ; /.Fibres
péricycliquesformant une couche continue, mais d'épaisseur variable ;
/. Liber; b. Bois; as. Assise génératrice libéro-ligneuse ; v. Vaisseaux
du bois.
On verra, en l’examinant, que des incisions superficielles et n’enta­
mant que l’écorce suffisent pour recueillir une quantité maxima de
Copal vert.

113
La seconde est nommée Chahazi, ou, par corruption, Jackass.
C’est le Copal semi-fossile, qu’on trouve en creusant le sol au
pied des arbres et dont l’enfouissement relativement récent ne
lui a pas permis de se fossiliser complètement.
La troisième sorte est appelée Sandarusi. (Lest le Copal
dur supérieur, la « résine animé » des Anglais, le véritable
Copal fossile, dont les dépôts souterrains se sont effectués,
nous l’avons dit, à une époque reculée. Des actions chimiques
spéciales, au contact des éléments constituants du sol, et à
l’abri de l’air, ont modifié la structure moléculaire de ce pro­
duit et lui ont fait acquérir des propriétés particulières recher­
chées dans l’industrie.
Il est difficile de dire exactement quelle est la quantité de
Copal exportée de Zanzibar. D’après Hamerton, elle serait
annuellement de 800.000 à 1 .2 0 0 .0 0 0 livres, dont 150.000
livres sont expédiées à Hambourg. Le cours moyen serait de
2 à 3 francs le kilogramme.
Le Sandarusi seul est estimé dans le commerce européen,
et aujourd’hui il est embarqué à Zanzibar directement à des­
tination de l’Europe.
Quant aux autres sortes, Copals d’arbre et semi-fossile,
elles vont à Bombay où elles entrent dans la composition
de vernis inférieurs, et en Chine où les Chinois savent, dit-on,
les utiliser ù l’aide de procédés secrets.
Il est probable que dans l’exportation de Zanzibar se trouve
compris, en partie, le Copal fourni par le Mozambique et préa­
lablement importé dans cette île.
La résine animé de Zanzibar et de Mozambique est vendue
sur les marchés de l’Europe de 6 à 7 francs, exceptionnelle­
ment 10 francs le kilogramme.
LES COPALS

B. —

COPALS DE

l ’ a FRIQUE

OCCIDENTALE

Le Copal de l’Afrique occidentale est fourni, en majeure
partie, par une Légumineuse également, pour laquelle Bennett
Les Gommes cl les Résines.
8

�m

LES HESI NES

avait créé le genre Guibourtia, mais qui, cl après Haillon,
Bentham et Ilooker, doit être rangée parmi les Copaifera*.
La synonymie de l'espèce est donc la suivante :
C
H . Bn. (Cupaifcra Guibourliana Benth. ;
Guibourtia copallifera Bennett).
C est un grand arbre qui, par ses feuilles bifoliolées, à
folioles coriaces, rappelle les H y menaça. Les fleurs sont en
épis formant des panicules. Le calice est à quatre sépales
imbriqués. La corolle manque. Les étamines, au nombre de
huit à dix, sont libres, à filets glabres, à anthères déhiscentes
par des fentes longitudinales. L’ovaire, stipité, biovulé, est
libre au fond du calice; il est surmonté d’un style filiforme
terminé par un stigmate tronqué. Le fruit est inconnu.
Cet arbre est appelé Kobo par les indigènes. Il habite la
Haute-Guinée, Sierra-Leone, le Gabon, le Congo, la côte
d Ivoire. On le rencontre surtout sur les flancs des contreforts montagneux du Fouta-Djallon, à 400 ou 600 mètres
d altitude, où il recherche les stations humides et les terrains
argileux et ferrugineux.
Dans l'Ouest, comme dans l’Est africain, on trouve le
Copal sous deux formes principales ; le Copal vert récolté sur
les arbres vivants, et le Copal fossile enfoui sous terre, produit
de forêts disparues.
Voici comment les indigènes exploitent les Copaliers actuels
de cette partie de l’Afrique.
Le tronc du Kobo est recouvert d une écorce rugueuse; il
ne porte de branches qu à une assez grande hauteur au-dessus
du sol. La résine découle spontanément de l'arbre par toutes
o paie ek a c o p a l l i n a

t. Cependant, M. Dewèvre (Plantes utiles du Conr/o) dit que VHymen.?a verrucnsa, qui existerait en forêts dans la région des Lacs, a été

signalé au Congo, par Livingstone à Bemba,et par Cameron à Nyangwa.
Le [Copalier ne serait donc pas rare dans le Haut-Congo, et même
quelques échantillons se rencontreraient, d’après le R. P. Merlon, au
Moyen et au Bas-Congo.
Il est donc possible que le Copal fossile de la haute vallée du Congo
soit dû à l’exsudation d’anciennes forêts d'IIymenæa verrucosa.
Néanmoins, l'espèce copalifère dominante aujourd’hui dans l'Ouest
africain est le Copaifera copallina.

116
les tissures, sous forme de larmes blanchâtres, puis verdâtres
ou jaune citron, qui se foncent sous l’action de l’air et de la
lumière, et se couvrent d’une elllorescence blanchâtre.
Los nègres grimpent sur les arbres et s’arrêtent aux
premières branches dont ils incisent l’écorce; puis ils pra­
tiquent également des incisions dans l’écorce du tronc que le
couteau pénètre assez facilement. Ils attachent au-dessous des
petits pots en argile. Deux ou trois jours après, ils rem­
placent ces pots par d’autres, et vident les premiers dont ils
pétrissent le contenu en boules. Ces boules sont desséchées
au soleil.
Les collecteurs recueillent aussi les belles larmes exsudées
spontanément du tronc et qui se fusionnent parfois en masses
volumineuses.
Quand la récolte leur paraît suffisante, les Noirs viennent
la vendre ou l’échanger aux comptoirs de la côte contre des
marchandises variées. A Sierra-Leone, il se fait un important
commerce de ce produit.
Le Copal fossile est beaucoup plus estimé. Il se trouve
dans le sol à des profondeurs de 50 centimètres à un mètre.
Comme en Afrique orientale, L*s gisements occupent des
espaces où l'arbre à Copal a presque disparu et qui sont
recouverts d’une végétation insignifiante ; mais, comme aussi
dans le Mozambique, les nègres ne sont pas tentés par la
recherche et l'exploitation de cette richesse naturelle : leur
nonchalance s'accommoderait mal de ce métier quelque peu
pénible.
M. Savorgnan de Brazza a signalé l'existence de Copal
fossile en abondance dans le Haut-Alima, où il n’est pas
exploité. On trouve là de gros blocs de résine très pure,
d'un jaune pâle.
On en rencontre même, nous dit-on, aux environs de
Libreville.
Depuis quelques années, au Congo belge, ces dépôts de
Copal sont activement exploités; et, depuis la création de la
ligne ferrée, le produit extrait du Haut-Congo est facilement
transporté à la côte où il est embarqué pour la Belgique.
LES

COI*A LS

�1I 6

LES RÉSINES

Aussi existe-t-il actuellement chez nos voisins un véritable
marché île Copal d’Afrique.
Mais c'est surtout en Angleterre que s’importe le Copal de
l’Ouest africain, qui y forme la base des vernis lins.
Pendant le quatrième trimestre de 1897, il a été exporté
de Konakry pour 26.889 francs de cette résine avec
les destinations suivantes : Angleterre, pour 10.582 francs;
Allemagne, pour 8 8 8 francs; Sierra-Leone, pour 9.419 francs.
L’exportation du Copal de la côte d’ivoire s’est élevée,
pendant le troisième trimestre de 1897, à 310 kilogs, tandis
que pendant la période correspondante de 1896, elle n’avait
été que de 223 kilogs.
Ces chiffres sont intéressants en ce qu’ils nous
montrent que le produit dont nous nous occupons tend il
devenir un objet de commerce important pour les établisse­
ments français de l’Afrique occidentale, et que les trafiquants
de Sierra-Leone eux-mêmes viennent s’approvisionner chez
nous, à Konakry. Ce commerce ne pourra que se développer
par la création des voies ferrées projetées qui relieront la
côte aux territoires de l’intérieur de nos possessions.
Dans l’Ouest africain, mention spéciale doit être faite du
Copal de l'Angola et du Benguela'. C’est un produit fossile qui
se rencontre dans toute la zone littorale qui s’étend depuis le
Zaïre ou Congo jusqu’au fleuveNourse ou Cunene. Toute cette
région présente des ondulations de terrain, des monticules
et des collines qui forment les dernières pentes de montagnes
plus élevées vers l'est ; elle est en majeure partie sablonneuse,
aride ; toutes les espèces arborescentes y offrent des dimen­
sions réduites et deviennent presque des arbustes.
Le Copal se trouve sur diverses parties de ce territoire, en
des points peu distants de la côte et ne dépassant jamais une
certaine altitude. Welwitsch indique comme principaux gise­
ments les paysqui s’étendent au sud du Coanza, près de
1. Dr Wchvitsch, Observations on the origin and the geographieal
distribution of the Gum Copal in Angola (Linnean Society’s Journal
Botany, vol. IX). Conde de Fical ho, Plantas uleis da Africa portugueza,

p. 160.

117
Novo-Hedondo, Egito et Benguela. Les marchés les plus
importants où se traite le Copal en ces parages sont: Ambriz,
Loanda, Novo-Redondo, Benguela et Mossamedes.
On découvre la résine fossile dans les couches superfi­
cielles du sol; elle apparaît souvent au fond de dépressions
creusées par les ravinements des eaux pluviales. Ailleurs,
elle est enfouie à des profondeurs plus considérables dans le
sable ou des couches argileuses.
D’après Welwitsch, le Copal de l’Angola est toujours fos­
sile ; mais il diffère complètement par ses caractères du
Copal de l'Est africain. Comme celui-ci, néanmoins, il résulte
de dépôts considérables de résine, exsudée de forêts disparues
où abondaient les arbres à Copal, et dont la destruction est
due à des causes difficiles à déterminer.
On distingue dans le commerce deux variétés principales
du Copal d’Angola : le Copal rouge, qui est la sorte la plus
estimée et la plus chère, et le Copal blanc, considéré comme
de qualité inférieure.
11 est probable, en effet, que plusieurs espèces copalifères
ont contribué à fournir cette quantité énorme de résine fossi­
lisée, dans cette partie de l’Afrique; il est probable aussi que
ces espèces appartiennent pour la plupart au genre Copaifcra
et qu’elles existent encore, quoique plus rares et éparses, ù
travers le continent africain.
Quoi qu'il en soit, en ce qui concerne l’origine botanique
du Copal d’Angola, il paraît juste de supposer que la variété
rouge de ce Copal provient du Copaifcra Mopane Ivirk,
espèce qui, d’après Welwitsch lui-même, laisse exsuder une
résine couleur de sang, comparable au sang-dragon.
Le Mopane habite les contrées arides et désertiques de
l’Afrique australe. A l'ouest, il se plaît dans les terrains secs
et sablonneux au nord du Cunene et aux environs de Mossa­
medes. Vers l’est, il constitue, selon Kirk, sur les rives du
Zambèze, de vastes forêts monotones qui s’étendent sur des
plaines sèches et arides.
L’origine de la sorte blanche est plus obscure. 11 ne semble
pas que ce soit le Copaifcra copallina qui, nous 1avons vu,
LES COPALS

�MS
LES HKSI.NES
recherche les stations humides et les sols argileux, mais non
sablonneux. Peut-être faut-il la rapporter â cette espèce
déterminée C. conjugala (?) par les naturalistes de kew, et
qui abonde aujourd’hui dans le sud-est de l’Afrique. On a
découvert, en effet, à cent milles à l’ouest d’Inhambane,
d'immenses forêts constituées presque exclusivement par cet
arbre qui croît dans un sol sablonneux reposant sur un soussol calcaire. La résine qu’il fournit est semi-fossile, enfouie
dans le sol, ou bien se récolte sur l'arbre vivant. Elle est
complètement différente du Copal du Mozambique et de Zan­
zibar, et tout h fait analogue, par ses caractères physiques et
ses propriétés, à celui d’Accra.
Depuis 1886, d’après M. Gilg, ce Copal du sud-est afri­
cain est exporté sous le nom de Copal d'Inhambane. Les
bonnes sortes ont pu se vendre, en Allemagne, 260 marks,
et celles de qualité moindre, l it) marks le quintal.
Achevons maintenant l’histoire du Copal d’Angola. L’exis­
tence de ce produit avait été signalée dès 1622 dans l’Angola
par Bento Banha Cardoso. Depuis 1820, il fut l’objet dans
les ports de la province d’un commerce actif qui se déve­
loppa progressivement. De 1850 à 1858 ou 1859, il s’exporta
des ports de l’Angola une quantité de Copal supérieure à
900.000 kilogrammes; le Benguela figurait pour plus des trois
quarts dans cette production. Toute cette marchandise était
absorbée par les Etats-Unis d’Amérique. Aussi, pendant la
guerre de sécession, l’exportation fut-elle considérablement
amoindrie. Le commerce du Copal se rétablit plus tard, mais
sans reprendre son ancienne’importance, et la moyenne des
exportations, pendant les années 1870, 1871 et 1872, n’attei­
gnit par 300.000 kilogrammes.
VARIÉTÉS, CARACTÈRES ET PROPRIÉTÉS DES COPAI.S d’aFRIQCE

Les^Copals d'Afrique se classent, au point de vue commer­
cial, en deux grandes catégories : le Copal fossile, qui est dur,
et le Copal vert, ou Copal (l'arbre, qui est demi-dur.

119
La variété semi-fossile est intermédiaire et forme la tran­
sition entre ces deux grands groupes ; mais on peut, le plus
souvent, la faire entrer dans l’un ou l’autre, suivant son
degré de fossilisation.
Le Copal fossile, ou dur, le plus estimé est celui qui pro­
vient de Madagascar, de Zanzibar et du Mozambique; puis,
h un degré moindre, celui de l’Afrique occidentale.
Le Copal vert a relativement peu de valeur sur les mar­
chés de l’Europe.
Avant d’être livrées â l’industrie, toutes ces résines
doivent être soumises au lavage et au triage. Ces opérations
devraient être faites dans les pays d’origine. La maind’œuvre y est, en effet, moins chère qu’en Europe ; la valeur
du produit s’augmenterait nécessairement du prix de cette
main-d’œuvre, mais la vente, sur les marchés européens, de
la résine épurée serait beaucoup plus considérable.
Le Copal fossile, souillé naturellement par le sable et la
terre, est en outre enveloppé d’une sorte de gangue opaque,
blanchâtre et crayeuse due à l’oxydation lente dans le sol. On
doit d’abord débarrasser, au couteau, les morceaux des souil­
lures et la plonger ensuite, pendant 2 i heures, pour dissoudre
la croûte oxydée ou pousse, dans un bain contenant 1 ° / 0 de
soude caustique. Après les avoir lavés à l’eau bouillante,
puis à l’eau froide, on les fait sécher soigneusement dans un
endroit à l’abri de la poussière.
Le Copal vert est aussi recouvert d’une mince couche blan­
châtre due à une oxydation superficielle. Si le lavage à l’eau
bouillante ne suffît pas à la dissoudre, la solution de soude
caustique devra être employée.
Après ce nettoyage et ces lavages, la résine apparaît avec
ses caractères véritables.
Dans le commerce, les Copals les plus estimés sont ceux
qui sont durs et transparents, et qui se cassent net comme
du verre. Les nuances ont aussi une grande importance. La
coloration des vernis dépend, en effet, en partie, de la colora­
tion des résines elles-mêmes. Pour les vernis gras, la coloration
de l’huile cuite etcelle résultant de la cuisson de la résine sont,
LES COPALS

�120

LES RÉSINES

il est vrai, des facteurs qui interviennent, mais on peut les
atténuer en perfectionnant les manipulations.
C est pourquoi, dans l’industrie, il est tenu grand compte
des nuances des résines à vernis. En général, on peut dire
que les nuances jaune pâle et foncé sont les plus recherchées
et que les teintes blanches et cristallines ont moins de valeur.
Voici du reste les principales nuances que l'on distingue :
blanc argenté, jaune citron, jaune ambré, jaune rhubarbe,
rouge pâle, rouge foncé, brun et enlin vert.
Ces détails montrent qu’il serait utile, pour faciliter la
vente en Europe, de classer les Copals d’après les nuances
commerciales avant de les expédier.
Le transport demande aussi des soins particuliers. L'em­
ballage ne doit jamais se faire dans des caisses légères ou des
sacs; les morceaux s’effriteraient et seraient perdus, ou bien
ils pourraient s’agglomérer par l’action combinée de la cha­
leur et de la pression.
Le Copal qui atteint en Europe le maximum de valeur
marchande est le Copal dur d’Afrique orientale, recherché
pour la fabrication des vernis gras dits d'extérieurs (carros­
serie, devantures des magasins, etc.), destinés à résister aux
intempéries.
Lorsqu’il a été débarrassé de sa croûte oxydée, il se pré­
sente en morceaux aplatis d'un jaune pâle ou presque inco­
lore, très durs, vitreux, transparents à l’intérieur; mais il
offre une surface extérieure terne et chagrinée caractéristique
qui l’a fait nommer Copal peau cl'oie. Cet aspect n’est pas dû
aux empreintes laissées par les grains de sable, mais,
d’après une théorie qui paraît admise, à la contraction,
au retrait de la résine qui s’est fendillée. Ces fentes,
très fines, s’entre-croisent et, dans les intervalles, se dressent
une multitude de petites saillies polygonales composées ellesmêmes de facettes nombreuses1.
I. Cependant, l’examen à la loupe d’un échantillon de Copal « peau
d'oie » de Madagascar m’a permis de constater que ces saillies polygo­
nales ne se composaient pas de facettes, mais étaient toutes recou­
vertes d'un fin réseau irrégulier faisant relief à la surface.

121
Le Copal dur a pour densité 1,139. Placé dans la flamme
d’une bougie, il brûle et fond vers 340° sans se décomposer.
A 3G0°, il fournit des produits de décomposition (huile de
Copal). Il ne se dissout qu’en partie dans l’alcool, en laissant
un résidu de 60 à 67 ° /0 ; il est plus soluble dans l’éther, les
huiles essentielles et fixes.
L’acide sulfurique dissout le Copal en le colorant en brun.
L’eau le précipite de cette solution en une poudre jaune
foncé.
L’histoire chimique du Copal dur, malgré des recherches
nombreuses, est loin d’être complète.
D’après une étude ancienne de Filliol (1842), le Copal dur,
ainsi que l’avait déjà annoncé Unverdorben, serait constitué
par cinq résines différentes, à fonction acide, que l'on peut
obtenir au moyen de précipitations fractionnées par l’acétate
de cuivre en solution alcoolique.
Si après avoir broyé le Copal sous l’eau en une poudre
impalpable on l’expose longuement à l’air, il absorbe de l’oxy­
gène ; et cette oxydation même lui communique de nouvelles
propriétés qui consistent surtout à le rendre soluble dans cer­
tains liquides : alcool, éther, essences, qui auparavant n’avaient
point d’action sur lui.
Dans l’industrie des vernis on ne parvient à rendre solubles
dans les huiles et les essences les Copals durs et demi-durs
qu’en les dépolymérisant par l’action du feu nu. Le procédé le
plus rationnel est celui de M. Violette qui consiste à les chauffer
dans un récipient clos en cuivre argenté intérieurement et
muni d’un agitateur. La résine soumise au feu doit être agitée
continuellement. Un dispositif spécial permet l’écoulement de
l’huile de Copal ; lorsqu’on a obtenu une quantité d’huile cor­
respondant au quart environ du poids de la résine, on arrête
l’opération.
C’est une opération délicate dont le succès dépend du soin
que l’on prend de maintenir la température au degré voulu :
360° pour les Copals durs, et 230° pour les résines demi-dures.
Les Copals ainsi pyrogénés ou pyrocopals se dissolvent
facilement et sans résidu, même à froid, dans un mélange
LES COPALS

�122
LES RÉSINES
d’huile de lin et d'essence, ou dans l’un seulement de ces
deux liquides.
L'huile de Copal qui distille pendant l'opération représente
un mélange de produits liquides bouillant entre 156° et 180°,
qui sont des isomères de l’essence de térébenthine.
Cependant il convient de remarquer que la pyrogénation
du Copal lui fait perdre 23 °/0 de son poids et l'altère profon­
dément en ne lui laissant, dit Tingry, « ni la souplesse ni la
ténacité qu'il possède dans son état naturel. »
M. Violette a cherché, pour remédier à ces deux inconvé­
nients, le moyen d’obtenir la dissolution directe des Copals
dans les véhicules généralement usités dans la fabrication des
vernis. En 1806, il parvint à faire de beaux vernis en chauf­
fant en vase clos et sous pression, à 350° ou 400°, soit la
résine seule, rendue ainsi soluble, soit la résine avec un
mélange d'huile de lin et d’essence de térébenthine.
Mais ce procédé n’est pas encore industriel.
La fabrication industrielle des vernis gras aux Copals durs
et demi-dure consiste, en principe, à faire fondre la résine à
feu nu. Dans la masse fondue on verse de l’huile de lin cuite,
chaulfée à part à 130°, et on agite pour faciliter la dissolution.
A ce mélange on ajoute ensuite l’essence de térébenthine
tiède.
On emploie 4 kilogrammes de Copal pour 1.300 à 2.000
grammes d’huile de lin et 4 à 5 kilogrammes d’essence de
térébenthine.
On voit par là qu’il ne suffît pas de classer les Copals par
ordre de nuances, et qu'il est aussi nécessaire de manipuler
séparément des lots dont tous les morceaux ont le même point
de fusion : d’où un second triage indispensable, mais qui doit
être fait par les fabricants de vernis eux-mêmes.
Les Copals de l’Afrique occidentale comprennent des variétés
nombreuses dont les plus estimées sont le Copal dur de
Sierra-Leone et celui du Congo.
Le Copal de Sierra-Leone est en morceaux qui, débarrassés
de leur mince couche oxydée blanchâtre, ont une coloration
qui varie du jaune au brun fauve. Il fond à 180°-185°. Il est

123
surtout consommé en Angleterre où il entre dans la composi­
tion des vernis lins. 11 vaut environ h francs le kilogramme.
Le Copal du Congo est de qualité très variable et son prix
oscille également entre 130 et 400 francs les 100 kilogs. Les
bonnes sortes sont très dures, transparentes, presque inco­
lores, limpides. Elles entrent en fusion vers 140° ou 130", se
liquélient à 220° ou 230° et sont complètement liquides à
2i0°.
M. Puscher a communiqué en 1807 à la Société industrielle
de Nüremberg les résultats de ses expériences sur le Copal
dur du Congo. D’après lui, cette résine se dissout facilement
à froid dans l’alcool absolu, l’éther, l’essence de térébenthine,
et même dans l’alcool ordinaire en laissant un léger résidu.
Une partie de ce Copal, une partie d’huile de lin et deux par­
ties d’essence de térébenthine donnent un vernis gras de
Copal parfaitement transparent.
Il est vrai de dire que la résine étudiée par cet auteur avait
un point de fusion bien inférieur à celui que nous avons indi­
qué plus haut : elle fondait à 83° ou 90°.
Quoi qu’il en soit, en Belgique on obtient avec le Copal du
Congo des vernis très solides, très brillants et des plus pâles,
presque incolores.
Il nous reste à énumérer les autres sortes de Copals de
l’Afrique occidentale, connues dans le commerce.
Le Copal d’Accra, généralement coloré en vert, est peu
apprécié.
Le Copal d'Angola, avons-nous dit, offre deux variétés :
l’une rouge, l'autre blanche. La variété rouge, la plus estimée,
présente une coloration qui varie de l'orangé foncé au rouge ;
très appréciée en Amérique, elle l est relativement peu en
Europe où elle vaut de 173 à 200 francs les 100 kilogrammes.
Le Copal jaune de Benguela a plus de valeur. Sa couleur
varie du jaune pâle au jaune verdâtre. Il est très recherché en
Angleterre et en Hollande. Il vaut 3 francs environ le kilo­
gramme.
LES COPALS

�124

LES RÉSINES

II. — COPAL D’AMERIQUE

La rcsinc animé occidentale ou d'Amérique est fournie par
une Légumineuse, I’H ymenæa C
L.
C’est un arbre de 25 à 30 mètres de hauteur. Les feuilles sont
alternes, bifoliolées, à folioles coriaces, luisantes, ovales, lan­
céolées, insymétriques à la base, ii ponctuations transparentes.
Les fleurs à parfum agréable sont en grappes corymbiformes
terminales. Le calice est campanulé, à quatre ou cinq segments
pubescents, caducs. La corolle est blanche, à pétales presque
égaux.Les étamines, au nombre de dix, sont libres. L'ovaire est
stipité, le style filiforme et le stigmate obtus. La gousse, indé­
hiscente. longue de 10 à 15 centimètres, large de 5 à G centi­
mètres, épaisse de 2 centimètres, est réniforme, brunâtre,
dure, rugueuse, comme chagrinée à la surface; elle renferme
de 3 à 5 graines ovoïdes, à tégument très dur, nichées dans
une pulpe farineuse et jaunâtre.
Cette espèce est répandue il la Guyane, au Vénézuéla, au
Brésil, au Mexique, aux Antilles. La résine découle de son
tronc, de ses branches, de ses racines, et même de ses fruits.
C’est probablement le Jutaicica employé comme vernis au
Brésil.
Cette résine est considérée dans le commerce comme Copal
demi-dur1. La meilleure sorte est celle qui est semi-fossile et
se rencontre enfouie depuis un temps plus ou moins long
dans le sol. Elle s’est écoulée de fissures ou de blessures
accidentelles faites aux racines.
Elle se présente en nodules durs plus ou moins volumi­
neux, arrondis, sphéroïdaux ou ovoïdes, d’aspect blanchâtre
ou grisâtre, terne, car ils sont toujours recouverts d’une
mince couche oxydée friable.
o u kraiu l

1. On la nommait jadis animé tendre', mais il faut abandonner cette
dénomination pour éviter toute confusion avec la résine damar ou

Copal tendre.

125
Lorsqu’on enlève cette couche oxydée superficielle ou qu’on
casse le morceau, la résine apparaît brillante, vitreuse, trans­
parente, d’une limpidité parfaite.
La substance se ramollit à la chaleur ; elle fond entre
18ü° et 200°, et, chauffée à 230°, donne des produits liquides
de décomposition, ou huile de Copal.
Les seules indications d’ordre chimique concernant la
résine de Courbaril exsudée de l’arbre lui-même, sont dues
à Laurent et Paoli. Les résultats de leur analyse déjà ancienne
sont consignés dans la Chimie organique de Gerhardt (III,
p. G67). D’après Paoli, le produit résineux du Courbaril se
composerait de deux résines : l une soluble dans 1 alcool
froid, l’autre qui n’est soluble que dans l’alcool bouillant.
Selon Laurent, la résine soluble dans l’alcool bouillant « se
dépose, par le refroidissement, sous forme de flocons légers
composés de fines aiguilles. »
D’autre part, le fruit de VH. Courbaril est souvent recou­
vert d’un enduit résineux sécrété, comme l’ont montré
MM. Heckel et Sehlagdenhauffen [Le Naturaliste, 1er février
1889), par des poches résinifères situées dans le péricarpe.
Ces auteurs ont de plus analysé ce péricarpe et la résine
qu’il contient. Par l’éther de pétrole ils ont isolé : 1° une
matière cristallisée dont le rendement est de 0,2G2 ° /0 du
péricarpe; 2° une résine dont le poids est de 3,643 °/0. Cette
résine fond à 172°. Elle est soluble dans l’alcool, l’éther et
le sulfure de carbone.
Ils ont établi également que la résine verte extraite du
péricarpe, traitée par des véhicules appropriés, contient trois
produits distincts caractérisés par leur différence de solubilité
dans l’alcool, l’éther et le chloroforme, ainsi que par leur
composition élémentaire.
Comparant ensuite leur analyse à celle de Laurent et
Paoli, à laquelle ils renvoient, MM. Ileckel et Schlagdenhauffen concluent que la gousse du Courbaril « donne une
résine à odeur valérianique, toute différente de celle qui est
connue sous le nom d’animé tendre d'Amérique, et qui est
fournie par la tige et les rameaux du même arbre. »
LES COPALS

�12(1

LES

iœ s im ;s

Avant eu récemment à ma disposition une assez grande
quantité de résine de Courbaril fossile absolument authen­
tique, provenant de la Guyane, j’ai pu étudier l'action d’un
certain nombre de dissolvants sur cette substance. Ces
recherches m'ont conduit à des résultats fort diirérents de
ceux annoncés par Laurent et Paoli. J'ai constaté, au con­
traire, qu’il y avait de grandes analogies entre la résine issue
de l’enveloppe du fruit et celle exsudée du corps même de
1 arbre.
La résine de Courbaril présente donc les caractères de solu­
bilité suivants. Elle est complètement soluble à froid dans l’al­
cool absolu. Elle ne se dissout qu'en partie dans le chloroforme
et dans l’éther. Traité par le chloroforme, le produit, préala­
blement pulvérisé, se ramollit rapidement et forme une masse
pâteuse et filante qui surnage le liquide et ne s'y dissout
qu’en faible partie. La solution, séparée par filtration et éva­
porée au bain-marie, laisse au fond de la capsule une résine
jaune ambré, transparente et limpide. Avec l'éther, la solu­
bilité est également partielle; la solution, filtrée, donne par
évaporation une résine presque incolore, d’une limpidité
vitreuse. Le résidu laissé par l'éther, desséché à l’étuve et
repris par le chloroforme, ne s’y dissout qu’en partie. Le
nouveau résidu, desséché à son tour, est rapidement soluble
dans l'alcool absolu. La résine extraite par l'alcool est jaune
ambré, comme celle obtenue par le chloroforme.
En résumé, l’action de ces différents véhicules montre que
la résine de Courbaril est formée de trois résines distinctes :
l'une soluble dans le chloroforme, une autre dans l’éther,
une troisième enfin soluble dans l'alcool absolu qui dissout,
en outre, les deux précédentes et reste, en définitive, le meil­
leur dissolvant du produit.
Ces trois résines constituantes sont amorphes.
D après tout ce qui précède, nous pensons que Laurent et
Paoli ont été induits en erreur par un échantillon non authen­
tique, ce qui est toujours fort possible pour ces produits
exotiques, et que leur analyse a porté sur une résine autre
que celle de Courbaril. On verra plus loiq que leurs résultats

LES COPAI.S

127

se confondent presque avec ceux que l’on obtient en sou­
mettant à l'action des dissolvants la résine des Protium.
Si l’on compare maintenant la résine extraite du fruit, et
étudiée par MM. lleckel et Schlagdenhauffen, avec la résine de
Courbaril que nous avons examinée, on voit que la première
se compose de trois produits, tous trois solubles dans le
chloroforme; d’eux d’entre eux sont solubles dans l’éther, un
seul se dissout dans l’alcool. La seconde offre, nous venons
de le dire, des caractères de solubilité différents. Le meilleur
dissolvant de la première est le chloroforme; le meillleur dis­
solvant de la seconde est l’alcool absolu.
Le Copal demi-dur donne des vernis moins colorés mais
moins résistants que le Copal dur; ils peuvent être avanta­
geusement employés comme vernis d'intérieurs.
Cette résine peut servir â un autre usage — beaucoup plus
restreint sans doute — mais qu’il est intéressant de signaler.
Obtenue à l’état pur par l’un des véhicules que j'ai indiqués,
elle peut être utilisée à la place du Baume du Canada clas­
sique, en solution dans le xylol, pour monter les préparations
microscopiques. Ces préparations, traitées par les réactifs colo­
rants d’usage courant en micrographie végétale, se conservent
fort bien dans ce liquide et gardent une netteté qui ne laisse
rien à désirer.
L'Hyrncnæa stilbocarpa Hayne, ou Jatoha du Brésil, parait
donner un Copal très peu différent de celui fourni par le
Courbaril.
Nous citons ici (sans vouloir la rapprocher des espèces copalifères précédentes) une Légumineuse, le Daniellia thurifera
Benn. de la côte occidentale d’Afrique, que les Anglais de
Sierra-Leone nomment « Frankincense Tree », et que les Noirs
appellent Tkiévi, ou encore Bumbo, Bunçjo ou Bungbo.
Cet arbre laisse exsuder de son tronc, souvent au niveau
des perforations des larves d'un insecte connu des indigènes
sous le nom de Tunibo, une résine odorante qui reçoit, dans
la population nègre, deux usages principaux : d’abord elle sert
à faire des fumigations dans les cases ; ensuite les femmes indi-

�LES RÉSINES
128
gènes en usent comme d'une sorte de parfum : elles triturent
la substance résineuse avec de la chaux entre deux pierres, et
se frictionnent le corps avec le mélange, après l’avoir réduit
à l'état de poudre tine.
M. le capitaine Molonev a rapporté de la Côte de l’Or une
espèce indéterminée, voisine du /). t hu rifera, cpii produit éga­
lement une résine connue sous le nom de « Ogea gum » et
servant aux mêmes usages que la précédente.
Nous ne possédons pas d’autres renseignements sur la
résine des Daniellia, qui mériterait sans doute d’être mieux
étudiée.

LES DAMARS

Le mot damar est malais. C’est un terme générique qui,
dans les îles de la Malaisie, désigne toutes les gommes et les
résines qui exsudent des arbres et se solidifient rapidement à
l’air.
Dans le commerce, on connaît sous le nom de Damars des
résines provenant de végétaux très différents : outre les Damars
vrais produits par les Dammara, le « Damar de l'Inde » est
supposé fourni par le Shorea rohusta, le « Damar blanc »
par le Vateria indica, cette dernière espèce, comme la précé­
dente, appartenant à la famille des Diptérocarpées. Une Burséracée, le Canarium strictum, donnerait le « Damar noir ».
Ces attributions ne sont pas exactes, car, par exemple,
dans le genre Shorea, il y a plusieurs espèces, autres que le
S. rohusta, pouvant fournir de la résine analogue à ce qu’on
appelle le « Damar de llnde » ; et ces espèces n’habitent
pas l’Inde.
La même remarque s’applique aux Vateria et aux Cana-

Ajoutons que parfois, dans l lnde, la résine des Gardénia
a été classée parmi les Damars.
Préoccupé d’établir l’origine botanique exacte des produits
résineux et de signaler d'une façon aussi précise que possible
les végétaux utiles des pays chauds, nous adopterons une
division plus conforme aux données scientifiques.
Nous étudierons sous le nom de Damars les seules résines
fournies par les espèces du genre Dammara. Ce sont les véri­
tables Damars.
Après cette étude, et plus loin, nous nous occuperons : d’abord
du groupe des résines données par la famille des Diptérocarpées ;
ensuite des produits résineux extraits des représentants de la
famille des Burséracées.
Les Damars sont des résines qui découlent du tronc de
plusieurs espèces du genre Dammara (Agalhis Salisb.), de la
famille des Conifères. Avant d’étudier les caractères généraux
et les propriétés de ces substances, nous décrirons rapidement
ces espèces et leur produit d’exsudation.
1. — Le D ammara alba Rumph. [D. orientalis Lamb.) est
un arbre élevé, à feuilles opposées ou subopposées, ovales,
oblongues, atténuées â la base, terminées au sommet par une
pointe obtuse, entières, glabres, coriaces, d’un vert glauque
sur les deux faces.
Par son tronc élancé, dénudé à la base, son écorce blanc
grisâtre, ses rameaux ascendants, cet arbre a tout à fait le
port du peuplier ; son feuillage est seulement d’un vert plus
sombre.
A Java, on plante beaucoup ce Dammara en allées qui rap­
pellent nos allées de peupliers.
Il habile la zone moyenne des régions montagneuses des
Moluques, des Célèbes, des Philippines, de Sumatra, de
Java, de Bornéo.
Il est parfois appelé Sapin de Java ou de Sumatra, ou encore
Arbre à poix d'Amboine.
Le D. alba « produit en grande quantité, dit Carrière ( Traité
des Conifères, p. 619), une résine d’abord transparente,
Les Gommes el les Résines.
0

�I 30
LES RÉSINES
molle et visqueuse, qui répand, à l’état liquide, une odeur
aromatique qu elle perd en partie par la dessiccation. Pour arri­
ver à ce dernier état, elle passe graduellement du blanc pri­
mitif à la couleur du succin. »
La résine du D. alba est appelée, en Malaisie, Damar pou(ih (résine blanche), Damar batou (résine-pierre, à cause de
sa dureté extrême), ou Damar mata Kouching (résine œil-

F ig.

19. — Dammara alba Rumph. (d’après nature).
Extrémité d'un rameau feuillé. (1/2 gr. nat.).

de-chat). C’est le Damar des Indes ou de Batavia du com­
merce.
11 se présente en morceaux de dimensions variables, recou­
verts d’une mince couche blanchâtre et pulvérulente due à leur
oxydation superficielle. Quand cette croûte oxydée a été enle­
vée, la résine apparaît de coloration jaune pâle ou ambrée,
cassante, avec une fracture vitreuse et brillante, claire et trans­
parente. Son odeur est très faible ou presque nulle.
Ce produit est récolté sur l'arbre où il forme des masses volu­
mineuses ; mais les sortes les plus dures, et par conséquent

131
les plus estimées, sont fossiles. C'est, d'après Lund Siinmonds,
dans le nord de Bornéo que l’on rencontre les meilleures
variétés, entre autres le Damar mata Kouching qui vaut
50 francs le quintal.
Comme le damar blanc brûle sans couler, les plus mauvaises
qualités sont utilisées par les indigènes pour la confection de
torches. En général, ils s’en servent comme de poix ou de
goudron pour le calfatage des barques.
Selon Tschirch, l'exportation de Batavia fut : en 1886, de
17.505 piculs (le picul étant de 60 kil. 400); en 1887, de
14.407, et en 1888, de 15.724 piculs.
Celle de Singapore se chiffra par : 3.637 piculs en 1886;
5.000 piculs en 1887 ; et 4.566 piculs en 1888. Une bonne
partie de l’exportation de Singapore provient des Moluques,
à destination de l’Angleterre et des Pays-Bas.
Cette même exportation de Singapore, pendant le premier
semestre de 1899, fut de 335.837 kilogs avec la répartition
suivante : Grande-Bretagne, 133.121 kilogs; Continent euro­
péen, 40.890 kilogs; États-Unis, 925.086 kilogs.
Les importations de cette matière en France, pour l’année
1890, se sont élevées à 250.000 kilogs, valant 500.000 francs.
Toute cette quantité a été consommée dans le pays.
LES 1)AMARS

2. — Le D ammara australis Lamb. est un grand arbre de
40 à 50 mètres de hauteur. Son tronc est droit, dépourvu de
branches dans sa partie inférieure, recouvert d’une écorce
grise et cendrée qui se détache en lames minces. Les feuilles
sont elliptiques, épaisses, coriaces, vert en dessus, rouge
cuivré en dessous, rétrécies à la base, atténuées et obtuses au
sommet, souvent terminées par une petite pointe aiguë.
Il est appelé Cowricpine parles Anglais, et Kauri ouKaori
par les Maoris de la Nouvelle-Zélande qu’il habite exclusi­
vement.
« On ne le trompe que dans l’Ile du Nord, dit M. de
Joufl’roy d’Abbans, ancien consul à Wellington, et son habitat
y est fort restreint, car il ne descend jamais au-dessous de 38°
de latitude sud. On a découvert quelques gisements de résine

�132
LES RÉSINES
fossile entre 38° et 311° dans le district de Waikato où l'arbre
a cessé de vivre depuis des siècles par suite du refroidis­
sement du climat. »
« Quelques bouquets de Ivauris, ajoute M. de Joulîroy, se
voient encore dans une forêt à quarante milles au sud d'Auck­
land. mais ils ne se reproduisent pas dans cette localité, et il
serait impossible d’y
trouver un jeune sujet.
La région qui s’étend
d’Auckland au Cap
Nord est désormais le
seul domaine du Kauri ;
c’est là aussi que se
rencontrent les plus
riches gisements de
résine fossile. »
En règle générale,
le Kauri croît de préfé­
rence dans un sol argi­
leux, sur les pentes'es­
carpées et rapides, au
milieu des Fougères
arborescentes.
L’arbre vivant pro­
duit de la résine. Mais,
F . 20. — Dammara auslralis Lamb.
comme pour le Copal,
(d’après nature).
Extrémité d’un rameau feuillé. ('- 3 gr. nat.). les sortes les meilleures
et les ( plus estimées
dans l’industrie sont fossiles, extraites des profondeurs du
sol. Les gisements les [plus abondants existent sur l’empla­
cement d’anciennes forêts depuis longtemps disparues, dans
des terrains aujourd’hui dépourvus de toute végétation, sur
des coteaux absolument dénudés.
Ce sont tantôt des dépôts isolés ou disséminés, tantôt des
gisements considérables mis au jour par des travaux agri­
coles et des terrassements. Parfois encore le produit fossile
se rencontre dans les forêts où le Kauri n’existe plus depuis
ig

133
des siècles ; mais alors son extraction présente de grandes
difficultés à cause des racines innombrables qui pénètrent le
sol de toutes parts.
La résine découle en abondance des incisions pratiquées dans
les arbres actuels. Elle est absolument blanche et n’a rien de la
coloration ambrée que lui donne la fossilisation dans le sol, à
l’abri de l’air et de la lumière.
« Il est à prévoir, dit M. de Joulfroy, qu'en raison de la
disparition progressive des forêts de Ivauris, il ne se formera
pas de nouveaux dépôts de résine, et les dépôts actuels
seront vraisemblablement épuisés dans moins d’un demisiècle. »
Les curieux détails qui suivent sont encore empruntés à la
même notice.
La résine de Kauri était connue des Maoris longtemps
avant l'occupation européenne : ils l’utilisaient principalement
pour allumer ou activer leurs feux, ou pour l’accomplissement
de certains rites religieux. Dès l’établissement du gouverne­
ment colonial britannique (1841), un négociant résidant à Karorarika, dans la baie des Iles, M. Busby, fut le premier à s’oc­
cuper commercialement de ce produit. Les premiers envois
annuels à Sydney ne dépassèrent pas cent tonnes vendues au
prix de 5 à 0 livres sterling (123 à 150 francs). Au début, les
Maoris étaient seuls employés à l’exploitation ; mais depuis
vingt ans, une population de 2.000 à 2.400 Européens s’adonne
entièrement à cette occupation. Ces gum-diggers (chercheurs
de gomme) sont bien la catégorie la plus pittoresque, mais
non la plus recommandable, des colons européens aux anti­
podes. Ils se recrutent exclusivement parmi les aventuriers,
les déclassés, les forçats évadés de Nouméa et les convicts.
Sans domicile ni résidence fixe, ils vivent sous la tente ou
dans des huttes de raupo (Typha angustifolia). Ils campent de
préférence sur les terres invendues de la couronne, redoutés
des indigènes. Ils travaillent à l’aventure et à leur guise. Leur
outillage n’est pas compliqué : une espèce de lance et une
pioche. Rien de curieux comme de voir dans les gum-fields
(territoires à gomme) le vieux chercheur de résine courbé vers
LES DAMARS

�134
LES RÉSINES
le sol qu’il sonde avec une tige de fer d'un centimètre de
diamètre, au manche de bois se terminant par une sorte de
croix. La pratique lui permet de distinguer, au contact sou­
terrain, la résine dure de la pierre ou de tout autre corps.
Après un sondage heureux, il pioche en cercle pour dégager
sa trouvaille. Quelquefois ils travaillent à deux, l'un sondant,
l'autre creusant... Ces gum-diggers peuvent gagner de 15 à
20 francs par jour, mais en raison de leurs habitudes irrégu­
lières et de leurs chances inégales de réussite, leur gain moyen
par semaine et par homme ne dépasse guère 35 francs...
Quand le chercheur est fatigué de sonder et de creuser, il
traîne dans un sac jusqu’à sa hutte le produit de ses fouilles.
Il en fait le nettoyage sommaire ; et quand la quantité de
résine lui parait suffisante, il la vend à de petits commerçants
qui parfois procèdent au triage sur place. Mais le plus sou­
vent cette opération n est faite que par l’acheteur en gros
d’Auckland qui emploie à cet effet un personnel expérimenté.
Après un second nettoyage et le triage, la résine est empaque­
tée avec soin dans des caisses, afin d'éviter toute pression qui
fragmenterait les morceaux. Elle est alors prête pour l’expor­
tation. Les débris et les déchets forment aussi un article spé­
cial d'exportation.
La résine de Kaori est en morceaux de volume très variable
dont le poids peut atteindre jusqu’à 7 à 8 kilogrammes. Elle est
jaune foncé ou de teinte ambrée, et présente une grande dureté;
sa cassure est vitreuse et brillante. Elle est transparente, et
parfois d une limpidité parfaite. Inodore à l'état naturel, elle
répand, cpiand on la frotte ou qu’on la pulvérise, une odeur
térébentliinée agréable.
Ce produit se rend surtout sur les marchés d’Angleterre et
des Etats-Unis d’Amérique. L'exportation a continuellement
augmenté depuis ces cinquante dernières années. D’après
Lund Simmonds, en 1853 on n’en expédiait que 355 tonnes,
tandis qu'en 1883, 1884 et 1885, les embarquements annuels
ont dépassé 6.000 tonnes. On en a reçu en Angleterre, pendant
l’année 1885, 81.000 quintaux évalués à 6.350.000 francs.
Les transactions avec l’Amérique sont aussi considérables

135
et le prix de la résine est soumis à des fluctuations détermi­
nées par le marché de New-York. « fin 1887, dit M. de Jouffroy d’Abbans, les prix extrêmes étaient de 43 livres sterling
(1.075 francs) et 60 livres sterling (1.300 francs) la tonne. La
résine de Kauri figurait au tableau général îles exportations
d’Auckland pour 250.000 livres sterling (6.250.000 francs). »
La valeur moyenne des exportations est de 7.000.000 de
francs environ.
LES DAMARS

LES DAMMABA DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE

La Nouvelle-Calédonie possède trois espèces de Dammara
qui offrent une réelle importance comme sources de résine. Ce
sont :
Lindl. — D’après Pancher et Sebert,
c’est un arbre gigantesque atteignant jusqu’à 2m 50 de dia­
mètre et 30 mètres de hauteur au-dessous des premières
branches. La cime est irrégulière, dense ; les branches sont
dressées, formant un angle aigu avec la tige. Les ramules sont
verticillés par quatre, comprimés, aplatis. L'écorce est grise,
lisse, et s’exfolie par larges lambeaux. Les feuilles sont
opposées, sessiles, longuement lancéolées, mesurant 3 centi­
mètres sur 7, très légèrement échancrées au sommet, lui­
santes en dessus, à bords scarieux, épais; elles sont cassantes,
à nervure médiane nulle, à nervures secondaires peu appa­
rentes, parallèles ou palmées, non réticulées.
D ammara

lanceolata

D ammara ovata Moore est un arbre généralement moins
élevé que le précédent, et dont l'écorce persistante est crevas­
sée. Ses feuilles, beaucoup plus courtes, sont larges, ovales,
plus épaisses que celles de D. lanccolala.
Ces deux espèces habitent le sud de la Nouvelle-Calédonie

�136

LES RÉSINES

à une altitude variant entre 200 et 1.000 mètres, sur les pentes
ravinées, dans les gorges humides des montagnes; elles
recherchent les sols ferrugineux, riches en humus.
D'après Vieillard, le D. lanceolata se rencontre également
dans les montagnes du centre de 1’île.

LES DAMARS

137

de rivière des Kaoris, rappellent combien étaient communs ces
végétaux en cet endroit.
Mais les dépôts de résine fossile furent pillés et les Kaoris
massacrés. On raconte que des étrangers débarquaient clandes­
tinement et faisaient sauter à la poudre et à la dynamite tout
ce qui les gênait dans la recherche des gisements du produit

— Dam inara ovala Moore (d’après nature).
Partie d’un rameau feuille. j1/* gr. nat.).

F ig . 21.

D ammara M oorii Lindl., le Dicou des indigènes, ne croît
que dans le nord de la colonie. C’est un arbre de taille gigan­
tesque ; son tronc droit, nu sur une grande hauteur, s’élève
jusqu’à 30 ou 40 mètres et mesure souvent l mo0 de diamètre.
Il se distingue aisément, non seulement par son habitat spécial,
mais aussi par ses rameaux à écorce noirâtre et par ses
feuilles glauques, plus longues et plus étroites que celles de
D. lanceolata. Elles atteignent 13 centimètres et demi de
longueur, tandis que leur largeur ne dépasse guère 2 centi­
mètres et demi.

De ces trois espèces, la plus répandue, la mieux connue et
aussi la plus riche en résine, est le D. lanceolata.
Ce Conifère, autrefois abondant, tend à disparaître, car
depuis une trentaine d’années on le détruit d’une façon alar­
mante. Jadis il formait une immense forêt au voisinage de la
baie du Sud. et d’importants gisements de résine fossile attes­
taient son existence séculaire en cette région. Le nom à'Anse
des Kaoris dans la baie de Pronv, celui de chantier des Kaoris,

Fig. 22. — Dammara Moorii Lindl. (d’après nature).
Extrémité d'un rameau feuillè. (‘/ ügrandeur naturelle).

tossile, et, parmi ces obstacles, il faut entendre tout d’abord les
racines des Kaoris vivants et ces arbres eux-mêmes. Il en
résulte que là où s’étendait une vaste forêt des précieux
Conifères, 200 arbres subsistent à peine'*.
t. 11 faut bien reconnaître qu’en France, et même parmi nos colons

�138
LES HÉS1NES
Ce n'est pas tout. Les déprédations qui menaçaient de des­
truction complète les Ivaoris revêtaient une autre forme. Des
libérés s’étaient faits « gum-diggers »; mais comme le métier
est pénible et peu rémunérateur — les gisements de résine
fossile étant moins abondants qu'en Nouvelle-Zélande — ils
avaient imaginé de fabriquer de toutes pièces cette résine fos­
sile. Ils s v prenaient de la façon suivante. Choisissant les
plus beaux arbres, ils fouillaient le sol au-dessous des racines
et y pratiquaient des excavations d'un mètre environ de pro­
fondeur. Ils incisaient ensuite profondément ces racines pardessous et recouvraient soigneusement les cavités qui se rem­
plissaient d’une abondante sécrétion d’une limpidité parfaite.
Un mois ou deux après, les fosses étaient ouvertes, et les
opérateurs en retiraient des blocs de résine offrant toutes les
apparences du produit fossile. Il est évident que les arbres ne
pouvaient résister longtemps à des saignées aussi énergiques.
Ce procédé barbare nous éclaire du moins sur deux points,
savoir : l'origine de la résine de Kaori fossile qui s’écoulerait
de blessures accidentelles des racines, et non du tronc ; le
temps relativement court nécessaire à l’exsudation résineuse
pour se modifier et acquérir les propriétés physiques et chi­
miques propres au damar fossile.
calédoniens, on paraissait fort peu se soucier de l'exploitation de ces
richesses naturelles.
En 1883, on écrivait de Nouvelle-Calédonie (Journal officiel,
11 novembre 1883) qu'un négociant de la Nouvelle-Zélande, qui s’occupe
tout spécialement de la résine de Kaori, ayant entendu dire que cette
substance se trouvait en Nouvelle-Calédonie, avait fait le voyage pour
s'assurer par lui-même du parti que l’on pouvait en tirer. Il s’était rendu
à la baie du Sud et avait exploré tout h l'aise le territoire à Kaoris.
Or, peu de temps après, on annonçait en Angleterre, d'après un avis
envoyé de Nouvelle-Calédonie (The Cheniist and Druggist, décembre
1883, p. 613), que le gouvernement français avait accordé à un Allemand,
M. Adolphe Oppenheimer, de Auckland (Nouvelle-Zélande), le monopie pour l’extraction pendant dix ans de la résine de Kaori du sol de la
Nouvelle-Calédonie.
Le journal ajoutait : « La même autorisation s'étend à de riches mines
de chrome et de cobalt. »
Ces libéralités de notre administration à l’égard de l’étranger étaient
vraiment excessives !

130
Aujourd’hui, l'exploitation des Kaoris calédoniens se fait par
adjudication, et sous la surveillance de l’administration. On a
mis, de la sorte, un frein au vandalisme des gum-diggers. De
plus, le service des cultures de l’administration pénitentiaire
s’est, depuis quelques années, préoccupé de reconstituer les
forêts de Dammara et a créé des pépinières qui ont compté
jusqu'à GO.000 plants.
La propagation de ces arbres par semis est délicate. Tout
d’abord les graines à semer doivent être bien mûres ; ensuite
on doit les mettre en terre le plus tôt possible, car elles
perdent très rapidement leur pouvoir germinatif, fait général
chez les Conifères, mais particulièrement remarquable chez
les Araucaria et les Dammara. Les graines doivent être
semées en pots, à raison d’une graine par pot. Le semis se
fait dans de la terre riche en humus et en éléments ferrugineux
qu'affectionnent les Dammara. Les pots sont enterrés dans
un sol humide et dans un endroit frais, mais en assurant
bien l’écoulement des eaux d’arrosage. Quand les plants ont
atteint 20 ou 23 centimètres de taille, on les enlève des pre­
miers pots pour les placer dans d autres plus grands, mais en
évitant soigneusement de mettre à nu les racines, ce que ne
supportent pas les Conifères. Les plants ne doivent être livrés
à la pleine terre que lorsqu'ils ont atteint 50 centimètres envi­
ron.
Nous rappelons seulement que les Dammara se plaisent
dans les terrains argilo-ferrugineux, sur les pentes où en
aucun cas l’eau ne demeure stagnante. Leur croissance est
d'une lenteur extrême. Néanmoins ce sont des arbres utiles
que nous préconisons dans les opérations de reboisement de
certaines de nos colonies à climat tempéré.
Le tronc de ces Conifères laisse spontanément exsuder une
résine blanche d'abord, puis de plus en plus colorée avec le
temps. Cette substance, d’abord très fluide, coule le long de
l’écorce et se concrète en longues larmes cjui s'agglomèrent,
formant ainsi de volumineuses stalactites.
Les Dammara néo-calédoniens, comme ceux de NouvelleZélande, ont jadis fourni une abondante résine, aujourd’hui
LES DAM.VUS

�110
LES RÉSINES
fossile, dont nous avons signalé plus haut les dépôts nom­
breux, quoique moins riches que ceux de Nouvelle-Zélande.

Fig. 23. — Dammara lanceolata Lindl.
Coupe transversale d'un rameau. — c. Épiderme ; agp. Assise géné­
ratrice subéro-phellodennique, au début de son activité ; es. Canaux
sécréteurs exclusivement corticaux; ec. Écorce; /. Liber; b. Bois;
as. Assise génératrice libéro-ligneuse.

Il est à peine besoin d’ajouter que ce produit fossile est la
sorte la plus estimée par le commerce.

LES DAMARS

ni

Cependant il est possible, par un gemmage prudent, de
saigner les Kaoris sans grand dommage pour les arbres, et d’en
extraire la résine.
Si l’on fait une section transversale d'un rameau de D. lanccolata, par exemple, et qu’on l'examine au microscope, on
voit (fig. 23), que les canaux sécréteurs delà résine sont localisés
dans l’écorce. Nous avons compté de ving-huit à trente de ces
canaux dans la couche corticale d’un rameau de 3 millimètres
dediamètre. On n’en observe ni dans le liber ni dans la moelle.
Pour ces raisons d’ordre anatomique, le procédé de gem­
mage adopté en Nouvelle-Calédonie par le service des cul­
tures de l’administration pénitentiaire nous paraît réaliser les
meilleures conditions.
Les arbres doivent avoir 35 à 40 centimètres de circonfé­
rence. On pratique des incisions intéressant toute l’écorce jus­
qu’à l’aubier. Chaque incision a la forme d’une niche, c’est-àdire d’un quart de sphère dont la section plane est horizontale.
Dans ces niches pratiquées dans le tronc se déverse le contenu
des segments supérieurs des canaux sécréteurs. La résine, très
fluide s'y accumule et bientôt s’y concrète, au lieu de s'écou­
ler à la surface de l’écorce ou sur le sol en se chargeant
d’impuretés.
On fait d’ailleurs à chaque arbre des incisions multiples
pendant toute la saison sèche.
Les beaux D. lanceolata de la baie de Pronv et du massif
montagneux central, ainsi traités, fournissent annuellement
10 kilogrammes de damar valant de I franc à 1 fr. 50 le kilo­
gramme. La résine fossile, beaucoup plus estimée, comme
nous l’avons dit, atteint jusqu'à 6 francs le kilogramme.
Les belles sortes sont de coloration ambrée, transpa­
rentes et limpides. Elles sont susceptibles d’être tournées
et sculptées, comme l'ambre jaune.
En 1890, la Nouvelle-Calédonie a exporté à destination de
l’étranger 2.800 kilogs de résine damar, quantité bien minime
par rapport à celle que le commerce va puiser en NouvelleZélande et dans l’Archipel malais.
En 1895, des échantillons, exportés aux Etats-Unis, y ont

�I i2

LKS RÉSINES

été très appréciés et ont provoqué des demandes de renseigne­
ments et des offres d’achat.
Il y aurait probablement lieu de chercher des débouchés de
ce côté.
CARACTÈRES, COMPOSITION ET PROPRIÉTÉS DES DAMARS

Le Damar des Indes Orientales, avons-nous dit, est une
résine jaune clair et transparente, dont la densité varie de
1,04 à 1,09. Il fond entre 73° et 150°; ces différences tiennent au
mélange des diverses sortes1. Le produit est donc rarement pur.
Partiellement soluble dans l'alcool et l’éther, il se dissout
complètement dans l’alcool bouillant. Il est soluble dans les
huiles fixes et dans trois fois son poids d’essence de térében­
thine.
Le Damar austral, ou résine de Ivauri de la NouvelleZélande. a été l'objet de recherches plus complètes.
En 1813, Robert Thompson a étudié des échantillons de
cette résine rapportés par le Dr Ernst Dieffenbach, natura­
liste de la Compagnie de la Nouvelle-Zélande.
Ce Damar, de couleur ambrée claire, fond à basse température
en répandant une odeur de térébenthine. Il se dissout en partie
à froid dans l'alcool faible ; il est plus soluble dans cet alcool
bouillant.
L'acide sulfurique le dissout, et, en ajoutant de l'eau à la
solution, la résine se précipite en flocons.
Lorsqu’on fait bouillir ce damar dans l’alcool ordinaire, une
partie de la résine se dissout et il reste une résine blanche qui
est insoluble dans l’alcool faible, mais qui forme avec l’alcool
absolu une belle solution transparente.
D’après Thompson, la portion de résine soluble dans l'al­
cool faible possède toutes les propriétés d'un acide ; il propose
de l’appeler acide clammarique, et dammarane le résidu
i. Nous verrons, en ellet, que le Damar oriental est presque toujours
mélangé de résine de Diptérocarpées, et surtout de Ilopea micrantha.

LES DAMARS

I L3

neutre, ou résine blanche qui se dissout dans l’alcool absolu et
représente 43 °/0 de la masse totale.
Selon le même auteur, la composition élémentaire de la
résine de pin Cowrie serait donnée par la formule C'*0 H ’1 O6.
En 1847, Dulk [Pharm. Centralblatt) donne une analyse
plus détaillée de la même résine. D’après ses recherches, elle
fond à 165° F. (73° centigr.) en laissant 3,9 °/0 de cendres.
Elle est presque insoluble dans l’alcool, la potasse et l’ammo­
niaque, mais se dissout complètement dans l’acide sulfurique
et les huiles grasses.
Ce Damar se composerait de cinq résines différentes dont
les proportions seraient les suivantes, pour 100 parties :
13.5 de dammaryl, soluble dans l’éther;
24.5 d’une résine a, soluble à chaud dans l’alcool dilué,
mais ne précipitant pas par refroidissement;
10.5 d’une résine 3, soluble dans l’alcool dilué chaud, mais
se précipitant par refroidissement;
41 d’une résine y, à fonction acide ou acide dammarylique,
soluble dans l’alcool absolu ;
7.5 d’une résine e qui reste lorsqu’on a séparé les précé­
dentes.
La résine Damar donne aussi des produits de distillation.
Dès 1843, Thompson avait extrait de la résine de Ivaori de
la Nouvelle-Zélande une huile volatile qu’il avait appelée dammarol et qui contenait 82,2 °/0 de carbone et 11,1 d’hydro­
gène.
Plus récemment, en 1881, M. Rennie, après M. P. Mair,
reprit cette étude. Il distilla le produit dans un vase de cuivre
chauffé au gaz et dans lequel passait un rapide courant de
vapeur d’eau. La distillation a été continuée jusqu'à l'appari­
tion dans le condensateur d’un produit demi-solide. Avec
5 lui. 595, on a recueilli 750 cent, cubes d’huile. Celle-ci a
a été séparée de l’eau et soumise à la distillation fractionnée.
Après des rectifications successives, on a obtenu une huile
incolore dont la densité est de 0,863 à 18°, dont le point
d’ébullition se maintient entre 157° et 158°, dont l’odeur est

�LFS RÉSINES
celle de la térébenthine et la composition celle du térébène
C20 IIIG.
La résine de Kaori fossile de la Nouvelle-Calédonie se dis­
sout en totalité dans les trois quarts de son poids d’alcool à
90°. Elle est complètement soluble dans l’éther et presque aussi
soluble dans l'essence de térébenthine. Ces propriétés
éloignent le Damar néo-calédonien de la résine de Kauri de
Nouvelle-Zélande, et le font presque l'analogue de la sub­
stance que Guibourt désigne sous le nom de damar aroma­
tique des Célèbes. Le damar aromatique est, en effet, entière­
ment soluble dans l'alcool et l'éther, mais il est peu soluble
dans l'essence de térébenthine.
On a tenté, en Nouvelle-Calédonie, la distillation de la
résine de Kaori. Les expériences entreprises par le service
des cultures de l’administration pénitentiaire ont permis d’ex­
traire de la résine une huile essentielle à odeur de térében­
thine. D'après Jeanneney, 10 kilogrammes de résine donnent
350 grammes d’huile, soit un rendement de 3,5 °/0. Ce serait
là encore une différence avec le Damar de Nouvelle-Zélande
qui. nous l'avons vu, d’après les recherches de M. Kennie,
fournit 13 °/0 environ d'huile essentielle.
Quoiqu'il en soit, la résine de Kaori, privée de son essence,
est moins soluble dans l’alcool. D'autre part, cette résine est
plus rapidement soluble dans sa propre huile essentielle que
dans l'essence de térébenthine. M. le Dr Forné, médecin en
chef de la marine, a eu l’idée d’utiliser en chirurgie cette
solubilité parfaite de la résine de Kaori dans son huile essen­
tielle : il s’est servi avantageusement de cette solution rési­
neuse, au lieu de silicate de potasse, pour confectionner des
appareils inamovibles usités dans le traitement des fractures.
La facilité avec laquelle le Damar de Nouvelle-Calédonie
s'incorpore aux divers véhicules lui donne une place impor­
tante parmi les résines à vernis.
Le produit fossile, comme le Copal dur, doit subir un lavage
avant d’être livré au commerce. Comme les Copals égale­
ment, les Damars doivent être soumis à un triage attentif et
classés par ordre de nuances. L'emballageen vue del’exportaut

SANDARAQUE
145
tion demande les mêmes soins et les mêmes précautions pour
toutes ces résines.
Dans le commerce, les Damars sont parfois désignés sous
le nom de Copals tendres. Dans l’industrie, ils forment la base
d’excellents vernis gras dits d'intérieurs, ou de vernis à l’es­
sence pour meubles et bibelots.
SANDARAQUE
Au double point de vue de l'origine botanique et de la
provenance, nous distinguerons deux sortes de résine sandaraque : l’une, récoltée dans le nord de l’Afrique; l'autre, en
Australie.
Elles sont fournies par deux espèces du genre Callitris, de
la famille des Conifères.
I. — SANDARAQUE D AFRIQUE

Cette résine est le produit du C a l l it r is q u a d r iv a l v is Vent.
[Thuya articulata Desf.). C’est un arbre de 5 à 7 mètres de
hauteur, présentant un tronc droit de 10 à 40 centimètres de
diamètre, à cime étalée. Les rameaux sont insérés à angle
droit, parfois obliquement autour du tronc ; ils portent des
ramules nombreux, aplatis, articulés, comprimés. Les feuilles
sont squamiformes, aiguës, quaternées ou ternées. Les fleurs,
monoïques, paraissent d’octobre à novembre ; les mâles sont
en chatons petits, globuleux ou un peu allongés, brièvement
pédicellés. Les cônes femelles sont tétragones et se com­
posent de quatre écailles, dont deux plus larges, terminées
en pointe, opposées, séminifères, et deux plus étroites, tron­
quées, stériles. Les graines sont petites, à tégument mem­
braneux.
Les Gommes el les Résines.
10

�U S 11ÉSINES
146
Ce Conitero, appelé vulgairement / huya de linrJtarie, et
Harhar par les Arabes, est recherche depuis la plus liante

SANDARAQUE

H7

Le Thuya de Barbarie trouve de bonnes conditions de
végétation sur le versant méridional de la chaîne de l'Atlas.
Cet arbre se reproduit de graines : les semis doivent être faits
avec des semences très fraîches.
L'Algérie et le Maroc sont les deux régions privilégiées
pour la culture de ce Callitris. C’est de là, et surtout du Maroc,
(pie provient la Sandaraque d'Afrique^ qui reçoit, en Europe,
une si large application dans 1industrie des vernis.
La Sandaraque de qualité supérieure est en larmes d'un
jaune très pâle, presque incolores, recouvertes d'une fine pous=
sière blanchâtre, à cassure vitreuse; elle est transparente,
quand on examine l'intérieur des morceaux.
Mais il existe une seconde sorte, dite Sandaraque commune,
qui se présente en petites larmes arrondies ou allongées, d'un
jaune foncé ou safrané, opaques, et contient une forte propor­
tion d'impuretés.
La résine sandaraque ne se dissout pas dans l essence de térébenthine, dans la benzine, le toluène, le chloro­
forme. Mais elle est soluble dans l'alcool à 90° et très soluble
surtout dans l'éther qui paraît être son meilleur dissolvant.
Pour obtenir la solution dans l’essence de térébenthine il
faut faire fondre préalablement la résine, au bain-marie, si on
ne veut pas qu’elle prenne de teinte foncée ; puis on verse
sur la masse liquéfiée l’essence de térébenthine bouillante.
IL — SANDARAQUE D AUSTRALIE

Fig. 24. — Callitris yuadrivalvis Vent.
1. Rameau portant des fleurs mâles et un fruit; 2, 3 et 4 (d'après
Fichier : 2. Une fleur mâle plus grossie ; 3. Etamine (face dorsale) ;
4. Fruit vu par son sommet: les quatre valves sont rapprochées.

antiquité pour son bois, dont les anciens faisaient des tables
de grande valeur.

La résine sandaraque d'Australie est fournie, en majeure
partie, par le C a l l it r is v e r r u c o sa R. Br. (Frenela verrucosa A.
Cunn.). C'est le Cyprcss-pine ou Sandarac-trcC des Anglais.
Ce Conifère, dont les caractères se rapprochent beaucoup de
ceux de l’espèce africaine, habite les régions désertiques du
nord et du nord-ouest de la colonie de Victoria.
La résine exsude spontanément du tronc et l'on en trouve

�us

LES RÉSINES

souvent au pied de l'arbre. Mais les quantités obtenues sont
plus considérables si I on favorise l’exsudation par des inci­
sions méthodiques.
Ce produit se présente en grosses stalactites formées de
nombreuses larmes allongées, ou en fragments de dimensions
variables. Tous les morceaux sont recouverts d une légère
poussière blanchâtre, due à une oxydation superficielle ; mais
la cassure est brillante, et montre à 1intérieur une résine
jaune pâle, transparente, limpide, d’odeur agréable, d ailleurs
assez faible.
Celle substance est friable et se pulvérise très facilement.
Elle est complètement soluble dans l’alcool et dans l'éther.
A froid, l’essence de térébenthine n'a aucune action sur
elle. Si l’on chauffe au bain-marie un mélange d’essence et de
résine pulvérisée, celle-ci ne se dissout pas, mais se ramollit
peu à peu et se transforme en une masse pâteuse, filante, qui
adhère au fond de la capsule.
Mais la résine fond très facilement à une température
modérée. Si à la substance fondue on ajoute de l’essence de
térébenthine bouillante, la dissolution a lieu sans difficulté.

Comme laque (résine laque)
I. — GOMME LAQUE DE l ’a SIE MÉRIDIONALE

La substance bien connue sous le nom de « gomme laque »
ne renferme aucune gomme; elle est essentiellement résineuse.
Son nom exact devrait donc être résine laque.
Cette réserve faite, et pour nous conformer à l'usage, nous
conserverons néanmoins le terme primitivement adopté.
La gomme laque est le produit de sécrétion d'un insecte

GOMME LAQUE

U9

hémiptère, la Carteria lacca Signoret, Commstock ( Tachardia
lacca Sign. ; Coccus lacca Kerr), qui vit sur de nombreuses
espèces de plantes de la zone intertropicale, surtout de 1Asie
méridionale.

Espèces végétales laccifcre.s. — Watt (Dicfionary of the
économie products of India, 1889) chiffre à 18 le nombre de
ces espèces. Il est sans intérêt d’en faire l’énumération, d’au­
tant plus que l'insecte à laque vivant sur des végétaux de
familles très diverses, il est impossible d'admettre que la liste
puisse en être définitivement établie.
Nous citerons seulement, à titre de renseignements,
quelques-unes de ces espèces les plus importantes à connaître.
Une Sapindacée, le S c h l e ic iie r a t r iju g a Mor. (Cupania
Lessertiana Cambess.), doit figurer au premier rang. Les
Anglais l’appellent Koosumb-tree. Ses noms indigènes dans
l’Inde sont : Koug-gaha et Poo-niarum. En Cochinchine :
Dzao tuong.
C’est un grand arbre de 70 pieds qui croît généralement
sur les hauteurs, les collines, mais qui pousse aussi dans les
vallées et les plaines. D'après Ramasawny Moodliar [The
Technologist, IV, août 1803), il est répandu dans le territoire
de Nagpore, et il abonde surtout dans le district de ïtanjem :
les indigènes l’appellent Kousumbia.
La gomme laque recueillie sur le S. trijuga, selon le témoi­
gnage de Raoul, obtient dans le commerce une valeur de 2u °/0
supérieure à celle de la laque récoltée sur les autres arbres.
C’est la sorte appelée Laque Kusurn.
Une Combrétacée, le C o m b retu m B o v e t i Pierre, le Dom
san ke des Kmers, est la plante préférée de ces mêmes Ivmers
pour l’élevage de la Cochenille à laque. A cet effet, ils la
taillent très bas, tous les deux ou trois ans, de manière à
multiplier les pousses tout en leur conservant un faible dia­
mètre. C’est, nous écrit M. Pierre, « un petit arbre multicaule

�I.ES RÉSINES
150
qui croît abondamment dans les terrains secs ou inondes.
C’est ainsi que cette espèce se rencontre sur le talus des rizières
de la Basse-Cochinchine, dans les anciennes stations cam­
bodgiennes qui l’avaient plantée dans deux buts : 1° avoir un
combustible économique; 2° pour l’élevage du Coccus lacca.
Aujourd'hui, les Annamites occupent ces stations et n'ont pas
imité les Kmers plus industrieux dans cette culture de l’in­
secte h gomme laque. »

Quelques Légumineuses sont intéressantes il noter :
D a lrer g ïa la c c ifer a Pierre, appelé Dom chhœu snuol par
lesIvmers. arbre qui donne annuellement, au Cambodge, 10 à
20 kilogrammes de laque.
B et e a fro n d o sa Roxb., dont nous nous sommes occupé ail­
leurs, à propos de la tano-gomme qu’il fournit, est aussi
favorable à l'élevage de la Cochenille il laque.

Le Musée colonial de Marseille a reçu récemment de
M. Capus, directeur de l’agriculture en Indo-Chine, un échan­
tillon de laque en bâtons récoltée sur une variété de Cajants
in d ic é s Spr., ou Amhrevade, communément cultivée en Cocliinehine, d'après des renseignements dus ii M. Pierre. Cette
variété se distingue par des graines dont le tégument est
uniformément jaune brique, sans les bigarrures des semences
qui appartiennent à la plante généralement cultivée dans nos
colonies.
Cet arbuste est nommé Mak toua hé en laotien, et Dom san
dek day par les Kmers. La laque qu’il fournit est moins colorée
que celle du Combretuni Boveli.
Le Cajanus indicus, nous écrit M. Pierre, réussit très bien
dans toute l’Indo-Chine et constitue une excellente jachère
particulièrement pour les terrains secs et stériles, ou épuisés
par les cultures habituelles. De plus, on sait que les graines
jeunes forment un aliment assez goûté et que les graines

COMME LAIJUK

adultes sont une excellente nourriture pour les bestiaux.
Pour ces raisons, auxquelles s’ajoute l’élevage de l’insecte
à laque, il serait à désirer que la culture du C. indicus soit
conseillée aux indigènes en Indo-Chine.
Enfin, on a récolté, dans l’Inde, de la laque sur YAcacia
lebhek, dont nous parlons ailleurs comme espèce gommifère,
et sur YInga dulcis.
Parmi les Artocarpées, divers Ficus sont particulièrement
indiqués comme laccifères : F. indica L. ; F. religiosa L. ;
F. bcnglialensis\j.\ F. altissima Blume (F. laccifera Roxb.);
etc.
Histoire naturelle de la Carteria lacca. — Carter en 1861
[Journal of tlie agricultlirai and horticultural Society, XL
Calcutta) a décrit avec précision la biologie de cet insecte.
Ses observations ont porté sur une colonie de la Cochenille il
laque établie sur YAnona squamosa. Il reçut, A’ers la fin de
juin 1800, des rameaux de cette plante qui portaient des
couches de gomme laque renfermant des insectes vivants.
Visitant les arbres eux-mêmes, au commencement de juillet,
il vit les jeunes individus, sortis par l’orifice anal des femelles
toutes recouvertes de laque, se répandre sur les branches voi­
sines, se fixer à l’écorce par leur extrémité orale, puis com­
mencer à s’envelopper de la résine laque qu'ils sécrétaient.
Chaque femelle pouvait produire au moins un millier de ces
jeunes dont la coloration est d un rouge vif. Mais beaucoup
mouraient. Les rameaux sur lesquels ils formaient une couche
rouge en montraient de bien vivants ; mais les autres, isolés
ou par groupes, après fixation à l'écorce, succombaient et se
desséchaient.
Pendant la première quinzaine de septembre, Carter vit
apparaître les individus mâles et se faire l’accouplement. Il
conclut que chez les jeunes Cochenilles les caractères de
sexualité ne s’établissent qu’après la naissance : les individus
devenus mâles fécondent les femelles qui s’enveloppent de la

�ir;2

LES RÉSINES

résine laque quelles sécrètent, et préparent une nouvelle
couvée. Cette nouvelle génération ne doit faire son appa­
rition qu’au mois de juin de l'année suivante.
Quant aux mâles, ils succombent après avoir fécondé les
femelles.
Examinons maintenant à la loupe la surface d’une gomme
laque en bâtons, c'est-à-dire de la masse résineuse encore
supportée par une branche. On voit (lig. 25) qu’elle est percée
d'un grand nombre de petits orifices arrondis. Chacun de ces
orifices est accompagné, au voisinage de
son pourtour, de deux petites taches blan­
châtres.
Si l’on observe maintenant la section
de la même gomme laque préalablement
détachée du rameau, on voit qu elle offre,
dans son épaisseur, trois couches : une
F ig . 23.
couche
moyenne toute creusée de cavités
Schéma de la disposi­ alvéolaires séparées les unes des autres
tion des ouvertures
anales et des term i­ par des cloisons minces de résine ; et
naisons des traînées
poreuses à la surface deux autres couches qu’on pourrait
de la laque en bâtons appeler corticales, situées de part et
d après T arp o ni Tozzetti); a. O uvertures d’autre de la précédente : l'une interne
anales; b. Term inai­ très faible, l’autre externe, beaucoup
sons des traînées ci­ plus épaisse, toutes deux compactes,
reuses.
mais traversées par des traînées blan­
châtres allant des cavités moyennes à la périphérie, où leurs
extrémités forment les petites taches blanches que nous avons
signalées.
Voici l’explication de ces faits. Les insectes femelles s’ins­
tallent sur les rameaux des plantes : elles sont solitaires ou le
plus souvent groupées, placées côte à côte, se touchant
presque. Elles se fixent à l’écorce par leur extrémité orale
pourvue de longues soies maxillo-mandibulaires. Elles s’en­
tourent alors d'une couche résineuse rouge violacé. Mais de la
périphérie de cette couche émerge le tube anal, peut-être
rétractile, qu’elles portent à la partie postérieure de leur
corps. Chaque orifice arrondi qui s’observe à la surface de la

153
laque brute correspond donc à l’anus; c’est par ces orifices
que Carter a vu sortir les jeunes individus.
De plus, de chaque côté et à la base du tube anal de l’insecte,
se trouvent deux gros tubercules mamillaires que Commstock regarde comme les organes sécréteurs delà laque. Quoi
qu’il en soit, ces tubercules, situés près des stigmates posté­
rieurs, présentent à leur base des filières qui donnent une cire
poreuse. D’autre part, les dépôts cireux blanchâtres, moins
importants, de la couche interne sont produits par les filières
placées au voisinage des stigmates antérieurs.
Cette cire forme précisément ces traînées blanches qui,
traversant les couches compactes corticales de la laque,
vont aboutir à la surface. Ces traînées de cire perméable
mettent en communication l'appareil trachéal de l'insecte avec
l’atmosphère extérieure; elles sont en relation directe avec la
fonction respiratoire, car, alors que la Cochenille est entière­
ment enfouie dans la masse résineuse, elles assurent le libre
accès de l’air jusqu’aux stigmates1.
Les alvéoles de la couche pluriloculaire moyenne, où étaient
logés les insectes, sont vides ou tapissés à leur surface d’un
enduit pulvérulent de cire blanchâtre, ou encore remplis de
la matière colorante rouge, pulvérulente aussi, qui est contenue, pendant la vie, dans l'ovaire de l'insecte femelle, d'après
Carter.
De ce fait, il déduit cette règle pratique que pour obtenir
de la laque offrant un maximum de richesse en matière colo­
rante, il faut, du moins dans l'Inde, la récolter vers la fin de
mai ou le commencement de juin, c'est-à-dire avant la nais­
sance des larves qui emportent avec elles la plus grande partie
de cette matière colorante.
Cette époque est à déterminer pour chaque pays ou
chaque localité.
GOMME LAQUE

1. C’est l'opinion nettement exprimée par M. Targioni Tozzetti dans
une note sur les insectes à laque (p. 114), annexée à la thèse de phar­
macie de M. Gascard, de Rouen, intitulée : Contribution â l'élude des
gommes laques des Indes et de Madagascar (1893). Nous avons fait plu­
sieurs emprunts à ces deux études.

�LES RÉSINES
154
La cire, dans la laque, n'est donc pas mélangée à la résine :
elle forme îles dépôts distincts et joue, comme nous venons
de le dire, un rôle spécial dans la biologie de l’insecte. Lors­
qu'on suspend pendant quelque temps un fragment de laque
en bâtons dans de l'alcool à 95°, la résine se dissout, et la cire
apparaît comme des filaments blanchâtres formant des sortes
de pinceaux appendus aux loges occupées précédemment par
les insectes.
Si donc l'origine de la cire n'est pas douteuse, celle de la
résine est moins certaine. Toutefois, nous nous en tenons à
l'opinion de Carter et de beaucoup d’autres observateurs, qui
considèrent cette résine, non pas comme une exsudation de la
plante, mais comme une sécrétion de l’insecte lui-même.
Si l’on admettait que la résine est d’origine végétale, il
serait bien singulier de constater que la laque possède à peu
près les mêmes caractères et les mêmes propriétés, quelle que
soit la plante sur laquelle elle a pris naissance ; d’autant plus
que la plupart des végétaux laccifères cités sont habituel­
lement dépourvus de toute sécrétion résineuse.
Elevage de la Cochenille à laque. Ses parasites. — En
Indo-Chine, les arbres communément appelés lac/uiers,
dont nous avons signalé quelques-uns plus haut, doivent être
artificiellement ensemencés avec la Cochenille pour produire la
laque.
A cet etlet, on prend un morceau de gomme laque convena­
blement choisi, vers l’époque où a lieu l’éclosion des larves, et
on le lixe sur l'arbre par un lien de bambou. Bientôt, de la
masse résineuse sortent une multitude de jeunes individus
qui se répandent sur toutes les branches du voisinage, et évo­
luent comme nous l'avons déjà expliqué. Cette opération peut
se faire à deux moments de l'année en Indo-Chine ; mais elle
est très délicate et réussit difficilement.
M. Raoul iBull, de l’L nion Coloniale française, 1er novembre
1891; s’est demandé si la Cochenille à laque pourrait vivre en
dehors de la zone intertropicale.
« Les gelées même faibles la tuent ou la font beaucoup

155
souffrir, » de sorte qu'il ne faut pas songer à la cultiver en
Europe.
En ce qui concerne le transport au loin, l’insecte pourrait
résister au voyage à l’époque où il vient do s’envelopper de sa
sécrétion résineuse : il demeure en cet état environ deux mois
et demi.
On pourrait alors couper les branches et les transporter, à la
condition que la température moyenne du nouvel habitat ne
soit pas trop différente de celle du milieu naturel où vit
l’insecte. La chaleur intense serait alors à redouter, et le
passage de la mer Rouge, par exemple, très dangereux.
La Cartcria lacca est attaquée par des insectes parasites sur
lesquels nous n'avons que des données incomplètes.
Raoul parle d’une Galleria (et non Galliera) et d’une autre
espèce appartenant au genre Tinea. Nous avons consulté M. le
professeur A. Giard à ce sujet. D'après l’éminent biologiste,
les deux espèces citées par Raoul doivent se confondre : « Les
Galleria sont, en effet, dit-il, des parasites des cires qu’on plaçait
naguère dans le genre Tinea (Lépidoptères). L’espèce ou les
espèces des laques sont à peu près inconnues. Personne, à ma
connaissance, n’a vu l'insecte parfait. « Targioni Tozzetti,
ajoute-t-il, a figuré le fourreau de la chenille et la
nymphe (loc. cil., p. 100-101) qu’il a rencontrés dans une
laque de Madagascar décrite par M. Gascard (dont nous
parlerons plus loin). » L’entomologiste italien dit, en effet, que
ce qu’il a vu ne lui permettait pas d’arriver à l’espèce, mais
suffisait cependant « à faire reconnaître le groupe qui ne
pourrait être autre que celui des Tinéides. »
D’autre part, M. Gascard (loc. cil., p. 52-53) a signalé dans
la laque en bâtons des cocons qu'il attribue à un parasite de
la Cochenille.
Ce parasite avait déjà été vu par Gernet (Bull. soc. irnp. des
nat. de Moscou, p. 154-174, 1863). Ce serait la larve d’un
Coléoptère du genre Brachijlarsus, qui « creuse fréquemment
dans la laque des galeries de 5 millimètres de diamètre dans
lesquelles elle abandonne des excréments lenticulaires et
colorés en rouge ; dans la laque, elle se bâtit des cocons
GOMME LAQUE

�156
LKS HÉSINES
solides avec ses excréments et des dépouilles de Coccus, et,
dans ces cocons, elleaccomplit ses dernières transformations. »
Enfin, dans une note publiée par le Bulletin économique de
l Indo-Chine (1898, n° 3), nous lisons que « les Coccus ont
un ennemi acharné dans les fourmis rouges contre lesquelles
on doit soigneusement garantir l’arbre ensemencé. C’èst là
sans doute la raison pour laquelle la production de la laque
ne peut réussir dans certaines régions où les laquiers
abondent, mais aussi les fourmis1. »
Composition et propriétés de In gomme laque, dite des Indes.
— Des analyses de la gomme laque ont été publiées au com­
mencement de ce siècle par John et par Hatchett. Les
tableaux suivants résument les résultats obtenus :
Analyse de John.
Résine (5 corps résinoïdes)......................... 06,55
Substance jaunâtre particulière (LackstofT). 16,70
Matière colorante........................................... 3,75
Extractif.......................................................... 3,92
Acide particulier (acide laccique).................. 0,62
Chitine.................•...................................... 2,08
Matière cireuse............................................ 4,67
Sels................................................................. 4,04
Sable et terre.................................................. 0,62

1. Cependant, M. Giard n’est pas disposé â voir dans les fourmis un
ennemi des Cochenilles à laque : « Quant aux fourmis, nous écrit-il,
leurs relations avec les Cochenilles ont souvent été mal comprises. Mais
chaque fois qu'on y a regardé de près, on a vu qu’il s'agissait de faits de
mutualisme (comme pour les pucerons) et nullement de prédatisme ou
de parasitisme. »

157

GOMME LAQUE

Analyses de Ilnlchett.
Laque.

En bâtons En grains En écailles
68,0 88,5 90,9
Résine.........................
Matière colorante........ . 10,0 2,5 0,5
6
4,5 4,0
Cire . . . . • ...................
2
2,8
Gluten................... . . .... 5,5
Corps étrangers.......... .... 6,5 0,0 0,0
4
2,5 1,8
Perte......................• . .
100,0 100,0 100,0
On peut séparer la résine de la cire et des autres corps que
renferme la gomme laque par le procédé suivant qui n’est
qu’une modification de celui indiqué par Unverdorben en 1828.
Au lieu d’alcool à 60° bouillant, on se sertd’alcool absolu froid.
On suspend pendant 48 heures des fragments de laque dans
une quantité suffisante d’alcool absolu. La laque cède sa
matière colorante à l’alcool dans lequel se dissout également
la résine.
Au bout de 48 heures, la laque est complètement désagré­
gée ; on triture bien ce qui reste de la substance, et l’on
filtre.
Le résidu qu’on recueille sur le liltre se compose de débris
d’insectes, de fragments végétaux et de la cire probablement
mélangée à la résine jaunâtre insoluble dans l’alcool que John
a nommée Lacksloff. Ce résidu représente environ 25 °/0 de
la gomme laque employée.
La solution alcoolique, filtrée, puis évaporée au bain-marie,
laisse déposer au fond de la capsule une résine brun plus ou
moins foncé, suivant la coloration de la laque elle-même.
En opérant avec la gomme laque noire du Cambodge, nous
avons obtenu ainsi une résine presque noire.
La matière colorante est soluble dans l’eau ; elle est utilisée
dans la teinture. Elle présente de grandes analogies avec
1acide carminique du carmin; Schmidt en a extrait un acide
dont la formule est C16 H12 O2.

�LES LÉSINES
I58
Dans l'industrie des vernis, il est nécessaire de purifier la
gomme laque avant de l’employer. Cette purification consiste
à séparer la résine de la cire. On se sert pour cela de solutions
alcalines diluées et bouillantes.
Benedikt et Ulzer ont proposé la formule suivante :
Gomme laque............................................
100
Carbonate de sodium (sel de soude sec)...
50
Eau............................................................ 2.000

Formes de la gomme lague. — La gomme laque se trouve
dans le commerce sous un certain nombre de formes dues,
pour la plupart, aux manipulations diverses qu’elle a subies.
1° Laque en bâtons (Stick Lac). — C’est la laque telle
qu’on la rencontre dans la nature, sur les arbres laquiers
(fig. 26). Ce sont des couches d’épaisseur variable, rouge
violacé, irrégulièrement mamelonnées, qui adhèrent aux
rameaux sur lesquels elles ont pris naissance. Ces dépôts,
plus ou moins étendus, discontinus, n’entourent pas complè­
tement la branche qui les porte : ils recouvrent une partie

fondre dans l'eau bouillante. La résine
fondue filtre par expression à travers la
toile. On la reçoit soit sur des dalles
bien polies, soit sur la surface unie de
cylindres de faïence remplis d'eau
chaude, sur laquelle on l'étend conve­
nablement. On obtient ainsi des plaques
de dimensions variables.
De la sorte, la laque est débarrassée
des corps infusibles, mais elle a perdu
une partie plus ou moins considérable
26
bâton produite sur de sa matière colorante : d’où les variétés
une branche Caja- brune, rouge ou blonde de la laque en
ntis indiens Spr. (d'a­
écailles.
près nature).

F ig .
en

. — G om m e laque
de

_______________

La laque se dissout, la cire fond et se rassemble à la sur­
face. On laisse refroidir et on recueille le gâteau de cire.
Après avoir filtré, on précipite la résine en acidulant la
solution avec, par exemple, de l’acide acétique. Les grumeaux
qui se forment sont lavés, et la masse agglomérée par fusion
présente à peu près la consistance de la laque brute.
I ne autre préparation industrielle consiste dans le blanchi­
ment de la laque. On fait dissoudre la gomme laque en solu­
tion alcaline bouillante, et on sépare la cire, comme nous
venons de le dire. Puis, au lieu de précipiter la résine par les
acides liquides, on fait passer un courant de chlore ou d’acide
sulfureux gazeux. La résine se précipite décolorée au fur et à
mesure de la neutralisation de la solution alcaline. On la
recueille sur un filtre, on lave soigneusement, et on fait
sécher.

�160

LES RÉSINES

t° Laque blanche (Wliite Lac). Nous avons expliqué plus
haut comment on l’obtient, lorsque nous avons parlé de l’opé­
ration industrielle du blanchiment.
Usaijes — On utilise dans la gomme laque : sa matière
colorante et sa résine.
La matière colorante, avons-nous dit, peut être enlevée par
l’eau froide. En Indo-Chine, les indigènes emploient l'eau
très chaude. La solution laisse déposer une poudre rouge que
I on dessèche soigneusement. C’est une teinture excellente.
La gomme laque, épurée et blanchie, entre dans la compo­
sition de bon nombre de vernis à l’alcool. C’est là son usage
le plus important, et celui qui donne à son commerce le plus
d’activité.
Elle sert aussi dans la fabrication de la cire à cacheter.
Commerce. — La gomme laque, que les Annamites
appellent Canh-Kien et les Laotiens Khan y, pourrait être
l’objet de sérieuses transactions commerciales dans nos pos­
sessions d’Extrême-Orient où croissent les meilleurs arbres
laquiers, sous un climat privilégié pour l’élevage de la Coche­
nille.
Les sortes les plus estimées de gomme laque, en effet, sont
celles qui proviennent du Siam et de l’Indo-Chine française.
La laque vaut 66 francs les 100 kilogs à Korat ; l’exporta­
tion sur cet important marché siamois s’est élevée, en 1806,
à 1.251 piculs et 7 livres, valant 56.656 ticaux (le picul repré­
sentant environ 60 kilogr., et le tical I fr. 60 de notre mon­
naie).
En ce qui concerne le commerce de la gomme laque dans
notre colonie indo-chinoise, voici les renseignements publiés
par la Revue coloniale du 13 octobre 1808 :
« Dans la seule province de IIung-Hoa, il a été recueilli, au
commencement de l’année 1808, eftviron 2.000 piculs de
laque, se vendant à raison de 50 piastres le picul. Toutefois,
les autres points du territoire semblent moins favorisés. L’ad­

161
ministration locale signale, comme centre de production
quelque peu notable de ce produit, la région de Quang-Huvên,
et celle occupée par les Thaïs et les Xas.
Les Thaïs et les Xas exportent leur produit à Hanoï, où il
se vend, en raison de son degré de pureté peu élevée, de 15 à
18 piastres seulement le picul de 60 kilogrammes. Il ne vaut
que 10 piastres sur le lieu de production.
Le Chau de Son-La produit environ 20 piculs par an ;
Thuan Chan et Mai-Pon, chacun de 60 à 70 piculs; TuânGiao, une vingtaine. Les Xas, dans le Chau de Dieu-Bien,
récoltent près de 150 piculs.
Toutefois les véritables pays d’avenir de la production de la
laque semblent être les Hua-Pauhs (Haut-Laos). Il se fait
d’assez forts achats de laque à Thach-Lao, et, plus bas, à
Suyut (province Muong), sur la rivière Noire. La récolte
annuelle, à Muong-Het et à Muong-Ven (Haut-Laos) s’élève­
rait environ à iOO piculs.
Entin, sur le marché de Pnom-Penh, au Cambodge, la
vente de la laque en bâtons a atteint, en 1807, de 4.000 à
5.000 piculs, à des prix variant de 25 à 35 piastres le picul. »
L’exportation totale du Bas-Laos, en 1898, a été de228 piculs,
valant 2.252 piastres. Le prix d’achat sur place est de
9 piastres.
La vente a lieu sur les marchés de Saigon et de Hanoï, à
des prix paraissant varier entre 12 et 30 piastres le picul, sui­
vant qualité.
Ainsi, on voit que la production de la gomme laque en
Indo-Chine est déjà importante : elle pourrait être beaucoup
plus considérable sans qu’une dépréciation trop grande soit à
craindre sur les marchés.
GOMME LAQUE

IL — GOMME LAQUE DE MADAGASCAR

M. Gascard, de Rouen, dans un travail déjà cité, a décrit,
liguré et analysé d’une façon détaillée une gomme laque proLe.S Gommes et les Résines.

11

�162

LES RÉSINES

venant de Madagascar. Ce produit « se présente, dit-il, en
masses sphériques ou ovoïdes traversées par une branche sui­
vant leur plus grand axe. La grosseur, aussi variable que la
forme, atteint à peine celle d'un œuf de pigeon. La couleur est
d'un jaune grisâtre; la surface rugueuse présente des mar­
brures plus blanches dues à ce que la couche extérieure, très
friable, s'est détachée en ces points et laisse apercevoir
d'autres parties moins colorées. »
De Flacourt, en 1661, avait déjà fait mention, dans son
Histoire de la grande isle de Madagascar, d'une « gomme »
contenant des fourmis, appelée Lit in bit sic, « blanche et
attachée à une petite branche de bois », et dont les indigènes
se servent pour « faire tenir les sagaies dans leur manche. »
C'est dans le sud de la grande île, au voisinage de FortDauphin. que de Flacourt observa cette substance qui est en
réalité une résine.
Un envoi récent, fait au Musée colonial de Marseille par
M. Bénévent, administrateur-adjoint résidant sur la côte
ouest, nous laisse croire que ce même produit existe égale­
ment dans les territoires de la partie occidentale de Madagas­
car. habités par les Sakalaves, c'est-à-dire le Ménabé, FAmbongo, le Bouéni.
D'après les renseignements qui accompagnaient l’échantil­
lon adressé au Musée, ces « boules de cire de fourmi », que
les Sakalaves nomment Lokombitsika, sont utilisées par
eux pour réparer leurs ustensiles cassés, tels que pots,
cruches, assiettes. A cet elFet, ils les traitent par le feu pour
les transformer en une masse lluide qui possède, paraît-il, une
très grande force adhésive.
Nous n'avons que peu de chose à ajouter à la description
exacte que donne de cette gomme laque M. Gascard. Nous la
compléterons seulement en disant qu'il en existe trois formes:
1° une forme sphéroïdale (fig. 27, 1), ayant au maximum deux
centimètres de diamètre; 2° une forme ellipsoïdale (Fig. 27, 2),
mesurant au maximum trois centimètres et demi de diamètre
longitudinal et deux centimètres de diamètre transversal ;
3° un type piriforme, qui paraît plus rare et moins volumineux
que les précédents.

une couche interne, creusée
d'alvéoles occupés par les
corps desséchés des insectes
producteurs ; une couche ex­
terne formée d’une résine
compacte blanc jaunâtre.
A la loupe, on voit toute
la masse résineuse externe
traversée par des traînées
blanches, friables, poreuses
partant des loges à insectes
(fig. 28, 2 b) pour aboutir à
la surface libre.
Cette disposition est pres­
que identique à celle qui est
réalisée dans la gomme laque
laque de Madagascar, sous
asiatique. Nous renvoyons Gomme
ses
deux
les plus communs
donc aux détails et explica­ (d’après aspects
nature). I. Forme glo­
tions que nous avons déjà buleuse ; 2. Forme ellipsoïdale.
donnés à ce propos. Il est
certain que la biologie de l’insecte à laque de Madagascar ne

2

I

F ig , 28. — Segments sphériques de la gomme laque de Madagascar.
1. (D ’après nature, grandeur naturelle) : a. Couche résineuse ex tern e; c. loges
occupées p ar les insectes ; 2. (D’après Targioni Tozzetti). Segm ent grossi
trois fois : a. M asse résineuse ex tern e; b. Traînées cireuses blanchâtres:
c. E xtrém ités cassées des corps des insectes occupant les loges.

doit pas différer sensiblement de celle de la Carteria lacca.

�164

LES KÉSINES

Cet insecte nouveau a été étudié par M. Targioni Tozzetti
toc. c i t p. 8S et suiv.) qui l'a nommé Gascardia Madayascariensis. D'après le savant italien, c’est une Cochenille
appartenant au groupe des Lécanites, et voisine de la Carteria
de la laque d'Asie.
Sans entrer dans les détails de structure sur lesquels s'étend
longuement M. Targioni Tozzetti, nous nous bornerons à
reproduire, d'après lui, les aspects principaux (lig. 29) que
présentent les corps des­
séchés des insectes, tels
qu’on les trouve dans les
loges de la substance
résineuse qu'ils sécrètent.
L’étude anatomique des
rameaux qui supportaient
les dépôts résineux dans
l’échantillon de M. Gas3
2
1
card a permis à M. Radais
F ig . 29. — Aspects divers du corps de les rapporter à une
de Gascardia Madagascariensis (d’a­ [liante de la famille des
près Targioni Tozzetli).
1. Insecte reposant sur son segment renflé ; Lauracées. Il serait inté­
2. Le même, vu de côté ; 3. Le m ême se ressant toutefois desavoir,
présentant par son segm ent sternal
en même temps que des
renflé.
déterminations complètes
et exactes, si la Cochenille vit sur une seule espèce végétale,
sur des espèces d’un seul et même genre, ou si elle se
rencontre, comme la Carteria lacca, sur des plantes de
diverses familles. Nous n’avons encore aucune donnée à cet
égard. Ces renseignements, de même que des observations
précises concernant les mœurs et l'évolution de la Gascardia,
seraient cependant nécessaires si l'on voulait en tenter
l’élevage méthodique.
M. Gascard a étudié, au point de vue chimique, la gomme
laque de Madagascar ; nous résumons les principaux résultats
qu’il a obtenus.
Cette gomme laque, traitée par l’alcool bouillant, s’y dis­
sout en partie, et la solution donne un dépôt partiellement

GOMME LAQUE

165

cristallisé, formé par la cire; la résine reste en solution h
froid.
Après traitement par l’alcool à chaud et séparation de la
résine et de la cire, le résidu qui reste se dissout assez bien
dans la benzine chaude. Par refroidissement, la benzine
n’abandonne pas de cristaux, mais une masse amorphe cpii se
dépose très lentement, matière très élastique quand elle est
imprégnée de benzine, très cassante après dessiccation.
Elle renferme de l’azote ; la cire et la résine sont aussi
azotées.
En pesant les différentes parties abandonnées par évapora­
tion de la benzine ou de l’alcool, on trouve à la gomme laque
de Madagascar la composition suivante :
Résines solubles dans l’alcool froid........... 52,5
Cire soluble dans l’alcool chaud................ 28,25
Produit soluble dans labenzine chaude. . . 13,0(3
Débris d’insectes.......................................... 4,00
Pertes........................................................... 2,25
100,00

La cire contenue dans ce produit est plus abondante et dif­
férente de celle qui existe dans la gomme laque asiatique.
Elle renferme de l’alcool cérylique, éthérifié par l’acide for­
mique, peut-être l’acide oléique, et surtout par des acides
azotés, qui se trouvent en partie à l’état de liberté.
Quant à la résine, elle se dissout dans l'alcool bouillant,
comme on l'a vu, et reste en solution dans l’alcool refroidi.
Pour l'obtenir, on distille la solution filtrée à froid. Après
la distillation, il reste dans le ballon une matière transpa­
rente, épaisse, ayant l'aspect d’un vernis de couleur jaune
rougeâtre et dont la réaction est acide.
Cette résine renferme des acides azotés, un peu d'acide
formique. Oxydée par le permanganate de potasse en solution
alcaline, elle donne des acides oxalique, butyrique et de l’am­
moniaque.
En résumé, la gomme laque de Madagascar se sépare nette-

�LES RÉSINES
106
ment de celle d’Asie par les caractères suivants : absence de
matière colorante; teneur différente en cire et en résine, qui
sont, en outre, chimiquement distinctes. Toutefois, les résines
des deux gommes laques ne sont pas sans analogie au point
de vue des propriétés physiques.
Le produit malgache serait donc très probablement suscep­
tible d'applications de même ordre que la gomme laque
d'Asie. Mais des recherches dans ce sens ne pourraient être
utilement entreprises qu'avec d'assez grandes quantités de
matière, que nous ne possédons pas actuellement.
Cependant, comme il y a lieu de penser, d’après les ren­
seignements ci-dessus mentionnés, que cette résine existe dans
le sud et qu elle n'est pas rare tout le long de la côte
occidentale de Madagascar, puisque les Sakalaves en font
un usage journalier et banal, on en pourrait recueillir sans
ditliculté la quantité nécessaire pour des essais industriels.
Si, comme nous le croyons, l’industrie venait à utiliser ce
produit, quelques points resteraient encore à élucider : 1° l’in­
secte vit-il sur une seule espèce ou sur plusieurs espèces végé­
tales, et, dans ce dernier cas, quelles sont les bonnes espèces
laccifères ? 2° L’insecte se prête-t-il à l’élevage? Peut-on le
propager, comme on le fait depuis longtemps en ExtrêmeOrient pour la Carteria lacca ?
Il ne faudrait pas se contenter, en effet, de récolter la
résine existante. Il serait bon aussi de faire œuvre de pré­
voyance en assurant l’essor de sa production.

RÉSINE DES RUBIACÉES
I. - RÉSINE DES GARDENIA

Les Gardénia producteurs de résine sont indigènes de l'Inde,
de la Nouvelle-Calédonie et des îles de la Société.
Les deux espèces de l’Inde sont :

167
G ardénia gummifera L. (G. arborea Roxb.). — C’est un
arbuste atteignant environ 2 mètres de hauteur, à bourgeons
résineux. Les feuilles ovales, oblongues, obtuses ou légère­
ment acuminées, sont sessiles. Les fleurs terminales, solitaires
ou groupées par deux ou trois, sont blanches, brièvement
pédicellées. Le calice pubérulent se compose de cinq sépales
courts, ovales, acuminés. La corolle hypocratérimorphe
forme un long tube surmonté d’un limbe à cinq divisions ; la
gorge est légèrement velue. Le fruit est une baie drupacée
couronnée par les pièces du calice.
RÉSINE DES Rl’HIÂGÉES

G a r d é n ia l u cid a Roxb. (G. resinifera Roth.). — Cette espèce
offre beaucoup de ressemblance avec la précédente. Elle en
diffère cependant par ses feuilles, non pas sessiles, mais briè­
vement pétiolées, et par son calice à cinq divisions longues,
subulées et pointues, portant en dedans des poils courts,
raides et épars.
Des bourgeons foliaires et des incisions faites dans les
jeunes rameaux de ces deux Gardénia, il s’écoule une résine
ambrée un peu verdâtre qui se solidifie à l’air.
Toutes les parties du bourgeon sont littéralement noyées
dans l’exsudation résineuse.
Le G. gummifera habite la province de Bombay; son pro­
duit est exploité sous le nom de Dika-mali. La résine de
G. lucida, appelée en tamoul Kumbee, est récoltée principale­
ment à Guntoor, dans le Mysore et le Canara.
Le Dika-mali, dit Drury [Usefui plants of India), est
employé dans les hôpitaux ; son odeur pénétrante éloigne les
mouches des plaies ulcérées. Les vétérinaires indigènes en
font usage également.
D'après Ainslie, le Kumbee possède des propriétés ana­
logues, mais plus actives encore. Appliqué en solution alcoo­
lique, il déterge les ulcères putrides et prévient le sphacèle.

Trois Gardénia résinifères croissent en Nouvelle-Calédonie.
Nous les décrivons d’après Vieillard [Plan tes utiles de la Nou­
velle-Calédonie) :

�168

LES RÉSINES

G ardénia O udiepe Vieil. — C’est un petit arbre de 6 à
T mètres, à rameaux étalés, fouillés a leur extrémité. Les
feuilles sont pétiolées, très grandes, de 20 à 30 centimètres de

100
d’un jaune citron à la maturité, couronné par les divisions
calicinales accrues en membranes larges, falciformes, nervées,
lisses, aussi longues que
le fruit.
Cette espèce, appelée
JrA,
V
Ouourou par les Cana­
&lt;
'
'j/
\
ques, pousse dans la
A*
\
région forestière de la
Â &gt;
&gt;\
baie de Prony jusqu'à
300 mètres d’altitude et
'^VfgwF ' \\
dans les montagnes à $KO&lt; ; u
r
J '
Balade.
RÉSINE DES RUBIACÉES

G A R D E NI A Au BHY l
Vieil. — Cette espèce,
qui paraît habiter les
mêmes régions que le
Y
,«jl P' Z'';.J
G. (Judiepe, se distingue
de celui-ci par sa taille
moins élevée ; par ses
feuilles beaucoup plus
petites, ovales-ellipti­
ques, comme vernissées,
rudes au toucher ; par
ses fruits moins gros,
pédicellés, dressés, for­
tement striés, et cou­
ronnés par quatre mem­
branes falciformes
oblongues (fig. 30).
Gardénia Oudiepe Vieil, (d’après nature).
30. — Gardénia Auhryi Vieil.
Rameau fructifère, c. Pièces'persistantes du calice surmontant le fruit.
F ig .

longueur, ovales-oblongues, entières, lisses, atténuées à leurs
deux extrémités, fortement nervées, transversalement réti­
culées ; le pétiole est gros, prismatique (fig. 31 ), Le fruit est
ovoïde, de la grosseur d’un œuf. subsessile, penché, chagriné,

G a r d é n ia

Rameau terminé par un bourgeon résinifère b.

sulcata

Gærtn. — Ç est un arbuste de 3 à 4 mètres de hauteur, très
rameux. Les rameaux sont dressés, à écorce d’un gris cendré
comme vernissé, à bourgeons résineux ; ils portent des feuilles
subsessiles, lancéolées, obtuses, luisantes, veinées. Les ileurs
subsessiles, solitaires dans l’aisselle des feuilles, grandes,

�170
I.ES RÉSINES
blanches, odorantes, ont un calice â quatre divisions, comme
ailées, décurrentes, plus courtes que le tube de la corolle.
Le fruit est ovoïde, de la grosseur d'une noix, à pédicelle
strié, chagriné et couronné par les divisions du calice non
accrues, jaune citron à la maturité.
Cette espèce ne quitte guère le littoral où elle est très
commune.
Les bourgeons foliaires de ces trois Gardénia sont envelop­
pés d'un enduit épais de résine jaune verdâtre, cassante lors­
qu’elle est desséchée(fig. 31). Chacun de ces végétaux produit
environ 500 grammes de ces bourgeons résineux.
Dans les Gardénia il n’y a pas d’organes sécréteurs nette­
ment spécialisés. La résine prend naissance et reste localisée
dans des cellules éparses, disséminées dans tout le paren­
chyme cortical et médullaire de la tige, et dans le mésophylle
de la feuille. C’est un remarquable exemple de sécrétion dif­
fuse.
On trouve de ces cellules résineuses en abondance dans le
premier entre-nœud de la tige et des rameaux, dans les
feuilles du bourgeon et jusque dans les pièces calicinales de
la fleur.
Le premier entre-nœud, immédiatement au-dessous d’un
bourgeon résinifère, est le plus souvent recouvert d'une
couche plus ou moins épaisse de résine jaune verdâtre. Une
coupe transversale, pratiquée à ce niveau, montre que tous les
éléments de l'épiderme sont prolongés en poils simples, cylin­
driques, courts, à parois épaisses. De plus, un grand nombre
des cellules de l’écorce et de la moelle très large sont remplies
d une substance résineuse brun rougeâtre.
Sur des sections transversales des feuilles d’un bourgeon résinifèreon observe, d autre part, que la même résine brun rougeâtre
forme, au niveau de la nervure médiane, le contenu de nom­
breuses cellules du conjonctif périméristélique, ainsi que des
éléments du péridesme de la méristèle. Dans le limbe foliaire,
la résine encombre les cellules du tissu lacuneux et se voit,
en outre, dans quelques éléments du parenchyme palissadique. C est, en somme, dans le tissu lacuneux que se pro­
duit surtout la sécrétion résineuse.

171
La face inférieure de la feuille est recouverte de poils épi­
dermiques semblables â ceux des rameaux. L’épiderme supé­
rieur est formé de larges cellules rectangulaires, limitées exté­
rieurement par une cuticule épaisse, et fréquemment prolon­
gées en de gros poils simples, visibles à l’oeil nu, qui hérissent
toute la face supérieure des feuilles, mais se trouvent presque
tout entiers noyés dans l'enduit résineux, quand celui-ci est
assez considérable. Ces poils sont surtout très nombreux chez
le G. Aubryi : d’où ce fait exact noté par Vieillard que les feuilles
de cette espèce sont « rudes au toucher ». Comme les mêmes
poils existent chez le G. Oudiepe, nous devons faire remarquer
que Vieillard, en décrivant des « feuilles lisses » chez cette
plante, n’a sans doute point voulu dire : feuilles glabres.
Quand on examine, au microscope, ces poils de l’épiderme
supérieur, sur des préparations de cet épiderme ou sur des
coupes transversales de la feuille, on voit qu'ils sont simples,
cylindriques, très allongés, et que leur paroi est épaisse,
scléreuse, traversée par de lins canalicules. Ils sont profondé­
ment implantés et viennent prendre leur insertion réelle h la
limite des couches palissadique et lacuneuse, en plein méso­
phylle.
Enfin, si l'on observe des sections transversales des pièces
falciformes du calice, on constate au centre une zone lacuneuse
lâche &gt; à Srandes cellules étoilées, et, sur tout le pourtour de
celle-ci, une couche étroite de cellules arrondies où se trouve
localisée, en majeure partie, la résine brun rougeâtre. L’épi­
derme qui limite extérieurement cette couche porte de gros
poils cylindriques semblables à ceux de l’épiderme supérieur
de la feuille.
Comment se fait l’exsudation de la résine? On peut
admettre qu’elle a lieu soit par transsudation à travers les
épidermes, car les éléments épidermiques sont souvent résinifères, soit par l’intermédiaire des nombreux poils qu'ils
portent. Cette dernière hypothèse n’est d’ailleurs justifiée que
par ce seul fait que la lumière centrale de tous ces poils appa­
raît, sur les coupes, constamment obstruée par la matière rési­
neuse.
RÉSINE DES Rl’BIACÉES

�172
I.ES HÉSINES
Notons encore que celle-ci, observée dans les cellules
sécrétrices, est, comme nous l'avons dit, brun rougeâtre. La
couleur jaune verdâtre propre à la résine exsudée semble donc
due à l’action de l’air et de la lumière.
Les Canaques font grand usage de ce produit pour le calfa­
tage de leurs barques. Ils fondent alors la résine au bainmarie, en l’agitant constamment, et l’appliquent encore toute
chaude sur les joints de leurs pirogues en la manipulant avec
les doigts humectés d'eau ; ils plaquent ensuite sur le tout du
sable lin qui s'incruste dans la masse et la consolide.
La résine des Gardénia sert aussi parfois de masticatoire
aux indigènes. Sous l'action des dents et de la salive, cette
résine perd bientôt sa coloration et se transforme en une
sorte de mastic à teinte mate. En cet état, les Canaques l’em­
ploient fréquemment à boucher les fissures de leurs flûtes.
Enfin, en Nouvelle-Calédonie, comme dans l’Inde, les
empiriques indigènes ont reconnu à la substance dont nous
nous occupons des propriétés curatives, et ils l'appliquent
en solution alcoolique sur les plaies et les ulcères.
La résine des Gardénia néo-calédoniens a été étudiée avec
grand soin par MM. Heckel et SchlagdenhaufTen [Annales de
la Faculté des sciences de Marseille, 1892). Nous allons résu­
mer les principaux résultats de leurs recherches.
Cette résine fond à 83° et s’écoule en gouttelettes transpa­
rentes, en répandant une odeur agréable. Sa densité est de
1,102. Elle s’électrise par le frottement.
Insoluble dans l’eau, elle est très soluble dans l’éther acé­
tique et l’acétone qui peuvent en dissoudre 98 °/0. Puis
viennent le chloroforme qui en dissout 92 °/0, et l’éther ordi­
naire, 90 °/0.
L’alcool n'est pas un bon dissolvant, car la solubilité dans
l’alcool à 95° est de 05 °/0, et cette proportion tombe à 38 °/0
pour l’alcool à 90°.
Le meilleur moyen de préparer la résine pure consiste
donc, d'après cela, à épuiser la matière brute par l’un des
quatre premiers véhicules et a évaporer ensuite la solution
filtrée.

173
Les impuretés constituées par des fragments de tige, et
surtout de feuilles, représentent environ 2 à 3 °/0 du poids
total.
Certaines propriétés chimiques établissent une grande ana­
logie entre cette résine et les tanins; et, au point de vue de
la composition élémentaire, c’est avec l'acide quinotannique,
d'après M. Schlagdenhaufl’en, qu elle offre le plus de ressem­
blance.
RÉSINE DES RURIACÉES

Un Gardénia de la Polynésie porte également des bour­
geons résineux : c’est le G. tahitensis D. C. [G. florida
Forst.).
Cette espèce habite les îles de la Société, Tahiti, les îles
Marquises, les iles Wallis. Les indigènes de Tahiti l’appellent
Tiare.
M. Drake del Castillo, dans sa Flore de la Polynésie, la
décrit comme un arbrisseau à feuilles obovales, brièvement
pétiolées, à peine aiguës, longues de 10 à 15 centimètres,
larges de fi û 8, avec des stipules connées, triangulaires. I.cs
(leurs sont solitaires à l’aisselle des feuilles supérieures, et
longues de 8 à 10 centimètres. Le calice est long de 2 centi­
mètres, à quatre divisions inégales, oblongues, lancéolées, plus
longues que le tube. La corolle est deux ou trois fois plus
longue que les divisions du calice, avec des lobes obovales
oblongs.
Nous n’avons aucune autre indication sur le produit résineux
de cette plante.
II. - RÉSINE DE CONDAMNEA V TILIS

De la résine des Gardénia il convient de rapprocher celle
d'une autre Rubiacée : C ondaminea utilis Goud.
M. Goudot a décrit le C. utilis et fourni des renseigne­
ments sur sa résine dans une note communiquée à l’Acadé­
mie des Sciences [Comptes rendus, 18Ü).

�! 7 l&gt;

LES RÉSINES

C est un arbre à feuilles ovales ou obovales, entières, subat­
ténuées à la base, brièvement acuminées, coriaces, glabres,
veinées, brillantes en dessus, blanches en dessous, à pétioles
courts. Les stipules interpétiolaires sont entières, subrévolutées. Les panicules lâches, terminales, égalant presque les
feuilles, portent des fleurs et des bractées très petites, glabres,
subsessiles.
Cette espèce croit en Colombie, dans les régions presque
froides, où elle fleurit au mois de juillet. Elle a été rencontrée
par M. Goudot au village de Fusagasugua, à une journée de
Bogota, où elle est appelée Arbol de ocra ; et, plus au
sud, sur le versant occidental de la Cordillère orientale, non
loin de la ville de Neiva. D'ailleurs, l’arbre est répandu depuis
l’équateur environ jusqu’à 4° ou 5° de latitude nord, dans la
Cordillère orientale de Colombie. C’est surtout aux: environs
de Pasto, et dans l’immense groupe de montagnes où sont
situées les sources de la Magdalena et du Cauca, qu’il pousse
plus particulièrement.
La résine de Condaminea, à l’état naturel, s’observe au
sommet des jeunes rameaux, où elle recouvre en entier d’une
couche transparente extrêmement épaisse les bourgeons, leur
lormant une calotte qui a souvent le volume d’un gros pois
comestible ou d’une fève. Cette couche s’étend sur la surface
naissante des jeunes feuilles, s’amincissant a mesure que
celles-ci se développent, jusqu’à ce qu’enfin elles disparaissent
complètement.
Cette résine est verte, transparente, sans odeur ; jetée sur
les charbons ardents, elle brûle avec une flamme claire et en
crépitant. Elle est en partie soluble dans l’alcool.
Les indigènes des pays où croît la plante se servent de son
produit résineux pour vernir les calebasses ou fruits du Crescentia Cujete ; ils obtiennent ainsi des vases communément employés
par eux. Mais c’est surtout à Timana et à Pasto que l’on pré­
pare, en les recouvrant de ce vernis, une multitude de petits
objets à l’usage domestique : c'est même là, pour ces pays,
une petite branche d’industrie.
Voici quel est le procédé usité. La résine recueillie, on la

RÉSINE DES RUIMAGÉES

175

fait bouillir dans l’eau pour la nettoyer complètement et lui
enlever partie de sa couleur verte; on y ajoute ensuite
diverses matières colorantes, mais le plus souvent le Rocou
(Bixa orellana), et on étend la masse avec les mains de
manière à former des lames minces comme des feuilles de
papier. On recouvre ensuite de ces lames les surfaces à ver­
nir.
Pour vernir les faces concaves des objets, les natifs s’y
prennent de la façon suivante : ils ferment exactement l’orilice de la concavité avec une membrane résineuse, et, prati­
quant une fine ouverture au centre, ils aspirent avec une
paille l’air intérieur. La membrane s’affaisse et vient s’appli­
quer d’elle-même sur la surface courbe.
Le vernis doré s’obtient en appliquant sur la pellicule de
résine une feuille d’or; ces parties dorées reproduisent généra­
lement des dessins variés.
Tout ce travail se fait à une température élevée.
Les vases et autres objets ainsi vernis restent inaltérables
sous l’action de l’eau chaude ou froide. M. Goudot les a
même vus résister au contact de l’alcool bouillant, quoique la
résine soit partiellement soluble dans ce véhicule ; l’urine
même ne détériorait pas les vases vernis qui la contenaient
habituellement.
Boussingault avait rapporté de ses voyages dans l’Amérique
du Sud une substance communément employée par les
Indiens de Pasto pour vernir leurs ustensiles, même ceux
destinés à aller au feu.
Mais il ignorait le nom de l’arbre qui la fournissait. Cet
arbre est 1e Condaminea ufilis, sans qu’il y ait, d’après ce que
nous venons de dire, le moindre doute à cet égard.
D’ailleurs Boussingault avait constaté qu’il s’agissait d’une
résine en partie soluble dans l’alcool, insoluble dans l’essence
de térébenthine et les huiles grasses, et dont l’élasticité était
telle, surtout à 100°, qu’on pouvait l’étirer en une membrane
d’une minceur extrême. Il savait aussi que c’était cette mem­
brane que l’ouvrier appliquait sur les objets à vernir, aux­
quels elle adhérait fortement sans jamais se casser après des­
siccation.

�I7fi
LF-S RÉSINES
Enfin l'illustre chimiste établit que, soumis à l’action île la
potasse, le vernis de Pasto acquiert la propriété de se dis­
soudre dans l’alcool, l’éther et l’essence de térébenthine en
fournissant un excellent vernis.
De tout ce qui précède, il ressort qu’il y a une grande ana­
logie entre la résine de Condaminea et celle des Gardénia. La
remarquable qualité du vernis obtenu avec la première permet
de penser que la seconde donnerait aussi un vernis excellent.
Les Gardénia, nous l'avons dit, trouvent en Nouvelle-Calé­
donie un climat de prédilection, et pourraient y être propagés
sans difficulté aucune. De plus, le rendement en résine est
relativement élevé, puisque chaque arbuste peut fournir un
demi-kilogramme de bourgeons résineux, avec seulement 2 à
3 0 o de déchets végétaux.
Pour toutes ces raisons, nous pensons qu'il y a là, pour notre
Colonie du Pacifique, une essence de plus à cultiver et une
ressource nouvelle à exploiter.
RÉSINE DES DIPTÉROCARPÉES
La famille des Diptérocarpées fournit des résines dures
plus ou moins analogues aux Copals et aux Damars, et des
oléorésines tluides ou huiles de bois.
Nous passerons en revue les espèces qui donnent ces diffé­
rents produits dont nous étudierons les propriétés physiques
et chimiques, ainsi que la valeur industrielle et commerciale.
I. — RÉSINE DES VATEHIA 1

Vateria 1NDICA L. (Valerta malabarica Blume). — C’est un
1. Nous voyons signalé souvent, notamment par de Lanessan (Plantes
utiles des Colonies françaises), un Vateria guianensis (Diptérocarpées)

177
grand arbre dont les jeunes rameaux et l’inflorescence sont
recouverts de poils étoilés. Les feuilles pétiolées sont oblongues
ou elliptiques, obtuses ou faiblement acuminées, arrondies ou
émarginées à la base, et accompagnées de stipules lancéolées
et aiguës. Les inllorescences, en panicules corymbiformes
lâches, portent des (leurs pédicellées. Le calice est à segments
lancéolés, obtus, pubescents sur les deux faces; la corolle est
blanche, avec des pétales elliptiques ou oblongs, obtus. Les
anthères sont glabres. Le fruit est une capsule oblongue, obtuse
ou légèrement acuminée, coriace, trivalve.
Cette espèce habite l’ouest de la péninsule indienne, depuis
Canara jusqu’à Travancore.
La résine qu elle fournit porte des noms divers : résine dupada du Mysore; Payana ou Piney varnish du Malabar;
ou encore Gum Piney, Piney resin, While Dammar.
On distingue deux variétés de ce damar blanc ou résine
Piney :
1° Une variété compacte qui se présente en morceaux de
dimensions, de forme et de coloration variables, renfermant des
débris d'écorce. La coloration superficielle offre tous les inter­
médiaires depuis l’orangé clair jusqu au jaune foncé. C est
une résine très dure, à cassure brillante et vitreuse, qui rap­
pelle le succin. Au centre des morceaux, la couleur varie du
vert clair au jaune clair, avec prédominance dans la plupart
des échantillons, de la teinte verte.
2° Une variété celluleuse dont les fragments ont un aspect
brillant et une odeur balsamique. La résine exsude d’entailles
faites obliquement aux arbres. On la laisse sécher sur place, ou
bien elle est desséchée au feu. Elle est alors vert clair ou jaune
clair, transparente. Quand la dessiccation est incomplète, le
produit est vert foncé, opaque et rempli de bulles gazeuses.
Il est vraisemblable, d’après cela, que la structure celluleuse
RÉSINE DES DIPTÉROCARPÉES

décrit par Aublet et qui donnerait une résine dite de Coumaté. C’est une
erreur. Aublet n’a pas décrit de Vateria à la Guyane. Il s’agit probable­
ment d'une confusion avec le Vatairea guianensis Aublet, qui est d'ail­
leurs une Légumineuse, et qui laisse exsuder, non pas une résine, mais
une tano-gomme dont nous nous sommes occupé précédemment.
Les Gommes et les Résines.

12

�LES RÉSINES
178
est due à l'action du feu qui volatilise rapidement l’huile
essentielle en laissant un résidu résineux poreux.
La résine Piney exsude spontanément des arbres, mais con­
tient, dans ce cas, beaucoup de corps étrangers. Le produit

F ig .

RÉSINE DES DIPTÉROCARPÉES
171)
de térébenthine est trouble ; mais en la filtrant sur du charbon
elle devient claire, transparente, incolore, et donne un vernis
très pur.
D’après M. Cooke (Gums, resins, etc., produccd in India),
la résine de Vateria indica n’est pas exportée et n’est pas con­
nue sur le marché de Londres. Fdle n’est employée que dans
l’Inde. A l’état liquide, avant solidification, elle constitue le
« Piney varnish » du Malabar. Comme elle brûle sans
fumée, avec une flamme claire et en répandant une odeur
agréable, elle est utilisée dans l’éclairage.
Elle forme, dans l’industrie indigène, la base de vernis gras
et de vernis h l’alcool. Le Dr Wight donne les formules sui­
vantes. Pour préparer un vernis gras, on fait fondre en vase
clos, à feu doux, une partie de damar blanc pulvérisé; quand
la masse est entièrement fondue, on y verse environ deux
parties d'huile de lin portée h la température de l’ébullition ;
et on agite le mélange avec une spatule en bois. On agite
ensuite de l'huile de lin si le vernis est jugé trop épais.
Quant à la préparation du vernis à l’alcool, comme le
damar blanc n’est pas soluble dans ce véhicule, Wight con­
seille d’ajouter, pour six parties de résine, une partie de
camphre (pii favoriserait la dissolution. Mais il importe, avant
de se servir d’un vernis ainsi composé., de le chauffer pour
évaporer le camphre qui formerait une couche blanchâtre après
dessiccation.
Le Valeria acurniriata Hayne, voisin du précédent, habite
Cevlan où il atteint les altitudes de 5 à G00 mètres. La résine
qu'il fournit est brûlée par les indigènes dans les cérémonies
religieuses.

32. — Valeria indica L. (d’après Brandis et Gilg).
1. Rameau et inllorescence ; 2. Fruit.

plus pur vendu dans les bazars de 1 Inde découle d incisions
obliques pratiquées, nous l avons dit, de haut en bas.
Cette résine est peu soluble dans l’alcool ; mais elle se dis­
sout parfaitement dans le chloroforme, l’essence de térében­
thine et les huiles siccatives. La solution dans l'essence

II. — RÉSINE DES SIIOREA
S iioreà
Gærtn. (Vatica robusta Steud.). — Grand
arbre de 30 à 40 mètres de hauteur, dont toutes les parties
jeunes sont couvertes d’une pubescence cendrée. Les feuilles
robusta

�180

LES RÉSINES

péliolées, ovales ou elliptiques, cordées ou arrondies à la base,
sont terminées par un acumen court et obtus. Les lleurs jau­
nâtres, brièvement pédicellées, sont en grappes axillaires ou

F ig . 33. — Shorea robusla Gærtn (d’après Brandis el Gilg).
1. Rameau et inflorescence ; 2. Bouton floral; 3. Fleur; 4. Groupe de
fruits enveloppés chacun par les lobes accrus du calice.

terminales. Les sépales sont ovales, obtusémcnt acuminés,
inégaux, glabres en dedans. Les pétales, quatre fois plus
longs que les pièces du calice, sont pubescents en dehors,

RÉSINE DES DIPTÉROCARPÉES

LSI

élargis â la base et obtus au sommet. Les étamines, au
nombre de trente, quarante ou plus, portent des anthères
ovales, ciliées au sommet, avec le connectif réfléchi. L’ovaire
est triloculaire avec deux ovules dans chaque loge. Le fruit
est ovoïde, pointu, velu, coriace, indéhiscent, libre dans sa
partie supérieure, et enveloppé inférieurement par les lobes
accrus et inégaux du calice.
Cette espèce habite le nord de l’Inde, dans les forêts au
pied de l’Himalaya, en Assam, dans le Punjab ; elle s’étend en
Birmanie, et probablement, dit M. Pierre, jusqu’en Cochinchine.
En telinga ; Guggilarn] en anglais : Sal dammar Irec.
La résine, connue sous le nom de liai, Dhooma ou Sal dammar, découle du tronc à l’état liquide et se solidifie à la sur­
face.
Elle se présente alors en morceaux irréguliers, cassants,
presque opaques, dont la couleur varie depuis le jaune pâle
jusqu’au brun foncé. Inodore et insipide, elle est à peine
soluble dans l’alcool, beaucoup plus soluble dans l’éther; elle
se dissout parfaitement dans l’essence de térébenthine et les
huiles fixes. L’acide sulfurique la dissout également en la
colorant en rouge.
Ce produit, de l’avis de M. Cooke et de M. Atkinson, n’a
pas grande valeur comme résine â vernis.
Une espèce voisine de la précédente, le Shorea Tunbuggaia
Roxb., habite les forêts du Mysore et donne une résine tout
à fait analogue au « Sal dammar ».
Nos possessions de l'Indo-Chine comptent plusieurs espèces
de Shorea qui fournissent une résine estimée et recherchée
pour l’exportation. Nous les décrivons d’après M. Pierre
(Flore forestière de laCochinchine).
S horea hypochra Ilance. Annamite : Vin vin nghe\ Vin vin
xanh. — C’est un arbre dont les jeunes rameaux, le pétiole
et la face inférieure des feuilles et les inflorescences sont cou-

�LES RÉSINES
182
verts de poils étoilés très courts. Les feuilles sont elliptiques
ou oblongues, arrondies à la base, obtuses ou arrondies au
sommet. Les lleurs k odeur de miel sont en grappes axillaires
ou terminales. Les sépales obtus sont ciliés, pubérulents sur
les deux faces ; les pétales, en partie velus sur la face dor­
sale. Les étamines sont au nombre de 23 à 30. L'ovaire et le
style, excepté au sommet, sont pubérulents. Les pièces du
calice enveloppent complètement le fruit ovoïde, acuminé, et
forment cinq ailes dont deux plus petites que les autres.
Cette espèce habite 1ile de Phu Quoc et la province de
Kamput. Elle fournit une résine ambrée abondante, qui est
exportée.

S iiorea cambodiana Pierre. Kmer : dom chhœu phdiec crohom. — Cet arbre a des feuilles assez longuement pétiolées,
oblongues, acuminées, arrondies à la base, pubescentes sur la
côte médiane en dessus, et sur les nervures en dessous, glabreseentes avec l'âge, épaisses, coriaces, munies de 16 à 20
paires de nervures.
11 habite les montagnes du littoral de la province de Kam­
put. et principalement la base de Talung.
Sa résine est de couleur ambrée, assez odorante, et recher­
chée pour l'exportation.
S iio r ea T h o r e l ii Pierre. Annamite : Sên chochai. Kmer :
Ktiaou ou K'tim. — Toutes les parties dans le jeune âge sont
plus ou moins revêtues d'un duvet grisâtre ou argenté. Les
feuilles sont ovales oblongues, elliptiques oblongues ou linéaires
oblongues, acuminées ou obtuses, brunes et brillantes en des­
sus, glabrescentes, pâles ou bronzées en dessous, munies de 12
à lo paires de petites nervures lines. Les sépales et les pétales
sont soyeux en dehors. Les étamines au nombre de 40 k
48 ont des anthères ovales à connectif très court et pourvu de
1 k 6 poils sétiformes. L’ovaire et le style sont velus. Le
fruit ovale, acuminé, pubescent est, dans sa moitié inférieure
seulement, enveloppé par les pièces du calice, inégales,
pubescentes. dont les deux plus petites sont linéaires et
aiguës.

183
Cet arbre, qui produit en grande quantité de la résine
excellente, habite toutes les provinces du Cambodge et de la
Basse-Cochinchine, principalement les montagnes de Pusath,
Camchay, et les forêts près des rivières de Saigon et du
Dong-nai.
S
Wall. (S. leucohotrya Miq. ; Vaiica obfusa
Steud). Annamite : Kachac. Kmer : dont clihœu Phchoc. —
Cet arbre a ses jeunes rameaux, la face inférieure des
feuilles et l'inflorescence cendrés. Les feuilles sont elliptiques,
oblongues, rarement linéaires, acuminées ou obovées, souvent
émarginées, le plus souvent arrondies k la base, pubescentes
ou glabrescentes en dessous, glanduleuses et velues k l'angle
supérieur des nervures. Les pétales sont élargis k la base,
linéaires oblongs, velus, de même que les sépales, en dehors.
Les étamines sont au nombre de 26 k 29 : valves des
anthères poilues, de même que le connectif. Le fruit souvent
disperme, allongé, velu, est incomplètement recouvert par les
pièces du calice formant des ailes pubescentes, oblongues,
atténuées aux deux extrémités.
Cette Diptérocarpée habite toute l lndo-Chine depuis la
Birmanie jusqu’au Binh-tuan. Elle est commune au Cambodge
où on la rencontre dans les terrains pierreux et sur toutes les
montagnes, et en Basse-Cochinchine, depuis la rive gauche
du Mékong jusqu’au Songbé.
Sa résine blanche, très abondante, sert k confectionner des
torches et s’exporte en Chine.
résine des diptérocarpées

i io re a o b t u s a

Toutes ces espèces de Shorca contribuent k fournir la poix
indigène ou poix de chaï. Cette résine est, en effet, appelée
Chai en annamite et Tior-Tiong en cambodgien. Elle est
obtenue plus particulièrement sans doute de S. Thorelii et
S. oblusa qui, d’après les indications de M. Pierre, paraissent
les deux espèces les plus répandues. On la récolte en abon­
dance dans l’arrondissement de Tay-ninh.
Ce produit, que nous avons pu examiner, est insoluble dans
l’alcool, l’éther, l’essence de térébenthine et la benzine. Mais

�18 V

LES RÉSINES

il est soluble dans le toluène et se dissout entièrement dans
le chloroforme.
Par conséquent, pour obtenir la résine Chai à l’état de
pureté, le meilleur dissolvant à employer est le chloroforme. La
solution est filtrée, puis évaporée. Le résidu restant sur le
filtre est presque nul. Après évaporation au bain-marie, il
l'este au fond de la capsule une résine jaune pâle, un peu rou­
geâtre, pâteuse, qui se solidilie lentement.
Voici maintenant, sur le même produit, son exploitation et
ses usages en Indo-Chine, des renseignements que nous trou­
vons dans la Revue coloniale du 19 mai 1898.
La résine Chai exsude naturellement de l’arbre à la suite
de lines entailles qu'v pratiquent certains insectes. Elle se
lige en grosses larmes le long du tronc, ou découle jusqu’au
pied de l’arbre où les indigènes n'ont que la peine de venir la
recueillir quand elle est sèche.
Elle est cassante, se divise facilement en morceaux, et pré­
sente quelque analogie avec la résine du Pin. Après l’avoir
pulvérisée, on l’additionne d’huile de bois (dàu con rai) et
d étoupe, et on pétrit ce mélange pour lui donner la souplesse
et la consistance voulue.
C’est de cette manière que les Annamites et les Chinois
emploient la résine Chai pour le calfatage des barques et des
jonques. Ils s’en servent également pour fabriquer des torches
et des flambeaux.
Cette résine est l'objet d’un commerce actif. Elle se vend
à raison de 3 piastres le picul (de 60 kilogs). Les bateaux
marchands de l’arrondissement de Tay-ninh en exportent
chaque année une grande quantité. Ce produit est assez
recherché pour que les Chinois de Cholon et des arrondisse­
ments de l’ouest viennent s’approvisionner sur le lieu de pro­
duction même. Il est parfois l’objet de spéculations de la part
de marchands annamites de la ville qui accaparent toute la
production et la revendent fort cher aux acheteurs chinois.
Il s’agit, on le voit, d'un produit qui pourrait être obtenu
en abondance si le mode d’exploitation était plus méthodique
et si les indigènes ne se contentaient pas seulement de recueil-

185
lir la résine exsudée accidentellement. D'autre part, c'est
une substance de réelle valeur qui pourrait donner lieu à des
transactions commerciales beaucoup plus étendues, et trouver
son emploi dans l'industrie européenne.
RÉSINE DES DIPTÉROCARPÉES

III. — RÉSINE DES Î I O P E A

Les espèces résinifères du genre Hopea sont répandues dans
l’Inde, en Birmanie, en Indo-Chine, et dans l’Archipel malais.
Roxb. (II. faginca Mort. ; II. decandra
Buch. ; H. Wightiana Miq. ; II. Sangal Korth; Doona odorata
Burch.).
Birman : Thingan-tsu. Annamite : Saoden. Kmer : Co Kg.
C’est un grand arbre dont les jeunes rameaux et le pétiole
sont pubérulents. Les feuilles sont ovales ou oblongues-lancéolées, obtusément acuminées, munies de 12 paires de ner­
vures parfois glanduleuses. Les fleurs, brièvement pédicellées,
sont en grappes plus courtes ou de même longueur que les
feuilles. Les sépales extérieurs sont velus sur les deux faces,
les intérieurs glabres en dedans. Les étamines portent des
anthères ovales surmontées d’un long connectif subulé. Le
fruit est enveloppé par les pièces du calice dont deux très
développées forment des ailes linéaires oblongues.
Cette espèce est répandue en Birmanie, à Pegu, Rangoun,
Martaban et Tenasserim. Elle habite toute l'Indo-Chine
méridionale etl’île de Bornéo.
La résine que fournit cet arbre est jaune pâle, parfois presque
incolore, cassante, à cassure brillante. Elle est très dure,
et se distingue à peine, par l’aspect extérieur, du vrai Damar
des Indes orientales, produit du Dammara alba.
Elle est insoluble dans l’alcool, mais se dissout dans l’es­
sence de térébenthine. La solution est un vernis clair et lim­
pide.
H o p e a odorata

�LES RÉSINES
186
D'après M. Cooke, le produit résineux de VH. odorata est
estimé, sur le marché de Londres, à Légal du Damai* vrai,
comme Copal tendre, et vaut dO francs le (juintal.
Une espèce voisine de la précédente, II. rnicrantha Roxb.,
habite la presqu île de Malacca, Sumatra, Bornéo. Elle donne
une résine qui découle en grosses larmes du tronc et des
branches.
Cette substance constitue très probablement une partie du
Damar mata Kouching de Malaisie.
C'est une substance dure, cassante, de coloration jaunâtre,
plus pâle intérieurement, à cassure vitreuse, soluble dans l'es­
sence de térébenthine avec laquelle elle forme un vernis
limpide.

Pierre. Annamite : Sang da. — C’est, dit
M. Pierre, un arbre de 20 à 30 mètres, entièrement glabre, à
rameaux très ténus. Les feuilles sont pétiolées, ovales, acuminées, arrondies et à peine obliques à la base, à rostre obtus,
coriaces, munies de 10 paires de petites côtes reliées par une
nervation tertiaire transversale et parallèle. Les Heurs
forment des grappes axillaires ou terminales plus longues que
les feuilles. Le fruit est cylindrique, entièrement libre, à
lobes calicinaux linéaires, oblongs, arrondis au sommet, très
atténués à la base, munis de sept nervures parallèles.
Cette espèce habite la Basse-Cochinehine, principalement
les montagnes Dinh près de Baria, Camchay, près de Kamput,
et l’ile de Phu Quoc.
Elle fournit une résine très recherchée, odorante, en petites
larmes jaunâtres.
H o pea ferrea

Signalons enfin le II. mengaraivan Miq., connu dans les
Indes néerlandaises sous le nom de Mengrawan ou de Ngrawantjinkang, et qui laisse exsuder une résine blanche forestimée pour le vernis brillant que l'on en obtient.
C’est un grand arbre abondant dans les basses régions de
Palembang et des Lampongs et à Bangka.

RÉSINE DES 1)1PTÉROCARl’ÉES

187

IV. — RÉSINE DES VA TICA

Le produit résineux des Vatica paraît moins connu que les
précédents ; il offre cependant un intérêt réel, comme nous
allons le voir.
Les Vatica sont des arbres de moyenne grandeur, ayant de
10 &lt;i 20 mètres de hauteur, et dont toutes les parties jeunes
sont tomenteuses.
Le V atica l a n c e œ f o l ia Blume habite la partie orientale du
Bengale et Assam. Ses feuilles sont elliptiques, lancéolées,
acuminées, atténuées à la base, avec 15 paires de nervures
latérales ascendantes. Les fleurs odorantes, à corolle blanche,
sont en grappes trois fois plus longues que les feuilles.
Selon ltoxburg, il découle de son tronc un liquide clair qui
se solidifie bientôt en une résine de couleur ambrée.
Le V a tic a D y e r i Pierre (Annamite : lau tau xanli ; Krner : xa
ma) croît dans toutes les forêts du Cambodge et de la BasseCochinchine. Il a des feuilles ovales oblongues, atténuées
aux deux extrémités ou obtuses au sommet, arrondies ou
subcordées à la base, coriaces, brillantes en dessus, à pétiole
toujours tomenteux. Le fruit est hémisphérique; les grandes
ailes calicinales sont linéaires, oblongues, arrondies au som­
met, atténuées à la base, les plus petites lancéolées, quatre
fois plus courtes.
Cette espèce produit une résine jaunâtre assez abondante,
très estimée par les indigènes.
Le V atica faginea Dyer se rencontre dans les provinces de
Tpong et de Pusath, en Cochinchine. Ses feuilles sont longue­
ment pétiolées, oblongues ou oblongues-lancéolées, arrondies
à la base, obtusément acuminées, glabres. L.es fleurs sont

�18S
LES RÉSINES
en grappes plus courtes que les feuilles. Les pièces calicinales qui couronnent le fruit forment des ailes subitement
atténuées à la base, arrondies au sommet.
cc II n'est pas rare, dit M. Pierre, de trouver sur ses
branches, en février ou mars, de grosses plaques résineuses
un peu molles, très recherchées par les indigènes. L’odeur en
est très agréable. »
Le V atica R a ssa k Blume (Retinodcndron Rassak Korth.)
croit à Bornéo. Sa résine très abondante se présente souvenl
en masses de plusieurs livres. Elle sert au calfatage des
barques et h la confection de torches et de flambeaux.
D'après de Yriese, le Damar daggieng est le produit de
plusieurs Diptérocarpées, mais se récolte particulièrement sur
le Vatica Rassak.
Citons encore le Doona zeylanica Thw. de Ceylan. Selon
Thwaites, c’est un arbre de grande valeur. Il découle de son
tronc et de ses branches une grande quantité de résine colorée
qui, dissoute dans l’alcool ou l'essence de térébenthine, forme
un excellent vernis.
V. — OLÉORÉSINE DE D I P T E R O C A R P U S OU IIU IL E DE ROIS

Plusieurs Dipterocarpus produisent une oléorésine fluide,
appelée huile de bois (Wood oil), ou encore — mais très
improprement — Baume de Gurjun.
Nous décrirons d'abord rapidement les espèces qui, à notre
point de vue spécial, offrent le plus d'intérêt; puis nous étu­
dierons les caractères, les propriétés et les usages de 1 huile
de bois.
D ipt e r o c a r p u s t u r b in à t u s Gærtn. (Z), lœvis Ham. ; D. indicus Bedd.). Bengalais : Garjan-ka-tel. — C’est un arbre dont

RÉSINE DES DIPTÉROCARPÉES

189

les jeunes rameaux sont comprimés. Les feuilles sont
ovales ou lancéolées, entières, arrondies à la base, aiguës au
sommet, glabrescentes sur les deux faces; les stipules
tomenteuses. Le calice est pubérulent. Les pétales, glabres,
sont blanc rosé. Les ailes du fruit sont linéaires, oblancéolées, obtuses, trinerviées.
Cette plante habite la partie orientale du Bengale et la
presqu’île de Malacca.
Le D. t r in e r vis Bl. croît dans les régions montagneuses de
Java, et fournit une excellente huile de bois.
Les quatre espèces suivantes appartiennent à nos posses­
sions de l’Indo-Chine. Nous en empruntons la description et
la répartition topographique â M. Pierre.
D ipt e r o c a r p u s a l a t u s Boxb. (D. gonoplerus Turcz ; /). cos­
tal us Gærtn. ; D. Lcmeslei Vesque). Annamite : Cay dzau nuoc ;
Kmer : tùc. — C’est un arbre dont les jeunes rameaux, les sti­
pules, les pétioles et la face inférieure des feuilles sont pubescents
ou tomenteux. Les feuilles sont ovales ou ovales oblongues,
subcordées dans le jeune âge, arrondies ou obtuses à l’état
adulte, ondulées, acuminées, avec pointe aiguë ou obtuse,
glabrescentes en dessus, excepté sur la nervure médiane munie
latéralement de 15 à 18 paires de nervures latérales. Le calice
est pubescent sur les deux faces. Les pétales sont en partie
glabres en dedans. L'ovaire et le style sont velus, excepté
vers le sommet. Le tube calicinal, ailé, est à peu près aussi
long que large, glabrescent.
Ce végétal habite la Cochinchine et le Cambodge où il est
très abondant dans les forêts, près des villages ; il est très
répandu également au Siam et en Birmanie.

Hance. Annamite: I)zao mich. —
C’est un arbre dont les jeunes rameaux, les pétioles, les stipules
en dehors, les feuilles en dessous, le calice et la corolle en
dehors, sont couverts de poils gris roux étoilés. Les feuilles
sont ovales ou elliptiques, arrondies, obtuses ou subcordées à
D ip t e r o c a r p u s in s u l a r is

�D ipt e r o c a r p u s D yeri Pierre. Annamite : Dzao xam nam. —
Les feuilles sont elliptiques ou oblongues, acuminées ou
arrondies au sommet, ondulées, glabrescentes, brillantes en
dessus, avec de 18 à 31 paires de nervures latérales. Les ailes
du calice fructifère, atténuées à la base, arrondies au sommet,
sont munies de trois nervures subégales.
Cet arbre habite les provinces de Tay-ninh, de Saigon et de
Bien-hoa.

191
allument du feu autour pour activer l'exsudation de l’huile de
bois qui coule goutte à goulte dans des récipients en bambou.
L'huile récemment obtenue se sépare en deux couches :
l’une supérieure, liquide; l’autre inférieure, formant un dépôt
floconneux de résine solide.
En Indo-Chine française, le mode d’extraction de l’huile de
bois est tout à fait analogue.
Nous trouvons des indications intéressantes sur ce produit,
son exploitation, son commerce, ses usages, dans un rapport
que nous avons déjà eu l’occasion de citer (Revue coloniale,
19 mai 1898).
« L’huile de bois, appelée Dàu con rai en annamite, et Tior
Uic en cambodgien, est le suc résineux non coagulé d'un
arbre appelé Cày dan con rai. Cet arbre est très commun
dans l'arrondissement de Tay-ninh, et sa coupe est sévère­
ment prohibée par les règlements forestiers. »
Nous venons de voir qu'il n’y a pas un arbre, mais plusieurs
arbres susceptibles de fournir de l’huile de bois. D’après leur
répartition géographique, telle que l’établit M. Pierre, le Tior
(ùc du Cambodge serait surtout le produit du D. alalus qui
est, de toutes les espèces, la plus répandue, et celle dont
l'oléorésine est la plus abondante.
Puis viendraient le D. insularis et le D. intricalus. Dans
l’arrondissement de Tay-ninh, l'arbre producteur serait le
1). Dyeri.
'&lt; Pour extraire l’huile de bois, on pratique dans l’épaisseur
du tronc une cavité qui occupe environ le tiers du diamètre1.
Cette cavité est destinée à recueillir le produit, et, pour en
activer la sécrétion, les indigènes y allument du feu, entretenu
durant un quart d’heure environ. La récolte se fait ensuite à
des intervalles réguliers de deux ou trois jours.
« Lorsque le rendement de la poche diminue, on recom-

L oléorésine du D. turbinatus est exploitée dans les diffé­
rents districts de la péninsule malaise. Vers la fin de la saison
sèche, c’est-à-dire en mars ou avril, les indigènes, après avoir
pratiqué des incisions à la hache dans le tronc des arbres,

1. M. Van Tieghem a montré, dès 1885, que chez les Diptérocarpées,
les canaux sécréteurs sont localisés exclusivement dans le bois primaire
et secondaire.
Pour que le produit résineux s’écoule, il faut donc que les incisions
soient profondes et intéressent la zone ligneuse elle-même.

!90
LUS RÉSINES
la buse, brièvement ncuminées au sommet, coriaces, glabrescentes en dessus. Les grappes, à peu près aussi longues que
le pétiole, portent de 1 à a (leurs. Le tube du calice est globu­
leux, muni de cinq côtes subailées. Les ailes du fruit sont
subglabrescentes, longues de 7o à 80 millimètres, et larges de
17 millimètres avec 4 à 5 nervures à la base.
Cette espèce croit au Cambodge et dans la Basse-Cochincbine, principalement au bord de la rivière de Saigon, le long
du Song-bé, à Nin-Dinh, à Phu Quoc et à Camchay.
D lpter o ca r pu s in tr ica tl ' s Dver. Annamite : Dzau (rai. — Cet
arbre, ainsi que le suivant, a ses rameaux, les stipules et le
pétiole couverts de poils étoilés gris ou roux. Les feuilles sont
ovales, elliptiques ou suboblongues, subpeltées, le plus sou­
vent cordées à la base, obtuses ou arrondies au sommet, à
peine ondulées, subglabrescentes et rugueuses en dessus, par­
cheminées, avec généralement 1i paires de nervures. Le calice
fructifère est muni d'ailes larges, subhélicoïdales, à 3 ou o
nervures à la base, uninerves au sommet.
On trouve le 1). intricalus dans toute la Cochinchine et au
Cambodge. 11 recherche les terrains siliceux. Dans la province
de Trau. au Cambodge, dit M. Pierre, il occupe des espaces
immenses.

RÉSINE DES D1PTÉHOCARPÉES

�192
LES RÉSINES
inence à y faire du feu, et ainsi de suite pendant une durée
de trois ou quatre ans, au bout de laquelle l’arbre épuisé n’est
plus bon qu'à être abattu. »
D'après Lowe, l’huile de bois est trouble et de coloration
foncée. Elle tient en suspension une matière résineuse verdâtre
qu'il est facile de séparer soit par le repos, soit par tiltration.
La partie liquide, décantée ou filtrée, soumise à la distilla­
tion, donne, en centièmes :
Huile essentielle............ t&gt;5
Résine........................... 34
Eau et acide acétique. . . I
100
En Indo-Chine, l'oléorésine des Diplcrocarpus est exploitée
et donne lieu à des transactions commerciales assez actives.
« L'exploitation de l'huile de bois constitue une importante
source de revenus pour les villages forestiers qui s y adonnent.
En général, c’est le village qui, moyennant une certaine
redevance, loue les arbres producteurs à des particuliers. »
La mesure de capacité pour ce produit est la touque à
pétrole qui se vend 0,50 à 0,00 de piastre.
Le commerce d’huile de bois est très suivi àTav-ninh; sans
compter les bateaux marchands de l’ouest qui y viennent
régulièrement s'en approvisionner, de nombreuses jonques,
venant de la côte d’Annam, en achètent tous les ans une
quantité considérable.
Les Cambodgiens et les Annamites composent avec 1huile
de bois des vernis pour leurs meubles et leurs barques. En
l’additionnant d’un peu de poudre de résine, ils en augmentent
la consistance et en font un vernis durable pour la cale et la
coque des jonques. Les produits résineux des S/iorea, Hopea et
Vatica, étudiés précédemment, trouveraient naturellement ici
eur emploi.
Pour le calfatage des barques, l’huile de bois est combinée
avec de la poudre de résine et de l’étoupe.
C’est également avec des mélanges d’huile de bois et de
matières colorantes variées que les Annamites et les Cambod­
giens peignent leurs barques et leurs charrettes de luxe.

RÉSINE DES RERSÉRACÉES

193

RÉSINE DES BURSÉRACÉES
La famille des Burséracées contient un grand nombre d’es­
pèces résinifèces dont les produits sont, pour la plupart, igno­
rés du commerce. Il est probable cependant que, si ces sub­
stances étaient mieux connues, l’industrie européenne en pour­
rait tirer parti, et qu’on les verrait apparaître sur les marchés.
De ce fait même que ces résines ont été jusqu ici peu
recherchées, il résulte que nous ne possédons à leur sujet que
des indications très incomplètes.
Dans l'étude actuelle, nous avons réuni tous les renseigne­
ments qu’il nous a été possible de recueillir, en y ajoutant les
résultats de quelques recherches personnelles, pour lesquelles
nous avons mis largement à contribution les collections du
Musée colonial de Marseille.
I. — RÉSINE DES C A N A R I C M

Les Canarium sont des arbres de l’Inde, de l’Archipel
malais et de l’Afrique tropicale, à feuilles alternes, imparipennées, et dont les fleurs forment des grappes de cymes axil­
laires. Ces Heurs sont hermaphrodites, polygames, trimères.
Le calice, cupuliforme ou urcéolé, est gamosépale, plus ou
moins profondément divisé en trois lobes. La corolle com­
prend trois pétales, légèrement coriaces, beaucoup plus longs
que les pièces du calice, en préfloraison valvaire ou imbri­
quée. Des six étamines qui composent l’androcée, les trois
opposées aux pétales sont plus courtes. Les anthères sont
introrses ; les filets s’insèrent à la base d'un disque charnu
hypogvne, et demeurent libres ou adhèrent plus ou moins au
Les Gommes et les Résines.

13

�1&lt;H
LES RÉSINES
disque. L’ovaire est triloculaire; le style cvlindroïde, terminé
par une tète à trois lobes stigmatiques. Chaque loge de
l’ovaire renferme deux ovules. Le fruit est drupacé, trilocu­
laire. Mais une seule des loges est fertile, avec une graine
pendante â tégument membraneux.
I n de . — C anarium strictum Roxb. En hindou et en bengalais :
Kala-damar. — Grand arbre à tronc droit, dont les parties
jeunes sont recouvertes d'une pubescence couleur de rouille.
Les feuilles coriaces se composent de trois à sept folioles briè­
vement pétiolulées, à bords dentés ou finement crénelés.
Le C. strictum est assez commun dans les districts de Tinnevellv et de Travancore; il croît, d’après J. Brown, à une
altitude de 500 ou 600 mètres, et sa résine est régulièrement
exploitée. Cette résine est connue sous le nom de Damar noir
(Black damar).
Le procédé d’extraction indigène est le suivant. On pra­
tique dans l’écorce un grand nombre d'incisions verticales
élargies inférieurement ; on empile du bois tout autour de l 'arbre
à la hauteur d'un mètre, et on y met le feu. Sous l’action de
la chaleur, la résine s'écoule par les entailles. On la laisse se
dessécher sur place, et on ne la récolte que dix mois ou deux
ans plus tard.
Ce Damar, vu sur l'arbre, est en gros morceaux d'un noir
brillant, luisant1; mais, en lames minces examinées par trans­
parence, il est rouge brun et se laisse traverser par la
lumière. Il est homogène, et sa cassure est vitreuse.
Cette résine, insoluble dans l'alcool, est soluble dans le
chloroforme et l'essence de térébenthine ; elle est très soluble

I. Cette coloration noire est due, sans aucun doute, à l’action du feu
et de la fumée, car la résine des Canarium, lorsqu'elle exsude sponta­
nément, est blanche ou jaune verdâtre.
D'ailleurs Rumphius avait remarqué, à propos de la résine de C. syl­
vestre des Moluques, qu’elle était blanche lorsqu'elle découlait de la
partie supérieure du tronc et que, par contre, la partie inférieure pro­
duisait une plus grande quantité d’une résine noirâtre. Or, dans ces
îles, les indigènes allument également du feu au pied de l’arbre pour
activer la sécrétion résineuse.

195
dans le toluène bouillant. C’est le meilleur dissolvant à
employer pour l’obtenir à l’état pur. La solution, après filtra­
tion, est évaporée au bain-marie; la masse résineuse qui reste
au fond de la capsule est limpide, jaune plus ou moins foncé,
suivant la coloration particulière de la substance brute.
Ce produit est utilisé, dans l’Inde, pour la fabrication de cer­
tains vernis. Un arbre peut en fournir annuellement, paraîtil, 50 h 40 kilogrammes. Avec le procédé d’extraction par le
feu précédemment décrit, le végétal est épuisé au bout de 10 à
12 ans.
Une espèce voisine, le C. hençjalcnse Roxb., habite le
Silhet. C’est un arbre à feuilles alternes, avec des folioles
subopposées, au nombre de six à dix paires, ovales-oblongues
ou lancéolées, acuminées, entières ; les stipules, subulées,
sont couvertes de poils rougeâtres.
La résine fournie par cette plante a une coloration ambrée
claire.
RÉSINE DES KURSÉRACÉES

— La résine
de Canarium, provenant des Philippines et rapportée
en Europe, en 1820, par Perrottet, a été l’objet de quelques
recherches chimiques que nous devons résumer, bien qu elles
soient un peu anciennes.
Ces analyses ont été faites d’abord par Maujean et Bonastre,
puis reprises, en 1851, par Samuel Baup (de Lausanne).
D’après ce dernier auteur, le produit résineux qu’il a étudié,
commun à Manille, est récolté sur l’arbre appelé aux Philip­
pines Arhol-a-hrea (arbre à poix), qui n’est autre que le
C. album Raeusch, dont fait mention Blanco dans sa Flore
des Philippines.
Cette espèce serait caractérisée par des feuilles composées
de cinq ou six paires de folioles ovales lancéolées, entières,
glabres. M. Engler, dans sa monographie des Burséracées du
Prodome, la considère comme douteuse.
Quoi qu’il en soit, la résine qu’on suppose récoltée sur cet
arbre, à Manille, sert à calfater les barques.
Elle est composée, selon Maujean, de deux résines, l’une
M a l a is ie : I n d es N é e r la in d a ises e t P h il ip p in e s .

�LES RÉSINES
190
soluble à froid dans l'alcool, l'autre à chaud seulement. La
composition indiquée par Bonastre est plus détaillée :

Résine soluble...............................
Résine cristallisée.........................
Acide............................................
Huile volatile à odeur de citron. .
Extrait amer.................................
Impuretés ligneuses et terreuses. .

61,3
25,0
0,5
0,3
0,5
0,4
100,0

La résine soumise à l’examen de Baup avait un peu de
ressemblance avec une élémi ; elle n’était pas homogène, mais
consistait en couches plus ou moins pures, translucides, gri­
sâtres ou jaunâtres, ayant l’apparence et la cassure du silex,
se ramollissant un peu sous les doigts et s’y attachant.
D'autres parties étaient noirâtres et comme enfumées ; elles
s'expliquent par le mode d’extraction qui consiste à allumer
du feu autour des arbres auxquels on a pratiqué des incisions
préalables.
Ce produit exhalait une odeur qui participait à la fois du
fenouil, du citron et de la térébenthine. D’après Baup, sa
composition serait la suivante :
1° Une huile essentielle;
2° Une résine amorphe ;
3° Une résine cristallisée renfermant elle-même quatre sub­
stances distinctes : l’amyrine, la bréine, la bryoïdine et la bréidine;
4° Des matières salines et extractives, avec des impuretés
ligneuses et terreuses.
Nous ne rapportons toutefois ces analyses que sous les plus
expresses réserves, car elles semblent s’appliquer, selon nous,
non à la résine d’un Canarium, mais à celle de quelque Protium.

197
Dans les mêmes régions, les deux Canarium résinifères les
plus intéressants sont : C. commune L., qui croît notam­
ment à Java et aux Célèbes, et le C. sylvestre Cærtn.,
originaire de Sumatra. Ces deux espèces, en effet, laissent
exsuder de leur tronc et de leurs branches une notable quan­
tité de résine.
RÉSINE DF.S BURSÉRACÉES

I le M aurice . — C anarium panicllatum Benth. (C. Colophonia Baker; C. mauritianum Blume; Bursera paniculata Lam.,
Colophonia mauritiana D. C.).
Cette espèce croît dans les forêts de l’intérieur de lile
Maurice, notamment dans celle du Pouce et des environs de
Curepipe. Elle est appelée Bois &lt;le Colophane.
C’est un arbre au tronc droit, de 30 à 50 pieds de haut.
Les feuilles sont alternes, à folioles oblongues, aiguës, cor­
dées à la base, glabres, penninerves.
Des incisions faites dans l’écorce, il s’écoule un liquide qui
se concrète à l’air, et devient une résine rougeâtre à odeur de
citron.
Cette résine, nommée Colophane bâtarde, ‘a pu servir au
calfatage des navires à l’époque où l’arbre abondait dans
l’ile.
M adagascar . — M. Engler, dans sa monographie des Burséracées du Prodrome, a décrit trois Canarium habitant Mada­
gascar et les îles voisines. Ce sont : C. Boivini, C. madagascariense et C. multiflorum.
Les deux premières espèces sont très voisines. Toutefois,
elles diffèrent l’une de l’autre par les caractères suivants : le
C. Boivini, qui croît dans le nord de la grande ile, a des
feuilles composées de huit à dix paires de folioles à pétiolules
courts (6 à 7 millimètres), et les bractées de l’inflorescence
ovales; tandis que le C. madagascariense, rencontré à Nossibé, porte des feuilles composées de sept â neuf paires de
folioles à pétiolules relativement plus longs (1 centimètre), et,
de plus, les bractées de l’inflorescence sont lancéolées et non
ovales.

�198
LES RÉSINES
Quant au C. muléiflorum signalé sur la côte ouest, il se dis­
tingue par des feuilles à quatre ou cinq paires de folioles seu­
lement, des folioles pétiolulées, et une large pnnicule multiflore de même longueur que la feuille, dont les bractées et les
bractéoles sont caduques.
Nous avions pensé tout d’abord que le Ramy de Madagascar
pouvait être un Canarium.
Mais un échantillon de la résine de Ramy nous étant
parvenu récemment, ses caractères nous ont paru offrir les
plus grandes analogies avec ceux de la résine des Protium de
la Guyane.
Aussi sommes-nous porté à considérer le Ramy — ou du
moins l'un des arbres connus sous ce nom — comme un
Protium : on trouvera plus loin l'étude de son produit.
C o n t in e n t a f r ic a in . — En Afrique,
due est le C a n arium e d u l e Ilook. f.

l'espèce la plus répan­
(C. Mubafo Ficalho ;
Paehylobus edulis Don). — C'est un arbre de haute futaie dont
les feuilles se composent de sept h huit paires de folioles. Ces
folioles, brièvement pétiolulées, sont de formes variables :
celles de la base petites et arrondies, les suivantes ovales ou
ovales arrondies, les autres oblongues ; mais toutes sont
obtuses ou cordées à la base, et obtusément acuminées au
sommet.
Cette espèce est appelée par les Noirs M’pafu ou M'pafou,
dans l’intérieur de l’Afrique; Mubafo ou N'bafo en Angola,
et Safu à San-Thomé.
Ce M'pafou, dont l'écorce renferme une résine aromatique,
se voit communément, dit Cameron, depuis le bord occidental
du lac Tanganyika jusqu’au Lovalé, c’est-à-dire en plein
centre africain.
\\ elwitsch a rencontré également en Angola le Mubafo,
dans les forêts de Cazengo et de Golungo Alto. Les indigènes
emploient sa résine comme topique pour guérir les plaies et
les ulcères ; ils Lutilisent aussi comme parfum.
Les Portugais et les Anglais nomment parfois ce produit
Elémi d'Afrique,

199
C’est une résine dure lorsqu’elle est desséchée, brun
rougeâtre, à cassure conchoïdale brillante. Elle brûle avec une
flamme claire etdond à basse température. La substance fondue
est transparente, rougeâtre.
Elle est insoluble dans l’alcool, et soluble en partie seule­
ment dans l'éther ; soluble dans le chloroforme, l’essence de
térébenthine et le toluène, elle se dissout en totalité dans le
toluène bouillant.
Ce dernier dissolvant est le meillleur, si I on veut obtenir
la résine à 1état pur. La solution est filtrée, puis évaporée.
Il reste sur le filtre 13,3 °/0 de résidu formé presque entière­
ment de matières ligneuses. La solution évaporée abandonne
une résine brune qui se solidifie peu à peu.
Citons enfin le C. Schweinfurtii que M. Engler a décrit
comme une espèce très distincte, mais que les nègres ne dis­
tinguent pas de la précédente, car ils la nomment, comme
celle-ci, M'pafu.
D’après M. Gilg, le C. Schwcinfurtii a été rencontré vers
les sources du Ghazal, dans la région des Lacs. Stuhlmann a
récolté, sur le territoire du Lac Victoria Nyanza, sa résine
blanche, un peu verdâtre, opaque et vitreuse, à odeur aroma­
tique agréable1.
RÉSINE DES BURSÉRACÉES

II. — RÉSINE DES

•

PROTIUM

Les Protium Burm. que nous avons à étudier ici sont les
végétaux que Aublet a décrits sous le nom générique de
Icica. Ce sont des arbres qui, pour la plupart, habitent
l’Amérique intertropicale, principalement la Guyane. Les
feuilles sont le plus souvent imparipennées. Les inflorescences
terminales ou axillaires portent des fleurs petites, polygames
ou hermaphrodites, en général tétra ou pentamères. Le calice
I. La résine que nous avons examinée n’avait pas cet aspect; elle était
brune et ressemblait assez à la résine du C, striction de l’Inde. Peutêtre avait-elle subi l’action du feu?

�200

LES RÉSINES

est gamosépale, à lobes courts en préfloraison imbriquée.
Les pétales d’abord dressés, puis étalés, et enfin réfléchis,
sont en préfloraison valvaire. Les étamines, au* nombre de huit
à dix. sont insérées à la base d'un disque hypogyne, à filets
libres, à anthères biloculaires, introrses. L’ovaire libre, à quatre
ou cinq loges, est surmonté d'un style court terminé par une
tête stigma tique à quatre ou cinq lobes. Le fruit est une drupe
globuleuse ou ovoïde, avec, au sommet, le style persistant;
il se sépare souvent par des fentes longitudinales, en quatre ou
cinq portions uniloculaires et monospermes. La graine est plan
convexe, un peu trigone, albuminée, à tégument membraneux.
G u y a n e . — Les Protium résinifères les plus dignes d’intérêt
sont les suivants, qui habitent tous la Guyane :

P rotilm decandrum Mardi. Icica decandra Aubl.). —
Cette espèce se distingue par ses feuilles bi ou trifoliolées, à
folioles vertes, glabres, fermes, entières, oblongues-elliptiques, obtusément acuminées ; ses fleurs à périanthe penta­
mère, avec dix étamines insérées sous le disque hypogyne. La
drupe est de la grosseur d’une cerise. Les graines avortent
dans une ou plusieurs des loges.
La résine qui découle des entailles faites à l’arbre est appe­
lée Chipa par les Galibis de la Guyane. Elle exsude à l’état
tluide et répand alors une odeur de citron agréable ; puis elle
s'épaissit en se desséchant et devient bientôt une substance
jaune, transparente, dont l’odeur est alors très faible.

P rotium I cicarlba March. (Icica Icicariba D. C.). — Dans
cette espèce, les feuilles sont coriaces, avec une ou deux
paires de folioles inégales, ovales, ovales-oblongues, obtuses
ou très brièvement acuminées, supportées par un court pétiole.
La drupe est ovoïde, monosperme.
Selon Griffith, c’est cette plante qui donne ce qu’on a appelé
YElémi d’Amérique.
Cette résine, d’après un échantillon du Musée colonial de

201
Miirseille, est en morceaux mamelonnés, jaune brun ou ver­
dâtre, durs, à surface luisante, comme huileuse, exhalant
une odeur de citron.
Elle est entièrement soluble dans l’alcool absolu bouillant.
Le résidu insoluble se compose de 3,12 °/0 de débris ligneux.
La solution filtrée, puis évaporée au bain-marie jusqu’à consi­
stance sirupeuse, laisse déposer par refroidissement de fines
aiguilles cristallines.
RÉSINE DES BURSÉRACÉES

March. (Icica Aracouciiini Aubl.). —
Cet arbre, à écorce lisse et cendrée, a des feuilles composées
de quatre à cinq folioles opposées et longuement acuminées.
La fleur est tétramère. Le fruit comprend quatre loges
monospermes.
Les Galibis nomment Aracouchini la résine de ce Protium.
Cette résine, lorsqu’elle s’écoule des incisions faites dans
l’arbre, est liquide, jaunâtre, à odeur balsamique ; elle con­
serve longtemps sa fluidité. Les indigènes l’emploient soit
comme parfum, soit pour panser les plaies.
L’action de l’alcool est la même que pour le produit précé­
dent.
P rotium A racouciiini

P rotium guianense March. (Icica r/uianensis Aubl. ; I. lieptaphylla Aubl.). — Dans cette espèce, le nombre de folioles
varie de cinq à sept ; elles sont elliptiques ou oblongues
elliptiques, et terminées par une pointe mousse. La fleur est
tétramère.
Cet arbre est appelé vulgairement à la Guyane Bois d'en­
cens et Arouaou par les Galibis.
Le Bois d’encens croît non seulement à la Guyane, mais
encore aux Antilles françaises, ainsi qu'à Cuba, à la
Jamaïque, à l’ile Sainte-Lucie et à la Dominique.
La résine pourrait être recueillie en abondance. Elle est
fluide lorsqu’elle s’écoule de l’arbre, de saveur amère, et
d’odeur analogue à celle du citron. Mais desséchée elle n’a
aucune odeur appréciable.
Elle se présente alors en morceaux blanchâtres, grisâtres ou

�202

ées rksi.mks

203
jaunâtres, moins denses que l’eau, et renfermant des débris
d’écorce. Elle brûle avec une flamme fuligineuse en répandant
une odeur assez agréable; d’où l’usage qu'on en fait, comme
encens, da is les églises.
RÉSINE DES BI'RSÉRACÉES

Fig. 33. — P ro tiu m

guianense L. Mardi.
Coupc transversale d’un rameau.

s. Liège; ec. E corce; f. Fibres péricydiques ; l. L ib er; cse. Canaux sécréteurs
développés dans le liber prim aire ; csi, c sl. Canaux sécréteurs form ant deux
rangées concentriques dans le liber secondaire; b . B ois; a sg . Assise géné­
ratrice libéro-ligneuse.

F ig. 34. — Protium guianense L. Mardi.
I. Rameau el inflorescence (d’après nature) ; 2, 3, 4 (d’après Engler)
2. Une fleur; 3. Coupe longitudinale de la fleur; 4. Fruit.

L’étude anatomique d’un rameau nous a montré (tig. 35)
que les canaux sécréteurs de la résine se trouvent, non pas
dans l’écorce, mais dans la couche libérienne où ils sont dis­
posés en rangées concentriques. La première rangée, sousjacente au péricycle, appartient au liber primaire, les sui­
vantes au liber secondaire.

�20 i

LES RÉSINES

Nous avons fait quelques recherches sur cette résine du
P. guianensey dont nous avons eu à notre disposition une
assez grande quantité. Nous avons pu nous rendre compte
qu'elle se comportait, vis-à-vis des dissolvants, de la même
façon que les produits des autres espèces. Les résultats qui
suivent sont donc applicables, d'une façon générale, aux pro­
duits résineux des Protium. qu'ils servent à caractériser.
Ces corps sont en partie seulement solubles à froid dans
l'alcool absolu ; la solution filtrée puis évaporée lentement à
l’air libre, reste limpide.
Ils se dissolvent complètement dans l'éther et le chloro­
forme, et aussi dans le toluène et l alcool absolu bouillants.
Les solutions obtenues par ces quatre derniers dissolvants,
après tiltration, et par évaporation au bain-marie jusqu’à consis­
tance sirupeuse, abandonnent une résine qui pendant quelque
temps demeure claire et limpide. Mais bientôt on voit se déposer
dans toute la niasse des flocons légers, formés de fines aiguilles
cristallines blanches et soyeuses disposées en groupes radiés.
Ce précipité floconneux est donc constitué par une résine
cristallisée en aiguilles très ténues qui se déposent au sein
d une autre résine amorphe, laquelle ne tarde pas à se
solidifier.
On peut séparer les deux résines en partant de ce fait que
la résine amorphe est seule soluble dans l’alcool absolu froid;
tandis qu'elle se dissout en même temps que la résine cristal­
lisée dans l’alcool absolu bouillant, celle-ci se précipitant
ensuite par refroidissement.
Si l'on reprend par l’alcool bouillant le résidu résineux
recueilli après épuisement par l'alcool froid et tiltration, on a,
après nouvelle filtration et évaporation au bain-marie, une
résine blanche, cristallisée.
La proportion de débris ligneux et de sels insolubles repré­
sente environ 5 °/0 de la substance employée.
En résumé, la résine brute des Protium se compose de deux
résines : l'une amorphe, l’autre cristallisée. Elles sont toutes
deux solubles dans l’éther et le chloroforme, ainsi que dans le
toluène et l’alcool absolu bouillants. La résine amorphe
est seule soluble à froid dans l'alcool absolu.

20o
Nous ne faisons cpie citer les deux espèces suivantes de la
Guyane : Protium altissimum March. (Icica ultissima Aubl.),
qui donnerait une résine dite Carana blanche, et P. Carana
March. (Icica Carana Aubl.), qui produirait la résine Carana
brune. Nous ne possédons pas de renseignements bien précis
sur ces substances.
I le M a urice . —A l ile Maurice croît un Protium résinifère
intéressant : c’est le P. obtusifolium March. (Bursera obtusifolia Lam. ; Marignia obtusifolia Comm.). Cet arbre est
appelé à Maurice Bois de colophane bâtard.
De son tronc, de ses grosses branches et du péricarpe des
fruits on retire une résine qui reste longtemps fluide et peut
être employée comme une sorte de goudron *.
M adagascar . — Nous avons été amené à considérer la
résine du Ramy de Madagascar comme étant celle d’un Pro­
tium'. d’abord parce qu elle offre à peu près les mêmes carac­
tères physiques que la résine du P. Icicariba de la Guyane ;
ensuite parce que l’action des dissolvants permet de constater
entre ces deux substances les plus étroites analogies.
L’échantillon adressé de Madagascar au Musée colonial de
Marseille se présentait sous forme d’une masse assez molle
pour se laisser couper au couteau, jaune verdâtre, à odeur de
citron.
Cette résine ne se dissout qu’en partie dans l’alcool absolu
froid; la solution, évaporée lentement à l’air libre, reste
limpide.
Traitée par l’alcool bouillant, elle se dissout complètement.
La solution, filtrée et évaporée au bain-marie jusqu’à consiRÉSINE DES BURSÉRACÉES

1. On ne saurait dire si c’est ce Protium ouïe Canarium paniculatum
que Fusée Aublet a confondu avec son Amyris yuianensis qu’il dit habi­
ter File de France, et à propos duquel il raconte le fait suivant : « M. de
la Bourdonnais étant dans cette île, et y manquant de lirai pour l usa^e
de son escadre lorsqu’il se préparait à attaquer Madras, employa la
résine de cet arbre qui était abondant dans l’île. Il en fit ramasser
assez pour goudronner tous les navires qui étaient dans le port. »
Je ne crois pas m’avancer beaucoup en disant qu’actuellement on
aurait de la peine à trouver dans toute l'ile assez de résine de Burséracées pour goudronner même un navire.

�20H
LES RÉSINES
stance sirupeuse, laisse déposer par refroidissement de Unes
aiguilles cristallines groupées en petites macles radiées cjui
envahissent toute la masse résineuse. Celle-ci se trouble et
s'épaissit de plus en plus et liait par se solidifier.
Les choses se passent à peu près de même si l'on emploie
comme dissolvants le chloroforme et le toluène.
La résine de Ramy est complètement soluble dans ces deux
véhicules. La solution chloroformique est rougeâtre ; celle
obtenue avec le toluène est jaune clair. Ces solutions, filtrées
et évaporées au bain-marie dans les mêmes conditions que
précédemment, laissent déposer les mêmes cristaux en
aiguilles.
Quand l'extrait résineux obtenu par le chloroforme, par
exemple, s'est solidilié on voit les macles cristallines d'aspect
soyeux plongées dans une masse amorphe brune.
En résumé, la résine de Ramy se compose de deux résines :
l’une amorphe qui seule est soluble dans l’alccol absolu froid,
l'autre cristallisée, soluble, en même temps que la première,
dans l'alcool bouillant, le chloroforme et le toluène.
Or. traitée par ces mêmes dissolvants et dans les mêmes
conditions que précédemment, la résine du C. strie tum et
celle du C.edule sont restées constamment limpides et n’ont
présenté aucun élément cristallisé.
Cependant, selon M. le lieutenant Vallier (Xo/es, reconnais­
sances et explorations. 30 novembre 1898), les Malgaches
distinguent deux espèces de Colophanier, qu’ils nomment Ramy
et Tsiramiramy.
Le Ramy a été noté à plusieurs reprises, par les fonction­
naires ou les officiers de notre corps d'occupation, comme un
arbre fournissant une résine blanche à combustion assez lente
et répandant une odeur comparable à celle de l’encens. Dans
le nord, les indigènes récoltent ce produit au milieu des forêts
de la province de Diego-Suarez et l’utilisent pour l’éclairage.
D’autre part, M. Chapotte, dans son étude des forêts de
Masoala, dit que le Ramy existe partout depuis la côte jus­
qu’aux hautes altitudes, et qu’il est particulièrement répandu
sur le versant de la baie d’Antongil et dans la vallée de Sahatitra.

207
« Dans les grands massifs, ajoute-t-il. c'est l’essence la
plus répandue de toutes; ses dimensions sont souvent colos­
sales, et il n’est pas rare de rencontrer des sujets mesurant
six mètres de circonférence à deux mètres de terre, et solide­
ment arcs-boutés au sol par un énorme enracinement assez
superficiel, mais dont chaque racine se prolonge le long du
tronc sur un à deux mètres de hauteur, formant un véritable
contre-fort.
La partie inférieure du tronc et surtout les racines, toujours
très saillantes au-dessus du sol, sécrètent abondamment une
sorte de résine blanchâtre assez analogue à l’encens. »
Le Tsiramiramy n’atteint pas les proportions considérables
du Ramy. Mais leur résine se ressemble.
(l'est, dit M. Vallier, une sorte de Colophane appelée ditindramy, très odoriférante et brûlant à l'air. Elle était employée
autrefois par les Ombiasa (prêtres d'idoles) pour la célébration
de quelques pratiques de leur rite.
Pour l'obtenir, les indigènes font à l’arbre une série d'in­
cisions qui laissent exsuder la résine; et ce n’est qu'un mois
après environ qu’ils viennent la recueillir. Ils en font des par­
fums en la mélangeant avec de la graisse. Les musiciens mal­
gaches s’en servent comme de colophane, et les ferblantiers
du pays l’emploient pour faire leurs soudures.
D’après les renseignements ci-dessus, les indigènes euxmêmes savent donc distinguer deux arbres fournissant deux
sortes de résine qui se ressemblent assez toutefois pour être
employées aux mêmes usages.
Or, à côté des trois espèces de Canarium que nous avons
énumérées plus haut, M. Engler, dans le Prodrome, cite deux
Protium habitant Madagascar : P. madayascariensc Engl, et
P. Beandou March.
Remarquons, de plus, que l’un de ces Canarium, le C. Boivini, et le Protium madagascariense ont même habitat, le
nord et le nord-est de la grande île, où précisément les Mal­
gaches récoltent la résine de Ramy.
Nous devons donc nous demander si, en somme, cette
résine ne découlerait pas à la fois d’un ou plusieurs Canarium,
RÉSINE DES nUKSÉRACÉES

�208

LF.S RÉSINES

confondus sous le nom indigène de Fiamy, et d'un ou plusieurs
Protium, c[ui seraient le Tsiramiramy.
Cette hypothèse est d'autant plus justifiée que les produits
résineux exsudés par ces deux genres n’ont pas de caractères
extérieurs absolument tranchés, à l'état frais : ils sont tous plus
ou moins jaune verdâtre, et tous exhalent une odeur de citron.
Pour trancher définitivement la question, il nous manque
des échantillons botaniques quelque peu complets de ces
plantes résinifères. Nous serions heureux de les accepter de
quelque généreux correspondant.
La résine de Ramy est l’objet à Madagascar d'un commerce
local restreint. Elle n’est pas exportée.

III. - RÉSINE DE BURSERA ET DE DACRYODES.

La seule espèce de Bursera dont la résine soit bien connue
est le B. gummifeua Jacq., qui occupe en Amérique
tropicale une aire fort étendue. Très commune dans toutes les
Antilles, notamment à la Martinique et à la Guadeloupe, où son
nom vulgaire est Gommier rouge, cette plante a été signalée
en Colombie, au Yénézuéla et au Guatémala.
C'est un arbre de moyenne grandeur, à écorce rouge, lisse,
se détachant par lambeaux minces. Les feuilles sont alternes,
sans stipules, imparipennées ; les folioles, au nombre de trois h
neuf paires, opposées, tombent à l'époque de la tloraison. Les
tleurs sont disposées en grappes ramifiées de cymes, axillaires
ou terminales; elles sont polygames.
Les tleurs hermaphrodites— de même que les femelles — sont
trimères : calice gamosépale ktroisdentsassezprofondes; corolle
à trois pétales alternes. Les étamines hypogynes, à anthères
introrses, forment deux verticilles trimères. Elles s’insèrent
sous le disque qui entoure le gynécée. Celui-ci est formé d’un
ovaire k trois loges oppositipétales, surmonté d'un style k stig-

20!)
mate trilobé. Deux ovules descendants, à mycropyle extérieur
et supérieur, s’insèrent dans l’angle interne de chaque loge.
Le fruit est une drupe contenant de un k trois noyaux. Le
mésocarpe s'ouvre, à la maturité, par autant de valves qu'il y
a de noyaux, et laisse au centre une columelle.
Lorsque les étamines restent stériles et se réduisent k l’état
de staminodes, les fleurs sont purement femelles.
Quant aux fleurs mâles, elles sont pentamères et consti­
tuées de la façon suivante : au centre du disque, une petite
masse qui représente le rudiment du gynécée; et, plus en
dehors, deux verticilles de cinq étamines fertiles, une corolle k
cinq pétales, et un calice court à cinq divisions.
Les incisions pratiquées dans le tronc et les grosses
branches de cet arbre laisse exsuder un liquide résineux
blanc, aromatique, qui se concrète rapidement en une résine
connue sous les noms de résine Gonimart cl Amérique, résine
Ghibou, ou Elémi des Antilles.
Ce produit, qui entre dans la composition des vernis,
paraît être souvent confondue avec la résine de D a cr y o d es
iie x a n d r a Griseb. (Bursera acuminata Willd. ; Pistacia occidentalis H. Bn.), qui habite également les Antilles, et en par­
ticulier les Antilles françaises, où son nom vulgaire est Gom­
mier blanc.
Celui-ci est un très grand arbre k écorce grisâtre, rude et
gercée. Les touilles sont imparipennées avec trois k cinq
folioles oblongues, coriaces, arrondies au sommet, k pétiolules
aplatis, excavés supérieurement, parfois k bords enroulés. Le
pétiole commun est aplati aussi. Les fleurs, dioïques, en panicules. Elles sont trimères : les mâles, avec six étamines, k filets
courts et anthères biloculaires ; dans les femelles, le calice
adhère k l’ovaire, qui est surmonté d’un style simple. Le fruit
est une drupe indéhiscente de la grosseur d’une olive, sur­
montée du reste du style, et ne contenant qu’une seule graine.
Les deux Gommiers dont nous venons de rappeler les
caractères sont donc bien distincts. Cependant il nous a sem­
blé que leur produit résineux était confondu sous le même
nom de Gommarl ; et le tout est généralement attribué, dans
Les Gommes et les Résines.
Il
RÉSINE DES Rl'KSKK ACKKS

�LES RÉSINES
210
les envois, au B. yummifera, alors que très souvent il
s'agit du prod it du Dacryodes licxandra.

F ig .

36. — ü a c n jo d e s

Griseb. — Coupe transversale
d'un rameau.

lic x a n d r a

s. Liège; ec. É corce; d. Cellules fibreuses isolées ou par pelils groupes dans
toute l’écorce; /’. Fibres péricycliques en couche continue protégeant exté­
rieurem ent les prem iers canaux sécréteurs du lib e r; es. Canaux sécréteurs
développés dans la couche libérienne p, et form ant q uatre rangées concen­
triques. La rangée la plus externe, com posée des canaux les plus larges,
appartiennent au liber prim aire, tous les autres au liber secondaire ; 1.
Liber secondaire de nouvelle form ation, où on n’observe encore aucun canal
sécréteur différencié ; n. Mince couche d’élém ents libériens ap latis; h. bois ;
a sy . Assise génératrice libéro-ligneuse.

ItÉSINE DES RLRSÉRACÉES

211

C'est ainsi que la résine reçue des Antilles par le Musée
colonial de Marseille, avec cette mention « résine de Bursera
gummifera », contient de nombreux fragments d’écorce, non
pas de l'écorce rouge, en lambeaux minces, qui caractérise le
Gommier rouge, mais bien d'une écorce blanchâtre, rugueuse,
qui nous paraît appartenir incontestablement au Dacryodes
licxandra ou Gommier blanc.
Les deux sortes de résine, provenant des deux Gommiers,
servent d’ailleurs aux mêmes usages, aux Antilles : on les
applique sur les plaies et les blessures, et on les brûle comme
encens. Leurs propriétés paraissent donc tout à fait analogues.
Quoi qu’il en soit, la résine dont nous allons nous occuper
est celle que nous avons reconnue comme produite par le
Dacryodes licxandra.
Dans la tige de ce végétal, comme dans celle des Protium
et des Bursera, la résine se forme et s’accumule dans des
canaux sécréteurs localisés dans la couche libérienne (lig.
30). Ces organes de sécrétion sont disposés en rangées concen­
triques, dont la plus externe est située dans le liber primaire,
sous le péricycle, et les suivantes, dans le liber secondaire.
Cette résine est expédiée par blocs parallélipipédiques enveloppésdefeuilles de Palmiers. Elle est blanche ou jaune pâle, ver­
dâtre parendroits, et renferme de nombreux fragments d’écorce.
Son odeur est térébenthinée. Les parties blanches sont à cas­
sure terne; les parties jaunes présentent une section luisante.
Cette substance brûle avec une flamme fuligineuse, en
répandant une odeur assez agréable ; elle fond en même temps
et coule en longues larmes claires et limpides qui se solidi­
fient rapidement.
Elle est très soluble dans l’éther et le chloroforme. Elle est
soluble également en totalité dans l’alcool absolu et le toluène
bouillants. L’essence de térébenthine ne la dissout que très
lentement à froid.
Avec le toluène bouillant, on obtient une solution qui, fil­
trée et évaporée au bain-marie jusqu’à l’état de liquide épais,
ne tarde pas à devenir, après refroidissement, floconneux
et à se solidifier.

�212

I. KS RESINES

résine Gommart, comme celle des Protium, se compose
donc de deux résines : 1une amorphe, l’autre cristallisée.
Mais voici comment on pourrait les distinguer.
L extrait résineux de Protium, obtenu par le chloroforme
et évaporation du véhicule au bain-marie, se trouble et se soli­
difie rapidement par suite du précipité formé dans la masse
par la résine cristallisée en fines aiguilles. Extraite de la
même façon par le chloroforme, la résine de Dacryodes
reste longtemps limpide, et c'est à la longue qu’on voit se
séparer en niasse la résine cristallisée, non pas en aiguilles
lines, mais en gros cristaux oblongs, le plus souvent réunis
en macles radiées. La résine amorphe demeure limpide.
Le produit brut renferme une proportion de 11 à lu °/0 de
résidu insoluble formé de fragments d’écorce et de sels.

213
C’est un arbre de 00 à 70 pieds, h rameaux souvent dénu­
dés inférieurement. Les feuilles sont oblongues ou oblongueslancéolées, acuminées, aiguës h la base, brièvement pétiolées,
penninerves ; elles mesurent de 7 à 12 centimètres de longueur
sur 2,5 à i centimètres de largeur.
RÉSINE DE SYMPIIONIA ET DE MORONOREA

RÉSINE DK SYMPIIONIA ET DE MORONOBEA
Deux Guttifères, bien qu’appartenant à des genres voisins,
sont souvent confondues : le Symphonia globulifera et le
Moronobea coccinca. Il est vrai que leur produit résineux
offre de grandes analogies. Cependant, il convient d’établir les «
caractères distinctifs des deux plantes, comme le fait Vesque
dans sa monographie des Guttifères du Prodrome.
Le S y m piio n ia g l o b u i .if e r a L. f. (Moronobea coccinea Aubl. ;
Aneuriscus Aubletii Presl ; Aneuriscus exserens Presl ; Moro­
nobea globulifera Schlecht.) habite h la fois l’Amérique et
l’Afrique : la Guyane, la Jamaïque, Saint-Domingue, la Trinidad. le Brésil, la Guadeloupe, et la côte occidentale d'Afrique,
dans la vallée du Niger. Son aire géographique est, comme
on le voit, très vaste.
Il est appelé vulgairement : Hog-gum tree en Guyane
anglaise, Oanani au Brésil, Mani à la Guyane française, Bois
cochon au Soudan.

F ig . 37. — S ym p h o n ia g lo b u life ra L. f. (d ap rè s E ng ler).
J. Rameau et inflorescence; 2. F leur dont le pé riant lie a été enlevé, et
m ontrant : le disque cupuliform e; la colonne stam inale fendue inférieu­
rem ent et laissant voir la base du pistil ; les lobes anthérifères, com plè­
tem ent séparés et étalés, et laissant ap p araître le stigm ate étoilé; 3 . Fleur
à un stade moins avancé. La corolle seule a été enlevée. Le tube stanim al
est en tier; les lobes anthérifères sont dressés. .Le pistil est invisible.

Les inflorescences sont des cymes en forme d’ombelles, plus
courtes que les feuilles, latérales ou terminales. Les fleurs
sont hermaphrodites, de médiocre grandeur, rouge écarlate.
Le calice se compose de cinq sépales imbriqués, arrondis,
beaucoup plus courts que les pétales. La corolle comprend
cinq pétales arrondis, enroulés. Le disque extérieur à l’androcée
a une forme vaguement pentagonale due aux empreintes

�LES RÉSINES
214
laissées par les pétales. Les étamines sont le plus souvent au
nombre de quinze; les filets soudés inférieurement en un tube
renflé, se séparent plus haut en cinq groupes qui portent cha­
cun trois anthères linéaires, biloculaires, parallèles, dressées,
s’ouvrant par des fentes longitudinales. L’ovaire, contenu dans
le tube staminal, est ovoïde, à cinq loges; le style est épais,
et divisé à son extrémité en cinq languettes rayonnantes. Il y
a dans chaque loge ovarienne six à huit ovules, ascendants, fixés
sur deux rangs à l’angle interne. La baie indéhiscente est oli­
gosperme ou monosperme par avortement. Les graines sont
anguleuses, convexes.
11 existe de cette espèce deux variétés africaines : la
variété a[ricana, en Angola, et la variété gabonensis au
Gabon.
La résine de S. globulifera est appelée Hog gum ou Doetors
gum à la Guyane anglaise, résine de Mani en Guyane fran­
çaise, et enfin résine de Karamani en Guinée anglaise.
C'est une exsudation jaune rougeâtre sur laquelle nous ne
possédons encore que des renseignements vagues. Les indi­
gènes s'en servent en général comme topique en application
sur les plaies et les ulcères.
Il existe à Madagascar plusieurs espèces de Symphonia,
dont l'une, le S. urophylla Benth. et Hook (Chrysopia uro~
phylla Dcne), ne paraît être, d’après Yesque, qu’une forme
peu distincte du S. globulifera.
M. le lieutenant Yallier, dans une étude déjà citée, rapporte
au S. clusioïdes Baker la plante que les Malgaches appellent
Dintinina ou Kijy (en dialecte bezanozano). C’est un grand
arbre, dit-il, qui produit en très grande quantité une résine
jaunâtre nommée Ditinditinina, que les indigènes utilisent
comme une sorte de lirai pour fixer les manches de leurs
outils, réparer divers ustensiles, calfater les embarcations, etc.
Ce produit serait même l’objet d’un petit commerce local.
M oroxobea coccinea Aubl. (M. monlana Schlecht. ; M.
grandiflora Chois. ; Symphonia grandiflora L.).
Tandis que le S. globulifera se trouve aussi bien en

215
Afrique qu'cn Amérique, le .1/. coccinea ne quitte pas le
continent américain et les îles voisines. 11 habite la Guyane,
la Dominique, la Trinidad, le Brésil, la Guadeloupe.
C'est également un grand arbre pouvant atteindre jusqu’à
20 ou 30 mètres, à feuilles opposées, pétiolées, fermes,
oblongues-lancéolées ou oblongues-elliptiques, brièvement
acuminées. Les véritables caractères distinctifs entre les deux
espèces se trouvent dans la fleur : dans le M. coccinea, le
disque cupuliforme hypogyne supporte les groupes staminaux, et sa forme est nettement pentagonale ; de plus, les
groupes d’étamines sont distincts dès la base et non à la par­
tie supérieure seulement, comme dans le S. globulifera chez
lequel, d’ailleurs, le disque est extérieur à l'androcée. Enfin,
les étamines s’enroulent sur l’ovaire du M. coccinea, et y
laissent leurs empreintes.
D’après le P. Düss (Flore des Antilles), le suc résineux que
renferment toutes les parties de la plante est jaune, épais,
visqueux.
A l’air et à la lumière, la substance prend une teinte très
foncée.
Usant des nombreux échantillons que possède le Musée
colonial de Marseille, nous avons pu procéder à quelques
recherches personnelles dont nous allons exposer les résultats.
La résine de M. coccinea est rouge brun ou noire, à cassure
terne, en morceaux plus ou moins volumineux, renfermant
dans leur intérieur des parties jaunes. Ces différences de colo­
ration sont bien une preuve que le liquide résineux, lorsqu'il
s'écoule de l'arbre, est jaune, et que c'est plus tard qu'il se
fonce sous l’influence de Pair et de la lumière, tout en se soli­
difiant.
La moyenne des densités, pour les échantillons que nous
avons examinés, est de 0,838.
Cette résine se pulvérise facilement ; sa poudre est brune,
avec des parties jaunes. Elle se dissout en majeure partie
dans le chloroforme et le toluène, tandis qu’elle est peu
soluble dans l’alcool, l’éther et l’essence de térébenthine.
La liqueur chloroformique, de même que la solution obteRÉSINE DE SYMPHONIA ET HE MORON’OREA

�LES RÉSINES
210
nue par le toluène, est rouge foncé. En épuisant la matière
par ees deux dissolvants, et filtrant, il reste sur le filtre,
toutes choses égales d'ailleurs, un résidu insoluble sensible­
ment équivalent dans les deux cas : 10 à 15 °/0.
Les solutions évaporées au bain-marie, après filtration,
abandonnent dans les deux cas, une résine rouge brun
très homogène, mais qui se solidifie peu à peu à mesure que
le dissolvant se volatilise.
En résumé, pour avoir la résine il l’état pur, on peut opérer,
comme nous venons de le dire, soit avec le chloroforme, soit
avec le toluène. Nous pensons qu’il serait plus avantageux de
se servir, comme dissolvant, du chloroforme : d’abord parce
que la solubilité dans ce véhicule est un peu plus grande,
ensuite parce que le produit ainsi purifié nous a semblé plus
homogène.

RÉSINE D'EnOlM A

Cette résine a fait l'objet, ainsi que la plante productrice,
d'une étude très détaillée de H. Jumelle, publiée dans les
Annales de iInstitut colonial de Marseille de 1897. Nous ne
faisons que résumer ce travail.
L Erouma ou Bée est une Euphorbiacée de la NouvelleCalédonie ; c’est, en botanique, le M acaraxga V edeliana Müll.
Arg. Acalypha Vedeliana H. Bn.), commun aux îles Loyaltv,
Lifou et Maré, dans la zone madréporique.
C’est un petit arbre à ramules légèrement anguleux couverts
de poils bruns, et à grandes feuilles entières, ovales, cordées
à la base, acuminées au sommet. Le limbe mesure 15 à 18
centimètres de longueur sur une largeur sensiblement égale :
il est parcouru par sept nervures principales issues du sommet
du pétiole, les deux plus externes étant très courtes et limi­

RÉShNE d ' e ROGMA

217

tées à la base du limbe. Le pétiole des feuilles adultes est
aussi long que le limbe. La face supérieure est généralement
glabre, sauf au niveau des nervures qui sont couvertes de poils
blancs ; la face inférieure est au contraire toute revêtue de
ces poils. Cette face est, en outre, parsemée d’un grand
nombre de petites glandes jaunes.
L’inflorescence mâle est un épi simple de tleurs à huit ou dix
étamines; elle est longue de 10 à 15 centimètres, et son axe
est fortement poilu.
Les fleurs femelles, mal connues, forment des inflorescences
courtes.
Les Canaques savent depuis longtemps extraire de l’écorce
de l Erouma la résine brute dont ils se servent soit pour
réparer et coller les calebasses, soit pour boucher les trous
des flûtes ou fissures d’autres objets.
Voici comment ils procèdent. Ils exposent au-dessus d’un
feu clair des fragments de tige ou de rameaux sur lesquels la
résine forme une couche blanchâtre qui peut atteindre parfois
1 millimètre 1/2 d’épaisseur. Puis, quand la substance com­
mence à se liquéfier, ils passent le doigt à plusieurs reprises,
l'enduisant de résine molle qu'ils pétrissent rapidement et
appliquent immédiatement.
Le produit ainsi préparé par les indigènes k l aide de ce
procédé fort primitif est d’un beau noir, à cassure brillante :
il forme une sorte de vernis mastic d’une ténacité remar­
quable.
Mais il est évident que la résine utilisée de cette façon est
chargée d'impuretés.
H. Jumelle a pu disposer, pour l’étude, d’un échantillon
purifié de couleur verdâtre, à cassure mate. La densité fut
trouvée de 0,95. Cette résine se liquéfie dans l’eau bouillante
et forme h la surface une couche molle qui, hors de l’eau, se
solidifie en restant vert brunâtre, mais en prenant le ton bril­
lant du produit préparé par le feu. Chauffée à feu nu dans
une capsule, elle devient plus fluide et se colore en brun
foncé.
Elle se dissout presque complètement dans l’éther, le chlo-

�218

OLÉORÉSINE DES l'ALOPIlYLLEM

LES RÉSLNKS

ro forme et le toluène, en laissant de 5 à 8 °/0 de résidu. Les
solutions sont jaune clair. Après filtration et évaporation, le
chloroforme et le toluène abandonnent une substance jaune,
homogène, qui ne se solidifie bien que lorqu’on la chauffe au
bain-marie; l’éther, en s'évaporant, laisse un dépôt granu­
leux .
Avec l’alcool absolu, on obtient un résidu plus abondant :
15 °/0 environ. La substance laissée par l'évaporation du véhi­
cule. après filtration, est pulvérulente et blanche; mais chauf­
fée au bain-marie, elle fond et se transforme en une matière
homogène jaunâtre, comme celle obtenue avec les précédents
dissolvants.
La benzine est un dissolvant comparable à l’alcool : on
obtient 15 h 18 °/0 de résidu. Mais la solution, filtrée et évapo­
rée, abandonne, comme le chloroforme et le toluène, une sub­
stance jaunâtre homogène qui se solidifie au bain-marie.
En résumé, le chloroforme, le toluène et l'éther ont un
inconvénient qui est de dissoudre une matière étrangère
brunâtre, laquelle reste insoluble avec l'alcool absolu.
En conséquence, pour obtenir aussi pureque possible la résine
del’Erouma. il fautemplover commedissolvantsLalcool absolu
ou la benzine, et non l’éther, le chloroforme et le toluène.
Cette résine pure est jaune lorsqu'elle a été isolée par la ben­
zine ; par l'alcool, elle est pulvérulente et blanche. Sa densité
est supérieure à celle du produit brut, et s’élève à 1,01.
Des recherches anatomiques ont, en outre, montré à
H. Jumelle que la résine de l'Erouma est localisée :
1° Dans des laticifères de la tige,situés dans la couche pro­
fonde de l'écorce, au voisinage du péricycle, dans le liber, et
enfin à la périphérie de la moelle où ces éléments sécréteurs
ont des dimensions beaucoup plus grandes que dans les
autres régions.
2° Dans les feuilles. Là, on distingue deux sortes d’éléments
sécréteurs : d’abord des laticifères qui occupent le parenchyme
des nervures et le liber des faisceaux ; ensuite, des poils capités pluricellulaires spéciaux situés au fond de dépressions de
la face inférieure du limbe, et dont les cellules sécrétrices

219

forment des masses sphériques supportées par des sortes de
pédicelles dressés. Ce sont précisément ces poils (pii consti­
tuent les ponctuations jaunâtres qu'on observe à la face infé­
rieure des feuilles.
Ces considérations histologiques ne sont pas indifférentes au
point de vue pratique; elles enseignent que pour obtenir du
Macaranga Vedeliana le maximum de rendement en résine, il
conviendrait d’inciser profondément ou mieux de perforer la
tige, de manière à donner libre passage au contenu des lati­
cifères. On obtiendrait d'ailleurs ainsi directement un produit
plus pur que celui qu’on recueille en raclant la surface de
l’écorce.

OLÉORÉSINE DES CALOPHYLLUM

v.

Les Calophyllum sont des arbres de la famille des Guttifères, droits, parfois tortueux, à rameaux tétragones, nus, le
plus souvent recouverts d'un tomentum ferrugineux, surtout
sur les parties jeunes. Les feuilles sont pétiolées, rarement
sessiles, entières, coriaces. Les fleurs sont polygames, en
grappes axillaires, rarement terminales. Ellesont quatre sépales
décussés, les deux internes étant plus ou moins pétaloïdes. La
corolle se compose de deux, quatre, huit, pétales ou plus. Les
étamines sont aussi en nombre indéfini, hypogynessi la fleur est
hermaphrodite, à filets libres ou légèrementconnés à la base, à
anthères oblongues ou linéaires-oblongues, basiüxes. L’ovaire
est globuleux ou ovoïde, surmonté d'un style filiforme qui se
termine par un stigmate pelté ou infundibuliforme ; il contient
un ovule unique, dressé, anatrope. Le fruit est une drupe
indéhiscente, à mésocarpe presque sec, à endocarpe dur, crus­
tacé. La graine, ovoïde ou globuleuse, contient un embryon à
cotylédons épais charnus, oléagineux.

�LES HKSI.NKS

220

0LÉ0RÉS1NE DES CALOPHYLLUM

Les espèces qui nous intéressent, au point de vue de leur
produit oléorésineux, sont les suivantes :
C ai.o p iiy iu

m

I nophyllum L ., q u i se d is tin g u e p a r ses

t

2

(d’après nature),
t. Rameau et inflorescence ; 2. Fruit.

F ig . 38. —

Calophyllum Inophyllum

L.

feuilles elliptiques ou obovales, pétiolées, souvent arrondies
au sommet; ses Heurs d environ 2 centimètres de largeur; son
fruit globuleux de 3 centimètres de diamètre, à acumen court.

221

Cet arbre habite les îles de lOcéanie (d la Nouvelle-Calédo­
nie, où on le nomme vulgairement Tarnanou ou Pif, la
Cochinchine, Madagascar. A Tahiti, d’après M. Cuzent, il
recherche les terres humides. On le trouve depuis le hord de
la mer jusque dans les Arallées où il remonte assez loin, et le
plus souvent auprès des ruisseaux. Les graines germent faci­
lement, et la plante pourrait se multiplier sans peine si on
protégeait sa croissance. Autrefois excessivement abondant,
le C.Inophyllum, détruit sans ménagement, est aujourd’hui
beaucoup plus clairsemé en Océanie. C’est un bois de con­
struction excellent.
L’oléorésine exsude des fentes naturelles de l’écorce du
Tarnanou ainsi que des incisions pratiquées dans le tronc ou
les rameaux, et se solidifie sous l'action de l’air et du soleil.
Ce produit est vert foncé, en masses à éclat vitreux, non
transparentes, formées de larmes agglutinées, à odeur d’angé­
lique ou de mélilot, et à saveur très légèrement amère.
MM. Heckel et SchlagdenhaulTen, dans leur travail sur l'huile
et l’oléorésine des Calophyllum (Journal de thérapeutique,
1870), ont montré que la substance résineuse existe également
dans les cotylédons du C. Inophyllum et du C. Calaba : elle
remplit là des poches sécrétrices, et se trouve en dissolution
(probablement à l'état d'huile essentielle) dans une huile
grasse.
Le Calophyllum spurium Chois., de Madagascar, est,
d’après YIndex Kewensis, un synonyme de C. Inophyllum.
Son nom indigène est Vintanina.
Des incisions faites dans le tronc, il s'écoule une oléorésine
jaunâtre que les Malgaches appellent Ditimbitanina, et qu’ils
emploient comme colle forte pour fixer solidement les
manches des outils.
C alophyllum T acamaiiaca Willd. — Cet arbre est indigène
de l'ile de la Réunion. Il a le port du C. Inophyllum; mais le
fruit, d’après Vesque, est fusiforme, à acumen obtus. On l'ap­
pelle vulgairement Tacamaca à Bourbon.
MM. Heckel et SchlagdenhaulFen ont décrit l oléorésine de

�C a l o ph y l l u m C a la ba Jacq. —C'est une espèce américaine qui
se distingue par les caractères suivants : toutes les parties
sont glabres à l'exception des bourgeons. Les feuilles sont
elliptiques, ovales ou ovales-oblongues, pétiolées, plus ou
moins arrondies au sommet. La corolle est nulle ou se trouve
réduite à un ou deux pétales. La drupe est globuleuse.
Cet arbre, qui croît aux Antilles où on le nomme vulgaire­
ment Galba, donne aussi une oléorésine connue sous l’appel­
lation inexacte de Baume vert d'Amérique.
Dans tous les Calophyllum l’oléorésine s’accumule dans
des canaux sécréteurs dont nous avons recherché la disposi­
tion chez le C. Calaba. Une coupe, pratiquée dans un rameau
de cette plante provenant de la Guadeloupe, nous a montré

—

39. — Fruit de Calophyllum Calaba Jacq. (d'après Bâillon).
1. Fruit entier; 2. Coupe longitudinale.

F ig . 40. — C a l o p h y l l u m C a la b a Jacq . Coupe tra n sv e rsa le d ’u n ram eau ,
s. Liège ; ec. Ecorce ; cse. Canaux secréteurs corticaux ; Ib . L ib er; c sl. Canaux
sécréteurs développés dans la couche libérienne; h. B ois; a sg . Assise
gén ératrice libéro-lignetise ; ni. Moelle ;c s m . Canaux sécréteurs m édullaires.

mais très larges ; il en de même de ceux qu’on rencontre dissé­
minés dans toute la moelle lignifiée. Plus nombreux d'un tiers
sont les canaux sécréteurs du liber dont les éléments forment

uj ii.iy ptmi.ii. —

F ig .

IIIWI1111■iii11J wmiii.i'iim ^ n i uipMipj)

Taeamaca dont ils tenaient un échantillon de Ch. Frappier de
Montbenoit, botaniste distingué et sagace de notre île.
Cet échantillon n’était pas homogène et. présentait deux
masses distinctes et bien tranchées : l’une verte et molle,
l'autre noire luisante, cassante et friable. Cette particula­
rité semblait due simplement à l’altération de la matière colo­
rante primitivement verte et à sa transformation en une
matière colorante de teinte brune et foncée.
Cette oléorésine de C. Tacamahaca, appelée improprement
Baume *}farie, Baume vert de Bourbon, est d’une saveur
amère beaucoup plus accentuée que le produit du Tamanou.

22.‘i
que les canaux sécréteurs occupent à la fois l’écorce, la couche
libérienne et la moelle : ceux de l’écorce sont peu nombreux
OLÉOHÉSLNE DES CALOPHYLLUM

l ’i- 1■

LES RÉSINES

1

2±2

�221

LES UES INES

des liles radiales en dehors de l’assise génératrice, mais leur
lumière est beaucoup plus étroite et n'ont que la moitié à
peine du diamètre de ceux des autres régions.
En tenant compte de ces données anatomiques, on voit que
pour obtenir des quantités notables d'oléorésine il faut que les
entailles soient profondes et atteignent le bois. Chaque arbre
n'en produit d’ailleurs que relativement peu.
Composition et propriétés. — Les oléorésines des trois
espèces que nous venons de mentionner offrent des carac­
tères concordants, à peu de chose près. Il en est de même de
leur composition.
MM. Heckel et Schlagdenhauil'en ont publié, dans leur
Mémoire déjà cité, l'analyse de l’oléorésine du C. Inophyllum,
de Cochinchine, et du C. Tacamahaca, de Bourbon.
Le produit se compose d’une résine et d’une huile essen­
tielle. La résine est verte, soluble dans l'alcool, l'éther, le
sulfure de carbone et la benzine.
La solution alcoolique est verte. Son caractère le plus sail­
lant et distinctif est la coloration obtenue en présence d'une
solution alcoolique de chlorure ferrique. Quand on y ajoute
un peu de ce réactif, on observe d’abord une coloration rose;
mais plus tard, on obtient une solution d'un bleu très pur et
persistant.
Cette coloration manque lorsqu'on opère avec le produit
altéré et devenu noir.
L oléorésine fournit à la distillation une huile essentielle
limpide, « d'une odeur particulière rappelant celle des AurantLacées », dont la densité est de 0,83.
Quelques expériences ont montré aux auteurs de l analyse
précédente que cette oléorésine était un topique elïicace en appli­
cation sur les ulcères. Mais cet emploi trop restreint n’assure
pas l’avenir du produit qui ne pourrait acquérir de valeur com­
merciale réelle que si l'industrie parvenait à 1 utiliser.

BENJOIN

225

BENJOIN
Le Benjoin est un baume extrait d'une ou de plusieurs
espèces du genre Styrax, qui d’ailleurs a donné son nom à la
famille des Styracées.
La plus connue de ces espèces est le Styrax benzoin Dryander. qui habite Java et Sumatra.
Quant au Benjoin de Siam, il est fourni, d’après certains
auteurs, par une espèce distincte de celle de Sumatra, mais
encore indéterminée. Selon M. Pierre, au contraire, il s’agit
d'une seule et même espèce, qui est le S. benzoin Dryander
(.Plagiospermum benzoin Pierre).
Néanmoins comme, dans le commerce, on établit souvent
une distinction entre le Benjoin de Malaisie et celui de Siam,
nous étudierons séparément ces produits.
I. — BENJOIN DE MALAISIE

Cette substance exsude, nous venons de le dire, en majeure
partie, sinon en totalité, du S. benzoin Dryander.
C est un arbre à feuilles ovales-elliptiques ou ovalesoblongues, longuement acuminées, arrondies ou obtuses à la
ba se, légèrement dentées ; le limbe a de 7 à 11 centimètres
de longueur sur 3 à 5 centimètres de largeur. Les jeunes
rameaux, la face inférieure des feuilles, le calice et la corolle
sont recouverts d'un tomentum court, gris argenté ou un peu
fauve. Les fleurs sont brièvement pédicellées, en grappes
axillaires ou terminales. Le calice est cupuliforme, à peine
denté. La corolle comprend quatre ou cinq pétales presque
Les Gommes et es Résines.
15

�227
exclusivement velus à leur lace externe, imbriqués, enroulés.
Les étamines, au nombre de huit à dix, sont plus courtes que
les pétales et que le style, à filets poilus et concrescents inférieu­
rement avec le tube de la corolle. L’ovaire est ovoïde, sessile,
velu, à trois ou Yjuatre loges incomplètes, surmonté d’un
style grêle et glabre. Les ovules, disposés en deux séries de
trois, sont subascendants et semi-anatropes. Le fruit est une
drupe sphérique ; il est roux, pubescent, indéhiscent, mono­
sperme, à enveloppe externe subéreuse et à endocarpe osseux.
La graine sessile a son tégument externe parcouru longitu­
dinalement par six sillons ; elle est pourvue d’un albumen sub­
corné et d’un embryon transversal.
En malais : Menjan.
BENJOIN

Culture et. récolte. — Cet arbre peut être cultivé dans
presque tous les sols, mais il recherche les terrains élevés,
secs, sablonneux et jamais inondés. Il ne paraît pas dépasser
une altitude de 300 mètres.
Dans les sols bas et humides, les arbres croissent rapide­
ment, mais ne donnent qu’un produit inférieur. Ils refusent
de venir dans les sols marécageux ou inondés et sur le cal­
caire.
La propagation se fait par semis ou par les rejetons que
l’on trouve autour des arbres adultes.
Dans le premier cas, le mieux est de faire des semis en
pépinière et de transplanter ensuite.
Les rejetons, séparés de la plante mère, sont aussi trans­
plantés dans des terrains convenables. On a soin de les abri­
ter du soleil pendant les premiers temps de leur développe­
ment et de les protéger contre l’envahissement de la brous­
saille qui les étoufferait.
En somme, cette culture ne présente aucune difficulté par­
ticulière.
L’exploitation commence généralement quand les arbres sont
dans leur septième année. Elle a lieu pendant la saison sèche.
Les incisions sont pratiquées dans le tronc à l’aide d’une
sorte de couperet que les Malais appellent parang. Ce ne sont
F ig . 41. — S h j r a x b e n z o in D rvand. (d 'a p rès G resholT .
1. H am eau el in llo rescen ce ; i . F ru it e n tie r ; 3. F ru it d o n t le p é ric a rp e
a é té sectio n n é ju sq u 'à l’en d o c arp e o sseu x.

�228
LES RÉSINES
pas à proprement parler des incisions, mais des plaies triangu­
laires profondes ou takok, dont les dimensions ne dépassent
pas un centimètre; elles intéressent toute l'écorce et entament
le bois.
Supposons qu'il s’agisse d’un arbre que l’on saigne pour la
première fois. On fait en tout neuf entailles disposées trois
par trois suivant trois lignes verticales, ou, d’une façon plus
précise, suivant trois génératrices équidistantes tracées à la
surface du tronc cylindrique.
Sur chacune de ces verticales, on fait une première
entaille à 40 centimètres du sol, une seconde à la même dis­
tance au-dessus, et une troisième plus haut encore, avec le
même intervalle. L'écorce est ràc-lée et convenablement net­
toyée dans les espaces intermédiaires.
Huit jours après, on voit sourdre des plaies un liquide jau­
nâtre qui bientôt prend une teinte brunâtre. Les petites
masses exsudées remplissent les entailles et recouvrent
l'écorce voisine; elles demeurent longtemps molles et vis­
queuses. Ce n’est qu’au bout de deux mois seulement que le
produit est assez durci pour pouvoir être récolté.
Mais la résine qui s'écoule ainsi pour la première fois n’a
pas de valeur et on ne la recueille pas. On se contente de la
détacher avec le parang. En même temps on pratique dans les
mêmes verticales, et à 4 centimètres au-dessus des trois inci­
sions primitives, trois nouvelles entailles, plus une quatrième
à 40 centimètres au-dessus de la plus élevée des trois.
Trois mois après, nouvelle série d'incisions à A centimètres
au-dessus des quatre de la série précédente, plus une cinquième
à 40 centimètres au-dessus de la quatrième.
Et ainsi de suite, de trois mois en trois mois.
Quand, dans les trois verticales primitives, tous les inter­
valles sont remplis, on attaque de nouvelles génératrices soit
à droite, soit à gauche, en suivant le même procédé.
Ce procédé d'ailleurs admet des variantes, mais le principe
resté le même.
Pendant les six premiers mois qui suivent le début de l’ex­
ploitation, le produit est peu abondant et de médiocre valeur.

HENJOIN

220

Mais ensuite, pendant trois années consécutives, on obtient le
maximum de rendement, qui correspond à la période moyenne
de la vie de l’arbre. Puis la production décroît : l’arbre s’épuise
et meurt après 17 ou 19 ans d’existence.
Lorsque le benjoin est de qualité inférieure, il est si fluide,
lorsqu'il s’écoule des plaies, qu’il ruisselle le long du
tronc jusque sur le sol. On reconnaît au contraire les bonnes
sortes à ce que la résine qui exsude forme un liquide épais,
visqueux, qui adhère à l’écorce avoisinant les entailles ; elle
constitue alors des masses d’un beau jaune clair.
La récolte se fait donc tous les trois mois puisque, nous
l’avons vu, le benjoin ne perd sa viscosité qu’après deux mois
d'exposition à Pair.
On détache les morceaux avec le parang ou une lame de
bambou en les faisant agir de bas en haut de manière à éviter
d’entamer l’écorce.
D’ailleurs, les masses de benjoin exsudées ne sont pas
recueillies en bloc. On enlève d’abord les couches superfi­
cielles qui sont les plus pures et forment la qualité, supérieure
appelée rncnjan poetili ou menjan sodokan.
Ensuite, on attaque les couches inférieures jusqu'à l’écorce;
c’est la seconde qualité, qui contient forcément des débris de
suber, et qu'on nomme menjan seselan.
Enfin, une troisième qualité ou menjan hitam djahat s’ob­
tient en râclant l'écorce avec le parang; elle est noirâtre, très
impure.
Dans une plantation bien entretenue, un arbre peut don­
ner plus de 3 kilogrammes de benjoin à chaque récolte.
Le produit, après un nouveau triage, est emballé dans des
barils confectionnés avec des écorces et appelés kepoek
menjan, qu’on recouvre avec les larges gaines des feuilles de
Palmiers.
Sortes de benjoin. — Sur les marchés d’Europe, le Benjoin
de Malaisie est classé en trois sortes ;
a. — Le benjoin de Sumatra ou de Padang, qui est le plus

�230
LES RÉSINES
estimé, soit, comme on l a prétendu, parce qu’il contient plus
d’acide benzoïque que les autres, soit parce qu'il est plus pur,
la récolte en étant plus soigneusement faite.
b. Le benjoin de Palembang, dont la valeur moindre est
due en partie aux falsifications nombreuses dont il est l'objet
de la part des Chinois.
c. — Le benjoin de Penang, dont l’importation à Londres
est relativement récente et date de cinquante ans, tandis que
les deux sortes précédentes y sont connues depuis plus de deux
siècles.
En outre, le benjoin de Penang a paru assez distinct des
deux autres par ses caractères et ses propriétés pour que Ilanburv ait cru devoir rapporter son origine botanique à une espèce
particulière, 1e S. subden/icula/a Miquel. Mais rien depuis n'est
venu prouver le bien fondé de cette assertion.
Nous donnerons la composition chimique et les propriétés
générales du benjoin en parlant du Benjoin de Siam.
Ajoutons seulement ici que le Benjoin de Malaisie était
connu des Arabes sous le nom de résine de Java : Lu ban
Djaici ou Djaoui. Par corruption, cette appellation est deve­
nue Ban Djaoui, d'où probablement l'origine du mot benjoin.
Le commerce du benjoin aux Indes néerlandaises est consi­
dérable. En 1890, Palembang en a exporté pour 900.000 flo­
rins, au prix de 70 à 75 florins le picul. ce qui fait environ
2 francs le kilogramme.
Pendant le premier semestre de 1899, l'exportation de
benjoin de Singapore a été de 08.251 kilogs, avec les desti­
nations suivantes : Grande-Bretagne, 44,152 kilogs; Conti­
nent européen, 22.046 kilogs; Etats-Unis, 2.053 kilogs.

llENJOl.N

IL

231

— RENJOIN DE SI YM

Nous avons déjà dit que l'arbre producteur, mal connu, est,
de l’avis de M. Pierre, le S
renzoin Dryander (Plagiospermum benzoin Pierre), cultivé à Sumatra et à Java.
L’arbre à benjoin est, selon M. Grand, assez commun dans
le royaume de Luang-Prabang, où les indigènes le nomment
hoc nham. On le rencontrerait surtout dans la vallée du
Nam-hou, et plus particulièrement dans celle de son affluent,
le Nam-bac.
La presque totalité de la récolte, parfois très abondante,
est exportée à Bangkok.
M. Pierre, à qui, d’ailleurs, nous avons emprunté les élé­
ments de la description donnée plus haut, note que ce végé­
tal est très rare au Cambodge.
L’arbre à benjoin serait donc, sinon à introduire, du moins à
propager en Indo-Chine française.
La culture pourrait se faire comme à Sumatra : par semis
et par les nombreux rejetons que la plante adulte porte sur
ses grosses racines.
Nous ne possédons que peu de renseignements sur le mode
de récolte au Siam. Nous savons seulement que c est après la
chute des feuilles, qui a lieu en avril ou mai, que les Siamois
pratiquent dans l'écorce de profondes entailles longitudinales,
par où suinte le liquide résineux qui bientôt se concrète en
masses plus ou moins volumineuses.
M. Grand nous apprend de son côté que les Laotiens se
contentent d’inciser le tronc de l’arbre.
Le benjoin de Siam est formé de larmes amvgdaloïdes réu­
nies par une pâte brune et translucide. Quant aux larmes, qui
constituent autant de noyaux au sein de la masse, elles sont
plus ou moins colorées ; parfois elles apparaissent rougeâtres,
cette teinte étant due à ce qu’elles ont subi l'action alté­
rante de l’air avant de s’empâter.
tyrax

�LES RÉSINES
232
C'est sous cet aspect amvgdaloïde que se présentent les
qualités supérieures de benjoin.
Ce produit exhale une odeur suave se rapprochant du par­
fum de la vanille.
Le benjoin fond au feu, en dégageant une odeur forte. Il
est très soluble dans l'alcool et l’éther. C'est une résine conte­
nant en outre : une minime proportion d’huile essentielle et
deux acides, l'acide benzoïque et parfois l’acide cinnamique.
Le premier se rencontre presque exclusivement dans le benjoin
de Siam. L’acide cinnamique caractériserait au contraire le
benjoin de Sumatra.
L’acide benzoïque s'obtient de deux façons. Lorsqu'on
chaulTe le benjoin dans un vase surmonté d'un cône de carton,
cet acide se sublime et se dépose sur les parois du cône en
légers flocons blancs et cristallins que l’on appelait autrefois
/leurs de benjoin.
Ln autre procédé du à Scheele consiste à faire bouillir le
benjoin avec un lait de chaux, à filtrer la solution bouillante
de benzoate de chaux, à la concentrer par évaporation et à la
précipiter par l'acide chlorhydrique. L’acide benzoïque se
sépare. On le purifie par cristallisation dans l’eau bouillante.
Le benjoin de Siam est très recherché en parfumerie.
Son prix parait avoir diminué dans des proportions consi­
dérables en même temps que le chiffre de l’exportation s’est
abaissé.
En 1889, la quantité livrée au commerce fut, d’après le
bulletin consulaire de janvier 1890, de 521 piculs, valant
1)2.812 dollars, ce qui fait (le picul étant de 60 kil. 400)
31.400 kilogrammes environ, valant 314.000 francs, soit une
dizaine de francs le kilogramme.
En 1890, par suite d une forte dépréciation des benjoins sur
les marchés européens, l'exportation n'a atteint qu'une valeur
de 46.780 dollars.
Enfin, en 1896, d’après les renseignements économiques
fournis par le consul de France à Korat, le benjoin valait seu­
lement 146 francs les 100 kilogs. L’exportation fut de 160
piculs valant 8.7i2 ticaux, le tical étant estimé 1 fr. 60 de
notre monnaie.

233
F aux ben jo in . — Un grand arbre de la famille des Combrétacées, le Termina.Ua benzoin L. f., habitant Maurice et
Bourbon, aux Mascareignes, laisse exsuder une substance qui
rappelle le benjoin. Il reste h savoir s’il s'agit également d'un
baume.
IIAUME DE TOU

B.MME DE TOLU
Nous n’insisterons pas très longuement sur cette substance
dont l’étude détaillée relève surtout de la matière médicale;
mais, comme la parfumerie l’emploie dans la préparation de
certaines pâtes et de pastilles spéciales, elle est industrielle en
même temps que médicinale, et nous ne pouvons la passer
sous silence.
Le Baume de Tolu est fourni par une Légumineuse, le
M yroxylon toluiferum IL Bn. et H. [Toluifcra balsamum L.),
dont l’aire de distribution est limitée à l’Amérique équato­
riale.
C’est un arbre à feuilles imparipennées, dont les folioles
sont parsemées de glandes translucides. Les fleurs papilionacées sont en grappes. La gousse, longue de 6 à 8 centimètres,
est aplatie, ailée et renflée à son extrémité en une sorte de
loge monosperme.
L'exploitation de ce végétal remonte à une époque déjà
lointaine, car le médecin espagnol Monardès la signale, dès le
xvie siècle, comme se pratiquant dans une localité voisine de
Carthagène et nommée Tolu, d'où le nom de Baume de Tolu
qui fut donné au produit. Ce ne fut cependant qu'en 1868
qu’on obtint des renseignements complets sur l’arbre produc­
teur. Toutefois quelques années auparavant, Weir avait observé
la façon dont les indigènes de la rive droite de la Magdalena
procèdent à la récolte. Voici, en résumé, la description qu’il
en donne.

�LES NÉS INÈS

On pratique dans l’écorce lisse et brun jaunâtre du tronc
deux entailles profondes, obliques, dont les extrémités infé­
rieures se rejoignent en formant un angle aigu. On pratique
tout autour du tronc de ces incisions en \ , et au-dessous de

,

BAUME DU PÉROU

235

transvase dans des cylindres d’étain qui servent à l’expédier
en Europe.
Le Baume de Tolu fraîchement exporté est une résine brune,
peu fluide, molle, mais non visqueuse. A la longue, il durcit
et finit par devenir cassant. En couche mince, il est tout h
fait transparent, brun rougeâtre ou brun jaunâtre. Son odeur
est très agréable et rappelle un peu celle du benjoin ; sa saveur
est également aromatique. Dans les échantillons très anciens,
ceux, par exemple, qui ont été importés en Europe dans de
petites calebasses au siècle dernier, le baume est résinifîé,
cassant et facile à pulvériser ; la cassure est brillante et cris­
talline. Ce baume ancien est de teinte ambrée foncée et
d’odeur délicate.
Le Baume de Tolu est très soluble dans l’alcool et le chloro­
forme, moins soluble dans l’éther. Sa composition chimique
est très complexe. On en a retiré 7,5 pour 100 d’une huile
aromatique à fonction acide, composée presqu'en totalité de
deux éthers, l'éther benzvlbenzoïque et l’éther benzylcinnamique ; 12,15 pour 100 d’acide cinnamique et d’acide ben­
zoïque libres; une résine qui donne par saponification de
l'acide benzoïque et de l’acide cinnamique; un alcool résinotannique, le tolurésinotannol ; enfin 0,05 de vanilline.
C’est surtout la Bolivie qui exporte ce produit. En 1890,
la valeur de cette exportation bolivienne fut de 189.048
piastres (la piastre étant de 5 francs).

F ig . 42. — M yro xy lo n lo lu ife ru m II. Bn. (d ’a p rè s B âillon).

ft

I. Rameau florifère ; 2. Fleur; 3. Fruit.

BAUME DU PÉROU

chacune d'elles on fixe une petite calebasse qui reçoit le
liquide résineux exsudé.
Le collecteur visite de temps à autre les arbres, accompagné
d un âne qui porte une paire de grosses outres dans lesquelles
il vide le contenu des calebasses. C est dans ces outres que
le baume est envoyé aux centres d’exportation où on le

Cette substance, surtout usitée en médecine, est employée
en parfumerie au même titre que le Baume de Tolu. Elle est
fournie par le M yroxylon P ereiræ Klôtzsch ( Toluifera Pereiræ
IL Bn.) que Bâillon considère d’ailleurs comme une simple

�236
LES RÉSINES
variété du M. toluifenim. Cette espèce est également locali­
sée dans certains territoires de 1Amérique centrale, notam­
ment le Mexique et le Guatémala.
Le mode d’exploitation des arbres à Baume du Pérou est
assez singulier. Voici, d’après Charles Dorât, comment il se
pratique dans l'Etat de San-Salvador.
En novembre ou décembre, c'est-à-dire après les dernières
pluies, on bat la tige des arbres avec le dos d’une hache, un
marteau ou tout autre instrument contondant, en ménageant
entre les surfaces ainsi battues des espaces égaux où l’écorce
est laissée intacte. L’écorce meurtrie ne tarde pas à se soule­
ver en longues bandes faciles à détacher; il s’en écoule une
petite quantité de résine odorante qu'on ne recueille pas.
Pour hâter et favoriser l’exsudation, on applique contre les
parties corticales blessées des torches ou des morceaux de bois
enflammés. Les lambeaux d écorce sont carbonisés, tombent
d eux-mêmes, ou bien on les détache. Les plaies ainsi pro­
duites, au fond desquelles on voit le bois mis à nu, laissent
alors exsuder en abondance du baume. Pour le recueillir, on
recouvre la surface de ces larges blessures de chiffons de
toutes sortes. Après quelques jours, lorsque ces chitfons sont
complètement imbibés de baume, on les enlève, on les com­
prime ou on les tord pour en extraire la majeure partie de la
résine qu’ils ont absorbée ; puis on les plonge dans des vases
pleins d’eau et on les fait bouillir doucement en les agitant.
Le baume s’en sépare peu à peu et va se déposer au fond des
vases. Cette opération dure quelques heures. Les nouveaux
chilTons qui ont remplacé les premiers sur les arbres sont à
leur tour exprimés et épuisés par l’eau chaude, et ainsi de
suite. Après refroidissement, l’eau est décantée et tout le
baume récolté est versé dans des sortes de gourdes ou tecomates qui renferment le produit livré au marché.
Les Indiens exploitent Tannée suivante les mêmes arbres,
en écrasant les espaces ménagés la première fois. Comme les
plaies mettent, paraît-il, deux ans à se cicatriser et à se
recouvrir d'une nouvelle écorce, la récolte peut se poursuivre
d’une manière continue pendant plusieurs années, pourvu
qu’on laisse de temps à autre aux arbres un certain repos.

237
Le péricarpe du fruit contient, en outre, des poches sécré­
trices remplies d'un baume plus pur que celui qui provient du
tronc, et qu’on appelle Balsamo blanco dans l’Etat de SanSalvador. ün peut le retirer par pression à chaud. C’est une
masse cristalline, granuleuse, jaune d’or, semi-fluide, mais
qui durcit en se desséchant; son parfum délicat rappelle celui
de la Coumarine. C’est un produit très rare, presque inconnu
dans le commerce.
Le Baume (lu Pérou proprement dit est un liquide épais
assez semblable à de la mélasse, mais moins visqueux. En masse,
il paraît noir; mais en couche mince, il est brun orangé foncé
et tout à fait transparent. Son odeur balsamique est agréable.
11 est insipide, mais laisse dans la gorge une sensation d’âcreté
désagréable.
Sa composition chimique et ses propriétés sont tout à fait
analogues à celles du Baume de Tolu. Nous avons déjà dit
qu'il servait aux mêmes usages.
UÉS1NE DES XANTORRIIEA

RÉS INE 1)ES XA N TUBBUE. t
Les Xantorrhea sont des Joncacées dont l’habitat est
limité à l'Australie et à la Terre de Van Diémen. Les Anglais
les appellent Grass-trees.
Ce sont des plantes à tige courte, épaisse, ligneuse, le
plus souvent simple, terminée par un bouquet de feuilles
longues de un mètre environ, raides, à bords tranchants. De
cette couronne de feuilles sort linflorescence, formée d'un épi
de fleurs sessiles supporté par un pédoncule rigide de 5 à 8
pieds de longueur.
Les trois espèces les plus intéressantes sont : le X. h a st il is
R. Br., à tige courte, de même que le X. a u st r a i .is R. Br. ; et
le X. a h h o rea R. Br., dont la tige, au contraire, atteint plu­
sieurs pieds de hauteur.

�LKS RÉSINES
238
Du tronc de ces végétaux il s'écoule, par les solutions de
continuité accidentelles ou par les incisions qu on y fait, une
substance résineuse qui se concrète au contact de 1air en mor­
ceaux plus ou moins volumineux. Parfois les fragments se
détachent spontanément et se réunissent au pied de cés
arbres, où on les trouve souvent enfouis, semi-fossilisés.
D'après M. Maiden l'seful native plants of Australie,
p. 231), la récolte se fait de la façon suivante : avec un long
bâton ou une hache on détache les morceaux, qui sont reçus
-sur une toile. Le produit est tamise, puis trié et livré au com­
merce.
Le A’, arborea donne en abondance des masses volumi­
neuses d'une résine rouge brun, cassante, à fracture brillante,
qui se pulvérise facilement, et se réduit en une poudre brune
couleur terre de Sienne.
La résine de A . australis exsude à la base du tronc, près
des racines, en masses globuleuses, irrégulières, brunâtres ou
d'un rouge rubis homogène, qui exhalent une odeur de benjoin.
Le produit de A*, hastilis a aussi cette même odeur de ben­
join.
Toutes ces résines, par l'exposition à la lumière, présentent
une couche superficielle rouge brun qui tranche sur la colora­
tion interne plus pâle.
La résine des Xantorrhca, dite résine acroïde,est très soluble
dans l’éther qui paraît être son meilleur dissolvant, et soluble
dans l’alcool et la potasse. Elle est insoluble dans le chloro­
forme, la benzine, l’essence de térébenthine, le toluène.
Pour obtenir le produit pur, on le réduit en poudre et on
l'épuise par l’éther. La solution filtrée est d'un beau jaune
d’or : le résidu restant sur le filtre se compose à peu près
exclusivement de débris ligneux. Après évaporation du véhi­
cule au bain-marie, on obtient une résine jaune rougeâtre
homogène, exhalant une odeur agréable de benjoin dans
quelques cas.
Stenhouse paraît avoir été le premier à étudier le produit
résineux des Xantorrhea. Il avait trouvé que la solution potas­
sique, traitée par l'acide chlorhydrique, donnait un précipité

239
d’acide benzoïque et d’acide cinnamique, et qu elle donnait de
l’acide picrique lorsqu’on y ajoutait de l’acide azotique.
Solon IL Hlasiwetz et L. Barth (Ihil. soc. chirn., I. 1867,
p. 431), lorsqu’on oxyde cette résine par la potasse, on obtient
une forte proportion d'acide paraoxybenzoïque. M. Maiden,
d’autre part, fixe cette proportion à 8 °J0. Il se dégage dans
cette réaction une vapeur aromatique et beaucoup d’acides
gras volatils.
L’extrait éthéré fournit aussi par cristallisation de Yacide
paraoxybenzolque ; la solution mère de cet extrait renferme
un peu de résorcine, ainsi qu’une combinaison d’acide pyrocatéchique avec l’acide paraoxybenzoïque, et de la pyrocatéchine.
Un poids de 18 onces (530 gr. environ) de résine ont fourni :
36 grammes d’acide paraoxybenzoïque; 4 grammes de résor­
cine; 5 grammes environ de pyrocatéchine et 6 gr. 5 d’acide
soluble.
D’après des recherches récentes de M. K. Hildebrand, la
résine acroïde jaune contient des acides cinnamique et
paracoumarique libres et combinés au xanthorésinotannol,
de la styracine, de l’aldéhyde paraoxybenzoïque, et probable­
ment de petites quantités de cinnamate de phénylpropyle,
ainsi que des traces de vanilline.
Quand on distille cette même résine jaune on obtient
environ 0.37 °j0 d’une essence jaune qui possède une odeur
de storax, et dont la densité est de 0.937.
En résumé, cette étude chimique montre que la résine des
Xantorrhea est, par définition, un baume.
Ce produit n'a guère été utilisé jusqu’ici, et, par suite, n'a pas
de valeur commerciale. En Australie, cependant, des ouvriers
européens et chinois ont tenté de le faire entrer dans la com­
position de certains vernis.
RÉSINE DES XANTORRHEA

�210

l e s r é s in e s

SANG-DRAGON

On désigne à tort sous le nom de Sang-dragon un grand
nombre de corps tout à fait différents les uns des autres par
leur composition, leurs propriétés, et qui n’ont comme carac­
tère commun que leur coloration rouge. C'est ainsi, par
exemple, que — nous l’avons dit ailleurs — on a considéré
comme du sang-dragon certaines tano-gommes, des kinos.
Le véritable Sang-dragon est produit par le C a l a m u s D raco
Willd. (.Dœmonorops Draco Blume), Palmier de la Malaisie,
voisin du Rotang, à tige grêle, à feuilles hérissées d’épines
acérées. Cette tige, grimpante, peut prendre une longueur
considérable.
Cette plante n’est pas cultivée; et l’on n exploite que les
individus qui vivent à 1état spontané dans les forêts.
La résine exsude des fruits. Les régimes du C. Draco
portent un grand nombre de fruits arrondis de la grosseur
d’une cerise, dont la surface est recouverte d’écailles lisses,
imbriquées. Celles-ci, à la maturité, sont enveloppées d’une
couche de résine rouge, friable. On récolte alors les fruits, et
on les secoue dans des sacs, pour en détacher la résine que
1on tamise ensuite pour la séparer des écailles tombées. On
la fait fondre dans l'eau bouillante et on la pétrit en boules
(sang-dragon en olives), ou en cylindres longs et minces [sangdragon en bâtons). Ce sont les sortes les plus estimées.
Ensuite on fait bouillir dans l’eau, après les avoir concas­
sés, les fruits qui ont servi à l’opération précédente ; la
résine qu’ils contiennent se rassemble à la surface. On la
sépare et on en fait des gâteaux (sang-dragon en galettes).
Quant au résidu ligneux qui a bouilli, on le pétrit en boules
et on le vend sous le nom de sang-dragon commun ou en

s a n g - d ra g o n

2 11

masses : contrairement à ce que l’on aurait pu croire, il con­
tient encore une proportion relativement forte de résine.
Le Sang-dragon de bonne qualité est rouge foncé, opaque,
friable. Sa cassure est rouge et brillante. Son odeur et sa
saveur sont à peine appréciables. Sa poudre est rouge vermil­
lon et tache un peu le papier. Insoluble dans l’eau, il est
soluble presqu’en totalité dans l’alcool, la benzine, le chloro­
forme, le sulfure de carbone : le résidu laissé sur le filtre ne
se compose que des impuretés ligneuses que contient toujours
le produit brut. Les solutions filtrées et évaporées abandonnent
une belle résine rouge.
La résine naturelle de C. Draco renferme de l’acide ben­
zoïque : c’est donc un baume. D’ailleurs sa composition a été
établie par Ilerberger [Journal de pharmacie, XVII, 1831,
p. 223) de la façon suivante :
Résine rouge amorphe et acide (draconin). . 90,70
Matière grasse soluble dans l’éther............... 1,60
Phosphate et oxalate de chaux...................... 3,70
Acide benzoïque.........................• ........................

3,00

99,00

Le Sang-dragon est assez souvent employé pour colorer en
rouge certains vernis h l alcool avec lesquels on décore les
objets de bimbeloterie ; il entre aussi dans la composition des
vernis d'or, à l’essence, dont on recouvre les métaux.
Résine des Dragonniers. — C’est le faux Sang-dragon.
Quelques Dracœna ou Dragonniers laissent, en effet, exsuder
de leur tronc une résine rouge brun qui n’est pas utilisé.
Les Dracœna sont des Liliacées arborescentes très répan­
dues dans les pays chauds et aussi dans tout le midi de l’Eu­
rope. Quelques espèces peuvent fournir une notable quantité
de ce suc résineux rougeâtre qui se concrète à l’air libre.
Citons à cet égard le D. Dacro et le D. australis.
Nous avons pu examiner la résine de cette dernière espèce.
Elle est brun foncé, en morceaux irréguliers, friables, à casZ.es G o m m e s ei les R é sin e s.

1(5

�212
sure un peu brillante et finement granuleuse. Sa poudre est
rouge brun.
Elle ne se dissout qu’en partie dans l'alcool absolu et dans
l’éther ; mais la solubilité dans l’éther est plus grande que
dans l'alcool. La solution alcoolique est rouge clair; la solu­
tion éthérée est rouge foncé. On sépare par tiltration
un résidu noirâtre. Les liqueurs filtrées et évaporées au
bain-marie abandonnent au fond de la capsule une substance
pâteuse, noire vue en masse, et qui se solidifie rapidement.
Mais en couche mince celte résine, ainsi purifiée, forme un
vernis brillant, de couleur acajou.
LES IIÉS1.NES

BAUME DES LIQFIDAMBAB
Nous ne faisons que mentionner cette substance dont l'im­
portance industrielle et commerciale est très faible.
Le baume véritable ou Styrax liquide est retiré du
Li[uidambar orientalis Mill., qui habite l’Asie Mineure:
Ce grand arbre, de la famille des Saxifragacées, est en
même temps cultivé comme plante ornementale.
Une espèce très voisine, le L. styracipua L., croît dans
1Amérique centrale. C’est surtout dans les contrées septen­
trionales de 1Amérique du Sud qu il fournit abondamment
une résine limpide de la consistance du miel, et d'une odeur
agréable de benjoin et de vanille. Ce produit ne paraît pas
encore utilisé.
Citons enfin le L. altingia Blume [Altingia excelsa Noronha)
de la Malaisie où il donne un baume analogue au Stvrax
liquide.

TANO-IUSSINK UK SI'ERBJOI.EPIS

243

TANO-H ESI NE DE SPEBMOLFPIS
Le Spermolepis gumrnifera /.Arillastrum gummifcrum
Pancher) a été décrit par Brongniart et Gris (Bulletin de la
Société botanique, 1863). C’est un arbre à feuilles pétiolées,
ovales, enroulées sur les bords, glabres, ponctuées, luisantes
en dessus, parsemées de points noirs en dessous. Les inflo­
rescences axillaires portent réunies par deux ou par trois, des
Heurs sessiles. Le calice est cupuliforme, à quatre lobes triangu­
laires. La corolle se compose de quatre pétales arrondis. Les éta­
mines très nombreuses sont insérées sur le tube calicinal ; les
filets grêles se terminent par des anthères subbasifixes, à
deux loges latérales s’ouvrant longitudinalement. L’ovaire est
infère et biloculaire. La partie moyenne de la cloison est ren­
flée en un placenta sur lequel s’insèrent un grand nombre
d'ovules. Le fruit est capsulaire, à déhiscence loculicide. La
plupart des ovules avortent, et les graines fertiles, le plus
souvent solitaires dans chaque loge, sont accompagnées des
ovules avortés devenus squamiformes.
C’est par millions de pieds que cet arbre existe ou existait
dans la zone forestière de la baie de Pronv, notamment
dans les forêts qui avoisinent la rive gauche de la rivière du
Carénage. Il affectionne les zones ferrugineuses et rocailleuses.
MM. Heckel et Schlagdenhauffen ont étudié de façon fort
complète le produit tanifère du Spermolepis. Nous ne faisons
que présenter ici un résumé de leurs recherches publiées dans
les Annales de la Faculté des sciences de Marseille (1891-92).
A la suite de blessures assez profondes faites dans l'écorce
du tronc, disent ces auteurs, la résine tanifère coule, s’étale en
couches minces, noirâtres et luisantes, véritables croûtes for­
mées presque immédiatement après la sortie du suc. Cette exsu-

�i:s ; :
:
2U
dation s accumule aussi en gouttelette ronde qui sèche vite et
présente une cassure esquilleuse brune avec des parties plus
i l sin l s

l ie. 43. — Spermolepi.'t lannifera Heck. (d’après nature).
Rameau fructifère.

transparentes de couleur caramel. Inodore lorsqu’elle est
fraîche, elle a un goût astringent et s’écrase sous la dent en
une poussière grisâtre qui s’attache à l’émail dentaire. L’im­
pression d’astringence subsiste longtemps. Très friable, elle

245
s’écrase en une poussière jaune ambrée. Quand elle a vieilli,
cette matière exhale une odeur d’excréments de chat ou mieux
de tannerie.
D’après M. Jeanneney, ancien agent de cultures en NouvelleCalédonie, l’arbre sécrète spontanément des boules de résine
grosses comme le poing : on peut en récolter ainsi une moyenne
de 500 grammes par arbre. Les plus grosses boules arrivent
à atteindre le volume d’une noix de coco sciée en deux. S il
donne beaucoup quand on l'abat, ce végétal produit fort peu
par contre à la saignée. Peut-être pourrait-on trouver un
mode de gemmage, intéressant à la fois le bois et l’écorce,
qui permettrait d’obtenir une certaine quantité de cet exsudât
d'un seul coup. Les incisions droites ou transversales ne
donnent que de petites bavures qui sautent en éclat quand on
les enlève à l’état sec.
Dans le bois, M. Jeanneney a vu souvent de la résine
entre les parties roulées. Il y en a même des amas assez con­
sidérables dans les vieux végétaux. Il en existe dans les
fentes longitudinales naturelles qui régnent sur divers points
du tronc, mais toujours en faible quantité.
M. le général Sébert (Notice sur les bois de la NouvelleCalédonie, 1801), parlant du Spermolepis gurnmifera ou chênegomme, avait déjà noté qu' « on trouvait souvent, surtout
dans les vieux arbres, des roulures ou fissures concentriques
dans lesquelles s’infiltre de la résine. »
L’exsudât tanifère provient, en effet, non pas de l’écorce,
mais de l’intérieur du bois. Des incisions faites dans l'écorce
ne laissent écouler que fort peu de liquide qui s’étale à la sur­
face en une couche mince. Des blessures profondes, au con­
traire, atteignant les couches ligneuses de l’arbre, provoquent
un écoulement abondant de la substance tanifère qui, traver­
sant toute l'écorce, s’épanche à l’extérieur. Des sections
méthodiquement faites dans le tronc et les gros rameaux de
l'arbre donnent d’ailleurs une idée précise de la localisation du
produit tanifère dans la zone ligneuse.
« Si l'on examine, disent MM. Heckel et SchlagdenhaufTen,
des tranches diverses horizontales et verticales d'un billot
TA NO-RÉSINE DE SPEHMOLEPIS

�LES RÉSINES
2U&gt;
issu du tronc ou d'un fort rameau de ce grand arbre, on con­
state que les poches d accumulation sont disposées en zones
circulaires immédiatement au-dessous de l’écorce, ou mieux à
la tin de l’aubier, entre le bois jeune et le duramen le plus
souvent. Sur la coupe transversale, on voit que les poches
sont séparées par des bandes rectilignes qui sont formées par
les rayons médullaires. Mais ces zones tanifères peuvent
être plus nombreuses et se répéter dans le bois âgé {duramen).
On en trouve quelquefois trois ou quatre concentriques, inter­
rompues aux mêmes points et réduites pour quelques-unes
d’entre elles à un simple arc de cercle. Ces zones ne régnent
pas du reste sur toute la longueur du tronc, et c'est ce que
l’on voit sur la coupe longitudinale, où elles s’arrêtent à
différentes hauteurs..... »
Ainsi la tano-résine du Spermolepis s’amasse dans des
sortes de lacunes situées en plein bois, soit dans l’aubier, soit
à la limite de l’aubier et du duramen, soit enfin dans le dura­
men lui-même.
Ces considérations ont leur importance, car le produit
résino-tanique pouvant avoir une application industrielle, la
connaissance de sa localisation exacte doit conduire à chercher
un procédé d extraction rationnel.
Le gemmage du chêne-gomme doit être fait quelques
semaines avant son abattage : c’est là une façon d’empêcher
la roulure du bois à laquelle fait allusion le général Sébert, et
qui le rend impropre à tout emploi industriel.
M. Jeannenev a recherché, en Nouvelle-Calédonie, les
moyens de gemmage les plus favorables : « J'ai pensé, dit-il,
qu’une sorte de pointillage qui. au lieu d’être pratiqué avec
un stylet, serait opéré avec une mèche à cuiller d'un faible
diamètre, constituerait le meilleur mode d exploitation. On
pénétrerait ainsi jusqu’à une zone résineuse; là, l’ouvrier s’ar­
rêterait. L’écoulement en nappe serait évité au moyen d’un
godet de fer-blanc qui favoriserait la formation de gemmes
d'un certain volume. »
Finalement il adopta l’appareil réprésenté dans la fîg. ii, et
qui se compose simplement, comme on le voit : 1° d’un godet

247
en zinc, conique, qu’on façonne rapidement avec des lames de
zinc hors d’usage et deux soudures, l une à la base, l’autre au
sommet du cône; 2" d’un drain en vieille tôle, taillé en biseau
à l’extrémité qui doit s’enfoncer dans l’arbre, et muni de
deux encoches destinées à recevoir et à maintenir l’anse cjui
supporte le godet.
La mise en place n’a guère besoin d’être expliquée (tig. 44, 3).
L’analyse du produit d’exsudation du Spermolepis, faite
par MM. Meckel et Schlagdenhauffen, a donné les résultats
suivants :
TANO-RÉSINE DK SPERMOLEPIS

— Appareil pour la récolte de la tano-résine d e Spermolepis.
1. Godet en zinc ; 2. Drain en tôle; 3. Appareil en place.

F ig , 44.

La matière parfaitement débarrassée de ses impuretés, des­
séchée d’abord au bain-marie, puis à l’étuve à 105°, éprouve une
perte de poids correspondant à une quantité d’eau égale à
13,398 %&gt;.
L’extrait éthéré de la substance ainsi desséchée est soluble
en partie dans l’eau froide. L’eau bouillante lui enlève des
cristaux microscopiques très fins qui se déposent après refroi­
dissement et dont la nature n’a pas été déterminée.
La partie soluble dans l'eau froide est de Yacide çjallotanirjue.
L’extrait éthéré traité par l’eau bouillante laisse une partie
insoluble qui est un principe résineux. Ce corps dont la com­
position rappelle celle des divers principes taniques, tandis
qu’il se comporte, d’autre part, comme une résine qui pos­
sède des propriétés du tanin, a reçu des auteurs que nous
citons le nom de tano-résine.

�LES KÉSINES
218
Cette tano-résine se différencie nettement de l’acide gallotanique par toute une série de réactions parallèles mais bien
distinctes, quand on opère avec des solutions alcooliques des
deux produits.
En résumé, la composition du produit d'exsudation du
Spermolepis est la suivante :
Acide gallotanique............................................. 79,73
Tano-résine...................... ................................ 19,50
Matières gommeuses, colorantes, albuminoïdes,
et sels potasse et soude)............................... 0,47
Substance cristalline (denature indéterminée). 0,30
100,00

« L’exsudât de Spermolepis n’est donc ni une gomme, ni
une gomme-résine, mais un mélange de tanin ordinaire avec
le quart environ de son poids d’une espèce de tanin insoluble
dans l’eau, ayant l’aspect de la résine, se ramollissant comme
elle à la température du bain-marie. Il contient, en outre, une
faible proportion 0.47 °/0) de gomme souillée par de la matière
colorante et un peu de matière protéique, enfin 0,3 °/0 d’un
composé nettement cristallisé. »
D'après cette analyse, M. Heckel pense avec raison qu’il
serait plus conforme à la réalité des faits de nommer ce Spcrmolepis non pas S. gummifera, mais plus exactement S. t a n i f e r a Heck.
Songeant'aux applications possibles en tannerie du produit
résino-tanique, il émet le vœu qu’on respecte plus qu’on ne l’a
fait jusqu’ici, en Nouvelle-Calédonie, cet arbre précieux.

TROISIÈM E PARTIE

GOMMES-RESINES
GENERALITES

Les gommes-résines sont des substances plus denses que
l’eau, qui s’écoulent des végétaux à l’état liquide, spontané­
ment ou par incision, et se concrètent le plus souvent après
un temps plus ou moins long d’exposition à l’air.
Les laques se conservent à l’état fluide, l’encens se solidifie
lentement, tandis que la gomme-gutte ne tarde pas à devenir
un corps dur et cassant.
En général, ces produits sont opaques ; ils sont fusibles
lorsqu ils sont durcis. La plupart possèdent une odeur soit
seulement appréciable, soit forte, parfois agréable.
Les propriétés chimiques des gommes-résines participent à
la fois de celles des gommes et de celles des résines.
La gomme qui entre dans leur composition est soluble ou
insoluble dans l’eau. Elle est en proportion très variable par
rapport à la teneur en résine.
Tandis que dans un vernis naturel, comme la laque du Japon,
on constate environ 3 parties de gomme pour 85 parties de
résine sur 100 parties de matière brute, la proportion de sub­
stance gommeuse s’élève à un peu plus du tiers de la quan­
tité de résine dans la gomme-gutte, et enfin à 92 °/0 dans
l’exsudât gommo-résineux d'Araucaria Bidwilli.

�GOMMKS-HÉSINKS
230
La résine est soluble dans les dissolvants habituels et peut
être ainsi facilement séparée de la gomme. L’alcool, l’éther,
le chloroforme, le toluène, l'acétone, l’éther de pétrole, sont
les véhicules le plus généralement employés pour entraîner
le principe résineux.
La résine est pure, et alors la gomme-résine est prescpie
inodore; ou bien elle est dissoute dans une certaine propor­
tion d huile essentielle, et, dans ce cas, la gomme-résine est
odorante. Tel est l’encens fourni parles Boswellia.
Enfin le tanin entre parfois dans la composition des
gommes-résines : nous les dirons alors lanifères.
En définitive, les gommes-résines peuvent être considérées
comme des émulsions dans l’eau de gommes, de résines,
d huiles essentielles, de tanin et de sels.
Pour ce qui est des indications générales relatives au mode
d exploitation des végétaux producteurs, elles ne diffèrent
guère de celles que nous avons données à propos des Gommes
et des Résines.
S il est des considérations particulières au groupe de produits
actuel, elles trouveront place dans l’exposé qui va suivre.

GOMME-GUTTE

Les meilleures sortes de gomme-gutte sont fournies par
diverses espèces de Guttifères du genre Garcinia, de la section
Hebradendron. Ces espèces sont asiatiques; elles habitent
particulièrement l’Indo-Chine, le Siam, l’Inde et l'île de
Ceylan.
Ce sont des arbres à feuilles opposées, rarement verticillées
par trois. Les fleurs dioïques sont situées h l’aisselle des feuilles ;
elles sont fasciculées. lesfemellessouvent solitaires. Les sépales
sont le plus souvent inégaux, plus longs, plus courts ou de

251
même longueur que les pétales. L’androcée est caractérisé
par des anthères à loges (doubles thèques) plus ou moins
exactement confluentes en haut et en bas, formant par consé­
quent une loge annulaire; ces loges sont cloisonnées transver­
salement en logettes. La déhiscence de ces anthères est sem­
blable h celle des pyxides. L’ovaire est le plus souvent à
quatre loges, et le stigmate h quatre lobes disposés comme les
branches d'une croix de Malte.
Les Garcinia dont nous allons nous occuper offrent deux
caractères floraux communs : le réceptacle est plus ou moins
convexe, et les filets staminaux sont très courts.
Les deux suivants ont les fleurs mâles pédicellées :
G . G a u d ic iïa u d u Planch. et Triana, dont les feuilles ellip­
tiques, lancéolées, brièvement acuminées mesurent G à 9 cen­
timètres de long, sur 2,5 à 5 centimètres de large.
G. H a n b u r y i Hook. * f., â feuilles plus ou moins largement
elliptiques ou ovales-lancëolées, nettement acuminées.
Les fleurs sont sessiles dans le G. m o r e l l a Desrous. cjui se
distingue, en outre, par des feuilles elliptiques, ovales ou
obovales, à sommet obtus ou faiblement acuminé, ayant 6 à
12 centimètres de long, 3 à 6 centimètres de large, et un
pétiole de 6 à 12 millimètres de long.
La synonymie du G. morella est nombreuse : Mangostana
morella Ga'rtn. ; Slalagmitis cambodgioïdcs Murray ; Iîebradendron cambodgioïdcs Grah. ; Cambodgia gutta Lindl. ; Gar­
cinia gutta Wight ; G. cambodgioïdcs Roxb.
Dans sa monographie des Guttifères du Prodrome, à
laquelle nous empruntons tous ces détails descriptifs, Vesque
fait remarquer que le G. Hanburyi est très voisin du
G. morella, mais « s’en distingue, dit-il, par les fleurs mâles
assez longuement pédicellées, par les feuilles toujours fran­
chement acuminées, beaucoup plus minces..... »
La fleur mâle est inconnue dans le G. pictorïa Roxb.. carac­
térisé d’ailleurs par ses feuilles oblongues ou elliptiques-lançéolées, à sommet pourvu d’un acumen large et court, et
GOMME-GUTTE

�GOMMES-RÉSINES

252

mesurant de 10 à 13 centimètres de long sur 32 5 34 milli­
mètres de large, avec un pétiole de 5 millimètres de long et
des nervures latérales au nombre de vingt environ.

3
4
b
45. — Garcinia morella Desrous.
t. Hameau florifère et fructifère (d'après Bâillon); 2. 3. 4. 5. (d'après
de Lanessan) ; 2. Coupe longitudinale de la fleur mâle; 3. Etamine
avec son couvercle encore abaissé ; 4. Etamine dont le couvercle est
soulevé; 5. Fruit.

Cette espèce, confondue avec le G. morella par M. de
Lanessan et M. T. Anderson, a été maintenue par M. Beddome et M. Pierre. Vesque confirme cette dernière manière de
voir en s’appuyant sur des caractères différentiels tirés de la
structure anatomique.

Sortes commerciales. — La sorte la plus estimée est la
gomme-gutte de Siam, fournie par le G. H a n r u r y i Hook. f.
[G. morella Desr., var. pedicellata Ilanbury). Elle se présente
sous deux formes ;
1° La gomme-gutte en bâtons ou en cylindres (pipe gamboge). — Ce sont des cylindres de 3 à fi centimètres de dia­
mètre et de 15 h 20 centimètres de longueur. Ils portent à la
surface des stries longitudinales, empreintes laissées par les
fibres des entre-nœuds de bambou dans lesquels ils ont été
coulés, parfois même des fragments de ces fibres arrachés. On
peut en distinguer deux variétés, suivant que les cylindres
sont creux sur une portion plus ou moins étendue de leur lon­
gueur, ou qu'ils sont pleins.
2° La gomme-gutte en masses ou en gâteaux (cake gamboge). — Elle se présente sous la forme de masses irrégu­
lières, plus ou moins volumineuses, pesant quelquefois plu­
sieurs livres. Il est facile de se rendre compte qu’il s’agit d'un
grand nombre de morceaux réunis à la main, alors que, fraî­
chement récoltés, ils étaient encore malléables. On observe,

H H K fiü H

2

F ig .

253
Le G. Gaudichaudii habite la Cochinchine. Son nom anna­
mite est can-â ou vang-nyhê.
Le G. Ilanhuryi est répandu au Sium, au Cambodge et
dans toute l'Indo-Chine. Ses noms indigènes sont ; Siamois,
Roeng\ Annamite ; Vang-nhua ; Kmer: Dom rond ; Chinois ;
Hoam-lo.
Le G. morella croît dans le sud de Canara, l ile de Ceylan
et la province de Tenasserim. A Ceylan, ses noms vulgaires
sont Gokatou ou Kana-goraka.
Le G. pictoria est surtout commun dans l'ouest de la pénin­
sule indienne.
Ces indications sur l'habitat des végétaux producteurs de
gomme-gutte permettent de fixer les principaux centres de
production de cette substance. Celle-ci provient, en elfet, du
Siam, du Cambodge, de la Cochinchine, de l’Inde et de
Ceylan.
GOMME-GUTTE

�GO.M.MKS-BÉSl.NES
2ot
en effet, à 1intérieur de ces masses, de nombreux vides et
aussi nombre de fragments d’écorce, de bois ou de feuilles.
C’est là une variété grossièrement préparée et de valeur
inférieure.
C'est sous cette dernière forme que se présente toujours la
gomme-gutte de Ceylan : aussi a-t-elle une valeur bien
moindre que celle de Siam.

Extraction et préparation. — Les procédés d’extraction se
déduisent de ces aspects différents qu’offrent les échantillons.
Les bâtons de gomme-gutte résultent de ce que le produit
est reçu à l’état liquide dans des entre-nœuds de bambou et qu’il
s’y concrète en prenant la forme même des récipients. Mais
la question est de savoir si les entre-nœuds de bambou sont
introduits sous l’écorce des arbres et se remplissent ainsi direc­
tement de la gomme-résine accumulée dans les canaux sécré­
teurs de la couche corticale, ou bien si la gomme-gutte est
d’abord recueillie au niveau des incisions et introduite ensuite
dans les pots de bambou, après avoir subi une préparation
destinée à la purifier.
Cette question n’est pas élucidée.
Quoi qu’il en soit, ce mode d’extraction paraît se faire avec
soin, car la gomme-gutte en cylindres est presque toujours
homogène et très pure.
Quant aux gâteaux, ils sont constitués de diverses façons :
au Siam, d’après des notes fournies à Ivônig par un prêtre
catholique nommé Jacobus de Saint-Carol. on recueille le suc
jaune qui s’écoule goutte à goutte lorsqu'on brise les feuilles
et les jeunes rameaux, on le fait sécher quelque temps au
soleil dans des vases d’argile, puis on le réunit sous forme de
masses agglomérées qu'on entoure de feuilles. Il est probable
qu’au Siam c'est une récolte complémentaire de celle qui se
fait dans les entre-nœuds de bambou ; elle a pour but d’ob­
tenir des arbres tout le rendement possible.
A Ceylan, l’écorce est grossièrement entaillée à l’aide
d’une pierre tranchante, à l’époque de la floraison : le suc
s’écoule et se concrète. Un autre moyen consiste à enle-

r.OMMK-GUTTË

ver des lambeaux d’écorce : le liquide jaune suinte et s’épais­
sit au niveau des plaies. Le lendemain, on recueille les mor­
ceaux à demi-durcis, on les agglomère sous forme de gâteaux
enveloppés de feuilles : c’est le Ceylan gamboge du commerce
anglais.
Propriétés physiques et, chimiques ; composition de la
gomme-gutte. — La gomme-gutte de belle qualité, telle que
celle en cylindres, est cassante comme du verre ; sa cassure
est conchoïdale, lisse, luisante. Elle est d’un jaune orange
foncé tirant sur le fauve; elle devient jaune clair et bril­
lant quand on la frotte avec le doigt mouillé. Elle est ino­
dore ; sa saveur est d'abord faible, mais elle produit ensuite
dans la gorge une sensation d’àcreté désagréable. Sa poudre
est d’un jaune brillant, mais moins foncé que la surface de
section.
La propriété dominante de la gomme-gutte est de former
avec l’eau une émulsion d’un beau jaune qui sert à la pein­
ture à l’eau. Elle se dissout complètement par l’action suc­
cessive de l’éther et de l’eau; quand elle est pure, une décoc­
tion de sa poudre fraîche prend une coloration fauve.
Les qualités inférieures sont de coloration brune verdâtre
ou noirâtre, ne se dissolvant pas totalement dans l’eau et
l’éther agissant successivement. La décoction de leur poudre
se colore en vert par la teinture d'iode, réaction qui démontre
la présence de l’amidon (l’amidon coloré en bleu par l'iode
faisant du vert avec le jaune de la gomme-gutte). Or, l’ami­
don n’existe pas dans les bonnes variétés.
L’analyse des differentes sortes de gomme-gutte a été faite
par Christison. Nous reproduisons en un tableau les chiffres
qu il donne pour les principaux échantillons examinés :

�\

GOMMES-RÉSINES
G O M M B - G U T T E D E S I AM

Résine ............ .............
Gomme soluble................
Ligneux............................
Amidon............................
Eau d’hvdratalion. ...........

En En masses
En
cylindres masses (q u a i, in f ” ;
64,3
61,4
74,2
20,7
17,2
21,8
4,4
7,8
trace
7,8
0
6,2
4.0
7,2
4,8
100,8

99,6

257
lieux seulement sur les bords. Les pétales sont oblongs,
obtus, charnus, un peu plus longs que les sépales. Les éta­
mines sont nombreuses, à filets courts, à anthères formées de
deux doubles thèques, chaque thèque s’ouvrant séparément
par une fente de déhiscence : d'où quatre fentes de déhis­
cence. L'ovaire est ovoïde, globuleux, à cinq ou sept loges. Le
fruit est une baie globuleuse, renfermant uni; pulpe acide qui
entoure les graines.
La gomme-résine qui découle des incisions ressemble assez
à la gomme-gutte d'Asie ; elle est seulement d'un jaune plus
foncé.
L’analvse de ce produit a été publiée par MM. Heckel et
SchlagdenhaulFen dans les Annales de la Faculté des sciences
de Marseille (1891-52). Sa composition est la suivante :
Résine soluble dans l’éther de pétrole................. 73,10
Matière résineuse et sucrée soluble dans l'alcool. 18,0
Comme soluble....................................................... 15,
Ligneux................................................................... 5,80
Eau hygroscopique..................................................... 4,30
100,00
En dehors des propriétés particulières qui distinguent cette
gomme-gutte de celle exsudée par les Hebradendron, on peut
voir, d’après ce tableau, qu elle contient une proportion de
gomme notablement moindre que les sortes asiatiques.
GOMME-RÉSINE DE YISMIA GL1ANENSIS

101,4

GOMMEGUTTE
DE
CEYLAN

68,8
20,7
6,8
0
46
100,9

La résine forme la partie active de la gomme-gutte
employée comme médicament purgatif. Elle s'obtient en éva­
porant la solution éthérée du produit. Elle est jaune orange,
de réaction acide, insoluble dans l'eau, soluble dans l’alcool
et très soluble dans l'éther.
L'usage de la gomme-gutte en médecine est tombé en
désuétude. Mais cette substance occupe encore une place
importante dans l'industrie : elle est employée dans la pein­
ture à l’eau, et sert à colorer de nombreux vernis à l'alcool et
à l'essence.
GOMME-GUTTE DE NOUVELLE-CALÉDONIE

C est le produit du G a r c in ia c o r a l l in a Vieil. (G. collina
Vieil. ; G. neglecta Vieil.) qui appartient à la section Oxycarpus.
Ce grand arbre, le Mou des indigènes, est répandu en Nou­
velle-Calédonie et à l’île des Pins, dans tous les terrains ferru­
gineux. Il se distingue par des feuilles ovales ou lancéolées,
obtuses, longues de 7 à 10 centimètres et larges de 2,5 à
5 centimètres, avec un pétiole de 0 à 10 millimètres de lon­
gueur. Les fleurs mâles ont quatre sépales épais, membra-

GOMME-RÉSINE DE VISMIA GF IA X EXSIS
(Gomme-gutte d\ 1mérigue).
Le V ism ia g u ia n e n s is Pers. (Hypericum guianensc Aubl.)
est un petit arbre de la Guyane, appartenant à la famille des
Hvpéricacées. Les rameaux quadrangulaires portent des
Les Gommes el 1rs II 'sinés.

17

�8

&lt;;u &gt;im k s - k k s im : s

feuilles opposées, lirièvement pétiolées, entières, ovales-lancéolées, acuminées, glabres en dessus, couvertes en dessous
d'un duvet blanchâtre ou rougeâtre; le limbe est tout criblé
de glandes translucides.
Les lleurs sont en grappes terminales ou axillaires. Le
calice estovoïde, velu. La corolle comprend cinq pétalesjaunes
en dehors, revêtus de poils blancs en dedans. Les étamines
nombreuses forment cinq faisceaux distincts.
L'ovaire rougeâtre est surmonté de cinq styles. Le fruit est
une baie jaunâtre contenant des graines nombreuses.
Les noms vulgaires sont : liais (le sang, Bois à la fièvre.
Lorsqu'on entame l’écorce de cette plante, dit Fusée Aublet,
« il en découle d’abord une sérosité jaune, et ensuite un suc
résineux qui, condensé, ressemble à la gomme-gutte ».
De là la dénomination de gomme-gutte d'Amérique qui est
appliquée à ce produit.
Les recherches que nous avons faites à ce sujet nous ont
montré qu'il s'agit toutefois d une gomme-résine bien différente
de celle des Garcinia.
I/exsudat du Y. guianensis se réduit facilement en une
poudre jaune brun. Mais celle-ci ne donne aucunement avec
l’eau l’émulsion d’un beau jaune qui caractérise la gommegutte. L’eau prend seulement une légère teinte jaunâtre L
En épuisant par l’eau la substance pulvérisée, et après til­
tration et évaporation, on obtient 10 °/0 de gomme soluble.
La partie qui reste sur le filtre contient la résine, soluble dans
l’acétone. La solution est rouge brun très foncé. Après tiltra­
tion, on évapore au bain-marie le dissolvant qui abandonne au
fond de la capsule une résine brune vue par transparence, en
couche mince, et brun très foncé avec des reflets bleuâtres
quand on l’examine en masse. La proportion de cette résine
est de 40 °/0.
Le résidu obtenu lorsque gomme et résine ont été isolées, se
1. Il est vrai de dire que nous avons opéré avec la substance complè­
tement desséchée où la matière colorante était peut-être détruite ou
profondément modifiée. Il est possible qu'à l'état frais la coloration de
l'eau soit beaucoup plus nette et plus intense.

259
compose : 1° d’une matière pulvérulente jaunâtre, insoluble ;
2° de débris d’écorce et d’éléments ligneux.
GOMME-RÉSINE DÉ HA HONG A MAl) AGASGAIU EN SI S

Exsudais de deux autres Hypéricacées. — Les deux Hypéricacées suivantes laissent également exsuder des substances
peu connues : l'une est une gomme-résine, l autre est de
nature encore indéterminée.
H a iio n g a m ad ag a sg a ri en s i s Choisy. — C’est un arbuste à
feuilles pétiolées, oblongues, entières, fermes, aiguës au som­
met, arrondies à la base, vertes et glabres en dessus, pubescentes en dessous.
Son nom vulgaire est llarongana à Madagascar, où il est
très répandu. Il habite aussi, aux Mascareignes, l ile Maurice,
mais n’existe pas à Bourbon.
On le trouve encore au Gabon : il y est appelé vulgairement
Ogina-gina ou Gutticr du Gabon.
Il laisse exsuder de son tronc un suc jaune rougeâtre que
les Malgaches nomment Ditinkarongana, mais dont ils ne
font pas grand usage, tandis que l'écorce leur sert à préparer
une matière colorante jaune ou rouge, et un remède contre la
gale ou du moins la dermatose qu'ils appellent ainsi, et qui
serait, paraît-il, un eczéma.
Nous avons pu examiner récemment ce produit résineux
d'Haronga, que nous devons à l’extrême obligeance de
M. Vankeirslbick, directeur du Jardin botanique des Pam­
plemousses, à Maurice.
Nous ne disposions que d’un seul morceau pesant 50
grammes, noir à la surface, mais de coloration brune au
centre, et contenant de nombreux fragments d’écorce.
Avec l eau, cette substance donnait une solution d'un beau
jaune.
En épuisant le produit successivement par l'eau et par l'acé­
tone, nous nous sommes assuré qu'il se composait : de 8 °/0
environ de gomme soluble, de 85 °/0 d'une résine noire ayant
l'aspect d’une laque, et d'une matière colorante jaune qui
était entraînée en partie avec la gomme, et en partie éga­
lement avec la résine.

�260
La proportion cl impuretés était de 3 °/0 environ.
L’autre espèce dont nous voulons faire mention est YIIijpcricurn laneeolaium La in. ou vulgairement Boisde fleurs jaunes,
arbuste ou petit arbre qui habite les hauts plateaux de l'ile
de la Réunion.
Du tronc s’écoule un sue résineux jaune verdâtre, à odeur
balsamique, que nos créoles appellen t Baume de fleurs jaunes,
et qu'ils emploient comme vulnéraire.
Nous n'avons pu malheureusement encore obtenir de cette
substance qu’il est assez diflicile de se procurer, à cause de
l’éloignement des localités élevées où se tient le végétal
producteur.
i . O MM I S - l l É S I M i S

LUS LAQUES
I. — LAQUE DU JAPON

L'arbre à laque du Japon est une Anacardiacée : R h u s v e r D . G. Bh. vertiix Thunb.) L En Japonais : Urushinoki. — C’est un petit arbre à grandes feuilles alternes, imparipennées, composées de six ou sept paires de folioles briève­
ment pétiolulées, membraneuses, ovales-oblongues, glabres

m ci f e r a

t. Par erreur on appelle communément, en France, Vernis du
Japon, rAilantns glaudulosa Desf., cultivé en beaucoup d’endroits.
Cette espèce n'a rien de commun pourtant avec le véritable arbre à
vernis du Japon, ou 1Unis vernicifera. Celui-ci pourrait d'ailleurs s'accli­

mater en hurope. En 1880, le professeur Rhein en rapporta du Japon
quelques | ieds qu'il planta dans le jardin de Francfort. Ces plants, au
bout de quelques années, devinrent des arbres dont la fructification se
fit normalement. On obtint ainsi des graines qui, semées, produisirent
de jeunes plants fort bien venus.
On put même extraire de ces arbres du suc gommo-résineux ; il reste
à savoir si les propriétés du produit sont les mêmes qu’au Japon.

201
en dessus, à nervures couvertes de poils courts en dessous.
Les Heurs sont polygames, formant des panicules terminales
ou axillaires, velues, dépassant de beaucoup la moitié de la
longueur des feuilles. Le calice glabre comprend cinq divisions
courtes, ovales, obtuses. Les cinq pétales, oblongs, sont trois
fois ou trois fois et demi plus longs que les pièces du calice.
Les cinq étamines rudimentaires dans les fleurs femelles ont
chacune un (ilet filiforme deux fois plus long que l’anthère
ovale, dorsifixe, introrse. L’ovaire est surmonté de trois styles
courts. Le fruit est une drupe un peu aplatie contenant une
graine à tégument membraneux.
Cette espèce précieuse est cultivée à diverses altitudes, à
Shimodzuki, Aidz.u, Hiroshima, Yoshino, aux environs de
Tokio, etc.1.
LES LAQUES

Culture -. — L’arbre h laque a toujours été l’objet, au Japon,
d’une culture fort méthodique3. Cet arbre peut se multiplier
de trois façons différentes :
1° Par boutures de racines. Du mois d’octobre au mois de
mars, on enlève aux arbres des racines qui ont environ trois
centimètres de circonférence ; on les coupe en tronçons de
1. On cultive aussi au Japon le Rhus succedanea L., le Ilazê ou Arbre
à cire, en vue de l’extraction de la cire que contient le mésocarpe des

fruits. Cette cire végétale, blanche, fut jadis fort estimée. Elle a aujour­
d'hui une valeur de beaucoup moindre que la laque.
Le Rh. vernicifera peut aussi fournir de la cire, mais au détriment de
la laque; car s’il fructifie, il sécrète peu de vernis. Ces deux productions
s’excluent; et comme le vernis est une substance beaucoup plus pré­
cieuse et plus recherchée que la cire, on doit s'opposer à la fructifica­
tion des arbres, qui nuit è sa formation.
2. On trouve de nombreux renseignements sur ce sujet dans une
communication, traduite en français, de M. Léon Van de Polder, intitu­
lée : L'arbre h laque du Japon et sa culture, et publiée par le Bulletin
du Koloniaal Muséum de Ilaarlem (n° 3, septembre IX‘.L2!.
3. L ’arbre à vernis est compris avec le thé, l'arbre à papier et le
mûrier, parmi les « quatre arbrisseaux utiles » dont traite le 7e volume

du No-giyo-dzen-sho, ou Traité complet des occupations de l'agriculteur,
en 10 volumes avec un supplément, publié par Miyasaki-Yassuda et
Kaïbara-Rakuken.

�âG2

&lt;î o mmi:s-n ks i n I-:s

30 centimètres ou même de l3 centimètres. Puis, au mois de
mars, choisissant de préférence un terrain sablonneux le lour­
des digues, des chemins, des rivières, on met en terre ces
boutures en les plaçant obliquement, et laissant environ
3 centimètres au-dessus du sol. Au mois de mai, on voit par­
tir les jeunes pousses.
Une méthode un peu différente consiste à faire ce bouturageen
pépinière au mois de mars, et à transplanter en pleine terre
au mois d’avril de l'année suivante. Ces plants, au bout de
cinq ans, donnent de la laque.
Mais le procédé par bouturage, long et coûteux, est peu
usité, d’autant qu’en enlevant des racines aux arbres, on peut
leur nuire gravement.
2° Par des rejetons qu’on sépare des arbres adultes. Les
individus venus ainsi de rejetons sont assez développés au
bout de cinq ou six ans pour produire de la laque.
Il est évident que c’est un procédé commode qu’il faudra
employer toutes les fois qu’on le pourra.
3° Par semis. C’est la méthode la plus répandue et la plus
pratique. Nous allons la décrire dans tous ses détails.
A la lin d octobre ou en novembre, quand les fruits sont
bien mûrs, on les récolte et on les pile dans un mortier en
bois pour détacher les deux enveloppes externes du péricarpe.
Il reste les noyaux qui sont couverts delà matière cireuse conte­
nue dans le mésocarpe; il faut donc les laver dans des solutions
alcalines, de potasse ou de soude. Les noyaux qui flottent
sur l’eau ne valent rien et doivent être rejetés.
Ceci fait, ces noyaux sont mis dans des sacs de paille et
conservés pendant l’hiver.
Au commencement de mars, on les fait tremper, avec les
sacs qui les contiennent, dans une eau courante pendant une
dizaine de jours. De cette façon, la germination a lieu plus
hâtivement.
S’il n y a pas d’eau courante dans le voisinage, on a soin,
au commencement de l’hiver, de conserver les sacs de paille

Ll'S I.AQUKS

m

renfermant les noyaux enfouis â 12 centimètres sous terre,
dans un endroit ni trop sec ni trop humide, jusqu’au prin­
temps. On sème alors directement en pépinière.
Les semis ont lieu au milieu du mois de mars. Dès la (in de l’été
de l’année’précédenle, on a choisi comme pépinière un bon ter­
rain que l’on a labouré soigneusement à 30 centimètres de
profondeur et auquel on a ajouté du fumier humain ou de che­
val. En automne, le terrain a été labouré de nouveau. Au
printemps, h l’époque des semis, nouvelle préparation du ter­
rain dans lequel on forme des plates-bandes ayant 73 centi­
mètres de côté sur 18 centimètres d’épaisseur. On sème sur
ces plates-bandes, dont chacune peut contenir de 43 à 51
graines. On recouvre avec deux centimètres environ de terre
légère, ou bien avec de la paille, et on arrose tous les soirs.
Au bout de trois semaines, quand les graines ont commencé à
germer, on enlève la paille.
Alors il faudra mettre les jeunes plants à l'abri du soleil.
On aura soin d’enlever les mauvaises herbes. A la lin de sep­
tembre, on supprime l’abri contre le soleil.
Au printemps suivant, au mois de mars, on transplante
dans un autre terrain, à 13 ou 20 centimètres de distance, les
plants qui ont atteint environ 9 centimètres de hauteur; pour
ceux qui n’ont pas encore cette taille, il faudra attendre.
Après deux ans, en octobre, on les transplante définitive­
ment en pleine terre : les jeunes arbres ont alors de 23 à
30 centimètres de hauteur.
D’après une autre méthode, la première transplantation a
lieu à deux ans, et la transplantation définitive, quand les
jeunes arbres ont cinq ans d’âge et 90 centimètres de taille,
au milieu du mois de mars.
Les plantations d’arbres à vernis se font à lm 30 de dis­
tance sur le flanc des montagnes ou en plaine, sur les
tranchées, les digues, le long des routes, etc. Les sols sablon­
neux sont ceux qui conviennent le mieux.
Les arbres venus de graines donnent de la laque lorsqu’ils
ont dix ans d’existence ; leur taille est alors de i à 3 mètres.
Mais c’est entre 23 et 30 ans qu’ils produisent le plus.

�2.Ü

lil &gt;M&gt;1KS-HÉSI NES

Les témoignages concordent pour admettre deux variétés
d'arbre à laque : l une à écorce mince, l’autre à couche corti­
cale épaisse. C’est cette dernière qui donne le plus de vernis1.
Recolle. — La récolte commence à la lin de mai ou en juin,
et se termine en octobre. La laque recueillie du mois de juin
au mois d’octobre est la meilleure : c’est la première qualité.
A partir de la mi-octobre, l'exsudation diminue et la qualité
du produit est moins bonne. C’est la seconde qualité : elle
forme un vernis qui sèche moins vite.
Entin, la laque extraite des branches coupées est de valeur
inférieure : c’est la troisième qualité.
Le vernis vraiment supérieur paraît être obtenu en juillet
et août.
Voici comment on procède. A 30 ou 40 centimètres du sol,
on racle, avec un outil appelékoshigaura, la partie superficielle
de l’écorce sur une certaine étendue. Au milieu de la bande
ainsi nettoyée, on pratique, avec un autre outil appelé
kakigama, une incision horizontale de 10 millimètres environ en
trois points autour de l’arbre. Ou enlève avec le Itéra la laque
I. Dans (|iiel([ues provinces du Japon, on distingue soigneusement les
pieds milles et les pieds femelles : les premiers produiraient seuls de la
laque, les seconds ne donneraient que dos fruits à cire. Le llh. vernicifera étant polygame, ces expressions ne sont pas absolument exactes.
Dans certaines conditions, en elîet, il peut se faire que les inflores­
cences portent surtout des fleurs mâles, et dans d’autres, surtout des
fleurs femelles. Celles-ci se transforment bientôt en fruits riches en cire.
Or, comme il est admis que la production de la laque est en raison
inverse de celle de la cire, les pieds mâles seraient les véritables arbres
à laque.
11 paraît probable, d’après ce qui a été dit du déterminisme de la
sexualité chez les végétaux, que les Heurs femelles sont d’autant
plus abondantes sur les inllorescences que la vitalité de l’arbre est plus
grande.
D’ailleurs, les Japonais semblent en avoir fait l’observation, car ils
modifient les soins à donner aux arbres, selon qu’ils veulent leur faire
produire de la laque ou de la cire. Pour obtenir des pieds femelles, ou h
cire, ils emploient une quantité beaucoup plus grande d’engrais.
Cependant, quelques cultivateurs assurent qu’ils ne font pas de diffé­
rence entre l’arbre mâle et l'arbre femelle, et qu'il leur serait difficile de
dire lequel des deux donne le plus de laque.

265
qui suinte de ces petites incisions, et on la met dans un tube de
bambou que le collecteur porte avec lui. Puis on pratique de
nouvelles incisions horizontales, parallèles, et de plus en
plus longues au-dessus de la première. On opère de même audessous et de haut en bas. La laque est récoltée au fur et à
mesure avec le liera et mise dans le pot de bambou.
Puis l’ouvrier passe à un autre arbre. Quand il a récolté le
LES LAQUES

F ig . 40. — Modes d’incisions et outillage relatifs

l'exploitation de
l’arbre à laque au Japon (d’après Léon Van de Polder.)
1. Incisions de différents types pratiquées par les Japonais; 2. Le
Koshigaura] 3. Le Italcigama ; 4. Le liera] 0. Le Kodzutzu (récipient
formé d’un entre-nœud de bambou) ; 6. Le 0/»é.

produit de cinq ou six arbres, il revient au premier, et recueille
la laque exsudée des incisions primitives; mais celle-ci prend
très vite une couleur brune et même noirâtre. Il ne faut donc
pas trop tarder à l’enlever.
Les incisions doivent être distantes de 5 millimètres envi­
ron, et, en profondeur, ne pas dépasser l’écorce, de façon à
ménager les arbres.
Selon l’âge des végétaux et leur vitalité propre, on fera une

�2fifi

GOMMES-RÉSINES

nouvelle série d'incisions un peu plus haut et même dans les
grosses branches.
Quand tous les arbres ont été saignés, on coupe les branches
qu'on sectionne en morceaux de T.'i centimètres de longueur.
On en fait des paquets comprenant une vingtaine de ces
fragments. On les met debout dans l’eau, en les immergeant
aux trois quarts de leurhauteur, pendant 6 à 8 jours. Au bout
de ce temps on enlève les paquets de l'eau, on pratique dans
chaque fragment des incisions à 3 centimètres environ l’une de
l'autre, et on recueille la laque qui en découle.
Dans une journée un ouvrier collecteur peut saigner
200 arbres en moyenne.
Le rendement d'un arbre dépend de conditions multiples :
son âge, sa vitalité, le terrain, la variété à laquelle il appar­
tient, etc. Mais, d une façon générale, on peut dire qu un arbre
de 15 à 21 centimètres de circonférence peut produire par
saison de 90 à 95 grammes de vernis. Quand les meilleures
conditions sont réalisées, cette quantité peut atteindre
jusqu’à 150 grammes.
On a remarqué que c’était après les pluies et par temps
couvert que les arbres à laque produisaient le plus. Quand il
pleut, l’eau altère le vernis, pénètre par les incisions et peut
ainsi nuire à l'arbre : il est alors préférable d interrompre la
récolte.
La laque reçue dans les pots de bambou est ensuite versée
dans de petits barils appelés oÀé, et, en fin de compte, conser­
vée dans des tonneaux où, paraît-il, on peut la laisser dix ans
sans qu elle s'altère.
Composition. — La laque, appelée Uruslii en japonais, est
de deux sortes : 1° le Ki-urushi : c’est la laque brute, telle
qu elle vient de l’arbre; 2° le Seshime-urushi, qui est la laque
extraite des branches coupées et trempées dans l’eau.
La laque du Japon a été étudiée, au point de vue chimique,
par Ilikorokuro-Vosliida (Journal de Pharmacie et de Chi­
mie, IX, 1884).
Le Urushi pur, inaltéré, est un liquide gris de consistance

207
de dextrine, qui apparaît au microscope formé de petits glo­
bules, les uns de couleur claire, d’autres de teinte foncée,
mélangés à de petites parcelles de matière brune, le tout par­
faitement émulsionné. Il possède une odeur douce caractéris­
tique. Sa densité est de 1,0020 à 20° centigrades. Si ce suc est
exposé à l’air en couche mince vers 20°, il prend une couleur
foncée et se dessèche en formant un vernis brillant et translu­
cide. Il contient une petite quantité d'un poison volatil, qui,
chez certaines personnes, provoque des démangeaisons, mais
disparaît par dessiccation à 105°-110°.
L’analyse a donné, pour le Urushi pur d’Yoshino, la com­
position suivante :
Partie soluble dans l’alcool (acide urushique). 85,15
Gomme soluble............................................... 3,15
Résidu (matière azotée insoluble dans l’eau
et l'alcool)................................................... 2,28
Eau et matière volatile................................... 9,42
LES LAQUES

100,00

L'acide urushique est une pâte de couleur foncée possédant
l’odeur caractéristique de la laque naturelle, soluble dans la
benzine, l’éther, le sulfure de carbone, moins soluble dans le
pétrole, et insoluble dans l'eau. Sa densité est de 0,9851 à 23°.
Il résiste à une température de 160° et se décompose lente­
ment vers 200°. Il ne s’altère pas à l'air. Sa formule atomique
est O* H™ O2.
Le principe volatil que contient la laque est caustique, et
détermine des éruptions cutanées, de l'inflammation des
muqueuses de l’appareil respiratoire, et même, dit-on, chez
les ouvriers qui vivent confinés dans les ateliers de laquage,
une phtisie particulière.
Il semble cependant que le vernis qui a été évaporé au
soleil ou au feu ne renferme plus le corps volatil nuisible et
peut être manipulé impunément.
Mode d'emploi. — La première préparation à laquelle est
soumise la laque brute, avant d’être employée comme vernis,

�O.OMMES-HÉSINKS
268
consiste dans l'évaporation de l’eau qu'elle contient. A cet
effet, on filtre le produit à travers toile et on le reçoit dans
une cuve en bois où un ouvrier l’agite constamment au soleil.
L’évaporation se fait encore dans un vase de faïence sur un
feu doux de charbon de bois. Dans les deux cas, le liquide
prend une teinte de plus en plus noire ; et, lorsqu'après l'avoir
étalé sur une planchette de bois, on observe que la couche lui­
sante sèche sutlisamment vite, on filtre de nouveau à travers
une toile doublée d’une épaisseur d’ouate.
A la laque ainsi évaporée et filtrée, on mélange ensuite dif­
férentes substances telles que noir de lampe, vermillon,
indigo, orpiment ; d'où les variétés de vernis employées à
laquer les objets au Japon : laque noire, rouge, verte, vio­
lette, etc. Quelques-uns de ces mélanges sont même, paraîtil, gardés secrets par les industriels.
Les vernis h base de Urushi sèchent rapidement quand on
les travaille dans une atmosphère humide, et très lentement
quand l'air est sec; d’un autre coté, tous noircissent au soleil
et même à la lumière. Pour ces deux raisons, les ouvriers
travaillent les laques soignées dans des locaux peu ou pas
éclairés, et. dans les intervalles de leurs travaux, ils les
enferment dans des endroits complètement obscurs, non aérés
et humides.
Nous ne pouvons décrire les opérations longues et méticu­
leuses que nécessite le laquage des objets, tel que le pratiquent
ou l’ont pratiqué les Japonais. Ces opérations étaient soumises
à des règles très minutieuses dont dépendait la perfection des
laques, et, par suite, exigeaient beaucoup de temps et une
main-d'œuvre considérable.
Le Japon moderne ne pouvait guère s'astreindre h conserver
des procédés aussi dispendieux. Aussi, les laques anciennes
sont-elles infiniment supérieures aux vernis japonais actuels1.

t. Le fait suivant témoigne de la supériorité (les laques anciennes sur
les vernis récents. Le paquebot le Nil, qui rapportait des objets d’art
ayant figuré à l’exposition de Vienne, coula par environ vingt mètres
de fond près du cap d Idsou ; le gouvernement japonais fit extraire par
des plongeurs ce qu’on put atteindre du chargement, et, entre autres

LES LAQUES

2 b (.)

Les vernis du Japon n’ont pas la transparence des vernis
européens ; mais ils se ramollissent moins à la chaleur, sont
plus élastiques et plur durs.
IL --

LAQUE DE CHINE

La laque de Chine est extraite d’un arbre que les Chinois
appellent Tsi-tse-chou. Mais il n’est pas facile de dire exacte­
ment de quelle espèce il s’agit.
Loureiro (Flora cochinchinensis, 1700, p. 337) décrit l’arbre à
vernis de la Chine sous le nom de Augiasinensis et le regarde
comme distinct du Jihus vernix de Linné, qui donne la laque
du Japon.
De l’avis de M. Pierre, Loureiro semble avoir décrit pour
son Augia sinon.sis ou Cày son, à la fois le Wms succeclanca
L. qui habite le Tonkin et la Chine, et quelque espèce de
Melanorrhea. « Cela n’est pas le M. laccifera, puisqu’il parle
de 100 étamines pour la fleur, et, quant aux fruits et aux
feuilles, c’est bien d’un Wius qu’il s’agit. »
R. Smith incline h penser que c’est un Melanorrhea qui
donne le vernis de Chine, car il fait observer que le vernis
birman, fourni par le M. usitata, ressemble beaucoup à la
laque chinoise, et paraît même être un produit identique.
Il ne serait pas impossible d’ailleurs que les Chinois
exploitent comme arbres à vernis : à la fois un Bhus qui
pourrait être le Rh. vernicifera lui-même ou une espèce voi­
sine, et un Melanorrhea voisin du M. laccifera de Cocliinchine ou du M. usitata de l’Inde et de Birmanie1.
choses, des laques qui avaient séjourné quinze mois dans l’eau de mer;
toutes les vieilles laques étaient parfaitement conservées, mais celles
de fabrication récente étaient totalement détériorées.
I. Celte manière de voir paraît confirmée par les renseignements
recueillis par la Mission lyonnaise d'exploration commerciale en Chine,
qui, aux termes du rapport de M. Grosjcan (Rapports commerciaux,
p. 379), nous apprend qu’on distingue en Chine deux arbres à laque : le

�f.O.MMLS-KÈSLNKS
270
Quoi qu il en soit, les arbres à laque sont répandus dans les
régions méridionales de la Chine, dans les provinces de
Se-tchouan, de Kouang-si et de Yunnan.
Le 1\ d Inearville [Mémoires de VAcadémie des Sciences,
1760, 111. 177) a publié une étude très documentée sur la
question qui nous occupe. Bien que ces documents datent de
plus d'un siècle, nous sommes convaincu qu’on peut
les citer encore avec la certitude d’y retrouver presque
l'actualité, tant est développé chez le peuple chinois le culte
des traditions, tant est irréductible chez lui l'esprit de con­
servation.
L’arbre à vernis, disait le P. d Inearville, croit sans culture
sur les montagnes ; il prend facilement de bouture, et vient
aussi bien en plaine qu’en montagne. Le vernis se recueille
en été. Si l’arbre est cultivé, la récolte se fait trois fois par
an ; on ne saigne qu'une seule fois par an les arbres sauvages.
Le procédé d’extraction est différent de celui en usage au
Japon. On pratique trois entailles formant un triangle dont
la base est en bas. A la base de ce triangle on fixe une
coquille de manière à recueillir la laque qui coule des deux
entailles latérales. Ces incisions se font de bas en haut. Au
bout de trois heures, on détache les coquilles et on en verse le
contenu dans des pots de bambou.
Finalement, le produit arrive aux villes manufacturières
dans des barils de 2i à 30 kilogrammes.
A Canton, on distingue, d'après Natalis ltondot, témoin
oculaire, trois sortes de laque.
La plus estimée a une couleur café au lait foncé, tirant sur
le rouge. Elle vient de la province de Se-tchouan.
La deuxième qualité, de même provenance, est de teinte
plus claire.
La troisième est encore plus pâle, c’est-à-dire café au lait
léger ou gris mastic rosé.
Ainsi, ce sont les nuances brunes, noircissant rapidement

grand, appelé Ta nwul'si ice serait, pour nous, un Melanorrhea), et le
petit, nommé SiasinouTsi ce serait, pour nous, un Rkus), qui donnerait
la meilleure laque.

271
à l'air, qui sont les plus recherchées : ce sont les laques répu­
tées fines et supérieures1.
Les Chinois ne le cèdent en rien aux Japonais pour les
soins minutieux qu ils apportent dans le laquage des objets.
La laque n’est employée à l’état brut que pour les vernis
ordinaires. On passe sur l’objet à laquer des couches succes­
sives en faisant sécher après chaque couche dans un endroit
obscur et humide.
Mais pour les vernis lins, on fait subir à la laque la prépa­
ration suivante : on la fait chauffer à feu doux dans un réci­
pient en porcelaine, en ayant soin de remuer la masse avec une
spatule jusqu’à ce que toute l’eau soit évaporée. On arrête
l'opération lorsque le liquide coule goutte à goutte et lente­
ment. On le passe ensuite.
Cette laque épurée ou cuite n’est pas employée directement.
On la mélange d’ordinaire avec diverses substances pour obte­
nir les vernis colorés.
Le P. d’Incarville a indiqué en détail les anciennes for­
mules usitées pour composer les vernis rouge, jaune, vert,
violet, que les Chinois obtiennent en mélangeant à la laque
évaporée et tamisée, du vermillon, de l’orpiment, de l’indigo,
et même une roche de teinte violette, nommée Tsc-ché, et
très finement pulvérisée. Dans certains vernis noirs, il entrait
du fiel de porc et du charbon de corne de cerf.
Les vernis courants en Chine sont le noir et le rouge : le
premier est formé de laque cuite et de carbonate de plomb ;
le second, de cette même laque cuite et de vermillon finement
pulvérisé, triturés ensemble dans un mortier. L’un et l’autre
sont passés à travers une toile doublée d’une couche de coton
brut.
F.lïS LAQL'ES

1. Cependant les membres de la Mission lyonnaise [toc. cit.) protestent
contre cette opinion courante, et affirment que la meilleure qualité de
laque est celle qui a la coloration la plus claire, et que c'est par erreur
d’appréciation et par ignorance que les Chinois recherchent la laque de
teinte chocolat.
Formulée ainsi d’une façon absolue, cette assertion nous parait inad­
missible, car elle est en contradiction avec une expérience de plusieurs
siècles, acquise par les artisans chinois dont l'habileté est légendaire.

�GO.MMES-RKSINES
272
Pour toutes ces préparations, le procédé de laquage est le
même. L'objet à vernir doit être bien sec et bien uni. On
donne une première couche et on expose au-dessus d un feu
de charbon do bois ou au soleil pendant quelques minutes.
On fait ensuite sécher pendant vingt-quatre ou quarante-huit
heures. Puis on repasse une nouvelle couche et ainsi de suite,
suivant le nombre de couches que l’on désire donner. Ce ver­
nissage se fait au tampon. Avant de donner une nouvelle
couche, on passe une pierre line à polir.
Un objet bien laqué comporte sept h huit couches.
Les laqués se font dans des ateliers fermés de toutes parts
pour que la poussière et les petits insectes ne viennent pas
altérer, granuler les surfaces vernissées. Nous rappelons ce
fait singulier que pour que la laque puisse sécher, il faut
l'obscurité, un air frais et humide ; aussi le sol des séchoirs
doit-il être arrosé quand le temps est trop sec.
Néanmoins, quelque habiles et méticuleux que soient les
artisans chinois, les vernis de Chine n'ont ni la beauté ni
l'éclat des laques du Japon *.
La laque de première qualité vaut, en Chine, de 3 fr. 23 à
o fr. 23 le kilogramme; celle de qualité inférieure, de 2 fr. 30
à 3 fr. 25 le kilogramme.

t. Ou raconte que le célèbre empereur chinois Kang-hi, aussi ami
des beaux arts que fin connaisseur, convenait lui-même de la supériorité
des pièces de vernis du Japon, mais il l'attribuait à une cause naturelle,
climatologique : « L’application du vernis, disait ce prince, demande un
air doux, frais, humide et serein; celui de la Chine est rarement tem­
péré, et presque toujours chaud ou froid, ou chargé de poussière et de
sels. Voilà pourquoi les pièces de vernis qu'on y fait n’ont pas l’éclat
de celles du Japon qui, étant au milieu de la mer, a un air plus propre
à faire sécher le vernis sans le rider ni le ternir. »
Toutefois, cet impérial avis ne semble pas partagé par le rapporteur
de la Mission lyonnaise déjà citée, qui pense que si les Chinois sont
inférieurs à leurs voisins les Japonais dans l’industrie des pièces
laquées, c’est que leur laque n'est pas très pure, par suite d’une frayde
éhontée.

LES LAni ES

273

111. ---- LAQUE UE l ’i NDO-CHINE

La laque noire de l’Indo-Chine est fournie par une Anacardiacée, le M e l a n o u r m e a l a c c if e u a Pierre, que les Annamites
appellent Mu cày son ou Mu son, et les Cambodgiens Dom
ch h œu Kruol.
M. Pierre, dans sa Flore forestière de la Cocliinchine, décrit
ainsi cette espèce :
« Arbre de 15 à 20 mètres. Feuilles obovées arrondies ou
atténuées arrondies, aiguës à la base et décurrentes sur le
pétiole très court et aplati, entièrement glabres, coriaces,
munies de 18 à 2i- paires de petites côtes, de même que la
nervation tertiaire, plus élevées en dessus qu’en dessous.
Grappes plus courtes ou plus longues que les feuilles, nues à
la base, à ramifications assez distantes, papilleuses ou pulvéru­
lentes. Pédicelles plus longs que la tleur. Calice glabre. Pétales
entièrement velus en dehors. Etamines au nombre de trente.
Pédicule de l’ovaire pubescent. Ovaire glabre. Drupe sphérique
plus longue que son pédicule. »
Le M. laccifera habite tout le Cambodge, les forêts de Tavninh, les provinces de Saigon et de Bien-hoa en BasseCochinchine, dans les terrains argilo-siliceux. Il est devenu
aujourd’hui assez rare dans les plaines et s'est retiré dans les
régions montagneuses.
Cet arbre croît très rapidement pendant les vingt premières
années, puis sa végétation se ralentit. 11 se reproduit facile­
ment de graines.
M. Pierre (Bulletin de la Société linnéenne de Paris,
2 décembre 1885) a observé des plants levés d'un semis en
lignes espacées de un mètre. A sept ans, les arbres avaient
trois mètres et leur tronc huit centimètres de diamètre. Déjà
leur suc pouvait être extrait depuis deux années.
C’est donc vers l'àge de cinq ou six ans qu’on peut comLes Gommes et les Résinés.

is

�27 i
(iOMMI'S-HÉSlNES
mencer à saigner ces M. lacci/'era. Les Kmers appellent Morne
ou Mairac le vernis qu il donne.
Les saignées se font de décembre à avril. La quantité de
laque retirée d'un arbre pendant cette saison est d’environ
deux litres.
Le procédé d’extraction est très simple : on bat l’écorce
avec un instrument contondant, et on y enfonce des nœuds
de bambou taillés en biseau et formant récipients, qui restent à
demeure pendant deux mois. Le liquide ainsi recueilli peut
se conserver pendant plusieurs mois dans des vases parfaite­
ment clos; c’est ainsi qu'il est livré au commerce.
M. Pierre assure qu’on peut le conserver pendant deux ans
en ayant soin de le recouvrir d’une couche d’oléorésine de
Dipteroearpus ou huile de bois, faisant le plein des vases
qu'on lute soigneusement.
Lorsqu’elle exsude de l’arbre, cette laque est un peu jatine
ou rougeâtre, puis devient d’un noir foncé.
Nous ne connaissons pas la composition chimique du Mai­
rac. Mais il est probable qu elle ne diffère pas essentiellement
de celle du vernis du Japon. Ce qu’il y a de certain, c’est
que, comme celui-ci, la laque indo- chinoise paraît contenir
une huile volatile qui la rend corrosive quand elle est fraîche :
elle perd cette propriété quand le principe a eu le temps de
se volatiliser.
Préparation de la laque à vernisser. — En Cochinchine, la
laque du Câv son est mélangée avec l'huile de bois provenant
des Dipteroearpus dans les proportions de deux tiers de laque
pour un tiers d'huile de bois. Le mélange, exposé d'abord au
soleil afin de lui donner la fluidité nécessaire, est ensuite
passé au tamis pour le débarrasser des matières étrangères
qu'il renferme. Ainsi épuré, le produit constitue un vernis
très brillant.
D’après une note publiée par la Revue coloniale du U) mai
1898, un ouvrier laqueur chinois a découvert que l’huile du
Bancoulier (Aleurites moluccana Willd.), après avoir été
réduite par la cuisson, possède des qualités analogues à celles

27:;
d'une huile très siccative provenant de la Chine, et que les
Chinois de Cochinchine font entrer dans la composition de
leur vernis1.
Or, cette huile végétale utilisée en Chine est extraite de la
graine d’un arbre qui n’est autre qu'un Aleurites : .1. cordata
Steud. (Elreococca verrucosa A. Juss.) que les Chinois
appellent Tong-lse-chou, ou arbre à huile, et les Japonais
Wu-Lung.
11 n’y a donc rien de surprenant que l'huile du Bancoulier,
(jui est une espèce voisine, ait des propriétés siccatives ana­
logues et soit susceptible d’être utilisée dans la composition
des vernis.
D’ailleurs, d’après M. Lemarié (Rev. cuit, col., 5 septembre
1899), YAleurites cordata croit à l’état spontané dans les
forêts du Tonkin. C’est le Cay-tràu ou encore Càg-dàu-son
des Annamites.
Mais les colons du Tonkin le confondent avec I A. rnoluccana sous le nom de Bancoulier, qui n’appartient cependant
qu’à cette dernière espèce.
L’huile de Tràu a du reste beaucoup d'analogie avec
l'huile de Bancoulier. Elle est jaunâtre, visqueuse, combus­
tible, beaucoup plus siccative. On l’emploie avec la laque,
après cuisson.
C’est le Wood-oil of China des marchés anglo-chinois,
qu'il ne faut pas confondre avec le Wood-oil qui est l'oléorésine des Dipteroearpus.
Usages et commerce. — La laque de l lndo-Chine est
employée par les Cambodgiens pour vernir les charrettes de
luxe, les boîtes à bétel, les autels, les portes et colonnes des
pagodes, etc.
Les Annamites et les Chinois l'utilisent également pour
laquer les meubles et de nombreux ouvrages en bois.
Ce produit n’est pas encore l’objet de transactions commerLES LAQUES

1. Des spécimens de bois vernis avec la laque récoltée dans les forêts
de Tay-ninh et l'huile de Bancoulier cuite sont, paraît-il, déposés à la
Chambre de commerce de Saigon.

�G0M MES-RÉS1N ES
276
ciales avec 1Europe. Mais il se vend très cher en Chine où
son écoulement est assuré quelle que soit la quantité expédiée.
Son prix est d environ 15 piastres le picul de 60 kilog.
iOO.

l \ r. — LAQUE DE SIAM ET DE BIRMANIE

Ce produit diffère très peu de la laque de Cochinchine et du
Cambodge.
11 est fourni par le M e l a x o k r iie a l s it a t a Wall., arbre de
20 mètres environ, qui habite la Birmanie, la presqu île de
Malaeca et le Siam.
Les jeunes rameaux, les feuilles et 1inflorescence sont cou­
verts de poils. Les feuilles ont la même forme que chez le
M. laccifcra, mais comme nous venons de le dire, elles sont
velues ; de plus, les nervures secondaires sont au nombre de
28 à 30 paires. Les inflorescences égalent les feuilles ; les
pédicelles sont aussi longs que les fleurs. Le calice est velu,
comme la corolle, tandis qu'il est glabre dans l’espèce précé­
dente. 11 v a 30 étamines ou plus. L’ovaire est velu, et la
drupe subglobuleuse.
En résumé, le M. laccifcra, à part la corolle, est une plante
généralement glabre, tandis que le M. usitata est velu.
Cet arbre est exploité pour sa laque en Birmanie et au
Siam.
Comme en Indo-Chine. le procédé d’extraction est fort
simple : des nœuds de bambou sont taillés en biseau, implan­
tés dans l’écorce et laissés à demeure pendant un temps plus ou
moins long. Une centaine deces récipients de bambou peuvent
ainsi être (ixés sur le tronc et les grosses branches.
Cette récolte a lieu, en Birmanie, pendant la saison où
l’arbre est dépourvu de ses feuilles, et qui est aussi celle où
la laque coule le plus abondamment. Un arbre peut donner
annuellement un kilogramme et demi de vernis brut.

277
Celui-ci, lorsqu’il exsude du végétal, est de couleur gris de
plomb, mais ne tarde pas à devenir, au contact de l’air, d’un
noir brillant.
Ce produit peut recevoir les mêmes applications (pie celui
de Cochinchine.
LES LAQUES

SUC GOMMO-RÉSINEUX'DES SEMECA BPUS

On peut considérer comme une sorte de laque le suc gommorésineux de quelques Scrnecarpus, notamment du S. atra
Vieil. [JRhus atra Forst.) ou Noie des indigènes de la Nou­
velle-Calédonie, et du S. anacardium L. de l’Inde.
Lorsqu’on pratique des incisions dans l’écorce de ces arbres,
il s’écoule en abondance un liquide gommo-résineux qui se
solidifie à l’air. Ce sont alors des morceaux irréguliers, noirs,
à surface brillante, à cassure luisante.
Cette substance augmente de volume dans l’eau, mais ne
s’y dissout pas. Elle est en partie soluble dans l’éther ; la
solution filtrée et évaporée donne une résine noire qui, éten­
due en couche mince sur une surface unie, apparaît comme
un vernis noir brillant.
Ce produit, qu’on pourrait récolter en assez grande quan­
tité en Nouvelle-Calédonie, est sans doute utilisable comme
vernis. Il serait intéressant de s’en assurer sur place en fai­
sant des mélanges de suc liquide, fraîchement recueilli, avec
de l’huile siccative, d’huile de bancoulier cuite, par exemple
suivant la pratique des Chinois. Il faudrait rechercher aussi
si cette substance peut être conservée à l’état liquide dans des
vases hermétiquement clos, comme la laque de Cochinchine.
La gomme-résine solidifiée et desséchée nous a paru presque
inutilisable: elle n’est qu’en faible partie soluble dans les divers
dissolvants.

�278

GOMMES-RESINES

GOMME-RÉSINE DES ABALTCABIA
La valeur économique des Araucaria a été bien mise en
lumière par M. le Dr Heckel dans une série de travaux parus
dans la Revue des sciences naturelles appliquées (20 août 1891
et 17 septembre 1892), et aussi dans la Revue générale des
sciences ( 1.'» mai 1898' .
C est un résumé de ces recherches que nous présentons
ici.
M. Heckel préconise surtout YAraucaria Bidivilli qui offre,
dit-il, le quadruple avantage de donner un arbre très orne­
mental. de fournir un produit gommo-résineux très riche en
gomme soluble, de céder à la consommation des graines
volumineuses, pesant dix grammes après enlèvement des
téguments, très agréables au goût, et alimentaires au pre­
mier chef, enfin d’être un excellent bois d'ébénisterie.
Au point de vue spécial où nous nous plaçons dans ce
travail, nous n"avons à nous occuper que de la gomme-résine,
aussi bien de VA. Bidivilli que des autres espèces.
Les Araucaria sont des Conifères. L’A. B i d w i l u Ilook. est
un grand arbre qui croit dans la partie orientale de l'Australie
où les indigènes le nomment Bunya-Bunya. M. Bompard,
agent général des cultures en Nouvelle-Calédonie, envoyé
en mission en Australie par le gouvernement français, sur
la demande de M. Heckel, pour étudier les conditions de
végétation de cette plante, en a rencontré des forêts près de
Ipswick, à 1.200 kilomètres de Sidney.
D après ses observations, c’est un végétal qui peut atteindre
de 40à 50 mètres. Le tronc est cylindrique, droit; les branches
sont régulièrement verticillées, généralement par cinq,
celles de la base délléchies et celles du sommet dressées,
ouvertes à 15°. les rameaux opposés, distiques, étalés, à feuilles

279
alternes, sessiles, elliptiques, coriaces, raides, épaisses, lui­
santes. acuminées au sommet en une pointe blanche aiguë très
piquante; celles des rameaux longues de 4 à 5 centimètres,
sur 1 centimètre de largeur; vertes sur les anciens rameaux,
elles sont jaunâtres sur les nouveaux.
Les cônes sont sphériques, légèrement déprimés, de 0 1,1 15
à 0 m 25 de diamètre, à écailles épaisses et rugueuses, ren­
fermant des graines longues de 0 m04 à 0 n* 05, sur une
largeur de 0 m02 à 0 ni 025.
Ces graines entrent dans l’alimentation des indigènes.
LM. Bidivilli est un arbre très rustique. Il végète de préfé­
rence dans les terrains siliceux. On le trouve en Australie
depuis le bord de la mer jusqu’à 1.200 mètres d’altitude où il
subit, sans dommage, des températures très basses.
La multiplication de ce Conifère doit se faire surtout par
semis. Les graines doivent être fraîches, car elles perdent
rapidement leurs facultés germinatives. On les sème dans
des pots remplis de terre riche en humus, à raison d une
semence par pot, le petit bout en bas pour favoriser la saillie
de la racine et on a soin de ne les enferrer que jusqu'à moitié
environ de leur longueur.
Les jeunes individus seront plus tard transplantés à
demeure.
Malgré cette tendance à perdre relativement vite leur pou­
voir germinatif, les graines dM. Bidivilli peuvent suppor­
ter des voyages assez longs et germer ensuite rapidement.
C’est ainsi que M. Heckel a pu obtenir, à Marseille, la germi­
nation en huit jours, de graines venues d’Australie dans de la
charbonille, soit après une traversée de 45 jours.
Il serait donc fort possible, comme l’a pensé depuis long­
temps M. Heckel, d’acclimater VA. Bidivilli sur les pentes
montagneuses de nos colonies à climat tempéré, telles que la
Nouvelle-Calédonie, Madagascar et la Réunion.
Le Bunya-Bunya, à l’état adulte, c’est-à-dire Aers huit ou
dix ans, peut fournir chaque année, en Australie, par un
gemmage méthodique, intéressant seulement l’écorce et
entamant à peine le bois, de 5 à 6 kilogrammes d’une gommerésine à odeur de muscade.
GOMME-RÉSINE DES ARAUCARIA

�GOMMES-RESINES
280
Ce produit est surtout riche en gomme. Il renferme, en
effet, quand il est bien sec. 92 °/0 de gomme soluble ayant
toutes les propriétés de la gomme arabique.
Cette gomme est bien facile à isoler, puisqu'elle est soluble
dans l'eau, tandis que la résine qui l'accompagne ne l'est pas.
Mais elle présente cet inconvénient d'être amère, ce qui
l'exclut des usages de la confiserie et de la pharmacie. Elle
reste néanmoins utilisable dans bien d autres branches de
l'industrie.
Cependant pour les. 1raucaria, comme pour beaucoup d’autres
végétaux résinifères ou gommifères. il laut tenir compte de ce
fait que leur acclimatement ne va pas toujours sans modifier
notablement leur produit d’exsudation, tant au point de vue
de la quantité que de la composition chimique.
C’est ainsi que l'.l. Bidivilli, cultivé en Provence, ne
donne pas trace de gomme-résine. En Algérie, le climat étant
plus favorable, on peut en récolter une petite quantité.
Un échantillon récolté sur l'.l. Bidivilli du Jardin d’essai
d'Alger, et étudié, sur la demande de M. Heckel, parM.Schlagdenhautfen. lui a donné les résultats analytiques suivants :
Perte d'eau à 105°......................... 13.080
Résine............................................. 18.761
Débris........................................... 0.183
Gomme pure(arabine).................... 67.967
100.000

Ainsi donc : 67.967 °/0 de gomme soluble, et non plus
02 % comme dans les exsudais des végétaux d'Australie.
En Nouvelle-Calédonie croît bA ra u c a r ia C o o k i R. Br. bien
connu, dans cette colonie, sous le nom de Pin colonnaire. En
1803, Jeanneney évaluait à 60.000 le nombre de ces Conifères
répandus dans la grande île, à l ile des Pins et dans les îlots
environnants.
Par un gemmage méthodique, on peut obtenir, par deux
fois durant la saison sèche, environ 8 kilogrammes de gommerésine par an et par arbre.

281
I/exsudat gommo-résineux du Pin colonnaire contient, en
Nouvelle-Calédonie, des parties à peu près égales de gomme
soluble et de résine. La gomme est identique à celle de
l'.l. Bidivilli. La résine est comparable à certains Damars et
peut donner un bon vernis.
Un échantillon de gomme-résine d’.l. Cooki, récolté sur
un arbre cultivé au Jardin d’essai d’Alger, renfermait 35.873 °/0
de gomme soluble, et 52.826 °/0 de résine.
Au Jardin d’essai d’Alger, on cultive également l’A. Cunn in g iia m i Sweet, originaire d’Australie, et bA. e x c e l s a R. Br.
qui habite bile Norfolk.
Ces espèces y sécrètent de la gomme-résine dont la compo­
sition a été déterminée par M. Schlagdenhauffen. Pour A. Cunninghami : 64.855 °/0 de résine et 16.594 °/0 de gomme.
Pour A. excelsa : 60.365 0/ o de résine et 26,682 °/0 de
gomme.
Ainsi, ponr les trois derniers Araucaria mentionnés,
A. Cooki, et surtout A. Cunningliami et A. excelsa, c’est la
résine qui prédomine et qui constitue la vraie substance
utilisable, à isoler du produit brut.
Enfin, les deux Araucaria suivants sont de l’Amérique du
sud : A. brasiliana et A. contracta.
L’A. b r a s il ia n a Rich. vit en forêts à une altitude élevée
sur les montagnes siliceuses de l'Etat de Parana, au Brésil.
Des échantillons de la gomme-résine exsudée par cet arbre au
Brésil et remis à M. Heckel parM. Janmot, ingénieur agronome,
avaient subi l’action des eaux de pluie et ne contenaient plus
de gomme. Ils ne renfermaient plus que de la résine : 10.40 0 0
d’une résine soluble dans l’éther de pétrole et 78.03 °/0 d’une
résine soluble dans l’alcool.
Mais il existait il y a quelques années à Philippeville, dans
une ancienne pépinière établie par le gouvernement, une
petite plantation dAl. brasiliana.Le produit gommo-résineux,
d’ailleurs peu abondant, de ces végétaux a permis à MM. Hec­
kel et Sehlagdenhaulfen de compléter dans une certaine
mesure l’analyse précédente. Il y a été trouvé :
GOMME-RÉSINE DES ARAUCARIA

_

�282

(îO.M MES-ll ÉSI NES

283
le style court, le stigmate obscurément lobé. Le fruit est une
drupe h mésocarpe déhiscent, contenant de un à trois noyaux
monospermes ; la graine renferme un embryon à cotylédons
repliés sur eux-mêmes.
La gomme-résine des Balsamodendron est désignée sous le
terme générique de Bdcllium. Cette substance, qui eut jadis
une grande vogue comme parfum et comme médicament, est
beaucoup moins employée aujourd’hui.
Voici néanmoins l’histoire succincte des principales sortes
connues.
fiOMMES-HÉSINES DES RLRSÉRÂGÉES

Résine............................................. 61.84
Matière gommeuse....................... 35.16
100.00

L’J . contracta forme de vastes forets dans les Andes du
Chili. Un arbre cultivé â Marseille a pu fournir une petite
quantité de gomme-résine d'odeur agréable de citron, qui
renfermait de 30 à 35 °/p de résine et 60 à 65 °/0 de gomme.
En résumé: le produit de IM. Bidwilli pourrait être
recherché pour sa gomme; celui des autres espèces donnerait
plutôt de la résine utilisable dans l'industrie des vernis.

GOMMES-RÉSINES DES BV RS KRACÉ ES
I. --- BDELLIUM

C'est le produit gommo-résineux des B aIsamodendm n.
Les Balsamodendron Ivunth (Conimiphora Jacquin) sont
des arbres ou des arbustes de l’Afrique tropicale et australe,
et des îles africaines de la mer des Indes ; de l'Arabie, de l'Inde,
tle la presqu île de Malacca et des îles voisines.
Les ramules sont souvent spinescents, les feuilles alternes,
imparipennées, souvent unies ou trifoliolées, à folioles entières,
crénelées ou dentées. Les fleurs sont polygames, tétramères,
sauf le gynécée qui est dimère, ou parfois trimère. Sur un
réceptacle cupuliforme s’insère, en effet, un calice à quatre divi­
sions plus ou moins profondes ou vulvaires. La corolle est for­
mée de quatre longs pétales également valvaires dans le bouton.
L’androcée comprend deux verticilles de quatre étamines
périgynes. Du fond d'un disque réceptaculaire glanduleux se
dresse le gynécée : l’ovaire est ovoïde, sessile, bi ou triloculaire,

Bdcllium d'Arabie ou Myrrhe. — Le Bdellium d’Arabie
ou de Turquie, récolté non seulement en Arabie, mais encore
dans le Nord-Ouest de l’Afrique, porte couramment le nom
de Myrrhe.
L’espèce productrice est le B a l sa m o d e n d r o n M y r r iia Nees.
Cette plante, rapportée par Ehrenberg en 1825, a été décrite et
tigurée sous ce nom par Nees. C’est un arbuste dont les
ramules à écorce cendrée ou grisâtre sont glabres, spinescents.
Les feuilles, glabres également, sont trifoliolées. à petiolules
courts; les folioles latérales ont une longueur deux ou trois
fois moindre que celle du milieu, et manquent parfois.
Le B. Myrrha croît en Asie, dans les parties désertiques de
l’Arabie et dans l’Inde d’où il a été rapporté par Leschenault;
en Afrique, dans le pays des Somalis et le sud de l’Abyssinie.
Dioscoride a décrit huit espèces de Myrrhe dont la plus
estimée était la Myrrhe Troglodyte, réputée le parfum par
excellence.
Les Hébreux connaissaient également ce parfum qu’ils
appelaient Mur. C’est aussi le nom arabe : Mur.
La. Myrrhe est surtout récoltée de nos jours par les
Somalis qui, dit-on, vont même la rechercher jusqu’en Arabie,
moyennant un droit d’accès.
L’extraction se fait à l aide d incisions dans 1écorce des
arbustes.
La Myrrhe de Turquie, telle qu elle existe dansle commerce,
est en larmes de formes et de dimensions variables, couvertes

�GOMMES-RÉSINES
28 i
d'une mince couche pulvérulente, fragiles, opaques, à cassure
cireuse. La coloration varie du jaune rougeâtre pâle au rouge
ou au rouge brun; certains morceaux sont parcourus à l'inté­
rieur par des veines blanchâtres ou jaunes. L'odeur est aro­
matique et agréable. La saveur est âcre et amère.
D’après une analyse ancienne de Brandes, ce produit a la
composition suivante :
Résine............................................................ 27.80
Gomme soluble............................................. 54.38
Gomme insoluble.......................................... 9.32
Huile volatile................................................. 2.60
Matières salines ^benzoates, malates, phos­
phates, sulfates, acétates de potasse et de
chaux)........................................................ 1.36
Impuretés...................................................... 1.60
Pertes............................................................ 2.94
100.00

Le commerce de la Myrrhe a beaucoup perdu de son impor­
tance. Cependant les Somalis en recueillent encore annuelle­
ment 30 à 70 tonnes qui valent au pays d’achat 80.000 à 93.000
francs.
Bombay et l’Egypte en reçoivent la plus grande partie; une
petite quantité est expédiée en Europe, notamment à Trieste.
Nous ne citons que pour mémoire le B. Opobalsamum
Kunth, qui fournissait jadis le parfum précieux olfert aux
dieux, réservé aux rois, et utilisé par la médecine comme un
médicament merveilleux. Ce produit était alors célèbre sous
les noms divers de Baume de la Mecque, Baume du Caire,
Baume de Judée.
Mais la plante, qui avait même habitat que le B. Myrrha,
est devenue d'une rareté telle qu elle paraît avoir disparu.
Bdellium de l'Inde. — Ce Bdellium est fourni par deux
Balsarnodendron indiens : le B. Agallocha etde B. Mukul.
. Le B. Agallocha Wight et Arn. est un arbre à rameaux

285
épineux, à feuilles trifoliolées : les deux folioles latérales sont
beaucoup moins longues que celle du milieu, et parfois
caduques.
Il habite le Bengale, le Silhet et Assam.
Le B. Mukul Ilook. a des rameaux spinescents et des
folioles dentées, les deux latérales étant aussi caduques. Il
habite les régions septentrionales et occidentales de l'Inde.
On en retire, par incisions, le Bdellium du Scinde ou Gugul.
Le Bdellium de 1 Inde est généralement plus coloré et
moins apprécié que la Myrrhe d’Arabie.
GOMMES-RÉSINÉS DES UURSÉKÂGÉES

Bdellium d'Afrique. — Cette substance est le produit du
a f r ic a n u m Arn. (Hcudelotia africana A.
Rich.), arbuste très raineux, de 3 mètres environ de haut.
Les jeunes rameaux sont pubérulents, et plus tard, glabres et
spinescents. Les feuilles, membraneuses, éparses, sont pubescentes en dessous, crénelées sur les bords, les pétioles cou­
verts de poils ; les folioles latérales à peine plus courtes que
celles du milieu.
Cette plante habite l'Abyssinie où, dit M. Engler, elle
porte le nom de Oanka, les montagnes de la Nubie, le Sou­
dan, le Sénégal, où les indigènes la nomment Niallout. Elle
recherche en général les stations élevées, sèches et arides.
M. Rançon, dans la relation de sa mission en Haute-Gambie,
parle de cette espèce qu’il n’a pu nommer. Mais il la décrit en
termes assez précis pour que la détermination en soit facile. Il
donne d’ailleurs à ce propos des renseignements fort intéres­
sants que nous résumerons.
Ce végétal, dit-il, qui dépasse rarement 3 mètres] et
croît dans les terrains pauvres, est relativement rare au Sou­
dan : c’est dans le Ferlo-Baliniama qu'il est le plus commun.
On en trouve également en notable quantité dans cette partie
déserte qui se trouve aux environs de Koussan Alraamy
(Bondou), entre Kéniémalé, Couddi, Ilodioliréet le marigot
d'Anguidiouol, entre Koukoudak et Kounambe, dans le
Tiali.
L’arbuste fournit une substance résineuse que les indigènes
B a l sa m o d e n d r o n

�281»

GOMMES-RÉSINES

du Soudan français appellent Ilammout. Il l’exploitent du
commencement de décembre à la fin d'avril. C’est, paraît-il,
l'époque pendant laquelle on 1obtient en plus grande abon­
dance, où le rendement est plus considérable et la qualité
meilleure. De plus, durant cette période, les Noirs ne sont
pas occupés aux travaux des champs et ils peuvent se livrer à
la récolte du Ilammout qui est pour eux la source de quelques
profits.
Pour l'extraire, ils pratiquent sur le tronc, jusqu’aux grosses
branches, des incisions en nombre variable, huit ou dix au
plus. Ces entailles intéressent l’écorce dans toute son épais­
seur La gomme-résine qui en découle est peu abondante, et
il faut attendre six à huit jours avant d’en avoir une petite
boule de la grosseur d une noisette.
Le liquide qui s’écoule des incisions est généralement blanc
et limpide; mais il se concrète bientôt et prend une couleur
opaline légèrement teintée de jaune. Quand les morceaux ont
durci, on procède à la récolte, ({ui se fait au moyen d'une tige
de fer ou de petites hachettes.
Les collecteurs, revenus au village, exposent au soleil le
produit de la récolte pour le ramollir, afin de le débarrasser
de la plus grande partie des débris végétaux qu'il renferme.
Quand il est refroidi et durci, il est pilé, puis de nouveau ramolli
à la chaleur solaire, et pétri en forme de boules qui sont renfer­
mées dans des coques de fruits de Cantacoula1.
La gomme-résine prend alors une consistance dure et
adhère fortement aux parois du récipient; et, pour l’en
extraire, il faut se servir de la pointe d'un solide couteau.
Elle se présente alors sous l'aspect d'une masse noirâtre, au
milieu de laquelle se distinguent des fragments d’écorce. Son
odeur est aromatique.
1. Le Cantacoula paraît être une Hutacéc dont le fruit, qui ressemble
à une orange,possède une écorce épaisse et résistante, et, h l’intérieur,
une pulpe abondante enveloppant les graines : caractères qui rap­
prochent ce fruit de celui des Feronia ou de YÆgle Marmelos (Bel) de
l'Inde. La pulpe est agréable et refroidissante.
Ce fruit, comme celui du Bel, aurait des propriétés astringentes utili­
sées par les indigènes dans la diarrhée.

287
C’est sous cette forme que l’on trouve le Ilammout sur les
marchés du Soudan.
Ce produit est l’objet au Soudan d’un petit commerce très
actif sur les marchés de Rayes, Bakel et Médine. Les traitants
de ces comptoirs accaparent tout ce qui y est apporté et le
revendent soit à Saint-Louis, aux Ouolofs, soit aux habitants
du Khasso, du Logo, du Natiaga, du Kaota et du Guidimakha.
Ce sont surtout les Ouolofs et les Khassonkés qui en sont
les plus avides. Les femmes ouoloves font brûler cette gommerésine sur des charbons ardents pour parfumer leurs cases : il
se dégage dans cette combustion une fumée blanchâtre dont
l’odeur rappelle celle de l’encens.
En outre, le Ilammout est considéré par les indigènes
comme une panacée : désinfectant, antimiasmatique, antica­
tarrhal, stimulant des fonctions cérébrales, etc.
D’après Parker, ce Bdellium aurait la composition sui­
vante :
Résine....................... 15
Gomme soluble......... 33
Gomme insoluble. . . . 38
E au............................ 14
g o m m e s - r é s in e s d es r d r c é r a c é e s

100

Selon les renseignements recueillis par M. Rançon, le prix
du Ilammout varie suivant les époques et les régions. Avant
la récolte, une boule de moyenne grosseur se vend à Rayes de
2 â 3 francs ; mais quand les arrivages commencent à se
faire plus nombreux, le prix baisse rapidement. Ainsi, à
Bakel, par exemple, il n’est pas rare de trouver à ce moment
jusqu’à 00 boules pour une pièce de guinée, soit 10 à 12 francs
environ.
A Saint-Louis, le Ilammout se vend couramment de
1 fr. 50 à 2 francs la boule. Dans le Guidimakha, trois boules
coûtent environ 2 fr. 50 en mil, et dans le Ivasso, à Kouniakarv, par exemple, trois boules se vendent environ 5 francs
en mil ou en étoiles.

�288

GOMMES-RÉSINES

II.

280
B. C a r t e h i Birdw., petit arbre à folioles tomenteuses sur
les deux faces, a bords ondulés et crénelés, ou presque
entières, qui habite le sud de 1Arabie, les montagnes de l'ilaGOMMES-RÉSINES DES UURSÉRACÉES

— OLIHA.N OU ENCENS

Cette substance est fournie par les Boswellia.
Les Boswellia sont des arbustes ou des petits arbres du
nord-est de l'Afrique, du sud de l'Arabie et de l'Inde. Les
feuilles, imparipennées, sont le plus souvent réunies au sommet
des rameaux. Les fleurs se groupent sur des particules axil­
laires ou terminales. Ces fleurs sont hermaphrodites, penta­
mères : calice gomosépale h cinq dents en préfloraison imbriquée ;
corolle à cinq pétales imbriqués dans le bouton. L’androcée
est formé de dix étamines dont cinq plus courtes, opposées
aux pétales : les tilets libres sont insérés sous un disque
hypogyne; les anthères biloculaires, introrses, sont déhis­
centes par deux fentes longitudinales. Le disque circulaire
qui entoure la base de l'ovaire est creusé de dix cannelures qui
répondent aux tilets staminaux. L'ovaire est il deux ou trois
loges, surmonté d’un style cylindrique, cannelé, terminé par un
stigmate trilobé. Dans l’angle interne de chaque loge se
trouvent deux ovules collatéraux, suspendus, semi-anatropes,
avec le micropyle en haut et en dehors. Le fruit est une drupe
trigone qui s ouvre à la maturité par trois valves répondant
chacune à la paroi externe de la loge. 11 reste une columelle
centrale munie de trois ailes divergentes constituées par les
cloisons interloculaires, et supportant dans l’angle interne de
chaque loge un noyau contenant à l'intérieur une seule graine.
L’embryon, sans albumen, comprend deux cotylédons mem­
braneux repliés plusieurs fois sur eux-mêmes.
La gomme-résine connue sous le nom d encens ou oliban
est de deux sortes, nommées d’après les pays d’origine.
Encens d Arabie et du pays des Sonialis. — Cette sub­
stance, le véritable Oliban, comprend trois variétés fournies
par les Boswellia suivants :

FiC. 47. — Boswellia Carleri Birdw. (d’après Birdwood).

1. Hameau et inflorescence de la variété Maghrayt d'sheehas d 'A rab ie;
2. Inflorescence de la variété Mohr meddliu du Soniali ; 3. lluuton floral;
\ . Fleur épanouie.
Les Gommes el les Résinés.

LO

�21)0

GOMMES-IIÉSINES

drumuout et le pays des Sonialis, sur la cote africaine, à une
altitude de 1.000 à 1.800 mètres. Il recherche les régions
arides et les terrains calcaires.
Son nom vulgaire est Môhr meddhu, et son produit est
appelé Luban Bedowi (Cruttenden) ou Luban Mahur
(Vaughan).
B. B haü-D ajiana Birdw., petit arbre à ramules pubérulents
ou glabres, à folioles glabres supérieurement et duveteuses en
dessous, entières ou finement dentées sur les bords.
C'est le Mohr add des indigènes, qui nomment Luban S/tchcri l'encens qu il donne.
Il habite exclusivement la côte des Somalis.
B. F reereaxa Birdw., arbuste glabre, à feuilles entièrement
glabres et d un vert glauque, qui croît également sur les hau­
teurs dans le pays des Somalis. Il est cultivé àAden.
Son nom somali est Yeyaar et celui de son produit Luban
Mali ou Luban Meyti ^Cruttenden).
L'encens est récolté par les Somalis et vendu par eux dans
les comptoirs du golfe d’Aden : Berbera, Zeilah, Djibouti. Ils
vont aussi le recueillir dans le sud de l’Arabie, movennant
%/
une redevance payée aux Arabes ; à Makulla, l'encens est
l’objet d'un commerce assez important.
Voici comment se fait la récolte, d’après les observations de
Cruttenden dans le nord-est de l'Afrique, et de Carter en
Arabie, observations qui ont été contrôlées par M. G. Revoil,
en 1882.
C'est pendant la saison chaude qu'hommes et enfants se
livrent à cette récolte. Vers la fin de février ou le commence­
ment de mars, les Somalis visitent successivement tous les
arbres et font à chacun d’eux une plaie profonde en enlevant
un lambeau d’écorce d’environ 10 centimètres.
On laisse les choses en cet état pendant un mois. On pra­
tique alors des plaies plus profondes. Au troisième mois, nou­
velle opération.
Au bout de trois mois, on suppose que le produit d’exsuda­
tion a atteint le degré de consistance convenable. Des bandes
d'hommes et d’enfants parcourent alors les montagnes et

291
recueillent les grosses larmes claires dans un panier, tandis
que la qualité inférieure, formée par ce qui est tombé des
arbres, est recueilli séparément.
La première gomme-résine enlevée des arbres est très
molle, mais durcit rapidement. Chaque quinzaine, les mon­
tagnes sont visitées de cette façon. Les arbres produisent des
quantités de plus en plus grandes à mesure que la saison
avance, jusqu’au milieu de septembre, époque à laquelle les
premières ondées mettent fin à la récolte de l’année.
En Arabie, dit Carter, on fait des incisions longitudinales
dans l’écorce pendant les mois de mai et décembre; l’opération
est simple et n'exige aucune adresse de la part de l’opéra­
teur. La gomme-résine est tout d’abord blanche, lorsqu'elle
s’écoule des plaies, et, suivant son degré de fluidité, coule
jusqu’à terre ou bien se concrète sur la branche, au voisinage
de l’entaille d’où elle sort : c’est là que les hommes et les
enfants la recueillent.
L’encens de bonne qualité est en petites larmes arrondies
ou oblongues, de couleur jaune pâle, dégageant par le frotte­
ment une odeur aromatique. Cette odeur s’exalte par la com­
bustion sur des charbons ardents.
L’analyse a donné comme composition :
Résine................................................... 37
Gomme soluble..................................... 33
Huile volatile et matières insolubles. . 8
GOMMES-RÉSINES DES ÜLRSÉUAGÉES

100

Il s’exporte annuellement de la côte des Somalis de 300 à
380 tonnes d’encens préalablement trié en trois sortes, ce qui
représente une valeur de 2L3.000 à 3G0.000 francs. Un sixième
seulement de cette exportation parvient en Europe; le reste
est traité à Aden ou à Makulla, et va surtout à Bombay.
Encens ou Oliban de l'Inde. — Cette substance est fournie
par le B o s w e l l ia s e r r a t a Roxb. (B. thunfera Roxb. ; Libanus thurifera Colebr.). C’est un petit arbre qui habite dille-

�GOMMES-RÉSINES
292
rentes régions de l'Inde, dans les terrains montagneux les
plus arides. Les ramilles, velus ou glabrescents, portent des
feuilles pubescentes ou glabres composées de neuf à quatorze
folioles oblongues, ovales ou lancéolées, à bords dentés ou
crénelés, ou entières.
Colebrooke avait attribué à cette plante 1Oliban ou véri­
table encens. Nous venons de voir que cette matière n’est pas
d’origine indienne.
L Oliban indien est un produit de qualité inférieure vendu
dans les bazars sous le nom de Dup Salai ou Gunda biroza à
Chandalgur, consommé sur place et utilisé notamment dans la
médecine indigène. On en apporte de Mewar, d’flarowtee et
de Shekhawattee.
Cette gomme-résine est molle, jaune grisâtre, souvent tein­
tée de rouge; elle se présente en morceaux irréguliers d’odeur
aromatique rappelant la térébenthine, et de saveur amère.
Projetée sur des charbons ardents, elle brûle d’ailleurs en
répandant 1odeur de l’encens d Arabie et d’Afrique.

GOMME-RÉSINE DE GRE VILLEA ROBUSTA
Les Grevillea sont des Protéacées de 1 Australie et de la
Nouvelle-Calédonie, dont quelques espèces sont cultivées dans
1 Inde, et aussi sur le littoral de la Méditerranée comme
plantes d’ornement.
La seule espèce signalée jusqu ici comme gommifère est le
G r e v il l e a r o b u st a A. Cunn.
Selon M. Maiden, l’arbre laisse exsuder en Australie une
petite quantité seulement de gomme-résine.
M. Cooke considère ce produit comme une gomme, de
même que le chirurgien Shortt, cité par M. Maiden, qui dans
ses notes sur l’Inde (1881), prend la substance fournie par le

293
G. robusta pour une « gomme translucide n’ayant ni odeur, ni
saveur particulière ; elle est de couleur jaune pâle et forme
avec l’eau un mucilage brun clair qui, par ses propriétés
adhésives, est comparable à la solution de gomme arabique ».
Cependant en 1884, M. G. Fleury {Journal de Pharmacie
et de Chimie, IX, p. 479) a montré que le produit d’exsuda­
tion du G. robusta est bien une gomme-résine.
L’échantillon analysé par cet auteur provenait d’arbres culti­
vés en Algérie.
C’est, dit-il, une exsudation semblable au premier aspect â
la gomme de cerisier.
Elle se présente sous l’aspect d’une substance d’un jaune
roux, à cassure cornée, très peu translucide, peu friable.
Quand elle date de plusieurs années, sa teinte est plus fon­
cée. Dans l’eau, elle se gonfle, se divise lentement, et produit
une émulsion blanche qui passe à travers tous les filtres. A
l’examen microscopique, on ne trouve pas d’amidon et l’eau
iodée n’en révèle pas trace.
L’incinération laisse un résidu de 3 °/0 de cendres conte­
nant un peu de potasse et principalement du carbonate de
chaux.
L’exsudât brut, divisé dans l’eau, puis traité par l’alcool
absolu, donne un abondant précipité facile â séparer surlefiltre.
Ce précipité est de la gomme proprement dite. De la liqueur
alcoolique, on retire par évaporation une résine fluide, rou­
geâtre, transparente, inodore et non volatile.
Cette résine se dissout dans les alcalis caustiques étendus,
ainsi que dans l’alcool méthylique et le sulfure de carbone ;
elle se comporte comme un acide faible. Sa proportion dans
le produit brut est de 5,6 °/0.
La gomme épurée est de couleur grise : elle se gonfle dans
l’eau, mais ne se dissout pas franchement. L’addition d’une
petite quantité dépotasse, de chaux ou de carbonate de potas­
sium, amène immédiatement la dissolution. Avec l’acétate
triplombique, on obtient un précipité blanc; avec le sulfate
de cuivre, il se forme un précipité gélatineux bleu.
En résumé, cette gomme-résine, peu abondante, qui renGOMME-RÉSINE DE GREVILLEA RO BT ST A

�GOMMES-RÉSINES
29 ’t
ferme plus de 112 °/0 d'une gomme peu soluble directement
dans l’eau, n'apparaît pas comme un produit d’une bien
grande valeur pratique.

GOMMES-RÉSIN ES TAN 1FÈRES
Ces substances sont également dépourvues d'importance
pratique. Nous citerons, parmi les plantes productrices :
1° Une Légumineuse : S e sb a n ia g r a n d if l o r a Pers. [Æschynomcnc grandiflora L. ; Agati grandiflora Desv.). C'est, un
petit arbre qui habite l'Inde, les îles Sandwich, les îles de la
Société, notamment Tahiti où son nom indigène est Ou aï ; il
a été introduit aux Antilles françaises où on l'appelle Colibri
végétal.
Les feuilles sont alternes, paripennées, ù pétioles légère­
ment pubescents. Les fleurs forment des grappes axillaires,
pauciflores : la corolle, papilionacée, est blanche, rose ou
rouge.
M. Cuzent a étudié à Tahiti le produit d'exsudation de
cette espèce.
Par incision du tronc, d'après ses observations, il s’écoule
un suc blanc légèrement teinté de rose qui, en se desséchant
sur l'écorce, prend une couleur violacée et se présente alors
sous forme de petites larmes vitreuses qui se brisent sous le
choc. La cassure est terne, cireuse.
Ce suc se dissout dans l’eau, mais avec lenteur, et sa disso­
lution légèrement rosée et trouble se décolore à l’air, en même
temps qu elle laisse précipiter une poudre blanche qui est une
résine.
Cette dissolution rougit le papier de tournesol. Si l'on y
verse de l'alcool ou de l’éther, il s’en sépare de la gomme
qui, avec l’éther, vient nager à la surface de ce liquide.

295
M. Cuzent a extrait de ce produit deux principes colorants :
l’un, rouge, qu'il appelle agathinc, et l’autre, jaune, qu’il
nomme xanlhoagathinc. Les autres corps composants sont :
de Parabine, un peu de bassorine, une matière résineuse, du
tanin et différents sels.
A Tahiti, l’exsudation a lieu de juin à octobre.
2° Une Myrtacée : E u c a l y p t u s p il u l a r is Smith, du Queens­
land, laisse exsuder un suc qui se solidifie à l'air et forme des
fragments irréguliers, anguleux, d’un brun noirâtre. Ceux-ci
se pulvérisent facilement en donnant une poudre jaune, de
saveur astringente et un peu amère.
Nous nous sommes assuré qu’il ne s’agissait pas, dans le
cas présent, d’un kino proprement dit, comme pour beaucoup
d’autres espèces d'Eucalyptus, mais d'une gomme-résine tanifère.
La substance pulvérisée, en effet, se dissout partiellement
dans l’eau. La solution aqueuse laisse déposer une matière
insoluble, pulvérulente, jaune.
La solution filtrée est rouge pâle. Elle se colore en noir par
le perchlorure de fer. L'acétate de plomb y donne un précipité
gélatineux blanchâtre, dénaturé gommeuse.
Quant au dépôt pulvérulent jaune qui reste sur le filtre, il
se dissout en grande partie dans l'alcool : la partie insoluble
est formée de matières étrangères. La liqueur alcoolique filtrée
et évaporée au bain-marie abandonne au fond de la capsule une
substance résineuse jaune brun que le chlorure ferrique colore
en noir.
Du tanin que renferme ce produit, une partie s’est donc dis­
soute dans l’eau, l'autre partie reste incorporée à la résine.
G OMMES-RÉSINES TANIFÈRES

�TABLE

DES

MATIERES

AVANT-PROPOS
PREMIÈRE PARTIE. —

LES GOMMES

G énéralités ........................................................................................................

Définition, classification, composition desgommes....................
Qualité des gommes.......................................................................
Mode d’exploitation des végétauxgommifères............................

1

1
6
8

I. — G ommes vraies .
A. — G ommes d’acacias ........................................................................
§ G ommes d’acacias soluble......................................................

11
12
1. Gomme arabique.............................................................. 12
G o m m e a r a b i q u e d e l ' I n d e ..........................................
16
G o m m e a r a b i q u e d u S é n é g a l ......................................
17
2. Gomme du Sénégal.......................................................... 18
G o m m e d u S o u d a n f r a n ç a i s ........................................
21
G o m m e d u S o u d a n é g y p t i e n ........................................
27
3. Autres Acacias donnant de lagomme soluble............ 29

§§ G omme d’acacia insoluble............................................................
B. — G ommes vraies fourmes par d’autres végétaux que
les

a c a c ia s

..................................................................................

35

38

§ G ommes solubles....................................................................................^
§§ G ommes insolubles.......................................................................... 48
II. — G ommes mixtes.

1.
2.
3.
4.

Gomme
Gomme
Gomme
Gomme

adragante................................................................... 39
de B a s s o r a ................................................................. ” 1
adragante de 1 Inde ou de C o e h l o s p e r m u m .. .. 63
de S t e r c u l i a ...........................................................

�298
TABLE DES MATIÈRES
5. Gomme de Cycas circinalis..........................................
6 . Gomme de Palmiers......................................................
111. — TANO-GOMMES.
Gommes tanifères des Légumineuses.................................
Tano-gomme de Moringa plerygosperma..........................
Tano-gomme d'Ailanius excelsa.......................................
Gommes tanifères des Malvacées .....................................
Tano-gommes des Eucalyptus............................................
Tano-gommes des Myristicacées........................................

TABLE DES MATIÈRES

78
74
76
86
88
88

91
96

DEUXIÈME PARTIE. — LES R É SIN E S

Généralités..........................................................................
Définition, classification....................................................
Propriétés générales.........................................................
Extraction des résines.....................................................
Les Copals...........................................................................
I. — Copals d'Afrique.....................................................
A. — Copals de Madagascar, de Zanzibar et de la côte
orientale d'Afrique...................................................
B. — Copals de l'Afrique occidentale..............................
^ ariétés, caractères et propriétés'des Copals d’Afrique.
IL — Copal d'Amérique....................................................
Les Damars.............................................
Les Dammara de la Nouvelle-Calédonie............................
Caractères, composition et propriétés des Damars.............
Sandaraque.......................................................
I. — Sandaraque d’Afrique..............................................
IL — Sandaraque d'Australie............................................
Gomme laque (Résine laque).................................
L — Gomme laque de l'Asie méridionale........................
Espèces végétales laccifères...........................................
Histoire naturelle de la Carteria lacca..........................
Elevage de la Cochenille à laque. Ses parasites.............

97
97
99

JOO
101
102

102
113
118
124
128
135
142
]
14 5
147

g
148
149
151
154
14

C om position et prop riétés de la g o m m e la q u e , d ite des
I n d e s .........................................................................
F o rm es de la g o m m e la q u e .........................................

1 ° Laque en bâtons....................................................
2° Laque en grains...........................................
3° Laque en écailles...................................................
4° Laque blanche.......................................................
U s a g e s ..........................................................................
C o m m e r c e .....................................................................
II. — Gomme laque de Madagascar... ; ..........................
R bsinb des Rubiacêes..........................................................
1 . — Résine des G a rd é n ia ........................................ .... .
IL — Résine de Condarniriea iililis ........ ...........
Résine des Diptérocarpêes....................................................
I. — Résine des V a te r ia ................................................
IL — Résine des S h o re a ...................................................
III. — Résine des Ilo p e a ..................................................
IV. — Résine des V a lica ...................................................
V. — Oléorésine de D iptero ca rpu s, ou Huile de bois.....
Résine des Burséracees........................................................
I. — Résine des C a n a riu m ............................................
II. — Résine des P r o tiu m ...............................................
III. — Résine de B u rse ra et de D a crg o d es .......................
Résine de S y m p h o n ia et de M oronohea ...............................
Résine d’Erouma...................................................................
Oléorésine de C a lo p h y llu m ..................................................
Benjoin...........................................................................»• • •
L — Renjoin de Malaisie...................................................
C u ltu re et ré c o lte ..........................................................
S o rtes de b e n jo in ..........................................................
IL — Benjoin de Siam......................................................
Faux benjoin.................................................................
Baume de Tolu......................................................................
Baume du Pérou................................. ; .................................

299
156
158
158
159
159
160
160
160
161
166
166
173
176
176
179
187
18.)
188
193
193
199
208
212

21/
219
225
225
22/
229
233
233
235

�300

TABLE DES MATIÈRES

Résine de X a n to rrh ea ..............................................................
Sang-dragon............................................................................
Résine des Dragonniers (Faux sang-dragon).....................
Baume des L iq u id a n t b a r ..........................................................
Tano-résine de S p e rm o le p is .....................................................
troisième partie. —

TABLE DLS MATIÈRES

237
240
2

21*2
213

tl

LES GOMMES-RÉSINES

Généralités............................................................................
Gomme-gutte..........................................................................
S o rtes co m m ercia les ............................................................
E x tra c tio n et p r é p a r a tio n ...................................................
P rop riétés p h y s iq u e s et c h im iq u es. C om position de la
g o m m e -g u tte ...................................................................
Gomme-gutte de Nouvelle-Calédonie....................................
Gomme-résine de V ism ia g u ia n en sis (Gomme-gutte d’Amérique)
Exsudât gommo-résineux de H a ron g a m a d a g a sc a rie n sis..
Les Laques..............................................................................
I. — Laque du Japon.......................................................
C u lture de Fa rbre à la q u e ............................................
B écolte de la la q u e .......................................................
C om position de la la q u e ...............................................
M ode d 'em p lo i de la la q u e ...........................................
IL — Laque de Chine.......................................................
III. — Laque de l’Indo-Chine......................................
P rép ara tio n de la laque à v e rn isse r .............................
U sages et c o m m erce .....................................................
IV. — Laque de Siam et de Birmanie..............................
Suc gommo-résineux des S e m e c a rp u s .........................................
Gomme-résine des A r a u c a r ia ....................................................
Gomme-résine des Burséracées................................................

219
250
253
254
256
255
257
259
260
260
261
264
266
267
269
273
274
275
276
277
278
282

I. — Bdellium..........................................................
B d e l l i u m d 'A r a b i e o u M y r r h e ............................................
B d e l l i u m d ' A f r i q u e ..............................................................
IL — Oliban ou Encens..............................................................
E n c e n s d 'A r a b i e e t d u p a y s d e s S o m a l i s ........................
E n c e n s o u O l i b a n d e l ' I n d e ..................................................
G omme-résine de G r e v i ll e a r o b u s l a ............................................
G omme- résines tanikères................................................................

301

282
283
285
288
288
291
292
294

�INDEX

ALPHABÉTIQUE

Abricotier........................
49
Acacia Adansoni. .. .
18
— albida..................... 10, 24
— arabica............. 12, 17, 18
— arabica, var. lomentosa. 18
— Ber n ie r ...........
31
— capensis.......
3b
— Cateclm.........
29
— dealbata .......
_ decurrens .................. 31
32
— Farnesiana...........
30
— gu mmi fera.......
28
— homalophylla. . . .
34
— horrida.............
3b
— ja u n e ...................
31
— lebbek.................. 3b, loi
— leueopblœa.............. 2, 62
— microbolrya. . . .
34
— odorant ................
31
— pendula..............
34
— pycnantha..............
33
— Sénégal.............19, 21, 27
— Seyal......... 19, 24, 28, 29
— Seyal, var. fislula.. . 28, 20
— stenocarpa ................ 29
— torlilis................
28
Acajou amer, du pays, à
meubles, senti.................... 44
Acajou de Saint-Dominique.. 46
Acide dammaraque............. 142
— dammarylique............ 143
— paraoxybenzoïque.. . 230
— urushique................... 267
Adansonia digilata................... 00
Adragante............................. 2, 50
Ægle Marmelos....................... 30
Agatliine............................... 293
Agley, Agley-marum............... 4b
Ailantus excelsa....................... 88

Albizzia proccra
56
— Sassa....
63
Aleurîtes cordata.
27b
— moluccana.. 64, 274
Algarobia glandulosa . .
46
Ambrevade..
IbO
Amyris guianensis...
205
Anacardium occidentale.. . 49
Anani...........
42
Angico..............
48
Animé occidentale ou d’Amérique...........
124
Animé orientale
102
— tendre ...
124
Anogeissus latifolia .
55
Antalaotras
103
Aracouchini
201
Araucaria Bidwilli
278
— brasiliana...
281
— contracta........... 282
— Cooki..
280
— Cunninghami..
281
— excelsa.... . . 281
Arbol-a-brea.
19b
— de cera.......
174
Arbre à cire. . .
261
— à dartres.
96
— à poix d’Amboinc. . . . 129
— sillleur.............
29
Arjun, Arjuna... .
56
Arouaou....
201
Astragalus................. 2, 0i, 59
— adscendcns......... 59
— crelicus.............. 50
— cylleneus........... 59
— microcephalus. . . 59
pycnocladus. .. . 59
— verus..........
59
Aucoumea Ivlaineana ...
313

�INDEX ALPHABÉTIQUE

Aucoumé.............................. 313
Augia sinensis..................... 269
Azadirachta indica.............. 43
Babul-ki-gond ...................... 17
Baraques.............................. 27
Balxira................................... 56
Bàkli..................................... 55
Balanites a'gyptiaca............ 7
Balsamo blanco.................. 237
Balsamodendron africanum. 7, 285
—
Agallocka... 284
—
Mukul......... 284
Mvrrha....... 283
—
Opobalsamum.... 284
Bambalmas........................... 42
Bancoulier....................... 54, 275
Baobab................................. 90
Bauhinia variegata................ 58
Baume du Caire.................... 284
— de fleurs jaunes......... 260
— de Judée.................... 284
— de Gurjun............
188
— Marie......................... 222
— de la Mecque............ 284
— du Pérou.........
237
— de Tolu.. .
233
Baume vert d’Amérique.
222
— de Bourbon.........
222
Bassora................................2 , 61
Bdellium.......
282
— d’Afrique........... 7, 285
— Gugul..................... 285
— du Scinde.............. 285
Bée....................................... 216
Bel...............................
41
Ben ailé.............. .........
86
Benjoin de Padang............. 230
— de Palembang......... 230
— de Penang.............. 230
— de Siam.................. 231
Ben ton.
90
Bintaforo .
90
Bixa Orellana.
175
Black dammar.......
194
Bloodwood tree
91
Bois cochon.
212
— de Colophane. .. .
197
— de Colophane bâtard... 205

Bois d’encens.......................
— à la fièvre. ....................
— de fleurs jaunes...........
— noir..............................
— de rose d Afrique
— de sang.
— sanguin.. ................
Bombax mulabaricum..........
Bonara
Borassus flabelliformis.........
Boswellia Bhau-Dajiana.......
— Carleri..................
— Freereana.............
— serrala ..................
Brachytarsus.........................
Buciianania latifolia...........
Bumbo................
Bungbo, Bungo....................
Bunya-Bunya.....................
Bursera gummifera..............
Butea frondosa................
— parviflora .. ...
— superba ......................
Cæsalpinia sepiaria..............
Cajanus indicus... .
Cajueiro................
Cake gamboge . .
Calamus Draco.
Callitris quadrivalvis.. .
— verrucosa .............
Calophvllum Calaba.............
—
Inophyllum. . .
—
spu ri u m.........
—
Tacamahaca. .
Can-â.......................
Canarium album
— Boivini................
— commune. ,
— edule...................
— madagasca rieuse .
— multiflorum
— Schweinfurtii....
— slriclum..............
— sylvestre .............
Can-Kien.............
Cantacoula.. .
Carana blanche.. .
— brune...........

201

2:;s

260
36
83
238
91

88

36
74
290
289
290
291
133
52
127
127
27S
208
76
82
82
57
150
49
233
240
143
147

222
220

221
221

233
195
197
197
198
197
197
197
199
194
197
160
286
203
205

INDEX

ALPHABÉTIQUE

Carteria lacca................ 149, 151
Catalpa.................................. 90
Cassie, Cassie jaune............. 31
Cây-dâu-con-rai.................... 191
Cây-dàu-son.......................... 273
Cây-dzau-nuoc..................... 189
Cayor..'................................ 24
Cây-trâu................................ 275
Cedra-beïda......................... 24
Cédratier............................... 42
Cedrela odorata.................... 44
— Toona...................... 43
Ceylan gamboge.................. 255
Chaddock............................. 42
Chaï....................................... 183
Chakazi................................. 113
Chibou................................... 209
Chiche................................... 67
Chiokrassi............................. 45
Chickrassia tabularis............ 45
Chipa.................................... 200
Chironji-ki-gond.................... 52
Citronnier doux.................... 42
Citrusaurantium.................. 42
— decumana.................. 42
— limetta....................... 42
— inedica....................... 42
Cochlospermum Gossypium. 63, 71
Cocosjnucifera...................... 74
Co Ky.................................... 185
Colibri végétal..................... 294
Colophane bâtarde............... 197
Combo................................... 96
Combretum Boveti............... 149
Condaminea utilis................ 173
Copaifera conjugata.............. 118
— copallina............... 114
— Mopane.................. 117
Copal d’Accra........................ 123
— d’Angola............... 116, 123
— d’arbre................. 111, 118
— de Benguela......... 116, 123
— blanc........................... 117
— de Bombay................ 102
— caillou......................... 111
— de Calcutta................ 102
— du Congo.................... 123
— dur....................... 102, 113
— fossile.................. 107, 118
Les Gommes et les Résines.

305

Copal d’Inhambane.............. 118
— peau d’oie.................. 120
— rouge......................... 117
— semi-fossile......... 107, 119
— de Sierra-Leone......... 122
— tendre......................... 145
— vert.........................107, 118
Coumaté............................ 96, 177
Cowrie pine......................... 131
Crescentia Cujete................ 174
Cupania................................ 58
Cycas circinalis.................... 73
Cypress-pine......................... 147
Dacryodes hexandra............ 209
Dalbergia laccifcra.............. 150
Damar aromatique............... 144
— austral..................... 142
— de Batavia................ 130
— batou....................... 130
— blanc......................... 128
— daggieng.................. 188
— de l’Inde.................. 128
— des Indes........... 130, 142
— Mata Koucbing. 130, 131,
186
— noir......................128, 194
— oriental.................... 142
— poutih....................... 130
Dammara alba...................... 129
— australis............... 131
— lanceolata............ 135
— Moorii.................. 136
— ovata.................... 135
Dammarane........................... 142
Dammarol............................. 143
Dammaryl............................. 143
Daniella thurifera................ 127
Dâu-con-rai..................... 184, 191
Dhaura.................................. 55
Dhooma................................ 181
Dhoura.................................. 55
Dicou.................................... 136
Dictyosperma alba.............. 74
Dika-mali.............................. 167
Dintinina............................... 214
Dipterocarpus alatus........... 189
—
Dyeri........... 190
—
insularis....... 189
intricatus.... 190

20

�.,

DiptorQcarpus turbinatus
Ditimbitanina.
Ditinditinina.
Ditindramy.
Ditinkarongana
Doctor’s gu ni
Dom chhœu Kruol.
— — Phchoç
— — phdieç erohom.
— — snuol.
Dom rond.
— san dek day
— san ke,
Doona zeylanica..................
Dracœna australis................
— Draco...................
Dupada.......... ......................
Dup salai..............................
Dzao inich............................
— Irai ..............................
— tuong...........................
— xam nam.....................
Elémi d'Afrique...................
— d'Amérique..| ...........
— des Antilles................
Ëlemi tchuni..........................
Elceodendron glaucum.........
Encens..................................
Eriodendron anfractuosum..
Erouma.................................
Eucalyptus çorymbosa.......
— globulus...........
— leucoxylon........
pilularis...........
— regnans............
. — viminalis............
Evi .......................................
Faux bois de rose................
— sang-dragon................
Feronia elepliantum............
Ficus altissima F. laçcifera).
— benghalensis..............
— indica.........................
— religiosa.....................
Fromager... .........................
Galam....................................
Galleria..................................
Ga r c i n i a ( Ile bradai dron )
Gaudichaudii..................... 251

Ga r c i n i a ( Hebradendron )
Ilanburyi.................... 251,
Garcinia (IJebradendron) morella
Garcinia (IleMrudendron) pic
toria
Garcinia (Oxycarpus) corallina
Gardénia Àubrvi...
— gummifera
— lucida
— Oudiepe...............
— s uIca ta..................
tahitensis..............
Gascardia Madagascariensis.
Gokatou..................... ..........
Gommart d'Amérique.......
Gomme d’Aeajou..................
— adragante............... 2,
— adragante de l'Inde.
— d'Auacarde.............
— d’Angico..................
— arabique..................
— d’Australie..............
— de Barbarie.............
— blanche...................
— blonde....................
— de cerisier............... 2,
— dure.........................
—. enterrée.........A
— . fabrique....................
— friable.................. 24,
— de Galam.,...........
— de Ghedaref...........
— de M’Bep................
— marron....................
— du pays................. 2,
— poussière................
— du Sénégal.............
— de Souakim............
— de Taka..................
— turique....................
Gomme-gutte........................
Gomme-gutte d’Amérique...
Gomme laque.......................
Gommier blanc....................
Gommier rouge................ 17,
Gonaké, Qouakié, Gonatié...
Gouhio..................................

INDEX ALPHABÉTIQUE

307

Grass-trees........................... 237 Karama ni............................
Grevillea robusta.................. 292 Karouvelampisini................ 17
Guggilam................................. 181 Kaséraé-hind....................... . 63
Gum animi............................ 102 Katéraraé-hindi.................. . 63
Gum-diggers.................
133 Kauri.................................. . 131
Gum-fields............................ 133 Kepoek menjan................... . 229
Gum Piney........................... 177 Khang.................................. . 160
Gum-trees............................... 91 Kheir-ki-gond..................... . 30
Gunda biroza ........................ 292 Kjjy................................... . 214
Guttier du Gabon................ 259 Kino d’Amboine.................. . 82
Guya-babula.........................
31 — de Gambie................. . 313
Haari ...........................
74 — des Indes Orientales.. . 85
Hammout..............
285 Ivi-urushi............................. . 266
Harhar.................
146 Kobo....................................
Harmattan...................
20 Komikosita......................... . 67
Haronga madagascariensis.. 259 Kongosita........................... . 67
Harongana............................. 259 Koosumb-tree..................... . 149
Ilattian.............................. 89, 90 Koshigaura......................... . 264
llazé...................................... 261 Koug-gaha.......................... . 149
Kousumbia.........................
Héra............................
264
. 149
Hévy...................................... 53 Ivumbee.............................. . 167
Hoam-lo................................. 253 Kutira.....................•.......... 64, 71
Hoc nham.....................
231 K’tiaou................................ . 182
Ilog gum................................. 214 K’tim........................................ 182
Ilog-gum tree ........................ 212 Lackstoff................................. 157
Hopea ferrea......................... 186 Laque en bâtons................ 58
— mengarawan............. 186 — blanche..................... 160
— micrantha................ 186 — en écailles................ 159
— odorata..................... 185 — en grains.................. 159
Huile de bois......... 176, 184, 188 — Kusum...................... 149
Ilymenæa Courbaril............. 124 Lau tau xanh....................... 187
— Ilornemanniana.. 108 Lavage du Copal.................. 119
— mossambicensis. . 110 Lilas de Chine...................... 43
stilbocarpa ...... 127 — de l'Inde ou des Indes. 43
— verrucosa............ 103 — du pays....................... 43
Ilypericum lanceolatum....... 260 Liquidambar orientalis......... 242
—
slyraciflua .... 242
Ica ia Chiche........................ 67
Ilavam-maram...................... 89
altingia........... 242
Ilavampisini.......................... 89 Li tin bitsic............................. 162
162
Inga dulcis........................... 151 Lokombitsika ...................
Irianlhera Sagotiana............ 96 Luban Bedoxvi..................... 290
Jackass.............................
113— Djaoui....................... 230
Jatoba.................................... 127 — Makur.............
290
Jutaicica.................................. 124 — Mali ou Meyli........... 290
Kachac.................................... 183 — Sheheri.................. 290
Kakigarna...........................
264Macaranga Vedeliana . .. .. .. 216
Kala-damar............................. 194 Madiro ............................... 58
Kana-goraka........................... 253 Mahibiha.............................. 49
Kaori...................................... 131 Mairac.................................... 274

�308

INDEX ALPHABÉTQCE

Mak toua hé......................... 150
Malabodde............................ 96
Maloko.................................. 86
Mandrirofo........................... 105
Mandrorofy.......................... 105
Mani..................................... 212
Margousier........................... 43
M’Bep................................... 67
M'Boborg.............................. 67
Melanorrhea laccifera.......... 273
—
usitata............ 276
Melia azedarach.......... ........ 43
Mengrawan........................... 186
Menjan.................................. 227
Menjan hitam djahat............ 229
— poetih..................... 229
— sesetan.................... 229
— sodokan................. 229
Mezqueet, Mezquitina.......... 47
Mocharas............................ 90
Mohr add.............................. 290
— meddhu....................... 290
Morac................................... 274
Moringa pterygosperma...... 86
Moronobea coccinea............ 214
Mou...................................... 256
Mouroungue......................... 86
M’pafu, M'pafou................... 198
Mubafo.................................. 198
Mu-càv-son........................... 273
Mucherus............................ 90
Muequeet.............................. 47
Mür....................................... 283
Mu son................................. 273
Musquit................................ 47
Mutago................................. 96
Muttee-pal............................ 88
Myristica angolensis........... 96
— laurifolia............ 96
— zeylanica............ 96
Myroxylon Pereiræ.............. 235
— toluiferum......... 233
Myrrhe................................. 283
Myrrhe Troglodyte.............. 283
N'bafo.................................. 198
N'Dimbe.............................. 72
N’Dougoute.......................... 72
N’Douki................................ 72
Neb-Neb............................ 18, 19

Ngrawantjinkang..................
Niattout................................
No-giyo-dzen-sho..................
Noix d’Acajou......................
Nolé......................................
Oanani..................................
Oanka....................................
Udina Wodier......................
Ogea gum.............................
Ogina-gina...........................
Oké........................................
Okoumé................................
Oliban..................................
Ombiasa...............................
Ou’a ï....................................
Ouatier.................................
Ouourou................................
Palasampisini........................
Palas-ki-gond.......................
Pamplemousse......................
Parkia biglandulosa..............
Payana..................................
Pêcher..................................
Peroumaram.........................
Petite traite...........................
Pipia vy................................
Piney resin...........................
Piney varnish.......................
Pipegamboge........................
Piptadenia rigida..................
Pit.........................................
Platane du Soudan...............
Pleospora gummipara...........
Poix de Chaï.........................
Pomme d’Acajou..................
— Cythère....................
Poo-marum...........................
Porcher.................................
Pourrasampisini....................
Pousse..................................
Protium Aracouchini............
— altissimum...............
— Beandou..................
— Carana.....................
— decandrum..............
— guianense................
— Icicariba..................
— madagascariense....
— obtusifolium...........

186
285
.261
49
277
212
285
50
129
259
266
313
288
207
294
89
169
77
77
42
57
177
48
88
21
54
177
177
253
48
221
65
3
183
49
53
149
90
77
119
201
205
207
205
200
201
200
207
205

INDEX ALPHABÉTIQUE

Prune d’Espagne............
54
— rouge.....................
54
Prunus armeniaca...........
49
— cerasus...............
48
— persica................
48
— puddum..............
49
Plerocarpus erinaceus.. .
85
— indicus.......
84
— marsupium..
82
Pvrocopal.........................
121
181
Ral. . . . .............................
Ramy............................... 198, 205
Raupo...............................
133
238
Résine acroïde................
149
Résine laque....................
Rhus succedanea.............
261
260
— vernicifera............
253
Roeng...............................
24
188
Safu..................................
73
Sagoutier.........................
Sakoa, Sakoavavy...........
53
Salabreda.........................
24
Sal dammar.....................
181
Samaghul.........................
63
147
Sandarac-tree..................
Sandaraque d’Afrique ... .
147
d’Australie...
147
— commune....
147
Sandarusi........................
113
Sandarusi za miti............
111
Sang da ....................
186
Sang-dragon en bâtons . . 240
— commun ou en
masses. ..
240
— en galettes . • • . 240
240
— en olives...
Santal rouge d’Afrique..
85
Saoden .............................
185
129
Sapin de Java..................
Sapindus acuminatus. . . . #r 58
— emarginatus .. .
58
Sau-dau ...........................
43
99
Savon de résine..............
149
Schleichera trijuga.........
Seed lac...........................
159
Semai...............................
89
Semeearpus anacardium . 277
277
— atra .............

309

Sem-ki-gond................
58
Sên chochai..................
182
Sesbania grandiflora....
294
Seshime-urushi............
266
Shajar el sandarus.......
108
Shell lac................
159
Shorea cambodiana ....
182
— hypochra.........
181
— obtusa..............
183
— robusta..........
179
— Thorelii...........
182
— Tunbuggaia.. ..
181
Siasmout’si................
270
Siris, Sirissa..................
36
Sofàr.........................
29
Sohaina ................
86
Spermolepis tanifera (S.gummuera).................... 243 248
Spondias dulcis.............
53
— purpurea .......
54
Sterculia hypochra.......
, 72
— rupestris.......
— Thorelii.........
64
— tomentosa ....
64
— tragacantha. .. ...6 4 11
— urens.............
71
Stick lac.......................
158
Styrax benzoin.............. 225, 231
— subdenticulata ..
230
Styrax fluide................
242
Swietenia chloroxylon..
46
— Mahogani....
46
Symphonia globulifera..
212
—
, var.
africana et gabonensis
214
Symphonia clusioides..
214
— urophylla . .
214
Tacamaea.......................
221
Tamanou.......................
221
Tamarindus indica.........
58
Tamout’s i......................
270
Tani, Tanikai................
56
Tapau .............................
54
Terminalia alata.............
56
— arjuna.........
56
— bellerica....
56
— benzoin .......
233
56
tomentosa...
90
Thespesia populnea.......

�310

INDEX ALPHABÉTIQUE

Thingan-tsu................ . . 185
Thuya de Barbarie .... ....... 146
. . . 15a
Tior-Tiong.................... . . . 183
191
Tong-tse-chou......... .. ....... 275
Triage du Copal.......... ... . 119
Tràu............................ . . 275
. .. 271
Tsîmatsy-Mangoto....... . 105
Tsiramiramv................ ....... 206
269
Tsi-tse-chou................
127
Tumbo.........................
189
Tùc..............................
Urushinoki.................. .. . 260
Vang-nghê................... ....... 253
Vaug-nhua................... . .. 253
Vatairea guianens.s .. . .. 90, 177
Vateria aeuminata..... . 179
— indica................ ....... 170
Vatica Dveri................ . . 187
— faginea.............. .. .. 187
— lanceœfolia. .... .... 187
188
— Rassak..............

Vedda-Valla............................ 31
Velampisini..................... 17, 38
Vellavpoutalie.....................
71
Vène..................................... 85
Veppnm, Veppa-marum....... 43
Vihi, Vy............................... 53
Vilva-marum....................... 41
Vismia guianensis..........
257
Vintaaina............................... 221
Vin vin nghe.......................... 181
Vin vin xanh........................... 181
Volomborana....................... 03
White Dammar...................... 177
White lac................................ 100
Wood-oil................................ 188
Wood-oil of China................. 275
Wu-Lung............................... 275
Xa ma..................................... 187
Xanthoagathine.................... 205
Xantorrhea arborea............... 237
— australis............. 237
— liaslilis.............. 237
Yegaar.................................... 290

TABLE

ANALYTIQUE

DES

FIGURES

Acacia arabica. Rameau florifère et fructifère........................
Acaca fislula. Epines parasitées et vésiculeuses........................
Acacia lebbek. Pinnule de la feuille et fruit..............................
Acacia Sénégal. Rameau florifère, Heur et fruit......................
Ægle Marmélos. Rameau florifère, fleur et fruit......................
Algarobia glandulosa. Rameau florifère et fructifère..............
Iiusu'ellia Carleri (variétés arabique et africaine). Inflores­
cences et fleurs..........................................................................
Callilris quadrivalvis. Rameau florifère et fructifère, fleur
mâle et fruit................................................................................
Calophyllurn Calaba. Fruit.........................................................
—
Coupe transversale d'un rameau..........
Calophyllurn Inophyllum. Rameau florifère et fruit..............
Dacmjodes hexandra. Coupe transversale d'un rameau..........
Dammara alba. Rameau feuillé..................................................
Dammara australis. Rameau feuillé..........................................
Dammara lanceolafa. Coupe transversale d un rameau..........
Dammara Moorii. Rameau feuillé..............................................
Dammara ovata. Rameau feuillé..................................................
Feronia elephantum. Rameau florifère, fleur et lruit............
Gardénia Aubryi. Rameau fructifère........................................
Gardénia Oudiepe. Bourgeon résinifère....................................
Gascardia Madagascariensis. Corps desséchés de 1insecte.. .
Gomme laque en bâton sur Cajanus mdicus........................

Schéma des détails observés à la surface de la gomme laque
naturelle.......................................................................................
Gomme laque de Madagascar. Deux formes..............................
—
Vue en section............................
Hymenæa mossambicensis. Rameau florifère et fleur..............
Hymenæa verrucosa. Rameau florifère........................................
—
Gousse entière et ouverte........................
—
Coupe transversale d’un rameau............

13
28
36
20
40
46
289
146
222
223
220
210
130
132
140
13/
136
39
168
169
164
169
*
163
163
109
104
105
112

�312

TABLE ANALYTIQUE DES FIGURES

Laque du Japon. Modes d'incisions de l’arbre à laque et outil­
lage servant il la récolte............................................................
Myroxylon toluiferum. Rameau florifère, tleur et fruit..........
Piptadema ngida. Rameau fructifère et capitule de Heurs. . .
Protium guianense. Rameau florifère, tleur etfruit...............
—
Coupe tranversale d’unrameau................
Pterocarpus indiens. Feuille.........................................................
—
Grappe de tleurs.........................................
—
Gousse.........................................................
Shorea robusta. Rameau tlorifère, bouton floral, fleur et fruit
Spermolepis tantfera. Rameau fructifère..................................
Appareil servant il la récolte de la tanorésine............................................................................................
Stereulia tomentosa. Feuilles jeune et adulte............................
—
Fruit............................................................
Styrax benzoin. Rameau florifère et fruit................................
Syntphonia globulifera. Rameau florifère et détails de struc­
ture de la fleur.......................................
\'ateria indiea. Rameau florifère et fruit.................................

265
234
47
202
203
84
85
86
180
244
247
63
66
226
213
178

ADDITIONS ET CORRECTIONS

Page 38. — Article Feronia éléphantum. Après la description de
la plante, lire :
Cette espèce indienne est appelée vulgairemenl« bois de pomme »
ou « pommier sauvage ».
L'arbre fournit en très grande abondance de la gomme nommée,
en tamoul, V e l a m p i s i n i , comme la gomme arabique. De toutes les
gommes de l’Inde, etc.
Page 85. — Ajouter que c’est le P t e r o c a r p u s e r i n a c e u s qui
fournit le K i n o d e G a m b i e .
Page 127-128. —Au lieu de D a n i e l l i a , lire: D a n i e ll a .
Page 148. — La gomme laque d’Asie, produite par la C a r te r ia
l a c c a , est souvent désignée sous le nom de l a q u e c a r m i n é e .
Page 179, et à la fin de la ligne 17. — Au lieu de o n a g i t e , lire :
o n a j o u t e ensuite de l’huile de lin, etc.
Page 212. — Aux Burséracéesrésinifères étudiées, ajouter V A u c o u m e a K l a i n e a n a Pierre du Gabon-Congo, qui fournit la résine d'Auc o u m é ou O k o u m é , avec laquelle les indigènes confectionnent des
torches. Nous avons actuellement peu de renseignements sur ce
produit qui est à l’étude.

MACON, P ROTAT FRERES, IMPRIMEURS.

��Sommaires des volumes parus des

ANNALES DE L'INSTITUT COLONIAL DE MARSEILLE
1893. — Premier volume. — (Première année.)
|»r Mém oire.— Sur les K o las a f r ic a in s au point «le vuo botanique, chimique, physiologique, thérapeu­
tique, bromatologique et pharmacologique, par le professeur E d . II eckel.
2* Mémoire. - Sur le beurre et le pain d’O’D ik a du Gabon-Congo ot sur les végétaux qui lo produisent.
Comparaison avec le beurre de C ay-C ay do Coehincbino et les végétaux qui le donnent, par le professeur
En. II eckel. — Epuisé.
1S9-1. — (Deuxième année.)
D an s la H aute-G am bie. — Voyage d’exploration scientifique, par lo docteur André R ançon. (Avec cartes
et figures dans le texte et hors texte.) — Epuisé.
1895. — Deuxième volume. — (Troisième année.)
1. Contribution a l’étude du R ob inia N icou Aublet, au point de vue botanique, chimique et physiologiquo,
par E. Geopfrqy, pharmacien dos colonies, licencié ès sciences naturelles.
2. Contribution a l'étude botanique, thérapeutique et chimique du genre A d a n so n ia (Baobab), parle docteur
Charles G eruer, professeur suppléant à l’Ecole de médecine, préparateur do botanique !» la Faculté des sciencos
de Marseille.
3. Sur le Q u assia a fr ic a n a Bâillon et sur le P a n k ov ia H eck ell qui lui est substitué (Plantes du
Gabon). {Etude botanique, chimique et thérapeutique, par le docteur L. C laudel, préparateur à la Faculté des
sciences de Marseille, licencié ès sciences naturelles.)
1. Sur le B ak is (Tinotpora Bakis Miers) et le S an gol (Cocculus Leaeba G. P. et Rich.) du Sénégal et du
Soudan, par Ed. II eckel et Fr. S chlagdkniiauefen.
5. Etude sur le P sidlum (Goyavier), par M. K iiouri, pharmacien de lrt classe de l'Ecole de Paris.
1890. — Troisième volume. — (Quatrième annéo.)
F lore p h an érogam iq u e des A n tilles fr a n ç a ise s (Guadeloupe et Martinique), par le R. P. Duss,
professeur au Collège de la Basse-Terre. (Avec annotation du professeur Dr Hkckel sur l'emploi de ces plantes.j
1897. — Quatrième volume. — (Cinquième année.)
1. R ap p ort de m ission scien tifiq u e à la Martinique ot à là Guyane, par Emmanuel G eoffroy.
2. Les P la n tes m éd icin a les et to x iq u es de la Guyane française, par M. Edouard H bckkl.
3. Recherches sur le- G raines g r a s s e s nouvelles ou peu connues des Colonies françaises, par Ed. H kckel.
4. Sur un S trop h an tu s du Congo français (S tro p h a n tu s d’Autran). Etude de chimie et de matière médi­
cale, par MM. les professeurs S chlagoenhaupfen et Louis P i.ancuox.
5. L'Erouma de la Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par M. Henri J umelle.
6. Du B ois p iq u an t de la Guyane française et de son écorce fébrifuge du Zantiioxylum P errotetji DC.,
par MM. Ed. H bckkl et F. S ciii.agdkmiaueebn.
7. Sur les M u rraya K œ n ig li e t ex o tic a d e C o eh in cb in o ; é tu d e d e p h a rm a c o g n o sie , p a r le Dr L a b û h d b .
1898. — Cinquième volume. — (Sixième année.)
1. Les P la n tes à-C aoutchouc et à G utta dans les Colonies françaises, par H. J umelle, professeuradjoint à la Faculté des sciences de Marseille.
2. Les G raines g r a ss e s n ou v elles ou peu con n ues des Colonies françaises, étude botanique
chimique et industrielle, par M. Edouard II eckel.
3. Sur un nouveau Jab orand i des A n tilles fr a n ç a ise s (Pilocarpus racemosus Vahl), par
M. le Dr R ociikr, professeur à l’Ecole de médecine et de pharmacie de Clermont-Ferrand (Etude botanique, chi­
mique et pharmaceutique;)
1899. — Sixième volume. — (Septième année.)
1“ E tude su r le s ca ca o s, parM. le professeur J umelle.
2* E tude su r le s gom m es, g o m m es-résin es et ré sin e s des Colonies françaises, par M. le
Dr Jacob de Cordemoy.

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                    <text>A N N A L E S

DE MARSEILLE
FONDÉES

M.

PAH

LE P R O F E S S E U R E d o u a r d

HECREL

et publiées sous $n direction.

Publication subventionnée par le Conseil (jenéral des Bouches-du-IUiône

1900 - Vol 7
Huitième année. Septième volume (1900).
(Premier fascicule)

L e T ab ac, par L. LAURENT, docteur ès sciences, chargé d’un cours
de produits coloniaux à la Chambre de commerce de Marseille et prépa­
rateur de botanique à la Faculté des sciences de Marseille.

I

PARIS
A

ugustin

CH A L L AME L,
17,

RUE

JACOR,

17

É

diteur

�A N N A L E S
DE

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEILLE
FONDÉES PAR
M . LE P ROF E S S E UR ËDOUARD H E C K E L
et publiées sous sa direction.

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône

Huitième année. Septième volume (1900).
(Premier fascicule)
L e T a b a c , par M. L. LAURENT, docteur ès sciences, chargé d’un cours
de produits coloniaux à la Chambre de commerce de Marseille et prépa­
rateur de botanique à la Faculté des sciences de Marseille.

PARIS
A ugustin CH A LL AM EL. É diteur
17, RUE JACOB, 17
1900

�A V A N T-PR O PO S

L’étude des narcotiques est à la fois une des plus inté­
ressantes et des plus délicates.
La consommation considérable qu’on fait de ces sub­
stances doit, si nous nous plaçons au point de vue pure­
ment colonial, nous engager à en propager la culture;
d’autre part, les effets quelquefois funestes que produisent
certaines d’entre elles devraient nous retenir et nous
engager à déconseiller l’usage de produits mauvais par­
fois et en tous cas inutiles.
Voulant, avant tout, faire une œuvre impartiale, où
chacun pourra puiser les renseignements qui lui seront
profitables, nous nous sommes efforcé de rester sur le
terrain de la plus stricte neutralité. Nous examinerons à
la lumière des données acquises, à l'heure présente, les
divers côtés de la question, évitant de conclure dans
les points délicats.
Nous avons cru pouvoir agir ainsi, notre travail n étant
point une œuvre philosophique, mais scientifique avant
tout.
Nous laissons doue le soin au lecteur de tirer lui-même
les conclusions de certains chapitres.
A l’universalité de l’emploi des substances narcotiques,
l’esprit reconnaît la tendance générale de l'homme qui.

�VI

VYANT-PROPOS

sans cesse à la recherche du bonheur et ue le trouvant
point, est séduit par ces substances, capables, en étouffant
en lui la voix de la conscience el en excitant sa sensibilité,
de lui procurer momentanément, des jouissances après
lesquelles il aspire, et lui faire oublier pour quelques
instants ses misères. Si l'homme impartial et qui raisonne
est frappé de sa propre faiblesse quand il voit qu'un peu
d'opium ou de haschich suffît à le dompter, combien
devra-t-il être plus impressionné à la pensée du peu de
vigueur de l'humanité prise en masse qui, s’abandonnant
aux plaisirs trompeurs de substances insidieuses, cherche
dans une sorte de folie factice un remède à des maux qui
lui paraîtront encore plus horribles au réveil. Quoi qu’il
en soit de la cause même de cette aberration, quoi qu'il en
soit aussi de la loi générale et inhérente à notre nature,
on peut dire, que s’il est relativement aisé de ne pas prendre
des habitudes, il est très difficile de se débarrasser de celles
qu’on a contractées.
Au point de vue qui nous occupe, nous accepterons
les faits tels qu’ils sont, sans nous mettre en peine de les
discuter, et nous examinerons les avantages que nos colo­
nies peuvent tirer de la culture et du commerce de pro­
duits si universellement consommés.
Un des principaux, et certainement le plus répandu,
est le Tabac qui fait l’objet de ce travail.
Les chapitres concernant l’étude botanique et la cul­
ture sont assurément les plus importants. Nous nous
sommes efforcé de mettre le plus d’ordre possible dans
les innombrables espèces, races et variétés auxquelles
cette plante a donné naissance. Répandue en effet dans
le monde entier, elle est cultivée d’une manière intensive
sous les climats les plus divers. L’entité spécifique, d’or-

AV ANT-PROPOS

VII

dinaire si difficile à saisir, quand elle est soumise à des
conditions de milieu très variables, a donné lieu ici à des
formes différentes qu’il est fort embarrassant de rattacher
à un type, et qui ne sont peut-être que des modalités
d’un même végétal.
Tous nos soins ont également porté sur la culture et sur
les moyens de préparation utilement applicables dans nos
colonies. Décrire en effet trop longuement les procédés
usités dans des pays dont le climat diffère totalement de
celui des régions que nous avons en vue, c’était risquer
de rendre diffus un sujet déjà complexe par lui-même.
Aussi avons-nous pensé qu’il serait utile, pour la clarté
même de l’exposition, de faire suivre la description géné­
rale des modes de culture et de préparation, de souschapitres spéciaux, destinés aux grands pays producteurs
et aux données que nous avons recueillies sur nos
colonies.
Quanta l’étude de la manutention du produit, nous avons
donné un résumé des opérations telles qu elles sont pra­
tiquées dans les manufactures françaises, dont le produit
jouit d’une réputation universelle et méritée.
La partie commerciale fait l'objet d’un chapitre spécial
que nous avons documenté le plus possible, surtout en ce
qui concerne nos colonies afin de bien montrer tout l'avan­
tage que l’exploitation de ce produit pourrait avoir pour
elles.
A côté de ces chapitres principaux, s’en trouvent d’autres
non moins intéressants et dans lesquels nous avons traité
les points secondaires de la question. Nous voulons parler
de l’historique, de faction physiologique du tabac sur
l’organisme el de l’étude chimique.
Le premier comprend un aperçu des législations fran-

�VIII

WANT—PROPOS

çaises elétrangères, car il ne faut pas oublier tjne nous
avons affaire à un produit dont la culture, la fabrication
et la vente sont régies par des décrets spéciaux, et il est
pénible de constater que les principales ressources des
budgets de l'Europe proviennent de l'impôt mis sur dés
produits dont Yabus peut causer de graves désordres.
Dans l’exposé de l'action physiologique du tabac sur
notre organisme, nous nous sommes tenu sur la plus
stricte réserve ; nous avons donné les opinions pour et les
opinions contre, laissant à chacun le soin de conclure.
Enfin, dans un chapitre spécial, nous avons fait l'étude
chimique du produit. Cet article esl comme l'avant-pro­
pos dn chapitre de la culture, car connaître les éléments
dont se compose le végétal, c’est savoir du même coup
ceux qu'il emprunte au sol et, par conséquent, ceux aussi
que nous devons donner à la terre pour entretenir la
plantation et empêcher le champ de s’épuiser.
Pour arriver au but essentiellement pratique que nous
nous sommes proposé, nous avons multiplié autant cpie
possible les figures, pensant que le dessin vaut toujours
mieux qu’une longue description. Nous avons dessiné
très minutieusement la nervation des différentes sortes
de tabacs utilisées dans les manufactures françaises, et
nous avons accompagné chacune d'elles d’une explication
sommaire, en nous appuyant sur les caractères pratiques
d’une détermination exacte.
Nous avons pu mener à bonne fin notre travail, grâce à
la bienveillance de tons ceux qui nous ont procuré les
matériaux d'étude nécessaires à l’accomplissement de
notre tâche.
Nous devons en premier lien un public hommage de
reconnaissance à M. le l)r Ileckel, directeur du Musée

AVANT-PROPOS

IX

colonial, qui nous a permis de collaborer à l’œuvre gran­
diose qu’il a inaugurée et nous a procuré un grand
nombre de matériaux pour l’édification de notre travail.
Nous adressons aussi nos plus vifs remerciements à
M. Rietsch, directeur de la manufacture des tabacs de
Marseille, qui nous a fourni les échantillons que nous
avons dessinés, et mis à notre disposition les précieuses
richesses de sa bibliothèque.
M.
Sagourin, professeur d’agriculture départementale
de la Savoie; M. Ilautefeuille ; M. Carpot. conseiller
général de Saint-Louis (Sénégal); M. Treub, directeur du
jardin botanique de Beutenzorg (Java), etM. Willdeman,
assistant au jardin royal de Bruxelles, ont droit aussi à
notre plus vive gratitude pour les renseignements pré­
cieux et les matériaux qu’ils nous ont procurés.
Le mobile de notre travail a été la recherche impar­
tiale de la vérité dans une question qui présente un inté­
rêt considérable pour nos colons, et nous serons large­
ment payés de notre peine si cette monographie peut leur
être utile.
Musée colonial, le 15 octobre 1900.

�LE TABAC
CHAPITRE

PREMIER

H IS T O R IQ U E
D éco u v erte. — Originaire de l’Amérique tropicale, le
tabac Fut découvert par Christophe Colomb, quand le célèbre
navigateur génois, lors de ses premiers voyages débarqua
dans les grandes îles qui produisent les plus excellentes sortes
de tabac du monde entier.
Cet explorateur vit, en ell’et, les indigènes qui roulaient
une herbe sèche dans une feuille de palmier, ou l’introduisaient
dans un roseau, en allumaient un bout et aspiraient la fumée
par l'autre; c’était, sous une forme grossière, la reproduction
de notre cigare.
Généralement répandu parmi les populations de l’Amérique
tropicale, on retrouve au Mexique les traces de l'usage
qu’en faisaient les anciennes peuplades indiennes. Cetle
plante tenait une si grande place dans leur existence journa­
lière, ils y attachaient une importance si considérable, que
les premiers voyageurs européens qui explorèrent cette par­
tie du globe, rapportent que ces peuplades attribuaient au
tabac une origine divine. Les dieux leur avaient envoyé cette
plante en même temps que le maïs et le haricot et c'est un
bon génie cjui en lit don à des chasseurs pour les récompenser
de la bonne hospitalité qu’il avait trouvée dans leurs cabanes.
1. On ne sait point si Colomb connut le tabac à son premier voyage,
1492, ou à son second, 1494.
Le Titbiic.

1

�H ISTO lliqili

Du reste l’origine divine que ces peuplades attribuaient
à celte plante se retrouve dans leurs coutumes religieuses,
auxquelles le tabac est sans cesse mêlé. Chez les Natchez,
le prêtre rendait hommage à la divinité, en lançant une
bouffée de fumée de tabac vers le ciel, au soleil levant; il
apaisait ainsi la colère des esprits.
Instrument de pacification auprès des génies, il était devenu
un emblème de paix auprès des hommes et la cessation d'une
guerre ne s’opérait jamais sans l'envoi du calumet de paix.
Porteurs de cet emblème, auquel ils attachaient une puissance
mystérieuse, les envoyés de la tribu ne couraient aucun
risque, et, dit Garver : « je ne sache pas d’exemple que quel« qu un portant ce symbole pacifique ait reçu la moindre
« offense ; le Grand Esprit ne manquerait jamais de punir un
« tel attentat ».
Le calumet de paix est une longue pipe de quatre pieds de
long. Le foyer est fait d'argile rouge et le tuyau d’un bois
léger sur lequel sont figurés des emblèmes de couleurs
diverses. On l’allume au milieu de l'assemblée des chefs, on
implore alors le Grand Esprit, on exorcise les démons et on
invoque les esprits de la terre, de l’air et de l'eau. Puis, après
ces différentes cérémonies, le principal du peuple en hume la
fumée, la lance vers le ciel, puis vers la terre et passe le
calumet aux assistants.
Les Indiens fumaient pour se guérir de toutes les maladies,
d’où le nom de panacée universelle que l’herbe reçut chez
nous au moment de son introduction. Ils fumaient aussi pour
se procurer une sorte d ivresse que l’habitude finissait par
rendre agréable.
Les peuplades du Mexique et des grandes Antilles, aussi
bien que celles du centre de l’Amérique, connaissaient le cigare
et la pipe qui était faite en pierre dure sculptée ; mais ils brû­
laient aussi le tabac d'une manière originale qui, assurément,
ferait reculer les fumeurs les plus endurcis. Ce mode consis­
tait à placer l'herbe sèche sur des charbons ardents et à en
respirer la fumée au moyen d’un roseau fourchu que l’on s'in­
troduisait dans les narines.

3

Non seulement ils employaient le tabac comme narcotique
et en aspiraient la fumée, mais ils s’en servaient aussi pour
panser leurs blessures. Ils appliquaient sur les plaies et les
ulcères, soit les feuilles pilées, soit le jus. C’est la connais­
sance de cet usage qui a valu chez nous au tabac la dénomi­
nation éphémère d'herbe vulnéraire des Indes.
É ty m o lo g ie. — Bien que la découverte du tabac, et les
coutumes des différentes peuplades chez lesquelles le monde
civilisé en a puisé l'usage, soient à l'heure actuelle parfaite­
ment connues, l’étymologie même du mot a donné lieu aux
interprétations les plus diverses et les auteurs sont loin d'être
d’accord sur ce point.
On connaît le nom vulgaire par lequel les Indiens dési­
gnaient la plante : ils l’appelaient cohïba et, à Haïti, cohoha•
Elle est généralement connue sous le nom de pelun dans le
sud des Etats-Unis, au Mexique, et dans toute l’Amérique
équatoriale. D’autres peuples lui donnaient les noms de yoli
ou picelt, yett et picietc. Ces noms, comme on le* voit, ne rap­
pellent nullement le terme sous lequel on désigne la plante
et le produit qui en dérive.
Certains ont pensé que le tabac, étant originaire de l’Amé­
rique centrale, tirait son nom de l’une des petites Antilles, de
1 île de Tabago, où les Espagnols l'auraient pour la première
fois rencontré; c'est par corruption qu’on aurait dit tabaco et
tabac. Or, on sait qu'il n ’en est rien, puisque la découverte
est due à Colomb ; et d'autre part, il paraîtrait ressortir des récits
mêmes des explorateurs, que cette petite île fut habitée et cul­
tivée, du moins par des Européens, seulement vers le milieu
du xvne siècle, vers 1032, époque à laquelle des Hollandais
y établirent une colonie et se livrèrent à la culture du sol.
Celte occupation étant postérieure d'un siècle à l'introduc­
tion du tabac en Europe, il est beaucoup plus rationnel dépen­
ser que c’est l'inverse qui s'est produit et que le nom de l'ile
provient du nom de tabac déformé.
D’autres auteurs font dériver le nom de la plante d'une
ville du Mexique dans la province du Yucatan ; c'est la ville

�i

LE TAItAC

de Tabasco d'où les Espagnols exportent une grande quantité
de ce produit. Mais là encore nous avons, semble-t-il, alïaire à
un nom emprunté lui-mèm 1 au mot tabac et nous ne devons
pas y voir 1’étymologie de l'appellation donnée à cette plante
«pii. au contraire, a prêté son nom à la ville où il s’en faisait
un commerce important.
11 est dès lors beaucoup plus rationnel de chercher l’origine
de ce mot clans le terme par lequel les Indiens désignaient les
ustensiles qui leur servaient à fumer le tabac, c'est-à-dire la
pipe primitive qu ils appelaient un tabaco.
Il est très vraisemblable, et c'est l'opinion que l'on
trouve exprimée dans YHistoire générale des Indes de l’évêque
Don Barthélemy de las Gazas, que la désignation de la pipe se
soit étendue à la plante desséchée qu'on y fumait. Oviedo est
aussi de cet avis.
D’autres auteurs enfin, tout en admettant cette interpréta­
tion, pensent que le tabaco désignait non la pipe mais le rou­
leau de feuilles de tabac que fumaient les Indiens.
Cette divergence est d'ailleurs de minime importance, et
c'est à ces dernières opinions qu il convient de se ranger.
Introduction en E urope. — Un demi-siècle à peine après
sa découverte, le tabac pénétrait en Europe où son usage devait
prendre une extension immense et presque immédiate. Pour­
tant, la rapidité même avec laquelle elle se produisit et la
généralisation de son emploi devaient susciter, momentané­
ment. de véritables persécutions, dont la violence ne fit qu’en
accroître la vogue et en vulgarisa l’usage dans le monde
entier.
Ce fut dans le courant du xvi° siècle qu’il lit son entrée,
dans les principales cours de l’Europe. En 1518, F. Cortès
envoya des graines de la plante à l’empereur Charles-Quint.
D'autres versions attribuent au médecin espagnol F. Hernan­
dez son introduction en Europe. Quoi qu’il en soit, il est cer­
tain que les premiers pieds furent plantés au Jardin de Lis­
bonne en 15(30.
Jean Nicot (1530-1600), seigneur de Yillemain, (ils d’un

historique

5

notaire de Nîmes, et ambassadeur du roi de France, François II.
auprès de Sébastien, roi de Portugal, envoya le premier, dans
notre pays, des graines qui lui furent remises par un mar­
chand flamand.
Il avait, à l’exemple des Indiens, expérimenté cette herbe
comme vulnéraire, sur son cuisinier qui s’était presque sec­
tionné le doigt. Le tabac prit le nom d'herbe à l'ambassa­
deur, car il en fit présent à la reine mère Catherine de Médicis qui apprécia fort les vertus de cette nouvelle plante et
fut guérie, dit-on, d’une migraine dont elle souffrait,
après en avoir prisé, d'où le nom d'herbe à la Heine et de
Mcdicée qu’on lui donna. A peu près à la même époque,
l’évêque Tornabon la rapportait aussi dans notre pays.
D’autres revendiquèrent l honneur d’avoir mis la plante
en vogue et en particulier André Thivet, cordelier.
Dans son ouvrage intitulé la France antarctique (Brésil),
publié en 1558, il s’exprime en ces termes au sujet du tabac :
« Il y a une aultre singularité d’une herbe qu’ils nomment
« en leur langue, Petun, laquelle ils portent ordinairement
« avec eux, parce qu’ils l’estiment merveilleusement propre à
« plusieurs choses. Elle ressemble à notre butjlosse. Or, ils
« cueillent soigneusement ceste herbe, et la font seicher à
« l’ombre dans leurs petites cabanes. La manière d'en user
« est telle : ils enveloppent, estant seiche, quelque quantité de
« ceste herbe en une feuille de palmier qui est fort grande, et
« la rollent comme la grandeur d’une chandelle ; puis mettant
« le feu par un bout, ils reçoivent la fumée par le nez et par
« la bouche. Elle est fort salubre, disent-ils. pour faire distil« 1er et consumer les humeurs superflues du cerveau.
« Davantage prise en ceste façon fait passer la faim et la soif
« pour quelque temps. Par quov ils en usent ordinairement
k même quand ils tiennent quelques propos entre eux ; ils
« tirent cette fumée et puis parlent : ce qu'ils font coustumiè« rement et successivement l'un après l'autre en guerre où elle
« se trouve très commode. Les femmes n'en usent aucunement.
« \ ray est que si 1 on prend trop de ceste fumée ou parfum,
« elle enteste et envvre comme le fumet d’un fort vin. Les

�HlSTOHlQüE

« clirestiens estant aujourd'hui par là sont devenus merveil« leusement frians de cesle herbe et parfum. Combien qu'au
« commencement l’usage n’est sans danger avant que l’on y
« soit accoustumé, car ceste fumée cause sueur et faiblesse,
« jusqu'à tomber en quelque syncope, ce que j'ai expérimenté
« par moi-même et si est tant estrange, qu'il semble, car il
« se trouve assez d’autres fruits (sic) qui offensent le cerveau,
« combien qu ils soient délicats et bons à manger. »
Les revendications d’A. Tliivet restèrent sans écho et la
gloire de son introduction en revint à Jean Nicot qui l’avait
fait connaître le premier à la cour des rois de France où
l’herbe porta tout d’abord le nom de Nicotiane, terme devenu
depuis exclusivement scientifique. Malgré la faveur dont le
tabac jouit immédiatement grâce à l’appui que lui fournissait
la reine mère, il fut l’objet de critiques acerbes et de nom­
breuses épigrammes ; mais son introduction ne subit pas chez
nous les mêmes vicissitudes que chez les peuples voisins.
Après avoir été considéré comme un simple objet de curiosité,
sa vogue, qui dataitde 1610, devint si considérable qu’en 1029
Richelieu le frappa d’un impôt qui est allé grandissant
depuis Louis XIII jusqu’à nos jours.
Les explorateurs qui les premiers rapportèrent en Angle­
terre sont John Hawkins, selon les uns, qui l’aurait introduit
vers 1565; d’autres attribuent son importation vers 158o à
Francis Drake, version plus vraisemblable, puisque ce naviga­
teur alla à deux reprises en Californie, à l’isthme de Panama,
à Saint-Domingue et en Floride. C’est à lui, du reste, qu’on
doit d'une manière certaine l’introduction de la pomme de
terre en Europe.
Mais le premier qui, en Grande-Bretagne, ait attaché son
nom au tabac, est sir Walter Raleigh, célèbre favori de la
reine Elisabeth d’Angleterre. Il projeta de coloniser l Amérique du Nord et découvrit la Virginie en 1384. Il y introdui­
sit la culture du tabac et le rapporta en Angleterre vers 1695.
La reine Elisabeth, voyant tout l’avantage que le com­
merce de cette plante pourrait procurer tant à la métropole
qu à ses colonies, en favorisa l’extension. Raleigh contribua à en

7

propager l’usage ; mais sa vogue sans cesse croissante devait
rencontrer un ennemi acharné dans le successeur d’Elisabeth,
le roi Jacques I.
La Belgique et la Hollande le reçurent vers 1690. Son
usage s’y répandit rapidement dès le xvuc siècle ; le tabac y
était l’objet d’un assez fort trafic et au commencement de ce
siècle, d’après une lettre de Guillaume de Mera à Néander,
« le goût pour fumer était déjà très développé ».
Il fut envoyé en Espagne par Cortex à l’empereur CharlesQuint et par le médecin don Hernandez de Tolède. De là, il
pénétra en Italie où il fut introduit par le cardinal Santa Cruz.
d’où le nom d'herbe Sainte-Croix qui fut encore donné à la
plante.
Après avoir été connue dans toute la portion occidentale de
l’Europe, elle s’étendit de proche en proche, et quelques
années plus tard, on la rencontre en Allemagne, en Russie,
en Turquie et en Perse, où, du reste, elle eut à subir des per­
sécutions nombreuses et cruelles de la part du Schah et du
Czar.
Les documents, touchant l’usage du tabac chez les peuples
de l’Extrême-Orient, faisant défaut, on en est réduit à de
simples conjectures qui ne peuvent prendre place dans un cha­
pitre historique. La question sera discutée plus loin dans le cha­
pitre de la géographie botanique.
E n n em is et a llié s . — Dès son apparition dans le monde
civilisé, le tabac rencontra des défenseurs et des détracteurs,
et cela aussi bien parmi les hommes de science que parmi
les souverains.
Ceux-ci commencèrent la guerre, et le plus ardent de ses
accusateurs fut le roi Jacques I, d'Angleterre. Il publia contre
le tabac un livre intitulé Misocapnos ' dans lequel il définissait
l’usage de fumer : « Une coutume dégoûtante aux yeux, désa« gréable au nez, dangereuse pour le cerveau, désastreuse
« pour les poumons, et, par sa fumée noire et puante, ressemI. Haine à la fumée.

�historique

« blant de très près «i l’horrible gouffre du Styx plein de poix
■&lt; et sans fond. »
Le livre fut combattu par un autre traité émané des Jésuites
qui publièrent YAnti-misocapnos.
La France resta en dehors de la lutte et après une régle­
mentation de la vente, dans laquelle U' roi Louis XIII l’assi­
milait aux substances dangereuses et en confiait le débit aux
apothicaires, on se contenta de frapper d’un impôt et de
monopoliser ensuite ce produit qui devait rapporter de si
grosses sommes au trésor.
Une seconde persécution éclatait en Orient où le Schah de
Perse Abbas condamna aux supplices ceux qui en faisaient
usage. Il leur faisait couper le nez et la lèvre inférieure.
Amurat IV, sultan ottoman surnommé YEnliazi (le victo­
rieux) qui régna de 1623 à 1610, en prohiba l’usage et même,
dit-on, punit de mort ceux qui s ’en servaient.
Il paraît peu probable que son interdiction ait été pronon­
cée dans un but religieux comme le veulent certains auteurs,
car ce prince était à tel point tolérant pour l’usage du vin que
l’abus des liqueurs ruina sa santé.
Mahomet IV, qui occupa le trône de 1640 à 1693, condam­
nait les fumeurs à être pendus après leur avoir fait attacher
autour du cou un rouleau de feuilles de tabac et percer le nez
avec une pipe.
Enfin, à peu près à la même époque, vers 1650, la Russie
fut aussi, un moment, bouleversée par la persécution.
Un incendie causé, dit-on, par l’imprudence d'un fumeur,
avait détruit une partie des maisons de bois de Moscou. Le
czar, Michel Fédérowitz, proscrivit le tabac de l’empire ;
mais, Pierre le Grand voyant tout le profit que l’Etat pouvait
tirer de la vente de ce produit nouveau qui tendait à prendre
une si grande extension, en permit l’usage et en afferma la
vente à une compagnie, moyennant la somme de quinze mille
livres.
A la question politique, se mêla une question religieuse ; le
patriarche le proscrivit de son autorité privée et le défendit
aux fidèles. Le clergé russe déclara hérétique quiconque s’en

9

servirait. Mais Pierre le Grand, trouvant dans le commerce de
ce produit une source de revenus, entreprit de vaincre l’auto­
rité des popes, et, en retournant dans ses Etats, après un
voyage en Europe, se fit escorter d’un grand nombre de
fumeurs. Il usa de son autorité toute puissante pour l’imposer
en quelque sorte, et les popes eux-mêmes, après avoir lutté
vainement, s’y accoutumèrent à leur tour.
Malgré toutes ces proscriptions et ces rigueurs, l’usage du
tabac prit une extension telle, parmi les peuples d’Orient, que
soixante ans après la mort du schah Abbas, on lit dans un
récit de voyageur : « La manie de fumer est générale en
« Perse, chacun fait ses affaires la pipe à la bouche. Dans les
« collèges, on voit le professeur et ses élèves fumer tout en
« s'occupant des leçons. Ces peuples se passent plutôt de
« manger cpie de fumer. Pendant le grand jeune, ils sont
« obligés de rester dix-huit heures sans prendre aucun ali« ment ; la première chose avec laquelle ils rompent le jeûne,
« c’est le tabac. »
Parmi les peuples de l’Europe occidentale, 1 usage de fumer
fut peu répandu tout d’abord, mais on en faisait en France
un tel usage sous forme de poudre que le préfet de police fit
paraître une ordonnance par laquelle il défendait de vendre
cette drogue à tout autre qu’aux apothicaires, sous peine d’a­
mende de quatre-vingts livres parisis.
Le clergé prisait même de telle manière que la règlementa­
tion de son usage parmi les fidèles motiva en 1612 une bulle
spéciale du pape Urbain VIII, qui, comme on l’a dit à tort, ne
défendit pas l'usage du tabac, mais l’interdit, sous peine d’ex­
communication, seulement sous les portiques, dans les lieux
saints et pendant la célébration des offices ; car, dit la bulle :
« Nous avons appris depuis peu que la mauvaise habitude de
« prendre par la bouche ou par le nez l’herbe vulgairement
« appelée tabac, s’est tellement répandue dans divers diocèses
« que les personnes des deux sexes et même les prêtres et
« les clercs autant les séculiers que les réguliers, oubliant la
« bienséance qui convient à leur rang, en prennent partout,
« et principalement dans les églises de la ville et du diocèse

�10
a
«
«
«
«
«
«

LE TABAC

d'Hispale (Séville), et, ee dont nous rougissons, en célébrant le Très Saint Sacrilice de la messe. Ils souillent les
linges sacrés de ces humeurs dégoûtantes que le tabac provoque, ils infectent nos temples d’une odeur repoussante
au grand scandale de leurs frères, qui persévèrent dans le
bien et ne semblent point craindre l'irrévérence des choses
saintes. »
En France, sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV,
le peuple seul fume. Cette manière d employer le tabac était
réputée de mauvais ton, mais, en revanche, la prise était uni­
versellement répandue dans les hautes classes de la société,
et la cour donnait Yexemple.
« La pipe autorisée dans les cabarets et les corps de garde,
« dit M. Alfred Rambaud, était proscrite de la bonne société.
« Celle de Jean Bart lit scandale ù Versailles ; mais la duchesse
« de Bourgogne, par espièglerie, alla un jour, avec ses 1ilies
« d'honneur, fumer dans la pipe des Suisses de la garde. Le
« tabac à priser, malgré la guerre que lui fit Louis XIV, trouva
« partout bon accueil. On commença dès lors à s’en bar« bouiller le nez et à en poudrer les jabots de dentelle. On sui« vait à la trace le duc d Harcourt dans les galeries de Ver« sailles. Avec la tabatière, qui fut en or, enrichie de pierreries,
« ornée de miniatures, chaque priseur eut sa râpe à tabac. Les
« femmes elles-mêmes s’en mêlèrent. La réputation du fameux
« débit de la Civette date de 1750. »
Parmi les hommes de science, le tabac rencontra dès le
xviic siècle des défenseurs et des accusateurs ; les uns, comme
Erasme Francisci, en prirent la défense, tandis que le méde­
cin de Christian IV, roi de Danemark, s'insurgea hautement
contre lui. Vers 1700, de nombreuses thèses furent soutenues
pour et contre. Nous examinerons du reste la question plus à
fond, quand nous nous occuperons des elfets physiologiques de
ce narcotique dont l’extension n'a fait que s’accroître et qui
constitue actuellement une des principales ressources des bud­
gets de l’Europe.
Les gouvernements, en efFet, après en avoir proscrit
1usage, au nom d’une morale fort bien entendue, demeu-

HISTORIQUE

11

récent impuissants. Ils s'efforcèrent dès lors de tirer
parti de cette plante à laquelle le peuple s’adonnait et qui
ne doit pas être étrangère à la déchéance intellectuelle de
certaines races jouissant jadis d une remarquable éner­
gie.
Nulle autre denrée ne se prêtait mieux en effet û l impôt,
que cette plante nuisible quelquefois, inutile toujours et dont
l'usage, basé peut-être sur une loi inconnue, mais inhérente à
l’humanité prise en masse, était tel, qu elle avait rapidement
pris place parmi les produits de consommation journalière.
L ég isla tio n e t m onopole en F ra n ce. — Le mono­
pole exclusif est établi en France depuis quatre-vingt-dix
ans environ ; mais la vente et la fabrication du tabac ont subi
de nombreuses vicissitudes, depuis le jour où Louis XIII sur
un rapport du cardinal de Richelieu1, rendit une déclara­
tion : « Portant qu'il serait payé un droit de trente sols sur
« chaque livre de tabac apporté des pays étrangers, excepté
« pour celui venant des îles de Saint-Christophe, la Barbade et
« autres qui appartiennent à la compagnie des îles de l’Arné« rique. (Paris, 17 novembre 1629). Cette déclaration fut
« enregistrée en lit de justice par exprès commandement du
« roi à la cour des Aides, le dernier décembre ».
Le roi invoque comme justification de cet impôt la garantie
de la santé publique ; car, dit-il : « il entre en France une
« grande quantité de tabac de sorte que nos sujets, à cause
« du bon marché, en prennent à toute heure, ce dont ils
« reçoivent un grand préjudice et altération pour leur santé. »
Cette taxe fut si exorbitante pour l'époque, que la contre­
bande fut par cela même énormément favorisée et l’impôt
ne rendit que 150.000 livres par an. Néanmoins cette décla­
ration avait contribué à introduire et à donner de l’extension à
cette culture en Europe.
1. De Richelieu, dans une lettre écrite en 1625, dit qu'on apporte dans
le royaume deux millions de livres de tabac, qu’on en déclare moins
de la moitié et que l’Etat peut en tirer par an 400.000 livres.

�12

LE TA RAC

En 1614, on éleva encore le droit qui fut porté à 13 livres
par quintal pour les tabacs d'Amérique et d’autres prove­
nances étrangères et à quatre livres pour celui de nos colonies.
En 1674, la vente du tabac rapportait 600.000 livres ; aussi
Louis XIY par déclaration du 27 septembre de la même
année : « considérant que le tabac n'est point une denrée
« nécessaire pour l'entretien de la vie, et à l'exemple de la
« plupart des princes ses voisins qui en tiraient un de leurs
« principaux revenus », annonça la résolution de s’en réserver
le commerce exclusif et créa ainsi le monopole de la vente au
profit de l’Etat.
Le prix du tabac cultivé dans le royaume et dans les colo­
nies françaises fut fixé à 20 sols la livre en gros et 25 sols en
détail ; celui provenant de l’étranger, à 40 et 50 sols. Le roi
alFerma le privilège à Jean Breton au prix de 300.000 livres
pour deux ans et 600.000 livres pour les quatre suivantes. La
ferme, voulant vulgariser le produit dans les classes popu­
laires, fit à partir de 1688 des distributions gratuites aux
troupes.
Deux années plus tard, la culture fut réglementée par une
ordonnance. Enfin, en 1607, le prix de la ferme était porté à
1.700.000 livres, distraite du bail général et donnée à un parti­
culier. Cet état de choses se maintint jusqu’en 171 i. A cette
époque le prix du bail, passé pour six ans, fut fixé à 2.000.000
de livres pour les deux premières années et 2.200.000 livres
pour les quatre autres.
Ce bail n’eut, du reste, qu'une exécution partielle, et en
1718 nous assistons au premier effort tenté pour favoriser le
développement de cette culture dans nos colonies. En effet, la
compagnie d'Occident se chargea du bail moyennant une rede­
vance annuelle de 4.020.000 livres. Mais à condition de tirer
de nos colonies le produit nécessaire à fabriquer le tabac à
fumer et à râper et d’en favoriser la culture dans celles où
elle le jugerait convenable.
Le prix du tabac fut alors fixé à 40 sols en gros et 50
sols en détail, la première qualité.
Du reste, le projet de cette compagnie commerciale ne

HISTORIQUE

13

devait pas tarder k échouer ; gênée dans ses affaires, elle ne
put remplir les conditions onéreuses de son bail et en 1719,
elle proposa la conversion de la vente exclusive, en un simple
droit d’entrée « mais à condition que la culture serait absolu« ment prohibée en France ». Ce système, du reste, est encore
celui qui, de nos jours, est en vigueur en Angleterre. En date
du 19 décembre 1719, un arrêt établit, à la place du privilège
de la vente exclusive, un droit d’entrée très considérable sur
les tabacs venant de l’étranger, et assez faible sur ceux de
nos colonies ; en même temps défense expresse est faite de
cultiver la plante dans tout le royaume.
Mais ces nouvelles dispositions ne devaient être que de
courte durée. A la lin de l’année 1720, une nouvelle déclara­
tion changea cette manière de faire, et rétablit le monopole
sur les mêmes bases que celui de 1674. Le fermier possédait
le droit d’importer des tabacs et devait en faire tous les trois
mois la vente publique aux enchères. Il fut alors permis
à tout particulier de manufacturer le produit qu’il avait
ainsi acheté aux ventes publiques de la compagnie. Il le
revendait après lui avoir fait subir les préparations conve­
nables, après l'avoir revêtu de l’empreinte de la ferme et de
la marque particulière de la manufacture. Afin de favoriser le
commerce extérieur et en particulier celui de nos colonies, la
culture fu t toujours prohibée dans le royaume.
En 1721, à la suite de troubles, cette branche du commerce
fut momentanément anéantie et la vente exclusive, pour une
durée de neuf ans, fut rétablie en faveur de Ruverdin. Cette
ferme devait être très défavorable à nos colonies, carie fermier
s’était engagé à donner, à égalité de prix, la préférence à nos
tabacs. L étranger baissa alors ses prix dans une proportion
telle que nos colonies ne purent supporter d'aussi grands
sacrifices; elles abandonnèrent peu à peu la culture du tabac
ordinaire et la ferme ne leur acheta plus rien.
Le prix de ce nouveau bail fut de 1.300.000 livres pour la pre­
mière année, 1.800.000 pour la seconde, 2.000.000 pour la
troisième et 3.000.000 pour les années restantes. Le fermier
avait en outre à payer, à la ferme générale, un droit d’abon-

�14

HISTORIQUE

LE TA II AC

nement de 100.000 l ivres par an comme compensation pour
les droits d’entrée, de sortie et de circulation.
Mais, au bout de peu d’années, on résilia le bail et en
1723, la Compagnie des Indes remplaça le fermier moyen­
nant une avance de 90.000.000 de livres qu elle lit au roi, et
la rente annuelle fut fixée à 3.000.000 de livres.
Le prix du tabac était alors de 30 sols en gros et de 00 sols
au détail.
En 1730, le monopole de la vente des tabacs fut pris par
les fermiers généraux moyennant 7.500.000 livres pour les
premières années et 8.000.000 pour les suivantes. Ce chiffre
s'éleva progressivement jusqu’en 1789, atteignant alors
32.000.000 de livres.
A cette époque, le tabac valait 3 livres la livre et les débi­
tants le vendaient 4 livres la livre.
Les arrêts et déclarations de 1719, 1720, 1721 avaient
interdit la culture du tabac dans le royaume à l’exception des
provinces de Flandre, d'Artois, de Hainaut et de Cambresis,
parce que, lors de l’établissement de la vente exclusive, en
1071, le fermier ne mit aucun établissement dans ces pro­
vinces.
Les habitants pouvaient donc y continuer la culture pour
leur consommation et aussi pour l’exportation à l'étranger.
Mais, en 1749, la présence de cette licence portait de
graves préjudices aux produits du privilège exclusif, non seu­
lement à cause de la contrebande qui s’opérait sur les fron­
tières de ces provinces, mais aussi à cause des avantages que
trouvait la fraude à importer des tabacs étrangers destinés à
améliorer ceux du crû, ce qui fournissait un produit luttant
avantageusement avec celui de la ferme générale, tout en
donnant un gros bénéfice aux contrebandiers.
Pour obvier à cet état de choses, le 4 mai 1749, une décla­
ration fut rendue, frappant les tabacs importés de l’étranger
dans les provinces non comprises dans le privilège exclusif,
d'un droit de 30 sols par livre. Ce droit fut augmenté de
10 sols en 1771. Une province néanmoins fut encore exceptée,
ce fut celle d’Alsace, à cause de la difficulté de surveiller le

O

Rhin et des frais énormes que coûterait cette garde, qui ne
pouvait jamais être effective.
Du reste, les fraudeurs étaient activement poursuivis et la
loi autorisait le droit de visite en tous lieux. Us étaient punis
des galères et même de la peine de mort. Des tribunaux spé­
ciaux furent créés pour l'application de ces peines exception­
nelles.
En 1784, Necker fut le premier qui publia un ensemble
d observations sur l hypothèse de là liberté de la culture et de
la vente du tabac, liberté, que l’Assemblée constituante
devait décréter quelques années plus tard et qui eut pour
conséquence de faire perdre 30.000.000 de livres au budget.
Trois ans plus tard, de Calonne, alors controleur général
des finances, présenta à l’assemblée des notables un mémoire
où il expose les modifications que le roi veut apporter à l'im­
pôt du tabac. « Sa Majesté n'étant point dans l'intention de
« faire profiter les finances de l’augmentation que les circon« stances l’obligent à mettre au prix du tabac en Alsace,
« Franche-Comté, Flandre, Hainaut, Artois et Cambresis,
« veut que le bénéfice de la vente du tabac dans les dites
« provinces, déduction faite de tous frais d'achat, fabrication
« et régie, soit réuni en entier aux Etats et aux Assemblées
u provinciales, qui se trouvent en icelles, pour être employé
« au soulagement des habitants et servir à la diminution des
« charges les plus onéreuses. Le tabac à fumer étant principale« ment à l'usage des gens les moins aisés, le prix actuel de
« vente n'en sera point augmenté, il sera distribué aux habi­
te tants dans la proportion nécessaire à leurs besoins1. »
Ces bonnes résolutions restèrent sur le papier et l'Assem­
blée des notables n’apporta jamais la réalisation des vœux
vraiment faits pour soulager les plaies de l’Etat.
L ’Assemblée nationale, qui succéda aux Etats généraux,
toucha de nouveau à cette importante question'2; qui
1.

Archives parlementaires,

2 . Ici., 1789- 1790.

t o m e 1.

�msTORiQri:
fut traitée dans plusieurs mémoires présentés à 1assemblée
parla société royale d’agriculture. L’abbé Gouttes, députe de
la sénéchaussée de Béziers, lit un rapport sur un projet du
maintien de l’ancien état de choses, en ce qui concernait la
vente et la fabrication du tabac, en insistant sur les mesures
à prendre pour arrêter la contrebande.
Mais, en 1790, la suppression des douanes intérieures lut
le point de départ de diflicultés nouvelles, précisément à cause
des provinces privilégiées qui étaient soumises à un régime spé­
cial. Ou il fallait étendre les droits à la Flandre, 1Alsace, la
Franche-Comté, ou faire bénéficier tout le territoire de 1excep­
tion créée pour ces provinces et proclamer la liberté de la cul­
ture, de la vente et de la fabrication. Après avoir examiné les
travaux faits sur la matière, 1 Assemblée constituante moins
par conviction que par la nécessité où l avaient mise les lois
inéluctables des circonstances, proclama, en 1791, malgré les
efforts de Mirabeau, la liberté de culture et de fabrication dans
toute la France et perdit de ce fait les 32 millions de livres
que rapportait la ferme en 1789.
Voulant favoriser uniquement l’industrie française, elle
prohiba l'importation des tabacs fabriqués et mit un droit de
douane, de 25 livres par quintal, sur le tabac en feuilles étran­
ger1.
A cette époque de troubles, ce droit de douane lui-même
était très mal perçu et l'impôt du tabac ne rapporta plus que
1.5 à 1.800.000 francs.
En 1798, le Directoire frappa d'un droit nouveau la fabri­
cation, ce qui devait faire augmenter les recettes du Trésor,
et les porter à 10 millions. La fraude s’effectuait sur une
grande échelle moyennant une prime d assurance de 10 francs
par quintal. Les falsifications étaient nombreuses et le prix
du tabac était à peu près le même que sous le régime de la
ferme.
Le système nouveau ne donna effectivement, de l'an VII à
l’an IX, qu’une recette annuelle de i ù 7 millions, au lieu des
10 qu’on avait prévus.

17

Durant cette période, on émit des vœux tendant au rétablis­
sement du monopole, et interdisant la culture, mais ils ne
devaient aboutir que plus tard. On essaya divers systèmes de
droits qui devaient, pensait-on, donner un excédent de
recettes, mais jamais le produit annuel de l impôt n’arriva au
chiffre prévu et il lui resta même toujours bien inférieur, à
cause de la fraude cpii faisait entrer en contrebande une
grande quantité du produit. Pour la combattre, le gouverne­
ment fit adopter par les Chambres, en l’an XII, la création de la
régie des droits réunis qui fut investie de pouvoirs très éten­
dus pour réprimer ce commerce frauduleux. Les droits d im­
portation furent eux-mêmes augmentés. Malgré tout, l'impôt
ne rapporta, en 1808, que 13 millions, ce qui était bien loin
des 32 millions que la ferme payait.
11 fallait donc réformer complètement ce système; aussi
Napoléon Ior, par décret impérial de décembre 1810. rétablit-il
au prolit de l’Etat, le monopole exclusif. « Le prix du tabac
« fabriqué, dit-il dans les considérants du décret, est resté le
« même qu’au temps de la ferme générale, et la plus grande
« partie des revenus se partage entre quelques fabricants
« peu nombreux. Nous acquerrons une branche de revenus que
« l'on évalue à peu près à 80 millions de francs, sans augmen« tation des charges du peuple, et la possibilité de réduire
« d’une pareille somme les autres contributions. »
Les 80 millions prévus par Napoléon ont été réalisés en
1813 et le chiffre n’a fait que s’accroître depuis lors.
Les dispositions relatives à la matière sont toutes comprises
dans la loi du 28 avril 1816; mais depuis le décret de 1810,
le monopole des tabacs n'a subi que des modifications d'ordre
tout à fait secondaire et fonctionne encore de nos jours sur
les mêmes bases et d’après le même principe.
Le gouvernement de la Restauration donna une véritable
prospérité au monopole. Il combattit la contrebande par l'éta­
blissement des zones, dans lesquelles le prix de vente allait
en décroissant, à mesure que l'on se rapprochait de la fron­
tière. Les saisies allèrent en diminuant, et le résultat fut tel,
que, de 1811 à 1814, le revenu fut de 30 millions par an.
Le Tabac.

�18

le

ta b a c

il était en 1820 de 64 millions et s’élève en 1899 à 400 mil­
lions.
Depuis 1816, les lois successives ont conservé exclusive­
ment à la régie des contributions indirectes le droit d’achat, de
fabrication et de vente du tabac.
Le prix de vente du produit (scaferlati ordinaire) aux débi­
tants a suivi une progression continue depuis le commence­
ment du siècle.
Un décret du
9 mai 1811
le fixe à 8 fr. 50 le kil.
»
29 décembre 1812
»
à 6
fr. 40»
Une ordonnance du 9 octobre 1816 » à 7 fr. 20
»
»
18 mars 1832
»
à 7fr.
»
Un décret
du
2 mai 1848
»
à
7
fr. 2b»
»
19 octobre 1860
» à 9 fr.
»
Une loi du 29 février 1872 le fixe h 11 fr. 50 le kil. et
12fr. 50 au consommateur.
Enfin, en décembre 1882, le monopole fut prorogé jusqu’au
1er janvier 1893.
Il suffira de dire que de 1811 à 1897, le monopole du
tabac a rapporté environ 14 milliards, pour montrer l’avantage
économique de ce système sur tous ceux qui avaient fonc­
tionné depuis la première ordonnance de Louis XIII.
Parmi les changements notables à signaler depuis 1810, il
convient d’indiquer que, par un décret-loi du 29 novembre
1810, on autorisa l’entrée dans les manufactures d'un quinzième
seulement de tabacs exotiques. D’après un décret de février
1835. il doit entrer dans lapprovisionnement, 4/5 de tabacs
indigènes et l 5 de tabacs exotiques. Cette loi est encore celle
qui, théoriquement, est en vigueur de nos jours. Enfin, une
loi de décembre 1875 donne le droit au gouvernement, dans
le but de diminuer la fraude, d étendre la vente des tabacs
de cantine dans toutes les parties du territoire qui sont le
plus exposées à la contrebande.
P é n a lité s. — Après l’exposé de l'historique et de la législa­
tion qui régit la culture, la fabrication et la vente du tabac, nous
pensons qu'il sera intéressant de faire connaître les disposi-

IIISTORIQUE

19

tions pénales en vigueur avant 1789 et celles qui répriment
actuellement la contrebande de ce produit.
« Tout contrebandier, est-il dit, dans le code de l’impôt
« du tabac, était condamné aux galères pour 3 ans et à
« 500 livres d’amende, pour la première fois ; en cas de
« récidive, à 1.000 livres d’amende et aux galères à perpé« tuité. Trois personnes armées qui étaient arrêtées portant
« du tabac de contrebande étaient punies de mort. Ceux qui,
« au nombre de cinq et armés, avaient escorté une voiture de
« contrebande, étaient punis de mort et le crime était censé
« prouvé par la déposition de témoins, quand même les accu« sés n ’avaient pas été porteurs de contrebande. »
Ces dispositions, annulées par la Révolution, furent rem­
placées par la loi du 28 avril 1816 contre la fraude et la con­
trebande du tabac : « Les tabacs circulant sans acquit-à-cau« tion seront saisis et confisqués, ainsi que les chevaux, voi« Lires, bateaux et autres objets servant au transport ; le
« contrevenant sera puni en outre d’une amende de 100 à
« 1.000 francs.
R èg lem en ts a ctu els. — L’Etat s’est réservé pour lui, le
monopole exclusif de la fabrication et de la vente et a régle­
menté la culture sur le territoire. Autorisée de nos jours dans
vingt-cinq départements, elle est soumise à un contrôle minutieux
de la part de la régie. Tous les ans, des arrêtés préfectoraux en
fixent les principales opérations. Le planteur auquel la régie
fournit elle-même les graines, ne peut planter qu’un certain
nombre de pieds à l’hectare, il est obligé d écimer à la hau­
teur fixée par la régie, enfin il est assujetti à une surveillance
pour ainsi dire journalière.
On accorde aux planteurs une tolérance d’un cinquième
en surface, en plus des quantités fixées par l’arrêté d’autorisa­
tion. Dans le cas d’avaries survenues h la récolte, telles que
grêles, inondations, etc., le planteur est obligé de faire consta­
ter le dégât par les employés de la régie en présence du
maire. Sans cette précaution, il aurait à payer à l’administra­
tion la quantité manquante au prix du tabac de cantine. Par

�20

21

LE TAB \C

historique

une loi de finances du 16 avril 1895, il a été créé une caisse
d assurance destinée à indemniser les planteurs des accidents
de force majeure qui peuvent survenir en cours de culture.

Au commencement du siècle, un petit nombre seulement
de départements étaient autorisés à cultiverle tabac ; c'étaient : le
Bas-Rhin, Ille-et-Vilaine, Lot, Lot-et-Garonne, Nord, Pasde-CValais. En 1866, les départements autorisés étaient :
Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Dordogne, Gironde,
Ille-et-Vilaine, Lot, Lot-et-Garonne, Meurthe-et-Moselle,
Nord, Pas-de-Calais, Haute-Saône, Savoie, Haute-Savoie,
Var, Hautes-Pyrénées. Puis on l’étendit successivement en
1867 aux Landes, en 1870 au Puy-de-Dôme, en 1872 à liséré,
la Meuse et les Vosges ; depuis sont venus s’y ajouter : Vau­
cluse, Corrèze, Drôme, Ain, Côte-d'Or. Ce qui porte à vingtcinq, le nombre des départements français dans lesquels la
culture est autorisée. (Fig. I.)
La guerre de 1870, en nous faisant perdre les provinces du
Rhin, nous a privés d’un territoire, oii la culture fournissait un
produit abondant et d’excellente qualité.
Malheureusement notre sol et surtout notre climat, ne pour­
ront jamais donner les produits qui se récoltent sous les
tropiques, produits que pourraient avantageusement fournir nos
colonies, si, encouragées par l’Etat, cette culture y était l'objet,
de la part des colons, des soins nécessaires et indispensables
pour livrer à la consommation des tabacs de qualité supérieure.
En Algérie, la culture, la fabrication et la vente sont entiè­
rement libres et l’administration y fait une partie de ses
approvisionnements. La Tunisie, au contraire, n'est pas sou­
mise au régime de liberté; la fabrication y est monopolisée
depuis 1870, et la régie achète la matière première, soit en
Algérie, soit à l’étranger. En effet, dans un pays où le mono­
pole existe pour la fabrication et la vente, la culture doit être
également soumise aux règlements de la régie, comme en
France, ou prohibée ; c’est ce qui existe à l’heure actuelle
dans notre protectorat.

189Z Production et Répartition delà culture du Talac en France.^ leheup)

La récolle est également fixée par des arrêtés préfectoraux
et après elle, tout doit être arraché et détruit.
Dans un certain nombre de départements [Ille-et-Vilaine,
Lot, Lot-et-Garonne, Pas-de-Calais, Nord), les planteurs
peuvent demander l’autorisation de cultiver pour l ’exporta­
tion.
La culture du tabac présente encore, malgré tout, des avan­
tages, puisqu’on demande constamment à l’étendre.

L é g isla tio n s é tr a n g è re s. — Tous les pays de l'Europe
retirent de la vente du tabac un revenu considérable. Cet
impôt est perçu de différentes manières suivant les Etats. Nous
allons jeter un rapide coup d’œil sur ces diverses législations.

*

�• 22

23

LE T AII AC

111STORIQUE

Les uns possèdent le régime du monopole ; d'autres consi­
dèrent le tabac comme une simple denrée et le frappent de
droits plus ou moins élevés; d’autres enfin, comme la Russie
et la Grèce se servent de systèmes un peu particuliers.

tiver le tabac, mais il est perçu un droit sur la coupe qui ne
peut être effectuée que dans les ateliers de l’Etat.

Pays de monopole. — Les pays où le tabac est monopolisé
sont : l’Autriche où la fabrication et la culture ont cessé d’être
libres dès 1670 et ont été organisées en régie en 1784; celleci fut étendue à la Hongrie en 1860.
L’Italie le possède depuis 1869; d'abord confié à la régie
cointéressée des tabacs, l'Etat l'exploite lui-même depuis
1883.
En Espagne, il ne date que de 1887 et est affermé à une
compagnie. La culture a été interdite tout récemment dans cet
État.
En Portugal, après avoir été exploité par l’Etat depuis
1888, il fut affermé à une compagnie en 1891. La compagnie
est obligée d’acheter aux planteurs indigènes leur production,
mais une portion du produit est si mauvaise qu’on ne peut
l'utiliser d’aucune façon en manufacture.
Entin le monopole fonctionne encore en Roumanie et en
Serbie, où il est exploité par l’État depuis 1887. En Turquie,
depuis 1884, il est restreint à la consommation intérieure et
exploité par une société fermière. Citons encore le Lichtens­
tein et la République de Saint-Marin.
Allemagne. — L’importation |est taxée et les champs culti­
vés en tabac payent un impôt foncier plus considérable.
Russie. — On taxe la circulation, l'importation et la vente
par un système particulier d'impôt. La production est astreinte
à une patente spéciale; quant au droit de circulation, il est
représenté par la vente de bandes officielles dont les paquets
doivent être revêtus. Tout le monde peut vendre du tabac,
mais à condition toutefois d’acheter au gouvernement un
minimum prescrit de bandes.
Grèce. — En Grèce, tous les habitants ont le droit de eul-

Angleterre. — 1/Angleterre, afin de favoriser son commerce
et ses colonies, a, depuis 1666, par acte du Parlement, interdit
la culture du tabac sur le territoire. Elle tire néanmoins un
revenu de 170.000.000 de francs, grâce aux droits dédouané et
aux licences accordées aux fabricants et aux débitants.
États-Unis. — Dans les États-Unis, la culture, la fabrication
et la vente sont soumises à un droit de patente.
Japon. — Enfin, le Japon impose le tabac de même que les
eaux-de-vie de riz. Cet impôt, déjà fort lourd, a augmenté
assez sensiblement dans ces dernières années. En 1891, il
était de 20 °/0 sur le prix de vente des tabacs non préparés.
C onclusion. — Comme on vient de le voir, l’histoire du
tabac est pleine de vicissitudes, et des plus curieuses. Les diffé­
rents gouvernements, après avoir banni son usage, l'ont mono­
polisé. Nous laissons aux hygiénistes le droit de le réprouver;
mais on peut bien dire avec Necker, que cette contribution doit
être rangée dans la classe des inventions fiscales les plus heu­
reuses, car si elle constitue vraiment pour la majorité un impôt
effectif, il n’en est aucun, dont on puisse plus aisément s af­
franchir.

�CHAPI TRE II
ÉTU D E

BO TA N IQ U E

Le genre Nicotiana, ainsi nommé par Tournefort, fut placé
par Linnée dans le 28mo ordre de sa méthode, comprenant
les plantes qu’il appelait tristes, blêmes ou luridées. Il appar­
tient à la famille des Solanées établie par L. de Jussieu et à la
section des Nicotianées, caractérisée par un fruit capsulaire,
s’ouvrant en déhiscence longitudinale [ou transversale, possé­
dant un embryon plus ou moins arqué.
Les Nicotianes sont des herbes érigées, quelquefois frutes­
centes, à racine pivotante, possédant un chevelu abondant.
Tout l’appareil végétatif est recouvert, dans la majorité des
cas, de poils glanduleux secrétant une espèce de cire qui rend
poisseuse la surface de la tige et des feuilles. Les poils sont de
deux sortes : les uns (poils lecteurs) sont formés cfun petit
nombre de cellules placées les unes à la suite des autres,
donnant un organe conique ; les autres [poils glanduleux et
sécréteurs) très apparents, visibles, même à l'œil nu. plus
longs, sont composés par une lile de cellules portant à leur
extrémité une tète pluricellulaire, siège de la sécrétion. L épi­
derme est pourvu de stomates sur les deux faces, il est formé
de grandes cellules à contours sinueux (tig. 2).
Les feuilles sont généralement grandes, à bord entier et
ondulé, sessiles ou quelquefois pétiolées ; le pétiole peut être
plus ou moins ailé, ce qui rend la distinction fort difficile ;
elles sont alternes.
Au pointde vue anatomique (tig. 3), elles présentent les par­
ticularités suivantes. La nervure médiane est formée d une

�26

LE TABAC

masse parenchymateuse composée de grandes cellules laissant
entre elles de petits méats losangiques. Le faisceau central,
courbé en arc de cercle, est formé par les canaux du bois
disposés en file, les cellules les plus petites tournées vers la
concavité. Ces files sont séparées par une ou plusieurs rangées
de cellules parenchyma­
teuses. Comme dans la
plupart des Solanées, on
trouve un double liber,
disposé à l’intérieur et à
l’extérieur, formant de
petits îlots adossés aux
laisceaux ligneux. Le
limbe est formé de deux
sortes de cellules bien dis­
tinctes. Les supérieures,
situées sous l’épiderme et
composant le tissu palissadique ou chlorophyllien,
sont allongées, rectangu­
laires et disposées sur une
seule rangée.
Les inférieures, laissant
entre elles de grands
t i g . 2. Épiderme du A. Tabacum vu
méats, forment le tissu
au microscope.
a. Poil glanduleux ; h. Poil lecteur.
lacuneux. Les stomates
sont formés par deux cel­
lules plus petites s ouvrant dans une chambre sous-stomatique
creusée dans le parenchyme1.
f. La coupe dessinée (fig. 3) provient d’une feuille de tabac de
Sumatra cultivé à Java au jardin de Buitenzorg qui nous a été envoyé
par M. Treub. Grâce à l’obligeance de M. Ilautefeuille, propriétaire à
Sennevoye flonne) nous avons pu comparer ce tabac à celui de Cuba
dont nous possédons de très beaux échantillons. Les particularités à
signaler sont toutes imputables aux conditions de milieu; on observe
dans 1espèce havanaise une plus grande compacité dans le faisceau
central et un plus grand développement du tissu palissadique qui occupe
a peu près la moitié de l'épaisseur du tissu du limbe foliaire.

�«

28

LE

TABAC

Les (leurs rouges, roses, blanches ou verdâtres sont grou­
pées sur des inflorescences de formes variables, mais dérivant
toutes de la grappe ou de la cyme ; très rarement, elles sont
solitaires sur l’axe. Elles sont quelquefois fort belles et odo­
rantes, ce qui les a fait rechercher en horticulture. Elles sont
régulières, à réceptacle convexe. Le calice est vert, gamosé­
pale, de forme plus ou moins urséolée; les lobes des sépales
sont aigus, il est quelquefois très légèrement zygomorphe.
La corolle est beaucoup plus longue que le calice, infundibuliforme ou hvpocralérimorphe', gamopétale terminée par
cinq lobes à préfloraison variable.
Les étamines, au nombre de cinq, sont soudées à la corolle ;
elles sont plus ou moins inégales et peuvent être de même
longueur que le tube, quelquefois plus longues (exsertes),
quelquefois plus courtes [incluses). Les anthères s'ouvrent en
déhiscence longitudinale. Le pollen est allongé et divisé lon­
gitudinalement en trois bandes (Miers). L’ovaire est entouré à
la base par un disque plus ou moins volumineux ; il est formé
de deux loges, plus rarement quatre ou plus, fermées. Ovules
fixés à de gros placentas disposés suivant l'axe de l’ovaire.
Le fruit est une capsule recouverte par le calice persistant,
et s’ouvre par 2 ou i valves souvent bifides.
Les graines sont très petites, nombreuses, oblongues ou
subréniformes rugueuses ou ornées de petites alvéoles (fovéolées) ; de couleur généralement brunâtre, elles contiennent un
embryon droit ou légèrement arqué, noyé dans un albumen
charnu.
Ainsi défini, le genre contient, d’après l’index Kewensis,
plus de 80 espèces. Bâillon en admet une cinquantaine et
Wettstein [in Engler) 40 seulement. On verra, du reste, par
l’énumération des nombreuses variétés, combien les distinc­
tions spécifiques sont difficiles à établir dans ce genre.
t . U n e c o r o ll e e s t d i te infundibuliforme, q u a n d le l u b e s ’é v a s e i n s e n s i b l c m e n l d e la b a s e au s o m m e t d e m a n i è r e à f o r m e r u n e n t o n n o i r :
hypocraleriforme ou hypocratérimorphe q u a n d le t u b e d r o i l e t a l l o n g é
e s t t e r m i n é b r u s q u e m e n t p a r u n l i m b e p l a n e et é ta l é d e m a n i è r e à
f ig u r e r u n e p a t è r e a n t i q u e ou u n e s o u c o u p e à p i e d c o m m e c 'e s t le c a s
d a n s la p e r v e n c h e , le lilas ou le j a s m i n . ( L e m a o u t . )

ÉTUDE BOTANIQUE

29

Un grand nombre de formes, en ell'et, ne sont que des pro­
duits d'hvbridation, ayant acquis certains caractères qui ne
peuvent vraiment pas justifier la création d’espèces distinctes.
La fécondation croisée est en etfet très facile à elfectuer
dans ce genre. Nous citerons d'après les expériences de Sageret : N . Tabacum avec N. suaveolens : N. rustica avec
N. paniculala ; Ar. rustica et Tahacurn avec AT. quadrivalvis.
Hébert, cité par Dunal dans le Prodrome, dit que les tabacs de
Nouvelle-Hollande ne peuvent pas féconder les tabacs améri­
cains.
Nous aurons l’occasion d'examiner plus loin et en détail
la dispersion géographique du genre. 11 nous suffira de dire
ici que, sauf deux espèces d’Océanie, toutes sont originaires
de l’Amérique chaude ou méridionale et qu’Alph. de Candolle
considère les espèces du cap de Bonne-Espérance et d’Asie
comme introduites.
Après ce que nous venons de dire au sujet de l'hybridation
de cette plante, on comprendra facilement quelles difficultés
énormes on rencontre pour distinguer les espèces, d'autant
qu'elle est cultivée depuis plusieurs siècles sur toute la sur­
face du globe et soumise k une culture intensive; elle a dû
donner lieu à des croisements divers qui ont entaché d'une
singulière façon la pureté des différentes espèces.
On peut à l’exemple de Wettstein établir trois grandes sec­
tions.
S ect. 1. — Tabacum l)on., fleurs infundibuliformes rouges,
à lobes aigus. Cette section comprend le .V. Tabacum L. et
un très grand nombre de formes culturales.
S ect. II. — Rustica Don., fleurs hypocratérimorphes ou
tubuleuses, vertes ou jaunâtres à lobes de la corolle obtus ;
comprend des types herbacés N. rustica. N. Lanqsdorfii.
et des types ligneux, A . qlauca.
S ect. III. — Pétunioides Don., fleurs hypocratérimorphes
blanches ou rougeâtres munies d'un long tube.
La capsule est à deux valves N. affinis, A. suaveolens, A.
noctiflora, N. lonqiflora, A . alata, A . repanda.
La capsule est à quatre valves, A . quadrivalvis.

�-30

LE TABAC

ÉTUDE BOTANIQUE

31

Ions longitudinaux peu profonds. Style long, grêle, un peu
plus court que les anthères. Stigmate formé de deuxlobespeu
DESCRIPTION DES PRINCIPALES ESPÈCES

N icotiana Tabacüm L. (Fig1. I.) — Noms vul&lt;j. — Herbe
à Nicot, herbe à la reine, Médicée, herbe à tous les maux,
herbe Sainte-Croix, herbe sainte, herbe sacrée, herbe du grand
Prieur, panacée antarctique, buglosse, jusquiame du Pérou.
Synonymie. — D’après les plus récents travaux, un grand
nombre d’espèces ont été rangées sous le titre de simples
variétés du N. Tabacum. Il convient d'y rattacher :
-Y. alba Mill. ; N. angustifolia Mill. ; W. capensis IIort. ;
N. florida Sali. ; N. alipes Steud. ; N. attenuata Steud. ;
N. crispula Steud.; N. frutescens, Ilort. ; N. fruticosa L. ;
N. gigantea Mort. ; .Y. gracilipes Steud. ; N. havanensis Ilort. ;
.Y. lancifolia Willd. ; .V. lafissima Mill. ; N. Lehmanii
Agardh. ; N. lingua Steud; N. macrophylla Spreng. ;
N. marylandica Sehneb. N. pallescens Steud. ; N. serotina
Steud. ; N. Verdon Steud. ; N. Ybarrensis II B et K.
Grande plante annuelle, pouvant atteindre deux mètres de
haut, feuilles alternes, les inférieures faiblement pétiolées,
les supérieures semi-amplexicaules, couvertes de poils vis­
queux et de petites glandes sessiles. Calice persistant, en
forme de sac, herbacé, couvert de poils mous visqueux, par­
tagé supérieurement en cinq dents triangulaires un peu
imbriquées. Corolle rose plus ou moins foncée, couverte en
dehors de poils mous capités trois à quatre fois plus longue que le
calice, en forme de tube à la base, puis dilatée, campanulée
au sommet, partagée en cinq lobes triangulaires courtement
acuminés, étalés d’abord, indupliqués dans le bouton. Eta­
mines cinq, inégales à filets poilus, libres à partir de la moitié
du tube corollaire mais se suivant jusqu’à la base. Le plus
souvent, glabres et rouges dans leur portion supérieure. Le
filet s’attache au-dessous du milieu du dos de l’anthère qui
est ellipsoïdale, jaune, à lobes libres au-dessous du point d’in­
sertion. Ovaire ovoïde, conique au sommet pourvu de quatre sil-

l ie. t.

Nicotiana Tabacum L. Port.

profonds. Disque glanduleux orangé, hypogyne inégalement
élevé en ses divers points. Fruit accompagné du calice plus
ou moins persistant, ovoïde, à deux valves, se partageant au

�32

LE TABAC

sommet en deux. Semences petites, rendormes, très nombreuses,
brun pâle, réticulées. Embryon droit ou très légèrement
arqué ’. (Fig. o.)
Indigène de TAmérique, on ignore la contrée exacte d’où

ÉTUDE BOTANIQUE

33

VARIÉTÉS

Le tabac de Maryland (A . macrophylla Spreng.) possède
en général des feuilles assez larges; cette variété est cultivée
en Hongrie, en Grèce, en Alsace, et, il va sans dire, sur une
grande échelle aux Etats-Unis. Elle fournit du très bon tabac
à fumer et s’accommode volontiers des sols légers, où la rouille
l'attaque moins que le tabac de Virginie, mais il dégénère
facilement dans les sols plus ou moins argileux, sauf une
sous-variété à parenchyme plus épais, qui donne d’excellents
produits pour la confection de la poudre.
/.es tabacs d'Amersfort peuvent trouver place ici : ils se
subdivisent eux-mêmes en Amersfort jaune à feuilles velou­
tées et à tissu tin, et Amersfort noir, à parenchyme plus épais
mais plus rude et de moins belle couleur.

i

•&gt;

Kig. 5. — Nicotiana Tabacum L.
1. F le u rc o u p é e lo n g itu d in ale m e n t; 2. F le u r e n ti è r e ; 3. C a p s u l e ; î. G ra ine
e n ti è re : 5. Graine coupce longitudinalem ent. (D’a p r è s Haillon.)

cette plante est originaire. Martius la dit introduite dans le
Brésil, mais il est très probable que sa patrie doit être com­
prise entre l’équateur et le tropique nord.
Cultivée â peu près sur toute la surface du globe partout
où Je climat le permet, cette espèce a donné lieu à un nombre
fort grand de variétés culturales qui peuvent se rapporter à
plusieurs types, comme, par exemple, le tabac à larges feuilles
ou de Maryland, le tabac à feuilles étroites ou de Virginie,
le tabac du Paraguay à feuilles plus ou moins auriculées à la
base.
1. Haillon. Botanique médicale : Les Phanérogames.

Le tabac de Virginie (A. Tabacum L.), à feuilles allongées
et beaucoup plus rapprochées que dans le Maryland. Elles
forment avec la tige un angle aigu. L'inflorescence est en
corymbe et le tube de la corolle est allongé. Cette variété est
surtout utilisée pour la fabrication de la poudre. Le paren­
chyme, une lois desséché, prend une couleur brune très foncée
presque noire.
Dans certains départements français du Sud-Ouest, et dans
des terres très fertiles, c'est une variété qui peut donner des
tabacs utilisables pour la pipe. Une variété, le virginien à
grosses côtes, résiste bien à la rouille et produit fort peu de
rejets, ce qui diminue d’autant les frais d’ébourgeonnement.
Le tabac du Paraguay a donné une variété, cultivée dans
le Palatinat et l'Alsace et que l’on nomme Paraguay basRhin. Cette variété provient de graines du Paraguay, et se
rattache à l'espèce A. Tabacum, comme il résulte des rensei­
gnements donnés par M. Demersay, chargé d’une mission par
le gouvernement français, pour aller sur place étudier la ques­
tion.
3
Le Tabac.

�34

LE TABAC

ÉTIIDE BOTANIQUE

On cultive en outre une grande quantité de variétés de
Nicotiana Tabacum dont quelques-unes sont désignées par le
nom du pays d'origine. Citons :

imitation. Elle était déjà utilisée, par les indigènes, comme
tabac à fumer, avant la conquête.

N.
attenuata Steud., à fleurs rouges, possédant des feuilles
lancéolées aiguës, légèrement décurrentes, atténuées à la
base.
N. angustifolia Mill., cultivé à Cuba.
N. alipes Steud., à très grandes feuilles acuminées, atté­
nuées à la base en un pétiole fortement ailé et à ailes embras­
santes. (leurs rouges à corolle possédant des lobes anguleux
acuminés.
N.pallesccns Steud., feuilles ovales légèrement acuminées,
atténuées à la base, sessiles, corolle blanche bordée de rose.
N. Verdon, feuilles pétiolées ovales lancéolées et longue­
ment acuminées, les Heurs sont grandes et apparaissent tar­
divement.
N. lingua Steud., N. subcordata, cultivés au Brésil, enfin
le N. gracilipes, Steud., qui n’est peut-être qu’une sous-variété.
N. havanensis Hort., Tabac de la Havane, dont les feuilles
sont obtuses à limbe amplexicaule. 11 dégénère facilement
dans les terres fortes, notamment dans notre colonie d’Algérie
où les feuilles ont un parenchyme très épais. Les fleurs sont
disposées en corymbe serré.
Le tabac philippin, dont on cultive une variété dans le nord
de la France et en Algérie, a les feuilles longuement lancéo­
lées. La nervure médiane est très prononcée dans cette variété.
Le tabac de saint Domingue, qui n’est probablement qu’une
variété de Maryland (A. macrophylla) modiliée par la culture
sous des latitudes plus basses.
Le tabac du Chébli est une variété précieuse pour notre
colonie d'Algérie. Cultivée depuis de longues années dans le
pays, cette sorte a sur ses congénères l’avantage de l accli-

33

Le Secd-leaf, appelé aussi Maryland bâtard, cultivé dans les
Alpes-maritimes, produit un excellent tabac de couleur claire,
à parenchyme ayant la consistance de la peau de gant, résis­
tant et pourvu de lines nervures. Cette variété, obtenue dans
les départements du nord des Etats-Unis d’Amérique, est un
produit d’hybridation des espèces indigènes avec des plants
provenant de la Havane.
Le tabac de Crimée tiendrait le milieu, entre le tabac du
Chébli et le Latakié, les feuilles sont larges, courtes et
presque obtuses, faiblement pétiolées, mais le limbe, mince
et fragile, est facilement déchiré par le vent.
Le Latakié est une sorte commerciale assez appréciée, sur­
tout des Orientaux. 11 provient de la Turquie d’Asie et n’est
qu’une variété du A . Tabacum ayant subi, une dessiccation
spéciale, par exposition à la fumée du bois du Pinus alepensis L.
(l)ryer), ce qui lui donne une couleur noire et lui commu­
nique un goût bien particulier.
Un tabac appelé par les Allemands Baumknasler, provient
du N. fruticosa L., simple variété du -Y. Tabacum ; la tige est
élevée, les feuilles pétiolées, lancéolées et acuminées; les
fleurs pédicellées sont disposées en une panicule terminale
corymbiforme, le calice est divisé en cinq dents, faiblement
tomenteux, et enserre une corolle infundibuliforme à divisions
acuminées. Deux variétés s'v rattachent N. augustifolia et
.Y. albiflora (A. alba Mill.)
Enfin dans la section du Tabacum, il faut encore citer
comme espèces employées :
Fisch., auquel il faut rattacher .X.lancifo­
lia Ayr, nommé tabac de Chine ou tabac Hun. Plante suffrutescente (?) pubescente et glutineuse, à feuilles pétiolées,
ovales, oblongues, aiguës, entières. Caliceoblong, diviséen cinq
parties, à segments aigus et légèrement inégaux ; corolle pubesN

icotiana s in e n s is

�\

36

LE TABAC

cente sur la face externe, deux ou trois lois plus longue que le
calice, renflée, à gorge large, à segments ovales et aeuminés.
N ic o t i a n a p i l o s a Duu. — Toute la plante est recouverte de
poils, la tige est frutescente, élevée, les feuilles sessiles, les
inférieures subdécurrentes, les médianes subamplexicaules,
ovales, elliptiques ou lancéolées, aiguës, atténuées à la base en
une sorte de pétiole ailé. Le calice est ovale, tubuleux, à
lobes profonds. La corolle est infundibuliforme, Irois fois plus
longue que le calice, campanulée, quinquefide, à segments
ovales, aigus ; elle est cultivée au Mexique et porte le nom de
tabac cimarron.

IIe

S

e c t ion .

—

RUSTICA Don.

Plusieurs espèces sont utilisées pour la consommation.
N. RUSTicA. L. (lig. (&gt; et 7) vulgairement Tabac de paysan.
Synonymie. — N. asiatica Schult. ; N. hrasilia Ilort. ;
A', humilis Steud. ; N. pumila Steud. ; .Y. pusilla Steud. ;
A\ rugosa? Mill. ; N. scabra Ilort.; N. sibirica Ilo rt.;
„Y. tatarica Ilort. ; N. turcica Ilort.
C'est une herbe velue glutineuse, à tige plus ou moins
rameuse, à feuilles péliolées,
ovales, obtuses et entières.
Les supérieures sont parfois
subcordées, les inférieures
peuvent atteindre 2M à MO
centimètres. Le calice est en
forme de coupe, divisé en
cinq parties à divisions très
F j g . 6. — Nicotiana ruslica L.
brèves, un peu inégales. La
F le u r entière
corolle est hypocralérimoret cuupée transversa lem e nt
phe, le tube cylindrique est
deux fois plus long que le calice. Il est couvert de poils; les lobes
sont arrondis ; la corolle est de couleur verdâtre. Les éta-

ÉTUDE BOTANIQUE

37

mines, au nombre de cinq, s'insèrent sous l'ovaire et sont â peine
concrescentes avec le tube corollaire. Le style est légèrement
plus long que les étamines, terminé par un stigmate capité.
La capsule est subglobuleuse, obtuse et dépassant à peine
le calice persistant.
Le N. humilis Link.,
qui en diffère seulement
par une stature moindre,
une tige moins visqueuse,
et une couleur moins
glauque, ne peut vrai­
ment en être séparé.
Ce tabac est cultivé
dans le monde entier,
mais ne fournit que des
qualités inférieures. Il
est pourtant recherché en
Allemagne, en Hollande
et dans une partie de la
Belgique â cause de son
odeur spéciale de violette.
Sa culture réclame peu
de soins, il fournit le
tabac d'Ukraine employé
dans les manufactures
pour la fabrication du
F i g . 1. — Nicotiana ruslica L. p o r t ,
tabac de cantine.
(D’a près Fngler.'
A cette espèce se rat­
tache une variété d'Asie, à feuilles ovales et une variété du
Brésil dont les feuilles sont presque orbiculaires.
Schrank. est indigène et cultivé au
Brésil. C’est une plante herbacée, rameuse, à feuilles infé­
rieures, ovales, obtuses, ondulées et pétiolées. Les supérieures
sont lancéolées, aiguës, sessiles et décurrentes sur la tige.
Les fleurs sont disposées en panicule. Le calice est à dents
inégales. La corolle, constituée par un tube en forme de
N

icotiana

L

angsdorfu

�38

ÉTUDE BOTANIQUE

LE TABAC

massue, est beaucoup plus longue que le calice. Elle est divi­
sée supérieurement en cinq lobes obtus.
Le Nicotiana decurrens Tausch, bien que constituant une
espèce distincte admise par Dunal dans le Prodrome et par
l’Index Kewensis, est très voisine du N. Langsdorfii.
N

icotiana p u s il l a

L. et

N

ico tia na p a m c l l a t a

L.

Enlin citons encore dans cette section, bien qu'il ne soit
pas utilisé, le N. g i . a l c a Grah. C'est une grande plante
vivace, ligneuse, haute de 2 mètres. Les rameaux sont glabres,
et présentent une teinte glauque qui a valu son nom à la
plante. Les feuilles pétiolées sont longues de 20 centimètres
à peu près et larges de 10, elles sont entières et sinuées, les
tleurs sont disposées en une panicule terminale lâche. Le calice
possède cinq dents inégales et ciliées. La corolle hypocratérimorphe est d'un vert jaunâtre à tube un peu renflé sous la
gorge et trois fois plus long que le calice. La capsule est ovale
et oblongue. Cette espèce est originaire de l'Amérique du
Sud et plus particulièrement de la République Argentine.

IIP

sec tio n .

PÉTUNIOIDES, Don.

Cette section contient des espèces qui donnent un excellent
produit : il suffira de citer le tabac de Schiraz en Perse.
Elle est susceptible de deux subdivisions, suivant que l'on a
affaire à des plantes possédant une capsule s'ouvrant par deux
ou par quatre valves.
Toutes sont caractérisées par une corolle hypocratérimorphe,
blanche ou rosée à tube subcylindrique et à lobes formés par
des segments obtus ou acuminés. Ce sont des herbes velues.
Les fleurs sont disposées en panicule ou en cyme terminale.
(a) Sous-section : Capsules à deux valves
Une espèce fixera tout d’abord notre attention :

39

N i c o t i a n a a l a t a Link. De Candolle, dans son livre sur
l’origine des plantes cultivées, établit que cette espèce est
identique au Nicotiana persica ; « La seconde espèce (il venait
« de parler du Nicotiana chinensis, Eisch) est le Nicotiana
« pcrsica Lindley, figurée dans le Botanical register (PL 1392)
« et dont les graines avaient été envoyées d'Ispahan h la
« Société d’horticulture de Londres, comme celle du meil« leur tabac cultivé en Perse, celui de Schiraz. Lindley ne
» s’est pas aperçu que c’était exactement le Nicotiana alata
« figuré trois ans auparavant par Link et Otto [Icônes. Plant.
« rar. horti Bero, pag. 63 tab. 32), d’après une plante du
« jardin de Berlin. Celle-ci provenait de graines du Brésil
« méridional envoyées par Scelo. C’est une espèce certaine« ment brésilienne, à corolle blanche fort allongée, voisine
« du Nicotiana suaveolens de la Nouvelle-Hollande. »
Dunal dans le Prodrome, tout en admettant les deux espèces
dit à la description du Nicotiana alata :SimillimaN. Persica1.
S'il en diffère, c’est par des caractères de trop minime impor­
tance pour les faire entrer en ligne de compte, surtout quand
il s'agit d une plante à culture intensive comme celle du tabac.
C’est une herbe couverte de poils glanduleux, à tige élevée
et rameuse. Les feuilles sont lancéolées, oblongues, légère­
ment ondulées, le pétiole est bordé d'une aile étroite. L in­
florescence est lâche; le calice couvert de poils est tubuleux,
à 3 divisions presque égales ; la corolle est tubuleuse, blanche,'
deux à trois fois plus longue que le calice. Les étamines sont
presque aussi longues que le tube corollaire, inégales et sou­
dées au tube jusqu'en son milieu, le style est presque exserte,
le stigmate capitédeux à trois fois divisé. La capsule est oblongue
et la plante épanouit ses fleurs pendant la nuit. Originaire du
sud du Brésil, elle est cultivée en Perse, où elle produit un
excellent tabac.

On désigne sous le nom de T u m b a c k une sorte commerciale
de tabac qui est l'objet d’un assez grand tralic en Orient, elle
est très forte, se fume dans une pipe spéciale appelée pipe à
eau, ou narguilé, et figure toujours à un article spécial
dans les produits d’exportation de la Turquie.

�40

LE TABAC

D'après M. Biliotti, consul de Trébizonde, et M. Th. Christy,
le tumback serait produit par le X. persica. D’après M. le
professeur Hansknecht, il proviendrait au contraire du Xicotiana rusfica. M. Zanni, chimiste à Constantinople, affirme,
d’autre part, que le N. rusfica contient moins d’alcaloïde
que le X . Tabacum. Or il est certain que la variété tumback
est excessivement forte et ne peut être fumée que dans le
narguilé. Il contient, en effet, 5,8°/0 de nicotine, chiffre très
élevé, comme nous le verrons en faisant l'étude chimique du
tabac. D'autre part, l’absence de pétiole est un caractère qui
indique nettement que le tumback ne peut être une variété du
.Y. rusfica.
Il est vrai que si le tumback appartient au N. persica, cette
même variété serait capable de donner un produit excessive­
ment fort et un produit doux connu sous le nom de fïittïin.
I) après M. Wright, cette différence tient essentiellement à ce
que le tiïttün est cultivé dans les climats humides du Rescht
et les districts où l’on cultive le riz, tandis que le tumback est
cultivé dans les districts très secs où les pluies et la rosée
sont peu abondantes.
NICOTIÀNA REP ANDA Wil 1(1.
Syn. X. pan dura ta Don.
La tige est arrondie, glabre, les feuilles sont amplexicaules
en forme de spatule, ondulées, les plus jeunes sont pubescentes.
Les fleurs sont groupées en une inflorescence terminale lâche,
le calice a cinq divisions formées de dents égales dressées et
écartées. La corolle hypocratérimorphe, quatre à cinq fois plus
longue que le calice, est formée par un tube grêle en forme de
massue au sommet. La capsule est ovale, glabre, recouverte
par le calice persistant. Indigène à Cuba, cette espèce fournit
de très bons produits. Elle fut rapportée en Suisse et dans le
Palatinat par le consul Gôundi, d’où le nom vulgaire qu'on lui
donne quelquefois, tabac Goundi. Elle donne une forte récolte
et on la cultive en Allemagne sur une assez grande échelle.
On la cultive aussi à la Havane concurremment avec le
N. Doniana Don., qui fournit des feuilles recherchées pour la
couverture des cigares.

ÉTUDE BOTANIQUE

41

N. p l u m b a g i n IFOLIA Viv., existe a u Mexique et dans lile de
Cuba. C’est une plante scabre et hérissée de poils, les feuilles
sont sessiles et entières, les inférieures en forme de spa­
tule, les supérieures oblongues, lancéolées, semiamplexicaules, aiguës et ondulées; l'inflorescence est terminale. Le
calice possède cinq dents inégales enserrant une corolle hypo­
cratérimorphe à tube grêle, pubescent, presque en forme de
massue, trois fois plus long que le calice. L’extrémité du tube,
très élargie, est formée par cinq lobes ; la capsule est ovale,
glabre, aussi longue que le calice.
Nicotiana RONARiENSIs Lelim. La tige est herbacée, couverte
de poils, rameuse à la partie supérieure. Les feuilles sont
sessiles, lancéolées, aiguës, semiamplexicaules. Les supé­
rieures sont sensiblement plus petites que les inférieures qui
mesurent 15 à 20 centimètres de long. Le calice est divisé en
cinq parties, à divisions aiguës et presque égales; la corolle est
deux fois plus longue que le calice, blanche, pubescente, à
divisions ovales, obtuses.
Nicotiana a n g u s t if o l ia Ruiz et Pavo, possède des feuilles
entières, pétiolées, lancéolées et très aiguës, les supérieures
sont presque sessiles. Les fleurs sont disposées en panicule.
Les divisions du calice sont inégales et aiguës. Le tube de la
corolle, trois fois plus long que le calice, est largement dilaté
au sommet. 11 est indigène des environs de la Conception
(Chili). C’est une sorte très forte, nommée par les indigènes
Tabaco dcl diahlo.
Citons encore dans cette section, A icotiana suaveolens
Lehm. de la Nouvelle Hollande, et .Yicotiana fratjans Hook.
de l ile de pins au sud de la Nouvelle-Calédonie.

(b) Sous-section : Capsules ayant plus de deux valves.
N icotiana Ql a d r iv a l v is

Pursli. Syn .Y. multivalvis Lindl.

�I.K TAIIAC

f r r t D E BOTANIQUE

Cette espèce est cultivée sur le bord du Missouri, elle
répond une odeur de bouc très prononcée, toute la plante est
glulincuse, les feuilles sont oblongues et sessiles, pourtant
les inférieures sont pourvues d'un pétiole. Fleurs brièvement
pédonculées, éphémères. Le calice est profondément divisé,
pileux, à lobes inégaux, aeuminés; la corolle est tubuleuse,
pubesccnte, à lobes obtus, de couleur blanc bleuâtre; (die est
deux fois plus longue que le calice. Capsule subglobuleuse, à
quatre valves. Les indigènes qui habitent les bords du fleuve du
Missouri fabriquent, paraît-il, avec les fleurs desséchées, un
produit auquel ils attachent un grand prix.

indiquons sur la carte (fig. S) en les soulignant, le nom des
principaux crûs cubains L
On trouve aux Ktats-Unis une grande variété de tabacs, en
première ligne, le Kentucky, comprenant le Kentucky corsé,
le Kentucky léger et le Burley ; le Maryland auquel il con­
vient de rattacher un produit d’hybridation, le Seed-Lcaf,

42

On voil par le nombre assez considérable des espèces sus­
c e p t i b l e s de donner du tabac à fumer et par celui encore plus
grand des variétés, quelle importance on doit attacher aux
produits d'hybridation. Donner à une espèce ou à une variété
déjà acclimatée dans une région, quelques caractères d’une
autre e s p è c e possédant des qualités que le planteur doit
rechercher (finesse du parenchyme, diminution de la grosseur
d e s nervures), e s t un but que doit rechercher celui qui s’occupe
de cette importante question au point de vue économique.
T abacs em p loyés dans le s m an ufactures. — On
désigne le plus souvent, dans la pratique, les tabacs par le
nom de la contrée d’où ils proviennent. Nous nous sommes
e f f o r c é s , dans le précédent chapitre, de rapporter aux espèces
botaniques reconnues ou à des variétés, les différentes sortes
commerciales. Nous les groupons ici et nous allons les passer
en revue.
A Cuba, on cultive différents tabacs, surtout le N. Tabacum
et ses variétés ; on le connaît sous le nom de N. havanensis
llort; il existe aussi une qualité spéciale (Scmilla de Cuba
ou Tabacode olor).
Les sortes portent le nom des localités où la culture
est la plus développée, on distingue : le Yuelta de Ahnjo,
le Partido, le Jieniedios, le Mayari, le Gibara, etc. Nous

C a r t e ' d e Cléba.-/&lt;?s crûs sont s o u lig n é s

43

.

Fi n. K.

cultivé aussi en France dans les Alpes-Maritimes; le Virgi­
nie y qui est un excellent produit pour la fabrication de la
poudre; la variété du Connecticut, de grande taille, de cou­
leur claire, finement côtelé et très parfumé ; le tabac pour
cigares cultivé en Pensylvanie, plus foncé et moins délicat
que celui du Connecticut. Les feuilles du comté de Lancaster
I. \m ha do Abajo } p ang ja prov;nco (]c Pinar dol Rio.
bemi \ uelta
\
1
Partido : Dans les provinces de la Havane et de Matanzas.
Quemodos
Dans la province de Santa-Clara.
Remedios
Manicaragua
Gibara
Dans la province de Santiago de Cuba.
Mayari
Nous devons ce précieux document à l'obligeance de M. Hautefeuille, directeur de VAnnuaire des syndicats agricoles, à qui nous
sommes heureux de témoigner nos sentiments de bien vive reconnais­
sance.

�44

LE TAUAL

donnent un produit supérieur. Les feuilles de l'Ohio sont
claires à parenchyme résistant et font l’objet d’une grande
exportation. Le Wisconsin et YIllinois produisent un tabac à
feuilles petites qui se rapprochent assez du tabacde la Havane ;
enfin le right leaf est cultivé dans la partie sud de la
Virginie et de la Caroline du Nord et donne un produit très
estimé.
Dans l'Amérique du Sud, nous trouvons les variétés de
Y Uruguay et les nombreuses sortes du Paraguay, qui ont
donne les célèbres tabacs d’Alsace et du Palatinat.
En Europe, les tabacs de Hongrie, d'Ukraine, de Crimée
et d Amerforst en Hollande.
Dans l’Insulinde, le Philippin, et les diverses variétés de
Java et de Sumatra.
En Algérie, le tabac du Chéhli.
Enfin en Orient, le tabac de Chine ou tabac Hun, le Samsoun,
YAnatolie, le Latakié, le Tiintün et le Tumback.
Il serait d’ailleurs dilticile de fixer définitivement une liste.
Les races, en etret, se façonnent non seulement à la faveur des
hybridations multiples que l’on fait subir à cette plante,
mais encore sous l’influence des conditions de milieu dans les­
quelles elles se développent.
Telle variété, plantée dans des milieux différents, donnera
des produits t;galement très dissemblables au point de vue
de la manufacture. Les caractères botaniques pourront, s’ils
sont suffisamment fixés, se maintenir, mais pour le consom­
mateur, on aura affaire à deux produits différents qui pren­
dront naturellement les noms des contrées dans lesquelles
ils ont crû.
Nous avons vu qu’une classification de ce genre existait à
Cuba, et elle n'est pas irrationnelle, car le tabac compte parmi
les plantes qui subissent d’une façon remarquable les
influences, quelquefois minimes, du milieu dans lequel on le
force à se développer et des modes de culture auxquels il a
été soumis.
La plus grande partie des tabacs employés en manufacture
provient du Nicotiana Tabacum et de ses nombreuses variétés.

ÉTUDE UOTA NIQUE

45

11 nous a paru intéressant d'étudier, dans le but d’une recon­
naissance basée sur les caractères les plus saillants, les diffé­
rentes variétés exotiques et indigènes employées généralement
dans les manufactures françaises’.

TABACS D’AMÉRIQUE

Cuba (Fig. 9).

La feuille que nous représentons provient du célèbre crû de
Vuelta de Abajo et sert à confectionner les cigares
de la Havane. Le limbe est large, quelquefois plus dilaté que
celui de la figure, terminé au sommet, en une pointe obtuse
et à la base par deux larges oreilles embrassant la tige. Les
nervures sont fines, celles de la partie inférieures s’échappent
de la principale, sous un angle droit, puis se recourbent en
formant une série d’aréoles marginales. Celles du sommet,
émergent sous un angle assez ouvert. Le réseau tertiaire est
formé d’anastomoses très obliques. Le parenchyme est souple,
résistant, doux au toucher. Les feuilles que nous avons pu
examiner nous sont parvenues, conservées dans 1alcool, où
elles avaient été placées à l’état frais, elles possédaient néan­
moins une odeur douce et suave.
La forme générale, le grand développement des oreilles, la
disposition des nervures secondaires et tertiaires, enfin
l'arôme font aisément distinguer cette sorte.
Maryland (Fig. I&lt;&gt; .
Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Xcrvation. Feuilles longues, grandes, régulière1. La majorité des sortes que nous décrivons proviennent de l’entre­
pôt des tabacs de Marseille ; nous les devons à l'obligeance de M. Rietsch,
directeur de la manufacture. Les variétés cubaines nous ont été envoyées
dos crûs mêmes par M. llautefeuille.

�47

LM TA1IAC

ÉTUDE BOTANIQUE

ment ovales, base aurieulée. Nervures assez nombreuses.
Angle d’émergence à peu près régulier dans toute la feuille.
Parenchyme. Souple, fin et résistant, parsemé de taches
vertes plus ou moins nombreuses.

Combustibilité. Excellente ; la feuille présentant un point
en ignition, fuse comme le ferait du papier nitré.
Cendre s 1. Noirâtres.

46

Seed Leaf Maryland bâtard (Fig. 11).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme.
Nervation. Feuilles grandes, régulièrement
ovales, lancéolées, rappelant celles du Maryland, mais géné­
ralement un peu plus allongées, base légèrement étranglée,
terminée par deux oreilles, nervures secondaires très fines,
assez espacées, émergeant toutes de la principale sous un angle
identique, assez ouvert, et se réunissant à la marge en for­
mant une série d'arceaux. Réseau tertiaire assez visible.
Parenchyme 1. Très fin, très résistant, donnant au toucher,
quand il est humide, la sensation de peau de gant.
Couleur. Claire, légèrement rougeâtre, un peu plus foncée
sur la face supérieure que sur la face inférieure.
Rapport des nervures 3.

Fig. 9. — Feuille de Cuba.

Fig. 10. — Feuille de Maryland.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Dimensions v nies de la feuille dessinée:

Longueur : 0 “ 46.
Largeur : 0 11128.

Longueur : 0 m62.
Largeur : 0 m27.

Couleur. Jaune clair, légèrement rougeâtre, identique sur
les deux faces.
Rapport des nervures.

9

—

Odeur'. Douce, agréable et franche.
1. Nous aurions volontiers négligé ces indications toutes subjectives,
si l'usage presque général du tabac n'avait fait apprécier à chacun ce que

l'on entend par tabac doux, fort, âcre, etc. Ces données, quoique d'une
importance minime, et toute relative, pourront néanmoins être utiles
dans quelques cas.
1. Pour que les indications données sous celle rubrique aient une
portée, il faut que nous indiquions la marche que nous avons suivie pour
incinérer les échantillons sur lesquels nous avons fait porter nos recherches.
Quelques fragments de feuilles de tabac parfaitement desséchées sont
incinérés dans une capsule de platine à l’air libre, en faisant attention
de ne pas laisser enflammer la masse. La couleur est notée au moment
où toute la matière organique a été brûlée, c'est-à-dire quand la portion
mise en expérience ne dégage plus 'de fumée. Si l'incinération était
poussée plus loin au moyen d'un bec de Bunsen, toutes les cendres devien­
draient blanches et se volatiliseraient en partie. Il est donc absolument
nécessaire d'apprécier la couleur et la consistance des cendres au
moment indiqué.
2. Toutes les indications qui sont ici relatées ne sont applicables qu aux
tabacs séchés et ayant fermenté, c’est-à-dire tels qu'ils se présentent à
l'arrivée à la manufacture, sauf pour les variétés de Cuba qui nous sont
parvenues à l’état frais.
3. 11 convient d’expliquer ce que nous entendons par Rapport de*
nervures.
Le chiffre porté au numérateur de la fraction indique en demi-milli-

«

�48

Odeur. Franche, mais irritant fortement lu gorge et le nez.
Combustion. Très mauvaise. (Les feuilles que nous avons
examinées proviennent des Alpes-Maritimes. Nous verrons,
d’autre part que le sol influe d'une façon considérable sur ce
caractère.)
Cendres. Très compactes, conservant la forme du paren­
chyme, noires avec reflets bleuâtres.
mètres le diamètre de la nervure médiane, celui porté au dénominateur,
le diamètre, également exprimé en demi-millimètres, d'une nervure
secondaire, mesurée d’après des règles fixes que nous exposons plus
bas. Ce rapport est assez important à considérer, car, assez constant
dans les feuilles normales d'une même variété, il indique d’une manière
assez précise ce que l'on se contente trop souvent de nommer par le
terme vague de nervures grosses ou petites. Il est, semble-t-il, plus
intéressant de donner les mensurations aussi exactes que possible ; en
même temps qu'elles fixent l'esprit, elles fournissent une donnée
importante qui vient utilement corroborer les autres caractères.
Le mode opératoire que nous avons adopté est le suivant.
Les chiffres expriment le diamètre d’une coupe effectuée à vingt cen­
timètres de la base pour la nervure médiane. (Dans quelques feuilles de
petite dimension, cette section est pratiquée au milieu du limbe). Pour
les nervures secondaires on choisit celle qui est la plus rapprochée du
point sectionné sur la nervure médiane et on mesure le diamètre à
2 centimètres de celle-ci. Pour le mesurer, on effectue une coupe assez
mince à main levée avec un bon rasoir. Il faut toutefois que la coupe
présente une consistance relative, afin que les tissus puissent, sans se
désagréger, subir l'action de la potasse.
On plonge, en elîet, la coupe pendant quelques instants dans une solu­
tion chaude de potasse à 4 ° 0. Sous l’influence de ce réactif, les tissus
se gonflent et reprennent à j&gt;eu près leurs dimensions primitives. Il ne
faut point oublier, en effet, que les tissus des feuilles de tabac ayant
subi une fermentation sonl fortement rétractés et qu'ils ne reprennent
que difficilement, et sous l'influence de la potasse, leur forme primitive.
Les chiffres que nous donnons n’ont de valeur, bien entendu, «pie si on
opère dans des conditions analogues. Néanmoins les indications «pie nous
avons obtenues nous paraissent susceptibles de fournir de précieux ren­
seignements pour la différentiation des diverses sortes de tabac prépa­
rés, parfois difficiles à distinguer.
Quand les nervures présentent une section sensiblement circulaire,
nous n’indiquons qu'un chiffre, qui est celui du diamètre pris dans le
plan du limbe de la feuille. Nous avons placé, à côté, la mesure du dia­
mètre pris dans le plan perpendiculaire du limbe, quand la section est
ellipsoïdale.
Il convient de faire remarquer que Je diamètre étant à la circonfé­
rence comme I est à 3.1416 une petite augmentation de celui-ci indique
un notable changement de celle-là.

49

ÉTUDE BOTANIQUE

LF TABAC

Kentucky léger

Emploi. Tabac h fumer.
Forme. Nervation. La feuille est large, de forme bien parti-

Feuille de Seed leaf.

Feuille de Kentucky corsé.

Dimension? vraies
de la feuille dessinée :

Dimensions vraies
de la feuille dessinée :

Longueur : 0 m62.
Largeur : 0 m22.

Longueur : 0 m 41.
Largeur : 0 m21.

culière. Le sommet est très régulièrement atténué en pointe.
Le limbe croît en largeur jusqu'à la moitié inférieure de la
Le

Tabac.

.(

I

�50

LE TA»AC

ÉTUDE BOTANIQUE

feuille, puis se rétrécit brusquement et se termine par deux
oreilles.
Les nervures sont nombreuses, émergent â la base sous
un angle droit et au sommet sous un angle plus ou moins aigu.
Parenchyme. Souple, résistant, un peu rugueux.
Couleur. Brune, un peu plus foncée sur la face supérieure.

Les nervures émergent de la principale, sous un angle d’au­
tant plus droit qu’on se rapproche plus du point d'insertion
de la feuille, mais sont moins nombreuses que dans les autres
variétés de Kentucky.

Rapport des nervures

51

I Plan de la feuille —y—
.^
| Plan perpendiculaire —^ —

Odeur. De tabac à fumer, assez piquante et légèrement
âcre.
Combustibilité. Médiocre.
Cendres. Grises.

Kentucky corsé (Fig. 1*2).

Emploi. Tabac à mâcher.
Forme. Nervation. Analogues à celles du Kentucky léger.
Parenchyme. Un peu rugueux.
„ .
i face supérieure, cachou foncé.
Couleur &lt;
. * .
. .
( — intérieure,
—
clair.
Rapport de nervures. Analogue à celui de la sorte légère.
Odeur. Franche, mais très piquante.
Combustibilité. Médiocre.
Cendres. Grisâtres, assez friables.

Kentucky Burley (Fig. 13).

Emploi. Tabac â fumer.
Forme. Nervation. Même forme générale que le Kentucky;
sommet terminé par une pointe plus allongée ; limbe beaucoup
moins renflé à la base.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : Um54.
Largeur : 0 m22.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 m66.
Largeur : 0 m33.

Parenchyme. Résistant, et excessivement souple, parfois
parsemé de petites taches jaune clair.
Couleur. Claire, identique sur les deux faces.
D
,
Il
Rapport des nervures. —-,—

�LE TABAC

Odeur. Franche, agréable, mais piquante.
Combustibilité. Médiocre.
Cendres. Marbrées, résistantes, eu égard à la finesse du
parenchyme.

53

ÉTUDE BOTANIQUE

sommet et à la base, limbe terminé inférieurement par deux
petites oreilles. De la nervure primaire, s’échappe sous un

Ohio (Fig. I i).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Feuilles très grandes, très larges, cer­
taines presque orbiculaires, mais terminées au sommet par une
pointe aiguë. Le limbe présente à la base une constriction
assez brusque, puis se dilate en deux oreilles.
Nervures secondaires assez nombreuses s'échappant de la
principale sous un angle très ouvert et se réunissant à la
marge en formant de larges arcs de cercle. Réseau tertiaire
courant d'une nervure à l'autre et ne dessinant que rarement
des espaces pentagonaux.
Parenchyme. Très souple et résistant.
Couleur. Jaune clair, avec plaques brun rouge et jaune
verdâtre.
,
IG
Rapport des nervures. — —
Odeur. Agréable, légère, rappelant vaguement celle du bois
de santal.
Combustibilité. Très bonne.
Cendres. Grises avec taches noirâtres conservant assez bien
la texture du parenchyme.
F ig.

15. — Feuille

de

Virginie.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Virginie (Fig. 15j.

Emploi. Tabac à priser et à mâcher.
Forme. Nervation. Forme ovale, régulièrement atténuée au

Longueur : 0 m65.
Largeur : Üm26.

F ig .

16. — Feuille

de

Brésil.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 m41.
Largeur : 0 m 17.

angle aigu, un assez grand nombre de nervures secondaires,
(jui sont plus rapprochées à la base qu’au sommet. Elles sont
droites, ascendantes et se réunissent à la marge en formant

�U

LE TABAC

une série d’aréoles. Le réseau tertiaire, difficilement visible est
formé par une série d’anastomoses réunissant les nervures
secondaires et par d’autres plus fines qui leur sont parallèles.
Parenchyme. Gommeux, généralement abîmé, peu résis­
tant, rugueux au toucher.
Couleur. Brun foncé avec plaques noirâtres.
Rapport des nervures.
Odeur. Forte, âcre.
Combustibilité. Très médiocre.
Cendres. Brun noir, compactes, conservant la forme du
tissu.

Brésil (Fig. 16).

Emploi. Tabac à fumer (Cie/ares à 0 fr. JO).
Forme. Nervation. Forme ovale, lancéolée, limbe terminé
au sommet en une pointe obtuse. Le plus grand diamètre est
situé à peu près vers le milieu de la feuille. La base, réguliè­
rement atténuée, ne présente qu'un faible étranglement et se
termine par deux grandes oreilles qui entourent la tige. Les
nervures secondaires sont fines, très espacées et émergent de
la principale sous un angle très ouvert dans la portion supé­
rieure, droit dans la portion inférieure.
Parenchyme. Souple et très tin.
Couleur. Brun clair, rougeâtre sur la face supérieure.
Rapport des nervures.
Odeur. Agréable, pipéracée.
Combustibilité. Bonne.
Cendres. Gris très foncé.

ÉTUDE BOTANIQUE

A S I K ET EUROPE

Anatolie (Fig. 17).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Les feuilles de cette sorte sont petites.
Le limbe a la forme d'une lancette assez pointue au sommet,
le plus grand diamètre étant situé
dans la moitié inférieure, faiblement
auriculé à la base. Il est parcouru
par une nervure médiane de moyenne
grosseur, de laquelle partent des ner­
vures secondaires très fines, leur
angle d’émergence, droit dans la partie
inférieure, devient aigu à mesure que
l'on se rapproche du sommet. La réu­
nion à la marge s’effectue par une
série d'arceaux assez éloignés du
bord. Le réseau veineux diffère dans
la portion inférieure et dans la por­
tion supérieure du limbe. Dans cellelà, il est formé par un réseau de
fines nervures parallèles entre elles
F i g . 17.
et la nervure principale ; dans celleFeuille
d'Anatolie.
ci, le réseau est formé par des ner­
Dimensions vraies
vures de troisième ordre s'échappant
de la feuille dessinée :
Longueur : 0 “ 18.
sous un angle aigu de la secondaire
Largeur : 0 m9.
supérieure, pour aboutir à 1 infé­
rieure sous un angle presque droit ; ces nervilles sont en
outre sensiblement plus fortes que celles du bas de la feuille
et présentent leur concavité tournée du coté de la nervure
médiane.

�56

I.E TABAC

Parenchyme. Souple mince, mais un peu rugueux.
Couleur. Généralement verdâtre au milieu de la feuille,
rougeâtre sur les bords.
„
,
4
linpporl de nervures. ——

ÉTUDE BOTANIQUE

57

mètre maximum situé au milieu du limbe, régulièrement
ovales, se terminant au sommet par une pointe obtuse et se
rétrécissant légèrement à la base. Les oreilles basilaires sont
de petite dimension. Les nervures de tous ordres sont fines,

Odeur. Douce et agréable.
Combustibilité. Très bonne.
Cendres. Grisâtres.

Samsoun (Fig. 18).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Feuilles petites, ovales, fortement ren­
flées à la base. Le limbe se rétrécit brusquement et borde la
nervure principale d'une aile très étroite, puis sedilateà nouveau
en deux petites oreilles. Les nervures secondaires sont régu­
lièrement espacées. Celles de la base s'échappent de la prin­
cipale sous un angle droit qui se ferme à mesure que l’on se
rapproche du sommet; leur réunion à la marge s ’opère par
une sérié d'arceaux: le réseau tertiaire est formé de fines nervilles courant d’une nervure à l'autre.
Parenchyme. Fin.
Couleur. Jaune clair, uniforme sur les deux faces.
Odeur. Faible, ne rappelant que très vaguement celle du
tabac.
Combustibilité. lionne.
Cendres. Blanches.

Fie. 18. — Feuille de Samsoun.
Dimensions vraies de la feoille dessinée :

Longueur : 0 m245.
Largeur : 0 m13.

Java (Fig. 19).

Emploi. Tabac à fumer [robes de cigares).
Forme. Nervation. Feuilles de grandeur moyenne, à dia-

les secondaires de la base présentent une courbure dont la
concavité est tournée vers le point d insertion de la feuille ;
leur angle d'émergence est d'autant plus ouvert qu’on se rap­
proche davantage du bas de la feuille; la réunion à la marge
s’opère toujours par dichotomie des nervures secondaires qui
enserrent un réseau tertiaire normal.

�r&gt;8

I.K TA P AC

ÉTUDE BOTANIQUE

:;9

Parenchyme. Fin, souple, très résistant.
Couleur. Brun clair, tirant légèrement sur le rouge.
Rapport des nervures, —y

Ukraine (Fig. '20 .

Emploi. Tabac h fumer. (Scaferlati de cantine.)
Forme. Nervation. Les feuilles sont pétiolées. Le limbe, de

F i g . 19. — t e u i l l e d e

Java.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 “ 305. Largeur : 0 20.

F ig . 20. — F e u i ll e

d'Ukraine.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Odeur. Agréable sans âcreté.
Combustibilité. Assez bonne.
Cendres. Grises très légères présentant de petites élevures
blanches.

L o n g u e u r : 0 m 36. L a r g e u r : 0 m 23.

forme orliiculnire, n'est point décurrent sur le pétiole et ne
présente pas de pointe à la partie supérieure. Les nervures
secondaires assez rapprochées i. la base s’espacent de plus en
plus il mesure que l’on se rapproche du sommet : leur angle

�GO

LE

TA II AC

d'émergence devient aussi de plus en plus aigu. Le réseau
secondaire présente de nombreuses nervures incomplètes
s’échappant de la nervure principale sous un angle très ouvert
et s'anastomosant avec le réseau tertiaire formé de grandes
mailles irrégulièrement pentagonales. Les nervures qui avoi­
sinent la nervure primaire s'échappent de même sous un angle
très ouvert.
Parenchyme. Raide, gommeux, h odeur de cuir.
Couleur. Brun verdâtre.
12

Rapport des nervures. —T—
Odeur. Peu âcre, mais rappelant plutôt celle de l’herbe brû­
lée que l’odeur caractéristique du tabac.
Combustiblité. Bonne.
Cendres. Grises, légères.

TABACS D'ALGÉRIE

Algérie (Fig. *21).
Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Les feuilles sont généralement étroites,
de forme ovale, lancéolée. Le limbe, atténué â la base, se ter­
mine par deux oreilles. Les nervures secondaires sont espa­
cées et émergent de la principale sous un angle assez ouvert.
Parenchyme. Souple.
Couleur. Jaune clair tirant sur le vert.
10
Plan de la feuille
T r
Rapport des nervures.
( Plan perpendiculaire ——
Odeur. Ne rappelant que peu celle du tabac, âcre et assez
irritante.
Combustibilité. Mauvaise.
Cendres. Noires.

F i g . 21.

— Feuille d'Algérie.

Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 m41.
Largeur : 0 m 16.

F ig.

22. — Feuille du Loi.

Dimensions vraies de la feuille dessinée

Longueur : 0 m64.
Largeur : 0 m23.

tucky. Le limbe, prolongé au sommet en une longue pointe,
présente à la base une forte constriction terminée par deux

�02

03

LE TABAC

ÉTUDE BOTANIQUE

oreilles. Les nervures secondaires, assez nombreuses, émergent
de la principale sous un angle droit dans la moitié inférieure
du limbe, cet angle devient de plus en plus aigu à mesure que
Ton se rapproche du sommet.
Parenchyme. Rugueux, assez grossier.
Couleur. Uniforme, brun foncé sur la face supérieure, plus
clair sur la face inférieure.
„
,
12
Happort des nervures. ,. 0,0
Odeur. Franche, très acre et très forte.
Combustibilité. Médiocre.
Cendres. Très légèrement grisâtres.

le limbe ne présente pas de constriction à la base ; chez cer­
taines. il forme une large aile bordant la nervure principale,
chez d’autres, il s’atténue sensiblement en forme de coin; chez

Lot-et-Garonne (Paraguay) (Fig. 23).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Forme très régulièrement ovale, le plus
grand diamètre situé au milieu du limbe, la base rétrécie est
pourvue de deux fortes oreilles; nervures secondaires espa­
cées, s'échappant sous un angle aigu assez constant.
Parenchyme. Assez coriace, légèrement âpre au toucher
avec reflets soyeux.
Couleur. Face supérieure, brun foncé ; face inférieure, brun
plus clair.
„
11
Rapport des nervures. —-,—
Odeur. Franche et agréable.
Combustibilité. Bonne.
Cendres. Noirâtres, légèrement piquetées de blanc.

F i g . 23.

Feuille de Lot-et-Garonne
Paraguay.
Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 raS4.
Largeur : 0 “ 23.

Lot-et-Garonne (Auriac) (Fig. 24).

Emploi. Cigares, scaferlati, tabac à priser.
Forme. Nervation. Feuilles longues, étroites, lancéolées,

F ig. 24.
Feuille de Lot-et-Garonne
Auriac.
Dimensions vraies de la feuille dessinee

Longueur : 0 m 49.
Largeur : 0 m14.

ces dernières, les deux premières paires de nervures secon­
daires s’échappent sous un angle ouvert, alors que dans les
autres, l’angle d’ouverture est moyen sur tout le parcours. Le
réseau tertiaire est lâche et peu visible (à cause de l'épaisseur
du parenchyme).

�64

LE TAMAC

Parenchyme. Légèrement cartacé, un peu rugueux.
Couleur. Uniforme, brun foncé, un peu plus claire sur la
face inférieure.
r&gt;
, nervures. —
11
Rapport
des
—

ÉTUDE nOTAMQUE

65

longuement atténuées au sommet en une pointe aiguë ; le
limbe présente une constriction à la base, et se termine par

Odeur. Très agréable et franche.
Cornbustion. Mauvaise.
Cendres. Noirâtres très compactes.

Gironde (Fig. *23).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Feuilles très larges, régulièrement ovales
ne présentant pas de constriction à la base qui est fortement
auriculée. Le sommet se termine par une pointe relativement
obtuse.
Les nervures secondaires sont régulièrement espacées et
émergent sous un angle moyennement ouvert, identique sur
tout le parcours. Le réseau tertiaire fin, mais parfaitement
visible, est composé de nervilles courant d ’une nervure à
l’autre et circonscrivant des espaces irréguliers, pentagonaux.
Parenchyme. Souple, assez fin, avec reflets soyeux.
Couleur. Uniforme, brune, plus foncée sur la face supé­
rieure que sur la face inférieure.
Rapport des nervures. ~ y ~
Odeur. Franche de tabac à fumer, mais piquante.
Combustion. Bonne.
Cendres. Grises.

F i g . 2b.

Feuille de Gironde.
Dimension* vraies de la feuille dessinoe :

Longueur : 0 m64
Largeur : 0 m32

Ille-et-Vilaine (Fig. 26).

Emploi. Tabac à priser et à mâcher.
Forme. Nervation. Feuilles grandes, ovales, très allongées,

Feuille iYllle-et- Vilaine.
Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 m63.
Largeur : 0 m22.

deux larges oreilles. Les nervures secondaires s’échappent de
la principale sous un angle très ouvert, puis se recourbent
brusquement et courent obliquement à la marge. Elles sont
assez espacées et alternent souvent avec des nervures incomLe Tabac.

�GG

LE TABAC

plètes, s’anastomosant avec les nervures tertiaires qui sont
peu apparentes.
Parenchyme. Assez coriace, rude au toucher.
Couleur. Brun foncé.
Rapport des nervures.

j*
4
Odeur. Désagréable, très irritante.
Combustibilité. Très mauvaise.
Cendres. Noires, très compactes.

67

ETUDE BOTANIQUE

Haute-Savoie (Fig. 28).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Originaire du Paraguay. Feuilles ovales,

Nord (Fig. *27).

Emploi. Tabac à priser et à mâcher.
Forme. Nervation. Grandes feuilles. Le limbe se termine au
sommet par une pointe très longue, il s’atténue â la base gra­
duellement et très longuement sur la nervure médiane qui est
très forte. Le plus grand diamètre est situé au milieu du
limbe. Les nervures secondaires, fortes et serrées, s’échappent
de la principale sous un angle très ferm é, qui est d'autant plus
aigu qu'on se rapproche davantage delà base de la feuille ; leur
disposition est tout à fait caractéristique. Le réseau tertiaire
très lâche est noyé dans l’épaisseur du parenchyme. La variété
cultivée dans le Nord se rapporte au type du philippin.
Parenchyme. Epais, rugueux au toucher.
Couleur. Brun rougeâtre, foncé sur la face supérieure, ver­
dâtre avec plaques rouges sur la face inférieure.
Rapport des nervures. —^ Odeur. Assez agréable, quand la fumée est excessivement
diluée.
Combustibilité. Assez bonne.
Cendres. Noires, très compactes.

F ig. 27.
Feuille du Nord.
Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 m03.
Largeur : 0 m31.

F i g . 28.
Feuille de la Haute-Savoie
Dimensions vraies de la feuille dessinée :

Longueur : 0 m55.
Largeur : 0 m22.

régulières ; le plus grand diamètre est situé dans la moitié

�ÉTUDE BOTANIQUE

inférieure du limbe qui est fortement auriculé à la base. Les
nervures secondaires émergent de la principale sous un angle
d'autant plus droit, qu'on se
rapproche plus de la base de
la feuille.
Parenchyme. Souple et résis­
tant.
Couleur. Brun rougeâtre sur
la face supérieure, légèrement
verdâtre sur la face inférieure.
9
Rapport des nervures, - y
Odeur. Assez agréable, faible,
rappelant un peu celle du papier
brûlé.
Combustibilité. Bonne.
Cendres. Blanches.

Isère (Fig. 29).

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Feuilles
grandes, ovales, régulièrement
F ig. 29.
atténuées au sommet et à la
Feuille de l'Isère.
base, nervation normale avec
Dimension* vraies de la feuille dessinée
réseau
tertiaire très fin.
Longueur : 0 m57.
Largeur : 0 m23.
Parenchyme. Souple et assez
résistant, satiné.
Couleur. Brune, un peu plus claire sur la face inférieure.
Rapport des nervures. ■■)
4, o
Odeur. Agréable et franche.
Combustion. Bonne.
Cendres. Noirâtres.

69

Vaucluse.

Emploi. Tabac à fumer.
Forme. Nervation. Même forme que les feuilles de Gironde
(Fig. 25). Le plus grand diamètre est situé au milieu du limbe.
Les nervures sont plus fortes, plus espacées et s’échappent
sous un angle plus ouvert.
Parenchyme. Assez grossier, rugueux et peu résistant.
Couleur. Brune, à peu près identique sur les deux faces.
14,5
Rapport des nervures. —jd—
Odeur. Franche et agréable.
Com bus t ion. Mauvaise.
Cendres. Compactes, noires, à reflets bleuâtres et à élevures
blanches.

O rigine et d isp ersion g éograp h iq u e. — Le tabac
est û l’heure actuelle répandu sur toute la surface du globe,
sauf dans les pays de la zone froide. Il est cultivé depuis les
pays septentrionaux comme la Hollande, jusque sous l'équa­
teur ; au sud, on le retrouve au cap de Bonne-Espérance, dans
toute l'Amérique du Sud et en Australie.
Indiquer, comme le font certains auteurs, la contrée où telle
espèce est cultivée, est suffisant au point de vue pratique,
mais il est aussi intéressant de connaître, autant que faire se
peut, sa patrie d’origine, en un mot, si le tabac qui, en trois
siècles, s’est répandu dans le monde entier au point d’être
fumé, prisé ou mâché par plus de cinq cent millions d hommes,
existait en Europe et en Asie avant le milieu du xvie siècle,
ou, si les espèces aujourd’hui universellement cultivées,
sont toutes originaires de l’Amérique, d'où l'usage de fumer
la plante sèche provient d’une manière absolument certaine.
D’après l’opinion de Bâillon, le genre renferme une tren-

�70

LE

TABAC

ÉTDDE BOTANIQUE

taine d'espèces originaires de l’Asie, de 1 Océanie, et surtout
de l’Amérique chaude et extratropicale.
Dunal, dans le Prodrome, sur l'autoritéd’Alph. deCandolle,
lui assigne une origine américaine. « Species râpeuses et asia(( ticæ vero similiter omnes cultæ aut introductæ. » Et à pro­
pos du Nicotiana rustica, qu’il dit être cultivé en Europe, en
Asie, en Afrique et en Amérique, il affirme qu’il est certaine­
ment de l’Amérique et vraisemblablement du Mexique, mais
que personnelle l'y a vu il l’état spontané.
0. Drude dit que le A. Tabacum est une plante qui habite
l'Amérique tropicale et qui est représentée aux Antilles par
des formes sauvages, mais il ne se prononce pas sur la question
d’origine.
Quant ii Grisebacli, il estime que le tabac est naturalisé aux
Antilles, mais que sa patrie primitive est inconnue.
En face de ces assertions émises par des auteurs aussi com­
pétents, il paraît difficile d’arriver il une solution, surtout ayant
affaire à une plante soumise à une culture intensive depuis
trois siècles.
Néanmoins on peut, en examinant la question au point de
vue de l'histoire et de la linguistique, être amené ù des
conclusions, sinon absolument certaines, du moins très
satisfaisantes pour l'esprit. Nous empruntons les documents
de cette étude à Alphonse de Candolle qui a traité la
question des origines du tabac d’une manière très 'détail­
lée *.
D’après les récits des premiers voyageurs, recueillis par
Tiedemann, on peut conclure que le tabac fut importé par les
Espagnols, en Uruguay, à la Plata et au Paraguay ; tandis que
l’usage de fumer paraît être très ancien dans le Mexique et
dans l’Amérique du Nord en général, puisqu'on a retrouvé
dans les tombeaux des Atztecs au Mexique et dans les mounds
des Etats-Unis, des pipes dont M. de Nadaillac a donné les
figures 2.
•

1. Alph. do Candolle. Origine des plantes cultivées. — Géographie
botanique raisonnée, tome II.
2. De Nadaillac, Les premiers hommes et les temps préhistoriques.

7

Il est bien incontestable, d’après les données des premiers
explorateurs, que le N icotiana Tabacum avait, comme patrie,
l’Amérique centrale, et l’opinion de Martius est qu’il n’est pas
indigène au Brésil où les habitants fumaient le N icotiana
Lariffsclorfii.
« Lorsque j ’ai examiné la question d’origine en 1855, dit
« Alphonse de Candolle, je n’avais pu connaître d’autres
« échantillons de N. Tabacum paraissant spontanés que ceux
a envoyés par Blanchet de la province de Bahia, sous le
« numéro 5223 a. Aucun auteur, avant ou après cette époque,
« n’a été plus heureux et je vois que MM. Flükiger et Ilan« bury, dans leur excellent ouvrage sur les drogues d'origine
« végétale, disent positivement : « Le tabac commun est ori« ginaire du Nouveau-Monde, et cependant on ne l’y trouve
« pas aujourd’hui à l’état sauvage. » J ’oserai contredire cette
(( assertion, quoique la qualité de la plante spontanée soit tou« jours contestable quand il s’agit d'une espèce aussi facile à
« répandre hors des plantations.
« Je dirai d’abord qu’on rencontre dans les herbiers beau« coup d’échantillons récoltés au Pérou, sans indication qu’ils
« fussent cultivés ou voisins des cultures. L’herbier de
« M. Boissier en contient deux, de Pavon, venant de localités
« différentes. Pavon dit dans sa Flore (vol. 2, page lti), que
« l’espèce croît dans les forêts humides et chaudes des
« Andes péruviennes, et qu’on la cultive. Mais, ce qui est
« plus significatif, M. Edouard André a recueilli dans la Répu« blique de l’Equateur, à Saint-Nicolas, sur la pente occiden« taie du volcan Corazon, dans une forêt vierge loin de toute
« habitation, des échantillons, qu'il a bien voulu me coniniu(( niquer, et qui sont évidemment le A . Tabacum, à taille
« élevée (2 à 3 mètres) et h feuilles supérieures étroites, lon« guenient acuminées, comme on les voit dans les planches
« de Havne et de Miller. Les feuilles inférieures manquent.
« La fleur qui donne les vrais caractères de l'espèce est certai« nement celle du Nicotiana Tabacum, et il est bien connu que
« cette plante varie dans les cultures sous le rapport de la
« taille et de la largeur des feuilles.

�72

LE TABAC

« La patrie primitive s’étendait-elle au nord jusqu’au
« Mexique, au midi vers la Bolivie, et à l'est dans le Véné« zuéla? C est très possible. »
Au sujet du A*. rustica L., les auteurs sont aussi peu pré­
cis, et quoique tous concordent pour lui assigner l’Amérique
comme berceau, on hésite sur le lieu précis, et on peut allirmer seulement que les probabilités sont en faveur d’une ori­
gine mexicaine ou californienne.
Enfin en se basant sur l'histoire et sur des données très
savantes de linguistique, Alph. de Candolle conclut qu’il
n’existe point d’espèces asiatiques de tabac, et qu elles sont
toutes d'Amérique, excepté A. suaveolens de la Nouvelle-Hol­
lande et A. fragrans de 1île des Pins au sud de la NouvelleCalédonie.
Mais toute cette argumentation présente, quoi qu’il en soit,
un coté faible. Il est incontestable que l'usage de fumer le
tabac a été apporté en Asie par les Européens, qui le tenaient
eux-mêmes des peuplades d'Amérique ; mais au point de vue
de l'origine botanique, c'est une question qui reste encore
très douteuse, et les récits de Rumphius présentent à ce sujet
des assertions qui semblent indiquer le contraire. Du reste,
admettre pour certaines espèces une origine océanienne, c’est
aussi admettre la possibilité d'une origine asiatique et on doit
dès lors tenir compte du dire des auteurs qui penchent dans
ce sens.
Plante herbacée, le tabac a pu passer inaperçu aux yeux des
orientaux qui l’ont figuré seulement au moment où on leur
en a appris l’usage; ignorance d’autant plus justifiée qu’ils
possédaient des narcotiques d’une puissance incomparablement
plus grande.

CHAPITRE
ÉTUDE

III

CHIMIQUE

G énéralités. — La connaissance des principes minéraux qui
concourent à la constitution des plantes est d une utilité
réelle pour la culture rationnelle des végétaux. Donner de la
chaux à un organisme qui fixe la potasse, ou négliger de lui
fournir de l'acide phosphorique, si les phosphates entrent pour
une grande part dans la constitution de ses différents tissus,
serait, pour l’agriculteur, aller au-devant d une perte certaine.
L’étude chimique est donc un chapitre indispensable de l’histoire des produits végétaux, car le choix judicieux des engrais
dans une culture est lié d’une façon très intime à l’étude chi­
mique des différents produits que l’on demande au sol.
Ces considérations trouvent toute leur force dans la culture
du tabac; car non seulement, il faudra redonner à la terre,
sous forme d’engrais appropriés, la totalité des sels
qu’aura enlevés la récolte, afin de pas voir, au bout d’un laps
de temps qui serait très court, la terre s’épuiser ; mais encore
faire un choix des différents sels qu’on devra incorporer au ter­
rain. Il ne suffit pas en effet de donner de la potasse au tabac
sous quelque forme que ce soit ; tous les sels de cette base ne
sont pas équivalents, et cela, d’autant plus que le planteur a,
non seulement dans la culture de ce produit, à se préoccuper
de s’assurer une récolte maximum en quantité, mais encore
qu’il doit songer ù se l’assurer de qualité supérieure. Il devra
avant tout obtenir un produit combustible et d un arôme
agréable.
On voit ainsi toute l’importance qu’il convient d’attacher à
cette étude. Celui qui entreprendrait cette culture, sans en

�74

LE TABAC

ÉTUDE CHIMIQUE

tenir un grand compte, risquerait fort de courir à une perte
inéluctable.
En un mot, si l’étude des différentes espèces botaniques et
de leur patrie d’origine, indique au planteur le choix qu'il doit
faire des variétés pour un climat donné, l'étude chimique du
produit lui enseignera à connaître le sol sur lequel il devra
établir sa culture, les éléments minéraux et la quantité qu’il
devra lui fournir, pour obtenir un produit abondant et supé­
rieur.
L'étude chimique intéresse aussi au plus haut point le fabri­
cant ; il faudra qu’à la réception du tabac, il puisse en appré­
cier les qualités et classer d’après leur force, c’est-à-dire
d’après leur teneur en nicotine, les différentes variétés.
Telle sera excellente pour la fabrication de la poudre, et ne
vaudra rien pour la confection du scaferlati, d’autres pour­
ront entrer au contraire en une faible proportion dans la
composition du tabac à fumer et ainsi de suite. Mais là ne
s'arrêtent point les connaissances techniques du manufactu­
rier. Si, en réalité, l'empirisme et une longue pratique sont
de puissants auxiliaires, la science est un maître sûr. Telle
opération que l’habitude a enseignée, peut être déduite de l’ex­
périence scientifique, et il est très utile que l’on connaisse la
théorie des différentes transformations qui se passent dans le
produit.
Cette étude est celle des fermentations multiples qui
s'opèrent dans les manufactures. Fermentations qui éliminent
certains composés dangereux, tels que la nicotine, et en
développent certains autres mal définis ou encore peu connus,
dont la résultante donne au tabac l’arome si caractéristique
des diverses sortes et est fonction jusqu’à un certain point, de
la qualité du produit.

valeur, car il ne faut pas oublier que le planteur doit avant
tout livrer des feuilles le plus intactes possible. Or les tissus
végétaux qui renferment une certaine proportion d’eau sont
souples; au-dessous d'un certain minimum, ils deviennent
friables et les feuilles ne peuvent plus être maniées qu’avec
une extrême précaution.
Le tabac contenant moins de 0 °/0 d'eau est cassant, par
conséquent on devra éviter de le trop dessécher. Grâce à
leur propriété hygrométrique, les tissus absorbent facilement
la vapeur d’eau contenue dans l'air et se ramollissent facile­
ment ; mais d’autre part cette faculté devient un obstacle à la
dessiccation, dans les pays tropicaux, où l’air est presque
constamment saturé d’humidité; il faudra alors employer cer­
tains artifices (tels que ventilation rationnelle, feux) pour opé­
rer le séchage du produit.

Propriétés hygrom étriques. — Le tabac est une sub­
stance éminemment hygrométrique, c’est-à-dire que ses tissus
possèdent la propriété d’absorber l’humidité répandue dans
l’atmosphère.
Au point de vue pratique, cette observation a une grande

A n a ly s e chim ique. — De nombreux chimistes se sont
occupés de cette plante depuis le commencement du siècle.
Ce sont, pour ne citer que les plus importants : Vauquelin,
cpii découvrit la nicotine, Posselt, Reïmann, Boutron-Chalard. Ottenry, Barrai, Schlœsing, à qui l’on doit les études
les plus approfondies sur la chimie du tabac, et qui a donné
une méthode analytique pour le dosage des différents corps,
qui entrent dans la composition de cet important produit.
Quand on se propose de faire l’analyse des feuilles, une pre­
mière précaution à prendre est de prélever une certaine
quantité de produit représentant bien le type de tabac sur
lequel on veut expérimenter, le dessécher, le réduire en poudre
line, et opérer sur une partie du mélange intime.
Pour le dessécher, il n’y a qu’à le soumettre pendant
deux à trois heures à une température de 100° dans une étuve
de Gay-Lussac. On pourra ainsi déterminer la quantité d’eau
d'hydratation qu'il contient. En élevant la température, on
lui fait perdre encore 2 à 3 °/0 d’eau de composition, résul­
tant du dédoublement de certains sels hydratés faisant par­
tie du contenu cellulaire. Line fois desséché et réduit en
poudre, on détermine les composés minéraux et organiques

�77

LE TAHAC

ÉTUDE CHIMIQUE

qui entrent dans sa composition, au moyen des procédés que
nous développerons plus loin.
Nous ferons connaître tout d’abord les résultats obtenus,
afin d’être tixé sur la nature des corps constituants.
Yauquelin donna en 1809,dans les Annules de chimie, l’analvse suivante des sucs du Nicotiana lafifolia :

Voici différentes analyses qui feront connaître les corps
entrant dans la composition du tabac.
M. Emile von Wolff a expérimenté sur un très grand
nombre d’échantillons ; la moyenne de ses soixante-trois ana­
lyses donne pour 100 grammes de cendres :

7K

1° Une grande quantité de matières animales de nature
albumineuse ;
2° Du malate de chaux, avec excès d’acide ;
3° De l’acide acétique ;
i° Du nitrate et du muriate de potasse en quantité notable ;
3° Une matière rouge soluble dans l'eau et dans l'alcool, et
qui se boursoufle considérablement au feu et dont je ne con­
nais pas la nature ;
0° Du muriate d’ammoniaque ;
7° Enfin un principe âcre, volatil, sans couleur, soluble dans
l'eau et dans l'alcool et qui paraît être différent de tous ceux
qu'on rencontre dans le règne végétal. C'est ce principe qui
donne au tabac préparé le caractère particulier qui le fait
facilement distinguer de toute autre préparation végétale.
Le tabac est une plante très riche en matières minérales ;
elles constituent généralement de 10 à 27 °/0 du poids de la
feuille sèche. La composition chimique et la quantité varient
suivant le mode de culture, le sol, les engrais employés et la
partie de la plante soumise à l’analyse.
Merz a trouvé 23,33 °/0 de cendres dans une sorte de tabac
cultivée dans les environs de Nuremberg.
D'après les analyses de M. Richard Kissling, la variété
Seeddeaf en contient 19,72 °/0; les tabacs de Sumatra 16,51 ;
celui de Havane 17,95 enfin le tabac turc en contient une
proportion beaucoup plus faible 11,92. Dix échantillons de
tabac de Hongrie analysés par Will et Frésenius ont donné en
moyenne :
Feuilles...................
T ig e s ....................

22,0 °/0 de cendres.
22,2 °/0

Potasse....................
Chaux......................
Magnésie.................
Acide sulfurique...
Silice, environ........
Chlore......................

29 grammes.
30
—
7
—
0
—
0
—
6

Boussingault donne les résultats suivants pour le tabac
d’Alsace, variété Paraguay bas-Rhin.
Carbone.................................... 34,68
Hydrogène...............................
4,18
A zote........................................
3,36
Oxygène................................... 44,08
Acide phosphorique................
0,89
Potasse.....................................
3,40
Autres substances minérales. .
9,41
100,00

D après Parcy Smith, le tabac de la Havane contiendrait ;
Acide sulfurique.....................................
Carbonate de potasse..............................
Chlorure de sodium................................
Carbonate de sodium..............................
Sulfate de chaux......................................
Oxyde et phosphate de fer...................
Silice.........................................................
Carbone....................................................
Alumine, carbonate delithine, restes. .

7,401
9,012
3,272
1,039
4,180
0,460
9,641
3,162
1,459

Will et Frésenius indiquent pour les tabacs allemands la
composition suivante :

�OO
o
—«

&lt;N
co
Ol

OO
o

CO
o

S01Q3

23,3

34.0

6G,0

2,8
0,4
31,5
4,3

22.0
39,8

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3,8
23.7
4,1

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OO
*4»* CMO

30
0300

ci

O

9.1
21,8
4.2
5.2

Il faut aussi remarquer que la composition chimique, eu
égard à la quantité des corps minéraux, varie suivant la par­
tie du végétal soumise à l’expérience. Nous donnons dans le
tableau (page 79). d’après les analyses de MM. Pelouze, Frémy
et Beauchet, la composition des cendres des différentes par­
ties des tabacs les plus connus.
M. Beauchef, dans son travail sur les cendres du tabac, con­
clut de la manière suivante, en ce qui concerne la quantité
de matières solubles et insolubles dans les différentes parties
de ce végétal.
Les racines contiennent généralement de G à 8 de cendres
pour 100 de matière sèche.
Les tiges donnent 10 à 13 °/0, les côtes et les feuilles 18 à
22 °/o.
Dans ces diverses cendres, la proportion des matières inso­
lubles l’emporte sur les matières solubles.
Si on compare les taux de potasse dans les cendres de la
côte et du parenchyme d’une même feuille, on trouve que le
premier dépasse sensiblement le second.
Les proportions des sels de chaux, de potassium, de phos­
phore, vont en croissant quand on envisage successivement
les racines, la tige et la feuille entière. La silice varie en sens
inverse.
La potasse se trouve en grande quantité dans le tabac, ce
chiffre passe par un maximum vers le 7omo jour après le repi­
quage, comme il résulte des expériences de M. Blot (Fig. 30).
Lnfin les nitrates sont très inégalement répandus dans la

SO[(inO,I

20,2

17,42
0,25
41,80
12,18
2,23
4,0G
4,41
3,10
5,11

LOT

Potasse.............................
Soude...............................
Chaux............................... ,
Magnésie.........................
Acide phosphorique . . . .
Acide sulfurique..............
Peroxvde de fer...............
Chlorure de potassium. . .
—
sodium . . . .

79

ETUDE CHIMIQUE

LE TABAC

FLA N D R E FR AN ÇA ISE

78

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LE TAUAC

ÉTUDE CHIMIQUE

feuille et sont plus abondants au voisinage de la cote. Cette
répartition provient peut-être, connue le dit M. Schlœsing, de
ce que les nitrates sont une source de matière azotée et qu'ils
se décomposent de plus en plus en s’éloignant de la côte pour
se répandre dans le parenchyme.
Le tableau suivant indique le taux d’acide nitrique pour
100 de tabac sec :
Alsace...................................
Lot........................................
Hongrie.................................
Algérie (tabac des colons).
Maryland.............................
Iventuckv.............................
Havane..................................
Brésil....................................
Java......................................

Feuilles écôtées
.
0,23
0,60
0,02
.
0,74
0,09
0,97
0,14
0,08
0,02

Côtes
0,46
2,08
0,43
6,10
0,74
5,67
0,72
1,80
0,15

Toutes ces considérations offrent au point de vue pratique
un intérêt réel. Elles indiquent en effet que les côtes et les
tiges sont très riches en matières minérales et que certaines
même s’y rencontrent en plus grande abondance que dans les
feuilles ; c'est dire que l’agriculteur aura tout intérêt à faire
retourner au champ, sous forme de fumier, les déchets de son
exploitation.
Les analyses qui précèdent nous montrent aussi le fait
important, que la composition des différents tabacs varie avec
les pays qui les ont vus croître. C’est indiquer déjà l’in­
fluence des différents sols, influence dont nous nous occupe­
rons plus loin, et qui, pratiquement, joue un si grand rôle.
Mais si les composés minéraux présentent au point de vue
de la culture un intérêt capital, les composés organiques n’en
sont pas moins intéressants à connaître pour le fabricant.
Parmi ceux-ci, le plus important est la nicotine.
Le tabac renferme :
Bases minérales : Potasse. Chaux. Magnésie. Oxydes de fer
et de manganèse. Silice en très faible quantité.

81

Bases organiques : Nicotine.
Aeicles minéraux : Acide azotique. A. chlorhydrique. A. sul­
furique. A. phosphorique.
Acides organiques : Acidemalique. A. citrique. A. acétique.
A. oxalique. A. pectique.
Autres corps organiques : Nicotianine. Résines jaune et
verte. Cire ou Matière grasse. Substances azotées. Essences.
Cellulose. Amidon. Sucre.
N ico tin e. — Nous nous occuperons tout d’abord de la
nicotine, parce qu’elle est en même temps le principe caracté­
ristique du tabac et celui qui a la plus grande influence sur la
nature même du produit. Elle intéresse et le fabricant et le
cultivateur qui pourra en faire varier, pour ainsi dire, la
teneur à volonté, en orientant les procédés de culture vers
le but qu'il se propose d'atteindre.
Ce fut Vauquelin qui, au commencement du siècle, vers
1801), la signala le premier, mais sans l’isoler complètement.
Depuis longtemps, néanmoins, elle avait été entrevue.
Dans un traité paru à Florence en 1752, dans lequel le
médecin Dominique Brogiarii s'inspire d’un livre publié en
1086, il est parlé de YOleum tahaci qui tue les animaux dans
un huitième d'heure.
Dans la Chimie de Lemery, éditée en 1690, on décrit dans la
distillation sèche du tabac, la production d une huile toxique
en injection sous-cutanée. C’est à Posselt et Reirnann que
revient la gloire de l'avoir obtenue à l’état de pureté.
La nicotine, composé ternaire, est une base organique
puissante composée de carbone, d hydrogène et d’azote.
Elle a pour formule chimique C,0H1'Az- (Equivalents =
C'°H14Az'). Elle existe dans le tabac suivant Posselt et Reimann, à l’état de combinaison avec l’acide malique.
Pour l’obtenir dans le laboratoire, on prend une certaine
quantité de feuilles de tabac qu’on découpe en morceaux et
qu’on épuise par l’eau bouillante ; on évapore cette solution
jusqu’à consistance sirupeuse. On reprend ensuite par le
double de son poids d alcool, on évapore et on reprend à nouLe Tabac.
0

�LE TABAC
82
veau le résidu par l’alcool qui précipite encore les substances
étrangères. On concentre la liqueur et on l’additionne de
potasse et d'éther. La potasse déplace la nicotine qui se dis­
sout dans l’éther. La solution éthérée est alors traitée par
l’acide oxalique en poudre. La base se combine avec lui pour
former de Yoxalatc de nicotine, qu’on décompose ensuite par
de la potasse. La nicotine est de nouveau reprise par l'éther.
On maintient à l iO° au bain d'huile pendant une journée. On
chasse l’éther au bain-marie et finalement la nicotine est dis­
tillée dans un courant d’hydrogène (car elle s'oxyde rapide­
ment au contact de l’air et se résinifie en prenant une teinte
brune) (Schlœsing) L
Le procédé scientifique était intéressant à indiquer pour se
rendre compte des différentes réactions qui se passent dans la
préparation de cette base, mais nous n’v insisterons pas
davantage.
D'autres chimistes, Barrai, Oelize, Pribram, Laiblin, ont
donné différents procédés de préparation, qui ne peuvent
trouver place ici.
Au point de vue pratique, il est utile néanmoins de con­
naître la détermination quantitative de la nicotine.
M.
Schlœsing place le tabac réduit en poudre fine et
alcalisé par l'ammoniaque, dans une allonge. On dispose
l’appareil de façon à avoir une distillation continue : A cet
effet, un ballon de 100 à lot) centimètres cubes porte un
bouchon de liège percé de deux trous; dans l’un s'engage l'ex­
trémité de l’allonge dont la queue est remplacée par un tube
recourbé deux fois ; dans l'autre pénètre un tube replié dans
une rigole pleine d'eau et faisant par conséquent l’ollice de
réfrigérant, reliant l’allonge au ballon.
Le tabac est placé sur un tampon de coton et est incessam­
ment traversé par de l’éther. Ce liquide dissout la nicotine et
l’ammoniaque, et comme le gaz ammoniac passe ii la distilla­
tion avec l’éther et se condense avec lui, il en résulte que
le tabac est toujours baigné par un liquide dont l’alcalinité
assure l’extraction complète de la nicotine.

1. Annales de Chimie el de Physique, tome XIX.

ÉTUDE CHIMIQUE

83

L’épuisement exige de quatre à six heures.
On distille ensuite l’éther jusqu’à ce que le dernier éther
distillé ne renferme plus trace d’ammoniaque.
On transvase le résidu du ballon de manière à ne rien
perdre ; on laisse évaporer l’éther et on dose volumétriquementla nicotine avec une solution sulfurique titrée.
L’équivalent de la nicotine est rigoureusement neutralisé
par l’équivalent de l’acide sulfurique. Le poids d’acide
employé multiplié par le rapport

donnecelui de la nico­

tine dosée.
On verse l’acide titré goutte à goutte, en malaxant, de
manière à faciliter la séparation des résines mêlées d’abord à
la nicotine. On juge de la réaction en prenant des traces du
liquide avec un fil de platine et en touchant avec ce fil un mor­
ceau de papier de tournesol. Quand on approche de la neutra­
lisation, on peut, sans amener de perte sensible, plonger dans
le liquide de fines bandelettes de papier réactif.
Les indications du papier ne sont sensibles qu’après dessic­
cation à l’air libre. Quand on approche du terme de la réac­
tion, on conserve les bandes de papier et on note les divisions
de la burette qui correspondent h chacune d’elle. Tous les
papiers étant secs, on discerne sans peine celui qui corres­
pond à la neutralité absolue *.
Ce procédé de dosage très minutieux est d’une grande exac­
titude. 11 doit être employé quand il s’agit de déterminer la
quantité de nicotine contenue dans un tabac type qui servira
de terme de comparaison dans le dosage industriel el pratique
imaginé par M. Schlœsing.
Ce procédé peut être d une grande utilité pour le fabricant,
car les manipulations qu'il exige sont relativement simples.
Il est basé sur la solubilité de la nicotine dans l’eau salée et
sur sa solubilité encore plus grande dans l’éther.
On calcule la teneur exacte en nicotine des divers tabacs
1. Nous citerons ici seulement pour mémoire les méthodes dues à
J. Schiel et Witlstein indiquées dans le Manuel pratique d'essais et de
recherches chimiques de A. Bolley.

�LE TABAC
84
soumis à l'expérience par comparaison avec un tabac type
dont on connaît le taux pour cent d’alcaloïde.
On découpe une certaine quantité de feuilles de tabac en
lanières et après avoir bien mélangé le produit, on prélève un
échantillon moyen d’une quarantaine de grammes. Après
l'avoir convenablement desséché à 35° environ pour lui faire
perdre une partie de son eau et lui en laisser environ 8 °/0, on
place chaque échantillon dans de l'eau saturée de sel marin.
Au bout d’un jour ou deux on verse dans des tubes en verre
100 centimètres cubes de cette liqueur salée, chargée de nico­
tine, et on y ajoute 5 centimètres cubes d’une solution saturée
de potasse pour déplacer la nicotine et 30 centimètres cubes
d'éther pour la dissoudre.
L’originalité du procédé consiste dans l’ingénieux appareil
que M. Schlœsing a imaginé pour mélanger intimement les
différentes substances placées dans les tubes en verre et des­
tinées à réagir les unes sur les autres. Si on secouait les tubes,
il se formerait une mousse persistante qui serait très gênanle
par la suite. Pour obtenir néanmoins un mélange parfait, on
place les tubes horizontalement sur deux baguettes en bois
munies de pointes qui les retiennent; ceux-ci reposent
également par leur milieu sur deux courroies enroulées sur
deux petites roues que l'on fait tourner à la main au moyen
d'une manivelle. Par frottement doux, les courroies entraînent
les tubes qui sont ainsi animés d'un mouvement de rotation
plus ou moins rapide. Le mélange intime est effectué au bout
de vingt minutes environ quand les tubes font deux tours à la
seconde. On peut alors être certain que toute la nicotine a
passé dans l’éther.
Cette opération effectuée, on retire des tubes l'éther chargé
de nicotine, et on le laisse évaporer dans une capsule de por­
celaine. Il ne reste plus qu'à effectuer le dosage au moyen
d'une liqueur acide titrée. Il suiïit alors de comparer les résul­
tats avec ceux obtenus pour l’échantillon type et on arrive
ainsi à connaître avec un degré d'approximation très suffisant,
la richesse en nicotine des différents tabacs soumis à l'expé­
rience.

ÉTUDE CHIMIQUE

.

85

La détermination expérimentale de la quantité d alcaloïde
contenue dans un tabac est très utile, car, bien que l’aspect
extérieur de la feuille donne déjà quelques indications sur la
proportion de nicotine que contient telle ou telle variété, on
ne peut dans bien des cas se contenter d’une approximation
aussi vague. On peut dire néanmoins que les feuilles à paren­
chyme épais, coriace et foncé en couleur, possèdent une quan­
tité de nicotine incomparablement plus forte que les feuilles à
parenchyme mince qui n’en renferment généralement guère
plus de 2 à 3 °/0.
P ropiuétés. — La nicotine est un liquide oléagineux ;
incolore quand elle est fraîchement préparée, elle brunit
ensuite sous l'influence de la lumière et d’une oxydation par­
tielle.
Sa densité à 4° est de 1,033, à 15° de 1,027. La densité de
sa vapeur est de 5,62.
Elle ne se solidifie pas à — 30° à moins de contenir une
notable proportion d’eau. Elle bout à 250° ; au-dessus elle se
décompose.
Elle est très hygrométrique et peut former avec l'eau, un
hydrate de nicotine qui est cristallin.
Elle dévie fortement à gauche le plan de la lumière polari­
sée. Son odeur est celle du tabac et varie avec la sorte d’où
on l a retirée. A froid, son odeur est faible, mais à chaud, elle
devient absolument intolérable. Quelques gouttes volatilisées
dans une grande chambre suffisent pour en rendre l’atmos­
phère absolument irrespirable.
La nicotine résiste bien à la chaleur et n’est que partielle­
ment décomposée pendant son passage dans un tube de fer
porté au rouge. Cette stabilité explique pourquoi dans la com­
bustion du tabac une portion subsiste dans la fumée et est
absorbée. La fumée contient aussi une certaine quantité de
bases pyridiques. (IL Vohl et IL Eulenberg.)
Elle brûle en donnant une flamme blanche, fuligineuse et
en déposant du charbon, comme le ferait une huile essen­
tielle.

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LE TA RAC

ÉTUDE CHIMIQUE

Elle est très soluble dans l'eau, dans l’alcool, dans 