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                    <text>ANNALES
DE

DE MARSEILLE
S A . Z &amp; )

publiées sous la direction de

M.

le

P ro fesseur

E douard

H ECK EL

Première Série, Prem ière Année, Premier Volume (1893)
( P r e m ie r m é m o ir e . — Sur

le s K olas a f r ic a in s a u point, d e v u e
b o ta n iq u e , c h im iq u e , p h y s io lo g iq u e , t h é r a p e u tiq u e , b r o m a t o l o g i q u ^ \ 4 K Tj
&lt;s&gt;, O
et pharmacologique, par le professeur Edouard HECKEL.

-4- çy

I&gt; e u x ié in e&gt;m é m o ir e . — Sur le beurre et le pain d’O’DiKA du Gabohp %yç&gt;&lt;* &gt;:
et sur les végétaux qui le produisent, comparaison a veefe,
ej, °c&gt;
o rh&gt;a
Congo et
beurre de C a y --CC a y de Cochinchine et les végétaux qui le donnent1^ O y ^
par le professeur É d o u a r d HECKEL.
T r o i s i è m e m é m o ir e . — Sur le Quassia africana Haillon et sur le
Pancovia Heckelî Claudel, du Gabon-Congo, par M. CLAUDEL,
préparateur de la chaire de botanique à la Faculté des Sciences de
Marseille.. {Ce -mémoire paraîtra en un fascicule séparéJ.

Siructunffiy

suum

PARIS
SOCIÉTÉ D’ÉDITIONS SCIENTIFIQUES
A,

P lace de l ’E cole de M édecine
R U E A N T O IN E -D U B O IS ,

1893

A

��A M. ETIENNE
Député, ancien Sous-Secrétaire d’E tat aux Colonies,
Y ice-Président de la Chambre des députés.

M on

cher am i ,

Permetiez-moi, comme témoignage de profonde gratitude
pour votre bienveillance, d'inscrire votre nom en tète de cette
étude et de vous en offrir la dédicace.
Sans votre concours éclairé, ni ce modeste travail, ni quelquesunes des monographies que j aipu récemment publier sur certaines
plantes utiles des colonies françaises, n eussent jamais vu le jour.
Si la plupart des produits importants du vaste domaine colonial
placé naguère sous votre administration sont restés trop long­
temps inconnus en France, ou n’y arrivaient q u à titre de
simple curiosité, c'est que les régions productrices restaient
fermées aux investigations des savants. Vous en avez largement
ouvert l’accès aux chercheurs français, et, pour faciliter leur
tâche, vous n’avez pas hésité, sur ma demande, à faire sillonner nos
colonies par des missions scientifiques chargées d'aller recueillir
des matériaux d’étude capablejs d’enrichir un jour tout à la fois
la science et Vindustrie métropolitaines. En les faisant mieux
connaître, ces recherches auront pour résultat de faire aussi,
mieux apprécier et de rendre plus chères à la patrie les riches
possessions que Vadministration des colonies ajoute chaque jour
à la France d ’outre-mer. Tout nous promet, dans un avenir
prochain, grâce à votre louable intervention, une ample récolte
de faits nouveaux dont l’ensemble formera un faisceau compacte
de conquêtes utiles, pacifiquement réalisées. Ce sont les seules

�ÉDOUARD HECKEL

durables, les seules qu’un peuple civilisé doive légitimement
ambitionner, les seules capables d’assurer la véritable assimilation
du sol conquis par les armes.
G'est dans cet esprit que votre digne successeur au S. Secrétariat
des Colonies, M. Jamais, continuant des traditions heureuses,
a décidé, de concert avec M. le Ministre de l’instruction publique,
et à mon instigation, la création d ’un Musée colonial et d’un
Institut de recherches coloniales à Marseille. Je m’honore d ’en être
le premier directeur et ferai tous mes efforts pour que les
travaux sortis de ce laboratoire spécial justifient, par leur
valeur, leur nombre et leur portée utilitaire, l'estime dont l’admi­
nistration coloniale m’a donné une nouvelle preuve en me confiant
cette organisation et cette direction laborieuses.
Je vous apporte aujourd’hui la première gerbe de cette
moisson de l’avenir, le premier travail précurseur de ceux qui
naîtront dans ce laboratoire .N e mesurez pas ma reconnaissance
à Vimportance de cette étude. Mon unique but, en vous l’offrant,
est de rendre un public hommage à la protection bienveillante
et éclairée que vous avez accordée aux recherches de votre ami
bien dévoué, qui, comme vous, aime avec passion les colonies.

Dr E. H eckel.
25 Février 1893.

�TRAVAUX DU MÊME AUTEUR
Sur la Flore coloniale utile ou nouvelle

MONOGRAPHIES
de plantes utiles des Colonies Françaises tropicales :
(en collaboration avec le prof. Schlagdenhauffen).

1. Sur l’huile et la résine de T amanou ( Calophyllum inophyllum L.)
(Journal de thérapeutique de Gubler, 1876).
2. Sur le M’boundou ou Icaja , poison d’épreuve des Gabonais.
Etude chimique et physiologique (Journal d’anatomie et de phy­
siologie, 1876).
3 . Sur le Mancenillier et son latex toxique (Bulletin de la Société
de Pharmacie des Bouches-du-Rhône, 1880).
4. Sur les K olas A fricains (lmp. Marpon et Flammarion, rue
Racine, Paris). — Mémoire couronné par l’Institut (Académie
des sciences) et par l’Association scientifique des Pharmaciens
de France.
5. Du bois piquant (Xanthoxylum Perrotetii d . c .) de la Guyane
et de ses principes actifs (Comptes-rendus de l’Académie des
sciences, août 1884).
6. Sur une nouvelle source de Gutta et sur un arbre à beurre
(Butyrospernum Parkii Kotschy) (Journal « La Nature » de G.
Tissandier, i 885.)
7. Nouvelles recherches sur les gratines de YHydnocarpus Wightiana
Roxb., succédané de celles de Chaulmoogra (Journal de Phar­
macie et de Chimie ; Juillet 1880).
8. Du Téli ( Erythrophlœum Guineense Rich.), poison d’épreuve
de Sénégambie (Journal « Les Nouveaux Remèdes, » i 8r Oc­
tobre i 885).
9. Nouvelles recherches sur les Bonducs et leur graines fébrifuges
(Journal « Les Nouveaux Remèdes, » 1886.)
10. Du D oundaké ( Sarcocephalus esculentus Don), et de son écorce
dite « Quinquina africain, » au point de vue botanique, chimique

�12

ÉDOUARD HECKEL

et thérapeutique (mémoire couronné par l’Institut : prix Barbier)
(Archives de médecine navale, 1886).
11. Sur le D anais iragans Connu., Racine dite Liane-Bœuf des
Mascareignes ; étude de matière médicale et chimique (Journal
« Les Nouveaux Remèdes, » 1886).
12. Sur la galle de 1’Acacia spirorbis, L. de Nouvelle-Calédonie
(Bulletin de la Société do Pharmacie de Bordeaux, mai 1887).
13 . Sur le M’bentamaré ou F édégosa ( Cassia occidentalis L.), étude
de botanique, de matière médicale et de thérapeutique (Ar­
chives de médecine navale, 1887).
14. Nouvelles recherches sur le vrai et le faux Jéquirity (Journal

« Le Progrès de Genève, » 1887).
15 . Sur le Beurre de K an y a , fourni par le Pentadesma butyracea
Don (Répertoire de pharmacie, mai 1887).
1G. Recherches sur les G utta -Perchas fournies par les Mimusops
et les Payena (Journal de Pharmacie de Lorraine, 1888).

17. Sur la racine de B a t j in j t j o r ( Vernonia Nigritiana 01 . et Hirn.)
de l ’Afrique tropicale, nouveau poison du cœur (Archives de
Physiologie, i 5 août 1888).
18. Sur le C ourbaril et sa résine (Hymœnea Gourbaril L.) (Journal
le « Naturaliste, » 1888).
19. Sur le Baobab (Nouvelles recherches botaniques, chimiques et
thérapeutiques) (Journal «Les Nouveaux Remèdes,» 1888).
20. Sur le Beurre de Maloukang ou Ankalaki ( Polygaia butyracea
Heckel) (Bulletin de la Société de Géographie de Marseille, 1889).
21. Sur le G ærtnera vaginata Poir, et sur ses graines, considérées

à tort comme un vrai café (Répertoire de Pharmacie, avril et
mai 1890).
22. Sur les deux variétés de Detarium Senegalense Gmélin, à fruit
comestible et à fruit amer (au point de vue botanique, chimique
et toxicologique. (Journal dp Pharmacie et de Chimie, 1890).
28. Sur remploi des feuilles de C ombretum

R aimbaulti Heckel,
contre la lièvre bilieuse hématurique (Journal « Les Nouveaux
Remèdes, » et Répertoire de pharmacie, 1890).

24. Sur les A raucarias et leurs produits de sécrétion gommo-résineuse (Académie des sciences de Paris, 1890).
24bis Sur le Néré ou Nété du Soudan ( Parkia biglobosa Benth.) et la
puissance alimentaire de ses graines employées au Soudan
(Journal de Pharmacie et de Chimie, i 5 juin 1887, et Bulletin de
la Soc. de Géographie de Marseille, 1887).

�TRAVAUX DU MÊME AUTEUR

13

M onographies de plantes colon iales utiles.
(Travaux propres à M. Heckel).
20. Sur le B et-y -D jan ( Solarium Dachartrei Heckel) du Sénégal
(Revue Générale de Botanique, 1890, p l . xi).
26. Sur le F ontaine a Pancheri Heckel, de la Nouvelle-Calédonie,
élude au point de vue botanique, chimique et thérapeutique,
août 1870. Montpellier, Boelim, éditeur.
27. Sur l’huile de B ankoul ( Aleurites triloba Forster) (Journal de
pharmacie et de chimie, 1875).
28. Sur la P otalie amère ( Potalia amara Aubl.), en collaboration
avec M. Haller, de Nancy (Journal de Pharmacie et de Chimie,
1876).
29. Sur l’action du K ola , à propos des effets de la caféine (Bulletin
général thérapeutique, 3o avril 1890).
30. Expériences comparatives concernant les actions du Kola et de
la Caféine sur la fatigue et l’essoufflement déterminés par les
grandes marches (Marseille-Médical, 1890).
3 1. Sur le D adigogo ou B alancounfa ( Ceratanthera Beaumetzi
Heckel), plante tænifuge de la Sénégambie et du Soudan (An­
nales de la Faculté des sciences de Marseille, 1891, i cr fascicule).
32 . Sur le Bunya -Bunya ( Araucaria Bidwilli Hook), son utilité et
son acclimatation en Algérie et dans nos colonies françaises
(Bulletin de la Société nationale d’acclimatation de France,
20 août 1891).
33. Sur l’action physiologique des sucs des Euphorbiacées indigènes
et exotiques employées comme poison des flèches pour la guerre
ou pour la pèche (Communication faite en collaboration avec le
professeur Boinet à VAssociation scientifique pour L’avancement
des sciences ; Marseille, 1891).
34. Sur les tubercules féculents de Pembarogué ( Tacca involucrata)
et ceux du Dioscorea bulbifera du Gabon-Congo et du Soudan
et des autres colonies françaises. Leurs qualités nutritives et
leur toxicité ( Bulletin de la Société d’acclimatation de ‘France,
5 mars et 5 avril 1891).
35. Sur la graine d’OwALA ( Pentachletra macrophylla Benth. (Réper­
toire de pharmacie, août 1892).
36. Sur la F lore générale et utilitaire ou Prony (Nouvelle-Calé­
donie) (Annales de la Faculté des Sciences de Marseille, 1892).

�14

ÉDOUARD HECKEL

37. Sur l’A raucaria brasiliensis Rich, son rendement et son accli­
matation en France et en Algérie (Bulletin de la Société d’accli­
matation de France, 5 août 1892).
38. Sur le C aroubier et sur son fruit (Répertoire de pharmacie,
décembre 1892).

EN COURS DE PUBLICATION :
(avec la collaboration de M. Schlagdenhauffen).
•f

39. Sur le Sangol, le Bakxs du Sénégal et le G ulancha des Indes.

40. Sur le C opaifeua C ornui Heckel, plante donnant une graine à

Koumarine, sur la côte Occidentale d’Afrique (Pays sousous).
4 1. Sur le Beurre

de

de

C a y -C a y

D javé et de N ounnegou, du Gabon-Congo.

D ik a (Irvingia gabonensis) et le Beurre
(Irvingia Oliveri), le premier du Gabon-Congo et

42. Sur le Beurre

de

le second de Cochinchine ; de leur comparaison, de leur histoire
et de leur composition chimique.
43. Sur la graine du T richolobus africanus Heckel, employée
comme tænifuge chez les populations Sousous de la côte
occidentale d’Afrique.

�INTRODUCTION

Bien que connu, depuis la plus haute antiquité, des
populations nègres de l’Afrique équatoriale qui en font le
plus fructueux usage, le Kola est resté ' à peine soupçonné
dans sa haute valeur et inconnu à l’Europe savante jusqu’à
l’année 1883, époque où je fis paraître une première mono­
graphie sur les_ Kolas Africains (1), en collaboration avec
mon savant ami, le professeur Schlagdenhauffen. Dans ce
mémoire, j’ai dû donner la première place à l’histoire
naturelle, aussi complète que possible, de ce végétal, et à
son examen chimique détaillé ; mais toute la partie théra­
peutique et l’emploi stratégique qui découle de mes recherches
postérieures à 1884 (et qui se sont continuées jusqu’à ce
jour) n’avaient pu y trouver place ; elles n’étaient pas nées
encore. Depuis cette époque, le cycle de nos connaissances
sur l’aire de dispersion du Kola, sur les variétés multiples
que ce végétal a formées dans l’immense étendue de son
terrain natal africain, sur la valeur relative des graines de
ces variétés ou des espèces voisines, sur la constitution
chimique de ces graines, sur le rôle considérable que joue
le Kola soit comme aliment d’épargne dans l’Afrique tropi­
cale, soit comme objet de commerce et de transaction, soit
enfin comme matière tinctoriale dans ce vaste continent,
(1) S ur les Kolas A fricains (Journal de Pharmacie et de Chimie, Juillet,
Août et Septembre 1885;, mémoire couronné par l’Institut (Académie des Sciences,
prix Barbier) et par FAssociation générale des Pharmaciens de France (prix unique
Bussy).

�EDOUARD HECKEL

s’est peu à peu éclairci. Ce n’est certainement pas là le
côté le moins intéressant de l’étude de ce singulier produit ;
mais ce qui domine pourtant dans la caractéristique de
cette graine, c’est assurément l’emploi qu’on en a fait, dans
ces dernières années, en thérapeutique, et avec grand succès,
contre une série d'affections relevant ou de l’épuisement
neuro-musculaire, ou de l’altération de la nutrition, ou du
manque de tonicité des organes. Ces recherches ont fait, à
bon droit, de ce produit, une des matières actuellement les
plus appréciées dans l’art de guérir. De là, sont nés, sur
cette graine, une foule de travaux de valeur diverse et de
portée dissemblable. Il fallait les faire connaître.
C’est en raison de cette situation spéciale, et notamment
des rapides mais légitimes progrès qu’a faits ce produit dans
la confiance des médecins, des résultats avantageux qu’en
retire chaque jour la pratique médicale et l’alimentation
publique, que j ’ai jugé le moment venu de présenter, dans
une large monographie, le tableau complet des connaissances
acquises en huit années d’études ininterrompues sur un produit
qui, en 1884, était inconnu avant mes travaux, ou à peine
indiqué, sans caractère précis, par quelques rares explorateurs
africains. En un mot, le Kola était resté, depuis le siècle
dernier, à la période légendaire ; à mon instigation, quelques
années ont suffi aux chercheurs pour mettre au jour toute
l’étendue de sa valeur. Aujourd’hui, en effet, grâce aux
formes multiples que la spécialité pharmaceutique a su lui
donner plus ou moins heureusement, il a pris dans la médecine
officielle une place qui semble bien et définitivement acquise,
la prééminence sur ses congénères caféiques s’accusant et se
justifiant de jour en jour davantage, comme je le prouverai.
.l’ai tenu, en outre, à démontrer que cette faveur ainsi
que je l’avais prévu et annoncé dès le début de mes études

�INTRODUCTION

sur cette graine, est pleinement justifiée, quelle n’a rien
d’éphémère, et que le Kola, contrairement à ce qu’en ont pu
dire certains pseudo-savants, plus enclins à la critique aisée que
soucieux des vérités scientifiques démontrées, est un produit
doué d’une caractéristique propre, tant au point de vue de
son histoire naturelle et de sa composition chimique que
comme agent physiologique.
C’est là le but multiple de cette étude que j’ai la conviction
de produire à son heure, c’est-à-dire sans hâte ni précipitation.
Le temps a fait oeuvre lente mais sûre.
Le moment est venu, en effet, pour tous ceux qui
emploient le Kola (et ils sont nombreux), de savoir enfin trèsexactement ce qu’ils ont à attendre de ce produit, dont des
discussions malencontreuses ou des travaux mal conduits ont
obscurci les véritables propriétés. Il importait aussi, au plus
haut degré, que les médecins qui prescrivent et surtout les
chimistes qui préparent les formes pharmaceutiques les plus
diverses données à cet agent médicamenteux, connussent
bien comment ils arriveront : 1° à assurer à leurs prescriptions
ou à leurs spécialités toute la perfection désirable ; 2° à
n’employer que le Kola officinal, et 3° à ne jamais introduire
dans leurs mixtures à base de cette graine des substances
incompatibles qui en annihilent les propriétés, comme cela se
pratique trop souvent aujourd’hui. Il y avait véritablement
à légiférer en pareille matière et à établir définitivement les
bases de cette législation sur la constitution chimique de ce
produit. C’est ce que j’ai fait en fixant les doses.
Un chapitre spécial attirera enfin l’attention de tou's ceux
que préoccupe justement la prépondérance de nos armes :
c’est l’application du Kola à la stratégie militaire, comme
agent de reconstitution des forces épuisées ou comme aliment
de résistance à la fatigue et à l’essoufflement déterminés par

�,

ÉDOUARD HECKEL

les grandes marches ou les grands efforts musculaires. J’ai
cru devoir donner, à cette partie de mon travail, tout le
développement rendu possible par l’étude spéciale que j’ai
faite de cette importante application dont je revendique hau­
tement la priorité. Les hommes techniques auxquels ce
chapitre s’adresse tout particulièrement, auront, après cet
exposé, le droit et le devoir de conclure. Il ne me reste
plus à souhaiter, en terminant cette introduction, que de voir
leurs yeux, fermés jusqu’ici à la lumière, s’ouvrir enfin, dans
l’intérêt du Pays, à ce qui est devenu aujourd’hui une
grande vérité pour tous les esprits non prévenus. Le silence
sur ce point, n’était plus permis en raison même de l’indiffé­
rence persévérante (pour ne pas dire plus) qui a accueilli, dans
certains milieux, mes travaux sur cetfe application primordiale
des propriétés du Kola.
Marseille, le 1er Janvier 1893.
E douard

HECKEL

�LES KOLAS AFRICAINS
Monographie botanique,
chimique, thérapeutique, physiologique et pharmaceutique.
(Emploi stratégique et alimentaire)

« L’Afrique, disait Aristote, il y
» a plus de vingt siècles, a toujours
» quelque chose de ueuf à montrer.
» C’est encore vrai maintenant. »
SCHNVEINFURTH.

PREMIERE PARTIE

I . — BOTANIQUE, MATIÈRE MÉDICALE, PRODUCTION, RÉCOLTE,
COMMERCE, USAGE, SYMBOLES.

•
Historique. — Parmi les produits végétaux dont l’antique et
mystérieux sol africain, jusqu'ici avare de ses richesses botaniques
envers la vieille Europe civilisée, nous promet une conquête et une
assimilation complètes, il n’en est peut-être pas de plus intéres­
sant et de plus précieux, nous espérons bien le prouver dans ce
travail, que celui qui, sous les noms divers de Kola, Gourou; Ombéné,
Nangoué, Kokkorokou, Ourou (1), etc., est consommé dans toute l’éten(1) Dans certains ouvrages classiques, comme le formulaire de Dorvault, par
exemple, on trouve une appellation de plus accordée au Kola, c’est celle de Café
du Soudan. Cette dénomination consacre une erreur. Sous ce dernier nom, on
désigne la graine de Parkia biglobosa Bentham, légumineuse africaine dont les

�ÉDOUARD HECKEL

due de l’Afrique tropicale et équatoriale, à l’égal du thé, du café,
du maté et de la coca, dont il tient la place auprès des peuplades
indigènes de ce continent, mais avec des propriétés bien supérieures
à celles qui caractérisent ses congénères caféiques.
Sous la forme de graines usitées probablement de temps immé­
morial chez ces peuples, ce produit d’origine botanique inconstante
avait rarement pénétré en Europe (1) avant 1883. — Aussi l’his­
toire, qui, au commencement de ce siècle, en fut grossièrement
tracée (2), n’a-t-elle guère été acceptée que comme une légende,
tant certains points, mal établis du reste et absolument embellis
par le merveilleux, paraissaient être du domaine surnaturel. Il ne
nous a fallu rien moins que les grands voyages géographiques
récemment entrepris sur ce continent, dont la connaissance fait
l’objet actuel de nos plus légitimes convoitises, et les relations com­
merciales mieux établies dans ces derniers temps avec les divers
points du littoral Africain, pour ouvrir à ce produit un accès dans
nos ports, non plus sous forme d’échantillons scientifiques, mais
comme objet d’un véritable commerce. Avidement recherché par
les peuplades indigènes, il paraissait ne devoir jamais sortir du sol
privilégié qui le fait naître. Cependant, grâce à ces voyages et grâce
semences rôties ont. été employées pour remplacer le café, et qu’on a cru longtemps
être le végétal producteur.du Kola. — En collaboration avec M. Schlagdenhauffen
j’ai, du reste, publié, en 1887(Journal de Pharm. et de Chimie, 15 juin), un travail
sur ce produit fort intéressant, qui joue un rôle important dans l’alimentation afri­
caine. Il résulte de ces recherches que ces graines de la Partie biglobuleuse ne
renferment aucun principe actif (caféine, théobromine, etc.), qui puisse permettre
de la classer parmi les aliments d’épargne. Il en est de môme du Mbenlamaré ou
Fédéqosa (Cassia Occidentales L.) dont la graine a été, de ma part, l’objet d’une
étude complète (Arch. de M éd.\avale, 1887), en collaboration avecM. Schlagdenhaüfïen, et d’où il résulte que cette semence,très usitée aujourd’hui en Europe sous
le nom de Cafta, et mêlée souvent au véritable café, est un excellent fébrifuge, mais,
à aucun point de vue, un aliment d’épargne. On l'appelle aussi Café du Soudan.
(1) Avant l’envoi que je leur en ai fait à cette époque, nos principaux établisse
ments scientifiques en étaient complètement dépourvus, et, à l’Exposition perma­
nente des Colonies, à Paris même, c’est à peine si on en voyait une gousse, en 1884.
Cependant les graines de Kola sont connues de nom depuis fort longtemps.
Barboza Lopez et Philippe Pigafetta en font mention, dès le XVIe siècle, dans leurs
récits d’exploration sur la côte occidentale d’Afrique. Clusius, en 1591, les désignait
sous le nom de Cotes, mais ce n'est guère que du commencement de ce siècle que
date la connaissance un peu précise de la plante qui les produit: on en doit, en effet,
au botaniste Palisot de Beauvois, une première description, publiée dans sa flore
d'Owarq et de Bénin.
(2) Virey, Journal de pharm ., 1832, p. 702,

�LES KOLAS AFRICAINS

21

surtout au concours intelligent de quelques négociants amis des
sciences, en tête desquels je dois placer feu les frères Gailhard et
M. Bolrn, directeur de la Cie française du Sénégal, qui a son siège à
Marseille, j’ai, dès 1883, pu refaire à peu près dans ses points prin­
cipaux l’histoire du produit, en révéler les origines les plus essen­
tielles, dégager le merveilleux ou l’erreur qui en obscurcissait la
connaissance, en faire pressentir l’immense valeur réelle, esquisser
enfin les précieuses applications dont il est ou dont il peut devenir
l’objet. Cette première ébauche peut être complétée aujourd’hui, et
c’est ce que je fais avec l’espoir de présenter une étude sinon défini­
tive et close à jamais, du moins capable de satisfaire les exigences
actuelles des nombreux curieux que cette question peut intéresser.
Botanique. — Nous venons de voir que le produit dont il s’agit, et
que nous désignerons sous son nom le plus général de Kola (les divers
synonymes que nous avons donnés étant spéciaux à certaines con­
trées africaines), est constitué par une graine. Cette semence, d’ori­
gine et d’aspect fort différents, est fournie par deux familles de végé­
taux: celle de S terculiacées d’abord pour le Kola le plus répandu, le
vrai Kola, désigné encore par certains indigènes sous le même nom de
Kola femelle, et celle des Guttifères ensuite, pour la graine fort
employée aussi quoique sans valeur, que nous appelons faux Kola,
et que les nègres nomment, par opposition au précédent, Kola mâle
(voir planche I).
~
Avant mes recherches on ne connaissait que le Kola vrai ou
femelle, et on savait parfaitement une de ses origines, celle qui est
la plus connue, c’est-à-dire le Sterculia acuminata Palissot de
JBeauv., ou Cola acuminata Rob. Brown. Nous avons ajouté à cette
connaissance, d’abord celle de l’origine du Kola mâle inconnue
avant nous, puis cette notion que diverses autres plantes du genre
Cola donnent des graines de Kola employées par les nègres. Nous
nous occuperons d’abord du Cola acuminata R. Brown, qui donne
la graine de Kola type (officinal), pour en faire l’histoire complète,
et nous passerons ensuite à l’examen détaillé et à l’étude-spéciale
du produit qu’il fournit : la connaissance profonde de cette graine
constitue, en effet, le principal intérêt pratique de la question.
Le Cola acuminata Robert Brown (Plant. Jav. rar. 237), dont
la synonymie botanique est Sterculia acuminata Pal. Beauv. (Flor.
Üicar, et Bénin, I, 41, t. 24) ; Siphoniopsis monoica Karst. (Flor.

�EDOUARD HECKEL

Columb., 139, t. 69) ; Sterculia verticillata Shum. et Thônn.
(Pl. Guin, 240) ; St. macrocarpa Don (Gen. syst., I, 513),
St. nitida Yent. (Malmaison, II, 92), est un bel arbre de 10
à 20 mètres de haut, ayant le port et l’aspect de notre châ­
taignier, dont il dépasse de beaucoup la taille (voir fig. 1).
Son tronc est cylindrique (1), droit, à écorce épaisse, grisâtre,

Fig. I. — Groupe de Kolas (Colaacuminatct) à Konakry
(Côte occidentale d’Afrique-Guinée).
(1)
Son bois est léger, blanchâtre et poreux : il imite assez celui du peuplier,
mais il offre plus de solidité et son grain est plus fin, les insectes l’attaquent
plus difficilement. Excellent pour la charpente et la menuiserie, on l’emploie aussi
quelquefois pour les constructions navales. Les nègres l’utilisent pour la cons­
truction des plats et autres ustensiles d’économie domestique. (Les Bois indus­
triels indigènes et exotiques, par J.Grisard et M. Vanden-Bergue, 1892 Bull. soc.
d’acclimatation de France).

�LES KOLAS AFRICAINS

23

fendillée quand le végétal est adulte. Ses rameaux sont serrés,
cylindriques, lisses et pendants au point de toucher jusqu’à terre,
ce qui facilite beaucoup la récolte des fruits. Les feuilles, d’une
largeur de 7 à 8 centimètres et d’une longueur variable entre 20 et
30 centimètres (dont un pétiole de 8 à 9 centimètres), ont un limbe
vert, coriace, à nervations pennées ne se terminant pas, sur le bord
du limbe, autrement qu’en courbure (fig. 2, A). Ce limbe manifeste­
ment bordé par un repli, est glabre sur les deux faces, à nervures très
marquées à la face inférieure. Dans le jeune âge, ces feuilles pubescentes sont couvertes, sur le trajet des nervures surtout, de poils
nombreux stelliformes et disposés en îlots. Ces poils sont entre­
mêlés de nombreuses glandes sphériques non pédiculées. Les deux
premières nervures, naissant sur les côtés du sommet du pétiole
et se dirigeant ensuite à droite et à gauche du limbe, vont renforcer
la marge de cette feuille en lui donnant un caractère spécial. Elles
ne sauraient, en effet, se confondre avec les nervures suivantes,
qui, toutes moins inclinées sur la côte ou nervure médiane, s’en
détachent presque à angle droit ou forment un angle moins aigu. —
La forme des feuilles adultes est ovale acuminée (à limbe terminé
au sommet par un mucro) et très atténuée à la base. Il arrive quel­
quefois que ces feuilles, généralement entières, deviennent trilobées
aux extrémités des rameaux et près des inflorescences (1).
Les fleurs, très nombreuses et polygames, sont portées sur
des cymes paniculées terminales et axillaires (fig. 2, A). Toute l’inflo­
rescence définie, comme toutes les parties de la fleur, sont
couvertes de poils stelliformes' qui demeurent persistants et non
pas caducs comme le sont ceux des feuilles. Pédoncules
floraux (15 millimètres de long) très courts et faisant suite
sans distinction au calice. Les boutons floraux sont subglobu(1) La structure anatomique de cette feuille mérite d’être signalée. Au-dessous
de l’épiderme supérieur, on trouve une rangée de lacunes qui sont vraisemblable­
ment des glandes à essence, vides, entremêlées aux cellules en palissade,disposées
sur deux rangs. Au-dessous viennent les cellules rameuses aboutissant à l’épi­
derme inférieur qui est percé de stomates. Les deux épidermes portent pendant
leur jeune âge des poils stelliformes qui tombent de bonne heure et des glandes
sphériques à plusieurs cellules sans pédicule et également caduques. En somme,
la feuille adulte rappelle beaucoup la constitution de celle du Peumus Boldus
Molina (Monimiacées) ou Boldo ou de celle du Laurus Camphora, L. et plus
encore, par les glandes et les poils, celles de YAdansonia digitata L.

��LIiS KOLAS AFRICAINS

leux, quelquefois complètement sphériques, à estivation valvaire.
Les fleurs, à légère odeur de vanille, dépourvues de bractées,
régulières, apétales, sout articulées sur le pédoncule qu elles
terminent. Le calice est cupuliforme, mesurant un centimètre
de diamètre, jaune verdâtre ou blanc marqué de pourpre sur
le limbe qui peut atteindre quatre centimètres d'un rayon à
l’autre de ses divisions. Celles-ci, au nombre de cinq ou six,
cunéiformes, lobées lancéolées, finalement étalées, sont entiè­
rement couvertes de poils stellés qui régnent même sur les
bords des sépales et leur donnent un aspect fimbrié : ces fleurs
exhalent en séchant une douce odeur d’abricot et prennent une
couleur rouillée (voir fig. 2, A).
Fleur mâle. — Plus petite que la fleur femelle en général,
elle présente ses étamines réunies en colonne centrale plus
courte que le calice portant les loges de l’anthère super­
posées et renfermant un pollen elliptique, granuleux, à trois
bandes, sans pores ni épines (fig. 2, F).
Fleur hermaphrodite. — Plus grande que la précédente (fig. 2, G),
elle présente à son centre un ovaire entouré à sa base d’un
cercle d’étamines sessiles à -sacs anthériques superposés ruais
plus petits que dans la fleur mâle et pourvus d’un pollen
souvent avorté. L’ovaire est entièrement couvert de poils
étoilés, quinque ou sex-lobé et à cinq ou six loges. Les styles
sont nuis et les stigmates glanduleux sont au nombre de cinq
ou de. six, subulés et réfléchis. Les ovules en nombre considé­
rable sont en double série attachés à l’angle interne de la
loge (anatropes) et à la face ventrale, par conséquent, de chaque
follicule (fig. 2, E).
A cet ovaire succède un fruit composé généralement d’un
nombre de follicules moindre que celui des loges ovariennes.
Chacun de ces follicules est sessile, oblong, obtus ou rostré,
coriace, semi-ligneux, bosselé à l’extérieur, de couleur* brun
chocolat à la maturité, parfaitement lisse, de grandeur inégale
à celle du voisin, d’une longueur de 8 à 16 centimètres et
d’une largeur de 6 à 7 centimètres (fig. 2, Det B); il renferme de qua­
tre à seize semences oblongues, obtuses, subtétragones, à testa mem­
braneux lâche, faisant suite à un trophosperme de même nature

�EDOUARD HECKEL

(pl. I, fig. 4, f.). Cotylédons, 2, 3, 4 et même 3 et 6, épais, durs,
apprimés, plans, rouges ou jaunes, à radicule dirigée vers
le hile (1). (Pl. I, fig. 1, 2, 3). Un rameau floral a été figuré
dans « Flor’Owariensis » par Palisot de Beauvois et un autre
dans l’Histoire des plantes de Bâillon, à qui nous empruntons
la fig. 2 en partie, c’est-à-dire A, B, C.
Oliver (Flor. of tropical Af. I. p. 220-221) indique deux variétés
de cette plante. La première répondant à la description ci-des­
sus et la deuxième (variété p) qui, pourvue de feuilles plus
larges, munies de pétioles plus courts que dans le type, aurait
des fleurs de dimension double. Cette variété a été indiquée par
Hooker f. dans Flor. nigrit., p. 233, pour certaines contrées de
l’Afrique Occidentale. Comme on le voit, l’importance de la
variation semblerait médiocre, et il n’y aurait pas lieu de tenir
grand compte de cette distinction (2), si, comme nous le mon­
trerons, il ne s’y ajoutait des caractères méconnus qui nous
permettent largement de faire de cette variété de Hooker f. une
espèce bien légitime, comme l’a reconnu, le premier, Mr M. Cornu.
Habitat. — Le vrai Kola, tel que je viens de le décrire
botaniquement, en tenant compte de toutes les variétés qu’il
produit, existe à l’état spontané du cultivé sur toute la côte
Occidentale d’Afrique comprise entre le 10° Lat. N. et le 3°
(1) Il m’a paru indispensable, en lace cle la multiplicité des erreurs accumu­
lées dans la description de cette plante faite par les divers auteurs qui l’ont
nommée, de la reprendre en entier en ne tenant compte que de mes observations
sur le sec et sur le frais, les échantillons de l’une et l’autre catégorie ayant été
entre nos mains. C’est ainsi que, si l’on consulte les auteurs, on constate que la
lleur est purpurine, jaune, verdâtre et blanche.
(2) Nous signalons ici, pour mémoire, que les seules localités assignées à la
variété p par Oliver sont : Sierra-Leone (Afzelius), St-Thomas (Don), FernandoPo (Mann, Vogel), Guinée inférieure ou Congo (Smith), où naturellement elle se
trouve mêlée au type qui domine sur toute la côte occidentale d’Afrique.— Le pro­
fesseur Oliver ajoute, à propos du Cola acuminata : « Cet arbre produit la
» noix de Kola, qui est très appréciée par les indigènes à cause de son goût amer,
» et qui, comme on le prétend, relève la saveur de tout ce qu’on mange après son
» emploi. Il varie considérablement comme dimensions et formes des feuilles,
» comme aspect extérieur des étamines, couleur des graines et même par la pré» sence de 2 à o cotylédons séparés. Il est difficile de décider si ces variations dépen» dent de l’art cultural ou non ; en tout cas, on peut suivre les nombreuses varia» tion^ des formes différentes. Barter dit que les noix à quatre cotylédons n’ont pas
» autant de valeur sur les marchés indigènes que celles qui en ont deux. »

�LES KOLAS AFRICAINS

27

Lat. S., autrement dit sur toute la côte comprise entre le
Rio-Nunez et le Congo ou Guinée inférieure, au moins d’après
nos connaissances actuelles. Comme nous le verrons ultérieu­
rement, la graine de Kola de Rio-Nunez et surtout de RioPongo jouit d’une grande réputation et ce végétal est abondant
dans cette partie si fertile de la côte Occidentale d’Afrique.
Toutefois, des renseignements récents dus aux explorations si
fructueuses du capitaine Brosselard-Faidherbe (Rapport à M. le
Sous-Secrétaire d’Etat aux Colonies : Journal Officiel du 27
juillet 1891, p. 3796) établissent que cet arbre précieux est
très répandu dans la Mellacorée. Voici comment s’exprime cet
éminent explorateur : « Certains de ces villages (du Moréah),
» 9° Lat. N. et 15° Long. E. (méridien de Paris), sont très
» peuplés ; ils sont ombragés par des bosquets d’arbres frui» tiers et on y rencontre en abondance les Kolatiers qui attei» gnent dans cette région des dimensions inconnues partout
» ailleurs. Ces arbres précieux donnent chaque année deux
» récoltés d’un fruit (c’est une graine) qui se vend 5000 fr. la
» tonne, soit 5 fr. le kilo, et certains de ces arbres dans le
» Moréah fournissent annuellement jusqu’à 100 kilos de ces
» fruits précieux (une récolte de 500 fr.). La population qui
» habite le Bennah est comme celle du Moréah très civilisée
» et très adonnée au commerce, toutefois à mesure qu’on
» s’éloigne de la côte, la production agricole se restreint, à
» cause de l’impossibilité d’envoyer économiquement le produit
» aux escales. Les Kolatiers sont partout très abondants, ils
» forment parfois de véritables petits bois autour des villages
» qui sont ensevelis sous le berceau de verdure des mango» tiers, des orangers, des citronniers, des bananiers, etc., etc., et
» enveloppés d’une ceinture d’arbres archiséculaires... Les pays
» dont je viens de donner une description sommaire sont
» habités par les Sousous... Le Sousou a un caractère doux
» et réfléchi... La base de sa nourriture est le riz. — Dans le
» village, on rencontre en quantité les mangotiers qui fournis» sent un précieux ombrage, les orangers qui atteignent dans
» le voisinage de la côte des dimensions surprenantes, les
» citronniers, les bananiers, les papayers, les avocatiers, les

�EDOUARD HECKEL

» ananas qui bordent les chemins, enfin les Colatiers, partout
» très abondants (1). »
Dans l’intérieur des terres, à partir de cette côte, le Kola
acuminata s’avance, au moins dans l’hémisphère Nord, jusqu’à
150 et 200 lieues anglaises (720 à 800 kilomètres) du littoral
où il paraît suivre les limites du palmier. Grâce aux voyages
exécutés dans ces dernières années au Soudan, dans le bassin
du haut Niger et du Niger au Golfe de Guinée (Binger), de
Dibowsky et Fondére au Congo et dans l’Oubanghi, il nous sera
possible de suivre l’aire de dispersion de ce végétal sur une
grande profondeur du Continent Africain.
Nous savons que Rohlfs parlant de Kouka (12° 54’ Lat. N.
et 13° 24’ Long. E. de Greenwich), à quelques kilomètres à
l’ouest du Lac Tchad, s’exprime ainsi qu’il suit : « Le café et
le thé sont ici inutiles, car les habitants les remplacent par
la noix de Goro qu’ils mâchent toute la journée. » Le même
auteur parle de Goudja ou Goudjba, et l’indique dans la région
qu’il signale comme produisant les meilleures noix de Kola.
Cette localité se trouve près de la limite entre le bassin du
Tchad et celui du Niger, par environ 11° 1/2 Lat. N. et 11° 40’
(1) D’autre part M. Rivierre qui revient (25 janvier 1892) d’un voyage d’explo­
ration dans le Bena et le Tamisso (avec retour par le Foutah-Djalon) m’affirme
que, dans ces deux contrées de la Mellacorée, l’arbre à Kola est particulièrement
abondant, et qu'on l’y rencontre partout à l’état spontané ou cultivé et toujours très
prospère (109 degré de Lat. N. et 14e degré de Long. O.) On ne trouve là que le
Kola à graine rouge. Les nègres le plantent beaucoup dans le Béné et le Timéné. 11
en existe beaucoup encore dans le Soumboya, sur les petites hauteurs et dans les
terrains rocailleux. On en trouve aussi et abondamment sur tout le parcours de la
grande Scarcie (rivière qui prend sa source dans le Foutah-Djalon), mais il est
surtout très commun sur la rive gauche (anglaise) de ce cours d’eau. — Le RioDubreka en est également très riche.
En ce qui concerne le Rio-Pongo, voici ce qu’en dit M. Boul, commandant de
cercle, dans son article intitulé: Les dépendances du Sénégal (Revue maritime et
coloniale t. LXXXV, 1885, p. 42, 55 et 56): « Le colatier que les Sousous appellent
» l’Arbre d'or est l’arbre sacré et vénéré. Les lois du pays punissent de mort tout
» individu qui ferait subir une détérioration à un de ces arbres. Tous les colatiers
» sont chargés de gris-gris (amulettes), bien en vue, pour en éloigner les malinten» tionnés. Ils sont assez rares au Rio-Pongo mais ils se trouvent en quantité considé» rable dans le Koba et le Lakata. Ils y donnent ordinairement deux récoltes par
» année. La production annuelle moyenne de ces deux pays peut être estimée à 600
» tonneaux de noix de Kola qui approvisionnent les marchés de Freetown et de
» Boulam directement. Le marché de St Louis (Sénégal) n’est approvisionné que
» par ces deux intermédiaires. »

�LES KOLAS AFRICAINS

29

Long. E. (Greenwich), à 500 mètres d’altitude daus le Bornou
Méridional. « Il est même à remarquer, dit cet auteur, que
» dans plusieurs Etats de ce pays, un des premiers dignitaires
» porte le titre de Kola-mai, ne serait-il pas chargé, comme
» l’est en Indo-Chine le porteur de la boîte à bétel, de pré» senter incessamment une nouvelle chique à son souverain ? »
En raison de la latitude élevée de ces régions il est fort
probable que l’arbre à Kola n’y est pas spontané et que ces
graines précieuses y arrivent par caravanes comme elles
pénètrent dans toute la partie de l’intérieur du Soudan situé
au dessus du 7° et 8° de iat. N., seule région où les arbres
à Kola soient féconds, d’après des documents que je vais bien­
tôt passer en revue. Le voyage récent du commandant Monteil
dans la région parcourue par Rohlfs, nous renseignera sur ce
point et j’espère pouvoir en donner, plus loin, un extrait dans
ce livre même, pour ce qui a trait au Kola. Le rapport du com­
mandant Monteil n’a pas encore été publié en fin février 1893.
Plus loin, Rohlfs, au sujet d’une station qu’il fit dans les
collines au sud d’Hori, faite de partage des eaux entre le Niger
et les tributaires de la lagune de Lagos (par 8° lat. N. et 4°
long. E. Greenwich), dit : « Pendant la route, un habitant d’Emono
» m’offrit quelques noix de Goto qui, d’après lui, seraient des
» produits de cette localité (située dans la vallée supérieure de
)) l’Àsoun). C’est possible, mais elles étaient très mauvaises ;
» comme je l’ai déjà dit, les noix de Goro ne réussissent pas
» partout ; les meilleures sont recueillies à Goudja ; elles ont
» la dimension d’une grosse châtaigne; l’extérieur est brun foncé
» rougeâtre; quand on les coupe, elles sont rouges. Il y a deux
» espèces que l’on peut distinguer en les coupant ; l’une, la
» véritable, a un goût amer agréable, sans mucilage ; l’autre
» est aussi rouge à l’intérieur, mais renferme beaucoup de mu» cilage. Cette dernière, parce que d’ailleurs elle est moins
» amère, se vend bien meilleur marché ! Enfin, on a encore la
» noix de Goro blanche qu’on ne rencontre que près de la côte
» et n’est pas recherchée, parce quelle est encore moins amère. »
Cette dernière est probablement celle du Kola mâle (Garcina
Kola Heckel).
Ces assertions semblent confirmées pour ce qui a trait à la

�30

ÉDOUARD HECKEL

présence de l’arbre à Kola au 8° L. N, par ce que va nous
apprendre le capitaine Binger durant son remarquable voyage de
Bamakou à Grand’Bassam, en passant par le pays de Kong et
le Mossi (1). Les faits relevés par cet éminent explorateur, en
ce qui touche à l’aire d’extension du Kola, méritent d’être
rapportés tout au long, car nul n’a mieux élucidé ce point
important de l’histoire du végétal qui nous occupe :
« Le Kola existe à l’état spontané sur toute la côte Occi» dentale d’Afrique, on le trouve jusque par 10° de Lat. N. ;
» mais il reste stérile par cette latitude (2). Son véritable habitat
» est compris entre 6° et 7°30’ de latitude pour les régions
» qui nous occupent.
» Vers Sierra-Leone et le Ouorocoro, le Kola stérile est
» signalé par 10°, tandis que dans les régions que j’ai visi» tées, j’ai rencontré le premier arbre à Kola stérile dans le
» Coranza, près de Kimtampo, par 8°5’, et près de Groumania,
» dans l’Anno (8° Lat. N.) (3).
» Les premiers arbres en rapport se trouvent à Kamelinso
» (près Groumania, par 7°50) et les derniers près l’Attakrou
» par 7°. La zone où l’arbre est en plein rapport semble
» donc être très limitée et comprise entre le 7° et le 8° par
» l’Anno et le Ouorodougou.
» Bien que je n’aie pas visité ces derniers pays, il m’a
» été donné de calculer assez facilement par quelle latitude se
» trouvait le Kola. De Tengréla partent des itinéraires, bien
» connus des marchands, sur Touté, Siana, Keni et Sakhala.
» Les deux premières localités se trouvent, d’après les indi(1) Binger: Du Niger au golfe de Guinée par le Mossi el le pays de Kong.
Paris, Hachette, 1892.
(2) Ce fait n’est pas rigoureusement exact, au moins pour ce qui a trait aux
régions littorales del’Afrique tropicale occidentale, car il arrive de fort belles graines
de Kola du Rio-Pongo et du Rio-Nunez qui sont par le 10e parallèle Nord et même au
dessus pour Rio-Nunez. Du reste tous les voyageurs qui ont visité les terres avoi­
sinant ces deux rivières du Sud affirment que ces végétaux y produisent abondam­
ment. Ce que nous avons dit précédemment, sur le témoignage de M. Boul, nous
dispense d’insister sur ce point.
(3) II n’est pas douteux que le Kola fécond s’avance, sur la côte, bien plus haut vers
le Nord que dans 1’intérieur du Continent africain. On trouve, en effet, des arbres
producteurs de belles graines jusqu'au dessus du Rio-Numez, c’est-à-dire par 11° de
Lat. Nord.

�LES KOLAS AFRICAINS

31

» gènes voyageant avec des ânes chargés (faisant 16 kil. par
» jour en moyenne) à 25 jours de marche, à peu près 350 kil.
» dans une direction S. O., ce qui place les marchés à 7°40’
» de Lat. N., Sakala, d’après les mêmes calculs, se trouverait
» à 7°20\ Mais nous savons que les marchés sont situés à une
» trentaine de kil. au N. des pays de production ; nous pou» vons donc en inférer que les Kolas se trouvent par 7°15’.
» Dans l’Achanti, l’habitat est sensiblement le même ; les
» missionnaires de Bâle et le Dr Mâhly, qui ont exploré la
» basse Yolta, signalent le Kola dans l’Akam et l’Okouawou ;
» or ces deux régions se trouvent précisément entre 6°30’ et
» 7°30’ ; on peut donc en déduire que le Kola se trouve en
» plein rapport dansune zone comprise entre 6°30’ et 7°30’, et
)) par extension, danscertaines régions du 6° au 8° ; qu’à l’état
» isolé et stérile, il est rencontré jusque par 10° de Lat. N.
» Sur le marché de Kong, on en voit deux espèces : le
» Kola blanc de l’Anno (Sterculia macrocarpa) (1) et le Kola
» rouge de l'Achanti (Ster. acuminata). Le Kola blanc de l’Anno
» est de deux variétés : l’une d’un blanc jaune pâle analogue à
» la couleur du Kola de Sakhala ou Ouorodougou, mais plus
» petite que ce dernier ; l’autre, de la même grosseur, ne
» diffère que par sa teinte d’un rose si pâle qu’il n’est pas
» classé dans le Kola rouge par les indigènes ; on le vend
» mélangé aux blancs sans différence de prix, ce qui n’aurait
» pas lieu s’il était plus foncé ; car le Kola rouge est toujours
» plus cher que le Kola blanc de même grosseur (2).
» Le goût du Kola de l’Anno est bien moins accusé que
» celui du Kola rouge, mais il renferme une teinture rouge qui
» est usitée par les indigènes en concurrence avec celle du Kola
(1) Le Sterculia macrocarpa dont parle Binger n’est évidemment pas une
espèce nouvelle ; ce ne peut être qu’une variété de Sterculia, acuminata P. de
Beauvois : ce nom spécifique de macrocarpa avait du reste été donné par G. Don
au Kola ordinaire (voir la synonymie au début de cette étude).
(2) Ce passage semblerait infirmé par l’observation suivante que je relève
dans le voyage du Dr Crozat au Mossi (août 1891). « De Bobo-Dioulasou à Ouo~
» roukoy. — Bobo-Dioulasou est un centre important. Les caravanes du Sud y
» apportent des Kolas.... Ceux-ci appartiennent a la variété rouge. Ils vien» nent surtout du pays des Achantis et de l’Anno et vont, dans le N. Ils
» valent à Bobo-Dioulasou 20 à 2b cauries l’un. »

�32

ÉDOUARD HECKEL

)» rouge. Comme teinture, le Kola blanc de l’Anno a donc les
» mêmes qualités que le Kola rouge de l’Achanti (1). »
Avant de passer au Kola de l’hémisphère sud Africain, il
convient de dire un mot de ce végétal dans le delta du Niger
et du produit qu’il y donne, suivant un document que je traduis
du journal The Chimist and Druggist (de Londres), du 28 jan­
vier 1893 (pp. 456 et 157), dans un article non signé, intitulé:
Five hundred Miles up the Niger (Cinq cent milles sur le Niger).
« Dans le bas Niger, où j’ai surtout cantonné, il n’y a pas
» de Kola. Cependant les indigènes en sont très friands et en
» consomment de grandes quantités qu’ils se procurent sur
» tout le parcours de la route de Sierra-Leone au Niger, soit
» en suivant la côte, soit tout le long du fleuve. Le prix du Kola,
» dans le delta du Niger, est plus élevé qu’en Europe, car les
» natifs paient une gousse la valeur de 0 fr. 50 et elle ne contient
» habituellement guère plus de 4 à 5 grains de Kola, quelquefois,
» accidentellement, il s’en trouve jusqu’à neuf.
» On voit de grandes quantités d’arbres de Kola à 200 mille
» environ (80 lieues françaises), dans le haut du fleuve, dans
» une localité appelée Lokoja. A 70 milles environ (28 lieues
» françaises), au dessous de Lokoja, les arbres à Kola cessent
» et on peut descendre en droite ligne jusqu’à la côte sans
» en rencontrer un seul.
» Au dessus de la côte, dans l’intérieur, quelques arbres
» ont été plantés et fleurissent, bien qu’ils soient de très lente
» croissance et d’un bois dur à grains serrés. A l’âge de 5 ans,
» les arbres commencent à produire, mais sans donner une
» grande quantité de fruits. Dans chaque localité, tout notable
» ou chef de famille est obligé maintenant de planter un certain
» nombre de pieds de Kola; leur nombre deviendra donc, ce
» n’est pas douteux, graduellement plus considérable dans le
» district du Niger. Le Kola mûrit toute l’année, mais la princi» pale récolte est en octobre. Les indigènes ne consomment
» que le Kola frais, ils ne veulent pas en user de sec et ils
(1) Il est aussi, comme propriétés physiologiques, absolument semblable, à
l’intensité près, au Kola rouge, et il a la même composition chimique qualitative
sinon «quantitative, la matière colorante seule diffère un peu. Nous reviendrons
sur ce point.

�LES KOLAS AFRICAINS

33

)) font en sorte d’en avoir constamment à l’état frais une provision,
» malgré la lenteur des communications avec les contrées pro» ductrices, en les conservant avec soin dans des pots en terre.
» La ligne de partage entre les populations payennes et musul» mânes de l’ouest africain traverse les territoires de la Cie
» du Niger, j’ai donc eu des facilités spéciales pour observer
» les caractères particuliers à chaque peuplade. Les populations
» qui sont le plus adonnées à l’usage du Kola sont celles du
» Haoussa, essentiellement mahométanes : elles appellent cette
» graine du nom de Gourou. Un visiteur arrive-t-il dans le
» Haoussa (vers 10° lat. N. et 9° long. E), le premier soin de l’hôte
» sera d’apporter deux Kolas dans une calebasse et de les lui
» offrir comme un gage de paix, L’étranger doit prendre une
» des semences, en manger la moitié et passer le reste à son
» hôt: Houssa. Le mot Kola signifie aussi présent, et quand un
» indigène adresse au visiteur cette phrase « donne-moi du
» Kola » il ne s’attend pas à ce qu’on prenne sa demande au
» pied de la lettre.
» Dans les rivières à huile de palme, le Kola n’est pas du
» tout un article européen destiné pour le commerce, mais
» les indigènes le recherchent beaucoup. »
Passant de l’hémisphère nord à l’hémisphère sud, nous
allons poursuivre l’aire d’extension du Kola depuis la côte
jusqu’à une certaine profondeur du pays, en commençant
d’abord par les Colonies Françaises (1), mais en faisant bien
remarquer qu’il s’agit, le plus souvent, d’un autre Kola domi­
nant, fourni par le Kola Ballayi Cornu mss.
Le regretté M. Pierre, mort récemment directeur du Jardin
d’Essai de Libreville (Gabon), m’a fourni, dans sa correspondance,
d’importantes données sur l’habitat du Kola du Gabon tout à
fait différent, je le répète, comme origine botanique, du Kola
des rivières du Sud.
(1) Le lecteur ne devra pas perdre de vue que tout cet historique quoique
confondant, sous le titre de dispersion géographique du Kola, en un tout, les arbres
producteurs de cette graine dans l’un et l’autre hémisphère, laisse cependant
subsister ce fait important que le végétal spontané dominant au Gabon-Congo et
dans tout Fhémisphère Sud, s’éloigne si sensiblement de celui de l'hémisphère Nord
et du Soudan, qu'il a été élevé au rang d’espèce sous le nom de Kola Ballayi
Cornu mss. Nous reviendrons longuement sur ce point.

�EDOUARD HECKEL

« Vous me demandez, dit-il, si l’on trouve du Kola partout
» dans le Congo Français ; oui, il y en a partout et les indi» gènes ne s’en servent que comme aliment. A la récolte, ils
» mettent les graines en terre soit dans une caisse, soit dans
» une maison, et les prennent au fur et à mesure de leurs
» besoins. Mais dans ces pays-ci on n’en fait pas la consom» mation que l’on en fait au Sénégal. Il y a, je le répète, des Kola» tiers spontanés partout : à Bata, dans l’Ougoué, à Loango, dans
» les possessions portugaises de Landana, sur le Congo, jusqu’aux
» Falls, dans l’Oubanghi. J ’ai vu des Kolatiers à Loango et
» M. Augouard, que j’ai rencontré dernièrement, m’assurait qu’il
» existait dans l’intérieur. Le Kolatier est ici un arbre à crois» sance assez lente, de 12 à 15 m. de haut, 20 m. au plus,
» recherchant surtout les endroits humides. On le rencontre
» sur le borddes fossés d’eau courante et quelquefois dans
» l’eau. — Il se multiplie par marcottes. — On trouve aussi
» le Kola à l’ile St-Thomé, suivant un Français habitant cette
» île. M. Fourneau, qui a échappé au désastre de la mission
» Crampell et qui s’est avancé jusqu’à 8° lat. N., m’affirmait
» en avoir rencontré partout aussi dans ces régions éloignées
» où il est d’un usage constant.
» La question de l’aire du Kola est donc facile à résoudre
» pour le Congo ; le Kolatier se trouve dans tous les points
» du Congo Français (1). On le rencontre aussi sur les terres du
» Congo Belge ; dans le pays Botéké entre autres, les Kolas
(1) Cette appréciation se trouve corroborée par les passages suivants que
j’extrais du Bulletin de la Société de Géographie de Paris. On lit en effet dans cette
publication, 7e série 1889, p. 285, à l’article anonyme intitulé Première exploration,
de la Vallée de VOgooué « Le rivage de la mer et les bords des rivières sont cou» verts de palétuviers, de pandanus, de bananiers, etc... A côté, se balancent de
» magnifiques Sterculigs qui ne sont pas exploités et qui pourraient donner en
» très grande quantité de cette noix de Gourou ou Kolat si recherchée et payée
» si cher par les caravanes de la Sénégambie et du Soudan. » En 1891, 1er trimes­
tre, p. 213, on lit, dans un article de M. Fourneau intitulé De l'Ogooué au Campo
(voyage exécuté entre 0° et 2° de Lat. Sud, et 9“o et 8°9 de Long. E.) les lignes
suivantes: «Les essences forestières sont magnifiques et puissantes... Les arbres
') produisant YAlbamé, le N’Koula et le Kola abondent. Il ne faut pas confondre
» la noix de N'Koula ou noix de brousse avec le fruit du Kola, dont les propriétés
« nourrissantes et fébrifuges sont si fort estimées. » Nous verrons du reste, que
les espaces du Congo diffèrent tout-à-fait du Kola acuminata soit spécifiquement,
soit comme valeur de la graine.

�LES KOLAS AFRICAINS

35

» blancs et rouges servent d’échange d’amitié ou de guerre....
» J’ai vu, comme vous, des graines rouges et blanches dans
» la même gousse, mais jamais parfaitement blanches ; elles
» sont jaunâtres. La question des races, des espèces et des
» variétés dans les Kolatiers du Congo me paraît assez em» brouillée.
» Je crains que de longtemps on ne puisse émettre une
» opinion certaine sur ce sujet. Je ne crois qu’à une seule
» espèce de Kola, du moins parmi ceux que j’ai vus dans cette
» région équatoriale, savoir : Kola de Loango, Kola de Vile
n St-Thomé et du Gabon. Cette espèce a évidemment créé des
» races et des variétés qui ne peuvent être reconnues que
» par la sélection, la culture, la récolte et la comparaison
» des fruits obtenus de sujets provenant d’origines bien con» nues. Or, tout cela est à faire. Dans l’Ogooué, il y a, m’a» t on dit (mais je fais des réserves sur ces renseignements),
» trois formes de Kola, connues des noirs sous les noms
» d'Oivanga, Toute (celui-ci serait un peu jaune) et Ombéné.
» Sont-ce là des noms appliqués à des variétés ou des races
» différentes, ou bien les dénominations diverses appliquées
» par différentes tribus au même objet? Je n’ose vous l’affirmer,
» mais je ne crois qu’à une seule espèce. M. Max. Cornu,
» prof, au Muséum, a reçu, de moi, un échantillon dans l’al» cool du Kola de St-Thomas (île portugaise située à 160 mil» les à l’Ouest du Gabon). Il y a là un fait curieux, c’est la
» similitude des deux flores insulaire et de la terre ferme.
» Le Kola du Congo n’a cependant jamais été introduit à l’île
» St Thomas, que je sache. Les Kolatiers du Congo recher» chent les terres humides, même le bord des courants, ou
» le voisinage des eaux stagnantes. Le Kolatier est un arbre
» qui fleurit au Gabon en juin, et donne de grandes récoltes
» en novembre, décembre, janvier et février. Il fleurit presque
» continuellement, mais en très petites quantités. Le Kolatier
» que j’ai vu à St-Thomas se rapporte exactement à celui
» du Loango, qui a la graine plus plate que celui de Libre» ville.
Voici encore M. Delavoipière, agent colonial à Lopé (Gabon),
poste situé sur le cours de TOgooué, qui nous dit : « J’ai ren-

�ÉDOUARD HECKEL

» contré peu d’arbres d’Ombéné, mais j’ai constaté qu’ils y
» étaient de belle venue__ J’ai remarqué le Kola aussi bien
» dans les bas fonds marécageux que sur les hauteurs. Ainsi,
» au village de Zoundji, qui est bâti au sommet d’un mamelon,
» j’ai vu ces arbres avec une végétation très-exubérante. Le
» fruit est employé par les indigènes comme astringent et
» ils le consomment surtout pour calmer la faim. A mon avis,
» il n’y a qu’une seule espèce de Kola, et c’est la rivière
» Tngounié qui en fournit la plus grande quantité dans le bas» sin de l’Ogooué. »
D’autre part, M. Goujon, chef de bureau de la Direction
de l’intérieur, qui s’occupe avec succès des questions de bota­
nique tropicale, me transmet sur la région du Gabon (environs
de Libreville), les renseignements suivants concernant le Kola
dans cette zone :
« Les indigènes des environs de Libreville désignent sous
» le nom commun d’Ombéné (1) des plantes qui sont peut-être
» des espèces différentes, mais qui, dans tous les cas, consti» tuent certainement, tout au moins, des variétés très tranchées,
» différenciées par la forme et la couleur de l’enveloppe du
» fruit, par la grosseur de l’amande, par le constant avorte» ment d’une partie du bouquet floral ou la constante fructi» fication de la totalité de ce bouquet. Ces variétés paraissent
» régionales. Dans les environs de Libreville, on trouve sur» tout une variété de petits fruits ne renfermant chacun que
» deux ou trois graines mais dont toutes les fleurs nouent et
» arrivent à maturité. Dans l’Ogooué, au contraire, ce serait
» une variété à gros fruit, renfermant douze ou quinze aman» des, mais dont une seule fleur (quelquefois deux) noue et
» mûrit, qui dominerait. Autour de Libreville (bois de Sibang)
» se trouve aussi une variété à coque épineuse et rouge, à
» laquelle les indigènes donnent le même nom et emploient
» au même usage, mais qui est peut-être une espèce difîé' (1) D’après M. Jobet, représentant de la maison Conquy aîné, au Gabon, on y
connaîtrait deux variétés de Kola qui produisent deux graines de grandeur sinon
de propriétés différentes. L'arbre qui produirait la plus grosse graine aurait nom
Ibangcit et celui qui produirait la plus petite s’appellerait Ombéné. Nous revien­
drons plus loin sur la question botanique du Kola du Gabon.

�LES KOLAS AFRICAINS

37

» rente (1). VOmbéné mûrit ses fruits à l’approche de la
» petite saison sèche (janvier, février). Sa principale récolte
» dure trois ou quatre mois, mais les indigènes en apportent
» à Libreville toute l’année, par très petites quantités, il est
» vrai. L'arbre n’est cultivé nulle part, sauf un pied planté
» dans la propriété Georcji aux environs de Libreville... Les
» quelques arbres que j’ai vus avaient tous le pied dans l’eau;
» c’étaient d’assez gros arbres, ayant le tronc de la taille du
» corps d’un homme et 7 à 8 mètres de hauteur à la cime.
» Je n’en n’ai vu qu’un seul qui fut jeune et, par exception,
» il avait été planté de mains d’homme près d’une case de
» nègre congo à Libreville ; il avait 4 ans, le tronc était de
» la taille de la cuisse, l’arbre pouvait avoir de 4 à 5 mètres
» de haut, à la cime ; il ne produisait pas encore, et, chose re» marquable, ses feuilles étaient trois ou quatre fois plus grandes
» que celles des arbres adultes. La culture du Kola serait
» facile pour un homme intelligent et surtout pas pressé de
» jouir, ce qui est rare à la côte.
En dehors des possessions françaises, le livre de Stanley
« Dans les ténèbres de VAfrique » (Lib. Hachette, Paris, 1890.
T. IL p. 102), par 1° 4’ de lat. S, près du lac Edouard Nianza,
contient ce passage très significatif qui met en cause le cœur
même du continent africain : « Nous mâchions jusqu’à la noix
» de Kola, bien plus, il faut l’avouer, pour la santé de nos
» bronches que pour calmer les tourments de l’estomac ». Il
est évident que ce voyageur trouvait le Kola sur sa route ; il
ne l’avait pas emporté avec lui à un moment où tout lui
manquait. Mais à quelle espèce de Kola a-t-il eu affaire ?
assurément pas au vrai Kola, qui eut tout au moins apaisé
les angoisses de sa troupe affamée, mais à quelque espèce dont
les graines sont très riches en mucilage comme Cola digitata,
par exemple, dont nous nous occuperons plus loin.
(1) Nous verrons qu’en effet c’est là une espèce différente (Cola digilata Mast.)
et qui, quoique employée dans ses graines, comme le dit M. Goujon, aux mêmes
usages que VOmbéné par les indigènes du Gabon, n’en a aucune des propriétés
caractéristiques. Ce n’est pas un aliment d’épargne. Les Paliouins le nomment
Ombéné ni-Polo. L’espèce des environs de Libreville (bois de Sibang) est le
Cola gaüonensis Mast.

�EDOUARD HECKEL

Cependant le Cola Ballayi, dont les graines, nous le verrons,
se rapprochent de celles du Cola acuminata, est excessivement
abondant dans la région qu’a parcourue Stanley. Voici, en
effet, les renseignements que me transmettent, sur ce point,
MM. Dibowsky et Pondère, célèbres explorateurs français de la
région du haut Oubanghi. Je donne tout d’abord l’opinion de
M. Dibowsky (in litteris).
« J’ai trouvé le Kola à l’état disséminé dans la forêt de
» Mayombé, entre le Loango et Loudima. Les arbres n’étaient
» en ce moment ni en floraison ni en fructification. Cependant,
» les caractères végétatifs semblent indiquer qu’on a affaire au
» Ster. acuminata (1). Les indigènes y sont peu avides de ces
» graines.
» Les Kolas sont extrêmement abondants dans tout le moyen
» Oubanghi. Mes Sinagarais pouvaient, pour une barette (0 fr. 15),
» s’en procurer une douzaine de gousses que les Boujos venaient
» vendre. Les représentants de cette plante se rapportent à
» l’espèce que M. Cornu a désignée sous le nom de C. Ballayi.
» Les graines sont d’un rose souvent assez vif.
» Avec la grande forêt équatoriale qui cesse vers 4° Lat. N.,
» les Kolas disparaissent. D’ailleurs, la végétation entière subit
» dès lors des modifications profondes et prend quelque analogie
y» avec celle du Sénégal. Les Tamarins, les Bassia et les Parkia
» apparaissent. Sur les bords du Thari, j’ai trouvé enfin une
» végétation toute spéciale caractérisée par des Bambous, des
» Encephalartos et pas un seul Kola. »
Voici maintenant les renseignements verbaux que je tiens
de M. Fondère sur la même région du Congo et du haut
Oubanghi. On remarquera leur absolue concordance avec ceux
de M. Dibowsky :
« Sur la route de Loango à Brazzaville, on trouve dans la
(1) Je ne partage pas absolument, à ce sujet, l’opinion de M. Jean Dibowsky:
la description delà graine de la forêt de Mayombé, telle que me l’a faite M. Fondère
verbalement, semble me prouver que le Cola acuminata n’existe pas plus au Congo
qu’au Gabon, où je suis absolument sûr qu’il n’existe pas spontané. L’Ombéné qui
est 1e Kola (graine masticatoire) des Gabonais est la graine du Cola Ballayi et on
n’en trouve pas d’autre au Gabon : sa forme est caractéristique et ne permet pas de
la confondre avec la graine du Cola acuminata. J’insisterai sur ce point dans la
partie descriptive de l’espèce du Gabon-Congo.

�LES KOLAS AFRICAINS

39

» forèl de Mayombé des pieds de Kola en abondance mais pas
» tassés en groupes compacts ; ils y sont disséminés à des
» distances assez rapprochées du reste. La graine de ce Kola
» n’y est pas l’objet d’un commerce étendu ; les indigènes se
» contentent de recueillir une certaine quantité de la récolte
» pour l’échanger contre du poisson avec les nègres qui habitent
» sur le bord de la mer à 20 kilomètres de là et où il n’y a pas
» d’arbre à Kola. La graine est appréciée dans toute la région:
» on la consomme à l’état frais et par mastication comme dans
» la Gambie et les Rivières du Sud.
» On trouve le Kola spontané plus haut sur le cours du Congo
» jusqu’à Loudima (sur la rivière Niari-Killiou), mais dans tout
» le Congo il est planté autour des, villages.
» De Brazzaville jusqu’à l’embouchure de 1’Oubanghi, on le
» trouve spontané et sporadiquement disséminé mais en quantité
» moindre que dans la forêt de Mayombé.
n Sur les bords de la rivière de VQubanghi, à partir de 1° de
» Lat. N. jusqu’aux rapides de cette rivière, on le retrouve en
» forêts et en grande quantité : dans les clairières de la Sylve
» (de Stanley), on le voit aussi, mais planté, autour des habita'» tions des nègres. Là, il n’est l’objet d’aucun commerce d’échange,
» mais les indigènes le consomment. »
Sur la côte orientale d’Afrique, ce végétal semble parfai­
tement inconnu dans les lieux où il n’a pas été introduit
par les Anglais ; toutefois on peut élever des doutes à cet
égard quand on lit dans les voyages du Dr Schweinfurth, Au
cœur de l'Afrique (Paris, Hachette, t., 1, ch. XI, p. 345, trad.
Mme H. Loreau), que parmi les formes imposantes de la végé­
tation dominait un Sterculia du genre Cola et qui est
appelé Kokkorokou dans le pays (chez les Nyams-Nyams, près
du lac Nyanza). Et plus loin (ch. XIV, page 46, t. II) chez le
roi des Mamboutous, par 24° long. E. et 3° lat. N., je- relève la
conversation suivante qui ne semble pas laisser de doute sur
la présence du Kola à l’Orient Africain : « Je demandai au roi
» si je pouvais avoir une noix de Kola et le roi répondit à
» mon désir en me passant un fruit à l’enveloppe rosée. Me
» tournant alors vers Abdès-Samatte, je lui exprimai l'éton-

�40

ÉDOUARD HECKEL

» nement que j’éprouvais en voyant le fruit de l’ouest dans le
» pays de Momboutous__ »
» J’espérais ainsi l’amener à me donner quelques détails ;
» mais j’eus beau faire, je ne pus entamer avec lui la discus» sion géographique que j’aurais voulu engager. J’appris seu­
il lement qu’on trouvait la noix de Kola dans le pays à l’état
» sauvage, que les indigènes l’appelaient Nangoué et qu’ils en
» mâchaient des tranches pendant qu’ils fumaient. »
Karsten, dans sa Flore de Colombie (loc. cit.), a décrit ce
végétal comme spontané dans cette contrée du centre Amé­
rique : « Dans les forêts humides et chaudes, près de la côte
» septentrionale du Venezuela, sur le versant oriental du mont
» Naignata, auprès de la ville de Curiepe, les indigènes l’ap» pellent Ecla. » Il n’est pas douteux pour moi que Karsten
a été abusé par une introduction du végétal en Amérique. La
situation du pied ou des pieds observés par ce botaniste
auprès de la ville de Curiepe, me confirme dans cette apprécia­
tion. C’est probablement vers la même époque que le Kola
fut introduit dans une de nos colonies d’Amérique (la Martini­
que), ainsi que me l’indiqua M. Thierry, alors directeur du Jardin
des Plantes de St-Pierre (1), dans une lettre datant de 1882.
Cette introduction en Amérique, commencée vraisemblable­
ment avec le siècle, constitue un mouvement qui, depuis, ne
s’est pas interrompu un seul instant, et il n’est pas douteux
que les nègres Africains, dans leurs migrations volontaires ou
forcées vers l’Amérique, ont emporté avec eux cette graine
précieuse et l’ont semée dans leurs nouvelles patries pour s’en
(1) Je copie textuellement ici le passage d’une lettre de M. Thierry, ayant trait
à cette iutroduction : « Nous n’avons à St-Pierre qu’un pied de St. acuminata,
encore est-il à l’ombre et mal placé, si bien que les gousses mûrissent mal et que
la récolte est médiocre, Autrefois il en existait un autre, paraît-il, dans un endroit
plus ensoleillé ; il produisait plus abondamment et plus régulièrement, on l’a
abattu depuis longtemps. C’était, m’a-t-oa dit, au temps de l’esclavage. Ces deux
pieds de Kola avaient été introduits par le premier Directeur du Jardin, qui les
tenait d’un sien ami chargé du service des transports au Sénégal. Je m'étonne
beaucoup de voir le pied que je possède ne pas être plus gros étant arrivé à cet âge
avancé; il ne mesure en effet pas plus de 0,25 cent, de diamètre à la base, et
cependant il pousse vigoureusement. Il donne deux fructifications par an, l’une au
commencement de la saison sèche, l’autre au commencement de l’hivernage : la
première est peu importante. » (Voir fîg. 3).

��ÉDOUARD HECIiEL

assurer le perpétuel usage. Ils ont fait de même pour d’autres Colas et
entre autres pour le C. cordifolia R. Brown., dont le fruit fait l’objet
des délices des Africains et que l’on trouve introduit sur les bords
du Maroni (Guyane française) (1). D’autre part, notre végétal (Cola
acuminata) a été introduit avec succès par les Anglais (2)
dans les Indes Occidentales, aux Seychelles, dans l’Océan
indien, à Calcutta, Cambridge (Etats-Unis), Ceylan, Demerara
et Dominique (pour l ’Amérique), Maurice, Zanzibar, enlin dans
le Nord de l’Australie. Dans le Indisch Mercuur publié à
Amsterdam (29 nov. 1890), nous trouvons : « Le Kola est indi» gène de l’Afrique tropicale occidentale, de la Guinée supérieure
» jusqu’au Congo; mais on s’occupe actuellement de l’importer
» dans la plupart des pays tropicaux, et est transplanté dans
» les îles des Indes Occidentales et dans certaines parties de
» l’Amérique tropicale. » Dans le rapport du Directeur des Jardins
et Plantations publics à la Jamaïque (année 1883), nous lisons
encore ceci, à propos du végétal qui nous occupe : « Ces
» plantes intéressantes sont très répandues dans l’île, et on
» continue à les cultiver, dans l’espoir qu’à la fin elles
» seront reconnues comme article de commerce. L’arbre est
» rustique et très facile à planter ; il ne serait pas difficile de
» livrer annuellement de grandes quantités de noix qui pour» raient être expédiées continuellement de la Jamaïque, Gre» nade et d’autres endroits des Indes Occidentales; la seule
» difficulté a été jusqu’à présent le bas prix qu’on offre ici
» de ce produit. » Et plus loin : « Cet arbre qui a attiré
» l’attention, ces derniers temps, est connu dans différentes par(1) Bâillon (Eludes sur l'herbier du Gabon. Adansonia, X, 1871-73, p. 168 et
suiv.).
Le Cola cordifolia R. Brown., dont je n’ai pu me procurer les graines pour
l’analyse, est un grand et bel arbre commun dans les forêts du Cayor, des Sérères,
du Bip et de la Casamance, à feuilles alternes, dures, coriaces, argentées en des- t
sous. La portion comestible des graines est leur arille dont la saveur sucrée est
fort agréable : c’est là le N’taba des indigènes du Soudan où il est si commun. Les
graines de ce Kola ne sont pas utilisées par les nègres comme celle du Gourou;
il y a donc lieu de croire qu’elles ne renferment pas de caféine. Le bois de ce
Cola est employé comme celui du vrai Kola. Cet arbre est le Ndimb des Yolofïs,
le Dau la des Mandingues et le Tabackle du Cayor.
(â) Report of the Progress of Kiew, année 1880, p. 14.

�LES KOLAS AFRICAINS

43

» lies de File sous le nom cle Byssi et peut produire une
» grande quantité de graines. »
J’ajoute enfin que, par mes soins et par mon initiative,
elle a été introduite aux Antilles Françaises (Guadeloupe et
Martinique), à Cayenne, en Cochiuchine, à la Réunion et à
Madagascar.
A la Réunion, voici comment se comporte l’acclimatation
de cette espèce, d’après les renseignements transmis en sep­
tembre 1891, par le regretté M. Potier (Directeur du Jardin
Colonial, de St-Denis), mon zélé et savant correspondant dans
cette île, récemment décédé, et à la méinoirede qui je me
plais à rendre ici un hommage public:
« 240 plants environ ont été distribués, dit M. Potier ; à
» la Providence (Succursale du Jardin Colonial) quelques-uns
» ont atteint trois mètres de hauteur, après quatre ans de
» plantation ; à Ste Suzanne, située à deux cents mètres de la
» mer, ils ont près de quatre mètres de haut, toujours après
» le même nombre d’années. L’acclimatation commence à se
» faire. Quant aux derniers reçus (nov. J 890), ils sont en
» pépinière en ce moment et ont bel aspect. Ils atteignent
» une hauteur de cinquante centimètres en moyenne, et seront
» distribués en novembre à des personnes déjà inscrites et
» sur lesquelles on pourra compter pour les soins à donner.
» On pourrait trouver actuellement l’emploi de 10,000 Kolas,
» à la Réunion, tant les propriétaires sont désireux de repro» duire ce précieux végétal. »
Le 12 juillet 1892, M. Potier m’écrivait : « Nos Kolas, dans
» certaines localités, sont quasi stationnaires, dans d’autres ils
» mesurent trois mètres à trois mètres quatre-vingt-dix de
» haut. Ils se font bien mais lentement au pays. » 11 est
douteux qu’ils fleurissent et fructifient dans cette île, à raison
de sa latitude (20°) élevée dans l’hémisphère Sud qui est, on le sait,
plus froid que l’hémisphère Nord, à latitude égale.
De Cochiuchine, M. Brousmiche, alors Directeur du Jardin
d’Acclimatation, m’écrivait en novembre 1888 : « Lorsque j’ai
» pris la direction du Jardin botanique de Saigon, j’ai trouvé
» vos pieds de Kola dans un état déplorable. Il m’a fallu les
» mettre en pépinière et je me suis empressé de distribuer

�/

m

EDOUARD HECKEL

» les plus valides aux administrateurs et aux colons qui cher» client à acclimater les plantes iles. Partout, sauf à Hatien» et à Soctrang, les pieds plantés sont en excellent état.
» Ceux du Jardin ont repris de la vigueur et ne demandent
» qu’à prospérer. »
Je ne doute pas d’autre part, que les nombreuses tentatives
d’introduction faites, soit par mes soins, soit par d’autres, à la
Guyane et aux Antilles, n’aient le même succès d’acclimatation
qu’à la Réunion et en Cochinchine, car déjà, pour les Antilles
tout au moins, nous savons qu’au Jardin botanique de St-Pierre
(Martinique), ce végétal existe et y produit régulièrement des
graines (1). Nous savons, en effet, que ce végétal vit, lleurit et fruc(1) Au dernier moment j’apprends que M. Nollet, Directeur du Jardin botanique
de St-Pierre (Martinique) et ses prédécesseurs dans ce poste, ont fait distribuer
aux divers colons de cette île 500 pieds de Kola venus en pépinière au jardin,
et qu’ils sont dans une situation prospère.
Voici la situation exacte de la distribution des Kolas faite aux colons de l’île
de la Martinique par les soins des divers Directeurs du Jardin botanique qui se sont
rapidement succédé à la tête de cet établissement et auxquels j’avais recommandé
la propagation de ce végétal précieux :
En 1888 19 sept. 4 pieds à M. E. Reynal, à St-Pierre
14 nov. 4
Massias de Bonne, à Fontaine-Chaude
17 — 1 — — Fa ring, à Morne rouge
26 oct. 1 —
— Thoré, à Vauclin
23 juil. 6 — — Dumeix, à Port-de-France
15 sept. 10 — — Guérin, à Usine St-Pierre
15 — 2 — — Boyer, à Lamentin
16 5 — — Bardary, à Habitation Parnasse (près Le Carbet)
27 — 4 — — Lemaistre, à Habitation Montagne
—
8 — 6 — — Dr Thaly, à Gros-Morne
En 1891 27 janv. 2 — — Brunet, à St-Pierre
17 fév. 4 — — Brunet, à Habitation tricolore
17 — 4 — — St-Fêlix, à Fort-de-France
26 — 3 — — Sevère, à Case Pilote
3 avr. 4 — — Aug. Gottralt, à St-Pierre
18 déc. 6 — — Jardin hôp. militaire à Fort-de-France
23 sept. 10 . — — Osnat, à Case Pilote
15 juin 75 — — Dr Thaly, à Gros-Morne
Le docteur Thaly en a reçu 100 pieds en 1885, et en 1892 (janvier) 100 autres
pieds.
11 existe au Jardin botanique de St-Pierre (Martinique), à ce jour, un pied de Kola
ancien (fig. 3) très éprouvé par le dernier cyclone, un arbre plus petit qui n’a pas
souffert du cyclone d’août 1891, il ne donne pas encore de fruits, plus trois petits
arbres plantés en 1889 ayant 55 centimètres de haut en moyenne. Enfin la pépi­
nière contient 249 plants à distribuer.

�LES KOLAS AFRICAINS

45

tifie sinon luxurieusement du moins suffisamment au Jardin bota­
nique de St-Pierre (Martinique). Le Kola a été sans doute répandu
dans des colonies anglaises autres que celles dont j’ai donné le
nom ci-dessus si j’en juge par le passage suivant tiré de Ylndisch
mercuur (Amsterdam, 29 nov. 1890) : « M. Salmon, qui était
» autrefois administrateur gérant de la Côte-d’Or, et, plus tard,
» commissaire en chef aux îles Seychelles, démontrait que la
» noix de Kola pourrait être cultivée dans les pays de l’Orient
» (Keio Report, 1881). A partir de 1880, ce végétal était multi» plié à Kew et distribué aux jardins botaniques dans toutes
» les parties de l’Empire où sa culture pouvait avoir de bons
» résultats (1). »
Je ne puis terminer cet exposé sans faire connaître que
j’ai adressé, et que le Muséum de Paris a expédié aussi, des
plants et des graines de Kola au Jardin botanique de Buitenzorg (1888) pour que la plante soit propagée dans cette
belle colonie hollandaise de Java, où certainement elle doit
prospérer, grâce aux bons soins de l’éminent directeur de ce
jardin botanique, M. Melchior Treub. Enfin, fait plus capital, une
compagnie allemande a expédié l’an dernier en Nouvelle
Guinée (où elle a des comptoirs), une quantité considérable
de graines de Cola acuminata, pour assurer l’introduction de
ce végétal dans cette vaste possession allemande située entre
le 4e et le 9e degré de Lat. S. Dans ces conditions, tout fait
supposer que l’introduction de ce végétal s’y fera sans diffi­
culté : ces efforts établissent bien que l’exportation en Kola de
sa colonie africaine de Cameroun ne suffit plus à l’Allemagne.
C ’e s t

un

p o in t

im p o r t a n t

a

noter

au

pa ssa g e.

Voici, d’après M. le D1'Thaly, quel est l’état de sa plantation de
(1) C’est sans doute à ce mouvement parti de la métropole qu’il faut attribuer
la richesse actuelle en pieds de Kolas de certaines îles anglaises des Antilles,
notamment à la Grenade, où de vastes pépinières ont été fondées. Les Anglais de
Demarara (Guyane anglaise) se livrent aussi* activement à la propagation de ce végé­
tal sur la partie continentale du nouveau monde tropical. Je ne sache pas que
malgré mes envois réitérés de graines, il y ait en ce moment dans notre Guyane
française un seul pied en bon état de Cola acuminata, sauf les deux spéci­
mens que M. Geofïioy a apportés à Kourou du jardin botanique de St-Pierre (Mar­
tinique) en 1891, lorsque ce pharmacien des Colonies est allé remplir, sur ma
demande à la Guyane, son importante et fructueuse mission scientifique.

�EDOUARD HECKEL

Kolas, dans sa propriété du Gros Morne (lettre du 10 mars
1892) : « J ’ai commencé ma plantation en 1886 ; mes premiers
» élèves ont donc en ce moment un peu plus de cinq ans.
» Leur croissance ne laisse rien à désirer ; quelques-uns ont
» déjà de cinq à six mètres de hauteur ; ils se développent
» avec force, le sol et le climat leur paraissent favorables.
)&gt; Les plus grands comme les plus jeunes ont parfaitement
» réussi et supporté les violentes secousses du cyclone du
» 18 août dernier ; toutes les feuilles ont été emportées, mais
» les branches formées d’un ligneux solide ont résisté victo» rieusement. En ce moment, nos arbres se sont recouverts
» de feuilles nouvelles, on n’y voit plus trace de la nuit
» funeste pendant laquelle ce malheureux pays a été brisé et
» ruiné. J’attends les premières fleurs, j’espère les voir bientôt
» et vous en signalerai la venue. »
On ne pouvait espérer mieux de l’acclimatation de ce végétal
à la Martinique, si l’on en juge par les observations si
importantes du Dr Thaly qui ont porté sur une plantation de
206 pieds de Kola en six ans. Tout fait donc espérer, comme
on devait le prévoir d’après les succès obtenus depuis long­
temps au jardin botanique de St-Pierre, que le Kola acuniinata réussira pleinement dans notre colonie des Antilles, bien
qu’elle soit, placée dans l’hémisphère nord, sur un parallèle
(exactement 14° 23’ 42”) que ce végétal n’atteint pas spontané­
ment dans la zone africaine, d’.ôù il est originaire ; à la
Trinidad il existe des pieds nombreux de ce végétal ; à Grenade
(petites Antilles), le Directeur du Jardin des plantes en a fait
d’importants envois aux colonies voisines, de ses pépinières.
Contrées, lieux, nature du sol. — Dans toutes les stations
naturelles que nous venons d’énumérer, le Cola acuminata recher­
che les terrains humides situés au niveau de la mer ou à peu
près. Le Kola du Gabon (Cola Ballayi) recherche meme les bords
des cours d’eau, comme nous l’avons vu. Sur la côte de SierraLeone, on rencontre encore de très beaux arbres de Cola acuminata,
à 200 et 300 mètres d’altitude, mais au-dessus, de 350 à 400
mètres, on n’en trouve plus. C’est probablement pour avoir
méconnu ces préférences que la culture de ce précieux végétal a

�LES KOLAS AFRICAINS

47

été inutilement tentée au Fouta Djallon (1) dont le climat se rap­
proche cependant beaucoup, dans certains points, de celui de
Sierra-Leone, bien que ce royaume important soit situé un peu
au-delà du 10° latitude Nord, au-dessus duquel nous avons indiqué
que le Kola ne croissait pas normalement. En dehors de ce paral­
lèle cependant, il vient facilement et naturellement au RioNunez par 10°, 5’ (2).
À partir de cette rivière, l’arbre devient plus rare et cesse
complètement de se montrer dans le Boulam, l’archipel des
Bissagos, Rio-Grande, etc. Les contrées de l’Afrique occidentale
dans lesquelles ce végétal est le plus abondant, sont le pays des
Lokkos et de Timné, du côté de Port-Lokko et le territoire de
Bambals, sans oublier la Mellacorée et le Rio-Pongo. Mais, certai­
nement, la situation qui convient le mieux au Kola est celle dans
laquelle se trouve le district de Zoong et de Massimerat. A la limite
inférieure de son aire d’extension, c’est-à-dire au Congo, il ne nous
est pas possible de fixer les zones exactes de végétation de cette
plante, mais il en existe des forêts entières dans ce pays, comme
nous l’avons vu déjà, en nous occupant de l’aire de végétation du
Kola spécial à cette région (Cola Bàllayi).
Production, récolte. — Sur la côte occidentale d’Afrique, le Cola
acuminata commence à donner une récolte vers l’âge de quatre à
(1) M. l’administrateur colonial Noirot, dont l’attention est éveillée du côté des
cultures et des plantes spontanées utilisables dans les pays qu'il administre, me
confirmait récemment (aoîit 1892) cette donnée, en m’affirmant avoir vu au FoutahDjallon de beaux pieds de Kola, mais incapables de donner des graines. Ce n’est
donc, dans ce pays montagneux, qu’un arbre d’ornement. Cette appréciation est
confirmée par le haut témoignage de M. le Dr Jean Bayol, ancien gouverneur des
possessions du Bénin, bien connu par son exploration au Foutah-Djallon. J’inscris
ici la note qu’il a bien voulu me transmettre sur ce point: « A Donhol-Fella, rési» dence de l’almamy Ibrahim Sarg ; à Lokan, dans l’Est de Timbo, il y avait deux
» Kolatiers. Il en existe encore un à Dara, près Timbo (au Sud-Ouest), résidencede
» l’almamy Ahmadou. En résumé, il y a peu de Kolatiers dans le Foutah-Djallon
n et ils sont tous du côté de la Mellacorée. »
(2) Corre, Flore du Rio-Nunez (Archives de Méid. navale, t. XXVI, page 27),
affirme que les Kolas les plus estimés à Gorée et à St-Louis sont ceux du Rio-Nunez.
Mais c’est une opinion combattue par divers observateurs (comme nous l’avons vu
déjà) et notamment parM. C. Sambuc, qui s’est occupé spécialement et sur les lieux
mêmes de cette question (Contribution a Vétude de la Flore et de la matière
médicale de la Sénégambie, 1887. Thèse de l’école supérieure de pharmacie de
Montpellier, p. 95-96).

�EDOUARD IIEGKEL

cinq ans, mais elle est peu abondante. C’est seulement vers dix ans
que l’arbre est en plein rapport. Alors, un seul pied peut donner,
dans une année, une moyenne de 120 livres anglaises (44.760 gram­
mes) de graines par récolte. Il y a deux récoltes et une floraison à
peu près continuelle à partir de l’âge adulte (dix ans), si bien que
ce grand arbre donne en môme temps des fleurs et des fruits. La
floraison de juin porte ses gousses en octobre et novembre, celle
de novembre et décembre, aux mois de mai et juin (1). Quand les
fruits sont murs, ils prennent une couleur jaune et brunâtre. A cet
état, ils commencentà s’ôuvrir sur leur suture ventrale et montrent
leurs graines rouges ou blanches dans la même coque. C’est alors
que commence la récolte. M. Fauwcet R. L. S. (Indische Mercuur,
Amsterdam, 29 novembre 1890), parlant de ses observations à la
Jamaïque dit : « L’arbre à Kola se reproduit par les graines et
» commence à produire des fruits à l’âge de 4 ou 5 ans. Il y a des
» arbres de Kola dans le jardin botanique de Castleton, qui sont
» plantés là il y a plus de 50 ans et qui portent régulièrement des
» fruits. Ces arbres doivent être plantés à une distance de 20 pieds
» l’un de l’autre, ce qui fait un nombre de 108 arbres par acre. Ces
» arbres atteignent une hauteur d’environ 40 pieds. Ceux de
» Castleton produisent, à chaque récolte, 500 à 600 gousses. Si
» chaque gousse, en calculant sans exagération, contient 4 graines
» et nous calculons par « quart » ; un arbre de800 gousses produira
» alors 50 quarts de noix par récolte, ce qui fait 100 quarts par
» arbre pendant une année. Un quart de noix sèches aura à peu
» près un poids de 1/4 de livre, ce qui donne 125 livres par arbre. »
La production à la Jamaïque est donc comparable à celle de la côte
occidentale d’Afrique, ce qui n’a rien de surprenant, les climats de
ces deux régions étant comparables.
M. Heudelot, dans une note, manuscrite (2), dit qu’il existe
deux variétés de Kola, l’une donnant des semences rouges
exclusivement et l’autre des graines blanches. Il ne semble pas
(1) Ces indications sont spéciales à la côte occidentale d’Afrique désignée sous
le nom de Rivières du Sud où se trouve la plus grande quantité de Kola ; mais nous
avons vu précédemment, d’après les indications de Binger, que les époques de
floraison varient un peu dans le Soudan.
(2) Signalé dans Bâillon : « Études sur l’herbier du Gabon ». (Adansonia
X. 1871-73, p. 168 et suiv.).

�LES KOLAS AFRICAINS

49

qu’il en soit ainsi généralement pour l’espèce type du Kola,
sur la côte occidentale d’Afrique, où, connue je l’ai vu, sur de
nombreux échantillons, une môme gousse renfermant jusqu’à
quinze graines de grosseur fort dissemblable, en présente de
rouges et de blanches entremêlées, sans que les blanches puis­
sent être considérées comme moins mures que les rouges. Par
contre, Binger et d’autres voyageurs confirment le dire d’Heudelot.
11 y aurait donc une variété de Kola ne donnant que des graines
blanches et une autre ne donnant que des graines rouges. Les
arbres donnant des graines rouges et des blanches dans le même
fruit seraient-ils un métis de ces deux variétés? Binger nous
apprend, en outre(DuNiger au golfe de Gainée, T. I., p. 109), que
le Kola blanc de l’Anno est récolté en février, en juin et en octo­
bre, que les graines de février se gâteut assez rapidement, tandis
que les récoltes de juin et octobre se couserveraient plus facile­
ment (1). Ce dernier Kola cependant ne peut supporter de bien
longs trajets ; il se conserve, au maximum et avec des soins, pen­
dant 50 à 60 jours.
Je dois au R. P. Sutter, missionnaire apostolique au RioPungo (Bofïa), les renseignements suivauts sur les arbres à
Kola (Cola acuminata), dans cette partie des Rivières du Sud
de la côte occidentale d’Afrique, région privilégiée au point de
vue de la production de cette graine.
« Il y a des Kolatiers qui ne donnent que des graines blan» ches: ils sont rares. D’autres ne donnent également que du
» Kola rouge; ils sont également en petit nombre. En général,
» le même arbre donne des graines rouges et des graines
» blanches : les Kolas blancs et rouges y sont indifféremment
» renfermés dans les mêmes gousses. C’est là la généralité, et
» ceci est de notoriété générale. Il y a des Kolatiers jusqu’à
» Timbo, mais ils sont rares. La région nord de Foutah-Djallon
» n’en produit pas: arrivé à une certaine altitude, le Kolatier
» est stérile. Bien plus, des gens du Rio-Pungo ont essayé de
» planter cet arbre à Boulam (capitale des îles Bissagos), et,
(1) Ce fait est confirmé par l’article de YInclische Mercuur (Amsterdam,
novembre 1890), qui dit : « Les noix pour semences doivent être recueillies de juin
à septembre, et, quand elles sont destinées à être embarquées, elles doivent, être
mises, en terre. »

�EDOUARD HECKEL

» malgré tous les soins, ils ont péri dès qu’ils sont arrivés à
» une certaine hauteur (1). »
Les graines de Kola mettent, dans leur pays natal, environ
trois semaines pour germer. En France, pendant l’hiver, en serre
chaude, ou sur couches et sous haches, durant l’été, elles ne lèvent
qu’après 2 mois 1/2 ou 3 mois environ. Il est remarquable de
voir que ces semences, qu’elles appartiennent à la couleur jaune
blanchâtre ou à la couleur rouge, verdissent pendant la germi­
nation, qui demande dans l’un et l’autre cas le même temps.
La jeune plantule reste attachée à ses cotylédons souter­
rains pendant très longtemps et jusqu’à ce que la trame
cotylédonaire ait pourri tout entière. J’ai démontré, en collabo­
ration avec M. Schlagdenhauffen, que, dans ces cotylédons,
durant la période germinative, la Caféine et la Théobromine qui
y sont contenues, se transforment et donnent, par un phémonène
de nitrification assez commun dans la nature (comme l’a établi
M. Berthelot), en dernière analyse, du nitrate de potasse qui est
sans doute utilisé par la jeune plante pour sa nutrition, puisque
ce sel finit par disparaître entièrement dans les cotylédons (2).
En dehors des introductions faites, dans leurs colonies, récemment
par les Anglais et par la France depuis 1883, le Kola est aussi,
quoiqu’on ait dit, de la part des indigènes, l’objet de quelque
culture. Les renseignements que donne, sur ce point, le capitaine
Binger (Du Niger au golfe de Guinée, T. II, p. 244), sont fort
intéressants, car ils font disparaître tout le doute qui existait
(1) J’ai déjà fourni, à ce sujet, les observations de MM. Noirot et J. Bayol qui se
trouvent aussi confirmées par celles du R. P. Sulter. C’est ce qui m’a incité à
reproduire ce fait important. D’autre part, l’observation du R. P. Sutter touchant la
généralité de la coexistence des graines blanches et rouges dans la même gousse,
s’ajoute au témoignage de Binger pour établir définitivement le fait que j'avais
avancé depuis 1883 mais qui avait été contesté. Bien plus, le même fait de l'exis­
tence cumulative de graines blanches et de graines rouges dans la même gousse
se retrouve dans le Kola du Gabon et du Congo, ainsi que le prouve d’une part
l’assertion déjà relatée de feu Pierre, directeur du Jardin d’Essai de Libreville, et
le document suivant que je dois à la bienveillance de M. Dibowsky (in lilteris) :
« Le Kolatier du Congo donne des graines rouges et des graines blanches ; les
)) premières ne semblent en aucun cas constituer une variété. On trouve les deux
» couleurs de graine dans le même fruit ; ceux qui ne sont pas mûrs en contien» çent un plus grand nonbre que ceux qui sont parvenus à maturité.
(2) Comptes rendus de l’Académie des Sciences— 1890.

�LES KOLAS AFRICAINS

51

sur cette question controversée, de la culture des Kolas par les
noirs :
« Je trouve, en quittant Nouroudougou, dit Binger, en tra» versant de grandes oasis, de temps en temps, une échappée
» laissant entrevoir des forêts de bananiers, des fouillis d’ananas
» ou encore une plantation de Kolas. Après Babraso, nous ren» controns aussi de splendides plantations de Kola dont les
n arbres, disposés en quinconce, alternent avec des palmiers à
» huile. Cette variété de Sterculia produit le Kola blanc et le Kola
)) rose (1). Le tronc ressemble un peu, comme écorce, à notre
» hêtre; et la feuille, à celle du Ficus ; mais ce qui m’a frappé,
» c’est qu’à un mètre de terre, tous les troncs se bifurquent.
» Les branches ne sont pas émondées quand elles sont jeunes,
» de sorte que, dès que l’arbre commence à prendre de la vigueur,
» les indigènes sont forcés d’étayer les brandies pour les
» empêcher de se briser.
» J’ai vraiment éprouvé un sensible plaisir en voyant le
» nègre se livrer à une culture dont le rendement n’est pas
» immédiat. Hélas ! partout où j’ai passé, j’ai trouvé les noirs
» si indolents, si peu prévoyants ! C’est à peine s’ils plantent
» de temps à autre un Bombax sur la place du marché, ils
» n’ont pas encore eu l’idée de multiplier l’arbre à Cé (2),
» et le Néré (3), qui sont cependant, d’un bon rapport, môme
» dans les pays d’origine (4). Les quatre indigènes qui me
» restaient et auxquels je faisais remarquer que les Gan-ne
» étaient plus prévoyants qu’eux, se promirent bien de les
» imiter en rentrant, et de planter des Cé et des Néré. Ceux de
» Treich rapportaient même des graines de quelques arbres de
(1) Cette variété se rapporte évidemment à celle que j’ai reçue des Rivières du
Sud et dont chaque gousse renferme, mêlées étroitement, des graines roses et des
graines blanc jaunâtre.
(2) Bassin Parlai, Ivotschy (Voir mon travail sur ce précieux végétal dans
La Nature de G. Tissandier, 1885).
(3) Parkia biglobosa, Uenlh. (Voir mon travail sur ce végétal dans 1eJuurn. de
Pharmacie et Chimie, 15 juin 1887, et Bull, de la Soc. de Ge'ogr. de Marseille,
1887).
(4) Nous avons vu déjà, en parlant du Kola dans les Rivières du Sud. notam­
ment en pays Sousou, que les indigènes, là plus prévoyants et plus laborieux
qu’ailleurs,y plantentet y cultivent ce végétal précieux. La même observation a été
faite, en cequitoucheàtoutleCongo,par M. Fondère. (Voir pages 28,32,37,39,note 1).

�OZ

EDOUARD HECKEL

» la zone Kong, tellement ils étaient pleins de zèle. Ils n’en
» feront rien, je les connais ; un
tam-tam dans leur village
» leur aura fait tout oublier. Le noir est enfant ; il le res» tera encore longtemps. »
Enfin comme on le verra plus loin d’après une note d’origine
anglaise, la culture du Kola acuminata aurait été introduite avec
succès dans le Nord de l’Australie.
Conservation, commerce, emploi indigène de la graine. —
J ’ai dit que la récolte du Kola se faisait deux fois chaque
année. Cette opération se pratique avec de grandes précautions
de la part des traitants ou mieux des traitantes, car ce sont
les femmes surtout qui, sur toute la côte Occidentale d’Afri­
que, se livrent à ce genre de commerce. On enlève les grai­
nes à leurs gousses et on les dépouille de leur épisperme,
ce, qui est facile. Ces graines obtenues, il importe, pour leur
conserver toute leur valeur commerciale auprès des nègres
africains, seuls consommateurs jusqu’ici du moius (1), de cette
graine fraîche, de la maintenir quand même à l’état frais.
L’unique procédé de conservation qui soit lisité le plus généra­
lement, consiste à faire un assortiment soigneux de ces graines en
rejetant tous les Kolas endommagés ou piqués par les vers, puis à
les placer dans de grands paniers spéciaux au pays, faits d’écorces
d’arbres, et tapissés à l’intérieur avec des feuilles fraîches de Bal
(Stercnlia cordifolia Cav. ou Cola heterophijlla Beauv. ?) (2) ; on fait
déborder les Kolas en un dôme au dessus du panier ainsi
parfaitement rempli, et on recouvre le tout de la même feuille
Bal, qui, par son épaisseur, sa résistance et ses dimensions,
ne contribue pas peu à cette conservation en préservant les
noix de Kola fraîches du contact de l’air sec. Dans cet état,
on peut expédier les paniers très loin. Le Kola y supporte
fort bien, sans se moisir, des voyages durant lesquels il n’est
(1) Il commence à arriver à Marseille assez régulièrement du Kola frais pour
les usages pharmaceutiques et pour les besoins des vélocipédistes et alpinistes
qui le consomment sous forme d’extrait : ces graines y parviennent en parfait état.
(2) L’examen anatomique de la feuille de l’arbre Bal m’a prouvé par la conconcordance de sa composition avec celle du Cola acuminata, que j’avais bien
affaire à une espèce du genre Cola, c’était le seul moyen de déterminer approxima­
tivement la plante qui fournit cette feuille, n’ayant jamais eu à ma disposition ni
les fleurs ni les fruits de ce végétal.

�LES KOLAS AFRICAINS

53

pas nécessaire de le soumettre à une manipulation, quelle
qu’elle soit. Pour le conserver frais, il suffit de maintenir la
feuille de Bal à l’état humide. C’est ainsi que j’ai pu recevoir,
venant de Serra-Leone, des paniers de Kola parfaitement
frais et destinés à être expédiés pour semences dans nos colo­
nies françaises tropicales ; ces graines peuvent même arriver
dans cet état jusqu’en Angleterre (1). La feuille de Bal usitée
sur la côte occidentale d’Afrique, n’est sans doute pas celle qui
est utilisée, pour le même objet (emballage du Kola) au Soudan.
Binger (2), sur ce point, s’exprime ainsi qu’il suit : « A Kintampo,
» après un trajet de deux bonnes heures, on arrive sur les bords
» d’un joli ruisseau auprès duquel nous apercevons, pour la
» première fois, les feuilles servant à emballer les Kolas. Cette
» feuille, de la largeur de deux mains, se distingue de la fausse
» feuille (qu’il faut faire bouillir avant de l’employer et qui se
» trouve un peu partout dans le Soudan), par une bordure de
» 2 centimètres de largeur d’un vert plus foncé. Cette bordure,
(1) Thomas Christy (New commercial Plants, n° 3, Londres 1880), s’exprime
ainsi : « Les indigènes savent conserver pendant quatre mois les graines de Kola
en les enveloppant dans une espèce particulière de feuille qu’on conserve humide.
Celles que j’ai reçues récemment me sont arrivées aussi fraîches que si elles
venaient d’être cueillies. Quelques-unes m’avaient été envoyées dans des feuilles et
d’autres enfoncées dans la terre glaise. Le premier procédé est le meilleur.
D'après le R. P. Sutter, supérieur de la mission BoCfa au Rio-Pungo (in litteris) :
« Un fait à noter, c’est que le Kola, récolté le long du littoral, est plus gros et plus
» beau que celui de l’intérieur des terres, mais ce dernier a l'avantage sur le
» premier d’être plus fort et de pouvoir être conservé plus longtemps. »
M. Goujon, sur ce point de la conservation du Kola, s’exprime ainsi qu'il suit (in
litteris) au sujet de la graine de YOmbéné (Cola Ballayi) du Gabon :
« Les noirs du Gabon ne cultivent pas le Kola; il y en a plus dans la forêt qu’il
» ne leur en faut pour leur consommation, et, jusqu’à présent, c’est-à-dire jusqu’à
». l'année dernière, personne n’en achetait. Tout au plus quelques individus, plus
» friands de ce fruit que les autres, en tenaient-ils une petite provision pour leur
» usage personnel. D’après ce que m’a dit la vieille Marie N’dar, le Kola épluché et
» terré dans un endroit pas trop humide se conserverait comestible d’une année à
» l’autre. Elle prétend en avoir fait l’expérience. C’est douteux. On pourrait jpour» tant essayer d’envoyer des graines stratifiées en Europe ; comme il n’y a qu’un
» mois de traversée par les paquebots on aurait plus de chance de les y voir arri» ver en bon état qu’en les envoyant en gousse. J ’ai à deux ou trois reprises essayé
» d’en conserver sous cette dernière forme (en le terrant) et j’y ai renoncé parce
» qu’elles étaient moisies et immangeables au bout de quinze jours.»
(2) Capitaine Binger [Du Niger au golfe de Guinée, Paris. Hachette, 1892. T. II,
p. 135).

�EDOUARD HECKEL

» peu apparente lorsqu’on examine la feuille à l’endroit, est
» visible à l’envers ; elle n’existe que sur le côté gauche de la
» feuille, tenue par le petiole et examinée à l’envers, la bordure
» se trouve à droite. »
Quand le Kola doit être conservé plus d’un mois, il faut,
tous les trente jours au moins, que la manipulation de l’assor­
timent se fasse à nouveau. On lave alors les graines dans l’eau
fraîche, on remplace les premières feuilles de Bal par de
nouvelles, et on procède, comme ci-dessus, pour la réfection
du panier, dont la contenance habituelle est de 3 mesures, soit
trois fois 112 livres anglaises (132 kilog.). Ainsi emballés, les
Kolas sont expédiés en Gambie et à Gorée, où se fait le com­
merce principal de ces graines. En Gambie, les traitants les
montent dans le haut de la rivière et les vendent, autant que
possible, à l’état frais, aux caravanes qui descendent de l’inté­
rieur chargées de produits. Dès que les Kolas, ainsi vendus,
commencent à se rider et à se dessécher, les marchands de la
caravane en achèvent la dessiccation au soleil et les réduisent
par mouture eu une poudre fine qui est encore très recherchée
par les peuplades de l’intérieur. Celles-ci, après l’avoir mêlée
au lait et au miel, en forment un breuvage alimentaire et
excitant très-agréable. C’est sous cet état de poudre que le Kola
continue généralement son voyage au cœur de l’Afrique. Cepen­
dant, il arrive le plus souvent encore à l’état frais à Sokota et à
Kouka (près du lac Tchad) et même à Tombouctou, où se
tiennent de grands marchés de cette graine (1).
(1) D’après des renseignements récents qu’a bien voulu me transmettre verbale­
ment M.Godel, administrateur colonial au Congo,qui a longtemps séjourné dans les
Rivières du Sud, le meilleur Kola de cette dernière région serait celui du SamOj
pays voisin de la Mellacorée: « Par un procédé qui leur est spécial, les indigènes
» de ce pays savent conserver, me dit cet administrateur dont je traduis ici la
» pensée, les graines de Kola à l’état frais pendant une année durant. Pour y
» parvenir, ils lavent cette semence au moment où elle vient d’être cueillie, dans une
» eau chargée par macération des principes d’une plante dont ils utilisent la racine
» pilée fraîche. Cette plante aurait pour action d’empêcher le développement d’une
» larve qui, sans ce traitement, dévore en tout sens le parenchyme de la graine et
» la rend inutilisable.’ Les noirs appellent ce ver du nom indigène de Tembouc. »
M. Godel n’a pu, malgré son insistance, se procurer ni le nom de la plante utilisée
poyr cette conservation du Kola, ni même un fragment de la racine, tant les
nègres tiennent cette pratique secrète. — Au sujet de la conservation du Kola dans

�LES KOLAS AFRICAINS

De Sokota et de Kouka (1), les caravanes le dirigent ensuite sur
la région du Delta du Niger, voici ce que je relève dans un article du journal
Chimist and Druggist (de Londres) du 28 janvier 1898, pp. 157, intitulé : Vive
hundred Miles up tlie Niger. « Les indigènes empaquettent uniformément les
» graines fraîches dans des paniers spéciaux qu’ils transportent sur la tète (lig. 4),
» les paniers sont fortement entortillés avec de puissants liens fibreux, et le Kola
» qui y est contenu est enveloppé dans des lambeaux de toile grossière. Ils contienn nent exactement 50 livres anglaises (22 k. 677) de Kolas et toules les semences
» sont soigneusement entourées de feuilles moisies et décomposées.- Dans ces
» conditions le Kola peut être transporté d’Afrique en Europe sans détérioration.
» La poignée en anse qui couronne le panier est faite en écorce de Calamus Draco,
» appelé ta'i-taï par les indigènes.

Kig. 4. — Panier indigène pour le transport du Kola dans le Niger,
le Soudan, la Gambie, etc.
» Le Kola à deux cotylédons non divisés profondément à la base est plus
» apprécié que la variété à cotylédons si profondément divisés qu’ils semblent être
» au nombre de quatre : de même les Kolas rouges sont tenus en plus grande
» estime que les Kolas blancs qui ont en réalité, à l’état frais, une couleur jaune
» pâle. Certains négociants de Londres ont des collecteurs de Kola dans presque
» toutes les régions tropicales et notamment dans les parties Nord de l’Australie,
» où un grand nombre de planteurs se livrent à la culture du Kola ».
Ces observations propres au delta du Niger sont, comme on le verra plus loin,
entièrement confirmées par celles du Dr Rançon au Soudan français et en HauteGambie : c’est bien le même panier et le même procédé de transport.
L’appréciation sur la valeur des Kolas blancs et rouges est absolument l’opposé de
celle qui a cours dans la Sénégambie et'le Soudan Français, nous l’avons déjà dit,
mais nous reviendrons sur ce point important dans la partie chimique de cette étude.
(1) Ce produit est frappé malheureusement, dans toute l’étendue du Soudan,
d’impôts si exorbitants, qu’à mesure qu’il progresse vers l’intérieur il devient d’un

�56

ÉDOUARD HECI1EL

Tripoli où il est vendu, le plus souvent, à l’état sec et très
cher. De Tombouctou enfin, il est importé, en remontant par
le Niger (Djoliba), jusque dans le Maroc, à Fez et à Méquinez.
Au sujet de la graine du Cola acuminata sur la côte occidentale
d’Afrique et notamment au Rio-Pongo, où cette matière est l’objet
d’une production abondante et d’un trafic d’une certaine impor­
tance, voici les renseignements intéressants que nous empruntons
à un article déjà cité (p. 28 note 1) et intitulé: « Les dépendances
du Sénégal. » (Revue Marit. et Col., 1885, p, 42, 55 et 56), dû à
M. Boul, commandant du cercle du Rio-Pongo:
« Le plus grand plaisir que l’on puisse faire à un chef nègre,
» c’est de lui offrir des noix de Kola. La couleur des noix offertes
» a, pour lui, une signification. Les Kolas blancs signifient, amitié
» ou sympathie; les rouges, aversion ou antipathie.
» Entre rois de la côte d’Afrique, la réception d’un Kola rouge
» équivaut à une déclaration de guerre de la part de l’envoyeur.
» Le Koba, état placé sur le littoral maritime entre le Rio» Pongo et le Bramaya, est tributaire de ce dernier état qui a été
» annexé à la France par convention du 14 juin 1883: le Koba est
» donc placé sous la domination française. C’est le pays producteur
» par excellence des noix de Kola, si recherchées qiaintenant par
» toutes les populations africaines.
» Tous les ans, au mois de décembre et au mois de mars, à
» l’époque des récoltes du Kola, le Koba est envahi par un grand
» nombre de traitants étrangers des colonies portugaise et anglaise
» qui enlèvent la presque totalité de ces produits.
» Ces étrangers n’ayant pas, comme leurs confrères du Rioprix inabordable. Le commandant Monteil, dans sa récente conférence à la Sor­
bonne, où il a rapidement esquissé son voyage au lac Tchad, nous en a donné une
idée en indiquant les prix que le Kola atteint à Kano et à Kouka, capitale du Bornou. Je le cite textuellement d’après un article de la Politique Coloniale du 31
janvier 1893: « Veut-on avoir une idée des péages que ces populations exigent des
» caravanes? Kano et Kouka échangent avec les villes du Dahomey et du pays de
» Kong le sel et la noix de Kola. Or, la noix de Kola qui vaut -3 cauris à Kong en
» vaut loO à Kano, les caravanes devant céder plus des déux tiers de leurs mar» cliandises aux habitants de la région de Kabbi qui vivent de ces déprédations, n
Nous verrons bientôt ce témoignage du commandant Monteil être corroboré par
celui du docteur Rançon. Cet explorateur a vu les mômes faits déplorables se
produire tout près de la côte, en plein Soudan français, dans la haute Gambie et
dans le Foutah-Djallon.

�57

LES KOLAS AFRICAINS

» Pongo, des Irais d’établissement, de location et autres, offrent
» aux indigènes un prix plus rémunérateur; ils accaparent ainsi
n toute la production au détriment du commerce du Rio-Pongo,
» auxquels les Kolas sont nécessaires pour traiter avec les
« caravanes.
» Grâce à la configuration géographique du Delta du Rio-Pongo,
» les navires qui fréquentent le Iioba peuvent entrer et sortir sans
» être vus de Boffa (capitale du Rio-Pongo). Pendant la campagne
» de 1882-1883, le Koba a été visité par 12 goélettes portugaises
» d’une capacité moyenne dé 25 tonnes, ce qui représente une
» exportation de 300 tonneaux de noix de Kolas pour une seule
» campagne.
» Le Lakata est un pays riche et peuplé, situé sur le bord de
n la mer, entre le Rio-Nunez et le Rio-Pongo: il est acquis à la
» France depuis la convention du 26 janvier 1884. Ce pays fournit
» abondamment des noix de Kola, des amandes de palmes, du
» caoutchouc, etc., etc. Achetés presque pour rien dans le Koba
» et dans le Lakata, les Kolas atteignent une grande valeur dans
n les pays un peu éloignés de la côte. Une seule de ces graines est
» vendue jusqu’à 0 fr. 50 dans certaines contrées de l’intérieur ; ce
» prix est inférieur de plus de moitié sur les marchés de Freetown,
» de Roulam et de St-Louis. Le commerce des Kolas a pris, depuis
n quelques années, une certaine importance dans les colonies de
» Sierra-Leone et de Bissagos. Sur les principaux marchés de la
» colonie du Sénégal, le monopole du commerce des Kolas est
» entre les mains des sujets anglais de Sierra-Leone. »
Au centre de l’Afrique, ce sont surtout les peuplades rive­
raines du Niger qui le consomment à l’état sec et en poudre,
en particulier (vers Messina), les tribus situées aux confins
de la Salana : les Burnous, les Honsas, etc.
Voici, au point de vue du commerce du Kola et de sa
valeur vénale dans les régions parcourues par Binger, com­
ment s’exprime cet éminent explorateur. Il est nécessaire de
reproduire cet exposé relatif au Kola blanc de l’Ânno, malgré le
long développement que lui a donné Binger, et cela à cause de
l’intérêt que présente le sujet de cette étude dans, uue région
devenue française et jusqu’ici inconnue (1) : « A Groumania,
(1) Binger. Du Niger au Golfe de Gïiinée (L 1, p. 309 et suiv.).
4

�08

EDOUARD HECKEL

» un Ourou fié (calebasse de Kola, 200 graines) coûte 200 cauries
» (10 fr.); à Kong, un fruit se vend 2, 3, 4 et jusqu’à 12 cauries,
» suivant la grosseur. A Djenné, cette variété n’est pas beaucoup
» goûtée par les indigènes, de sorte que son prix n’en est jamais
» assez élevé pour qu’il y ait avantage à le transporter au loin ;
» aussi ce fruit ne dépasse-t-il guère Bobodioulassou, Lera, Nielé,
» Oua et Bouna. Il est vendu contre des cauries, avec lesquelles
» les marchands de Kong se procurent surtout du coton en
» vrac, de l’indigo, du piment rouge ; c’est le Kola de la
» vente au détail, celui dont le prix est abordable par la
» classe moyenne de la population.
» Ce Kola de l’Anno va aussi beaucoup à Salaga. Ce marché
» n’est pas du tout bien alimenté de Kola de l’Achanti et les
» gens de Kong trouvent toujours à y écouler le Kola du
» Mango.
» Les missionnaires de Bâle et le Dr Mæhly prétendent
» qu’une charge de Kola de YOkouawou vaut à Salaga de 37
» à 38 francs ; c’est une grosse erreur. Une charge de Kola
» (2500 graines) vaut bien davantage ; à Salaga, le Kola le
n meilleur marché coûte 40 cauries, et une charge coûte
» 100,000 cauries, qui représentent 120 francs.
» A Sakhala, sur la limite des pays de production, la
» meme charge de Kola coûte 8 kokotla de sel, dont le prix
» de revient est de 8/12e d’une charge de 55 francs, soit
» 36 fr. 64 ; à Tengréla la charge vaut déjà de 80 à 100
» francs (1).
» On peut dire que Kong, Kintampo et Groumania sont les
» marchés où le Kola se paye le plus bas prix.
» Partout, le Kola rouge de l’Achanti atteint le prix le plus
n élevé : 2,400 Kolas coûtent à Kintampo 12,000 cauries, c’est» à-dire 5 cauries pièce.
» Il est, à ce propos, intéressant de se rendre compte des
(1) Voici comment s’exprime sur cet approvisionnement en Kola à Tengréla, le
colonel Galliéni (Mission dans le haut Niger et à Ségou. — Bulletin de la Société
de Géographie de Paris. T série, T. IV, 1884, p. 607) : «Un grand nombre de Dioulas
» continuent ensuite leur route sur Tangréla pour y acheter des Kolas à bon
» compte, puis ils reviennent par Dialakaro, le Bouré et le Bamboucli, où ils
»,échangent avantageusement leurs Kolas contre de l’or. D’autres, enfin, gagnent
» Ségou, Djenné ou Tombouctou par divers itinéraires. »

�LÉS KOLAS AFRICAINS

59

» bénéfices que peut réaliser un couple, homme et femme,
» se livrant à ce commerce. Le ménage quittant Kong avec
» une pacotille, ferronnerie ou étoffe, d’une valeur locale de
» 20 francs, se procure à Kintampo ou Boudoukou environ
» 5,000 Kolas, qu’il revendra à Bobodioulassou. Avec le
» produit de la vente de ces Kolas, il achète 2 barres de
» sel. Il emportera 1 barre 1/2 seulement à Kong; l’autre
» demi-barre servant à acheter quelques cadeaux à rapporter
» au pays et à subvenir à ses besoins en vivres pendant la
» route.
» Le trajet de Kong à Kintampo et de Kintampo à Bobo» dioulassou et retour à Kong, aura duré cent jours environ.
» La barre et demie de sel rendue à Kong représentant une
» valeur de 240 francs, le couple aura gagné une valeur de
» 220 francs, c’est-à-dire 2 fr. 20 par jour ou 1 fr. 10 par jour
» et par personne, tous frais payés.
» Il faut envisager l’existence que mènent ces gens-là. Ils
» marchent chargés chacun de 30 à 40 kilogrammes et cela
» pendant la plus grande partie de la journée ; arrivés à
» l’étape, il faut piler et préparer les aliments, couper du
» bois, chercher de l’eau, souvent à plusieurs kilomètres de
» distance; s’il y a un enfant dans le ménage, la femme le
» porte sur le dos ; ils vivent sans feu ni lieu. Surpris pai'
» les pluies, ils voyagent quand môme, supportant toutes les
» intempéries sans se plaindre.....
» Voici le meme calcul pour un marchand de Kola allant
» de Bamako dans le Ouoroudougou avec une barre de sel.
» Il achète une barre de sel à Bamako pour 55 à 60 francs ;
» il vit sur son sel pendant cinq semaines que dure sa
» marche pour aller. Il dépense ainsi, y compris l’achat d’un
» panier de nattes de feuilles à emballer et droit de passe,
» environ 3 à 4 kokotla ; il lui en reste 8 à échanger et je
» suppose qu’il prenne à Kani ou Touté des Kolas de gro'sseur
» moyenne et qu’on lui en donne 350 par kototla, il aura
» donc échangé sa barre de sel contre 2,800 Kolas. Pendant le
» voyage de retour, il achète sa nourriture et paye son hôte et
» les droits de passe en Kola ; il en pourrit également une
» certaine quantité en route ; les Dioula m’ont affirmé qu’il

�EDOUARD HECKEL

» était difficile d’en rapporter à Bammako,plus de 2.000
» (Bafoula Kémé dourou). Les Kolas de cette variété se vendent
» en général au détail deux par kémé (25 centimes), ce qui
» met le cent à 12 fr. 50 et porte sa charge totale à 250 francs.
» Gomme pour les vendre ce prix, il lui faut d’un mois à
» six semaines, il mange une partie de son bénéfice ; on peut
» dire que, l’opération terminée, il lui restera 180 francs, soit
» 120 francs de bénéfices pourquatre mois
de travail de
» porteur ou devie de privations. Quelquefois, il perd tout
» quand les Kolas se gâtent ou qu’il est pillé.
» Un grand facteur de la conservation du Kola est son
» mode d’emballage. Faute de précautions (1), il se gâte ou se
» raccornit et dessèche, et par cela môme, perd toute sa
» valeur. La feuille dans laquelle on emballe le Kola est à
» peu près semblable à celle de YArum, mais plus ouverte et
» d’un vert plus accusé (2). Elle est supportée par une tige
(1) Cependant, malgré tous les soins assidus dont elles sont l’objet, beaucoup
de semences contractent, durant le transport, des maladies parasitaires auxquelles
on ne peut apporter aucun remède et qui causent aux commerçants des pertes
inappréciables. Le Dr Nacbtigall a décrit ces maladies en détail et nous en a même
donné le nom en langage du Bornou, dans son livre Sahara et Soudan (1881),
C’est dire assez quelle importance on attache dans le pays à la conservation de ce
produit à l'état frais. — La première de ces maladies, nommée II illé, transforme
peu à peu la semence en une masse pulvérulente blanchâtre. Tout d’abord localisée
on peut l’enrayer en coupant la partie malade. Si la noix est entièrement attaquée,
il faut la jeter, car elle a perdu toute saveur. MM. Chodat et Chuit (Etude sur les
noix de Kola, Archives de physique de Genève, 1888, p. 300), ont déterminé la
cause de cette maladie qui est due à des colonies microbiennes. Ces bactéries se
présentent sous forme de : 1° Microccoccus ordinairement tout à fait sphériques,
excessivement petits, souvent agglutinés en zooglées et zooglées sarciniformes ; 2U
de bacterium ou bacilles ordinairement isolés.
Ces organismes détruisent tout d’adord la substance colorante et le tannin qui
imprègnent les parois cellulaires des cotylédons. Ces dernières deviennent ainsi
parfaitement blanches. Mais si l’action des bactéries continue, la paroi cellulaire
est atlaquée, détruite, et l’amidon contenu dans la cellule devient libre : c’est alors
seulement que l’amidon commence à être plus ou moins corrodé. Cependant
l’amidon parait doué d’une résistance plus grande que la paroi cellulaire.
Une seconde maladie, nommée Dasemséra, peut se produire quand les noix
fraîches sont exposées à une trop grande humidité. L’intérieur devient dur et
cassant, et à l’extérieur, il se forme des plaques foncées.
D’autres fois les noix sont réduites en poudre noire par un champignon qui
s’étend de plus en plus dans leur profondeur. Enfin, les vers peuvent leur causer
un grand dommage.
(1) On connaît plusieurs procédés d’emballage du Kola frais en vue d’en assurer
la longue conservation, comme il existe plusieurs plantes donnant des feuilles

�LES KOLAS AFRICAINS

61

» très fme, d’enViron 40 à 50 centimètres de hauteur ; ou la
» trouve généralement dans les endroits humides et ombragés.
» La vraie feuille, vue à l’envers, porte sur la partie
» gauche une bordure d’un centimètre de largeur, d’un vert
» plus foncé que le reste de la feuille; le vert est assez accentué
» pour qu’on puisse le reconnaître à un simple examen,
» surtout quand on la tourne vers le soleil ou vers un
» endroit éclairé.
» Il existe beaucoup de feuilles analogues comme struc» ture et l’on s’y trompe facilement quand on n’est pas initié
» à la façon de les reconnaître. Les fausses feuilles ne sont
» pas employées vertes ; pour les utiliser, il faut les faire
» bouillir très longtemps et les faire bien sécher avant de
» s’en servir; faute de cetteprécaution, au lieu d’être pro» pices à la conservation du Kola, elles hâtent au contraire
» la pourriture du fruit et en développent les moisissures.
» Elles ne sont employées qu’à défaut de la vraie feuille qui
» ne se trouve pas sous certaines latitudes.
)) Jusqu’à présent, les expériences faites en France sur
» l’emploi du Kola ont donné peu de résultats ; cela tient à
» ce que l’on se sert du Kola desséché.' Il serait cependant
» bien facile d’en faire venir de frais, en se servant de l’em» hallage en feuilles dont je viens de parler (1).
utilisées pour cet emballage. Nous avons déjà examiné certains de ces procédés
(variables avec les régions) et indiqué quelques-unes de ces feuilles les plus com­
munément employées, en voici encore un autre. — Les commerçants indigènes les
mettent dans de grandes corbeilles qui doivent être préalablemeut rembourrées
d’une épaisse couche de grosses feuilles humectées nommées Fetta au Bornou
Chaque noix, de même, est entourée de ces feuilles, puis on serre le tout fortement
au moyen de cordes qui sont tendues dans toutes les directions de façon à diminuer
es intervalles qui faciliteraient la transpiration. Plus la quantité de graines est
grande, et plus le danger de dessiccation ou de maladie est diminué. Pendant la
saison des pluies, on peut laisser ainsi les corbeilles pendant un mois et demi, mais
si le transport se fait pendant un temps sec, il faut ouvrir les corbeilles plusieurs
fois par semaine, étendre les noix, les laisser à l’air pendant un temps plus ou
moins prolongé et les asperger avec un peu d'eau. Si quelques noix se fanent, es
trafiquants se contentent de les mettre pendant quelque temps dans l’eau, ce qui
leur rend leur turgescence primitive.
(1) ,M. Binger fait évidemment ici erreur. Il n’est pas admissible que le Kola
frais ait des propriétés que ne possède pas le Kola sec. Du reste, ce dernier a fait
ses preuves comme médicament et comme aliment d'épargne, à l’état sec, en
Europe, et ses propriétés ont été mises à jour dans ces dernières années, depuis

�62

ÉDOUARD HECKEL

» Les Kolas arrivent frais à Tombouctou et à Kauo, ce qui
» leur fait uu voyage minimum de trois mois. Nous sommes donc
» (en France) plus près du Kola que nous le pensons, puisque
» de l’Anno à Grand’Bassam, il y a à peine un mois de
» voyage, ce qui le met à six semaines de France et même
» un mois, si l’on veut sérieusement s’en occuper (1).
.» Les Lô (2), outre les relations qu’ils entretiennent avec les
» gens du Ouoroudougou, font aussi des achats à un peuple
» qui habite près de la mer (les Jack-Jack, fort probablement).
» Le Ouoroudougou (pays des Kolas) et le Ouorocoro (pays
» à côté des Kolas) ne sont pas des pays de production du
» Kola, comme le fait supposer l’étymologie de leur nom. Ces
» deux pays ne se trouvent que sur. les confins des pays à
» Kola; ainsi: à Karoudougou, dans le Ouorocoro, il y a un
» arbre à Kola ; à Sakhala, Kané, Siana et Bouté, il n'y a
» encore qu’un, deux ou trois arbres au maximum. Dans
» quelques autres villages également, on en trouve un ou
» deux (Je tiens le renseignement d’un Dioula ruiné, nommé
» Iiéléba, que j’ai engagé à Médine, comme ânier; il est ori» ginaire de Toumbougou (Ouorodougou) et il a été élevé à
» Sakhala).
» Un de mes captifs libérés, né à Ouorocoro, et mon pale» frenier, Monça-Diavvara, ont été deux fois à Kani et à
» Sakhala y acheter des Kolas. Comme ils étaient trop pau» vres pour travailler à leur propre compte, ils gardaient
» les ânes pendant la route, et, le voyage terminé, on les a
» payés avec quelques centaines de Kolas. Voici comment se
» fait, d’après eux, le commerce des Kolas, dans cette région:
n Arrivés à Tiong-I, Tengréla, Maniniam, Sambatiguela, que
mes travaux, sans qu'on puisse établir de différence à cet égard avec le produit
frais; ce dernier ne renferme que l’eau en plus et un peu d’huile essentielle;
c’est la seule dissemblance qui sépare le Kola sec du Kola frais. — Nous y
reviendrons plus en détail dans la partie chimique de cette étude.
(1) Il arrive, du reste, je l’ai dit déjà et il faut le répéter, de la côte occidentale
d’Afrique et notamment de Sierra-Leone, du Kola très frais, jusqu’à Marseille, et
cela par gros paniers de 122 livres anglaises entourés de feuilles immenses de
Sterculia cordifolia. J’en ai fait venir sans difficulté un panier, quand j’ai dû en
faire des semis pour les expédier dans nos colonies françaises.
I
(2) Les Lô occupent La région confinée au Sud par le Souamlé et le Tiassalé.

�LES KOLAS AFRICAINS

63

n j’appellerai marchés à Kolas de la première zone, les marchands
» font scier leur barre de sel en 12 morceaux de 3 doigts de
» largeur que l’on nomme Kokotla. Cette opération terminée,
» on achète les paniers et les nattes à l’aide desquelles on doit
» emballer les Kolas; tout ceci est payé en sel. Là, les cara» vanes s’informent du cours des Kolas, et, si leurs ressources
j&gt;ou l’état de leurs animaux le leur permettent, elles poussent
» plus au sud pour se procurer ce fruit à meilleur compte.
» Arrivés sur les marchés de la deuxième zone (zone plus
«proche des pays de production) à Odjounjé, Touté, Kam,
» Siana ou Sakhala, les marchands du nord s’adressent aux
« indigènes, qui font tous le métier de courtier. Ce sont ou
» des Siene-ré ou des Mandé-Dioula ; les premiers paraissent
» être les autochtones, les seconds n’y sont venus qu’à une
» époque relativement récente, mais leur autorité s’est affirmée
» au point que ce sont eux les maîtres réels du pays ; c’est
» du reste ce qui se passe dans toutes les régions où le Mandé» Dioula s’infiltre.
» Les courtiers conviennent avec les marchands du prix du
» sel et fixent la quantité de Kolas qu’ils recevront en échange
» d’un Kokotla (cette fraction de barre de sel étant devenue
» depuis Tengréla l’unité d’échange). Le prix du Kola varie
« naturellement avec la variété, la grosseur et surtout la pro» venance de la graine.
» Le Kola de Sakhala est le plus gros que l’on connaisse,
» il est toujours blanc, se conserve très-longtemps et, de pré» férence, est porté à Djenné et à Tombouctou. Ce Kola est
» aussi le plus cher.
» Le Kola d’une grosseur moyenne, rouge ou blanc, se
» trouve surtout à Kani, Siana et Touté; il est également
» recherché, particulièrement le rouge.
» Enfin, il existe une autre variété qui s’achète en ma» jeure partie à Djenné et à Tiomakhandougou ; elle est rouge
» et très petite ; on la connaît dans cette partie du Soudan
» sous le nom de Maniniam-ourou (Kola de Maniniam) parce
» qu’on en trouve beaucoup sur ce marché. Le prix du Kola,
» sur ces marchés, varie entre 200 et 600 graines pour un
» kokotla ; ce qu’il y a fie curieux dans cette partie du Soudan,

�EDOUARD HECKEL

»
»
»
»
»
»

c’est que dès qu’il s’agit de Kolas, la première grosse unité
est 100, tandis que partout, dans les États de Samory, elle
n’est que de 80 ; ces deux nombres portant le môme nom,
on fait précéder la dénomination commune du mot de Kémé
par le mot Ourou (Kola), quand il s’agit de Kola, de sorte
qu’on dit 100 Kolas : Ourou Kémé.
» Généralement il y a assez de Kolas en réserve dans les
» marchés pour contenter les acheteurs, mais il arrive quel» quefois que, pour des raisons multiples : guerre, pillage,
n mauvaise saison, il vient une trop grande quantité d’ache» teurs à la fois. Alors, il se passe le fait suivant : le prix
» convenu, les acheteurs remettent leurs kokotla aux courtiers,
» les femmes de tout le village (les femmes seulement) partent
» au moment où le soleil disparaît de l’horizon, sous la con» duite de deux ou trois hommes du village préposés à cet
» effet, et vont chercher plus au Sud la quantité de ces
» graines nécessaires. Ces femmes ne reviennent que le surlen» demain à la nuit tombante.
» En admettant qu’elles marchent 12 heures sur les 48
» qu’elles mettent à faire le trajet, elles parcourent environ
» 60 km. ; donc, c’est, au maximum, à 30 km. au sud de ces
» marchés que se trouvent les lieux d’échange entre les femmes
» des courtiers et les habitants des lieux de production.
» Kéléba-Diara, mon Dioula ânier, me dit que les Lô appor» tent les Kolas en des lieux d’échange situés en pleine brousse.
» Jamais, lui qui est resté à Sakhala jusqu’à l’âge de 23 ans.
» environ, n’a pu en savoir plus long : « J’étais bien marabout,
» mais cela ne suffit pas, il faut faire partie de cette confrérie
» et je n’ai jamais été initié; je n’ai jamais cherché à en savoir
» davantage, ni à m’aventurer par là : mon affaire eut été
» réglée, on vous coupe tout bonnement le cou. »
» Ces Dioula trouvent, dans ce courtage, une source de
«richesse qu’ils tiennent à garder; c’est la raison qui a pro» voqué l’organisation de cette sorte de Société secrète dont
» m’ont parlé mes hommes. Le même fait n’existe-t-il pas un
» peu plus au sud, pour les transactions entre les Lô ou leurs
» voisins, avec les comptoirs de la côte de l’or et des graines? »
— Enfin, Binger résume ainsi ses observations sur les mar­
chands de Kola au Soudan :

�LES KOLAS AFRICAINS

6d

« Les marchands du Soudan peuvent se diviser en plusieurs
» catégories : 1° le marchand momentané, nègre de n’importe
» quelle race, qui borne son commerce de sel de Guinée ou de
» Kola à deux ou trois voyages ; 2° les Kokoroko : ce sont
'i généralement des Noinou (forgerons) de Ouassoulou ou du
» Ouorokoro. Ils commencent par fabriquer de la poterie, des
» objets en bois ou en fer, de la vannerie, qu’ils vendent
» contre des kauris ; lorsqu’ils ont un lot de quelques milliers
» de cauris, .ils s’en vont sur les marchés à Kolas,
» achètent une petite charge de ces fruits, et vont à 3 ou
» 400 kilomètres plus au Nord, généralement à Ouolosrsébougou,
» Ténétou,
Kangaréou Kona, l’échanger
contre du sel avecun
# modeste
bénéfice.Le sel est importé
à son tour sur la tête
» jusqu’aux marchés à Kola les plus éloignés, tels que Sakhala,
» Kani ou Toute. Là, ils ont le Kola un peu meilleur marché,
» puis ils
reviennent et font ce métier d’échange du sel etdu
» Kola jusqu’à ce qu’ils aient gagné un certain nombre de
» captifs leur permettant de se livrer à un commerce plus
•» lucratif ».
— Mais le Kola n’est pas seulement consommé en Afrique.
Quelques maisons de commerce l’exportent directement au Brésil,
soit de certains ports du Dahomey dans lesquels l’exportation
n’est pas interdite par le roi du pays (1) comme Porto-Novo,
par exemple, soit du Congo français ou de la Guinée inférieure
et particulièrement d’Ambrisette. On ne connaît pas exactement
le chiffre de cette dernière exportation, mais il doit être fort
peu élevé, si l’on n’oublie pas qu’elle repose presque uniquement
sur la satisfaction des besoins propres aux Nègres Africains,
qui, transportés par l’émigration sur le sol américain, n’y ont
pas renoncé à leurs habitudes les plus chères, devenues de
véritables besoins, comme la mastication du Kola.
D’autre part, il ne faut pas oublier que le Kola est fortetement consommé au Brésil, ainsi que l’indique le docu-ment
suivant tiré de « Indische Mercuur » (Amsterdam, 29 nov. 1890):
(1) Sur certains points delà côte et en particulier du royaume du Dahomey, il
était, avant la défaite de Béhanzin par les armes françaises, absolument interdit
aux commerçants Européens délaisser sortir le Kola du pays, tant cette graine est
considérée comme de première utilité pour les Africains.

�EDOUARD HECKEL

« L'observation suivante fut faite dans un discours de sir Alfred
» Maloney K. G. M. G, Gouverneur de Lagos, à l’occasion de l’ou» verture de la navigation à vapeur avec le Brésil, le 13 août
» dernier : Considérant la rapide traversée qui peut être effectuée
» à présent, comparée aux voyages des voiliers, le commerce
» du Kola peut s’étendre considérablement, surtout quand on
» sait qu’il y a une forte demande au Brésil pour cette graine,
» et que tout ce qui coûte ici 5 s. (&gt;cl, obtient là-bas le prix de 6 s. »
Beproduisons, en outre, en raison de son importance, la
lettre suivante du consul Stevens, à Bahia, au « Foreign office »
à Londres, constatant l’existence réelle de ce commerce :
« Bahia, le 6 septembre 1890.
n Mylord,
» J’ai l’honneur d’attirer l’attention de Votre Excellence sur
» la force des nègres de l’Afrique Occidentale ; ils peuvent tra» vailler très-longtemps, soulever des objets très lourds et les
» transporter à de grandes distances ; on dit que la forte
» consommation qu’ils font des noix de Kola en est la cause,
» suivant l’opinion et l’observation personnelle des commerçants
» de l’Afrique Occidentale. J’apprends que la noix de Kola sera
» employée dans l’armée française, d’après des expériences
» faites à Marseille, par M. le Docteur Heckel, professeur à
» l’Ecole de Médecine de cette ville.
» Dans notre port, les portefaix de l’Afrique Occidentale qui
» mangent du Kola, et portent sur eux la fève enveloppée
» dans des feuilles de banane, sont physiquement considérés
» comme des hommes moins bien bâtis que les nègres Brési» liens, et pourtant, en mâchant sans cesse du Kola, l’Africain
» peut faire un travail et supporter une grande fatigue, ce
» dont un portefaix brésilien n’est pas capable. Là où, par
» exemple, on a besoin de 8 nègres brésiliens pour porter un
» fardeau avec beaucoup de peine, ce même fardeau est enlevé
» facilement par 4 portefaix Africains, qui chantent en mar» chant, même quand ils montent une colline, mais toujours
» avec un morceau de Kola dans la bouche.
. » Comme on paie ordinairement le débarquement au poids,
» les escouades africaines, qui sont composées d’un plus petit

�LES KOLAS AFRICAINS

» nombre d’hommes, gagnent le double, et tandis qu’elles épargnen
» l’argent, le nègre brésilien vit au jour le jour, boit du rhum
» croyant que cela le fortifie, dépensant trois fois ce que pai
» l’Africain quotidiennement pour les noix de Kola. Celles-c
» ne donnent pas d’ivresse, sont très nourrissantes, bonnes poui
» la soif, pas excitantes, et procurent de la force et de b
» fraîcheur.
» Il m’est arrivé qu’un sac de sucre, pesant 80 kilog.
» après avoir été refusé par un nègre portefaix bien portant
» jeune et bien bâti, qui ne pouvait pas le déplacer, étai
» facilement emporté par un nègre africain âgé, qui, aprèi
» avoir pris un morceau de noix de Kola dans la bouche, 1&lt;
» transportait pendant une distance de quatre lieues en cint
» quarts d’heure, sans l’enlever une seule fois de la tête. J&lt;
» pourrais rapporter encore beaucoup de cas pareils.
» Le Kola arrive ici de Lagos, et n’est jamais très-frais. I
n est meilleur pendant la récolte ou peu de temps après
» chaque fève est vendue de 2 d. à 3 d., cela dépend de
» fraîcheur.
» Ün petit morceau de la noix est mis dans la bouche et
» mâché, jusqu’à ce qu’il soit peu à peu avalé. Je ne doute
» pas que cette noix de Kola soit bien connue du Gouverne» ment de Sa Majesté, mais ayant souvent démontré leur utilité
» dans ma correspondance particulière à M. Wyndham, de
» Rio-Janeiro, Son Excellence me conseillait de rapporter les
» faits à Votre Excellence, pour les faire parvenir au Minis» tère de la Guerre.Ci-joint,,
je vous envoie une douzaine
» de noix de Kola, prises d’une balle qui vient d’être importée
» par un négrier de Lagos.
» Signé : Geo.-Alex. S teven s , consul. »
Quant au commerce d’importation en Europe, il va crois­
sant rapidement depuis une vingtaine d’années, si l’on en juge
par le tableau suivant extrait du Report of the progress *and
conditions of the Royal Gardens at Kew (année 1880, p. 14)
Livres anglaises

En 1860l’importation futd’environ : 150,000 =
En 1870
—
—
— 416,000 =
En 1879
—
—
— 743,000 =

55,960 k
145,168 k
378,625 k

�68

ÉDOUARD HECKEL

Voici sur le Kola exporté du Gabon, la statistique pour la
récolte de janvier et février 1891 :
Poste de Lambaréné (Ogooué). — Janvier = 1432 k.
Février = 500 k.
D’autre part, M. Goujon me donne sur cette exportation
de Libreville (Gabon) les renseignements suivants : « La quan» tité de Kola qui se trouve dans le pays a de beaucoup
» dépassé les besoins des indigènes ; depuis un an environ,
» certaines factoreries en ont un peu acheté, particulièrement
» la maison Woermann et C°, de Hambourg, qui en a expédié de
» 6 à 700 k. pendant le 3e trimestre 1890 (renseignement fourni
» par le service des Douanes dans le bulletin trimestriel de
» commerce, qui a été transmis au Ministère en février 1891) (1).
Le Kola s’achète par mesure à Sierra-Leone, qui est le
véritable marché de cette denrée sur le littoral. Chaque me­
sure pèse environ 45 k. et se paie, selon la saison et la
disposition du marchand, depuis 50 fr. jusqu’à 150 fr. (2).
Arrivé à l’état frais dans la Gambie et à Gorée, le Kola
augmente de 45 p. 100 de sa valeur, et la même mesure
vaut de 100 à 250 fr. selon le prix d’achat à Sierra-Leone.
Une seule graine vaut à Gorée de 0 fr. 30 à 0 fr. 50 la pièce
selon la saison. Dans la capitale de notre colonie du Sénégal,
à St-Louis, où il s’en fait un commerce très important, elles
se vendent à 0 fr. 15 et 0 fr. 50 pièce, suivant la grosseur.
Je suis heureux de pouvoir transcrire ici en détail les
observations de M. le Dr Rançon, médecin de l re classe des
colonies, relatives au commerce du Kola dans le Soudau fran­
çais, telles que les a rédigées à mon intention cet intrépide
(1) Dans le Journal officiel du Congo du 20 novembre 1891, on lit dans un article
intitulé : Renseignements commerciaux sur les produits de l’Ogowé, le passage
suivant. : « Noix de Kola (Terre Oyouga-Batéké). Production médiocre, pourrait se
h développer dans une large mesure. On en trouve aussi, mais en petite quantilé,
» dans les forêts habitées par les Obambas, sur la route de Franceville à Diélé. »
(2) D’après Virey (Sur la noix de Goura ou de Gourou. — Journal de Phar­
macie, 1832, p. 702 ) : « Les Maures du Fezzan et de Tripoli payaient à cette époque
» deux piastres (11 francs), vingt de ces noix, ce qui fait 0,75 la pièce ». Le même
fait de pénétration du Kola, parles caravanes, jusqu’au Maroc, est confirmé dans
Report of the progress and conditions of the Royal Gardois at Kew (année
1880,p. 14), où on lit : « Le commerce du Kola s’est aussi répandu du centre de
l’Afrique jusque dans les ports africains de la Méditerranée. »

�LES KOLAS AFRICAINS

explorateur dès son retour de la mission qu’il vient ré­
cemment de remplir dans la haute Gambie et dans le Sou­
dan. Ces détails, qui empruntent une haute autorité à leur
auteur, ont trait à une région du Soudan toute différente de
celle qu’a parcourue le capitaine Binger, c’est-à-dire la haute
Gambie à peu près inconnue avant les voyages d’exploiration
de M. Rançon et la partie du Soudan français comprise entre
la Gambie, Kayes et Bammakou. Ils ont un grand intérêt puis­
qu’ils touchent à une région française dont la conquête semble
complètement assurée depuis longtemps.
« Le commerce de Kolas qui se fait au Soudan français est
» des plus actifs. Nous pourrions même dire que c’est le seul
» produit qui fasse l’objet de transactions suivies et impor)) tantes ; à ce point de vue nous sommes absolument tribu)&gt; taires des colonies anglaises de Sierra-Leone et de Ste-Marie
» de Bathurst. Le Kola pénètre dans notre colonie par plusieurs
» voies, mais les quantités qui nous viennent par la voie
» anglaise sont de beaucoup les plus considérables. Saint-Louis,
» qui, lui-même, le reçoit de la Gambie et de Sierra Leone,
» n’en exporte au Soudan par Bakel et Médine que dans de
» très faibles proportions. C’est surtout par Mac-Carthy que se
a fait l’importation pour tous les pays situés au Nord de la
» Gambie : Ouli, Kalon Kadougou, Sandougou, Bondou, Bam» boucle, etc.
» Nous avons pu, pendant notre séjour à Mac-Carthy, nous
)) convaincre de l’importance de ce commerce. Mais nous avons
» été heureux de constater qu’il était là tout entier entre les
» mains du négoce français que la Compagnie Française de la
» côte occidentale d’Afrique représente si avantageusement et
)) si dignement dans toutes ces régions. Les Kolas qu’elle
» importe lui viennent de Sierra-Leone par Bathurst ; c’est par
» balles du poids de 25, 50 et 100 kilogrammes qu’elle les
)&gt; livre à ses clients de l’intérieur. Ils sont surtout échangés
» contre des produits en nature : arachides, cire, ivoire, caout» chouc.
» La seconde voie importante par laquelle le Kola pénètre
» au Soudan Français est celle du Fouta-Djallo. La ville où
» se pratiquent le plus les transactions commerciales concer-

�70

ÉDOUARD HËCKEL

» uant ce produit, le plus grand entrepôt est Kédougou dans
» Niocolo. De tous les points des régions situées entre le Niger
» et la Falémé, les Dioulas affluent et vont y faire leurs
» achats. C’est surtout du mois de novembre au mois de
» juin que les transactions sont les plus actives. Elles
» seraient encore bien plus considérables, si les almamys du
» Fouta-Djallo n’avaient pas frappé ce produit d’une taxe
» exorbitante. Ainsi, tout Dioula qui exporte le Kola, soit de
» Kédougou, soit d’un point quelconque du Fouta-Djallo ou de
» ses provinces tributaires, doit payer à la sortie une pièce
» de Guinée, ou sa valeur par charge d’àne (50 kilogrammes),
» et une demi-pièce ou sa valeur par charge d’homme (25 kilo» grammes). Cet impôt est énorme surtout si l’on songe que
» dans ces régions une pièce de guinée vaut de 18 à 25 fr.
» A Kédougou, tout le commerce des Kolas est entre les
» mains des Sarracolés et nous en avons vu qui opéraient sur
» de grandes quantités en réalisant de beaux bénéfices. Les
» Kolas leur sont apportés du sud par des Dioulas, Peulhs
» et Malinkés surtout. Les achats se payent en étoffes, sel,
» verroterie, poudre et principalement captifs.
» Le Kola jouit à Damantan (Haute-Gambie) et dans le . pays
» des Coniaguiés (contrefort du Fouta-Djallo), où j’ai pénétré en
» 1891, un des premiers non sans danger, de la même faveur que
» dans tout le reste du Soudan. Les Coniaguiés en sont
» particulièrement friands. J ’ai pu le constater à l’empres» sement avec lequel ils acceptaient les cadeaux que je leur
» faisais de cette graine. Par contre, ils trouvent difficilement à
» satisfaire leur gourmandise, car le Kola y est très rare.
» Bien que Damantan et le Coniaguié soient relativement peu
» éloignés de Kédougou (grand marché à Kolas du Nicolo),
» ils en reçoivent fort peu par cette voie. La plus grande
» partie de ce qu’ils consomment leur vient de Labé et surtout
» de Mac-Carthy : elle leur est apportée par les rares Dioulas
» qui sont assez hardis pour s’aventurer dans leur pays sau» vage fermé à tout étranger. Aussi, le prix en est-il exces» sivement élevé, si exorbitant même, que le Kola est consi» déré dans les régions comme une marchandise de luxe et
» qu’il y fait l’objet d’un commerce insignifiant. L’arbre à

�LES KOLAS AFRICAINS

71

» Kola est absolument inconnu dans les deux régions, mais
» j’ai la conviction qu’il y viendrait bien en raison de la
» nature du sol et du climat.
» Une autre voie de pénétration est celle du Diallon-Kadou» gou et du Dialloungala. Nous n’avons que des données très
» vagues sur son importance, n’ayant pas visité ces régions ;
» mais nous pouvons affirmer avoir souvent rencontré, dans
» nos voyages à travers le Bambouck, des Dioulas qui s’y
» rendaient pour y faire leurs achats.
» La plus grande partie des Kolas qui se comsomment sur
» les bords du Niger vient du Sud et de l’Est par les marchés
» de Tengréla, Kankan et par la voie du Fouta^Djallo (par
» Timbo et Dinguiray).
» On ne saurait s’imaginer l’importance de ce commerce
» dans les régions comprises dans la boucle du Niger, et
» dans les régions situées au Sud. Il n’y a qu’à lire l’ouvrage
» de Binger pour s’en rendre un compte exact. En parlant
» du commerce de l’importante ville de Kong, Binger dit :
» Les filles de l’âge de six ou sept ans vendent et colportent
» dans la ville des Kolas. » Et plus loin ; « Les femmes des
» petits marchands, qui sont forcés de passer au loin une
» partie de l’année, vivent pendant l’absence de leurs maris en
» vendant des Kolas, etc. » Nous relevons dans le passage où
» il décrit l’important marché de Bobodioulasou :
» Les Haoussas sont très nombreux ici, ils apportent tous
» du sel sur leurs ânes pour emporter des Kolas. » A propos
» du gros village de Ouakara, il nous dit que l’élément Peulh
» n’y est représenté que par quatre familles et que ce village
» fait un gros trafic de sel et de Kolas. » Plus loin il nous
» apprend que les caravanes qui se rendent du Sud vers le
» Haoussas « sont surtout chargées de Kolas. » Takla, dit-il
» plus loin, est un village fort prospère. « Les habitants
» s’occupent activement du commerce du Kola et bon nombre
» de gens de Kong et de Boualé viennent y faire provision de
» ce produit. » Ces quelques citations sont amplement suffi» santés pour montrer toute l’importance de ce produit au
» Soudan.
» Les Kolas qui parviennent à Bakel et Mac-Carthy sont

�EDOUARD HECKEL

» emballés dans de grands paniers à l’aide des feuilles très
n grandes d’un autre végétal congénère. Ces paniers pèsent de
» 25 à 100 kilogs environ. Ainsi préparée la graine se garde
» longtemps intacte et peut impunément se transporter. Mais
» dans l’intérieur, ce procédé n’est pas pratiqué. De sembla» blés charges sont trop lourdes et trop encombrantes pour
» les moyens de transport dont disposent les Dioulas. Tout,
» en effet, est porté dans ces régions sur la tète ou à charge
» d’âne, aussi l’emballage est-il tout différent. Les Kolas sont
» toujours enveloppés dans une grande quantité de larges
» feuilles d’un arbre congénère ou à défaut, de paille de
» fonio légèrement humide. Le panier, au lieu d’être rond,
» à une forme elliptique (l). Il est tressé à l’aide de jeunes
» tiges d’arbres et à mailles assez larges pour pouvoir assurer
» une bonne aération afin d’éviter probablement la fermentation
» des graines. Ils sont portés à tète d’homme et deux cordes
» fixées à sa partie antérieure permettent au captif de maintenir
» l’équilibre sans trop de fatique. Les charges des ânes sont le
)) plus souvent emballées dans de vieilles toiles ou des pagnes
» hors de service et solidement ficelées à l’aide de cordes de
» bambous ou faites avec des fibres de Baobab. C’est ainsi que
» les Kolas arrivent sur nos marchés de Bakel, Kayes, Médine,
» Bafoulabé, Kita, etc., etc.
» Le commerce de détail est des plus répandus. On peut
» dire que, dans tout le Soudan Français, il n’y a pas de
» village de quelque importance qui n’ait ses marchands de
» Kolas. Dans les centres importants, c’est au marché que se
» tiennent les trafiquants ; dans les petits villages c’est dans les
» cases mêmes qu’ils installent leurs produits. En tout lieu,
» ils ont rapidement écoulé leur marchandise.
» Les prix en sont excessivement variables. Ils dépendent
» surtout du plus ou moins grand éloignement des centres de
» production et de la plus ou moins grande abondance des
» arrivages. Dans certains villages du Bambouck, nous les
» avons vu vendre couramment dix centimes l’un. A Bakel, à
» Kayes et à Médine, ils sont un peu moins chers, et, à
, (1) Voir page 55, fig. 4,1a figure de ce panier, qui est, à peu de chose près,
semblable à celui qu’on emploie dans le delta du Niger.

�LES KOLAS AFRICAINS

73

» Bammako, il nous est arrivé de les payer en moyenne 15
« à 20 centimes la pièce. 11 faut dire aussi que, là, ils sont
« beaucoup plus volumineux que dans les régions situées
» plus à l’Est. En général, le Kola blanc est bien plus estimé
» que le Kola rouge (1). Aussi se vend-il plus cher partout;
» mais, en général, les deux variétés rouge et blanche sont
» mélangées à peu près en parties égales dans les achats.
» Nous ne saurions évaluer en argent l’importance de ce
» commerce, mais nous pouvons affirmer qu’il est très consi» dérable et doit donner lieu à un chiffre important d’alïaires.»
Sur les bords du Niger, les tribus de l’intérieur paient le
Kola (tant ils lui accordent de prix), jusqu’à 5 fr. la graine,
et dès‘qu’elle-y devient un peu rare, par manque d’arrivage
des caravanes, la môme graine y est estimée à la valeur d’un
esclave. Enfin, il n’est pas rare qu’auprès de certaines tribus
très éloignées de la mer, les marchands mahométans arrivent
à échanger leur poudre de Kola sec, contre l’équivalent en
poudre d’or. En tenant compte de cette progression croissante
des prix depuis la côte jusqu’à l’intérieur, on comprend aisé­
ment l'importance qu’attachent les tribus à la possession de
cette graine, en raison des bénéfices qu’elle leur procure, et
on le comprendra mieux encore si l’on veut bien tenir compte
du rôle que joue cette graine, non seulement au point de vue
alimentaire auprès des diverses populations africaines, mais
encore dans la vie sociale et politique de ces peuplades, ainsi
que je vais le dire.
Il résulte, en effet, de cette multiple utilisation, que le Kola
n’est pas seulement une matière commerciale, mais encore une
substance capable de faciliter le négoce en disposant favora'(1) Le R. P. Sutter (de Bofla, Rio-Pongoj, m'écrit à ce sujet : « De plus, d’après
» tous les indigènes de ce pays, le Kola blanc est beaucoup plus actif que le Kola
» rouge. Pour bien faire saisir la différence qui existe à ce point de vue eatre ces
» graines, voici la comparaison qu’ils établissent. Si l’on mange un Kola blanc
» vers 10 b. du matin, on ne pourra pas dormir durant la nuit qui suit, tandis
» que pour obtenir le même effet sur un Kola rouge, il faudra le manger à 3 h.
» du soir. » Ainsi s’expliquerait la préférence des nègres pour le Kola blanc.
Nous reviendrons sur ce point important, dans la partie chimique de cette
étude.

�ÉDOUARD HECKEL

blement les vendeurs envers les acheteurs, qui se présentent
à eux, ce présent à la main (1).
Le prix du Kola s’est élevé considérablement dans ces der­
nières années et notamment en 1890, après la publication de
mes travaux et les discussions dont les résultats ont été
l’objet à l’Académie de Médecine de Paris. Les deux principaux
marchés de ces produits sont : Bordeaux et Marseille, pour la
France ; et Liverpool, pour l’Angleterre.
Dans notre pays, en 1890, le prix du kilogramme de noix
de Kola sèches de la côte d’Afrique (rivières du Sud) s’est
élevé jusqu’à 8 et 10 fr., en droguerie. Mais ces prix ont
baissé depuis ce premier engouement et ont repris leurs cours
normaux de 1 et 3 fr. le kilo, qui sont rémunérateurs pour
le négociant et abordables pour le consommateur. Nous pou­
vons suivre, du reste, les fluctuations de cette hausse de prix
pour 1890 dans le Indische Mercuur (1890, 29 nov.) Amster­
dam), où nous lisons: « Pendant ces dernières années on a
» demandé à la côte d’Afrique des noix de Kola pour faire
» des expériences et pour en faire une préparation semblable
» au chocolat et au cacao. Suivant un correspondant dans la
» City, il y a eu cette année une grande augmentation du
» prix des noix de Kola, je crois d’environ 4 d. la livre,
(1) Nous trouvons dans Binger (Du Niger au Golfe de Guinée) plusieurs exemples
du rôle social que joue le Kola chez les peuples Africains qu’il a visités:
Ouahabou (11°6- lat. N. cl 5° long. E .).— Quelques musulmans du village vien­
nent à leur Boukary et lui offrent des Kolas en lots de 5 à 20 fruits, mais toujours
présentés dans un coin de leur boubou (p. 34, Tour du Monde, 1891).
Salaga.— Pour me conduire à Kong, il me confia au fils d’un Haoussa qui
faisait retour avec du sel vers ce marché et lui adjoigni t un de ses propres captifs,
auquel je promis de donner une charge de Kola à son arrivée (p. 82, Tour du
Monde, 1891).
Kintampo.— Mon hôte Sâadou, prévenu la veille de mon arrivée dans la ville,
envoya un vieillard au devant de moi pour m'offrir, de sa part, 10 beaux Kolas
rouges, ..... Je fus admirablement reçu par Sâadou qui m'envoya de beaux
cadeaux en vivres, etc., et beaucoup de Kolas (p. 87, Tour du Monde, 1891).
Kintampo — Pour voir le principal trafic, il faut vivre de la vie des habitants,
passer des heures à siester en compagnie des diatigués, en mâchant force Kola
(p. 90, Tour du Monde, 1891).
Salaga.— Leroi de Pambi a pour titre Ouroupé, titre qui a dû lui être donné
par les Mandé, quand, jadis, il percevait 100 Kolas par charge... (p. 76, Tour du
blonde, 1891).

�LES KOLAS AFRICAINS

7o

» jusqu’à 2 s. et 2 s. 6 d. (3 fr. 20) la livre anglaise; et
» cette augmentation est due à un acheteur qui a pris tout
» ce qu’il a pu trouver pour en faire des préparations de
» Kola. Les prix actuels, excessivement élevés, encourageront
» sans doute les expéditions de tous les points de production
» et le marché sera tellement abondant que les prix bais» seront (1). Des rapports commerciaux du Ckemist and Druggist,
» on voit que la situation des noix de Kola est comme ci-après :
» 18 octobre 1890 : « Les noix de Kola sont en hausse cette
» semaine et nous croyons qu’à Liverpool on côte 2 s. 9 d.
» (3 fr. 40) la livre de graines bien séchées (442 gr.), quoiqu’on
» ait appris un arrivage d’environ 50 balles. A l’enchère d’au» jourd’hui on a vendu un fût de Kola et cette semaine on a
» payé pour des graines bien séchées 2 s. 2 d. à 2 s. 3 d. la livre
» (2 fr. 70 et 2 fr. 80).
Emploi, Usage, Vertus, Symbole. — Le Kola est l’excitant par
excellence chez les nègres africains, et à ce titre, comme le café chez
les Orientaux (2), il est servi à tout propos et hors de propos.
Dans les tribus où le Kola n’est pas spontané, aucune tram
saction de quelque nature qu’elle soit ne peut se faire sans
que ces graines interviennent soit comme cadeau, soit pour
être mâchées séance tenante. S’agit-il d’une alliance entre tri­
bus, les chefs échangent des Kolas, mais alors des Kolas blancs,
cette couleur étant chez les Africains, comme au milieu des
peuples civilisés, le signe de la paix et de la bienvenue. Au
contraire, faut-il déclarer la guerre, on envoie à l’ennemi des
Kolas rouges. Toute demande de mariage est accompagnée
d’un Kola blanc offert par le prétendant à la mère de la jeune
(1) C’est, en effet, ce qui s’est produit dès les débuts de l’année 1890.
(2) Voici sur ce point un témoignage qui s’impose à notre attention, c’est celui
du Dr Nacktigall dans son Sahara et Soudan (1881) : « La noix de Gourou, dit-il,
» est devenue pour les gens du Bornou et Haoussa, un aliment tout aussi indispen» sable que le café et le thé le sont pour d’autres peuples, et quand une mauvaise
» récolte ou la guerre en diminuent l’importation, cet état est considéré comme une
» calamité générale.On fait les plus grands sacrifices pour s’assurer cette jouissance
» quand on en a été privé pendant longtemps, et le Kanouri n’bésite pas à vendre
» dans ce but, son cheval, son plus grand bien dans ce monde. L'offre d’une noix
» de Gourou est toujours considérée comme un signe d’amitié spécial. »

�! 'IT

EDOUARD HEGKËL

ii Ile (1). Si la réponse est envoyée sous la forme d’un Kola
de la même couleur, c’est que la jeune fille est libre ; si le Kola est
rouge, c’est le refus. Lorsque le mariage doit se consommer, une
abondante provision de Kola est de rigueur, sous peine de
rupture, dans les cadeaux de noce faits par le fiancé. Parfois
même, s’il faut en croire René Caillé, cette précieuse noix sert à
ramener la paix dans les ménages troublés, comme celui de
son guide Kai-mou, qu’une noix de Kola partagée avec sa
femme réconcilia avec cette dernière qu’il avait rouée de coups
quelque temps auparavant.
Telle est la valeur accordée à ce produit que, dans l’inté­
rieur, l’offre de quelques-unes de ces noix, et même d’une
seule, est considérée comme une grande politesse, qui, lorsqu’elle
vient d’un chef à un voyageur blanc, prend le caractère
d’une assurance de bienvenue, d’amitié et de protection, à la
condition toutefois que la couleur de la graine soit blanche (2).
(4) Voici comment s’exprime sur ce point le colonel Galliéni dans son rapport
sur Sa m ission dans le haut Niger et a Ségou (Bullet. de la Soc. de Géographie
de Paris, 7e série, T. IV — 1883). « Quand un Bambara on un Malinké veut épouser
» une jeune fille, il envoie au père un cadeau de 10 Kolas blancs. Le père, s’il ac« cepte, répond par un cadeau semblable ; en cas de refus, il envoie un Kola
» rouge. Le demandeur, s’il est agréé, ajoute un cadeau de Cauris et de poulets des» tinés au repas du mariage. Il peut ensuite emmener sa femme, mais le père
» réclame aussitôt la dot fixée généralement à 30 ou 40,000 Cauris. Puis une petite
« fête avec accompagnement de chants et de danse, finit cette simple cérémonie, n
(2) Je relève les passages suivants très significatifs dans « Voyage aux
sources du Niger n par MM. Zweifel et Mouslier (Bulletin de la Société de
Géographie de Marseille, 7e série, année 1881, p. 128): « ....... Pewa, roi des
» Limbahs, nous donna des Kolalis blancs, en signe d’amitié, et un anneau d'or.
» Je ne dois pas passer sous silence la description du Kolah, qui fait partie des
» usages quotidiens des noirs de la côte occidentale et qui est intimement lié à leurs
» mœurs. Le Kolah est un Iruit qui ressemble beaucoup au marron sauvage.L’arbre
« qui le porte a les dimensions d’un noyer. La gousse qui,recouvre le Kolah est
» grosse comme un gros concombre et en a presque la forme. Elle contient dans ses
» cellules dix à quinze de ces fruits, qui sont fort amers. Ils laissent pourtant un
» arrière-goût douceâtre. 11 y a des Kolabs rouges et des Kolahs blancs. L’arbre qui
» produit ces fruits se trouve depuis la côte jusqu’aux plateaux de l’intérieur, où on
h le perd de vue. L'achat et la vente de ces fruits font l’objet d’un commerce très
» important dans lout le ncrd et l’ouest, de l'Afrique ; on le paye parfois jusqu’à
» 100 francs les 30 kilog. On attribue à ce fruit la vertu de conjurer la faim et de
« rendre potable l’eau saumâtre ou stagnante. Aussi, quand ils doivent faire un
voyage de quelque durée, les noirs se munissent-ils de Kolahs.
« On envoie des Kolahs rouges à ses ennemis pour leur déclarer la guerre. Au

�LES KOLAS AFRICAINS

77

Binger, au sujet des emplois superstitieux du Kola, raconte le
fait suivant :
« Ouolosébougou — (11° 9’ lat. N. — 10° 1 long. E). Depuis
» une huitaine de jours nous avions un nouveau voisin. C’était
» un noumou (forgeron) du Ouassoulou, qui était Kokoroko (1) et
» qui exerçait aussi le métier de Kéniélala (de prédire l’avenir,
» sorcier). Cet homme vint me voir plusieurs fois dans la même
» journée. Intrigué de ces fréquentes visites, je pensai qu’il avait.
» probablement à me parler. Pour ne pas l’interroger brusque» ment, je me décidai à aller lui demander la bonne aventure.
» J’entrai donc dans sa case, dont il referma soigneusement
» la porte. Après quelques mots échangés, il me pria d’aller
» chercher mon fusil et d’apporter huit Kolas rouges et huit
» Kolas blancs. Dans sa case, il avait un petit tas de sable
» fin ; d’un seul coup, avec un petit balai, il l’étendit devant
» lui en forme d’éventail. Alors, après m’avoir fait promettre
» de taire ce que le sable (kénié) m’apprendrait, il plaça le fusil le
» long du diamètre de la figure et traça rapidement dans le
» sable, avec le doigt, des signes cabalistiques ; puis il me
» fit tenir un demi Kola rouge et un demi Kola blanc au
» dessus du sable. Pendant une minute environ il marmota
» quelques paroles ; à partir de ce moment mon rôle était à
» peu près terminé, je n’avais plus qu’à manger, séance
» tenante, les deux moitiés de Kola et à étendre les mains
» au-dessus du kénié pendant les trois opérations suivantes :
» un Kola rouge entier est placé au centre, les sept Kolas
» blancs sont rangés en demi-cercle et relevés dans l’ordre
» inverse, puis la même chose est faite avec les Kolas rouges.
» lieu de lever la main droite, on jure sur le Kolali et on en mange. Quand un noir
» voulant absolument faire un présent n’a que des Kolalis rouges, il a bien soin en
» les offrant de dire : a Si j’avais pu les rendre blancs je l’aurais fait », afin d’aller
)&gt;au devant d’une impression défavorable. »
Le IY Crozat, (Voyage au Mossi, août 1891) donne l’indication suivante : « à Oua» guudoufjou chez le Naba : « J ’allais me retirer pensant avoir déplu lorsque le
» Naba revint apportant des Kolas ».
(1) Le nom de Kokoroko, comme nous l’avons vu, est donné au Kola dans la
région de l’Ouest africain (d’après ScbveinfurLh : Au pagscles Niams-Niams, voir
ici même- la page 39) peut-être en souvenir de la caste qui en a monopolisé la
vente et le commerce au Soudan.

�78

ÉDOUARD HECKEL

» Cela terminé, on peut demander an devin tout ce que l’on
» veut, sauf de rendre les Kolas qui sont pour lui ; ils consti» tuent ses petits bénéfices. »
Dans l’ordre religieux et judiciaire, l’importance du rôle
du Kola n’est pas moindre. Tous les serments se prêtent sur
ces graines et de la manière suivante : le nègre étend la
main sur ces semences, jure et les mange ensuite (1). A la
mort d’un ami, l’ami place pieusement quelques Kolas sur son
corps pour lui permettre sans doute de faire le grand voyage,
aucune route un peu longue n’étant entreprise par un Africain
sans une provision de ces graines, qui peuvent, par leur
vertu, dispenser le voyageur de toute autre nourriture. Enfin
les Mahométans n’hésitent pas à affirmer aux croyants que
c’est un fruit d’origine divine apporté par le prophète en
personne.
Au sujet du rôle que joue le Kola dans la vie des indi­
gènes au Soudan français, je suis heureux de pouvoir placer,
à côté des observations du capitaine Binger, celles non moins
importantes du docteur Rançon, médecin de l re classe des
Colonies, l’éminent explorateur de la Haute-Gambie et du Sou­
dan, qui, comme on le verra dans un autre chapitre (Emploi
stratégique du Kola), a fait sur lui-même et sur les animaux
qui raccompagnaient, l’emploi méthodique de cette graine durant
une mission scientifique récente qu’il vient d’achever en fin
1892, dans ces régions de l’Afrique tropicale. Je lui cède la
parole d’autant plus volontiers qu’il a bien voulu, sur ma
demande, rédiger les notes suivantes dans le but unique d’en
faire profiter les lecteurs de ce livre :
« Le Kola joue, au Soudan français, un rôle important dans
» la vie des indigènes. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire
» les relations des voyages faits dans ce pays par les différents
» explorateurs qui l’ont visité. Il a fallu que les noirs trouvent
(1) Voici un passage du Dr Crozat (Voyage au Mossi, août 1891), qui montre
bien l’importance de ce serment : « a Ourokoy — Les Bobos sont sans pudeur,
» mais cependant ils ne dévalisent jamais les voyageurs dans leur village... A
» Fakémas (chez les Bobos), un de mes hommes se plaignit à moi qu’on lui avait
‘ » volé trois pagnes neufs de li valeur de 2,o(J0 cauries. 11 accusait son hôte : celui» ci, pour se disculper, dut faire, devant le village assemblé, le serment du Kola. »

�LES KOLAS AFRICAINS

» au Kola des propriétés bien salutaires pour qu’ils le tiennent
» en si haute estime. Dans presque toutes les circonstances de
» leur vie sociale, on les voit utiliser cette graine. Ainsi, chez
» les Bambaras et les Malinkés, s’agit-il d’un serment, c’est
» sur le Kola qu’ils jurent. Voici comment on procède à cette
» cérémonie. Une contestation s’élève-t-elle entre deux noirs,
» un homme en accuse-t-il un autre, les anciens et les notables
» devant lesquels est portée l’affaire font comparaître l’accusé.
» S’il nie ce qu’on lui reproche, on lui fait prêter serment
» sur le Kola. Pour cela, le forgeron principal ( il ne faut
» pas oublier que les forgerons sont les prêtres dans les pays
» Malinkés, Mandingues et Bambaras) prend un Kola bien sa,in.
» Il fait placer devant lui l’homme qui va jurer, puis, allu» niant un petit feu de paille, y flambe le Kola, sans doute
n pour le purifier. Le prenant ensuite de la main gauche, il
» le pique en maints endroits avec la pointe de son couteau
» en prononçant la formule du serment. Ces piqûres sont
» faites pour bien montrer que le Kola est sain. Voici la for» mule la plus ordinaire de ce serment : « Je jure que je n’ai
» pas fait ce dont on m’accuse ; si je mens, je ceux que ce Kola
» que je vais manger m’empoisonne dans tant de jours. » Cette
» formule est répétée mot par mot par l’accusé, au fur et à
» mesure que le forgeron la prononce. Ceci fait, le Kola est
» immédiatement mangé en entier et celui qui vient de jurer
» est tenu de boire une calebasse d’eau pourbien prouver
» qu’il ne triche pas. Ce serment est le plus terrible qu’un
» Malinké ou un Bambara puisse prononcer : il est bien rare
» qu’il l’accepte s’il se sent coupable. Sans doute, il pourrait
» aussi bien jurer sur le kouskouss, le poulet, la viande ;
» mais, aux yeux de tous, les serments ainsi prononcés ne
» valent pas ceux qui sont prononcés sur le Kola.
» Autre fait. Il me souvient avoir lu quelque part, et dans
» je ne sais plus quel récit de voyage, que lorsqu’un Malinké
» ou un Bambara voulait demander une jeune fille en mariage,
» il envoyait au père huit Kolas blancs. Si celui-là acquiesçait
» à la demande, il renvoyait au prétendant deux Kolas blancs;
» dans le cas contraire, il lui faisait parvenir un Kola rouge.
» Dans les offrandes que les Bambaras et les Malinkés font

�80

ÉDOUARD HECKEL

» à leurs divinités, ce sont toujours les Kolas qui sont en plus
» grand nombre. Je n’ai pas besoin de dire que, seuls, les
» forgerons en profitent. De même, ils déposent des Kolas sur
» la sépulture de leurs parents et de leurs amis les plus chers.
» Si on vent faire grand honneur à un chef, on lui offrira
» toujours des Kolas et de préférence des Kolas blancs. Tous
» ceux qui ont vécu au Soudan en ont reçu et donné bien des
» fois durant le cours de leurs voyages dans cette région.
» Enfin, si On mange un Kola, la plus grande faveur que l’on
» puisse faire à un noir est de partager avec lui. Dans ce cas» là, on doit détacher les deux cotylédons qui sont unis entre
» eux et en offrir un à son convive. Nous pourrions multi» plier à l’infini les exemples et les faits de ce genre. Ceux
» que nous venons de citer suffisent amplement, croyous-nous,
» pour démontrer combien le Kola jouit d’une haute estime
» chez les peuples du Soudan.
» Il y a longtemps que le noir a reconnu combien cette
» graine précieuse avait sur son organisme une heureuse action.
» Il lui attribue toutes sortes de vertus curatives. Il l’emploie
» couramment contre les migraines, céphalalgie, diarrhées,
» dysenteries, et surtout contre l’impuissance. Mais c’est prin» cipalement quand le noir a une longue course à faire qu’il
» s’en sert de préférence. Il dit que le Kola le fait marcher
n plus vite, calme 1# soif, empêche la fièvre, fait trouver l’eau
» la plus mauvaise excellente, et. enfin remplace la viande.
» Le Kola les fait-il marcher plus vite ? Nous ne croyons pas
» que cette accélération de la marche soit exacte. Disons plutôt
» que son emploi rend la fatigue moins sensible et permet de
» marcher plus longtemps. A ce sujet, il me revient en
» mémoire, un fait que je tiens à relater ici et qui me semble
» probant. En 1888, lorsque j’étais commandant du cercle de
» Koundou, je reçus un jour un pli de M. le commandant
» supérieur du Soudan, avec ordre de le faire parvenir au
» plus tôt à M. le commandant du cercle de Bammako. Je fis
n immédiatement appeler le courrier habituel du poste,
» Ahmady-Silla, et lui donnai la consigne de se rendre dans
» le plus bref délai à Bammako. Je lui demandai ce qu’il
» désirait comme vivres de route : « du sucre, répondit-il, du

�LES KOLAS AFRICAINS

81

» biscuit et des Kolas. » Avec ce simple viatique, il s’engageait
» à être le lendemain rendu à destination. Je lui fis donner
» immédiatement ce qu’il demandait et il se mit en route
» aussitôt.
Le lendemain, à une heure de l’après-midi, je
)&gt; recevais une dépêche deM. le commandant de Bammako
» m’accusant réception du pli. Mon homme était parti à dix
» heures du matin ; il avait donc mis 26 heures pour faire
w les 136 kilomètres qui séparent Koundou de Bammako. Il
» fit le trajet de retour sans désemparer, en un laps de temps
» aussi court, et quand je lui demandai s’il était fatigué, il
» me répondit : « non, pas beaucoup mais un peu, parce qu’il
» y en a bien bouffé gourou (Kola), (sic) ». Ce fait n’a pas
» besoin de commentaires.
» Le Kola calme la soif et fait trouver excellente l’eau la
» plus mauvaise. Comme preuve à l’appui de cette opinion
» des noirs, nous pourrions citer les noms de bien des
)) officiers qui, comme nous, ont fait, au Soudan, un usage
)) fréquent du Kola. Nous nous contenterons d’affirmer le fait,
» pensant bien qu’une expérience de près de cinq années, sur
» laquelle repose notre assertion, suffira pour convaincre les
» plus incrédules.
» Les noirs remplacent volontiers la viande par le Kola.
» Chacun sait que l’usage de la viande est très restreint dans
» les villages du Soudan. Il faut une circonstance grave pour
)) qu’on immole un bœuf. Aussi, les noirs mangent-ils souvent
» beaucoup de Kolas, et ils prétendent que cette graine peut
» remplacer la viande. Nous ne saurions dire jusqu’à quel
)) point ce fait est exact. Il me souvient qu’à Mac-Carthy,
» pendant le séjour que nous y fîmes en 1891, la plupart de
» mes hommes furent atteints par la fièvre, et de plus la
» viande manquait souvent. Aussi, leur donnais-je fréquemment
» des Kolas et ils ne s’en plaignaient pas, bien au contraire.
)) Les. noirs regardent encore le Kola comme un puissant
» aphrodisiaque. On sait combien les peuples primitifs
» tiennent à conserver le plus longtemps possible leur vigueur
» génésique. Aussi, les peuples du Soudan font-ils, dans ce
» but, une ample consommation de Kola. Jeunes, les hommes
a en mangent pour augmenter leur virilité ; vieux, pour la voir

�EDOUARD HECKEL

))
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»

reparaître s’ils l’ont perdue, et il n ’est pas rare de voir des
vieillards réduire en poudre le Kola, à l’aide d’une râpe
qu’ils confectionnent avec de vieilles boites à sardines.
N’ayant plus de dents, ils sont obligés de le pulvériser pour
pouvoir l’avaler et l’absorber. Nous ne saurions dire si le
Kola possède réellement cette vertu si appréciée des noirs.
Tout ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il jouit universellement, au Soudan, de cette réputation, et qu’il donne
surtout aux jeunes gens une excitation assez durable et
génésiquement utilisable, si je puis parler ainsi. Je doute
qu’il agisse de môme sur les vieillards épuisés.
» Les indigènes ne se servent pas seulement du Kola dans
» l’alimentation et comme médicament. Ils s’en servent aussi
» comme teinture. Le Kola possède une matière colorante
» rouge dont ils se servent pour teindre leurs fils, et même,
» dans certaines régions, pour se teindre la barbe.
» Nous empruntons ces détails à l’excellent livre du capitaine
» Binger. Il dit, en effet, en parlant de Bobodioulassou : « On
» y trouve aussi des bandes de coton de Tagouara, des fibres
» d’ananas écrues, rougies au Kola ou teintes à l’indigo pour
)) broder les vêtements. » Plus loin, à propos des femmes de
Kong : « Les femmes s’occupent beaucoup d’utiliser les feuilles
)) d’ananas, en confectionnant du fil avec leurs fibres. Mis en
» écheveaux, ce fil est vendu écru ou teint en rouge minium, à
» l’aide du Kola, ou en bleu avec l’indigo, ou en jaune avec le
)) Souaran. »
« Nous ne croyons pas que, à part les régions visitées par
» Binger, le Kola jouisse au Soudan français d’une grande
)) faveur comme substance colorante.
» Nous terminons ce chapitre par quelques dernières cita)) tions destinées à bien montrer toute l’importance que le noir
» attache au Kola. Dans la relation de son voyage, Mage
)) rapporte le fait suivant : « Le 8 juillet J865, à 3 heures 10
)) minutes, Ahmadou se mit en marche ; en même temps, il m’en)) voyait 100 gourous par Samba N'Diaye, qui, comme un vrai
)) roué, au lieu de m’en dire le nombre, me dit : « Je t ’apporte
» des gourous. » Et il ni en donna quelques poignées, puis affecta
)) de chercher dans son guiba (poche sur le devant de la poitrine),

�LES KOLAS AFRICAINS

» de sorte que, croyant qu’il n’en avait plus que quelques-uns, je
v lui dis : « Si tu en as encore, garde-les pour toi. » Il ne m’en
)) avait donné que 32 et en avait encore 48, car les gourous se
» comptent, comme les cauris, 80 pour J00. Le soir, je le sus et
v lui en réclamai quelques-uns, et, bien qu’il dit les avoir tous
v mangés ou donnés, je lui en fis rendre 10 ou 15. C’était en ce
v moment une marchandise précieuse, car il allait falloir se
» tenir éveillé (1). » Plus loin, lors du siège de Sansandig, les
» habitants, pour narguer l’armée d’Ahmadou, leur criaient du
v haut des murs de la ville : « Allons donc, Fouta N’Ké (hommes
» du Fouta), venez donc au moins attaquer, il ne manque rien
» ici, voici des gourous. » Et, pour compléter l’ironie, ils leur
» lançaient des poignées de K olas. .
» Ces deux faits suffisent pour établir ce que nous voulions
» prouver et n’ont pas besoin de- commentaires. »
Le Kola, quel que soit le symbole qu’il représente, est em­
ployé à titre d’excitant de deux manières différentes, selon
qu’il est sec ou frais. En général, à l’état frais, il est usité
comme masticatoire ; à l’état sec, comme aliment. Cependant,
dans les contrées du centre, les naturels mâchent la poudre
de Kola sèche comme d’autres mâchent du tabac. La saveur
de la graine fraîche est d’abord sucrée, puis astringente et enfin
amère. Ces diverses sensations produites par le Kola, s’expli­
quent facilement en se rapportant à sa composition chimique,
telle que je l’indiquerai au Chap. II (glucose provenant du dédou­
blement du rouge de Kola, tannin et enfin caféine et théobromine). Quand la graine devient sèche, l’amertume s’atténue et
fait place à une saveur plus douce (2). C’est probablement à
(1) A propos de ce passage du célèbre explorateur Mage, je ne puis ro’empêcher de rappeler ici que lorsque j’appelai l’attention du Ministère de la guerre
français sur les propriétés, jusque-là ignorées, du Kola et leur importante application
à la défense nationale, j insistai tout particulièrement sur l’utilité de son emploi
par les factionnaires et les hommes de grand'garde qui, dans les longues
campagnes, éprouvent souvent la plus grande difficulté à se tenir éveillés à un
moment où le sort d'une bataille dépend de leur vigilance. Le Kola chasse
le sommeil et ne laisse après son emploi aucune fatigue, je l’ai souvent
expérimenté moi-même et fait constater par mes amis.
(2) En faisant tremper dans l’eau pure pendant deux jours seulement les graines
ainsi desséchées et devenues moins amère's, on les voit reprendre à peu près toute
leur amertume primitive,

�EDOUARD HECKEL

cause de ce fait, que les indigènes, bientôt blasés sur l'amer­
tume par l’abus du Kola, recherchent avidement la graine à
l’état frais. Ils donnent la préférence pour la mastication
aux semences qui ne présentent que deux fentes aux cotylé­
dons (pour le Cola acuminata), prétendant qu’elles sont moins
âpres que les congénères à 4, 5 et 6 segments cotylédonaires.
Leur opinion à cet égard (l’analyse ne l’a pas justifiée que je
sache, jusqu’ici) est si bien arrêtée, que le prix de ces diverses
graines est fort différent, les premières étant mieux cotées que
les secondes. Cette mastication qui s’opère toujours en avalant
la salive, loin d’attaquer l’émail des dents, comme le fait le
bétel, contribue à raffermir les gencives et à tonifier les voies
digestives (1). Elle aurait de plus, selon l’appréciation, non
seulement des nègres, mais encore des innombrables Européens
qui, vivant dans ces régions, -ont eu le bon esprit d’imiter cette
coutume indigène, la propriété de rendre agréable et fraîche
l’eau la plus ensoleillée et la plus saumâtre, telle qu’elle
abonde dans ces régions torrides. Les mets les plus fades et les
plus ordinaires deviendraient eux-mêmes appétissants et délicieux
après l’usage du Kola. Une propriété bien connue et très appréciée
des indigènes et qui ne saurait être discutée, en tenant compte
de l’action physiologique de la caféine et du rouge de Kola,
principes actifs du kola, est celle de satisfaire, même pendant
longtemps, les exigences de la faim et de rendre ceux qui en
font usage, comme aliment ou comme masticatoire, propres à
supporter sans fatigues les travaux les plus prolongés. En
s’appuyant sur ces derniers faits, on a voulu dire que le Kola
remplit dans l’Afrique le même rôle que YErythoxtjlon Coca
dans l’Amérique du Sud, mais ce rapprochement est inexact,
car l’action physiologique de la cocaïne ne ressemble en rien à
celle du Kola. Il y a plus, tous les nègres savent fort bien que
(1) Dans la Colonie allemande de Cameronn, les soldats en font un grand
comme tonique et réconfortant (Schorer’s Famil. Blatt. 1888, n0 11, Dr
Wattsons). D’autre part,; voici l’appréciation du Dr Nachtigall (Sahara et Soudan)
sur ce point : « Les étrangers s’y accoutument très bien ; je me serais au besoin
plutôt passé de calé et de tabac que des noix de Kola et jamais je n’observai que ma
digestion ou mon système nerveux en aient souffert.» Burdo (Sénégambie et Niger)
dit que les noix fraîches sont fort appréciées des Européens et des Arabes qui sé­
journent sur la côte occidentale d’Afrique et dans le royaume de Bornqu,
usage

�LES KOLAS AFRICAINS

cette graine, surtout quand elle est avalée en entier après avoir été
mâchée, ou quand elle est absorbée en poudre desséchée, a pour
eux l'inappréciable avantage de les garantir contre les flux
intestinaux, si communs dans les régions où la différence de
température nycthémérale, se joignant au manque de ressources
pour lutter contre ces influences atmosphériques, les expose à
de graves troubles fonctionnels (1).
Voici, d’après le célèbre explorateur Dibowski, le rôle com­
mercial, social et économique du Kola au Congo (C. Ballayi) :
« Les populations fétichistes qui occupent seules les terrin toires compris entre le Loango, l’Oubanghi et jusqu’à 8° lat.
» N„ ne semblent nulle part attribuer au Kola autant de vertu
» que le font les Musulmans. Généralement, cette graine ne
)) fait même pas partie des cadeaux de bienvenue que présente
» le chef du village. Toutefois, dans la forêt de Mayombé,
a j’ai vu un chef de village voisin, lequel venait me prier de
» camper chez lui, m’apporter du Kola et se prosterner devant
» moi pour me l’offrir. Ce n’était pas cependant en cet endroit
» une denrée rare et, pour qu’il mit un tel cérémonial à
» présenter son offrande, il fallait qu’il attachât de l’impor» tance au fruit. Dans une séance de fétichisme à laquelle
» j’assistais, chez les Bakouniés, le sorcier avait, entre autres
» reliques, de vieux fruits de Kola desséchés.
» Les tirailleurs sénégalais qui formaient mon escorte
» étaient très avides du Kola, cependant, nulle part ils ne le
» payaient bien cher. Un fruit renfermant de 5 à 9 graines, se
a payait avec quelques clous dorés ou quelques perles. Dans
» l’Oubanghi, chez les Bonjos anthropophages, la valeur de ce
» produit était moindre encore. Je crois avoir dit que pour un
» müciho (barette de laiton de 0 m. 30 de long, valant 0 fr. 15),
» on avait presque autant de fruits qu’on en voulait. Les
» indigènes, voyant que nous les recherchions, allaient les
» cueillir sous bois et nous les apportaient parfois même un
(1)
Cette graine, connue de Clusius (Ch. de VEcluse], qui La décrite sous le
nom de Colle, lui avait été indiquée comme bonne pour l’estomac. 11 savait aussi
qu’après en avoir mangé on trouvait les boissons plus agréables : « Quamlibet
potum magis sapidum fieri prœmanso coles îructu. » (Dict. des Sciences natu­
relles, t. X, 1818, Paris, Levrault, art. signé de Jussieu.)

�EDOUARD HECKEL

» peu pourris. Eux-mêmes mangent cependant cette graine ;
» ils la mâchent longtemps et se frottent ensuite les bras et
» le torse avec la pulpe rouge brun, qui résulte de cette
» mastication prolongée. Je les ai vus aussi insuffler de cette
» pâte sur l’épaule ou sur la poitrine d’un de leurs compagnons.
» C’était, me disaient-ils, pour les guérir de douleurs et
» leur donner de la force. Je n’ai nulle part remarqué qu’au
» Congo les indigènes fissent la moindre différence entre les
» Kolas rouges et les Kolas blancs.
» Dans l’Oubanghi, les arbres à Kola sont toujours respectés
» dans le débroussement, mais peut-être est-ce seulement à cause
» de l’ombre épaisse qu’ils donnent.» (Communications in litteris).
D’autre part, il est certain que ces graines, en exerçant leur
action bienfaisante sur l’estomac, ont un retentissement favorable
sur le foie ; une petite quantité mâchée avant les repas, de l’avis
de tous les blancs ayant habité ces régions, excite la digestion,
et leur usage continuel prévient les altérations constitutionnelles
qui engendrent, par défaut de nutrition, des maladies du foie,
auxquelles les nègres sont particulièrement sujets. Le Dr Daniell
(De la valeur nutritive du Kola) déclare qu’ayant souffert d’une
forme particulière de diarrhée atonique à laquelle les Européens
sont sujets, et qui ne reconnaît pour cause que le relâchement de
la muqueuse intestinale, il fut remis en mâchant du Kola. Je puis
ajouter des témoignages plus récents confirmatifs de cette asser­
tion. Feu le Dr Delessard, médecin distingué de la marine, quia
séjourné longtemps à Médine et à Baltel, où le Kola est apporté
par les noirs du Bambouck et du Bondou, m’écrivait : « J’ai eu l’oc» casion d’apprécier par moi-même ses bienfaisants effets. Un jour
» que la fièvre, la diarrhée et la fatigue s’unissaient pour m’acca» bler après une journée de marche au soleil, je pus repartir à
» cheval le soir même après en avoir mâché et avalé seulement
» une noix. »
Pour ce qui concerne la noix de Kola du Gabon, [C. Ballayi
Cornu (Ombéné)] qui, comme nous le savons, est moins active
que celle des rivières du Sud, voici ce que dit M. Goujon,
de son emploi :
« Les Gabonais (Boulou, M’pongoué ou Pahouin) le man» gent tel quel comme aphrodisiaque, et aussi, disent-ils, pour

�LES KOLAS AFRICAINS

Si

)) donner bon goût à l’eau. Ils le recherchent moins que les
» Sénégalais qui en sont plus friands. Ils le mangent cru ou
» frais. Ils lui attribuent des propriétés aphrodisiaques, mais le
» regardent surtout comme lin aliment qui répare les forces.
» D’après Biram Lissé, chef sénégalais, interné à Libreville,
» qui a une réputation de vigoureux cavalier, le fruit de VOm» béné est bon en expédition et en station : en expédition,
» parce qu’il supprime la fatigue, fait supporter la soif et la
» faim ; en station, parce qu’il porte aux plaisirs du harem et
» entretient la vigueur virile. A sa recommandation, j’ai usé
» de Yombéné à la suite de fièvres qui m’avaient fort abattu et
» ruiné l’estomac. Je crois que son usage a ôté pour quelque
» chose dans mon rétablissement., et, depuis, j’en mange
» volontiers à la dose d’un tiers ou de la moitié d’une
» amende moyenne. Je me sens plus fort et plus reposé
» lorsque j’en ai fait usage et particulièrement je n ’éprouve
h jamais, après en avoir mangé, les lourdeurs d’estomac si
» fréquentes au Gabon. En revanche, il ne m’a pas semblé
» que, malgré sa réputation, l’usage de Yombéné fît supporter
» la soif, et j’ai, au contraire, généralement éprouvé le besoin
» de boire lorque j’en ai mâché. Je dois faire observer que je
n conserve longtemps dans la bouche le fragment que je
» ronge peu à peu et que je n’avale que par très-petits
» morceaux, par miettes, pour ainsi dire. »
Donnons maintenant l’appréciation de Binger (1) touchant les
emplois de cette graine, au Soudan : « Un des principaux articles
» d’échanges à Kong est la noix de Kola (Ourou en Mandé), qui
» constitue dans tout le Soudan un article de luxe et donne,
» par cela même, lieu à de très-importantes transactions. Les
» Soudanais lui attribuent les mêmes qualités que nous accor» dons au café. Pour l’indigène, le fruit mâché constitue un
» remède à bien des maux. A-t-il besoin de sommeil? Le Kola
» est un soporifique. Doit-il veiller ? c’est le Kola qui l’empêclie
» de dormir ! II calme la faim et la soif, et a, en outre, chez
» les noirs, la réputation d’être un aphrodisiaque incontesté.
(1) Bu Niger au Golfe de Guinée, 1892. Paris, Hachette, T. 1, p. 309 et suiv»

�88

ÉDOUARD HECKEL

» J’en ai usé le plus souvent possible pendant mon voyage ; chez
» moi, son action se traduisait surtout sur les nerfs ; il me
» semblait qu’il augmentait, dans certaines circonstances, ma force
)) de résistance et qu'il me permettait plus, facilement d’endurer
» les fatigues. Je l’appréciais surtout quand je n’avais à boire
» que de l’eau croupie ou chargée de substances organiques,
» sont goût étant excessivement amer, l’eau la plus mau« vaise paraît bonne à boire, après son emploi, et fait oublier
» l’odeur fade de la boisson qu’on vient d'avaler. Mais là où
» j’ai surtout apprécié le Kola, c’est par les services qu’il m’a
» rendus en me permettant d’en distribuer aux nombreux
» visiteurs que je recevais, c’est une politesse facile à faire,
» et, quoique le prix du Kola soit très-élevé dans certaines
» régions, mon approvisionnement en marchandises me per» mettait de faire des achats fréquents de Kola et de vivre
» en grand seigneur en en faisant de nombreuses distributions.
* » C’est avec le Kola que je me faisais des amis, et que je
» déliais la langue des noirs qui daignaient me rendre visite,
n Combien d’itinéraires et de renseignements portés sur ma
» carte et dans la présente relation ne sont-ils pas dus à l’àn propos avec lequel je distribuais cette consommation de
» luxe. Le Kola était donc pour moi un auxiliaire.
» Pour bien définir les propriétés du Kola, il faudrait en
» faire de minutieuses analyses et surtout pouvoir employer
&gt;i en France le fruit frais et non desséché (1). Je le crois
» appelé à rendre de réels services. Pour l’Européen qui en use
)) au Sénégal, son bienfait est indéniable. Tous ceux qui s’ha» bituent à en mâcher s’en sont bien trouvés et ont été moins
» éprouvés par les fièvres. Pour moi, je crois que l’usage de
» ce fruit supprime l’essoufflement, prolonge le travail musculaire
» et calme assurément la faim. C’est un tonique par excellence.
» Je l’ai essayé dans une fièvre bilieuse hématurique ; mais
(1) J ’ai déjà dit antérieurement que cette appréciation ne repose sur aucune
donnée scientifique, elle est au contraire opposée à tout ce qui est connu touchant
l’action des principes fixes contenus dans les plantes. La graine fraîche ne diffère
comme action physiologique delà graine sècheque par ses propriétés aphrodisiaques
çlues à la présence d’une plus grande quantité A’huile essentielle.Celle-ci disparait
en grande partie par la dessiccation de la graine.

�LES KOLAS AFRICAINS

» les effets ne m’ont, pas paru d’une action diurétique (1) bien
» marquée ; il m’a pourtant semblé au moment où l’absorption
» immodérée de quinine m’avait donné des palpitations de
» cœur, que le Kola m’a tait uo bien réel.
» Je l’ai employé avec succès contre une diarrhée rebelle,
» mais je n’ai observé aucune action aphrodisiaque. Ce qui est
» acquis, c’est qu’il est excitant et produit sur certaines personnes
» l'elïet du café très fort. C’est uu médicament d’épargne ; il
» est probable, q u ’a v a n t p e u , o n s a u r a t i r e r p a r t i cle c e t t e p r é » cie u se p l a n t e e t de
» seron t
»

in tro d u its

destinées

se s

a lca lo ïd es

dans

certa in e s

a l ’homme

et

au

et.

que

b ien tô t

préparations

cheval en campagne .

le s

p rin cip es

alimentaires

»

Toutes ces propriétés justifient largement la préférence
accordée par les nègres d’Afrique à ces graines sur celles du
café, qui, cependant, croît à l’état sauvage dans ce continent,
y est de qualité supérieure (ttio-Nunez, par exemple), et
néanmoins resterait sur pied sans être consommé s’il n’était
enlevé pour les besoins de l’exportation. C’est encore ce qui
justifie l’engouement des Allemands, des Anglais et des Por­
tugais pour cette graine, à l'exclusion de toute autre substance
de nature excitante, dès qu’ils ont vaincu les premières répu­
gnances causées au début par l’astringence et l’amertume de
ses cotylédons charnus (2).
Il me reste à parler maintenant de deux propriétés qui,
d’un caractère plus douteux, ou tout au moins discutable,
méritent cependant d’être signalées, ne serait-ce que dans un
intérêt de curiosité et pour compléter autant qu’il est possible
l’histoire vraie de ce produit important. Nous touchons ici au
côté merveilleux de l’emploi de cette substance, nous le dis­
cuterons. Non seulement les graines de Kola, après mastica(1) Cette observation est très juste, car il n’y a pas de principe réellement diuré­
tique dans le Kola, sauf la théobromine dont l’action uropoiétique est aujourd’hui
indiscutable, mais la quantité de ce principe qui est renfermée dans le Kola est
vraiment insignifiante.
(2) Le l)r Daniell l'elate (lor.. ait.), à propos de l’influence heureuse du Kola sur
les fonctions stomacales, dont l’irrégularité et le trouble ont pour résullat fréquent,
on le sait, d’engendrer l’hypochondrie, que l’usage de cette graine réussit à mettre
un terme à une manie épidémique de suicide qui menaçait de dépeupler rapidement
la tribu dans laquelle elle était née.

fi

�EDOUARD HECKEL

tion, auraient, comme je l’ai dit, le pouvoir de permettre
impunément l’absorption d’une eau impure, mais encore, pro­
jetées sous forme de poudre (graine sèche), ou de pulpe
(graine fraîche), elles rendraient limpide, en la clarifiant, l’eau
la plus trouble. Cette propriété pourrait s’expliquer par la
formation, au sein de la masse liquide dans laquelle la matière
végétale est projetée, d’une sorte de mucilage qui, agissant à
la façon du papier-filtre ou du blanc d’œuf, précipite avec
lui les impuretés que cette masse renferme. C'est du moins
ce qui nous a semblé se produire dans une expérience que
nous avons tentée pour éclaircir ce point, laissé obscur ou
douteux par beaucoup d’auteurs. Ce mucilage est abondant dans
la graine et plus encore dans le fruit du Kola : certaines
espèces de Cola eu sont plus pourvues encore que Cola
acuminata.
Enfin, de nombreux témoignages, tous plus probants les
uns que les autres, attribuent aux graines fraîches de Kola
des propriétés aphrodisiaques : les nègres, libidineux par nature,
les rechercheraient, moins pour les bons- effets qu’elles produi­
raient sur leur santé, que pour l’excitation génésique qu’elles
engendreraient. C’est là une croyance très ancienne et répandue
sur toute la côte. Des documents provenant du Sénégal, de
Corée, de Sierra-Leone, de Wydah, du Gabon et de la Marti­
nique (1) nous confirment cette donnée, due aux auteurs les
plus anciens (Bauhin et J. Virey) (2). Il serait fort difficile de se
(]) Voici ce que nous écrivait à ce sujet, en 1883, M. Thierry, alors Directeur
du Jardin botanique de Saint-Pierre (Martinique) : nous relatons spécialement ce
témoignage parce qu'il établit la confirmation d’un fait considéré comme exact
sur la côte occidentale d’Afrique : « Les nègres africains employés au Jardin
» recherchent ces graines avec avidité; c'est pour eux une sorte d’aphrodisiaque,
n Au Sénégal, il en est de même, et les graines de Kola ont une grande valeur
n pour les personnes qui recourrent à ces moyens. Cette propriété vraie ou
» fausse (aucune autre n’étant reconnue ici à ces graines) est la raison qui m’a
» empêché de propager jusqu’ici ce beau végétal. » A ce moment, qu’on veuille
bien le remarquer, je n’avais encore rien publié sur le Kola et ses propriétés
étaient inconnues; de là le langage de M, Thierry.
(2) Dans certains points de la côte, le Kola symbolise, paraît-il, la luxure. Un
correspondant très digne de foi nous écrit de Wydah (Dahomey), que lorsqu’une
négresse a laissé tomber ses regards sur un nègre, elle lui adresse comme témoi­
gnage de ses sentiments tendres un cadeau composé de douze Kolas mâles et de
douze Kolas femelle. La réponse ainsi préparée ne doit pas se faire attendre. Au

�LES KOLAS AFRICAINS

91

prononcer d’une façon absolue sur ce point. Nos expériences
personnelles sont.fort contradictoires. Certaines personnes ayant
bien voulu tenter l’essai ont éprouvé manifestement ces effets,
d’autres y sont restées insensibles. Nous verrons ultérieurement
que les propriétés aphrodisiaques de cette graine résident dans
une huile essentielle qui y est contenue en faible quantité.
L’histoire des Kolas fournis par le genre Cola sera fort
avancée, si j’ajoute, comme le font remarquer Compiègne et
Marche (Voyages dans VAfrique centrale, Paris, 1875; et Oliver,
Flora of tropical Africa, I, p. 220), que le meme nom de Kola est
indifféremment appliqué à plusieurs graines de Sterculiacées
autres que celles des deux variétés (rouge et blanche) du Cola
acumincita. Ces dernières sont cependant, et avec raison on le
verra, les mieux cotées sur les marchés indigènes. 11 est très
probable, si l’on s’en rapporte aux données fournies sur les
espèces connues du genre Cola par M. Bâillon (Etude sur
Vherbier du Gabon, déjà citée), que les plantes africaines
capables de donner des graines similaires de celles du vrai
Kola sont : Cola Duparquetiana Bâillon, du Gabon ; Cola ficifolia (dont l’embryon charnu à cotylédons épais, obovales,
comprimés, remplit toute la graine) Mast. ; C. heAerophylla Mast.;
C. cordifolia R. Brown., etc. (1);peut-être Sterculia tomenlosa
Heudelot (2). Il est douteux cependant que les graines de ces
Kolas renferment de la caféine, car elles seraient probablement,
au cas de l’affirmative, aussi recherchées que celles du vrai Kola.
Nous avons fait, comme nous le montrerons bientôt, des recherches
sur la composition chimique de quelques graines du genre Cola,
Gabon, nous écrit M. Jobet (représentant de la maison Conquy aîné), quand les
femmes trouvent que leurs maris manquent de vigueur, elles vont aux planta­
tions leur chercher des noix de Kola, dont les vertus mettent généralement la
paix dans le ménage pendant quelques jours.
(1) Malte-Brun (Géog. Univ. 6e édition, T. V, p. 621) dit que dans le district de
Si erra-Léo ne, l’écorce de Cola paraît être un quinquina. Ce renseignement est tiré
de Curry, Voyage a Sierra-Leone. Il nous a été impossible de nous procurer sous
ce nom d’autre écorce que celle du Cola dcuifiinata et du Garcinia kola, qui,
comme nous l’indiquerons dans nos recherches chimiques relatives à ce dernier
végétal, ne renferme aucun principe amer.
(2) Cette dernière espèce est vraisemblablement, ainsi que me l’écrit le célèbre
professeur Schweinfurtli, celle dont cet explorateur a constaté l’existence au pays
des Monboutous et des Nyams-Nyams (Voir pages 39 et 40).

�EDOUARD HECKEL

et la plupart d’entre elles ne renferment pas trace de prin­
cipes excitants neuro-musculaires.
Le Cola acuminata, d’après Corre (loc. cit.) est encore employé
par les indigènes comme matière tinctoriale. Ses graines réduites
en pâte servent à donner aux étoffes de coton une couleur jaune
rouille. Sur ce point, voici ce que dit Binger(l): «à Groumania, les
» femmes s’occupent beaucoup d’utiliser les feuilles d’ananas et
» confectionnent du fil avec leurs fibres; mis en écheveau, ce fil est
» vendu écru ou teint en rouge minium à l’aide du Kola, ou en bleu
» avec l’indigo ou encore en jaune avec le souaran. »
« Le roi de l’Anno porte une barbe blanche à peine cultivée, dont
» l’extrémité (la barbiche) est teinte en rouge au Henné ou avec du
» jus de Kola. » Cette application est sans importance et permise
seulement à des personnages très riches, comme les têtes couron­
nées du pays africain.
Matière médicale. — La seule partie de la plante qui nous
intéresse au point de vue bromatologique ou thérapeutique
est la graine : nous allons nous en occuper. Cinq à quinze
graines de Cola acuminata, avons-nous dit, peuvent être
renfermées dans chacun des 5 à 6 carpelles mûrs résultant
d’une fleur unique (2). Mais ce chiffre n’a rien de constant, et
il peut s’abaisser encore ; nous avons vu, en effet, des gousses
ne contenant qu’une seule semence. Il est donc bien loin d’avoir
la moindre fixité comme ont voulu le prétendre certains
auteurs (3).
Ces graines, quel qu’en soit le nombre dans une gousse,
sont fixées à l’endocarpe (lui-même constitué par un tissu
lâche et spongieux), qui, s’étalant sur leur surface, y fait naître
(1) Binger : Un Niger au Golfe de Guinée (Tour du monde) 22 août 1891, p . 116
et 122.
(2) Ces carpelles mesurent de 6 à 9 cent, de longueur sur 3 à 3 d’épaisseur, mais
ces dimensions sont très variables. L’épaisseur des parois du péricarpe spongieux
est de 2 à 3
environ. (Voir fig. 2, B et C, page 24).
(3) Grillon du Bellay, cité par Bâillon (Herbier du Gabon, Adansonia X 1871-73,
p. 169) s’exprime ainsi qu’il suit concernant le fruit et la graine du Kola du Gabon:
« 11 y a 5 graines pesant 5 gr. par chaque valve, et ces graines renferment 4 coty­
lédons roses d’abord puis d’un rouge vineux. » Cette fixité dans le nombre des
graines et dans le nombre des cotylédons n’est pas plus rigoureuse pour le Cola
acuminata que pour le Cola Ballayi Cornu.

�LES KOLAS AFRICAINS

un empâtement basilaire régnant sur toute la région hilaire
(PI. I, ûg. 4). Cet empâtement forme ainsi un funicule très large
en cupule, rappelant tout à fait celui du marronnier d’Inde.
L’embryon homotrope (succédant à un ovule anatrope) qui
constitue en réalité toute la graine dépourvue d’endosperme,
a sa radicule tournée du côté du hile (PL I, fig. 4 et 2).
Constituées uniquement par des cotylédons charnus, les graines
sont dans chaque gousse au nombre de 4, 5 et jusqu’à 8,
variant de couleur dans le même follicule ou suivant la
variété qui les fournit, depuis le jaune clair (PL I, fig. 3)
jusqu’au rouge rosé (PI I, fig. 1 et 2). Ces cotylédons sont plus
ou moins distincts les uns des autres. La masse cotylédonaire,
en effet, le plus souvent divisée en deux parties seulement
par des fentes qui, de la base, s’étendent jusqu’à la gemmule
(PL I /', f fig. 2, 3) est parfois aussi partagée en quatre segments
absolument distincts et rattachés alors à l’embryon par un
support commun qui est toujours double. C’est un véritable
pédicule qui donne attache aux réserves cotylédonaires. Ces
segments cotylédonaires sont très multipliés surtout dans le
Kola du Gabon (Cola Ballayi M. Cornu) où on peut en trouver
jusqu’à 6 ou 7, la section qui les forme ne régnant pas de
la base au sommet de la graine comme cela arrive toujours
dans le Cola acuminata à cotylédons divisés. Les bords des
masses ou segments cotylédonaires sont toujours à leur point
de contact, quand la graine est fraîche (et ce caractère s’accentue
à mesure que la graine se dessèche à l’air), marqués par une
ligne plus foncée (PL I, fig. 3). Ces graines fraîches, dépouillées
de leur enveloppe, peuvent, suivant leur développement, atteindre
un poids qui varie entre 5 et 28 grammes. Quant à leur forme,
elle est très variable suivant la situation qu’elles occupent
dans la gousse, et rien dans cette forme ne peut fournir
d’indication précise ni sur le lieu de provenance, ni sur la
variété ou l’espèce qui l’a fournie. Toutefois, la graine de Kola
du Gabon est toujours plus petite que celle du Cola acuminata.
Ce caractère se joint à la multiplicité des segments cotylédouaires pour permettre de reconnaître l’origine de cette dernière
graine, même quand elle est sèche, et nous verrons que cette
diagnose a une grande importance au point de vue thérapeutique.

�94

ÉDOUARD HECKEL

La constitution anatomique de ces graines présente seule
une constance suffisante pour servir de véritable critérium de
détermination. Je veux la donner avec quelques détails en
raison de son importance comme moyen assuré de reconnaître
la substance malgré les nombreuses sophistications dont elle
est l’objet.
L’épiderme des cotylédons (PL I, fig. 5 et 7) est formé par
une couche unique ou double de cellules qui sont le lieu
d'accumulation principale des matières colorantes, que la graine
appartienne à la variété rouge ou à la variété jaune. Ces matières
colorantes se retrouvent du reste dans le suc cellulaire des
nombreuses cellules du parenchyme sous-jacent à l’épiderme ;
mais à mesure qu’on s’éloigne de l’épiderme pour atteindre au
centre, cette matière colorante devient de plus en plus faible (1).
Cet épiderme est à parois un peu épaisses, renforcées par un
enduit de cutine sur les graines très adultes, un peu vieillies
dans la gousse, mais rien de semblable dans les jeunes
graines. Au dessous de l’épiderme, quelques cellules du paren
chyme sont dépourvues de tout contenu autre que le suc coloré
et quelques albumines granuleuses. Mais avant d’abandonner
cet épiderme nous devons dire qu’il porte sur toute son étendue
des stomates (PL I, fig. 5) qui existent, en nombre restreint
très petits, autant sur la face convexe externe de la graine
que sur la face commissurale plane où cependant ils ne
paraissent remplir aucun rôle utile.
Le parenchyme cotylédonaire est formé par un amas de cel­
lules dépourvues de méats intercellulaires ou à peu près, et
gorgées de grains d’amidon volumineux (0mm 024 de long sur
0 mm 016 de large) rappelant, sauf la position et la forme
du hile, les grains de la pomme de terre. (PL I, fig. 6).
Les parois de ces cellules amylifères sont minces. Si l’on laisse
séjourner, d’après MM. Chodat et Chuit (Loc. cit. p. 507) les
coupes dans de la potasse caustique, on peut, après disparition
de l’amidon, constater la présence d’un dépôt cristallin en
aiguilles, dépôt qui est formé par les alcaloïdes (théobromine
et caféine) propres à cette semence. Sur cette même coupe on
* (1) Dans la partie chimique de cette étude, nous nous occuperons spécialement
de cette matière colorante, employée par les nègres comme substance tinctoriale.

�—

LES KOLAS AFRICAINS

peut constater que les cotylédons sont traversés par des fais­
ceaux très minces à parois peu épaisses et à cellules (sur la
coupe transversale) beaucoup plus petites que le reste du tissu.
La cellulose du parenchyme n’est pas du tout lignifiée, elle ne
donne pas du tout la caractéristique des membranes lignifiées
avec la phloroglucine et l’acide chlorhydrique.
Ces observations microscopiques montrent que la semence
de Kola a une caractéristique spéciale, résultant de sa très
grande simplicité de constitution, et qu’elle est formée par 1°
l’amidon, 2° les matières protéiques, 3° les matières colorantes,
4° les alcaloïdes, ce que confirmera l’analyse chimique. Il est bon
de noter en passant que nous trouvons par les faits que nous
révéle l’analyse microscopique, dans cette graine, tous les élé­
ments constitutifs d’un aliment complet (sauf les corps gras qui
y existent du reste, mais en très faible quantité et pas à
l’état figuré) et très assimilable, la cellulose n’étant pas lignifiée.
Quand ‘les graines de Kola se dessèchent, qu’elles soient
de la variété jaune ou rouge, elles prennent uniformément la
même couleur rouge rouille (1) et perdent de 30 à 40 °/0 d’eau
par cette opération réalisée à l’ombre ou au soleil. Elles sont
alors sèches et dures comme du bois, difficilement attaquables
à la dent, lourdes. MM. Chodat et Ghuit (Loc. cit. p. 499) disent
qu’en se desséchant les graines de Kola prennent une odeur
nauséabonde, un goût âcre, et qu’elles perdent ainsi les qua­
lités qui les font apprécier quand elles sont fraîches. Je n’ai
jamais rien constaté de semblable : les graines ont une odeur
assez franche au contraire et leur saveur n’a rien d’âcre. Tout
me fait supposer dès lors que les graines dont ont pu disposer
ces auteurs avaient subi un mouvement de fermentation. Eu
effet, les graines mal séchées et altérées seules prennent cette
odeur désagréable et jamais leur saveur n’est, âcre quand elles
n’ont pas subi un commencement de fermentation. Elles ne
doivent jamais être de couleur grise et friables à la surface,
car c’est l’indice de maladies parasitaires qui en altèrent la
valeur. Parfois, elles nous arrivent même noirâtres et friables par
plaques, comme charbonnées : nous avons déjà vu, d’après les
(1) Dans cet état, il est absolument impossible de reconnaître si la graine a
appartenu primitivement à la couleur rouge ou à la couleur blanc jaunâtre.

�EDOUARD HECKEL

indications de Nachtigall et les études de MM. Cliodat et Cliuit,
les causes de ces, altérations qui doivent en faire repousser
l’emploi (Voir page 60, note 1). Enfin elles peuvent être piquées
par les insectes, c’est un vice rédhibitoire. Nous avons vu,
page 54, note 1, comment, d’après M. Grodel, les indigènes du
Samo préservent les graines fraîches de Kola contre la piqûre
des vers (1).
Ordinairement, pour expédier les graines de Kola en Europe,
on se contente, dans les pays de production, de les faire
dessécher au grand air; mais, très souvent, les comptoirs de la
côte dirigent uniquement sur l’Europe des graines qui, en
raison de leurs faibles dimensions ou de la rapidité de leur
dessiccation ou de leur altération, ne pourraient supporter, à
l’état frais, un long voyage dans l’intérieur de l’Afrique. Aussi
arrive-t-il en Europe beaucoup de petites graines de Kola pesant
à peine 4 à 5 grammes. Si elles sont parfaitement saines,
il ne faut pas les rejeter, car leur richesse en • principes
actifs est aussi accentuée que celle des grosses graines.
Ces petites semences n’ont qu’un seul inconvénient, c'est celui-ci:
comme l’acheteur en ignore le plus souvent la provenance, on
peut leur substituer celles du Kola du Gabon, qui sont tou­
jours de petite dimension, mais qui, du reste, se reconnaissent
aisément, pour un œil un peu exercé, à la multiplicité de leurs
segments cotylédonaires. Ces dernières graines ont moitié moins
de caféine et de théobromine (1 gr. 05 au lieu de 2 gr. 32 c/0),
moitié moins de rouge de Kola (Kolanine) 0,52 °/°, deux fois
plus de matière grasse (1 gr. 75 au lieu de 0 gr. 585 %) et
moitié moins de principes albuminoïdes tant solubles qu’inso­
lubles (3,578 au lieu 6,761 %). La valeur de ce dernier Kola
du Gabon est, donc moitié moindre de celui du Kola des
Rivières du Sud (Cola acuminata). Voici du reste, par anticipa­
tion, l’analyse complète du Kola du Gabon (Cola Ballayi Cornu)
due à M. Schlagdenhaufîen : elle a été faite par les procédés
(1) Les graines sèches piquées par les insectes coléoptères ne sont pas rares
dans les envois que lait Sierra-Leone en France ou en Angleterre : on reconnaît
facilement cette altération aux galeries qu’y ont creusées ces animaux. 11 faut
, les rejeter impitoyablement, car ces graines ont ainsi perdu une grande partie de
leurs principes actifs et notanimenl du rouge de Kola.

�97'

LES KOLAS AFRICAINS

qui seront ultérieurement indiqués à propos de la composition
chimique du Kola vrai. Elles renferment pour 100 :
jAmidon..................
Matière grasse.........1.75
Sucre, gomme, ma-J
Cendres....................
Matières ( sol... 0.844 ) «70 tièrea colorantes, r protéiques) insol. 2.734 î 'J' ,) L traces de tannin, t '• 4o Eau.........................
(Cellulose et ligneux.
Gaféineetthéobromine 1.05 Rouge de K ola... }

31.65
2.25
13.75
3S. 52

Ces graines du Kola du Gabon présentent à peu près la
même constitution histologique que celles du Cola acuminata,
aussi doit-on, pour les reconnaître, recourir à leurs caractères
extérieurs, et si on le peut à leur examen chimique. Il faut
le faire avec la même précaution et le même soin que l’on

Fig. 5. — Graine sèche du
Kola du Gabon (Cola
B allayi).

Fig. 6. — Graine sèche du
Kola vrai (Cola acu­
minata) vue par sa
pointe inférieure (radi­
culaire).

Fig. 7.— Graine sèche du
Kola vrai (Cola acuminala) vue par sa
face interne (commissurale).

apporterait à distinguer du Kola vrai une graine inerte de
Kola ou de toute autre plante, parce que l’emploi du Kola du
Gabon aux lieu et place de celui du Soudan (Cola acuminata)
donnerait des résultats tels, que l’attente du médecin ou du
consommateur pourrait être absolument déçue (1), à moins
d’en doubler les doses. Il faut, en effet, une dose deux
fois plus considérable de la première graine que de la
seconde pour obtenir une action physiologique équivalente.
(1)L’infériorité du Kola du Gabon est bien nettement établie par sa faible valeur
vénale sur les marchés Européens. Je lis en effet, dans les renseignements commer­
ciaux du Journal officiel du Congo français (n° du 20 décembre 1891), que cette
graine est cotée, comme prix moyen de vente en Europe, à 0 fr. 40 cent, le kilo. Le
Kola de la côte occidentale d’Afrique (Rivières du Sud) ne descend pas, par contre,
au-dessous de 1 fr. à 2 fr. le kilo actuellement (Mars 1S93).

�98

ÉDOUARD HECKEL

Cette graine se reconnaît donc en somme assez aisément :
1° à ses faibles dimensions et à son poids très restreint ;
2° à la multiplicité de ses segments cotylédonaires (fîg. 5) au
nombre de 6 ou de 7, état qui est en opposition manifeste avec
la manière d’être des cotylédons indivis du Cola acuminata
(fig. 6 et. fig. 7), qui présentent chacune seulement deux
fentes transversales (fig. 7, f) perpendiculaires à la ligne de sépa­
ration des cotylédons (fig. 6), et se réunissant au point radicu­
laire; 3° à la couleur généralement plus foncée, noire et non
couleur brun marron. Nous reviendrons du reste sur le végétal
qui donne ces graines, dans l’énumération des plantes capables
de fournir des graines substituées ou mêlées au Kola. Si nous
en avons parlé si longuement ici, c’est uniquement pour montrer
que le Kola du Gabon doit être surveillé attentivement, parce
qu’il se mêle très souvent au Kola du Soudan (des Rivières du
Sud) sans qu’il soit bien facile de reconnaître le mélange, et il
fallait insister sur ce point (1).
Arrivés à l’examen, des différentes formes que peut revêtir
le vrai Kola sec, MM. Chodat et Chuit, dans leur étude sur le
Kola (2) ont établi en se basant, non sur les origines botaniques
mais sur les provenances, trois variétés commerciales de Kola
vrai, ainsi qu’il suit :
« 1° La variété (lenticuïaris) qui arrive de Londres, avec ses
» deux cotylédons fortement aplatis parallèlement à leur face
» commissurale ou inégalement renflés et obliques. Cette variété
» est généralement petite, d’une longueur maximum de 3-2 centi» mètres et d’une couleur grisâtre à l’extérieur.
» 2° Variété (ovoidea) provenant des colonies allemandes
» (Cameroun) : celle-ci se distingue de la précédente par ses
(1) Il ne faut pas oublier aussi que très souvent, et c’est probablement à cette
pratique qu’est due la couleur foncée de cette graine, le Kola dit du Gabon a subi
l’opération du terrage, comme nous l’avons vu page 53, note 1. Il en résulte que
la graine prend une odeur de moisi très désagréable et un goût particulier un peu
âcre dû sans doute à la fermentation de ses éléments composants. C’est encore
un caractère, mais qui n'a rien de spécial, car le Kola vrai, mal desséché pendant
les pluies, prend aussi ce goût de moisi, quelquefois il le perd par la torréfaction.
(2) Elude sur la noix de Kola (Archives des Sciences physiques eL naturelles
de Genève, 1888, p. 505).

�LES KOLAS AFRICAINS

■ieur
» cotylédons plus bombés, plus réguliers. La couleur
» est plus foncée, d’un brun rougeâtre. Leur poids n’est pas
» constant, il varie de 6 à 25 grammes. Quelques échantillons
» présentent trois cotylédons et, disent MM. Chodat et Cliuit,
» nous n’avons jamais rencontré cette anomalie dans la première
» variété.
» 3° Variété (Senegambica). Elle nous arrive par la France.
» Généralement encore fraîche, elle est d’une belle couleur rouge
» lie-de-vin. Quand on la brise, le tissu intérieur est d’un gris
» rougeâtre violacé. Le suc qu’elle contient semble un peu laiteux
» et il nous paraît probable que c’est à l’oxydation de ce suc
» que les semences sèches et les noix de Kola, en général, doivent
» le goût âcre et nauséabond qui se développe pendant la dessic» cation. »
Cette classification ne saurait subsister à l’heure actuelle.
D’abord, je l’ai déjà dit, la forme des graines est très variable
selon la position qu’elles peuvent occuper dans la meme gousse,
et si celles qui sont situées (voir fig. 2, B, C, E.) à l’extrémité
effilée de la loge capsulaire sont coniques et ovoïdes, les inter­
médiaires prennent forcément une forme aplatie. Ensuite, il
faut remarquer que les variétés lenticularis et Senegambica qui
proviennent l’une de Londres et l’autre de France, ont absolument
la môme origine vraie. Elles viennent les unes et les autres de
Sierra-Leone, où se trouve le marché de cette denrée : c’est vers
cette ville anglaise que convergent, en effet, toutes les graines ou à
peu près qui, émanées des Rivières du Sud, de la côte des
Esclaves, du Dahomey, etc., sont exportées en Europe. De là, les
navires anglais les conduisent à Londres ou à Liverpool (qui sont,
comme nous l’avons dit, les ‘marchés anglais du Kola), et les
bâtiments français les apportent à Marseille ou à Bordeaux.
Or, toutes ces graines sont fournies par les variétés connues
du Cola acuminata. Le nom de variété Senegambica ne peut donc
pas plus subsister que celui de ovoidea, puisque le premier consacre
une erreur d’origine, et le second établit une caractéristique tirée
de la forme qui est sans valeur.
En outre, en ce qui touche la 3e variété (ovoidea) qui vient du
Cameroun, si je tiens compte : lo de ce fait que cette colonie
allemande est limitrophe de notre colonie du Gabon, 2° de la forme

�EDOUARD HECKEL

indiquée par MM. Chodat et Chuit, de la couleur foncée des graines,
et enfin de la multiplicité des cotylédons, je serai tenté de croire
que ce Kola de Cameroun se rattache à la forme spécifique Cola
Ballayi qui domine dans notre Congo, et donne la seule graine
capable d’entrer en parallèle avec celle du Cola acuminata.
N’est-ce pas le produit (1) d’un croisement de ces deux espèces?
Quant aux caractères indiqués par les auteurs de cette classifi­
cation, comme tirés de la couleur des graines (grisâtre ou rouge lie
de vin), on ne doit pas oublier qu’elle tient le plus souvent à la
manière plus ou moins heureuse dont a été pratiquée l’opération
de la dessiccation ou encore à la couleur primitive rouge ou
blanche du Kola frais qui les fournit. On ne peut donc en tenir
grand compte.
Il résulte de cette discussion que toute classification du Kola est
inutile et on ne doit chercher à bien établir que l’origine botanique:
elle en dira beaucoup plus que la forme. Toutefois, il importe
comme nous l’avons vu de tenir compte de la multiplicité des
cotylédons, car c’est, là, avec la couleur noire, une preuve sensible
de l’infériorité du Kola. Par ailleurs, pour être sur d’avoir un boa
Kola, il convient d’y rechercher les qualités suivantes :
1° Odeur nulle et jamais nauséabonde; 2° Saveur astringente
et légèrement amère, puis sucrée ; 3° Couleur rouge de rouille
ou marron sur la face externe et un peu plus claire sur la
face commissurale ; 4° Pas de taches blanches pulvérulentes
ou noires par plaques, ni sur l’une ni sur l’autre face; 5° Tissu
résistant à la dent, cassant et sec, mais non spongieux et se
déprimant sous la dent sans se rompre ; 6° Pas de piqûres
d’insectes. Mais le caractère le plus important est tiré de
l’analyse, car ici, comme pour l’opium, ni les apparences ni
l’origine (sauf les réserves, ci-dessus indiquées), ue peuvent
suffire à donner des indications certaines. Il faut exiger d’un
bon Kola 2 gr. 33 environ de Caféine et Théobromine totalisées et
1 gr. 30 de Rouge de Kola (Kolanine de Knébel) o/o.
(1) Je n’hésiterais pas à admettre l’identification de ce Kola (variété ovoiclea de
MM. Chodat et Chuit) avec celui du Gabon, si l’analyse chimique qu’ils en donnent
ne comportait une teneur alcaloïdique de 2 gr. 34 % qui ne se retrouve jamais
, dans la graine du Kola Ballayi. Les analyses multiples que nous avons faites ou fait
faire de cette graine du Gabon, ont donné toujours le même résultat, soit 1. gr. 05%.

�LES KOLAS AFRICAINS

MM. Cliodat et Ghuit indiquent que, dans leurs analyses, ils ont
trouvé de 0 gr. 85 minimum d’alcaloïdes (Caféine) à 2 gr. 34 maxi­
mum. En ce qui nous concerne (et nos résultats étaient déjà publiés
cinq années avant les leurs), nous avons trouvé constamment dans
le bon Kola de la côte occidentale d’Afrique (Rivières du Sud) une
teneur approximative de 2 gr. 35. Nos chiffres se confondent donc
avec ceux de MM. Cliodat et Chuit, ce qui confirme nos apprécia­
tions au moins pour le maximum alcaloïdique indiqué par ces au­
teurs. Mais nous n’avons jamais trouvé de chiffre égal à leur mini­
mum d’alcaloïdes que dans le Kola du Gabon, ce qui nous inciterait
à admettre que leur analyse a porté sur des Kolas de cette espèce,
bien qu’ils ne citent pas cette provenance. Très probablement leur
Kola de Binué (affluent du Niger) qui est coté à 1 gr.,69 d’alcaloïde,
bien qu’il ne soit pas décrit par ces auteurs, appartient à cette
catégorie. Je suis conduit à l’admettre, en raison même de sa pau­
vreté en caféine et du voisinage relatif de la Bénoué et du Gabon. Il
est fort probable, en effet, que le Kola Ballayi doit se trouver aussi
bien dans le Gabon-Congo qu’au Niger.
K ola

du

G abon

(Cola Ballayi Cornu

m ss.)

Après avoir examiné, dans les pages précédentes, le Kola
du Gabon au point de vue de la matière médicale et de sa
dispersion géographique, il convient de l’étudier ici au point
de vue de la botanique pure. Il importe, en effet, de justifier
la dénomination spécifique nouvelle que j’ai adoptée et de
montrer les différences morphologiques qui séparent cette plante
de celle qui donne le vrai Kola (Cola acuminala) avec laquelle
on l’a confondue jusqu’ici.
La seule description qui nous soit parvenue du Kola du
Gabon, observé dans son pays d’origine, est due à M. Griffon
du Bellay. Voici dans quels termes M. Bâillon la relate dans
son article Herbier du Gabon (Adansonia, T. X, p. 169), mais
sans attribuer à cette plante qu’il rapproche du Cola acuminata
la valeur d’une espèce :
« Griffon du Bellay a pris sur le vivant une description
» de cette espèce très commune, dit-il, surtout au bord des
» eaux et dans tous les lieux humides. Là (au Gabon), elle

�102

ÉDOUARD HECIiEL

» atteint 6 à 8 mètres seulement. C’est un arbre peu ramifié,
» à branches tl’un vert clair, très glabres, luisantes. Les fleurs
» sont disposées en inflorescences définies, simulant des grappes
» dont chaque division ne porte guère que trois fleurs avec des
» bractées et des bractéoles en forme de cupules brunes,
» scarieuses. Le calice à 5 ou 6 parties est d’un blanc jaunà» tre, épais, tomenteux ; il prend en séchant une teinte de
» rouille et exhale une odeur douce analogue à celle de l’abri» cot. Lors de l’an thèse, les divisions s’étalent en étoiles, on
» voit alors qu’elles sont teintées en dedans, à leur base, de
» plaques de rose vif.
» Dans les fleurs mâles, le gynécée stérile est jaune et il
» est entouré d’une dizaine d’anthères sessiles disposées circu» lairement, à deux loges superposées, verticales, introrses, avec
» la face dorsale rouge. Le fruit est formé de 5 à 6 carpelles
» disposés en étoile et supportés sur un pédoncule commun
» long de 3 à o cm., épais d’un centim. ou plus. Sa couleur
» de rouille tranche avec la teinte vert clair des rameaux. Les
» carpelles sont verts d’abord, puis jaunes, à la maturité. Ils out
» de 8 à 10 cm. de longueur, sur o à 7 de large, 4 à 5
» d’épaisseur. Ils s’ouvrent longitudinalement suivant leur bord
» interne ou supérieur. L’épaisseur du péricarpe est de 2m/m
» environ, il est doublé d’un endocarpe blanc qui, se prolongeant
n sur les graines, forme leur épiderme. Il y a 4 à 5 graines
» par chaque valve et elles lui adhèrent par une large surface
» (rappelant la cicatrice ombilicale de la graine de marron d’Inde),
» Dans celles de ces graines qu’a étudiées M. Griffon du
» Bellay, il y avait un embryon renversé à 4 cotylédons, roses
» d’abord puis d’un rouge vineux, bordés d’une ligne plus foncée,
» presque noire aux lignes de contact. Chaque graine de forme
» variable comme les marrons, par suite de leur pression réci» proque, pouvait atteindre 3 centim. dans ses trois dimérisions
» et quelquefois plus. Ces graines sont très recherchées sur
» toute la côte comme aphrodisiaques ou au moins, comme
» antihypnotiques et employées quelquefois comme antidysen» tériques. Elles se vendent, dans certaines localités, jusqu’à
» to centimes la pièce ».
On comprend très bien que cette description n’ait pas fait

�LES KOLAS AFRICAINS

naître le besoin de créer pour le Kola du Gabon une sectiou
spécifique nouvelle : les caractères diüerèutiels qui l’éloignent

Fig. 10.
Feuille du C o la a c u m i n a t a R. Brown,
d’après une photographie de M. Cornu.

Fig. 9. — Feuille du C o la B a l l a y i Cornu,
d'après une photographie de M. Cornu.

�104

ÉDOUARD HECKEL

du Cola de Guinée et des rivières du Sud n’y sont pas suffi­
samment mis en évidence. Ces différences sont cependant bien
saillantes et elles u’ont pas échappé dans leur ensemble à la
sagacité de M. Cornu, dès qu’il a pu obtenir dans les serres
du Jardin des plantes de Paris, un représentant de cette forme
spécifique, dont nous donnons PL II une reproduction photo­
graphique que nous devons à la bienveillance du savant pro­
fesseur de culture du Muséum. Nous verrons, en effet, dans la
description de cette espèce, que les feuilles, ainsi que l’indique
la photographie ci-dessus, due encore à M. Cornu, sont tout à
fait différentes, comme forme et comme disposition, dans Cola
Ballayi et C. âcuminata. D’autre part, d’après les observations
de M. Cornu, la forme et la germination des graines propres
à ces deux espèces sont tout à fait distinctes, elles deviennent
caractéristiques pour C. Ballayi. Tandis, en elîet, que dans
C. acuminata les cotylédons restent soudés, la gemmule sortant
par les côtés, chez le C. Ballayi les cotylédons s’entr’ouvrent
pour laisser passer la jeune tige et simulent par leur
écartement une sorte de collerette qui entoure la plantule.
Les observations de M. Cornu ont porté sur un grand nombre
de graines (15 à 20) de cette dernière espèce, où il a toujours
vu la même disposition caractéristique (in litteris). De même, la
graine de Cola acuminata a toujours montré l’autre manière de
germer. D’autres caractères différentiels résident dans les fleurs,
le fruit et la graine, comme ou va le voir dans ma description
suivante :
Cola B allayi Cornu (voir PI. II, fig. S, fig. 9 et fig. de 17 à 24)
Grand arbre de 15 à 18 mètres de haut, à rameaux cylindriques et lisses.
Feuilles (lig. 8, 9 et 21) verticillées à l’état jeunes et alternes à l’état adulte,
ovales, arrondies ou très peu atténuées à la base, entières, lisses, acuminées
au sommet qui porte un long mucro, nervation arquée. Ces feuilles plus
longues et plus larges que celles du C. a c u m i n a t a sont portées par un pétiole
également plus long mesurant 5 cm. au plus et non pourvu d’un épaississe­
ment au point d’insertion avec le limbe comme cela se produit dans C. acu­
m i n a t a . Les jeunes feuilles sont recouvertes d’un feutrage de poils stelliformes qui tombent de bonne heure. Fleurs en cimes terminales ou axillaires
(fig. 21), pauciflores, polygames, de couleur blanc verdâtre. Pédoncules
floraux de 1 cm. de long, cylindriques, plus courts que les pétioles foliaires,
couverts comme le calice et les organes reproducteurs de poils stellaires brun
marron. Boutons floraux presque globuleux. Calice cupuliforme, mesurant

�LES KOLAS AFRICAINS

105

2 cm. de diamètre et 1 cm. de hauteur, pourvu d’une nervation très apparente
sur la face interne, à 5 ou 6 divisions profondes dont.les lobes sont ovales
aigus (fig. 12 et 13).

Fleur mâle (PL III). — Colonne staminale très courte, peu apparente au
fond du calice (fig. 12), portant à son sommet évasé en coupe dix anthères
à loges jaunes, divergentes et superposées. On trouve quelquefois au centre
des fleurs mâles, dans la cupule formée par le cercle slaminal, les vestiges d'un
appareil femelle qui avorte ne laissant que la trace de cinq petits carpelles
peu apparents. Floraison sur les branches ayant trois périodes de végéta­
tion (Dibowsky).
Fleur hermaphrodite (fig. 13 et 14, PI. III). — Ovaire formé de cinq
carpelles très velus sur toutes leurs parties, terminés supérieurement par
cinq stigmates charnus et dorsaux (lig. 14), recouvrant largement le sommet
de l’ovaire; à la base de ce dernier organe, on voit dix étamines en couronne
à deux loges divergentes et superposées, jaunes. Chaque carpelle renferme, sur
la suture ventrale, deux rangées verticales d’ovules anatropes (fig. 15 et 16) : cinq
styles carénés, charnus et réfléchis. A la maturité, quelques carpelles avortent,
il s’en développe deux ou trois qui deviennent des follicules à péricarpe
ligneux et très mucilagiueux, supportés par des pédoncules très épais et
terminés à leur partie supérieure par un rostre très accusé (fig. 22 et 23).
Chaque fruit contient une seule série de graines pourvues d’un testa dur, épais
et parcheminé, attaché à un funicule cupuliforme. Au-dessous de ce testa très
fibreux on trouve des cotylédons, au moins au nombre de quatre, et présentant
des incisions qui, partant du point radiculaire, sont très prononcées et
s’étendent jusqu’au milieu au moins de la longueur des cotylédons (fig. 24).
Le Cola Ballayi qui, par sa structure florale, se rapproche du
C. acuminata R. Brown, espèce avec laquelle les auteurs l’ont
confondu jusqu’ici sous le nom de variété p (d’après Masters, in
Flora o/ trop. Af. d’Oliver, T. I, p. 221), est la forme qui domine au
Gabon, au Congo, à St-Thomas, etc., et qui y fournit, par ses
graines, la noix de Kola du Gabon-Congo. Il est fort peu probable
que le C. acuminata soit spontané dans ces régions où je l’ai vaine­
ment fait rechercher. Je serais porté à considérer le C. acuminata
comme propre à l’hémisphère Nord de l’Afrique chaude et le
Cola Ballayi comme spécial à l’hémisphère Sud du même continent.
Mais, outre cette localisation géographique pour chaque espèce,"il
existe entre ces deux formes des caractères suffisants pour justifier
une distinction spécifique : dans la fleur du Cola Ballayi, les dimen­
sions et les couleurs du calice, l’état du stigmate bien distinct;
dans le fruit, l’état très rostré du follicule, le testa dur et carthacé
des graines, la division des cotylédons, enfin l’épaisseur considé­
rable et la longueur du pédoncule; dans lés feuilles de Cola acu7

�106

EDOUARD IIEUKEL

minuta, le mucro moi us développé, les dimensions moins considé­
rables de la feuille et surtout du pétiole, le limbe moins atténué à la
base. Tous ces caractères, joints aux faibles dimensions des graines
et à leur pauvreté en principes actifs : caféine et rouge de Kola
(Kolanine), saus oublier le mode de germination si différent dans
les deux graines et la disposition des feuilles, d’après les observa­
tions de M .Cornu, me portent à admettre comme légitime l’espèce
créée mais non décrite jusqu’ici par le savant professeur du Muséum
qui l’a dédiée à M. Bàllay, gouverneur de la Guinée française,
premier introducteur de ce végétal en France (Serres du Muséum
de Paris).
II. — G r a i n e s

s u b s t it u é e s ou m ê l é e s a c e ll e s d u k o l a .

Plusieurs graines sont employées par les nègres aux lieu et
place du Kola vrai ou substituées par les indigènes au vrai
Kola dans le but de l’adultérer. Nous venons de voir déjà que
plusieurs de ces graines proviennent de végétaux du genre Cola.
Mais il en est quelques autres qui n’appartiennent même pas à la
famille des Sterculiacées, telles sont celles du Kola mâle ou Kola
biller et du Kanya. La première est employée aux lieu et place
du vrai Kola par les nègres, la seconde n’est qu’un objet de
fraude sans valeur : elles appartiennent aux Guttifères.
Depuis, en elïet, que les graines de Kola sont devenues l’objet
d’un commerce sérieux d’importation en Europe, elle arrivent dans
nos ports mêlées le plus souvent à un certain nombre de ces
semences sans valeur qui constituent une véritable adultération
de la marchandise. Il est donc de la plus haute importance de
les connaître à fond; et j’ai cru devoir en donner l’histoire aussj
complète que possible afin d’en rendre la reconnaissance facile.
Ce chapitre est, du reste, entièrement nouveau et résulte de
mes travaux en collaboration avec M. Schlagdenhauiïen sur un
sujet qui n’a jamais été traité jusqu’ici.
1 . K o l a m a l e ou. K o l a ' b it t e r (Garcinia Kola Iteckel). — A coté
du Kola vrai dont l’étude historique vient d’être longuement
tracée, nous devons donc placer au premier rang celle non moins
intéressante du Kola biller ou [aux Kola ou Kola mâle, dont
l’origine et l’histoire n’ont été connues d’une manière complète

�LES KOLAS AFRICAINS

107

que par nos travaux (I). Nous-môme, dans notre communication
à l’Académie des sciences du 20 mars, trompés par de fausses
indications et des échantillons botaniques incomplets, l'avions
attribué d’abord à un Sterculia. C’est une erreur sur laquelle je
suis revenu déjà dans les Kolas africains (1884, p. 24).
Habitat. — La seule indication, bien que très vague,
fournie par les traités spéciaux sur le Kola mâle est la sui­
vante due à Oliver ; elle termine (loc. oit.) sa description du
Cola acuminata : « Le Kola-bitter de Fernanclo-Po est le produit
de quelques arbres appartenant aux Guttifères. » Sur cette
donnée, j’ai demandé sur plusieurs points de la Côte Occiden­
tale africaine, la plante du Kola-bitter, et je n’ai pu jusqu’ici
obtenir que des spécimens de tiges, feuilles et fruits, avec
une quantité suffisante de graines pour en permettre une
analyse complète. Ces échantillons bien étudiés m’ont conduit
à une certitude absolue sur l’origine vraie de ces semences,
qui remplacent souvent auprès des nègres celles du vrai Kola. La
lleur, il est vrai, m’a fait défaut jusqu’ici, mais je puis aisé­
ment suppléer aux données que son examen pourrait me
fournir. Tous les spécimens qui me sont venus de la côte,
depuis Sierra-Leonc jusqu’à Whyd'ab, se ressemblent absolument,
ce qui me porte à admettre que le végétal qui fournit ces
graines est partout le même et ne se rapporte pas, comme le
veut Oliver, à plusieurs arbres de la famille des Guttifères. Je
vais donner la description de ce végétal, d’après les feuilles et
les fruits.
Description. — C’est, un grand arbre de taille variable (de 3
à 6 mètres de haut), ayant, à la base des rameaux, des
feuilles très développées et très réduites à l’extrémité des
mêmes rameaux. Le limbe des grandes feuilles mesure 0m3ü
de long sur 0m17 de large, le pétiole relativement court, n’a
que 0m03 ; dans les feuilles de l’extrémité des rameaux, ce
même pétiole mesure 0m15 et le limbe 0m125 de long sur
0m0îj de large. Ce limbe est ovale, dilaté un peu vers la base
et terminé au sommet par un macro très accusé. La nervure
médiane très apparente à la face inférieure de la feuille donne

�EDOUARD HEGKEL

à droite et à gauche des nervures latérales qui s’eu détachent
à angle ouvert (presque droit) et en disposition pennée. Ces
feuilles d’un vert très accusé à la face supérieure et grisâtre
à la face inférieure, sont recouvertes par un épiderme très lisse
luisant, portant lui-même sur les deux faces des glandes plu­
ricellulaires d’un aspect fort ornemental. Ces feuilles sont
opposées, privées de stipules. Les fleurs mâles et femelles me
sont inconnues. Le fruit est une baie du volume d’une petite
pomme, à épiderme rugueux recouvert complètement sur toute
sa surface de poils âpres, à parois cellulosiques fortement cuticularisées, très résistants, aigus et de forme variable. Il offre de trois
à quatre loges, à cloisons non apparentes, contenant chacune une
graine volumineuse, ovale, cunéiforme, dont la face externe
est arrondie et la face interne anguleuse. (PL I, lig. 9 et 10). Cette
graine est recouverte d’une pulpe très abondante d’une couleur
jaunâtre, de saveur aigrelette, qui est un véritable arille très
adhérent au péricarpe et aux enveloppes séminales de la graine.
Cet arille est formé de poils longs hyalins et portant des ma­
cules jaunes, réunis en masse; ils forment l’ensemble de la
pulpe. Le fruit porte sur ses deux pôles : 1° à la base, le calice
persistant encore adhérent au pédoncule et formé de quatre
sépales en croix dont deux externes plus grands et deux inter­
nes plus petits, les uns et les autres couverts de poils sem­
blables à ceux de l’épicarpe.
On trouve souvent la corolle persistante aussi et formée de
quatre pièces pétaliques en croix, plus longues que celles du
calice, mais aussi plus étroites, et non pourvues de poils durs
et acérés ; 2U au sommet, le stigmate persistant aussi, divisé
en quatres lobes et ombiliqué au centre : sa surface supérieure
est couverte non de tubercules ou de poils âpres, mais de
papilles bien développées. Ce végétal, d’après les renseigne­
ments de M. Yohsen, représentant de la Compagnie Occiden­
tale d’Afrique et du Sénégal (déjà cité), se trouve, sur toute la
côte, mêlé au Cola acuminata, dont il partage les conditions
d’existence; seulement il y est moins répandu. Je propose de
le nommer Gard nia Kola, en raison de l’application spéciale de
ses graines en Afrique, où elles sont employées de la même
façon cpie celles du Cola acuminata. Par ses caractères connus,

�LES KOLAS AFRICAINS

109

ce végétal se rapproche beaucoup du Garcinia Morella Desr.,
qui, comme ou le sait, est essentiellement asiatique.
Matière médicale. — La seule partie de la plante qui nous
intéresse est la graine. Celle-ci, dégagée de son arille, nous
présente trois faces dont une convexe (PL I, fig. 9) et deux
autres planes (PL I, fig. 10); la première regarde l’extérieur du
fruit, les deux autres l’intérieur de la loge ; sur la ligue d’inter­
section de leur plan se présente le point hilaire. Un épisperme
jaune abricot recouvre cette graine, il est formé de deux enve­
loppes dont l’externe est sillonnée de faisceaux fibro-vasculaires très apparents. Au dessous, on trouve un gros embryon
macropode (caractère du groupe) dépourvu de cotylédons, qui
constitue la matière médicamenteuse et bromatologique. Cet
embryon est d’une couleur blanc jaunâtre (1). Il offre sur toute
sa surface des dépressions multiples (PL I, fig. 9), son tissu
est dense et serré, plus encore que celui du vrai Kola ; il cro­
que sous la dent. Il est constitué par une masse compacte
d’un tissu cellulaire très homogène, interrompu de distance en
distance par des poches sécrétrices gorgées de résine, qui en
remplissent ou non tout le calibre (PL I, fig. 11 mr). Ces vais­
seaux résineux ont du reste des dimensions très diverses dans
les différents points de cet embryon. Les cellules qui compo­
sent l’embryon sont pleines de grains de fécule de dimen­
sions plus considérables que ceux du vrai Kola (0mm,28 de long
sur 0mm,17 de large), mais déformé à peu près semblable (PL I,
fig. 8). Quant à l’épiderme dépourvu entièrement de stomates,
comme ou devait s’y attendre en raison de la nature même de
l’embryon macropode, il n’offre rien qui mérite d’être signalé.
Lorsqu’on mâche les graines de Kola-bitter, on perçoit une
saveur fortement amère, astringente et aromatique tout à fa fois,
mais qui est bien différente de celle du vrai Kola : par son goût,
aromatique, cette saveur se rapproche un peu de celle du café vert.
C’est ce goût que recherchent les nègres dans le Kola mâle, quand
ils se livrent à la mastication de cette drogue, et il est digne de
remarque que, son usage n’étant suivi d’aucune excitation notable
(1) Quand ces graines ont séché, elles deviennent dures et résistantes comme du
bois : aussi est-ce toujours à l’état frais qu’elles sont consommées, soit comme médi­
cament, soit comme masticatoire agréable.

�110

ÉDOUARD HECKEL

ni d’aucune anti-déperdition de force, ils n’en arrivent pas moins à
trouver le Kola-bitter aussi agréable que le vrai Kola et le paient un
prix à peu près égal sur toute la côte occidentale. Partout ailleurs,
c’est-à-dire dans le centre du Continent, où il ne pousse pas plus que
le vrai Kola, il est, dit-on inconnu, et l’importation ne l’y introduit
jamais. Je dois cependant à la bienveillance de M. G. Ad. Krauss,
intrépide voyageur et naturaliste allemand, qui a exploré le Niger
(1884-mars), des renseignements qui contredisent cette opinion. Je
les transmets ici textuellement, en raison de leur authenticité et de
leur valeur : « On trouve presque toujours à Tripoli des Kolas mâles
» (Namisin r/oro en Haoussâ) dont le prix est, si ma mémoire ue
» me trompe pas, de 10 centimes la pièce environ. On trouve, en
)&gt; outre, de vrais Kolas séchés et coupés en deux. On ne vend pas de
» vrais Kolas frais; je n’eu ai reçu qu’une fois en présent après
» l’arrivée d’une caravane de l’intérieur. Tous les négociants du
» Sahara et du Tripoli, qui vont directement dans le centre de
» l’Afrique, ont adopté l’habitude de mâcher des Kolas. Pour les
» conserver frais, on les met généralement dans une boite de fer
» blanc, remplie de sable, qu’on a soin de tenir humide. Maintes
a foison a tenté de planter des Kolas dans le Haoussâ, mais les
» jeunes arbres meurent ou arrivent rarement à la hauteur d’un
» homme. On trouve dans i’Adamaoua un Kola, dont le fruit est de
» beaucoup inférieur à celui du nord d’Asanta (Achanti). Parmi les
» nègres, règne cette opinion, que le premier renferme deux graines
»• et le second cinq. »
Nous verrons bientôt, dans la deuxième partie de ce travail,
que cette graine de Kola mâle doit ses propriétés à la résine,
qui, renfermée dans les poches sécrétrices, donne à la semence
des vertus légèrement excitantes. Cela suffit à tromper les
Africains sur sa véritable valeur. Elles passent aussi pour être
aphrodisiaques, mais cette vertu est plus que discutable. Enfin
sa principale application consisterait, sous forme de mastica­
toire, à triompher toujours victorieusement des rhumes qui,
évidemment, doivent être relativement bénins dans cette région
torride. Voici ce que m’écrit M. Vohsen (1)' à ce sujet : « Cette
(1 ) M.Volisen, pendant la durée de scs fonctions d’agent général de la C‘e française
de la Cùle Occidentale d’Afrique, à Sierra-Leone, a bien voulu me transmettre, à la
sollicitation de M. Bohn, directeur de cette G1', des renseignements utiles sur le

�LES KOLAS AFRICAINS

111

» graine est très appréciée dans le pays (Sierra-Leone) contre
» les rhumes, et moi-môme j’ai pu me convaincre de ses effets
» bienfaisants presque instantanés. J’ai vu récemment un homme
» enrhumé au point de ne pouvoir prononcer deux mots, être
» guéri en vingt-quatre heures par les graines du Kola-bitter.
» Il lui suffit d’en mâcher 4 ou 5 et d’en avaler un peu. »
En dehors de cette utilisation, le Kola-bitter n’est qu’un trompel’œil, on le mâche, pour le plaisir de mâcher, aux lieu et place
du vrai Kola.
Graine de K anya — 2. Parmi les graines qui se mêlent le
plus fréquemment à celles du Kola expédié en France, la plus
difficile à reconnaître est certainement celle du Kanya (Penladesma
butyracea Don) dont nous allons faire l’examen détaillé : nous ne
l’avons jamais trouvée que dans le Kola de Sierra-Leone.
Botanique. — Le Pentadesma butyracea Don (Gen. syst., I,
019), a été décrit par Oliver, dans sa Flora of tropical Africa
(t. I. p. 014), de la manière suivante : « Feuilles coriaces (ou
submembraneuses sur les rameaux avortés), brillantes, oblongues-elliptiques, quelquefois oblougues allongées ou oblonguesoblancéolées, légèrement acuminées ou un peu obtuses, arrondies
ou en coin à la base avec de nombreuses nervures parallèles
s’insérant obliquement sur la côte ou nervure médiane avec
des veinules intramarginales ; elles mesurent de 0m12S à 0m150
de long et 0m03 à 0m0G de large ; les pétioles ont de 0™0012
à 0m0014. Fleurs grandes, terminales et solitaires. Sépales inté­
rieurs, 0m037 à 0m0o0 de long, coriaces, persistants. Phalanges
staminales persistantes. Fruit irrégulièrement ovoïde, de 0m100
à 0ra125 de long sur 0m075 à 0m10 de diamètre, à 3 ou 5
semences ; péricarpe de 0m012 d’épaisseur, légèrement rugueux,
pourvu d’un abondant liquide graisseux jaune, qui s’en écoule
par incision ; semences de 0mQ37 â 0m030 de long sur 0m02o à
0m037 de large. — Guinée supérieure, Sierra-Leone (Don ?
Dr Kirk ?) — Rivière Nau, Afrique tropicale occidentale (Mann)
— Niger, les feuilles seulement, d’après Barter. C’est Varbre à
beurre et à suif de l’Afrique occidentale. »
et le K o l a H i t l e r , je tiens à l’en remercier ici publiquement, ainsi que
M. Bohn, dont la bienveillance ne m’a jamais fait défaut.

K ola v r a i

�112

ÉDOUARD HEGKEL

Nous avons pu nous procurer des fruits murs de ce végétal,
ainsi que des rameaux adultes et des feuilles, le tout prove­
nant des environs de Sierra-Leone (île de Rotombo), et il
nous est permis, d’après ces échantillons que nous avons reçus
en très grand nombre et en très bon état, de rectifier ou de
compléter, dans quelques-uns de ses points, la diagnose cidessus, qui est incomplète et erronée tout à la fois. Nous
avons souligné dans cette diagnose d’Oliver, intentionnellement,
les points qui sont certainement entachés d’inexactitude. Nous
allons donc reprendre, en la rectifiant et en la complétant,
cette description du botaniste anglais, dans laquelle les erreurs
ne lui sont pas absolument attribuables en propre, puisque,
comme on va le voir, elles ne sont que la production de celles
qu’on trouve dans la description primitive de Don, que nous
croyons devoir traduire ici en entier :
« Pentadesma butyracea (Hort. Trans. Lond. vol. V, p. 457).-—
» Plante originaire de Sierra-Leone, dans les régions basses.
» Cet arbre atteint la taille de 40 à 50 pieds (10 à 12 mètres),
» mais il fleurit dès qu’il a 20 pieds de haut. Les feuilles en
» sont entières lancéolées, coriaces, lisses, brillantes. Les fruits
» ont à peu près la dimension du fruit de Mammea (1) ; leur
» forme est celle d’une poire renversée avec une pointe au som» met ; ils contiennent de 3 à 5 semences, grandes, anguleuses
» et de couleur brune ; l’écorce du fruit est rude, grossière et
» d’une couleur brun foncé. Le suc jaune graisseux, auquel ces
» arbres ont emprunté leur nom vernaculaire, découle en abon» dance de l’incision ou de la rupture du fruit. Les indigènes
&gt; de Sierra-Leone le mêlent à leur nourriture, mais les colons
» n’en usent point à cause de la forte odeur de térébenthine qui
» le caractérise ; nous pensons que ce suc est celui qui cons» titue le beurre indigène vendu sur les marchés de Freetown. Les
» fleurs de ce végétal sont très grandes, brillantes et proba» blement rouges. »
« Arbre à beurre et à suif (Flor. janv. Cit., 1822). Arbre de
(1) C’est du fruit vulgairement appelé Abricotier des Antilles qu’il s’agit ici, c’està-dire du Mammea americana L. ; toutefois, il faut remarquer que ce dernier
fruit est toujours plus gros que celui du Pentadesma, la comparaison est donc
inexacte.'

�LES KOLAS AFRICAINS

113

» 60 pieds, cultivé. Cet arbre est très difficile à transplanter, à
» cause de sa longue racine pivotante, qui, une fois brisée ou
» coupée, entraîne sa mort. La racine doit avoir à sa disposi» tion suffisamment de profondeur de terrain pour lui permet» tre de descendre; c’est une condition de vie ou de mort. Il
» demande une forte chaleur humide pour fleurir.
» Un mélange de compost et de tourbe lui convient bien,
;» et des boutures bien aoûtées avec leurs feuilles adultes doi» vent probablement donner des racines dans le sable, sous
» cloche, à la chaleur humide. » Ces deux descriptions ont besoin
d’être complétées et rectifiées comme il suit.
Ce grand végétal de 10 à 12 mètres de haut, croît sur toute la
côte Occidentale N. de l’Afrique chaude; aux environs de SierraLeone,' il fleurit dans les mois d’avril et de mars et donne sur
un fort pied de forts rameaux, qui laissent suinter par inci­
sion de leur écorce une matière résineuse peu abondante, jaunerougeâtre, demeurant assez peu consistante après exposition à
l’air. Cette résine se colle facilement aux doigts ; elle est pois­
seuse, sans goût et sans saveur ni odeur particulière. Cette
résine découle des nombreux canaux secréteurs qui se trouvent
dans l’écorce. Si on pratique, en effet, la coupe transversale
d’un rameau, on constate que ces canaux gorgés de résine jau­
nâtre, sont disséminés dans toute la région corticale (c c’ c”,
fig. 29 a ), mais deviennent plus particulièrement abondants dans
la zone libérienne où, du reste, leurs dimensions sont moin­
dres. Ces canaux sont bordés de cellules secrétantes et souvent
entourés d’une masse de cellules remplies d’un contenu solide
formé par des cristaux d’oxalate de chaux. Ces canaux, du
reste, ne sont pas le propre de cette plante, on les rencontre
dans tous les représentants de la famille des Guttifères, à
laquelle appartient Penladesma hutyracea.
Nous verrons bientôt que ces canaux se retrouvent dans le
péricarpe du fruit, mais ils n’existent pas dans la graine qui
est, par ce fait, complètement dépourvue de résine; il n’en est
pas ainsi dans la graine de Kola mâle dont nous avons parlé
antérieurement et dessiné les poches sécrétrices ni, dans une
autre plante de la même famille, le Calophyllum inophyllum L.
(Tamanou, en canaque néo-calédonien ; Caï-meuou, en langue

�EDOUARD IIECKEL

annamite), où nous avons fait connaître l’existence de ces poches
sécrétrices résineuses, dans notre travail sur l’huile et la résine
de cette plante (1). La fleur, qui laisse des traces dans le fruit
mûr par la persistance de ses éléments constituants (fig. 25 c,
p, e), est grande, terminale, solitaire, brillante et à pétales
rouges; les pièces calicinales sont vertes. Nous allons y revenir

Fig. 2."&gt;. — Fruit mûr du Penladesma bulyracea, Don (1/2 gr. miLl

eu détail. Quant aux feuilles, elles sont vertes, lisses et ver­
nies sur la l'ace supérieure, où l’on aperçoit à peine trace des
nervures, avec une côte médiane peu accusée, peu saillante. A
la face inférieure, des nervures fines distantes de 2 millimètres
(1) De l’huile et de la résine de Calophyllnm inophyllum L. (Journal de thé­
rapeutique de Guider, 1876).

�LES KOLAS AFRICAINS

115

l’une de l’autre et rectilignes, se détachent obliquement de la
côte très saillante et se rendent jusqu’au bord en se redressant
et formant une courbe légère à leur extrémité marginale. Là,
elles se joignent à la nervure suivante, et cette dernière courbe,
dans son ensemble, forme une ligne bordant de très près le
bord du limbe foliaire. Ce dernier se termine au sommet par
une pointe ou par une légère dépression (fig. 28).
Le pétiole, assez court, mesure 2 centimètres ; le limbe entier,
de 12 à 13 cent, de long et 4 à 5 cent, de large. Il est à remarquer
que le limbe foliaire ne s’arrête pas brusquement au pétiole, mais
est décurrent sur cet organe (fig. 28), qu’il borde de deux ailes peu
Pc n tildes ma b n ty niera
(1 /± grand, nal.)

Graine recouverte
de son spermoderme.

Graine dépouillée
do son spermoderme.

accusées. Le calice est formé de 5 sépales ovales, imbriqués, ver­
dâtres, dont 3 internes sont plus longs que les externes (fig. 25, c).
Entre les pétales et le verticille suivant (staminal), se trouvent
alternant avec les faisceaux staminaux, qu’ils séparent, des nec­
taires, qui prennent un grand développement et finissent, quand le
fruit est arrivé à maturité, par se subérifier; ils sont alors de la
forme et du volume d’un pois, rouges et durs ; ces organes caracté­
ristiques par leur volume, leur situation et leur consistance, ne
paraissent pas avoir été signalés jusqu’ici par les auteurs, malgré
l’intérêt qu’ils présentent. Les étamines (fig.25, c), longues et nom-

�.

EDOUARD HECKEL

breuses, sont réunies en cinq phalanges, courtes, légèrement aplaties. Les filets, longs et rougeâtres, sont terminés par des anthères
jaunes, longues, filiformes et qui en sont le prolongement. Tous ces

Fig. 28. — Feuille de P e n ta d e s m a

b u ty r a r .e a

(2/3 gr. nat.)

organes ; calice, corolle et étamines, sont persistants et se retrou­
vent desséchés à la base du fruit mûr (fig. 25 c , p, e ) . Ce dernier suc-

�LES KOLAS AFRICAINS

117

cède à un ovaire pyriiorme à cinq loges pluriovulées; cet organe est
terminé à son sommet pointu par un style long, divisé à son extré­
mité en deux lobes stigmatiques linéaires : le style et les stigmates
sont caducs, ils ne persistent pas à la maturité.
Le fruit est une capsule (et non une baie) pourvue d’un
péricarpe dur, très résistant à maturité et parcouru dans
toute son épaisseur de nombreux canaux sécréteurs résineux,
qui laissent transsuder, par les ruptures accidentelles de l’épi­
derme, une résine rougeâtre, abondante surtout autour du point
d’insertion du fruit sur le pédoncule épaissi (1). Cette résine
Fig. 29. — Pentadesma butyracea.
A

Coupe radiale de l’écorce.

Coupe radiale du fruit.

(1) Si on fait une coupe de ce péricarpe, on trouve (fig. 29 B) qu’il
est constitué d’abord par zone de cellules un peu épaisses, mais sans espaces
intercellulaires, et interrompues par de nombreuses cellules fibreuses isolées
ou groupées par deux ou trois ; dans cette zone se trouvent des canaux
résineux (cr, cr’, fig. 29 B) en grand nombre, assez volumineux, bordés de
cellules sécrétantes. Au-dessous, et formant la paroi interne du péricarpe, on
voit une zone,-moins épaisse, composée de cellules collenchimateuses, sans con­
tenu spécial, et interrompue également par des cellules plus développées
cL remplies de résine (cr, cr’, cr”, fig. 29 B), quelques fibres se voient dans
cette zone, mais en bien plus petit nombre que dans la prédédente : elles sont
plus grosses.
Cette constitution peut être rapprochée de celle des .rameaux, où abondent
aussi les canaux résineux. Si on pratique une coupe dans un de ces rameaux
anciens, on trouve une zone corticale épaisse (ec, fig. 29 A) interrompue par
deux cercles concentriques de gros canaux résineux comparables à ceux de
la partie extérieure du péricarpe (fig. 29 A, c \ c"). Cette zone comporte, à

�EDOUARD IIEUIv EU

provient de nombreux canaux sécréteurs dont le péricarpe est
parcouru dans toute son épaisseur. C’est sans doute l'épanche­
ment de ce liquide résineux résultant d’une incision des parois
du fruit, qui a pu laisser croire, comme l’affirment les descrip­
teurs (Don, Oliver), à l’existence d’un suc jaune, graisseux.
Nous verrons dans la partie chimique de cette étude que l’ana­
lyse la plus minutieuse n’a pu révéler la moindre trace de
corps gras dans les parois dures du fruit. Cette capsule ren­
ferme, groupée au centre, une masse compacte réunie par les
placentaires et contenant non pas de 3 à 5 graines, mais de­
puis 3 jusqu’à 9 et 10 semences parfaitement développées. Ces
semences sont enveloppées d’un tegmen qui fait suite au pla­
centa (fig. 26). Dépouillées de cette tunique lâche et peu résis­
tante, elles mesurent de 4 à 4 centimètres et demi de long sur
1 à 2 centimètres de large (fig. 27). Leur couleur est brun-cho­
colat, leur surface est rugueuse ; elles sont dures et formées
par un embryon macropode dépourvu d’albumen et de cotylé­
dons. Leur constitution est graisseuse (1).
Ces graines sont particulièrement intéressantes, en ce qu’elles
renferment dans leurs tissus la matière grasse nommée Beurre
de Kanya par les auteurs, et que, d’autre part, elles servent
depuis quelque temps à sophistiquer le Kola. Elles revêtent
en effet, par leur forme et leur couleur, l’apparence d’une
graine de Kola desséchée : leur constitution graisseuse peut
seule mettre sur la trace de la fraude, à moins qu'un œil
son extrémité interne, des faisceaux de libres ligneuses (fig. 29 A, fl ). Le
liber épais et parcouru par les prolongements très apparents des rayons
médullaires, comporte aussi deux cercles concentriques de canaux résineux
très rapprochés ; ceux de la première rangée, plus développés que ceux de
la deuxième (la plus interne) alternent avec les derniers. Ils sont., les uns et les
autres, bordés par des cellules sécrétantes.
(1) Quant à l’aire de dispersion du Pentadesma butyracea, il serait difficile
de la fixer avec nos connaissances actuelles. Il est très probable néanmoins
qu’en dehors des localités (Guinée Inférieure) indiquées par Oliver dans sa « Flore,
de l’Afrique tropicale », il existe sur un grand parcours de toute-la cote Occi­
dentale d’Afrique et jusqu’au Gabon, où le produit graisseux de ces graines, comme
nous allons le voir, serait connu et utilisé. Ce végétal existe même vraisemblable­
ment sur la côte Orientale du même Continent africain, puisque l’échantillon de
graisse de ce nom, existant à la Faculté de rftédecine de Lyon, est indiqué comme
originaire de Zanzibar. (Cauvet, Nouveaux éléments de matière médicale, T. II,
Paris 1SS7.

�LUS KOLAS AFRICAINS

119

exercé ne la reconnaisse au caractère suivant : les graines de
Pentadesma forment une masse entière sans solution de conti­
nuité, tandis que les semences de Kola, même sèches, conser­
vent autour du point radiculaire, très facile à déterminer, un
rayonnement, constitué par trois à cinq lignes, dont deux plus
longues forment la commissure des cotylédons. Elles sont la
trace de trois à cinq incisions que portent les cotylédons à
leur base, c’est-à-dire à leur point d’insertion, sur le corps
embryonnaire.

Graine de Pentadesma buUjracca . — A Coupc transversale traitée par l’éther ;
B Cellule grasse isolée.

L’histologie va nous permettre aussi de reconnaître aisémeut ces graines et de les différencier nettement de celles du
Cola acuminata. Si ou fait une coupe à travers la graine
de Pentadesma (tig. 30 A), on trouve qu’elle est constituée par
un tissu assez uniforme de cellules, d’abord petites à la péri­
phérie, puis de plus eu plus allongées transversalement, et enfin
plus petites au centre. Ce tissu est interrompu par des faisceaux
fibrovasculaires (fig.30,A, /b), mais il manque absolument de canaux
résineux. Le contenu cellulaire est entièrement graisseux,
et les corpuscules gras y sont assez peu développés (fig. 30, B).
Ce corps gras forme le beurre de Kanya, nommé aussi, d’après
G. Pennetier (Leçons sur les matières premières organiques, p. 75G,
1881), Oddjendjé, au Gabon (1).
(1) Au sujet de l'emploi de celte matière grasse par les indigènes du Gabon, feu
M. Pierre, directeur du Jardin d’essai de Libreville, mon regretté correspondant,
m'écrivait, il y a six mois, ce qui suit : « L’Oddjendjé est peu, si ce n'est point
du tout employé en ce moment par les indigènes. 11 y a bien d’autres corps gras
dans le-Congo français. »

�EDOUARD RECREE

Ce beurre de Kanya n’est guère couuu que par ce qu'eu dit
Cauvet (Nouveaux éléments de matière médicale, t. II, p. 275; Paris,
1887), qui l’a décrit d’après un échantillon existant dans le droguier
de la Faculté de Médecine de Lyon et provenant d’Angleterre, par
l’intermédiaire de M. Chantre. Celui-ci, probablement, le tenait de
Holmes. Ce qu’il y a de certain, c’est que, jusqu’ici, aucun traité
didactique de matière médicale n’en a parlé en dehors de Cauvet et
de Pennetier qui, tous deux, l’attrihuent au Pentadesma butyracea.
Nous n’avons pu, jusqu’ici, nous procurer ni de Sierra-Leone ni
du Gabon le beurre de Ivanya en pain, nous ne pouvons donc ni
continuer ni infirmer la description qu’en donne Cauvet, d’après
l’échantillon dont il a pu se servir et qui avait été envoyé au Muséum
de Kew par le D1'Kirk. Mais nous avons eu en main une assez grande
quantité de graines de ce Pentadesma, pour pouvoir en extraire le
corps gras et en faire une analyse complète. Elle était nécessaire,
car quelques erreurs se sont glissées dans l’examen analytique de
ce produit fait par MM. Jacquet et Barbarin, élèves de feu le profes­
seur Cauvet, de Lyon, les seuls auteurs qui se soient occupés de la
constitution chimique de ce corps gras. Nous pourrons donner
aussi une analyse élémentaire de la graine et du fruit de Pentadesma
butyracea.
Nous avons le regret de ne pouvoir fournir aucun rensei­
gnement sur le procédé qu’emploient les nègres africains pour
extraire ce corps gras de la graine, seul organe de la plante
qui le contienne. Mais il est fort présumable que pour ces
semences, comme pour celles du Butyrospermum Parlai (arbre
à Karité), qui donne le beurre de Galam, le moyen d’obtention,
fort simple, consiste à piler les graines et à les faire bouillir
dans l’eau. On recueille ensuite le corps gras, qui nage à la
surface du liquide chaud ou froid (1).
Partie chimique. —
A. Graines. — Le poids des graines est de 9 à 14 grammes,
soit en moyenne 11 gr. 50.
1. Dessiccation. — Soumise à l’étuve, à la température de
(1) A çe sujet, voir dans La Nature (de Tissandier), mon article intitulé : « Le
Bassia Pavkii et ses produits », a 0 des 24 oct. et 28 nov. 1885.

�LES KOLAS AFRICAINS

121

105 degrés, la graine perd 5 gr. 242 de son poids. Cette différence
tient à l’eau hygrométrique.
2.
Traitement au chloroforme. — Le traitement des graines
pulvérisées par le chloroforme, dans un appareil à déplacement
continu, fournit un liquide légèrement jaune qui, soumis à l’évapo­
ration, présente l’aspect et les caractères d’un corps gras.
La matière, débarrassée de son dissolvant par distillation,
est blanc-jaunâtre. Le microscope permet de reconnaître un
enchevêtrement de cristaux fins.
Le composé se ramollit entre les doigts. Il commence à
fondre à 36 degrés, mais la fusion n’est complète qu’à 4b degrés.
Il se dissout totalement dans 100 volumes d’alcool à 95
degrés. Le liquide se trouble de nouveau à froid et laisse
déposer des cristaux aiguillés, dont le point de fusion est le
même que celui du corps gras primitif. La solution alcoolique
est fortement acide au papier de tournesol, ce qui indique,
contrairement à ce qui se passe dans beaucoup d’autres corps
gras naturels fraîchement extraits, la présence d’un acide libre.
Cet acide, ainsi que nous nous en sommes assurés, est de
l’acide stéarique.
L’action de la potasse ou de la soude caustique à l’ébul­
lition, fournit un savon qui, décomposé par l’acide chlorhy­
drique, donne 71 pour 100 d’acide gras. La masse blanche
solide, qui surnage sur l’eau, lavée, complètement desséchée,
puis reprise par l’alcool, fournit des cristaux aiguillés, qui,
après plusieurs cristallisations, présentent tous les caractères
de l’acide stéarique, même aspect cristallin et même point de
fusion à 69°1.
Les eaux mères fournissent, après concentration, une seconde
portion de cristaux, facile à purifier comme les premiers.
Les dernières liqueurs qui ne cristallisent plus sont saturées
par le carbonate de soude sec. On évapore à siccité et l’on
reprend par l’alcool. Le liquide alcoolique est évaporé à son
tour, puis repris par l’eau. Ce nouveau savon à réaction alca­
line est traité par l’acétate de plomb légèrement acidifié par
l’acide acétique. On obtient un savon plombique qu’on lave,
dessèche et reprend ensuite par l’éther bouillant qui dissout
l’oléate de plomb et laisse le stéarate insoluble.
8

�122

Éd o u a r d

iie c k e l

Sur 39,30 d’acide gras mis eu expérience, ou retire 10,23
d’oléate de plomb, soit 23,80 pour 100. Or, comme 10 grammes
d’oléate correspondent à 7,343 d’acide oléique, il s’ensuit que
jes 23 gr. 80 d’oléate indiquent 18 gr.
33 d’acideoléique dans
le mélange; le poids de l’acide stéarique est donc de 81 gr. 63
pour 100.
La composition du corps gras du Pentadesma peut donc être
représentée par :
Acide oléique......................................
Acide stéarique........................................

18,3d pour 100
81,65
—

Le corps gras ne renferme donc pas de palmitine, puisque
les acides gras cristallisés, obtenus par décomposition du savon
potassique ou sodique à la suite d’opérations partielles, n’ont jamais
fourni de produits dont le point de fusion fût supérieur à 69°,1.
Le corps gras brut tel qu’il résulte de l’épuisement par le
chloroforme a été traité par l’eau bouillante, puis par l’eau
acidulée par l’acide chlorhydrique. Les liquides dans, l’un et
l’autre cas ont été évaporés à siccité, puis le résidu soumis à
l’action de l’eau de chlore et de l’ammoniaque, de.l’acide azotique
et de l’ammoniaque, de l’eau bromée et de l’ammoniaque. Le
produit d’évaporation dans chacun de ces cas n’a pas fourni
trace de coloration rose ou violacée, ce qui nous permet d’affirmer
l’absence de caféine. Le Kola vrai dans les mêmes conditions
se comporte d'une manière entièrement différente, car l’épuise­
ment par le chloroforme fournit une cristallisation abondante
de caféine qu’on obtient à l’état de pureté à la suite d’une recris­
tallisation dans l’eau’ bouillante. Les graines du Pentadesma
b-utyracea examinées au point de vue chimique ne sauraient
donc être confondues avec celles du Cola acuminata.
3.
Traitement à l’alcool. — En épuisant la poudre, prove­
nant'de la première opération, par de l’alcool, on obtient un
liquide rouge qui, après évaporation à siccité, constitue un
extrait dont le poids est représenté par 7,803 pour 100. Cet
extrait, repris par l’eau, ne se dissout pas entièrement. La solu­
tion aqueuse est d’une astringence excessive mêlée à un arrièregoût amer, et fournit au contact du chlorure ferrique une colo­
ration verte très foncée. La solution chaude additionnée d’eau
froide laisse précipiter une matière brune, qui n’est autre chose

�LES KOLAS AFRICAINS

123

qu’un produit d’oxydation du tanuiu et constitue, d’après Dragendorff, un phlobaphène.
Ce dépôt fortement coloré dont le poids s’élève à 6,705 pour
100 est donc constitué presque uniquement par du tannin
altéré. Les eaux mères, quoique contenant encore un peu de
tannin en dissolution, renferment 1 gr. 10 pour 100 de glucose,
ainsi que l’atteste le dosage au moyen de la liqueur de Barreswil.
4.
Traitement à l’eau. — Le résidu de l’opération précédente
traité par l’eau bouillante fournit un extrait aqueux dont le
poids = 12,415. En reprenant cet extrait par l’eau et l’essayant
à la solution cupro-potassique, on obtient 3,407 de glucose.
L’extrait évaporé et calciné fournit 0 gr. 139 de sels. La diffé­
rence entre la somme de ces deux nombres et le poids total
de l’extrait, c’est;à-dire 12,415 — 3,546 = 8,869, constitue un
mélange de matières gommeuses, tanniques, colorantes et albu­
minoïdes. Il est facile de déceler la présence de ces divers prin­
cipes à l’aide des réactifs appropriés, mais nous n’avons pas
jugé à propos d’en faire la détermination quantitative.
L’extrait aqueux provenant d’une opération de 400 grammes
de graines pulvérisées a été traité par la chaux, puis évaporé
à siccité. Le magma calcaire a été repris par de l’alcool bouillant
en vue d’y chercher la présence d’un alcaloïde. Un autre extrait
aqueux provenant de 200 grammes de matière a été traité par
l’acétate de plomb; après élimination de l’excès de métal par
l’hydrogène sulfuré et reprise du liquide filtré, on a procédé
également à la recherche d’un alcaloïde. Mais, dans l’un et
l’autre cas, les résultats ont été négatifs. Deux opérations entière­
ment semblables, effectuées avec l’extrait alcoolique de l’opéra­
tion (3), ont fourni le même insuccès au point de vue de la
présence d’une base. Nous en concluons donc que la graine de
ce faux Kola ne renferme pas d’alcaloïde.
5.
Incinération — 100 grammes de graines incinérées nous
donnent un poids de cendres de 2 gr. 70. Si nous retranchons
ce nombre du poids total des matières extraites par les dis­
solvants, nous obtenons, défalcation faite de 0,139 de sel trouvé
dans l’opération, le nombre 40,477 pour 100 pour poids du
ligneux de la cellulose et des matières albuminoïdes insolu-

�m

ÉDOUARD HECKEL

blés et 1,561 pour 100 de sel contenus dans ces matières.
D’après cela nous pouvons fixer comme suit la composition
de la graine de Pentadesmci butyracea.
Eau hygrométrique.
Trait, au chloroforme
Traitement à l’alcool

Traitement à l’eau

5,242
32,500
I
y’ D 1
l
1

Eau.........
Corps gras
Glucose.........................
Tannin et phlobaphène
Glucose ....................................
Tannin, matière album, et ma-

3,242
32,500
1,100

6,705
3,407
8,869
0,139

Ligneux, cellulose,mat. album.
40,477
1,561
Total

100,000

Remarques. — 1. La graine ne renferme pas de matière amy­
lacée, Elle contient une faible quantité de matières albumi­
noïdes, ainsi que l’atteste la réaction du bleu de Prusse fourni
par le produit du traitement par l’eau ; la partie insoluble
dans ce véhicule est constituée principalement par du ligneux
et de la cellulose.
2.
Les cendres provenant de l’incinération de la graine,
renferment de la chaux, de la potasse, de la soude, de l’acide
pliosphorique, de l’acide sulfurique et de l’acide carbonique. Ce
dernier provient évidemment de la présence d’acides organi­
ques décomposés par la chaleur.
Sur 2g. 70 pour 100 de cendres, le tiers est insoluble, les
deux tiers, solubles. Parmi les derniers, les sulfates alcalins
prédominent en môme temps que les chlorures ; ils sont mêlés
à des traces de phosphates, mais ne contiennent pas de chaux'.
La partie insoluble dans l’eau ne contient pas traces de sulfates ;
elle est constituée uniquement par du carbonate et du phosphate
de chaux.
Il résulte de ces recherches dont la partie chimique est due
à M. Schlagdenhaufïen :
1° Que le beurre de Kanya est bien le produit des graines et non
du péricarpe du Pentadesma butyracea Don; que le corps gras
analysé par les élèves de Cauvet et le nôtre présentent bien les
mômes propriétés physiques et la même apparence extérieure ;

�LES KOLAS AFRICAINS

125

2° Que ces graines ne sauraient être substituées à celles du Kola
(comme on tend à le pratiquer de plus en plus), sans de graves
inconvénients, non qu’elles présentent le moindre degré de toxicité,
mais en raison de ce qu’elles ne renferment aucun des principes
du médicament précieux fourni par les semences du Cola acuminata
R. Brown.
3° Que, partant, la sophistication par le Kanya doit être sur­
veillée avec le plus grand soin par le médecin et le pharmacien.
J’ai insisté très longuement sur ce faux Kola, parce qu’il
était peu connu à tous égards (botaniquement et chimiquement),
et surtout parce que la multiplicité des documents que j’ai pu
donner sur sü origines, sa forme et sa constitution chimique
formeront (en les opposant aux mêmes notions que nous
donnons sur le vrai Kola), autant d’éléments permettant de
reconnaître une falsification très-commune aujourd’hui et difficile
à reconnaître. J’ose dire que c’est la plus difficile d’entre celles
qui se pratiquent couramment.
III. — G r a i n e s d ’h e r i t i e r a l i t t o r a l i s . — Depuis quelque temps,
une nouvelle substitution s’est produite dans des Kolas frais
provenant de la côte de Zanzibar, où le Cola acuminata a été
introduit depuis vingt années avec succès. Nous trouvâmes
mélangées à des semences fraîches de la variété blanche de
Kola d’autres graines fraîches blanches, ayant un aspect sem­
blable, un volume un peu plus considérable et surtout une forme
géométrique un peu différente. Les graines de kola sont un peu
anguleuses, celles-ci étaient orbiculaires. Nous soupçonnâmes une
supercherie ou une erreur, qu’un examen attentif nous permit
ensuite de reconnaître. Des graines mondées d’Heritiera littoralis
Ait. avaient été mêlées aux graines de Kola. Cette substitu­
tion, outre l’intérêt qu’elle présentait en elle-même, soulevait
dans notre esprit cette question, à savoir que Heritiera littoralis,
appartenant à la même famille (Sterculiacées), et cette graine
étant manifestement indiquée comme ayant été utilisée dans"
l’Inde pour l’alimentation (1), il pouvait se faire que, sans qu’on
(1). Bâillon dit (Histoire des plantes, t. IV, p. 113) : « On assure que dans
l’Inde, le fruit d ’Heritiera littoralis est récolté comme comestible.» Le major
Drury, dans Useful plants of India, ne parle point de cette Sterculiacée.

�EDOUARD HECKEL

Je sût, elle jouît des mêmes propriétés anlidéperdilives que le
Kola et, dès lors, la sophisticatiou n’existait plus, et la substi­
tution se trouvait justifiée par des connaissances nouvelles.
Ces conditions nous portèrent à faire avec M. Schlagdenliaufïen
l’étude complète de cette graine comme nous avons fait celle
du vrai Kola et ce sont les résultats de ces recherches que
nous consignons ici.
1.
Botanique. — Heritiera littoralis est un grand arbre à feuilles
entières propre à l’Inde, aux îles de la Sonde, aux Philippines,
aux Moluques et à toutes les îles de la côte orientale d’Afri­
que ; on le trouve également dans le pays d’Annam, dans la
région chaude de l’Australie, en Cochinchine eP de l’Océanie

Fig. 31. — Fruit, mûr cl'Heritiera littoralis entier.

(Nouvelle-Calédonie). Les feuilles sont ovales, grandes, entières,
acuminées, cordiformes à la hase, pennïnerviées, à pétioles assez
développés.Cette espèce se rencontre particulièrement sur les bords
peu élevés du littoral et même dans les terrains saumâtres. (1).
(1) Son bois, do couleur gris-brun, est d’une texture compacte, Fine et serrée ; ses
qualités de solidité, de résistance eL de durabilité en font un excellent bois de char­
pente et de construction. — L’écorce est employée dans la teinture ; sa graine est
réputée tonique dans l’Inde et l’huile qu’on en extrait sert aux Indiens en frictions
contre leh rhumatismes. (Grisard et Van den Berghe. Les bois industriels, etc.—
Bull, delà Soc. d’acclimatation de France, 1892).

�LES KOLAS AFRICAINS

Les fleurs unisexuées sont assemblées clans une inflores­
cence axillaire très développée et disposée eu thyrse. Les
Ileurs mâles sont constituées par un unique périanthe gamophylle, campanulé, à cinq divisions aiguës. Au centre de cette
enveloppe se dresse une colonne au sommet de laquelle sont
insérées une douzaine d’étamines sessiles et réduites à l'an­
thère qui s’ouvre verticalement ; les loges anlhériques sont
parallèles. Dans la fleur femelle, le fond de la cupule formée
par le périanthe est occupé par un réceptable qui porte cinq
carpelles indépendants, lagéniformes, à sommet recourbé en
dehors, et en pointe. Ces carpelles sont uni ou rarement biovulés ; à maturité, ils donnent naissance à un fruit qui est
un akène ligneux et subéreux, caréné sur le dos suivant sa
longueur.

Fig. U2. — Grai no. &lt;17/0 r Hier a liltoralia vue par sa face concave el, dépouillée
de son spermoderme.

Si on brise ce fruit, on trouve une graine recouverte d’un
épisperme papyracé couleur marron. Cette enveloppe disparue, la
graine est blanche, aplatie, orbiculaire, à bords sinueux sur
quelques points. Elle représente un disque d’une épaisseur de
0m,010à 0m,015 et d’un diamètre de 0m,(M environ. Les deux faces
de ce disque sont inégales ; l’une est concave (fig. 31) et l’autre con­
vexe. Sur la face concave, on voit la réunion des deux cotylédons
inégaux (c et c’) qui forment la graine. L’un des cotylédons c’ n’a
guère que la moitié de la dimension de l’autre qui semble le
recevoir tout entier dans sa substance. Chacun de ces cotylédons
est très épais et charnu. La radicule (r, fig. 32) se trouve placée sur

�128

ÉDOUARD HECKEL

la ligne inférieure de conlluence des cotylédons ; on la voit sous la
forme d’une proéminence ovalo-acuminée.
2° Matière médicale. — La seule partie qui nous intéresse est la
graine (1) dont nous venons de donner une description botanique
sur laquelle nous ne reviendrons pas, si ce n’est pour dire que les
semences ont un poids oscillant entre 20 et 25 grammes, ce qui
correspond à peu près au poids moyen des graines de Kola fraîches,
et que leur couleur blanc-jaunâtre est tout à fait celle qui carac­
térise les Kolas blancs ; que mâchée, enfin, la masse cotylédonaire
a une saveur d’abord astringente, comme celle des Kolas, puis
légèrement douceâtre, et enfin un peu amère. Sous ce rapport, il
y aurait certainement illusion possible entre le vrai Kola et
l’Heritiera littoralis, si l’astringence et l’amertume étaient un peu
plus prononcées, et la saveur sucrée un peu moins accusée, chez
ce dernier.
c

b

Fig. 33. — a, Iissu des cotylédons; b, cellules de a avec leur contenu amylacé;
c, grain de fécule de h très grossi.

Examinée au microscope, une coupe des cotylédons nous pré­
sente un tissu cellulaire homogène dont les éléments sont formés
de parois cellulosiques assez épaisses (fig. 33 a). Ces cellules sont
gorgées de grains d’amidon très petits (fig 33 b) qui la remplissent
presque en totalité. Ces grains de fécule sont polygonaux, pourvus
d’un bile rayonné et mesurent, dans leur plus grande dimension,
0mm008 de millimètre (fig. 33 c). Comme on le voit, si la constitution
(I) Nous trouvons, en ce qui concerne les Colonies de Nouvelle-Calédonie et de
Cochinchine, dans les Plantes utiles des Colonies françaises de de Lanessan,
l'indication et l'utilisalion du bois d’Heritiera littoralis, pour l’ébénisterie et la
menuiserie?. Il n’y est pas question de l’emploi des graines.

�LES

KOLAS AFRICAINS

129

tissulaire des graines d'Ileritiera littoralis rappelle de loiu celle
des graines de Kola, le contenu cellulaire, bien qu’amylacé des
deux parts, permettra de reconnaître par la forme et les dimensions
du grain de fécule, ce qui appartient à l’uue ou à l’autre de ces
Sterculiacêes. La différence est si profonde, en ce qui touche à
l’amidon, qu’il serait facile de reconnaître le mélange du faux Kola,
même dans des semences réduites en poudre. Nous rappelons,
en effet, que l’amidon des graines de Cola acuminata, PL 1, fig. 6,
est franchement ovoïde avec un hile cruciforme et que chaque
grain mesure de 16 à 24 millièmes de millimètre, tandis que le
grain de fécule d7Initiera littoralis compte à peine 8 millièmes
de millimètre dans sa plus grande longueur. Dans ces conditions,
en tenant compte de la forme spéciale que revêt la graine mondée
d'Heritiera littoralis, et des détails structuraux que nous venons de
mettre à jour dans les cotylédons de cette semence, il sera toujours
facile, dans tous les cas, d’en reconnaître le mélange au milieu
des graines de vrai Kola, soit entières, soit concassées ou moulues.
Étude chimique. — Après ces constatations, les caractères diffé­
rentiels du vrai et du faux Kola devenaient faciles à établir, mais il
restait un point important à élucider. La graine d'Heritiera litto­
ralis, en raison de ses affinités botaniques avec Cola acuminata,
à cause de ses qualités gustatives si rapprochées de celles du
Kola, ne serait-elle pas, comme ce dernier, pourvue de principes
excitants (caféine, théobromine) qui permettraient de la ranger dans
la classe des médicaments antidéperditifs ? L’analyse chimique seule
pouvait nous permettre de répondre à cette question et nous y
avons procédé de la manière suivante.
Pour arriver à un résultat prompt et certain, nous n’avions qu’à
suivre les méthodes d’extraction de la caféine déjà employées dans
l’analyse de la noix de Kola.
Nous allons indiquer brièvement les diverses opérations qui ont
été faites en vue d’obtenir cette base organique, en admettant sa
présence dans cette graine soit à l’état libre soit sous forme de
combinaison.
A. — Traitement au chloroforme'. — La graine mondée, préalable­
ment desséchée à l’étuve à 100° et réduite en poudre grossière est
traitée dans un appareil à déplacement continu par le chloroforme
à chaud.

�EDOUARD IIECKEL

Au bout de trois heures on arrête l’opération. On distille le chlo­
roforme et l’on évapore le liquide en bain-marie. L’extrait jaune
pâle est repris par l’eau et la solution aqueuse est abandonnée sous
la cloche à acide sulfurique. Au bout de plusieurs jours, le résidu
sec est examiné au microscope et par voie chimique.
L’absence complète de cristaux aiguillés soyeux nous porte à
croire que l’extrait ne contient pas de caféine, résultat confirmé
d’ailleurs par l'absence de coloration violette à la suite de l’emploi
successif du chlore et de l’ammoniaque.
Nous concluons donc de là que la matière ne renferme pas de
caféine libre.
Ce premier résultat négatif n’exclut cependant pas la possibilité
de trouver l’alcaloïde sous une forme différente, à l’état de sel, de
tannate, de sulfate ou de toute autre combinaison insoluble dans le
premier véhicule : c’est dans le but de l’isoler que nous avons pro­
cédé à son extraction en suivant deux méthodes différentes.
B. — Traitement à la chaux. —Une nouvelle quantité de matière
égale à celle déjà mise en œuvre la première fois, soit 50 grammes,
a été traitée par la chaux fraîchement délitée. Le magma calcaire
évaporé à siccité a été épuisé par l’alcool dans l’appareil à extrac­
tion continue. La solution alcoolique provenant de ce traitement a
été distillée, puis évaporée sur des verres de montre. Les divers
résidus n’ont pas révélé trace de cristaux à l’examen microscopique
ni de coloration particulière après l’emploi de chlore et d’ammouiaque; donc, même résultat négatif que ci-dessus, c’est-à-dire absence
complète de caféine.
G. — Traitement à l'acide sulfurique. — Nous avons traité
50 grammes de poudre par une eau légèrement acidifiée à
l’acide sulfurique. Après trois heures de macération au bainmarie, nous avons décanté les liqueurs et repris les résidus une
seconde fois dans les mêmes conditions. Les liquides mélangés,
convenablement réduits, ont été additionnés de chaux hydratée
en excès, le magna calcaire a été desséché à l’étuve et épuisé
ensuite par l’alcool bouillant. *
La solution alcoolique, préalablement distillée, puis concentrée
dans une capsule, a laissé un résidu jaune dans lequel on n’a pu
constater, comme ci-dessus, ni cristaux aiguillés, ni coloration

�LES KOLAS AFRICAINS

131

rouge violacée en évaporant d’abord avec du chlore ou du brome et
traitant le produit de la réaction par de l’ammoniaque.
Les résultats fournis par nos trois opérations successives nous
autorisent donc à conclure à l’absence de la caféine libre ou com­
binée dans la graine d’Heritiera littoralis.
3.
Quoique nos suppositions relatives à la présence de cette
base dans cette graine, et par conséquent à l’analogie au point de
vue chimique des deux graines (Kola et Heritiera) ne se fussent
pas vérifiées, nous nous sommes néanmoins donné comme tâche
de rechercher la nature des principes immédiats contenus dans le
nouveau produit. Cette analyse a été effectuée d’après la méthode
généralement suivie.
Nous ne nous arrêterons pas à la description de la forme et de la
grandeur de la graine dont il a été question plus haut ; nous ajou­
terons seulement, comme complément, que 10 noix prises au hasard
pèsent 282 gr., soit 28 gr. 2 en moyenne.
Eu pesant isolément le fruit et l’embryon mondé, nous avons
obtenu des nombres variant du simple au double comme on peut le
voir ci-dessous.
Noix entière.

C o ty lé d o n s .

F r u it.

(fruit et graine réunis

12 gr.

»

15

n

14

50

30

50

45

19

40

28

70

48

10 gr.
22

»
))

22 gr.
37

))
))
))
10

Il faut défalquer du poids des cotylédons celui d’une enveloppe
brun clair très lâche qui se déchire souvent quand on ouvre la.
noix et dont l’épaisseur varie de 0mm, 1 à 0mm, 5. Cette enve­
loppe (tégument), ne pèse pas au delà de 0 gr. 50 à 1 gr. 20. On
peut également détacher de la gousse, quoique avec assez de diffi­
culté, sa couche interne endocarpique, d’une épaisseur de 0mm,8 à
lmm,2 et dont le poids varie entre 2 gr. 20 et 3 gr. 60.
GRAINES MONDÉES

A. — 3 grammes de cotylédons mondés coupés en tranches fines
sont desséchés à l’étuve à 105°.
Ils perdent 0,345 de leur poids.
Après incinération, ils laissent 0 gr. 088 de cendres dont la perte
de poids constitue le poids des matières organiques.

�EDOUARD HECKEL

Les premières données nécessaires à l’analyse sont donc les
suivantes:
Eau hygrométrique.......................... 0.345 soit 11.500
Total des matières organiques . . . 2.567
89.567
Cendres............................................... 0.088
2.933
3.000
100.000
B. — Traitement à l'éther de pétrole. — Nous employons 100
grammes de poudre de cotylédons préalablement séchés à l’étuve à
105° et nous les épuisons par de l’éther de pétrole dans un appareil
à déplacement continu à chaud. L’opération nous fournit un liquide
jaune pale qui, après évaporation et concentration, se présente sous
forme d’une huile dont le rendement est de 6,95 0/0.
Cette huile ne se colore pas au contact de l’acide chlorhydrique
et change à peine après addition d’acide azotique. L’acide sulfurique
le colore eu jaune et meme brun foncé. L’addition d’une trace de
chlorure ferrique fait apparaître une coloration violette que le
chloroforme rend plus évidente.
Ces réactions de couleur appartiennent à la cholestérine et
permettent delà caractériser dans un mélange. Mais pour démontrer
sa présence avec certitude, il nous manque, dans le cas particulier,
ses caractères cristallographiques que nous n’avons pu mettre en
relief à cause de la trop faible portion de matière que nous avions à
notre disposition.
L’huile se dissout en partie dans l’alcool ; sa partie soluble
évaporée au bain-marie, puis incinérée avec du nitre, fournit un
résidu qui présente les caractères des phosphates. Un dosage
effectué avec la solution titrée d’urane, nous a permis d’y constater
0 gr. 1143 0/0 d’acide phosphorique anhydre. Nous rapportons
l’origine de cet acide à la lécithine, c’est-à-dire au seul composé
phosphoré actuellement connu qui jouisse de la propriété d’être
soluble dans l’alcool, les corps gras et l’éther de pétrole.
Comme dernière réaction de l’huile, nous dirons encore qu’en
la faisant bouillir avec de l’eau et filtrant on n’obtient pas,
dans le résidu du liquide évaporé, la moindre trace de cristaux
aiguillés, résultat qu’il était du reste facile de prévoir d’après
nos essais préliminaires et qui concorde avec ceux que nous avons
cités plus haut relativement à l’absence de caféine.
4

�LES KOLAS AFRICAINS

133

C. Traitement au chloroforme. — Quand l’extraction à l’éther
de pétrole a été laite dans de bonnes conditions, c’est-à-dire
quand l’opération a été prolongée suffisamment longtemps, le
chloroforme n’enlève plus rien à la matière ; mais dans le cas
contraire on obtient encore une certaine quantité d’huile qui
jouit des propriétés que nous veuons de mentionner.
D. Traitement à l'alcool. — En opérant l’épuisement au
moyeu de l’alcool bouillant, on obtient un liquide rouge et
une masse poisseuse de même couleur. L’appareil étant refroidi
on peut décanter le liquide sans entraîner le dépôt. Ce dernier
se dissout en totalité dans l’eau.
L’évaporation des divers liquides alcooliques et aqueux
fournit un extrait rouge-brun foncé, très astringent, précipi­
tant abondamment les sels de fer, réduisant la liqueur Bareswill
et incomplètement soluble dans l’eau. Les flocons bruns qui se
forment à la surface aussitôt qu’on traite cet extrait par l’eau,
ne constituent, sans aucun doute, pas autre chose qu’un produit
d’oxydation du tannin. Ils présentent les mêmes propriétés que
celles que nous avons déjà signalées à propos du rouge de
Kola ou d’un autre produit mieux connu, du rouge cinchonique. La substance desséchée prend un aspect brillant ; elle se
dissout dans un certain nombre de véhicules, entre autres
dans la potasse caustique, et se précipite de ses dissolutions
après addition d’un acide.
Lorsqu’après avoir jeté sur filtre le dépôt floconneux prove­
nant d’une première opération, on vieut à concentrer une
seconde fois le liquide qui passe et qu’on évapore à siccité, il
arrive que le résidu ne se dissout plus en totalité et fournit
après traitement par l’eau froide, un précipité floconneux de
même couleur, presque aussi abondant que celui de la pre­
mière opération. Ces dépôts se reforment même au bout de
cinq ou six traitements successifs. Il importe donc, pour le
dosage de ce composé insoluble, auquel Dragendorfï donne le
nom de phlobaphène, de jeter constamment sur filtre les dépôts
qui se produisent après chaque évaporation ; à un moment
donné, l’eau froide ne provoquant plus de précipité floconneux,
on peut considérer l’opération comme terminée. Le liquide,

�EDOUARD IIECKEL

fortement coloré, présente alors une saveur franchement sucrée
et devient visqueux au bout de quelque temps. Après l’avoir
évaporé à siccité, on reconnaît dans le résidu des cristaux
cubiques qui ne sont autre chose que du chlorure de sodium.
E. Traitement à l’acide sulfurique dilué. — La poudre épui­
sée par les dissolvants a servi ensuite au dosage des matières
amylacées et albuminoïdes.
Une partie, chauffée avec l’acide sulfurique dilué, fournit de
la glucose aux dépens des matières amylacée et cellulosique.
Une autre, calcinée avec de la chaux sodée, dégage de
l’ammoniaque que l’on reçoit dans un appareil à boules dans
de l’acide sulfurique titré et qui sert à calculer la quantité
d’azote et partant, la proportion de matières albuminoïdes.
Enfin, avec Je poids des éléments précédents et la totalité
des matières organiques, on obtient par différence celui du
ligneux.
F. Composition de, la graine. — Les nombres trouvés par
l’analyse immédiate, rapportés à la somme des matières orga­
niques contenues dans 100 grammes de substance, c’est-à-dire
85,567, servent ensuite à calculer la composition en centièmes.
Ces calculs nous conduisent de la sorte aux résultats suivants:
Huile...................................
4.366
Tannin et matièrescolorantes 4.983
Sucre...................................
5.738
Chlorure so d iq u e ..............
0.288
Cellulose et amidon . . . .
55.987
Matières albuminoïdes. . . 13.537
Ligneux....................................12.367
Sels fixes............................
2.645
Perte...................................
0.089
Total..............
100.000
Les cendres sont presque entièrement blanches; elles renferment
néanmoins un peu de fer et de manganèse. On n’y trouve pas trace
de chlorures, mais presque uniquement des phosphates et sulfates
de chaux, de potasse et de soude. Le spectroscope n’y révèle pas
de lithine.

�LES KOLAS AFRICAINS

135

En rapprochant la composition de cette graine de celle de la
noix de Kola, on voit donc qu’il n’existe aucune analogie entre
elles; ici, tout d’abord, pas de trace de caféine, c’est le premier et
principal caractère.
Dans Hcritiera littoralis, nous trouvons à peu près 5 % d’un
tannin analogue au point de vue de sa solubilité dans l’eau et dans
les divers véhicules, à celui de la noix de Kola ; mais dans cette
dernière graine le tannin n’est contenu que pour la moitié de cette
quantité environ.
La proportion de corps gras y est presque dix fois plus consi­
dérable ; celle des matières albuminoïdes et du sucre, environ le
double. Enfin, en faisant la somme des matières cellulosiques,
amylacée et ligueuse, on obtient à peu près le même résultat dans
les deux cas.
En résumé, il existe une différence complète entre les deux
graines au point de vue de leur composition chimique, et la substi­
tution de la graine d’Hèritiera à celle du Cola acuminata ne saurait
être tolérée, elle constitue une fraude fort repréhensible, quoique
non dangereuse. Si j’ai longuement insisté ici sur ce cas de
substitution, c’est que tout semble faire prévoir que la graine
à’Heritiera littoralis jouera, vis-à-vis du Kola blanc frais, qui
arrive maintenant en France assez couramment, le rôle que
joue le Pentadesma butyracca comme élément de substitution au
Kola sec des Rivières du Sud. 11 importe donc, dans cette pré­
vision, de pouvoir, par tous les moyens possibles, reconnaître
cette fraude, d’autant que le Kola blanc a une valeur supérieure à
celle du rouge, nous la trouverons dans letude chimique.
— En dehors des trois graines principales dont je viens de m’oc­
cuper longuement en raison de leur prédominance comme substances
de substitution au vrai Kola, on peut trouver encore accidentelle­
ment mêlées aux graines sèches, les graines ou fruits suivants :
1. — Fèves de Calabar (Physostygma venenosum Balf.)
2. — Quelques fruits de Cocos de petite taille.
Celles-ci ne sauraient échapper à un triage (même grossièrement
fait) auquel il convient de soumettre rigoureusement toute acquisi­
tion de Kola en graines sèches. Leur forme jure trop avec celles des
semences du Cola acuminata pour qu’une erreur puisse jamais
se produire. Il importe du reste qu’il en soit ainsi, car, on le sait, la

�EDOUARD HECKE]

lève de Calabar est un poison redoutable. Quant aux divers fruits
de Cocos de cette région chaude, ils sont aussi très facilement
reconnaissables. Il suffit donc de signaler ce mélange tout à fait
involontaire qui se produit quelquefois, pour qu’il y soit porté
remède sans la moindre difficulté de diagnose. On n’a, du reste,
jamais constaté le moindre symptôme d’empoisonnement par le

Fig. 34 — Graine entière du Cola digilala Mast.

Fig. 35. — Graine ouvet'le du Cola digilala Mast.

Kola, ce qui indique bien que tous ceux qui l’emploient savent
en éloigner la fève de Calabar, quand elle se mélange acciden­
tellement à ces graines.
Graines de Colas inertes, qu'on trouve rarement mêlées à celles du
vrai Kola. — Il existe certainement une.grande quantité de graines

�LES KOLAS AFRICAINS

137

de divers Cola et Sterculia qui, par leur forme, pourraient être
confondues avec celles du vrai Kola, et qui n’ont cependant aucune
valeur ni thérapeutique ni bromatologique. A ce point de vue, mes
connaissances sont encore peu avancées; néanmoins, il m’est permis

Cola digilata Mast.

Fig. 3G. — Fruit entier.

Fig. 37.
Fruit ouvert longitudinalement pour
montrer les graines pourvues de
leur arille blanc, éburné, brillant.

de donner quelques notions utiles sur certaines de ces graines qu
ne paraissent du reste point partager, et c’est justice, avec la
graine du vrai Kola (Gourou, Ombéné), la faveur des nègres de

�EDOUARD HECKEL

la côte d’Afrique, au moins au Gabon-Congo. Je veux parler
cl’abord des semences du Cola cUgitala Mast., nommé Ombéné
Nipolo par les Pahouins, à Libreville et au Gabon-Congo. Nous
allons nous en occuper, ne fût-ce que pour apprendre à les
connaître si elles se mêlaient (comme cela arrive quelquefois,
paraît-il) aux graines de Kola du Gabon. (Cola Ballayi).
Cette espèce est un arbre peu répandu croissant sur le versant
des hauteurs et jamais en groupes. 11 n’existe pas aux environs de
Libreville, à moins cle’Sà 10 kilomètres de cette ville. Sa taille peu
élevée atteint à la hauteur de 5 à 6 mètres au plus; il est remar­
quable par ses feuilles déjetées et peu nombreuses.
Le nom de Ombéné Nipolo appopo veut dire Kola gros blanc
en Pahouin.
La partie comestible du fruit est le testa très développé qui
enveloppe la graine ; il est de couleur blanche, et un peu sucré;
les indigènes seuls s’en nourrissent et encore rarement : de là le nom
de Kola gros blanc donné à cet arbre par les Pabouins. Voici dans
quels termes Masters qui a nommé cette espèce, la décrit dans
Flora of tropical cifrica d’Oliver, T. I, p. 224 :
« Petit arbre de 12 à 15 pieds (3m65 à 4"'57) de haut, pourvu de fortes branches
cylindriques. Pétioles étalés plus ou moins horizontalement, mesurant de 0n,30
à 0m45 de long, cylindrique, feuilles déjetées, avec 7 ou S folioles chacune, aussi
longues ou plus longues que le support commun, subcoriaces, glabres, elliptiques
acuminées, atténuées à la base et légèrement décurrentes sur le côté du pétiole
secondaire, de 0’"05 à 0075 de long, entières ou fendues, irrégulièrement
pinnées au moins en ce qui touche le pétiole central, lobes acuminés.
» Pleurs en petites grappes denses, émergeant des branches un peu au dessus
» de l’aisselle de la feuille (pédoncules de 0m012 de long), couvertes d’un duvet
» rougeâtre. Boutons floraux globuleux ou quelque peu létragonaux. Galice cam» panulé, coriace)à 5 lobes arrondis valvaires, striés à l’intérieur". Fleur mâle........
» Fleur hermaphrodite : anthères nombreuses, chacune pourvue de deux lobes
» parallèles linéaires, irrégulières dans leurs dimensions et disposées en un cercle
» autour de la base de 5 carpelles petits, duveteux et unicellulaires, surmontés
» chacun par un stigmate large, charnu et arrondi. Pédoncules du fruit épaissis,
» de 0“ 025 de long. Carpelles mûrs, 2 par avortement des trois autres, mesurant
)) de Om 05 a Om01 de long, oblongs, acuminés, ventrus, terminés à la base par un
O support pointu à peine plus court que les carpelles, complètement déhiscents le
» long de la suture venLrale ou placentale, de manière à devenir en définitive à peu
» près plats et à exposer au dehors le brillant cramoisi de leur surface interne
» Semences de 4 à 6 clans chaque carpelle, oblongues obtuses, un peu comprimées
o üm01 de long; testa noir brillant d’aspect parcheminé, quand il est sec. Albumen
a nul, cotylédons 2, épais, plats, brunâtres, radicule dirigée directement vers le
» hile. ,
» G uinée suprc.— Ile du Prince '(Bar ter] MannlJ.— Afrique occidentale (Capitaine

»
»
»
»
»
»

�LES KOLAS AFRICAINS

139

» BabinglonJ. Le feuillage splendide et, la brillante couleur cramoisie que présente
» le fruit ouvert, font de cette plante une espèce dont l’introduction est à désirer.
» Dans les premiers moments de la déhiscence du fruit, elle rappelle l’espèce de la
» section Firmiana, mais cette espècé s'en distingue par des follicules épais,
» coriaces et presque ligneux. »

Voici au sujet de ce végétal les renseignements, datés de
Libreville, que j’ai reçus le 18 mars 1891 de M. A. Jolly, agent du
Congo français, qui fut attaché durant 10 années au laboratoire de
botanique de la Faculté de médecine de Paris. Ils
■%ont trait à un spécimen croissant à une certaine distance de Libreville(Gabon français) :
« Arbrisseau d’environ 3 mètres de haut; tige simple, écorce
» grise,feuilles alternes avec pétiole de 10 à 25 centimètres de long.
» Fruit 0.20 de long sur 6 de large. J ’ai trouvé sur cet arbre deux
» grappes de chacune cinq fruits, dans un entrenoeud à environ l m25
» du sol. Ce fruit est d’un beau rouge carmin, velu; de plus il est
» recouvert d’une broderie grise. A l’état frais, l’intérieur est complè» tement rempli d’un testa corné, les graines sont rouge violet au
» centre. Dans ce môme état, quand on déchire l’écorce, il en sort une
» grande quantité de petites gouttelettes visqueuses. » (mucilage).
Les abondants matériaux frais et dans l’alcool que j’ai reçus du
Gabon par mes zélés correspondants MM. Pierre et Autran, en ce
qui concernecetteespèce, me permettent de contrôler et de compléter
la description insuffisante et môme erronée en certains points de
Masters. Nous avons déjà vu que M. A. Jolly n’est pas d’accord
avec le savant botaniste anglais en ce qui touche aux dimensions du
fruit et au nombre des carpelles verticillés qui parviennent à matu­
rité. J’ai souligné ces deux contradictions et, je dois le dire, tous
les envois que j’ai reçus me permettent d’affirmer que le plus
souvent les 5 carpelles mûrissent et parviennent à des dimensions
beaucoup plus considérables que celles qui sont indiquées par
Masters. Néanmoins on peut trouver tous les états intermédiaires
entre ceux qu’indique cet auteur et qui constituent certainement un
minimum.
J’estime que c’est le plus gros fruit de Kola que l’on con­
naisse (fig. 36 et 37) et les graines elles-mêmes affectent des tailles
géantes, car dépouillées de leur testa corné, très épais, blanc
brillant, quelque peu translucide et non noir et brillant comme
le dit Masters, qui a dû observer des spécimens depuis long-

�EDOUARD HECKEL

temps desséchés, elles pèsent encore jusqu’à 100 gr. en moyenne
(voir fig. 34 et 35). Ces mêmes graines d’une belle couleur
amarante, sont remarquables par la forme de leurs cotylédons
apprimés et rapprochés en coquilles d’huîtres. On voit à leur
surface extérieure une nervation très accentuée et les bords
des cotylédons souvent repliés au dehors (fig. 34). Mais leur
face interne, outre la nervation plus apparente encore qu’elle
présente sous forme de sinuosités profondes, se fait remarquer
par le développement énorme de poils qui recouvrent sa sur­
face entière et deviennent plus nombreux sur les lignes de la
nervation (fig. 35). Celles-ci en deviennent ainsi plus mar­
quées. Cette caractéristique que je n’ai reLrouvée dans aucune
autre graine de Kola, jointe aux dimensions énormes de la
graine, permettront toujours de reconnaître la semence du Cola
digitata si elle venait à se mêler à celle du vrai Kola.
M. Masters indique encore 4 à 6 semences dans chaque car­
pelle : c’est en effet le chiffre normal, mais j’ai trouvé et je
possède dans les collections de la Faculté des Sciences plusieurs
fruits à une seule graine : ces fruits sont alors sphériques ou
à peu prôs.(Voirfîg.38,B.) Dans ces conditions, le carpelle qui ren­
ferme la graine est très réduit dans ses dimensions et ne mesure
pas plus de 4 centimètres. Les dimensions de ce fruit sont donc
aussi variables que le nombre des graines : mais ce qui ne varie
pas c’est la forme et les dimensions de ces graines, la nature
spéciale du testa, l’état semi ligneux et très épais des carpelles
ainsi que la présence dans ces fruits d’une quantité énorme
de mucilage. On en trouve presque autant cependant dans le
Cola acuminata, mais pas ailleurs. — J ’ai obtenu des graines
fraîches venues de Libreville (par feu M. Pierre, directeur du jardin
d’Essai, deux jeunes plantes de cette espèce : je donne fig. 38 A,
la photographie de l’un d’eux. Le Muséum de Paris, dans ses
serres chaudes placées sous la direction de M. Cornu, possède
de magnifiques échantillons de ce végétal qui ne tarderont pas
à fleurir, et qui répondent bien aux caractères foliaires géné­
ralement admis, et au port indiqué par les auteurs : cependant
dans les spécimens de Paris comme dans ceux de Marseille
et dans les feuilles que j’ai reçues du Gabon se trouvent le plus
souvent 5 et non 7 à 8 folioles comnfe le dit Masters.

�LES KOLAS AFRICAINS

141

Analyse des graines de Cola digitata du Gabon (Onibéné Ni-Po lo
des Pahouins).—L’examen fait par M. Schlagdenliaufïen a porté
sur deux graines dont l’une pesait 89 gr. 50 et l’autre 111 gr. 20.
Leur poids moyen est donc de 100 gr.

Fig 38. —A, jeune pied de Cola digitata venu de graine au Jardin botanique de
Marseille ; B, fruit sphérique de Cola digitata à une seule graine.

1. Une certaine quantité de matière râpée soumise à l’étuve à
105° perd 60.2 o/o d’eau. Ce qui reste laisse, après macération, un
poids de cendres de 1.815, d’où il découle que la graine renferme :
Eau.
60gr.213
Matières organiques 37 972 100.00
Sels.
815

�EDOUARD HECKEL

2.
Pour chercher la nature des principes immédiats, nous épui­
sons la pulpe préalablement desséchée et réduite en poudre par du
chloroforme et de l’alcool.
A. — Traitement au chloroforme : Au bout de deux heures
d’épuisement, nous évaporons le liquide du ballon et ne constatons
dans le résidu pas la moindre trace de produit cristallisé. L’eau de
chlore et l’ammoniaque, employés convenablement dans le but de
rechercher la caféine, ne révèlent pas trace de cette base. La graine
ne renferme donc pas de caféine libre. Pour reconnaître l’absence ou
la présence d’un sel de caféine, nous ajoutons à la poudre préalable­
ment épuisée, un peu de chaux hydratée, nous mélangeons intime­
ment dans une capsule avec de l’eau, nous desséchons le magma et
épuisons de nouveau dans l’appareil à l’aide du chloroforme. Ici,
encore, absence de produit cristallisé, et résultat négatif avec le
chlore et l’ammoniaque, donc point de caféine à l’état de combinai­
son. Le chloroforme en outre n’enlève ni corps gras, ni composé
huileux.
B. — Traitement à l’alcool : Ce véhicule dissout un peu de glucose
et du tannin, et un produit, insoluble dans l’eau, constitué par de la
gliadine et de la fibrine caséine. Le poids de l’exlrait est de 1,655 o/o
dont 0,848 solubles dans l’eau et 0,807 insolubles.
C. — Traitement à l’eau : Nous faisons bouillir le restant de la
poudre avec de l’eau et nous obtenons un liquide rougeâtre légère­
ment acide qui, au fur et à mesure de la concentration, se couvre
d’une pellicule plus ou moins épaisse à la façon des albuminoïdes.
L’alcool précipite la solution, le chlorure ferrique également,
quoique faiblement ; l’acétate plombique y fait naître un précipité.
L’extrait aqueux desséché au bain-marie, puis à l’étuve, incinéré
avec du sodium, indique la présence d'un composé azoté qui ne
peut être attribué, dans ce cas particulier, qu’à une matière albumi­
noïde. La partie insoluble dans l’eau est constituée par du ligneux
et de la cellulose.
Il résulte de là que la composition immédiate de la graine peut
être établie comme il suit :

�LES KOLAS AFRICAINS

143

Extrait au chloroforme = absence de caféine.
. fiKK ( 0,848 glucose et tannin.
— a l’acool
» 1.655
OA_
.
| 0,807 gliadine, übrine, caserne.
/ matières albuminoïdes, gommeu— à l’eau
)) 6.675 )
ses, pectiques et traces d’acit
des organiques.
Partie insoluble dans l’eau
29.642, ligneux et cellulose
Après incinération
)) 1.815.
Eau hygrométrique
» 60.213.
100 . 000.

Ce Kola donne donc une graine sans aucune valeur ni bromatologique ni thérapeutique. Si cette graine se mêlait à celle du Cola
acuminata, il serait facile de la reconnaître: 1° à sa forme en écailles
d’huître; 2° à la nervation et au velu très accusé de ses cotylédons;
3° aux fortes dimensions de cette graine; 4° à l’absence de saveur
amère qu’elle donne à la mastication.
Eu fin, il existe encore au Gabon-Congo, un Kola (Cola gaboniensiS' Mast.) désigné par les M’Pongués sous le nom de Orindé.
Le fruit (fig. 22) ' en est rouge à la maturité : la pulpe
qui entoure les graines (fig. 23) est comestible, sucrée et
un peu acidulée, c’est-à-dire rafraîchissante. Les indigènes seuls
l'emploient et n’en font du reste pas une grande consommation.
Par contre, les mêmes indigènes disent que ce fruit est très
recherché par les singes en général et le gorille en particulier;
aussi le désignent-ils sous le nom de fruit de Gorille. On
trouve ce Cola non loin de Libreville, près de la plaine de
Guégué, dans le petit bois qui sépare cette plaine de la mer
et sur un sol très léger. C’est un arbuste : il atteint 2m50 à 3m de
hauteur, ses feuilles ovales, aiguës et lancéolées (fig. 1) sont acides
mais un peu moins que celles de l’oseille. La graine dépouillée de
la pulpe qui l’entoure est grisâtre à maturité, petite, et revêt
bien le caractère d’une graine de vrai Kola en miniature (sauf les
dimensions et la couleur). A l’analyse, elle m’a donné une forte
proportion de fécule mais pas la plus petite trace de caféine ni de
théobromine. Le fruit est très remarquable par deux côtes saillantes
qui se détachent du sommet de la gousse sur sa suture dorsale
et régnent sur tout le bord pour se rejoindre et se fondre à

�144

EDOUARD HECKEL

à sa partie inférieure (Fig. 4). — Nous reviendrons sur tous ces
points dans la description botanique de ce végétal, qu’il importe
de reprendre en entier et que nous établirons : 1° sur des
échantillons dans l’alcool venus de Libreville et que je dois à
MM. Pierre et Autran, mes très zélés correspondants du GabonCongo, et sur l’examen du magnifique échantillon actuellement
en fleur que possède le muséum de Paris dans sa superbe
collection de plantes exotiques en serres chaudes, qui fait si
grand honneur à M. le professeur Cornu.
Avant d’aborder cette description nouvelle, il n’est pas inutile
de rappeler ce qu’on a écrit sur ce végétal. Bâillon, dans
VHerbier du Galion (Adansonia T., X, p. 165), s’exprime ainsi:
» Le genre Cota, outre l’arbre à la noix de Cola, présente une
» espèce curieuse qui est YOrindé rouge du Gabon, au dire de
» M. Griffon du Bellay (u° 11). M. Duparquet lui donne (n° 72)
» le nom d’Eréré et qualifie son fruit d’alimentaire (1). C’est
» cette espèce que M. Masters (Flora of trop, africa, I, 222) a
» incomplètement décrite sous le nom de Cota gabonensis. 11
» l’indique comme un arbuste buissonnant dont les jeunes rameaux
» sont, rougeâtres, dont les feuilles elliptiques acuminées, entières,
» élargies à la base, glabres, subcoriaces ont des nervures
» arquées et dont les fleurs nombreuses sont portées sur de
» courts pédoncules axillaires. M. Griffon du Bellay a pris sur
» nature une description de YOrindé rouge qui me paraît bien
n la même plante ; il rapporte que les rameaux sont gris,
» parsemés de larges taches verdâtres, avec écorce gaufrée,
» marquée de nombreuses rugosités et d’impressions demi circu» laires répondant à l’attache des feuilles. Celles-ci ne sont pas
» toutes comme les décrit M. Masters d’après les échantillons
» de Mann. Principalement vers l’extrémité des branches, il y
» en a qui sont pourvues d’un à deux lobes latéraux, irréguliers,
» ce qui leur donne quelque ressemblance avec celles du figuier
» et rappelle d’ailleurs celles de plusieurs autres Colas.
« Les fleurs mâles que nous voyons sur l'échantillon du
» L. Duparquet, sont solitaires. Leur calice est campanulé et
(1) Nous venons de voir ci-dessus clans quelle mesure il est alimentaire par l’arille
de sa graine; nous voyons aussi par l’analyse de la graine qu’elle ne renferme d’uli
lisable qu’un peu de fécule.

�LES KOLAS AFRICAINS

145

)) décrit par M. Masters comme quinquédenté, mais j’en vois
» plusieurs qui sont seulement tridentés. Les dents sont trian» gulaires, conniventes, valvaires. Les étamines sont incluses.
» Leur colonne commune est grêle et porte supérieurement un
» verticille d’une douzaine d’anthères à loges linéaires, aiguës,
» au sommet, parfaitement verticales. Je n’ai pas vu les fleurs
» femelles, mais je connais les fruits non décrits jusqu’ici. Ils
» sont formés de 5 ou 6 ou d’un nombre moindre de follicules,
)) verticillés au sommet d’un épais pédoncule. Ils sont disposés,
)) dit M. Griffon du Bellay, comme ceux de 1’Ombéné du Gabon,
» mais ils sont quatre fois moins volumineux. Leur péricarpe
)) est d’un beau rouge à l’état frais. Sec il est plus ou moins
» rugueux et ridé (peut-être parce qu’il avait été cueilli un
» peu avant sa maturité), irrégulièrement ovoïde, légèrement
» acuminé à son sommet. Il n’a guère, en cet état, que 3 centim.
» de long sur 2 de large et renferme une demi-douzaine de
n graines, inégales, comprimées les unes par les autres, de
» façon que leur embryon est nummuliforme, à contour subor» biculaire ou ellipsoïde. Les cotylédons sont blanchâtres, charnus
» et leur base entoure complètement la radicule très courte.
« Ce qui fait l’intérêt de cette espèce, c’est qu’elle représente
» l’un des Orindé des Gabonais, c’est-à-dire un des a fruits
» générateurs » dont ils font si souvent usage et dont M. G. du
» Bellay fait mention dans son intéressant récit de voyage au
» Gabon publié dans le Tour du Monde. Si l’on s’en rapporte
» à ce qu’en raconte M. Aubry-Leconte, il s’agit, en effet, d’un
» aphrodisiaque dont les effets surpassent tout ce qu’on peut
» imaginer. Il y aurait trois Orindé (c’est-à-dire trois aphrodi» siaques puissants en honneur chez ces peuplades) : 1° le
» Cola Gabonensis (1) ; 2° un fruit encore indéterminé; 3° celui
» d’une Apocynée nommée Orindé. »
(1) Puisque M. Bâillon relate ici ces propriétés, je crois devoir faire remarquer
en passant que les graines du Cola acuminata et celles du C. Ballayi sont aussi
réputées aphrodisiaques, et que quelques auteurs veulent attribuer ces propriétés à
la caféine renfermée dans ces deux graines. Si le Cola gabonensis est vraiment
aphrodisiaque, comme il ne contient pas trace décaféiné dans ses graines, il en
résulte que cette propriété est indépendante de cet alcaloïde et qu'il faut la chercher
ailleurs, comme nous l’avons fait pour le vrai Kola (v. chap. IV. Etude thérapeutique.

�EDOUARD HECKEL

Voici maintenant la description de Masters, nous la repro­
duisons en entier avec ses imperfections et ses lacunes :
Cola gabonensis Mast,.— Arbrisseau, à jeunes branches greles, couvert de ra­
meaux rougeâtres striés. Stipules linéaires, lancéolés, tomenteux, de 0m00(3 à. 0m0125

Fig. 39. — Cola gabonensis. Rameau à feuilles très atténuées à la base.
de long. Pétioles cylindriques, glabres, CUOoO à 0“100. Feuilles subcoriaces, ellip­
tiques, acurninées, entières, atténuées à la base, à une seule côte, glabres, à nervures
arquées. Fleurs peu nombreuses, réunies dans un support court, axillaire, de
0"006 â 0œ0125 de long. Boutons floraux, subglobuleux; velus. Calyce de la fleur

�LES KOLAS AFRICAINS

147

mâle, infundibuliforme, à o dents, divisions conaiventes et deltoïdes. Colonne grêle,
plus courte que le périantlie ; anthères 1-sériées, bilobées, lobes parallèles, en un
cercle au sommet de la colonne. Fl. hermaphrodite : fruit non mûr composé de
4 petits carpelles oblongs, velus, ridés, ligneux, larges. Semences.........

Fig. 40. — Cola qabonensis. A, rameau fleuri; B, fleur mâle, coupée longitudi­
nalement ; C, fleur femelle, coupée longitudinalement.
Guinée supérieure. Gaboon (Rivière du Gabon) Mann !
Note. — Apparemment distincte de toutes les autres espèces, mais les maté­
riaux sont encore très incomplets.

�EDOUARD HECKEL

Grâce aux échantillons botauiques en bon état que je dois à
feu Pierre, il m’est permis de donner une description complète
de cette espèce et une série de figures nécessaires à cette
description (fig. 39, 40 et 41):
Arbre buissonnant de 2m50 à 3 m. de hauteur, à jeunes branches grêles, cou­
vert de rameaux rougeâtres, feuilles elliptiques, plus ou moins allongées, atténuées
à la base plus ou moins fortement (la fig. 39 de la page 146 donne l’image
d'un rameau où les feuilles sont très excessivement atténuées à la base et cela
d’une façon plus sensible que dans les feuilles reproduites fig. 40, où les
feuilles sont plus ovales et plus brusquement atténuées). Ces feuilles, dans tous les
cas, sont glabres, subcoriaces et à nervures arquées, en outre elles présentent tou­
jours deux bourrelets, un au point où le limbe de la feuille s’atténue vers le
pétiole et l’autre au point d’insertion du même pétiole sur le rameau. Enfin ces
feuilles ont une saveur d’oseille très prononcée qui est bien caractéristique et qui
permettrait à elle-seule de reconnaître .l'espèce. Le pétiole est cylindrique, glabre,
mesurant un peu plus de J cm. et en apparence articulé à ses deux extrémités
limbaire et raméale, en raison des deux bourrelets qui le terminent. Je n’ai jamais
vu dans cette espèce de feuilles dimorphes et rappelant la forme de celles de
figuier.
Les fleurs peu nombreuses sont portées sur de courts pédoncules qui sont axil­
laires ou extraaxillaires (fig 40). Ces pédoncules sont le plus souvent uniflores,
les fleurs sont donc solitaires ; quant aux boutons floraux ils sont velus et pres­
que globuleux. Dans la fleur mâle, comme dans la fleur femelle, le calice, de cou­
leur jaune verdâtre, est urcéolé, tri, quadri et même rarement quinquédenté. Les
dents sont courtes, triangulaires, conniventes et valvaires. Les étamines incluses
dans la fleur mâle sont portées, au nombre de 10 à 12, au sommet d’une colonne
grêle dont la hauteur égale un peu plus de la moitié de celle du calice. Les anthères,
sont linéaires, aiguës au sommet et verticales (fig. 40 B).
La fleur femelle ou hermaphrodite (fig. 40 C), généralement un peu plus grande
que la fleur mâle (fig. 40 B), est formée de quatre carpelles le plus souvent
portés sur un support formé par un cercle d’anthères (e) sessiles, jaunâtres, au
nombre de 10 à 12, linéaires ; les carpelles se term inent. supérieurement par un
style assez court (sty , fig:40 C) que couronne un stygmate glanduleux (stg) et assez
développé, quadrilôbé. Chaque loge ovarienne renferme 6 à 8 ovules. Le fruit à
maturité est formé de 4 à 6 carpelles disjoints, verticillés au sommet d’un
pédoncule épais. Chaque follicule (fig. 41 A) de couleur rouge à maturité, se ter­
mine à sa partie supérieure par un rostre très accusé que forme le style persistant.
A la base de ce bec, naissent sur la suture dorsale deux crêtes suturales séparées
par une dépression très accusée et qui vont se réunir à la base même du fruit. Ce
trait constitutif est caractéristique. Le fruit est petit et à surface très lisse : il mesure
de 4 à 3 centim. de long au plus sur 2 à 3 d’épaisseur.
On trouve dans le fruit de 6 à 8 graines enveloppées par un arille succulent,
blanchâtre et de nature fibreuse qui s’arrache difficilement de la graine quand on
veut enlever son spermoderme. Ces graines sont, suivant leur situation dans le fruit,
de forme très tourmentée (fig. 41 B) et très diverse quand on les voit enveloppées de
leur arille. Après dépouillement des enveloppes, on trouve un embryon sans endosperme, composé de deux cotylédons de couleur verdâtre (fig. 41 D et E) pré­
sentant outre leur ligne commissurale d’affrontement, au niveau de la radicule, une

�LES KOLAS AFRICAINS

149

fente (perpendiculaire à cette ligne) qui intéresse un tiers de la plus grande longueur
des cotylédons épais et charnus. Ceux-ci mesurent 1 centim. 5 de long et 1/2 cent,im.
d’épaisseur.

Ces graines, dépouillées de leur enveloppe, deviennent, après
dessiccation, fort petites et sont faciles à reconnaître du Cola du
Gabon (Cola Ballayi), en raison de leurs faibles dimensions et de
leur couleur verdâtre (rappelant celle du grain de café desséché).
Néanmoins, comme il pourrait se mêler à ce dernier, il était

Fig. 41. — Cola gabonensis. A, fruit entier; B, fruit ouvert; C, graine avec
son arille ; D et E, graines nues.

nécessaire de le connaître en détail, d’autant qu’il constitue
une graine sans valeur aucune au point de vue thérapeutique.
L’espèce botanique qui la fournit est intéressante au point
de vue de la science pure ; à ce titre il importait d’en donner
une description complète et définitive : c’est ce que j’ai essayé
de faire.
Il eut été très intéressant, comme l’indique M. Bâillon
(Herbier du Gabon Adansonia, T. X, p. 168) qui exprime dans
ce travail le regret de n’avoir pu le faire, de soumettre à
l’examen morphologique et chimique les diverses autres graines

�ISO

EDOUARD HËCKEL

fournies par le genre Cola et notamment les semences de
C. heterophylla Mast., C. ficifolia Mast. et C. Duparquetiana Bâillon,
qui existent dans notre colonie du Gabon-Congo, région parti­
culièrement bien dotée en espèces appartenant à ce genre.
Malgré mon instance auprès des botanistes de cette région, il
ne m’a pas été jusqu’ici donné de pouvoir me procurer ces
graines et je devrai non sans regret, laisser à d’autres plus heu­
reux que moi, le, soin de parfaire ce point important de mon
étude, si je ne parviens pas, dans l’avenir, à me procurer en
quantité suffisante les matériaux indispensables à ces recherches.
Je ne puis clore ce chapitre sans relater deux autres Kolas
que j’ai reçus l’un et l’autre du Gabon et que je n’ai pu ratta­
cher à des espèces connues et déterminées. L’insuffisance des
échantillons que j’ai eus de ces deux Kolas ne m’a pas permis
d’en faire une description et de les classer.
Le premier m’a été adressé par M. Pierre, directeur du Jardin
d’Essai de Libreville, sous le nom de Kola rouge du Gabon ou
Ombéné attenatena des M’Pongués du Gabon. J’ai reçu des fruits
. et des graines. Ces fruits rappellent, par leur rostre, ceux du
Cola Ballayi, mais les graiues qui y sont contenues sont plus
petites, chacun des deux cotylédons est divisé en plusieurs lobes
(deux ou trois). L’enveloppe de la graine est carthacée et épaisse ;
on trouve de 5 à 6 graines dans chaque fruit. J’inclinerais à penser
que c’est une variété du Cola Ballayi.
Voici l’analyse de cette graine conservée dans l’alcool, telle
qu’elle a été faite par M. Schlagdenhaufïen :
A nalyse

de la graine de

K ola

rouge du

Gabon .

[Ombéné-Atténaténa des M’pongués du Gabon).
Six graines conservées dans l’alcool depuis deux mois ont été
désséchées à l’étuve à 405°. Dans ces six graines les plus grands
diamètres variaient entre 0m01 et 0m015 : leur poids était compris
entre 0 gr. 75 et 3 gr. 45.
Réduites en pulpe, encore humides, à l’aide de la râpe, elles
ont été soumises à la dessiccation, puis traitées par les véhicules
appropriés : chloroforme, alcool, eau. Chaque solution a été

�151

LES KOLAS AFRICAINS

évaporée séparément. Les extraits ont été dosés et examinés au
point de vue de leur composition.
1. L’extrait chloroformique est verdâtre et renferme des cristaux
aiguillés et soyeux. Il est aisé d’y constater la présence de caféine,
de chlorophylle et de trace de corps gras.
2. Dans l’extrait alcoolique, nous avons trouvé une matière
colorante brune, du tannin, et une certaine proportion de phlobaphène.
3. L’extrait aqueux contient de la gomme, un peu de matière
sucrée réduisant la liqueur de Bareswill et du tannin.qui n’avait
pas été dissous dans l’alcool.
4. La matière provenant des opérations précédentes desséchée
de nouveau et soumise à l’action de l ’acide chlorhydrique étendu
et bouillant, traitée par la liqueur de Bareswill, a servi au
dosage de l’amidon saccharilié pendant cette opération.
5. Une autre partie de la pulpe sèche, débarrassée de caféine,
a été chauffée avec de la chaux sodée pour doser l’ammoniaque
éliminée.
Cette expérience a servi au dosage de la matière protéique.
6. Une autre partie de la pulpe sèche, incinérée, a fourni le
poids des cendres.
Tels sont les éléments qui nous ont servi à établir la compo­
sition de la graine.
10 gr. de pulpe provenant de graines fraîches, conservées
dans l’alcool, nous ont fourni un résidu $ec de 5gr.7870, dont
Ogr. 1527 de cendres.
Dans les 5gr. 6343 de matière organique sèche nous avons
trouvé, d’après les opérations décrites précédemment :
Caféine . . . . . . . .
Corps gras et chlorophylle . .
Tannin et phlobaphène . . .
Traces de sucre, gomme et tannin
Mat. albuminoïdes...................
Mat. am y lacée.......................

0,0135
0,0257
0,1730
0,1900
0,0365
3,0175

�EDOUARD HECKEL

En rapportant ces nombres à 100 on arrive à la composition
suivante :
C a fé in e ...........................................
Corps gras et chlorophylle . . .
Partie sol. dans l’alcool. . ; . Tannin et phlobaphène . . . .
Partie sol. dans l’eau . . . .
Traces de sucre, gomme et tannin.
Matière am ylacée...........................
Après saccharification . . . .
Après traitement à la chaux sodée. Matières protéiques.........................
Après incinération..................... Sels fixes...........................................
Partie sol. dans le chloroforme .

Somme des éléments ci-dessus . .
Cellulose et ligneux par différence .
Toi al :

.

.

0.263
0.445
3.005
3,284
34.863
4.218
2.639
48.687
51.313
100.0(10

Ce Kola a une teneur en caféine très peu élevée. De plus, cette
graine ne parait renfermer ni théobrominë, ni rouge de Kola. C’est
donc une qualité très inférieure, bien au dessous du Kola dit du
Gabon. Il faut en rejeter l’emploi soit médical soit bromatologique.
Sa graine est facile à reconnaître,du reste, comme nous l’avons dit.
Quant à la graine que j’ai eue du Gabon sous le nom de
Kola de Franceville (dans un arrivage parvenu de cette ville au
service des Colonies, à Marseille), elle est tout à fait remarquable
par ce fait qu’elle ne ressemble à aucune de celles que j’ai exa­
minées jusqu’ici. Ces graines sont ou tout à fait sphériques ou
hémisphériques, rouge rouille, lourdes, dures, à tissu très compact.
Les deux cotylédons ne présentent à leur base qu’une fente
transversale (au lieu de deux au moins comme dans le Cola
acuminata), au fond de laquelle se trouve la radicule. Dans las
échantillons que j’ai eus en njain, toutes les graines avaient
germé en route. Ce Kola est très remarquable. Pour le désigner
utilement, je l’appellerai Cola sphtœrosperma,cette forme de la graine
ne pouvant s’appliquer, je crois, à aucun Kola connu. Je donnerai
l’analyse chimique de' cette graine : je la dois à M. le Dr David, phar­
macien major de l r0 classe de l’armée, qui a bien voulu l’entre­
prendre sur ma demande; l’examen histochimique fait au
microscope m’avait prouvé, au préalable, ainsi que le confirme
l’analyse suivante, l’absence de caféine et de théobrominë, et, par
contre, la présence d’une forte quantité de fécule.

�B ....A

Fig. 42.
A, Graine sphérique sèche
de ' Cola sphœrosperma Heckel, du
Gabon.

C, Jeune pied de Cola
sphœrosperma venu
de graines au Jardin
botanique de Marseille

B, Graine hémisphérique
sèche du même Cola
du Gabon, vue par sa
face plane.

�EDOUARD HEClviîL

Analyse de la graine du Cola sphœrospermta Heckel :
E au ...................................................................................................................

12.780

Cendres solubles................................................................................

3.600

»
insolubles..........................................................................................
Extrait chloroformé.......................................................................................•
Extrait alcoolique ( Tannin............................................
7.660
( Matières résineuses et colorantes....................
/ Matière sucrée....................................................
Extiait aqueux
^ Gomme et matières pectiques............................

1.400
0.800
0.254
7.406
3.922
5.300

) Tamii11..................................................

U*50S

l Matières noires isolées (luiiniques)...................
0.600
Décoction
( Amidon, dexlrine...............................................
29.970
chlorhydrique
' Matières albuminoïdes........................................
7.000
42.760
( Matières noires isolées (extractives)................
5.060
Matières indéterminées........................................
6.180
Ligneux................................................................................................................
13.300
100.00

R ésum é . — Poudre grise d’ipéca. L’infusion aqueuse ou
alcoolique esk jaune. Elle se colore en rouge au bout de quel­
ques minutes par suite probablement d’une action de dédou­
blement exercée par un ferment spécial.

COMPOSITION
E au ...........................................................
Cendres solubles.....................................
- »
insolubles...................................
Matière sucrée inactive au( polarimèlre
cupro-potassique................................
Amidon, dextrine....................................
Matières colorantes et résineuses.........
Autres matières pectiques......................
Gomme......................................................
Matières albuminoïdes............................
Matières grasses.....................................
Matières indéterminées..........................
Tannin......................................................
Ligneux....................................................

12.700
3.600
1.400
mais réduisant la liqueur
5.922
29 970
5.300
5.660
5.300
7.000
0.800
6 180
0.762
13.300
100.000

Enfin, j’apprends au dernier moment par mon zélé corres­
pondant de Libreville (Gabon), M. Au Iran, qu’il existe au Gabon,

�L es

kolas

a frica in s

155

outre les variétés que j’ai déjà signalées, un Kola qu’on nomme
médicinal. M. Autran m’ayant adressé des fruits et des graines de
ce Kola dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’ici, je n’ai pas
tardé à reconnaître que c’est un faux Kola, constitué par la graine
du Napoleona imperialis Beauv. Cette graine réniforme, rouge et
amère comme le Kola vrai, est bien connue : je ne crois pas devoir
la décrire de nouveau. Un dessin excellent en est donné, du
reste, dans le Traité général de botanique de Le Maoût et Decaisne,
page 300, 2° édition, 1876. Nous le reproduisons ici. Sèche ou
il

fraîche, cette graine se distingue facilement par sa forme (gros
haricot rouge) de tous les Kolas connus. Nous avons fait quelques
recherches avec M. SchlagdenhaufEen suiyeettegraine,et,après avoir
constaté que son extrait aqueux pouvait, à faible dose, déterminer
la mort des grenouilles et des cobayes (1), la recherche du prin­
cipe toxique a établi qu’il s’agit icide la Saponine : elle y existe en
assez forte proportion. Cette graine doit donc être surveillée et
soigneusement éliminée du Kola du Gabon, si elle s’y mêlait, ce
qui serait très facile à reconnaître à cause de la forme spéciale et
caractéristique que revêt la semence du Napoleona imperialis. Nous
nous proposons, M. Schlagdenhaulïen et moi, de revenir ailleurs
sur cette graine intéressante.
(1) U sufïit. de 0 gi\ 03 d'extrait alcoolique injectés sous la peau pour faire mourir
en 5 heures une grenouille ; un cobaye de 330 gr., injecté de 0 gr. 08 du même
extrait, succombe du jour au lendemain.

�EDOUARD HEGKEL

Je reçois, au moment du tirage de cette feuille, sur le Kola
du Congo, le document suivant qui présente un réel intérêt et
que je dois à M. A. Goujon, explorateur de la Haute-Sangha :
« Bania, 7 Octobre 1892.
» On trouve le Kola dans toute la région qui va de Brazzaville à Condé
» (A damaoua), mais ce sont surtout les forêts qui bordent les ruisseaux de la
« contrée entre Kadou et Mambéré qui semblent être son pays d’élection. Dans
)i le Congo et la S angha , les indigènes le mâchent pour se teindre les dents
« en rouge : ils ne l’avalent pas et le crachent après l’avoir mastiqué plus ou
» moins longtemps. J’en ai trouvé dans tous les villages où à peu près et
» lorsque j’en demandais, on allait chercher quelques amandes enterrées dans
» un endroit humide pour les conserver, mais ce n’est que dans les pays en
» relations avec I’A damaoua qu’il fait l’objet d’un grand commerce. Là, il est
» classé par crus, comme les grands vins, porte le nom de son lieu de proveii nance et se vend à un cours
qui résulte de la qualité etdes quantités existantes
» sur le marché. J’ai vu à Gaza le prix de l’amande varier de 15 à 60 cauris.
« Le Kola le plus estimé est celui du pays des Bayanda dit : Kola Bafto.
« Il doit cette préférence à la durée de sa conservation à l'état frais qui
» dépasse trois mois et à l’absence d’âpreté.
» A partir du Bem-Nasoury, le Kola n’est plus exporté vers le Nord parce
» qu'il ne se conserve pas. Celui de Condé est même à peine consommé dans le
» pays à cause de son âcrelé qui tient, je suppose, à ce que, à l’altitude de ce
« point, il ne mûrit qu’imparfaitement.
» Je n’ai rencontré ici (à Bania), que la grosse variété de Libreville qui,
» lorsqu’elle est parfaitement mûre, est d’un rose assez vif (1). Je n’ai pas vu
» de Kola blanc. Ce qu’on désigne ici sous ce nom, c’esL le Kola rose non dépouillé
» de sa pellicule qui, vous le savez, est d’un blanc presque laiteux. C’est l’amande,
h ainsi revêtue de sa tunique, qu’on donne aux gens que l’on veut assurer de
« ses sentiments pacifiques et avec lesquels on désire demeurer en paix. C’est
» du moins ainsi qu’à deux ou trois reprises, elle m’a été offerte par des gens
« qui paraissaient fort redouter de se mettre mal avec moi. «
(1) Je pense que M. A. Goujon fait ici allusion au Cola digitala Mast. (Ombéné
Nipolo Apopo des Paliouins), dont la graine, nous l'avons vu, répond bien au
signalement ci-dessus et n'a du reste aucune valeur (voir pages 137 à 110). Quant
au Kola du C o n g o et de la S a n g h a , c’est évidemment le Cola Ballayi
qui le fournit.

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�DEUXIÈME PARTIE

Etude

chimique de la noix de

Kola

(C. acuminata) (1).

L’amertume particulière que possède la noix de Kola, à l’état
frais, avait fait supposer au D1' Daniell que cette substance devait
renfermer un principe analogue à celui qui existe dans le café et le
thé. Cette prévision a été confirmée par l’expérience, car le savant
médecin anglaisa pn en retirer 2 o/o d’un corps cristallisé sous
forme de fines aiguilles, et jouissant de toutes les propriétés physi­
ques et chimiques de la base extraite du café. A la suite de cette
découverte, J. Attfleld a entrepris l’analyse complète qualitative et
quantitative de la graine.
Après avoir vainement tenté d’y déceler la présence d’autres
alcaloïdes, le chimiste anglais y a constaté celle d’une huile essen­
tielle et d’un corps gras pesant ensemble 4,52 o/o. Il y a trouvé, en
outre : 10,67 o/o de matières sucrées et gommeuses, 6,33 o/o d’une
substance albuminoïde analogue à la légumine, 20 o/o de cellulose
mélangée à des matières colorantes, 42 o/o d’amidon et 3,20 o/o de
sels fixes (Parmaceutiçal Journal, 1864-1865).
Mais comme les méthodes analytiques employées dans ces recher­
ches ne présentent pas toutes les garanties de précision désirables,
nous avons pensé qu’il ne serait pas sans intérêt de reprendre cette
étude, et de déterminer avec plus de rigueur qu’on ne l’avait fait
jusqu’ici les principes constitutifs de cette graine.
Nous indiquerons dans ce travail les divers procédés d’extrac­
tion que nous avons suivis pour la préparation de l’alcaloïde pur
(I) Cette étude est la reproduction, revue et augmentée, de celle que le professeur
Schlagdenhauffen de Nancy et moi avons publiée dans notre première monographie
des Kolas africains en 1884.

�158

ÉDOUARD HECKEL

et la détermination des principes constitutifs qui l’accompagnent
dans la noix de Kola. Nous ferons connaître nos procédés de recher­
che de ces divers éléments avant ou après la macération de la
substance dans l’eau, avant ou après sa torréfaction. A la suite de
ces premiers chapitres nous donnerons les déductions tirées des
nombres fournis par notre analyse, comparativement à ceux qui se
rapportent aux principes contenus dans le cacao, le café et le thé ;
nous ferons suivre cette étude qui se rapporte à la noix sèche de
celle de la noix fraîche et du faux Kola, et nous terminerons par
l’examen des réactifs chimiques les plus sensibles de l’alcaloïde
qui nous occupe, enfin nous donnerons l’analyse de quelques faux
Kolas ou Kola, différents de celui qui est officinal.

I. — A nalyse

immédiate

I.
Traitement à l’eau. — La noix de Kola desséchée, réduite en
poudre, bouillie avec de l’eau pendant un certain temps, deux à
trois heures environ, fournit un liquide rouge parfaitement lim­
pide. La matière colorante n’a pas d’action spéciale sur le spectre
puisqu’elle n’absorbe aucune de ses couleurs d’une manière parti­
culière et ne produit pas de bandes d’absorption.
Le liquide mucilagineux, liltré à la trompe, traité par l’acétate
triplombique, fournit un abondant précipité brun clair A et un
liquide incolore B. Avec le précipité plombique A, lavé avec soin,
mis en suspension dans l’eau et décomposé par l’hydrogène sul­
furé, on obtient un liquide très riche en tannin qui colore en vert
les sels ferriques. La solution filtrée B, réunie aux eaux de lavage
de l’opération précédente, traitée par l’hydrogène sulfuré et con­
centrée convenablement, laisse déposer de fines aiguilles au sein
d’une masse sirupeuse qui réduit le réactif de Barreswill. Ces cris­
taux sont constitués par de la caféine. Nous avons cherché à les
purifier et à les débarrasser du sucre; mais comme nos essais ne
nous ont donné jusqu’à présent que des résultats insuffisants, nous
avons abandonné ce procédé opératoire pour eu chercher un autre
permettant d’arriver avec moins de difficultés à la préparation de
l’alcaloïde entièrement privé de matière sucrée.
La méthode de Péligot (Ann. de ch. et de phys., 3e s., XI, 129), si

�LES KOLAS AFRICAINS

J59

avantageuse pour l’extraction de la caféine contenue dans le café,
pas plus que celle de Mulder (Ann. de Poggend, XLIII, 160) et celle
de Vossmann (Arch. f. Pharm., 27, LXYIII, 150) basées sur la fixa­
tion du tannin par la chaux et la magnésie, n’ont pu nous servir
clans le cas présent.
Le liquide rouge dont il a été question plus haut fournit
23,70 o/o d’extrait sec renfermant 22,60 de matières organiques
(caféine, tannin, matières amylacées et colorantes), et 2,20 de sels
fixes consistant en majeure partie en sulfate de chaux et chlorures
alcalins. L’alcool n’enlève à cet extrait aqueux que le cinquième
environ de son poids constitué par de la caféine et une matière
colorante jaune. En évaporant de nouveau la solution alcoolique
jusqu’à consistance d’extrait, l’eau bouillante dissout la caféine et
laisse à l’état insoluble la matière colorante qui présente la plus
grande analogie avec le rouge cinchonique. Cette substance nous
semble donc constituer un produit d’oxydation du tannin; elle est
entièrement soluble dans la potasse caustique qu’elle colore en
rouge vif.
IL Traitement à l’alcool. — En épuisant la poudre de Kola
par l’alcool à chaud, on obtient un liquide qui ne fournit que
6 p. 100 d’extrait sec. Cet extrait est jaune clair et renferme
une grande quantité de tannin ainsi que des matières grasses
et résineuses jaunes. Quand on reprend par l’eau cet extrait
alcoolique, on perçoit une odeur très agréable qui rappelle
celle du beurre de cacao; la caféine se dissout et le mélange
des matières grasses et résineuses surnage. En traitant ce résidu
un grand nombre de fois par l’eau bouillante et en le dessé­
chant au bain-marie, il finit par se réduire en une masse
sèche et friable presque insoluble dans le chloroforme, soluble
entièrement dans l’alcool et la potasse qu’elle colore en rouge
vif. Soumise à l’action de la chaleur, cette substance laisse
dégager des vapeurs empyreumatiques, et fournit dans la partie
refroidie du tube dans lequel se fait l’essai une abondante cris-_
tallisation d’aiguilles de caféine. D’un autre côté, en la traitant
par de la potasse caustique, on obtient uu liquide rouge intense
comme avec le tannin. On serait donc tenté de conclure à la
présence du tannatede caféine; mais il n’en est rien, car l’alcaloïde
n’existe pas dans la noix de Kola à l’état de combinaison, ainsi

�160

ÉDOUARD HECKEL

que nous le verrons plus tard; il s’y trouve à l’état de liberté.
De ce que les aiguilles de caféine se subliment dans ces condi­
tions, il faut en conclure que l’alcaloïde est retenu mécanique­
ment par cette matière résineuse. Celle-ci, sans aucun doute,
n’est autre chose qu’un produit d’oxydation du tannin et pré­
sente la plus grande analogie avec le rouge cinchonique; nous
donnons à ce composé particulier le nom de rouge de Kola, et
nous indiquons plus loin en quelle proportion il existe dans la
graine. En traitant la solution aqueuse de l’extrait alcoolique
par de l’acétate de plomb et en faisant passer dans la liqueur
un courant d’hydrogène sulfuré, on obtient, comme dans la pre­
mière expérience, de la caféine souillée par du sucre. Il n’y a donc
pas d’avantage, comme on le voit, à substituer l’alcool à l’eau pour
l’extraction de l'alcaloïde.
III. Traitement au sulfure de carbone. — Ce dissolvant fournit
un meilleur résultat. En épuisant la matière dans un appareil à
extraction continue, on obtient, au bout de 24 heures, un liquide
contenant, comme celui de l’opération précédente, de la matière
colorante, de la caféine, ainsi que de la matière grasse dont l’odeur
rappelle celle du beurre de cacao. Un premier traitement à l’eau
permet de séparer les corps gras, et un second, à l’acétate triplombique, enlève à la caféine la matière colorante dont elle estsouilléeLa solution, débarrassée de l’excès de sels de plomb par l’hydro­
gène sulfuré, donne l’alcaloïde pur dont le poids est de 1,32 p. 100
provenant de 2,42 p. 100 d’extrait.
IV. Traitement à l’éther. — En épuisant la poudre de Kola par
de l’éther dans le même appareil à extraction continue, on obtient
à peu près le même résultat que ci-dessus. L’extrait, de couleur
jaune citron, orange ou brunâtre, suivant la durée de l’expérience,
renferme, comme le précédent, de la matière grasse, un peu de
tannin, de la matière colorante rouge et de la caféine. Son poids
est un peu supérieur à celui de l’extrait sulfocarbonique, 2 gr. 550
p. 100 au lieu de 2,42. Bouilli avec de l’eau, il fournit un liquide
qui, soumis à l’action de l’acétate triplombique pour enlever les
matières étrangères, donne 1 gr. 275 de caféine pure.
V. Traitement au chloroforme. — Comme ce véhicule constitue,
au dire des auteurs (Bull. Soc. chim., 1872, II, 467 et 1876, I, 261),

�LES KOLAS AFRICAINS

161

le meilleur dissolvant de la caféine, nous avons essayé d’en faire
usage pour l’extraction de cet alcaloïde. MM. Aubert et Haase
(.Zeitschr., f. Phys., V, 589) s’étaient déjà servi de chloroforme pour
retirer la caféine de l’extrait aqueux de café, évaporé à 100° à con­
sistance sirupeuse; le rendement était beaucoup plus considérable
que par les autres procédés. Les auteurs indiquent comme résultat
de leurs expériences sur le café de Java 0,709 à 0,849 p. 100 au lieu
de 0,474 p. 100 fourni par le procédé Garot ; ils signalent en outre
les mômes avantages pour l’extraction de l’alcaloïde contenu dans
les thés de diverses provenances.
MM. Cazeneuve et Caillol (Union pharmaceutique, 1877, 170),
dans le but d’extraire la caféine du café et du thé dans un graud
degré de pureté, ajoutent de la chaux éteinte à la décoction
aqueuse de ces substances. Après avoir fait sécher le mélange à la
température du bain-marie, ils le tassent dans leur digesto-distillateur pour l’épuiser par le chloroforme. Après distillation, ils
obtiennent comme résidu un mélange de caféine et de résine chlo­
rophyllienne. Le résidu, repris par l’eau à 100° et filtré sur un filtre
mouillé, fournit du premier jet une cristallisation de caféine blanche
et soyeuse.
MM. Legrip et Petit ont apporté à ce procédé une légère modi­
fication (Bull. Soc. chim. 1877, I, 290) qui consiste à laisser macérer
dans l’eau à la température du bain-marie la poudre grossière de
thé ou de café, et à l’épuiser dans un appareil à déplacement à
l’aide du chloroforme. Le tannin est retenu par l’eau, tandis que la
caféine est entraînée par le dissolvant. Les résultats obtenus de
cette façon sont, paraît-il, supérieurs à ceux du procédé à la
chaux.
1.
Dosage des matières solubles dans le chloroforme. — Après
divers essais de traitement de la noix de Kola par le chloroforme,
elïectués soit avec son extrait aqueux pur ou mélangé à la chaux,
soit avec la poudre préalablement macérée dans l’eau, nous avons
constaté qu’il était plus avantageux d’opérer, dans le cas présent,
avec la matière parfaitement desséchée. L’extraction par le chloro­
forme se fait rapidement. Ou obtient au bout de 6 à 8 heures un
liquide jaunâtre contenant, outre la caféine, de la matière grasse,
de la matière colorante, et du tannin dont il est facile de se débar­
rasser. Le poids de l’extrait brut préparé de la sorte a été de

�EDOUARD HECKEL

2 gr., 983 pour 100; cet extrait renferme 2 gr. 348 p. 100 de caféine
pure. Comme détail intéressant à noter, nous ferons remarquer
que deux heures environ après le commencement de l’opération,
il se forme dans le ballon de l’appareil extracteur, à la surface du
liquide en ébullition, un dépôt entièrement blanc, et que le
liquide, même au bout d’un temps très long, ne se charge que
d’une proportion relativement faible de matière colorante. En
évaporant à siccité la solution chloroformique et en la reprenant
ultérieurement par l’eau, on en sépare une matière grasse dont
l’odeur rappelle celle du cacao et qui est entièrement saponifiable
par la potasse caustique.
La liqueur jaune qui passe à la filtration, concentrée convena­
blement, abandonne la caféine sous forme d’aiguilles soyeuses;
pour avoir un produit d’une blancheur irréprochable, il convient
de traiter la solution par un peu de noir animal. En évaporant rapi­
dement cette solution décaféiné et en reprenant ensuite le produit
par l’eau, l’éther ou le chloroforme, on ne parvient plus à la dis­
soudre complètement ; la dissolution finit néanmoins par s’effectuer
quand on emploie uue forte proportion de ces véhicules à l’état
bouillant, mais il se précipite ensuite à froid un composé cristallisé
sous forme de prismes et d’octaèdres microscopiques qui présentent
la plus grande analogie avec ceux de la théobromine. De plus, ce
corps, relativement insoluble dans le chloroforme, séché, puis
chauffé dans un tube à essais, se sublime sous forme de poudre
cristalline entièrement semblable à celle que donne la théobromine.
Nous croyons donc pouvoir conclure de ces deux expériences que
la noix de Kola renferme, outre la caféine, une certaine quantité
de théobromine; les deux alcaloïdes s’y trouvent, d’ailleurs, à l’état
de liberté. Deux opérations faites dans des conditions identiques
nous ont fourni les résultats suivants pour la composition p. 100
de l’extrait chloroformique :
Caféine
= 2.348
Théobromine == 0.023
Tannin
= 0.027
Corps gras = 0.583
2.983

2.
Dosage des matières solubles dans Valcool. — Après nous être
assurés que la poudre de Kola ne cédait plus rien au chloroforme,

�LES KOLAS AFRICAINS

163

nous l'avons désséchée et soumise à l’action de l’alcool dans le
même appareil extracteur. Le poids de l’extrait provenant de 300
gr. de matière a été de 17 gr. 478. L’extrait brun acajou, traité par
l’eau bouillante, se dissout presque en totalité, mais dépose de
nouveau à froid une grande quantité de matière colorante. La
solution aqueuse, soumise à l’action de l’acétate triplombique,
fournit un précipité A et un liquide incolore B. Ce dernier, débar­
rassé de l’excès de plomb et évaporé, se colore en jaune: Il ne ren­
ferme que de la glucose et une petite quantité de sels fixes. Le pré­
cipité plombique A, lavé avec soin, puis décomposé parl’hydrogène
sulfuré, fournit un liquide coloré sans amertume, très riche en
tannin, contrairement à ce qu’avait admis J. Attfield (loc. cit.). Ce
principe astringent se caractérise par les réactions suivantes: il
donne avec les persels de fer une coloration verte intense qui
bientôt passe au brun sale, et finit par déposer des flocons de même
couleur ; l’acétate d’urane ne produit pas de précipité au début,
mais au bout de quelques minutes il se forme un dépôt jaune très
abondant. Le citrate de fer ammoniacal additionné de quelques
gouttes d’ammoniaque, y fait naître une coloration rouge sang.
Avec l’acétate de cuivre, il se dépose des flocons d’un vert brunâtre.
L’émétique trouble la solution immédiatement et finit par donner
un précipité volumineux. La gélatine y produit un précipité blanc
sale. Le sublimé corrosif ne la trouble point. Enfin, avec le nitrate
d’argent, la liqueur noircit, surtout à chaud, à cause de la réduction
du sel et de la mise en liberté de l’argent métallique.
Mais indépendamment du tannin, ce liquide renferme en
outre une certaine quantité de matière colorante soluble qui, au
contact de certaines solutions métalliques, forme des laques d’une
couleur généralement ocracée. L’alun y fait naître un précipité
brun. Le sulfate de cuivre qui donne dans les solutions de tannin
pur un précipité vert foncé, produit un dépôt brun ; la présence du
tannin est donc masquée, ici, par celle de la matière colorante. Le
nitrate mercurique y produit également un précipitébrun. L’iodure
ioduré de potassium se comporte de même. On pourrait donc,
d’après cette réaction, être tenté de conclure à la présence d’un
alcaloïde, de la caféine peut-être, mais comme le liquide ne se
trouble pas au contact d’une solution récemment préparée de
tannin, il s’en suit qu’il ne renferme plus trace d’alcaloïde. Les

�EDOUARD HECKEL

réactions ci-dessus ne peuvent donc être attribuées qu’à la matière
colorante soluble, mélangée au tannin.
Les flocons bruns, insolubles dans l’eau froide, qui se déposent
toujours quand on abandonneau repos le liquide bouillant, semblent
n’être qu’un produit d’oxydation du tannin et présentent les plus
grandes analogies avec le rouge cinchonique. Cette substance,
soumise à la dessiccation, se présente sous la forme d’une masse
brillante presque noire. Elle est très soluble dans l’alcool, dans la
potasse caustique, dans la soude caustique et dans l’ammoniaque.
Ses solutions alcalines sont d’abord brun rouge ; mais chauffées
au bain-marie, elles affectent une couleur rouge-sang. Leur réaction
spectroscopique n’olïre rien de particulier, puisqu’elle n’est pas
caractérisée par des bandes d’absorption. Leur solution alcoolique
n’agit pas sur les sels ferriques, mais elle est précipitée en totalité
par l’acétate de plomb. Pour purifier la substance, nous la dissol­
vons dans la potasse et nous la précipitons de nouveau par l’acide
chlorhydrique faible. Préparée de la sorte et chauffée dans un tube
à essais, elle fournit une huile empyreumatique qui se solidifie au
bout d’un certain temps sous forme de tables aplaties ; on ne
reconnaît pas trace de caféine dans le produit de la sublimation.
Elle se comporte donc d’une manière différente de celle du produit
brut dont il a été question plus haut.
Nous donnons à ce composé le nom de rouge de Kola pour le
distinguer de la matière colorante rouge qui est mélangée au
ligneux et qu’on ne parvient pas à en extraire, môme au bout de
trois fois vingt-quatre heures, à l’aide de l’alcool bouillant. Ce
rouge de Kola renferme une petite quantité de matière grasse
que l’on peut enlever par le chloroforme, l’éther ou le sulfure de
carbone, après avoir préalablement desséché la matière. L’extrait
alcoolique réduit la liqueur cupro-potassique d’une manière notable,
ce qui indique par conséquent la présence d’une certaine quantité
de glucose.
Lorsque le traitement à l’alcool dans l’appareil à déplacement
continu est maintenu pendant plusieurs jours, il se forme dans le
liquide un dépôt brun adhérent fortement aux parois du ballon. Ce
dépôt ne se dissout plus ni dans l’alcool, ni dans l’eau ; il renferme
une grande quantité de matière colorante combinée à la chaux, à la
potasse et à la soude. En effet, soumis à la calcination, il abandonne

�LES KOLAS AFRICAINS

165

des cendres entièrement blanches qui, reprises par l’eau, fournissent
un liquide fortement alcalin et. un résidu insoluble, dont la solution
chlorhydrique, alcalinisée par l’ammoniaque, précipite abondam­
ment par l’oxalate d’ammoniaque.
Si, au lieu d’évaporer à siccité la solution alcoolique et de la
réduire par conséquent à l’état d’extrait, on la traite par l’eau, on
obtient un précipité brun-rouge, renfermant la majeure partie du
rouge de Kola. Le précipité en question soumis à des lavages
répétés, finit par perdre la matière colorante et se réduit peu à peu
en une masse floconneuse d’un brun clair. En soumettant ce dépôt
à l’action de l’eau bouillante, il surnage et se comporte à la façon
d’un corps gras. Jeté sur un filtre et desséché, il se dissout en effet
dans le chloroforme, l’éther et le sulfure de carbone ; puis, en sou­
mettant ces liquides à l’évaporation au bain-marie, la matière
grasse se dépose sur la capsule. Comme le rouge de Kola se comporte
de même, il s’en suit que ce dépôt est de nature complexe et qu’il
renferme indépendamment de la matière colorante insoluble, une
certaine quantité de corps gras, qui n’avaient pu être enlevés par le
chloroforme lors du premier épuisement.
Nous indiquons ci-dessous les résultats de nos expériences qui
nous permettent de fixer la composition o/o de l’extrait alcoolique :
Tannin.............
Rouge de Kola.
Glucose............
Sels fixes.........

=
=
=
=

1.591
1.290
2.875
0.070
5.826

Les sels fixes renferment du potassium, du sodium et du cal­
cium combinés très probablement à des acides organiques (dont
nous n’avons pas recherché la nature), ou bien à la matière colo­
rante comme nous venons de le dire. Nous devons ajouter toutefois
qu’il ne s’agit pas ici de tannin pur, puisque nous comprenons sous
cette dénomination le mélange de tannin et de matière colorante.
Le rouge de Kola, de même, renferme le mélange de matière colo­
rante rouge insoluble et de la petite quantité de matière grasse dont
nous venons de signaler la présence. Les sels fixes, la glucose et le
rouge de Kola ont été dosés directement, tandis que le poids du
tannin a été dosé par différence.
3. Dosage des matières colorantes et amylacées. — La poudre pro-

�EDOUARD HECKEL

vouant de répuisement de la substance par l’alcool, après avoir
perdu une grande quantité de la matière colorante, présente néan­
moins encore une couleur ocrée très prononcée. L’alcool, l’éther, le
chloroforme, l’acétone et le sulfure de carbone n’enlèvent plus trace
de matière colorante; les alcalis seuls la dissolvent en fournissant
un liquide rouge sang entièrement semblable à celui que donnent
les flocons rouges dont il a été question plus haut. Avant de pro­
céder au traitement de la poudre par la potasse caustique, nous
l’avons soumise à l’action de l’acide sulfurique dilué, en vue de
transformer la matière amylacée en glucose et d’arriver ainsi au
dosage de l’amidon contenu dans la graine. J. Attlield avait déjà
fait cette détermination avec la noix fraîche, en suivant une
méthode entièrement différente. Nous avons fait bouillir 2 gr. 105
de poudre pendant dix heures avec de l’acide sulfurique à 2 o/o en
renouvelant constamment l’eau évaporée; au bout de ce temps,
l’iodure ioduré de potassium ne donnait plus de coloration violacée
dans la liqueur, ce qui indiquait la disparition complète de la
dextrine. La solution traitée par la liqueur de Barreswill a fourni
le poids de glucose d’après lequel nous avons calculé pour cent la
quantité d’amidon contenue dans la noix, soit 33,754 o/o.
En faisant le dosage de l’extrait aqueux, nous avions obtenu
pour poids total des matières amylacées et gommeuses le nombre
36,794; par conséquent, il nous reste d’après ce calcul 3,040 0/0 de
gomme. Cette môme poudre, ainsi épuisée par l’acide sulfurique
dilué, a été traitée ensuite par la potasse caustique à l’ébullition.
Le liquide, fortement coloré en rouge, précipité par l’acide chlo­
rhydrique, nous a fourni un composé insoluble analogue au rouge
de Kola, qui en diffère néanmoins par son insolubilité dans l’alcool.
Le poids de la matière colorante a été de 2 gr. 561.
4. Dosage de Veau. — Nous avons employé une certaine quantité
de poudre pour déterminer la perte de l’eau à la température de
l’étuve à air. Calculé pour 100 grammes notre dosage nous a fourni
le nombre suivant, 11 gr, 919 de perte à 105°.
5. Dosage des cendres. — Une autre portion de la poudre dessé­
chée provenant de l’opération précédente, nous a servi à déterminer
le poids de cendres qui est de 3 gr. 325 o/o, dont 2 gr. 270 de parties

�167

LËS KOLAS AFRICAINS

solubles, et 0 gr. 605 de parties insolubles daus l'eau. Les principes
constitutifs des cendres se composent de :
P arties

P arties

solubles

Acide phosphorique.................. . 0.380
Acide sulfurique....................... . 0.17a
O 1(Va

0 014
Potassium.................................. . 0.008
Sodium..................................... . — 1.972
2.720

insolubles

Acide phosphorique................... 0.015
Acide sulfurique........................., 0.002
S i ] ir.fi .

O 004

0 282
Calcium...................................... . 0.302

À p i ri p c a r h o n i r j u f i .

0.60a

11 résulte de là que les sels solubles sont constitués en majeure
partie par du phosphate, du sulfate, du chlorure et du carbonate
de sodium, et qu’ils ne renferment que peu de combinaisons
potassiques. L’absence de calcium dans le produit de l’épuisement
des cendres par l’eau indique celle du sulfate de chaux. D’un autre
côté, comme les sels insolubles dans l’eau sont solubles dans l’acide
chlorhydrique dilué, à l’exception d’un faible résidu de silice, il
s’ensuit qu’ils doivent contenir du phosphate et du sulfate de
calcium. Quant au carbonate, il provient de l’oxydation du carbone
de la matière organique, et non de celle de l’oxalate qu’on ren­
contre si fréquemment dans les végétaux, et qui, d’après les indi­
cations du microscope, fait entièrement défaut dans la noix de
Kola.
6.
Dosage de l’azote total. — Une dernière donnée importante à
connaître était celle de la totalité de l’azote. Nous l’avons déter­
minée en opérant avec de la chaux sodée, et en employant successi­
vement deux poids différents de matière 2 gr. 105 et 1 gr. 575. En
nous servant d’une solution titrée d’acide sulfurique, dans laquelle
venait se rendre l’ammoniaque provenant de la combustion, et en
titrant à l’aide d’une solution de carbonate de soude (marquant
0 gr. 53 par centim. cube), nous avons trouvé pour la totalité de
l’ammoniaque dégagée le nombre 1 gr. 9412 p. 100.
Or, en défalquant de ce nombre celui qui correspond au poids *
de l’ammoniaque que fourniraient la caféine et la théobromine
réunies, c’est-à-dire 0,86793, nous avons obtenu 1,0833, ce qui
donne pour le poids total de l’azote 1 gr. 0818.
Pour transformer ce poids d’azote en poids de matières pro­
téiques, nous le multiplions par 6,25 (rapport entre le poids molé-

�EDOUARD HECKEL

culaire de la substance albuminoïde et sa teneur normale en azote).
Ce calcul nous conduit donc à 6,76125.
7. Résumé. — En combinant nos dosages, nous arrivons à fixer
comme suit la composition de la noix de Kola :
Caféine................................... 2,346 J
Théobromine......................... 0,023 ( Matières solubles dans le
Tannin...................................
0,027 (
chloroforme.....................
Corps gras.............................
0,585 )
Tannin...................................
1,591 j
R ouge de Ko l a ..................
1,290 / Matières solubles dans
l’alcool
Glucose................................
2,875 \
Sels (ix e s............................. 0,070
Amidon................................ 33,754 .
G om m e................................
3,040 .
Matières colorantes..............
2,561 .
Matières protéiques . . . .
6,761 .
Cendres ................................
3,325 .
Eau d’itydratation...................11,919 .

33,754
3,040
2,561
6,764
3,325
11,919

Cellulose dosée par différence . . . .

......................

70,169
29,831

Total..............

100,000

2,983

5,826

Discussions des résultats. — Nos résultats diffèrent donc de
ceux de M. Attfield d’une manière très notable eu plusieurs points.
Le chimiste anglais admet que le poids de la matière grasse et de
l’huile essentielle est de 1,52, tandis que nous ne trouvons que le
tiers environ, c’est-à-dire 0,585. Le principe aromatique que nous
avons signalé dans le corps gras y existe même en si faible pro­
portion qu’il nous a été impossible de l’évaluer par la pesée.
Pour les matières sucrées et gommeuses, M. Attfield indique un
nombre plus de trois fois plus fort que celui que nous avons trouvé:
10,67 au lieu de 2,875.
La cellulose, dosée par différence dans notre analyse, est évaluée
à 29 p. 100 environ, tandis que d’après M. Attfield, elle ne serait
que de 20 p. 100.
Le poids de l’amidon enfin, au dire du chimiste anglais, attein­
drait 42 p. 100, mais pour nous il ne s’élève pas à 34 p. 100. Il est
vrai de dire que, pour ce dernier dosage, M. Attfield a pu l’effectuer
sur des noix fraîches, tandis que nous avons été obligés de suivre
une voie indirecte et transformer la matière amylacée en dextrine
et en glucose.

�169

LES KOLAS AFRICAINS

La teneur 0/0 de la noix en caféine est pour M. Attfîeld, ainsi que
pour le Dr Daniell, inférieure à celle que nous assignons : 2 au lieu
de 2,348. A ce poids il faut ajouter celui de la théobromiue 0,023.
Le poids des sels fixes, d’après M. Attfîeld, n’est que de 3,20,
tandis que nous l’avons trouvé égal à 3,395.
Un des points essentiels sur lesquels porte la différence de nos
analyses est la détermination du tannin. M. Attfîeld, en insistant
dans son mémoire (loc. cit.), sur l’absence du principe astringent, a
été victime d’une illusion, car il est impossible de méconnaître
la réaction à l’aide de laquelle on caractérise la présence de ce
corps. En effet, que l’on traite la décoction de la noix ou son extrait
alcoolique par le perchlorure de fer, et on obtient instantanément
une coloration verte. La quantité de tannin est d’ailleurs assez con­
sidérable pour que l’eau dans laquelle on laisse tremper la graine
pendant deux jours prenne une teinte verdâtre. Une coupe micros­
copique enfin se colore au contact du réactif en question, et la
teinte verte s’accentue cl’une manière très sensible au bout de quel­
ques minutes. Il ue peut donc exister aucun doute à cet égard.
En 1886, paraissait en Angleterre une nouvelle analyse du Kola
(Cola acuminata) due à M. L ascelles-S cott, chimiste expert,
membre du Comité de l’exposition coloniale pour la section de
Victoria, Figi, Maurice, etc. Mais cet auteur n’a donné que les
résultats bruts, sans indiquer la méthode employée. Je la cite pour
mémoire et pour montrer que ces résultats se confondent sensible­
ment avec ceux que nous avons publiés, M. Schlagdenhaufîeu et
moi, et dont nous venons de faire connaître les détails :

ANALYSE DE LA GRAINE DE KOLA (Lascelles-S cott)
Alcaloïdes

ou principes cristallisables .

Caféine............................................................
Théobromine........................................................................
Principe amer......................................................................
Matières

pour 100

2,710 \
0,084 &gt;
0,018 )

2,812

grasses

Huile ou graisse saponifiable..........................
0,734 )
Huile essentielle.........................................
0,081 i
Matière résinoïde (soluble clans l’alcool absolu)....................................

p 817
1,012

�EDOUARD HECKEL

Suc RE
Glucose (réduisant la liqueur cupro-ammoniàqale)...........
Saccliarose(réduisantla liqueur cupro-ammoniacale après
inversion)......................... ........... ....................................
A midon ,

gomme,

3,312

,
f

3,914

0,612 )

etc.

Gomme (soluble dans l'eau à 02°)......................................
A m idon...............................................................................
Matière amylacée (se colorant par l’iode).........................
Malières albuminoïdes ...............................
Matières colorantes (rouges et autres).....................
A cide k olatannique .......................
S ubstances minérales (Potasse, chlore,

4,876 i
28,990' f
2,130 |

acide pliosphorique, autres sels)
E a u ...............................................................................................................
Substances ligneuses et p e rte s..........................

35,996
8,642
3,670
1,204
4,718
9,722
27,395
100,000

Mais il n’en est pas de même d’une autre analyse de la noix
de Kola due à MM. Cliodat et Cliuit, professeurs à l’Université de
Genève (Etude de la noix de Kola. — Annales des Sciences physi­
ques et naturelles de Genève, T. XIX, p. 508) et publiée en 1888
sans que les auteurs aient eu connaissance, d’après leur aveu
verbal, de notre travail in extenso, publié quatre années avant
dans le Journal de Pharmacie et de Chimie (Juillet, Août et Sep­
tembre 1884). Nous transcrivons ici cette étude chimique en entier
pour montrer la méthode suivie.
« Cette partie de notre travail est consacrée à l’étude analytique
» des produits qui composent les noix brutes de Kola, telles
)) qu’elles sont livrées par le commerce.
» Des analyses antérieures de noix de Kola ont été faites en 1865
» pçir Attfield, qui a simplement cherché leur teneur en caféine et
» a trouvé environ 2 pour cent. Plus récemment, en 1883, ïïeckel et
» Schlagdenhaufïen (Rép. de pharm., 1882, 1883) ont indiqué les
» résultats suivants :
)) Caféine 2,34; théobromine 0,023; graisses 0,5; tannin 1,59;
» amidon 33,7 pour cent.
a Nous avons repris ces analyses et avons fait en outre une
a analyse des cendres (1).
(1) Comme ou le verra par l’examen de cette étude chimique, il n’était pas indis­
pensable de revenir sur une analyse de la graine que nous avions donnée, M.
Schlagdenhaufïen et moi, aussi complète que possible dans notre premier

�LES KOLAS AFRICAINS

171

)) Comme les différentes méthodes analytiques proposées pour
» doser les constituants des substances végétales sont loin d’être
» concordantes entre elles, nous ferons précéder l’exposé de nos
» résultats numériques de la description sommaire des procédés
)) que nous avons suivis.
M éthodes

d ’A nalyse

» Les cotylédons ont été tout d’abord très finement pulvérisés
)) et abandonnés pendant quelque temps dans une atmosphère
» desséchée par l’acide sulfurique.
» Les différents dosages ont été ensuite exécutés de la manière
» suivante :
m Eau.

— La poudre de Nuces Colæ est chauffée pendant plu)) sieurs heures, jusqu’à poids constant, dans une petite capsule
» recouverte d’un verre de montre à une température de 100 à 105°.
» Caféine et théobromine. — 10 grammes de Kola en poudre fine
» et 5 grammes de chaux éteinte sont délayés dans un peu d’eau
» et la masse semi-liquide ainsi obtenue est chauffée au bain-marie
)) dans une capsule en porcelaine. Le résidu de l’évaporation est
« d’abord pulvérisé, puis traité pendant plusieurs heures par le
» chloroforme dans un appareil à extraction de Soxhlet. La solution
» chloroformiqne, soumise à la distillation, abandonne des cristaux
» de caféine et de théobromine légèrement colorés en jaune par
» une petite quantité de matière grasse.
» Ces cristaux sont donc repris par l’eau bouillante, dans
» laquelle ils se dissolvent, et lorsque les matières grasses se sont
» rassemblées, une simple filtration suffit pour séparer ces der)) nières. Le liquide filtré, évaporé au bain-marie dans une capsule
» tarée, laisse déposer des cristaux parfaitement blancs de caféine
» et de théobromine, dont on achève la dessiccation dans une étuve à
» 105°. Il ne reste plus qu’à laisser refroidir et peser ensemble les
» deux alcaloïdes ; la théobromine se trouvait, du reste, en très
mémoire sur les Kolas africains en 1884. Les auteurs de ce travail, très cons­
ciencieux du reste n’ont fait que confirmer, en effet, nos propres résultats et ont
même passé sous silence un élément très important de cette noix, notre rouge
de Kola, dont l’existence a été confirmée par Knébel sous le nom de kolanine.

�172
»
»
»
»

EDOUARD HECItEL

petite quantité dans les échantillons analysés, car le produit est
presque entièrement soluble dans le benzol ; le .résidu de l’évaporation du benzol est une poudre cristalline blanche ayant exactement le point de fusion de la caféine.
» Matières grasses. — Lorsqu’on reprend par l’eau bouillante
» les cristaux de caféine et de théobromine abandonnés par
)) évaporation du chloroforme, la plus grande partie des matières
» grasses qui accompagnent les alcaloïdes se dépose sur les parois
» du ballon qui sert à cette opération ; une petite partie reste sur
» le filtre. Il suffit donc de traiter le filtre dans le ballon môme, par
» un mélange d’éther et d’alcool, pour que toutes les matières grasses
» entrent en solution. On jette ensuite le contenu du ballon
» sur un filtre et le liquide qui passe, soumis à l’évaporation, aban)) donne une matière grasse légèrement jaune, solide, mais poissant
» facilement comme la cire ordinaire, que l’on pèse après dessic)) cation.
» Azote total. — Le dosage de l’azote total a été effectué par les
» procédés ordinairement adoptés dans les laboratoires pour
n déterminer cet élément (Méthode deDumas).
» Matières protéiques. — Les matières protéiques ont été évaluées
» de la manière suivante :
n Après avoir déduit de l’azote total l’azote entrant dans la
» composition de la caféine et de la théobromine, on multiplie la
» différence ainsi obtenue par le facteur 6,25 généralement employé.
)) Pour estimer la quantité d’azote contenue dans les alcaloïdes, on
» a regardé ces derniers comme formés seulement de caféine; la
)) quantité de théobromine étant toujours très faible, l’erreur
» commise ainsi est absolument négligeable.
» Amidon. — 3 à 4 gr. de poudre de Kola sont traités à l’ébulli» tion avec 200 cc. d’acide sulfurique étendu (100 cc. H2 O et 2gr.
)) SO4 H2 ), pendant trois heures dans un ballon muni d’un réfri» gérant.
» L’amidon se transforme ainsi en glucose qui entre en solution.
« Le liquide est filtré et ramené au volume de 250 cc.; c’est dans
n cette solution que le glucose est dosé au moyen de la liqueur
)) cupro-potassique de Fehling (10 cc. de cette solution corresponn dent à 0,045 d’amidon).

�173

LES KOLAS AFRICAINS

» Cellulose. — La partie insoluble que l’on sépare de la solution
» renfermant le glucose est formée en grande partie de cellulose et
» de matières minérales.
» On la fait bouillir avec de l’eau et après filtration (qui doit se
» faire pour éviter une trop grande perte de temps dans un appa» reil à succion), on l’additionne de 200 cm d’une solution de
» potasse caustique à 1,25 pour cent; on maintient le mélange à
» l’ébullition pendant une demi-heure. On filtre et lave à l’eau
» bouillante, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de potasse dans les eaux
» de lavage. On jette alors le résidu sur un filtre taré et on le pèse
» après dessiccation à 105°. Du poids brut ainsi trouvé, il ne reste
» plus qu’à déduire le poids des cendres obtenu en incinérant dans
» un creuset cette cellulose. Le poids résultant de cette soustrac)&gt; lion représente la cellulose pure.
» Cendres. — La quantité totale des cendres s’obtient en inciné » rant 1-3 gr. de Kola pulvérisé et desséché. Cette incinération se
» pratique dans un petit fourneau à moufle ou dans un creuset dont
)&gt; le couvercle est muni d’un trou, à travers lequel passe un tube
» servant à diriger, à la fin de l’opération, un courant d’oxygène ;
» cette dernière méthode est particulièrement rapide.
» Voici maintenant les résultats détaillés de deux analyses faites
» sur des échantillons provenant de la Benoué (affluent du Niger) et
» de Cameroun (colonie allemande) :

1. NOIX BRUTES DE KOLA (de la Benoué, affluent du Niger)
Ma t .

d o sées

Eau..................................
Caféine et théobromine..
Azote total.......................
Matières protéiques.......
Matières grasses.............
Cellulose.........................
Amidon...........................
Cendres ...........................

S U B S T . EMPLOYÉE

3,8840
1 0 ,0 0 0 0

0,5563

T rouvé

0,4505
0,1690
10 cc, 8; 17°; 710mm

En

° /o

11,59
1,69
2 ,1 0
1 0 ,1 2

1 0 ,0 0 0 0

3,8840
3,8840
3,1325

0,0170
0,3367
1,81485
0,1038

0,17
8,67
46,73
3,31

�EDOUARD HECKEL

2. NOIX BRUTES DE KOLA (de Cameroun)
M at .

dosées

E au..................................
Caféine et théobromine..
Matières grasses.............
Cellulose.......... ................
Cendres ...........................
Cendres ...........................

SUBST. EMPLOYÉE

Trouvé

3,5085
10,0000
10,0000
3,5085
1,0860
5,0000

0,4280
0,2340
0,0200
0,5320
0,0318
0,1590

En %

12,19
2,34
0,20
15,14
2,93
3,18

)) On voit, par ces chifïres, que la composition des noix de Kola
» varie un peu avec leur provenance, mais ces variations ne sont
» pas considérables.
)) La caféine et la théobromine seules se trouvent dans des
» proportions relativement différentes, quoique très voisines en
» valeur absolue. La moyenne de plusieurs dosages de ces alcaloïdes
» dans différents échantillons correspond à une teneur de 1,5
» pour cent environ, avec un un maximum de 2,34 pour cent et
« un minimum de 0,85 pour cent (1).
» La proportion des cendres est toujours très faible; il en est à
» peu près de même de la cellulose (8 à 16 pour cent), tandis que
» l’amidon se trouve toujours en quantité considérable. Tout cela
» s’explique par le fait même que les noix de Kola sont des
a cotylédons.
» Pour compléter cette étude sur les noix brutes, nous avons
» fait une analyse des cendres provenant de l’incinération de cet
» intéressant produit. Nous n’entrerons pas dans le détail des
» méthodes que nous avons suivies, nous indiquerons seulement
» la manière dont nous avons préparé les cendres.
i) Préparation des cendres. — A cet effet, nous avons chauffé dans
» un creuset ouvert 250 gr. de poudre de Kola brut (de Binuë)
« pour chasser les produits empyreumatiques ; la masse charbon» neuse qui résulte de ce traitement est ensuite soumise à l’action
» d’une faible chaleur dans un large tube en verre de Bohême
)) traversé par un courant d’oxygène.
(1)
Je me suis déjà expliqué sur ces variations dans la teneur alcaloïde de la
graine, et je l'attribue volontiers à ce que les recherches de MM. Chodat et Chuit
ont porté sur des espèces végétales différentes : le Kola des rivières du Sud (Cola
acuminata) nous a toujours donné plus de 2 0/0 d’alcaloïdes, et celui du Gabon
Cola BUllayi) ou de ses vai’iétés, à peine un peu plus de 1 0/0.

�175

LES KOLAS AFRICAINS

)) Dès que le charbon commence à brûler, on peut cesser de
» chauffer le tube, la combustion ée propageant facilement d’elle» môme grâce au courant d’oxygène.
» On obtient de cette façon des cendres blanches à une tempé» rature relativement basse, ce qui permet d’éviter les pertes en
» acides carbonique et phosphorique.
» Les cendres sont ensuite pulvérisées soigneusement dans un
» mortier d’agate, chauffées à 105° à l’étuve, puis conservées pour
» les analyses dans un flacon bouché à l’émeri.
» Voici les résultats que nous avons obtenus:
CORPS

SU BST. EMPU.

Silice SiO” ................................. .
Acide carbonique CO” ............. .
Chlore Cl ....................................
Oxyde de fer Fe- 0 :î
.............
Acide phosphorique F- O'1 ___ ,
Protoxyde de manganèse Mn- 0 :!
Magnésie MgO ...........................
Acide sulfurique SO3 ..............
Potasse K -0 ....................................... .

1.0313
1.0313
1.0313
1.5746
1.5746
0.7873
0.7873
0.7873
0.15746

EN 0 /0

TROUVÉ

1,07
8.75
1.30
1.38
14.03
1.29
8.54
8.50
54.96

0 ,0 1 1 1

0.0903
0.01343
0.0217
0.2033
0 .0 1 0 2

0.0672
0.06695
0.08654

100 41

» Ces cendres de lvola de Bénouë ne renferment que des traces de
» calcium et ne contiennent pas de soude.
» Quant au manganèse, sa teneur varie passablement, et nous
» avons eu des échantillons en renfermant une quantité suffisante
)) pour que leurs cendres fussent complètement colorées en vert par
» suite du manganate de potasse formé pendant l’incinération.
» Nous joignonsà tons ces résultatsles chiffres que nous a fournis
» l’analyse du produit alimentaire que nous avons retiré de la noix
» de Kola :
M AT.

DOSÉES

SU BST . EM PE .

Eau.................................
Caféine et. théobroraine.
Azote total....................
Matières protéiques. . . .
Matièrts grasses...........
Cellulose........................
Amidon..........................
Cendres.........................
»

TROUVÉ

3.1755
10.0000
0.6900

0.2170
0.1950
13cc. 6; 17° 724mm

10.0000
3.1827
2.2360
1.0542
1.1882

0.0150
0.2860
1.07145
0.0304
0.0330

0/0
6.83
1.95
2.19
10.18
0.15
8.99
47.92
2.88
2.84
EN

» Il n’est pas sans intérêt de comparer les résultats de nos

�176

ÉDOUARD HECKEL

analyses avec les chiffres qui expriment la composition moyenne
de divers produits, tels que le café, le thé et le cacao (1).
KOLA

Caféine et théobrom ine...............
Matières azotées .
Matières grasses .
Cellulose..............
Amidon................
Cendres................

o/o
°/o
%
°/o
%
%

Brut

Manu­
facturé

1.69
10.12
0.17
8.G7
46.73
3.31

1.95
10.18
0.15
8.99
47.92
2.89

CACAO

CAFÉ
Brut

Grillé

Brut

1.56
0.93
0.97
11.84 12.20 11.93
12.21 12.03 49.32
3.65
38.18 44.57
—
( 2 3 .- ) 13.25
5.83
4.81
3.48

THÉ

Dé­
graissé

2.3
17.
25.0
5.3
19.0
5.0

1.35
21.22
0.29
20.30
(17.oO)
5.11

TABLEAU COMPARATIF DES CENDRES
CORPS

S ilice.....................................
Acide carbonique................
Chlore....................................
Oxyde de fer.........................
Acide phosphorique.............
Protoxide de manganèse__
Magnésie .............................
Aci e sulfurique__ . . . . . . .
Potasse..................................
Chaux.....................................
Soude....................................

KOLA

1,08
8,75
1,30
1,38
14,62
1,29
8,58
8.50
54,56
traces

(2)
0,54

CAFÉ

0,61
0,65
13,29
9,69
3,80
62,47
6,29
1,64

(3)
4,35
24,30
0,81
4,38
14,55
1,03
6,47
traces
39,22
4,24
0,65
THÉ

(1) « Les chiffres consignés dans ce tableau sont tirés, en ce qui concerne le café,
le cacao et le thé, de l’excellent ouvrage du D' J. Konig sur la composition
des substances alimentaires (Zusammansetzung der menschliclien Nahrungs
und Genussmittel). Les chiffres exprimant la teneur en amidon, du café et du
thé sont puisés à d’autres sources. Les analyses publiées par Konig, auxquelles
nous sommes reportés, ne donnent pas d'indication à ce sujet,
» 11 n'est pas inutile de rappeler que certains principes entrent'dans les pro» portions très variables dans la composition du cacao; tels sont en particulier
» l’amidon et la cellulose, dont la teneur dans le cacao brut peut varier de 0,3 à
» 17,5 et de 3,55 à 30 0/0.
n La teneur en matières azotées n’est pas calculée de la même manière par tous
» les auteurs. C’est ainsi que si l’on calculait la richesse du Kola en matière azotée
» delà môme manière quepour le café (par simple soustraction du poids de la
» caféine du poids des matières azotées) on trouverait au lieu de 10. 12 °/„, 11,5 %
(2) Documents sur les travaux du laboratoire municipal de Paris, p. 547.
(3) Même origine, p. 560.

»
»
»
»
»

�LES KOLAS AFRICAINS

177

« IJ résulte des chiffres ci-dessus, que les alcaloïdes (caféine et
» théobromiue), auxquels tous ces produits doivent leur effet
» stimulant (1), se trouvent à peu près en môme quantité dans le
» Kola, le thé, le café et le cacao.
» Les matières protéiques qui constituent un des éléments
)) nutritifs les plus essentiels se trouvent également à peu près en
» quantités égales chez toutes ces substances ; le thé seul en contient
» beaucoup plus. Mais il est bon de rappeler à ce sujet que son
)) mode d’emploi sous forme d’infusion ne permet d’en utiliser
» qu’une faible partie. Cette remarque peut, du reste, s’appliquer
» aussi bien au café !
» On sait que les matières grasses sont généralement considé» rées comme étant d’une digestion difficile; à cet égard, le Kola,
» qui en contient très peu, jouit d’une réêlle supériorité sur le
» cacao, môme dégraissé, qui contient encore de 10 à 25 pour cent
» de matières grasses.
» La cellulose, dont l’assimilation n’est pas non plus très aisée,
» se trouve également dans le Kola en très petite quantité, et qui
» plus est sous sa forme la plus digestible, c’est-à-dire sous une
» forme non encore lignifiée.
» Par sa très forte teneur en amidon, le Kola présente aussi des
» avantages très réels sur le thé, le café et le cacao, car personne
» n’ignore la facilité avec laquelle l’organisme s’approprie ettrans)) forme les matières amylacées. Comme vérification de ce que nous
» venons de dire, nous avons commencé des expériences qui
» démontrent la facilité avec laquelle, le Kola est assimilé; nous
» avons soumis la substance pulvérisée à l’action des ferments, et
m nous avons pu constater une rapide et presque complète disso» lution du Kola.
» Au point de vue de la composition des cendres, il est égale» ment avantageux de pouvoir constater une forte proportion
» d’acide phosphorique, ainsi que de manganèse et de fer, ces corps
» étant essentiels pour l’organisme.
» Le Kola ne présente pas seulement des avantages sérieux au
(1) MM. Chodal et Chuit ont complètement passé sous silence l’action neuromusculaire très importante, comme nous le verrons, du rouge de Kola qu'ils
n’ont pas su isoler et qu'ils ne connaissaient pas, malgré nos travaux bien antérieurs
aux leurs et qui en faisaient mention.

�178

ÉDOUARD HECKEL

»
»
»
»
»

point de vue de sa composition. Comme produit alimentaire, il
jouirait encore d’une propriété remarquable; ses caractères chimiques et microscopiques sont tellement accusés, tellement nets,
que toute espèce de falsification devient en quelque sorte
impossible.
» En effet, par sa richesse en amidon et sa très faible teneur
» en cellulose, et surtout en cendres et matières grasses, il n’est
» comparable à aucun produit similaire; chimiquement parlant,
» on aurait donc là des moyens très simples pour constater sa
.» pureté; d’autre part, l’examen microscopique des cellules qui le
» constituent ne décèle pour ainsi dire aucun élément de scléren» chyme; l’amidon apparaît de même sous une forme particulière,
» de sorte qu’au moyen de ces contrôles il n’y a pas possibilité de
» se méprendre. A une époque comme la nôtre, où tous les produits
» tendent à être sophistiqués, ce n’est certes pas un avantage de
» petite importance. »
Comme on vient de le voir, cet important travail analytique, dû
à deux savants Genevois, ne renferme en fait de donnée nouvelle que
l’examen chimique approfondi des cendres et les qualités alimen­
taires du Kola. Le Rouge de Kola, corps si important que nous
avions cependant mis à jour bien avant l’étude de MM. Chodat et
Chui t, n’y est pas retrouvé; il n’en est plus fait mention. Plus heureux
que nous, qui n’avions pu le définir chimiquement, un savant
allemand vient de reprendre l’étude du Kola, et, non seulement
il a retrouvé le Rouge de Kola, mais encore il a pu en fixer le rôle
chimique et en étudier les principales propriétés. Son étude, que
nous allons examiner à fond, parce qu’elle donne le dernier mot
de la science sur ce point contesté de l'existence de notre rouge
de Kola, laisse encore place à quelques recherches chimiques sur
les propriétés de ce produit intéressant et nous les avons entre­
prises, M. Schlagdenhauffen et moi, avec quelque succès, ainsi
qu’on va le voir plus loin.
Dans notre mémoire sur les Kolas africains, publié en 1883,
nous nous étions contentés d’isoler sous le nom de rouge de Kola, un
principe que le Dr Knébel a appelé Kolanine (1), mais nous avions
fait remarquer dès cette époque que l’action de la chaleur avait
(1) ‘A potlieker Zeitung, Berlin, mars 1892. p. 112.

�LES KOLAS AFRICAINS

179

pour effet de mettre en liberté une certaine quantité de caféine.
Nous avions indiqué en outre que la graine soumise à la
mastication présente d’abord une certaine amertume qui est rem­
placée plus tard par une saveur douceâtre; et plus loin (p. 19) que
« en faisant tremper dans l’eau pure pendant deux jours seulement
)) les graines desséchées et.devenues moins amères, on le voit reprendre
» à peu près leur amertume primitive. » Quoiqu’il en soit, c’est à
M. Knébel que revient l’honneur d’avoir reconnu la nature com­
plexe et glucosidique du produit incomplètement étudié jusqu’alors
et c’est un grand point éclairci désormais.
Ce savant a pu révéler, par ses recherches faites au laboratoire
pharmaceutique de l’Université d’Erlangen, l’existence dans les
graines de Kola d’un ferment qu’il a isolé, dont il a reconnu le
pouvoir saccharifiant sur l’amidon et auquel il attribue la cause du
dédoublement de notre rouge de Kola qui est saKolanine. Cedernier
glycoside se transforme sous l’influence de ce ferment en caféine, en
glucose et en un autre produit,, auquel il conserve le nom de rouge
de Kola, mais qui naturellement diffère entièrement par sa compo­
sition et ses propriétés de celui que nous avions désigné sous ce
nom.
Le dédoublement de la Kolanine s’effectue en présence de l’eau
seule : c’est à cette transformation moléculaire qu’il faut rapporter
le changement de saveur signalé par les nègres africains qui ont
l’habitude de mâcher les graines de Kola, ainsi que par les savants
qui rendent compte de leurs impressions gustatives.
La Kolanine éprouve les memes modifications en présence des
acides minéraux faibles et même plus rapidement, dans l’espace de
quelques minutes, au contact du chlorure d’acétyle. Quand on
ajoute de l’eau, au produit de cette dernière réaction, la caféine se
dissout en même temps que la glycose et le dérivé acétylique du
rouge de Kola se dépose sous forme de précipité jaune.
L’analyse élémentaire du composé désigné par Knébel sous le
110m de rouge de Kola répond à la formule
H13 (OH)5 . En
opérant sur des noix de Kola, d’origine diverse, le dédoublement
du glucoside a fourni les résultats suivants :

�EDOUARD HECKEL

MATIÈRE
ORIGINE DES GRAINES

Martinique.............
Ceylan......................
Gabon .....................
Sierra-Leone...........
Centre de l’Afrique..

CAFÉINE ° / 0

1.08
1.71
1.82
2.06
2.09

GLUCOSE ° / o

1.10
1.621
1.729
2.112
2.027

COLORANTE ° / o

renfermant
de la Kolanine
1.50
0.83
0.93
1.10
1.06

Mais l'auteur n’indique pas d’une manière explicite si, avant
d’opérer le traitement des graines en présence des acides chlorhy­
drique ou sulfurique, il avait eu soin d’enlever préalablement la
caféine libre par l’action d’un véhicule approprié, le chloroforme
par exemple. Dans le but d’élucider cette question qui présente
pour nous un double intérêt d’abord comme contrôle de nos précé­
dentes opérations et ensuite comme vérification des travaux du
Dr Knébel, nous avons débarrassé la poudre impalpable de graine
de Kola (de Sierra-Leone, originaire du Rio-Pongo) de la totalité
de la caféine qu’elle contient à l’état libre. Nous ferons remarquer
en passant (pour ceux qui voudraient la reprendre) que cette
opération est très longue : pour obtenir avec 20 gr. de matière
le résultat désiré, nous avons dû faire fonctionner un appareil à
déplacement continu pendant 12 jours consécutifs, fonctionnant du
matin à 6 heures jusqu’au soir à 9 heures, d’une façon ininter­
rompue.Le ballon de l’appareil renfermait constamment de minimes
quantités d’aiguilles soyeuses. Nous avons cessé l’épuisement
lorsque le chloroforme n’entraînait plus, le dernier jour, qu’une
trace d’alcaloïde, évaluée par comparaison avec une liqueur titrée
(contenant 0 gr. 05 %), à 0 gr. 000025 de caféine. La poudre a été
ensuite desséchée à l’étuve à 100°.
On a prélevé trois lots de 5 gr. chacun, destinés à être traités
par 1° l’eau à froid, 2° l’eau à la température du bain-marie bouil­
lant, 3° l’acide chlorhydrique étendu bouillant. Le traitement a
duré 6 heures pour les trois opérations. On a filtré les liquides,
100co environ, et l’on a épuisé par du chloroforme dans les enton­
noirs à robinet. La solution chloroformique évaporée a abandonné
des cristaux aiguillés de caféine, entièrement blancs. Le poids

�181

LES KOLAS AFRICAINS

des résidus provenant de 5 grammes de poudre sont indiqués cidessous :
EXPÉRIENCES.
I. Traitement
par l’eau à froid

II. Traitement
par l’eau à 100°

III. Traitement
par l’eau acidulée

ÛfP-042

0*r 021

Oer-072

Calculés pour 100 p. de matière ils deviennent respectivement
0sr*840

Üer-420

l&amp;r-440

C’est-à-dire que 100 gr. de poudre de Kola, épuisée par le chlo­
roforme d’une manière complète, contiennent encore de la Kolanine
en quantité telle que ce glycoside, sous l’influence de l’eau froide,
de l’eau chaude ou des acides étendus, fournit encore dans les trois
cas précités, 0 gr. 84, 0 gr. 42 et 1 gr. 44 de caféine; donc en compa­
rant ces quantités à 2gr. 348 de caféine qui peut être enlevée par le
chloroforme directement et qui existe dans la graine à l’état libre,
on trouve que celle-ci renferme encore: 35,775 % ; 17,88 % ;
61,239 %. Ces résultats s’accordent donc de tout point avec ceux
qui se rapportent aux transformations moléculaires des glucosides
en général.
Dans l’expérience II (voir le tableau ci-dessus) l’action fermen­
tescible est, comme on le voit, considérablement ralentie, puisque la
quantité de caféine qui résulte du dédoublement de la Kolanine
est moitié moindre de celle résultant de l’expérience I.
Il est plus que probable, même certain, qu’elle eut été plus
faible encore si, au lieu de mettre la poudre en contact avec l’eau
à froid et de chauffer progressivement le bain-marie comme nous
l’avons fait, nous l’avions projetée dès le début dans l’eau bouillante.
L’action du ferment eut été, dans ce cas, complètement ou du moins
en majeure partie annihilée à cette température élevée. Qu’il nous
suffise donc de retenir ce fait que le dédoublement de la Kolanine
s’opère beaucoup mieux dans l’eau froide que dans l’eau à 80 ou 90°.
Notre expérience III avec l’acide chlorhydrique à 1 “/» qui n’a
pas la prétention d’être une expérience physiologique, prouve seu­
lement que le dédoublement, dans ces conditions, fournit environ
3 fois et demie plus de caféine que celui qui s’effectue au sein de

�EDOUARD HECKEL

l'eau chaude et presque le double de ce que douue l’eau à froid.
Elle peut nous servir cependant à mieux en interpréter d’autres
que nous aurions dû instituer dans nos premières recherches et
dont l’omission ne nous a frappés qu’au moment où notre premier
travail chimique, de 1883, était achevé.
Nous aurions dû, en effet, pour être plus complets, opérer à la
température de 37° avec de l’eau seule, puis avec de l’eau addi­
tionnée de 1, 2, 3, 4 et même 5 °%o d’acide chlorhydrique (afin de
simuler des digestions artificielles), puis enfin avec du suc gas­
trique. Mais quoique les résultats relatifs à ces diverses conditions
opératoires ne soient pas acquis, ils sont du moins faciles à prévoir
en se reportant aux nombres indiqués plus haut.
Après avoir obtenu ces données analytiques nouvelles, il nous est
permis de conclure en disant que l’ingestion de la substance dési­
gnée jusqu’à présentpar nous sous le nom de Rouge de Kola et deve­
nue aujourd’hui la Kolanine de Knébel (dénominations absolument
identiques) et son passage à travers les voies digestives ont pour con­
séquence de mettre en liberté une certaine quantité de caféine qui
peut atteindre jusqu’à 0 gr. 83 % de la matière première employée,
et cela indépendamment de la quantité d’alcaloïde qui s’y trouve à
l’état de liberté. Cette dernière étant évaluée, d’après notre analyse
sur le Kola de Sierra-Leone, à 2 gr. 348, il s’en suit qu’il pénètre
ainsi dans l’organisme, à l’état naissant, 35 % de la caféine libre
qui existe normalement dans la graine et qui viennent s’ajouter à
cette dernière, ce qui fait un total de 3 gr. 785 de cet alcaloïde pour
cent de Kola.
La noix de Kola n’agit donc pas uniquement par la caféine libre
qu’elle renferme, mais encore, mais surtout (comme nous le verrons
dans la partie physiologique de cette étude), par la caféine naissante
qui provient forcément du dédoublement dans l’organisme du glucoside qu’elle renferme, quantité variable d’ailleurs et qui peut
atteindre jusqu’à 61 °/° de la caféine contenue à l’état libre dans
la graine.
Nous avons longuement insisté sur ces recherches pour divers
motifs : 1° parce qu’il était nécessaire de donner en détail la
technique chimique nouvelle qui devra désormais être employée
pour arriver à connaître, d’après les données actuelles, la valeur
exacte d’une graine de Kola. Il ne sutfit plus, désormais, en effet, de

�LES KOLAS AFRICAINS

183

doser sa teneur eu caféine; il importera au plus haut degré de
connaître sa richesse en Kolanine, source de la caféine naissante;
2° parce qu’il était indispensable d’établir, par des données chi­
miques précises et satisfaisantes, tous les faits expérimentaux sur
lesquels nous édifierons notre étude physiologique et thérapeutique
de la graine de Kola.Il est permis aujourd’hui, grâce à ces résultats,
de fournir l’explication, restée si longtemps obscure, de l’action du
Kola sur l’organisme humain et de mesurer physiologiquement
toute l’immense distance qui sépare, à ce même point de vue phy­
siologique, la graine de Kola de ses congénères végétaux d’ordre
caféique, et de la caféine cristallisée elle-même.

II. —

RECHERCHE DE

LA CAFÉINE

DANS L’EXTRAIT AQUEUX DE LA

NOIX DE KOLA.

Dans son manuel de toxicologie, Dragenclorlï indique qu’en
traitant la caféine par de l’eau chlorée, ou par un mélange d’acicle
chlorhydrique et de chlorate de potasse, évaporant la liqueur à
siccité et ajoutant ensuite de l’ammoniaque, on parvient à déceler
0 gr. 0005 de la base. Cependant, en opérant avec soin, nous avons
constaté qu’on pouvaitaller jusqu’à 0 gr. 0001 etmème, Ogr. 00006.
Il suffit pour cela de ne pas ajouter un excès de chlore à la solution
à examiner. En dissolvant, par exemple, 0 gr. 01 d’alcaloïde dans
500cc cl’eau en prélevant 5CCde ce liquide qu’on chauffé au bainmarie jusqu’à réduction au 1/5 de son volume, on obtient, après
addition de I à 2 gouttes d’une solution saturée de chlore et évapo­
ration du mélange à siccité, une auréole jaune rougeâtre très
nettement accentuée, qui se colore en violet au contact d’une goutte
d’ammoniaque. On peut même, avec un peu de soin, faire appa­
raître la coloration en ne faisant usage que de 3CC d elà solution
primitive, ce qui donne alors la limite indiquée ci-dessus, soit
Ogr. 00006. Mais s’il est facile de reconnaître 0 gr. 0001 d’alcaloïde
pur, il n’en est pas de même quand on fait usage de l’extrait aqueux
de la noix de Kola. Ici, les matières étrangères masquent complè­
tement la réaction et empêchent d’avoir la coloration pourpre.
Avec 5 gr. de poudre, par exemple, mise en contact avec 50cc
d’eau pendant un certain temps, on obtient un liquide jaune-

�EDOUARD HECKEL

orange qui, évaporé à sied té, fournit un extrait dans lequel l’addition
successive de chlore et d’ammoniaque ne produit qu’une coloration
brune que l’on observe, du reste, sans l’intervention du chlore;
mais le meme extrait, épuisé par le chloroforme, cède à ce dernier
la totalité de l’alcaloïde. De sorte que, en évaporant la solution
chloroformique on obtient, suivant la quantité d’extrait employée,
une cristallisation parfaitement nette ou tout au moins, si l’on n’a
employé qu’une faible proportion d’extrait, un résidu blanc cris­
tallin qui se colore en violet lorsque l’on ajoute de l’ammoniaque
au produit du premier traitement à l’eau chlorée. En opérant sur
0 gr. 5 de poudre laissée en contact avec 25cc d’eau pendant deux
heures, nous avons obtenu un liquide légèrement jaune qui, après
évaporation, nous a donné un résidu auquel le chloroforme a enlevé
la totalité de la caféine. La solution chloroformique occupant 10cc,
nous en avons prélevé 2, répartis en deux petites capsules de
porcelaine. Après évaporation du véhicule,, nous avons traité la
faible quantité de matière par deux gouttes d’eau et une goutte
de chlore, évaporant de nouveau à siccité et reprenant par une
goutte d’ammoniaque, nous avons pu constater dans chacun des
cas une coloration pourpre aussi marquée que celle qui corres­
pondait à la limite citée plus haut, indiquant par conséquent
0 gr. 0001 de caféine. Or, d’après notre analyse, la noix de Kola
renfermant2 gr. 348 p. 100 d’alcaloïde, il s’ensuit que dans nos
conditions expérimentales précitées, nous avions dans chacune
des capsules une quantité de caféine correspondant à 0 gr. 05 de
poudre de Kola, soit 0 gr. 001174. Mais, comme la coloration
produite par l’ammoniaque ne révèle que 0 gr. 0001 de matière,
nous ne pouvons compter que sur 1/11 ou plus exactement sur
10/117 de la caféine contenue dans la poudre. A l’aide de ce
dosage, nous constatons par conséquent que l’eau froide enlève
à la poudre de Kola, au bout de deux heures environ, le 1/11
seulement de son poids de caféine.
En répétant cette expérience sur des liquides laissés en contact
avec la poudre pendant des temps variables, nous avons reconnu
qu’au bout de 18 à 24 heures, toute la caféine étaitéliminée,etque,
passé ce moment, l’eau ne parvenait pas en extraire davantage.
Cependant, l’épuisement n’était pas aussi complet qu’à l’aide du
chloroforme à chaud.

�185

LES KOLAS AFRICAINS

III,

— R echerche

des

autres

p r in c ip e s

c o n s t it u t if s

de

la

n o ix

DE KOLA APRÈS MACÉRATION DANS L’EAU.

L’expérience ci-dessus nous a suggéré l’idée de rechercher ce
que devenaient les autres principes constitutifs de la poudre au
contact de l’eau à la température normale : de voir si la matière
sucrée, par exemple, est entraînée aussi rapidement que la caféine,
et si les sels fixes se dissolvent en même temps qu’elle. C’est dans
le but de résoudre cette question que nous avons laissé en contact
avec l’eau un môme poids de poudre pendant 2h , 4h , 6h , 10h ;
2,3,4 et 6 jours. Nous avons prélevé un volume déterminé, toujours
le même, de chacun des liquides, et nous l’avons examiné à l’aide
des mômes réactifs. Le chlorure ferrique devait servir à constater
la présence ou l’absence de tannin ; l’acétate d’urane, fournissant
une coloration brune intense au contact des principes tanniques,
était destiné à contrôler l’essai du sel de fer. Nous pensions évaluer
les quantités de matières gommeuses, mucilagineuses, tanniques et
colorantes d’après l’abondance du précipité fourni par l’acétate de
plomb, et nous comptions joindre à ces réactions celles que fournis­
sent le tartre stibié et la solution de gélatine pour l’évaluation
approximative du tannin. L’iodure ioduré de potassium et la
liqueur de Bareswill devaient nous révéler la quantité d’alcaloïde
et de glucose. Un dosage direct de l’extrait avait pour but de nous
fixer sur la quantité totale de matières dissoutes, et l’incinération
de cet extrait devait faire connaître le poids de la matière saline.
Voirau tableau ci-contre,les résultats auxquelsnoussommes arrivés.
Nous voyons tout cl’abord que Je tartre stibié ainsi que la solution
de gélatine ne révèlent pas trace de tannin, alors même que la
poudre reste au contact de l’eau pendant 5 jours. L’acétate d’urane
fournit le même résultat négatif, mais le chlorure ferrique seul
permet de constater la présence de ce corps. Au bout de 24 heures,
la solution prend une teinte légèrement verdâtre après addition
d’une goutte de chlorure ferrique. Le lendemain, la quantité de
tannin paraît un peu augmentée; elle reste ensuite stationnaire
pendant les jours suivants. A partir du quatrième jour, le liquide
qui imbibe la poudre (100°° pour 20 gr, de matière) se trouble et
laisse dégager de nombreuses bulles d’acide carbonique. Ce com­
mencement de fermentation, provoquée sans aucun doute par la
présence delà glucose, n’agit pas sur le tannin.

�-

I

\

II
I. . #
I

...

....

■ •• ................ V ---

il

■■
' '

2 HEURES

RÉACTIFS

----------------------------------------

-

4

HEURES

6 HEURES

10 HEURES

0

0

2

JOURS

3

JOURS

4

JOURS

6 JOURS

— _

Chlorure ferrique . . . . . . . .

0

0

.

à peine

teinte verte teinte verte teinte verte

verdâtre

faible

faible

faible

0

0

0

0

0

0

0

0

Tartre stibié —
10-0....................................
Gélatine -ï 0\ 0 ..........................................

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

Iodure induré de potassium..................

0

0

0

0

0

0

0

0

Chloroforme (Caféine % ) .....................

0 gr. 213

0 g r. 54

1 gr. 60

1 gr. 90

2 g r. 05

2 g r.O

2 gr. 0

2 gr. 0

0

trouble

trouble

trouble

précipité

précipité

précipité

précipité

Liq. de Bareswill (Gluc. % ) ..............

1 gr. 50

1 gr. 65

2 gr. 10

2 gr. 30

2 g r. 32

2 gr. 30

2 gr. 05

1 g r . 85

Extrait aqueux i Matières organiques

»

0 g r. 555

»

»

3 gr. 890

4 gr. 175

»

4 gr. 260

»

1 gr. 595

Acétate de plomb................................

à froid

j Sels f ix e s ..............

»

0 g r. 225

»

»

1 gr. 485

1 gr. 540

pour cent

&gt; T o ta l.....................

»

Ogr. 780

»

»

a g r. 375

5 gr. 715

5 gr. 855

ÉDOUARD HECKEL

Acétate d’u r a n e ...................................

�LES KOLAS AFRICAINS

187

Il nous a semblé cependant, qu’après six jours, la coloration
verte, produite parle sel ferrique, n’était plus aussi intense qu’au
début, ce qui ne pourrait s’expliquer que par le dédoublement même
du tannin. Ainsi donc, dans les conditions de notre expérience, il
apparaît au bout du deuxième jour une faible proportion de prin­
cipe astringent dont la présence n’est plus appréciable quatre jours
plus tard, probablement en raison d’un phénomène de dédou­
blement.
L’iodure ioduré de potassium, ce réactif si précieux pour la
recherche des alcaloïdes organiques, ne donne absolument aucun
trouble dans la dissolution que nous avions employée (100cc d’eau
20 gr. de poudre de Kola), en ajoutant 2 ou 3 gouttes dans 5CC de
liqueur d’essai ; d’où il suit que l’iodure double n’est pas assez
sensible pour permettre d’apprécier 0 gr. 0234 de caféine dans la
solution précédente. Nous avons employé un autre mode d’éva­
luation de la quantité d’alcaloïde, consistant à évaporer le liquide
de macération, maintenu plus ou moins longtemps avec la poudre,
à reprendre ensuite le résidu par le chloroforme et à doser le résidu
obtenu. Les résultats fournis par ce procédé se trouvent indiqués
sur notre tableau. La quantité de caféine augmente peu à peu
jusqu’au deuxième jour, puis demeure stationnaire durant le reste
du temps,c’est-à-dire pendant les trois jours suivants, sans atteindre
toutefois le maximum que nous a fourni l’analyse directe par l’ex­
traction chloroformique à chaud.
L’acétate de plomb, qui révèle à la fois les matières mucilagineuses, gommeuses, colorantes et tanniques ne fournit qu’un
troubleau début de l’expérience, et plus tardseulement un précipité
plus ou moins abondant.
Le principe sucré est accusé parla liqueur de Bareswill dès le
début; il augmente petit à petit, atteint très rapidement son
maximum et retombe de nouveau à partir du quatrième jour ; c’est
ce qui explique le dégagement des bulles de gaz au sein du liquide
à un moment donné. Le dosage de l’extrait nous apprend que la
quantité de matières salines, comme aussi celle des substances
organiques, augmente peu à peu jusque vers le troisième jour,
époque à laquelle le maximum semble atteint.
Le produit de l’incinération est fortement alcalin. La partie
soluble des cendres renferme un grand excès de soude et des traces

�EDOUARD 1IECKEL

seulement de potasse, sans chaux, le tout combiné à l’acide sulfu­
rique, à l’acide phosphorique et à l’acide chlorhydrique, tandis que
la partie insoluble est constituée en grande partie par du phosphate
de chaux.
Notre étude avait porté sur la poudre line. Il est hors de doute
que les indications du tableau précédent seraient entièrement diffé­
rentes, si, au lieu de poudre line, on avait pris de la poudre grossière
ou des fragments plus ou moins forts provenant des noix
concassées.
Il ressort clairement de cette étude qu’en faisant macérer la
poudredeKola pendant un certain temps dans l’eau, ou lui enlèvela
presque totalité de sa caféine, ainsi quela glucose, un peu de tannin
et relativement beaucoup de sels fixes parmi lesquels surtout des
phosphates. Si donc, dans le but de préparer un produit alimen­
taire, on se proposait d’enlever à la graine sa saveur un peu désa­
gréable et astringente par une macération plus ou moins prolongée
dans l’eau, on voit que d’une part tout le tannin y contenu ne
disparaîtrait pas, et que, d’autre part, le composé azoté, c’est-àdire la partie active et excitante, se dissoudrait presque en tota­
lité, en même temps que d’autres principes moins importants, il
est vrai, mais non moins utiles pour la constitution de l’aliment.
Le procédé de macération doit donc être complètement aban­
donné quand ou se propose de préparer un produit alimentaire.

IV. —

RECHERCHE DE LA CAFÉINE

RÉSIDUS DE PRÉPARATIONS

ET DE LA KOLAN1NE DANS LES

PHARMACEUTIQUES EFFECTUÉES AVEC

LA NOIX DE KOLA.

11 était hors de doute qu’en raison des principes actifs con­
tenus dans la noix, on songerait rapidement à faire servir le Kola
à des préparations pharmaceutiques. L’eau fournit un extrait
renfermant une certaine proportion d’alcaloïde ; le vin et l’alcool
surtout seront employés avec avantage pour obtenir deux autres
formes médicamenteuses très appréciées, en raison même de ce
que ce dernier dissolvant enlève la Kolanine ou Rouge de Kola.
Mais, comme ces véhicules ne sont pas des dissolvants parfaits de
la caféine, il arrivera que la poudre de Kola qui a servi à ces pré-

�189

LES KOLAS AFRICAINS

parations devra retenir encore des quantités plus ou moins nota­
bles des principes actifs. Pour examiner jusqu’à quel point cette
assertion est exacte, nous avons pris un premier échantillon de
poudre qui avait servi à faire un extrait aqueux et deux autres qui
provenaient d’une préparation de vin et de teinture. Nous avons
constaté que, dans ces divers cas, la substance, loin d’être épuisée,
renfermait encore 2 à 28 p. 100 de principe actif. Le détail de nos
opérations en donne la preuve :
Poudre
Nous opérons sur 100 grammes, nous épuisons au chloroforme dans
l’appareil continu. Nous obtenons un liquide jaune qui, évaporé,
laisse un résidu cristallin mélangé de corps gras fusibles à la tem­
pérature du bain-marie. Nousépuisons le résidu par l’eau bouillante;
nous filtrons et obtenons du premier coup une solution très peu
colorée qui laisse déposer des aiguilles soyeuses dont le poids
est = 0,400.
Or, comme le Kola renferme 2.348 de caféine, il s’ensuit que
2,348 100
c’est-à-dire (pie la quantité pour 100 restée dans
0,400'
le résidu est 17 gr. 07.
L’eau froide n’épuise donc pas complètement le Kola en caféine
et théobromiue puisqu’elle laisse, dans cette préparation, 17,07
p. 100 d’alcaloïdes.
Poudre provenant de la préparation du vin. — Poids de matière
employée = 100 grammes, d’où nous tirons 0 gr. 066 décaféiné
cristallisée. La même considération que ci-dessus prouve que si
^ 4 = = ^ -, le nombre cherché x indique donc 28,38 p. 100 de
0,006 x
caféine restée dans la poudre, c’est-à-dire plus du quart de la
matière.
Poudre provenant de la préparation de la teinture. — Traitement
comme ci-dessus par le chloroforme :
Quantité de poudre employée= 100 gr.
Poids de caféine ex traite
2,3-48 100
D’où il suit q u e ------ = —
0,060 X

— 0.000
#=2,512

Ainsi il reste encore 2 gr. 312 p. 100 d’alcaloïde dans la poudre.

�EDOUARD HECKEL

Cette vérification confirme ce que nous avons indiqué dans
notre étude chimique, à savoir que le chloroforme est un meilleur
dissolvant de la caféine que l’eau et l’alcool. C’est d’ailleurs le
meilleur de tous, d’après les nombres indiques par les auteurs. Il
est entendu que l’alcool, dissolvant la totalité du Rouge de Kola,
devrait être préféré à tous les autres véhicules. Pour les
dosages de la caféine dans les résidus, il n’a pas été tenu compte,
bien entendu, de la caféine naissante provenant du dédoublement
de rouge de Kola, parce que ce dédoublement n’est pas réalisé sous
l’influence des dissolvants ou véhicules alcooliques.
V.

—

ACTION DE LA TORRÉFACTION SUR LA NOIX DE KOLA.

La torréfaction fait perdre au café une certaine quantité de son
alcaloïde, et cela d’autant plus que l’opération est faite à une.
température plus élevée ou maintenue pendant un temps plus
long. Il en est absolument de même pour la noix de Kola, ainsi
qu’il est facile de le constater en inspectant le tableau suivant que
nous avons dressé :
Poids

Poids de la caféine p. 100
contenue
dans ces extraits.

de

l’extrait p. 100.
22.54
19.20
15.30
13.00

2.07

1.50
0.95
0.58

Ainsi donc le poids de la caféine n’est plus que de 0,58, quand
celui de l’extrait est réduit à 13,00 p. 100, tandis qu’il est quatre
fois plus considérable dans l’extrait; de la noix non torréfiée.
NOIX

FRAICHES.

Tout le travail précédant repose sur l’examen chimique des noix
sèches. Ayant pu nous procurer des semences fraîches, rouges et
blanches mêlées, nous l’avons complété par l’analyse suivante:
Poids. — Les plus petites pèsent 7 à 8 grammes, les plus grosses

�491

LES KOLAS AFRICAINS

25 à 28 grammes ; quelques-unes peuvent atteindre jusqu’à 40 et
45 grammes.
Perte d’eau. — Elles perdent à l’étuve entre 40 et 50 p. 100
d’eau. Deux expériences faites avec 5 gr. 305 et 6 gr. 215 de matière
nous ont fourni, comme perte d’eau :
Dans le premier cas, 2,555; dans le second, 3,005.
Par conséquent :
Poids total....................... ...
Perte d’eau....................... ...

3,303
2,555

6,215
3,005

Poids de la matière......... . ..
Perte d’eau p. iOO........... ...

2,750
48,17

3,218
51,80

Matière colorante. — Nous avons déjà dit dans la première partie
de ce travail que la couleur des graines varie du blanc jaunâtre
au rouge violacé. Les noix incolores présentent parfois aussi une
teinte légèrement violacée à l’extérieur.
La matière colorante jaune ou rouge ne se dissout pas dans le
chloroforme à froid, ni dans le sulfure de carbone, ni dans le
pétrole. La benzine, l’acétone et surtout l’alcool la dissolvent beau­
coup mieux.
L’acide acétique cristallisable prend immédiatement au contact
des noix violacées ou rouge fuchsine une belle teinte cochenille.
Après un séjour prolongé de un ou deux jours dans ce véhicule, la
matière colorante rouge est entièrement dissoute. L’évaporation de
ce liquide fournit un beau résidu rouge au fond de la capsule dans
laquelle on opère. On enlève la caféine à l’aide du chloroforme
qui n’a aucune action sur la matière colorante, et on dissout le
tout dans l’eau. On obtient de cette façon un liquide rouge qui,
examiné au spectroscope, ne présente pas de raies particulières.
Sous une épaisseur plus considérable, presque tout le spectre est
absorbé, les rayons rouges seuls passent.
La solution acétique de la matière colorante rouge développe en
présence des alcalis une matière bleue assez fugace, qui passe au
bout de quelques instants au vert, puis au brun sale.
Les acides minéraux produisent le même effet que l’acide
acétique sur la matière colorante rouge violacée. Il suffit, par
exemple, de laisser les noix au contact d’une solution très faible

�192

ÉDOUARD HECKEL

d’acide, chlorhydrique à o pour 100 pour apercevoir au bout de deux
heures une teinte légèrement rosée.
Avec une solution moins étendue la coloratiou rose se manifeste
beaucoup plus vite.
L'acide chlorhydrique concentré dissout également la matière
rouge; mais quand on évapore la solution rouge chlorhydrique,
même étendue, on détruit le principe colorant, de telle sorte que
l’extrait, au lieu d'avoir une belle teinte rouge framboise comme
celui qui est fourni par l’acide acétique, est d’un brun sale presque
noir, et l’eau ne dissout plus alors qu’une matière jaune qui pro-’
vient de l’altération de la matière rouge.
L’acide sulfurique ainsi que l’acide azotique étendus agissent,
également comme dissolvants de la matière rouge. Ces deux acides
ajoutés aux solutions jaunes produites par l’action de l’alcool sur
les noix violacées fraîches, font naître immédiatement dans ces
liquides une teinte d’un beau rouge qui s’altère néanmoins assez
vite pour faire place à un dépôt ocracé constitué probablement par
un produit d’oxydation.
Recherche de la caféine. — Nous laissons digérer 5 grammes de
noix fraîches râpées avec de l’alcool et nous évaporons la solution
jaune au bout de deux jours, xâ cet extrait alcoolique d’aspect rési­
neux, nous ajoutons de l’eau qui sépare des llocons jaunes et nous
filtrons. La solution ne présente aucune apparence cristalline au
bout de vingt-quatre heures de repos. Elle est soumise à l'évapora­
tion à siccité et le résidu est traité par le chlore.
Une autre solution faite avec la même quantité de matière est
destinée à être soumise à l’action du brome. Les deux liquides
évaporés au bain-marie, prennent une teinte rouge entièrement
semblable à celle que donne la caféine pure dans les mêmes condi­
tions ; mais aucun des deux résidus traités ultérieurement par
l’eau ne se colore en violet au contact de l’ammoniaque. Il n’est
donc pas possible de démontrer de cette façon la présence de la
caféine dans les noix fraîches.
Nous avons refait une nouvelle expérience avec la même quan­
tité de matière : la solution alcoolique primitive a été soumise à
l’évaporation au bain-marie; le résidu repris par l’eau a été
mélangé.convenablement avec de la chaux. La masse parfaitement

�193

LES KOLAS AFRICAINS

desséchée a été épuisée ensuite par le chloroforme qui, après éva­
poration, a abandonné une superbe cristallisation d’aiguilles fines
constituées par de la caféine entièrement pure. L’insuccès de la
première expérience était du nécessairement à la présence d’une
petite quantité de matière résineuse, qui a été fixée dans la nou­
velle expérience au moyen de la chaux.
Il nous semblait dès lors naturel d’essayer de traiter directe­
ment les noix fraîches par du chloroforme. Deux essais ont été
tentés, le premier avec la poudre de la substance préalablement
desséchée, le second avec deux grammes de matière grossièrement
pulvérisée. Dans l’un et l’autre cas, nous avons obtenu, après une
macération à froid pendant deux heures, des quantités notables de
caféine.
Ce mode de traitement, ainsi que nous l’avons déjà indiqué plus
haut en parlant de l’extraction de la caféine des noix sèches, paraît
donc convenir le mieux quand il s’agit de rechercher l’alcaloïde
dans le Kola. Ce fait étant acquis, nous nous sommes proposé de
déterminer la limite de la réaction. Il suffit de 0 gr. 05 de poudre
de Kola, pour obtenir, à l’aide de 2 centimètres cubes de chloro­
forme, un liquide incolore qui laisse déposer des cristaux aiguillés
parfaitement reconnaissables au microscope.
Le résidu cristallin repris par une goutte d’eau, puis soumis à
l’action du chlore ou du brome et évaporé au bain-marie, fournit
^ la coloration violette caractéristique de l’alcaloïde.
L’expérience réussit encore avec 0 gr. 025 de matière, mais
naturellement moins bien que dans le cas précédent. Les cristaux
apparaissent très nettement sous le microscope, mais la réaction
avec le brome et l’ammoniaque, et surtout celle du chlore et de
l’ammoniaque, est plus difficile à réussir avec netteté. On peut
enfin mettre en évidence la présence de la caféine en chauffant la
poudre dans un tube à essai. La limite extrême de la réaction est
moins nette que la précédente. Néanmoins, on peut, en opérant
avec précaution, réussir à obtenir les cristaux à la partie refroidie
du tube en n’employant que 0 gr. 10 de matière. 11 importe de ne
pas chauffer trop, car on risquerait de voir se produire des produits
empyreumatiques dont la condensation empêcherait la formation
des cristaux aiguillés de l’alcaloïde.
Il est facile d’apprécier la quantité de caféine mise en évidence
%

�194

ÉDOUARD IIECKEL

par la réaction dn brome et de l’ammoniaque à sa limite extrême.
En effet, puisque l’analyse nous a révélé 2,348 0/0 d’alcaloïde dans
la poudre de Kola, il s’ensuit que 0 gr. 025 en renferment 0,000587.
On peut donc révéler 0 gr. 0005 d’alcaloïde à l’aide de ce procédé.
Recherche du tannin. — Nous avons déjà fait remarquer, contrai­
rement à l’opinion d’Attfield, que la noix de Kola renfermait une
quantité notable de tannin. La présence du principe astringent se
révèle surtout avec netteté en opérant avec les noix fraîches. En
effet, quand on prépare des coupes microscopiques, on reconnaît
que l’eau dans laquelle baigne la préparation se colore en vert foncé
au contact d’une gouttelette de chlorure ferrique, ou en brun après
addition d’une solution ammoniacale de nitrate d’urane. La netteté
de ces réactions nous a suggéré l’idée de rechercher le tannin sur
la coupe microscopique elle-même et d’examiner la diffusion de ce
principe dans l’intérieur des tissus. Nous avons employé à cet effet
trois liquides différents pour faire ces recherches microchimiques.
4° Chlorure ferrique. — Nous prenons une solution étendue de
ce sel, et nous la déposons avec précaution sur la préparation
microscopique. Au bout de une à deux minutes, quelquefois même
au bout d’un temps plus long, la préparation prend une teinte
verte uniforme, preuve évidente de la diffusion du tannin dans
l’intérieur de toutes les cellules et non pas seulement dans les enve­
loppes comme le veulent MM. Chodat et Chuit (hoc. cit., p. 507).
2° Chlorure ferrique et carbonate d’ammoniaque. — On trempe
d’abord la préparation dans une solution de carbonate d’ammo­
niaque, puis on ajoute une goutte de perchlorure. On voit aussitôt
apparaître une belle coloration violette partout où il existe du
tannin.
3° Nitrate d’urane et carbonate d’ammoniaque. — La solution de
nitrate d’urane pas plus que celle de l’acétate de cette base ne
conviennent pour déceler la présence du tannin ; il faut saturer
l’une et l’autre par du carbonate d’ammoniaque. On arrête l’addition
du sel alcalin avant que le liquide ne se trouble. Cette solution,
parfaitement limpide, d’un beau jaune, ajoutée à la préparation
microscopique, produit une teinte brune caractéristique de la
présenèe du tannin.

�195

LES KOLAS AFRICAINS

VII.

—

Co m p o s it i o n

comparée

KOLA

des

noix

de

kola

rouge

et

de

BLANC.

1. — S’il est facile de différencier entre elles, à simple vue,
les graines fraîches de Kola rouge et de Kola blanc, il n’en est
pas de même quand elles sont desséchées ou réduites en pou­
dre. Dans le premier cas, en effet, la matière colorante est
tellement accentuée que toute confusion est impossible; mais
au fur et à mesure que l’eau hygrométrique disparaît les deux
variétés de graines prennent un aspect ocreux qui ne varie
pas sensiblement. Dans ces conditions un œil exercé reconnaît
néanmoins, mais très difficilement, que le Kola rouge est un
peu plus foncé que le Kola blanc.
Mais quand on essaie des réactions différentielles avec les
dissolvants neutres on ne peut que constater leur complète
insuffisance. C’est ce qui résulte d’ailleurs des expériences con­
signées dans le tableau ci-dessous:
DISSOLVANTS

K . BLANC

lv . BOUGE

Eau
Acétone
Alcool
Benzol
Chloroformé

Jaune assez pâle
Orange faible
Jaune d’or
Jncolore
Incolore

Jaune assez pâle
Orange faible
Jaune légèrement orange
Incolore
Incolore

Ces résultats négatifs que présentent les noix fraîches au
contact de divers véhicules, après une numération de 24 heures,
sont encore les mêmes quand on opère sur les noix sèches
coupées en morceaux ou réduites en poudre.
L’emploi des acides seul permet d’établir une différence :
avec l’acide acétique cristallisable, par exemple, le liquide devient
jaune pâle avec le Kola blanc et orange avec le Kola rouge.
Les deux teintes cependant ne sont pas sensiblement diffé­
rentes. Mais lorsqu’on fait usage d’acide chlorhydrique ou d’acide
sulfurique étendus on obtient des résultats beaucoup plus accen­
tués. Ces derniers varient cependant avec le degré de concen­
tration des acides, avec la durée de la macération ou la tempé­
rature à laquelle elle s’effectue.

�EDOUARD HECKEL

Si, par exemple, les acides dilués entre 1 et 2 % sont mis
en coutact avec les graines fraîches ou pulvérisées et sèches,
à la température du bain-marie bouillant pendant une heure,
les liquides de filtration présentent absolument la môme teinte
jaune. On ne peut donc, da,ns ce cas, différencier les deux
variétés. Le même insuccès se constate en prenant des solutions
acides plus concentrées et en les chauffant moins longtemps,
mais quand on se place dans les conditions suivantes:
Noix de Kola.............
E a u ..................................

Acide chlorhydrique.

0sr. ;3.
lOOcc.

0C(\ 5.

et qu’on laisse le mélange en macération pendant 23 à 36 heures,
ou remarque que le liquide filtré au bout de ce temps est d’uu
rouge rosé parfaitement limpide quand on a opéré avec le Kola
rouge et jaune clair avec le Kola blanc.
La solution acide rouge ne présente d’ailleurs pas de réac­
tion spectroscopique comme nous l’avons vu antérieurement.
Il en est de même de celle qui constitue le liquide de macé­
ration des graines de Kola blanc.
Ces solutions se différencient en outre par la teinte spéciale
qu’elles affectent après saturation de quelques gouttes d’ammo­
niaque : la première devient violacée; la seconde, jaune.
L’addition d’un sel ferrique ou cuivrique n’y produit pas
de coloration spéciale.
Il s’ensuit que la matière colorante rouge contenue dans le
Kola rouge, soluble, comme nous l’avons dit, dans les acides
sulfurique et chlorhydrique étendus, constitue un caractère
distinctif des deux variétés de graines.
Quoique cette différenciation ne soit pas d’un intérêt capital
puisqu’elle ne porte que sur un élément secondaire (le principe
colorant), on peut se demander s’il n’en existe pas d’autres d’une
importance plus marquée.
2.
— Nous avons constaté tout d’abord que, sur un lot de
20 graines de chaque espèce, celles de Kola blanc étaient géné­
ralement plus petites que les graines de Kola rouge; de plus
le poids des premières variait entre 4 gr. 10 et 4 gr. 03 tandis
que celui des secondes atteignait 18 gr. 20 au maximum et
n’était ‘pas inférieur à 6 gr. 8.

�197

LES KOLAS AFRICAINS

Les graines fraîches de Kola rouge que nous avions à notre
disposition pour établir nos premiers dosages étaient beaucoup
plus volumineuses, puisque, ainsi que nous l’avons déjà dit,
le plus grand nombre d’entre elles atteignaient 28 gr., quelquesunes même 40 à 45 gr.
L’eau d’hydratation des graines blanches et rouges sur
lesquelles nous venons d’opérer est variable ainsi qu’il résulte
des nombres ci-dessous :
KOLA BLANC

KOLA KOUGE

Total . . . . .
Perte d’eau.

6.095
3.650

6.293
4.010

Mat. sèche.

3.045

2.883

Ce qui donne pour 100 p. de graines fraîches :
Eau hygrométrique : 45,632......................... 56,679.

Mais ces résultats ne présentent qu’un intérêt tout à fait
secondaire et nous ne devons pas y attacher plus d’importance
qu’à ceux fournis antérieurement.
3.
— Notre attention devrait donc se porter surtout sur la
quantité de caféine contenue dans les deux espèces de graines
par la raison que la plupart des indigènes qui font usage du
Kola prétendent que les graines blanches sont plus actives et
produisent un effet physiologique plus accentué que les rouges
et les roses. Ces dernières sont les seules connues au Dahomey.
La solution du problème se réduisait donc à une extrac­
tion méthodique de l’alcaloïde, c’est-à-dire à un épuisement
préalable par le chloroforme pour enlever la partie contenue
dans la graine à l’état libre et à un traitement ultérieur, par
l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, pour opérer le dédouble­
ment de la Kolanine.
Les opérations ont porté sur 10 gr. de matière, préalable­
ment desséchée et réduite en poudre fine. On a opéré l’extrac­
tion au chloroforme, comme d’habitude, dans un appareil à
déplacement conlinu pendant trois heures. Au bout de ce temps
le liquide a été enlevé du ballon puis évaporé au bain-marie.
On a redissous dans l’eau pour enlever la matière grasse et
la solution aqueuse a été évaporée de nouveau à siccité.
Le poids de caféine pure provenant des graines de Kola rouge a été = 0.38% .
»
»
»
»
»
»
n
» blanc » = 0.40°/o.

�EDOUARD HECKEL

Nous ferons remarquer que - ces quantités sont beaucoup
plus faibles que celles fournies par nos premières analyses
(Mémoire de 1883).
L’épuisement au chloroforme étant terminé, nous avons
desséché la poudre et mis en digestion avec de l’eau aiguisée
d’acide chlorhydrique à 2 % dans une étuve à 35° pendant
12 heures. Le liquide a été filtré et lavé. Les eaux de lavage
600cc, réunies à celles du premier filtratum (200cc) ont été
évaporées jusqu’à un volume de 100ec, puis additionnées de
chaux pure préalablenent éteinte. Le magma calcaire parfaite­
ment sec a été pulvérisé puis épuisé dans l’appareil par le
chloroforme pendant deux heures. On a obtenu de cette façon
Ogr. 8*20 de caféine pure provenant du Kola rouge.
Ogr. 885
»
»
»
» blanc.

Ces quantités de caféine provenant du dédoublement de la
Kolanine sont donc plus de deux fois supérieures à celles qui
existent dans la graine à l’état libre. Nous trouvons donc comme
poids total d’alcaloïde :
KOLA ROUGE

Alcaloïde libre. .
Alcaloïde combiné

KOLA BLANC

k 0.380
. 0.820

0. 40
0.885

1.200

1.285

Il importe de rapprocher ces derniers résultats de ceux
obtenus précédemment : 2.348 (alcaloïde libre) et 3.778 (alca­
loïde libre et combiné).
Or, si le nombre 4 gr. 20 trouvé daDs cette analyse comme
représentant l’ensemble de l’alcaloïde libre et combiné de la noix
de Kola rouge n’est que le 1/3 environ de celui indiqué plus
haut, nous ne pouvons expliquer cette différence en moins
qu’en admettant que les graines sur lesquelles nous avons opéré
en dernier lieu, se trouvaient dans un état de maturité beau­
coup plus avancé que les premières. Ce fait s’accorderait
d’ailleurs avec cet autre que nous venons de signaler en com­
mençant, c’est-à-dire avec la différence de dimension des grai­
nes dans les fieux opérations.
En comparant les deux espèces de graines, au point de vue
de leur richesse en caféine, nous constatons que, si 100 repré-

�LES KOLAS AFRICAINS

199

sente le poids de la graine la pins chargée (celle de Kola blanc),
93.385 correspondra à la teneur en alcaloïde du Kola rouge ou
en d’autres termes que ce dernier renferme 6.615 % de caféine
en moins que la graine de Kola blanc.
Nous voyons donc, en résumé, que le Kola blanc renferme
un peu plus de caféine libre que le Kola rouge dans le rapport
de 40 à 38, soit 5 % en plus. En outre, il y en a un peu plus
aussi à l’état combiné sous forme de Kolanine, et cela dans le
rapport de 885 à 820, soit 7.345 %.
Il résulte enfin de la comparaison de la somme des quan­
tités d’alcaloïde libre et combiné, que la graine de Kola blanc
renferme, comme nous venons de le voir, 6.615 % de caféine
de plus que celle du Kola rouge. Nous verrons ultérieurement
la valeur du Kola rose.
Ces résultats analytiques confirment absolument l’opinion
des nègres de la côte occidentale d’Afrique, qui accordent à la
graine blanche de Kola une action excitante beaucoup plus
accentuée que celle de couleur rouge.
Il nous reste encore à étudier diverses parties de la plante :
les feuilles, la partie corticale et libérienne des rameaux, et enfin
le péricarpe, principalement en vue de la recherche de l’alcaloïde.
V III. —

feuilles

fl)

I. — 5 grammes de feuilles sont traités par de l’eau aiguisée
d’acide chlorhydrique. La solution filtrée est évaporée à consistance
d’extrait. Ce dernier est repris par l’alcool qui laisse à l’état iiisoluble une quantité de matières salines et gommeuses. La solution
(1) Il convient, de rapprocher de notre étude, celles qui ont été faites sur les
feuilles de Caféier ( S c h w e i z e r . W o c h e n s c h r i f t , f ü r P h a r m a c i e , 20 Janv. 1893,
p. 24) : « Les feuilles de Caféier n’ont été employées jusqu’à présent que dans une
mesure restreinte. D’après Sowerby, on peut estimer à 2 millions le nombre des
consommateurs de feuilles de Caféier, tandis que celui des buveurs de café s’élève
à 110 millions et celui des buveurs de thé à 500 millions. II est à remarquer que les
feuilles de Caféier contiennent 1,26 pour 100 de caféine et les graines 1 pour 100
seulement. En outre l’infusion des feuilles possède un arôme des plus agréable
qui lient le milieu entre celui du thé et du café et rappelle beaucoup celui de la
Kola. » D’autre part, il faut citer en entier N a t u r e d e s p r i n c i p e s c o n t e n u s d a n s
les f e u ill e s cle C a f é i e r , par M. Rigout, ancien interne des Hôpitaux, pharmacien
de l ,c classe à Vincennes ( R e v u e H o r t i c o l e d e P a r i s , année 1887, p. 474) :

�EDOUARD HECKEL

alcoolique évaporée à son tour fournit un extrait qui est repris par
l’eau. Cette solution légèrement acide ne précipite ni parles iodures
doubles, ni par l’acide picriqne et le phosphomolybdate de sodium.
La solution évaporée à siccité ne présente pas traces de cristaux
aiguillés.
Additionné d’un peu d’eau de chlore, ce liquide aqueux soumis
à l’évaporation au bain-marie, ne prend pas une teinte rose, ni rouge,
ni violacée au contact de l’ammoniaque.
Il résulte donc de ces réactions qu’il n’est pas possible de déceler
la présence de la caféine dans 5 gram mes de feuilles au moyen d’un
traitement à l’eau acidulée.
II.
— Nous pulvérisons 5 grammes de feuilles et nous les
épuisons dans un appareil à déplacement continu, à chaud, parle
chloroforme. Le liquide du ballon renferme beaucoup de chloro­
phylle et de la cire. L’extraif obtenu par évaporation du dissolvant
pèse 0,680 . — Soumis à l’eau bouillante cet extrait ne cède pas
la moindre trace de principe cristallin.
... « La caféine, principe actif clu Café et du Thé, existe, ainsi qu'on le sait, en
» plus grande quantité dans les semences du Caféier que dans les feuilles de la
» même plante. Il n'en est pas de même pour les feuilles de Thé, qui sont, au
» contraire, plus riches en caféine que les autres parties de ce précieux végétal ; les
» feuilles de Thé sont même plus riches en caféine que les graines du café.
Voici du reste les données résultant de nombreux dosages :
Thé (feuilles)
2 de caféine pour 100.
Café (semences) 1
»
» 100.
» Les ouvrages de chimie indiquent bien la présence de la caféine dans les
» feuilles du caféier, mais non pas la proportion centésimale.
» Il m’a donc paru intéressant de faire ce dosage. Voici les résultats auxquels je
» suis arrivé :
Poids des feuilles fraîches de café traitées........................... 22 gr.
Poids de caféine obtenu................................................ .......
0 gr. 04
n Ce qui donne 0 gr. 18 de caféine pour ICO gr. de feuilles.
» Pour effectuer ce dosage j'ai mis les feuilles à macérer dans de la benzine
» pure pendant vingt jours, puis j’ai fait évaporer à une douce chaleur, jusqu’à
» siccité, ensuite j’ai repris par l’eau distillée bouillante, pour sépax-er les matières
» grasses; alors l’eau qui était légèrement colorée en jaune, a été évaporée à son
» tour presque complètement, puis le résidu, repris par une nouvelle quantité
n d’eau bouillante, a été décoloi’é par le charbon animal lavé à l’acide chlorhydrique,
» puis on a fait évaporer à nouveau, et quand il ne resta plus que quelques grammes
» du liquide, on les plaça sur un verre de montre, qu’on porta dans une étuve à
» 50° environ. C’est alors que l'on obtint des petits ci'istaux de caféine encore un
» peu souillés par de la matière coloi'ante, mais suffisamment purs. »
Comme on le voit, l’accord n’est pas fait sur la x-ichesse des feuilles de café en
caféine, mais cette base y existe, c’est le fait important.

�LES KOLAS AFRICAINS

201

Le produit d’évaporation du liquide aqueux, traité par le chlore
et évaporé à nouveau, ne se colore pas en rouge.
Même réaction négative quand on traite par le brome. Donc ici,
comme dans l’expérience précédente, on ne peut pas déceler la
présence de la caféine dans les feuilles.
Ces résultats obtenus sur 5 gr. de feuilles de vrai Kola nous
ayant paru en opposition avec ceux qui ont été publiés par
M. Rigout., pharmacien à Vincennes, sur les feuilles de caféier
(Coffea arabica L.) où cet auteur a décelé la présence de 0 gr. 18 de
caféine 0/0 (1), nous avons jugé utile de reprendre cette étude des
feuilles de Kola sur une plus grande quantité de matière. Voici le
détail de cette recherche :
En soumettant un kilo de feuilles pulvérisées à l’action de
l’éther de pétrole dans un appareil à déplacement continu, on
obtient 11 gr. 32 d’un extrait qui contient un peu de chlorophylle,
des corps gras mais pas de caféine. Epuisées ultérieurement par le
chloroforme, les feuilles cèdent à ce véhicule la totalité de leur
chlorophylle et le reste des corps gras. L’extrait du poids de 9 gr. 36
ne contient pas de caféine.
Une troisième opération faite dans le même appareil avec de
l’alcool donne également un résultat négatif au point de vue de la
présence de l’alcaloïde.
Une partie de l’extraction alcoolique est évaporée jusqu’à
siccité. Le résidu est repris par l’eau et mélangé avec de la chaux
en excès. Le magma calcaire est épuisé par le chloroforme bouil­
lant. Le produit de l’évaporation ne présente pas la moindre
réaction de la caféine.
Il résulte évidemment de ces divers essais que, contrairement à
ce que l’on pouvait admettre à priori, les feuilles de Kola ne ren­
ferment pas d’alcaloïde et le fait paraîtra d’autant plus surprenant,
que, comme nous allons le voir, les fruits en renferment une
quantité très appréciable.
IX. — ÉCORCE
I. — On a traité par l’acide chlorhydrique 5 grammes d’écorces
pulvérisées ; le liquide acide a ensuite été soumis au même
traitement que celui qui provenait des feuilles. Le résidu final

�EDOUARD HECItEL

dans lequel nous croyious trouver de la caféine n’a présenté aucun
des caractères distinctifs de cette hase.
II. — Le traitement d’une égale quantité d’écorces par le chloro­
forme dans un appareil à déplacement continu a fourni le môme
résultat négatif qui était du reste prévu, les feuilles n’ayant pas
donné trace de cet alcaloïde.
X. — Bois.
I. — Une première expérience faite avec o grammes de bois
pulvérisé soumis à l’extraction à l’eau acidulée par l’acide chlorhy­
drique n’a pas permis de déceler la présence de l’alcaloïde.
II. — Nous n’avons pas été plus heureux dans nos recherches
en employant le chloroforme.
NI. —

P é r ic a r p e

(Gousses de Kola).

La petite quantité de matière (100 gr.) que nous avons eue à
notre disposition ne nous a pas permis d’en faire une analyse com­
plète. Le point essentiel qu’il nous importait de vérifier était de
savoir si le péricarpe renfermait ou non le principe actif de la noix;
à cet effet, nous avons procédé à l’extraction de la matière à l’aide
du chloroforme.
Traitement au chloroforme. — Mis au contact du péricarpe
réduit en poudre, le chloroforme prend immédiatement une colo­
ration vert jaunâtre. Le liquide qui provient de l’épuisement de la
matière dans notre appareil à déplacement continu, à chaud, affecte
également la même teinte. Il n’en est pas de même pour la noix qui
ne cède au chloroforme, ainsi que nous l’avons dit plus haut,
qu’une matière colorante rouge.
En évaporant la solution chloroformique, on obtient une masse
verte, fusible à la température du bain-marie, composée principa­
lement de cire, qui cède à l’eau bouillante une certaine quantité de
caféine et une proportion beaucoup plus faible de théobromine.
Cette eau bouillante enlève 0 gr. 041 de caféine, souillée par uu
peu de corps gras, mais très nettement cristallisée eu aiguilles. Le
chlore et l’ammoniaque employés dans des conditions convenables
permettent de caractériser nettement l’alcaloïde.

�LES KOLAS AFRICAINS

203

La théobromine, eu raison de sa faible solubilité, se dépose de
nouveau à froid sous forme de cristaux rhomboédriques microsco­
piques, qui, recueillis sur filtre, desséchés et chauffés dans uu tube,
se subliment en abandonnant un peu de charbon.
En opérant avec de l’alcool on obtient encore 3 gr. 50 d’extrait,
mais dans lequel on ne décèle plus que 0 gr. 005 de caféine. Cet alca­
loïde existe dans les gousses à l’état libre, car en traitant la matière
première qui a servi aux deux opérations précédentes par la chaux
et en épuisant ensuite le magma calcaire par le chloroforme on ne
trouve plus trace de caféine.
La matière cireuse renferme beaucoup de chlorophylle caracté­
risée par ses raies spectroscopiques. Chauffée dans une capsule de
platine elle ne se volatilise pas en totalité, mais laisse un résidu de
sels fixes contenant principalement de la potasse et de la chaux (1).
Il nous a paru intéressant de comparer la teneur alcaloïdique
des gousses du Kola à celles du Cacao ( Theobroma cacao) ; les deux
végétaux ayant de grandes affinités botaniques en présenteraient-ils
aussi comme composition chimique? Voici les résultats de ces
recherches qui n’avaient point été faites jusqu’ici.

XII. —

G ousses

oe cacao

(Cabosses).

L’épuisement par le chloroforme à chaud fournit 2,25 0/0
d’extrait dont 0 gr. 038 0/0 constitués par de la caféine cristallisable,presque complètement exempte de corps étrangers. A la suite
de ce traitement, l’alcool enlève encore 3 gr. 20 de matière. En
soumettant ce nouvel extrait à l’action de l’eau bouillante, on
en tire encore 0 gr. 010 de caféine caractérisée par ses cristaux
aiguillés. L’alcaloïde existe dans la gousse à l’état libre.
(1)Traitement à l’alcool.— La substance provenant de l’opération précédente
soumise à l’action de l'alcool à chaud, ne cède à ce véhicule qu’une faible quantité
de matière colorante jaune rougeâtre et du tannin.
Traitement à l’eau. — En soumettant la poudre ainsi épuisée, par l’alcool à
l’action de l'eau bouillante, on en retire encore un peu de matière colorante jaune
mais en proportion bien moindre que celle fournie par la noix.
Traitement a la potasse. — Une solution de potasse, enfin, dissout le principe
rouge dont les caractères optiques sont identiques à ceux que nous avons cités plus
haut en parlant de l’extrait de la noix obtenu par le même dissolvant.

�EDOUARD 11ECKEL

XIII. —

Co m pa r a iso n

des

gousses

de

C acao,

de

C afé

et

de

Ko l a .

Des expériences qui précèdent, il résulte que ln teneur eu
caféine dans les gousses de Kola et de Cacao est très faible. Elle est
à peu près identique dans les deux cas puisque nous trouvons :
Gousse de Kola = 0,056 o/o
Gousse de Cacao = 0,049 o/o
La caféine existe à l’état libre dans ces deux produits qu'on pour­
rait utiliser pour l’alimentation des bestiaux (chevaux, bœufs,
ânes, etc.) : ces animaux en sont friands.
Dans le même ordre d’idées, nous avons cru devoir rapprocher
de la composition des gousses de Kola et de Cacao, celle des coques
(fruits) de café et nous avons choisi de préférence les gousses du
café de Liberia (Coffea Liberica) qui sont de dimensions plus consi­
dérables.
Les coques épuisées par le chloroforme ont donné de la caféine
et n’en donnent plus après cette première extraction, quand ou
cherche à en retirer du magma calcaire ci-dessus. La proportion
d’alcaloïde est bien plus faible que dans la graine du Cofjea Liberica
(qui en renferme 0 gr. 341 p. c.). Avec 700 gr. de.matière, nous
n’avons obtenu que 0 gr. 042 de caféine brute, soit 0 gr. 006 p. c.
quantité qui,après purification,s'est réduite à 0 gr. 025 ou 0 gr. 004
pour cent. Comme on le voit c’est encore la gousse de Kola qui
renferme le plus d’alcaloïde, quand ou la compare à celle du cacao
et du café (de Liberia).
X IV .

—

c o m p a r a i s o n e n t r e l a n o i x d e k o l a , l e c a f é , l e t h é et l e cacao
a u po in t de vue de l e u r r ic h esse en c a f é in e .

En comparant la quantité de caféine qui se trouve dans le café,
le thé et la noix de Kola, on reconnaît que cette dernière en ren­
ferme le plus. Le thé, de même que la noix de Kola, présente l’alca­
loïde à l’état libre, tandis que pour le café il n’en est pas de même.
D’après Payen (Ann. cliim. et phys., 3e sër., XI, 129), il n’y aurait
que 0,8 p. 100 de caféine libre, tandis que 1,45 de la base serait
combiné à un acide particulier sous forme de sel. Comme le chloro-

�LES KOLAS AFRICAINS

205

génate de. potassium et de caféine renferme 29 p. 100 d’alcaloïde, il
s’ensuit que les 5 grammes p. 100 de ce sel double, que le savant
professeur de Paris a trouvés dans le café, contiendraient 4,45
d’alcaloïde : ajoutant par conséquent ce nombre à 0,8, nous trou­
vons 2,25 p. 100 de caféine dans le café.
Nous devons faire remarquer ici que d’autres chimistes qui se
sont occupés du dosage des principes constitutifs du café ont trouvé
des nombres différents de celui-ci. Weyrich (Pliarm. Zeitsch. f.
Russlancl., XII, 362), pour ne prendre qu’une des analyses les plus
récentes, indique les quantités suivantes de caféine dans les espèces
ci-après désignées.:
Jamaïque.........................
Moka jaune......................
Java g r is .........................
Cosla Rica ......................
Ceylan..............................

1,43 p. 100.
0,G4
2,21
1,18
1,53

S u r i n a m . .. .........................

1,04

D'où il suit que la teneur de. la noix de Kola en caféine libre
(sans parler ici de celle (pii peut provenir de la Kolanine par dédou­
blement) est supérieure à celle des cafés les plus riches.
Si nous comparons la noix de Ivola à diverses espèces de thé,
nous trouvons, pour ces derniers, une quantité moindre de théine
ou de caféine, ainsi que l’indiquent les nombres trouvés par Stenhouse (Aun. of chcm. and pharm., XLV, 371).
PourM. Coninck (Rêperl. pliarm., XXXVII, 169), le thé de Chine
en contiendrait de ! à 2,5, mais cette proportion peut être dépassée
et atteindre 3,5. M. Stahlsmitt (Poyg.Ann., CXII, 441) et plus récem­
ment M. Strauch (Viertelj. prakt. pharm., XVI, 167) n’auraient
trouvé que 0,45 dans le thé du Paraguay. D’après M. Aubert (.Arch.
/. die gesamm. Phys., V. II. 12, p. 582), enfin, le thé de Pecko eu
contiendrait 2,149 à 2,433. L’auteur s’est servi de chloroforme pour
opérer ses extractions et effectuer ses dosages.
Il résulte donc de la comparaison de ces nombres que, à quelques
rares exceptions près, la noix de Kola est plus riche en caféine queles thés de provenances les plus diverses et môme que les divers
cafés commerciaux.
Nous verrons également que l’ensemble des alcaloïdes de la
noix de Kola est supérieur à la proportion de théobromine contenue
dans le cacao.

�EDOUARD HECKEL

XV. — COMPARAISON DE LA VALEUR NUTRITIVE

DE LA NOIX DE KOLA AVEC

CELLE DU CACAO ET DU CAFÉ

.

Malgré les différences considérables qui existent entre la noix
de Kola et le cacao au point de vue de la matière grasse, des élé­
ments protéiques ou de la matière amylacée, par exemple, il existe
cependant d’autres principes,communs à ces deux produits, pour les­
quels la discordance n’est pas si grande. Nous venons de dire, il y
a un instant, que la noix de Kola renfermait plus d’alcaloïde que la
fève de cacao : elle est donc plus riche qu’elle en principe actif.
Comme la quantité de cellulose contenue dans le café diffère peu
de celle de la noix de Kola, la comparaison entre les deux graines
sera plus instructive que la précédente.
On peut de môme rapprocher la composition centésimale de la
noix de Kola, de celle du thé, quoique ce dernier contienne un cer­
tain nombre de principes qui ne se trouvent pas dans la noix de
Kola.
Nous indiquons ci-après la composition de ces divers produits
végétaux :
T a b le a u

c o m p a r a tif des p rin cip es
le c a f é ,

c o n s t i t u a n t s c o n t e n u s d a n s le cacao,

le th é e t la n o i x d e K o l a .

PRINCIPES CONSTITUANTS

Matière grasse............................
Matières protéiques..................
T héobrom ine............................
Caféine .......................................
Huile essentielle.........................
Résine...........................................
Sucre ...........................................
A m idon......................................
G om m e.......................................
Cellulose......................................
Matières co lo ran tes..................
—
Id. —
...................... .....
Matières extractives..................
T a n n in .......................................
Cendres .......................................
Eau..............................................

(1) Rouge de cacao.

(2 et j3) Chlorophylle.
(4) Rouge de kola o u Kolanine.

CACAO

CAFÉ

(Milseherlich) (Paycn.)
53, 0
13
1,5
0,4
0,5

13
13
2,25
0,003
15,5

3,6
6
100,00

0,28
3

2,80

0,43
0,79
2,22

0,46
0,60
3,64

8,58
7,28
17,08 20,18
17.24 19,20
2,22 2 1,84 s
22,8U 19,88
17,80 12,88
5,24
6,697 5,46
12
100,000 100,00 100,00
34

5t

T IK

Noir
Vert
(Péli got.)

Noix de Kola
lleckel et
Sclilagden—
liaiifTcn
0,585
6,761
0,023
2,348
non déterm:
2,875
33,754
3.640
29,831
2,561
1,290 4
1,618
3,395
11,909
1 0 0 ,0 0 0

�LES KOLAS AFRICAINS

207

A l’inspection de ce tableau, on est frappé de l’énorme différence
qui existe entre la richesse de ces substances en matière grasse. Le
cacao en renferme plus de 50 p. 100, que les fabricants de chocolat
remplacent par l’amidon, sans crainte, le plus souvent, d’en mettre
un excès. Le café n’en contient que le quart et la noix de Kola, la
centième partie seulement. Mais, dans le thé, remarquons-le en
passant, elle n’existe pas du tout : les 0,28 inscrits sur notre tableau
sous la rubrique matière grasse étant de la cire et non du beurre.
Les matières protéiques entrent dans la composition du café et
du cacao dans la même proportion : ces deux graines sont donc, au
point de vue de la totalité de l’azote, deux fois plus nutritives que la
noix de Kola qui ne renferme que moitié autant d’azote. Mais la noix
de Kola, à son tour, renfermant deux fois plus de matière azotée
que le thé, aurait donc, pour la même raison, une valeur alimentaire
deux fois plus considérable que ce dernier caféique.
Pour ce qui concerne la richesse en alcaloïdes, nous avons déjà
fait remarquer que tout l’avantage était en faveur de la noix de
Kola. D’après une ancienne théorie de Liebig, la caféine aurait une
valeur alimentaire réelle en tant que composé azoté. Cette assertion
toutefois, admise pendant fort longtemps, à été démontrée fausse
par les travaux plus récents des physiologistes qui ont fait voir
que cet alcaloïde ne subissait pas de modifications dans l’organisme
et se retrouvait en totalité dans les urines.
Indépendamment de son amertume, la noix de Kola présente
une saveur particulière, due à une huile essentielle dont nous
n’avons pas déterminé la proportion. Il eut fallu, pour arriver à la
connaître, distiller plusieurs centaines de kilogrammes de graine
fraîche où elle est plus abondante que dans la graine sèche. Dans
cette dernière, il n’y en a que des traces. C’est le principe aphrodi­
siaque.
Le principe aromatique du café, qui ne se développe dans la
graine de Cofjfea que par la torréfaction, n’existe, dans le café non
torréfié, qu’en proportion très faible (0,003), tandis qu’il est beaucoup
plus abondant dans le cacao 0,3 p. 100, et dans le thé 0,60 à 0,79
p. 100. Cette huile essentielle se développe aussi dans le Kola par la
torréfaction.
Le thé contient de la résine en petite quantité ; 2,22 à 3,64
p. 100. Nous y trouvons également de la gomme qui existe pour

�EDOUARD HECKEL

moins que moitié seulement dans la noix de Kola. Par contre il ne
renferme pas de sucre qui entre pour une proportion de 15,5 p. 100
dans la composition du café, de 0,05 p. 100 dans le cacao et de 2,875
dans la noix de Kola. Au point de vue alimentaire, le café occupe­
rait donc le premier rang à cause de la forte proportion d’hydrates
de carbone qu’il renferme, tandis que le cacao serait placé en
dernier lieu, puisqu’il contient trente fois moins de ces principes.
La cellulose existe en abondance dans la noix de Kola ; elle varie
entre le quart et le tiers du poids total de la graine. Pour le café
elle n’en forme que le tiers ; pour le thé vert, le septième, et le thé
noir, le quart environ. Il suit donc de là qu’au point de vue alimen­
taire ces 29,831 p. 100 de cellulose de la noix de Kola constituent
une non-valeur (1), au même degré que les 34 p. 100 du même prin­
cipe contenu dans le café et les 17,08 à 26,13 p. 100 qui se trouvent
dans le thé. Le cacao n’en renferme pas.
Quant aux autres principes (matières colorantes, extractives et
tannin), ils ne présentent,, au point de vue de l’alimentation, qu’un
intérêt tout à fait secondaire.
L’ensemble des sels fixes de la noix de Kola et du Cacao est à
peu près le même. Il est plus considérable dans le thé, et deux fois
plus fort dans le café.
En résumé, si dans l’examen des quatre substances que nous
venons de comparer, nous laissons de côté les principes colorants
extractifs et autres dont l’équivalent nutritif est tout au moins fort
douteux, pour ne prendre en considération que les matières pro­
téiques et les hydrates de carbone, nous trouvons que le café se
trouve au premier rang; mais en n’envisageant que les matières
grasses, c’est le cacao qui est de beaucoup supérieur au café, au
thé et à la noix de Kola.
Quant au principe actif de ces divers produits alimentaires,
c’est-à-dire au composé chimiquement défini, à la caféine ou à sou
homologue la théobromine, c’est la noix de Kola qui en renferme
le plus et sous son état le plus actif (naissant). Par conséquent, au
point de vue des effets physiologiques produits par des poids égaux
(1) Toutefois nous avons vu que, d'après l'appréciation de MM. Chodat et
Chuit (voir page 176), cette cellulose se diGérencierait de celle des congénères
par sa nature spéciale qui la rend facilement assimilable.

�LES KOLAS AFRICAINS

209

de ces matières préexistantes dans la graine, c’est la noix de Kola
qui doit occuperet qui occupe, nous l’avons déjà dit, le premier rang.
XVI. — RÉACTIONS

DE LA CAFÉINE

En dernière analyse, la caféine étant, surtout à l’état naissant, ce
qui n’existe dans aucune autre graine, le principe actif du Kola»
il n’est pas possible de passer à côté d’une substanee aussi
importante, sans nous y appesantir davantage au point de vue chi­
mique, c’est-à-dire sans présenter quelques considérations nou­
velles sur ses réactions et sur sa constitution chimique. Le dosage
et les réactions de la caféine sont en effet indispensables à bien
établir pour juger un Kola.
Quoique parfaitement étudié au point de vue de ses propriétés
physiques et chimiques, l’alcaloïde du Kola, du café et du thé mérite
néanmoins de fixer un instant notre attention en raison de certaines
particularités qui n’ont été, avant nos recherches, l’objet d’aucune
étude spéciale.
J. Propriétés physiques. — La caféine se présente sous forme
d’aiguilles longues, incolores, d'un éclat soyeux. Sa saveur est peu
amère, elle fond dans son eau de cristallisation à 100° et se sublime
sans décomposition et sans répandre d’odeur caractéristique.
On n’est pas d’accord sur ses points de fusion et de volatilisa­
tion ; Mulder (Ann. d. Poggendorf, XL11I, p. 160) admet pour le
premier nombre 178°, tandis que Strecker (Ann. de cliim. et pliarm.
CXVIII, p. 151) indique 234 degrés et M. Commaille (Bail de la Soc.
chim., 1876, I, p. 261) 229 degrés0.
Quant à son point de volatilisation,l’écart est encore plus con­
sidérable. D’après Strau'ch ( VierteIj. Schr. /. pharm. XVI, p. 161),
la caféine se sublimerait à 177 degrés et entrerait en ébullition à
une température beaucoup plus élevée. Le nombre 384 indiqué par
Péligot (Ann. de chim. et de phys., 3e s., XI 138) comme point de
volatilisation, n’a pu être vérifié par d’autres expérimentateurs.
La même discordance régnait jusqu’à présent au sujet de sa
solubilité dans les divers véhicules, mais d’après les nouvelles
déterminations de M. Commaille (loc. cit.) on sait aujourd’hui que
le chloroforme à la température ordinaire (16° environ) est son

�210

ÉDOUARD HECKEL

meilleur dissolvant. Il en dissout six fois plus que l’alcool, dix
lois plus que l’eau, deux cents fois plus que le sulfure de carbone
et l’étlier, et cinq cents fois plus que l’essence de pétrole. Ces pro­
portions toutefois changent quand on opère à la température
d’ébullition des liquides : l’eau, dans ce cas, occupe le premier
rang puisqu’elle en dissout 45 p. 100 ; viennent ensuite le chlo­
roforme qui n’en dissout que 19 p. 100 ; l’alcool 3,12 p. 100;
l’éther 0,36 p. 100 et le sulfure de carbone 0,45 p. 100. La benzine
et l’alcool amylique la dissolvent également.
2.
Basicité. — Elle se combine aux acides pour former des sels
parfaitement définis, mais qui, en solution aqueuse acidulée, per­
dent la totalité de leur base en présence des véhicules ci-dessus.
Cette propriété témoigne en faveur du faible pouvoir de saturation
de cet alcaloïde pour les acides, ou en d’autres termes de sa faible
basicité.
11 est en effet difficile de constater la réaction alcaline avec le
papier de tournesol, puisque l’on aperçoit à peine une légère teinte
bleuâtre, soit que l’on fasse usage d’une solution aqueuse ou
alcoolique de l’alcaloïde.
Les autres réactifs colorés conduisent au même résultat négatif.
Une solution alcoolique de curcuma, par exemple, qui colore
l’atropine, la cinchonine et la quinidine en rouge foncé, reste
entièrement insensible en présence de la caféine. Les solutions
alcooliques des bois de Campèche, de Fernambouc ou de Lima, qui
donnent au contact de certains alcaloïdes, comme aussi avec les
bases fixes ou leurs carbonates, des colorations rouge groseille ou
ponceau ne virent pas de teinte quand on y laisse séjourner de la
caféine. D’où il suit que la base que nous étudions ne présente pas
une réaction alcaline comparable à celle de l’atropine, de la quini­
dine ou de la cinchonine, moins encore à celle d’une solution de
potasse ou d’ammoniaque même dans un grand état de dilution.
11 est vrai de dire que d’autres alcaloïdes, tels que la brucine, la
morphine et la quinidine, qui se combinent avec la plus grande
facilité avec les acides, présentent également, à l’égard des réactifs
que nous venons de citer, une indifférence très grande, au point
de rendre difficile la constatation de leur degré d’acalinité ; elle
partagent donc cette propriété avec la caféine.
Eri nous servant d’autres réactifs propres à décéler l’alcalinité

�212

ÉDOUARD HECKEL

3.
Propriétés chimiques. — A. Combinaisons insolubles. On sait
que pour caractériser les alcaloïdes on emploie généralement cer­
tains réactifs spécifiques qui, ajoutés à leurs solutions neutres ou
acides, donnent naissance à des précipités colorés. La caféine
cependant fait exception.
L’iodure double de cadmium et de potassium ne fournit eu
effet pas le moindre trouble dans une solution neutre ou acide de
caféine au 1/100.
L’iodure double de mercure et de potassium se comporte de
la même façon.
L’iodure ioduré de potassium n’altère pas la solution de caféine
pure au 1/100; mais quand ou vient à ajouter au mélange une
trace d’acide chlorhydrique, il se forme un précipité brun très
abondant. En faisant usage d’une solution légèrement acidulée,
le réactif en question permet de déceler 1/2000 de caféine.
L’iodure de bismuth et de potassium semble au premier abord
jouir des mêmes avantages ; mais, à cause de la facile décompo­
sition de ce sel double, en présence de l’eau on ne peut pas
compter sur la limite de la réaction.
Le pbosphomolybdate de sodium est d’un usage "beaucoup plus
facile. Le précipité que fait naître ce réactif dans une solution de
caféine indique 1/4500 d’alcaloïde en dissolution.
L’acide picrique et le bichromate de potassium sont insensibles
en présence d’une, solution de caféine au 1/500; mais il est facile
de constater que ces mêmes réactifs ne donnent pas le plus faible
louche dans des liqueurs cinq fois plus concentrées.
Le bichlorure de platine, au dire de Dragendorlï (Traité de
toxicologie, p. 295), fournit un précipité cristallin dans les solutions
de caféine au bout de deux heures. Il faut remarquer cependant
que ce réactif, même à l’état de grande concentration, ne donne
rien au début dans une solution au 1/100.
Il en est de même pour le chlorure d’or.
Le bichlorure de mercure fait naître immédiatement un pré­
cipité cristallin dans les solutions de caféine au 1/100 ou au 1/200
La réaction est encore sensible dans les liquides étendus au 1/500'
Le tannin enfin précipite les solutions de caféine étendues au
1/ 2000.
Tl résulte donc de l’ensemble de cet exposé que l’iodure ioduré

�212

ÉDOUARD HECKEL

3.
Propriétés chimiques. — A. Combinaisons insolubles. On sait
que pour caractériser les alcaloïdes on emploie généralement cer­
tains réactifs spécifiques qui, ajoutés à leurs solutions neutres ou
acides, donnent naissance à des précipités colorés. La caféine
cependant fait exception.
L’iodure double de cadmium et de potassium ne fournit eu
effet pas le moindre trouble dans une solution neutre ou acide de
caféine au 1/100.
L’iodure double de mercure et de potassium se comporte de
la même façon.
L’iodure ioduré de potassium n’altère pas la solution de caféine
pure au 1/100; mais quand ou vient à ajouter au mélange une
trace d’acide chlorhydrique, il se forme un précipité brun très
abondant. En faisant usage d’une solution légèrement acidulée,
le réactif en question permet de déceler 1/2000 de caféine.
L’iodure de bismuth et de potassium semble au premier abord
jouir des mêmes avantages ; mais, à cause de la facile décompo­
sition de ce sel double, en présence de l’eau on ne peut pas
compter sur la limite de la réaction.
Le pbosphomolybdate de sodium est d’un usage "beaucoup plus
facile. Le précipité que fait naître ce réactif dans une solution de
caféine indique 1/4500 d’alcaloïde en dissolution.
L’acide picrique et le bichromate de potassium sont insensibles
en présence d’une, solution de caféine au 1/500; mais il est facile
de constater que ces mêmes réactifs ne donnent pas le plus faible
louche dans des liqueurs cinq fois plus concentrées.
Le bichlorure de platine, au dire de Dragendorlï (Traité de
toxicologie, p. 295), fournit un précipité cristallin dans les solutions
de caféine au bout de deux heures. Il faut remarquer cependant
que ce réactif, même à l’état de grande concentration, ne donne
rien au début dans une solution au 1/100.
Il en est de même pour le chlorure d’or.
Le bichlorure de mercure fait naître immédiatement un pré­
cipité cristallin dans les solutions de caféine au 1/100 ou au 1/200
La réaction est encore sensible dans les liquides étendus au 1/500'
Le tannin enfin précipite les solutions de caféine étendues au
1/ 2000.
Tl résulte donc de l’ensemble de cet exposé que l’iodure ioduré

�LES KOLAS AFRICAINS

213

de potassium, le tannin et le phosphomolybdate de sodium sont les
réactifs les plus sensibles qui permettent de caractériser la caféine
à l’état de combinaison insoluble.
B. Action des oxydants. — La caféine jouit d’un pouvoir réduc­
teur considérable, presque aussi énergique que celui de la mor­
phine. Comme cette propriété n’avait pas encore été mentionnée
jusqu’à présent, nous avons pensé qu’il n’était pas sans intérêt de
la faire connaître et de signaler les conditions dans lesquelles
s’effectuent ces réactions.
Chlorure d’or. — Quand on chauffe du chlorure d’or avec de la
caféine cristallisée ou avec une solution acétique ou chlorhydrique
de cette base, il ne se produit pas de changement dans la liqueur.
Mais quand ou ajoute au mélange du sel d’or et de caféine, quelques
gouttes de potasse caustique et que l’on porte la solution à la tem­
pérature du bain-marie ou à l’ébullition, on obtient immédiate­
ment un précipité noir d’or métallique. Si au lieu de potasse ou
emploie l’ammoniaque, la précipitation de l’or ne s’effectue pas ;
elle n’a lieu que dans le cas où l’on ajoute à cette même solution
ammoniacale une faible proportion de potasse.
Nitrate d’argent. — Le nitrate d’argent, eu solution acide, n’est
pas décomposé par la caféine, même à la température de l’ébullition.
Le même sel en présence de l’ammoniaque 11e l’est pas davan­
tage.
La réduction s’effectue néanmoins avec la plus grande facilité,
quand on ajoute de la potasse caustique au mélange de nitrate
d’argent ammoniacal et de caféine; il suffit de chauffer modéré­
ment la liqueur pour avoir un dépôt noir. Quand 011 porte le
mélange à l’ébullition, il se produit sur les parois du tube à essai
un miroir métallique brillant. La meilleure manière d’obtenir cette
réaction consiste à mélanger au nitrate d’argent ammoniacal un
peu d’acétate de caféine, d’ajouter de la potasse et de chauffer. Le
dépôt se produit alors avec la plus grande netteté.
Mais si l’on ajoute la caféine en cristaux à la solution argentique
ammoniacale et qu’on chauffe ensuite avec la potasse, il se forme
seulement un précipité pulvérulent sans miroir.
Les acides oxygénés, contrairement aux sels métalliques, 11e
sont réduits qu’en solutions acides.

�EDOUARD HECKEL

Acide chromique. — Quand on chauffe au bain-marie une solu­
tion de bichromate de potassium en présence d’une solution sulfu­
rique de caféine, il se produit une coloration verte.
Acide iodique. — La réduction de l’acide iodique s’effectue
également à la température du bain-marie sous l’influence de la
caféine. L’iode libre provenant de cette décomposition peut être
décelé à l’aide du sulfure de carbone.
Acide sélénieux. — Quelques gouttes d’acide sélénieux mélan­
gées de caféine dissoute dans l’acide sulfurique, chauffées à la
température du bain-marie, abandonnent un résidu brun rouge de
sélénium.
Acide molybdique. — Si l’on ajoute à du molybdate d’ammonium
une petite quantité de caféine, et qu’on chauffe au bain-marie en
présence d’un peu d’acide sulfurique libre, il se produit au bout de
quelques instants une coloration bleue intense qui indique la
réduction de l’acide molybdique.
Acide hypermanganique. — L’hypermanganate de potassium
réduit partiellement la caféine au bain-marie, mais la décomposi­
tion est beaucoup plus rapide quand on ajoute au mélange un peu
d’acide sulfurique ou d’acide chlorhydrique. Dans le premier cas,
il reste du bioxyde de manganèse hydraté et la liqueur devient
incolore. La solution filtrée, évaporée à siccité, abandonne un
résidu jaune qui se dissout dans l’eau avec une teinte pourpre.
Cette coloration est plus intense en présence de l’ammoniaque.
Lorsque la réaction s’effectue dans une liqueur chlorhydrique, le
résidu brun noir disparait et la liqueur entièrement incolore
fournit, comme dans le cas précédent, un résidu jaune plus rou­
geâtre que celui dont il a été question plus haut, et qui se trans­
forme également en un liquide pourpre après addition d’ammo­
niaque.
Si l’une ou l’autre de ces réactions s’effectue en présence d’un
fragment de sel ammoniac, le résidu salin prend une teinte rouge
très prononcée et se colore d’une manière beaucoup plus intense
que dans le premier cas, au simple contact de l’eau ou de
l’ammoniaque.
La coloration rouge pourpre produite par l’addition de l’ammo

�LES KOLAS AFRICAINS

215

iliaque dans le liquide de la réaction ne peut être due qu’à la
formatiou du purpurate d’ammoniaque. Elle serait la conséqueuce
de la formation de l’alloxantine et de l’alloxane, qui toutes deux
peuvent résulter de l’oxydation de la caféine.
En effet :
côH10N402 -P O8—3(H20)=C®H4N40(Caféine

C8H10N402
Caféine

Alloxantine

O9—3(H20)=C8II4N108
Alloxane

La coloration rouge plus foncée, produite par l’addition du sel
ammoniac au mélange, résulterait de la transformation de l’al­
loxantine en dialuramide qui, à l’air, donnerait la purpurate
d’ammoüiaque, sans addition préalable d’alcali volatil.
C8II4N4O' +C1H. AzH ■
3= C 4H6N 3O»+C 4H2N2O4-f HCl
Alloxantine

Dialuramide Alloxane

2(C4H&amp;N30 3)+ 0 = C 8H4(NH4)N&amp;0 ü-|-ir-0
Dialuramide Purpurate d’ammoniaque

Ce qui nous fait supposer que le produit final est du purpurate
d’ammoniaque et non de la murexoïne (composé obtenu par
Roclileder à la suite de l’action de l’acide azotique sur la caféine),
c’est l’identité des réactions de ce corps avec celles de la murexide
fournie par l’acide urique.
En ajoutant à la solution pourpre un peu d’oxyde de zinc, la
liqueur se décolore et abandonne après dessiccation un résidu
jaune tout à fait caractéristique de purpurate de zinc; puis en
reprenant ce dépôt par une goutte d’ammoniaque, il se produit de
nouveau la coloration pourpre caractéristique de la murexide.
Quand on ajoute de l’oxyde mercurique à la place de l’oxyde de
zinc et qu’on évapore le mélange, il se produit, après évaporation,
une coloration violette très intense de purpurate de mercure.
L’addition de l’ammoniaque à ce dépôt fait naître un précipité
d’oxyde au sein de la solution de murexide. Nous citons à l’appui
delà formation de l’alloxane et de l’alloxantine comme produits
intermédiaires dans cette réaction :
1° Le dépôt abondant de soufre occasionné par le passage cl’un

�216

ÉDOUARD HECKEL

couraul d’hydrogène sulfuré dans la liqueur, d’après l’équation
2(C4 IIsN2O4)+H2S= C®II4N4O7-)-II2O-(-S
Alloxane

A lloxantihe

2° En second lieu, l’alloxantine nous paraît suffisamment carac­
térisée par la coloration bleue que produit dans la liqueur l’addition
de baryte, d’oxyde de magnésium ou de chaux hydratée, ainsi que
la coloration bleu indigo fournie par la présence d’une trace de sel
ferreux et d’ammoniaque.
Nous admettons par conséquent que, dans la réaction de l’hypermanganate de potasse sur la caféine en présence de l’acide sulfu­
rique étendu, il se produit de l’alloxane et de l’alloxantine, et que
la coloration pourpre provoquée par l’addition d’une goutte d’am­
moniaque à ce mélange est due à la murexide.
Acide plomhique. — Quand on fait bouillir la caféine avec du
peroxyde de plomb et de l’acide sulfurique dilué, on obtient un
liquide incolore qui abandonne, après évaporation au bain-marie,
une auréole jaunâtre. Ce liquide, traité par un courant d’hydrogène
sulfuré, fournit un dépôt abondant de soufre et présente tous les
caractères d’un mélange d’alloxane et d’alloxantine. L’ammoniaque
y fait naître une coloration pourpre intense analogue à celle de la
murexide.
La liqueur jaunit en présence de l’oxyde de zinc, prend une
teinte orangée après évaporation au bain-marie, et le résidu rede­
vient pourpre après addition d’une goutte d’ammoniaque. Traité
par l’oxyde mercurique récemment précipité, elle donne lieu aux
mêmes transformations que celles qui ont été signalées plus haut
dans le produit de la réaction de l’hypermanganate de potassium.
Quand, après le traitement de la solution par l’hydrogène
sulfuré, on ajoute à la liqueur acide de la baryte, de la chaux ou de
la magnésie, on obtient également, comme plus haut, une colora­
tion bleue caractéristique de l’alloxantine.
Ajoutons enfin qu’un mélange d’alloxane et d’alloxantine se
comporte dans certaines circonstances et sous l’inlluence de cer­
tains réactifs comme le produit d’oxydation de la caféine parle
bioxyde de plomb en présence de l’acide sulfurique.
Qu’on ajoute, en effet, à ce liquide acide un peu de phénol et de

�LES KOLAS AFRICAINS

217

l’hypochlorite de soude avec du carbonate de soude en excès, que
l’on chauffe le mélange au bain-marie, et l’on verra apparaître une
belle nuance bleu verdâtre, identique à celle que fournissent
l’alloxane et l’alloxantine.
Il résulte donc pour nous de l’ensemble de ces réactions que la
caféine, en s’oxydant sous l’influence de l’oxyde pure et de l’acide
sulfurique dilué, se transforme en alloxane et alloxantine qui, en
présence de l’ammoniaque, donnent naissance à delà murexide.
Deux mots encore à propos de l’oxydation de cet alcaloïde en
présence de l’acide azotique, du chlore et du brome.
Acide azotique. — Lorsqu’on fait bouillir pendant quelque temps
de la caféine avec de l’acide azotique fumant et qu’on évapore
ensuite le liquide, on obtient un résidu jaune qui se colore en
pourpre en présence de l’ammoniaque.
En essayant de reproduire cette réaction étudiée par Rochleder
(Ann. de chimie et de physique, t. L., p. 231 ; t. LUI, p. 201 ; t. LXIX,
p. 130) et indiquée dans tous les traités de chimie, nous avons
reconnu qu’il était difficile d’arriver à un résultat certain et que
conséquemment, il devenait presque impossible de caractériser la
caféine de cette façon.
L’oxydation à l’aide du peroxyde de plomb ou de l’hypermanganatede potassium nous a, au contraire, bien mieux servi et ne
nous a jamais fait défaut, quand il s’agissait de déceler de petites
quantités d’alcaloïde.
D’après Rochleder, il se produirait dans la réaction de l’acide
azotique sur la caféine un acide particulier, l’acide amalique,
capable de se colorer en pourpre par l’ammoniaque, et plus tard de
la cholestrophane, sur laquelle l’ammoniaque n’aurait aucune
action. En opérant dans les conditions signalées par l’auteur, il se
produirait de la murexoïne, colorée eu pourpre comme la murexide,
mais différente de cette dernière par sa composition moléculaire.
Lorsque, au lieu d’acide azotique fumant, on se sert d’acide
nitrique ordinaire pour faire la réaction, on ne réussit pas mieux à
caractériser la caféine; il est préférable, dans ce cas, d’évaporer le
mélange au bain-marie, d’ajouter au résidu quelques gouttes
d’acide chlorhydrique et de réduire jusqu’à siccité complète. Une
minime quantité d’ammoniaque suffit alors pour colorer le produit
en rouge pourpre.

�EDOUARD HECKEL

Clüore. — L’action du chlore sur la caféine diffère selon les pro­
portions de réactif mises en jeu : le chlore gazeux (Mulder) est sans
action, mais à l’état de solution il produit plusieurs composés diffé­
rents.
Indépendamment de la chlorocaféine qui prend naissance dès
le début, Rocheleder (loc. cit.) a vu qu’il se formait les mêmes corps
que dans l’oxydation de l’alcaloïde par l’acide azotique, c’est-à-dire
de l’acide amalique et de la cholestrophane.
CH 3
II +CAzCI + 3HC1
H

C8II1GN 40 2+ 2 H20 + 4 Cl=C«II«'NaO i+A z
Caféine.

Acide amalique.

Méthylamine.

GeHeN20 4 + H'-O + 2 C1=G®H6N20 3 + CO2 + 2 HCl
Acide amalique.

Cholestrophane.

Le chlore peut bien mieux servir dans une recherche de caféine
que l’acide azotique, puisqu’en évaporant au bain-marie le mélange
de l’alcaloïde et de l’eau chlorée, on obtient toujours un résidu
jaune orangé, qui prend une teinte pourpre sous l’influence de
l’ammoniaque.
Ce réactif permet de déceler 0 gr. 00025 de caféine.
On peut substituer au chlore un mélange de chlorate de potasse
et d’acide chlorhydrique ou de nitrate de potasse et d’acide chlo­
rhydrique.
Si dans l’un ou l’autre cas, on ajoute un petit fragment de sel
ammoniac et qu’on évapore au bain-marie jusqu’à siccité, on
obtient un résidu rouge beaucoup plus coloré.
Cette réaction est signalée par les auteurs comme appartenant
à l’alloxantine, d’après l’équation
C8H4N4O7+ 4 AzH4C1=C4H&amp;N 3O3+HC1+ C4H2N2O4
Alloxantine

Dialuramide

Alloxane

Mais comme, dans la réaction du chlore sur la caféine, nous
admettons qu’il se produit de l’alloxane et de l’alloxanline, nous
considérons finalement la coloration pourpre en présence de l’am­
moniaque comme due à la murexide. Il doit en être de même dans
la réadtion de l’acide azotique, car là aussi nous avons constaté que

�LES KOLAS AFRICAINS

219

l’addition d’un peu de chlorure d’ammonium au mélange de l’alca­
loïde et de l'acide produisait une coloration pourpre plus intense
en présence de l’ammoniaque.
Ces assertions toutefois n’infirment pas les résultats de Rochleder. Nous voulons seulement, en les signalant, faire remarquer
que l’alloxane et l’alloxantine peuvent se trouver associés à l’acide
amalique et à la cholestrophane.
Brome. — Quand on ajoute de l’eau bromée à de la caféine en
suspension dans l’eau, les cristaux prennent une coloration rouge
brique et se dissolvent peu à peu à la température du bain-marie.
En ajoutant de l’ammoniaque à cette solution, on obtient un préci­
pité floconneux de bromocaféine.
La théobromine ne se colore pas dans cette circonstance ; par
conséquent, le brome peut servir de réactif différentiel entre les
deux alcaloïdes.
Lorsqu’on évapore la solution de caféine dans l’eau bromée, il se
produit un composé rouge orangé qui présente toutes les réactions
d’un mélange d’alloxane et d’alloxantine. Il se colore en pourpre
en présence de l’ammoniaque et en bleu indigo après addition
d’une trace de sel ferreux et d’ammoniaque.
En reprenant par l’eau le résidu de l’évaporation au bain-marie,
et en traitant le liquide par un courant d’hydrogène sulfuré, il se
dépose du soufre comme dans la réaction produite par l’eau chlorée.
Le hrome, comme le chlore, peut donc servir à déceler I^~5 à
^0l00 de caféine.
Plusieurs chimistes ont essayé d’établir les formules ration­
nelles de la caféine; Strecker l’envisage comme une base renfer­
mant une molécule de cyanogène et une de diméthyllactylurée
2 C Az j

/ CH2H
;\ A z 2 ou A z )
C 2H 40 |
4
'
Az
2CH3

coi

i C Az
C Az
\ C4H 4 0 2

Pour Rochleder, elle constituerait de l’acide urique dans lequel

�EDOUARD HECKEL

l’hydrogène serait remplacé par clu méthyle et le tartronyle par du
succinyle
[ CH 2H

j H

\H

1 C H 2H

( C Az
/ Az J C Az
l
&lt; C -2 H 2 0 3

)

Az

i

I

( C Az
Az | C Az
( C 4 H ^ 0 2n

Acide ui'ique.

Calcine.

Mais quelque séduisantes que paraissent ces interprétations
théoriques, il est difficile de se rendre compte de la manière dont
se forment les produits d’oxydation de l’alcaloïde.
E tude

chimique du

male (Garcinia Kola Heckel).
Noix fraîches.

Kola

Elles sont produites par une guttifère (Garcinia Kola Heckel) et
les indigènes de certains points de la côte africaine les emploient
aux lieu et place du vrai Kola. Le prix de ces graines n’est pas
moins élevé que celui des produits du Cola acuminata.
Nous avons déjà étudié au chapitre Ier l’histoire naturelle de
cette graine (voir pages 106 et suiv.), il reste à en donner l’ana­
lyse chimique telle qu’elle a paru dans notre première monogra­
phie des Kolas africains (1884).
Le poids des graines varie : les plus grosses pèsent 5 gr. 75.
les plus petites pèsent 2 gr. 90.
soumises à la dessiccation, elles perdent des quantités d’eau consi­
dérables variant de 25 à 50 p. 100.
Extraction au chloroforme. — Traitées par le chloroforme dans
un appareil à déplacement continu à chaud, elles fournissent un
liquide jaune qui, évaporé à siccité, se réduit à un extrait brunâtre
correspondant à 3,833 p. 100 de matière employée.
Cet extrait bouilli dans l’eau comme celui de la noix de Kola,
ne cède rien à ce véhicule. La solution aqueuse évaporée n’aban­
donne qu’un résidu imperceptible; additionnée d’un peu de chlore,
après concentration convenable, elle ne donne point de coloration
rouge. Le brome en vapeur ou l’eau bromée ajoutée au produit
d’évaporation de la solution aqueuse, ne produit pas plus d’effet,
soit isolément, soit en présence de l’ammoniaque. Comme l’opéra­
tion a* été exécutée avec 80 grammes de matière première, nous

�LES KOLAS AFRICAINS

221

pouvons affirmer, d’après ce résultat négatif, que la noix fraîche ne
renferme pas de caféine.
L’extrait chloroformique se dissout parfaitement dans l’éther,
l’alcool ordinaire, l’alcool méthylique, l’acétone et l’acide acétique.
Il est peu soluble dans la benzine et presque insoluble dans l’essence
de pétrole et le sulfure de carbone. La solution alcoolique colore
en violet les sels ferriques, et le liquide ainsi obtenu ne précipite
pas au contact de la potasse et de l’ammoniaque. Cette solution
d’une belle teinte vineuse ne présente aucune action spéciale sur
le spectre.
Extraction à l'éther. — Lorsqu’on emploie l’éther aux lieu et
place du chloroforme, on obtient une solution un peu plus colorée.
L’extrait éthéré sec est beaucoup plus foncé que l’extrait chloro­
formique, son poids est aussi plus élevé que le précédent. En
laissant fonctionner l’appareil pendant douze heures, comme pour
la première opération, nous avons retiré 4 gr. 525 p. 100 d’extrait.
Il s’agit ici d’une extraction faite avec des noix non épuisées par
le chloroforme. Le résidu éthéré ne contient pas de caféine. L’extrait
éthéré renferme deux composés parfaitement distincts qu’il est
facile d’isoler à l’aide de la benzine. Ce véhicule, en effet, dissout
très bien la résine brune, tandis qu’il laisse presque insoluble une
autre résine blanche à raies colorées en jaune. A l’aide de quelques
tâtonnements, on finit par obtenir une séparation complète. La
résine brune est parfaitement fusible à la température du bainmarie, elle est hygrométrique et se ramollit au contact de l’air,
tandis que la résine blanche est dure et ne fond que difficilement.
La résine blanche se dissout parfaitement dans l’alcool, l’acétone
et l’acide acétique; elle résiste à l’action du sulfure de carbone, du
pétrole et de la benzine. Sa solution alcoolique se colore, au contact
des sels ferriques, en violet foncé.
Extraction à l’alcool. — Après avoir épuisé 80 à 100 grammes de
matière par de l’éther ou du chloroforme, nous soumettons lapoudre, préalablement desséchée à l’étuve, à l’action de l’alcool
dans le même appareil : au bout de vingt-quatre heures, l’opération
étant terminée, nous retirons du ballon un liquide d’un beau jaune
qui, soumis à l’évaporation au bain-marie, fournit un extrait jaune
paille. En ajoutant de l’eau à cet extrait, il se dépose une matière

�222

ÉDOUARD HECKEL

résineuse jaune et il se dissout uue grande quantité de glucose et
de tannin.
Le poids de l’extrait alcoolique est de 14,518 p. 100, dont
5 gr. 135 sont constitués par une résine analogue à celle que nous
avons obtenue par le chloroforme et l’éther. La solution aqueuse,
débarrassée d’une grande quantité de matière colorante par le
charbon animal, dévie fortement la lumière polarisée à droite et
précipite par la gélatine, le tartre stibié, l’acétate plombique et
triplombique.
Elle se colore en brun en présence de la potasse et de l’ammo­
niaque, précipite en brun verdâtre les sels ferrique, en brun les
sels d’urane, et renferme par conséquent de la glucose et du tannin.
Le dosage à l’aide de la liqueur de Bareswil fournit 3gr. 750 de
glucose.
Il resterait par conséquent 5 gr. 430 de tannin mélangé à la
matière amère, dont le goût persistant se révèle quand on essaye
de broyer la noix entre les dents.
La résine blanc jaunâtre extraite au moyen de l’alcool, comme
nous l’avons dit plus haut, présente les mêmes caractères que ceux
fournis par l’extraction éthérée ou chloroformique. Elle se colore,
comme les précédentes, en violet au contact du chlorure ferrique.
L’extrait alcoolique ne fournit pas de caféine. La solution légè­
rement acidifiée ne précipite ni par les iodures doubles de mercure
et de potassium, ni par le phosphomolybdate de sodium et ne se
colore pas en présence du chlore et de l’ammoniaque.
L’examen des autres parties de la plante nous a fourni les
résultats suivants :
A. —

P érisperm e .

L’enveloppe de la graine (arille et spermoderme), traitée par les
divers véhicules ci-dessus : le chloroforme, l’éther, l’alcool, ne leur
cède qu’une matière colorante brune, qui ne présente pas d’action
spécialë au spectroscope. La solution éthérée, par exemple, traitée
par l’acide chlorhydrique concentré ne révèle pas trace de chloro­
phylle, puisque la couche inférieure, celle qui est fournie par
l’acide, n’a pas la moindre coloration verdâtre.
Les alcalis enlèvent à cette enveloppe les mêmes principes colo-

�LES KOLAS AFRICAINS

223

rants que l’éther, le chloroforme et l’alcool, mais d’une manière
plus complète et la solution alcoolique précipite abondamment par
les acides. Comme l’étude de cette matière colorante ne semble pas
offrir de grand intérêt, nous n’avons pas poussé plus loin nos
opérations.
B.

—

É corce.

En préparant les extraits éthéré, chloroformique et alcoolique
dans les mêmes conditions que ci-dessus, nous n’avons pas obtenu
trace de caféine.
Conclusions

En somme, le Kola mâle ou Kola Bitter des Anglais de SierraLeone, n’a aucun des principes constituants du Kola officinal et
ne saurait en avoir non plus les propriétés excitantes et recons­
tituantes. C’est donc par une illusiou inexplicable jusqu’ici,
que les nègres l’emploient aux lieu et place des graines
de Cola acuminata, et lui accordent une valeur vénale hors de
proportion avec son utilité réelle.

��TROISIÈME PARTIE

E tude

physiologique de la noix de

K ola

L’étude chimique complète du Kola que nous venons de faire
va singulièrement en éclairer l’action physiologique qui s’est
jusqu’ici traînée, malgré les louables efforts des médecins même les
plus célèbres, dans les ornières d’une systématique mal dissimulée,
et cela à cause du manque de certitude des données analytiques.
Débarrassée de ses influences secondaires dues au tannin, au
corps gras, à Yamidon, à la gomme, aux matières colorantes et
protéiques, l’action physiologique prépondérante du Kola doit, à
priori, être concentrée dans les trois composants suivants, savoir :
la caféine et la théobromine préexistantes d’une part, et le rouge de
Kola ou Kolanine de l’autre. Avant que des données chimiques pos­
térieures aux nôtres eussent misaujour l’importance chimique du
rouge du Kola (corps sur lequel j’avais cependant, avec persistance,
malgré les dénégations peu mesurées de M. le professeur Germain
Sée, appelé vivement l’attention dans mes notes à l’Académie de
Médecine de Paris en
1890-91, touchant la valeur du Kola et son
J
action propre), on se bornait à considérer la graine d’Afrique comme
un simple caféique plus riche que ses congénères. C’est dans cet
esprit que furent faites d’abord nos propres recherches physiolo­
giques, avec tracés de contraction du cœur et des muscles volon­
taires comme ou le peut voir dans notre première étude intitulée les
Kolas africains, de 1884 (partie physiologique). — Tous les obser­
vateurs qui suivirent restèrent dans ce sillon étroit où nous trouvons,

�EDOUARD HECKEL

parmi les travaux marquants et au premier rang, la thèse de M. le
Dr Monnet parue en 1884-85 (Faculté de Médecine de Lille) et inti­
tulée : de la Kola , Étude physiologique et thérapeutique. Mais les
conclusions de ce travail, quoique très importantes, sont trop
spécialement thérapeutiques pour être rappelées utilement ici.
J’y reviendrai dans la partie de ce livre spécialement consacrée
aux applications médicales et à ce moment nous en tirerons grand
profit. Nous nous bornerons seulement à constater ici que cette
thèse réédite, à propos du Kola, la théorie de M. Dujardin-Beaumetz
relative à l’action de la caféine, à savoir que c’est un antidéperditeur,
un aliment d’épargne, qui diminue les déchets organiques (urée)
résultant de la combustion des substances azotées, probablement
en exerçant une action spéciale sur le système nerveux (aliments
nerveux de Mantegazza). Le même savant ajoute : « La Kola,
» par la caféine et la théobromine qu’elle renferme, est un tonique
» du cœur dont elle accélère les battements, exagère la puissance
» dynamique et régularise les contractions.
» A la seconde phase de son action, à l’exemple de la digitale,
» c’est un régulateur du pouls qu’elle relève; sous son influence
» les pulsations deviennent plus amples et moins nombreuses :
» comme corollaire de son action sur la tension sanguine, on voit
» la diurèse augmenter. »
D’un caractère plus spécialement physiologique, le travail de
M. E. Parisot (1) vient, cinq ans après, sanctionner et développer
les doctrines nouvelles de M. G. Sée sur l’action de la caféine,
les mettre en opposition avec celles de M. Dujardin-Beaumetz sou­
tenues parM. Monnet, mais surtout combattre mes assertions rela­
tives : 1° à l’insufïïsance de l’action de la caféine pour expliquer
celle du Kola; 2° à l’incomparable différence qui existe entre
l’action de la caféine cristallisée et celle du Kola. Mes observations
touchant l’influence du Kola sur la fatigue et sur l’essoufflement
résultant des grandes marches, révélées à M. G. Sée par M. Lepicque,
son aide, à qui je les avais fait connaître, avaient provoqué ces re­
cherches nouvelles sur la caféine.Il s’agissait en effet, pourM. G. Sée,de
démontrer, à l’encontre de mes assertions, que,dans le Kola, la caféine
(1) Etude physiologique de la caféine surles fonctions motrices, par le Dr E Parisot
(Thèse de doctoral en médecine de la Faculté de Paris,1890).

�LES KOLAS AFRICAINS

227

libre seule provoque ces elïets qu’on ne lui avait pas connus jus­
qu’alors. Il fallait trouver le principe capable de les résumer et
ajouter à ce qu’on connaissait de l’action de la caféine sur la circu­
lation et la nutrition, une nouvelle action physiologique capable
d’expliquer les deux nouvelles propriétés du Kola que je venais de
découvrir et de démontrer, savoir : disparition de la fatigue et de
l'essoufflement résultant de grands efforts ou d’une course pro­
longée.
En tenant compte de ces explications, on ne s’étonnera pas de
voir l’excellent travail de M. Parisot, fait de très bonne foi sous
une inspiration dirigeante, porter une empreinte spéciale et se
résumer enfin dans les conclusions suivantes :
« I. — La caféine a une action élective sur le système nerveux
» dont elle exagère la tonicité, et c’est par l’intermédiaire de celle ci
» qu’elle agit sur tous les autres systèmes.
» II. — La caféine empêche l'accélération des battements du
» cœur et l’essoufflement consécutif à l’effort: elle paraît maintenir
» la pression sanguine à son niveau normal et agir sur le cœur par
» son action vaso-tonique.
III. — La caféine n’agit pas sur la nutrition comme un aliment
d’épargne.
IV. — Elle n’a pas d’action spécifique sur l’excrétion de l’urée : elle
la modifie dans des sens divers sous l’influence de conditions inconnues.
V. — Elle paraît élever la température centrale et augmenter la
quantité d’acide carbonique exhalé, c’est-à-dire qu’elle augmente
les pertes en carbone, sans du reste restreindre les autres.
VI. — La caféine agit sur l’individu inanitié non pas comme
aliment, mais en tonifiant le système nerveux et en permettant,
par son ingestion, d’utiliser les réserves de l’organisme.
Toutes ces conclusions, qu’elles vinssent de M. Monnet ou de
M. Parisot, malgré leur antagonisme fondamental, mettaient, par
les points communs qui les rapprochent, mieux en lumière les pro­
priétés physiologiques de la caféine cristallisée et par extension
celles du Kola, dont ce principe est l’un des composants primor­
diaux. Mais elles laissaient dans J’ombre les propriétés spéciales à la

�•• '.‘ ' / T ' ' , ; ' -.■/

EDOUARD HECKEL

Kola : le rouge de Kola, malgré mes protestations dans divers
écrits (1), était méconnu, on le laissait de côté comme une quan­
tité négligeable et sans aucune valeur physiologique. J’avais
cependant dit textuellement ce qui suit, dans une étude sur
YAction du Kola à propos des effets de la caféine (Bulletin général
de thérapeutique, 30 avril 1890), en réponse aux singulières déné­
gations de M. G. Sée émettant, en pleine Académie de Médecine,
sur mon Rouge de Kola des doutes blessants (2) : « Au cours de mes
» nombreuses recherches concernant l’action de la graine de
» Kola sur les marcheurs, j’ai constaté qu’après épuisement de la
» caféine par le chloroforme, la poudre agit encore d’une manière
» très sensible comme excitant musculaire ; alors l’excitabilité
» nerveuse est à peine sensible. Aussi suis-je porté à admettre
» que le produit désigné par Schlagdenhautïen et par moi sous
» le nom de Rouge de Kola dans notre travail sur les Kolas afri» cains (1883), produit qui subsiste dans la graine après épui» sement par le chloroforme, est une substance très complexe
» dans laquelle se trouvent vraisemblablement des principes très
» actifs (alcaloïdes, glycosides, etc.) dont nous n’avons pu opérer
» l’isolement. Il en a été de même longtemps pour les quinquinas,
» dont le rouge cinchonique mieux examiné a donné bon nombre
» d’alcaloïdes. Il ne serait pas étonnant que le rouge de Kola
» fût le principal agent de l’excitabilité musculaire, et il y
» AURAIT DANS CE SENS DES RECHERCHES INTÉRESSANTES A FAIRE.

(1) J'avais appelé l’attention sur le r o u g e de K o l a , en dehors de mes discussions
avec M. G. Sée à l’Académie de Médecine de Paris (Séances des 8 et 22 avril 1890),
notamment dans les deux mémoires suivants passés inaperçus : 1° S u r l'action
d u K o l a à p r o p o s d e s effets d e l a c a f é i n e (Bulletin général de thérapeutique,
30 avril 1890) ; 2° E x p é r i e n c e s c o m p a r a t i v e s c o n c e r n a n t l ' a c t i o n d u K o l a et de la
c a f é i n e s u r l a f a t i g u e e t V e s s o u f f le m e n t d é t e r m i n é s p a r le s g r a n d e s m arches

(Marseille médical, 1890).
(2) M. G. Sée n’avait pas craint de dire en pleine Académie de Médecine {Bull,
d e l ’A c a d , d e M é d., p. 416.—1891) « Jusqu'en ces derniers temps M. Jleckeldéclarait
que l’action des noix de Kola était due uniquementà la présence dans cette substance,
delà théobromine et de la caféine; or, le voici qui, d ’a p r è s s e s i d é e s n o u v e lle s ,
prétend que ses propriétés sont dues au r o u g e d e K o l a » Mes idées étaient si peu
nouvelles sur ce point que j’écrivais, en 1885, dans l’article K o l a du Dictionnaire
Encyclopédique des Sciences médicales de Dechambre,la phrase suivante : je veux la
citer en entier,pour la complète édification de M. G. Sée : « Le r o u g e d e K o l a est sans
» doute un produit plus complexe que son nom ne semble l’indiquer, car il a une
» action spéciale comme excitant du système musculaire. Il conviendrait de
» l’examiner à nouveau. N’est-ce pas dans le r o u g e d e Q u i n q u i n a qu’on a trouvé
» le plus d’alcaloïdes? » Voilà qui est précis.

�LES KOLAS AFRICAINS

229

En l’état des connaissances chimiques de l’époque, ou ne pouvait
être plus explicite et j’ai la satisfaction de pouvoir dire aujourd’hui
que, comme on va le voir, mes prévisions se sont pleinement
justifiées. Elles étaient du reste aisées à établir sur les mul­
tiples expériences de marche que j’avais longuement instituées,
et il est toujours facile de faire prévaloir son autorité sur les
sujets que l’on connaît bien et qu’on a sérieusement étudiés. Mon
imprudent contradicteur a méconnu cette grande vérité.
Mon appel à de nouvelles recherches physiologiques fut entendu,
et, dès 1891, au Congrès de l’association scientifique française pour
l’avancement des Sciences à Marseille, M. le professeur Dubois,
réminent physiologiste de la Faculté des Sciences de Lyon, publiait
les résultats sommaires de ses recherches, faites à ma demande, sur
le Rouge de Kola. Il avait expérimenté sur ce corps préparé par
M. Schlagdenhaufïen (de Nancy), et, par l’étude de quelques tracés
comparatifs qu’il obtint à l’aide de l’ergographe de Mosso, il avait pu
entrevoir l’influence du Kola, du rouge de Kola et de la caféine sur
la contractilité musculaire. Ses conclusions établissaient nettement
que le rouge de Kola agit, aux doses contenues dans le Kola, comme
le Kola lui-même et d’une façon bien supérieure à la caféine.
Ces premiers résultats devaient, peu après, prendre un corps défi­
nitif dans un travail de longue haleine inspiré par le professeur
Dubois à un de ses élèves, M. le Dr Marie, médecin stagiaire au
Val-de-Grâce. Nous y reviendrons bientôt en détail.
Entre temps, et durant cette même année 1891, paraissait une
étude d’apparence physiologique due au Dr P. Rodet, et intitulée :
Réfaction comparée du Kola et de la caféine (1). Il est impossible de
lirece travail sans être frappé du vice fondamental qui en fausse les
principales déductions expérimentales (2). Dans son étude com(1) Ce travail a été reproduit, en ses conclusions, dans le Bulletin de la Société
de Médecine pratique et édité i n e x t e n s o par la S o c i é t é d ’É d i t i o n s s c i e n t i f i q u e s ,
4, rue Ant.-Dubois, à Paris. Ces conclusions ont également paru dans le B u l l e t i n
général de t h é r a p e u t i q u e , page 306, 39e livraison, 23 octobre 1891.
(2) Voici comment s’exprime sur ce travail M. le Dr Marie dans sa thèse inau­
gurale sur l ' a c t i o n e x p é r i m e n t a l e c o m p a r é e du rouge de Kola, de la c a f é i n e et de
la p o u d r e de K o l a sur la contraction musculaire (Lyon, Imprimerie Léon Delaroche,
1892) « Cependant, au commencement de l’année dernière, paraissait encore un
» mémoire du Dr P. Rodet (nous l’avons signalé plus haut dans la partie liistori» que) dans lequel l’auteur assimile entièrement l’action du Kola à celle de la caféine.
» Mais ce travail est vicié d’un bout à l’autre dans ses conclusions par la méthode

�EDOUARD HECKEL

parée, l’auteur, quoique uniquement préoccupé (ce qui s’explique
très bien par la direction spéciale des travaux antérieurs et l’état,

A.
B.
C.
D.

Tracés du professeur Dubois (de Lyon). Voir le texte page 251.
— Tracé obtenu par l’ingestion de rouge de Kola (Kolnine) 1 gr. 32.
—
d°
de poudre de Kola 0 gr. 30.
— Tracé normal.
— Tracé obtenu après ingestion de 0 gr. 02 de caféine.

à cette date, des données chimiques sur le Kola) d’établir l’identité
d’action de la caféine cristallisée et de celle qui est contenue dans
» qu’a employée son auteur. Les doses de caféine et de Kola ne sont pas de teneur
» alcaloïdique égale; dans un cas, M. Rodet, quand il s’agit de la caféine, donne à
d son sujet, 2 gr. 50, 1 gr. 80 et 1 gr. 70 de cette substance par jour. Pour agir
» comparativement il lui eut fallu donner au sujet soumis au Kola, des quantités
» correspondantes dans lesquelles les proportions des principes constituants de la
» graine eussent été scrupuleusement observées, c’est-à-dire en l’espèce 108 gr. 695,

�LES KOLAS AFRICAINS

231

le Kola, a perdu de vue la nécessité absolue de ne mettre compara­
tivement en cause que des quantités pondérales équivalentes du
principe actif auquel il attribue toutes les vertus duKola (la caféine).
On voit, en effet, dès le début de ce travail,que,lorsqu’il s’agit du
Kola, M. le Dr Rodet donne à son sujet 17 gr., 21 gr. et 27 gr. de
poudre de cette graine par jour, ce qui représente, à raison de 2 gr.
350% d’alcaloïde dans le Kola le plus riche (théobromine comprise),
0 gr. 399, Ogr. 49 et 0 gr. 63 de caféine libre. Or, quand il s’agit de
l’expérimentation de la caféine pure et cristallisée, M. Rodet en
donne à son môme sujet, un jeune homme de 17 ans, 2 gr. 50,
1 gr. 80 et 1 gr. 70. Que peut-on conclure d’expériences compa­
ratives entreprises dans de telles conditions ? Rien, si ce n’est
qu’elles doivent être considérées comme non avenues en ce qui
concerne l’action physiologique de la caféine, la question capitale
des doses ayant été absolument méconnue par leur auteur.
Il n’en est pas de même pour ce qui a trait dans ce travail aux
recherches sur la constitution chimique des urines émises durant
l’expérience au Kola et à la caféine : ici les résultats étant concor­
dants et portant en définitive sur le même principe actif employé à
des doses différentes, l’action d’épargne n’en est que plus sensible,
car on voit que les déchets diminuent à mesure que la quantité de
caféine ingérée augmente. Ce fait est bien visible dans les tableaux
comparatifs d’analyse de l’urine obtenue par la caféine et par le
Kola. Dans le premier tableau (la dose de caféine étant plus forte
que dans le second relatif au Kola), on trouve moins de phosphates
et moins d’urée excrétée pendant l’expérimentation. Ce qui démon­
tre que le pouvoir anti-déperditif de la caféine existe bien et
augmente avec la dose ingérée.
Voici au demeurant, sous le bénéfice des réserves ci-dessus for­
mulées, les conclusions de M. Rodet :
(
« 1° Aucune des deux substances n’a supprimé absolument
| | » la faim; mais il suffisait pour l’apaiser d’une petite quantité
[ » d’aliments (50 grammes de pain).
» 78 gr. 260 el 73 gr. 913. Or, il n’a donné que 27, 21 el 17 gr. de Kola. Le sujet
» soumis au Kola était donc en notable infériorité de dose, puisque tout autre
» principe mis à part, il n’exigerait que 0 gr. 62, 0 gr. 48 et 0 gr. 39 de caféine,
» tandis que le témoin en absorbait 4 fois plus. » Ces critiques paraîtront absolu­
ment fondées à tous ceux qui savent à quel point les réactions physiologiques
déterminées par les médicaments actifs, sont fonction des doses employées.

�.

232

EDOUARD HECKEL

» 2° Le sommeil est très agité; plus pénible avec la caféine.
» 3° La résistance à la fatigue a été plus marquée avec la
» caféine; mais ce résultat varie suivant les individus, ce qui
» explique les divergences d’opinions.
)) 4° La diminution du poids du corps a été un peu moindre
» avec la caféine.
» 5° Avec le Kola, il se fait, pour tous les éléments de l’urine, une
» diminution graduelle plus marquée le lendemain que la veille.
» Avec la caféine, il se fait un abaissement brusque suivi d’une
» oscillation assez faible en plus ou en moins.
» 6 ° L ’é l i m in a t io n

des

m a t iè r e s

azotées

s u b it

une

d im in u t io n

» c o n s i d é r a b l e , qui se fait graduellement pour la Kola, brusque» ment pour la caféine; puis elle se maintient au même taux. Il y
)) a, en réalité, diminution dans l’usure.
)) 7° Cette action d’épargne porte aussi sur l’élément nerveux;
» car l’élimination des phosphates est très ralentie. Le ralentisse» ment est plus prononcé pour les phosphates terreux avec la Kola
)) et pour les phosphates alcalins avec la caféine.
» 8° La chaux et la magnésie subissent une diminution très
» prononcée.
» En résumé, il ressort de ces expériences une action d’épargne
)) très prononcée pour ces substances. La caféine et la Kola peuvent
» supprimer la fatigue musculaire et la faim à un degré à peu près
» égal. »
Ces conclusions, dans ce qu’elles ont d’acceptable, c'est-à-dire
d’exact, viennent corroborer, comme on le voit, la théorie de Dujardin-Beaumetz touchant l’action d’épargne de la caféine et du Kola,
elles combattent en outre ouvertement la théorie de G. Sée et Parisot,
en démontrant que l’usure organique est ralentie non seulement pour
ce qui touche à la formation de l’urée, mais même pour ce qui con­
cerne celle des phosphates ; les déchets y sont bien étudiés. C’est
tout ce qu’il est permis de retenir dans ce travail.
Durant la même année 1891, une étude due à M. Kotlar fut
présentée comme thèse inaugurale à l’Université de St-Pétersbourg
sous ce titre : L’action physiologique de la noix de Kola. Elle vint
confirmer une fois de plus, par des recherches analytiques sérieuses,
la théorie deDujardin-Beaumetz, Monnet,Rodier, concernant l’action
antidéperditive de la caféine (pour ne parler que des auteurs les

�233

L1CS KOLAS AFRICAINS

plus récents qui ont étudié ce produit à propos du Kola) et pro­
tester, par suite, contre celle de Germain Sée et Parisot.
Elle établit en outre (point important et absolument contraire
aux conclusions de M. G. Sée), que la respiration ne subit aucun
changement et que la quantité de carbone consommée n’est pas
augmentée.
Voici de ce travail, l’analyse sommaire mais suffisante que j’ai
tirée du Bulletin général de thérapeutique. :
« Dans une série d’expériences faites à la clinique du professeur
» Manassein, de Pietroburg, M. Kotlar a étudié l’action physiolo» gique de la noix de Kola en prenant comme sujets dix-sept jeunes
» gens en bonne santé soumis à l’examen pendant deux périodes
» consécutives de cinq jours. Les uns prenaient la K o l a en se repo» sant pendant la première période, les autres étaient soumis à un
» travail pénible, et prenaient ensuite la K o l a . La quantité quoti» dienne était de 4 grammes.
» Des analyses soigneuses de la nourriture et des excrétions, il
» résulte que dans l’état de repos comme pendant le travail, la Kola
» augmente l’assimilation du phosphore et du soufre. Celle du
» chlore croîts pendant le repos et ne se modifie pas pendant le
» travail. La métamorphose du chlore est diminuée par la Kola
» pendant le repos et le travail, mais surtout pendant le travail. Il
» en est de même du soufre. En résumé, la décomposition des com» posés azotés est diminuée dans le repos comme dans le travail
» (Wratch).
» Loginofï, qui a fait ses expériences à la même clinique, a vu
» que, sous l’influence de la Kola, Yassimilation des protéides décroît
» de 0,60 à 3,10 pour 100 pendant le repos, et cle 0,30 à 4 pour 400
» pendant le travail. La métamorphose des composés azotés diminue de
» 4,9 à 19 0,47 pour 100 pendant le repos et le travail. En d’autres
» termes, le Kola constituerait un aliment d’épargne ou nerveux et ses
» effets sont plus marqués pendant le repos.
» Le Kola augmente la sensation du bien-être et prévient la
» fatigue, la langueur qui suivent l’exercice.
» D’après Davydofï, l’assimilation des corps gras diminue pen» dant le repos et l’exercice. Cette diminution est de 0,137 pendant
» le repos et de 0,394 pour 100 pendant le travail. L’assimilation de
» l’eau reste la même. Le métabolisme de l’eau, c’est-à-dire le
lo &gt;

�EDOUARD IIECKEL

» rapport, eu centième, de l’eau de l’urine à l’eau assimilée, plus la
» relation pour 100 des pertes aqueuses cutanées et pulmonaires,
» est sujet à des oscillations. Mais, en résumé, il décroît surtout
» pendant l’exercice. L’appétit diminue. L’état subjectif est consi» dérablement amélioré. Étant donnée une certaine quantité de
» travail musculaire, le même sujet, prenant de la Kola, travaille
» plus facilement et se fatigue moins que lorsqu’il ne prend pas de
» Kola. Pas de changements dans la respiration; le pouls est moins
» rapide, plus plein (augmentation de la tension artérielle).
» La Kola doit être un médicament très efficace dans certaines
» alïectious cardiaques (Thèses de Saint-Pétersbourg). »
Cet important travail porte, dans toutes les conclusions que nous
avons soulignées, un nouveau coup à la théorie de G. Sée et Parisot
en démontrant que le Kola constitue un aliment d’épargne et
diminue l’usure des organismes.
Nous ne passerons pas sous silence, malgré son caractère un peu
spécial, le travail de MM. Monavon et Perroud paru le 15 novembre
1891 dans le Lyon Médical et consacré à l’étude comparée de l’action
de la poudre de Kola, de la caféine, du rouge de Kola et de l’extrait
de Kola sur la nutrition. Ces auteurs, agissant en dehors des
méthodes graphiques rigoureuses usitées actuellement en physio­
logie, concluent à la supériorité du rouge de Kola. C’était une
première confirmation de nos expériences personnelles et on peut
considérer cette étude comparée, dans laquelle le rouge de Kola
est mis en cause pour la première fois après nos propres investi­
gations, comme l’annonce de recherches plus rigoureuses, animées
du même esprit de comparaison. Celles-ci allaient entrer sur la scène
physiologique, y dominer désormais et conduire enfin, grâce aux
progrès parallèles des connaissances chimiques touchant le Rouge
de Kola, à une explication rationnelle de l’action du Kola sur les
diverses fonctions organiques.
Nous arrivons, en effet, avec 1892, à la thèse de M. le l)r Marie
intitulée « Étude expérimentale et comparée de l’action du rouge de
Kola, de la caféine et de la poudre de Kola sur la contraction muscu­
laire. » Ce travail, développement de celui du professeur Dubois
dont j’ai déjà parlé, mérite de lixer toute notre attention en raison
même de la rigueur et de la méthode qui ont présidé aux patientes
recherches qu’il met au jour.

�LES KOLAS AFRICAINS

235

L’auteur avait à atteindre uu but physiologique très limité mais
très important : 1° contrôler par des expériences rigoureuses,
répétées et méthodiques, la valeur physiologique déjà reconnue
par M. Dubois au rouge de Kola, considéré sans aucune raison
comme hypothétique par M. G. Sée ; 2° rechercher la valeur
comparée de la caféine, du rouge de Kola et du Kola en nature
sur la contractilité musculaire. On voudra bien remarquer qu’en
dehors de M. Rodet qui attribue à la caféine (voir p. 232) « une
» supériorité marquée sur le Kola en ce qui touche à la fatigue
» musculaire », aucune indication physiologique n’avait jusque là
porté sur l’élément musculaire directement mis en cause (1). Et
cependant, l’emploi du Kola en tant qu’agent suspenseur de la
fatigue, se généralisant au détriment de la caféine, de plus en plus
parmi les marcheurs, les cyclistes, les alpinistes et tous les ama­
teurs des divers sports aujourd’hui en honneur, il devenait
indispensable de jeter sur cette question capitale le jour de
l’expérimentation la plus rigoureuse.
Voici comment M. Marie y est parvenu, en ne mettant en cause
que l’homme lui-même et dans des conditions absolument phy­
siologiques : je lui laisse la parole.
» Il y a peu de temps encore les expériences exactes sur la
» fatigue musculaire n’étaient faites que sur des muscles de gre» nouille détachés du corps (Ed. Weber, Helmholtz). Aux travaux
» de Marey, de Ludwig et Atex, de Schmidt, de Kronecker, de
» E. Tiegel, de Rossbach, de Richet, on commença à expérimenter
» sur les muscles mis dans des conditions plus favorables en con» servant la circulation naturelle ou en faisant circuler artificiel» lement dans les tissus en expérience un liquide analogue au
» sang. Tout récemment enfin M. A. Mosso, professeur de physio» logie à l’Université de Turin, cherchant à inscrire directement le
(1) Il faut aussi faire exception pour le travail de M. G. Sée, en collaboration
avec M. Parisot (Bulletin de l'Acad. de Médecine. •- Séance du 11 mars 1892,
p. 315 et 316), où ces auteurs établissent, par des expériences multiples sur diverses
catégories d’animaux, que la caféine facilite le travail musculaire en augmentant
l’activité du système nerveux moteur tant médullaire que central, et que la con­
séquence de cette action double est de diminuer le sentiment de l’effort et d’écarter
la fatigue qui est un phénomène nerveux au premier chef. Pour ces auteurs, la
caféine empêche l’essoufflement et les palpitations consécutives à l’eiïort, parce
qu’elle met. un homme non entraîné dans les conditions cl’un homme entraîné.

�236

ÉDOUARD HECKEL

» travail mécanique des muscles de l’homme, d’une façon plus
» exacte qu'avec tous les dynamographes employés depuis Marey
» jusqu’à Morselli, imagina un appareil nouveau auquel il donna
» le nom d ’ERGOGRAPHE.
» Cet appareil encore peu connu est celui qui nous a servi pour
» toutes nos expériences et il nous semble nécessaire, pour la corn» préhension de nos résultats, d’en donner ici une rapide des» cription. Les deux conditions indispensables pour obtenir des
» tracés tout à fait exacts, conditions qui, nous allons le voir, sont
» réalisées dans l’ergographe, étaient : 1° l’isolement complet du
» travail d’un muscle et 2° la fixation d’une de ses extrémités
» pendant que l’autre inscrit les contractions. C’est seulement avec
» les fléchisseurs des doigts de la main que Mosso est arrivé à
» atteindre ce but.
» L’ergographe se compose essentiellement de deux parties,
» l’une qui tient la main ferme, immobilisant de la sorte une des
» extrémités musculaires, l’autre inscrivant sur un cylindre tour» nant, les contractions transmises par l’extrémité libre. L’appui
» fixateur est constitué par une plate-forme supportant deux coussi» nets, dont l’un creusé d’une gouttière sert d’appui à l’avant-bras,
» tandis que l’autre repose sur le dos de la main. D’autre part,
» quatre coussinets mobiles placés sur les parties latérales sont
» destinés à immobiliser le poignet et l’avant-bras et à empêcher
» ainsi tout mouvement. Dans sa partie antérieure, la main est
» fixée au moyen de tubes de cuivre dans lesquels on introduit
» l’annulaire et l’index qui rencontrent au fond de chaque tube
» une plaque mobile se fixant à volonté et servant de point d’appui
» aux extrémités digitales. Dans l’espace qui reste libre entre les
» deux tubes se meut le médius autour duquel on place un anneau
» de cuir fixé à l’extrémité d’une petite corde qui fait mouvoir
» l’appareil enregistreur. Pour donner une position commode au
» bras qui travaille, on le place non pas en supination, mais eu
» légère pronation, ce qui est obtenu facilement en inclinant la
» plate-forme de 30° environ vers le côté interne.
» La seconde partie de l’appareil est le curseur enregistreur : il
» se compose d'une plate-forme de fer portant deux colonnettes de
» cuivre bifurquées à leur partie supérieure et portant chacune
» fieux tringles cylindriques d’acier distantes de 4 centim. l’une de

�LES KOLAS AFRICAINS

237

» l’autre, de manière qu’elles constituent les guides du curseur
» métallique dont nous allons donner la description. Celui-ci est
» formé d’une plaque métallique quadrangulaire qui glisse au
» moyen de deux ouvertures cylindriques placées de chaque côté
» sur les deux barres d’acier susdites. La base supporte une petite
» potence à laquelle on adapte au moyen d’une vis à pression une
» baleine terminée par une plume d’oie qui écrit sur le papier
» noirci. Le curseur que nous venons de décrire présente en outre
» deux crochets, l’un à son extrémité postérieure auquel est attachée
» la corde qui va se fixer à l’anneau de cuir destiné au médius,
» l’autre à l’extrémité antérieure auquel est attachée une seconde
» corde qui, après réflexion sur une petite poulie métallique, va
» supporter des poids de 1, 2, 3 kilog. et même plus suivant les cas.
» En regard de la plume d’oie, se meut, au moyen d’un mécanisme
» d’horlogerie, un cylindre sur lequel vont s’inscrire les contrac» tions. Ces contractions du médius s’exécutent suivant le rythme
» désiré au moyen d’un métronome à tambour, d’un pendule inter» rupteur de Baltzar ou même simplement d’une montre à secondes.
» Ce qui importe en premier lieu, pour obtenir des tracés utiles
» entre les différents points desquels on puisse établir une compa» raison exacte, c’est de dépenser à chaque contraction la force
» tout entière dont on est capable et de maintenir constant l’effort
» de la volonté jusqu’à épuisement complet.
» Les expériences faites avec l’ergographe de Mosso donnent des
» courbes dont nous nous occuperons plus loin, et qui de forme à
» peu près constante chez un même individu, dans des conditions
» identiques, présentent des différences très notables si on les
» examine chez deux sujets, cependant du même âge, du même
» tempérament et ayant le même genre de vie. Chaque personne a
» mie courbe de la fatigue qui lui est propre, de telle sorte qu’ainsi
» que nous l’avons constaté sur quelques-uns de nos amis, il est
» facile de les distinguer à première vue les unes des autres.
» Comment fonctionne l’ergographe dans les mouvements alter- *
» natifs de flexion et d’extension imprimés au médius durant les
» expériences? On est tenté de croire que l’anneau de cuir fixé au
» niveau de l’articulation de la phalangine avec la phalangette
» décrit un arc de cercle ou à peu près : évidemment si la première
» et la seconde articulations des phalanges étaient rigides, si le

�EDOUARD HECKEL

» doigt tournait uniquement autour de l’articulation métacarpo» phalangienne, il en serait ainsi, mais comme les deux autres
» articulations phalangiennes se plient à chaque mouvement du
» doigt, le point de traction ne décrit pas un arc de cercle, mais
» une courbe particulière dans laquelle on peut distinguer deux
» parties.
» La première, qui est la partie de la trajectoire la moins favo» rable au travail utile, est éliminée en tenant, ainsi que nous
» l’avons fait pour nos recherches, le médius légèrement ployé dès
» le commencement de l’expérience. La direction suivie alors par
» l’anneau de cuir qui soutient les poids présente une incurvation
» si peu marquée qu’on peut la considérer comme une ligne droite.
» Nous croyons maintenant avoir exposé d’une façon suffisamment
» nette la constitution de l’ergographe et nous pouvons aborder
» l’étude des expériences que nous avons faites avec cet appareil.
» 11 nous faut, tout d’abord, donner une idée générale des conditions
» dans lesquelles ont été faites ces recherches et quel plan nous
» avons suivi pour arriver aux résultats que nous donnons plus
» loin. Nous n’avons en vue dans ce travail, que l’étude de la con» traction volontaire, fait important à signaler puisque, ainsi qu’il
» ressort du mémoire du D1' Arnaldo Mazziora, il existe une difïé» rénce très notable entre la contraction des muscles excités par
» la volonté et la contraction obtenue à l’aide de l’excitation élec» trique directe et indirecte. En excitant le nerf, on obtient tou» jours une quantité de travail mécanique supérieure à celle qui
» s’obtient au moyen de la volonté. Avec la volonté nous pouvons
» faire des efforts plus grands et soulever des poids très lourds,
» mais l’aptitude au travail s’épuise vite et l’excitation nerveuse
» devient inefficace, tandis que l’excitation artificielle des nerfs
» conserve plus longtemps les muscles en action.
» Cette différence dépend de ce que la fatigue des centres ner» veux manque, dans le cas d’excitation électrique. Dans les mou» vements volontaires, celle-ci vient nous rendre incapables cle
» travail avant que le muscle soit épuisé.,
» Ici, nous devons nous mettre en garde contre une objection
» qui se présente d’elle-même à l’esprit : comment, dira-t-on,
» obtenir des contractions similaires et des tracés comparables,
» s’ils sont soumis à l’action de la volonté? Évidemment, c’est là

�LES KOLAS AFRICAINS

239

» un point assez délicat de la question ; cependant, avec une cer» taine habitude du manuel opératoire, on arrive facilement à
» dépenser îe plus de force possible pour chaque contraction. C’est
» pour acquérir cette régularité de travail que nous avons pris,
» avant de commencer nos recherches, un assez grand nombre de
» tracés qui» nous ont fait en quelque sorte une éducation, et que
» nous n’avons pas compris dans notre statistique.
» Toutes nos expériences ont ôté faites sur le médius de la main
» gauche, afin d’obtenir des tracés plus courts, et par suite plus
» faciles à étudier. La main et l’avant-bras étaient préalablement
» fixés ainsi qu’il a été dit plus haut, l’avant-bras en légère prona» tion. Nous avons cherché tout d’abord quel était le poids nécessaire
» pour que nous produisions une élévation maxima avec un effort
» maximum; car lorsqu’on travaille avec un poids qui n’est pas
» très considérable, on sait qu’au début, on atteint le maximum de
» flexion sans que les muscles aient fait tout l’effort dont ils sont
» capables. C’est ce que, pour notre part, nous avons observé
» avec les poids de un et deux kilogrammes soulevés chaque
» seconde.
» Nous avons donc choisi un poids de trois kilogrammes soulevé
» toutes les secondes. Le rythme nous était donné par un métronome
» à tambour, et nous exécutions une contraction par seconde, et
» cela jusqu’à épuisement complet, jusqu’à impossibilité, malgré
» tous nos efforts, de soulever le poids. Nous nous sommes placés,
» pour chaque expérience, dans des conditions identiques; afin
» d’obtenir la quantité maxima de travail mécanique et d’éviter
» les variations plus ou moins grandes que ne manquent pas
» d’imprimer au système musculaire les fatigues et les travaux si
» différents de chaque jour, nous avons eu soin de prendre
» nos tracés peu de temps après le réveil, entre huit heures trente
» et neuf heures du matin, alors que l’épuisement de la veille avait
» complètement disparu sous l’influence réparatrice d’un sommeil
» de sept heures environ. Car, contrairement à ce qu’on avait pré» tendu d’abord, la veille en produisant un épuisement général de
» l’organisme, dû tout aussi bien au travail intellectuel qu’au travail
» matériel, a pour effet d’accélérer grandement la manifestation de
» la fatigue dans nos muscles; ceux-ci sont bien encore capables
)) de donner une première contraction normale ou peu modifiée,

�EDOUARD HEGKEL

» mais ils se fatiguent rapidement et donnent alors une très petite
» quantité de'travail mécanique.
» Nous avons donc pris chaque matin un ou plusieurs tracés des
» contractions des muscles fléchisseurs du médius gauche. Un inter» valle de 10 à 15 minutes était laissé entre chaque expérience afin
» de laisser reposer le muscle en travail. Voyons maintenant quelle
» marche générale nous avons suivie, puis nous exposerons en
» détail les résultats que nous avons obtenus. Après avoir pris
» quelques tracés normaux nous donnant la forme et la direction
» moyenne de notre courbe de fatigue, nous avons comparé l’action
» de la caféine et de la poudre de Kola sur cette courbe, pour
» étudier ensuite séparément les modifications produites par le
» rouge de Kola.
» Nous avons donc à envisager successivement :
» 1° La courbe normale.
» 2° La courbe après ingestion de caféine.
» 3° La courbe après ingestion de poudre de Kola.
» 4° La courbe après ingestion de rouge de Kola.
» Il est évident, et c’est là une objection qui se présente d’elle» môme, qu’en suivant l’ordre ci-dessus indiqué on ne le place pas
» dans des conditions irréprochables d’exactitude, les muscles qui
» travaillent chaque matin, acquérant en quelques jours une force
» plus grande par suite de l’entraînement duquel ils sont soumis.
» Aussi afin de ne pas donner prise à cette critique, nous avons eu
» soin de prendre de temps à autre des tracés normaux pouvant
» être comparés, d’une façon absolue, aux tracés inscrits après
» ingestion des substances dont nous venons de parler.

1°

T

racé

norm al

» Nous avons pris, ainsi que nous venons de le dire, un certain
» nombre de tracés normaux. Après quelques essais qui n’avaient
» pour but que de nous familiariser avec l’appareil, nous avons
» calculé la moyenne de la hauteur de soulèvement et du travail
» mécanique, mesuré en kilogrammes sur dix de ces tracés. Nous
» avons trouvé comme hauteur moyenne 1 mètre 157 et en multi» pliànt ce chiffre par trois kilos représentant le poids enlevé à

�LES KOLAS AFRICAINS

241

» chaque contraction, nous obtenons Kilogrm. 3,471 comme travail
» mécanique. Mais ce n’est pas là le seul poiut de la question qui
» doive nous intéresser, il nous faut encore considérer l’aspect de
» la courbe, sa forme générale et les particularités qu’elle présente.
» Comme l’a très bien expliqué M. le professeur A. fylosso, chaque
» personne a une courbe de fatigue qui lui est propre, de telle sorte
» que les tracés de plusieurs personnes se reconnaissent aisément

1
Fig. 43. — Tracés normaux (Dr Marie).

« les uns des autres. Ceci, bien entendu, ne doit pas être pris
» dans un sens trop absolu, car il est fréquent d’observer des difïé» rences assez marquées, surtout si l’on considère des tracés pris à
» un certain intervalle, ainsi qu’il nous est arrivé de le faire.
» Néanmoins, M. le Professeur R. Dubois, examinant nos tracés
» normaux fut de suite frappé de l’aspect qu’ils présentaient en

�242

EDOUARD HECKEL

» général : la première moitié de la courbe présente, lorsqu’on
» examine la ligne réunissant les sommets, une forme manifeste» ment concave, à concavité tournée en haut. Puis, la descente qui
» débutait assez brusquement, devient moins rapide, formant dans
» certain cas une sorte de plateau qui contribue à donner à l’en» semble la forme d’un S très allongé. Nous avons expérimenté sur
» deux de nos amis, pour nous rendre compte par nous-même des
» variations signalées plus haut et nous avons eu la confirmation
» manifeste de ce qui a été signalé.
» Chez l’un d’eux, les contractions du début sont beaucoup
» moins élevées que les nôtres; elles n’atteignent jamais plus de
» 0mO36, tandis que nos premières contractions dépassent toujours
» 0m04. Mais chez lui la ligne des sommets descend lentement, ne
» présente pas la forme concave que nous trouvons dans nos tracés
» et est d’un bouta l’autre, à peu près droite.
» Chez le second, au contraire, l’aspect est entièrement différent
» et nous pourrions dire que notre courbe représente la moyenne
» des trois. Ici, en effet, les premières contractions sont très élevées
» (0,054 à 0,56), mais rapidement, après une durée de 10 secondes
» environ, la ligne tombe brusquement pour décroître ensuite gra» duellement,. Nous avons répété plusieurs fois l’expérience et à
» chaque fois, la direction générale a été à peu près celle que nous
» venons d’indiquer. Il est inutile d’insister plus longuement
» sur le tracé normal qui nous est maintenant connu; nous
» allons avoir à étudier maintenant les variations que lui fait subir
» tout d’abord l’ingestion d’une certaine quantité de caféine.

2°

T

race

a près

in g e s t io n

de

c a f é in e

» La caféine ayant été donnée par M. G. Sée comme le seul
» principe de la poudre de Kola capable d’exercer sur la fatigue
» musculaire une action modératrice, nous avons voulu, avant
» d’étudier l’action de la poudre de Kola sur les tracés, nous rendre
» compte des effets produits par la caféine. Pour ce faire, nous
» avons toujours suivi la même méthode : la caféine étant contenue
» dans le Kola dans les proportions de 2,23 %, nous en avons pris
» 0 gr. 117 milligrammes avant, chaque expérience. Cette dose

�243

LES KOLAS AFRICAINS

» était généralement absorbée dans dn café à sept heures du matin ;
» un ou deux tracés étaient inscrits à huit heures trente. Nos
» recherches ont porté particulièrement sur dix de ces tracés, et
» voici les chiffres moyens que nous avons obtenus : hauteur de
» soulèvement = 4,203, donc travail mécanique = Kgm. 3,916.

2

b

3 B

Fig. 44. — Tracés avec caféine (Dr Marie).

» Si on passe ensuite à l’examen général de la courbe, ou peut
» se rendre compte sur la plupart des tracés, ainsi que le fait avait
» déjà été signalé par M. Dubois, qu’ils présentent une forme
» presque caractéristique. Les contractions très élevées au début
» du tracé, atteignant assez souvent 0,052, 0,054, s’affaiblissent

�244

ÉDOUARD HECKEL

» très rapidement pour décroître ensuite peu à peu et donner lieu
» à uue série de contractions de très faible intensité. C’est là un fait
» que nous avons remarqué dans la plupart de nos courbes inscrites
» après ingestion de caféine, fait qui mérite d’être signalé, car tout
» à l’heure nous verrons l’importance qu’il présente, lorsque nous
» comparerons les différents tracés et que nous essaierons de les
» interpréter. Nous avons fait de nouvelles recherches en absorbant
» 0,0234 de caféine, quantité correspondant à 10 grammes de Kola
» et nous avons obtenu les mêmes résultats.
» Voyons maintenant ce qui se passe lorqu’au lieu de caféine, on
» emploie la poudre de Kola, et recherchons si cette dernière
» substance nous donne des courbes analogues à celles que nous
» venons de passer en revue.

3°

T

racé

a pr ès

in g e s t io n

de

po u d r e

de

K

o la

.

» Nos expériences avec la poudre de Kola ont été comme celles
» avec la caféine au nombre de dix. Pour chacune d’elles nous
» avons absorbé la quantité correspondant à 0 gr. 117 milligrammes
» de caféine, soit 5 grammes de poudre de Kola. Cette dose était
» généralement prise en deux fois, à 6 h. 30 et 7 heures du matin,
» dans un demi verre d’eau. Nous n’avons jamais observé à la
» suite de cette ingestion aucun phénomène particulier digne
» d’attirer l’attention. Le nombre des respirations reste le même
» et les pulsations artérielles gardent la même fréquence. Du côté
» des voies digestives, nous ne constatons non plus rien de spécial
» à noter, l’appétit restant le même qu’auparavant et le besoin
» d’aliments se faisant toujours sentir aux heures habituelles.
» Quelle forme présente le tracé? Quelle est la hauteur moyenne des
» contractions et quelle dépense de forces représentent-elles, c’est
» ce qui nous reste à étudier. La hauteur de soulèvement est de
» l m495; par suite le travail mécanique est égal à 4,485 kgm.
» Quant à la ligne des sommets, elle est ici extrêmement inté» ressante à considérer, et présente un caractère bien net qui
» permet de la reconnaître à première vue, c’est sa rectitude
» presque parfaite d’un bout à l’autre du tracé. Les premières
» contractions atteignent toujours une hauteur moyenne de 0ra05,

�LES KOLAS AFRICAINS

» la descente est insensible, et, en aucun point de son étendue on
» n’observe de plateau. Lorsque la main est retirée de l’ergographe,

Fig. 45. — Tracés avec poudre de Ivola (Dr Marie).

» la fatigue n’est pas plus grande que de coutume, et un nouveau
» tracé peut être facilement obtenu après un repos de cinq minutes.

4°

T

racé

après

in g e s t io n

de

rouge

de

K

o la

.

» Nous avons eu à rappeler, au début de ce travail, les discus» sions nombreuses qu’a soulevées à l’Académie de Médecine la

�246

ÉDOUARD HECKEL

» question de savoir si le rouge de Kola était pour quelque chose
» dans l’action de la poudre de Kola sur le système musculaire.
» Nous avons vu M. G. Sée soutenir avec acharnement l’inanité
» absolue de ce principe mal déterminé et faire jouer à la caféine
» seule un rôle prépondérant. Cette divergence d’opinions nous a
» poussé à étudier avec un soin tout particulier le rouge de Kola;
» nous avons fait une vingtaine d’expériences dont quatorze sont
» relatées ici, et nous avons étudié également sur nos amis l’action
» de ce produit dont M. R. Dubois avait déjà, au mois de juillet 1891,
» reconnu l’efficacité indéniable. Ainsi que nous le disions plus
» haut, nous avons employé, pour nos expériences, le rouge de Kola
» impur ou la poudre de Kola privée de caféine et de théobromine
» par l’action du chloroforme. Cette poudre ne conserve plus d’im» portant, avec le ligneux, que le rouge de Kola et les principes
» albuminoïdes.'Ces deux derniers éléments chimiques seuls, sont
» susceptibles d’exercer une action sur l’organisme : le premier
» est celui que nous allons étudier tout à l’heure, le second est
» nutritif. Mais aux doses que nous avons employées, l’action des
» albuminoïdes sur la nutrition peut être regardée comme entière» ment négligeable, et il ne reste que le rouge de Kola pouvant
» exercer une action quelconque sur l’économie.
» Afin de pouvoir comparer les tracés obtenus aux tracés précé» dents, nous avons calculé la dose de poudre contenant la quantité
» correspondante de rouge de Kola, soit 4,875 qui renferment envi» ron 0,06 de rouge pur. Ayant reçu, il y a quelques jours, du rouge
» de Kola pur, qu’a eu la bonté de nous préparer M. Schlagden» hauffen, nous avons fait avec ce produit de nouvelles expériences
» dont deux seulement sont relatées ici et qui, d’ailleurs, n’ont fait
» que confirmer l’opinion que nous nous étions formée en nous
» basant sur nos recherches antérieures.
» Comme après l’absorption de la poudre de Kola, nous n’avons
» rien noté de particulier lorsque nous avons eu pris le rouge.
» L’examen des tracés et le calcul de la hauteur des différentes
» contractions donne une hauteur moyenne de soulèvement égale
» à l m465 et par suite un travail mécanique de 4,396 Kgm. La
» direction générale de la courbe ne présente pas la rectitude que
» nous avons trouvée dans les tracés inscrits après ingestion de
» poudre de Kola. La ligne des sommets a, au contraire, ici de

�LES KOLAS AFRICAINS

247

» nombreux caractères d’analogie avec la courbe normale. Comme
» cette dernière, elle présente la forme d’un S ; mais nous aurons à

» revenir tout à l’heure en faisant la comparaison, sur de nombreux
» points qui l’en distinguent et permettent de lui assigner une
» valeur toute différente.
C omparaison

des différents tracés ci- dessus

» Nous avons maintenant passé en revue les différents tracés
» que nous ont permis d’obtenir nos expériences. Nous avons

�EDOUARD HECKEL

»
»
»
»
»
»
»

indiqué quels étaient les caractères propres à chacun, nous avons
calculé leur valeur en mesurant la hauteur du soulèvement et le
nombre de kilogrammètres indiquantle travail mécanique dépensé.
Il nous reste à grouper les données mécaniques que nous avons
obtenues, à les mettre en regard les unes des autres afin de voir
quelles conclusions nous sommes autorisé à tirer de leur comparaison.
» Nous allons tout d’abord étudier quelles différences on observe
» lorsqu’on se borne à comparer la hauteur moyenne de soulève» ment et le travail mécanique moyen que nous avons calculés plus
» haut. Voici les chiffres que nous avons obtenus :
Hauteur moyenne de soulèvement

»
»
»
»

Tracé normal................ l m157
T. avec caféine............ l m203
T. avec poudre de Kola !m495
T. avec rouge de Kola.. l m465

T ravail m écanique moyen

kilog.
kilog.
kilog.
kilog.

3.471
3.916
4.485
4.396

» Nous voyons dans ce tableau que si, au point de vue seul du
» travail dépensé, nous comparons les résultats qui ont été fournis
» par des mensurations attentives, notre attention est attirée de
» suite par deux remarques intéressantes : 1° il y a peu de différence
» entre le tracé normal et le tracé après ingestion de caféine; 2° le
» tracé après ingestion de rouge de Kola atteint un chiffre se rappro» chant beaucoup de celui qu’on obtient avec la poudre de Kola
» naturelle contenant encore sa caféine et sa théobromine. Nous
» avons toujours constaté ce fait, et si, dans quelques expériences
» avec la caféine, nous avons parfois obtenu des moyennes infé» rieures à celles des tracés normaux, 0,992 par exemple, jamais,
» dans aucun cas, nous n’avons constaté semblable chose après
» l’absorption cle rouge de Kola. Ces faits semblent déjà plaider
» beaucoup en faveur de la théorie de M. Heckel et, pour notre
» part, nous sommes loin de considérer le rouge de Kola comme
» un principe inactif, ou à peu près.
» Si maintenant nous rappelons les données que nous a fournies
» tout à l’heure l’étude de la ligne des sommets dans les différentes
» courbes envisagées, voici ce qui nous frappe au premier abord.
» La ligne des sommets, dans le tracé normal est, la plupart du
» temps, concave, mais la courbure qu’elle nous présente est peu

�LES KOLAS AFRICAINS

249

» marquée et, à part quelques exceptions, la descente se fait le plus
» souvent d’une façon régulière. Si nous considérons la direction
» générale de la courbe après absorption de caféine, nous remar» quons que les premières contractions sont plus élevées que dans
» le tracé normal, mais qu’aussi la plupart du temps, la chute est
» plus rapide et le tracé souvent plus court que précédemment.
» Nous obtenons de la sorte une ligne beaucoup plus concave que
» la précédente, et dont la seconde moitié formant parfois un
» plateau, est de courte durée.
» Après absorption de la poudre de Kola, l’aspect change du
» tout au tout. Les premières contractions sont encore très élevées,
» mais au lieu de cette chute brusque que nous constations tout à
» l’heure, ici, au contraire, la descente est excessivement régulière;
» elle se fait graduellement, sans secousses, en décrivant une ligue
» dont la rectitude est presque parfaite.
» Que se passe-t-il dans les tracés inscrits après ingestion de
» rouge de Kola? Ici, comme dans les deux cas précédents, les
» contractions du début atteignent 0m048 à 0'”05, puis, après 7, 8,
» 10 secondes, la ligne descend peu à peu pour aboutir la plupart
» du temps à une sorte de plateau suivi lui-même de contractions
» lentement décroissantes qui lui donnent la forme d’un S.
» En nous résumant, nous obtenons le tableau suivant :
( Ligne légèrement concave.
i&gt; Tracé normal.. ]
( Descente assez régulière.
m , avec ca- i\ Contractions du début très élevées.
» Trace
Chute brusque.
féiue
Ligne plus concave que la précéder! te
Contractions élevées.
» Tracé avec Kola \ Ligne à peu près droite.
( Descente très régulière.
Contractions élevées.
Ligne des sommets en S, parfois
Tracés beaucoup plus longs qu’avec
la caféine.

�280

Éd o u a r d

heckeL

C o n c l u s i o n s . — 1° La poudre de Kola exerce sur la fatigue
» musculaire une action modératrice évidente; elle agit à la fois
» sur le nombre et l’intensité des contractions, et permet de
» fournir un travail soutenu;
» 2° La caféine semble n’agir que sur la hauteur, et par consé» quent sur la force des contractions. Elle l’accroît sensiblement,
» mais son effet est de courte durée et le muscle s’épuise aussi
» rapidement et souvent plus qu’à l’état normal ;
» 3° Comme la poudre de Kola, le rouge de Kola, même à doses
» minimes, augmente, d’une façon très notable, l’intensité et la
» durée des contractions musculaires. L’action de ces deux
» substances présente de nombreux caractères d’analogie et les
» différences qui les séparent ne sont que de légères différences de
» degré;
» 4° L’action de la poudre de Kola est due, en majeure partie,'
» au rouge qu’elle renferme. Sans doute, la caféine augmente la
» résistance à la fatigue, en tonifiant l’organisme, en régularisant
» les fonctions circulatoire et respiratoire, mais le rouge de Kola
» exerce seul sur la contraction musculaire une action propre qui
» est incontestable. »
Ces conclusions, en raison de leur importance même, nous impo­
saient la recherche de leur explication. La première qui se présen­
tait à l’esprit étai t de se demander si, dans le rouge de Kola (Kolanine
de Knébel), la prépondérance de l’action neuro-musculaire ne provient pas de l’état naissant de la caféine. La question valait la peine
d’être élucidée et nous avons institué l’expérience physiologique
suivante en priant M. le professeur Dubois de vouloir bien la
réaliser.
Il s’agissait de comparer les tracés fournis à l’ergographe de
Mosso par 1° la caféine pure et cristallisée ; 2* la poudre de Kola et
3" la Kolanine de Knébel, données à doses rigoureusement égales
au point de vue alcaloïdique et en tenant compte du dédoublement
de la Kolanine dans l'organisme, en caféine et glucose, calcul que
n’avait pu faire M. le docteur Marie, le rôle chimique de la Kolanine
étant encore inconnu au moment où il instituait ses recherches
comparatives. Voici notre calcul : la poudre de Kola de SierraLeonê contient 2,348 % de caféine libre (en négligeant les 0,02 %
»

�LES KOLAS AFRICAINS

251

de théobromine) : mais il i'aut y ajouter le poids de la caféine
naissante provenant du dédoublement de la Kolanine, en tout
3 gr. 778. Combien faut-il donner de notre rouge de Kola (Kolanine)
pour fournir 3 gr. 778 de caféine naissante. Une opération très
simple de proportions donne 265 gr. de Kolanine : ce poids de ce
glycoside donnerait dans l’organisme autant de caféine naissante
cpie 100 gr. de poudre de Kola produirait de caféine libre et de
caféine naissante totalisées. Il faudra donc donner, pour conserver
aux expériences leur caractère de comparaison rigoureuse, les doses
suivantes des trois substances envisagées : I, 3,778 de caféine cris­
tallisée pure; II, 100 gr. de poudre de Kola; III, 265 gr. de rouge de
Kola {Kolanine).
Nous avons fait donner, dans les mêmes rapports, aux sujets
soumis aux expériences I. 0 gr. 020 de caféine pure; II. 0,50 de
poudre de Kola; III. 1 gr. 32 Kolanine.
M. Dubois (de Lyon), nous a adressé les graphiques (Voir p.
. 230) de l’ergograplie de Mosso : trois d’entre eux sont relatifs au
tracé des trois substances mises en cause, le quatrième donne un
tracé normal.
Si on rapproche ces tracés de ceux qui ont été obtenus par
M. Marie, on constate qu’ils ont bien des points de ressemblance.
Comparés entre eux, ils donnent les résultats suivants : l’action
de la caféine cristallisée se fait nettement sentir sur le tracé normal,
mais elle est de faible durée, l’amplitude des contractions y est très
restreinte. Avec la poudre de Kola, la durée des contractions est
plus longue et leur amplitude est à la fois large et soutenue, leur
décroissance suit une progression très régulière; sous l’influence du
rouge de Kola (Kolanine) môme durée des contractions, leur ampli­
tude se conserve mieux qu’avec le Kola et leur décroissance se
produit plus lentement, la conservation de l’énergie musculaire est
plus longue. Ici, comme dans les expériences de M. Marie; tout le
profit est évidemment pour la Kolanine (ou Rouge de Kola) dans
laquelle toute la caféine mise en jeu est à l’état naissant. La diffé­
rence qui existe entre le tracé dû au Kola et celui de la caféine cris­
tallisée libre, est évidemment attribuable à ce même état naissant
qui caractérise un tiers de la caféine intervenue dans l’adminis­
tration du Kola.
Cette interprétation de l’influence de l’état naissant pour expli-

�EDOUARD HECKEL

quer les différences d’intensité d’action de la caféine cristallisée, du
Kola et de la Kolanine, est justifiée par les observations bien connues
du docteur Lewin à propos de l’intoxication par l’hydrogène sulfure.
Il est bon de les rappeler ici en peu de mots.
1° Quand on fait passer dans du sang un courant d’hydrogène
sulfuré on obtient un liquide qui présente au spectroscope, lors­
qu’il est convenablement dilué, une bande d’absorption située entre
C et D.
2° Qu’on plonge un animal, lapin, chien, dans une atmosphère
d’hydrogène sulfuré jusqu’à ce qu’il succombe, qu’on examine son
sang au spectroscope et on sera tenté de prédire que le liquide
sanguin présentera la même bande située entre C. et D. Il n’en est
rien et cependant l’animal a absorbé une quantité très forte d’hydro­
gène sulfuré.
3° Administrons à un autre animal, chien ou lapin, du sulfocarbonate de potasse ou du sulfoantimoniate de soude (sels qui,
tous deux sous l’influence des l iquides de l’économie se décompo­
sent en donnant naissance à de l’hydrogène sulfuré) ; sacrifions
l’animal au bout d’un certain temps et examinons son sang, nous
retrouverons la bande entre C et D du spectroscope.
L’hydrogène sulfuré naissant s’est donc combiné avec l’hémo­
globine et ce résultat est identique à celui que donne la matière
colorante du sang quand on y fait passer un courant d’hydrogène
sulfuré.
Cet exemple, auquel beàucoup d’autres et notamment celui de
l’oxygène, pourraient être ajoutés, prouve jusqu’à l’évidence que
les corps à l’état naissant ont une action toute différente de celle
des corps similaires nés et formés depuis longtemps. C’est une
vérité aujourd’hui bien démontrée et l’action physiologique du
Kola, caractérisée par cette abondante formation décaféiné naissante
sur laquelle nous avons longuement insisté, en est une nouvelle
preuve. En réalité, c'est par le dédoublement de la Kolanine que
l’action physiologique du Kola (comme je l’avais pressenti et
annoncé depuis longtemps en me basant sur des expériences très
significatives) se distingue de celle de tous les caféiques à dose
alcaloïde égale ; c’est cette substance qui constitue aussi toute la
supériorité du Kola sur les autres caféiques dépourvus d’un gly-

�LES KOLAS AFRICAINS

253

coside capable de donner de la caféine naissante par dédoublement.
Il résulte de ces faits que l 0 les conclusions physiologdques tirées
par M. G. Sée de l’étude de la caféine libre et étendues par lui au
Kola, si elles étaient fondées, ne seraient acceptables, ni pour les
doses ni pour les faits eux-mèmes, que dans une mesure
restreinte : elles ne le seraient à aucun degré par ce qui touche à
la Kolctnine.
2° Ce glycoside, quand on pourra aisément et sans trop de frais
le préparer en quantité suffisante, devra être étudié à fond dans ses
applications cliniques et sera vraisemblablement, dans l’avenir, le
seul produit utilisable du Kola (1), la caféine libre qu’il renferme
(1) Voici au sujet de la recherche de ce glycoside quelques observations récentes
de M. Schlagdenhaufïen :
Recherche cle La Kolanine. — Pour rechercher la Kolanine dans les graines de
Kola, nous comptions suivre le procédé opératoire imaginé par le Dr Knébel.
Mais nos essais répétés ne nous ayant fourni que des résultats qui nous parais­
saient entachés d’erreur, en raison d’un défaut d’indications suffisamment précises,
nous avons dû nous bornera démontrer indirectement la présence de ce glucoside,
ainsi que sa variation suivant l’état des graines.
La première partie de ces recherches se trouve exposée en détail p. 181 où nous
démontrons qu’aprés élimination de la Caféine libre à l’aide du chloroforme, il
en reste encore des quantités variables qu’on peut enlever, par le même dissolvant,
après traitement préalable de la poudre par de l’eau bouillante ou par de l’eau
acidulée à l’acide chlorhydrique.
La mise en liberté de la Caféine dans ces conditions ne peut s’expliquer que par
le dédoublement du composé particulier, la Kolanine, dont la nature glucosidique
a été découverte par le D' Knébel.
En ajoutant par conséquent aux 2er348 (quantité de Caféine libre) les 35.775,
17.88 et 61.239 "/o d’alcaloïde provenant du dédoublement de la Kolanine (notre
rouge de Kola) on trouve que la totalité de celle qui existe doit être évaluée respec­
tivement à

3 gr. 188

2 gr. 768

3 gr. 785

dans ces diverses conditions expérimentales. Le maximum de Caféine s’élève donc
à3gr. 785 dans la noix de Kola rouge arrivée à maturité complète.
En opérant de même avec des graines fraîches de Kola rouge et de Kola blanc
provenant d’une autre récolte, nous avons trouvé, comme nous l’avons vu p. 196,
les quantités suivantes de Caféine libre : dans le Kola rouge 0,38 0/0, dans le Kola
blanc 0,40 0/0. Cette différence eu moins, si considérable, indique tout d’abord que
les graines employées fraîches sont constituées autrement, au point de vue chi­
mique, que les sèches qui avaient servi à notre première analyse.
Si maintenant nous faisons macérer les poudres ci-dessus de Kola rouge et de
Kola blanc dans de l’acide chlorhydrique à 5 0/0, si nous filtrons le liquide après
24 heures de séjour à l’étuve à 35°, si nous le sursaturons par de l’eau de chaux,
si nous l’évaporons à siccité et reprenons le magma calcaire par du chloroforme,

�254

EDOUARD HIÏCKEL

pouvant être obtenue d’une façon moins coûteuse par l’utilisation
des autres caféiques plus employés et plus répandus dans le
commerce (café, thé, etc.).
Malgré ces prévisions, nous allons nous occuper des applications
thérapeutiques actuelles du Kola, et de sou emploi stratégique.
Longtemps encore ce produit conservera sa supériorité sur les
autres caféiques et sera d’emploi facile et usuel en attendant la
diffusion et la vulgarisation de la Kolanine.
Il n’est pas possible, pour être complet, de terminer cette partie
physiologique sans dire un mot de l’étude récemment présentée
par le professeur Ugolino Mosso à l’Académie des Sciences de Turin,
touchant l’action des principes actifs de la noix de Kola sur la connous obtenons de nouvelles quantités de Caféine qui représenteront l’alca­
loïde de dédoublement : pour le Kola rouge = 0,820 0/0 et pour le Kola blanc
0,885 0/0. De sorte que le total de l’alcaloïde libre et combiné s’élève à : 1,20 pour
Kola rouge et 1,285 pour Kola blanc.
La comparaison de la proportion d’alcaloïde de dédoublement et de Caféine
libre fournit ainsi les rapports suivants :
Pour le Kola blanc
Pour le Kola rouge

221.25
215.85

à 100
à 100

Il suit de là que les graines analysées dans notre premier mémoire et celles
examinées actuellement sont entièrement différentes au point de vue de leur com­
position. Les premières sont beaucoup plus riches en Caféine libre et ne contien­
nent à peu près qu’un tiers d’alcaloïde de dédoublement, tandis que les plus
récentes renferment presque trois fois plus d’alcaloïde de dédoublement que de
Caféine libre. La proportion de glucosi.de qui fournit la caféine du dédoublement
varie donc avec l’état des graines.
Tout se passe ici comme dans les graines du Kola rouge analysées en premier
lieu et ayant un poids moyen de 28 à 40 gr. : la majeure partie de la Kolanine avait
disparu et opéré son dédoublement au sein même de l’organe, tandis que dans les
dernières pesant de 4 à 14 gr. (Kola blanc) et de 0 à 18 gr. (Kola rouge) elle se
trouverait en forte proportion résistant à toute action fermentescible, et ne subi­
rait son dédoublement que par suite d’une opération de laboratoire (action de l’eau
ou d’un acide faible) et fournirait ainsi la proportion considérable d alcaloïde
signalée plus haut.
La comparaison de ces deux résultats, si différents l’un de l’autre, nous auto­
rise donc à conclure, d’une part, que les mêmes graines analysées à des époques
variables ne sont pas identiques au point de vue de leur richesse en caféine libre
ou combinée; en second lieu, que la proportion de Kolanine diffère avec l’état
frais ou sec des graines, enfin les graines fraîches de Kola renferment plus de
Kolanine que les mêmes graines une fois désséchées. Cette condition doit dès lors
toujours être préférée pour les préparations pharmaceutiques qui deviendront
ainsi faites riches en Rouge de Kola.

�LES KOLAS AFRICAINS

traction musculaire (1). L’auteur emploie comme MM, Dubois (de
Lyon) et Marie, l’ergographe de A. Mosso, et après avoir constaté
et enregistré l’action très nette de la caféine sur la fatigue mus­
culaire, examine le bien fondé de mes assertions, en ce qui touche
l’action de la poudre de Kola dépouillée de caféine, que j’ai
déclarée incontestablement suspensive de la fatigue musculaire.
11 administre la poudre de Kola à lui-môme et à un de ses amis
à la dose de 5 grammes d’un coup. Il trouve, comme je l’avais
affirmé, que la poudre de Kola dépouillée de la caféine est d’une
activité manifeste. Recherchant ensuite l’élément qui, dans ce
Kola dépouillé de caféine, peut agir sur la fatigue musculaire, M. A.
Mosso essaie l’action de notre Rouge de Kola (Kolanine de Knébel)
sur l’organisme humain et en donne la quantité contenue dans
5 grammes de poudre. Il constate qu’elle est sans effet. Il est à
remarquer que ce résultat est absolument contradictoire de ceux
qu’il a obtenus avec la caféine, car le rouge de Kola (Kolanine) se
dédouble sous l’influence du suc gastrique, comme nous l’avons
établi dans la partie chimique de notre étude, en caféine et en prin­
cipe colorant résineux, et cette transformation est inévitable. On se
demande dès lors, comment M. U. Mo'sso n’a pas été frappé d’une
pareille contradiction, surtout étant donné (mais M. U. Mosso parait
ignorer mon dernier travail sur l’action physiologique du rouge de
Kola et sa comparaison avec la caféine) (2), que la Kolanine peut
fournir encore, sous l’influence de liquides acidulés (c’est le cas
du suc gastrique), par dédoublement 61 % de la caféine libre
renfermée dans le Kola. Cette dose n’est pas négligeable et
certainement les 61 7° de 0 gr- H»&gt; de caféine renfermés dans
5gr. de Kola, doivent agir encore et agissent certainement d’après
les expériences de MM. Dubois (de Lyon) et Marie, dont nous venons
de reproduire les tracés.
Poursuivant ses recherches, l’auteur enregistre l’action de la
poudre de Kola dépourvue de caféine et de notre rouge de Kola
(Kolanine) et démontre que ce produit conserve encore une action
manifeste sur la contraction musculaire, il en est de même de
(1) Azione clei principi attivi délia noce di K ola sulla contractione niuscolare, (Estr. dagli Atti délia R. Academia delle Scienze di Torino) vol. XXXIII,
Aclunanza del 5 marzo 1893.
(2) Répertoire de Pharmacie, 1892.

�'

EDOUARD HECKEL

l’extrait, aqueux (eau chaude) de Kola dépouillé de caféine et de
rouge de Kola.
Comme après l'extraction de la caféine et du rouge de Kola
(Kolanine), il ne reste plus dans ce Kola, d’après notre analyse, que
de la fécule (33 %), et du glucose (3 %) sans parler du tannin, de
la gomme et des substances albuminoïdes (7 %), M. le professeur
U. Mosso en est conduit à essayer et à trouver, à l’aide du même
ergographe, que Yamidon introduit dans l’estomac favorise l’activité
des muscles à des doses de 5 à 10 gr. On voudra bien noter en
passant qu’il y en a trois fois moins (c’est-à-dire 1 gr. 70) dans
la dose uniforme de 5 gr. de Kola ingérée par l’auteur !
Les conclusions singulières de ce travail, qui, d’après notre
auteur viennent à l’appui de celles du professeur P. Albertoni (Sul
contegno e sul l’azione degli zuccheri neVorganismo. — R. Accademia
delle Scienze di Bologna, 1889, 1891, 1892) établissant dans trois
mémoires que, le glucose, la maltose et la saccharose possèdent une
action marquée sur la circulation, augmentent même la circulation
du sang et la fréquence du pouls, dilatent les vaisseaux sanguins et
renforcent l’action du cœur, sont les suivantes. Nous devons les citer
au moins par leur nouveauté : « 1° la caféine et le glucose (amidon)
» ont une action marquée sur la contraction musculaire; 2°cette
» action s’exerce sur les muscles sans le concours du système
» nerveux central ; 3° le rouge de Kola n’est pas une substance
» active sur les muscles. Le glucose et l’amidon, ces deux compo» sants de la noix de Kola, unissent leurs effets à ceux de la caféine
» pour rendre les muscles plus résistants à la fatigue. » Ces conclu­
sions revêtent, au moins pour ce qui a trait à l’action physiologique
du Kola, un caractère si nouveau et si surprenant que je ne crois
pas devoir les discuter ici : elles échappent du reste à tout examen
sérieux.
Je ne puis, en terminant ce chapitre, m’empêcher (le lecteur
excusera ce souvenir personnel) de me reporter à la séance de
l’Académie de Médecine du 22 avril 1892, dans laquelle M. le
professeur G. Sée, irrité de mes protestations et de mes réserves
relatives : 1° à sa nouvelle et singulière théorie sur les propriétés
de la caféine ; 2° à l’extension de cette nouvelle théorie au Kola,
pour expliquer toutes les vertus de cette graine, s’oublia au point
de mettre en doute, mon Rouge de Kola (aujourd’hui Kolanine

�LES KOLAS AFRICAINS

257

de Knébel) auquel j’attribuais depuis longtemps la caractéristique
physiologique de cette graine, et d’oser dire du haut de cette tribune
médicale où le respect de soi-même et des autres est de tradition,
que je n’avais pas compris un mot à sa t h é o r i e s u r l a c a f é i n e .
Ce que je comprends bien et ce que le lecteur aura mieux que
moi compris encore, c’est que la doctrine mort-née de M. G. Sée, '
contraire aux faits (les observations de Rodet et de Kotlar toutes
récentes protestent assez haut, avec Dujardin-Beaumetz et les autres
auteurs anciens contre les assertions de M. Sée), a été impuis­
sante à atteindre la seule théorie acceptable du ralentissement de
l’usure, posée sur les bases inébranlables de l’analyse chimique et
du bon sens. 1— Quant au Rouge de Kola qui gênait si fort M. G. Sée,
ne lui en déplaise, il ne saurait disparaître comme un vulgaire
courtisan de cour au jour de la débâcle, et il restera, pour l’éternelle
confusion de celui qui en a nié si légèrement l’action sans tenir
compte de mes observations. Mais que valent les travaux d’un
modeste provincial !
Il est vrai que cette dénégation était nécessaire aux besoins de
la théorie bizarre de M. G. Sée, théorie qui, du reste, n’existe plus
désormais qu’à l'état de vestige historique dans le Bulletin de
l’Académie de Médecine de Paris (1890), où elle repose de son dernier
sommeil sans que la moindre résurrection lui ait donné,même passa­
gèrement, la plus petite place dans les plus élémentaires classiques.

��QUATRIÈME PARTIE

E m ploi t h é r a p e u t iq u e , brom ato lo g iqu e et str atég iqu e

»
»
»
»
»

« C’est l’étranger qui mûrit le fruit
de notre ingéniosité. C’est là qu’on
le met en coupe, qu'on l’exploite et
qu’on l’utilise, et c’est à peine si
l’on veut bien, par la suite, nous
en retourner quelques graines. »
(Dr R avenez . La vie du soldat).

De tout temps, les nègres africains ont vu dans la noix de Kola
tout à la fois un aliment et un médicament : c’est bon pour le ventre,
disent-ils, et il faut remarquer en passant qu’ils l’emploient d’une
manière très rationnelle, non pas en l’ingurgitant sans le mâcher,
mais, en mastiquant lentement le Kola frais et avalant leur salive.
D’après ce que nous savons maintenant sur la composition chi­
mique de cette graine, il est évident que nul autre procédé ne
réussirait mieux pour assurer la formation de la caféine naissante
dont l’action physiologique est si puissante. C’est pour les nègres
africains le meilleur tonique et antidiarrhéique dont ils disposent,
et ils l’emploient constamment (1).
Dans notre travail sur les Kolas africains qui peut être considérée
comme la première ébauche d’application thérapeutique, nous
avons, M. Schlagdenhaufîen et moi, insisté sur les propriétés anti­
diarrhéiques et toniques de l’intestin, particulières à cette précieuse
graine. Nous avons provoqué, dans ce sens, à cette époque, quelques*
expériences dans les hôpitaux de la marine contre la diarrhée
(1) Le Dr Bergeret, médecin de la marine (Notes sur la Mellacorée recueillies au
poste de Benly. Thèse de doctorat en méd. 1889) n’hésite pas à reconnaître même
au Kola (pour justifier l’usage immodéré qu’en font les nègres) des vertus
préservatives contre la diarrhée des pays chauds. C’est aussi l’opinion du Dr Cunéo.

�260

ÉDOUARD HECKEL

atonique de Cochinchine, et M. le Dr Cunéo, qui a expérimenté sur
notre demande, nous a transmis quelques cas intéressants de
guérison de cette redoutable affection, soit avec la poudre, soit avec
l’Élixir de Kola. Ce médecin de la marine y a joint quelques obser­
vations intéressantes relatant des succès contre la phosphaturie.
Voici ces observations qui datent du 20 juillet 1882 et ont
été faites à l’hôpital maritime de Toulon :
a Vous avez bien voulu m’envoyer quelques litres de V i n e t E l i x i r
» d e K o l a avec des pilules d’extrait alcoolique de cette graine (1).
» Suivant vos intentions, j’ai essayé de préférence votre nouveau médi» cament contre la diarrhée de Cochinchine. Mais, je dois dire avant
» tout que cet essai n’était pas facile à faire dans de bonnes conditions.
» Il y a, en effet, actuellement très peu de véritables diarrhées de
» Cochinchine dans nos hôpitaux ; les nouveaux arrivants sont le
» plus souvent dirigés de suite dans leur pays par le conseil de
» santé; ceux qui restent à Toulon ou qui viennent dans les hôpitaux
» sont mis en traitement par le régime lacté, qui, lorsqu’il est rigou» reusement suivi, donne un résultat pour ainsi dire certain. Je
)) n’avais donc pas à expérimenter le Kola chez ceux qui guérissent
» très bien avec le lait. D’un autre côté, lorsque la diarrhée de
» Cochinchine est déjà ancienne, qu’elle date de plus de six mois
» et même d’un an, elle a perdu son individualité. Ce n’est plus
» qu’une diarrhée chronique avec des caractères qui peuvent être la
» cause de processus intestinaux très divers. C’est là un fait bien
» établi au point de vue anatomo-pathologique, par les recherches de
» Corail et Kelali. Je n’ai donc essayé le Kola que sur des indi» vidus atteints de diarrhée de Cochinchine, restés rebelles au ré g im e
» l a c t é , qu’ils n’avaient pas pu supporter. En tout, trois malades.

(1) Ces diverses préparations avaient été faites gracieusement par M. Eberlin,
pharmacien de l r“ classe, à Marseille.
Le vin de Kola était obtenu par macération d’une ( Vin blanc doux 500 gr.
durée de 15 jours avec.......................................... j Kola frais......
100 »
T
.
i Alcool à 60°....
5 »
L e x tra it alcoolique a v ec............................................... ' „ , . .
.
1

^ Kola f r a is ..........

1 »

Ces deux préparations, comme nous l’avons vu dans la partie chimique de.
cette étude (page 188, IV), sont loin de dépouiller complètement la graine de ses
principes actifs. La préparation de l'extrait aqueux, en dehors de son inactivité
physiologique, présente de réelles difficultés en raison de l’abondance de l’amidon
dans la graine ; celui-ci forme, pendant la macération, un magma dont il est diffi­
cile de se débarrasser. Aussi, à cet égard, convient-il mieux d’employer l’extrait
alcoolique qui joint à une grande richesse en principes actifs, certaines facilités
de préparation très appréciables pour le praticien. L’élixir au Kola se prépare
comme toutes les formes pharmaceutiques de ce nom.

�LES KOLAS AFRICAINS

)) Le premier est un lieutenant de vaisseau arrivé depuis 2 mois
» de Cochinchine, mais dans un état d’anémie extrême, d’une maigreur
» squelettique. Le régime lacté ne lui avait pas réussi, parce que
» probablement le malade ne s’en était pas contenté ; qu’étant dévoré
» par une soit ardente, il a essayé de la calmer par les boissons les
» plus diverses. Quoiqu’il en soit, au début du nouveau traitement,
» il avait par jour 10 à 12 selles complètement liquides et incolores.
» Le malade vomissait presque journellement. J’ai fait prendre le lait
» et donner 60 à 88 grammes par jour de Kola sous forme de Vin.
» Les vomissements ont cessé d’abord dès le 2n'e jour; lo nombre
» des selles a diminué également, il était tombé à 6 dès le 3m0 jour.
» Mais, ce qui satisfait le plus le malade, c’est le sentiment de
» vigueur nouvelle, de force, de résurrection, suivant sa propre expres» sion, qui suivait l’ingestion de ce médicament.- L’amélioration des
» premiers jours a continué, les vomissements n’ont pas reparu ; les
» selles, devenues chaque jour moins nombreuses, se sont graduelle» ment solidifiées. Au lait, nous avions ajouté les œufs, les bifteacks
» puis, vers Je vingtième jour, le pain, le vin ; enfin, un mois après
» le début du traitement, le malade, se considérant comme guéri,
» demande à partir. 11 paraissait guéri, en effet...
» Le deuxième cas est celui d’un lieutenant-colonel en retraite. Il
» était revenu depuis 6 mois de la Cochinchine et avait essayé d’une
» manière rigoureuse le régime lacté. Son état s’aggravait de plus
» en plus. Désespéré, il quitta le pays où il s’était retiré (un village
» des environs de Toulon), pour revenir dans cette dernière ville, où
» je l’avais soigné pour une autre affection. Son état était en réalité
» fort grave, car, à la diarrhée de Cochinchine, caractérisée par
» 12 à lo selles par jour, par un amaigrissement extrême et une fai» blesse telle qu’il était obligé de rester alité, se joignaient les
» symptôme; d’une bronchite de nature suspecte.
» Je calmai de suite la toux par Je sirop de codéine et j’essayai de
» nouveau le régime lacté : il ne put être toléré. La diarrhée aug» mentant, et avec elle la faiblesse, je prescrivis alors le thé cle bœuf
» avec le tapioca, que le malade digérait très bien, et j’y joignis
» 60 gr. de vin de Kola et 3 cuillerées à café par jour d’élixir de
» Kola. La même série de phénomènes déjà indiqués se produisit :
» sentiment de digestion plus parfaite, sensations de forces qui
» s’accentuent chaque jour, diminution et solidification graduelle des
» selles. Bref, le malade, qui était venu avec l’intention de passer '
» tout Tété à Toulon, est reparti il y a lo jours, paraissant complè» tement guéri. Au moment de son départ, il suivait un régime très
» varié dans lequel entraient les fruits, dont il était très friand. Le
» traitement avait duré 33 jours.
» Dans un troisième cas, chez un soldat d’infanterie de maiine, le
» régime lacté n’avait rien donné, le malade rentrait plus fatigué

�EDOUARD HECKEL

» d’un congé de 4 mois : amaigrissement, marqué par une légère infil» tration des membres inférieurs, langue rouge dépouillée, vomisse» ments quotidiens, 8 à 10 selles par jour. Je prescris le thé de bœuf
» et GO à 80 grammes de vin de Kola, avec 4 cuillerées à café d'élixir
» par jour. Dès le premier jour, les vomissements ont cessé ; à
» chaque ingestion des médicaments, le malade se sentait plus vigou
» ceux : les selles, le troisième jour, étaient réduites à 4 ; le sixième
» jour, elles étaient pâteuses et 15 jours après le début du traitement,
» le malade n’avait qu’une selle solide par 24 heures, nfangeait des
» œufs, buvait du vin pur, suçait des bifteacks. Ce résultat a été
» obtenu en un mois de traitement.
» Je dois ajouter que chez deux autres malades, le vin de Kola
» n’a pu être toléré à cause du sentiment de brûlure que son inges» tion déterminait à la région épigastrique. Le fait n’a rien de bien
» étonnant dans une maladie où il y a si souvent desquammation
» épithéliale de la langue et d’une grande partie des voies diges» tives.
» Des quelques faits dont je viens de parler, faut-il inférer que le
» vin de Kola guérira la diarrhée de Cochinchine ? L’expérience le dira,
» mais je crois, en tous cas, à l’utilité de ce médicament, car sou» vent cette affection commence (le fait a été relevé depuis Jong» temps), comme la diarrhée infantile du sevrage, . par des troubles
» gastriques, et nous avons vu le Kola agir favorablement pour
» arrêter les vomissements. Je l’ai essayé deux fois avec succès dans
» des cas de gastralgie avec sensation de lypothymie, et sur moi» même ; il m’a paru rendre la digestion plus facile. Peut-être, en
» raison de cette influence, le Kola pourrait-il avoir une action par» ticulière sur le développement de la diarrhée de Cochinchine, dont
» la dyspepsie paraît être le début : mais c’est une simple prévi» sion à vérifier dans le pays même d’origine de la maladie.
» Je dois, en terminant, appeler l’attention sur un cas sinon de
» guérison, au moins d’amélioration marquée, obtenue chez un enfant
» présentant les symptômes d’une affection mal déterminée encore, la
» phosphaturie. 11 s’agit d’un jeune homme de 11 ans, qui maigris» sait rapidement el accusait une grande faiblesse et chez lequel
» l’examen le plus attentif ne décelait aucune lésion organique, mais
» dont les urines présentaient un dépôt abondant de phosphates. Une
» première fois, j’avais obtenu une profonde amélioration par la valê» riane en lavement, Varseniate de soude à l’intérieur, les bains froids
» et le vin de Kola. A la suite d’une rechute, j’employai le vin de
» Kola seul avec les pilules d'extrait alcoolique. Vingt jours après, le
» père m’accusait le retour des forces, et les phosphates avaient
» disparu des urines : le jeune homme allait du reste fort bien. »

A la suite de ces observations, qui furent communiquées au

�LES KOLAS AFRICAINS

Ministre de la Marine et des Colonies de l’époque, des expéri­
mentations furent ordonnées en Cochinchine : je fis envoyer des
préparations de vin et d'élixir de Kola, offertes gracieusement
par M. Eberlin, mais les expériences, mal conduites, n’y don­
nèrent que des résultats médiocres, comme il fallait s’y atten­
dre de la part d’expérimentateurs mal disposés à accueillir un
médicament nouveau et défavorablement prévenus par l’inter­
vention officielle de l’autorité administrative dans une question
de médecine pure.
Depuis, des observations cliniques suivies de M. le Dr Bohéas,
médecin de la marine (expériences faites à mon instigation à l’hô­
pital maritime de St-Denis-Réunion), ont établi nettement la supé­
riorité de ce médicament sur tous les autres tanno-caféiques contre
l’atonie intestinale des pays chauds compliquée de diarrhée (1).
Ce médecin employait le Kola eu tisane à l’état de poudre impal­
pable aromatisée, mais toutes ces observations devaient être
reprises, à l’instigation deM. Dujardin-Beaumetz par M. E. Monnet,
un des élèves de ce maître, qui présenta en 1885 comme thèse de
doctorat en médecine devant la faculté de médecine de Lille, un
travail d’ensemble très complet intitulé : De la K ola : Étude
physiologique et thérapeutique. Voici les conclusions de ce remar­
quable travail d’observation qui fait encore loi en la matière bien
qu’il soit en retard sur les données physiologiques et chimiques
actuelles. Nous devons les relever en entier parce qu’elles ont servi
de base à tous les travaux thérapeutiques qui ont suivi de près cette
première étude clinique, et surtout parce qu’elles sont reproduites à
peu près en entier dans les pages que M. Dujardin-Beaumetz a
consacrées à l’étude de ce médicament dans ses Nouvelles Médications
(1886); on en retrouve trace également dans les études de Huchard
sur l'emploi de la Kola comme tonique (Revue générale de clinique
et de thérapeutique).
« 1° La Kola, par la caféine et la théobromine qu’elle contient,
» est un tonique du cœur dont elle accélère les battements, exagère ■
» la puissance dynamique et régularise les contractions.
(1) Cette supériorité tient évidemment à la présence dans le Kola d’une forte
proportion de tannin et de caféine, tant libre que naissante : nul autre caféique
n’en renferme autant sous le même poids. La caféine excite les muscles lisses de
l’appareil gastro-intestinal; le tannin est tout à la fois un tonique et un astringent
de l’intestin.

�EDOUARD IIECREL

» 2° A la seconde phase de son action, à l’exemple de la digitale,
» c’est un régulateur du pouls qu’elle relève; sous son influence les
» pulsations deviennent plus amples et moins nombreuses.
3° Comme corollaire de son action sur la tension sanguine, on
» voit la diurèse augmenter; et, à cet effet, on peut utilement
» employer la Kola dans les affections du cœur avec hydropisie.
» 4° Il semblerait résulter de nos observations que la Kola, qui
j&gt;active énergiquement les contractions cardiaques et agit sur la
» contractilité des muscles de la vie organique aurait, au contraire,
» une influence paralysante sur les muscles à fibres striées quand
» on l’emploie à doses toxiques.
» 5° C’est un antidéperditeur, un aliment d’épargne qui diminue
» les déchets organiques (urée) résultant des combustions des
» substances azotées, probablement en exerçant une action spéciale
» sur le système nerveux (aliments nerveux de Mantegazza).
» 6° C’est un tonique puissant par les principes qu’il contient,
» et son emploi est indiqué dans les anémies, dans les affections
» chroniques à forme débilitante et dans les convalescences des
» maladies graves.
» 7° Elle favoriserait la digestion soit en augmentant la sécré» tion des sucs stomacaux (eupeptique), soit en agissant sur les
» fibres lisses de l’estomac, qu’elle rendrait moins atones dans cer» taines dyspepsies. Sous son influence, on voit des anorexies
» rebelles disparaître, et les fonctions digestives se régulariser.
» 8° Enfin c’est un antidiarrhéique excellent qui a rendu de
» très grands services dans les diarrhées chroniques, dans certains
» cas de choléra sporadique (Huchard, Duriau), sans qu’on puisse,
» d’une façon bien nette, expliquer physiologiquement son action. »
C’est en prenant d’abord la dernière des propositions du Dr Mon­
net que nous examinons l’emploi thérapeutique du Kola. Ce que
nous en avions déjà dit au point de vue historique démontre (1)
que c’est comme tonique de l’intestin que cette graine s’est d’abord
révélée être un médicament hors de pair : on peut le dire aujourd’hui
(1) Je rappelle que le Dr Daniell lui-même dans sa première ébauche de
l'étude du Kola, eut la préscience de sa valeur, car il déclare qu’ayant souffert
d’une forme particulière de diarrhée atonique à laquelle les Européens sont sujets
dans |es pays chauds et qui ne reconnaît pour cause que le relâchement de la
muqueuse intestinale, il fut remis complètement en mâchant des graines de Kola.

�LES KOLAS AFRICAINS

265

hardiment, c’est le plus grand tonique gastro-intestinal que l’arsenal
thérapeutique ait mis jusqu’ici aux mains des praticiens. Son action
reconstituante est même apparente dans les cas où une diathèse
spéciale ruine l’organisme, comme la tuberculose par exemple.
C’est ce qui faisait dire à Monnet « Sont-ce les propriétés toniques
» du Sterculia qui réconfortent l’organisme, suppriment ces flux
» séreux qui l’alïaiblissent et le débilitent? Peut-être y a-t-il là une
» explication surtout pour les diarrhées tuberculeuses contre les» quelles nos maîtres les Drs Dujardin-Beaumetz, Duriau et aussi
» nous-mème avons lutté avec tant d’avantages au moyen de la
» Kola. Mais là encore, il y a derrière la diarrhée une cause, l’ulcé» ration tuberculeuse de l’intestin. Sans doute, il y a dans toutes
» ces explications, quelque chose de vrai ;, mais nous aurions mau» vaise grâce à ne point avouer qu’elles ne satisfont pas complète» ment l’esprit. »
On pourrait tenir le même langage pour ce qui touche au succès
du Kola obtenu dans trois cas de choléra par le Dr Huchard. Ces
résultats resteraient inexplicables si on ne tenait grand compte de
la dépression nerveuse, d’une part, et des désordres gastro-intesti­
naux (vomissements, diarrhée riziforme) qui caractérisent Tempoisonnement cholérique. Quoi d’étonnant, qu’après un traitement
semblable, les forces du malade se soient relevées au point de lui
permettre de lutter avantageusement contre le bacille de Koch ou
tout autre parasite microbien.
Dans la théorie du parasitisinemicrobien (qui semble aujourd’hui
admise pour le choléra comme pour la tuberculose et un grand
nombre d’autres maladies), il ne faut pas oublier qu’il y a deux
individualités en présence ; tout ce qui ajoute aux forces de résistance
de l’un des combattants est au détriment de l’autre qui s’épuise
en luttes stériles en face d’un ennemi incessamment pourvu de
troupes fraîches et aguerries.
Comme on devait l’attendre de la haute dose de caféine que ren­
ferme le Kola et surtout de l’action plus accusée de la caféinenaissante, cette graine jouit, contre les affections cardiaques, d’une
efficacité qui a été la première exploitée cliniquement. DujardinBeaumetz, se basant sur les appréciations déjà relatées de son élève
Monnet, l’a mise des premiers en usage et elle lui a donné de bons
résultats contre l’asystotie. Huchard a constaté lui-même que le
17

�EDOUARD HECKEL

Kola rend des services dans les affections cardiaques arrivées à la
période d’affaiblissement du myocarde : aussi le savant médecin de
l’hôpital Bichat associe-t-il le Kola à la scille et à la digitale
dans un vin toni-cardiaque dont il a donné la formule (1). C’est
surtout à la période d’hyposystotie que M. Huchard traite par le
Kola les affections cardiaques. Nous donnerons la formule du vin
de Huchard dans la partie pharmaceutique de cette étude.
Il est presque inutile de faire remarquer ici, après ce que j’ai
dit de la composition chimique du Kola, que si cette graine fournit
dans les maladies du cœur des résultats supérieurs à ceux qu’on a
constatés à la suite de l’emploi de la caféine seule, cela tient
évidemment à l’action spéciale de la Kolanine par ses produits de
dédoublement. Ce serait à voir sérieusement.
Cette action cardiaque du Kola, en relevant l’action du muscle,
a comme corollaire de l’augmentation de la tension sanguine, une
accentuation notable de la diurèse. Ce serait à voir sérieusement.
Dès 1884, Dujardin-Beaumetz et son élève Monnet proposaient
comme conséquence de l’action diurétique du Kola, l’emploi de cette
graine contre les maladies cardiaques compliquées d’hydropisie (2).
Les observations de chaque jour montrent que cette graine associée
à la digitale ou même employée seule rend les plus grands services
dans les cas de cette nature, en débarrassant les malades d’une
infiltration séreuse due à la gêne de la circulation. Il est très
probable que dans cette application thérapeutique, la caféine n’in­
tervient pas seule pour amener des résultats heureux : la théobromine dont les propriétés diurétiques ont été mises si profondé­
ment en évidence dans ces derniers temps et qui ont valu à cet
(1) R e v u e g é n é r a l e d e c l i n i q u e et d e t h é r a p e u t i q u e , 1891, p. 99.
(2) Dans « Les N o u v e l l e s M é d i c a t i o n s » Dr Dujardin-Beaumelz, p. 94, on lit ce
qui suit : « A côté de la théobromine, nous devons placer le Kola, qui contient à la lois
» de la caféine et de la théobromine. Un de mes élèves, le Dr Monnet, a consacré
» sa thèse aux propriétés de cette noix de Kola, et nous avons montré son heureuse
» iniluence dans le traitement des alïections cardiaques et des diarrhées chroniques.
» M'es premières recherches me faisaient douter des propriétés diurétiques de la
» Kola; aujourd’hui, je crois que la noix de S t e r c u l i a a c u m i n a t a jouit incontesta» blement des vertus diurétiques qu’elle doit à la caféine et à la théobromine qu’elle
» renferme. On peut utiliser l’infusion de Kola torréfiée qui se prépare comme le
» café ou encore la teinture et l’alcoolature, que vous administrerez à la dose de
» 8 grammes par jour pour l’alcoolature et de 4 grammes pour la teinture. »

�KOL

VINS

alcaloïde le nom de diurétine, y prend une large part, quelque
faible que soit sa teneur dans le Kola.
Huchard ne s’est pas contenté d’étudier dans le Kola, les pro­
priétés diurétiques et cardiaques, qu’on retrouve dans la caféine
normale, mais il a insisté sur la valeur de cette graine comme
tonique, valeur qui n’existe pas au môme degré, disons-le très
haut, dans la caféine libre. « On sait, dit-il, que Fonssagrives a
» écrit, dès 1870, que le café et la caféine produisent un sentiment
» de défatigue et que M. Heckel a utilisé l’action de la Kola dans
» les marches prolongées ou dans les ascensions de montagne.
» Or, il résulte de mes observations que la Kola est encore un
» excitant cérébral; elle ne défatigue pas seulement les jambes,
» elle défatigue encore le cerveau, dont elle excite certainement
» les fonctions. A ce titre, même elle peut trouver heureusement
» son emploi dans certaines affections mentales caractérisées par
» un état plus ou moins accusé de dépression cérébrale, si j’en crois
» deux observateurs de lypémanies anxieuses très améliorées par
» ce médicament.
» Elle excite les fonctions cérébrales, elle favorise le travail
» intellectuel, elle défatigue le cerveau, elle possède une action
» non seulement excitante, mais tonique chez les grands travailleurs
» et j’en connais qui, depuis cinq ans, ne peuvent plus se passer de
» ce médicament lorsqu’ils ont à fournir un travail intellectuel
» quelconque. Y aurait-il alors pour le Kola un abus (une sorte de
» Kolaïsme) (1) analogue à la morphinomanie et au cocaïnisme?
» je ne sais. Mais il est certain que la Kola peut remplacer avanta» geusement les préparations de quinquina dans les maladies adyna» iniques, qu’elle peut être associée à l’alcool dans le traitement
» des maladies infectieuses ; qu’enfm elle est applicable encore à
» tous les cas de neurasthénie caractérisés souvent par une extrême
(1) Les prévisions du Dr Huchard semblent réalisées, si je m’en rapporte à l’obser­
vation suivante que j’ai reçue du R. P. Sutter, missionnaire supérieur à Bofla
(Rio Pongo) : « L’on assure, d’après les indigènes, que le Kola a la vertu d’enivrer.
» Voici ce qui advient à ceux qui n'ont pas l’habitude d’en mâcher et qui en absor» benL trop à un moment donné : ils tremblent de tous leurs membres et trébu»'client comme un homme ivre. Le cas vient de se présenter récemment à une
» factorerie de la Cie française de l’Afrique occidentale (12 septembre 1802). h Nous
verrons plus loin, aux applications du Kola aux exercices sportifs, que la même
ivresse (Kolaïsme) se produit chez les vélocipédistes qui usent du Kola à doses
trop élevées.

�268

ÉDOUARD HECKEL

» lassitude physique et morale ou encore par les fatigues matinales
» non seulement spéciales à la neurasthénie, mais communes
» encore dans la dilatation de l’estomac. L’indication de la pres» crire se retrouve encore dans le surmenage, dans l’asthénie
» grippale, dans les convalescences, dans tous les cas enfin où l’oo
». veut relever les forces et aussi pendant la médication lactée
» absolue, qui détermine souvent un certain état d’afiaiblisse» ment (1) ».
A l’appui de ces fort judicieuses observations, je suis heureux
de pouvoir, en ce qui touche l'action efficace du Kola contre l’état
neurasthénique même très accusé, produire une très intéressante
observation inédite, recueillie récemment avec le plus grand soin
par M. Lévy, interne des hôpitaux de Paris. 11 y a là, à cette heure,
où la suggestion semble vouloir jouer un rôle si considérable dans
l’interprétation de l’action des médicaments, une manifestation trop
importante des propriétés de la graine africaine et une protestation
trop nette contre certaines fantaisies doctrinales, pour ne pas
mettre cette observation typique en vive lumière par la reproduc­
tion de tous ses détails.
*

Un cas de neurasthénie traité avec succès pur le Kola.
(Observation due à M. Lévy, interne à l’hôpital Saint-Lazare, à Paris.)

La femme Th..... , Armandine, âgée de 36 ans, cuisinière, entre
dans Je service le 13 février 1892, pour de multiples accidents de neu­
rasthénie.
Pas d’antécédents héréditaires. Pas de signe d’hystérie ni d’alcoo­
lisme, malgré la profession de la malade. Les règles se sont établies à
12 ans, menstruation d’abord régulière. A 16 ans, fièvre typhoïde,
depuis celle époque, des coliques abdominales surviendraient facilement;
notamment et non exclusivement au moment des règles, celles-ci accom­
pagnées de douleurs lombaires. Conception, il y a 8 ans, suivie d’un
accouchement facile; la malade se lève trois jours après; une lièvre
(1) Nous avons déjà vu, page 260, que, durant la plupart des essais faits, à mon
instigation, par le Dr Cunéo, de traitement de la diarrhée atonique de Cochinchine
par le Kola, la diète lactée était le plus souvent, grâce à l'association du Kola
à ce régime, sévèrement observée et très bien supportée. Des malades qui y avaient
renoncé antérieurement par dégoût et sensation d’alïaiblissement avant qu’on
ajoutât du Kola à leur lait, s’y soumettaient sans efïort avec l’aide de cette graine.

�LES KOLAS AFRICAINS

269

violente se déclare alors, accompagnée de pertes abondantes et fétides;
à la suite le médecin constate rétablissement, d’une métrite. Celle-ci
est soignée sans succès de diverses façons, puis : curetage à deux
reprises différentes jusqu’en juillet 1890; à cette époque un troisième
curetage accompagné d’amputation du col de l’utérus. Les symptômes
restant les mêmes (métrorrhagies, pertes blanches intercalaires, phé­
nomènes nerveux multiples et très pénibles, vomissements, etc.), on
pratique l’ovariotomie en mai 1891. Malgré cette opération, les vomis­
sements seuls disparaissent, les métrorrhagies diminuent seulement
un peu et tous les autres accidents persistent. Le 3 septembre de la
même année, on fait l'bystérectomie vaginale : la malade n’a pas remar­
qué depuis d’autre amélioration que celle qui résulte de la cessation
des écoulements utérins.
Les troubles neurasthéniques proprement dits (troubles mentaux,
nerveux, etc.), qui n’appartiennent pas au cortège symptomatique de la
métrite elle-même, semblent remonter à 1888 environ, ils nous paraissent
causés, à défaut d’autres circonstances étiologiques physiques ou morales,
par la maladie utérine.
La malade a été arrêtée, au commencement de février 1892, pour un
vol de 25,000 francs à sa patronne. Ce vol a été commis dans des circons­
tances banales et qui ne présentent pas de rapports nets de causalité avec
l’état de santé du sujet; l’arrestation elle-même, toujours désagréable, n’a
pas été suivie de trop d’excitation ni de prostration; sauf la sensation de
fatigue qui est devenue bien plus intense, de sorte que la marche est
devenue presque impossible; les autres symptômes ne se sont que fort
peu accrus, sans dépasser l’intensité qu’ils ont déjà eue, par exemple
lorsque la malade s’est décidée à les faire traiter par des opérations
chirurgicales.
La malade a le visage très pâle; les traits sont constamment contractés
et dénotent une souffrance vive et continuelle, cela même quand nous ne
sommes pas dans la salle et que la malade ne se croit pas surveillée. La
malade semble intelligente, elle comprend très bien les questions qu’on
lui pose et y répond très sensément.
Douleurs sourdes à lanuque et au front, lourdeur de tète permanente;
ces symptômes augmentent beaucoup quand la malade fait un effort, par
exemple pour s’asseoir sur son lit; de même si (die se lève.
Pas de douleur spontanée du sacrum, mais elle existe très vive au
niveau des lombes; de plus la pression provoque des souffrances assez
vives au niveau du sacrum et surtout du coccyx. Pas d’hypéralgésie ou
d’hyperesthésie cutanée. Sensibilité au froid, très vive.
Névralgies fréquentes, tantôt le long des nerfs intercostaux, tantôt de
la face, mais plus encore dans les talons, et continuellement (sans que nos
recherches puissent nous en faire découvrir la cause objective) dans
l’aine gauche. Souvent œdème localisé à la cheville droite.
Dépression mentale caractérisée par un affaiblissement notable de la

�EDOUARD HËCIvEL

volonté : la malade reste souvent étendue plusieurs heures dans son lit,
sans bouger, avec des ouvrages de crochet ou d’autres aussi peu fatigants
à sa portée sans y toucher, même si l’on supprime le peu de fatigue
corporelle dont ces travaux peuvent être accompagnés en l'installant
assise sur son lit et appuyée sur des oreillers, les coudes reposant sur un
autre coussin à la hauteur de l'estomac.
La mémoire aurait légèrement diminué, surtout pour les faits peu
éloignés et les noms des personnes ou des objets.
L’émotivité n’est, pas très grande; ainsi l’arrestation n’a pas amené de
phénomènes nerveux convulsifs marqués, mais ceux que nous avons
indiqués. La malade est taciturne, mais son caractère n’est, pas trop
maussade; elle ne se plaint pas de la façon dont les sœurs, les infirmières
ou les autres malades se comportent avec elle, etc.
La malade se sent toujours fatiguée, mais particulièrement dans la
matinée; l’action de soulever des poids peu considérables, de un ou deux
kilogs, par exemple, la fatigue notablement.
Le sommeil ne dure pas plus de 2 à 3 heures par nuit, raremenl
davantage ; exceptionnel également durant le jour.
Palpitations de cœur coïncidant généralement avec de la tachy­
cardie et de la fréquence du pouls (on a constaté 136 pulsations, au
lieu de 65 qu’elle a en général); quelquefois, la sensation subjective
est accompagnée seulement d’une augmentation dans la force d'impul­
sion du cœur et non dans le nombre de battements.
La quantité et l’aspect des urines sont sensiblement normaux; le
nombre des mictions est augmenté : 3 ou 4 le jour, 2 la nuit. —
Pas de sucre, ni d’albumine; le chauffage donne un précipité proba­
blement dû à des phosphates, qui se dissipe par l’addition d'un
acide. La malade a remarqué que les jours où elle urinait davan­
tage, sa sensation de fatigue était encore plus grande ; ces jours-là,
les mictions sont un peu cuisantes au méat ; la sensation est cepen­
dant plutôt agréable que douloureuse (signe de phosphaturie).
Pas de rein flottant.
Le toucher vaginal nous fait arriver au fond d’un entonnoir
fermé par des adhérences vaginales, pas de douleur provoquée au
toucher ; le rectum est plein de matières dures ; la pression entre
le doigt vaginal et la main abdominale ne nous fait pas apprécier de
cause à la douleur du pli de l’aine.
Pas de dilatation d’estomac, d’hépatoptose, ni d’entéroplose ; seule­
ment un peu d’éventration consécutive à la Kélotomie ; digestion
assez bonne ; rarement congestion de la face, bourdonnements d’oreille,
obnubilation de la vue, étourdissements, après le repas ; constipation
très accentuée, la malade restant souvent de 4 à 8 jours sans avoir
de selle, après, quoi survient quelquefois une véritable débâcle. En
ce moment, le rectum est plein de ^yballes.
Repos au lit ; extrait de quinquina, 3 gr. ; sirop de lacto-phos-

�LES KOLAS AFRICAINS

271

phate de chaux, 60 gr. ; chloral et bromure de potassium, aa 2 gr. ;
ce soir, un lavement avec 40 gr. de miel de mercuriale ; les autres
soirs, la malade prendra un lavement froid avec une cuillerée de
glycérine. Bains sulfureux, deux fois par semaine.
14 février. — Après le lavement purgatif, selles abondantes, un
peu moins de maux de tête ; les autres symptômes, notamment la
fatigue, la douleur inguinale, l’insomnie, persistent sans change­
ments remarqués.
17-2. — Les selles ont été régulières avec les lavements ; tous les
autres symptômes persistent ; on remplace le chloral par de l’anti­
pyrine, 1 gr. 50.
19. — Pas de changement.
22. — Bromure et antipyrine, 4 grammes de chaque, la sensation
de fatigue et les maux de tète, diminués d’abord un peu, ayant
reparu plus intenses il y a deux jours.
29.%— Même état ; les yeux de la malade sont plus cerclés ;
éruption miliaire, que nous attribuons à l’usage de l’antipyrine ;
l'insomnie persiste; sulfonal, un gramme, en remplacement de l’anti­
pyrine.
1er mars. — Sommeil meilleur cette nuit ; l’éruption disparaît.
4-3. — La malade a dormi 4 h. 1/2 par nuit en moyenne, au lieu
de 2 ou 3 avant l’usage du sulfonal. Pas de changement pour les
autres symptômes.
7. — Même état; on remplace les bains sulfureux par des douches
écossaises ; une éruption acnéiforme est apparue depuis 2 ou 3 jours ;
suppression du bromure.
11. — Pas d’amélioration. Une injection de 1 gramme ( V a q u a
s tilla ta sous la peau. L’éruption bromique a presque disparu.
12. — Immédiatement après la piqûre, qui n’a été par elle-même
que peu douloureuse, la malade a de la diarrhée; les maux de tète
ont été moins violents, la fatigue a diminué, sommeil de 6 heures
cette nuit; on continuera les piqûres. Suppression du sulfonal.
14. — L’amélioration continue ; les traits sont toujours contractés,
mais la malade sourit un peu ; elle s’est, levée hier ; elle fait quelques
pas, ployée en deux, la main comprimant l’abdomen ; elle ne peut
descendre les escaliers, ni rester levée plus de quelques instants, la
position assise est mieux supportée. Une seule miction la nuit.
15. —■Les injections ont été continuées ; la malade demande qu’on,
diminue la quantité de substance injectée, l’injection étant toujours
suivie de diarrhée. Injection d’une demi-seringue seulement.
16. — Même état ; pas de diarrhée après l’injection.
18. — La fatigue, les maux de tête et de ventre ont repris. Une
seringue entière.

�EDOUARD HECKEL

21. — Même étal ; pas de diarrhée à la suite de l’injection.
24. — Pas d’amélioration ; la marche est de nouveau aussi diffi­
cile qu’autrefois : poudre de noix de Kola, 5 grammes, à prendre en
deux lois dans du bouillon, au commencement des repas.
26. — Les douleurs lombaires et abdominales sont moins vives ;
sommeil meilleur ; tous les différents symptômes semblent moins
prononcés; moins de céphalée, lés traits sont moins altérés, la malade
est plus gaie, pas de miction la nuit ; la douleur dans l’aine gau­
che et les talons persiste. La malade est restée levée deux heures ;
elle marche encore un peu courbée, mais beaucoup moins.
30. — L’amélioration s’est maintenue; toujours la douleur dans
l’aine; fatigue bien moins accentuée, la malade a pu descendre assez
facilement deux étages; suppressions des douches, du quinquina et du
phosphate de chaux.
6 Avril. — Depuis trois jours (après un séjour d’une journée au
Palais de Justice et diverses émotions produites par un interrogatoire),
les maux de tète sont revenus; o heures de sommeil au lieu de 6. h. 1/2
environ que la malade avait retrouvé depuis l’usage de ce Kola. Le senti­
ment de fatigue est également revenu en partie. On double la dose de noix
de Kola (10 grammes par jour).
13.
— L’amélioration est venue dès le lendemain; la malade dort
maintenant, toute la nuit; plus de douleui's céphaliques, ni lombaires, ni
abdominales, ni dans les talons; seulement de la courbature après les
mouvements un peu violents, que la malade évite avec beaucoup moins de
sollicitude que jadis; douleur lancinante passagère dans l’aine gauche,
mictions normales; la malade marche, descend et monte sans peine les
escaliers; le visage n’est plus convulsé; elle comprime encore son
abdomen lorsqu’elle descend ou monte plutôt par appréhension de la
souffrance, dit-elle, que par souffrance véritable.
27. — L’amélioration a continué, la malade se considère comme guérie;
les douleurs de la région inguinale ont cessé; la fatigue ne survient plus
guère qu’après trois ou quatre heures de station, debout ou de marche.
10 mai. — Même état. Dans l’intervalle, jugement et condamnation à
cinq ans d’emprisonnement. La malade qui s’attendait à une peine plus
forte n’en éprouve pas une très grande émotion.
13. — Même état. Suppression de la noix de Kola. En ce moment la
physionomie est absolument normale; la malade est plutôt gaie que
triste; les maux de tète se reproduisent encore quelquefois, mais à des
longs intervalles et peu intenses; le sommeil est bon ; la courbature et
les névralgies intercostales, inguinales, abdominales, calcanéennes, etc.,
ont disparu; la sensation de fatigue ne paraît qu’après des causes qui
l’auraient produite chez n’importe quel individu; les mictions sont
normales, le précipité phosphatique ne se forme plus, selles bien plus
faciles (si elles manquent,on les fait revenir du reste,par un lavement froid.)

�273

LES KOLAS AFRICAINS

17 juin. — La malade doit quitter Saint-Lazare. L’aspect de la physio­
nomie est toujours normal et a complètement cessé d’indiquer la
souffrance; la malade est engraissée; sa pâleur a disparu; le teint est
seulement un peu mat. La céphalée, les douleurs rachidiennes, à la
pression ou spontanées, les névralgies du talon, des intercostaux, de
l’aine, les douleurs lombaires et abdominales, le sentiment de froid ont
cessé. La malade se lève, marche, court, monte et descend rapidement les
escaliers, fait son lit, sans éprouver de fatigue particulière. Bon sommeil.
Pas de palpitations ni de tachycardie, pas de troubles vaso-moteurs,
bonnes digestions, selles presque absolument régulières. La quantité, la
qualité des urines et des mictions sont normales.

Réflexions. « Nous étions donc en présence d’une neurasthénie
» très bien caractérisée, à forme générale grave, ayant débuté par
» de la métrite, et probablement causée par cette affection, ainsi que
» cela a souvent été observé. Il semblait donc indiqué de soigner
» la cause. Aussi a-t-on fait subir à la malade plusieurs opérations
» consécutives, jusqu’à ce que l’ablation complète des organes
» génitaux ait rendu sur eux toute nouvelle tentative impraticable.
» Quel a été le résultat obtenu? absolument nul, sauf un point
» bien léger, étant donné ce qu’on voulait obtenir, la cessation des
» vomissements.
» La malade mise entre nos mains, nous essayons le traitement
» classique et symptomatique, pendant un mois environ, mais sans
» succès appréciable. A ce moment, bien que nous n’ayons que
» fort peu d’espoir dans la suggestion, étant donnée l’inutilité anté» rieure d’une suite d’opérations plus ou moins graves, toutes
» accompagnées d’un appareil émouvant et de certains dangers,
» dont la malade, très intelligente, avait la notion bien exacte,
» opérations par conséquent très propres tout au moins à
» frapper l’imagination, nous ne voulons cependant pas négliger
» cette ressource thérapeutique, et après avoir fait prévoir les
» meilleurs résultats de notre nouveau mode de traitement, nous
» prescrivons sous un nom latin des injections hypodermiques
» d’eau simple bouillie.
» A la suite de ce traitement, il s’est produit une action trèsmani» feste; due probablement à la suggestion. — L’amélioration peu
» intense, mais bien nette, ne dure guère que trois ou quatre jours;
» cependant l’action suggestive existe encore puisque la malade
» attribue, à tort ou à raison, aux injections, la diarrhée dont
i

�274
»
»
»
»
»

ÉDOUARD HECKEL

celles-ci sont suivies, diarrhée constatée par nos infirmières
d’abord et ensuite par nous-mêmes. — Diminuée d’abord de la
moitié, puis doublée, cette administration n’empêche pas la
malade de retomber bientôt sans raison apparente dans un état
aussi pénible que les jours précédents.
» C’est à ce moment que nous lui donnons de la Kola. L’acte
» même de prescrire ce médicament n’a rien qui soit fait pour
» frapper l’imagination. — Après avoir échoué dans nos injections
» d’aqua stillatci, nous n’osons pas promettre monts et merveilles,
» car notre autorité est peut-être un peu affaiblie par cet échec; le
» nom : poudre de noix de Kola, n’a rien que de prosaïque, le mode
» d’administration dans une cuillerée de bouillon, est, on peut le
» dire, un peu « pot au feu »; le goût est presque nul. Déplus,
» nous le répétons, des traitements précédents inutiles, des actes
» opératoires éminemment propres à produire la suggestion, et, ce
» qui a une certaine valeur, ayant agi sur la cause efficiente du
» mal, n’ont, eu qu’un mince succès. —Ajoutons que la malade est
» prisonnière, en proie aux émotions répétées du transport, de
» l’instruction, du jugement, qui toutes tendent à une action con» traire à celle que nous cherchons.
» Malgré tous ces obstacles à l’effet favorable du traitement,
» une amélioration progressive et très rapide, se manifeste claire» ment aussitôt. — Comme après deux semaines de ce traitement,
» l’amélioration semble ralentir sa marche, nous doublons d’une
» fois la dose déjà forte de Kola que prenait notre malade et la
» portons à 10 grammes quotidiennement. Dès lors l’acheminement
» vers la guérison devient encore plus rapide. Un mois après
» environ, notre infirmière répondait à nos interrogations que le
» sujet descendait et montait des escaliers très peu commodes
» aussi vite qu’elle-même; elle faisait sans peine à la même époque
» des ouvrages très fatigants, mangeait de bon appétit et profitait
» de sa nourriture. En présence de ces résultats, nous supprimons
» la Kola après moins de six semaines d’usage. La malade est
» suivie encore un mois pendant lequel son état se maintient inté» gralement.
» Nous avions dit à la malade de nous écrire pour nous donner
» de ses nouvelles; nous n’en avons pas encore reçu, mais comme
» nous ne lui avons pas donné d’ordonnance, nous pensons que

�LES KOLAS AFRICAINS

» si son état n’était pas resté bon, elle nous aurait écrit pour nous
» demander un traitement. Il est donc probable que sa guérison se
» maintient. De toute façon nous sommes en droit d’attribuer à
» l’usage delà noix de Kola ce cas de guérison, réalisé au milieu de
» circonstances très défavorables, d’une neurasthénie bien typique
» ayant résisté aux traitements les plus énergiques : étiologique,
» symptomatique, général et suggestif.
» Nous ferons observer en outre que, placés dans un service où
» les sujets ont souvent un intérêt plus ou moins considérable à
» tromper les médecins sur leur état de santé, nous sommes tou» jours sur nos gardes, et que, dans ce cas particulier, nous avons
» fait étroitement et constamment surveiller notre malade par les
» sœurs et des infirmières dévouées, sous divers prétextes capables
» de ne pas la mettre en défiance; que, déplus, elle n’a jamais
» cherché à profiter de son état de santé pour nous arracher des
» certificats ou des demandes d’expertise médicale, qu’elle était
» remise au moment du jugement et que par conséquent elle ne
» cherchait pas à attendrir les juges par un mal simulé, et enfin
» que les opérations successives qu’elle avait subies démontraient
» bien, qu’elle était effectivement malade avant l’entrée à Saint» Lazare ».
Des expériences multiples instituées dans différents asiles
d’aliénés, et notamment à Montdevergue (Vaucluse), ont établi que
dans différents cas de lypémanie avec affaissement du système
nerveux et refus absolu de prendre de la nourriture, l’emploi du
Kola a donné les meilleurs résultats. On mêlait ce Kola en poudre
à doses modérées (5 à 6 gr. par jour), aux aliments introduits de
force avec la sonde œsophagienne.
On a remarqué que, sous l’influence de ce traitement, la dépres­
sion nerveuse ne tardait pas à s’atténuer et en même temps se
réveillent les fonctions languissantes et même le désir de la nourri­
ture. C’est à cette action manifeste sur le système nerveux qu’il
faut attribuer les résultats heureux obtenus par l’emploi du Kola
dans le traitement de l’alcoolisme, où, prétend-on, il a fait souvent
merveille. Cette indication a été rendue suspecte par les études de
Firth (1) qui, dans son pesssimisme, a nié à peu près toutes les
(1) Composition et action des graines du Sterculia acuminata (Kola) : Semaine
médicale, 1889, p. 287.

�276

ÉDOUARD HECKEL

qualités aujourd’hui reconnues au Kola, et, sur le point qui nous
intéresse eu ce moment, n’a pas hésité à émettre l’opinion suivante :
« Son action dans la convalescence des maladies graves paraît être peu
» énergique et l’on a aussi exagéré son utilité dans les cas d’al» coolisme. » Si nous tenons compte du peu de fondement delà
première de ces deux propositions, qui est nettement combattue
par les expériences multiples de Huchard, nous serons peu portés
à admettre la seconde sans réserve (1).
A la même action physiologique, c’est-à-dire à l’action tonique
et stimulante du Kola sur le système nerveux central doit être
rapportée l’influence heureuse de ces semences contre le mal de
mer recommandées très vivement par Hamilton qui les tient
pour un excellent remède contre la dépression, les vomissements
et les vertiges de cette origine, elles agissent à la dose de 15 gr.
mâchées lentement, et si bien qu’en quarante minutes, d’après cet
auteur, tous les phénomènes désagréables qui accompagnent ce
mal, seraient dissipés. Cette vertu, si elle était bien constatée, serait
certainement un grand bienfait pour l’humanité.
Il faut encore rattacher sans doute à la même cause physiolo­
gique l’action manifestement favorable et le plus souvent curative
du Kola sur le diabète. On sait que l’École de Lyon a eu le mérite
de laprioritédanscette application importante et elle y a été conduite
par l’indication dont sont l’objet, contre cette affection, les caféiques
en général. Mais nul d’entre ces agents thérapeutiques n’a donné,
il faut le reconnaître des résultats aussi heureux que le Kola.
Ceci me porterait à croire que l’action tonique sur le système
nerveux de ce produit en tant que caféique, s’y trouve renforcée
par la production delà caféine naissante, et à un degré inconnu soit
(t) B r i t i s h m e d i c a l j o u r n a l , 10 mars 1890. Voici du reste le résumé du rapport
fait par ce chirurgien général de l’armée anglaise, d'après ses expériences de
1890 au camp de Miau-Mir ;
« Employée comme stimulant dans le nord de l’Afrique centrale, la Kola ne
» possède aucune valeur comme aliment; la caféine qu’elle contient exerce une
» action diurétique; le s s o l i d e s e t s u r t o u t l e s m a t i è r e s e x t r a c t i v e s de l'urine
» d i m i n u e n t n o t a b l e m e n t . La Kola stimule le système nerveux, augmente la
» tension artérielle et la force des battements du cœur; elle aide à supporter la
» fatigue et la privation de nourriture. Prise en infusion avec du lait et du sucre,
» la Kola peut remplacer le café, le thé, surtout chez les individus enclins à la
» diarrhée. La mastication prolongée des graines concassées est le meilleur mode
» d'a'dministration de la Kola, etc. »

�LES KOLAS AFRICAINS

277

pour la caféine libre, soit pour les produits naturels qui,
comme le café, le thé, le guarana, le maté, ne possèdent que de la
caféine déjà formée (1). Je ne relèverai pas toutes les observations
ont qui été publiées sur l’action du Kola contre le diabète dans les
journaux de médecine de Lyon; je crois mieux faire en leur subs­
tituant ici le résultat de mes propres observations déjà nom­
breuses. Ce sont les considérations suivantes qui m’ont conduit
à expérimenter le Kola contre la glycosurie bien avant l’École de
Lyon, mais je n’ai point publié jusqu’ici ni mes observations ni
mes résultats.
*
Le Kola est évidemment indiqué dans le traitement de cette
affection : 1° parce qu’il permet au diabétique de se livrer sans
fatigue à des exercices musculaires répétés (marche, etc.) qui sont
toujours recommandés contre cette maladie ; 2° parce qu’il stimule
le système nerveux et les fonctions digestives qui sont toujours
plus ou moins déprimés, chez les sujets atteints de cette affection;
3° parce que, depuis les travaux de Hope Seyler (1857) sur les
animaux et de Ed. Smith (1860) sur l’homme, on sait que la caféine
(et à fortiori le Kola) augmente l’exhalaison en acide carbonique
au détriment des matériaux ternaires (2), ce qui permet d’admettre
que le sucre développé en excès dans l’organisme est brûlé et
détruit en môme temps qu’il est formé.
Partant de ces données, j’ai administré expérimentalement le
Kola à plus de trente sujets atteints de diabète plus ou moins
grave, dont les urines contenaient de 60 gr. à 150 gr. de sucre par
jour. Mes sujets appartenant à la classe élevée ou moyenne
de la bourgeoisie, avaient tous les loisirs et tous les moyens néces­
saires pour faire face aux exigences du traitement; c’est-à dire
alimentation choisie et azotée, privation de sucre et de mie de pain,
vins généreux et longues promenades chaque jour de 5 à 20 kilom.
en augmentant quotidiennement la distance parcourue.
En même temps et pour faire face à la fatigue musculaire,
(1) Il est certain que ni la caféine libre, ni les caléiques usuels et agréables
(café, thé, maté) ne donnent dans ce traitement de la glycosurie les résultats qu’on
obtient avec la poudre de Kola : je l’ai constaté bien des fois.
(2) M. G. Sée, dans ses études sur la caféine {Bail. acad. de médecine, 1890,
p. 32o) n'a fait que rappeler, sans y rien ajouter, qu’une formule nouvelle (ce qui ne
donne aucune originalité à son œuvre), les expériences déjà anciennes et très pro­
bantes des deux physiologistes allemand et anglais.

�278

EDOUARD HECKEL

j’augmentais corrélativement la dose de Kola, de manière à faire
durer le traitement de 13 à 20 jours, en partant de 1 gr. de Kola
pour atteindre à 20 gr. le vingtième jour. Les urines, analysées
après ce premier traitement, indiquent généralement le retour à
l’état normal, c’est-à-dire l’absence de glycose ou seulement la pré­
sence de traces à peine sensibles. Je maintiens le traitement à 20 gr.
de Kola pendant quelques jours, et, adoptant une série descendante
je retourne en diminuant de 1 gr. par jour (et corrélativement la
fatigue musculaire) jusqu’à la dose de 1 gr. d’où j’étais parti, cela
afin d’habituer peu à peu l’organisme à se passer de son excitant
neuro-musculaire. Le sujet entraîné continue ensuite à se passer
de Kola pour faire ses longues marches et le plus souvent l’affection
est guérie lorsqu’elle n’a pas un caractère trop invétéré. En somme,
on obtient d’excellents résultats dans les affections anciennes et la
cure est radicale le plus souvent quand la maladie a été prise à son dé­
but. Le Kola doit être donné en poudre très line, impalpable, dans une
infusion légère de café noir non sucrée, moitié avant la course
quotidieuue, moitié après. On peut aussi prendre avec plus de
facilité encore des comprimés au Kola sucrés à la saccharine, dont
je publierai la formule dans la partie pharmaceutique de cette
étude et qui m’ont donné d’excellents résultats. Le malade les
emporte avec lui et les .mange durant sa marche quotidienne. C’est
le meilleur moyen de les consommer à propos, c’est-à-dire au
moment où l’action neuro musculaire du Kola se produit le plus
opportunément et s’entretient pendant toute la durée de la fatigue
musculaire. On absorbe trois ou quatre comprimés au Kola par
heure de marche.
Pendant cet exercice qu’il est bon de faire sur des terrains acci­
dentés (afin de faire bénéficier le sujet des grandes inspirations aux
montées), la respiration est aussi accélérée, et la dépense en acide
carbonique manifestement accrue par l’action du Kola, se fait libre­
ment. Je ne crois pas qu’en dehors de son emploi comme tonique
gatros-intestinal et comme agent de résistance contre la fatigue et
l’essoufflement déterminéspar les grandes marches, leKola ait rendu
des services plus sérieux et plus évidents que ceux dont je viens de
donner le détail avec quelque complaisance. Il est vivement à
désirer que l’attention des médecins praticiens soit attirée de ce
côté, et j’insiste d’autant plus sur ce point, que, dans un travail

�LES KOLAS AFRICAINS

279

d’ensemble sur la glycosurie paru récemment dans les Sciences
biologiques sous la signature du ü r E. Monin (1), ce savant prati­
cien passant en revue l’action des divers médicaments préconisés
contre cette redoutable affection, se borne à dire assez dédaigneuse­
ment en traitant de l’emploi des caféiques, qu’il considère à bon
droit comme de simples adjuvants du traitement général : « le Kola
est aujourd’hui à la mode ». Qu’on ne s’en tienne pas à cette appré­
ciation très superficielle et qu’on veuille bien s’assurer si l'engoue­
ment qui provoque le scepticisme railleur du D1'E. Monin, n’est pas
en réalité très justilié. Pour ma part, je suis autorisé, après des
expériences répétées qui durent depuis près de 10 ans (commen­
cées en 1884), à croire à l’efficacité du Kola contre le diabète,
dans la mesure que je viens d’indiquer. Cette mesure dépasse
largement, du reste, tout ce qu’on a pu obtenir des autres
médicaments préconisés jusqu’ici. C’est suffisant pour faire
préférer le Kola.
L’action neurosthénique et tonique du Kola a reçu une applica­
tion importante qu’il n’est pas permis de passer sous silence, bien
qu’elle n’ait douné lieu jusqu’ici qu’à une seule observation, à ma
connaissance du moins : il s’agit de l’emploi de la graine africaine
contre les syncopes qui peuvent survenir dans les accouchements.
Voici en quels termes le Dr Chambard-Hénon relate son observa­
tion (2) : « Une femme de 28 ans avait accouché trois fois et, à
» chaque parturition, avec des phénomènes de syncope pendant le
» travail accompagnés d’un état asphyxique de l’enfant (le deuxième
» était arrivé mort-né). A sa quatrième couche, elle a absorbé
» 20 pastilles au Kola depuis les premières douleurs jusqu’à la
» délivrance. Elle n’a pas eu une seule syncope, elle était gaie, cou» rageuse et son enfant a fait son entrée dans le monde très vivant,
» sans asphyxie et en poussant le cri classique. Ce résultat est dû au
» Kola qui a agi comme tonique du cœur et névrosthénique ». Ce
fait quoique isolé, mérite d’ètre signalé aux accoucheurs.
Reste maintenant la question de l’action aphrodisiaque du
Kola : il n’est pas douteux qu’elle existe; les nègres, ainsi que je
l’ai dit, le savent bien. Elle est réelle et même presque exclusive(1) L’hygiène et, le traitement du diabète [Les s c i e n c e s b i o l o g i q u e s , p. 794)
(2) Lyon m é d i c a l , 15 mars 1891, n° 11 (De l’emploi de la noix de Kola dans
l'accouchement). 11 est fâcheux que l’observateur nous laisse dans l’ignorance des
doses de Kola que contenaient les pastilles dont il a usé.

�580

EDOUARD HECKEL

nient propre au Kola frais. A quel composant du Kola l’attri­
buer (1)? Assurément elle n’est pas due à la caféine qui se
retrouve même en grande abondance dans le café, et ce dernier
produit,on le sait,a été considéré à juste titre,par Trousseau,comme
un anaphrodisiaque capable de réduire l'homme à une impuissance
absolue. Linné appelle le café la liqueur des chapons, et Rabuteau
nous rappelle que Louis XIV dut en cesser l’usage pour ne pas être
victime de ses pernicieuses influences. Michelet lui-même,dans son
lyrisme admiratif, applaudit à ce privilège du café qui détermine
l’alibi des sexes. D’autre part, il est à remarquer que la graine de
Kola desséchée, puis torréfiée,perd absolument ses propriétés aphro­
disiaques. J ’ai été conduit dès lors à admettre que le seul agent
responsable de cette action spéciale est l’essence contenue en faible
quantité dans le Kola frais et dont nous avons signalé l’existence,
en quantité indéterminée, dans la composition chimique de la
graine (voir page 206). Nous n’avons pas pu en isoler une quantité
suffisante pour entreprendre des expériences sur le produit pur.
Mais si cette essence nous a fait défaut (il eut fallu soumettre à la
distillation des centaines de kilos de semences fraîches pour en
obtenir quelques grammes), du moins nous avons pu nous le pro­
curer indirectement en préparant une alcoolature de Kola frais (2).
(1) Celte propriété physiologique du Kola est aussi manifeste sur les animaux
que sur l'homme, si l’on accepte les conclusions de deux expériences dues à M. le
professeur Combemale et faites comparativement avec la caféine d’une part et
l’extrait de Kola de l’autre, sur deux cobayes du poids de 500 gr. chacun (La noix
de Kola, Bulletin général de thérapeutique, 1892, p. 151). L’animal, mort sous
l’action de l'extrait de Kola (du Kola frais probablement), succombe en état d'érec­
tion ; son congénère, qui succombe aussi sous des doses ultra massives de caféine,
ne présente rien de semblable.
On peut tirer de ces deux expériences, au moins ces conclusions q u e l0la caféine,
même à hautes doses, n’est pas aphrodisiaque, ainsi que je le déduis moi-même
d’autres considérations expérimentales, et 2° que le Kola exerce son action
excitante du système génésique sur les animaux, comme je prouverai qu’il l’exerce
sur l'homme dans certaines conditions. Elles démontrent aussi que la caféine, aux
doses excessives auxquelles l'auteur a recouru (et alcaloïdiquement inégales du
reste dans les deux sujets mis en cause), est mortelle pour les animaux, soit qu’on
l’emploie à l’état libre, soit qu’on l’introduise dans l'organisme vivant à la faveur
d’une préparation de Kola. L’un de ces animaux avait reçu 0 gr. 155 environ de
caféine par kilogramme, ce qui équivaudrait à donner à un homme adulte 10 gr. 50
de cet alcaloïde en injection hypodermique dans l'espace de cinq heures! L’expéri­
mentateur a eu la main lourde.
(2) Cette préparation a été faite par M. Eberlin, pharmacien distingué à Marseille,
à qui je suis redevable (je ne saurais trop l’en remercier ici) des premières
graikes de Kola qui servirent, dès 1882, à mes études et à celles de M. Schlagdenliauflen. Je lui dois aussi les diverses préparations essayées thérapeutiquement.

�LES KOLAS AFRICAINS

Cette forme pharmaceutique contient certainement 1° toute l’essence
qui donne son odeur spéciale particulière au Kola frais; 2° du rouge
de Kola [Kolanine, dont l’alcool est le dissolvant), mais elle ren­
ferme peu de caféine libre. Or, en expérimentant cette préparation,
nous avons été frappés de voir qu’elle agissait énergiquement sur
le sens génésique,au point même de le réveiller très énergiquement
chez des vieillards qui se plaignaient amèrement de l’avoir vu
s’éteindre presque complètement. Le même résultat a du reste été
obtenu par la mastication lente du Kola frais : dans un des cas que
nous avons relevés, il s’agissait d’un homme jeune encore, 40 ans.
L’action aphrodisiaque fut tellement prononcée qu’elle dégénéra,
après la mastication d’une graine fraîche (comme le font les nègres)
du poids de 20 à 25 gr., en un véritable accès de priapisme assez
douloureux. Rien de semblable ne s’est produit à ma connaissance
après l’emploi du Kola sec torréfié. On a beaucoup parlé, il est vrai,
même à l’Académie de médecine, pour ridiculiser le Kola (1), d’un
fait imaginaire qui se serait produit, en 1884, au 40ede ligne, à Mar­
seille, où, après une marche ininterrompue de 58 kilom. avec four­
niment complet, une compagnie d’infanterie aurait demandé ^per­
mission de minuit dès son retour au quartier. C’estlà une légende : j’ai
présidé à cette expérimentation et rien de ce que la vieille gauloi­
serie française a bien voulu imaginer en cette circonstance ne s’est
produit. En réalité, quelques hommes demandèrent et obtinrent
d’aller se promener en ville jusqu’à dix heures mais sans y causer,
contrairement aux assertions de quelques journaux de médecine en
quête de copie croustillante, un scandale public par l’excitation de
leurs appétits génésiques. La vérité est que les hommes soumis à
l’expérience avaient pris de fortes quantités de Kola (environ 50 gr.
pour chaque homme), et que, les plus forts d’entre eux ne se sen­
tant au retour aucune fatigue et aucun besoin de dormir (la caféine
éloigne le sommeil), avaient préféré la promenade en ville aux char­
mes du repos à la caserne. —Telles sont les raisons qui m’ont porté
(1) Voir la réponse de M. G. Séeà ma communication à l’Académie de Médecine
sur 1e K o l a e t l a c a f é i n e ( B u l l e t i n d e V A c a d é m i e d e M é d e c i n e , 1890, p. 435.)
M.G. Sée dit, dans cette même réponse,que je n’ai pas su débarrasser le Kola de la
caféine pour expérimenter le r o u g e d e K o l a dans toute sa simplicité. Il n’aura plus
aujourd’hui, à sa grande satistaction sans doute, le droit de m’adresser ce
reproche. Le rouge de Kola a lait ses preuves maintenant, en France et à l’étran­
ger, au grand détriment des théories singulières du savant académicien.
18

�282

EDOUARD UECKEL

à attribuer à l’essence deKola les propriétés aphrodisiaques de cette
semence. Il suffira donc pour ceux qui voudront contrôler mes
assertions de faire une alcoolature de Kola frais à raison de 30 gr.
par 100 d’alcool à 92°, et de l’essayera la dose de 40 à 15 grammes
seulement: par voie de conséquence, il suffira de dessécher avec soin
la graine de Kola, qui perd une grande partie de son essence par la
dessiccation, et de la torréfier ensuite (comme on le fait pour le
cacao), pour chasser les dernières traces d’essence et obtenir finale­
ment un produit absolument neutre au point de vue génésique.
On pourrait m’objecter (comme cela a été fait d’ailleurs dans
quelques journaux de médecine) que l’alcoolature de Kola renferme
de la Koltinine (rouge de Kola),qui pourrait,aussi bien que l’essence,
jouir de propriétés inavouables et gênantes, pour me servir des
termes mêmes dans lesquels M. G. Sée, se faisant l’écho officiel de
bavardages de journaux aux abois, a caractérisé, sans preuves du
reste, dans une discussion académique, les vertus de l’huile essen­
tielle de Kola. Mais, si on tient compte de ce fait que la Kolanine se
dédouble sous l’influence des ferments de l’économie animale en
glycose et en caféine libre, on sera tenté d’admettre que ce dernier
produit de dédoublement,quoique doué vraisemblablement (à l’état
naissant) de propriétés bien plus actives que celles de ses congénères
libres, ne peut devenir tout d’un coup l’antagoniste absolu de cette
caféine libre qui est réputée anaphrodisiaque par excellence. Le
thé et la maté riches en caféine ne passent pas pour des excitants
génésiques.
Comme je le dirai bientôt en m’occupant de l'emploi stratégique
de cette graine, c’est cette fable du Kola aphrodisiaque (propriété
qui existe à peine dans la graine desséchée, seule forme qui par­
vienne en Europe couramment et y soit employée, et pas du tout
dans la graiue torréfiée), qui a permis à M. G. Sée de traiter le Kola,
du haut de sa science dédaigneuse, de substance très infé­
rieure (1). Le Kola,-il n’y a plus à le démontrer aujourd’hui, n’est,
malgré M. G. Sée, pas plus une substance inférieure que le cacao,
le café ou le thé, trois produits très appréciés, je crois, malgré
la nécessité de les soumettre à une torréfaction préparatoire. Dans
le cas particulier au Kola, cette opération, comme nous l’avons
(1) Voir clans le B u l l e t i n de l’A c a d .
discussion su r le Kola et la caféine.

de M é d e c in e d e P a r i s ,

1890, p. 435, la

�LES KOLAS AFRICAINS

283

établi dans la partie chimique de cette étude (p. 188), n’altère aucun
des composants principaux de cette graine, et elle la débarrasse de
son essence. Il se volatilise, il est vrai, un peu de caféine libre,
durant cette torréfaction, mais le Kola en possède une dose si élevée
que cette perte est insignifiante. Le dédoublement de la Kolanine
en tout cas n’est pas à craindre (et c’est le point important), car il
ne saurait se produire par la chaleur seule, en dehors de la pré­
sence de l’eau, et la torréfaction a pour effet de l’enlever rapidement
et à peu près complètement à la graine qui y est soumise.
On me permettra de terminer cet exposé rapide de l’emploi
thérapeutique du Kola, par une application indigène et bien inat­
tendue de cette graine, dans le traitement de la fièvre palustre, ma­
ladie à laquelle les nègres du Congo sont soumis comme les blancs.
Je copie ce singulier mode de traitement dans une lettre qu’a bien
voulu m’écrire à la date du 13 mars 1893, sur l’emploi du Kola au
Congo, M. Chalot, naturaliste attaché à la mission Dibowski, et
actuellement directeur du Jardin d’essai à Libreville (Gabon) : «Dans
» l’intérieur, de Loango à Brazzaville et de ce point à Bangui, le
» Kola rouge et le Kola blanc existent, mais le rouge (YOmbéné du
i) Gabon) est le plus commun (1). Les indigènes l’emploient pour
« combattre la fièvre, mais pas à la façon des Sénégalais qui le
» mâchent eux-mêmes. Ici, le féticheur médecin (N ganga) fait une
» quantité de petites incisions sur le front du fiévreux, ensuite il
» mâche le Kola mélangé de piment indigène à petit fruit ; quand
i) le tout est bien malaxé, il le jette sur le front du malade, qui
» ensuite va se reposer ; c’est une sorte de cataplasme composé de
» Kola et de Piment. Plusieurs tribus emploient cette méthode : les
» Bakounis, Bakembas, Bassoundis, Bakongos, Batékés, Bafouros,
» Balois, déclarent que ce moyen est infaillible (2). Le nom indi» gène du Kola, entre Loango et Brazzaville, est Makassou. En pré» vision d’une longue marche de nuit, ils mangent également le Kola,
» ce qui les prémunit contre les besoins de sommeil et de nourriture. »
(1) J’ai vu, dit M. Chalot, dans la forêt de Mayomba et dans les environs de
Brazzaville, un arbre à Kola qui avait les feuilles et les fruits plus gros que le
Kola qui est au Gabon. J ’ignore complètement ce que peut être cette espèce.
(2) Nous avons déjà vu (page 85), pour ce qui toucheau Congo, d’autres modes
d’emploi indigène du Kola qui me sont transmis par M. Dibowski lui-même, mais
aucun d’eux ne présente le même intérêt thérapeutique spécial que celui dont
je dois la connaissance à M. Chalot.

�284

ÉDOUARD IIECKIÎL,

Ce mode de traitement de la fièvre par le Kola ressemble singuliè­
rement à une injection de caféine, telle qu’on la pratique dans la
médecine officielle : la caféine serait-elle un antipyrétique? Rien
ne nous autorise, dans son action physiologique connue, à le penser.
Serait-elle un toxique pour le microbe de Laveran ? Nous l’igno­
rons ; mais le fait brutal de son action curative s’impose cependant à
l’attention des observateurs.
Il me reste maintenant à parler de l’emploi du Kola en tant
qu’aliment et surtout comme aliment stratégique : je suis là abso­
lument sur mon terrain propre, qu’aucun pied étranger n’a jamais
foulé, car, seul jusqu’ici, j’ai, inutilement du reste, appelé l’atten­
tion du gouvernement français sur les avantages que présente
cette application. Je la relaterai donc en détail, comme il convient.
J’ai déjà dit que les indigènes africains, voués au culte du Kola,
emploient cette graine tout à-la fois comme masticatoire tonique à
l’état frais et comme aliment, mêlée en poudre à du lait, quand elle
est sèche. Frappé des résultats obtenus par ces hommes primitifs
dans les longues marches qu’ils entreprennent sans fatigue et à
l’abri de tout désordre intestinal sous l’influence de cette précieuse
graine (j’en ai donné de nombreuses preuves au chapitre I de ce
livre), étant donné en outre que le sort des batailles est aujourd’hui
dans le jarret du soldat, je pensai qu’il y avait là un puissant
élément de supériorité physique à utiliser en temps de guerre, par
l’introduction de la graine de Kola sèche et torréfiée dans l’alimen­
tation du soldat (1). J’avais relevé en effet, que les nègres africains,
grâce au Kola pris même à faible dose (40 gr. par jour de graine
fraîche mâchée en avalant la salive pendant les marches ou
durant un travail musculaire exagéré),font des routes très pénibles
(1) Afin d’affranchir la France de toule contribution étrangère, fort gênante en
temps de guerre, j’avais essayé, dès 1884, d’enlever aux Anglais le monopole du
Kola en poussant toutes nos colonies françaises tropicales à la culture de cet arbre
partout où elle est possible. C’est dans ce but que, comme on Fa vu page 43 et
suiv., j’ai successivement introduit avec succès ce végétal aux Antilles, à la
Guyane, à la Réunion, en Cochinchine et enfin à Madagascar. Actuellement, grâce
à cette introduction rendue possible par l’action bienveillante du Sous-Secrétariatdes
Colonies et réalisée par les envois de graines ou de jeunes plantes du Jardin
botanique de Marseille (placé sous ma direction),nos principales colonies des Antilles
sont sur le point, si ce n’est fait déjà, d’être des lieux de production abondante
de la graine de Kola. Alors nos marchés français pourront être approvisionnés,
non par Sierra-Leone, mais par nos propres colonies.

�LES KOLAS AFRICAINS

285

ou des travaux excessifs en plein soleil tropical sans en souffrir,
sans subir le moindre essoufflement aux rampes fatigantes et tout
cela en supportant des poids de 30 kilos environ. Le Kola leur
permet en outre de prendre peu d’aliments et, au besoin, leur
en tient lieu en temps de disette, sans que leurs forces ou leur
résistance en soient diminuées. C’était une indication précieuse
et dont l’application à l’art de la guerre me paraissait devoir
être fructueuse en bons résultats, pour un coup de collier, p. ex.
On a dit avec raison que le vrai patriotisme consiste aujourd’hui,
la guerre ôtant devenue essentiellement savante, à faire converger
tous les progrès de la science vers la défense du pays. C’était bien
le cas. Chacun sait, en effet, que dans les grandes guerres, les
armées en marche, malgré la sollicitude bien connue, hautement
proclamée et incontestée des officiers de l’intendance, sont souvent
mal approvisionnées et peuvent meme manquer quelquefois abso­
lument de vivres, surtout quand, la victoire désertant les drapeaux,
le désordre est à son comble. De plus je voyais dans l’introduc­
tion de l’alimentation stratégique au Kola, un moyen infaillible,
grâce aux propriétés antidiarrhéiques et toniques gastronntestinales du Kola, de faire disparaître à tout jamais des camps, ce fléau
des armées en campagne, la dyssenterie, qui fait souvent plus
de trouées que la mitraille dans nos bataillons, ou jette tout au
moins dans les hôpitaux un fort contingent de belligérants dont la
place reste vide dans les rangs. Enfin, j’avais encore à compter sur
une autre action précieuse du Kola. D’après le témoignage de
tous ceux qui en ont usé, il ne donne pas seulement des jambes
solides mais encore, suivant une expression militaire fort juste,
j du cœur au ventre-)), c’est-à-dire du courage, de la gaîté et de
l’entrain, même à des hommes qui ne sont soutenus ni par l’enivre­
ment de la gloire ni par l’excitation que donne une alimentation
suffisante, ce qui fut, hélas, trop souvent le cas durant nos désastres
de 1870.
Toutes ces considérations me portèrent à rechercher les moyens
pratiques d’introduire le régime au Kola dans les armées françaises
au moins comme en cas, à titre d’aliment de fortune ou de circons­
tance. Il ne fallait pas songer à imposer au fantassin français l’em­
ploi du Kola d’après la méthode du nègre africain, c’est-à-dire en lui

�EDOUARD HECKEL

faisant mastiquer la noix fraîche et avaler sa salive (1). Le Kola du
reste arrive, le plus souvent,en France,sec et par conséquent tropdur
pour se prêter à semblable opération ; j’ajoute que le goût français,
même celui des simples soldats, est trop exercé pour trouver du
plaisir à la mastication d’une graine âpre et toujours un peu amère.
La nourriture, pour être utile, doit tout à la fois satisfaire l’appétit
et le sens du goût. Il fallait donc, pour la rendre acceptable, l’in­
troduire dans une préparation toute faite capable d’en dissimuler
le plus possible la saveur spéciale. Je m’étudiai à résoudre ce pro­
blème dont la solution est difficile, étant donnée la répugnance du
soldat pour tout ce qui est nouveau. Après beaucoup de tâtonnements
qui avaient porté, sans grand succès, tour à tour sur les formes
alimentaires les plus connues du fantassin : chocolat au Kola,
saucisses aux pois et au Kola, potage de conserve au Kola, je
m’arrêtai, sur les conseils même de M. le Directeur du service de
santé de l’armée, le Docteur Dujardin-Beaumetz, à la forme galette
ou mieux biscuit. La forme chocolat fut expérimentée tout d’abord,
je viens de le dire, parce qu’elle est de préparation facile, le Kola
s’alliant admirablement à son proche parent, le cacao, qui lui donne
des qualités agréables dont il est naturellement dépourvu. La
majorité des soldats l’acceptait avec plaisir; mais les indigestions
étaient fréquentes.
Certains hommes passaient leurs rations, que je baptisai du
nom significatif et justifié de condensées accélératrices, à leurs voi­
sins plus voraces et s’en débarrassaient ainsi, soit par défiance de
l’inconnu, soit par répugnance pour ce genre d’aliment.Il en résultait
que les uns en prenaient trop (assez pour s’indigérer ou se Kolaïniser), d’autres pas du tout. De là,de mauvais résultats expérimen­
taux: la forme chocolat était cependant le meilleur moyen de masquer
la saveurdu Kola. La forme biscuits, dite galettes condensées accéléra­
trices, parut réunir le plus grand nombre de suffrages : les hom­
mes l’acceptaient facilement ; c’était doux et agréable, la saveur
(1) J’apprends cependant au dernier moment que le général Dodds, pendant sa
brillante campagne du Dahomey en 1892, a recouru avec grand succès à cette
pratique dont il donna lui-même l’exemple aux troupes, et qui lui a fourni un des
principaux éléments de résistance à ce climat meurtrier.Mais ce général était clans
des conditions particulières : ses troupes indigènes ou acclimatées provenaient
toutqs du Sénégal et connaissaient toutes le Kola et ses vertus: elles les avaient pro­
bablement éprouvées bien avant le commencement de la campagne.

�287

LES KOLAS AFRICAINS

du Kola (qui dans cette préparation rappelle un peu celle de
l’encens) y était très supportable.
Différents ministres de la Guerre se sont succédé, qui, tous
ordonnèrent des expériences dans l’armée sur ce produit d’une pré­
paration très simple, dont j’avais offert tout d’abord le monopole
au Ministère de la Guerre (1) et déposé la formule entre les mains
du Comité technique du Service d e. santé de l’armée (2). De
nombreux rapports dus soit aux chefs de corps, soit aux
médecins militaires, établissent nettement que l’emploi de ce
produit est sans inconvénient et qu’il donne les résultats atten­
dus, c’est à dire une grande facilité pour triompher de la fati­
gue et de l’essoufflement déterminés par le grandes marches,
et l’apaisement de la faim (3).
Le mode d’absorption que j’avais adopté comme se rappro­
chant le plus de la méthode nègre, consistait à faire prendre
deux galettes aux hommes une demi-heure avant le départ
pour une longue et pénible étape, puis une galette durant tout
le temps de la marche aux haltes horaires. Un seul repas
solide coïncidait avec le milieu de l’étape environ : on suspen­
dait l’emploi des galettes une heure avant l’arrivée (le soir) à
l’étape, afin de ne pas troubler le repos de la nuit par une
absorption de caféine (non utilisée à un travail musculaire).
(1) J’ai en ma possession une lettre de renseignements de M. Le Royer, alors
président du Sénat, qui voulut bien sur ma demande me servir d’intermédiaire
auprès du ministre de la Guerre de l’époque (1885, avril). En rendant justice
à mon désintéressement, ce haut dignitaire m’y fait connaître qu’il a rempli la
mission dont il avait bien voulu se charger. 11 demandait seulement pour moi
le remboursement des dépenses que j’avais faites pour la confection de l’outil­
lage de préparation, et des premiers frais d’expérimentation dans l’armée, les
autres étant restés à la charge de l’Etat. Cette démarche resta sans résultat.
(2) Je crois avoir à peine besoin de dire que toutes mes expériences dans
l’armée avaient été précédées d’essais préalables sur moi-même, sur mon entou­
rage et sur toutes les personnes de bonne volonté (facteurs ruraux, vélocipèdistes,
etc.) qui, forts de mon exemple, ne craignaient pas les conséquences d'une expé­
rience du reste inoflensive.
(3) Voir ma brochure intitulée : R a p p o r t s d e s c h e f s d e c o r p s e t d e s m é d e c i n s
m i l i ta i r e s , concernant les expériences faites jusqu’à ce jour sur les R a t i o n s
condensées a c c é l é r a t r i c e s (Marseille, aofit 1888).
Poudre de Kola . . . .
Sucre...........................

!

1 gr
2.50

Farine et aromates . . 6.50

�EDOUARD HECIvEL

C’est avec ce genre d’alimentation qu’il a pu être réalisé
de véritables tours de force comme marche, notamment celle
du colonel De Cornulier-Lueinière et de son lieutenant-adjoint
(24 juin 1888), qui purent faire en montagne huit heures
d’excursion par 28 et 30° de chaleur, dès leur première expépérience, sans entraînement préalable; puis 12 heures consécutives
de marche, sans autre repos que 20 à 25 minutes en tout. Cette fois
ces observateurs s’élevèrent de 360m d’altitude à 2302 dans des
conditions qui étonnèrent les expérimentateurs eux-mêmes. Entre
autres prouesses sportiques, ils enlevèrent sur la grande route de
Yernet-les-Bains à Villefranche les six derniers kilomètres pendant
la 12e heure de marche avec une vitesse de 6 kilom. en 60 minutes.
Le colonel termine son rapport ministériel par ces mots « Il est à
» souhaiter que l’armée vous doive cette précieuse et remarquable
» alimentation. Ces galettes sont bien dignes du nom de Ration de
» fer (1) ».
Je dois, pour justifier mon dire, et à cause de la fausse opinion
qui semble se dégager des expériences faites dans l’armée, donner
ici tout au long les rapports des médecins militaires et des chefs de
corps dont il m’a été possible d’obtenir communication. Ils sont
assez nombreux et assez probants pour déterminer le lecteur à con­
clure lui-même si, oui ou non, ainsi que j’en avais formulé la pré­
tention, justifiée je crois, l’alimentation méthodique au Kola est
capable de donner au combattant la résistance nécessaire pour lui
permettre de longues marches tout en le nourrissant, et sans que
son emploi soit suivi de dépression.
(1) Le colonel De Cornulier-Lueinière, aujourd’hui général, fait ici allusion à
une forme de Ration de guerre allemande qui a reçu cette dénomination en
raison sans doute de la résistance qu’elle donne aux hommes soumis à son usage.
Cette ration de fer allemande avant mes expériences, était, si je suis bien informé,
faite de viande, de pois et de cacao ; depuis que mes essais ont été divulgués par
une discussion publique à l’Académie de Médecine, je crois savoir aussi que les
allemands y ont ajouté du Kola : ils se le procurent par leur colonie de Cameroon
(Golfe de Guinée, Afrique tropicale). Comme je l’ai dit, ils ont fait planter ce végé­
tal en Nouvelle-Guinée.

�LES KOLAS AFRICAINS

15e Corps d’armée — 30' Division d’infanterie — 60e Brigade —
40e Régiment d’infanterie.

Conclusions du rapport présenté p a rla Commission supérieure,
nommée en vertu d’une décision m inistérielle à M arseille
(Expériences faites sur un bataillon du 408 Régim ent d’in ­
fanterie).

Des observations recueillies, on peut conclure que :
1° Le chocolat de M. le Dr Heckel est agréable au goût ;
comme aspect et comme saveur il diffère un peu du chocolat
ordinaire, mais ses elïets sont très remarquables; il produit
une excitation musculaire, qui permet d’efïectuer de longues
marches sans fatigue.
2° La force produite par l’emploi du chocolat doit être
utilisée immédiatement ; son effet se prolonge de deux à trois
heures.
3° Si la force n’est pas utilisée, elle occasionne une exci­
tation qui prive l’homme de sommeil.
4° Il n’y a aucun inconvénient pour l’organisme à renou­
veler l’excitation par l’absorption de nouvelles doses de chocolat
à la condition d’employer, au fur et à mesure, la force pro­
duite et de limiter la consommation à 250 grammes de produit
par vingt-quatre heures.
5° La vitesse dhine troupe soumise au régime du chocolat
Heckel se maintient entre le maximum de 7 kilomètres et le
minimum de 5 kilomètres à l’heure.
6° Le maximum d’effet est obtenu lorsque le chocolat est
consommé d’heure en heure pendant la halte horaire. Dans,
ce cas, une petite troupe à pu maintenir la vitessse de 5 kil.
500 mètres à l’heure pendant dix à douze heures.
7° Il ne convient de faire consommer du chocolat au repas
du soir qu’aux troupes chargées d’un service de nuit aux
avant-postes, aux tranchées, dans un siège, etc..., le reste

�290

ÉDOUARD HECIvEL

des troupes, pour se reposer, doit reprendre tous les soirs le
régime normal, le chocolat étant réservé pour les heures de
marche.
La combinaison du chocolat avec la nourriture ordinaire
(conserves), peut avoir devant l’ennemi des avantages consi­
dérables ; on pourrait faire marcher une armée dans la for­
mation préparatoire de combat pendant quatre jours, sans
convoi : cette armée pouvant facilement accomplir des marches
de 35 à 40 kilomètres, pourrait gagner deux jours sur les
prévisions de l’ennemi, le surprendre en flagrant délit de
manœuvre ou de marche et décider d’un seul coup du sort
de la campagne. Cette seule éventualité justifierait l’adoption
du chocolat de M. le Dr Heckel.
Une autre considération l’impose : l’Allemagne vient de
fonder une colonie dans la région du Congo qui produit la
graine employée par M. Heckel ; les précieuses propriétés de
cette graine n’échapperont pas à la sagacité des agents de
cette nation ; il faut donc s’attendre à voir l’armée allemande
bientôt pourvue de ce redoutable élément de supériorité phy­
sique (1). Le succès dans la prochaine lutte entre ces nations,
restera vraisemblablement à celui des deux adversaires qui
fera de la graine l’emploi le plus judicieux et le plus opportun.
Marseille, le 15 Janvier 1885.
Le C o l o n e l ,

c o m m a n d a n t le aW' d e l i g n e , r a p p o r t e u r ,

Signé : J. BONNET.

Rapport du médecin major de 2e classe, Dr Bertrand, sur les
expériences faites par le 1er b ataillon du 61“ de lign e, à Dra­
guignan, sur le produit alim entaire du professeur H eckel.
CONCLUSIONS

Il ressort de nos expériences sur le bataillon entier :
1° Que ce produit alimentaire est un aliment véritable, d’un
(1) Ces prévisions du colonel Bonnet, semblent s’être réalisées. J ’ajoute que
malgré les conclusions formelles de ce rapport très-favorable, l'alimentation au kola
ne fut ças adoptée par le ministère de la guerre de l’époque et ne l'est pas
encore aujourd’hui, en raison de circonstances que je signalerai plus loin.

�LES KOLAS AFRICAINS

■

goût agréable pour la généralité de nos soldats et facilement accep­
table pour ceux qui ne sont pas habitués au chocolat ; qu’il est
réparateur des forces ; qu’il diminue les sécrétions intestinales et
favorise la tonicité de l’intestin.
2° Qu’il est nettement stimulant par l’excitation musculaire
qu’il détermine chez les hommes, que cet effet et d’autant plus
évident que la charge du soldat et que la marche sont mieux
réglées.
3° Que cette action stimulante ne devrait pas être cherchée par
les officiers chargés de régler la marche, mais qu’il faut la laisser
librement se produire chez l’homme, pour qu’elle puisse se traduire
soit par l’accélération, soit par la continuité de la marche.
4° Que cette action stimulante dure plusieurs heures et qu'au­
cune dépression ne suit son usage.
5° Que son emploi,en alimentant les hommes, en leur permettant
de longues marches, n’a entraîné aucun incouvénient pour leur
santé.
Draguignan, le 10 Octobre 18811. '

----

Signé : Dr BERTRAND.

Expériences faites sur le chocolat H ecbel dans les m anœuvres
Alpines, par le 24e bataillon de chasseurs à pied, pendant
une marche de vingt-quatre heures.

Rapport du D1 Lesbros, médecin du bataillon.

Neuf hommes de bonne volonté, intelligents et bon soldats, de
constitution et de résistance moyennes, ont été choisis pour expéri­
menter ce chocolat pendant la marche de vingt-quatre heures (du23 au 24 Juillet 1885). Ils ont d’abord mangé la soupe comme les
hommes de leur compagnie, avant le départ à quatre heures du
matin. Puis, il leur a été distribué à chacun 9 (neuf) barres qu’ils
ont mangées avec le pain de la façon suivante, à l’exclusiou de toute
autre nourriture, savoir :

�292

ÉDOUARD HECKEL

1 barre à 6 h. du matin, à la main avec du pain (1).
2
10
))
bouillie à l’eau avec du pain,
2 du soir, à la main avec du pain
1.
1
5
»
»
))
2
7
»
bouillies à l’eau avec du pain,
4 le lendemain matin à la main avec du pain.
1
1

6

»

»

»

»

La marche a duré de 4 h. 1/2 du matin à 8 heures le lendemain,
c’est à-dire 27 heures 1/2 avec des haltes horaires de quelques
minutes et trois longs repos :
Le premier, de 10 heures à midi.
Le deuxième, de 6 heures 1/2 à 11 heures du soir.
Le troisième, de 1 heure à 4 heures du matin.
Il reste par conséquent dix-neuf heures de marche environ.
De mes observations pendant cette marche,avec comparaison sur
neuf hommes marchant de concert dans les mêmes conditions de
chargement, mais soumis au régime normal (hommes témoins), il
résulte que le chocolat Heckel produit une excitation certaine à la
marche : vers la 6e heure de marche tous disaient qu’ils se sentaient
presque aussi légers qu’au départ ; vers la 12e heure de marche la
fatigue était aussi grande que chez leurs camarades. Quant aux
autres propriétés physiologiques, rien à noter de particulier. Six
sur neuf hommes, ont parfaitement dormi au repos de 8 heures à
11 heures du soir et de 1 heure à 4 heures du matin sous la tente
et sur la dure, les trois autres accusent un peu d’insomnie et une
certaine agitation.
Aucun d’eux n’est resté en route comme traînard. J ’ai moi-même
pendant les cinq dernières heures de marche (que je ne pouvais
faire à cheval à cause de la difficulté des sentiers), fait l’essai du
chocolat dont j’absorbai quatre barres, et j’ai constaté une excita­
tion réelle à la marche pendant les trois premières heures, mais
vers la fin de la quatrième heure, je commençais à voir fuir ma
légèreté (2).
(1) Chaque barre contenait 1 gr. de Kola. En tout 9 gr. de Kola furent absorbés
durant cette marche pénible et à doses fractionnées; c'était évidemment insuffisant.
(2) Note de M. Heckel: Je dois faire remarquer que cette courte excitation,
cependant très bien constatée, résultant de l’emploi des rations, s’explique par
ce que l’expérience s’était faite au début de mes recherches concernant les aieilleu-

�293

LES KOLAS AFRICAINS

Quant à la facilité avec laquelle ces hommes ont accepté l’ali­
mentation exclusive au chocolat Heckel, elle a été très grande et
elle fait l’éloge cle la préparation que tous ont trouvée savoureuse.
Le Moulinet (Alpes-Maritimes), le 31 Juillet 1885.
Signé : Dr LESBROS.

Expériences sur le chocolat H eckel, faites par le 23e bataillon
de chasseurs à pied, à A lger (Rapport du D1' Pouchet, médecin
du bataillon).

(Expériences ordonnées par le Ministre de la Guerre).
CONCLUSIONS

1° Le chocolat Heckel est un aliment réel (1). Sa richesse eu élé­
ments protéiques pourrait toutefois être augmentée comme il sera
dit. jLa complexité de sa composition lui donne en même temps des
propriétés stimulantes constatées non point d’une façon générale et
constante pendant les marches, mais partiellement,alors que l’exci­
tation amenant l’insomnie a été à peu près générale.
Cette insomnie peut être évitée ou recherchée par la graduation
cle la consommation du chocolat.
2° Il a permis pendant la saison chaude d’accomplir une série
de marches longues et rendues très pénibles par la chaleur (Juin),
le chargement des hommes et la poussière intense des routes. Mal­
gré ce surcroît de fatigue, la santé du bataillon est restée très bonne.
Le nombre des indisponibles s’est seulement accru par la produc­
tion insolite du traumatisme des pieds.
3e Cet aliment peut suffire pendant plusieurs jours (ce chiffre ne
devra pas se passer quatre journées consécutives sans interruption)
à l’alimentation exclusive d’une troupe.
res doses à donner aux fantassins J’avais commencé par le 24° bataillon de chas­
seurs à pied, ma série progressivement croissante de ces doses. II en résulte que
c’est ce corps de troupe qui a reçu la dose la moins élevée ; elle fut insuffisante et
j’en pris bonne note pour l’avenir.
(1) Chaque barre, dans cette expérience et dans les suivantes, contenait 3 gr. de
Kola en poudre.

�EDOUARD HECKEL

L’état sanitaire n’a pas été compromis non plus par cette épreuve
et nos hommes ont conservé toute leur vigueur.
4° Toutefois, nous n’avons pas observé que la fatigue éprouvée
fut moindre chez les hommes soumis à ce régime que chez ceux
soumis au régime normal. La vitesse n’a pas non plus été augmen­
tée cl’une façon très sensible.
5° Il ne nous a pas été possible de conclure au sujet des sécré­
tions intestinales. Cette propriété précieuse de les diminuer, si elle
est constatée, est appelée à rendre des services dans les circonstan­
ces ou la diarrhée atteint un si grand nombre d’hommes.
6° L’alimentation exclusive par lechocolat devra être l’exception.
7° L’alimentation mixte est la plus favorable. Lechocolat pourra
alors remplacer le café ou la soupe du matin et le repas de la grande
halte.
8° Les quantités de chocolat consommées devront être propor­
tionnées au régime ou au résultat qu’on veut obtenir, de la façon
suivante :
Régime mixte. — Il faut consommer de 3 à 4 tablettes, suivant
les circonstances, et prises, Yune liquide, le matin, deux solides pen­
dant la route, une liquide ou solide à la grande halte. L’excitation
sera ainsi dépensée pendant la route et le sommeil ne sera pas trou­
blé pendant la nuit.
Régime exclusif du chocolat Heckel. — Deux conditions pourront
se produire : A. — La troupe devra cantonner. Elle aura à fournir
une étape de moins de 45 kilomètres ou un travail correspon­
dant : Cinq barres seront suffisantes. Le dernier repas devra être fait
de bonne heure. Si la ration de pain, 700 grammes ou de biscuit
(500 gr.) n’a pas été consommée, il sera fait une soupe maigre ou
une préparation analogue avec le biscuit (Turlutine), quand les
circonstances militaires ou locales le permettront. B. — L’étape sera
de plus de 45 kilomètres, ou un travail correspondant devra être
fait : toute la ration devra être consommée, c’est-à-dire 6 barres, avec
les précautions précédentes ; l’aide d’une soupe maigre permettra
d’achever la consommation du pain et du biscuit.
C. — La troupe devra être de grand-garde : toute la ration sera
consommée. Deux tablettes seront réservées pour les repas du soir
et absorbées soit liquides si c’est possible, soit à la main si les cir­
constances militaires ne permettent pas d’allumer les feux.

�295

LES KOLAS AFRICAINS

9° II sera indispensable de veiller à la conservation du chocolat
distribué aux hommes, en exigeant qu’il soit enfermé dans le sac,
avec les précautions indiquées par l’inventeur. Ces soins seront sur­
tout pris pendant la saison chaude.
Alger, le 20 Juillet 1885.
Signé : D' POUCHET.

7° B a ta illo n d e c h a s s e u r s à p ie d —

Dr

A

Bonnery.

Rapport du D1 A. BONNERY, médecin aide-major de l rDclasse,
s u r les r a tio n s concentrées du D' H eckel : expériences faites au 7e
bataillon de chasseurs à pied entre Guillaume et Saint-MartinLantosque (Alpes-Maritimes).

Les rations concentrées sous forme de tablettes de chocolat ordi­
naire, furent mises en caisse le 18 mai 1885 et mises en expérience
le 3 Août suivant. La caisse a été transportée en voiture pendant
13 jours, gardée en magasin pendant 35 jours, enfin transportée à
dos de mulet pendant un mois à raison d’un déplacement tous les
4 jours. Malgré les chargements et déchargements fréquents, le caho­
tement du transport, l’influence de la chaleur, la pluie et l’humi­
dité, la conservation du chocolat était parfaite lorsque la caisse fut
ouverte. Son goût était très agréable : les agents extérieurs n’avaient
pas produit la moindre altération.
Le 3 Août, 32 rations furent distribuées à un demi-peloton, les
hommes n’étaient pas choisis, chaque homme reçut six barres en
sus de ses aliments ordinaires.
Le départ eut lieu à 3 heures 1/2 du matin, l’arrivée à 9 heures
1/2 du soir, soit 18 heures de marche avec des haltes horaires de 10
minutes et deux grands repos : l’un de sept à huit heures du matin,
l’autre de 2 heures 1/2 à 5 heures du soir. Le temps fut couvert dans
la journée, orage et pluie torrentielle depuis 6 heures jusqu’à
l’arrivée.
Les hommes ont mangé : une barre avant le départ à la main
après leur soupe ; deux barres à 7 heures, à l’eau avec du pain ; deux

�EDOUARD HECKEL

barres au second repos, à l’eau avec du paiu, et une barre à 6heures à la main. Ils ont accusé une excitation notable et incitation
marquée à la marche avec de la gaieté.Trois heures après le départ,
au moment ou le silence régnait dans toute la colonne, ces hom­
mes se sont mis à chanter : et cependant nous gravissions une côte
depuis le départ. L’effet nutritif a été très remarqué et noté par tous
les hommes.
Aucun n’a été indisposé par l’ingestion du chocolat, la digestion
en a été facile. J’ai moi-môme pris deux barres avant le départ, et
j’ai éprouvé les mêmes phénomènes ainsi que le besoin de marcher.
Je n’ai pas eu faim à l’heure du déjeuner, et j’ai attendu sans diffi­
culté jusqu’à onze heures du soir sans manger ; j’ai dû boire à plu­
sieurs reprises. J’ai plus tard utilisé les quelques rations qui me
restaient de la manière suivante. Obligé par des circonstances spé­
ciales, de garder au corps et de soigner des hommes gravement
malades (choléra), je donnai deux barres de chocolat à l’infirmier
de garde pendant fa nuit, il les faisait cuire à l’eau et cela suffisait
pour le nourrir et le tenir en éveil. Là encore, je n’ai pas observé
le moindre trouble digestif : les infirmiers avaient le soin de me
demander leur ration si parfois j’oubliais de la leur donner.
Marseille, le 20 novembre 1885.

Signé

Dr A. BONNERY.

15' Corps d’armée — 40' Régiment d’infanterie — Place de Privas.

Rapport du médecin-major de 2e classe, Dr Cazalas, du 40e de
lign e, concernant les effets obtenus sur les troupes en marche,
par l ’alimentation avec le chocolat H eckel (Expériences pres­
crites par D écision m inistérielle).

Marche de 55 kilomètres de Bagnols (Gard) à Rochemaure (Ardèche).
CONCLUSIONS

L’unique expérience faite jusqu’ici ne saurait suffire pour former
toute mon opinion ; mais, cependant, d’après ce que j’ai observé

�LES KOLAS AFRICAINS

297

sur les hommes et surtout d’après ce que j’ai ressenti moi-même,
je puis dire :
t° Que le chocolat Heckel est un aliment suffisant, à la dose de
250 grammes par jour, pour la nourriture d’un homme devant
fournir un travail exagéré. Cette dose même pourrait être diminuée.
2° Qu’il produit une action évidente sur le système nerveux et
sur le système musculaire; qu’il donne à l’organisme tout entier
une impulsion indéniable : la marche de la colonne, l’absence des
traînards, cet entrain qui lui avait fait défaut jusqu’alors, et qui
allait pour ainsi dire en augmentant avec les kilomètres parcourus,
les sensations éprouvées par quelques officiers et sous-officiers, en
sont la preuve évidente. Cet aliment pousse à la marche et permet
de fournir de longues étapes sans entraîner de trop grandes fatigues.
3° L’excitation ne commence guère à se faire sentir que
deux heures après la première absorption, et elle a paru avoir
son maximum d’intensité vers la neuvième heure qui l’a suivie.
Il est vrai de dire que l’aliment a été pris pendant sept heures
de suite. 11 y a un moment où il se produit une excitation
générale, ce dont on pourrait, je crois, tirer un très grand
avantage au point de vue stratégique.
4" A dose progressive, il ne paraît pas donner un accrois­
sement sensible de la vitesse, mais permet de marcher à la
vitesse réglementaire pendant douze heures.
5° Cette excitation n’est pas suivie d’une dépression des
forces, car après une marche de 55 kilomètres, beaucoup
d’hommes auraient pu fournir encore un effort. Après une
nuit de repos, les forces ont été complètement réparées ;
l’homme n’a éprouvé aucune raideur, aucune courbature ; il a
semblé avoir repris toute sa vigueur et a pu faire le lendemain
ime marche de 26 kilomètres sans être trop fatigué.
6° L’ingestion du chocolat ne paraît pas avoir une influence
fâcheuse sur la santé en général, car, pendant les quatre jours
qui ont suivi son usage, il n’y a eu aucun malade.
7° Cette préparation paraît diminuer sensiblement la sécrétion
sudorale, mais étant donné la température peu élevée de la journée
(21 octobre 1885), il n’est pas possible de porter un jugement
définitif sur ce point.
8° Il ne possède aucune action excitante sur les organes géni-

�298

ÉDOUARD HECKEL

taux, tout au moins quand l’excitatiou engendrée a, comme dans
notre expérience, été utilisée pour produire en marche un effort
musculaire.
9° La respiration paraît avoir été favorisée, puisque les hommes
n’ont pas été essoufflés, et que nous n’avons observé aucune syncope,
accident fréquent pendant les marches.
10° Sous son influence l’esprit paraît être plus net, le travail
plus facile. Le sommeil a été quelquefois difficile à obtenir, mais
quand il a été obtenu il a été calme et réparateur (1).
11 ne convient pas de dépasser six barres.
Privas, le 30 octobre 1885,

Signé : Dr. CAZALAS

15e Corps d’armée — Place de Draguignan.

Rapport du chef de bataillon, de Gayer d’Ort, commandant le
1er bataillon du 61e, à Draguignan, concernant les expériences
faites sur le chocolat H eckel (Expériences faites par décision
m inistérielle).
CONCLUSIONS

En résumé les expériences faites par le 1er bataillon du 61°
de ligne ont établi :
1° Que la ration de 250 grammes mangée avec le pain est
plus que suffisante pour nourrir un soldat pendant une journée
de marches.
2° Que sauf de rares exceptions (deux à six hommes par
compagnie), cette nourriture spéciale ne répugne pas aux
hommes.
(1) Note de M. Heckel : Cet accident (insomnie) et quelques vomissements
se sont produits dans cette marche à laquelle j’ai assisté. Il reconnaît pour cause
ce lait, que certains hommes ont mangé jusqu’à huit barres de ce chocolat, ce
qui dépasse toute mesure. Ils tenaient le surplus de leurs six barres réglementaires
des autres hommes qui n'avaient pas voulu, pour des raisons diverses, manger la
totalilé de leur ration (six barres). Il y a eu évidemment phénomène de Kolaïsme.
11 ne convenait pas de dépasser six barres en 12 heures au maximum, pour
éviter cet accident.

�299

LES KOLAS AFRICAINS

3° Que prise avec de l’eau, elle se digère.facilement, n’occa­
sionne aucune indisposition et ne cause pas d’insomnies.
L’effet de cette nourriture pendant plusieurs jours consécutifs
n’a pas été expérimenté. Les deux bataillons alternaient pour
le mode d’alimentation.
La question de l’accélération et de la résistance à la fatigue
n’a pas ôté démontrée par les quatre marches, mais l’expérience
individuelle du Capitaine Gille et du médecin major semble
ne pas laisser de doute sur cette propriété.
Draguignan, le 2o Septembre 1885.
Le C h e f de b a t a i l l o n ,

Signé : De GAYEI1 D’ORT.

Expérience faite par un bataillon du3°de lig n e,le 17 J u illetl8 8 6 .
Marche effectuée de Saint-Sauveur à Guillaume (Alpes-M ari­
times) 40 kilom ètres.

Rapport du Dr Bonnery, médecin-major de 2° classe.

Mangé avec plaisir par les hommes, le chocolat n’a pas
causé le moindre dérangement; personne n’a été indisposé.
Les hommes ont accusé un effet nutritif très sensible et une
excitation notable à la marche.
La colonne partie à 4 heures du matin a parcouru en montagnes
environ 40 kilomètres, de Saint-Sauveur à Guillaume. Partie de
900 mètres d’altitude, elle s’est élevée à 1,300 mètres, mais par des
chemins très raides : il faut ajouter qu’il s’est présenté des des­
centes et des réascensions successives, ce qui fait que la colonne a
gravi en somme une hauteur considérable pour redescendre à
722 mètres.
Il n’y a pas eu un seul traînard sur 250 hommes : les hommes
ont marché avec entrain. Ils ont pris : 1° une barre sèche à la
main à chacune des trois premières pauses horaires ; 2" une barre
à l’eau à la grande halte qui a duré une heure et demie, à Beuil 5
3° une barre sèche à la deuxième halte horaire après la grande
halte, deux heures environ avant d’arriver. En tout cinq barres
(Kola 15 gr).

�300

ÉDOUARD HECKEL

La colonne est arrivée à Guillaume à 3 h .1/2. En/meilleures (pau­
ses et grande halte déduites), elle a donc parcouru 40 kilomètres
en montagne, sans laisser de traînards (moyenne 5 kilomètres à
l’heure de 60 minutes).
Le résultat de l’expérience est bon Les officiers de la colonne
l’ont constaté avec moi. Les hommes n’ont pas bu plus que d’ha­
bitude. Personne n’a signalé d’érections dans la nuit qui a suivi
l’expérience.
Comps-du-Var, le 22 Juillet 1886.
Signé : Dr DONNERY.

Rapport du docteur Bernard, médecin-major de 2"'cclasse, au 2"'c
régim ent étranger à Sidi-bel-Abbès (Oran), sur les expériences
faites, concernant les tablettes de chocolat et les biscuitspotage du docteur E. H eckel. Marches faites les 2, 3 et 4 ju il­
let 1886.
CONCLUSIONS

Le chocolat mis à notre disposition est très bien conservé;
il a l’aspect extérieur et la cassure du chocolat de bonne qualité du
commerce, il est agréable au goût et ne déplaît pas à des hommes
qui, cependant, par leur origine, sont peu habitués à ce produit. 11
n’altère pas les hommes et ne leur empâte pas la bouche, il provo­
que au contraire une bonne salivation et produit une sensation de
fraîcheur que quelques hommes comparent à celle de la menthe.
Après les marches (1) qui ont été, le premier jour de 22 kil. le
second de 26 kil. et le 3e de 30 kil. (trois journées consécutives),
aucun homme n’a déclaré être fatigué, tous auraient pu continuer
leur marche;
Tous accusent également une grande facilité de respiration ; la
poitrine est libre et ne semble pas comprimée comme dans les
circonstances ordinaires de marche à cette époque de l’année.
(1) Les marches ont été faites par des hommes non choisis portant le charge­
ment j-églemen taire de campagne : cartouches, toiles de tente, couvertures, vivres
de réserve.

�LES KOLAS AFRICAINS

301

Après les deux premières marches, ils ont fait dans l’après-midi
deux heures d’exercice.
Le biscuit-potage ressemble tout à fait au biscuit ordinaire.
Ces produits ont une véritable action excitante qui, chez nos
hommes, pendant les deux premières marches, à cause des doses
données, s’est traduite par un peu d’insommie à la sieste réglemen­
taire de 10 heures du matin à 2 heures, et même pendant la nuit.
Mais, chose étonnante, cette excitation n’a pas été suivie d’une
période de dépression, car le lendemain matin les hommes frais et
dispos se préparaient sans difficulté à la marche suivante.
Ces rations sont nutritives et paraissent remplir les conditions
d’un aliment d’épargne, car nos hommes qui sont certainement les
soldats doués, dans l’armée, du plus robuste appétit, n’ont pas pu
manger leur gamelle en entier, le soir après la marche, non pas
que la perte de l’appétit fut imputable à un excès de fatigue, mais
parce que le besoin d’aliment ne se faisait pas sentir.
La rapidité de la marche a pu-être mesurée dans la 3" expérience
du dimanche 24 juillet, dans laquelle 30 kilomètres ont été fran­
chis. Les quinze .derniers kilomètres ont été faits à raison d’un kilo­
mètre en dix minutes. Cette vitesse a été exactement constatée par
nous, et durant cette marche, la fatigue ayant correspondu à l’ex­
citation développée, il n’y a plus eu de surexcitation ni le jour ni
la nuit, et l’appétit est redevenu normal.
Chez aucun homme nous n’avons constaté n i d i a r r h é e n i
v o m is s e m e n t s .

En résumé, le chocolat du Dr Heckel, tant par ses pro­
priétés excitantes que par sa valeur nutritive, paraît destiné à
rendre en campagne et daus des circonstances nettement déter­
minées, de réels services.
Sidi-bel-Abbés, 24 juillet 1886.
Signé: Dr R. BERNARD.

�EDOUARD HECKEL

Lettre du Docteur Troussaint, médecin-major de 2° classe au
58° de lign e, concernant les expériences faites le 7 août par
un bataillon alpin de ce régim ent (marche de 24 heures,
de Saint-Etienne à V ign ols, par le col de La V allette et
retour par la même route).

Le bataillon alpin du 58^ a fait hier l’expérience de vos
rations condensées accélératrices au Kola dans une marche
de 24 heures. La l re et la 2e compagnies ont été témoins ;
régime cumulatif pour les 3e et 4e compagnies ; un peloton
spécial a été composé des hommes les plus malingres pris
dans les autres compagnies. Il y a eu dix-huit heures effectives
de marche, dont douze heures au moins en montagne.
Vous verrez d’après mon rapport que mes conclusions sont
absolument favorables, d’abord parce que mon peloton de ma­
lingres a marché admirablement et que votre serviteur, qui a
fait l’expérience et qui est mauvais marcheur, a réalisé ce
tour de force de marcher dix-huit* heures en montagne sans
éprouver de fatigue musculaire. Ma conviction est faite sur la
valeur de votre produit, et, les officiers qui se sont associés
à moi pour tenter l’expérience partagent absolument ma foi
dans vos rations accélératrices.
Saint-Etienne-des-Monts, 8 août 1886.
Siané : Docteur TROUSSAINT.

Lettre du Dr STOUPY, Médecin-major de 2e classe au 141e
R ég1 d’infanterie, concernant deux épreuves faites par le
bataillon A lpin de ce régim ent sur les rations Heckel,
pendant une marche de P eillo n à P eille, et une autre de
Sospel à la Turbie (Alpes-M aritimes), le 8 Juillet 1886.

Les hommes ont pris votre chocolat sans aucune appréhen­
sion ni répugnance. Quatre tablettes ont été consommées con­
formément à l’instruction (2 liquides et 2 solides) — je n’ai
constaté chez aucun homme ni v o m i s s e m e n t , ni d i a r r h é e , ni

�LES KOLAS AFRICAINS

Les hommes expérimentés n’ont consommé aucune
substance alimentaire autre que du pain jusqu’à leur arrivée
à l’étape. Ils ont reconnu n’avoir pas eu faim jusqu’à ce
moment. Ils ont bien marché. En général, les hommes pré­
fèrent le Chocolat cru au Chocolat cuit.

in d ig e s t io n .

Nice, le 9 Juillet 1886.
Signé : Dr STOÜPY

Rapport du D1' Duvau, médecin aide-major de l re classe, sur les
expériences faites par le 107e de lign e (4e bataillon) pendant
les grandes m anœuvres du XIIe corps d’armée, en septembre
1886, sur les rations condensées accélératrices du D1' H eckel

(Ordre ministériel).
CONCLUSIONS

Angouleme, le 28 septembre 1886.
Des observations recueillies dans les expériences des 5, 7, 9, 11,
13 et 15 septembre 1886, laites d’après le régime cumulatif, il
résulte que :
1° Les hommes du 4e bataillon, après avoir, au début, manifesté,
à l’endroit du produit, une certaine méfiance, l’ont recherché
ensuite avec une visible satisfaction ;
2° Le chocolat Heckel, à la dose de 4 barres par jour, a produit
une action évidente sur le système musculaire et sur le système
nerveux, action qui s’est traduite par une excitation réelle à la
marche et qui n’a été suivie d’aucune dépression des forces ;
3° Que les hommes ont déclaré à plusieurs reprises que leur sac
leur semblait moins lourd : qu’à l’arrivée à l’étape, loin de montrer
de la fatigue, ils déployaient la plus grande activité pour préparer
leur repas ;
4° Que l’essoufflement pendant les assauts qui suivaient les
marches pénibles étaient très modérés ;
5° Que loin d’augmenter la soif, il cause plutôt une sensation de
fraîcheur à la bouche;

�EDOUARD HECKEL

6°

Qu’il diminue la sécrétion sudorale et il n’a a u c u n e

a c t io n s u r

LES ORGANES GÉNITAUX ;

7° Que le bataillon expérimentateur a fourni un nombre de
malades sensiblement moindre que les deux autres ; aucun cas de
diarrhée, de vomissement ou d’indigestion imputable au produit
n’a été constaté dans ce bataillon.
Signé : Dr DUVAU.

Rapport du Dr F orgues, médecin-major de l rc classe, au 63e
régim ent d’infanterie, concernant les expériences faites dans
ce régim ent à l ’occasion des grandes m anœuvres de Septem­
bre 1886, sur le produit alim entaire du professeur Heckel
(Ordre ministériel).
CONCLUSIONS

Limoges, le 30 septembre 1886.
1° Le chocolat est agréable au goût, et les hommes, sauf quelques
rares exceptions, le prennent très facilement.
2° La valeur nutritive du chocolat est incontestable et nous
estimons qu’on peut, sans inconvénient, le substituer à la ration
normale du soldat. Pendant combien de temps? Le produit n’a été
expérimen té que pendant quatre jours : les 9, 41,13 et 16 septembre,
au bataillon.
3° L’excitation musculaire n’a été avoué qûe par un petit nombre
d’hommes, et le bataillon n’était pas dans de bonnes conditions
pour mettre en évidence l’action stimulante du produit sur le sys­
tème locomoteur. En effet, l’accélération et la continuité de la
marche n’auraient pu se manifester puisque le bataillon, étant
encadré dans le régiment, était obligé de régler le pas sur les
bataillons témoins (1).
(1) M. le docteur Forgues déclare toutefois, dans le corps de son rapport, que
quelques faits isolés mettent en évidence l ’action stimulante à la marche. « Ainsi,
» nous avons vu, dit-il, que la garde de police avait fait le kilomètre en 9 et 10
» minutes ; qu’après la marche du 9, le bataillon d’expérience paraissait moins
» fatigué que les bataillons témoins; que pendant les manœuvres des deux premières
» journées, deux hommes seulement avaient été autorisés à mettre le sac dans la
» voiture; que pour quelques sous-officiers et officiers l’excitation musculaire n’est
» pas ‘douteuse, etc... »

�LES KOLAS AFRICAINS

4° Abstraction faite de quelques individualités qui ne tolèrent
pas le chocolat ordinaire, son ingestion n’a aucune influence sérieuse
sur la santé des hommes. Nous avons vu, en effet, que des trois
bataillons, c’est le 4e (bataillon expérimenté) qui a eu le moins
d’évacuations sur les hôpitaux.
Signé: Dr FORGUES.

Rapport du D&gt; Lapeyre, médecin aide-major de l re classe au
108e régim ent d’infanterie, concernant les expériences faites
dans ce régim ent à l ’occasion des grandes manoeuvres d’au­
tomne (septembre 1886) sur les rations accélératrices con­
densées du docteur H eckel (Ordre ministériel).
CONCLUSIONS

Bergerac, le 29 septembre 1886.
De ces observations, on peut conclure : 1° Que le produit Heckel
est agréable au goût et facilement acceptable par un certain nombre
de soldats ;
2° Qu’il est nettement stimulant et produit l’entrain pendant la
marche;
3° Qu’on ne saurait l’accuser de déterminer de véritables acci­
dents gastriques, tels que : douleurs d’estomac, nausées, vomissements
et diarrhée.
Signé:

Dr LAPEYRE.

Expériences personnelles sur les rations condensées accéléra­
trices du B r H eck el, faites par l ’adjudant Cassan, du 63° régi­
ment d’infanterie, en garnison à Limoges.

Limoges, le 17 septembre 1886.
CASSAN, Alfred.
Poids avant les expériences, 99 kilos.
— après
—
100 —
Tempérament bilieux sanguin, 15 ans de service, 33 ans d’âge.
Expériences faites du 1er au 22 août 1886 (1).
(I) Ces expériences faites spontanément par M„ Cassan, avec une intelligence
remarquable et une méthode irréprochable, m’ont paru devoir être relatées ici en
détail, pour pouvoir servir de modèle et de guide aux expérimentateurs qui
auraient le désir d'en contrôler les résultats fort concluants.

�306

ÉDOUARD HECKEL

1° Au camp d’Hyvornaud (Tirs de combat). — Après avoir
déjeuné le matin à 8 h. comme d’habitude, j’assiste à la manœuvre
de compagnie isolée, 8 kilomètres environ sont parcourus. Tempé­
rature, 19°. Rentrée au camp à 11 heures.
A 2 heures soir, absorption de 2 barres en soupe avec du pain
de munition.
A 2 h. 20, départ pour Eymoutiers. A 4 h. 15, arrivée à Eymoutiers. Température, 13 à 16°. Kilomètres parcourus, 15.
Repos de 30 minutes : une barre à la main et 80 grammes de
pain, plus un verre de vin et d’eau sont consommés.
A 6 h. 55 du soir, retour au camp après avoir bu en passant à
Beaumont, c’est-à-dire 3 km. avant d’arriver, un verre de sirop et
eau. Soit 30 km. parcourus en 4 heures de marche (pause déduite),
après l’exercice du matin, en consommant 3 barres de produit
Heckel, 4 verres de liquide et environ 1/2 ration de pain (375 gr.).
Vitesse moyenne, 7500 mètres à l’heure de 60 minutes.
Le repos qui a suivi cette marche a duré, avec une seule inter­
ruption, de 9 heures du soir (après avoir rendu l'appel) jusqu’à
5 heures.
2° A Limoges. — Marche de Limoges à Eymoutiers (44 km.).
Vitesse moyenne, 6500 mètres à l’heure, pauses comprises. Régime
mixte tel que l’indiquent les instructions du Dr Heckel.
Retour par le chemin de fer. Au dîner appétit normal, sommeil
tranquille.
3e Marche de Saint-Léonard à Limoges (24 km.), après avoir été
de Limoges à Saint-Léonard en chemin de fer.
Absorption de deux barres en soupe à 8 heures du matin et
départ.
Repos de 30 minutes près de Panazol, où je consomme une
barre.
Arrivée à Limoges à 1 heure du soir ; repos d’une heure pendant
lequel je consomme 2 barres en soupe.
Départ pour Aixe à 2 heures ; repos 30 minutes près du passage
à niveau à Aixe où je mange 1 barre à la main. Rentrée à Limoges
à 6 h. 1/2 du soir. Kilomètres parcourus, 26. Température, 10 à 12°.
Soit au total, 50 km. parcourus de 8 h. du matin à 6 h. 1/2 du soir,
repos compris de 2 h. 30 in. de durée. Vitesse moyenne, 5.882 mè­
tres^ l'heure de 60 minutes.

�LES KOLAS AFRICAINS

Consommation totale, 6 barres (Kola 18 gr.), plus deux litres
de liquide.
Repas du soir, peu d’appétit. Sommeil très tranquille, travail
de bureau le lendemain.
Marche de Limoges à Saint-Junien et retour, 64 km. Départ à
4 h. 30 m. du matin ; repos de 11 h. 1/2 à 2 heures.
8 barres consommées ; rentrée à Limoges à 6 h. 45, d’où vitesse
moyenne, 5.333 mètres à l’heure de 60 minutes. Le soir, fatigue, peu
d’appétit, sommeil léger. Le lendemain matin cependant, bien
qu’avec un peu de raideur dans les jointures, je suis dispos, bon
appétit.
Ces divers essais ont eu lieu à des jours différents et interrom­
pus par des repos ; ils n’empêchaient nullement l’expérimentateur
d’aller à son service le lendemain matin et d’y vaquer sans effort.
En dehors de ces expériences, le régime mixte a été suivi quatre
ou cinq fois (les jours de manœuvre au champ de manœuvre de
cavalerie), et, bien que la fatigue ne correspondît pas à celle
qu’occasionne une marche de 40 km., l’appétit et le sommeil ne se
ressentaient en rien de l’absorption de 4 tablettes de produit. Je
conclus :
1° Que les rations condensées accélératrices du Dr Heckel ont un
goût agréable ;
2° Que deux barres mangées en soupe et deux barres à la main,
ces deux dernières à 1 h. 1/2 d’intervalle au moins, suffisent avec
une demi-ration de pain à la nourriture de la demi-journée, la
marche à faire ne dépassant pas 40 km. (Kola 12 gr.) ;
*3° Que la même ration peut être prise à partir de midi dans les
mêmes conditions, et que le repos de la nuit après la marche n’est
pas troublé ;
4° Que le système digestif ne ressent absolument aucun déran­
gement ;
5° Que les organes génitaux ne sont en rien affectés ;
6° Que la soif provoquée par la chaleur et la marche est tout à
fait la même qu’avec la nourriture ordinaire ;
7° La découverte de M. le Dr Heckel me paraît précieuse et
appelée à rendre de grands services en cas de guerre, là où le gainde la bataille dépend de la rapidité des marches.

�EDOUARD HECKEL

Suite des expériences p ersonnelles de M. l’adjudant Cassan,
du 6 8 e Régim ent d’infanterie, à Lim oges.
Limoges, le 28 octobre 1886.

Monsieur,
J’ai l’honneur de vous faire connaître qu’une fois de plus, j’ai
pu, grâce à vos Rations condensées accélératrices sous forme de
Chocolat, faire, sans trop de fatigue, une longue marche le ven­
dredi 22 octobre 1886, et cela devant témoins.
La veille, le jeudi 21 octobre, dans la journée, travail habituel
de bureau ; le soir, réception d’un collègue s’en allant eh permis­
sion, jeu et absorption de liquides divers jusqu’à 3 heures moins
un quart du matin.
Le vendredi, j’ai quitté mes collègues à 2 h. 45, suis allé me
laver, me raser, ai fait bouillir et ai absorbé deux barres de Cho­
colat, et, à 4 heures moins vingt, je me mettais en route pour
Thiviers, où j’arrivais à 6 heures moins vingt du soir: 70 kil. 600
ont donc été parcourus en quatorze heures, mais j’ai eu deux
heures de pause à déduire, ce qui fait douze heures de marche à
5 kil. 883 de moyenne à l’heure.
Itinéraire suivi sous les yeux des témoins : Le Vigen, SaintMaurice, La Plaine, Nexon, Les Cars, Chalus, Firbeix, La Coquille,
Thiviers.
Ainsi, grâce à quatre barres du produit dont vous ôtes
l’inventeur, j’ai pu, après une nuit de veille et de boisson,
faire encore une très longue route, presque sans fatigue ; ce
que je n’aurais certainement jamais pu réaliser avec l’alimen­
tation normale.
Ce qui prouve le peu de fatigue que j’éprouvais,'c’est que,
à Thiviers, après l’apéritif, je dînai comme à l’ordinaire,
j’écoutai la répétition de la musique de la ville et en repartis
à minuit et demi. À 3 heures du matin, je rentrais chez moi.
Le samedi, j’étais au bureau aussi frais et aussi dispos que
si rien ne s’était passé.
Pour faire cette expérience, dont plusieurs de mes camarades
étaient témoins, je n’ai demandé que la permission de la journée;
mais néanmoins j’y suis allé en tenue militaire, capote roulée,
sacoche, etc. Les témoins abondent et pourront, au besoin,
vous fournir des renseignements complémentaires.
Veuillez agréer, etc.
Signé : CASSAN.

�LES KOLAS AFRICAINS

Résumé du Rapport du D‘ Oberlin, médecin-major de l r0 classe
au 69° d’infanterie, au sujet des expériences faites dans ce
Régiment sur les Rations condensées accélératrices du Dr
H eckel, durant les grandes M anœuvres de Septembre 1887
(VI0Corps d’armée).
CONCLUSIONS

1° Je ne peux tirer d’autre conclusion des expériences du
premier ordre, si ce n’est qu’elles confirment d’une manière
générale celles du Rapport présenté par la Commission supé­
rieure nommée en vertu d’une décision ministérielle à Mar­
seille (1). Je n’ai pas poussé plus loin ces expériences, parce
qu’il me semble que, dans les conditions où je me trouvais,
il n’était pas possible d’arriver à des résultats plus rigoureux.
2° Il n’en est pas de môme des expériences du deuxième
ordre, dont les résultats me paraissent plus importants. Sans
doute, ces expériences n’ont pas été faites uniquement sur des
marcheurs, mais les sujets choisis étaient au moins à même
de bien rendre compte des phénomèmes éprouvés et étaient
soumis à une certaine somme de fatigue : ce qui me paraît
être le point important.
De plus, dans ces expériences, j’ai essayé une innovation.
J’ai supprimé tout autre aliment que le Chocolat, et si j’ai
permis l’alimentation du soir, c’est uniquement par crainte de
provoquer l’insomnie par ce jeûne vespéral.
En résumé, les Rations accélératrices du Dr Heckel m'ont paru
capables, a e l l e s s e u l e s , e t a l a d o s e d ’e n v i r o n 167 g r a m m e s
de soutenir, pendant toute une journée, les forces d’un homme mar­
chant ou fatiguant. J ’a i d o n c l a c o n v i c t i o n , q u e c e p r o d u i t e s t
appelé

a

rendre

des

s e r v ic e s

c o n s id é r a b l e s

en

cam pagne.

Nancy, le 3 octobre 1887.
Signé : Dr OBERLIN.
(1) Il s’agit de l’expérience si importante rapportée par le colonel Bonnet (p.289).

�310

EDOUARD HECKEL

Lettre de M. Aybram, m édecin auxiliaire au 7' bataillon de
Chasseurs, concernant l ’emploi des Rations H eckel pen­
dant les Manoeuvres alpines en 1887.
Pont-de-Clans (Alpes-Maritimes), le 8 août 1887.

Monsieur,
J’ai reçu la Ration que vous m’avez gracieusement envoyée
sur ma demande; elle est justement arrivée la veille d’une
marche de vingt-quatre heures. Ce premier essai m’a donné
d’excellents résultats. Notre marche a été très longue : du 30
au 31 juillet, nous avons parcouru plus de 90 kilomètres. J’ai
très bien marché tout le temps, sans fatigue, et, à la fin de
la marche, j’avais seulement sommeil: c’est naturel, puisqu’on
avait passé toute la nuit soit à manœuvrer, soit à marcher.
Permettez-moi, en terminant, de vous remercier de l’ama­
bilité que vous avez mise à m’envoyer gracieusement une Ration
et de vous féliciter en même temps, d’avoir créé un produit
certainement et sûrement destiné à rendre de grands services.
Signé : AYBRAM.

XIVe Corps d’Arraée. — Place de Lyon. — 157' Régiment d’infanterie.

Rapport sur l ’action des rations accélératrices H eckel f forme
biscuitsj, par le DrChopart, médecin-major au 157m0 régiment
d’infanterie.
CONCLUSIONS

Lyon, le 5 mai 1888.

Etant donnée la consommation, à laquelle je me suis livré,
de ces biscuits pendant six jours dont quatre consécutifs, et
l’expérience que nous en avons faite sur un peloton de 17 hommes
de bonne volonté, comprenant 8 malingres commandés par uo
sous-officier, 4 autres sous-officiers, l’infirmier et le médecinmajor, en tout 23 personnes (les marches comportant une moyenne
de 27 kilomètres), nous tenons pour acquit les points suivants:

�LES KOLAS AFRICAINS

1° Le biscuit est accepté par la troupe avec beaucoup déplaisir ;
2°il ne développe pas la soif; 3° il fait disparaître la fatigue pro­
duite par les premières heures démarché; 4° il diminue le besoin
du sommeil à la dose de 2 biscuits; à la dose de 3 biscuits, pris
dans la journée et la soirée, il le supprime presque toujours, et cela
sans fatigue consécutive ; 5° son action sur le sommeil est en raison
inverse de la somme d’efforts musculaires produits; 6° c’est un
véritable aliment; 7° ce biscuit ne congestionne pas le système
génital ; 8° il devra être consommé dans trois cas : A par les hommes
ayant une marche à fournir après une première étape. Il serait alors
consommé de 2 heures en 2 heures, sans dépasser la dose de 4 bis­
cuits ; — B le soir d’une marche pénible ou d’un combat, par les
hommes de grand-garde, à 6, 8 et 10 heures du soir, sans dépasser
la dose de 3 biscuits; — C en cas de non distribution de la ration
quotidienne, pour une cause quelconque, en attendant l’arrivée des
convois régimentaires, à la dose totale de 4 biscuits qui seraient
consommés à l’heure normale du repas, autant que possible 6 heures
avant le moment du sommeil.
Il est évident que, comme M. Hecltel lui-même, nous ne recom­
mandons cet aliment que comme une ration de fortune.
Mais nous considérons comme un progrès immense que l’on ait
enfin cherché et trouvé, comme aliment d’aventure, un produit non
seulement excitant mais nutritif, et surtout autre chose que ces con­
sommés plus ou moins inutiles ou toxiques dans l’obtention des­
quels s’étaient, jusqu’à ces derniers temps, cantonnées les recher­
ches de tant d’industriels.
Signé: Dr CIIOPART.

77e régiment d’infanterie, à Cliollet (Maine-et-Loire).

Rapport du capitaine J. Rôdel, — Expérience faite avec les
rations accélératrices (forme biscuit) du docteur H eckel, pen­
dant une marche m ilitaire, le l nr juin 1888.

L’expérience a été faite sur une demi-section désignée par le
tirage au sort dans le peloton d’instruction.
Composition : un sergent, deux caporaux, quinze hommes. Lon-

�EDOUARD HECKEL

gueur de la marche à effectuer : 24 kilomètres. Tablettes dont on
pouvait disposer : deux par homme. — Dispositions prises : à
4 heures 1/4 du matin, la demi-section prend un quart de café avec
uue tablette de biscuit; départ à 4 heures 1/2, les hommes en tenue
de campagne ont le sac chargé réglementairement; leur bidon est
rempli d’une tisane de réglisse distribuée la veille. II est recom­
mandé au départ de faire autant que possible 5 kilomètres à l’heure,
le repos de dix minutes compris. Cette vitesse est dépassée pendant
toute la route, le kilomètre est fait en 9 minutes 1/2. Au troisième
repos, soit au quinzième kilomètre environ, le deuxième biscuit est
distribué et mangé pendant un repos de 20 minutes, trempé dans la
tisane de réglisse emportée; la marche est reprise de nouveau
jusqu’à la caserne où la demi-section arrive à 9 h. 20 m.
Observations. — La marche est faite avec beaucoup d’entrain,
les hommes déclarent trouver très bonnes les tablettes de biscuit
trempées dans du café ou même dans la-tisane de réglisse. Quelques
hommes prétendent trouver leur sac moins lourd que dans les
marches ordinaires, et marcher plus facilement. A l’arrivée, la
moitié environ assure être moins fatiguée que dans les.
marches habituelles, l’autre moitié ne voit pas de différence; un
seul homme est très fatigué et indisposé : cet homme a des antécé­
dents maladifs.
A 10 heures, soit 40 minutes environ après la rentrée dans la
caserne, la demi-section est réunie dans une salle et reçoit le repas
habituel. Les trois quarts des hommes mangent de moins bou
appétit que de coutume et ne finissent pas leur gamelle : cette
inappétence n’est pas le résultat de la fatigue, mais celui du manque
de besoin.
Le dernier quart mange de bon appétit; un seul homme ne
mange pas (celui qui est indisposé). Le reste de la journée, le
tableau de service du peloton d’instruction est appliqué à la demisection qui a pris part à la marche. De midi à 1 heure, étude; de
1 heure à 2, récitation ; de 2 heures à 3, théorie pratique ; de 3 heures
à 4, gymnase. La demi-section exécute tous -ces travaux aussi bien
que si elle n’avait pas fait le matin une marche de 24 kilomètres à
la très grande vitesse du kilomètre en 9 minutes 1/2.
Conclusion. — De cette expérience on peut conclure que les

�LES KOLAS AFRICAINS

rations accélératrices du docteur Heclcel donnent un stimulant qui
permet de demander aux hommes un effort énergique à un moment
donné ; pour être absorbées et digérées facilement, les rations sous
forme de biscuit doivent être prises en absorbant un liquide quel­
conque, même de l’eau pure; les hommes les trouvent ainsi très
bonnes et les mangent avec plaisir. La surexcitation momentanée
produite par l’absorption des tablettes doit être employée, autre­
ment les hommes éprouvent un certain malaise et des insomnies.
Le nombre des tablettes de biscuit n’a pas permis de voir si ces
rations remplaceraient toute alimentation pendant une journée
entière; ce serait une question intéressante à étudier. Mais, prises
en sus de la ration habituelle, il paraît acquis que ces tablettes
donnent aux hommes une vigueur momeutanée dont il est inutile
de faire remarquer ici toute l’importance, et à ce seul titre elles
méritent de fixer sérieusement l’attention.
Opinion du Colonel Tanchot.

Quelques officiers et moi-même avons fait l’épreuve ' du
biscuit. J ’ai pris un biscuit à 11 heures du matin sans avoir
pris aucun aliment auparavant. J’ai monté à cheval, assisté
aux exercices, écrit, etc., sans la moindre fatigue, sans avoir faim
et sans avoir éprouvé aucun malaise. Loin de là, j’ai éprouvé une
sorte de bien-être constant. Ma conviction est que cet aliment peut
rendre des services précieux à la troupe si on veut l’adopter, et aux
officiers, en leur permettant d’avoir toujours sous la main un
tonique capable de les maintenir alertes, en attendant une nourri­
ture plus substantielle.
Il serait à désirer que M. le docteur Heckel nous permît de nous
en procurer moyennant remboursement, nous pourrions ainsi faire
dans nos manœuvres de garnison des épreuves concluantes sur
l’ensemble du régiment.
Signé : J. RODEL et TANCIIOT.

Expériences du C olonel Blanc, commandant le 2" Spahis,
à Sidi-Bel-Abbès (A lgérie,J.
Sidi-Bel-Abbès, 17 juin 1888.

Votre chocolat et surtout vos galettes ont fait merveille, aussi
ai-je dû en donner à tous mes officiers, à qui j’ai indiqué votre
20

�314

EDOUARD HECKEL

adresse. Je mentirais en déclarant que je me suis nourri exclusi­
vement de votre produit, mais j’affirme : 1° que, plus d’une fois,
il m’est arrivé de ne pas manger autre chose que 3 galettes et
3 barres de chocolat dans une journée (3 repas, chacun de 1 galette,
1 barre de chocolat et 1 verre d’eau), franchissant à cheval une
moyenne de 50 kilomètres par tous les temps; 2° n’avoir jamais
été indisposé; 3° d’avoir été très amplement nourri et toujours
plein de vigueur.
Les officiers qui m’ont escorté ont fait comme moi les jours où
il n’y avait pas autre chose à manger, et s’en félicitent tous sans
exception. Dans l’extrême Sud-Oranais, où je suis allé et où il fait
très chaud, je préfère de beaucoup la galette au chocolat un peu
pâteux, se fondant sous l’action de la température élevée et provo­
quant même un peu de dégoût.
Mais vos galettes sont merveilleuses et leur expérimentation
n’est plus à faire pour moi. Elles m’ont permis de résister, du
24 mars au 15 mai, à la fatigue qu’entraîne une tournée dans le
Sud-Oranais durant laquelle j’ai franchi 1500 kilomètres en chemin
de fer et 1200 à cheval.
Signé : Colonel BLANC.

E xpériences faites au 159"10 Régim ent d’infanterie pendant les
marches alpines de juin 1888, sur les rations condensées du
DrH eckel (forme chocolat) par le Dr O. Arnaud, m édecin aidemajor de 2"ICclasse.
CONCLUSIONS

1° D’une façon générale, le chocolat a été trouvé bon. On l’a
employé en augmentation de ration; 2° Beaucoup d’hommes qui
avaient l’habitude de manger à chaque halte ne l’ont pas fait le
jour de l’expérience ; 3° La soif était moins vive qu’à l’ordinaire;
4° les sécrétions étaient très diminuées : presque pas de sueur, ce
fut le symptôme, le plus général ; 5° Il n’y a pas eu, pendant les
deux jours d’expérience, des traînards ; d’autre part, l'allure m’a
paru plus rapide. Placé à l’arrière de la colonne, je me rendais assez
facilement compte de la vitesse de la marche. Bref, ma conviction
intime est que le chocolat a une action réellement excitante à la
rûarche.
Signé : D' ARNAUD.

�LES KOLAS AFRICAINS

Expérience faite le 11 ju ille t 1888 sur les rations condensées
accélératrices (formules du Dr HECKEL) par MM. les Offi­
ciers du 124e régim ent d’infanterie à Laval. 0) Marche forcée
de Laval à Rennes (72 km.)

MM. D’HAUTERIVE (38 ans), capitaine, MICHAUX-BELLAIRE
(36 ans), capitaine, SOLMON, lieutenant (30 ans), se mettent en
route le 11 juillet. Ils ne se sont soumis à aucun entraînement
préalable. La veille et les jours précédents, vie normale, parti­
cipation aux exercices et manœuvres du régiment comme tous les
autres officiers.
Départ de Laval à 3 h. du matin par la route nationale de Paris
à Rennes. Premier repos à 5 h. du matin après un parcours de
12 km. Des repos de 5 minutes se succèdent ensuite régulièrement
après des parcours de 5 km. en 55 minutes. A Vitré, à 35 km. de
Laval, halte de 30 minutes.
Reprise de la marche à raison de 5 km. en 55 minutes et un
repos de 5 minutes par heure jusqu’à Chateaubourg, où il est fait
une nouvelle halte de 30 minutes : à 2 h. de l’après-midi, 50 km.
sont parcourus ; la fatigue commence à se faire sentir, mais la
marche est reprise néanmoins. Le capitaine MICHAUX-BELLAIRE
fait encore 12 km., il s’arrête à la station de Noyal-Acigné devant
Rennes, il a fait en tout un trajet de 62 km. en 13 h. 16 m.
Le capitaine d’HAUTERIVE et le lieutenant SOLMON conti­
nuent leur route et poussent jusqu’à Rennes, où ils arrivent à 6 h.
30 minutes.
Pendant toute cette marche, il n’a été consommé d’autre aliment
que du biscuit accélérateur IIECKEL. Le capitaine MICHAUXBELLAIRE a commencé à en prendre par quart de biscuit dès
5 h. du matin ; le capitaine D’HAUTERIVE en prend un quart à
7 h. du matin ; le lieutenant SOLMON ne commence qu’à 10 h., il
consomme un biscuit entier à cette heure-là.
Au total, le capitaine D’HAUTERIVE a consommé deux biscuits
un quart (soit 14 biscuits normaux).
(1) Cette expérience a été faite avec des biscuits de gros calibre pesant 60 gram.,
c’est-à-dire représentant chacun six biscuits de la forme normale.

�316

ÉDOUARD HECKEL

Le capitaine MICIIAUX-BELLAIRE a consommé deux biscuits
trois quarts (soit 16 biscuits normaux).
Le lieutenant SOLMON a consommé deux biscuits (soit 12 bis­
cuits normaux).
* A partir du 50me km., la fatigue des muscles commence à se
sentir, mais l’état général est excellent: pas de tiraillement d’esto­
mac, pas d’appétit, pas de soif. Il en est de même après la marche,
et, dans le train qui ramène ces trois officiers à 10 h. du soir, ils
n’éprouvent aucune envie de dormir.
En résumé, trois hommes robustes ont pu vivre saus difficulté,
saus le moindre inconvénient pendant 40 h. (du 10 juillet, repas de
6 h. du soir, au 12 juillet, repas de 10 h. du matin) eu ne consom­
mant à eux trois que 395 grammes d’aliment, et en exécutant une
marche forcée, l’un de 62 km. en 13 h. 16 minutes, les deux autres
de 72 km. en 15 h. 30 minutes, soit 4,800 mètres à l’heure, repos
compris.
L’énoncé de ces faits dispense de toute conclusion. Les expéri­
mentateurs tiennent, toutefois, à bien établir que, s’ils ont pu
fournir une aussi longue course d’une seule traite ,et sans prendre
d’aliments liquides ni solides autres qu’un peu de biscuit
IIECKEL, c’est que le principe actif contenu dans ces biscuits a agi
d’une façon prépondérante sur leur organisme et ils reconnaissent
à ce principe des qualités à la fois excitantes et réparatrices.
Signé : SAUMON, MICIIAUX-BELLAIRE, D’HAUTERIVE

Expériences faites pendant les grandes m anœuvres de 1888 par
M. LAPIQUE, vélocipédiste de l ’armée (6e Corps). (1)

Voici les deux expériences que j’ai pu faire sur les galettes de
la formule du Dr HECKEL, elles m’ont donné une une haute idée
de leur puissance.
(I) M. Lapique, chef de laboratoire de M. G. Sée, avait reçu de moi, après m’en
avoir fait, la demande, les rations objet de l’expérimentation dont il donne ici le
détail. Je lui en avais communiqué, sur sa demande, la composition que je
tenais encore secrète par crainte d’une indiscrétion vis-à-vis des officiers étrangers
qui suivent les grandes manœuvres. Un an et demi après, vinrent au jour les
recherches de M. G Sée sur la caféine et ses communications à l’Académie de
Médecine, sur le môme objet, pendant que je continuais à expérimenter sans bruit,
l’emploi du Kola dans l’alimentation du soldat. Je dus alors intervenir dans le
débat, à la suite de l’affirmation de M. G. Sée que le Kola (comme le thé, le maté,
le café) n’agissait sur la marche que par la caféine seule. Toutes mes études, déjà
longues, protestaient contre cette assertion.

�LES KOLAS AFRICAINS

317

Le 11 septembre journée de repos : à midi repas assez médiocre
comme quantité et comme qualité nutritive. A 6 heures du soir, je
reçois l’ordre de partir pour une course de 30 à 35 km. : je pars
sans manger et avec de fortes dispositions au sommeil. A 7 h. à la
première halte, la faim se fait sentir ; il m’aurait fallu du temps
pour trouver des vivres et je devais partir de suite. Excellente occa­
sion d’essayer le produit ; j’en consomme une cartouche (50 gram.)
et, un quart d’heure après, le sentiment de la faim avait disparu ;
puis peu à peu je remarquai que mes mouvements devenaient de
plus en plus faciles. Une heure après environ, j’arrivai au pied
d’une longue côte, je la franchis sans trop de peine, et pourtant je
crois que dans les conditions normales, après un repas ordinaire, je
ne serais pas arrivé au bout sans descendre de ma machine : j’ache­
vai ma course, remis mes dépêches et quand je rentrai vers 10 h.,
je me sentais absolument gai et dispos, plus peut-être que je ne
l’avais été depuis le départ. — J ’ai évidemment dans cet essai
dépassé la dose nécessaire pour me donner des forces, mais je n’en
ai ressenti aucune incommodité, loin de là, beaucoup de bien-être.
Le 13, nouvelle expérience. — La course était de 11 km. à l’aller
et autant pour le retour. La route un peu accidentée, les montées
équivalant aux descentes, d’où travail égal à l’aller et au retour.
J’étais parti fatigué, la moindre montée m’obligeait à mettre le pied
à terre ; le trajet me prit un temps très long ayant dû plusieurs
fois m’arrêter pour laisser passer des colonnes. Je rencontrai en
route le vaguemestre qui me remit la boîte contenant vos galettes ;
j’en pris deux aussitôt, puis deux encore une fois arrivé et je
repartis presque immédiatement. Le trajet s’accomplit dès lors avec
une grande facilité, sans mettre pied à terre une seule fois, et en
50 minutes ; enfin j’arrivai à mon point de départ bien plus dispos
que je n’en étais parti. Depuis je n’ai plus fait d’expériences en
règle, mais j’ai pris, à diverses reprises, des galettes quand je me
sentais fatigué ou envahi par le sommeil, et je m’en suis bien
trouvé.
Signé : LA PIQUE, Licencié ès-sciences, aide de clinique à l’Hôtel-Dieu de Pa&lt;'is,
6, rue de la Bourse, à Epinal.

�318

ÉDOUARD HEGKEL

Paris, le 29 Janvier 1889.
... En définitive, j’ai fait durant deux jours, fin octobre 1888,
fessai de vos biscuits et je les ai fait essayer par deux officiers de
mes amis. Pour ces derniers, l’un a été satisfait sans détails. Le
second, partant de Lautaret de grand matin, est allé prendre le train
de 7 b. du soir à St-Jean de Maurienne, avec environ 9 heures de
marche sans arrêt, et a diué le soir à 8 h. et demie seulement. C’est
un garçon de grand appétit ; une ration de six biscuits l’a très bien
soutenu pendant toute cette longue journée et il est arrivé le soir
saus grande fatigue et sans grand appétit. Pour moi, j’ai pu le premier
jour, avec les biscuits et en mangeaut, sans faim d’ailleurs, deux
œufs à midi, passer la journée de 6 h. du matin jusqu’au soir sans
fatigue d’estomac ni de jambes. Le lendemain, tenant à faire l’expé­
rience plus complète, je ne pris que des biscuits depuis le matin
Gh. et demie jusqu’à 5 h. du soir : je remarquai que deux biscuits
me tenaient sans faim enviion une heure. Ce temps passé, j’en
reprenais deux autres et ainsi de suite. En résumé, j’en pris douze.
A 5 b., je rentrais et trempais deux biscuits ordinaires dans un
verre de vermouth, ce qui me mena jusqu’au dîner. Dans la nuit,
aucune fatigue d’aucun genre ni aucune excitation. Il est vrai que
j’ai expérimenté pendant deux jours de chasse fatiguante. En défi­
nitive réussite réelle et utilité très sérieuse de vos produits, voilà
mon impression et celle des officiers qui ont expérimenté avec
moi.
Signé : A. CHANCEL,
Ex-ingénieur des ponts et chaussées,
Conseiller Général des Hautes - Alpes,
Président du Club Alpin (section de Briançon).

La Rochejacquelin, près Durta.1 (Maine-et-Loire).
Je vais annoncer dans un article sur vos Rations que je destine
à l’Union de l’ouest, les changements apportés depuis l’an dernier
à vos excellentes rations accélératrices.
Mon frère, ollicier de réserve au 2e chasseurs à cheval, chasseur
intrépide à courre et à tir, ainsi que moi, avons été enchantés du
résultat obtenu avec vos rations, pendant la saison 1888 à 89. Elles

�LES KOLAS AFRICAINS

319

ont suffi pour nous soutenir pendant les huit premiers jours de
chasse, presque sans le secours d’aucune autre nourriture. Je dois
vous dire cependant que mon frère a dû cesser leur emploi exclusif
au bout de ce temps, son estomac s’en était fatigué, tandis que le
mien, soumis au môme régime, ne ressentait aucune irritation ni
aucune lassitude. Je suis convaincu que votre découverte est
appelée à une rapide vulgarisation, et, pour ma part, je ne cesse
autour de moi de la conseiller aux chasseurs, aux facteurs, aux
agents de la voirie et des ponts et chaussées.
Signé : Le Comte De BLOIS, Conseiller général de Maine-et-Loire.

Rapport du Lieutenant-C olonel G alliéni du 4" Régim ent d’in ­
fanterie de Marine, concernant l ’em ploi des rations conden­
sées accélératrices du D1' H eckel. ( E x p é rie n c e s fa ite s p a r o rd re
m in is té r ie l J

Les expériences relatives à l’emploi des rations condensées
accélératrices ont donné lieu à une série de marches exécutées :
les deux premières par une Compagnie du Régiment, les trois
autres, par un détachement de 12 hommes sous la conduite d’un
officier.
Les deux premières marches respectivement de 45 à 48 km. ont
permis de constater déjà les heureux effets de cette préparation,
car elles ont été accomplies avec un entrain remarquable.
J’ai assisté moi-même à l’une de ces marches et j’ai pu observer
que le retour, alors que les hommes étaient sous l’influence des
biscuits absorbés à chaque halte horaire au nombre de deux, s’est
effectué avec une rapidité peu commune. On peut dire, du reste, et
c’est là la caractéristique de ces biscuits, quand ils sont pris d’heure
eu heure, aux haltes horaires par exemple, que l’allure de la.
marche augmente progressivement avec la longueur de l’étape.
Au retour à la caserne, avant de rompre les rangs, j’ai inter­
rogé moi-même un grand nombre d’hommes et tous m’ont affirmé
qu’ils ne se sentaient pas fatigués.*Deux même, m’ont dit sponta­
nément : « mais nous recommencerions de suite ». 11 était,cepen-

�320

ÉDOUARD HECKEL

dant. 6 h. du soir et les hommes avaient déjà 48 km. dans les jambes
avec un chargement complet et par une température qui avait été
très élevée ce jour-là.
La 2e série d’expériences faite avec une douzaine d’hommes pris
au hasard, démontre surabondamment les excellents effets de ces
rations au point de vue de la suractivité donnée aux hommes en
marche, et de la possibilité d’exécuter ainsi des marches forcées
dans d’excellentes conditions. Pendant trois jours consécutifs, ce
détachement a parcouru successivement des trajets de 40, 48 et-50
kilomètres. Dans la seconde marche, la vitesse a été de 5 km. à
l’heure et c’est encore au retour que cette vitesse a été la plus
forte. Les hommes, qui n’avaient pas marché depuis quelque temps,
souffraient de meurtrissures aux pieds déterminées par ces étapes
successives : on craignait après la 2e, qu’une partie d’entre eux ne
pût supporter la 3e étape, qui était signalée comme la plus pénible.
Il n’en fut rien et c’est avec un véritable entrain qu’ils accompli­
rent les 50 km. de cette marche, en pays montagneux et rocheux
privé de tout sentier.
La petite troupe s’est élevée à 720 mètres d’altitude. Le retour
s’est effectué avec une vitesse remarquable : en 2 h. 15, le détache­
ment faisait les 12 km. qui séparent le Revest de Missiessy. — Nos
soldats, si sceptiques quand il s’agit d’invention nouvelle, ont
reconnu avec ensemble que leur énergie était due aux biscuits
absorbés pendant les marches. Plusieurs d’entre eux, que j’ai vus
le lendemain, ne paraissaient nullement fatigués et se déclaraient
prêts à recommencer et à faire même une marche plus longue et
plus difficile, si le biscuit leur était distribué à raison de deux
tablettes à chaque halte horaire.
En résumé, j’estime qu’il n’y a aucun doute à avoir sur les heu­
reux effets du biscuit HECKEL au point de vue de la suractivité
donnée à nos hommes en marche. Il est certain que, par la méthode
cumulative, quatre biscuits ajoutés après le repas au régime normal,
suffisent pour le dégagement des vertus accélératrices du produit.
Avec cette méthode, il me semble facile désormais de pouvoir faire
quand on le voudra, des marches forcées de plusieurs jours. En
faisant varier le nombre des biscuits de huit à seize, on aura des
effets absolument remarquable^, ce qui permettrait de compter
avec, certitude sur les résultats attendus de ces produits. — J’ajou-

�LES KOLAS AFRICAINS

terai, pour conclure, que nos hommes mangent avec plaisir ces
biscuits et qu’aucun effet fâcheux n’est résulté de cet emploi.
Toulon, le 22 janvier -1889.
Signé : GALLIENI.

Observations de marche en montagne par M. H. DUHAMEL,
V ice-Président du Club A lpin Français (section de l ’Isère).

D’après les nombreuses expériences que j’ai faites, il résulte pour
moi d’une façon certaine que vos biscuits absorbés à faible dose
(2 par 4 heures) en sus de l’alimentation usuelle, suffisent pour
permettre d’utiliser, sans congestion ni fatigue, un effort muscu­
laire considérablement augmenté et qu’ils semblent régulariser la
circulation et la respiration malgré les efforts et la chaleur exté­
rieure : la transpiration est généralement moins abondante que
lorsqu’on n’use pas de vos biscuits.
En résumé, votre préparation agit de la façon suivante (pour les
efforts musculaires à développer) jusqu’à 4000 mètres d’altitude :
1° nutritif ; 2° tonique ; 3° régulateur de la circulation sanguine.
Gières (près Grenoble), le 26 avril 1889.
Signé : Duhamel.

C’est, je l’ai dit, après les expériences (voir page 316) de
M. Lapicque, chef de laboratoire de M. G. Sée, que parurent les
travaux de ce savant professeur sur les propriétés de la caféine.
M. Lapicque, on l’a vu, s’était formé une opinion non douteuse
sur le Kola et ses expériences auraient pu éclairer M. G. Sée. On
sait, d’après ce que j’ai dit dans la partie physiologique de cette
étude, que M. G. Sée d’abord, et son élève, M. Parisot, ensuite, sou­
tinrent, le premier à l’Académie de Médecine et le second dans
sa thèse, que toutes les propriétés du Kola étaient dues à la caféine
libre, et (malgré mes dénégations formelles, attribuant une grande
part d’action au rouge de Kola, aujourd’hui Kolanine), rien qu’à la
caféine. Dès lors, le sort du Kola était jugé, d’autant que M. le Dr
Collin, inspecteur général, avait, dans la discussion, tout naturelle­
ment penché pour l’emploi plus simple de la caféine aux lieu et

�322

ÉDOUARD HECKEL

place de cette graine. Le ministère de la guerre, à la suite de
cette communication acad inique annihilant les rapports mili taires
que je viens de relater, rejeta mes propositions d’introduction de
l’alimentation au Kola en campagne (1). Mais, c’estaussi à la suite de
ce débat public, devant l’Académie de médecine, que M. Duhamel,
vice-président du Club Alpin français et alpiniste bien connu,
instruit par ses essais propres sur la valeur du Kola compa­
rativement avec la caféine, et aussi par les expériences
dues à un grand nombre d’alpinistes français sur les Rations
au Kola, n’hésita pas à protester publiquement contre les assertions
de M. G. Sée, et se fit fort de dépasser, dans une ascension
au Mont-Blanc, n’importe quel adversaire plus solide et plus
entraîné que lui à ces marches, à la condition qu’il prendrait du
Kola tandis que son antagoniste n’emploierait que de la caféine :
une fois terrassé par la marche malgré la caféine, il proposait de le
remonter avec du Kola. Le défi ne fut pas relevé. M. G. Sée se borna
à déclarer, en pleine Académie de Médecine, que la proposition de
M. Duhamel ne constituait pas une expérience scientifique. C’est
alors que, de différents côtés, des hommes intelligents, bons obser­
vateurs, s’intéressèrent à ce débat et spontanément se mirent à
expérimenter, en plaine comme en montagne, les effets comparés du
Kola et de la caféine sur la fatigue et l’essoufflement déterminés
par les grandes marches. La communication spontanée de ces
observations, faites et recueillies par des personnes qui me sont
complètement inconnues, me permit de publier en 1890, dans le
M'arseille-Médical, une réponse facile et d’ordre tout à fait pratique
aux affirmations de M. G. Sée.
C’était la preuve empirique des faits physiologiques ultérieure­
ment établis et démontrant la supériorité du Kola et du
rouge de Kola sur la caféine pure (expériences de MM. Dubois et
Marie de Lyon, pages 246 et 252). Je crois devoir relater ici ces
observations : elles ont, au point de vue de l’emploi pratique du
Kola pendant les marches, une véritable valeur. Par la concordance
des résultats obtenus, elles sont très démonstratives.
Voici les expériences de M. G. Tardieu, pharmacien de l re classe,
ex-interne des hôpitaux (2).
(1) Il importe que la responsabilité de M. G. Sée soit bien établie sur ce point.
(2) «Toutes ces expériences ont été faites avec les Galettes dites Rations accéléra­
trices qui contiennent 1 gr. de Kola et pèsent 10 gr. environ.

�LES KOLAS AFRICAINS

323

Sisterou, 5 juin 1890.
l ro E

x p é r ie n c e

« Je viens d’inaugurer une série d'expériences comparatives
» avec les galettes au Kola, et, pour commencer, j’ai fait une
» journée préparatoire couronnée d’un succès étonnant. Un de ces
» derniers jours, qu’il ne faisait pas encore trop chaud, je suis
» parti à 9 heures du matin par un soleil déjà piquant, sans avoir
» préalablement rien pris à mon lever (6 h. du matin). Après 9 kilo» mètres de marche à pied, j’ai pris deux galettes et bu un quart
» d’eau; sitôt après, j’ai commencé l’ascension de Gâche, mon» tagne boisée au midi, à pic au nord ; vers une heure de l’après» midi, deux nouvelles galettes et un quart d’eau, à 3 heures, halte
» d’une heure ; avant le départ, à 4 heures, deux galettes et de
» l’eau, retour à Sisteron par une autre route (j’avais tourné la
» montagne); arrivée à 7 heures du soir sans la moindre fatigue et
» saus grand appétit. J’avais fait exactement trente-cinq kilomètres
» de montagne, en m’élevant de 500 à 1.208 mètres en neuf heures
» de marche, le tout avec neuf galettes. Le soir, après souper, je
» travaillais et écrivais jusqu’à 11 heures, sans besoin trop grand
» de me reposer ».
2 me E

x p é r ie n c e

« Voici ma deuxième course.— Sisteron, 8 juin. J’ai marché de
» 4 heures du matin à midi 1/4 avec cinq galettes, sans autre nourri» ture. Le directeur des Frères de l’école chrétienne, botaniste
» passionné, a fait la course avec moi dans les mêmes conditions.
» Cela fait donc 8 heures de marche environ; en retranchant les
» arrêts (deux seulement) de 1/2 heure chacun, il reste 7 heures de
» marche à travers les valions abrupts, les marnes ou lavines ravi» nées, montant, descendant à tout instant et dans de très mauvais
» passages. E s s o u f f l e m e n t n u l , p a s d e f a t i g u e et cela a été obtenu
» avec cinq galettes de rations accélératrices : il a été franchi 26 kilo» mètres en ligne droite (aller et retour compris). Je dis pas de
» fatigue; en effet, arrivé à midi ! /4, j’ai déjeûné de grand appétit,
» j’ai lu mon journal, j’ai servi mes clients à la pharmacie d’une
» heure à deux heures. A ce moment, je me suis rendu à l’école

�324
»
»
»
a
»

ÉDOUARD HECKEL

primaire pour siéger comme examinateur au certificat d’études;
à 4 heures, je faisais mon courrier et, en outre, une promenade
jusqu’à 7 heures. A 10 heures 1/2, je me couchais, sans connaître
cet éreintement qui suivait mes courses de ce genre avant que
j’aie adopté l’emploi des galettes au Kola.
Sisteron, 24 juin.
3 me E x p é r i e n c e

« J’ai fait une double expérience COMPARATIVE. Jeudi avec la
» caféine, lundi avec le Kola.
» Jeudi matin, avant midi, j’ai refait la course de Gâche que
» j’avais faite, grâce au Kola, le 3 juin, avec la plus grande facilité,
» et quia été l’objet de ma première observation. J’ai pris, aux lieu et
» place des rations accélératrices, des cachets médicamenteux con» tenant 0 gr. 015 de caféine pour chaque biscuit que j’avais ingéré
» dans la première course. J’étais parti à 4 heures du matin. Jus» que vers huit heures, cela n’a pas trop mal marché; mais de huit
)) heures à 11 h. 1/2, j’ai traîné la jambe tout le temps malgré la
)) caféine répétée. Je suis enfin arrivé chez moi, je ne dirai pas
» éreinté, mais guère moins, très altéré et l’estomac tiraillé horri» blement par l’appétit. J’ai été essoufflé comme on l’est'pour mon» ter les côtes raides et abruptes quand on n’a pas pris de Kola, et
» mes jambes étaient brisées. Je ne crains pas de dire que j’étais
» un peu plus fatigué que lorsque, les années précédentes, je fai» sais ces courses en emportant mon déjeuner du matin que je
)) prenais vers 8 heures. Je ne recommencerai plus avec la caféine ;
» mais avec le Kola c’est tout différent, ainsi qü’on va le voir par
» l’expérience suivante :
» Mon ami, M. Laborde, et moi avons pris, dimanche soir 22
» juin, le train des Alpes à 9 h. 1/4 ; nous avions soupé à 7 heures,
a A 10 h. 3/4, nous couchions à l’hôtel à Veynes, où nous dormî» mes jusqu’à 3 h. 1/2 du matin, heure à laquelle nous prîmes une
» tasse de café noir. Départ par le train pour Saint-Julien-en-Beau» chêne où nous arrivons à 5 h. 1/2. Nous nous mettons en route
» immédiatement pour une forte excursion en montagne. Après
» une heure de marche, sur une route montant graduellement

�LES KOLAS AFRICAINS

» jusqu’à la Chartreuse de Durbon, nous prenons deux galettes et
» buvons de l’eau, sans suspendre notre marche. Nous commen» çons ensuite J’ascension de la montagne de Durbon. A 7 h. 1[2,
» sur le plateau de Bergenis, deux galettes et de l’eau. Reprise de
» l’ascension sans arrêt ; arrivée au sommet (Durbonnas) à 8 heu» res et demie. Là, brouillard intense, vent du Nord, 5° centigra» des. Nous prenons deux galettes et de l’eau à 2°5 ; arrêt d’une
» demi-heure pour laisser passer le brouillard et jouir de la vue.
» Nous avions déjà, à ce moment, avec six galettes, marché trois
» heures pendant lesquelles nous nous étions élevés de 932 mètres
» à 2.100 mètres, soit 1.058 mètres, en hauteur, franchis sans
» fatigue.
» Départ du sommet à 9 heures ; marche à La Lauze, bergerie
» entre le Devoluy et Durbon, où nous arrivons à 11 h. 3/4; arrivée
» à la première habitation du hameau deGleize, à midi 1/4. Halte
» d’un quart d’heure ; une galette, c’est la neuvième. Du pic de
» Durbonnas au hameau de Gleize nous avons franchi 3 cols suc» cessifs ; c’est dire si les jambes ont manœuvré. Descente de
» Gleize sur Veynes où nous arrivons à 3 heures après midi, après
» 9 h. 1/2 de marche pendant lesquelles nous avons consommé
» neuf galettes et de l’eau. Les haltes ont duré une heure en 3 fois.
» Arrivée à Sisteron en chemin de fer à 6 heures, nous soupons à
» 7 heures, c’était le premier repas depuis 24 heures. Je me suis
» couché non fatigué à 10 h. 1/2, comme d'habitude, et le matin je
» me suis levé frais et dispos à 6 h. 1/2. »
Ces expériences d’une incontestable valeur, en raison même de
l’esprit d’observation qui caractérise M. Tardieu, établissent nette­
ment qu’il n ’y a aucune parité entre l’action de la caféine
libre et celle de l’alcaloïde contenu dans le Kola absorbé en
nature.
Les galettes au Kola renferment chacune en Kola au maximum
0 sr 0125 de caféine et théobromine après torréfaction préalable de
la graine, opération qui lui fait perdre un peu de ses alca­
loïdes. Or, M. Tardieu a absorbé dans ses expériences à la caféine,
pour chaque biscuit de Kola qu’il aurait pris en route, un cachet de
Ogr. 015 de caféine, c’est-à-dire 5 milligrammes de plus qu’il n’en
eût absorbé avec chaque biscuit au Kola, et on a vu le singulier
résultat qu’il en a obtenu contre la fatigue, la faim et l’essouffle-

�EDOUARD HECKEL

meut. La méthode ne comporte aucune erreur. C’est évidemment
ia nature spéciale de la caféine contenue dans le Kola qui fait
toute la différence.
La conclusion à déduire est nette : ce n’est pas la caféine
libre seulement qui agit dans le Kola, elle paraît même avoir
une part réduite, je ne saurais trop le rappeler, dans l’ensemble
de l’action physiologique du Kola sur la fatigue et l’essoufflement.
M. Ch. Eloy, dans un article sur les indications thérapeu­
tiques de la médication musculaire, in Revue générale de clinique
et de thérapeutique (n° 26, 25 juin 1890), dit (page 414), « à une dose
» faible, la caféine rend les mouvements plus aisés et facilite la
» respiration en l’accélérant. C’est la dose eupnéique de la caféine. »
Sans entrer dans la discussion du fond qui est hors de mon objet,
je me demande quelle est cette dose : ce n’est certainement pas
celle qu’a prise M. Tardieu, et comment se fait-il qu’une dose de
caféine libre, supérieure à celle qui est contenue dans le
Kola, reste inactive dans le premier cas et devienne eupnéique dans
le second, c’est-à-dire quand elle est ingérée avec ce qui reste dans
le Kola ? Je pose la question à M. Eloy et je passe à d’autres obser­
vations.
Sisteron, 5 et 6 juillet.
4 me

E

x p é r ie n c e

Essai comparatif du Kola et de la caféine
a De Sisteron à Bayons, de Bayons à Seyne et de Seyne au Lau» zet. Départ à pied du plan de la Motte à 6 h. 1/2 du soir. Arrivée
)) à Bayons à 8 h. 1/2 (14 kil. en 2 heures, vu le temps frais),
» par une route graduellement ascensionnelle sans montée trop
» prononcée tout le long du chemin. J ’ai pris une galette à 7 h. Mon
» compagnon de route n’en a pas pris et arrive plus fatigué que moi
» de cette marche accélérée. Lever à 3 h. 1/2 du matin. Départ à 4
» heures. Je prends un paquet de caféine pure de 0,015 milligr.
» toutes les heures pendant que mon compagnon prend une galette
» au Kola. A 9 heures, après 5 heures de marche en montagne, sur
)) le col qui fait communiquer la vallée de Sasse à la vallée de la
» Blanche, à 1.600 mètres d’altitude environ, mes jambes n’ont

�LES KOLAS AFRICAINS

327

)) plus la vigueur qui les anime depuis que j’emploie le Kola,
» de plus j’avais soufflé ferme pour atteindre le col. Je sens cette
» fatigue consécutive à la montée prolongée, telle que je l’ai con» nue autrefois avant l’emploi des galettes au Kola, l’année der» nière à peine. De plus, je suis travaillé depuis une heure par
» une sensation de faim irrésistible et très impérieuse. Il restait
)) encore uue heure 1/2 à 2 heures de trajet. Je me décide à aban» donner la caféine et à prendre du Kola. J’absorbe deux galettes
» d’autant plus volontiers que mon compagnon de route m’affir» mait que pour lui, il n’avait aucune faim et attendrait très
» facilement midi, s’il le fallait. Vingt minutes environ après les
» deux galettes prises, je sens mes jambes plus actives et surtout
» la sensation de la faim disparaît. Je puis ainsi arriver à Seyne
» à 10 h. 1/2 avec une allure très convenable pour des gens qui
» marchaient déjà depuis 4 heures du matin, avec une demi-heure
» d’arrêt seulement.
» Déjeuner à Seyne à midi. Occupations jusqu’à 4 heures :
» inspection des pharmacies, drogueries, épiceries et eaux gazeu» ses. Donc, je ne m’assieds pas. Départ de Seyne à 4 h. 1/2 par
» route de montagne. Arrivée au Lauzet à 8 h. 3/4, après 4 h. 1/2
» de marche, après avoir franchi 21 kil. dont moitié environ en
» montée, et pris deux galettes, une à 6 heures, l’autre à 7 heures.
» Fatigue légère résultant surtout de l’accélération de la marche.
» Les 12 derniers kilomètres en descente ont été franchis, en effet,
» en moins de 1 h. 3/4 (de St-Jean au Lauzet). Repos d’une heure
» au Lauzet. Puis, la diligence de Barcelonnette nous emporte dans
» cette sous-préfecture où nous arrivons à 12 h. 3/4 par 1° centi»-grade au-dessous de zéro. Sommeil très calme d’un trait jusqu’à
» 7 heures du matin. Le lendemain pas de fatigue, prêt à recom» mencer si j’en avais eu le temps (1). »
(1) Ces expériences multipliées et dont la série continue encore aujourd’hui,
ont inspiré à M. Tardieu les réllexions suivantes :
« Pour être convaincu de l’action énergique du Kola, il faut l’employer seul, c’est» à-dire se nourrir unicpiemenl de biscuits. Le régime mixte (avec galettes au Kola
» et alimentation normale) est une méthode défectueuse quand on veut se former
» une opinion sur la valeur exacte du Kola en tant qu’excitant à la marche. Toutes
» les fois que j’irai désormais en montagne, j’emploierai exclusivement le Kola et
» ne porterai rien autre chose que des galettes au Kola. Mon co-expérimen-

�328

ÉDOUARD HECKEL

Voici les expériences de M. Elie, Inspecteur des forêts.
Sisteron, 16 juillet 1890.
‘ « Monsieur, je vous envoie, comme je me le suis promis, une
» note succincte sur l’emploi que j’ai fait des galettes à base de
» Kola.
» Les expériences des 24, 25 et 27 juin 1890, ont été faites en
» collaboration avec M. Dol, garde général des forêts à la Motte» du-Caire, qui a été très satisfait des résultats. M. Arien, garde» général à Folcalquier, en a essayé aussi et a pu faire une journée
» de 15 heures de marche très dure avec six galettes seulement.Nos
» résultats concordent donc avec ceux que vous avez recueillis
» ailleurs.
» Je compte, du 27 juillet au 3 août, faire une tournée d’études
» tateur M. Laborde est absolument du même avis que moi et c’est aussi le senti» ment de M. Elie, inspecteur des forêts.
» 11 est une sensation que j’ai omis de noter dans mon rapport, c’est la gaité
» qui accompagne le marcheur jusqu’au bout de sa course et que j’attribue entière» ment à l’action nerveuse du Kola. Le soir de notre marche sur Seynes et Le Lauzet,
» à la descente de Saint-Vincent, c’est-à-dire au bout du 45me kilomètre environ
» de marche en montagne, j’allais d’un pas de 6 kilomètres à l’heure, sifflant et
« chantant sans contrainte et tout à fait sans m’en douter. J ’ajoute que le Kola a
» aussi la propriété d’atténuer le vertige qui est si commun en montagne.il y a dix
» ans, je ne connaissais pas cette sensation pénible, aujourd’hui je la redoute beau» coup, surtout en pays inconnu. Or, le jour de marche à Durbon, nous avons dû
» traverser un banc de rochers, où, dans tout autre moment, j’aurais éprouvé
h quelques craintes. Ce jour-là, j’ai passé sans m’en préoccuper.
i M. Elie, inspecteur des forêts, qui expérimente ici le Kola avec la plus grande
» satisfaction, j’ajoute avec la méthode la plus rigoureuse, a conçu à la suite de ses
h essais, sur l’action du Kola, une opinion qui, à divers points de vue, diffère un
» peu de la mienne et de celle de M. Laborde. Il prétend que le Kola ne donne pas
h de jambes, qu’il ne fait que donner de l’entrain et une confiance qui fait mieux
« marcher. Tel n’est pas mon avis. J’ai fait dernièrement une expérience involon« taire qui corrobore ma manière de voir. Parti à 4 h. du matin, j’ai fait la petite
» ascension d'Hongrie, montagne des environs de Sisteron, isolée et d’un accès
h très raide. A 10 h. 1/2 la course était terminée, soit 6 h. 1/2 de marche en tout,
» avec 1/2 heure d’arrêt. Je marche bien le matin, et j’étais du reste entraîné par
» mes courses précédentes. Je ne pris donc pas de Kola et déjeunai chez un ami au
« pied de la montagne, très copieusement, mais cependant avec assez de modération
n pour ne pas compromettre mes jambes. Après le repas, je gravis une pente raide
» et je la descendis très facilement. Mais le soir venu, j’étais plus fatigué que je ne
» l’avais été à la suite d’aucune des courses bien plus fortes faites avec le secours
du Kola, et le soir je tombais de sommeil. Mon opinion est basée sur cette expé­
rience. »

�LES KOLAS AFRICAINS

» de 6 jours consécutifs à Barcelonnette, dans la plus haute rnon» tagne des B.-Alpes. Je continuerai mes expériences sur le Kola
» et vous en fournirai les résultats. Au total, mes observations sur
» le Kola se résument en ceci : si actif que soit le Kola, il ne peut
» d’un mauvais marcheur en faire un bon, pas plus que d’un bon
» il n’en fera un meilleur, fl n’a pas d’action sur la valeur mar» chante du sujet ; mais il est précieux en ce qu’il permet, sous
» une forme facile et agréable, d’absorber une nourriture forti» fiante, réparatrice. Il donne ainsi de la confiance au marcheur...
» Quant au sommeil qu’il permet, il est léger, délicieux, répara» teur ; c’est un vrai sommeil d’enfant qui ne laisse au matin
» aucune fatigue, aucune dépression. Pas de sentiment de paresse,
» le matin de si bonne heure qu’il faille partir. M. Tardieu a fait
» essai de la caféine et n’en a pas été satisfait, j’ai jugé dès lors
» inutile d’essayer moi-même.
» 1° 6 juin 1890. — A 6 h. 1/2 du matin, pris deux galettes
» avec un verre d’eau. Longue marche en montagne durant 4 heu» res ; ascension de 900 mètres environ rendue très facile et suppor» tée très aisément. Aucun malaise ; au contraire, un sentiment
» de gaieté et de bien-être. A dix heures, l’effet disparait et un peu
» de fatigue se fait sentir. Le déjeuner n’a lieu qu’à midi 1/4 ; la
« course se continue le reste du jour et représente exactement
» 10 heures de marche non interrompue, en défalquant l’heure du
» déjeuner et les pertes de temps.
» 2° 10 et 11 juin. — A 6 heures du matin, pris deux galettes
» avec un verre d’eau, puis longue marche en montagne en m’éle» vant à 1000 mètres. Pas de fatigue, mais vers 10 heures légère
» dépression ; la faim se fait sentir. Léger déjeuner froid vers midi
» et reprise des marches. Chacune de ces journées a été de 10 heu» res. L’allure a été excellente durant les après-midi.
» 3° 12 et 13 juin. — A 6 heures du matin, pris deux galettes,
» avec un verre d’eau. Puis marche avec élévation de 1000 mètres ;
» vers 9 heures, sensation de vide stomacal ; pris une galette à sec.
» La force revient d’un coup, la marche est facile. A midi déjeuner
» froid, puis retour. Ces journées sont chacune exactement de
» Il heures de marche. La marche de l’après-midi a atteint un
» résultat étonnant, les jambes sont comme poussées par un ressort.

�330

ÉDOUARD HECKEL

» Le matin, lever sans difficulté, pas de dépression, ni de fatigue,
» le corps est très dispos.
» 4° 20 juin. — Long trajet en voiture après un verre de café froid
» seulement. A 9 heures du matin, avant de commencer la marche,
» mangé une galette à la main. Plus de sensation de faim, la marche
» est facile. Etat excellent, aucune envie de dormir.
» 5° 24 ju in .— Pris deux galettes avec un verre d’eau, puis
» départ à 4 heures du matin. Ascension de 1000 mètres ; à 7 heures
» pris deux galettes avec de l’eau, continuation de la marche jus» qu’à 11 heures : la chaleur est excessive, 33° centigrade à l’ombre
)) Distance parcourue dans la matinée : 25 kilomètres avec quatre
» galettes. Déjeuner chaud et léger, à 11 heures. A 1 h. 1/2, nouvelle
» course de 5 heures avec ascension à 600 mètres. La fatigue à ce
» moment commence à se faire sentir.
» 25 juin. — Départ à 5 heures du matin, après avoir pris deux
» galettes et un verre d’eau. Ascension de 600 mètres de 5 heures
» à 7 heures 1/2; pris alors une galette à la main, puis marche.
» Déjeuner chaud à 11 heures et retour. Ces deux journées des 24 et
» 25 juin représentent la première, treize heures de marche exacte» ment et dix la seconde, soit 23 heures avec ascension de 2200
» mètres dans des sentiers affreux.
» 27 juin. — Pris à 7 heures, deux galettes avec eau. Course très
» pénible avec ascension de 700 mètres, chemins affreux, chaleur
» suffocante. Déjeuner froid léger à 11 heures, puis retour. La
» journée représente 10 heures de marche exactement.
» Remarque applicable à toutes le s marches : La sueur est normale,
» mais la soif est bien diminuée par l’action du Kola. Les articula» tions des jambes jouent avec une facilité remarquable. Aucun
» dérangement stomacal, pas plus au début qu’à la fin des expé» riences. Le sommeil est bon, les réveils sont faciles et sans
» fatigue. »
Sisteron, 8 août 1890. — Monsieur, « Comme je vous l’avais
» promis, je vous adresse aujourd’hui le résultat de mes expériences
» dans les plus hautes montagnes des Basses-Alpes, autour de
» Barcelonnette.Grâce au Kola, j’ai pu résister aux terribles fatigues
» d’ascensions continuées pendant 6 jours consécutifs, en prenant
» très peu de repos, cinq heures au plus par nuit. Pour moi, je le

�LES KOLAS AFRICAINS

331

» répète, le Kola est un puissant excitant à la marche ; il donne des
» jambes et permet à un marcheur bien entraîné de fournir des
» traites excessives et cela sans fatigue. »
5e Série d’expériences en montagne, faites par M. Élie.
30 juillet 1890. — Départ à 6 h. matin; après avoir pris une
tasse de café froid et deux galettes au Kola, marche en montagne,
puis une galette sèche vers 9 h. du matin. « Déjeuner ordinaire
» sans appétit vers midi. La marche du matin a duré 5 heures :
» nouvelle marche de 5 h.dans l’après-midi, bien supportée.
» 31 juillet. — Pris à 6 h., une tasse de café et 2 galettes Kola;
» départ à 6 h. 1/2, longue marche en montagne par une chaleur
» extrême. Pris une galette sèche vers 9 h., retour à midi. La
» marche a duré 5 h. 1/2, sans un seul arrêt et représente 23 kilo» mètres au moins. Déjeuner à midi, mais sans appétit. L’après» midi, nouvelle marche de 3 heures.
» 2 août. — Pris 2 galettes, avec une tasse de café noir, marche
» eu montagne de 6 h. à midi en m’élevant de 1100 m. à 2300, soit
» 1200 m. grimpés en 6 h. par une forte chaleur : à 9 li., pris deux
» galettes et un verre d’eau. Déjeuner chaud à midi et repos
» jusqu’à 2 h. du soir. Nouvelle marche de 2 heures du soir à 8 h.
» par des chemins impossibles. La course, qui a duré 10 heures,
» représente 30 kilomètres avec ascension de 1200 mètres.
» 3 août. — A 6 h. du matin, pris une tasse de café froid.
» Départ en voiture à 6 h. 1/2, arrivée à 10 h. 1/2. Marche à partir
» de ce moment, après avoir pris 2 galettes sèches. Ascension de
» 200 m. en une heure, puis descente d’une heure, marche de
» 13 kilomètres. De midi 1/2 à 2 h. du soir, déjeuner chaud et
» repos. De 2 h. à 9 h. 3/4 du soir, parcouru d’une traite 39 kilo» mètres, donc 32 kilomètres ont été parcourus en moins de
» 12 heures, avec un seul repos d’une heure et demie,dans la haute
» montagne et par de mauvais chemins. »
Aux observations de MM. Tardieu et Elie (de Sisteron), viennent
se joindre avec un caractère spécial, les notes suivantes dues à
MM. Gourdon, attaché à la carte géologique de Franco, Troin, capi­
taine des sapeurs pompiers de Marseille, enfin au docteur Chobaut,
d’Avignon.

�332

ÉDOUARD HECKEL

Observations de M. Gourdon, attaché à la carte géologique de
France. — Luchon (villa Maurice), 9 juillet 1890 :
« Depuis longtemps déjà dans mes excursions, j’avais essayé
» l’action de la cocaïne et de la caféine, sans en être satisfait. Faute
» de mieux, j’utilisais encore quelquefois cette dernière substance.
» Aussi ai-je été enchanté quand j’ai pu la remplacer par les
» biscuits de Kola.
» Les résultats sont absolument différents de ceux que j’avais
» obtenus avec la cocaïne et la caféine, et je n’hésite pas, après
» mes dernières expériences, à affirmer que les rations au
» Kola sont ce que j’ai trouvé jusqu’à présent de meilleur,
» de plus parfait pour les marches de longue haleine en montagne
» et en plaine. Comme l’a dit M. Duhamel, elles agissent principa» lement comme modérateur de la sudation, comme excitant
» musculaire, résultat que je n’ai jamais obtenu avec la caféine à
» quelque dose que ce soit. J ’ai la bonne fortune de jouir d’une
» belle santé et d’avoir un excellent estomac. Depuis plus de
» 30 années, habitué à parcourir, toujours à pied, à toutes les
» époques de l’année, nos Pyrénées du thalweg des vallées
» jusqu'aux plus hautes cimes, je nie trouvais, je crois, dans
» d’excellentes conditions d’entraînement pour faire dans nos
» montagnes les essais désirés.
» L’un de mes guides habituels, espagnol de naissance, très
» sobre comme moi-même dans nos campagnes alpines, ne buvant
» jamais de vin en route, mais usant uniquement, lorsque nous
» descendons dans les villages, de thé, dans la journée, ou
» d’eau, m’a paru un sujet propre à essayer comparativement
« avec moi, les effets physiologiques produits par la caféine ou
» le Kola.
» Nous avons donc fait deux fois la même ascension à deux
» jours d’intervalle, usant l’un de la caféine, l’autre du Kola, et
» changeant les rôles à la seconde course, en plus de notre nourri» ture ordinaire, qui consistait en pain et viande de conserve (600
» grammes pour nous deux dans la journée); l’eau des torrents et
» des glaciers servait à nous désaltérer. Toutes les deux heures,
» l’un de nous prenait un biscuit de Kola et l’autre un cachet
» de c’aféine de 0 gr. 15. Parti de chez moi à 4 heures du matin, j’y

�LES KOLAS AFRICAINS

» suis rentré à 7 heures du soir, après m’être alimenté de Kola,sans
» éprouver de fatigue, sans ressentir la moindre lassitude, absolu» ment comme si je n’avais fait qu’une promenade. Je ne parle
» point de l’altitude atteinte, plus de 3,000 mètres; pour moi elle
» ne peut entrer en ligne décompté dans nos Pyrénées, l’air raréfié
» de leurs hautes cimes, n’ayant jamais produit sur mon orga» nisme aucun effet susceptible d’entraver la marche ou les
» escalades.
» Les résultats observés pendant ces deux ascensions ont été
» absolument les mêmes sur moi ou sur mon guide, résultats que
» je considère comme d’autant plus concluants, que nous avons fait
» tous les deux usage, à tour de rôle, du Kola et de la caféine. Nous
» avons trouvé une grande différence entre les deux substances
» dont les effets sont absolument distincts. Aussi, je réserve toutes
» mes préférences pour les biscuits au Kola, que je n’hésite pas
» à regarder comme absolument parfaits en tous points. Us sont
» appelés à rendre les plus grands services à tous ceux qui, pour
» une cause ou pour une autre, doivent fournir des marches
» longues et pénibles. Qu'ils soient pris seuls ou comme sup» plément de nourriture habituelle, ils seront toujours de la plus
» grande utilité, et résument à mon sens, ce que l’on a fait de
» meilleur jusqu’à présent. »
Observations de M. le capitaine Trouin,
pompiers de Ma?'seille. (Lettre à M. Heckel).

commandant des

« Monsieur et honoré maître, permettez-moi de vous remercier
» tout d’abord de l’envoi gracieux des rations condensées accéléra» trices, que vous avez bien voulu me faire pour être essayées par
» la compagnie des sapeurs-pompiers de Marseille.
» J’ai eu, à diverses reprises, l’occasion de les employer et mes
» hommes s’en sont réellement bien trouvés.
» 1° Le poste du grand chemin d’Aix (sergent Darlet et caporal
» Chêne) a eu à les expérimenter à l’occasion d’un incendie qui se
» produisit au village des Aygalades, bien au-dessus de la raffinerie
» Saint-Louis, c’est-à-dire à une distance d’environ huit kilomètres.
» Chacun des hommes avait pris au départ, vers 4 heure du matin,
» deux de vos biscuits. Un seul d’entre eux, le sapeur Montoursy,
» avait refusé de se soumettre à ce régime.

�334

ÉDOUARD HECKEL

« Tous ses camarades sont arrivés sur le lieu du sinistre sans
» fatigue et sans essouflement, tandis que Montoursy était presque
» fourbu. Cette expérience est concluante, car, six hommes et deux
» chefs traînaient au grand pas gymnastique deux pièces, pompe et
» chariot, chacune du poids de 500 kilog. minimum.
» 2° Un deuxième essai a été fait par le même poste, à l’occasion
» d’un incendie allumé derrière l’abattoir (à une distance de six
» kilomètres environ).
» Tous les hommes, cette fois, ont pris vos rations. Tous sont
» arrivés sans fatigue, sans essouflement, et ont pu se livrer effica» cernent à leurs travaux.
» Je poursuivrai ces essais pour de plus longs trajets, et je me
» ferai un plaisir de vous faire part de leurs résultats.
» Mais je suis absolument convaincu pour mon compte person» nel qu’ils seront excellents, car j’en ai fait l’expérience dans de
» grandes marches, sur moi et sur mes enfants, qui en ont éprouvé
» le meilleur effet. »
Expériences communiquées par M. Duhamel et. faites par deux
de ses amis. (Lettre à M. Heckel).
l re Expérience. — Grenoble (Gères, 11 juillet) « M. le com» mandant Allotte de la Füye, du 4me régiment du génie, un
» de mes amis, après avoir fait pendant toute une journée
» des manœuvres avec les troupes de notre garnison au col
)) de ,1’Arc, est allé, de nuit, à pied, à Saint-Pierre-de-Chartreuse,
» puis, le matin arrivé, est monté au sommet du grand Som,
» soit un jour et une nuit de marche, grâce aux biscuits au Kola
» (rations condensées accélératrices). »
2me Expérience. — « Autre fait confirmant pleinement ce que j’ai
» proposé à M. Germain Sée. Un de mes collègues de Grenoble,
» M. Thorant, du Club Alpin français, a fait, la semaine dernière,
» l’ascension complète de la Meije (3.987 mètres), un des sommets
» les plus difficiles d’accès de toutes les Alpes ; il n’a absorbé que
» quelques-uns de vos biscuits pour toute nourriture, en gravissant
» ce pic, et s’est trouvé tellement bien de ce mode d’alimentation,
» qu’en arrivant au point culminant, il était aussi dispos qu’au

�LES KOLAS AFRICAINS

)&gt; départ (1). La course à duré de J h. du matin à 10 h. du soir. »
Viennent enfin les importantes expériences comparatives les
plus récentes faites par MM. le docteur Chobaut (d’Avignon),
entomologiste distingué, . et Nicolas, conducteur des Ponts-etChaussées, durant leur ascension au Mont-Ventoux. Les voici,
en extrait, d’après le rapport que m’a adressé M. le Dr Chobaut.
« La noix de Kola a été employée sous la forme de biscuits
» accélérateurs (2), à la dose de deux toutes les heures et demie.
» Quant à la caféine (marque Robiquet, pharmacie Bourjac, à
» Avignon), elle a été prise sous la forme de cachets médicamenteux
)) de 1 centig. et demi(0 gr., 015), à la dose correspondante en Kola
» de deux de ces cachets toutes les heures et demie. Pour tenir
» compte delà pâte des biscuits, celui de nous qui prenait de la
)) caféine a ingéré en même temps un très petit morceau de pain,
» égal en volume à celui des deux gâteaux accélérateurs. Pour faci» liter la déglutition de ces substances sèches, nous avons absorbé
» une ou deux gorgées chaque fois de vin ou d’eau de Vais, ou
» même une infusion très légère de café.
» l re Expérience. — Ascension du Mont-Ventoux (1907m. au)) dessus du niveau de la mer ; 1500 environ au-dessus de JBédoin,
» point de départ).
» 21 juillet 1898. — État des ascensionnistes : M. Chobaut, 30
)) ans, constitution vigoureuse, avec tendance peut-être au lympha)) tisme, sans aucune altération d’organe. Pouls : 78, resp. : 22.
h M. Nicolas, 56 ans, complexion nerveuse et sèche, avec cœur
» et poumons sains et pas d’altération organique sensible. Pouls :
» 89, respiration : 22.
(1) M. Duhamel ajoute : « Permcttez-moi de vous signaler une rectification
» urgente à apporter à ma lettre du 26 août 1889 dont un extrait a été publié de
» divers côtés. A cette époque, je n’avais expérimenté et vu expérimenter les rations
» condensées accélératrices au Kola que dans la basse montagne, et je n’avais fixé
b la limite d’action du Kola à 1000 mètres d’altitude que parce que, à ce moment, je
b n'avais pas dépassé ce champ d’observation. En ce moment, vous pouvez, en
b toute confiance, dire que l’action du Kola contre la fatigue et le mal de montagne
b s’exerce à toute altitude possible. Cette rectification me semble d’autant plus
b nécessaire que quelques personnes ont déjà répandu le bruit, sur la foi de cette
b lettre, que les rations accélératrices au Kola peuvent être utilement employées
b mais jusqu'à 1000 mètres seulement. »
(2) Ces biscuits, du poids moyen de 10 gr., ne renfermaient que Ogr.50
de poudre de Kola chacun,

�336

ÉDOUARD HECKEL

» Lever à 4 h. du matin, après quatre à cinq heures de som» meil environ. A 4 h. 35, ingestion :
» M. Nicolas, de deux biscuits au Kola ;
» M. Chobaut, de deux cachets de caféine (et un petit morceau
» de pain), le tout arrosé d’uue infusion de café légère.
« Départ de Bédouin à 5 h. 8 du matin. Deux guides nous
» accompagnent; eux aussi prennent des biscuits de Kola, au
» départ et à chacune de nos haltes.
» Il nous font prendre le plus mauvais chemin de la mon» tagne, celui qui est connu sous le nom de par la Combe
» Curnier. Cette combe est un ravin profond, de trois kilo» mètres de longueur environ, aboutissant sur les flancs de
» la montagne à un point où il n’y a absolument plus trace
» de chemin, pendant six à sept kilomètres. Quand on a
» gagné la crête de la montagne, au-dessous de la forêt de
» pins à crochets (Pinus uncinata), il ne reste plus qu’à suivre les
» crêtes de la chaîne du Yentoux de l’Ouest à l’Est jusqu’à l’Obser» vatoire, pendant quatre à cinq kilomètres, toujours sans aucune
» trace de sentier et dans la pierraille de l’Urgonien. Avant d’arri» ver à l’entrée de la Combe Curnier, 5 kil. à faire. Nous y sommes
» à 6 h. 10. Altitude 650m, légère transpiration chez l’un comme
» chez l’autre, sans trace de fatigue. Repos de 3 minutes, pendant
» lequel nous prenons : M. Nicolas, 2 biscuits ; M. Chobaut, deux
» cachets de caféine. Nous buvons une gorgée d’eau fraîche, plus
» haut, à la source de la Combe.
» A 7 h. 35, nous sommes à 1000 mètres de hauteur environ,
» au sommet de la Combe Curnier. Très peu de transpiration, chez
» l’un comme chez l’autre ; beaucoup moins, certainement, que si
» nous n’avions rien pris, car tous deux nous avons la sueur facile.
» Diurèse abondante. Le chemin suivi jusqu’ici est des plus difïi» ciles, passant par un couloir où il y a à peine place pour le corps,
» avec des parois de 10 à 12 m. de hauteur et verticalement diri» gées. Malgré cela, pas de fatigue appréciable, ni aucun autre
» phénomène notable. M. Nicolas prend deux biscuits, M. Cho» baut, deux cachets de caféine, le tout arrosé d’un demi verre de
» vin. Le temps est superbe, cbaud, mais jusqu’ici nous avons
» cheminé au frais.
» A 9 h. 10, 1300 m. d’altitude environ, nous marchons dans le

�LES KOLAS AFRICAINS

337

» calcaire à Chaînas de l’Urgonien. La diaphorèse est moins abon» dante chez M. Nicolas, qui prend le Kola, que chez moi, qui
» commence à peiner un peu. Chez lui, la fatigue et la soif sont
» également moins prononcées. La chaleur est vive; un petit vent
» frais vient heureusement la tempérer un peu, d’instauts en ins» tants. Nous marchons dans la pierraille saDs trace de sentier.
)' Dans une heure nous serons à la limite inférieure des pins à
» crochets. M. Nicolas prend deux biscuits, M. Chohaut prend
» deux cachets de caféine, le tout arrosé d’un peu de vin. M. Nico» las a son pouls à 118 et sa respiration à 24, M. Chobaut, pouls à
» 92, respiration à 23. Repos de 20 minutes.
» A 10 h. 55. Nous sommes à 1700 m. dans les pins à crochets.
» M. Chobaut,pouls à 100 pulsations, avec un sentiment pénible de
» constriction à la gorge, à l’estomac et au cœur.Je suis, malgré le
» bénéfice démon âge, 30 ans, beaucoup plus fatigué que M. Nico» las, qui n’a qu’un peu de pesanteur du côté du cœur, malgré ses
» 56 ans ! Je cesse la caféine pour me mettre au Kola, afin d’essayer
» de relever mes forces. Nous prenons chacun deux biscuits accé» lérateurs. En avant ! un dernier coup de collier à donner et nous
» déjeunons à l’observatoire où le repas a été commandé par un
» guide qui nous a devancés en prenant un chemin plus direct.
» A partir du moment où j’ai pris le Kola, je marche à 50 m.
» environ en tête de notre petite troupe et n’éprouve presque plus
» de fatigue. La sensation pénible de constriction au niveau de la
» gorge, du pharynx, du larynx avec sécheresse de ces organes, de
» pesanteur de l’estomac et d’angoisse du côté du cœur, tous phé» nomènes fort nets, ont disparu chez moi, comme par enchante» ment, dès que j’ai eu ingurgité du Kola. J’ai pu, en outre, marcher
» sur les cailloux de la montagne sans plus de peine que sur l’as» plialte d’un trottoir et sans plus de fatigue qu’à mon lever, après
» une nuit de sommeil. Tout ceci sans la moindre exagération.
» Les symptômes de constriction à la gorge, à l’estomac et au cœur
» ne se sont pas présentés chez M. Nicolas, qui a pris du Kola sans
» discontinuer ; mais comme moi il a eu aux jambes quelques
» crampes douloureuses, et plus intenses que les miennes, ce qui
» s’explique par ce fait que M. Nicolas a subi une atteinte d’arthrite
» rhumatismale au genou droit avec épanchement, il y a six ans,
» et c’est particulièrement dans cette jambe qu’il a ressenti les

�338

ÉDOUARD HECKEL

» crampes. Quant à nos deux guides, qui ont pris du Kola, bien
» qu’habitués de la montagne depuis leur jeune âge, ils n’avaient
» jamais parcouru cette route extraordinaire. Ils ont monté la
» côte sans la moindre gêne et beaucoup plus facilement, ont-ils
» déclaré d’un commun accord, que s’ils n’avaient pas ingéré de
» biscuits. Aucun de nous n’a ressenti la faim. J’arrive à l’Obser» vatoire à midi 35 et M. Nicolas à midi 50. Ce dernier arrive très
» fatigué, ce qui s’explique par l’âge, le défaut d’entraînement,
» le travail musculaire énorme qui a été réalisé pendant 7 h. 42
« de marche non interrompue. M. Nicolas n’aurait certainement
» pas gravi si facilement le Mont-Ventoux, tant s’en faut, sans la
» noix de Kola.
» M. Nicolas se repose pendant 2 heures environ et déjeune
» ensuite de bon appétit, sans présenter d’autre phénomène dans
» la journée. Pour moi, je déjeune sans plus tarder et de bon
» appétit. Le soir, je n’ai ni la céphalée, ni les vomissements dont
» j’avais été pris l’an dernier après une ascension moins pénible.
» J’estime que la caféine m’a aidée un peu, mais que c’est grâce au
» Kola que j’ai pu donner le dernier et vigoureux coup de collier
» qui m’a amené au sommet frais et dispos. »
Une pareille observation émanée d’un homme appelé par sa
profession même, à une grande netteté d’appréciation des phéno­
mènes physiologiques, se passe de tout commentaire. On me per­
mettra de faire remarquer cependant qu’elle réalise, dans des
conditions plus capables de mettre en évidence l’action du Kola,
le défi porté par M. Duhamel à M. Germain Sée. Deux hommes
d’âge et de force inégale, l’un ayant deux fois plus environ d’années
que l’autre, font une ascension réputée difficile dans les conditions
particulières où elle a été réalisée, l’un prend de la caféine et
l’autre du Kola à dose alcaloïdique égale (Kolanine non comprise),
celui qui faiblit c’est le plus jeune et le plus vigoureux et au
moment où il succombe, il est relevé par quoi ? par le Kola.
Est-il besoin d’une preuve plus éclatante pour établir que le Kola,
comme je l’ai toujours affirmé, n’a pas pour unique principe actif
le caféine libre ? Je crois inutile d’insister et j’aime à penser que
M. G. Sée, lui-même, ne saurait contester la valeur de cette expé­
rience empirique, bien qu’elle ne sorte pas de son laboratoire.
Pbur bien montrer cependant la situation d’infériorité dans

�LES KOLAS AFRICAINS

laquelle se trouvait M. Nicolas, daDs cette ascension mémorable,
pour mettre en vive lumière les difficultés de cette course si bien
supportées, je veux citer ici quelques passages de la lettre que
m’écrivit le 24 juillet 1890, peu après le rapport du docteur Chobaut, M. Nicolas lui-même :
« Pour faire une épreuve bien concluante, je me suis abstenu
» de tout entraînement à la-marche, ne voulant point préparer par
» des exercices préalables mes muscles au surmenage de la montée,
» et, cela, afin de mieux mettre en relief l’influence de l’excitant
» que nous appelions à notre aide. Depuis longtemps, dans ce but,
» j’avais renoncé à mes sorties entomologiques si fructueuses dans
» cette saison, afin de me placer dans les conditions les plus défavo» râbles pour tenter cette expérience à laquelle je reconnais une
» importance pratique considérable. Aussi vous l’avouerai-je, sans
» trop douter de mes forces et de mon habitude des montagnes, ce
» n’est pas sans quelque crainte que j’ai abordé les difficultés rie
» cette ascension. En voici le détail en raccourci. Elles valent la
». pein’e d’être signalées, car la route que nous avons prise est
» redoutée de tous les touristes et bien peu d’entre eux peuvent
» se flatter de l’avoir parcourue.
» En partant de Bedoin, à 5 heures du matin, nous avons suivi
» un vrai chemin pendant un quart d’heure, puis un sentier peu» dant quelques minutes ; enfin, nous avons abordé, pour ne plus
» en sortir de longtemps, la gorge de Curnier.
» A partir de ce moment, le déversoir de la gorge ne nous
» offre qu’un cône de cailloutis mobiles ne donnant plus à la
» marche ni assurance, ni stabilité. A chaque pas, nous devons
» rétablir notre équilibre. Le cône passé, nous sommes dans l’en» caissement de la gorge étroite limitée par des parois qui s’élèvent
» à 10 et 12 mètres de haut. Nous marchons dans le lit du torrent :
» les blocs roulés parles orages sont de forte taille,c’est une vérita» ble escalade qu’il faut faire. Souvent, même, nous montons
» réellement, comme dans un escalier tortueux à marches inégales,
» sur les roches entassées dans ce couloir : c’est horriblement fati» gant. Si vous augmentez les proportions de ce passage vous
» avez les gorges du Fier. Bref, nous gravissons gaîment cet
» entassement de blocs éboulés, et, cela, pendant 2 kilomètres.
» Pour sortir de la gorge, nous prenons le flanc gauche tandis

�EDOUARD HECKEL

» que la droite nous eut offert moins de difficultés, mais tout doit
» rendre notre marche plus rude et plus semée d’obstacles. Sans
» jamais rencontrer le moindre sentier, même un de ceux dont les
» brebis laissent quelquefois de vagues traces sur les versants,
n nous nous frayons une route dont la pente est souvent de 25 °/0
» quelquefois de 35, sur cet émiettement croulant de l’Urgonien.
n Je ne puis mieux comparer notre marche qu’à celle d’un voya» geur qui, pour se distraire, s’amuserait à passer continuellement
» sur les tas formés de pierres cassées et de graviers qu’on dépose
» sur les bords des routes pour en opérer le rechargement ; toute» fois, dans notre cas, les pierres étaient beaucoup plus grosses,
» quelquefois volumineuses : sur cette déclivité, il nous fallait
» choisir à chaque pas, pour y poser le pied, une pierre qui nous
» parut capable de supporter l’effort que nous allions faire porter
» sur sa surface pour nous élever quelque peu.
» Quatre grandes heures durant, nous avons supporté ce sup» plice, et c’est ainsi que nous avons franchi la forêt de pins, pour
» arriver sur la crête du côté de l’Ouest. Il nous reste quatré kilo» mètres à franchir sur un sol craquelé qui nous oblige à prendre
n quelques précautions pour ne pas mettre nos pieds dans des
» anfractuosités de roches pareilles à celles que les glaciers aban» donnent. Les touristes qui ont parcouru la région des Alpes,
» connaissent cette sculpture particulière que présentent les sur» faces recouvertes constamment de neige durant l’hiver. Elle est
» peu propice à une marche aisée.
» En résumé, nous avons marché pendant 7 heures 1/2 sans
» suivre aucune trace de sentier, et l’espace parcouru dans ces
» conditions particulièrement fatigantes est de 10 à 12 kilomètres.
» Il m’eût été impossible d’arriver si je n’avais eu à mon service
» un stimulant qui répare les forces à mesure qu’elles disparais» sent. Dans mes courses antérieures, ce que je redoutais le plus,
» ce sont les atteintes de la faim. Ici, mon estomac n’a jamais rien
» réclamé, je n’ai ressenti aucun tiraillement, ce qui ne m’arrive
» pas même dans une simple tournée, et cependant je n’avais pris
» en tout que dix petites galettes accélératrices du poids total
» de MO grammes environ. »
En somme, les observations comparées sur l’action de la caféiîic
et dû Kola dans les marches faites par MM. G. Tardieu, Maurice

�LES KOLAS AFRICAINS

Gourdon, Dr Chobaut et Nicolas, quoique réalisées dans des condi­
tions fort différentes, sont absolument concordantes et ne laissent
aucun doute touchant la supériorité du Kola sur la caféine lrbre.
Ces résultats pratiques, qui ont leur valeur, sont confirmatifs, du
reste, des données physiologiques établies page 252.
Pour compléter cette série d’observations expérimentales com­
parées entre l’action du Kola et de la caféine, il me reste à relater
les essais dus à des vélocipédistes de marque. M. Courau (de Vitré,
rue Notre-Dame, 9) a entrepris dans ce sens et fait entreprendre par
ses amis, vélocipédistes de haute valeur comme lui, quelques expé­
riences significatives.
Après avoir constaté, par lui-même et par ses amis de Bretagne,
l’influence incontestable du Kola sur la fatigue et l’essoufflement
déterminés par cet exercice du bicycle ou du tricycle, il m’écrit à
la date du 17 août 1890 : «J’ai fait prendre du Kola (sous forme de
» galettes accélératrices) à un de mes amis, et comme moi, il en a
» ressenti tous les bienfails, car, grâce à leur influence, il a pu
» obtenir des résultats inespérés. Le 27 juillet, aux courses de Saint» Poix, il a concouru deux fois et est arrivé deux fois premier, en
» battant le champion de Bretagne. A Laguerche, le 3 août, il est
» arrivé roue à roue avec M. Ghereau, champion de France.
» Comme moi, et, suivant vos indications, il a pris deux galettes
» une heure avant de monter en vélocipède et une seule cinq
» minutes avant chaque course. Remarquez que chacune de ces
» courses-concours variant entre 6 et 8 kilomètres, il a fait ce
» trajet avec une vitesse de 30 kilomètres à l’heure : or, avant qu’il
» ne prit les galettes au Kola aux doses que vous avez fixées, il ne
» pouvait faire que. 3 kilomètres sans être essoufflé et obligé de
« s’arrêter. Avec le Kola, au bout de ces courses-concours, il ne
» ressentait aucun essoufflement, tandis que précédemment, après
» 3 kilomètres, la respiration lui manquait absolument.
» Il ressort donc d’une manière irréfutable que les galettes au
» Kola non seulement stimulent les forces en les augmentant
» considérablement, mais suppriment l’essoufflement. Je ne dois
» pas oublier de vous dire que deux de mes amis ont pris de la
» caféine, comme l’indique i\I.G.Sée,et en ont ressenti des maux de
» tête et des envies de vomir, tandis qu’avec les galettes au Kola on
» n’éprouve que du bien-être et aucun inconvénient de ce genre. »

�342

ÉDOUARD HECKEL

Je dois enfin à la bienveillance du môme Dr Chobaut, communi­
cation de quelques expériences faites à Givors sur le Kola : elles
établissent nettement que ce produit agit avec une efficacité mer­
veilleuse quand les formes pharmaceutiques sous lesquelles on le
donne conservent, le plus possible, le rouge de Kola. A ce point de
vue,il est évident qu’avant même la poudre bien épurée, c’est l’extrait
alcoolique du Kola frais qui est la préparation la plus rationnelle.
Il n’y a, en réalité, qu’une préparation rationnelle et par consé­
quent recommandable, c’est le Kola en nature, mais épuré, bien
authentique (il est trop souvent mêlé de graines dépourvues de
toute valeur), et épuré de son huile essentielle. C’est capital.
Voici ces observations : « Un de mes confrères, M. le Dr Assada,
de Givors (Rhône), m’a communiqué les deux faits suivants :
» 1° Aux joutes de Givors, deux individus de force égale luttent
» entre eux.L’un a pris de l’extrait alcoolique de Kola et l’autre rien.
» Or, le 1er tombe (c’est le mot) à chaque coup son adversaire sans être
» jeté une seule fois à l’eau par lui ; 2° Dans un concours de natation
» à Givors, les Givordains qui ont pris de l’extrait de Kola arrivent
» de beaucoup les premiers et cela sans la moindre fatigue. »
Les mêmes faits s’observent dans l’exercice du vélocipède. Voici
ce qu’écrit M. G. Dubuisson, bibliothécaire universitaire de l’Aca­
démie de Rennes, vôlocipédiste convaincu, à un de ses collègues
qui lui avait adressé des Rations au Kola.
» Rennes, le 29 juillet 1890. — Les biscuits au Kola sont abso» lument étonnants comme résultats. J’ai fait le trajet de Loudéac
» à Rennes, aller et retour, soit 190 kilomètres, dans ma journée,
» en ne me sustentant qu’avec ce produit et le lendemain je
» n’éprouvais qu’une fatigue très ordinaire, au lieu de la torpeur
» et des lourdeurs de tête que m’occasionnaient ces exercices
» prolongés. Hier, je suis allé de Saint-Malo à Cancale, aller et
» retour, soit 170 kilomètres en un jour. Même traitement et même
» résultat; je suis enchanté du Kola, d’autant plus qu’on n’a pas
» besoin de s’habituer à son action. L’estomac n’en souffre aucune» ment. »
Celte expérience est corroborée par celle d’un vélocipédiste
marseillais, M. Deleveau, 68, rue d’Alger. « J ’ai essayé le 15 juillet,
» les Rations au Kola et je puis affirmer que c’est réellement mer-

�LES KOLAS AFRICAINS

» veilleux. Malade et ayant renoncé depuis 8 mois au tricycle, voici
» ce que j’ai pu faire grâce à ces galettes.
» Parti de chez moi à 4 heures 45 du soir, après avoir pris deux
« galettes, je me suis rendu à Aubagne (15 kilomètres) en man» géant une galette par heure. Arrêt de 10 minutes dans cette ville,
« pris une galette, un verre d’eau et retour chez moi à 8 heures,
» sans fatigue, sans éprouver ni le désir, ni le besoin de manger,
» et dispos au point d’avoir envie de recommencer. Mon ami,
» M. Bayol, a profité du 14 juillet pour aller à Narbonne voir son
« frère qui y fait du service militaire. Pour s’y rendre et revenir,
» il a fait deux journées de 100 kilomètres en bicyclette en prenant
» deux galettes toutes les heures. A son retour, il m’a affirmé que,
» sans les biscuits au Kola, il eût dû s’arrêter en route.
» Une troisième personne de ma connaissance a fait l’essai des
» galettes sans prendre aucune autre nourriture pendant toute
» une journée de marche en bicycle. Elle s’en est très bien trouvée. »

Observations d’em ploi du K ola en course vélocipédique
par M.

R ollet,

pharmacien-chimiste, 1er adjoint au Maire.

Louviers, le 24 Août 1891.
« Je suis heureux de pouvoir vous annoncer le résultat d’expé­
riences avec les rations au Kola, car il est tout en leur faveur.
l re Observation : « M. Deparde, membre du Sport vélocipédique
» de Louviers,mon élève, est parti le9 Aoûtdernier, en vélocipède,à
» 3 heures du matin,après avoir mangé deux galettes et avoir bu un
» verre d’eau.Il voulait aller au Havre sans prendre autre chose que
» ce produit. A Yvetot, il prit la sixième croquette et continua
» jusqu’à Bolbec, distant de Louviers de 86 kilomètres. Il affirme que
» s’il avait eu deux galettes de plus à sa disposition il aurait pu
» atteindre très facilement Le Havre, c’est-à-dire faire 115 kilomètres
« sans éprouver le besoin de manger. Il affirme en outre qu’il n’a
» éprouvé aucune fatigue dans les jambes comme cela lui arrivait
» toujours après un long parcours.

�344

ÉDOUARD HECKEL

» Ce voyage n’a été entrepris que dans le but d’essayer les rations
» condensées à la Kola. »
2me Observation : « Elle eut lieu le 13 Août au soir. M. Lemenu,
» mon compagnon de route, était même légèrement indisposé.
» Nous avions résolu de faire en bicyclette le voyage de Paris, mais
» avions cependant décidé de coucher en route. Nous avons pris à
» partir de Pacy-sur-Eure une galette toutes les heures, et sommes
n allés coucher à Poissy, ville éloignée de bouviers de 91 kiloj) mètres, après en avoir mangé six chacun. Je dois affirmer que
» si l’état de la route eut été satisfaisant, nous aurions certainement
» fait les 27 ou 28 kilomètres qui nous séparaient de Paris, sans
» éprouver le besoin de prendre d’autre nourriture. Je crois devoir
n ajouter que jamais jusqu’alors, il ne nous était arrivé défaire
» un aussi long trajet sans éprouver le besoin de faire un repas
» confortable et surtout sans nous reposer. J ’attribue donc ce
» résultat à, la Kola contenue dans les rations. La façon de pré» senter cette noix est très appétissante, et le vélocipédiste éprouve
» beaucoup moins le besoin de boire que lorsqu’il broie la noix de
n Kola sèche en nature. Nous n’avons éprouvé aucune lassitude
» dans les jambes, et n’avons nullement ressenti ces tremblements
» nerveux et involontaires qui sont la conséquence forcée d’une
» longue fatigue. » (1).
A côté des expériences des vélocipédistes français, il est
bon de placer un essai du Kola, durant une course mémorable
faite en vélocipède, par le capitaine baron Yandalin de Kelleskrauss, de l’artillerie russe, en garnison à Korono (Russie
occidentale). Cet officier, après être venu de Saint-Pétersbourg
à Paris en vélocipède, a refait de la même façon la route
de retour dans la capitale de la Russie. C’est durant ce retour
qu’il a usé du Kola : je l’avais muni de ce viatique à son
passage à Marseille. Voici le rapport de ce capitaine :
« Je vous demande pardon d’avoir tant tardé à vous faire
» connaître les résultats que j’ai obtenus avec les Rations au
(1) J’ai cru devoir insister sur les expériences d'emploi méthodique du Kola
durant les exercices vélocipôdiques, pour les metLre en parallèle avec ceux que je
signalerai bientôt, d’après le haut témoignage de M. le Dr Tissié, de Bordeaux, et
qui, moins favorables à l’emploi du Kola, peuvent cependant s'expliquer par des
phénomènes de véritable Kolaïsme, semblables à ceux dont j’ai déjà parlé page 207.

�345

LES KOLAS AFRICAINS

» Kola, que je tiens de vous. La maladie et le service militaire
» en sont seuls cause.
» Ces galettes ont remplacé, avec un succès éclatant, presque
» tous mes repas du matin, et parfois même les dîners
» pendant ma marche. Mon voyage de retour a été bien dur
» à cause du temps atroce (pluie continuelle accompagnée
» d’un vent horrible) que j’ai eu à subir. Je consommais
» tous les quarts d’heure une galette, c’est-à-dire quatre biscuits
» en une heure. Quand j’en prenais deux ou trois dans mon
» thé de caravane (dont j’avais toujours avec moi une petite
» provision, emportée de mon pays), c’était suffisant pour
» remplacer amplement un dîner copieux. Outre ces qualités
» nutritives, je trouve que ces galettes au Kola excitent ou
» maintiennent les forces physiques.
» Parfois, sur mon trajet de Marseille à Pétersbourg (3,500 kil.),
» quand après une rude journée de bicyclette, par un temps
» affreux, je me sentais tout d’un coup abattu et sans force,
» j’absorbais une galette et, comme par enchantement, toute
» ma faiblesse disparaissait. Je vous autorise, Monsieur, bien
» volontiers, à faire l’usage qui vous semblera bon de cette
» communication et, si vous désirez des renseignements plus
» détaillés, je me mets avec plaisir à votre entière disposition
» comme doit le faire un ami russe avec son ami français. »
Signé : V.

de

K elleskrauss .

Korono, 20 novembre 1891.

Observations de M. T raxelle, membrè du Club alpin français
(Extrait du B u l l e t i n
n° de décembre 1890) :

du

C lu b A l p i n

fr a n ç a is ,

section Vosgienne. —

» Dans le Bulletin de la section Vosgienne (190, p. 11), notre col» lègue M. René Collin, a rendu compte de l’excellent effet produit
» sur lui-même par l’emploi des rations au Kola. L’expérience
» que je viens de faire me permet de joindre mon témoignage
» au sien.
22

�346

ÉDOUARD HECKEL

» Au cours d’un voyage que j’ai fait avec ma femme cet été
» (1890), nous avons eu recours trois fois aux rations accéléra» trices. Les deux premières épreuves qui ont consisté en marches
» de sept heures et de cinq heures de durée en montagne (jusqua
» 2.180 mètres) nous ont démontré deux choses : 1° c’est qu’il faut
» éviter toute boisson alcoolique, si faible que soit la dose d’alcool,
» quand on fait usage de ces rations, et se contenter d’eau, comme
» le recommande du reste l’inventeur ; 2° que l’intervalle d’une
» heure mis entre les rations est un peu trop considérable, du
» moins pour certaines personnes. Il faut en prendre une toutes
» les quarante-cinq minutes de marche. Le succès des deux pre» mières expériences m’a décidé à en tenter une troisième le
» lendemain, et les difficultés de la marche l’ont rendue absolument
» concluante.
» Dès 8 heures 40 du matin, nous commencions à gravir le sen» tier de l’Eggishorn, lestés seulement d’une tasse de café au lait.
» Au bout d’une heure et demie, comme nous étions parvenus
» à 2.600 mètres environ, la neige commence à tomber et le sommet
» de l’Eggishorn est enveloppé de nuages ; nous redescendons à
» regret jusqu’à l’hôtel, et, sans nous y arrêter un seul instant,
» nous prenons le sentier neuf, non encore complètement terminé,
» qui conduit au lac Marjelen en s’élevant à l’extrémité du Hoh» thaelligrat, puis, en redescendant, vers le lac. Tout ce versant
a était encore rempli de neige. Du lac Marjelen nous sommes
» descendus à la Stockalp, et de là à Fiesch, le long du glacier du
» même nom, par des sèntiers vraiment pénibles, très raides et
» fort mal tracés.Nous arrivons à Fiesch à 6 heures 15 du soir et
» nous y dinons à 7 heures, après avoir, dans notre journée,
» marché constamment, sauf deux haltes de 15 minutes sans avoir
» bu autre chose qu’un peu d’eau à 5 heures. Depuis 9 heures 30 du
)) matin, nous-avions vécu en prenant chacun une galette (du poids
» de dix grammes) de quarante-cinq en quarante-cinq minutes.
» L’épreuve me semble décisive. Tout bon marcheur que je crois
» être, je serais tombé d’épuisement longtemps avant la fin d’une
» pareille journée sans les rations au Kola, et il eût été souve» rainement imprudent d’y exposer une femme, qui, grâce à ces
» rations, a supporté très vaillamment et sans le moindre malaise,
» des fatigues que bien des hommes n’affronteraient pas.

�LRS

KOLAS AFRICAINS

» Le lendemain, les muscles se ressentaient de la rude gymnas» tique qu’on leur avait imposée ; mais, pendant la marche, la
» faim est supprimée, la soif l’est presque complètement aussi, la
» fatigue est absente, les forces musculaires sont entretenues. Que
» peut souhaiter de plus un marcheur? Il faut donc faire des vœux
» pour que les préparations au Kola soient mieux connues et
» employées, et surtout pour qu’on en trouve, dès l’an prochain,
» dans toutes les localités tant soit peu importantes des pays de
» montagne. »

Département du Var.

Sous-direction de Draguignan.
Contributions indirectes.

Recette de Fayence.

Résultats obtenus avec les rations au K ola
attestés par MM.

R ay m o nd

et

Ch a v e ,

employés à Fayence.

« Les employés de la recette de Fayence, chargés d’un par» cours considérable pour leur service, ont, pendant les mois
» de mai et juin 1891, fait usage, dans certaines tournées, des
» rations accélératrices au Kola.
« Ainsi, partis le 11 mai du village de Montauroux à 1 h. du
» soir, nous, receveur et commis principal, avons, pendant
» 2 h. de marche à travers les sentiers des montagnes, parcouru
» le chemin qui conduit à Taneron. Après une heure de séjour
» dans cette localité pour l’exécution du service administratif,
» nous sommes repartis par le môme chemin, pour venir reprendre
» notre voiture.
» Ce parcours de 5 heures de marche a été effectué, sans
» fatigue, en faisant usage de 6 rations accélératrices chacun.
» Nous avons remarqué-que nous étions exempts de tout essouffle» ment à la montée, que notre marche était régulière, aussi rapide
» à l’arrivée qu’au départ.
» Dans d’autres tournées, notamment de la Bastide à la Martre
» et à Châteauvieux, nous avons, le cheval étant fatigué des 40
» kilom. franchis dans la journée, fait ce parcours à pied, soit

�348

ÉDOUARD HECKEL

)) 16 kilom. (aller et retour) en 2 h. 1/2 ; séjour de 13 minutes
» dans chaque village, soit 3 heures de marche dans les monta» gnes, effectuée sans fatigue en faisant usage de 4 rations chacun.
)) Ces expériences ont été renouvelées le 28 mai et le 14 juin
» courant : les mêmes résultats avantageux se sont produits.
» Nous avons pu constater que l’emploi des rations accéléra)) trices avait pour effet d’accroître les forces musculaires, de
» produire de l’entraînement et de combattre la fatigue. »

E xpériences sur l ’em ploi du K ola faites par
le club A lpin-A lgérien.

« Alger, le 30 avril 1890.
« Depuis quelque temps, il n’est question, dans la presse, que
des Rations condensées accélératrices au Kola. Tout récemment,
un des rédacteurs de la Vigie rappelait les effets connus de ce
nouveau produit, et le recommandait aux Alpinistes de la section
de l’Atlas. Ceux-ci se sont empressés de l’essayer et voici le
résultat de l’expérience :
» Dans la course du 27 avril dernier, au Bou-Zagza (1033 mètres)
» nous résolûmes, un de mes amis et moi, de ne manger autre chose
» que des Rations au Kola.
» Le nombre de biscuits consommés a été, pour chacun, de 12
» (environ 150 grammes), à raison d’un ou deux par heure. La durée
» de la marche effective a été de 9 heures, ce qui, en montage, repré» sente généralement une bonne course. Les effets constatés ont été:
» 1° Marche plus allègre que d’habitude, surtout aux montées; 2°
» Diminution de l’essoufflement;3° Suppression de la faim. Pendant
» le déjeuner que firent nos compagnons, nous n’éprouvâmes point
» le moindre désir de toucher aux mets succulents qu’ils étalaient
» complaisamment sous nos yeux ; 4° Diminution sensible de la
» fatigue musculaire.
» J’ajoute qu’au point de vue physiologique, nous n’avons cons» taté aucune suite fâcheuse, ni pour l’estomac, ni pour les intestins.
» Nous n’avons pas voulu nous en rapporter à une seule expé-

»
»
»
»
»

�LES KOLAS AFRICAINS

)&gt; rience; nous avons profité de l’excursion de la Pentecôte au
» Djurdjura pour faire un nouvel essai. Cette fois la marche effective
» a été de 9 heures ; mais la course fut bien plus pénéble qu’au
» Bou-Zagza. Il s’agissait d’arriver au pic deGalland dont l’altitude
» s’élève à 2.134 mètres; les grands rochers abrupts et les pentes de
» neige durcies offrirent de nombreuses difficultés et exigèrent des
» efforts musculaires sérieux et prolongés. Onze biscuits nous suf» firent cette fois, et produisirent les mômes effets qu’à la première
» expérience. Plusieurs collègues en prirent aussi quelques-uns à la
» montée, et tousontété unanimes à déclarer que leur pénible ascen» sion avait ôté singulièrement facilitée. Aucun des 25 clubistes qui
» composaient la caravane, n’est resté en arrière, et j’attribue
» quelque peu la réussite complète de cette mémorable expédition
» aux Rations condensées accélératrices.
» L’un de nous, M. B., a fait une expérience plus concluante.
» Pendant près de 30 heures, c'est-à-dire du dimanche à midi
» jusqu’au lundi soir à 5 heures, il n’a voulu prendre aucune
» nourriture. Il a consommé 18 biscuits ; en tout 225 grammes à
» peine, et a fait toute la course avec un entrain remarquable.
» Les diverses sections du Club Alpin Français on fait, du reste,
» les mêmes expériences que nous depuis quelque temps déjà, et
» ont définitivement adopté le Biscuit au Kola. Il rend tous les
» jours aux Alpinistes de grands services dans leurs courses
» souvent pénibles et parfois périlleuses. Je n’insiste pas sur ceux
» qu’il pourrait rendre, le cas échéant, à nos armées en cam» pagne ; L a p r e u v e e s t f a i t e e t j e s u p p o s e q u ’o n y s o n g e e n
)) HAUT LIEU » .

Signé : L. PRESSOIR,
Professeur au Lycée, Sécrétaire général du Club Alpin Français.
(Extrait de « La Vigie Algérienne », juin 90).

L'alpinisme et les Rations condensées accélératrices

« Sans aborder, au point de vue de leur composition chimique,
l’examen de la valeur des rations condensées accélératrices du
docteur Heckel, ayant eu, cette année, cinq mois à passer dans les

�350

ÉDOUARD HECKEL

montagnes des Vosges, il m’a paru que j’étais à même d’étudier
l’effet de ces rations au point de vue de l’alimentation, et môme
au point de vue de l’effet moral, les deux se donnant volontiers
la main.
)) Ma conclusion, basée sur l’expérience de cinq mois d’un
fréquent usage de ce genre d’alimentation, est que : les rations
condensées accélératrices du docteur Heckel sont non seulement à
proposer comme vivres de réserve ou comme complément de
l’alimentation ordinaire, mais à employer comme principal et même
comme un seul aliment, — en temps de marche, bien entendu.
» Comme vivres de réserve : — ce ne sera plus à démontrer s’il
est admis qu'on peut en faire l’aliment principal en temps de
marche.
» A titre de complément de l’alimentation ordinaire, l’effet
immédiat de ces rations étant de hâter, d’activer une heureuse
digestion des autres aliments qui pourraient encore demeurer sur
l’estomac, il est évident que le marcheur en acquiert plus de
légèreté, un grand bien-être, se sent plus dispos.
» Comme principal et même comme unique aliment avant et
durant le temps de marche, — mes expériences, sur ce point, sont
nombreuses, et pour moi concluantes. En absorbant, à chaque
demi-heure, une de ces rations, on acquiert bientôt comme une
légèreté extraordinaire, on se sent avancer aisément ; bientôt les
muscles des jambes se fortifient, l’espace à parcourir ne compte
plus; les difficultés à vaincre ne troublent plus, et l’intelligence
lucide éprouve satisfaction à diriger sur toute espèce de voies
arides, mal tracées, rudes, embroussaillées, des efforts qui ne
coûtent plus, des recherches qui aboutissent au but.
» L’entraînement devient-il extraordinaire? — Oui! — Cet
entraînement est-il excessif? Non; et les suites n’en sont point à
craindre pour la santé, si l’on a soin de faire le soir (le soir
seulement) un bon repas. Ce repas, c’est à remarquer, sera (qu’on
le veille ou non), le double peut-être d’un repas ordinaire, —
l’estomac devient un gouffre à combler, — et le lendemain on se
réveille dispos sur un excellent sommeil.
» S’il arrivait qu’on ne procédât point, pour une cause ou pour
une autre, à ce repas du soir (ce que j’ai fait à titre d’expérience),

�LES KOLAS AFRICAINS

le sommeil est léger et peu réparateur: néanmoins on peut le len­
demain continuer encore à marcher.
» Ainsi donc, ces rations, à mon avis et d’expérience, consti­
tuent, pour le temps de marche, fut-ce d’uue journée pleine, un
aliment qui, sous une forme légère et d’un transport facile,
produit, pris comme seule nourriture pendant le jour, un effet, au
physique comme au moral, aussi avantageux que possible.
» Les rations ne revenant même pas à 5 centimes l’une, si l’on
a soin de les demander par petits colis de quatre boîtes, il est aisé
de se rendre compte du bon marché de cette alimentation.
» Les hôteliers et nos ménagères seront peut-être consternés,
le soir, d’avoir à constater, à leurs dépens, l’extrême ardeur de
notre appétit ; mais il n’est avantage en ce monde qui ne soit pour
quelques-uns, compensé par de légers déboires. »
Signé : R e n é COLIN,
Membre du Club Alpin français, à Nancy.

Voici, à côté des observations d’Alpinistes français, l’appré­
ciation d’Alpinistes suisses :
Club-Alpin Suisse (section de Chaux-de-Fonds), 30 juin 1891.

&lt;( Monsieur, dimanche dernier nous avons fait un essai avec
» les galettes au Kola, et le résultat confirme pleinement ce
» que nous tenions de nos confrères du Club-Alpin français
» de Belfort, c’est-à-dire que les biscuits deviendront indispen» sables pour toutes les courses nécessitant de grands efforts
» musculaires. » Signé : Georges Gallet, secrétaire de la section.
Je ne peux pas passer sous silence, les expériences faites
récemment dans les environs de Marseille par un service d’infir­
miers en période de manœuvre. Elles ont leur valeur.
faites par la Croix Rouge Française (Société de secours
aux blessés des armées de terre et de mer. — Comité Départe­
mental des Bouches-du-Rhône).

Expériences

Ces expériences ont été faites pendant les manœuvres d’ambu­
lance exécutées à Roqnevaire (Bouches-du-Rhône) par le Corps des
Infirmiers du Comité départemental et du Comité cantonal d’Auba-

�352

ÉDOUARD HECKEL

gne, les 13 et 14 septembre 1890, sous la direction de M. le Dr Ménécier, à qui je cède la parole :
« Les essais faits avec les rations condensées accélératrices
» nous ont fourni d’intéressantes observations sur les produits
» alimentaires condensés de réserve. Ces Rations sont présentées
» sous forme de petits biscuits couleur chocolat, très croustillants,
» d’un goût agréable rappelant la saveur de la noix de Kola, qui
n entre dans sa composition et lui donne ses propriétés. Tous ceux
» qui ont mangé avec nous de ces biscuits ont ressenti les effets
)) généraux suivants : 1° en marche, accélération du pas et essouffle» ment moindre; 2° au repos et dans les exercices, augmentation
)) des forces et appétence plus grande sur sollicitation de l’estomac.
»
»
»
))
v
»
»

l re E xpérience . — « Huit hommes, ayant mal soupé le samedi
soir au départ (8 heures) pour les manœuvres, ont couché sous la
tente et satisfait, le dimanche, à toutes les manœuvres, d’ambulance après avoir fait un seul repas à midi. Ces hommes ont pu,
sans fatigue et 'sans éprouver le besoin de reprendre des aliments,
rentrer chez eux le dimanche soir à 11 heures. Ils n’avaient pris
qu’un supplément de dix biscuits arrosés indifféremment avec
de l’eau ou du vin.

v
»
»
))

— « Sept hommes, après avoir consommé seulement six biscuits (un toutes les heures) et n’ayant pas mangé
depuis la veille au soir, ont pu franchir l’heure habituelle du
déjeuner de midi, sans éprouver le besoin de prendre de lanourriture et ont fourni un travail continu de douze heures.
2me E xpérience .

3me E xpérience . — « Quatre biscuits et une tablette de chocolat
» à la poudre de viande de Rousseau (poids 25 gr.), mangés à
» 4 heures de l’après-midi et arrosés d’un verre de bière, ont
» suffi pour nous alimenter jusqu’au lendemain matin à 8 heures,
» après avoir prolongé la fatigue de la veille jusqu’à 11 heures du
» soir, et nous être levés à 6 heures du matin.
» Nous devons faire observer que les hommes soumis à ces
» expériences étaient d’àge, de tempérament et de constitution bien
» différents : aucun d’eux n’était entraîné, par conséquent ils
» étaient plus susceptibles que d’aulres d’être éprouvés par la
» fatigue. Ils ont cependant supporté très vaillamment la privation

�LES KOLAS AFRICAINS

353

# des repas et fourni, tous, un travail supérieur à celui qu’exige
» chaque jour leur profession. D’autre part, c’est un minimum
n peut-être exagéré de Rations condensées (nous l’avons fait à des» sein), que nous leur avons fait distribuer, sans qu’ils aient eu à
» souffrir de la faim et de la soif, pas plus que nous n’avons cons» taté chez eux, pendant les exercices pénibles de brancardiers, de
» l’essoufflement ou des sueurs abondantes. »
J’ai accumulé ici intentionnellement un faisceau compact
d’observations tant sur le Kola (1) que sur la caféine, dans le but de
répondre aux dernières objections que l’on continue à formuler
sur la foi du dire de M. G. Sée, dans certains milieux, contre
l’emploi du Kola :
la supériorité de la caféine sur le Kola ; 2° la
nocivité de Vemploi prolongé du Kola. Les expériences fort métho­
diques de MM. Chobaut et Nicolas, Maurice Gourdon, Tardieu
et Courau, ne laisseront aucun doute dans les esprits les plus
prévenus, touchant la supériorité pratique indiscutable du Kola
en nature sur la caféine. Quant à la nocivité du Kola pris pendant
plusieurs jours consécutifs, les expériences prolongées de M. Elie,
inspecteur des forêts à Sisteron, la réduisent à l’état de légende.
J’aurais pu rappeler, à propos des observations très probantes de
M. Elie, celles non moins significatives de M. le comte de Blois,
conseiller général de Maine-et-Loire, qui s’est nourri en 1888, pen­
dant une chasse, presque exclusivement de galettes au Kola et cela
durant huit jours, sans en éprouver de dommage.
Il n’y a plus évidemment à revenir maintenant sur cette question,
elle est jugée : il est évident que quel que puisse être le mode d’expé­
rimentation mis en cause, la caféine seule ne possède jamais au
même degré les vertus incontestées du Kola contre la fatigue et
l’essoufflement déterminés par les grandes marches ou les grands
eflorts. Il ressort également de ce faisceau d’expériences très variées
et exécutées par des hommes de tempérament fort différent, que
l’usage du Kola ne fatigue pas, quelle que soit la durée de l’emploi
qu’on en puisse faire, en ayant soin toutefois de l’absorber à dosés
fractionnées de 1 à 2 gr. par heure de marche. De plus, pas de
(1) J’aurai pu multiplier considérablement ces dernières ; je me suis borné à
reproduire les plus importantes, soit par le caractère des observateurs, soit par
leur valeur ou encore à cause de la nature des obstacles vaincus.

�354

ÉDOUARD HECKEL

dépression le lendemain d’une course fatigante, après avoir
employé le Kola.
Voici, du reste, au sujet de l’emploi du Kola, l’opinion deM. le
Dr Tissié, de Bordeaux, secrétaire-général de la Ligue de l’éducation
physique de cette ville, et lui-même vélocipédiste très ardent, telle
qu’elle est exprimée dans son livre « Guide du vélocipédiste » publié
chez Doin (Paris 1893, 2° édition), au chapitre: Aliments d’épargne
ou exc-ito-moteurs. Après avoir fait le plus grand éloge du Kola dont
il s’est servi lui-mème, M. le Dr Tissié rend compte des résultats
contradictoires qu’ont obtenus différents coureurs, par suite, saûs
nul doute, d’un emploi mal conduit.
« Chaque tempérament, dit-il, réagit à sa façon avec tel ou tel
» aliment. Aussi est-il assez difficile de conseiller les mêmes
» aliments à tous. Chacun devra tâter sa susceptibilité. Un de mes
» correspondants, qui a essayé le thé, le café, le maté, la Kola, dit
» que le thé et le maté produisent chez lui des effets identiques :
» excitation faible sans énervement. Le café l’énerve, la Kola
» l’excite et provoque la toux. Chez un autre, le thé n’agit pas, mais
» le maté l’énerve fortement ; un troisième ayant pris une dose immo» dérée de Kola en poudre dans une course (sur route) de 40 kilo» mètres, ressentit aussitôt une grande vigueur et prit une grande
» avance sur ses concurrents, en maintenant l’allure pendant 30
» kilom. Mais, tout à coup, il tomba dans un grand affaissement, il
» ne put presque plus avancer et n’arriva qu’avec 3 minutes d’avance
» sur le second coureur alors qu’il l’avait dépassé de beaucoup dans
» la première partie de la course (1).
» Voici une formule qu’un pharmacien vélocipédiste me fait
» parvenir. Avec ces pilules, il a fait 140 kilom. en 8 heures 10 min.
» et 2 heures et demie d’arrêt, sans entraînement.
Extrait de Kola__ 1 gramme J
Poudre de réglisse. q. s.
pour 40 pilules
Essence de menthe. 2 gouttes. \
(1) Ce résultat n'a rien de surprenant, il est probable que le sujet, en absorbant
d'un coup une forte dose, a éprouvé des phénomènes de véritable ivresse sem­
blables à ceux qu’on constate, même chez les nègres, après un usage immodéré de
cette substance. Ce cas aussi bien que tous les autres cités par M. le Dr Tissié,
semblent relever, du reste, de l’abus et non plus de l’usage du Kola.

�LES KOLAS AFRICAINS

» Chaque pilule renferme 0 gr. 10 de Kola sous forme d’extrait :
» ou peut ainsi doser la prise selon le besoin.
» Ce vélocipédiste me déclara que la caféine, en accélérant les
» mouvements du cœur, congestionne son cerveau et que le Kola le
» constipe légèrement (1). Un autre ayant pris du Kola pour une
» marche de nuit, trois heures après son départ qui avait été
» précédé d’une prise de thé, reprit encore du Kola sous forme de
» biscuit : pendant la nuit son visage fut congestionné durant une
» demi-heure et il ressentit une grande chaleur au corps.
» Quelques vélocipédistes ne sont pas partisans du Kola :
» M. Jieil-Laval s’est fort mal trouvé d’une préparation de Kola
» dans sa course de Paris à Brest. »
Un peu plus loin enfin M. Tissié conclut « que tous les aliments
» nervins, thé, café, maté, cacao et en particulier le Kola, peuvent
» rendre de grands services aux vélocipédistes, à la condition de ne
» pas en abuser ».
J’ai insisté longuement sur les divers passages extraits du livre
de M. Tissié non seulement pour mettre en lumière l’opinon per­
sonnelle favorable au Kola de M. le Dr Tissié, dont l’autorité en la
matière est d’un si grand poids, mais encore pour mettre en garde
les personnes adonnées aux divers exercices sportifs contre les
promesses trompeuses et les renseignements intéressés de certains
prospectus, qui ne tendraient à rien moins qu’à les pousser à une
consommation abusive du Kola, en laissant espérer par ces doses la
décuplation des forces. Il ne faut pas oublier qu’il y a, par chaque
tempérament, une limite d’excitation nerveuse qu’il ne convient pas
de dépasser, et naturellement les personnes excitables doivent plus
que les autres se confirmer dans des doses très faibles, la surexcita­
tion par le Kola pouvant avoir pour ces tempéraments spéciaux des
conséquences désagréables. Toute autre sera la résistance (et par
conséquent la dose limite permise) pour une personne lymphatique
et sans réaction nerveuse. D’une façon générale, quand j’ai été
consulté sur les doses à employer, j’ai pu indiquer, sans connaître
le tempérament de la personne qui me demandait un renseignement
(1) L’emploi du Kola a généralement, mais pas toujours, ce léger inconvénient,
qui du reste est tout à lait, passager, de constiper un peu ; cela tient à la quantité
de tannin renfermée dans cette graine. Ce sont généralement les personnes consti­
pées naturellement qui s’en aperçoivent le plus ; pour les autres, il passe inaperçu.

�356

ÉDOUARD HEGKEL

par lettre, la dose de 1 gramme de poudre de Kola par heure de
marche, en prenant soin d’absorber la première dose, une demiheure avant le départ, dans du café, et de cesser une heure avant
d’arriver à l’étape du repos. Ces indications fournies par moi aux
nombreux alpinistes, qui ont été les premiers expérimentateurs du
Kola, ont toujours profité (sans leur laisser le moindre regret) à
ceux qui les ont suivies. Ils ont, quel quefut leur tempérament, béné­
ficié des propriétés du Kola, sans ressentir aucun des inconvénients
inhérents aux doses trop élevées. Il faut rappeler aux vélocipédistes
(trop enclins à vouloir trouver dans le Kola un élément de triomphe
sur leurs concurrents), qu’il en est de cette substance comme de
tous les excitants. Un verre de vin donne des forces, une bouteille
énivre : de même pour la morphine dont l’usage immodéré amène
le morphinisme ; le Kola, à haute dose, amène aussi le Kolaïsme,
comme l’a dit Hachard, et plus rapidement encore que la caféine, on
le comprend très bien aujourd’hui après l’étude de la composition
chimique que nous en avons longuement faite et qui établit que la
plus grande partie de la caféine du Kola est une caféine plus active
qu’aucune autre.
Mes expériences stratégiques ne s’en sont pas tenues là :• afin de
me rapprocher des conditions de la guerre pl us que j e ne l’avais fait
dans les expériences précédentes, j’ai demandé et obtenu de M.
Etienne, Sous-secrétaire d’Etat aux Colonies, de faire expérimenter
dans les colonies où une action militaire est en cours (Soudan,
Tonkin, Dahomey, Madagascar), des rations accélératrices dont la
formule fût légèrement modifiée pour les rendre plus nutritives.
Chaque galette fût portée au poids de 15 gr. environ, pour les rendre
plus résistantes au choc, et renforcée de poudre de viande. De cette
façon, tous les aliments se trouvaient réunis sous le plus petit
volume possible.
Voici la formule de ces galettes coloniales destinées à remplacer
au besoin tout autre aliment en face de l’ennemi :
pour chaque galette
de 15 gr.

Poudre de Kola......... l^r50
— de viande....... 2.50
Sucre......................... 2.50
Farine et aromates ... 8.50

�LES KOLAS AFRICAINS

Voici enfin le seul rapport qui me soit parvenu sur ces expé­
riences : il a trait à des mouvements exécutés par des troupes
d’infanterie de marine marchant de Diégo-Suarez vers le centre
de l’île de Madagascar :

Infanterie de marine. — Bataillon de Diégo-Suarez.

Rapport sur l ’expérience relative aux galettes accélératrices.

)) En exécution des ordres donnés par le lieutenant-colonel com­
mandant supérieur des troupes à Diégo-Suarez, l’expérience rela­
tive aux effets produits par les Rations accélératrices a été faite
dans les conditions suivantes.
Il a été formé un détachement comprenant :
Le chef de bataillon,
Un capitaine,
Un sous-lieutenant,
Un adjudant,
4 sergents,
7 caporaux,
105 soldats,
8 mulets d’artillerie,
Ce détachement devait exécuter une marche de trois jours, les
16, 17 et 18 mars, c’est-à-dire en plein hivernage, les hommes por­
tant la charge de campagne, moins les couvertures chargées sur les
mulets, et seulement deux paquets de cartouches avec 35 galettes
accélératrices.
» 16 Mars. — Départ d’Antsirane à 5 h. 30 du matin. Temps
lourd, chaud, humide. Grande halte à 9 heures, au bord de la rivièr-e
des Caïmans. Passage à gué à 3 h. 30 du soir, ascension jusqu’à
Mahotoinzo ; arrivée au bivouac à 5*h. 30. Marche de la journée 23
kilomètres, ascension de 200 mètres. Régime ordinaire. Les hommes
ont mangé 6 galettes (deux avant le départ et une d’heure en heure de
marche : en tout 9 gr. de Kola.) Nuit chaude. Impossible de rester

�358

ÉDOUARD HECKEL

sous les tentes et de dormir, à cause de la quantité prodigieuse
et de la malignité des moustiques. Les hommes piétinent,
s’énervent, prennent du café à 3 heures du matin.
» 17 Mars. — Départ du bivouac de Maliotoinzo à 4 h. 30. Nuit
obscure pendant la première heure de marche ; sentier à peine per­
ceptible dans les hautes herbes. Temps chaud avec quelques inter­
valles de brise sur les plateaux. A dix heures, grande halte aux
bords du Sackaramy, bivouac très réconfortant.Treize hommes restés
en arrière rejoignent entre 10 h. et 11 h. 30. Tout le détachement
dort d’un bon sommeil aussitôt après le déjeuner. Reprise de la
marche à 3 h. Arrivée au bivouac de la Montagne d’Ambre à 5 h.
sans traînards. La pluie tombe torrentielle jusqu’à 10 heures du
soir. Impossibilité presque absolue d’allumer les feux.
» La marche, dans cette journée, a été de 25 kilomètres, l’ascen­
sion de 650 mètres.
» Les hommes n’ont reçu ni viande ni vin. Leur régime a
comporté du pain, du riz, le café et 15 galettes (en tout 22 gr. 50
de Kola). Nuit belle à partir de 10 heures du soir, mais très
fraîche.
» 18 Mars. — Le bivouac de la montagne d’Ambre est levé à
4 h. 30 ; la marche commence à 5 heures rendue très pénible par
la brousse qui est mouillée et haute, par de grosses pierres, par
l’obscurité. Le sentier détrempé est très glissant ; chute d’hommes.
Les animaux ralentissent la marche. Une fois le jour levé, le déta­
chement marche avec beaucoup d’entrain et d’ensemble jusqu’à 9
heures du matin. La dernière heure dépensée sur le plateau
découvert de Mahotoinzo, que l’on voit de trop loin, est excessive­
ment pénible à cause de l’ardeur du soleil et du manque de brise.
Deux coups de chaleur se produisent.
» A dix heures, arrivée à Mahotoinzo. Bivouac jusqu’à 3 heures.
» La seconde partie de la marche de Mahotoinzo à Antsirane
s’est faite par un beau temps. Arrivée à 6 heures. Ce jour là 35 kilo­
mètres, pas de viande distribuée. La ration de vin a été donnée et
bue à Mahotoinzo.
» Durant ces 3 journées, qui ont compté certainement parmi les
plus pénibles de l’hivernage, il y a eu trois hommes assez malades
pour inspirer quelques inquiétudes, quoi qu’ils se soient rétablis
aussitôt après le retour. La marche n’a eu pour conséquence aucune

�LES KOLAS AFRICAINS

359

entrée à l’hôpital, et les exemptions de service qu’elle a détermi­
nées ont eu pour cause des blessures aux pieds et des accès de
fièvre assez bénins, qui n’étaient que la manifestation d’un impa­
ludisme acquis à la Réunion.
» Il y a lieu de remarquer que l’effort dépensé a été demandé à des
hommes dont l’entraînement à la marche avait été presque entière­
ment interrompu depuis 2 mois, à cause de la température.
» Il paraît difficile de faire, en constatant ce résultat, une part
exacte à la discipline, à l’énergie de la troupe, et aux galettes accé­
lératrices. Mais on peut affirmer que celles-ci ont joué un rôle
important.
» La troupe répugne, etnon sans motifs, à être l’objet d’expérien­
ces en matière d’alimentation ; les galettes étaient suspectes et il
était à prévoir que beaucoup de soldats chercheraient à se dérober
à l’obligation d’en user. Cette répugnance instinctive a été vaincue
chez la plupart ; mais chez un certain nombre, aux heures chaudes,
la déglutition de ce biscuit devenait impossible, bien qu’ils recon­
nussent l’effet utile de cet aliment. Les galettes se consommaient
d’heure en heure à chaque halte ; beaucoup de soldats ne pouvaient
avaler la troisième et les suivantes qu’en les accompagnant d’une
gorgée d’eau ou d’un autre liquide.
» Il n’était pas sensible que la consommation des galettes dimi­
nuât l’appétit pour le repas du matin. Mais cet effet, accru peut-être
par la fatigue, était très appréciable au repas du soir. Beaucoup
d’hommes affirment que la soif n’est pas diminuée ; je crois que sans
les galettes ils auraient bu et souffert davantage.
» Il était très évident aussi que la digestion des galettes avait
une influence sur le sommeil, qui était rendu moins lourd, qui était
moins impérieux le soir et plus facilement interrompu le matin
bien avant le jour. Je considère comme un effet très remarquable
des galettes, que la marche pénible de la matinée du 17 ait pu être
exécutée comme elle l’a été, après l’insommie agitée de la nuit passée
au bivouac de Mahotoinzo.
» Mon opinion personnelle, celle des deux officiers qui mar­
chaient avec moi, et l’opinion dominante dans le détachement, sont
que les galettes accélératrices produisent des effets excellents, infini­
ment supérieurs à ceux du café, comme stimulant pour une dépense de
forces de quelque durée.

�360

ÉDOUARD HECKEL

». Il y a certainement aussi à leur attribuer les effets d’un stimu­
lant agissant sur l’humeur des troupes en marche, mais ce ne sont
point des effets directs ; ils sont consécutifs à ce sentiment de sécurité
que ressent le marcheur qui est ou qui se croit prémuni contre les
douleurs physiques de la marche et de la soif (1). Une troupe qui
mangerait des galettes pour rester de pied ferme ou qui n’aurait
pas à dépenser plus de forces qu’à l’ordinaire ne serait certainement
pas mise en belle humeur ; le fait d’avaler une ou plusieurs de ces
galettes ne procure certainement aucune des satisfactions sen­
suelles, qui proviennent quelquefois du café, du tabac, de l’alcool
ou de l’opium.
» Où l’erreur serait grande, ce serait considérer les galettes non
plus comme un accessoire mais comme un élément important de
l’alimentation. L’expérience que nous venons de faire ne prouve pas
qu’on peut donner aux troupes en marche des galettes au lieu de
viande et de vin. Ces galettes coupent un peu l’appétit, mais elles
ne nourrissent pas, et ceux qui mènent une vie tant soit peu active
comprendront bien que, n’avoir pas faim et avoir dîné sont deux
choses fort différentes. En ce qui me concerne, j’avais admis dans
mon programme la privation de viande pour les journées du 17 et
du 18, mais avec l’intention bien arrêtée de sacrifier une tête du
bétail administratif qui paît à la montagne d’Ambre, pour peu que
ma troupe en éprouvât le besoin. Mais, la sollicitude des comman­
dants de Compagnie et la méfiance des soldats ont rendu ce sacrifice
inutile, et onne s’étonnera pas que, le soir du 17, quelque charcuterie
ne soit trouvée au fond des sacs, fort à propos d’ailleurs pour rem­
placer le riz que la pluie nous empêchait de faire cuire. J’insiste sur
ce point, et cela n’est pas hors de saison, eu égard à la facilité que
l’emploi des galettes donnerait au service administratif pour l’ali­
mentation en campagne. A peine ces galettes ont-elles paru, et
déjà cette tendance se manifeste, car le chef du service administratif
à Diégo-Suarez, affirme que « dans la pensée ministérielle » les
(1) M. le commandant Puel, dans ses recherches des causes de la bonne
humeur et la gaîté du soldat, et en l’attribuant exclusivement à une influence
morale, fait une part trop large à la suggestion. Il n’est pas douteux, comme l’ont
constaté la plupart des observateurs non prévenus, déjà cités, que le Kola donne
de la gaîté, de l’entrain et excite la bonne humeur. C’est un des côtés les plus
importants de son action physiologique et qui, à lui seul, imposerait déjà son appli­
cation à la stratégie militaire.

�Les

kolas africains

galettes accélératrices distribuées pour notre marche devaient
remplacer certaines denrées. Je n’ai pas l’honneur de connaître la
« pensée ministérielle » et j’ai vainement cherché ce que c’est, dans
les règlements sur les subsistances et dans les circulaires sur les
galettes Heckel, mais j’ai peine à la croire coupable d’une telle
préméditation. D’autre part si le Conseil de Santé estime que quel­
ques galettes aideront à la patience d’une troupe qui attend des
vivres ou qui reçoit de la viande gâtée, il y a loin de cette opinion à
une prescription antihygiénique. On ne joue pas avec la santé des
hommes.
» Pour conclure, je crois que l’expérience qui vient d’être faite
affirme la valeur des galettes accélératrices comme stimulant, du
moins dans un pays chaud, par des chemins difficiles, et pour une
troupe placée dans des conditions mauvaises pour la marche, c’està-dire non entraînée et débilitée par les fièvres : ces galettes seront
une ressource inappréciable quand il faudra donner un bon coup de
collier. Je crois que nous devrions en avoir un large approvisionne­
ment, mais que la réalisation de ce vœu ne devra pas empêcher le
service administratif de continuer à assurer la saine et complète
alimentation des troupes avec la sollicitude dont il fait preuve
journellement ».
A Antsirane, le 20 Mars 1891.

Le Chef de Bataillon,
Signé : M ourey .

(( Je partage entièrement l’opinion exprimée par le commandant
Mourey ; les galettes accélératrices paraissent être un adjuvant très
utile pour les marches, mais ne sauraient être substituées, sans
inconvénients sérieux, aux principales denrées de la ration ».
Le Lieutenant Colonel Commandant supérieur des Troupes,
Signé : O. P u e l .

On remarquera que les Rations coloniales sont considérées dans
le rapport ci-joint comme insuffisamment nutritives : 24 de ces
galettes, prises eu 12 heures de marche, contiennent cependant
60 gr. de poudre de viande, qui, on le sait, équivaut à 4 fois son
poids de viande fraîche dépouillée de sa graisse et de ses déchets,
c’est-à-dire à 250 gr. de chair musculaire : or, c’est là le poids en
viande de la ration d’un soldat. On est conduit dès lors à admettre
23

�362

ÉDOUARD IIECKEL

que c’est le petit volume des aliments ingérés dans les 24 galettes
qui ne donne pas la sensation de la satisfaction par la plénitude
de restomac.il faudrait achever de remplir cet organe avec du pain
pour déterminer le sentiment de satiété qui fait absolument défaut
après l’emploi des Rations condensées coloniales.
Pour terminer la série des applications que j’ai cru devoir faire
de l’alimentation au Kola en temps de guerre, je dois maintenant
parler de l’introduction de cette graine dans le régime des chevaux
et des mulets de l’armée, en campagne. J’y ai été conduit parles
considérations suivantes.
On donne aux chevaux et aux mulets, sous forme d’avoine, un
excitant du système nerveux qjui est Vavénine. En temps de guerre,
un cheval doit porter sur ses épaules une provision de cette gra­
minée suffisante pour quatre journées, ce qui retarde la rapidité de
sa marche. Cette répartition est ainsi faite d'après les règlements
actuels :
( hussards j
Cavalerie légère... j Masseurs ^ ^ k. 750 d’avoine : en 4 jours = 15 k.
( dragons
)
Cavalerie de ligne j cuirassiers j 4 k. 150 d'avoine : en 4 jours = 16 k. 600.
A rtillerie.......................................4 k. 350 d’avoine : en 4 jours = 17 k. 300.

Or, le poids que supportent les chevaux, tant de la cavalerie
légère que de celle de ligne, a besoin d’être diminué, afin d’assurer
la rapidité des mouvements : c’est le grand desideratum à une
époque où le véritable service de la cavalerie consiste à éclairer les
armées en marche. Dans ces conditions, j’ai pensé qu’on pourrait,
par un artifice, remplacer, partiellement au moins, l’avoine par le
Kola. Pour y arriver, j’ai donné la formule d’une galette comprimée
à base de Kola, composée d’avoine, de lin et de blé, sous des
proportions telles que le Kola y fût représenté par 30 % de leur
poids. Le mélange se fait assez aisément en employant de la farine
de lin, qui donne aux galettes de la cohésion ; on y met aussi
peu d’eau que possible et on comprime le tout à la presse
hydraulique. Si on donne à la galette la forme ronde ou carrée, on
arrive à pouvoir introduire aisément 40 de ces galettes, du poids de
250 gr., dans le sac à avoine qui se place en travers, au-devant de
la selle, sous forme d’un gros boudin. C’est la provision suffisante
pour 4 jours, car le cheval ou le mulet se contente de 9 de ces

�LES KOLAS AFRICAINS

3 (5 3

galettes par jour, en ayant soin d’achever le remplissage de
l’estomac de l’animal par du foin ou de la paille, qu’on trouve tou­
jours aisément, même en temps de guerre (1). Ces galettes ont été
expérimentées, sur l’ordre de différents ministres de la guerre,
soit, au quartier, soit pendant les périodes des grandes manœuvres,
par différents corps de cavalerie. Je vais relater les observations
qui m’ont été communiquées : mais je dois donner la priorité,
en raison de son importance, à celle que je dois à M. le
professeur Samson, et qui établit scientifiquement le degré de nutri­
tion de ces galettes pour chevaux et leur action neuromusculaire.
D’une façon générale, durant ces expériences, disons-le une fois
pour toutes, les galettes étaient distribuées aux chevaux ou mulets
de la manière suivante : deux comprimés le matin, avant le départ,
quatre à la première étape, vers midi, et trois à 5 heures du soir.
Mais cette répartition n’avait rien d’absolu et il était recommandé
de la régler d’après les heures de travail imposées à l’animal, en
tenant rigoureusement compte de ce fait que l’effet utile ne se
produit guère qu’une heure après leur ingestion. Il est du reste
facile, quand la marche dure une journée entière, d’en espacer
l’emploi d’heure en heure. Rien de plus aisé, en effet, pour le cavalier
que de mettre pied à terre, et, sans débrider, d’en faire manger une
au cheval, dans le creux de la main, en ayant soin de la casser
(ce qui se fait sans effort) en morceaux de la grosseur d’une
noix. L’animal, quoique très délicat, s’habitue très rapidement
à cette forme d’alimentation et eu devient même très friand. De plus,
ces galettes, quand elles sont bien préparées, sont très cohérentes
par elles-mêmes et ne s’effritent pas dans le sac à avoine.
Lettre de M. S anson , professeur à l’Ecole d’Alfort et à l’Institut
agronomique, à M. le Dr HECKEL, concernant l’expérimentation
scientifique de ses R ations accélératrices pour chevaux.
Paris, 44, avenue de l'Observatoire, 8 décembre 1886.

« Monsieur et très houoré Collègue,
» Je m’empresse de vous faire connaître le résultat de mes
recherches sur vos galettes accélératrices.
(1) De cette façon, le cheval porte en moyenne 9 kilogr. de galettes, au lieu de
17 kilogr. au maximum et de 15 kilogr. au minimum, en avoine.

�364

ÉDOUARD HECKËL

» Vous connaissez peut-être le dispositif expérimental qui me sert
à constater l’action d’une substance sur l'excitabilité neuro-muscu­
laire. On cherche d’abord à déterminer l’intensité du courant induit
qui n’est plus capable de mettre en jeu l’excitabilité normale du
sujet. Chez le cheval qui nous a servi, cette intensité correspond
au courant que donne la bobine à chariot de Dubois-Raymond,
lorsque le chariot était arrivé à un écartement de 0m,45. Il est
clair que si, après que le sujet a ingéré la substance en expérimentation, ce même courant suffît pour provoquer la contraction mus­
culaire, on pourra conclure que son excitabilité a augmenté et
que l’augmentation est due à l’action de la dite substance sur le
système nerveux.
» Quinze minutes après que notre sujet eut mangé 2 galettes,
son excitabilité a été explorée à l’aide du courant indiqué. Elle
s’est montrée nulle.
» Vingt-cinq minutes après, elle a paru exister mais encore très
faible et obscure. Quarante minutes après, l’application des exci­
tateurs a provoqué des contractions nettes et énergiques.
» Cinquante minutes après, les contractions sont encore plus
promptes et non moins énergiques. Une heure après, l’excitation est
la même lorsqu’on écarte la bobine à 0m17 ; 1 heure 15 après,
l’excitant n’est plus efficace à 0m16.
» 1 heure 45 après, il ne l’est plus à 0m16, mais il est encore à
0m15.
» 2 heures après, action nulle ; l’excitabilité artificielle a
disparu.
» En résumé, il résulte de l’expérience que: l’action de l’aliment
sur l’excitabilité neuro-musculaire est évidente ; qu’elle s’est fait
sentir nettement 40 minutes après son ingestion et qu’elle a duré
environ une heure.
» J’ai voulu aussi me mettre en mesure d’exprimer la valeur
nutritive des galettes. A cet effet, l’analyse a été faite à mon labora­
toire, et voici la composition immédiate que nous avons cons­
tatée :

�LES KOLAS AFRICAINS

Matières solubles dans l’éther.....................
Protéine brute (az. x.6 25).......................
Matières solubles dans l’é th e r...................
Extractifs non azotés..................................
Cellulose b ru te............................................
Cendres.........................................................

10,05
20,12
3 »
43,17
19,90
3,76
100

)) On peut estimer d’après cela, que la valeur nutritive est à peu
près double decelle des avoines moyennes. On leur accorde 12 n/°
de protéine brute ; mais comme elles contiennent 25 °/° d’eau, et
comme leur digestibilité est certainement inférieure en raison de
ce que leur relation nutritive est 1/2, tandis que celle des galettes
leur donne celle de 1 : 2.29 (
=
) : Par ces raisons,
on est autorisé à admettre, comme vous l’avez fait d’ailleurs, qu’un
poids de vos galettes peut être substitué à un poids au moins
double d’avoine. La seule différence entre les deux aliments, est
que l'effet de l’avoine se fait sentir un peu plus tôt.
» Voilà, Monsieur, les faits que je suis heureux de pouvoir vous
transmettre. J’ai l’intention de les communiquer demain à la
Société Centrale de médecine vétérinaire, à cause de leur impor­
tance, et j’espère que vous n’y verrez pas d’inconvénient.
» Veuillez agréer, etc.
» Signé: A. S anson . »

4e Corps d’Armée. — 26° Régiment d’Artillerie.

« Le Mans, 25 Septembre 1887.
» Conformément à un ordre ministériel transmis le 9 août 1887,
par le général commandant le 4° corps d’armée, une Commission
composée de MM. Goetzmann, capitaine en premier; Curnier , lieu­
tenant en premier; Causé , vétérinaire en second, a été constituée,
le 18 Août, au 26e régiment d’artillerie, avec mission d’expéri­
menter les g a le tte s a cc élér a tr ice s du docteur H eckel, et d’en
déterminer les qualités nutritives. Mille galettes pesant cha­
cune 200 grammes environ, ont été mises gracieusement par

2k

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�366

ÉDOUARD HECKEL

l’inventeur, à la disposition de la commission, qui les a fait con­
sommer, en remplacement de la ration d’avoine, par 10 chevaux de
la 6e batterie, pendant la période des grandes manœuvres.
» Les expériences ont duré 10 jours : avant la distribution, les
galettes étaient coupées à la main en fragments de la grosseur
d’une noix; chaque cheval recevait 10 galettes, 4 le matin, 3 à
midi, et 3 le soir.
» Cette alimentation spéciale a été facilement acceptée par les
chevaux désignés, qui, pendant la durée des essais n’ont jamais été
incommodés, n’ont rien perdu de leur embonpoint ni de leur
énergie, et sont restés dans un état aussi satisfaisant, à tous les
points de vue, que celui des animaux nourris à l’avoine.
» Il convient toutefois de faire remarquer que les galettes se
sont émiettées facilement pendant le transport, et qu’il faut
remédier à cet inconvénient.
» En résumé, les observations faites pendant les expériences,
tendent à prouver que les galettes accélératrices du docteur Heckel
contiennent tous les éléments dont les chevaux ont besoin pour
conserver leur embonpoint et leur énergie. La ration journalière a
un poids et un volume très réduits; plie pèse 2 kilogrammes, au
lieu de 5 kilogrammes 600 gr., poids de la ration d’avoine pour
l’artillerie. C’est là un avantage précieux au point de vue de l’ali­
mentation des chevaux en campagne.
»

» Les Membres de la Commission,
Signé : G oetzmann , C u r n ie r , Causse . »

Appréciation de M. A ureggio , médecin vétérinaire au 11e Régi­
ment d’artillerie, à Versailles (Extrait d’un article intitulé:
« Le problème de la marche des troupes, » inséré dans la Revue du
Cercle Militaire, n° 17, 2e année, 24 Avril et 1er Mai 1887).
« Nous croyons qu’il est absolument nécessaire de revenir sur
la question du biscuit fourrage et mieux du biscuit d’avoine. N’ou­
blions pas que l’armée allemande possède une galette d’avoine de
mobilisation et que les fabriques de conserves d’aliments, notam­
ment celles de Mayence, préparent constamment des quantités de
conserves pour hommes et des galettes d’avoine pour chevaux.
» A ce propos, nous signalerons la récente découverte du doc-

�LES KOLAS AFRICAINS

teur Heckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, qui
a créé, en vue de l’alimentation des chevaux de guerre en campa­
gne, particulièrement devant l’ennemi, des galettes dites conden­
sées accélératrices. Un kilogramme de ces galettes nourrit comme
deux kilogrammes d'avoine. Gela est d’une importance considéra­
ble pour les chevaux de l’armée qui doivent porter eux-mêmes
leur ration alimentaire, surtout dans les moments critiques des
opérations de guerre. Réduire la charge à la moitié, de ce chef,
serait un progrès méritant la plus grande attention. »
Expérimentation du commandant D e v o s , au 40° de ligne, à Privas,
en Décembre 1885.
« La l re expérience a eu lieu mercredi 23 Décembre. Sept
chevaux de races différentes, de tailles diverses, ont pris part à
l’expérience. Les cavaliers étaient les capitaines Egloff, Dubrey,
Bourret, Cloris, Faure, le docteur Cazalas et moi-même.
» Les animaux n’ont pas mangé d’avoine depuis le 22 au matin
jusqu’au 23 au soir. La ration de galettes accélératrices leur a été
donnée de la manière suivante : 3 galettes au repas du soir le
3 à 5 heures du matin, le 23 ; 3 le même jour, à 7 h. 1/2 du matin,
et les 3 dernières pendant le reposa midi; paille et foin comme
d’habitude. A la rentrée, les chevaux ont repris leur alimentation
ordinaire.
» Notre petit groupe, parti à 9 heures du matin, s’arrêtait à
11 heures 3/4, après avoir parcouru 26 kilom. De 11 heures 3/4 à
1 heure 50, déjeuner et repos, puis départ pour Privas, et arrivée
dans cette ville, à 4 heures, après 19 kilom. de parcours. C’est donc
une distance totale de 45 kilom. parcourue en 5 heures, soit une
vitesse de 9 kilom. à l’heure.
h Samedi 26, 2e expérience. — Rations données de la manière
suivante : 4 galettes le 25 à 3 heures ; 4 le 26 à 7 heures du matin ;
4 à 10 heures. Départ à midi, rentrée à 3 heures, parcours 33 kilom.r
donc 11 kilom. à l’heure.
» Nous considérons ces résultats comme très bons : nos chevaux
étaient mous pour la plupart, et de plus ils n’avaient guère été
montés qu’au pas, depuis deux mois, par les ordonnances.
» Conclusion. Lesgalettesremplacent l’avoine, donnentdes jambes

�368

ÉDOUARD HECKEL

aux chevaux. Ces animaux eu sout friands; elles n’ont aucune
action nuisible sur la santé; enfin nos bêtes n’ont éprouvé aucune
fatigue après les sorties auxquelles elles sont cependant loin d’être
habituées.
»• Privas, le 28 décembre 1885.
'

Observations de M.

» Signé: Commandant
P

Devo s.

»

receveur des contributions indirectes
à Souvigny (Allier).

io t o n ,

« Je me suis adressé à M. Heckel, à Marseille, dont je suivais
depuis longtemps les travaux avec intérêt ; et il a mis gracieuse­
ment à ma disposition 40 galettes pour chevaux.
» Je dois dire que j’ai eu de la peine pour en faire prendre à
mou cheval, qui en est aujourd’hui très friand : j’en ai perdu
quelques-unes pour lui apprendre à eu manger.
» Le 20 juin courant, avec 2 galettes seulement, je faisais une
expérience préalable; antérieurement mon cheval avait fait :
» Le 1er juin, 30 kilom. ; le 8 juin, 30 kilom. ; le 19 juin, 40 kil.
» Le 20 juin, sans autre nourriture que de la paille et 5 litres
d’avoine au départ, je faisais le même jour les 5e et 6e tournées,
d’un coup, en une course de .64 km.; et, pour cela il n’a fallu
donner à mon cheval, en sus des aliments ci-dessus, que deux
galettes de Kola seulement, de chacune 250 gr. J’ai toujours
marché avec une vitesse moyenne de 1.4 km. à l’heure. 11 faisait, ce
jour-là, une chaleur torride, mon cheval n’a pas sué; il avait, au
retour, beaucoup plus d’action qu’au départ; et, en arrivant, il
n’était pas fatigué.
» Je me résume : il est maintenant certain qu’avec les galettes
au Kola, administrées à un cheval, on active sa marche et on pro­
longe la durée de sa résistance à la fatigue. Les vibrations mus­
culaires sont plus nombreuses et plus énergiques.
» Signé : P io t o n . »
Rapport sur les Rations condensées accélératrices du D r H e c k e l ,
pour chevaux, par M. P r é v o s t , vétérinaire militaire.
« Le 19 mars dernier, M. le docteur Heckel a bien voulu, sur
notre demande, nous adresser gracieusement un certain nombre
de galettes,

�LES KOLAS AFRICAINS

» Son invention étant à peu près connue de tous ceux qui
s’intéressent à l’hygiène hippique militaire, nous nous dispensons
d’en faire la description.
» L’expérience à laquelle nous avons procédé n’a porté que sur
un cheval d’officier (le nôtre). Elle comportait la solution de ces
deux questions :
» 1° Un cheval de cavalerie nourri exclusivement de galettes et
de paille (celle-ci donnée à la ration ordinaire), peut-il assurer
pendant 8 jours le service en campagne?
» 2° Peut-on exiger de lui, s’il est accidentellement alimenté de
cette façon, des courses assez longues?
» Notre jument, en bon état, suffisamment entraînée, montée
régulièrement chaque jour (environ 15 km.), cotée comme la
moyenne des chevaux d’officier d’artillerie, fut pesée le 21 mars :
poids 490 kilog.; elle consomme normalement très peu de foin.
22 mars, 9 tablettes, ration ordinaire de paille, 16 km. en 1 h.
8
—
—
23 —
10 km. en 1 h.
—
—
24 —
8
11 km. en 1 h.
25 — 6
—
—
(0
26 9
1 h. de manège
—
—
27 6
1 h. 1/2 —
—
—
28 — 10
—
—
20 km. en 1 h. 3/4
29 —
—
—
9
22 km. en 2 h.
30 —
9
18 km. en 1 h. 1/2
—
—
31 fin de la nourriture exclusive avec galettes; pesée 489 kil.

» L’allure était aussi régulière,aussi soutenue qu’avec l’alimenta­
tion par l'avoine. La jument se montrait assez friande de galettes ;
mais, nous devons à la vérité de dire que contrairement à ce que
certaines personnes prétendent, et à ce que nous avons cru remar­
quer nous même au début, tous les chevaux n’acceptent pas volon­
tiers le nouveau produit.
» Il n’y a pas lieu détenir compte de ce dégoût qui disparaît le
jour où la galette est substituée complètement aux grains.
» Le service de guerre ne consiste pas toujours à faire de longues
étapes. Si quelquefois des cavaliers ont à parcourir des trajets
étendus, très souvent les régiments avancentcà petites journées; en
moyenne 15 à 20 kil. quotidiennement. Si on tient compte des dis­
tances franchies et du temps employé dans les observations ci(*) Impossibilité absolue de sortir à cause du mauvais temps.

�370

ÉDOUARD HECKEL

dessus relatées, il est facile d’apprécier les services que pourraient
rendre les galettes du docteur Heckel, comme nourriture acciden­
telle du cheval.
» 2e Question. — Le 29 avril ; la jument reçoit 12 tablettes et sa
ration de paille ; elle parcourt 32 kil. en 2 heures 50, sur une route
accidentée.
Son allure était aussi franche au retour qu’à l’aller.
Le lendemain 30 avril : ration 9 tablettes, 20 km. en 2 heures.
» Souvent nous nous sommes supposé en campagne sans pouvoir
compter sur les convois, mais ayant à notre disposition des galettes;
nous avons pu exiger, sans effort, 25 kil. en 2 heures 1/2, 2 heures
3/4 avec 9 galettes.
» Sans aucun doute, le docteur Heckel ne saurait avoir la préten­
tion de remplacer totalement, et pour longtemps, l’avoine par son
produit ; ce qu’il cherche surtout, c’est permettre aux cavaliers,
que les convois ne peuvent rejoindre, de continuer à assurer leur
service en faisant consommer à leurs montures des galettes et de
la paille exclusivement.
» La grande facilité de transport, les bons résultats que nous
avons obtenus avec les rations condensées, nous font désirer dé les
voir expérimenter sur une grande échelle, car nous sommes con­
vaincu qu’elles réunissent beaucoup des conditions qui sont à
rechercher dans une ration accidentelle.
» C’est pour la cavalerie qu’il serait utile d’avoir une ration que
nous appellerions volontiers de « disette », car c’est cette arme
surtout, que ses fonctions stratégiques exposent à être séparée de
ses convois.
» Des observations que nous avons faites sur l’emploi des
rations condensées, il ressort ;
» 1° Qu’elles sont facilement transportables et se conservent
bien ;
» 2° Que les chevaux les prennent volontiers quand ils n’ont
pas d’avoine à leur disposition ;
» 3° Qu’elles peuvent accidentellement remplacer l’avoine, mais
l’avoine seulement. Il ne faut pas songer, en effet, l’inventeur d’ail­
leurs n’a pas cette idée, à vouloir les substituer également au foin
et à la paille, qui, en plus de leur rôle dans la nutrition,constituent
un lest indispensable que les galettes ne peuvent procurer.

�LES KOLAS AFRICAINS

. » 4° Qu’il.serait utile de les faire expérimenter pendant les
grandes manœuvres dans les corps de cavalerie ;
» 5° Qu’on pourrait, dès aujourd’hui, en donner en réserve aux
régiments frontières. La consommation et le renouvellement s’exé­
cuteraient comme pour les biscuits et conserves de réserve à l’usage
des hommes.
» Dôle, le 31 mai 1888.
» Signé : PREVOST,
» Vétérinaire en 2e au 7e escadron du train. »

sur les expériences ordonnéès par la lettre ministérielle
du 28 juillet 1888, concernant les Rations condensées du Docteur

R appo rt

H eckel .
15e

COUPS

d ’a r m é e .

— lD« BRIG. DE CAVALERIE. —

1er RÉG.

DE HUSSARDS.

« Marseille, le 15 août 1888.
» Conformément à la lettre ministérielle du 28 juillet dernier, il
a été nommé une commission composée de :
» M. le chef d’escadron Rassac, président ; de M. de PontevèsSabran, capitaine commandant, et de M. Pader, vétérinaire en
second, afin d’expérimenter sur des chevaux faisant les manœuvres
de brigade, les rationscondenséesdeM. le docteur Heckel. Nous avons
l’honneur de rendre compte de la mission qui nous a été confiée.
» Nous renfermant dans les conditions exposées dans la lettre
ministérielle, il a été pris aux deux escadrons douze chevaux. Ces
chevaux, tous en parfaite santé, ont été partagés en deux lots de six,
et placés côte à côte dans une même écurie ayant une mangeoire
commune, mais bien conditionnée.
» Le premier lot de six chevaux a été désigné pour consommer
14 galettes par jour, pendant 3 jours, en remplacement de l’avoine
seulement. La répartition des repas et la distribution des rations
ont été organisées ainsi qu’il suit :
Pour le 'premier lot :
4 Galettes le matin, une heure environ avant le départ pour la
manœuvre.
4 — à la rentrée de la manœuvre.
6 — au repas du soir.

�372

ÉDOUARD HECKEL

Pour le deuxième lot :
3 Galettes le matin avant la manœuvre.
2 — à la rentrée.
3 — au repas du soir.
» L’expérience a pu commencer le 7 août au matin, la caisse con­
tenant les rations étant arrivée la veille. Les chevaux ayant été mis
hors de l’écurie, la ration destinée à chacun d’eux a été rompue, à la
main, en menus morceaux et placée dans la mangeoire. Cette
opération finie, tous ont été ramenés en même temps à leur place
respective. Dès le premier repas, les chevaux se sont précipités sur
leur ration sans hésitation et l’ont mangée en manifestant même
une certaine avidité. Deux, cependant, appartenant chacun à un lot
différent, après avoir goûté de la substance, ont paru hésiter à con­
tinuer leur repas et semblaient rechercher les brins de foin qui
pouvaient rester dans le râtelier ; mais ils sont revenus à plusieurs
reprises à leur ration, qu’ils ont fini par manger.
» Quand les chevaux sellés sont partis pour la manœuvre, il ne
restait pas un seul morceau de galette dans la mangeoire qui avai
été parfaitement nettoyée.
» Au deuxième repas, tous, sans exception, se sont montrés
également avides de la dite substance et il en a été de même
jusqu’à la fin des expériences.
)) Les chevaux du premier lot qui recevaient des galettes à
l’exclusion de toute autre nourriture, après avoir rapidement mangé
leur ration, paraissaient inassouvis, comme si l’estomac, habitué à
une certaine plénitude, réclamait du lest. Aussi, ces chevaux
restaient inquiets à la vue du râtelier de leurs commensaux garni
de leur ration de foin et de paille, et soit surexcitation due à cet
état particulier, soit excitation spéciale due à la nourriture, les
chevaux, même naturellement doux, devenaient turbulents et
querelleurs.
» Après la manœuvre qui a suivi le premier repas, cinq cavaliers
sur douze ont pu remarquer dans leur cheval une certaine surexci­
tation et une ardeur plus grande au travail ; les autres n’ont pas
senti de différence bien notable.
» Mais à la manœuvre du deuxième jour la surexcitation a été
générale et bien sensible,

�LES KOLAS AFRICAINS

373

)) Tous les cavaliers ont été unanimes dans la constatation de
l’ardeur extraordinaire de leur cheval; les plus tranquilles d’habi­
tude se montraient turbulents et quelques-uns, ne pouvant être
retenus, se sont emportés à travers champs.
» Cette ardeur, due incontestablement à leur nourriture spéciale,
a paru se maintenir d’une manière encore assez sensible jusqu’au
deuxième jour après la cessation du régime et la reprise de la
ration ordinaire.
» Pendant la durée du régimed’expérience, et après sa cessation,
il n’a été constaté d’une manière positive aucun trouble dans les
grandes fonctions, tant du cùtè des voies digestives que des voies
génito-urinaires.
)) Comme conclusion, cette expérience faite en temps de
manœuvre permet de constater que la galette Heckel, du poids
environ de 250 grammes, de forme discoïde s’adaptant au sac
porte-avoine, d’une cohésion suffisante tout en étant friable à la
main, est d’un transport facile pour le cheval ; sa grande valeur
nutritive (sous un faible volume) déterminée par des expériences
précédentes, son pouvoir excitant qui vient encore d’être manifes­
tement constaté et la facilité avec laquelle à peu près tous les
chevaux l’acceptent à première vue, en font, sans présumer de sa
conservation, un aliment qui peut avoir son utilité en campagne,
soit comme pouvant être substitué exceptionnellement à l’avoine
et même à la ration complète, soit pour être donné comme adjuvant
à la ration ordinaire, dans le cas où on a besoin d’exiger du cheval
un effort considérable ou une dépense de force et d’ardeur insolites».
Voici maintenant une observation plus importante qui
prouvera la valeur de ces Rations au Kola, pour les chevaux
en campagne :
Em ploi du K ola en campagne en Afrique tropicale

Comme je l’ai dit (p. 78), M. le Dr Rançon est un des rares explo­
rateurs du continent africain, qui aient eu la prudence de se
pourvoir d’aliments au Kola, pour les consommer lui-même
avec ses hommes ou pour les faire consommer par les animaux
qui le suivaient durant un pénible voyage d’exploration.
Il en a retiré grand profit, ainsi qu’on va le voir, pendant
sa mission au Soudan et en Haute-Gambie. Voici, du reste,

�374

ÉDOUARD HECKEL

comment il apprécie les avantages que l’Européen, sous ces
climats torrides et éminemment débilitants, doit recueillir d’un
usage méthodique du Kola sous la forme des Rations expéri­
mentées par l’armée française (galettes pour hommes et galettes
pour chevaux). Ces observations réalisent les espérances si nette­
ment exprimées par Binger, p. 89.
« Nous connaissons aujourd’hui exactement toutes les pro» priétés physiologiques du Kola et nous savons que les vertus
» attribuées par le noir à cette graine, ne sont pas imaginaires.
» Ce que, depuis des siècles, l’instinct de la bête a révélé à
» l’homme primitif, nous en étions encore, nous hommes de
» science et de travail, à le discuter malgré les données de
» l’observation la plus précise. Il faut avouer que le dernier
» des nègres est, à cet égard, plus heureux que nous. Son
» instinct ne le trompe pas, tandis que notre science est
» parfois bien lente et bien infidèle à nous révéler des secrets
» qui n’échappent pas à la sagacité des hommes primitifs.
» Pourquoi chercher, à ces faits observés, des explications
» qui ne seront jamais qu’à la portée d’un petit nombre
» d’initiés ? Pourquoi ne pas admettre simplement la réalité'
» du fait brutal et ne pas se contenter des résultats indiscu» tables d’une expérience plusieurs fois séculaire? Pourquo1
» enfin le Kola, agissant sur l’organisme du noir, n’agirait-il
» pas de même sur celui du blanc ? (1) Nous avons vu,
» constaté, enregistré maintes fois les bienfaits de cette substance
» non seulement sur les indigènes, mais encore sur les Euro» péens. Nous nous en sommes servi pendant toutes les
» campagnes que nous avons faites au Soudan, et en en usant
» modérément, nous nous en sommes toujours bien trouvé. Nous
» pourrions citer des noms de camarades qui pensent abso» lument comme nous, après expérience. Que faut-il de plus
» pour ouvrir les yeux aux incrédules ?
» Il n’y a pas le moindre doute que l’usage modéré du
» Kola serait d’un effet salutaire sur l’organisme, trop souvent
» affaibli et débilité, des soldats qui font campagne au Soudan.
» Il y a là des essais sérieux à tenter, et, au Soudan Français,
(1) Cette objection m’a été faite sérieusement par des spécialistes, quand il s’est
agi d'appliquer aux troupes françaises en campagne, l’alimentation au Kola, qui
réussit si bien aux indigènes en marche. (Note de L'auteur.)

�LES KOLAS AFRICAINS

» pays duKola, rien n’a encore été fait de méthodique à ce
» sujet. Iln’en a pas été de même partout fort heureusement,
» car, dans d’autres colonies, en France même, des expériences
» suivies out été faites par des hommes dont la compétence
» en semblable matière ne saurait être mise en doute. Les
» résultats ont été concluants. Nous même nous avons cru de
» notre devoir de nous eu occuper sérieusement pendant notre
» dernier voyage et, bien que notre opinion soit de peu de
» poids dans une si importante question, nous ne craignons
» pas de l’écrire ici et de faire* connaître ce à quoi nous
» sommes arrivé.Nous ne parlerons pas de l’emploi du Kola
» en nature. Après ce que nous venons de dire (voir p. 79),
» nous estimons, n’en déplaise aux adversaires du Kola,
» que la cause est dès maintenant entendue et jugée. Le procès
» est gagné. Nous ne relaterons ici, sans aucun commentaire,
» que les essais tentés par nos soins sur les hommes et les
» animaux, avec les rations de guerre au Kola formulées par
» M. le docteur Heckel, professeur à la Faculté des sciences
» de Marseille, dont la compétence et la haute autorité morale
» et scientifique sont hautement proclamées.
» La galette pour hommes (formule du Dr Heckel) (1), que
» nous avons expérimentée sur nous-même, nous a donné de
» bons résultats et nous avons pu, en nous en servant pendant
» la première partie de notre voyage, faire, sans trop de
» fatigue, de longues, de très pénibles étapes. Sans doute cette
» composition n’est pas parfaite, mais, telle qu’elle est, nous
» estimons qu’elle pourrait rendre de grands services, surtout
» si elle était méthodiquement administrée et si son usage en
» ôtait surveillé par des hommes compétents et observateurs.
» La galette pour chevaux (2) pourrait être aussi utilisée
» avec profit. Nous avons pu constater, qu’au début, les ani» maux originaires du Soudan ne la mangent qu’avec difficulté.
(1) Il s'agit des rations condensées accélératrices pour hommes expérimentées
par le ministère de la guerre et par les colonies et dont j’ai donné déjà, avant
celles pour chevaux, la composition et la formule. Ces rations avaient été préparées
à Marseille pour le voyage d’exploration scientifique de M. le Dr Rançon
(E. Heckel).
(2) Il s’agit des rations de guerre condensées pour chevaux dont j’ai donné
(p. 362) la composition et la formule (E. Heckel).

�376

ÉDOUARD HECKEL

» Mais ils finissent par s’y habituer rapidement. Nourris sim» plement avec du mil, ils ne mangent que péniblement l’orge
» et l’avoine qui entrent dans sa composition. Mais deux ou
» trois jours suffisent pour les y habituer. Le fait suivant en
» est une preuve évidente.
» Lorsque je suisarrivéàNétéboulou (Haute-Gambie),j’avais pour
» monture une jument indigène, originaire du pays deNioro, d’une
» maigreur extrême, véritable cheval de l’apocalypse, comme l’ap» pelait un de mes amis, le matin du jour où je quittai Kayes.
» Elle n’avait, en raison de ses origines, jamais été nourrie
» qu’avec du mil. A Nétéboulou, je ne pouvais plus lui en
» donner, il n’y en avait même pas pour mes hommes et les
» habitants du village. Je fus donc obligé de ne la nourrir
» que de galettes au Kola et d’herbe verte, le fourrage man
» quant absolument à l’époque de l’hivernage. Il me fallut six
» jours pour l’y habituer. Pendant près d’un mois, elle ne
» vécut que grâce à ces rations au Kola. Quand les galettes
» vinrent à manquer, elle mourut d’anémie pernicieuse en peu
» de jours.
» J’avais, en plus, comme animal de charge, une mule
» d’Algérie, habituée par conséquent à l’orge. Dès le premier
» jour que je lui donnai des galettes, elle les dévora de suite
» avec avidité. Bien qu’elle ne fut nourrie que de ces rations
» an Kola et de fourrage vert, elle se maintint en bonne
» santé etengraissa même. Je me souviens combien elle était
» admirée des habitants du village, et la mort, survénue à la
» suite d’un accès pernicieux, stupéfia tout le monde. Détail
» important : quand elle mourut, il y avait plus de quinze jours
» que ma provision de galettes était épuisée. Elle ne se nour» rissait plus que d’herbes.
» La seconde monture que j’eus, en remplacement de la
» jument, était un vigoureux cheval que je devais à la com» plaisance de mon excellent ami M. le capitaine Roux, de
» l’infanterie de marine, commandant le cercle de Bakel, qui
» me l’avait, envoyée selon les instructions de M. le comman» dant supérieur. C’était un animal qui mangeait beaucoup.
» Pendant les 24 jours que je fus obligé de passer à Mac-Car» thy (Gambie), à bout de forces et miné par la fièvre, je n’avais

�LES KOLAS AFRICAINS

377

» pour l’alimenter que le mil rouge et dur de Sierra-Leone
» que je devais à la générosité de la Compagnie française, mais
h que l’animal refusait obstinément. J’avais heureusement trouvé
» en arrivant plusieurs caisses de galettes que M. le Dr Heckel
« m’avait expédiées par un des navires de la compaguie. Pen» dant 24 jours, l’animal ne mangea que cette ration et je ne
» m’aperçus pas au départ qu’il eut maigri ou qu’il eût perdu
» quoique ce soit de sa vigueur.
» Il en fut de même, du reste, pour le cheval du chef de
» Nétéboulou qui m’accompagnait. Cet animal, de plus, fut sujet,
)) pendant les premiers jours de notre arrivée, à de fréquents
» accès de fièvre. Quand nous quittâmes Mac-Carthy, il était
» complètement remis et fit toujours sou service. Je ne veux
» point affirmer que l’usage des galettes amena sa guérison ; mais je
« ne puis m’empêcher de croire qu’elles y aidèrent beaucoup (1).
n II fallut trois jours pour habituer ces hôtes aux rations à
» base de Kola. Voilà certes des résultats probants ; aussi,
« quoiqu’on en ait dit, quoiqu’on en dise encore, nous ne pou» vons nous empêcher de conclure que le Kola est appelé à
» jouer, un jour ou l’autre, un grand rôle au Soudan dans la
» vie des Européens et dans l’existence des animaux que nous
» y employons : nous devrons ce résultat à la persévérante ini» tiative du Dr Heckel. »
Je dois dire en terminant que, malgré les avantages présentés
par ces préparations de Rations accélératrices pour chevaux, et les
résultats encourageants obtenus par les expériences' officielles ou
officieuses ci-dessus relatées, elles n’ont, pas plus que les Rations
accélératrices pour hommes, été adoptées pour l’armée française.
Des expériences autorisées par le ministère de la guerre français
se font en ce moment sur mes indications, en Russie, tant sur les
rations pour hommes que sur celles destinées aux chevaux : j’en
ignore encore les résultats.Mais si le gouvernement moscovite adoptece mode d’alimentation de guerre, la France, sans aucun doute,
ne pourra qu’imiter l’exemple de cette nation : alors sera justifiée,
(1) Cette observation est à rapprocher de l’emploi du Kola au Congo contre la
fièvre (voir page 283), et des indications de J. Bauhin (page 293, Bibliographie).

24

�V

378

ÉDOUARD HEGKEL

une fois de plus, la parole de M. le Dr Ravenez, placée en tête de
ce chapitre. C’est le cours normal des choses.
Toutefois, les mêmes Rations pour hommes sont couramment
employées par les alpinistes, les vélocipédistes, les touristes, les
gymnasiarcjues, etc. : (1) ils trouvent à leur emploi des avantages
qu’on sera peut-être étonné de ne pas voir rechercher encore par les
hommes intelligents et dévoués qui président au bien-être du soldat
français et qui ont pour mis'sion d’assurer la supériorité physique
et la résistance de nos troupes. Le temps aura, sur ce point comme
sur bien d’autres, raison des préventions, s’il en existe, et je ne
doute pas que le jour se fasse désormais rapidement sur la valeur
reconnue d’une matière première qui est devenue, à cette heure,
essentiellement française par son abondante production dans nos
colonies tropicales africaines, et par l’étude spéciale que j’en ai
faite.
Il n’est pas inutile, en terminant la partie de ce chapitre
consacrée à la bromatologie du Kola, de dire que cette graine,
en raison même de la facile assimilation digestive de ses parties
constituantes, de l’absence du fibrose et de vasculose qui la
caractérise, devra être considérée comme aliment de premier
ordre, si on n’oublie pas ses vertus reconstituantes et la forte
proportion de fécule qui entre dans sa composition (33 %)•
Cette vue a été parfaitement développée dans le travail déjà
relaté de MM. Chodat et Chuit, et on sait bien que les nègres
des centres africains, qui ne peuvent se procurer le Kola
frais, en raison de leur éloignement de la côte et des
centres producteurs ou commerciaux de cette graine, l’em(I) M. G. Sée a laissé supposer,dans sa discussion à l’Académie de Médecine au
sujet du Kola,que mes communications à cette assemblée sur l’emploi de cette graine
étaient inspirées par l’intérêt que je pouvais porter à la création d’une spécialité
pharmaceutique ou alimentaire. Je ne saurais trop protester contre cette insinuation
dont le but était d’abaisser le débat. J ’ai donné à un fabricant de biscuits de Mar­
seille la formule que je publie ici, et, comme le Kola était inconnu, il fallait bien
donner la garantie de mon nom à une préparation nouvelle appelée à être essayée
dans l’alimentation publique, de là l’indication de for imite du Dr Heckel qui
accompagnait les Rations condensées accélératrices au début, c’est-à-dire durant,
la période des essais. J’ai déjà dit que les essais avaient été onéreux pour moi; ils
l’ont été plus encore pour le fabricant de biscuits pour hommes : il s’y est ruiné.
Quant à la préparation (outillage, m ain-d’œuvre, essais, etc.) des galettes pour
chevaux, elle a coûté à deux de mes amis de Marseille, qui avaient accepté coura­
geusement d’en faire les essais à leurs frais, une somme nette de 20.000 fr.

�. LES KOLAS AFRICAINS

379

ploient à l’état sec, en poudre mélangée à du lait, c’est-à-dire
a titre de véritable aliment reconstituant. 11 n’est pas douteux,
qu’après torréfaction, cette graine, réduite en poudre fine et
mêlée à du sucre, à de la fécule de Salep ou autre, à
de la vanille et à un peu de cacao, constituera un racahout
de premier ordre. J ’ai eu l’occasion de faire opérer un pareil
mélange et je dois déclarer qu’il donne un produit excellent.
Broyé avec ie cacao, surtout avec les variétés riches en corps
gras, il donne un chocolat bien plus nutritif et plus reconsti­
tuant que le produit résultant du, simple mariage de cacao,
de sucre et d’aromates. Les essais que j’en ai faits ne laissent
sur ce point aucun doute dans mon esprit. La poudre de bon
Kola torréfié a un arôme vague de cacao qui s’allie du reste
parfaitement au parfum plus dominant de la graine d’Amérique.
Il y a donc tout lieu d’espérer qu’un jour ou l’autre, le Kola
prendra dans l’alimentation publique, comme il occupe déjà
dans la thérapeutique, une place marquée, et ce sera justice.
L’avenir est assuré à cette graine à tous les points de vue,
quand son prix sera devenu plus abordable pour la grande
industrie de l’alimentation publique. Ce résultat sera obtenu
par la culture dans nos colonies tropicales, et à ce propos, il
faut féliciter la Société nationale d’acclimatation de France qui a
témoigné de l’intérêt qu’elle porte à cette question, en attribuant,
pour 1894, un prix de 500 francs au planteur colonial français
qui aura introduit le Cola acumincita dans nos possessions
tropicales et obtenu de ce végétal une récolte commerciale.
Tout me donne le droit d’espérer, après les efforts que j’ai
faits dès 1884 (il y a près de dix ans), pour pousser à l’intro­
duction et à la culture de cette précieuse espèce dans nos
colonies chaudes, et après les envois réitérés de graines et de
plants vivants que j’ai réalisés et que je réalise encore
aujourd’hui soit aux jardins publics, soit à des particuliers, que
le prix pourra être attribué à la date fixée par la Société
d’acclimatation de France. Tout me fait, en outre, supposer
qu’un planteur de La Martinique pourra être le lauréat désiré.
C’est dans cette île, en effet, que mes efforts, secondés puis­
samment par les Directeurs du Jardin botanique de St-Pierre
et surtout par le stimulant de l’exemple qu’ont donné les

�380

Éd o u a r d

heckeL

Anglais de Grenade, ont été jusqu’ici les plus fructueux. J’en
ai longuement parlé à la page 45 de ce livre, et je ne saurais
trop attirer l’attention de tous ceux que cette question inté­
resse, sur l’avenir que présente, au point de vue de la culture
du Kola, cette colonie placée sous les latitudes convenables
et aujourd’hui séparée de la France par 12 à 13 jours de mer
seulement. — La Guadeloupe offrirait, à ce même point de vue, les
mêmes ressources, mais j’iguore si l'introduction du Kola y est
aussi avancée que dans sa proche voisine, située plus au Sud
au milieu des petites Antilles.

�CINQUIÈME PARTIE

E tude P harmacologique . — P osologie .
R éflexions

finales

L’action pharmacodynamique du Kola officinal (Cola acuminata) étant maintenant bien délimitée, autant au point de vue
élémentaire que pondéral, par les études contenues dans les
chapitres précédents, il est aisé d’aborder l’examen des prépara­
tions pharmaceutiques qui peuvent le mieux assurer cette action.
Etant donné que le Kola en nature, sauf à l’état de poudre (1),
en cachets ou sous forme de comprimés, n’est guère acceptable
en raison de la forte quantité de matière inerte dont son
emploi entraîne l’ingestion, il était naturel que, pour diminuer
le volume de la substance à absorber, on cherchât à recourir à
des préparations aussi agréables que rationnelles. De ce besoin
réel, sont nés les élixirs, extraits, saccharures, tisanes, biscuits,
vins, etc. qui abondent aujourd’hui dans les officines, mais
sans répondre toutes parfaitement à l’attente du médecin et
(1) Il est toujours facile au pharmacien de reconnaître à l ’aide du microscope
l’authenticité de la poudre de Kola officinal, à la forme caractéristique de ses grains
d’amidon et à l’abondance de ces grains (voir planche I, iig. 6). Mais le mélange
delà poudre de graine du vrai Kola (Cola acuminata), à celle du Kola du Gabon
(Cola Ballayi), ne peut être reconnu que par le dosage de la caféine libre et du
rouge de Kola (Kolanine). Nous avons indiqué la technique de ce dosage dans la
partie chimique de cette monographie.

�382

ÉDOUARD HECKEL

aux besoins des malades, dans l’état actuel de leur préparation.
La forme la plus rationnelle sera évidemment, d’après
ce que nous avons dit dans la partie chimique de cette
étude, celle qui permettra de condenser sous un faible volume
la plus grande partie, sinon la totalité des éléments composants
les plus importants, qui donnent son caractère fondamental à
l’action pharmacodynamique du Kola. Nous allons voir quelles
sont ces préparations. Mais, avant tout, il convient de rappeler
que le praticien, s’il tient à assurer à ses manipulations le plus
de fini possible, s’il désire fournir un médicament répondant
aux données actuelles de l’analyse chimique et physiologique
du Kola, conforme enfin aux résultats que nous avons obtenus
par l’étude de la matière médicale de cette graine, ne mettra
en œuvre que le Kola frais. En cet état, il pourra savoir si
cette graine appartient à la variété rouge ou blanche, et nous
savons maintenant que cette dernière est beaucoup plus riche
que la première en Kolanine. D’autre part, nous avons vu
(page 254), que les graines en se desséchant perdent une partie
de leur Kolanine, qui se dédouble et donne de la caféine libre.
Mais il n’est pas toujours possible, pour plusieurs raisons,
d’employer la graine fraîche, bien qu’à cette heure, elle arrive en
France d’une façon assez régulière, soit sur les marchés français
(Marseille et Bordeaux), soit sur les places étrangères (Lisbonne et
Liverpool). Ces raisons sont : 1° le prix beaucoup plus élevé du
Kola frais que celui du Kola sec; 2° la persistance de l’huile
essentielle aphrodisiaque dans toutes les préparations pharma­
ceutiques pour lesquelles la chaleur de 100° un peu prolongée n’in­
tervient pas (alcoolature, élixir, vin, etc.), et même dans certaines
formes pour lesquelles l’intervention de cette chaleur suffit à
éliminer l’huile essentielle mais ne donne pas un produit doué
des principes recherchés (Vextrait aqueux de Kola, par exemple).
Dès lors, on est conduit, par exclusion, à considérer l’extrait
alcoolique de Kola frais comme la meilleure préparation à laquelle
on doive recourir, parce qu’elle implique : 1° l’emploi de la graine
dans son état le plus actif (c’est-à-dire l’état frais, nous l’avons
démontré); 2° l'intervention d’un véhicule bien approprié qui est
le meilleur dissolvant de la Kolanine (l’alcool à 90°); et 3° l’élimi­
nation complète de l’huile essentielle aphrodisiaque par l’inter-

�LES KOLAS AFRICAINS

383

vention prolongée de la chaleur nécessaire à l’évaporation et à la
concentration de l’extrait (1).
Le Kola frais et blanc (qui, nous l’avons vu page 196, constitue
une variété du Cola acuminata, de beaucoup supérieure à la
rouge), donne environ 6 0/0 de son poids eu extrait, qui est loin
de renfermer toute la caféine libre contenue dans la graine (voir
page 189), mais pourvu de toute la Kolanine disponible; de plus
l’extrait desséché est privé d’huile essentielle. Un gramme de
cet extrait représente environ 18 gr. de Kola blanc frais (privé de
son eau) soit 36 gr. de la même substance non desséchée. C’est
bien la dose, que peut se permettre d’absorber un marcheur ou un
vélocipédiste durant une course de 10 heures de durée environ, en
ayant soin de fractionner les doses, c’est-à-dire en opérant comme
il a été indiqué page 356 (10 pilules d’extrait de 0 gr. 10 chacune à
prendre d’heure en heure (2).
Mais cette dose qui représente environ (en tenant compte de la
déperdition qu’entraîne en caféine libre la préparation de l’extrait)
3 gr. 80 % de caféine tant libre que combinée, serait peut-être un
peu trop élevée pour les divers emplois thérapeutiques déjà signalés,
notamment dans le cas où le remède s’adresse à des affections
organiques (maladies du cœur compliquées d’hydrôpysie, convales­
cence de maladies graves, neurasthénie, etc.). Il serait alors plus
prudent de commencer par des doses moins élevées, et toujours
fractionnées de 0 gr. 30 d’extrait alcoolique au début, pour arriver
progressivement à 1 gr. et au-dessus.
Dans le cas d’accouchement avec inertie de l’utérus (ChambardHénon, voir page 279), on pourra, pendant le travail, en vue
d’en assurer la continuité sans fatigue excessive, et pour maintenir
(1) Les différents pharmaciens qui se sont le plus récemment occupés cle spé­
cialiser des préparations de Kola (sans doute guidés par mes communications à la
presse médicale sur la nature et les propriétés de la K o la n in e ou R o u g e d e K o la ),
ont recouru à l'extrait alcoolique ( K o la g r a n u l é A s t i e r , K o la g r a n u l é R o y , E l i x i r
M o n a v o n , S a c c lia r u r e N a lto n , etc.), mais à l’extrait de Kola sec, livrant ainsi une
préparation moins riche en Kolanine qu’il ne conviendrait dans l’intérêt des résultats
thérapeutiques recherchés par le médecin.En recourant au Kola sec, ils privent évi­
demment la préparation d’une partie du principe qui fait sa caractéristique et
assure sa supériorité sur les autres produits extraits des caféiques.
(2) C’est le procédé indiqué à M. le Dr Tissié, de Bordeaux, par un pharmacien
vélocipédiste qui l’emploie à sa grande satisfaction : il suffirait, pour rendre ce pro­
cédé parfait, d’employer l’extrait de Kola blanc et frais.

�384

ÉDOUARD HECKEL

l’état de veille de l’accouchée après la parturition, donner depuis
1 gr. jusqu’à 2 gr. d’extrait à doses fractionnées durant le travail
prolongé.
Contre le diabète, il importera de commencer les marches et le
traitement préalable en ayant soin de faire préparer 21 gr. d’extrait
de Kola divisés en 210 pilules ; faire prendre d’abord une pilule en
augmentant d’une chaque jour, la dose, jusqu’à 20, puis redescendre
de 20 à 1 pilule de la même façon. C’est la répétition (avec l’extrait
alcoolique frais) du traitement que j’ai, indiqué page 278, avec la
poudre de Kola sec.
Comme on le voit, cette forme pharmaceutique du Kola
s’adapte aux principales applications thérapeutiques de cette
drogue. Il n’en serait pas de môme de la mastication de la graine
fraîche, mode d’administration qui serait cependant le plus recom­
mandable, car il permet au consommateur de Kola de faire péné­
trer lentement d.ns son organisme (et partant d’en assurer
l’action plus sûre) de la totalité des éléments utiles (tannin,
caféine, théobvomine et Kolanine) renfermés dans la graine. La
mastication lente permet, en effet (ce qu’aucun dissolvant ne
peut faire), de ne rejeter que la matière inerte absolument
dépouillée de tout principe utile, c’est-à-dire, une grande
partie de l’amidon et la cellulose; d’autre part, durant cette
mastication, la transformation de la Kolanine en caféine libre et
en glucose s’opère lentement et partiellement, sous l’influence du
ferment salivaire, pour s’achever complètement dans l’estomac.
Cette division d’un travail doucement accompli est toute au profit
de la complète absorption des produits utiles du Kola. Mais l’action
aphrodisiaque de cette graine fraîche en doit faire proscrire
l’emploi thérapeutique, à moins de cas spéciaux, où il convient
de lutter contre l’impuissance génésique en même temps que contre
l’affaissement général du système nerveux et musculaire, ce qui
est le cas dans la neurasthénie. Ici, la mastication des graines
fraîches semble tout-à-fait indiquée. Il est bon de savoir que 36 gr.
de graines fraîches de Kola blanc (qui constituent la dose de graine
à mastiquer dans ce cas), représentent 1 gr. 30 de caféine libre ou
à l’état de Kolanine. Quand on y recourra, il sera important de
recommander au malade de ne mastiquer à la fois qu’un poids
de 6 gr. environ de semence et de renouveler six fois l’opération

�LES KOLAS AFRICAINS

385

dans les 12 heures de jour, en prenant soin toutefois de s’arrêter
une heure ou deux avant le coucher.
Quelle sera la meilleure forme à adopter pour l’emploi straté­
gique? J ’incline à penser que pour l’introduire dans l’alimen­
tation du soldat ou des chevaux, il conviendra de s’en tenir à
l’emploi du Kola en poudre qui a donné de bons résultats et de
mêler cette poudre (qui est un aliment, je l’ai prouvé) à la pâte
de galettes bien préparées. Le perfectionnement à introduire dans
les biscuits pour hommes ou les galettes pour chevaux dont je
me suis servi dans mes essais, consistera à employer le Kola
blanc frais, à le dessécher rapidement au four ou à l’étuve pour
ne pas altérer la Kolanine, à le faire torréfier pour lui donner la
bonne odeur de cacao qu’il prend à la suite de cette opération
et enfin à le pulvériser finement. Dans ces conditions, on obtiendra
avec ces galettes ou biscuits,dont la conservation est facile à assurer
comme ration de réserve, des résultats meilleurs encore que ceux
dont j’ai donné longuement le détail, dans la relation des
Rapports militaires et autres (voir pages 289 à 370).
A défaut du Kola frais, seul capable d’assurer à l’extrait
alcoolique la prééminence sur toutes les autres préparations
pharmaceutiques, on pourra recourir au Kola sec qui a donné
les résultats assez sérieux enregistrés jusqu’ici,etquifontdéjàclasser
cette drogue comme hors de pair parmi les caféiques recons­
tituants. Nous avous vu que cette graine, qui nous arrive de la
côte d’Afrique après avoir été desséchée au soleil, est toujours un
peu moisie et à coup sûr moins riche en Kolanine que la graine
correspondante fraîche. L’extrait alcoolique de cette graine sèche (1)
est une préparation qui enlève
certainement la totalité de la
.
Kolanine, mais laisse dans le résidu une forte proportion de la
caféine libre. Cet extrait ne saurait valoir celui de la graine fraîche
et,en raison de ce fait, il convient, quand on l’emploie, de forcer un
peu les doses que nous avons fixées pour l’extrait de Kola frais
dans les diverses applications thérapeutiques ou bromatologiques
de cette graine. 11 est inutile de répéter que l’emploi de cette
graine sèche implique nécessairement sa torréfaction préalable
(1) U est impossible, et, j’ai dit pourquoi, de reconnaître, sur simple examen à
l’œil nu, quand elle est sèche, la graine de Kola blanc de celle du Kola rouge, aussi
je me borne à dire, sans spécification de couleur, extrait de Kola sec.

�386

ÉDOUARD HECKEL

qui a pour résultat non seulement de faire disparaître les dernières
traces d’essence aphrodisiaque qui pourraient résister à l’opération
de la dessiccation, mais encore d’enlever à la graine toute odeur de
moisi, enfin de faire naître l’odeur de cacao. Il est bon, ainsi que
je m’en suis assuré bien des fois, de mouiller légèrement les
graines sèches (en les faisant tremper quelques heures dans
l’eau) avant de les soumettre au torréfacteur. Ainsi préparé, le
Kola gonfle mieux et se fendille légèrement pendant la torré­
faction, qui ne doit pas durer plus de 20 à 25 minutes. La graine
devient légère et se pulvérise plus aisément. La semence de
Kola sec non torréfiée est, par contré, d’une pulvérisation assez
difficile.
En dehors de l’extrait alcoolique, dont j’ai déjà parlé, que l’on
prépare avec la noix de Kola sèche, on trouve encore dans les
pharmacies le Vin, la Teinture et YElixir de Kola, enfin le PeptoKola. Le vin est une préparation peu recommandable, nous avons
vu (page 189) qu’elle laisse plus du quart de la caféine libre dans
les résidus et vraisemblablement aussi la presque totalité de la
Kolanine. L’Elixir de Kola comportant l’intervention d’une plus
forte proportion d’alcool dans le dissolvant, est évidemment une
préparation plus rationnelle qui comportera une certaine propor­
tion de la Kolanine. En tout cas, c’est là une forme pharmaceutique
des plus agréable. Quant à la teinture, nous avons vu (page 190),
qu’elle renferme très peu de caféine libre, mais elle contient
évidemment la presque totalité de la Kolanine dissoute dans
l’alcool (1). Il reste à savoir si l’alcool n’empêche pas dans l’estomac
la transformation de la Kolanine en caféine naissante. Quant à la
préparation qu’on a nommée Essence de Kola (2) elle est le produit
(1) La teinture, qui se prépare comme toutes les teintures alcooliques, est une
forme pharmaceutique actuellement très employée : dans les affections cardiaques
arrivées à la période d’hypersystolie, lorsque c’est à titre de tonique de cœur qu’on
emploie le Kola, le vin toni cardiaque de l’hôpital Bichat, dont la formule a été
donnée par Hucharddonne d’excellents résultats; en voici la composition telle qu’elle
a été publiée par ce savant praticien (lier ue générale de clinique et de thérapeutique,
1891, p. 99) : Teinture de Kola, 40 gr. ; teinture de coca, 30 gr. ; teinture de scille
20 gr. ; teinture de digitale, 20 gr. ; sirop de cerises, 100 gr. ; vin de Lunel, 800;
laisser reposer et décanter, 2 à 3 cuillerées par jour, pendant 8 à 10 jours.
(2) Ce produit, spécialisé par un pharmacien de Paris,a été indiqué par DujardinBeaumetz et Monnet qui l'introduisent dans la formule suivante : Essence de Kola,

�LES KOLAS AFRICAINS

387

obtenu en épuisant par déplacement 1 ltilog. de Kola sec torréfié
et pulvérisé, par de l’eau bouillante, de façon, après concentration
dans le vide, à obtenir deux litres de produit. C’est en somme un
extrait aqueux ; mais après ce que j’en ai dit pages 168 et 189,
cette préparation n’enlève aucune trace de Kolanine et peu de
caféine (il reste dans le résidu 17.07 % de la totalité de la caféine).
De plus cette préparation est d’une exécution difficile, comme je
l’ai dit aussi, à cause du magma formé par l’amidon très abon­
dant dans la graine de Kola. Je ne parle pas des Pepto-Kolas
(qui sont également une forme pharmaceutique agréable), mais
dont j’ignore la préparation réelle. Contre les diverses diarrhées,
la forme Elixir et la forme extrait alcoolique de Kola en pilules
paraissent très efficaces sous la formule suivante :
Extrait alcoolique de Kola i gr. )
Poudre de K o la .............. Q. S. J par 100 pilules a raison de 10 a 15 par Jour-

Pour les enfants jeunes, on associe le Kola au sirop de Coings :
Extrait, alcoolique de Kola 1 gr.
Sirop de Coings...............60

par cuillerées à café dans les 24 heures.

Telle est, aussi complète qu’il pouvait m’être donné de la faire
après dix années d’études spéciales et ininterrompues, l’histoire
de ce singulier et remarquable produit exotique, dont la connais­
sance est restée si longtemps à l’état légendaire et sur lequel je me
suis proposé de jeter la lumière de la vérité scientifique. Le premier
j’ai appelé, en 1884, l’attention du monde savant (1) sur ses étran­
ges propriétés ; le premier j’en ai écrit l’histoire. Après dix
10 gr. ; teinture de cannelle, 5 gr. ; essence de menthe, 10 gouttes; julep gommeux,
100 grammes. Cette potion est recommandée par ces savants praticiens dans le trai­
tement des maladies chroniques et durant les longues convalescences.
(1) Celte attention n’a pas été facile à éveiller : on en jugera par le fait que
voici. En 1883, lors de l’apparition de notre mémoire sur les Kolas africains,
après en avoir distribué aux savants français un large tirage à part, il m’en
resta 25 exemplaires que j’adressai à un libraire qui se charge de la vente en France
et à l'étranger et fait de la publicité à ses frais, M. George, de Lyon. Deux ans
après, les 25 exemplaires me furent renvoyés. 11 n’en avait pas été placé un seul.

�388

ÉDOUARD HECKEL

années employées à poursuivre mon œuvre, en subissant dans tout
ce qu’elle a de plus amer la critique de mes détracteurs et la mal­
veillance manifeste de tous les esprits auxquels les nouveautés répu­
gnent, soit par sentiment de jalousie pour ne pas les avoir décou­
vertes, soit par horreur instinctive pour tout ce qui sort du cadre
ordinaire des choses admises, il était naturel que je prisse une der­
nière fois la parole pour exposer tout ce que le temps a définiti­
vement consacré dans les recherches auxquelles je me suis livré
moi-même ou parmi celles que mes publications sur le Kola ont
provoquées dans le monde médical. Je pense l’avoir fait avec impar­
tialité en rapportant, sans trop d’aigreur je crois, même les travaux
de ceux qui m’ont combattu avec le plus de discourtoisie : j’ai fait
ainsi œuvre d’historien beaucoup plus que de polémiste. S’il y a
quelque générosité à en avoir usé de cette façon avec des adver­
saires injustes, on voudra bien reconnaître que le mérite est
doublé par ce fait, qu’attaqué avec acharnement par de hauts per­
sonnages scientifiques, il ne m’a pas toujours été permis de leur
répondre comme c’était mon droit. J ’ai le regret de le dire, certaines
assemblées savantes de la capitale se sont fermées devant un pro­
vincial en faveur d’un parisien, ou se sont refusées à lire et à
insérer mes réponses à des attaques aussi peu sérieuses dans le
fond que violentes dans la forme. Ce déni de justice a fécondé dans
mon esprit (tant les injustes procédés sont les meilleurs stimulants
de nos efforts), la résolution de.publier une Monographie des Kolas
africains. Je la livre aujourd’hui au public avec la certitude d’avoir
fait, sinon une œuvre parfaite et complète, du moins un travail
dont l’utilité ne sera pas contestée. J ’y ai mis, du reste, tout mon
savoir, car il s’agissait d’une production scientifique dont la
gestation a été longue et difficile; je m’y suis attaché avec les
forces affectives dont les pères seuls savent entourer leurs enfants
venus laborieusement et péniblement au monde.
Parmi les médicaments qui traversent comme des météores le
.ciel très chargé de notre thérapeutique actuelle, j’ai l’espoir de voir
le Kola conserver une place définitivement conquise. Mais, si ces
vœux ambitieux 11e se réalisaient pas, je serais encore satisfait de
mon labeur.
N’aurai-je pas, dans la limite étroite de mes forces, contribué à
faire connaître quelques richesses végétales d’un continent objet de

�LES KOLAS AFRICAINS

389

toutes les justes couvoitises actuelles de l’Europe? N’aurai-je pas,
au point de vue philosophique, réalisé, sur un champ très étroit je
l’avoue, du vaste domaine thérapeutique, un progrès réel en substi­
tuant à l’empirisme aveugle le déterminisme rationnel? N’aurai-je
pas montré aux peuples de l’Europe qui ambitionnent légitimement
d’imposer leur civilisation au continent noir, quelles ressources
leur offrira, en retour, leur nouvelle patrie et la connaissance
exacte d’un produit de haute valeur qu’ils auront largement et
constamment à leur portée? (1) N’ai-je pas la certitude qu’ils ne
dédaigneront plus cette précieuse graine s’ils se souviennent que
l’étranger doublé d’un conquérant, donne toute la mesure de la
supériorité de sa race, quand, désirant s’implanter sûrement sur
un sol nouveau et braver les épreuves d’un climat différent du
sien, il sait modeler en certains points sa vie sur celle des indi­
gènes, restreindre le plus possible ses besoins aux leurs, et se sou­
mettre enfin sans répugnance, mais avec un discernement dégagé
de tout mépris, à certaines de leurs pratiques ?
C’est ce qu’avaient bien compris les Portugais, peuple* essentiel­
lement colonisateur, quand, en s’établissant les premiers sur la
côte occidentale d’Afrique, ils acceptèrent immédiatement des indi­
gènes la coutume essentiellement hygiénique de mâcher le Kola.
Cette habile et intelligente concession aux mœurs locales leur pro­
cura deux avantages considérables: 1° le bénéfice physiologique qui
résulte de cette pratique même ; 2° la confiance de l’autochtone tou­
jours flatté de voir l’Européen, le blanc, ne pas dédaigner ses habi­
tudes et respecter ses coutumes en les adoptant. Malgré les idées
fausses qui régnent sur ce point, il faut bien reconnaître que
les pratiques nègres, en apparence irrationnelles, reposent sur
une connaissance approfondie du milieu, du climat et des res­
sources du pays. L’indigène, il ne faut pas l’oublier, incarnation
vivante du limon qui le supporte, le nourrit et le protège, s’est
identifié avec le sol et avec ses productions. Par les seules vertus
(1) Mes études sur les plantes utiles et nouvelles de l’Afrique tropicale (dont
j'ai donné la liste en tête de ce livre) forment, avec ma monographie sur le Kola,
un tout qui, je veux l’espérer, ne restera pas sans utilité pour la colonisation afri­
caine,œuvre capitale qui marquera certainement une des grandes étapes des progrès
humains et à laquelle la France s’est résolument vouée. La science devait suivre de
près la nation.

�390

ÉDOUARD HECIÎEL

d’une intuition native, il s’est, avec le temps, rendu maître de la
nature, objet de son observation quotidienne, arsenal où il puise
tous ses éléments de lutte sans pouvoir leur faire subir aucune
transformation savante. Grâce à cet instinct, il a su, sans art,
assouplir à ses besoins, tout ce qui vit autour de lui. Bien plus, il
a pu soustraire à ce qui l’entoure, patiemment, un à un,, par une
longue, pénible et sans doute très périlleuse expérience, des secrets
que la science moderne serait peut-être impuissante à conquérir
sans les données préalables de cet empirisme, grossier sans doute,
mais plein d’enseignements pour qui sait dégager de sa gangue un
filon de vérité (1).
Les légendes nègres, toujours mystérieuses et obscures, n’en
(1) Qu’y a-t-il de plus surprenant comme ingéniosité et de plus savant comme
mélange de plantes bien choisies, que la composition très complexe 'de certains
poisons de guerre, de chasse ou d’épreuve, communs en Afrique comme en Amé­
rique ? Quoi de plus remarquable et de plus habile que la découverte du curare ?
La science moderne a été émerveillée de l’art qui se révèle dans l’analyse qu’elle a
pu faire de .cette ingénieuse composition si bien adaptée aux besoins de la chasse.
Aurait-elle su créer un si utile mélange, même avec les ressources inépuisables
dont elle dispose?
■■

Voici une nouvelle preuve de la sagacité des nègres. On sait qu’il
existe en Afrique tropicale (nous l’avons dit page 199) trois variétés de
Kola (le rouge, le blanc et le rose) : le blanc est particulièrement estimé
par les nègres, nous l’avons vu ; le rouge vient ensuite, quant au Kola
rose, qui est peu abondant et qu’on trouve surtout fréquent sur les mar­
chés de Widah (au Dahomey), il est moins recherché. 11 m’a paru inté­
ressant de voir si ce classement tout empirique, reposait sur quelque fon­
dement sérieux et pouvait être confirmé par l’analyse chimique : j’ai
prié M. Schlagdenhaufïen de faire l’analyse comparée des trois variétés de
graines. On pouvait admettre, en effet, que le K o l a r o s e tiendrait le
milieu entre le blanc et le rouge, comme valeur physiologique. Il n’en est
rien, et on va voir par l’examen ci-dessous que l ’appréciation des indi­
gènes de l’Afrique tropicale est parfaitement justifiée. Le Kola rose, en
effet, renferme beaucoup de C a f é in e libre mais moitié moins de K o l a n i n e ;
or, nous avons vu que la caractéristique de l’action physiologique du Kola
est due en grande partie à ce dernier glucoside.
Voici cette analyse comparative faite sur des Kolas frais, ce qui expli­
que la faible teneur 0/0 en caféine, teneur qu’il fait doubler pour avoir
celle du Kola sec, le Kola frais ayant 50 0/0 d’eau d’hydrodatation.
On épuise la matière en poudre par le chloroforme pendant 3 heures en
opérant sur 5 gr. seulement. Puis on dessèche la poudre et on la laisse en
contact avec de l’eau acidulée à 4 % 0 soit 500cc, pendant 12 heures à l'étuve à

�LES KOLAS AFRICAINS

présentent pas moins, le plus souvent, un fonds d’observations
utilisable. J’ai déjà insisté sur ce point dans mes nombreux travaux
touchant la matière médicale exotique et coloniale, mais je crois
avoir mis le fait dans sa lumière la plus vive en traçant la mono­
graphie du Kola, graine précieuse et pour laquelle'aucun effort
sérieux n’avait été tenté jusqu’ici en vue de dégager le vrai du faux,
le mystérieux du naturel, le simple de l’exagéré, dans son histoire
merveilleuse. Le dédain n’est pas une vertu scientifique.
Qu’on me permette de le répéter encore en terminant : qui sait si
la connaissance exacte du Kola et de ses propriétés remarquables,
mise convenablement à profit, ne rendra pas dans l’œuvre actuelle
de l’assimilation africaine, tant aux colons qu’aux belligérants, des
services qu’on attendra longtemps de l’agriculture sur cette terre
dépeuplée par les guerres, avilie par l’esclavage, rebelle à la
civilisation et qui semble repousser l’Européen avec toutes les
forces de sa nature indomptée? Toutes les conquêtes se donnent
un mutuel appui, de quelque ordre qu’elles puissent être.
Pour conquérir, dans le vrai sens du mot, un sol entièrement
nouveau, il ne suffit pas de s’en emparer par les armes, il faut s’en
approprier tous les éléments de richesse, de lutte contre le climat et
de commerce. Après l’occupation vient l’assimilation ; elle se fait
par la science et le travail, jamais par la violence. Il faut qu’on le
sache bien. Je suis heureux de m’appuyer, dans l’expression de ces
37° et l’on filtre le lendemain. Le liquide est évaporé à un petit volume et addi­
tionné d’un excès de lait de chaux. On dessèche au bain-marie, on réduit en
poudre fine puis on épuise de nouveau par le chloroforme.
Les opérations sont donc conduites de la même manière que pour les Kolas
blanc et rouge et fournissent un total de 1.88 % de caféine. Les trois variétés
présentent donc des teneurs de caféine très différentes :
EXTRACTIONS PAR
—

KOLA
ROUGE
—

KOLA
BLANC

KOLA
ROSE

—

Chloroforme................................

0.88

0.40

1.52

Eau acidulée et chloroforme . .

0.82

0.885

0.36

T o ta l..................

1.20

1.285

1.88

11 résulte de la, les opérations étant faites pendant le même laps de temps,
que le -Kola rose est plus riche en caféine libre que les deux autres ; qu’il
renferme, il est vrai, plus de caféine libre que ses congénères mais deux fois
moins de caféine sous forme de Kolanine. Voilà bien la preuve que toute la
valeur du Kola repose, même pour les nègres, sur la Kolanine ou rouge de Kola.

�392

ÉDOUARD HECKEL

sentiments,sur la parole autorisée de M. Jamais,ancien S.-Secrétaire
cl’Etat aux Colonies, qui disait le 9 juin 1892 au banquet annuel de
VAlliance pour la propagation de la langue française : «Les véritables
» peuples colonisateurs ne sont pas ceux qui se font redouter par
» la force de leurs armes, ce sont ceux qui savent se faire aimer par
» leurs bienfaits ». Or, la science est éminemment bienfaitrice pour
tous : nas- ydp sûjjLsvrjç T| ETu.cTYjfjiT). Il serait temps que ces vérités
encore méconnues, vinssent enfin au plein jour du siècle qui va
s’éteindre, et puissent se propager rapidement dans certains milieux
on le culte de Mars semble vouloir aujourd’hui renverser celui de
Minerve. Je serais heureux d’y avoir aidé pour ma faible part.
En terminant ce livre, je dois exprimer tous mes remercie­
ments à mes divers correspondants qui m’ont adressé de différents
points du Continent africain, soit des renseignements spéciaux
sur le Kola, soit des matériaux précieux d’étude. Je les nomme dans
le cours de cet ouvrage. Sans leur active coopération, ce travail
n’aurait pu voir le jour. Je dois toutefois une mention spéciale
au regretté M. Pierre, mort récemment directeur du jardin d’essai
à Libreville (Gabon-Congo), et à M. Autran, commis de la direction
de l’Intérieur dans la même colonie; grâce à ces deux ardents
chercheurs, j’ai eu en ma possession des matériaux d’étude com­
plètement nouveaux, qui m’ont servi à décrire, un peu mieux
peut-être qu’on ne l’avait pu faire jusqu’ici, quelques espèces du
genre Cola propres à l’hémisphère sud de l’Afrique, et c’est cer­
tainement au point de vue botanique, un des côtés les plus origi­
naux de mon travail. Je ne saurais oublier aussi le regretté
R. P. Raimbault et le R. P. Sutter, missionnaires apostoliques de
l’Afrique tropicale, à qui je dois des renseignements utiles sur le
Kola, soit au Rio-Pungo, soit à Conakry. Enfin, je me plais à
reconnaître ici publiquement le bienveillant concours que j’ai reçu
de mon ami M. Bolin, directeur de la Compagnie française du
Sénégal et de la côte occidentale d’Afrique,qui, soit par ses propres
renseignements, soit par ceux qu’il a demandés à ses nombreux
agents disséminés sur un grand parcours de la côte occidentale
d’Afrique, m’a été d’une grande utilité. En ce qui concerne le
Kola du Dahomey (Widah, Grand et Petit-Popo), j’ai obtenu de
précieux renseignements et des spécimens de graines de M. Cyprien
Fabre : que l’éminent président honoraire de la Chambre de
Commerce de Marseille veuille bien recevoir ici tous les témoi­
gnages de ma respectueuse gratitude.

�B IB L IO G R A P H IE

—

T. I, p. 210 (1). 1650.
1671. Livre XII, sect. VI, p. 507.
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Ga spar d

Ba u d i n .

H is t.

—

p la n t.

P in a x ,

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De La n e ssa n .

(1) Il semble que J. Bauiiin soit le premier auteur qui ait signalé le Kola
avec quelques-unes de ses propriétés. 11 indique môme son emploi indigène
contre la lièvre d’après un procédé comparable à celui du Congo que j’ai relaté
p. 283.
(2) D’après une note, tirée de ce Dictionnaire, que j’ai relatée page 85 et
page 20, Clusius serait le premier auteur connu qui aurait parlé du Kola sur
le nom de C o te s , je n’ai pu retrouver trace de cette mention dans Clusius, F lis to r .
p l a n t , de 1605.

�394

BIBLIOGRAPHIE

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—

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Ç h odat

1892, p. 367).

— L ’a c t i o n p h y s i o l o g i q u e d e la n o i x d e K o l a . (Thèse de l’Université
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Dr E. R a v e n e z . — L a v i e d u s o l d a t (vivres dvnamogènes, p. 122). Paris,
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15 mars 1891).
E. H e c k e l . — R a p p o r t s d e s c h e fs d e c o r p s e t d e s m é d e c i n s m i l i t a i r e s ,
Kotlar.

. c o n c e r n a n t le s e x p é r i e n c e s f a i t e s j u s q u ’à
d en sées a u

K o la .

(Marseille, août 1888.)

ce j o u r s u r le s r a t i o n s c o n ­

�La Société d’acclim atation de France (rue de
L ille, 41, Paris), vient de comprendre dans ses prix
à décerner en 1 8 9 4 , une somme de 5 0 0 francs à
attribuer à l’acclim ateur qui aura introduit le COLA
ACUM INATA dans les colonies Françaises tropicales,
et en aura obtenu des récoltes.

�T A B L E M ÉT H O D IQ U E D E S K O L A S A F R IC A IN S

Dédicace...................................................................................................................

9

Liste des ti'avaux de l’auteur sur la flore coloniale...........................................

11

Introduction............................................................................................................

15

P rem ière

p a r t ie .

— Botanique, matière médicale, sophistication, production,

r é c o lte , c o m m e r c e , u s a g e , s y m b o l e ..................................................................................

19

p a r t ie . — Etude chimique de la noix de Kola et de la graine de
Garcinia K o la ..............................................
157

Deuxièm e

T roisième

p a r t ie .

—

Etudephysiologique de la noix de Kola.................................. 225

Emploi thérapeutique, bromatologique et stratégique
de la noix de K o la ................................................................
259

Q uatrième

Cinquième

p a r t ie .

pa r tie .

—

—

Etude pharmacologique. Posologie. Réflexions finales. . 380

��T A B L E D E S P L A N C H E S , F IG U R E S &amp; T R A C É S
(Les planches I, Il et III sont à la fin du volume).

Pages

Planche I. — Graines de Cola acuminata (Kola femelle) et de Garcinia
Kola (Kola mâle):
Fig. 1. — Groupe de Kolas à Konaltry (Guinée française)................................
Fig. 2. — Rameaux, fruits et fleurs de Cola a c u m in a ta ................................
Fig. 3. — Arbre à Kola (Cola acuminata) du Jardin botanique de SaintPierre (Martinique)..........................................................................................
Fig. 4. — Panier indigène pour le transport du Kola dans le Niger, le Soudan,
la G am bie........................................................................................................
Fig. 5. — Graine sèche du Kola du Gabon (Cola Ballayi)
..............
Fig. 6. —

ld.

Kola vrai (Cola acum inata)....................................

22
24
41
55
97
97

Fig. 7. — Demi-graine sèche du Kola vrai (Cola acum inata).........................
97
Planche II : Fig. 7’. — Jeune Cola acuminata du Jardin botanique de Marseille
Id.
Fig. 8. — Jeune Cola Ballayi-des serres chaudes du Muséum
d’histoire naturelle de Paris.
Fig. 9 — Feuille de Cola B allayi C o r n u .............................................................. 103
Fig. 10. —
Id. Cola acuminata R. B row n.........................
103
Planche III: Fig. 11. — Rameau floral mâle de Cola B a lla y i’.
Fig. 12. — Fleur mâle de Cola Ballayi.
Fig. 13. —
Id. femelle
Id.x
Fig. 14. —
Id. ovaire grossi de fleurfemelle de Cola Ballayi.
Fig. 15. — Coupe transversale de l'ovaire
Id.
Fig. 16. — Coupe
longitudinale Id.
Id.
Fig. 17. — Groupe de fruits de Cola acuminata.
Fig. 18. — Coupe longitudinale du fruit mûr de Cota acuminata.
Fig. 19. — Organes mâles de la fleur mâle de
Id.
Fig. 20.—
ld.
femelle de la fleur femelle de
Id.

�400

TABLE DES PLANCHES, FIGURES &amp; TRACÉS

Pages

Fig. 21. — Rameau fleuri de Cola B allayi.
Fig. 22. — Fruit mûr de
Id.
Fig. 23. —
Id.
Id.
coupe longitudinale.
Fig 24. — Graine de
Id.
nue.
Fig. 25. — Fruit mûr du Pentadesma butyracea D o n .......................................114
Fig. 26. — Graine du môme, recouverte de son spermoderme............................ 115
Fig. 27. —
Id.
dépouillée de son spermoderme .............................. 115
Fig. 28. — Feuille de Pentadesma b u tyra cea ..................................................... 116
Fig. 29. — a ) Coupe radiale de l’écorce de Pentadesma butyracea ; b ) Id. du
fruit, id................................................................................................................... 117
Fig. 30. — Graine de Pentadesma butyracea en coupe transversale................. 119
Fig. 31. — Fruit mûr d'Reritiera littoralis L .. .................................................. 126
Fig. 32. — Graine du même, dépouillée de son spermoderme . .........................127
Fig. 33. — Heritiera littoralis ; tissu amylacé des cotylédons ; grain de fécule 128
Fig. 34. — Graine entière de Cola digitata■Mast................................................136
Fig. 35. — Id. ouverte
kl.
136
Fig. 36. — Fruit entier du Cola digitata..............................................
. . . 137
Fig. 37. — Fruit dumême ouvert longitudalement................................................. 137
Fig. 38. — a ) Jeune pied de Cola digitata venu au Jardin botanique de Mar­
seille ; b ) Fruit sphérique du même, à une seule g rain e.............................141
Fig. 39. — Colagabonensis Mast. Rameau à feuilles très atténuées à la base 146
Fig. 40. —
kl.
Rameau fleuri, fleur mâle et fleur femelle. 147
Fig. 41. —
ld.
Fruit entier, fruit ouvert, graine avec son
arille, graines n u e s.............................................................................................. 149
Fig. 42. — Cola sphœrospermd Heckel : graine sphérique', graine hémisphé­
rique ; jeune pied venu de graines au Jardin botanique de Marseille . . . 153
Fig. 43. — Fruits et graines de Napoleona imperialis Beauv. (Kola médicinal
du G abon)............................................................................................................ 155
Fig. 43’. — Tracés normaux du I)1 Marie...............................................................241
Fig. 44. — Id. avec la caféine (Dr Marie)........................................................243
Fig. 45. — Id. avec la poudre de Kola (Dr Marie)......................................... 245
Fig. 46. — Id. avec le rouge de Kola (DrM arie)........................................... 247

�----------------------------- —---------

T A B L E A L P H A B É T IQ U E D E S M A T IÈ R E S
ET D E S A U T E U R S

*

Pages

Acclimatation de France (Société d’), prix offert en 1894 pour la culture du
Cola a c u m in a ta ....................................... .................................................. 379
. . . 280
Action aphrodisiaque du Kola . ......................
. . . 190
Action de la torréfaction sur la noix de Kola
157, 169
A t f ie l d , analyse des graines de Kola..............

B
Bauiiin (J.), sa connaissance du K ola......................................................................... 393
Bayol (Dr), Le Kola ( Cola acuminata ) au Fouta-D jallon, n o t e ............................
47
Bergeret (Dr), Action a n tid iarrh é iq u e du Kola, n o t e .............................................259
Binger (Capitaine), D istribution géographique du Cola acuminata dans le
Soudan fran çais.........................................................................
30
id.
Kola blanc et Kola ro se ................................................................
51
id.
C ulture du Kola par les indigènes du Soudan français . .
51
id.
Commerce et v aleur vénale du Kola au Soudan français .
51
Bohéas (D'), O bservations cliniques de Faction du Kola contre l’atonie intesti­
nale des pays chauds . . .
263
Boul, Production, com m erce et emploi du Kola au B io -P o n g o ............................
56
Buyssi ( Cola acuminata) à la J a m a ï q u e .....................................................................
43

c
Café du Soudan, n o t e ..........................................................................................................
20
Cassia occidéntalis, L . , n o t e .........................................................................................
20
Cazeneuve et Caillol, E xtraction de la C a fé in e .........................................................161
Cauvet (Professeur), E tude du Kanya (faux K ola).........................................118, 120
Chodat et Chuit , A nalyse du K o l a ......................................................... ........................170
Cola acuminata R . B r., acclim atatio n ....................................
40
id.
com m erce en A f r iq u e .....................................................56,
72
id .
conservation de la g r a i n e ................................. 52, 60,
72
id .
d e s c rip tio n ..............................................................................
22
id.
emploi in d ig è n e .............................................................. 75, 283
id.
étude c h im iq u e .......................................................................... 157
id .
exportation, v a l e u r .........................................................65,
74
id .
h a b ita t.......................................................................................
26
id .
m atière m é d ic a le ..................................................................
92
id.
production, récolte ......................................... .... . . . .
47

�402

TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES ET DES AUTEURS
Pages

Cornu, Kola du Gabon. O m b é n é , C o m m e rc e ................................
68
id.
id .
d e sc rip tio n ............................. . 101
id.
id.
h a b ita t........................ 33, 46, 156
C o l a c o r d i f o l i a R. B r. (Ntaba), n o t e .........................................................................
42
C o l a d i g i t a t a Mast. (O m b é n é n i P o l o a p o p o ), a n a l y s e ........................................ 141
id.
id.
description. . ......................... . 137
C o l a g a b o n e n s i s M ast., description ............................................................................. 143
Cola rouge du Gabon ( O m b é n é a t t c n a t e n a ) ................................................................. 150
C o l a s p h œ r o s p e r m a H eckel ; description, a n a l y s e .................................................152
Com paraison entre la Noix de Kola, le café, le thé et le cacao comme richesse
en C a f é i n e ....................
204
Corre (Dr), Kola au R io-N unez................................
47
Crozat (Dr), Commerce du Kola au Mossi.....................................................................
31
Cunéo (Dr), Observations cliniques et emploi du Kola contre la d ia rrh é e de
C ochinchine................................................................
260
C o la B a l l a y i

D
Daniell , Action tonique du Kola, note ..........................................................................264
id.
Analyse du K o la ......................................................................................157, 169
Daula ( C o l a c o r d i f o l i a ) , n o t e ..........................................................................................
42
David (Dr), Analyse de la graine du C o l a s p h œ r o s p e r m a .........................................154
D é d ic a c e ................
..................................... .... . . . . . ■.................................
9
Delavoipierre , Kola (Ombéné) dans l’Ogooué (G ab o n ).............................................
35
De l ’E cluse (Clusius), Sa connaissance du Kola, n o te ..................................... 85, 392
Delessard (Dr), le Kola au S o u d a n ........................
86
Dibowsky, J . , H abitat du C o l a B a l l a y i (Ombéné) au Congo, note .....................
38
id .
Kola rouge et Kola blanc au Congo, no te..............................................
50
id.
Rôle social et économique du Kola au G abon......................................
85
Dubois , R ., Action physiologique com parée du Kola, du rouge de Kola et de la
Caféine............................................................................................................. 251
Dujardin-Beaumetz (Dr), Action thérapeutique du K o l a ............................. 263, 266

E
Ecorce de C o l a a c u m i n a t a (analyse)............................................................. .
. . . 201
Emploi indigène du Kola contre la fièvre palustre au C ongo ................................. 283
id. du Kola comm e alim ent s tr a té g iq u e ............................................................. 284
id.
id.
contre l’alcoolisme, la lé p e m a n ie .......................................................... 275
id.
id.
contre le d i a b è t e ...................................................................................... 276
id.
id.
contre l’inertie de l’u téru s (a c c o u c h e m e n t)..................................... 279
id.
id.
contre le mal de m e r ..............................................................................276
id.
id.
pour l’alim entation des chevaux et m ulets en cam pagne. . . 362
id.
id.
pour la p réparation d ’un chocolat et d’un r a c a h o u t ..................378
id.
id.
(R apports des m ilitaires et des alpinistes s u r le Kola pour les
m arches et exercices v io le n t s ) .....................................................289
id. thérapeutique, brom atologique et stratégique de la noix de Kola. . . 259
E tude pharm acologique du K o l a ........................................................................................ 380
id. physiologique de la noix de K o la ......................
224

�TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES ET DES AUTEURS

403
rages

F
Feuilles de Cola acuminata (analyse)................................................................... 199
id.
id.
, leur comparaison avec celles de calé..................... 201
F o n d èr e , Culture indigène du Kola au Congo................................ 28, 32, 37,
39
id.
Distribution du Cola Ballayi au Congo..............................................
39

Garcinia Kola H eckel , Description, habitat, matière médicale......................... 106
du Congo dans la Haute Sangha et le Congo.....................................156
id. Conservation des graines de Kola au Gabon............................................ 53
id. du Kola (Ombéné) dans les environs de Libreville (Gabon)..................
37
id. Kola du Gabon aphrodisiaque.....................
86
Gourou. . . . s . .....................................................
19
Gousses de Cola acuminata (analyse).................................................................... 202
id. deCacao (comparaison de composition avec celles du Cola acuminata) 203
Graines dJHeritier a littoralis L........................................................................... 125
id. de Kanya.............................................................................................
111
Graines substituées ou mêlées à celles du Kola v ra i...........................................106
Griffon du B ellay (Dr), Description du Cola gabonensis................................144

G o u jo n , Cola

Heritiera littoralis L. (faux Kola) Botanique.................................................. ... 125
id.
étude chim ique......................................................................129
id.
matière m édicale............................................ .....................128
H eudelot , Kola rouge et Kola blanc................................ ....................................
48
Historique du Cola acum inata...............................................................................
19
H uchard (Dr), Action du Kola contre le choléra........................................ 265, 267
id.
Action thérapeutique du Kola..................................................................263
id. Kolaïsme(ivresse du Kola)
.................................................... 267

I
Introduction..................... ........................................................................................

15

Kanya (graines, étude complète)........................................................................... 111
Knebel, analyse du K o la .......................................................................................179
Kokorokou, note................................................ .............................................. 19,
77
Kola Bitter (Voir Kola mâle).
id. (Cola acuminata). acclimatation et culture à la Jam aïq u e.....................
42
contrées, lieux, nature du sol qu'il recherche . . . .
46
emploi stratégique......................................................... 289
germination......................... .......................................... 50

�404

TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES ET DES AUTEURS

Kola femelle ( C o l a a c u m i n a t a ) ................................................. ....
id. mâle ( G a r c i n i a C o la ), description, analyse ..................................... 21. 106,
id. médicinal ( N a p o l e o n a i m p e r i a l i s ) ........................................................................
id. (au Brésil, son em ploi)..............................................................................................
id . (au Bornou et Haoussa, note)..................................................................... ...
id . (com m erce au G a b o n ).............................................
........................................
id. (aux sources du Niger), note 2 .................................................-..........................
id. (im portation de Sierra-Leone) en A n g l e te r r e ............................................. .
id . du Gabon (description de l’arb re) .
................................................................
id. (m aladie des graines, n o te .....................................................................................
id. (m atière m édicale)..............................................................................................
id. (m atière tin c to ria le ).......................................................................................... 82,
id. (dans la vallée de l’Ogooué, Gabon), note .........................................................
id. (rôle social et économique au G a b o n ).............................................................. .
id. (serm ent su r le) ..........................................................................................................
id. (valeur vénale du Kola au Gabon).........................................................................
Kolaïsme (i v r e s s e d u K o la ) , note ......................................... ............................ 267,
K otlar (Dr), Action physiologique du K o la.................................................................

L
L ascelle-Scott, A n a l y s e de l a g r a i n e de K o l a .........................................................
L egrip et P etit , E x t r a c t i o n de l a c a f é i n e ................ ...............................
L évy, Observations d’emploi du Kola contre la n e u rasth én ie................................

IV!
Marie (Dr), Etude physiologique du Kola, de la Caféine et du rouge de Kola.
Monnavon et P erroud, action com parée du Kola et d e là Caféine. . . . 234,
Monin (Dr), Emploi du Kola contre le diab ète.............................................................
Monnet (Dr), E tude physiologique et thérapeutique du K ola.................................
Monteil (Comité), Commerce du Kola au lac Tchad, note . . . . . . . . . .
Mosso (Ugolino) Action des principes actifs de la noix de Kola su r la contrac­
tion m u s c u la ir e ..............................................................................

N
Nachtigall (Dr), Le Kola au Bornou et Haoussa, n o te .........................................
N a n g o u é ................................................................................................................... . . . .
N a p o le o n e a i m p e r i a l i s , Beauv. (Kola m é d ic in a l).....................................................
Ndimb ( C o l a c o r d i f o l i a R. Br.), note.............................................................................
Noirot, Kola au Foutah-Djallon, n o t e ................................................................. .... . .
Noix de Kola fraîche . .
. . . . • .............................................................................
id.
id. composition com parée de la rouge et de la blanche. . . .
id.
id. de m atière c o lo ra n te .....................................................................
id.
id. recherche de la C aféine.................................................................
N’taba ( C o l a c o r d i f o l i a R. Br.), n o t e .............................................................................

�TABLE

A L P H A B É T IQ U E D E S

M A T IÈ R E S

ET

DES

AUTEURS

405

Pages

O
Odjindgé,

(Pentadesma butyracea ), N o i e .................... 1 1 9
Cola a c u m in a ta .....................................................................................
26
(Cola acuminata) e n M a n d é , c o m m e r c e ......................................................................
87
n o m g a b o n a is d u K a n y a

O l i v e r , D e s c r ip t io n d u
O orou

P
P a r is o t e t G . S é e , E tu d e p h y s io lo g i q u e d e la

Pentadesma butyracea,
id .

Caféine ......................... .............................2 2 6

a n a l y s e d e s g r a i n e s .................................................................................1 2 0

, B o t a n i q u e ..........................................................................................................111

P é r ic a r p e s ( g o u s s e s ) d e

Cola acuminata

( a n a l y s e ) .................................................................2 0 2

P é r ic a r p e s d e K o la , d e C a c a o e t d e C a fé , c o m p a r a is o n e n t r e le u r c o m p o s it io n .
P ie r r e , D is tr ib u t io n d u

Cola B alla yi

204

(O m b é n é ) a u G a b o n .............................................

33

P o s o lo g ie d u K o l a ..................................................................................................................................................381
P o t ie r , A c c li m a t a t i o n d e s K o la s

à La

R é u n i o n .............................. .......................................

43

P r i x o ffe r t p a r la S o c i é t é d ’a c c l i m a t a t i o n d e F r a n c e ............................................................3 7 9

R
R a n ç o n (D r), C o m m e r c e d u K o la a u S o u d a n ................................................................................
id .

, E m p lo i d u K o la a u S o u d a n

id .

68

............................................

78

, E m p lo i a u S o u d a n d e s R a t io n s a u K o l a ................................................................... 3 7 3

R é a c t io n s d e la

Caféine, s e s f o r m u le s r a t i o n n e l l e s .................................................................... 2 0 9
Caféine d a n s l ’e x t r a i t a q u e u x d e s n o ix d e K o la .............................. 1 8 3
la Caféine e t d e la Kolanine d a n s l e s r é s id u s d e p r é p a r a t io n s

R e c h e r c h e d e la
R ech erche de

p h a r m a c e u t iq u e s e f f e c t u é e s a v e c la n o ix d e K o la
R ech erche

d e s p r in c ip e s c o n s t i t u t i f s a u t r e s q u e la

....................................................... 188

Caféine

d a n s la n o ix d e

K o la a p r è s m a c é r a t io n d a n s l ’e a u .....................................................................................................1 8 5
R é f le x io n s f in a le s .................................................................................................................................................. 3 8 6
R i g o u t , R ic h e s s e d e s f e u il le s d e

c a f é e n c a f é in e ,

N o t e ..................................................199

R o d e t (D r), A c tio n c o m p a r é e d u K o la e t d e la C a f é i n e ...................................................... 2 2 9
R o h l f s , E m p lo i d u K o la d a n s la r é g i o n d u la c T c h a d ....................................................... 3 8 6

S
S a m b u c (C a m ille ), K o la a u R io -N u n e z , n o t e ................................................................................
S c h l a g d e n h a u f f e n , E tu d e c h im i q u e d u

47

Cola a c u m in a ta ...................................................1 5 7
Cola digitata. . . . 4 ......................................141

id .

id .

du

id .

id .

d u K a n y a ( f a u x K o l a ) .................................................... 1 2 0

id .

id .

de

id .

id .

d u K o la r o u g e d u G a b o n ......................................... 151

id .

id .

d u K o la r o s e , n o t e

id .

id .

d u K o la m â l e o u K o l a b i t t e r ( G a r c in ia K o la ) .

220

Cola acum inata .......................................................

50

VHeritier a litlo ra lis

( f a u x K o la ) . . .

129

......................................................... 3 9 1

id .

G e r m in a t io n d u

id .

R e c h e r c h e d e la K o l a n i n e ........................................................................2 5 4

id .

P résen ce
G abon

d e la Saponine d a n s l e K o la m é d ic in a l d u
(Napoleona im p e ria lis ) .........................................................1 5 5

S c h a v e in f ü r t h , L e K o la d a n s l ’A fr iq u e o r i e n t a l e .....................................................................

Siphoniopsis monoica

K a r s t ......................................................................................................................

S t e r c u lia a c u m in a t a , P . B e a u v . .

. (V o ir

Cola a cu m in a ta ) ........................................
).

.

.

39
21
21

id .

m a c r o ca r p a , D on.

id .

.........................

22

id .

n it id a , V e n t ................................ (

id .

) ..........................................

22

id .

v e r tic illa ta , S c h . e t T h o n . (

id .

) .........................................

22

�406

TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIERES ET DES AUTEURS

Pages
S te v en s , Emploi
S u tter (R. P.),

id.
id.

du Kola au B résil....................................................................
Kola rouge et Kola blanc............................................................
, Supériorité du Kola des côtes sur celui de l’intérieur . . . .
, Valeur supérieure du Kola blanc sur le rouge, n o te .............

67
49
53
73

T
Tabacklé, (Cola cordifolia), n o te .......................................................................
42
T haly (Dr), Acclimatation du Kola à la Martinique..............................................
45
T h ierr y , Première introduction du Kola au jardin botanique de Saint-Pierre
(Martinique), note.........................
............................................... 40
T issié (Dr), Appréciation sur la valeur du Kola dans les exei’cices sportifs. . . 354
Travaux de l’auteur sur la flore coloniale.............................................................14

V
Valeur du Kola à 2 ou 4 cotylédons très divisés...........................................55,
81
Valeur nutritive de la noix de Kola, du cacao et du c a fé ................................ ... 206

Z
Z w e if e l

et M o u stier , Valeur du Kola aux sources du Niger, note..................

76

���Jfuse e - c t d e - lT n s t ïè t f r e lo u a i d o M a r s e ille . T

f

Ey.fi
^PDogDâp ô^ a'P n n P y^ n p p

lïs f i- e r / ) L r iX

COLA ÀCUM INATA R ob. B iw i i .( G f e l d 7 ) Kola femelle
OARCINIA KOLA E .ïïe c k e l. (de 8 à 11) Kola m âle

���PL I I .

Jeune Cola acuminata venu de graine au Jardin Botanique
de Marseille. (Serre chaude).

����M é m o ir e d e s A n n a le s d u M u sée e t d e l' I n s t it u t c o lo n ia l de M a r s e ille .

SUR LES VEGETAUX
QUI PRODUISENT

LE BEURRE ET LE PAIN D’ « O’DIRA »
DU GABON-CONGO

SUR LES ARBRES PRODUCTEURS DE LA GRAINE
ET DU BEURRE DE « CAŸ-CAŸ »
DE COCIIINGHINE ET DU CAMBODGE
VALEUR COMPARÉE DE CES DEUX PRODUITS
P ar

M.

le

Dr

É douard

HEGKEL,

Professeur à la Faculté des Sciences de Marseille,
Directeur du Musée et de l’Institut colonial de Marseille.

HISTORIQUE.

Si les nègres du Soudan, dans les liantes vallées du HautNiger et dans la région du Congo français (vers 4° de lat. N.),
savent préparer pour leurs besoins alimentaires la graisse
fournie par les semences du Cé ou Karité (1), les Paliouins
du Gabon, moins industrieux, utilisent journellement, pour
leurs apprêts culinaires, une pâte solide et grasse tout à la
fois, qu’ils nomment O'Dika. Elle est faite des graines tor­
réfiées de Ylrvingia gabonensis B â il l o n , végétal propre à
l’Afrique tropicale.
Ce produit a déjà excité la curiosité de quelques chercheurs
notamment de O’Rorke (2) ; plus tard, Bâillon en a repris
l’examen surtout au point de vue de ses origines végétales.
(1) Voir pour la préparation de ce beurre, sa composition chimique et son
emploi industriel en France, mon article intitulé Sur un arbre producteur de
Gufta et de corps gras, dans le journal La Nature de G. Tissandier, 1885.
(2) Note sur le pain de Dilta, Répertoire de pharmacie, lévrier 1858.

�Ce savant, qui s’est appesanti sur la question botanique (1),
mais sans donner une figure de cet important végétal, a
cependant ajouté aux données de O’Rorke quelques rensei­
gnements nouveaux. Sa description botanique, quoique dé­
taillée, avait aussi besoin d’être complétée.
Il m’a paru intéressant de revenir sur cette étude pour la
parfaire, autant qu’il était en mon pouvoir, tant au point de
vue botanique qu’économique. Il était aussi nécessaire, au
double point de vue de la science pure et de ses applications
bromatologiques et industrielles, de comparer le beurre et
le pain d'O'DUia aux produits similaires nommés Cay-Cay,
fournis par des végétaux congénères de l'Oba (.Irvingia gabonensis), mais indigènes de la Cochinchine et du Cambodge.
Les Pahouins du Gabon emploient pour leur nourriture
quatre aliments gras différents tirés des végétaux :
1° Le O’d ik a , 2° Le N ’ja v é (.Baillonella ioxisperma Pierre),
3° le N o u n egou (Tieghemella? Jollyana Pierre), 4° I’O w a la
(.Pentaclethra macrophylla Bentliam).
Je me suis déjà occupé de cette dernière semence (2) et je
crois en avoir montré tous les avantages comme graine indus­
trielle d’une très grande valeur pour la stéarinerie. Les autres,
on le verra, car je compte m’en occuper en leur temps, ont
une importance égale : je veux parler du N ’ja v é et du N ou ­
n e g o u . Entre les plantes à matières grasses de cette région,
je traiterai aujourd’hui seulement de YOba.
CHAPITRE I.
BEURRE ET PAIN DE 0 :D1KA.

En langage M’pongué , l’arbre (.Irvingia gabonensis) qui
fournit les graines avec lesquelles on fabrique le pain de
O'Dika (3), s’appelle Oba et son fruit Iba : en langage P a h o u in
(1) Etudes sur l'herbier du Gabon du musée des colonies françaises (Adansonia, t. VII, p. 248).
(2) Sur les (/raines de VOtoala [Répertoire de pharmacie, décembre 1892).
(3) M. le professeur Marchand (Anacardiacées, 105) dit à propos du Mangifera africana Oliv. (Fer/imanra africana Pierre) : t 11 ne nous paraît pas im­
possible d'admettre que cette plante fournisse une partie du pain de Diha, car,
au dire des voyageurs, beaucoup de fruits aux semences oléagineuses portent
ce nom d'Oba. Or, le M. africana est dans ce cas. » 11 m’a été impossible de

�—

3

—

(dialecte Mazounna) l’arbre s'appelle Endogô et le fruit Dogô,
mais la dernière syllabe est presque muette et forme une
sorte d’expiration difficilement appréciable pour une oreille
européenne. Le pain de O'DiJia est appelé en pahouin
N'Dogô comme le fruit de l'arbre.
H a b it a t . — D e s c r ip t io n . — h'Oba (Irvingia gabonensis)
qui abonde dans les forêts de l’intérieur du Gabon est un grand
arbre qui atteint 25 à 30 mètres de hauteur (d’après
M. Gouyon); c’est par conséquent un des grands végétaux
qui dominent la brousse et forment la voûte supérieure des
bois. En dehors du bassin de l’Ogooué, YOba, d’après les notes
que veut bien me transmettre M. Fondère, chef d’explora­
tion du Congo, se trouverait dans la vallée du Niari-Quittai,
disséminé au milieu de la forêt de Magomba. 11 disparaît à la
sortie de cette forêt, et on ne le retrouve plus dans les plaines
des environs des postes de Loudina et de Bouenza, mais il
reparaît dans le bassin du C o n g o , dans la vallée du Djoué,
affluent du C ongo qui coule non loin de Brazzaville. Dans
I’O u b a n g h i , on le trouve depuis le confluent de cette rivière
jusqu’à 4°,30’ lat. Nord, c’est-à-dire jusqu’au poste de Bangui
au pied des rapides de Zongho (1). Au-dessus, pays de plaines,
contrôler cette prévision, n’ayant pas pu, jusqu’ici, me procurer les graines du
Fegimanra africana. Mais je sais sûrement que les graines d'Oioala sont cou­
ramment mêlées à celles de l'Oba vrai pour la fabrication du pain d'O'Diha,
qui, de ce fait, se trouve enrichi de 10 % en matières albuminoïdes. S’il est
exact que la graine de Mangifera africana soit mêlée à celle de l‘Oba pour la
fabrication du pain de O'Diha, il faut reconnaître qu’elle diffère profondément
de celle du Mangifera indica, qui est surtout riche en tannin et pas du tout en
matière grasse.
(1) D’après les inllorescences de l'Oba que j’ai reçues du Congo (par
feu Pierre, Directeur du jardin de Libreville, au retour d’un voyage à Loango),
j ’incline à croire que l’espèce dominante, dans cette région, serait YIrvingia
Smithii Hook. f.; c’est, du reste, là, l’opinion de Smith, qui indique cette es­
pèce dans le Congo, tandis que Barter la signale dans le Niger. Je rappelle
ici que cette espèce ne se différencie de YIrvingia gabonensis que par des ca­
ractères peu marqués dont le plus important est celui d’un embryon albumi­
neux dans la graine. Par ailleurs, 1° la forme des feuilles très coriaces, ovales
elliptiques, arrondies à la base avec un sinus étroit et cordiforme à l’insertion
du pétiole ; 2° les inflorescences axillaires ou terminales en grappes paniculées
égalant ou dépassant la longueur des feuilles, les pédoncules floraux insérés un
à un le long de l’axe floral tandis qu’ils sont rassemblés par 5 ou 6 dans YIr­
vingia gabonensis ; 3» le style de la longueur de l’ovaire, constituent des
caractères dont la constance me paraît fort douteuse. On trouve, du reste, des
états intermédiaires entre la manière d’être à’Irvingia gabonensis et celle à'1.
Smithii.

�YOba disparaît, la végétation change absolument (i). Dans la
forêt de Mayomba, les indigènes préparent et consomment
YO'Diha : cette pratique ne se retrouve plus que dans les
tribus anthropophages Bonjos qui occupent les deux rives de
l’Oubanghi, entre 1° et 3° de lat. Nord. Ailleurs, sur le
Congo, ils se servent du fruit, mais sans recourir à la prépa­
ration spéciale qui en transforme la graine en pain de O’Dika.
O’Rorke dit, d’après Aubry-Lecomte, que ce végétal est
connu sur la côte depuis Sierra-Leone jusqu’au Gabon. Oliver
[Flora of trop. Africa, t. I, p. 314) cite les localités sui­
vantes pour ce végétal : Ile des Princes (Barter, Mann) ; Ri­
vières, Muni et Cameroon [Mann). La variété tenuifolia de ce
végétal, établie par Hooker fils (Linn. Transactions 23-16*7),
a les feuilles faiblement coriaces ou submembraneuses, large­
ment elliptiques, obtuses ou courtement et largement apiculées. Le style est grêle et allongé comme dans le type. Une
seule localité est indiquée par Oliver (Flora o f trop. Africa,
I, p. 314), c’est Abbeohuia (Irving). C’est cette même variété
que Barter appelle le Mango sauvage des indigènes de SierraLeone: je serais porté à croire, d’après quelques spécimens que
j ’ai eus entre les mains, qu’elle règne mêlée au type et quelque­
fois dominante sur toute la côte occidentale d’Afrique située
au-dessus de l’équateur, c’est-à-dire depuis Sierra-Leone jus­
qu’au Gabon. Au- dessous de l’équateur, c’est-à-dire dans le
Congo, nous avons vu que, vraisemblablement, YOba des in­
digènes de cette région est constitué par Y[rvingia Smithii
Hooker fils.
Voici la description de la plante du Gabon : Irvingia gabonensis :
Dans les régions qui constituent son habitat connu, YOba est un bel
arbre ayant l’aspect de notre chêne. De son tronc se dégagent des
branches longues, étalées, peu rameuses. Les rameaux sont, comme
elles, recouverts d’une écorce grisâtre (2), avec les extrémités vertes,
(1) D’après MM. Grisard et Vanden-Berghe (Les bois industriels exotiques.
Revue des sciences naturelles appliquées, n° 21, 5 novembre 1892, p. 429-430),
Ylrvingia gabonensis remonterait sur le littoral de l’Afrique tropicale, depuis
le Gabon jusqu’à Sierra-Leone. D’un autre côté, mon zélé correspondant
M. Autran, de Libreville, m’écrit que ce végétal se trouve au Dahomey, d’où
la graine serait exportée par la maison Mantes frères, de Marseille. Ces rensei­
gnements semblent confirmatifs l’un de l’autre.
(2) « Le bois, d’une dureté et d’une densité moyennes, d’une texture assez
» fine et serrée, est susceptible de poli et peut être employé à divers travaux,

�'W$$.
striées irrégulièrement selon la longueur. Les stipules supra-axillaires
qui appartiennent à la dernière feuille se comportent ici comme dans
tous les Irvingia, de la même façon que dans les Artocarpe'es, et
enveloppent toute la portion extrême du jeune rameau, jusqu’au jour
où elles se détacheront à peu près circulairement par leur base, pour
dégager les feuilles suivantes. Les feuilles, dont le pétiole est assez
court (1/2 centimètre environ), sont très variables de taille (voir fig. 1);
elles ont souvent 1 décimètre de longueur sur 5 centimètres de lar­
geur ; mais il y en a dont les dimensions sont doubles. Leur forme est
ovale ou elliptique-aiguë, à sommet brièvement acuminé dans un grand
nombre de cas. Leur base est plus souvent atténuée en coin qu’arron­
die et fréquemment insymétrique, l’une des deux moitiés présentant
une tendance à former une sorte d’auricule peu prononcée. Lisses et
brillantes en dessus, quand elles sont fraîches, plus ternes en dessous,
minces et sèches, même quand elles sont vivantes, elles possèdent
une belle teinte d’un vert sombre. Leurs nervures penne'es, formant un
réseau assez délicat, sont surtout visibles et proéminentes à la face
inferieure, où elles présentent une teinte blanchâtre. Les inflorescences
situe'es à l’aisselle des feuilles, et en grappes simples ou rameuses de
cymes pauciflores (fig: 1 et fig. 3) sont plus courtes ordinairement que les
feuilles.
Les axes sont grêles, noirâtres sur la plante sèche, renflés çà et là
au niveau des divisions. Ce végétal fleurit au Gabon-Congo plusieurs
fois par an. La récolte se fait surtout en novembre et en décembre (1).
Les fleurs normalement tétramères présentent, sur un court récep­
tacle convexe, un calice gamosépale à quatre divisions plus ou moins
profondes, obtuses et arrondies au sommet, et dont la prèfloraison est
vulvaire ( fig. 2 A). Les pétales blanchâtres ou d’un jaune pâle et
légèrement verdâtre sont libres, caducs et imbriqués dans la préflorai­
son. L’androcée est diplostémoné : avec quatre pétales on observe
huit étamines, dont quatre oppositipétales sont longtemps plus courtes
que les quatre autres. Leurs filets sont corrugués dans le bouton et
leurs anthères biloculaires sont orliculaires ou elliptiques et d’abord
introrses (fig. 2, C et D). L’insertion des étamines se fait en dehors
de la base d’un disque hypogyne qui présente huit sillons ou encoches
correspondant aux filets étaminaux ; ce disque est à l’état frais d’une
» mais comme l’arbre, par les fruits qu’il produit, rend de plus grands services
• aux indigènes, ceux-ci -préfèrent le conserver et exploiter d’autres essences
» pour leurs besoins économiques. &gt; (Grisard'et Vanden-Berghe, loc. cit.)
(1) Cette récolte est des plus faciles, cependant l’incurie des nègres est telle
qu’une immense quanliLé des semences est laissée sur le sol où les rats, très
communs dans les forêts du Gabon, s’en montrent si friands, qu’au bout de
quelques jours tous les uoyaux sont ouverts et les amandes dévorées par ces
rongeurs. Ces noyaux sont, du reste, moins résistants que ceux de 17. Olivcri
et de 17. Malayaua de Cochinehine et du Cambodge, qui_£sont aussi brisés par
certains animaux pour en dévorer l’amande.

�belle couleur jaune citron. L’ovaire est atténue' en un style à tête
sligmatifère très peu prononce'e, q u i e s t p lu s c o u rt qu e l'o v a ir e : ce s ty le
e s t a c c re sc e n t (fig. 4). L’ovaire renferme un seul ovule dans chacune de
ses deux loges. Cet ovule, incomplètement anatrope, est suspendu à
l’âge adulte avec le microphile dirige' en haut et en dehors.
Le fruit de l’Oba (fig. 4) est une drupe verte de la force d’un œuf de
cygne, recouverte d’un mésocarpe pulpeux et filandreux ; de saveur
tére'binthacée analogue à celle du Mangot (fruit du M a n g if e r a
in d ic a sauvage), mais plus prononcée encore (1). L’endocarpe osseux
forme un noyau allongé et plat, filandreux à la surface, plus ou moins
allongé, amygdaliforme ou irrégulièrement ovale (fig. 7), comprimé,
avec une paroi ligneuse assez dure, épaisse. Lorsqu’on fend ce noyau
suivant ses bords, on voit quelquefois, qu’outre une vaste cavité qui
contient la graine, il renferme une loge stérile, étroite, en forme de
croissant, parallèle à la surface convexe d’un des bords du noyau et
quelquefois réduite h une sorte de fissure linéaire et arquée extrême­
ment peu prononcée (fig. 5, Is) La graine est à peu prés aussi de la
même forme que celle de l’Amandier, mais plus grosse, lisse, luisante
à la surface. Le tégument séminal est double; à l'e x té r ie u r et le lo n g du
r a p h ë , se v o ie n t d es fibres qui s é p a n o u iss e n t en f a is c e a u x d i g i t é s , tr a n s v e r ­
s a u x e n tr e

t e n d o c a r p e e t le sp e r m o d e r m e e t f o r m e n t com m e des g riffe s de

(fig. 6, g ).
L’embryon épais et charnu blanc e'burné, présente deux gros coty­
lédons gras et de légère saveur amère appliqués étroitement l’un
contre l'autre (fig. 5, c). La radicule cylindroconique est cachée dans
une sorte de canal formé par les espèces d’auricules que présente la
base des cotylédons (fig. 5, b). Le sommet de la radicule, très briève­
ment apiculé, se voit seul dans l’ouverture extérieure et circulaire de
ce canal. L’embryon est dépourvu d’endosperme (2).

r e n fo r c e m e n t s u r les p o in ts d ’in s e r tio n de la g r a in e a u p la c e n ta ,

Une coupe de l’embryon (cotylédons) m’a offert la constitu­
tion suivante : au-dessous de l’épiderme à cellules vides
{fig. 8, ép) règne un parenchyme de cellules grasses [fig. 8,
p g) interrompu fréquemment par des lacunes mucilagineuses
[fig. 8, l m) qui régnent dans toute son épaisseur. Ces lacunes
(1) C’est cette particularité qui a valu à la plante son nom primitif de Man­
gifera gabonensis, donné fautivement par Aubry-Lecomte : pour une raison
idenLique, les colons du Gabon appellent VOba du nom de Manguier sauvage,
de même que les colons anglais de la côte occidentale d’Afrique appellent YIrvingia Barteri Hook fils, qui ne semble être qu’une forme de VOba, du nom
de Wild-Mango.
(2) Je me suis borné à reproduire ici, en la complétant, pour ce qui touche
aux fleurs, à l’inflorescence et à la graine, la description, par ailleurs, fort
exacte, de M. Baiilon (loc. cit.). Les parties importantes ajoutées ou rectifiées
sont en italiques.

�—7—
qui sont de nature essentiellement léissogènes, ainsi qu’on
peut le voir [fxg. 9, l w), se retrouvent, du reste, dans les
feuilles et dans la tige de ce végétal. Elles donnent un pro­
duit gommeux qui se confond chimiquement avec l'arabine.
Les corps gras renfermés dans les cellules du parenchyme
cotylédonaire sont formés non de globules, mais de masses

Fig. 10. — Fragment d’aspect amygdaloïde d’un pain de O’Dika.

d’une forme variable entourées de granules graisseux. Les
cellules en sont à peu près pleines.
La graine seule sert à préparer YO'Dika (pain), de la
manière suivante : on brise les noyaux, les graines sont
broyées dans un mortier, puis jetées dans une marmite préa­
lablement garnie à l'intérieur de feuilles de bananier. Sous
l’influence d’un feu lent et doux, la fusion du corps gras se
produit, puis la substance refroidie se prend en une masse
assez analogue au benjoin amygdaloïde [fxg. 10), tachetée de

�brun et de blanc. Elle est d'un gris brun, onctueuse au tou­
cher, d’odeur intermédiaire entre le cacao torréfié et
l’amande grillée ; sa saveur est agréable, légèrement amère
comme la graine fraîche, d’une astringence analogue à celle

Fit/. II. — Panier indigène renfermant un pain cylindrique de O’Dika.

du cacao. Ce rapprochement est frappant ; toutefois, ce
produit n’a pas l’arôme agréable du cacao (1). C’est cette
(1) Nous verrous bieulôl que la composition chimique de ce produit ne rap­
pelle en rien celle du cacao, ni dans son corps gras, ni dans la constitution
de son amande.

�similitude qui a porté M. Ü’Rorke â en faire une espèce de
chocolat (qu’il a nommé Chocolat des pauvres), en y joignant
du sucre et des aromates.
Les nègres du Gabon donnent à VO’Dlha la forme d’un
pain cylindrique qu’ils enferment dans une enveloppe très
solide et très résistante faite de nervures de palmier. Chaque
pain mesure 0m,35 de haut sur 0m,35 de diamètre à la circon­
férence de la base ; sa valeur vénale est d’environ 15 francs
pour un poids de 6 kilogr. (voir fig. 11). Mais les Gabonais
conservent encore les graines d'Oha d’une autre façon el
sans faire intervenir la torréfaction. Après avoir séparé les
deux cotylédons qui les cons­
tituent, ils les enfilent en cha­
pelet et les pendent dans leurs
cases (fig. 12) où ils se dessè­
chent bientôt et ne tardent
pas à être piqués des vers.
Ces chapelets leur servent
pour leurs apprêts culinaires;
ils en détachent une à une,
suivant leurs besoins, les
graines grasses nécessaires à
leur alimentation journalière,
sans se préoccuper de savoir
si ces semences sont intactes
ou piquées ; les Gabonais n’y
regardent pas de si près.
Toutefois, il faut remarquer
que les Pahouins , qui em­
ploient couramment le pain
de O'Diha associé à diffé­
rents mets, notamment aux
bananes cuites, tiennent à
avoir cette matière grasse
aussi exempte que possible
de parasites animaux. Dans
Fi'j. 74. — Chapelet de graines d O ,
ce but, ils soumettent les gros
pains dont nous avons parlé, â l’action de la fumée, et, pour
cela, ils les suspendent, durant plusieurs mois, au faite inté­
rieur de leurs habitations où s’accumule la fumée de tout le
feu qui s’allume dans leurs cases pour les divers besoins
ü j

�domestiques. Ces cases sont, bien entendu, dépourvues de
toute cheminée.
Nous allons donner maintenant les recherches que M. le
professeur Schlagdenhauffen a faites, sur ma demande, tou­
chant la composition chimique de ce pain de O'Dïlia (1).
Jusqu’ici, aucun travail de ce genre n’avait été entrepris ; on
ne s’était occupé que du corps gras sous le nom impropre de
beurre de Dilia qu’il faut rectifier en O'Dika. Il était cepen­
dant d’un haut intérêt de connaître dans quelle mesure ce
produit est nutritif.
A. —

P a in

d ’O’D ik a .

1. Traitement à Véther de pétrole. — La matière est
traitée dans un appareil à extraction continue par de l’éther
de pétrole bouillant à 60°. On opère sur 20 grammes et l’on
arrête l’opération au bout de six heures. Le liquide jaune,
évaporé au bain-marie, abandonne un corps gras d’une
odeur spéciale, fusible aux environs de 40°. Le rendement
est de 72 % ; il peut même aller jusqu’à 85 % suivant la
façon dont on opère. En n’épuisant que le gâteau brut, on
n’atteint que la limite inférieure ; mais quand, après cette
première opération, on pulvérise les graines restées entières
ou grossièrement concassées seulement, pour les soumettre à
nouveau à un deuxième traitement, on arrive à en retirer
encore jusqu’à 13 % de corps gras, ce qui élève le rendement
à 85 %•
2. Traitement à l'alcool. — Le liquide alcoolique, obtenu à
la suite d’un traitement analogue au précédent, est brun
foncé et présente une légère odeur d’empyreume. Il contient
du glucose, du tannin et un peu de résine. Soit :
Glucose, tannin, matière amère....................
Re'sine............................................................

2,40
0,55

Poids de l’extrait alcoolique.........................

2,95

3. Traitement à l'eau. — En faisant bouillir le résidu des
(1) Cette composition chimique devrait se confondre évidemment avec celle
des graines qui composent VO'Dika", nous verrons qu’il n’en est pas ainsi, et
que, par conséquent, un autre facteur végétal intervient dans la composition de
ce pain.

�— 11 —
opérations précédentes avec de l'eau, on dissout un peu de
matière gommeuse, soit 0,623 %. L’extrait aqueux fournit
0,257 % de cendres blanches, par conséquent, on obtient par
ce traitement :
Matières gom m euses...........................................
Gendres................................................

0,623

Poids de l’exlrait a q u e u x ...................................

0,880

0,257

4. Recherche des matières albuminoïdes. — L’incinéra­
tion du résidu avec un peu de sodium donne un résidu qui,
convenablement traité par le mélange de sels ferroso-ferriques, fournit un précipité bleu qui indique la nature azotée
de la matière, en admettant que cet azote soit sous forme de
principe protéique, on obtient son poids en multipliant la
quantité d’azote trouvé par 6,25. Le dosage à la chaux
effectué d’après la méthode de Will et Varentrapp nous a
fourni pour le poids des matières albuminoïdes 10m,857.
5. Incinération. — En incinérant la poudre, on obtient le
poids des sels fixes qui est de 3,7375 %.
En ajoutant ce nombre à ceux que nous venons d’indiquer
ci-dessus, c’est-à-dire au poids des produits extraits à l’aide
de l’éther de pétrole, de l’alcool et de l’eau et à celui des
matières albuminoïdes obtenues par calcul d’après le dosage
à la chaux et en retranchant la somme de 100, on trouve,
comme différence, le poids du ligneux et de la cellulose. Nous
pouvons donc d’après ces données établir comme suit la
composition du pain de O'Dilia :
Corps gras (acides laurique el m yristique).

72 CL
" t . 15

Glucose, tannin et matière am ère............
Re'sine............................................................
Matières gom m euses...................................
C endres..........................................................
Matières album inoïdes.................................
C endres........ .................................................
Ligneux et cellulose (différence)..............

2
0
0
0
10
3
9
100 gr.

Sol. dans éther de
pétrole.

40
Sol. dans alcool.
55
623 |
Sol. dans l'eau.
257 1
857
7375
4255
»

Tl est bon de rapprocher de l’analyse de YO'Dilia celle de
la graine d'Oba due à M. Schlagdenhauffèn :

�Extrait au pétrole : Corps gras solide................
56,375
— à l’alcool : Matière re'sineuse, sucrée,
amère, taurique....................................
11,650
Incinération : Sels fixes.........................................
2,650
Matières albuminoïdes..........................................
20 »
Par différence : Cellulose.........................................
9,318

100 »
Si nous comparons maintenant la composition chimique de
la graine d'Oba à celle du pain de O’Dika, nous sommes fata­
lement conduits à admettre qu’un élément étranger s’intro­
duit comme composant de ce pain, car les deux constitutions
sont trop différentes pour émaner d’un même produit végétal.
Ce résultat analytique vient donc confirmer l’appréciation
des voyageurs rapportée par M. le professeur Marchand au
sujet de l’introduction des graines étrangères à Irvingia,
gàbonensis et notamment de celles du Mangxfera africana
et du Pentaclethra macrophylla dans la fabrication du pain
d'O'Diha.
Nous allons examiner d’une manière spéciale les divers
produits obtenus successivement par l’action de nos dissol­
vants.
P&gt;. — Produit extrait, par Véther de pétrole. (Corps gras).
Il fond à 41e,6 et se prend de nouveau en masse à 34°,8. Il
possède une odeur spéciale beaucoup plus prononcée à chaud
qu’à froid. A l’état liquide, il est jaune orangé, mais, fondu
et sec, il présente une teinte gris-jaunâtre.
Il est entièrement soluble dans trois fois son volume
d’acétone et dans vingt-cinq fois son volume d’alcool à 90°.
Ces solutions laissent déposer après refroidissement des
aiguilles très fines qu’on peut obtenir d’un blanc de neige à
la suite de plusieurs cristallisations répétées.
Il se dissout aisément dans le chloroforme, l’éther et le
sulfure de carbone. A l’état solide ou en solution chlorofor­
mique, il ne se colore pas au contact de l’acide sulfurique
concentré.
A la température du bain-marie, on voit se produire une
teinte orange. L’acide sulfurique concentré additionné d’une

�— 13 —
trace de chlorure ferrique, fait apparaître une couleur bleue
qui ne vire pas au ponceau et exclut par conséquent la
présence probable de la cholestérine. Des essais directs
effectués en vue d’y retrouver ce composé n’ont amené
d’ailleurs que des résultats négatifs.
Le corps gras est aisément saponifiable par la potasse ou
la soude alcoolique à la température du bain-marie. Il suffit
de quelques minutes de contact pour arriver à la formation
du savon.
En opérant sur 300 grammes de matière nous avons pré­
paré la combinaison potassique qui, dissoute dans l’eau et
traitée par de l’acide chlorhydrique en excès, nous a fourni
un gâteau assez volumineux d’acides gras. Après les lavages
nécessaires pour éliminer l’excès d’acide et de chlorure alca­
lin, nous avons obtenu un produit presque blanc, fusible vers
40°, complètement sec. L’alcool à 90°, à chaud, dissout par­
faitement ce mélange et abandonne après refroidissement des
cristaux aiguillés fusibles à 37°,4.
Pour connaître la nature de la composition de ce mélange,
nous ajoutons à la solution alcoolique une solution alcoolique
d’acétate de magnésie et procédons ainsi à des précipitations
fractionnées successives. Les précipités sont jetés séparément
sur filtre, lavés à l’alcool, puis décomposés par l’acide chlo­
rhydrique. Les acides gras correspondants sont soumis à des
cristallisations répétées dans l’alcool, et l’on obtient finale­
ment, à la suite de ces diverses opérations, deux produits
dont l’un cristallise à 43° et l’autre à 53°,5.
Ce sont, d’après les indications des auteurs, des points très
voisins du degré de fusibilité des acides laurique et myris­
tique. Les autres précipités magnésiens, décomposés de la
même façon par l’acide chlorhydrique, fournissant des acides
gras dont le point de fusion est intermédiaire entre ces der­
niers, ne doivent être considérés que comme des mélanges.
Nous admettons donc que les acides gras du beurre de O'Diha
sont constitués par de Yacide laurique et de l'acide myris­
tique, et, si d’autre part, nous nous appuyons sur les travaux
de Heintz (1) et de Oudemanns (2), dont les noms font autorité
dans la technique des corps gras, nous pouvons affirmer sans
(t) Annales de Pugg., xc, p. 137.
(2) Répertoire de chimie applig., 1861), p. 390.

�— 14 —
crainte d’être démenti que ces deux acides laurique et m y­
ristique se trouvent à peu près à parts égales dans ce
beurre. Nous croyons pouvoir affirmer, en outre, l’absence
complète d'oléine dans ce produit, d’abord en raison de la
production d’un mélange qui n’est ni liquide ni même butyreux, extrait du gâteau des acides gras, et ensuite à cause
de l’impossibilité dans laquelle nous nous sommes trouvé de
préparer un savon plombique soluble dans l’éther. Les acides
gras du beurre de Dika ne renferment donc pas d’acide
oiéique et sont uniquement formés d’acides laurique et
myristique.
C. — Produits extraits par Valcool.
Nous obtenons, comme nous l’avons indiqué plus haut, un
mélange de divers principes faciles à déceler par les réactifs
chimiques, mais dont les caractères orgâno leptiques sont
d’autant moins aisés à reconnaître que la solution aqueuse
présente une réaction franchement acide au tournesol.
L’acidité est-elle due au tannin ou à un acide particulier?
Nous serions tenté d’admettre cette dernière hypothèse et
d’attribuer la présence de cet acide à un produit pyrogené
formé lors de la préparation du pain. D’ailleurs il doit se
former et il se forme en réalité, par suite de la température
élevée à laquelle on porte le mélange des graisses, un pro­
duit spécial qui ne peut provenir que de l’altération de la
matière protéique y contenue. Ce produit, mal défini, ne
constituant pas une entité chimique, mais pouvant le devenir
dans certaines conditions de température, donne à la solution
aqueuse une saveur légèrement amère et se comporte, à
l’égard des réactifs, comme les ptomaïnes. Il précipite, en
effet, au contact des iodures doubles et du cyanoferride
ferrique.
Une expérience comparative faite avec des amandes
douces nous fournit un résultat absolument identique. Mêmes
précipités avec Yiodure iodurè de potassium, avec Yiodure
de mercure et de potassium, Yiodure de bismuth et de po­
tassium et formation de bleu de Prusse avec le cyanure
rouge additionné de chlorure ferrique.
Faudrait-il conclure de là que les extraits alcooliques ou,
ce qui revient au même, les liquides provenant du traitement

�— 15 —
par l’eau du pain d'Q'Dïka ou des amandes grillées, soient
toxiques en raison de la minime quantité de composé ana­
logue aux ptomaïnes dont nous venons de déceler la pré­
sence ? Nous ne le pensons pas, car l’innocuité complète dont
jouit la matière alimentaire si répandue chez les Pahouins,
jointe à celle des gâteaux nommés petits-fours par nos pâ­
tissiers, prouve bien qu’il n’en est pas ainsi.
11 se dégage cependant de cette discussion une question â
examiner de plus près ; il faut trouver les conditions de tem­
pérature qui coïncident avec le rendement maximum du com­
posé à fonction alcaloïdique dont nous venons de signaler
l’existence dans les amandes grillées de YOba.
Ce sera l’objet d’une étude spéciale et d’un caractère géné­
ral. qui ne serait pas ici à sa place.
D. — Produit extrait par l'eau.
La matière gommeuse que l’on obtient après traitement
par l’eau de la poudre épuisée par l’alcool ne présente rien de
particulier. La solution précipite par l'alcool, le chlorure
ferrique et Yacétate triplombique et jouit, par conséquent,
des propriétés générales de la gomme arabique [arabine). Ce
produit est fourni par les lacunes à mucilage dont tout le
tissu parenchymateux de la graine est rempli.
En résumé, le gâteau de O'Diha est un aliment complet
composé comme il suit : les quatre cinquièmes sont consti­
tués par des corps gras, glycérides des acides laurique
et myristique, 10 %, de principes albuminoïdes, une petite
quantité de sucre et d’autres éléments qu’on retrouve en
général dans les graines alimentaires.
Il résulte nettement de cette analyse que le pain de YO'Diha
est une matière nutritive appréciable. Dès lors, s’il est vrai,
comme le laissent pressentir certains auteurs, notamment
O’Rorke [loc. cit.), que ce produit est employé pour adulté­
rer le cacao dans la fabrication du chocolat, il ne faut pas
s’en inquiéter outre mesure au point de vue de la santé pu­
blique. Cette fraude serait plus supportable que celle qui con­
sisterait (comme le pratiquent, dit-on, certains industriels
pour la préparation de chocolats inférieurs) â mêler au cacao
des tourteaux d’amandes ou d’arachides, des noisettes, de la
farine de fève, de la stéarine, etc., e tc .— J ’ajoute qu’en

�raison du degré de fusibilité du corps gras de l'O'Diha, si rap­
proché de celui du cacao, cette fraude, au moins dans les
mélanges adultérins où la proportion d'O'Diha ne serait pas
trop élevée, resterait fort difficile à reconnaître. Yoici com­
ment s’exprime O’Rorke au sujet de son chocolat des pau­
vres qu’il eut l’idée de préparer avec le pain d'O'Diha seule­
ment. « La ressemblance du pain de Dïka avec le cacao m’a
» donné l’idée d’en fabriquer du chocolat avec le sucre et un
» aromate. Le résultat est certainement encourageant. Ce
» chocolat préparé au lait, à la façon ordinaire, a été goûté
» avec plaisir par les personnes non prévenues....... Le
» pain de Dilia, d’après son premier importateur Aubry» Lecomte, peut valoir au Gabon de 60 à 75 centimes le
kilogramme (1). »
Nous avons vu que le corps gras de YO'Diha y existe en
quantité appréciable ; industriellement on peut aisément,
par la pression ou par le traitement au sulfure de carbone,
en obtenir de 48 à 70 % de la graine privée de son endo­
carpe ou 18 à 21 % ûe la graine pourvue de cette enveloppe
coriace. Ainsi extrait, ce corps se présente sous l’aspect
d’une masse d’un blanc teinté, rappelant un peu le beurre de
cacao, moins l’odeur particulière à ce dernier corps. Lecomte,
agrégé â la Faculté de médecine de Paris, en a fait une étude
d’application pratique en fabricant avec ce corps un très
beau savon à base de soude ; il en a fait aussi de la bougie.
.J’ai moi-même donné à essayer ce produit dans la grande
usine à stéarinerie de MM. Fournier à Marseille ; il a été em­
ployé comparativement avec le produit similaire provenant
de YIrvingia Oliven Pierre (de Cocliinchine), appelé beurre
de Cay Cay. Voici le résultat de cet essai industriel :
(1) Ce renseignement ne concorde pas avec celui que m’a fourni feu Pierre,
mort directeur du Jardin d’essai de Libreville, qui voulut bien m’acquérir un
pain de 6 kilog. (celui dont j’ai donné la figure), et qui le paya un fusil de
traite de la valeur de 15 francs. A ce prix, le kilo de pain de Dika revient
à plus de 2 francs. Mais, pour les besoins industriels, il suffirait d’acheter la
graine en nature non manipulée, qui serait évidemment d’un prix bien infé-

�Il —
BEURRES D’IRVINGIÀ.
Irvingia Oliveri P ierre , de la Cochinchine et du Cambodge.
Rendement en huile par le sulfure de carbone
sur la graine non décortiquée......................... 12,80 °/0
Rendement en huile par le sulfure de carbone
sur la graine décortiquée................................. 61 »
Saponification-déchet.......................................... 10 »
Rendement en glycérine..................................... 11 »
Rendement en stéarine de saponification........ 83,97
Fusion des acides gras de saponification . . . . 35°,50
Fusion stéarine...................................................... 36°,50
I r v i n g i a g a b o n e n sis

H. Bâillon , du Gabon-Congo.

Rendement en huile par le sulfure de carbone
sur la graine non décortiquée.......................
Rendement en huile par le sulfure de carbone
sur la graine d é c o rtiq u é e ...............................
Saponification-déchet..........................................
Rendement en glycérine.....................................
Rendement en stéarine de saponification........
Fusion des acides gras de saponification.........
Fusion sté arin e......................................................

21

» °/0

48 »
10 »
10,80
82,53
39° »
39°,50

ff
La comparaison des chiffres ci-dessus montre la presque
complète identité qui existe entre le corps gras fourni par
les deux graines à ' I r v i n g i a , au point de vue de l’emploi en
stéarinerie. Ces deux huiles concrètes présentent la parti­
cularité d’avoir des acides gras à point de fusion peu élevé,
bien qu’elles soient à l’état neutre d’une consistance solide
accentuée.
Les acides gras de saponification pressés donnent une
stéarine dont la fusibilité est sensiblement la même que celle
des acides gras avant pression, ce qui indique une composi­
tion particulière pour ces huiles, composition presque homo­
gène, puisque l’élimination des acides gras liquides n’a point,
par la pression, changé sensiblement la fusibilité de la ma­
tière avant pression ; tandis que les huiles, en général, don­
nent toujours une différence plus ou moins grande entre le
point de fusion des acides gras et celui de la stéarine corres­
pondante. Le déchet de 10 % à la saponification confirme

�encore cette composition spéciale du beurre des Irvingia,
puisque le déchet théorique est de 5 %. Cet excédent de dé­
chet indique qu’il entre dans la composition de cette huile
des acides gras solubles, tels que l’acide butyrique, Yacide
caprylique et caproïque qui sont éliminés à la saponification.
Ce déchet anormal rapproche les huiles d’Irvingia de l’huile
de Coco, qui donne aussi un déchet élevé à la saponification.
On trouve aussi, au point de vue physique, un rapprochement
entre ces deux huiles, dans l’odeur qui est identique de part
et d’autre.
Le beurre de O'Dika (Gabon) pourrait donc être employé
sinon par l’industrie de la stéarinerie, du moins, avec grand
avantage, par celle de la fabrication des savons ; les expé­
riences de Lecomte l’établissent nettement. D’autre part, la
parfumerie et la pharmacie pourraient en faire un large em­
ploi pour les pommades à grain lisse, cold-cream, Gérais
odoriférants et translucides, cosmétiques fins, etc.........En
1858, MM. Mazurier (du Havre) proposaient, d’après O’Rorke,
le beurre pur de O'Dika tout préparé au prix de 1 l'r. 50 le
kilog. Ce prix pourrait être moindre encore aujourd’hui, en
raison de la plus grande facilité des approvisionnements en
matière première (1). D’après Bâillon, «MM. Gellé frères, à
» Paris, Pilastre à Rouen, ont proposé, avec MM. Mazurier,
» d’employer cette matière grasse à plusieurs usages indus» triels ; on en a préparé une substance analogue à la stêav rine, des parfumeries fines, des cérats, des savons à base
» de soude. » La pharmacie pourrait trouver grand avantage
à substituer au beurre de cacao notre substance un peu moins
fusible que ce dernier corps, pour la préparation des sup­
positoires médicamenteux (glycérocones, etc.) ; ceux qu’on
prépare actuellement, à enveloppe de beurre de Cacao, étant
d’un prix très élevé. En dehors de sa moindre valeur vénale,
le beurre de O'Dika aurait, sur le beurre de cacao, la supé­
riorité de se travailler plus facilement à la machine à fabri(1) A cette époque, notre colonie du Gabon, seul point ou l’on pût se pro­
curer des graines d’Oba, était isolée sur la côte occidentale d’Afrique, sans com­
munications périodiques avec la France, et sans voie de pénétration dans les
régions intérieures boisées où le végétal producteur abonde. Aujourd'hui, il n’en
est plus ainsi: le Gabon et le Congo français ne forment plus qu’une immense
possession, et des lignes de paquebots, partant de Marseille, visitent réguliè­
rement, une ibis par mois, notre nouvelle colonie d’Afrique tropicale, faisant
escale à Libreville (capitale du Gabon) et à Loango (dans le Congo).

�- 19 —
quer les cônes de suppositoires, et de ne pas fondre dans
les doigts de la personne qui doit en assurer l’emploi.
On se demande comment, avec des applications si multiples,
si variées et si importantes, sans compter la facilité de se le
procurer en abondance dans nos immenses possessions ac­
tuelles de l’Afrique tropicale (Gabon, Congo français et Congo
belge), ce produit de haute valeur n’est pas devenu encore
d’emploi usuel dans notre industrie européenne. Serait-il
bien téméraire d’espérer que cette modeste étude ne restera
pas étrangère à la diffusion, dans un avenir prochain, de la
graine de YOba jusqu’ici méconnue dans sa valeur, tant
comme substance alimentaire que comme matière grasse ?
L’espèce principale qui donne YO'Diha devrait, est-il besoin
de l’ajouter, être propagée dans nos colonies françaises tro­
picales, la reproduction par les graines étant absolument
assurée , à la condition qu’elles soient aussi fraîches que
possible.

CHAPITRE II.
BEURRE DE CAY-CAY.

Le beurre de C.ay-Coy est le pendant asiatique du beurre
d'O'Dïka africain. Il est fourni par un végétal congénère de
celui qui donne le produit dont je viens de faire l’examen dé­
taillé. Dans ces conditions, il n’était pas possible de séparer
l’examen de l’un de l’étude de l’autre : le rapprochement s’im­
posait en raison des origines végétales congénères de ces
deux produits. Il était en outre intéressant, comme je l’ai dit
déjà, de connaître les similitudes ou les différences de com­
position qui séparent ou unissent ces deux produits.
Irvingici Oliveri. Pierre (en annamite vulgaire, Cay-Cay ;
Mand, Môc-Tông ; Cambodge, Châm-Bâc).
Y?Irvingici Oliveri Pierre et YIrvingia Malayana Oliver,
sont les deux seuls végétaux connus comme producteurs du
beurre de Cay-Cay.
Le premier est un grand et bel arbre forestier d’une hau­
teur de 30 à 35 mètres environ sur un diamètre moyen de

�1 mètre, mais mesurant souvent jusqu’à 2m,50 à la base (1).
Son tronc droit et élancé est terminé par des rameaux nom­
breux garnis d’un feuillage touffu : l’écorce est grisâtre,
verruqueuse, parsemée de taches jaunâtres dues à l’exfoliation de sa partie superficielle (périderme). Les jeunes rameaux
présentent une teinte rougeâtre et çà et là quelques lenticelles. Cette écorce est amère et riche en principes astrin­
gents.
Feuilles alternes, simples, entières, coriaces et glabres, courtement
pétiolées, ovales allongées, arrondies ou subcordées à la base, le'gèrement acumine'es au sommet. A teinte vert pâle ou un peu glauque, à
nervure médiane saillante sur la face supérieure, ces feuilles sont
munies de dix à onze petites côtes de chaque côte', distinctes sur les
deux faces, reliées par des nervures et des côtes éleve'es, les pre­
mières transversales, les secondes parallèles aux petites côtes.
Les nervures late'rales se détachant de la nervure me'diane, se diri­
gent vers les bords en s’incurvant vers le sommet et se re'unissant
l’une à l’autre de manière à former une sorte de nervure marginale
ondule'e à 5 millimètres environ du bord. Les feuilles des arbres éle­
vés ont une longueur de 5 centimètres environ, leur sommet est légère­
ment obtus. Ici, comme dans tous les Irvingia, le bourgeon terminal
est enveloppé dans une sorte de spathe, en forme de capuchon, conssituée par les stipules extra-axillaires de la dernière feuille qui se sont
soudées d elà même façon que celles des Arlocarpées et enveloppent
toute la portion extrême du jeune rameau, jusqu’au jour où elles se
détacheront à peu près circulairement par la base, ne laissant sur
l’axe d’autre vestige qu’une cicatrice circulaire. L’arbre fleurit en
mars ou en avril. Inflorescences axillaires en grappes simples ou
ramifiées plus courtes ou de même longueur que les feuilles, en
moyenne 5 à 6 centimètres de longueur : elles sont différentes de celles
de l’Irvingia gabonensis. Les pédicelles floraux pourvus à la base d’une
bractée et mesurant 1/4 de millimètre, portent des fleurs petites, ver­
dâtres. Le calice est forme' de cinq sépales à limbes obtus (mesurant
(1)
Son bois, de couleur jaune très pâle, assez joli étant verni, est d’une tex­
ture fine, très serrée, à fibres longues et légèrement contournées. Dur, lourd,
coriace, difficile à travailler, il se pourrit difficilement et n’est pas attaqué par
les insectes. Contrairement à l’assertion de Mottley, cette essence ne résisterait
pas aux ravages des tarets. C’est, du moins, la conviction des Annamites. Sa
densité approximative est de ü,960. Lorsque le bois n’est pas creux (et il l’est
souvent), il peut être employé pour la charpente, le charronnage, la menuiserie,
la confection des herses, rouleaux et autres instruments en usage dans les tra­
vaux des champs. Les Annamites n’en font guère que des colonnes de cases,
des pilotis et différentes pièces de leurs embarcations. [Le; dois industriels et
exotiques, par Grisard et Vauden-Berghe, Revue des sciences naturelles appli­
quées, n° 21, fi novembre 1892.)

�—

21

—

1 1/2 ou 1 1/5 de millimètre) qui sont membraneux : les pétales de
2 3/4 mm. sont concaves. Les étamines inégales ont des filets subulés,
longs de 1 à 2 millimètres Les anthères, au nombre de dix, insérées à
la base du disque, sont ovales, émarginées ; le disque (de 1/2 milli­
mètre sur 1 millimètre) est entier et pourvu de légers sillons qu’on voit
plus accentués sur YIrvingia gabonensis. Le style dressé (1/5 de milli­
mètre), tronqué, est deux fois plus court que l’ovaire. Le stigmate est
très petit. L’ovaire est à deux loges uniovulées, à ovules semi anatropes. Le fruit a 45 millimètres de long sur 27 millimètres de large, sa
face comprimée n ’a que 15 millimètres de diamètre. La pulpe de son
épicarpe et sarcocarpe est juteuse avec un goût légèrement amer, ce
qui ne l’empêche pas d’être recherchée par certains animaux (Gervi-

Fig. 13. — Fruits d’lrVingia Oliveri dépouillés de leur sarcocarpe.
dés). L’endocarpe est épais de 2 millimètres et envoie de nombreuses
libres à travers le sarcocarpe, sa surface interne est lisse et vernissée.
Le spermoderme est coriace et n’a pas plus d’un 1/2 millimètre
d’épaisseur. Les cotylédons sont à peine plan convexe et de 5 milli­
mètres d’épaisseur environ (1).
Le fruit, sur lequel il faut revenir, est une drupe de forme ovoïde,
comprimée, à peine atténuée et obtuse au sommet,.grosse comme un
œuf de pigeon, à mésocarpe fibreux et à endocarpe lignifié, osseux. A
sa m aturité complète, le fruit est jaunê. Au moment do la récolte, lors­
que l’épicarpe a été détruit, le fruit réduit à son endocarpe a la forme
et la grosseur d’une amande de petite dimension ; sa surface est gri&lt;e
et comme veloutée (fig. 13, A). Cette apparence est due à la persis­
tance des fibres qui traversent le mésocarpe après la destruction du
parenchyme sarcocarpique. La coque fendue présente souvent, comme
le fruit de YIrvingia gabonensis, la trace d’une deuxième loge avortée
(1) Leur goût est agréable et rappelle tout à fait celui des amandes de YIr­
vingia gabonensis ; elles laissent une arrière-saveur de très légère amertume
comme ces dernières, elles sont mucilagineuses.

\t7°.

�—

22

—

(fig. 13, C). L’unique loge présente une graine revêtue d’un spermoderme brun marron, lisse et cassant, le raphé s’épanouit aussi laté­
ralement sur le spermoderme en griffes transversales (fig. 13, B). Quel­
quefois il y a deux graines, une dans chaque loge. Ce spermoderme
est formé de deux enveloppes dont la plus interne subéreuse est sil­
lonnée par des faisceaux blanchâtres et transversaux. L’embryon
charnu est formé de deux cotylédons appliqués l’un contre l’autre
(fig. 13 C, c] : la radicule minime est cachée au sommet de la graine
et à la base des cotylédons (fig. 13 C, b) qui présentent en cet endroit
une dépression pour la loger, mais pas d’auricules comme dans Vlrvingia gabonensis: traces d’albumen jaune grisâtre dans la graine mûre.

Fig. iU. — Coupe transversale d’un cotylédon à'Irvingia Olivcri :
Im, lacune mucilagineuse ; cg, cellules grasses.
Fig. 15. — Coupe transversale très grossie d’une lacune à mucilage Im entourée
de cellules grasses cg.

Si on fait une coupe à travers ces cotylédons, on trouve,
commô'dans Irvingia gabonensis, un parenchyme interrompu
par des lacunes mucilagineuses de nature leissogène (fig. 14
et 15 7m). M. Vignoli (1), pharmacien de la marine, a indiqué
les mômes organes dans les feuilles (pétioles) et l’écorce : il les
(1) L e C a y -Cay ou Irvingia Olivcri (Thèse de l’École supérieure de Phar­
macie de Montpellier, 1886). PL 1.

�— 23 —
a désignés sous le nom de réservoirs à gomme, mais il ne les
a pas cherchés dans l’embryon. M. Pierre, dans son beau tra­
vail sur la Flore forestière de Cochinchine (PL 263), au texte
duquel je fais de nombreux emprunts pour cette descrip­
tion, ne les signale pas non plus. Ils sont suffisamment,
caractéristiques et par la gomme [arabine) produite et par
leur forme, pour permettre de reconnaître un mélange de
cacao et de Gay-Cay.
Originaire du sud de l’Indo-Chine dont elle constitue une
des plus belles essences forestières, cette espèce se rencontre
dans VAssam, au Laos, au Cambodge, à Phu-Quoc et en
Cochinchine où elle est surtout abondante â Baria, à Longay, Tramban et dans la région boisée qui entoure le Nuiba-den près de Tay-Ninh, tout en croissant disséminée et
commune dans les clairières et sur la lisière des forêts (1).
L'Irvingia Malayana Oliver (en annamite Cay-Cay, en
Kmer, Kramaon Cham-bâc ; en Malacca, Mirlang), arbre
de 15 à 20 mètres de haut (2), donne aussi par ses graines du
beurre de Cay-Cay (3). Il se confond presque, d’après
M. Pierre (4), avec YIrvingia Oliveri, en a le faciès et
en diffère par les caractères suivants : « Feuilles un peu plus
» petites, pédicelles sans bractéole, disque non lobé et à
» parois à peine sillonnées, enfin fruit plus petit (5). »
(1) Voici comment M. Pierre [Fl. for. de Goch. PI. 263) justifie la fréquence
de ce vétégal dans les clairières : « Deux causes expliquent cette fréquence.
* Son Lois est très coriace, très difficile à couper et ses graines sont alimen• taires. 11 est donc toujours conservé dans les défrichements. Son amande a
&gt; un goût agréable même pour l:Européeu, c’est une réserve excellente pour les
» populations forestières qui ne connaissent ou ne peuvent pratiquer que la
» jachère. »
(2) Bois de couleur chamois pâle, tirant sur le jaune, dur, à grain fin et
ne se gerçant pas en se séchant, employé pour fabriquer des manches de Kriss
(Grisard et Vanden-Berghe, Les lois exotiques, loc. cit.). M. Pierre dit que ce
bois peut être comparé à celui du Manqifera indica et à celui du Bouea, qu’il
est très difficile à travailler, qu’il n’est utilisé que pour des auges et des pilotis
dans les terrains humides.
(3) Cette graine, comme celle de l’espèce précédente, renferme de la matière
grasse, mais en quantité moindre.
(4) Pierre, Flore forestière de Cochinchine [loc. cit.).
(5) Cette espèce a été décrite, pour la première fois, par Oliver dans Fl.
Brit. Ind, Hooker fils, I, p. 522. Plus tard, M. Pierre, directeur du Jardin
botanique de Saigon, l’avait nommée I. Harmandiana (du nom de son collec­
teur M. Ilarmand) dans les cultures du Jardin botanique de Saigon (1886) ;
plus tard encore, n’ayant pas publié l’espèce, M. Pierre reconnut que c’était
celle de la Flore de l’Inde, éditée en 1875. Entre temps, M. de Lanessan l’avait

�— 24 —
Ce végétal, moins répandu que I. Oliveri en Basse-Cochinchine et au Cambodge, habite surtout dans la province de
Compong-Xoai (Cambodge), d’après Harmand (1).
Voici la diagnose de cette espèce telle que la donne
M. Pierre (2) :
« Feuilles ovales lancéolées ou ovales oblongues arrondies
» à la base, terminées en une pointe subaiguë, glabres, mu» nies de vingt-quatre petites côtes reliées par des nervures
» transversales subparallèles et des veines aréolées. Fleurs
» disposées en grappes axillaires assez courtes, entièrement
» glabres, munies à la base d’une bractée et d’une bractéole.
» Disque capuliforme à cinq lobes arrondis et courts termi» nant cinq côtes longitudinales (3), parallèles et élevées.
» Fruit sphérique, comprimé, arrondi aux deux extrémités
» contenant une à deux loges monospermes. »
En voici maintenant la description d’après le même auteur :
« Arbre de 15-20 mètres. Rameaux grêles portant des traces stipu» laires. Stipules géminées longues de 22 millimètres. Pe'tiole long de
» 12 à 15 millimètres. Limbe long de 11 à 12 centimètres, large à la
» base de 6 centimètres. Grappes à peine composées ou simples,
» longues de 4 à 5 centimètres. Pédoncule long de 1 centimètre 1/2.
» Sépales obove's longs de 1 millimètre 1/4. Pétales longs de 2 milli» mètres 3/4. Etamines 10 millimètres, les alternes un peu plus
» courtes, à filets longs de 2 millimètres 1/2 à 3 millimètres, tordus.
» Anthères ovales, basifixes, un peu émarginées. Disque long de
» 1 millimètre formant gynoplrore à la base, très concave et portant
» un ovaire à deux loges ovule'es. Le style est tordu et se termine par
&gt;&gt; un stigmate pelté et concave au centre. L’ovule est inséré un peu au» dessus du milieu de la loge. Il a le micropyle extérieur et supère.
'&gt; Le fruit a 57 à (52 millimètres de longueur et 34 millimètres de lar» geur. Sa face transversale n’a que 17 millimètres. L’épicarpe est
signalée sous le nom de I. Harmandiana Pierre, dans ses Plantes utiles des
colonies françaises, p. 306, en 1SS6. En 1890, M. Pierre a publié la description
magistrale de cette espèce et d’/. Oliveri Pierre, accompagnée d’une magnifique
planche très détaillée, dans sou bel ouvrage en cours de publication sur la
Flore forestière de Coehinchinc (U. Doin, éditeur).
(1) M. Pierre (loc. cit.) inclinerait à croire qu’il existe à Bornéo, d’après
l’exemplaire sans fructification provenant de cette île qui figure au musée de
Leyde. Cette question est à élucider.
(2) Pierre, Flore forestière de Cocliinchine, pl. 263.
(3) La figure de M. Pierre [loc. cit.) porte non pas un disque à 5 lobes, mais
à 10 lobes ter minant 10 côtes verticales.

�— 25 —
»
»
»
»
»
»
»
»

mou, le sarcocarpe est traverse' par des productions fibrovasculaires
de l’endocarpe exactement comme dans le Mangifera indica et le
Bouea, genres avec lesquels cette plante a beaucoup d’affinités.
L’endocarpe a 2 millimètres 1/2 à 3 millimètres d’épaisseur. 11 est
vernisse' en dedans. Le te'gument est coriace et n’a pas plus d’un 1/2
millimètre d’e'paisseur. Il adhère à un albumen à peu près aussi
épais. Les cotylédons sont chacun épais de 3 millimètres et à peine
plan-convexes (1). La radicule est supère et courte. »

« Cette espèce contiendrait beaucoup moins de matière
» grasse que 1. Oliveri : mais je n’ai pas vérifié ce point,
» n’ayant jamais pu avoir des graines. D’après les indigènes
» ses amandes sont, comme celles de cette dernière espèce,
» très agréables à manger ; elles sont aussi utilisées pour la
» fabrication des bougies. »
Le bois, d’après Pierre, serait employé comme celui de
VI. Oliveri. Une note de Mottley à Kew affirme que cette
essence est à l’épreuve du taret : d’après M. Pierre ce n’est
pas l’avis des indigènes pour le Cay-Cay.
R é c o lte des f r u it s . — Nous allons faire maintenant l’his­
torique de la récolte, de l’emploi des fruits et de l’extraction
des corps gras par les indigènes en ce qui touche à VIrvingia
Oliveri. Nous suivrons ici les indications fournies par M. Vignoli (2) et prises sur les lieux mêmes par cet auteur :

« L’arbre fleurissant de février à avril, les fruits ont at» teint leur maturité complète de fin juillet à octobre. Ils se
» détachent alors des rameaux et se répandent sur le sol où
» les Annamites viennent les rassembler en tas. Us les aban» donnent ainsi sur les lieux mêmes pendant deux mois, pour
» laisser les parties molles se détruire, et ce n’est qu’en oc» tobre que la récolte est faite. Les fruits de Cay-Cay sont
» alors transportés dans les habitations et exposés aux
» rayons du soleil pour hâter leur dessiccation.
» Nous ferons remarquer ici que certains animaux, tels
(1) Il est probable) sans que je puisse l’affirmer toutefois, n’ayant jamais eu
les graines, qu’on trouve dans cette plante les mêmes lacunes à mucilage que j ’ai
signalées dans les cotylédons de sa voisine 1. Oliveri. M. Pierre est muet sur
ces organes dont il signale la présence, comme je l’ai dit, dans les pétioles et
l’écorce de FJ. Oliveri.
(2) L e

Cay-Cay,

e t c ., p . 36 e t s u iv a n t e s .

�— 26 —
» que : Singes, Comans, Sangliers, Comings, encore assez
» nombreux dans les forêts de la Cocliinchine, sont très
» friands des amandes du Cay - Cay qu’ils arrivent très
« bien â avoir malgré la dureté des téguments qui les en» veloppent. De l’abandon qui leur est fait de ces fruits
» pendant deux mois, doit donc résulter une perte sensible
» dans la récolte.
» E xtraction du corps gra.s . — Les fruits secs sont ou» verts à l’aide d’un fort couteau (Cai-ruà), et les amandes
» qui en sont extraites sont d’abord exposées au soleil pen» dant quelque temps , puis broyées dans un mortier. La
» pulpe ainsi obtenue est passée dans des tamis en bambou
» tressé (don), soumise ensuite â des procédés de liquéfaction
» et d’expression dont il nous faut donner ici quelques dé» tails. Nous verrons, en effet, par cet exposé, que les pro» cédés d’extraction, actuellement employés par les indi» gènes, laissent perdre une grande partie du corps gras.
» Liquéfaction. — Dans une marmite, aux deux tiers
remplie d’eau et posée sur un trépied, on place une autre
marmite dont le fond en bambou, finement tressé, n'arrive
pas jusqu’à la surface de l’eau. C’est dans cette deuxième
qu’est mise la pulpe des amandes de Cay-Cay. L’orifice
étant hermétiquement clos, on porte l’eau à une températare élevée, en évitant toutefois de déterminer son ébullition.
» Lorsque la pulpe, suffisamment pénétrée par la vapeur
» d’eau, est devenue une pâte gluante, on la sort et on l’en» veloppe dans une natte en paille de riz ; ou bien encore,
» prenant une gerbe de paille de riz, on lie solidement une
» des extrémités, écartant alors les brins de paille par leurs
» parties libres, on place entre eux la pâte de Cay-Cay ; puis,
» rassemblant la paille au-dessus du produit, on ficelle le
» faisceau par l’autre extrémité de façon à bien emprisonner
» la substance.

»
»
»
»
»
»
»

» Expression. — La presse, â l’action de laquelle doivent
» être soumis les pains de matière grasse ainsi préparés, se
» compose d’un tronc d’arbre percé transversalement d’un
» orifice carré de 30 centimètres de côté environ, communi-

�21
» quant, dans la partie centrale avec une longue cavité cylin» drique dirigée dans le sens môme de l’axe et à diamètre
» moindre que celui de la cavité transversale. C’est dans
» cette cavité cylindrique que l’on engage les boules de ma» tière grasse.
» Lorsque l’appareil est garni, on applique, contre la boule
» la plus rapprochée de la cavité transversale et carrée, une
» ou plusieurs rondelles de bois du diamètre de la cavité
» cylindrique, et entre ces rondelles et l’autre paroi de la
» cavité transversale, on fait avancer à grands coups de
» maillet un long coin en bois. La matière liquide exprimée
» tombe dans une rigole qui longe la cavité cylindrique, et
» sort par une ouverture pratiquée dans la partie la plus dé» clive de l’appareil.
» Lorsque le coin a produit tout son effet, on le sort ; on
» ajoute de nouvelles rondelles de bois et l’opération est re» commencée ; ainsi de suite jusqu’à ce que le coin refuse
» d’entrer. À ce moment, on sort le tout ; la pâte est broyée
» de nouveau, soumise à l’action de la vapeur d’eau, puis ex» primée comme il a été dit plus haut. Cette dernière opéra» tion est renouvelée encore une fois, après quoi les tour» teaux sont mis de côté. Ils servent ensuite, soit à faire du
» feu ou de l’engrais, soit à nourrir les bestiaux (1).
-

» Rendement. —■Dans un rapport, en date du 21 no» vembre 1884, adressé à M. le Secrétaire Général de Saigon
» par M. Lacan, administrateur de Tay-Ninh, nous trouvons
» le passage suivant : « Pour obtenir un pain de cire de
» 2 kilos il faut deux Gia ou 50 kilos de noix, qui donnent
» 10 kilos d’amandes. Ces proportions ne sont pas rigoureu» sement exactes, elles dépendent, en effet, de la qualité de
» l’amande et de sa manipulation. »
Les procédés employés par les indigènes ne leur permet­
traient donc d’extraire que 20 % de matière grasse. Or, nous
avons vu dans le tableau comparé de l’emploi des deux
beurres d'Irvingia pour la fabrication des bougies, que les
amandes sèches de Cay-Cay contiennent 61 % de corps
(1) L’analyse chimique de ces graines nous renseignera, plus loin, sur leur
valeur nutritive, qui est très appréciable et justifie l’emploi de ce tourteau
comme aliment.

�— 28 —
gras, ce qui semblerait indiquer une perte de 41 %• En
réalité cette perte n’est que de 31 %, si nous tenons compte
dans nos calculs de l’état plus avancé de dessiccation, danslequel se trouvaient les amandes qui ont servi au dosage
de la matière grasse, dans l’essai industriel fait au sulfure
de carbone. Les indigènes perdent donc plus de la moitié
du produit.
Le corps gras ainsi obtenu est employé à la fabrication de
bougies d’un commerce restreint dont la paire vaut 20 cen­
times. La flamme de ces bougies est plus brillante que celle
de nos chandelles, moins que celle des bougies ; elle n’émet
aucune odeur désagréable.
On trouve le plus souvent le beurre de Cay-Cay sous la
forme d’un cône tronqué du poids de 2 li., 500 environ (1). 11
est d’un jaune grisâtre, onctueux au toucher et d’une odeur
particulière, qu’une élévation de température rend forte et
désagréable.
Voici, d’après les recherches du professeur Sclilagdenliauffen, faites sur ma demande, l’analyse des graines d'Irvingia Olkeri dépouillées de leur endocarpe osseux :
Matière grasse...................................
Sucres........ .........................................
Mal. alb. sol.......................................
Mat. alb. in s......................
Sels fixes.............................................
Cellulose, gomme el tan n in............

73,60
1,25
0,40
18,35
3,45
2,95

100,00
La détermination de ces divers principes a e'té faile de la manière
suivante :
Les graines pulve'risées ont été épuisées par l’éther de pétrole dans
un appareil à déplacement continu, à chaud. La solution pe'trolique a
été évaporée au bain-m arie pendant le temps nécessaire jusqu’à dis­
parition complète du dissolvant. Le poids du résidu a été de 73,60.
Quand on exprime les graines à la presse, le tourteau qui en résulte
renferme encore 33,33 0/0 de corps gras que l’éther de pétrole enlève
très facilement.
(1) J’ai reçu de Cochinchine des pains de 1 k. 500 environ qui avaient la
forme propre aux pains de camphre du commerce, c’est-à-dire de véritables ca­
lottes sphériques.

■

�— 29 La matière épuisée cède à l’eau une faible proporlion de sucre
1,25 0/0, 0.40 seulement de matières albuminoïdes et du mucilage
gommeux (arabine).
Le résidu, soit 24,75 0/0, a été divisé en deux parties : l’une a servi
au dosage des matières albuminoïdes insolubles par le procédé à la
chaux. La quantité d’ammoniaque mise eu liberté, absorbée par un
volume déterminé d ’acide sulfurique 1/5 normal, a permis de calculer
le poids des matières protéiques, soit 18,35 0/0.
L’autre a fourni, après incinération, 3,45 0/0 de sels.fixes.
En reprenant le résidu par l’eau, on décèle la présence de chlo­
rures, de sulfates et de carbonates de potasse et de soude. Dans la
partie insoluble, se trouvent principalement des sulfates, carbonates et
phosphates de chaux.
Il n’existe point de lithine dans les cendres.
La cellulose a été obtenue par différence, en ne retranchant du poids
total 21,475, celui delà matière protéique et des sels fixes.
La petite quantité de tannin qui accompagne la cellulose ne provient
pas du périsperme. La graine ne renferme pas de matière amylacée.

Comme on le voit par cette analyse, la graine (ÏIrvingia
Oliveri reconnaît une composition très rapprochée de celle
d’/. gabonensis ; la quantité de corps gras est à peu près
équivalente dans les deux graines, et, dans la première,
les matières protéiques y sont à peu près en quantité égale
aussi, ce qui implique le même degré de valeur nutritive.
Les autres éléments composants sont équivalents de part et
d’autre. Il n’en est pas ainsi avec le beurre de O'Dika.
Mais les affinités entre ces deux plantes sont poussées plus
loin et se retrouvent jusque dans la composition chimique du
corps gras similaire qui caractérise les deux graines. Il ré­
sulte, en effet, des études de M. le professeur Sclilagdenhauffen que la matière grasse du Cay-Cay est formée par les
acides myristique et laurique comme celle de YOdika.
Ces résultats prévus démontrent : 1° que les affinités végé­
tales peuvent être fructueusement suivies, pour être établies
sans conteste, jusque dans la composition la plus intime des
végétaux ; 2° que les végétaux dont nous venons de nous
occuper, en tant que producteurs de corps gras et de matière
alimentaire, méritent d’être propagés ou protégés tout au
moins dans nos colonies françaises tropicales, et que leurs
produits ont droit à une place marquée dans nos industries
européennes.
Voici l’analyse du corps gras (beurre de Cay-Cay .

i. //

�Le corps gras, e'puise' à la presse ou extrait à l’aide de l’e'tlier de
pétrole, fond à 39°,5. Il est parfaitement soluble dans l’alcool, l’acétone, l’étber et l’éther de pe'trole, et se de'pose de ses solutions sous
forme d’écailles nacrées. Saponifié par la potasse ou la soude, il four­
nit, après décomposition du savon par l’acide sulfurique, un me'lange
d’acides gras, solides à la température ordinaire. Le gâteau, lavé com­
plètement jusqu’à disparition de toute trace d’acide minerai, est chauffe
au bain-marie. Son point de fusion est 37°,2. Ce mélange d’acides
gras est soluble dans l’acétone et dans l’alcool. En faisant refroidir les
solutions chaudes, on obtient des cristaux d’un blanc mat, mélangés
à des cristaux aiguille's, groupes en étoiles entièrement transparentes.
Il est facile, à l’inspection d elà forme cristalline de ces deux produits,
de constater que l’on a affaire à des corps différents.
En procédant à des cristallisations répétées dans l’ace'tone, nous
avons fini par obtenir un compose' dont le point de fusion a toujours
été' le même, 53°,6. Ce produit ne saurait être autre chose que de
Yacide myristique. Les premières eaux mères contiennent des mélanges
de ce même acide myristique avec un autre acide gras à point de fusion
beaucoup moins élevé. Elles fournissent toujours des me'langes de
cristaux brillants et des cristaux mats.
Enfin, dans les dernières eaux mères, on n’obtient plus qu’un pro­
duit fusible à la température de 35°,1 entièrement soluble dans l’alcool
et l'ace'tone et qui ne renferme pas d’acide oléique. La masse fondue
exprime'e à la presse, ne fournit absolument pas d’acide gras liquide.
En nous guidant sur les expe'riences de Ileintz qui font autorité en
pareille matière (Dict. de Wortz, II, p. 209), nous sommes amenés à
conclure que, dans les circonstances actuelles, où l’on a constaté d’une
part la fréquence de l’acide myristique et de l’autre l’absence d’acide
oléique, le mélange d’acides gras examinés renferme 30 % d'acide
myristique et 70 °/0 d’acide laurique.

Cette analyse infirme les données fournies par M. Vignoli
(loc. c i t p. 49) qui attribue à ce corps gras : acide oléique,
30 %, et acides indéterminés, 38,5 %• Elle démontre, en
outre, qu’il y a qualitativement sinon quantitativement, iden­
tité complète de composition entre les corps gras des deux
Irvingia du Gabon et de Cochinchine.
La ressemblance entre deux espèces, si éloignées par leur
habitat et si rapprochées morphologiquement, est, comme on
le voit, poussée très loin. Ce fait démontre jusqu’à quelles
limites peut être fructueusement poursuivie la recherche des
affinités entre les espèces. C’est une voie féconde à élargir.
La similitude entre les deux produits des Irvingia du
Gabon et de Cochinchine est donc complète, mais on peut en

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—

poursuivre la preuve jusque dans la composition chimique
des cendres de la graine.
Voici cette analyse laite par M. Schlagdenhauffen, à ma
demande :
ANALYSE COMPARATIVE
DES

CENDRES DE LA GRAINE D'1RV1NG1A OLIVEIil ET D7. GABONENS1S
POIDS DES CENDRES °/oc o ty léd o n s avec

ESPÈCES VÉGÉTALES.

ENDOCARPE ( l).

J. Oliveri......................
I. gabonensis................

1,028 (2)
1,413(2)

LEUR SPERMODERME.

1,958 (3)
2,922 (3)

(1) Il est remarquable de voir que cet endocarpe osseux (surtout dans I. Oli­
veri où il est très dur) renferme, dans les deux cas, environ moitié moins de
cendres que Famande : c’est le contraire qu’on aurait pu supposer à priori.
Quant à la différence de poids entre les cendres des coques et des amandes dans
les deux graines, elle tient à la différence de poids des graines et à leur gros­
seur dissemblable. Les graines à'I. Oliveri sont bien plus petites que celles
d’7. gabonensis. Mais la composition chimique de ces graines est identique de
part et d’autre, bien que les végétaux croisseut sur des terrains de nature toute
différente physiquement et chimiquement.
(2) Ces cendres renferment : silice, soude, potasse, pas de lithine.
(3) Ces cendres renferment les mêmes éléments chimiques.

Versailles, imp. Cerf

et

C‘*, 59, rue Duplessis.

����—

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1

CNV't'' :/. P./

).

DANS LA HAUTE-GAMBIE
VOYAGE D'.EXPLORATION SCIENTIFIQUE
~Â~

PAR

Le Docteur André RANÇON
MÉDECIN

DE

PREMIÈRE

CLASSE

DES

COLONIES

CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR

1894
1891-1892

PARIS
SOCJÉTÉ

D'ÉDITIONS

SCIENTIFIQUES

PLACE DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE

4, Rue Antoine-Dubois, 4
1

1894

,

36 :!)

�DANS LA HAUTE-GAMBIE
YOYACE D’EXPLORATION SCIEHTIFIQOE
PAR

Le D octeur André RANÇON
MÉDECIN

DE

PREMIÈRE

CLASSE

DES

COLONIES

CHEVALIER DE LA LÉGION D’HONNEUR

1891-1893

PARIS
SOCIÉTÉ

D ’É D I T I O N S

SCIENTIFIQUES

place de l ’école de médecine

4 , Rue Antoine-Dubois, 4
I

__

18 94

��A M.

le pr o fesseu r

E douard

HECKEL,

Directeur du Musée et de l’Institut colonial de Marseille,
Professeur à la Faculté des Sciences et à l’École de Médecine,
Directeur du Jardin botanique.

M on

c h er

M a ît r e

et

A m i,

En m'autorisant à inscrire votre nom en tête de ce livre, vous
m’avez fait un bien grand honneur, et je vous en garde au cœur,
croyez-le bien, une profonde gratitude.
C'est vous qui l'avez inspiré. C'est d’après vos conseils qu'il a
été rédigé. C'est enfin grâce à votre affectueux dévouement, qu'il
a pu voir le jour. La reconnaissance sans bornes que je vous ai
vouée depuis si longtemps déjà, m’imposait de vous en offrir la
primeur. Aussi est-ce avec bonheur que je m'acquitte aujourd’hui
de ce devoir.
Votre œuvre, mon cher Maître, a déjà rendu à la science
d’inappréciables services. Elle sera dans l'avenir, n'en doutez pas,
encore plus féconde. Vous avez su choisir le terrain ou il fallait
jeter la semence. Le grain a vigoureusement germé. La récolte ne
se fera pas attendre.
Grâce à vous, nos produits exotiques sont maintenant métho­
diquement étudiés. Notre commerce et notre industrie peuvent
trouver dans vos études un guide sûr et infaillible. Vous avez

�6

DÉDICACE

puissamment contribué à mettre en valeur l'immense empire colonial
que nous devons au courage et à la vaillance de nos soldats.
Avec une foi d’apôtre que rien n'a jamais pu abattre, vous
marchez résolument vers le but que vous vous êtes proposé. Votre
honnêteté à toute épreuve, votre généreux désintéressement, votre
patriotisme éclairé, sont pour tous ceux qui vous connaissent les
garanties les plus solides de la haute valeur scientifique et morale
de vos travaux. Aussi veuillez ne voir, je vous prie, dans cette
dédicace, que le témoignage le plus sincère de toute mon admira­
tion et de mon absolu dévouement.

Dr A.
10 octobre 1894.

R ançon.

�INTRODUCTION

En 1891, M. le ministre du Commerce, de l'Industrie
et des Colonies, à la suite d'un article paru sous ma
signature dans le Petit Marseillais, et traitant de la rareté
croissante et de la disparition prochaine (1) de la Gutta
percha des îles de la Sonde, voulut bien me faire appeler
à Paris pour exposer devant le comité technique des
ingénieurs électriciens de l'État, mes idées sur ce point
et le remède à apporter à une situation menaçante pour
une branche primordiale de l’industrie française.
Après avoir fait, dans une conférence privée, l'histo­
rique de ce sujet, je conclus à la possibilité de remplacer
la gutta vraie des îles de la Sonde, par des produits
végétaux similaires à trouver dans nos possessions afri­
caines du Soudan ou du Congo. Au lieu de tenter
(comme on s’est depuis inutilement efforcé de le faire)
&gt;•

(1) Cette disparition, aujourd’hui à peu près réalisée, tient aux procédés barbares
employés par les Malais des îles de la Sonde, qui, pour obtenir un plus grand
rendement immédiat de l'Isonandra ou P alachium Gutta, n’hésitent pas à couper
l’arbre au lieu de le saigner discrètement, et sans atteindre par cette exploitation
ses œuvres vives, comme la prévoyance la plus élémentaire le commanderait.

N

�INTRODUCTION

l'acclimatation du Palackium Gutta dans nos possessions
équatoriales, ce qui, au cas de succès, eût exigé un
temps très long, j'estimais qu'en raison de l’indispensabilité du produit, il valait mieux rechercher des arbres
nouveaux et immédiatement exploitables. J'étais conduit
à formuler ce conseil en me basant sur les résultats de
certaines recherches faites dans ce sens par moi en 1885,
et que j’ai publiées à cette époque dans le journal La
Nature, de G. Tissandier ; elles avaient trait au latex solide
d'une Sapotacée absolument spéciale à l’Afrique : le But.yrospermum Parldi de Kotschy. Cette gutta inconnue jusqu’à
mes travaux, me paraissait donner quelques espérances.
J'indiquai, au cours de cette conférence, qu’il y aurait
peut-être là un succédané de la vraie Gutta, mais qu’une
mission scientifique au Soudan pourrait seule nous éclairer
sur le bien fondé de ces prévisions, tout en portant son
attention sur d’autres végétaux à latex exploitable. Le
comité, après m'avoir entendu, conclut, par l'organe de
son président, à l’utilité de cette mission et voulut bien
donner son appui moral à la demande que j’adressai
immédiatement à M. Étienne, alors sous-secrétaire d’État
aux Colonies, en vue d’obtenir l’organisation de ces
recherches scientifiques. M. Étienne, dont l'esprit est
largement ouvert à toutes les questions d’application
scientifiques coloniales, répondit à mes propositions avec
un empressement bienveillant dont je ne saurais trop le
remercier. Sur-le-champ, d’après ses ordres et par mes
soins, furent organisées deux missions scientifiques. La
première, chargée d’aller à la Guyane étudier l’exploitation
des Mimusops Balata, essence productrice d’une gutta appré-

�INTRODUCTION

9

ciée, fut confiée à M. Geoffroy, pharmacien de la marine,
licencié ès sciences ; l’autre, appelée à la recherche et à
l’étude des Quitus du Soudan français, eut pour chef M. le
Dr Rançon, médecin de l re classe des colonies. Le premier
de ces deux explorateurs a succombé à la suite des
fatigues de sa mission accomplie au Maroni avec le plus
grand dévouement et le plus grand succès. La mort ne
lui a pas laissé le temps de rédiger le rapport de son
voyage d’exploration (1), mais il a cependant pu goûter la
satisfaction suprême de voir son œuvre couronnée comme
elle méritait de l’être. A la suite de ses recherches, en
effet, un vrai mouvement s’est produit en vue de l’exploi­
tation de ces richesses forestières, jusque-là méconnues,
et la question du Balata est devenue un moment, avant
la fièvre de l’or, la préoccupation dominante de la Guyane
française : plusieurs sociétés se sont organisées en vue
de cette industrie forestière pleine de promesses.
Plus heureux que son collègue E. Geoffroy, le Dr
Rançon, après une longue et pénible maladie résultant
d’un séjour trop prolongé au Soudan, a pu récupérer sa
santé un moment compromise, et présenter sous forme
de mémoire scientifique les résultats de sa mission labo­
rieuse. C’est le détail de ce voyage d’exploration, mémo­
rable et fructueux à tous égards, que M. le Dr Rançon
relate dans le travail qui va .suivre et qui forme, en
grande partie, le deuxième volume des Annales du Musée
et de l’Institut colonial de Marseille. Je suis heureux de
(1) On trouvera dans le IIfi volume des Annales du Musée colonial de M arseille
un mémoire posthume de Geoffroy sur un produit intéressant de la Guyane. La
valeur de ce travail laisse présager ce qu’aurait été le rapport de mission de ce
savant et scrupuleux observateur.

�INTRODUCTION

l’insérer dans ce recueil ; mais, pour l’intelligence du
sujet, il était nécessaire d’en donner ici brièvement la
genèse. Le lecteur jugera lui-même à quel point M. le
Dr Rançon, par les résultats de sa mission, a dépassé les
espérances de ceux qui la lui confièrent et combien il a su
élargir le cadre restreint du programme qui lui était tracé.
Qu’il me soit permis, en terminant, de remercier le
Ministère des Colonies, celui de l’Instruction publique, la
Municipalité de Marseille avec la Chambre de Commerce
et la Société française du Sénégal et de la côte occidentale
d’Afrique, la Chambre de Commerce de Bordeaux, qui,
par leur généreux concours ou leurs souscriptions à des
exemplaires, m’ont permis la publication du rapport de
M. Rançon. J’ai l’assurance que leur libéralité portera ses
fruits et ne sera pas perdue pour les intérêts des ports
commerciaux de la France, dont les relations suivies avec
la côte occidentale d’Afrique constituent un élément impor­
tant de prospérité.
Marseille, le 15 juillet 1894.
Professeur Dr

E.

Heckel,

Directeur des Annales du Musée
et de l’Institut colonial de Marseille.

���CHAPITRE PREMIER

Comment je fus amené à visiter la Haute-Gambie. — Aperçu rapide de l’itiné­
raire que j’ai suivi pour m’y rendre. — Composition de ma caravane. — Mon
interprète Almoudo Samba N’ Diaye. — De Kayes à Nétéboulou (Ouli). —
Séjour à Nétéboulou. — Maladie. — Manque de vivres. — Comment je fus
ravitaillé par la Compagnie Française de la côte occidentale d’Afrique. —
Extrême complaisance de M. le capitaine Roux, de l’infanterie de marine,
commandant du cercle de Bakel. — Je puis quitter Nétéboulou. — Préparatifs
de départ. — Projet d’itinéraire. — Nétéboulou. — Son histoire. — Sa popu­
lation. — Son chef Sandia-Diamé. — Importance de sa situation au point de
vue commercial. — Son avenir.

�ANDRE RANÇON

C’est au cours de la Missiou scientifique que le département
des Colonies avait bien voulu me confier au commencement de
l’année 1891, qu’il me fut donné de visiter la Haute-Gambie et
d’explorer, dans tous leurs détails, les régions qu’arrose, dans
cette partie de son cours, ce grand fleuve africain. Avant moi,
quelques rares voyageurs les avaient rapidement parcourues. Mes
camarades Oberdorf, Levasseur, Briquelot, Liotard en avaient rap­
porté quelques vagues renseignements historiques et de précieux
itinéraires qui, pendant mon voyage, m’ont été d’un puissant
secours. Mon plus grand désir était de marcher sur leurs traces,
et, si possible, de compléter leurs travaux et de faire de ces
contrées, encore peu connues, une étude qui pût être de quelque
utilité. Un séjour de plus de six années au Sénégal et au Soudan
Français, les différentes missions dont j’avais été chargé, dans
ces deux colonies, dans le Sine, le Saloum, le Bélédougou, le
Bambouck, les études que j’y avais faites, et enfin l’attrait tout
particulier qu’ont toujours eu pour moi les pays tropicaux,
m’avaient préparé à ce travail. Il m’était permis d’espérer que
je pourrais accomplir mon projet et atteindre le modeste résultat
que je m’étais proposé.
Par décision de M. le sous-secrétaire d’État des colonies en
date du 16 mars 1891, j’avais été chargé d’une mission scientifique
dont le principal objet était de rechercher au Soudan Français les
végétaux à gutta-percha et d’en faire une étude aussi complète
et aussi consciencieuse que possible. Muni d’instructions détaillées,
bien outillé, et après avoir reçu, à Paris, au Muséum d’histoire
naturelle auprès de M. le professeur Cornu, et, à Marseille, à la
Faculté des sciences, sous la savante direction de M. le professeur
Heekel, l’éducation technique indispensable pour accomplir les
travaux qui m’étaient confiés, je m’embarquai à Bordeaux, le 20 avril
suivant, sur le paquebot « Congo » de la Compagnie des Messageries
maritimes qui, le 29 du même mois, me déposa à Dakar. Quarantehuit heures après, j’étais à Saint-Louis et, le 4 mai, j’en partais
à bord de la citerne à vapeur «VAkha» pour Podor, où je devais
rejoindre un nombreux convoi qui y était en partance pour Kayes.
Faute de moyens de transport, ce ne fut que le 15 que nous
pûmes nous mettre en route, et le 3 juin, après un long et pénible
voyage en chaland, nous débarquions enfin à Kayes, chef-lieu des

���DANS LA HAUTE-GAMBIE

13

Etablissements Français au Soudan. Là, j’organisai en peu de jours
ma caravane, et, grâce à l’obligeance de M. le lieutenant-colonel
Archinard, alors commandant supérieur, qui voulut bien mettre
à ma disposition un cheval de selle et un mulet de bât, ainsi que
quelques porteurs qui devaient m’accompagner jusqu’à Sénoudébou
seulement, je pus me mettre en route le 19 du même mois. Confor­
mément aux instructions qui m’avaient été données, je visitai
d’abord le Kaméra en entier, le traversai du Nord au Sud, puis me
dirigeant vers l’Ouest, je franchis la Falémé en face de Sénoudébou
et arrivai dans ce dernier village le 24 juin. Là, je congédiai les
porteurs qui m’avaient été donnés à Kayes, visitai les environs
minutieusement, prenant chaque jour de nombreuses notes sur tout
ce qui pouvait intéresser la mission dont j’étais chargé, et réor­
ganisai ma caravane. Il me fallait recruter de nouveaux porteurs
pour remplacer ceux dont je m’étais séparé et refaire les caisses
de provisions que je devais emporter. Sur ma route, ma caravane
s’était augmentée, en passant à Takoutala, de mon interprète et de
son frère que j’avais, selon conventions faites à Kayes, retrouvé
dans ce village, où il habitait avec toute sa famille. C’était un brave
garçon, méiis Bambara et Peulh de la famille des Massassis du
Kaarta. Je l’avais gagé autrefois pendant longtemps comme domes­
tique et je n’avais jamais eu qu’à m’en louer. Il se nommait
Almoudo Samba N’ Diaye ; il parlait couramment le français et la
plupart des langues du Soudan. Pendant toute la durée de mon
voyage, il eut une conduite toujours irréprochable. D’une scrupu­
leuse honnêteté, il me rendit de grands services, et je suis heureux
de le remercier publiquement ici du précieux concours qu’il n’a
jamais cessé de me donner en toutes circonstances pendant les
dix mois que nous avons vécu ensemble. A notre départ de
Takoutala, son frère Oumar, jeune garçon de treize ans environ,
voulut absolument accompagner son aîné. Almoudo me demanda
la permission de l’emmener. Je me gardai bien de lui refuser cette
petite satisfaction, et, dans la suite, je n’eus jamais qu’à me féliciter
d’avoir accédé à son désir, car ce jeune enfant, véritable polyglotte,
me rendit de réels services, et me donna souvent de précieux
renseignements qui me facilitèrent, en maintes circonstances, mes
études de linguistique et d’ethnologie.
Au départ de Sénoudébou, ma caravane se trouvait donc

��DANS LA HAUTE-GAMBIE

15

autrefois parcouru en tous sens comme dioula (1), il me donna
toujours des renseignements absolument précis et qui, durant
notre voyage, me furent d’un précieux secours.
Avant de quitter Marseille, j’avais demandé à M. Bohn, directeur
de la Compagnie Française, de vouloir bien donner des ordres
à M. l’agent de la factorerie de Mac-Carthy, pour que celui-ci me
fit parvenir, à Nétéboulou, ce dont je pourrais avoir besoin pour
ravitailler ma caravane, pensant bien que je ne trouverais sur
ma route que difficilement ce qui m’était nécessaire. J ’étais loin
cependant de supposer que toutes ces régions fussent aussi pau­
vres et que nous arriverions à Nétéboulou, après un voyage rela­
tivement court, absolument dénués de tout. D’après mes calculs,
je devais y être le premier août au plus tard et je comptais bien y
trouver, à cette date, ce dont je pourrais alors avoir besoin. Mon
espoir ne fut pas déçu, à peine étais-je installé dans la case pré­
parée à mon intention par les soins de Sandia, qu’on m’annonça
l’arrivée du patron du chaland. M. l’agent de Mac-Carthy me
l’expédiait avec des vivres pour mes hommes et pour moi. Il
était arrivé, la veille, à Yabouteguenda, sur la Gambie, et ayant
appris que je me trouvais à Nétéboulou, il venait se mettre à mes
ordres. Nétéboulou n’étant éloigné de Yabouteguenda que d’une
vingtaine de kilomètres et, de plus, le marigot étant navigable
jusqu’à Genoto, il fut facile de faire remonter le chaland jusqu’à
ce point et de faire transporter son chargement jusqu’au village.
Genoto n’est éloigné de Nétéboulou que de cinq kilomètres envi­
ron. Ces provisions furent les bienvenues, on n’en doute pas.
Elles me furent d’un grand secours pendant l’hivernage et me
permirent de pourvoir aisément à la nourriture de mes hommes.
Grâce à la diligence de M. l’agent de Mac-Carthy, je vécus là dans
d’assez bonnes conditions. Je ne saurais trop le remercier de la
confiance qu’il m’a toujours témoignée et de l’empressement qu’il
a mis à me faire parvenir toutes les commandes que je lui ai
faites pendant mon séjour en Gambie.
Mon intention était de visiter la rive droite de la Gambie, jus­
qu’à Mac Carthy pendant l’hivernage. La maladie et aussi l’abon­
dance et la précocité des pluies dans ces régions me forcèrent à
(1) Marchand ambulant, colporteur.

�ANDRE RANÇON

renoncer à mettre mon projet à exécution et je me décidai, en con­
séquence, à attendre à Nétéboulou la fin de l’hivernage et le retour
de la saison sèche. Je pris alors mes dispositions en prévision d’un
long séjour. Tout d’abord, afin de réduire le plus possible mes
dépenses, je congédiai tous mes porteurs et ne gardai avec moi
que le personnel qui m’était strictement indispensable. Une écurie
fut construite pour mes animaux par les soins de Sandia et de
mes palefreniers, et j’aménageai ma case et celle de mes hommes
le mieux possible.
Je n’entrerai ici dans aucun détail au sujet de mon séjour à
Nétéboulou. Nous avons eu à supporter là toutes les fatigues et
toutes les privations qu’entraîne l’hivernage dans les pays Soudaniens. Ma santé y fut fortement ébranlée, et, malgré les soins les
plus attentifs, mes animaux succombèrent aux atteintes du climat.
Je ne pus quitter cet hospitalier village que le 27 octobre. Je fus
obligé d’attendre jusqu’à cette époque pour pouvoir me mettre en
route. L’inondation commençait alors à décroître, les chemins
étaient plus praticables et j’avais reçu une nouvelle monture que
m’avait envoyée mon bon ami, M. le capitaine Roux, de l’infan­
terie de marine, commandant du cercle de Balteb Pendant les trois
longs mois que je suis resté ainsi bloqué à Nétéboulou, je mis à
profit les quelques jours de repos que me laissa la fièvre pour
étudier l’ethnographie et les coutumes du pays. Je fis avec soin
mes observations météorologiques et pris tous les renseignements
possibles sur les contrées que j’allais visiter.
Ce fut également à Nétéboulou que je reçus la nouvelle que
M. le Ministre de l’Instruction publique avait bien voulu me confier
dans ces régions éloignées une mission scientifique et gratuite en
plus de celle dont j’étais déjà chargé par le département des Colo­
nies. J ’en fus très heureux, car c’était, pour ainsi dire, la sanction
scientifique donnée à mes travaux. La dépêche ministérielle qui
me l’annonça me parvint quelques jours avant mon départ, grâce
aux bons soins et à la complaisance de M. le capitaine Roux, qui,
pendant mon séjour dans le Ouli, ne manqua jamais une occasion
de me faire parvenir ma correspondance et de me tenir au courant
de tout ce qui pouvait m’intéresser.
Vers le milieu d’octobre, ma santé étant enfin devenue meil­
leure, je pus songer à me remettre en route et à exécuter le projet

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

de voyage que j’avais élaboré pendant les deux mois qui venaient
de s’écouler et pour lequel j’avais recueilli tous les renseignements
possibles afin de ne rien laisser au hasard. En conséquence, je
décidai de visiter et étudier complètement le Ouli, le Sandougou
et d’explorer les rives de la Gambie jusqu’à Mac-Carthy. Mon
intention était, de ce point, de visiter, au Nord, le Kalonkadougou
et de revenir à Nétéboulou, d’où je comptais me diriger vers le
Sud-Est, visiter le pays de Damentan, la Haute-Gambie et revenir
à Rayes par le Bambouck. Je pus aisément mettre ce plan à exé_
cution. Même, je pus m’avancer plus au Sud que je ne me l’étais
proposé et visiter le pays de Damentan et le pays des Coniaguiés
et des Bassarés, pays absolument inconnus et où jamais Européen
ne s'était aventuré. De plus, je pouvais, en suivant cet itinéraire,
explorer complètement les vallées de la Haute-Gambie et visiter
avantageusement tout le pays compris entre ce grand cours d’eau
et la Haute-Falémé.
Sandia, qui m’était absolument dévoué, me demanda de m’ac­
compagner dans la première partie de mon voyage. J ’en fus très
heureux; car il connaissait à fond le pays que nous allions tra­
verser, et, pendant toute la durée de son séjour avec moi, je n’eus
jamais qu’à me louer des services qu'il m’a rendus.
Bien décidé à quitter Nétéboulou le plus tôt possible, je me
mis donc, dès que mes forces me le permirent, à organiser ma
caravane. Je confiai au frère de Sandia mes bagages les plus
encombrants, mes caisses de collections, et n’emportai avec moi
que ce qui m’était absolument nécessaire pour un voyage de trente
jours, au plus. J’engageai sur place les porteurs qui m’étaient
indispensables, et le 25 octobre nous étions tous prêts à partir.
Une malencontreuse tornade nous força à rester à Nétéboulou
quarante-huit heures de plus, et ce ne fut que le 27 que nous
pûmes nous mettre en route.
Pendant les deux mois qui venaient de s’écouler, ma caravane
s’était encore augmentée d’une nouvelle recrue. Je vis arriver un
jour, dans ma case, avec le fils du chef du Ouli, un jeune noir que
j’avais connu autrefois à Rayes et qui avait accompagné mon ami,
le lieutenant Levasseur, de l’infanterie de marine, dans le beau
voyage qu’il avait fait, en 1887-1888, de Rayes à Sedhiou par Labé.
Ce noir, avec les quelques économies péniblement réalisées,
André Rançon. — 2.

�.

ANDRE RANÇON

avait entrepris un petit commerce de dioula (marchand ambu­
lant) et n ’avait pas réussi. Quand je le vis il était absolument à
bout de ressources et vivait de la charité de Massara, fils du
Massa-Ouli. Il me demanda alors de se joindre à ma caravane,
de me servir à quelque titre que ce soit, n’exigeant pour tout
salaire que sa nourriture et ses vêtements. C’était peu de chose.
Je l’engageai et n’eus guère à me louer de ses services. Peu
travailleur (la paresse était inconnue parmi mes hommes), il fut
souvent l’objet de leurs quolibets. Malgré cela, je ne puis m’em­
pêcher de reconnaître qu’il m’a rendu en quelques rares cir­
constances, de réels services que je lui ai d’ailleurs toujours
grassement payés.
Avant de quitter Nétéboulou, ce village hospitalier où j’ai
été reçu et hébergé pendant si longtemps avec tant de générosité
et de sympathie, je ne puis m’empêcher de faire connaître son
histoire et ses habitants. Je serais heureux que le lecteur trouvât
quelque intérêt à lire ces lignes. Elles me sont dictées par la
profonde reconnaissance que j’ai vouée à tous ceux qui, dans
ce petit coin du vaste continent africain, m’ont prodigué leurs
soins et m’ont toujours témoigné le plus grand respect. Aujour­
d’hui même, après plus d’une année de séparation, je ne puis
m’empêcher, en me rappelant mes amis de là-bas et tout ce qu’ils
ont fait pour moi, d’éprouver une émotion profonde et de
reconnaître que, malgré tout, je suis encore leur débiteur. Je
n’espère point que ces lignes leur tombent jamais sous les yeux,
mais je serais bien heureux si quelque voyageur égaré dans
ces contrées lointaines pouvait leur dire que je ne les ai pas
oubliés, et que les quelques jours que j’ai passés au milieu
d’eux sont, malgré les souffrances que j’y ai éprouvées, restés
profondément gravés dans mon cœur et que j’en garde le souvenir
le plus cher.
Nétéboulou, ainsi nommé parce qu’il est situé au milieu d’une
véritable forêt de Nétés (légumiueuse) (1) (en Malinké : Nété, et
boulou, village : village des Nétés) est une agglomération d’environ
500 habitants. Il est propre, bien construit et les cases du chef
sont entourées d’un joli petit tata Malinké à tourelles, tout neuf,
(1) P a rk ia biglobosa Benth.

T**

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

dont la hauteur est d’environ quatre mètres et la largeur d’à peu
près un mètre à la hase et quarante centimètres au sommet. Ce
tata est construit en argile fortement colorée en rouge par de
l’oxyde de fer : vu de loin son aspect sombre impressionne
a Ajujje &lt;siiivcuiï AB

'Plein d'en sesvl/ti'

Plan cl’une habitation Malinkée
(Dessin de A. M. Marrot, d'après les documents de l’auteur).

tristement le voyageur; à l’intérieur, se trouvent les cases du
chef, celles de ses femmes et ses magasins. Sa circonférence est
d’environ huit cents mètres, et ses murs sont crénelés pour, qu’en
cas de siège, les défenseurs puissent aisément faire usage de leurs
armes. Le village est entièrement situé sur une petite éminence à
l’Ouest, et au Nord de laquelle se trouve le marigot qui porte son

�ANDRE RANÇON

nom. Les cases sont, en général, vastes, construites à la mode
Malinkée, en terre, rondes et surmontées d’un toit en chaume qui
affecte la forme d’un chapeau pointu. Les cours qu’elles laissent
entre elles sont, en général, assez propres; mais la place principale
du village est,comme dans tous les villages Malinkés,d’une malpro­
preté révoltante. C’est le dépotoir commun où chaque ménagère
vient, chaque jour, jeter des détritus de toutes sortes.
A environ huit cents mètres du village actuel, dans le Nord, de
l’autre côté du marigot, se voient les ruines de l’ancien village dont
le tata du chef est encore debout. Ce village fut détruit par le mara­
bout Mahmadou-Lamine Dramé, en 1887, dans les circonstances
suivantes. Son chef était le frère de Sandia et grand ami des Fran­
çais. Il fut un des commandants de la colonne du Ouli, qui battit
le marabout après sa fuite de Dianna. Ce fut dans un but de ven­
geance que Mahmadou-Lamine vint l’attaquer au fort de l’hi­
vernage. Son chef, Malamine, fut tué pendant le combat. La popu­
lation fut emmenée en captivité par le vainqueur et le village
détruit. C’était Malamine qui l’avait fondé vingt ans auparavant
environ. C’est pourquoi Nétéboulou est souvent appelé dans le
pays : « Village de Malamine, » Riche dioula Malinké musulman,
c’était un homme fort honnête et qui avait dans tout le pays une
grande renommée de justice. Aussi venait-on de partout le con­
sulter. Après sa mort, son frère, Sandia, le chef du village actuel,
lui succéda et reconstruisit Nétéboulou là où il est aujourd’hui. Il a
hérité de la renommée de son frère et jouit dans les villages voisins
d’une grande influence.
La population est uniquement formée de Malinkés musulmans
de la famille des Niagatés-Sinatés, qui émigrèrent du pays de Guidioumé dans le Ouli, où ils s’établirent lorsque les Soninkés s’em­
parèrent du Kaarta et en chassèrent les Malinkés. Ils n’ont ni le
type ni les mœurs des autres Malinkés que nous avons vus jusqu’à
ce jour. Ils doivent être le produit d’un croisement quelconque. On
rencontre dans le Ouli, le Niani et même le Diakka, quelques vil­
lages dont les habitants présentent les mêmes caractères. Je serais
assez porté à leur attribuer la même origine qu’aux Diakankés et
aux Déniankés. Ce serait alors une race de mélange dans laquelle il
y aurait deux éléments Mandingues pour un élément Peulh.
Nétéboulou est un village relativement riche. Nous nous y

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

21

sommes trouvé et y avons séjourné pendant toute la saison des
cultures et nous avons pu constater avec plaisir qu’elles y sont
faites avec plus de soin et en plus grande quantité que dans
les pays voisins. Tout autour des cases se trouvent de vastes
champs de mil, maïs, arachides, coton, etc., etc., et de petits
jardinets où les femmes et les enfants cultivent des oignons,
oseille, courges, tomates, tabac. Malgré cela, la misère y est
grande pendant l’hivernage, car là, comme partout au Soudan,
le noir est gaspilleur et peu prévoyant. Il consomme en peu
de mois sa récolte, fait bombance et, pendant la saison des
pluies, il en est souvent réduit à la portion congrue, en atten­
dant la moisson prochaine.
Grâce à l’initiative de sou chef, Sandia, il y existe un petit
embryon de commerce. Et pourtant sa situation exceptionnelle
devrait en faire un centre important de transactions. Nétéboulou est en effet situé au point de jonction des principales
routes qui sillonnent la région. C’est le lieu de passage tout
indiqué des caravanes qui se rendent de Bakel, du Bondou,
du Bambouck, du Tenda à Mac-Carthy ou à Bathurst ou bien
qui en reviennent. C’est là encore que font étape tous les
dioulas qui se rendent sur la rive gauche de la Gambie dans
le Fouladougou de Moussa-Molo ou qui regagnent Bakel et
Médine. Pendant le séjour que nous y avons fait, nous avons
pu assister fréquemment à ces arrivées et à ces départs de
dioulas et de caravanes, et il ne s’est pour ainsi dire pas passé
de jour que nous n’ayons reçu la visite de ces voyageurs. Si
nous ajoutons enfin que Nétéboulou n’est distant de la Gambie
que de vingt kilomètres et que son marigot est navigable toute
l’année jusqu’à Genoto, à 5 kilom. du village, on comprendra
aisément que peu d’efforts suffiraient pour en faire le débou­
ché de tout le Ouli, le Tenda et le Diaka. Disons en terminant
que la Gambie cesse d’être navigable pour les bâtiments de
fort tonnage à quelques kilomètres au-dessus de l’embouchure
du marigot de Nétéboulou. Elle est, en effet, en ce point tra­
versée par un barrage rocheux qui s’étend d’une rive à l’autre.
C’est le barrage de Koltonko-Taloto. Ce détail est important à
noter, et, de ce fait, nous estimons que Nétéboulou et Genoto sont
appelés sous peu à devenir des centres commerciaux qui ne seront

�22

ANDRÉ RANÇON

pas à dédaigner. Son chef fait, du reste, tout ce qu’il faut pour
cela. Il entretient des relations suivies avec la factorerie Française
de Mac-Carthy, et j’ai appris que, grâce aux renseignements
que j’avais donnés à ce sujet à l’agent qui la dirige, il s’était fait,
dans ces parages, sous la direction de Sandia lui-même, des
échanges relativement fructueux. Ce n ’était là qu’un essai qui a
dû être recommencé, cette année, sur une plus grande échelle.
Maintenant que la paix la plus profonde règne dans ces contrées,
et, étant donné surtout les procédés que la Compagnie emploie
vis-à-vis des indigènes, nous ne doutons pas que le succès le
plus complet ne vienne couronner les efforts qu’elle n’a jamais
cessé de faire pour développer en Gambie notre commerce et
notre influence. La cire du Tenda, l’ivoire et surtout les arachides
du Ouli suffiront amplement pour alimenter cette escale et
seront pour les trafiquants une source de bénéfices sérieux.
Les habitants de Nétéboulou, paisibles agriculteurs, se livrent
avec soin à l’élevage des bestiaux. Le village possède un beau
troupeau d’une cinquantaine de têtes dont Sandia s’occupe régu­
lièrement chaque jour et dont la plus grande partie lui appar­
tient. J ’ai été bien heureux, pendant les quelques semaines que
j’y suis resté, d’y trouver, matin et soir, un peu de lait, et de
temps en temps un peu de viande fraîche pour réparer mes
forces épuisées par la maladie. C’est assurément à ces modestes
ressources, qui furent toujours généreusement mises à ma dis­
position, que je dois de ne pas avoir succombé. Les moutons,
chèvres et poulets y sont aussi relativement nombreux et per­
mettent aux habitants de varier un peu leur alimentation. Quant
aux chevaux, outre le mien, je n’y en ai jamais vu que deux :
celui de Sandia et celui de son frère, Mody-Moussa. Cet animal
domestique, est, du reste, assez rare dans toute cette région. Il
y vit difficilement et a besoin de grands soins pour pouvoir y
supporter les rigueurs du climat.
En résumé, nous estimons, d’après ce que nous y avons vu,
qu’il serait facile d’augmenter dans une notable mesure les
ressources de ce petit village, d’y attirer les produits des pays
voisins, et enfin d’en faire le centre commercial le plus impor­
tant de la contrée.

���CHAPITRE DEUXIÈME
Départ de Nétéboulou. — Témoignages de sympathie de la population. — En
route pour Sini. — Ordre de marche de la caravane. — La plaine de Genoto.
— Arrivée à Makadian-Counda. — De Makadian-Counda à Sini. — Arrivée à
Sini. — Belle réception. — Le tam-tam. — Le Balafon. — Sérénade. — Le
chef du Ouli, Massa-Ouli. — Sa famille. — Description de la route suivie. —
Géologie. — Botanique. — Le Nété. — Le Tèli. — Le N’taba. — Sini. — Sa
population. — Belles cultures. — Départ de Sini. — Canapé. — Lait et beurre
en abondance. — Soutoko. — La mosquée. — Villages Peulhs. — Fatigue de
la route. — Arrivée à Barocounda. — Départ de Barocounda. — Arrivée à
Toubacouta.— Épisode de la guerre du marabout Mahmadou-Lamine-Dramé
—• Réception peu cordiale à Toubacouta. — Belle case. — Traces du passage
de la mission de délimitation des possessions Françaises et Anglaises en Gambie.
— Toubacouta. — L’ancien et le nouveau village. — L’envoyé de GuimméMahmady, le chef du Sandougou. — Beaux lougans. — Belles rizières. — Le
marigot de Maka-Doua, frontière du Ouli et du Sandougou. — Description de la
route de Sini à Toubacouta. — Géologie. — Botanique. — Le dougoura.

Bien que je fusse encore très faible, je décidai de quitter
Nétéboulou le jour que je m’étais fixé. Du reste, la saison des
pluies touchait à sa fin, l’inondation diminuait rapidement et de
jour en jour les chemins devenaient meilleurs et plus aisément
praticables. Les préparatifs du départ étaient faits depuis plusieurs
jours déjà et le personnel qui m’était nécessaire était bien dressé.
Rien ne nous retenant plus à Nétéboulou, le 27 octobre 1891, à
6 h. 45 du matin, nous nous mettions en route. Tout mon monde
était aussi heureux que moi de partir. L’oisiveté que nous menions
à Nétéboulou commençait à nous peser et nous n’étions nullement
fâchés de reprendre notre course.
Je pus, malgré mon extrême faiblesse, monter assez aisément
à cheval sur la place principale du village. Toute la population
du village est là qui nous accompagne de ses souhaits et qui vient
nous saluer au départ. Tous les hommes viennent me serrer la
main. Les femmes, les enfants eux-mêmes me font part des vœux
qu’ils forment pour la bonne réussite de mon voyage. Jamais je

�ANDRE RANÇON

ne compris mieux qu’en cette circonstance quels meilleurs
résultats on peut obtenir en traitant avec douceur ces populations
primitives. La sévérité excessive et la brutalité ont toujours été,
pour moi, de mauvais procédés de colonisation et je me suis
toujours très bien trouvé, dans mes différents voyages en Afrique,
de ne pas les employer.
Le frère de Sandia , Mody-Moussa, et son fils Diamé nous
accompagnent jusqu’aux dernières cases du village. Là on se serre
de nouveau la main. Sandia fait mille recommandations à son
frère qui le doit remplacer pendant son absence, serre la main à
son fils, lui recommande d’avoir bien soin de sa case, et nous nous
mettons en route pour Sini, où j’avais l’intention de faire étape.
Sandia,qui connaît le pays à merveille, est en tête de la caravane.
Derrière lui marche le palefrenier de son cheval. Je suis immédia­
tement. Viennent ensuite mon interprète, mon palefrenier, les
porteurs. Samba-Sisoko et Gardigué-Couloubaly ferment enfin la
marche et ont pour consigne de veiller au bon ordre de la caravane.
C’est cette disposition que j’ai toujours adoptée pendant les étapes
et je n’ai jamais eu à constater le moindre désordre, chacun sachant
parfaitement ce qu’il avait à faire.
Avant de quitter Nétéboulou, je m’étais efforcé de bien
connaître l’allure de mon cheval et j’étais arrivé à savoir à peu
près exactement quelle était la distance qu’il parcourait au pas en
une heure et même en une minute. Aussi, n’ayant aucune
préoccupation à ce sujet, je pouvais, sans distraction, lever mon
itinéraire. Ma boussole fonctionnait à merveille et ma montre
étant bien réglée, je n ’eus relativement que de faibles erreurs à
enregistrer.
A peine avions-nous quitté le village que nous entrons immé­
diatement dans les lougans (1). Ils s’étendent à perte de vue. Mil,
maïs, arachides, etc., etc., on voit défiler toutes les plantes cultivées
dans le pays. La route suit une direction Sud légèrement Ouest,
longeant à deux kilomètres environ le marigot, et à quatre kilo­
mètres du village nous le laissons sur notre gauche. Nous aperce­
vons alors les rôniers (2) de Genoto,point extrême où puissent venir
les chalands, et nous traversons une vaste plaine couverte d’herbes
(1) Champs cultivés.
(2) Borassus flabelliform is L., palmier à vin.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

25

maigres et parsemée de larges flaques d’eau. C’estla plaine de Genoto
que limitent, au Sud, la Gambie, à l’Ouest et au Nord, les collines du
Ouli et à l’Est, le marigot de Nétéboulou. Absolument inculte,
stérile, elle nous offre, avec ses rares bouquets d’arbres rabougris,
l’aspect que doivent présenter, en Amérique, les solitudes de la
Prairie. La route, à ce moment, est franchement Ouest. Il en sera
de même jusqu’à Sini. Nous laissons sur notre gauche les ruines
du petit village de Coussaié, et à 9 b. 42 nous arrivons à MakadianCounda.
Makadian-Counda. — Petit village Malinké d’environ 350 habi­
tants. Il ne présente rien de bien particulier. Il est mal entretenu,
sale, nauséabond. En 1886, il fut pillé et détruit par les guerriers
du marabout Mahmadou-Lamine. Actuellement, il est en partie
reconstruit. Ses habitants sont des gens paisibles, qui se livrent
tranquillement à la culture de leurs lougans. Aussi sont-ils riches
en produits de toutes sortes. Nous faisons la halte sur la place
principale du village, et, à peine étais-je descendu de cheval^
que le chef,accompagné de ses principaux notables,vint me saluer.
C’est un parent d’une des femmes deSandia. 11 méfait mille protes­
tations d’amitié et m’offre quelques œufs frais qui sont les bienvenus.
Après l’avoir remercié de son aimable réception et lui avoir
serré la main, nous nous remettons en route pour Sini.
A quelques centaines de mètres du village, nous rencontrons le
fils du chef du Ouli, Massara. Son père l’envoie à notre avance avec
deux ou trois autres cavaliers. Ce jeune homme, âgé d’environ trente
ans, est un ivrogne fieffé. Il monte un beau cheval noir dont lui a
fait cadeau, me dit-il, le colonel Archinard, pour le récompenser
de sa belle conduite pendant la campagne de Nioro, à laquelle il a
pris part avec les meilleurs guerriers du Ouli. Encore trois kilo­
mètres au milieu de beaux lougans et, à dix heures dix minutes,
nous arrivons enfin à Sini, où nous allons passer la journée. Il fait
une chaleur étouffante, et, cependant, malgré mon état maladif, je
n’en suis pas trop incommodé.
Depuis mon arrivée dans la région, le village de Sini avait
souvent manifesté le désir d’avoir ma visite. Aussi comprendra-t-on
aisément que j’y fus reçu à bras ouverts. Déjà, en voyant arriver
à mon avance le fils du chef, je m’étais fait une idée de la réception
qui m’y attendait. A peine descendu de cheval, je fus conduit à la

�ANDRE RANÇON

case qui avait été préparée à mon intention. Des cases avaient été
également préparées pour Sandia, mon interprète et mes hommes.
Nous y fûmes bien logés et y passâmes la journée sans trop y
souffrir de la chaleur. Il y avait à peine quelques instants que
nous étions installés que le chef, Massa-Ouli, vint me rendre
visite. C’est un vieillard d’environ 70 ans, encore bien conservé,
mais cependant fort rhumatisant. Son tam-tam, ses principaux
notables l’accompagnaient et, pour la circonstance, il avait
endossé le manteau de chef, rouge, bordé de galons d’or, qui
lui avait été donné par Monsieur le commandant supérieur. Nous
causâmes longuement des choses du pays, il me fit mille protes­
tations d’amitié, et nous nous quittâmes les meilleurs amis du
monde. A mon intention, il avait immolé un bœuf, et préparé
tout ce qu’il fallait pour la nourriture de mes hommes et de
mes animaux. Aussi la mission fit-elle grasse chère ce jour-là.
Le temps s’écoula rapidement dans cet hospitalier village et la
soirée arriva sans que nous nous soyons ennuyés un seul instant.
A quatre heures du soir, Massa-Ouli m’envoya son tam-tam et je
fus obligé, pour lui être agréable, d’assister à la sérénade qu’il me
donna devant notre logement. Très curieux ce tam-tam. Il se
compose de tambourins et de balafons et les airs que jouent les
artistes ne manquent pas d’un certain agrément. Quiconque a
entendu le balafon ne peut oublier les sons harmonieux que rend
ce primitif instrument, et la virtuosité, si je puis parler ainsi, dont
font preuve ceux qui en jouent. Tout le monde connaît le tambourin
des peuplades africaines. Il n'en est pas de même du balafon. Aussi
croyons-nous devoir en donner ici une description détaillée. Je
crois donc devoir rapporter textuellement ce que j’écrivais à ce
sujet, sur les lieux mêmes, dans mes notes journalières.
Le balafon est un instrument assez rare au Soudan. Il est plutôt
particulier aux peuples qui habitent les rivières du Sud et
notamment la Gambie. On le trouve encore dans certains villages
Malinkés du Sud du Bambouck et au Fouta-Diallon. C’est peut-être
avec la guitare, que l’on désigne sous le nom de Cora, l’instrument
de musique soudanien dont les sons impressionnent le moins
désagréablement l’oreille. Il est assez compliqué et demande, pour
sa construction, un ouvrier exercé. Aussi son prix est-il relative­
ment élevé : quatre-vingt-dix à cent francs environ.

�27

DANS LA HAUTE-GAMBIE

Le balafon se compose essentiellement : 1° du cadre; 2° de
l’appareil producteur du son; 3° d’un appareil qui joue le rôle de
résonateur.
1° Cadre. — Le cadre se compose d’un trapèze en bois ayant la
forme que représente la figure ci-contre. Ce cadre est formé par des
morceaux de bois de 0m80 environ de longueur sur 0m06 de largeur

____

------- —

B

I

et 0m03 d’épaisseur pour les grands côtés. Des petits côtés, l’un a
environ 0m25 de longueur et l’autre 0m15. Ils sont formés par des
morceaux de bois de même largeur et épaisseur que les autres.
L’intervalle compris entre les deux grands montants est comblé
par des traverses qui vont de l’un à l’autre et qui en rendent la
solidité plus grande. Une autre traverse réunit les deux petits côtés.

Tout cela est uni au moyen de cordes de baobab et est d une grande
solidité.
Aux quatre angles de ce cadre A. B. C. D. se trouvent quatre
montants en bois de même hauteur, solidement fixés au cadre et

�28

ANDRE RANÇON

ayant environ 0m2û de hauteur. Ces montants sont unis entre eux
par des cordes solides, généralement en cuir, qui forment ainsi un
cadre E. F. H. 0. parallèle à celui que nous venons de décrire et
qui est inférieur. C’est sur ces cordes que va être posé l’appareil
producteur du son.
2* Appareil producteur du soji .
Cet appareil se compose sim­
plement d’une série de lamelles de bois très dur disposées par
ordre de longueur sur le cadre supérieur. Comme l’indique la
figure ci-dessous, ces lamelles ont toutes la même largeur et la
—

même épaisseur, mais non la même longueur. La plus longue a
environ vingt-cinq centimètres de longueur et les autres vont en
diminuant de longueur jusqu’à la dernière qui peut avoir huit
centimètres environ. Leur nombre est variable; mais il est rare­
ment inférieur à 12 et supérieur à 20. Ces lamelles sont fixées sur

les cordes supérieures du cadre à l’aide de petites cordes qui les
maintiennent en place, en leur laissant toutefois une certaine
mobilité.
Les deux figures ci-dessus peuvent donner une idée de ce que
sont ces lamelles. La figure A représente une lamelle entière et
la figure B une coupe qui serait faite perpendiculairement à son
axe.
3° Appareil résonateur. — L’appareil résonateur qui est destiné
à renforcer les sons est bien simple. Il se compose d’une série de
petites calebasses ayant la forme que représente la figure ci-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

29

dessous (n° 1) et qui sont fixées au-dessous de chaque lamelle.
C’est là le côté le plus délicat de la construction ; car, en effet, de
la grosseur de la calebasse dépendra la nature du son, on com­
prendra qu’il faut apporter un certain choix dans la composition
de cet appareil, afin de ne pas modifier l’accord et surtout d’obtenir
une gamme à peu près exacte. Aussi voit-on des lamelles avoir

deux calebasses et d’autres une seule. Tout cela dépend du volume.
Les figures ci-dessus peuvent donner une idée de- la façon dont
sont disposées les calebasses au-dessous des lamelles. Ces calebasses
sont maintenues en place par des liens qui les joignent aux
différents côtés du cadre et qui les unissent entre elles. Tout cet
ensemble, qui paraît devoir être très fragile, est, au contraire,
excessivement solide.
Pour jouer du balafon, on s’asseoit par terre et on place l’ins­
trument devant soi, de façon à avoir les lamelles les plus longues
à sa gauche. On peut également en jouer en marchant ; alors,
l’instrument est porté, suspendu au cou par des liens qui sont
fixés à ses deux extrémités. L’instrument repose alors sur le ventre
de l’exécutant, de façon à ce qu’il ait toujours à sa gauche les
lamelles les plus longues, celles qui donnent les notes les plus
graves.
Pour tirer des sons de ce bizarre mais ingénieux instrument, il
suffit de frapper d’un coup sec la lamelle avec les baguettes
représentées ci-dessous.

Ces baguettes sont en bois. Il en est qui s’en servent à nu,
d’autres, au contraire, qui entourent l’extrémité renflée à l’aide
de chiffons excessivement serrés ou, mieux, de caoutchouc. Il

�30

ANDRÉ RANÇON

nous a semblé que les sons obtenus avec ces dernières étaient
plus harmonieux que ceux obtenus avec les autres.
Le balafon est construit, en ce qui concerne le bois, par les
forgerons. Quant à l’agencement des différentes pièces, il est fait
par l’artiste lui-même. Le bois qui doit servir à la construction
doit être très dur, bien sec, et ne présentant aucun défaut. Plu­
sieurs espèces peuvent être employées à cet usage. Citons : le
Samboni (Cytharexylum quadrangulare Jacq.), le Vène (Pterocarpus
erinaceus Poir.), le Kaki (Diospyros ebenum Retz.). De même, les cale­
basses doivent être bien sèches, ne présenter aucun défaut ni fissure,
car le son pourrait en être profondément altéré. Enfin, les cordes
elles-mêmes doivent être minutieusement construites et présenter
toutes les garanties voulues de solidité et de bonne fabrication.
Le balafon peut être considéré, au Soudan, comme étant un
instrument de luxe. Il n’y a guère que les chefs riches et influents
qui en aient, et le griot (musicien de profession) qui en joue, jouit
habituellement dans le village d’une considération que n ’ont pas
ses autres collègues. Seul, il est admis à l’honneur de jouer du
balafon, et, tant est grande l’estime que l’on a pour cet instrument
que, souvent, l’épithète de balafon est ajoutée au nom de l’artiste
qui s’en sert. Ainsi, à Koundou (Fouladougou), par exemple, le
joueur de balafon porte le nom de « Fodé-Balafon ». Il n’est connu
que sous ce nom-là dans les villages environnants.
Les sons obtenus avec cet instrument sont relativement assez
mélodieux et dans l’agencement des notes, il est facile d’y retrouver
les éléments de la gamme. Les airs que jouent les griots pré­
sentent également une certaine harmonie et un rhythme appré­
ciables, même pour une oreille peu musicale.
Après une heure de musique effrénée, et après avoir assisté aux
danses les plus échevelées, exécutées cependant en mon honneur,
je congédiai, par la voix de mon interprète, les artistes mâles et
femelles qui m’entouraient, et orchestre en tête, je me rendis
à la demeure du chef pour lui rendre la visite qu’il m’avait faite
le matin. Cette façon de procéder m’a toujours réussi au Soudan,
et, c’est en usant sans cesse de la plus grande politesse et de la
plus grande douceur que je suis arrivé à me concilier partout le
respect et l’amitié des chefs avec lesquels j’ai été en relations.
Point ne sert de prendre avec ces gens-là des airs de matamores et

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

31

de croquemitaines. Nous n’arriverions jamais qu’à nous aliéner
leur sympathie. Il faut avoir le bon esprit de ne se considérer
que comme leur hôte, et, si l’on sait conserver toutefois sa dignité
d’homme et de Français, on peut être certain que d’eux-mêmes
ils reconnaîtront notre supériorité.
Massa-Ouli attendait d’ailleurs ma visite. Je le trouvai dans
sa case, entouré de toute sa famille. Il me présenta ses enfants,
ses femmes et sès frères, et, après un entretien des plus aimables,
nous nous quittâmes en nous serrant la main, à plusieurs reprises.
Je fis à tous de petits cadeaux, dont ils me remercièrent vivement.
Inutile de dire que les griots ne furent pas oubliés. C’est dans
l’usage, et je n’aurais pas voulu laisser de moi une mauvaise
impression. Tous, sauf le chef, me reconduisirent à mon
campement, et chacun rentra chez soi, fatigué, mais satisfait,
moi surtout.
L’habitation du chef du Ouli ne diffère guère de celles de
ses sujets. Les cases sont absolument construites sur le même
modèle. Elles sont plus vastes et plus nombreuses, et voilà tout.
Celle où il se tient dans la journée est située au pied d’un superbe
N’taba, bel arbre de la famille des Sterculiacées, sur lequel nous
reviendrons plus loin. C’est un des plus beaux échantillons de
cette espèce végétale que j’aie rencontré dans tout le cours de
mes voyages au Sénégal et au Soudan.
La route de Nétéboulou à Sini présente d’intéressantes particu­
larités ; Nétéboulou est construit sur un plateau dont le sous-sol
est formé de quartz et de grès ferrugineux que recouvre une épaisse
couche de latérite. Elle disparait à deux kilomètres environ du
village au-delà du marigot qui porte son nom, pour faire place
à la plaine stérile de Genoto. Cette vaste plaine marécageuse est
complètement inondée pendant l’hivernage. Elle mesure environ
vingt kilomètres de longueur sur quinze de largeur dans ses plus
grandes dimensions, et s’étend des collines du Ouli et de Nétéboulou
jusqu’à la Gambie et au marigot de Nétéboulou. Le sol en est
uniquement formé par une épaisse couche d’argiles anciennes et
d’alluvions récentes. A peine y voit-on par-ci par-là quelques
arbres peu vigoureux, rachitiques. Elle est couverte, dans toute
son étendue, par une herbe mince et ténue parsemée de touffes de
Joncées et de Cypéracées. Après avoir traversé de l’Est à l’Ouest

�ANDRE RANÇON

ce morne désert, on arrive par une pente assez raide sur le plateau
de Sini ; jusqu’à Makadian-Counda ce ne sont que des argiles
compactes; mais à peu de distance de ce village la latérite
reparaît et l’on peut,dire que la plus grande partie du plateau en
est uniquement formée. Son sous-sol ne présente guère que des
roches de nature ferrugineuse.
Au point de vue botanique, nous ne trouvons à signaler que
trois espèces principales de végétaux.
1° Nété. — Le Nété ou Néré (Parlcia biglobosa H. Benth.) (1), est
une belle Légumineuse de la tribu des Parkiées. On la trouve en
grande quantité dans le Bambouck, le Bélédougou, la HauteGambie. Il est facile de la reconnaître à ses feuilles profondément
découpées qui ressemblent à s’y méprendre à celles de certaines
de nos fougères, et à ses fleurs d’un beau rouge foncé et disposées
en forme de boule à l’extrémité des jeunes rameaux. Son fruit
est une gousse d’une belle dimension en tout semblable à nos
plus beaux haricots. Il contient une douzaine de graines entourées
d’une pulpe jaune relativement assez compacte et abondante.
Cette pulpe est très parfumée. Sèche, elle forme une sorte de
farine qne les indigènes mangent volontiers pendant la disette. Les
fruits poussent au nombre de huit ou dix au maximum, à l’extré­
mité des jeunes rameaux. Ce végétal fleurit de juin à août et ses
fruits ne sont guère comestibles avant le mois de mars de l’année
suivante. On le trouve en grand nombre aux environs de
Nétéboulou. Son bois est généralement peu employé.
2° Téli. — Le Téli (Erythrophlœurn Guineense Rich.) (2), est un
végétal de haute stature. C’est encore une belle LégumineuseParkiée. Il croît, de préférence, sur les bords des marigots et j’en
ai vu de beaux échantillons dans les environs de Nétéboulou. Il
est facile à reconnaître à la couleur sombre de son feuillage, et à
son fruit qui est une gousse rougeâtre quand elle est sèche et plus
large que ne le sont, en général, celles des autres légumineuses.
Son écorce est profondément fendillée, et, si on l’enlève, sa partie
(1) Voir pour plus amples détails le travail de MM. Heckel et Schlagdenhauffen
sur cette graine comestible. (Journ. de pharm. et chimie du 15juinl887 etB u ll.d e
la Soc. de Géog. de Marseille). C'est le Oull des Woloffs.
(2) Voir pour plus amples détails sur ce poison d’épreuve le mémoire de
MM. Heckel et Schlagdenhauffen dans le journal Les N ouveaux Rem èdes, 1886.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

intérieure présente une belle couleur rouge foncée. Chaque gousse
contient environ huit à dix graines, à deux faces bombées, ressem­
blant à s’y méprendre à celles de certains haricots. Ces graines, qui
ont toujours à peu près le même poids, servent dans certaines
régions, leBouré, par exemple, pour peser l’or. Cinq de ces graines
équivalent à peu près en poids à un gros, environ trois grammes
quatre-vingt-deux centigrammes.
Le Téli ou Tali (Peulh, Bambara, Malinké) est la plante véné­
neuse par excellence au Soudan français, au dire, du moins, des
habitants. Il entrerait du Téli dans la composition du « Corté », le
fameux poison que les habitants de Komboreah (Konkodougou) soné
si habiles à préparer et qui est si connu dans le Baleya, l’Amana, le
Dinguiray et même à Siguiri. Mais quelle est la partie de la plante
qui est utilisée? C’est ce que nous n’avons pas encore pu savoir.
Toutefois nous avons appris que, dans certaines de nos rivières du
Sud, le Rio-Nûnez, le Rio-Pongo particulièrement, et dans le pays
de Loaugo, où le Téli est appelé Boudu ou Boudou, les indigènes
fabriquent avec sa racine, par infusion, une liqueur d’une extrême
amertume et qui sert de poison d’épreuve. Quand elle est trop
chargée, elle cause la suffocation, la rétention d’urine, etc., etc.,
l’accusé tombe et est déclaré coupable; à dose plus faible, elle
n’amène pas d’accidents graves, alors l’accusé résiste et est déclaré
innocent.
D’après les indigènes du Soudan, toutes les parties de la plante
seraient excessivement vénéneuses. Voici ce que me disait à son
sujet le chef de Gangali (Niéri) : « Une feuille de Téli dans le couscouss suffit pour empoisonner toute une famille. Un bœuf, un
cheval, un mouton en mange-t-il, il meurt aussitôt. Un oiseau, un
insecte mange-t-il une fleur de Téli, il tombe aussitôt foudroyé. » De
plus, les poissons ne vivent pas dans les marigots dont les bords
sont couverts de Télis, et il serait dangereux d’y faire boire les
animaux. Je me souviens encore que, sur la route de Damentan,
mon palefrenier refusa absolument de faire boire mon cheval à
l’eau d’un marigot dont les bords étaient couverts de Télis. Fait
singulier: cette eau, qui est toxique pour le cheval, paraît-il, ne le
serait pas pour l’homme. Je ne sais ce qu’il peut y avoir de vrai
pour le premier, mais, ce que nous pouvons assurer, c’est qu’il nous
est arrivé souvent de faire usage d’eau puisée au pied d’un Téli et
André Rançon. — 3.

�34

ANDRÉ RANÇON

que nous n’en avons jamais été incommodé. Il en a toujours été de
même pour nos hommes.
Tout cela est évidemmeut bien exagéré, mais il s’en
dégage ce fait toutefois, c’est que toutes les parties de la
plante sont nuisibles mais à des degrés différents. Celle qui
est la plus active, et cela, au plus haut degré, c’est l’écorce.
L’écorce fraîche l’est plus que l’écorce sèche, et celle des
jeunes sujets plus que celle des vieux arbres. Après l’écorce
la racine, puis la fleur et les graines. Les feuilles n’auraient
que de faibles propriétés nocives, m ais, cependant, encore
assez fortes pour occasionner la mort, à une faible dose.
Jamais les animaux n’en mangent. On peut les laisser
paître en toute sécurité dans la brousse. Ils ne mangeront
jamais les feuilles du Téli, jamais ils n’en brouteront l’écorce.
Cet arbre leur cause une répulsion qu’ils ne peuvent sur­
monter. Par instinct, ils s’en éloignent toujours. Ils ne peu­
vent en absorber que lorsqu’on en mélange les feuilles avec
l’herbe qu’on leur donne en pâture. Et encore arrive-t-il
fréquemment qu’ils mangent le bon fourrage et laissent le
téli ? ? La meilleure façon de leur en faire absorber est sim­
plement de pulvériser l’écorce et de leur administrer avec
leurs aliments la poudre ainsi obtenue.
D’après les renseignements que j’ai recueillis un peu partout
à ce sujet, et que Sandia, le chef de Nétéboulou, m’a confirmés,
car il avait vu le cheval de son père mourir empoisonné,
par malveillance, avec du Téli, les animaux qui en absorbent
à doses toxiques éprouveraient les premiers accidents environ
deux heures après l’ingestion. Leur ventre deviendrait très
volumineux. Ils présenteraient une écume abondante à la
bouche, des convulsions qui dureraient une demi-heure environ
et la mort surviendrait deux heures et demie ou trois heures
après l’ingestion du poison.
Les noirs du Soudan utilisent les feuilles du Téli contre
le ver de Guinée, et, voici comment : lorsque l’abcès qu’occa­
sionne le ver s’est ouvert spontanément ou bien à la suite
d’une manœuvre opératoire, et que le parasite commence à
sortir, ils enveloppent la partie malade avec des feuilles de
Téli. Deux ou trois suffisent pour la couvrir complètement.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Un pansement fait avec des feuilles d’un autre végétal quel­
conque inofïensif et maintenu toujours humide est appliqué
par-dessus. Le tout est fixé à l’aide de lacs. Ils prétendent
que le ver est alors empoisonné et qu’il sort plus facilement.
Ceci mérite confirmation, on le comprendra aisément. J’ai
cependant vn des malades se bien trouver de ce traitement
Le Téli ne sert en aucune autre circonstance. Il inspire
aux indigènes une telle frayeur qu’ils ne l’utilisent ni dans
la construction de leurs cases ni même pour faire cuire leurs
aliments.
3° N’tciba. — Le N’taba (1) est une Malvoïdée de la famille des
Sterculiacées. C’est le « Sterculia cordifolia Cav. », ainsi nommé
parce que ses feuilles sont en forme de cœur. C’est un des plus
beaux végétaux des régions de l’Afrique tropicale. On le reconnaît
aisément à son tronc énorme, à ses feuilles excessivement larges
et à son fruit absolument caractéristique. Ce fruit, qui vient à
l’extrémité des jeunes rameaux, a la forme d’une gousse volumi­
neuse, dont les valves charnues s’ouvrent à la pression par
son arête convexe. Son extrémité libre est munie d’une sorte
d’appendice charnu en forme d’aiguillon de 0m06 environ de
longueur. Quand il est mûr, il a une couleur ronge clair qui ne
peut laisser aucun doute. Il renferme une douzaine de graines
polyédriques noyées dans une pulpe jaunâtre, savoureuse, et
excessivement parfumée. C’est un des meilleurs desserts que
j’aie rencontrés au Soudan et souvent nous nous en sommes
régalés. Les fruits sont accouplés au nombre de trois, cinq ou
sept en faisceaux et adhèrent fortement au pédoncule et à la
tige qui les porte. Ils tombent rarement et pour les cueillir on
est obligé de sectionner le rameau qui les porte.
Cet arbre acquiert des proportions gigantesques. Nous en
avons vu dans le Ouli, le Sandougou, le Kantora, à Mac-Carthy,
etc., etc., des spécimens vraiment remarquables. Dans ces régions,
c’est l’arbre à palabres préféré dans tous les villages et son épais
feuillage est recherché pendant les heures chaudes de la journée.
(1) Cola cordifolia de Rob. Brown : on ignore si la graine de ce végétal ren­
ferme de la caféine comme celle du Cola acum inata R. Brown. (Voir la monogra­
phie des Kolas africains par E. Heckel dans le 1er vol. des Annales de l’Institut
colonial, 1893). Ce végétal est encore nommé N ’Dimb dans certains dialectes.

�36

ANDRÉ RANÇON

Le N’taba habite de préférence, les terres riches en humus
et les terrains à latérite. On ne le trouve, pour ainsi dire, jamais
sur les bords des marigots. Et pourtant, il affectionne tout parti­
culièrement les régions humides. Aussi est-il excessivement rare
dans les régions sablonneuses et les steppes du Soudan. C’est
surtout dans le Sud de nos possessions qu’on le rencontre, de
préférence, dans le Sandougou, le Ouli, le Konkodougou, le Sud
du Diébédougou, le Damentan, le Niocolo, le pays des Coniaguiés
et des Bassarés, etc., etc. Il se prête cependant assez volontiers
à la culture dans des régions plus septentrionales. Ainsi, à Bammako, notre excellent ami, M. le vétérinaire Kôrper, a obtenu
à ce sujet des résultats surprenants et a pu acclimater absolument
ce végétal sur cette partie des bords du Niger. Il ne faut pas
oublier que le N’taba est Je congénère du Kola. Il est donc permis
d’espérer que l’on pourra arriver, un jour, à cultiver ce dernier
végétal dans les régions où croît le premier.
Le N’taba est peu utilisé par les indigènes. Dès qu’ils sont
mûrs, les fruits sont mangés avec avidité par les enfants. Dans
certaines régions, à Missira (Sandougou) notamment, il m’a été
dit que ces fruits étaient parfois employés avec succès contre
certaines diarrhées rebelles. Je n’ai jamais eu à le constater.
Le N’taba, suivant les régions qu’il habite, fleurit du mois de
janvier au mois de mars et les fruits arrivent à maturité du
commencement de juin à la fin de juillet. Il porte des feuilles
pendant toute l’année. Il a été introduit à la Guyane (Maroni).
Nous ne voulons pas quitter Sini sans le faire connaître
plus complètement au lecteur. Sini, capitale de l’État Malinké
du Ouli, est un village d’environ 600 habitants. Bien qu’il
soit la résidence du Massa-Ouli ou chef du Ouli, il a absolument
l’aspect du plus simple des villages. Ses cases sont construites en
terre, rondes et couvertes d’un toit en chaume qui à la forme d’un
chapeau pointu. Il est entouré d’un tata (fortification en terre) à
tourelles qui tombe littéralement en ruines, mais qui, à en juger
par ce qu’il en reste, devait être très fort. Le chef n’a pas de
tata particulier, comme cela a lieu dans la plupart des villages
Malinkès. — La population est formée uniquement de Malinkés,
sales et grands ivrognes. Les membres de la famille royale, à part
peut-être le chef actuel, ont à ce point de vue une réputation bien

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

37

méritée. — Sini a été attaqué par le marabout Mahmadou-LamineDramé en 1886, lorsque, chassé de Dianna par le colonel Galliéni,
il s’enfuit vers le Ouli et se réfugia à Toubacouta. Les habitants
avaient eu le temps de prendre toutes les mesures de défense
nécessaires. Un fort sagné (fortification en bois) avait été construit
autour du village. On en voit encore les restes. Les guerriers des
villages voisins étaient venus se réfugier auprès du chef, et, de
ce fait, en peu de jours, Massa-Ouli se trouva à la tête d’une colonne
de six à huit cents hommes. Trop âgé pour la conduire au combat,
il en confia le commandement à son jeune fils Massara et à
Malamine, le chef de Nétéboulou, le frère de Sandia, le chef
actuel. En vain, les bandes du marabout tentèrent-elles de
s’emparer de vive force du village. Elles l’attaquèrent inutile­
ment trois jours de suite. Voyant la place aussi bien défendue,
le marabout se retira, mais attaqué par les guerriers du Ouli qui
sortirent alors en masse du village et se mirent à sa poursuite»
il fut complètement battu, et se réfugia avec les quelques
guerriers qui lui restaient à Toubacouta, dont le chef lui ouvrit
les portes et le reçut à bras ouverts. Sini avait cependant souffert
de ce siège de trois jours. Un incendie allumé par l’ennemi avait
dévoré les toits de la moitié des cases. Heureusement la popu­
lation et les guerriers avaient pu se réfugier dans l’espace compris
entre le tata et le sagné. C’en était fait autrement du village
et l’on peut être certain que si le marabout s’en était emparé, il
ne l’eût pas ménagé. On voit encore les traces de cet incendie,
notamment dans le quartier qui est situé sur la route de Goundiourou.
La population de Sini est paisible, hospitalière et s’adonne
surtout à la culture. Aussi le village est-il entouré de tous côtés
de beaux loügans de mil, maïs, arachides. Autour des cases
mêmes les femmes et les enfants font de petits jardinets où ils
cultivent avec succès, oignons, courges, tomates, oseille. L’espace
compris entre le tata et le'sagné est également bien cultivé,
et j’y ai remarqué de belles plantations de maïs et de manioc.
Par contre, le troupeau du village est peu nombreux. Du reste
les Malinkés, proprement dits, de cette région, élèvent peu de
bétail. Ils laissent ce soin aux Peulhs qu’ils rançonnent d’une
façon éhontée à ce point de vue.

�38

ANDRÉ RANÇON

Dans la soirée, Massa-Ouli et ses fils et ses frères vinrent
me saluer de nouveau et me quittèrent en me promettant de
venir le lendemain matin me serrer la main. Tout le monde
dormit bien cette nuit-là, aussi les préparatifs dn départ se
firent-ils rapidement.
28 octobre. A cinq heures du matin, je réveille toute la caravane,
mon interprète Almoudo et Sandia sont les premiers debout et
organisent le convoi rapidement. Enfin, après un déjeuner som­
maire, nous pouvons nous mettre en route à cinq heures quarante
minutes. Malgré l’heure matinale, tout le monde est debout. MassaOuli lui-même est assis devant la porte de sa case et me serre la
main avec effusion à plusieurs reprises et me souhaite un bon
voyage. Son fils Massara est à cheval et va nous accompagner
jusqu’au premier village. Je donne le signal du départ et bien à
regret nous quittons Sini, non sans avoir promis à nos amis de
revenir les voir à notre retour de Mac-Carthy.
Le jour commence à poindre quand nous franchissons les
portes du sagné pour nous engager au milieu de beaux lougans
de mil dont les tiges hautes de plus de quatre mètres se rejoi­
gnent et forment au-dessus de nos tètes un véritable dôme de
feuilles et d’épis. La température est excessivement fraîche. Je
constate 16 degrés. La rosée est de plus très abondante, et nous
sommes absolument inondés peu après le départ. Nous marchons
d’une bonne allure pour nous réchauffer et dans le plus grand
ordre. 11 est 6 heures 15 qnand nous arrivons à Canapé. C’est le
premier village Peulh que nous rencontrons. Tout le monde est
debout. Il faut mettre pied à terre.
Canapé. — Canapé est uu village d’environ deux cent cinquante
habitants. Il est entièrement construit en paille. C’est, du reste,
le seul mode de construction employé par les Peulhs. Il est
littéralement enfoui aü milieu du mil et du maïs, et jusque
devant les cases tout est cultivé. Pas un pouce de terrain n’est
perdu. Ses habitants viennent du Fouladougou et le Ouli, le
Sandougou et le Niani en sont très peuplés. C’est là qu’ils y cher­
chent un refuge contre les pillages et les exactions des souverains
de leur pays d’origine. Ils construisent en paille de geutils petits
villages proprets et se livrent avec passion à la culture et à

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

l’élevage. Aussi sont ils absolument pressurés par leurs nouveaux
maîtres.
A peine étions-nous arrivés que sur l’ordre du chef on nous
apporta de grandes et nombreuses calebasses de lait sûr et de
couscouss pour les hommes et pour moi du lait frais et des œufs
en quantité. Bon gré mal gré il fallut s’attabler et manger. Heu­
reusement que le noir a l’estomac complaisant, aussi mes lascars
firent-ils sérieusement honneur à ce petit apéritif, comme disait
mon fidèle Almoudo. Pour moi, je mé contentai d’avaler quelques
œufs crus et de boire deux tasses environ d’un excellent lait
fraîchement tiré. Ce qui me fit encore plus de plaisir ce fut le
cadeau que me fit le chef de plusieurs bouteilles d’excellent
beurre. Ce qui me promettait, grâce au modeste talent de mon
cuisinier, Samba-Sisoko, une excellente cuisine pour l’avenir.
Après une halte de vingt minutes environ, nous nous remîmes
en marche, non sans avoir serré vigoureusement la main à
Massara, qui nous quittait là pour retourner à Sini, et sans
l’avoir remercié de sa généreuse hospitalité. Le chef de Canapé
et ses principaux notables m’accompagnèrent pendant plusieurs
kilomètres et, chemin faisant, me firent part de la situation
pénible qui leur était faite dans le Ouli. Je leur promis d’en
informer le commandant de Bakel dont ils relevaient, et ils me
quittèrent enchantés. J ’ai appris depuis que tout avait été réglé
au mieux de leurs intérêts et à la satisfaction générale.
En quittant Canapé, nous traversons d’abord les lougans du
village qui, relativement, ont une superficie considérable. Peu
après, nous entrons en pleine brousse. Elle se continue jusqu’aux
lougans de Soutouko, où nous arrivons vers neuf heures du matin.
Soutouko. — Soutouko est un village d’environ 550 habitants.
Sa population est formée uniquement de Malinkés musulmans. Ils
différent absolument des autres Malinkés et se rapprochent beau­
coup de la race Toucouleure dont beaucoup d’entre eux ont le type
et les mœurs. Ce sont ces Malinkés que, dans les Rivières du Sud,
on désigne sous le nom de Mandingues. Nous y reviendrons plus
loin. Musulmans fanatiques, ils furent des premiers à embrasser
la cause du marabout Mahmadou-Lamine.
Soutouko n’a nullement l’aspect des autres villages Malinkés.
Bien qu’il soit construit de la même façon, il est propre et bien

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•

ANDRE RANÇON

entretenu. Au centre du village règne une mosquée en paille et
pisé bien comprise et dont les abords sont indemnes de tout
immondice. Je n’ai pas besoin de dire qu’elle est assidûment
fréquentée.
Là encore il fallut mettre pied à terre et accepter le lunch qui
nous était préparé. Mes hommes s’en tirèrent à merveille. Pour
moi, je ne pus absorber qu’une petite quantité de lait et quelques
œufs frais. La fatigue commençait à se faire sentir et je ne pus que
difficilement remonter à cheval. J ’étais loin d’être complètement
remis des assauts que j’avais eu à supporter à Nétéboulou.
La route entre Soutouko et Barocounda, où j’avais décidé que je
ferais étape,est bordée à droite et à gauche par de superbes champs
de mil et d’arachides. Elle ne présente rien de particulier et nous
la fîmes sans aucun autre incident que les nombreuses haltes que
ma faiblesse me força à faire, tous les deux ou trois kilomètres.
Environ à mi-chemin de Barocounda se trouvent plusieurs villages
Peullis dont les habitants se livrent paisiblement à la culture. Ce
sont : Marosouto — Ourosaradado — Tabandi — Sarè n’Dougo —
Saré-Diallnubé. Nous fîmes halte à Tabandi et les habitants vinrent
nous saluer et nous apporter des calebasses de lait et d’eau fraîche
pour nous désaltérer, car la chaleur commençait à être insuppor­
table. Ils nous autorisèrent également à arracher quelques pieds
d’arachides. Nous nous régalâmes de leurs graines vertes. C’est un
des meilleurs fruits du Soudan que je connaisse.
Enfin,à midi, nous apercevions les toits pointus de Barocounda,
où nous allions pouvoir goûter quelque repos et nous mettre à
l’abri des ardeurs de la canicule. J ’étais absolument à bout de forces
quand je pus prendre possession du logement qui avait été préparé
à mon intention.
Je fus reçu à Barocounda avec autant d’empressement et de
sympathie que dans les autres villages du Ouli que je venais
de visiter. Nous eûmes à profusion de tout ce que l’on peut
trouver au Soudan et j’estime encore aujourd’hui que les
quelques cadeaux dont ma pauvre pacotille me permit la lar­
gesse à mes hôtes en reconnaissance dé leur généreux accueil,
furent bien au-dessous de ce qu’ils dépensèrent en mon honneur.
Barocounda. — Barocounda est un gros village de 750 habi­
tants environ. Sa population est uniquement formée de Malinltés

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

puants, sales et ivrognes. Ses cases sont construites sans aucun
soin, sans aucun ordre, et la plupart d’entre elles tombent
littéralement en ruines. Il est absolument ouvert et ne possède
aucune défense. La place principale du village, où se trouvent
deux superbes n'tabas, est absolument encombrée de détritus de
toutes sortes. C’est, comme dans tous les villages Malinkés, du
reste, le dépotoir commun où chacun vient jeter les ordures
de son ménage. Il possède de beaux lougans et de belles
rizières, mais peu de bestiaux. Par contre, les chèvres et les
poulets y sont excessivement nombreux. Pendant la guerre du
marabout, il fut relativement épargné et n’eut à supporter
que les razzias des pillards qui l’accompagnaient.
Je passai là une assez bonne journée qui me remit des
fatigues de la longue étape du matin. Dans la soirée, le ciel
se couvrit brusquement. Eclairs, roulements de tonnerre se
succédèrent sans interruption pendant plusieurs heures. La
chaleur devint intolérable ; mais, contre notre attente, il ne
tomba pas une goutte de pluie. Heureusement que vers minuit
les nuages se dissipèrent. Le vent du Nord se leva, vint
rafraîchir l’atmosphère, et nous permit de goûter, pendant
quelques heures, un sommeil réparateur. Le lendemain, au
réveil, il n’y avait plus trace de l’orage de la veille, et nous
pûmes, sans crainte d’être trempés, nous mettre eu route pour
Toubacouta, où j’avais décidé de faire étape.
29 octobre. — Nous quittons Barocounda à 5 h. 15 du matin
et nous nous reudons sans aucun incident à Toubacouta, où nous
arrivons à 9 h. 15. La route de Barocounda à Toubacouta ne
présente rien de bien particulier tant au point de vue botanique
que géologique. Elle traverse une vaste plaine argileuse cou­
verte de bambous à travers lesquels on n’avauce que difficilement.
Du haut du plateau qui domine la plaine où s’élevait jadis
l’ancien village de Toubacouta, on découvre tout le champ de
bataille où fut mise en déroute l’armée du marabout par la petite
colonne que commanda et dirigea avec tant d'autorité mon excel­
lent ami M. le capitaine Fortin, de l’artillerie de marine. Sandia,
qui y assista et y paya de sa personne, me donna sur les lieux
mêmes tous les détails de cette glorieuse campagne. L’intelligent
chef de Koussan-Almamy, Abdoul-Séga, qui y remplissait les

�• ■ ■ ■. t

ANDRE RANÇON

fonctions d’interprète de la colonne française, a bien voulu me
renseigner à ce sujet aussi exactement que possible. C’est d’après
leurs récits que j’ai rédigé ce qui suit :
Toubacouta était situé au bord d’une vallée qu’entourait au
Sud, au Nord et à l’Ouest une ceinture de collines peu élevées. A
l’Est il est défendu par le petit marigot de Maka-Doua qui sépare
le Ouli du Sandougou. Ce marigot est peu profond et ne saurait
constituer un obstacle difficile à surmonter. Toubacouta, au point
de vue de la stratégie indigène, était fort bien situé, étant donné
surtout qu’il n’aurait jamais affaire à des ennemis familiers avec
les armes à longue portée. Attaqué, au contraire, par des troupes
européennes, sa position devenait absolumeot mauvaise. Si, quand
il avait à combattre contre des noirs, il voyait descendre leurs
colonnes d’attaque sur les flancs des collines qui l’entourent, par
contre il ne pouvait rien contre nos canons, qui, du haut de ces
mômes collines le pouvaient bombarder impunément. Son tata, à en
juger par les ruines que nous y avons vues, devait être relativement
fort. De plus, chaque demeure particulière était entourée d’un petit
mur, comme cela a lieu dans la plupart des villages Malinkés. Ces
petits ouvrages de défense intérieurs n’étaient pas à négliger, car il
est évident qu’ils forment autant de réduits qu’il faut, dans un
assaut régulier, emporter de vive force. Toubacouta devait être un
fort village d’environ 800 habitants. Ses ruines sont maintenant
pour ainsi dire inhabitées. Depuis la guerre du marabout, il ne s’y
est élevé que quelques petites huttes où viennent se reposer les
captifs qui cultivent les lougans environnants, et le maïs pousse
haut et dru là où le faux prophète a prêché la guerre sainte. A deux
kilomètres environ à l’ouest, de l’autre côté du marigot de MakaDoua, sur le sommet d’une verdoyante colline, a été reconstruit
Toubacouta. Ses habitants, que la guerre avait dispersés, sont à peu
près tous revenus maintenant. L’ancien Toubacouta est donc situé
dans le Ouli et le nouveau dans le Sandougou. La population
est uniquement formée de Malinkés musulmans, fanatiques qui
furent des premiers, on n’en doute pas, à se ranger sous la
bannière du marabout. Ils avaient émigré de la rive gauche de la
Gambie quelques années auparavant dans les circonstances
suivantes :
Vers 1869 ou 1870, le marabout Simotto Moro (Moro, en

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

mandingue du Sud, signifie marabout). On ajoute ce qualificatif au
nom de tous les marabouts qui acquièrent quelque renommée,
frère de Dimbo, le chef actuel de Toubacouta, habitait les bords du
marigot de Simotto-Ouol, qui se jette dans la Gambie, tout près du
village de Oualiba-Counda, dans le Fouladougou, à trois kilomètres
environ au Sud-Ouest de Yabouteguenda. Ce marabout avait
dans son village une grande influence et sa renommée lui avait
attiré bon nombre de disciples qui lui étaient venus des autres
villages du Ghabou. Le Ghabou est ce vaste pays Malinké situé sur
la rive gauche de la Gambie dont s’empara Alpha-Molo et auquel on
donne aujourd’hui le nom de Fouladougou. De nos jours, MoussaMolo, fils du précédent, y a succédé à son père et y règne en véritable
tyran. Les agissements de Simotto-Moro ne tardèrent pas à éveiller
la défiance d’Alpha-Molo, qui résolut de se débarrasser d’un voisin
qui menaçait de faire échec à son autorité naissante. Averti à temps
et ne se voyant plus en sûreté dans son petit village du Ghabou,
Simotto-Moro, à la tête de deux ou trois mille individus, traversa la
Gambie à Yabouteguenda et vint demander au Massa-Ouli (chef du
Ouli) de l’autoriser à s’établir dans son pays et de lui accorder dans
ce but pour lui et ses compagnons une concession de terrain suffi­
sante. Le Massa, enchanté de voir ainsi s’augmenter le nombre de
ses sujets,lui répondit qu’il pouvait s’installer avec sa suite partout
où il lui conviendrait dans son territoire. Le vieux marabout n’en
demandait pas plus. Aussi son choix fut-il vite fait. Sur les bords
du marigot de Maka-Doua, qui sépare le Ouli du Sandougou, il
avait remarqué depuis longtemps des terres fertiles et une bonne
position pour y construire un village. C’est là qu’il demanda à se
fixer. Non-seulement le Massa y consentit, mais encore il lui
envoya son frère Penda-Mahmady avec quatre cents hommes pour
l’aider à construire un sagné et un tata. Sous la conduite du
marabout, en peu de mois, le nouveau village fut élevé et solidement
fortifié. (1 ne se contenta pas d’entourer ses nouvelle demeures d’un
fort sagné (palissade formée de pièces de bois jointives, plantées
en terre et hautes d’environ trois mètres), et d ’un épais tata, il fit en
plus creuser autour de ces premières défenses deux larges et
profonds fossés, l’un extérieur et l’autre intérieur au sagné. Le
nom de Toubacouta fut donné au nouveau village.
A l’abri de ses murailles et n’ayant plus rien à redouter d’Alpba-

�ANDRE RANÇON

Molo et de ses Peullis, le vieux marabout continua ses prédications
et sa renommée ne fit que croître dans tous les pays riverains de
la Gambie. Pendant bon nombre d’années on ne parla que de lui
dans toute la région, et son nom de Simotto-Moro (marabout du
Simotto du nom du marigot sur les bords duquel il avait d’abord
habité et commencé sa carrière religieuse) était dans la bouche de
tous les bons Musulmans. Il ne tarda pas à essayer de profiter de
la situation exceptionnelle qu’il s’était faite, et chercha maintes
fois à faire naître les occasions d’en imposer à son généreux hôte.
Massa-Ouli ne résista pas, et, tant est grande la crainte que les
marabouts inspirent aux populations non musulmanes du Soudan,
qu’il n’osa jamais contrecarrer les desseins du vieux marabout.
Cela fut une grande faute comme on le verra plus loin. Les choses
restèrent pourtant en état jusque vers 1875, époque à laquelle
Ousman-Gassy, fils de Boubakar Saada. almamy du Bondou, orga­
nisa une petite colonne dans le Ferlo-Bondou et marcha contre
Toubacouta. En arrivant devant le village, il reconnut, mais trop
tard, que ses forces étaient insuffisantes pour qu’il puisse s’en
emparer. Il se contenta de faire caracoler ses cavaliers jusque sous
les murs de la place, et, après avoir échangé une vive fusillade
avec les défenseurs, il se retira avec une vingtaine de prisonniers.
Il traversa alors la Gambie et se rendit auprès de Moussa-Molo pour
l’aider à réprimer la révolte qui venait d’éclater dans toute la
région ouest du Fouladougou.
Mais à l’instigation de Simotto-Moro, Massa-Ouli se plaignit à
Boubakar-Saada delà conduite d’Ousman-Gassy. Ses récriminations
n’eurent aucun effet, et, de ce fait, le marabout ne lui pardonna
pas de ne pas avoir tiré vengeance de l’affront qui lui avait été
fait. Son mépris et sa honte pour son hôte s’envenimèrent chaque
jour et il ne songea plus qu’à lui faire payer cher sa lâcheté vis-à-vis
de l’almamy du Bondou. Ses vœux ne tardèrent pas à être exaucés.
Vers la fin de 1876 ou au commencement de 1877, les marabouts
Mour-Seïny et Biram Cissé, lieutenants de Mahmoudou-Dadi, roi
du Saloum, qui venait de soumettre tout le Niani, levèrent une
colonne de deux ou trois mille hommes et marchèrent contre le
Ouli. Si Simotto-Moro ne leur donna pas de guerriers, il leur
donna, du moins, tous les renseignements nécessaires pour faciliter
leurs entreprises, et, en effet, Médina, qui était alors la capitale

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

du pays, lut. pris d’assaut et Massa-Ouli fut réduit à s’enfuir avec
quelques cavaliers qui lui servirent d’escorte. Cependant, les
guerriers du Ouli ne perdirent pas courage. Penda-Mahmady et
Dally-Manoma, frères du Massa, réussirent à en rallier deux ou
trois cents environ, avec lesquels ils allèrent s’embusquer au gué
de Paqueba, sur la rivière Sandougou, afin de barrer la route à
l’ennemi et lui couper toute retraite. Le surlendemain matin,
Mour-Seïny et les siens se présentèrent pour traverser le gué. Les
guerriers du Ouli les reçurent à coups de fusil. Le combat s’en­
gagea et après deux heures d’une lutte acharnée, le Ouli lâcha
pied et ses guerriers se débandèrent en laissant sur le champ de
bataille bon nombre de morts et de blessés, qui furent presque
tous achevés par les Ouolofs de Mour-Seïny. Dans cette journée, le
Ouli avait perdu ses meilleurs guerriers, au nombre desquels se
trouvaient six princes de la famille régnante, dix ou douze captifs
de la couronne et cinquante à soixante hommes.
Mour-Seïny rentra triomphalement à Koussalan (Niani) après
avoir mis à sac le Ouli et satisfait ainsi la vengeance de SimottoMoro, qui ne crut même pas devoir cacher tout le plaisir que lui
causait la défaite et la ruine de son hôte.
Jusqu’en 1881, époque à laquelle il mourut, la paix ne fut pas
troublée. Son fils Dimbo, qui lui succéda, hérita de la haine que
son père avait vouée aux Oualiabés (famille régnante du Ouli) et
aux Sissibés (famille régnante du Bondou). Aussi, en 1886, lorsque
le marabout Mahmadou-Lamine se sauva de Dianna devant la
colonne du colonel Galliéni, ce fut à Toubacouta, auprès de Dimbo,
qu’il alla se réfugier et-reconstituer son armée. Dès lors, ce
village devint le repaire de tous les brigands et de tous les rebelles
du Niani, du Sandougou, en un mot, de tous les pays Mandingues
riverains de la Gambie et du Saloum.
Cet état de choses ne pouvait durer longtemps ainsi sans expo­
ser les pays alliés de la France à devenir encore la proie des
colonnes de Mahmadou-Lamine. Le colonel Galliéni, alors com­
mandant supérieur du Soudan Français, obligé de se rendre en
toute hâte sur les bords du Niger où sa présence était urgente,
résolut, pour tranquilliser les populations et pour surveiller les
agissements du marabout pendant l’hivernage, d’établir un poste
provisoire dans le pays. A cet effet, il chargea le lieutenant indigène

�ANDRE RANÇON

Yoro-Coumba, des tirailleurs sénégalais, de se rendre dans le
Bondou et dans les pays riverains de la Gambie, afin d’entamer des
relations suivies avec les habitants et de ramener à nous ceux qui
tenaient encore pour Mahmadou-Lamine.
Le lieutenant s’acquitta avec intelligence et succès de sa
mission et put s’avancer jusqu’à Yabouteguenda sur la Gambie, à
une journée de marche de Toubacouta. Dans ce périlleux voyage, il
n’était accompagné que de dix tirailleurs sénégalais et d’une cen­
taine de cavaliers du Bondou que commandait Ousinan-Gassy.
Notre ami Abdoul-Séga, chef de Koussan-Almamy, lui servait d’in­
terprète et de secrétaire. Saada Ahmady, le nouvel almamy du
Bondou, n’avait pu l’accompagner jusqu’à Yabouteguenda et était
resté à Nétéboulou, village distant d’une étape de ce dernier.
Yoro-Coumba, revenu à Sini, la capitale du Ouli, dans la der­
nière quinzaine d’avril 1887, y reçut l’ordre deM.le colonel Galliéni
de revenir dans le Bondou et d’y choisir un endroit convenable non
loin du Niéri-Kô pour y établir le poste d’observation.
11 fit choix de Bani-Israïla, village du Diaka, province tributaire
du Bondou. Tous les habitants de ce village, musulmans fana­
tiques, avaient suivi le marabout Mahmadou-Lamine dans sa fuite.
Mais peu après que le lieutenant s’y fut établi ils commencèrent
à revenir et peu à peu le village se repeupla. Du reste, depuis son
arrivée dans le pays, il n ’avait cessé d’envoyer des émissaires dans
lesÉtats voisins pour annoncer à ceux qui s’y étaient réfugiés qu’ils
pouvaient sans crainte retourner dans leurs villages respectifs..
Ce fut dans la première quinzaiue.de mai 1887 que le capitaine
Fortin fut nommé, par M. le colonel Galliéni, commandant du poste
de Bani-Israïla et de la colonne qui, au retour de la belle saison,
devait opérer contre Toubacouta. Il s’établit à environ cinq ou six
cents mètres au Sud-Est du village, en un endroit assez élevé d’où
l’on domine toute la plaine environnante. Il construisit là un poste
des mieux fortifiés et capable de résister à toutes les attaques du
marabout. La garnison en était relativement peu nombreuse, mais
suffisante cependant pour tenir la campagne sans crainte d’essuyer
un échec. Fortin n’avait avec lui, en effet, qu’une compagnie de
tirailleurs sénégalais que commandait le lieutenant Bénard, ayant
sous ses ordres le lieutenant indigène Yoro-Coumba, dont la
mission était terminée. Monsieur le pharmacien de deuxième

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

47

classe Liotard était chargé d’assurer le service de l’ambulance, et
deux interprètes, dont l’un était notre ami Abdoul-Séga de
Koussan-Almamy, étaient à la disposition du commandant. Le
commandant du cercle de Bakel était chargé d’assurer le ravitaille­
ment de la petite colonne.
Au milieu de ce pays dévasté, et malgré les privations de
toutes sortes et les maladies qui l'assaillirent à cette époque si
malsaine dans les pays chauds, la petite troupe que commandait
notre ami ne se laissa jamais aller au découragement et traversa
victorieusement ces pénibles épreuves. Tous, à l’exemple de leur
chef, rivalisèrent de courage et de dévouement, et l’on peut dire
que cette campagne fut une des plus glorieuses et des plus intelli­
gemment conduites de toutes celles que nous avons entreprises
au Soudan.
Mettant à profit l’inaction forcée à laquelle le condamnait la
saison des pluies, le capitaine Fortin noua des relations très
suivies avec les pays riverains de la Gambie et obtint de leurs
chefs la promesse qu’ils arrêteraient le marabout s’il venait à
se réfugier chez eux.
Vers la fin du mois de juillet, le Niéri-Kô n’était plus guéable et
l’inondation était telle qu’il était devenu absolument impossible,
en cas de besoin, de mobiliser la garnison de Bani. Fortin
tourna la difficulté en envoyant dans le Ouli Ousman-Gassy avec
une centaine de cavaliers et deux cents fantassins. Ousman-Gassy
alla camper à Sini. Grâce à ses dispositions, Sini put repousser
victorieusement les attaques du marabout et lui infliger même
une cruelle défaite, mais Ousman-Gassy ne put arriver à temps
pour secourir Nétéboulou, dont Mahmadou-Lamine réussit à
s’emparer par surprise.
Entre temps, Fortin négocia activement avec le roi du Fouladougou, Moussa-Molo, et réussit à conclure avec lui un arrangement
en vertu duquel notre nouvel allié franchit la Gambie et installa
tout le long de ce fleuve, jusqu’à Mac-Carthy, sur la rive droite,
des postes de guerriers destinés à barrer la route au marabout,
dans le cas où Toubacouta pris, il voudrait fuir et chercher un
refuge sur la rive droite. Dans le même but, il enjoignit aux
Massa-Diambour et Massa-Coutia (Kalonkadougou) de marcher
avec leurs guerriers contre Mahmadou-Lamine si, par hasard, il

�ANDRE RANÇON

venait à s’enfuir vers le Nord. Les mêmes précautions étaient prises
vers l’Ouest et Ousman-Celli, chef de Oualia (Sandougou), l’alcati
(chef) de Koussalan et tous les autres chefs Ouolofs et Torodos du
Niani s’étaient engagés à l’arrêter s’il fuyait vers leurs pays res­
pectifs.
Tout était, comme on le voit, savamment combiné. Rien n’était
laissé au hasard, à l’imprévu. La réussite était certaine, et c’en était
fait de la puissance du marabout.
Toutes ces dispositions prises, Fortin n’attendit plus pour agir
que les ordres du colonel et les renforts qui lui étaient annoncés.
— Le 22 novembre 1887, ils arrivèrent. C’étaient deux compagnies
de tirailleurs sénégalais commandées par le. lieutenant Chaleil,
ayant sous ses ordres les lieutenants Pichon et Poitout, une section
d’artillerie commandée par le lieutenant Le Tanhouézet. En plus,
le lieutenant Levasseur, de l’état-major du Soudan, et le docteur
Fougère, médecin de deuxième classe de la marine, étaient mis à la
disposition du commandant de la colonne expéditionnaire.
Enfin, le 28 novembre au soir, après avoir organisé ses troupes,
Fortin quittait Bani et marchait contre Toubacouta. La colonne
arriva rapidement à Sini, d’où une colonne volante fut expédiée à
Passamassi pour couper la retraite à l’ennemi s’il tentait de fuir
vers le Kantora. Le 5 décembre, la colonne campe à Soutouko, le 6
à Dalla-Bà, à trois kilomètres de l’ennemi. Cette dernière idarche se
fit de nuit pour ne pas éveiller les soupçons des rebelles. Enfin, le
7, au point du jour, on arrive devant Toubacouta. Immédiatement,
le feu est ouvert. Toubacouta est mitraillé et livré aux flammes.
Mais le marabout, qui, par hasard, n’avait pas couché cette nuit-là
dans le village, put échapper et s’enfuir vers le Sandougou. Sans
perdre de temps, Fortin lança à sa poursuite Ousman-Gassy et
Moussa-Molo avec leurs cavaliers. Ils l’atteignirent au village de
N’goga-Soukouta. Moussa Molo, l’ayant fait cerner et tuer par ses
cavaliers, lui fit trancher la tête par un de ses griots, qui l’apporta
au capitaine Fortin, à Toubacouta. Ainsi se termina cette glorieuse
campagne, et tel fut, sauf erreurs, ce brillant fait d’armes, trop peu
connu en France et qui fait le plus grand honneur au capitaine
Fortin, aux courageux officiers et aux vaillantes troupes qui le
secondèrent si bravement.
Après avoir laissé à l’Ouest les ruines de l’ancien village de

�BANS LA HAUTE-GAMBIE

49

Toubacouta et franchi le marigot de Maka-Doua, nous gravissons le
versant peu incliné de la colline sur laquelle s’élève le nouveau
village de Toubacouta. Comme nous l’avons dit plus haut, nous
sommes là dans le Sandougou. Je fus, du moins en apparence, bien
reçu par les habitants de ce village désormais célèbre. J ’eus pour
logement une case vaste, spacieuse, carrée, bien aérée et ne ressem­
blant en rien aux cases que j’avais habitées jusqu'à ce jour. Je me
rappelle encore combien grand fut mon étonnement et ma satis­
faction de me voir ainsi logé et j’en témoignai au chef tout mon
contentement.
Je n’ai pas besoin de dire qu’il me fit mille protestations d’amitié
et de dévouement. On verra par ce qui suit que ses actes furent loin
d’être en accord avec ses paroles. D’abord, contrairement aux
usages de tous les pays noirs, il ne m’envoya rien pour mes repas,
et ce ne fut que lorsque Sandialui eût fait part de mon étonnement
qu’il se décida à faire préparer du couscouss pour mes hommes que
je lui payai comptant, bien entendu. Je puis dire qu’à part les
villages Coniaguiés, où nous en fûmes réduits à la portion congrue,
ce fut à Toubacouta que je fus le plus mal hébergé : aussi ma sur­
prise fût-elle extrême quand il me montra une attestation de la
mission de délimitation des possessions anglaises et françaises en
Gambie, qui avait séjourné dans son village quelques mois aupa­
ravant, par laquelle le plus grand éloge était fait de la généreuse
hospitalité qu’il leur avait offerte. Ce ne fut que dans la soirée qu’il
revint à de meilleurs sentiments et qu’il vint m’offrir un mouton
que je refusai impitoyablement.
La journée se passa sans autre incident qu’un violent orage
accompagné d’une pluie diluvienne, et l’arrivée d’un envoyé de
Guimmé-Mahmady, chef du Sandougou, qu’il avait chargé de venir
me chercher là pour me conduire à Missira, sa résidence.
Pendant toute la nuit, la pluie tomba à torrents. Elle ne cessa
que vers deux heures du matin, et nous pûmes au point du jour
partir pour Missira. J ’aurais été désolé d’être forcé de rester un
jour de plus à Toubacouta. La réception qui m’y avait été faite
était loin de m’y engager.
Le nouveau village de Toubacouta est situé à environ vingt-etun kilomètres de Barocounda et à neuf kilomètres de la Gambie. Sa
population, formée uniquement de Malinkés musulmans, est environ
André Rançon. — 4.

�50

ANDRÉ RANÇON

cle six cents habitants. Il est bien construit, bien entretenu et d’une
propreté remarquable pour un village noir. J'en fus littéralement
charmé. Il est absolument ouvert et ne possède ni tata, ni sagné.
Ses environs sont bien cultivés et il est entouré des lougans.les
mieux entretenus et des plus belles rizières de la région. Son trou­
peau est relativement nombreux et chaque propriétaire possède en
quantité moutons, chèvres et poulets.
Toubacouta appartient aujourd’hui à l’Angleterre. Il est compris
dans la zone de terrain que nous lui avons cédé par le traité du
10 août 1889.
Le marigot de Maka-Doua, qui forme la limite du Ouli à l’Ouest
et le sépare du Sandougou, se jette dans la Gambie à la hauteur de
Fatatenda. Il est formé par deux branches dont l’une, le Maka-Doua,
proprement dit, passe entre les deux villages de Toubacouta
l’ancien et le nouveau, et l’autre, le Douga-Kô, passe à Dalésilamé.
Ses bords sont couverts de magnifiques rizières et de beaux lougans
de mil et d’arachides.
De Sini à Toubacouta, la nature du sol change progressivement
au fur et à mesure que nous descendons vers le Sud et que nous
approchons des rives de la Gambie. Nous trouvons bien encore les
argiles compactes aux environs de Sini et de Canapé. Elles appa­
raissent encore aux environs de Toubacouta et de Barocounda;
mais d’une façon générale, c’est la latérite qui domine dans toute
cette région, et aux environs de la Gambie, les marais et les a 11uvions récentes. Aussi le terrain est-il là d’une richesse et d’une
fertilité étonnantes. Les collines elles-mêmes que nous avons tra­
versées sont excessivement boisées et le sol en est encore recouvert
par une épaisse couche d’humus qui les rendent supérieurement
fertiles. Les plateaux ferrugineux et rocheux ont presque complè­
tement disparu. Parfaitement arrosés par de nombreux marigots
qui débordent, chaque année, les environs des villages sont couverts
de belles rizières. Le mil, arachides, maïs et toutes les autres
plantes cultivées par les indigènes y prospèrent à merveille.
La flore y est plus belle que dans les régions plus septentrionales
et les grandes espèces botaniques s’y développent d’une façon
remarquable. N’tabas, Fromagers, Baobabs, Rôniers, grandes Légu­
mineuses, etc.,etc., y atteignent des proportions énormes. La brousse
elle-même y est si vivace et y acquiert une hauteur telle, que, dans

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

51

les sentiers, qui, dans ces régions, servent de route, cavaliers et
chevaux disparaissent complètement sous la verdure.
Le Dougoura. — C’est dans cette région que j’ai vu les derniers
spécimens d’un beau végétal que j’avais rencontré en abondance
dans le Bondou, le Tiali, le Niéri et la région Nord-Ouest du Ouli.
Les indigènes lui donnent le nom de « Dougoura ». C’est un
bel arbre qui atteint des proportions énormes, et, qu’à la forme de
sa graine, j’ai cru reconnaître appartenir à la famille des Térébinthacées. Son tronc volumineux, droit, élancé, s’élève parfois à six ou
huit mètres de hauteur. Il émet à ce niveau des branches maîtresses
énormes qui donnent elles-mêmes un grand nombre de rameaux.
Son écorce est épaisse, profondément fendillée, et si on y pratique
une incision intéressant toute son épaisseur, il en découle un suc
blanc laiteux, épais et poissant les doigts et exhalant une odeur
prononcée de térébenthine. Son bois est blanc, dur, et parfois les
indigènes s’en servent pour fabriquer des mortiers à couscouss.
Ses feuilles peu épaisses et peu touffues sont d’un vert tendre,
luisantes, et leur forme rappelle un peu celle de l’Acacia de nos
jardins. Je n’en ai jamais vu la fleur. Le fruit est des plus carac­
téristiques et permet de reconnaître de loin l’arbre qui le porte.
Il croît à l’extrémité des jeunes rameaux. Sa forme et sa couleur
rappellent celles du citron. Sa grosseur est celle du poing à peu
près. Quand il est vert, il adhère fortement à la tige qui le porte. Il
tombe à maturité complète et, sous les arbres, le sol en est parfois
couvert, car il est excessivement abondant. Son épicarpe relative­
ment épais laisse couler à l’incision une notable quantité de suc
blanc semblable à celui que l’on obtient en incisant le tronc, mais
plus fluide. La membrane qui le recouvre est mince, luisante et de
la couleur d’une peau de citron arrivé à maturité. Le sarcocape est
formé par une pulpe abondante d’un jaune clair dans laquelle sont
noyées les graines qu’entoure un spermoderme membraneux peu
résistant. Cette pulpe, très savoureuse, est fort appréciée des indi­
gènes et nous nous en sommes fréquemment régalés. Les graines
sont volumineuses. Chaque fruit en contient dix ou douze au
maximum. Elles ont la forme d’une grosse fève dont les cotylédons
énormes se séparent aisément. Elles sont entourées d’une enve­
loppe brune qui se détache aisément lorsqu’elles sont restées
quelques heures à l’air et au soleil. L’embryon volumineux est

�ANDRE RANÇON

très apparent par les deux cotylédons. C’est une”Burséracée dont il
il n ’a pas été possible de faire la détermination exacte à cause de
l’absence des fleurs.
Ce fruit est très rafraîchissant et constitue une précieuse res­
source pour les indigènes de ces régions qui, dans les temps de
disette, en font une abondante consommation.

���CHAPITRE III
Le Ouli. — Situation. — Limites. — Aspect général du pays. — Hydrologie. —
Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du
sol — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations, — Ethno­
logie. — Rapports du chef du pays avec les différents villages. — Rapports du
Ouli avec les autorités françaises. — Conclusions.

Le Ouli. — Situation. — Limites. — Le Ouli, comme tous les
États Noirs, n’a pas de limites bien déterminées et n’a, pour
ainsi dire, pas de frontières naturelles. Il n’y a qu’au Sud et
au Sud-Ouest qu’elles soient, depuis peu, du reste, définitive­
ment fixées. Toutefois, nous pouvons dire qu’il est à peu
près compris entre les 12°25’ et 16c27 minutes de longitude
ouest et les 13°16’ et 13°46’ de latitude Nord. Au Nord, il
confine au Kalonkadougou ; à l’Ouest, au Sandougou ; au Sud,
il est borné par la Gambie qui le sépare du Kantora. Au
Nord-Est, il confine au Ferlo-Bondou et au Diaka. Enfin, à
l’Est, il touche au Tenda. Si nous prenons sa ligne frontière
à la Gambie, au Sud de Toubacouta, nous verrons qu’elle se
dirige d’abord, du Sud-Est au Nord-Ouest, jusqu’au marigot de
Maka-Doua qui le sépare du Sandougou. De là, elle se dirige
directement au Nord jusqu’aux environs de Paquira. Elle passe
là entre ce dernier village, qui est du Ouli, et Diabaké, qui
est du Kalonkadougou. De là, elle se dirige au Sud-Est jusqu’au
marigot de Kokiara, qui sépare le Ouli du Ferlo-Bondou. Les
ruines de l’ancien village de Kokiara appartiennent au Ouli.
En quittant ce point, la ligne frontière se dirige au S.-S.-O.
jusqu’aux environs des ruines de Moundoundou qui sont au
Ferlo-Bondou. Des ruines de Moundoundou, sa direction est
Sud-Est jusqu’au marigot de Touloufa près de la mare de
Pireté. De ce point, sa direction est franchement S.-S.-E.
jusqu’à la Gambie, où elle aboutit. De là, à l’embouchure du

�54

ANDRÉ RANÇON

marigot de Maka-Doua, la Gambie forme la frontière Sud du
Ouli. Les limites que nous venous de donner sont celles que
avons pu obtenir par reuseignements ; mais, nous le répétons,
elles n’ont rien de certain et ne peuvent être qu’approximatives.
Le Ouli, comme on le voit, est un pays assez étendu. Il
mesure dans ses plus grandes dimensions, de i’Est, à l’Ouest,
130 km. et du Nord au Sud, 70 km. Ces mensurations, bien
entendu, sont faites à vol d’oiseau et d’après renseignements.
Elles n’ont donc rien d’absolument exact. On comprendra
aisément, d’après ce qui précède, qu’il soit impossible de lui
assigner une forme quelconque.
Description géographique. — Aspect général. — Si l’on visite
le Ouli, on pourra reconnaître facilement que l’aspect du
pays change presque brusquement du Nord au Sud. La partie
Nord, environ jusqu’à Konjour, Sini, Nétéboulou, appartient à
à cette sorte de zone intermédiaire entre les pays arides,
les steppes de la Sénégambie et les pays de forêts des régions
tropicales qu’arrosent les rivières du Sud. La partie Sud qui
s’étendrait depuis la ligne mentionnée plus haut jusqu’à la
Gambie appartient absolument à la région tropicale du Sud. Du
reste, ces différences apparaîtront plus frappantes encore, lorsque
nous traiterons de la géologie et de la flore du pays. Quoiqu’il
en soit, l’aspect général du Ouli diffère absolument de celui des
autres pays du Soudan français. On s’aperçoit rapidement que
l’on parcourt une région fertile, et l’on n’éprouve pas cette pénible
sensation que nous donnent les solitudes arides et désolées des
environs de Badumbé et du Fouladougou, par exemple. Nulle
part, dans le Ouli, on ne trouve de ces collines nues et stériles,
comme on en voit aux environs de Kita, Koundou et même
Bammako. En tout temps, celles du Ouli, surtout dans le Sud,
sont couvertes d’une puissante végétation qui plaît à l’œil du
voyageur et le repose. Tout autre est l’aspect du pays compris
entre le Kokiara, Tambacounda, Nétéboulou, Dialakoto et la
Gambie. Cette partie du Ouli, absolument déserte et inhabitée,
rappelle les environs du Tankisso et de Siguiri. C’est la brousse
absolue, dans toute l’acception du mot, et sur les bords de la
Gambie le marais infect et pestilentiel. C’est la région des grandes
solitudes Soudaniennes, le pays qu’habitent de préférence les

���DANS LA HAUTE-GAMBIE

55

éléphants et le sanglier. Ce sont les territoires des grandes chasses
des gens du Tenda.
Hydrologie. — A ce point de vue, le Ouli tout entier appartient
au bassin de la Gambie. Ce fleuve, qui forme la frontière sud,
reçoit tous les marigots qui arrosent le Ouli. Presque tous ont
de l’eau pendant l’année entière, plus ou moins croupissante,
mais enfin, ils en ont. Pendant l’hivernage, le fleuve et les mari­
gots débordent et l’inondation couvre de très grandes étendues
de terrain. Les eaux, en se retirant, laissent déposer un limon
très fertile où les indigènes, à la fin de la saison sèche, font
leurs plus belles rizières. Quoiqu’il en soit, l’inondation n’atteint
jamais une hauteur considérable, 20 à 30 centimètres au plus.
Cela tient à ce que le fleuve et les marigots sont profondément
encaissés.
De Dialacoto au marigot de Malta-Doua, la Gambie a un cours,
excessivement sinueux. Elle se dirige d’abord d’une façon génésale du Sud-Est au Nord-Ouest, jusqu’au marigot de Bira-Kô.
Elle reçoit dans ce parcours deux marigots : le Niéri-Kô et le
Bira-Kô.
Le Niéri-Kô est, après le Sandougou, le plus important de la
région. C’est une véritable rivière. Dans le Ouli, il ne reçoit que le
Touloufa-Kô non loin duquel se trouve le petit village de Dialacoto.
A 25 kilomètres environ au Nord-Ouest du Niéri se jette le Bira-Kô,
marigot de peu d’importance.
Du Bira-Kô, la Gambie se dirige au Sud-Ouest puis brusquement
au Nord-Ouest jusqu’au Faraba-Kô, formant ainsi un vaste coude
qui embrasse toute la partie Est du Ouli qui est inhabitée.
Durant ce parcours, elle reçoit, dans la partie ascendante du
coude, deux petits marigots qui lui apportent les eaux d’un lac
d’assez grande étendue qui se trouve non loin de là. Quelques
kilomètres plus loin, elle reçoit le Niaoulé-Kô, enfin l’embouchure
du Faraba-Kô se trouve dans la partie la plus septentrionale de la
branche ascendante du coude. Cet important marigot reçoit dans le
Ouli, le marigot de Faratatoto, qui passe a Tambacounda,
le marigot de Kokiara et celui d’Idakoto. Ces deux derniers
communiquent également avec le Sandougou ou Badiara-Kô. Le
Faraba-Kô reçoit encore le Godjieil-Kô, dont un petit affluent, le

�56

ANDRÉ RANÇON

marigot de Naoudé, passe à Naoudé dans le Ferlo-Bondou, et
communique aussi avec le Sandougou.
Du Faraba-Kô au Maka-Doua, la direction générale de la Gambie,
abstraction faite des nombreux méandres que présente son cours,
est Est-Ouest. Depuis Dialacoto jusqu’au Faraba-Kô, aucun village
ne s’élève ni sur l’une ni sur l’autre de ses rives. Après avoir reçu
un petit marigot, le Coumba-Kondou-Kô, le fleuve est à quelques
kilomètres en amont de Yabouteguenda absolument barré par un
banc de roches d’environ une centaine de mètres de largeur. Ce
banc s’étend presque d’une rive à l’autre, ne laissant le long de la
rive gauche qu’un étroit chenal d’environ 15 mètres de largeur.
L’eau coule avec fracas entre les roches. Pendant l’hivernage, il est
recouvert par les eaux, et, pendant la saison sèche, les roches sont
à nu, et, entre elles croissent des arbustes, comme il en croît dans
les barrages du Sénégal. En tout temps, malgré la rapidité du
courant, pirogues et chalands à fond plat peuvent le franchir; mais
la navigation y est de tout temps impossible pour les bateaux
calant plus de 0 m. 50 c. Il se nomme le barrage de KokonkoTaloto.
A environ un kilomètre du barrage de Kokonko-Taloto la Gambie
reçoit le marigot de Nétéboulou,sur les bords duquel est construit le
village de même nom. Ce marigot est navigable, en toute saison,
jusqu’à Genoto, à 5 kilomètres de Nétéboulou, où se trouvait
autrefois un petit village de traitants qui fut détruit pendant la
guerre du marabout Mahmadou-Lamine. On en voit encore les
ruines aujourd’hui. A 7 ou 8 kilomètres de là se jette le Bakanan-Kô
dont une des branches passe à Sini et l’autre à Makadian-Counda.
A 15 kilomètres environ du barrage de Kokonko-Taloto, en
aval, se trouve le petit village de traite de Yabouteguenda, non
loin duquel s’élève celui de Fatoto. A 25 kilomètres en aval de ce
dernier la Gambie reçoit le marigot de Bouboulalo, qui passe à
Badia-Counda, et dont un des affluents, le Sinadiassa-Kô, passe à
Bambako. Enfin, à la hauteur de Fatatenda, dans la direction de
Toubacouta, se jette le marigot de Maka-Doua, qui sépare le Ouli
du Sandougou et dont une des branches, le Douga-Kô, passe à
Dalésilamé. Comme on le voit, la partie Sud du Ouli est abon­
damment arrosée, surtout à partir de Nétéboulou. Aussi est-elle
excessivement fertile.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

57

La partie Nord est bien moins arrosée. On n’y trouve que le
Sandougou ou Badiara-KÔ, qui est encore bien faible dans cette
région. Sa branche principale passe à Koussanar et il reçoit un
grand nombre de petits affluents insignifiants qui n’ont même pas
reçu de noms particuliers.
Nous serions incomplets, si nous ne mentionnions pas les
nombreuses mares qui se trouvent dans le Ouli et sur toutes les
routes. Nous ne citerons que les plus importantes : la mare de
Sounkou et la mare de Diadala dans la partie Est, la mare de
Barribi dans la partie Nord, les mares de Naumicoi et de DalabaTiamoye dans la partie Sud. L’eau de ces mares peut être utilisée
pendant la saison sèche, bien qu’elle ne soit pas d’une qualité
supérieure.
Dans les villages situés sur les bords du fleuve, c’est son eau
qui sert aux usages journaliers. Elle est absolument excellente.
Il en est de même dans certains villages situés près des marigots,
bien que souvent leur eau laisse beaucoup à désirer. Enfin, dans
beaucoup de villages, et c’est la majorité, on se sert de l’eau de
puits. Ces puits, excessivement profonds dans le Nord, le sont
moins dans le Sud. L’eau en est très bonne. Nous traiterons plus
longuement cette question dans le chapitre qui aura pour objet la
constitution géologique du sol du Oubi.
Orographie. — Le Ouli ne possède pas, à proprement parler, de
système orographique véritable et bien défini. On y rencontre,
par-ci par-là, des reliefs de terrain peu accentués, des collines de
peu d’élévation, mais rien de bien caractérisé, surtout au Nord.
Aux environs de Koussanar, notamment, se trouvent des collines
de peu d’étendue, huit à dix kilomètres au plus, renfermant de
belles vallées. Cependant, pour mettre un peu de méthode dans la
description orographique de ce pays, on peut admettre, à la
Tigueur, l’existence de trois plateaux bien distincts dont se
détachent les collines principales qui sillonnent le Ouli.
1° Le plateau de Tamba-Counda, peu élevé, 100 à 450 mètres au
maximum au-dessus de la plaine, et d’où se détachent : 1° deux
rangées parallèles de collines se dirigeant vers Licounda et
Barocounda. Le Sandougou coule dans la vallée qui les sépare;
2° une colline plus élevée se dirigeant vers le Sud, d'une longueur
de huit kilomètres environ ; 3° une série de collines plus élevées

�ANDRE RANÇON

entre lesquelles coule le Godjieil-Kô et se dirigeant vers l’Est.
Entre ces deux séries de collines, on trouve le marigot de
Tambacounda ou de Faratatoto. Toutes ces collines sont peu
élevées. Ce sont à peine de petits reliefs de terrain.
2° Le plateau de Nétéboulou, d’où partent deux rangées de
collines se dirigeant vers le Sud et entre lesquelles on trouve le
marigot de Nétéboulou. Au S u d , l’horizon est borné par les
collines qui longent à peu de distance la Gambie. La plaine
marécageuse du Genoto sépare le plateau de Nétéboulou de celui
de Sini.
3° Le plateau de Sini, le plus important des trois, pourrait, à la
rigueur, être considéré comme la clef du système orographique du
Ouli. Ce plateau a environ 10 kilomètres de long sur 8 de large.
Sa plus grande dimension est de l’Est à l’Ouest et sa plus petite
du Nord au Sud. Il commence, à l’Ouest, à environ trois kilomètres
du village et se termine, à l’Est, à la plaine de Genoto. De ce plateau,
partent deux séries de collines : la première, qui se dirige vers le
Sud-Est, vient se terminer au Bouboulalo-KÔ, la seconde, qui se
dirige au Sud d’abord jusqu’aux environs de Passamassi, se dirige
ensuite vers l’Ouest en suivant la Gambie jusqu’aux environs de
Sameteguenda (rive gauche). De là, elle remonte vers le Nord pour
se terminer aux environs de Soutouko.
Outre ces trois grandes divisions orographiques, on trouve
encore dans le Ouli bon nombre de petites collines de huit à
dix kilomètres de longueur et qui ne font partie d’aucun de
ces systèmes. Nous citerons celles qui s’étendent entre le SinaDiassa-Kô et le Bouboulalo-Kô, et celles qui sont situées aux
environs de Goundiourou, Boukari-Counda et sur la route de
Tambacounda à Nétéboulou, au Nord de ce dernier village.
L’orographie de la partie Est du Ouli est des plus simples.
Quelques collines isolées entourent Dialacoto. Une chaîne peu
importante longe la Gambie dans le grand coude qu’elle fait
entre le Bira-KÔ et Faraba-Kô.
En résumé, le Ouli est plutôt un pays plat, de plaines, qu’un
pays montagneux. Il n’y a guère que sa partie Sud-Ouest, comme
nous l’avons vu, qui présente des reliefs de terrain de quelque
importance. A l’Est, à part la chaîne qui longe la Gambie, nous ne
trouvons qu’une immense plaine de plus de soixante kilomètres

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

59

de longueur sur trente environ de largeur et qui n’est coupée
par aucune hauteur qui mérite d’être signalée.
Ces collines sont, en général, peu élevées. Leurs plus grandes
hauteurs n’atteignent pas 175 mètres. Elles sont excessivement
boisées mais non cultivées. Leurs flancs présentent généralement
une pente assez raide d’où toute terre végétale est entraînée
dans la plaine par les pluies torrentielles de l’hivernage. Aussi
le sol en est-il profondément raviné, et la roche se montre-t-elle
à nu presque partout.
Constitution géologique du sol. — La constitution géologique du
sol du Ouli diffère sensiblement dans la partie Nord, la partie Sud
et la partie Est. Toute la partie Est est formée d’un sous-sol de
terrain ardoisier dont les quartz et les schistes sont les roches
principales. La croûte terrestre est formée d’argiles compactes et
d’alluvions anciennes que recouvre un sable fin et blanc en cer­
tains endroits, sable qui est le résultat de la désagrégation des
roches. Les collines y sont formées surtout de grès, quartz et con­
glomérats ferrugineux.
Les parties Nord et Nord-ouest présentent une constitution
mixte. Là, on trouve, en effet, les argiles compactes alternant
avec la latérite. Cette dernière, qui n’est qu’une argile durcie
et dense d'une couleur rouge brique, renferme des cristaux de
quartz et donne une terre d’une merveilleuse fertilité. Le soussol est formé de terrain ardoisier en certains endroits. En
d’autres, ce sont les quartz et les terrains ferrugineux qui
dominent. C’est surtout aux environs de Tambacouuda, Nétéboulou, Sini, Goundiourou, Koussanar, qu’apparaît la latérite^
Le plateau de Sini en est presque uniquement formé.
Les parties Sud et Sud-Ouest présentent une toute autre
constitution. Là, en effet, nous ne trouvons plus que de rares
ilôts d’argiles compactes. C’est la latérite qui domine presque
partout. Aux environs des marigots nous trouvons quelques
marais dont le sol est formé d’argiles compactes que recouvre
une couche relativement épaisse d’alluvions anciennes et récentes.
Ces marais sont tous excessivement fertiles.
Dans tout le Ouli, enfin, la roche se montre à nu eu certains
endroits et constitue des plateaux plus ou moins étendus
absolument nus et stériles. Par places, ces plateaux, en général

�60

ANDRÉ RANÇON

formés de grès, quartz et roches ferrugineuses, constituent de
véritables cuvettes, qui, remplies d’eau par les pluies d’hivernage,
se transforment en mares dont quelques-unes sont encore
relativement profondes.
Nous avons dit plus haut que les puits des villages du Ouli
étaient très profonds dans la partie Nord et qu’ils l’étaient
moius dans la partie Sud. Dans la partie Nord, à Koussanar
et à Goundiourou notamment, nous en avons vu qui mesuraient
jusqu’à quarante mètres de profondeur. Cela nous a permis de
constater quels étaient les différents terrains qui formaient le
sol de cette partie du Ouli. Nous avons pu ainsi constater la
disposition suivante : 1° couche de sables très fins ; 2° couche
de latérite (elle fait souvent défaut) ; 3° argiles compactes ;
4° terrain ardoisier (quartz, schistes, roches ferrugineuses) ;
5° couche de sables non constante et enfin la masse d’eau sou­
terraine reposant sur la roche (rare) ou les argiles. L’eau de ces
puits est d’excellente qualité. Cela tient à ce qu’elle a, en
général, filtré entre les couches de sables profondes.
L’eau des puits de la région Sud et de la région Sud-Est est
moins bonne. Disons tout d’abord qu’on la trouve à une profondeur
moins grande, 12 à 15 mètres environ. Là, la disposition des
couches varie un peu. Nous trouvons, en effet : 1° une première
couche de latérite que recouvre parfois une couche assez
épaisse d’humus ; 2° couche rocheuse formée de grès et de quartz, et,
en quelques endroits très rares, de gneiss ; 3° couche d’argiles ;
4° couche de sables non constante et toujours peu épaisse ; 5° enfin
une couche d’argiles limoneuses sur laquelle repose la masse d’eau
souterraine. Il résulte de ces dispositions que l’eau de ces puits a
souvent uu aspect blanchâtre et un goût terreux très prononcé.
Malgré cela, bouillie et filtrée, elle est encore potable. Comme on
le voit par la description qui précède, le sol du Ouli appartient au
système géologique du Ferlo et du Bondou dans le Nord. Au Sud,
c'est le commencement des terrains que nous retrouverons dans
le Sandougou et le Ouli.
Sol. —Production du sol. — Cultures.— La constitution géologique
du sol nous apprend quelle doit être la flore du Ouli. En effet, au
Nord, nous ne trouvons, ainsi qu’à l’Est, que des essences absolu­
ment rachitiques. Seuls, à l’Est, les bords de la Gambie sont cou-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

61

verts d’une belle végétation. Mais c’est à peine si elle s’étend à
quelques centaines de mètres du fleuve. Pas de futaies, on dirait
que le sol n’est pas assez fort pour nourrir ce qui vit à sa surface.
Arbres tordus, aux formes bizarres, étranges, herbes maigres,
minces, ténues, brûlées par le soleil avant d’être arrivées à leur
complet développement, tel est l’aspect que présentent ces deux
parties du Ouli. Au Norü, les Acacias, les Mimosées abondent.
C’est avec quelques Ficus tout ce que nous trouvons de plus impor­
tant à signaler. Nous retrouvons absolument la flore pauvre du
Bondou.
A mesure que nous avançons dans le Sud, elle se modifie pro­
fondément, et, déjà, aux environs de Goundiourou et de Siouoro,
nous voyons apparaître des végétaux d’une taille plus élevée. On
rencontre quelques rares Caïl-Cédrats (1) et quelques belles Légu­
mineuses ; mais il faut arriver jusqu’à Sini pour voir se développer
la belle flore des tropiques. Déjà aux environs de ce village, nous
trouvons quelques beaux Ficus, et à Sini même, dans la cour du
chef, se dresse un superbe N’taba (Sterculiacée). A partir de Sini,
la végétation devient de plus en plus puissante, Caïl-Cédrats,
N’tabas, Ficus, Bambous gigantesques, Légumineuses énormes y
viennent à merveille, et lorsque l’on arrive sur les bords de la
Gambie, on est stupéfait en voyant les dimensions que prennent
les végétaux qui y croissent. En résumé, la flore du Ouli tient à
la fois de celle de la région des steppes Sénégambiennes et Soudaniennes et de celle des régions tropicales des rivières du Sud.
Les productions du sol, dans de semblables conditions, doivent
varier considérablement. Dans les régions du Nord et de l’Est, à
part Tambacounda, Licounda et Goundiourou, le reste du pays est
peu cultivé. La région Est est absolument inhabitée, stérile et
inculte. Les villages du Nord sont entourés de lougans de mil (2.)
Les variétés qui ne demandent que des terres faibles y sont
surtout cultivées. Outre le mil, nous y rencontrons encore le maïs,
mais en petites quantités, enfin quelques rares lougans d’arachides,
bordés par de nombreux pieds d’oseille indigène. Dans les petits
jardins qui entourent les villages, se trouvent de belles plantations
(1) K h a ja senegalensis A de Jussieu ; c'est le Quinquina du Sénégal, bon
fébrifuge par son écorce.
(2) Sorgho vulgare Pers.

�ANDRE RANÇON

de tabac, de tomates indigènes. Mentionnons aussi quelques
lougans de coton. — Autrement plus riches sont les cultures dans
la région du Sud. Lougans immenses de mil, d’arachides (1) se
rencontrent à chaque instant. Les variétés de mil les plus riches
y sont cultivées surtout aux environs des villages Peulhs. Les
arachides y abondent et sont très estimées dans le commerce. Le
coton forme un des principaux produits du pays et on en
récolte assez pour que les tisserands soient occupés, toute
l’année, à fabriquer ces petites bandes d’étoffes qui, dans ces
régions, servent de monnaie pour les transactions commerciales.
Citons encore le maïs, en général peu cultivé, enfin le riz dont
les plantations commencent à apparaître à Tambacounda et à
Nétéboulou, mais qui n ’a pas encore l’importance que nous lui
verrons dans le Sandougou. Autour des villages, on cultive du tabac,
tomates, gombos (2), oseille, et Cucurbitacées les plus variées,
diabérés, oussos, indigo, etc., etc. Comme on le voit, les cultures
sont assez variées dans le Sud du Ouli ; mais la production n’est
pas encore ce qu’elle pourrait être. Cela tient à ce que là, comme
partout ailleurs, au Soudan, le noir est esclave de la routine et
des préjugés superstitieux de sa race. Aussi est-ce toujours,
malgré tout ce que l’on peut dire, les mêmes procédés tout à fait
primitifs et absolument insuffisants, qu’ils emploient.
Faune. — Animaux domestiques. — La faune est moins riche que
dans bien d’autres parties du Soudan. A l’Est, dans cette partie
du Ouli déserte qui confine au Tenda, on trouve l’éléphant assez
fréquent. Seules les populations du Tenda se livrent à sa chasse,
qui est assez fructueuse. Ils mangent sa chair et échangent les
défenses d’un ivoire très fin et d’excellente qualité, contre le
sel, les kolas, étoffes, etc., etc., qu’ils trouvent soit à Mac-Carthy,
soit à Bathurst. Le sanglier y est très abondant, mais on ne le
chasse pas. Les habitants, étant musulmans pour la plupart, ne
mangent pas sa chair. Dans le fleuve et les marigots, les hippo­
potames vivent en grand nombre. Ils sont également l’objet d’une
chasse suivie. Les habitants en mangent la chair et vendent les
défenses. Dans les autres parties du Ouli, on rencontre parmi les
carnassiers : le guépard, le lynx, le chat-tigre. Parmi les animaux,
(1) Arachis h jp o g œ a L.
(2) Hibiscus esculentus L.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

3

nous citerons la gazelle, la biche, le singe vert, le rat Daman
et quelques rares Hyrax. L’antilope fait absolument défaut. —
Mentionnons enfin une grande variété d’oiseaux de toutes sortes
aux plumages les plus variés et les plus colorés. La perdrix
grise, l’outarde, la tourterelle, le pigeon, la caille de Barbarie sont
les principaux oiseaux que l’on y peut chasser pour leur chair :
elle est assez bonne.
Les animaux domestiques y sont relativement nombreux et
l’objet de soins particuliers. Les Ouolofs et les Peulhs élèvent une
grande quantité de bœufs, petits mais de bonne qualité. Le Malinké,
proprement dit, n’en élève que fort peu. Je n’ai jamais pu savoir
pourquoi. « Ils ne savent pas faire », disent-ils. Par contre, on
trouve dans leurs villages, en grande quantité, chèvres, moutons
etc., etc. Les poulets abondent dans toutes les régions et il est
même quelques villages qui élèvent quelques canards de Barbarie.
Les chiens sont très nombreux. Dans tous les villages, ce sont les
agents les plus actifs de la voirie. Les chats sont en bien plus petit
nombre. Le noir, en général, n’aime pas cet animal.
Populations. — Ethnologie. — Le Ouli est loin d’être aussi peuplé
que le voudrait son étendue. Cela tient à la fois aux guerres anté­
rieures qu’il a eu à soutenir contre les Sissibes du Bondou, à sa
mauvaise administration et à la passion qu’ont pour les captifs les
Maliukés qui le gouvernent. Il est habité par des Malinkés propre­
ment dits, des Malinkés Musulmans, des Ouolofs, des Peulhs et
des Sarracolés. Le territoire appartient aux Malinkés. Sa popu­
lation peut s’élever au grand maximum à dix mille habitants
environ, soit deux habitants par kilomètre carré.
1° Malinkés proprement (lits. — Si l’on en croit la légende, les
premiers Malinkés qui habitèrent le Ouli y vinrent à la suite de
Siré-Birama-Birété, l’un des lieutenants de Soun-Djatta, le grand
héros du Mandiug. Cette première invasion se perd dans la nuit
des temps, et il nous est impossible de lui assigner une date
quelconque. Ils quittèrent les bords du Niger et vinrent se fixer
dans cette partie du Soudan dont ils avaient entendu vanter la
fertilité et la richesse en gibier. On ne trouve plus trace dans le
pays de ces premiers colons et tout porte à croire qu’ils en ont
été chassés par les Malinkés qui s’y trouvent maintenant et qu’ils
franchirent la Gambie pour aller se fixer dans le Ghabou, aujourd’hui

�ANDRE RANÇON

Fouladougou,d’où les chassèrent dans celte seconde partie du siècle
les Peulhs de Moussa-Molo et de son père. La seconde migration
Malinkée est de date plus récente. Elle eut lieu à la suite des
guerres perpétuelles que leur faisaient les almamys du Bondou.
Les Ouali ou Oualiabés, les chefs actuels du pays, habitaient autre­
fois le Bondou sur les deux rives de la Falémé aux environs des
villages actuels de Tomboura et de Sansandig. Continuellement en
butte aux attaques des Almamys, qui, sous prétexte de religion, les
pillaient et les rançonnaient sans merci, ils émigrèrent en masse
et un beau jour vinrent se fixer avec plusieurs autres familles dans
le Ouli, d’où ils chassèrent les premiers habitants. Ils sont depuis
restés les maîtres du pays. Autour d’eux, vinrent dans la suite se
fixer d’autres familles qui émigrèrent du Bambouek. C’est ainsi
que dans le Ouli, outre les Oualiabés, nous trouvons des Camaras,
des Damfas, des Bamés, N’Dao, Nanki, Guilé, Néri, Diata. Ces
derniers habitaient jadis les bords de la Falémé, au village de
Kakoulou. Paté-gaye, fils de l’almamy Malta-Guiba du Bondou vint
un beau jour sans aucun motif attaquer leur village et s’en empara.
Ceux des habitants qui échappèrent au massacre ou ne furent pas
faits captifs quittèrent le pays et vinrent fonder le village de Tambacounda. Quand ils arrivèrent dans le pays, ils ne trouvèrent là
qu’une seule case, un seul captif qui y faisait ses lougans. Ils lui
demandèrent l’hospitalité et ainsi s’éleva le village de Tainbacounda
du nom du captif qui les avait recueillis. Counda en Mandingue du
sud signifie village : Donc, Tainbacounda veut dire : « village de
Tamba ». Ces Malinkés sont encore appelés Contoucobés; mais leur
nom véritable est Diata. La plupart des familles qui vinrent dans
le Ouli, à la suite des Oualiabés, habitent actuellement les mêmes
villages et se sont presque fondues entre elles. D’autres, au con­
traire, et c’est le petit nombre, ont formé des villages particuliers.
Voici, du reste, les noms des villages Malinkés proprement dits du
Ouli avec les noms des familles qui les habitent.
Siîii (Oualiabés), résidence actuelle du chef du pays,est aussi
appelé par les habitants Sansanto.
Siouoro (Oualiabés).
Makadian-Counda (Oualiabés).
Bokari-Counda (village de captifs appartenant au chef du
Ouli, Massa-Ouli).

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

65

Licounda (Oualiabès).
Colondine (Oualiabès)'
Tainbacounda (Diata ou Contoucobès).
Kotiaré (N’Dao).
Côumbidian (Gamara).
Koussanar (Camara).
Sané (Camara).
Plusieurs villages de Malinkés, proprement dits, sout actuel­
lement en ruines et inhabités. Les habitants sont allés se fixer
dans les autres villages. Ce sont :
Fafidgi, Bambako, Kanhadi, Niani, Médina.
Les Malinkés du Ouli sont ce que nous les avons toujours vus
partout : sales, puants, dégoûtants, fainéants et ivrognes. Ils
n’ont qu’une pensée, qu’un but, ne rien faire et s’enivrer. Aussi,
pour atteindre ce but, ne cherchent-ils qu’une chose, avoir, par
tous les moyens possibles, assez de captifs pour faire cultiver
leurs lougans. Je ne crois pas exagérer en disant, qu’à part les
grandes familles, les autres sont plus ou moins captifs les unes
les autres. Avant qu’ils soient soumis à notre autorité, c’étaient
des pillards de première classe. Tambacouuda avait, sous ce
rapport, une célèbre réputation. Le malheureux dioula qui s’y
aventurait y était toujours dévalisé et souvent roué de coups.
Depuis qu’ils nous obéissent, la sécurité règne dans le pays.
Les villages sont mal entretenus et tombent en ruines. Toujours,
par paressé, les tatas ne sont plus que des décombres. Ils sont,
du reste, devenus inutiles depuis notre occupation. Les rues des
villages sont absolument dégoûtantes, et, si les chiens ne se
chargeaient pas de les nettoyer, ce serait partout une véritable
infection. Il y a sous ce rapport beaucoup à faire. En résumé,
le Malinké est fort peu intéressant quand on l’étudie chez lui.
2° Malinkés musulmans. — Outre les Malinkés dout nous
venons de parler, il en est d autres que l’on désigne sous le nom
de « Marabouts » parce qu’ils pratiquent la religion de l’Islam.
Sont-ce bien des Malinkés convertis simplement à la religion du
prophète ? nous en doutons? Ils n’ont absolument rien du Malinké,
ni les mœurs, ni les habitudes, ni même la saleté. Leurs traits
sont fins et rappellent ceux du Peulh ou du Toucouleur. Ils n’ont
rien du visage simiesque du Malinké. En outre, leurs villages
André Rançon. — 5.

�66

ANDRÉ RANÇON

sont plus propres, mieux entretenus et diffèrent absolument de
ceux des Malinkés proprement dits. Sont-ce des Mandingues,
des représentants de la race mère. Nous ne le croyons pas davan­
tage. Nous serions plutôt portés à admettre que ce sont des métis
Toucouleurs et Malinkés. Tout semblerait le prouver. Ce sont des
musulmans fanatiques, comme le Toucouleur dont ils portent le
costume. Ils sont fins et rusés et affectent dans leurs vêtements
une grande propreté.
Nous ne faisons là, du reste, qu’une simple supposition. Ils
ont des origines si diverses qu’il est bien difficile de préciser leur
histoire. Ils forment, en effet, une population fort hétérogène, venue
de différents pays du Soudan. D’après les renseignements que nous
avons pu recueillir ce seraient des dioulas venus du Manding, du
Bambouck ou d’ailleurs et qui, ayant fait fortune, se seraient fixés
dans le pays, attirés par sa fertilité, et y auraient ainsi fondé les
villages qu’ils habitent aujourd’hui. Voici les noms de ces villages
avec indication des familles et pays d’origine :
Nétéboulou. (Sinatés-Niagatés)............................
Passamassi (Baio)....................................................
Soutouko (Diabaio)..................................................
Baclia-Counda (Badia)........................ ....................
Dalésilarné (Cammagatés).......................................
Limbanboulou (Diakankés)...................................
Baro-Counda (Baro)..............................................
Medina-Coutci (Camara).........................................
Piraï (Camara).......................................................
Samé (Camara).......................................................
Kérouané (Baio)......................................................
Soutouho-Niacoué (Badia).......................................
Biroufou (Dabo)......................................................
Fodé-Coundct (Sinatés-Niagatés)............................
Dassalcim (Cammagatés).........................................

Guidioumé.
Bambouck.
Bambouck.
Manding.
Manding.
Diaka.
Bambouck.
Bambouck.
Bambouck.
Bambouck.
Bambouck.
Manding.
Bambouck.
Guidioumé.
Manding.

Pendant la guerre contre le marabout Mahmadou--Lamine,
beaucoup d’entre eux prirent parti pour lui, et, après sa défaite, ne
revinrent pas dans le pays. D’autres, au contraire, s’enfuirent à son
approche, et disparurent également. Il en est résulté que l’on ren­
contre surtout dans le Sud du Ouli quantité de villages en ruines

�67

DANS LA HAUTE-GAMBIE

qui même ne tarderont pas à disparaître complètement. Voici les
noms des principaux de ces villages.
Mamacoto.................
Canapé....................
Morecounda.............
Sabouciré.................

Mountogou...................
Boutovncli....................
Soumacounda...............
Kouakan......................

Màhadian-Counda.
Dougoutabassi.
Dembaboulou.
Fadiga-Councla.

Ces musulmans jouissent dans le Ouli d’une liberté absolue. Ils
obéisseut au chef Malinké, dont ils reconnaissent l’autorité qui ne
se fait jamais beaucoup sentir, du reste. Ils cultivent en paix, et,
entre temps, font du commerce.
Il existe aussi daus le Ouli deux villages de Diakankés. Ce sont :
Dialacoto, le seul village de la partie Est, et Limbanboulou.
Dialacoto, à vrai dire, vu son éloignement, ne fait partie que
nominativement du Ouli. Ses affaires sont dans le Tenda, plutôt.
Une partie de sa population se compose de Malinkés, proprement
dits. Les Diakankés sont de fougueux musulmans. Ils vivent
tranquilles dans leur village et un peu à l’écart de leurs voisins.
3° Ouolofs. — Us sont désignés par les Malinkés sous le nom de
Sourouaou. Venus du Saloum et du Bondou, ils ont fondé dans
le Ouli plusieurs villages remarquables par les belles cultures
qui les entourent. Ils sont musulmans, mais, en général, peu
pratiquants. Chassés du Saloum par la guerre et du Bondou
par les exactions des Almamys, ils vivent en paix dans le Ouli,
nullement tracassés par les maîtres du pays. Ce sont avec les
Peulhs, les grands agriculteurs de cette région. Ils n’ont que fort
peu de captifs et font tout par eux-mêmes. Aussi leurs lougans
sont-ils les plus beaux que nous ayons vus. Ils élèvent aussi
beaucoup de boeufs, moutons et chèvres.
Leurs villages, comme ceux des Ouolofs des autres pays, sont
construits en paille, tiges de mil ou bambous jointifs. Ils sont
aussi sales et aussi mal entretenus que ceux des Malinkés. Je fais
toutefois une exception pour Goundiourou, qui m’a paru propre et
en bon état. Voici les noms des villages Ouolofs du Ouli
Tatoto.............
y’Dohhar.........

Goundiourou........ Ahmady-Faali-Counda
Passi..................... Diaecounda,... Diabaké.

Nous ne saurions trop les favoriser, car ce sont des gens pai-

�68

ANDRÉ RANÇON

sibles et travailleurs, ce qui est rare dans ce pays, où la fai­
néantise est à l’ordre du jour.
4° Sarracolés. — Trois villages de Sarracolés venus du Bondou
pour les mêmes motifs qui en ont fait partir les Ouolofs, s’élèvent
non loin d’autres villages. Ce sont : Goundiourou, près des Ouolofs;
Dalésilamé, près d’un village Malinké musulman du même nom ;
Badiaga-Counda, près du village Malinké qui se nomme ainsi.
Musulmans, comme leurs voisins, les Sarracolés vivent en bonne
intelligence avec eux et cultivent paisiblement leurs champs de
mil et d’arachides. Ils ne font pas parler d’eux, ce qui est une
bonne note pour un village noir ; car lorsqu’il fait parler de lui,
ce ne peut être qu’en mal.
5° Peulhs. — Les Peulhs du Ouli sont relativement très nom­
breux. Ils y vivent depuis que les Malinkés s’y sont établis, et
sous leur protection, qu’ils paient peut-être un peu cher, comme
nous le verrons plus loin. Ils n’ont aucune religion et s’enivrent
comme de véritables Malinkés. D’où sont-ils venus? on n ’en sait
trop rien. Cependant voici une version qui m’a été donnée et qui
pourrait bien être la bonne surtout en ce qui concerne les dernières
migrations Peulhes dans le Ouli.
Lorsque le père de Moussa-Molo, le chef actuel du Fouladougou,
Alpha-Molo, vint dans le pays pour en faire la conquête, son armée
était presque uniquement composée de Peulhs venus de partout se
joindre à lui. C’est avec eux qu’il conquit le Ghabou et en chassa
les Malinkés qui se réfugièrent dans le Sandougou, le Niani, le
Damentan, le Bassaré et le Coniaguié. A leur place, il installa ses
Peulhs et donna au pays le nom de Fouladougou (Pays Peulh) qu’il
a conservé depuis. Mais, peu après, n’ayant plus les Malinkés à
piller, il pressura ses propres sujets. Alors commença vers le Niani,
le Ouli et le Sandougou, cette émigration Peulhe qui n’a fait que
continuer depuis que Moussa-Molo a succédé à son père et s’est
livré aux mêmes rapines et aux mêmes exactions. Ce serait alors
que les Peulhs de Fouladougou vinrent se fixer dans le Ouli, il y
a une soixantaine d’années environ. Les Malinkés leur donnèrent
l’hospitalité ; mais ils la leur font payer en les pressurant encore
plus que Moussa-Molo.
Ils ont fondé dans le Ouli un grand nombre de villages de
culture entourés de beaux lougans. Le Peulh est comme le Ouolof,

�69

DANS LA HAUTE-GAMBIE

il n’a pas ou peu de captifs et fait ses travaux lui-même. Leurs
villages sout en paille, provisoires, car il aime le changement et ne
construit jamais d’une façon définitive. Ils élèvent quantité de
bœufs et sont une véritable richesse pour le pays. Le Peulh est
aussi sale et aussi puant que le Malinké, mais il est excessivement
travailleur, dans le Ouli, du moins, qualité qui manque absolu,
ment à ce dernier. Voici les noms des villages Peulhs du Ouli.
Canapé..................
Passamassi...........
Suo-counda...........
Ilo-counda.............
(ielaio-counda.......
Tabandi.................
Candé-counda.......

Saré n’dougo ..
Marosouto
Koursacoto___
Demou-counda.
Codiara-counda
Coumbali.........
Ouro-Sara-dado

Tiamoye.
Saré-Dialloubé.
Sara-Dadoa.
Collinkan.
Farato.
Boro.

Situation et organisation politiques. — La famille des Oualiabés
est, avons-nous dit, la famille régnante du Ouli. Le chef porte
le titre de Massa et ses fils prennent le nom de Massara (fils du
Massa). Le sol du pays est sa propriété et les habitants ne
sont, pour ainsi dire, que des usufruitiers. Avant notre arrivée,
il pouvait disposer de leurs biens à sa guise, et même les
chasser, s’il le voulait.
Comme on le voit, c’était l’absolutisme dans toute l’accep­
tion du mot. Aujourd’hui, il n’en est pas ainsi. Malgré cette
apparence de pouvoir, disons de suite que l’autorité du Massa
est absolument nulle et que l’on ne trouverait pas dans tout
le Ouli un seul captif qui lui obéisse.
L’ordre de succession se fait par ligne collatérale. Aussi les
Massas sont-ils des vieillards abrutis, ivrognes et sans énergie.
On comprend ce que doit être l’autorité entre pareilles mains.
Les fils, les frères, les cousins, etc., etc., du chef en profitent
pour commettre mille et mille exactions qu’ils savent parfai­
tement devoir rester impunies. En réalité, l’autorité du Massa
se borne simplement à juger les affaires entre particuliers et
entre villages. C’est un juge plutôt qu’un chef véritable. Mais
il ne juge pas en dernier ressort, au-dessus de lui se trouve
le commandant du cercle et le gouverneur.
Chaque village s’administre lui-même et comme bon lui

�ANDRE RANÇON

semble. Le chef est maître dans son village. Il n’existe aucun
impôt et le Massa n’en peut exiger aucun. Il n’y a que les
Peulhs qui soient absolument surchargés de redevances, non
par le chef, mais par les membres de sa famille. Bœufs, mil,
arachides, chaque jour on leur demande quelque chose, et de
telle façon qu’on leur fait comprendre qu’on le prendra, s’ils
ne le donnent pas. Je me suis toujours demandé pourquoi les
habitants des pays Malinkés regardaient les Peulhs qui habi­
taient leur territoire comme de véritables serfs taillables et
corvéables à merci. Ce sont pourtant des hommes libres. Je n ’ai
jamais mieux compris la situation faite aux Peulhs dans les
pays où ils viennent demander l’hospitalité, qu’un jour, où
Sandia, l’intelligent chef de Nétéboulou, me faisant ses doléances
sur sa pauvreté (notez qu’il possède environ 150 captifs, ce qui
est dans le pays une fortune énorme), me dit, entre autres
choses qu’il n ’avait pas : « Je n’ai pas ceci, je n’ai pas cela,
je n'ai pas de Peulhs ». Il paraîtrait, d’après les renseignements
que j’ai pris, que c’est un fait acquis. Le Peulli est l’homme
du chef sur le territoire duquel il habite, et, comme tel, il
peut être pressuré à gogo. Actuellement, les choses en étaient
arrivés à un tel point dans le Ouli que les Peulhs étaient
décidés à émigrer dans le Fouladougou, si nous n’améliorions
pas leur situation. Il fallut que Monsieur le commandant du
cercle de Bakel s’y rendit pour arranger sur les lieux les
affaires. Il réussit à leur donner une organisation qui fut
acceptée par les intéressés des deux partis.
Il n’en est pas de même pour les Ouolofs, les Marabouts
Malinkés et des Sarracolés. Ils marchent absolument sur le même
pied que les Malinkés du pays et y jouissent des mêmes droits
et des mêmes privilèges.
Rapports du Ouli avec les autorités Françaises. — Ce n’est que
depuis 1886, après la colonne de Dianna,que le Ouli s’est placé sous
notre protectorat, et a conclu avec le colonel Galliéni, alors
commandant supérieur du Soudan Français, le traité par lequel il
reconnaît notre autorité: jusqu’à l’année dernière, il relevait du
commandant du cercle de Bakel aux points de vue administratif,
politique et judiciaire. Actuellement, depuis les nouvelles dispo­
sitions qui ont distrait du Soudan Français tous les pays situés

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

71

à l’Ouest de la Falémé, sauf Bakel et son territoire, pour les placer
sous l’autorité du Gouverneur du Sénégal, le Ouli fait partie de
cette colouie, et j’ai appris depuis peu qu’un administrateur
colonial devait être placé dans cette région afin d’y faire sentir
plus efficacement l’action du pouvoir central. Cette mesure aura
surtout pour effet d’augmenter considérablement notre influence
dans ce pays qui, vu son éloignement, y échappait un peu. Jusqu’à
ce jour, notre intervention dans ses affaires a eu un réel résultat.
Cela a été d’en faire disparaître le brigandage et la chasse aux captifs
qui y étaient fort en honneur. Mais notre rôle ne doit pas se borner
là seulement et nous avons plus encore à y faire.
Conclusions. — Nous avons vu que le Ouli était un pays pauvre
dans certaines de ses parties, mais riche et fertile dans d’autres,
notamment dans le Sud. Il suffirait de peu d’efforts pour en faire
un pays bien plus productif qu’il n ’est. Pour cela il faudrait rendre
aux Massas leur autorité et, pour cela, établir un impôt régulier
qui leur serait payé par tout le pays, le dixième de la récolte, comme
cela existe dans bien d’autres pays Noirs, leur faire comprendre en
même temps qu’ils dépendent de nous entièrement et qu’ils ne
sont rien que par nous. En second lieu, faire aux Peulhs une
situation plus sortable, les y attirer le plus possible. Il faudrait y
créer un courant commercial, soit vers Bakel, soit vers la Gambie,
en favorisant la création d’escales sur les bords de ce fleuve. Enfin,
il serait bon que chaque année, le commandant du cercle ou tout
autre fonctionnaire délégué du gouverneur et muni des pouvoirs
nécessaires, le visite en détail afin d’y régler les affaires en suspens.
Nous sommes persuadés que ces quelques mesures sagement et
prudemment mises en pratique auraient des résultats immédiats et
donneraient au pays une prospérité inconnue jusqu’à ce jour.

�-

—

CHAPITRE IV
Dépurt de Toubacouta. — Beaux lougans de mil. — Le Caïl-cêdrat. — Arrivée
à Dalésilamé. — Village Sarracolé et village Malinké Musulman. — Rencontre
d’un dioula. — De l’hospitalité chez les Indigènes. — Souma-Counda. — De
Souma-Counda à Missira. — Cordiale réception. — Guimmé-Mahmady, chef du
Sandougou. — Séjour à Missira. — Visite des chefs des villages du Sandougou. —
Beurre, lait, kolas en abondance. — Violente tornade. — Départ de Missira. —
Vastes champs d’arachides. — Pioche spéciale pour les arracher. — Le
Diabéré. — Diakaba. — Nombreux papayers. — Sidigui-Counda.— Saré-fodé.—
Saré-Demba-Ouali. — Son chef Demba. — Visite du frère de Maka-Cissé, chef
du sandougou occidental. — Cordiale réception des Peulhs. — Puces et
punaises — Départ de Saré-Demba-Ouali. — Le village Ouolof de Tabandi. —
Arrivée au village Toucouleur Torodo de Oualia. — Ousman-Celli, son
chef. — Belle réception. — Belle case. — Excursion au Sandougou. — SaréDemboubé. — Le Sandougou frontière du Niani et du Sandougou. — Le gué de
Oualia. — Description de la route de Toubacouta au Sandougou. — Le Baobab.—
Le K in kélibah . — Violent accès de lièvre.

A cinq heures quarante minutes du matiu, nous quittons Tou­
bacouta. La pluie qui est tombée à torrents pendant toute la nuit
a détrempé le chemin. Aussi est-il devenu excessivement glissant
et n’avançons-nous qu’avec mille précautions. De plus, la brousse
est excessivement haute et nous fouette à chaque instant le
visage. En peu de temps les gouttes d’eau dont elle est couverte
nous ont complètement inondés. Heureusement les nuages se
sont dissipés au lever du jour et le soleil qui va paraître ne
tardera pas à nous sécher.
L’envoyé de Guimmé-Mahmady, le chef du Sandougou, che­
vauche en tête de la caravane et nous montre le chemin. Aussi
marchons-nous sans hésitation aucune. La route ne présente,
du reste, aucune difficulté. Elle se déroule au milieu de vastes
et beaux lougans de mil, bien cultivés.
Cette région est certes une des plus fertiles que j’aie visitées
au Soudan. Toutes les plantes qui servent à l’alimentation des

r*!».W **

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

73
l CuULL üv

indigènes y croissent d’une façon remarquable. Le mil, entre
autres, y donne un rendement considérable et bien supérieur à
celui des mils des autres régions. Les variétés qui sont cultivées
là ne sont pourtant pas différentes de celles des pays voisins. Le
sol est plus riche et les cultivateurs plus soigneux et plus tra­
vailleurs, et voilà tout.
Depuis mon départ de Kayes, je n’avais vu, par-ci par-là, que
quelques rares échantillons de Cail-cédrat, ce beau végétal, si
commun et si précieux dans certaines régions du Soudan Français.
G’est là que je commençai à le retrouver en notable quantité et
que j’en vis des spécimens vraiment remarquables.
Le Cail-cédrat est un bel arbre qui atteint des proportions fort
remarquables. Les indigènes du Soudan le désignent presque par­
tout sous le nom de « Diala ». C’est le Khaya Sénegalensis G. et Per.
de la famille des Cédrélacées. Sa tige, droite, prend parfois de telles
dimensions qu’on y peut creuser des pirogues de toutes pièces. Je
me souviens avoir franchi la Gambie à Sillacounda (Niocolo) dans
une embarcation de ce genre, qui n’avait pas moins de quatre
mètres de longueur sur cinquante centimètres de largeur et trentecinq de profondeur. Elle avait été creusée dans une seule bille de
Cail-cédrat, ce qui permet de supposer que l’arbre qui l’avait
fournie devait être énorme.
Son écorce est large, cintrée, fendillée légèrement, rougeâtre
et couverte d’un épiderme presque lisse et d’un gris blanchâtre.
Sa cassure est grenue en dehors, puis un peu lamelleuse et formée
en dedans par une série simple de fibres ligneuses aplaties et
agglutinées. Elle est dure, cassante, fort lourde, amère et légère­
ment odorante. Si on y pratique une incision intéressant toute son
épaisseur, il s’écoule par la blessure un liquide rougeâtre qui se
coagule à l’air libre en une petite masse résineuse de couleur
brune très foncée. Si, enfin, on fait brûler des morceaux de ce
bois, la fumée qu’ils donnent exhale une odeur douce et caracté­
ristique. Aussi est-il impossible de s’en servir pour faire cuire des
aliments grillés ou rôtis, car ils s’en imprègnent tellement qu’ils
sont, de ce fait, absolument exécrables à manger. Les cendres que
l’on obtient en faisant brûler le Cail-cédrat à l’air libre renferment
une grande quantité de nitrate de potasse, et sont d’une blancheur
immaculée. C’est, du reste, à la présence de ce sel, je crois, qu’il

�ANDRE RANÇON

faut attribuer la propriété toute particulière que possède ce végétal
de brûler rapidement, même lorsqu’il est vert. Je me souviens,
étant à Koundou, avoir ainsi enflammé une planche de Caïl-cédrat,
rien qu’en y posant mon cigare allumé. En quelques minutes,
cinq centimètres carrés se consumèrent de ce fait.
Le bois est rouge foncé et rappelle celui de l’acajou par sa
couleur et sa texture. C’est pourquoi ce végétal a été souvent
appelé 1’ « Acajou du Sénégal ». Il est dur et très cassant, même
lorsqu’il est vert. Malgré cela, on en fait à Saint-Louis et au Soudan
de beaux meubles et, en France, il pourrait servir pour les travaux
d’ébénisterie les plus délicats.
Les feuilles composées sont d’un beau vert foncé et persistent
toute l’année. La floraison a lieu de la fin d’avril à la fin de mai ou
au commencement de juin. Les fleurs sont d’un blanc légèrement
jaunâtre.— Calice à préfloraison imbriquée. — Etamines définies,
régulières. — Styles soudés. — Fruit rond adhérent fortement au
pédoncule, ne tombant pas à maturité. — Loges pluriovulées. —
Graines ailées. — Embryon inclus dans le périsperme qu’il égale
presque.
Les indigènes utilisent le Caïl-cédrat pour la construction de
leurs cases et de leurs pirogues, et pour la fabrication de certains
ustensiles de ménage, tabourets, pilons et mortiers à couscouss.
Mais c’est surtout comme médicament qu’il est le plus souvent
employé. On s’en sert surtout contre la fièvre intermittente, la
blennorrhagie, les diarrhées rebelles, et comme topiques pour
panser certaines plaies de mauvaise nature.
La même préparation plus ou moins concentrée sert contre les
fièvres intermittentes, la blennorrhagie et les diarrhées rebelles.
On prend environ trente à cinquante grammes d’écorce fraîche que
l’on fait bouillir dans un litre d’eau jusqu’à ce que la liqueur soit
réduite d’un tiers à peu près. On y ajoute environ dix ou 15 grammes
de sel et on se l’administre en deux fois dans la journée. Cette
liqueur est excessivement amère et nous l’avons vu réussir assez
fréquemment, sur des noirs particulièrement. Dans les cas de
blennorrhagie, on emploie de préférence la macération et je
pourrais citer le nom d’un jeune métis de Saint-Louis qui s’en est
très bien trouvé. L’action fébrifuge de l’écorce de Cdil-cédrat serait
due à une matière colorante rouge qui y est très abondante et à un

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

75

principe neutre, amer, qui a été isolé par Caventou, et auquel il a
donné le nom de Cdü-cédrin. Quoiqu’il en soit, l’action de ce
principe comme fébrifuge est bien inférieure à celle du sulfate de
quinine.
En ce qui concerne le traitement des plaies de mauvaise nature,
je crois devoir laisser ici la parole à mon excellent ami, le capitaine
Binger, qui s’en est servi avec succès. Voici ce que dit, à ce sujet,
le célèbre explorateur sur son mode d’emploi : « On fait cuire un
» morceau d’écorce du poids de un kilogramme environ dans
» deux litres d’eau et on laisse réduire à un litre. Cette prépara» tion sert à laver et à nettoyer la plaie. Un autre morceau d’écorce
» fraîchement coupé est pilé dans un mortier à mil jusqu’à ce
» qu’on obtienne un morceau de pâte. Cette pâte est séchée au
» soleil, les gros résidus sont enlevés et la poudre qui reste est
» employée à saupoudrer la plaie après chaque lavage. La croûte
)) qui ne tarde pas à se former est enlevée tous les jours jusqu’à ce
» que toute trace de suppuration ait disparu et que la plaie ait
» l’aspect sanguinolent. On cesse ensuite les lavages et l’on se
» contente de saupoudrer les parties non recouvertes de croûte.
» J’ai vu ce remède réussir sur un de nos mulets qui avait une
» plaie au côté. » Pour nous, nous l’avons vu également employer
avec succès par un indigène de Koundou qui avait à la face
externe de la jambe gauche une plaie qui suppurait depuis long­
temps et qui lui était survenue à la suite de plusieurs furoncles
mal soignés et de mauvaise nature. Nous ne saurions trop recom­
mander ce remède à ceux qui se trouveraient dans le cas de
l’expérimenter et d’en déterminer exactement les propriétés
curatives.
Après une heure de marche nous arrivons à Dalésilamé, où
nous faisons la halte sur la place principale du village, sous un
magnifique ficus.
Dalésilamé. — Dalésilamé est un village d’environ 650 habi­
tants. Sa population est formée à parties égales de Malinkés
Musulmans et de Sarracolés. Il y a, à proprement parler, deux
villages et deux chefs, un village et un chef Malinkés, un village
et un chef Sarracolés. Les uns et les autres sont des Musulmans
fanatiques. Les Sarracolés de Dalésilamé habitaient autrefois de
l’autre côté de la Gambie, sur la rive gauche, dans le pays de

�ANDRE RANÇON

h

j, 4'ii|

Ghabou. Pillés et pressurés sans cesse par les Peulhs du Fouladougou, ils passèrent le fleuve et vinrent se fixer à Dalésilamé.
On sera peut-être étonné de voir les Sarracolés si loin de leur
pays d’origine ; mais on s’expliquera aisément ce fait, quand on
saura qu’ils habitaient autrefois le Guidioumé près Nioro et qu’ils
ont fui à l’approche d’El Hadj Oumar. Le Sarracolé est d’humeur
très vagabonde, on comprendra dès lors qu’il ait pu venir
jusqu’à la Gambie en fuyant devant l’envahisseur. Ceux de
Dalésilamé appartiennent à la famille des Diawaras.
Les deux villages sont séparés par une large rue d’environ
deux cents mètres de longueur sur six de largeur. Les Malinkés
sont à l’Ouest et les Sarracolés à l’Est. Ni l’un ni l’autre ne sont
fortifiés. Pas de tata, pas de sagné. Chaque habitation particulière
est entourée d’une palissade (tapade) construite avec des tiges
de mil et de bambous jointives et haute d’environ deux mètres à
deux mètres cinquante centimètres. A cette époque de l’année,
les toits des cases disparaissent complètement sous les cucurbitacées de toutes sortes. Ce qui donne au village un aspect vert
sombre excessivement curieux. Il se confond absolument avec la
campagne environnante, et, seule la fumée qui sort du toit en
décèle au loin la présence. — A peine avions-nous mis pied à terre
que les chefs vinrent me saluer et m’offrir un peu de lait pour
me désaltérer. Sandia, qui y compte beaucoup d’amis, est l’objet
d’une véritable ovation, car il leur a maintes fois rendu de réels
services et son bon sens y est fort apprécié.
Je rencontrai dans ce village un dioula (marchand ambulant)
qui y était arrivé depuis trois mois environ et qui y avait été
surpris par l’hivernage. Ne pouvant continuer sa route vers le
Sud, il y attendait le retour de la belle saison, et s’y était installé
pour un long séjour. Une case lui avait été donnée et le village
pourvoyait à sa nourriture de chaque jour et à celle de son petit
âne. Ces exemples de généreuse hospitalité ne sont pas rares au
Soudan. Dans chaque village, le voyageur est assuré, quelle que soit
la race à laquelle il appartienne et celle de ses hôtes, de trouver
une case pour s’abriter, une natte pour se reposer et du couscouss
pour calmer sa faim. Pendant le long séjour que j’ai fait dans
ces régions, il n ’y a guère que chez les Coniaguiés que j’ai vu le
voyageur négligé et que j’ai vu refuser quelques poignées de mil

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

77

ou d’arachides. Cette peuplade, du reste, de même que sa congé­
nère, les Bassarés, a, sous ce rapport, une triste réputation.
Nous quittons Dalésilamé après nous y être reposés pendant
un quart d’heure environ et nous nous remettons en route après
avoir remercié les chefs de leur bonne réception et leur avoir
serré la main. C’est toujours au milieu des champs de mil que
nous chevauchons et nous ne quittons ceux de Dalésilamé que
pour entrer dans ceux de Souma-Counda, village distant du
premier de trois kilomètres sept cent mètres, et auquel nous
arrivons après quarante-cinq minutes de marche. Nous le tra­
versons sans nous y arrêter.
Souma-Counda. — Souma-Counda est un village Peulh d’en­
viron trois cents habitants, il est littéralement enfoui au milieu
de ses lougans qui sont immenses. Ses cases sont en paille. Quand
nous y passons presque tous les habitants sont absents. Tout le
monde est occupé aux travaux des champs.
A peine sommes-nous sortis des lougans du village que nous
tombons en pleine brousse et que nous traversons une véritable
forêt vierge de bambous, à travers lesquels nous avançons lentement
et difficilement. Nous en sortons un instant pour traverser des
champs de mil qui appartiennent à Missira et au milieu desquels
s’élève un petit village de culture de deux ou trois cases. Enfin,
une demi-heure après, nous entrons dans ceux de Missira. Ils sont
immenses et ont plusieurs kilomètres d’étendue. Il est neuf heures
et demie quand nous arrivons à Missira, que, de loin, nous ne
voyons nullement, car les toits des cases disparaissent littéralement
sous les cucurbitacées de toutes espèces.
Missira. — Missira est un gros village de neuf cents habitants
environ. Sa population est uniquement formée de Malinkés musul­
mans. C’est la capitale du Sandougou oriental et la résidence de
Guimmé Mahmady, son chef. Le village est relativement propre et
bien entretenu. On n’y voit que peu de ruines et ses rues sont assez
bien alignées. La place principale est très vaste et on n’y voit pas les
tas d’ordures que l’on trouve généralement dans la plupart des vil­
lages Malinkés. Au milieu s’élève un superbe tYtaba, le plus beau de
tous ceux que j’aie jamais vus. Il y en a plusieurs dans le village, et
je me souviens qu’il y en avait un fort beau également en face de la
case où j’étais logé. — Les cases du village sont construites à la

�ANDRE RANÇON

mode Malinkée et chaque habitation, séparée de ses voisines par
une palissade en tiges de mil et de maïs, forme une propriété
absolument bien délimitée. — Missira ne possède pas de tata; un
simple sagné peu important l’entoure, mais ne saurait constituer
un moyen sérieux de défense. Les habitants, musulmans assez
tièdes, sont de paisibles agriculteurs qui cultivent en paix leurs
vastes lougans et élèvent leurs bœufs, chèvres et moutons. Ce
village est très dévoué à la cause française. Situé à cinq kilomètres
de la Gambie, il est compris dans la zone que, par le traité du
10 août 1889, nous avons cédée à l’Angleterre. J ’ai appris depuis
quelque temps que, ne voulant pas devenir Anglais, il avait émigré
en masse sur le territoire français, abandonnant ainsi sans hésiter
des terrains d’une fertilité remarquable, pour venir se fixer dans
une région moins favorisée. Il en a, du reste, été de même pour
beaucoup d’autres villages du Sandougou, qui suivirent l’exemple
de Missira et vinrent s’établir en pays français pour ne pas avoir à
recevoir le mot d’ordre de Mac-Carthy.
On comprendra aisément, d’après ce que je viens de dire, que
la réception qui me fut faite à Missira ait été des plus cordiales.
Guimmé-Mahmady, le chef, vint à cheval à ma rencontre et me
conduisit lui-même à la case qui m’avait été préparée. Je fus logé
d’une façon confortable pour le pays, et mes hommes eux-mêmes
n’eurent qu’à se louer de l’accueil qui leur fut fait. Un bœuf fut
immolé à notre intention et l’on comprendra toute l’importance de
ce fait quand on saura combien l’indigène aime ses bestiaux et qu’il
faut une circonstance grave (mariage, circoncision, visite d’un
chef, etc., etc.) pour qu’il consente à ce sacrifice. Nos chevaux euxmêmes eurent leur part du festin, et se régalèrent de paille d’ara­
chides et de mil.
Dès que j’eus terminé mon installation et procédé à une toilette
indispensable après une longue étape, je reçus la visite de GuimméMahmady, de sa famille et de ses notables. Mon hôte (Diatigué) les
accompagnait. C’était le griot favori du chef, brave homme dans
toute l’acception du mot et qui, durant les deux jours que je passai
chez lui, fit toujours preuve de la plus grande obligeance et me
manifesta le plus grand respect et la plus sincère amabilité. Aussi
fus-je heureux en le' quittant de lui offrir un beau cadeau pour le

�DANS LA HAUTE GAMBIE

79

dédommager de tout l’embarras que je lui avais causé, cadeau
auquel il fut très sensible.
Après les salutations d’usage, Guimmé-Mahmady me présenta
toutes les personnes qui l’accompagnaient et me demanda de rester
un jour de plus, afin que je puisse voir les chefs de ses village aux­
quels il avait annoncé mon arrivée et qui devaient venir me saluer.
Je ne pouvais faire autrement qu’accéder à son désir et lui promis
de ne le quitter que le surlendemain matin. Ce chef du Sandougou
est loin de ressembler aux autres chefs que j’avais vus depuis long­
temps. Il est jeune, intelligent, actif et fort tolérant pour un musul­
man. Aussi, aucun de ses administrés ne vint-il jamais se plaindre
à moi, ce qui m’était arrivé dans tous les autres pays que j’avais
visités. Tout le monde vit chez lui sur le même pied d’égalité, et,
chose rare au Soudan, il sait bien se faire obéir. Pendant la guerre
du marabout il prit parti pour nous, et comme nous le verrons plus
loin, c’est à nous qu’il dut de reconquérir son autorité. Je fus heu­
reux de constater qu’il nous en avait gardé une profonde reconnais­
sance. Ce fait mérite d’être signalé, car ce sentiment est rare chez
les noirs et ceux qui en font preuve sont loin d’être nombreux.
La journée se passa sans autre incident à noter que les nom­
breuses visites que je reçus dès que j’eus terminé mon travail de
chaque jour, rédigé mes notes et mou journal de marche et dessiné
l’itinéraire parcouru le matin.
La température, qui avait été supportable la journée, devint le
soir insupportable. Le ciel se couvrit d’épais nuages, mais malgré
cela, il ne tomba pas une seule goutte d’eau. Aussi la nuit fut-elle
excessivement pénible. Dévoré par les moustiques, je dormis mal
et ce ne fut qu’au jour que je pus enfin goûter quelques heures
d’un sommeil réparateur.
Le défilé des chefs commença dès le matin et dura toute la
journée. Je les reçus tous du mieux que je pus. Chacun m’appor­
tait un petit cadeau, celui-ci du beurre, celui-là du lait, les autres
des kolas, preuve de tout leur respect. Aussi, quand tous furent
partis, me trouvai-je fort riche et l’heureux possesseur de nom­
breuses bouteilles de beurre et de plusieurs centaines de beaux
kolas. Ces derniers surtout nous firent à nos hommes et à moi
le plus grand plaisir, car depuis longtemps nous étions privés
de cette précieuse graine et plus que jamais, vu l’extrême déla-

�ANDRE RANÇON

brement de ma santé, j’en avais besoin pour pouvoir supporter
les fatigues qui m’attendaient.
Dans la soirée de ce second jour, au moment où allait commen­
cer le tam-tam organisé en mon honneur, éclata une violente
tornade. Vent violent, éclairs, tonnerre, pluie torrentielle, rien ne
manqua. La température baissa rapidement et je pus jusqu’au
lendemain matin dormir profondément. J ’en avais bien besoin,
car j’étais littéralement exténué.
Ier novembre '1894. — Le premier novembre 1891, je me levai
frais et dispos au point du jour, et les préparatifs de départ
rapidement faits, je me mis en route pour Saré-Demba-Ouali,
village Peulh distant de 16 kilomètres environ de Missira, et où
j’avais décidé de faire étape, désirant voir de près ce que les
Peulhs étaient chez eux. Guimmé-Mahmady ne voulut pas me
laisser partir seul ainsi. Il avait bien avant l’heure du départ fait
seller son cheval et chausser ses grandes guêtres en peau de
panthère. 11 me demanda de m’accompagner jusqu’au village de
Saré-Fodé, où il avait affaire. Je fus, on n’en doute pas, enchanté
de l’avoir pour compagnon, et après avoir de nouveau remercié
mes hôtes, je quittai Missara, avec la satisfaction d’y avoir
constaté combien était grande l’influence de la France dans ces
régions et combien était sincère l’attachement que nous ont voué
les populations qui les habitent.
Missira est entouré de vastes champs d’arachides. Le terrain,
qui est presque uniquement formé de latérite, est des plus propres
à la culture de cette plante. Aussi cette graine y est-elle très abon­
dante et y constitue-t-elle une véritable richesse pour les habitants.
L’arachide. — L’arachide (arachis hypogoea) est une légumineuse cœsalpinée. Elle est cultivée dans toute notre colonie du
Sénégal et au Soudan Français. Celles de Gambie sont particuliè­
rement recherchées et jouissent dans le commerce d’une faveur
bien méritée. C’est une plante herbacée, radicante, annuelle, à tige
et rameaux cylindriques, pubescents : feuilles engainantes, com­
posées de deux paires de folioles, inflorescence axillaire, en cyme
unipare, biflore : fleurs hermaphrodites, parfois polygames, subsessiles.; calice gamosépale à 5 divisions et à préfloraison quinconciale; corolle gamopétale, papilionacée ; 10 étamines monadelphes,
l’antérieure stérile ; ovaire supère, 3-4 sperme ; style long, pubes-

�81

DANS LA HAUTE-GAMBIE

cent à l’extrémité; pas de stigmate; ovules anatropes, ascendants,
fruit sec indéhiscent, testacé, porté à l’extrémité d’un long
pédoncule porté à l’aisselle des feuilles; embryon homotrope, à
radicule infère ; cotylédons huileux.
Après la fécondation, le pédoncule floral s’allonge vers le sol et y
fait pénétrer l’ovaire qui s’enfonce jusqu’à une profondeur de 5 à 8
centimètres, grossit et se transforme en une gousse un peu étran­
glée en son milieu ; cette gousse est longue de 25 à 30 millimètres,
épaisse de 9 à 14 millimètres : Elle est composée d’une coque blan­
che, mince, réticulée, contenant 1-4 semences rouge vineux au
dehors, blanches au dedans et d’un goût rappelant assez celui de
la noisette.
Ces graines donnent une huile d’excellente qualité qui peut
remplacer dans tous ses usages et sans inconvénient l’huile
d’olives.
Depuis que le commerce des arachides a pris une extension
considérable et telle que l’on peut dire qu’il est le plus important
de la côte d’Afrique, les indigènes cultivent cette plante avec
beaucoup plus de soin et sur une plus grande échelle. La production
en augmente chaque année et elle serait bien plus considérable
encore si les procédés de culture n’étaient pas aussi primitifs.
L’arachide est une plante excessivement épuisante. Pour la
cultiver, les indigènes fertilisent le sol en brûlant simplement les
mauvaises herbes qu’ils ont d’abord coupées et laissées sécher
sur place ; les femmes et les enfants bêchent alors légèrement le
terrain, sèment les graines et les recouvrent de terre. Les
semis se font de la fin de juin au commencement d’août, et la
récolte a lieu trois ou quatre mois après. Quand les gousses
sont mûres, on arrache les pieds d’arachides qu’on laisse sécher au
soleil, puis on sépare les gousses des feuilles et des tiges.
Dans la plupart des régions du Sénégal, où est cultivée
l’arachide, on l’arrache à la main. Ce procédé a le grand
désavantage d’occasionner une perte de graines considérable.
Elles se détachent, en effet, à la traction, et restent dans la
terre. J’ai vu employer dans le Sandougou, à Missira, pour la
première fois, un moyen qui remédie à cet inconvénient et que
je tiens à signaler ici. Les habitants de ce pays se servent pour
cela d’une pioche spéciale et qui ne sert qu’à cet usage. La
André Rançon. — 6.

�ANDRE RANÇON

figure A en représente la coupe verticale et la figure B la
représente en entier. Les indigènes la nomment comme les autres
pioches dont ils se servent : « Daba ». Elle se compose essentiéllement : d’un manche en bois résistant a, et d’une pioche
proprement dite, b. Ces deux parties sont unies entre elles par
des liens solides comme le représente la partie c de la figure B,
de telle façon que le manche forme avec la pioche un angle
de 35 degrés au plus. La pioche est également en bois très dur
et son extrémité d est garnie d’une armature de fer pour lui
permettre de s’engager plus facilement dans le sol. Le travailleur

saisit à deux mains le manche a et de gauche à droite ou de
droite à gauche, selon ses dispositions, engage profondément
la pioche b sous le pied d’arachide qu’il veut enlever. Comme
cette pioche est très large, 0,15 centimètres environ, il lui suffit
de la faire basculer pour arracher la plante entière. Cet instrument
qui, au premier abord, ne semble pas très pratique, est cependant
manœuvré avec grande adresse et rapidité par les indigènes.
J ’ai pu, grâce à la générosité de Guimmé-Mahmady, en rapporter
un en France. Il est actuellement au musée colonial, à Marseille.
Le prix de cette pioche est d’environ six francs dans le pays

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

83

et il n’y a guère que les forgerons du Sandougou qui la sachent
confectionner.
Les Noirs utilisent l’arachide en maintes circonstances et de
toutes façons, La graine constitue pour eux un aliment de
premier ordre, soit fraîche, soit sèche, soit crue, soit torréfiée.
Ils en extraient l’huile qui sert à leur cuisine. Nous avons eu
souvent recours à leur industrie pour en avoir et nous n’avons
pas eu à nous en plaindre. Cette huile leur sert également à
fabriquer avec les cendres de certains végétaux un savon dont
nous nous sommes souvent servi et qui nous a été souvent très
utile. L’arachide pilée ou écrasée entre deux pierres leur sert de
condiment pour la plupart des sauces avec lesquelles ils assai­
sonnent leur couscouss. Ils font également des cataplasmes d’ara­
chides en certaines circonstances et se frictionnent avec son huile
dans les cas de douleurs rhumatismales. Enfin la poudre qu’ils
obtiennent en les écrasant après les avoir fait brûler leur sert pour
se tatouer les gencives et la lèvre inférieure. — Les feuilles vertes
sont employées pour les sauces et en cataplasmes ; après la récolte,
ils les font sécher avec leurs tiges et cela constitue une paille qui
est à juste titre considérée comme le meilleur fourrage du Soudan.
Les animaux qui en font usage engraissent rapidement et le lait des
vaches qui en mangent est plus savoureux et plus riche en prin­
cipes nutritifs que celui de celles qui n’en consomment pas.
Le commerce des arachides commence à prendre dans le San­
dougou une réelle importance. La Compagnie française de la côte
occidentale d’Afrique y en achète, chaque année, de notables quan­
tités qu’elle transporte à Mac-Carthy, où elle les charge sur ses
vapeurs. Il ne fera que croître, surtout si on peut arrriver à amé­
liorer les moyens de transport et à lui créer des débouchés sur le
fleuve.
Peu après avoir quitté Missira, nous apercevons sur notre
gauche un beau champ de diabérés. Cette plante, très commune
clans ces régions, le Tenda, le sud du Bambouck, le Niani, etc., etc.,
et en général,dans les contrées les plus méridionales de notre colonie
Soudanienne, mérite que nous en fassions une description détaillée.
Le Diabéré. — Les Bambaras et les Sarracolés la nomment
Diabéré, les Malinkés Diabéro et les Peulhs Oussoudié. C’est une
superbe Aroïdée du genre Arum. Elle croît, de préférence, dans les

�84

ANDRÉ RANÇON

endroits humides et à l’abri des rayons du soleil. Elle aime une
terre riche en humus. C’est pourquoi les lougans de Diabérés sont
toujours situés à l’ombre des grands arbres, où la terre est plus
fraîche, à l’abri du soleil, et plus riche en humus, du fait même du
terreau que forment les feuilles en y pourrissant. C’est une plante,
vivace dont la tige souterraine est constituée par un tubercule.
Feuilles longuement pétiolées et pouvant atteindre jusqu’à deux
mètres de hauteur, fortement engainantes à la base, peltées et dont
le limbe atteint parfois des dimensions énormes. Elles présentent
une échancrure assez profonde à leur partie inférieure, échancrure
qui s’avance jusqu’à quelques centimètres de l’épanouissement du
pétiole. Celui-ci s’épanouit en trois nervures principales plus volu­

mineuses que les autres et facilement reconnaissables, car elles sont
très apparentes. De ces trois nervures partent les nervures secon­
daires fortement accentuées aussi.
La figure ci-contre peut donner une idée de cette disposition
toute particulière. Ces feuilles sont très épaisses. Les trois nervures
principales ne font jamais défaut. Les nervures secondaires sont en
nombre variable suivant l’âge du végétal et surtout les dimensions
des feuilles. Les nervures secondaires émettent elles-mêmes un
grand nombre de filaments fort apparents et qui sillonnent le
parenchyme de la feuille en venant aboutir presque en droite ligne
aux bords. La face supérieure a une couleur verte foncée très pro­
noncée. Elle est légèrement veloutée. La couleur de la face infé­
rieure est verte très pâle. Elle est aussi légèrement veloutée. Enfin
le pétiole d’un brun verdâtre à la base est d’un vert tendre à son
sommet.
Les fleurs sont unisexuées, réunies sur un même spadice, les
femelles à la base, les mâles au-dessus, non périanthées. Elles sont

���DANS LA HAUTE-GAMBIE

85

enveloppées dans une spathe peu ouverte, roulée en cornet et de
couleur blanche légèrement jaunâtre. Le fruit est une baie globu­
leuse uniloculaire renfermant de deux à huit graines. Je dédie cette
plante nouvelle à M. le professeur Heckel en la nommant Arum
Heckeli.
La racine est un tubercule de la grosseur du poing environ,
d’un brun noirâtre et ayant un peu la forme d’un oignon légère­
ment allongé. Sur ce tubercule viennent, quand la plante arrive à
maturité, douze ou quinze turions environ dont les plus volumi­
neux atteignent tout au plus la grosseur, d’un œuf. C’est la partie
comestible, et qui sert à la reproduction. Leur forme est celle du
tubercule auquel ils adhèrent fortement. Leur couleur est aussi la
même. La chair de ces turions est blanche, fortement aqueuse et
compacte, elle rappelle celle de la pomme de terre ou plutôt de la
patate. Leur odeur est légèrement vireuse.
Les semis de diabéré se font en juin et en juillet. Il suffit pour
cela de placer les turions dans un trou creusé dans la terre à une
profondeur d’environ dix à quinze centimètres. La récolte se fait
en décembre. Vers la fin d’octobre ou au commencement de
novembre, les habitants du Sandougou ont l’habitude de couper
les feuilles à une hauteur de dix centimètres du sol environ pour
faire grossir davantage les turions.
Le diabéré est un légume qui n’est pas à dédaigner même pour
le palais délicat des Européens. Bouilli ou frit à la poêle, il
constitue un aliment d’un goût agréable. Je me souviens en avoir
mangé avec plaisir en ragoût avec du mouton. Les indigènes le
préfèrent bouilli et dans certaines régions, le Diaka, le Sandougou,
le Tenda par exemple, ils en fout une grande consommation. Dans
ces derniers pays surtout on en consomme beaucoup, et les indi­
gènes des pays voisins attribuent à l’abus qu’ils en font la maladie
de peau et les nombreux goitres dont sont atteints les habitants du
Tenda. Nous y reviendrons plus longuement plus loin quand nous
parlerons de ce pays.
A sept heures quinze minutes, nous traversons sans nous y
arrêter le village de Diakaba. Le soleil commence à devenir brûlant,
et la température chaude et humide est absolument intolérable.
Diakaba. — Diakaba est un village d'environ 600 habitants. Sa
population est uniquement formée de Malinkés musulmans. Il est

�86

ANDRÉ RANÇON

littéralement couvert de verdure et à part une grande quantité de
papayers (1) il ne présente rien de particulier à signaler. Ce végétal
croît là en pleine terre et n ’a pas besoin de soins spéciaux. On le
rencontre dans presque tous les villages du Sandougou. Son fruit,
que tout le monde connaît, est savoureux et délicat et l’un des
meilleurs desserts que l’on puisse rencontrer dans les pays chauds.
A un kilomètre et demi environ de Diakaba, nous traversons un
assez gros village Peulh, Sidigui-Counda, qui disparaît littéralement
dans une épaisse forêt de mil et de maïs.
Sidigui-Counda. — Sidigui-Counda est un village de 400 habitants
environ. Il est habité par des Peulhs récemment émigrés du
Fouladougou. Ils se livrent là paisiblement à l’élevage et à la culture
de leurs champs. Il est construit en paille et argile comme tous les
villages Peulhs, du reste. Chaque chef de case a ses cases séparées
de celles des autres et les intervalles sont semés de mil, arachides,
tabac, oseille, etc., etc.
A quatre kilomètres de Sidigui-Counda nous arrivons au village
de Saré-Fodé,où Guimmé-Mahmady me quitte en me souhaitant un
bon voyage.
Saré-Fodé.— C’est un petit village Peulh de 350 habitants environ.
Nous y faisons la halte et y prenons quelques minutes de repos
sous un petit appentis que recouvrent de belles Cucurbitacées. La
population en est uniquement formée de Peulhs. A peine avionsnous mis pied à terre que le chef vint me saluer et m’apporta pour
me rafraîchir plusieurs calebasses d’un bon lait fraîchement tiré
dont nous nous régalâmes mes hommes et moi. Nous nous remîmes
en route par une chaleur torride.
A peu de distance nous traversons le petit village Peulh de
Saré-Bourandio, le dernier du Sandougou oriental et, six kilomètres
plus loin, nous trouvons enfin Saré-Demba-Ouali, le premier village
du Sandougou oriental, où j’avais décidé de faire étape ce jour-là.
Saré-Demba-Ouali. — C’est un village Peulh d’environ 550 habi­
tants. Il a absolument l’aspect des autres villages que nous venons
de traverser et la route qui y conduit depuis Saré-Bourandio,
traverse une forêt de bambous de trois à quatre kilomètres de
largeur, et, de ce fait, est difficile à pratiquer.
(1)

Carica P a p a y a L .

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

87

Je fus bien reçu dans ce village de simples cultivateurs. Pas de
tapage, pas d’ostentation, mais simplement une bonne hospitalité
franche et généreuse. Par exemple, le logement laissait un peu à
désirer et je pus là me convaincre que les cases Peulhs étaient
bien loin d’être confortables. Rien cependant ne me manqua et
mes animaux, mes hommes et moi, nous eûmes à foison de tout ce
que l’on peut trouver dans un village noir. Le chef, Demba, est un
homme jeune, actif et sachant faire respecter son autorité, chose
rare chez les peuples Soudaniens. Je me souviens encore avec quel
ton il intima à l’un de ses notables l’ordre de se taire parce qu’il
s’était permis de l’interrompre pendant qu’il parlait. Almoudo,
mon interprète, qui est cependant un autoritaire, en était
absolument étonné.
Vers quatre heures de l’après-midi, je reçus la visite du frère de
Maka-Cissé, le chef du Sandougou occidental, qui venait me faire
part du chagrin que je lui avais fait en n ’allant pas camper dans
son village distant de quelques kilomètres seulement de SaréDemba-Ouali, dans le Sud. Il craignait de m’avoir mécontenté.
Je le rassurai complètement et achevai de calmer ses alarmes en lui
faisant cadeau d’une douzaine de kolas blancs, pour lui bien prouver
que j’étais son ami. On sait qu’au Soudan Français, pour prouver
à quelqu’un toute l’estime que l’on a pour lui, il suffit de lui faire
cadeau de quelques kolas blancs. Il comprit d’autant mieux que
je ne pouvais aller chez lui, quand je lui eus dit que j’étais très
pressé et que je ne pouvais ainsi m’écarter de ma route. Il partit
tranquille.et satisfait et, le lendemain, à Oualia, il vint de nouveau
me voir et m’apporter un bœuf pour mon déjeuner et celui de mes
hommes.
La nuit, malgré la chaleur étouffante, se serait bien passée, si
je n’avais eu à repousser sans cesse les attaques multiples d’une
véritable nuée de puces et de punaises qui vinrent m’assaillir et
m’empêchèrent littéralement de fermer l’œil. Ces insectes pullulent
littéralement dans tous les villages Peulhs, et leurs habitants, vrais
nids à parasites de toutes sortes, n’en semblent nullement incom­
modés. Il n’en a pas été de même pour nous. Nous en avons fait,
mes hommes et moi, la pénible expérience. Aussi, dès le point du
jour, tout mon monde était-il debout et les préparatifs du départ
rapidement faits.

�ANDRE RANÇON

2
novembre i89i. — A cinq heures cinquante minutes du matin,
nous quittons Saré-Demba-Ouali. Une rosée abondante et fraîche
inonde la brousse qui est fort haute dès que nous sommes sortis
du village. Heureusement que le chef a eu la précaution de faire
marcher devant nous quatre de ses hommes qui, armés de grands
bambous, frappent à tour de bras sur les herbes et font ainsi
tomber les gouttes d’eau. Sans cette prévenance nous n’aurions
pas fait deux cents mètres sans être trempés jusqu’aux os. Qua­
rante minutes après avoir quitté Saré-Demba-Ouali, nous arrivons
au petit village Ouolof de Tabandi.
Tabandi. — C’est un village d’environ 500 habitants. La popu­
lation en est entièrement Ouolove. Elle a émigré du Bondou
pour fuir les exactions des Almamys Sissibés et de leur famille.
Tabandi ne le cède en rien en malpropreté aux villages Peulhs et
Malinkés. Il est tout aussi mal entretenu et ne possède aucun
moyen de défense, ni tata, ni sagné. Il est entouré de lougans bien
cultivés et jusque dans les cours des habitations on trouve de jolis
jardins de diabérés, tomates, oseille et oignons. Les Ouolofs, du
reste, cultivent beaucoup plus et mieux que les autres peuples du
Soudan. Cela tient sans nul doute à ce qu’ils font tout par euxmêmes et qu’ils n ’ont pour ainsi dire que quelques rares captifs.
Nous faisons la halte sous un superbe N’taba et les notables et le
chef viennent me saluer. Ils me demandent de passer la journée
dans leur village, et, à mon grand regret, je suis forcé de refuser
leur invitation, étant attendu à Oualia et ne pouvant m’attarder
ainsi dans chaque village. Ces braves gens voudraient après la
récolte retourner dans le Bondou, leur pays natal, mais ils redou­
tent encore les exactions des Sissibés. Je les rassure du mieux que
je puis, à ce sujet, et m’efforce de leur faire comprendre que, grâce
à nous, leur situation dans le Bondou ne sera plus ce qu’elle était
autrefois. Je leur serre la main et remonte à cheval. A sept heures
quarante minutes nous arrivons enfin à Oualia, où nous allons
passer la journée.
Oualia. — Oualia est un gros village d’environ 1200 habitants.
Il est relativement propre et bien construit. Il est entouré d’un
fort sagné de quatre mètres de hauteur environ qui l’enveloppe de
toutes parts. Cinq portes qui y ont été ménagées permettent de
pénétrer dans l’intérieur. Sa population est uniquement composée

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

89

de Toucouleurs venus du Fouta-Toro, sous la conduite de leur
chef. Ces Toucouleurs s’adonnent là à la culture de leurs vastes
lougans et élèvent avec soin de nombreux bestiaux. Nous verrons
dans le chapitre suivant quelle a été jusqu’à ce jour leur
histoire et quel avenir leur est réservé dans le Sandougou.
Oualia est situé à environ quatre kilomètres du Sandougou, sur
une petite éminence qui domine une vaste plaine bien cultivée.
Je fus d’autant mieux reçu à Oualia que son chef Ousman-Celli
avait fait avec nous la campagne de Toubacouta contre le marabout
Mahmadou-Lamine et qu’il nous est absolument dévoué. C’est un
homme fort intelligent, rusé comme un Toucouleur et en ayant,
du reste, le type et tout l’aspect extérieur.
Il avait fait préparer, à mon intention, une belle case, la
plus belle du village. Mais je fus obligé de renoncer à y loger,
car elle était tellement obscure que je n’y aurais pas vu assez clair
pour y travailler, et, de plus, elle était divisée en compartiments
si petits que j’aurais pu à peine m’y retourner. Je me contentai,
en conséquence, d’une habitation moins élégante, mais où je ne
manquais ni d’air ni de lumière. Là, encore, je reçus de nom­
breuses visites, et c’est à peine si je pus trouver le temps nécessaire
pour faire mon travail journalier. Vers quatre heures du soir,
me sentant un peu indisposé, je montai à cheval et, pour me
distraire un peu de l’énervement que j’avais éprouvé dans la
journée, je fis une courte promenade jusqu’au Sandougou et
revins à Oualia au soleil couchant. A deux kilomètres de Oualia,
je traversai le petit village de Saré-Demboubé, dont la population,
d’environ 250 habitants, est d’origine Toucouleure et a pour chef
le frère lui-même d’Ousman-Celli. — A environ quinze cents
mètres de ce village coule le Sandougou qui forme la séparation
entre le Niani et le Sandougou. C’est le marigot le plus important
de la région. Ses eaux coulent en toute saison. Sa largeur est
là d’environ cinquante à soixante mètres, et Ousman-Celli y a
toujours deux pirogues pour en faciliter le passage aux voyageurs.
A six kilomètres en amont de cet endroit on le peut traverser
à gué. Ce gué porte le nom de Gué de Oualia. Il n’est guère
praticable que du mois de février au mois de juin. Je pus
m’assurer que nous pourrions le franchir en face de Saré-Dem­
boubé sans trop de difficultés.

�90

ANDRÉ RANÇON

A peine fus-je rentré à Oualia que l’accès de fièvre, qui me
menaçait depuis quelques heures, se déclara violemment. Je fus
obligé de me coucher sans souper. Frissons, chaleur, sueurs se
succédèrent rapidement et au point du jour je me sentis assez
vigoureux pour me remettre en route.
De Toubacouta à Saré-Demba-Ouali et au Sandougou la route
change peu d’aspect. Nous pourrions répéter à ce sujet ce que
nous avons dit pour la route de Sini à Toubacouta, mais en
accentuant encore, si cela est possible. On suit une véritable
vallée de latérite entrecoupée par deux endroits différents par
deux plateaux assez élevés formés de quartz et de roches ferru­
gineuses. La latérite domine partout, mais si on s’écarte à droite
ou à gauche de la vallée on retrouve immédiatement les argiles
compactes et sur les bords de la Gambie des marais et des
alluvions. — Le terrain compris dans le grand coude que forme
au Sud la Gambie en cette région est uniquement formé d’argiles
compactes et d’alluvions. Les collines qui viennent y mourir
sont formées de quartz et de roches ferrugineuses. Elles sont
excessivement boisées. — La végétation dans ces régions est
absolument luxuriante et les cultures magnifiques. La flore varie
peu. Toujours les mêmes essences : Nétés, N’tabas, Fromagers,
Ccûil-cédrats, Légumineuses les plus variées, quelques beaux Baobabs
et quelques échantillons de belles Combrétacées ! Les mil, maïs,
arachides, riz, etc., etc., y poussent à merveille et n’y ont besoin
que de peu de soins pour donner une récolte abondante.
Le Baobab. — Dans presque toutes nos possessions Sénégambiennes et Soudaniennes, on trouve cet arbre, fantastique,
étrange, aux formes bizarres, véritable Titan végétal, auquel on a
donné le nom curieux de Baobab, comme si on voulait attirer sur lui
l’attention rien qu’en le prononçant. C’est VAdansonia digitata L. (1)
de la famille des Malvoïdées. Il peut atteindre jusqu’à 12 mètres de
diamètre. Cette plante est si diversement employée par les indigènes
et peut rendre de tels services à l’Européen lui-même que nous
aurions été incomplets si nous n’en avions pas fait l’histoire de
façon à bien faire connaître ses propriétés et ses usages.
(1) Voir au sujet de ce végétal, le travail de MM. Heckel et Schlagdenhaufïen
dans le journal Les nouveaux Remèdes. — 1888.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

91

Le Baobab est facile à reconnaître. Quiconque l’a vu une fois
n’oubliera jamais sa forme bizarre, ses dimensions gigantesques,
l’aspect tout particulier de ce géant des solitudes Africaines qui le
fait ressembler à quelque animal légendaire et préhistorique.
On dirait une pieuvre de taille démesurée, dont le corps serait
représenté par la tige courte et énorme et les tentacules par les
rameaux tordus et noueux.
L’écorce est très épaisse. L’épiderme est assez mince et de
couleur gris ardoisé. La couleur de celui du tronc est légèrement
terne, celle de celui des rameaux est au contraire très brillante.
Cette écorce est très épaisse, environ trois à quatre centimètres
chez les adultes. Elle peut s’enlever aisément, et en larges plaques.
Sa face interne est blanchâtre, luisante, gluante. Si, à l’époque de
la floraison, on y pratique une incision intéressant toute son
épaisseur, on voit s’écouler par la blessure un liquide mucilagineux,
d’un gris sale qui, à l’air libre, ne tarde pas à prendre la consistance
de la gélatine. D’après Hecltel, de Marseille, ce mucilage serait
donné par des lacunes mucilagineuses, dans un point très limité de
l’écorce seulement. Ces lacunes proviendraient de la gélification
non d’une cellule, mais d’un groupe de cellules. Dans la compo­
sition de l’écorce, entrent encore des fibres très résistantes, et en
grande quantité, dont les indigènes se servent journellement pour
fabriquer des cordes excessivement fortes qu’ils emploient à maints
usages et avec lesquelles ils fabriquent des hamacs d’une remar­
quable solidité. Aussi, dans ce but, ils dépouillent l’arbre de son
écorce sur une hauteur d’environ l m50 ou 2 mètres à partir du sol.
Ces blessures, même réparées, contribuent à donner à ce végétal un
aspect encore plus saisissant.
Le bois de Baobab est peu utilisé par les indigènes. Difficile à
travailler, ils ne l’emploient qu’à défaut d’autres dans la construc­
tion de leurs pirogues. Je n’ai point appris qu’ils s’en servent à aucun
titre que ce soit dans leur thérapeutique.
Les feuilles sont d’un beau vert et très tendre, elles ressemblent
à celles du marronnier d’Inde. Elles sont alternes et accompagnées
de deux stipules à la base, le limbe en est lisse sans dentelures sur
leur contour quand elles sont vieilles, dentelées au contraire quand
elles sont jeunes, surtout vers leur sommet. Ces feuilles sont en
général peu nombreuses. Il n’y a que les jeunes rameaux qui en

�ANDRE RANÇON

soient pourvues. Elles poussent au commencement de la saison des
pluies et tombent dès qu’elle cesse et dès que la température de la
nuit se rafraîchit. On sait combien est funeste à l’Européen appelé
à vivre sous les climats où croît le baobab la saison des pluies. De
même la saison sèche, à cause du refroidissement nocturne, est
fatale à l’indigène. Aussi existe-t-il au Sénégal et au Soudan un
dicton fort connu de ceux qui habitent ces régions. Les indigènes
disent, en effet, « que la pousse des feuilles de baobab est le signal de
la mort du blanc et que leur chute est l’annonce de celle du noir ».
Les fleurs sont énormes, suspendues à l’extrémité des jeunes
rameaux par un pédoncule de vingt-cinq à trente centimètres de
longueur. Le calice en est coriace, caduc, gamophylle, pentamère,
chargé en dehors de poils cotonneux. La corolle est blanche à cinq
pétales très épais et très résistants. Étamines biloculaires, indéfi­
nies, monadelphes; ovaire à cinq carpelles, multiovulés. Cette fleur
exhale une odeur assez douce qui rappelle assez celle de l’Althœa.
Le fruit a la forme d’un jeune melon vert, velu et allongé. Il est
porté sur un long pédoncule et il pend à l’extrémité des jeunes
rameaux au bout desquels il s’insère. C’est une capsule indéhis­
cente et il faut un choc assez violent pour la briser. Ce fruit ren­
ferme trente à quarante graines entières, réniformes, pourvues
d’un épisperme dur et noirâtre, d’un embryon huileux, et de
cotylédons plissés. Ces graines sont noyées dans une pulpe blancrougeâtre abondante et d’un goût légèrement acide. De nombreux
filaments d’un rose tendre la traversent. La face interne de la
capsule en est également absolument tapissée. Ce fruit, dont les
singes sont très friands, est connu en France sous le nom de pain de
singe.
Nous savons que le baobab est très employé non seulement par
les indigènes, mais aussi par les Européens. Nous avons vu que les
fibres que renferme son écorce servaient aux noirs pour fabriquer
leurs cordes et qu’ils utilisaient parfois son bois pour la construc­
tion de leurs pirogues. Je me rappelle avoir lu, dans je ne sais trop
quel livre, qu’ils l’employaient aussi pour fabriquer des cercueils.
Jamais, de mémoire d’homme, dans n’importe quel village indigène
du Sénégal ou du Soudan, le cadavre d’un noir n’a été enfermé
dans un cercueil quelconque pour être inhumé. L’auteur faisait
sans doute allusion à ce fait que, dans certaines régions, le Djolof,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

93

par exemple, on avait l’habitude de creuser dans le tronc des
baobabs la sépulture des griots. Cette caste si méprisée y est, de ce
fait, exclue des cimetières communs. On jugera par là combien sont
grandes les dimensions que peut atteindre ce végétal.
C’est surtout dans l’alimentation et dans la thérapeutique que
certaines parties du baobab, les feuilles et les fruits particuliè­
rement, sont employées.
Les jeunes feuilles vertes et fraîches sont utilisées pour fabri­
quer les sauces destinées à assaisonner le couscouss. Desséchées et
pulvérisées, elles donnent une poudre qui, sous le nom de Lalo, est
mêlée aux aliments et sert de condiment. Cette poudre, légèrement
astringente au goût, a, de plus, une odeur absolument nauséabonde.
Bouillies, ces feuilles servent à confectionner des cataplasmes exces­
sivement émollients. Les bains de feuilles de lalo jouissent éga­
lement, à un haut degré, de cette propriété. Elle est évidemment
due à la grande quantité de mucilage qu’elles contiennent; je me
suis très bien trouvé, en maintes circonstances, de m’en être servi.
Le fruit est de beaucoup le plus employé, et c’est la pulpe qui
entoure ses graines qui est principalement active. En temps de
disette, les indigènes en font une grande consommation, et il est
pour eux une précieuse ressource. Le pain de singe est très commun
dans tous les villages et on le trouve en abondance sur tous les
marchés. Il est considéré par les indigènes comme le médicament
antidysentérique par excellence. Il est mélangé aux aliments mêmes.
Ainsi le noir se nourrit souvent de farine de mil et de lait caillé.
On désigne ce mélange sous le nom de Sanglé. Lorsqu’il est atteint
par la dysenterie, il mélange le pain de singe à cette bouillie. La
pulpe, desséchée et réduite à l’état de farine, s’expédiait autrefois
en Europe sous le nom de terre sigillée de Lemnos ou terra Lemnia.
D’après Heckel et Schlagdenhaufïen (de Nancy), l’action de cette
pulpe serait due, dans la dysenterie, à l’abondance des corps gras,
qui, suspendus par les matières gommeuses, peuvent constituer
un léger laxatif et émollient. L’écorce pilée et les graines torréfiées
sont aussi usitées contre cette affection, mais dans les cas graves.
Elles sont également préconisées contre les hémorrhagies, les
fièvres intermittentes et la lientérie. Leur action est alors due,
vraisemblablement, au tannin spécial qu’elles renferment. Cons­
tatons en terminant que tous les médecins qui se sont servis du

�94

ANDRÉ RANÇON

baobab sont unanimes à en reconnaître les bons effets et ne lui
ont trouvé aucun inconvénient.

Kinkélibah (Combretum R aim baulti Heckel : rameau floral).

Kinkéiibah. — Un autre végétal non moins précieux, dont nous
avons été à même de constater sur nous-mêmes la bienfaisante
action, se trouve en grande quantité notamment sur les pla-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

95

teaux élevés du Sandougou. C’est le Kinkélibah (Cnmbretum
Rairnbaulti Heckel), famille des Combrétacées. Très commun dans
les Rivières du Sud, on le trouve encore dans le Cayor, où les
Ouolofs lui donnent les noms de Sekhaou et Khassaou. Avec ses
rameaux ils construisent des greniers dans lesquels ils conservent
leur mil et leurs haricots. Ces greniers sont appelés Lakhass,
nom que, dans cette région, on donne encore parfois au Kinké­
libah, qui est son nom en langue Soussou. Il croît dans les ter­
rains sablonneux et pierreux. On ne le trouve jamais au bord de
la mer. Il fleurit de mai à juin. Voici la description qu’en donne
le professeur Heckel, de Marseille : « Cet arbuste, plus ou moins
» touffu suivant l’âge, et dont la tige peut atteindre un décimètre
» de diamètre, devient alors tout blanc et tranche beaucoup sur
» les arbres et arbustes qui l’environnent ; aussi, est-ce à cette
» époque qu’il est le plus facile de le reconnaître. Son fruit carac» téristique se dessèche en même temps que les feuilles et tombe
a avec elles pendant la saison sèche. Son ombrage agréable est
» très Recherché. Il donne souvent abri pendant la nuit aux
)) caravanes de l’intérieur. Ce végétal est muni d’une racine
» pivotante, dont les ramifications se terminent par des nœuds à
» radicelles, d’où naissent de nouveaux rejets. Une des tiges
» s’élève au-dessus des autres pour former un arbrisseau (jamais
» un arbre) avec branches étendues dans tous les sens, mais
» plutôt horizontales que verticales. La tige du Kinkélibah est
» lisse et blanchâtre, elle porte des rameaux opposés. Son bois est
» blanc, dur et serré. »
Les feuilles fraîches ou sèches sont particulièrement utilisées.
Les indigènes des Rivières du Sud les emploient avec succès dans
les cas de fièvres bilieuses simples ou inflammatoires, de rémit­
tentes bilieuses et de bilieuses hématuriques. C’est au révérend
père Raimbault, missionnaire apostolique à la côte occidentale
d’Afrique, que l’on doit d’avoir attiré l’attention du monde scien­
tifique sur ce précieux végétal, et ce sont les savants professeurs
Heckel et Schlagdenhaufïen qui l’ont les premiers étudié et
analysé. Voici comment, d’après le père Raimbault qui l’a fréquem­
ment utilisé et toujours avec succès, on le doit employer. « Le
» Kinkélibah est administré sous forme de tisane. Les feuilles sont
» employées en décoction. On les fait bouillir pendant un quart

�ANDRE RANÇON

» d’heure environ soit fraîches, soit desséchées. Sous ce dernier
» état, les feuilles pilées peuvent se conserver pendant plusieurs
» années avec les mêmes propriétés.
» Pour se servir de la poudre de Kinkélibah, on met dans
» une bouilloire autant de cuillerées à café de cette poudre
» qu’il y a de verres d’eau (4 grammes pour 250 gr. d’eau, 16 gr.
» pour un litre). On couvre bien et on laisse bouillir 15 minutes,
» on décante, on filtre, ou bien on boit le liquide tel quel au choix
» du malade.
» La tisane doit être amère et jaunâtre. Si elle prenait une cou» leur brune, c’est qu’elle serait trop forte et il faudrait ajouter de
)) l’eau, si elle devient jaune clair, c’est qu’elle est trop faible, alors
» il faut faire bouillir plus longtemps et ajouter au besoin de la
» poudre.
» On prend un verrre (250 grammes) de Kinkélibah dans les cas
» de fièvre bilieuse hématurique, le plus tôt possible ; puis, après
&gt;) 10 minutes de repos, un demi-verre (125 grammes), ensuite repos
» de dix minutes et enfin un autre demi-verre. Les vomissements
se
t
» produisent alors, mais ils ne tardent pas à s’arrêter et à cesser
)) pour toujours. On doit, du reste, faire boire du Kinkélibah à la
» soif du malade, durant tout le cours de la maladie, et pendant
» quatre jours au moins, en ne dépassant guère, toutefois, un litre
» et demi par jour.
» Aucune nourriture ne doit être prise pendant toute la durée
» de la teinte ictérique, c’est-à-dire pendant les trois premiers jours.
» Le 4e jour, nourriture très légère et peu à la fois. Le mieux même
)) le 4ejour est de ne prendre que du Kinkélibah comme boisson. Le
» R. P. Raimbault nourrit ses malades avec des œufs crus battus
» dans du rhum et du cognac. Il donne avec succès un purgatif,
» dès le commencement de l’accès ; c’est nécessaire en tout cas,
» quand la constipation intervient.
» Le 4e jour au matin, en même temps que le Kinkélibah, il
» donne Ogr. 80 de sulfate de quinine ; il continue ce fébrifuge
» autant que dure la fièvre, en diminuant cnaque jour la dose, tout
» en continuant le Kinkélibah.
» Il conseille de prendre un verre de Kinkélibah chaque fois
» qu’il y a embarras gastrique de nature biliaire, et considère
» comme un moyen sûr d’acclimatement, pour l’Européen, de

�Î)ANS LA HAUTE-dAMBlË

97

)) prendre, chaque matin à jeûn, un verre de cette décoction. » (De
l’emploi des feuilles du Combretum, Raimbaulti Heckel, contre la
fièvre bilieuse hématurique des pays chauds, par le Dr Edouard
Iieckel,professeur à la Faculté des Sciences et à l’Ecole de Médecine
de Marseille. — Extrait du Répertoire de Pharmacie, juin 1891).
Nous avons expérimenté leKinkélibah deux fois sur nous-mêmes
à Nétéboulou, alors que j’étais atteint de rémittente bilieuse,, et à
Oualia contre l’accès bilieux dont nous avons parlé plus haut. Je
m’en suis également servi à Mac-Cartby pour soigner plusieurs
de mes hommes qui y furent atteints de fièvres intermittentes
compliquées d’embarras gastriques prononcés. Je m’en suis toujours
très bien trouvé et n’ai eu à enregistrer que des succès. Je me suis
toujours attaché à suivre à la lettre les indications formulées par le
R. P. Raimbault et j’ai toujours vu le médicament agir comme il
vient d’être dit. D’après ce que nous avons observé, nous croyons
donc que les feuilles de Kinkélibab jouissent de précieuses
propriétés. Il est à n’en pas douter, tonique, diurétique et légère­
ment cholagogue. Il est de plus émétique au début, et, par l’emploi
répété, empêche le retour des vomissements. D’après Heckel, ses
propriétés toniques et diurétiques seraient justifiées par la présence
du tannin et du nitrate de potasse. Quant aux autres actions, la
composition chimique n’en donne aucune explication plausible.

André Rançon. — 7.

�Le Sandougou. — Description géographique. — Aspect général — Hydrologie. —
Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du sol.—
Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations. — Ethnologie. —
Situation et organisation politiques. — Rapports avec les autorités françaises. —
Conclusions.

Le Sandougou est peut-être, de tous les pays que nous avons
visités dans le bassin de la Gambie, celui qui présente les frontières

�les mieux définies. Bien que cet Etat ait été mutilé par suite de ce
que les Toucouleurs Torodos s’y sont taillés une petite principauté,
nous n’en donnerons pas moins la description géographique, comme
si cette mutilation n’avait pas eu lieu.
Ses limites extrêmes sont comprises entre les 13° 16’ et 13° 34’
de latitude Nord et les 13° 23’ et 16° 30’ de longitude Ouest.
La Gambie forme sa frontière Sud et le sépare du Fouladougou
au Sud-Est le marigot de Malta-Doua le sépare du Ouli et à l’Est
une ligne fictive serait frontière entre ces deux pays. Cette ligne,
partant de Toubacouta, aboutirait à mi-chemin entre Diabaké et
Koussanar. Enfin, à l’Ouest et au Nord, le Sandougou lui donne
une frontière naturelle. Au Nord, c’est la branche septentrionale
qui forme la séparation. Il conduit à l’Ouest au Niani et au Nord
au Kalonkadougou. Comme on le voit, ce pays est assez important.
Il est très peuplé dans la partie Sud. Sa partie Nord l’est fort peu.
Du Nord au Sud, sa plus grande dimension est d’environ 53 kilom.
et de l’Est à l’Ouest elle est de près de 18 kilom. Sa superficie est
d’environ 2500 kilom.
Description géographique. — Aspect général. — De même que pour
le Ouli, on peut considérer dans le Sandougou deux parties bien
distinctes l’une de l’autre sous tous les rapports, une partie Nord et
une partie Sud. Une ligne fictive allant de Paqueba dans le
Sandougou à Goundiourou dans le Ouli indiquerait d’une façon
à peu près exacte la séparation de ces deux régions.
La partie Nord appartient à la région des Steppes. C’est un pays
plat, à peine vallonné et absolument stérile. Son sol ingrat ne se
prête à aucune culture et il est à peu près inhabité. On n’y trouve,
en effet, que trois villages, Colibentan, Sandougoumana et Lamen,
encore sont-ils situés sur les bords du marigot où la terre est un
peu plus fertile.
Si l’on descend vers le Sud, l’aspect du pays change rapidement,
surtout à partir de Kouta-Counda. Les steppes disparaissent, la
végétation devient plus riche, et la nature du sol se modifie com­
plètement. Enfin, à vingt kilomètres environ de la Gambie, nous
trouvons un pays qui présente absolument l’aspect d’une de nos
rivières du Sud. C’est la végétation des tropiques dans toute sa
splendeur. Le sol y est d’une fertilité étonnante et le pays présente
un aspect qui repose la vue du voyageur. En résumé, au Nord

�ANDRE RANÇON

région de steppes stérile et inhabitée, au Sud, région tropicale
riche, fertile et excessivement peuplée. Peu de collines dans le
Sandougou, et celles que l’on y rencontre dans le Sud particuliè­
rement sont fort peu élevées. Elles sont, par contre, excessivement
boisées, et, en tout temps, les végétaux qui les couvrent sont cou­
verts de feuilles. A notre avis, la partie Sud du Sandougou. est la
plus fertile des régions que nous ayons visitées au Soudan.
Hydrologie. — A ce point de vue, le Sandougou appartient tout
entier au bassin de la Gambie. C’est dans ce fleuve, en effet, que se
jettent tous les marigots qui arrosent le pays, marigots, du reste
peu nombreux et fort peu importants, à part le Sandougou. Si la
Gambie ne reçoit que peu de marigots, par contre, elle forme un
grand nombre de véritables criques qui donnent aux terres qui les
avoisinent une étonnante fertilité.
La région Nord du Sandaugou est fort peu arrosée. Nous n’y
trouvons, en effet, que le Sandougou lui-même tout-à-fait à
l’extrémité Nord. Il forme là deux branches dont Tune passe à
Koussanar et l’autre non loin de Goundiourou dans le Ouli. Bien
que toute l’année il y ait de l’eau, elle n ’y coule cependant pas,
pendant la saison sèche. Comme nous l’avons dit plus haut, cette
région septentrionale est absolument un pays de steppes, et c’est à
peine si de loin en loin on y rencontre quelques mares où croupit
une eau absolument impropre aux usages domestiques.
La région du Sud est, au contraire, puissamment arrosée, non
pas qu’il s’y trouve beaucoup de marigots, mais parce que le sol
est, pour ainsi dire, imprégné par les eaux d’infiltration et cela à
une distance assez considérable du cours du fleuve. Il en résulte
de véritables marécages qui, pendant l’hivernage, sont transformés
en magnifiques rizières et qui se dessèchent pendant la saison
sèche, laissant à nu une couche assez épaisse de vases et d’argiles.
Le pays est parsemé de mares peu profondes, à fonds d’argiles et
de vases qui se dessèchent également pendant la saison sèche.
Le Sandougou, de son embouchure entre Paddy et Fory,
jusqu’aux environs de Sandougoumana, où il se divise en deux
branches, est un large marigot de 60 à 70 mètres environ de
largeur et excessivement profond. Entre ces deux points extrêmes,
en toute saison, l’eau y coule claire et limpide. Non loin de ses
bords, sur les deux rives, s’élèvent des villages relativement

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

101

nombreux. On a pu remarquer à ce propos que les rives de la
Gambie étaient peu peuplées. Les villages que l’on y rencontre
sont assez éloignés du fleuve. Il en est de même pour le Sandougou.
Gela tient à ce que les bords du fleuve sont, pendant l’hivernage
et pendant une bonne partie de la saison sèche, transformés en
véritables marais absolument inhabitables.
En résumé, l’hydrologie du Sandougou est des plus simples :
deux grands cours d’eau, la Gambie et le Sandougou. Pas de
marigots proprement dits, mais de véritables criques que forment
dans l’intérieur des terres les nombreux détours que présente le
fleuve. La région Nord absolument aride, la région Sud, au
contraire, couverte de mares et de marais produits par les infiltra­
tions souterraines, transformées en rizières pendant l’hivernage et
à sec pendant la saison sèche.
Orographie. — De ce que nous venons de dire de l’hydro­
logie du Sandougou , on peut facilement en déduire ce que
peut être son orographie. Dans la région Nord, terrain abso­
lument plat, quelques dunes de sables ou d’argiles compactes
et voilà tout. Pays à peine vallonné. Dans la région Sud, nous
ne trouvons à mentionner comme reliefs de terrain apprécia­
bles que la chaîne de petites collines qui longe la Gambie à
environ 1500 mètres cle sa rive et que nous retrouvons dans
tout le cours de ce fleuve, sauf dans une certaine partie du
Tenda. Ces collines sont peu élevées. Elles n’ont guère plus
au maximum de trente à quarante mètres au-dessus du niveau
du fleuve, et elles sont excessivement boisées. Par-ci par-là,
on trouve, en outre, quelques petites collines d’un ou deux
kilomètres de longueur sur 500 mètres ou un kilomètre de
largeur et venues là on ne sait d’où ni comment. Elles sem­
blent placées dans les plaines, comme de véritables buttes de
tir et sont couvertes d’arbres. Leurs flancs sont assez à pic,
et, de ce fait même, profondément ravinés par les pluies de
l’hivernage.
De même que sur les bords de la Gambie, nous avons
remarqué une petite chaîne de collines, de même il en existe
une semblable le long du Sandougou, ces collines n’atteignent
pas plus d’une dizaine de mètres de hauteur et sont formées
d’argiles et non de roches, comme les précédentes. Ce sont

�ANDRE RANÇON

plutôt de légères ondulations du sol que des collines véritables.
Constitution géologique du sol. — A ce point de vue , nous
considérons dans le Sandougou deux régions bien distinctes :
la région Nord et la région Sud. Nous avons indiqué plus
haut la ligne qui pourrait les séparer.
Dans la région Nord région de steppes soudaniennes,
nous trouvons à peu près les mêmes terrains que dans le
Kalonkadougou et la partie Nord du Ouli auxquels, du reste,
elle confine. Une couche épaisse de sables, soit alluvionnaires,
soit produits par la désagrégation des roches par les pluies
d’hivernage, recouvre par endroits une couche plus épaisse
d’argiles compactes. En d’autres lieux, cette première couche
fait absolument défaut et on trouve de suite les argiles. Le
sous-sol est généralement formé de terrains ardoisiers, dont
les schistes apparaissent à nu en certains endroits, schistes
lamelleux et micacés surtout. Ailleurs, et le fait est assez rare,
nous trouvons quelques grès et quelques quartz. La roche
et le conglomérat ferrugineux font presque partout défaut.
On n’en trouve que quelques rares échantillons semés par-ci
par-là, on ne sait ni comment ni par qui, véritables cailloux
roulés, blocs erratiques qui ont dû être entraînés dans ces
régions désolées par les inondations. Il est facile de voir, du
reste, qu’ils sont en voie rapide de désagrégation. La latérite
fait absolument défaut.
Telle est la constitution géologique du sol de la région méri­
dionale du Sandougou. A mesure que nous descendons dans le Sud,
l’aspect du terrain change absolument. Les sables du et Nordles
argiles disparaissent quand on approche de la Gambie. Elles font
place à un tout autre terrain qui mérite une description toute
particulière.
Tout d’abord le sous-sol n’est plus le même. Les schistes du
terrain ardoisier ont disparu pour faire place aux quartz, grès et
conglomérats ferrugineux. Par-ci, par-là, la roche émerge au-dessus
de la croûte terrestre et forme ces collines isolées, rouges, dont
nous avons parlé plus haut. Ailleurs ce sont de vastes plateaux
rocheux, creusés parfois en cuvettes remplies d’eau pendant la
saison des pluies. Plus on approche de la Gambie et plus le soussol rocheux est profondément enfoui sous une épaisse couche de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

103

terres fertiles et cultivées. Cette couche diffère suivant les endroits
où on l’étudie. Au nord, au point où commence la région méri­
dionale, elle est formée d’une couche peu épaisse de latérite que
recouvre un sable excessivement fin, produit par la désagrégation
des roches cristallines. Plus au sud, nous avons bien toujours la
même couche de latérite; mais les sables ont disparu et ont fait
place en certains endroits à une couche relativement épaisse
d’humus, et, en d’autres, dans les marais, à une couche vaseuse qui
repose elle-même sur une couche épaisse d’argiles compactes.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, les rives de la Gambie à
un kilomètre environ à l’intérieur des terres sont couvertes de
marécages pendant l’hivernage, et, pendant la saison sèche, pré­
sentent une couche relativement épaisse d’alluvions récentes,
séchées, durcies et profondément fendillées par l’action du soleil et
du vent d’Est.
Les collines qui la bordent sont formées de terrains identiques
au sous-sol que nous venons de décrire. En maints endroits, la
roche s’y montre à nu. Cela est dû à ce que les flancs sont assez
abrupts pour que les grandes pluies d’hivernage entraînent dans la
plaine toute la terre qui peut s’y trouver. Aussi sont-elles profon­
dément ravinées.
Flore. Productions du sol. Cultures. — La région nord est abso­
lument stérile. Nous n’y trouvons que la flore des terrains pauvres
en humus, quelques mimosées rachitiques aux dards acérés et
autres végétaux aux formes bizarres, étranges, que le sol n’a pu
faire se développer d’une façon normale. Dans le fond des vallons
où croupit, pendant la saison des pluies, une eau absolument
impropre à n’importe quel usage domestique que ce soit, on trouve
une brousse maigre formée de quelques graminées minces et
ténues et de quelques cypéracées.
On comprend aisément ce que peuvent être les cultures dans
un pareil terrain et ce que peut produire le sol. Hâtons-nous de
dire toutefois que cette région est à peu près inhabitée, sauf en
deux ou trois endroits où la terre, étant plus fertile, se sont cons­
truits les villages de Colibeutan, Sandougoumana et Lamen. Le
mil est la principale culture, pour ne pas dire la seule. C’est sur­
tout la variété baciba qui y est cultivée. Si nous citons, outre cela,

�ANDRE RANÇON

le tabac, et quelques lougans d’arachides, nous aurons épuisé les
cultures de la région Nord.
Autant la région Nord est pauvre, autant la région Sud est
riche. La végétation y est d’une rare vigueur et rappelle, celle de
nos Rivières du Sud. Légumineuses gigantesques, N’tabas, fromagers
caïl-cédrats, ficus énormes et de toutes natures, baobabs, etc., etc.,
y abondent. Le sol y produit tout ce que les indigènes y veulent
bien cultiver. Le mil, le maïs y atteiguent des proportions énormes
et y donnent un rendement considérable. Le riz y abonde et forme
la plus grande partie de l’alimentation indigène. C’est surtout sur
les bords du fleuve et du marigot, à deux ou trois kilomètres de
leurs cours, que se trouvent les plus belles et les plus riches
rizières du Sandougou. Mais de toutes les cultures, celle qui est
la plus développée et qui donne le rendement le plus considérable
est assurément celle de l’arachide. Tout, du reste, concourt, dans
le Sandougou, à rendre cette culture excessivement productive :
la nature du terrain et le zèle des travailleurs, qui s’y livrent sur
une grande échelle ; car ils savent qu’ils en tireront profit. Les
arachides du Sandougou sont très belles et sont fort recherchées
des commerçants de la Gambie. Elles sont de beaucoup supérieures
à celles du Cayor et du pays de Galam. Si l’on parcourt le Sandougou
on pourra constater que toute la bande de terrain qui, des rives
du fleuve, s’étend à environ quinze kilomètres à l’intérieur, est
presque uniquement occupée par cette culture et, encore, que de
terrains perdus et qui pourraient être utilisés. Outre les cultures
mentionnées plus haut, nous citerons encore le tabac, l’oseille,
les cucurbitacées de toutes sortes, le coton, etc., etc. Cette dernière
culture est excessivement développée et avec le produit on fabrique
dans le pays une étoffe qui sert de monnaie.
En résumé, le Sandougou, dans sa partie Sud, peut être consi­
déré comme le pays le plus fertile de cette région. Il suffirait de
peu d’efforts pour augmenter d’une façon notable sa production.
Malheureusement, la plus grande partie des terres qui seraient
susceptibles de culture ont été cédées par nous aux Anglais par
le traité qui détermine nos possessions et les leurs en Gambie.
Par contre, dans cette région, le commerce qui s’y fait est heureu­
sement entre les mains de la Compagnie Française de la côte
occidentale d’Afrique et du Sénégal.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Faune. Animaux domestiques. — La faune est
grands fauves y font complètement défaut, et c’e
y trouve quelques sangliers et quelques rares bic
lopes. Peu d’animaux nuisibles. Nous ne citerons (
hyènes, lynx et panthères, encore sont-ils très rar&lt;
bie et le Sandougou foisonnent les caïmans et les lnppupuiames.
Les animaux domestiques y sont les mêmes que dans les
autres pays. Beaucoup, beaucoup de bœufs petits, mais de bonne
qualité. Le lait que donnent les vaches est absolument de qualité
supérieure et lesPeulhs du pays en fabriquent un beurre qui n’est
pas à dédaigner, surtout quand il a été battu à nouveau et nettoyé
avec soin. Le commerce des peaux de bœufs qui se fait avec MacCarthy est assez important et il ne ferait que s’accroître si les
habitants amélioraient leurs procédés d’élevage. Peu de chevaux,
ceux que l’on y trouve viennent du Ouli, du Niani et même du
Cayor. Par contre, tous les villages regorgent littéralement de
moutons, chèvres, poulets, canards. Mentionnons pour mémoire
les chiens très nombreux et qui sont les agents les plus actifs et
les seuls, du reste, de là voirie. Peu de chats.
Population. Ethnologie. — Relativement à son étendue, le San­
dougou est peu peuplé. Cela tient à ce que la région Sud est seule
habitée. Il n’y a guère plus d’une douzaine de mille habitants, ce
qui nous donne à peu près 4,5 habitants par kilomètre carré, ce
qui est cependant au Soudan une proportion relativement élevée.
On y trouve des peuples de plusieurs races différentes : Malinkés
musulmans, Peulhs, Toucouleurs, Sarracolés, Ouolofs.
1° Malinkés musulmans. — Ce sont les maîtres du pays, les pro­
priétaires du sol. Ce sont eux qui, venus les premiers dans le San­
dougou après les migrations du Manding, le colonisèrent. Une
seule famille occupa d’abord ce pays relativement étendu : celle des
Dioulas. Ce sont encore les chefs du Sandougou. Quand, comment
et à la suite de quels événements se convertirent-ils à l’Islamisme,
nous ne saurions le dire. Tout ce que nous pourrions affirmer,
c’est que, dans le Sandougou, tous les Malinkés, à quelque famille
qu’ils appartiennent, sont musulmans et musulmans fanatiques.
Aussi la plus grande partie de la population prit-elle fait et cause
pour le marabout Makmadou-Lamine.
Le Malinké du Sandougou est loin de présenter le type du parfait

�ANDRE RANÇON

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abruti que possède à uu si haut degré le Malinké non musulman du
Ouli et du Kalonkadougou, par exemple. Il est intelligent, a l’esprit
fort éveillé et ses traits présentent une finesse que n’ont pas ceux
des autres Malinltés. Il est travailleur (autant, bien entendu, qu’au
nègre peut l’être) et propre. Les villages sont mieux construits,
mieux entretenus. Dans chaque village se trouvent une ou plu­
sieurs mosquées, bien faites, bien disposées et couvertes en paille.
Les abords en sont toujours excessivement propres, et ce ne sont
pas les endroits les moins fréquentés du village. Les usages,
coutumes, etc., sont chez eux les mêmes que chez les autres
peuples musulmans.
2° Peulhs. — Les Peulhs sont très nombreux dans le Sandougou.
Ils s’y livrent avec ardeur à la culture et à l’élevage. Ils sont là
aussi sales que partout ailleurs et leurs villages y sont les mêmes
que dans les autres pays. Non loin d’être musulmans, ce sont, au
contraire des ivrognes fieffés; d'où sont-ils venus? Tout porte à
croire qu’ils ont suivi les premiers colons et qu’à ce petit noyau
sont venues se joindre d’autres familles émigrées du Cayor, FoutaDjallon et surtout du Fouladougou. Le Peulh est, nous le savons, une
race excessivement nomade. Il vit presque partout dans une espèce
de sujétion vis-à-vis des propriétaires du pays. De ce fait même
qu’il est nomade, il est exposé, dans ses pérégrinations, à être, à
chaque instant, pillé. Aussi cherche-t-il un coin où la terre soit
bonne pour y fixer sa tente, et quand il l’a trouvé, il s’y installe
avec sa famille et avec l’autorisation du chef du pays dont il est,
pour ainsi dire, l’humble serf. Je ne saurais mieux comparer l’état
de sujétion dans lequel vit le Peulh vis-à-vis de son protecteur.
Celui-ci parfois le rançonne et le pressure à outrance, ce qui
entraîne souvent de grandes émigrations. D’autres, plus intelligents,
le laissent en paix dans ses lougans, comprenant qu’il est une
véritable source de richesse et de bien-être pour son pays. Malgré
tout cela, le Peulh jouit de sa liberté entière et dans le Sandougou
plus que partout ailleurs. Il ne contribue pas peu à augmenter la
richesse du pays. C’est ce qu’ont compris les maîtres du Sandougou.
3° Sarracolés. — Nous trouvons encore dans le Sandougou
quelques Sarracolés. Ils y ont formé trois villages auprès de villages
Malinltés sous la tutelle desquels ils semblent se trouver. Ces Sar­
racolés sont venus les uns du Guidioumé, lors de la conquête du

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

107

Kaarta par El-Hadj Oumar, les autres du pays de Ghabou (aujour­
d’hui Fouladougou), lors de la conquête de ce pays par le père de
Moussa-Molo, Alpha-Molo et par Moussa-Molo lui-même. Ils sont
venus les uns et les autres, chassés par les conquérants, se réfugier
là. Ils y vivent en paix en cultivant leurs lougans et faisant un peu
de commerce, fort respectueux de l’autorité de ceux qui leur ont
donné l’hospitalité et qui les ont protégés.
4° Ouolofs. — Quelques centaines de Ouolofs émigrés du Bondou
sont également venu se fixer dans le Sandougou pour fuir les
exactions des Almamys et surtout des membres de leur famille.
Ils ont formé deux villages où ils vivent fort heureux, disent-ils,
et où personne ne les tracasse et ne les empêche de cultiver leurs
champs et d’élever leurs troupeaux. Ils reconnaissent l’autorité
des maîtres du pays et ceux-ci ont le bon esprit de ne pas les
pressurer. Ils sont, en résumé, absolument libres sur le sol du
Sandougou.
5° Toucouleurs. — Ils forment, après les Peulhs, dans le San­
dougou, la colonie la plus nombreuse et ont réussi à se rendre
indispensables et indépendants. Il forment un petit État. Ce sont
des Torodos venus du Fouta-Toro. Ils sont grands cultivateurs de
mil,arachides, etc., et leur situation toute particulière à l’embou­
chure du Sandougou, dans la partie la plus fertile du pays, leur
permet d’avoir des cultures fort étendues et d’en retirer, chaque
année, un profit certain en vendant leurs produits à Mac-Carthy
qui est peu éloigné.
Situation et organisation politiques. — Il faut remonter à quel­
ques années afin de bien comprendre quelle est la situation poli­
tique actuelle du Sandougou. Le Sandougou, tel que nous venons
de le décrire et dans les limites naturelles que nous lui avons
données a, de tout temps, appartenu à la famille des Malinkés
musulmans des Dioulas à laquelle appartient encore aujourd’hui
le chef de ce pays, Guimmé-Mahmady.
Il y a environ vingt ou vingt-cinq ans, le pouvoir était entre
les mains du frère du chef actuel. De son vivant, quelques Toucou­
leurs Torodos, établis dans le Niani à Koussalan, vinrent, sous la
conduite de leur chef Maka-Cissé,demander au chef du Sandougou
l’autorisation de s’établir à Niankoui, non loin de l’embouchure
du Sandougou. Non seulement l’autorisation leur fut accordée,

�ANDRE RANÇON

mais encore on leur donna le terrain en nu-propriété. Les Toucouleurs s’établirent là, y construisirent le village de Niankoui
qu’ils appelèrent Dinguiray et s’y retranchèrent fortement derrière
un solide sagné qui leur permit de repousser les attaques inces­
santes de leurs voisins, les Malinkés musulmans de Gounty (Niani).
Mais là, comme partout ailleurs, du reste, les Toucouleurs tirent
la tache d’huile et continuèrent -à agrandir leur territoire. Des
Torodos vinrent du Fouta se ranger auprès de Maka-Cissé. D’où
nouvelles demandes de terrains au chef du Sandougou qui accor­
dait toujours, heureux de voir se peupler son pays et ne compre­
nant pas qu’un jour viendrait où les Toucouleurs seraient plus
maîtres que lui. C’est ainsi que se fondèrent une demi douzaine
de villages Torodos qui reconnurent Maka-Cissé pour chef.
Vers la même époque, un autre Toucouleur, Ousman-Celli,
émigré lui-même du Fouta-Toro, vint s’établir avec sa famille et
quelques amis non loin du Sandougou, à Oualia. Il y fonda un
gros village et à quelques centaines de mètres du marigot établit
son frère à Saré-Demboubé.
Je passe sous silence les faits antérieurs qui intéressent MakaCissé et Ousman-Celli et la vie toute d’aventures qu’ils menèrent
jusqu’au jour où ils vinrent se fixer définitivement dans le San­
dougou, avec l’assentiment du chef de ce pays, qui leur prodigua
tous les terrains dont ils pouvaient avoir besoin.
Tant qu’il vécut, tout alla bien et les deux fractions s’entendi­
rent à merveille, les Toucouleurs reconnaissant son autorité ;
mais, à sa mort, le pouvoir devait échoir à son frère GuimméMahmady, encore enfant. Profitant de cela, un ancien captif de la
famille régnante, Mody-Fatouma, prit en main l’autorité, et, sans
la guerre contre le marabout Mahmadou-Lamine, il régnerait peutêtre encore dans le Sandougou. Je n’ai pas besoin de dire que
dans tout le désordre qui accompagna cette transmission des
pouvoirs, les Toucouleurs surent tirer parti de la situation et
firent reconnaître leur indépendance absolue vis-à-vis du Sandou­
gou. Mais la guerre contre Mahmadou-Lamine venait d’éclater, et,
bien entendu, Mody-Fatouma, en sa qualité de musulman, alla se
ranger sous la bannière du faux prophète avec tous ses guerriers.
Les Toucouleurs, plus rusés et sentant quelle serait l’issue de la
lutte, vinrent, sous la conduite de leurs chefs Maka-Cissé et

�109

DANS LA HAUTE-GAMBIE

Ousman-Celli, grossir la troupe des auxiliaires de la colonne qui
opéra contre Toubacouta. Ce village pris, le marabout mort, le
capitaine Fortin, pour remettre les choses en état dans le Sandougou, lança notre allié, Moussa-Molo et ses Peulhs, contre ModyFatouma,qui,fait prisonnier,eut la tête tranchée.Guimmé-Mahmady,
le véritable chef du Sandougou, fut rétabli dans son autorité.
L’indépendance des Toucouleurs fut de nouveau reconnue et, en
1889, le capitaine Briquelot fut chargé d’établir les limites des
deux pays.
Il existe donc, à proprement parler, dans le Sandougou, deux
parties, l’une, la véritable, celle de Guimmé-Mahmady, que nous
désignerons sous le nom de Sandougou oriental, et l’autre com­
mandée par Maka-Cissé, et que nous désignerons sous le nom de
Sandougou occidental.
Dans toutes ces affaires, Ousman-Celli, ne voulant pas voir l’au­
torité Toucouleure divisée, se rangea sous les ordres de Maka-Cissé;
mais celui-ci conserva à son village toutes ses prérogatives et
libertés.
Le Sandougou oriental (Guimmé-Mahmady) est bien plus vaste
que son voisin. Sa population peut être estimée à environ 6 à 8.000
habitants, Malinkés, Peulhs, Sarracolés, Toucouleurs, dont voici
les villages :

1° Villages Malinkés musulmans.
Dalésilamé.
Toubacouta.
Kouongo.
Koundansou
Boulembou.

Tiangali.
Diakaba.
Missira (résidence du chef).
Diabougou.
Tabadian.

Couraho.
Paqueba.
Médina.
Sandougoumana.

2° Villages Peulhs.
Pilengui.
Saré-Demba-Laba.
Saré-Dadé.
Diamkoulori.
Souma-Counda. Sara-Ouri.
Ouali-Dembera. Ahmadyciré.
Tiangali-Foulbé.

Saré-Fodigué.
Saré-Bourandio.
Sidigui-Counda.
Saré-Koli-Demou.

�110

ANDRÉ RANÇON

3° Villages Toucouleurs.
Alphagaia.

Dialloubé.
4° Villages Sarracolés.

Dalésilamé.

Diabougou.

Boulembou.

Le Sandougou occidental (Maka-Cissé) est bien moins important
que le précédent. Il ne compte guère plus de 4 à 5.000 habitants.
Autour des villages Toucouleurs se sont élevés quelques villages
Ouolofs et Peulhs. Du reste, les Toucouleurs font tout ce qu’ils
peuvent pour attirer chez eux les émigrants, et nul doute que ce
petit pays ne soit appelé à un avenir certain. Voici la liste de ses
villages :
1° Villages Toucouleurs.
Naoudé.
Saré-Demboubé

Oualia.
Kamana-Counda

Alimakaia.
Dinguiray ou Niankoui
(résidence du chef).
2° Villages Ouolofs.

Tabandi

Baia.

3° Villages Peulhs.
M’Barani. Saré-Demba-Ouali. Saré-Guéda. Saré-Dialo.
D’après ce que nous venons de d ire, on comprend que la
situation ne soit pas des plus amicales entre les deux chefs du
Sandougou. Sans doute, Guimmé-Mahmady ne peut faire
autrement qu’accepter ou plutôt supporter une situation qu’ont
créée ses prédécesseurs et que des traités ont sanctionnée. Mais il
n’en existe pas moins une sourde hostilité entre les deux pays, et
on en serait déjà venu aux mains si nous n ’étions pas là. GuimméMahmady voit bien où tendent les Toucouleurs, à s’agrandir sans
cesse à ses dépens. Il n’est que temps qu’une solution intervienne
et que des limites certaines soient assurées aux deux États, afin
que chacun reste chez soi et pour éviter ainsi tout conflit. Un grand
pas a déjà été fait dans ce sens, grâce à l’énergie de M. le capitaine
Roux, commandant du cercle de Bakel, et à la connaissance
approfondie qu'il a des affaires de ce pays. Mais il y a encore

_________

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

111

beaucoup à faire pour arriver à y étouffer tous les germes de
discorde qui sont le plus grand obstacle à son développement.
Comme dans tous les pays noirs, le sol, dans le Sandougou,
appartient aux maîtres du pays. Les habitants ne sont, pour ainsi
dire, que des usufruitiers. Il n’existe aucun impôt et l’autorité du
chef du pays vis-à-vis des autres chefg de villages est bien peu de
chose. Elle se borne uniquement à un rôle de juge et à commander
les guerriers pendant la guerre. J ’ai cru cependant remarquer que
Guimmé-Mahmady, de même que Maka-Cissé, du reste, étaient
plus obéis que les autres chefs de pays que nous avions vus
jusqu’à ce jour. Tous les deux ont le bon esprit de ne pas imiter
leurs voisins du Ouli et de ne pas pressurer les populations qui
viennent leur demander l’hospitalité. Peulhs, Toucouleurs, Malinkés musulmans, Sarracolés, Ouolofs jouissent partout des
mêmes libertés et tous se trouvent fort heureux de leur sort. Il
se fait, du reste, du Bondou, du Fouta-Toro, du Saloum et du
Fouladougou un véritable courant d’émigration qui permet de
rendre ce pays encore plus prospère dans un avenir plus ou
moins éloigné : chaque année, les cultures y augmentent d’une
façon notable et nous ne doutons pas que s’il s'y établissait une
ou plusieurs factoreries, le commerce, déjà assez important, ne
ferait que croître et se développer dans une notable proportions.
Rapports avec les autorités Françaises. — Conclusions. — Le
Sandougou tout entier est placé sous le protectorat de la France,
depuis 1887, après les événements de Toubacouta et la mort du
marabout Mahmadou-Lamine. Depuis cette époque, nous n’avons
eu qu’à nous louer des rapports que nous avons eu tant avec l’un
qu’avec l’autre des deux chefs, et les clauses du traité ont toujours
été scrupuleusement exécutées. L’ordre n’a pas cessé de régner
dans le pays, et le commerce a pu s’y faire librement et en toute
sécurité. Au point de vue politique, administratif et judiciaire,
le Sandougou relevait autrefois du commandant du cercle de
Bakel et du commandant supérieur du Soudan Français. Actuel­
lement, d’après les dernières dispositions prises par le gouver­
nement, il a été rattaché à la colonie du Sénégal et relève de son
gouverneur.
En résumé, le Sandougou est un pays riche, du moins dans
sa partie Sud, et qui tend à se développer. Nous ne saurions trop

�ANDRE RANÇON

faire pour le favoriser. Aussi notre premier soin doit-il être de
faire cesser au plus tôt les discussions qui existent entre GuimméMahmady et Maka-Cissé. Malheureusement, le pays était trop
éloigné de notre centre d’action pour que notre protectorat s’y
fît sentir d’une façon efficace et profitable. Monsieur le gouver­
neur du Sénégal a remédié, à cet état de choses en établissant
dans ces régions un administrateur colonial dont la présence
suffira pour y ramener la bonne entente et qui pourra régler
sur les lieux les questions qui divisent les deux chefs. Quand ce
résultat aura été obtenu, nous devrons faire tous nos efforts pour
y créer un véritable courant commercial à notre profit et, pour
y arriver, il suffira de protéger le plus possible le commerce déjà
existant et d’en favoriser le développement.

�CHAPITRE VI
Départ de Oualia.— Passage du Sandougou.— Cissé-Counda-Teguenda. — Countiao.
— Cissé-Counda. — Arrivée à Koussalan. — Grande fatigue éprouvée pendant
la route. — Description de la route du Sandougou à Koussalan. — Koussalan,
sa population, son chef. — Beaux lougans. — Le mil. — Le maïs. — Le tamari­
nier. — Départ de Koussalan. — Carantaba. — Beaux jardins d’oignons. —
Calen-Foulbé. — Calen-Ouolof. — Description de la route de Koussalan à CalenOuolof. — Le Laré ou Saba, liane à caoutchouc. — Je reçois une lettre de
M. l’Agent de la Compagnie française à Mac-Carthy. — Nuit sans sommeil. —
Les moustiques. — Départ de Calen-Ouolof. — Rosée abondante.— Y ola.—
Couiaou. — Lamine-Sandi-Counda. — Medina-Canti-Countou. — Arrivée à
Lamine-Coto. — J’y trouve M. Joannon, agent de la Compagnie française à MacCarthy. — Réception amicale. — Arrivée à Mac-Carthy. — Description de la
route de Calen-Ouolof à Mac-Carthy. — Le riz et les rizières. — Le rônier. —
Installation et séjour à Mac-Carthy. — Réception sympathique. — Arrivée de
MM. Frey et Trouint, agents de la Compagnie.— Nombreux achats en prévision
de mon voyage au Kantora, à Damentan et aux pays des Coniaguiés. — Nous
sommes tous malades. — Départ retardé.

Malgré une nuit sans sommeil et une grande faiblesse, je pus
quitter Oualia le 3 novembre à six heures du matin. Ousman-Celli
avait tenu à m’accompagner et à assister en personne avec quel­
ques-uns de ses hommes au passage du Sandougou, afin que tout
se passât régulièrement ; à six heures trente nous traversons le
petit village de Saré-Demboubé, qui dépend de Oualia, et, à six
heures cinquante, nous sommes sur les bords du Sandougou. Le
passage commence immédiatement. A l’aide des pirogues tout se
fait rapidement et sans accident. Seul, le cheval de Sandia nous
donna quelque ennui, car ne voulant pas entrer dans l’eau qui
est très profonde, il fallut l’y précipiter. Tenu alors par la bride,
par son palefrenier assis dans la pirogue, il nagea vigoureusement
et atteignit sans encombre l’autre rive. Je passai le dernier quand
tout eût été terminé et que j’eus bien constaté que rien ne man­
quait. Pendant toute la durée de l’opération je fus obligé de rester
assis sur la berge tant était grande la lassitude que j’éprouvais.
André Rançon. — 8.

�114

ANDRÉ RANÇON

Ousman-Celli ne me quitta pas un instant et insista même encore
pour que je restasse chez lui plus longtemps afin de me reposer et
me rétablir complètement. Malgré le désir que j’en avais, je
refusai et le remerciai de sa bonne hospitalité. Enfin, à 7 h. 45, je
pus me remettre en route, bien que j’eusse encore des nausées et
de fréquents vertiges.
Nous n’avions pas quitté la rive droite depuis dix minutes
que nous traversions le petit village de Cissé-Counda-Teguenda. Il
peut avoir environ cent cinquante habitants, tous Malinkés
Musulmans, et il est entouré de beaux lougans de mil. Au
moment où nous les avons traversés les travailleurs étaient
occupés à en courber les tiges en deux, sans doute pour lui per­
mettre de mieux mûrir. Elles sont si élevées, qu’ils sont obligés,
pour en attirer à eux l’extrémité, de se servir d’un long bambou
terminé par un crochet.
Deux kilomètres après avoir quitté Cissé-Counda-Teguenda,
nous traversons le marigot de Countiao M’Bolo, transformé à cette
époque de l’année en véritable rivière. Nous rencontrons à ce
moment le fils du chef deKoussalan, que son père envoie à notre
avance pour nous souhaiter la bienvenue. Je lui serre la main et
le remercie de sa prévenance. Je fus d’autant plus satisfait de cette
démarche qu’on m’avait dit à Oualia que je serais mal reçu à
Koussalan. Le fait d’être venu au-devant de moi me prouva le
contraire et je poursuivis la route complètement rassuré sur
l’accueil qui m’attendait.
Dix minutes après avoir traversé le marigot de Countiao nous
arrivons au village qui lui a donné son nom.
Countiao. — C’est un village de Malinkés musulmans dont la
population peut s’élever à quatre cents habitants environ. Il tombe
littéralement en ruines et on y voit encore les derniers vestiges d’un
tata en pisé qui devait être assez sérieux. Bien que je ne fus à
cheval que depuis trente^cinq minutes au plus, je suis forcé de
mettre pied à terre. Je suis littéralement à bout de forces, à peine
me suis-je installé sous un superbe N’taba pour y prendre un peu de
repos que je suis pris de violents vomissements. A plusieurs reprises
j’expectore une notable quantité de bile et, soulagé, je puis me
remettre en route sans avoir pu goûter au lait que le chef du village
était venu m’offrir pour me désaltérer.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

115

Deux kilomètres plus loin nous laissons sur notre droite le gros
village Malinké musulman de Cissé-Counda. Il s’élève au fond d’une
petite vallée absolument couverte de lougans d’arachides et m’a
paru bien construit, bien que le tata qui l’entoure tombe en ruines.
Ce tata, à en juger par les pans de mur qui sont encore debout,devait
avoir au minimum une hauteur de quatre mètres et une largeur de
deux mètres à la base et un mètre vingt-cinq centimètres au sommet.
D’après les renseignements qui m’ont été donnés, c’était un des plus
importants de la région.
Enfin, à neuf heures trente-cinq minutes, exténué et mourant de
soif, j’aperçois avec plaisir les toits pointus de Koussalan, but de
l’étape, ou nous mettons pied à terre peu après. 11 était temps, je
ne tenais plus à cheval. J ’avais mis trois heures et demie pour faire
les 12 kilom. qui séparent Oualia de ce dernier village. Je n’avais pu
marcher avec l’allure qui m’était habituelle, obligé de me reposer
fréquemment.
A peine installé dans la case qui avait été préparée à mon inten­
tion, je me fis faire aussitôt par Samba, mon cuisinier, une légère
tisane de feuilles de Kinkélibah. J’en bus en quelques heures plu­
sieurs verres, et dans l’après-midi, à quatre heure, une abondante
débâcle bilieuse étant survenue, la fièvre qui durait depuis vingtquatre heures tomba brusquement. Je fus immédiatement soulagé
et pus travailler un peu et manger le soir avec assez d’appétit
quelques œufs à la coque et un peu de cette crème que Samba
savait si bien confectionner.
De Oualia à Koussalan la route est bornée à droite et à gauche
par une suite ininterrompue de lougans et de rizières qui s’étendent
à perte de vue. C'est surtout aux environs de Countiao, Cissé-Counda
et même Koussalan que se trouvent les rizières. Car ces villages
sont entourés de vastes marais à fonds argileux. Le terraiu présente
ailleurs la même constitution que le reste du pays, latérite, terrain
ferrugineux et argiles compactes. La flore ne change pas. Les
arbres sont plus volumineux, voilà tout. Beaucoup de N’tabas.
Koussalan. — Koussalan est un village d’environ 1,200 habitants.
Sa population est uniquement composée de Toucouleurs-Torodos
émigrés du Fouta. Il est mal entretenu et on y voit encore les ruines
d’un tata qui devait être assez respectable. Aujourd’hui, c’est un
village absolument ouvert. Seules les cases du chef sont entourées

�ANDRE RANÇON

d’un mauvais sagné, fortification faite avec des billes de bois join­
tives d’environ deux mètres cinquante centimètres de hauteur. Il
est construit mi-partie à la mode Malinkée (cases en terre et toit en
paille) et mi-partie à la mode Toucouleure (cases entièrement en
paille).
Son chef porte le titre d’Alcati. — L’Alcati, dans les pays Toucouleurs et Sérères,est à proprement parler plutôt un chef militaire
qu’un chef de village. On donne toutefois assez généralement ce
titre aux chefs de village qui ont quelque renommée guerrière et on
ajoute ce qualificatif à leur nom. Ainsi on dira Demba-AIcati,
Samba-Alcati, etc., etc. Souvent aussi on se contente pour le dési­
gner d’ajouter au nom de son village le mot Alcati. On dira de
même Koussalan-Alcati, Fatick-Alcati, etc., etc. L'Alcati actuel de
Koussalan est un vieillard d’environ une soixantaine d’années,
encore vert, actif et vigoureux. Il me reçut fort bien et ne laissa
manquer de rien ma caravane pendant la journée que nous avons
été ses hôtes. Par contre, la population, à part quelques notables, est
assez indifférente. Elle s’adonne surtout à la culture et à l’élevage et
chaque famille possède de nombreuses tètes de bétail et des greniers
bien remplis de mil, maïs, riz, arachides, etc.
Koussalan soutint, dans le courant de l’année 1879, un siège
fameux contre l’armée alliée de Boubakar-Saada, almamy du
Bondou, Alpha-Ibrahima, chef de Labé (Fouta Djallon) et MoussaMolo, fils du roi du Fouladougou, Alpha-Molo. Koussalan, quelques
années auparavant, avait reçu bon nombre de captifs évadés de
Naoudé, village du Ferlo-Bondou, appartenant à Boubakar-Saada.
Malgré les demandes réitérées de ce dernier il avait toujours refusé
de les rendre. Aussi, fatigué de réclamer sans cesse sans obtenir
satisfaction, l’almamy du Bondou se décida-t-il à aller attaquer
Koussalan pour rentrer dans son bien.
Dans le courant de mars 1879, l’armée alliée traversa la Gambie
et les deux rois vinrent camper entre Sini et Makadian-Counda
(Ouli). Alpha-Molo, malade, était rentré dans sa capitale, et son
fils, Moussa-Molo, avait pris le commandement des guerriers de
Fouladougou. Du Ouli, Alpha-Ibrahima et Boubakar envoyèrent
des émissaires dans le Niani, à Koussalan, pour exhorter les habi­
tants de ce village à revenir à de meilleurs sentiments et à laisser
les captifs de Naoudé rentrer dans leur village. Mais, les Toucou-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

117

leurs se fiant à la solidité de leurs sagnés et de leurs tatas, s’y refu­
sèrent net et battirent le tam-tam de guerre. Ils réunirent dans
leurs murs un grand nombre de guerriers de la région Ouest de
Koussalanet attendirent patiemment. Les villages de la région Est
avaient fait partir les femmes, les enfants et les vieillards. Seuls,
les guerriers valides étaient restés pour pouvoir, en cas d’attaque,
défendre leurs cases. Vers la fin de mai, Boubakar et ses alliés
quittèrent le Ouli et se mirent en marche contre Koussalan. Arrivés
dans le Sandougou, les alliés envoyèrent de nouveau des émis­
saires aux Toucouleurs pour leur réclamer encore ceux qu’ils
détenaient injustement. Non seulement on ne les laissa pas parler
mais encore deux d’entre eux furent mis à mort. A cette nouvelle,
les alliés n’hésitèrent plus et marchèrent contre le village ennemi.
Mais, dès leur arrivée devant la place, quand ils virent les formi­
dables sagnés dont elle était entourée et les nombreux guerriers
qui garnissaient ses murs, ils reconnurent qu’il leur serait difficile
de l’emporter de vive force. Ils résolurent alors d’en faire le siège
en règle et, pour cela, l’armée du Bondou prit position à l’Est, celle
du Fouta-Djallon au Nord et celle du Fouladougou au Nord-Est. De
forts sagnés furent construits à environ une portée de fusil de
ceux du village afin d’abriter les hommes et, du matin au soir, ce
ne fut plus, chaque jour, qu’un échange continuel de coups de
fusil. Cependant les assiégeants parvinrent à franchir le fossé qui
entoure le village et à faire évacuer les postes qui se trouvaient
entre le fossé extérieur et le sagné. Ils réussirent même à ouvrir
quelques portes du sagné en coupant les lianes qui les retenaient.
Mais, malgré ces quelques succès, l’armée alliée se décimait sans
obtenir de grands résultats, et élle se disposait à donner un
assaut décisif lorsque tout à coup on entendit de grands cris du
côté du campement du Fouladougou. C’était du secours qu
arrivait à l’ennemi, par la route de Carantaba. Ce fut une panique
indescriptible dans les rangs de l’armée alliée. Tous ses guerriers
s’enfuirent à la hâte. La déroute fut générale. Alpha-Ibrahima et
Boubakar, abandonnés par leurs hommes, n’eurent que le temps de
monter à cheval et de s’enfuir. Ils faillirent même être cernés par
des cavaliers ennemis, dont quelques-uns arrivèrent jusqu’à eux,
et ils eussent été faits prisonniers si Ousman-Gassy et Modi-Yaya
ne s’étaient pas vivement portés à leur secours et n’avaient pas dis-

�7

■ ».; yrtv-;-'-'-'

ANDRE RANÇON

persé les assaillants. Toute la soirée, ils couvrirent la retraite des
deux rois, et tous purent repasser le Sandougou, au gué de Paqueba.
Ils rentrèrent alors à Sini, où ils se reposèrent deux jours, pour
rallier leurs hommes, dispersés de tous côtés et que les guerriers du
Niani et du Sandougou poursuivirent jusque dans le Kalonkadougou
et sur les bords de la Gambie. Trois cents hommes environ lurent
tués, neuf cents faits prisonniers et cinq ou six cents avaient dis­
paru. Trois jours après, Boubakar se sépara de ses alliés et reprit
le chemin du Bondou. Alpha-Ibrahima rentra à Labé, après avoir
traversé la Gambie à Passamassi, et Moussa-Molo regagna le Fouladougou par Oualiba-Counda. Boubakar-Saada ne revint plus
attaquer Koussalan.
Dans la guerre contre le marabout Mahmadou-Lamine, Kous­
salan prit parti pour nous et ses guerriers combattirent à nos côtés
à Toubacouta. Aujourd’hui que la paix de ces contrées n’est plus
troublée, les Toucouleurs se livrent en toute sécurité à la culture
de leurs lougans. Ils en ont grand soin et, chaque année, récoltent
en abondance mil, maïs, arachides, etc., etc.
Le Mil. —Le mil (Sorghum vulgare) forme au Sénégal, au Soudan,
en un mot dans la plupart des régions de l’Afrique tropicale, la base
de l’alimentation des indigènes et de leurs bestiaux. G’est une gra­
minée de haute stature dont la tige atteint parfois en certaines
régions trois et quatre mètres de hauteur. Il croît, de préférence,
dans les climats chauds, où les deux saisons, sèche et pluvieuse,
sont parfaitement tranchées. Il demande un sol assez fertile et riche
surtout en nitrate de potasse.
Son grain est petit, rond. Il est enveloppé de deux écailles
coriaces, résistantes, difficiles à séparer, de couleur tantôt noirâtre,
tantôt rouge foncé.
On le sème au commencement de la saison des pluies, vers la fin
mai ou dans les premiers jours de juin, et la récolte se fait pendant
la saison sèche, aux mois de novembre et décembre.
Les terrains destinés à sa culture demandent peu de préparation.
Les indigènes se contentent d’enlever les mauvaises herbes et de
les brûler sur place. Ils en répandent les cendres sur les terrains
destinés à être ensemencés et placent environS à 10 graines par
trou. Ces trous, profonds de 8 à 10 centimètres au plus, sont
distants les uns des autres de trente à quarante centimètres. La

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

119

graine enfouie est ensuite légèrement recouverte de terre. Dans
certaines régions, comme à Damentan, au Niocolo, etc., etc., les
cultivateurs ne s’en tiennent pas à ces procédés primitifs et
forment de véritables sillons sans doute dans un but d’irrigation
afin de permettre à l’eau des pluies de séjourner plus longtemps
aux pieds de la plante. J’ai remarqué, en effet, que ce mode de
culture était surtout employé dans les régions sèches, pauvres en
marigots, et dans lesquelles on ne peut compter que sur l’eau
du ciel pour fertiliser le sol.
Le rendement donné par le mil est considérable. Il est d’environ
une tonne et demie par hectare et sa valeur vénale est de dix
francs à peu près les cent kilos. Dans la Haute-Gambie tout le
mil récolté est consommé sur place.
Il y existe certaines régions, comme le Sandougou et le Niani,
dans lesquels on en fait deux récoltes par an, la première dans
les terrains élevés et la seconde sur les berges du fleuve et des
marigots, lorsque l’inondation a cessé et que les eaux sont
rentrées dans leur lit. Le sorgho croît alors, grâce à l’humidité
que le sol a conservée. Mais, en tous cas, cette seconde récolte
est bien moins fructueuse que la première.
En général, le mil n’a qu’une panicule ; mais il n’est pas
rare de voir des tiges en porter trois ou quatre. Cela se produit
surtout dans les années très pluvieuses. Mais alors ces pousses
secondaires sont petites et produisent peu.
Les feuilles sont longues et assez larges. Vertes, elles forment
un aliment précieux pour les animaux, et sèches elles sont surtout
recherchées par les chèvres et les moutons. Les bœufs, animaux
délicats, n’en mangent que fort peu, dans ce second cas. Il en
est de môme pour les chevaux.
Le diamètre d’une tige de mil, pris à partie moyenne, varie
entre deux et trois centimètres et demi.
On distingue deux sortes de sorghos ou mils : le gros et le petit.
Elles se subdivisent à leur tour en un nombre infini de variétés
portant chacune un nom indigène particulier et qui se distin­
guent les unes à la forme et les autres à la couleur de leurs grains.
Les variétés de gros mil les plus communes dans la HauteGambie sont : le gadiaba, le guessélcélé, le baciba, le hamariboubou,
le madio.

�120

ANDRÉ RANÇON
.

Le gadiaba demande des terrains argileux comme, du reste,
toutes les variétés de gros mil. Sa tige est très élevée. Les axesde ses panicules sont très longs et très nombreux. Ils portent à
leur extrémité libre une graine de la grosseur d’un pois dont l’en­
veloppe est noirâtre.
Le guessékélé est cultivé un peu partout. Il ressemble beaucoup
comme port au gadiaba ; mais il en diffère par ses panicules dont
les axes sont peu fournis et beaucoup plus longs. Sa graine
dépourvue de son enveloppe, moins noire que celle du précédent,
est d’un beau blanc nacré. C’est le mil nacré très recherché pour
les animaux. Il est tendre et se broie facilement.
Le baciba a le même aspect que les précédents, mais ses feuilles
sont plus courtes et plus larges. Ses panicules sont relativement
courtes et leurs axes moins longs que ceux des variétés dont nous
venons de parler. La couleur de ses grains est rouge, ainsi, du
reste, que les détritus que donnent la préparation de sa farine.
Il est surtout employé par les indigènes pour la préparation de
leur couscouss. Son grain très dur est difficilement broyé par les
animaux. Aussi doit-on éviter de l’employer pour leur alimenta­
tion à l’exclusion des autres ; car il peut parfois déterminer de
graves occlusions intestinales.,Il importe de ne pas le confondre
avec le mil rouge de Sierra-Leone, qui est une autre variété tout
aussi mauvaise pour les chevaux.
Le hamariboubou diffère des précédents par sa panicule dont
les axes sont excessivement courts, ce qui la fait ressembler à un
véritable pain de sucre. La taille de la plante ne dépasse jamais
l m50à deux mètres, et ses grains sont enveloppés par une pelli­
cule de couleur roussâtre caractéristique. Le rendement de ce mil
est considérable. C’est la plus productive de toutes les variétés.
Le madio, c’est la seule espèce de gros mil dont la panicule porte
des axes si rapprochés et si courts qu’on pourrait la confondre
avec un véritable épi. Il ressemble comme forme au millet que
nous donnons en France aux oiseaux. Arrivé à maturité, les pani­
cules ont une couleur brunâtre caractéristique. Leur longueur est
d’environ trente à trente-cinq centimètres. Il n’en vient généralement qu’une seule à l’extrémilé de la tige dont la hauteur ne
dépasse pas deux mètres. Les feuilles sont longues et très étroites
en forme de fer de lance. Une des enveloppes de la graine se ter-

;

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

121

mine à son extrémité libre par un filament de plusieurs centimè­
tres, 5 ou 6, de longueur, qui tombe à la maturité. La graine,
dépourvue de ses enveloppes, qui sont moitié blanches et noires, a
une belle couleur d’un blanc mat. On le récolte un des premiers.
Les variétés de petit mil les plus communes dans la HauteGambie sont : le Souna, le Sanio, le N'guéné.
Le Souna est, de toutes les variétés de mil, celle qui arrive le
plus rapidement à maturité. Semé en juillet, on peut le récolter en
septembre et en octobre. Sa tige est de petite taille. Ses feuilles,très
étroites et très longues, sont peu nombreuses, huit ou dix au
maximum par pied. Sa panicule est relativement longue, trente à
trente-cinq centimètres environ, et ses axes sont si courts que son
diamètre à la partie moyenne ne dépasse pas un centimètre et
demi. Contrairement au madio, l’enveloppe de sa graine ne se
termine pas en filament. La graine, très petite, égale en grosseur la
moitié de celle du gros mil. Elle est d’un blanc mat et est très
difficile à décortiquer. Sa farine donne à la cuisson un couscouss
fort apprécié.
Le Sanio. — Il ressemble beaucoup à ce dernier. Par exemple,
il ne mûrit que longtemps après lui, vers le milieu de novembre.
Quand il est mûr, ses panicules diffèrent de celles du Souna par
leur couleur vert glauque qui permet de ne pas les confondre.
L’enveloppe de ses. graines est aussi légèrement verte. Il est de
petite taille et ses feuilles, au lieu de retomber comme celles des
autres mils, sont presque droites, fortement engainantes à la base
et presque appliquées contre la tige.
Le N'guéné pourrait presque être considéré comme une variété
intermédiaire entre le gros mil et le petit mil. Il a l’aspect du sanio,
mais ses graines sont plus volumineuses sans égaler toutefois la
grosseur de celles du gros mil. Il arrive à maturité complète de fin
octobre à fin novembre. Quand il est mûr, ses graines se détachent
facilement. Aussi le cueille-t-on avant qu’il soit arrivé à complète
maturité et le fait-on sécher en tas de forme cubique dressés sur
des piquets qui soutiennent des nattes et qui sont fixés sur une
aire bien battue et enduite au préalable de bouse de vache
délayée dans une petite quantité d’eau.
Mentionnons encore une variété intermédiaire entre le gros et
le petit mil. C’est le Tiokandé. Cette variété est très sucrée et peu

�122

ANDRÉ RANÇON

cultivée. Elle est peu appréciée pour le couscouss. Mais je crois
qu’il serait bon d’en favoriser le développement et la propagation;
car elle pourrait être utilisée avec profit pour la fabrication d’un
alcool qui a été reconnu être de bonne nature. C’est avec de la
farine de Tiokandé que, dans les pays mandingues, on confectionne,
le dernier jour de l’année, pour la fête des captifs (Dionsali), les
friandises, boulettes et galettes que l’on a l’habitude, en cette
circonstance, de distribuer aux enfants du village.
Il existe enfin une dernière espèce de mil assez commune dans
le Niani, le Nord du Ouli et du Sandougou, le Tenda et le pays de
Gamon, c’est le Bakat, ou mil des oiseaux, qui croît à l’état &lt;auvage
et ressemble au millet de France. Les indigènes n’en font guère
usage que lorsque, pour une cause quelconque, le mil cultivé vient
à manquer.
Toutes ces variétés de mil servent à la nourriture des indigènes.
Sauf le mil rouge, toutes pourraient être également employées
dans l’alimentation des animaux. Mais nous croyons préférable de
n’avoir recours qu’au gros mil. Il se broie, en effet, aisément et se
digère bien. Il n'en est pas de même du petit mil. Ses grains sont
parfois trop petits pour être saisis sous les arcades dentaires, ils
glissent sans être broyés dans le pharynx et l’animal les avale, en
majeure partie, entiers. De ce fait, ils se digèrent mal, et la bête se
nourrit peu. Nous avons vu des animaux, chez lesquels l’usage
exclusif du petit mil déterminait parfois des diarrhées qui dis­
paraissaient dès qu’on en supprimait l’emploi. Pour se bien
nourrir, u d cheval doit, en temps ordinaire, consommer de quatre à
cinq kilos de mil par jour.
La paille des panicules constitue également un excellent aliment
dont les chevaux, bœufs, chèvres, moutons sont exclusivement
friands. Mais elle est loin d’égaler en principes nutritifs la paille
d’arachides.
Les indigènes consomment les grains de mil sous quatre formes
différentes, en entier crus ou bouillis, concassé, c’est le Sankalé,
ou transformés en farine.
Rarement ils les mangent crus. Ils n’en font guère usage sous
cette forme que lorsqu’il est vert et pendant les longues routes
quand ils sont pressés par la faim. De même, il est peu fréquent

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

123

qu’ils les mangent simplement bouillis avec leur écorce. Ils
préfèrent surtout le sankalé et la farine.
Pour préparer le sankalé, les grains de mil sont placés dans
un mortier spécial que tout le monde connaît. On y ajoute un peu
d’eau simplement pour les mouiller légèrement. Puis, à l’aide d’un
pilon manié de haut en bas, on les écrase et on les réduit en
fragments de la grosseur d’une grosse tête d’épingle environ. Cette
opération terminée, le sankalé est vanné à l’air libre pour le
débarrasser des parcelles de son écorce qui lui donneraient un goût
astringent peu agréable. Il est ensuite mis à sécher au soleil pen­
dant quelques heures et cuit ensuite soit à la vapeur d’eau, soit à
l’étuvée. On le mange alors avec de la viande ou du poisson et une
sauce relevée dans laquelle entre souvent une décoction mucilagineuse de feuilles de baobab destinée à en masquer l'astringence.
Le sankalé se conserve peu de temps, il prend rapidement, au
bout de trois jours à peu près, une odeur rance qui le rend im­
propre à la consommation.
La farine demande une préparation plus longue et plus délicate.
Elle se prépare de la même façon que le sankalé, et l’appareil dont
on se sert, un mortier et un pilon, est le même. Mais l’opération
doit être continuée jusqu’à ce que les grains soient réduits en
poudre absolument impalpable. Quand ce résultat a été obtenu,
le produit est versé soit dans une calebasse, soit dans des corbeilles
finement tressées. On leur imprime une sorte de mouvement
circulaire qui a pour but de faire venir à la surface les résidus et
les fragments mal pulvérisés. On les enlève à la main ; ces déchets
sont donnés au bétail et à la volaille et souvent consommés par les
indigènes eux-mêmes en temps de disette. La farine ainsi obtenue
est de couleur café au lait clair, douce au toucher, hygrométrique,
avec tendance à se pelotonner. Elle dégage rapidement une forte
odeur d’huile rance. Cuite à l’étuvée ou à la vapeur, elle est mangée
sous forme de bouillie, de galettes ou de boulettes avec de la
viande ou du poisson, et une sauce très relevée. Séchée au soleil,
elle constitue un couscouss précieux pendant les longues marches.
Le mil est relativement assez riche en matières azotées. Malgré
cela, il ne constitue pas un aliment très nourrissant; aussi les
indigènes en consomment-ils de grandes quantités pour arriver à
satisfaire leur faim.

�124

ANDRÉ RANÇON

Les Malinkés et les Bambaras confectionnent avec le mil une
sorte de boisson fermentée, légèrement alcoolique, qu’ils nomment
dolo et pour laquelle ils ont un penchant tout particulier. Cette
bière a un petit goût aigrelet qui est loin d’être désagréable, et
l’Européen, appelé à vivre dans ces régions, s’y habitue rapidement.
Prise en petite quantité, elle est rafraîchissante, mais elle finit par
occasionner des gastrites et des dyspepsies quand on en fait un
usage prolongé. Ces affections disparaissent dès que l’on cesse d’en
boire. Mélangé avec du miel, le dolo forme un hydromel très
apprécié des Bambaras du Bélédougou.
Les cendres données par les tiges de mil sont remarquablement
blanches et fines. Elles renferment une notable quantité de nitrate
de potasse.
Des feuilles et des tiges de certaines variétés, le baciba et le
guessékélé, par exemple, les forgerons retirent, je ne sais trop par
quel procédé, une belle couleur rouge vineux, qui leur sert à
teindre les pailles avec lesquelles ils tressent leurs corbeilles, leurs
chapeaux et les paillassons destinés à couvrir les calebasses. Avec
la farine on fait d’excellents barbottages pour les chevaux. Quand
nous aurons dit enfin que les tiges servent dans la construction des
cases et des palissades qui les entourent, on comprendra aisément
que le mil, vu ses usages multiples, soit regardé, à juste titre, par
les indigènes, comme la plante la plus précieuse.
Le Maïs (1). Il existe dans cette région, comme dans les autres
parties d’ailleurs du Soudan Français deux variétés de cette
graminée : le maïs jaune à grains moyens et le maïs blanc. Elles
sont cultivées en aussi grande quantité toutes les deux : mais les
champs de maïs sont loin d’avoir l’étendue et l’importance des
champs de mil. Le mil est l’aliment indispensable. C’est la manne
quotidienne. Le maïs est, au contraire, un aliment de luxe, bien
moins estimé que le mil et le riz. Il n’en est pas moins précieux ;
car de toutes les céréales c’est celle qui arrive la première à
maturité et qui, vers la fin de la saison des pluies, permet au
noir imprévoyant d’attendre la récolte du mil.
Le maïs demande une terre bien plus riche que le mil. C’est
pourquoi on ne le trouve qu’en quantité relativement peu consi(1) Zea M aïs L.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

125

dérable et on peut dire que la production de cette céréale est à
celle du mil comme un est à cinquante. Les indigènes le sèment
de préférence dans l’intérieur môme des villages et aux alentours,
surtout dans les ruines et partout où le terreau est assez abondant.
Les semis se font au commencement de la saison pluvieuse,
vers la fin du mois de mai ou au commencement de juin. La
récolte a lieu dans les premiers jours de septembre. Après la
récolte, la terre est de nouveau travaillée et semée en arachides,
mais ce fait est assez rare et je ne l’ai jamais observé que dans
certaines régions du Fouta et sur les bords de la Gambie, dans
le Ouli, le Sandougou et le Niani. Dans les terrains plus élevés
et moins bien arrosés on ne fait qu’une seule récolte. Les semis
sont faits absolument comme ceux du mil. Les graines toutefois
sont enfouies dans la terre à des distances plus grandes que celles
auxquelles on place le mil. Les intervalles sont comblés soit
avec des arachides, soit avec des haricots.
La plante acquiert, surtout si la saison est bonne, ni trop
sèche ni trop pluvieuse, un développement rapide et plus con­
sidérable que dans les pays tempérés. J ’ai cru remarquer que les
feuilles sont plus étroites et bien plus longues que celles de nos
maïs européens. Le grain nous a semblé aussi plus petit et plus
coriace. La tige, par contre, est bien plus élevée.
Les indigènes utilisent les jeunes tiges de maïs pour la nour­
riture des animaux, bœufs, chevaux, moutons, chèvres. C’est un
des meilleurs fourrages du Soudan : mais il serait mauvais, je
crois, d’en faire la nourriture exclusive des bestiaux. Car il peut
parfois, surtout quand on en fait un usage trop copieux, déter­
miner des coliques funestes.
Le grain est également employé pour les animaux et dans
l’alimentation des indigènes.
A peine mûr, et lorsqu’il vient d’être cueilli, il constitue un
excellent aliment d’une très facile digestion. Mais lorsqu’il a été
récolté depuis plusieurs semaines déjà, il durcit très rapidement et
devient excessivement coriace. Aussi les animaux, les chevaux et
les mulets particulièrement le broient-ils très difficilement et, par
ce fait même, le digèrent-ils mal. Le mieux pour remédier à cet
inconvénient est de le concasser avant de le leur donner. Ainsi
préparé, il constitue un aliment précieux et rapidement assimilable.

�ANDRÉ RANÇON

Les indigènes le consomment sous plusieurs formes. Quand il est
à peine mûr, ils en font griller légèrement au feu les épis et en
mangent les grains tels quels en les détachant simplement avec les
dents. Nous en avons fait souvent usage sous cette forme et
nous lui avons toujours trouvé un goût fort agréable. C’est dans les
villages un véritable régal pour les petits enfants et, dans les longs
voyages, un élément précieux de ravitaillement par le fait même
que la préparation en est rapide et très facile. Secs, les grains sont
concassés dans le mortier à couscouss à l’aide du pilon, transformés
en sankalé et mangés bouillis avec de la viande et du poisson et
assaisonnés d’une sauce très relevée. Réduits en farine, ils sont
consommés sous forme de bouillie cuite à la vapeur et préparés
comme la farine de mil. Les propriétés rafraîchissantes de la farine
de maïs la font rechercher pour l’alimentation des malades. Mélangée
avec du lait, elle constitue la nourriture des convalescents et des
jeunes enfants. Cette farine ne se conserve que peu de jours. Elle
fermente rapidement et doit être immédiatement consommée. Il en
est de même du maïs en grain quand il est enfermé dans l^s greniers
avant d’être parfaitement sec.
Les résidus de sa préparation sont donnés en nourriture aux
bestiaux et aux volailles, les tiges servent à confectionner les
tapades (clôtures) des habitations, et les feuillles desséchées sont
mangées avec avidité par les chèvres particulièrement. Elles
seraient utilisées avec profit dans nos postes pour confectionner
des paillasses pour la troupe.Nous nous en sommes très bien trouvé
de nous en être ainsi servi à Koundou, quand nous y remplissions
les fonctions de commandant de Cercle.
Les indigènes, les Bambaras et les Malinkés surtout, fabriquent
encore avec le maïs une sorte de bière (dolo), qui est loin d’avoir les
qualités de celle du mil. Son goût est un peu fade et sa digestion
plus difficile. Aussi ne se sert-on du maïs que lorsque le mil vient à
manquer.
Le rendement du maïs est un peu supérieur à celui du mil. Il
est à peu près de deux tonnes à l’hectare, quand la culture en est
faite dans de bonnes conditions et que la saison lui est favorable. Sa
valeur est environ 10 fr. les 100 kilogrammes.
Le Tamarinier. — Dans toute cette contrée, il existe un végétal
précieux, fort employé dans la thérapeutique indigène et qui rend

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

127

également aux Européens de grands services. C’est le tamarinier
(Tamarindùs Indien L.) de la famille des Légumineuses Cæsalpinées.
C’est un arbre élevé qui atteint parfois de belles proportions, et qui
est facile à reconnaître de loin à ses feuilles et à ses fruits. Les
feuilles en sont paripinnées à folioles elliptiques, inéquilatérales,
obtuses, entières, glabres. Les fleurs sont assez grandes, jauneverdâtre, entières, veinées de rouge, en grappes axillaires pauciflores. Calice à quatre divisions inégales. Corolle à cinq pétales,
trois plus longs que le calice, deux très petits et très étroits. Sept
étamines monadelphes, trois fertiles opposées aux sépales exté­
rieurs; 4 stériles alternes aux premières. Style épaissi au sommet,
barbu en dehors. Fruit long de 10 à 14 centimètres, épais, un peu
comprimé et recourbé, brun-fauve, pourvu de plusieurs étran­
glements, terminé par une petite pointe et rempli d’une pulpe
rougeâtre qui brunit par la dessiccation. Dans cette pulpe nagent
des graines comprimées, subquadrilatères, luisantes et de couleur
brune presque noire. Ces fruits, même arrivés à maturité complète,
se détachent assez difficilement du rameau qui les porte. Ils ne
tombent d’eux-mêmes que lorsqu’ils sont attaqués par les insectes.
Le bois du tamarinier est dur, dense, solide, liant et bon pour
le charronnage. On s’en sert beaucoup à Kayes pour faire les couples
d’embarcations.
La pulpe est utilisée par les indigènes et les Européens dans la
thérapeutique journalière. Elle a une saveur légèrement astringente
et acidulé, D’après Yauquelin, elle renfermerait des acides tartrique,
citrique, malique,du bitartrate de potasse, du sucre, de la gomme,
de la pectine. C’est un des meilleurs laxatifs et des plus inofïensifs.
On trouve le tamarin sur la plupart des marchés du Sénégal et du
Soudan sous forme de boules de la grosseur du poing environ. Ces
boules sont de couleur rougeâtre quand elles sont fraîches et brunes
presque noires quand elles ont été récoltées depuis quelque temps.
Elles sont formées avec les graines et la pulpe qui, réduite en pâte,
les agglutine solidement. On y trouve encore des fragments d’écorce,
des morceaux de la coque du fruit et surtout, en grande quantité
les fibres rouges qui, dans le fruit mûr, tapissent la face interne de
la gousse.
La façon dont les noirs préparent le tamarin pour l’administrer
est de beaucoup la meilleure. Elle a surtout pour résultat de donner

�ANDRE RANÇON

une boisson d’un goût des plus agréables. Dans un litre et demi
d’eau environ, on met à peu près à macérer à froid 50 à 60 grammes
de pulpe telle qu’on la trouve au marché, avec ses graines, ses
fragments d’écorce et ses fibres rouges. En trois heures au plus
la pulpe a été complètement dissoute. On n ’a plus qu’à décanter et
l’on obtient aussi une liqueur d’un blanc roussâtre à odeur et saveur
acide et légèrement astringente. Si on y ajoute un peu de sucre on
peut en faire une excellente limonade qui nous a été souvent
précieuse pendant les longues étapes. Trois ou quatre verres par
jour de cette boisson suffisent pour maintenir la liberté du ventre
si précieuse sous ces climats malsains.
L’usage prolongé et en abondance du tamarin finit par fatiguer
l’estomac et détermine des gastrites et des dyspepsies qui dispa­
raissent dès qu’on cesse d’en consommer. On peut également
manger la pulpe sans la faire dissoudre en en débarrassant simple­
ment les graines avec les dents; mais on ne saurait trop s’en
abstenir malgré tout le plaisir que procure, pendant les grandes
chaleurs, sa saveur acide, car elle détermine en peu de temps une
gingivite souvent très rebelle et très douloureuse.
Sur les marchés du Soudan, la valeur du tamarin est d’environ
0 fr. 30 cent, la boule de 250 grammes. Il est plus cher à Saint-Louis,
Rufisque, Dakar et Gorée, où une boule de 150 grammes se vend
couramment 0 fr. 50 cent.
4 novembre. — Je dormis pendant la nuit que je passai à
Koussalan, comme cela ne m’était pas arrivé depuis bien
longtemps. Aussi, au réveil, me sentis-je très bien, à part toutefois
une grande faiblesse. A cinq heures quarante minutes, après avoir
pris un déjeuner sommaire, nous nous mettons en route pour
Calen-Ouolof, où j’ai décidé que nous irions camper ce jour-là.
Le fils du chef m’accompagne et son père lui a donné l’ordre de ne
me quitter que lorsque je n’aurais plus besoin de lui, c’est à-dire à
mon arrivée à Mac-Carthy. Nous marchons d’une bonne allure et
aucun de mes hommes ne reste en arrière. On voit que c’est l’avantdernière étape avant d’arriver à Mac-Garthy. La route ne présente
aucune difficulté et si ce n’était l’abondante rosée qui nous inonde
littéralement, elle eût été des plus agréables. Nous faisons la halte
à Carantaba, village distant de 6 kilomètres environ de Koussalan
teoù nous arrivons à sept heures cinquante minutes. Le village

�129

DANS LA HAUTE-GAMBIE

est absolument désert. Tous les hommes ont pris la fuite et se sont
cachés dans leurs lougans. Je me demande encore pourquoi. Je n’y
ai trouvé que quelques femmes et les enfants. J ’interrogeai à ce
sujet la fille du chef qui me déclara que tout le village avait eu
peur, mais qu’elle savait bien que je ne venais pas dans leur pays
pour leur faire du mal et qu’elle était restée bien tranquille à
préparer son couscouss. C’est bien encore là une preuve du peu de
vaillance des noirs. A l’approche d’un danger, même imaginaire,
les hommes fuient en laissant les cases à la garde des femmes et
des enfants. Le même fait s’est passé à Ségou lorsque nous sommes
allés l’attaquer, les hommes se sont enfuis à notre approche après
avoir fermé les portes du Diomfoutou (sérail), où se trouvaient les
femmes, et leur avoir jeté les clefs par-dessus la muraille. Je ras­
surai du mieux que je pus cette brave femme et me remis en route
après lui avoir bien recommandé de dire à son père de venir me
voir à Calen-Ouolof, où j’allais camper, ou bien à Mac-Carthy. J’eus
sa visite quarante-huit heures après à Mac-Carthy, et après expli­
cation, nous rîmes beaucoup ensemble de la frayeur que je leur
avais causée.
Quel ne fut pas mon étonnement, au moment où j’allais me
remettre en route.de voir sortir d’une case, où il avait passé la nuit,
Mahmady-Diallo, mon courrier que j’avais expédié la veille pour
annoncer mon arrivée à Calen-Ouolof. Je lui demandai compte de
sa mission et il me répondit qu’étant fatigué, il était resté à Carantaba pour se reposer; mais qu’il avait expédié un homme du
village au chef de Calen pour le prévenir, qu’il l’avait vu partir.
Tout étant pour le mieux, du moins je le croyais, nous quittâmes
Carantaba.
Carantaba. — Carantabâ est un gros village] de Malinkés
musulmans d’environ neuf cents habitants. La population est abso­
lument fanatique. Autour de lui sont groupés quatre autres villages
qui portent le même nom. Trois de ces villages sont Malinkés
musulmans et le quatrième est Toucouleur-Torodo. Ces quatre
villages réunis peuvent former une population totale d’environ
quinze cents habitants. En janvier 1872, Carantaba, qui s'était
révolté contre l’autorité du Massa de Kataba (Niani) dont il relevait,
fut pris et détruit par Boubakar-Saada, almamy du Bondou, que
ce dernier avait appelé à son aide. Reconstruit, il fut de nouveau
André Rançon. — 9.

�430

ANDRÉ RANÇON

attaqué et brûlé par les troupes alliées du Bondou, du Fouladougou
et du Fouta-Djallon. Mais ses habitants ne perdirent pas courage.
Ils se remirent vaillamment à l’œuvre, reconstruisirent de nouveau
leur village et l’entourèrent d’un fort sagné. Ce furent ses guerriers
qui, en 1879, décidèrent de la défaite de l’armée alliée que comman­
daient devant Koussalan, Boubakar-Saada, Alpha-Ibrahima, et
Moussa-Molo. Pendant la guerre du marabout, Mahmadou-LamineDramé, beaucoup des guerriers de Carantaba se rangèrent sous sa
bannière, mais la plus grande partie, les Toucouleurs surtout, com­
battirent à nos côtés sous les murs de Toubacouta. Depuis cette
époque, la paix règne, dans cette région, et Toucouleurs et Malinkés
musulmans se livrent avec ardeur à la culture de leurs vastes
lougans de m il, arachides, maïs, et de leurs belles rizières.
Autour des villages se trouvent de jolis petits jardins où
l’oignon est cultivé avec succès.
Cette plante potagère est surtout cultivée par les peuples
de race Mandingue. On n’en trouve que rarement et en très
petite quantité dans les villages de race Peulhe. Autour des
villages Bambaras et Malinkés, on trouve bon nombre de
petits carrés de jardins ensemencés avec soin. On choisit, de
préférence, une terre riche en humus. Elle est proprement
préparée et on n’y voit jamais le moindre brin d’herbe. Les
semis sont faits avec la plus grande régularité et chaque
pied distant de son voisin de vingt-cinq-centimètres. Plantés
vers la fin de l’hivernage, en octobre, la récolte se fait vers
la fin de décembre. Chaque jour, les femmes et les enfants, à
l’aide de calebasses, procèdent à l’arrosage. Ils se servent de ce
légume pour assaisonner leur couscouss. L’oignon du Soudan
est bien plus petit que celui de nos climats tempérés. La
grosseur est à peu près celle d’une noix. La saveur est exces­
sivement sucrée et il est très recherché par l’Européen qui
s’égare dans ces contrées. Avec les queues on assaisonne les
omelettes, les sauces, et les bulbes sont mangés en salade ou
comme condiments. C’est pour nos estomacs délabrés par le
climat et la mauvaise alimentation un des meilleurs excitants
de l’appétit, et surtout le plus inofïensif.
Après avoir pris à Carantaba vingt minutes de repos, nous
nous remettons en marche. A deux kilomètres environ du

!

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

131

village, j’éprouvai une émotion. Nous traversions un marais,
à fond vaseux et glissaut, où nous enfoncions à peu près
jusqu’au genou, lorsque, tout-à:coup, le porteur chargé de la
cantine, où étaient enfermés mes instruments et mes notes,
fit un faux pas et s’abattit tout son long dans l’eau avec son
fardeau. La cantine disparut complètement et s’enfonça de
quelques centimètres dans la vase. Retirée aussitôt, je cons­
tatai, avec plaisir, après l’avoir ouverte sur la terre ferme, que,
grâce à son étanchéité parfaite , pas la moindre goutte d’eau
n’y avait pénétré. Aussi ne puis-je m’empêcher, in petto, de
rendre grâce au soin avec lequel elle avait été fabriquée par
M. Flem, constructeur d’articles de voyage à Paris. S’il en
avait été autrement, outre mes instruments, j’aurais perdu là
le fruit de plusieurs années de travail.
A 9 h. 30 nous traversons un petit village de Peulhs de 230
habitants environ. C’est Calen-Foulbé. Il disparaît presque
entièrement au milieu de ses lougans et cucurbitacées de toute
sortes qui couvrent ses toits. Ses habitants ont dans tout le
pays la renommée d’être d’excellents fabricants de mortiers et
pilons à couscouss. Nous ne nous y arrêtons pas et trois kilo­
mètres plus loin nous sommes à Calen-Ouolof, but de l’étape.
Calen-Ouolof est un village d’environ trois cents habitants. Sa
population Ouolove, comme l’indique son nom, est venue du Bondou
pour fuir les exactions des almamys Sissibés et de leur famille. J ’y
fus très bien reçu. Je fus étonné de voir à mon arrivée que rien
u’était préparé pour me recevoir. J ’en demandai le motif et il me fut
répondu que l'on u’avait pas reçu le courrier que Mahmady pré­
tendait avoir expédié de Carantaba. Je ne pus arriver à tirer cette
affaire au clair. Toutefois, en voyant l’empressement que mettaient
les habitants à m’être agréable, j’acquis la ferme conviction que mon
courrier m’avait menti, ce qui est loin d’être rare chez les noirs,
surtout quand ils sont pris en défaut. Quoiqu’il en soit nous fûmes
bien hébergés à Calen-Ouolof et ni moi, ni mes animaux, ni mes
hommes n’eûmes à nous plaindre de l’hospitalité qui nous fut
généreusement donnée.
La route de Koussalan à Calen-Ouolof diffère sensiblement des
chemins déjà parcourus. En quittant Koussalan, nous traversons
d’abord les lougans du village, puis nous entrons dans une vaste

�ANDRE RANÇON

plaine nue et marécageuse. Plus nous avançons et plus le terrain
s'élève. Nous traversons alors un plateau ferrugineux couvert de
bambous. Interrompu à mi-chemin par des lougans qui appar­
tiennent à Koussalan,il se continue jusqu’aux lougans de Carantaba.
Signalons à droite et à gauche de la route, sur le plateau mentionné
plus haut, deux mares assez profondes et pleines d’eau en cette
saison. De Carantaba à Calen-Ouolof ce n’est plus qu’une succession
de marais, rizières, lougans,excepté toutefois un peu avant d’arriver
à Calen-Ouolof,où nous traversons une colline ferrugineuse de deux
kilomètres de longueur environ. La flore n’a pas varié, légumi­
neuses, n’tabas, fromagers, baobabs, tamariniers, etc., etc. Nous
remarquons aussi de beaux échantillons de Laré ou Saba, belle
liane à caoutchouc.
Le Laré ou Saba, liane à caoutchouc. — Cette liane ( Vahea Senegalensis A. D. C.) est nommée Laré par les peuples de race Peulhe
et Saba par les noirs de race Mandingue. Elle atteint souvent des
proportions gigantesques. Nous en avons vu fréquemment dont
le tronc égalait la grosseur de la cuisse d’un homme vigoureux.
C’est une Apocynée du genre Landolphia ou Vahea. Elle s’attache
toujours aux grands végétaux et acquiert parfois un si grand déve­
loppement que l’arbre qui la porte disparaît complètement. Elle
est très facile à reconnaître à son port majestueux et au dôme
de verdure qu’elle forme au-dessus des végétaux auxquels elle
s’attache. Ses fleurs, blanches, qui ont la forme de celles du
jasmin, exhalent une odeur des plus agréables qui permet d’en
reconnaître au loin la présence. Ses fruits sont tout aussi carac­
téristiques. Ils sont volumineux et affectent la forme d’une orange,
de celles que l’on désigne sous le nom de pamplemousses (Citrus
decumana). Leur coloration est vert sombre quand ils ne sont pas
mûrs. Arrivés à maturité, ils sont, au contraire, d’un jaune
rouge qui ne permet de les confondre avec aucun autre. Ils
poussent à l’extrémité des petits rameaux. Ils contiennent à l’inté­
rieur une trentaine de graines de forme pyramidale qui sont noyées
dans une pulpe jaune d’or d’un goût délicieux et excessivement
rafraîchissante.
On trouve le Laré partout au Soudan français ; mais les con­
trées où il est en plus grande abondance sont le Niocolo, le Baleya,
l’Amana, le Dinguiray, etc., etc. Il croît, de préférence, sur les

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

133

bords des marigots, dans les terrains humides, marécageux sur­
tout. Nous avons pu remarquer que les Larés qui poussent dans
les argiles et sur les plateaux ferrugineux sont moins développés
que ceux qui croissent sur les rives des marigots et présentent une
vitalité bien moins grande. Plus on s’avance vers le sud et plus il
devient commun. Nul doute qu’il ne croisse également sur le bord
des rivières du Sud et de leurs affluents. Monsieur le Dr Crozat,
dans son voyage au Fouta-Djallon, l’a trouvé partout dans ce pays et
en abondance. Il existe de même en grande quantité dans toutes
les régions situées dans la boucle du Niger, dans le pays de Ségou
et dans le Macina au Nord.
Toutes les parties du Laré donnent un suc abondant. C’est le
végétal qui, au Soudan, en donne le plus. En outre, ce suc donne
un caoutchouc qui nous semble le meilleur de tous les produits
similaires de Yahea d’Afrique; il en donne surtout beaucoup plus.
Pour l’extraction, point n ’est besoin de procédés particuliers pour
pratiquer les incisions. La simple incision longitudinale ou trans­
versale laisse écouler de grandes quantités de suc. En toutes
saisons, il en donne beaucoup et l’âge ou l’état des végétaux influe
peu sur la production. Il se coagule rapidement par la simple
évaporation. C’est assurément de tous les végétaux à caoutchouc
celui qui donnera toujours en tous lieux et en tout temps les
résultats les plus satisfaisants et surtout les plus rémunérateurs. Il
nous souvient avoir entendu raconter par nos camarades ce fait, à
savoir que, sur les bords du Tankisso, M. le lieutenant de vaisseau
Hourst, commandant de la flottille du Niger, avait pu en un temps
relativement court, par les moyens tout primitifs qu’il avait à sa dis­
position, en récolter des quantités relativement considérables. Cela
permet d’augurer que l’exploitation en serait facile et fructueuse.
Le caoutchouc du laré présente, à s’y méprendre, les caractères
macroscopiques de celui de l’Hevea. Jouit-il des mêmes propriétés?
Tout permet de l’espérer. Des échantillons ont été rapportés en
France et sont soumis à l’analyse. Nous avons tout lieu de croire
que les résultats en seront favorablement concluants. Nous ne
saurions trop attirer l’attention sur ce précieux végétal, qui, à
notre avis, est appelé à un avenir prochain et certain.
La journée que je passai à Calen-Ouolof s’écoula sans incidents.
Je reçus de nombreux visiteurs, qui vinrent me saluer, et, ce qui

�ANDRE RANÇON

me fit encore plus de plaisir, un courrier m’apporta vers cinq heures
du soir une lettre fort aimable de M. l’agent de la factorerie fran­
çaise de Mac-Carthy, dans laquelle il me souhaitait la bienvenue et
m’annonçait que j’étais attendu avec impatience. Je le fis immédia­
tement prévenir que j’arriverai le lendemain matin de bonne
heure, et, en même temps, je fis annoncer au chef de Lamine-Coto
que j’irais camper dans son village.
A la nuit tombante, tout le monde se coucha dans l’espoir de
passer une bonne nuit. Notre espoir fut rapidement déçu, et, dès
que les feux furent éteints, nous fûmes tous assaillis par des
nuées de moustiques, qui nous tinrent éveillés. Depuis Bala, dans
le Niéri, je n ’en avais jamais été aussi incommodé. Toute la nuit
s’écoula sans sommeil et je vis se lever le jour sans avoir pu
fermer l’œil une seule minute. Mes hommes en souffrirent
autant que moi. Je suis bien certain qu’ils ont conservé de
Calen-Ouolof le même souvenir cuisant que j’en garde encore.
Moustiques et maringouins nous attaquèrent avec la même fureur
et nous firent payer cher l’hospitalité que nous avaient géné­
reusement accordée les habitants. Impossible de se garantir
contre leurs multiples piqûres. Leurs trompes acérées traversaient
même les vêtements pour venir chercher sur notre figure, nos
bras et nos jambes, leur nourriture quotidienne.
On comprendra sans peine combien nous fûmes heureux de voir
se lever le jour. C’était la fin de nos tourments. Aussi les préparatifs
du départ furent-ils rapidement faits et pûmes-nous nous mettre en
route sans retard.
5 novembre. — A cinq heures du matin, nous quittons CalenOuolof en bon ordre. Il fait une température des plus agréables;
mais il règne une humidité considérable et le sol est couvert d’une
rosée très abondante. Aussi sommes-nous littéralement trempés
peu après le départ.
Yola. — A sept heures quinze minutes, nous arrivons à Yola,
village de Malinkés musulmans, dont la population peut s’élever à
environ 450 habitants. Le frère du chef, remplaçant son frère
malade, vient me recevoir, et nous causons fort amicalement pen­
dant un quart d’heure environ. Il me promet de m’envoyer à
Lamine-Coto du riz pour nourrir mes hommes pendant mon séjour
à Mac-Carthy. O11 n’est pas plus complaisant.

�DANS LA HAUTE GAMBIE

135

G'ouiaou. — A sept heures trente minutes, nous nous remettons
en marche. A sept heures cinquante-cinq nous laissons sur notre
droite le petit village de Couiaou,dont la population peut s’élever à
une centaine d’habitants. Ce petit village, brûlé, il y a quelques
années, par mon ami, le lieutenant Levasseur, de l’infanterie de
marine, à la suite d’affaires de captifs, commence à peine à sortir
de ses ruines. Il m’a paru fort mal entretenu, comme tous les
villages Malinkés du reste.
Lamine-Sandi-Counda. — Non loin de Couiaon se trouve le village
Malinké musulman de Lamine-Sandi-Counda, peuplé d’environ
cent habitants, d’après les renseignements qui m’ont été donnés.
De la route, on ne le voit pas, car il est absolument caché par les
lougans de mil.
Médina. — Un peu plus loin nous laissons encore à droite le
petit village de Médina devant lequel nous passons à huit heures
trente-cinq. Il peut avoir environ cent cinquante habitants Malinkés
musulmans et est entouré de belles rizières.
Canti-Countou. — A peu de distance de Médina, nous laissons
sur la gauche, Canti-Countou, petit village Malinké musulman,
dont la population s’élève à cent cinquante habitants environ. Il
est situé à deux cents mètres à peu près de la route et possède
de belles cultures de mil et de belles rizières.
Enfin, à neuf heures trente minutes, nous arrivons à Lamine-Coto,
but de l’étape, où j’ai le plaisir de trouver M. Joannon, agent de la
Compagnie Française, à Mac-Carthy, qui avait poussé l’amabilité
jusqu’à venir à mon avance. Je suis tout heureux de voir enfin une
figure blanche. En peu de temps nous avons fait complète connais­
sance : car nous étions loin d’être étrangers l’un à l’autre. Nous
avions échangé une correspondance relativement active pendant
mon séjour à Nétéboulou, et, en pays noir, les lettres sont d’excel­
lents moyens de rapprochement. Seul Européen et seul Français à
Mac-Carthy en cette saison où le commerce est peu actif, on compren­
dra aisément qu’il fit à un compatriote la plus cordiale des récep­
tions. Je suis obligé de me rendre à son invitation et d’aller déjeuner
à Mac Carthy, à la factorerie française, mais auparavant j’installe
mes hommes et mes animaux. Je reçois le chef du village et je
change de vêtements car je suis tout trempé.

�ANDRE RANÇON

Sandia prête son cheval à M. Joannon, et nous nous rendons au
bord du fleuve où nous attend un canot. La Gambie est peu éloi­
gnée de Lamine-Coto (1 km. 079). Un peu avant d’y arriver nous
apercevons les constructions de Mac-Carthy et en face de l’endroit
où nous dépose le canot se détache en blanc, avec ses ouvertures
vertes, la factorerie française, la construction la mieux comprise
de l’île entière. Il est 10 heures 1/2 quand nous y arrivons.
Immédiatement M. Joannon me met en possession de ma chambre.
Je suis admirablement bien installé ; lit avec sommier et mousti­
quaire, toilette. Rien ne manque. Nous sommes à douze jours de
mer de France, au cœur de l’Afrique, et nous retrouvons le même
bien-être qu’en Europe. Je vais donc pouvoir me reposer un peu
et goûter les charmes de la vie européenne. Je déjeune à merveille,
je n’ai pas besoin de le dire. Ce repas, dans la vaste salle à manger
de la factorerie où règne tout le confortable des demeures euro­
péennes dans les pays chauds, est un des meilleurs que j’ai fait de
ma vie et celui dont le souvenir m’est le plus cher. C’est que, si les
savantes préparations de nos laboratoires culinaires y faisaient
défaut, il y avait deux condiments qu’on ne trouvera guère sur
les tables de nos dîners officiels, un vigoureux appétit et la plus
franche cordialité.
L’après-midi s’écoula rapidement et, à quatre heures, nous quit­
tâmes la factorerie pour nous rendre à Lamine-Coto, où je voulais
veiller à l’installation de mes hommes, arranger mes bagages et
régler quelques affaires. J ’avais donné l’ordre aux palefreniers, en
partant le matin, de nous amener les chevaux au fleuve à cette
heure-là. Ils ont été exacts et nous n ’avons pas eu à les attendre. A
la nuit tombante, après avoir fait à Lamine Coto ce que j’avais à
y faire, je retourne à Mac-Carthy. Sandia et Almoudo m’y accom­
pagnent. Ils sont logés dans l’intérieur de la factorerie où M. Joan­
non leur a fait préparer une case. Je dîne aussi bien que j’ai
déjeuné et, à neuf heures du soir, je me mets voluptueusement au
lit. Il y a sept mois que cela ne m’était arrivé.
Lamine-Coto. — Lamine-Coto est un village de Malinkés musul­
mans de 250 habitants environ. Le chef en est jeune, intelligent et
il me reçoit à merveille. Grâce à son obligeance mes hommes et mes
chevaux n’y ont manqué de rien. Il a eu, en un mot, pour moi,
toutes les prévenances qu’un noir peut avoir.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

137

La route de Calen-Ouolof à Lamine et à Mac-Carthy ne présente
rien de bien particulier. De Calen à Yola le terrain s’abaisse sensi­
blement, et à peu de distance de Calen nous traversons une vaste
plaine marécageuse qui s’étend au-delà de Yola. A peine sommesnous sortis des lougans de ce village que nous entrons en plein
dans le marais. Nous ne le quittons guère qu’en arrivant à
Couiaou. L à, le terrain s’élève un peu, nous traversons une
petite colline ferrugineuse aux environs de Médina, et, de
chaque côté de la route jusqu’à Lamine-Coto, nous remarquons
de petites collines de même composition. De Lamine-Coto à la
Gambie, ce ne sont plus que des argiles alluvionnaires entre­
coupées de marécages non encore desséchés.
La flore est peu variée, Légumineuses gigantesques, N'tabas,
Nétés resplendissants de verdure, etc., etc. Les rives de la
Gambie sont couvertes de beaux arbres. On voit que nous avons
quitté la région des steppes Soudaniennes pour la région des
tropiques, proprement dite. Aussi la végétation devient-elle de
plus en plus puissante èt luxuriante.
Le riz et les rizières. — Le riz, dans toutes les régions que
nous venons de parcourir de Nétéboulou à Mac-Carthy, est
l’objet de grandes cultures et de soins attentifs. Les rives du
fleuve, les bords des marigots et les marécages que laissent
les eaux en se retirant sont, aux environs des villages, trans­
formés en rizières de bon rapport. La production, déjà très con­
sidérable, pourrait encore être augmentée dans de notables
proportions si les habitants voulaient utiliser tous les terrains
propres à cette culture. Mais pour le riz ils procèdent absolu­
ment comme pour les autres céréales et ne sèment que ce qui
leur est strictement nécessaire pour leur consommation. C’est
toujours la même imprévoyance. Que la récolte, pour une cause
quelconque, vienne à manquer, et c’est la famine.
Le riz ne demande que peu de soins, et le terrain ainsi
que le climat sont si favorables à sa culture que le rendement
qu’il donne est toujours considérable. Pour préparer le sol des­
tiné aux semailles, on se contente simplement de le débrous­
sailler. On choisit de préférence un terrain humide sur les
bords du fleuve, des marais, et même dans le lit de certains
marigots. A l’aide d’un bâton, on sème le riz en faisant un

�ANDRE RANÇON

trou dans lequel on place trois ou quatre graines. Ces trous
sont environ situés à 15 centimètres l’un de l’autre. Dans cer­
taines régions on le sème simplement à la volée, et on recouvre
les grains en piochant peu profondément le sol. Tout ce travail
est peu pénible, aussi est-il généralement exécuté par les femmes
et les enfants.
Les semis se font au commencement des pluies, quand il
est tombé une certaine quantité d’eau, vers la fin de juillet.
L’inondation qui survient en août fertilise la rizière et permet
aux graines de bien se développer. La récolte se fait en octobre
et en novembre. Un mois avant d’y procéder, on a bien soin
d’enlever toutes les mauvaises herbes afin de lui permettre de
bien mûrir. La cueillette est faite brin par brin et, de ce fait,
demande un temps assez long et une grande patience. On sait que
cette qualité ne manque pas aux Noirs. Coupés à dix centimètres audessus du sol, les épis, dont le chaume a une longueur d’environ
vingt-cinq centimètres, sont réunis en paquets assez volumineux,
liés fortement, et mis à sécher sur le toit des cases. Ils sont rentrés
tous les soirs, afin de ne pas les exposer à la rosée de la nuit qui les
altérerait sûrement et les ferait pourrir. Quand ils sont bien secs,
ils sont battus, vannés, et le grain destiné à la consommation est
enfermé dans des sortes de récipients en terre placés dans les
cases elles-mêmes. Ces récipients qui servent également à renfermer
les haricots, le coton, le fonio, etc., etc., ont à peu près la forme
d’un grand tube. Ils sont faits en terre séchée au soleil tout
simplement. Pour cela, on fabrique de véritables cylindres que
l’on fait sécher, puis on les superpose les uns sur les autres et on
les lute avec de l’argile. Cette sorte d’outre repose sur trois pieds
également en terre qui sont, en général, fixés au sol. Il y en a de
toutes les dimensions. Ils sont généralement placés dans les cases,
aux pieds et à la tête du petit tertre qui sert de lit à l’habitant.
L’ouverture en est fermée à l’aide d’un gâteau rond en terre,
discoïde et fabriqué de la même façon que le récipient lui-même,
c’est-à-dire en argile séchée au soleil. Les parois sont si épaisses
qu’il est rare que ces sortes de barriques en terre s’effondrent, Sur
les parties qui font face au lit sont généralement modelés des seins
de femmes, ou bien encore des phallus de dimensions normales.
Les épis destinés aux semailles sont conservés avec leur chaume

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

139

réunis et liés en paquets comme précédemment et suspendus aux
bambous qui forment la charpente du toit de la case.
Le riz du Soudan,que l’on désigne généralement sur les marchés
sous le nom de « riz Malinké », pour ne pas le confondre avec le
riz Caroline ou de Chine que nous importons, est d’un blanc légè­
rement grisâtre. Il présente de petites stries brunes qui sont
évidemment dues à ce qu’il est mal décortiqué. Il est plus dur que
les autres riz, et son goût est moins fade. Quand il a été bouilli, ses
grains sont poisseux et s’agglutinent aisément. Cela est vraisem­
blablement dû au mucilage abondant qu’ils contiennent. On le
mange bouilli ou cuit à l’étuvée et mélangé avec de la viande ou du
poisson. Les indigènes lui préfèrent cependant le couscouss de
mil, car ils prétendent que le riz ne les nourrit pas autant.
La valeur commerciale du riz en Gambie est environ de 0 f. 15
le kilo, et le rendement moyen à peu près de 4,550 kilogrammes
à l’hectare.
Sur les marchés on se sert pour mesurer le mil, le riz, les
haricots, le sel, d’une mesure toute spéciale que l’on désigne sous
le nom de « moule. » Sa contenance varie suivant les pays. Ainsi
le moule Bambara vaut 2 kil. environ, le moule Malinké en
Gambie 1 k. 800, et le moule Toucouleur dans le Bondou, 1 k. 500.
La paille de riz forme un excellent fourrage dont tous les
bestiaux sont excessivement friands. Les indigènes s’en servent
pour fabriquer des chapeaux, des couvercles de calebasses et de
petites corbeilles plates assez originales.
Le Rànier. — Les rives de la Gambie sont couvertes de rôniers
et il en existe des forêts d’une étendue relativement considérable
où l’on peut remarquer des échantillons de ce végétal qui attei­
gnent des dimensions vraiment gigantesques. C’est le plus grand
des palmiers, le Borassus flabelliformis. Il est facilement recon­
naissable à son port élevé et caractéristique. Sa tige est très
grande et peut atteindre parfois jusqu’à vingt-cinq et trente
mètres. Elle est renflée au milieu et ses parties inférieures et
supérieures sont bien moins volumineuses et bien plus effilées.
Son écorce est noirâtre et porte les cicatrices des blessures qu’y
font les feuilles en tombant. Le bois, bien qu’il ait l’aspect spon­
gieux est très dur et est difficilement attaquable par la scie. Les
billes de rôniers sont plus lourdes que l’eau. C’est un des rares

�140

ANDRÉ RANÇON

bois qui ne flotte pas. Les feuilles d’un rônier adulte sont
groupées en un bouquet volumineux situé au faite de la tige,
et présente de profondes découpures. Le tronc n’en porte jamais,
sauf quand il est jeune. Leur couleur vert foncé et leur résistance
rappelle de loin les feuilles artificielles en zinc de certains décors
de théâtre ou de girouettes. Les plus jeunes, fortement imbriquées
et engainantes au sommet du végétal, sont d’un blanc d’ivoire.
Très tendres, elle forment le chou palmiste. Les feuilles du rônier
ne tombent qu’après dessiccation complète.
Les fruits, désignés sous le nom de rônes, sont disposés en
grappes de quarante ou cinquante environ. Ils sont de la grosseur
d’un melon de moyenne taille et très lourds. L’enveloppe en est
verte quand ils sont jeunes ; à maturité, elle est jaune orange.
Les graines volumineuses, noirâtres, discoïdes ou en forme de
sphères aplaties aux deux pôles, sont enveloppées d’une pulpe
jaune d’or filamenteuse, très aqueuse, très odorante, et d’un
goût agréable mais légèrement térébenthiné. Les indigènes en
font une grande consommation, surtout en temps de disette.
Le rônier est un bois plein, de longue durée et d’une solidité
remarquable. Inattaquable par les insectes et par l’humidité, il est
excellent pour les pilotis, et l’on s’en sert couramment dans la
construction des ponts et des appontements. Les arbres mâles sont
seuls employés ; les arbres femelles ne peuvent servir qu’à des
palissades, car ils sont creux et peu résistants.
Les indigènes utilisent les feuilles pour couvrir les constructions
provisoires qu’ils font dans leurs villages de cultures. Nous nous
sommes très bien trouvés de les avoir employées pour nos campe­
ments. Avec les jeunes feuilles, ils fabriquent aussi, en les
tressant, des liens très résistants. Nous avons été à même
d’apprécier leur solidité quand nous avons traversé en radeau
la Gambie au gué de Bady.
Outre le fruit, les Noirs mangent encore les racines des jeunes
pousses. Elles ont un goût légèrement astringent et assez déplaisant.
On les mange crues. Le bourgeon terminal est très tendre. C’est un
chou palmiste moins savoureux assurément que celui de YOreodoxa
üleracea, mais qui mérite cependant d’être apprécié. Coupé en
petits fragments de deux centimètres carrés, et bien assaisonné
d’huile, de vinaigre, sel et poivre, on en fait une très bonne salade,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

141

surtout si on a eu la précaution de la faire macérer pendant vingtquatre heures. Ce plat est très apprécié des Européens appelés à
résider au Soudan. Enfin, le rônier fournit une sève relativement
abondante dont on pourrait extraire du sucre et qui donne, par
fermentation, un vin de palme de qualité inférieure.
Je ne comptais rester à Mac-Carthy que trois ou quatre jours.
Aussi m’étais-je installé en conséquence. Dès le lendemain de mon
arrivée, je fis une visite à M. le gouverneur anglais de l’île. Je
trouvai en M. Syrett, métis de Bathurst, ancien secrétaire du
gouverneur général de la Gambie et tout récemment installé,
un homme charmant, bien élevé et d’une remarquable obligeance.
Pendant toute la durée de mon séjour à Mac-Carthy, je n’eus
absolument qu’à me louer des rapports que j’ai eus avec lui. Peu
de jours après mon arrivée, Y « Odette, » la petite chaloupe à
vapeur de la Compagnie, amena M. Frey, l’agent en titre de la
factorerie (M. Joannon n ’était qu’intérimaire), et M. Trouint,
l’agent de la petite factorerie de Nianimaro, située à un jour ou
deux en aval de Mac-Carthy. Nous passâmes deux jours charmants
après lesquels M. Trouint, ayant réglé ses affaires avec M. Frey,
repartit pour rejoindre son poste.
Tous mes préparatifs étaient faits. Je m’étais ravitaillé et j’avais
acheté et expédié à Nétéboulou une nombreuse pacotille dont
j’avais besoin en prévision du voyage que j’allais entreprendre au
Kantora, à Damentan et au pays des Coniaguiés. Un courrier, que
M. le commandant de Baltel m’avait expédié pour me porter ma
correspondance et qui était venu me rejoindre à Mac-Carthy après
vingt jours de marche, se chargea de la transporter à Nétéboulou.
J’organisai à cet effet un convoi de porteurs dont il eut la direction.
Ces hommes étaient au nombre de quatorze. Je les avais recrutés
sur place et ils arrivèrent sans encombre dans le Ouli avec leurs
charges intactes. Et pourtant les marchandises qu’ils portaient
étaient bien faites pour exciter leur cupidité. C’étaient des sacs de
sel, des caisses de tafia, de genièvre, de verroterie, de tiges de
laiton, des ballots d’étoffes, etc., etc. Il faut dire aussi que leur
chef de convoi, Boubou-Cissé, était un homme dévoué et d’une
scrupuleuse honnêteté.
J’étais prêt à partir et je me disposais à me mettre en route
lorsque je fus de nouveau atteint de fièvres intermittentes si vio-

�142

ANDRÉ RANÇON

lentes que je dus garder le lit pendant plusieurs jours, et ce ne fut
que le 27 novembre que je pus quitter Mac-Carthy. En même temps
que moi, M. Joannon lut atteint d’un violent accès à forme bilieuse
et M. Frey lui-même fut obligé de s’aliter pendant près d’une
semaine.L’influence du climat se fit même sentir sur mes hommes,
étrangers pour la plupart à ces régions. La température des nuits
s’était beaucoup refroidie, et tous plus ou moins souffraient de la
poitrine ou des bronches. Même le jeune frère de mon interprète
eut une légère congestion pulmonaire avec fièvre intense qui, pen­
dant deux ou trois jours, me causa de vives inquiétudes. Les
animaux ne furent pas non plus épargnés. Je n’avais, en effet, à
leur donner pour toute nourriture que ce gros mil rouge de SierraLeone, qui leur est si préjudiciable. En plus, le cheval de Sandia
fut atteint de violents accès de fièvre et nous aurions peut-être eu
un malheur à déplorer si je n’avais pas eu pour les soutenir et les
alimenter quelques caisses de galettes à base de Kola que M. le
Dr Heckel, de Marseille, avait eu la généreuse prévenance de
m’expédier à Mac-Carthy par les soins de la Compagnie Française
de la côte occidentale d’Afrique.
Retenu par la maladie à Mac-Carthy, je mis à profit l’inaction
forcée à laquelle j’étais condamné pour faire de cette colonie
anglaise une étude aussi approfondie que possible. C’est le-résultat
de mes observations que je vais essayer de faire connaître au
lecteur dans le chapitre qui va suivre. Je n ’ai point la prétention
de me figurer que j’ai découvert sur Mac-Carthy quelque chose de
nouveau, mais je suis intimement persuadé que ces quelques notes
que j’ai recueillies seront de quelque intérêt, et, je dirai plus, de
quelque utilité.

���CHAPITRE VII
Mac-Carthy. — Situation géographique. — Notice historique. — Description
géographique. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution
géologique du sol. — Climatologie. — Flore. — Productions du sol; cultures.
— Faune. — Animaux domestiques. — Le Protopterus ou Mudfisch des Anglais,
ou Schlammfisch des Allemands, ou poisson de vase. — Ethnographie;
populations. — Organisation politique et administration. — Conclusions.

L’île de Mac-Carthy, que les indigènes désignent sous le nom
de « Yan-Yan-M’Bouré », est située au milieu du fleuve « Gambie ».
Si, partant de Bathurst, on remonte le fleuve, on la trouve à environ
200 milles de l’embouchure. Sa position serait à peu près par 17°7’
de longitude ouest et 13°33’ de latitude Nord. Sa plus grande
longueur mesurée de l’Est à l’Ouest est de 10 kilomètres environ et
sa plus grande largeur, évaluée du Nord au Sud, est de 6 kilomètres.
Sa superficie serait à peu près de 53 kilomètres carrés. Sa forme
est à peu de chose près celle d’une ellipse dont le grand axe
serait orienté Est-Ouest.
Les deux bras du fleuve qui l’enserrent ont une largeur inégale
et le bras Nord est de beaucoup le plus important. Il est aussi plus
accessible à la navigation que celui du Sud. C’est, du reste, sur sa
rive que se trouvent tous les établissements commerciaux de
l’île. Au Nord, Mac-Carthy est voisine du Niani. Au Nord-Est, dans
ce môme pays, et non loin de la rive droite du fleuve, se trouvent,
à une quarantaine de kilomètres environ, les ruines du village de
Pisania, point de départ choisi par Mungo-Park, lors de son premier
voyage en 1796. Au Sud, nous trouvons, en face, sur la rive gauche
du fleuve, le Guimara, et, environ à une centaine de kilomètres à
l’est, le Kantora où se trouvait autrefois le fameux marché de
Kantor, que certains historiens Portuguais citent comme un centre
commercial aussi important que pouvait l’être jadis Tombouctou.
Il y a près de trois siècles que Mac-Carthy est connue des
Européens. En 1618, Thompson la visita. Parti de l’embouchure de
André Rançon. - 10.

�ANDRE RANÇON

la Gambie, il remonta le fleuve jusqu’au Tenda, reconnut, par
conséquent, cette île et se disposait à poursuivre sa route jusqu’à
Tombouctou, lorsqu’il fut massacré par les indigènes. Deux années
plus tard, Jobson y aborda de nouveau, et, en 1796, Mungo-Park y
séjourna. Depuis cette époque de nombreux voyageurs l’ont
visitée ; mais c’est au commencement du siècle seulement que
les Anglais comprirent son importance et s’y installèrent défi­
nitivement.
Description géographique; aspect général. — Mac-Carthy, dans
sa partie moyenne, a absolument l’aspect que présentent nos
rivières du Sud. La végétation y est puissante et les végétaux
que l’on y trouve acquièrent des dimensions énormes. Les
parties Est et Ouest sont plus tristes. On n’y trouve, en effet,
que des marais où croissent de nombreuses plantes aquatiques
et des Cypéracées gigantesques. Les arbres y sont rares. On
peut cependant encore y remarquer de beaux échantillons de
palmiers rôniers. En résumé, on peut dire que Mac-Carthy
appartient à cette zone de transition que l’on trouve entre les
steppes du Sénégal et du Soudan et les régions tropicales du
Sud.
Hydrologie. — On ne rencontre dans l’île ni marigots ni
rivières. Pendant l’hivernage, il existe parfois, surtout quand
la crue du fleuve est très prononcée, une sorte de petit
cours d’eau qui, dirigé du Nord au Sud, fait communiquer
les deux bras du fleuve. Il est à peu près situé vers la partie
médiane de l’île, et ne coule guère que pendant deux ou trois
mois au plus. Dans les parties Est et Ouest sont de grands
marais qui les rendent absolument inhabitables.
Pour les usages domestiques, on ne fait guère emploi que
de l’eau du fleuve, qui, bien filtrée, est loin d’être mauvaise.
On trouve aussi, dans les deux villages qui s’y sont construits,
quelques puits ; mais l’eau qu’on en retire contient une grande
quantité de matières terreuses, qui, surtout pendant l’hiver­
nage, la rendent impropre à la consommation. La masse d’eau
souterraine est peu profonde, ce qui se comprend aisément, l’île
étant peu élevée au-dessus du fleuve. On la trouve à environ
3m50 de profondeur.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

147

Orographie. — Il n’y a pas trace de collines, le terrain est
absolument plat, sauf dans la partie moyenne, où la ville est
construite sur une sorte de croupe élevée de l m50 au plus
au-dessus des terrains environnants.
Constitution géologique du sol. — Le sous-sol de l’île de MacCarthy appartient tout entier aux terrains de formation secon­
daire. Les roches qu’on y rencontre, grès, quartz simples ou
ferrugineux, conglomérats à gangue silico-argileuse ne per­
mettent pas d’en douter. Cette ossature est recouverte dans les
parties Est et Ouest, d’une épaisse couche d’argiles compactes
qui forment le fond des marais. Dans la partie centrale et aux
environs de Boraba, c’est de la latérite formée par la désa­
grégation des roches cristallines. Aux environs de la ville
commerciale, la roche se montre à nu et l’on peut y remarquer de
beaux échantillons de grès, quartz et quelques schistes lamelleux.
Cette dernière roche est cependant assez rare. Les rives de l’île
sont couvertes d’alluvions anciennes et récentes qui s’étendent [à
environ ISO mètres vers l’intérieur. Elles sont bien plus abon­
dantes sur la rive Nord et sur la rive Sud. Il résulte, du reste,
des observations qui ont été faites, que, chaque année, cette rive
empiète sur le fleuve, tandis qu’au Sud c’est, au contraire, la
Gambie qui s’avance de plus en plus dans les terres.
Climatologie. — De ce que nous venons de dire de la situation
géographique, de l’hydrologie et de la constitution géologique du
sol de l’île de Mac-Carthy, nous pouvons aisément conclure ce que
doit être son climat. Sa longitude et sa latitude la placent natu­
rellement dans les climats chauds par excellence. La tempéra­
ture y est naturellement élevée, surtout pendant la saison chaude.
Pendant l’hivernage, au contraire, le thermomètre n’y monte
jamais bien haut. Il ne dépasse guère trente à trente-deux degrés
centigrades. Mais l’atmosphère y est absolument saturée d’humi­
dité et d’électricité. Aussi cette saison y est-elle des plus pénibles à
supporter, et c’est à cette époque de l’année que les Européens y
sont le plus éprouvés. L’hivernage y est précoce et les premières
pluies apparaissent au commencement de mai. Elles sont toujours
très abondantes et durent jusqu’au mois de novembre. Les vents
de Sud-Ouest régnent pendant toute cette saison. Durant la

�ANDRE RANÇON

période sèche, au contraire, de novembre à mai, soufflent les
vents brûlants d’Est et de Nord-Est. A cette époque,le rayonnement
nocturne est tel que, pendant les mois de novembre, décembre et
janvier, il n’est pas rare de voir le thermomètre descendre parfois
jusqu’à dix degrés et même au-dessous. On comprend combien de
semblables variations sont pernicieuses à la santé. Déplus la cons­
titution géologique du sol contribue puissamment à augmenter
l’insalubrité de l’île. Les marais des parties Est et Ouest, l’imper­
méabilité du sous-sol qui ne permet pas aux eaux de s’écouler
en font un des coins les plus malsains du globe. C’est ce que dans sa
sollicitude pour ses employés, la Compagnie française a bien
compris. Aussi a t-elle décidé que ses agents de Mac-Carthy iraient
chaque année se retremper à Batburst et éliminer au bord de la
mer le poison qu’ils y absorbent. Grâce à cette mesure et à un grand
confortable, ils peuvent sans trop souffrir y résider plusieurs années.
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — La flore de MacCarthy est peu variée ; mais, par contre, les essences botaniques
que l’on y rencontre, s’y développent rapidement et y acquièrent
des dimensions que, seuls, peuvent atteindre les végétaux propres
aux régions tropicales. Les végétaux les plus communs sont : le
caïl-cédrat (Khaya Senegalensis A. de Juss.), le tamarinier (Tamarindus indica Lin.), le baobab (Adansonia digitata Lin.), le fro­
mager (.Bombax ceiba Lin.), le rônier (Borassus flabelliformis Lin.),
le n’taba (Sterculia cordifolia Cav.), enfin une grande variété de
ficus et de légumineuses. Mais, nous le répétons, ces végétaux,
vu l’exiguité de l’île, y sont en minime quantité. On ne les
trouve guère que dans la partie centrale. A l’Est et à l’Ouest, à part
le rônier, ils sont relativement rares.
Il y a peu de champs cultivés. Le sol se prête peu à la culture.
On ne trouve des lougans qu’aux environs des villages, encore
sont-ils de peu d’étendue. Un peu de mil et de maïs, et voilà tout.
Par contre, chaque habitant possède autour de son habitation de
petits jardinets où sont cultivés avec grand succès, tabac, courges,
calebasses, tomates indigènes, patates douces, manioc. Les papayers,
citronniers, goyaviers, bananiers s’y sont très bien acclimatés et
y sont cultivés avec grand succès. Dans les régions Est et Ouest se
trouvent de belles rizières. Enfin, chaque factorerie, ainsi que les
fonctionnaires, possèdent de beaux jardins où l’on récolte quelques

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

149

légumes d’Europe, choux, salades, radis, oignons, etc., qui font les
délices de ceux que leurs affaires ou leurs fonctions forcent à
résider dans le pays.
Faune, animaux domestiques. — La faune est des plus pauvres.
Quelques rares singes, venus là on ne sait pourquoi, quelques
pigeons, tourterelles, bécassines et perdrix grises, une grande
variété d’oiseaux de toutes sortes, au plumage varié. Pas d’animaux
nuisibles; mais, par contre, une quantité énorme de moustiques,
surtout pendant l’hivernage. Quelques rares serpents non venimeux
et une grande variété de lézards. Le fleuve est très riche en poissons
dont les espèces sont excessivement nombreuses. Quelques-unes
sont excellentes et constituent une ressource précieuse pour la
table. Mais, par contre, il est absolument infesté de caïmans.
Il en est qui sont réellement énormes et qui deviennent un
véritable danger pour les baigneurs. Aussi ne s’y plonge-t-on
jamais. Les hippopotames s’y montrent aussi fréquemment ;
mais ils habitent de préférence les marigots voisins.
Parmi les animaux domestiques nous citerons particulièrement
es chiens, chèvres, moutons, poulets, canards. Les bœufs viennent
surtout de la terre ferme, selon les besoins de l’alimentation. Les
chevaux y vivent difficilement. Pendant le séjour que nous y avons
fait, nous n’en avons vu que trois, celui du gouverneur et deux
autres qui appartenaient à la Compagnie française.
Le Protopterus annectens, ou Mudfischdes Anglais, ou Schlammfisch
des Allemands, ou poisson de vase. — Nous serions incomplets si nous
ne mentionnions pas ici cette espèce de poisson si bizarre, qui se
niche dans la vase du fleuve et des marigots avoisinants et qui
peut pendant plusieurs mois vivre en dehors de tout liquide, à
l’air libre. C’est le Protopterus ou poisson de vase que les Anglais
désignent sous le nom de Mudfisch, les Allemands Schlammfisch.
Par sa constitution et ses mœurs, il se distingue des poissons
proprement dits et forme pour ainsi dire un ordre particulier
intermédiaire entre les poissons et les batraciens. Nous verrons plus
loin qu’il a en effet des caractères communs à ces deux classes.
On le trouve dans la plupart des cours d’eau de l’Afrique
occidentale, surtout dans la région comprise entre les 5e et 13e
degrés de latitude nord. Il affectionne particulièrement les marigots

�ANDRE RANÇON

dans lesquels le courant est peu prononcé. On le rencontre
également dans les grands fleuves, principalement dans les parties
où le courant se fait peu sentir. La Mellacorée, la Gasamance et la
Gambie, ainsi que les marigots qui en dépendent, sont les fleuves
qui en renferment le plus. Il est très commun aux environs de
Mac-Carthy et à l’embouchure du Sandougou et du marigot de
Countiao.
Grâce à l’obligeance de MM. les agents de la Compagnie fran
çaise, j’ai pu en expédier en France plusieurs caisses et examiner
attentivement ce curieux animal. Mon excellent ami, M. le lieute­
nant Tête, de l’infanterie de marine, et M. le D1' Bonnefoy, médecin
de 2e classe de la marine, ont pu également l’observer. Ils ont
bien voulu me communiquer leurs notes à son sujet. Elles m’ont
été d’un précieux secours pour rédiger ce qui suit et pour com­
pléter l’étude rapide que j’en avais faite (1).
Les Protopterus appartiennent à l’ordre des Dipneustes dipneumones. La peau est écailleuse, — cinq branchies tripinnatifides —
deux poumons aréolaires, dilatés en avant, rétrécis en arrière, où
ils atteignent le cloaque ; ils communiquent par une courte trachée
membraneuse, avec le dehors, au moyen d’une glotte s’ouvrant
dans le plancher du pharynx ; cœur à ventricule simple, oreillette
simple; appareil génital femelle plus semblable à celui des
batraciens qu’à celui des poissons. Au lieu de nageoires, quatre
extrémités irrégulièrement cylindriques, longues de cinq à dix
centimètres; les deux antérieures prennent naissance à l’extrémité
postérieure de la tète ; les deux postérieures s’étendent à la nais­
sance d’une queue lancéolée. — La couleur de la peau est gris brun,
sale. Elle est semée de taches sombres. Le squelette est cartilagi­
neux, sauf la tête, qui est seule ossifiée. La colonne vertébrale est
formée d’une tige cylindrique, subcartilagiueuse, revêtue d’une
gaine fibreuse et d’une série de pièces neurales disposées en toit
au-dessus de la moelle épinière. Ces pièces sont soudées entre
elles, sur la ligne médiane, où elles portent une apophyse
(1) Cet intéressant animal a été l’objet de récentes observations sur ses mœurs,
son anatomie et sa physiologie, dans le journal La Nature, de Tissandier (1891),
de la part de MM. les professeurs Heckel, de Marseille, et Vaillant, du Muséum de
Paris. Plus tard M. Dubois, de la Faculté des Sciences de Lyon, a communiqué à
l’Association scientifique de France (1892) des observations physiologiques sur sa
respiration.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

151

épineuse styliforme. L’articulation de la tête est effectuée par un
seul condyle.
Pendant l’hivernage, ces sortes de poissons vivent dans la vase,
au fond des marais, des marigots et du fleuve. Ils se nourrissent de
petits poissons et autres animaux aquatiques. Quand les marais
commencent à se dessécher, ils font un trou dans la vase molle et y
fixent leur demeure. Là, le poisson de vase se replie en deux par
une demi-révolution sur lui-même, et la queue vient recouvrir la
tête comme un bonnet. A ce moment, les glandes de la peau
sécrètent un liquide gluant qui se dessèche et forme une enveloppe
imperméable, membraneuse, couleur feuille-morte, et laissant seu­
lement à nu l’ouverture de la bouche. L’animal tombe alors dans
une sorte de léthargie qui va durer pendant toute la saison sèche.
Il n’en sortira que pendant l’hivernage suivant, lorsque les pluies
auront détrempé le sol.
Le moment propice pour s’en emparer est l’époque pendant
laquelle il est plongé dans son sommeil léthargique, c’est-à-dire du
mois de novembre au mois de juin. Il faut alors découper autour de
son nid une motte de vase de la grosseur d’un beau melon, en ayant
bien soin de ne pas toucher à ses parois. Cette motte de terre sèche
rapidement, devient compacte et très dure. On peut la conserver
ainsi pendant sept ou huit mois à l’air libre sans que l’animal en
souffre. Il est facile de s’en assurer en examinant de temps en temps
la petite ouverture qui y est ménagée pour la bouche. Tant qu’on y
constatera la présence de cette partie du corps, le poisson sera
vivant. Si elle manque et si le trou apparaît béant, il sera mort. En
effet, dès qu’il a cessé de vivre, la tête retombe au bord du nid et
l’orifice buccal n’est plus apparent. Il suffit de plonger la motte de
vase en entier dans l’eau pendant quarante-huit heures environ
pour voir l’animal reprendre toute sa vitalité.
Il ne vit que dans l’eau douce, à une température de i2 à
25 degrés, au plus. L’eau saumâtre lui est funeste, surtout quand
elle est très chargée de chlorure de sodium. On ne le trouve, pour
ainsi dire jamais dans les marais salants et à l’embouchure des
fleuves. Il est inconnu dans le Sénégal, la Falémé, le Niger et le
Tankisso.
Le meilleur procédé pour l’expédition en Europe, est d’emballer
les mottes dans de la paille bien sèche, paille de riz ou de Fonio, ou

�152

ANDRÉ RANÇON

à défaut dans des feuilles exemptes de toute humidité. La caisse où
on les mettra doit être solide, à couvercle grillagé et percée partout
de trous nombreux, de façon à laisser librement circuler l’air. Les
Protopterus ainsi expédiés sont arrivés en parfait état en France.
M. le professeur Vaillant, au Muséum d’Histoire Naturelle, à Paris,
et M. le Dr Heckel, professeur à la Faculté des Sciences de Mar­
seille, ont pu réussir à les conservver. J ’ai appris dernièrement que
M. le Dr Burckhardt, de Berlin, était en train de faire également
des essais d’élevage à l’aquarium de cette ville. Jusqu’à présent, je
ne connais pas encore les résultats obtenus dans ce sens.
Ethnographie ; populations. — Relativement à son étendue,
Mac-Carthy est peu peuplée. Il n ’y a pas plus de quinze cents
habitants, soit environ vingt-cinq par kilomètre carré. On n’y
trouve que deux centres de population : George-Town et Boraba.
George-Town (1,200 habitants), est située vers la partie centrale
de l’île, sur sa côte Nord. vSa population se.compose d’éléments les
plus divers; un seul Européen, deux au plus, agents de la Compa­
gnie française, des mulâtres anglais venus de Batliurst et de
Sierra-Leone, des Ouolofs, des Malinkés, des Akous de SierraLeone et quelques Toucouleurs. De tous ces peuples, les Malinkés
ou Mandingues sont indigènes; les autres n ’y sont qu’importés et
n'y sont venus qu’à la suite des commerçants qui les emploient,
ou pour y faire eux-mêmes du commerce à leurs risques et périls.
La ville par elle-même se compose de deux parties, l’une
construite en pierres; c’est la ville commerciale ; l’autre construite
à la mode indigène, c’est la ville noire.
Les constructions sont peu nombreuses dans la ville commer­
ciale. On n ’y trouve guère que la factorerie française, la factorerie
anglaise, l’église protestante, quelques magasins et enfin la
demeure du gouverneur. De toutes ces constructions, la factorerie
française est de beaucoup la mieux comprise et la plus confortable.
C’est une vaste maison construite avec galeries et vérandahs,
appropriée aux pays chauds et où l’on reçoit un accueil charmant
et une large hospitalité. D’immenses magasins en dépendent, et
l’on y trouve toutes les installations que nécessite le commerce
tout particulier de ces régions. La factorerie anglaise est moins
confortable. La résidence du gouverneur est un pavillon carré,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

153

construit en pierres avec rez-de-chaussée et étage. Il est à galeries
et à arcades. Jusqu’à ce jour, il était assez mal entretenu. Le
gouverneur actuel, M. Syrett, y faisait faire de grandes et utiles
réparations pendant le séjour que nous avons fait à Mac-Carthy.
George-Town a dû être autrefois un centre de population et
de commerce bien plus important qu’il ne l’est aujourd’hui. On
peut s’en faire une idée par les ruines que l’on y rencontre à
chaque pas: ruines de l’ancien palais de justice, de l’hôpital, de
casernes, de maisons particulières, toutes constructions faites à
grands frais avec la pierre ferrugineuse du pays, qu’il faut aller
chercher au loin sur la terre ferme, et avec ciment et chaux,
soit importés d’Europe, soit fabriqués avec des coquilles d’huîtres
que les côtres apportent de Bathurst. C’est encore le mode de con­
struction employé aujourd’hui.
Le ville indigène est bien tracée. Les rues sont larges et bien
entretenues devant les habitations, mais le milieu est sale et les
herbes y poussent à discrétion. Elle se compose de huttes indi­
gènes construites à la mode du pays, en chaume et en bambous.
Entre les cases, les habitants font de petits jardinets où ils cultivent
du tabac, des courges, calebasses, etc.; mais avec ce même manque
de soin dont le noir fait toujours preuve partout.
Nous avons dit plus haut de quels éléments se composait la
population de George-Town. Tout ce monde-là parle anglais, et
dans les relations journalières ne se sert absolument que de cette
langue. La plupart des habitants sont protestants, et le dimanche
est observé comme dans la ville la plus puritaine d’A.ngleterre. lie
pasteur est un noir qui fait partie de la Mission de Bathurst.
Boraba (300 hab.). — A3 kilomètres environ à l’Est de GeorgeTown se trouve le petit village de Boraba. Il est habité par des
Mandingues uniquement. Ils vivent là paisiblement et se livrent à
la culture de leurs lougans de mil, patates, riz, arachides. Ils ne
viennent guère à George-Town que pour y chercher ce dont ils
peuvent avoir besoin.
Les aborigènes de Mac-Carthy sont, avons-nous dit plus haut,
les Mandingues. D’où sont-ils venus? Sans nul doute directement
du Manding. La légende nous apprend, en effet, que MoussaMansa, fils de Soun-Djatta, le héros mandingue, à son retour du
pèlerinage qu’il fit à La Mecque, s’avança jusqu’à Yan-Yan M’Bouré

�ANDRE RANÇON

(c’est le nom que les indigènes donnent à Mac-Carthy), après avoir
ravagé le Gamon, le Tenda, le Ouli et le Niani. Mais nous croyons
aussi qu’à ces premiers colons, compagnons de Moussa-Mansa,
vinrent dans la suite se joindre d’autres familles venues du
Ghabou et du Ouli. Ce qui nous le ferait supposer avec juste
raison, c’est qu’à Yan-Yan M’Bouré, on ne trouve pas seulement
des Keitas, mais aussi des Camaras, des Niabalis et des Dabos.
Or, toute famille dont un ancêtre a fait partie à un titre quel­
conque des colonnes de Soun-Djatta ou de ses descendants, ne
manque pas d’ajouter à son nom celui de Keita et souvent
même de substituer ce dernier au premier. On peut donc
affirmer que les familles qui ont conservé leurs Marnons primitifs
(nom de famille) ne sont pas venues à la suite des conquérants
Mandingues issus du sang de Soun-Djatta. Quoi qu’il en soit,
les Mandingues de Mac-Cartby se sont conservés purs de tout
mélange. Musulmans farouches, ils vivent renfermés dans leur
petit village de Boraba et n’ont que de rares relations avec leurs
voisins.
Industrie, Commerce. — Il n ’y a à Mac-Carthy aucune industrie.
Nous n ’y avons trouvé que quelques forgerons indigènes et
quelques charpentiers attachés aux maisons de commerce.
Par contre, les transactions commerciales qui s’y font ont une
réelle importance, et tout permet d’espérer qu’elles ne feront que
prendre chaque année une extension plus considérable. Nous
avons été heureux de constater que la plus grande partie du
commerce actuel était entre des mains françaises. Grâce à
son influence dans ces régions et aux procédés qu’elle emploie, la
Compagnie française de la côte occidentale d’Afrique a su mono­
poliser presque toutes les affaires qui s’y font. Nous avons pu
nous procurer des chiffres exacts, que nous tenons à rapporter ici
et qui ne permettront pas de douter un instant de l’extension
du commerce français dans ces régions. Ce commerce se compose
presque uniquement d’échanges de produits du pays contre des
étoffes, du sel, tabac, poudre, verroterie, etc., etc. Les principaux
produits achetés sont exportés en Europe. Ce sont des arachides,
peaux, cire, caoutchouc, ivoire.
En 1890, les quantités traitées ont été environ :
Arachides : 3,000 tonnes, à 170 fr. la tonne environ.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

155

Peaux : 10,000, à 2 fr. 50 ou 3 fr. la peau.
Caoutchouc : 4,500 kilog., à environ 1 fr. 25 le kilog.
Cire : 8,000 kilog., à environ 1 fr. le kilog.
Ivoire : Quelques défenses seulement, à des prix variables.
Si nous ajoutons à cela un certain chiffre d’affaires au comp­
tant, consistant dans la vente de riz, mil, verroteries, alcools, sel,
étoffes, etc., etc., chiffre qui peut s’élever environ à 3,500 ou
4,000 francs par mois, on verra que Mac-Carthy est un centre de
commerce assez important. De ce fait, elle mériterait que l’admi­
nistration anglaise s’en occupât un peu plus et donnât aux com­
merçants une protection plus efficace.
Ce n’est assurément pas dans l’île que le commerce peut
trouver assez de produits pour s’alimenter. Mais de partout on y
apporte des denrées en notable quantité, et, de plus, les maisons
de commerce envoient dans tous les pays voisins des représentants
qui y drainent tout ce qui peut être l’objet d’un trafic quelconque.
Par eau, les communications se font aisément, et, pendant
toute l’année, les grands vapeurs y peuvent venir charger. Cela
ne contribue pas peu au développement des affaires.
Outre les produits que nous venons de mentionner, les facto­
reries en achètent encore d’autres qu’elles revendent sur place.
Parmi ceux-là, nous citerons particulièrement les Kolas, le beurre
de Karité, les étoffes du pays, le mil et le maïs. Le chiffre d’affaires
ainsi obtenu est relativement élevé et vient s’ajouter à ceux que
nous avons cités plus haut.
Organisation politique et administration. — Les Anglais ont
appliqué à Mac-Carthy le système politique qu’ils ont adopté dans
la plupart de leurs colonies africaines. Ils ne se mêlent en rien
des affaires des indigènes; mais aussi, dès qu’un conflit éclate,
ils savent bien prendre toutes leurs précautions pour que les
intérêts de leurs nationaux, de quelque nature qu’ils soient,
restent sauvegardés.
Les habitants de l’île de Mac-Carthy sont sujets anglais, de
quelque couleur et de quelque nationalité qu’ils soient. Ceci ne
s’applique, bien entendu, qu’aux indigènes. L’esclavage, sous
quelque forme que ce soit et de quelque nom qu’on le désigne, y
est totalement inconnu. Tout captif évadé qui se réfugie à Mac-

�156

ANDRÉ RANÇON

Carthy est considéré comme un homme libre et est assuré de la
protection efficace des autorités anglaises.
On reconnaîtra que cette ligne de conduite, que les Anglais ont
adoptée en Gambie à l’égard des indigènes, est bien faite pour leur
attirer toutes les sympathies des noirs. Aussi, il faut voir comme
les habitants de George-Town se sont, pour ainsi dire identifiés
avec leurs gouvernants. Ils ne leur ont pas pris seulement leur
langue, mais aussi leurs mœurs, leurs coutumes, et je dirai presque
aussi leurs sympathies et leurs antipathies. Rien d’intéressant et
d’instructif comme de voir, le dimanche, cette population de Noirs,
de races diverses, se rendre en costume Européen au temple
protestant. Enfin la meilleure preuve que nous pourrions apporter
à l'appui de ce que nous venons de dire, est le respect qu’ils
ont su leur inculquer pour la reine Victoria. Le jour de sa fête est
jour férié et l’hymne national y est chanté par toute la population
indistinctement.
Au point de vue administratif comme au point de vue politi­
que, Mac-Carthy dépend entièrement de Bathurst. L’autorité
anglaise y est représentée par un gouverneur qui relève de celui de
Bathurst. Il est nommé par le pouvoir métropolitain sur la propo­
sition de ce dernier. Lorsqu’il s’absente, il est remplacé dans ses
fonctions par un intérimaire nommé par le gouverneur de Bathurst.
Cet intérimaire est généralement un habitant notable anglais de la
ville.
Le gouverneur est un fonctionnaire absolument civil, qui tient
entre ses mains tous les rouages administratifs et tous les pouvoirs.
C’est la seule autorité de l’île. Il est assisté, pour la justice, par une
sorte de greffier-secrétaire. Sa juridiction est fort peu étendue et
ses pouvoirs très restreints. x\u criminel, il ne peut condamner
qu’à de légères amendes et n’infliger que quelques jours de prison.
Au civil, il remplit à peu près les fonctions de juge de paix. Les
affaires graves et importantes sont jugées par les tribunaux de
Bathurst, auxquels on peut toujours, du reste, faire appel des
jugements rendus par le gouverneur.
Il n’y a pas de garnison à Mac-Carthy. Une dizaine de policemen, commandés par un sergent, sont chargés, sous l’autorité du
gouverneur, de maintenir l’ordre. A part ces modestes fonction­
naires, il n’y a dans l’île aucune force militaire constituée, et pour

���DANS LA HAUTE-GAMBIE

157

la défense, en cas d’attaque, l’autorité ne dispose que de quelques
canons d’un ancien modèle et des quelques fusils dont est armée
la police.
Les revenus du gouvernement y sont peu importants. Il n’y a
pas de douanes. Les droits d’entrée sont acquittés à Bathurst. Pas
d’octroi non plus. Les amendes, les frais de justice, quelques taxes
de nature municipale, pourrions-nous dire, constituent les recettes
de l’île.
L’instruction y est donnée aux enfants par le ministre protes­
tant, qui est en même temps chargé de l’école.
Mac-Carthy ne possède ni service postal, ni service télégraphi­
que, bien qu’elle soit peu éloignée de Bathurst. Aussi les com­
munications avec le chef-lieu sont-elles des plus rares et des plus
difficiles, surtout pendant l’hivernage. Il faut avoir recours à la
complaisance des maisons de commerce, et encore pendant la
saison des pluies ne faut-il pas compter sur plus d’un bateau par
mois. La métropole et la colonie ne font rien pour y favoriser le
développement des relations commerciales. Tout est laissé à
l’initiative privée. Il faut dire aussi que, sous ce rapport, les
négociants jouissent de la plus grande latitude. Ce système, certes,
peut avoir du bon. Les résultats semblent le prouver. Malgré cela,
nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître que le pouvoir
central est bien avare pour Mac-Carthy.
Conclusions. — Notre but, dans ce chapitre, a été de faire con­
naître autant que possible Mac-Carthy. Nous nous sommes efforcé
de l’étudier sous tous ses aspects et de faire ressortir son impor­
tance commerciale. Là encore, bien que nous nous trouvions en
pays absolument étranger, nous avons été heureux de constater
combien était puissant le commerce français. Nous y sommes au
premier rang, et pourtant nous avions à lutter contre un terrible
et puissant adversaire. Qu’on ne vienne donc pas nous dire que le
commerce français est réduit à néant dans les pays d’outre-mer et
que l’Anglais nous a partout supplantés et évincés! Les chiffres que
nous avons cités sont plus éloquents que tout ce que nous pourrions
dire. Ils ne feront que croître, nous en sommes persuadé, et nous ne
saurions mieux conclure qu’en formant le souhait que nos commer­
çants comprennent toute la grande importance qu’il y a, à l’heure
présente, à ne pas laisser péricliter notre influence en Gambie.

�CHAPITRE VIII

Départ de Mac-Carthy. — En route pour le Kalonkadougou. — Diamali. —
La vigne du Soudan. — Canouma. — Le Fonio. — Le Fromager. — CountéCounda. — Arrivée à Demba-Counda. — Fatigue extrême. — Bonne réception.
— Le village. — Son chef. — Je suis forcé d'y rester deux jours. — Description
de la route de Mac-Carthy à Demba-Counda. — Géologie. — Botanique. —
Bizarre superstition. — Départ de Demba-Counda. — Arrivée à Kountata,
premier village du Kalonkadougou. — De Kountata à Diambour. — Beaux
lougans. — Les puits de Diambour. — Belle réception. — Le village. — Massa-

■H-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

159

Diambour. — Séjour à Diambour. — Départ pour Goundiourou. — Arrivée
à Goundiourou. — Village en ruines. — Oseille et tomates indigènes. —
— Description de la route de Diambour à Goundiourou. — De Goundiourou
à Daouadi. — Guiriméo. — Mansa-Bakari-Counda. — Saré-Dadi. — Daouadi.
— Aspect du village. — Un courrier rapide. — Lettre de M. Frey. — Description
de la route de Goundiourou à Daouadi. — La gomme et les gommiers. —
La gomme de Kellé. — De Daouadi à Coutia. — Boulou. — Goutia. — MassaCoutia. — Aspect du village. — Les tisserands. — Description de la roule de
Daouadi à Goutia. — Le coton. — Les Niébès-Ghertés ou Tigalo-N’galo. —
Patates douces.

27 novembre.— Ce fut le 27 novembre seulement que nous pûmes
nous remettre en route. Malgré une nuit de fièvre et cfinsomnie,
bien que la température fût excellente, je me décidai quand même
à partir. J’étais intimement convaincu que dès que nous aurions
atteint des régions plus septentrionales et des plateaux plus
élevés, nous verrions rapidement disparaître les accidents palustres
dont nous avions souffert à Mac-Carthy. Ma faiblesse était devenue
extrême, en peu de jours ma figure avait pris le cachet paludéen
caractéristique de la côte occidentale d’Afrique. MM. les agents
font tous leurs efforts pour me retenir ; mais je refuse absolument
leur bonne invitation. Je ne puis rester plus longtemps, j’estime
que j’ai assez perdu de jours et il faut enfin partir, si je ne veux
pas tomber plus sérieusement malade et peut-être être obligé de
rentrer en France sans avoir accompli ma tâche.
Donc, le 27 novembre, à 7 heures du matin, nous quittons la
factorerie. MM. les agents viennent m’accompagner de l’autre côté
du fleuve où m’attendent mon cheval et mon palefrenier. Là, après
les avoir remerciés de leur bonne hospitalité, je monte à cheval, et,
à mon grand étonnement, je me bisse avec bien moins de peine que
je ne l’aurais cru. A Lamine-Coto, je trouve tout préparé pour le
départ, et après avoir remercié le chef d’avoir donné l’hospitalité à
mes hommes et lui avoir prouvé par un beau cadeau toute ma
reconnaissance, nous nous mettons en route pour Demba-Counda,
village distant de seize kilomètres environ et où j’avais décidé
de faire étape ce jour-là.
Diamali. — A 7 h. 50, nous traversons le petit village Toucouleur
de Diamali. Sa population est d’environ 150 habitants. Ce sont des
Toucouleurs-Torodos qui y émigrèrent à peu près à la même
époque que ceux de Oualia et de Dinguiray. Tout le long de la route,

�ANDRE RANÇON

je constatai l’existence de nombreux pieds de « Vigne du Soudan »,
de différentes espèces.
Vigne du Soudan. — Ce végétal est très commun au Soudan. Je
l’ai trouvé un peu partout mais particulièrement aux environs de
Kayes, à Koundou, à Niagassola, dans le Bondou, le Tiali, le Niéri,
le Ouli, le Bélédougou, le ravin de Soknafi, non loin de
Bammako, etc., etc. Nulle part il n’est cultivé et croît partout
spontanément. Il affectionne particulièrement les terrains bas,
humides et surtout les forêts les plus épaisses et dont le sol est le
plus riche en humus. J ’ai remarqué que les pieds qui croissaient
sur les plateaux portaient rarement des fruits. Ils étaient brûlés par
le soleil avant d’avoir produit, et n’arrivaient jamais à complet
développement.
La vigne du Soudan ressemble beaucoup, comme port, aux
vignes américaines et surtout aux espèces Othello et Hundinckton
que l’on cultive actuellement en France, mais elle est loin
d’atteindre les dimensions qu’elles acquièrent sous nos climats
C’est surtout par le feuillage qu’elle s’en rapproche le plus.
Elle fleurit vers la fin de juillet ou le commencement d’août,
ses fruits arrivent à maturité complète vers la fin d’octobre ou au
commencement de novembre. Les grappes en sont généralement
peu nombreuses et peu fournies. Nous avons souvent vu des pieds
adultes qui n’en portaient aucune.
Jusqu’à ce jour on en a déterminé cinq espèces principales, les
Vitis Lecardi, Durandi, Faidherbi, Chantini et Narydi. Les trois
dernières sont les plus productives. Le Vitis Faidherbi donne un
raisin jaunâtre, et la Vitis Narydi un raisin très doré; quant à
l’espèce Lecardi, qui est surtout très commune sur les bords du
Niger, elle produit un grain violet noirâtre qui n’a que peu de
saveur.
Les grains de toutes les espèces de vigne du Soudan sont petits.
Leur grosseur ne dépasse pas celle d’un gros pois. La pulpe est
peu abondante et les graines très volumineuses. C’est, du reste, la
caractéristique de la majeure partie des fruits non cultivés des
pays chauds. Cette pulpe a légèrement le goût du raisin, et encore
n’arrive-t-on à le découvrir qu’avec la plus grande bonne volonté.
On a fait à ces végétaux une réputation qu’ils sont loin de mériter,
et certains utopistes leur ont attribué une importance que dans

�161

DANS LA HAUTE-GAMBIE

l’état actuel des choses, ils sont loin d’avoir. Peut-être arrivera-t-on,
par la culture, à les améliorer et à en augmenter la production,
mais bien des siècles s’écouleront encore avant qu’on ait pu en
tirer un produit qui puisse rappeler de loin les vins de nos plus
mauvais crûs.
A neuf heures, nous faisons halte au village Toucouleur de
Canouma. Canouma est un village de 350 habitants, bien bâti,
propre et habité par des Toucouleurs-Torodos émigrés du Fouta,
à la suite d’Ousmann-Celli, le chef de Oualia. Ils s’étaient d’abord
fixés dans ce dernier village, mais des différends étant survenus
entre eux et le chef, ils partirent et vinrent s’établir à Canouma.
Dès mon arrivée, le chef et les principaux notables vinrent me
saluer. Je trouve là également le frère du chef de Demba-Counda,
venu au-devant de moi pour me conduire dans son village. Après
une halte d’un quart d’heure pendant lequel nous pûmes nous
désaltérer, grâce à l’amabilité du chef qui, dès que j’eus mis pied à
terre, m’avait envoyé deux calebasses d’excellent lait, nous nous
remettons en route. Non loin de Canouma, nous laissons un peu
sur notre droite un petit village Peulli, enfoui, comme ils le sont
tous, au milieu du mil. Quand nous passons devant ses cases, qui
s’élèvent à deux cents mètres de la route environ, les femmes et
les enfants sont occupés à récolter le Fonio. C’est la saison, du
reste. Le riz a disparu et est remplacé par cette céréale, que, dans
certaines régions, les indigènes lui préfèrent.
Le Fonio. — On a souvent regardé le fonio comme une variété
du sorgho. Il n’eu est rien. Cette confusion provient de ce que,
dans certaines régions, le Fouta par exemple, les indigènes,
quand on leur demande les noms des différentes variétés de mils,
désignent l’une d’entre elles sous ce nom. Mais il ne faut pas s’y
tromper, ce mot désigne deux plantes absolument différentes, une
variété de petit mil Toucouleur et une autre céréale qui n’a avec
elle rien de commun.
Le fonio, proprement dit, n’est autre chose que le Penicellaria
spicata Wild., que les Ouolofs appellent encore Dekkélé. C’est une
graminée dont les proportions sont bien plus petites que celles
du sorgho. Sa tige a environ trente-cinq centimètres de hauteur,
cinquante au plus, à feuilles très étroites, relativement longues
et dont la forme rappelle celle d’un fer de lance très effilé. Ses
André Rançon. — 11.

�162

ANDRÉ RANÇON

graines sont très petites, de forme légèrement oblongue, très
nombreuses et groupées sur une inflorescence cylindrique en
forme d’épi très allongé. Elles sont de meilleure qualité que
celles du sorgho et servent à préparer un aliment très apprécié
des indigènes.
Sa culture, très facile, ne demande pas une‘préparation méti­
culeuse du terrain. Après avoir enlevé et brûlé les herbes des
terres que l’on veut ensemencer en fonio, les semis sont faits à
la volée. Un léger grattage du sol à l’aide d’une pioche ad hoc suffit
pour recouvrir les semences. Ce travail, peu pénible, est fait
surtout par les femmes et les enfants. Le fonio est semé au début
de la saison des pluies, après les premières tornades, vers le com­
mencement de juillet. Il lève quinze jours après et les fruits
arrivent à maturité vers la fin de novembre. Il demande un sol
peu riche en humus, ni trop sec, ni trop humide. Les semis faits
dans les marais et dans les endroits bien ombragés donnent un
résultat bien inférieur aux semis pratiqués dans les terrains secs
et bien exposés au soleil. L’humidité qui résulte des pluies d’hi­
vernage suffit poiy lui permettre de bien prospérer. Une trop
grande abondance d’eau l’empêche de bien fructifier. Jusqu’au
moment de la récolte, on ne prend nullement le soin d’enlever les
herbes inutiles des lougans. Il en résulte que lorsqu’il est arrivé à
maturité complète on est obligé, pour le cueillir, de le couper
tige par tige. Ce qui, on le comprendra, occasionne une perte de
temps considérable. On le met ensuite à sécher dans les cours des
habitations, dont le sol a été, au préalable, bien battu et enduit
de bouse de vache. Deux ou trois jours suffisent pour cela. Les
grains se détachent alors très aisément et pour cela il n’y a qu’à
le prendre à poignée et à le frapper légèrement contre le sol
Vannés et débarrassés des fragments de paille qui s’y sont mélan­
gés, ils sont ensuite enfermés dans des récipients en terre ana­
logues à ceux dont nous avons parlé plus haut. Ils s’y conservent
sans s’altérer jusqu’à la récolte prochaine. Ces grains sont de
couleur légèrement brune. Mais quand ils ont été décortiqués à
l’aide du mortier et du pilon à couscouss, et débarrassés de leurs
enveloppes, ils présentent un aspect légèrement jaunâtre qui
rappelle beaucoup celui de la semoule, avec laquelle le fonio, a
du reste, de grands points de ressemblance..

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

163

Les indigènes préparent avec le fonio un couscouss qui jouit
partout d’une grande faveur. On le fait bouillir ou cuire à la
vapeur d’eau et on le mange avec de la viande, du poisson et une
sauce très relevée. Il est considéré par les noirs comme la plante
la plus nourrissante. Il contient en effet une proportion relative­
ment considérable de matières azotées: 10,84 pour cent environ.
Très facile à préparer, il est de ce fait excessivement précieux
pour l’alimentation dans les' expéditions. C’est le viatique indis­
pensable de tous les dioulas et l’aliment que l’on emporte, de
préférence, pour les longs voyages et les longues chasses dans la
brousse. Il est au préalable bien décortiqué, bien pilé et bien
séché au soleil. Lè voyageur en emplit sa peau de bouc et à l’étape
le fait cuire généralement dans une vieille boîte de conserves qu’il
porte attachée à la ceinture.
Le fonio est peu utilisé pour la nourriture des animaux, des
chevaux particulièrement. D’aborcl il n’y en a jamais en assez
grande quantité pour cela. De plus, ils le digèrent assez difficile­
ment, ses grains étant, généralement mal broyés. On lui préfère de
beaucoup le mil pour cet usage.
La paille très fine constitue un excellent fourrage dont les
bestiaux sont très friands. Elle est très hygrométrique, et les
dioulas s’en servent pour emballer leurs Kolas après l’avoir
légèrement mouillée. Bien empaquetée dans des paniers ad hoc,
elle conserve son humidité pendant plusieurs jours. De ce fait
les Kolas ne se dessèchent pas, et, pour les maintenir toujours
frais, il suffit d’asperger les ballots tous les quatre jours à peu
près. Elle peut enfin servir à fabriquer de bonnes paillasses
pour le couchage. Elles ont sur les paillasses faites avec la
paille de maïs le graud avantage de ne pas s’affaisser autant,
et de s’échauffer plus lentement. Nous nous sommes fréquem­
ment très bien trouvé de l’avoir ainsi employée pour notre
usage personnel.
Le rendement du fonio est bien plus considérable que celui du
mil ou du riz. De toutes les céréales cultivées dans ces régions,
c’est celle qui produit le plus. Il donne environ 5,000 kilogrammes
à l’hectare. Sa valeur commerciale est à peu près de 20 francs les
cent kilogs. On en trouve, du reste, fort peu sur les marchés. La
récolte est consommée presque entièrement sur place. Monsieur

�164

ANDRÉ RANÇON

le pharmacien en chef des colonies Raoul, dans son savant
« Manuel pratique des cultures tropicales » donne, des grains de
cette précieuse plante, une analyse détaillée qui nous permet de
conclure qu’elle possède au plus haut degré les qualités que l’on
doit exiger d’une céréale destinée à concourir à l’alimentation de
l’homme.
Le Fromager. — Ce végétal, très commun dans tout le Soudan
Français, disparaît peu à peu à mesure que l’on s’éloigne de la
Gambie et que l’on s’avance dans les régions septentrionales.
Canouma est le dernier village où nous l’ayons vu dans ces parages.
C’est un arbre qui atteint des dimensions colossales et qui est très
facile à reconnaître à son port majestueux, à ses fruits caractéris­
tiques et aux épines qui couvrent sa tige et ses principaux
rameaux. C’est l’arbre à palabre de beaucoup de villages et c’est à
ses pieds que, dans bien des villages Malinkés, on construit ces
vastes lits de camp sur lesquels couchent les hommes pendant les
nuits étouffantes de la saison chaude.
Le Fromager (Bombax ceiba L.) est une Malvoïdée de la famille
des Bombacées. Sa tige est très volumineuse et atteint parfois jus­
qu’à huit et dix mètres de hauteur. On montre à Goniokori les
deux fromagers sous lesquels campa Mungo-Park lorqu’il passa
dans ce village, et tous les Européens les connaissent sous les noms
de « Fromagers de Mungo-Park ». Ils ont des dimensions réelle­
ment gigantesques.
L’écorce du fromager ordinaire est d’une belle couleur vert
lézard. Elle est couverte d’épines volumineuses très acérées et
qui se détachent difficilement. Le bois, très tendre, est peu
employé. Les feuilles sont alternes, stipulées et généralement peu
abondantes. L’arbre en porte toute l’année. Il fleurit en janvier ou
février et ses fruits arrivent à maturité en juin ou juillet. Ces
fruits secs ont l’endocarpe chargé de poils à l’intérieur, et ils
renferment une trentaine de graines qu’entoure une sorte de
bourre laineuse caractéristique qui permet de reconnaître aisé­
ment ce végétal.
Le fromager, proprement dit, croît dans les terrains légèrement
humides et a besoin d’une forte terre pour bien prospérer. Nous
en avons vu à Mac-Carthy de beaux spécimens.
Il existe au Soudan deux sortes de fromagers, le fromager

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

165

proprement dit et le Donclol. Ce dernier présente des particularités
qui méritent d’être signalées. A l’encontre de son frère, il croît de
préférence dans les terrains pauvres en humus, surtout sur les
plateaux ferrugineux, si communs dans ces régions arides et
désolées. Il n’acquiert jamais les énormes proportions du fromager
proprement dit. Le diamètre de sa tige ne dépasse guère quarante
ou cinquante centimètres au maximum. Son écorce, au lieu d’être
verte, a une couleur brun noirâtre prononcée. Elle est profondé­
ment fendillée, et il n’y a que les jeunes rameaux qui présentent
des épines, peu adhérentes et qui tombent au bout de deux ou
trois ans. Ses rameaux sont peu nombreux et de petites dimen­
sions si on les compare au tronc. Ils ne portent que de rares feuilles
alternes et stipulées, peu persistantes et qui tombent dès les pre­
mières chaleurs. Les feuilles ne se montrent que longtemps après
la floraison, c’est-à-dire deux mois environ après la chute des
fleurs. La floraison a lieu vers la fin de décembre. A cette époque,
l’arbre se couvre de belles fleurs d’un rouge vif, qui sont absolu­
ment caractéristiques de ce végétal. Elles ne durent guère que
trois à cinq jours au plus et tombent naturellement. An pied de
l’arbre, le sol en est littéralement jonché. Rien de curieux à voir
comme le dondol en fleur, on dirait un superbe pied de flamboyant,
mais absolument dépourvu de feuilles. Du rouge, rien que du
rouge, les rameaux disparaissent entièrement sous cette avalanche
de couleurs vives et chatoyantes. A ces fleurs succèdent en quantité
relativement considérable les fruits. Ces fruits sont secs, déhiscents,
à coque de couleur marron foncé, et s’ouvrant aisément au choc.
La grande chaleur suffit pour les faire éclater quand ils sont arrivés
à maturité. L’endocarpe en est chargé de poils doux et soyeux à
l’intérieur. La cavité de ce fruit (tous ceux qui ont vécu au
Soudan le connaissent bien) est remplie par une bourre épaisse,
laineuse, douce au toucher et ayant, à la lumière, le reflet de la
soie. A l’époque de la maturité, c’est-à-dire vers mai, juin et juillet,
le sol en est couvert au pied des arbres. Elle est excessivement
légère, très riche en nitrate de potasse, et, même sous un gros
volume, s’enflamme rapidement et brûle comme le coton-poudre,
en ne laissant qu’un résidu absolument insignifiant. Cette bourre
est très difficile à tisser et à filer. J’ai cependant entendu dire que
les indigènes du Canadougou, pays situé à l’Est du Niger, dans la

�166

ANDRÉ RANÇON

partie la plus méridionale de sa boucle, s’en servaient parfois
pour fabriquer certaines étoiles de prix et pour exécuter de fines
broderies. Elle est, par contre, très bonne pour confectionner des
matelas et des oreillers. Nous l’avons souvent employée à cet
usage.
Cette bourre enveloppe une trentaine de graines noirâtres qui
diffèrent de celles du fromager ordinaire, d’après M. le professeur
Cornu, du Muséum d’histoire naturelle de Paris, en ce qu’elles ne
sont pas bosselées. Je dédie cette espèce nouvelle à M. le
professeur Cornu en l’appelant Bomhax Cornui.
Les indigènes utilisent peu le fromager. Toutefois, ses fleurs
sécréteraient une liqueur qui serait à la fois diurétique et purga­
tive. Le suc de ses racines est apéritif et son écorce serait aussi
légèrement apéritive.
Le bois du dondol ressemble à s’y méprendre à celui du
peuplier, dont il a, du reste, toutes les qualités, et je me souviens
avoir entendu dire, en 1892, par mon excellent camarade, M. le
capitaine Huvenoit, de l’artillerie de marine, alors directeur des
travaux du chemin de fer de Rayes à Bafoulabé, qu’il en avait fait
débiter des planches dont il avait tiré grande utilité.
A neuf heures quarante-cinq minutes, nous traversons le petit
village de Counté-Counda. Sa population, qui y est d’environ trois
cents habitants, est composée de Ouolofs émigrés du Bondou et du
Saloum. A onze heures environ, nous arrivons, à Demba-Counda,
où j’avais résolu de faire étape ce jour-là. Il était temps, j’étais
exténué. Cette route s’est faite pour moi dans des conditions déplo­
rables de souffrances. Je me demande encore comment j’ai pu
arriver à l’étape. La fièvre ne m’a pas quitté tout le long de la
route, et vers le petit village de Diamali, je fus pris de douleurs
telles, dans la région de la rate et s’irradiant jusqu’à l’épaule
gauche, que j’eus peine à me tenir à cheval. C’est dans ces condi­
tions que j’arrivai à Demba-Counda, où m’attendait enfin le calme
et le repos. Dès mon arrivée, je fus obligé de me mettre au lit et
ce n’est que dans la soirée que, la douleur de l’épaule et de la
région splénique ayant disparu, je pus travailler un peu.
Demba-Counda. — Demba-Counda est un gros village d’environ
six cents habitants. Sa population est uniquement composée de
Ouolofs venus du Bondou. Il est relativement propre et bien

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

167

entretenu. Il faut dire aussi qu’il a été reconstruit depuis peu de
temps. Les chapeaux des cases sont absolument neufs, ce qui lui
donne un aspect réjouissant que n’ont pas les vieux villages
Malinkés. Il est absolument ouvert et ne possède ni sagné, ni tata.
Les habitants sont de grands cultivateurs. Ils possèdent de beaux
lougans et un beau troupeau de plusieurs centaines de têtes.
Le chef est un bon vieillard à l’aspect, patriarcal. Il est regardé
comme le chef de tous les Ouolofs du Niani. Il jouit dans toute
cette région d’une grande réputation de justice et on vient de loin
lui demander ses avis et ses conseils. Il me reçut à merveille, me
donna pour logement sa meilleure case et me fit cadeau d’un beau
bœuf « pour mon déjeuner », selon la formule consacrée. Je n’ai
pas besoin de dire qu’il fut immédiatement occis et dévoré. Mes
hommes et le village tout entier s’en régalèrent. Le bœuf est
viande de luxe dans ces régions, et il faut une grande circonstance
pour qu’on se décide à en abattre un. C’est alors une série de
festins et d’agapes d autant plus estimés qu’ils sont plus rares.
La route de Mac-Carthy à Demba-Counda présente ceci de par­
ticulier, qu’à peine à quelques kilomètres de la Gambie, nous
reconnaissons de suite que nous venons de quitter la zone première
de la région tropicale pour entrer de nouveau dans cette région
bâtarde à laquelle appartient la partie sud de nos possessions
Soudaniennes. Plus, en effet, de ces gigantesques végétaux que
nous avions remarqués dans le Sandougou. N’tabas, nétés, froma­
gers, etc., etc., disparaissent. Plus nous nous enfonçons dans le
Nord et plus la végétation se ralentit et plus la flore devient pauvre
et rabougrie. Les productions du sol sont toujours les mômes,
mais le riz fait absolument défaut.
La nature du sol se modifie considérablement. Plus de marais,
comme dans le Sud. La latérite disparaît complètement et nous ne
trouvons plus que des argiles alluvionnaires anciennes qui recou­
vrent un sous-sol ardoisier dont les roches émergent par-ci par-là
de la couche d’alluvions. Plus de marigots. On ne boit que l’eau
des puits qui sont excessivement profonds. En résumé le terrain
se rapproche de plus en plus de ceux que nous avons rencontrés
dans le Bondou et le Ferlo-Bonflou.
Je fus forcé de rester deux jours à Demba-Counda. Ma fai­
blesse était telle, que j’aurais été absolument incapable de me

�ANDRE RANÇON

tenir à cheval. Malgré cela, je fus obligé de recevoir de nombreuses
visites. Tous les chefs des environs vinrent me saluer et il m’en
aurait coûté de les renvoyer sans les remercier et leur serrer la
main. Je n’ai pas besoin de dire que, dans cette circonstance, je
n’eus qu’à me louer du dévouement de Sandia et d’Almoudo. Ils
ne me quittèrent pas et me prodiguèrent les soins les plus atten­
tifs. Il est curieux de voir combien, chez le Noir, l’instinct premier
de la race tend toujours à se manifester même chez ceux qui ont
vécu pendant longtemps au contact de l’Européen. Le fait suivant
en est une preuve certaine. Almoudo, comme je l’ai dit au début
de ce récit, vit, depuis une quinzaine d’années, au milieu de nous.
Il connaît nos mœurs, nos coutumes, et peut, à juste titre, être
regardé comme un noir intelligent et relativement civilisé. Cela ne
l’empêche pas de se livrer à toutes les pratiques superstitieuses de
sa race. Dans la case où j’étais logé à Demba-Counda se trouvait
un de ces petits tabourets sur lesquels les femmes ont l’habitude
de s’asseoir. Je ne sais à quel moment je dis à Almoudo de s’y
asseoir. Je le vis alors examiner attentivement cet escabeau et
cracher ensuite légèrement dessus. Je lui demandai les motifs de
cette nouvelle pratique. Ce à quoi il me répondit : « Ces sièges
» ne sont faits que pour les femmes, et si un homme s’asseoit
» dessus sans y avoir préalablement craché, tous les enfants qu’il
» aura dans la suite seront sûrement des filles. » Or, comme Almoudo
venait de se marier, on comprendra aisément que comme tout
bon noir, son unique désir était de voir ses fils perpétuer sa race
et son nom. Je me suis souvent demandé quels pouvaient être les
motifs de cette étrange superstition. Je n ’ai jamais pu, malgré mes
recherches, en avoir une explication satisfaisante.
29 novembre. — Bien que j’aie passé une fort mauvaise nuit
et que la fièvre dure toujours au moment où je me lève, je décide
quand même de me rendre à Kountata, village distant seulement
de quelques kilomètres de Demba-Counda. Donc, malgré les ins­
tances du brave chef, qui, me voyant si souffrant, veut à toutes
forces me retenir, nous nous mettons en route à six heures dix.
La température est des plus agréables. Nous sommes en pleine
saison fraîche. Les nuits sont même un peu froides et on a besoin
de se bien couvrir. La route se fait sans incidents et à 8 heures 15
nous arrivons à Kountata. Rien de bien particulier à signaler, si

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

169

ce n’est trois petits villages Peulhs au milieu de beaux lougans.
Ce sont : Fara-Counda, 150 liab. ; Diané-Counda, 200 hab. ; BouranCounda, 250 hab. — La nature du terrain s’accentue de plus en
plus. Ce sont toujours les mêmes argiles. La flore devient de plus
en plus pauvre.
Kountata. — Kountata est un village Malinké de 450 habitants
environ. On s’en aperçoit de suite en y entrant, tellement il est
sale, puant et mal entretenu. Malgré cela, j’y suis bien reçu. C’est
le premier village du Kalonkadougou; il obéit au chef de Diambour.
J’y reçois encore quelques visites et suis obligé de passer la
journée sur mon lit. Malgré de fréquentes nausées, je puis cepen­
dant prendre quelque nourriture. On me donne à profusion tout
ce qui m’est nécessaire pour nourrir mes hommes et mes animaux.
De Demba-Counda à Kountata, la distance n’est que de 10 kil. 375.
30 novembre. — La fièvre ne m’a pas quitté, je passe cependant
une nuit relativement calme. Mais au moment de me lever, je suis
absolument exténué. Je me mets quand même en route pour
Diambour, et à 5 heures 40 nous quittons Kountata en bon ordre.
Pas un seul village entre Kountata et Diambour. Quelques cases
de Peulhs seulement à environ trois kilomètres avant d’arriver.
Je n’oublierai jamais ce que j’ai souffert pendant cette étape de
vingt kilomètres. Ma faiblesse était si grande et les nausées si
fréquentes, que j’étais obligé de descendre de cheval toutes les
demi-heures pour me reposer et vomir, et cela de 5 heures 40 à
10 heures 40, heure à laquelle nous sommes arrivés à l’étape. Je
faillis avoir une syncope en descendant de cheval. Heureusement
que mes hommes avaient pris les devants et avaient eu la présence
d’esprit de monter mon lit en arrivant. Je pus m’étendre aussitôt.
La route de Kountata à Diambour traverse la brousse et rien
que la brousse. La sécheresse y devient de plus en plus grande,
et les habitants, pour avoir l’eau qui leur est nécessaire, sont
obligés de creuser des puits de 45 à 50 mètres de profondeur.
Ces puits, on le comprend' aisément, vu les moyens primitifs
employés pour les construire, demandent un long et pénible
travail. Ce sont les Ouolofs qui y sont les plus habiles, et chaque
village leur paie une assez forte redevance pour qu’ils les nettoient
et les entretiennent en temps voulu. On y puise à l’aide d’une

�170

ANDRÉ RANÇON

calebasse attachée à l’extrémité d’une longue corde de baobab,
et pour que les femmes et les enfants n’y tombent pas, leur
ouverture est fermée à l’aide de pièces de bois jointives qui
forment un véritable plancher, dans lequel on ménage deux ou
plusieurs passages pour permettre d’y plonger les récipients. Ces
puits diffèrent beaucoup de ceux du Cayor. Ils ne sont pas comme
ceux-ci creusés en forme de cuvettes, mais absolument à pic.
Comme ils ne sont pas maçonnés à l’intérieur, il se produit par­
fois des éboulements dangereux. Ces sortes d’accidents sont
cependant moins fréquents dans le Kalonkadougou que dans le
Cayor et le Baol, par exemple. Car le sol du Kalonkadougou, formé
d’argiles, est moins mouvant que les sables de ces deux derniers
pays. Bien qu’il n’y ait, dans cette région, aucun marigot, le sol
est cependant encore assez fertile, et Diambour est entouré de
beaux lougans de mil.
Diambour. — Diambour est un gros village Malinké de huit
cents habitants environ, puant, dégoûtant et tombant en ruines.
Il est entouré d’un sagné des plus rudimentaires et on y voit
encore les vestiges d’un tata qui devait être assez sérieux. Ses
cases sont construites à la mode indigène. Beaucoup d’entre elles
ne sont plus que que des décombres. C’est la résidence du chef de
cette partie du Kalonkadougou qui a Diambour pour chef-lieu.
Ce chef, connu sous le nom de Massa-Diambour, est un vieillard
absolument idiot, abruti par l’alcool, et repoussant tellement il
est sale, crasseux et nauséabond. Il ne jouit, pour ainsi dire,
d’aucune autorité dans la région. J’y reçois, du reste, le meilleur
accueil. A peine étais-je installé dans une magnifique case, qui
avait été préparée à mon intention, que le chef vint me rendre
visite. Précédé de deux griots, dont l’un jouait du balafon et l’autre
du cora (guitare à vingt-six cordes), et suivi de tous ses notables,
il pénétra dans la cour de mon habitation et Sandia l’introduisit
auprès de moi. Malgré ma grande fatigue, je m’entretins longue­
ment avec lui, et, après un palabre de trois quarts d’heure, il me
quitta en me disant que je pouvais me reposer dans son village
aussi longtemps que je le désirais, et que plus j’y resterais et plus
il serait heureux, que je n’avais pas à me préoccuper de la nour­
riture de mes hommes et de mes animaux, et qu’il pourvoirai! à
tout. J ’étais loin de m’attendre à une semblable réception, car

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

171

j’étais le troisième Européen qui s’aventurait dans ces régions. J ’ai
été heureux de constater une fois de plus combien était grand en
Afrique le prestige du nom français.
Le Cora. — Le Cora est le nom Khassonké d’une grande guitare
que l’on rencontre surtout chez les peuples de race Mandingue. Les
Bambaras la nomment M’Bolo, les Malinkés M’Bolo également, les
Peulhs M’Bolo M’Bata, ainsi que les Sarracolés.
De tous les instruments de musique en usage parmi les peuples
du Soudan, cette guitare est assurément le plus harmonieux. Je me
souviens que cela m’avait frappé la première fois que je l’entendis
à Saint-Louis. Je me promenais avec un de mes collègues lorsque
nous fîmes, dans le village de Guet N:dar, la rencontre de deux
artistes qui se promenaient dans les rues en jouant de leur instru­
ment. Nous les amenâmes avec nous et les installâmes sur une
petite terrasse sur laquelle s’ouvrait la porte de notre salle à
manger, et, moyennant une modique rétribution, nous les fîmes
jouer pendant tout le repas du soir, et nous ne nous sommes pas
ennuyés en les entendant. Je l’ai depuis maintes et maintes fois
entendue, et toujours avec le même plaisir. Je ne suis pas le seul
sur lequel cet instrument ait fait cette impressiou. A Tombé, dans
le Konkodougou, pendant notre mission dans le Bambouck, un
joueur de Cora charma, pendant plusieurs heures, mes compagnons
de route. Je ne pus en profiter, car alors je dormais profondément.
Aussi, le lendemain, je regrettai vivement de ne pas avoir pris ma
part du concert, surtout lorsque mes compagnons me dirent quelle
délicieuse soirée ils avaient passée.
Cette guitare est très-volumineuse. Aussi les joueurs sont-ils
obligés de la porter en en appuyant la caisse sur le ventre et en
passant autour de leur cou un cordon qui vient se fixer sur cette
caisse. Quand ils en jouent assis, ils placent la caisse entre leurs
jambes, le manche étant tourné en haut. Il est très-difficile d’en
jouer et elle est peu commune. Elle est accordée d’avance et les
artistes n’ont pas à appuyer sur les cordes pour produire les notes.
Chaque corde donne une note unique.
Elle se compose essentiellement d’une caisse qui n ’est autre
chose qu’une grande calebasse recouverte de peau bien tendue. Un
mauche y est adapté. Les cordes viennent s’y attacher. Elles sont
fixées d’autre part à l’extrémité diamétralement opposée du point

�172

ANDRÉ RANÇON

de la calebasse où s’insère le manche. Ces cordes, à l’aide d’un
support, sont disposées de haut en bas dans un sens horizontal par
rapport à la caisse. Leur nombre varie de douze à trente. A l’extré­
mité libre du manche se trouve un petit ornement en fer ayant
forme de palette recourbée. Ses bords sont percés de petits trous
dans lesquels sont passés de petits anneaux de métal très mobiles
qui tintent rien que du seul fait de jouer de l’instrument. Le prix
de cette guitare est relativement élevé, quatre-vingt-dix à cent
francs environ.
Je fus obligé de séjourner pendant trois jours à Diambour. J ’au­
rais été incapable de continuer ma route tant était grande ma
faiblesse. Pendant tout ce temps, le Massa fit tout ce qu’il put pour
que nous ne manquions de rien. Aussi, ce fut avec grand plaisir
que je lui fis en partant un cadeau d’étoffe et d’argent qui compensa
dans une juste mesure les dépenses qu’il avait dû faire pour nous
recevoir et nous héberger.
3
décembre. — Le 3 décembre, après une excellente nuit,
me sentant tout dispos, je doûnai le signal du départ, et à cinq
heures cinquante du matin nous prenions la route de Goundiourou,
village situé à environ seize kilomètres dans le Nord de Diambour.
La température était excellente et si douce qu’on ne se serait jamais
figuré qu’on se trouvait dans un des pays les plus chauds du globe.
Mais cette illusion dure peu, et le soleil est-il levé depuis une heure
à peine, que ses brûlants rayons nous ont vite rappelé à la réalité.
La route se fait rapidement et sans aucun incident. A neuf heures
vingt minutes nous arrivons à l’étape, et, à mon grand contente­
ment, je ne suis pas trop fatigué de ce trajet relativement un peu
long pour un convalescent.
La route de Diambour à Goundiourou ne présente rien de bien
particulier. Elle traverse la brousse uniquement et il n’y a pas un
seul village jusqu’à Goundiourou. A environ six kilomètres de
Diambour, nous entrons dans une foret de bambous au milieu de
laquelle nous n’avançons qu’à grand peine et encore à l’aide du
sabre d’abattis. C’est un fouillis inextricable. Cela dure ainsi pen­
dant plus de huit kilomètres, et quand nous en sortons, peu après,
nous apercevons le village de Goundiourou, but de l’étape.
La nature du terrain s’est fort peu modifiée. Plus nous avan­
çons dans le Nord et plus nous voyons disparaître les éléments

�DANS . LA HAUTE-GAMBIE

173

géologiques que nous avions trouvés sur les rives du fleuve. Les
argiles compactes prennent la place de la latérite et la nature du
sol se rapproche de plus en plus de celle du Ferlo et du Bondou.
Du reste, la flore elle-même se modifie et les Mimosées recom­
mencent à apparaître. Signalons encore quelques lianes à caout­
chouc, mais de très petites dimensions. La brousse a également
changé d’aspect, et nous n’avons plus qu’une herbe, mince, ténue,
rabougrie, parsemée par-ci par-là de touffes de hautes Cypéracées.
Plus de marigots. Gela n ’a rien d’étonnant, étant donnée la
nature du terrain.
Goundiourou. — Goundiourou, où nous faisons étape, est un
petit village Malinké de 200 habitants environ. Il tombe littéra­
lement en ruines, et la plus grande partie de sa population habite
pour ainsi dire au milieu des décombres. Il y a bien quelques
toitures de cases neuves ; mais elles sont très rares. Le Malinké,
du reste, aime peu à réparer son habitation. Il préfère, quand elle
menace de s’effondrer sur lui, en construire une nouvelle auprès
de l’ancienne. Cette façon de procéder contribue beaucoup à don­
ner à leurs villages l’aspect misérable qu’ils ont tous. On voit
encore à Goundiourou les vestiges d’un ancien tata qui avait la
réputation d’être le plus sérieux de la région. II n’en reste plus
que quelques pans de murs. A l’intérieur se trouve un second
tata concentrique au premier. Il entoure les cases du chef et est
un peu mieux entretenu que le tata extérieur.
Je fus très bien reçu à Goundiourou. Du reste, le chef m’avait
envoyé saluer par son frère à Diambour. Ce chef, assez jeune, m’a
paru relativement intelligent. En causant avec lui, je lui demandai
comment il se faisait que son village soit si mal entretenu. Il me
répondit que les terres étant devenues mauvaises pour la culture,
il avait l’intention d’aller se fixer ailleurs, et c’est pourquoi on ne
réparait pas les cases. Tout autour du tata et même jusque dans
les cours intérieures du village se voient de jolis petits jardinets
où sont cultivées, pour les besoins journaliers, des tomates et de
l’oseille.
Tomates. — Il existe dans toute cette région une Solanée que
les indigènes désignent sous le nom de Diakato et qui, par son
port, ses fleurs et ses fruits, rappelle la tomate des pays tempérés.

�174

ANDRÉ RANÇON

Elle en difïère sensiblement cependant. Ainsi, quand la plante
est arrivée à complet développement, elle n’a pas besoin de sup­
port pour soutenir ses rameaux. Sa tige est plutôt arborescente.
Elle ne rampe pas, elle se dresse, au contraire, vigoureusement.
Par ce caractère, elle se classe naturellement dans le type des
Solanées arborescentes. Ses fleurs, toujours très nombreuses,
ressemblent absolument aux fleurs de nos tomates, mais elles sont
de couleur légèrement violacée. Ses feuilles sont bien moins pro­
fondément découpées. Elles présentent une curieuse particularité.
Les nervures principales à leurs faces inférieures sont très sail­
lantes et sont munies de plusieurs épines légèrement molles, très
adhérentes, cependant, et très acérées. On les trouve encore sur
les jeunes rameaux. La tige principale et ses premières divisions
en sont dépourvues. La face supérieure des feuilles est d’un vert
luisant et la face inférieure blanchâtre et légèrement veloutée.
Les fruits ressemblent à ceux de la tomate ordinaire, mais sont
un peu plus petits. Leur forme et leur disposition intérieure
sont les mêmes. Leur goût est, par contre, tout différent. Au lieu
d’être acide, comme cela a généralement lieu, ou sucré, il est
excessivement amer. Cette amertume est surtout très prononcée
quand ce fruit est mangé cru. Elle disparaît un peu quand il est
cuit. La couleur de ce fruit n’est jamais d’un rouge vif comme
celle de nos tomates. Elle est jaune pâle et rouge écarlate mélangés.
Les semis se font vers la fin de mai. Quand la plante a atteint
environ huit à dix centimètres de hauteur, elle est repiquée dans
les jardins. Les pieds sont placés à environ trente centimètres les
uns des autres. Cette opération s’effectue généralement dans les
premiers jours de juillet. La floraison a lieu en août, et les fruits
arrivent à maturité en octobre et en novembre.
Les indigènes mangent cette tomate crue ou cuite, et, dans ce
dernier cas, elle leur sert surtout à assaisonner leur riz. Nous
avons souvent mangé de ce riz ainsi préparé et nous l’avons tou­
jours trouvé plus savoureux. Cette espèce tient, par sa tige, ses
feuilles et ses fleurs, du groupe Melongena appartenant au genre
Solanum.
Il existe encore dans toute cette région une Solanée qui donne
de magnifiques petits fruits rouges de la grosseur d’une cerise et
que l’on trouve en abondance sur tous le marchés du Soudan. C’est

���DANS LA HAUTE-GAMBIE

175

la « Tomate cerise)). Elle croît, partout en grande quantité, et, dans
beaucoup de villages, elle tapisse les clôtures en bambous des
jardins. Son port est absolument le môme que celui de nos
tomates des climats tempérés. Sa feuille et sa fleur ont les mêmes
caractères. Elle se développe spontanément et n’a besoin d’aucune
culture. Les indigènes la mangent crue ou bien s’en servent comme
condiment. Son goût aigrelet et rafraîchissant la fait rechercher
des Européens, et il n’est pas de poste où elle ne paraisse, chaque
jour, régulièrement sur la table. On la mange comme hors-d’œuvre
avec ou sans sel, ou bien en salade, ou bien en omelette. Elle entre
également dans la composition d’un excellent potage.
Nous croyons, à ce sujet, devoir mentionner ici combien dans
les pays chauds notre tomate d’Europe dégénère, afin de bien faire
ressortir que ce fruit, tel que nous l’obtenons, n’est absolument
qu’un produit de la culture. La première année, les plantations
donnent un fruit absolument identique quant à la forme, à la
grosseur, au goût et à la couleur à notre tomate. Si on sème
l’année suivante les graines récoltées sur place, on n’obtient plus
qu’une tomate de la grosseur d’une noix au plus et dont la forme,
au lieu d’être discoïde, est devenue parfaitement oblongue. L’acidité
est moins prononcée aussi. Semons des graines de cette dernière
récolte et nous n’avons plus alors que la tomate cerise. Quels que
soient les procédés de culture que l’on emploie, c’est à cet
inévitable résultat que l’on arrive toujours fatalement. Nul doute
que le climat et la nature du sol n’influent sur ces transformations
rapides. Deux années suffisent pour ramener la plante améliorée
chez nous par la culture, à l’échantillon origine. Nous avons
observé ce fait sur bien d’autres végétaux, et nous sommes
persuadé que, sous les climats tropicaux, tout ce qui vit et se
cultive sous les climats tempérés ne tarde pas à s’étioler et à
dégénérer. Le règne végétal suit en cela les mêmes règles que
le règne animal.
Oseilles. — Dans les jardinets qui entourent généralement les
villages, on trouve deux variétés d’oseilles dont les indigènes sont
excessivement friands. Les Noirs de la Gambie leur donnent le
nom de « Dakissé ». Elles sont ainsi appelées par les peuples
d’origine Mandingue aussi bien que par les peuples de race Peulhe.
Elles diffèrent cependant profondément. L’une n’est qu’un Rumex

�176

ANDRÉ RANÇON

(Polygonées) de la section des Acetosella, dont elle présente tous
les caractères. Elle est surtout cultivée dans les jardins. L’autre
est, au contraire, une Malvacée. C’est l'Hibiscus Sabdariffa L.,
connu surtout sous le nom d'oseille de Guinée. On la rencontre
particulièrement dans les lougans d’arachides, où elle est semée en
bordure. Ses feuilles, sa tige et son fruit, très acides, sont utilisés
comme condiments. Ses différentes parties ont, à un haut degré, les
caractères propres des Malvacées. Ses graines sont très appréciées
et entrent dans la composition des sauces avec lesquelles sont
mangés les couscouss. Elles sont auparavant soumises à une prépa­
ration toute spéciale. Aussitôt après la récolte, elles sont mises,
alors qu’elles ne sont pas encore sèches, à bouillir dans l’eau pen­
dant quelques minutes. Retirées du liquide et bien égouttées, elles
sont étendues sur des nattes fines et séchées au soleil. Elles exhalent
alors une odeur épouvantable, et telle que deux ou trois kilo­
grammes suffisent pour empoisonner un village entier. On juge ce
que ce doit être quand, dans chaque famille, on se livre à cette
opération. Quand elles sont bien séchées, elles sont enveloppées
dans du calicot ou delaguinée, et les petits paquets sont suspendus
à l’intérieur de la case, aux rayons du toit qui la recouvre. Elles
peuvent, ainsi préparées, se conserver indéfiniment. Quand on veut
s’en servir, on en pile, dans le mortier à couscouss, la quantité
dont on a besoin, et on les réduit en poudre absolument impal­
pable. Cette poudre sert à assaisonner certaines sauces. Il faut avoir
soin de n’en fabriquer que la quantité dont on a strictement besoin,
car elle perd rapidement son arôme et devient absolument insipide.
Le goût qu’elle donne aux aliments est loin d’être succulent, mais,
somme toute, il est parfaitement supportable. Je doute cependant
qu’il ait quelque succès dans la cuisine européenne.
4
décembre. — Ma santé s’améliore de plus en plus et je sens les
forces revenir rapidement. Je n’ai plus de fièvre et, grâce à la dou­
ceur de la température, l’appétit est devenu meilleur. A 5 b. 45 du
matin, nous quittons Goundiourou et nous prenons en bon ordre la
route de Daouadi, village où j’ai décidé de camper ce jour-là et qui
est situé à 16 kilomètres environ de Goundiourou, dans l’Est-NordEst. J’aurais pu prendre un chemin plus court, mais je tenais à
visiter ce village, dans lequel un seul Européen, M. le pharmacien
de deuxième classe de la marine Liotard, était entré avant moi.

�DANS LA HAUTE-fiAM BIE

177

La route se fit sans aucun incident et sans fatigue pour moi. A
6 h. 55, nous traversons le village de Guiriméo sans nous y arrêter.
Guiriméo. — Il possède environ 250 habitants. Sa population
est uniquement composée de Ouolofs venus du Saloum. Il m’a paru
si sale et si mal entretenu qu’au premier abord je l’ai pris pour un
village Malinké. Il est entouré d’un sagné assez solide et on y
voit encore les ruines d’un petit tata. Tous ses environs sont
bien cultivés, et il possède de riches lougans de m il, coton,
arachides et maïs : à quelques centaines de mètres du village
principal, se trouve un petit village de cinquante habitants
environ qui dépend du premier.
Mansa-Bakari-Counda. — A 8 h. 30 nous traversons encore,
sans nous y arrêter, le petit village ouolof de Mansa-BakariCounda, dont la population s’élève à deux cents habitants environ
venus du Saloum comme ceux de Guiriméo. Ces deux villages
sont, malgré leur petit nombre d’habitants, les plus riches du
Kalonkadougou. Ils possèdent les plus belles cultures de la région
et la famine vient rarement les visiter. Mansa-Bakari-Counda
ne possède aucun moyen de défense. Il est absolument ouvert.
Saré-Dadi. — A un kilomètre de là environ se trouve le
petit village de Saré-Dadi, dont la population, entièrement com­
posée de Peulhs. ne dépasse pas 60 habitants. Il est, comme tous
les villages Peulhs, construit en paille et ne présente rien de
particulier que son troupeau de plus de deux cents bœufs. Il
possède, en outre, un grand nombre de chèvres et de moutons.
Daouadi. — A 9 h. 20 enfin nous sommes à Daouadi, où nous
allons passer la journée et camper. C’est un village de 350
habitants environ. La population est Malinkée de la famille des
N’Dao. Il mérite une mention honorable, car il est un peu moins
sale que les villages Malinkés visités jusqu’à ce jour et ses cases
sont mieux entretenues. Il est entouré des ruines d’un ancien
tata qui devait être assez sérieux. A l’intérieur, se trouve un
second tata concentrique au premier qui entoure les cases du
chef et qui a été tout récemment construit. Je suis bien reçu
et bien logé autant qu’on peut l’être dans un village noir. La
journée se passe bien pour tout le monde. Je 'n’ai pas besoin
de dire que je reçois de nombreuses visites. Tous les chefs des
André Rançon. — 12.

�178

ANDRÉ RANÇON

environs sont venus me saluer, et celui de Coutia, où je dois
aller demain, m’a envoyé son fils pour me conduire chez lui ;
on n’est pas plus prévenant.
Pendant mon séjour à Diambour, j’avais expédié à MacCarthy un courrier pour y aller chercher différents objets qui
m’étaient nécessaires et dont j’avais, au moment du départ, oublié
de me prémunir. J ’étais à peine installé à Daouadi qu’il arriva,
ayant accompli la mission dont je l’avais chargé. Il avait
fait, aller et retour, cent-dix-huit kilomètres en moins de 24
heures. D’après les calculs que je fis, il avait dû marcher à
une allure de près de six kilomètres à l’heure. Ces exemples de
vitesse chez les noirs ne sont pas rares. Nous en avons connu qui
parcouraient en un temps relativement court des distances vrai­
ment fabuleuses. Quand je lui demandai comment il avait pu faire
pour marcher aussi vite, il me répondit qu’il avait «mangé du Kola
pendant toute la route et que « cela l’avait fait marcher ». Nous
reviendrons dans le cours de cette relation sur cette importante
question. Notre homme était bien un peu fourbu en arrivant à
Daouadi, mais après d’abondantes ablutions et un massage vigou­
reux, il repartit dans la soirée pour Diambour, où il habitait. Outre
ce que j’avais demandé à Mac-Carthy, M. Frey avait eu l’extrême
obligeance de m’envoyer en plus une dizaine de kilogs de pommes
de terre et cent citrons environ. Je n ’ai pas besoin de dire avec
quel plaisir et quelle reconnaissance j’accueillis ce précieux pré­
sent. Ceux qui ont voyagé dans ces contrées déshéritées en seront
aisément convaincus. Une lettre fort aimable l’accompagnait. Entre
autres choses, elle m’annonçait que M. Joannon était de nouveau
malade. M. Frey lui-même gardait le lit depuis mon départ. La
fièvre l’avait terrassé le soir même du jour où je les avais quittés.
J ’appris peu de jours après, avec satisfaction, par un noir qui reve­
nait de George-Town, qu’ils avaient été tous les deux gravement
atteints, mais qu’ils s’étaient rapidement rétablis.
La route de Goundiourou à Daouadi ne présente rien de bien
particulier. La nature du terrain se modifie de plus en plus et nous
n’avons maintenant que des argiles compactes. C’est absolument le
sol du Ferlo et du Bondou. Pas de marigots. A partir de Guiriméo,
le sol s’élève un peu et Daouadi est situé au milieu d’un plateau

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

179

d’où l’on aperçoit au loin, vers le Nord et le Nord-Est, quelques
petites collines qui paraissent assez boisées.
Le mil, coton, oseille, arachides, tomates sont les plantes ali­
mentaires qui y sont principalement cultivées. La flore devient de
plus en plus pauvre. Les Mimosées et les Acacias deviennent de
plus en plus fréquents. Par-ci, par-là nous trouvons quelques gom­
miers et, d’après les dires des habitants, on trouverait aussi, dans
la brousse, quelques échantillons du végétal qui donne la gomme
de Kellé.
Gomme et Gommiers. — La gomme arabique est l’objet, chacun
le sait, de transactions commerciales importantes au Sénégal. Elle
y est surtout apportée aux escales du fleuve par les Maures de la
rive droite. C’est dans leur pays que les végétaux qui la donnent
sont particulièrement abondants. Cette gomme est produite par
plusieurs variétés d’Acacias, dont les principales sont les suivantes :
Verelc, neboueb, adstringens, tomentosa, fasciculata et Seyal. La
plus estimée est donnée par YAcacia Verek G. et P. Cette exsuda­
tion n’apparaîtrait que sous l’influence de certaines conditions
morbides des végétaux et serait souvent aidée, sinon provoquée
par une plante parasite nommée le Loranthus Senegalensis (1).
L’Acacia Verelc habite surtout le pays des Maures. Il est très rare
dans les contrées situées sur la rive gauche du fleuve. On n’en
trouve que quelques échantillons dans le Bondou et le Ferlo.
Nous en avons trouvé quelques-uns dans le Kalonkadougou égale­
ment. Mais ce sont surtout les autres variétés qui y sont plus
communes. Elles donnent une gomme généralement peu estimée.
Les indigènes, du reste, ne la récoltent pas.
Gomme de Kellé. — Il existe encore, dans le Bondou notam­
ment, le Bambouk et les pays avoisinants, une autre espèce de
gomme que les Toucouleurs nomment Kellé et les Malinkés Kelli.
Ce n’est pas, à proprement parler, une gomme véritable. Ses
caractères la rapprocheraient davantage de la gutta-percha. Il
nous a été impossible de nous en procurer. Les indigènes lui
donnent, en effet, des vertus remarquables. D’après eux, tout noir
qui posséderait dans sa case un fragment de Kellé serait assuré
(1) C’est une opinion, du reste aujourd’hui reconnue erronée, qui a été soutenue,
avec beaucoup d’autres du même genre, par Ch. Martins.

�ANDRE RANÇON

de voir tout lui réussir et d’acquérir une grosse fortune. Aussi,
quand ils en possèdent, ils la cachent précieusement avec un
soin jaloux. De même, quand ils connaissent l'existence quelque
part d’un échantillon du végétal qui la produit, ils se gardent bien
d’en faire part à qui que ce soit. Je n’ai jamais pu le voir; mais
j’ai tout lieu de croire, à la description qui m’en a été faite, que
ce serait une Légumineuse. Je ne puis cependant pas l’affirmer.
Quoiqu’il en soit, cette plante est excessivement rare et regardée
comme fétiche dans toutes les régions où on la rencontre.
5
décembre. — A 5 heures 45, nous quittons Daouadi par une
température excessivement fraîche et nous nous dirigeons à l’EstSud-Est vers Coutia, où j’ai décidé d’aller passer la journée et où
je suis attendu.
La route se fait rapidement et sans encombre. A 6 heures 15,
nous traversons le petit village de Boulon, dont la population,
d’une centaine d’habitants environ, est uniquement formée de
Malinkés. Il est entouré de vastes lougans d’arachides. — De Boulou
à Coutia, nous marchons au milieu des lougans de mil de ce
dernier village. Ils sont immenses et s’étendent à perte de vue. A
7 heures 15, nous mettons pied à terre à Coutia.
Coutia. — C’est un gros village Malinké, dont la population
s’élève à 900 habitants environ. Il se compose de deux villages,
un gros et un petit, séparés par quelques centaines de mètres à
peine. Le village principal, où nous avons campé, est un village
Malinké dans toute l’acception du mot. Il est entouré d’un
mauvais sagné et son tata tombe partout en ruines. Le tata
intérieur qui entoure les cases du chef est cependant bien
entretenu et assez sérieux. La place principale du village est
encombrée par des ordures et des détritus de toutes sortes.
Coutia est la résidence du chef de cette partie du Kalonkadougou. Massa-Coutia, de la famille Malinkée des N’Dao, est un
vieillard d’environ soixante-dix ans, repoussant de saleté. Il est
relativement intelligent, ivrogne au plus haut degré et fort
malhonnête, paraît-il, dans ses relations privées. Comme tous les
chefs Malinkés, il ne jouit absolument d’aucune autorité. Pour moi
particulièrement, je n’ai nullement eu à m’en plaindre. Il m’a
bien reçu et ne nous a laissé manquer de rien. Mes hommes y ont

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

181

été bien traités et tous y font bombance, sauf Almoudo, mon
interprète, qui, pendant toute la journée, n’a absolument mangé
que les restes de mes repas, ce qui, pour un noir, est une faible
pitance. Je lui demandai, bien entendu, les causes d’une semblable
abstinence. Il me répondit que les N’Dao étaient ennemis nés de
sa famille et qu’un Massassi de pouvait rien accepter d’eux. Je lui
fis remarquer que, dans le cas présent, il n’avait aucune obligation
envers les N’Dao de Goutia, puisque je payais tout ce qu’ils me
donnaient pour nourrir mes hommes. Il me répondit que cela
ne faisait rien et qu’un Massassi ne devait jamais rien manger
de ce qu’aurait touché un N’Dao. Je n’insistai pas et je pus
constater qu’il ne toucha à rien de ce qu’ils m’apportèrent. J’étais
loin de supposer que la haine pût entrer aussi profondément
dans le cœur d’un noir.
J ’aurais passé à Coutia une excellente journée, si je n’avais eu
pour voisin un tisserand. Il me fallut jusqu’à la nuit tombante
supporter le grincement agaçant de son métier. Au Soudan, les
tisserands forment une caste peu en honneur. Ce sont pourtant,
en général, de bons travailleurs. Peut-être est-ce pour cela que
leurs compatriotes ne leur accordent pas leur estime. Du matin
au soir ils font activement marcher la navette et gagnent ainsi
deux francs ou deux francs cinquante centimes par jour. Il faut voir
avec quelle adresse ils font manœuvrer leurs métiers, cependant
bien primitifs. Ces appareils sont surtout très étroits et ressemblent
à ceux dont on se servait autrefois en Europe. Ils ne peuvent
servir qu’à fabriquer des étoffes dont la largeur ne dépasse pas
quinze à vingt centimètres. Ils mettent en œuvre du coton
récolté dans le pays et qui a été préalablement filé par les ména­
gères. Le tissu ainsi obtenu est d’une solidité remarquable. En
réunissant ensemble ces petites bandes d’étoffes, on peut en faire
des vêtements et même des couvertures. Les boubous lomas et les
couvertures de Ségou et du Macina sont particulièrement recher­
chés. Dans les régions de la Gambie et dans le Sud du Bambouck,
ces petites bandes d’étoffes de coton servent de monnaie courante
pour les échanges. L’unité est le pagne, qui équivaut à deux coudées
au carré d’étoffes. Sa valeur est d’environ deux francs. Rarement
les tisserands tissent la laiue de leurs moutons. Il n’y a guère que
dans le Nord de nos possessions soudaniennes, dans le Grand-

�182

ANDRÉ RANÇON

Bélédougou, le Macina, le pays de Ségou, etc., que l’on peut trouver
une sorte de manteau à capuchon que l’on peut facilement trans­
former en couverture et que les indigènes désignent sous le nom de
cassan. Cette étoffe est excessivement chaude et a le grand avantage
de ne s’imprégner que difficilement d’humidité.
C’est dans un pays uniquement formé d’argiles alluvionnaires
compactes que se déroule la route de Daouadi à Coutia. Nous avons
affaire là aux mêmes terrains et à la même flore que dans le reste
du Kalonkadougou. Aussi n’insisterons-nous pas plus longuement.
Vers l’Est, le sol s’affaisse légèrement. Les cultures sont les mêmes
et Coutia possède de beaux lougans de coton, de mil, d’arachides et
quelques jardinets ou l’on cultive courges, tomates, oseille, patates
douces, etc., etc.
Le Coton. — Le cotonnier (Gossypium punçtatum Guil. et Perrotet)
de la famille des Malvacées, pousse d’une façon remarquable dans
tout le bassin de la Gambie. Les indigènes, dans le Kalonkadougou,
en font de superbes lougans, auxquels ils apportent un soin relati­
vement attentif. Ces lougans sont généralement situés aux alentours
du village, afin que les femmes et les enfants, auxquels incombe la
cueillette, ne s’écartent et ne s’éloignent pas trop au moment de la
récolte.
Le terrain est, au préalable, bien débarrassé de toutes les herbes
qui pourraient entraver le bon développement du végétal. Quand
elles sont sèches, on les réunit en tas et on les brûle. Les cendres
sont répandues sur le sol et contribuent à le fertiliser. Puis, à l’aide
de la pioche, on pratique des sillons distants les uns des autres
d’environ quarante centimètres. La terre en est bien relevée en
dôme et, quand tout est fini, on croirait que tout ce travail a été
fait à la charrue.
C’est sur le point culminant de ces sillons que sont faits les
semis. On pratique simplement à l’aide d’un morceau de bois, un
trou de cinq à six centimètres de profondeur, dans lequel on intro­
duit deux ou trois graines. Le coton lève deux semaines environ
après avoir été semé. Il rapporte six ou sept mois après. Une plan­
tation faite en juin fleurit vers la fin d’octobre et la récolte peut
être faite en janvier ou février. Ce n’est guère que lorsque la
capsule s’est ouverte et que les soies s’en échappent que l’on y
procède. Ce travail peu pénible est fait par les femmes et les enfants-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

183

La cueillette terminée, le coton est étendu sur des nattes au soleil
afin de le bien sécher et de le faire blanchir. Puis, les graines sont
enlevées, séparées de la bourre. Celle-ci, si on ne l’emploie pas
immédiatement, est placée dans des vases en terre, où elle est abso­
lument à l’abri de l’humidité. A leurs moments perdus, le soir
notamment dans les dernières heures du jour, les femmes le filent
à l’aide de petits fuseaux analogues à ceux dont on se sert encore
dans nos campagnes et fabriquent un fil très résistant avec lequel
les tisserands tissent ces étoffes dont nous avons parlé plus haut.
De tout temps, les indigènes ont cultivé et utilisé le coton, et
bien avant notre installation dans le pays, ils savaient en fabriquer
des étoffes. Mais pour cela, comme pour tout le reste, ils font
preuve de la plus grande imprévoyance et ne récoltent que ce qui
leur est, absolument nécessaire pour leurs besoins. La production,
depuis que ces régions sont soumises à notre autorité, n’a pas
augmenté d’un kilog. Il faut dire aussi que nous n’avons rien fait
pour cela.
Le coton le plus commun en Gambie est le coton à courte soie (Gossypium punctatum G. et P.). Il est loin d’être aussi beau qu’on a bien
voulu le dire. Si l’on ne regarde que la couleur, il est d’une blan­
cheur éclatante. Mais il est peu souple, difficile à filer, et surtout le
rendement en est peu considérable. En résumé, un coton de cette
valeur n’est pas commercial en Europe. En 1827, on a bien tenté d’ac­
climater, au Sénégal, les espèces les plus estimées sur nos marchés.
Successivement on y a cultivé les espèces indicum Lk., hirsutumL.,
barbadenseL., acuminatumRoxb. Mais aucune n’a donné de résultats
satisfaisants. Les essais ont dû être abandonnés. Il en sera encore
de même aujourd’hui. Seule, l’espèce indigène y réussira. Le climat,
la nature du sol n’ont pas changé et ne permettront jamais aux
cotons de qualité supérieure d’y prospérer. Bien plus, nous sommes
intimement persuadé qu’ils y dégénéreront aussi bien que les
autres végétaux que l’on a voulu y importer. Il serait bien plus
logique d’améliorer par la culture celui qui y croît déjà que de
tenter des expériences qui ne seront jamais, quoiqu’il arrive,
rémunératrices.
Outre les espèces dont nous venons de parler, il en existe encore
une autre dite Gossypium intermedium. Tod. Peu abondante dans le
bassin de la Gambie, elle est surtout cultivée au Sénégal et dans le

�184

ANDRÉ RANÇON

ÿ

Grand Bélédougou. Elle donne un coton plus grossier, de couleur
jaune sale et dont les soies adhèrent fortement aux graines. Le
tissu que l’on en obtient est plus grossier et de moins bonne
qualité que le tissu que donne la première.
Les graines sont peu utilisées en dehors des semis. En
Gambie, on en extrait parfois l’huile et l’on s’en sert dans la
thérapeutique courante, surtout pour le pansement des plaies.
En temps de disette, les indigènes mangent parfois les jeunes
feuilles de coton sous forme de bouillie. On en fait également
des cataplasmes très émollients, et elles servent à préparer des
bains, souverains, disent-ils, contre les douleurs rhumatismales
des extrémités.
Ticgalo N’galo ou Niébé glierté. — Il existe en abondance dans
toute cette région une Légumineuse qui peut être considérée
comme la plante qui forme la transition entre l’arachide (Ava­
chis hypogœa L.) et le Haricot (Phaseolus vulgaris L.), avec lesquels
elle a des caractères communs. Du reste, les indigènes lui ont
donné un nom composé de ceux de ces deux plantes. Les
peuplades de race Mandingue la nomment : Tigalo N’galo.
Arachide en Malinké se dit Tigo et Tiga suivant les régions.
N’galo est le nom d’un petit haricot très commun dans tout le
Soudan. Les peuplades d’origine Peulhe la nomment Niébégherté. En Peulh Nicbé signifie haricot et gherté arachides.
Elle est très cultivée dans tout le Soudan et ses graines
constituent un aliment recherché des indigènes et apprécié
des Européens eux-mêmes. Le port de cette Légumineuse
diffère de celui de l’arachide et rappellerait plutôt celui de
nos petits haricots nains. On la sème au commencement de
juin dans un terrain bien préparé et souvent aussi en bor­
dure autour des lougans de mil, maïs et arachides. Elle
demande une humidité assez prononcée et donne vers le
commencement de novembre un fruit sec, indéhiscent. Si on en
brise la coque, il s’en échappe une graine ronde d’une blancheur
nacrée de la grosseur d’une noisette, dont elle a un peu
la forme. Cette graine est munie d’une enveloppe épaisse dure,
coriace et qui se détache à la cuisson. De blanche qu’elle était,
elle prend une couleur violacée très prononcée et qui colore
fortement le bouillon dans lequel on la fait cuire. Cette enveloppe

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

n’est pas comestible. On l’enlève dès qu’elle n’a/
cotylédons qui sont volumineux et très savoureu:
mangent les Niébés-ghertés bouillis et, dans nos p^
de bonnes purées et d’excellents potages. Elle remp'i
sement le haricot.
Patates douces. — La patate (Ipomœa Batatas Poir.),
cultivée également, mais surtout dans les régions humides et bien
arrosées. On en fait de beaux lougans dans le Sandougou, le Niani,
le Kalonkadougou et à Mac-Carthy. Elle pousse très rapidement et
ses ramifications souterraines prennent en peu de temps un déve­
loppement si rapide qu’il est difficile d’en débarrasser le terrain où
elle s’est implantée. Les indigènes la plantent de deux façons : ou
bien par boutures ou bien encore par une méthode mixte qui
consiste à faire germer en terre des tubercules sur lesquels on
prend ensuite des boutures que l’on pique à environ soixante centi­
mètres les unes des autres. En peu de temps, elles émettent en tout
sens des rameaux qui rampent sur le sol où ils s’implantent par
des racines adventives multiples. Au bout de deux ou trois mois, il
se forme au pied de la plante des tubercules farineux qui gros­
sissent pendant toute la saison des pluies et que l’on récolte au
début de la saison sèche, quand les feuilles commencent à jaunir.
La sécheresse est préjudiciable à la patate, aussi ne la cultive-ton que pendant l’hivernage.
Il en existe un grand nombre de variétés qui ne diffèrent, du
reste, entre elles, que par la forme et la couleur. Il en est de longues
et de rondes ou plutôt ovoïdes. Les unes sont blanches, les autres
jaunâtres, d’autres enfin légèrement rosées. Ces dernières sont
d’ailleurs d’une qualité supérieure. Le goût de la patate rappelle
un peu celui de la pomme de terre ; mais il est plus sucré. De plus,
sa chair est parsemée de nombreux filaments désagréables quand
on la mange. Les indigènes la font bouillir ou cuire sous la cendre.
Les Européens en font de bonnes fritures, d’excellents potages et
de succulentes purées. Cuites dans un sirop de sucre, elle sert à
confectionner un entremêt dont le goût rappelle celui du marron
glacé.
Les feuilles constituent un excellent fourrage pour les animaux.
La patate se conserve peu de temps pendant la saison sèche. Elle
est attaquée par les insectes et pourrit rapidement.

�CHAPITRE IX
Le Kalonkadougou. — Limites-frontièrss. — Description géographique. — Aspect
général. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions du sol. —
Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie.
— Situation et organisation politiques actuelles. — Rapports avec les autorités
françaises. — Conclusions.

On désigne sous le nom de Kalonkadougou un pays vaste, peu
peuplé en raison de son étendue, et dont les limites géographiques
sont peu nettes et mal déterminées. Il est compris à peu près
entre les 13°40’ et 14°50’ de latitude Nord et les 16°20’ et 17°
de longitude à l’Ouest du méridien de Paris.
Il confine au Nord au Ferlo-Fouta et au Fouta-Toro, à l’Ouest
au Niani, au Sud au Niani, Sandougou et Ouli, et enfin, à l’est au
Ferlo-Bondou. Il est séparé de ces différents pays, notamment du
Fouta-Toro au Nord et du Ferlo-Bondou à l’Est, par d’immenses
plaines désertes, inondées pendant l’hivernage et qui constituent
pour lui les meilleures frontières. Il en est de même à l’Ouest et
au Sud, mais là ces espaces ne dépassent pas 40 ou 50 kilomètres au
plus, néanmoins ils suffisent à établir une séparation assez tranchée
pour qu’il n’y ait pas de contestations avec les pays voisins.
Description géographique : Aspect général. — Le Kalonkadougou
est un pays plat, par excellence. C’est à peine si le sol est vallonné
en quelques rares endroits. Pas le moindre marigot, de ce fait,
que le terrain y est plus élevé que le niveau des plus hautes
eaux de la Gambie. A peine quelques collines peu élevées aux
environs de Goundiourou et de Daouani. Partout des plaines
nues et brûlées où pousse une herbe pauvre et rabougrie. Pas
de forêts. Les arbres y sont clairsemés et la haute futaie y est
absolument inconnue. Par contre, des arbres aux formes con­
tournées , bizarres, véritables rachitiques qui n ’ont pu se
développer normalement dans ce sol ingrat et pauvre.
%

Constitution géologique du sol. — Le Kalonkadougou peut être,
au point de vue géologique, considéré comme un vaste plateau
formé d’argiles alluvionnaires compactes. Il fait partie de cet

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

187

ensemble d’alluvions anciennes qui comprend le Ferlo, le Bondou,
la partie Nord du Niani et la plus grande partie du Fouta-Toro.
Par-ci par-là, nous voyons bien émerger quelques rares îlots de
latérite, mais la plus grande partie du sous-sol est uniquement
formée de terrain ardoisier.
Il est facile de voir comment se modifie, d’une façon sensible,
la nature du terrain à mesure que l’on s’élève dqns le Nord. Sur
les rives de la Gambie, nous sommes en présence de marécages
et de terrains d’alluvions récentes. A mesure que l’on s’avance
dans le Nord, le sol s’élève d’une façon sensible. Les alluvions
récentes disparaissent pour faire place d’abord à une étroite bande
de latérite à peu près au niveau de Kountata. Çà et là émergent quel­
ques rocbes ferrugineuses. Enfin, aux environs de Goundiourou, la
latérite disparaît complètement et on ne trouve plus que des argiles.
Nous sommes là sur le plateau proprement dit du Kalonkadougou.
D’après ce qui précède, on ne saurait mieux le comparer qu’à un
mamelon dont le terrain est formé d’argiles alluvionnaires, mais
dont les flancs sont recouverts par une couche peu épaisse de latérite.
Il résulte évidemment de cette disposition toute particulière
du sol que le Kalonkadougou ne doit posséder ni marigot ni cours
d’eau. Les habitants ne se servent que de l’eau des puits, qui sont
excessivement profonds et qui atteignent, en certains endroits,
jusqu’à cinquante mètres de profondeur. Grâce à ces puits, nous
avons pu nous rendre un compte exact de la nature du sol et de
la superposition des différentes couches géologiques. Nous en
avons examiné attentivement un grand nombre et nous avons
constaté partout une même disposition invariable. La nappe d’eau
souterraine se trouve à une profondeur variant de 45 à 50 mètres.
Elle est séparée de la surface du sol : 1° par une couche peu épaisse
de sables produits par la désagrégation de l’argile; 2° argiles
compactes (3 ou 4 mètres d’épaisseur) ; 3“ terrain ardoisier (couche
très épaisse) ; 4° couche de sables non constante et enfin la masse
aqueuse reposant sur un lit très épais d’argiles compactes. L’eau
est très abondante et de bonne qualité. Cela n’est pas étonnant,
car elle est une eau d’infiltration, et elle a filtré à travers les sables
de la couche inférieure.Telle est, dans son ensemble, la constitution
géologique du sol du Kalonkadougou. C’est, à peu de chose près,
du reste, celle de toutes les steppes Soudaniennes.

�188

ANDRÉ RANÇON

Flore. — Productions du sol. — Cultures. — De la constitution
géologique que nous venons d’esquisser, nous pouvons facilement
déduire ce que doit être la flore de ce pays et quelles sont les
productions du sol. Dans son ensemble, la flore est excessivement
pauvre. Cela se comprendra aisément, car l’humus fait partout
presque absolument défaut. A mesure que nous nous avançons
dans le Nord, nous voyons disparaître les belles essences que l’on
remarque dans les terrains d’alluvions récentes des bords de la
Gambie. Les Sterculiacées, N’tabas et autres, les Légumineuses
gigantesques disparaissent peu à peu pour faire place aux
Mimosées et à une végétation maigre et pauvre. On dirait que le
sol n’a pas la force de nourrir la plante. Plus de Nétés, plus de
Caïl-Cédrats et, à la place, des Mimosas et des Acacias de toutes
sortes aux dards acérés. La brousse elle-même est profon­
dément modifiée. Ce ne sont plus ces excellents fourrages que
l’on rencontre dans les terrains dont la latérite forme l’élément,
principal ; mais de gigantesques Joncées et Cypéracées qui ont
poussé par touffes épaisses pendant l’hivernage et qui ont pros­
péré pendant tout le temps que le sol a été couvert par les eaux
que les argiles n’absorbent pas. Plus de ces lianes énormes que
l’on rencontre sur les bords des marigots du Sandougou et du
Niani; mais seulement quelques rares échantillons de lianes qui
ont peine à vivre et à se développer dans un terrain qui, pendant
sept mois de l’année, ne peut leur donner la nourriture dont elles
ont besoin pour vivre.
On comprendra aisément que les productions du sol et les
cultures soient peu variées. Ce sont des productions de terrains
pauvres en humus. Pas de riz. Il n’y a pas d’eau. Le mil est la
principale culture et encore sont-ce surtout les variétés désignées
sous les noms de Paciba, Guessékélé, Sanio qui sont particulière­
ment cultivées ; sans doute, parce qu’elles n’ont pas besoin pour
prospérer de terres fortes. Avec le mil, du maïs, des haricots,
oseille, arachides, patates, calebasses, courges, tomates et tabac.
Voilà à peu près tout. Quant aux procédés de culture, ils ne
diffèrent pas de ceux employés dans tout le Soudan.
Faune. — Animaux domestiques. — La faune est la même que
dans les autres pays du Soudan. Les animaux sauvages y sont
rares cependant. Citons : biches, antilopes, gazelles, girafes dans

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

189

la partie Nord. Quelques sangliers dans le Sud. Parmi les animaux
nuisibles : hyènes, chacals, panthères, guépards. Peu ou point
de serpents. Enfin, une grande variété d’oiseaux de toutes sortes :
perdrix, cailles de Barbarie, outardes, pigeons, tourterelles, oiseaux
aux plumages variés et aux brillantes couleurs qui sont chassés
pendant l’hivernage, par des chasseurs spéciaux et sont l’objet
d’un petit commerce dont Bathurst surtout a le monopole.
Parmi les animaux domestiques, nous citerons, en première
ligne, le bœuf. Il est élevé par les Peulhs surtout. Les Malinkés
n’en élèvent pas. La taille est petite; mais sa chair est savou­
reuse et les vaches donnent un lait très riche en matières grasses
et d’excellente qualité. Par contre, si le Malinké n’élève pas de
bœufs, il élève en quantité poulets, chèvres et moutons. Tout cela
ne vaut pas cher comme viande de boucherie. Les chats sont peu
nombreux ; les chiens, au contraire, pullulent. Ils sont chargés de
la voirie, dans les villages.
Populations. — Ethnographie. — On trouve trois races dans le
Kalonkadougou : 1° Malinkés, 2° Peulhs, 3° Ouolofs.
1° Malinkés. — Les Malinkés sont maîtres du pays par le droit de
premiers occupants. D’après les renseignements que nous avons
pu recueillir, tout porte à croire qu’ils sont venus des bords de
la Falémé, chassés par la guerre continuelle que leur faisaient
les Almamys du Bondou. Nous les avons trouvés là tels que
nous les avons vus partout, dans le Bambouck, le Manding, le
Ouli, etc., etc... Voleurs, menteurs, ivrognes, ils sont d’une saleté
repoussante et couverts de vermine. Là, comme ailleurs, le
Malinké ne rêve qu’une seule chose, avoir assez de captifs pour
faire ses lougans et ne pas travailler lui-même. Aussi, je ne crois
pas exagérer en disant que, dans ce pays, la moitié de la
population est captive de l’autre moitié et réciproquement. Leurs
villages sont d’une malpropreté révoltante. Ils tombent littéra­
lement en ruines, et cela, par défaut de soins et d’entretien. Une
case menace-t-elle ruines, son chapeau est-il en mauvais état‘
on se gardera bien de les réparer. On construira plutôt une case
neuve à côté de la première. Presque tous les villages Malinkés
du Kalonkadougou sont entourés par les ruines de leurs anciens
tatas. Les villages n’ayant plus, depuis notre protectorat, à

�190

ANDRÉ RANÇON

redouter les attaques du voisin, on n ’a plus entretenu le tata,
devenu inutile. Celui qui entoure à l’intérieur les cases du chef
est encore en assez bon état. Dans quelques villages, les parties
écroulées du tata sont remplacées par un sagné. Mais tout cela est
bien mal fait et bien insuffisant. On accède, en général, au village
par une route étroite bordée de pieux de chaque côté formant une
palissade derrière laquelle se trouvent les jardins du village. Toutes
ces routes forment autour des habitations une sorte d’enchevêtre­
ment qui peut en rendre l’attaque difficile pour des Noirs.
Le plus grand bonheur du Malinké du Kalonkadougou est
de s’enivrer et de rester des journées entières sous l’arbre à
palabres à causer et à priser, ou plutôt à chiquer des prises
de tabac qu’ils se placent sur la langue à l’aide d’une sorte
de petite cuiller en cuivre. Les femmes les placent entre la
lèvre et l’arcade dentaire inférieures. Quant à la femme, comme
dans tous les pays nègres, elle ne compte pas. C’est la bête
de somme de la case.
2° Peulhs. — Les Peulhs du Kalonkadougou présentent absolu­
ment les mêmes caractères que ceux des autres pays du Soudan.
Ils sont nomades, ne font jamais de villages définitifs et sont
grands cultivateurs et grands éleveurs de bestiaux. C’est la
richesse du pays où ils se trouvent. On connaît le Peulh, nous
n’en ferons pas une nouvelle description, nous nous contenterons
de signaler ses traits distinctifs. Grand généralement, élancé,
bien fait, son visage ne présente aucun des attributs de celui
du nègre. Les lèvres sont minces, le nez aquilin, le visage régulier.
Sa couleur est plutôt jaune que noire. La femme est réellement
femme et ne présente aucun des traits masculins qui sont le
propre de la négresse. Les attaches sont fines, les extrémités
petites et tout, dans son individu, révèle qu’elle occupe dans
l’échelle des êtres un rang plus élevé que la négresse. Elle a
le même rang qu’elle, par exemple, dans la société Peulhe. Le
Peulh est d’une saleté repoussante et, de loin, on le reconnaît
facilement à l’odeur toute particulière qu’exhale sa dégoûtante
personne. Cette odeur est due à ce qu’ils ont l’habitude de s’en­
duire les cheveux et le corps de beurre et beaucoup aussi à
ce qu'ils ignorent que l’eau sert aussi bien pour se laver que
pour se désaltérer.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

191

Les Peulhs forment, en général, des villages de peu d’impor­
tance. Ils construisent deux ou trois cases, au plus, séparées
les unes des autres par des lougans. Chaque chef de case vit
séparé des autres avec sa famille. Tout est provisoire chez eux,
et ils sont toujours prêts à partir. Aussi leurs habitations sontelles des plus rudimentaires et construites uniquement et com­
plètement en paille.
Les Peulhs du Kalonkadougou sont des émigrés du Fouladougou. Ils ont quitté leur pays depuis quelques années déjà
pour fuir les exactions de Moussa-Molo et de sa famille.
A l’encontre de leurs congénères du Kaarta, du Macina et du
Fouta-Djallon, les Peulhs du Kalonkadougou sont des ivrognes
fieffés, et la plus grande partie de leurs récoltes sont échangées,
dans les factoreries de la Gambie, contre du gin ou de l’alcool
frelaté.
Le Peulh est, dans le Kalonkadougou, ce qu’il est dans les
autres pays où nous le rencontrons, la bonne vache à lait des
maîtres du pays. Le Malinké ne se contente pas de lui faire payer
l’impôt, mais encore il le pressure à chaque instant de telle façon
que ceux-ci, exaspérés, parlent d’émigrer à nouveau et de retourner
dans le Fouladougou. Il faut dire toutefois que, sous ce rapport, je
n’ai pas entendu, dans le Kalonkadougou, des plaintes aussi vives
que dans le Ouli.
Outre ces Peulhs nomades, il en est d’autres qui sont installés
depuis fort longtemps dans le pays, mais toujours d’une façon toute
provisoire. Ils se sont attachés aux Malinkés du pays, qui leur ont
jadis donné l’hospitalité, et ceux-ci ne les tourmentent pas. L’impôt
payé (le dixième de la récolte), ils ne réclament plus rien. Ces
Peulhs sont, avec les Ouolofs, les grands cultivateurs du pays. Leurs
lougans sont immenses et toujours fort bien entretenus.
3° Ouolofs. — Les villages ouolofs du Kalonkadougou sont peu
nombreux. On sera étonné peut-être de les voir établis si loin de
leurs lieux d’origine. Parmi eux, les uns sont venus du Bondou
pour fuir l’etat de guerre perpétuelle qui y régna du temps des
Almamys, et surtout pour se soustraire à leurs exactions. Les autres
sont venus du Saloum, chassés par l’arbitraire des chefs du pays.
Ce sont des gens calmes, paisibles, qui cultivent leurs vastes lou­
gans, élèvent leurs bestiaux et ne s’occupent nullement des affaires

�m

ANDRÉ RANÇON

politiques. Ils payent l’impôt au chef Malinké dont ils dépendent et
qui les a reçus sur son territoire. Ils jouissent d’une indépendance
et d’une liberté absolues.
Leurs villages sont un peu comme les villages Peulhs. Tout y
est provisoire. Le Ouolof, du reste, ne construit pas en terre, et ses
cases sont, en général, en paille. Elles sont construites soit avec des
tiges de maïs, de mil, de bambou, ou simplement en chaume de
Joncées et de Cypéracées. Les tiges sont placées de façon à être
absolument jointives; mais, malgré le soin qu’ils y apportent, elles
laissent filtrer le soleil de partout, et la pluie y pénètre aisément.
Parfois ils appliquent à l’extérieur une sorte de revêtement en
argile, mais le cas est rare. Le chapeau est en chaume et fait
généralement avec grand soin. Les cases sont rondes. Autre
chose est le Ouolof, suivant qu’on le voit dans un des centres
civilisés de notre colonie ou dans l’intérieur. Là, il est policé,
civilisé. Ici, c’est absolument le nègre de la brousse. Les
villages sont mal entretenus, sales, dégoûtants et lui-même ne
le cède en rien au Peulh et au Malinké en malpropreté.
Malgré cela, il est de beaucoup plus intelligent que les autres
peuples du Soudan, et n’est pas rebelle comme le Malinké à
tout progrès. Ses lougans sont avec ceux des Peulhs les plus
riches du pays et les plus étendus. De plus, il élève force
bestiaux, chose que n’a jamais su faire un Maliuké.
C’est un fait que j’ai remarqué depuis longtemps, à savoir
que moins un village possédait de captifs, et plus il cultivait.
Ainsi le Peulh et le Ouolof n’ont que peu ou pas de captifs
et ce sont eux qui possèdent les plus riches cultures et les
mieux faites. Cela tient uniquement à ce qu’ils font tout par
eux-mêmes.
Outre les Malinkès, Peulhs et Ouolofs dont nous venons
de parler, il existe encore dans le Kalonkadougou un village,
Cissé Counda, qui est habité par des Malinkès marabouts. Ils
vivent là absolument indépendants, ne payant l’impôt à aucun
des chefs Malinkès et ne reconnaissent en rien leur supré­
matie. Ils sont, du reste, en fort bonne intelligence avec leurs
voisins. Marabouts fanatiques, comme le sont tous les convertis
à l’Islamisme, ils se contentent de faire leurs lougans et n’ont
jamais avec leurs voisins que des relations de bon voisinage.

�193

DANS LA HAUTE-GAMBIE

Telle est la population du Kalonkadougou. Les Malinkés
et les Peulhs ne sont pas musulmans. Les Ouolofs pratiquent.,
au contraire, la religion du prophète, mais ils sont, en général,
assez tièdes. Ouolofs, Malinkés, Peulhs et Marabouts de CisséCounda forment une population dont le total peut être estimé
à environ 8.000 individus.
Situation et organisation politiques actuelles. — Rapports du
Kalonkadougou avec les autorités françaises.— Comme nous l’avons
dit plus haut, le pouvoir territorial et politique est, dans le
Kalonkadougou, entre les mains des Malinkés. Il y est partagé
entre deux familles également puissantes, les Camara et les N’Dao.
Leur autorité est à peu près égale, et ils se partagent également
le territoire. Les Camara sont à l’Ouest et les N’Dao à l’Est. Les
chefs de ces pays portent le nom de Massa, auquel on ajoute celui
du village où ils résident. Ainsi on dit : Massa-Diambour, pour le
chef des Camara et Massa-Coutia pour le chef des N’Dao. Ces chefs
ne sont chefs que de nom car ils n’ont jamais été obéis par aucun
de leurs sujets. Ce sont plutôt des juges : ils tranchent les diffé­
rends qui peuvent survenir entre les particuliers et même entre
les villages. A ce sujet le chef de Diambour aurait sur celui de
Coutia une certaine suprématie, à telles enseignes, que si MassaCoutia avait un différend, ce serait; à Massa-Diambour qu’il devrait
en appeler. Quoiqu’il en soit, ces deux chefs vivent absolument
indépendants l’un de l’autre et on peut dire qu’il règne entre les
deux familles une sorte d’hostilité jalouse.
Nous pouvons donc dire que, dans le Kalonkadougou, il n’y a
aucune autorité réellement constituée. Chaque village est, pour
ainsi dire, indépendant, et même dans les villages, les chefs
eux-mêmes ne sont pas obéis. De plus, les captifs y tendent
chaque jour davantage à s’affranchir de la domination de leurs
maîtres.
Le nombre des villages qui appartiennent à chaque famille est
à peu près le même des deux côtés ; mais, si l’on considère la sur­
face en terrains cultivés, les N’Dao l’emportent de beaucoup et
cela grâce à ce qu’ils ont dans leur sphère plus de villages Ouolofs
et Peulhs que les Camaras. Nous donnons ci-dessous la liste des
villages qui appartiennent à chaque famille.
André Rançon. — 13.

�1° V

il l a g e s

Cam

ara

Villages Malinkés

Villages Ouolofs

Diambour (résidence du chef).
Dougousini.
Couppantou.
Kissan.
Lampori.
Kountata.
Massime.
Calden.
Goundiourou.
l i t 1.
:|pi'

..I:

:

2° V

il l a g e s

Barsafé
Villages Peulhs
Guidéré.
Tierno.
Kissandi.
Ouro-Dianga-Samba.

N ’D

ao

,

Villages Malinkés

Villages Ouolofs

Villages Peulhs

Velingara.
Daouadi.
Coutia-Coto.
Boulou.
Coutia.
Kalibiron.
Malé.

Guiriméo.
Passi.
Diabaké.
Mansa-BakariCounda.

Sarabouia.
Kissandi.
Kamidala.
Saré-Dadi.
Moussa-Botoré.

Ce n’est que depuis 1886 que le Kalonkadougou a été placé sous
notre protectorat par Monsieur le colonel Galliéni, commandant
supérieur du Soudan français. Il fut alors visité une première
fois par M. Liotard, pharmacien de deuxième classe de la Marine.
Mais, en réalité, ce n ’est que depuis 1889 que notre protectorat se
fait sentir efficacement dans ce pays. Jusqu’à cette époque le Kalon­
kadougou n’était qu’un véritable- repaire de bandits et de voleurs.
Le vol et le pillage sont, on le sait, deux penchants favoris des
Malinkés. Un dioula ne pouvait s’aventurer dans le pays sans être
au moins mis à rançon, souvent complètement dépouillé et bien
heureux lorsqu’il s’en tirait sans recevoir des coups. Les Peulhs
eux-mêmes se mettaient de la partie et allaient en expéditions
régulières enlever les bœufs des villages des pays voisins. Un
semblable état de choses ne pouvait durer. Aussi en 1889, M. le

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

195

capitaine Briquelot de l’infanterie de marine fut-il chargé de
mettre tout ce monde-là à la raison. Des exemples furent faits,
on désarma le pays. Tous les fusils furent brisés, on prit des
otages et on infligea de justes amendes aux pillards. Une action
aussi énergique ne devait pas tarder à porter ses fruits. En
effet, le calme et la sécurité sont revenus dans le pays et les
transactions commerciales peuvent s’y faire maintenant en toute
liberté pour les marchands qui s’aventurent dans ces tristes
régions.
Au point de vue administratif, politique et judiciaire, le
Kalonkadougou relevait autrefois du commandant du cercle de
Bakel, auquel devaient être soumises toutes les questions qui
pouvaient intéresser le pays et ses habitants. Mais depuis les der­
nières dispositions prises par le gouvernement, le Kalonkadougou
fait partie de la zone de terrain qui a été placée sous l’autorité du
gouverneur du Sénégal.
Conclusions. — De tout ce que nous venons de dire, nous
pouvons conclure que le Kalonkadougou n’est certes pas un pays
d’avenir, mais qu’il serait facile d’augmenter sa production dans
une notable mesure. Il suffirait pour cela d’y attirer le plus pos­
sible de Peulhs et de Ouolofs ; ce sont les grands producteurs du
pays. De plus, il nous faut rendre aux chefs leur autorité et favo­
riser autant que possible l’émancipation des captifs. Réduits à
leurs propres ressources, les Malinkés se mettront au travail et la
production en sera augmentée d’autant. Il est urgent surtout d’y
régler, d’une façon définitive, les questions de redevances et impôts
à payer aux chefs, afin que ceux-ci, n’ayant plus une trop grande
latitude, ne soient plus tentés de pressurer leurs sujets; tenir
enfin la main à ce que bonne et prompte justice y soit toujours
rendue. Il serait bon enfin que, chaque année, un fonctionnaire
quelconque, muni des pouvoirs nécessaires, visitât le pays et réglât
sur place les affaires en litige. En agissant ainsi, nous croyons que
notre protectorat sera réellement effectif et que le pays pourra se
développer plus qu’il ne l’a fait jusqu’à ce jour. Nous ne parlerons
pas ici des améliorations qu’il y aurait à apporter au mode de
culture employé ; cela nous entraînerait trop loin et nous ferait
dépasser le but que nous nous sommes proposé.

�CHAPITRE X
Départ de Coutia. — Kalibiron. — Diabaké. — Paquira. — Arrivée à Koussanar.
— Description de la route de Coutia à Koussanar. — Géologie. — Botanique. —
Cultures. — Koussanar. — Aspect du village. — Nombreuses variétés d'acacias.
— Beaux jardins de tabac. — De Koussanar à Goundiourou. — Coumbidian. —
Ahmady-Faali-Counda. — Description de la route suivie. — Goundiourou. —
Remarquable propreté du village. — Nombreuses visites. — Belles plantations
de haricots. — De Goundiourou à Sini. — Siouoro. — Massara vient à mon
avance. — Arrivée à Sini. — Cordiale réception. — Description de la route de
Goundiourou à Sini. — Géologie. — Botanique. — Départ de Sini.
Arrivée
à Nétéboulou. — Séjour à Nétéboulou. — Grands préparatifs. — Organisation
d’un convoi pour Kayes. — Pas de courrier. — Un voyage extraordinaire. —
Étrange superstition. — Le génie du foyer. — Départ de Nétéboulou. — Arrivée
à Passamassi. — Belle réception. — Belle case. — Description de la route de
Nétéboulou à Passamassi. — Belles plantations d’indigo. — De Passamassi à
Son-Counda. — Yabouteguenda. — Le traitant Niamé-Lamine. — Passage de la
Gambie. — Les caïmans. — Arrivée à Son-Counda. — Description de la route de
Passamassi à Son-Counda. — Nous sommes dans le Kantora. — Le vieux chef
du pays. — Aspect du village. — Courges. — Calebasses. — Gombos. — Je me
dispose à partir pour Damentan.

6
décembre i894. — Je passai à Coutia une excellente nuit. Le
vent de Nord-Est commence à se faire sentir un peu, et c’est à cela
que j’attribue la notable amélioration qui s’est produite dans mon
état depuis mon départ de Diambour. Je réveille tout mon monde à
quatre heures du matin et, à cinq neures, nous nous mettons en
route pour Koussanar, où j’avais décidé d’aller camper ce jour-là.
Nous marchons d’une bonne allure pour nous réchauffer, car le
vent a subitement sauté au Nord-Ouest, et il fait une brise relative­
ment froide. Je constate douze degrés à mon thermomètre, en pleine
campagne. A deux kilomètres et demi de Coutia, nous traversons,
sans nous y arrêter, le petit village de Kalibiron. Il dépend de Coutia,
et sa population, qui peut s’élever à 150 habitants environ, est
uniquement composée de Malinkés de la famille des N’Dao, il ne
présente rien de particulier. On y remarque encore les derniers
vestiges d’un sagné rudimentaire. Nous avons réveillé les habitants,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

197

quelques têtes se montrent au-dessus des tapades et nous regardent
d’un air ahuri. Deux heures après, nous sommes à Diabaké, village
üuolof de 350 habitants. Il est construit sur le modèle des villages
Toucouleurs, c’est-à-dire que les cases de chaque chef de famille
sont fort espacées les unes des autres et séparées par des lougans
de mil et de petits jardins; seules, les cases du chef de village sont
entourées d’un rudiment de sagné. Ces Ouolofs, venus du Bondou,
s’adonnent à la culture et à l’élevage. Ils possèdent les plus beaux
lougans que j’ai vus et un beau troupeau de deux cents têtes de
bétail environ. Diabaké est considéré comme le grenier de toute
cette région.
A neuf heures quarante-cinq, nous traversons sans nous y
arrêter le petit village Ouolof de Paquira, dont la population s’élève
à environ deux cents habitants. Il est construit en paille et abso­
lument ouvert. Là, nous quittons le Kalonkadougou et entrons
dans le Ouli. La chaleur devient très forte et c’est avec plaisir
qu’à onze heures cinq minutes, après avoir fait une étape de près
de 28 kilomètres, nous arrivons enfin à Koussanar, où nous allons
passer la journée.
Un peu avant d’arriver à Paquira nous avions trouvé sur la
route une captive qui, pendant la nuit, s’était enfuie de Coutia
parce que, disait-elle, son maître la frappait, elle venait me de­
mander protection. Fidèle à la ligne de conduite que je m’étais
imposée dès le début de mon voyage, je l’emmenai avec moi et
la confiai aux hommes de son village qui m’avaient accompagné
et qui devaient retourner chez eux le lendemain. Je les chargeai
de la remettre entre les mains de son propriétaire. Je n’ai pas
besoin de dire que pendant tout le trajet entre Paquira et Kous­
sanar un de mes hommes, celui qui portait le colis le plus lourd,
lui plaça sa charge sur la tête. Il n’y avait rien à dire, c’était une
captive et mon porteur était un homme libre. D’ailleurs, c’était
« manière noire » et il eût été inopportun de faire du sentiment
en cette circonstance.
De Coutia à Koussanar, la route suit une direction Sud-SudEst. Tout d’abord, jusqu’à Diabaké rien à signaler de particulier.
La nature du terrain n’a pas changé, ce sont toujours les argiles
compactes signalées précédemment. La flore a également peu
varié, ce sont toujours les mêmes essences, et les légumineuses

�198

ANDRÉ RANÇON

mimosées sont en majorité. A six kilomètres de Confia, on laisse sur
la droite la mare de Bambi, sorte de cuvette rocheuse de 150 mètres
de long sur 100 mètres de large et 1 mètre 50 de profondeur. Les
roches qui la forment sont des grès de la période secondaire.
Peu à peu en approchant de Diabaké, nous voyons apparaître
de nouveau la latérite. En quittant le village qui est encore
construit sur un plateau d’argiles, la route suit une vallée de
huit cents mètres de largeur dont le terrain est uniquement formé
de latérite. De chaque côté ce ne sont que des argiles. Aussi les
indigènes ont-ils mis à profit pour leur culture cet excellent ter­
rain. De Diabaké à Koussanar, c’est une suite de beaux lougans
de mil interrompus seulement entre Diabaké et Paquira par une
forêt de beaux bambous de quatre kilomètres environ de longueur.
A deux kilomètres de Paquira, la route quitte la vallée pour con­
duire au village qui est situé sur une petite colline à gauche; mais
elle la suit de nouveau à un kilomètre de Paquira et cela jusqu’à
Koussanar.
La flore, depuis Diabaké, s’est sensiblement modifiée, et nous
commençons à retrouver les essences que nous signalions dans
le Sud, dans le Ouli et le Sandougou. A noter quelques beaux
nétés et caïl-cédrats. Les lianes apparaissent de nouveau; mais
elles sont encore bien maigres. La brousse change également
d’aspect à mesure que nous avançons dans le Sud. Les cypéracées
deviennent de plus en plus rares elles graminées commencent à
prendre un plus grand développement.
Koussanar, où nous faisons étape ce jour-là, est un village
Malinké de 250 habitants environ. C’est le village Malinké dans
tout ce qu’il y a de sale, puant et repoussant. Il est situé sur le
sommet d’une petite éminence qui domine la fertile vallée dont
nous avons parlé plus haut, et au pied de laquelle passe la branche
la plus septentrionale du Sandougou. Il est entouré d’un tata de
faible épaisseur dont la hauteur est d’environ trois mètres et qui
ne tombe pas trop en ruines. Par contre, les cases du village ne
sont absolument que des amas de décombres. On ne saurait se
faire une idée d’une pareille décrépitude. Je fus bien reçu à Kous­
sanar et on me logea dans une case à peu près convenable, la seule
du village qui fût présentable. Elle était située sur la place prin­
cipale, à l’ombre de deux magnifiques fromagers.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

199

Le chef est un homme relativement jeune, mais absolument
abruti par l’abus des liqueurs fermentées. Pendant les quelques
heures que j’ai été son hôte, je n’ai pu en tirer aucun rensei­
gnement utile.
La famille des Légumineuses-Mimosées est abondamment repré­
sentée dans les environs de Koussanar et on y trouve une grande
variété d’Acacias. Outre les Acacias à gomme, dont nous avons
parlé plus haut, on y trouve encore le gonakié (Acacia Adansonii G.
et P. ou astringens Cunning), dont le bois est très dur, très fin, et
se conserve longtemps. Il est difficile à travailler à sec. A Rayes,
c’est de ce bois dont on se sert pour fabriquer les membrures des
chalands de la flottille du Haut-Sénégal. On a tenté également de
l’utiliser pour fabriquer des traverses de chemin de fer; mais il est
attaqué par les termites aussi bien que les autres essences. De plus,
certains insectes l’affectionnent particulièrement et le rongent
rapidement. Aussi ne l’emploie-t-on que fort peu dans les construc­
tions. Par contre, il possède la propriété de durcir dans l’eau et de
ne s'y corrompre que lentement. On pourrait alors s’en servir avec
avantage pour la construction des pilotis. 11 donne une gomme
rouge, dite gomme de gonakié, qui est peu estimée dans le commerce.
Le Khadd (Acacia albicans Kunth) y est très commun. Son bois
est très dur, à grains fins et serrés. Il donne une gomme de couleur
foncée de mauvaise qualité et qu’on ne récolte môme pas. Les indi­
gènes se servent de ses tiges pour fabriquer des manches de pioches
et de haches, qui ont le grand défaut de se briser trop facilement.
Citons encore le Souroure (Acacia species), relativement peu
commun et qui sert surtout au Sénégal pour la menuiserie fine.
Son bois est d’une belle couleur jaunâtre; il est moins dur que le
gonakié et se laisse plus facilement travailler.
Autour du village de Koussanar et sur les rives du Sandougou
se trouvent de belles plantations de tabac. Les indigènes y apportent
un soin tout particulier.
La variété de tabac qui est cultivée au Soudan est la Nicotiane
rustique ou tabac à feuilles rondes (Nicotiana rustica L.). Il diffère
sensiblement du Mcotiana Tabacum L. C’est une plante glutineuse
et velue, dont les feuilles sont ovales-obtuses, pétiolées. Les fleurs
sont en cymes paniculées denses. La corolle, d’un vert jaunâtre, est
à tube court et velu. Son fruit est une capsule arrondie. De toutes

��DANS LA HAUTE-GAMBIE

201

les solanées, c’est la plus commune au Soudan et celle qui est
cultivée avec le plus de soin. Elle croît surtout à merveille dans les
terrains riches en humus et aime un climat chaud et humide. On
conçoit dès lors qu’elle prospère d’une façon remarquable dans
toute la Haute-Gambie.
Le terrain dans lequel elle est cultivée est préparé avec un soin
méticuleux et on n’y voit jamais le moindre brin d’herbe. De plus,
chose rare au Soudan, j’ai vu, dans certains villages, fumer avec la
bouse de vache et le crottin des chevaux la terre destinée à la
recevoir. Les semis sont généralement faits à la fin de juin ou au
commencement de juillet. Quand la plante a atteint environ douze
à quinze centimètres de hauteur, les pieds sont repiqués dans les
jardins préparés ad hoc. Ils sont placés à environ trente ou qua­
rante centimètres les uns des autres dans le plus grand ordre. Ils
sont sarclés tous les deux jours et arrosés matin et soir avec soin.
La récolte des feuilles a lieu dans le courant de janvier et celle des
graines vers la fin de février. Sur les bords des fleuves, le tabac est
cultivé toute l’année. Les eaux, en se retirant, laissent une couche
relativement épaisse de limon, qui conserve son humidité pendant
longtemps et qui permet au tabac de se bien développer. Cette
plante prospère à merveille dans tout le Soudan et ses feuilles y
atteignent de remarquables dimensions. 'Le rendement qu’elle
donne est considérable. Il est à peu près de 2,500 kilogrammes à
l’hectare. Il se vend sur les marchés couramment 12 fr. 50 le kilog.
Jusqu’à ce jour, il n ’a été fait que des essais de culture abso­
lument insuffisants. Rien de systématique et de méthodique n’a été
tenté, et pourtant tout permet de croire que des efforts sérieux
seraient couronnés de succès et qu’il serait facile d’acclimater dans
ces régions les tabacs de qualités supérieures.
Les indigènes prisent et fument le tabac. Mais, avant de s’en
servir, ils lui font subir toute une préparation qui diffère dans les
deux cas.
1° Tabac à priser. — On procède de la même façon, que l’on ait
affaire au tabac de commerce ou au tabac indigène. Les feuilles,
réduites en petits morceaux, sont mises à sécher au soleil ou devant
le feu. Il est préférable qu’elles soient séchées au soleil. Elles sont
ensuite pilées dans un mortier ad hoc avec un pilon spécial et
réduites en poudre absolument impalpable. Mortier et pilon sont

�202

ANDRÉ RANÇON

de petites dimensions. Ce sont surtout les femmes qui sont chargées
de ce soin, ou bien des vieillards qui ont acquis dans cet art une
véritable habileté. La poudre ainsi obtenue est de nouveau étendue
sur un linge et mise de nouveau à sécher au soleil. Puis (voilà
l’opération délicate) on prend des tiges de petit mil que l’on fait
brûler. La cendre obtenue est mise à bouillir dans une petite
marmite avec de l’eau. On fait chauffer jusqu’à ce que l’eau, étant
absolument évaporée, la cendre soit entièrement desséchée et adhé­
rente aux parois de la marmite. On racle alors cette cendre, on la
réduit en poudre très fine et on la mélange au tabac environ dans
la proportion du cinquième. Puis, on ajoute à tout cela un peu de
beurre ou de graisse de mouton. On mélange bien, on fait sécher,
on triture de nouveau et voilà le produit que le noir s’introduit
avec tant de délices et en si grande quantité dans le nez. D’après ce
qu’ils disent, la cendre de mil aurait pour but de donner plus de
montant au tabac. Le beurre lui donnerait un arôme tout spécial
et très recherché des amateurs, et aurait surtout pour résultat
d’enlever au tabac ainsi préparé toute son âcreté. Quoi qu’il en
soit, nous avons maintes fois essayé d’en priser et nous lui avons
toujours trouvé une force que n’ont pas nos tabacs européens.
2° Tabac à fumer. — On ne lui fait guère subir de préparation
spéciale. Les feuilles sont simplement séchées au soleil, écrasées
dans la main et fumées ainsi dans la pipe.
Au Soudan, l’homme est surtout priseur et c’est la femme qui
fume le plus. Pour priser, il s’introduit le tabac dans les narines
avec les doigts ou bien se sert d’une sorte de petite spatule en fer
ou en laiton à l’aide de laquelle il puise dans sa tabatière.
A son extrémité étroite est percé un trou dans lequel passe
une petite lanière en cuir qui lui sert à la suspendre à son
cou. L’extrémité large couverte de tabac est appliquée contre
les narines alternativement et on n ’a qu’à humer la poudre.
Dans certaines régions et chez les Malinkés particulièrement,
on ne se contente pas de priser le tabac en poudre, on le
chique pour ainsi dire. Pour cela on en place une volumineuse
pincée sur la langue soit à la main, soit à l’aide du petit
instrument dont nous venons de parler. Les femmes l’intro­
duisent avec une merveilleuse dextérité entre la lèvre et l’arcade
dentaire inférieure.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

203

Pour fumer, la femme se sert d’une pipe généralement en
caïl-cédrat, dont le tuyau est en bambou. Cette pipe est des
plus rudimentaires. Il est rare qu’une femme fume sans offrir
de temps en temps sa pipe à ses voisines. Les hommes font
également de même.
Nous avons souvent essayé de fumer de ce tabac et nous avons
toujours été forcé d’y renoncer. Son âcreté est telle qu’après deux
ou trois bouffées au plus nous éprouvions à la langue et aux gen­
cives une douleur si vive que nous étions forcé de cesser. Toutefois
nous avons constaté que le tabac français fumé dans ces pipes
avait un arôme tout particulier et très délicat.
Les peuples de race Mandingue fument et prisent beaucoup plus
que les peuples de race Peulhe. Ils préfèrent de beaucoup notre
tabac au leur et le cadeau le plus apprécié que l’on puisse faire à
un chef est de lui offrir un litre de tabac à priser et quelques têtes
de tabac en feuilles. On nomme ainsi au Sénégal et au Soudan ces
petits paquets de cinq ou six feuilles de tabac liées ensemble par
le pétiole et dont on fait un commerce relativement important. De
même aussi ils ont une préférence bien marquée pour les pipes en
terre de Marseille ou de Valenciennes que nous leur vendons.
7
Décembre. — La nuit que nous avons passée à Koussanar a
été excessivement froide. Au réveil, à quatre heures du matin, je
constate douze degrés centigrades au thermomètre placé dans
l’intérieur de ma case et dix seulement au dehors; à quatre heures
et demie du matin nous nous mettons en route par une nuit pro­
fonde et une bise très fraîche. La rosée est très abondante et très
froide. Aussi, marchons-nous tous vivement pour nous réchauffer.
A cinq heures quinze minutes, au moment où le jour commence à
poindre, nous traversons, sans nous y arrêter, le village de Coumbidian. C’est un village Malinké dont la population peut s’élever à
environ deux cents habitants. Les habitants, que nous avons
réveillés, nous saluent au passage. Coumbidian est entouré d’un
sagné assez bien entretenu, mais qui présente un moyen de défense
absolument insuffisant. —A douze kilomètres environ de ce village,
dans le sud-sud-est, se trouve la branche méridionale du Sandougou. A cette époque de l’année il est presque entièrement à sec
au point du moins où nous l’avons traversé. Le passage se fait sans
aucune difficulté et sans accidents. Nous avons à peine de l’eau

�204

ANDRÉ RANÇON

jusqu’aux genoux. Ses deux rives sont couvertes de beaux lougans
de mil et d’arachides au milieu desquels s’élève, à 1500 mètres
environ du marigot, le petit village d’Alimady-Facili-Counda. Une
seule famille, composée d’environ vingt-cinq personnes, l’habite.
C’est un village de culture construit en paille, entouré d’un petit
sagné bien fait et habité par des Ouolofs. Ils dépendent de Goundiourou et vivent là tranquillement en cultivant leurs immenses
lougans.
Goundiourou n’est éloigné d’Ahmady-Faali-Counda que de deux
kilomètres environ, nous y arrivons à neuf heures cinq minutes.
Il fait une chaleur torride qui contraste étrangement avec la fraî­
cheur de la nuit. J’avais décidé que nous ferions étape dans ce
village, et, de Koussanar, j’avais envoyé au chef un courrier pour
lui annoncer ma visite. Aussi y fus-je très bien reçu.
La route de Koussanar à Goundiourou suit à peu près une
direction sud-sud-est et la distance qui sépare ces deux villages est
d’environ 20 kilom. 500. En quittant Koussanar, on traverse
d’abord une bande de latérite qui n’est qu’un diverticulum de la
fertile vallée qui s’étend de Diabaké à ce dernier village. La nature
du terrain change alors et nous ne trouvons plus que des argiles
compactes. Là, au lieu de recouvrir du terrain ardoisier, elles
recouvrent du terrain ferrugineux que nous voyons émerger en
maints endroits et dont nous rencontrons fréquemment les roches.
A quelques kilomètres avant d’arriver à Goundiourou, nous voyons
de nouveau apparaître la latérite, en même temps qu’à l’horizon
apparaissent dans le sud les collines du Ouli.
La flore a peu changé, notons toutefois l’absence complète de
lianes et l’apparition de quelques beaux ficus.
Goundiourou est un village dont la population peut s’élever à
environ trois cents habitants. Ce sont des Ouolofs venus du Niani,
gens paisibles qui ne demandent qu’à vivre en paix avec leurs
voisins et qu’on les laisse cultiver tranquillement leurs lougans et
élever leurs bestiaux. C’est un des villages les plus riches du Ouli.
A l’encontre des autres villages Ouolofs, il est bien construit, ses
cases en paille bien alignées et bien entretenues lui donnent un
aspect des plus réjouissants et des plus gais. Enfin, il est d’une
remarquable propreté, et on n ’y voit pas sur la place principale
les tas d’ordures que l’on rencontre dans les autres villages et

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

205

principalement chez les Malinkés. Son chef est âgé d’environ qua­
rante-cinq à cinquante ans. Intelligent, il jouit d’une grande
autorité et sait se faire obéir, ce qui est rare dans ces régions.
Aussi son village est-il des plus prospères.
Je passai à Goundiourou une excellente journée et la plus cor­
diale hospitalité m’y fut donnée ainsi qu’à mes hommes. Dans la
soirée, je reçus la visite des chefs des environs. Tous venaient
m’offrir quelque petit présent; celui-ci du beurre et du lait, celuilà des kolas, cet autre un ou deux poulets. Je n’ai pas besoin de
dire que je ne me contentai pas de les remercier et que, de mon
côté, je leur rendis avec usure les cadeaux qu’ils me firent. C’est là,
du resle, une coutume générale et, au Soudan, plus que partout
ailleurs « les petits cadeaux entretiennent l’amitié ».
Les Ouolofs de Goundiourou cultivent en grande quantité une
sorte de haricots nains qui est très commune au Soudan et que
l’on trouve en grande abondance sur tous les marchés. Les Ouolofs
lui donnent le nom de Niébé et les Malinkés et Bambaras l’appellent
Soo ou Soso. Cette plante alimentaire demande un terrain légère­
ment humide, relativement riche en humus et situé surtout à
l’abri des rayons du soleil. Aussi les semis en sont-ils généralement
faits dans les lougans de mil et de maïs. On y procède, en général,
dans les premiers jours d’août quand ces deux céréales ont atteint
déjà une certaine hauteur. On pratique simplement, à l’aide d’un
petit morceau de bois, un trou d’environ 4 à 6 centimètres de pro­
fondeur dans lequel on place une ou deux graines au plus que l’on
recouvre d’un peu de terre. La plante germe rapidement, et la
récolte se fait vers le commencement de décembre au plus tard. Il
en est de deux espèces différentes qui elles-mêmes se divisent en un
grand nombre de variétés. L’une a absolument l’aspect de nos
haricots nains et l’autre affecte le port de nos haricots grimpants.
Ses rameaux rampent sur le sol et s’étendent souvent au loin. Il
convient de ne pas confondre ces sortes de haricots avec celles que
l’on désigne sous le nom de Fanto et dont nous nous occuperons
plus loin quand nous parlerons des régions où elle croît de pré­
férence. Ces deux espèces donnent des fruits qui diffèrent surtout
par la forme et la couleur. Il en est de ronds, d’ovoïdes, de discoïdes,
de roses, de blancs, de jaunes, de gris et de mouchetés. Ces deux
dernières variétés sont les meilleures, les plus recherchées et celles

�206

ANDRÉ RANÇON

qui se conservent le mieux. Les autres sont presque toujours atta­
quées par les insectes. La récolte faite, les gousses sont mises à
sécher, au soleil, sur le toit des cases, et les graines bien nettoyées
sont conservées dans des paniers ad hoc ou dans des récipients en
terre où elles sont à l’abri de l’humidité.
Les indigènes mangent les haricots bouillis. Au Sénégal, on les
mélange au couscouss et avec différentes sortes de viandes on en
fait un plat connu sous le nom de Baci-niébé et qui est apprécié
même par les Européens. Ce légume d’un goût très parfumé pour­
rait remplacer avantageusement le fayol que l’on fait venir de
France pour la ration des troupes. Sa valeur commerciale est
environ de douze francs les cent kilogs. Nous estimons qu’il serait
profitable d’en favoriser la propagation et d’en augmenter la culture.
8
décembre. — La température a été moins froide que pendant
les deux nuits précédentes. Il a soufflé du vent de Nord-Ouest ; aussi,
au réveil, y a-t-il une rosée très abondante. Nous quittons Goundiourou à 4 h .30,et à 6 heures.au moment où le soleil se lève,nous
traversons le petit village de Siouoro. Il est habité par des Malinkés
et sa population est d’environ 150 individus. Il ne présente rien de
particulier et a le même cachet que les autres villages Malinkés que
nous avons déjà visités. Tout le monde dort encore quand nous y
passons. Seules, quelques femmes commencent à piler le couscouss.
A peine en étions-nous sortis que le fils du chef vint me saluer sur
la route delà part de son père. Je le remercie de son attention et
continue ma route après lui avoir serré la main. Quelques kilo­
mètres avant d’arriver à Sini, je rencontre Massara, le fils de MassaOuli,que son père envoie à mon avance avec quelques cavaliers. Ils
se joignent à ma caravane et, à 8 h. 40, nous faisons notre entrée à
Sini où nous sommes attendus.
La route de Goundiourouà Sini ne présente guère de particulier
à signaler que les nombreux lougans appartenant aux différents
villages dont nous venons de parler. Au point de vue géologique, la
nature des terrains que nous avons signalés entre Koussanar et
Goundiourou s’affirme de plus en plus. La latérite alterne avec les
argiles compactes recouvrant un sous-sol de roches ferrugineuses.
Mais c’est la latérite qui domine. Il est curieux de voir comme les
noirs ont eu l’instinct de deviner que la latérite était plus fertile que
les autres terres. Partout où on le trouve, on est certain d’y voir un

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

207

lougan et ce n’est que dans les pays absolument déshérités que l’on
cultive les argiles alluvionnaires. Le sol s’alïaisse beaucoup à
mesure que nous avançons vers Sini, mais il se relève en approchant
de ce village et Sini est construit lui-même sur une éminence formée
de terrains ferrugineux que recouvre une couche de latérite. A
l’ouest et au sud l’horizon est absolument borné par les collines
boisées du Ouli.
La flore s’est sensiblement modifiée. Il est vrai que sur les
plateaux argileux nous retrouvons les essences chétives et malingres
que nous signalions précédemment, mais, dans les dépressions de
terrain et sur le flanc des collines où nous avons une terre plus
riche en humus et plus féconde, nous voyons réapparaître les grands
végétaux du sud; légumineuses énormes, Caïl-Cédrats, ficus,
n’tabas, etc., etc.
Je n’ai pas besoin de dire que je fus reçu à bras ouverts. A
peine étais-je installé dans ma case que le vieux Massa vint immé­
diatement me saluer. Nous causons longuement comme de vieux
amis. Entre autres choses, Massara, son fils, m’apprend qu’il y a
trois jours un courrier est passé pour moi à Sini avec un pli venant
du commandant deBakel et qu’il est arrivé à Nétéboulou un convoi
de dix caisses. Renseignements pris, ces dix caisses sont au com­
mandant de Bakel qui doit venir prochainement visiter la région.
Quant au courrier qui m’intéresse au plus haut point, il court après
moi sur la route de Mac-Carthy. Enfin, tout s’éclaircira demain à
Nétéboulou.
9
décembre. — Je n’ai pas eu la peine ce matin de réveiller mon
monde. Bien avant l’heure du départ, tous les préparatifs étaient
faits. Chacun était heureux de revoir Nétéboulou. Sandia allait se
retrouver au sein de sa famille. Mes hommes allaient pouvoir se
reposer pendant quelques jours. Pour moi, je n’étais pas fâché
de m’arrêter pendant quelques jours pour pouvoir mettre un peu
d’ordre dans mes notes et réorganiser ma caravane. Aussi étionsnous tout joyeux quand nous nous mîmes en route,après avoir serré
la main à tous nos amis et particulièrement au vieux Massa qui,
malgré l’heure matinale, n ’a pas voulu me laisser partir sans me
souhaiter bon voyage et bonne réussite. La route se fait rapidement
sans encombre. Nous revoyons les endroits que nous avions
visités quarante-cinq jours auparavant. Mais qu’ils s’offrent à nos

�208

ANDRÉ RANÇON

yeux sous un aspect bien différent ! Plus de ces beaux longans de
mil et de maïs ; les récoltes sont presque terminées partout. Le
vent brûlant de Nord-Est a commencé à faire sentir sa desséchante
influence. Les arbres commencent à perdre leurs feuilles et la
brousse a perdu sa belle couleur verdoyante. Toute la campagne
prend cet aspect monotone et désolé qui attriste l'œil du voyageur
et lui rappelle la sécheresse et l’aridité des grandes solitudes
Soudaniennes et des steppes Sénégalaises.
A huit heures nous entrons enfin à Nétéboulou. Notre arrivée
fait sensation et tout le village est là pour nous recevoir et nous
souhaiter la bienvenue. Ces braves gens sont tout heureux de me
revoir, et ma foi, je ne suis pas fâché de retrouver ma bonne case
de l’hivernage où j’ai passé pourtant de bien durs moments. On lui
a fait la toilette pendant mon absence et je lui trouve un véritable
air de fête. A mon grand désappointement, je n ’y trouve pas le
courrier que j’espérais qu’on m’y aurait expédié. Le receveur de
la poste de Bakel a dû mal interpréter et tout expédier à Kayes.
Il y a deux mois que je n ’ai eu de nouvelles des miens. Quand en
aurai-je maintenant ? Pas avant Kayes assurément.
Tout est prêt quand nous arrivons et mes hommes peuvent
manger aussitôt. On voit qu’il y a là un chef qui sait se faire obéir.
Sandia est tout heureux de revoir les siens et son village, et,
malgré cela, l’impassibilité de ces gens-là est si grande qu’il ne
laisse rien paraître de son contentement en retrouvant son fils,
son frère et ses femmes.
J’ai profité des quelques jours que je passai à Nétéboulou
pour mettre mes notes à jour et pour faire un volumineux courrier
dé France que j’expédiai à Kayes en même temps qu’un convoi
de porteurs. Je fus obligé de le former pour me débarrasser de
toutes les caisses de collection que je ne pouvais emporter pendant
le voyage que j’allais entreprendre au Kantora, à Damentan et au
pays des Coniaguiés. J ’en confiai la direction au palefrenier Sory
qui, depuis la mort de ma mule, m’était devenu inutile. Je le
chargeai en plus de veiller sur le jeune Oumar, le frère de mon
iuterprète, que celui-ci me demanda l’autorisation de renvoyer à
Takoutala (Kaméra), craignant pour lui les fatigues de nos futures
excursions. Comme ce village se trouvait sur la route de Nété­
boulou à Kayes, j’accédai volontiers à son désir. J ’ai su, à mon

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

209

arrivée à Baboulabé. trois mois plus tard, que ce voyage de plus
de cinq cents kilomètres s’était accompli dans les meilleures con­
ditions, et je retrouvai à Kayes tous mes colis dans le plus parfait
état. Aussi ne manquai-je pas de donner à Sory une belle grati­
fication.
Il n’y avait pas 24 heures que j’étais à Nétéboulou, qu’arriva le
courrier dont on m’avait parlé à Sini. Il avait appris à Oualia que
j’étais dans le Kalonltadougou et y avait suivi ma trace sans pouvoir
me rejoindre. D’après le calcul que je fis, il avait marché sans
repos pendant cinq jours à raison de soixante kilomètres par jour.
C’était, du reste, un des meilleurs courriers de Sandia. Il me remit
le pli dont il était porteur. C’était une lettre écrite eu arabe et dans
laquelle Monsieur le commandant de Bakel lui annonçait son
arrivée prochaine dans le Ouli, et lui recommandait les caisses
qu’il lui avait expédiées par une caravane opérant son retour en
Gambie. Me croyant parti de Nétéboulou, le capitaine Roux priait
Sandia de lui donner de mes nouvelles. J ’aurais été bien heureux
de me rencontrer avec lui; mais je fus forcé de renoncer à ce
plaisir. L’époque de son voyage était trop lointaine et je ne pouvais
l’attendre pendant plusieurs semaines.
Il est curieux de voir combien les peuples primitifs, à quelque
race qu’ils appartiennent et de quelque religion qu’ils soient,
s’adonnent aux pratiques les plus superstitieuses et les plus
bizarres. Je fus un soir témoin du fait suivant qui me frappa et
que je tiens à relater ici. Je vis une femme de la case où j’habitais
prendre, à la nuit tombante, un poulet blanc avec les deux mains,
une main, la gauche, lui tenant la tête. Elle s’approcha de la porte
d’entrée de son gourbi et frotta la tête du poulet sur le seuil, puis
éleva l’animal en l’air. Par trois fois, elle recommença cette
manœuvre. Intrigué, j’en demandai l’explication à Almoudo et
voici ce qu’il m’apprit. Cela porte bonheur d’avoir dans sa case un
animal blanc, poulet, bœuf ou mouton. Si c’est un poulet, on
opère comme je viens de dire en formulant des désirs et des vœux.
Si c’est un mouton ou un bœuf, on le place au milieu de la cour de
l’habitation. Le chef de case convoque pour la circonstance ses
amis. Tous se placent devant l’animal, accroupis et appuyant le
coude sur le genou droit et tenant la main tendue vers l’animal.
Alors, le chef de case formule ses vœux et désirs en demandant à
André Rançon. — 14.

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f-j1 i :J
4 v F :F

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i:

l’animal de les exaucer et de les combler. Ainsi consacré, il est
sacro-saint et on n’y touche pas. On a pour lui les plus grands
égards et il est choyé par toute la maison. C’est le génie du
foyer. C’est le fétiche qui écartera tous les malheurs de la famille
qui le possède et fera réussir toutes ses entreprises. Ces pra­
tiques sont en usage chez les musulmans aussi bien que chez
les peuples qui ne le sont pas. Nous autres, gens civilisés,
nous en avons d’aussi bizarres et d’aussi étranges. Nous ne le
cédons en rien aux Malinkés et aux Toucouleurs en matière
de superstition.
Ma plus grande préoccupation, pendant ces quelques jours
de repos que je pris à Nétéboulou, fut de recueillir le plus
possible de renseignements exacts sur les pays que j’allais
visiter, et, à ce propos, je crois devoir mentionner ici tous ces
détails et apprendre au lecteur comment je fus amené à
m’aventurer dans ces contrées lointaines, qu’aucun Européen
n’avait visitées avant moi.
J ’étais à Nétéboulou depuis plusieurs semaines déjà, lors­
qu’un jour, en causant avec Sandia, j’appris que de l’autre
côté de la Gambie, dans le sud du pays de Damentan, existait
un peuple aux mœurs différentes de celles des autres peuples
du Soudan. Jamais Européen n ’y était allé et quelques rares
dioulas avaient osé seuls s’aventurer dans ce pays. Il habitait,
disait-il, une contrée très fertile et se livrait à l’élevage des
bestiaux sur une grande échelle. À entendre parler ce brave
homme de chef, c’était un vrai pays de cocagne. Les habitants
passaient pour être très inhospitaliers et vivaient en hostilité
ouverte avec tous leurs voisins, dont les plus rapprochés étaient
encore à trois ou quatre jours de marche. Mais s’ils recevaient
mal ceux qui pénétraient sur leur territoire, par contre, ils s’aven­
turaient volontiers jusqu’à Yabouteguenda sur la Gambie, où ils
venaient échanger des peaux contre du sel et surtout contre
des liqueurs alcooliques dont ils sont très friands et que leur
vend un traitant noir opérant, en cette escale, pour le compte
d’une maison anglaise de Bathurst. Ahmadou Mody, le frère de
Sandia, avait comme captif un habitant de ce pays qui lui
avait été vendu par un dioula venant du Fouta-Djallon. Mais ce
qui, par-dessus tout, scandalisait profondément mon hôte, c’était

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

211

que ces hommes fussent toujours presque complètement nus et
vécussent absolument comme clés animaux sauvages. On les
désignait dans le pays sous le nom de Coniaguiés et Bassarés.
Ils formaient deux tribus qui avaient absolument les mêmes
mœurs et les mêmes coutumes. Le pays qu’ils habitaient portait
le nom de pays des Coniaguiés et pays des Bassarés. On le désignait
encore sous le simple nom de Coniaguié et de Bassaré. Il était,
d’après Sandia, situé à deux ou trois jours de marche au plus
dans le Sud-Est de Damentan et il ajoutait qu’il était prêt à
m’y accompagner.
On comprendra aisément qu’il n’en fallait pas plus pour piquer
ma curiosité. Aussi, dès ce moment, me décidai-je à entrer en
relation avec ceux de ces gens qui viendraient commercer à
Yabouteguenda, et, en principe, mon voyage, dès lors, fut
résolu. Outre l’intérêt tout nouveau qu’une semblable exploration
pouvait avoir, un autre motif me détermina complètement. Cela
me permettait de visiter Damentan, gros village musulman où
jamais Européen n’avait mis le pied, d’entrer en relations avec
ses habitants qui m’en avaient fait témoigner le désir et surtout
d’explorer toute la rive gauche de la Gambie, depuis Yaboute­
guenda jusqu’à Damentan, voyage qui n’avait pas encore été
fait jusqu’à ce jour. Ma résolution prise, je me mis de suite
au travail et préparai mon voyage de façon à n’avoir aucun
déboire ni désappointement quand le moment serait venu de
mettre mon projet à exécution.
Tout d’abord je consultai toutes les cartes de la région que
j’avais à ma disposition, et, dans aucune (et pourtant c’étaient
les plus récentes), je ne trouvai mentionnés ces pays. Rien,’
absolument rien, au sud de Damentan sur la carte Fortin entre
Pajady, Toumbin, la Gambie et le Fouta-Djallon. Cependant je me
souvenais bien avoir vu sur une carte plus ancienne mentionné
le pays de N’Ghabou et je savais que le Coniaguié et le Bassaré
eu étaient autrefois des provinces. C’était là à n’en pas douter
que je devais trouver ces curieuses peuplades. Et ce qui me
confirmait encore dans mon opinion, c’était ce fait que souvent
les Almamys du Bondou étaient allés dans cette région faire
la guerre aux Infidèles. Tout cela ne me permettait pas de douter
de la véracité du récit et des renseignements de Sandia.

�212

ANDRÉ RANÇON

Je me fis amener le captif dont il m’avait parlé, et je pus
constater qu’il différait absolument au physique des autres races
soudaniennes. Je l’interrogeai souvent et longuement et jamais
il n’hésita à me tracer la route que je devais suivre pour me
rendre dans son pays. De plus, le frère du traitant de Yabouteguenda, qui était venu me voir un jour, me donna des rensei­
gnements tels que je ne pouvais douter un seul instant du succès
de mon entreprise. Il me déclara, en outre, que des hommes venus
tout dernièrement à son escale lui avaient dit que je serais très
bien reçu chez eux. A Mac-Carthv enfin, j’appris que la plus grande
partie du beurre de Karité qui y était achetée venait du Goniaguié
et du Bassaré. Je n’avais plus à hésiter et cette dernière nouvelle
me décida complètement. Pendant mon séjour à Mac-Carthy et sur
les indications de Sandia, je me munis de tout ce qu’il me fallait
pour faire ce voyage et pour bien me faire venir des habitants des
pays tout nouveaux que j’allais visiter. Ma pacotille se composa
relativement de bien peu de chose ; mais je savais que tout ce que
j’emportais était fort apprécié de ceux que j’allais rencontrer.
C’était surtout du sel en grande quantité, du gin, quelques pièces
d’étoffes rouge écarlate, des Kolas, de la verroterie, etc., etc. Tout
cela me fut vendu par la Compagnie française aux conditions les
plus avantageuses. Le tout fut expédié à Nétéboulou par un convoi de
porteurs que j’organisai à cet effet et dont je donnai la direction à un
courrier que mon excellent ami, le capitaine Roux, m’avait expédié
de Bakel. En y revenant, je retrouvai mes caisses en parfait état.
Dès mon retour à Nétéboulou, je ne m’occupai absolument,pen­
dant les quelques jours que j’y restai, que d’organiser ma caravane.
Outre mon personnel que l’on connaît déjà, j’avais un convoi de
vingt-deux porteurs, et, de plus, Sandia m’accompagnait avec une
dizaine de ses hommes les plus dévoués. Fidèle à la ligne de
conduite que je m’étais imposée dès le départ de Kayes, ni mes
hommes ni moi n’emportions d’armes. Les hommes de Sandia
seuls étaient munis de quelques mauvais fusils de traite, qui, le
cas échéant, ne pouvaient nous être d’aucune utilité. On verra
dans la suite de ce récit que je dus en grande partie à ces dispo­
sitions toutes pacifiques le succès de mon voyage. Pour tous ces
travaux, Sandia- et mon interprète Almoudo Samba N’Diaye me

furent d’un grand secours.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

213

15 décembre 1891. — Le 15 décembre, tous nos préparatifs furent
terminés, et nous pûmes nous mettre en route. Donc, à 5 heures
45 du matin, nous quittâmes Nétéboulou après avoir pris congé
du village entier et fait nos adieux et quelques cadeaux à tout ce
brave petit monde que je ne devais plus revoir. Le trajet se fit
rapidement et nous arrivâmes sans encombre, à 10 h. 15, à Passamassi, où nous allions faire étape, et qui n ’est situé qu’à quelques
centaines de mètres de Yabouteguenda, sur la Gambie, où nous
devions traverser ce fleuve.
De Nétéboulou à Passamassi la rpute suit une direction Sud et la
distance qui sépare ces deux villages est de 22 km. 500 environ.
La nature du terrain varie peu. Pendant quinze kilomètres à peu
près, la route traverse la plaine marécageuse de Genoto dont le sol
est uniquement formé d’argiles compactes. Jamais je n’ai trouvé
solitude plus désespérante : le marais et toujours le marais, aujour­
d’hui desséché, mais rempli d’eau pendant l’hivernage. Gà et là
quelques rares arbres aux formes contournées, bizarres et fantas­
tiques. A l’horizon, au loin, apparaissent les rives boisées de la
Gambie et, plus loin, les collines du Kantora sur la rive gauche du
fleuve. Après avoir franchi ces quinze kilomètres on gravit par une
pente rapide le flanc d’un plateau ferrugineux de 3 kilomètres
environ de longueur. Le versant Sud se termine par une pente
douce qui nous conduit de nouveau dans une vaste plaine maréca­
geuse semée de traces d’hippopotames et où l’on n’avance qu’avec
mille précautions. Cette plaine s’étend jusqu’à la Gambie. Enfin,
après avoir traversé l’extrême pointe Sud de la colline qui le limite
à l’Ouest, nous entrons dans les lougans du village dont le sol n’est
formé que de latérite pure.
La flore est excessivement pauvre. Partout des joncées et des
cypéracées énormes au milieu desquelles hommes et chevaux
disparaissent complètement.
Passamassi est un village de Malinkés musulmans qui ne présente
rien de bien particulier. Sa population est d’environ deux cents
habitants. A huit cents mètres environ du village, le chef et les
principaux notables sont venus à mon avance. Nous échangeons
les poignées de mains les plus cordiales, et je suis reçu à merveille.
Je suis logé comme un véritable prince... nègre, dans une belle
case dont je crois devoir donner une description détaillée en souve-

�214

ANDRÉ RANÇON

nir de la bonne journée que j’y ai passée.Elle est ronde,très grande.
Son diamètre mesure 6 m. 40, ce qui est énorme pour une case de
noir. Le sol en est bien uni, bien battu, et la toiture ne laisse
filtrer aucun rayon de soleil à travers la paille dont elle est formée.
Deux portes se font vis-à-vis. Ce qui permet une bonne aération.
On accède à la porte principale par une large marche, haute d’en­
viron trente centimètres, véritable perron où, pendant la journée,
se tinrent mes hommes. Une seconde marche intérieure plus petite,
demi-circulaire, permet d’entrer dans la case elle-même. Au
centre, se trouve le trou traditionnel pour faire le feu et, devant
chaque porte, un trou dans lequel vient se fixer le bâton qui la
tient fermée ; car, dans toutes les cases noires, les portes se
ferment de dedans en dehors. En dehors, une sorte de loquet la
tient close. A droite de la porte principale et occupant le demicercle de la case, se trouve le lit. Il mérite que nous nous y arrê­
tions. Il est maçonné et ressemble à ces lits des anciens Grecs et
des premiers Romains, qu’on voit encore représentés sur de
vieilles gravures. Qu’on se figure un édifice carré d’une hauteur
d’environ un mètre. Sur la face qui regarde l’intérieur de la case,
une baie d’un mètre de largeur donne accès par une marche
au lit proprement dit. La longueur de cette construction a
environ 2 mètres 25, et sa largeur 1 mètre 50. Les bases de
l’édifice sont à jour, probablement pour permettre au dormeur
de respirer plus facilement. Un petit entablement termine la
crête, et un rebord assez prononcé couronne le monument. A
l’intérieur, le lit proprement dit. 11 est en pierre et a une forme
très-légèrement incurvée. C’est là que l’on étend la natte
sur laquelle va reposer le dormeur. Tout cela est en briques fabri­
quées sur place et couvert d’un enduit fort propre. Cet enduit est
formé par un mélange de terre grisâtre, de cendres et de bouse
de vache. Il acquiert, en séchant, une dureté relative. La partie de
la muraille qui regarde le lit est ornementée de cercles concen­
triques creusés dans son épaisseur elle-même, et colorés en blanc
et en bleu.
A deux kilomètres environ du village Malinké, dans l’Ouest, se
trouve un village Peulh, du même nom. Il peut avoir 150 habitants.
Les chefs vinrent me saluer et m’apportèrent des œufs, du lait, du
beurre frais. Ils m’offrirent aussi un superbe bœuf, qui fut immé-

�La Gambie à Yaboutéguenda.

��DANS LA HAUTE-GAMBIE

215

diatement sacrifié, et distribué à mes hommes et aux habitants des
villages.
Je reçus aussi la visite du traitant Lamine, qui est installé à
Yabouteguenda, et qui opère pour le compte de la compagnie
anglaise de Bathurst. C’est un homme fort intelligent, dévoué aux
Français, et qui a déjà rendu des services signalés aux différentes
missions Françaises qui ont visité le pays. C’est lui qui, demain,
fera encore traverser la Gambie à toute ma caravane. Il est très
influent dans la région et y jouit d’une grande popularité. A
Passamassi, notamment, il a tout l’air d’être le chef du village. Le
véritable chef m’a pourtant paru assez autoritaire et bien obéi.
J’ai remarqué aux environs de Passamassi de belles plantations
d’indigo. Ce végétal est très commun dans toute cette région et
chaque village en possède plusieurs beaux lougans aux environs
des cases. Les indigènes en retirent la couleur bleue dont ils se ser­
vent pour teindre leurs étoffes. La culture de cette plante est très
facile. Elle croît, pour ainsi dire, spontanément et on n’a absolu­
ment besoin que de la semer. Les feuilles sont récoltées vers la fin
du mois de novembre et les ménagères leur font subir la prépara­
tion suivante. On les fait sécher au soleil et macérer ensuite dans
environ trois fois leur poids d’eau pendant plusieurs heures. On y
ajoute une petite quantité de cendres. On laisse reposer et on
décante. Le produit ainsi obtenu est alors pétri en pains qui ont
la forme de cônes et mis à sécher au soleil. On a soin, tous les
soirs, de les rentrer pour ne pas les exposer à l’humidité. Ces
pains ont à peu près la forme conique. Leur poids varie de
cinq cents grammes à trois et cinq kilogrammes. C’est sous
cette forme ou bien en petits fragments que l’on trouve l’indigo
sur tous les marchés du Soudan. Son prix varie de quatre à
six francs le kilogramme. Cet indigo donne une couleur bleue
violacée qui est en grand honneur chez tous les peuples du
Soudan. Mais elle passe rapidement et les étoffes qu’elle a servi
à colorer déteignent au lavage. Les indigènes ignorent, en
effet, les procédés les plus efficaces pour la fixer. Ils ne se servent
pour cela que des cendres d’un arbre très commun dans toutes
ces régions, le rhatt (Combratum glutinosnm G. et Perr.). Bien que
l’indigo du Soudan soit de qualité inférieure aux indigos de Java,
du Bengale et d’Amérique, nous estimons qu’il pourrait être utilisé

�216

ANDRÉ RANÇON

avec fruit par nos industriels. C’est pourquoi nous devrions faire
tous nos efforts pour propager dans notre colonie cette plante dont
le rendement considérable sera certainement rémunérateur.
d6 décembre. — La journée s’écoula à Passamassi sans aucun
incident. La température pendant la nuit fut des meilleures. Nous
sommes en pleine saison sèche. Dans la journée le vent de NordEst commence à faire sentir sa brûlante haleine; mais il tombe
vers le soir et au coucher du soleil se lève le vent de NordOuest qui souffle jusqu’au lendemain matin huit ou neuf heures,
rafraîchit l’atmosphère et nous permet de goûter un sommeil
bienfaisant et réparateur. C’est pour l’Européen l’époque la
plus agréable de l’année. C’est pendant ces trois mois de
décembre, janvier et février que sa santé peut se remettre des
fatigues éprouvées pendant l’hivernage. Au contraire, cette
saison est néfaste à l’indigène. Vêtu aussi légèrement qu’il
l’est, il est exposé à toutes les intempéries, et à toutes les
affections inflammatoires qui sont la conséquence inévitable
des brusques variations de température caractéristiques de cette
période de l’année.
Nous quittâmes Passamassi à 5 h. 30, et, à 6 h. 10, nous
étions à Yabouteguenda, sur la rive droite de la Gambie. Dans
ce court trajet, on ne trouve que des argiles compactes et sur
les bords de la Gambie quelques alluvions anciennes et récentes
où croissent les végétaux familiers des marais.
Yabouteguenda, dont il a été si longuement question dans ces
dernières années, à propos du traité du 10 août 1889, qui
détermine d’une façon définitive la ligne de démarcation des
possessions anglaises et françaises en Gambie, est le point ter­
minus auquel aboutit sur la Gambie la zone d’influence dévolue
à nos voisins. C’est un petit village de cinquante habitants au
plus et qui est uniquement formé par les cases et les magasins
du traitant Niamé-Lamine, dont nous avons parlé plus haut.
En face, sur la rive gauche, se trouvent deux ou trois cases
où, pendant la belle saison, il reçoit les indigènes de la rive
gauche qui viennent commercer avec lui.
Il a tout disposé pour nous faire traverser le fleuve et, dès
mon arrivée, l’opération commence. A l’aide de deux grandes
pirogues habilement manœuvrées par ses hommes, en peu de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

217

temps, les bagages et les porteurs sont portés de l’autre côté.
Puis vient le tour clés chevaux. Je suis loin d’être tranquille
car, en cet endroit, la Gambie a environ 250 mètres de largeur
et est très profonde. Elle est, de plus, littéralement infestée de
caïmans. Les chevaux dessellés sont mis à l’eau et sont tenus par
le bridon par leurs palefreniers montés dans la pirogue; à
l’avant et à l’arrière de l’embarcation se tient un adroit tireur
qui fait feu sur chaque caïman qui montre sa tête hors de
l’eau. Grâce à ces précautions tout se passa bien et nous
n’eûmes aucun accident à déplorer. Sandia et moi nous pas­
sâmes les derniers, et, arrivés sur la rive gauche, nous mon­
tâmes immédiatement à cheval, puis la caravane prit la route
de Son-Counda, où j’avais fait annoncer mon arrivée pour ce
jour-là et où j’étais attendu.
Le caïman que l’on trouve en abondance dans le Sénégal,
la Gambie et la plupart des cours d’eau de l’Afrique occidentale,
est assurément l’animal le plus répugnant et le plus dangereux de
ces régions. Cet immonde amphibie n’est pas à craindre sur la
terre ferme, mais dans l’eau il est excessivement redoutable. Aussi
est-il imprudent de se baigner dans les lieux qu’il fréquente. Ses
terribles mâchoires saisissent les membres de l’audacieux nageur
et l’attirent au fond de l’eau où il est rapidement noyé. Nous nous
souvenons encore avoir vu disparaître ainsi, en 1883, un Marocain
qui, malgré la consigne, avait voulu gagner à la nage la rive
gauche du Sénégal en face de Tambo-N’kané. A Sillacounda, dans
le Niocolo, le jour où nous y sommes arrivés, un bœuf fut ainsi
entraîné par un caïman pendant qu’il s’abreuvait au bord de la
Gambie. A terre, il se meut difficilement et lentement, mais dans
l’eau, il est au contraire excessivement agile. Sa constitution ne lui
permet pas de rester longtemps sous l’eau et il est obligé de venir
souvent respirer à la surface. Le bouillonnement qu’il produit alors
suffit pour décéler sa présence. On le voit fréquemment aussi se
laisser aller au courant du fleuve. Alors sa tête seule émerge et sa
couleur brune la fait souvent confondre avec les morceaux de bois
qui flottent sur tous les cours d’eau qui arrosent ces régions. Il
construit son nid dans des cavités qu’il creuse dans la berge au
niveau du fleuve et au moment des basses eaux. C’est là que la
femelle dépose ses œufs et qu’éclosent les petits. Les coquilles, au

�218

ANDRÉ RANÇON

moment de la montée des eaux, sont entraînées par le courant et il
est d’usage de dire, quand on les voit passer à Saint-Louis, que
l’hivernage est commencé. Le caïman peut atteindre des proportions
énormes et nous en avons vus qui n ’avaient pas moins de quatre
mètres de longueur. Toutefois la longueur moyenne de ceux que
l’on rencontre ne dépasse pas généralement deux mètres cinquante
à trois mètres.
Les Indigènes, surtout les Malinkés, les Sarracolés et les
Khassonkés mangent sa chair. Nous en avons vu assez souvent
sur le marché de Kayes. Ce mets est loin d’être délicieux.
Il rappelle un peu le thon pour la texture, mais il a un goût
musqué qui est loin d’être agréable.
Bien que l’on puisse trouver dans tous les traités spéciaux la
description de cet animal, nous croyons devoir mentionner ici ses
caractères particuliers.
Le caïman est un vertébré de l’ordre des crocodiliens. Son corps
est couvert de grandes plaques osseuses, carénées sur le dos, lisses
sur le ventre. Leur couleur grisâtre sur le dos est jaunâtre sur le
ventre. L’animal tout entier est ainsi enveloppé d’une sorte de
cuirasse si épaisse que les balles ne peuvent l’entamèr. Les
flancs sont les régions les plus vulnérables. Sa queue est longue
et munie d’une crête de fortes dentelures. — Les vertèbres cervi­
cales sont pourvues de fausses côtes qui s’appuient les unes sur les
autres ; la clavicule manque. Les os coracoïdiens s’articulent avec
un sternum cartilagineux et très allongé. Il existe, en outre, une
sorte de sternum abdominal, qui porte sept paires de côtes ven­
trales. Les pubis ne s’unissent pas entre eux, et ne contribuent pas
à former la cavité cotyloïde. Ils constituent des sortes de côtes
dirigées en avant. Les pieds antérieurs ont cinq doigts, les posté­
rieurs en ont quatre, plus ou moins palmés, dont les trois internes
sont armés d’ongles. La mâchoire inférieure s’articule directement
avec le crâne. Les dents sont uniradiculées, creuses, caduques,
implantées dans des alvéoles distincts.Chacune d’elles est remplacée
par une nouvelle, après sa chute. Les dents de remplacement
sont enchâssées successivement l’une dans l’autre, de telle sorte
que, la supérieure venant à tomber, il s’en trouve toujours une
autre en dessous pour occuper sa place. L’oreille externe se ferme à
l’aide de deux lèvres. Le museau est élargi, renflé au bout, et la

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

219

quatrième dent inférieure est reçue dans une fossette de la
mâchoire supérieure. C’est cette particularité qui distingue surtout
le caïman du crocodile, chez lequel cette dent est reçue dans une
échancrure simplement. Le caïman habite la côte occidentale
d’Afrique, tandis que le crocodile habite la côte orientale. Ils sont
tous les deux également à redouter.
Nous arrivons à 8 heures 25, sans incidents, à Son-Counda,
après avoir reconnu les ruines de Farintombou et de CarassiCouDda et laissé sur notre droite celles de Kantora-Counda. A michemin, entre Son-Counda et la Gambie, nous rencontrons le frère
du chef que celui-ci a envoyé à mon avance.
La route de Yabouteguenda à Son-Counda présente ceci de
particulier qu’on peut y discerner aisément la différence qui existe
entre la latérite et les argiles compactes. Ces deux sortes de terrain
se succèdent sans interruption. Après une plaine d’argiles
compactes viennent de petits îlots de latérite qui sont bien cultivés.
Par endroit, le sous-sol est formé de terrain ardoisier, et dans
d’autres, de quartz et de grès ferrugineux. C’est du moins ce que
nous avons cru reconnaître par les flancs des collines que nous
laissons à droite et à gauche. Pendant la route, on ne traverse que
deux marigots situés à peu de distance de la Gambie, le marigot de
Fania et celui de Soubasouto. Ils sont peu importants.
La flore se rapproche de plus en plus de celle des régions tro­
picales. Nulle, ou peu variée dans les plaines argileuses, où ne
croissent guère que quelques maigres cypéracées, elle prend un
tout autre aspect dans les terrains à latérite. Là, nous voyons, en
effet, dans tout leur développement, d’énormes caïl-cédrats, de
gigantesques ficus et de belles légumineuses.
Son-Counda, chef-lieu du Kantora, compte environ huit cents
habitants de race Malinkée. Il est situé au centre d’une vaste
plaine que dominent au Sud-Est des collines formées de quartz
ferrugineux et dont l’altitude est environ de vingt à trente mètres.
C’est un des villages noirs les mieux fortifiés que j’ai visités. Le
système défensif se compose, d’après les renseignements qu’a bien
voulu rédiger à mon intention M. le lieutenant Tête, de l’infanterie
de marine : 1° d’une enceinte ou sagné formée de pieux fortement
enfoncés en terre et reliés entre eux par des liens en écorce
d’arbre auxquels sont fixées des branches d’épine ; en arrière un

�220

ANDRÉ RANÇON

petit fossé ; 2° une seconde enceinte composée de palanques sur
deux rangs, hautes de deux mètres, avec un fossé en arrière. Des
ouvertures y sont ménagées pour le tir. La troisième est formée
par une muraille en terre battue de 3m50 à 4m de hauteur et ayant
2 mètres d’épaisseur à la base et 0m80 au sommet. Des créneaux y
sont pratiqués de distance en distance. Le tracé présente des
rentrants et saillants se flanquant mutuellement. Dans l’intérieur
du village, chaque îlot est entouré de palanques. La mosquée et
la case du chef en ont une double rangée. Toutes les cases sont en
terre battue et recouvertes d’un chapeau en paille. Toutes ces pré­
cautions sont prises contre Moussa-Molo et ses bandes de pillards.
Les environs sont bien cultivés, mais on sent que les habitants
vivent dans un qui-vive perpétuel. Ils ne sortent que par groupes,
bien armés ; et, dans les lougans, ils ont toujours le fusil auprès
d’eux. Leurs lougans sont bien entretenus et dans leurs petits
jardins, ils cultivent en abondance, courges, calebasses, tomates,
oseille et gombos.
Les courges et calebasses sont, au Soudan, cultivées en grande
abondance dans tous les villages. Les courges sont généralement
semées au pied des cases au début de la saison des pluies. Elles
rampent sur les toits qui, en peu de temps, finissent par disparaître
complètement sous leurs larges feuilles. Les fruits sont comestibles
et cueillis au commencement de la saison sèche, vers la fin d’octobre.
Il en existe un grand nombre de variétés, la plus commune, le
Lagenaria vulgaris Ser. sert à faire des vases et des bouteilles. Les
indigènes connaissent les propriétés thérapeutiques des graines de
courges et les utilisent, dans certaines régions, pour expulser le
tœnia qui y est très commun.
Le calebassier (Crescentia Cujete L.) est, au contraire, cultivé
en pleine terre dans les lougans. Son fruit est comestible et sa
coquille coupée en deux sert de vase et d’ustensiles de ménage. Il
existe des calebasses de toutes formes et de toutes dimensions. Ce
sont les plats dans lesquels on sert le couscouss et elles tiennent
également lieu de terrines pour laver le linge dans les villages
situés loin des cours d’eau. Leur face externe est généralement
unie; cependant on en trouve parfois qui sont artistementsculptées.
Ce sont surtoutcellesqui tiennent lieu de verres et à l’aide desquelles
on puise l’eau dans ces sortes de vases poreux en terre que l’on

�DANS LA HAUTE GAMBIE

221

désigne sous le nom de canaris et que l’on trouve dans toutes les
cases. Ces canaris ont la propriété de rafraîchir considérablement,
grâce à l’évaporation constante qui se fait à leur surface extérieure,
l’eau que l’on y met.
Le Gombo (Hibiscus esculentus L.), de la famille des Malvacées,
se cultive surtout dans les jardins. C’est une plante annuelle qui
atteint de grandes dimensions. Elle aime les terrains humides et
riches en humus. On la sème vers le commencement de juillet et
ses fruits sont cueillis et mangés au commencement de la saison
sèche. Dès que les pluies ont cessé, la plante se dessèche rapidement
et meurt. Les graines germent très rapidement et en trois mois le
développement est complet. Les fruits sont oblongs et ont environ
dix centimètres de longueur sur trois ou quatre de largeur. La coque
porte des côtes très marquées suivant lesquelles elle s’ouvre quand
elle est sèche. Elle est très pointue au sommet et couverte de poils.
On mange les fruits quand ils sont encore jeunes. Si alors on en
sectionne un transversalement, on trouve les graines noyées dans
une pulpe blanchâtre, visqueuse. A la cuisson, cette pulpe se trans­
forme en une sorte de mucilage peu savoureux. Elle disparaît
quand le fruit est sec. Les indigènes mangent le gombo bouilli
avec du riz, du couscouss, de la viande ou du poisson. Cuit à l’eau
et assaisonné ensuite à froid à l’huile et au vinaigre, on en fait une
salade qui n’est pas dédaignée des Européens.
Je fus reçu à bras ouverts à Son-Counda et j’y passai une bonne
journée pendant laquelle je pris tous les renseignements dont
j’avais besoin pour continuer ma route vers Damentan. Le vieux
chef du pays, Kouta-Mandou, me rendit en cette circonstance les
plus grands services, et il prescrivit à son frère Mandia de m’accom­
pagner pendant toute la durée de mon voyage à Damentan et au
pays des Coniaguiés. De plus, il me donna une dizaine d’hommes
qui devaient m’accompagner jusqu’à Damentan et seconder mes
porteurs. Avant de le quitter, je lui fis cadeau de deux sacs de sel
et d’une caisse de 12 bouteilles de genièvre, liqueur avec laquelle
il aimait à s’enivrer et pour laquelle il avait un penchant tout
particulier.

��CHAPITRE XI
Le Kantora. — Limites, frontières. — Aspect général. — Hydrologie.— Orogra­
phie. — Constitution géologique du sol. — Flore, productions du sol, cultures.
— Faune, animaux domestiques. — Populations. — Ethnographie. — Rapports
du chef avec ses administrés. — Situation politique actuelle. — Rapports
avec les autorités françaises. — Emigration.

Le Kantora est situé sur la rive gauche de la Gambie. C’est un
pays relativement peu étendu et aujourd’hui absolument dépeuplé.
Il eut, paraît-il, au commencement du siècle, une grande prospé­
rité, et d’Almada, géographe portugais, rappelle qu’il y avait autre­
fois à Kantor un marché qui était dans ces régions ce qu’était sur
les confins du Sahara celui de Tombouctou. C’est ce marché qui a
donné son nom à la région environnante et pendant longtemps ce
pays n’a été connu que sous le nom de pays de Kantor ou Kontor.
Jusqu’en 1879 il fut, pour ainsi dire, oublié. Gouldsbury le visita
très superficiellement à cette époque et le trouva désert. En 1888
les quelques habitants qui y sont restés vinrent d’eux-mêmes à
Kayes nous demander notre protection, et, en 1889, Briqueiot
visita Son-Counda. En 1891, le lieutenant Tête poussa une pointe
jusque-là et c’est quelques mois après lui que nous y passâmes.
Nous avons pu recueillir sur ce pays quelques notes qui ne
seront pas sans intérêt pour le lecteur.
Les limites du Kantora sont assez nettement établies, sauf au
Sud, où une ligne fictive le séparerait du Fouladougou de MoussaMolo (autrefois pays de Ghabou). Toutefois, nous pouvons dire
d’après les renseignements que nous nous sommes procurés, qu’il
serait compris entre les 15°50’ et 16°27’ de longitude Ouest et les
13°3’et 13°16’de latitude Nord. Il est bien entendu que nous donnons
là ses limites extrêmes. Il est séparé à l’Est du pays de Damentan par
la Gambie et environ vingt kilomètres du Koulontou ou rivière Grey,
à partir de son embouchure dans la Gambie. Au Nord, la Gambie

�224

ANDRÉ RANÇON

le sépare du Ouli jusqu’aux environs de Tarabacessé. A l’Ouest,
il est séparé ainsi qu’au Sud du Fouladougou par une ligne fictive
qui, partant de la Gambie entre Piraï et Tambacessé, passerait non
loin de Gissé-Counda et de là se dirigerait directement à l’Ouest
jusqu’à la Rivière Grey ou Koulontou.
Aspect général. — L’aspect général du Kantora diffère suivant
qu’on le parcourt dans sa partie Est ou dans sa partie Ouest. A
l’Est, on ne rencontre que de vastes plaines marécageuses et abso­
lument stériles. Du reste, à part un petit village de Sarracolés
situé aux environs de Son-Counda, toute cette région est absolument
inhabitée, et d’après les renseignements qui m’ont été donnés, elle
aurait toujours été déserte. Il en est tout autrement de la partie
Ouest. Ce pays présente plutôt un aspect montagneux. La terre y
est fertile et c’est là uniquement où s’élevaient autrefois les nom­
breux villages du Kantora disparus aujourd’hui, soit par la guerre,
soit par l’émigration. La végétation y est magnifique et rappelle
celle des Rivières du Sud. Il n’en est pas de même delà partie Est,
où on ne voit qu’une brousse épaisse et quelques rares arbres
rabougris.
En résumé, le Kantora appartient dans sa partie Est aux pays
de plaines et de marécages et dans sa partie Ouest aux pays de
montagne, si toutefois on peut appeler ainsi les nombreuses col­
lines qui le parcourent.
Hydrologie. — Le Kantora appartient tout entier au bassin de
la Gambie, et tous les marigots qui l’arrosent sont tributaires de
ce fleuve. Nous commencerons la description de son hydrologie au
point où sa frontière vient couper la Gambie entre Tambacessé et
Piraï. Un peu en amont de ce village elle reçoit le marigot de Suisma,
dont la branche principale passe à Oualiba-Counda. Ce marigot
est formé de deux branches. La seconde, moins importante que la
première, coule dans une étroite vallée que dominent deux rangées
de collines parallèles au cours du marigot et qui est excessivement
fertile. Elle est maintenant inhabitée. Jusqu’au marigot de Fania,
nous ne trouvons plus que de petits cours d’eau sans importance,
mais qui n ’en contribuent pas moins à augmenter la fertilité de
cette région. Le marigot de Fania débouche dans la Gambie, non
loin de Yabouteguenda. Il passe dout près de la grande mare de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

225

Nébourou, coupe la route de Soii-Counda à Damentan et s’étale en
un vaste marais aux environs des ruines de Sadofou. Le marigot
de Soubasouto, dont l’embouchure n’est située qu’à deux kilomètres
de celle du précédent est de peu d’importance.
A partir de ce point, nous entrons dans la région Est du
Kantora. Bien qu’également très arrosée, elle est, vu la nature
elle-même du sol, absolument stérile. On peut dire qu’une ligne
droite passant par Yabouteguenda et Son-Counda, et coupant la
ligne frontière au Sud, forme la séparation entre ces deux parties
du Kantora. On trouve d’abord en procédant de l’Ouest à l’Est le
marigot de Kokou, profond, vaseux et d’un passage difficile, puis
celui de Médina, non loin duquel se trouve la grande mare de
Palama. Le marigot de Demba-Sansan a son point d’origine non loin
du village de Toubinto dans le Fouladougou. Vers le milieu de son
cours, il s’étale en une vaste mare de môme nom que lui, puis se
rétrécit peu à peu pour venir déboucher dans la Gambie, à
quelques kilomètres seulement du marigot de Médina. A peu de
distance du Demba-Sansan, se trouve le marigot de Tabali. Il coule
sur un lit de petits cailloux ferrugineux très fins. Non loin de
l’extrême pointe du grand coude que forme la Gambie en cet
endroit, se trouve l’embouchure du marigot de Canafoulou et enfin
à quelques kilomètres de là on trouve le Koulontou ou Rivière Grey.
L’eau de ces marigots, partout claire et limpide, coule en
tout temps. Elle est toujours excessivement fraîche. Le fond de
tous ces cours d’eau, sauf en ce qui concerne le Fania et le Tabali,
est formé de vases ou d’argiles.
Le cours de la Gambie, du point frontière à l’Ouest à l’embou­
chure du Koulontou, n ’est qu’une suite de méandres les plus
sinueux. Si nous ne considérons que la direction générale, nous
dirons qu’il est d’abord Ouest-Est, puis Nord-Ouest Sud-Est.
Le régime des eaux diffère légèrement de celui des cours d’eau
des autres pays. Pour la Gambie, c’est la même chose; mais il en
est autrement pour les marigots. Au Sénégal notamment l’eau n’y
court que pendant la saison des pluies. En Gambie, au contraire,
ils ne sont jamais complètement à sec. Nous estimons que cela
tient beaucoup à ce que la plupart communiquent entre eux et de
plus font communiquer la Gambie avec la rivière Grey, dont l’eau
coule en toute saison, et qui trouve dans le Fouladougou, le DamenAndré Rançon. — 15.

�226

ANDRÉ RANÇON

tan, le Goniaguié et le pays de Toumbin et de Pajady une alimen­
tation suffisante pour ne tarir jamais.
Outre les nombreux marigots dont nous venons de parler, on
trouve encore, dans le Kantora, bon nombre de mares dont quel­
ques-unes contiennent de l’eau pendant toute l’année et sont ali­
mentées par de petits marigots. Nous citerons parmi les plus
importantes, les mares de Demba-Sansan, Palama, Nébourou et
Soutou.
Orographie. — Au point de vue orographique, nous pouvons
dire qu’il n’existe dans le Kantora aucun système bien défini.
Nous mentionnerons simplement la série de collines qui longent la
Gambie. Du reste, nous pouvons dire d’une façon générale que
chaque marigot coule au pied d’une colline quand il n’est pas
encaissé entre deux rangées parallèles. Ces collines peuvent, d’ail­
leurs, être considérées comme les contreforts des collines qui
suivent le cours de la Gambie. Ainsi que nous l’avons dit, elles
sont moins nombreuses dans la partie Est que dans la partie
Ouest, et celles que l’on rencontre dans la première de ces deux
régions sont bien moins importantes que celles que l’on rencontre
dans la seconde. Gela est uniquement dû à la constitution géolo­
gique du sol.
Toutes ces collines sont fort peu élevées, et c’est tout au plus
si les plus hautes atteignent 50 à 60 mètres. Leurs lianes présen­
tent une pente assez raide. Aussi les pluies d’hivernage les
ravinent-elles profondément, de telle sorte que la roche se montre
nue en maints endroits. Malgré cela, elles sont toutes excessive­
ment boisées.
Outre ces collines, mentionnons encore les vastes plateaux
rocheux, peu élevés, que l’on rencontre à chaque instant sur les
routes qui sillonnent le Kantora.
Constitution géologique du sol. — De ce que nous venons de
dire de l’hydrologie et de l’orographie du Kantora, nous pouvons
avoir un aperçu de ce que peut être sa constitution géologique.
D’une façon générale, on peut dire que la nature des terrains
que l’on y rencontre est de deux sortes : terrain ardoisier et terrain
de formation secondaire que sont venues recouvrir, en certains
endroits, d’épaisses couches de latérite, et, en d’autres, des argiles

�DANS LA HAUTE GAMBIE

compactes formées par la désagrégation des roches. En certains
points, l’argile et la latérite se montrent à nu; en d’autres, au
contraire, elles sont recouvertes par une mince couche de sables
formés de cristaux très fins de quartz et de silice, ou par de petits
cailloux ferrugineux produits par la désagrégation des conglo­
mérats que l’on rencontre fréquemment dans le Kantora. Quant à
la distribution des différents terrains, elle est excessivement
variée.
Les principales roches que l’on rencontre sont dans le terrain
ardoisier, des schistes. Il faut aller assez profondément pour les
rencontrer, huit à dix mètres environ. Dans les terrains de forma­
tion secondaire : des quartz, des roches ferrugineuses de toutes
formes, conglomérats et roches proprement dites à ossatures de
grès de quartz et à gangues argileuses.
Nous pouvons dire d’une façon générale que les argiles se ren­
contrent surtout dans la partie Est du Kantora. Là elles alternent
avec les roches ferrugineuses. Il n ’y a, dans toute cette région, à
mentionner, en outre, que les quelques petits îlots de latérite qui
se trouvent aux environs de Son-Counda. Les rives de la Gambie
présentent, en outre, une mince couche d’alluvions récentes, de
même que les rives des marigots. Dans toute cette région, l’humus
fait absolument défaut.
Il n’en est pas ainsi pour la partie Ouest. Là nous trouvons des
vallées entières uniquement formées de latérite. Lavallée de SonCounda entièrement constituée par ce terrain, est d’une étonnante
fertilité. Les argiles ne se montrent guère qu’aux environs du
fleuve.
Flore ; Productions du sol ; Cultures. — La flore est dans l’Est
d’une pauvreté remarquable. Sur les plateaux et les collines
quelques arbres chétifs et rabougris, dans les plaines des cypéracées gigantesques et des herbes de marais. Par contre, les bords des
marigots sont couverts de belles légumineuses et présentent
quelques rares Caïl-Cédrats. Dans la région Ouest, nous retrouvons
la flore du Sud : fromagers énormes, baobabs, n’tabas, Légumi­
neuses de toutes sortes, télis énormes, etc., etc. D’après ce que
nous venons de dire, on peut en déduire quelles sont les plantes
susceptibles d’être cultivées dans un semblable pays et quelles
peuvent être les productions du sol. Dans les terrains pauvres, la

�228

ANDRÉ RANÇON

mil, dans les autres, au contraire, l’aracliide. Mentionnons encore
l’indigo, le coton, le tabac, les haricots, les tomates, le maïs, etc.,
etc. Les procédés de culture employés sont les mêmes que dans les
autres pays du Soudan. Il nous a semblé cependant que les lougans
y étaient tenus avec plus de soins.
Faune. Animaux domestiques. — La faune ne diffère guère de
celle des autres pays de cette partie de l’Afrique. Outre les antilopes
de toutes variétés, les biches, singes (Cynocéphales), lynx, pan­
thères, nous signalerons tout particulièrement l’hippopotame, qui
abonde dans le fleuve et les marigots, et l’éléphant que l’on trouve
en grand nombre dans la région Est. Toute cette partie du Kantora,
d’ailleurs, est marquée de nombreuses traces de ces deux sortes
d’animaux.
Les poissons que l’on trouve dans le fleuve et dans les marigots
sont très appréciés des noirs, mais peu faits pour un palais civilisé.
Parmi les oiseaux, signalons la perdrix, la tourterelle, les pigeons
sauvages, l’outarde et une grande variété de merles, passereaux et
geais au brillant plumage. Citons encore, parmi les rapaces, le
milan, le vautour, etc.,etc., et enfin une énorme quantité de chauvesouris, surtout sur les bords des marigots.
Peu de serpents. On y rencontre parfois le serpent noir,letrigonocéphale, le serpent-corail et le boa, mais ce sont des faits assez rares.
Les caïmans abondent dans le fleuve et à l’embouchure des
marigots, et partout, on voit une grande quantité de lézards de
toutes sortes de couleurs.
Les moustiques y sont rares pendant la saison sèche, mais très
nombreux pendant l’hivernage. Mentionnons aussi une grande
variété de mouches, aux plus brillantes couleurs, et surtout les
fourmis « Magnians », dont la piqûre est excessivement doulou­
reuse.
Les animaux domestiques y sont les mêmes que dans les autres
pays : Bœufs, moutons, chèvres, poulets, chiens, chats. Les bœufs
y sont petits, mais leur chair est très bonne. Les moutons et les
chèvres, quand ils sont jeunes, ne sont pas à dédaigner non plus.
Populations ; Ethnographie. — La population du Kantora,
autrefois fort nombreuse, ne compte plus maintenant que mille
à douze cents habitants au plus. Ce pays fut colonisé et peuplé par

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

229

des Malinkés, venus les uns du Bambouck (ce furent les premiers),
les autres, du Bondou, chassés par les Almamys de ce pays, et enfin
les derniers du Ghabou, chassés par Alpha-Molo. Mais, en réalité,
les maîtres et propriétaires du sol sont les Malinkés venus du
Bambouck. A ce noyau de population, déjà fort important, vinrent
dans la suite se joindre des Peulhs, des Sarracolés et quelques
Ouolofs venus du Bondou. Aujourd’hui, cette population a com­
plètement disparu et il ne reste plus que quelques Malinkés qui
ont tenu bon malgré toutes les expéditions dirigées contre eux par
Moussa-Molo ou venues du Bondou et de Labé. Ils se sont groupés
autour des restes de la famille maîtresse du pays qui est aujour­
d’hui peu nombreuse et bien déchue.
Si l’on en croit la tradition, ces Malinkés, qui ne formaient que
deux familles (les Sania et les Bandora), émigrèrent d’abord du
Manding dans le Bambouck sous la direction de Fodé-Sania, un
des lieutenants de Noïa-Moussa-Sisoko, le grand colonisateur du
Bambouck. A la suite de démêlés avec ce dernier, ils émigrèrent de
nouveau et vinrent se fixer dans le Kantora. Ils ne devaient plus
quitter ce pays que chassés par la guerre sans merci que leur firent
Alpha-Molo, son fils Moussa-Molo, les Almamys du Bondou et les
chefs de Labé sans aucun motif et uniquement pour « faire captifs ».
Beaucoup tombèrent sous les coups des envahisseurs. Peu émi­
grèrent dans le Ouli etleTenda. Quant aux Peulhs, pour la plupart,
ils se joignirent aux bandes de Moussa-Molo. Les Sarracolés et les
quelques Ouolofs qui habitaient le Kantora subirent le sort des
Malinkés. Il existe encore aux environs de Son-Counda un petit
village Sarracolé de peu d’importance. Il se nomme Diara-Counda
et n’a guère plus de 200 habitants. Voici la liste complète des diffé­
rents villages qui peuplaient jadis le Kantora :
1° Villages Malinkés
Son-Counda, résidence du chef du pays. 800 habitants environ.
Farintombou,
n’existe plus.
Kantali-Counda,
Coussounou,
Kantora-Counda,

Sadofou,
Niamanaré,
Koli-Counda,
Tiumidala,

n’existe plus.

�230

ANDRÉ RANÇON

D'après les renseignements qui m’ont été donnés parle chef-luimême, ce serait dans les environs de Kantora-Counda que s’élevait
autrefois la ville de Kantor, dont parle d’Almada. Sa population,
abstraction faite de l’exagération des noirs, ne devait pas s’élèvera
plus de huit à dix mille habitants.
2° Villages Sarracolés
n ’existe plus.
n’existe plus. Couia,
Manda,
—
Diaé-Counda,
—
Diaka,
—
Samé,
—
Simmoto,
Piraï,
—
Médina,
Ouassoulou-Counda, —
Naoulé,
—
Diara-Counda existe encore. Sa population est d’environ deux
cents habitants.
—

3° Villages Peulhs.
Kébé-Counda,
n’existe plus
Boulonkou,
—
—
Oualiba-Counda,
Demba-Koli-Counda, —
—
Biliban,
Dougoutoto,
—
Kéniéba,
—

Bantanto,
n’existe plus
Tiagandapa,
—
Demba-son-Counda,
—
Boï-Counda,
—
Toucoulé-Counda,
—
Velingara,
—
Oura-Counda
—

Il n’y avait qu’un seul village Ouolof, N’Gaouli.
Les Malinkés du Kantora ne diffèrent en rien des autres
Malinkés. Ils sont aussi sales et aussi dégoûtants ; ivrognes et
fainéants, ils sont absolument abrutis à la fois par l’abus de
l’alcool et par le qui-vive sur lequel ils vivent sans cesse.
Rapports du chef avec ses administrés. — Ils sont ce que sont
les rapports des chefs avec leurs sujets dans tous les pays Malin­
kés. Le chef ne possède aucune autorité et ne jouit, pas plus que les
autres habitants du village, d’aucune prérogative particulière. Il
est absolument inutile. C’est l’anarchie la plus complète. Tout le
monde commande et personne n ’obéit. Le chef actuel, KoutaMandou, vieillard de 65 ans environ, s’est plaint, quand j’y suis
passé, de la situation qu’il subissait et de l’opposition qu’en

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

231

toutes circonstances lui faisaient ses principaux notables. Malgré
moi, il me fallut, à sa prière, en faire l’observation aux intéressés
dans un grand palabre.
Situation politique actuelle. — Rapports avec les autorités fran­
çaises. — Comme on le voit, la situation de ce pays jadis prospère
est loin d’être belle aujourd’hui. Sans cesse harcelés par les Peulhs
et les gens du Foréah qui viennent leur enlever des hommes et des
femmes jusque sous les murs du village, ils ne peuvent sortir de
leur enceinte que le fusil sur l’épaule. De plus, Moussa-Molo qui,
depuis quelques années, les laissait en paix, après les avoir plu­
sieurs fois attaqués en pure perte, a repris contre eux l’olïensive.
Pendant mon séjour à Son-Counda, il s’est avancé à deux jours de
marche du village avec une forte colonne, et, s’il n’a pas attaqué,
c’est uniquement parce qu’il a appris ma présence dans le pays.
Le Kantora avait été placé sous le protectorat de la France à la
suite d’un traité conclu le 23 décembre 1888 à Kayes par le chef
d’escadron d’artillerie de marine Archinard, alors commandant
supérieur du Soudan français, avec les mandataires de CoutaMandou, chef du pays. Au point de vue administratif, politique et
judiciaire il relevait du commandant du cercle de Bakel.
Depuis cette époque, par le traité du 10 août 1889, nous avons
cédé à l’Angleterre toute la région Ouest du Kantora jusqu’à
Yabouteguenda.
Emigration. — Les Malinkés du Kantora, pendant mon séjour
à Son-Counda, m’avaient manifesté leur intention bien formelle
d’émigrer en masse sur la rive droite de la Gambie pour fuir les
attaques incessantes de Moussa-Molo et les rapines de gens du
Foréah. La tranquillité qui régnait dans les régions du Ouli et du
Saudougou,soumises à notre autorité,les engageait avenir s’y fixer
et à se rapprocher de leurs alliés naturels. L’arrangement conclu
avec l’Angleterre les décida. Voulant rester Français, ils viennent
d’abandonner leur pays et se sont réfugiés dans le Ouli. De leur
côté les Sarracolés deDiara-Counda sont retournés dans le Bondou,
leur pays d’origine. Le Kantora est aujourd’hui désert, et il ne sera
guère possible de le repeupler que si l’on met Moussa-Molo dans
l’absolue impossibilité de nuire.

��CHAPITRE XII
Départ de Son-Counda, — Marche de nuit. — Frayeur des Malinkés. — Héméra­
lopie. — Itinéraire de Son-Counda au marigot de Tabali. — Description de la
route — Géologie. — Botanique. — Le Dion-Mousso-Dion-Soulo. — Campe­
ment en plein air. — Un gourbi en paille. — De Tabali à la rivière Grey. —
Itinéraire. — Passage de la rivière Grey. — Ingénieuse embarcation. — De la
rivière Grey au marigot de Konkou-Oulou-Boulo. — Itinéraire. — Description
delà route. — Géologie. — Botanique. — Les lianes Delhi et Bonghi. — Le
Barambara. — Du marigot de Konkou-Oulou-Boulou à Damentan. — Itinéraire.
— Description de la route. — Géologie. — Botanique. — Le Karité. — Arrivée
à Damentan. — Belle réception. — Le chef Alpha-Niabali. — Séjour à Da­
mentan. — Palabres. — Influence du chef dans la région, — Fanatisme musul­
man. — Arrivée d'un Coniaguié. — Je l'envoie annoncer ma visite à son
chef. — Environs de Damentan. — Belles cultures. — Le Bicin. — Préparatifs
de départ pour le Coniaguié.

\7 décembre. — Prévoyant que j’aurais une longue étape à
faire par une route peu fréquentée et dans une région encore inex­
plorée, je réveillai tout mon monde à 2 h. 15 du matin. Malgré cela
et malgré la grande fraîcheur, toute ma caravane est réunie à
2 h. 45, et à trois heures, par un beau clair de lune, nous pouvons
nous mettre en route. La nuit a été très fraîche dans cette première
marche et à quelques centaines de mètres du village nous commen­
çons à avoir de la rosée. Nous marchons lentement dans un sentier
où les porteurs n ’avancent que péniblement. Les Malinkés de SonCounda se tiennent groupés autour de moi. Ils ont peur, et bien
qu’armés jusqu’aux dents, ils redoutent de voir paraître les
terribles Peulhs à chaque détour du chemin. De plus, ils n’y voient
que difficilement et arrivent péniblement à se guider dans la
brousse. Grands chasseurs d’éléphants, ils couchent souvent à la
belle étoile. Soumis dès leur enfance à une alimentation presque
uniquement végétale, ils ne font que rarement usage d’aliments
minéraux. Aussi sont-ils tous plus ou moins atteints d’héméralopie,
et j’en ai vu qui, dès que le soleil était couché, avaient peine à
retrouver leur demeure dans le village, si, par hasard, ils s’étaient

�234

ANDRÉ RANÇON

attardés sous l’arbre à palabres. Mais quand le jour commence à
poindre, notre marche s’accélère peu à peu et quand le soleil se
lève nous prenons sans peine notre allure habituelle.
Ainsi que je l’ai dit plus haut, le frère du chef de Son-Counda,
Mandia, m’accompagne. A 5 h. 30 nous traversons le marigot de
Kokou. Il est si profond que je suis obligé de quitter bottes,
pantalon et chaussettes. Peu après, à 5 h. 50, nous traversons le
marigot de Médina moins profond que le premier. Nous laissons
sur notre gauche la grande mare de Palama à 7 h. 10 et à 7 h. 45
nous faisons la halte. Nous repartons à huit heures. Il fait déjà une
chaleur intolérable. A 8 h. 15 nous laissons à droite une grande
mare, à 8 h. 40 une plus petite, et, à 8 h. 47, nous trouvons à notre
droite l’immense mare de Demba-Sansan et le marigot du même
nom. Nous les longeons pendant quinze cents mètres environ, et il
est neuf heures quand nous traversons le marigot où coule une eau
fraîche, limpide et claire. Nous nous y arrêtons pendant quelques
minutes pour nous désaltérer et enfin à 10 h. 10 nous sommes au
marigot de Tabali, que nous traversons et sur les bords duquel
nous campons.
Au point de vue géologique, de Son-Counda au marigot de
Tabali, ce sont toujours les mêmes terrains. On trouve d’abord
quelques îlots de latérite qui alternent avec les argiles compactes
. pendant environ six kilomètres. A partir de là, rien que des argiles
compactes parsemées surtout aux environs des mares de vases
profondes. Les marigots sont tous à fond de vases, sauf celui de
Tabali, où nous campons, et qui coule sur un lit de cailloux ferru­
gineux. Aussi l’eau en est-elle excellente. La grande mare de
Demba-Sansan, qui s’étend jusqu’aux collines qui longent la Gambie,
est à fond argileux. Elle est en partie à sec pendant la saison sèche
et remplie d’eau pendant l’hivernage. Elle a environ huit kilomètres
de longueur sur trois de largeur.
On comprend ce que doit être la flore dans de semblables ter­
rains. Pas de futaies, rien que de hautes herbes de marais où cheval
et cavalier disparaissent. Les bords de la Gambie sont couverts de
magnifiques rôniers dont il existe, notamment dans la plaine où
coule le marigot de Demba-Sansan, une superbe forêt.
Pendant la route mon interprète me fit remarquer plusieurs
échantillons d’une plante dont les indigènes se servent couram-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

235

ment dans cette région contre la blennorrhagie. On la nomme dans
toute la Gambie : « Dion-Mousso-Dion-Soulo », ce qui signifie en
Malinké du Sud : « Herbe de la femme captive ». Elle est ainsi nom­
mée parce que, dans les pays Mandingues, la captive est, en général,
la seule qui se livre ouvertement à la prostitution. C’est surtout la
racine qui est employée. Cette racine, charnue, ayant à peu près la
consistance du manioc, est rougeâtre à l’extérieur. Si on la casse,
on la trouve blanche à l’intérieur et très aqueuse. Elle n’a pas de
goût particulier mais son odeur est légèrement vireuse. Je n’ai
jamais pu avoir la plante à l’état frais et je n’ai jamais eu à son
sujet que des renseignements si bizarres qu’il m’est absolument
impossible d’en donner une description détaillée. Voici comment
cette racine est employée. On en sectionne environ cent grammes
par petits fragments, quand elle est fraîche, et on les fait bouillir
dans un litre et demi d’eau environ. Quand le liquide est devenu d’un
blanc laiteux, on le laisse refroidir et on boit après l’avoir légère­
ment salé au préalable. La dose est d’environ de deux à trois litres
par vingt-quatre heures. Si, au contraire, on se sert de la racine
sèche : on la pile et on prend pour une dose environ 60 à 80
grammes de la poudre ainsi obtenue. Elle est enveloppée dans un
morceau d’étoffe et mise à bouillir dans deux litres environ d’eau.
Quand la liqueur,comme plus haut,est devenue d’un blanc laiteux,
on la sale légèrement et on la laisse refroidir. La dose est la même
que dans le cas qui précède. Je crois que c’est un excellent diurétique
qui agit en même temps sur l’élément douleur et cela d’une façon
absolument efficace. J’ai pu en avoir la preuve à Nétéboulou. Pen­
dant le séjour que nous y avons fait, un de mes hommes s’était
laissé séduire par les charmes d’une captive de Sandia et une dou­
loureuse blennorrhagie avait été la conséquence de cette douce
amitié. Il se traita d’abord lui-même, sur les conseils du forgeron
du village, avec des racines de Dion-Mousso-Dion-Soulo, en suivant
le mode d’emploi que nous avons indiqué pl us haut. En quatre jours
la douleur avait complètement disparu, mais l’affection persista
malgré le traitement et ce ne fut qu’à Mac-Carthy que je pus l’en
débarrasser grâce à de bonnes injections astringentes. Cette plante,
d’après les indigènes, se trouverait en grande quantité particulière­
ment dans le Sud de nos possessions Soudaniennes. On la rencon-

�236

ANDRÉ RANÇON

trerait aussi dans des régions plus septentrionales mais en bien
moins grande quantité.
A peine fûmes-nous arrivés à l’étape que mes hommes et ceux
de Son-Counda installèrent immédiatement le campement. Les
uns dépecèrent moutons et chèvres dont je m’étais muni pour la
route afin de pourvoir à notre nourriture, les autres me construi­
sirent en peu de temps avec des bambous et des tiges de hautes
herbes sèches un confortable gourbi de deux mètres de haut sur
trois de largeur, dans lequel je pouvais installer mon lit et mettre
à l’abri des intempéries mes bagages les plus précieux. Bien couvert,
il ne laissait filtrer aucun rayon de soleil et il avait été fait avec
tant de soin que j’y aurais même été à l’abri d’une tornade. Ce
mode de campement dans la brousse est assurément le plus pra­
tique. Avec des bambous, de la paille sèche et quelques liens en
écorce, il ne faut pas plus d’une heure pour le construire. Il a sur
la tente ce grand avantage de ne pas’ emmagasiner la chaleur. Si,
par hasard, la pluie survenait, il serait facile de s’en garantir en
admettant toutefois que le gourbi fut insuffisant. Il n ’y aurait
qu’à jeter la tente sur son dôme et à l’y maintenir à l’aide simple­
ment de quelques morceaux de bois assez lourds. Mes hommes se
construisirent pour eux de petites huttes en paille et en bran­
chages, et, une heure et demie environ après notre arrivée, le camp
était installé.
La journée passa rapidement. Vers trois heures de l’après-midi,
j’envoyai six hommes en avant afin de préparer tout ce qui nous serait
nécessaire pour passer le lendemain la rivière Grey. Je rédigeai mes
notes du jour, fis mes observations météorologiques, et, à la nuit
tombante, après avoir dîné, tout le monde se coucha et s’endormit
rapidement. La journée avait été rude et nous avions fait une étape
de plus de trente-et-un kilomètres.
De Son-Counda au marigot de Tabali, la route que nous avons
suivie est sensiblement orientée Sud Est.
18 décembre. — La nuit s’est écoulée sans incidents. La première
partie a été relativement chaude. Le ciel s’est subitement couvert,
un vent violent de Sud-Ouest a soufflé pendant près de deux heures.
Il est même tombé quelques gouttes de pluie et pendant un instant
je m’attendis à voir éclater la tornade. Mais nous en fumes heu­
reusement quittes pour la peur. Vers une heure du matin, le vent

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

237

se calma, la fraîcheur se fit sentir et nous pûmes jusqu’au jour
dormir d’un bon sommeil. A quatre heures et demie je fis lever tout
mon personnel et à cinq heures nous pûmes nous mettre en route.
Nous longeons d’abord pendant quelques kilomètres la grande
plaine du Demba-Sansan. Nous traversons ensuite un plateau de
peu d’étendue et formé de quartz ferrugineux. De là, par une pente
douce, nous arrivons dans une vaste plaine argileuse où nous tra­
versons à 7 h. 5 le marigot de Canafoulou. A 8 h. 30 nous arrivons
enfin sur le bord du Koulontou ou rivière Grey, qu’il va falloir
franchir. C’est là une délicate opération, car à cette époque de l’an­
née, elle a encore plus de cinquante mètres de largeur et est très
profonde. De plus, son courant est excessivement rapide.
Je n’ai pas besoin de dire que les six hommes que j’ai expédiés
hier de Tabali pour tout préparer en vue du passage, n’ont rien fait
de ce qu’on leur avait dit de faire. Ils ont bien construit avec des
tiges de palmier un petit radeau ; mais il est tout à fait insuffisant.
Il faut tout recommencer. Tous nos hommes sont expédiés dans les
environs pour couper des tiges de palmiers en quantité suffisante,
et pendant ce temps-là, je déjeune au pied d’un arbre et prends
quelques notes importantes. A midi tout est prêt et nous pouvons
commencer le passage. Tout se fait sans aucun accident. Les bagages
sont passés les premiers. Les chevaux passent à la nage tenus en
bride par mon vieux palefrenier Samba qui est un nageur émérite.
Je passe le dernier après avoir bien constaté que rien n’a été
oublié.
Il est très ingénieux ce moyen qu’emploient les noirs pour
traverser les gros marigots et même les fleuves. Le radeau, ou
plutôt l’embarcation, car c’en est une véritable, dont ils se servent,
est fabriquée avec des tiges de palmier d’eau. Ces tiges sont
jointives et solidement attachées entre elles. Leur forme recourbée
donne ainsi à l’embarcation un véritable fond et un bordage.
Sa longueur est d’environ trois mètres et sa largeur un mètre
cinquante centimètres. On y peut loger quatre personnes, dont une,
assise à l’arrière, tient une pagaie pour diriger l’esquif en cas
d’accident. Car voici comment elle est mue. A ses deux extré­
mités sont attachées des cordes faites de lianes ou de feuilles
de palmiers tressées. Ces cordes sont tenues sur chaque rive
par une équipe d’une dizaine d’hommes qui halent ou laissent

�238

ANDRÉ RANÇON

filer suivant qu’on veut aller d’un bord ou de l’autre. On
comprend alors que si une des confies vient à se briser il soit
nécessaire qu’il y ait dans l’embarcation quelqu’un qui, à l’aide
de la pagaie, soit prêt à la diriger.
Cette pagaie est des plus primitives. Elle se compose sim­
plement d’un bâton d’un mètre vingt de longueur environ, à
l’une des extrémités duquel on a solidement attaché de petits
morceaux de bois d’environ quinze centimètres de longueur
destinés à former la pelle de l’instrument. Le pilote la manœu­
vre en tenant l’extrémité libre de la main droite ou de la
main gauche, l’autre main saisissant la partie moyenne du
manche, suivant qu’il veut aller à droite ou à gauche ou selon
ses dispositions naturelles.
Cette embarcation est très légère. Comme sa largeur est
très grande relativement à la longueur, il est rare qu’elle
chavire, et j’ai vu deux hommes s’appuyer sur le même bord
sans pouvoir arriver à la renverser. Le passage dura environ une
heure et demie. Plusieurs fois les cordes cassèrent et ces petits
incidents nous firent perdre plus d’une demi-heure. Je suis
intimement persuadé que, si nous avions pu nous procurer des
liens plus solides, l’opération eut pu être facilement faite en
une heure au plus. Tous mes bagages arrivèrent intacts sur la
rive droite et rien ne fut mouillé. Almoudo, Sandia, mon
palefrenier Samba et Mandia, le chef de Son-Counda, me rendirent
en cette circonstance de grands services. Tout le monde, du
reste, paya de sa personne, et chacun fit consciencieusement son
devoir. Il était près de deux heures quand tout fut terminé. La
chaleur était accablante, bien que le ciel fût couvert, aussi la
fatigue était-elle grande pour tous. Malgré cela, personne ne
murmura quand je donnai le signal du départ.
Le Koulontou, ou rivière Grey, peut être considéré comme le
principal affluent de la Gambie, sinon comme sa branche d’origine
Ouest. Elle coule du Sud Est au Nord-Ouest, tandis que, dans la
première partie de son cours la Gambie, de sa source à Tomborocoto,
dans le Niocolo, coule du Sud au Nord légèrement Est, de telle sorte
que ces deux branches forment un angle d’environ trente-cinq
degrés dans lequel sont compris les massifs montagneux du Sabé,
du Tamgué, du Niocolo, derniers contreforts au Nord du Fouta-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

239

Djallon. A partir de Tomborocoto, la Gambie s’infléchit vers l’Ouest
et coule dans cette direction jusqu’à la mer. Elle forme un grand
coude en face de la partie Est du Ouli et c’est à l’extrémité la plus
éloignée de ce grand arc que se jette la rivière Grey. Elle suit le
régime de tous les grands cours d’eau Soudaniens et Sénégalais.
Pendant l’hivernage, c’est une belle rivière qui a environ trois à
quatre cents mètres de largeur. Pendant la saison sèche, au con­
traire, elle n’a guère plus de quarante à cinquante mètres dans son
cours moyen. Les berges sont absolument à pic, et d’une saison à
l’autre son niveau ne varie pas moins de 12 à 15 mètres. Ses eaux
sont pendant la saison sèche claires, limpides et délicieuses à boire.
Vues de la berge, elles ont un aspect blanchâtre, terreux. Cela tient
à ce qu’elle coule dans un lit formé d’argiles compactes qui lui
donnent leur couleur. La rivière Grey a un débit considérable et
apporte à la Gambie une masse d’eau relativement énorme. C’est
elle qui reçoit la plus grande partie des pluies de la région NordOuest du Fouta-Djallon, et tous les marigots qui descendent du
flanc Ouest des massifs du Sabé, Tamgué etNiocolo. Tous les mari­
gots du Coniaguié, du Bassaré, du Damentan, du pays de Pajady et
de Toumbin sont ses tributaires, et elle reçoit toutes les eaux d’in­
filtration de la région Est du Fouladougou. Nous serions assez
portés à croire que dans le Damentan et le Coniaguié, la rivière
Grey communique avec la Gambie par les marigots de Niantafara, de
Oupéréetde Oudari. Nous ne faisons là qu’émettre une simple sup­
position que peut autoriser la direction Sud-Ouest-Nord-Est du
courant de ces marigots, direction que nous avons constatée
pendant notre voyage. Quoiqu’il en soit, ces marigots ont de l’eau
courante toute l’année, la rivière Grey dans cette partie de son
cours coule à une cote plus élevée que la Gambie dans la partie
correspondante, et, de ce fait, son courant est plus impétueux
que celui de cette dernière. Les bords de la rivière Grey sont
absolument déserts et inhabités. Du reste, dans la plus grande
partie de son cours, elle coule au milieu de vastes plaines argi­
leuses, stériles pendant la saison sèche et inondées pendant
l’hivernage.
Nous quittons à deux heures la rive droite de la rivière Grey.
Nous traversons tout d’aborcl une vaste plaine argileuse bordée au
Sud par les collines qui la longent et au Nord-Est et au Nord

�ANDRE RANÇON

par celles qui bordent la Gambie. A 2 h. 35 nous traversons les
trois branches du marigot de Sambaia-Boulo. Dans cette partie
du cours de la Haute-Gambie, le mot Boulo signifie marigot
et on l’ajoute à son nom propre comme ailleurs on ajoute le
mot Kô. A 3 h. 45 nous franchissons celui de Boufé-na-Kolon
sur les bords duquel nous faisons la balte pour nous désaltérer
et faire boire les animaux; car ils ne pourront plus s’abreuver
jusqu’à Damentan. Les rives de tous les cours d’eau que nous
allons rencontrer jusque-là sont couvertes de télis et les noirs
prétendent que leurs eaux empoisonnées par ce végétal sont
fatales aux animaux mais non aux hommes. Quoiqu’il en puisse
être, je ne tiens pas à expérimenter leur action sur mon
propre cheval. Il m’est trop précieux pour que je me permette
une semblable fantaisie. Enfin, à 5 heures, nous arrivons sur
les bords du marigot de Konkou-Oulôu-Boulo. Nous le franchis­
sons et allons camper sur la rive opposée au milieu d’un beau
bouquet de télis gigantesques. Les deux rives en sont couvertes
et leurs feuilles en couvrent le sol. Aussi faut-il prendre de
grandes précautions pour que les animaux n’en mangent pas.
En moins d’une heure, mes hommes m’ont construit un gourbi
fort confortable, et à huit heures, après avoir copieusement
dîné, tout le monde se couche : terrassé par la fatigue, chacun
s’endort rapidement.
Du campement’ de Tabali à celui de Koulou-Oulou-Boulo, la
distance est de 29 k. m. 500 environ et la route suit une direc­
tion générale Sud-Sud-Est. Dans tout ce trajet, on ne trouve
pour ainsi dire partout que des argiles compactes. En deux ou
trois endroits, la roche ferrugineuse et les quartz émergent en
plateaux peu étendus. Les marais et les marigots sont à fond
de vase, sauf celui de Konkou-Oulou-Boulo, qui est à fond de
sable, mais dont les bords sont couverts d’alluvions récentes
qui en rendent le passage fort difficile. Les bords et le fond
de la rivière Grey sont formés d’argiles compactes.
Au point de vue botanique, la llore est des plus pauvres. Les
bords du Konkou-Oulou-Boulo sont couverts de télis. Dans les
plaines c’est la brousse et le marais dans toute l’acception du mot.
Cypéracées et joncées y abondent. Les deux rives de la rivière Grey
sont excessivement boisées. On y trouve de superbes rôniers, de

��242

ANDRÉ RANÇON

beaux ficus et de nombreux échantillons de deux lianes très com­
munes dans toute cette région, le Delhi et le Bonglii. Sur les pla­
teaux ferrugineux nous ne trouvons à signaler que quelques
maigres graminées et quelques rares végétaux nommés « Barambara », par les indigènes, et dont ils utilisent les racines comme
fébrifuge.
Le Delhi est une liane de la famille des Apocynées dont le feuil­
lage rappelle celui du Laré et du Saba dont nous avons parlé plus
haut. Il croît de préférence sur les hauts plateaux et en moins
grande quantité sur les bords des rivières, fleuves et marigots. On
le trouve partout au Soudan. Ce sont les peuples de race Peullie
qui lui ont donné le seul nom sous lequel nous la connaissions.
Elle n’acquiert que rarement de grandes dimensions et son pied a,
tout au plus, 6 à 8 centimètres de diamètre. Ses fleurs blanches ont
à peu de chose près les caractères macroscopiques de celles du Laré,
et, comme elles, ressemblent à celles du jasmin dont elles rap­
pellent un peu fodeur. Le fruit est un follicule sec qui contient
environ 25 à 30 graines comprimées. Il est mûr vers la fin de mars.
Son aspect grêle et chétif ne permet pas de la confondre avec le
Laré. Comme cette dernière, elle laisse découler à l’incision un suc
blanc laiteux, très aqueux et qui poisse les doigts. Nous serions
tentés de croire que ce n ’est autre chose qu’un caoutchouc de
mauvaise qualité. Pendant la saison sèche, ce suc fait absolument
défaut. On n’en trouve que pendant l’hivernage et encore en très
petite quantité. Les indigènes, du Niocolo notamment, se
servent des feuilles pour panser certains ulcères de mauvaise
nature. Nous ne voyons pas trop quelle pourrait être leur action
thérapeutique. Cette plante doit être, d’après le professeur Heckel,
le Vahea Heudelotii A. D. C.
Le Bonghi, ainsi nommé par les peuples de race Peulhe, est appelé
Nomho par les Bambaras et les Malinkés. C’est encore une belle
liane de la famille des Apocynées. Elle croît de préférence dans les
bas-fonds humides, et est très rare. Nous ne l’avons trouvée en
grande quantité qu’aux environs de Dalafinedans le Tiali. On la
rencontre, il est vrai, un peu partout au Soudan. Mais elle est
partout très clairsemée. Elle acquiert de grandes dimensions
surtout dans les terrains très humides, et elle est facile à recon­
naître à son port majestueux et au dôme de verdure qu’elle forme

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

243

au-dessus des végétaux auxquels elle s’attache. Son feuillage
rappelle celui du Laré et celui du Delhi, mais ses fleurs ne per­
mettent pas de la confondre avec ces deux dernières lianes. Au lieu
d’être blanches elles sont rosées, volumineuses et leur calice est
hypocratérimorphe. Elle donne à l’incision un suc blanc laiteux,
aqueux et qui poisse les doigts. Contrairement au Delhi, elle en
laisse découler en toutes saisons, mais en bien plus grande quantité
pendant l’hivernage que pendant la saison sèche. A cette époque de
l’année, c’est à peine s’il vient sourdre, peu après l’incision,
quelques rares gouttelettes qui se coagulent immédiatement et
donnent un produit ayant l’aspect de celui que l’on obtient du
Laré. Pendant l’hivernage, au contraire, le rendement est bien
plus considérable, sans cependant égaler ce que l’on obtient du
Laré. Les indigènes n’emploient le Delhi à aucun usage. Cette
plante, d’après l’opinion du professeur Heckel, serait le Vahea
florida F. Mueller.
Le Barambara est un petit arbuste qui croît, de préférence, sur
les plateaux rocheux, dans les terrains pauvres et dans l’interstice
des roches, il nous a semblé être une Combretacée, mais nous ne
saurions l’affirmer. Ses feuilles sont peltées, de petites dimen­
sions. Leur face supérieure est d’un vert pâle et leur face inférieure
blanchâtre est couverte de poils qui donnent au toucher la sensa­
tion du velours. Cette couleur caractéristique du feuillage permet
de reconnaître la plante de loin. Son port est celui d’un petit
arbuste d’un mètre soixante centimètres de hauteur au plus. Si on
écrase les feuilles dans la main, elles dégagent une odeur vireuse
très prononcée. Les fleurs sont jaunâtres, toujours peu nombreuses,
et les fruits ont l’apparence d’une drupe très coriace. La tige est
cylindrique, généralement courte, et les rameaux s’en détachent à
trente centimètres au plus du sol. Il vient par touffes de huit à dix
pieds au plus. Les jeunes rameaux sont polyédriques, à côtes très
prononcées. Leur écorce est vert pâle, tandis que celle des rameaux
principaux et de la tige est plutôt blanchâtre. Cet arbuste est très
commun dans tout le Soudan. Ses rameaux servent partout aux
indigènes pour se nettoyer les dents. Voici comment : on en coupe
un fragment d’environ quinze centimètres de longueur. Son
diamètre ne doit pas avoir guère plus d’un centimètre au grand
maximum. On mâche une des extrémités de façon à en faire une

�244

ANDRÉ RANÇON

véritable brosse avec laquelle on se frotte ensuite les dents. Ce
procédé est excellent.
Je crois que c’est à son fréquent emploi que les noirs doivent
de conserver si longtemps à leurs dents leur éclatante blancheur.
De plus, le tannin qui s’y trouve en grande quantité contribue
beaucoup à conserver aux gencives leur fermeté et leur tonicité.
Beaucoup de végétaux servent à cet usage, mais au Soudan parti­
culièrement, c’est le barambara qui jouit de la plus grande faveur.
Sur tous les marchés on trouve ces petites tiges de bois. Elles se
vendent couramment cinq centimes les cinq. Les Ouolofs leur
donnent le nom de Sottio. Les Malinkés de la Haute-Gambie
vantent les propriétés fébrifuges de ses racines. Ils les emploient
fraîches ou sèches en décoction et en macération. Dans le premier
cas, si on se sert de racines fraîches, on en prend environ deux
cents grammes de petits fragments munis de leur écorce. On fait
macérer pendant vingt-quatre heures dans environ un litre d’eau.
D’autre part, on fabrique avec la même quantité que l’on fait
bouillir dans deux litres et demi d’eau une légère tisane. La
macération est administrée au début de l’accès de fièvre et la
tisane entre les accès. Cette médication donnerait, paraît-il, de bons
résultats. Nous n’avons jamais été à même de les constater. Si, au
contraire, on emploie la racine sèche, on la réduit en petits
fragments que l’on pile de façon à en faire une poudre assez
grossière. On prend environ cent grammes de cette poudre que
l’on met à macérer pendant vingt-quatre heures dans environ 750 gr.
d’eau. Pour la tisane, on met à bouillir dans deux litres d’eau à
peu près cinquante grammes de cette poudre que l’on a, au
préalable, enveloppée dans un petit morceau d’étoffe. L’adminis­
tration se fait comme ci-dessus. La racine fraîche serait, paraît-il,
plus active que la racine sèche.
49 décembre. — La nuit se passe sans incidents, et, à 5 heures 15
du matin, nous levons le camp et nous nous mettons en route pour
Damentan. Jusqu’au jour, la marche est relativement lente. Mais
dès que la lumière se fait nous reprenons bientôt notre allure
ordinaire. A 7 heures, pendant la halte, j’expédie deux hommes
au village pour annoncer mon arrivée au chef. Nous traversons
successivement et sans difficultés les marigots de Samasindio et de
Boulodiaroto. A 8 heures 40, nous sommes au marigot de Damentan

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

245

où coule une eau limpide et claire. Les bords de ces marigots sont
couverts de superbes télis. Aussi est-il impossible d’y faire boire
nos chevaux. Il est 11 heures 40 quand nous arrivons enfin eu vue
du village. Au pied du petit monticule sur lequel est construit
Damentan, nous traversons une seconde fois le marigot de ce nom
sur un pont des plus primitifs. Ce pont est simplement formé
d’une longue pièce de bois qui repose sur les deux rives. Des
pieux plantés dans le fond du marigot la dépassent d’un mètre et
demi environ. Ils sont attachés au pont lui-même à l’aide de cordes
de baobab et à leur extrémité supérieure sont fixés par le même
procédé de l’un à l’autre des bambous qui servent de parapet. 11
n’y en a que du côté gauche du pont. Aussi faut-il faire pour le
traverser des merveilles d’équilibre. Le passage se fait sans aucun
accident. Mes hommes passent sans difficultés avec leurs charges sur
la tête. Mais, il faut desseller les chevaux et les conduire à la nage
sur l’autre rive. Nous y trouvons le fils du chef que son père a envoyé
à notre avance. Il est en grande tenue de guerre et accompagné de
plusieurs de ses hommes armés comme lui jusqu’aux dents. Il nous
souhaite la bienvenue et nous conduit au village dont toute la popu­
lation nous regarde avec des yeux étonnés. Je constate avec plaisir
que c’est dans sa case même que je suis logé. La case de mes hommes
et celle de Sandia et d’Almoudo sont voisines de la mienne.
La disfance qui sépare le marigot de Konkou-Oulou-Boulo de
Damentan est de 27 kilomètres 800 environ et la route suit une
direction générale qui est à peu près S.-S.-E. Toujours des argiles
compactes. Il n’y a qu’à quelques kilomètres avant d’arriver à
Damentan que nous trouvons un peu de latérite. La flore a
également peu varié. Nous ne signalerons seulement comme végé­
taux nouveaux que quelques rares échantillons de Karités qui se
trouvent entre le marigot de Boulodiaroto et celui de Damentan. Ce
sont les premiers que nous ayons rencontrés depuis notre départ
de Nétéhoulou. Je crois devoir à ce propos donner ici un résumé
succinct des observations que j’ai faites sur ce précieux végétal
et, si possible, le faire connaître au lecteur dans tous ses détails.
Le Karité (1) est un bel arbre de la famille des Sapotacées. C’est le
(1) Voir, au sujet de ce végétal précieux et de son utilisation, un travail du
professeur E louard Heckel intitulé « Un arbre à beurre et une nouvelle source
de Gulta » dans le journal La N ature, de G. Tissandier, 1885.

�246

ANDRÉ RANÇON

Butyrospermuih Parlai Don. Il est très facile à reconnaître dans la
brousse à ses feuilles d’un vert sombre, poussant en touffes
verticillées à l’extrémité des rameaux et à ses fruits qui sont
connus et fort appréciés non seulement des indigènes, mais encore

Karité ou Shee (Bulyrospermum Parkii). Feuilles d’après nature.
(Dessin de A. M. Marrot).

des Européens qui vivent au Soudan. Sa pulpe est très savoureuse
et sa graine sert à confectionner un beurre végétal dont nous
parlerons plus loin. Il en existe au Soudan deux variétés, le Mana et
Shee. C’est cette dernière qui est de beaucoup la plus commune.
Elle est facile à distinguer de sa congénère. Voici, du reste, leurs
caractères principaux : à première vue, on pourrait aisément les

�DANS LA HAUTE-CAMBIE

m

confondre, mais un examen attentif suffit pour dissiper rapidement
cette erreur. L’écorce du Mana est blanc grisâtre. Ses feuilles sont
moins vertes que celles du Shee. Son bois est moins rouge, sa
couleur se rapproche plutôt du jaune. Son fruit a bien la même
forme que celui du Shee, mais sa graine, au lieu d’être ovale, est
ronde, enfin, caractère distinctif capital, à l’incision, il ne laisse
dégoutter aucun suc en quelque saison et en quelque circonstance
que ce soit.
L’écorce du Shee est au contraire noirâtre et profondément fen­
dillée. Son bois est d’un rouge vif à la périphérie et le cœur en est
rouge tendre veiné de blanc et de jaune. Son feuillage est relative­
ment abondant. Ses fleurs sont blanches, portées à l’extrémité d’un
long pédoncule, et leurs étamines sont très nombreuses. Le fruit est
une drupe dont la pulpe est savoureuse. La graine est ovale et ren­
ferme une amande riche en matières grasses. La floraison a lieu du
milieu de janvier à la fin de février et les fruits sont mûrs dans les
premiers jours de juin ou juillet selon les régions. Ils tombent
quand ils sont arrivés à maturité complète, et sous les arbres le
sol est jonché de graines. Ces graines rancissent très vite, et pour
les faire germer, il faut avoir le soin de les recueillir sur le végétal
lui-même et de les mettre immédiatement en terre.
Le Shee, aussi bien que le Mana, du reste, se développe très
lentement, et c’est à peine si au bout de vingt ans environ, son
tronc acquiert un diamètre d’une vingtaine de centimètres.
On trouve le Karité, d’une façon générale, dans tout le Soudan
français. Disons toùt d’abord que le Shee est de beaucoup le plus
commun. On ne trouve guère le Mana que dans les régions méri­
dionales de la colonie et encore y est-il assez rare. Le Karité habite,
de préférence, les terrains à latérite et les terrains à roches ferru­
gineuses. Il est rare d’en trouver dans les argiles compactes. Nous
avons à ce point de vue remarqué que le Mana affectionnait surtout
ces derniers terrains, tandis que les premiers étaient particuliè­
rement aimés du Shee. On ne trouve que très rarement l’une et
l’autre espèce sur les bords des marigots. Elles fuient les terrains
vaseux et marécageux. Il n’est pas rare de voir de beaux échan­
tillons se développer parfois vigoureusement entre des rochers
où la terre végétale semble faire absolument défaut. En général,
les Karités qui poussent dans de semblables conditions atteignent

�248

ANDRÉ RANÇON

de faibles proportions et affectent des formes bizarres qui
frappent par leur étrangeté et leur monstrueux aspect. Les
Karités qui se développent, au contraire, dans les terrains riches
en latérite, sont de beaux végétaux, à tiges absolument droites et à
ramures et feuillages bien fournis. De ce qui précède, il est facile
de conclure quelle peut être l’aire d’extension de ce végétal.
Quoi qu’on en ait pu dire et quoi qu’on en puisse dire encore,
nous ne craignons pas d’affirmer que le Karité est très abondant au
Soudan français. On ne le rencontre, il est vrai, nulle part, en
forêts compactes, et, dans les régions où nous l’avons vu le plus
abondant, le Niocolo, par exemple, les pieds sont toujours distants
les uns des autres de 50 à 60 mètres environ. Ils n ’en sont pas
moins fort nombreux et nous estimons qu’il y en a partout une
quantité suffisante, pour, qu’au cas d’exploitation, on en obtienne
un rendement rémunérateur. Nous croyons, en outre, qu’il serait
très facile d’arriver à développer considérablement ce végétal par
les semis et la culture. Ce résultat pourrait même s’obtenir plus
aisément, si l’on pouvait empêcher les indigènes d’incendier, chaque
année, la brousse pour défricher les terrains qu’ils destinent à la
culture. Ces incendies ont, en effet, pour résultat, au point de vue
tout spécial qui nous intéresse, de détruire en grand nombre les
jeunes pieds de Karité et même ceux qui n ’offrent pas une résistance
suffisante. Mais aussi, hâtons-nous de dire que, chez les peuples du
Soudan, la routine a une telle puissance, qu’il sera, de longues
années, impossible de leur faire comprendre tout l’intérêt qu’ils
auraient à multiplier ce végétal et à le cultiver. On arrivera diffici­
lement à persuader au noir qu’il n’y a pas que les cultures à
rendement immédiat qui soient rémunératrices.
On ne trouve le Karité ni dans le Baol, ni dans le Saloum, le
Sine, le Fouta, le Ouli, le Sandougou, le Niani, le Bondou, etc., etc.,
c’est-à-dire dans aucun des pays dont le sol est formé de sables ou
d’argiles. Par contre on le trouve dans tout le Soudan, le FoutaDjallon et à l’Est, Schweinfurth l’a trouvé en grande quantité dans
le pays des Dinkas, des Bongos et des Niams-Niams. A l’Ouest il
commence à apparaître vers le 15° 10’ de longitude Ouest et au
Nord vers le 16° 22’ de latitude. Au Sud, on ne trouve plus les
espèces Shee et Mana au-dessous de la latitude de la Mellacorée.
La Karité peut servir à plusieurs usages. Son bois très fin et

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

249

très résistant peut ê!re employé avec succès pour la menuiserie et
le charpentage. La plupart des charpentes de nos postes du Soudan
sont construites avec ce bois, et, de ce fait, à Kita, Koundou,
Niagassola et Bammako on a été forcé d’en abattre des quantités
considérables. 11 a également servi à fabriquer bon nombre des
meubles qu’on y trouve. Les indigènes l’emploient principalement
pour la fabrication des mortiers et pilons à couscouss et pour la
confection de ces petits sièges sur lesquels les femmes s’assoient
dans la cour intérieure des cases.
Mais c’est surtout la graine qui leur est particulièrement pré­
cieuse. Ils en tirent un beurre végétal qui leur sert à assaisonner
leur couscouss, à fabriquer du savon, et à panser les plaies. Voici
comment ils extraient cette précieuse substance. La récolte faite,
on verse les graines dans de grands trous creusés généralement
clans les cours du village. On les laisse là pendant plusieurs mois.
Elles y perdent la pulpe qui les entoure et qui y pourrit. Les noix
retirées sont ensuite placées dans une sorte de four en argile où on
les fait sécher et griller assez de façon que leurs enveloppes
puissent facilement se détacher. L’amande est alors écrasée de
façon à former une pâte bien homogène. Cette pâte est plongée
dans l’eau froide où on la laisse pendant vingt-quatre heures, puis
battue, pétrie et tassée en forme de pains, enveloppée de feuilles
sèches et bien ficelée. Ces pains sont suspendus dans l’intérieur
des cases et peuvent ainsi se conserver pendant longtemps. Le prix
du beurre de Karité est d’environ deux francs le kilogramme dans
les pays de production. Il pourrait servir avantageusement en
Europe pour la fabrication du savon et des bougies, car il est très
riche en acides gras solides ; mais son prix de revient est trop élevé
pour qu’on puisse songer à l’utiliser sur une grande échelle. Son
goût est, au premier abord, assez répugnant. Cela tient à ce qu’il
n’est jamais pur. Pour la cuisine, on le fait fondre dans une grande
marmite, et, quand il est bouillant, on y projette avec la main
quelques gouttes d’eau froide qui, en se volatilisant, entraînent
avec elles les acides gras volatils. Ceux ci lui donnent sa saveur
désagréable et nauséabonde. Ainsi préparé, le beurre peut être
utilisé même pour la cuisine européenne. Nous nous en sommes
fréquemment servi pour notre usage personnel et nous nous y
sommes très vite habitué.

�250

ANDRÉ RANÇON

Le beurre de Karité sert également à panser les plaies. C’est un
excellent cérat. et nous en avons obtenu de bons résultats dans le
traitement d’ulcères anciens et pour panser les crevasses de nos
chevaux. Il est également précieux quand on a à soigner des plaies
résultant de brûlures profondes.
Si l’on incise l’écorce du Karité dans toute son épaisseur, la
blessure laisse couler un suc blanc laiteux qui, par évaporation,
donne de la gutta-percha. Nous avons fait, sur place, à ce sujet, les
études les plus complètes, nous nous contenterons de les résumer
ici, notre intention étant de publier prochainement sur cette impor­
tante question un mémoire des plus détaillés. Un Karité, arrivé
à complet développement, ne donne pas plus de 500 grammes de
suc, et encore en pratiquant sur toutes les parties de l’arbre et aux
époques les plus favorables une dizaine d’incisions.
Le rendement diffère suivant les saisons, les heures du jour
où on pratique les incisions, l’àge, l’état des végétaux et les régions
qu’ils habitent.
C’est pendant l’hivernage et à l’époque de la floraison que le
rendement est le plus considérable, c’est-à-dire de la fin de juin au
commencement de février. Pendant la saison sèche, de mars à juin,
il ne faut pas compter sur une récolte abondante.
La quantité de suc obtenue est bien plus faible pendant la
journée que le soir, le matin et la nuit.
L’àge des végétaux influe aussi sensiblement sur le rendement.
Il ne faut pas s'attaquer aux arbres trop jeunes ; car leur suc con­
tient une proportion d’eau considérable, à tel point qu’il se coagule
difficilement. De plus le produit obtenu n’est pas aussi bon que
lorsque le végétal est plus âgé. Il ne convient pas non plus d’inciser
des Karités trop âgés, car on n ’obtient que des quantités de suc
absolument insignifiantes. 11 est préférable de n’opérer que sur
des végétaux d’âge moyen et arrivés à complet développement.
C’est là que l’on aura les meilleurs résultats ; de plus l’arbre ne
souffre nullement de ces incisions, si nombreuses qu’elles puisseut
être.
Les végétaux sains doivent être préférés à ceux qui sont en
mauvais état, et ceux qui vivent sur les plateaux et les versants
des collines donnent un rendement plus considérable que ceux qui
croissent dans les vallées.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

251

Le suc ainsi obtenu est d’un blanc laiteux, sirupeux. Il poisse
les doigts et les rend collants. On ne peut guère s’en débarrasser
que par le raclage. Il se coagule rapidement sous l’action de la
chaleur solaire et par évaporation. Ce coagulum n’est autre chose
que de la gutta-percha. Si on l’obtient sur l’arbre même, il est d’un
brun rougeâtre et, sous une masse assez épaisse, il prend la couleur
noire chocolat très foncée. Cette coloration est due, croyons-nous,
aux substances colorantes, que renferme en plus l’écorce du végétal.
Obtenu dans un vase à l’air libre, il se présente, au contraire, sous
l’aspect d’une masse de couleur blanchâtre, légèrement teintée en
rose; vu sous une faible épaisseur, il est absolument opaque. Réduit
en boule et pétri, ce coagulum donne nu palper la sensation d’un
corps gras. Nous croyons, en effet, que la gutta du Karité n’est pas
absolument pure et doit contenir des matières grasses en quantité
relativement considérable.
Les indigènes n’extraient pas la gutta du Karité et le suc qu’il
donne ne leur sert à rien. Ils n’en connaissent pas les propriétés.
Je reçus à Damentan un accueil auquel j’étais loin de m’attendre;
car il m’avait été dit et répété maintes fois que les habitants de ce
gros village, musulmans fanatiques, n’étaient que des pillards et
des voleurs de grand chemin qui ne voudraient jamais entrer en
relations avec nous. Ma surprise et ma satisfaction furent donc
grandes lorsque j’entendis le chef me dire qu’ils seraient tous
heureux d’être nos amis et qu’il me priait de parler aux gens du
village pour les décider à « venir avec nous » (sic).
Dès que je fus installé dans la belle case qui avait été préparée
à mon intention, il me fit demander s’il pouvait venir me voir
sans me déranger. Almoudo le lit immédiatement entrer ainsi que
ses principaux notables. Je vis un beau vieillard d’environ 65 ans,
portant toute sa barbe en pointe et commençant à grisonner un
peu. Figure très intelligente, œil vif, type parfait du métis Toucouleur et Malinké, et pourtant il se dit Mandingue de pure race. AlphaNiabali, tel est son nom, est un fervent musulman. Il est connu
dans tous les environs, Tenda, Coniagué, Ouli, Niocolo, etc., etc.,
comme un marabout fameux, à telles enseignes, qu’on ne l’appelle
guère que Damentan-Moro ou Alpha-Moro (Moro en Mandingue du
Sud siguifie Marabout). Par son intelligence, son énergie et son ini­
tiative, il a su se créer là un sort des plus heureux pour un noir.

�252

A NI) HK RANÇON

A peine fut-il assis, et à peine eûmes-nous échangé les politesses
d’usage et les serrements de main habituels en pareille circonstance,
qu’il me déclara qu’il était très heureux de me voir. Il avait appris
que j’étais resté longtemps à Nétéboulou, que j’y avais été très
malade et qu’il se disposait à m’envoyer son fils pour me saluer
lorsqu'on lui avait annoncé ma prochaine arrivée. Il désirait beau­
coup voir un officier français dans son village: car il n’ignorait
pas tous les mauvais bruits qu’on faisait courir sur son compte
dans tout le pays. Il voulait être notre ami et faire « un papier
avec nous ». Jamais il n’avait reçu de blancs dans son village,
j’étais le premier et je n’aurais qu’à me louer d’avoir eu confiance
en lui et de ne pas avoir écouté ceux qui avaient voulu m’empêcher
de venir le voir. « Tu peux rester ici tant que tu voudras, tu es
chez toi, Bissimilahi, et je ne vous laisserai manquer de rien ».
C’était la meilleure des réceptions, car, en général, un chef
noir se gardera bien de mal traiter l’hôte auquel il aurait dit :
« Bissimilahi ». C’est dans tout le Soudan le souhait de bien­
venue qui vous assure d’une cordiale hospitalité. Aussi le voyageur
se gardera bien de séjourner longtemps chez celui qui ne le lui
aura pas donné. Sur ces paroles, il nie quitta, car il voyait bien
que je n’étais pas encore « fort » et que j’avais besoin de me
« reposer ». « Nous causerons mieux plus tard ». Nous nous ser­
râmes de nouveau la main et il sortit de ma case suivi de tous ceux
qui l'avaient accompagné. Il était à peine rentré chez lui qu’il
m’envoya par son fils un superbe bœuf « pour mon déjeuner » et
du couscouss de mil et de riz pour mes hommes, en si grande
quantité que Samba, mon cuisinier, l’estomac le plus complaisant
de ma caravane, déclara qu’on serait « plein » avant d’avoir tout
mangé. Un des hommes de Sandia fit l’office de boucher et coupa
le cou au bœuf. En quelques minutes, il fut dépouillé et dépecé. Je
pus en manger un bon bifteck et je ne manquai pas d’envoyer à
Alpha un quartier de devant. C’est le morceau qui est toujours
donné aux chefs. Le reste fut distribué entre mes hommes, les
gens du Kantora et les habitants du village. Ce jour-là ce fut à
Damentan une bombance générale.
Dans la journée, les Malinkés de Son-Counda me demandèrent
à retourner chez eux, car il pourrait bien se faire, disaient-ils, que
me sachant parti, Moussa-Molo vienne les attaquer. Bien que je

�fusse intimement persuadé qu’il n ’en serait rien, je leur lis dire
par Sandia qu’ils étaient libres de me quitter quand ils voudraient
et je les congédiai en leur faisant un petit cadeau. Maudia, le
frère du chef du Kantora, resta cependant et m’accompagna au
Coniaguié et jusque dans le Tenda.
Heureux de l’accueil qui m’avait été fait, je décidai de rester
deux jours à Damentan dans le but de décider le village à
conclure une entente avec nous et de prendre tous les renseigne­
ments possibles sur le pays et sur ses voisins.
La journée se pas'sa sans incidents, et le soir, vers 5 heures,
j’allai rendre au chef sa visite. Notre conversation fut des plus
cordiales. Je lui fis part du projet que j’avais formé d’aller au
Coniaguié. Il en fut stupéfait et me déclara net que je n’en
reviendrais pas; car, me dit-il, « les gens de ce pays sont de mau­
vais hommes qui ne donnent jamais un grain de mil au voyageur.
Ce sont de véritables bœufs (missio) ». Je ne crus pas devoir lui
cacher que j’étais absolument décidé à faire le voyage et que rien ne
pourrait modifier ma résolution. 11 me promit alors de me donner
tout ce dont j’aurais besoin pour mener à bien mon entreprise et
qu’il ordonnerait à cent de ses guerriers de m’accompagner, car
sans cela on me « couperait sûrement le cou ». Je le remerciai de ses
bonnes intentions et lui déclarai que mon intention était de n’em­
mener aucun homme armé et que, du reste, il pouvait constater
que moi-même je n’avais ni sabre, ni fusil, ni revolver. Je ne lui
demanderais simplement que quelques hommes pour seconder les
miens et pour porter mes bagages. Ce à quoi il me répondit que je
pouvais emmener tout son village si cela me plaisait, que j’étais le
maître de faire comme bon me semblerait, mais que je me repen­
tirais peut-être de ne pas avoir suivi ses conseils. Je le rassurai
du mieux que je pus et nous nous quittâmes à la nuit tombante
après avoir décidé que, le lendemain matin, dans un grand palabre,
j’exposerais aux notables tous les avantages qu’ils auraient à se lier
d’amitié avec nous.
Je rentrai fort satisfait dans ma case et quelques minutes après5
j’entendis dans la mosquée qui était proche de mon habitation
psalmodier le « Lahilahi Allah ». Je n’avais, du reste, entendu
pendant toute la journée que ces paroles monotones et je m’étais
bien gardé de suivre le conseil d’Almoudo qui voulait aller dire

�254

ANDRÉ RANÇON

aux fidèles que le bruit de leurs voix m’importunait. Dans les con­
ditions où je me trouvais, une semblable démarche n’aurait pas
manqué de m’être préjudiciable.
20 décembre. — La nuit a été excellente. La température était
un peu chaude, par exemple. Toute la nuit le vent de Nord-Est a
soufflé. Malgré cela, j’ai très bien dormi, et au réveil, le chef
m’envoie pour mon déjeuner deux beaux poulets. Ils viennent du
Coniaguié, m édit Sandia, et ressemblent en tout à nos plus belles
volailles d’Europe. A 9 heures, je me rends au palabre qui avait été
décidé la veille. Sandia, Mandia et Almoudo m’accompagnent. Ils
ont pour la circonstance revêtu leurs plus beaux vêtements.
Almoudo et Mandia ont pris leurs longs boubous blancs et Sandia
un beau boubou en soie verte, présent de M. l’agent de la Compagnie
Française de Mac-Carthy, par-dessus lequel il a jeté son manteau
de chef. Tous ont coiffé le petit bonnet blanc Toucouleur. C’est,
dans la case d’entrée du tata d’Alpha que doit avoir lieu le palabre.
Quand nous y arrivons tous les notables y sont réunis déjà. Des
nattes ont été étendues sur le sol à notre intention et en face
de celle sur laquelle je dois m’asseoir une peau de bœuf attend
le chef du village. Il entre en même temps que moi par la porte
opposée à celle par laquelle nous sommes venus. Chacun s’asseoit
à sa place marquée d’avance suivant l’étiquette observée en pareille
circonstance. A ma droite Sandia et Mandia, à ma gauche Almoudo
et mon vieux palefrenier Samba, qui, par sa race et sa naissance,
avait accès dans toutes les cérémonies noires. En face de moi, AlphaNiabali, derrière lui et en cercle ses notables. A la porte qui donne
accès dans le village se tiennent bon nombre des habitants qui, par
leur rang, ne peuvent pas prendre part au palabre. A la porte qui
permet d’entrer dans l’habitation d’Alpha sont ses femmes, ses
enfants et ses captifs. Après les avoir tous salués, j’expose en peu
de phrases tout l’avantage qu’ils auront à se placer sous notre
protectorat. Je leur montre ce que nous faisons pour nos amis et
comment nous traitons nos ennemis. Almoudo traduit textuelle­
ment nos paroles, Sandia et Mandia font leur petit discours et je
me retire pour les laisser délibérer. Leur réponse ne se fit pas
attendre, et j’étais à peine revenu dans ma case qu’Alpha vint m’y
trouver, m’annonça que tout le monde avait trouvé que j’avais dit
de « bonnes paroles », et qu’on serait enchanté d’être avec les

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

255

Français. Gomme je n’avais aucune qualité pour signer avec lui un
traité provisoire, il fut décidé d’un commun accord qu’à mon
retour du Goniaguié, son fils et un notable auxquels il déléguerait
tous ses pouvoirs m’accompagnerait jusque dans le Tenda et de là
irait avec Sandia à Nétéboulou à la rencontre du commandant de
Bakel, le capitaine Roux, qui devait s’y trouver dans les premiers
jours de janvier et qui était l’agent politique tout désigné pour
terminer cette affaire. Tout s’arrangeait donc au gré de mes désirs
et par cette combinaison notre autorité s’établissait sans conteste,
sur toute cette partie de la rive gauche de la Gambie qui s’étend
du confluent de la rivière Grey au Niocolo. Avec le Tenda et le
Badon déjà en notre possession, tout le haut-cours de la Gambie
allait être ainsi placé sous notre protectorat.
Vers onze heures du matin arriva à Damentan un Coniaguié
qui venait directement d’Yffané, la résidence du chef du pays. Il
fut littéralement passé en revue par mes hommes et son costume
plus que primitif que nous décrirons plus loin les stupéfia tous. Je
le fis manger et après qu’il eut pris quelques heures de repos, je
l’expédiai vers quatre heures du soir à son chef pour lui annoncer
ma visite prochaine.
Je fis alors mes préparatifs de départ, car je comptais quitter
Damentan, le lendemain, dans l’après-midi. A cet effet, je confiai à
Alpha-Niabali tous les bagages qui m’étaient inutiles. Je ne gardai
que ceux dont j’avais besoin pour ma route, et, après avoir bien
choisi, j’arrêtai à neuf le nombre des porteurs qui me seraient
nécessaires. Le chef me déclara, à ce sujet, qu’ils seraient à ma
disposition quand je voudrais. Tranquille alors à ce point de vue,
j’allai dans la soirée visiter les environs du village avec Almoudo
et Sandia. Partout, je ne trouvrai que de belles rizières, de grands
lougans de mil, maïs, arachides, et autour du village de nombreux
jardins d'oignons, tomates, oseille, gombos, etc., etc. Mais ce qui
attira le plus mon attention, ce furent de beaux échantillons de
ricin plantés en bordure autour d’un lougan d’arachides.
Le Ricin (Ricinus commuais L.) croît à merveille au Sénégal et
au Soudan, mais il n’est guère cultivé qu’au Sénégal, dans le Cayor,
et encore depuis quelques années seulement, grâce à l’intelligente
initiative de M. le Docteur Castaing, pharmacien principal de la
marine. Les indigènes n ’aiment généralement pas à en ensemencer

�ANDRE RANÇON

N’taba (Sterculia cordifolia).

A, feuille. — B, feuilles et fruits.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

257

leurs lougans, car ils prétendent que ce végétal nuit à leurs autres
cultures. Le fait est qu’il prolifère avec une grande rapidité et finit
par couvrir de ses rejetons, en peu de temps, de grandes étendues
de terrain, et sa destruction demande beaucoup de travail, ce qui,
on le sait, n’est guère l’affaire du noir. La graine du ricin du
Sénégal et du Soudan est plus petite que celle des ricins d’Amé­
rique, mais elle jouit des mêmes propriétés purgatives et l’huile
qu’elle donne peut être employée, avec avantages, aux mêmes
usages. Cette graine est ovoïde, convexe du côté externe, aplatie
avec un angle longitudinal peu saillant du côté interne. Sa surface
est généralement lisse et luisante, grise avec des taches brunes. Sa
largeur est d’environ huit millimètres.
Le ricin donne au Sénégal et au Soudan un rendement consi­
dérable. Il pourrait, de ce fait, faire l’objet de transactions commer­
ciales importantes. Déjà; les résultats obtenus dans la banlieue de
Saint-Louis sont des plus satisfaisants et la compagnie française le
paye couramment dans le Cayor vingt et vingt-cinq francs la
barrique. Il serait facile de le cultiver en grand au Soudan. Cette
plante ne demandant que peu de soins et croissant, pour ainsi dire
spontanément, les indigènes en feraient de belles plantations, si,
surtout, on s’efforçait de leur faire comprendre tout le bénéfice
qu’ils en pourraient retirer.

André Rançon. — 17.

��DANS LA HAUTE-GAMBIE

259

Le pays de Damentan est à peu près inconnu. Je crois être
le premier Européen qui l’ait visité. Avant nous un mulâtre de
Bathurst allant au Fouta-Djallon pour y commercer était passé par
ce pays. 11 ne s’y était reposé que peu de temps, et, sur l'ordre du
chef, qui, cependant, l’avait fort bien reçu, avait du continuer sa
route vers Timbo. Je tiens cela du chef même de Damentan.
Ce pays est fort intéressant à bien des points de vue. Nous
avons pu l’étudier en détail et consciencieusement pendant les
quelques jours que nous y sommes restés. Nous l’avons parcouru
de l’Ouest à l’Est et du Nord-Ouest au Sud-Est. Aussi, croyons-nous
pouvoir en donner une description à peu près exacte.
imites. Frontières. — D’après les renseignements que nous
nous sommes procurés, le pays de Damentan serait compris dans
les limites extrêmes suivantes. 11 serait compris entre les 15° 53’ et
et 15° 14’ de longitude Ouest et entre les 13° 12’ et 12° 43’ de
latitude Nord. C’est, comme on le voit, un pays assez étendu. Il est
b;en entendu que ces limites sont absolument approximatives.
Il a pour frontières: au Nord, la Gambie; à l’Ouest, la rivière
Grey ou Koulontou et une partie de la branche descendante du
grand coude que forme la Gambie en face du Tenda. Au Sud-Ouest,
les frontières sont mal définies. On pourrait toutefois lui assigner
la corde du grand coude que forme en cette région la rivière Grey.
Mais tout cela est bien fictif et incertain. Enfin, au Nord-Est, au Sud
et à l’Est, le marigot de Nomandi lui forme une frontière à peu
près naturelle.
Il confine au Nord, au Tenda et au Ouli dont le sépare la Gambie,
à l’Ouest au Kautora et à ce territoire désert et inhabité qui le
sépare du Fouladougou. Au Sud, son territoire touche à celui de
Pajady et de Toumbin et enfin au Nord-Est et au Sud-Est il a pour
voisin le pays de Coniaguié.
Par sa situation, le pays de Damentan est assez isolé ou du
moins, il est assez éloigné de tout voisin. Malgré cela, Damentan
est un lieu de passage pour les dioulas, assez fréquenté surtout par
ceux qui viennent du pays de Bassaré et de Coniaguié ainsi que de
Toumbin et de Pajady et qui se rendent à Yabouteguenda et à MacCart.hy pour y faire leurs échanges.
Aspect général. — D’une façon générale, nous pouvons dire que

�ANDRE RANÇON

le pays de Damentan est dans sa partie Ouest un pays de plaines
et dans sa partie Sud et Sud-Est un pays de montagnes, ou plutôt
il offre de nombreuses collines assez élevées, entrecoupées de vallées
profondes dans lesquelles coulent des marigots. L’aspect de cette
région plaît, et nous délasse des immenses plaines nues et arides du
Kantora et du Tenda. La végétation sur les crêtes des collines et sur
les plateaux rocheux est, bien entendu, pauvre et peu importante ;
mais dans les vallées et sur les bords des marigots, elle acquiert
une étonnante vigueur et rappelle celle des pays tropicaux du Sud.
En résumé, l’aspect général du pays de Damentan diffère sensible­
ment de tout ce que nous avons vu jusqu’à ce jour, du moins dans
certaines régions. Dans le courant de ce travail nous verrons à quoi
tiennent ces différences capitales, et appréciables pour l’œil même
le moins exercé.
Si nous prenons ses points extrêmes, sa plus grande longueur,
mesurée de l’Ouest à l’Est, atteindrait environ 115 kilomètres, et sa
plus grande largeur,mesurée du Sud au Nord,aurait à peine 80 kilo­
mètres. Sa superficie serait environ de 9000 kilomètres carrés.Mais,
nous le répétons, toutes ces mensurations sont absolument approxi­
matives et n’ont rien de certain.
Hydrologie. — Le pays de Damentan appartient tout entier au
bassin de la Gambie. C’est, en effet, ce fleuve et son affluent, la
rivière Grey, qui reçoivent tous les marigots qui l’arrosent, et sous
ce rapport, il est très bien partagé. De plus, l’eau est courante dans
la plupart des marigots. La plupart de ceux qui arrosent sa partie
Ouest se jettent dans cette rivière et ceux que l’on trouve dans les
parties Est et Sud-Est sont tributaires de la Gambie. L’eau de ces
marigots est toujours claire et limpide, et, ce qui n’est point à
dédaigner/pour ceux qui voyagent dans ces contrées, délicieuse
à boire.
La Gambie, dans tout son parcours dans le pays de Damentan,
est navigable pendant toute l’année pour les chalands à faible
tirant d’eau ; mais elle ne l’est pour aucune sorte de bateau à
vapeur. Elle fait de nombreux détours surtout à partir du Tenda
jusqu’à l’embouchure de la rivière Grey.
A partir du gué, où on la traverse en face de Damentan, jus­
qu’au point où elle quitte ce territoire, son cours est beaucoup
plus régulier.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

261

Ses rives sont excessivement boisées et, pendant la saison
sèche, ses bords sont absolument à pic et d’un accès fort difficile.
La rivière Grey, dans sa partie qui coule dans le pays de
Damentan, offre le même régime. Elle pourrait être navigable
pendant une centaine de kilomètres pour les chalands de faible
tirant d’eau. En tout temps, l’eau y coule.
Les marigots qui arrosent la partie Ouest du pays de Damentan
sont relativement nombreux. Ils sont tous tributaires de la rivière
Grey. Nous citerons tout d’abord, en allant de l'Ouest à l’Est, le
marigot de Sambaïa que l’on rencontre à peu de distance de la
rivière et qui se divise en trois branches. A 6 ou 8 kilomètres de
là se trouve le marigot de Boufé-na-Kolon, qui coule dans une vaste
plaine marécageuse, dont, pendant l’hivernage, il draine les eaux
qu’il conduit à la rivière Grey. Nous en dirons autant du marigot
de Konkou-Oulou-Boulo, dont les eaux sont toujours courantes, claires
et limpides. Les marigots de Samasindio et de Bolidiaro que l’on
trouve ensuite sont de peu d’importance. Il n’en est pas de même
du marigot de Damentan que l’on trouve à environ douze kilo­
mètres de ce village. Ce marigot, qui se jette dans la rivière Grey, se
dirige du Sud-Est au Nord, à peu de distance de Damentan, il se
divise en deux branches qui passent non loin du village et arrosent
et fertilisent la vallée dans laquelle il est construit. Ces marigots
sont pour nous plutôt de véritables collecteurs que des marigots à
proprement parler.
Les marigots qui arrosent les régions Sud-Est et Sud-Ouest du
pays de Damentan se jettent dans la Gambie. D’après les indigènes,
le marigot de Niantafara ferait communiquer directement la
Gambie avec la rivière Grey. A six kilomètres de Damentan nous
rencontrons d’abord le marigot de Mahéré qui traverse la route de
Damentan à Bady et qui reçoit celui de Bamboulo, puis vient celui
de Niantafara, puis ceux de Filaridi et de Nomandi. Ce dernier
forme la séparation entre le pays de Damentan et le pays des
Coniaguiés. Il reçoit lui-même un autre marigot de peu d’impor­
tance, celui de Talidian.
Le pays de Damentan est, on le voit, supérieurement arrosé.
Outre les marigots que nous venons de citer, il en existe un grand
nombre d’autres, affluents de ces derniers, mais peu importants.
Mentionnons encore de nombreux marécages, surtout aux envi-

�ANDRE RANÇON

rons de Damentan, et qui sont transformés en belles rizières.
En résumé, l’hydrologie du pays de Damentan est carac­
térisée, d’après les renseignements que j’ai pu recueillir, par ce
fait que la plupart des cours d’eau que l’on y rencontre com­
muniquent entre eux. C’est un lacis inextricable dont il serait
bien difficile de démêler les fils d’une façon méthodique. Quoi­
qu’il en soit, il ressort de cet examen ce fait indiscutable que la
Gambie est le grand régulateur de ce réseau étrange. Marigots
et rivières suivent absolument les fluctuations de son cours.
Si elle baisse, ils baissent, si, au contraire, son niveau monte,
de même montera celui des cours d’eau qui en sont tribu­
taires. On comprendra alors aisément, d’après ce que nous
venons de dire, que tous ces cours d’eau soient soumis à des
crues très rapides et à des baisses considérables, le régime
des eaux de la Gambie, étant, du reste, comme celui de tous
les fleuves africains, excessivement capricieux.
Orographie. — L’orographie du pays de Damentan est des
plus simples, et de ce que nous venons de dire de son hydro­
logie, il est facile de déduire ce que doivent être les reliefs
du sol.
Dans toute la'partie qui s’étend de la rivière Grey au marigot
de Damentan, on ne rencontre guère que de petites collines sans
importance, mais qui sont suffisantes pour bien déterminer et
établir le cours des marigots. Ces collines sont généralement
orientées S.-S.-O., N.-N.-E. et leur plus grande élévation n’atteint
pas trente mètres. De même la vallée de la rivière Grey est
limitée par deux rangées de collines qui la suivent dans tout
son cours et vont se rattacher au plateau de Toumbin et de
Pajady. La Gambie coule au pied d’une ligne de collines dont
nous avons vu maints tronçons et que nous retrouvons dans
tout son parcours.
Le marigot de Damentan coule entre deux rangées de col­
lines assez élevées qui enserrent une vallée de la plus ravis­
sante fertilité. Ces collines sont excessivement boisées et lors­
que le marigot, dans cette verdoyante vallée, s’est divisé en
deux branches, il coule au pied d’un petit monticule sur lequel
s’élève le village de Damentan.
A partir de là, à mesure que l’on s’avance dans le Sud-Est,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

263

l’orographie devient, pour ainsi dire, d’une régularité mathé­
matique. On traverse d’abord la vallée de Damentan du Nord-Ouest
au Sud-Est. On gravit ensuite le flanc de la colline Sud-Est, le long
de laquelle coule la branche Sud-Est du marigot. Son sommet
s’étend en un vaste plateau ferrugineux au pied duquel, au Sud,
coule le marigot de Bamboulo dans une étroite vallée peu favorisée
sous le rapport de la végétation, et il en est de même à mesure que
l’on s’avance dans le Sud. Aux collines dont le sommet s’étale en
plateaux et dont les versants sont assez doux, succèdent d’étroites
vallées dans lesquelles coulent les marigots. Ces collines absolu­
ment parallèles ont toutes la même orientation Nord-Nord-Est,
Sud-Sud-Ouest, et sont situées à des distances à peu près égales les
unes des autres. Cette disposition orographique est une des plus
curieuses que nous ayons vues au Soudan. Elle découle, comme on
le voit, d’un système orographique des plus simples et des plus
rationnels.
D’après les renseignements que nous avons pu avoir, ces
collines se continueraient ainsi jusqu’à la Gambie d’une part sur
les bords de laquelle elles viendraient mourir, et d’autre part, elles
rejoindraient là la ligne de collines qui longe la rive droite de la
rivière Grey. Au fur et à mesure que l’on avance dans le Sud-Est,
le terrain s’élève d’une façon sensib'le. Cette particularité est toute
évidente; car, s’il en était autrement, les marigots ne seraient plus
au même niveau que la Gambie dont la cote augmente évidem­
ment, à mesure que l’on remonte vers sa source, et ils seraient
rapidement desséchés. Comme on le voit, l’orographie du pays de
Damentan peut permettre d’éclaircir bien des points obscurs de
son hydrologie, et, pour connaître l’une, il est indispensable de
bien connaître l’autre.
Constitution géologique du sol. — La constitution géologique du
sol du pays de Damentan diffère peu de celle des autres pays du
Soudan. C’est toujours la même uniformité dans la composition du
sous-sol et des terrains qui les recouvrent. De l’étude orographique
et hydrologique qui précède, il est facile d’en déduire quelle doit
être la distribution des différents terrains. De ce que nous avons
dit de la partie Ouest de cette région, il est évident que c’est là
surtout où nous trouverons les argiles compactes. Eu deux ou trois
endroits jusqu’au marigot de Konkou-Oulou-Boulo à la rivière

�264

ANDRÉ RANÇON

Grey, on voit émerger la roche ferrugineuse et les quartz en pla­
teaux peu étendus. Les marais sont à fonds vaseux. Il en est de
même des marigots, sauf pour celui de Konkou-Oulou-Boulo, qui
est à fond de sable. Enfin à quelques kilomètres du village de
Damentan, nous voyons apparaître la latérite. La colline sur
laquelle est construit le village est uniquement formée de cette
sorte de terrain.
A partir de Damentan, nous trouvons des argiles dans les
vallées où coulent les marigots, quelques rares ilôts de latérite sur
les plateaux qui couronnent les collines. Beaucoup de marécages,
par exemple, où l’eau croupit sur un sous-sol de vase et d’argile.
Les roches que l’on y rencontre ne peuvent guère, du reste,
laisser de doutes sur la nature des terrains. Ce ne sont que des
quartz, roches et conglomérats ferrugineux à gangues argileuses,
et, en quelques rares endroits, dans les vallées, on peut trouver
quelques schistes qui émergent au niveau de la croûte argileuse.
En résumé, nous pouvons dire que le sol du pays de Damentan
peut, au point de vue géologique, être divisé en quatre sortes de
terrains :
1° Argiles compactes dans les plaines qui s’étendent le long de
la rivière Grey et de la Gambie, dans la partie Ouest et dans la
partie Nord du pays ;
2° Latérite aux environs de Damentan et dans quelques
endroits de la région Sud-Est ;
3° Marécages aux environs des marigots ;
4° Plateaux rocheux couronnant les sommets des collines.
Les sables font absolument défaut.
Le sous-sol est presque partout le même, du terrain ardoisier
dans les régions Ouest et Nord, des quartz, grès et argiles com­
pactes dans les autres parties.
La vallée de Damen tan présente, en outre, une couche d’humus
assez épaisse produite vraisemblablement par les détritus des végé­
taux qui la couvrent. Ce point est à signaler, car c’est la première
fois que nous rencontrons l’humus en une aussi grande étendue.
Flore. Productions du sol. Cultures. — La flore varie profondé­
ment suivant qu’on la considère dans les plaines, sur les plateaux
ou dans les vallées. Dans les plaines, où nous n’avons que des
terrains argileux et marécageux, nous ne trouvons que les espèces

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

265

propres aux marais, et encore sont-elles peu nombreuses. Peu ou
point de Joncées, mais énormément de Cypéracées. Par ci,\ parlà,
quelques arbres rabougris et quelques palmiers rôniers gigan­
tesques.
Sur les plateaux, végétation excessivement pauvre, la terre
faisant presque absolument défaut. Quelques maigres graminées,
quelques mimosées et de rares fromagers et baobabs sont les
espèces botaniques principales que l’on rencontre.
Il en est tout autrement dans les vallées, où nous sommes en
présence d’une végétation riche et puissante. Là nous trouvons les
grandes espèces végétales. Dans la vallée de Damentan, rôniers,
palmiers, caïl-cédrats, sterculiacées, légumineuses de toutes
sortes abondent et y atteignent des proportions énormes. Les
Karités (espèce Mana) y foisonnent et nous en avons vu beau­
coup dont le tronc atteignait aisément la grosseur du corps
d’un homme vigoureux. Ces végétaux se rencontrent encore en
assez grande quantité dans les vallées des marigots de Samasindio et de Bolidiaro. Les rives des marigots sont couvertes
d’une verdoyante et riche végétation. Parmi les espèces végé­
tales que nous y avons remarquées, nous citerons particu­
lièrement la liane à caoutchouc (Saba) qu’on y rencontre en
quantités vraiment surprenantes.
Comme il n’y a dans tout le pays qu’un seul village,
Damentan, c’est autour de lui que se trouvent toutes les cul­
tures'. Ainsi donc, la vallée, dans une minime partie et le
monticule sur lequel s’élève le village sont seuls cultivés. Mais
aussi, quelles cultures ! Dans la vallée et sur les bords du
marigot, aussi loin que la vue peut s’étendre, ce ne sont que
d’immenses rizières. Le riz y vient à merveille et il y est
d’une très bonne qualité. Il en a la renommée. Sur le plateau
où est construit le village, ce ne sont que lougans de toutes
sortes. Toutes les plantes cultivées au Soudan y prospèrent
d’une façon remarquable. Mil, coton, arachides, etc., tout y est
cultivé. Nous avons remarqué que les lougans y étaient bien
mieux entretenus que dans les autres pays.
Les marigots renferment en quantités considérables, surtout
ceux du Sud-Est, des pieds de Belancoumfo, sorte de purgatif

�266

ANDRÉ RANÇON

et en même temps de vermifuge fort en honneur chez les indi­
gènes. Nous y reviendrons plus loin.
Ce que nous venons de dire pour la vallée du marigot de
Damentan nous pourrions le répéter pour les vallées des autres
marigots. Aussi que de terres fertiles qui sont ainsi inutilisées,
faute de population! Et, la cause d’une semblable désolation,
il ne faut pas la chercher ailleurs que dans les guerres per­
pétuelles que se font les indigènes, dans le seul but de faire
des captifs et de piller.
Faune, animaux domestiques. — La faune du pays de Damen­
tan est des plus riches. On y trouve en grande quantité dans
les vallées et les montagnes, lions, panthères, lynx, singes,
etc., etc. Le gros gibier y est excessivement nombreux, et les
biches, sangliers, gazelles, antilopes s’y rencontrent un peu
partout. L’éléphant et l’hippopotame se trouvent dans les vastes
plaines qui bordent la Gambie et la rivière Grey. Les nom­
breuses traces que l’on y trouve de ces deux grands fauves
attestent qu’ils y vivent en grand nombre.
Les animaux domestiques y sont les mêmes que partout ailleurs.
Damentan possède un superbe troupeau de bœufs d’une centaine
de têtes de bétail. Grands et petits bœufs y sont mélangés; les
moutons, les chèvres y sont également nombreux, et les poulets se
rencontrent à chaque pas dans le village. Nous citerons pour
mémoire les chats et les chiens. Ces derniers sont très nombreux
et quelques chasseurs les dressent pour poursuivre la biche. Ceci
est cependant assez rare.
Populations. Filmographie. — Ainsi que nous l’avons dit plus
haut, il n’y a qu’un seul village dans ce pays relativement étendu,
Damentan. Il a été fondé par le chef actuel, Alpha-Niabali. Cette
histoire est curieuse à plus d’un titre. Alpha-Niabali est un Malinké
musulman, originaire du pays de Ghabou (aujourd’hui Fouladougou), du village de Mana. Lorsque son village fut pris par
Alpha-Molo, père de Moussa-Molo, il fut assez heureux pour
échapper avec quelques-uns des siens au massacre et à la captivité.
Il parvint donc avec peine et à travers mille périls à gagner avec
les quelques amis qui l’accompagnaient le pays de Bassaré. Il y
resta douze ans. Mais se sentant mal à l’aise chez des gens qui

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

n’avaient ni ses mœurs, ni ses coutumes, ni sa religion, il profita
de ce qu’il avait avec eux quelques contestations au sujet de terrains
pour s’en aller et venir avec sa famille et ses amis fonder dans la
vallée de Damentan le village de ce nom. Ils y avaient été attirés par
la beauté du site et surtout par l’excellente qualité de la terre.
Pendant quelques années, ce petit village De se composa que des
cases du chef et de celles de quelques familles qui s’étaient jointes
à la sienne. Mais peu à peu la renommée d’Alpha-Niabali, qui
passe pour être un grand marabout, attira à lui beaucoup de ses
compatriotes chassés par la guerre du Ghabou. Des Sarracolés et
quelques Toucouleurs, chassés du Bondou par les exactions des
Sissibés et par la guerre du marabout, vinrent se joindre à eux et
finirent par faire de Damentan un gros et fort village.
Damentan est aujourd’hui un village d’environ mille habitants.
Il est très solidement fortifié. Il est entouré d’un double sagné fait
cl’énormes pièces de bois jointives de quatre mètres de hauteur
environ. Entre les deux sagnés se trouve un fossé relativement
profond. A l’intérieur du village et à peu près au centre se trouve
une sorte de réduit excessivement fort qui entoure les cases du chef.
Il est formé d’un tata en terre d’environ 0m60 centimètres d épais­
seur et de quatre mètres de hauteur dont la moitié supérieure est
doublée d’une rangée de grosses pièces de bois jointives. Une porte
y est ménagée. Damentan est situé sur une petite élévation de
terrain qu’entourent des collines relativement élevées. 11 est
environné, de plus, dans les parties Nord, Sud et Ouest, par le
marigot du même nom qui en rend les abords très difficiles et
constilue une défense peu commode à emporter pour des noirs. Ce
marigot traverse un vaste marais dans la partie ouest qui occupe
toute la plaine comprise entre ces deux montagnes. C’est une
rizière d’un grand rapport.
Les habitants de Damentan sont des musulmans fanatiques
et leur village est le centre d’un prosélytisme ardent. Le chef,
Alpha-Niabali a uue grande réputation de maraboutisme dans
tous les pays voisins. Durant tout le jour et à certaines heures
de la nuit, on y entend psalmodier l’invocation des croyants
et aux heures du salam la mosquée est souvent trop petite
pour contenir tous les fidèles. Je n’ai pas besoin de dire qu’on
y trouve l’inévitable marabout Maure que l’on est certain de

�268

ANDRÉ RANÇON

rencontrer dans la plupart des villages musulmans du Soudan.
La mosquée est située à quelques mètres du tata du chef
et à l’Est de ce dernier.
C’est une vaste case ronde dont le toit est beaucoup plus
bas que celui des cases ordinaires et qui déborde d’environ
trente centimètres la partie supérieure de la construction en
terre de la case. La porte, unique et qui fait face à l’Ouest, est
très basse et il faut se baisser pour y passer. En avant de la
porte se trouve une sorte de perron en terre battue haut d’en­
viron vingt centimètres. C’est là où les fidèles déposent leurs
sandales avant de pénétrer dans le temple. Cette case est la
mieux entretenue du village et son chapeau est refait tous les ans.
Par sa situation, Damentan est donc un village important.
C’est là que passent bon nombre de routes commerciales venant
du Tenda, du Coniaguié, de Pajady, de Yabouteguenda et du
Fouladougou. Aussi, le chef en profita-t-il pendant longtemps
pour se livrer à un pillage en règle des caravanes. Aujourd’hui,
son ardeur au vol semble s’être un peu apaisée, et les dioulas
peuvent passer par Damentan, en payant un fort impôt; mais
ils ne sont plus que très rarement pillés.
Rapports de Damentan avec les pays voisins. — On comprend
que par sa situation isolée, la richessse de son sol, ce village soit
exposé aux attaques de ses voisins. Damentan est sans cesse en
butte aux vols et aux rapines des gens du Coniaguié. Mais il sait
leur rendre coup pour coup. Il a été souvent attaqué par des
colonnes venues du Fouta-Djallon, mais sa forte position a défié
tous les assauts, et il est sorti vainqueur de la lutte. De leur côté,
les gens de Damentan ne se gênent guère avec leurs voisins du
Tenda et du Kantora. Ils ont été longtemps en lutte ouverte avec
eux, et ce n ’étaient que vols et pillages. Aujourd’hui, tout semble
un peu plus tranquille, et ce monde-là vit à peu près en bonne
intelligence.
Je n’ai pas besoin de dire que Damentan et Moussa-Molo sont
loin de s’entendre. Le vaincu ne s’est jamais entendu avec le
vainqueur. Ils ne sont cependant pas en état d’hostilité ouverte, et
même tout semble indiquer qu’ils finiront par s’entendre pour
tomber sur les gens du Coniaguié. Il en est de même avec le
Fouta-Djallon.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

269

Rapports de Damentan avec les autorités françaises. — Jusqu’à ce
jour Damentan est resté complètement en dehors de l’influence
française. En leur qualité de musulmans, ses guerriers prirent tous
part à la guerre du marabout Lamine contre nous. Aujourd’hui, ils
ne demandent qu’à se placer sous notre protectorat. Nous avons
dit plus haut ce que nous avons fait dans ce but pendant le court
séjour que nous y sommes restés. Nos efforts n’ont pas été vains
et les promesses qui m’avaient été faites ont été tenues. En effet,
le fils du chef et un des principaux notables m’accompagnèrent
jusqu’à Bady (Tenda) à mon retour du Coniaguié. De là ils se
rendirent avec Sandia à Nétéboulou où ils eurent une entrevue
avec M. le Commandant du cercle de Bakel. J ’ignore quel a été
le résultat de tous ces pourparlers ; mais je ne doute pas qu’ils
aboutissent et qu’une convention en soit la conséquence.

�CHAPITRE XIV

Départ de Damentan. — Le guide Codé. — De Daraentan au marigot de Bamboulo.
Itinéraire. — Description delà route. — Le Belancounfo. — Le Raphia vinifera.
— Du marigot de Bamboulo au marigot de Oudari. — Itinéraire. — Description
de la route. — Rencontre de quatre chasseurs Coniaguiés. - Traces laissées
par une troupe d’éléphants. — Le campement de Oudari. — Départ de Oudari.—
Passage du marigot. — Les termitières. — Le marigot de Oupéré — Le marigot
de Mitchi. — Belle végétation. — Un pont dans les branches. — Le palmier
oléifère (Elæis Guineensis). — Le marigot de Bankounkou. — Nous apercevons le
plateau du Coniaguié. — Les lougans. — Frayeur des enfants et des femmes
Coniaguiés à mon aspect. — Curiosité des hommes.— Le Bakis. — Iguigni, le
premier village Coniaguié.— Karakaté. — Ouraké. — Halle sous un fromager.
— Le chef du village, grand-prêtre et gardien du territoire — Étrange supers­
tition. — En route pour Yffané, la capitale. — Nombreux sentiers, nombreux
délours. — Une curieuse escorte. — Arrivée à Yffané. — Halte sous un beau
tamarinier.— Le chef Tounkané. — Je suis autorisé à me reposer dans le village
Malinké.— Défense à mes hommes et à moi d'entrer dans le village.Coniaguié.
— Curiosité indiscrète des Indigènes. — Description de la route du marigot de
Oudari à Yffané. — Géologie. — Botanique.

21 décembre. — Me voyant bien décidé à mettre mon projet à
exécution, Alpha-Niabali n ’essaya plus de me faire revenir sur ma
décision et s’efforça, au contraire, de me donner tous les renseigne­
ments et tous les conseils qu’il jugea indispensables pour la
réussite de mon voyage. 11 choisit lui-même les hommes qui
devaient m’accompagner et me donna pour guide un de ses
familiers, nommé Fodé, qui avait habité pendant vingt ans le
Coniaguié, où il faisait du commerce. Uu fils qu’il avait eu d’une
femme du pays, y habitait même encore. Connaissant à fond la
région et ses habitants, cet homme pouvait m’être d’une grande
utilité. De plus, mon interprète Almoudo ne connaissant pas la
langue qui y était parlée, il fut convenu au départ que Fodé, qui en
avait une longue habitude, traduirait dans les palabres les paroles
que j’adresserais aux chefs. En y comprenant les hommes de
Sandia et ceux d’Alpha Niabali, ma caravane ne se composait que

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

271

de vingt-deux personnes, dont huit seulement étaient armées de
vieux fusils de traite à pierre qui, en cas d’attaque, ne pouvaient
nous être d’aucune utilité. Pour moi, je n’emportai aucune arme.
11 en était de même pour mes hommes. Les préparatifs du départ
fureut rapidement faits, et à 2 heures 45 de l’après-midi, par une
chaleur torride, nous quittâmes Damentan, au grand étonnement
de la population entière, sortie de ses cases pour nous voir partir
et nous souhaiter un bon voyage. Alpha m’accompagna pendant
environ deux kilomètres et, après m’avoir serré la main, retourna
au village avec les notables qui l’avaient accompagné.
L’étape, très courte, se fit sans incident. J ’avais décidé, du reste,
de partir à cette heure-là dans le but unique de quitter le village,
car je savais, par expérience, combien il est difficile de réunir
ses hommes quand on a séjourné assez longtemps quelque
part. La direction générale de la route que nous suivons de
Damentan au marigot de Bamboulo, où nous campons, est à peu
près Sud-Sud-Est, et la distance qui sépare ces deux points n ’est
que de 6 kilom. 840. Nous ne retrouvons plus dans cette région les
plaines argileuses que nous avons rencontrées dans la partie Ouest
du pays de Damentan. Nous longeons d’abord la vallée de Damen­
tan sur une colline de latérite où se trouvent de beaux lougans et
que, par une pente douce, nous descendons jusqu’au marigot de
Damentan, dont nous traversons à 3 h. 15 m. la première branche.
À partir de ce point, le terrain s’élève peu à peu puis s’abaisse
brusquement jusqu’à la seconde branche du marigot que nous fran­
chissons à 3 h. 40. Là, nous abandonnons la vallée, nous gravissons
la colline qui se voit au Sud du village et qui n’est que le versant
Nord d’un vaste plateau ferrugineux, à l’extrémité Sud duquel nous
campons près d’un petit marigot qui porte le nom de Bamboulo.
Nous y arrivons à 4 h. 20.
A peine sommes-nous arrivés que nos hommes en peu de temps
me construisent un confortable gourbi avec des feuilles de rôniers.
11 fait une excellente température. Chacun s’arrange du mieux
qu’il peut pour passer la nuit, et à huit heures tout le monde dort,
car il faut se bien reposer pour l’étape de demain, qui sera longue.
La végétation, dans toute cette vallée de Damentan, est remar­
quablement belle, et du haut du plateau sur lequel est construit
le village on jouit d’un ravissant coup d’œil. Les collines qui

�272

ANDRÉ RANÇON

enserrent cette vallée sont excessivement boisées. Caïl-cédrats,
n’tabas, fromagers, baobabs, palmiers de toutes espèces, parmi
lesquelles j’ai reconnu quelques échantillons du Raphia vinifera
ou palmier à vin, y abondent, et, dans la vallée, nous trou­
vons une véritable forêt de Karités de la variété Mana. Les Sliees
y sont peu abondants. Dans les marigots, coule une eau lim­
pide, claire et d’une délicieuse fraîcheur. Le Belancoumfo
(Ceratanthera Beaurnetzi Heckel), ce purgatif tænifuge si en
honneur dans toute la Haute-Gambie y croît à merveille et en
quantité considérable.
Le Raphia vinifera P. de Beauv. est peu commun au Sénégal
et au Soudan. Ce n’est guère qu’à partir de la Gambie qu’on
commence à le trouver en assez grand nombre. Les indigènes
de ces régions et des Rivières du Sud en récoltent la sève
qui,légèrement fermentée, donne le « vin de palme » dont ils sont
si friands et avec lequel ils aiment tant à s’enivrer. C’est une
boisson aigrelette que l’Européen lui-même ne dédaigne pas.
Son bois pourrait servir à confectionner de légers meubles.
Belancoumfo (1) (Ceratanthera Beaurnetzi. Heckel) appartient
à la famille des Scilaminées, tribu des Mantisiées. Ce végétal
croît un peu partout dans ces régions. 11 aime surtout les
marigots à eau limpide et courante. C’est un purgatif et un
tænifuge énergique. Les indigènes du Soudan et de la HauteGambie s’en servent couramment ; mais ils en utilisent prin­
cipalement les propriétés purgatives. Nous l’avons trouvé en
grande quantité dans le Tenda, le Gamon, le Damentan, le
Coniaguié, le Niocolo, le Dentilia, et le Badon. Nous en avons
également relevé quelques échantillons dans le Tiali, mais en
petite quantité. Il est à la côte occidentale d’Afrique ce qu’est
le Kousso à la côte orientale. On trouve sur tous les mar­
chés ses rhizômes qui sont seuls employés, et il est connu de
toutes les peuplades qui habitent nos colonies du Sénégal, du
Soudan et des Rivières du Sud. Les Mandingues de la Gambie
le nomment: Belancoumfo; les Sousous, Gogoferé et Gogué; les
Sosés, Baticolon; les Mandingos, métis portugais de la Casamance,
(1) Voir sur cette curieuse plante le mémoire de M. le professeur Edouard
Heckel qui l’a fait connaître le premier dans les Annales de la Faculté des sciences
de Marseille, 1891, l 8r fascicule.

�273

DANS LA HAUTE-GAMBIE

Cnssion ; les Ouolofs, Garaboubiré; les Malinkés du Soudan,
Dialili; les Bambaras, Baralili; les Kroumans, Pâque; les Timués,

CeraLanlhera Beaumetzi Heckel (Belancoumfo) tæhifuge el purgatif.
Rameau floral et feuillad’après Ileckel (Dessin de A. M. Marrot).

Abololo; les Akous, Bachunkarico; les Pahouins du Gabon, Essoun;
les Peulhs. les Toucouleurs, les Sarracolés, Dadigogo (nom
formé des deux mots dadi (racine) et Gogo, nom proprement
A ndré Rançon. — 18.

�274

ANDRÉ RANÇON

dit de la plante. Quoiqu’il en soit, au Soudan, au Sénégal et
dans les Rivières du Sud, c’est surtout sous les noms de
Belancoumfo et de Dadigogo que ce végétal est le plus connu.
Arrivé à complet développement, cette plante mesure environ
un mètre à un mètre cinquante de haut. Elle a absolument l’aspect
d’un roseau flexible, qui s’incline facilement dans le sens du
courant du marigot où elle croît. Ses feuilles ont environ de 12 à
15 centimètres de long sur 3 à 5 de large. Elles sont d’un beau vert
légèrement velouté à la face supérieure. Leur face inférieure est
plus pâle et leur nervure médiane y est fortement accusée. Leur
pétiole est très allongé et fortement engainant dans la moitié de sa
longueur environ.
Ce végétal présente au point de vue floral un dimorphisme tout
particulier. Les fleurs apparentes, d’après les renseignements qui
nous ont été donnés, sont d’une belle couleur jaune orangé. M. le
Dr Heckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, qui a
étudié ce végétal dans tous ses détails, a reconnu que ces fleurs
étaient stériles, et que les fleurs clandestines, cléistogames, étaient
seules fécondes.
Le fruit est ovoïde, légèrement allongé, long de 3 à 6 centimètres,
à l’état de maturité complète, et de couleur rougeâtre. Il renferme
plusieurs graines noirâtres, ovales, ressemblant beaucoup à celles
de YAmomum Melegueta Rose., que nous avons trouvé en quantité
notable dans le Niocolo. Il s’ouvre spontanément quand il est sec.
La floraison a lieu en septembre, et les fruits sont mûrs en novembre
et décembre. La racine est un rhizôme, dont le diamètre est d’en­
viron un centimètre à un centimètre et demi. Sa couleur est
légèrement jaunâtre. Il acquiert de grandes dimensions, prolifère
très rapidement, et le lit des marigots du Damentan en est litté­
ralement tapissé. A des distances qui varient de deux à cinq centi­
mètres, il présente des bourrelets assez saillants, d’où émanent les
rejets de la plante. Ce rhizôme se casse facilement, et sa chair
présente une belle couleur blanche. Cette chair est, de plus,
excessivement aqueuse.
Toutes les parties du Belancoumfo exhalent une odeur poivrée
très prononcée, qui rappelle beaucoup celle du gingembre. Le
rhizôme possède cette odeur à un degré bien plus pénétrant que les
feuilles ou les graines. Le goût en est également poivré. On sait que

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

275

les noirs aiment beaucoup cette saveur. Aussi mangent-ils souvent,
surtout dans les régions où il croît uu petit fragment de Belancoumfo, pour « se donner la bonne bouche » (sic).
C’est surtout dans les Rivières du Sud, à partir de la Casamance,
que les Noirs se servent du Belancoumfo comme tænifuge. Suivant
les régions, ils se l’administrent sous forme de décoction, d’infusion
ou de macération. Dans la Haute-Gambie, le Bondou, le Soudan et
le Sénégal, ce sont surtout ses propriétés purgatives qui sont appré­
ciées. Je dirai même que je n’y ai rencontré que fort peu d’indi­
gènes qui connaissent ses propriétés tænifuges. Voici comment on
s’en sert dans ce cas. On peut administrer le rhizome de Belan­
coumfo soit à l’état frais, soit sec. Frais, on le mange tel quel. Deux
fragments de 10 à 15 centimètres de longueur suffisent pour pro­
voquer une abondante diarrhée. On le coupe encore en petits frag­
ments, de trois centimètres environ de longueur, que l’on met à
macérier pendant vingt-quatre heures dans l’eau froide. On décante
et on boit environ un verre et demi de cette liqueur après y avoir
ajouté un peu de sel. — Si, au contraire, le rhizôme est sec, on le
pile et la poudre ainsi obtenue est mise à infuser dans l’eau tiède
pendant douze à quinze heures environ. Ceci fait, on décante et
l’on boit environ un verre de la liqueur ainsi obtenue après y
avoir ajouté un peu de sel. Dans les deux cas, on obtient un effet
purgatif violent. La dose de poudre à employer est de soixante à
quatre-vingts grammes par litre d’eau.
M. le professeur Scblagdenhauflen, de Nancy, a isolé le principe
actif de cette plante. C’est une huile essentielle qui possède à un
haut degré les propriétés tænifuges. Il résulte des expériences
absolument concluantes faites par MM. Heckel et Dujardin-Beaumetz que vingt gouttes de cette huile enfermées dans une capsule
de gélatine et administrées au réveil, suffisent pour provoquer
l’expulsion d’uu tænia. Il est bon, afin de hâter l’évacuation, d’admi­
nistrer deux heures après une dose d’huile de ricin.
Le grand avantage de ce tænifuge est de ne provoquer ni
nausées, ni vertiges, et d’agir rapidement.
22 décembre. — A trois heures et demie du matin, je réveille
tout mon monde et à quatre heures nous nous mettons en route.
La nuit a été très bonne et nous avons tous très bien dormi. Malgré
l’heure matinale, les préparatifs du départ sont rapidement faits.

�276

ANDRÉ RANÇON

Les porteurs marchent bien et la route est très belle. Elle parcourt
d’abord la partie Sud du plateau sur lequel nous avons campé;
puis par une pente assez raide, nous arrivons dans une petite
vallée où nous traversons le marigot de Niantafara à 4 h. 50.
Ce marigot est tributaire de la Rivière-Grey. A 6 heures 45, nous
traversons le marigot de Filandi, à 7 heures 35 celui de Nomandi,
qui forme la séparation entre le pays de Damentan et celui des
Goniaguiés. Enfin, à 7 heures 45, nous franchissons le marigot de
Talidian sur les bords duquel nous faisons la halte.
Pendant que nous prenions un peu de repos, Sandia aperçut
dans la brousse, à gauche de la route que nous suivions, quatre
grands gaillards qui s’enfuyaient à toutes jambes dans la forêt.
Fodé, le guide que me donna le chef de Damentan, courut aussitôt
après eux, les appela, se fit reconnaître et enfin les décida à venir
nous rejoindre. C’étaient des Coniaguiés venus dans cette région
chasser la grosse bête. En m’apercevant, leur premier mouvement
est de reculer; mais ils s’enhardissent et s’avancent vers moi. Je
leur tends la main, malgré toute la répugnance qu’ils m’inspirent.
Car, je n’ai jamais rien vu d’aussi sale et d’aussi dégoûtant. Leur
taille élevée, leur coiffure et leur costume tout particulier, que
nous décrirons plus loin, me prouvèrent que Sandia ne m’avait pas
trompé. Je leur souhaite la bienvenue et leur demande de me
conduire auprès de leur chef. Ils y consentent volontiers et l’un
d’eux même, qui paraissait être supérieur aux autres fit, à ce
sujet, une plaisanterie assez intelligente que je tiens à relater ici:
A la question que lui posa Fodé, notre guide, il répondit d’un
petit air malin: «Nous étions venus ici pour chasser et nous
» n'avons encore rien tué, mais nous retournerons quand même
» avec vous, car nous avons trouvé un blanc. C’est la meilleure
» chasse que nous puissions faire et cela nous portera bonheur ».
Ils m’offrirent alors un gigot de biche grillé qu’ils tirèrent d’une
peau de bouc de propreté plus que douteuse. Je l’acceptai tout en
me promettant bien de ne pas y toucher, et, en échange, je leur fis
donner, par Almoudo, quelques poignées de sel. Ce petit cadeau
eut l’air de leur plaire beaucoup et ils m’en remercièrent vivement.
Je donnai alors le signal du départ. Les Coniaguiés prirent la tête
de la colonne, et à 8 heures, nous nous remîmes en marche sous un
soleil brûlant. A 8 heures 35, nous traversons un petit marigot

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

277

que l’on me dit être celui de Poutou-P ata. Nous longeons alors une
vaste plaine marécageuse que nous parcourons de l’Ouest à l’Est et
à l’extrémité de laquelle on traverse de nouveau, à 9. h. 15, le marigot
de Poutou-Pata. Cette disposition m’intriguant beaucoup, car je
ne pouvais me figurer qu’à si peu de distance je puisse retrouver
le même cours d’eau, Fodé, que j’interrogeai à ce sujet, me tira
d’embarras en m’expliquant qu’à peu de distance à l’Est du point
où nous avions franchi la première fois ce marigot, il se divisait
en deux branches, l’une Ouest et l’autre Est. Cette dernière est de
beaucoup plus importante que la première. Elle peut avoir six
mètres de largeur environ et un*mèt.re de profondeur à l’endroit où
nous l'avons traversée. Pendant la saison des pluies sa largeur
triplerait et sa profondeur serait bien plus grande également. Le
courant, qui y est à peu près nul en la saison où nous sommes,
serait relativement rapide pendant l’hivernage. La branche Ouest
est insignifiante. Ce n ’est qu’un petit ruisseau bourbeux qui n’a
pas plus de deux mètres de largeur. L’espace compris entre les
deux branches est un véritable marécage à fond d’argile et couvert
de plantes aquatiques.
A une centaine de mètres environ de la branche Est du marigot
de Poutou-Pata, le terrain s’élève sensiblement. Par une pente
douce de deux kilomètres de longueur environ, on arrive sur un
vaste plateau formé d’argiles compactes excessivement boisé et où
croît une brousse épaisse. A trois kilomètres du marigot de Oudari,
le terrain s’abaisse légèrement et l’on arrive ainsi sur les bords de
ce petit cours d’eau où nous devons camper. Il est 11 h. 5 quand
nous y arrivons. Cinq cents mètres environ avant de faire halte,
nous avions relevé sur la route le passage d’une troupe d’éléphants.
Elle devait être nombreuse, à en juger par les traces qu’elle avait
laissées. Sur un espace de plusieurs centaines de mètres à droite
et à gauche de la route, le sol était absolument bouleversé, des
arbres relativement volumineux étaient renversés et l’herbe avait
complètement disparu. En voyant tout ce désordre, Almoudo se mit
à rire bruyamment. Je lui demandai le motif de cette gaieté qui me
surprenait chez un garçon habituellement taciturne et réservé.
«Eh! eh! me dit-il, l’aphant y en a beaucoup rigolé, va, y a
content pour faire bêtises ». J ’avoue qu’à cette réponse je ne pus
m’empêcher d’éclater de rire moi-même.

�278

ANDRÉ RANÇON

L’aspect géologique du terrain que nous avons parcouru du
marigot de Bamboulo à celui de Oudari est bien peu différent de
celui des terrains que nous avons antérieurement visités. Ce n’est
qu’une succession de plateaux argileux et ferrugineux séparés les
uns des autres, à peu de distance par de petites vallées maréca­
geuses à sol d’argile où coulent les marigots. Pas la moindre trace
de latérite.
Au poiDt de vue botanique, les télis sont peu nombreux, et nous
ne trouvons que les essences que nous avons précédemment signa­
lées. Mentionnons particulièrement quelques Karités de la variété
Mana, et d’énormes plantes grasses* Les lianes Saba et Delbi y sont
excessivement abondantes, et y acquièrent des proportions énormes.
La direction générale du marigot de Bamboulo à celui de Oudari,
est Sud-Sud-Est et la distance qui les sépare est de 31 kilomètres
environ.
A peine sommes-nous arrivés à l’étape, que les hommes de
Damentan et ceux de Sandia me construisent, en peu de temps,
sous la direction d’Almoudo, un gourbi fort confortable. Mes quatre
Coniaguiés s’en mêlent, et ce ne sont pas les moins actifs ni les
plus maladroits. A midi tout est terminé, et chacun s’est construit
un petit abri en branchages, pour se garantir des ardeurs du soleil.
Notre camp est situé à l’ombre d’un superbe Cail-cédrat, autour
duquel s’enroule une liane à caoutchouc, un vrai Saba, énorme et
couverte de fruits qui, malheureusement, ne sont pas encore mûrs.
Je la saigne dans la soirée, et elle me donne, malgré le vent d’Est,
un suc relativement abondant.
La journée se passa sans incidents et sans fatigue et, à la nuit
tombante, tout le monde se coucha autour des feux, car la tempé­
rature s’était considérablement refroidie. Pour moi, je m’enroulai
dans ma couverture et m’endormis aussitôt.
23 décembre. — La température, un peu froide pour les indi­
gènes qui grelottent littéralement au réveil, est excellente pour
moi. Tout le monde a bien dormi. Je fais lever le camp à quatre
heures et demie, et à cinq heures nous nous mettous en route. Les
porteurs marchent bien, et tous sont animés de la meilleure
volonté. A quelques centaines de mètres du campement, nous
sommes obligés de traverser le marigot de Oudari, dont les bords
sont couverts d’une luxuriante végétation. Le passage est très

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

279

pénible, car son lit est encombré de branches mortes et de racines.
Je suis obligé de descendre de cheval. O’n fait d’abord passer
l’animal, et je suis porté sans accident, sur l’autre rive, par
Alraoudo et Samba, le palefrenier. L’eau y est peu profonde,
60 centimètres au plus, et la largeur est d’environ 15 mètres.
Ce marigot, comme tous ceux de cette région, est tributaire de
la rivière Grey. La végétation se fait de plus en plus maigre à
mesure que nous avançons vers le Sud-Est, et, à peine avons-nous
traversé le marigot, que nous entrons dans une vaste plaine argi­
leuse, stérile, de plusieurs kilomètres de largeur et littéralement
couverte de termitières de toutes formes et de toutes tailles.
Tous les voyageurs qui ont parcouru le Soudan français con­
naissent ces constructions bizarres qu’élève un peu partout cet
industrieux insecte que l’on désigne sous le nom de termite. Il
appartient à l’ordre des Névroptères et ressemble au premier aspect
à une grosse fourmi blanche dont il a, du reste, les mœurs. On le
rencontre partout au Sénégal et au Soudan, où il prolifère avec une
rapidité surprenante. C’est assurément un des insectes les plus
voraces de ce's régions lointaines. Partout et à toutes les époques
de l’année, il faut s’en garer, car il s’attaque aussi bien au cuir, à
la laine, au bois, etc., etc. Que de fois ne nous est-il pas arrivé, en
ouvrant une de nos caisses de provisions, d’y trouver un nid de
ces malfaisants animaux. Aussi, lorsqu’on campe dans la brousse,
faut-il avoir grand soin de placer sur des pierres assez élevées les
objets que l’on veut préserver de leur atteinte. De même, il ne faut
pas négliger de suspendre aux branches des arbres voisins ou bien
aux montants de sou gourbi, ses bottes, guêtres et vêtements ; on
risquerait fort, si on ne prenait pas cette précaution, de constater
le lendemain, au réveil, des dégâts difficiles à réparer ; car c’est
surtout la nuit que le termite commet ses déprédations. Le jour, il
se tient caché au fond de sa cellule où l’on n’accède que par un
labyrinthe de galeries ingénieusement construites. Il habite par
colonies innombrables dans ces édifices bizarres qu’ils savent
élever en peu de temps. Il existe deux types principaux de ces
étranges constructions ; l’un a absolument la forme d’un énorme
champignon à pied volumineux et relativement court. L’autre,
tout en hauteur, affecte les formes les plus curieuses. Ce sont de
véritables tours avec clochetons, pans coupés et gracieuses aiguilles.

�280

ANDRÉ RANÇON

Le premier se trouve surtout dans les terrains argileux et le second
dans les terrains ferrugineux et à latérite. Les termites qui les
habitent semblent appartenir à deux variétés différentes. C’est à
l’aide de la terre transportée et enduite par eux d’une sorte de
bave gluante, que ces insectes arrivent en peu de temps à élever
ces importantes constructions. Ils ne travaillent que pendant la
nuit et il est facile de constater le matin ce qui a été édifié
par ces infatigables maçons. Au soleil, la bâtisse durcit rapidement
et acquiert bientôt la solidité du ciment. Nous en avons-vu fréquem­
ment qu’il était difficile d’attaquer à la pioche. Les indigènes se
servent de la terre de termitières pour construire des murs et
surtout pour fabriquer la sole sur laquelle ils élèvent leurs de­
meures. Pour cela, on prend des fragments de termitière que l’on
pile. Avec le sable que l’on a ainsi obtenu, on confectionne en y
ajoutant de l’eau une sorte de mortier qui, lorsqu’il est sec, est
excessivement résistant.
A l’intérieur de cet édifice sont creusées des galeries tortueuses
et innombrables où se logent les habitants. Au centre, se trouve le
chef de la colonie, la reine, qui est toujours plus volumineuse que
les autres.
D’après ce que nous venons de dire, on comprendra aisément
combien le termite peut causer de ravages dans les murs de nos
constructions où l’on n’a pu utiliser la chaux. Toute l’argile qui a
servi à les édifier est, en peu d’années, criblée de galeries qui en
diminuent considérablement la solidité. Le termite s’attaque
également au bois. En peu de temps, il détériore les planchers, les
chevrons et nous avons vu des cases de noir s’écrouler parce que
les portants avaient été minés par des milliers de ces insectes.
Comme la fourmi, il est migrateur, mais ce n’est que pendant la
nuit que les colonies changent de résidence. Quand ces déplace­
ments ont lieu, elles n’oublient rien dans l’habitation qu’elles
quittent et elles emportent leurs provisions et leurs œufs. Il n’est
pas rare de voir ainsi de nombreuses termitières désertes et
abandonnées. C’est la terre de celles-ci que les indigènes emploient
le plus volontiers pour leurs constructions.
Un vaste plateau ferrugineux fait suite à cette triste plaine. Il
s’étend jusqu’au marigot de liôboulo que nous traversons à 6 h. 55,
et dont le passage, relativement facile malgré la vase, se fait sans

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

281

accident. A quelques centaines de mètres delà nous franchissons
un petit marigot sans importance qui en dépend. Leurs bords
sont couverts de beaux bambous qui obstruent la route et dont
les jeunes rameaux nous fouettent désagréablement la figure.
A partir de ce point la route devient de plus en plus pénible.
Les collines et les petites vallées se succèdent sans interruption
et le terrain s’élève d’une façon sensible à mesure que nous avan­
çons. Au pied des collines coulent des marigots profonds, à bords
à pic et difficiles à traverser. A 8 h. 15 nous franchissons celui de
Oupéré. Il est peu large et peu profond, mais sa traversée présente
de réelles difficultés. Son lit est encombré de roches exces­
sivement glissantes formées de quartz et de grès ferrugineux
et ses bords sont absolument à pic. Ce gué est très pénible à
pratiquer pour les animaux et il ne faut avancer qu’avec précautiou pour éviter des accidents. La végétation y est puis­
sante et l’on y trouve les belles essences des pays tropicaux.
Du marigot de Oupéré au marigot de Mitcki, la route traverse
une verdoyante colline à laquelle succède une fertile vallée
au fond de laquelle coule ce dernier cours d’eau. A 9 h. 23
nous arrivons sur sa rive gauche. La traversée nous a demandé
plus de vingt minutes. Ce marigot est le plus large que nous
ayons rencontré depuis la rivière Grey. Il a environ cinquante
mètres d’une rive à l’autre au point où nous l’avons franchi.
Sa profondeur à cet.te époque de l’année est à peu près d’un
mètre cinquante centimètres. Sa rive droite, absolument à pic,
est formée d’argiles excessivement glissantes et sa rive gauche
est formée de roches énormes. Au milieu se trouve un petit
banc de sables très fins. La profondeur à cet endroit ne dé­
passe pas trente à quarante centimètres. Son lit est partout
ailleurs formé par une couche de vase dans laquelle on enfonce
à chaque pas d’une dizaine de centimètres. Ignorant ce détail,
je voulus le passer à cheval. Mal m’en a pris, car je m’admi­
nistrai un bain de pied tel qu’en arrivant sur l’autre bord, je
fus obligé de changer de vêtements des pieds à la tête. Pendant
la saison des pluies le gué n’est pas praticable. Aussi les
indigènes ont-ils construit, pour traverser ce marigot, un véri­
table pont suspendu qui repose sur les branches des arbres
des deux rives et qui n’est formé que de bambous et de

�282

ANDRÉ RANÇON

branchages solidement liés entre eux mais qui ne reposent
au milieu sur aucun pilotis. Il faut être singe ou noir pour
s’aventurer sur une semblable construction. J ’ai vu avec an­
goisse plusieurs de mes porteurs le franchir avec leur charge
sur la tête. Je n’eus heureusement à regretter aucun accident.
La végétation est sur les bords du marigot de Mitchi remar­
quable de vigueur et de force. C’est un enchevêtrement de
lianes et de végétaux de toutes sortes absolument inextricable.
Je n’énumèrerai pas toutes les essences que j’y ai reconnues,
nous avons déjà décrit la plupart d’entre elles. Je ne citerai
que le palmier oléifère dont j’ai vu là le premier échantillon.
D’après les renseignements qui m’ont été donnés il serait assez
commun dans toute cette région.
Le palmier oléifère ou palmier avoira (Elæis Guineensis Jacq.), est
très-rare au Soudan et au Sénégal. On ne commence guère à le
rencontrer que dans le bassin de la Gambie, et plus on s’avance
dans le Sud, et plus il devient commun. Il se multiplie rapidement,
croît spontanément et ne demande aucune culture. Dans les pays
de production, il donne deux récoltes par an en mars et en
novembre. Chaque pied donne deux ou trois régimes au plus qui
portent un grand nombre de fruits. Ces fruits qui ressemblent à de
grosses cerises, sont formés par un sarcocarpe fibreux et huileux
et contiennent une amande grasse incluse dans un noyau très dur
et qui est connue dans le commerce sous le nom d’amande de palme.
Ces fruits donnent une huile qui, sous le nom d’huile de palme, est
utilisée avec avantage par nos industriels. Voici comment les
indigènes la fabriquent. Les fruits mûrs sont jetés dans une fosse
de terre entourée d’un petit mur et tapissée de feuilles du végétal.
On y verse une quantité d’eau assez considérable pour qu’ils y
baignent. Puis on les écrase de façon à en détacher la pulpe.
L’opération terminée, on verse encore de l’eau, ou agite violemment
et à plusieurs reprises. L’huile apparaît alors à la surface en écume
rougeâtre. On la recueille dans de grands canaris en terre (sortes
de vases) placés sur des brasiers ardents. Elle est alors soumise
à une ébullition prolongée puis tamisée ensuite dans un grand vase
à moitié rempli d’eau. Le liquide ainsi obtenu est alors écrémé et
c’est l’huile de palme du commerce.
Cette huile est d’un beau jaune orangé. Elle exhale une odeur

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

283

très agréable d’iris ou plutôt de violette.‘Elle rancit rapidement au
cootact de l’air. Elle a une saveur douce et se solidifie au-dessous
de 30°. On la désigne alors sous le nom de Beurre de palme. Les
indigènes de la Haute-Gambie lui donnent en langue mandingue le
nom de N’té N'toulou. Elle sert à assaisonner certains mets qui ne
sont pas à dédaigner.
De l’amande du palmier oléifère, on extrait également une
matière grasse solide, qui peut servir, quand elle est fraîche, aux
mômes usages que le beurre. Les indigènes ne l’utilisent pas.
L’huile et les amandes de palme donnent lieu, en Gambie, dans les
Rivières du Sud et sur toute la côte occidentale d’Afrique, depuis
Sainte-Marie-de-Bathurst, à des transactions commerciales relati­
vement importantes.
Du marigot de Mitchi au marigot de Bankounkou, la route ne
présente aucune difficulté. Elle traverse un plateau absolument
stérile et dénudé qui se termine au S.-S.-E. par une pente douce
qui vient mourir sur la rive droite du marigot. Nous le traversons
à 10 h. 30. Il est peu large, dix mètres au plus, et il y coule tom
jours une eau limpide et claire sur un lit formé de petits cailloux
de quartz fortement colorés en rouge par de l’oxyde de fer. J ’y fais
une halte de quelques minutes pour permettre aux hommes de s’y
désaltérer.
Peu après, nous gravissons une petite colline formée de quartz
et d’argiles et nous arrivons sur un plateau formé de conglomérats
ferrugineux et de latérite. Tout ce plateau n’est qu’un vaste et beau
lougan de mil, arachides, etc., etc., où nous trouvons bon nombre
de travailleurs occupés à la récolte. Ils portent tous cet étrange
costume national qui a le don d’exciter l’hilarité de mes hommes,
de Gardigué, mon petit domestique, et de Samba, mon palefrenier
tout particulièrement. Appuyés sur leur long fusil à pierre, ils
nous regardent curieusement passer sans manifester la moindre
crainte. Mais il n’en est pas de même des femmes et des enfants.
Ma vue seule a le privilège de les effrayer. Elles s’enfuient à mon
approche en entraînant leurs petits et ce ne sont pas leurs vête­
ments qui retarderont leurs courses, car elles sont absolument
nues. Au lieu de se réfugier au fond des cases du village de culture,
nous les vîmes grimper agilement dans les arbres. Samba rit aux
éclats en voyant cette gymnastique et il caractérise exactement en

�284

ANDRÉ RANÇON

deux mots cette retraite burlesque : « Femmes Coniaguiés y a même
chose Golo » (golo signifie singe). J ’avoue que cette comparaison
était absolument exacte. De là et à peu de distance, nous traversons
une petite colline peu élevée, mais excessivement raide, d’où l’on a
une vue splendide qui rappelle, mais en mieux, celles que l’on a
dans le Konkodougou et le Diébédougou (Bambouck). A nos pieds
s’étend une grande et belle vallée couverte de beaux arbres ver­
doyants et touffus. De loin je reconnais de superbes palmiers, de
gigantesques rôniers, d’énormes n’tabas. C’est, en un mot, la
végétation luxuriante des tropiques avec sa fraîche et éternelle
verdeur. Du point où nous sommes on me montre à l’Iiorizon une
colline relativement élevée, au sommet de laquelle se dressent de
magnifiques rôniers. Cette colline n’est que le versant Nord-NordOuest du vaste plateau du Coniaguié. Encore quelques kilomètres
et je serai enfin dans ce pays dont le nom seul excitait tant ma
curiosité. Je pourrai voir ses sauvages habitants et étudier leurs
coutumes et leurs mœurs. Ce ne fut pas sans une certaine émotion,
je dirai plus, sans une certaine appréhension que je m’engageai
dans l’étroit sentier qui y conduit, car je me posais cette éternelle
question que se sont toujours adressée ceux qui ont voyagé en
Afrique, en arrivant devant un village inconnu : « Comment seraije reçu?» Ce n’est certes pas la crainte qui dicte au voyageur une
semblable réflexion. Quand on s’aventure dans ces régions inex­
plorées, quand on marche vers l’inconnu, on a fait depuis long­
temps le sacrifice de sa vie. Mais des considérations plus élevées
viennent vous assaillir et au moment de toucher au but on se
demande si quelque malencontreux hasard ne viendra pas entraver
le succès du voyage.
A travers les conglomérats qui couvrent le terrain à droite et à
gauche de notre route, je pus constater la présence de nombreux
échantillons d’une Ménispermée fort commune au Sénégal dans la
province du Cayor et que je n’ai guère reconnue au Soudan que
dans les environs de Kayes, non loin du petit village de Goundiourou. C’est le Tinospora Bakis Miers('l). On trouve ses racines dans
(1) Cette plante médicinale très intéressante est en ce moment en même temps
que sa congénère le Sangol (Cocxulus Leæba 1). C.), l’objet d’une .étude détaillée
de la part de MM. les professeurs Heckel et Schlagdenhaufïen. Ce travail sera
inséré dans le III' volume (189o) des Annales de l’Institut colonial de Marseille.

�DÀiNS LA HAUTE-GAMBIE

285

toutes les officines des marchands indigènes sur les marchés de SaintLouis, Dakar, Gorée et Rufisque. Les noirs utilisent ses propriétés
toniques, diurétiques et fébrifuges. Ils l’emploient surtout contre
la fièvre bilieuse simple ou rémittente à laquelle ils sont aussi
sujets que l’Européen. Ils en font des décoctions, des macérations,
et son usage est particulièrement fréquent chez les peuples
d’origine Ouolove et Sérère.
C’est par une pente douce que l’on arrrive sur le vaste plateau
du Coniaguié, et à peine y avons-nous fait deux kilomètres que
d o u s apercevons sur notre gauche le premier des villages de cette
étrange peuplade. C’est Iguigni.
Iguigni est un gros village d’environ 600 habitants. Sa popula­
tion est formée de Malinkés musulmans, émigrés du Ghabou lors
de la conquête de ce pays par Moussa-Molo, et de Coniaguiés. Nous
décrirons plus loin la façon dont sont construites les cases de ces
derniers. Quant au village Malinké, nous n’en dirons rien que nous
ne sachions déjà. Il est 11 heures quand nous y passons. Il fait une
chaleur torride et le vent du Nord-Est balaie de sa brûlante haleine
ce plateau relativement élevé.
Karakaté. — A un kilomètre d’Iguigni, nous laissons encore à
gauche, à cinq cents mètres environ de la route, le village de Kara­
katé, dont la population, uniquement composée de Coniaguiés,
s’élève à environ 600 habitants. Les cases y sont fort espacées les
unes des autres et les intervalles sont plantés de tabac, tomates,
etc.,etc. Les habitants, assis devant la porte de leurs cases, le fusil
entre les jambes, nous regardent curieusement passer. Beaucoup
d’entre eux nous suivent et se joignent à ma caravane. Ils sont plus
surpris qu’effrayés, et rien dans leurs gestes ou leur attitude ne
peut nous faire redouter de leur part la plus petite hostilité.
A 11 heures 23, il nous faut nous arrêter au village de Ouraké.
Ouraké est un gros village de 800 habitants environ. Sa population
est formée de Peulhs, de Malinkés et de Coniaguiés. Il est situé à
200 mètres environ de la route. C’est là que réside le chef qui est
chargé de veiller à la sécurité de cette partie de la frontière et qui
donne ou refuse aux voyageurs l’autorisation de séjourner sur le
territoire Coniaguié. Avant de se prononcer il lui faut auparavant
consulter l’oracle, et comme cela demandera quelque temps nous
faisons la halte sous un beau fromager où nous sommes bientôt

�286

ANDRÉ RANÇON

entourés par les indigènes dont le nombre augmente à chaque
instant. Je profite de ce repos pour demander à Fodé. en quoi
consiste la pratique à laquelle se livre le chef pendant que nous
l’attendons. Il me dit alors qu’il va tuer un poulet, l’éventrer
ensuite et que c’est dans ses entrailles qu’il verra si nous venons
dans le pays avec de bonnes ou de mauvaises intentions et s’il doit
nous en accorder l’entrée ou nous faire rebrousser chemin. Mon
guide finissait à peine son récit que le chef parut à la porte de sa
case et s’avança vers notre groupe. De taille élevée, barbe et
cheveux grisonnants et les bras chargés de bracelets en fer et en
laiton, il peut avoir 60 à 65 ans. 11 s’assit en face de moi, me
souhaita le bonjour et me demanda ce que je venais faire dans le
pays. Sans doute que mes réponses le satisfirent, car il me déclara
que je pouvais aller à Yfïané, la résidence du chef du pays, mais
pas ailleurs, et qu’il me donnait pour m’y conduire le courrier que
j’avais expédié de Damentan. Il ajouta d’un air entendu qu’il savait
bien que je ne venais pas au Coniaguié pour leur faire du mal et
qu’au contraire, je ne leur dirais et ne leur apporterais que de
bonnes choses. Je n’eus pas de peine à comprendre ce qu’il voulait
par là et je lui fis immédiatement donner par Almoudo environ
b .kilogs de sel et une poignée de belle verroterie, présent auquel
il fut très sensible et dont il me remercia à plusieurs reprises. Nous
allions nous remettre en route lorsqu’arriva le jeune fils que Fodé
avait eu dans ce pays d’une femme Goniaguiée à l’époque où il y
faisait le métier de dioula. C’était un jeune homme de dix-huit ans
environ, grand, fort bien découplé et portant le costume coniaguié.
Il ne manifesta, du moins extérieurement, aucune joie de revoir
son père. Il n’en fut pas de même de Fodé, qui fut tout heureux de
me le montrer et de le retrouver. Tout cela ne m’étonna guère, car
je savais depuis longtemps combien le noir était peu expansif
et aime peu à faire parade de ce qu’il ressent.
Dès que le vieux chef d’Ouraké nous eut déclaré que nous
pouvions nous rendre à Yfïané, nous nous remîmes en route.
Cent cinquante ou deux cents guerriers Coniaguiés nous escor­
tent et rien n’est curieux à voir comme cette compagnie
d’hommes presque nus, le fusil sur l’épaule, se pressant sous
les pieds de mon cheval pour mieux me voir. Je n’eus dans
ce voyage d’Ouraké à Yfïané qu’à me plaindre de leur impor-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

287

tune curiosité. Peu après avoir quitté Ouraké, nous nous
dirigeons vers le S.-S.-O., mais nous ne tardons pas à revenir
à l’Est. La route est très belle, littéralement couverte partout
d’un sable très (in de latérite. Elle traverse de beaux lougans
et je constate que les argiles font presque absolument défaut.
Nous croisons à chaque instant d’autres routes qui sillonnent
en tout sens le plateau. C’est un véritable dédale dans lequel
il nous eut été difficile de nous reconnaître si nous n’avions
pas eu un guide pour uous conduire. Pendant le trajet relati­
vement court qui sépare Ouraké d’Ylïaué, le Coniaguié qui
nous menait au chef du pays nous fit fréquemment changer
de direction. Etait-ce pour nous dépister, je l’ignore. Toujours
est-il que lorsque je lui fis demander par Fodé les motifs de
ces brusques tours et détours, il répondit qu’il agissait ainsi
pour me faire éviter les endroits dangereux. Il ne fallait pas
passer par ci parce que les chevaux mourraient immédiate­
ment, il ne fallait pas s’aventurer par là parce que cela aurait
nui à la bonne réussite de notre voyage. Cet autre endroit ne
pouvait être foulé par les sabots de nos chevaux parce qu’un
chef y était enterré et que personne autre que ses frères ne
pouvaient parcourir ces lieux sans s’exposer aux plus grands
dangers. D’après son dire, il y aurait ainsi dans tout le
Coniaguié des endroits funestes aux voyageurs ignorants ; il
est vrai qu’il en est aussi qui leur sont propices. Enfin à midi
trente, par une chaleur étouffante et une brise de Nord-Est
brûlante et intolérable, nous arrivons devant Yfiané, capitale
du Coniaguié et résidence du roi qui le gouverne. Notre guide
va lui annoncer notre arrivée et nous dit, en attendant, de
nous asseoir sous un beau tamarinier qui est l’arbre à palabres
du village. Peu après, nous le voyons s’avancer vers nous
suivi de plusieurs de ses notables. C’est un homme de cinquante
ans environ, grisonnant et de taille élevée. Rien dans son cos­
tume ne le distingue de ses congénères, et il est tout aussi
nu, tout aussi sale que le moindre de ses sujets.
Je n’ai jamais vu être humain plus abruti, si tant est que l'on
puisse donner le nom d’hommes à ces primates qui ne se distinguent
du singe que par leur langage articulé. C’est à peine s’il nous
souhaite la bienvenue. Je lui expose en peu .de mots ce que je viens

�288

ANDRÉ RANÇON

faire dans son pays, et lui demande de m’y laisser résider. A cela,
il me répondit que je pouvais rester et aller camper dans un petit
village de Malinkés musulmans, situé à deux cents mètres environ
de l’endroit où nous nous trouvions alors, et il ajouta qu’il désirait
que ni moi ni mes hommes n’entrious dans le village Coniaguié.
Enfin, à une heure, nous pouvons nous installer dans notre campe­
ment et nous sommes cordialement reçus par notre hôte, marabout
Malinké, que Sandia connaissait depuis longtemps déjà. Peu après
notre arrivée, la cour dans laquelle se trouvait la case que j’habitais,
était absolument envahie par les curieux. Hommes, femmes,
enfants, tous plus ou moins nus, tous aussi sales et aussi dégoû­
tants, se pressent devant ma porte. Je ne puis la tenir fermée ; car
elle est immédiatement ouverte si j’essaie de me soustraire à leurs
regards indiscrets, et je suis obligé de faire ma toilette au milieu
de tout ce peuple. Quelques-uns plus hardis pénètrent jusque dans
ma case, me saluent, s’asseoient, regardent et s’en vont. J ’ai beau
leur faire répéter par Fodé que j’ai besoin d’être seul, rien n’y fait,
et le défilé des visiteurs continue. Je ne puis m’en débarrasser
qu’en leur faisant dire que je vais dormir. Ils sortent bien de la
case, mais restent devant la porte qui doit demeurer ouverte.
J ’étais à peine installé sur mon lit de camp pour prendre après
mon déjeuner un peu de repos, que le chef du pays vint me visiter.
Tout en mangeant, j’avais interrogé notre hôte (diatigué), à son
sujet. Il m’apprit qu’il se nommait Tounkané. On juge de sa
surprise quand je l’appelai par son nom et lui dit de s’asseoir. Alors
commença avec lui, par l’intermédiaire d’Almoudo et de Fodé,une
de ces longues conversations au cours de laquelle il me fallut
répondre à ses mille questions, toutes plus ou moins enfantines.
Le plus petit et le plus insignifiant des objets dont je me servais,
excitait sa curiosité et aussi son envie. Un couvert en ruoltz, surtout,
le ravissait et il me demanda de lui en faire cadeau pour fabriquer
des bracelets pour lui et ses femmes. Cela ne me gênant pas
le moins du monde, car j’en avais de rechange, j’accédai à
son désir, et pour que pareil fait ne se renouvelât pas, ce qui
aurait pu m’embarrasser, je ne me servis plus pendant le reste
de mon séjour à Yffané que de fourchettes et de cuillers en fer.
Mais ce qui l’étonna et aussi l’effraya le plus, ce fut de me voir
allumer ma cigarette avec une allumette. Pendant mon séjour à

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

289

Mac-Carthy j’avais fait une ample provision de Suédoises, car
j’avais appris, par expérience, combien elles sont précieuses dans
la brousse, et à Yfïané j’en avais emporté quelques boîtes, laissant
la plus grande partie à Damentan. Tout en causant avec Tounkané,
j’en demandai une à Almoudo et l’allumai négligeamment sur la
boîte. En voyant jaillir ainsi la flamme, Tounkané, elïrayé, se leva
précipitamment et voulut sortir de ma case en criant qu’il ne
voulait pas qu’un homme qui « portait ainsi le feu dans sa poche »
reste plus longtemps dans son pays. Il fallut que notre hôte lui
expliquât l’emploi de ces petits morceaux de bois et pour calmer
sa frayeur lui déclara qu’il pourrait aisément en faire autant. Je
lui en donnai une boîte de suite et il fut ravi de voir que lui aussi
pouvait porter le feu dans sa main, car de poche il n’en avait point.
Son costume était trop primitif pour cela.
Il me fallut lui expliquer en détail ce que je venais faire dans
le Coniaguié. Sans doute que mes réponses le satisfirent, car il me
demanda de répéter le lendemain dans un grand palabre auquel il
convierait tous les chefs du pays, ce que je venais de lui dire. Je
le lui promis et il se retira sur ces mots, à la nuit tombante. Peu
après, il m’euvoya un bouc pour mes hommes et pour moi, deux de
ces beaux poulets, dont Sanclia m’avait tant parlé, mais pas le
moindre couscouss et pas le plus petit grain de mil, et, si notre
hôte n’en avait pas donné à ma troupe, mes compagnons se seraient
couchés sans manger. Ce fut également à la générosité de ce brave
homme que nos chevaux durent d’avoir une maigre ration de paille
d’arachides et de mil. De mon côté, je ne voulus pas être en reste
avec Tounkané et je lui fis aussitôt porter quelques bouteilles de
gin qui lui firent le plus grand plaisir.
Je pus enfin sortir un peu et visiter les environs, mais je dus
rentrer bientôt au logis, car j’étais absolument obsédé par les
curieux qui m’entouraient de toutes parts. Heureusement que de
ma case je pouvais parfaitement voir le village Coniaguié et, bien
qu’il me fût interdit de le visiter, me faire une idée de son impor­
tance ainsi que de la façon dont il était disposé.
Yffané ou Youffané est un gros village de 1200 habitants
environ. Sa population est uniquement formée de Couiaguiés. Il
m’a paru bien entretenu, du moins autant que j’ai pu en
juger, ses cases m’ont semblé en bon état. Au centre se trouAndré Rançon. — 19.

�290

ANDRÉ RANÇON

vent celles du chef, elles sont construites au milieu d’un carré
parfait dont les quatre côtés sont formés par des cases bien
alignées où habitent les jeunes gens non mariés du village
qui lui forment, pour ainsi dire, une sorte de garde particu­
lière. Ces cases sont très rapprochées les unes des autres, elles
n’ont qu’une seule porte qui regarde les derrières de la case
voisine de façon à ce que l’on ne puisse voir d’une habitation
ce qui se passe dans l’autre. Il est absolument ouvert et ne
possède aucun système de défense, ni tata, ni sagné. Il est
entouré de beaux lougans de mil, arachides, etc., etc., et a, en
résumé, un aspect gai qui contraste étrangement avec la tris­
tesse des villages fortifiés des pays Malinkés et Bambaras.
Non loin d’Yfïané, à quelques centaines de mètres au plus, se
trouvent trois villages Malinkés peu importants que l’on désigne
sous le nom de Yfïané-Maninka-Counda (village Malinké d’Yfïané
en langue Mandingue de la Haute-Gambie). Ces villages ne diffèrent
en rien des autres villages Malinkés dont nous avons parlé dans
le cours de ce récit.
La route du marigot de Oudari à Yffané présente une
curieuse disposition de terrain. Ce n’est qu’une succession de
plateaux entrecoupés par de petites vallées où coulent de clairs
marigots. Le terrain s’élève progressivement jusqu’au plateau
du Coniaguié. Le baromètre baisse au fur et à mesure que l’on
avance. Au- point de vue géologique, des argiles compactes
dans les vallées. Les collines et les plateaux sont formés de
quartz, de grès et de conglomérats ferrugineux. La roche s’y
montre partout à nu. La latérite n ’apparaît qu’aux environs
du Coniaguié et le plateau sur lequel sont construits les villages
est uniquement formé de cette espèce de terrain.
Au point de vue botanique, quelques rares bambous mai­
gres et rachitiques sur les plateaux. Dans les vallées, au con­
traire, végétation riche: rôniers, légumineuses, n ’tabas, caïlcédrats, etc., etc. Le plateau du Coniaguié présente encore de
nombreux échantillons de Karités. Les deux variétés Shee et
Mana y sont également communes. Enfin, nous y trouvons
encore, entre autres végétaux importants, de beaux spécimens
de lianes à caoutchouc (Saba et Delhi). Les fromagers et les tama-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

291

riniers y sont également très communs et y atteignent d’énor­
mes proportions.
Du marigot de Oudari à Yfïané, la route suit une direction
générale S.-S.-E., et la distance qui sépare ces deux points peut
être évaluée à environ trente-trois kilomètres.
A nuit close, tous les visiteurs regagnèrent le village Coniaguié.
Je pus dîner en paix et me coucher vers huit heures du soir. Mais
je dus laisser ouverte la porte de ma case, et des hommes armés
montèrent, pendant toute la nuit, une garde active dans la cour qui
la précédait.

�CHAPITRE XV

Séjour à Yfïané. — Deuxième, journée. — Tam-tam. - Chiens. — Chacals. — Cris
bizarres dans le village. — Etrange coutume. — Nombreux visiteurs.— Visite
de Tounkané. — Grand palabre. — Pas de vivres. — Cordiale et généreuse
hospitalité des Malinkés. — Tounkané me demande en cachette une bouteille
de gin. — Abondance du gibier dans les environs d’Yffané. — Troisième
journée. — Nombreuses visites de dioulas Malinkés établis dans le pays. — Les
pintades. — Tounkané me fait cadeau d’un bœuf. — Je puis enfin me procurer
un peu de mil et de fonio. — Refus de Tounkané de me donner des porteurs pour
retourner à Damentan. — Dans la soirée il me promet de m’en donner le
lendemain matin. — Il enverra deux délégués à Nétéboulou pour s’aboucher
avec le commandant de Bakel. — Heureux résultat de mon voyage. — Départ
d Yfïané. — Tounkané me donne deux guides, mais pas de porteurs. — D’Yfïané
au marigot de Oudari. — Campement à Oudari. — Inquiétudes de Sandia. —
Arrivée de quatre Coniaguiés qui font route avec nous. — Du marigot de
Oudari à Damentan. — Les antilopes. — Les sangliers. — Arrivée à Damentan.
— Joie d’Alpha-Niabali de me revoir. — Récit de Sandia et d'Almoudo. — Ils
m’apprennent les dangers que nous avons courus au Coniaguié.

24 décembre. — Nous avons tous passé uue excellente nuit. Nous
en avions bien besoin : car après l’étape et la journée d’hier, nous
étions absolument exténués. Pour moi, j’ai très bien reposé, malgré
les chiens, les chacals et le tam-tam. Hier soir, à peine Toun­
kané m’eût-il quitté, que commença dans le village coniaguié,
un vacarme épouvantable. On s’y enivra avec le gin que
j’avais donné au chef, et la population entière se livra à un tam-tam
effréné qui se prolongea fort avant dans la nuit. Les chiens se
mirent de la partie et aboyèrent jusqu’au lever du jour, surexcités
par la présence de nombreux chacals qui, chaque nuit, viennent
rôder autour des cases en poussant des hurlements furieux et aigus.
Les hyènes elles-mêmes nous firent visite et un de ces répugnants
animaux s’aventura même jusque dans la cour de ma case. Pen­
dant plusieurs heures, leurs glapissements lugubres se firent
entendre et tinrent mon brave Almoudo éveillé durant la plus
grande partie de la nuit. Pendant tout notre séjour au Coniaguié,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

293

ce brave serviteur ne dormit jamais que d’un œil, et nuit et jour,
avec Sandia, il veilla à ma sécurité avec un soin jaloux.
Des cris bizarres au commencement de la nuit et assez espacés
frappèrent plusieurs fois mon oreille avant que je m’endorme.
Intrigué, j’en demandai la cause à Sandia et à Almoudo qui,
l'ignorant, interrogèrent à ce sujet notre hôte. Je les vis revenir en
riant aux éclats et quand je leur demandai le motif d’une si grande
hilarité ils me répondirent : « Coniaguié y en a gueulé comme ça
parce que y a bien content avec son femme ». Je n’eus pas de peine
à comprendre ce qu’ils voulaient dire et ce détail de mœurs est un
des plus curieux que j’aie jamais enregistrés. Je le recommande tout
particulièrement aux méditations des ethnologistes.
Dès le point du jour, je suis littéralement assailli par une bande
de curieux. Ils pénètrent de force dans ma case, et je suis obligé
de mettre un de mes hommes en faction, à ma porte, pour être un
peu chez moi. Mais il me faut la laisser ouverte. De temps en temps
un curieux passe la tête par l’ouverture, me regarde d’un air ahuri
et se retire pour faire place à un autre.
J’étais assis à ma table occupé à rédiger mes notes, lorsque
tout-à-coup, j’entendis au dehors de grands cris accompagnés
d’éclats de rire. Je sortis aussitôt et je devinai de suite les motifs
de toute cette gaieté en voyant un graud gaillard de Coniaguié
qui s’astiquait à tour de bras la poitrine et les cuisses à l’aide de
ma brosse à souliers. Voici comment cela était arrivé. J ’avais rapporté
de Mac-Carthy quelques boîtes de cirage, et, arrivé à l’étape, mon
petit domestique Gardigué avait pour fonction spéciale de nettoyer
mes bottes. Assis devant ma porte, il se livrait à cet exercice
en présence de nombreux curieux qui le regardaient, bouche
béante, procéder à ces soins de propreté. Mais où leur stupéfaction
fut au comble, ce fut lorsqu’ils virent Gardigué, après avoir étendu
le cirage, le faire luire à l’aide de la brosse ad hoc. L’un d’eux, plus
hardi que les autres, lui fit demander par Fodé de lui prêter un
instant ce curieux instrument. Ce à quoi mon domestique consentit
non sans difficultés. Notre Coniaguié prit la brosse avec précau­
tions, l’examina attentivement et se mit à se frotter vigoureuse­
ment, espérant sans doute obtenir sur son cuir le brillant qui
l’avait tant émerveillé. Ce fut à ce moment que j’arrivai. Le résultat
se faisant attendre, j'entendis mon loustic de gamin lui dire que

�294

ANDRÉ RANÇON

pour faire luire sa peau il faudrait au préalable l’enduire de cirage.
Notre homme ne voulut pas se soumettre à l’expérience. Je l’ai
beaucoup regretté.
Vers neuf heures du matin, Tounltané vint me rendre visite. Je
me plains de ce que mes hommes n’aient rien eu hier à manger et
lui déclare que s’il ne veut pas me procurer le mil et le fonio qui
m’est nécessaire pour les nourrir, je me verrai forcé de partir. Il
me promet de s’en occuper, mais me déclare aussi qu’il n’y aurait
rien d’étonnant s’il ne pouvait pas réussir, car il ne peut pas forcer
les gens à me vendre leurs denrées s’ils ne voulaient pas. Or, je
savais pertinemment que le village regorgeait absolument de tout
ce dont j’avais besoin. Il est venu me saluer, dit-il, me demander
comment j’avais passé la nuit et m’annoncer que tous les chefs du
pays sont réunis sous l’arbre à palabre, en dehors du village
Coniaguié, ce même tamarinier sous lequel je l’ai attendu hier, et
qu’ils m’attendent. Je m’y rends aussitôt sans armes, selon mon
habitude, et accompagné d’Almoudo, de Sandia, Fodé et Maudia,
le frère du chef de Son-Counda. Les hommes de Sandia y étaient déjà
arrivés et, munis de leurs vieux fusils à pierre, s’étaient répandus
dans la foule. Mais leur présence eût été bien inutile et ils
n’auraient rien pu faire au cas où nous eussions été attaqués par
les deux ou trois cents guerriers qui nous entouraient.
Je m’asseois sur mon pliant que m’a apporté Gardlgué au pied
de l’arbre. Sandia et Mandia sont auprès de moi ainsi que Fodé et
Almoudo. Tounkané est en face de moi, à cinq mètres environ, et
les chefs et leurs guerriers forment le cercle autour de nous. Après
les avoir tous salués, je leur expose ce que les Français font pour
leurs amis et tout l’avantage qu’ils auraient à « être avec nous ». De
ce fait, ils pourraient être certains que Moussa-Molo et le FoutaDjallon les laisseraient tranquilles chez eux et ne viendraient plus
les attaquer. Nous ne voulions point prendre leurs terres, car ils
savaient bien que nous en avions assez partout, et la meilleure
preuve que je n’étais pas venu dans leur pays avec l’intention de
leur nuire, c’était qu’ils pouvaient s’assurer que je n’avais pas de
fusil et pas un seul soldat. Or, ils n’ignoraient pas que nous en
avions beaucoup. Nous ne demandions qu’une seule chose, en
échange de la protection que nous leur donnerions, c’est qu’ils
laissent nos dioulas faire chez eux leur commerce en toute liberté,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

295

qu’ils les défendent contre les voleurs et que si les blancs venaient
dans leur pays, ils y soient reçus en amis et puissent s’y établir.
Mou petit discours, qu’Almoudo traduisait en Mandingue et que
Fodé répétait en langue Coniaguiée, produisit le meilleur effet. J’eus
à peine terminé qu’un vieux chef se leva et cria à tue-tête que
j’avais dit de bonnes paroles et que j’étais un bon homme. Tounkané
me répondit qu’il savait bien que je n’étais pas venu pour leur
faire du mal, qu’il avait appris que partout où j’étais passé je
n’avais porté préjudice à personne. J ’avais eu raison de ne pas
emmener de soldats avec moi, car si j’en avais eu un seul avec son
fusil, je ne serais jamais entré dans le Coniaguié, il m’aurait arrêté
au marigot de Nomandi qui sépare, comme nous l’avons dit plus
haut, son pays de celui de Damentan. Ils seront contents d’être nos
amis, à condition que nous l’aidions à battre Tierno-Birahima, un
chef de colonne du Fouta-Djallon, qui se trouvait à N’Dama, au Sud
du Coniaguié,et qui était venu l’attaquer dernièrement sans motifs.
Il l’avait bien repoussé et battu à plate couture, mais il avait été
attaqué et il voulait se venger.
Je lui répondis que je ne pouvais lui accorder cela de suite, que
cela ne me regardait pas, je n’étais venu chez eux que pour savoir
s’ils voulaient être nos amis et que pour régler toutes ces condi­
tions, il n’avait qu’à envoyer deux de ses notables à Nétéboulou ou
à y aller lui-même. Là, ils trouveraient le commandant de Bakel
qui avait tout pouvoir pour faire « un papier avec eux », et pour
arranger leurs affaires.
Ces propositions furent acceptées et il fut entendu qu’il enverrait
deux de ses notables pour régler à Nétéboulou toutes ces affaires
avec le commandant de Bakel qui y devait venir incessamment.
Tounkané ajouta même que ce seraient son propre fils et son frère
qu’il chargerait de cette mission. Enfin, au moment de nous séparer,
je lui promis que j’écrirais au commandant pour le mettre au
courant de tout. Chose que je ne manquai pas de faire en arrivant
à Damentan.
Quand tout fut bien convenu entre nous, je me retirai, non
sans avoir serré la main à tous les chefs présents, et les laissai
délibérer entre eux et causer avec Sandia. Ce palabre n’avait, pas
duré moins de trois heures et il était midi quand je regagnai mon
logis, enchanté d’avoir obtenu si rapidement un tel résultat.

�296

ANDRÉ RANÇON

Tounkané n ’a pas tenu sa promesse et mes hommes n’ont, abso­
lument rien à manger. Il nous faut encore avoir recours à l’obli­
geance des Malinkés. Mon hôte heureusement a tout prévu et il a
fait fabriquer pour mon personnel un excellent couscouss. Je
l’interrogeai longuement sur cette façon de procéder des Goniaguiés
à mon égard, et il me déclare que cela ne l’étonne nullement, car
ils ont l’habitude de ne jamais rien donner ni vendre aux voyageurs
et que c’est toujours chez eux qu’on vient camper. Cette particu­
larité m’a toujours frappé, car, en général, au Soudan, l’hospitalité
la plus large et la plus généreuse est toujours donnée aux voyageurs.
Cette peuplade fait, sous ce rapport, exception, et diffère absolu­
ment de toutes celles que nous avons visitées jusqu’à ce jour.
Grâce aux Malinkés nous n’eûmes pas trop à souffrir des privations
que nous auraient imposées l’avarice et la sauvagerie des Coniaguiés. Aussi en partant fis-je à notre diatigué (hôte) un superbe
cadeau qui le dédommagea amplement de toutes les dépenses qu’il
avait pu faire pour nous.
Je prenais sur mon lit de campagne un peu de repos quand vers
deux heures de l’après-midi arriva Tounkané absolument ivremort. Almoudo eut toutes les peines du monde à l’empêcher
d’entrer, et il ne se retira que lorsqu’il fut bien certain que je
dormais. Il s’en assura lui-même et vint me regarder de si près
que je sentis son haleine empestée de gin sur mon visage. Je ne
bougeai pas et il s’éloigna en"disant qu’il reviendrait plus tard,
car il voulait absolument me voir puisque j’étais son ami.
A cinq heures du soir, je le vis arriver de nouveau, dégrisé,,
mais absolument abruti. Nous causâmes amicalement pendant
quelques instants, et entre autres choses me promit de me donner
tous les hommes dont j’aurais besoin pour m’accompagner et porter
mes bagages à Damentan.
Pendant que nous devisions ainsi, un homme entra tout-à-coup
dans ma case et vint lui dire qu’un énorme Koba (variété d’Antilope)
paissait tranquillement non loin du village. Il dépêcha immédiate­
ment plusieurs chasseurs à sa poursuite. Je lui demandai alors
si ces animaux étaient communs dans les environs. Il me répondit
qu’il y en avait tant que souvent ils s’aventuraient, surtout pendant
l’hivernage, jusque dans l’espace restreint qui séparait le village
Coniaguié du village Malinké et qu’ils y en avaient fréquemment

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

297

tué. Il fit alors sortir tous ceux qui l’avaient accompagné,\'et, à
voix basse, il me dit qu’il avait quelque chose à me demander.
Intrigué, je lui dis de parler. Il me raconta alors que, hier sbtf^les
hommes du village avaient bu toute la caisse de gin que je lui avmg
donnée et qu’il ne lui en était rien resté. Il me priait de lui en
donner une bouteille pour lui. J’accédai immédiatement à son
désir, et lui en fis remettre une par Almoudo. Il s’en empara
vivement, la cacha sous la loque qui lui servait de boubou et
s’enfuit aussitôt vers le village comme un voleur. Il dut lui faire de
nombreuses caresses, car je ne le revis pas de la journée.
Dans la soirée, je sortis un peu pour me reposer et j’emportai
mon appareil à photographier. J ’avais l’intention, puisqu'il m’était
interdit de visiter le village Coniaguié, d’en prendre un cliché. Je
dus y renoncer, car j’avais à peine disposé mon instrument que je
fus entouré par tous les guerriers qui m’avaient suivis et qui
m’intimèrent l’ordre de remporter le tout dans ma case. Ils
croyaient que c’était un canon, et, malgré tout ce que purent leur
dire Saudia, Almoudo et même le marabout Malinké chez lequel
j’étais logé, je dus me soumettre et rentrer au logis. J’étais absolu­
ment furieux.
Le reste de la journée se passa sans incidents, et je me couchai
à la nuit tombante, fatigué et exaspéré par tous les visiteurs qui
n’ont cessé de m’assaillir tout le jour de leurs indiscrétions.
25
décembre. — La uuit s’est très bien passée et,.sans les chiens
et les chacals, j’aurais très bien dormi. Fréquemment, j’entendis
les cris étranges qui m’avaient tant intrigué hier et Almoudo ainsi
que le vieux Samba, mon palefrenier, m’avouèrent au réveil qu’ils
en avaient beaucoup « rigolé » peudant la nuit (sfr). Dès le point du
jour, ma cour est envahie par les visiteurs et les curieux. Je n’ai
pas besoin de dire que, comme la nuit précédente, je fus gardé à
vue par un poste de Coniaguiés en armes, et que je dus laisser ma
porte grande ouverte. La même comédie qu’hier recommence et
elle durera toute la journée. Je remarque que les hommes armés
sont beaucoup plus nombreux. Il en est venu de tous les villages
environnants, me dit mon hôte, mais rien dans leur attitude.
ne me fait craindre quoi que ce soit de leur part. Ce sont des
curieux, voilà tout, qui veulent voir cet étrange animalqu’on appelle
un blanc. Tounkané vient me voir plusieurs fois dans la matinée,

�298

ANDRÉ RANÇON

mais il m’est impossible d’en rien tirer, il est absolument ivremort et incapable de parler.
Une petite querelle de ménage entre le vieux Samba et sa femme
vint à propos à ce moment-là me permettre de me débarrasser de
cet insupportable ivrogne. Je m’empressai de le congédier. Voici
ce qui était arrivé. Depuis notre départ de Kayes, le vieux Samba,
sa femme et le cuisinier s’étaient liés de la plus étroite amitié.
Tout cela faillit bien se terminer à Yfïané. Je ne sais trop pour quel
motif une discussion s’éleva entre la femme et le cuisinier. On en
vint vite aux gros mots et madame Samba se permit des expres­
sions et vomit des insultes telles à l’égard des parents de notre
homme qu’il avertit immédiatement le mari de la façon dont sa
femme venait de traiter « son famille ». Elle avait insulté son père,
elle avait insulté sa mère. Ce sont des choses qu’un noir ne
pardonne pas. Mis au courant de l’affaire, le palefrenier l’eut vite
réglée. Une bonne volée de coups de corde apprit bien vite à la
mégère ce qu’il en coûte de se livrer à l’égard des ancêtres d’un
ami à de semblables intempérances de langage. Je ferai remarquer
que notre cuisinier était autant, sinon plus, le mari de la belle que
le palefrenier. C’est là ce qui fait le piquant de l’affaire. Dès que
j’entendis leurs cris, je priai Tounkané de se retirer pour me
permettre d’aller voir ce qui se passait. Il s’en alla de bonne grâce,
en me promettant qu’il allait m’apporter un boeuf. Il m’avait fait
tant de promesses depuis mon arrivée que je ne m’attendais pas
plus à lui voir tenir celle-ci que les autres. Aussi mon étonnement
fut-il grand quand on vint m’annoncer que le bœuf était là. Je vais
le voir comme c’est l’usage, et je donne l’ordre de l’abattre immé­
diatement. On dut le tuer à coups de fusil, car ces bœufs vivent
absolument à l’état sauvage et il serait dangereux de s’en approcher
de trop près. Le partage en est immédiatement fait. J ’envoie à
Tounkané un quartier de devant, selon la coutume au Soudan, j’en
donne aux chefs, à mes hôtes, etc., etc. Bref, on fit bombance ce
jour-là. Il était temps, car depuis notre arrivée dans le Coniaguié,
nous avions été absolument réduit à la portion congrue. Tounkané
poussa même l’amabilité jusqu’à m’envoyer un peu de fonio pour
mes hommes et du mil pour nos chevaux qui ne vivaient depuis
trois jours que de brousse et d’un peu de paille d’arachides. Quant à

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

299

la peau de l’animal je la distribuai entre les hommes de ma caravane
pour qu’ils puissent se faire des sandales.
J’eus encore, dans cette rqatinée, la visite des quatre chasseurs
qui m’avaient accompagné du marigot de Talidian à Ytïané. Ils
allaient repartir pour la chasse et avant de s’en aller ils venaient
me saluer et me souhaiter bon voyage. Je les remerciai et leur fis
quelques petits cadeaux auxquels ils furent très sensibles. Almoudo
leur fit alors raconter par Fodé comment Tounkané nous avait reçus
et leur demanda de nous procurer du mil et du riz ou fonio pour
la route d’Yffané à Damentan. Ils sortirent aussitôt en me promet­
tant qu’ils allaient s’en occuper. En effet, quelques instants après,
je les vis revenir avec plusieurs femmes qui consentirent à me
vendre pour de la verroterie, du gin et du tabac, la quantité de mil
et de fonio qui m’était nécessaire pour nourrir mes hommes et mes
chevaux pendant trois jours. Je fis demandera ces femmes pour­
quoi elles n’étaient pas venues plus tôt m’offrir leurs marchandises.
Elles me répondirent que ce n’était pas l’habitude du pays et que,
de plus, on le leur avait défendu. Leurs paroles m’intriguèrent
beaucoup et je me demande encore aujourd’hui qui avait bien pu
leur faire semblable défense et dans quel but.
Dans la journée, vers deux heures de l’après-midi, Almoudo
vint m’annoncer que des dioulas Malinkés voulaient me saluer. Je
les fis immédiatement entrer, et, après les salutations d’usage,
celui qui paraisssait être le chef prit la parole et me dit qu’ils
étaient venus de Yokounkou, leur village, distant de 15 kilomètres
environ d’Yffané, pour me remercier d’être venu dans le pays et
pour me donner l’assurance qu’ils seraient très heureux de voir
les Français diriger les affaires de Coniaguié parce qu’ils savaient
que le commerce se ferait alors librement et qu’ils pourraient
circuler en toute sécurité dans le pays. Ils avaient appris com­
ment Tounkané m’avait traité. Cela ne les avait pas étonnés, car
les Coniaguiés étaieut réputés partout comme une peuplade
très inhospitalière. Aussi ils m’apportaient des œufs, des poulets
et du mil pour mes hommes et pour mes animaux. Il termina
en me disant que si je voulais aller dans leur village j’y serais
le bienvenu et que je n ’y manquerais de rien tant que je voudrais y
rester. Je les remerciai sincèrement de leur invitation et leur dis
que je ne pouvais aller chez eux, car j’étais très pressé de

�300

ANDRÉ RANÇON

rentrer à Kayes et que je comptais partir le lendemain matin.
Je leur lis alors quelques cadeaux et entre autres choses je
leur donnai quelques mains de papier qui leur firent le plus
grand plaisir. Ils se retirèrent en me renouvelant de nouveau
l’assurance de tout leur dévouement aux Français et en me
promettant qu’ils feraient tout ce qui dépendrait d’eux afin
que Tounkané envoyât au plus tôt ses mandataires à Nétéboulou
pour signer avec le commandant de Bakel un traité d’amitié.
Ils ajoutèrent que je ferais bien de me méfier des Coniaguiés.
L’un d’eux revint quelques minutes après leur sortie pour
me proposer de lui acheter deux pintades. Almoudo lui de­
manda alors combien il voulait les vendre. Deux sacs de sel,
dit-il: ce qui faisait environ 25 francs. Je ne pouvais décem­
ment pas me permettre une semblable prodigalité. Enfin, après
bien des pourparlers, il finit par rabattre son prix et j’eus
ces deux gallinacés pour quatre moules de sel et quelques
feuilles de papier. Ce n’était pas payer trop cher l’espoir de
deux bons rôtis.
Tounkané revint me voir vers quatre heures du soir avec
ses femmes et son dernier-né; il me fallut leur faire à chacune
un petit cadeau; à l’une je donnai de la verroterie, à l’autre
du tabac, à celle-ci du laiton pour se faire un bracelet, à
celle-là de la laine rouge, à cette autre un morceau d’étoffe
écarlate, etc., etc., à T o u n k a n é son inévitable bouteille de gin.
Tout le monde me remercia, mais quand je demandai si j’au­
rais le lendemain les hommes qui m’étaient nécessaires pour
retourner à Damentan, il me répondit qu’il ne pouvait pas me
les donner parce que ce n ’était pas l’habitude du pays.
Dans la soirée, il me fit encore demander du gin : je lui
en envoyai quelques bouteilles et peu après je le vis arriver.
Il venait me remercier, me dire que tout était réglé entre
nous, qu’il enverrait son fils et son frère à Nétéboulou pour
s’entendre avec le commandant de Bakel et que je pourrais
partir le lendemain matin à l’heure que je voudrais, qu’il
s’était arrangé pour réunir les quelques hommes qui devaient
m’accompagner, mais que je ne devais pas trop y compter car
il craignait bien qu’au moment du départ, ils refusent de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

301

venir; il ajoutait qu’il ne pouvait pas les forcer et que dans
le Coniaguié, chacun était libre de faire ce qu’il voulait.
Je me couchai à la nuit tombante, enchanté du résultat auquel
j’étais arrivé et que j’étais loin d’espérer à mon arrivée dans le
Coniaguié. Il y avait bien un point noir, la question des porteurs.
Mais bah ! nous nous étions bien débrouillés en d’autres circons­
tances, nous saurons bien nous débrouiller encore, comme le
disait le brave Almoudo.
26
décembre. — Je passai une très-bonne nuit et dès le point du
jour, je réveillai tout mon monde. Je dépêche immédiatement
Almoudo et le chef de la case où je suis logé vers Tounkané pour le
saluer en mon nom et pour lui dire que nous n’attendons plus pour
partir que les hommes qu’il m’a promis hier. Il me fait répondre que
personne ne veut porter et qu’il ne peut pas, à son grand regret,
teair la promesse qu’il m’a faite. Il fallut donc nous débrouiller
nous-mêmes et organiser notre convoi avec nos propres ressources.
Les hommes de Sandia et les miens prennent alors les bagages et
nous nous disposions à nous mettre en route, lorsque Tounkané
arriva. 11 vient me saluer, me dit-il, et me souhaiter un bon voyage.
Nous nous serrons la main comme de vieux amis et il me donne
deux guides auxquels il recommande à plusieurs reprises de me
mettre dans la bonne route. Il est six heures du matin quand
nous quittons Yfïané. Nous passons en vue du village dont les
habitants nous regardent défiler avec indifférence. Il fait une tem­
pérature très fraîche. Tout le monde grelotte et les enfants, pour se
réchauffer, tiennent dans les mains un tison enflammé sur lequel
ils soufflent fréquemment pour en activer la combustion. Nos
guides nous font prendre un tout autre cbemiu que celui que d o u s
avions suivi à notre arrivée dans le pays. Nous ne trouvons sur
notre passage que le village d’Ouraké et deux petits villages iMalinkés. Cela nous fait gagner environ trois kilomètres. Dans ce
trajet, nous rencontrons plusieurs troupeaux de beaux bœufs qui
se précipitent sur nous au galop et nous chargent. Heureusement
que les guides sont là et les écartent. 11 paraît que la vue de gens
habillés a le don d’exaspérer tout particulièrement ces animaux
qui sont habitués à ne voir que des hommes absolument nus. Nous
traversons, sans encombre, le marigot de Bankounkou et celui de
Mitchi, où je suis obligé de me mettre à l’eau. Là, nos guides nous

�302

ANDRÉ RANÇON

demandent à retourner à Yffané. N’ayant plus besoin de leurs
services, car la route nous était maintenant bien connue, je les
congédie et leur donne quelques kolas qu’ils acceptent avec le plus
grand plaisir, car ce fruit est très rare dans le pays et ils en sont
particulièrement friands.
La traversée du marigot de Oupéré, de celui de Bôboulo et de
celui de Oudari se fait sans accidents, et à une heure de l’aprèsmidi nous sommes arrivés sur la rive droite de ce dernier où je
trouve avec plaisir la bonne case que mes hommes m’y avaient
construite quelques jours avant.
Pendant cette longue étape, je n’ai rien à signaler d’intéressant
que la rencontre que nous fîmes à quelques centaines de mètres du
marigot de Oupéré d’une colonie nombreuse de fourmis magnians
qui émigrait sur le sentier, sur une longueur d’environ deux cents
mètres. Nous fûmes obligés, de ce fait, d’opérer un détour dans la
brousse pour les éviter, car leurs douloureuses morsures sont
excessivement redoutées des indigènes et les chevaux eux-mêmes
sont affolés par l’intolérable cuisson qu’elles déterminent.
Nous avons constaté l’existence au Soudan français de cinq
espèces différentes de fourmis : 1° la fourmi ordinaire que les
Malinkés désignent sous le nom de « Méné-mèné » ; 2° une petite
fourmi noire qui habite généralement les cases et dont la morsure
est excessivement douloureuse et que l’on désigne sous le nom de
« Dougou-méné » (dougou village et mené fourmi) ; 3° la fourmi
rouge « Méné-oulé », qui mord cruellement et qui peut même pro­
voquer des ampoules semblables à des brûlures ; 4° la fourmicadavre qui habite surtout dans leslougans et qui est ainsi nommée
parce qu’elle exhale une odeur fétide qui rappelle celle d’un
cadavre en putréfaction. Une seule de ces fourmis suffit pour
empester une case toute entière ; 5° la fourmi-magnian, la plus
terrible de toutes. Elle est très volumineuse et sa longueur peut
atteindre parfois un centimètre et demi à deux centimètres. Sa
couleur est noirâtre. Elle est excessivement vorace. Ses morsures
sont excessivement douloureuses et provoquent parfois l’engour­
dissement du membre qui a été blessé. Elles vivent en colonies
nombreuses et émigrent fréquemment. Lorsqu’elles s’attaquent à
une charogne elles l’ont rapidement dévorée et n’en laissent abso­
lument que les os. Si l’on est menacé d’une invasion de ces terribles

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

303

insectes, il suffit pour s’en débarrasser de tracer un sillon en avant
d’elles et la colonne obliquera toujours soit à droite soit à gauche. Je
me suis très bien trouvé, toutes les fois que j’ai été mordu, de laver
la blessure avec de l’alcool à 90° ou bien avec une solution con­
centrée de bichlorure de mercure. La douleur cesse presque immé­
diatement. En pareil cas, les indigènes se servent de beurre de
karité dont ils étendent une épaisse couche sur la morsure et par­
dessus laquelle ils appliquent deux ou trois feuilles de téli (Erythrophlœum guineense) qu’ils maintiennent à l’aide d’un chiffon pendant
plusieurs heures. Ce procédé nous a également bien réussi.
Peu après notre arrivée au campement de Oudari éclata, dans
la brousse, sur la rive opposée du marigot, un immense incendie.
Nous entendîmes toute la journée le crépitement des flammes et je
craignais tellement de lui voir gagner notre campement que je fis
débroussailler au loin autour de nous et placer mes bagages en
dehors de ma case. Le vent était heureusement pour nous. Il
soufflait du Nord-Est et poussait les flammes du côté de la rive
opposée à celle sur laquelle nous étions campés. Malgré cette cir­
constance, je ne fus pas sans inquiétudes et recommandai à mes
hommes de veiller avec soin. Tout se passa bien et je n’eus aucun
désastre à déplorer.
Vers trois heures de l’après-midi, arrivèrent quatre hommes
d’Yfïané. Us me demandèrent à camper avec nous et à nous
accompagner àDamentan d’où ils voulaient aller à Yabouteguenda
chercher du sel en échange de beurre de karité dont ils avaient de
fortes charges. Je leur accordai l’autorisation qu’ils sollicitaient et
ne les revis plus qu’à notre arrivée à Damentan, où ils vinrent me
saluer et me souhaiter un bon voyage.
Sandia, malgré tout ce que je pus lui dire, n’était pas tran­
quille. Il faut se méfier des Coniaguiés, me répéta-t-il plusieurs fois
dans la journée, car ce ne sont pas de bons hommes et ils peuvent
bien venir nous attaquer cette nuit. J ’étais bien rassuré à ce sujet
et j’étais bien persuadé que je n’avais rien à redouter de semblable.
Je ne voulus cependant pas empêcher Sandia de faire une ronde
minutieuse autour du camp, à la nuit tombante. Il en fouilla avec
soin tous les environs et ne se coucha que lorsqu’il fut convaincu
qu’il n’y avait rien de suspect: mais je suis bien certain qu'il ne
dormit pas beaucoup cette nuit-là.

�304

ANDRÉ RANÇON

27
décembre.— Excepté Saudia, tout mon monde a bien dormi et
j’eus quelque peine à réveiller mes hommes à trois heures du matin.
Malgré l’heure matinale, les préparatifs du départ se font très rapi­
dement. Il fait encore nuit noire quand nous nous mettons en route,
et cependant, la marche est bonne. C’est qu’il fait un froid des plus
vifs et je constate huit degrés seulement au thermomètre centigrade.
C’est une des plus basses températures que j’aie observées dans ces
régions. De plus, une rosée abondante et froide couvre absolument la
brousse et, peu après le départ, nous sommes littéralement trempés
jusqu'aux os. Aussi, à chaque halte, nous faut-il faire de grands
feux pour nous réchauffer et nous sécher. A peu de distance du
marigot de Nomandi, dans une vaste plaine que venait de dévaster
un immense incendie, nous vîmes défiler devant nous un superbe
troupeau de 25 à 30 antilopes de la variété que les indigènes
désignent sous le nom de « Koba ». Cet animal est excessivement
commun au Soudan et il en existe plusieurs espèces dont les prin­
cipales sont : le Koba, le Dumsa et le Diguidianka. On les reconnaît à
la forme de leurs cornes, à leur stature, et à leur pelage. Ainsi le
Dumsa est généralement de petite taille. Son poil est alezan foncé
et ses cornes sont droites, de taille moyenne à l’âge adulte; et forte­
ment acérées. Le Koba est, au contraire, de forte taille, son pelage
grisâtre et sa bouche est blanche. Ses cornes sont en général
annelées, rejetées en arrière et ont une courbe à concavité posté­
rieure. Le Diguidianka est le plus volumineux de tous, il est géné­
ralement aussi le plus farouche. Son pelage est alezan et sa taille
peut atteindre celle d’un cheval de cavalerie légère. Ses cornes très
fortes atteignent parfois un mètre à un mètre cinquante de lon­
gueur. Elles sont fortement annelées. Très lourdes, elles sont forte­
ment implantées dans l’os frontal et comme elles pourraient gêner
l’animal quand il est poursuivi, il lève fortement la tête de façon à
ce qu’elles viennent reposer sur son dos. Tous ces animaux sont
très vigoureux et détalent avec une effrayante rapidité. Aussi ne
peut-on les chasser qu’à l’affût ou bien les tirer avec des armes à
longue portée. Leur chair est excessivement savoureuse.
Nous revoyons, en passant, notre campement du marigot de
Bamboulo, et à peine étions-nous dans la vallée de Damentan que
nous faisons fuir devant nous une belle troupe de sangliers. Je
remarque dans leurs rangs plusieurs vieux solitaires énormes et un

�305

DANS LA HAUTE-GAMBIE

graud nombre de jeunes marcassins. Ils défilent tranquillement à
deux portées de fusil de nous environ. Cet animal, que les indigènes
nomment Diéfali, est très commun dans toute cette région. Les
musulmans ne le chassent pas car il est défendu par le Koran de
manger sa chair. Aussi, il se multiplie considérablement et cause
de grands ravages dans les lougans de mil et de patates dont il est
très friand.
A midi nous arrivons enfin à Damentan. Tout le monde fait la
sieste ou bien est occupé dans les lougans. Mais la nouvelle de notre
arrivée s’est bientôt répandue et tout le village ne tarde pas à venir
me saluer et à venir prendre de nos nouvelles. On ne comptait plus
nous revoir, car, avec leur exagération habituelle, les noirs qui
y étaient venus du Coniaguié, n’avaient pas manqué de dire que
Tounkané ne voulait pas nous laisser revenir à Damentan. Ce fut
avec un grand plaisir que je repris possession de ma bonne case et
que je pus enfin me reposer un peu. Je crois bien que mes hommes
revirent cet hospitalier village avec encore plus de satisfaction que
moi si cela était possible.
Alpha-Niabali était absent lorsque nous arrivâmes. Il était allé
dans ses lougans surveiller la récolte de son mil. Il fut aussitôt
prévenu et ne tarda pas à venir me rejoindre. Grande fut sa joie de
nous voir sains et saufs et il ne me cacha pas que pendant les
quelques jours qu’avait duré notre voyage, il avait été fort inquiet
de notre sort. Il avait appris la façon peu cordiale avec laquelle
Tounkané nous avait reçus et il n’en avait été nullement surpris.
Mais ce qui le scandalisa le plus ce fut le peu d’empressement que
ce sauvage avait mis à nous procurer notre nourriture, a Je te
l’avais bien dit, me dit-il, ce sont de véritables bœufs (missio) ». Il
fallut lui raconter en détail notre voyage sans rien omettre. On
peut bien penser que la conversation ne languit pas. Sandia nous
raconta alors tout ce qui s’est passé dans le village Coniaguié
pendant notre séjour à Yfïané. Il a été tenu chaque jour au courant
des faits et des gestes des habitants par notre hôte qui y avait ses,
grandes et ses petites entrées, et s’il ne m’a prévenu de tout ce
qui se tramait contre nous, c’est uniquement pour ne pas m’effrayer.
Je compris alors pourquoi il insistait tant pour que je parte et
pourquoi il était si inquiet pendant tout le voyage de retour. Il
m’avoue alors n’avoir été réellement tranquille que lorsque nous
André Rançon. — 20.

�306

ANDRÉ RANÇON

eûmes traversé le marigot de Nomandi qui forme la limite entre le
Coniaguié et le Dament.an. Je ne crois point que ma vie ait été aussi
sérieusement menacée à Yfïané que ce brave homme de chef veut
bien le dire. Malgré cela, je tiens à relater ici tous les détails qu’il
m’a donnés au retour quand tout péril fut éloigné. Je commence
dès le début, dés mon entrée sur le territoire Coniaguié, et voici à
peu près ce que nous raconta Sandia et que me traduisit fidèlement
Almoudo.
Les quatre hommes que nous avions rencontrés au marigot de
Talidian avaient été apostés là pour nous suivre dans la brousse et
épier nos faits et gestes. L’œil perçant de Sandia les découvrit et
force leur a été dès lors de faire route avec nous. A Ouraké, le chef
ne nous fit attendre si longtemps pour nous autoriser à aller à
Yfïané qu’afin de permettre aux guerriers du village de se ras­
sembler pour nous escorter. A partir de là, en effet, le nombre des
guerriers Coniaguiés ne fit qu’augmenter et c’est entourés de cent
ou cent cinquante fusils que nous arrivâmes à Yfïané. Dès que je
fus installé dans le village Malinké, et après l’entretien que j’y
eus avec Tounkané dans ma case, on discuta ferme dans la soirée,
dans le village Coniaguié pour savoir si on nous laisserait retourner
à Damentan. Mais on ajourna toute décision au lendemain, quand
on aurait entendu ce que j’avais à dire.
Après le palabre, on discuta longuement dans le village où tous
les chefs Coniaguiés étaient réunis. Il paraîtrait que beaucoup
opinaient pour qu’on nous mît tous à mort ; mais le chef Tounkané
déclara qu’il ne fallait pas agir ainsi, car, étant venu chez eux sans
armes et sans escorte, il était évident que je ne voulais pas leur
faire de mal ; mais il fallait, sous tous les prétextes, nous empêcher
de retourner chez nous, d’où nous n’aurions pas manqué de revenir
bientôt après avec une colonne pour nous emparer du pays. Ce fut
cette opinion qui prévalut. Aussi, comme première mise à exécu­
tion me demanda-t-il de rester un jour de plus pour lui faire
plaisir. Ce que j’accordai, malgré Sandia et Almoudo qui, étant au
courant de la situation, voulaient me faire partir de suite. Je me
souviens encore qu’à ce moment-là quand je déclarai à Tounkané
que je resterais un jour de plus, selon sa demande, Almoudo me
répéta à plusieurs reprises : « Y a pas bon quand noir y a dire, tu

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

307

partiras demain, tu partiras demain, si toi y a resté, Goniaguié y
a faire captif ».
Dans la troisième journée, nouveau conciliabule entre les chefs
Coniaguiés. Il est alors décidé que pour m’empêcher de partir, on
s’emparera de mes hommes ; et pour mieux atteindre ce but, on ne
me donnera personne pour porter mes bagages; mais on n’agira
que lorsque tous les guerriers du pays seront réunis. Je m’étonnais
aussi d’en voir depuis la veille arriver de tous côtés. Le soir, Tounkané vint me voir et entre autres choses me demanda de ne pas
partir le lendemain matin et de ne me mettre en route que le soir,
parce que, disait-il, des chefs de villages éloignés devaient venir
me saluer et les Malinkés devaient m’apporter un bœuf. Je le lui
refusai et ce fut alors que me voyant absolument décidé à partir, il
me promit qu’au point du jour j’aurais les hommes qui m’étaient
nécessaires. Prévenus par notre hôte de ce qui s’était passé la veille,
Sandia et Almoudo me déclarent qu’il faut absolument partir le
lendemain matin, puisque j’ai déclaré que je partirais ce jour-là,
et que si Tounkané ne donne pas des hommes, on se débrouillera
avec les nôtres et que, s’il le faut, ils porteront eux-mêmes les
bagages. Comme je l’ai dit plus haut, le lendemain matin, en effet,
nous ne pûmes pas avoir les quelques porteurs qui me manquaient.
Nous nous sommes débrouillés et Tounkané fut, je crois, bien
heureux de nous voir partir.
Je ne donne bien entendu, ce récit que, sous toutes réserves, et
uniquement d’après ce que m’ont rapporté mes hommes. Pour moi,
je tiens à affirmer que je n’ai rien eu à reprocher aux Coniaguiés,
que leur indiscrétion, la garde active qu’ils ont montée autour de
ma case et aussi la façon peu hospitalière dont ils nous ont traités.
Du reste, d’après les renseignements que j'ai pu recueillir sur ces
gens-là, j’ai acquis la certitude qu’ils n ’avaient pas fait une
exception pour moi et qu’ils recevaient ainsi tous les étrangers qui
s’aventuraient dans leur pays.
Quand nous eûmes terminé le récit de nos aventures au
Coniaguié, Alpha-Niabali me demanda aussitôt la permission de se
retirer pour donner des ordres afin qu’on nous préparât tout ce qu’il
fallait pour notre dîner, car, disait-il, vous devez avoir faim. Il fit
immédiatement envoyer du mil en quantité considérable pour les
chevaux. Ces pauvres bêtes, absolument affamées, et qui n ’avaient,

�308

ANDRÉ RANÇON

pour ainsi dire, vécu depuis huit jours que de brousse sèche et
d’un peu de paille d’arachides, firent bombance ce jour-là et
mangèrent double ration de mil. A la nuit tombante, les femmes
du village apportèrent à mes hommes, de bons couscouss de mil,
de riz, de fonio avec de la viande et du lait. Ils rattrapèrent
le temps perdu et ce fut avec joie qu’ils m’entendirent déclarer à
Alpha que je resterais encore un jour à Damentan. J ’avais grand
besoin de repos, et je voulais mettre un peu d’ordre dans mes notes.
Ce soir-là tout le monde se coucha et s’endormit de bonne
heure et j’avoue que je ne fus pas de ceux qui dormirent le moins
profondément. Le lendemain s’écoula sans incidents, ce fut encore
pour toute ma caravane une journée de repas pantagruéliques et de
festins copieux. Pour moi, j’ai pu mettre à jour la plus grande
partie de mes notes et faire mes préparatifs de départ pour le
lendemain matin. Je n’ai pas besoin de dire que j’ai retrouvé
absolument intacts tous les bagages que j’avais confiés à AlphaNiaboli. Je le remercie de sa généreuse hospitalité, et lui fais un
beau cadeau avant de nous séparer. Il est enchanté et m’assure une
fois de plus de tout son dévouement pour les Français. « Demain
» matin, me dit-il, je viendrai te saluer avant ton départ et mon
» fils partira avec toi pour aller trouver à Nétéboulou le com)) mandant de Bakel et l’assurer que je veux absolument être ami
» avec vous. »

�CHAPITRE XVI

Le pays de Coniaguié et le pays de Bassaré. — Limites. — Frontières. — Aspect
général du pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du
sol. — Faune. — Animaux domestiques. — Les bœufs. — Les poulets. — Les
pintades. — Flore. — Productions du sol — Cultures. — Populations. — Ethno­
graphie. — Ethnologie. — Sociologie. — Opinions diverses sur l’origine des
Coniaguiés et des Bassarés. — Les villages. — Les habitations.— La nourriture.
— La coiffure. — Le vêtement. — Organisation de la société. — La famille. —
Rôle de la femme dans les affaires publiques. — Religion. — La guerre. — Les
armes. — Fabrication de la poudre. — Langage. — Situation politique actuelle.
— Rapports des Coniaguiés avec leurs voisins. — Notes diverses sur les
Bassarés.

�310

ANDRÉ RANÇON

Le pays de Coniaguié et celui de Bassaré étaient absolument
inconnus jusqu’à ce jour. Aucun Européen n ’avait visité avant
nous cette région et ce qui nous permet de le présumer, c’est que
nous ne la trouvons mentionnée dans aucune relation de voyage et
ce que l’on en savait jusqu’à ce jour, on ne l’avait uniquement
appris que par de vagues renseignements. Ce n’est que sur la carte
dressée par MM. les lieutenants Plat et Huillard, de l’infanterie de
marine, que nous trouvons le nom de « Batiari ». C’est ainsi qu’ils
désignent cette contrée, et cette indication permet de supposer que
ces deux consciencieux géographes en avaient entendu parler.
Certains autres auteurs,en parlant du N’Ghabou, disent bien que le
Bassary et le Conadjy en étaient des provinces, mais aucun ne
donDe à leur sujet aucun renseignement ni aucun détail. Tout au
contraire, le pays compris entre la rivière Grey et les pays de
Niocolo, Sabé, Tamgué a toujours été considéré jusqu’à ce jour
comme absolument désert et inhabité. Pour nous, nous désigne­
rons sous ces deux noms de Coniaguié et de Bassaré, toute cette
vaste étendue de terrains qui se trouve située au Sud-Sud-Est de
Damentan et qui est habitée par ces peuplades qui diffèrent si pro­
fondément par leurs mœurs et leurs coutumes des autres peuples
du Soudan.
Limites. Frontières. — Pour plus de clarté disons tout d’abord
que nous comprendrons dans la même description le pays de
Coniaguié et celui de Bassaré. Les deux peuplades qui les habitent
sont, en effet, de même race et ont les mêmes mœurs, mais leur
langage est un peu différent. D’après les renseignements que nous
avons pu recueillir, ce pays se trouverait à peu près situé entre les
14° 45’ et 15° 10’ de longitude Ouest et les 12° 25’ et 12° 56’ de latitude
Nord. Ces limites ne sont absolument que très approximatives. Sa
plus grande longueur du N.-O. au S.-E. est d’environ 80 kilomètres
et sa plus grande largeur du S.-O. au N.-E. ne dépasse pas 50 kilo­
mètres. Sa superficie est à peu près de 4,000 kilomètres carrés, sur
lesquels environ un quart serait habité et cultivé. Il confine au
Nord et au Nord-Est au territoire de Damentan, à l’Est au Niocolo
et au Sabé, au Sud aux pays de N’Dama, de Pajady et de Toumbin,
enfin à l’Ouest aux pays de Pajady, de Toumbin et au Fouladougou.
Sa frontière est des plus irrégulières. Il est séparé du Damentan par

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

311

le marigot de Nomandi. La rivière Grey le sépare du Fouladougou.
Ailleurs, rien de certain. Pas de frontières naturelles. Du reste,
dans ces régions, il est séparé des pays voisins par de longs espaces
de terrains absolument déserts et inhabités.
Aspect général du pays. — Le pays des Coniaguiés et des Bassarés,
du moins dans la partie que nous avons visitée, diffère complète­
ment des autres parties du Soudan que nous avons parcourues.
C’est une succession de collines et de vallons qui lui donne l’aspect
le plus mouvementé. L’aspect de la région avoisinant la rivière
Grey est tout différent. Nous retrouvons là les vastes plaines
argileuses que nous signalions entre Son-Counda et Damentan. Il
en serait de même pour lapartie qui confine au Niocolo et au Sabé.
La végétation, pauvre sur les plateaux est, au contraire, excessi­
vement riche dans les vallées et sur les flancs des collines. Dans les
régions avoisinant la rivière Grey et le Niocolo, nous ne trouvons
plus que la végétation rare des terrains marécageux à fonds
d’argiles. La partie habitée qui est constituée par un vaste plateau
d’environ 800 à 1,000 kilomètres de superficie a un aspect riche et
agréable que n’ont pas les autres régions. Les nombreux villages et
les vastes lougans qu’on y rencontre lui donnent un aspect de
fertilité et de richesse que n’ont pas les autres pays du Soudan.
Hydrologie. — Nous ne pouvons parler de l’hydrologie du pays
de Coniaguié et de Bassaré qu’uniquement en ce qui concerne la
région que nous avons parcourue. Elle est des plus riches et toutes
les vallées sont arrosées par des marigots où coule en toute saison
une eau claire, limpide et délicieuse à boire. En général, au pied de
chaque colline coule un marigot. D’après nos renseignements, tous
ces marigots seraient tributaires de la rivière Grey et la plupart
d’entre eux la feraient communiquer avec la Gambie. Nous ne
donnons ceci, bien entendu, que sous toutes réserves. De Damentan
à Yfîané on trouve successivement les marigots suivants, dans le
Coniaguié, le Taliclian, le Poutou-pata qui se divise en deux bran­
ches, le marigot de Oudari, celui de Bàboulo, de Oupéré, de Mitchi,
et de Bankounkou, qui reçoit celui de Malé qui traverse de l’Est à
l’Ouest le Coniaguié et sépare le territoire des Sankoly-Counda
de celui des Biaye-Counda ; ce sont les deux familles qui peuplent
ce pays. Sur le plateau lui-même, à part le marigot de Malé, on

�312

ANDRÉ RANÇON

ne trouve aucun cours d’eau, et on ne se sert pour les usages
domestiques que de l’eau de puits qui est, du reste, excellente.
Par-ci par-là, on rencontre aussi quelques mares, mais elles sont
rares et de peu d’importance. Comme on le voit, toute cette région
est supérieurement arrosée, et c’est à la présence de tous ces
marigots que les vallées où ils coulent doivent leur grande fertilité.
La rivière Grey arrose le Coniaguié sur une longueur d’environ
quarante kilomètres. Elle reçoit toutes les eaux qui découlent le
long des flancs du plateau, à l’Ouest. Nous avons longuement
parlé plus haut de cette rivière, nous n’y reviendrons pas ici.
Nous ne pourrions, du reste, rien ajouter à ce que nous avons
déjà écrit à ce sujet.
Orographie. — L’orographie du pays des Coniaguiés et des
Bassarés, du moins dans la partie que nous avons visitée, est des
plus simples. La rive gauche de la Gambie est longée dans tout son
cours par une chaîne de collines peu élevées, boisées, et qui se
distinguent au loin dans la plaine. De ces collines partent des
contre-forts en grand nombre qui, perpendiculaires à ces dernières,
se dirigent vers la chaîne peu élevée qui longe la rive droite de la
rivière Grey. De telle sorte que les deux rangées de collines de la
Gambie et de la rivière Grey forment, pour ainsi dire, les deux
montants d’une échelle dont les contre-forts signalés plus haut
seraient les échelons. Entre ces collines s’étendent de belles vallées
au fond desquelles coulent les marigots. Ceux-ci sont dans tout
leur cours absolument parallèles aux collines dont ils suivent le
pied. Leur orientation est la même, Sud-Ouest, Nord Est. Toutes
ces collines dont nous venons de parler sont relativement peu
élevées : 30 à 35 mètres au maximum. Elles sont généralement
incultes et inhabitées. Leur sommet s’étale en un plateau plus ou
moins vaste, aride, en général, sauf pour celui du Coniaguié et
celui du Bassaré. Leurs flancs sont généralement boisés ; mais c’est
surtout sur les bords des marigots que se voit la végétation la plus
puissante. Par-ci, par là, dans les plaines, nous trouvons encore
quelques-unes de ces collines isolées que l’on rencontre dans la
plupart des régions soudaniennes. Mais elles sont de plus en plus
rares et elles ont un aspect absolument dénudé.
Constitution géologique du sol. — La constitution géologique du

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

313

sol diffère suivant que l’on s’approche de la Gambie et de la rivière
Grey ou que l’on s’en éloigne. Près de ces grands cours d’eau, nous
trouvons presque uniquement des argiles compactes à sous-sol de
terrain ardoisier. Ailleurs, c’est le terrain de la période secondaire,
par excellence. Les collines soûl uniquement formées de roches
que l’on ne rencontre que dans les terrains de cette nature. Les
grès, les quartz ferrugineux y abondent, et, presque partout nous
trouvons le conglomérat ferrugineux à ossature de grès et de
quartz et à gangue argileuse. Nous ne trouvons la latérite que sur
le plateau du Goniaguié, proprement dit, et par-ci par-là quelques
rares ilôts de peu d’étendue qui sont, du reste, peu cultivés. Sur
les plateaux, la roche se montre à nu en maints endroits. Aussi,
sont-ils souvent d’une aridité remarquable. Dans les vallées, c’est
le terrain d’alluvion et les vases qui dominent surtout sur les bords
des marigots. Les berges de ceux-ci sont rarement formées d’argiles,
le plus souvent c’est la roche qui domine. Le fond en est généra­
lement rocheux ou formé de petits cailloux de grès ou de quartz
ferrugineux. Parfois aussi, il est absolument couvert d’une épaisse
couche de détritus végétaux. Les sables font complètement défaut,
sauf dans la portion habitée, où, cependant, ils ne forment qu’une
couche peu épaisse. L’humus ne se rencontre uniquement que sur
les bords des marigots et dans le voisinage de quelques marais. Il
est entièrement formé de détritus végétaux très abondants dans ces
régions. De ce que nous venons de dire, nous pouvons conclure que
tout le pays Coniaguié appartient aux terrains de formation secon­
daire, et, à ce point de vue, il se rattache au système géologique
auquel appartient le Fouta-Diallon tout entier.
Faune. Animaux domestiques. — La faune est, on le comprend
aisément, des plus riches et des plus variées. On y trouve tous les
animaux sauvages que l’on rencontre dans les régions analogues
du Soudan. Les antilopes les plus variées; les biches, les gazelles
y foisonnent. Le sanglier est très commun dans les vallées, où il
trouve en abondance les jeunes racines dont il est si friand. Le
bœuf sauvage est très commun surtout sur le plateau du Coniaguié.
Dans les vastes plaines qui longent les bords de la Gambie et du
Koulontou (rivière Grey), nous trouvons surtout l’éléphant et l’hip­
popotame auxquels les habitants du pays font une chasse acharnée.

�314

ANDRÉ RANÇON

Les animaux nuisibles ne manquent pas non plus ; ils habitent
surtout les collines rocheuses et les alentours des villages. Dans les
lieux déserts, c’est le lion, la panthère, le lynx, le chat-tigre. Dans
le voisinage des villages, le chacal, l’hyène et une sorte de chien
sauvage élisent domicile. Ils sont si nombreux que, la nuit, si on
n’y est pas habitué, leurs cris empêchent littéralement de dormir.
Les oiseaux sont très communs. Perdrix, outardes, pintades, passe­
reaux de toutes sortes, etc., etc., y abondent.
Parmi les animaux domestiques, nous citerons particulièrement
les bœufs, moutons, chèvres, chiens, chats. Les bœufs sont très
nombreux au Goniaguié. Chaque village en possède un troupeau de
plusieurs centaines de têtes. Ils sont de grande taille et très vigou­
reux. De toutes les espèces que nous avons vues au Soudan, c’est
assurément celle qui se rapproche le plus de notre bœuf de
France. D’une façon générale, on peut dire que le bœuf du Goniaguié
n ’est pas domestiqué, mais simplement apprivoisé. Les troupeaux
vivent dans les taillis qui avoisinent les villages, et, le soir, rentrent
coucher auprès des cases. Habitués à ne voir que des individus
absolument nus, l’aspect des boubous flottants que portent, en
général, les noirs, a le don tout particulier de les irriter. Ils n’hési­
tent pas alors à vous charger. Leur chair est très bonne; mais il faut
une circonstance toute particulière, fête ou passage d’un chef, pour
que les propriétaires se décident à en abattre une tête et, encore,
faut-il la sacrifier à coups de fusil. G’est une véritable chasse qui
est parfois féconde en accidents. Le lait des vaches n’est pas utilisé.
Les chevaux sont absolument inconnus, et les quelques ânes
que l’on y rencontre y sont amenés par les rares dioulas qui y
viennent commercer.
Les moutons et les chèvres y sont élevés en nombre relativement
considérable. Leur chair est assez bonne et forme la base de l’ali­
mentation animale des habitants.
Les chiens sont très communs et les chasseurs les dressent à
poursuivre le gibier. Ils manquent absolument de nez.
Les poulets foisonnent dans tous les villages. Outre la petite
espèce que l’on rencontre dans tout le Soudan, il existe encore au
Coniaguié une variété qui rappelle nos grosses poulardes d’Europe.
Ces volatiles sont très estimées dans les pays voisins. Il nous a
semblé cependant que leur chair était plus dure et moins savou-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

315

reuse que celle des autres espèces. Les Coniaguiés excellent dans
l’art d’élever les chapons, et, il n’est pas de village qui n ’en pos­
sède plusieurs centaines. La pintade franche y est aussi assez
commune, mais elle y est généralement peu estimée. Outre la
pintade grise que l’on trouve partout au Soudan en liberté, nous
avons remarqué au Goniaguié une variété qui, par son plumage
d’un blanc jaunâtre, diffère absolument de la première. Sa chair
est tout aussi savoureuse. Citons enfin quelques canards de Barbarie
et quelques canards armés qui portent aux ailes de formidables
éperons.
Flore. Productions du sol. Cultures. — La flore du pays de Gonia­
guié varie sensiblement suivant les régions où on l’examine.
Dans les plaines qui avoisinent la Gambie et la rivière Grey,
nous ne trouvons qu’une végétation pauvre. Quelques rares Joncées,
mais des Cypéracées énormes qui atteignent des hauteurs étonnan­
tes. C’est la brousse dans toute l’acception du mot. Par-ci par-là
quelques rôniers difformes, et, sur les bords du fleuve, quelques
rares palmiers d’eau. Dans les plaines, quelques arbres rabougris
se montrent de loin en loin et donnent au pays l’aspect de steppes
soudaniennes. Toute autre est la flore des vallées. Là, nous
trouvons les grandes essences botaniques qui caractérisent les
régions tropicales des Rivières du Sud. Les fromagers, les baobabs,
les n’tabas, les caïl-cédrats, les Légumineuses gigantesques se
montrent partout et y atteignent de colossales proportions. Sur les
bords des marigots, ce sont surtout les bambous et les télis que
l’on rencontre le plus fréquemment. Les lianes à caoutchouc et à
Vahea sont partout fort nombreuses. Sur les flancs des collines
et sur les plateaux, la flore devient moins puissante, mais elle est
encore très riche. Les Graminées y constituent un excellent fourrage
pour les animaux, et, à chaque pas, nous rencontrons de superbes
karités des deux variétés shee et mana. Ces végétaux sont surtout
très abondants sur le plateau du Coniaguié, et nous en avons vu
de nombreux échantillons dont le tronc atteignait en grosseur
celle du corps d’un homme vigoureux. L’oranger et le citronnier
n’existent pas, que je sache, dans cette partie du Soudan. Par contre,
il y existe une grande variété de ficus.
Les plantes cultivées y sont les mêmes que dans tout le reste

�316

ANDRÉ RANÇON

du Soudan. Les lougans y sont très bien entretenus et très riches.
On y trouve en quantité le mil, les arachides, le riz, le maïs.
Autour des villages, on cultive surtout le tabac, les tomates,
l’oseille, etc., etc. Le fonio y occupe dévastés lougans. En résumé,
toute cette partie du pays Coniaguié peut être considérée comme
une vaste exploitation agricole. Du reste, dans tous les pays
voisins, elle a la réputation d’être excessivement fertile.
Populations; Ethnographie; Ethnologie; Sociologie. — Le pays de
Coniaguié est habité par trois races différentes. On y trouve, en
effet, des Malinkés, des Peulhs et des Coniaguiés. Ces derniers
sont de beaucoup les plus nombreux et sont, en vertu du droit de
premiers occupants, les maîtres du sol. Relativement à son étendue,
ce pays est très peuplé, si toutefois l’on ne considère que la partie
qui est habitée. Tous les villages sont situés sur le plateau dont
nous avons parlé plus haut. Aussi sont-ils fort rapprochés les uns
des autres, et, à peine distants de deux ou trois kilomètres au plus.
Les espaces compris entre chaque village sont partout cultivés et
forment de riches lougans. La population totale du pays, si nous y
ajoutons celle de quelques petits villages isolés dans la brousse et
dont nous n’avons pu avoir les noms, peut s’élever à environ 7,000
ou 8,000 habitants dont les quatre cinquièmes sont Coniaguiés et
le reste Malinké et Peulh.
1° Peulhs. — Les Peulhs sont les moins nombreux. Ils ne
forment que cinq villages dont la population peut s’élever à environ
quatre ou cinq cents habitants au plus. Voici les noms de ces
villages :
Labouqui.
Boumoufoulacounda.
Kérouané.
Calloia.
Yrratilia.
Ces Peulhs sont venus là, mi-partie du Fouta-Diallon, mi-partie
du Fouladougou. Les uns sont des Musulmans fanatiques et les
autres des buveurs de gin enragés. Ils s’adonnent principalement
à la culture et à l’élevage des bestiaux. La plupart ont cherché
dans le Coniaguié un refuge contre les exactions des almamys du
Fouta-Diallon et de Moussa-Molo, le souverain du Fouladougou.
Leurs villages sont, comme partout ailleurs, construits en paille,
et, en général, sales et mal entretenus. Ils vivent là tranquillement

���DANS LA HAUTE-GAMBIE

317

sous la protection des Coniaguiés qui,à l’encontre des autres peuples,
ne les molestent et ne les tracassent jamais.
2° Malinkés. — Les Malinkés sont de beaucoup plus nombreux.
Ils forment plusieurs villages qui sont, en général, situés non loin
du village Coniaguié auquel ils empruntent le nom. Ces villages
sont, pour la plupart, construits en paille. On n’y trouve que fort
peu de cases en terre bâties comme celles des autres pays Malin­
kés. Pas de tatas. Le village est simplement entouré d’une légère
palissade faite en tiges de mil. Voici les noms de ces villages:
Tamba-Coumba-Coto.
Navaré-Maninka-Counda.
Iguigui-Maninka-Counda.
Yfïané-Maninka-Counda (Il y a trois petits villages Malinkés de
ce nom autour du village Coniaguié).
Uttiou-Maninka-Counda.
Yokounkou-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce
nom autour du village Coniaguié).
Kidaqui-Maninka-Counda.
Tatini-Maninka-Counda.
Idiri-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom).
Feddé-Maninka-Counda (Trois villages Malinkés de ce nom).
La population de ces différents villages forme un total d’environ
1,500 ou 2,000 habitants. Les Malinkés du Couiaguié sont, en grande
partie, venus du N’Ghabou aujourd’hui Fouladougou, chassés par
la guerre sans merci que leur firent Moussa-Molo et son père. Us
sont pour la plupart musulmans et s’adonnent spécialement à la
culture. Beaucoup d’entre eux se livrent en même temps au com­
merce. Ce sont eux qui, en grande partie, introduisent dans le pays
les quelques étoffes, le sel, la verroterie, etc., etc., dont font usage
les Coniaguiés. C’est surtout à Mac-Carthy et à Yabouteguenda
qu’ils se procurent tout ce dont ils ont besoin pour leur commerce.
Bien qu’ils vivent en très bonne intelligence avec leurs hôtes qui
ne les pillent et ne les rançonnent jamais, ils seraient très heureux
de voir le pays soumis à l’influence française ; car ils ne doutent
pas que la paix la plus profonde y régnerait alors et qu’ils pour­
raient faire leur petit trafic en toute sécurité. Pendant notre séjour
dans le Coniaguié, les Malinkés d'Yffané me rendirent de signalés

�318

ANDRÉ RANÇON

services et ce fut à eux que mes hommes durent de ne pas souffrir
de la faim.
La majorité des Malinkés du Coniaguié appartient à la grande
famille Mandingue des Dioulas. Je ferai remarquer à ce propos
qu’il importe de ne pas confondre la famille des Mandingues
Dioulas avec les commerçants auxquels les Européens donnent
ce nom. C’est à tort que nous appelions ces colporteurs Dioulas,
car cette appellation qui peut s’appliquer aussi bien à des Ouolofs,
des Sarracolés, des Bambaras, etc., etc., qu’à des Malinkés,
peut donner lieu à des confusions contre lesquelles il est
important que le lecteur se mette en garde. Peut-être l’origine
de cette expression vient-elle de ce que les Malinkés Dioulas de
la rive droite du Niger sont surtout marchands ambulants.
On aurait alors, à la longue, donné ce qualificatif à tous les
colporteurs du Soudan à quelque race qu’ils appartiennent. On a
toutefois toujours soin d’y ajouter le nom de leur nationalité.
Ainsi on dira: uu dioula Malinké, un dioula Sarracolé, un dioula
Peulh, etc., etc. Mais si l’on parle d’un Malinké de la famille des
Dioulas on dira : un dioula au même titre que l’on dit : un
Tarawaré, un Sisolto.
3° Coniaguiés. — Les Coniaguiés sont de beaucoup les plus
nombreux. Ils forment un grand nombre de villages dont voici les
noms :
Karakaté.
'Iguigui.
Benania.
Ouraké.
Poumoukia.
Tianané.
Kogani-Counda.
Yfïané (résidence du chef du pays).
Ceddé.
Oussou (N° 1).
Oussou (N° 2).
Yokounkou.
Ygguissaia (N° 1).
Ygguissaia (N° 2).

Oussouqui (N° 1).
Iviri.
Akoungou.
Bambou.
Cotta.
Kounkali (N° 1).
Kounkali (N° 2).
Yalloupadinia.
Uttiou.
Tiékaia.
Ouiané.
Ypparé.
Oussouqui (N° 2).
Navaré.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Boumbou.
Boutinti.
Tatini.
Coantifounti.
Tafoumaia.

319

Batianké.
Tiakourou
Nouma.
Paqueiii.
Oulousato.
Kidaqui.

D’où vient cette peuplade ? Quelle est son origine ? A quelle
grande race du Soudan pouvons-nous la rattacher. Je reconnaîtrai
franchement qu’à ce sujet, je n’ai pas une opinion encore bien
arrêtée. Je me contenterai de rapporter ici les versions diverses
que j’ai recueillies à leur sujet. Je ne crois point qu’il faille les
rattacher à la famille des Kroumens de la côte de Guinée, bien que
leur costume, leur aspect extérieur et leurs mœurs permettent de
les confondre avec ces derniers. Ils en diffèrent profondément par
des caractères anthropologiques qui ne peuvent laisser aucun
doute et sur lesquels nous aurons occasion de revenir plus loin.
De même, j’estime que rien ne nous permet et de les rattacher
à la grande famille des Sarracolés ou Soninkés. Certaines cartes
portent, en effet, comme celle de Vallière, que toute cette région
est habitée par des Soninkés. Cela provient, à n’en pas douter,
d’une erreur facile à expliquer. L’opinion dont m’a fait souvent
part mon excellent ami, le capitaine Roux, de l’infanterie de
marine, me semble des plus plausibles et je crois devoir la men­
tionner ici. D'après lui, cette erreur proviendrait de ce que, à Bady
et dans tout le Tenda-Touré, on se sert souvent de l’expression
« nous autres, Soninkés ». Ce qui ne veut pas dire du tout qu’ils
appartiennent à la race Sarracolée, mais bien : « hommes restés
buveurs, » comme le dit Hecquart et non « hommes restés païens, »
comme le disent d’autres, auteurs.
Pour moi, j’opinerais volontiers pour les rattacher à la
famille des Malinkés. Mais alors, nous aurions affaire à des
Malinkés dégénérés ou plutôt à des Malinkés restés absolument
à l’état sauvage. Selon toutes probabilités, les Bassarés, les
Coniaguiés et d’autres familles établies dans le Haut N’ghabou
ont eu leur berceau sur les bords du Niger, qu’ils ont aban­
donné avec la grande émigration de Koli-Tengrela vers le XIVe
siècle. Cette émigration s’est répandue dans toute la vallée du

�320

ANDRÉ RANÇON

Haut-Sénégal, et un groupe principal est descendu dans le
Fouta-Diallon. On peut supposer que quelques familles, fuyant
devant les agressions incessantes des Peulhs, se sont réfugiées
dans les forêts de la rive gauche de la Gambie. Traquées en­
suite comme des animaux, aux prises avec la faim et les bêtes
féroces, elles ont dû mener là une existence des plus miséra­
bles. Les Coniaguiés et les Bassarés pourraient être regardés
comme les derniers descendants de ces familles errantes.
Mais c’est là, bien entendu, une simple supposition : cer­
tains caractères que nous avons pu constater chez ces peu­
plades et surtout une grande parenté de langage nous permet
de la regarder comme vraisemblable. Du reste, les griots que
nous avons interrogés à ce sujet, les chefs que nous avons
questionnés et, parmi eux, notre ami Abdoul-Séga, l’intelligent
chef de Koussan-Almamy (Bondou), ne mettent pas en doute
l’origine Mandingue de ces peuplades. Leur opinion ne diffère
guère de la nôtre que sur l’époque à laquelle aurait eu lieu
cette migration. D’après eux, elle serait de beaucoup antérieure
à celle de Koli-Tengrela. Nous ne croyons cependant pas qu’il
en soit ainsi ; car nous n’avons trouvé nulle part trace de
leur passage avant cette époque. S’il en était ainsi, il faudrait
admettre, ce qui serait beaucoup plus vraisemblable, que les
Coniaguiés et les Bassarés sont absolument originaires du
bassin de la Haute-Gambie. Ce que nous ne saurions admettre,
étant donné surtout ce que nous savons des migrations de la
race Mandingue.
Une autre version, aussi vraisemblable que la précédente sur
l’origine des Coniaguiés et des Bassarés, est la suivante. D’après
les renseignements que j’ai pu recueillir, ce ne seraient que
des captifs qui auraient fui , en masse le Fouta-Diallon, et
auraient cherché là, sur ces plateaux difficilement accessi­
bles, un refuge contre les Peulhs, leurs anciens maîtres. Le
Bondou était autrefois, avant sa colonisation par Malick-Sy et
ses Toucouleurs, habité par de nombreuses populations Malinkées, absolument sauvages, dont les Badiars, les Oualiabés, etc.,
etc., étaient les principales. Maka-Guiba, un des successeurs de
Malick-Sy, voulant reconquérir le pays et rétablir l’autorité de ses
ancêtres, fut puissamment aidé dans ses campagnes par les

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

321

bandes de ses cousins alors almamys du Fouta-Djallon. Ceux-ci
envoyèrent pour le secourir une armée de plus de 20,000 hom­
mes, lesquels, la guerre terminée, rentrèrent dans leur pays,
chargés de butin et emmenant en captivité la plus grande
partie de ces peuplades Malinkées dont, aujourd’hui, nous ne
retrouvons plus de traces dans le Bondou. Ceci étant admis,
d’une façon générale, ne pourrait-on pas en conclure que ces
captifs s’enfuirent un beau jour et vinrent se réfugier dans les
forêts de la Haute-Gambie, dans le N’ghabou ? Les Coniaguiés
et les Bassarés seraient donc les descendants des Badiars,
Oualiabés, etc., etc., qui peuplaient autrefois le Bondou. Ce
qui permettrait d’accepter cette manière de voir, c’est que, dans
les pays voisins, quand on demande des renseignements sur
leur origine, on ne peut obtenir que céci, c’est que ce sont
d’anciens captifs du Fouta-Djallon. Quoiqu’il en soit, nous pou­
vons aisément, d’après tout cela, admettre que ce sont des
peuplades d’origine Mandingue. Toutefois, nous tenons à faire,
à ce sujet, toutes réserves. La question reste pendante et tout
ce que nous venons d’en dire n ’est que suppositions. Une étude
ethnographique plus complète que la nôtre pourrait seule
résoudre cet intéressant problème scientifique.
Les villages Coniaguiés sont, en général, beaucoup plus
propres et mieux entretenus que la plupart des villages des
autres pays Soudaniens que nous avons visités. Ils présentent
aussi un tout autre aspect. La forme des cases diffère com­
plètement de celles que nous avons vues jusqu’à ce jour. Elles
sont rondes et construites en bambous tressés. Leurs dimen­
sions sont des plus petites, environ deux mètres à deux mètres
cinquante centimètres de diamètre sur deux mètres cinquante
centimètres à trois mètres de hauteur. La porte s’élève jus­
qu’au toit, et, de chaque côté d’elle, se drossent jusqu’au dessus
du toit les deux bambous qui lui servent de montants. Le toit
est petit, plus élevé que celui des cases des autres Noirs, et
son bord dépasse de fort peu le corps de la case. Ce qui leur
donne absolument l’aspect d’une ruche d’abeilles. Le sommet
du chapeau est souvent terminé par un ornement en bambou.
11 est formé par un morceau de bois vertical qui sert de sup­
port, sur lequel çst fixé un autre morceau de bois en forme
André Rançon. — 2 i .

�322

ANDRÉ RANÇON

de croissant dont la partie convexe regarde le ciel et supporte
des morceaux de bambous d’environ quinze centimètres de
longueur.
La case est immédiatement construite sur le sol qui a été
bien battu au préalable. Pendant la nuit la porte est fermée
à l’aide d’une natte grossièrement faite à l’aide de chaumes de
Graminées ou de tiges de Cypéracées, nattes qui sont connues
dans tout le Soudan sous le nom de Sécos. Au milieu de la
case se trouve une petite dépression de terrain de 0m40 environ
de diamètre et qui tient lieu de foyer. Quant au mobilier, il
est des plus primitifs : une natte ou de la paille sur laquelle
couche le propriétaire et voilà tout.
En général, une case n’est habitée que par un seul individu,
homme ou femme. Les enfants, jusqu’à ce qu’ils soient nubiles,
habitent généralement, de préférence, avec la mère. Contrairement
à ce qui se passe chez les autres peuples du Soudan, les femmes,
chez les Coniaguiés et les Bassarés, ne travaillent pas à la cons­
truction des habitations. Ce soin incombe uniquement aux
hommes. C’est, du reste, un travail peu fatiguant et l’édification
de ces demeures primitives demande peu de temps. Huit ou
dix pieux en bois sont disposés en cercle et solidement fichés
en terre. Sur ces pieux sont attachés à l’aide de lianes ou de
cordes de bambous, la grande natte de bambous qui formera
les parois de l’habitation. Au-dessus, se place le toit, également
en bambou ou en chaume et muni de son ornement parti­
culier. Un ou deux jours au plus sont amplement suffisants
pour cette besogne.
Les cases du chef du pays, à Yffané, sont placées au centre
d’un quadrilatère dont les côtés sont formés par des raùgées
de cases semblables à celles que nous venons de décrire.
L’ouverture en est 'dirigée toujours dans le même sens et
regarde les derrières de la case voisine. Ces cases sont peu
espacées les unes des autres, environ un mètre au plus. Elles
sont habitées par les jeunes gens non mariés du village, qui
forment, pour ainsi dire, la garde particulière du chef. Us y
habitent seuls et sont toujours armés. Rarement, ils s’éloignent
tous du village, et dans les expéditions, ils escortent le chef.
Le Coniaguié est un noir de haute stature. Les hommes de petite

�dans

La

h a u t e -G a m b ie

323

taille sont relativement rares. La moyenne est d’environ un mètre
soixante-douze centimètres. La coloration de leur peau est un peu
moins foncée que celle de la peau du Ouolof et rappelle plutôt celle
du Malinké. Les membres inférieurs sont généralement longs
relativement aux membres supérieurs. Les cuisses sont assez fortes
mais les mollets sont grêles. Les membres supérieurs grêles, en
général, sont d’une longueur démesurée et leur mensuration, prise
de l’articulation scapulo-humérale à l’extrémité du médius, permet
de constater qu’ils atteignent aisément le bord supérieur de la
rotule. Les cheveux sont crépus. La face revêt à un degré moins pro­
noncé le caractère simiesque de celle du Malinké. Le nez est moins
épaté, les lèvres moins lippues et l’angle facial est plus ouvert. Le
prognathisme est moins prononcé. Les pectoraux sont bien déve­
loppés, et les organes des sens, la vue et l’ouïe, sont excessivement
subtils. Cela tient évidemment au genre de vie qu’ils mènent et à
la vie de plein air à laquelle ils sont condamnés dès leur enfance.
La femme diffère peu des négresses des autres races soudaniennes. Toutefois elle nous a semblé plus forte et mieux musclée. Sa
face est également moins repoussante et ses membres inférieurs
mieux développés. Sa taille est à peu près la même.
Les Coniaguiés se nourrissent absolument comme les autres
peuples du Soudan. C’est le couscouss, farine de mil, de maïs ou
de fonio et le riz qui constituent la base de leur alimentation. Ils
les mangent cuits simplement à letuvée ou mélangés avec de la
viande de bœuf, de mouton, de chèvre ou de poulet ou bien encore
de gibier quelconque : antilope, biche, gazelle, sanglier, etc., etc.
Ce sont les femmes qui préparent les repas, et, contrairement à ce
qui se passe dans le reste du Soudan, elles mangent souvent avec
leurs enfants à la même calebasse que les hommes. Chez eux,
comme chez les peuples que nous avons déjà visités au Soudan, le
quartier de devant d’un animal abattu est toujours le morceau
réservé aux chefs. Ce sont des buveurs effrénés, et ils ont un pen­
chant tout particulier pour les liqueurs alcooliques, le genièvre
surtout, que les dioulas leur procurent ou qu’ils vont chercher à
Yabouteguenda et parfois jusqu’à Mac-Carthy. Ils ne fabriquent
pas de dolo, cette sorte de bière de mil dont les Bambaras et les
Malinkés sont si friands. Par contre, ils affectionnent tout particu­
lièrement le sel et les substances excitantes : piments, poivre,

�324

ANDRE RANÇON

gingembre. Ils vont souvent à Yabouteguenda échanger leur beurre
de Karité contre quelques sacs de cet excellent sel qu’importe en si
grande quantité en Gambie la Compagnie Française de la côte
occidentale d’Afrique. Quant aux piments, poivre et gingembre,
ils les trouvent sur place.
Le Coniaguié n’est pas tatoué. Cette coloration bleue des lèvres
et des gencives, si estimée des élégantes des pays Malinkés et
Toucouleurs, y est absolument inconnue. On se contente d ’enduire
les cheveux de beurre de Karité. Par exemple, tous ont un faible
tout particulier pour les odeurs quelles qu’elles soient. Les hommes
ont pour les parures un goût bien plus prononcé que les femmes.
Ils se perforent les oreilles, et y portent des boucles soit en fer
soit en cuivre. Ils se procurent ce dernier métal surtout à MacCarthy. Ces boucles d’oreilles droites et rigides sont surtout
portées par les jeunes gens. Ou bien elles sont simples, ou bien,
elles sont doubles. Dans ce dernier cas, elles sont très longues
et tombent presque sur les épaules. On peut y remarquer en plus
un détail curieux. L’anneau qui entre dans le pertuis pratiqué
au lobule de l’oreille porte un appendice dirigé en dehors,
lequel se termine par une petite boule supportant un
gland fait de laine rouge. Le rouge, est, du reste, la couleur
la plus appréciée par cette peuplade primitive. La longueur
de la boucle d’oreille simple ne dépasse pas quatre à cinq
centimètres. Presque tous les hommes ont les bras couverts
de bracelets soit en fer, soit en cuivre. Ils portent, de plus, une
ceinture faite, en général, de cuir sur lequel sont cousus en grande
quantité des perles en verroterie et en corail. A cette ceinture, et
tout le tour du corps sont attachés de petits bouts de cordes
d’environ vingt centimètres de longueur, à l’extrémité desquels
sont attachées des sortes de lames de fer très minces recourbées
sur elles-mêmes. En s’entrechoquant pendant la marche, elles
produisent un bruit de ferraille qui les remplit d’aise.
La circoncision se pratique sur l’homme et sur la femme. Cette
opération donne partout lieu à des fêtes comme dans les autres
pays Soudaniens, du reste. Elle se pratique sur les enfants vers
l’âge de quinze ans. De même que les Kroumens et certaines
familles Malinkées du Ouassoulou, les Coniaguiés se liment en
pointe les incisives de la mâchoire supérieure. Cette opération se

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

325

fait parfois aussi sur celles de la mâchoire inférieure; mais elle
est généralement assez rare.
La coiffure des hommes et celle des femmes est la même.
Elle ressemble à s’y méprendre à celle des femmes Toucouleures du Bondou, des Khassonkées et des Peulhes du Fouladougou. C’est absolument le même cimier de casque dont
l’arète est souvent agrémentée de petits glands faits en laine
rouge. Certains jeunes gens, pour en rehausser l’éclat, fixent
sur sur le sommet du cimier un ornement fait d’étoffes rouges
et bleues et qui peut avoir environ trente centimètres de hau­
teur. Il ressemble à une véritable crête de coq. Ses deux faces
sont ornées de verroterie et de cauris, et son bord supérieur
est couvert de petits glands en laine rouge. Son bord inférieur
concave a absolument la forme du cimier de la coiffure auquel
il est solidement fixé à l’aide de liens. Quand cette coiffure est
en place, son extrémité antérieure s’avance jusque sur le front
et son extrémité postérieure descend jusqu’à la nuque. On ne
peut certes s’empêcher de reconnaître que tout cela estélégant
au premier chef, mais, ce doit être bien gênant et bienincom­
mode surtout pour dormir. Impossible de se coucher sur le dos.
La coiffure des femmes est absolument la même que celle des
hommes; mais elle est bien moins ornée. En général tout le
monde est tête nue.
Le vêtement est des plus simples et des plus primitifs. Le
costume des femmes n’a rien à envier en simplicité à celui de
notre mère Eve. La plupart sont absolument nues ; d’autres
portent entre les jambes une petite bande d’étoffes qui est
retenue en avant et en arrière par une corde passée autour
des reins. D’autres enfin portent un pagne qui ne descend
guère qu’à mi-cuisses. En général, ce sont les femmes mariées
qui seules s’affublent de ces simples atours. Les jeunes filles
sont toujours absolument et complètement nues.
Le costume des hommes est un peu plus compliqué. Outre les
vêtements que nous appellerions volontiers de luxe et que nous
avons décrits plus haut, ils portent encore autour du cou un collier
en cuir ornementé de verroteries et qui, large d’environ cinq centi­
mètres, forme un véritable carcan. Son diamètre est de trente
centimètres à peu près et il repose gracieusement sur les épaules.

�326

ANDRÉ RANÇON

Parfois, mais c’est très rare, ils portent aussi un petit boubou qui,
jamais, du reste, ne descend au-dessous du nombril. Les fesses
sont garanties par un morceau de peau de bœuf ou d’antilope,
sur lequel ils s’asseaient et qui est attaché en avant et au niveau
du pubis par des lanières de cuir destinées à le maintenir en
place. Son extrémité inférieure descend jusqu’à l’union du quart
supérieur de la cuisse avec les trois quarts inférieurs.
Le vêtement antérieur, si je puis m’exprimer ainsi, consiste
simplement en un étui fait de feuilles de rôniers tressées entre
elles et est désigné sous le nom de Sibo,du nom du rônier (Borassus
flabelliformis) en Malinké. Ils y introduisent la verge. C’est, en un
mot, le manou des Canaques de la Nouvelle-Calédonie. Je me suis
souvent demandé quelle pouvait être l’utilité d’une semblable
gaine. Ce n’est certes point un vêtement visant spécialement à
l’ornementation. Je serais plutôt porté à croire qu’il est destiné
à la protection, et j’estime que les peuples qui s’en servent le
portent surtout pour protéger le pénis des piqûres de moustiques.
Ce qui me le ferait supposer, c’est qu’on ne trouve cet étui que
chez les peuplades qui ne connaissent pas d’autres vêtements
et qui habitent dans des régions où l’on rencontre le moustique
en grande quantité. Il est généralement tressé grossièrement. Il
est finement travaillé. Son extrémité antérieure effilée porte par­
fois un petit gland fait en laine rouge. Ce sont surtout les jeunes
gens qui recherchent ce dernier ornement.
Quand un Coniaguié se rend à Damentan ou à Yabouteguenda,
il met généralement un mauvais pantalon que lui prête un
habitant d’une de ces deux localités. C’est, du reste, pour eux,
une mauvaise recommandation que de porter un boubou quel­
conque ou un pantalon. Je me rappelle encore ce que me disait au
sujet d’un chef de village des environs, le vieux Tounkané, le chef
du Coniaguié, à Yfîané. « C’est un brave et bon homme, mais
pourquoi porte-t-il un boubou, cela n’est pas bon ». Le chef est
absolument vêtu comme le plus humble.de ses sujets. Il ne porte
aucun ornement, aucun signe particulier qui permette de le
distinguer des autres.
Le Coniaguié, habitué de bonne heure à vivre dans la brousse,
est excessivement brave. Il est absolument incapable-de pitié, et,
contrairement aux autres peuples du Soudan, peu hospitalier. Ainsi,

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

327

pendant les quelques jours que nous sommes restés à Yfïané,
c’est avec les plus grandes difficultés que j’ai pu me procurer
ce qui m’était nécessaire pour nourrir mes hommes et mes
animaux.
Dans tout le pays, les bestiaux sont attentivement surveillés,
mais ils ne sont pas domestiqués au sens exact du mot; ils ne
sont qu’apprivoisés.
Nous ne croyons point que les Couiaguiés soient anthropo­
phages; mais, par contre, ils feraient, paraît-il, en certaines cir­
constances, des sacrifices humains. Nous en reparlerons plus loin.
Nous ne nous sommes pas aperçu de ces pratiques pendant notre
voyage. Nous tenons ce renseignement des habitants du Damentan
et nous ne le relatons ici que sous toutes réserves.
Les parents élèvent leurs enfants absolument comme le pratiquent
les autres peuples noirs du Soudan. Ils ne s’en occupent guère que
pendant leur bas-âge et dès que l’enfant peut manger seul, on le
laisse se « débrouiller » de lui-même. Il mange à la calebasse
commune.
De même, les enfants ne s’occupent guère de leurs parents, sauf
cependant quand ils sont vieux ou impotents et qu’ils ne peuvent
plus travailler. La mère y est bien plus respectée que le père, et
cela résulte évidemment de leurs habitudes de polygamie.
La femme y est traitée absolument comme dans la majeure
partie des peuples africains. C’est à elle que sont dévolus les plus
pénibles travaux. J ’ai cru cependant remarquer que, surtout en ce
qui concerne les travaux des champs, les hommes s’y adonnaient
plus volontiers que les autres noirs du Soudan. De plus, dans les
affaires publiques, les femmes de chefs jouent un certain rôle sur
lequel nous reviendrons plus loin. Bien que le mari soit le maître
absolu de ses femmes, il est rare cependant qu’il les vende. Il agit de
même pour ses enfants. Comme cela se pratique chez la plupart
des peuples du Soudan occidental et du Sénégal, la mère porte son
enfant sur le dos. Il est à cheval au niveau du sacrum, repose sur
les hanches de celle qui en a charge et est maintenu en place par
un morceau d’étoffe à quatre chefs. La partie pleine de cette
écharpe est passée sous le derrière de l’enfant, et, des quatre liens,
les deux supérieurs viennent s’attacher au-dessus des seins et les
deux inférieurs à la taille de la mère.

�328

ANDRE RANÇON

La guerre est surtout une guerre d’embuscade, et, ce qui sem­
blerait le prouver, c’est que les villages ne sont nullement fortifiés.
Comme armes, ils ne se servent presque uniquement que de
longs fusils à pierre, à un coup, qu’ils se procurent à -Yabouteguenda et à Mac-Carthy. De bonne heure, les enfants s’exercent à
les manier. Il n’y a pas pour ainsi dire de caste guerrière spéciale.
Tout homme valide est armé et part en campagne quand il le faut.
La poudre dont ils se servent leur est portée par les marchands
ambulants ou bien ils vont l’acheter à Yabouteguenda ou à MacCarthy, ou encore ils la fabriquent eux-mêmes, à l’aide de salpêtre
qu’ils recueillent dans les endroits humides et de soufre qui leur
est apporté par les dioulas. Le charbon provient surtout des
bambous. — Le mélange se fait en prenant à peu près neuf parties
de salpêtre, deux parties de charbon et deux parties de soufre. Le
tout est pilé très fin dans un mortier et à l’aide d’un pilon ad hoc.
Cette poudre est ensuite tamisée et mise en grains. Elle est d’une
qualité absolument inférieure. Aussi préfèrent-ils celle qui leur
vient des magasins européens de Gambie.
Les morts sont inhumés au milieu de cérémonies funèbres des
plus simples. Elles se bornent à quelques coups de fusil tirés en
l’honneur du mort. Chaque décès est l’occasion, dans la famille du
défunt, de grandes réjouissances auxquelles sont conviés les amis.
Après l’inhumation, tous se réunissènt autour de grandes calebasses
de couscouss qui sont avidement et gloutonnement dévorées. Point
n’est besoin de dire que, si l’on est assez heureux pour posséder
quelques bouteilles de gin, elles sont absorbées dans la soirée et la
fête ne cesse que lorsque tous les assistants sont absolument
ivres-morts.
De ce que nous venons de dire, il est facile de conclure que la
religion de ces peuples primitifs doit être des plus grossières. Bien
que nous n’ayons rien pu apprendre d’absolument positif à ce
sujet, nous avons pu cependant nous procurer quelques renseigne­
ments qui suffiront pour faire connaître en partie les pratiques reli­
gieuses bizarres auxquelles ils s’adonnent. Ils ont tous une grande
frayeur des sorciers et c’est à eux qu’ils attribuent généralement la
mort de leurs proches. Sauf le cas de mort par la guerre, jamais
un indigène ne croira qu’on peut mourir de maladie. La nuit, ils se
renferment dans leurs huttes, plutôt pour se dérober aux regards des

�/

DANS LA HAUTË-GAMBIE

329

sorciers que pour échapper aux coups de leurs ennemis. Jamais ils
ne se mettront en chasse sans avoir au préalable consulté les
entrailles cl’un animal vivant, d’un poulet de préférence, afin d’être
bien certains qu’ils ne seront pas exposés à rencontrer des sorciers
et qu’ils pourront échapper à leurs maléfices. De même quand un
étranger arrive dans le pays, le chef du village frontière par lequel
il est obligé de passer, pratique le sacrifice d’un ou plusieurs
poulets et en consulte les entrailles pour savoir quelles sont les
intentions du voyageur en venant au Goniaguié, et si sa présence est
ou n’est pas un danger pour le pays. Si la réponse est favorable
et s’il èst bien prouvé que l’on n’est pas animé de mauvaises
pensées, on vous laisse entrer. Dans le cas contraire, il faut s’atten­
dre à être impitoyablement chassé. Il faut dire aussi que quelques
présents faits à point au chef rendent l’oracle favorable. C’est ce
que nous avons été obligé de faire en arrivant à Ouraké, qui est le
village frontière sur la route de Damentan.
D’après les renseignements que j’ai pu recueillir, ces peuplades
n’auraient aucune notion d’un dieu quel qu’il soit. Il faut dire que
ce sont des Musulmans qui m’ont appris tout cé que je sais à ce
sujet, et chacun sait qu’ils traitent d’idolâtres tous ceux qui n’ont pas
leur croyance. Toutefois il semblerait certain qu’ils ont un culte
tout particulier pour une sorte d’idole en bois, monstrueuse, qui
serait, d’après eux, la divinité protectrice du pays. Cette idole se
trouverait dans une forêt qui couvre la plus grande partie de la
vallée où s’élève le village de Nouma. C’est le premier village que
les Coniaguiés construisirent en arrivant dans le pays. Lorsqu’ils
redoutent quelque danger pour le pays (la guerre, le feu où les
épidémies), ils se rendent, paraît-il, en grande pompe dans la forêt,
ils y immolent trois jeunes filles de la famille régnante et arrosent
avec leur sang les pieds de. leur épouvantable idole. C’est ainsi
qu’en 1891, attaqués par les bandes du chef de N’Dama, TiernoBirahima, un des lieutenants de l’almamy du Fouta-Djallôn, ils
sacrifièrent trois jeunes filles de la famille du Tounkané, le chef
actuel du pays, pour se rendre la divinité favorable et pour détour­
ner de leur patrie les dangers dont elle était menacée. Je me suis
laissé dire que si ce sacrifice n’était pas fait, aucun des guerriers
n’entrerait avec confiance en campagne. Le triste sort qùi menace
ainsi les jeunes filles de la famille royale.ne les effraie nullement.

�330

ANDRÉ RANÇON

Elles courent avec joie et fierté au lieu du sacrifice et c’est un
honneur pour les familles que de compter ainsi des martyrs qui
ont donné leur sang pour sauver la nation entière. Afin que cer­
tains esprits bienveillants ne m’accusent pas d’exagération, je
tiens à le répéter une fois de plus, je n ’ai pu constater la véracité
et l'exactitude des faits que je viens de relater plus haut. Je ne les
connais que par ce qui m’en a été dit par les chefs des villages
voisins du Goniaguié, et je reproduis ici sous toutes réserves le
résumé de leurs récits, tout en tenant compte de l’exagération et
de l’esprit d’invention qui sont propres aux noirs. — Il n’y a pour
ainsi dire pas de prêtres de cette sauvage religion ; ce sont les chefs
qui en tiennent lieu et qui sont les sacrificateurs tout désignés.
Comme nous l’avons dit plus haut, ce n’est que dans les circons­
tances d’une gravité exceptionnelle que l’on immole des victimes
humaines. Dans la vie courante, on se contente de sacrifier des
animaux vivants : bœufs, moutons, chèvres, poulets, et de préfé­
rence ces derniers.
La famille y est constituée comme elle l’est chez les peuples de
race Mandingue. L’enfant appartient à son père, qui peut en dis­
poser comme bon lui semble. La parenté suit la ligne masculine et
collatérale et les héritages se transmettent de même, aussi bien
dans la vie politique que dans la famille.
Nous ne croyons point que l’amour existe, à proprement parler,
chez les Coniaguiés. Le mariage n’est, pour ainsi dire, qu’un véri­
table accouplement plutôt qu’un mariage dans le sens exact du
mot. Le baiser y est absolument inconnu. Par exemple, ces peuples
absolument primitifs, comme nous venons de le voir, et qui vivent
dans un état de nudité presque complet., sont excessivement pudi­
bonds. Il est un fait à remarquer et sur lequel j’appellerai tout
particulièrement l’attention du lecteur : c’est que le sentiment delà
pudeur existe chez les peuples, qui n’ont qu’un vêtement rudimen­
taire, à un degré bien plus élevé que chez les peuples civilisés, qui
éprouvent le besoin de ne rien laisser voir en dehors de leur figure
et leurs mains. C’est que, chez les premiers, tout est naturel, rien
n’est convenu. On ne leur enseigne pas cette absurdité qu’il est
des parties de notre corps honteuses à montrer et qu’il faut
mettre à l’abri de tous les regards. Et pourquoi? Simplement pour
obéir à un usage suranné et stupide. Se conformer à ces habitudes

i

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

331

de l’espèce, observer ces conventions dont l’ensemble forme la
civilisation, c’est avoir de la pudeur. Pour nous, ce sentiment est
inné chez l’homme, et ceux qui en ont fait une vertu sont préci­
sément ces déséquilibrés et ces dégénérés dont l’esprit est hanté par
des passions honteuses et qui, là où il n’y a rien que de très naturel,
croient devoir, pour les besoins de leur cause, voir autre chose que
ce qui y est réellement. Chez les peuples primitifs, l’homme n’a
rien à apprendre, le livre de la nature est grand ouvert devant ses
yeux. Chez nous, au contraire, la curiosité est d’autant plus excitée
qu’on essaie davantage de lui cacher ce que la nature a départi à
chacun de nous. C’est cette curiosité, bien légitime d’ailleurs, que
l’on regarde comme la véritable violation des lois de la pudeur.
La meilleure preuve que nous en pourrions donner c’est que, chez
les Coniaguiés, par exemple, la masturbation, le sodomisme et les
autres vices de même acabit, qui sont si communs chez nous, sont
absolument inconnus. Les quelques rares individus qui s’y adonnent
sont regardés plutôt comme des fous que comme des coupables.
Contrairement à ce qui se passe chez certains peuples, l’acte du
mariage, au Coniaguié, n’a jamais lieu en public. Quand un mari
dit à une de ses femmes de venir dans sa case pendant la nuit,
celle-ci doit y pénétrer sans être vue de qui que ce soit. Elle quitte
son mari de la même façon dès que l’acte a été consommé et tous
les deux poussent alors les cris les plus discordants. Cette particu­
larité nous avait déjà été signalée par notre excellent et regretté
collègue et ami, le Dr Crozat, qui l’avait remarquée chez les Bobos,
peuplade qui habite dans la boucle du Niger. En toute circonstance,
l’acte est toujours consommé au fond de la case, dans la plus
complète obscurité et jamais en public ni en plein jour.
La communauté des femmes n ’existe pas. Par contre, tous les
hommes sont polygames. Il n’y a pas non plus de cérémonie propre
pour les mariages. Quand un homme veut se marier, il se contente
de demander la jeune fille à son père. Si celui-ci y consent, le futur
donne alors un ou deux poulets, ou bien une poignée de verroterie,
ou bien encore un ou deux moules de mil (le moule, au Coniaguié,
vaut à peu près 1.400 grammes). En aucune circonstance, la femme
n’est consultée. Quand tout est convenu, le mari va la prendre
dans la maison de son père et la conduit dans la case qu’il a
construite pour elle. Ses amis ses et parents l’accompagnent et cette

�332

ANDRÉ RANÇON

cérémonie donne lieu à des réjouissances et à de copieuses liba­
tions. Le mariage est surtout endogamique. On se marie rarement
en dehors de la tribu. En cas d’impuissance constatée du mari, ou
d’adultère de la femme, leS conjoints divorèent d’un commun
accord; La prostitution est absolument inconnue, ainsi que l’adul­
tère, du moins du côté de la femme. Le mari n’a généralement pas
de concubines, car il peut avoir autant de femmes qu’il en désire.
En cas de divorce, les enfants restent pour ainsi dire toujours
avec la mère, du moins jusqu’à la puberté. Si le mari vient à
mourir, les veuves sont recueillies par son frère cadet, qui doit les
nourrir et qui peut les épouser. Il n ’y est forcé par aucune cou­
tume. Le lévirat n’est pas obligatoire.
La propriété individuelle existe. Toute parcelle de terre appar­
tient de droit à celui qui en prend soin. Le testament est inconnu
et les héritages se font toujours par la ligne masculine collatérale.
Le frère hérite des biens du défunt sans aucun conteste par droit
d’aînesse.
Au point de vue du gouvernement et de la constitution sociale,
le Coniaguié est divisé en deux cantons bien distincts, qui sont
habités par deux tribus différentes. Au Nord, les Saukoly-Counda,
dont le chef porte le titre de Saukaf (roi). Le chef actuel de cette
tribu se nomme Tounkané et il réside à Yfîané. — Au Sud, les
Biaye-Counda, dont le chef porte le titre de Tchikaré (roi). Ces deux
tribus sont séparées l’une de l’autre par le marigot de Malé, affluent
de la rivière Grey et qui coule de l’Est à l’Ouest. Ces deux tribus
vivent en bonne intelligence, et il m’a semblé que Tounkané, le
Saukaf des Saukoly-Counda, jouissait également d’une certaine
autorité sur les Biaye-Counda.
Quoiqu’il en soit, l’autorité est exercée dans les deux tribus par
un seul chef, qui n’est cependant, en réalité, chef que de nom.
Chaque village a son chef particulier, qui l’administre comme bon
lui semble. En temps de guerre, par exemple, c’est le roi qui com­
mande à tous les contingents. Je n ’ai pas besoin de dire que cette
autorité est plutôt nominative qu’effective. La façon dont est
nommé le chef est des plus curieuses et mérite d’être signalée.
L’ordre de succession n’est ni par ligne directe ni par ligne colla­
térale. Quand le chef meurt, celui qui est appelé à lui succéder est
le fils aîné de la sœur du défunt, et, à défaut de celui-ci, la mère du

�chef décédé choisit dans la famille régnante l’héritier de la cou­
ronne. En cas de décès de cette dernière, c’est la famille royale,
réunie en conseil, qui nomme le futur souverain. Enfin, si la famille
régnante vient à s’éteindre, ce sont les chefs des différents villages
qui désignent la nouvelle famille qui devra présider aux destinées
du pays. Tout cela semblerait indiquer que la femme jouit chez les
Coniaguiés d’une situation plus élevée que chez les autres peuples
du Soudan. Il en est peut-être ainsi pour la famille royale, mais
nous ne nous sommes pas aperçu de cette particularité chez les
simples citoyens.
. Nous croyons que les diverses castes n’y sont pas aussi tran­
chées que chez les autres peuples. Nous n’y avons reconnu
l’existence que de deux classes d’individus bien distinctes :
les hommes libres et les captifs. Mais si toute cette organi­
sation sociale est encore très vague pour nous, nous pou­
vons toutefois affirmer le fait suivant ; c’est que les Conia­
guiés, à quelque tribu ou famille qu’ils appartiennent, ne sont
jamais captifs les uns des autres. Les captifs sont toujours d’une
autre nationalité : Peulhs et Malinkés surtout. En toute circons­
tance, les captifs y sont bien traités. Ils ne sont jamais frappés et
vivent de la même vie que leurs maîtres. On se contente de les faire
travailler et de les surveiller pour qu’ils ne s’évadent pas. En tout
cas, la captivité est loin d’y être organisée comme elle l’est, par
exemple, chez les Malinkés, et le nombre des captifs y est exces-

Le chef n’est pas mieux considéré que le plus simple des sujets.
On ne lui paye aucune redevance, et il n’existe aucun impôt dans
le pays.
Les Coniaguiés n’ont aucun signe de reconnaissance particulier,
et je doute même qu’on puisse regarder comme un véritable vête­
ment national, l’espèce d’étui dans lequel les hommes emprison­
nent leur verge.
La justice n’y existe qu’à l’état absolument rudimentaire. 11 n’y
a aucun code écrit. Du reste, toute espèce d’écriture y est absolu­
ment inconnue. Les traditions y ont seules force de loi et la raison
du plus fort y est toujours la meilleure. Si un différend s’élève entre
particuliers, quand ils ne le règlent pas spontanément, c’est au con-

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�334

ANDllÉ RANÇON

seil des vieillards du village que l’on a recours ; mais, en général,
leurs jugements sont rarement exécutés. On se contente, pour ainsi
dire, uniquement de leur demander un avis.
Quand on part en guerre et que l’on a fait un butin quelconque,
chacun a pour sa part uniquement ce dont il a pu s’emparer dans
le pillage. Le chef n’a point de part particulière et il n’a nullement
le droit de prélever quoi que ce soit sur ce que chaque guerrier
peut rapporter.
Les Coniaguiés sont surtout un peuple agriculteur et chasseur.
Leurs lougans sont bien cultivés et ils récoltent en abondance, mil,
maïs, arachides, riz, fonio, etc., etc. Ils produiraient bien plus s’ils
n’étaient sans cesse exposés aux attaques de leurs voisins. Pour
pouvoir cultiver en sécurité, ils sont obligés de placer des senti­
nelles autour des lougans afin de protéger les travailleurs. Leurs
procédés de culture ne diffèrent en rien de ceux des autres peuples
du Soudan. Les fumures, cultures alternantes, irrigations y sont
inconnues et tous les travaux des champs se font à la main à l’aide
de pioches absolumeut rudimentaires. — Les animaux n’y sont
dressés à aucune espèce de travail.
Les jeunes gens surtout sont des chasseurs émérites. Ils ne pour­
suivent guère que la grosse bête, antilope, bœuf sauvage, éléphants,
et quand ils ont tué quelque chose, chaque famille a sa part des
dépouilles de l’animal. Le chasseur qui a tué la bète tient surtout à
avoir la queue qu’il porte à la ceinture eu guise de trophée. La chasse
ne fournit pas uniquement les moyens d’existence ; mais on peut
dire toutefois qu’au Coniaguié, c’est à la vénerie surtout que l’on a
recours quand on veut manger de la viande. On n’y chasse absolu­
ment qu’au fusil, et parfois on se sert de chiens dressés dans ce but
à la chasse à courre. De bonne heure, les enfants s’habituent à tirer
de l’arc, et ils acquièrent en peu de temps une telle habileté à cet
exercice, qu’ils atteignent aisément, à des distances relativement
grandes, avec des flèches en bambous dont la pointe a été durcie
au feu, de belles pièces de gibier, telles que perdrix, pintades, rats
palmistes, etc., etc.
On chasse généralement en troupe, huit ou dix au plus, et l’on
ne rentre jamais au village qu’après avoir tué un bel animal.
Pendant leur séjour dans la brousse, les chasseurs vivent de gibier
qu’ils font griller sur des charbons ardents. On peut dire enfin que

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

la chasse n’entraîne jamais de longues migrations à la suite du
gibier. Un groupe de chasseurs ne reste jamais plus de dix ou
douze jours dehors.
La pêche est abolument inconnue.
En fait de céramique, on ne connaît absolument que les quelques
poteries grossières que fabriquent les femmes et qu’elles font cuire
au feu à l’air libre. Tout cela est très primitif.
De tous les métaux, le fer et le cuivre sont les seuls, à peu près,
qui soient connus et utilisés. Le fer est extrait sur place par la
méthode dite Catalane, et le cuivre leur vient de Mac-Carthy ou de
Yabouteguenda, en tiges d’environ un mètre de longueur. Ces deux
métaux leur servent uniquement à fabriquer des bijoux et quelques
sabres et couteaux. La trempe est inconnue. Les Coniaguiés ont un
goût tout particulier pour l’or et l’argent. On ne saurait s’imaginer
combien ils sont fiers et heureux quand ils possèdent une bague ou
un bracelet en l’un ou l’autre de ces métaux. Je me souviens que
pendant mon séjour à Yfïané, Tounkané, le chef du pays, vint un
jour me voir au moment où j’achevais mon repas du matin. Le
couvert en ruolz dont je me servais attira de suite son attention.
Naturellement il me le demanda pour s’en faire des bracelets, me
dit-il; je refusai d’abord. Mais il insista tellement et je vis que je lui
ferais un si grand plaisir que je fus forcé de le lui donner. Je me
gardai bien de lui montrer dans la suite ce que j’avais encore, car
il n’aurait pas manqué de m’importuner de nouveau jusqu’à ce que
je m’en sois départi en sa faveur. Tant que je restai à Yfïané, je fus
obligé de ne plus me servir que de couverts en fer. L’or y est
absolument rare et je ne me souviens pas d’avoir entendu dire qu’il
y en eut un gisement quelconque de ce précieux métal.
Les armes sont en fer et se composent uniquement de mauvais
fusils de traite à pierre que leur apportent les dioulas ou qu’ils
vont acheter à Mac-Carthy ou à Yabouteguenda, de poignards et de
sabres qu’ils fabriquent eux-mêmes. Ils fabriquent également les
haches dont ils se servent pour défricher.
Il n’y existe aucune arme défensive, pas de casques, ni de bou­
cliers, ni de cuirasses. Il n ’y a pas non plus d’armes empoisonnées.
En campagne, les femmes accompagnent les guerriers; mais ne
se battent pas. Elles ne font uniquement que porter les munitions
et les provisions.

�336

ANDRÉ RANÇON

Les fardeaux sont portés par les hommes et par les femmes,
surtout sur la tête. Dans tout le Coniaguié, il n’y a, pour ainsi dire,
pas de routes, de simples sentiers seulement. Trois chemins donnent
accès au plateau, et ils sont tous les trois gardés par un village
frontière où se trouvent toujours en permanence un nombre assez
grand de guerriers armés.
Les échanges commerciaux se font uniquement en nature. On
exporte surtout des peaux, du beurre de karité, des arachides, et on
importe des liqueurs alcooliques, des armes, de la poudre, du sel,
des kolas, de la verroterie, et très peu d’étoffes. D’après ce que
nous avons dit du vêtement, on comprendra aisément qu’il n’y ait
dans tout le pays aucun tisserand.
La mémoire est, chez le Coniaguié, assez peu devéloppée. La
mémoire des dates leur fait absolument défaut. Celle des faits est
très obtuse et c’est surtout celle des lieux qui est la plus déve­
loppée. Ils savent se diriger dans les forêts avec une justesse de
coup d’œil qui étonne. Le moindre objet, un rocher, un arbre
qu’ils auront remarqués quelques jours auparavant, suffisent pour
leur permettre de retrouver leur route s’ils se sont, par hasard,
égarés.
On garde peu de temps le souvenir des morts, et, malgré tous
mes efforts, je n ’ai pu obtenir d’eux le récit d’une tradition ou
d’une légende quelconque concernant leurs tribus. Quand je leur ai
demandé d’où ils venaient, au moment de leurarrivée sur les bords
de la Gambie, ils m’ont toujours et uniquement répondu : « de
là-bas » en me montrant l’Est. Peut-être ignorent-ils absolument
quelles sont leurs origines et quelle est leur histoire? Peut-être
aussi n’en veulent-ils rien dire? Je serais plutôt tenté de me ranger
à cette dernière opinion, car je sais combien il répugne aux Noirs,
à quelque race qu’ils appartiennent, de parler de leur histoire et
de leur passé.
Tous ces êtres ignorent absolument leur âge. La notion du temps
n’existe pas pour eux. Je me souviens encore quel fut l’ahurisse­
ment de mon interprète Almoudo quand je lui dis de demander à un
jeune Coniaguié, de 18 à 20 ans environ, quel était son âge. Celui-ci
lui répondit avec un sérieux imperturbable: « deux cents ans ». Ils
n’ont même pas, comme les autres noirs du Soudan, la mémoire de
certains faits saillants qui permettent d’établir leur âge d’une

�337

DANS LA HAUTE-GAMBIE

façon approximative. Ainsi si l’on demande à un Malinké ou à un
Toucouleur son âge, il vous dira bien qu’il n’en sait rien, mais il
ajoutera immédiatement : « j’ai été circoncis l’année de la prise de
Sabouciré par les Blancs », par exemple. Comme on connaît exac­
tement l’époque à laquelle a eu lieu ce fait d’armes et que l'on
sait que la circoncision se pratique vers l’âge de 15 ans, il est facile
de reconstituer d’une façon très rapprochée l’âge du sujet observé.
11 est, par exemple, une mémoire qui ést très développée chez
les Coniaguiés, c’est celle des outrages reçus et des défaites
essuyées. 11 est peu de peuples qui en conservent un souvenir
aussi vif, et leur plus grand désir est de se venger et de rendre à
leur ennemi œil pour œil, dent pour dent.
Le Coniaguié est, en général, peu parleur. Il écoute distrai­
tement, s’occupant de tout ce qui l’entoure, et, quoiqu’on lui puisse
dire, il reste absolument impassible. Il a cela de commun avec la
plus grande partie des peuples noirs. Je le crois cependant moins
capable d’attention que le Malinké, le Bambara, le Toucouleur et
surtout le Ouolof.
La langue parlée au Coniaguié ressemble un peu à la langue
malinkêe, mais elle nous a semblé plus harmonieuse. On y retrouve
un grand nombre de mots mandingues, ce qui nous permettrait
encore plus d’admettre une parenté quelconque entre ces deux
peuples. Le Coniaguié, par contre, n’est pas comme le Malinké
prodigue de formules de politesse. Ainsi quand ils se rencontrent,
ils échangent simplement les salutations suivantes : du lever du
soleil à midi on dit : «Pissoé»; de midi au coucher du soleil:
« Diakoé », et, à partir du coucher du soleil jusqu’à son lever :
« Mondoé ».
La langue coniaguiée est presque uniquement formée de mots
primitifs; les mots composés sont absolument inconnus. C’est, du
reste, le propre des langues à leur premier âge. Ils ont des mots
particuliers pour exprimer des idées générales ou abstraites, mais
il est impossible de les ramener à des racines concrètes. Un
exemple suffira. L’homme, en général, se dit: aassary ». La femme,
en général, « asbalé ». Quelques autres mots que nous avons retenus
permettront de se rendre un compte exact de l’harmonie de cette
langue : Ainsi : asseoir se dit : « niogori », attendez : « nopiri », toi
ou vous : « vaudji », moi : « amé », père : « ibâ » (en malinké, père
André Rançon. — 22.

�338

ANDRÉ RANÇON

se dit : bâ), mère: « nouma », venir : « aidji », partir : « djeneb ».
La numération est, paraît-il, décimale, et pour compter l’on se
sert indifféremment de cailloux, de graines et plus particulièrement
de lignes. On ignore, par exemple, les chiffres et l’on ne sait faire
de tête aucune opération arithmétique. Voici les noms des dix
premiers nombres :
Un . . .
Deux . .
Trois . .
Quatre .
Cinq . .

.
.
.
.
.

Dampo.
Noky.
Ouanar.
Ouanaky.
M’Bed.

Six .
Sept .
Huit .
Neuf.
Dix .

.
.
.
.
.

.
.
.
.
.

Divian.
Goby.
Diovay.
Dionak.
Ouarraky.

On ne connaît ni la semaine, ni aucune période de temps qui
s’en rapproche.
Gomme mesure du temps on ne connaît absolument que le mois
lunaire, et les années se comptent du commencement de la saison
des pluies au commencement de la saison pluvieuse suivante.
Quant à l’année solaire, ils n’en ont aucune notion et ils ne
connaissent les heures du jour que par la distance du soleil audessus de l’horizon. Par contre, ils savent parfaitement s’orienter
le jour par le soleil, la nuit par la lune quand elle se montre, ou
par les étoiles. Si l’on demande sa route à un Coniaguié et qu'il
vous indique du doigt la direction dans laquelle se trouve le
village où vous désirez aller, vous pouvez être certain qu’en
suivant ses conseils, vous ne vous écarterez que rarement de la
bonne voie. Cette facilité et l’exactitude avec lesquelles ils s’orien­
tent, sont communes d’ailleurs à toutes les peuplades du Soudan.
En résumé, d’après ce que nous venons de dire, nous pouvons
conclure que le Coniaguié se rapproche sensiblement du Malinké;
à notre avis, ou bien c’est un Mandingue dégénéré, ou bien c’est un
Mandingue qui n’a pas encore progressé.
Situation politique actuelle. — Rapports des Coniaguiés avec leurs
voisins. — La situation politique au Coniaguié est actuellement
déplorable. On peut dire que tout le monde y commande et que per­
sonne n’y obéit. C’est la raison principale de la faiblesse de ce peuple.
Mieux conduits et surtout mieux commandés, ils résisteraient
mieux aux attaques de leurs voisins. Quoiqu’ils fassent cependant,
nous estimons qu’ils finiront par disparaître un jour; car ils sont

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

339

dans un état d’infériorité évidente vis-à-vis de ceux qui les
entourent. Us ne sont, à tout point de vue, que mal armés pour
soutenir la lutte à laquelle ils sont journellement exposés et à
laquelle leurs voisins et ennemis sont mieux préparés. A part le
pays de Padjisi et de Toumbin, les Goniaguiés ne vivent en bonne
intelligence avec aucun de leurs voisins, ou plutôt ils sont sans
cesse en butte à leurs attaques. C’est, en effet, chez eux que
Moussa-Molo et les colonies du Fouta-Djallon vont faire la plupart
de leurs captifs. Non loin du Coniaguié, dans le Sud-Est, existe à
N’ Bama, en permanence, une colonne de Peulhs commandée par
un marabout du nom de Tierno-Birahima, qui n’est qu’un lieutenant
de l’Almamy du Fouta-Djallon. Us pénètrent, à chaque instant, sur
le territoire Coniaguié et y font toujours de nombreux captifs.
Quelque temps avant mon arrivée cependant, les Coniaguiés, atta­
qués à Uttiou par Tieruo-Birahima, avaient mis complètement son
armée en déroute et fait de nombreux prisonniers.
Pendant longtemps, ils ont été avec Damentan en guerre ouverte.
Mais depuis quelques années, ils vivent en meilleure intelligence
et tout fait espérer que, de leur fait, la paix ne sera pas de long­
temps troublée.
Aucune nation européenne n’a jamais eu aucun rapport avec
eux, nous sommes les premiers qui les ayons visités et ils nous
ont manifesté tout le désir qu’ils ont d’entrer en relations avec
nous. Je crois qu’une entente avec eux ne pourrait qu’être utile
pour asseoir définitivement notre autorité dans cette partie du
Soudan. Nous aurions par là entrée dans les provinces septentrio­
nales du Fouta-Djallon et pourrions tenir en respect Moussa-Molo
et ses Peulhs. De plus cette possession nous donnerait encore envi­
ron une centaine de kilomètres de la rive gauche de la Gambie, et
nous mettrait plus directement en rapport avec le Niocolo et les
autres dépendances du Fouta-Djallon dans ces régions. Nous serions
enfin absolument maîtres de tout le cours de la Rivière Grey.
Pendant mon séjour dans ce pays je n’avais aucune qualité pour
conclure avec ses chefs un arrangement quelconque, mais je
réussis à décider Tounkané à envoyer des mandataires auprès
de M. le capitaine Roux, de l’infanterie de marine, à Nétéboulou, où
il devait se rendre, afin de s’aboucher avec lui qui, comme com­
mandant du cercle de Bakel, avait tous les pouvoirs nécessaires

�340

ANDRÉ RANÇON

pour régler cette importante question. J ’ai appris depuis que
Tounkané avait tenu sa parole, que ses hommes avaient rencontré
le capitaine Roux à Damentan et qu’un traité d’amitié y avait
été signé.

R e n s e ig n e m e n t s

r e c u e il l is

su r

le

pays

de

B a ssa r é

Dans le Sud-est de Damentan et à l’est du Coniaguié, dont le
sépare une profonde vallée, se trouve le pays de Bassaré, dont les
villages, comme ceux du Coniaguié, s’élèvent sur un vaste plateau
de même formation géologique que le précédent. Ce pays est habité
par une population de même race que celle du Coniaguié, mais dont
la langue est complètement différente. Ils ont le même costume et
à peu de choses près les mêmes usages. Nous ne ferons qu’indiquer
ici ce en quoi ils diffèrent de leurs voisins.
Dans le Bassaré n’habitent que des Bassarés. C’est le nom que
l’on donne aux habitants de ce pays aussi sauvage que son voisin.
Il n’y a ni Peulhs, ni Malinkés.
Le chef de ce pays porte le titre de Mounelli (roi). Le chef actuel
se nomme Tamba et réside à Kénieri-Sarra, qui est la capitale du
pays. Le pouvoir du Mounelli est très limité. Les Bassarés forment,
pour ainsi dire, une sorte de république dans laquelle le roi n’est
que le président d’un conseil composé de tous les chefs de villages.
11 n’y a que dans les affaires graves, telles que guerres, assassinats,
révoltes, etc., etc., qu’il peut user de son autorité. Il dirige égale­
ment les guerriers en campagne.
Les Bassarés, comme les Coniaguiés, du reste, ne connaisseut
pas l’esclavage. Chacun est libre sur leur petit territoire. Si un
captif évadé d’un autre pays vient chercher un refuge chez eux, il
appartient à celui qui l’a trouvé. Que celui-ci soit un homme, une
femme ou un enfant, il devient, du fait de sa trouvaille, propriétaire
de l’évadé qui ne tarde pas d’ailleurs à être adopté par la tribu.
Les mariages entre Bassarés se font sans aucune cérémonie,
le consentement de la femme seul suffit, mais est absolument
indispensable. Quand le fiancé a été agréé par celle qu’il recherche
en mariage, il doit donner au père de celle-ci, ou à son défaut à son

i

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

341

frère aîné un fusil neuf, et à sa future femme cinq chèvres. Après
quoi il peut emmener sa femme chez lui.
Si, pour une cause quelconque, le divorce est prononcé, la
femme doit rendre à son ex-mari les cinq chèvres qu’il lui avait
données en dot et son père ou son frère aîné doit rendre le fusil
qu’il avait reçu. Dans ce cas-là, les enfants restent avec leur mère ;
mais si rien de ce qu’il avait donné ne lui est rendu, le père les
garde avec lui jusqu’à complet remboursement.
Les Bassarés sont peut-être la seule peuplade du Soudan que
nous connaissions dans laquelle la femme soit consultée sur le
choix de son mari. Ce fait semblerait prouver qu’elle y est moins
asservie que chez les autres.
Comme chez les Coniaguiés, on ne trouve chez les Bassarés ni
tisserands, ni cordonniers, ni charpentiers, ni griots, ni mara­
bouts. Ils n’ont que quelques forgerons qui fabriquent leurs
couteaux, sabres, poignards, haches et instruments de culture.
On n’y paye aucun impôt, aucune redevance de quoi que ce soit
et à qui que ce soit. Le chef du pays est cependant nourri par les
jeunes gens non mariés qui composent sa garde, comme cela a
également lieu au Coniaguié. Leurs cases entourent également
celles de leur chef, et ils doivent cultiver ses lougans et récolter le
mil, maïs, etc., etc. Ils font, en un mot, tous les travaux du chef
jusqu’au jour où ils se marient. Ils quittent alors les cases qu’ils
occupaient dans la demeure royale, si je puis parler ainsi, vont
habiter dans le village et deviennent absolument libres de leurs
actes. Ils sont de suite remplacés à la maison du roi.
La langue des Bassarés est plus harmonieuse encore que celle
des Coniaguiés. Elle se rapproche beaucoup plus du Mandingue que
cette dernière, mais on dirait qu’ils ont pris en plus quelque chose
du rhythme, de l’intonation et de la sonorité de'la langue Peulhe.
Je ne serais pas éloigné de croire qu’il y a dans la langue Bassarée
comme une sorte de mélange des langues Peulhe et Mandingue.
C’est encore un idiôme presque uniquement formé de mots pri­
mitifs. Les mots composés y sont très rares et, chose curieuse, elle
ne se rapproche en rien de la langue Coniaguiêe. Je tiens à bien
établir ce fait, car il me paraîtrait intéressant d’élucider ce pro­
blème. Il serait curieux de rechercher comment et pourquoi ces
deux peuplades, qui ont assurément la même origine et dont les

�ANDRE RANÇON

mœurs et les coutumes sont à peu de choses près les mêmes, parlent
une langue toute différente. Certes, il n’est pas douteux que ces
deux idiomes dérivent d’une même langue-mère, mais comment
s’est-elle si différemment modifiée? Voilà le problème à résoudre.
Nous avons pu recueillir quelques mots de ce langage. Nous les
reproduisons ici. L’orthographe que nous avons adoptée est abso­
lument conforme à la prononciation:

!V l '

i •

Pagne se dit: . . Atchiandi.
Cheval se dit : . . Efanassi.
Pièce de Guinée . N’godji.
A n e ............... . Fali.
Salutation. . . . Nessouma.
Poulet . . . . . Etiaré.
Sabre............... . Doukouma.
Calebasse. . . . Ecusop.
Poudre . . . . . Piki.
Tabac............... . Sirra.
Homme. . . . . Sassané.
Peau de bouc . . Ematel.
.
Karé-ké.
Femme . . . . . lokaré.
Grand homme.
Bœuf............... . N’guidy.
Enfant . . . . . Bitakibou.
Mouton. . . . . Iouféi.
Chèvre . . . . . Emetchi.
Partir . . . . . Viené.
Venir............... . Diokou.
Rester . . . . . Niououali.
Se lever. . . . . Kamily.
Boire............... . Nesseb.
Eau.................. .... Méno.
Dormir . . . . . Mérassi.
Manger.............. , Diampolé.
Attendre . . . . Battili.
V iande.............. . Ematioré.
Donnez-moi . . . Flil.
Couteau . . . ., Etchiatchi.
Comment vous appelez-vous? Ou atchi alou ?
Les Bassarés ont la numération parlée. Elle est par cinq ; à cinq
on reprend cinq et un, cinq et deux, etc., etc. Ils ne connaissent
aucun chiffre écrit et pour compter se servent de cailloux, de
lignes qu’ils tracent sur le sable, ou de graines, comme les Coniaguiés. Voici les dix premiers nombres :
Un se dit :
Deux. . .
Trois. . .
Quatre . .
Cinq . . .

...............Amati.
...............Bâti.
...............Batass.
...............Banass.
...............Batio.

Six se dit: Bandiouga-Mati.
S ep t. . . Bandiouga-Bati.
Huit . . . Bandiouga-Batass.
Neuf. . . Bandiouga-Banass.
Dix . . . Epo.

Le Bassaré était autrefois un pays fort peuplé. Aujourd’hui, il
est presque désert. Cela tient à ce que, continuellement en guerre

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

343

avec leurs voisins du Fouta-Djallon, ils ont vu détruire la plus
grande partie de leurs villages, et leur population emmenée en
captivité.
La population du Bassaré, qui pouvait autrefois être évaluée de
6 à 8,000 habitants, est tout au plus aujourd’hui de 2,000 habitants.
Ils sont, du reste, comme leurs voisins les Coniaguiés, destinés à
disparaître un jour et à fournir de captifs le Fouta-Djallon et le
Fouladougou.
Voici les noms des villages qui ne sont pas encore tombés sous
les coups des guerriers Peulhs :
Kénieri-Sarra (capitale). .
N’guéro-Daly......................
N’guéro-Kiss......................
N’guéro-Poug......................
N ik a r é ..............................
Nauné.................................
K e s s i..................................
Noukaré..............................
Goutiaki..............................
Sériguia..............................
Akoudou ..........................

.
.
.
.
.
.
.
.
.
.
.

N’guero’-Koulé.
Naugaroua.
N’guéro-Tchindy.
Noumpou.
Peuqui.
Maucatia.
Gotatou (N 1).
Boutioutonia.
N’Ténou.
Tiakessi.
Cotatou (N°2).

Aujourd’hui, le pays de Bassaré est, au point de vue politique,
divisé en deux fractions, l’une amie des gens du Fouta-Djallon, et,
par conséquent, ennemie du Goniaguié, l’autre amie du Coniaguié.
Inutile de dire que les deux partis vivent dans un état de guerre
continuelle.
Les Bassarés, comme les Coniaguiés, recherchent notre amitié.
Gomme eux, ils sentent qu’ils ont besoin d’être protégés contre
leurs ennemis.

�CHAPITRE XVII

Repos à Damentan. — Départ de D am entan. — De Dam entan à la Gambie. — Le
M anioc.— La. pour g hère. — Traces du passage d’une h yèn e. — A rrivée sur la
rive droite de la Gam bie. — Une iorèt de rôniers. — Le gué de Voumbouteguenda
entre Damentan et B a d y .— Le fils du chef de Damentan vien t m e rejoindre. —
Passage de la Gambie. — Entre la Gambie et Bady. — Im m ense incendie. — Une
superstition b iz a r r e .— Description de la route entre Damentan et B a d y .—
Géologie. — B otanique.— Datura. — S en d iègn e. — M’Bolon-M’Bolon. — Arrivée
à B a d y .— Le v illa g e .— Le chef. — Nous som m es bien reçus. — La population.

— Grand nombre de goitreux. — Maladies de la peau. — Palabres. — Sandia me
quitte pour retourner à Nétéboulou.— Départ de Bady.— Sansanto. — Niongarié.
— Beaux lougans d’arachides. — Arrivée à Iéninialla. — Belle réception. —
Description de la route de Bady à Iéninialla. — Géologie. — Botanique. — Le
Vène. — Départ de Iéninialla. — Le pont sur le Barsancounti. — Passage de la
rivière Balé. — Rencontre d’une députation des notables de Gamon venus au
devant de moi. — Arrivée à Gamon. — Belle réception. — Belle case. — Descrip­
tion de la route de Iéninialla à Gamon. — Géologie. — Botanique. — Le Nando.
— Le Foufî. — Les dattiers, — Les piments. — Description du village. — Le
chef. — Palabres.— Plaintes des habitants.

' ■•

\

29 décembre. — Après avoir pris à Damentan un jour de repos
bien mérité et pendant lequel mes hommes et mes animaux se
rattrapèrent du jeûne forcé du Coniagnié et se remirent des fatigues
de la route, nous quittâmes à cinq heures du matin cet hospitalier
village et nous nous dirigeâmes vers Bady, où j’avais l’intention de
faire étape ce jour-là. Les préparatifs du départ se font lentement,
toujours à cause des porteurs qu’on ne peut arriver à rassembler.
Au moment où j’allais monter à cheval, Alpha-Niabali vint me
serrer la main, me souhaiter un bon voyage et m’annoncer, ainsi
qu’il me l’avait promis, que son fds se préparait à m’accompagner
pour se rendre avec Sandia à Nétéboulou pour s’y aboucher avec
le commandant de Bakel. Mais n'étant pas encore prêt à partir, il
se mettrait en route plus tard et me rejoindrait sur la rive droite
de la Gambie au gué de Voumbouteguenda. «A dater d’aujourd’hui,
me dit-il, quand je le quittai, je suis pour toujours l’ami des
Français ».

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

345

A peine avons-nous quitté le village que nous marchons d’une
vive allure. La route traverse d’abord les lougans du village que
l’on trouve immédiatement après avoir franchi la branche nord du
marigot de Damentan, qui est à sec à cette époque de l’année. Sur
les bords de ce marigot je remarquai de nombreux pieds de manioc
et quelques échantillons de pourghère que pendant le reste de
mon voyage je n’avais vu jusqu’à ce jour qu’en très petite quantité.
Le manioc (Manihol dulcis H. Bn.), est assez rare au Soudan. On
ne le trouve guère que dans le Belédougou, le Manding, le Gangaran
et les régions Sud de nos possessions. La variété à laquelle appar­
tient le manioc du Soudan est le manioc doux. Les maniocs véné­
neux y sont relativement très-rares. Les indigènes le plantent
par bouture, chaque année, au commencement de la saison
des pluies. Les tubercules sont bons à manger vers la fin de
février, La tige vit plusieurs années, mais elle se dessèche pendant
la saison des pluies. Les tubercules, au contraire, se conservent
parfaitement dans la terre pendant toute la saison sèche, et
émettent de nombreux rameaux qui se flétrissent à leur tour. Mais
les tubercules de deux ou trois ans deviennent durs et coriaces.
C’est pourquoi il est préférable, pour la consommation, de les
cueillir chaque année et de multiplier la plante par boutures. Les
indigènes mangent le manioc cuit sous la cendre ou bien bouilli et
mélangé à leur couscouss. Ils en sont très friands. Dans tous les
jardins de nos postes, le manioc est cultivé avec succès. Ses tuber­
cules sont d’excellents légumes pour les potages, et je me souviens
avoir mangé à Kita des galettes frites à la poêle et faites avec de la
farine de manioc, du sucre et des jaunes d’œufs. Elles étaient abso­
lument savoureuses et n’auraient pas été déplacées dans aucune
de nos meilleures pâtisseries. On sait combien le tubercule du
manioc ordinaire (M. edulis Plum.) est vénéneux et quelle est la
préparation qu’il faut lui faire subir pour le rendre inofïensif. Il
est connu que, dans le manioc doux, le principe nuisible est très
peu abondant et que la cuisson suffit pour le faire disparaître. On
ne saurait en nier l’existence, car les animaux sont incommodés
s’ils mangent simplement les feuilles, et meurent empoisonnés s’ils
boivent le suc extrait du tubercule. Le manioc appartient à la
famille des Euphorbiacées. Il affectionne surtout les climats
pluvieux et est précieux par ce seul fait que son tubercule se

�346

ANDRÉ RANÇON

conserve longtemps dans la terre. Quant à l’aliment qu’il donne, il
se digère facilement, est très rafraîchissant, mais possède peu de
principes nutritifs.
La Pourghère. — La Pourghère (Jatropha curcas L.) ou Médicinier cathartique appartient à la famille des Eupkorbiacées. C’est une
plante à feuilles lobées ou palmées, à fleurs dioïques disposées en
grappes et pourvues d’un calice et d’une corolle. Les mâles ont dix
étamines monadelphes et les femelles un ovaire à trois loges mono­
spermes, avec trois styles bifides. Son port rappelle celui du ricin
et ses graines, plus grosses que celles de ce dernier végétal, sont noi­
râtres plutôt que mouchetées. Leur forme est celle des graines de
ricin. La pourghère donne des graines oléagineuses et éminemment
purgatives et émétiques. Elle croît et se multiplie au Sénégal, au
Soudan et dans les Rivières du Sud avec une grande rapidité. On
s’en sert surtout dans les Rivières du Sud, le Raol, le Sine, le
Saloum, etc., etc., pour faire des baies de jardins. Nous avons vu à
Damentan une jolie plantation de coton complètement entourée de
pourghères.Les indigènes en utilisent les graines comme purgatives.
Deux de ces semences suffisent pour déterminer une abondante
évacuation. Six à huit graines occasionnent des symptômes alar­
mants d’empoisonnement. L’absorption d’une douzaine de graines
est suivie de mort. L’huile est purgative à la dose de huit à dix
gouttes au plus. Une dose plus élevée ne manquerait pas d’entraîner de graves accidents. Cette huile peut servir également à
l’éclairage. Elle brûle en donnant peu de fumée et peu d’odeur.
Elle est encore utilisée avec avantage pour la fabrication des
savons et pour le graissage des machines. Elle est très fluide,
presque incolore, âcre, et très peu soluble dans l’alcool. Cultivée
sur une grande échelle, la pourghère pourrait donner de sérieux
profits, car elle demande peu de soins et donne un rendement
considérable. Les quelques essais faits jusqu’à ce jour, mal dirigés,
et peu encouragés, n ’ont donné aucun résultat appréciable. Il
faut dire aussi qu’on n’y a apporté aucune méthode et aucun soin
et que l’on s’est vite lassé de lutter contre l’apathie des Indigènes,
tout est à recommencer.
Après avoir traversé les lougans du village, la route de Damentan
au gué de Voumbouteguenda longe, à environ deux kilomètres de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

347

Damentan, une grande mare que l’on laisse sur la gauche. A trois
kilomètres de là, on traverse le petit marigot de Mahéri, profon­
dément encaissé et à sec à cette époque de l’année. Peu avant
d’y arriver et pendant que nous faisions la halte horaire, une
odeur épouvantable se fit tout à coup sentir. Intrigué, j’envoyai
mon interprète Almoudo à la découverte dans la direction d’où elle
semblait provenir. Peu après, il revint et me dit que c’étaient les
«cabinets» de la hyène qui sentaient aussi mauvais. Je voulus
avoir l’explication de ce fait et mes hommes m’apprirent alors que
cet animal avait l’habitude d’aller toujours au même endroit
déposer ses excréments, et que ces lieux d’aisance étaient toujours
situés non loin de son repaire. Le fait est que je pus constater
moi même l’existence dans le même lieu d’une grande quantité de
matières fécales qui exhalaient une odeur absolument repoussante.
J’ignorais ce détail de mœurs de cet animal immonde, et je consigne
ici ce fait comme il m’a été donné, sous toutes réserves, bien
entendu.
A huit heures trente minutes nous arrivons enfin sur la rive
gauche de la Gambie, après avoir traversé une large plaine maréca­
geuse couverte de Cypéracées gigantesques. Le fleuve est devant
nous profondément encaissé. C’est là le gué de Voumbouteguenda ;
il tire son nom d’un petit village malinké qui existait il y a
quelques années encore non-loin en amont et qui est aujourd’hui
détruit. Les habitants sont allés habiter à Damentan.
Les rives de la Gambie en cet endroit, et à cette époque de
l’année, sont très escarpées. Il faut descendre de cheval pour
s’avancer sur la belle plage de sable que les eaux en se retirant
ont mise à découvert. A Voumbouteguenda, pendant l’hivernage,
la Gambie a environ cinq cents mètres de largeur, mais au moment
où nous l’avons traversée, elle n ’a pas plus de deux cents mètres.
Par la plage sablonneuse qui se trouve sur la rive gauche, on
arrive à peu près jusqu’au milieu du lit du fleuve. Là existe un
chenal dont la profondeur, à la fin du mois de décembre, est d’en­
viron trois mètres à trois mètres cinquante et la largeur, 60 à 70
mètres. Le courant y est excessivement rapide. Il va falloir passer
ce chenal en radeau. Quand on l’a traversé, on aborde à une sorte de
banc de plusieurs centaines de mètres de longueur, qu’on doit
parcourir pendant environ 200 mètres pour pouvoir traverser à

�346

ANDRÉ RANÇON

conserve longtemps clans la terre. Quant à l’aliment qu’il donne, il
se digère facilement, est très rafraîchissant, mais possède peu de
principes nutritifs.
La Pourghère. — La Pourghère (Jatropha curcas L.) ou Médicinier cathartique appartient à la famille des Euphorbiacées. C’est une
plante à feuilles lobées ou palmées, à fleurs dioïques disposées en
grappes et pourvues d’un calice et cl’une corolle. Les mâles ont dix
étamines monadelphes et les femelles un ovaire à trois loges mono­
spermes, avec trois styles bifides. Son port rappelle celui du ricin
et ses graines, plus grosses que celles de ce dernier végétal, sont noi­
râtres plutôt que mouchetées. Leur forme est celle des graines de
ricin. La pourghère donne des graines oléagineuses et éminemment
purgatives et émétiques. Elle croît et se multiplie au Sénégal, au
Soudan et dans les Rivières du Sud avec une grande rapidité. On
s’en sert surtout dans les Rivières du Sud, le Baol, le Sine, le
Saloum, etc., etc., pour faire des haies de jardins. Nous avons vu à
Damentan une jolie plantation de coton complètement entourée de
pourghères.Les indigènes en util isent les graines comme purgatives.
Deux de ces semences suffisent pour déterminer une abondante
évacuation. Six à huit graines occasionnent des symptômes alar­
mants d’empoisonnement. L’absorption d’une douzaine de graines
est suivie de mort. L’huile est purgative à la dose de huit à dix
gouttes au plus. Une dose plus élevée ne manquerait pas d’enfraîner de graves accidents. Cette huile peut servir également à
l’éclairage. Elle brûle en donnant peu de fumée et peu d’odeur.
Elle est encore utilisée avec avantage pour la fabrication des
savons et pour le graissage des machines. Elle est très fluide,
presque incolore, âcre, et très peu soluble dans l’alcool. Cultivée
sur une grande échelle, la pourghère pourrait donner de sérieux
profits, car elle demande peu de soins et donne un rendement
considérable. Les quelques essais faits jusqu’à ce jour, mal dirigés,
et peu encouragés, n ’ont donné aucun résultat appréciable. Il
faut dire aussi qu’on n’y a apporté aucune méthode et aucun soin
et que l’on s’est vite lassé de lutter contre l’apathie des Indigènes,
tout est à recommencer.
Après avoir traversé les lougans du village, la route de Damentan
au gué de Voumbouteguenda longe, à environ deux kilomètres de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Damentan, une grande mare que l’on laisse sur la gauche. A trois
kilomètres de là, on traverse le petit marigot de Mahéri, profon­
dément encaissé et à sec à cette époque de l’année. Peu avant
d’y arriver et pendant que nous faisions la halte horaire, une
odeur épouvantable se fit tout à coup sentir. Intrigué, j’envoyai
mon interprète Almoudo à la découverte dans la direction d’où elle
semblait provenir. Peu après, il revint et me dit que c’étaient les
«cabinets» de la hyène qui sentaient aussi mauvais. Je voulus
avoir l’explication de ce fait et mes hommes m’apprirent alors que
cet animal avait l’habitude d’aller toujours au même endroit
déposer ses excréments, et que ces lieux d’aisance étaient toujours
situés non loin de son repaire. Le fait est que je pus constater
moi même l’existence dans le même lieu d’une grande quantité de
matières fécales qui exhalaient une odeur absolument repoussante.
J’ignorais ce détail de mœurs de cet animal immonde, et je consigne
ici ce fait comme il m’a été donné, sous toutes réserves, bien
entendu.
A huit heures trente minutes nous arrivons enfin sur la rive
gauche de la Gambie, après avoir traversé une large plaine maréca­
geuse couverte de Cypéracées gigantesques. Le fleuve est devant
nous profondément encaissé. C’est là le gué de Voumbouteguenda ;
il tire son nom d’un petit village malinké qui existait il y a
quelques années encore non-loin en amont et qui est aujourd’hui
détruit. Les habitants sont allés habiter à Damentan.
Les rives de la Gambie en cet endroit, et à cette époque de
l’année, sont très escarpées. Il faut descendre de cheval pour
s’avancer sur la belle plage de sable que les eaux en se retirant
ont mise à découvert. A Voumbouteguenda, pendant l’hivernage,
la Gambie a environ cinq cents mètres de largeur, mais au moment
où nous l’avons traversée, elle n ’a pas plus de deux cents mètres.
Par la plage sablonneuse qui se trouve sur la rive gauche, on
arrive à peu près jusqu’au milieu du lit du fleuve. Là existe un
chenal dont la profondeur, à la fin du mois de décembre, est d’en­
viron trois mètres à trois mètres cinquante et la largeur, 60 à 70
mètres. Le courant y est excessivement rapide. Il va falloir passer
ce chenal en radeau. Quand on l’a traversé, on aborde à une sorte de
banc de plusieurs centaines de mètres de longueur, qu’on doit
parcourir pendant environ 200 mètres pour pouvoir traverser à

�348

ANDRÉ RANÇON

gué un second chenal de quatre mètres de largeur et de 0m80 centi­
mètres de profondeur. On atterrit alors sur la rive du Tenda (rive
droite), non sans être couvert de vase et de débris végétaux. Un
mois après, vers la tin janvier ou au commencement de février au
plus tard, le gué est praticable pour les piétons.
Les rives de la Gambie sont en cet endroit couvertes de superbes
rôniers qui forment de chaque côté une véritable forêt. Sauf de
rares interruptions, elle s’étend, du reste, tout le long du fleuve
presque jusqu’à son embouchure. Il y en a là qui sont absolument

Rônier (Borassus flabelliformis).

énormes et nulle part, ailleurs, je n’ai vu d’aussi beaux échantillons
de ce précieux végétal.
La veille de mon départ de Dament.an, j’avais expédié un homme
à Bady et lui avais bien recommandé de dire au chef de ce village
de m’envoyer à Voumbouteguenda vingt hommes avec tout ce qu’il
fallait pour construire un radeau. Je n’ai pas besoin de dire
qu’aucun d’eux n’était arrivé quand nous atteignîmes le gué. Fort
heureusement, un des hommes de Sandia aperçut attaché à la rive
opposée un grand radeau fait en tiges de feuilles de palmier et en

���DANS LA HAUTE-GAMBIE

tout semblable à celui qu’il nous avait fallu construire pour tra­
verser la rivière Grey. Immédiatement il se mit à l’eau, traversa le
chenal à la nage, reconnut la route que nous avions à suivre, et,
malgré le courant amena à notre rive le précieux esquif. Mais nous
manquons de cordes pour installer le va-et-vient, et il faut en faire.
Les lianes ne seraient pas assez résistantes à cause du courant.
Aussi les hommes de Sandia et les miens vont-ils couper de jeunes
pousses de rôniers qui abondent dans toute cette région, et après
les avoir légèrement passées à la flamme pour les ramollir, ils les
tressent solidement et en peu de temps ont vite confectionné la
longueur qui nous est suffisante. Pendant ce travail, les hommes
de Damentan se vautrent sur le sable et regardent tranquillement
notre personnel se débrouiller du mieux qu’il peut. Quoique nous
fassions et quoique nous disions, nous ne pouvons pas arriver à
les décider à se mettre à la besogne. Mais l’arrivée du fils du chef
qui, comme je l’ai dit plus haut, devait me rejoindre en cet endroit,
change les choses de face, et, sur son ordre, tous se mettent avec
ardeur au travail.
Ce brave garçon, chargé par son père de se rendre à Nétéboulou
avec Sandia pour y voir le commandant de Bakel et signer avec lui
le traité qui doit placer son pays sous notre protectorat, est accom­
pagné par deux des principaux notables de Damentan, et il
emmène, pour l’offrir au commandant, un beau mouton blanc castré
que l’on désigne dans le pays sous le nom de Samoné.
L’opération du passage se fait sans accidents. On y procède
absolument comme je l’ai décrit plus haut pour la rivière Grey, et
à midi tout est terminé. Mon vieux Samba fait passer les animaux
à la nage. Pour moi, je traverse le dernier et suis obligé de faire
comme tout le monde, de me mettre à l’eau et de franchir environ
un kilomètre, ayant de l’eau jusqu’aux aisselles, pour atteindre la
rive opposée. Enfin, tout se passe à merveille et je constate avec
plaisir que tout mon monde est autour de moi, sur la rive droite,
et qu’il ne me manque aucun de mes bagages.
Pendant l’opération, arrivent trois hommes de Bady qui nous
annoncent que les autres les suivent et que s’ils sont en retard,
c’est qu’ils étaient allés, dès le matin, préparer ce qu’il fallait pour
construire un radeau. Je congédie alors les hommes de Damentan
et nous nous mettons en route pour Bady, en n’emportant que les

�350

ANDRÉ RANÇON

bagages indispensables. Les autres colis sont laissés sur la berge
sous la garde de deux de nos hommes. Les gens de Bady qui
arrivent les porteront au village.
II fait une chaleur épouvantable; mais, nous marchons tout
de môme d’une bonne allure. Tout le monde a hâte, après une
journée aussi pénible, de prendre un peu de repos dans une bonne
case, à l’abri du soleil brûlant.
De la Gambie à Bady, la route ne présente aucune difficulté et
nous la faisons sans encombre. A environ six kilomètres du
fleuve nous sommes obligés de faire un assez long détour pour
éviter un immense incendie de brousse. Tout est en feu autour de
nous. Gela ne contribue pas à rafraîchir l’atmosphère. Les gens de
Bady nous disent que le feu brûle ainsi depuis trois jours. Nous
n ’avons aucun accident à regretter fort heureusement. Dans toute
cette route la plus grande difficulté est occasionnée par les nom­
breux passages d’hippopotames et d’éléphants. Il faut avoir grand
soin d’éviter ces fondrières dans lesquelles les chevaux pourraient
parfaitement se casser les jambes.
Nous étions arrivés à environ cinq kilomètres du village,
lorsque je vis tout à coup accourir à moi et tout effaré mon
vieux palefrenier Samba, qui marchait en avant avec le guide. Il
venait nous dire à Sandia, à Almoudo et à moi que les hommes du
village avaient coupé le cou à un poulet sur la route. Il craignait
d’y voir l’indice d’une mauvaise réception. Je me fis expliquer
par mes Malinkés ce que. signifiait cet usage, et voici ce qu’ils
m’apprirent. Quand dans un village Malinké ou Bambara; on
apprend qu’une colonne ou un étranger de marque, blanc ou noir,
est en route pour s’y rendre, on a l’habitude, si on ne le connaît pas,
de couper le cou à un poulet et on répand son sang sur la route par
laquelle doit arriver l’étranger ou la colonne, afin que, de cette
visite, il ne résulte aucun dommage pour le village. Je ne saurais
mieux comparer cette superstition qu'à celle qui consiste, dans la
religion catholique, à faire brûler des cierges devant des images de
saints pour se les rendre favorables. Cette coutume des Malinkés
n’est pas plus ridicule que cette dernière pratique d’une religion
civilisée. Elle est plus primitive, moins raffinée, et voilà tout. Nous
arrivons enfin à Bady à trois heures trente. A un kilomètre et demi
environ du village, nous avions traversé le petit marigot de Fayoii

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

qui traverse la route et qui, en cette saison, n’a plus qu’un mince
filet cl’eau.
Au point de vue géologique, la route de Dainentan à Bady ne
présente rien de nouveau à signaler. Un petit plateau de latérite se
trouve en quittant Damentan. Il est en entier cultivé. A partir de
là, les argiles compactes et les plateaux rocheux se succèdent
jusqu’à la Gambie. Sur la rive droite, on traverse d’abord une vaste
plaine marécageuse qui s’étend jusqu’au Ouli et qui est bornée au
Nord-Ouest par les collines du Ouli, au Nord et au Nord-Est par
celles du Tenda. Elle est couverte d’une brousse épaisse, d'une
hauteur prodigieuse, à travers laquelle il est excessivement pénible
de se frayer un chemin. Par-ci par-là on aperçoit très clairsemés
quelques arbres rachitiques et rabougris. Son sol est argileux. A
sec pendant la belle saison, elle est complètement inondée pendant
la saison des pluies. De là, on arrive par une rampe douce à un
plateau formé d’argiles et de conglomérats ferrugineux. Il s’étend
jusqu’à trois kilomètres de Bady, où apparaît de nouveau la latérite.
Le fond de la Gambie, à l’endroit où nous l’avons traversée, est
formé de sables très fins et de petits cailloux qui résultent de la
désagrégation par les eaux des conglomérats ferrugineux qui se
rencontrent sur les berges dans le haut cours du fleuve.
Au point de vue botanique, végétation excessivement pauvre,
sauf sur les bords de la Gambie, où se trouve une belle forêt de
superbes rôniers semblable à celle que nous avons déjà signalée sur
la rive opposée. Outre des végétaux déjà connus nous citerons parti­
culièrement quelques rares pieds de lianes Saba et Delhi ( Vahea) et
un petit bois de superbes Karités de la variété Mana, situé à environ
sept kilomètres de la Gambie. Parmi les végétaux nouveaux que
j’ai pu remarquer pendant le trajet, je citerai le Datura, le
Sendiègne, et une plante comestible que les Malinkés désignent
sous le nom de M’Bolon-M’Bolon.
Le Datura (Datura Stramonium L.) delà famille des Solanées,
croît en grande quantité dans le Sud de nos possessions Soudaniennes. IL affectionne particulièrement les endroits humides et à
l’abri des rayons du soleil. Il acquiert, dans ces régions, des propor­
tions surprenantes. Je ne crois point que les indigènes connaissent
ses propriétés thérapeutiques. J ’ai entendu dire cependant qu’ils en
prenaient parfois comme aphrodisiaque, mais j’ignore absùlument

�352

ANDRÉ RANÇON

quelle est la partie de la plante qu’ils emploient, et quel en est
le mode d’administration.
Le Sendiègne. — Les indigènes désignent sous ce nom les racines
d’un petit arbuste très commun dans toute cette région et qu’ils
utilisent contre la blennorrhagie. Ce végétal m’a paru être une
Légumineuse. Ils font avec la racine pilée ou concassée des infusions
et des tisanes qu’ils regardent comme absolument souveraines
contre la blennorrhagie. Cette plante est très connue au Soudan
des marabouts et des forgerons et on la trouve sur le marché de
Kayes aussi bien que sur celui de Saint-Louis au Sénégal.
Le M’Bolon-M’Bolon. — C’est une petite plante herbacée de la
famille des Légumineuses, qui croît dans le Tenda, le Dentilia, le
Konkodougou, le Diébédougou, etc., etc., et dont les indigènes
utilisent les feuilles et les jeunes pousses comme condiments. Elle
est surtout cultivée dans le Diébédougou, le Konkodougou et le
Tenda. Elle peut atteindre au maximum trente à quarante centi­
mètres de hauteur. Tige herbacée dont la grosseur ne dépasse
jamais celle du petit doigt. Feuilles lancéolées, longues d’environ
quatre centimètres. Leur face supérieure est vert pâle, lisse. Leur
face inférieure blanchâtre et légèrement rugueuse. Si on écrase
entre les doigts une de ces feuilles, elle exhale une odeur vireuse
très prononcée. Leur saveur est légèrement acidulée. Le fruit est
une gousse à valves excessivement convexes et qui se dessèchent
très rapidement. Ces valves sont transparentes et à leur charnière
viennent s’insérer les graines très nombreuses, petites, ressemblant
à celles du radis, brunes. Élles se détachent très facilement de leur
point d’insertion, et sont presque toujours libres dans la gousse.
Les indigènes du Tenda, du Diébédougou et du Konkodougou
font bouillir les feuilles du M’Bolon-M’Bolon, les réduisent en pâte
qu’ils mélangent avec leur couscouss ou bien s’en servent pour
fabriquer une sorte de sauce verdâtre dans laquelle ils trempent
leur poignée de couscouss ou de riz avant de le manger. Le goût de
ce condiment rappellerait un peu celui des épinards. Il est cepen­
dant moins fade.
Notre arrivée à Bady fit sensation, car on y avait appris notre
voyage à Damentan et au Coniaguié. Tout le village est là pour

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

nous voir et Sanclia, qui a autrefois habité le Tenda, distribue à
droite et à gauche de nombreuses poignées de mains. On nous
conduit aussitôt au campement que l’on a préparé pour nous, et
pour ma part je suis très bien logé dans une case vaste et bien
aérée. J ’étais à peine installé qu’arrivent les bagages que nous
avions laissés sur la berge. Les hommes de Bady, qui sont allés les
chercher, nous ont croisés dans la plaine à quelques centaines de
mètres du fleuve, mais la brousse est si touffue et si haute que
nous n’avons pu les apercevoir. Il y avait à peine dix minutes que
nous étions partis lorsqu’ils sont arrivés à l’endroit où les atten­
daient nos hommes. Il ne me manque rien. Rien n’est avarié. Tout
est donc pour le mieux.
Bady est un village d’environ 500 habitants Malinkés non
musulmans. Il a absolument l’aspect de tous les villages Malinkés
que nous avons déjà visités. Les rues y sont étroites, sales, et les
cases construites en terre, rondes et couvertes d’un toit pointu en
chaume. Beaucoup tombent en ruines. Ce qui donne au village un
aspect absolument désolé. Il était autrefois entouré d’un assez fort
tata dont on voit encore les ruines. Ce tata a été remplacé par un
sagné bien construit et d’environ trois mètres de hauteur. On
accède par trois portes dans le village. Ces portes, très épaisses,
sont toujours fermées pendant la nuit, car les environs sont souvent
infestés par des bandes de Peulhs pillards du Tamgué qui viennent
jusque sous les murs du village enlever les bœufs, les enfants, les
femmes et les captifs. Les habitants présentent le type parfait du
Malinké, ivrogne, puant et abruti. Il n’y a pas à s’y méprendre. Ce
sont surtout des cultivateurs. Ils possèdent de beaux lougans de
mil, maïs, arachides et de vastes rizières. Leur troupeau compte
environ cinquante têtes de bétail. On y trouve également en
notable quantité des chèvres, moutons et poulets. Mes hommes
et mes animaux sout bien nourris et l’on me donne à profusion
tout ce dont j’ai besoin.
Le chef, qui est venu me voir peu après mon arrivée, est un
vieillard aveugle, impotent, absolument incapable de quoi que
ce soit, et littéralement abruti.
La première chose qui m’ait frappé en arrivant à Bady est le
grand nombre de goitreux que l’on y rencontre. Cette affection y
est plus commune chez la femme que chez l’homme. Le nombre
A n d ré R a n ço n . — 23.

�354

ANDRÉ RANÇON

des aveugles y est aussi relativement considérable, et l’on y voit
également beaucoup de malades atteints de vieux ulcères absolu­
ment repoussants. J ’y ai constaté en outre l’existeuce d’une sorte
de maladie de la peau qui ne guérit qu’en faisant disparaître le
pigment. Aussi voit-on quantités d’individus ayant, de ce fait, les
mains ou les pieds absolument blancs. Toutes ces affections sont,
du reste, très communes dans tout le Tenda. Je crois qu’il faut les
attribuer à l’alimentation presque exclusivement végétale dont
font usage les habitants de Tenda. On y mange rarement de la
viande et le sel y est à peu près inconnu. Les Malinkés attribuent
la maladie de peau à laquelle ils sont sujets dans ce pays à l’usage
journalier qu’ils font des Diabérés, je veux dire les turions de
cette Aroïdée du genre Arum que nous avons précédemment
décrite sous le nom d’d. cornui.
De Damentan àBady, la route suit une direction générale NordEst et la distance qui sépare ces deux villages est d’environ vingtneuf kilomètres.
Les fatigues que nous avions éprouvées pendant la journée me
décidèrent à rester un jour de plus àBady. En outre, Sandiadevant
me quitter là pour retourner à Nétéboulou, je n’étais pas fâché de
rester un jour encore avec lui pour lui faire toutes mes recom­
mandations et pour lui confier un volumineux courrier à desti­
nation de France.
30 décembre. — La nuit, bien que très fraîche, a cependant été
moins froide que les précédentes. Le ciel a été couvert pendant la
plus grande partie de la nuit et il a soufflé une forte brise de
Nord-Est. Au réveil, le ciel est encore couvert et le soleil voilé.
Une buée épaisse obscurcit l’horizon. Pas de rosée. La brise vient
toujours du Nord-Est.
Tout mon monde a bien dormi jusqu’à sept heures du matin.
On s’est remis des fatigues d’hier.
Vers dix heures du matin, le ciel s’est complètement éclairci.
Le soleil est brillant et il souffle un vent d’Est brûlant. 11 fait une
chaleur étouffante.
Le chef m’envoie dans la matinée un superbe bœuf pour mon
déjeuner. On le tue aussitôt et la viande en est distribuée pour
deux jours aux hommes. J’en fais donner pour trois jours à Sandia
ainsi qu’aux différents chefs qui nous accompagnent, et qui doivent

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

me quitter demain pour se rendre à Nétéboulou. Je n’ai pas besoin
de dire que j’ai envoyé au chef du village, selon la coutume, un
quartier de devant et que tout le village en a eu sa part.
Dans la soirée, tous les chefs des villages environnants vinrent
me voir avec le chef du pays. Bien malgré moi il fallut organiser
un grand palabre qui ne dura pas moins de deux heures. Le Massa
ou chef du pays se plaignit à moi de ce que son autorité était
méconnue des villages qui dépendaient de Bady, et que, particu­
lièrement le chef de Bamaki était l’organisateur de tout ce qui se
faisait contre lui dans le pays. Je crus devoir lui faire de sévères
remontrances et l’avertis que j’allais causer au commandant de
Bakel pour lui demander de le punir d’une façon exemplaire. Le
Massa se retira enchanté du résultat du palabre. Quel ne fut pas
mon étonnement quand une heure après, il vint me demander de
ue pas mettre ma menace à exécution. Je lui déclarai que je n’en
maintenais pas moins ma décision et profitai de la circonstance
pour le blâmer vertement d’être aussi faible. D’après cela, il ne
devrait s’en prendre qu’à lui si les sujets ne lui obéissaient pas
mieux.Il en est de môme, du reste, dans tous les pays Malinkés, et,
il ne faut attribuer le désordre politique qui y règne sans cesse,
qu’à la faiblesse unique dont les chefs font preuve dans l’exercice
du commandement.
Avant de me coucher, je fis à Sandia toutes mes recomman­
dations ; je lui donnai toutes mes instructions et lui confiai un
courrier volumineux qu’il se chargeait de faire parvenir à Bakel.
31 décembre. — La nuit a été très fraîche. Le ciel clair et étoilé.
Brise de Nord. Au réveil, ciel clair, rosée abondante. Brise de
Nord. Température froide. Le soleil se lève brillant.
Les porteurs sont réunis à l’heure dite. Aussi pouvons-nous
nous mettre en route dès le point du jour. Je fais, avant de monter
à cheval, mes adieux à Sandia. Ce brave homme est tout ému, et,
je puis bien le dire, c’est avec grand regret que je me sépare de lui.
Vivant dans son intimité depuis cinq mois, j’avais pu apprécier ses
qualités rares chez un noir. Je serre également la main à tous les
chefs qui m’ont accompagné et, attristés par cette séparation, nous
nous mettons en route pour Iéninialla, où j’ai décidé de faire étape
ce jour-là.
La route de Bady à Iéninialla se fait sans encombre et rapide-

______

____

�356

ANDRÉ RANÇON

ment. Les porteurs marchent bien et rien ne nous retarde. A 600
mètres environ du village nous traversons une des branches du
marigot de Fayoli et peu après nous arrivons au village de Niongané,
où nous sommes obligés de faire une courte halte pour permettre
aux porteurs de prendre leurs fusils, parce que, disent-ils, la route
n’est pas sûre. Il paraît, en effet, que depuis quelques jours une
bande de pillards du Tamgué rôde dans les environs. — Un peu
avant d’arriver à Niongané nous avions laissé sur la gauche la
route de Bamaki et, sur la droite, celles de Kénioto et de Dalésilamé.
Niongané est un village de Malinkés musulmans qui dépend'de
Bady. Sa population est d’environ trois cents habitants. Il est de
forme absolument circulaire et est entouré d’un tata en ruines et
d’un double sagné en excellent état. Tout autour se trouvent de
riches lougans de mil, maïs et arachides. A six heures dix
minutes nous passons devant le petit village de Sansanto. La
population peut s’élever à environ 450 habitants. Ce sont des
Malinkés musulmans. Il est entouré d’un tata peu élevé, mais
bien entretenu et tout autour se trouvent de superbes lougans bien
cultivés.
A deux kilomètres environ de Sansanto nous traversons le
marigot de Damoutakoudiala, dont les bords sont couverts de
beaux palmiers et de superbes Cail-cédrats (en Malinké Diala). Le
passage en est très facile. Nous laissons sur notre droite le petit
village de Kénioto dont on voit les lougans de la route. Quelques
kilomètres plus loin on traverse sans aucune difficulté le marigot
de Nafadala, branche de celui de Barsancounti qui, lui-même, est
un affluent du Niéri-Kô. C’est plutôt un vaste marécage couvert
d’herbes palustres qu’un marigot à proprement parler. A quelques
centaines de mètres du Nafadala se trouve Je petit village de
Iéninialla, où nous devons passer la journée.
La route de Bady à Iéninialla suit à peu près une direction
Nord-Est, et la distance qui sépare ces deux villages est environ de
quinze kilomètres cinq cents mètres. Elle ne présente aucune
difficulté. Les marigots qu’on y rencontre sont faciles à traverser
et les chevaux ne s’y embourbent pas. Pas de collines ; elle
traverse un pays absolument plat. A mentionner seulement un
petit plateau de roches ferrugineuses qui se trouve à peu de
distance de Iéninialla. La plus grande partie du chemin se fait à

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

357

travers de superbes lougans de mil et d'arachides. Au point de
vue géologique nous mentionnerons tout particulièrement les
vastes bancs de latérite qui se trouvent entre Bady et jusqu’à quatre
kilomètres au-delà de Sansanto. Là la latérite fait place à une plaine
d'argiles compactes et au petit plateau formé de quartz et de
conglomérats ferrugineux, qui se trouve à peu de distance de
Iéninialla. Deux kilomètres environ avant d’arriver à ce dernier
village, la latérite réapparaît et toute la plaine dans laquelle il
s’élève est formée de ce terrain. Aussi est-elle d’une grande
fertilité et très bien cultivée. Au point de vue botanique, nous
signalerons tout particulièrement la présence dans les marigots
de nombreux spécimens de Belancoumfo (1). Leurs rives présentent
aussi quelques télis et de beaux caïl-cédrats. En arrivant à
Iéninialla nous avons remarqué quelques beaux n’tabas et froma­
gers. Les nétés y sont également très nombreux et très beaux.
Enfin, surtout sur le petit plateau dont nous venons de parler,
nous avons pu remarquer quelques beaux échantillons de ce
végétal si précieux pour nos constructions au Soudan et que l’on
désigne sous le nom de Vène.
Le Vène (Pterocarpus erinaceus) appartient à la famille des
Légumineuses papilionacées. C’est un bel arbre dont la tige, géné­
ralement droite, atteint parfois quatre à cinq mètres de hauteur.
Son écorce blanchâtre permet aisément de le reconnaître dans la forêt
et de ne pas le confondre avec ses voisins. Son feuillage est généra­
lement maigre et d’un blanc terne. Il fleurit vers la fin de janvier.
Son bois est à grain fin, très dur, serré et très propre pour la menui­
serie fine. Il est moins attaqué que les autres bois par les termites.
On le trouve en grande quantité dans tout le Soudan et pourrait être
l’objet d’une exploitation sérieuse. A l’incision, son écorce laisse
découler une sorte de cachou à saveur excessivement astringente.
Les indigènes utilisent les propriétés astringentes de son écorce
contre les diarrhées et rebelles comme fébrifuges. Ils en font des
macérations très concentrées dont ils boivent par jour environ la
valeur de deux verres à Bordeaux matin et soir. Le vène est utilisé
dans nos ateliers pour la menuiserie et pour la construction de
nos chalands. On s’en sert également avec avantage pour fabriquer
(1) Ceratanthera Beaumetzi Heckel, rhizome purgatif et tænifuge.

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des traverses de chemin de fer et pour la construction des char­
pentes de nos postes.
Iéninialla, où nous allons passer cette dernière journée de
l’année 1891, est un village d’environ 450 habitants. Sa population
est uniquement formée de Malinkés musulmans. Il est relative­
ment propre et bien entretenu. Il est entouré d’un petit tata encore
en assez bon état et d’un solide sagné fait de grosses pièces de bois
jointives d’environ trois mètres de hauteur. Iéninialla possède de
superbes lougans et un beau troupeau d’une centaine de têtes. C’est
un des villages les plus riches que j’ai rencontrés sur ma route
pendant ce long voyage. J ’y suis reçu d’une façon remarquable, du
reste j ’y étais attendu. Hier, le chef, aussitôt après avoir reçu mon
courrier qui lui annonçait mon arrivée pour aujourd’h u i, avait
expédié deux hommes à Bady pour me souhaiter la bienvenue, et
pour me conduire dans son village, prévenance qui est peu fami­
lière aux noirs et que je tiens à signaler tout particulièrement.
Je suis très bien logé dans une belle case très propre et à
laquelle on a fait la toilette pour me recevoir. Nous ne manquons
de rien et tout ce dont j’ai besoin pour mes hommes, mes animaux
et pour moi m’est apporté avec empressement dès mon arrivée,
sans que j’aie même la peine de demander quoique ce soit. Le chef
m’offre un joli petit bœuf pour mon « déjeuner » (sic). Il est immé­
diatement sacrifié et distribué entre mes hommes et les habitants.
Bien entendu j’ai fait porter au chef un quartier de devant.
Couscouss, mil, riz, poulets, œufs nous sont offerts à profusion et
rien ne manque de tout ce que l’on peut trouver dans un village
noir.
Je passe à Iéninialla une journée excellente. Dans la soirée,
j’expédie à Gamon un courrier pour annoncer au chef de ce village
mon arrivée pour le lendemain. Le fils du chef est plein de préve­
nance pour moi et il est venu dès mon arrivée me saluer de la part
de son père qui, vieux et malade, ne peut pas marcher. Je ne man­
que pas d’aller dans la soirée le voir et le remercier de sa géné­
reuse hospitalité. Je lui fais avant de partir un petit cadeau
d’étoffes, de kolas et de verroteries pour ses femmes. Il me
remercie le plus chaleureusement du monde et nous nous séparons
enchantés l’un de l’autre.

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__ _______

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

40T janvier 4892. — Aujourd’hui, c’est le premier jour d’uue
nouvelle année. J’ai supporté bien des fatigues, bien des misères
et éprouvé bien des désillusions pendant celle qui vient de
s’écouler. J ’ai appris la mort de plusieurs de mes meilleurs amis,
tombés au champ d’honneur sur cette terre inhospitalière, ter­
rassés par ce climat meurtrier qui ne pardonne pas. Le minotaure
soudanien ne se rassasie pas. Il lui faut encore des victimes
et toujours ce sont les plus nobles et les meilleures qu’il
sacrifie. Devant ces tombes à peine fermées, découvrons-nous
avec respect. Ils sont morts en braves pour la civilisation, pour la
France, victimes du devoir et de leur dévouement. Espérons que
l’année qui commence sera plus clémente et que ceux que nous
aimons et estimons seront épargnés.
Cette nuit du 31 décembre 1891 au premier janvier 1892 a été
excessivement froide. Brise de nord, ciel clair et étoilé. Au réveil,
ciel clair, brise de nord. Rosée abondante, le soleil se lève brillant.
Température très froide.
Les porteurs sont réunis à l’heure dite et, à cinq heures, au
point du jour, nous pouvons nous mettre en route. x4.ucun incident
à noter. Nous marchons d’un bon pas pour nous réchauffer. — A
5 b. 45, nous traversons le marigot de Barsancounti. En cet endroit,
il n’a pas moins de cinquante mètres de largeur. Fort heureuse­
ment les habitants de Iéninialla ont eu l’excellente idée de cons­
truire au-dessus de son cours un pont en bois, primitif il est vrai,
mais qui est assez ingénieux. Il se compose de deux rangées de
pieux solidement enfoncés dans le lit du marigot, et distants les
uns des autres d’environ 80 centimètres. Les deux rangées sont
séparées l’une de l’autre par un intervalle d’un mètre cinquante
centimètres environ. C’est la largeur du tablier. Ces pieux sont
réunis entre eux par des traverses longitudinales solidement
attachées à l’aide de cordes de bambous. Sur ces traverses repose
le tablier qui est formé de pièces de bois jointives réunies entre
elles, à leur extrémité, par des cordes également en bambous
ou en fibres de baobab. Tout le convoi passe sur ce pont sans
aucun accident. On est obligé cependant de faire passer mon cheval
cà la nage. L’eau est absolument glacée. A six heures vingt-cinq
nous traversons le marigot de Sekoto et enfin à huit heures quinze
la rivière Balé. Le fond de ce petit cours d’eau, à peine large de-

�360

ANDRÉ RANÇON

40 mètres, est excessivement vaseux et couvert d’une épaisse couche
de détritus végétaux. Il faut se mettre à l’eau et ce n’est qu’au prix
de mille difficultés et en enfonçant dans la vase jusqu’à mi-jambes
que nous arrivons sur la rive opposée. A quelques kilomètres
de là nous rencontrons plusieurs guerriers de Gamon que le chef
envoie au devant de nous pour nous escorter et nous conduire
au village. Ils nous apportent des peaux de bouc remplies d’une
eau fraîche et limpide. Elle est la bienvenue, et, après nous être
désaltérés, nous nous remettons tous en route. Enfin, à onze heures
quarante-cinq minutes, nous arrivons à Gamon, après avoir traversé
à quelques centaines de mètres du village le petit marigot de
Diéfagadala dont les bords sont couverts de superbes rizières.
La route de Iéninialla à Gamon suit une direction générale à
peu près Est. La distance qui sépare ces deux villages est environ
de 29 kilomètres. Ce trajet présente comme difficultés sérieuses le
passage des marigots dont le fond, celui surtout de la rivière Balé,
est extrêmement vaseux. Pas de collines. Le pays est absolument
plat et couvert d’une brousse épaisse.
Au point de vue géologique, on ne rencontre pas de terrains
nouveaux. Ce sont toujours les mêmes, argiles, latérite et plateaux
ferrugineux. En quittant Iéninialla, on suit le banc de latérite qui
commence à deux kilomètres environ à l’Ouest du village. Ce banc
fait place brusquement aux argiles et aux vases qui couvrent les
rives du Barsancounti-Kô et que l’on trouve à deux kilomètres
environ avant d’arriver sur les bords de ce marigot. Nous signa­
lerons un petit banc de latérite entre le Barsancounti-Kô et le
Sekoto-KÔ et qui est cultivé. Dès que l’on a quitté la plaine maré­
cageuse qui s’étend à un kilomètre cinq cents mètres du Sekoto,
on traverse un vaste plateau ferrugineux absolument nu. Ce
plateau se termine brusquement à cinq cents mètres de la rivière
Balé pour faire place à un vaste marécage à fond argileux qu’il
faut traverser pour arriver à la rivière, Nouvelle plaine maréca­
geuse sur la rive gauche de la rivière, puis argiles pendant trois
kilomètres environ. La route traverse ensuite un petit plateau
formé de quartz ferrugineux et, à partir de là, ce ne sont plus
que des argiles. La latérite réapparaît à cinq kilomètres environ
avant d’arriver à Gamon en deux petits îlots de peu d’étendue.
Enfin, la colline sur laquelle est construit le village est elle-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

361

même formée d’argiles recouvrant un sous-sol de quartz et de
conglomérats ferrugineux.
Le fond des marigots est formé d’une couche épaisse de vase
qui repose sur des argiles grasses et très profondes. Tous ces cours
d’eau sont tributaires de la rivière Balé, laquelle est formée par
l’apport des marigots d’une grande partie du Tiali. Elle se jette
dans la Gambie. Le marigot de Diéfagadala, qui passe à Gamon, se
jette dans le marigot de Couiankô, lequel se rend au Niocolo-Koba.
Le marigot de Couiankô fait communiquer le Niéri-Kô avec le
Niocolo-Koba.
Au point de vue botanique, nous signalerons tout particulière­
ment les fourrés de bambous qui s’étendent sur les rives des mari­
gots et les lianes delbis et sabas ( Vahea) qu’on y rencontre partout
en quantités considérables. Signalons encore la présence de beaux
fromagers, baobabs et nétés. Pendant la route mes hommes me
montrèrent deux végétaux dont on utilise les racines dans la
pharmacopée indigène. C’est 1e.Nando (1) et le Fouff (2). Le nando
est préconisé surtout contre les coliques et le foufï contre la blen­
norrhagie. Cette dernière racine est caractérisée par une pénétrante
odeur qui ressemble un peu à celle du jasmin (3). Ces deux végétaux
sont encore assez communs dans le Cayor et dans les environs
de Khayes.
Dans l’intérieur même du village de Gamon existe un assez
grand nombre de papayers et de dattiers, et, dans les cours des
habitations, nous avons remarqué de nombreux pieds de piments
dont les indigènes ont un soin jaloux. Le dattier que l’on trouve
au Soudan, dans le Kaméra, le Guidimakha, le Tiali, le Niéri, le
pays de Gamon appartient à une variété de petite taille. Il prospère
à merveille et les dattes qu’il donne sont excessivement savou­
reuses. Malheureusement les indigènes ne s’adonnent que fort peu
(1) Le Nando est le Sarcocephelus esculentus Afz. trouvé sous ce nom par Corre
près de Joal et connu comme remède employé par les indigènes contre les maux de
ventre. Voir à ce sujet le mémoire de MM. E. Heckel et Schlagdenhauffen (Archives
de Médecine navale, Décembre 1885 et Janvier 1886. (Note de M. Heckel).
(2) Le Fouff serait, d’après Lecart, un nom Wolofï donné à un Polygala usité
au Sénégal et au Soudan contre la morsure des serpente (Note de M. Heckel).
(3) Cette odeur est vraisemblablement due à l’éther méthylsalicilique dont la
présence a été constatée récemment par M. Bourquelot dans plusieurs espèces du
genre Polygala (Note de M. Heckel).

�362

ANDRÉ RANÇON

à la culture cle ce précieux végétal. Je suis persuadé que, dans
certaines régions, il serait très facile de le multiplier, et de créer
de belles plantations. Ceux que nous avons vus à Gamon étaient
arrivés à complet développement et, d’après le dire des habi­
tants, donneraient chaque année une abondante récolte.
Le piment qui est le plus généralement cultivé par les indi­
gènes appartient à cette variété que l’on désigne sous le nom de
Poivre de Cayenne (Capsicum frutescens. L. Solanées). Il est rouge
vif, long de 20 à 30 millimètres, large de 7 à 9 à sa base, rétréci au
voisinage du calice, qui est cupuliforme. Son odeur est très forte,
caractéristique, et sa saveur d’une acreté insupportable. Les noirs
en sont très friands et s’en servent pour assaisonner leur couscouss
dont il relève le goût fade et écœurant. Le piment est, de plus,
regardé par eux comme un véritable spécifique contre les hémorrhoïdes. Pour l’administrer, ou bien ils se contentent de le mélanger
à doses assez fortes avec les aliments, ou bien ils le pilent quand il
est sec et absorbent dans du lait trois ou quatre grammes de la
poudre ainsi obtenue. Il faut avoir le palais des noirs pour ingur
giter ainsi une dose aussi forte de poudre de piment. Mais, admi­
nistrée dans du pain azyme, elle ne cause aucun désagrément. Nous
avons pu en faire nous-même l’expérience et le résultat que nous
avons obtenu a été concluant sous tous les rapports.
Gamon est un gros village de près de 1200 habitants. Sa popu­
lation est formée de Malinkés marabouts pour la grande partie. De
plus, il s’y trouve des habitants appartenant à toutes les races
du Soudan : nous y reviendrons plus loin lorsque nous traite­
rons de l’ethnographie de ce pays. — Nous y fûmes très bien reçus
et on nous donna à profusion tout ce dont nous avions besoin : mil
pour mon cheval, couscouss pour mes hommes, œufs et viande
fraîche pour moi. De plus, je suis très bien logé, dans une belle
case, vaste et bien aérée. Aussi n ’ai-je pas trop souffert de la cha­
leur, bien qu’elle fût absolument torride ce jour-là.
Dans l’après-midi, le chef vint me voir avec ses principaux
notables. C’est un homme jeune encore, peu loquace et très intel­
ligent. Son nom est Koulou-Takourou. Il se fit auprès de moi l’écho
des plaintes de tous les habitants du village. Depuis qu’ils se sont
placés, me dit-il, sous notre protectorat, nous n’avons rien fait
pour eux. Ils sont à chaque instant pillés par les Peulhs du Tamgué

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

et nous ne faisons rien pour les protéger contre leurs incursions.
Dernièrement encore, un parti cle rôdeurs s’est avancé jusque sous
les murs du village et ils ont enlevé deux hommes et sa propre
fdle. Il désirerait, ajouta-t-il, être autorisé à faire sa police luimême et à se défendre contre ses ennemis puisque nous ne
pouvons pas nous en occuper. Je lui p. &gt;mis de parler de tout cela
à qui de droit. C’est tout ce que je pou ais lui répondre et tout ce
que je pouvais faire.

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CHAPITRE XVIII

LeTenda et le pays de Gamon. — Frontières, Limites. — Aspect général du pays.
— Hydrologie.— Orographie.— Constitution géologique du sol. — Flore, pro­
ductions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations. —
Ethnographie. — Organisation politique. — Rapports avec les pays voisins. —
Rapports avec les autorités françaises.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

365

Bien que le Tenda et le pays de Gamon soient deux pays abso­
lument distincts, bien qu’ils n’aient entre eux aucun lien politique
ou administratif, il est d’usage de les accoler ainsi. Nous suivrons
donc cet usage pour la description physique du pays, nous réservant
de faire ensuite des chapitres particuliers pour ce qui les intéresse
aux autres points de vue.
Le Tenda, en y comprenant le pays de Gamon, forme un petit
État qui, sans être étendu et considérablement peuplé, a cependant
pour nous, au point de vue de notre influence en Gambie, une
réelle importance. Aussi en donnerons nous une description aussi
complète que possible sous tous les rapports.
Frontières, limites. — Les frontières du Tenda, à l’encontre de
celles des autres pays que nous avons visités, sont assez nettes.
Ses limites extrêmes sont à peu près comprises entre les 15° 30’
et 14° 45’ de longitude Ouest et les 12u55’ et 13° 17’ de latitude Nord.
Au Sud, il est borné par la rivière Gambie, à l’est par le NiocoloKoba, affluent de la Gambie, au Nord par une ligne fictive qui,
partant du Niocolo-Koba au point où cette rivière reçoit le marigot
de Situdiouma-Kô, se dirige au nord-ouest jusqu’aux environs de
Gamon, passe entre ce village et celui de Bokko dans le Diaka,
s’infléchit un peu vers le sud jusqu’à la mare de Tioké, et, enfin,
de ce point se dirige franchement au sud vers la Gambie, qu’elle
atteint au point où se jette le marigot de Dialakoto. Du reste,
dans tout ce parcours, elle suit le marigot qui forme la frontière
ouest du Tenda.
Le Tenda confine au sud au pays de Damentan dont le sépare la
Gambie, à l’ouest au Diaka et au Ouli, au nord au Diaka et au
pays désert qui le sépare du Tiali, enfin à l’est et au sud-est au
pays de Badon.
Aspect du pays. — L’aspect général du pays est tout difïéren-t
suivant que l’on parcourt la région sud ou la région nord. Toute la
région sud, qui avoisine les rives de la Gambie, est d’une tristesse
inimaginable. Ce n’est qu’une vaste plaine absolument stérile,
couverte par les eaux pendant l’hivernage, desséchée pendant la
bonne saison et couverte alors d’une végétation de nature absolu­
ment palustre. Par-ci par-là, quelques arbres rares et rabougris

�366

ANDRÉ RANÇON

émergent au-dessus d’une brousse épaisse dont les Carex et autres
Cypéracées forment les principaux éléments. Ces derniers végétaux
prospèrent là à merveille et y atteignent des dimensions telles
que chevaux et cavaliers y disparaissent complètement. Les sen­
tiers y sont à peine visibles, cachés au milieu des herbes qui les
recouvrent et transformés en véritables fondrières par les hippo­
potames et les éléphants qui abondent dans toute cette région.
Cette plaine s’étend jusqu’au Ouli. A mesure qu’on s’élève dans le
nord, le terrain devient plus accidenté, mais ce n ’est qu’à sept
kilomètres environ des rives du fleuve que l’on commence à aper­
cevoir les premières ondulations du sol. Dans la région nord, le
pays change absolument d’aspect, et nous y retrouvons ces plaines
et ces petites collines qui caractérisent le Soudan dans sa partie
Est. Là, le sol est éminemment fertile. Dans chaque vallée, se trouve
un petit village qui est toujours entouré de belles cultures. Nulle
part, je n ’ai vu un petit coin de terrain aussi gai et aussi bien
cultivé que cette riante vallée qui s’étend de Bady au marigot de
Barsancounti, lequel se trouve à trois kilomètres et demi environ au
nord-est de léninialla. Ce n ’est qu’une suite ininterrompue de
beaux lougans qu’arrosent de petits marigots dont les rives sont
couvertes d’une luxuriante végétation. Toute la partie de la région
nord qui confine au Diaka est également très riche. C’est là où
s’élevaient autrefois les principaux villages du Tenda. La guerre a
malheureusement presque complètement dépeuplé ce pays.
A partir de Gamon et jusqu’au Niocolo-Koba, c’est la désolation
dans toute l’acception du mot. C’est la véritable steppe soudanienne avec ses roches nues et sa végétation rachitique. Le pays y
est d’une aridité remarquable, et c’est à peine si, sur les bords des
marigots, on rencontre quelques rares bambous, quelques rares
essences botaniques qui sont l’apanage des terrains pauvres en
humus. Les bords de la Gambie y sont comme partout couverts
d’une luxuriante végétation, mais qui s’étend à peine à deux cents
mètres à l’intérieur des terres.
Hydrologie. — A ce point de vue le Tenda et le pays de Gamon
appartiennent tout entiers au bassin de la Gambie. C’est de ce
fleuve, en effet, que sont tributaires tous les marigots que l’on y
rencontre et c’est elle qui reçoit également deux petites rivières, le

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DANS LA HAUTE-GAMBIE

Niocolo-Koba et la rivière Balé, qui arrosent ses régions sud-est et
nord-est. Il n’y a que fort peu de marigots qui se jettent directe­
ment dans la Gambie et encore sont-ils de maigre importance.
Presque tous se rendent soit à la rivière Balé, soit au Niocolo-Koba
ou plutôt, ce qui serait plus exact, se réunissent pour former ces
deux rivières. Beaucoup de ces marigots communiquent entre eux
ou bien même communiquent avec le Nieri-KÔ ou avec des mari­
gots qui appartiennent au bassin de ce dernier.
La Gambie sert de limite sud au Tenda pendant environ cin­
quante-cinq kilomètres de son cours, du confluent du Niocolo-Koba
à la naissance du marigot de Bialalcoto qui sépare le Tenda du
Ouli. Cette partie de son cours n’a encore été l’objet d’aucune étude
sérieuse. Je doute même qu’elle ait jamais été parcourue par un
explorateur quelconque. On ne s’est guère jusqu’à ce jour avancé
plus loin que le barrage de Kokonko-Taloto, ou l’embouchure de
la rivière Grey. Golberry reconnut, en effet, le confluent de cette
dernière avec la Gambie, mais il n’a pas fait, de son cours entre ces
deux points une étude hydrologique qui mérite d’être signalée.
Tout ce que nous en pouvons dire, c’est en interrogeant les hom­
mes du pays et particulièrement les chasseurs d’éléphants et d’hip­
popotames que nous l’avons appris. Sa largeur moyenne serait au
moment des plus basses eaux de trois à quatre cents mètres au
maximum. Pendant la saison des pluies elle doublerait et triplerait
même en certains endroits. En toutes saisons, son courant est
excessivement rapide. Son impétuosité augmente considérable­
ment au commencement de la belle saison, alors que, rentrée dans
son lit, la Gambie reçoit les eaux des affluents et des marigots qui
l’alimentent. Mais à la fin de la saison sèche on ne trouve plus
guère de courant que là où le fleuve trouve un obstacle à son cours,
un petit barrage à franchir. — Elle coule entre deux rives à pic et
le niveau de sa masse d’eau, du jour où il est le plus élevé à celui
où il est le plus bas, varie de douze à quatorze mètres environ. Les
rives sont couvertes d’une riche végétation, mais elle ne s’étend
pas à plus de deux cents mètres au delà du fleuve. Plus loin c’est
la brousse et le marais, surtout sur la rive droite. Pendant la saison
des pluies, alors que ses eaux ont atteint leur niveau le plus élevé,
elle serait navigable pour les chalands en bois à fond plat, et,
pendant la saison sèche, les pirogues seules pourraient la remonter.

�368

ANDRÉ RANÇON

On n’y rencontre pas, à proprement parler, de barrages ; mais
son lit est en maints endroits obstrué par des quantités consi­
dérables de roches qui changent son cours en véritables rapides.
Ailleurs ce ne sont que des bancs de sables très fins ou bien encore
son fond est constitué par ces petits cailloux ferrugineux, ronds,
qui proviennent de la désagrégation des conglomérats. 11 n’y a
guère que le gué de Voumbouteguenda, où nous l’avons traversée
entre Damentan et Bady qui soit réellement praticable. Encore ne
l’est-il absolument que pendant trois mois de l’année, janvier,
février et mars. La crue du fleuve commence à se faire sentir dans
le courant du mois d’avril, et elle atteint son maximum vers le
milieu de septembre. Pendant la saison des pluies, ses eaux sont
jaunâtres et charrient une grande quantité de matières terreuses.
Pendant la saison sèche, au contraire, elles sont d’une limpidité
parfaite et ne contiennent qu’une quantité insignifiante de matières
organiques. A cette époque de l’année c’est une eau potable de
qualité supérieure et qui est propre à tous les usages domestiques.
On peut la boire sans la filtrer et sans en être le moindrement
incommodé. Mais, pendant l’hivernage, on ne peut s’en servir
qu’après l’avoir fait reposer, puis décanter et filtrer.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la Gambie ne reçoit dans
le Tenda aucun marigot qui mérite d’être mentionné. Par contre,
deux rivières assez importantes lui apportent le tribut de leurs
eaux, la rivière Balé et le Niocolo-Koba.
Le Niokolo-Xoba n’a pas, à proprement parler, de source ; il est
formé par l’apport d’un grand nombre de marigots qui drainent
les eaux d’infiltration de la partie Nord du pays de Badon ou qui
viennent du Tiali et du Niéri. C’est une jolie petite rivière où l’eau
coule en toutes saisons. Ses berges sont taillées à pic, comme celles
de tous les cours d’eau de cette région. Sa largeur, qui n’est guère
que de 30 à 40 mètres pendant la saison sèche, atteint 250 à 300
mètres pendant l’hivernage. Son lit est formé de sables et de
roches dans la plus grande partie de son cours. Les marigots
qu’elle reçoit arrosent plutôt le pays de Gamon que le Tenda
proprement dit. Ces marigots sont fort nombreux. En voici les
principaux : Si nous remontons le cours de la rivière, nous trouvons
tout d’abord, à peu de distance de son embouchure, le marigot de
Kéré-Kô, qui reçoit lui-même le marigot de Diéfagadala, qui passe à

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

369

Gamon. Un peu plus haut se trouvent le Sourouba-Kô et le Firali-Kô,
que l’on traverse en allant de Gamon à Sibikili. En amont du
confluent de ce dernier avec le Niocolo-Koba se trouve YOussékiriKô et plus haut 1’Ousséhiba-Kà, tous les deux de peu d’importance.
Enfin le Condouko-Boulo, lequel reçoit le Saramé-Kô. Tous ces
marigots reçoivent un grand nombre de marigots secondaires sans
aucune importance.
La rivière Balé se jette dans la Gambie à environ trente kilo­
mètres en aval du confluent du Niocolo-Koba. Comme cette der­
nière, elle n’a pas une source propre, elle est formée par l’apport
des eaux d’un grand nombre de marigots qui lui viennent du Niéri,
du Tenda et du Diaka. Elle reçoit, en outre, un grand nombre de
marigots assez importants qui communiquent entre eux pour la
plupart ou qui communiquent avec des marigots tributaires du
Niéri-Kô ou du Niocolo-Koba. Le cours de la rivière Balé est
excessivement sinueux, et, pendant la saison sèche, il est peu
rapide. Sa largeur est d’environ dix mètres pendant la saison
sèche et trente à quarante mètres pendant la saison des pluies.
Ses berges sont à pic et formées d’argiles grasses et très glissantes
qui les rendent difficilement accessibles. Son lit est encombré de
racines, de feuilles et de vases qui forment une couche excessive­
ment épaisse. Aussi le passage en est-il très difficile surtout pour
les animaux. Tandis que les eaux du Niocolo-Koba sont d’une
grande pureté, celles de la rivière Balé sont, au contraire, en
toutes saisons, absolument souillées. Elles contiennent une grande
quantité de matières terreuses et de détritus végétaux. Aussi pour­
rait-il être dangereux d’en faire un usage prolongé. Pour s’en
servir sans en être incommodé, il faut avoir grand soin de les
bien filtrer et encore ne sont-elles jamais, malgré cette précaution,
d’une limpidité parfaite. Cela tient évidemment à la nature des
couches de terrain qui composent son lit. De plus, ses berges sont
excessivement boisées ; outre les grands végétaux qui les couvrent,
des lianes gigantesques forment au-dessus de son cours, en s’atta­
chant aux arbres, un dôme sous lequel on est absolument à l’abri
des rayons du soleil.
Dans le Tenda, la rivière Balé reçoit deux marigots assez
importants :
1° Le Barsancounti-Kà, large, vaseux, dont le courant est penAndré Rançon. — 24.

�370
ANDRÉ RANÇON
c
dant la saison sèche à peine sensible. Il passe à environ quatre
kilomètres de Iéninialla, au nord-est, et reçoit lui-même le
Nafadala-Kô, que l’on traverse à environ huit cents mètres à
l’ouest de ce village en venant de Bady; 2° Le Sékoto-Kô, peu large
mais très profond et vaseux. Tous ces marigots renferment un
grand nombre de pieds de Belancoumfo, dont les habitants se ser­
vent journellement comme purgatif. Aux environs des villages
leurs bords, qui sont couverts généralement de vastes marais, sont
transformés en belles rizières d’un grand rapport et dont les
Malinltés ont un soin tout particulier.
Non loin du confluent de la rivière Balé avec la Gambie et à dix
kilomètres en aval environ, se trouve le confluent du marigot de
Tamou-Takou-Diala, que l’on rencontre à environ un kilomètre et
demi à l’est du village de Sansanto. Ce marigot peu important
n’est remarquable que par la quantité vraiment prodigieuse de
palmiers qui croissent sur ses bords. A cinq kilomètres environ en
aval de ce dernier nous trouvons le marigot Fayoli-Kô divisé en
deux branches qui passent non loin de Bady, l’une à l’est et
l’autre à l’ouest de ce village. Nous citerons enfin en terminant
le marigot de Dialacoto, qui sépare le Tenda du Ouli, et qui est
ainsi appelé du nom du village qui est situé non loin de son
cours et qui borne la frontière du Ouli dans cette région.
Le Tenda, comme on le voit, est assez fortement arrosé. C’est à
n’en pas douter à cette condition qu’il doit la grande productivité
de quelques-unes de ses régions. Cette fertilité serait bien plus
grande si les habitants savaient mettre à profit, en les canali­
sant et en les faisant servir à irriguer leurs champs d’une façon
méthodique, ces nombreux cours d’eau dont le sort les a dotés.
Tous les marigots et rivières dont nous venons de parler suivent
le régime des eaux de la Gambie. Seules les deux rivières Balé et
Nicolo-Koba sont navigables pendant quelques kilomètres seule­
ment à leur embouchure, pendant les hautes eaux et pour des
embarcations d’un faible tirant d’eau.
Pour les usages domestiques, dans la plupart des villages du
Tenda et à Gamon on ne se sert que d’eau de puits. Ces puits sont
peu profonds en général, car on trouve la nappe d’eau souter­
raine à six ou huit mètres au-dessous du sol. L’eau que l’on
i
en tire est blanchâtre sous une faible épaisseur, elle contient

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

en petite quantité des matières terreuses dont il est facile de la
débarrasser en la laissant reposer et en la décantant ensuite. Elle
ne contient d’ailleurs aucune matière nuisible. Ces puits, qu’il faut
nettoyer fréquemment, donnent en quantité suffisante l’eau néces­
saire aux besoins des habitants.
Orographie. — Le Tenda et le pays de Gamon sont plutôt des
pays de plaines que de montagnes. L’orographie en est des plus
simples, car les reliefs de terrain y sont peu considérables. On ne
rencontre, pour ainsi dire, pas de collines dans le Tenda, propre­
ment dit, et c’est à peine si le terrain s’élève un peu dans la région
nord-est.
Nous trouvons, au contraire, dans le pays de Gamon quelques
rares chaînes de hauteurs qui sont presque toutes parallèles à la
Gambie et dont la direction est orientée Est-Ouest. L’aspect du pays
change sensiblement, et, aux plaines fertiles du Tenda, ont succédé
des plateaux ferrugineux absolument arides. Ces hauteurs peu
élevées n’atteignent guère que vingt à vingt-cinq mètres d’éléva­
tion et sont les derniers contre-forts du massif rocheux qui limite
à l’ouest le désert de Coulicouna. Dans le Tenda les marigots et la
rivière Balé coulent en plaines; dans le pays de Gamon. au con­
traire, ils coulent, ainsi que le Niocolo-Koba, entre deux rangées de
petites collines orientées pour la plupart Nord-Est Sud-Ouest. Ces
collines sont également peu élevées et absolument arides.
On rencontre encore dans le Tenda et le pays de Gamon quel­
ques-unes de ces collines isolées si communes dans tout le Soudan
et dont nous avons eu fréquemment l’occasion de parler dans le
cours de ce travail.
Mentionnons enfin en terminant de nombreuses petites collines
argileuses isolées que Ton trouve par ci par là notamment aux
environs des villages. Elles sont, en général, recouvertes d’une
couche épaisse de latérite et très fertiles. C’est sur une colline de
cette nature que s’élève le village de Gamon. Elle peut avoir envi­
ron trois kilomètres de large sur six de long. C’est là que se trou­
vent pour la plupart les lougans des habitants. Son versant ouest
est assez rapide, mais son versant sud-est s’affaisse par une pente
douce d’environ deux kilomètres de longueur. A son point le plus
élevé, cette colline n’a pas plus de quinze mètres de hauteur. Elle
est constamment balayée par les vents de Nord et de Nord-Est, et elle

�372

ANDRÉ RANÇON

est abritée contre les vents de Sud et de Sud-ouest par la rangée de
collines qui longe la rive droite de la Gambie et dont l’élévation est
plus considérable.
Constitution géologique du sol. — La constitution géologique du
sol du Tenda diiïère peu de celles des autres pays du Soudan
Français. Ce sont toujours les mêmes éléments et les mêmes ter­
rains. Le terrain ardoisier alterne avec les terrains à quartz et à
roches ferrugineuses. La latérite y est abondante, surtout dans le
Tenda proprement dit. C’est à la période secondaire qu’il convient
assurément de rattacher la formation de ces régions.
Les bords de la Gambie sont formés de terrain purement argi­
leux en grande partie. On rencontre bien en quelques endroits des
bancs de quartz et de grès, mais ils sont assez clairsemés et de peu
d’étendue. Par ci par là se trouvent dans cette vaste plaine, qui
s’étend depuis le confluent du Niocolo-Koba jusqu’aux collines du
Ouli, quelques marécages à fond de vases reposant sur un substra­
tum d’argiles absolument compactes et imperméables. Au-dessous
de cette couche on trouve le terrain ardoisier bien caractérisé par
des schistes, parmi lesquels le schiste lamelleux domine. A partir
du point où il se termine au Nord, le terrain ardoisier alterne
avec la latérite et de vastes plateaux rocheux où abondent les grès,
les quartz et les conglomérats ferrugineux à gangues d’argiles
siliceuses. A deux kilomètres environ de Bady nous ne trouvons
plus que de la latérite. Elle forme un véritable îlot d’environ 30
kilomètres de longueur sur 20 à 25 de large, et c’est dans cet
espace restreint que s’élèvent les quelques villages du Tenda. A
partir de la rivière Balé nous n’avons plus que du terrain ardoisier
jusqu’aux environs de Gamon où la latérite reparaît de nouveau.
Quelques plateaux rocheux formés de grès et de quartz simples et
ferrugineux émergent bien en quelques endroits; mais ils sont,
en général, de peu d’étendue. De Gamon au Niocolo-Koba rien que
des roches et plateaux ferrugineux arides.
Les collines du pays de Gamon sont en majeure partie formées de
grès, de quartz et de conglomérats. Les schistes y sont assez rares.
Le granit et le gneiss y font toujours défaut. La terre végétale y est
peu abondante, car le peu qui s’y forme par suite de la désagréga­
tion des conglomérats et des roches cristallines est entraîné dans les

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

373

plaines par les pluies torrentielles de l’hivernage. — On ne trouve
guère d’humus que sur les bords des marigots du Tenda. Il se
forme là par suite de la décomposition des matières végétales qui
y abondent. Il manque absolument sur les bords des marigots du
pays de Gamon qui sont, en général, peu boisés.
Climatologie. — Le climat du Tenda et du pays de Gamon ne
diffère pas sensiblement de celui des autres contrées du Soudan.
C’est le climat des pays tropicaux par excellence.. L’hivernage y
commence un peu plus tôt que sur les bords du Sénégal, et la
saison sèche y est plus courte que dans les régions plus septen­
trionales. La température y subit les mêmes variations et l’atmos­
phère y est plus longtemps saturée d’humidité. De plus, le palu­
disme s’y fait sentir davantage et nul doute que l’Européen ne s’y
débilite rapidement s’il était forcé d’y résider longtemps. En
résumé, cette région est peu faite pour des organismes habitués à
vivre dans des climats tempérés. La partie la moins malsaine
serait peut-être le village même de Gamou, par le seul fait qu’il est
relativement à l’abri des vents humides du Sud et du Sud-Ouest.
Flore. Productions du sol. Cultures. — La flore est peu riche et
peu variée. Nous retrouvons là les mêmes essences que l’on trouve
partout au Soudan, et, en plus, quelques-uns des végétaux que
l’on ne rencontre que dans les rivières du Sud. Légumineuses,
Combrétacées, Cypéracées, Sterculiacées, Malvacées, sont les prin­
cipales familles qui y soient représentées. Sur les rives de la
Gambie, on trouve de beaux rôniers et sur les bords des marigots
quelques palmiers. Nous mentionnerons tout particulièrement le
Karité dont on trouve de nombreux échantillons dans le Tenda
surtout. La variété mana y est bien plus commune que la variété
Shée. Dans les marigots situés entre Bady et Gamon abonde le
Belancoumfo. Nous pourrions citer encore un grand nombre de
végétaux, mais ce serait répéter ce que nous avons déjà dit. Les
habitants exploitent en petite quantité le Karité, et ils ne fabriquent
guère de beurre que ce qu’il leur faut pour leur consommation.
Le Malinké du Tenda se livre particulièrement à la culture.
J’ai cru remarquer que les hommes s’y adonnaient plus volontiers
que dans les pays voisins. En tout cas, leurs lougans sont toujours
et partout très bien entretenus. On y trouve en abondance tout ce

�374

ANDRÉ RANÇON

que les Noirs sont habitués à cultiver; le mil, l’arachide, le maïs,
les haricots, le fonio, le riz y sont très abondants, et il est rare qu’il
y ait jamais de famine. Autour des villages on voit de nombreux
petits jardins où sont cultivés avec succès courges, calebasses,
tomates, tabac, oseille et ces délicieux petits oignons dont est si
friand l’Européen appelé à vivre dans ces régions désolées. Ce
n’est guère que dans le Tenda que j’ai vu cultiver sur une grande
échelle cette Aroïdée dont les turions sont connus sous le nom de
Diabérés et que les indigènes mangent avec tant de plaisir et en si
grande quantité. Les procédés de culture employés y sont les
mômes que ceux des autres pays du Soudan et l’étendue de terrain
ensemencée chaque année ne dépasse pas le cinquième de ce qui
pourrait être cultivé.
Faune. Animaux domestiques. •— La faune est peu variée. Nous
citerons parmi les animaux nuisibles : la panthère, le guépard, le
lynx, le lion, le chat-tigre, etc., etc. Parmi les animaux sauvages,
mais non nuisibles, nous mentionnerons tout particulièrement, les
antilopes, biches, gazelles, singes et surtout l’hippopotame et
l’éléphant que l’on trouve en grand nombre dans les plaines
avoisinant la Gambie. Les gens du Tenda s’adonnent fréquemment
à la chasse de ces grands animaux et elle est souvent fructueuse.
L’ivoire qu’ils récoltent ainsi est échangé à Mac-Carthy ou à
Yabouteguenda contre de la poudre, du sel, des kolas, des étoffes,
etc., etc. Il n’en vient jamais à notre comptoir de Bakel, bien qu’il
ne soit guère plus éloigné que la colonie anglaise.
Les habitants du Tenda sont des apiculteurs émérites. Tout
autour des villages, les arbres sont couverts de ruches et la quantité
de miel et de cire qui s’y récolte est relativement considérable. Le
miel est consommé sur place et la cire, mise en pains, est vendue à
Mac-Carthy. Les ruches dont se servent les Malinkés du Tenda sont
en bambous ou en chaumes de Graminées tressés. Elles ont à peu
près la forme de cet engin de pèche dont on se sert en France pour
prendre les goujons dans les eaux courantes et qui ressemble à une
bouteille. Les abeilles pénètrent dans l’intérieur par une ouverture.
La cavité est cloisonnée et c’est sur ces cloisons que les abeilles
construisent leurs rayons. La forme de ces ruches est celle d’un
cône. Pour retirer le miel, il suffit d’enlever la ruche de l’arbre et de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

375

soulever le fond qui est mobile. Tous ne savent pas procéder à cette
opération et se préserver des piqûres. Il en est dont le seul métier
est de récolter le miel, moyennant une modique redevance.
En leur qualité de Malinkés, les habitants du Teuda se livrent
relativement peu à l’élevage. Aussi leurs troupeaux sont-ils bien
moins nombreux qu’ils pourraient l’ètre. On trouve cependant dans
les villages des bœufs, des moutons et surtout beaucoup de chèvres.
Les poulets y sont aussi très communs.
Populations. — Ethnographie. — Relativement, à son étendue,
le Tenda, en y comprenant le pays de Gamon, est fort peu peuplé.
C’est à peine s’il compte de trois à quatre mille habitants répandus
dans neuf villages : Badij, Iéninialla, Dalésilamé, Niongané,
Sansanto, Bamaky, Kénioto, Talicori, Gamon. La population du
Tenda, proprement dit, ou Tenda-Touré, comme on l’appelle, est
presque uniquement composée de Malinkés.
Les premiers habitants du Tenda furent des Malinkés de la
famille des Sania qui émigrèrent du Bambouck sous la conduite de
Fodé-Sania, un des lieutenants de Noïa-Moussa-Sisoko. Ils quit­
tèrent leur chef en même temps que les Sania du Kantora dont ils
sont, du reste, parents; mais pendant la route, une partie de la
caravane, attirée et captivée par la richesse en gibier du pays et
par la fertilité du sol, se sépara des autres et se fixa dans le TendaTouré. Ce sont encore les Sania qui sont les chefs du pays. Ils ne
fondèrent que deux villages, Bady et Bamaky. Bady est encore
aujourd’hui la résidence du chef du Tenda-Touré. Le chef actuel se
nomme: Faramba-Sania. C’est un vieillard absolument impotent,
abruti par l’abus des liqueurs alcooliques.
Peu après l’installation des Sania dans le Tenda vinrent se fixer
auprès d’eux bon nombre d’autres familles malinkées qui émigrè­
rent soit du Bondou, soit du Bambouck, soit des bords de la Falémé
pour se soustraire aux attaques incessantes des almamys pillards du
Bondou. Enfin, il y a une trentaine d’années, quelques familles, à
la suite de la conquête du Ghabou et de la majeure partie du
Kantora par Alpha-Molo et son fils Moussa, le chef actuel du
Fouladougou, vinrent encore se réfugier dans le Tenda et demander
l’hospitalité aux Sanias. Malgré ces émigrations successives et
souvent nombreuses, la population du Tenda n’a jamais été plus

�376

ANDRÉ RANÇON

nombreuse qu’elle ne l’est maintenant. Gela tient à ce que ce pays
a toujours été en butte aux attaques des almamys du Bondou et
qu’ils l’ont souvent pillé et ravagé. Nous y reviendrons plus
loin.
Il n’y a plus guère maintenant dans tout le Tenda-Touré que
deux villages qui ne soient pas musulmans. C’est Bady et Bamaky,
c’est à dire les villages des Sanias, les chefs du pays par droit de
premiers occupants. Ils ont conservé les habitudes d’intempérance
de leurs ancêtres et sont grands amateurs de gin, tafia, absinthe,
dolo, en un mot de toute espèce de liqueurs alcooliques. Us ne
diffèrent en rien de leurs congénères du Kantora, du Ouli, du
Bambouck, etc., etc. Comme ceux que nous avons visités partout,
les Malinkés, proprement dits, du Tenda-Touré sont voleurs,
pillards, menteurs, ivrognes, dégoûtants, et leurs villages sont
d’une saleté repoussante. Les Musulmans sont moins abrutis
que leurs congénères; leurs villages sont plus propres et mieux
entretenus. Ils sont également moins paresseux et s’adonnent plus
volontiers au commerce et à l’agriculture. Aussi leurs lougans
sont-ils généralement bien cultivés, leurs récoltes sont meilleures
et plus abondantes. On sent qu’il règne, en un mot, dans leurs
villages, un bien-être qui est absolument inconnu chez leurs voisins.
L’islamisme a fait dans le Tenda-Touré de rapides progrès. Déjà
bien avant le prophète El Hadj Oumar, la majorité de la population
professait la foi musulmane. Cette religion qui convient si bien aux
mœurs et aux aspirations naturelles de la race noire a fini par être
adoptée par tous ceux qui vinrent se grouper autour des Sanias. II
n’y a que cette famille qui soit restée fidèle à son culte pour l’alcool,
et encore, s’ils ne sont pas musulmans de fait, ils le sont certaine­
ment de cœur. S’ils ne font pas Salam, c’est uniquement parce
qu’ils ne pourraient pas s’enivrer à leur aise. Tout dans leurs actes,
soit publics, soit domestiques, indique qu’ils se sont déjà inclinés
devant le Koran, et, au Tenda comme dans tous les autres pays
Bambaras et Malinkés, du reste, les conseillers les plus influents
des chefs, ceux dont les avis font autorité, sont toujours des
marabouts renommés par leur piété et leur austérité.
Nous avons vu que, dans Je pays de Gamon, il n’y a qu’un seul
village, Gamon, grosse agglomération de plus de douze cents
habitants. Gamon a les mêmes origines que Tamba-Counda. C’est un

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

village de captifs. Il fut fondé, il y a déjà de nombreuses années, par
un captif Malinké, évadé du Bondou et nommé Samba-Takourou.
Peu à peu son village grandit et d’autres captifs évadés vinrent se
fixer auprès de lui avec leurs familles. Il ne tarda pas à y avoir là
un centre important de population. Ils construisirent alors un fort
tata et se retranchèrent solidement derrière les murs. Bien leur en
prit. Les almamys du Bondou, comme nous le verrons plus loin,
encouragés par l’origine même du village, tinrent à honneur de
venir souvent l’attaquer. Gamon résista toujours à leurs assauts et
infligea à ces pillards de profession de sanglantes défaites bien
méritées, du reste. D’ailleurs, les habitants de Gamon ne le cédaient
à personne pour voler et piller les caravanes qui s’aventuraient dans
ces régions. Il fallut notre intervention pour faire cesser cet état de
choses qui persista jusqu’au jour où, en 1887, le colonel Gallieni
plaça le Tenda et le Gamon sous notre protectorat. Avec de telles
origines, on comprend ce que doit être la population de Gamon.
C’est un ramassis de gens de toutes nationalités et de toutes races,
mais ce sont les Malinkés qui dominent. Le chef est toujours un
Malinké de la famille des Takourou. Le chef actuel se nomme
Koulou-Takourou. Il n’y a, pour ainsi dire, pas de Toucouleurs à
Gamon, mais on y trouve des Bambaras, des Sarracolés, et surtout
des Malinkés. Les Musulmans dominent et la famille du chef appar­
tient à la religion du prophète. Du reste, chacun est libre à ce point
de vue, et lors même que l’on ne fait pas le Salam, on peut être sûr
de trouver à Gamon, près des Musulmans, aide et protection. Dans
tous les pays voisins, il est d’usage de regarder comme libre, tout
captif qui réussit à gagner Gamon. Il est certain de trouver là un
refuge et la liberté. Si son maître se hasardait à venir le réclamer,
il serait défendu par tous les guerriers du village, et l’on sait ce
qu’il en coûte de s’adresser à Gamon. Aucun chef n’a jamais pu s’en
emparer et c’est à cela qu’il doit tout son prestige.
Aujourd’hui Gamon est bien déchu de son ancienne splendeur.
Ce n’est plus la forteresse qui a tenu tête à tous les guerriers de
Bondou, et à la porte de laquelle il fallait montrer patte blanche
pour entrer. Son tata, renommé partout autrefois par son épaisseur
et sa solidité, tombe en ruines. Par les décombres, on peut aisément
juger de ce qu’il était jadis. Celui qui entoure les cases du chef est
un peu mieux entretenu, sans cependant être en bon état. Quant au

�378

ANDRÉ RANÇON

village lui-même, c’est un village Malinké dans toute l’acception du
mot. C’est tout dire.
Organisation politique. — Il n’existe, pour ainsi dire, pas d’orga­
nisation politique dans le Tenda. L’autorité y est représentée par le
chef de la famille des Sauias, qui réside à Bady, Faramba-Sania, qui
porte le titre de Massa. Cette autorité est plutôt nominative que
réellement active. C’est, du reste, chez les Malinkés, une coutume
de ne pas obéir au chef. Il est plutôt une sorte de juge que l’on
consulte dans les circonstances graves sans jamais pourtant suivre
ses conseils. Eux-mêmes, du reste, font tout ce qu’il faut pour ne
pas être obéis et pour perdre vis-à-vis de leurs sujets le peu de
prestige que la naissance aurait pu leur donner. Dans la majorité des
cas, quaDd, par hasard, il veut faire acte d’autorité, il est toujours
obligé de capituler. Il n’existe aucun impôt. Les différents villages
ne payent au Massa et à leurs chefs aucune redevance. Chaque
village est, pour ainsi dire, indépendant chez lui et règle lui-même
les affaires.
Il existe dans le Tenda et le pays de Gamon trois chefs absolu­
ment indépendants :
1° Le chef du Tenda-Touré, qui réunit autour de lui les villages
suivants : Bady, où il réside, léninialla, Dalésüamé, Niongané,
Sansanto, Bamaky et Kénioto ;
2° Gamon, qui ne relève que de son chef ;
3° Talicori. Ce village est peuplé par des Malinkés musulmans
de la famille des Sanés, venus comme les Sanias du Bambouck. Le
chef actuel se nomme Ouali-Sané. Talicori peut avoir environ six
cents habitants.
Dans ce dernier village, il n’existe pas plus d’organisation
politique que dans le Tenda-Touré proprement dit. C’est l’anar­
chie la plus complète. Tout le monde commande et personne
n’obéit.
Rapports du Tenda avec les pays voisins. — Le Tenda vit en bonne
intelligence avec les pays voisins, le Bondou, le Ouli, le Diaka, le
Niéri et le Tiali. Mais il n’en a pas toujours été ainsi et ce n’est
que depuis notre intervention dans ses affaires que la paix règne
dans le pays. Les almamys du Bondou se sont pendant de longues
années acharnés contre lui. Sous prétexte de faire la guerre aux

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

infidèles et de les convertir à l’Islam, leurs colonnes les ont souvent
attaqués, ont détruit beaucoup de leurs villages et emmeué leur
population en captivité. La religion n’était que le prétexte et le vol
et le pillage ont toujours été les motifs qui les ont toujours guidés
dans leurs campagnes contre ce malheureux pays. Depuis MakaGuiba il n’y eut pas, pour ainsi dire, d’almamy qui ne se crut pour
un motif quelconque obligé d’aller attaquer un quelconque des
villages du Tenda. Mais celui qui se distingua particulièrement
dans ces injustes guerres fut Boubakar-Saada. Quand, après la
prise de Guémou sur les Toucouleurs par le lieutenant-colonel
Faron, en 1859, Boubakar eût été délivré de ses pires ennemis, il ne
songea plus qu’à reconquérir par les armes tous les captifs que lui
avaient enlevés les guerres qu’il avait eu à soutenir contre les
lieutenants d’El Hadj Oumar. Sous prétexte que le Tenda s’était
alors joint à ses ennemis et que ses habitants retenaient de force
les émigrés du Bondou qui y étaient venus chercher refuge, et
s’opposaient à leur retour dans leur patrie, il marcha vers le mois
de mars 1860 contre Talicori et s’en empara sans coup férir. Les
Malinkés n’opposèrent aucune résistance sérieuse. Les deux frères
du chef périrent dans le combat, et Boubakar revint à Senoudébou,
sa résidence, avec un riche butin composé principalement de captifs
et d’étoffes du pays. — En 1862, sans aucun motif, il alla attaquer
le village de Guénou-Diala non loin de Bamaky. Surpris, GuénouDiala fut emporté presque sans combat. Les guerriers furent
massacrés, le village pillé et détruit et la population fut emmenée
en captivité dans le Bondou. En décembre de la même année,
nouvelle campagne contre le Tenda. Cette fois c’est Sitta-Ouma
que Boubakar vint attaquer sous prétexte que les habitants de ce
village avaient pillé une caravane du Bondou. Sitta-Ouma tomba
sous les coups de l’almamy qui y fit un riche butin en captifs et
en bœufs surtout. Ces deux villages détruits par les Toucouleurs
du Bondou n’ont pas été reconstruits. Mais en 1864, il essuya
devant Tinguéto, village situé dans les environs de Bady et aujour­
d’hui disparu, une sanglante défaite bien qu’il fût venu l’attaquer
à la tête d’une forte armée composée de Toucouleurs du Bondou et
de leurs alliés du Natiaga et du Khasso. Boubakar, dans cette affaire,
échappa par miracle aux guerriers Malinkés. En 1870, par exem­
ple, il prit une éclatante revanche et s’empara du village de Sitta-

�380

ANDRÉ RANÇON

Ouma, que les Malinkés échappés au pillage de l’ancien village de
ce nom avaient construit non loin des ruines de ce dernier. Cette
fois, le nouveau Sitta-Ouma fut détruit de fond en comble et toute
sa population fut emmenée en captivité dans le Bondou.— En 1874,
au mois de mars, les derniers habitants de ce village, attaqués de
nouveau dans leurs ruines par Ousmann-Gassy, fils de Boubakar,
se défendirent avec acharnement. Ousmann-Gassy parvint cepen­
dant à y pénétrer et à y faire quelques prisonniers ; mais il en fut
vivement chassé par les défenseurs qui s’étaient retranchés au
milieu des ruines de l’ancien tata du chef. Obligé de battre en
retraite, il fut sans cesse en butte aux attaques des Malinkés qui le
poursuivirent pendant plusieurs jours. Il perdit dans cette cam­
pagne un grand nombre de guerriers, et, parmi eux, le chef de
Dalafine (Tiali). Il réussit cependant à ramener quelques captifs à
Sénoudébou.
Un traité conclu entre Boubakar, les chefs du Tenda-Touré et
de Gamon mit fin à ces guerres continuelles. Mais la paix ne devait
pas réguer longtemps. En effet, au mois de mars 1881, Boubakar se
disposait à marcher avec ses alliés du Guoy, du Kaméra, du FoutaToro et du Khasso contre Koussalan (Niani), lorsqii’arrivé à Sambardé, sur les bords du Niéri-Kô, il y fit la rencontre de quelques
dioula's du Bondou qui vinrent se plaindre à lui qu’en revenant du
Niocolo, où ils étaient allés commercer, ils avaient été pillés par les
guerriers de Gamon, et, malgré leurs réclamations, on n ’avait jamais
voulu leur rendre leurs marchandises. Le traité passé avec les chefs
du Tenda était donc ouvertement violé. Boubakar envoya alors quel­
ques cavaliers à Gamon pour le leur faire remarquer, mais le chef du
village et ses notables leur répondirent avec arrogance, les maltrai­
tèrent même et les chassèrent du village en leur déclarant que si
Boubakar voulait avoir les marchandises qu’ils avaient pris aux
gens du Bondou, il n ’avait qu’à venir les chercher. A cette nouvelle,
Boubakar, furieux, renonça alors à son expédition contre Koussalan
et marcha contre Gamon. Il comptait bien s’en emparer dans la
première quinzaine d’avril ; mais toutes ses attaques furent repous­
sées et il dut se retirer à Bentenani pour pouvoir le harceler saus
cesse par des escarmouches répétées, avant de donner un assaut
définitif. Aussi, peu de jours après, envoya-t-il contre Gamon
trois cents guerriers environ, sous la conduite de ses fils Saada-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Amady et Ousmann-Gassy. Le 30 avril, ils arrivèrent devant Gamon,
échangèrent quelques coups de fusil avec les défenseurs et s’empa­
rèrent de quelques bœufs. Mais ils ne purent s’emparer du village
et furent obligés de rentrera Beutenani quelques jours après, sans
avoir obtenu de résultats appréciables. Gamon résistait à toutes les
attaques. Gela dura ainsi jusqu’au mois de juin suivant, époque à
laquelle les habitants de Gamon, voyant que la saison des semailles
approchait, comprirent que s’ils voulaient cultiver en paix leurs
lougans, il leur importait de traiter avec Boubakar pour échapper à
la famine qui les menaçait. Le chef vint donc trouver l’almamy à
Bentenani, s’entendit avec lui et un nouveau traité fut conclu.
Boubakar revint alors hiverner à Sénoudébou avec ses guerriers.
Mais ce nouveau traité ne devait pas mieux être observé par
Gamon que l’ancien. De nouveau, les guerriers de ce village se
livrèrent à des pillages en règle des caravanes du Bondou. Boubakar
résolut d’en finir cette fois avec eux. Il leva donc une nombreuse
armée, dans ce but, et aidé par ses alliés du Guoy, du Kaméra, du
Khasso et du pays de Badon,il vint camper, au mois de janvier 1883,
à Beutenani, d’où il expédia, comme la première fois, des émissaires
à Gamon, pour sommer les habitants d’avoir à lui rendre les
marchandises qu’ils avaient volées à ses hommes ou bien l’équivalent.
Le chef refusa de les recevoir et les fit immédiatement chasser du
village sans même leur permettre de s’y reposer un instant.
Boubakar procéda alors comme il l’avait fait à sa précédente
campagne et se mit à les harceler par des colonnes volantes jusqu’au
mois de juillet, époque à laquelle les plaines marécageuses du
Tenda étant inondées, les cavaliers ne pouvaient plus tenir la
campagne. Il ajourna donc ses projets, hiverna à Beutenani et
attendit le retour de la belle saison pour frapper un coup décisif.
Donc, au mois de février 1884, il se mit en route avec toutes ses
bandes. Il vint camper à Safalou, dans le Diaka, et de là à TendaMédina, village qui n ’existe plus aujourd’hui et qui était situé sur
la frontière du pays de Badon. De là, il envoya contre Gamon une
colonne pour le harceler avant son arrivée. Cette colonne était
commandée par son fils Ousmann-Gassy. Il put arriver avec ses
guerriers jusque sur le tata après avoir franchi les sagnés. Le
combat dura trois heures, au bout desquelles Ousmann-Gassy dut
battre en retraite après avoir perdu beaucoup des siens. Au fort de

�382

ANDRÉ RANÇON

la mêlée, un des fils de Toumané, chef du pays de Badon, nommé
Gouroundy, qui avait été élevé par Boubakar et qu’il aimait beau­
coup, fut tué aux côtés d’Ousmann-Gassy. Il commandait les
auxiliaires du Badon.
Le lendemain matin, Boubakar se mit en marche et vint cerner
le tata sans l’attaquer. Il campa autour et s’empara des puits et du
marigot qui fournissaient l’eau à la population. Au bout de quatre
jours, les habitants, dévorés par une soif ardente, se précipitèrent
sur les portes pour les enfoncer. Les guerriers du Badon ayant en­
tendu le tumulte accoururent vers le village qui les reçut par une
fusillade bien nourrie. Ils y répondirent vigoureusement et arrivè­
rent franchement jusque sur le tata. Par une brèche qu’ils y pra­
tiquèrent à coups de pioche, ils purent pénétrer jusque dans l’in­
térieur du village et y incendier quelques cases. Mais les assiégés
accoururent en grand nombre sur le lieu de l’incendie, éteignirent
le feu qui commençait à se propager, et repoussèrent les guerriers
du Badon.
Etroitement bloqués dans leur village, les habitants de Gamon
ne pouvaient se procurer assez d’eau pour étancher leur soif.
Arrêtés, comme nous venons de le voir, dans une première sortie
par les guerriers du Badon, ils en tentèrent peu après une seconde,
du côté du campement des guerriers du Bondou. Trois cents guer­
riers environ sortirent par une porte qu’ils avaient défoncée,
malgré tous les efforts des notables qui voulaient s’y opposer, et se
dirigèrent vers le marigot. Les guerriers du Bondou se portèrent
immédiatement en avant pour leur barrer le passage. Pendant
quatre heures, ils échangèrent une vive fusillade et des deux côtés
personne ne recula. Boubakar-Saada fit dans cette affaire des pertes
très sensibles. Trois des meilleurs captifs de la couronne furent tués
à ses côtés et peu après eux, un de ses confidents intimes,
El Hadj Kaba qui avait été élevé avec lui et qui avait partagé sa
mauvaise comme sa bonne fortune, tomba mortellement frappé
d’une balle au front. Il expira quelques minutes après. Toutes ces
pertes découragèrent profondément l’almamy et il décida alors de
battre en retraite, désespérant de s’emparer d’un village si bien
défendu.
A cette vue, les habitants de Gamon qui, déjà, renonçaient à
soutenir plus longtemps la lutte, poussèrent de grands cris de joie

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

383

et se mirent à la poursuite de l’armée du Bondou. La retraite se
transforma bientôt en une déroute générale et la poursuite fut des
plus vives et des plus acharnées. Elle était dirigée par un brigand
renommé dans le pays, du nom de Mahmoudou-Fatouma et qui
était venu à Gamon, avec ses hommes, prêter main-forte aux guer­
riers de ce pays, quelques jours seulement avant son investissement
par Boubakar-Saada. L’armée du Bondou fut harcelée nuit et jour
jusqu’à un kilomètre environ de Safalou (Diaka) et elle rentra à
Sénoudébou après avoir perdu environ trois cents hommes. Durant
la poursuite, les gens de Gamon firent environ deux cents prison­
niers qui furent passés aussitôt par les armes ou vendus comme
captifs dans le Niani. Boubakar rentra à Sénoudébou, très affecté
de ce désastre, et sa mort, survenue peu après, vers la fin de 1884,
délivra Gamon de son plus redoutable ennemi.
Gamon, délivré de Boubakar-Saada, faillit bien avoir dans la
personne du marabout Malimadou-Lamine-Dramé, un ennemi
encore plus acharné que ne l’avait été l’almamy du Bondou. Voici
d’où était venue cette haine du marabout contre ce grand village.
Mahmadou-Lamine-Dramé, né à Safalou (Diaka), habita dans son
enfance à Cocoumalla, petit village voisin de Safalou et qui n’existe
plus aujourd’hui. Un jour qu’il avait accompagné sa mère et son
jeune frère dans leurs lougans pour y faire la cueillette de l’indigo,
des pillards venus de Gamon, qui était alors en guerre avec le
Bondou, les surprirent dans leur travail et les emmenèrent en
captivité à Gamon. Arrivés au village, ils furent mis aux fers par les
guerriers qui les avaient pris et qui comptaient bien en tirer un
profit considérable en les vendant à quelque dioula de passage.
Quelques jours après, une caravane venant des bords de la Gambie
et se dirigeant vers le Bondou et le Guidimackha, passa par Gamon.
Les habitants chargèrent alors son chef de prévenir les gens de
Cocoumalla, que la femme d’Alpha-Ahmadou, marabout de ce
village, et ses deux enfants, étaient captifs chez eux. Le marabout,
averti, fit tout ce qu’il put pour les racheter. Mais avant qu’il eût pu
réunir la somme que lui demandaient les gens de Gamon, la mère
de Mahmadou-Lamine, la femme du marabout de Cocoumalla,
mourut en peu de jours. Mahmadou-Lamine seul et son frère revin­
rent donc à Cocoumalla. Devenu dans la maison paternelle, il y
continua ses études d’arabe,et,dans ses prières,il demandait toujours

�384

ANDRÉ RANÇON

à Allah la punition des infidèles de Gamon qui l’avaient fait
prisonnier et l’avaient mis aux fers; lorsqu’il commença à se créer
des partisans, en 1884, il demanda à Boubakar-Saada, peu avant la
mort de ce dernier, de joindre ses forces aux siennes afin de faire la
guerre aux Infidèles et surtout de détruire Gamon, pensant bien
que celui-ci, qui ne pouvait oublier l’échec qu’il y avait reçu en
1883-84, ne manquerait pas de s’allier avec lui. Boubakar lui fit
répondre qu’il ne recherchait l’alliance d’aucun marabout, qu’il ne
marcherait qu’avec les amis de la France, et que quels que soient
les desseins du marabout, il lui défendait formellement de mettre
les pieds dans le Bondou. S’il transgressait cet ordre, il l’en chasse­
rait par les armes. Boubakar mourut quinze jours après, et Gamon,
pendant la guerre du marabout Mahmadou-Lamine, n’ignorant pas
les desseins de celui-ci à son égard, marcha bravement avec nous.
Le fils de son chef en personne commanda les auxiliaires qu’ils
nous fournirent et se conduisit vaillamment pendant la campagne.
Les événements empêchèrent Mahmadou-Lamine de mettre à
exécution les menaces qu’il proférait contre lui et il mourut sans
s’ètre vengé.
Le Tenda-Touré n’a jamais de démêlés avec les villages libres,
ses voisins, Talicori et Gamon. Certes, il y a bien toujours de temps
en temps quelques histoires de captifs. Il ne peut pas en être
autrement. Essayer de modifier cela ce serait vouloir changer le
caractère, les coutumes, l’instinct des Malinkés. Ce ne sera qu’avec
le temps et beaucoup d’adresse et de patience qu’on pourra y
arriver. C’étaient tous autrefois de fameux pillards, et Gamon avait
sous ce rapport une bien triste célébrité. Aujourd’hui tout cela a
cessé, grâce à notre influencent la paix et la bonne entente régnent
dans ces régions que la guerre a si longtemps troublées. Par contre,
le Tenda et le Gamon sont souvent en butte aux rapines des Peulhs
du Fouladougou et du Foréah. Il n ’est pas jusqu’aux habitants du
Tamgué qui ne viennent jusque sous les murs des villages enlever
des bœufs et des captifs et même des hommes libres qu’ils vont
généralement vendre au Fouta-Djallon. En résumé, de pillards ils
, sont devenus les victimes de plus pillards qu’eux. C’est la peine du
talion.
Rapports du Tendu avec les autorités françaises. — Le Tenda tout

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

entier, ainsi que le pays de Gamon, sont placés sous le protectorat
de la France.
Gamon a traité avec nous après la colonne de Dianna, et c’est le
premier janvier 1887 que le colonel Galliéni signa avec Oussouby,
chef du pays, le traité de protectorat. Talicori et le Tenda-Touré ne
vinrent à nous qu’en 1888 et le traité qui nous lie à eux a été
signé à Khayes le 9 novembre 1888 par le chef d’escadron d’artil­
lerie de marine Archinard, commandant supérieur, et Ouali-Sané,
chef de Talicori, et Kolé-Mahady, chef de Bady (Tenda-Touré).
Au point de vue administratif et politique, le Tenda et le pays
de Gamon dépendaient autrefois du commandant de Bakel. Mais,
depuis les dernières instructions de Monsieur le sous-secrétaire
d’Etat, ces régions sont placées sous les ordres du gouverneur
du Sénégal et sont administrées par un fonctionnaire qui, d’après
les renseignements que j’ai eus dernièrement, réside à Nétéboulou
(Ouli).
Conclusions. — Le Tenda et le pays de Gamon, maintenant tran­
quilles et ne demandant qu’à se développer, devraient être l’objet
de plus de sollicitude de notre part qu’ils ne l’ont été depuis qu’ils
sont placés sous notre protectorat. Nous n’avons absolument rien
fait pour eux et pourtant il y a là une source assez importante de
produits à exploiter pour notre commerce. L’ivoire, la cire, les
arachides, le beurre de Karité pourraient fournir l’objet de tran­
sactions importantes.
Pour cela, il serait urgent de pacifier le pays et de le débar­
rasser des pillards qui le pressurent. Une bonne organisation
politique est indispensable, et il faudrait rendre aux chefs leur
autorité, mais les surveiller de façon à ce qu’ils n’en abusent pas.
En agissant ainsi, on pourrait peut-être tirer de ce pays quelque
chose, si on arrivait à secouer la torpeur et l’inertie de ses habi­
tants et à leur faire passer leur goût immodéré pour les captifs.
Ce sera la tâche la plus difficile.

André Rançon.

�CHAPITRE XIX

Départ de Gamon. — Difficultés au moment de se mettre en route. — Toujours les
porteurs sont en retard. — De Gamon au marigot de Firali-Kô. — Route suivie.
— Tumulus. — Respect des Noirs pour les morts. — Campement sur les bords du
marigot. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le
Fogan ou Tirba. — Le Cantacoula. — Nouvelle lune. — Pratique religieuse des
Noirs à cette occasion. — Départ du Firali-Kô. — Route suivie du Firali-Kô au
marigot de Sandikoto-Kô. — Rencontre d;un lion — Le Niocolo-Koba. — Campe­
ment sur les bords du Sandikoto-Rô. — Description de la route suivie. — Géologie.
— Botanique. — Le Hammout. — Du Sandikoto Kô à Sibikili. — Route suivie.
— Chasse au bœuf sauvage. — Récit de Mahmady au sujet d’un éléphant. —
Arrivée à Sibikili. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique.
— Le Bambou. — Une maladie particulière sur ce végétal. — Réception à Sibikili.
— Tout le village est ivre. — Description du village. — Fortifications Malinkées.
— En route pour Badon. — Route suivie. — Rencontre d’une députation que le
chef envoie au devant de moi. — Description de la route. — Géologie. — Bota­
nique.— Le Calama. — Arrivée à Badon. — Belle réception. — Le village. — Le
chef. — La population. — Je tombe sérieusement malade.

2 janvier 1892. — La température a été pendant la nuit un peu
moins froide que la nuit précédente. — Ciel clair et étoilé. Brise
de Nord. Au réveil, brise de Nord, température fraîche, ciel
clair. Le soleil se lève brillant. Hier, pendant toute la journée,
mes hommes se sont occupés de faire des provisions pour la route,
car nous allons avoir au moins deux jours à passer dans la brousse.
Le chef du village met la plus grande obligeance et la meilleure
volonté pour leur procurer tout ce dont ils auront besoin pour se
nourrir pendant ce temps-là. Il me promet également de me donner
quelques hommes pour aider mes porteurs et un bon guide. Aussi,
je le remercie chaleureusement de sa belle réception et lui fais
cadeau d’un peu de verroterie, de kolas, et de quelques mètres
d’étoffes.
A quatre heures quinze minutes, tout mon monde est debout,
bien dispos. Pour moi, je n ’ai pu fermer l’œil de la nuit. Les chiens
du village n’ont pas cessé d’aboyer. Les préparatifs du départ sont

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

387

rapidement faits, et nous n ’attendons plus pour nous mettre en
route que les hommes de Gamon qui doivent nous accompagner et
qui, d’après les promesses du chef, devaient être réunis devant ma
case à la première heure. Nous perdons plus d’une heure pour les
rassembler. Il faut aller les sortir les uns après les autres de leurs
cases, où ils semblent dormir profondément. Le chef était absolu­
ment navré de ce contre-temps, et il vint même me dire que si je
n’y allais pas moi-même, ils ne se dérangeraient pas. Voilà pourtant
comment est respectée l’autorité du chef dans les villages Malinkés.
Ne pouvant décemment pas faire sa besogne, je lui donnai Almoudo,
mon interprète, pour le seconder. Peu après, tous étaient rassemblés
devant ma porte et à six heures nous pouvions enfin nous mettre en
route. Il était temps, car je commençais à être absolument exaspéré.
A peine étions-nous sortis du village qu’ils se mettent tous à
marcher comme des enragés. Tant mieux, nous arriverons plus tôt
à l’étape.
Non loin de la route et à peu de distance de Gamon, nous
passons devant un tumulus, fait de conglomérats ferrugineux.
Chaque homme de ma caravane, en passant auprès, y jeta un petit
morceau de bois ou un fétu de paille. Intrigué, je demandai à
Almoudo la raison de cette pratique. Il me répondit que c’était là la
sépulture d’un homme, et que tout noir en passant devant, devait
y jeter un morceau de bois ou de paille, « afin d’avoir de la chance
» et pour prouver au défunt qu’on ne l’oubliait pas. » Voilà certes
une coutume qui paraîtra bizarre au premier abord. Mais en y
réfléchissant bien, elle ne paraîtra pas plus extraordinaire que celle
qui consiste à orner, à certaines époques de l’année, les tombes de
nos morts. G’est plus primitif, plus naturel et voilà tout. La pratique
des noirs vaut bien la nôtre. Au moius, dans ce simple fait de jeter
un morceau de bois sur une tombe, il n’y a aucune espèce d’ostentation, aucune satisfaction de vanité, rien de ce luxe malsain et si
déplacé que nous aimons tant à afficher dans nos cimetières. G’est
le respect dans toute sa simplicité.
En général, les tumulus que l’on rencontre ainsi le long des
routes recouvrent les restes de chefs ou de marabouts fameux.
La route se fait sans aucun incident. Après avoir traversé les
lougans du village qui, de ce côté, sont immenses et bien cultivés,
nous franchissons à 7 h. 50 le marigot de Sourouba, à 8 h. 40 celui

�388

ANDRÉ RANÇON

de Kéré-KÔ et à 9 h. 25 celui de Firali-Kô, où nous campons, car il
faudrait marcher encore trop longtemps pour trouver de l’eau. En
moins d’une heure, mes hommes et les porteurs de Gamon m’ont
construit un gourbi fort confortable à l’ombre d’un magnifique
bouquet de superbes bambous. Almoudo se multiplie pour accé­
lérer la besogne. Malgré ses travers, et il en a beaucoup, c’est un
serviteur bien précieux et qui, je crois, m’est absolument dévoué.
La route de Gamon au campement du Firali-Kô ne présente
absolument aucune difficulté. Elle traverse un pays absolument nu
et plat et les marigots que l’on y rencontre, Sourouba-Kô, Kéré-Kô
et Firali-Kô n’offrent aucune difficulté.
Au point de vue géologique, rien de bien particulier à signaler,
si ce n’est la fréquence des plateaux rocheux. En quittant Gamon,
on traverse d’abord un petit banc de latérite où se trouvent les
lougans du village. A partir de là, la latérite et les argiles compactes
ne font qu’alterner pendant environ six kilomètres. Ces dernières
sont plus étendues que la première, dont, dans cet espace, on ne
rencontre que trois ilôts de fort peu d’étenlue. Ils sont cultivés et
les lougans de mil et d’arachides occupent toute leur surface. A
partir de là, la route ne fait que traverser d’immenses plateaux
rocheux, formés de quartz et de conglomérats ferrugineux très
abondants. Entre ces plateaux, s’étendent de petits vallons, unique­
ment formés d’argiles d’une dureté remarquable, et recouvrant un
sous-sol formé de quartz et de conglomérats, dont les roches
émergent par ci par là à fleur de sol.
Les marigots que nous avons traversés viennent tous du
Niocolo-Koba et l’un d’eux, le Firali-Kô, d’après les dires des indi­
gènes, ferait communiquer le Niocolo-Koba avec la rivière Balé.
Au point de vue botanique, jamais je n’ai traversé de pays plus
désolé. La végétation y est d’une pauvreté extrême, sauf sur les
bords des marigots, où l’on trouve de véritables fourrés de bambous.
Les plateaux sont absolument dénudés. Par ci par là, et fort espacés
les uns des autres, quelques rares arbres aux formes bizarres,
étranges, dépourvus de feuilles et peu susceptibles de vous abriter
contre les rayons du soleil. Nous ne noterons seulement que
quelques lianes Saba sur les bords du Firali-Kô, quelques fromagers,
quelques dondols et enfin, sur les plateaux rocheux, de nombreux
échantillons d’une fleur désignée sous le nom de Fogan, et quelques

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

389

spécimens d’un curieux végétal que les indigènes désignent sous le
nom de Cantacoula et qui est assez commun au Soudan.
Le Fogan, comme l’appellent les Ouolofs, est désigné par les
Bambaras sous le nom de Tirba et par les Malinkés sous le nom de
Tirbo. C’est une plante terrestre à tige souterraine qui est bien
connue de tous ceux qui ont voyagé au Soudan. Vers le mois de
décembre, la tige émet un pédoncule long d’environ cinq centimè­
tres et qui se termine par un bourgeon floral. La fleur est éclose
vers le commencement de janvier. Elle est caractéristique. Ses
larges pétales jaunes ne permettent pas de la confondre avec les
autres fleurs similaires que l’on pourrait rencontrer. Elle est peu
odorante et très fugace. Les pétales tombent cinq ou six jours après
leur éclosion et sont remplacés par un fruit capsulaire qui arrive
à maturité vers le mois de mai. Quand la capsule est sèche, elle
s’ouvre d’elle-même et laisse échapper de nombreux flocons d’une
bourre blanche ressemblant à de la soie végétale. Dans cette bourre
sont noyées une quinzaine de graines noirâtres. Cette bourre brûle
presque instantanément si on y met le feu avec une allumette, en
ne laissant, pour ainsi dire, pas de résidu. Le Fogan affectionne
tout particulièrement les terrains ferrugineux, et il croît, de préfé­
rence, dans les interstices des roches. On le rencontre rarement
dans les argiles et la latérite. Les indigènes attribuent à ses graines
des vertus aphrodisiaques (1).
Le Cantacoula est un arbuste qui a de grandes ressemblances,
par son port et son fruit, avec l’oranger. Les plus beaux spécimens
ne dépassent pas deux mètres à trois mètres cinquante de hauteur et
leur tronc à sa partie moyenne n ’a pas plus de dix à quinze
centimètres de diamètre. Les feuilles qui sont d’un vert pâle rap­
pellent par leur forme celles de l’oranger. Elles sont généralement
rares et tombent dès les premières chaleurs. Ses rameaux portent
des dards acérés qui peuvent atteindre de quatre à cinq centimètres
de longueur. Il fleurit vers la fin de septembre. Ses fleurs blanches
ou jaunes sont situées à l’extrémité de petits rameaux et ne tombent
guère que quinze ou vingt jours après leur éclosion. Le fruit qui les
remplace a absolument la forme d’une orange, et sa couleur, quand
il est mûr. Ce fruit possède une coque très épaisse et très résistante
(1) C’est probablement 1’Asclepias Curassavica L.

�390

ANDRÉ RANÇON

dans laquelle sont noyées, au milieu d’une pulpe abondante, trente
ou quarante graines de forme discoïde. Cette pulpe excessivement
acide est légèrement et agréablement parfumée. Elle est précieuse
pour le voyageur pendant les grandes chaleurs, car elle est excessi­
vement rafraîchissante et désaltère celui qui en fait usage. Elle
aurait, paraît-il, des vertus astringentes, et les indigènes l’utilise­
raient contre certaines diarrhées rebelles. Le Cantacoula croît, de
préférence, dans les terrains pauvres en humus et surtout dans les
terrains à roches ferrugineuses. Il affectionne tout particulièrement
les plateaux rocheux et les versants dénudés des collines. Son fruit
arrive à maturité complète à la fin de janvier et dans le courant de
février. Il se détache difficilement, et, pour le cueillir, il faut couper
le pédoncule à l’extrémité duquel il s’insère. Les indigènes utilisent
sa coque pour en faire des tabatières et s’en servent pour fabriquer
des récipients dans lesquels ils renferment les grains de cette
espèce d’encens, que l’on désigne sous le nom de hammout et sur
lequel nous reviendrons plus loin. Dans le premier cas, ils se
contentent de percer au niveau du point d’insertion du fruit avec
son pédoncule, un trou d’environ un centimètre et demi de diamètre.
Parce trou, ils vident la pulpe et les graines que contient la coque.
Ils la laissent exposée au soleil pendant plusieurs jours et la garnis­
sent ensuite de tabac. Le trou est bouché à l’aide d’une petite
cheville en bois. Dans le second cas, ils coupent la coque, à peu
près aux deux tiers, la débarrassent de sa pulpe et de ses graines, la
font sécher au soleil et la remplissent ensuite de hammout (1).
La journée, au campement de Firali-Kô, se passa paisiblement.
Vers la fin du jour, arrivèrent deux hommes qui revenaient de
Sibikili. Ils me demandèrent à passer la nuit au campement, ce que
je leur accordai volontiers. Je leur fis donner en plus à manger, ce
qui les remplit d’aise. En revanche, ils m’annoncèrent, que j’étais à
peine à moitié chemin de Gamon au Niocolo-Koba. J ’aurais préféré
une autre nouvelle.
De Gamon au campement du Firali-Kô, la route suit, à peu près,
(1) Le Cantacoula dont je n’ai vu que les coques renfermant le hammout, est
certainement une Rutacée-Aurantiacée, qui se rapproche beaucoup des Feronia de
l’Inde. Ces derniers ont aussi une pulpe acidulé agréable dans laquelle sont noyées
les graines (E. Heckel).

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

une direction générale Est-Sud-Est et la distance qui les sépare est
environ de 16 kil. 500.
Aujourd’hui c’est jour de liesse pour les noirs. C’est le premier
jour delà lune. Ils l’attendent avec impatience et quand elle paraît,
on la salue à coups de fusil. Citons à ce propos une nouvelle
pratique religieuse qui leur est. commune à tous, aussi bien aux
musulmans qu’aux autres. Dès que le mince croissant de l’astre des
nuits paraît à l’horizon, on les voit se tourner vers lui. Avec l’index
de la main droite ils simulent par gestes la forme de la lune en
murmurant quelques paroles et en crachant. Voici l’explication
qui m’a été donnée de cette curieuse pratique religieuse. Les noirs
ne voient dans la lune qu’un être animé qui peut leur nuire aussi
bien que leur faire du bien. C’est pourquoi, quand elle apparaît, ils
l’invoquent de la façon que nous venons de décrire afin qu’elle
exauce leurs désirs. On ne doit cracher que trois fois seulement en
disant cette prière et autant que possible à intervalles égaux. Ceci
est encore pour nous une preuve que les religions primitives ne
sont à leur origine qu’un culte voué aux grands phénomènes de la
nature.
Il a fait pendant toute la journée une température assez suppor­
table, malgré un fort vent d’Est. Vers quatre heures, le soleil s’est
un peu voilé. Légère buée à l’horizon. La brise tombe et la tempé­
rature devient lourde et orageuse.
3 janvier 1892. — La nuit s'est passée sans aucun incident.
Température assez fraîche. Nuit claire et étoilée. Brise de Nord
assez forte. Au réveil, ciel clair et sans nuages. Rosée abondante
dans les vallées, nulle sur les plateaux.
Les préparatifs du départ se font rapidement. Personne ne se
fait tirer l’oreille pour se lever, et à 4 h. 15 nous pouvons nous mettre
en route. La marche est un peu hésitante au début, mais dès que le
jour commence à poindre, nous marchons d’une vive allure. A
5 h. 25, nous franchissons le marigot de Oussékiri-Kô, et à 6 h. 15,
celui de Oussékiba-Kô, sur les bords duquel nous faisons la halte.
A 6 h. 30, nous nous remettons en route, et à 2 kil. 500 du marigot
de Oussékiba-Kô, les porteurs qui sont en avant viennent me dire
qu’ils ont trouvé une superbe antilope, qui avait été égorgée par un
lion, et qu’il dévorait quand ils sont arrivés. Il s’est enfui à leur

�392

ANDRÉ RANÇON

approche et ils ont pu le voir. C’était, parait-il, un superbe animal.
Ils me demandent l’autorisation de dépouiller l’antilope et d’en
emporter la viande, ce que je leur permets, me promettant de
profiter aussi de cette bonne aubaine. Ils s’y mettent tous, et en une
demi-heure, ils ont le temps de faire l’opération et d’ingurgiter
chacun un énorme bifteck. Inutile de dire que mes lascars n’étaient
pas les derniers à la curée. Cette antilope était très belle et elle
était pleine. Avant de partir, les porteurs mangent la viande du
fœtus. Le lion avait bondi sur la croupe, où on voyait distinctement
les traces de ses puissantes griffes. Il lui avait brisé les reins, et
quand mes hommes l’ont dérangé de son repas, il avait commencé
à dévorer les filets et une partie du petit. Je prends pour moi une
cuisse et ce qui reste des filets, les reliefs du festin du lion, en un
mot. A 7 h. 30, nous nous remettons en route. Un quart d’heure
après, nous faisons lever une superbe biche et un peu plus loin un
troupeau d’une douzaine d’antilopes, qui détalent à notre approche.
A huit heures, nous franchissons le marigot de Saramé, et à 8 h. 30,
celui de Condouko-Boulo, où nous faisons halte sous de superbes
arbres, les seuls, du reste, que nous ayons trouvés pendant l’étape.
Caïl-cédrats, fromagers, nétés, n’tabas, télés, croissent d’une façon
surprenante dans le petit coin de la vallée du Condouko-Boulo.
Leurs dimensions sont énormes, leur feuillage touffu, et c’est à
regret que nous quittons ces délicieux ombrages.
A 8 h. 40, nous repartons, et, chemin faisant, nous faisons lever
deux autres troupeaux de superbes antilopes et bon nombre de
biches et de gazelles. A 9 h. 45, nous traversons enfin, à gué, le
Niocolo-Koba, cette jolie petite rivière qui sert de limite au pays de
Bondou et au pays de Gamon. A l’endroit où nous l’avons traversée,
elle coule sur un lit de petits cailloux ferrugineux. Ses berges sont
à pic et il faut descendre de cheval pour les escalader. Son eau est
claire, limpide et fraîche. Aussi ne manquâmes-nous pas de nous
y désaltérer et de nous y baigner. Nous arrivons enfin, à 10 heures,
sur les bords du Sandikoto-KÔ, où nous allons camper. Les bords
de ce marigot sont très escarpés et en gravissant le bord opposé à
celui par lequel nous sommes arrivés, mon cheval s’abat. Fort
heureusement, ni lui ni moi ne sommes blessés. J ’eusse été fort
contrarié qu’il arrivât quelque chose de fâcheux à cette jolie petite

�w ï ï &lt;:

DANS LA HAUTE-GAMBIE

bête ; car c’est un brave et bon animal qui me rend de grands
services.
Le campement du Sandikoto-Kô est un des plus mauvais que je
connaisse. Il faut camper au milieu de la brousse pour avoir un
peu d’ombre. En une demi-heure, Almoudo et les porteurs m’ont
construit un gourbi assez confortable. Il était temps, car je commen­
çais littéralement à griller au soleil. Tout autour de nous, une
brousse sèche. Je recommande bien à tout le monde de bien faire
attention au feu, et pour le combattre, je fais débroussailler un
large espace de terrain tout autour de mon gourbi et j’exige que
mes hommes aient sous la main de longues branches d’arbre munies
de leurs feuilles, pour être immédiatement prêts en cas d’alerte.
C’est la meilleure façon d’éteindre ces feux de brousse, qui se
propagent toujours avec une rapidité surprenante. Il suffit de battre
la zone incendiée, pour étouffer rapidement tout commencement de
feu et éviter parfois de graves désordres. Malgré mes recommanda­
tions, vers trois heures de l’après-midi, un incendie éclate tout à
coup, non loin de mon gourbi. Immédiatement les hommes s’arment
de leurs branches et se précipitent vers le lieu du sinistre. En
quelques minutes, le feu est éteint, mais pas assez vite cependant
pour empêcher de brûler plus de trois cents mètres carrés de
brousse. Fort heureusement, mon gourbi se trouvait au vent de
l’incendie. Sans cela, il eût été infailliblement consumé, ainsi que
mes bagages, ce qui eût été pour moi une perte énorme, difficile à
combler, là où je me trouvais. Ce qui m’aurait été le plus pénible,
c’eût été certainement la perte de mes papiers, de tous mes cahiers
où se trouvent consignées les notes que je me suis toujours efforcé
de prendre régulièrement et le plus exactement possible depuis
plus de six années que je parcours le Sénégal et le Soudan. Je n’eus
pas à déplorer ce désastre. Du reste, dès le commencement de
l’incendie, Almoudo, sans que j’eus besoin de rien dire, se précipita
dans mon gourbi et, s’emparant de ma précieuse cantine, la porta
en lieu sûr. Il ne me la rapporta que lorsqu’on se fût bien assuré
que tout danger avait disparu. On comprendra aisément, qu’après
cela, je pris les dispositions les plus rigoureuses. Je fis éteindre
tous les brasiers que les hommes avaient allumés autour de mon
gourbi, et je ne les autorisai à n’allumer leurs feux qu’à l’endroit
qui venait d’être débroussaillé par l’incendie. C’est là également

�394

ANDRÉ RANÇON

que je les fis coucher. Malgré cela, je fus loin d’être tranquille,
surtout pendant la nuit.
Du campement du Firali-KÔ au campement du Sandikoto-Kô, la
route suit une direction générale Est-Sud-Est, et la distance qui
sépare ces deux points, est environ de 24 kil. 500.
Jusqu’au Coudouko-Boulo, cette route ne présente aucune
difficulté sérieuse. Elle traverse un pays plat, présentant à peine
quelques légères ondulations du terrain. A partir de ce marigot, il
en est tout autrement. Il faut d’abord gravir, par une pente raide,
le versant Nord-Ouest d’un vaste plateau ferrugineux, semé de
roches, qui rendent la route pénible. Pendant trois kilomètres
environ, elle longe le versant Sud-Est de ce plateau. De là, on a une
vue magnifique. On voit se dérouler devant soi une immense
vallée, au milieu de laquelle coule le Niocolo-Koba. On arrive par
une pente douce sur les bords de cette rivière, et si ce n’étaient
ses bords escarpés, sa traversée n’offrirait aucune difficulté. Il en est
de même pour le Sandikoto-Kô.
Au point de vue géologique, on peut dire que, depuis le campe­
ment du Firali-Kô jusqu’à celui du Sandikoto Kô, ce n’est qu’une
succession de plateaux formés de roches et de conglomérats
ferrugineux. Ils sont peu élevés et séparés par de petites vallées
dans lesquelles coulent les marigots. Ces vallées sont formées
d’argiles, recouvrant un sous-sol ardoisier. La vallée tout entière du
Niocolo-Koba est ainsi formée, et sur ses bords, les schistes appa­
raissent à nu. — Le fond des marigots est formé de vases peu
épaisses, reposant sur un sous-sol de quartz et de conglomérats
ferrugineux. Au Niocolo-Koba, dont le courant est très rapide, la
vase fait absolument défaut. Les berges sont formées d’argiles
compactes.
Au point de vue botanique, la végétation est d’une rare pauvreté.
Rien sur les plateaux qu’une herbe mince et ténue et quelques
végétaux difformes et rachitiques. Dans les vallées, la végétation
n’est réellement belle que sur les bords des marigots, où l’on trouve
de majestueuses légumineuses, quelques caïl-cédrats et de nombreux
échantillons de lianes Saba et Delbi. Les fromagers, n ’tabas,
baobabs, etc., sont relativement rares. Sur les deux rives des
marigots, s’étend une plaine peu large (un kilomètre cinq cents
mètres au plus), où croissent des carexet des cypéracées énormes. Le

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

395

sol de ces plaines est, sur les bords des cours d’eau, absolument
défoncé par les éléphants, et les traces de leurs pas forment de
véritables fondrières, qu’il faut avoir grand soin d’éviter pendant
la marche. Dans tout ce trajet, je n’ai trouvé d’intéressant à signaler
que la plante qui donne cette résine, que les indigènes désignent
sous le nom de Hammout.
On désigne sous le nom de Hammout, au Soudan français, une
sorte de résine, dont l’odeur rappelle celle de l’encens. Elle est
donnée par une plante, dont la hauteur ne dépasse que rarement
trois mètres et qui croît, de préférence, dans les terrains pauvres.
Le diamètre de son tronc est d’environ vingt à vingt-cinq centimè­
tres au maximum et par ses caractères macroscopiques, elle nous
a semblé appartenir à la famille des Térébinthacées (1). Ce végétal
est relativement rare au Soudan, on le trouve en petit nombre un
peu partout; mais c’est surtout dans le Ferlo-Baliniama, qu’il est
le plus commun. On en trouve également en notable quantité
dans cette partie déserte qui se trouve aux environs de Koussan Almamy (Bondou), entre Kéniémalé, Couddi, Hodioliré et le
marigot de Anguidiouol, entre Koukoudak et Kounamba, dans
le Tiali.
Cette résine s’extrait, annuellement, du commencement de
décembre à la fin d’avril. C’est, paraît-il, l’époque pendant laquelle
elle est la plus abondante, et où le rendement est le plus avantageux
et la qualité meilleure. De plus, comme en cette saison les indi­
gènes ne sont pas retenus chez eux par les travaux des champs, ils
peuvent se livrer plus facilement à cette récolte, qui est pour eux la
source de quelques profits.
Pour l’extraire, les indigènes pratiquent sur le tronc de la plante,
jusqu’aux maîtresses branches, des incisions en nombre variable,
huit ou dix au plus. Ces entailles intéressent l’écorce dans toute
son épaisseur. La résine qui en découle est peu abondante et il faut
attendre six à huit jours avant d’en avoir une petite boule de la
grosseur d’une noisette. On procède alors à la récolte. A l’air libre,
la résine durcit par le froid et elle prend une consistance telle que
pour la détacher il faut se servir d’une tige de fer, spécialement
(1) Ce végétal appartient évidemment au genre Balsamodendron et doit être
voisin de l’espèce B, africanum Arnott, qui fournit le Bdellium d’Afrique (Ileckel).

�396

ANDRÉ RANÇON

fabriquée pour cela, ou bien des petites hachettes dont les indigènes
usent pour défricher leurs lougans. La liqueur qui vient sourdre à
l’incision est généralement blanche et limpide, mais en se coagu­
lant elle prend une couleur opaline légèrement teintée en jaune.
En enlevant la petite boule de hammout qui s’est ainsi formée,
les noirs ont l’habitude de détacher toujours en même temps la
partie de l’écorce du végétal à laquelle elle adhère d’ordinaire si
fortement. Revenus au village, le produit de la récolte est mis à
chauffer au soleil pendant quelques jours pour le ramollir et afin
de le débarrasser de la plus grande partie des détritus végétaux
qu’il renferme. Quand il s’est refroidi et durci, il est pilé, de
nouveau ramolli à la chaleur solaire et pétri en forme de boules
qui sont renfermées dans des coques de fruits de cantacoula, comme
nous l’avons dit plus haut.
La résine durcit alors à la fraîcheur, elle adhère fortement aux
parois du récipient qui la contient, et pour l’en retirer, il faut se
servir, de la pointe d’un solide couteau. Cette résine se présente
alors sous l’aspect d’une masse noirâtre, au milieu de laquelle se
distinguent aisément les fragments d'écorce qui n ’ont pu être
enlevés. Son odeur est légèrement térébenthinée et sa saveur très
aromatique. C’est sous cette forme que l’on trouve le hammout sur
les marchés du Soudan.
Il ne faut pas confondre le hammout avec le Tiéoué, qui est une
autre variété d’encens, que les dioulas de Fouta-Djallon, où on le
récolte surtout, apportent annuellement dans nos comptoirs et sur
les marchés de Bakel, Kayes et Médine. Cet encens est, d’après les
indigènes, de qualité absolument inférieure. Il est généralement
présenté sur les marchés sous forme de grosses boules grisâtres, à
cassure terne et citreuse, non transparentes, se ramollissant sous
la dent, et contenant une notable quantité d’écorce. Leur odeur est
moins térébenthinée que celle du hammout et la saveur est égale­
ment aromatique. Le végétal d’où il s’extrait habite surtout le
Fouta-Diallon. On le trouve également dans cette partie du Bondou
qui confine au Tenda et au pays de Badon. Les noirs ne lui attri­
buent qu’à un faible degré les propriétés bienfaisantes du hammout.
Le hammout est l’objet au Soudan d’un petit commerce qui est
assez actif sur les marchés de Kayes, Bakel et Médine. Les traitants
de ces comptoirs accaparent presque tout ce qui est apporté et

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

397

le revendent soit à Saint-Louis, aux Ouolofs, soit aux habitants du
Khasso, du Logo, du Natiaga, du Kaarta et du Guidimakha. Mais
de tous, ce sont les Ouolofs et les Khassonkés qui en sont les plus
avides. Les femmes ouoloves de Saint-Louis le font brûler sur des
charbons ardents, dans des espèces de petits fourneaux fabriqués
ad hoc. Le hammout, ainsi brûlé, produit une fumée blanchâtre,
et dont l’odeur se rapproche un peu de celle de l’encens. Les
indigènes s’en servent pour parfumer leurs cases. En outre ils lui
attribuent de puissantes vertus curatives. D’après eux, en effet, le
hammout serait, pour ainsi dire, une panacée universelle. Sa fumée
serait très saine pour la santé. Elle chasserait les miasmes nuisibles,
ferait disparaître les maux de tête, guérirait les bronchites et les
rhumes de cerveau, et développerait surtout l’intelligence, etc., etc.
Le prix du hammout varie suivant les époques et les régions.
Avant la récolte, une boule de moyenne grosseur se vend, à Rayes,
de deux à trois francs, mais quand les arrivages commencent à se
faire plus nombreux, le prix baisse rapidement. Ainsi, à Bakel, par
exemple, il n’est pas rare, à ce moment, de trouver jusqu’à soixante
boules pour une pièce de guinée, soit dix à douze francs environ.
A Saint-Louis, le hammout se vend couramment de un franc
cinquante centimes à deux francs la boule. Dans le Guidimakha,
trois boules coûtent environ deux francs cinquante centimes en
mil, et dans le Khasso, à Kouniakary, par exemple, trois boules se
vendent environ cinq francs en mil ou étoiles.
Pendant toute la journée que nous passâmes au marigot de
Sandikoto-Kô, mes hommes s’occupèrent à faire boucaner la viande
de l’antilope que nous avions trouvée égorgée par un lion pendant
l’étape du matin. Ils se livrèrent à ce travail jusqu’à une heure
assez avancée de la nuit. La viande fut d’abord coupée en lanières
de trente centimètres de long sur quatre de largeur et deux d’épais­
seur. Puis, ces lanières furent étendues sur un séchoir des plus
primitifs et qui se compose uniquement de quatre fourches plantées
en terre en forme de carré. Sur ces fourches sont placés deux
bambous sur lesquels sont fixées des traverses de même bois, au
nombre de dix ou douze. C’est sur ces traverses qu’est installée la
viande destinée à être boucanée. Ce séchoir est placé à une hauteur
telle que la flamme du feu allumé au-dessous ne puisse pas atteindre
la viande et la griller. Quand tout est ainsi disposé, on allume un

�398

ANDRÉ RANÇON

ardent brasier entre les quatre fourches qui servent de support au
séchoir. On l’alimente jusqu’à ce que la viande soit parfaitement
desséchée.
Dans les villages, où l’on n ’a pas besoin de se hâter de faire cette
besogne, les lanières sont disposées sur le toit des cases, et la
chaleur suffît pour boucaner la viande. Toutefois, on ne peut guère
procéder ainsi que pendant la saison sèche, alors que soufflent les
vents brûlants d’Est et de Nord-Est. Pendant l’hivernage, quand
les vents humides du Sud et du Sud-Ouest se font sentir, il n’est
pas possible de procéder ainsi, car la viande est pourrie avant
d’être boucanée. Chaque soir, il faut avoir grand soin de rentrer les
lanières dans les cases, pour les mettre à l’abri de l’humidité, et de
ne les exposer au soleil que lorsque toute humidité de la nuit a
complètement disparu.
La viande ainsi préparée peut se conserver indéfiniment. Il se
forme à l’extérieur une sorte de croûte épaisse, d’un demi-centi­
mètre, cornée, pour ainsi dire, qui protège le reste de la viande. Il
faut avoir soin de l’enlever quand on veut préparer le couscouss.
C’est un mets très 'précieux pour les voyageurs et qui n’est pas à
dédaigner même pour des palais européens. Pendant les différents
séjours que nous avons faits au Soudan, nous nous sommes parfois
estimé très heureux d’en avoir à notre disposition. La viande
boucanée au soleil est meilleure que celle qui l’a été au feu. Cette
dernière, en effet, sent toujours un peu la fumée, quel que soit le
soin que les noirs apportent à bien entretenir le brasier.
4 janvier J892. — La nuit a été excessivement froide. Ciel clair
et étoilé. Brise de Nord, absolument glaciale. A trois heures du
matin, je constate la température la plus basse que j’ai observée
depuis le commencement de mon voyage, sept degrés centigrades,
trois dixièmes. Au réveil, le ciel est clair. Forte brise de Nord.
Rosée abondante. Température excessivement froide. Le soleil se
lève brillant. La nuit s’est heureusement passée. Pas le moindre
incident. Je n’ai cependant pas pu fermer l’œil, tant je redoutais à
chaque instant de voir éclater un incendie. Les précautions prises
hier soir furent inutiles, tout se passa à merveille et nous n’eûmes
pas l’alerte qui m’avait tant effrayé dans l’après-midi. Nous
avons mille peines à rassembler les porteurs. Ces pauvres diables

�dans

la

S a u t e -G a m b i e

sont littéralement gelés et se chauffent autour des feux. C’est qu’ils
sont tous sommairement vêtus.
Rien de curieux à voir comme un campement de caravane noire
pendant la nuit. Les ânes, s’il y en a, sont entravés des pattes de
devant seulement et peuvent circuler librement dans tout le camp.
Les bagages sont ou bien mis au tas, ou bien, ce qui est le plus
fréquent, chaque porteur couche auprès de son colis. Les ballots de
guinées, sont, de préférence, placés sur une branche d’arbre, étayés
avec le bâton de route ou la lance du propriétaire. Ces précautions
sont prises pour les préserver de l’humidité du sol et des termites.
Quant aux hommes, leur campement est bientôt établi. Pendant les
nuits chaudes, une simple couche de feuilles fraîches leur sert de
lit. Pendant les nuits froides, au contraire, c’est de la paille sèche,
sur laquelle ils s’étendent; mais auparavant on allume de grands
feux que l’on entretient toute la nuit, et c’est autour de ces brasiers
ardents que s’installent les dormeurs, si près que l’on se demande
comment ils y peuvent résister et comment leurs vêtements ne sont
pas brûlés. Les plus prévoyants et les sybarites couchent sur des
nattes qu’ils ont eu soin d’emporter. Il en est même qui, pendant la
saison chaude, installent des moustiquaires au-dessus de leur lit,
précaution souvent utile, surtout lorsque le campement est établi
sur les bords d’un marigot.
A quatre heures quinze minutes enfin, nous pouvons nous
mettre en route et, dès le départ, mes hommes marchent d’un bon
pas, sans doute pour se réchauffer. La route du campement du
Sandikoto-KÔ à Sibikili a été relativement mouvementée. A cinq
heures dix minutes, nous traversons le marigot de Diala-KÔ, joli
petit cours d’eau, dont les bords sont relativement boisés et où nous
remarquons de'beaux échantillons de caïl-cédrats, auxquels, du
reste, il doit son nom. Caïl-cédrat se dit, en effet, « Diala », en
Malinké. A 5 h. 45, nous faisons la halte un peu plus loin. Je n’ai
pas plus tôt ordonné de s’arrêter, qu’immédiatement les porteurs
mettent bas leurs charges et vont ramasser du bois sec des deux
côtés de la route. De grands feux sont allumés et nous nous mettons
tous à nous chauffer sérieusement, et aussi à nous sécher, car la
rosée nous a absolument tous inondés. Pendant un quart d’heure,
je reste avec plaisir devant un énorme brasier et, quand je vois

�400

ANDRÉ RANÇON

que tout le monde est à peu près réchauffé, je donne l’ordre de se
remettre en route.
Il n ’y avait pas cinq minutes que nous marchions, quand notre
guide déposa tout à coup son léger bagage et s’élança dans la
brousse avec son fusil, sur le côté droit de la route. Il venait
d’apercevoir à peu de distance de l’endroit où nous nous trouvions,
un énorme bœuf sauvage, qui paissait tranquillement l’herbe
fraîche. Il s’approcha en rampant à environ trente mètres de
l’animal. Celui-ci le regardait tranquillement venir, levant de temps
en temps la tête et ne montrant aucun signe d’inquiétude, Notre
homme l’ajusta longuement et tira. De la route, nous vîmes l’énorme
bête faiblir et s’abattre. Immédiatement, tous les porteurs posèrent
leur charge, et, avec mon autorisation, s’élancèrent dans la direc­
tion de notre adroit chasseur. A leur approche, le bœuf se releva
et, au lieu de les charger, comme c’est l’habitude de ces sortes
d’animaux, il essaya de s’enfuir. Nous le vîmes se redresser péni­
blement et, traînant la patte droite de derrière, gagner en boitant,
un petit bouquet de bois, situé à peu de distance. Toute ma
caravane en débandade l’y suivit et l’y cerna. Immédiatement
commença une fusillade désordonnée et je me demande encore
comment il se fit qu’aucun d’eux ne fut touché par la balle de son
voisin. Pas un projectile ne toucha la bête tant que dura ce désordre.
Il fallut que notre guide, chasseur de son métier, rechargeât son
fusil et, par un coup bien ajusté, jetât l’animal à bas. Se précipitant
alors sur lui, il lui coupa les deux jarrets avec son sabre et notre
bœuf, expirant, fut alors tout simplement égorgé, comme un
vulgaire bœuf domestique.
C’était un mâle énorme. C’est cet animal que les uns désignent
sous le nom de « vache brune » et que les autres appellent : « Lotir ».
Sa peau est d’un noir grisâtre et bien plus épaisse que celle du
bœuf domestique. Les poils y sont relativement rares et excessive­
ment rudes. Sur le dos existe une sorte de crinière assez bien
fournie, s’étendant de la tête à la queue et dont les poils ont environ
douze à quinze centimètres de longueur. La peau est de plus
excessivement luisante. La queue est courte, se terminant par une
touffe de poils assez épaisse. Les jambes très fortes sont relative­
ment bien plus courtes que celles du bœuf domestique. La tête est
énorme et la mâchoire inférieure déborde un peu en avant la

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

401

mâchoire supérieure, ce qui donne à l’animal la physionomie féroce
du bouledogue. Mais c’est au front que siège ce que la bête présente
au point de vue anatomique de plus curieux. Les cornes sont
noires, brillantes, courtes, larges et fortes, à légère convexité
externe. Le frontal dont elles font partie absolument intégrante,
est excessivement large et épais. Tandis que chez le bœuf ordinaire,
il est recouvert de peau et de poils, chez le bœuf sauvage, il est
complètement à nu et très noir. Il est d’un noir terne, tandis que
les cornes sont d’un noir très brillant. Les Malinkés appellent cet
animal « Segui ». Sa chair est délicieuse et les indigènes en sont
excessivement friands. Il ne se nourrit, pour ainsi dire, que d’herbes
tendres et de jeunes pousses d’arbres.
Comme il est très sauvage, sa chasse présente les plus grands
dangers; car, lorsqu’il est atteint, il charge immédiatement le chas­
seur. Il faut, pour l’avoir, le blesser grièvement du premier coup.
Aussi les noirs le tirent-ils presque toujours, soit dans les pattes,
soit au défaut des épaules. Il court très vite et peut rattraper aisé­
ment un cheval lancé à fond de train.
La balle de notre chasseur lui avait fracassé l’articulation de la
cuisse droite. Il avait été déjà blessé et portait au flanc droit la
cicatrice d’une balle antérieurement reçue.
Dès que l’animal fut mort, tout le monde s’approcha pour le
toucher, le palper. Je fis comme les autres et avec grande curiosité,
car c’était le premier que je pouvais voir d’aussi près. Notre
chasseur lui coupa aussitôt le bout de la queue sur une longueur
d’environ 15 centimètres. C’est là, nous l’avons déjà dit, un trophée
auquel, chez tous les peuples du Soudan, les chasseurs tiennent
énormément. Ils le pendent généralement à leurs ceintures. Il
était absolument impossible de dépecer le bœuf sur place,car cela
nous aurait trop retardé, et il d o u s eût été difficile d’emporter avec
nos bagages l’énorme quantité de viande que l’animal ne manque­
rait pas de donner. Il fut donc décidé que, pour le moment, on
abandonnerait là la bête, et que, dès notre arrivée à Sibikili, on
enverrait des hommes du village pour le dépecer et en rapporter
les morceaux. Mais une caravane de dioulas quelconque pouvait
passer par là et s’approprier le produit de notre chasse. Aussi, pour
qu’on ue vint pas les voler, mes hommes mirent-ils sur le corps du
bœuf un peu de paille sèche, un caillou sur le cou, puis prononcèrent
André Rançon. — 26.

�402

ANDRÉ RANÇON

à voix basse des paroles dont je ne pus connaître le sens, marmot­
tèrent des invocations, firent enfin mille pratiques les plus étranges
les unes que les autres. Quand j’en demandai l’explication à notre
chasseur, il me répondit gravement que maintenant il pouvait
passer auprès de sa chasse n’importe qui, il ne la verrait pas et
que seuls pourraient la retrouver ceux auxquels il le dirait et
auxquels il aurait appris les paroles mystérieuses qu’il fallait
prononcer pour cela. Malgré cela, je voyais manifestement qu’il
n’était pas tranquille. Aussi je lui dis que tout ce qu’il venait de
faire pouvait être très bon, mais que ce qui serait le meilleur et le
plus sûr, ce serait de commettre à la garde de la bête un des
hommes de Gamon qui nous accompagnaient et qui ne portait
rien. Il reviendrait avec les hommes de Sibikili. Chose qui fut faite.
Dans beaucoup de pays, au Soudan, on est absolument persuadé,
surtout chez les Malinkés, que l’on peut rendre ainsi invisibles des
objets et même des êtres vivants, rien qu’en faisant certaines pra­
tiques plus ou moins bizarres. Je me souviens même avoir vu à
Goumbeil, dans le Niéri, un chasseur qui avait la prétention de se
rendre invisible pour toute espèce de gibier. Au moment où il se
préparait à partir pour la chasse, je le vis mettre dans une cale­
basse à moitié remplie d’eau, des feuilles d’un végétal dont je ne
pus savoir le nom. Il les y remua longuement et à plusieurs reprises.
Puis, se mettant absolument nu, il fit sur tout son corps deux ou
trois ablutions générales avec cette eau et se frotta partout avec les
feuilles humides. Je lui demandais alors s’il était malade et dans
quel but il agissait ainsi. Il me répondit sans hésiter qu’il n’était
point malade et qu’il faisait cela uniquement pour que le
gibier qu’il allait chasser ne le vît pas. Rendu ainsi invisible, il
pourrait s’approcher d’aussi près qu’il le voudrait, et tuer à coup sûr
tel animal qu’il aurait choisi. Je lui demandai encore si cette plante
le rendrait aussi invisible pour les hommes. «Non, me répondit-il,
« avec cela, le gibier seul ne me verra pas ; mais je connais une autre
» plante qu’on ne trouve qu’au Fouta-Diallon et qui, si on porte au
» cou un morceau de sa racine, a la propriété de rendre invisible
» celui qui la possède pour tous ses ennemis, et cela quand il le
» désire ». 11 avait vu, disait-il enfin, un Foutanké (homme du
Fouta) qui, pendant la guerre du marabout Mahmadou-LamineDramé, à Touba-Couta, avait disparu trois fois devant ses yeux au

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

moment où il l’ajustait pour le tuer. Je ne crus pas devoir pousser
plus loin mon interrogatoire, du moment qu’il avait vu, je n’avais
plus rien à apprendre.
La contrée que nous traversons, est, paraît-il, excessivement
giboyeuse. On y trouve, en grande quantité, antilopes, biches,
gazelles, hippopotames, bœufs sauvages, éléphants, fauves de
toutes sortes, etc., etc. A ce propos, je rapporterai ici un fait qui
s’est passé hier au marigot de Sandikoto-Kô. A peine étions-nous
arrivés au campement que nous entendîmes un coup de fusil assez
éloigné de nous. Peu après, un homme qui fait route avec nous,
vint me raconter qu’il avait tiré sur un éléphant énorme. Mahmady,
un de mes hommes qui était avec lui, ajouta qu’il l’avait vu et
qu’il était si gros qu’il l’avait pris pour un rocher (Kouko) [sic).
En effet, à en juger par les traces et les passages que l’on voit
partout, on peut en conclure que la région est excessivement riche
en gibier. Ce ne sont que passages d’éléphants et d’hippopotames et
les bords des marigots sont couverts d’excréments de toutes sortes
d’animaux; à cette époque de l’année surtout, le gibier y abonde
parce qu’il vient brouter les jeunes herbes qui poussent après les
incendies.
Vers six heures trente minutes, nous nous remîmes en route et
sans autre incident nous arrivâmes à Sibikili, à 11 h. 45, après
avoir successivement traversé les marigots de Dalesilamé, de
Séré-Kô, de Sitadioumou-Kô et sa branche secondaire, le KoumonniBoulo-Kô qui est situé à 800 mètres environ de Sibikili. Ses bords
sont couverts de superbes rizières, et nous l’avons traversé sur un
petit pont en bois, des plus primitifs, qui a enViron cinq mètres de
Joug sur un mètre cinquante centimètres de large.
La route du campement du Sandikoto-Kô à Sibikili ne présente
aucune réelle difficulté que le passage du marigot de Séré-Kô dout
les bords sont escarpés et à pic. Mentionnons aussi à ce point de
vue, les nombreux bambous morts, qui obstruent la route, ainsi
que les roches ferrugineuses que l’on y rencontre à chaque instant
et qu’il faut avoir soin d’éviter.
Au point de vue géologique, ce n’est absolument qu'une succes­
sion de plateaux bornés de grès, de quartz de toc onglomérats
ferrugineux, et de collines de même nature. Au niveau des mari­
gots, elles sont entrecoupées par de petites vallées formées d’argiles

�404

ANDRÉ RANÇON

et excessivement marécageuses. Ce n’est qu’à partir du Séré-Kô
que se montrent quelques ilôts de latérite. Nous en trouvons aussi,
mais peu étendus et très clairsemés, jusqu’aux environs de Sibikili.
La petite colline sur laquelle est construit ce village est unique­
ment formée de terrain de cette nature, de même aussi que la plaine
qui l’entoure. Le terrain ardoisier, proprement dit, est rare et les
schistes qui le caractérisent ne se montrent nulle part à nu. Il
forme cependant, à n ’en pas douter, le sous-sol des argiles com­
pactes dont nous avons reconnu l’existence dans quelques légères
dépressions de terrain.
La flore est de plus en plus pauvre. C’est un pays absolument
dénué de toute espèce de végétation, on traverse parfois une éten­
due de plusieurs kilomètres sans rencontrer autre chose que des
végétaux absolument rabougris. Ce n’est qu’après avoir passé le
Séré-Kô et encore pendant trois kilomètres au plus que la végéta­
tion est un peu plus riche. Dans tout le trajet, nous n’avons guère
remarqué que quelques caïls-cédrats sur les bords du Diala-Kô,
quelques fromagers, et dans la vallée du Séré-Kô quelque rares
échantillons de karités (variété Shee). Ce pays était autrefois couvert
de bambous, mais ils sont aujourd’hui presque tous morts et ce
végétal tend chaque jour à y disparaître.
Le Bambou (Bambusa arundinacea L. ), est une Graminée fort
commune au Soudan. On le rencontre un peu partout, mais surtout
dans le Bambouck, le Bafing, le Koukodougou, le Gamon, le Tenda,
le Damentan, le Badon, le Niocolo, etc., etc. Il croît dans presque
tous les terrains, mais c’est surtout sur les bords des marigots et
dans certaines plaines à fond d’argiles, inondées pendant la saison
des pluies, qu’il est le plus commun et qu’il acquiert ses plus
grandes dimensions. Toutefois sa tige n’atteint pas au Soudan,
dans les terrains qui lui sont les plus propices, un diamètre de plus
de six à huit centimètres et sa hauteur quatre ou cinq mètres. Sur
les plateaux rocheux, il ne dépasse pas deux mètres d’élévation et
trois centimètres au plus de diamètre. Il est là toujours très peu
vigoureux.
Ce végétal, si abondant autrefois dans le Gamon, le Badon et le
Dentilia, y est devenu depuis trois ou quatre années plus rare et
finira par y disparaître complètement. Il est atteint, depuis ce
temps, d’une maladie que les indigènes désignent sous le nom de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

405

Diambarala. Je n’ai pas besoin de dire qu’elle est attribuée à des
pratiques de sorcellerie et que les génies malfaisants (les MammaDiombo) sont accusés de les en avoir frappés. Cette maladie, cepen­
dant, est causée par un cryptogame parasite qui croît à l’aisselle
des jeunes rameaux et qui en un an, deux au plus, finit par
tuer le végétal. La tige se flétrit, les feuilles tombent, le
bambou sèche sur pied et il suffit d’un vent léger pour en abattre
des bouquets entiers. Les tiges ainsi couchées ne peuvent plus
servir à rien, car elles ont perdu toute leur souplesse et sont deve­
nues excessivement cassantes. C’est là seulement que nous avons
trouvé cette maladie. Nous ne l’avons constatée nulle part ailleurs.
Les indigènes du Gamon, Badon et Dentilia sont très affectés de voir
ainsi disparaître cette graminée qui leur est si précieuse. Dans tout
le Soudan, en effet, on s’en sert pour construire les charpentes des
toits des cases. On l’utilise pour fabriquer des nattes, des corbeilles,
des cordes, des ruches pour les abeilles et pour construire les
clôtures des petits jardinets que l’on trouve aux environs des
villages. Les bambous pleins sont préférés pour les constructions
et les bambous creux pour les autres usages. Les Bambaras de la
boucle du Niger utilisent aussi les jeunes tiges de bambous pleins
pour fabriquer leurs flèches, et la corde de leurs arcs est presque
toujours faite avec ce végétal.
Le feuillage du bambou constitue un excellent fourrage dont les
animaux, les chevaux surtout, sont excessivement friands. Le
meilleur et le plus tendre, est naturellement fourni par les rameaux
les plus jeunes. Ce fourrage doit probablement ses qualités nutri­
tives à la quantité relativement considérable de sucre que contien­
nent les jeunes pousses et les jeunes feuilles de cette plante.
Cependant, d’après certains indigènes auxquels je l’ai entendu dire,
il pourrait à la longue devenir nuisible et il faut bien se garder d’en
faire la nourriture absolument exclusive des bestiaux.
Nous venions à peine de traverser le Sitadioumou-Kô, quand
nous rencontrâmes, sous un magnifique caïl-cédrat, une députation
d’une dizaine de guerriers de Sibikili, conduits par le fils du chef
et que ce dernier envoyait au devant de moi pour m’escorter et me
conduire au village. Ils avaient eu le bon esprit de nous apporter
plusieurs peaux de bouc pleines d’une eau limpide et fraîche avec
laquelle nous fûmes heureux de nous désaltérer à long traits; car

�406

ANDRÉ RANÇON

si la nuit avait été froide, par contre, la chaleur du jour était
devenue, vers dix heures du matin, absolument intolérable. A
Sibikili, ce jour-là, je constatai, dans ma case, 41 degrés centigrades.
Il faut dire aussi qu’il faisait un vent d’est brûlant. Aussi quand
nous arrivâmes à l’étape, étions-nous tous exténués. Deux porteurs
même, restés en arrière, ne nous rejoignirent que fort avant dans
la soirée.
Notre guide fit aussitôt part aux hommes qui étaient venus au
devant de nous de ce qui nous était arrivé le matin et de la belle
chasse qu’il avait faite. 11 leur dit exactement où ils pourront trou­
ver l’animal. Immédiatement, les hommes de Sibiliki me deman­
dent à ne pas m’accompagner au village et aller de suite chercher
cette viande, qui est pour eux une si bonne aubaine. Je leur accorde
aussitôt l’autorisation de me quitter et tous, à l’exception du fils du
chef, se mettent en route pour le Diala-Kô, non loin duquel les
attend l’homme que nous y avons commis à la garde de la bête.
Je fus bien reçu à Sibiliki et nous n’y manquâmes de rien. Dès
notre arrivée, un joli petit bœuf fut immolé à notre intention et
toute la journée on fit bombance. Il me fut impossible d’avoir avec
le chef et les notables une conversation sérieuse, car tous étaient
absolument ivres, et en mon honneur s’étaient livrés à d’abon­
dantes libations de dolo. Ce sont, du reste, des ivrognes fieffés et
qui, sous ce rapport, jouissent d’une glorieuse réputation bien
méritée.Le chef est un vieillard âgé d’environ 75 ans et ne jouissant,
dans son village, d’aucune autorité. De plus, il est aveugle.
Sibikili est un village d’environ 500 habitants. Sa population est
uniquement formée de Malinkés. Il dépend de Badon dont il recon­
naît l’autorité. Il est assez propre et assez bien entreteuu pour un
village Malinké. Il est entouré d’un tata flanqué de tours pour la
défense et en assez bon état. De plus, les cases du chef sont
entourées d’un second tata concentrique au premier et qui est assez
sérieux. Il est presque neuf. Sa hauteur est environ de quatre
mètres. Sa largeur à la base est à peu près d’un mètre cinquante et
au sommet elle est de plus d’un mètre. Chaque case forme pour
ainsi dire un petit ouvrage de défense. Les gourbis sont réunis
entre eux par des murs en terre de vingt centimètres d’épaisseur
environ, et on ne peut arriver dans la cour intérieure de l’habita­
tion qu’en traversant une sorte de corps de garde que les Malinkés

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

407

désignent sous le nom de Boulon ; c’est une case en terre plus élevée
généralement que les autres, ronde, couverte en paille ; quelquesunes sont à argamasses, surtout dans les pays Bambaras. Elles
sont munies de deux portes, dont l’une donne accès dans la rue et
l’autre dans l’intérieur de l’habitation.
Sibikili est, comme la plupart des villages Noirs, situé sur une
petite colline que dominent d’autres collines plus élevées. Cette
situation, très bonne pour prévenir les attaques des colonnes noires,
car on les voit arriver de loin, est détestable pour pouvoir résister
à une troupe opérant à l’européenne.
La journée se passe à Sibikili sans aucun incident. Du reste,
tout le monde est exténué et aucun de nos hommes n’est capable
de sortir du campement. Toute la population du village, les
hommes principalement, est ivre et endormie sous l’arbre à
palabres. Je ne suis pas, au moins, importuné par leurs visites, et
je puis travailler en paix. J’envoie dans la soirée un homme à
Badon pour y annoncer mon arrivée pour le lendemain.
Du campement du Sandikoto-Kô à Sibikili, la route suit à peu
près une direction générale Est-Sud-Est, et la distance est environ
de 31 kilomètres.
5 janvier. — La nuit a été un peu moins froide que la précédente.
Brise de Nord-Est. Température agréable. Ciel clair et étoilé. Au
réveil, ciel clair et sans nuages. Le soleil se lève brillant. Peu de
rosée. Brise de Nord-Est. Température chaude.
J’ai eu hier soir un petit accès de fièvre qui a duré jusqu’à
ouze heures environ. Ce matin, je me sens assez bien. Malgré cela,
je prens une dose de sulfate de quinine. J ’ai la langue saburrale et
la bouche mauvaise.
Les préparatifs du départ se font assez rapidement et à 5 h. 15
nous pouvons nous mettre en route sans encombre. En sortant du
village, nous traversons d’abord une série de petits jardinets oùles
femmes de Sibikili cultivent avec grand soin du tabac et des
oignons. Pas de lougans. Jusqu’à Badon, rien de bien particulier à
signaler; à 6 h. 30, nous traversons le marigot de Fabili; à 7 h. 55,
celui de Bamboulo-Kô, et à 8 h. 25 nous faisons notre entrée à Badon,
but de l’étape. Il fait déjà très chaud, et, malgré le peu de longueur
de l’étape, je me sens exténué.
A mi-chemin, entre Sibikili et Badon, nous rencontrons une

�408

ANDRÉ RANÇON

députation d’une quinzaine de guerriers que le chef m’envoie, sous
la conduite de son fils, pour nous escorter et nous conduire au
village. Nous faisons la halte là où nous les trouvons, et après
avoir échangé les salutations d’usage, nous nous remettons en route.
L’arrivée à Badon par la route de Sibikili ne manque pas de
pittoresque. On arrive sur un plateau de latérite qui domine le
village. De là, on voit toute la vallée au centre de laquelle est
construit Badon et au fond à l’horizon, les collines qui longent la
rive droite de la Gambie. Ce plateau est bien cultivé, et c’est là que
se trouvent la plus grande partie des lougans du village. Au moment
où nous l’avons traversé, nous avons chassé devant nous un superbe
troupeau d’une trentaine de tètes de bétail qui y paissait paisible­
ment. La route qui mène des lougans au village suit le versant Sud
du plateau. Elle a environ deux mètres de largeur et est bien
débroussaillée. Elle est bordée par une jolie haie d’oseille qui, à
cette époque de l’année, commençait à être sèche.
La route de Sibikili à Badon n’offre d’autre difficulté que le
passage des deux marigots, le Fabili et le Bamboulo-Kô, dont les
bords sont à pic et le fond extrêmement vaseux, surtout celui du
premier. La plupart du temps, la route traverse un vaste plateau
formé de roches ferrugineuses. Ce n’est qu’en approchant de Badon,
que l’on rencontre deux petites collines que l’on franchit par des
pentes excessivement douces.
Au point de vue géologique, nous n’avons rien de particulier à
signaler, si ce n’est l’extrême abondance des roches et des conglo­
mérats ferrugineux, tout le long de la route. Argiles compactes aux
environs des marigots. La latérite n’apparait qu’à deux kilomètres
environ de Badon.
Au point de vue botanique, végétation excessivement pauvre. A
signaler seulement quelques fromagers, tamariniers, caïl-cédrats
et un végétal nouveau, le Calama, sur lequel nous reviendrons plus
loin. D’après les renseignements que nous avons pu nous procurer,
tout le Badon renfermerait beaucoup de karités, nous n’en avons
pas rencontré le long de la route. Beaucoup de bambous également,
mais presque tous sont atteints parla maladie.
Le Calama, que les Ouolofs appellent Rehatt, est un beau végétal
de haute taille. C’est une Combrétacée, le Combretum glutinosum Perr.
Il croît, de préférence, dans les terrains pauvres en humus, sur les

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

409

terrains rocheux et sur le versant des collines. On le trouve partout
au Soudan, mais c’est surtout dans le Bambouck, le Birgo, le
Gangaran, le Manding el le Bélédougou qu’il est le plus commun,
Les Malinkés l’emploient surtout en teinture. Ce végétal est appelé
Calama par les Bambaras, Rehatt par les Ouolofs, Kéré par les
Malinkés et Kodioli par les Sarracolés. Les cendres de son bois
servent à fixer les couleurs de l’indigo ; les Bambaras et les
Malinkés surtout, retirent de ses feuilles une couleur qui leur sert
à teindre en jaune sale et en rouge couleur de rouille, leurs boubous
et leurs pagnes.
Cette couleur est, pour ainsi dire, la couleur nationale des
Malinkés. Us l’affectionnent tout particulièrement. Voici comment
ils procèdent. Ils récoltent les feuilles sur l’arbre quand elles sont
encore très vertes, les font sécher puis les écrasent entre leurs
mains. Ceci fait, on verse dessus environ deux fois autant d’eau
qu’il y a de feuilles et on laisse infuser à froid pendant au moins
vingt-quatre heures. On plonge alors l’étoffe à teindre dans cette
infusion et on la laisse tremper pendant douze heures. On la retire
alors et on fait sécher. La teinte plus ou moins foncée donnée à
l’étoffe, tient non pas au temps plus ou moins long qu’elle reste
dans la liqueur, mais au degré plus ou moins grand de concentration
de celle-ci. Cette couleur est aussi contenue dans les racines, mais
je ne me souviens pas avoir entendu dire qu’elles soient utilisées
par les indigènes.
Cette teinture est très adhérente. On la fixe à l’aide des cendres
du végétal lui-même. Elle résiste même à la pluie, au lavage à l’eau
chaude et au savon. Chez les Bambaras et les Malinkés, les femmes
de forgerons acquièrent une véritable habileté pour la préparer. La
façon de cette teinture se paye environ cinq moules de mil (huit
kilos à peu près) par pagne ou par boubou.
Badon est un gros village Malinké d’environ 750 habitants. Sa
population est formée à peu près par moitié de Malinkés musul­
mans et de Malinkés proprement dits. Il est situé au fond d’une
jolie petite vallée et, il faut bien l’avouer, pour un village Malinké,
il n’est pas trop sale et est assez bien entretenu. Son tata est réparé
à neuf et flanqué de tours pour la défense. Le tata intérieur qui
entoure les cases du chef a environ quatre mètres de hauteur, un
mètre d’épaisseur à la base et quarante centimètres au sommet. Il

�410

ANDRÉ RANÇON

est en parfait état de même, du reste, que les petits murs qui
unissent entre elles les cases d’une même habitation. Badon est
construit à la mode Malinkée comme Sibikili.
Le chef actuel, Toumané-Keita, est un homme d’environ 55 ans,
littéralement abruti par l’abus journalier qu’il fait des liqueurs
fermentées. C’est le Massa (roi) de tout le pays de Badon.
Peu avant d’arriver au village, mes hommes s’arrêtèrent sous
un beau tamarinier, qui, à en juger par la façon dont l’herbe était
foulée, devait servir d’abri aux caravanes. Ils commençaient à
déposer leurs charges et à s’asseoir pour se reposer quand je leur
intimai l’ordre d’avoir à continuer la route jusqu’au village. Depuis
longtemps, j’avais remarqué qu’avant d’entrer dans les villages, ils
manifestaient toujours le désir de s’asseoir ainsi quelques minutes
avant de franchir les portes du tata. Je profitai de cette circonstance
pour demander ce que signifiait cette façon d’agir. J ’appris alors
qu’il était d’usage chez les noirs, avant de se présenter dans un
village, de s’arrêter ainsi à quelques centaines de mètres, pour se
délasser un peu, faire sa toilette et attendre qu’on vienne vous cher­
cher, et qu’on vous autorise à enfin camper dans l’enceinte. Nous
n’avions pas besoin de nous conformer à cette coutume puisque le
chef nous avait envoyé chercher à mi-chemin.
Nous fûmes très bien reçus à Badon et nous n ’y manquâmes de
rien. Pour moi, deux heures après mon arrivée, je fus pris d’un
nouvel accès de fièvre plus violent que celui de la veille. Il ne cessa
que vers quatre heures de l’après-midi. A ajouter à cela un violent
rhume de cerveau et une forte bronchite. Je me sentis si faible
dans la soirée que je décidai de séjourner à Badon et d’y passer la
journée entière du lendemain. Je devais y rester plus longtemps,
car je tombai sérieusement malade et fus pendant plusieurs jours
incapable de poursuivre ma route.
Je mis à profit cependant mon inaction forcée à Badon pour
rassembler le plus de renseignements possible sur le pays. Je les
transcris dans le chapitre suivant.
De Sibikili à Badon, la direction générale de la route est Est-SudEst, et la distance qui sépare ces deux villages est de 14 kilomètres.

�lU’So'

�CHAPITRE XX

Le pays de Badon. — Limites, frontières. — Aspect général du pays. — Hydrologie.
— Orographie. — Constitution géologique du sol. — Faune, animaux domes­
tiques. — Flore, productions du sol, cultures. — Populations, ethnographie. —
Situation et organisation politiques. — Rapports du pays de Badon avec les
pays voisins. — Rapport du pays de Badon avec les autorités françaises. — Le
Badon au point de vue commercial. — Conclusions. — Traités passés par le
pays de Badon avec la France.

On désigne sous le nom de pays de Badon cette partie du
Soudan français qui est comprise entre la Gambie, le Niocolo-Koba
et le Dentilia. C’est un pays de peu d’étendue et, pour ainsi dire,
désert, mais qui, par sa situation dans le voisinage du Niocolo,
pourrait, à un moment donné, avoir une réelle importance.
Limites. — Frontières. — De même que les autres pays noirs, le
pays de Badon n ’a pas de limites bien définies. Cependant on peut
à peu près lui assigner les limites suivantes : Il est compris entre
les 14°25' et 15°15' de longitude Ouest et les 13°14' et 12°47' de
latitude Nord. Sa plus grande dimension est Est-Ouest et mesure
environ 120 kilomètres. Sa plus grande largeur est Nord-Sud et
mesure environ 55 kilomètres. Sa superficie est environ de
6.000 kilomètres carrés.
Il est limité au Sud par la Gambie, à l’Ouest, au Nord et au
Nord-Est par le Niocolo-Koba qui lui forment des frontières natu­
relles. Au Sud-Est et à l’Est, sa frontière est représentée par une
ligne fictive qui, partant de la Gambie, à la naissance du KoussiniKô, se dirige au Sud-Est jusqu’au marigot de Koumountouro-Kô.
De là, elle remonte au Nord jusqu’au Sacodofi-KÔ, où elle oblique
vers l’Ouest pour se diriger vers le Niocolo-Koba.
Il confine à l’Ouest au pays de Gamon, dont le sépare le Niocolo-

�—

—

bANS LA HAUTE-GAMBIE

Koba, au Sud, au Niocolo dont le sépare la Gambie et la partie
Sud-Est de la ligne fictive dont nous venons de parler. A l’Est, il
touche au Dentilia et au désert de Coulicouna. Enfin, au Nord-Est,
il est voisin du Bélédougou, et au Nord, il est séparé du Tiali par un
vaste territoire inculte et inhabité. Comme on le voit, le Badon est
un grand rectangle fort allongé dont les grands côtés orientés
Est-Ouest sont formés au Sud par la Gambie et au Nord par le
Niocolo-Koba. Les petits côtés orientés Nord-Sud sont formés à
l’Ouest par le Niocolo-Koba et à l’Est par la ligne fictive qui le
sépare du Dentilia.
Aspect général du pays. — Le Badon est une contrée absolument
aride, dont l’aspect général est plutôt celui d’un pays de montagne
que celui d’un pays plat. Du Niocolo-Koba à Badon, la capitale, on
ne voit que des collines absolument dénudées que séparent de
profondes vallées où coulent les marigots tributaires du NiocoloKoba. Dans les vallées, la végétation est plus riche surtout sur les
bords des marigots et l’aspect du pays est plus riant. On y rencontre
quelques beaux végétaux ; mais, en général, le pays est absolument
désolé et on peut y faire des kilomètres et des kilomètres sur des
plateaux rocheux, arides et où rien ne pousse qu’une herbe fine et
rare et quelques végétaux rachitiques et rabougris.
Ce n’est qu’aux environs de Sibikili que le pays change un peu
d’aspect. La végétation plus riche indique que l’on s’est rapproché
de la Gambie. Malgré cela, elle est loin d’être aussi belle qu’elle
ne l’est ordinairement sur les rives de ce fleuve. C’est que là ses
berges sont rocheuses, arides, et que l’humus fait absolument
défaut. De Sibikili à Badon, nous retrouvons les collines et les
plaines que nous avons mentionnées plus haut. Deux marigots
seulement où coule une eau claire et limpide traversent le sentier
et, rompant la monotonie de la route, présentent sur leurs rives
quelques essences botaniques.
De Badon au Dentilia, c’est la désolation dans toute l’acception
du mot. Jamais pays plus triste, jamais désert plus complet. De ce
que nous venons de dire, nous pouvons conclure que le Badon est
un pays absolument aride. La terre végétale ne se montre absolu­
ment qu’aux environs des villages, et encore la partie qui peut être
cultivée est-elle de très petite étendue. On verra dans la suite de ce

�414

ANDRÉ RANÇON

travail que les conditions géologiques du sol peuvent seules être
mises en cause pour expliquer cette épouvantable stérilité.
Hydrologie. — A ce point de vue, le pays de Badon est complète­
ment compris dans le bassin de la Gambie, et en partie dans celui
du Niocolo-Iioba, tributaire de ce grand fleuve. Les marigots y sont
fort nombreux et beaucoup d’entre eux ne tarissent jamais. L’eau y
coule en plus ou moins grande quantité en toutes saisons.
La Gambie du marigot de Koussini au Niocolo-Koba coule dans
le pays de Badon environ pendant 80 kilomètres. L’hydrographie
de ce fleuve pendant ce long parcours est à peine connue, il
n’a été fait à ce sujet aucun travail, et, tout ce que l’on en sait,
ce n ’est que par renseignements qu’on a pu l’apprendre. Le cours
en est excessivement rapide, et, en maints endroits, ce fleuve est
barré par des rapides qui en rendent la navigation impossible poul­
ies chalands même les plus légers ; mais en toutes les saisons
les pirogues y peuvent circuler. 11 n ’y a pas, à proprement parler,
de barrages véritables. En maints endroits, cependant, se trouvent
des amoncellements de roches qui laissent entre elles des passages
praticables pour les pirogues, mais où le courant est d’une vio­
lence et d’une rapidité extrêmes.
Le régime des eaux du fleuve est le même que dans les autres
parties de son cours. Les eaux, très-basses pendant la saison
sèche, sont excessivement profondes pendant la saison des pluies.
Aussi les berges sont-elles rongées et, en général, absolument à
pic. Le fleuve coule dans la plus grande partie de ce trajet entre
deux rangées de hautes collines qui le longent à peu de distance.
Ce n ’est qu’après avoir quitté le Niocolo qu’il coule dans une
plaine basse et marécageuse qui fait partie du pays de Damentan,
Les berges sont, en général, formées de terrains argileux ou de
roches, et le fond est ou de roches, de sables siliceux, d’argiles,
ou encore formé de petits cailloux roulés de quartz et de grès
ferrugineux, produits de la désagrégation des roches et conglo­
mérats que l’on rencontre dans les terrains au milieu desquels
li coule.
Dans le Badon, la Gambie ne peut être traversée à gué qu’à
Tomborocoto, à environ dix kilomètres de Badon dans le Sud-SudEst. Ce gué n ’est guère praticable que de janvier à mai, et encore

�Da n s l a h a u î e - g a m b ie

415

ne peut-on y parvenir qu'avec beaucoup de précautions. Son lit
est encombré de roches excessivement glissantes qui rendent
l’opération délicate et pénible surtout pour les animaux. Aussi le
courant y est-il excessivement violent. Les hommes sont obligés
de se munir de solides bambous pour guider leurs pas et pour
pouvoir résister au courant qui ne manquerait pas de les entraî­
ner. En cet endroit et aux basses eaux, les berges de la Gambie
ne sont pas trop escarpées, mais la vase qui les couvre lsorend
très-glissantes. Son cours y est coupé dans chaque tiers environ,
par un ilôt tonné de sables et de roches qui y ont été roulées par
les eaux. Elle forme donc, pour ainsi dire, deux bras: un grand, le
principal, du côté de Badon, qui peut avoir environ deux cent
cinquante mètres ; un petit du côté de Niocolo, dont la largeur ne
dépasse pas cent mètres. La largeur de l’ilot est de vingt-cinq
mètres à peu près. Ce qui nous donne, pour le gué entier, une lar­
geur totale de 375 mètres au plus. Au mois de janvier, il n ’y a pas
plus de quarante à cinquante centimètres d’eau aux endroits les
plus profonds, et à la fin d’avril le gué est à sec dans presque
toute sa largeur, sauf sur la rive de Badon, où persiste un chenal
d’environ dix mètres de large sur cinquante de profondeur. De
même dans le petit bras, l’eau y coule encore pendant toute la
saison sèche, mais en très-petite quantité. C’est à peine s’il y en a
alors en cet endroit une profondeur de plus de quinze à vingt
centimètres.
Dans ce parcours de plus de quatre-vingts kilomètres, pendant
lesquels la Gambie coule dans le pays de Badon, elle ne reçoit, sur
sa rive droite, qu’un fort petit nombre de marigots, et encore sontils de très minime importance. Nous citerons particulièrement : le
Koussini-Kô qui lui sert de limite ou plutôt de point extrême, de la
ligne fictive qui sépare le Badon du Niocolo au Sud-Est.
Le Fatafi-Kô qui, formé par les eaux du désert de-Coulicouna,
traverse le Badon du Nord au Sud et se jette dans la Gambie non
loin de Tomborocoto.
Le Koroci-Koto qui naît également aussi dans le désert de Coulicouna et dont le cours se dirige du Nord-Est au Sud-Ouest.
Le Bamboulo-Kô. — Ce marigot est formé par trois branches qui
drainent et apportent à la Gambie les eaux du Nord et du Nord-Est
du pays de Badon. C’est entre ses deux branches principales qu’est

�416

ANDRE RANÇON

construite la ville de Badon ; sa troisième branche, la plus occiden­
tale, est de peu d’importance. Chacune de ces branches reçoit un
grand nombre de petits marigots qui les font communiquer entre
elles et qui sont à sec pendant la belle saison. Ils n’ont pas de
noms particuliers.
Du Bamboulo-Kô au Niocolo-Koba nous ne trouvons plus aucun
marigot, se rendant directement à la Gambie, qui mérite d’être
mentionné.
Le Niocolo-Koba prend naissance dans le désert de Coulicouna
où dans la partie première de son cours, il s’étale en un vaste
marais qui pourrait à la rigueur être considéré comme son origine
primitive. Il se dirige d’abord du Sud-Est au Nord-Ouest pendant
environ soixante-dix kilomètres, puis faisant un grand coude, son
cours s’infléchit et il coule alors du Nord-Est au Sud-Ouest pendant
environ soixante kilomètres. Il se jette dans la Gambie à quatrevingts kilomètres, à peu près, en aval du Koussino-Kô. Il forme la
limite entre le Badon et le Gamon.
Le Niocolo-Koba reçoit, dans le pays de Badon, un grand nombre
de marigots dont nous allons citer les principaux. Nous trouvons
en procédant d’amont en aval les cours d’eau suivants : le Sitadioumou-Kô qui reçoit lui-même deux marigots importants sur sa rive
droite, le Fabilo-Kô, qui passe non loin de Sibikili, au Sud-Ouest,
peu large, cinq mètres au plus, et où coule en toute saison une eau
limpide et claire, et le Koumouniboulou-Kô, que l’on traverse en
venant de Gamon à Sibikili. Ce dernier est pendant la saison sèche
plutôt un véritable marécage qu’un marigot proprement dit ; mais,
pendant la saison des pluies, l’eau y coule en abondance ; il déborde
sur une notable étendue de terrains, et c’est dans cette partie
inondée que les habitants de Sibikili font leurs rizières : elles sont
vastes et très productives. Ce sont, du reste, les seules qu’ils pos­
sèdent.
A quinze kilomètres environ en aval du Sitadiouinou-Kô, on
trouve le Séré-Kô ou Kéré-Rô, marigot important, large, à berges
encaissées et qui reçoit lui-même le Dalésilamé-Kô, qui lui apporte
les eaux qu’il collecte dans l’angle formé par la Gambie et le
Niocolo-Koba. Le Dalésilamé-Kô forme avec le Séré-Kô un angle de
trente degrés au plus.
Nous trouvons plus loin le Diala-Kô, joli petit marigot fort

�Dans la haute - gamb Iê

ombragé et ainsi nommé parce que ses bords sont couverts de
magnifiques caïl-oédrats. Sa vallée est sans contredit la moins
aride de cette région.
Enfin, à peu de distance du Diala-Kô et au Nord-Ouest, se trouve
le Sandikoto-Kô, marigot peu large, mais profondément encaissé
dans des rives à pic. Son passage offre de sérieuses difficultés,
surtout pour les animaux.
Le Badon est, comme on le voit, fort bien arrosé. Dans la plupart
des marigots que nous venons de citer, l’eau coule en toute saison,
et, d’après les renseignements que nous avons pu nous procurer, il
en est qui ne tariraient jamais, même dans les années les plus
sèches. Cela tient, croyons-nous, à ce qu’ils communiquent entre
eux presque tous par des branches secondaires et même avec la
Gambie et le Niocolo-Koba dont ils suivent les variations. Leurs
bords à pic et le manque de vases que l’on peut constater aisément
pour la majorité d’entre eux, suffisent pour prouver qu’ils sont
doués, du moins pendant la saison des pluies, d’un courant rapide.
Comment se fait-il alors qu’arrosé comme il l’est, le Badon soit
si stérile. 11 faut l’attribuer, je crois, à deux causes principales. La
première, c’est que le terrain dont il est formé est excessivement
perméable en certains endroits. Les eaux d’inondation y séjournent
fort peu et n ’ont pas le temps d’y déposer assez de limon pour le
fertiliser. Dans d’autres endroits, au contraire, la croûte terrestre,
formée d’argiles, est imperméable ; les eaux y séjournent bien
longtemps, mais quand, sous l’action de la chaleur solaire, elles se
sont évaporées, le terrain qu’elles découvrent se dessèche rapide­
ment. On ne trouve plus qu’une argile durcie absolument impropre
à la culture. Du reste, ce que nous disons plus loin de la constitution
géologique de cette région, suffira amplement pour expliquer
d’une façon plus précise le peu de fertilité de son sol.
Orographie. — Au point de vue orographique, le Badon pourrait
être rattaché au système général du Niocolo, dont il n ’est, pour
ainsi dire, que le prolongement. Il est difficile, malgré tout, d’y
trouver un système méthodique, bien défini, et qui lui soit absolu­
ment propre. Le terrain y est cependant très accidenté. Ce n’est, du
Niocolo-Koba à la Gambie, qu’une suite de collines séparées par
de profondes vallées. La hauteur de ces collines ne dépasse guère
50 à 60 mètres, et elles sont disposées avec un certain ordre qui
André Rançon. — 27.

�418

ANDRÉ RANÇON

nous permet de donner une idée à peu près exacte du relief du ter­
rain. Nous avons d’abord la chaîne de hauteurs qui, sur sa rive
droite, longe la Gambie dans presque tout le cours de ce ileuve. De
cette chaîne, partent des collines qui suivent les deux rives des
marigots tributaires de la Gambie et qui vont mourir dans l’angle
formé par cette dernière et le Niocolo-Koba. Ces collines peu éle­
vées laissent entre elles de profondes vallées au fond desquelles
coulent les marigots.
Nous pourrions répéter pour le Niocolo-Koba ce que nous
venons de dire pour la Gambie. Dans tout son cours, cette rivière
est longée également par deux séries de collines qui viennent se
terminer dans le désert de Coulicouna et qui, à l’Est, se raccordent
à la chaîne montagneuse qui sépare cette contrée des plaines du
Badon-Est et du Dentilia-Ouest. De petites élévations de terrain
peu importantes s’en détachent et suivent les rives des marigots
tributaires du Niocolo-Koba.
Toutes ces coll ines sont formées de roches absolument abruptes.
La terre végétale y fait absolument défaut et la végétation y est
excessivement rare.
Outre ces chaînes de collines dont nous venons de parler, on
rencontre fréquemment dans le Badon de ces monticules isolés dont
nous avons déjà eu maintes fois l’occasion de parier. Là ils sont
formés par des amoncellements de roches que recouvre une
mince couche de terre ou de sables formés par la désagrégation
des roches sous l’influence des pluies d’hivernage. La colline sur
laquelle est construit le village de Sibikili appartient aux éléva­
tions de terrain de cet ordre.
Les collines du Badon ont des flancs absolument à pic, sur­
tout dans la partie comprise entre Sibikili et la Gambie par
Badon. Aussi la terre et l’humus y font-ils absolument défaut. Ils
sont entraînés par des pluies d’hivernage. Les versants sont pro­
fondément ravinés, et, de loin, on peut juger de la profondeur
de ces excavations. En résumé, il n ’y a pas, comme on le voit,
dans le Badon, de système orographique dans le sens absolu du
mot. On n ’y trouve que des collines disposées d’après un certain
ordre commun dans toute cette région. Malgré cela, et étant don­
née surtout la nature du terrain ainsi que l’orientation des reliefs

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

du sol, ou peut rattacher l’orographie de ce pays à celle du Niocolo avec laquelle elle présente de grandes analogies.
Constitution géologique du sol. — Au point de vue géologique on
peut dire, surtout en ce qui concerne son ossature, que ce pays
de Badon appartient tout entier à la période secondaire. L’ana­
logie des roches que l’on y trouve permet de supposer qu’il
fait partie du même soulèvement que ce dernier. Les terrains
d’alluvions y sont moins fréquents. Par contre, on y rencontre
uniquement les roches qui caractérisent les terrains de cette
période. Issu des soulèvements de la période secondaire, le Badon
a dû être ensuite recouvert par les eaux,lorsque la croûte terrestre
a été assez refroidie pour que les vapeurs contenues dans son
atmosphère puissent se condenser. Il ne saurait y avoir aucun
doute à ce su jettes roches usées, limées, aux formes bizarres et
déchiquetées qu’on y trouve, en sont une preuve suffisante. Cette
période a dû être très longue, à en juger par les traces qu’elle a
laissées et qui sont encore évidentes, malgré les milliers d’années
écoulées. C’est sans doute à l’époque à laquelle ces eaux se sont
retirées qu’il faut rattacher la formation de ces collines isolées,
rocheuses, qui, dans cette mer immense, devaient former autant de
récifs en ilôts, dont l’étendue augmentait au fur et à mesure que le
niveau des eaux qui les couvraient jadis baissait, tout en y appor­
tant, chaque année, de nouveaux éléments.
Si on considère le sous-sol dont est formé le Badon, on y trouve
deux sortes de terrains : le terrain ardoisier, caractérisé par des
schistes de toutes variétés, schistes lamelleux, schistes ardoisiers
et schistes micacés. C’est particulièrement le terrain des vallées.
En second lieu nous avons un terrain que nous désignerons sous
le nom de terrain secondaire et dont les roches principales sont les
quartz, les grès, simples ou ferrugineux et les conglomérats de
même nature formés de ces deux roches agglutinées dans une gan­
gue silico-argileuse. Les collines en sont presque uniquement for­
mées. Les terrains les plus anciens de la période primaire font abso­
lument défaut. Nous n’avons jamais rencontré, en effet, ses roches
caractéristiques, gneiss et granit, et ses roches métamorphiques. De
même les terrains tertiaires ne s’y montrent nulle part. Malgré
toutes nos recherches, nous n ’en avons, en effet, jamais trouvé

�420

ANCUÉ HANÇON

la moindre trace sous quelque forme que ce soit. Il y existe bien une
roche qui contient une faible proportion de carbonate de chaux,
mais elle n ’existe nulle part en bancs importants. On la trouve à
fleur de terre sous forme de petits blocs de la grosseur du poing au
maximum. Sa couleur est blanc jaunâtre et sa composition permet
de la rattacher à cette catégorie de roches formées par des débris de
coralliens, débris que les eaux en se retirant ont dû déposer là et
qui, dans la suite, ont été agglutinés par des argiles siliceuses. Cet
élément géologique se rencontre en maints endroits au Soudan,
notamment dans les environs de Badumbé. On en retire par la
cuisson une chaux de qualité inférieure qui, à défaut d’autre, a été
utilisée pour nos constructions. Elle est loin de valoir la chaux
provenant des coquilles d’huîtres qui sont si abondantes sur les
bords de certaines parties du cours du Niger.
Si maintenant nous considérons, au contraire, la croûte terrestre,
nous constaterons trois sortes d’éléments géologiques : dans les
vallées, des argiles compactes épaisses, formées par la désagréga­
tion aquatique des roches qui composent le terrain ardoisier, et
contenant en certains endroits une notable quantité de silice;
par ci, par là sur les bords des marigots, des vases et des dépôts de
formation alluvionnaire récente, mais peu étendus et peu épais. La
latérite enfin y est peu abondante. On ne la trouve guère qu’aux
environs de Badon et de Sibikili. Elle est due à la désagrégation
des roches cristallines qui forment le sous-sol du terrain secon­
daire. Enfin, sur les plateaux, la roche se montre à nu, et on n’y
rencontre aucune trace de terre végétale. Le peu qui s’y forme, par
suite de la désagrégation des roches et du terreau qui provient des
détritus végétaux, est entraîné par les eaux.
La couche d’eau souterraine se trouve à une profondeur relati­
vement faible. Dans les villages, on ne se sert, pour ainsi dire,
pour les usages domestiques, que de l’eau de puits. Elle est très
bonne. Cela se comprend aisément, si on réfléchit que ce n’est
qu’une eau d’infiltration et qu elle traverse une épaisseur considé­
rable de terrains ne contenant aucuns principes nuisibles. Pendant
la saison des pluies, l’eau est très abondante dans ces puits. Elle
contient alors en suspension une grande quantité de matières
terreuses dont il est facile de la débarrasser en la laissant
reposer. Il suffit ensuite de décanter et de filtrer. Pendant la saison

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

sèche, au contraire, elle est peu abondante, mais très limpide. Sous
une faible épaisseur, elle a une couleur légèrement opaline. Les
puits se vident rapidement, et il faut attendre, pour y puiser à
nouveau, une heure ou deux, que le liquide ait filtré en quantité
suffisante.
Faune. — Animaux domestiques. — La faune est excessivement
riche dans le Badon. On y trouve presque tous les animaux
nuisibles et autres, connus au Soudan. Nous citerons particulière­
ment le lynx, la panthère, le guépard, le chat-tigre, l’hyène, le
chacal et le lion, qui est fort commun dans les montagnes. La pan­
thère, le chat-tigre et le guépard y sont, après le lion, les carnas­
siers les plus communs. Les collines qui avoisinent les villages
en sont absolument infestés, et il n’est pas de nuit où, si on n ’y
veille pas, il ne disparaisse quelque mouton du troupeau ou quel­
que poule du poulailler.L’hyène et le chacal viennent rôder, pendant
les ténèbres, jusque dans les cases, si on n’a pas soin de fermer les
portes du ta ta. Aussi leurs cris qui se mêlent aux aboiements des
chiens font-ils un vacarme qui m’a souvent empêché de dormir.
La Gambie et l’embouchure de la plupart des marigots sont
habités par des milliers de caïmans, qui y atteignent des propor­
tions énormes. Les reptiles, Boa, serpent noir, serpent Corail
particulièrement y sont assez communs, on ne cite cependant que
de rares accidents. On y rencontre aussi cette variété de serpent
que l’on désigne sous le nom de trigonocéphale, et dont la mor­
sure est loin d’être aussi dangereuse que celle du congénère
de la Martinique, par exemple. J ’ai pu m’en assurer moi-même.
Pendant mon séjour à Badon, un homme du village fut mordu par
un de ces repoussants animaux qu’il parvint, du reste, à tuer et
dont il rapporta la dépouille. Il avait éprouvé, dit-il, une violente
douleur après la morsure. Je constatai, trois heures après, un gon­
flement prononcé de la jambe blessée, avec une anesthésie com­
plète et un peu de parésie de tout le membre, en même temps,
légère prostration. Cet état dura pendant quatre ou cinq jours, au
bout desquels ces symptômes s’amendèrent, et, lorsque je partis, le
malade était complètement rétabli. Les Malinkés sont très friands
de la chair de ce serpent. Ils lui coupent préalablement la tête et
le reste est bouilli et mangé avec du couscouss.

�422

ANDRÉ RANÇON

Parmi les animaux .sauvages non nuisibles, nous citerons sur­
tout les Antilopes. Jamais et clans aucun pays du Soudan nous
n ’en avions rencontré autant de variétés et en aussi grand
nombre. C’est par troupeaux de dix, quinze, que nous les faisions
lever sur la route. Le sanglier est aussi très commun, surtout
dans la partie qui avoisine le désert de Coulicouna. Pendant le
séjour que je fis à Badon, les fils de mon hôte (diatigué) en tuèrent
trois en moins de quinze jours.
Nous citerons encore le bœuf sauvage (Ségui en Bambara et
en Malinké) il est très commun et, de l’avis des Noirs, le Badon
est le pays où on le trouve en plus grand nombre. A ma connais­
sance, les habitants en tuèrent deux et je pus m’assurer que sa
viande était absolument succulente.
La Gambie, le cours inférieur du Niocolo-Koba et des grands
marigots sont peuplés d’hippopotames. Citons enfin l’éléphant qui
habite surtout les vallées. Les Malinkés du Badon organisent
parfois de grandes chasses, et, quand ils sont assez heureux pour
en tuer un, ils en mangent la viande et en vendent les défenses
à des dioulas de passage, ou bien ils vont jusqu’à Yabouteguenda
les échanger contre du sel, de la poudre, des kolas et des étoffes.
On comprendra que, dans un pays aussi giboyeux, les habi­
tants se livrent ardemment à la chasse. Comme les gens du
Tenda et du pays de Gamon ils en font leur passe temps favori.
Il n ’est pas de jour qu’il n ’y en ait quelques-uns qui prennent
la brousse dans ce but. Ils restent parfois des semaines entières
dehors, et ne rentrent jamais les mains vides. On peut dire que
dans le Badon, la seule viande que mangent les Malinkés pro
vient des produits de leur chasse.
Les animaux domestiques y sont relativement nombreux. Badon
possédé un beau troupeau de bœufs, des chèvres, des moutons,
poulets en quantité. Malgré cela, la viande de boucherie y est
presque complètement inconnue. U faut une circonstance grave,
présence d’un chef ou fête quelconque pour que l’on abatte un
bamf. Par contre, on y consomme relativement beaucoup de
chèvres, moutons et poulets, et à l’époque des circoncisions on en
fait de véritables hécatombes pour nourrir les enfants qui ont été
opérés.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Flore. — Productions du sol. — Cultures. — La Flore du pays de
Badon est une des plus pauvres que nous ayons vue au Soudan.
Nulle part le sol ne nous a présenté une aridité semblable. Les
collines, les plateaux sont absolument dénués de toute espèce de
végétation. Il n’y a que sur les bords des marigots et dans les val­
lées qu’elle se montre un peu plus riche. Là, nous trouvons de
superbes karités des deux variétés Shee et Mana. Les habitants en
rceoltent le fruit pour en extraire le beurre, mais ils n’en fabriquent
que juste ce qu’il leur faut pour leurs usages domestiques, et
encore.... Les caïl-cédrats et les grandes Légumineuses sont assez
communs sur les rives des marigots et delà Gambie.
Les lianes Saba et Delhi y sont abondantes. La première se trouve
surtout surfes bords des marigots et la seconde sur les plateaux.
On comprend que dans un pays aussi désolé, les cultures soient
peu importantes, la terre végétale faisant presque partout défaut.
Ce n’est, qu’aux environs des villages que l’on rencontre quelques
rares lougans. Là, comme partout ailleurs, on ne cultive que le
mil, le maïs, les. arachides, le riz, le tabac, les tomates, etc., etc.
Encore la production est-elle excessivement faible et suffit-elle à
peine pour les besoins des habitants, et, chaque année, pendant
l’hivernage, ils en sont réduits pendant trois mois, à la portion
congrue.
Populations. — Ethnographie.— Le Badon, relativement peuplé
jadis, est aujourd’hui complètement désert. 11 n’y a plus que deux
villages, Sibikili et Badon, et encore sont-ils peu peuplés. Badon
ne compte guère plus de 750 habitants et Sibikili 500. Tous les
autres villages ont été détruits par les Almamys du Fouta-Diallon
sans aucun motif, uniquement : « pour faire captifs », comme
disent les noirs. Il y a une quinzaine d’années, il restait encore
quatre villages : Badon, Sibikili, Marougou, Ouiako. L’almamy du
Fouta-Diallon, Birahima, vint les attaquer avec une forte colonne. A
son approche tout le monde s’enfuit, mais la majeure partie des
habitants de Marougo et de Ouiako fut emmenée en captivité. Les
villages furent détruits. Toumané, le chef actuel, après avoir
mis sa famille en sûreté, alla demander du secours à BoubakarSaada, alors almamy du Bondou. Celui-ci ne le lui refusa pas, car
depuis longtemps il entretenait des relations amicales avec le

�424

ANDRÉ RANÇON

Badon et ses guerriers l’avaient souvent secondé dans maintes
expéditions. Il rassembla donc ses hommes et en personne
vint protéger la reconstruction des tatas de Badon et de Sibikili.
A son approche, l’almamy Birahima battit en retraite avec ses
hommes et Boubakar ne quitta le Badon que lorsqu’il fut bien
certain que ses alliés étaient bien en sûreté derrière leurs
murailles. Depuis cette époque ils ne furent plus attaqués par les
Peulhs, mais marchèrent avec Boubakar contre Gamon et y furent
honteusement battus. En sûreté derrière leurs tatas, ils pillaient
et rançonnaient sans pitié les dioulas, jusqu’au jour où ils furent
liés avec nous par un traité de protectorat. La population du
Badon est uniquement formée de Malinkés venus du Bambouck à la
suite de la première grande migration Mandingue qui peupla et
colonisa cette partie du Soudan.
Les habitants de Sibikili sont des Malinkés de la famille des
Sadiogos. Ils habitèrent d’abord le Niocolo dont ils furent les pre­
miers colons Mandingues. Quelques uns étaient venus directement
du Bambouck à Sibikili. Ceux qui s’étaient fixés dans le Niocolo
ne tardèrent pas à en être chassés par l’invasion des Camaras et ils
vinrent demander asile à leurs parents de Sibikili. Depuis cette
époque, ils ont toujours habité ce village et c’est là seulement
qu’on peut rencontrer des représentants de cette ancienne famille
Malinkée. Ils sont absolument ahuris et s’adonnent avec passion
à l’usage immodéré des boissons alcooliques. Les Sadiogos de
Sibikili furent d’abord indépendants, mais lorsque Badon fut fondé
par des Keitas venus du Niocolo, ils se soumirent à eux.
Comme ceux de Sibikili, les habitants de Badon sont des
Malinkés. Les uns sont musulmans et les autres non. La famille
régnante est celle des Keitas. Ils sont venus du Bambouck au Niocolo
d’abord, où ils soumirent à leur autorité les Dabos et les Camaras.
Un parti traversa alors la Gambie, fonda le village de Badon et
soumit les Sadiogos.de Sibikili. Autour des Keitas vinrent dans la
suite se ranger d’autres familles Malinkées musulmanes. Aujour­
d’hui, il ne reste plus à Badon que des Keitas et quelques rares
Musulmans. Les Keitas de Badon sont absolument dégénérés, et ils
sont loin d’avoir pour leur ancêtre Soun-Dyatta, le respect qu’ont
les autres membres de cette famille. De même, il n ’ont pas pour

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

l’hippopotame le culte que doit avoir tout bon Keita et ils en
mangent volontiers la chair.
Badon est situé à peu de distance de la Gamble, neuf kilomètres
environ, à peu près à la hauteur de cette partie de son cours où ce
fleuve cesse de couler du Sud au Nord pour se diriger à l’Ouest vers
la mer, embrassant ainsi le Niocolo dans la concavité du.coude qu’il
forme.
Non loin de Badon on montre sur un rocher deux traces de
pas, celles d’un homme et d’un bœuf. D’après la légende, ce serait
là que passèrent les premiers guerriers Peulhs, lorsque le peuple
nomade émigra vers le Fouta-Diallon qu’il devait conquérir. Nous
nous sommes fait montrer ces deux empreintes. Elles ne m’ont pas
parues aussi nettes que les indigènes le prétendent. On y peut
reconnaître cependant la forme d’un pied humain et celle d’un
pied de bœuf.
Badon a beaucoup perdu de l’importance qu’il avait autrefois.
Malgré cela, sa situation géographique exceptionnelle en fait, à
notre avis, un point qu’il est utile et prudent de conserver.
Nous n’avons pas besoin de dire que les Malinkés du Badon
possèdent à un haut degré les qualités remarquables qui caracté­
risent les représentants de celte intéressante race. Ce sont des
ivrognes émérites, menteurs, sales, dégoûtants, voleurs et pillards.
Notre intervention dans leurs affaires a pu seule les faire rester en
paix dans leurs villages et, modérer leur goût prononcé pour les
vols de grand chemin et les rapines de toutes sortes auxquels
tout bon Malinké doit se livrer avec ardeur pour ne pas déroger.
Situation et organisation politiques. — Au point de vue poli­
tique le Badon ne possède aucune organisation. C’est le gâchis,
par excellence, comme dans tous les pays Malinkés, du reste. Le
sol appartient au premier occupant, et tous ceux qui viennent
dans la suite s’y fixer doivent obtenir l’autorisation du chef et
reconnaître son autorité, autorité qui, d’ailleurs, ne se manifeste
d’aucune façon. Le chef du pays ne possède aucun revenu. Il n ’y
a aucun impôt. Les ordres sont absolument méconnus, même par
les captifs. Yeut-on faire une expédition militaire, c’est la bagarre
la plus complète, le désordre le plus parfait. Tout le monde com­
mande et personne n ’obéit. En résumé, le chef du pays n ’a sur
ses sujets aucune autorité effective. C’est plutôt une sorte de juge

�426

ANDRÉ RANÇON

que l’on vient consulter, rarement encore, dans les différends qui
s’élèvent entre les particuliers. Je n ’ai pas besoin de dire que ses
jugements ne sont nullement exécutés, surtout par la partie con­
damnée. Dans les villages, la véritable autorité est représentée par
une sorte de conseil auquel prennent part les vieillards et les notables
et dans lequel dominent souvent les avis d’un simple griot, forgeron
ou captif favori du chef. C’est dans ce conseil que sont discutées
toutes les affaires qui peuvent intéresser le pays ou le village.
L’ordre de succession se fait par ligne collatérale, comme chez
tous les peuples Noirs du Soudan. Aussi les chefs sont-ils des
vieillards ahuris et abrutis qui n ’ont ni l’énergie ni l’intelligence
voulue pour commander aux autres et pour diriger les affaires du
pays. Ils ne maintiennent leur prestige qu’en comblant de cadeaux
leurs sujets. Aussi, aujourd’hui qu’ils ont perdu leur principale
source de revenus, depuis qu’on a réprimé leurs brigandages, ne
peuvent-ils plus faire autant de libéralités. Dès lors leur prestige
s’est trouvé diminué. Ce qui n’est pas un mal.
Rapports clupays de Badon avec les pays voisins. — La population
du Badon vit en bonne intelligence avec ses voisins du Tenda, du
Gamon, du Dentilia et avec les Malinkés du Niocolo. Mais il n’en
est pas de même avec les Malinkés du Bélédougou. Ceux-ci vien­
nent à chaque instant piller dans les environs des villages et
s’avancent jusque sous leurs murs pour y voler des boeufs et des
captifs. De même, les Peulhs du Tamgué et ceux même du Niocolo
font dans le pays de fréquentes incursions qui se terminent toujours
par l’enlèvement de quelques femmes, enfants, bœufs et captifs.
Les gens du Badon voudraient bien en faire autant et rendre
pillage pour pillage; mais ils n ’osent pas, car ils craignent d’indis­
poser contre eux les autorités françaises. Ces gens-là sont si bêtes
qu’ils ne se défendent même pas quand ils sont attaqués. Aussi,
de jour en jour, la situation devient-elle pour eux absolument
insupportable. Ils sont obligés pour pouvoir faire leurs cultures en
paix d’avoir toujours le fusil auprès d’eux. La nuit, des gens armés
veillent à la sécurité des villages et quand ils vont en route ou à la
chasse, ils sont obligés de s’armer jusqu’aux dents. Un homme
voyageant seul serait exposé à être fait captif soit par les Peulhs,
soit par les Malinkés du Bélédougou. Ces pillards infestent abso-

�-,

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DANS LA HAUTE-GAMBIE

lument les routes. Il serait grandement temps de purger cette
région de ces êtres malfaisants.
Rapports du pays de Badon avec les autorités françaises. — Le
pays de Badon est placé sous le protectorat de la France depuis
1887, à la suite d’un traité passé parle chef du pays,Toumané, avec
le capitaine d’infanterie de marine Oberdorf, représentant le lieu­
tenant-colonel Galliéni, commandant supérieur du Soudan français.
Ce traité a été renouvelé et modifié en 1888 par le sous-lieutenant d’in­
fanterie de marine Levasseur, agissant au nom du colonel Galliéni.
Depuis cette époque, les gens de Badon ont scrupuleusement
observé les clauses du traité. Oh ! il ne faut pas les en louer ; car,
s’ils ne l’ont pas violé, c’est uniquement parce qu’ils ont peur de
nous. On se tromperait si on s’imaginait le contraire.
Au point de vue administratif, judiciaire et politique, le Badon
relève du commandant du cercle de Bakel.
Son importance commerciale et son éloignement du chef-lieu,
ont récemment décidé le gouvernement du Soudan à y placer un
officier adjoint au capitaine commandant le cercle.
Cette mesure importante ne manquera pas d’être appréciée des
dioulas qui hésitaient à passer par cette route, par crainte des
exigences du chef de ce village.
Le gouvernement français ne perçoit dans le Badon aucun
impôt, aucun droit quel qu’il soit. Notre influence s’y fait peu sentir
vu l’éloignement du pays et surtout aussi du peu de goût qu’ont
les habitants du pays à avoir avec nous des relations plus étroites.
Le Badon au point de vue commercial. — Conclusions. — Il ne se
fait dans le Badon aucun commerce. Cela, du reste, répugne aux
Malinkés de ces contrées, qui ne sauraient faire un travail quel­
conque. Les habitants récoltent juste ce qu’il leur faut pour manger,
et ne se livrent à aucune industrie. Ils fabriquent eux-mêmes leurs
vêtements avec des étoffes confectionnées par leurs tisserands. Il
ne se fait aucune transaction. Malgré cela, le Badon a une certaine
importance au point de vue commercial. C’est, en effet, un lieu de
transit très fréquenté, et cela tient à sa situation même. Placé au
point où se réunissent les routes du Tenda, du Bondou, du Bambouck, à peu de distance de Tomborocoto dans le Niocolo et du gué
de la Gambie, Badon est un lieu de passage très fréquenté par les

�428

ANDRÉ RANÇON

dioulas qui viennent de ces régions et qui se rendent soit dans le
Niocolo, soit au Fouta-Diallon ou qui en reviennent. Pendant le
séjour que nous y avons fait, nous avons pu juger de l’importance
de ce mouvement et nous avons pu constater que chaque jour
quinze ou vingt dioulas venant de toutes directions, campaient
dans ce village. Aussi le chef, abusant de sa situation, avait-il
établi autrefois des droits qui étaient prélevés sur chaque caravane,
sans préjudice, bien entendu, du pillage auquel se livraient ses
hommes. Nous avons fait cesser cet abus, et aujourd’hui les tran­
sactions commerciales se font librement. C’était une source de
revenus considérable pour les gens du Badon. Aussi le chef se
plaint-il sans cesse de l’avoir perdue. C’est une plainte perpétuelle
à ce sujet et le plus grand plaisir qu’on pourrait faire à ce malan­
drin, ce serait de déchirer le traité qui le lie à nous. Il pourrait
alors recommencer à rançonner et à piller sans merci les dioulas.
Mais ce n ’est ni notre politique ni l’intérêt du pays. De longtemps
toutefois, il sera bien difficile de le leur faire comprendre.
De ce que nous venons de dire, nous pouvons conclure que le
Badon ne sera jamais un pays de rapport. La nature même de
son sol s’y oppose. Malgré cela, il serait bon de s’en occuper
quand même et sérieusement, car, par sa situation, ce petit pays
pourrait acquérir un jour ou l'autre une grande importance com­
merciale. Il serait bon de le repeupler, et la chose serait facile en
faisant venir des Malinkéssoit du Bambouck, soit du Ghabou, soit
mieux encore du Coniaguié où les vaincus du Ghabou se sont réfu­
giés. De plus, il est indispensable de leur faire sentir et notre
protection, et, en même temps, notre autorité. Pour cela, il est
urgent de purger le pays des bandes de pillards du Bélédougou et
des Peulhs du Tamgué qui l’infestent. Enfin, il serait absolument
indispensable que, chaque année, le fonctionnaire chargé de l’ad­
ministrer, le visite et règle les affaires en litige. Voilà, à notre
avis, des mesures qui lui permettraient de se développer et peutêtre de prospérer un peu.

�CHAPITRE XXI

Séjour à Badon. — Je suis gravement malade d’un accès de fièvre à forme bilieuse
hématurique. — Générosité de Toumané pour mes hommes et pour moi. — Sa
passion pour ledolo. — Arrivé à Badon d’un envoyé du commandant supé­
rieur du Soudan se rendant au Fouta-Diallon. — Plaintes de Toumané au sujet
des gens du Bélédougou. — Ma santé s’améliore un peu. — Passage de nombreux
dioulas à Badon. — Plaintes de Toumané au sujet des dioulas. — Comment on
tue un bœuf chez les Malinkés. — Je puis enfin partir. — Nombreuse escorte.
Faiblesse extrême. — Départ de Badon pour Tomborocoto (Niocolo). — Route
suivie. — Passage de la Gambie. — Arrivée à Tomborocoto. — Description de
la route. — Géologie. — Botanique. — Les Sénés. — Le thé de Gambie. — Tom­
borocoto. — Mauvaise réputation des habitants. — Je suis bien reçu. — Départ
de Tomborocoto. — Route suivie. — Les lougans et les villages de cultures. —
Arrivée à Dikhoy. — Description de la route. — Géologie. — Botanique. —
Poivre. — Enormes haricots. — Dikhoy. — Belle case. — Légende Malinkée. —
Un chef parent d’un oiseau. — Départ de Dikhoy. — De Dikhoy à Laminia. —
Route suivie. — Médina. — Diengui. — Sillacounda. — Les Karités. — Les
troupeaux. — Palabre à Sillacounda. — Passage de la Gambie. — Un bœuf pris
par un caïman. — Façon de pêcher des habitants de Sillacounda et de Laminia.
— A rriv é e à L am inia. — D escrip tio n de la ro u te su iv ie. — Géologie. — B otanique.
— La c h asse. — Le Touloucouna. — L am in ia. — D escription d u village. — Sa
p o p u latio n . — R ich es tro u p e a u x . — B elles c u ltu re s . — A rriv é e d ’un e c a ra v a n e
de d io u las c h a rg é e de k o la s .— L e f t o f a a u S o u d an fran ç a is.— F a n a tism e m u su l­
m an des D iak an k és. — U ne école de m a ra b o u ts e t de talib és. — Une séance de
tato u ag e.

6 janvier. — Malgré la quinine que j’avais absorbée la veille,
j’eus encore le lendemain un violent accès de fièvre qui dura envi­
ron trois heures. C’était le troisième en deux jours et j’aurais été
bien étonné s’il n ’avait pas été hématurique. Du reste, tous les
symptômes par lesquels il se manifesta ne pouvaient me laisser
aucun doute à ce sujet et je ne fus pas étonné quand vers minuit,
ayant besoin d’aller à la garde-robe, je constatai cette couleur
malaga foncé des urines qui effraie tant les nouveaux venus au
Soudan. J’avais heureusement tout ce qu’il me fallait pour me
soigner, aussi n ’étais-je pas trop alarmé. De plus, je savais que je

�430

ANDRÉ RANÇON

ne manquerais pas de soins intelligents, car mon fidèle Almoudo
savait parfaitement comment se traite cette grave affection.
Après trois jours d’une médication énergique, je pus me con­
sidérer comme absolument hors de danger. Mais j’étais d’une fai­
blesse extrême et de plus atteint d’une bronchite qui ne me laissait
de repos ni nuit, ni jour. Je me vis arrêté à Badon pour longtemps,
car je ne me faisais aucune illusion. Avec les faibles ressources
dont je disposais, ne pouvant me procurer une alimentation assez
substantielle pour recouvrer mes forces, je me demandais avec
anxiété quand je pourrais continuer mon voyage. Sans doute,
mon courage et mon énergie ne m’avaient pas abandonné, mais
j'étais absolument sans force et incapable, de longtemps peut-être,
de monter à cheval. Quant à continuer ma route en me faisant
porter en litière, je n ’y pouvais songer, c’eût été perdre absolu­
ment aux yeux des indigènes le prestige dont doit être entouré
tout blanc qui voyage dans leur pays. Je ne pouvais me résoudre
à me montrer en aussi piteux équipage.
Pendant toute ma maladie, Toumané ne manqua pas un seul
jour de venir à plusieurs reprises prendre de mes nouvelles. Il
fut toujours pour moi plein d’attention et ne laissa jamais mes
hommes et mes animaux manquer de rien. Dès le lendemain de
mon arrivée il fit tuer un beau bœuf à notre intention, et, afin
que nous ne manquions pas de viande pendant notre séjour chez
lui, il envoya aussitôt plusieurs de ses hommes à la chasse. Suc­
cessivement, ils rapportèrent une belle antilope, deux bœufs sau­
vages et plusieurs sangliers. Aussi tout le village fit-il bombance
pendant les onze jours que j’y séjournai. Mes hommes étaient
absolument gavés et seraient volontiers restés plus longtemps à
Badon.
Dès que mon état se fut un peu amélioré, Toumané vint cau­
ser avec moi chaque jour, matin et soir, mais souvent je fus
obligé de faire tous les frais de la conversation, car il était abso­
lument ivre. Il a, en effet, pour les boissons fermentées, et pour
le « dolo » en particulier, un goût très prononcé. Quand le soir
je lui demandais ce qu’il avait fait de la journée, il me répondait
invariablement : « J’ai bu du dolo » et quand, le matin, je lui
demandais au moment où il me quittait, ce qu’il allait faire, il ne
manquait pas de me dire: « Je vais surveiller la fabrication de mon

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

dolo ». Pour n’en pas manquer, il a même imaginé de frapper Sibikili d’un impôt bizarre. Ainsi, quand dans ce village on fait du
dolo, on doit toujours en porter à Toumané, au moins une cale­
basse. Nous en avons vu arriver ainsi presque tous les jours à
Badon, car à Sibikili, quand il y a du mil, on en fabrique plus
que de couscouss et les habitants ne le cèdent en rien en ivro­
gnerie à leur chef.
Le 9 janvier, je venais à peine de me réveiller au petit jour
après une nuit des plus pénibles, lorsqu’Almoudo vint me dire que
Toumané voulait absolument me parler et qu’il avait quelque chose
de très grave à me dire. Pour me convaincre, mon interprète
ajoutait qu’il n ’était pas « saoûl » [sic). Je lui répondis alors de le
faire entrer. Toumané pénétra dans ma case avec précautions,
ferma la porte avec mystère après s’être bien assuré que personne
n’était aux écoutes, s’assit en face de mon lit et me dit à voix basse
que dans la nuit était arrivé à Badon un courrier du commandant
supérieur qui se rendait au Fouta-Diallon à Timbo. 11 était porteur
d’une lettre pour l’almamy et malgré les pressantes invitations de
Toumané, il n’avait pas voulu se reposer ni venir me voir. Il était
trop pressé pour cela. 11 n’avait fait que prendre un peu de nourri­
ture et était immédiatement reparti à cheval avec un guide que
lui avait donné Toumané. Celui-ci ajouta qu’il avait vu la lettre et
le cachet du colonel. Il en était tout fier. Cette nouvelle m’intrigua
pendant plusieurs jours, et en arrivant à Rayes, j’appris qu’en
effet un courrier avait été expédié au Fouta-Diallon avec un pli pour
l’almamy. Il y était question, me dit-on, de la mission de M. l’admi­
nistrateur de Beckmann, qui se trouvait alors dans ces régions.
Cela, du reste, m’intéressait fort peu et j ’eusse été très heureux de
voir ce messager, uniquement pour lui demander des nouvelles du
Soudan.
Chaque fois qu’il venait me voir, Toumané ne manquait pas de
se plaindre à moi des pillages auxquels les gens du Bélédougou
se livraient régulièrement sur son territoire. Le 10 janvier, par
exemple, il vint me trouver en toute hâte pour me dire qu’il venait
d’apprendre que des pillards avaient été vus dans la brousse, il
voulait me demander l’autorisation de rassembler ses guerriers pour
les exterminer. Bien entendu, je lui répondis que cela ne me regar­
dait nullement, qu’il était bien libre de faire ce qu’il voudrait, et

�432

ANDRÉ RANÇON

que s’il était attaqué, il n ’avait qu’à se défendre. Deux jours après il
revint à la charge et le lendemain il m’annonçait qu’un homme du
Niocolo venait d’arriver dans le village pour le prévenir de ne pas
envoyer ses gens en route, car les guerriers du Niocolo tenaient la
brousse. Je lui repète ce que je lui disais trois jours avant. Entre
autres choses, il me raconte que, dernièrement, ils lui ont enlevé son
propre fils. Je lui dis alors de s’adresser au commandant de Bakel.
Pour moi je ne puis rien faire, cela ne me regarde pas. De tous ses
discours il ressortait pour moi une vérité bien évidente, c’est que
Toumané ne demanderait pas mieux que de recommencer le petit
métier qu’il faisait autrefois et de détrousser de nouveau les dioulas
et les caravanes, sous prétexte de purger son pays des pillards du
Bélédougou.
Tous les jours arrivent des caravanes de dioulas qui viennent du
Bondou,du Tenda,du Bambouck et qui se rendent au Fouta-Diallon
ou à Kédougou, dans le Niocolo, pour y chercher des kolas. A
cette époque, il en est peu qui en reviennent, car ce n ’est pas encore
le moment. Beaucoup d’entre eux viennent me saluer et entre
autres le chef d’une caravane dont les marchands sont originaires
de Passamassi dans le Ouli ; ce chef était le frère de la femme de
mon hôte à Nétéboulou et il savait que j’avais logé dans sa famille.
Il me dit entre autres choses, qu’il venait d’acheter des kolas
au Fouta-Diallon et qu’il se rendait à Bakel pour les y vendre
un meilleur prix. Il m’en offrit une dizaine. Ce cadeau me fit
grand plaisir, car j’en étais privé depuis bien longtemps.
Toumané ne manqua pas au sujet de toutes ces caravanes qui
passaient par son village de me dire souvent que c’était pour lui
une bien grande charge. Car, disait-il, il fallait les loger et les nour­
rir et beaucoup s’en allaient sans rien donner à leur « diatigué »
(hôte) et surtout sans rien lui donner à lui, Toumané, chef du
Badon. Malgré lui, il laissait percer le bout de l’oreille et je voyais
bien où tendaient toutes ces précautions oratoires. Aussi, afin de
le forcer à se déclarer formellement, ne lui répondis-je jamais que
d’une façon évasive. Deux jours enfin avant de quitter Badon,
comme il venait encore de me réitérer ses jérémiades, je lui deman­
dai à brûle-pourpoint ce qu’il désirait. Il me déclara alors qu’il
serait très heureux si je voulais l’autoriser à faire payer aux dioulas
l’hospitalité qu’il leur donnait. C’était, sous une autre forme, le

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

rétablissement de l’impôt qu’il regrettait tant. Je lui répondis que je
n’avais aucune qualité pour lui donner cette autorisation et que cela
regardait uniquement le commandant de Bakel et le commandant
supérieur. Il n ’insista pas.
Il y avait neuf jours que j’étais à Badon et ma santé commençait
à se remettre. J’étais encore bien faible et d’une maigreur extrême,
mais l’appétit était revenu, et, si je n’avais pas été toujours aussi
oppressé, j’aurais pu me croire absolument remis de la dure
secousse que je venais d’éprouver. Je décidai, malgré cela, de me
remettre en route. J’avertis alors Toumané que j’allais nécessaire­
ment le quitter et le priai d’expédier dans la journée un courrier
à Toinborocoto pour annoncer au chef de ce village mon arrivée
chez lui pour le 17. Immédiatement Toumané chargea un de ses
hommes de cette mission. Nous fîmes alors nos préparatifs de
départ. Toumané, afin que nous ne manquions de rien pendant la
route, fit de nouveau abattre un beau bœuf qui fut distribué entre
mes hommes et ceux du village. Je fis à ce sujet une remarque qui
ne manque pas d’intérêt au point de vue ethnologique. Quand, dans
un village musulman, on tue un bœuf, il faut toujours que ce soit
un marabout qui lui coupe le cou. On ne fera, du reste, jamais
manger à un musulman de la viande qui n ’aurait pas été
saignée. Cette coutume s’est introduite chez les peuples qui ne
pratiquent pas l’islamisme, et partout les animaux destinés à être
mangés sont toujours saignés. Chez les Malinkés et les Bambaras,
peuples qui, pour la plupart, ne font pas le Salam, c’est un homme
libre que ce soin regarde, fils, frère ou parent de chef ;
mais jamais le chef lui-même. L’animal mort, c’est aux captifs
qu’est confié le soin de le dépecer. Comme on le voit, les plus
petites coutumes familières aux Musulmans s’acclimatent vite' chez
ceux qui ne le sont pas. Tout cela est un signe certain que l’isla­
misme fait au Soudan français des progrès journaliers.
Pendant tout mon séjour à Badon, il fit une température fort
supportable. C’est que nous étions en pleine saison sèche. La jour­
née était bien un peu chaude à cause du vent d’Est qui soufflait
régulièrement de neuf heures du matin à cinq heures du soir; mais
les nuits étaient, par contre, assez fraîches et permettaient de
goûter quelques heures d’un bon sommeil.
Une grande animation régna dans le village pendant toute la
André Rançon. — 28.

�434

ANDRÉ RANÇON

journée qui précéda mon départ. Toumané désignait les guerriers
qui devaient m’escorter pour me défendre contre les pillards de
Bélédougou, si l’envie les prenait de venir attaquer ma caravane.
Je savais pertinemment que toutes ces précautions étaient inutiles,
mais je laissai faire Toumané pour ne pas le froisser et lui exprimai
toute ma reconnaissance de ce qu’il prenait si grand soin de ma
personne. Aussi il fallait voir comme il était fier quand, le soir, il
arriva dans ma case à la tête de 25 guerriers armés jusqu’aux
dents et qu’il venait me présenter. Il les fit coucher dans la cour
de mon hôte et au moment où il allait me quitter je lui fis un beau
cadeau d’étoffes, de verroterie et d’argent auquel il fut excessive­
ment sensible.
/7 janvier. — Cette dernière nuit que je passai à Badon fut bonne
et fraîche. Ciel clair et étoilé. Brise de Nord-Est. Au réveil, tempé­
rature agréable, ciel sans nuages, pas de rosée, le soleil se lève
brillant.
Je réveille tout mon monde à trois heures trente minutes. Les
préparatifs se font rapidement et sans désordre. A mon grand éton­
nement, les porteurs sont réunis à l’heure dite. C’est le fils du chef
lui-même qui va me servir de guide jusqu’à Diklioy, où il va voir
ses parents. Il a, pour la circonstance, revêtu son costume de
brousse et est littéralement couvert de gris-gris pour se préserver
sans doute des balles des Malinkés du Bélédougou, si par hasard
nous en rencontrons. Toumané n’a pas voulu me laisser partir sans
venir me saluer et comme disent les Noirs « me mettre dans la
route ». Il m’accompagne jusqu’à la sortie du village et ne me quitte
qu’au moment où je monte à cheval. Nous nous serrons la main et
le remercie de nouveau de toutes ses bontés pour moi. A mon grand
étonnement, je puis monter à cheval assez légèrement et, au
au moment du départ, je ne me sens pas trop mal, bien que
j’éprouve dans les jambes une grande lassitude. Il est 4 h. 15 quand
nous quittons Badon. Il fait un clair de lune splendide et une tem­
pérature si fraîche que je suis obligé de prendre ma pèlerine. En
avant et en arrière du convoi marchent les guerriers. Avec une sem­
blable escorte les Malinkés du Bélédougou peuvent venir, ils trouve­
ront à qui parler. J ’avoue cependant que si nous avions eu un
danger quelconque à courir de leur fait, j’eusse de beaucoup pré­
féré quatre ou cinq tirailleurs avec leurs fusils Gras.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

La route se fait sans incidents et sans encombres jusqu’à
Tomborocoto (Niocolo), but de l’étape. Elle suit une direction
générale Sud-Est-Est, et la distance qui sépare Badon de ce village
est environ de dix-huit kilomètres cinq cents mètres. A peu de
distance de Badon, nous franchissons les deux brandies les plus
orientales du Bamboulo-Kô. A 5 h. 15, nous franchissons le marigot
de Koroci-Koto. A cette époque de l’année, il est presque complète­
ment à sec, et son lit est obstrué de grosses roches qui, cependant,
ne sont pas un obstacle difficile à franchir. A partir de là et pendant
plusieurs kilomètres, la route longe le flanc d’une colline rocheuse
où nous n’avançons qu’avec mille précautions, car il faut éviter les
roches dont elle est couverte. Enfin, à 6 h. 10, nous sommes sur la
rive droite de la Gambie, en face du gué qu’il va falloir franchir.
Cette opération, malgré les difficultés qu’elle présente, se fait sans
accident. Je fais d’abord passer le convoi. Les hommes s’arment de
longs et solides bambous pour pouvoir résister au courant, et, grâce
à cela, j’ai la satisfaction de voir tous mes bagages arriver sur la
rive opposée sans avoir été mouillés. Pour moi, je passe le dernier,
et je suis encore si peu solide à cheval que je suis obligé de le faire
tenir en bride par son palefrenier et Almoudo. J ’arrive enfin à mon
tour sans aucun accident sur la rive du Niocolo, où, après avoir pris
quelques minutes de repos, nous nous remettons en route. A 6 h. 45,
nous laissons sur notre droite la route de Marougou et à 8 h. 45
nous mettons enfin pied à terre à Tomborocoto, devant la case qui
a été préparée pour moi.
La plus grosse difficulté que l’on rencontre, de Badon à Tombo­
rocoto, est le passage delà Gambie. Dans le reste de son parcours,
la route est cependant bien loin d’être belle. Elle longe, pour ainsi
dire, sans cesse, à flanc des collines formées de quartz et de conglo­
mérats ferrugineux, et, en maints endroits, elle est obstruée par de
gros rochers. Les conglomérats, en se désagrégeant, donnent de
petits cailloux ronds dont sont littéralement pavés les sentiers et
qui rendent la marche très pénible pour les animaux et pour les
hommes. Cette étape est une des plus fatigantes que nous ayons
faites.
Au point de vue géologique, nous n’avons absolument partout
que du terrain formé de quartz et de conglomérats. La terre
végétale est très rare, et la roche végétale se montre à nu presque

�436

ANDRÉ RANÇON

partout. Nous n’avons rencontré de latérite qu’aux environs de
Badon et de Tomborocoto. Mentionnons aussi quelques argiles le
long des rives de la Gambie. Le pays est très accidenté. Ce n’est
qu’une suite ininterrompue de collines et de vallées, disposées sans
aucun ordre. Le fond des marigots est uniquement formé de
roches. La vase fait absolument défaut.
Au point de vue botanique, végétation peu riche, sauf sur les
rives de la Gambie. Mentionnons tout spécialement, les nombreux
échantillons de lianes Saba et une quantité relativement considé­
rable de karités des deux variétés. Du reste, d’après renseigne­
ments, le Niocolo tout entier en renfermerait une grande quantité.
Citons enfin de nombreux échantillons de Sénés de toutes varié­
tés et le végétal dont on emploie les feuilles pour faire des
infusions si parfumées et que l’on désigne sous le nom de Thé
de Gambie.
Le Séné que l’on trouve au Niocolo est donné par une espèce
de Cassia que l’on désigne sous le nom de Cassia obovata Coll.
C’est une Légumineuse cœsalpinée, on en trouve les trois variétés
dans presque tout le Soudan, mais c’est surtout la «platycarpa »
Bisch. qui est la plus commune. Toutefois, dans le grand Bélédougou notamment et dans le Sénégal aux environs du poste de
Kaaédi, nous avons reconnu l’existence de deux autres variétés,
« genuina » et « obtusata ». La variété platycarpa est caractérisée
par des feuilles arrondies, obtuses. Ses grappes florales égalent
les feuilles et ses gousses sont plus larges, plus incurvées que
celles des deux autres espèces. La variété genuina Bisch. diffère
des deux autres en ce que ses folioles sont arrondies au sommet,
rarement aiguës. Les folioles extrêmes sont obovées et ses grappes
florales sont plus longues que les feuilles. Quant à la variété obtusata Yogel, les folioles sont très obtuses au sommet. Les gousses
sont en forme de faux. Ses folioles sont rarement toutes tron­
quées au sommet. Ce végétal, à quelque variété qu’il appartienne,
n ’atteint jamais de grandes dimensions. Deux mètres cinquante
au maximum, il est facilement reconnaissable à ses belles grappes
florales qui sont d’un beau violet et à ses fleurs qui sont celles
qui caractérisent particulièrement ces Légumineuses cœsalpinées.
Les indigènes connaissent parfaitement les propriétés purga­
tives du Séné, ils en récoltent les folioles, les font sécher et les

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

437

administrent en infusion à la dose de 10 à 15 grammes dans
environ 200 à 250 grammes d’ëau. Ils s’en servent surtout dans
les cas de fièvres bilieuses, affection à laquelle ils sont fréquem­
ment sujets, surtout dans le sud de nos possessions Soudaniennes.
On trouve le Séné sur tous les marchés du Sénégal et du Soudan.
Le thé de Gambie (1) se trouve particulièrement au Niocolo,
dans le Tenda et le Kantora. Il croît de préférence sur les plateaux
dans les terrains secs. La plante que les indigènes m’ont montrée
ressemble à une Labiée, mais je ne donne ceci que sous toutes
réserves. Ils récoltent ses feuilles velues à leur face inférieure, lui­
santes à la face supérieure. Elles sont oblongues et, au froisse­
ment, dégagent une odeur qui n’est pas désagréable, La récolte
faite, on les fait sécher et on s’en sert sous cette forme pour faire
des infusions que les indigènes s’administrent contre les coliques
et les migraines. Le goût rappelle de loin celui du thé de Chine,
mais ce qui domine surtout, c’est une saveur amère qui est loin
d’être agréable. Ces infusions sont, du reste, fort peu goûtées des
Européens.
. .
Tomborocoto, où nous campons, est un village d’environ 450 habi­
tants. Sa population est presque uniquement formée de Malinltés
de la famille des Keitas. C’est le premier village du Niocolo que
l’on rencontre après avoir traversé la Gambie. Il est situé sur un
petit monticule, au milieu d’une plaine qu’entourent des collines
relativement élevées. La plaine au milieu de laquelle il s’élève est
bien cultivée et c’est là que se trouvent presque tous les lougans
du village. Il est assez bien entretenu. Son tata ne tombe pas trop
en ruines et celui qui entoure les cases du chef est entrés bon état.
Une partie du village est construite en dehors des cases. En réalité,
Tomborocoto se trouve situé non loin du sommet du grand coude
que forme dans cette partie de son cours la Gambie. Il est plus
rapproché de la partie Sud-Nord de ce coude que de sa partie
Est-Ouest. Il n’en est séparé à l’Est que par une petite chaîne de
collines peu élevées et excessivement boisées.
Les habitants de ce village ont une très mauvaise réputation.
Ils passent pour être des pillards accomplis. Depuis quelque temps,
les almamys du Fouta-Diallon, dont relève le Niocolo, y ont mis bon
(1) Il est formé par les feuilles d’une Verbénacée du genre V e r b e n a (E. Heckel).

�438

ANDRÉ RANÇON

ordre et les dioulas peuvent y passer sans crainte de se voir
détroussés. La situation se prête bien, en effet, à ce genre de brigan­
dage. Tomborocoto est, en effet, situé à la tête de la seule route qui
conduit des pays situés au Nord, au Fouta-Diallon, et cette route est
excessivement fréquentée par les dioulas qui se rendent dans ces
régions pour y faire leurs achats de kolas. Les autorités du Fouta
Font bien compris et ils ont installé là une sorte de douane sous les
fourches de laquelle tous les dioulas doivent passer. L’impôt, ainsi
prélevé, est absolument exorbitant. Actuellement, c’est le fils de
l’almamy lui-même qui veille à la rentrée de cet impôt. Point n ’est
besoin de dire qu’il ne se contente pas seulement d’écorcher les
dioulas mais qu’il pressure aussi à outrance les habitants du pays.
Je suis très bien reçu à Tomborocoto et le chef du village me
donna de bonne grâce tout ce dont j’eus besoin pour mes hommes et
pour moi, tout en s’excusant de ne pas pouvoir faire davantage,
parce que, me dit-il, ils sont trop « fatigués » (pressurés) par les
gens du Fouta-Diallon, surtout depuis que le fils de l’almamy est
installé dans le pays.
Dès mon arrivée à Tomborocoto, j’expédie un courrier à Dikhoy,
pour prévenir le chef de ce village que j’irai camper le lendemain
chez lui et afin qu’il prépare tout ce qu’il faut pour mes hommes et
pour moi.
Je passai à Tomborocoto une assez bonne journée. Température
agréable. Lèvent d’Estun peu faibli. Je suis toujours peu vigoureux,
mais je commence à mieux manger.
Dans la soirée, le chef vint me demander si je voulais les auto­
riser à faire un tam-tam en mon honneur. Je lui répondis que je
n ’y voyais aucun inconvénient. Aussi, à la nuit tombante, tout le
village se réunit-il sur la place principale et, à la lueur de feux de
brousses, hommes et femmes dansèrent pendant la plus grande
partie de la nuit au son des tambourins. Malgré le mauvais état de
ma santé, je dus y faire acte de présence, et en me retirant je ne
manquai pas de faire aux griots le cadeau obligatoire en cette
circonstance.
i 8 janvier. — Nuit chaude. Le vent d’Est n ’a pas cessé de souf­
fler. Ciel clair et étoilé. Au réveil, température chaude. Ciel un peu
couvert. Brise du Nord-Est. Pas de rosée. Quelques nuages à
l’horizon. Ils se dissipent vers huit heures.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

A 5 h. 15 nous nous mettons en route pour Dikhoy. A mi-chemin,
nous traversons les villages de cultures de Tomborocoto et de
Dikhoy. Leurs lougans sont immenses et occupent toute une vallée
de plus de trois kilomètres de long. Sur les petites collines qui
l’enserrent sont les cases des travailleurs. Chaque ménage possède
ainsi plusieurs fermes. Au moment des semailles, ils viennent les
habiter et y restent tout le temps que doivent durer les cultures et
jusqu’à ce que les récoltes soient faites et emmagasinées dans les
greniers. Les cultivateurs rentrent alors au village principal où ils
restent pendant toute la saison sèche. Ce sont généralement des
colonies de captifs qui sont ainsi installées dans la brousse, et le
maître vient de temps en temps les visiter. Les lougans situés auprès
des villages sont cultivés par les femmes et les enfants.
A 8 h. 30 nous arrivâmes sans encombre à Dikhoy. — La route
ne présente pas de difficultés sérieuses. 11 n ’y a pas de marigots à
traverser, et les quelques embarras que l’on y rencontre sont les
versants de quelques collines à pic qu’il faut gravir au milieu des
roches et des conglomérats ferrugineux. Du reste, on oublie vite la
fatigue de ces pénibles ascensions, car, lorsqu’on est arrivé au
sommet, on jouit d’un panorama splendide qui repose de la
monotonie des plaines sans horizon.
Au point de vue géologique, ce sont toujours les mômes terrains
que nous avons à signaler. En quittant Tomborocoto, on traverse
une suite de collines ferrugineuses arides qui, à cinq kilomètres
environ du village, se termine par. une plaine d’argiles recouvrant
un sous-sol de terrain ardoisier dont les schistes, en maints
endroits, apparaissent à fleur du sol. Les villages de culture sont
situés au milieu d’un bel ilôt de latérite auquel succède une bande
d’argile. Aux environs de Dikhoy la latérite reparaît.
La flore est peu riche et peu variée dans toute cette région.
Nous citerons particulièrement de nombreux spécimens de karités
(Butyrospermum) que l’on peut remarquer tout le long de la route
et une grande quantité de lianes Sabas ( Vahea). On ne trouve que
quelques caïl-cédrats et nétés, surtout dans la vallée ou s’élèvent les
villages de culture. De plus ou trouve encore en notable quantité,
dans toute cette région, du gingembre, une Amomée que les indi­
gènes appellent «poivre)) ou « Enoné », et des haricots énormes
auxquels ils donnent le nom de Fanto.

�440

ANDRÉ RANÇON

Le gingembre, que les Ouolofs désignent sous le nom de « Nhydiar »,
appartient à la famille des Amomées. C’est le Zingiber officinale
Roscoë. Il croît surtout à Sierra-Leone et dans le Fouta-Diallon. On
trouve son rhizome sur tous les marchés du Sénégal et du Soudan.
Il est long, grêle, légèrement aplati et ramifié. Dépouillé de son
écorce jaunâtre, il est alors aussi blanc à l’extérieur qu’a l’inté­
rieur. Il est léger, tendre, et sa texture est un peu fibreuse. Sa
saveur est brûlante et son odeur aromatique. Les indigènes en
sont très friands. A Saint-Louis, on fabrique avec le rhizome du
gingembre une boisson gazeuse ressemblant à de la limonade et
qui est loin d’être déplaisante au goût. Les Ouolofs et les Peulhs
particulièrement en font un grand usage pour assaisonner leur
couscouss. Ils lui attribuent des vertus aphrodisiaques, et il n’est
pas rare de voir des femmes Ouoloves ou Peulhes porter autour
des reins des ceintures de rhizômes de gingembre destinées à
rendre la vigueur à leurs époux quand ils sont affaiblis par l’âge.
Ce que les indigènes désignent sous le nom de « Poivre » et
que les Ouolofs appellent a Enoné» et les Malinkés et Bambaras
aNiamoco )), c’est la graine d’une Amomée, YAmomum Melegueta
Roscoë, qui est très commune au Fouta-Diallon et que l’on rencontre
aussi en grande quantité au Niocolo, et dans les montagnes du
Manding. C’est une plante vivace, à rhizome charnu et à feuilles
engainantes dont le fruit est une capsule à trois loges polyspermes
et à déhiscence loculicide. Les semences sont grosses comme des
grains de poivre, anguleuses, de couleur brun rougeâtre très odo­
rantes, à saveur âcre et brûlante, rappelant celle du poivre. On
ne le trouve qu’en très petites quantités sur les marchés où il est
apporté par les dioulas qui viennent du Fouta-Diallon. Il est alors
contenu dans des coques de ces fruits qui ressemblent à des
oranges, que les Malinkés désignent sous le nom de Cantacoula
et dont se servent les Toucouleurs pour enfermer la résine du
Hammout.. Afin qu’elles se tiennent fraîches, ces graines sont
toujours mélangées de feuilles du végétal, que les dioulas ont
soin de mouiller un peu, surtout pendant la saison sèche.
Les indigènes ont un goût très prononcé pour ces graines. Ils
les mangent sèches, entières, en les puisant une à une dans la
coque qui les renferme. Les Toucouleurs surtout en sont excessive­
ment friands et ils en ont toujours dans la poche de leur boubou.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Réduites en poudre, ils s’en servent encore pour
couscouss. Enfin le Niamoco entre dans la co
dont font usage, pour se parer, les Toucouleures,
Mauresques. Ce fard est une poudre impalpable
compose de pierre de Djenné pulvérisée.et de poivre i
ment pilé. Cette pierre de Djenné, ainsi nommée parce que c
que les dioulas la trouvent, est appelée Kalé en, Bambara et Fino
en Toucouleur. Sa coloration est d’un beau noir avec des reflets
bleus. Il nous a semblé que c’était un sulfure d’antimoine. Les
élégantes du Soudan le réduisent en poudre très fine qu’elles mé­
langent avec de la poudre de Niamoco dans la proportion de deux
du premier pour un du second. Elles s’enduisent alors, de ce
mélange, les sourcils et le bord libre des paupières. Comme on le
voit, il n’y a pas que chez nous des femmes habiles pour le maquil­
lage.
On trouve encore assez communément dans le Niocolo d’énor­
mes haricots auxquels les indigènes donnent le nom de Fanto. Ils
sont donnés par une Légumineuse (phaséolée-papilionacée) qui
atteint des dimensions énormes. Dans les villages de culture, on
la sème autour des cases, et, en peu de temps, ses rameaux ont
bien vite couvert celle à laquelle ils s’attachent. Elle est, d’une
façon générale, peu cultivée, on lui préfère le petit haricot nain
dont nous avons déjà eu l’occasion de parler. Elle donne une
gousse longue d’environ douze, centimètres, large de trois, à cinq,
légèrement rosée et excessivement dure et résistante. Sa cou­
leur, quand elle est mûre, est d’un blanc légèrement jaunâtre.
Cette gousse contient huit ou dix semences excessivement volumi
neuses, ayant à peu près la grosseur d’une grosse noisette, longues
d’environ deux centimètres à deux centimètres et demi, larges
d’un centimètre, et dont les deux faces sont légèrement bombées.
Leur couleur est d’un blanc nacré éclatant. Les indigènes les man­
gent rarement. Ce n ’est guère que dans les années de disette qu’ils
y ont recours, car ces graines sont excessivement dures, coriaces.
Il faut les faire bouillir pendant des journées entières, afin de les
ramollir, pour qu’elles puissent être mangées. Leur goût est exces­
sivement fade et loin d’être agréable. On ne peut guère les manger
que mélangées avec du mil ou du maïs et surtout après les avoir

�442

ANDRÉ RANÇON

fortement épicées et pimentées. De plus, les indigènes les accusent
de donner une maladie qui fait tomber les dents.
Dikhoy est un village d'environ 400 habitants. La population est
uniquement formée de Malinkés Kéitas. C’est la résidence du chef
des Malinkés de Niocolo, triste chef, car son autorité est absolument
annihilée par l’almamy du Fouta-Diallon, dont il est tributaire.
Dikhoy est construit sur un petit monticule qu’entourent de toutes
parts des collines peu élevées. Il est situé à deux kilomètres envi­
ron de la Gambie, dont il n ’est séparé que par une petite colline
boisée dont la hauteur n ’est que de cinquante mètres environ audessus de la plaine. Son enceinte est assez bien entretenue, mais
la plupart de ses cases sont inhabitées et tombent littéralement en
ruines. Le tata qui entoure les cases du chef est en très bon état. Il
peut mesurer environ quatre mètres de hauteur et cinquante centi­
mètres d’épaisseur. Sa forme est rectangulaire et il est flanqué de
tours pour la défense. En général, les cases du village sont bien
faites; celles ci sont en pisé et les chapeaux bien construits. Il est
tout entier construit avec une sorte d’argile fortement colorée en
rouge par de l’oxyde de fer, coloration qui contribue beaucoup à lui
donner un aspect encore plus triste que ne l’ont généralement les
villages Malinkés.
Le chef est un homme encore jeune, qui semble avoir quelque
autorité dans son village seulement, mais il ne peut guère l’exer­
cer sur les villages Malinkés voisins, qui se retranchent toujours
derrière l’almamy du Fouta-Diallon pour lui désobéir.
Je fus reçu à Dikhoy d’une façon fort sympathique, et je n ’eus
qu’à me louer de mes rapports avec son chef et ses habitants.
Je fus logé dans une belle case, la plus confortable certes du
village. Elle est construite à la mode Bambara et toute en terre et
en bois. Elle a la forme d’un carré d’environ trois mètres cin­
quante de côtés. La case Bambara diffère absolument de la case
Malinkée. Elle est ainsi construite, ses quatre murs sont faits de
briques en argile séchées au soleil et qui ont environ vingt centi­
mètres de long sur quinze de large et cinq d’épaisseur. Placées auL
dessus les unes des autres dans le sens de la largeur du mur, elles
sont unies entre elles à l’aide d’argile et recouvertes ensuite avec ce
même mortier. Une couche plus ou moins épaisse d’un mortier fait
d’argile, de cendre et de bouse de vache tapisse ce mur en dehors et

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

443

en dedans. Quand les quatre murs de la case sont ainsi construits
il faut en faire la toiture. Pour cela, on plante solidement en terre,
dans l’intérieur de l’habitation, deux ou plusieurs rangées de forts
piquets en bois qui se terminent par de solides fourches. Sur ces
fourches et sur ces murs reposent des poutres et sur ces dernières
s’élève la charpente du toit formée de pièces de bois équarries et
jointives. Le tout est solidement attaché pour plus de sécurité avec
de fortes cordes en fibres de baobab ou de bambous. Sur cette char­
pente est alors construite une argamasse, faite d’argile, de sable,
de cendres et de bouse de vache. Elle a environ trente centimètres
d’épaisseur et est parfaitement raccordée avec les murs. Quand elle
est bien conditionnée, elle est parfaitement étanche et ne laisse pas
seulement suinter une goutte d’eau. Cette terrasse est construite en
pente inclinée du côté dans lequel est ménagée la porte. Tout autour
est élevé un rebord d’environ vingt centimètres de hauteur, destiné
à forcer les eaux à s’accumuler du même côté. Dans ce rebord sont
ménagés deux ou plusieurs trous que l’on garnit d’une dalle en
bois et qui permet aux eaux de ne pas séjourner et de s’écouler
sur le sol. Parfois, comme à Dikhoy, le tout est recouvert d’un fort
chapeau en paille. La porte est faite dans un des côtés, elle est
petite et il faut se baisser pour la franchir. Elle est formée d’un
panneau en bois épais qui tourne autour d’un axe mobile dans la
muraille où il est fixé. Elle se ferme à l’aide d’un loquet assez
ingénieux. Dans certaines cases, de petites fenêtres sont faites dans
les parois, mais, malgré cela, le grand défaut de ces habitations est
d’être peu aéré. Le sol est battu, enduit d’une couche de bouse de
vache, et, au centre, une légère dépression chez les Malinkés, où une
petite élévation circulaire d’environ cinquante centimètres de dia­
mètre indique la place du foyer.
Je passai à Dikhoy une excellente journée. La chaleur était très
supportable et le vent d’Est avait sensiblement diminué d’intensité.
Dès mon arrivée, j’expédiai à Lillacounda un courrier pour y annon­
cer ma visite pour le lendemain.
Dans la soirée, un chef de village des environs qui s’y trouvait
de passage vint me faire visite. Notre entretien fut à un moment
donné interrompu par un incident que je tiens à relater ici, car il
montrera que, bien que les Malinkés subissent l’influence de l’Isla­
misme, ils n’ont pas abandonné toutes leurs superstitions. Mon petit

�444

ANDRÉ RANÇON

domestique Gardigué Couloubaly jouait devant la porte de ma case
avec un petit oiseau dont il s’était emparé le matin pendant l’étape.
Il lui avait attaché un morceau de fil à une patte et il le faisait
voler, non sans le brutaliser. C’était un de ces jolis petits passe­
reaux que l’on désigne sous le nom de « petit Sénégalais ». Le
chef l’ayant aperçu me demanda de donner l’ordre â Gardigué de
rendre la liberté au petit animal. Cela lui ferait grand plaisir,
ajouta-t-il, car il était parent de cet oiseau. Son diamou (nom de
famille) était Siclibé. J ’y consentis, mais à la condition qu’il médirait
comment il se trouvait parent de ce petit animal. Donc, dès que Gar­
digué, sur mon ordre,eût détaché le fil qui retenait l’oiseau prison­
nier, et dès que notre homme se fût bien assuré que son parent s’était
envolé au loin,il me raconta la légende suivante que je transcris
ici fidèlement: «Un jour, mon grand-père, le premier des Sidihés,
» étant allé à la chasse à l’éléphant, s’égara dans la forêt et malgré
» toutes ses recherches ne put retrouver sa route. Il arriva ainsi
» dans un désert au mileu duquel il marcha pendant trois jours
« sans pouvoir trouver de l’eau pour se désaltérer ; mourant de
» soif, il s’était couché un soir se demandant s’il serait encore
» vivant le lendemain. Au point du jour, il fut réveillé par un
» petit oiseau qui chantait sur l’arbre au pied duquel il s’était
» étendu. C’était un « petit Sénégalais. » A peine mon grand-père
» fut-il debout qu’il se mit à voltiger autour de lui et devant lui,
» essayant de lui faire comprendre qu’il devait le suivre. Mon
» grand-père ne douta pas un seul instant que l’oiseau était venu
» là pour le sauver. Il le suivit donc partout où il voulut le con» duire et vers le milieu du jour, ils arrivèrent sur les bords d’un
» ruisseau où tous les deux se désaltérèrent. Puis l’oiseau reprit son
» vol et le conduisit jusque dans son village, où il le quitta dès
» qu’il l’eût vu en sûreté. C’est depuis cette époque que les Sidi» bés sont parents du «Petit Sénégalais,» car, sans lui, notre père
» serait infailliblement mort. Aussi nous est-il interdit à tous de
» le tuer, de manger sa chair ou de souffrir qu’on lui fasse du mal
» en notre présence ».
Des légendes analogues se transmettent, du reste, dans toutes
les familles au Soudan et chacune est alliée à un animal quel:
conque. C’est ainsi que les Keitas sont parents de l’hippopotame,
sans doute parce que leur ancêtre Soun-Dyatta, d’après la tradi-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

tion, avait été métamorphosé en hippopotame un jour qu’il se bai­
gnait à Koulicoro, sur le Niger. Les N’Diaye sont parents du lion,
et les Dialo, de la perdrix, si je ne me trompe. D’autres sont alliés
au scorpion, d’autres enfin au guépard. Le colonel Galliéni, dans
la remarquable relation qu’il a faite de son voyage au Soudan Fran­
çais, rapporte un fait curieux à ce sujet, que je crois devoir rap­
peler ici, car il est typique. La mission dont il était le chef, pen­
dant son séjour à Nango, dans le pays de Ségou, avait à la suite
d’un réel danger couru par le D1' Tautain du fait d’un trigonocépliale qui lui était passé sur le corps sans le mordre heureusement,
découvert dans le toit de la case qu’elle habitait, un nid de ces
malfaisants animaux. On voulut remédier à ce danger permanent
en incendiant le hangar et en en construisant un autre, mais on
dut céder aux prières du cuisinier Yoro, qui, parent du trigonocéphale, s’était mis à implorer les membres de la mission
en leur disant qu’il leur arriverait malheur s’ils détruisaient
des animaux qui ne leur avaient fait encore aucun mal. Je
laisse ici la parole à l’auteur qui fut lui-même témoin du
fait. « Le désespoir de notre pauvre cuisinier nous fit beaucoup
» rire et pensant que nous allions bientôt partir et qu’en somme
» la reconstruction de notre hangar allait nous priver d’abri pen» dant plusieurs jours, nous avons écouté ses supplications. Yoro
)) était parent de toute la famille des reptiles ; car quelques jours
» auparavant, un fait à peu près semblable s’était présenté. Je le
» vis arriver tout ému, me demandant avec insistance à lui prêter
)) deux mille cauris : « Et pourquoi faire? » lui dis-je. « Donne
» toujours, capitaine ; à mon arrivée à Saint-Louis, tu me retien» dras sur mes gages vingt francs, cinquante francs même si tu
» veux ». J ’eus bientôt l’explication de son insistance : derrière
» lui venait un chasseur Peulli qui venait de s’emparer d’un boa,
» qu’il avait sans doute surpris pendant son sommeil et dont la
» tête et la queue, fortement liés, l’empêchaient de nuire. Yoro
» voulait racheter son parent. Je me laissai encore émouvoir et
» donnai les deux mille cauris. Yoro prit délicatement le boa et
» s’enfonça dans la campagne avec son précieux fardeau. Nous ne
» le vîmes reparaître que le soir, ayant rendu la liberté au ser» pent. Il ne voulut jamais nous donner d’explication sur sa sin­
g u liè re parenté ».

�446

ANDRÉ RANÇON

De Tomborocoto à Dikhoy la route suit une direction générale
Sud-Sud-Est; ces deux villages sont distants d’environ quinze
kilomètres.
19 Janvier. — Nuit relativement chaude. Le vent de Nord-Est a
soufflé toute la nuit. Ciel couvert; au réveil, brise de Nord-Est. Le
soleil se lève voilé. Ciel couvert et bas. La température est assez
fraîche. Rosée peu abondante.
A trois heures quarante-cinq minutes du matin, je réveille mes
nemrods. Les préparatifs de départ sont lentement faits et, contre
mes prévisions, les porteurs sont réunis en temps voulu. Aussi
pouvons-nous nous mettre en route à quatre heures et demie. Le
chef du village vient m’accompagner jusqu’au delà du tata et « me
mettre dans la bonne route ». Je lui serre la main avant de monter
à cheval, ainsi qu’au fils du chef de Badon qui me quitte là pour
retourner auprès de son père. Je suis encore bien faible, mais ma
santé s’améliore sensiblement.
La route se fait péniblement pour moi, et pour franchir les
marigots, je suis obligé de descendre de cheval et de me faire
porter par mon vieux Samba, le palefrenier, et par mon fidèle
Almoudo. A. cinq heures nous traversons le marigot de Fafa-Kô et
à cinq heures quinze celui de Fangoli. Il est six heures dix quand
nous passons au petit village de culture de Médina et à travers ses
lougans qui sont immenses et bien cultivés. Ils appartiennent à
Sillacounda et sont situés sur les versants de petites collines qui
s’étendent jusqu’à la Gambie, que nous longeons pendant quelque
temps. Dans cette partie de la route, on chevauche, pendant envi­
ron deux kilomètres, sur la rive gauche de la Gambie et le sentier
se déroule au pied d’une colline à pic dont la hauteur est environ
de 40 à 50 mètres. Il faut en faire l’ascension un peu plus loin
pour arriver au village de Diengui.
Diengui est un village Diakanké dépendant de Sillacounda. Sa
population est d’environ 150 habitants. Il est situé au sommet
d’une petite colline et ne possède ni sagné ni tata. De là on a une
vue splendide. Au pied de la colline, la Gambie, à l’horizon, à l’Est,
les plaines immenses du Dentilia, au Sud et à l’Ouest les collines
du Niocolo. C’est un des plus beaux sites que j’ai rencontré au
Soudan. Les habitants de Diengui sont de paisibles agriculteurs qui
sont venus se fixer là pour y cultiver la terre qui y est très fertile.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Nous faisons la halte sous l’arbre à palabres du village, un superbe
fromager (Bombax), et la température s’est tellement refroidie que
nous y allumons de grands feux de brousse pour nous réchauffer.
Peu après notre arrivée, le chef du village, accompagné de ses
notables, vint me saluer et m’offrir une vingtaine d’œufs frais qui
sont les bienvenus. En causant avec lui, il m’apprend que Sillacounda, le village où j’avais décidé de faire étape, était fort peu
éloigné de Laminia. Ils n ’étaient séparés que par la Gambie qui
était guéable, en cette saison, un peu en amont de Sillacounda. « 11
» vaudrait mieux que tu passes la Gambie ce matin, en plein jour,
» et que tu ailles camper à Laminia, me dit-il, ce serait plus pru» dent que de la passer demain matin pendant la nuit. D’autant
» mieux que cela te permettrait de partir de très bonne heure
)) pour te rendre à Médina-Dentilia, qui est très éloigné». Je me
rendis sans peine à ce raisonnement et dépêchais aussitôt un
homme en avant avec la consigne d’aller annoncer au chef de
Laminia que j’irai camper chez lui aujourd’hui. En passant à
Sillacounda, il devait informer le chef de ce changement d’itiné­
raire et lui dire de tout préparer pour qu’en arrivant, je puisse
immédiatement passer le fleuve.
Après avoir remercié ce brave chef de son précieux renseigne­
ment et après nous être bien réchauffés, nous nous remîmes en
route et arrivâmes sans encombre à Sillacounda, à huit heures
dix minutes.
Sillacounda est un gros village Diakanké d’environ huit cents
habitants. Il est situé sur un petit monticule qui s’élève au milieu
d’une vaste plaine bien cultivée et est à peine distant de quelques
centaines de mètres de la Gambie. Son tata tombe en ruines, et
en maints endroits est remplacé par une simple palissade en tiges
de mil. Les habitants sont des musulmans fanatiques, grands
agriculteurs et éleveurs de bestiaux. Le village possède un trou­
peau de 150 têtes environ. Il est mal entretenu, malpropre et
beaucoup de cases tombent en ruines. Par contre, il possède
de nombreux pieds de papayers. Les fruits de cet arbre, à cette
époque de l’année, ne sont malheureusement pas encore mûrs.
Nous nous arrêtons à une centaine de mètres environ du village.
Le chef et les principaux notables viennent m’y saluer ; il me
faut leur expliquer pourquoi je ne reste pas camper dans leur

�44§

ANDRÉ RÀNÇÔN

village. Ils comprennent parfaitement mes raisons, me don­
nent les conseils et les indications nécessaires pour le passage de
la Gambie et le chef lui-même m’accompagne jusqu’au lieu où se
trouvent les pirogues. Mais ce palabre nous fait perdre une demiheure environ et il commence à faire très chaud quand nous
arrivons enfin sur les bords du fleuve. Aussi ne suis-je pas fâché
de m’y mettre à l’ombre des arbres superbes qui couvrent la rive
gauche.
Les porteurs et les animaux remontent un peu le cours du
fleuve sous la conduite du fils du chef et vont traverser au gué qui
se trouve à environ huit cents mètres en amont. Pour moi je passe
en pirogue avec Almoudo, Gardigué et le cuisinier et fais porter
sur l’autre rive mes objets les plus précieux par ce moyen. Ils
auraient pu être mouillés si les porteurs avaient traversé le gué en
les portant sur leur tête, d’autant plus, me dit le chef, qu’en cet
endroit la Gambie est pavée de roches excessivement glissantes.
Mais il me faut attendre au moins vingt minutes avant de pou­
voir traverser, car les pirogues sont amarrées à l’autre rive et elles
appartiennent à Laminia. Celles de Sillacounda ne .sont pas là, les
pêcheurs du village, partis à la pêche depuis deux jours, les ont
emmenées.
Cela me permit de voir dépecer un beau bœuf, sur la berge; à
son sujet, les hommes de Sillacounda me racontèrent qu’il avait été
happé le matin même par un énorme caïman. Pendant qu’il buvait
tranquillement au fleuve, cet immonde animal l’avait brusquement
saisi au museau et l’avait attiré dans l’eau où il l’avait noyé. Mais
es bergers qui gardaient le troupeau lui avaient tiré plusieurs
coups de fusil et lui avaient fait lâcher prise. Le bœuf avait alors
été ramené à la rive, saigné, et on le dépeçait pour le distribuer
entre les gens du village. Les accidents de ce genre sont communs
à Sillacounda. Aussi faut-il avoir soin, lorsque l’on fait boire les
troupeaux, de bien veiller et de tirer sur chaque caïman qui
montre sa tête au large. Le bief de Sillacounda en est absolument
infesté.
La traversée de la Gambie se fit sans aucun accident et nous
abordâmes sur la rive opposée au milieu d’un fourré où je remar­
quai de nouveaux échantillons de cette liane dont les indigènes
Utilisent le fruit pour la pêche. La pirogue qui nous porta était

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

creusée dans un tronc de ca'ïl-cédrat. Les dimensions en étaient
relativement très-grandes. Sa longueur atteignait quatre mètres et
sa largeur quatre-vingts centimètres. Le végétal qui avait donné
une semblable bille de bois devait être absolument énorme.
La liane qui donne le fruit dont les indigènes se servent pour
empoisonner le poisson se trouve partout au Soudan et de préfé­
rence sur les bords des marigots. Elle nous a semblé appartenir à
la famille des Cucurbitacées. Sa tige est excessivement volubile et
atteint en longueur des dimensions considérables. Son plus grand
diamètre ne dépasse pas deux centimètres. Elle est munie de vrilles
nombreuses. La face supérieure de ses feuilles est verte, velue. La
face inférieure est également velue, mais elle est blanchâtre. La tige
et les rameaux sont couverts de poils durs et rugueux au toucher. Le
fruit est une capsule déhiscente verte quand elle est mûre, de cou­
leur marron quand elle est sèche. Gette capsule, arrivée à maturité,
contient des libres fines, rugueuses, qui la cloisonnent, et c’est dans
ces fibres que sont noyées les graines. D’après les indigènes, ces
fibres 11e seraient toxiques que pour le poisson. Il les écrasent
entre les mains, les jettent dans les marigots et les rivières surtout
aux endroits où le courant se fait à peine sentir. Le lendemain ils
reviennent recueillir le poisson qui a été empoisonné pendant la
nuit, et la pêche est toujours excessivement fructueuse. On peut
voir de nombreux échantillons de ces lianes dans tous les villages
du Kaméra, sur la rive gauche du Sénégal. Les clôtures en tiges de
mil des cases en sont absolument tapissées,
En débarquant sur la rive droite de la Gambie, je trouve mon
cheval tout sellé que mon brave Samba tenait en bride en m’atten­
dant. Dix minutes après nous arrivions à Laminia, après avoir tra­
versé de superbes lougans où paissaient de beaux troupeaux de
bœufs et de moutons.
De Dikhoy à Laminia, la route suit une direction générale S.-S.Est, et les deux villages sont distants l’un de l’autre d’environ
18 kilomètres et demi. Gette route est loin d’être facile. Elle pré­
sente deux gros obstacles, le passage du marigot de Fangoli et
celui de la Gambie. Le marigot de Fangoli est peu large et relati­
vement peu profond ; mais son lit est encombré de roches et ses
bords à pic et formés d’argiles glissantes en rendent le passage
dangereux, pour les animaux surtout. La Gambie, à l’endroit où on
A n d ré R a n ço n . — 29.

�450

ANDRÉ RANÇON

la passe à gué, est large d’environ deux cents mètres. Son lit est obs­
trué par de nombreuses roches glissantes et le courant y est assez
rapide. Aussi, le passage demande-t-il de grandes précautions. On
ne doit s’y engager avec des animaux chargés qu’après l’avoir
soigneusement explorée.
Au point de vue géologique, rien de bien particulier â signaler.
Après avoir quitté Dikhoy et jusqu’à un kilomètre environ de
Fangoli, on traverse un terrain couvert de roches et conglomérats
ferrugineux. A partir de Fangoli et jusqu’au village de culture de
Médina, nous n ’avons plus que des argiles qui recouvrent un
sous-sol de terrain ardoisier. Médina et Diengui se trouvent au
milieu d'une large bande de latérite qui s’étend jusqu’à la Gambie.
A deux kilomètres de Diengui, elle fait de nouveau place aux
argiles et réapparaît à Lrois kilomètres environ de Sillacounda. La
plaine qui s’étend devant le village et le monticule sur lequel il est
construit sont uniquement formés de ce terrain. 11 en est de même
pour La mini a.
Au point de vue botanique, nous signalerons tout particulière­
ment l’extrême abondance des karités. On trouve ce précieux
végétal tout le long de la route et la plaine de Sillacounda en est
absolument couverte. C’est là où j’ai rencontré les plus beaux et
les plus nombreux spécimens de cette espèce végétale. Les lianes
Saba y sont également très abondantes, surtout aux bords des
marigots et sur les rives de la Gambie. Citons enfin la Casse et le
Touloucouna.
La Casse est une gousse siliquifonne qui est produite par le
Caneficier (Cassiafistula L. ), famille des Légumineuses-cæsalpinées.
Le Canéficier est un arbre assez grand à feuilles composées, gla­
bres; fleurs en grappes pendantes à pétales jaunes. Le fruit, connu
sous le nom de Casse, est une gousse siliquifonne indéhiscente. Sa
longueur est environ de quinze à cinquante centimètres et épaisse
de deux à trois millimètres. Elle est lisse, noire, pourvue de deux
sutures longitudinales, marquées de sillons annulaires qui corres­
pondent à autant de cloisons transversales. Les graines sont situées
entre ces cloisons et noyées dans une pulpe qui est la partie active.
Les indigènes ignorent les propriétés de la casse, mais se servent
de l’écorce du canéficier, qui contient beaucoup de tannin, pour
tanner leurs cuirs. Le canéficier est assez commun au Soudan;

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

451

mais c’est surtout dans le grand et le petit Bélédougou et dans le
Niocolo que nous en avons relativement vu le plus grand nombre
d’échantillons.
Le Touloucouna appartient à la famille des Méliacées. C’est le
Carapa Touloucouna L. Il croît surtout dans les rivières du Sud
et dans le Niocolo, où nous n ’en avons vu du reste que deux
échantillons : il est bien plus particulier à la région la plus
septentrionale dans laquelle il est commun. Ses graines, bouillies
dans l’eau, puis pilées et pressées, donnent une huile onctueuse
et très amère. Sa couleur est d’un jaune pâle et pourrait servir à
la fabrication des savons. Dans les rivières du Sud, les indigènes
s’en servent pour panser certaines plaies. Ils prétendent qu’en s’en
frottant les pieds on peut aussi se préserver des atteintes de la puce
chique [Pulex pénétrons). Nous ignorons si au Niocolo on connaît
ses propriétés.
Laminia est un gros village d’environ six cents habitants. Sa
population est uniquement composée de Diakankés. Il est situé à
environ un kilomètre de Sillacounda, sur la rive droite de la Gam­
bie. Il est situé au milieu d’une vaste plaine bien cultivée et cons­
truit sur un petit monticule qui la domine d’environ 20 ou 25 m.
11 est dépourvu de ta ta et de sagné et est très mal entretenu. Les
habitants sont de paisibles agriculteurs qui se livrent avec passion
à la culture de leurs vastes lougans et à l’élevage de leurs bestiaux.
Toute la plaine, en effet, au centre de laquelle s’élève cet important
village, est transformée en immense champ de mil, maïs, arachi­
des. Ils sont très bien entretenus. Aussi les greniers regorgent
ils de provisions de toutes sortes. De même ils apportent un soin
tout particulier dans l’élevage de leurs bestiaux. Leurs bœufs sont
magnifiques, et iis en possèdent un troupeau d’environ deux cents
têtes. Les moutons et les chèvres abondent. Ils sont généralement
gras et donnent une excellente viande de boucherie.
Bien que Laminia soit situé sur la rive droite du fleuve, il fait
quand même partie du Niocolo. Ses habitants sont de la même
famille que ceux de Sillacounda.
Laminia me lit un accueil plein de prévenances et les Dia­
kankés auraient bien voulu me garder plusieurs jours encore, mais
je me vis forcé, à regret, de décliner leurs offres et, malgré la
plantureuse réception que j’y reçus, je décidai quand même de

�452

ANDRÉ RANÇON

partir le lendemain matin. Les habitants de Sillacounda ne lurent
pas moins obligeants que ceux de Laminia. Peu après mon arrivée,
le chef et les notables .vinrent me faire visite eL m’apporter du lait,
des œufs et du mil. De plus, ils m’envoyèrent dans l’après-midi
un joli petit bœuf qui fut aussitôt mis à mort et distribué entre
mes hommes et ceux du village.
La journée se passa bien. Le ciel resta couvert, le soleil voilé,
et malgré un fort vent de Nord-Est la température fut très sup­
portable.
Vers deux heures de l’après-midi, j’entendis tout-à-coup éclater
dans le village de nombreux coups de fusil. Je lis demander au
chef, par Almoudo, ce que cela signifiait. Lime fit répondre que
c’était parce que les marchands de kolas venaient d’arriver, qu’on
brûlait un peu de poudre, selon la coutume, en pareille circonstance.
Le kola joue, en effet, un grand rôle dans la vie des indigènes du
Soudan, et il s’en fait un commerce relativement important. Nous
avons pu faire à son sujet, pendant nos différentes campagnes au
Sénégal et au Soudan, de curieuses observations, et recueillir des
renseignements précieux sur son commerce, Je rôle qu’il joue au
Soudan dans la vie des indigènes et celui qu’il est appelé à jouer
dans celle des Européens que les exigences du service ou de la
profession forcent à résider sous ce climat meurtrier. Bien que celte
question soit un peu en dehors de notre sujet, je ne crains pas de
la traiter ici, car j’estime qu’un travail sur le Soudan serait incom­
plet s’il n’y était pas parlé du kola à un point de vue quelconque.
Nous lisons dans la Monographie des kolas africains de M. le
professeur Heckel, le passage suivant qui nous semble bien résumer
ce que nous avons observé sur le kola au Soudan français, et que
notre but est d’exposer plus loin d’une façon aussi détaillée que
possible. « Le kola ou gourou, ou café du Soudan (Cola ou Sterculia
» acuminala, R. Brown), vit entre le 5° de latitude Sud et le 10° de
» latitude Nord ; il est en plein rapport à dix ans et peut donner jus)) qu’à 45 kilogrammes de noix chaque année. Il y deux récoltes,
» l’une en juin, l’autre en novembre. Les graines de chaque noix
» pèsent entre 5 et 25 grammes ; les unes sont d’un blanc jaune,
» les autres d’un rouge un peu rosé ; de là vient la distinction
)) entre les kolas rouges et les kolas blancs ; les graines mises
» dans un couffin bourré de feuilles qui les recouvrent, peuvent se

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

)) conserver fraîches pendant 25 à 30 jours. Sur le littoral, les deux
» principaux marchés sont dorée et les établissements de la Gambie,
)) le prix des kolas y varie de 225 à 560 francs les 100 kilog.
» Le kola est un antidysentérique et un aphrodisiaque puis» sant ; comme le maté et la coca, il calme la faim et permet de
» supporter de graudes*fatigués ; les noirs en font une consomma» tion considérable. »
Nous n’avons point l’intention de faire ici une étude absolument
complète du kola. Après les savants travaux du professeur Heckel,
de Marseille, nous estimons qu’il n’y a plus rien à dire sur l’histoire

Graines de Kola : A et B, variété ronge ; C, variété blanche.

botanique et l’action soit physiologique, soit thérapeutique, de cette
précieuse substance. Nous nous bornerons simplement à étudier
les produits de ce végétal (graines), au triple point de vue du com­
merce, du rôle qu’il joue dans la vie des indigènes et de celui qu’il
est appelé à jouer au Soudan français dans l’alimentation des Euro­
péens.
Lieux de production et culture du Kola au Soudan Français. —
D’une façon générale, nous pouvons dire que notre colonie du
Soudan français, proprement dite, ne possède aucun lieu de produc­
tion du kola. Il n’en est pas de même dans certaines autres régions

�454

ANDRÉ RANÇON

soumises à notre protectorat, surtout dans le Sud. Binger l’a trouvé
dans la plus grande partie des régions qu’il a visitées dans le cours
de son voyage au pays de Kong, et, d’après cet auteur, le kola
n’arriverait à maturité qu’à partir du 8°1' de latitude Nord, et, à
mesure qu’on s’avancerait vers le Sud, il deviendrait de plus en

Rameau floral et fruit du kolatier.

plus abondant. Il n’a commencé à le rencontrer qu’à partir du 11°
de latitude Nord ;mais, à celte latitude, il ne produirait même plus
de fruits. Nous trouvons, en effet, à ce sujet, dans la relation de cet
important voyage, le passage suivant qui est concluant. L’auteur
décrit le village de Kuitampo et il termine ainsi : « Quelques habi» tâtions renferment aussi de jeunes arbres à kola, arbres de luxe

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

455

» seulement, car ils ne produisent, pas autre chose que des fleurs,
» et l’on ne rencontre quelques exemplaires donnant des fruits
» qu’à une quarantaine de kilomètres dans le Sud ». AKuitampo,
on le trouve environ à 8° kde latitude Nord. Jusqu’à quelle latitude
trouve-t-on le kola dans le Sud, nous ne saurions le dire. Toutefois,
il semblerait ne plus être cultivé à partir de 6°30' de latitude Nord.
Le kola, d’après ce que nous venons de dire, ne serait donc cul­
tivé par les indigènes que du 8°i' au 6°30’ de latitude Nord. On le
trouve cependant ailleurs que dans les plantations.
Les forêts de certaines régions en renferment en notable quan­
tité. Les indigènes le cultivent en grand dans les régions qu’il affec­
tionne particulièrement. Binger, le seul voyageur qui ait peut-être
observé attentivement à ce sujet, le constate à chaque instant. La
relation de son voyage est pleine d’attestations de ce genre. Nous
n’en citerons qu’une seule, car elle est typique : « En quittant
Babraso, nous traversons « de splendides plantations de kola. Ces
arbres sont plantés en quinconces alternant avec des palmiers à
huile ».
Le kola ne serait donc pas cultivable au Soudan français,
puisque cet arbre n ’apparaîtrait qu’aux environs du 11° de latitude
Nord. Nous croyons cependant qu’il serait bon de s’assurer de ce
fait par des essais méthodiques. Peut-être pourrait-on, par des
soins entendus, arriver à un résultat satisfaisant.
Dans le cours du voyage que nous venons de faire au Soudan,
nous avons trouvé dans la Gambie, la Haute Falémé et jusque dans
le Bambouçk, une sterculiacée qui est bien voisine du kola par
tousses caractères. Nous voulons parler du N’iaba (sterculia cordifolia). Partout où nous l’avons vu, il acquiert des proportions énormes.
Il est très commun dans les cercles de Siguiri et de Bammako. il
nous souvient en avoir vu une belle plantation aux environs de ce
dernier poste. Elle fut créée en 1883, par notre excellent ami, M. le
vétérinaire Korper, et, grâce à ses soius et à la connaissance appro­
fondie qu’il possède de la culture,elle s’est rapidement développée.
Ne serait il pas possible de faire de même pour le kola. Pourquoi
ce végétal ne prospérerait-il pas là où pousse le N’taba ? Aucun
essai n’a encore été sérieusement fait à ce sujet. Seul, mon bon ami,
le commandant Quiquandon, de l’infanterie de marine, en a fait
dans le Kénédougou, pendant son séjour à Sikasso, une planta-

�456

ANDRÉ RANÇON

tion qui, à son départ, était en bonne voie de prospérité. Il nous
l’a lui-même déclaré. Je crois qu’avec des soins on pourrait arriver
à propager ce végétal dans notre colonie. Ce serait une source de
profits considérables. De même, croyons-nous, il serait bon de
tenter dans nos autres colonies tropicales des essais de cette
nature. Déjà aux Antilles, par 14°5, de latitude Nord, on a pu obte­
nir, sous ce rapport, d’après les avis et les conseils de M. le profes­
seur Heckel, des résultats satisfaisants. Nous avons vu des pho­
tographies de ce végétal venu dans ce pays et qui ne laissent
aucun doute à ce sujet. C’est là une question sérieuse à étudier et
à élucider au plus tôt, car, nous le répétons, l’exploitation du kola
serait des plus rémunératrices.

Panier à kola.

Le Kola au point de vue commercial. — Le commerce du Kola qui
se fait au Soudan Français est des plus importants. Nous pour­
rions même dire que c’est le seul produit qui fasse l’objet de tran­
sactions suivies, et, à ce point de vue, nous sommes absolument
tributaires des colonies anglaises de Sierra-Leone et de SainteMarie-de-Bathurst. Le kola pénètre dans notre colonie par plu­
sieurs voies, mais les quantités qui nous viennent par la voie
anglaise sont de beaucoup plus considérables.
Saint-Louis qui, lui-même, le reçoit de Gambie et de SierraLeone, n’en exporte au Soudan par Bakel et Médine que de très
faibles proportions. C’est surtout par Mac-Carthy que se fait l’im-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

457

portation pour tous les pays situés au nord de la Gambie : Ouli,
Kalonkadougou, Sandougou, Bondou, Bambouck.
Nous avons pu, pendant notre séjour dans cette ville, nous
convaincre de l’importance de ce commerce. Nous avons été heu­
reux de constater qu’il était là tout entier entre les mains du
ûégoce français, que la Compagnie française de la côte occidentale
d’Afrique représente si avantageusement et si dignement dans
toutes ces régions. Les kolas qu’elle importe lui viennent de SierraLeone par Bathurst. C’est par balles de 25, 50 et 100 ldlog. qu’elle
les livre à ses clients de l’intérieur. Ils sont surtout échangés
contre des produits en nature : arachides, cire, ivoire, caoutchouc.
La seconde voie d ’importation par laquelle le kola pénètre au
Soudan Français, est celle du Fouta-Diallon. La ville où se prati­
quent le plus les transactions commerciales concernant ce produit,
le plus grand entrepôt est Kédougou, dans le Niocolo. De tous les
points des régions situées entre le Niger et la Falémé, les dioulas
affluent et vont y faire leurs achats. C’est surtout du mois de
novembre au mois de juin que les transactions sont les plus
actives. Elles seraient encore bien plus considérables si les almamys du Fouta-Diallon n’avaient pas frappé ce produit d’une taxe
exorbitante. Ainsi, tout dioula qui exporte de Kédougou ou
d’un point quelconque du Fouta-Diallon ou de ses provinces
tributaires, le kola doit payer à la sortie une pièce de guinée ou
sa valeur par charge d’âne, soit 50 ldlog. et une demi-pièce ou sa
valeur par charge d’homme, soit 25 ldlog. Cet impôt est énorme,
surtout si l’on songe que, dans ces régions, une pièce de guinée
vaut de 18 à 25 francs. A Kédougou, tout le commerce des kolas
est entre les mains des-Sarracolés, et nous en avons vu qui opé­
raient sur de grandes quantités et réalisaient de beaux bénéfices.
Les kolas leur sont apportés du sud par des dioulas, Peulhs et
Malinkés surtout. Les achats se paient eu étoffes, sel, verroterie,
poudre et surtout en captifs.
Le kola jouit à Damentan (Haute-Gambie) et dans le pays des
Coniaguiés (contrefort du Fouta-Diallon) de la même faveur que
dans tout le reste du Soudan. Les Coniaguiés en sont particulière­
ment friands, j’ai pu le constater à l’empressement avec lequel ils
acceptèrent les cadeaux que je leur faisais de cette graine. Par
contre, ils trouvent difficilement à satisfaire leur gourmandise,

�458

ANDRÉ RANÇON

car le kola y est très rare. Bien que Damentan et le Coniaguié soient
relativement peu éloignés de Kédougou, le grand marché de kolas
du Niocolo, ils en reçoivent fort peu par cette voie. La plus grande
partie de ce qu’ils consomment leur vient de Labé et surtout de
Mac-Carthy, elle leur est apportée par les rares dioulas qui sont
assez hardis pour s’aventurer dans leur pays sauvage fermé à tout
étranger. Aussi, le prix en est-il très élevé, si exorbitant même,
que le kola est considéré dans ces régions comme une marchandise
de luxe, et qu’il y fait l’objet d’un commerce insignifiant. L’arbre
à kolas est absolument inconnu dans ces deux régions, mais j’ai la
conviction qu’il y viendrait bien, en raison de la nature du sol et
du climat.
Une autre voie de pénétration est celle du Diallonkadougou
et du Dialloungala. Je n’ai que des données très vagues sur
l’importance du commerce de kola qui se fait dans ces régions,
car je ne les ai pas visitées; mais je puis affirmer avoir souvent
rencontré, dans mes voyages à travers le Bambouck, des dioulas
qui s’y rendaient pour y faire leurs achats ou qui en revenaient.
La plus grande partie des kolas qui se consomment sur les
bords du Niger vient du Sud et de l’Est par les marchés de Tengrela, Kankou, et par la voie du Fouta-Diallon par Timbo et
Dinguiray.
On ne saurait s’imaginer l’importance de ce commerce dans les
régions comprises dans la boucle du Niger et dans les régions
situées au Sud. Il n ’y a qu’à lire l’ouvrage de Binger pour s’en
rendre un compte exact. Eu parlant du commerce de l’importante
ville de Kong, il dit : « Les tilles de l’àge de six ou sept ans ven­
dent et colportent des kolas dans la ville » ; et plus loin : « Les
femmes des petits marchands, qui sont forcés de passer au loin
une partie de l’année, vivent pendant l’absence de leurs maris en
vendant des kolas, etc. » Nous relevons dans le passage où il décrit
l’important marché de Bobo-Dioulasou : « Les Haoussas sont très
uombreux ici, ils apportent tous du sel pour emporter des kolas. »
A propos du gros village de Ouakara, il nous dit que l’élément
Peulh n’y est représenté que par quatre familles, et que ce village
fait un « gros trafic de sel et de kolas ». Plus loin, il nous apprend
que les caravanes qui se rendent du sud vers le'Haoussa, « sont
surtout chargées de kolas ». « Takla, dit-il plus loin, est un village

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

459

fort prospère. Les habitants s’occupent activement du commerce
de kola, et bon nombre de gens de Kong et de Bouabé viennent
y faire provision de ce produit. » Ces quelques citations sont
amplement suffisantes pour montrer toute l’importance de ce
produit dans cette partie du Soudan.
Les kolas qui parviennent à Bakel et à Mac-Carthy sont em­
ballés dans de grands paniers à l’aide de feuilles très grandes d’un
autre végétal congénère ou de l’arbre producteur lui-même. Ces
paniers pèsent de 25 à 100 kilog. environ. Ainsi préparée, la graine
se garde longtemps intacte et peut impunément se transporter.
Mais, dans l’intérieur, ce procédé n’est pas pratiqué. De semblables
charges sont très lourdes et très encombrantes pour les moyens de
transport dont disposent les Dioulas. Tout, en effet, est porté dans
ces régions à tête d’homme ou au moyen d’ânes. Aussi l’embal­
lage est-il bien différent. Les kolas sont toujours noyés dans une
grande quantité de larges feuilles d’une Sterculiacée quelconque,
ou, à défaut, de paille de fonio légèrement humide. Le panier, au
lieu d’être rond, a une forme elliptique.
Il est tressé à l’aide de jeunes tiges d’arbres et présente des
mailles assez longues, de façon, sans doute, à être bien aéré, afin
d’éviter probablement la fermentation des graines. Il est porté à tête
d’homme, et deux cordes, fixées à la partie antérieure, permettent
au captif de maintenir l’équilibre sans trop de fatigue. Les charges
d’ânes sont, le plus souvent, emballées dans de vieilles toiles ou
dans des pagnes hors de service et solidement ficelées à l’aide de
cordes faites avec des fibres de bambous ou de baobab. C’est ainsi
que les kolas arrivent sur les marchés de Bakel, Kayes, Médine,
Bafoulabé, Kita, etc.
Le commerce de détail est des plus répandus. On peut dire que,
dans tout le Soudan Français, il n’y a pas de village de quelque
importance qui n’ait ses marchands de kolas. Dans les centres
importants, c’est au marché que se tiennent les débitants. Dans
les petits villages, c’est dans les cases même qu’ils installent leurs
produits. En tout lieu, ils ont rapidement écoulé leur marchandise.
Les prix en sont excessivement variables. Ils dépendent sur
tout du plus ou moins grand éloignement des centres de pro­
duction et de la plus ou moins grande abondance des arrivages.
Dans certains villages du Bambouck, nous les avons vu vendre

�460

ANDRÉ RANÇON

dix centimes l’un; à Bakel, à Kayes et à Médine, ils sont un peu
moins chers, et à Bammako, il nous est arrivé de les payer en
moyenne quinze à vingt centimes la pièce. Il faut dire aussi que,
là, ils sont beaucoup plus volumineux que dans les régions situées
plus à l’Ouest. En général, le kola blanc est bien plus estimé que
le kola rouge. Aussi se vend-il un peu plus cher partout ; mais, en
général, les deux espèces sont mélangées à peu près en parties
égales dans les achats.
Nous ne saurions évaluer en argent l’importance de ce com­
merce, mais nous pouvons affirmer qu’il est très considérable et
doit donner lieu à un chiffre important d’affaires.
Rôle que joue le kola dans la vie des indigènes au Soudan. — Le
kola joue un rôle important au Soudan français dans la vie des
indigènes. Il suffit, pour s’en convaincre, de lire les relations de
voyages faits dans ce pays par les différents explorateurs qui l’ont
visité. Il a fallu que les indigènes lui trouvent des propriétés bien
salutaires pour qu’ils l’aient en si haute estime. Dans presque
toutes les circonstances de leur vie sociale on les voit utiliser cette
graine. Ainsi, chez les Bambaras et les Malinkés, s’agit-il d’un
serment, c’est sur le kola qu’ils jurent. Voici comment on procède
à cette cérémonie. Une contestation s’élève telle entre deux noirs,
un homme en accuse-t-il un autre, les anciens et les notables
devant lesquels est portée l’affaire font comparaître l’accusé. S’il
nie ce qu’on lui reproche, on lui fait prêter serment sur le kola.
Pour cela, le forgeron principal (il ne faut pas oublier que les
forgerons sont les prêtres dans les pays Malinkés, Mandingues et
Bambaras), prend un kola bien sain. Il fait placer devant lui celui
qui va jurer. Il allume alors un petit feu de paille et y passe le
kola, sans doute pour le purifier, puis le prenant de la main
gauche, il le pique en maints endroits avec la pointe de son
couteau en prononçant la formule du serment. Ces piqûres sont
faites pour bien montrer que le kola est sain.
Voici la formule la plus ordinaire de ce serment: « Je jure que
je n’ai pas fait ce dont on m’accuse; si je mens, je veux que ce kola
que je vais manger m’empoisonne dans tant de jours ». Cette
formule est répétée mot par mot par l’accusé au fur et à mesure
que le forgeron la prononce. Ceci fait, le kola est immédiatement

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

461

mangé en entier et celui qui vient de jurer est tenu de boire une
calebasse d’eau pour bien prouver qu’il ne triche pas. Ce serment
est le plus terrible qu’un Malinké ou un Bambara puisse prononcer,
et il est bien rare qu’il accepte de se soumettre à cette épreuve s’il
se sent coupable. Sans doute, il pourrait aussi bien jurer sur le
couscouss, le poulet, la viande ; mais aux yeux de tous, les ser­
ments ainsi prononcés ne valent pas ceux qui sont prêtés sur le
kola.
Autre tait : Il me souvient avoir lu quelque part, et dans je ne
sais trop quel récit de voyage, que lorsqu’un Malinké ou un Bam­
bara voulait demander une jeune Hile en mariage, il envoyait au
père huit kolas blancs. Si celui-là acquiesçait à la demande, il
renvoyait au prétendant deux kolas blancs; dans le cas contraire,
il lui faisait parvenir un kola rouge.
Dans les offrandes que les Bambaras et les Malinkés font à
leur divinité, ce sont toujours les kolas qui sont en plus grand
nombre. Je n’ai pas besoin de dire que, seuls, les forgerons en
profitent. De même, ils déposent des kolas sur la sépulture de
leurs parents et de leurs amis les plus chers.
Si on veut honorer un chef, on lui offrira toujours des kolas et,
de préférence, des kolas blancs. Tous ceux qui ont vécu au Soudan
en ont reçu et donné bien des fois durant le cours de leurs voyages
dans cette région. Enfin, si on mange un kola, le plus grand hon­
neur que l’on puisse faire à un noir est de partager avec lui. Dans
ce cas-là, ou doit détacher les deux cotylédons qui sont unis entre
eux et en offrir un à son convive. Nous pourrions multiplier à
l’infini les exemples et les faits de ce genre. Ceux que nous
venons de citer suffisent amplement, croyons nous, pour démontrer
combien le kola jouit d’une haute estime chez les peuples du
Soudan.
Il y a longtemps que les noirs ont reconnu combien cette graine
précieuse avait sur leur organisme une heureuse action. Ils lui
attribuent toutes sortes de vertus curatives. Ils l’emploient cou­
ramment contre les migraines, céphalalgies, diarrhées, dysenteries
et surtout contre l’impuissance. Mais c’est principalement quand
le noir a une longue course à faire qu’il s’en sert de préférence.
Il dit que le kola fait marcher plus vite, calme la soif, empêche
la fièvre, fait trouver l’eau la plus mauvaise excellente et, enfin,

�462

ANDRÉ RANÇON

remplace la viande. Le kola les fait-il marcher plus vite? Nous ne
croyons pas que cette accélération de la marche soit exacte. Disons
plutôt que son emploi rend la fatigue moins sensible et permet
de marcher plus longtemps. Il me revient, à ce sujet, à la mémoire,
un fait que je tiens à relater ici et qui me semble probant.
En 1888, lorsque j’étais commandant du cercle de Koundou,
je reçus, un jour, un pli de M. le commandant supérieur du
Soudan avec ordre de le faire parvenir au plus tôt à M. le com­
mandant du cercle de Bammako. Je fis immédiatement appeler le
courrier habituel du poste, Ahmady-Silla, et lui donnai la con­
signe de se rendre dans le plus bref délai à Bammako. Je lui
demandai ce qu’il désirait comme vivres de route : du sucre,
répondit-il, du biscuit et des kolas. Avec ce simple viatique, il
s’engageait à être le lendemain rendu à destination. Je lui fis
donner immédiatement ce qu’il demandait, et il se mit en route
aussitôt. Le lendemain, à une heure de l’après-midi, je recevais
une dépêche de M. le commandant de Bammako m’accusant récep­
tion du pli.
Mon homme était parti à dix heures du matin : il avait donc
mis vingt-six heures pour faire les 135 kilomètres qui séparent
Koundou de Bammako. Il fit le trajet de retour en un laps de temps
aussi court et quand je lui demandai s’il était fatigué : « Non pas
beaucoup, mais un peu, parce qu’il y en a bien bouffé Gourou
(Kola) )) (sic). Le fait n’a pas besoin de commentaires.
Le kola calme la soif et fait trouver l’eau la plus mauvaise excel­
lente. Comme preuve à l’appui de cette opinion des noirs, nous
pourrions citer les noms de bien des officiers qui, comme nous,
ont fait au Soudan un usage fréquent du kola. Nous nous conten­
terons d’affirmer ce fait, pensant bien qu’une expérience de près de
cinq années sur laquelle repose notre assertion suffira pour con­
vaincre les plus incrédules.
Les noirs remplacent volontiers la viande par le Kola ; chacun
sait que l’usage de la viande est très restreint dans les villages du
Soudan. Il faut une circonstance grave pour qu’on immole un
bœuf. Aussi les noirs mangent-ils souvent beaucoup de kolas et
prétendent-ils que cette graine peut remplacer la viande. Nous ne
saurions dire jusqu’à quel point ce fait est exact. Il me souvient
qu’à Mac-Carthy, pendant le séjour que nous y finies en 1891, la

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

plupart de nos hommes furent atteints par la fièvre, et de plus la
viande manquait souvent. Aussi leur dounais-je fréquemment des
kolas, et ils ne s’en plaignaient pas, bien au contraire.
Les noirs regardent encore le kola comme un puissant aphrodi­
siaque. Ou sait combien les peuples primitifs tiennent à conserver
le plus longtemps possible leur vigueur génésique. Aussi les peuples
du Soudan, daus ce but, font-ils une ample consommation de Kolas.
Jeunes, les hommes en mangent pour augmenter leur virilité;
vieux, pour la voir reparaître s’ils l’ont perdue, et il n’est pas rare
de voir des vieillards réduire en poudre le kola à l’aide d’une râpe
qu’ils confectionnent avec de vieilles boîtes à sardines. N’ayant plus
de dents, ils sont obligés de le réduire en poudre pour pouvoir
l’avaler et l’absorber. Nous ne saurions dire si le kola possède
réellement cette propriété si appréciée des noirs. Tout ce que nous
pouvons affirmer, c’est qu’il jouit universellement au Soudan de
cette réputation et qu’il donne, surtout aux jeunes gens, une exci­
tation assez durable. Je doute qu’il agisse de môme sur les vieillards.
Les indigènes ne se servent pas seulement du kola dans l’ali­
mentation comme médicament. Ils s’en servent aussi comme tein­
ture. Le kola possède une matière colorante rouge dont ils se
servent pour teindre leurs fils et même, dans certaines régions,
pour se teindre la barbe.
Nous empruntons ces détails à l’excellent livre du capitaine
Binger. Il dit, en effet, en parlant de Bobo Dioulasou : « On y
trouve aussi des bandes de coton de Taganora, des fibres d’ananas
écrues, rougies au kola ou teintes à l’indigo pour broder les
vêtements. » Plus loin, à propos des femmes de Kong: « Les femmes
s’occupent beaucoup d’utiliser les feuilles d’ananas, en confec­
tionnant du fil avec leurs fibres. Mis en écheveaux, ce fil est vendu
écru ou teint en rouge minium à l’aide de kola ou en bleu avec
l’indigo, ou en jaune avec le souaran. » Nous ne croyons pas que,
à part les régions visitées par Binger, le kola jouisse au Soudan
français d’une grande faveur comme substance colorante.
Nous terminerons ce chapitre par quelques dernières citations
destinées à bien montrer toute l’importance que le noir attache
au kola. Dans la relation de son voyage au pays de Ségou, Mage
rapporte le fait suivant : « Le 8 juillet 1865, à trois heures dix
minutes, Ahmadou se mit en marche ; en même temps, il

�464

ANDRÉ RANÇON

m’envoyait 100 gourous par Samba N’Diaye, qui, comme un
vrai roué, au lieu de m’en dire le nombre, me dit : « Je t’apporte
des gourous ». Et il m’en donna quelques poignées, puis affecta
de chercher dans son guiba (poche sur le devant de la poitrine),
de sorte que, croyant qu’il n’en avait plus que quelques-uns, je
lui dis : « Si tu en as encore garde-les pour toi ». Il ne m’en avait
donné que 32 et en avait encore 48, car les gourous se comptent
comme les cauris, 80 pour 100. Le soir, je le sus et lui en réclamai
quelques-uns, et bien qu’il dit les avoir tous mangés ou donnés,
je lui en fis rendre 10 ou 15. C’était, en ce moment, une marchan­
dise précieuse, car il allait falloir se tenir éveillé. » Plus loin,
lors du siège de Sansandig, les habitants, pour narguer l’armée
d’Ahmadou, lui criaient du haut des murs de la ville : « Allons
donc Foutankés (hommes du Fouta), venez donc au moins nous
attaquer, il ne manque rien ici, voici des gourous ». Et pour
compléter l’ironie, ils leur lançaient des poignées de kolas.
Ces deux faits suffisent pour prouver ce que nous avions
avancé et n’ont pas besoin de commentaires.
Rôle que le kola est appelé à jouer dans l'alimentation_ des
Européens ou Soudan Français. — Nous connaissons aujourd’hui
exactement toutes les propriétés physiologiques du kola, et nous
savons que les vertus attribuées par le noir à cette graine ne
sont pas imaginaires. Ce que depuis des siècles l’instinct de la
bête a révélé à l’homme primitif, nous en sommes encore, nous
hommes de science et de travail, à le discuter, malgré les
données les plus précises. Il faut avouer que le dernier des
nègres est plus heureux que nous. Son instinct ne le trompe pas,
tandis que notre science nous est parfois bien inutile et bien
infidèle. Pourquoi chercher à tous les faits observés des expli­
cations qui ne seront jamais qu’à la portée d’un petit nombre
d’initiés ? Pourquoi ne pas admettre simplement la réalité du fait
brutal et ne pas se contenter des résultats indiscutables d’une
expérience plusieurs fois séculaire ? Pourquoi enfin, le kola,
agissant sur l’organisme du noir, n agirait-il pas de même sur
celui du blanc ? Nous avons vu, constaté, enregistré maintes fois
les bienfaits de cette substance, non seulement sur les indigènes,
mais encore sur les Européens. Nous nous en sommes servi

�DANS LA HAUTE GAMBIE

pendant toutes les campagnes que nous avons faites au Soudan
et, en en usant modérément, nous nous en sommes toujours
bien trouvé. Nous pourrions citer des noms de camarades qui
pensent absolument comme nous après expérience.
Je ne doute pas que l’usage modéré du kola serait d’un effet
salutaire sur l’organisme trop souvent affaibli et débilité des
soldats qui font campagne au Soudan. Il y a là des essais sérieux
à tenter, et au Soudan Français, pays du kola, rien n’a encore été
fait de méthodique à ce sujet. Il n’en a pas été de même partout
et dans d’autres colonies; en France même, des expériences
sérieuses ont été faites par des hommes dont la compétence en
semblable matière ne saurait être mise en doute. Les résultats ont
été concluants. Nous-même nous avons cru de notre devoir de nous
en occuper sérieusement pendant notre dernier voyage, et, bien
que notre opinion soit de peu de poids dans une si importante
question, nous ne craignons pas de l’écrire ici et de faire connaître
ce à quoi nous sommes arrivé. Nous ne parlerons pas de l’emploi
en nature du kola. Après ce que nous venons de dire, nous estimons,
n’en déplaise à nos adversaires, que la cause est dès maintenant
entendue et jugée. Le procès est gagné. Nous ne relaterons ici,
sans aucun commentaire, que les résultats des essais tentés par
nous sur les hommes et les animaux avec les rations de guerre
au kola formulées par M. le Dr Heckel, professeur à la Faculté des
sciences de Marseille, dont la compétence scientifique et la haute
autorité morale sont universellement reconnues.
La galette (formule du Dr Heckel) pour hommes que nous avons
expérimentée sur nous-même nous a donné de bons résultats et
nous avons pu, en nous en servant pendant la première partie de
notre voyage, faire, sans trop de fatigue, de longues, de très-longues
étapes. Sans doute cette composition n’est pas parfaite, mais nous
estimons que, telle qu’elle est, elle pourrait rendre de grands
services, surtout si elle était méthodiquement administrée et si son
usage eu était surveillé par des hommes compétents et obser­
vateurs.
La galette pour chevaux pourrait être utilisée avec profit. Nous
avons pu constater, qu’au début,les animaux originaires du Soudan
ne la mangent qu’avec difficulté. Mais ils finissent par s’y habituer
rapidement. Nourris simplement avec du mil, ils ne mangent que
André Rançon. — 30.

�466

ANDRÉ RANÇON

péniblement l’orge et l’avoine qui entrent dans sa composition.
Mais deux ou trois jours suffisent pour les y habituer. Le fait
suivant en est une preuve évidente. Lorsque je suis arrivé à Nétéboulou (Haute-Gambie), j’avais pour monture une jument indigène
originaire du pays de Nioro, d’une maigreur extrême, véritable
cheval de l’apocalypse, comme l’appelait un de mes amis, le matin
du jour ou je quittai Kayes. Elle n’avait, en raison de son origine,
jamais été nourrie qu’avec du mil ; à Nétéboulou, je ne pouvais
plus lui en donner ; il n’y en avait même pas pour mes hommes et
les habitants du village. Je fus donc obligé de ne la nourrir que de
galettes et d’herbes vertes, le fourrage manquant absolument
à l’époque de l’hivernage. Il me fallut six jours pour l'y habituer.
Pendant plus d’un mois, elle ne vécut que grâce à ces rations de
guerre. Quand les galettes vinrent à manquer, elle mourut d’ané­
mie pernicieuse en peu de jours.
J’avais en plus, comme animal de charge, une mule d’Algérie,
habituée par conséquent à l’orge. Dès le premier jour que je lui
donnai des galettes, elle les dévora de suite avec avidité. Bien
qu’elle ne fût nourrie que de ces rations de guerre et de fourrage
vert, elle se maintint en bonne santé et engraissa même. Je me
souviens combien elle était admirée des habitants du village, et sa
mort, survenue à la suite d’un accès pernicieux, stupéfia tout le
monde. Détail important: quand elle mourut, il y avait plus de
quinze jours que ma provision de galettes était épuisée. Elle ne se
nourrissait plus que d’herbes.
La seconde monture que j’eus en remplacement de la jument
était un vigoureux cheval que je devais à la complaisance de mon
excellent ami le capitaine Roux, de l’infanterie de marine, com­
mandant du cercle de Bakel, qui me l’avait envoyé selon les ins­
tructions de M. le commandant supérieur. C’était, un animal qui
mangeait beaucoup. Pendant les 24 jours que je fus obligé de pas­
ser à Mac-Carthy, étant à bout de forces et miné par la fièvre, je
n’avais, pour l’alimenter, que le mil rouge et dur de Sierra Leone,
que je devais à la générosité de la Compagnie Française, mais que
l’animal refusait obstinément. J ’avais heureusement trouvé plu­
sieurs caisses de galettes que M. le Dr Heckel m’avait expédiées par
l’un des navires de la Compagnie. Pendant 24 jours, l’animal ne

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

mangea que cela et je ne m’aperçus pas au départ qu'il eût maigri
ou qu’il eût perdu quoi que ce soit de sa vigueur.
Il en fut de même, du reste, pour le cheval de Nétéboulou qui
m’accompagnait. Cet animal, de plus, fut sujet, pendant les pre­
miers jours de notre arrivée, à de fréquents accès de fièvre. Quand
nous quittâmes Mac-Cartliy, il était complètement remis et fit tou­
jours son service. Je ne veux point dire que l’usage des galettes
amena sa guérison; mais je ne puis m’empêcher de croire qu’elles
y aidèrent beaucoup.
Il fallut trois jours pour habituer ces bêtes aux rations à base
de kola. Voilà certes des résultats probants ; quoi qu’on en ait dit
et quoi qu’on en puisse dire encore, nous ne pouvons nous empê­
cher de conclure que le kola est appelé à jouer, un jour ou l’autre,
un grand rôle au Soudan dans la vie des Européens et dans l’exis­
tence des animaux que nous y employons.
Je fus très heureux de l’arrivée à Laminia de cette caravane de
marchands de kolas, car cela me permit d’en renouveler ma provi­
sion, qui commençait singulièrement à s’épuiser. Bien que nous
fûmes très-près du marché de Kédougou, je les payai encore très
cher. Je ne pus pas m’en procurer à moins de 7 francs le cent et
encore je fus obligé , pour ne pas être plus écorché, de les faire
acheter par Almoudo, en lui recommandant bien de ne pas dire
qu’ils étaient pour moi. Je procédais, du reste, toujours de cette
façon quand j’avais quelque chose à acheter aux dioulas. Ces
honnêtes commerçants ne manquent jamais de mettre en pratique
l’axiome que j’avais entendu formuler un jour à Kayes par un for­
geron indigène employé au chemin de fer : a Les Blancs, disait il,
ne sont venus chez nous que pour nous donner de l’argent )) ; aussi
peut-on être assuré qu’ils nous feront toujours payer n’importe
quoi le double ou le triple de sa valeur. Je savais qu’Almoudo était
foncièrement honnête et incapable de me tromper. Je me suis tou
jours très-bien trouvé de l’avoir chargé de mes achats.
La case dans laquelle je fus logé à Laminia était située non loin
de celle où se tenait l’école des marabouts. Les Diakankés sont
tous musulmans fanatiques, pratiquant dévotement et réellement
militants. Ils se sont toujours rangés sous la bannière de tous les
faux prophètes qui surgissent si souvent malheureusement au
Soudan. El lladj Oumar n’eût pas de peine à les entraîner à sa

�468

ANDRÉ RANÇON

suite, et dernièrement encore, ils combattirent aux côtés du mara­
bout Mahmadou-Lamine contre nous et lui donnèrent asile dans
le village de Dianna, dans le Diaka, lorsque nos colonnes l’eurent
chassé du Bondou. Ils écoutent avec ferveur leurs marabouts,
pratiquent avec assiduité leurs enseignements et ne manquent pas
de se rendre régulièrement à l’école des jeunes Talibés (disciples).
Là, sous la direction d’un marabout, ils apprennent à lire et à
écrire l’arabe, et surtout à psalmodier les versets du Coran. Dans
une case spécialement affectée à cet usage, ils sont réunis dix ou
douze depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher. Ou commence
d’abord à leur apprendre à lire, et, pour cela, ou leur fait répéter
maintes fois le verset du saint livre que le marabout a écrit sur
leur planchette de bois. Puis, on leur apprend à écrire. Mais on ne
néglige pas pour cela leur instruction religieuse. Plusieurs heures
y sont consacrées chaque jour, et rien n ’est énervant pour l’Euro
péen comme de les entendre psalmodier en chœur les versets du
Coran dont on leur inculque les principes. Le papier est absolument
inconnu dans les écoles. Il n’y a guère que les marabouts qui en
possèdent quelque peu et encore ne le prodiguent-ils pas. Ils s’en
servent pour copier le Coran dont tout fervent musulman doit avoir
au moins un exemplaire écrit de sa main. Les élèves, pour écrire, se
servent d’une petite planchette en bois bien poli. C’est sur cette
planchette qu’ils transcrivent la leçon du jour, à l’aide d’un petit
morceau de bambou taillé en pointe qui leur sert de plume. L’en­
cre est fabriquée avec un peu de noir de fumée obtenu en faisant
griller des arachides et dissous dans un peu d’eau. Cette encre, on le
comprend,est assez pâle et peu fixe. Il sulfit de passer un peu d’eau
sur la planchette pour faire disparaître immédiatement les carac
tères qui y ont ôté tracés. D’après ce que nous venons de dire, on
peut voir que la planchette des jeunes Talibés n’est autre chose que
l’ardoise dont nous nous servons dans nos écoles primaires.— L’eau
qui a servi à laver l’écriture d’un grand marabout est, paraît il, une
panacée universelle. Il suffit de la boire pour être immédiatement
guéri de n'importe quelle maladie. Je n ’ai pas besoin de dire, que
dans chaque village, il existe encore des musulmans fameux qui
exploitent ainsi la crédulité de leurs coréligionnaires. Car, là
comme ailleurs, tout se paye. Un malade est il désespéré, on va
trouver le marabout. Celui-ci fait un salam, écrit sur sa tablette un

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

469

ou deux versets du Coran, les lave ensuite en ayant bien soin de ne
pas perdre une goutte du précieux liquide, et fait avaler cette
originale potion au moribond. Coût de la présente, cinq ou six
moules de mil ou une vingtaine de kolas. Cela n ’empêche pas le
malade de mourir. Malgré cela, la famille paye sans murmurer. On
se contente simplement de dire que si le gris-gris n ’a pas réussi,
c’est uniquement parce que l’on ne l’avait pas payé assez cher. Ce
simple raisonnement suffira pour bien faire connaître au lecteur le
fanatisme de ces gens-là. Il n’est pas étonnant dès lors, que vu
leurs bonnes dispositions, les marabouts abusent de la situation
exceptionnelle qui leur est faite et se livrent sans pudeur à leur
malhonnête industrie.
Les enfants, dans ces écoles, payent à leur professeur une
petite redevance en mil, poulets, etc., etc. Ils doivent, de plus, le
soir, à la sortie de la classe, aller dans le village quêter de porte
en porte pour le marabout qui les instruit. Il est rare qu’ils revien­
nent les mains vides et ils lui portent régulièrement tout ce qui
leur a été donné, sans en rien détourner.
Je crois bien, malgré toute leur assiduité, que la classe ne fut
pas régulièrement faite pendant la journée que je passai à Laminia;
car l’arrivée d’un blanc dans un village noir est toujours un gros
événement. Chacun veut le voir, lui parler, et les jeunes élèves ne
furent pas les derniers à venir me visiter. Aussi ne fut-ce guère
que dans la soirée, et encore pendant peu de temps, que je les
entendis psalmodier leur leçon du jour.
Vers cinq heures du soir, quand je sortis un peu dans la cour
de l’habitation pour prendre l’air au coucher du soleil, je pus
assister à une séance de tatouages assez originale pour que je
la raconte ici. D’une façon générale, le tatouage est peu usité chez
les Noirs. Par tatouages j’entends les dessins bizarres, étranges et
burlesques que l’on voit sur le corps des indigènes de certaines
îles océaniennes. Chez les noirs du Soudan, et particulièrement
chez les peuplades de race Peulhe et Ouolove, il n’y a guère que
les lèvres et les gencives qui soient l’objet de pratiques de ce
genre. Cette coutume est bien plus fréquente chez la femme que
chez l’homme. Elle consiste à tatouer en bleu foncé tirant sur le
noir, la lèvre inférieure, et en bleu clair les gencives. L’opération
est pratiquée presque uniquement par les femmes de cordonnier.

�470

ANDRÉ RANÇON

Nous avons pu en suivre exactement tous les détails et ils sont
assez curieux pour que nous n’en omettions aucun.
La femme qui opère s’asseoit à l’extrémité d’une natte, les
jambes étendues et écartées. Le ou la patiente s’étend sur le dos,
la tête reposant sur le pagne de l’opérateur, entre ses jambes.

Femme Toucouleur (Sénoudébou).

L’appareil opératoire est des plus simples. Il se compose: 1°
d’une poudre noire très fine contenue dans une corne de bœuf ou
de chèvre, et obtenue par la calcination d’arachides pilées
ensuite et réduites en poudre absolument impalpable ; 2° un ou
plusieurs chiffons; 3° de l’appareil qui sert à faire les piqûres. Cet
instrument se compose d’une demi-douzaine environ de dards
d’Accacia très acérés et fortement attachés ensemble.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Le patient couché, comme je l’ai dit plus haut, l’opérateur lui
relève la lèvre supérieure de la main gauche, s’il s’agit de tatouer
les gencives supérieures; avec la droite et principalement à l’aide
du pouce, il étend sur la gencive une petite couche de poudre
d’arachides calcinées ; puis, à l’aide de l’instrument décrit plus
haut, il pratique des piqûres multiples sur toute la gencive, de
façon à ce que le sang jaillisse. Ceci fait, et lorsque la victime a
craché tout le sang ainsi extrait, l’opérateur essuie avec le chiffon
(lequel sert à tout le monde), en appuyant fortement, puis, à l’aide
du pouce de la main droite, il applique sur la gencive une couche
relativement épaisse de poudre d’arachides en appuyant fortement.
L’opération est faite. Mais pour qu’elle réussisse, on comprend
qu’il est nécessaire que la poudre reste en contact pendant plu­
sieurs jours avec la partie intéressée. Pour cela, le patient est
obligé de parler le moins possible ou, tout au moins en parlant,
de s’efforcer de ne pas remuer la gencive tatouée. 11 faut boire et
manger avec mille précautions; enfin, faire en sorte de ne pas
enlever la couche de poudre qui doit produire le tatouage. Deux
ou trois jours suffisent pour cela, et, alors, après s’être bien lavé,
on constate que la gencive a cette belle couleur violacée
appréciée des élégantes.
Beaucoup de femmes se colorent aussi les gencives supérieures
et inférieures, ainsi que la lèvre inférieure, ou bien seulement les
gencives. Mais il est rare, lorsque la lèvre inférieure est tatouée,
que les gencives ne le soient pas.
Le tatouage de la lèvre inférieure se fait absolument comme
celui des gencives. 1! est bien plus douloureux. Cela se comprend
aisément. De plus, la grosseur de la lèvre est de beaucoup ac­
crue, ce qui augmente en même temps considérablement le
prognathisme, qui est, comme on le sait, considéré chez les noirs
comme un des principaux attributs de la beauté.
11 est très rare que la lèvre supérieure soit tatouée.
En général, les hommes ne se livrent pas à ces pratiques.
Quelques-uns, cependant, se font tatouer les gencives supérieures
seulement. C’est encore peu fréquent, et cela ne se voit guère que
chez les jeunes gommeux.
Parfois, lorsqu’à la suite d’uné plaie, il est resté une cicatrice
à la figure, dont le tissu est plus clair que la peau qui l’entoure,

�472

ANDRÉ RANÇON

on procède, d’après la technique dont nous venons de parler
plus haut, à un tatouage foncé de cette partie.
La coloration ainsi obtenue persiste pendant deux ou trois mois
environ. Après quoi, il faut recommencer, car elle pâlit rapidement.

Femme Toucouleur (Bakel).

Les noirs trouvent ce tatouage, chez la femme, très beau. C’est
ce qu’il y a de plus c/u'c, me disait un ancien tirailleur. Aussi, n’y
a-t-il guère que les femmes, filles de notables huppés ou les
griotes qui se payent ce luxe. S’il n’est pas coûteux, il est du
moins fort douloureux. Beaucoup d’élégantes reculent devant cette
opération qui est, paraît-il, un véritable supplice, surtout lorsqu’il
s’agit de tatouer la lèvre inférieure.

�CHAPITRE XXII

Le Niocolo. Limites, Frontières. — Aspect général du pays. — Hydrologie. — Oro­
graphie.— Constitution géologique du sol. — Climatologie. — Flore, productions
du sol, cultures. — Faunes, animaux domestiques. — Populations, Ethnographie.
— Situation et organisation politiques actuelles. — Rapports du Niocolo avec
les pays voisins. — Rapports du Niocolo avec les autorités Françaises. — Le
Niocolo au point de vue commercial. — Conclusions.

�474

ANDRÉ RANÇON

On désigne sous le nom de Niocolo tout ce vaste territoire
compris dans ce grand coude que forme la Haute-Gambie entre le
Tenda (embouchure du Niocolo-Koba et le massif montagneux du
Sabé). Par sa constitution et son aspect général, le Niocolo peut
être considéré comme le dernier contre-fort Nord du massif du
Fouta-Diallon dont il forme, du reste, une des provinces tribu­
taires. Il a été particulièrement visité par Bayol, Noirot et Levas­
seur, mais il n’en a jamais été fait une description méthodique.
Les quelques notes que nous avons pu recueillir à son sujet per­
mettront de se faire une idée, bien vague certainement, de ce qu’il
est et de ce qu’il pourra devenir un jour. En tout cas, il sera facile
de se convaincre que, par sa situation géographique, il sera, dans
l’avenir, appelé à jouer un rôle important au point de vue de notre
influence dans ces régions.
Limites, frontières. — Le Niocolo, d’après ce que nous avons
dit plus haut, est à peu près compris entre les 12° 58' et 12° 28' de
latitude Nord et les 14° 58' et 14° 28' de longitude à l’ouest du
méridien de Paris. Comme on le voit, il est relativement étendu si on
le compare aux autres pays Noirs que nous avons visités dans cette
partie du Soudan. Il est peuplé en conséquence.
Les frontières sont assez bien déterminées pour qu’il n’y ait
pas à ce sujet de contestation avec les pays voisins. Il est borné
au Nord par la Gambie, au Nord-Est, à l’Est et au Sud par une
ligne fictive assez bien définie. Cette ligne qui, partant du gué de
la Gambie à Tamborocoto, se dirige directement à l’est, coupe le
marigot de Fatafi-Kô et de là se dirige directement au Sud-Est,
jusqu’au marigot de Koumountourou. De ce marigot, elle se dirige
droit au Sud, coupe les marigots de Daguiri, Kobali, Colongué et
aboutit au marigot de Saguiri qui forme la frontière Sud. La fron­
tière Ouest est formée aussi par une ligne fictive qui, partant à peu
près du marigot de Nomandi, aboutirait au sud au marigot de Saguiri.
Ainsi limité, le Niocolo peut avoir à peu près dans ses dimensions
les plus grandes en longueur du Nord-Ouest au Sud-Est, environ 110
kilomètres, en largeur de l’Est à l’Ouest 80 kilomètres. Sa superficie
est d’environ 7,500 kilomètres carrés.
Il confine au Nord et au Nord-Est au pays de Badon, à
l’Est au Dentilia, au Sud au Sabé et au Coniaguié et à l’Ouest au

���.

DANS LA HAUTE-GAMBIE

Coniaguié et au pays de Damentan. Il est séparé de ces deux pays
par une large bande de terrain absolument inhabitée. Ce qui est
une garantie pour la paix du pays.
Quoi qu’il en soit, et bien qu’il n’ait pas de frontières naturelles
bien déterminées, les frontières fictives qui ont été établies par
accord avec les pays voisins sont assez bien respectées et il n’y
a, pour ainsi dire, jamais de contestation de territoire. Il faut
dire aussi que la force et la puissance du Fouta-Diallon sont des
garanties suffisantes pour que les différends, s’il y en avait
toutefois, se règlent à l’amiable.
Aspect général. — L’aspect général du Niocolo diffère abso­
lument de celui des régions que nous avons visitées jusqu’à ce
jour. Il varie de plus selon les parties que l’on examine. On peut, à
ce point de vue, en effet, y considérer deux régions bien distinctes
que des caractères tout particuliers différencient l’une de l’autre
d’une façon absolument indiscutable. En effet, la région Est est
montagneuse et la région Ouest est, au contraire, un pays complète­
ment plat. Une ligne partant au Nord du gué de la Gambie, près de
Tamborocoto et venant aboutir perpendiculairement au Sud au
marigot de Saguiri, formerait une démarcation assez exacte entre
ces deux régions. Non seulement elles diffèrent d’aspect, mais
encore leurs productions et leur flore sont tout autres. De plus,
tandis que la région montagneuse est excessivement peuplée, la
région des plaines l’est très peu. La région des montagnes qui
confine à la Gambie, est excessivement arrosée; la région des
plaines l’est moins, bien qu’elle le soit elle-même beaucoup.
La région montagneuse est excessivement pittoresque et diffère
absolument de tout ce que l’on est habitué à voir au Soudan.
Partout, sur tous les sommets des collines, on a devant soi des
horizons immenses qui reposent des plaines et des vastes étendues
couvertes de brousse que l’on rencontre au Nord de la Gambie. Ici
pas le moindre horizon. La vue est bornée par de minces rideaux
d’arbres. C’est la monotonie la plus désespérante. Là, au contraire,
l’œil du voyageur se plaît et se réjouit à contempler les vastes
étendues qui s’ouvrent devant lui. On éprouve un soulagement
délicieux, quand, après avoir franchi des centaines de kilomètres
d’une tristesse inouïe, on arrive sur ces plateaux élevés où l’air est

�476

ANDRÉ RANÇON

plus pur et du haut desquels on peut contempler un ravissant pano­
rama. La poitrine se dilate délicieusement et l’impression que l’on
éprouve lait oublier pendant quelques minutes l’aridité des terrains
qui vous environnent. La région des steppes du Kalonkadougou
et des pays situés au Nord du Sénégal n’a, dans le Niocolo, rien
qui lui ressemble, et la région des plaines elle-même a un toul
autre aspect. Elle est excessivement vallonée et les vallées des
marigots qui l’arrosent sont couvertes d’une riche végétation. Nous
verrons dans le cours de cette exposition quelles sont, au point de
vue de l’agriculture, les conséquences de ces différences capitales
entre ces deux régions. Nous verrons également quelle action la
région montagneuse peut avoir sur le climat du pays entier.
Hydrologie. — A ce point de vue, le Niocolo tout entier appar­
tient au bassin de la Gambie. Les marigots qui l’arrosent sont tous
tributaires de ce grand fleuve. Ils lui amènent toutes les eaux qu’ils
drainent dans les collines. Aussi leur cours pendant la saison des
pluies est-il absolument rapide. Pendant la saison sèche, au con­
traire, ils sont presque complètement desséchés. Leurs berges sont
à pic et leurs lits sont littéralement pavés dérochés parfois volumi­
neuses que leurs eaux entraînent au loin pendant l’hivernage. Les
marigots qui arrosent la région des plaines sont connus. Ce pays,
à peu près désert, n’a pas encore été, en effet, exploré et étudié.
Mais, d’après les renseignements que nous avons pu nous procurer
à ce sujet, tout porte à croire que les cours d’eau y sont nombreux.
Au lieu d’être de véritables torrents comme ceux delà région mon­
tagneuse, ils sont, au contraire, transformés, en certaines parties
de leur cours, en véritables marécages. Pendant l’hivernage ils
coulent paisiblement vers la Gambie et lui apportent les eaux
d’infiltration des vallées qu’ils arrosent. Pendant la saison sèche,
au contraire, l’eau y croupit et leurs berges sont couvertes de vases.
Ils suivent les variations et les fluctuations du cours delà Gambie.
Ce sont, en un mot, de véritables marigots, apportant au fleuve,
pendant un certain laps de temps, le tribut de leurs eaux et rece­
vant ensuite son trop-plein.
Le cours de la Gambie elle-même, de l'embouchure du NiocoloKoba au gué de Tamborocoto, est fort peu connu. Il serait fort
important et intéressant à la fois qu’une étude sérieuse en fût faite

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

par des hommes compétents. Pour nous, nous ne pouvons donner
à ce sujet que des renseignements tort incomplets.
La Gambie coule environ pendant soixante-cinq kilomètres,
dans le Niocolo, du gué de Tamborocoto au confluent du marigot
de Saguiri, et environ pendant cinquante kilomètres du gué de
Tamborocoto à la limite extrême, à l’Ouest, du Niocolo. Elle le
sépare dans cette dernière partie de son cours du pays de Badon.
Du gué de Tamborocoto au marigot de Saguiri, elle forme de nom­
breux détours. Sou cours est interrompu par de nombreux rapides
et le courant y est, de ce fait, excessivement violent en certains
endroits. Elle y serait difficilement navigable. Elle peut être tra­
versée à gué à Tamborocoto et à Sillacounda. Encore ces gués sontils peu praticables, car le courant y est très rapide et le lit du
fleuve y est encombré de roches excessivement glissantes qui ren­
dent l’opération difficile, surtout pour les animaux. Les bords du
fleuve sont partout à pic et couverts d’une riche végétation. Pen­
dant la saison sèche, le niveau des eaux y est très bas, et, pendant
la saison des pluies, il monte parfois de quatorze à quinze mètres
et cela en quelques semaines à peine. Enfin le fleuve est littérale­
ment infecté de caïmans et on ne saurait, quand on le traverse,
prendre contre eux trop de précautions, surtout pour le passage
des animaux. Il en est qui atteignent des proportions colossales et
leur voracité est telle qu’ils viennent parfois jusque sur les rives
happer des moutons et même des bœufs.
A partir du gué de Tamborocoto, et sur la rive droite en procé­
dant du nord an Sud, la Gambie reçoit dans le Niocolo les mari­
gots suivants dont nous allons décrire brièvement le cours :
Le Fatafi-Kô, qui vient du désert de Coulicouna.
Le Bodian-K6, qui se jette en face de Dikhoy.
Le Koumountourou-Kô. Il suit à peu près une direction NordEst-Sud-Ouest et est formé par deux branches principales dont
l’une passe non loin des ruines de Mansakouko et l’autre dans les
environs du village de Badioula. Dans son cours, qui peut avoir
environ cinquante kilomètres, il passe non loin des ruines de
Tasiliman, à environ huit kilomètres de Médina-Dentilia, et il
coupe là la route de Laminia. Il se jette dans la Gambie à quatre ou
cinq kilomètres environ en aval de Sillacounda. il reçoit au Nord
un grand nombre de branches qui viennent du désert de Gouli-

�478

ANDRÉ RANÇON

couna. Au Sud, il reçoit de le Samania-Kô, dont ou traverse les
deux branches en allant de Laminia à Médina-Dentilia; le BancorotiKô, qui passe à Médina-Dentilia et qui est presque à sec pendant la
saison sèche ; enfin une dernière branche, moins importante que
les autres, le Vandioulou-Kô, passe non loin des ruines de Oualia.
Le Doguiri-Kô se jette dans la Gambie à environ un kilomètre
en aval de Laminia. On le traverse à peu de distance de ce village
lorsqu’on va à Médina-Dentilia. 11 passe à Daguiri et non loin de
Samé. Il reçoit quelques affluents de peu d’importance.
Le Kobali-Kô vient du Gounianta, passe à Fodé-Counda, Kobali
et se jette dans la Gambie à quelques kilomètres en amont de
Samécouta. La direction de son cours est comme celle du DaguiriKô, Ouest-Nord-Ouest. Est-Sud-Est.
Le Colongué-Kô est le dernier marigot du Niocolo que la Gambie
reçoive sur sa rive droite. Il est formé de plusieurs branches qui
viennent du Gounianta et dont la principale passe à environ dix
kilomètres des ruines de Diantoum et à Colonghé qui lui a donné
son nom. La direction de son cours est à peu près Est-Ouest. Dans
le Niocolo, il ne reçoit aucun affluent. Il est presque à sec pendant
la saison sèche et forme, pour ainsi dire, dans la première partie
de son cours, un vaste marécage.
Sur la rive gauche, la Gambie reçoit un grand nombre de
marigots dont le cours est, en général, assez restreint et qui, à sec
pendant la belle saison, sont transformés en véritables torrents
pendant l’hivernage. Cela tient à ce qu’ils coulent, pour la
plupart, dans les étroites vallées qui existent entre les montagnes
et que, pendant l’hivernage, ils reçoivent les eaux qui coulent sur
le flanc des collines. Aussi leurs bords sont-ils à pic et leur lit
est-il souvent encombré de roches; ce qui en rend le passage très
difficile. Nous allons en donner une très succincte description.
En procédant du Nord au Sud, nous trouvons à partir du gué
de Tamborocoto : Le Niami-Kô, dont la branche principale passe
non loin de Nassa.
Le Fangoli-Kô, dont le lit est encombré de roches qui en rendent
le passage excessivement dangereux. Il reçoit plusieurs affluents
peu importants. Un d’entre eux passe à Niantambouri et un autre
à Sacoto.
Le Tian-Kô, qui passe non loin de Marougou.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Le Falagankoli-Kô, qui passe à Taeourou.
Le Sili, qui est formé par deux autres petits marigots peu
importants.
Le Mallalivondia-Kà, qui passe à Ibeli.
Enfin le Saguiri-Kô, qui est formé par deux branches dont
l’une passe à Iméré, et dont l’autre le fait communiquer avec le
Mallalivondia-Kô. Le cours de tous ces marigots a absolument la
môme direction générale Est-Ouest. Outre les marigots que nous
venons de citer, il en existe beaucoup d’autres qui ont la même
direction et qui sont si peu importants qu’on ne leur a même pas
donné de noms.
Orographie. — Au point de vue orographique, le pays de Niocolo
change absolument d’aspect suivant que l’on étudie la région Est
ou la région Ouest.
A l’Ouest, pays de plaines, de marécages, nous ne trouvons
que quelques rares collines peu élevées, le sol est faiblement
vallonné et ne présente, pour ainsi dire, pas de villages dignes
d’être mentionnés. Nous ne citerons que la série de petites collines
qui longent, à deux kilomètres environ, la rive gauche de la
Gambie.
A l’Est, au contraire, nous sommes en plein pays de montagnes.
Nous trouvons d’abord sur la rive droite de la Gambie une chaîne
de collines assez élevées qui longe le fleuve à quelques centaines de
mètres parfois, deux kilomètres au plus. Cette chaîne n’est inter­
rompue que pour donner passage aux marigots qui arrosent cette
partie du Nicolo. Ces collines sont relativement élevées et il en est
qui atteignent jusqu’à 100 et 125 mètres de hauteur. Nous pourrions
dire qu’elles forment la partieOuest d’une ceinture de hauteurs qui,
passant par le Dentilia, le désert de Coulicouna et le Bélédougou,
entoure un pays inhabité, véritable plateau rocheux inculte où
aucune culture ne peut être tentée. Ces collines émettent de petits
contreforts qui longent les marigots qui se jettent dans cette partie
de la Gambie et qui arrosent les plaines argileuses du Dentilia.
A l’Ouest de la Gambie, nous avons une série de collines dispo­
sées d’après un certain ordre, qui permet d’en donner une descrip­
tion méthodique. C’est d’abord au Nord, un massif assez important
aux environs du village de Nana, d’où partent les séries de collines

�480

ANDRÉ RANÇON

que l’on trouve aux environs de Tarnborocoto, Maroucoto, Baïsso,
Bantaco, Potaranké, Bantata et Sacolo. Ces collines sont assez
élévées, 150m environ, et l’on peut dire qu’elles forment les derniers
contreforts des montagnes du Fouta-Diallon qui viennent mourir
ici sur la rive gauche de la Gambie, après avoir constitué cette
sorte d’arête centrale qui traverse le Kolladé, le Tamgué et le Sabé.
Outre ce système orographique Nord, nous trouvons, en outre,
dans cette partie du Niocolo, deux chaînes de collines qui,se ratta­
chant au massif que nous venons de décrire, se dirigent l’une au
Sud-Est, en longeant la rive gauche du fleuve, et l’autre directement
au Sud en formant la ligne de démarcation véritable entre la région
des plaines et la région montagneuse.
La première chaîne de collines dont nous venons de parler se
détache du massif Nord aux environs de Tarnborocoto et vient se
terminer non loin de Kédougou. Elle est interrompue par endroits
pour livrer passage aux marigots qui se jettent dans la Gambie. Le
long de ces marigots, se trouvent de petits contreforts qui vont
rejoindre la chaîne Ouest.
Cette chaîne naît du massif Nord aux environs de Baïsso et se
dirige directement au Sud jusqu’à près de Landuni, où elle s’épa­
nouit en un nombre assez grand de rameaux secondaires que l’on
trouve aux environs de Saréfitari, Tiokitian et Pataschi.
Outre ces hauteurs principales dont nous venons de parler, on
rencontre encore dans le Niocolo bon nombre de collines isolées et
ne se rattachant à aucun système. En les voyant on se demande
comment elles ont bien pu se former. Parmi celles-ci, nous citerons
particulièrement les collines qui entourent Sacoto, celles d’Itato et
enfin celles que l’on trouve sur la route du Dentilia à quelques
kilomètres de la rive droite de la Gambie.
En résumé, d’après ce que nous venons de dire, il est facile de
conclure que le système orographique du Niocolo forme un tout
bien net et qu’il appartient au grand système du Fouta-Diallon
dont il peut être considéré comme le rejeton ultime.
Constitution géologique du sol. — Le Niocolo tout entier appar­
tient, nous pouvons dire, au point de vue géologique, à la période
secondaire. Sans doute dans sa partie ouest et dans les vallées de
certains marigots, nous trouvons des argiles, des alluvions de for-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

mation plus récente ; mais le sous-sol lui-même sur lequel elles
reposent appartient à la période primaire de même que l’ossature,
le squelette du pays, si nous pouvons nous exprimer ainsi. C’est à
cette époque qu’ont dû émerger et le Niocolo tout entier et les
massifs du Sabé et du Tamgué. Certes, il n’est guère facile de s’y
tromper si ou considère combien les roches sont usées et limées.
Issu des soulèvements de la période secondaire, le Niocolo tout
entier a dû être ensuite recouvert complètement parles eaux lors­
que la croûte terrestre a été assez refroidie pour que les vapeurs
contenues dans son atmosphère puissent se condenser à sa surface.
Combien de temps dura ce déluge et combien de temps le Niocolo
resta-t-il submergé, nul ne le pourrait dire. Mais ce que l’on peut
affirmer, c’est que cette période fut très longue, à en juger par les
traces qu’elle a laissées et qui sont encore évidentes, malgré les
milliers d’années écoulées.
Si nous considérons le sous-sol dont est formé le Niocolo, nous
y trouvons deux sortes de terrains, le terrain ardoisier caractérisé
par des schistes de toutes sortes. C’est le terrain de la région Ouest
et celui d’une partie de la contrée comprise entre les deux chaînes
de collines parallèles dont nous avons parlé plus haut. C’est aussi
le terrain d’une partie des rives et du lit de la Gambie. On le
rencontre enfin aussi dans la plaine qui confine au Dent ilia. Eu
second lieu, nous avons cette sorte de terrain que nous désignons
sous le nom de terrains secondaires et dont les roches principales
et les plus communes sont : des quartz, des grès et des conglomé­
rats ferrugineux. Les collines de la partie montagneuse en sont
presque uniquement formées.
Si maintenant nous considérons, au contraire, la croûte terrestre,
nous trouverons dans la région Ouest et dans la plaine qui confine
au Dentilia des argiles compactes en couches épaisses, produites
par la désagrégation par les eaux des roches du terrain ardoisier.
Par ci par là à l’Ouest, quelques marécages où l’on peut trouver
des vases et des dépôts alluvionnaires de récente formation.
Dans la partie Est et centrale, nous avons bien en maints
endroits des argiles ; mais c’est la latérite qui domine. Elle est pro­
duite par la désagrégation des roches cristallines qui forment le
sous-sol du terrain secondaire. Les versants des collines sont
dépourvus absolument de terre ou sable quelconque. Tout est
André Ilançon. — 31.

�482

ANDRÉ RANÇON

entraîné par les grandes pluies d’hivernage. Sur les plateaux, la
roche se montre à nu partout.
La profondeur à laquelle se trouve la nappe d’eau souterraine
varie considérablement. Très éloignée de la surface dans la
région des montagnes, elle est à quelques mètres seulement dans
la plaine orientale et dans la région Ouest. Dans toute la région
montagneuse, on ne se sert que de l’eau de puits pour tous les
usages domestiques. Cette eau est délicieuse, cela se comprendra
facilement si on réfléchit qu’elle a filtré à travers une épaisseur
considérable de terrains ne contenant aucuns principes nuisibles.
Climatologie. — D’après ce que nous venons de dire, on com­
prendra aisément que le climat du Niocolo soit modifié par les
dispositions orographiques et la nature du terrain que nous avons
décrites plus haut. Sans doute le Niocolo appartient aux climats
tropicaux, par excellence ; mais nous croyons qu’il ne doit pas être
aussi insalubre. Nous sommes restés trop peu de temps dans cet
intéressant pays pour donner ici une appréciation sérieuse et fondée
sur des observations minutieuses. Nous ne pouvons donc émettre
que de simples hypothèses qui découlent des principes généraux
mêmes de climatologie.
La direction des collines de la partie Est met la portion centrale
du Niocolo à l’abri des vents brûlants qui viennent de cette région,
de même que les collines de la région Ouest l’abritent pendant
l’hivernage contre les vents humides du Sud-Ouest. Ces simples
dispositions orographiques suffisent pour tempérer singulièrement
l’insalubrité du pays et le climat sous lequel il se trouve. D’autre
part, l’orientation des vallées leur permet de recevoir directement
la brise de Nord et de Nord-Est, ainsi que celles de Sud et de
Sud-Est. Il en résulte évidemment que la température doit y être
relativement moins élevée que dans les autres régions qui sont
directement exposées aux vents brûlants de l’Est.
Quant à l’action de la masse d’eau souterraine sur la salubrité
du pays, nous croyons que, vu son extrême profondeur, elle est de
peu d’importance. Sans doute, dans les plaines argileuses et sur
les bords du fleuve et des marigots, nous trouvons des marécages
et des eaux croupissantes, mais nous croyons que le dessèchement
se faisant très rapidement, leur action nocive est de peu de durée.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Tout autre est le climat de la région Ouest; là nous avons le
climat chaud, par excellence, et tout ce qu’il faut pour que le pays
soit d’une insalubrité remarquable. L’altitude est peu élevée. Tous
les vents s’y font sentir et particulièrement le vent de Sud-Ouest.
Les marais y sont nombreux et le dessèchement n ’y est jamais
complet. Enfin la croûte terrestre, presque uniquement formée
d’argiles imperméables, laisse s'amonceler et croupir à sa surface
les eaux de l’hivernage. De plus, la masse d’eau souterraine y est à
une minime profondeur et il en résulte une humidité extrême.
Chaleur et humidité sont, on le sait, les deux éléments climatéri.
ques qui favorisent le plus l’éclosion des miasmes palustres. En
résumé, nous estimons qu’il serait bon de faire de ce pays, au point
de vue climatologique, une étude complète. On pourrait s’assurer
ainsi qu’il jouit peut-être d’un climat plus sain ou plutôt moins
malsain que celui des autres régions de cette partie de l’Afrique.
D’après ce que nous venons de dire, cette hypothèse paraît vrai­
semblable.
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — La flore du Niocolo
diffère peu de celle des autres parties du Soudan. Pauvre sur les
collines, la végétation n’est réellement riche que sur les bords du
fleuve et des marigots. Là nous trouvons les grands végétaux qui
caractérisent les régions des rivières du Sud : caïl-cédrats, froma­
gers, baobabs, Légumineuses de toutes sortes et absolument gigan­
tesques. Mais il existe dans le Niocolo tout entier, du moins dans
les régions Est et centrales, deux végétaux qui méritent une men­
tion particulière. Le Karité [Butyrospermum Parlai) y est partout
excessivement commun et ses deux variétés, Shée et Mana, s’y
rencontrent. La première y est cependant plus fréquente. Les habi­
tants tirent de la noix uDe assez grande quantité de beurre qu’ils
vont vendre à Yabouteguenda et à Mac-Carthy.
On trouve ce végétal partout, dans le Niocolo: mais c’est surtout
aux environs de Sillacounda, Diengui, Dikhoy qu’il est particulière­
ment abondant. Toute la plaine de Sillacounda en est littéralement
couverte et nous y en avons vu des échantillons qui atteignaient
des proportions fort respectables. Le karité, dans cette région du
moins, ne pousse pas en forêts compactes. Les pieds sont distants
les uns des autres d’environ soixante mètres. Nous croyons que,

�484

ANDRÉ RANÇON

trop rapprochés, ils se développeraient moins vigoureusement. Il y
aurait là matière à créer une véritable richesse agricole, forestière
et commerciale pour le pays. Mais il faudrait que ceux qui s’en
occuperaient fissent tout par eux-mêmes : car jamais on n’arrivera
à faire cultiver par le noir aucun autre végétal que ceux qui sont
susceptibles de lui donner un rendement immédiat. On n’arrivera
jamais à lui faire semer une seule graine de karité.
Les lianes à caoutchouc Saba (Bambara), et Laré (Peulh), sont
aussi excessivementcommunes dans le Niocolo. On les trouve un peu
partout, mais c’est surtout sur les bords du fleuve et des marigots
qu’elles sont réellement abondantes. Elles y atteignent des propor­
tions énormes, mais je doute que jamais un noir quelconque
récolte un gramme de latex de Laré, quels que soient les moyens que
l’on emploie et les arguments qu’on fasse valoir pour leur conseiller
ce léger travail. Ce végétal serait également très facile à multiplier
dans d’énormes proportions, mais, je le répète, on n’obtiendra
jamais rien de l’indigène en dehors de ce qui sort de la routine.
Les cultures sont très riches dans le Niocolo, surtout dans les
pays habités par les Diakankés: Diengui, Sillacounda, Samécouta,
Laminia. Sous ce rapport les Malinkés commencent à se remuer
un peu. Quant aux Peulhs, ils sont loin de ressembler à leurs frères
du Ouli et du Sandougou. Ils délaissent volontiers la pioche pour
prendre le fusil et aller détrousser les caravanes ou voler des captifs
aux alentours des villages Malinkés.
Le mil, maïs, coton, arachides, tabac, etc., etc., en un mot
toutes les plantes que l’on cultive au Soudan se voient dans les
lougans du Niocolo. Les habitants font de grands et beaux lougans
et, pendant toute l’année, ils ne manquent jamais de mil. Leurs pro­
cédés de culture sont à peu de chose près les mêmes qu’ailleurs,
mais les lougans sont plus soignés. J’ai remarqué que pour les
champs de mil, iis ne se contentaient pas seulement de gratter la
terre et d’y enfouir la semence à une petite profondeur. Ils font de
véritables sillons. Ce qui permet aux eaux de séjourner plus long­
temps autour du mil. Aussi celui-ci y atteint-il des proportions
inconnues ailleurs. Autour des villages, surtout chez les Malinkés,
se trouvent de petits jardinets où sont cultivés, avec grand soin,
oignons, tabac, oseille, etc., etc. C’est surtout aux femmes
qu’incombe cette besogne.

�DANS LA HAUTE-CAMBIE

485

Faune. Animaux domestiques. — La faune est peu variée. Parmi
les animaux nuisibles, citons le lion, assez rare, la panthère, le
lynx, le chat-tigre, et, dans la Gambie, le caïman. L’hippopotame
abonde surtout dans les marigots de la région Ouest. C’est là aussi
la région qu’habite l’éléphant, qui est assez commun. Toutes les
variétés d’antilopes, biches, gazelles y sont représentées en grand
nombre. Le bœuf sauvage s’y rencontre aussi fréquemment. Tous
les habitants du Niocolo se livrent à l’élevage des bœufs, moutons
et chèvres. Mais ceux qui, de beaucoup, possèdent les plus beaux
troupeaux, sont les Diakankés. Samécouta, Sillacounda, Laminia
possèdent chacun plusieurs centaines de têtes de bétail. Les bœufs
y sont assez gros et leur viande est excessivement savoureuse. Le
lait des vaches, très riche en principes gras, est également excel­
lent. Les moutons et les chèvres y prospèrent à merveille, et ils ne
sont pas étiques comme cela se voit dans presque tout le reste du
Soudan. Citons pour mémoire les poulets, très nombreux partout.
C’est toujours la même volaille décharnée que l’on rencontre
partout en Afrique, et qui n ’a rien à envier à ses congénères
de l’Opéra-Comique. Il y a peu de chevaux dans le Niocolo.
D’après les renseignements que j’ai eus à ce sujet, le climat leur
serait contraire et ils n ’y vivraient pas. Les ânes, petits et vigou­
reux, y sont très communs, et les dioulas s’en servent pour le
transport de leurs marchandises.
Populations. Ethnographie. — Le Niocolo est, relativement à son
étendue, très peuplé, surtout dans sa partie centrale. Il n’y a qu’un
seul village sur la rive droite de la Gambie, Laminia (village
Diakanké). La partie Ouest est à peu près inhabitée. On n ’y trouve
que deux petits villages Malinkés de très peu d’importance. La
population totale du pays peut être évaluée à environ 25 à 28,000
habitants. Ce qui, vu sa superficie, nous donne à peu près trois
habitants par kilomètre carré. Il est habité par des Malinkés, des
Diakankés, des Peulhs et des Sarracolés. Les Malinkés et les
Peulhs sont de beaucoup les plus nombreux. Ils forment un grand
nombre de villages situés: les Malinkés au Nord, et les Peulhs
au Sud.
1° Malinkés. — Les Malinkés ont été les premiers habitants du
Niocolo. Si l’on en croit la légende que racontent volontiers les

�486

ANDRÉ RANÇON

griots et les vieillards, les premiers habitants de race Malinkée
dont on retrouve la trace au Niocolo appartenaieut à la famille des
Sadiogos, venus du Manding lors de la première grande migration,
celle de Koli-Tengrela. Cette famille des Sadiogos arriva on ne sait
comment jusque sur les bords de la Gambie et là les uns franchirent
le fleuve et se fixèrent dans le Niocolo et les autres se fixèrent à
Sibikili, où ils sont encore. Peu après, lors de la seconde grande
migration Mandingue dans le Bambouck, sous la direction des
Sisokos, arrivèrent les Camaras qui chassèrent les Sadiogos et
peuplèrent en partie toute la partie Nord du Niocolo. Les Sadiogos
se retirèrent à Sibikili et c’est dans ce seul village que l’on peut
encore trouver des représentants de cette ancienne famille M ilinkée.
Mais les Camaras ne devaient pas jouir longtemps en paix de leur
victoire. Après la mort de Soun-Dyatta, un grand courant d’émi­
gration Malinkée se fit de l’Est vers l’Ouest, et dans le Niocolo ne
tardèrent pas à arriver deux des plus anciennes familles du Manding
les Dabos et les Keitas. Dans le cours du voyage, un certain nombre
de Dabos avait quitté la colonne et s’était fixé dans le Kouroudougou, près du Diébédougou, où sont encore leurs descendants. Les
Keitas et les Dabos eurent facilement raison des Camaras et les
soumirent à leur autorité. Ceux-ci préférèrent obéir que de quitter
le pays. Les Keitas prirent alors le pouvoir en main et voulurent
pressurer leurs alliés les Dabos comme ils le faisaient pour les
Camaras. Les Dabos, irrités, quittèrent le pays et allèrent se fixer
dans le Ouli. Il n’en reste plus que fort peu actuellement dans le
Niocolo. Dernièrement encore plusieurs cases de Dabos allèrent
rejoindre leurs frères du Ouli. Les Keitas sont encore les maîtres
du Niocolo, de la partie Nord du moins. Leur chef réside à Dikhoy,
chef sans aucune autorité, qui est absolument annihilé par les
almamys du Fouta-Diallon.
Les Malinkés du Niocolo ne diffèrent en rien des Malinkés des
autres pays. Ils sont aussi vantards, pillards, ivrognes, voleurs et
menteurs. Leurs villages sont aussi sales. Ils sont là plus abrutis
que partout ailleurs et la main de fer qui les opprime n ’est pas
capable de leur permettre de se relever tant au moral qu’à tout
autre point de vue. Ils forment un grand nombre de villages; mais
Keitas et Camaras habitent à part, et depuis la conquête les unions
entre ces deux familles ont été fort rares.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Villages Malinkés du Niocolo.
1° Villages Keitas :
Dikhoy (résidence du chef).
Bantaco.

Tomborocoto.
Marougoucoto.

2° Villages Camaras :
Bantata.
Pataranké.
Barabané.
Dapouta.

Médina.
Tigancali.
Baniou.
Baïsso.

Teraansou
Maniancanti
Vana.
Bala.
Lacanta.
Mariguilcia.
Nientambouré.
Daria.

Les Malinkés habitent le Nord du Niocolo. Une ligne de démar­
cation bien nette les sépare des Peulhs du Sud. Ils n’ont jamais
tenté de s’étendre lors même que le reste du pays était inhabité. Là
où ils ont mis le pied pour la première fois, là ils sont restés. C’est là
la preuve la plus manifeste du peu de vitalité de ce peuple, qui est
appelé à disparaître un jour du Niocolo et à en être chassé par les
Peulhs ou à être absorbé par eux.
2° Diakankés. — Les Diakankés du Niocolo sont relativement peu
nombreux. Ils forment quatre villages dont la population totale
peut être évaluée à environ trois mille habitants. Ces villages sont :
Diengui. — Sillacounda. — Laminia. — Samécouta. — Les Dia­
kankés sont établis là de très longue date. Ils ont quitté le Diakadès
les premiers jours de la conquête de ce pays par les almamys du
Bondou. Pressurés par ces derniers, ils ont préféré se soumettre
aux exigences du Fouta-Diallon que de supporter les exactions aux­
quelles ils étaient continuellement exposés dans le Diaka. Ils ont
construit alors sur les bords de la Gambie ces quatre grands villages
dans des situations hors ligne et au milieu d’un pays excessivement
fertile. — Les Diakankés, musulmans fanatiques, sont des gens

�488

ANDRÉ RANÇON

absolument paisibles pourvu qu’on leur laisse pratiquer en paix
leur religion. Ils élèvent de nombreux troupeaux et les greniers de
leurs villages regorgent de provisions de toutes sortes. Ce sont de
beaucoup les plus riches du Niocolo. Us sont soumis au FoutaDiallon auquel ils payent tribut. Chaque année, les quatre villages
doivent payer douze bœufs aux almamys. Mais, en dehors de cela,
il sont obligés de répondre aux demandes de leurs maîtres qui
envoient chercher mil, arachides, etc., etc. Us sont fatigués de cela
et demandent que cet état de choses cesse au plus tôt.
N’étaient les bœufs qui les empestent littéralement, leurs vil­
lages seraient bien entretenus. Les cases y sont propres et en bon
état. Chaque village possède une ou plusieurs mosquées qui y sont
construites, en paille, avec le plus grand soin. Leurs immenses
toits en forme de chapeaux pointus viennent jusqu’au ras du sol,
aussi pour entrer dans ces temples, faut-il absolument se mettre à
quatre pattes. Chaque jour, les enfants sont réunis dans une case
spécialement affectée à leur instruction, et un marabout en renom
dans le village, très versé dans la connaissance de l’Arabe et du
Coran, les initie aux mystères de la langue sacrée, leur apprend
et leur explique les versets du Saint Livre. Ces sortes d’écoles
sont très assidûment fréquentées. En résumé, le Diakanké est un
peuple fort intéressant, dont nous devrions nous occuper plus
que nous l’avons fait jusqu’à ce jour.
3° Sarracolés. — Il eût été fort étonnant de ne pas trouver de
village Sarracolé dans le Niocolo. On les rencontre partout où il y
a un peu de commerce à faire, et, dans ce pays, ils jouissent, au
point de vue commercial, d’une situation fort sociable. Ils n’ont
formé qu’un seul village, Kédougou, fort peuplé de gens de toute
espèce de races. C’est là que les Sarracolés tiennent, pour ainsi dire,
entre leurs mains, la plus grande partie du commerce de la région.
Les Sarracolés du Niocolo sont venus d’un peu partout; mais ce
sont surtout ceux du Guidioumé et du Ghabou qui y sont en plus
grand nombre. Les premiers y sont venus à la suite delà conquête
de leur pays par El Hadj Oumar, et les seconds, à la suite de la
conquête du Ghabou par Alpha-Molo. Ils vivent là en paix, payant
au Fouta-Diallon un fort impôt, et vivant en bonne intelligence
avec leurs voisins, car ceux-ci ont toujours besoin d’eux.

�4° Peulhs. — Les Peul lis du Niocolo ne ressemblent en rien aux
Peulhs du Ouli ou du Sandougou. Ils sont venus du Fouta-Diallon
à la suite des envahisseurs, lorsque le Niocolo fut soumis à l’auto­
rité de l'almamy. Ils forment un grand nombre de villages situés
dans la partie Sud du pays, et là, ils se livrent plutôt au brigandage
qu’aux travaux des champs.
Le Peulli de Fouta-Diallon est peut être la pire des races afri­
caines. C’est le voleur de grand chemin et le pillard par excellence.
Musulman enragé, et sous prétexte de religion, il se livre à toutes
les rapines possibles, aussi bien sur ses coreligionnaires que sur
les infidèles. Ils poussent leurs incursions jusque dans le Tenda,
le pays de Gamon et même le Koukodougou. Il serait grandement
temps de mettre fin à tout cela et de protéger enfin d’une façon plus
efficace ceux que, par traités, nous avons promis de protéger.
Les Peulhs du Niocolo vivent en paix avec les autres populations
du pays, mais, il n ’y a pour ainsi dire aucun rapport entre eux.
Chacun reste chez soi. Voici la liste de leurs villages

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Villages Peulhs du Niocolo :

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Fadiga.
Marougou.
Sakoto.
Lacourou.
Bandofassi.
Itato.
Pataschi.
Koudio.
Landieni.
Niompaya.

Landé.
Tiokitian.
Deloum.
Iméré.
Etiessé.
Anrabol.
Bokari.
Bandé.
Saréfitari.

Situation et organisation politiques actuelles. —
avons-nous dit, est tributaire du Fouta-Diallon. La conquête de ce
pays par les almamys s’est faite bien aisément et voici dans quelles
circonstances. C’est à l’époque où il n’y avait encore dans le Niocolo
que des Malinkés; car les autres peuples sont venus bien après.
Lorsqu’après la mort de Boubou-Malick-Sy, fils de Maliclt-Sy, le
fondateur de la dynastie Sissibé du Bondou, ce pays fut livré en
proie aux Malinkés du Bambouck; Maka-Guiba, héritier de son

1

.

�490

ANDRÉ RANÇON

oncle, fit demander du secours aux almamys du Fouta-Diallon, ses
cousins, pour reconquérir le royaume de Malick-Sy. On comprend
que ceux-ci ne laissèrent pas échapper une si belle occasion de se
livrer quelque peu au pillage. Ils réunirent donc une forte colonne
et se mirent en route pour le Bondou, pillant et ravageant tout sur
leur passage. Ils arrivèrent ainsi dans le Niocolo. Les guerriers
Malinkés voulurent entrer en campagne contre eux, mais les vieil­
lards calmèrent leur ardeur en leur faisant remarquer que le
Fouta-Diallon était bien près et bien plus fort qu’eux et qu’ils
finiraient toujours par succomber dans une lutte aussi inégale. Il
valait donc mieux ne pas s’exposer à la colère de l’almamy et se
soumettre à son autorité. Chose qui fut faite, et, depuis cette époque,
le Niocolo est tributaire et vassal du Fouta-Diallon. Les populations
qui vinrent s’y établir dans la suite acceptèrent une situation déjà
existante et payèrent également l’impôt. C’est également à cette
époque que des Peulhs du Fouta-Diallon vinrent s’établir dans le
Sud du Niocolo et y fondèrent les villages dont nous avons donné
plus baut la liste.
La véritable autorité dans le pays est donc celle du Fouta-Dial­
lon et elle s’exerce spécialement pour recueillir l’impôt et pressurer
les populations qui lui sont soumises.
Le chef des Malinkés, qui réside à Dikhoy, ne jouit absolument
d’aucun pouvoir. C’est, du reste, la coutume dans les pays Malinkés.
On vient parfois lui demander son avis dans certaines contestations
entre villages ou entre particuliers; mais il est rarement suivi. En
résumé, c’est un chef qui n ’en a que le nom.
Les autres villages, Peulhs, Sarracolés, Diakankés s’admi­
nistrent comme bon leur semble. Chez les Diakankés, le chef de
Sillacounda jouit d’une autorité assez respectée des autres villages ;
car les quatre villages Diakankés sont tous habités par les membres
de la même famille.
En résumé, au point de vue politique, il n’y a réellement qu’une
autorité dans le Niocolo, la volonté de l’almamy de Timbo. Nous
avons dit plus haut comment elle s’exerçait. Sauf la question de
l’im pôt, rien n’est réglé. C’est l’anarchie et le désordre par
excellence.
Par suite du traité passé avec le Fouta-Diallon, le Niocolo se
trouve également placé sous le protectorat de la France. Les habi-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

tants du pays voudraient bien nous voir intervenir en leur faveur
contre leurs tyrans, mais il serait difficile défaire quoi que ce soit
pour eux sans se heurter contre l’autorité de l’almamy. Malgré tout,
il est temps qu’une solution intervienne, car nos caravanes et nos
marchands sont littéralement dépouillés parles droits exorbitants
que l’on exige d’eux.
Rapports du Niocolo avec les pays voisins. —- Bien que le Niocolo
soit tributaire du Fouta-Diallon, bien qu’il fasse partie du grand
empire Peulh, ses habitants ne sont nullement protégés par les Peulhs,
bien au contraire. Ils n’ont du protectorat que les charges sans
en avoir les avantages, et ses villages, quand ils sont attaqués, ne
sont jamais défendus. On ne vient jamais à leur secours. Aussi, leurs
voisins ne se gênent ils guère avec eux et ils n’ont pas échappé
aux attaques des almamys du Bondon. Aussi, en décembre 1869, sous
prétexte que les gens de Marougoucoto avaient pillé une caravane
du Bondou, ce qui pouvait bien être vrai, Boubakar-Saada,
l’almamy, vint attaquer ce village et s’en empara aisément.
La moitié de la population se sauva et le reste fut emmené en
captivité. Quelque temps après, Boubakar autorisa ceux qui lui
avaient échappé à reconstruire Marougoucoto. Mal lui en prit, car
en 1875, ce village s’étant repeuplé et son tata ayant été solidement
reconstruit, les habitants recommencèrent leurs brigandages et
pillèrent sans merci tous les dioulas et toutes les caravanes venant
du Bondou ou du Galam et qui s’aventuraient à leur portée. L’al­
mamy Boubakar leur envoya deux de ses meilleurs guerriers pour
leur enjoindre d’avoir à cesser d’harceler sans cesse ses sujets, et
leur déclarer qu’en cas de refus il marcherait immédiatement
contre eux. Le chef du village lui fit répondre que « s’il était le
» maître à Sénoudébou, lui il commandait à Marougoucoto, et que
» si les gens du Bondou voulaient passer par son village pour se
» rendre au Fouta-Diallon, sans payer l’impôt que toutes les autres
)) caravanes acquittaient sans récriminer, il continuerait à le
» leur faire payer de force ». De plus ses émissaires ne furent
même pas autorisés à se reposer dans le village. On ne leur donna
même pas une calebasse d’eau pour se désaltérer et ils furent
reconduits sous bonne escorte jusque sur la rive droite de la
Gambie. Cette façon de procéder, si contraire à foutes les coutumes

�492

ANDRÉ RANÇON

noires, équivalait à une déclaration de guerre. Boubakar, à bon
droit, le comprit ainsi et se prépara à aller châtier ces insolents.il fit
alors appel à ses alliés du Gadiaga, du Kasso et du Logo, réunit
une forte colonne et entra immédiatement en campagne. L’armée
coalisée traversa la Gambie au gué de Tomborocoto et vint tomber
sur Marougoucoto dans les premiers jours d’avril 1875. Mais les
habitants étaient prévenus et se tenaient sur leur garde. Suivant
une tactique assez commune chez les Malinkés, ils n ’attendirent
pas l’ennemi à l’abri de leurs murs et s’avancèrent contre Boubakar
pour lui barrer la route. Du gué de Tomborocoto, la route suit un
défilé que dominent de chaque côté des collines relativement
élevées. Elle est de plus littéralement encombrée dérochés qui la
rendent difficilement praticable. Embusqués derrière les rochers et
dans la forêt, ils attaquèrent à l’improviste l’armée coalisée.
Malgré une vigoureuse défense, Boubakar fut obligé de battre en
retraite, ses troupes se débandèrent et se précipitèrent en désordre
vers le gué de Dina (c’est ainsi que les Toucouleurs appellent le
gué de Tomborocoto). Poursuivies à outrance par les guerriers de
Marougoucoto et leurs alliés, c’est à peine si elles purent franchir
la Gambie sous le feu des ennemis embusqués derrière les rochers
des collines environnantes. Boubakar et Ousman Gassy, son fils, ne
purent, malgré leurs efforts, arriver à rallier leurs hommes et furent
obligés de s’enfuir à bride abattue pour échapper aux balles des
Malinkés.
Dans cette journée, Boubakar perdit environ deux cents hommes,
parmi lesquels un de ses neveux, Sidy-Amady-Salif, de la branche
des Sissibés de Koussan-Almamy, et un des captifs de la couronne
qu’il affectionnait le plus, Saada-Samba-Yassa.
Depuis cette époque, aucune guerre n’a désolé le Niocolo. Les
Malinkés qui l’habitent vivent en paix avec leurs voisins du Badon.
Ils sont, du reste, de la même famille, ce qui cependant ne serait
pas une raison. Il en est de même avec le Dentilia. D’ailleurs, ils
ne se sentent plus assez forts pour essayer de brigander sur les
routes comme ils le faisaient jadis. Opprimés comme ils le sont
par le Fouta-Diallon, ils ne peuvent plus se permettre quoi que ce
soit. Autrefois ils se livraient à un pillage en règle des caravanes
qui passaient par leur pays. Tomborocoto et Marougoucoto avaient
à ce sujet une réputation universelle au Soudan. Mais depuis

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

quelques années, depuis que nous nous sommes occupés, bien peu
pourtant, cle leurs affaires, les vols ont cessé. Les autorités du
Fouta-Diallon y ont mis bon ordre. Nous avons vu quelles étaient
leurs relations avec les Peulhs du Sud. Je crois bien qu’ils préfé­
reraient les voir ailleurs que là où ils sont; mais ils ne peuvent
rien dire, ce sont les maîtres.
Les Dianltankés vivent absolument à part et n ’ont avec les
Malinkés que les relations qu'un peuple musulman peut avoir avec
un peuple qui ne l’est pas.
Quant aux Sarracolés, ces juifs de l’Afrique, ils sont bien avec
tout le monde, pourvu qu’ils en tirent profit et bénéfices, si petits
qu’ils soient.
Nous avons vu ce que sont les .Peulhs, voleurs, pillards, brigands
dans toute l’acception du mot. Il serait temps de leur couper les
ailes.
Rapports du Niocolo avec les autorités françaises. — Les rapports
du Niocolo avec les autorités françaises sont nuis. Cela se com­
prend; nous ne pouvons avoir avec ce pays que des relations
absolument indirectes. Les Malinkés, Sarracolés, Diakankés nous
verraient avec plaisir intervenir d’une façon plus efficace dans les
affaires de leur pays. Aussi lorsqu’ils voient un représentant quel­
conque de l’autorité française, le traitent-ils avec les plus grands
égards.
Quant aux Peulhs, il ne faut pas l’oublier, ce sont des émigrés du
Fouta-Diallon et ils reçoivent le mot d’ordre de ce pays ; le fait suivant
suffira amplement pour prouver quelles sont leurs façons de pensera
notre égard. Me trouvant à Gamon, le chef vint se plaindre à moi de
de ce que les Peulhs du Niocolo et du Tamgué venaient jusque sous
les murs du village voler leurs enfants, femmes, captifs et bœufs.
Je lui exprimai mon étonnement de ce fait, car, lui dis-je, ils savent
parfaitement que Gamon est Français. « Ah bien oui, me répon» dit-il, ils s’en moquent pas mal et si on les interroge à ce sujet,
» ils vous répondent qu’ils ne connaissent pas ce que c’est. Il n’y a
» pour eux que des villages Malinkés. Aussi ne se gênent-ils pas
» pour venir sur notre territoire continuellement piller, voler et
» brigander à outrance ». Pour être convaincu de la chose, il subit
d’interroger à ce sujet les gens du Tenda, du Gamon, du Dentilia

�494

ANDRÉ RANÇON

et. même du Koukodougou. Tous s’en sont plaints à moi et m’ont
déclaré que, depuis quelque temps surtout, la présence de ces
brigands-là dans le pays leur rendait la situation absolument
intolérable. ’
Le Niocolo au point de vue commercial. — Conclusions. — Le
Niocolo, par sa situation géographique, a, au point de vue commer­
cial, une importance énorme au Soudan. C’est, en effet, par le
Niocolo que passent la plupart des routes qui mènent du Bambouck, duBondou, du Tenda, du Ouli, etc., etc., au Fouta-Diallon,
routes qui, par conséquent, font communiquer nos comptoirs du
Sénégal avec ce grand pays. De plus, c’est dans le Niocolo à
Kédougou surtout que les dioulas du Nord viennent faire leurs
achats de kolas. On peut dire, à ce point de vue, que Kédougou est
l’entrepôt de tout le commerce du Nord avec le Fouta-Diallon. Les
almamys l’ont bien compris, aussi celui qui règne actuellement
vient-il d’établir à Sakoto une sorte de douane à l’usage des dioulas
spécialement. Qu’ils aillent au Fouta-Diallon ou qu’ils en reviennent,
il faut payer à l’entrée comme à la sortie, et les droits ne sont pas
minimes. Ainsi c’est une pièce de guinée par charge d’âne et une
demi-pièce par charge d’homme, soit environ 20 francs et 10 francs.
C’est le fils lui-même de l’almamy qui dirige ce service de tréso­
rerie. Je n ’ai pas besoin de dire qu’il en profite pour pressurer le
pays d’une façon épouvantable.
Comme on le voit, l’importance commerciale du Niocolo est
capitale. On devrait s’occuper un peu plus de cette question que
nous ne l’avons fait jusqu’à ce jour. Ce qu’il importe surtout pour
favoriser le commerce, c’est de supprimer toutes ces douanes et de
réprimer le brigandage. Pour arriver à ce résultat, il n’y a qu’un
moyen, je le répète, mettre définitivement la main sur le FoutaDiallon.

��CHAPITRE XXIII

Départ de Laminia. — Souhaits de bon voyage. — Pratique religieuse à ce sujet. —
De Laminia à Médina.— Dentilia. — Route suivie.— Extraction du fer. — Hautsfourneaux. — Description de la route. — Géologie — Botanique.— Le D ia bé.—
La Fève de Galabar.— Arrivée à Médina.— Dentilia.— Le pavillon tricolore.—
Belle réception. — Orcheslre original. — Description du village. — En route
pour Saraia. — lloule suivie. — Berabou. — Badioula. — Description de la
route. — Géologie. — Botanique.— Les ficus. — Le Seno. — Les Strophanthus. — Arrivée à Saraia. — Le village. — Un mariage chez les MalinUés. —
Départ pour Dalati. — Beaux lougans. — Le Caoutchouc. — Arrivée à Dalabi. —
Mensonges des habitants. — Respect des Indigènes pour les bœufs blancs. —
En route pour Diaka. — Médina. — Route suivie. — L’Anacarde. — Cordiale
réception.

20 Janvier JS92. — La nuit que nous passâmes à Laminia fut
relativement chaude. Le vent du Nord-Est n’a pas cessé de souffler.
Ciel clair et étoilé. Au réveil pas le moindre nuage. Le soleil se lève
brillant. Brise de Nord-Est. Température chaude. Pas de rosée.
Nous avons une longue étape à faire. Aussi je réveille mon monde
dès deux heures et demie du matin. Malgré l’heure matinale
les préparatifs du départ se font très rapidement. Les porteurs
sont réunis à l’heure dite, et, par un beau clair de lune, nous
nous mettons en route à trois heures du matin.
Le chef et les principaux notables n’ont pas voulu me laisser
partir sans venir me serrer la main et sans me souhaiter un bon
voyage. Môme ceux de Sillacounda sont restés passer la nuit à
Lamina pour me saluer encore au moment où j’allais les quitter.
Tous me remercièrent sincèrement du petit cadeau que je leur fis.
j’aurais bien voulu leur donner davantage pour les défrayer un peu
des dépenses qu’ils avaient faites pour me recevoir ; mais ma
pacotille commençait singulièrement à s’épuiser et il me fallait
songer aussi à la longue roule qui me restait à faire avant

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

d’arriver dans un de nos postes où je pourrais me ravitailler. Car,
dans ce pays, pour être bien vu, il faut donner, toujours donner.
Ce n’est, en effet, que par la force ou par force cadeaux que l’on
peut conserver son prestige dans ces régions. Un chef doit être
puissant ou généreux. Voyageant sans escorte, il me fallait donc,
pour me faire respecter, puiser sans cesse dans mes modestes pro­
visions. « Les cadeaux entretiennent l’amitié », disons-nous en
France. Nulle part, plus qu’au Soudan, ce proverbe n’a été plus
vrai.
Au moment où nous allions nous mettre en route, je vis un des
marabouts du village s’avancer vers Almoudo et lui adresser une
question en lui prenant les deux mains. Mon interprète répondit
affirmativement, et ce disant présenta au marabout ses deux mains
ouvertes, la paume tournée en haut et se touchant par leur bord
interne. Le marabout les prit dans les siennes et marmotta quel­
ques paroles en crachant plusieurs fois et légèrement sur la paume.
Quand il eut terminé, celui-ci se les passa sur la figure à plusieurs
reprises en répétant : « merci, merci. » Je lui demandai ce que
signifiait cette pratique. 11 me répondit alors que ce marabout était
renommé dans tout le pays pour sa sainteté et qu’il venait de faire
une prière pour que nous fassions un bon voyage. « Nous pouvons
être assurés, ajouta-t-il, maintenant qu’il ne nous arrivera rien
de fâcheux pendant la route, car, lorsqu’un grand marabout donne
uue prière comme cela à un homme, tous les compagnons de
celui-ci en profitent, car il est alors l’ami d’Allah. C’est, ce qu’il y a
de plus que le meilleur. » Je ferai remarquer que mon interprète
était un Bambara qui, s’il ne faisait pas Salam, observait du moins
toutes les autres prescriptions du Coran. C’est encore là une preuve
indiscutable de la grande vénération que, même les peuples du
Soudan qui ne la pratiquent pas, ont pour la religion du prophète.
Munis de ce précieux viatique, nous nous mîmes en route pleins
de sécurité sur l’issue de notre voyage. Les porteurs marchent bien.
A un quart d’heure du village, nous traversons le Daguiri-Kô. Les
uns en pirogue et les autres à gué. Ce marigot est peu large et peu
profond en cette saison. Les berges sont cependant à pic et, pen­
dant l’hivernage quand ses eaux ont été gonflées par les pluies, sa
largeur peut être d’environ de 50 à 60 mètres et sa profondeur de
10 à 12 mètres. L’endroit où il coupe la route de Laminia à
André Rançon. — 32.

�498

ANDRÉ RANÇON

Médina-Dentilia est situé à environ trois cents mètres de la Gambie
que l’on peut apercevoir, du reste, du haut des berges du marigot.
Nous traversons, à peu de distance du Daguiri Kô, deux de ses
affluents. Successivement, il nous faut franchir le Diguia-Kô, le
Douta-Kô, affluents de Koumountourou Kô. Nous laissons sur la
droite la route de Dioulafoundou et, à six kilomètres de là, nous
arrivons aux ruines de Tasiliman, où nous faisons la halte.
Tasüiman devait être un village qui, à en juger par ses ruines,
devait avoir environ 450 ou 500 habitants. Il était situé sur un
petit monticule qui s’élève à un kilomètre du Koumountourou-Kô.
Sa population l’abandonna à la suite d’un incendie qui dévora
toutes ses cases, et alla habiter à Médina-Dentilia et à Dioula­
foundou. Le sol est cependant très fertile aux alentours. Les habi­
tants des villages voisins y ont fait de beaux lougans de mil, et
toute la plaine qui l’entoure est parsemée de superbes karités. Il
existe encore au milieu des ruines du village plusieurs puils qui
donnent une eau délicieuse et qui, pendant la saison des cultures,
sont bien entretenus par les cultivateurs qui viennent s’installer
là pour surveiller leurs champs. Non loin de l’ancien village exis­
tent, en effet, quelques cases et quelques greniers à mil que gar­
dent une ou deux familles de captifs.
La traversée du Koumountourou-Kô est assez difficile, bien que
ce marigot ne soit pas très large et qu’à cette époque de l’année il
soit presque complètement à sec. Mais ses berges sont excessive­
ment élevées et à pic. Aussi faut-il prendre mille précautions pour
descendre dans le lit et remonter sur la berge opposée. De plus, le
fond est couvert de débris végétaux et encombré de racines qu’il
faut avoir soin de faire éviter aux animaux.
A quelques kilomètres du Koumountourou-Kô, nous traver­
sons successivement le plus important de ses affluents, le SamaniaKô, et non loin de ce dernier le Bancoroti-Kô, qu’il reçoit et qui
coule au pied du petit monticule sur lequel s’élève le village de
Médina-Dentilia.
A peu de distance de là nous laissons sur la gauche huit ou dix
fours à extraire le fer, et qui étaient éteints quand nous y sommes
passés.
Le minerai de fer est excessivement commun au Soudan. On
peut dire d’une façon générale qu’ il n’y existe pas de roche qui

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

499

n’en contienne en plus ou moins grande quantité. Mais ce sont
surtout les quartz et les grés qui sont les plus riches. Le fer magné­
tique est assez rare. On ne le trouve guère que dans le pays de
Ségou. Ce métal existe plutôt à l’état d’oxydes unis à de la
silice et à de l’argile. Les quartz et les grès ferrugineux forment
des conglomérats parfois énormes qui sont agglutinés entre eux
par de l’argile. Enfin on trouve encore parfois de petits cailloux
roulés qui contiennent une si grande quantité de ce métal que les
indigènes s’en servent parfois comme balles de fusil. Certains
minerais des environs de Dioulafoundou dans le Bambouck contien­
nent à peu près 35 % de fer absolument pur. Malgré leurs
richesses, il sera de longtemps impossible de les exploiter, vu le
bas prix de ce métal en Europe. Il ne sera jamais l’objet d’un
commerce d’importation et, pour l’utiliser, il faudrait l’extraire sur
place et l’écouler dans le pays. Encore l’exploitation ne sera-t-elle
jamais rémunératrice, vu le prix élevé de la main d’œuvre. Il sera
toujours moins onéreux de faire venir d’Europe la quantité de
métal dont nous pourrons avoir besoin dans nos ateliers.
Les indigènes extraient eux-mêmes le métal dont ils ont besoin
pour fabriquer leurs couteaux, sabres et leurs instruments de
culture. Toutefois depuis notre installation au Soudan, ils préfèrent
de beaucoup s’approvisionner sur nos marchés et il faut aller
assez loin dans l’intérieur pour y voir encore fonctionner leurs
hauts-fourneaux. Nous avons pu en voir de nombreux échantillons
dans les différents voyages que nous avons faits au Soudan dans
le Bélédougou, le Niocolo, le Bambouck, le Konkodougou, etc., etc.
Les fourneaux sont généralement construits non loin de la mine
d’où on extrait le minerai. Ce minerai est cassé en petits fragments
d’environ quatre à cinq centimètres cubes et amoncelé en tas
auprès des fours.
Ces fours sont construits en argiles compactes. Leur hauteur est
environ de trois mètres et leur circonférence d’un mètre cinquante.
Leur forme est à peu près cylindrique ; à fleur de terre trois ou quatre
ouvertures ou évents sont ménagées avec soin et sont munies de
tuyaux auxquels s’adaptent des soufflets que les ouvriers manœu­
vrent à la main. Une ouverture plus grande que les autres, et
fermée pendant que dure la fonte, communique par un conduit en
argile à une sorte de réservoir en pisé destiné à recevoir le fer

�500

ANDRÉ RANÇON

quand l’opération est terminée. Pour l’obtenir on empile dans le
fourneau par couches superposées le minerai et le charbon. Ce
dernier est excellent et donne une chaleur suffisante. On le fabrique
surtout avec le bois du caïl-cédrat, du vène et du gonakié. Quand le
four est chargé, on l’allume par la base et on souffle vigoureu­
sement de façon à accélérer le plus possible la combustion. La
cheminée est, de plus, construite pour donner un vigoureux
tirage. Aussi l’opération se fait-elle en peu de temps quand le feu
est bien allumé. Lorsqu’on juge que la fusion est complète, on
débouche l’ouverture dont nous avons parlé plus haut et le métal
coule dans le réservoir ménagé à cet effet, et où on le laisse
refroidir. Le fer ainsi obtenu n’est pas de la fonte et il a toutes les
qualités du fer absolument pur. Les forgerons seuls pratiquent
ce métier avec leur famille, et c’est à eux qu’incombe le soin de
fabriquer tous les objets dont les noirs se servent pour leurs travaux
agricoles. Couteaux, haches, pioches, ainsi que sabres et poignards
sont fabriqués avec ce fer qu’ils travaillent au marteau et à l’en­
clume après l’avoir fait rougir au charbon de bois dont ils entre­
tiennent la combustion avec des soufflets en peaux de boucs et
qui sont manœuvrés par leurs aides. Chaque habitant du village
qui a besoin de leurs services leur pave une certaine redevance
proportionnée à l’importance des commandes.
A dix heures vingt minutes, nous arrivâmes enfin à MédinaDentilia, par une chaleur très supportable tempérée par une bonne
brise de Nord-Est.
De Laminia à Médina-Dentilia, la route suit à peu près une
direction générale Est, et la distance parcourue est environ de
32 kil. 500 m. Elle ne présente, pour ainsi dire, pas de grandes
difficultés. Seul, le passage du Daguiri-Kô et du Koumountourou-Kô
nous a un peu retardé.
Au point de vue géologique, nous avons toujours les mêmes
terrains. En quittant Laminia, nous traversons le monticule de
latérite sur lequel est construit le village. Il s’étend environ jus­
qu’au marigot de Daguiri. A partir de là, la route traverse une
vaste plaine de trois kilomètres de largeur environ et uniquement
formée d’argiles compactes. Elle est bornée, à l’Est, par de petites
collines que l’on franchit, et où abondent les quartz et les roches
et conglomérats ferrugineux. A l’Est de ces collines, nous retrou-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

501

vons les argiles, et nous les avons jusqu’aux ruines de Tasiliman
où apparaît la latérite, sur une étendue d’environ trois kilomètres,
puis nouvelles argiles et de nouveau la latérite jusqu’à Médina. La
petite élévation de terrain sur laquelle s’élève le village est formée
de ce terrain. A peu de distance de Médina, on peut remarquer,
de chaque côté de la route, d’énormes blocs de beau granit gris.
Nous reviendrons plus loin sur ce sujet et tâcherons de donner une
explication plausible de la présence de ces roches au milieu de
terrains où on n’est pas habitué à les rencontrer.
Au point de vue botanique, rien de bien particulier à signaler.
Les lianes Saba ont complètement disparu. Les Karités, peu
nombreux dans les plaines argileuses, sont plus abondants dans
les terrains à latérite. C’est la variété Shée que l’on trouve particu­
lièrement. Les Manas font complètement défaut. Ce végétal est
très commun aux environs des ruines de Tasiliman et dans la
plaine, au centre de laquelle s’élève Médina-Dentilia. Nous en avons
vu dont les dimensions étaient absolument énormes. Deux autres
végétaux ont surtout attiré notre attention pendant cette étape, le
Diabé et la Fève de Calabar.
Le Diabé n’est autre chose que le Henné (Lawsonia inermis L.)de
la famille des Lythrariées. Ce végétal est assez commun au Soudan;
mais on le trouve surtout dans le Bambouck, le Dentilia et le Manding. Les indigènes en utilisent les feuilles pour teindre, en jaune
très foncé, leurs cuirs ; mais elles sont surtout estimées des femmes
qui s’en servent pour se colorer, en rouge acajou, les ongles et
souvent aussi la paume des mains. Voici comment ou procède pour
obtenir cette coloration si appréciée des élégantes. On récolte les
plus jeunes feuilles de Diabé. On les pile de façon à en faire une
pâte bien homogène. Puis, on enduit de cette pâte chaque ongle.
La main tout entière est ensuite enveloppée de feuilles et on a
soin de maintenir très humide ce pansement pendant trois ou
quatre jours. Puis on l’enlève, et, les mains lavées, on trouve les
ongles teints en jaune rougeâtre acajou. Cette coloration persiste
pendant trois ou quatre mois; après ce temps il faut recommencer
l’opération.
Cette teinture des ongles est considérée par les négresses comme
un attribut essentiel de l’élégance. Filles, femmes de chefs et de

�502

ANDRÉ RANÇON

notables ne manquent pas de la faire avec soin. Les griotes s’ofïrent
porfois aussi ce luxe.
Cette pratique est surtout en honneur chez les Peullis et chez
les peuples qui appartiennent à cette race. Elle est plus rare chez
les peuples de race Mandingue. Quelques jeunes gens adoptent
aussi cette mode, mais ce fait est peu fréquent.
Le Henné est appelé Diabé par les peuples de la race Mandingue
et Pouddi par les Peulhs et leurs congénères.
La Fève de Calabar est la graine du Physostigma venenosum Balf.
de la famille des Légumineuses papilionacées. C’est une plante
vivace, ligneuse, grimpante, atteignant jusqu’à douze mètres de
long. Elle croît, de préférence, sur les bords des marigots. Rela­
tivement rare au Soudau, nous ne l’avons rencontrée que dans le
Diébédougou, non loin de Mouralia, et dans le Dentilia,surles bords
du Daguiri-Kô et du Koumountourou-Kô. Ses feuilles sont larges et
ses fleurs disposées en grappes pendantes sont roses ou rouges
pourpre. Le fruit est une gousse de couleur brun foncé, longue de
15 à 20 centimètres et contenant environ 5 à 7 semences ovales, de
couleur brun-chocolat à épisperme dur, cassant, chagriné. Les
cotylédons sont volumineux, durs, friables, rétractés et laissent
entre eux une sorte de cavité.
Les indigènes du Soudan n’utilisent pas la Fève de Calabar.
J ’ai pourtant entendu dire que dans certaines de nos rivières du
Sud, ils s’en servaient comme poison d’épreuve.
Notre entrée à Médina-Dentilia fit sensation. Dès que l’on
aperçut de loin ma caravane, le chef, accompagné de ses principaux
notables, vint à mon avance pour me souhaiter la bienvenue. Il
était précédé par un orchestre des plus bizarres composé d’une
douzaine d’individus armés des instruments les plus étranges. Eu
débouchant dans la plaine au milieu de laquelle s’élève MédinaDentilia, la première chose qui frappa mes regards fut un beau
pavillon tricolore qui flottait à l’extrémité d’un haut bambou au
centre du village. J ’avouerai franchement, dût-on rire de ma sensi­
bilité, que je ressentis alors une violente émotion. C’est que depuis
huit mois que je vivais dans la brousse, c’était la première fois que
quelque chose venait ainsi me rappeler vivement la patrie, et ce
quelque chose était le pavillon national. On ne saurait s’imaginer
tout le plaisir que l’on éprouve à voir flotter les trois chères

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

couleurs, au centre de l’Afrique, à des milliers de kilomètres
de la mère-patrie. Mes hommes eux-mêmes ne cachèrent pas toute
la joie qu’ils ressentaient, et Almoudo, à cette vue, crut devoir
traduire ses impressions par un vigoureux « ya bon» ; exclamation
qui a son prix dans la bouche d’un noir. Tous ceux qui connais­
sent leur caractère en conviendront avec moi.
A peine avions-nous échangé avec le chef et les notables les
salutations d’usage, que nous nous remîmes en route pour le village
au milieu d’un vacarme assourdissant. L’orchestre qui nous précé­
dait s’en donnait à cœur joie. Les uns frappaient à tour de bras
sur d’énormes tam-tams ; les autres soufflaient à pleins poumons
dans les instruments à vent les plus étranges. Des femmes enfin
chantaient à tue-tête. Je crois que tous les instruments à vent
connus des Malinkés étaient représentés dans cet épouvantable
charivari, depuis la simple flûte jusqu’à la corne d’antilope et à la
corne de bois. Nous allons, du reste, les décrire.
D’une façon générale, on peut dire que les instruments à vent
sont peu nombreux au Soudan et on ne les trouve guère que chez
les peuples de race Mandingue, Bambaras et Malinkés. Les Bambaras affectionnent tout particulièrement une espèce de trompe
faite avec une corne d’antilope. Nous avons vu dans le Bélédougou, à Tiésamébougou et à Déorébougou notamment, des orchestres
d’une quinzaine de musiciens ainsi composés. La construction de
ces sortes de trompes est bien simple : A l’extrémité effilée de la
corne, on perce un trou qui, bien entendu, ne la traverse pas de
part en part. L’extrémité ouverte à l’air libre est recouverte d’une
peau mince de jeune chevreau ou de jeune mouton, tendue de façon
à vibrer mais aussi à laisser échapper l’air. Cette sorte de trompe
ne donne jamais qu’un son rauque et qui impressionne fort désa­
gréablement l’oreille un peu civilisée. 11 en est cependant qui trou­
vent cette musique fort agréable. Il n’y a pas à s’en étonner. Tous les
goûts ne sont-ils pas dans la nature ? Chaque trompe de dimension
différente donne un son différend. Nous n ’osons pas appeler note le
bruit étrange qui en sort. Il en résulte que chaque exécutant produi­
sant son bruit particulier l’un après l’autre, on a comme un espèce
d’air. Ob ! il suffit de ne pas être trop difficile en musique, voilà
tout. Cet instrument serait excellent pour chasser les oiseaux qui,
à l’époque de la maturité, viennent manger le mil dans les lougans.

�504

ANDRÉ RANÇON

Les Barabaras nomment cette sorte de trompe Bourou, de
même que ces Malinkés de Médina-Dentilia, auxquels elle ne m’a
pas semblé trop déplaire. Cet instrument est particulièrement
animé par le souffle puissant des captifs.
Sa congénère, la trompe eu bois du Bambouck, du Manding,
du Konkodougou, du Dentilia et autres pays Malinkés amateurs
d’harmonie, est aussi appelée Bourou. Kayes a le bonheur d’en
posséder un orchestre, qui, chaque dimanche et jours de fêtes, se fait
entendre de cinq à six heures sous les fenêtres du commandant supé­
rieur, avec accompagnement de toutes sortes de tam-tams et au son
duquel les négresses exécutent leurs pas les plus gracieux.
Cet instrument, qui est bien le plus désagréable que je con
naisse, a la forme d’une clarinette, mais non la même disposition
ni le même son. Il se compose d’un tube long d’environ 0m70 et
taillé tout d’une pièce dans un morceau de bois, de caïl-cédrat en
général. L’extrémité est libre et n’est pas, comme dans la trompe
précédente, recouverte par une peau. A l’extrémité la plus effilée
se trouve l’embouchure. Elle fait saillie sur le corps de l’instru­
ment et est creusée en cupule, de façon à ce qu’elle s’adapte parfai­
tement à la bouche. La difficulté pour jouer de cet instrument est
d’arriver à en tirer un son. On comprendra facilement, en effet,
d’après la description que nous venons d’en faire, qu’il faut des
poumons énergiques et un souffle puissant pour faire vibrer ces
parois de bois. Eh bien ! nous sommes heureux de constater que
nous avons rencontré des artistes qui s’en tiraient à merveille.
Cette vigueur pulmonaire est peut-être ce qu’il y a de meilleur à
l’actif de la race Malinkée.
Cet instrument est encore la propriété exclusive des captifs.
Heureux captifs ! Ils ne sont pas à plaindre.
Les sons arrachés péniblement à cette trompe sont loin de
payer en mélodie l’énorme travail qu’ils nécessitent. Rien de plus
rauque, de plus assourdissant, de plus effrayant. De loin ils res­
semblent, à s’y méprendre, aux braiments de l’âne, et il nous est
arrivé de les confondre. Et dire que j’ai connu des officiers qui
trouvaient quelque chose d’agréable dans ces fanfares inimagina­
bles, que je qualifierai volontiers de terribles pour nos oreilles
européennes.
Autre chose est la flûte de bambou que l’on peut entendre

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

dans tous les pays soudaniens. Elle est des plus simples. Elle est
formée d’un morceau de bambou creux d’environ quarante centi­
mètres de longueur. Une de ses extrémités est bouchée et l’autre
ouverte. Ce cylindre, d’environ trois à quatre centimètres de
diamètre, est percé : 1° d’un trou au voisinage de l’extrémité fer­
mée. C’est que là s’adaptent les lèvres de l’artiste ; 2° de quatre ou
six trous pratiqués à l’autre extrémité de l’instrument. Ces trous
sont distants entre eux de deux centimètres à deux centimètres et
demi et le plus rapproché de l’embouchure est situé à environ dix
centimètres de celle-ci. Ce sont ces trous qui, comme dans notre
flûte, servent à varier les sons, selon qu’ils sont ouverts ou fermés.
Les sons que donne cet instrument, appelé Fléni par les Bambaras,
sont assez agréables, et, n’était le rhythme monotome des airs que
jouent les exécutants, l’instrument ne serait pas déplaisant. Tout le
monde en joue plus ou moins au Soudan. Mais il est surtout réservé
aux forgerons. C’est principalement le soir, ou bien le jour en
gardant leurs lougans contre les ravages des oiseaux qu’ils en
jouent. Le Fléni fait rarement partie des orchestres, des tamtams. Les airs que les musiciens exécutent avec cette flûte sont,
en général, très tristes et portent à la mélancolie celui qui les
écoute. On trouve beaucoup de joueurs de flûte à bord des chalands
de la flotille du Soudan. Le soir, au mouillage, les laptots se
reposent en en jouant au grand plaisir de leurs camarades.
Je fus ainsi conduit en musique jusqu’à la case qui avait été
préparée à mon intention, dans l’intérieur môme du tata du chef.
Je fus très bien logé et, prévenance qui me fut bien agréable, le
chef avait fait installer un bon hamac dans lequel, après avoir pro­
cédé à ma toilette, je fus bien aise de me bercer un peu en atten­
dant l’heure du déjeuner. Devant ma porte d’entrée se dressait le
bambou à l’extremité duquel flottait le pavillon tricolore. Avant de
congédier le chef, je le remerciai chaleureusement de cette délicate
attention et lui donnai l’assurance qu’il m’avait fait un sensible
plaisir.
Médina-Dentilia est un gros village d’environ douze cents habi­
tants. La population est formée de Malinkés uniquement dont la
bonne moitié est musulmane. C’est la résidence du chef le plus
influent du Dentilia. Il s’élève sur un petit monticule peu élevé audessus d’une immense plaine bien cultivée et qu’entourent de toutes

�506

ANDRÉ RANÇON

parts des collines d’une hauteur d’environ trente ou quarante mètres
et qui de loin nous ont parues exclusivement boisées. Médina-Dentilia est entouré d’un tata peu élevé et peu épais, mais très bien en­
tretenu. Du reste, le village tout entier est beaucoup plus propre
que la plupart de ceux que nous avons visités jusqu’à ce jour. On
y voit que peu de cases en ruines et les habitants apportent un soin
tout particulier à refaire les chapeaux, chaque année, pendant
la saison sèche. Les cases du chef, situées au centre même du village,
sont entourées d’un solide tata dont la hauteur est de quatre
ou cinq mètres et l’épaisseur de deux mètres à la base et quatrevingt centimètres au sommet. C’est là la partie la plus sérieuse des
fortifications du village et cet ouvrage est, à mon avis, absolument
imprenable de vive force par une armée noire. Chaque année, le
chef le fait réparer par ses captifs, et, de ce fait, son épaisseur en
est également augmentée. Si le tata du village était relativement
aussi bien entretenu, Médina-Dentilia serait, de toute la région, le
village le mieux défendu. L’enceinte du village a deux kilomètres
et demi de développement et celle qui entoure les cases du chef, le
réduit central, pourrions-nous dire, trois cent cinquante mètres.
On accède dans l’enceinte extérieure par trois portes, dont l’une
regarde l’Ouest, l’autre le Nord, et la troisième le Sud-Est. Chaque
nuit, elles sont fermées et solidement barricadées. Deux portes
seulement permettent de pénétrer dans le tata central. L’une est au
Sud et l’autre au Nord. Elles sont peu larges et ne peuvent livrer
passage qu’à un seul homme à la fois. A chaque porte succède une
sorte de corps de garde solidement construit en terre, et, pour
pénétrer dans l’intérieur du tata, il faut franchir une seconde porte
qui n ’est pas plus large que la première. Chaque habitation parti­
culière forme en plus un ouvrage de défense, comme cela existe
dans la plupart des villages Malinkés. Mais ce qui distingue Médina
des autres villages dont nous avons déjà parlé, c’est que toutes ces
fortifications domestiques y sont en très bon état. Les rues sont
excessivement étroites. Elles s’enchevêtrent d’une façon inextri­
cable et il n’est pas difficile de s’égarer dans tout ce dédale.
Je fus reçu par la population de Médina-Dentilia aussi bien que
par le chef. Mes hommes furent littéralement gavés de nourriture.
Un bœuf fut mis à mort aussitôt après mon arrivée et la viande en
fut distribuée entre ma caravane et le village. Des calebasses de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

couscouss, de riz, de fonio nous lurent apportées en grand nombre,
et Samba, le cuisinier lui-même, qui était cependant une rude
fourchette, avoua qu’il ne pouvait plus manger, « y a plein »,
répétait-il, en se frappant sur le ventre à chaque invitation
nouvelle qu’on lui faisait de s’asseoir autour de la calebasse.
Médina est, en effet, un village très riche, qui possède un joli
troupeau de bœufs d’une centaine de têtes, et un grand nombre de
chèvres, moutons et poulets. De plus, ses greniers à mil sont
toujours bien approvisionnés, car ses lougans sont très fertiles et
les bras ne manquent pas pour les bien cultiver.
J ’y passai une excellente journée et pus m’y reposer des fatigues
delà longue étape de la matinée. Dans l’après midi, j’expédiai un
courrier à Saraia pour annoncer au chef de ce village que j’irais
camper chez lui le lendemain.
21 janvier 1892. — La nuit a été excessivement fraîche. La brise
a soufflé du Nord toute la nuit. Ciel clair et étoilé. Au réveil,
température très froide. Brise du Nord. Ciel clair et sans nuages.
Le soleil se lève brillant. Je fais lever tous mes hommes à deux
heures et demie. Les préparatifs du départ se font rapidement,
mais nous sommes retardés par les porteurs qu’on ne peut arriver
à rassembler. A 3 heures 45, seulement, nous pouvons nous mettre
en route.
Malgré l’heure matinale, le chef du village et ses notables
viennent m’accompagner jusqu’à la sortie du village et, après
m’avoir mis dans la route, ils me demandent à rentrer dans leurs
cases. Je les remercie de nouveau de leur cordiale réception et
monte à cheval après leur avoir serré la main et fait un cadeau peu
en rapport, je l’avoue franchement, avec l’accueil que j’avais reçu.
Il n’y avait pas un quart d’heure que nous avions quitté Médina,
que je vis accourir vers moi un homme chargé d’un gros paquet
de ces petites bandes d’étotïes de coton que fabriquent les tisse­
rands Malinkés et qui, dans toutes ces régions, servent de monnaie
courante. Je m’arrêtai aussitôt. Après m’avoir salué, il me dit que
son maître, le chef de Diouiafoundou, ayant appris mon arrivée
dans le pays, l’avait envoyé à Médina pour me saluer et pour
m’offrir des étoffes comme don de bienvenue. Mais il faisait nuit
noire quand il était entré dans le village, et comme on lui avait dit

�508

ANDRÉ RANÇON

que je dormais, il n’avait pas voulu me réveiller, car il savait que
j’étais très fatigué. Je le remerciai, le chargeai de faire tous nos
compliments à son chef et le priai de lui donner l’assurance que
son cadeau m’avait fait le plus grand plaisir. Je lui remis en même
temps un petit présent pour son maître et continuai ma route,
après lui avoir serré la main. Avec ces handes d’étoffes, je me fis
faire, à Saraia, une couverture qui me fut précieuse pendant le
reste de mon voyage, par les nuits fraîches de janvier et de février.
La route se fit rapidement et sans aucun incident. Les porteurs
marchent bien. Ils veulent se réchauffer. A un kilomètre environ
de Médina, nous franchissons le marigot de Bancoroti, dont les
bords à pic offrent pour les animaux une réelle difficulté. A
quatre heures quarante-cinq minutes, au jour levant, nous passons,
sans nous y arrêter, devant le village de Bembou.
Bembou est un énorme village, très étendu, dont la population
peu s’élever à environ mille habitants. 11 n ’est pas circulaire
comme la plupart des autres villages Malinkés. Son tata a plutôt la
forme d’un double rectangle. Il est composé de deux rectangles,
un grand et un petit, accolés l’un à l’autre. C’est le premier village
que je vois ainsi construit. Ce tata est peu élevé, trois mètres au
plus et peu épais. Mais il est excessivement bien entretenu. Il est
flanqué de tours dont les murs sont percés de trous par lesquels, en
cas de siège, les défenseurs peuvent passer le canon du fusil et tirer
sur l’ennemi sans s’exposer à ses balles. Quatre portes permettent de
pénétrer dans l’intérieur du village. La première, située à l’angle
Nord-Est, fait face à la seconde située à l’angle Nord-Ouest. La troi­
sième est percée au milieu de la face Sud du tata et la dernière est
située dans l’angle rentrant que forment en se rejoignant deux des
côtés des deux rectangles. Nous faisons au clair de la lune le tour
du village. Toutes les portes sont fermées. Personne ne se montre
sur la muraille, seuls, quelques chiens font entendre de furieux
aboiements. Ce tata a environ un développement de deux kilo­
mètres. A l’intérieur, les cases du chef sont défendues par une
enceinte qui nous a paru bien plus sérieuse que l’enceinte exté­
rieure. Ce tata peut avoir environ quatre mètres cinquante centi­
mètres de hauteur. Il domine de beaucoup les cases qui l’entourent
et il est également flanqué de tours. De la route, au clair de la
lune, il m’a apparu comme un véritable donjon féodal.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Bembou est situé au milieu d’une vaste plaine bien cultivée,
sur un petit plateau qui la domine de quelques mètres à peine.
Tout autour se voient à l’horizon de petites élévations de terrain.
Sa population est uniquement formée de Malinkés, dont quelques
familles seulement ne pratiquent pas la religion du prophète.
En quittant Bembou, la route traverse de beauxlougans, puis un
vaste plateau formé de roches et de conglomérats ferrugineux, puis
de nouveau des lougans.
A 6 h. 45 nous passons, sans nous arrêter, devant le petit village
de Badioula. Quelques habitants nous regardent par-dessus les
murs, tout étonnés de ce que nous ne nous arrêtions pas dans leur
village. Peu avant d’y arriver et à quelques centaines de mètres du
village, nous laissons sur notre gauche un joli petit jardinet bien
cultivé et où sont plantés de nombreux pieds de tabac que des
femmes et des enfants sont occupés à arroser.
Badioula est un village malinké musulman dont la population
peut s’élever à 350 habitants environ. Il est entouré d’un petit tata
circulaire, flanqué de tours, et qui nous a paru en bon état, de
même que le tata du chef que l’on aperçoit de la route et qui
domine de beaucoup les cases du village. Les habitations de loin ne
nous ont pas cependant parues être aussi bien entretenues que
celles de Médina. Badioula est construit sur un petit monticule qui
domine de vastes et beaux lougans.
Jusqu’à Saraia, où nous arrivons à huit heures vingt-cinq mi­
nutes, rien de bien particulier à signaler.
De Médina à Saraia, la route suit une direction générale Est et la
distance qui sépare ces deux villages est d’environ viDgt kilomètres
cinq cents. Elle n’olïre qu’une seule difficulté, encore facilement
surmontable; c’est le passage du marigot de Baucoroti-Kô. A partir
de ce point, on traverse un pays absolument plat, où on ne trouve
aucun marigot, et la route est très belle.
Au point de vue géologique, nous trouvons les mêmes terrains
et les mêmes roches. En quittant Médina, on traverse une bande de
latérite qui s’étend environ jusqu’au marigot de Baucoroti, puis on
rencontre quelques argiles compactes et enfin la latérite réapparaît à
deux kilomètres environ du village de Bembou et jusqu a Saraia, elle
alterne avec le terrain ferrugineux. Saraia est construit sur un mon­
ticule de terrain uniquement formé de latérite et richement cultivé.

�510

ANDRÉ RANÇON

Au point de vue botanique, les karités sont toujours excessive­
ment abondants. Quelques-uns sont en fleur. Voici un fait impor­
tant à signaler. La floraison de ce précieux végétal a lieu en janvier
et février. C’est l’espèce Sliée qui domine ici. Très peu de Manas.
Les lianes Sabas ont réapparu et nous en avons vu de beaux échan­
tillons, moins beaux toutefois que ceux qui viennent sur le bord
des marigots. Remarqué aussi de nombreux spécimens de cantacoula, quelques beaux baobabs, ainsi que quelques fromagers,
peu de Légumineuses. Enfin nous citerons en terminant les ficus
très abondants, les sénos, et de beaux pieds de strophantlius.
Les Ficus sont très communs au Soudan. On y trouve les variétés
les plus nombreuses de ce beau végétal. Les plus fréquentes sont :
le Ficus sycomorus L., le Ficus Afzelii L., le Ficus rugosa L., le Ficus
macrophylla Desf. Ce dernier est très commun, surtout dans le
Bondou. C’est, pour ainsi dire, le seul arbre de toute cette région
qui donne un beau feuillage. Le Ficus elastica Roxb., qui donne du
caoutchouc, est malheureusement assez rare au Soudan, on ne le
trouve guère que dans la Haute-Oambie, la Haute-Falémé et dans le
haut cours du Bakhoy et du Bafing. Nous en avons trouvé quelques
rares échantillons dans le Dentilia, leKonkodougou et le Bambouck.
Quant au Banyan (Ficus religiosa W.), il est très commun dans
tout le bassin de la Haute-Gambie, où il atteint des proportions
gigantesques. Le Niocolo, le Badon, le Dentilia et le Gounianta
notamment eu possèdent de superbes échantillons. A l’incision, il
donne également du caoutchouc; mais il paraîtrait qu’il est de plus
mauvaise qualité que celui qui est extrait du Ficus elastica.
Le Séno (Bambara et Malinké) est un végétal sur lequel je ne
saurais trop attirer l’attention, de ceux qui sont appelés à voyager
au Soudan français. C’est un arbuste de taille moyenne qui, par son
port, son feuillage, ses fruits et ses fleurs, rappelle absolument une
rosacée du genre Prunus. Jusqu’à ce jour je l’avais considéré comme
tel, n’ayant pu constater que ses caractères macroscopiques. Mais
après un examen attentif, M. Cornu, professeur au Muséum d’Histoire
naturelle de Paris, est arrivé à le déterminer exactement. C’est une
Olacinée du genre Ximenia (1). Ce végétal est assez commun au
Soudan, surtout dans le Fouladougou, le pays de Kita, le Manding,
(t) Espèce très rapprochée du X im e n ia a m e r ic a n a et que je n om m e X. Seno
D. C. (E. Heckel).

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

le Bambouck, le Dentilia et le Kuokodougou. Il croît, de préférence,
dans les terrains pauvres en humus et dans l’interstice des rochers.
Très rare sur les bords des marigots, il fait également défaut dans
les terrains argileux. Cet arbuste atteint au plus trois mètres de
hauteur. Sa tige, rarement droite, est difforme et son diamètre ne
dépasse pas dix centimètres. A sa partie supérieure, elle émet un
grand nombre de rameaux qui portent, en général, quelques dards
acérés d’environ trois centimètres au plus de longueur. Ce caractère
n’est pas constant. Ces rameaux 11e sont pas parfaitement cylindri­
ques, ils sont plutôt polyédriques et leur écorce, au bout de peu de
temps, prend une teiDte grisâtre caractéristique. Les feuilles sont
simples, entières, généralement stipulées. Leur face supérieure est
d’un beau vert foncé et leur face inférieure est blanchâtre. Elles
sont peu abondantes. La fleur est blanche, régulière, à cinq
divisions, et croît à l’extrémité des jeunes rameaux. Les fruits
ressemblent, à s’y méprendre, à la prune mirabelle. Us sont moins
allongés cependant et parfaitement sphériques. Us sont presque
toujours très abondants. Leur grosseur est celle d’une grosse
noisette. Verts quand ils sont jeunes, ils sont d’un beau jaune doré
quand ils sont arrivés à maturité. Tous ceux qui ont voyagé au
Soudan les connaissent parfaitement. Us possèdent une pulpe peu
abondante, rafraîchissante, d’un goût aigrelet, légèrement aroma­
tique et très agréable. Le noyau, très volumineux relativement à le
grosseur du fruit, est d’un blanc bleuâtre ou jaunâtre. U se laisse
facilement broyer sous les dents et est complètement rempli par
une amande d’un beau blanc nacré. Cette amande a un goût très
agréable de laurier-cerise. Mais il faut bien se garder de la manger.
Elle contient, en effet, une proportion considérable d’acide cyanhy­
drique. L’ingestion de sept ou huit d’entre elles suffit pour provo­
quer de graves accidents toxiques J’en ai eu un jour un exemple
frappant sous les yeux. Dans le courant du mois d’avril 1888, je fai­
sais route de Koundou à Kita, avec M. le sous lieutenant Fournier,
décédé l’année suivante à Bammako ; à peu près à mi-chemin de
Koundou au village de Siguiféri où nous devions faire étape, nous
trouvâmes un magnifique Séno absolument chargé de fruits arrivés
à maturité complète. Nous en fîmes chacun une ample provision.
J’en mangeai environ une quinzaine, mais sans absorber une seule
amande. Mon compagnon, au contraire, que, par mégarde, je n’avais

�512

ANDRÉ RANÇON

pas songé à avertir, en croqua une dizaine à peu près. Tout se passa
bien jusqu’à Siguiféri, où nous arrivâmes deux heures après. Mais
à peine étions-nous installés à notre campement qu’il se plaignit de
nausées et de violentes coliques. Peu après, quatre heures environ
après l’ingestion des fruits, diarrhée abondante, vomissements fré­
quents, pâleur du visage, sueurs profuses et froides, légère stupeur,
grande fatigue générale. J ’eus de suite l’explication de tous ces symp­
tômes quand, sur ma demande, il m’eût avoué avoir mangé une
dizaine d’amandes de Séno. Vers cinq heures du soir, il se sentit un
peu mieux et nous pûmes nous remettre en route. Mais ce ne fut que
deux jours après qu’il fut complètement rétabli. Pendant tout ce
laps de temps il éprouva fréquemment de désagréables nausées et
surtout une saveur persistante d’amandes amères qui l’écœurait et
l’empêchait absolument de manger.
Les Strophanthus sont relativement communs au Soudan. Il en
existe à ma connaissance trois variétés, le Strophanthus hispidus
D. C., le Strophanthus gratus Franchet, et une troisième variété qui
diffère sensiblement de ces deux dernières par les feuilles et le
fruit surtout. Cette dernière n’est pas encore déterminée, mais elle
se rencontre assez fréquemment, surtout au Sénégal et dans les
Rivières du Sud. Le Strophanthus croît de préférence sur les bords
des marigots. On le trouve en notable quantité dans les environs
de Thiès, à environ deux kilomètres de la ligne du chemin de fer de
Dakar à Saint-Louis, dans cette partie du pays sérère que l’on
désigne sous le nom de « Ravin des Voleurs ». Assez commun
également aux environs de Mérinaghen et sur les bords du lac de
Guier, il est très rare dans le Fouta, le Ferlo et le Bondou. Nous
n’en avons également trouvé que de rares échantillons dans laHauteGambie, le Bambouck et le Bélédougou. Mais là où il croît vigou­
reusement c’est dans le Mandiug, le long des rives du Tankisso et
dans tous les pays compris dans la boucle du Niger. Il croît généra­
lement en bouquets épais. Les individus isolés sont rares. C’est une
belle Apocynée vivace dont la feuille est simple et entière. Elle est
d’un vert sombre et ses deux faces, surtout l’inférieure, sont légère­
ment velues. La tige peu volumineuse a une couleur grisâtre quand
la plante est arrivée à complet développement, verte quand elle est
jeune. La grosseur est à peu près celle du pouce et elle est légère­
ment rugueuse. Elle porte des dards peu résistants. Ce caractère

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

n’est pas absolument constant et j’ai vu des individus chez lesquels
il faisait absolument défaut. Le fruit tout spécial et qui ne permet
pas de se tromper est un follicule sec long d’environ 20 à 30 centi­
mètres. Il s’ouvre spontanément à maturité complète et laisse
échapper une soie blanche très fine qui brûle sans laisser de résidu.
C’est dans cette soie que sont noyées les graines. Ces graines, qui
ont à peu près la grosseur de celles du café, sont plus compri­
mées et sont munies d’uue longue aigrette plumeuse. Graines et
aigrette renferment les principes actifs de la plante.
Les Bambaras de la boucle du Niger s’en servent pour empoi­
sonner leurs flèches, ainsi que les Pahouius du Gabon. Le poison
qu’ils confectionnent ainsi porte le nom de Kouno en Bambara
Les Malinkés disent également Kouno. Ils n’en font généralement
pas usage, du moins dans la partie du Soudan que nous avons
visitée. Voici comment, d’après Binger, se fait cette préparation :
« Après la cueillette, qui a lieu en décembre et en janvier, les
» cosses sont ficelées par petites bottes et suspendues aux solives
» des cases afin d’être séchées. Pour préparer le poison, ou pile
)) les graines quand elles sont bien sèches et on les laisse macérer
» dans l’urine pendant plusieurs jours; le tout est ensuite cuit
» avec du mil et du maïs, jusqu’à ce que la préparation ait la
» consistance d’une pâte ressemblant au goudron, dans laquelle
» on trempe ensuite les pointes des flèches, des lances et même
» les balles.
» Quand la préparation est fraîche, les blessures occasionnées
» par des armes enduites de Kouno sont toutes mortelles; mais
» quand il y a longtemps que celle-ci n’a pas été renouvelée, on
» peut en guérir en prenant une boisson qui sert d’antidote. La
» formule de ce contre poison n’est connue que de peu d’individus.
» Ils se font payer très cher les doses qu’ils administrent aux
» blessés. Quelques forgerons et kéniélaja (diseurs de bonne
» aventure) seuls en possèdent le secret ; il ne m’a pas été possible
» d’obtenir la moindre information à ce sujet. »
Comme Binger, je n’ai donc pu arrivera connaître la composition
de ce précieux antidote. Je ne serais cependant pas éloigné de
croire qu’il y entrerait dans une notable proportion de la fève de
calabar et voici ce qui me le ferait supposer. Un jour, non loin de
Mouralia, dans le Diébédougou, pendant une halte que nous fîmes
André Rançon. — 33.

�514

ANDRÉ RANÇON

sur les bords d’un marigot, je m’amusais à regarder les graines
d’un superbe Physostigma venenosum qui croissait tout près. Je
demandai alors à un de nos hommes, Bambara du pays de Ségou, à
quoi cela servait. Il me répondit seulement : « Y a bon pour
Kouno, quand y a boire ça, y a toujours gagné guéri. » Je ne pus
lui en faire dire davantage. La fève de calabar entre-t-elle réelle­
ment dans la composition de l’antidote du Ivouno et sous quelle
forme? Nous ne saurions le dire.
Quoi qu’il en soit, ce poison agit sur le cœur d’une façon ana­
logue à la digitaline. 11 en paralyse les mouvements et on meurt
par arrêt du cœur. Lors même que l’on n ’en meurt pas, son effet
se fait sentir longtemps encore après que l’on a été blessé.
Un de mes meilleurs amis, le capitaine Sausarric, de l’infanterie
de marine (1) qui, à l’assaut de Dienna, reçut, je ne me rappelle plus
à quel doigt, une légère blessure faite avec une flèche empoisonnée,
me racontait à ce sujet ce qu’il avait ressenti dans la suite. Aussitôt
après la blessure il n’éprouva, pour ainsi dire, pas de douleurs ;
mais dès le lendemain il fut sujet à de fréquentes syncopes. En peu
de jours, il s’affaiblit sensiblement. 11 lui semblait parfois que
pendant quelques secondes son cœur cessait de battre et éprouvait
une sorte d’angoisse. Ces symptômes durèrent pendant près d’un
mois, et ce ne fut qu’au bout de quarante-cinq jours qu’il fut com­
plètement remis et qu’il eut recouvré toutes ses forces.
Saraia est un gros village d’environ onze cents habitants. La
population est uniquement composée de Malinkés. Marabouts ou
non, ils sont là mélangés à peu près par moitié comme cela a lieu
dans la plupart des villages du Dentilia. Saraia est construit sur un
plateau assez élevé au-dessus de la plaine qui l’environne et on le
voit de loin, trois kilomètres au moins en venant de Médina-Dentilia.
Toute cette plaine est très bien cultivée et on y voit de nombreux
échantillons de beaux ficus et de superbes karités. Elle peut avoir
environ 8 kilomètres du Nord au Sud et cinq de l’Est à l’Ouest. On
accède par une pente douce au plateau sur lequel est construit le
village. De là on aperçoit toute la plaine environnante et à l’horizon
une série de petites collines peu élevées qui l’entourent comme d’une
ceinture. Le village est entouré d’un tata absolument insignifiant.
(1) Tué depuis aux côtés du colonel Bonnier, à l’allaire de Goundam.

�. V

DANS LA HAUTE-GAMBIE

Il n’a guère plus d’un mètre quatre-vingts centimètres de hauteur.
En aucun endroit il ne dépasse en hauteur celle des murs des cases.
Son épaisseur n’est pas de plus de quarante centimètres. Il est
presque circulaire et construit en zig zags de façon à ce que les dé­
fenseurs puissent croiser leurs feux. Comme tous les tatas de cette
région, il est complètement faiten argiles fortement colorée en rouge
par des oxydes de fer. Malgré sonpeu d’épaisseur, et grâce à sa dispo­
sition en crémaillère et aussi aux matériaux qui entrent dans sa cons­
truction, il résiste parfaitement aux grandes pluies de l’hivernage. Il
est muni de tours rondes relativement élevées pour la défense et est
percé de quatre portes qui donnent accès dans l’intérieur du village.
Ces portes sont du reste ce qu’il y a de plus remarquable dans tout, ce
système de fortification. Au lieu d’être rondes, comme elles le sont
généralement, elles sont carrées. Elles font saillie d’environ trois
mètres en dedans et en dehorsdu m urd’enceinte. Leur longueur dans
le sens de la muraille a à peu près huit mètres, et leur largeur per­
pendiculairement au ta ta est de six mètres cinquante.Leur hauteur,
sans y comprendre le toit, dépasse quatre mètres. Un homme à
cheval peut y passer aisément. Le toit en paille, bien construit, a la
forme d’une pyramide rectangulaire. En cas de siège, ce toit est
enlevé, afin que les assiégeants n’y puissent pas mettre le feu. A
environ quarante centimètres du bord supérieur de la tour se
trouve un plancher fait avec des morceaux de bois jointifs et sur
lesquels s’embusquent des tireurs en cas d’attaque. Les portes, au
nombre de deux, sont en bois et très solidement construites. Une,
située à l’extérieur et s’ouvrant en dedans, bien entendu, donne
accès en dehors du village. L’autre, située à l’intérieur et s’ouvrant
dans le même sens que la première, permet enfin de pénétrer dans
le village. Pendant la nuit, ces deux portes sont solidement fer­
mées et étayées avec de fortes pièces de bois. Ces constructions,
qui ont certes dû demander beaucoup de travail, ne servent abso­
lument à rien au point de vue de la défense de Saraia, car le tata,
trop peu important, peut être facilement escaladé. Le tata qui
entoure les cases du chef est beaucoup plus sérieux. Il peut avoir
environ quatre mètres de hauteur sur quatre-vingts centimètres
d'épaisseur. Il est également flanqué de tours pour la défense et,
entre chaque tour, se trouve des contreforts, h l’intérieur comme à
l’extérieur, pour en augmenter la solidité. Il peut avoir environ

�516

ANDRÉ RANÇON

cent cinquante mètres de diamètre et deux cent cinquante mètres
de développement. Comme le tata extérieur, il est circulaire. Le
développement de ce dernier est de deux mille mètres au maxi
muni. Les cases du village sont en assez bon état; mais il en esl
beaucoup qui sont inhabitées et qui ne tarderont pas à tomber en
ruines.
Saraia est un village relativement riche. 11 possède de grands
et beaux lougans, de nombreux moutons, beaucoup de chèvres et
de poulets et un troupeau d’environ cent cinquante bœufs. J ’y fus
très bien reçu et n ’eus rien à demander. Dès mon arrivée, le chef
m’envoya à profusion tout ce dont je pouvais avoir besoin : du
mil pour mon cheval, du couscouss et du riz pour mes hommes,
et, pour moi, du lait, des œufs, des poulets. Un bœuf fut occis
à mon intention et distribué entre mes hommes et les gens du
village, selon la façon de procéder que j’avais adoptée eu
pareille circonstance. La journée se passa sans aucun incident.
J’expédiai un courrier à Dalafi pour y annoncer mon arrivée
pour le lendemain. La température fut très douce et j’aurais
passé une bonne nuit, si le tamtam qui fit fureur jusqu’au
matin ne m’avait tenu éveillé. C’est qu’on célébrait ce jour-là
un mariage. Les deux conjoints étaient fils et fille de notables
influents du village. Dans la journée, le chef était venu me faire
part de cette cérémonie et m’avertir qu’on ferait grand tamtam, si
toutefois cela ne me dérangeait pas. En lui répondant que je n’en
serais pas incommodé, je ne savais que trop à quoi m’en tenir, car
je n’ignorais pas que le charivari allait durer toute la nuit. Bien
que les deux mariés et leur famille ne fussent pas musulmans, tout
le village indistinctement prit part à la fête. Je pus y assister égale­
ment et me rendre un compte exact de ce qu’est cette cérémonie chez
des Malinkés non musulmans. Qu’on me pardonne, dans le cours de
la description que je vais en faire, d’entrer dans des détails qui
paraîtront peut-être scabreux pour certains esprits enclins à voir
le mal là où il n’y a rien que de très naturel. L’ethnologie, à mon
avis, n’admet pas de réticence, ne souffre pas de sous-entendus.
C’est une science absolument exacte qui ne s’appuie que sur des
faits ; quels qu’ils soient, on ne saurait les passer sous silence.
Honni soit qui mal y pense, comme dit notre vieux proverbe.
Lorsque tout est arrangé, c’est-à-dire lorsque fiancé et père de la

�'

DANS LA HAUTE-GAMBIE

:

r

517

jeune fille sont d’accord sur la dot à payer par le premier et que
cette dot est versée en totalité ou en partie, on fixe le jour où la
jeune fille sera livrée à son époux, où le mariage sera consommé.
L’époux fait alors construire dans sa concession la case où devra
habiter désormais sa jeune femme. S’il ne possède pas assez de
captifs pour ce travail, il l’exécute lui-même avec l’aide de ses
amis. Je n’ai point besoin de dire que la fiancée n’est jamais con­
sultée sur le choix de son époux. Dans tout cela, elle n’est qu’une
marchandise et rien de plus, marchandise qui a sa plus ou moins
grande valeur. La journée qui précède le mariage est occupée tout
entière à lui faire, pour la dernière fois, sa coiffure de jeune fille et
à la parer. Ce sont toujours les femmes de cordonniers et de forge­
rons qui, moyennant une modique redevance, se chargent de ce
soin. Les amies de la jeune fille se rendent, dès l’aurore, dans sa
case et ne la quittent plus que lorsqu’elle entrera dans la maison
de son mari. Cette coiffure est, comparée à celle des femmes
mariées, d’une remarquable simplicité. Les cheveux sont divisés
en trois masses à peu près égales, deux pariétales et une occipitale.
Ces masses sont disposées chacune en quatre ou cinq tresses à
l’extrémité desquelles on attache une boule d’ambre, ou quelques
grains de verroterie, ou bien encore une pièce de monnaie. Géné­
ralement il existe au sommet de la tête une tresse plus longue que
les autres, au bout de laquelle est fixée également un ornement
quelconque. Le tout est fortement enduit de beurre ordinaire ou
de beurre de karité.
Quand la fiancée a été ainsi coiffée, le tam-tam commence alors
sur la place principale. Le fiancé y doit assister et y doit danser. Il est
accompagné par ses amis et ses parents. Sa future femme n’y paraît
pas. Vers neuf heures du soir, tam-tam en tête, tous se dirigent
vers la case de la jeune fille, qui, à l’approche du cortège,
sort de sa demeure et prend place avec ses amies derrière les
musiciens. La noce, si je puis parler ainsi, est alors disposée dans
l’ordre suivant : En tête le tam-tam, immédiatement derrière les
jeunes filles qui chantent à tue-tête en frappant des mains pendant
que tam-tam fait fureur. Enfin le marié vient le dernier entouré de
ses amis. On se rend ainsi à la case nuptiale dans laquelle l’épouse
pénètre la première; le lit nuptial est préparé, une natte et par-dessus
un pagne blanc. Dans la case, outre les époux, se trouve une

�518

ANDRÉ RANÇON

troisième personne, une vieille captive, en général, de celles devant
lesquelles on n’a pas besoin de se gêner, qui, comme me le disait
Almoudo «n’ont honte de rien ». Elle est là pour constater que chacun
des conjoints fait bien son devoir. Dès que les deux époux sont
entrés dans la case, les chants et le tam-tam se taisent complètement,
chacun fait silence. Quand tout est consommé et que les traces
sanglantes du sacrifice sont bien marquées sur la pagne blanc, le
mari le remet à la vieille captive, et celle-ci va le montrer aussitôt aux
amis et parents du marié qui attendent devant la case. Alors, les
chants reprennent immédiatement, le tam-tam retentit avec fureur
et on brûle beaucoup de poudre. Tout ce vacarme continue pendant
la nuit entière jusqu’au lever du soleil. Le marié et la mariée
pendant ce temps restent dans leur case. Le lendemain, grand
festin, on mange force calebasses de couscouss, on tue un bœuf,
des moutons, on fait de véritables hécatombes de poulets. Dans les
villages non musulmans on s’enivre de dolo. Le marié seul prend
part à ces agapes. La mariée doit, pendant huit jours, 11e pas sortir
de la case nuptiale que la nuit, pour satisfaire ses besoins, et encore
doit-elle être toujours accompagnée par une femme mariée. Elle
peut cependant recevoir les visites de ses amies. Le marié est libre
de rester dans la case ou d’aller et venir comme bon lui semble ;
mais, en général, il ne se montre pas. Quand les huit jours sont
écoulés, on fait alors à l’épousée sa coiffure de femme, et elle
peut alors sortir. C’est encore l’occasion de réjouissances, de tamtams, de festins et de soûleries pantagruéliques.
Cette coiffure est. bien plus compliquée que la précédente et est
longue à édifier. Elle varie selou les races et souvent de village à
village. Mais, en ce qui concerne les Malinkés. elle se rattache
à un type constant que nous allons décrire aussi exactement possible.
Les cheveux sont partagés en cinq parties, deux pariétales,
deux occipitales et une supérieure. Les parties pariétales et occipi­
tales sont tressées et les tresses sont ramenées en avant, trois
pariétales de chaque côté et deux occipitales. Ces tresses soiit
maintenues en place par une bandelette d’étoffe que les femmes
portent souvent autour du front et qui vient s’attacher à la nuque.
Mais voici en quoi surtout cette coiffure se fait particulièrement
remarquer. La masse supérieure des cheveux qui est la plus consi­
dérable est divisée en deux parties égales du front à la nuque, et

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

chaque partie est tressée avec sa voisine de l’autre côté, de façon à
former une sorte de cimier de casque qui a parfois jusqu’à huit
centimètres de hauteur en son point le plus élevé. Afin qu’il soit
bien résistant et ne s’affaisse point, chose qui ne manquerait pas de
se prod uire avec les seuls cheveux, l’entrelacement est fait par-dessus
une masse compacte de chiffons ou de crins. Eu arrière, ce cimier
se termine par une tresse d’environ quinze centimètres de longueur,
véritable queue sur laquelle on fixe toutes sortes de petits gris-gris,
d’ornements en verroterie et à l’extrémité de laquelle sont attachées
des pièces de monnaie ou des boules d’ambre.
Cette coiffure est excessivement solide et dure plusieurs mois
sans se déformer. On la refait cependant tous les trois mois environ.
Afin que les cheveux aient la souplesse voulue pour se prêter à
toutes les combinaisons artistiques, ils sont fortement enduits de
beurre. De là une odeur épouvantable qui décèle de loin la présence
d’une négresse. Les intervalles qui sont laissés entre les tresses et
le cimier sont noircis avec de la poudre d’arachides grillées et
mieux avec de la pierre de Djenné (Kalé), finement broyée et que
l’on étend soit avec le pouce nu, soit à l’aide d’un chiffon. Pour ne
pas déranger cet édifice auquel les négresses tiennent beaucoup,
elles ne se lavent jamais. Aussi possède-t-il toujours une nombreuse
garnison.
D’une façon générale, on peut dire que la coiffure est une des
plus grandes préoccupations des négresses du Soudan, à quelque
race qu’elles appartiennent. Aussi il faut voir avec quelle patience,
elles se soumettent aux exigences des coiffeuses. Etendues sur une
natte, la tête reposant sur les genoux de l’artiste, il lui faut prendre
les postures les plus bizarres et les plus anormales pour lui faciliter
sa tâche. Il faut environ deux jours pour confectionner un pareil
édifice. Le premier jour est consacré à défaire l’ancienne coiffure
et à démêler les cheveux. On se sert pour cela d’un simple poinçon
en bois dur, généralement, et d’un peigne également en bois, et
qui n’a pas plus de sept à huit dents. Il ressemble à ces peignes
que certains noirs, les Bambaras particulièrement, fixent, par
coquetterie, dans leur chevelure, sur les côtés de la tête. Quand les
cheveux sont ainsi bien démêlés, leur volume a, pour ainsi dire,
quadruplé, les négresses ont alors une tête hirsute et ébouriffée qui
ressemble à ces têtes de loup dont nous nous servons en France

�520

ANDRÉ RANÇON

pour enlever les toiles d’araignées de nos plafonds. Pour passer la
nuit elles s’enveloppent alors la tête dans un mouchoir qui empri­
sonne complètement les cheveux. Il faut toute la journée du lende­
main pour exécuter le chef-d’œuvre capillaire que nous venons de
décrire. 11 faut voir alors, quand tout est terminé, avec quelle
complaisance les élégantes se regardent dans ces petits miroirs que
les dioulas leur vendent à des prix exorbitants.
La façou d’une semblable coiffure se paye couramment quatre
à cinq moules de mil, soit environ six à huit kilogrammes.
55 janvier. — Pendant la nuit que nous passâmes à Saraia,
personne de nous ne ferma l’œil. Cela se comprend aisément. La
température fut excessivement agréable. Le ciel resta clairet étoilé
et il souffla une légère brise du Nord assez fraîche. Au réveil, le
ciel est pur, sans nuage. Pas de rosée, le soleil se lève brillant.
Comme l’étape doit être relativement courte d’après les renseigne­
ments qui m’ont été donnés, je ne réunis mon monde qu’à cinq
heures du matin. Les préparatifs du départ se font assez rapide­
ment, mais comme toujours ce sont les porteurs qui nous retar­
dent. Il faut que tout mon monde s’en mêle et aille les cueillir
littéralement dans les cases où ils ont passé la nuit. La plupart
d’entre eux, du reste, a assisté au tam-tam, et y a dansé. Aussi
dormaient-ils profondément quand il fallut partir. Enfin, grâce à
Almoudo et à mon petit Gardigué, qui fut réellement impayable en
cette circonstance et qui, à lui seul, me ramena plus de la moitié
des hommes, la caravane put s’organiser et à six heures nous
quittions Saraia. Une heure et demie après nous étions à Dalafi,
où je comptais bien me reposer ce jour là. J ’avais compté, comme
on le verra plus loin, sans la malice et les mensonges des Malinkés
de ce village.
De Saraia à Dalafi, la route suit une direction générale EslNord-Est et ces deux villages ne sont distants l’un de l’autre que
de sept kilomètres et demi. Elle ne présente aucune difficulté. J1
n’y a aucun marigot important à signaler ni aucune colline. Elle
traverse un pays absolument plat. De plus, elle est un peu
débroussaillée et a environ deux mètres de largeur. De chaque côté
se trouvent sans interruption de .beaux lougans qui appartiennent
les uns à Saraia et les autres à Dalafi. Par ci par là quelques cases
s’élèvent au milieu des champs de mil. Elles sont destinées à

�DANS LA HA.UTE-GAMBIE

servir d’abri aux travailleurs, pendant les grandes pluies de l’hiver­
nage. Elles sont inhabitées pendant la saison sèche alors qu’on ne
peut faire aucune culture.
Au point de vue géologique, nous ne trouvons absolument
partout que de la latérite, sauf un petit ilôt, d’argiles compactes
situé à peu près à mi-route.
Au point de vue botanique, beaucoup, beaucoup de karités,
dont quelques-uns sont en fleur. Les lianes Sabas sont également
assez abondantes. Notons encore quelques beaux ficus, quelques
caïl-cédrats, de belles Légumineuses et, enfin, eu arrivant à Dalafi,
sur les bords d’un petit marigot à fond vaseux, quelques échantil
Ions de Fafetone.
Le Fafetone n’est autre chose que le Calotropis procera R. Br. de la
famille des Asclépiadées, qui donne par incision le caoutchouc.
Fafetone est le nom ouolof de cette plante. Les Malinkés l’appel­
lent N’goyo, les Bambara s N’gei et les Peulhs Foré. C’est une
liane qui atteint parfois des dimensions considérables. Elle croît
partout dans les rivières du Sud, au Gabon, au Fouta Djallon, sur
les bords du Tankisso et dans la majeure partie des régions situées
dans la boucle du Niger. Elle aime un terrain humide; aussi estelle très commune dans les pays où l'hivernage se prolonge. Au
Soudan, au contraire, où la saison des pluies ne dure guère plus
de quatre mois au maximum, on ne la trouve que sur les bords
des marigots. Elle fait absolument défaut dans le Bondou, le
Ferlo, le Kaméra, le Fouladougou, le Bambouck et le Manding.
Elle est, par contre, très abondante dans le bassin de la Gambie
et de la Haute Falémé. Elle sécrète un suc laiteux qui, par
évaporation, donne du caoutchouc d’excellente qualité.
Les Noirs du Soudan ignorent absolument tout procédé pour
recueillirlecaoutchouc.Ce n’est guère qu’à partir de la Gambie
qu’on commence à le récolter el la production augmente sensible­
ment, au fur et à mesure qu’on s’avance dans le Sud. Mac-Carthy
est le point le plus septentrional où Fou commence à voir appa­
raître ce précieux produit. Les indigènes du Sud de la Gambie en
apportent chaque année davantage aux comptoirs de la Compa­
gnie Française de la cote occidentale d’Afrique et de la Batliurst
trading Compagny Limited. En 1890, il eu a été acheté environ 4,500
kilog. et, d’après les renseignements qui m’ont, été donnés, cette

�522

ANDRÉ RANÇON

quantité n’était qu’un minimum comparé aux achats faits depuis.
Le caoutchouc que les indigènes apportent aux factoreries de
Gambie est en houle de la grosseur du poing environ. Sa couleur
est brune foncée à la surface; mais, à l’intérieur, il est blanc grisâ­
tre. Quand on les fend parle milieu, on constate à l’intérieur des
lacunes assez grandes remplies d’un liquide parfois abondant, sur­
tout quand la récolte a été récemment faite. Ce liquide est absolu­
ment nauséabond. Aussi les commerçants, avant d’acheter, ont-ils
l’habitude de les fendre pour le faire écouler et aussi pour s’assurer
qu’il n ’est pas fraudé; car les indigènes ont l’habitude, dans cer­
taines contrées, d’introduire des cailloux à l’intérieur des boules.
A Mac-Carthy, le caoutchouc se vend à peu près un franc vingt-cinq
centimes le kilogramme. Les noirs mélangent parfois à leur stock
de boules, des boules de gutta. Les traitants les refusaient toujours
comme du caoutchouc de mauvaise qualité ; il n’en est plus de
même aujourd’hui.
Les dioulas emploient, paraît-il, l’écorce duFafetone comme sti­
mulant. Il lui attribuent des vertus aphrodisiaques (1). Les feuilles
de ce végétal ont, de plus, disent les Malinkés du Ghabou et
les Peulhs du Fouladougou, la propriété de clarifier l’eau. Les
Pahouins du Gabon, les Soussous et les Balantes fabriquent, avec
ses fibres, des fils très résistants. Enfin les graines sont entourées
d’une soie courte qui sert à faire des fils qui, colorés en jaune ou
en rouge, servent à coudre les boubous des élégants du FoutaDjallon. On dit que cette soie serait dangereuse à manier èt à
travailler, car elle est très-cassante et les petits fragments que l’on
peut absorber par la voie respiratoire détermineraient de graves
affections pulmonaires.
Dalafi est un village Malinké qui peut avoir environ six cents
habitants. Il est construit dans une sorte de cuvette au milieu
d'une jolie petite plaine bien cultivée. 11 est entouré d’un faible
tata assez mal entretenu. Il en est de même, du reste, du tata qui
entoure les cases du chef. D’ailleurs, d’une façon générale, le vil­
lage est sale et beaucoup de cases tombent en ruines. La population
est entièrement musulmane.
(!) L’écorce de la racine de cette plante est connue depuis longtemps en matière
médicale sous le nom d’écorce de Mudar ; elle est réputée tonique et diaphorétique (E. Heckel).

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

523

Quand nous arrivons à sept heures et demie, la moitié du vil­
lage est encore endormie. Il faut dire que beaucoup de ses habi­
tants étaient allés la veille à Saraia pour assister au mariage et
n’étaient rentrés chez eux que fort avant dans la nuit. Ils faisaient
la grasse matinée. Nous sommes installés aussitôt dans de bonnes
cases, et, le chef du village prévenu de mon arrivée, vint me saluer
en toute hâte. Je fus bien reçu à Dalafi et ne manquai de rien abso­
lument. Un beau bœuf blanc fut immolé à mon intention, au grand
chagrin d’Almoudo, qui aurait voulu l’acheter et l’emmener chez
lui. Je lui demandai les raisons de cette préférence, il me répondit
alors que, dans tous les pays noirs, tout le inonde savait bien que
lorsqu’on avait dans sa maison un bœuf blanc, on était sûr de voir
réussir tout ce que l’on pourrait entreprendre. C’est le génie bien­
faisant de la famille, le porte-bonheur infaillible. Aussi un bœuf
blanc se paie-t-il toujours plus cher que les autres. Après cela, je
me demandais comment alors mes hôtes avaient pu sacrifier ce
précieux animal. Je fis interroger à ce sujet le fils du chef par
Almouclo et il lui apprit qu’on ne s’était décidé à tuer ce bœuf que
parce qu’il était vieux et qu’on venait d’en acheter un autre qui
était meilleur. Ces paroles calmèrent un peu les regrets de mon
superstitieux interprète.
Je n’aurais eu qu’à me louer des habitants de Dalafi, s’ils ne
m’avaient pas effrontément menti, uniquement dans le seul but de
ne pas m’accompagner à Faraba sur la Falémé. La longueur de
l’étape les effrayait sans doute, et il leur en coûtait d’être obligés de
secouer un peu leur paresse. A Médina-Dentilia et à Saraia, les
hommes que j’avais interrogés sur la route à prendre pour me rendre
à la Falémé, m’avaient tous déclaré que le plus court était de passer
par Dalafi. En causant avec le chef, je lui déclarai, en conséquence,
que je comptais partir le lendemain matin pour Faraba et lui
demandai de me donner des guides et les hommes nécessaires pour
soulager mes porteurs, car je savais pertinemment que l’étape
était excessivement longue. Il ne répondit rien, mais son frère me
dit alors qu’il n’y avait pas de route de Dalafi à la Falémé, que
personne dans le village n ’en connaissait et que lorsqu’ils y allaient
ils étaient obligés de passer par Diaka-Médina. On juge de mon
étonnement, après surtout ce que j’avais appris les jours précé­
dents. Alinoudo interrogea bon nombre d’habitants du village et

�524

ANDRÉ RANÇON

tous lui dirent la même chose. Un dioula lui-même, qui se trouvait
de passage à Dalafi, me confirma l’exactitude de ce que le frère du
chef venait de me dire. Ce dioula était venu me trouver pour me
prier de lui faire rendre une charge de kolas que les gens du village
lui avaient dernièrement volée. Il n’avait donc aucun motif pour
mentir comme eux, aussi ses paroles levèrent-elles tous mes doutes.
Je décidai, en conséquence, de partir le soir même pour DiakaMédina afin de ne pas perdre un jour et je fis part de ma détermi­
nation au chef qui me dit alors qu’à l’heure précise à laquelle je
voudrais partir, il me donnerait autant d’hommes que je voudrais
pour me conduire « dans la bonne route », jusqu’à ce village. Je le
remerciai et lui fis même un petit cadeau. Malgré cela mes soupçons
ne s’étaient pas complètement dissipés.
Donc, à deux heures trente minutes, nous nous mîmes en route.
Les préparatifs du départ se firent rapidement. Les hommes du
village qui devaient m’accompagner ne se firent pas attendre.
Malgré l’heure, il faisait une chaleur fort supportable et surtout une
brise de Nord qui tempérait considérablement, l’ardeur du soleil.
Ciel pur et sans nuages.
La route se fit rapidement et à 4 h. 30 nous étions à DiakaMédina. Dès notre arrivée, les hommes de Dalafi vinrent me
demander l’autorisation de retourner chez eux afin d’y arriver avant
la nuit. N’en ayant nullement besoin, je les congédiai en leur
recommandant bien de remercier encore leur chef de ma part pour
toute sa complaisance.
La route de Dalafi à Diaka-Médina ne présente absolument
aucune difficulté. Elle traverse un pays absolument plat et qui
n’offre aucun relief de terrain appréciable. Sa direction générale est
Sud, et la distance qui sépare ces deux villages est environ de dix
kilomètres. Elle traverse plusieurs petits marigots de peu d’impor­
tance, qui sont tous affluents du Séniébouli-Kô qui, lui-même, se
jette dans la Falémé. C’est d’abord à trois kilomètres de Dalafi
le Fao-Fao-Kô où coule une eau claire et limpide, puis, à quatre
kilomètres de Diaka-Médina, le Badanbali-Kô, et enfin, un kilomètre
environ avant d’arriver au village, la branche principale du Sénié­
bouli-Kô, qui est peu important en cet endroit, et dont les bords
sont couverts d’une riche végétation. Tous ces marigots sont très
faciles à franchir.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Au point de vue géologique : aussitôt après avoir quitté Dalafi,
nous entrons dans une vaste plaine argileuse interrompue, à michemin environ, par un plateau de roches ferrugineuses de peu
d’étendue. La latérite a complètement disparu. Elle ne reparaît
qu’à deux kilomètres environ avant d’arriver au village de DiakaMédina. La plaine qui entoure ce village est formée de ce terrain.
La végétation est excessivement pauvre de Dalafi à DiakaMédina. Ce n ’est que peu avant d’arriver à ce village que nous
voyons réapparaître les grands végétaux. Les karités, qui ont
manqué tout le long de la route, se montrent de nouveau ; la
plaine au milieu de laquelle est construit le village en possède de
nombreux spécimens. Peu de lianes à caoutchouc et à gutta ;
quelques strophanthus sur les bords du Badanbali-Kô et, enfin,
quelques rares pieds d’anacarde aux environs du Fao-Fao-Kô. Ce
végétal est, du reste, très rare dans toute cette région.
L'anacarde ou acajou à pommes (Anacardium occidentale L.
famille des Térébintliacées, est relativement rare au Soudan. Pen­
dant les différentes campagnes que nous avons faites daus cette
colonie, nous n’en avons guère rencontré que quelques échantillons
sur les bords du Baoulé, dans le Konkodougou et dans le Niocolo.
C’est un arbre de taille moyenne, qui croît généralement dans les
terrains humides. Ses feuilles sont simples, ovales, obtuses au
sommet. Ses fleurs sont disposées en panicules terminales; leur
corolle, plus longue que le calice, est à cinq divisions. Le fruit,
qui est connu sous le nom de Noix d’acajou, est réniforme, à péri­
carpe coriace, creusé d’alvéoles remplies d’une huile visqueuse,
noirâtre et caustique. Amande blanche, réniforme, huileuse, de
saveur douce et agréable. La noix d’acajou est suspendue, par sa
base plus renflée, à l’extrémité supérieure d’un corps charnu,
piriforme, dû au développement anormal du réceptacle. Ce corps,
nommé pomme d’acajou, est sucré, acidulé, un peu âcre.
L’écorce de l’anacarde donne à l’incision une résine jaune et
dure que l’on désigne sous le nom de « gomme d’anacarde ». Les
feuilles de ce végétal sont riches en tannin et pourraient être utili­
sées avec avantage pour préparer les peaux d’animaux.
Diaha-Médina est un village Diakanlté d’environ 450 habitants.
La population est entièrement musulmane. Il est absolument ou­
vert et ne possède aucun moyen de défense, ni tata, ni sagné : on

�526

ANDRÉ RANÇON

voit encore les ruines d’un ancien tataqui devait être assez sérieux.
Ce village m’a paru assez propre et assez bien entretenu. Il est
construit au milieu d’une vaste plaine où. se trouve tous les lougans.
Comme tous les villages Diakankés, il est relativement riche. Les
habitants possèdent de nombreux greniers de mil, riz, fonio,
arachides, etc., etc., et un beau troupeau d’une cinquantaine de
bœufs et d’une centaine de chèvres et moutons.
J ’y reçus l’accueil le plus franc et le plus cordial, comme cela
m’est arrivé dans tous les villages Diakankés où je suis passé : on
me donne à profusion tout ce dont j’ai besoin, et cela, sans que
j’aie la peine de demander quoique ce soit. Le chef est un homme
jeune encore et qui sait se faire obéir. Très intelligent, il est souvent
consulté pour leurs affaires par les villages environnants. Dès que
je fus installé dans une jolie case il vint me saluer avec les princi­
paux habitants du village. Je ne manquai pas de lui demander si
réellement il n’y avait pas de route de Dalafi à Faraba, il me répon­
dit qu’il y en avait une fort belle, pas plus longue que celle de
Diaka-Médina et que si les hommes de ce village m’avaient aussi
mal renseigné c’est uniquement parce qu’ils ne voulaient pas se
donner la peine de me conduire. Du reste, ils agissaient toujours
ainsi et quant il y avait une caravane à héberger ou à guider c’était
toujours à Diaka-Médina qu’ils l’envoyaient. Dans la circonstance
présente il en était enchanté : car cela lui permettait de connaître
un blanc et de causer avec un officier français. Je m’expliquai alors
pourquoi les hommes de Dalafi, à peine arrivés à Diaka-Médina,
s’étaient tant hâtés de retourner chez eux. Le fait est que si un seul
m’était tombé sous la main, il aurait payé pour tous.
Je conversai avec le chef jusqu’à la nuit tombante; il ne me quitta
que lorsqu’il vit que j’allais dîner. Je le remerciai de sa cordiale
réception et lui recommandai de faire en sorte que les hommes qu’il
devait me donner pour me conduire à la Falémé, fussent prêts au
premier signal; car l’étape étant fort longue, j’avais l’intention de
me mettre en route vers deux heures du matin, dès que la lune
serait levée. Il me donna l’assurance que tout serait prêt à l’heure
dite et qu’il viendrait lui-même me mettre dans la bonne route. Il
insista longuement pour me faire rester un jour de plus dans son
village. Malgré tout le désir que j’avais d’être agréable à ce brave
homme, et bien que ma santé fût toujours chancelante, je ne me

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

rendis pas à sa généreuse invitation, j’avais hâte d’arriver au plus
tôt dans un centre Européen où je pourrais me soigner plus
efficacement et me reposer un peu.
Diaka-Médina est le dernier village du Dentilia à l’Est. C’est
un lieu de passage très fréquenté par les caravanes qui se rendent
du Bambouck auNiocolo et au Fouta-Djallon ou qui en reviennent.
Il ne se passe pas de jours, me disait le chef, qu’il n ’en arrive deux
ou trois, surtout pendant la saison sèche. Elles traversent de préfé­
rence ce village, parce que les dioulas savent très bien qu’ils
seront bien reçus et qu’ils ne courront aucun risque d’être pillés.
Les Diakankés sont, en effet, très hospitaliers et, contrairement aux
Malinkés, ne dévalisent jamais ceux qu’ils hébergent dans leurs
villages.

�CHAPITRE XXIV

Le Dentilia. — Frontières, limites. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie.—
Constitution géologique du sol. — Flore, production du sol, cultures. — Faune,
animaux domestiques. — Populations, Ethnographie. — Situation et organi­
sation politiques. — Rapport du Dentilia avec les pays voisins. — Rapport du
Dentilia avec les autorités Françaises. — Le Dentilia au point de vue com­
mercial. — Conclusions.

Les Malinkés désignent sous le nom de Dentilia toule cette
région assez vaste, du reste, qui est située entre le Niocolo à l’Ouest
et le Konkodougou-Sintédougou à l’Est. Elle comprend, pour ainsi
dire, toutes ces vastes plaines qui s’étendent dans la région septen­
trionale de l’immense quadrilatère dont la Gambie et . la Ealémé
forment les deux grands côtés Ouest et Est et qui comprend le
Dentilia, le Gounianta,le Sangala et le Gadaoundou. Le Niocolo et le
Konkodougou, en effet,, ne possèdent qu’une petite bande de terrain
de quelques kilomètres seulement de profondeur dans toute cette
région. La partie du Konkodougou qui se trouve ainsi située à
l’ouest de la Faléiné est, du reste, absolument stérile et inhabitée.
Le Niocolo possède, au contraire, à l’Est de la Gambie, un beau
village, Laminia, et de riches terrains de culture.
Limites. Frontières.— Comme tous les pays que nous avons déjà
décrits, le Dentilia n ’a pas de limites naturelles et ses frontières
sont mal déterminées. Toutefois nous pouvons dire, d’une façon
approximative, qu’il est compris entre les 12°29' et 12°55' de latitude
Nord et les 13°50' et 14°40' de longitude à l’Ouest du méridien de
Paris. Mesuré dans ses plus grandes dimensions, il a environ
85 kilomètres du Sud-Est au Nord Ouest et 60 kilomètres du Nord
au Sud. Sa superficie est d’environ 4.500 kilomètres carrés. Au
Nord, sa ligne frontière commence à environ cinq kilomètres de
Gondoko, au point où elle coupe le marigot de Sandoundou-Kô. De

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

329

là elle se dirige au Sud-Est en coupant le Séniébouli-Kô, à environ
douze kilomètres de Dalafi. Du Séniébouli-Kô, elle se dirige direc­
tement au Sud-Est jusqu’à Daléma-Kô, qu’elle coupe à environ
quinze kilomètres de la Falémé. Elle suit le cours de ce marigot
pendant environ vingt kilomètres, jusqu’à trois kilomètres au Nord
du petit village de Candaina, qui appartient au Gounianta. De là,
elle se dirige droit à l’Ouest en suivant le cours du Kobali-KÔ et en
passant à environ trois kilomètres au Nord de Kobali. Elle aban­
donne ce marigot à vingt-deux kilomètres de la Gambie pour se
diriger brusquement au Nord. Elle suit cette direction jusqu’à la
mare de Temodalla, dans le désert de Coulicouna. Elle oblique
alors vers l’Est pour venir se terminer au marigot de Sandoundou.
Ainsi délimité, le Dentilia a à peu près la forme d’une ellipse dont
le grand axe serait orienté Nord-Ouest Sud-Est. Ses villages fron­
tières sont, au Nord, Gondoko, au Nord-Ouest, Barbri-Médina,
Sakoto et Bembou, à l’Ouest, Médina-Dentilia et Mansakouko, au
Sud, Daguiri, Samé et Nafadji, à l’Est, Dalafi et Diaka-Médina.
Le Dentilia confine au Nord au désert de Coulicouna qui le
sépare de Bélédougou et du Sirimana, à l’Ouest, au pays de Badon
et au Niocolo, au Sud, au Gounianta et à l’Est au pays de Satadougou,
au Konkodougou-Sintédougou et au Bafé.
Bien que ce pays n’ait pas de limites naturelles et que ses
frontières soient absolument conventionnelles, il ne surgit jamais
aucune difficulté de territoire avec les pays voisins. Gela tient à
deux causes principales. D’abord il est absolument isolé et séparé
des centres habités appartenant aux Etats auxquels il confine
par de vastes territoires absolument déserts. Il n ’y a qu’au
Sud que ses villages frontières soient situés non loin de ceux
du Gounianta. Mais la communauté d’intérêts, la parenté de
race et une situation analogue absolument isolée en font, pour
ainsi dire, son allié naturel. La seconde raison de cette bonne
intelligence qui règne dans ces contrées est en ce que les Noirs,
habitués à vivre dans la brousse, ont des points de repère certains
qui nous échappent à nous autres blancs. Ils savent, en pleine
forêt, reconnaître aisément dans quel pays ils se trouvent, chose
absolument impossible pour un voyageur qui ne fait que visiter la
contrée en passant. Aussi, est-ce en connaissance de cause qu’ils
s’aventurent chez leurs voisins, et il est excessivement rare qu’ils
A n d ré R ançon, — 34.

�530

ANDRÉ RANÇON

se permettent de faire des lougans ou de construire leurs cases sur
un territoire étranger. Ils ne manquent jamais, dans ce cas-là, d’en
solliciter l’autorisation du chef auquel il appartient, autorisation qui
n’est jamais refusée. Ils font alors partie du pays où ils viennent
de se fixer, et le fait d’y avoir établi leur demeure est regardé,
dans tous ces pays Noirs, comme une véritable naturalisation
d’office, et ils doivent se soumettre aux contumes et aux lois qui
régissent leurs nouveaux compatriotes.
Aspect général du Dentilia. — La description géographique du
Dentilia sera des plus simples, car nous sommes là dans un pays de
plaines, où les reliefs du terrain sont peu nombreux et surtout peu
appréciables, et où les cours d’eau sont, en général, de peu d’im­
portance. On éprouve une impression pénible quand on parcourt
les régions Est et Ouest de ce pays. Le paysage est absolument plat.
Pas d’horizon. Rien qui vous repose la vue. Partout une stérilité et
une monotonie désespérantes. Pas la moindre éclaircie. Toujours
l’horizon est borné par cet éternel rideau d’arbres rabougris qui
semble fuir devant vous au fur et à mesure que l’on en approche.
Pendant des kilomètres et des kilomètres, les plaines argileuses
arides, les plateaux stériles formés de roches et de conglomérats
ferrugineux et absolument dénudés, les marécages au bord de
certains marigots, se succèdent sans interruption. C’est la terre de
la désolation, par excellence. Aussi, éprouve-t-on un véritable sou­
lagement quand, après une longue étape dans un semblable désert,
on aperçoit tout à coup, sans que rien ne vous y ait préparé pen­
dant la route, un village situé sur un petit monticule dominant une
plaine parfois assez étendue, bien cultivée et où s’étalent de beaux
lougans de mil, de maïs et d’arachides. L’œil du voyageur, fatigué
de n’avoir jamais vu, pendant tout le voyage, que cette couleur
grisâtre qui est propre aux argiles, se plaît à contempler les tons
rouges des terrains à latérite au milieu desquels sont presque tou­
jours construits les villages. Malgré leurs sombres tatas et leur
tristesse infinie, les villages prennent pendant quelques instants, à
vos yeux, un air de fête et de gaieté qui ne frappe et réjouit mal­
heureusement que de loin et qui disparaît dès que l’on a franchi
la porte et que l’on est obligé de parcourir ses rues étroites. Il vous
semble, qu’après un pénible voyage, vous êtes enfin arrivé au port

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

si ardemment souhaité et où vous allez enfin pouvoir vous reposer
un peu. Et pourtant, malgré tous ces désavantages, les habitants
du Dentilia sont fort attachés à leur pays.
Il faut dire aussi qu’ils ont supérieurement choisi les endroits
où ils ont construit leurs villages, et que tout autour la terre y est
d’une fertilité remarquable. D’une façon générale, on peut dire que
tout ce qui est cultivable au Dentilia est ensemencé chaque année,
et que partout où se sont installés les habitants, la terre leur donne
abondamment tout ce dont ils peuvent avoir besoin. En résumé le
Dentilia appartient, dans sa plus grande partie, à ces pays de steppes
soudaniennes dont nous avons eu si souvent l’occasion de parler.
Mais là, ces steppes sant parsemées d’ilots nombreux de terres
cultivables, véritables oasis qui rendent le pays habitable et lui
donnent, dans sa région centrale du moins, un aspect relative­
ment agréable.
Hydrologie. — Le Dentilia est faiblement arrosé. On n’y trouve
aucun grand cours d’eau, pas de fleuve, pas de rivière. Nulle part
on ne trouve d’eau courante pendant la saison sèche. Seuls, quel­
ques marigots forment tout son système hydrologique. A ce point
de vue, on peut le diviser en deux régions bien distinctes, une
région Ouest qui appartient au bassin de la Gambie et une région
Est qui fait partie de celui de la Falémé. La ligne de partage des
eaux qui sépare les bassins de ces deux grands cours d’eau est peu
marquée dans le Dentilia. Elle est à peine indiquée par une petite
série de collines peu élevées et l’on peut dire qu’en certaines
régions les marigots dépendant d’un bassin empiètent sur l’autre.
Je ne serais même pas éloigné de croire qu’en certains endroits de
petits marigots les font communiquer l’un avec l’autre. Toutefois
la ligne de démarcation pourrait être à peu près déterminée comme
il suit. Elle suit une direction générale Nord-Ouest-Sud-Est et est à
peu près dirigée dans le sens du grand axe de l’ellipse dont le
Dentilia a la forme. Au Nord, elle commence à la mare de Temodalla
et se dirige directement au Sud jusqu’aux environs de MédinaDentilia. Elle est indiquée là par une chaîne de hauteurs assez
élevées qui se prolonge au Nord dans le désert de Coulicouna; à
environ cinq kilomètres au Nord de Médina-Dentilia, elle oblique
brusquement vers l’Est et suit cette orientation pendant environ

�532

ANDRÉ RANÇON

douze kilomètres. Là, les collines s’affaissent sensiblement et nous
ne trouvons plus que de légères ondulations du sol. Le VaudioulouKô, qui dépend du bassin de la Gambie, est parallèle à cette ligne
pendant quarante kilomètres. De ce point, elle se dirige au NordEst jusqu’aux environs de Oualia. Elle oblique alors directement
au Sud jusqu’à Bandiciraïla, d’où elle se dirige au Sud-Est pendant
trente kilomètres pour obliquer ensuite vers le Sud et le Sud-Ouest
en passant non loin de Samé entre le Daguiri-Kô, qui appartient à
la Gambie, et le Samakoto-Kô, qui est de la Falémé. Dans tout ce
trajet cette ligne a environ 120 à 130 kilomètres de développement.
Dans la région Est, nous trouvons, dans sa partie Nord, un
grand marigot, le Séniébouli Ko. Sa direction est à peu près SudNord. Il naît dans les environs de Bandiciraïla, dans le Dentilia,
où, dans la partie ultime de son cours, il s’étale en un vaste
marais. De là, il passe non loin de Diaka-Médina, et, après avoir
traversé la région Ouest du Bafé et le Sirimana dans toute sa
largeur, il se jette dans la Falémé. Il reçoit dans le Dentilia, à
l’ouest, le Marigot de Saiuloundou, qui reçoit lui-même le SacodofiKô, lequel est formé par les eaux d’un grand nombre de marigots
de peu d’importance, qui arrosent la région Nord-Ouest dé ce
pays. Plus au Sud nous trouvons le Fao-Fao-Kô, qui passe à
quatre kilomètres au Sud de Dalafi. Dans la même direction et à
trois kilomètres de ce dernier, se trouve le Badanbali-Kô. La route
de Dalafi à Diaka-Médina coupe ces deux marigots. A l’est le
Seniébouli-Kô ne reçoit dans le Dentilia qu’un seul marigot de
peu d’importance, le Sama-Kô, que l’on trouve à un kilomètre et
demi de Diaka-Médina, sur la route de Faraba.
On trouve encore dans le Dentilia un marigot important qui
appartient au bassin de la Falémé; c’est le Daléma-Kô. Il forme,
dans une partie de son cours, la séparation entre le Dentilia et le
Koukodougou Sintédougou, et se jette dans la Falémé, un peu en
aval de Faraba. Il reçoit un grand nombre de branches que l’on
traverse en allant de Diaka-Médina à Faraba. Elles n ’ont, pas reçu
de noms particuliers. Mentionnons enfin, tout-à-fait au Sud-Est,
le Samakoto-Kô, qui passe à Samécouta, un peu au nord du
Daléma-Kô, et qui se jette dans la Falémé, non loin du gué de
Komba-N’-Soukou.
La région Ouest du Dentilia est beaucoup plus arrosée. Nous

�ÙANS LA HAUTE-GAMBIE

533

trouvons, en procédant du Sud au Nord, les marigots suivants :
Le Kobali-Kô, qui passe non loin de Kobali dans le Gounianla
et qui, dans la partie moyenne de son cours, forme la limite entre
le Dentilia et le Gounianta.
Le Daguiri-Kô, qui passe à Daguiri et naît entre Samé et
Balori, où il n’est qu’un vaste marécage. Il reçoit plusieurs bran­
ches, dont la plus importante passe à Sanela.
Enfin le Koumountoürou-Kô, le plus important de tous. 11 se
forme non loin de Badioula, se dirige d’abord du Sud-Est au
Nord-Ouest jusqu’aux environs des ruines de Soutouto, puis son
cours s’infléchit vers l’Ouest-Sud-Ouest jusqu’à la Gambie, dans
laquelle il se jette à cinq kilomètres en aval de Sillacounda. Il
passe à peu de distance des ruines de Tasiliman. Dans ce trajet il
reçoit, en procédant de l’Ouest à l’Est, au Sud, le Niguia-Kô, qui
reçoit lui-même le Doutci-Kà, et enfin le Noukou-Kô. Au Nord,
nous trouvons une branche importante dont la direction est fran­
chement Nord-Est et qui reçoit le Faraba-Kô et le Vandioulou-Kô.
Ce dernier reçoit le Samania-Kô et le Bancoroti-Kô, qui passe à
quelques centaines de mètres à l’Ouest de Médina-Dentilia, qu’il
contourne du Nord-Est au Nord-Ouest en passant par le Sud du
village. Le Vandioulou, dans la partie la plus Est de son cours,
passe à Oualia. Tous ces marigots reçoivent, en outre, un grand
nombre d’autres petits cours d’eau insignifiants qui sont à sec pen­
dant la belle saison et auxquels les habitants n'ont pas donné de
noms spéciaux.
Dans tous les villages du Dentilia, on ne fait usage que de l’eau
des puits. Elle est très bonne. La nappe d’eau souterraine se trouve
très profondément, à 20 ou 25 mètres suivant les régions. Les eaux
des puits peuvent donc être considérées comme des eaux d’infiltra­
tion, et comme les couches de terrain qu’elles traversent ne ren­
ferment aucun principe nuisible, il en résulte qu’elles sont excel­
lentes pour tous les usages domestiques.
La plupart des marigots sont complètement desséchés pendant
la belle saison. Seules, les branches principales contiennent un
peu d’eau croupissante. Ils sont rares ceux dans lesquels on trouve
de l’eau courante. Cela se comprend aisément, car ils sont tous fort
éloignés de la source qui les alimente. Mais, pendant la saison des
pluies, ils se remplissent rapidement, débordent et envahissent les

�534

ANDRÉ RANÇON

plaines qu’ils arrosent. Dès que les pluies, ont cessé, ils se vident
aussi vite qu’ils s’étaient remplis. Ils suivent en cela le régime des
eaux du fleuve ou de la rivière dont ils sont tributaires.
Orographie. — L’orographie du Dentilia est des plus sommaires.
Nous n ’avons là aucun système bien défini. A peine quelques col­
lines sillonnent-elles ces plaines arides et incultes pour la plupart,
reliefs peu importants, du reste. A l’Ouest, cependant, nous trou­
vons la chaîne de collines qui forme la limite Est du désert de
Caulicouna. Cette chaîne émet des contre-forts qui longent les
marigots qui vont se jeter dans le Koumountourou-Kô. L’un de ces
contre-forts passe même non loin de Médina-Dentilia, au Nord, et
se termine dans la plaine qui s’étend à l’Est de ce village.
Si le Dentilia n ’a pas de système orographique bien déterminé,
il est un fait pourtant constant qu’il est bon de signaler. C’est le
suivant, à savoir que les marigots coulent tous dans des vallées que
bordent de petites collines peu élevées (huit à dix mètres, au plus)
et qui sont parallèles à leur cours. Des villages sont construits sur
de petits monticules et l'on rencontre dans ce pays comme partout
ailleurs dans cette partie de l’Afrique de ces collines isolées au
milieu des plaines, de peu d’étendue et de peu d’élévation et qui
sont absolument indépendantes de tout système.
La région Ouest est de beaucoup la plus accidentée. Dans les
autres régions, le pays est absolument plat ou ne présente que des
reliefs de terrains sans aucune importance. Ce ne sont, pour ainsi
dire, que de légères ondulations à peine sensibles.
Constitution géologique du sol. — Au point de vue géologique, on
peut rattacher à la période secondaire, la formation du sol du
Dentilia tout entier. Les collines que l’on y rencontre dans la région
Ouest ont dû émerger au commencement de cette période. Nul
doute, en effet, que toute cette région n’ait été couverte par les
eaux. Car les roches que l’on y rencontre partout sont usées,
limées et tout indique qu’elles ont été pendant de longues années
submergées et battues par les Ilots. Quant aux plaines de la partie
centrale ce ne doit être que longtemps, fort longtemps après
qu’elles se sont découvertes. Quant aux rares alluvions que l’on y
rencontre par ci par là, elles sont généralement peu épaisses et
sont surtout formées par le limon que, chaque auuée, en se

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

retirant, les eaux déposent sur les bords des marigots. Elles
recouvrent, presque partout, un sous-sol de terrain argileux ou de
terrain ardoisier. Quanta l’humus il fait absolument défaut.
Le sous-sol du Dentilia est formé des mêmes éléments que celui
des pays voisins. Ici du terrain ardoisier, là du terrain ferrugineux.
Les roches que l’on y rencontre sont, du reste, absolument carac­
téristiques. Dans les terrains ardoisiers, ce sont des schistes,
ardoisiers et lamelleux surtout, dans les terrains ferrugineux ce
sont des quartz, des grès soit simples, soit ferrugineux et alors
fortement colorés en rouge, et enfin des conglomérats à gangue
silico-argileuse. Ces collines sont généralement formées de ces
deux dernières roches.
La croûte terrestre ne s’est pas non plus sensiblement modifiée.
Les argiles compactes, imperméables, alternent avec la latérite,
mais cette dernière est de beaucoup la moins fréquente. On ne la
trouve qu’autour des villages.
Quant à la distribution des deux sortes de terrain, elle est des
plus simples. Au centre du pays la latérite, c’est la partie fertile.
Tout autour les argiles compactes recouvrant un sous-sol de terrain
ardoisier ou bien uu sous-sol formé degrés, quartz et conglomérats
ferrugineux. En maints endroits, la roche émerge du sol et forme
de vastes plateaux absolument arides. La couche d’argiles est
beaucoup plus épaisse au Sud et à l’Est que dans les autres parties.
Le fond des marigots, vaseux dans la région Ouest, est plutôt
rocheux dans la région Est. Leurs bords sont, en général, argileux
ou couverts de limon, taillés à pic et difficiles à franchir.
De la surface du sol à la nappe d’eau souterraine, les couches
des différents terrains sont ainsi disposées: 1° une couche d’argiles
ou de latérite plus au moins épaisse ; 2° Schistes ou grès, quartz et
conglomérats ferrugineux ; 3° Sable quartzeux et siliceux ; 4° Argiles ;
3° Nappe d’eau souterraine reposant en général soit sur le sable
qui est rare, soit sur des argiles. Il résulte de cela que les
puits dont le fond est de sable donnent, en toutes saisons, une eau
limpide et claire et, au contraire, ceux dont le fond est argileux ont
une eau de couleur blanchâtre fortement chargée de matières ter­
reuses, pendant la saison des pluies principalement. Il est facile de
les en débarrasser en les laissant reposer en décantant et, enfin, en
filtrant, si toutefois ou a ce qu’il faut à sa disposition.

�536

ANDRÉ RANÇON

Du fait que, dans certaines régions, on a trouvé, en certains
endroits, quelques échantillons de roches granitiques, on a cru
devoir en conclure que certaines parties du Soudan appartenaient
à la période primitive. On pourrait le dire du Dentilia également,
car nous avons vu plus haut que nous avions trouvé aux envi­
rons de Médina-Dentilia d’énormes blocs de beau granit gris. La
présence de ces roches dans des terrains qui appartiennent à une
période de formation géologique tout différente de celle à laquelle
elles sont généralement rattachées peut s’expliquer aisément. Il
n’y a pour cela qu’à les examiner attentivement. Elles ne forment
pas, en effet, de bancs réguliers inhérents au sol environnant. Ce
ne sont pas de ces couches rocheuses caractéristiques des terrains
de la période primitive qui s’étendent au loin sous la croûte ter­
restre et forment parfois de véritables montagnes. Ce sont des blocs
isolés, plus ou moins volumineux, noyés dans des argiles, comme
nous l’avons remarqué à Irimalo sur la Falémé, ou bien entourés
de toutes parts de grès ou de quartz ou même de terrain ardoisier, comme cela existe à Médina-Dentilia. De plus, pas la moindre
arête, par la plus petite rugosité. Elles sont, au contraire, lisses
et polies comme si elles sortaient des mains d’un bon ouvrier.
Très glissantes, les chevaux n’y marchent qu’avec mille précau­
tions. Tout cela nous permet de conclure qu’elles ont été dépo­
sées là par les flots alors que le pays était encore complètement
couvert par les eaux. Ce sont de véritables blocs erratiques sur
lesquels la mer immense qui les a recouverts pendant des milliers
d’années a laissé son empreinte ineffaçable.
Climatologie. — Nous n’aurons que quelques mots à ajouter à
ce que nous venons de dire sur l’hydrologie, l’orographie et la
constitution géologique du sol du Dentilia, pour faire connaître
quel doit être son climat. Par sa latitude et sa longitude, ce pays
se place naturellement dans les climats chauds. Le régime de ses
eaux, le peu de profondeur de la nappe souterraine en font un
foyer de paludisme. Et si nous ajoutons que, vu la presque imper­
méabilité de son sol, les eaux qui tombent à sa surface n’étant
pas absorbées, finissent par croupir et ne disparaissent que lente­
ment, par évaporation due à la chaleur solaire, on sera convaincu
que ce pays est peu habitable pour une race humaine autre que

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

celle qui le possède. Le blanc ne s’y pourrait pas acclimater. Disons,
en plus, que rien ne le protège contre l’action des vents. Son sys­
tème orographique est presque nul, aussi est-il exposé, sans aucune
défense, aux vents brûlants d’Est et de Nord-Est pendant la saison
sècbe, et, pendant l’hivernage, aux vents humides et malsains du
Sud et du Sud-Ouest. Son climat ne diffère, en un mot, de celui
des autres parties du Soudan qu’en ce que la saison des pluies y
est plus longue que dans les régions septentrionales.
Flore. — Productions du sol. — Cultures. — La Flore du Dentilia
est peu riche, surtout dans les plaines argileuses de l’Ouest et de
l’extrême Est. Ce n’est que dans les terrains à latérite que la végé­
tation est un peu plus active. Les bords des marigots sont égale­
ment très favorisés sous ce rapport.
Le karité, qui est très rare dans les plaines de terrain argileux,
est, au contraire, très abondant dans les terrains ferrugineux et à
latérite. Nous en avons vu dans la plaine de Médina-Dentilia qui
atteignaient des dimensions fort respectables. Beaucoup étaient en
fleurs. Il y aurait là une source énorme de richesse pour le pays;
mais il faudrait avoir affaire à d’autres gens qu’à des Noirs et
surtout à des Malinkés. D’une façon générale, on peut dire que ce
végétal est très abondant dans les régions qu’il habite.
Les lianes à caoutchouc ( Vahea), qui manquent absolument dans
la région Ouest, sont très abondantes dans le reste du pays et surtout
le long des marigots. On les trouve également sur les plateaux
rocheux et ferrugineux. Mais elles sont moins développées dans
ces sortes de terrains que dans le limon qui couvre les bords des
marigots.
Mentionnons encore quelques palmiers le long des cours d’eau,
quelques caïl-cédrats et surtout une énorme quantité de fromagers
un peu partout. Quand nous y sommes passés, au mois de janvier,
ils étaient en fleurs. Les Légumineuses sont assez rares. Nous avons
remarqué cependant quelques nétés et quelques mimosées. Ces
dernières se rencontrent surtout dans les plaines désertes et
incultes de l’Est et de l’Ouest. Le gommier y est inconnu.
On peut dire que, dans le Dentilia, tout ce qui était cultivable
est cultivé. Partout où le sol a permis de faire un lougan, le noir
l’a fait. Mais c’est surtout autour des villages qu’ils sont nombreux

�538

ANDRÉ RANÇON

et bien entretenus. Tout ce qui entre dans l’alimentation du noir y
est cultivé, mil, arachides, maïs, etc., etc. Peu de riz, le terrain
n ’étant pas propice à la culture de ce végétal, mais, par contre, de
beaux champs de coton et d’indigo. Autour des villages se trouvent
de nombreux jardinets entretenus avec soin et où les femmes et les
enfants cultivent des oignons et du tabac, dont les Malinkés sont,
nous le savons, très friands.
Les lougans sont cultivés en sillons quand la quantité de terre
végétale le permet ou bien en petits monticules d’environ 40 centi­
mètres de diamètre. Toutes ces précautions sont prises pour
permettre aux eaux de séjourner plus longtemps autour des semis.
Ils sont parfaitement entretenus et on n ’y voit aucune mauvaise
herbe. Aussi les récoltes sont-elles toujours fort abondantes.
Faune. Animaux domestiques. — La Faune du Dentilia diffère
peu de celle des autres pays du Soudan. Ce sont toujours les mêmes
animaux. Parmi les carnassiers, le lion, la panthère, la hyène, le
lynx, le chat-tigre. Les animaux non nuisibles sont représentés par
les antilopes de toutes variétés, biches, gazelles, bœufs sauvages,
etc.,.etc. Enfin, dans les régions de l’Est et de l’Ouest, on rencontre
encore l’hippopotame et l’éléphant. Ce dernier commence à y
devenir fort rare. Le sanglier, par contre, y est très commun. Les
pintades et les perdrix grises y sont très nombreuses et leur chair
est excessivement savoureuse.
Les Malinkés du Dentilia sont de grands éleveurs de bestiaux et
chaque village possède un troupeau de bœufs fort nombreux. On y
trouve les deux espèces, la grande et la petite; mais la première y
est plus commune que la seconde. Citons encore les moutons,
chèvres et poulets, qui abondent dans tous les villages.
Populations. Ethnographie. — La population du Dentilia, sauf
trois villages, est uniquement formée de Malinkés : les Diakankés
y sont peu nombreux. D’après la tradition, il a été colonisé par une
seule famille, les Damfakas. Venus du Manding dans le Bambouck,
lors de la seconde grande migration Malinkée, avec Noïa-MoussaSisoko, ils se fixèrent d’abord dans le Bambougou et de là émigrè­
rent dans le Deutilia qu’ils peuplèrent peu à peu. La légende dit
qu’étant allés un jour à la chasse aux bœufs et aux éléphants,
plusieurs guerriers de cette famille avaient poursuivi à travers le

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Diébédougou, le Bafé et le Sirimana, un troupeau de ces gros
animaux. Ils avaient traversé la Falémé aux environs du petit
village de Kolia et étaient arrivés ainsi au centre du Dentilia alors
complètement inhabité. Captivés par la fertilité relative du terrain
et surtout par sa situation isolée qui leur permettrait d’échapper
aux envahisseurs qui continuaient à venir de l’Est, ils étaient
revenus par le Konkodougou dans leur pays et avaient entraîné à
leur suite toute leur famille, malgré tout ce qu’avait pu faire
Moussa-Sisoko pour les retenir. On dit même que celui-ci, voulant
les retenir de force, avait saisi par l’oreille le chef des Damfakas,
mais que ce dernier, ne voulant plus habiter le Bambougou et dési­
rant à toutes forces s’affranchir de toute domination, fit un mou­
vement si brusque pour se délivrer des mains de Moussa, que son
oreille resta entre les doigts de ce dernier. Ce que voyant, tous les
membres de la famille s’enfuirent avec leur chef, et, guidés par
leurs chasseurs, arrivèrent dans ce Dentilia, sans encombre, où
ils se fixèrent. Depuis cette époque, on chante dans presque tous
les tam-tams, pour perpétuer le souvenir de ce fait, une sorte de
complainte dont les premiers mots sont : « Tu ne t’en iras pas, je te
tiens par l’oreille ». Je n’ai jamais pu obtenir la traduction du
reste. Cette légende m’a été racontée dans le Barabouck par un
vieux griot de Nanifara (Bambougou).
Du jour où ils sont venus l’habiter, les Damfakas n’ont pas quitté
le Dentilia. Il leur a toujours appartenu et ils l’ont toujours dirigé.
Les uns sont musulmans et les autres non. Mais il est facile de
constater combien la religion du prophète y fait chaque année de
rapides progrès. Aujourd’hui, buveurs de dolo et marabouts sont à
peu près en nombre égal; mais ce jour n’est pas éloigné où tous
feront salam.
Peu après leur installation, on ne tarda pas à apprendre dans le
Bambouck combien la nouvelle colonie était prospère et quelle
sécurité y régnait. Aussi, bon nombre de familles malinkées quittè­
rent-elles le Bambouck pour venir habiter avec les Damfakas;
c’est ainsi que nous trouvons dans le Dentilia des Cissés et des
Camarasqui sont musulmans, des Dabos et même des Sisokos qui
ne le sont pas. Ils n’ont pas formé de villages spéciaux, et habitent
avec les Damfakas avec lesquels, par des unions fréquentes, ils
finiront par se confondre.

�540

ANDRÉ RANÇON

A quelle époque l’islamisme fit-il sa première apparition dans
ce pays, nous ne saurions le dire? Tout porte à croire cependant
que cette date est encore très récente, car leur religion est encore
mélangée de pratiques et de superstitions que nous retrouvons
vivaces chez les Malinkés qui ne se sont pas encore convertis.
La population entière du Dentilia est d’environ neuf mille habi­
tants. Ce pays, comme on le voit, est relativement peu habité,
mais si l’on ne tient compte que de la partie où s’élèvent les
villages, la population y est au contraire très dense. Relativement à
sa superficie totale, il n’y aurait que deux habitants par kilomètre
carré. Mais la partie habitée n ’ayant, à peu près, que 1,200 kilo­
mètres carrés de superficie, la population y aurait une densité de
7 habitants par kilomètre. Voici la liste des villages Malinkés du
Dentilia :
Villages Malinkés du Dentilia.
Médina-Dentilia.
Badioula.
Sekoto.
Sekoto-Kokaba.
Saraïa
Bandiciraïla.
Sanela.
Barocoumbaïa.
Binéa.
Bembou.
Samé.

Dioulafoundou.
Nafadgi.
Sita-counda.
Dalafl.
Diacorea.
Barbri-Médina.
Gondoko.
Baïtillaë.
Diabérécoto.
Bani-Bani.
Daloto.

Outre ces village Malinkés, il existe encore dans le Dentilia
trois autres villages qui sont habités par des Diakankés venus du
Bondou, chassés par les exactions des Almamys. Ce sont :
Samécouta. — Balalori. — Diaka-Médina.
Les villages Malinkés du Dentilia n’ont pas l’aspect que présen­
tent les autres villages de cette race. Us sont plus propres et mieux
entretenus. Le mode de construction des habitations et des tatas
est le même. Nous l’avons décrit plus haut. Nous n’y reviendrons

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

pas. Quant à l’intérieur des villages, il est toujours et dans tous
d’une saleté repoussante. Les rues sont couvertes d’immondices
de toute nature et, seuls, les chiens sont chargés du service de la
voirie.
Le Malinké, buveur de dolo, est là ce qu’il est partout ailleurs,
sale, puant, dégoûtant, suant la vermine, vantard, pillard, pares­
seux et ivrogne fieffé.
Tout autre est le Malinké musulman; il est un peu plus policé.
Il est plus propre et ne boit jamais, du moins en public. 11 ne vaut
certes pas mieux que ses congénères. Il est comme lui vantard et
paresseux. Par contre, il est beaucoup plus brave. Mais il est
supérieurement hypocrite et sait cacher ses défauts sous des
dehors plus séduisants et moins repoussants.
Les villages Diakankés sont tous ouverts et démunis de tatas.
Ils sont un peu plus propres que les villages Malinkés et les
cases en ruines y sont moins communes. Leurs habitants y
vivent tranquilles, cultivant leurs lougans, élevant leurs trou­
peaux et pratiquant en paix leur religion. Les Diakankés sont
tous musulmans fanatiques. Ils sont excessivement hospitaliers,
comme tous les noirs, du reste, en général. Contrairement aux
Malinkés, ils se livrent rarement au pillage des dioulas et des
caravanes qui viennent se reposer chez eux.
Situation et organisation politiques. — Il n’y a pas dans le Dentilia de chef du pays, de Massa, comme dans les autres Etats
Malinkés dont nous avons fait l’histoire plus haut. Chaque village
règle ses affaires comme bon lui semble, sans que personne ait à
s’en occuper en quoi que ce soit. Le chef du village est, en principe,
omnipotent, mais, en fait, il ne jouit absolument d’aucune autorité,
comme cela a lieu dans tous les villages Malinkés. Les vieillards
et les chefs de case forment auprès de lui une sorte de conseil, dont
il peut parfaitement ne pas suivre les avis. Mais de tous les habi­
tants du village, celui qui a le plus d’influence auprès du chef est
son griot. Le forgeron jouit bien de quelques prérogatives aussi,
mais moins que le griot. Celui-ci donne son avis dans toutes les
affaires publiques et souvent meme dans les affaires privées du
chef, et il est rare qu’il ne soit pas suivi. Il peut tout dire et tout
faire, certain d’avance d’être pardonné.

�542

ANDRÉ RANÇON

Malgré ce désordre apparent, il n’y a guère de contestations de
village à village. Cela tient à ce que les chefs sont tous de la même
famille, et que tout se règle à l’amiable. Lorsqu’il s’agit de faire une
expédition de guerre quelconque, ce qui est excessivement rare, je
me hâte de le reconnaître, chaque village fournit, son contingent
qui est commandé par son chef ou par un guerrier que celui-ci a
désigné. Nous n’avons pas besoin de dire que c’est la confusion à
son plus haut degré.
Lorsqu’en 1888, nous avons signé avec le Dentilia le traité qui
place ce pays sous le protectorat de la France, c’est avec le chef de
Médina-Dentilia, agissant en son nom et au nom des autres chefs,
que les signatures ont été échangées. Par analogie sans doute avec
les autres pays, nous avons voulu en faire le chef de tout le Dentilia.
L’article Ier du traité est, en effet, ainsi conçu : « La France recon­
naît pour chef du pays de Dentilia Ansoumané, fils de SokonaAhmadi ». C’est le nom du chef de Médina. Or, veut-on savoir quel
a été le résultat de cette reconnaissance. Lorsque je suis passé à
Médina-Dentilia, je fus très bien reçu par Ansoumané lui-même.
En causant, je lui demandai quel était le chef du pays; il me
répondit qu’il n ’y en avait pas, et c’est lui-même qui nous a
donné les renseignements politiques que nous venons de relater.
Cependant, au point de vue de la justice, il est d’usage d’en
appeler au chef de village le plus âgé du pays. Ses jugements
sont presque toujours exécutés. Actuellement, c’est le chef de
Dioulafoundou qui jouit de cette prérogative.
En résumé, il y a dans le Dentilia comme un embryon d’orga­
nisation politique, malgré le désordre apparent. C’est une sorte
de république fédérale.
Les Diakankés vivent absolument à part et leurs affaires sont
réglées par leurs chefs et leurs marabouts. Vis-à-vis des Malinkés,
ils ne sont que les locataires de la terre qu’ils habitent,, le sol
appartenant aux Damfakas, qui sont les premiers occupants.
Les habitants du Dentilia ne payent aucun impôt comme rede­
vance de quelque nature que ce soit, à qui que ce soit.
Rapports du Dentilia avec les pays voisins. — Malgré le voisinage
du Niocolo et du Gounianta, qui sont tributaires de FoutaDjallon, le Dentilia n’a jamais eu affaire aux colonnes de guerre

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

de ce puissant empire Peulh. Il s’est rarement mêlé des affaires
des Etats qui l’avoisinent. Depuis quarante ans il n’a pris part
qu’à deux expéditions. En 1861, il prêta main-forte aux gens de
Marougou (Sirimana), que Boubakar-Saada, almamy du Bondou,
était venu attaquer. Marougou se défendit vigoureusement et
l’arrivée du contingent du Dentilia décida de la victoire. BoubakarSaada fut complètement battu et obligé de battre en retraite. Il
laissa bon nombre des siens sur le carreau et fut obligé d’aban­
donner ses blessés et, parmi eux, un de ses cousins, AhmadySôma, qui n’échappa aux bandes du Dentilia que grâce aux ténè­
bres. En 1868, il s’unit de nouveau à Marougou pour tomber sur
Mamakono, dont les guerriers s’étaient joints aux troupes de
Boubakar-Saada dans la précédente campagne. Cette fois-ci, l’almamy du Bondou remporta une victoire complète sur ses alliés,
mais le Dentilia eut le bon esprit de se retirer à temps de la lutte
et de s’entendre avec le vainqueur. Aussi ne fut il pas inquiété.
Depuis cette époque, aucune guerre n’est venue troubler ce pays.
Aujourd’hui il vit en bonne intelligence avec la Badon, le Niocolo,
le Gounianta et le Konkodougou. Il n ’a jamais de contestations
avec eux. Mais il n’en est pas de même avec le Bélédougou et le
Sirimana, au Nord. Les habitants de ces deux pays, pillards et
voleurs fieffés, mettent souvent à contribution les villages du
Dentilia. Ils vont jusqu’à enlever sous les murs mêmes des tatas des
femmes, des enfants, des captifs et des bœufs. De plus, ils infestent
les routes pendant toute l’année, à tel point qu’un homme qui
s’aventurerait seul dans la brousse, courrait grand risque d’être
fait captif. La situation est telle que les gens du Dentilia ne
peuvent cultiver leurs lougans que le fusil auprès d’eux.
Les Peulhs du Tamgué font aussi de fréquentes apparitions
dans le pays et s’y livrent aux mêmes rapines que les Malinkés tlu
Bélédougou et du Sirimana.
Rapports du Dentilia avec les autorités Françaises. — Le Dentilia
tout entier est placé sous le protectorat de la France depuis le
10 janvier 1888, à la suite d’un traité conclu entre M. le souslieutenant d’infanterie de marine, Levasseur, représentant le
lieutenant-colonel d’infanterie de marine Galliéni, commandant
supérieur du Soudan Français, et Ansoumané, chef de Médina-

�544

ANDRÉ RANÇON

Dentilia, agissant au nom de tous les chefs du pays. Les clauses
principales en sont fidèlement observées. Mais le Dentilia est trop
éloigné pour que notre protectorat s’y fasse sentir d’une façon
efficace. De plus, il est rare que les habitants viennent soumettre
leurs affaires aux autorités françaises dont relève leur pays. Au
point de vue politique, administratif et judiciaire, il relève
actuellement du commandant du cercle de Kayes. Vu son éloi­
gnement, il échappe au contrôle de cet officier. Quoi qu’il en soit,
ce que nous pouvons affirmer, pour en avoir fait l’expérience,
c’est que tous les officiers français y sont bien reçus.
Le Dentilia au point de vue commercial. Conclusions. — Le Denti­
lia avait autrefois une triste réputation, c’était un véritable coupegorge et les dioulas ne pouvaient s’y aventurer sans être pillés
jusqu’au dernier kola et étaient, de plus, souvent même roués de
coups. Depuis le traité, la situation a changé, et le commerce
s’y fait plus sûrement. Il y a bien encore quelques vols, mais plus
de pillage en règle. Par sa situation, ce pays a une réelle impor
tance au point de vue commercial. C’est par là que passent tous
les dioulas qui se rendent du Bambouck, en Gambie, au Niocolo
et au Fouta-Djallon. Pour en augmenter la prospérité, il serait
bon de mettre un terme aux pillages des Malinkés du Bélédougou
et du Sirimana, et d’en chasser les Peulhs du Tamgué. Sans doute,
on n’en fera jamais une colonie de rapport, mais il pourra, à la
longue, s’y créer un commerce d’échange assez important.

�CHAPITRE XXV

Départ de Diaka-Médina. — Marche de nuit. — Fuite d’un porteur. — Rencontre
d’une nombreuse caravane. — Le commerce du sel au Soudan. — Passage de la
Falémé. — Description de la route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Kaki.
— Arrivée à Faraba. — Nous sommes en pays de connaissance. — Le village, le
chef. — Recherche de l’or. — Départ de Faraba. — A travers le Sinlédougou et
le Bambouck. — Sansando. — Dioulafoundoundi. — Soukoutola. — Notes sur le
Sintédougou. — La vallée de Batama. — Mouralia. — Les mines d’or. — Sékonomata. — Batama. — Ascension de la chaîne du Tambaoura. — Yatéra. —
Malaoulé. — Koudoréah. — Difficultés de la route. — Guibourya. — Le Diébédougou. — Kéniéti. — Guénobanta. — Le Diabeli. — Yérala. — Dialafara. — Le
Tambaoura. — Les circoncis et la circoncision au Soudan. — Orokoto. — Panique
des habitants. — Nouvelle ascension du Tambaoura. — Téba. — Malembou. —
Le Natiaga. — Arrivée à Faidherbe-sur-Galougo. — Le chemin de fer. —
Mauvaises nouvelles. — Arrivée à Boufoulabé. — Cordiale réception.

23 janvier. — Nuit relativement chaude. Ciel clair et étoilé.
Brise de Nord Est. Au point du jour, ciel un peu couvert dans l’Est.
Le soleil est un peu voilé à son lever. Température chaude. Brise
de Nord-Est assez forte. Vers huit heures, le ciel est complètement
dégagé. Je réveille mes hommes à une heure quarante-cinq minutes
du matin, car nous allons avoir une grande étape à faire. Malgré
l’heure matinale, les préparatifs du départ se font rapidement et les
porteurs sont réunis à l’heure dite. Le chef vient me serrer une
dernière fois la main et m’accompagne pendant environ un kilo­
mètre. Il me quitte quand il voit que je suis dans la bonne route. Il
était deux heures trente minutes quand nous quittâmes DiakaMédina. La lune se levait et la température était excessivement
fraîche. Aussi marchons-nous d’une bonne allure pour nous
réchauffer. A 2 h. 50, nous traversons, à environ deux kilomètres
du village, le marigot de Sama-Kô, affluent du Séniébouli-Kô, et
quand nous faisons la première halte, il fait encore une nuit
profonde. Un porteur en profite pour se sauver. Malgré nos
André Rançon. — 35.

�546

ANDRÉ RANÇON

recherches, nous ne pouvons le retrouver. J ’aurais été fort embar­
rassé si je n’en avais pas eu deux haut le pied. Je puis donc
le remplacer sans difficulté et me remettre en route sans retard. A
sept heures, nous traversons le marigot de Daléma-Kô, qui forme
la frontière entre le Dentilia et le Koukodougou-Sintédougou. Le
passage de cet important cours d’eau est assez délicat, non pas
parce qu’il est profond, mais parce que son lit est encombré de
roches excessivement glissantes. Déplus, ses berges sont absolu­
ment défoncées par les nombreux passages d’hippopotames qui
sont très nombreux dans cette région, d’après le dire des hommes
de Diaka-Médina qui m’accompagnent. Nous faisons halte sur les
bords de ce marigot et je puis m’assurer en explorant ses rives
pendant un kilomètre environ en aval du point où uous nous
trouvions que, dans cette région, ses berges sont escarpées et qu’il
coule entre deux rangées d’énormes rochers. Après avoir pris un
quart d’heure de repos nous nous remettons en route, et à onze
heures nous sommes sur les bords de la Falémé, en face de Faraba,
où j’ai décidé que nous allions passer la journée. Un peu avant d’y
arriver nous avions laissé sur notre gauche la route de Dalafi. Le
chef de Diaka-Médina ne m’avait donc pas trompé.
A mi-route environ, j’avais rencontré une caravane de 93 hommes
et femmes dont 79 étaient chargés de pains de beurre de karité.
Ils venaient du Koukodougou et allaient vendre leur karité et leur
or à Mac-Carthy. Les griots marchaient en tête, frappant sur leurs
tam-tams, pinçant de la guitare. Les femmes chantaient à tue tête
et tout ce monde faisait un vacarme étourdissant. Je remarquai
qu’ils avaient eu la précaution de se munir de leurs marmites pour
pouvoir faire leur cuisine en route. A mon aspect, la caravane
entière s’arrêta et le chef vint me saluer. Entre autres choses, je
lui demandai pourquoi ils n’allaient pas, de préférence, vendre
leurs produits à Bakel, Khayes ou Médine, qui étaient bien plus
rapprochés que Mac-Carthy, il me répondit tout simplement parce
que : « à Mac-Carthy, on nous donne un meilleur prix de nos mar­
chandises et que les dioulas français essaient toujours de nous
tromper » (sic). Ceci n ’a pas besoin de commentaires.
En parlant ainsi, mon interlocuteur faisait sans doute allu­
sion à la déplorable habitude qu’ont ces dioulas du Sénégal et du
Soudan de mélanger le sel avec du sable. Cette fraude est pratiquée

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

sur une si grande échelle depuis Podor jusqu’au Niger que le sel qui
est ainsi vendu aux indigènes contient parfois 75 °/0 de sable. Ces
procédés sont absolument inconnus en Gambie. A Mac-Carthy
notamment, la Compagnie Française et la Bathurst trading Com­
pany, ainsi que leurs agents de l’intérieur, ne livrent aux indigènes
que du sel de première qualité. Nous pouvons en parler en
connaissance de cause; car nous nous en sommes servis, pendant
la plus grande partie de notre voyage, aussi bien pour notre cuisine
que pour nos échanges. Nous avons cru devoir insister, un peu
longuement peut-êLre, sur cette question du sel. Elle est, en effet,
capi tale au Soudan qui, sous ce rapport, est fort déshérité. C’est
peut-être la matière d’échange qui, avec les étoffes, donne lieu aux
transactions les plus importantes. Nous estimons qu’il serait bon
d’enrayer ces manœuvres frauduleuses, tout au moins dans nos
centres commerciaux, si nous ne voulons pas voir réduit à néant
notre commerce du sel, et cela à brève échéance. Ce sera le seul
moyen de ramener à nos escales les caravanes de l’intérieur qui
s’en écartent de jour en jour davantage.
Le passage de la Falémé se fit sans aucun accident. Je la
traversai en pirogue, et les porteurs et les animaux la passèrent à
gué un peu plus bas.
La route de Diaka-Médina à Faraba présente deux grosses
difficultés ; le passage du Daléma-Kô et celui de la Falémé. Le
Daléma-Kô, au point où on le traverse, est à sec à cette époque de
l’année; mais son passage n’en est pas moins rendu difficile par les
roches glissantes qui obstruent sou lit. Il peut avoir environ vingt
mètres de largeur. Le passage de la Falémé au gué est assez facile,
mais ce gué n’existe que pendant la saison sèche, de janvier à juin.
Le passage en pirogue offre plus de difficultés, surtout pour embar­
quer; car les bords sont absolument à pic, et je n’ai pas besoin de
dire que les noirs ne font rien pour améliorer l’embarcadère. Aussi
faut-il se livrer à une véritable gymnastique, peu facile pour ceux
qui n’y sont pas habitués.
La nature du terrain de Diaka-Médina à Faraba est peu variée.
A quelques centaines de mètres du premier village, la latérite cesse
brusquement, et, à partir de ce point jusqu’à environ trois kilo­
mètres de la Falémé, nous ne trouvons plus que des argiles
compactes qui recouvrent un sous-sol de quartz, grès et conglo-

�i, •;»

H'i î!

mérats ferrugineux. A trois kilomètres de la Falémé, la latérite
réapparaît et se continue jusqu’à la rivière. La rive droite est, au
contraire, formée de terrain ardoisier que recouvre une épaisse
couche de sables et d’argiles qui s’avance fort peu dans les terres.
Les sables des rives de la Falémé à Faraba, et particulièrement
ceux de la rive droite, contiennent une assez forte proportion d’or
en paillettes, qui fait l’objet d’une exploitation dout nous parlerons
plus loin.
La végétation est, dans toute cette région, d’une pauvreté rare,
sauf sur les bords de la Falémé. Jamais je n’ai trouvé pays plus
déshérité sous ce rapport. C’est la brousse des steppes Soudaniennes
dans toute l’acception du mot. Les Karités disparaissent à peu de
distance de Diaka-Médina. Nous ne les retrouvons plus et encore
très rares qu’à environ 6 kilom. de la Falémé. Les lianes à
caoutchouc ont également disparu, et dans tout ce trajet je
n’ai rencontré d’intéressant à mentionner que quelques rares
échantillons de ce végétal que les indigènes désignent sous le
nom de Kaki.
Le Kaki (Diospyros mespiliformis Hochst), de la famille des Ebéna
cées, est un arbre de taille moyenne à feuilles alternes, fleurs axil­
laires, fruits charnus comestibles. Il croît de préférence sur le
sommet des collines et est assez rare dans tout le Soudan. C’est ce
végétal que nous désignons généralement sous le nom de u faux
ébénier ». Son bois est compact, excessivement serré. Lorqu’il est
poli, il est impossible d’y découvrir traces de fibres. Le cœur est
noir, le plus souvent marqué de lignes fauves. C’est ce qui lui a
fait donner le nom d’Ébène. Mais il est rare de rencontrer des
échantillons sans défaut, et fréquemment, il est veiné de blanc.
Très cassant, surtout quand il est sec, les indigènes ne s’en servent
guère qu’aux environs de nos postes. Ils en fabriquent des cannes
qu’ils vendent aux Européens. En certains cas, il pourrait rem­
placer l’ébène dont il est loin toutefois d’avoir le brillant.
J’arrivai à Faraba vers onze heures et demie, quand je me fus
bien assuré que tout mon personnel avait franchi sans accident la
Falémé. Nous étions là en plein pays de connaissance, j’avais déjà
visité ce village en 1889, et bien des habitants dès notre arrivée
uous reconnurent Almoudo et moi et vinrent me saluer. Je n’ai pas
besoin de dire que je fus excessivement bien reçu. Dès que je fus

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

549

installé dans une case bien propre, le chef vint me faire visite avec
ses principaux notables. C’était le même qu’en 1889. Il me souhaite
la bienvenue, me dit que dans son village je suis chez moi et que
je puis rester me reposer chez lui tant je voudrai, qu’il ne nous
laissera manquer de rien, ni mes hommes ni moi. Immédiatement
après qu’il m’eût quitté, ce vieux brave homme m’envoya du lait,
des œufs, du couscouss, en un mot, tout ce dont je pouvais avoir
besoin. De plus, il fît abattre un beau bœuf dont il m’envoya la
viande pour « mon déjeûner ». Je la fis distribuer entre mes
hommes et les gens du village au grand étonnement des habitants,
qui n’étaient pas habitués à pareille aubaine. Naturellement je fis
porter au chef ce qui lui revenait, un quartier de devant.
La journée se passa sans incidents. Tout le monde se reposa des
fatigues de la longue étape du matin. Dans la soirée, j’envoyai
un courrier à Sansando, où réside le chef du Sintédougou,
pour lui annoncer ma visite pour le lendemain. Au moment où, la
nuit tombante, j’allais me mettre au lit, un homme du village vint
me saluer et me demanda à me servir de guide le lendemain pour
me rendre à Sansando. Je ne refusai pas son offre, surtout quand il
m’eut dit que c’était lui qui nous avait servi de guide deux ans
avant pour aller de Faraba à Irimalo, et que nous lui avions donné
un boubou blanc. Je compris son empressement et tout le désir
qu’il avait de m’être utile. Le contraire m’eût étonné, car je savais
depuis longtemps qu’au Soudan, on ne fait rien pour rien, surtout
quand c’est pour nous. Je lui promis, en conséquence, que je ne
serais pas moins généreux que ne l’avait été, dans la circonstance
qu’il venait si adroitement de me rappeler, mon ami le capitaine
Quiquandon, chef de notre mission.
Faraba est un village Malinké dont la population peut s’élever
à environ 65ü habitants. Lorsque nous l’avons visité en 1889, il
était complètement eu ruines et n’avait pas plus d’une centaine
d’habitants. Il a réellement prospéré depuis cette époque. Les cases
ainsi que le tata du chef ont été reconstruits. De même du reste que
l’enceinte extérieure qui, de loin, nous a parue bien entretenue.
Intérieurement, c’est le village Malinké, par excellence, sale,
dégoûtant, puant. Sa population est presque uniquement formée
de Sisokos. Il est situé à environ deux cents mètres en amont du
gué de la Falémé qui porte son nom, et sur la rive droite de cette

�550

ANDRI5 RANÇON

rivière. Son chef nous est absolument dévoué. Ses habitants
cultivent pendant l’hivernage leurs loogans, et, pendant la sai­
son sèche, se livrent à la récolte de l’or en lavant les sables de
la Falémé, qui en contiennent en quantité relativement consi­
dérable. C’est peut-être, après Mouralia, dans le Djébédougou, le
point où l’on en extrait le plus. Faraba est, en outre, un lieu
de passage très fréquenté par les dioulas qui viennent du Koukodougou, du Bambouck et se rendent dans le Dentilia, le Niocolo
et le Fouta-Diallon. Il y en avait plusieurs dans le village qui
sont venus me saluer dès qu’ils eurent appris mon arrivée. Dans
cette saison ils y séjournent toujours pendant plusieurs semaines,
afin de pouvoir acheter sur place l’or qui se récolte et vont
ensuite le revendre à Khayes, Bakel et Médine.
21 janvier. — En 1889, nous étions passés, pour nous rendre à
Faraba, par Kéniéba et Sanougou; connaissant donc cette roule, je
me résolus cette fois à prendre celle de Sansando, Dioulafoundoundi
et Soukoutola. J ’aurais ainsi visité tout le Sintédougou. Donc, à
4 h. 15 du matin, nous nous mîmes en route pour Sansando. Mon
guide d’hier soir n’a eu garde d’ètre en retard. Je crois même
qu’il a couché non loin de la case où je suis logé pour ne pas
manquer l’heure du départ. Il est debouf le premier et organise luimême le convoi. A environ un kilomètre et demi de Faraba nous
traversons le marigot de Senkouli-Kô, sur les bords duquel se
terminent les lougans du village. A six heures, nous franchissons
celui de Bokkolongo-Kô. A sept heures cinquante minutes celui de
Kelengo-Kô, à huit heures vingt-cinq celui de Doudé-Kô et enfin à
huit heures cinquante nous sommes à Sansando, but de l’étape. La
route s’est faite rapidement et les porteurs ont très bien marché.
L’aspect du pays que nous traversons a complètement changé,
nous sommes en plein pays de montagnes, et de temps en temps
nous voyons enfin de larges horizons qui nous changent des mornes
plaines du Dentilia.
La route de Faraba à Sansando est loin d’être belle. Elle pré­
sente de réels obstacles. C’est tout d'abord le Senkouli-Kô que l’on
a à traverser à un kilomètre et demi du village environ. L’endroit
où on le passe est absolument impraticable pour les animaux et il
nous faut aller plus loin pour trouver un meilleur gué. A partir de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

ce point, la route traverse une plaine qui ne présente aucun
obstacle; mais peu après, il faut franchir des collines relativement
élevées, par de véritables sentiers de chèvres encombrés de roches
qui rendent la route pénible pour les hommes et les animaux. Le
passage du marigot de Bokkolengo-Kô ne présente pas de difficultés
sérieuses. Il n’en est pas de même de celui deKelengo-KÔ, dont le
lit est profondément vaseux et les bords à pic, couverts de roches
ferrugineuses qui y forment de véritables escaliers. Enfin, malgré
ses bords glissants, le Doudé-Kô se franchit assez facilement. En
résumé, route plutôt mauvaise que bonne. Au point de vue géolo­
gique, toujours les mêmes terrains. La latérite cesse brusquement
au marigot de Senkouli Kô, et à partir de là nous n’avons que des
argiles dans les plaines et des conglomérats ferrugineux sur les
collines. La latérite reparaît à environ un kilomètre du village de
Sansando et le monticule sur lequel il est construit n’est formé
que de ce terrain. — Au point de vue botanique, végétation d’une
pauvreté rare. Quelques karités rachitiques par ci par là, quelques
fromagers et de rares échantillons de lianes à gutta le long des
marigots, partout ailleurs la brousse dans tout ce qu’elle a de triste
et de désespérant.
Sansando, où nous faisons étape,est un petit village de 250 habi­
tants environ. Sa population est uniquement formée de Malinkés
de la famille des Sisôkos. C’est la résidence de Diourouba-Sisoko, le
chef du Sintédougou. Il habitait autrefois Dioulafoundoundi, mais
il quitta dernièrement ce village pour se fixer à Sansando, où le sol
est plus fertile.
Sansando est un village de peu d’importance. Il est presque
uniquement formé par les cases de la famille du chef et par celles
de ses captifs. Il est situé sur un petit monticule qui domine une
plaine de peu d’étendue, qui s’étend au pied d’un des contreforts
de la chaîne du Tambaoura qui traverse le Bambouck du Nord au
Sud, et que l’on aperçoit à l’horizon. Ce village est complètement
ouvert. Seules, les cases du chef sont entourées d’un tata élevé et
bien entretenu. Sansando est assez propre.
Le chef, Diourouba-Sisoko, est un vieillard d’environ 70 ans.
Il me reçut à merveille et me logea très bien dans une belle case
située au centre du village. Je m’y trouvai si bien que je décidai
de rester un jour de plus à Sansando ; car, après les fatigues que

�552

ANDRÉ RANÇON

nous avions éprouvées depuis Badon, nous avions tous besoin de
repos.
De Faraba à Sansando la route suit une direction Est-Nord-Est,
et la distance qui sépare ces deux villages est d’environ dix-neuf
kilomètres.
Notes sur le Sintédougou. — C’est à tort que l’on regarde le
Sintédougou comme faisant partie, absolument intégrante, du Koukodougou. Certes, ces deux pays ont bien des points communs,
mais ils sont absolument indépendants l’un de l’autre au point de
vue politique. Il s’étend sur les deux rives de la Falémé ; mais la
partie située à l’Est de cette rivière est seule habitée. Il a environ,
dans ses plus grandes dimensions, cinquante kilomètres de l’Est à
l’Ouest et trente du Nord au Sud. Sa superficie atteint douze cents
kilomètres carrés, et sa population ne dépasse pas 2.500 habitants.
Ce qui nous donne à peu près 2,3 habitants par kilomètre carré.
Dans sa région Ouest, c’est un pays de steppes, et dans sa région
Est, un pays de montagnes. Il confine, à l’Ouest, au Dentilia; au
Nord, au Diébédougou et au Bafê; à l’Est, au Koukodougou ; au
Sud, au pays de Satadougou et au Koukodougou. Il est supérieure­
ment arrosé par la Falémé qui coule sur son territoire pendant
vingt-cinq kilomètres et par les marigots qui s’y jettent. Sur sa
rive gauche, nous ne trouvons que le Daléma-Kô, et sur sa rive
droite nous avons, du Sud au Nord, le Senkouli-Kô, le Kelougo-Kô
qui reçoit le Bohkolengo-Kô ; le Dandé-Kô, qui reçoit le KouhoholendiKô, et enfin le Diombokho-Kô, qui borne sa frontière Nord. Ce
dernier marigot reçoit deux affluents importants : le SoroukoloukiléKô, qui passe à peu de distance de Dioulafoundoundi, et le Yaranbouré-Kô, qui passe à un kilomètre et demi environ de Soukoutola
au Nord de ce village et dans les environs de Galassi. Tous ces
marigots sont alimentés, surtout pendant l’hivernage, par les eaux
qui coulent le long des versants des nombreuses montagnes que
l’on trouve dans cette région. Au point de vue orographique, le
Sintédougou fait partie du système général du Konkodougou, que
l’on peut considérer comme un véritable épanouissement de la
chaîne du Tambaoura.
La constitution géologique de son sol est la même que celle des
autres parties du Soudan. Le terrain ardoisier et le terrain ferru-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

gineux sont les seuls que l’on y rencontre. Ils sont recouverts soit
par des argiles, soit par une mince couche de latérite. Les roches
que l’on y trouve sont caractéristiques de ces terrains. Dans le pre­
mier ce sont des schistes, dans le second des grès, des quartz simples,
ferrugineux ou aurifères. La flore est horriblement pauvre. Seuls
les terrains à latérite sont cultivés. La faune, par contre, est riche.
On y trouve tous les animaux nuisibles ou non que l’on rencontre
au Soudan et les animaux domestiques y sont représentés surtout
par les bœufs, les chèvres et les moutons. Pas de chevaux, mais
beaucoup de poulets.
La population du Sintédougou est uniquement formée de Malinkés de la famille des Sisokos. Venus du Manding, dit la légende,
sous la conduite de Kilia-Moussa-Sisoko, frère de Noïa-MoussaSisoko, le grand colonisateur du Bambouck, ils se fixèrent d’abord
dans le Konkodougou, d’où ils chassèrent lesDabos. Mais, chassés à
leur tour parles Tarawarés et les Couloubalys venus également du
Manding sous la conduite de Sambou-Senouman-Couloubaly, ils se
réfugièrent sur les bords de la Falémé où ils formèrent le Sintédou­
gou. La majorité d’entre eux gagna le Bambougou et se fixa auprès
des descendants de Noïa-Moussa-Sisoko à Kama, Kourba et dans
le Diébédougou. Les Sisokos forment dans le Sintédougou douze
villages qui sont :
Soukoutola.
Dioulafoundoundi.
Sansando.
Kéniéba.

Dialafara.
Mokaiafara
Fombiné.
Goléa.

Naréna.
Sanangau.
Linguékoto.
Faraba.

Le chef du pays est un peu mieux obéi que dans les autres Etats
Malinkés ; cela tient à ce que les chefs de villages appartiennent
tous à sa famille et lui touchent de près.
Les Sisokos du Sintédougou vivent en bonne intelligence avec
le Dentilia et le Diébédougou. Ils n’ont que peu de relations avec
les Malinkés du Sintédougou. Les Peulhs du Tamgué viennent,
d’après ce qu’ils m’ont dit, souvent les piller. Ils s’avancent jusque
là après avoir traversé le Gouuianta et le Dentilia. Peu nombreux,
en général, car ils sont excessivement redoutés, ils parcourent le
pays par groupes de huit ou dix au plus, volent les bœufs dans la
brousse, les captifs, les enfants et les femmes dans les lougans et

�534

ANDRÉ RANÇON

jusque sous les murs des villages. Nous n’avons pas besoin de dire
qu’ils peuvent, sans courir aucun danger, se livrer à leurs incur­
sions, car la frayeur qu’ils inspirent aux Malinkés est telle que
dix Peulhs suffiraient pour faire fuir deux cents des leurs, alors
môme qu’ils seraient sans armes et les autres armés.
Le Sintédougou est placé depuis 1887 sous le protectorat de la
France. Il dépend du cercle de Bafoulabé. La situation y est excel­
lente et il est absolument inféodé à notre cause. Il paye, sans
récrimination aucune, le faible impôt que nous lui demandons.
La récolte de l’or est, pendant la saison sècbe, la principale
occupation de ses habitants. C’est à Kénieba, Saougou et Mokaiabana que se trouvent les principaux gisements. Là, le rendement
est relativement faible, car l’eau vient souvent à manquer et l’on
ne peut plus alors laver les sables. A FaraJba.au contraire, on en
récolte des quantités relativement considérables. Lorsque la Falémé,
en se retirant, à la fin de l’hivernage, a laissé à découvert une
assez grande étendue de terrains, les habitants creusent des puits
sur les bords et en lavent la vase et les sables. Ces puits ont tout
au plus deux mètres de profondeur. Un homme travaillant toute
la journée gagne environ deux francs par jour, tandis que, dans les
mines de l’intérieur, il ne gagnerait pas plus de soixante centimes.
C’est la principale, pour ne pas dire l’unique ressource du pays.
20 janvier. — Je passai deux bonnes journées à Sansando et
quittai cet hospitalier village le 26 janvier, à quatre heures et demie
du matin, par une température des plus agréables. La route se fit
rapidement. A un kilomètre et demi du village nous traversons le
marigot de Koukokolendi-Kô : un peu plus loin, celui de Soroncolenkilé et, enfin, à cinq heures quarante-cinq, nous traversons,
sans nous y arrêter, le village de Dioulafoundoundi. Le jour com­
mence à poindre. Le soleil se lève brillant derrière la cime du
Tambaoura.
Dioulafoundoundi est un village qui n’a pas plus aujourd’hui de
trois cents habitants. Sou nom veut dire: «le petit Dioulafoundou »,
sans doute pour ne pas le confondre avec le village de Dioulafoundou, qui est situé dans le Konkodougou. 11 fut construit par les
premiers Sisokos qui quittèrent le Konkodougou après la conquête
de ce pays par les Gouloubalys et les Tarawarés. Ancienne rési-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

555

deDce du chef, ce pays, depuis-le départ de ce dernier, a vu sa
population diminuer considérablement, et la plus grande partie
de ses cases tomber littéralement en ruines. Il n’existe plus que
quelques vestiges de l’ancien ta ta, qui devait être assez fort. Le
chef actuel est le propre frère de Diourouba-Sisoko, le chef du
Sintédougou. Il était déjà venu me saluer à Sansando.
A environ un kilomètre et demi du village, nous traversons le
marigot de Diombokho et, à six heures trente, nous faisons halte
daqs le petit village de Soukoutola.
Soukoutola est un village d’environ deux cent cinquante habi­
tants. C’est le dernier village du Sintédougou au Nord. Jamais je
n’ai rien vu de plus sale, de plus mal entretenu, de plus Malinké,
en un mot, que ce village, dont les cases et le tata tombent littéra­
lement eu ruines. Les habitants ne se donnent même pas la peine
de reconstruire les toits en paille qui recouvrent leurs habitations.
Ils sont d’une malpropreté repoussante et complètement abrutis,
dans le sens exact du mot.
Pendant que je me reposais sous un magnifique fromager,
l’arbre à palabres du village, un marabout vint me saluer et me
rappela les circonstances dans lesquelles il m’avait connu. Je
l’avais rencontré, en 1889, à Guénou-Goré, où il assistait de ses
conseils le chef de ce village Foali qui nous avait rendu de réels
services et nous était très dévoué. Je ne manquai pas de lui
demander des nouvelles de son ami et il me répondit qu’il avait
été bien éprouvé cette année. Il avait perdu trois de ses femmes, et
la moitié de son village était morte d’une maladie qu’aucun médi­
cament ne pouvait guérir. Lorsqu’en arrivant à Bafoulabé, j’appris
combien nos troupes avaient été décimées, dès le début de la cam­
pagne, par une épidémie terrible dont la nature n’est pas encore
établie d’une façon définitive, j’ai bien regretté de ne pas l’avoir su
plus tôt, car je n’aurais pas manqué de me rendre à Guénou Goré
afin de constater s’il n’y avait pas quelque lien de parenté
entre ces deux épidémies.
A 6 h. 45 nous nous remîmes en route ; dix minutes après, à
un kilomètre du village, nous traversons le marigot deYaranbouré
qui, en cette région, forme la limite entre le Sintédougou et le
Diébédougou. Peu après, nous franchissons une petite colline du
haut de laquelle nous voyons se dérouler devant nous le plus splen-

�556

ANDRÉ RANÇON

dide des panoramas. C’est la vallée de Batama. Le coup d’œil est
féérique : à notre droite, toute la chaîne du Tainbaoura ; à gauche,
la plaine immense qui s’étend jusqu’à la rive droite de la Falémé;
en face, enfin, barrant la vallée dans le nord, le contrefort de la
chaîne centrale qu’il nous faudra gravir pour arrivera Yatéra. Par
une pente douce nous arrivons dans l’immense plaine. La route
longe, à un kilomètre à peine, le Tainbaoura, et, à huit heures dix
minutes, nous arrivons enfin à Mouralia, où nous allons passer la
journée.
De Sansando à Mouralia, la route suit une direction générale
Nord et la longueur de l’étape est d'environ dix-sept kilomètres.
On rencontre pour la parcourir de réelles difficultés. Citons d’abord
les marigots dont la traversée demande de grandes précautions.
Celui de Yaranbouré avec ses bords à pic et son lit de vase n’est
pas d’un accès facile et demande une grande prudence. Ailleurs,
la rouie est profondément ravinée et peu praticable pour les
animaux.
Au point de vue géologique, toujours les mêmes terrains. De
Sansando à Dioulafoundoundi, les argiles et la latérite alternent;
mais c’est cette dernière qui domine. A partir de Dioulafoundoundi
et jusqu’à Soukoutola, nous rencontrons des argiles et du terrain
ferrugineux. En quittant Soukoutola, et, après avoir traversé un
vaste marécage, on arrive sur un plateau de latérite de plusieurs
kilomètres de longueur où se trouvent de beaux lougans. De ce
point à Mouralia, quand on est descendu dans la vallée du Batama,
nous n’avons plus que de l’argile dans la plaine et des roches
ferrugineuses au pied du Tainbaoura. Enfin, autour de Mouralia,
nous retrouvons la latérite et les sables aurifères apparaissent ;
mais c'est surtout à l'Ouest du village que se trouvent les mines les
plus importantes. — La végétation est peu riche et peu variée.
Toute cette contrée est excessivement riche en karités de la variété
Shée surtout. Citons encore quelques rares fromagers et quelques
lianes à caoutchouc sur les bords des marigots. Les lougans sont,
en général, maigres et mal entretenus.
Mouralia est un village Malinké de 450 habitants environ. La
population sédentaire est uniquement formée de Sisokos. Quant à
la population flottante ou y trouve des représentants de toutes les
races qui habitent les contrées voisines. Ce sont surtout des dioulas

�DANS LA HAUÏE-GAMËÎE

55^

qui s’y rendent en grand nombre pendant la saison sèche pour y
acheter de l’or. Je l’avais déjà visité en 1889. Il a peu changé
d’aspect depuis cette époque. J ’ai constaté toutefois avec plaisir
que le chef avait fait reconstruire ses cases et son tata. Quelques
habitants semblent vouloir eu faire autant pour leurs demeures
particulières. Du tata qui entourait autrefois le village il ne reste
plus que quelques vestiges. Le village est toujours aussi sale et
ses habitants sont toujours aussi malpropres. Mouralia fait partie
du Diébédougou. C’est, dans cette région, le village le plus septen­
trional.
Aux environs de Mouralia et surtout au Sud et et à l’Ouest
du village, se trouvent les fameuses mines d’or du Bambouck.
A cette époque de l’année, on commence à peine à y travailler. Ce
n’est guère qu’en février que l’exploitation bat son plein. Elle
dure jusqu’au mois de Juin, époque à laquelle l’eau vient à manquer:
car là encore on ne connaît pour découvrir le métal précieux que
le lavage des sables. Pendant l’hivernage, on ne se livre pas à ce
travail, et cela pour deux raisons : la première est que les Noirs
sont alors occupés aux travaux des champs, la seconde, qui
est capitale, c’est que pendant la saison des pluies l’or que l’on
trouve est en très petite quantité. Les indigènes prétendent,' pour
expliquer ce fait, que, pendant la saison des pluies, l’or se promène
et qu’on ne peut l’attraper. Cette explication fantaisiste du manque
d’or dans les puits, pendant l’hivernage, a cependant sa raison
d’ètre. Voici quelles en sont les causes, à notre avis. Tout l’or que
l’on trouve dans les marigots etles sables du Diébédougou provient
des montagnes environnantes. Les quartz aurifères qui sont si
abondants dans le Tambaoura, se désagrègent par les grandes
pluies, et les paillettes de métal sont entraînées. A la baisse des
eaux, elles se déposent dans le fond des marigots et sur les sables
des vallées où on les récolte. Ce qui pourrait justifier ce que nous
venons d’avancer, c’est ce fait, à savoir que là où l’on en trouve le
plus, c’est précisément dans les racines, le chevelu des bambous
où il est plus facilement arrêté.
L’or que l’on récolte à Mouralia se présente en paillettes. Les
forgerons en confectionnent de gros anneaux de 12 à 15 grammes,
et c’est ainsi qu'il se trouve dans le commerce. Les pépites sont
excessivement rares, et la quantité qu’en contiennent certaines

�558

ANDRÉ RANÇON

roches, comme les quartz, par exemple, est absolument infime.
Quand les récoltes sout terminées et que l’on estime que l’or
« ne se promène plus », de tous les coins du Diébédougou on accourt
à Mouralia. Le nombre des chercheurs peut être évalué à environ
un millier, et en peu de temps, sur le terrain même que l’on
exploite, s’élève un village en paille beaucoup plus considérable
que Mouralia lui-même. Point n’est besoin de dire que ce sont les
femmes et les enfants que ce travail regarde. Du reste, dans cet
étrange pays, les hommes faits sont créés et mis au monde pour
ne rien faire. Le procédé d’extraction employé est des plus pri
mi tifs : on se contente, comme je le disais plus haut, de laver les
sables dans des calebasses. On comprend aisément combien doit
être grand le déchet. A l’Ouest de Mouralia surtout, le sol est
absolument bouleversé, creusé d’un grand nombre de puits d’où
l’on extrait le sable aurifère, et fouillé dans toutes les directions.
Le rendement est très peu lucratif, et un bon travailleur ne gagne
pas plus, en moyenne, de 1 fr. à 1 fr. 30 par jour. Ils auraient
plus de bénéfice à cultiver leurs lougans avec plus de soin et à
en augmenter la superficie.
La chaîne de collines du Tambaoura qui traverse tout le Bambouck du Nord Ouest au Sud-Est, peut être comparée, dans son
ensemble, à une véritable arête de poisson dont le corps serait
formé par la partie centrale, la queue par la partie Nord, et la tète
par le massif du Konkodougou. Dans sa partie centrale, en effet,
le Tambaoura émet, à l’Ouest et à l’Est, de nombreux contreforts
qui forment les systèmes orographiques du Bambougou, du Kou
roudougou, du Diébédougou et du Kamana. Elle traverse le Tam­
baoura, le Diabeli et le Diébédougou. Au Sud, elle s’épanouit en
un massif, un nœud que l’on peut regarder comme uue véritable
dilatation du Tambaoura. Cette partie du système orographique du
Bambouclt porte le nom de Kouroudougou. De ce massif se dirige,
vers le Sud, une série de collines, d’arêtes qui viennent mourir
dans le Dialloungala. Ce sont ces collines, ces arêtes qui forment
le système orographique du Koukodougou. La direction de ces
collines est en éventail, de l’Est à l’Ouest et tournée vers le Sud.
En certains points, elles se rejoignent, se confondent pour former
de véritables massifs secondaires, dont les principaux seraient
ceux de Dumbia à l’Est, de Tombé au Sud-Est, et de Kéniéba au

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

539

Sucl Ouest. Ces massifs secondaires sont réunis entre eux par une
chaîne ininterrompue de collines relativement élevées et absolu­
ment à pic.
Véritable falaise de 150 à 200 mètres de hauteur, elle forme de
Tombé à Kéniéba une muraille d’ou naissent, au Sud, les vallées
que laissent entre elles les collines émanées du Kouroudougou.
Deux trouées seulement permettent, au Sud, de franchir celte
gigantesque barrière. Ce sontles trouées de Tombé et de Linguéltoto.
La route y est très mauvaise pour les piétons, comme pour les
animaux. Au Nord, nous trouvons également deux passages : l’un à
l’Ouest, par la vallée de Batama elle col de Dioulafoundoudi, l’autre
à l’Est par Kobato et Dioulafoundou. Cette dernière route est exé­
crable et présente de grandes difficultés.
Dans sa partie Nord, la chaîne centrale du Tambaoura se divise
en deux branches principales dont l’une, dirigée à l’Est, traverse le
Niambia et le Natiaga et vient se rejoindre aux collines qui longent
la rive gauche du Sénégal. La seconde, lapins importante, continue
la chaîne origine et vient se terminer après avoir traversé le
Niagala au plateau du Félou non loin de Médine. Elle émet de
nombreux contre-forts à l’Est et à l’Ouest dans le Niambia, le
Natiaga, le Kamana et le Niagala ; un de ces contre-forts se termine
non loin de Khayes par la montagne de Paparaha. Le plateau sur
lequel est construit Médine fait aussi partie de ce système orogra­
phique auquel se rattachent, du reste, les collines de toute cette
partie du Soudan.
Le Tambaoura a dans toute sa longueur 1aspect d’une véritable
falaise à pic, absolument abrupte, stérile et inhabitée. Son plateau
est absolument dénudé, et ses lianes profondément ravinés. Les
grandes pluies d’hivernage entraînent, en effet, dans les plaines, le
peu de terre végétale qui pourrait s’y former. En certains endroits,
les roches qui le forment sont disposées en assises régulières, en
d’autres, au contraire, c’est un chaos absolument indescriptible.
Les éléments géologiques que l’on y trouve sont des plus variés;
mais ce sont les grès, les quartz et les schistes qui y dominent.
Les conglomérats ferrugineux se rencontrent de préférence au pied
de cette immense falaise. Toutes ces roches contiennent plus ou
moins de fer. Le granit y est peu abondant. On ne l’y trouve jamais
en bancs prolongés, mais simplement sous forme de blocs erratiques,

�560

ANDRÉ RANÇON

isolés au milieu des grès ou des quartz. La plupart des roches du
Tambaoura sont usées, limées par les eaux et souvent affectent les
formes les plus étranges et les plus fantastiques.
Je fus très bien reçu à Mouralia, et le chef, qui m’avait de suite
reconnu, me fitmille prévenances et ne nous laissa manquer de rien.
Je passai dans son village une excellente journée. Tous les dioulas
qui s’y trouvaient vinrent me saluer et parmi eux il s’en trouvait
quelques-uns que je connaissais depuis longtemps déjà pour les
avoir rencontrés à Khayes, Bakel ou Médine. Dans la soirée, j’en­
voyai un courrier à Yatéra pour y annoncer mon arrivée pour le
lendemain.
27
janvier. — Nuit très chaude. Brise de Nord-Est. Ciel bas et
couvert. Chaleur lourde. Au lever du soleil, ciel couvert. Quelques
gouttes de pluie. Chaleur étouffante. C’est le petit hivernage qui
commence. Ma santé est toujours aussi précaire et j’ai presque
tous les jours des accès de fièvre que la quinine n’arrive même
plus à combattre. Il est temps que j’arrive dans un centre euro­
péen. Je n’en puis plus.
Nous quittons Mouralia à quatre heures vingt du matin, par
une nuit noire. La route se fait rapidement. A cinq heures dix
nous traversons le village de Sekonomata.
Sekonomata est un village Malinké d’environ six cents habi­
tants. Depuis 1889, époque à laquelle je l’avais déjà visité, il s’est
beaucoup accru et, actuellement, on y construit de nouveau. Cela
tient à ce que l’on a recommencé à chercher de l’or dans ses envi­
rons. Le tata du chef et celui du village nous ont parus en assez
bon état. Nous le traversons sans nous y arrêter. Il y avait, il y a
environ vingt ans, à Sokonomata, une mine d’or qui, d’après les
renseignements que j’ai pu me procurer, était beaucoup plus riche
que celles de Mouralia. Mais l’or y disparut en peu d’années. Aussi
fut-elle abandonnée pendant douze ou quinze ans. Quand nous y
sommes passés en 1889, elle n’était pas exploitée. Il paraîtrait que
le métal précieux y a reparu en grande abondance et, depuis deux
années, on y travaille même pendant l’hivernage.
Aucun incident à noter pendant le trajet de Sekonomata à
Batama, où nous arrivons à six heures trente, après avoir traversé
un peu avant le village le marigot de Sagouia-Kô.

�■ ■

DANS LA HAUTE-GAMBIE

VPTo

561

Batama est un village Malinlté de quatre cent cinquante habi­
tants environ. Nous l’avions déjà visité en 1889 et il est loin
d’avoir prospéré depuis cette époque. La plupart de ses cases
tombent en ruines et les habitants ne font rien pour réparer ces
désastres du temps. Il est d’une saleté repoussante, de même que
ses habitants, du reste. Son tata est en ruines dans sa plus grande
partie et le tata du chef n’est même pas en bon état. Nous faisons
la halte sous l’arbre où nous avions campé, il y a trois ans. Les
notables et le fils du chef viennent me saluer. Après un repos d’un
quart d’heure, nous nous remettons en route. A un kilomètre et
demi du village nous traversons le Diati-Kô, sur les bords duquel
nous constatons la présence d’une dizaine de fours servant à
extraire le fer. A 7 heures 30 nous arrivons au pied d’un contrefort
du Tambaoura, qu’il va falloir gravir. Les porteurs l’enlèvent
pour ainsi dire au pas de course; quant à moi, ne pouvant l’esca­
lader à cheval , il me faut une demi-heure pour arriver au
sommet. Mais aussi quand on est sur le plateau qui couronne ce
mamelon, quel spectacle enchanteur se déroule aux yeux. On se
trouve là sur un des points les plus élevés du Tambaoura. Devant
nous s’étale toute la vallée de Batama et nous pouvons même
découvrir au Sud les premières collines de Konkodougou. C’est
un des plus beaux points de vue que j’aie jamais admirés.
La route se fait sans encombre jusqu’à Yatéra, but de l’étape,
où nous arrivons, exténués, vers neuf heures. — De Mouralia à
Yatéra on suit à peu près une direction générale Nord et l’étape n’a
pas moins de vingt kilomètres. Elle présente deux grosses diffi­
cultés. D’abord le passage du Sagouia-Kô, un peu avant d’arriver à
Batama, et, en second lieu, l’ascension du Tambaoura. Le passage
du Sagouia-Kô est rendu difficile par la vase qui obstrue son lit et
par l’argile qui rend ses bords excessivement glissants. L’ascension
du Tambaoura présente des difficultés bien plus grandes. C’est par
un sentier de chèvres, à pic et transformé'par les roches en véri­
tables escaliers, dans sa partie supérieure, que l’on arrive au
sommet. Dans cette moitié, le sentier longe le flanc de la montagne.
Au-dessous de nous, la falaise’est à pic, ce qui rend l’ascension fort
dangereuse, pour les animaux surtout. Sur le plateau, on a environ
un kilomètre à faire au milieu des roches ; ce qui demande de
grandes précautions. Partout ailleurs, la route est excellente.
André Rançon. — 36.

�562

ANDRÉ RANÇON

La nature du terrain de Mouralia au Tambaoura est absolument
argileuse partout, sauf en deux ou trois endroits où l’on trouve la
latérite. Aux environs de Sekonomata et de Batama se trouvent
encore des bancs de sables aurifères. Le sous-sol du Tambaoura au
point où on le traverse est formé de schistes, de quartz et de rares
conglomérats ferrugineux. Le pente est si raide qu’il n’y a pas
trace de terre végétale. Le sol est profondément raviné et la roche
se montre à nu partout. Mentionnons, à son sommet, un vaste ilôt
de latérite auquel succèdent des argiles qui nous conduisent jus­
qu’aux environs de Yatéra, où reparaît la latérite.
La végétation est peu riche partout. Signalons toutefois dans
la vallée de nombreux karités et quelques palmiers sur les bords
des marigots. Sur le plateau de Yatéra, les karités abondent ainsi
que les palmiers et les lianes à caoutchouc, le long du FaracoumbaKô, qui passe à quelques centaines de mètres au Sud-Est du
village. Mentionnons encore de splendides caïl-cédrats.
Yatéra est un village malinké dont la population, entièrement
formée de Sisokos, peut s’élever à environ 600 habitants. Comme
Batama, il est loin d’avoir prospéré. Il tombe littéralement en
ruines et sa population a considérablement diminué. Yatéra est
entouré de toutes parts par la chaîne principale et les contre-forts
du Tambaoura, et est construit, au milieu de cette gorge, sur un
petit monticule qui domine de fort peu la plaine enserrée par les
montagnes. Au pied du village se trouve un petit marigot, à sec
pendant la belle saison, le Faracoumba-Kô. Dans son lit se trouve
actuellement bon nombre de petits jardinets plantés avec soin de
tabac et d’oignons. Il n’existe plus que des vestiges sans importance
de l’ancien tata du village. Le tata du chef lui-même commence à
tomber en ruines.
Cané-Mady-Sisoko, le chef actuel de Yatéra, avait fait construire,
il y a une vingtaine d’années, une véritable maison européenne à
à un étage, surmonté d’une terrasse. D’après ce qu’il me disait,
cela lui avait coûté plus de 3,500 gros d’or, soit environ trente mille
francs. Cet édifice, élevé sans chaux et maçonné uniquement avec
de l’argile, ne devait pas durer longtemps. Déjà, en 1889, quand
nous l’avions visité, il menaçait ruine. Il s’est écroulé complète­
ment pendant l’hivernage de 1891. Il n’en reste plus aujourd’hui
que les décombres.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

Je suis à Yatéra en pays de connaissance, car en 1889 nous y
avions passé quelques jours, et beaucoup de guerriers du village,
sous la conduite du frère du chef, Cané-Moussa-Sisoko, avaient fait
campagne avec nous dans le Konkodougou et avaient pris part au
combat de Dumbia. Aussi y suis-je très-bien reçu. Il me faut subir
des visites, pendant toute la journée, auxquelles je ne puis me
soustraire, malgré la lassitude extrême qui m’accable. Dans la soi­
rée, j’expédie un courrier à Guibourya pour y annoncer mon arri­
vée pour le lendemain.
28
janvier. — La nuit a été très fraîche, il a fait une forte brise
d’ouest. Légère pluie vers quatre heures du matin. Au lever du
jour, ciel couvert et bas. Soleil voilé pendant deux heures environ,
il Lombe de temps en temps quelques gouttes de pluie. Tempéra­
ture assez bonne, buée épaisse à l’horizon. Les préparatifs du
départ sont lestement faits et, à six heures précises, nous nous
mettons en route, il fait à peine jour, tant le ciel est couvert. Nous
marchons rapidement ; à 6 h. 30, nous franchissons un premier
contre-fort du Tambaouraet, à 6 h. 50, nous traversons le marigot
de Sansan-Kà, dont le lit est formé de quartz et de sables aurifères.
La même roche se trouve sur ses rives, et quand nous y passâmes, il
commençait à s’y élever quelques huttes de chercheurs. Ce placer
est surtout exploité par les habitants de Yatéra. Dix minutes plus
loin et nous sommes au petit village de Malaoulé.
Malaoulé est un village d’environ 150 habitants. Il est unique­
ment habité par les captifs de Cané-Mady, chef de Yatéra : ils
cultivent là ses lougans pendant la saison des pluies et extraient
l’or du Sansan-KÔ pendant la saison sèche. Il est situé dans une
petite vallée, comprise entre deux contreforts du Tambaoura.
A 7 h. 30 nous franchissons le contrefort qui limite au Nord
cette petite vallée, et à 8 h. nous sommes à Koudoréah, où nous
faisons une halte d’un quart d’heure.
Koudoréah, est un village Malinké de 350 habitants. Inutile de
dire que c’est la quintessence de la malpropreté. Il ne possède pas
de tata extérieur. Les cases du chef sont entourées d’un petit tata
fort mal entretenu, comme tout le village du reste. Koudoréah est
situé sur un plateau rocheux où l’on rencontre par ci par là
quelques ilôts de terre végétale. A quelques centaines de mètres du

�564

ANDRÉ RANÇON

village, nous arrivons sur la crête du versant Nord de ce plateau
qu’il va falloir descendre. Ce passage nous prend environ trois
quarts d’heure, pendant lesquels nous n ’avons marché qu’à travers
les rochers les plus escarpés. Enfin tout se passe sans incidents et
à 9 h. 15 nous sommes à Guibourya.
La route de Yatéra à Guibourya suit une direction Nord et la
distance qui sépare ces deux villages est environ de 13 kilom. 500.
Elle est littéralement hérissée d’obstacles et de difficultés. Je n'en
ai jamais rencontré de plus mauvaise. Le passage du marigot de
Sansan-KÔ est très facile. 11 n’en est pas de même des contreforts
du Tambaoura que l’on a à franchir. A 2 kilom. 1/2 de Yatéra, il
faut descendre dans un profond ravin, par un sentier abrupt,
absolument transformé en escaliers. Ce passage a environ 800 mètres
de longueur. A trois kilomètres de Malaoulé, nous trouvons un
second passage aussi difficile. Il mesure à peu près un kilomètre de
longueur. Mais celui qui, de tous, otïre le plus de dangers, surtout
pour les animaux, c’est celui de Koudoréah. Ce n’est qu’une
succession de véritables falaises qu’il faut escalader, des sentiers
hérissés de roches glissantes où on n ’avance qu’à grand peine et en
prenant mille précautions. Tout cela est absolument à pic.
Au point de vue géologique, nous avons fort peu d’argiles ; dans
les vallées, presque partout la latérite alterne avec le terrain ferru­
gineux. Les collines sont surtout formées de quartz, de roches et
de conglomérats. Mentionnons également quelques grès. Les schistes
font absolument défaut. Pas de trace de terrain ardoisier.
La flore y est d’une pauvreté remarquable, surtout sur les
plateaux et les montagnes. Elle est un peu plus riche dans les
vallées, mais pas plus variée. Mentionnons particulièrement
de nombreux karités, des lianes à caoutchouc, fromagers, nétés et
quelques caïls cédrats. Les flancs des collines sont, en général,
couverts de bambous.
Guibourya, où nous faisons étape, est un village Malinké de
500 habitants environ. C’est le dernier village du Diébédougou,
dans le Nord. Il est construit au milieu d’une vaste plaine que
limite au Nord la chaîne principale du Tambaoura et au Sud le
versant du plateau de Koudoréah. 11 est un peu moins sale que la
plupart des villages Malinkés, mais toute sa partie moyenne est en
ruines. De telle sorte qu’il est divisé en deux parties égales. Il ne

�565

DANS LA HAUTE-GAMBIE

reste plus que des vestiges de l’ancien tata qui l’entourait. Le
tata du chef est assez bien entretenu, il en est de même de deux
autres petits tatas particuliers. Il fait une journée assez agréable
comme température, mais triste. Le ciel est couvert, le soleil voilé.
Forte brise d’Ouest. Nous sommes en plein petit hivernage.
Nous ne tarderons pas à avoir quelques pluies.
Notes sur le Diébédougou.— Le Diébédougou, que nous venons de
traverser, est l’Etat Malinké le plus important du Bambouck. Il se
compose de deux provinces, le Diébédougou à proprement parler et
le Kouroudougou. Sa superficie est environ de '2500 kilomètres
carrés et il est relativement très peuplé. Il ne comprend pas
moins de 51 villages dont la population forme un total d’environ
18,000 habitants. La densité est à peu près de 7, 2 habitants par
kilomètre carré. Dans sa partie Est, qui est traversée par le Tambaoura, c’est un pays de montagnes, et sa partie ouest, qui touche à
la Falémé, est un pays de plaines. Il est médiocrement arrosé par
des marigots qui sont pour la plupart tributaires de la Falémé ou
du Bafing. Le Tambaoura en cette région forme la ligne de partage
des eaux entre les bassins de ces deux rivières. Voici la liste de
ses villages :
Kassama (" "ï",? " '* '')
Salingui.
Kolobo.
Kéniéko.
Lagola.
Linguékoto.
Kobokoto.
Koudoréah.
Guibourya.
Diantissa.
Bourama.
Kembélé.
Fabakaya.
Dialakegui.
Guénobanta.
Kénédiguato.
Yatia,

Dangoutakolé.
Yateria.
Malaoulé.
Bambadigua.
Anguira.
Diakouba.
Kama.
Faracounda.
Koufïara.
Dialadiou.
Sékoto n° 1.
Sékoto n° 2.
Sékoto n° 3.
Sansanko.
Sébédougou.
Goudofara.
Mouralia,

Oundouman.
Betea.
Batama.
Sitakili.
Koulaya.
Bokobokoto.
Gounganko.
Mali.
Diomfare.
Diodan.
Kegnoto.
Médina.
Dembala.
Sagala.
Dabara.
Balou.
Sekonomata.

�566

ANDRÉ RANÇON

La population de ces différents villages est uniquement formée
de Malinkés appartenant à la famille des Sisokos. Il est bien
entendu que nous ne nous occupons là que de la famille à laquelle
appartient le pays. Nous ne parlons nullement des captifs. Les
chefs de village appartiennent tous à cette ancienne famille. Les
Sisokos du Diébédougou descendent, par les femmes, de NoïaMoussa-Sisoko, le grand colonisateur du Bambouck. Ils ont donc
usurpé un nom qui ne leur revenait pas de droit. La légende nous
apprend, eu effet, que la seule fille qu’eut Moussa se maria avec
un Coûté, qui en eut cinq fils qui s’établirent dans le Diébédougou.
C’étaient : Sountou-Bouri, Sountou-Ali, Kandio, Sila-Maka et Famalé.
Famalé fut le chef de cette nouvelle colonie et, depuis cette époque,
tous les chefs du Diébédougou prirent le nom de Famalé.
Le Diébédougou est placé sous le protectorat de la France et
dépend du cercle de Bafoulabé. L’autorité du chef est vigoureuse­
ment contrebalancée par celle du chef de Yatéra, Cané-MadySisoko, qui réunit autour de lui la plus grande partie des villages
du Diébédougou. Ils vivaient presque en état d’hostilité ouverte
lorsqu’en 1889 le capitaine Quiquandon, agissant conformément
aux ordres de M. le commandant supérieur du Soudan Français,
les réconcilia et fit jurer obéissance à Famalé par tous les chefs
des villages dissidents. Il n ’y eut que le village de Kénioto qui s’y
refusa, malgré tout ce que nous fîmes pour le ramener à de
meilleurs sentiments. Il fallut le bombarder et le brûler. Les
habitants s’enfuirent, mais peu après vinrent à Guénou-Goré dans
le Konkodougou faire leur soumission. Ordre leur fut donné d’aller
habiter à Kassama ; mais l’année suivante ils furent autorisés à
reconstruire leur village. Depuis cette époque, les affaires se sont
de nouveau brouillées et, actuellement, Gané-Mady est regardé,
même par l’autorité française, comme le chef, sinon de droit, mais
de fait d’une partie du Diébédougou. Ainsi c’est lui qui est chargé
de faire rentrer l’impôt des villages qui lui obéissaient jadis et qui
ont recommencé à méconnaître l’autorité de Famalé. Pour le bien
du pays, il serait bon que cet état de choses fût promptement
modifié et que le vrai chef du pays soit rétabli dans tous ses droits
et prérogatives. Je me hâte de dire que Mané-Mady ne fait rien de
contraire au serment qu’il a prêté et qu’il est le plus humble des
sujets de Famalé. Kassama est la résidence de ce dernier. C’est un

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

gros village où le docteur Collin, un des premiers explorateurs du
Bambouclt, s’était établi en 1887, lorsqu’il est allé prospecter ce
pays au point de vue commercial. Les officiers français y sont très
bien vus et Famalé serait très heureux si nous y établissions un
poste militaire. Pendant le séjour que nous y avons fait en 1889, il
a souvent, devant nous, manifesté ce désir au capitaine Quiquandon,
le chef de notre mission.
29
Janvier. — Je quittai Guibourya à 5 h. 45 du matin par une
température très douce. Il a plu une partie de la nuit. A un kilo­
mètre et demi du village environ, nous traversons le marigot de
Gara-Kô et à 7 h. 45 nous faisons halte au petit village de Kéniéti,
où j’avais promis de m’arrêter.
Kéniéti est un petit village de Malinkés de la famille des Fofanas.
Il n’a pas plus de 150 habitants et fait partie du petit État de Diabéli.
Il est construit au pied du Tambaoura, comme, du reste, tous les
villages de cette région,et est démuni de tata. Seules les cases du
chef sont construites dans une petite enceinte qui est en assez bon
état. Le reste du village est assez mal entretenu. Hier, le chef
m’avait envoyé son frère à Guibourya pour me saluer et m’inviter
à aller passer la journée dans leur village. Je le remerciai et lui
promis que, ne pouvant pas y rester aussi longtemps, je m’y arrê­
terais en passant. A peine étions-nous arrivés que ce brave homme
vint me saluer et lit apporter du couscouss pour les hommes. Je les
laisse manger et n’absorbe que deux verres d’un excellent lait. A
huit heures nous nous remettons en marche, après avoir chaude­
ment remercié le chef de sa bonne réception et lui avoir fait un
petit cadeau.
En quittant Kéniéti, nous traversons, à environ un kilomètre du
village, un second village en construction. Ce sont les habitants du
premier qui, se trouvant à l’étroit, s’agrandissent de ce côté. Une
heure après, nous sommes à Guénobanta, où nous ferons étape
aujourd’hui. Un peu avant d’y arriver, on traverse un petit marigot,
le Yagoudoura-Kô, sur les bords duquel se trouvent de belles plan­
tations de tabac.
De Guibourya à Guénobanta, la route ne présente absolument
aucune difficulté. Elle longe tout le temps le liane Ouest du Tam­
baoura et traverse une vallée absolument plane qui s’étend de la

�568

ANDRÉ RANÇON

montagne à la Falémé. La direction est Nord et la distance qui
sépare ces deux villages est de 15 kilomètres environ.
Au point de vue géologique, nous n’avons presque partout que
de la latérite. Les argiles ne se montrent qu’aux environs des
marigots, mais en petites bandes fort étroites. Pas de schistes. Par
contre rien que des quartz fortement colorés en rouge par de l’oxyde
de fer. Les roches et conglomérats ferrugineux sont peu abondants.
Le Tambaoura est là uniquement formé de quartz qui sont aurifères
en certains endroits.
La flore est peu variée. Toujours beaucoup, beaucoup de karités
(variété Shée). Les lianes à caoutchouc sont rares. A signaler
encore quelques beaux caïl-cédrats, nétés, baobabs et fromagers.
Les mimosées ont fait leur apparition et en maints endroits sont
fort communes.
Guénobanta est un village de Malinkés Sisokos dont la population
est tout au plus de trois cents habitants. 11 est situé au pied du
Tambaoura, sur un petit monticule peu élevé. Il ne possède pas de
mur d’enceinte. Seules, les cases du chef sont entourées par un
petit tata en assez bon état. Il est fort mal entretenu et cela tient à
ce que les habitants sont des Malinkés d’abord, et, en second lieu,
à ce qu’ils passent tout leur temps à chercher For dans les envi­
rons. C’est la résidence du chef du Diabéli.
Le Diabéli est un petit Etat Malinlté situé aux pieds du Tam­
baoura. Il appartient à la famille des Sisokos, qui y forment quatre
villages.
Guénobanta — Yérala — Niafato — Foutouba
Outre ces quatre villages Sisokos, il y a encore un village
Fobana, Kéniéti, et un village Daniogo, Linguékotendi.
La population totale du Diabéli peut être estimée à environ
1,500 habitants. Le chef actuel est un vieillard qui ne jouit d’aucune
autorité sur ses sujets. Il se nomme Tantombo-Famori-Sisoko. Le
Diabéli a été colonisé par deux Fils de Moussa-Sisoko, Sambou et
Coubaclta. Les Fofanas et les Daniogos ne vinrent s’y établir que
bien après eux. Les premiers sont originaires du Bafing de Sandénia et les seconds du Soubou de Dioulaguénou. Ce petit État est
également placé sous le protectorat de la France.

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

30
janvier. — Je quittai Guénobanta à 5 h. 20 du matin par un
ciel excessivement couvert. Il fait un vent épouvantable. Peu après
notre départ la pluie se met à tomber en abondance. C’est une véri­
table pluie d’hivernage.
A quelques centaines de mètres du village, nous traversons le
marigot de Toulicoto-Kô et, à 6 b. 50, nous arrivons, absolument
trempés, à Yérala.
Yérala est un village Malinké de 250 habitants environ. C’est le
dernier village du Diabéli au Nord. Il est construit au pied du
Tambaoura, et, à l’encontre des autres villages de cette région,
entouré de beaux lougans. Il ne possède pas de tata extérieur et les
cases du chef sont entourées d’uue enceinte en fort mauvais état.
Le village est lui-même fort mal entretenu. La pluie et le vent font
rage quand nous y arrivons. Heureusement que nous trouvons de
bonnes cases pour nous abriter et de bons feux pour nous sécher.
Je suis littéralement trempé et je grelotte la fièvre à outrance. A
peine sommes-nous arrivés que le chef du village vient me saluer
et fait apporter une douzaine de calebasses de couscouss pour mes
hommes. Tous se repaissent, je prends deux verres d’excellent lait,
et, la pluie ayant cessé, nous nous remettons en route à 7 b. 40.
Nous arrivons sans encombre à Dialafara à 9 b. 15, après avoir
traversé le Nété-Kô, qui forme la limite entre le Diabéli, et le Tam­
baoura, et, un peu avant d’arriver à Dialafara, le Dagoussa-KÔ, qui
coule au pied du monticule sur lequel s’élève le village. A michemin nous avions rencontré le fils du chef, que son père avait
envoyé à notre avance. Il fait toujours un vent atroce.
De Guénobanta à Dialafara, la direction générale est Nord et
l’étape n’a pas plus de 47 kilomètres. La route ne présente absolu­
ment aucune difficulté. Elle longe à environ huit cents mètres le
pied du Tambaoura, daDs une plaine absolument unie qui ne
présente pas de reliefs de terrain appréciables. Au point de vue
géologique, toujours les mêmes terrains. En quittant Guénobanta,
et après avoir traversé le Toulicoto-Kô, on traverse une vaste
plaine argileuse qui s’étend jusqu’aux environs de Yérala, où la
latérite apparaît. En thèse générale, dans cette région, c’est au pied
du Tambaoura que se trouve la latérite, les plaines qui s’étendent
à l’Ouest sont uniquement formées d’argiles. Peu après Yérala, nous
avons de nouveau les argiles. Nous trouvons un petit banc de

�570

ANDRÉ RANÇON

latérite aux environs du Nété-lvô, puis de nouveau l’argile jusqu’à
Dialafara, où reparaît la latérite.
La flore n’a pas changé. Beaucoup de karités, dont quelques-uns
sont énormes. Les caïl-cédrats, fromagers, nétés sont aussi fort
communs. Dans les terrains argileux, beaucoup de mimosées. Peu
de lianes à caoutchouc.
Dialafara, où nous faisons étape, est un village Malinké d’environ
500 habitants. Il tombe littéralement en ruines. C’est la résidence
du chef du petit État de Tambaoura. Il est démuni de tata extérieur.
A l’intérieur, quelques petits tatas appartenant à des particuliers.
Celui qui entoure les cases du chef est fort mal entretenu. Les
lougans qui entourent le village sont relativement peu étendus,
parce que la population ne s’occupe guère qu’à rechercher l’or dans
les environs. C’est, du reste, la caractéristique de tous les villages
dans le voisinage desquels se trouvent des placers. Ils sont beaucoup
plus pauvres que les autres et la famine y est plus fréquente.
Je suis assez bien logé, malgré tout, sur la place principale du
village, en face l’arbre à palabres qui disparaît littéralement sous
une gigantesque liane Saba.
Le village est construit sur un petit monticule qui s’élève au
pied du Tambaoura et qui domine une plaine où se trouvent de
superbes karités.
Le Tambaoura, dont Dialafara est la capitale, est un petit État
Malinké qui doit son nom à la chaîne de montagnes aux pieds de
laquelle il s’étend. C’est un des pays les plus riches en or du
Bambouck. Il a pour chefs des Sisokos. Mais on y trouve aussi
d’autres familles Malinkées. D’après la légende il fut d’abord peuplé
par des Keitas, des Guétas, des Dabos et des Tarawarés. Ces quatre
familles Malinkées vinrent s’y établir à peu près à l’époque de la
grande migration de Koli-Tengrela. Les Sisokos ne vinrent que
plus tard et soumirent les premiers à leur autorité. Ils furent
conduits à la conquête de ce pays par Bandé-Maka, un des nombreux
fils de Moussa-Sisoko. Depuis cette époque, ils y ont toujours régné
en maîtres. Le Tambaoura a été placé sous le protectorat de la France
par le gouverneur Faidherbe, en 1858. Il fait partie actuellement
du cercle de Kliayes et acquitte assez régulièrement l’impôt qui lui
est demandé. Il est peu peuplé et n’a que dix villages qui ne

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

comptent pas plus de 2,500 habitants. En voici les noms par
famille :
1° Villages Sisohos : Dialafara, Bouroudela, Kama, Diokéba,
Galadio.
2° Village Keita : Salingui.
3° Village Guéta : Samafaradala.
4° Village Dabo : Dangara.
5° Villages Tarawarés : Boubou, Sokoto.
La densité de la population, dans le Tambaoura, n’est pas plus
de 1,5 habitant par kilomètre carré.
A peine suis-je installé dans ma case, que les frissons que
j’avais éprouvés tout le long de la route ne font qu’augmenter. Je
suis obligé de me coucher aussitôt. Toute la journée, j’ai eu une
forte fièvre, et ce n’est que le soir que, me sentant un peu mieux,
je pus rédiger mes notes. Je suis arrivé à Dialafara un bien mau­
vais jour pour un malade. C’est, en effet, aujourd’hui que rentrent
dans leurs familles les jeunes filles qui ont été circoncises. Aussi,
jusqu’à la nuit, ce n ’a été dans le village que chants, cris, beu­
glements, tam-tams, coups de fusil. Le soir, j’en avais la tête abso­
lument brisée. De plus, il fait un véritable temps d’hivernage.
Chaleur lourde et orageuse, et pluie abondante dans la soirée.
Elle est venue à temps pour mettre en fuite le tam-tam et me
permettre un peu de reposer pendant la nuit.
La circoncision est, de toutes les mutilations ethniques qui se
pratiquent sur les organes génitaux, la seule qui soit en usage
au Soudan. Elle se pratique presque dans toutes les peuplades sur
les hommes. Toutefois, il nous a été dit qu’elle était inconnue chez
les Bobos, qui habitent dans la boucle du Niger. Nous tenons ce
détail de notre excellent et malheureux ami, le Dr Crozat, qui, après
Binger, visita cette curieuse peuplade. Dans tout le Soudan, la
femme y est également soumise, sauf cependant chez les Ouolofs.
Nous allons décrire la façon dont se pratique cette opération chez
les deux sexes, en exposant en même temps les fêtes, pratiques
religieuses, coutumes, etc., etc., qui l’accompagnent chez les diffé­
rents peuples du Soudan.
1° Circoncision chez l’homme. — Chez tous les Soudanais, à
quelques détails insignifiants près, c’est le même mode de procéder.
L’opération se fait vers l’âge de 14 à 17 ans.

�572

ANDRÉ RANÇON

Le matin du jour où les patients doivent être opérés, on les con­
duit au bain. Dans une grande calebasse remplie d’eau, on plonge
des gris-gris réservés pour cette circonstance et qui ont, paraît-il,
des vertus spéciales, comme, par exemple, de donner force et
vigueur aux enfants et de leur donner, dans la suite, une nombreuse
lignée. Chacun des enfants vient alors procéder à ses ablutions
intimes avec cette eau. Puis, sous la garde d’un surveillant
nommé à cet effet, ils sont conduits au lieu où doit être pratiquée
l’opération ; pendant le temps que met la cicatrisation à se faire,
trois ou quatre hommes sont désignés par les anciens du village
pour surveiller les opérés et pour se bien assurer qu’ils se livrent
bien aux coutumes et pratiques en usage en cette circonstance.
Ces surveillants doivent, bien entendu, être des circonscis.
L’appareil opératoire est des plus simples. Un couteau bien
effilé, de la ficelle, de l’eau dans une calebasse, des chiffons et du
sable. Au Soudan, ce sont généralement les forgerons qui pro­
cèdent à l’opération aussi bien chez les peuples musulmans que
cliex ceux qui ne le sont pas. Chez les Ouolofs et les Maures, ce
sont plutôt les marabouts qui opèrent. Voici comment on procède.
Le patient se place, assis à cbeval sur un mortier à couscouss de
façon à avoir le périnée reposant sur le corps même du mortier.
Chez les Bambaras et les Malinkés, au lieu du mortier, on se sert
d’une simple bille de bois. Le résultat est le même. Le mortier est
surtout employé chez les peuples d’origine Peulhe. La verge repo­
sant bien sur le mortier ou le morceau de bois, le prépuce est
attiré fortement en avant. Tout ce qui dépasse le gland est solide­
ment ligoté à plusieurs tours. C’est un des temps les plus doulou­
reux de l’opération ; un aide en est chargé. Puis ceci fait, la verge
est maintenue solidement appuyée sur le mortier ou le morceau de
bois et l’opérateur d’un coup sec sectionne le tout, ficelle et pré­
puce. Ce temps de l’opération est absolument indolore. La plaie
opératoire est ensuite lavée à grande eau. Très douloureuse cette
aspersion. La quantité de sang qui s’écoule est absolument insi­
gnifiante. On procède alors au pansement. Oh ! il n ’est pas long :
du sable fin, quelques chiffons et tout est dit. Le pansement est
refait chaque jour.
Cette opération, bien que douloureuse, se fait sans que l’on
entende un cri de la part des patients. Il y aurait déshonneur à

�. .. .. ..

DANS LA HAUTE-GAMBIE

se plaindre. De plus, ils sont persuadés que s’ils criaient, ils
mourraient dans le courant de l’année, aussi sont-ils tous d’une
impassibitité remarquable et ne bronchent-ils pas en présence de
l’instrument du supplice.
Que deviennent les lambeaux de chair ainsi excisés? En aucune
circonstance, ils ne sont jetés aux ordures Les uns les enterrent,
les autres les mangent. D’autres enfin, et ce sont les plus nom­
breux, les conservent précieusement, les font sécher et s’en font
des gris-gris qui jouissent de propriétés miraculeuses.
Dès que tous ont été opérés, ils sont revêtus d’un long boubou
bleu muni dans le dos d’une grande poche, et coiffés d’un bonnet
pointu haut d’environ 35 à 40 centimètres. Cela leur donne l’air le
plus bizarre qu’on puisse voir. Ils ressemblent au médecin malgré
lui. Le boubou ample et très étoffé est destiné à éviter les frotte­
ments que ne manquerait pas d’occasionner le pantalon. La grande
poche qu’il présente, est destinée à recevoir le produit de leurs
quêtes ou de leurs rapines ; car les circoncis, pendant tout le temps
que met la cicatrisation à se faire, ont le droit de prendre tout ce
qui, en fait de victuailles, leur tombe sous la main.
Aussitôt après l’opération et dès qu’ils ont revêtu leur costume,
ils sont promenés dans tout le village, sous la conduite de leurs
surveillants, avec accompagnement de tam-tams et de chants.
Qu’ils le peuvent ou non, il faut marcher, ou sans cela, gare le fouet.
Ils sont ensuite réunis dans une grande case, construite à leur
intention et située, en général, un peu en dehors du village. C’est
là qu’ils doivent habiter et manger jusqu’à ce que tous soient par­
faitement guéris. Là aussi on les gave littéralement. Il faut
manger et toujours manger, quand l’heure est venue, qu’on ait
faim ou non. Autrement, en avant le fouet. Mon interprète me
racontait à ce sujet que lorsqu’il fut circoncis, un jour que, repu,
le surveillant le forçait à manger encore, il avait rendu dans sa
calebasse l’excédent de nourriture qu’on lui avait fait avaler malgré
lui. Le surveillant le força à l’avaler de nouveau.
La cicatrisation se fait assez vite soit en moyenne de 15 à 20 jours.
Elle est d’autant plus rapide que le sujet est plus jeune. Mais il
faut au minimum 40 à 45 jours pour que le tissu cicatriciel ait pris
la couleur noire des tissus environnants. C’est à ce moment-là
seulement, et quand tous sont absolument guéris, qu’on leur donne

�574

ANDRÉ RANÇON

liberté de manœuvre. Ils endossent alors le pantalon. Le jour où
ils sortent de leur case est jour de fête dans le village.
La nuit, ils dorment sous l’œil d’un surveillant, et ils doivent,
pendant toute la durée de leur séjour dans la case, dormir sur le
dos. Si, par hasard, ils se mettent sur le côté, un coup de fouet les
a bientôt remis en place.
Pendant toute la durée de leur traitement, ils sont soumis à la
discipline la plus sévère. Ils ne peuvent et ne doivent rien faire en
dehors de leurs camarades. Ainsi, si l’un d’eux se permet de
chanter, seul, par exemple, immédiatement le surveillant lui inflige
une correction ou simplement le force à chanter pendant trois ou
quatre heures sans interruption. Ils doivent tout faire ensemble,
manger, chanter, jouer, aller à la promenade, etc., etc.
Celui qui est opéré le premier est appelé le chef des circoncis
de l’année, celui qui l’est le dernier doit servir de domestique aux
autres pendant toute la durée de leur claustration. Ainsi, c’est lui
qui leur porte leur calebasse de couscouss, qui va chercher l’eau
nécessaire aux pansements, etc., etc. Il n’y a pour cela aucune
considération de caste ou de famille. Tous sont égaux pendant ce
laps de temps.
A proprement parler, il n ’y a pas un âge fixe auquel se pra­
tique la circoncision. Tout d’abord cela serait assez difficile; carie
noir ignore son âge, celui de sa femme et celui de ses enfants. Il
est des garçons qui ne se laissent opérer que peu de temps avant
leur mariage, c’est-à-dire de 20 à 25 ans, il en est d’autres, au con­
traire, qui le sont plus jeunes. Mais d’une façon générale, on peut
dire que c’est de 14 à 17 ans que se pratique généralement sur les
hommes cette opération ethnique.
2° Circoncision chez la femme. — Toutes les peuplades delà Sénégambie et du Soudan, à l’exception toutefois des Ouolofs, pra­
tiquent aux femmes, quand elles atteignent l’âge de puberté, une
opération analogue à la circoncision chez les garçons. On y procède
habituellement, après l’apparition des premières règles, jamais
avant.Il existe même certaines famillesMalinkées etOuassouIoukées
chez lesquelles les femmes ne sont soumises à cette opération que
lorsqu’elles ont eu leur premier enfant.
Chacun sait que les négresses ont les petites lèvres fort déve-

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

57o

loppées. Tout le monde a entendu parler plus ou moins du « tablier
des hottentotes ». L’opération première et son véritable but étaient
de sectionner cette partie de leurs organes génitaux. Mais l’opéra­
tion étant toujours mal laite on en est venu à couper également
toutou partie du clitoris. Telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui,
elle consiste donc à supprimer toute la partie des petites lèvres qui
dépasse les grandes et à faire l’ablation complète ou partielle du
clitoris. Voici comment cela se pratique.
La patiente est étendue sur le dos, les jambes fléchies sur les
cuisses et les cuisses relevées et perpendiculaires à l’axe du corps.
Un billot, généralement un pilon à couscouss, est placé sous le
sacrum pour faire fortement saillir le pubis. Ces préparatifs ache­
vés, l’opérateur, qui est toujours une femme de forgeron, procède à
l’opération à l’aide d’un petit couteau à lame très mince, très
étroite et bien aiguisée. L’opération est faite avec si peu de soins
que le clitoris est toujours sectionné en partie ou en totalité. Chez
les Bambaras, c’est une condition sine quel non de bonne opération.
Ils sont imbus de cette idée que si elle n’était pas ainsi pratiquée
ils mourraient inévitablement. Aussi ne verra-t-on jamais un
Bambara épouser une Ouolove parce que, disent-ils « la Ouolove a
» un dard qui, s’il les piquait au ventre, les ferait infailliblement
» mourir. »
Les filles ou femmes qui viennent d’être opérées sont soumises
aux mêmes pratiques que les garçons jusqu’à ce qu’elles soient
guéries. Par exemple, elles ne sortent que deux fois par jour, le
matin et le soir, pour se baigner. Elles sont surveillées par les
matrones et doivent dormir étendues sur le dos, les jambes légère­
ment écartées.
La circoncision, aussi bien pour les femmes que pour les hom­
mes, se pratique généralement un mois et demi ou deux mois
avant l’hivernage. Mais il n ’y a rien d’absolument fixe à ce sujet.
C’est l’occasion de grandes fêtes, tam-tams, coups de fusil, danses,
etc., etc., et d’agapes monstres. Chez les Bambaras et les Malinkés,
qui font usage de boissons fermentées, c’est une des plus grandes
soûleries de l’année. On fabrique, pour la circonstance, d’énormes
calebasses de dolo (bière de mil), et l’on ne cesse de boire que lors­
qu’il n’y a plus rien à absorber ou que tout le monde est ivre-mort.
Chez les musulmans, qui ne font point usage de boissons alcoo-

�576

ANDRÉ RANÇON

liques, on se contente d’engloutir force calebasses de couscouss et
de dévorer moutons, bœufs, poulets et chèvres. Dans certains
villages toutes les provisions y passent.
J’avais l’intention de ne rester qu’un jour à Dialafara, mais je
fus obligé d’y passer encore la journée du 31 janvier; car l’accès de
fièvre que j’avais eu la veille m’avait tellement affaibli que j’aurais
été absolument incapable de faire l’étape.
/er février. — La nuit ayant été assez bonne, je pois quitter
Dialafara à 5 b. 45 du matin, par une douce température. La route
se fait bien et assez rapidement. A deux kilomètres de Dialafara, il
nous faut franchir le Tambaoura par de véritables sentiers de
chèvres. Je suis si faible que je suis obligé de me faire porter. Je
ne m’étais jamais vu dans un pareil état. Et pourtant nous n’avons
plus que trois étapes à faire pour atteindre, au Galougo, la ligne de
chemin de ier"de Rayes à Bafoulabé. Y arriverai-je jamais? Enfin,
malgré des souffrances inouïes et de fréquents vomissements
bilieux, je puis faire cette étape. A 9 h. 30, nous traversons de
beaux lougans, et laissons sur notre gauche quelques petites cases
dontl’ensemble forme un village de culture,appartenant àOrokoto,
où nous mettons pied à terre, à 10 h. 45. De Dialabara à Orokoto,
l’orientation de la route est N.-N.-E., et la distance qui sépare ces
deux villages n’a pas plus de 21 kilomètres. Cette étape est une des
plus mauvaises que nous ayons faite depuis le commencement de
notre voyage. Je n’en ai pas rencontré qui présentent plus de diffi­
cultés. Le passage du Tambaoura est excessivement pénible. Le
sentier ne fait que traverser des amoncellements de roches énormes.
A partir de là, la route traverse des plateaux rocheux, où l’on
n’avance qu’avec mille précautions. Ce n’est que cinq kilomètres
environ avant d’arriver à Orokoto que la route devient meilleure.
Elle est très difficilement praticable pour les animaux. Au point de
vue géologique, rien de bien particulier à signaler. De Dialafara
au Tambaoura, s’étend une vaste plaine de latérite.
Dans toute cette partie du Tambaoura, de môme, du reste, que
tout le longffie la route, on ne trouve absolument que des quartz
et des’grès. Les conglomérats ferrugineux et les schistes sont fort
rares. Très peu d’argiles. La latérite reparaît aux environs
d’Orokoto. La végétation est, on le comprend aisément, des plus

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

577

maigres. Les karités sont excessivement rares et finissent par dis­
paraître complètement aux abords du village. Plus de caïl-cédrats,
plus de nétés. Quelques rares fromagers et bambous rachitiques,
quelques maigres lianes à caoutchouc également.
Orokoto, où nous faisons étape, est un village Malinké de
quatre cents habitants environ. Sa population est uniquement for­
mée de Sisokos. C’est la résidence du chef du Niambia. Il est cons­
truit sur un petit monticule que dominent des collines peu élevées.
Son tata extérieur tombe en ruines. Celui du chef est en assez bon
état, ainsi que deux ou trois autres petits tatas particuliers. Quant
au village lui-même, il est fort mal entretenu, sale et dégoûtant.
Le Niambia, dont Orokoto est la capitale, est un petit Etat
Malinké situé à l’Ouest cle la chaîne principale du Tambaoura, dans
l’angle qu’elle forme avec son contrefort Nord-Est. Au Nord et
au Nord-Ouest il confine au Natiaga et au Niagala, à l’Ouest au
Tambaoura, au Sud au Bambougou et à l’Est au Barnita. Sa super­
ficie est d’environ 1,800 kilomètres. Il est peuplé de Malinkés et
ce sont les Sisokos qui sont les maîtres du pays et les proprié­
taires du sol. Il fut colonisé par eux peu après leur arrivée dans
le Bambouck et sous la conduite de deux fils de Moussa-Sisoko qui
se nommaient: Haoussa N’Digui et Mansa-Gadio. Ils y sont restés
depuis cette époque. Le Niambia n’a que onze villages et sa popu­
lation est au plus de trois mille habitants. Elle est peu nombreuse,
relativement à l’étendue du pays, et sa densité n’est que 1,6 habi­
tant par kilomètre carré. Voici les noms de ces villages :
Orokoto (résidence du chef), Boundéri, Banguilima, Daraleo,
Faragouukoto, Téba, Sédiankoto, Koungou, Gadiani, Dialakoto,
Malembou.
Son aspect général est plutôt celui d’un pays de montagnes
que celui d’un pays de plaines. Il est placé sous le protectorat de
la France et relève du commandant du cercle de Kayes. Très
pauvre, il arrive difficilement à s’acquitter chaque année du faible
impôt auquel il a été taxé. C’était autrefois un véritable repaire
de bandits et de détrousseurs de grands chemins. Aujourd’hui
encore, malgré sa proximité des centres de Bafoulabé, Médine et
Kayes, les dioulas n’osent guère s'y aventurer, tant est mauvaise
sa réputation, et de temps en temps même actuellement, il n’est
pas rare d’entendre dire qu’un marchand y a été dévalisé. Les
André Rançon. — 37.

�o78

ANDRÉ RANÇON

réclamations de ce genre sont fréquentes à Bafoulabé et à Kayes.
Il existe entre Orokoto et Dialafara depuis quelques années
une vieille haine dont le motif est assez curieux pour être rapporté
ici. A Orokoto existe un individu, véritable chef du pays, bandit
remarquable, qui a nom Siliman-Koy ou Siliman le blanc, pour le
distinguer de son frère Siliman fi ou Siliman le noir, parce que ce
dernier est plus foncé que le premier. Tous les deux sont excessi­
vement redoutés dans le pays et ils annihilent complètement
l’autorité du véritable chef du pays. Ce sont de plus des adversaires
déclarés de l’influence française dans la région. Siliman-fi a même
déclaré qu’il ne voulait jamais voir un blanc. Aussi dès qu’un
officier est signalé ou annoncé dans les environs, quitte-t-il le
village et se réfugie-t-il dans les environs où il possède un petit
village de culture. Cet homme possède absolument le génie du vol.
Le fait suivant en est la preuve. Il avait pu se procurer, je ne sais
comment, un uniforme complet de tirailleur. Ainsi habillé, il partit
un jour à la tête de ses hommes et se rendit à Linguékoto, dans le
Kamana. Il exhiba là au chef du village un papier revêtu de la
signature du commandant de Bafoulabé et portant le timbre du
cercle, et lui annonça qu’il était chargé par ce fonctionnaire de lui
réclamer le paiement immédiat de 10 gros d’or, soit environ 100 fr.
Le chef s’exécuta sur le champ et paya. Je doute que Siliman-fi lui
ait jamais donné bonne et valable quittance. Ces deux individus ont
ainsi beaucoup de faits de ce genre à leur actif. Mais revenons à
notre sujet. Il y a quelques années, Siliman-Koy s’éprit d’une jeune
fille du village d’Orokoto, et il fut convenu avec le père que leur
mariage serait célébré dès qu’elle serait nubile. Siliman-Koy devait
payer en dot une vache, huit gros d’or et une pièce de guinée. La
vache et la pièce de guinée furent immédiatement payées. Il n’en
fut pas de même des huit gros d’or. Mais, entre temps, le cœur de
la jeune enfant parla et un beau jour elle déclara à son père qu’elle
ne voulait à aucun prix de Siliman-Koy et qu’elle voulait épouser
un des fils du chef de Dialafara. Celui-ci paya au père la dot entière
qu’il réclamait et offrit à Siliman de lui rendre ce qu’il avait déjà
versé. Ce dernier refusa absolument. Mais pendant tous ces pour­
parlers, le mariage fut conclu avec le fils du chef de Dialafara et
la femme eût même des enfants de lui, Inde irœ. Siliman-Koy alla
réclamer à Médine et sut si bien exposer sa plainte au commandant

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

579

de ce poste et l'entortiller que celui-ci ne trouva rien de mieux que
de faire enlever par des tirailleurs à Dialafara la femme et le mari.
Ce dernier fut ramené à Médine sous bonne escorte, et sévèrement
puni. Je me demande pourquoi. La femme et ses enfants furent
donnés à Siliman-Koy. Mais, un an après, elle s’enfuit de la maison
de son nouveau mari et retourna avec l’ancien. Siliman-Koy vint la
chercher à la tète de ses hommes et s’empara même d’une partie du
troupeau de Dialafara.
En 1890, lorsque le capitaine Quiquandon, envoyé en mission
spéciale dans le Bamhouck, passa par là, les habitants de Diala­
fara lui firent part de leurs griefs contre Orokoto. 11 leur fit rendre
les bœufs qui leur avaient été volés, mais il ne fut nullement ques­
tion de la femme. Depuis cette époque, chaque fois qu’ils en trou­
vent l’occasion, les gens d’Orokoto commettent, sur le territoire
de Dialafara, toutes sortes de rapines. Les réclamations affluent à
Kayes et à Bafoulabé, et, lorsque j’y suis passé, cette grave affaire
n’était pas encore réglée. Mais à la suite d’une conférence qui eut
lieu entre les commandants de ces deux cercles et à laquelle nous
prîmes part comme témoins, tout paraissait être sur le point de
s’arranger. Cette petite histoire montre, d’une façon évidente, que
le sentiment de l’amour n ’est pas inconnu des Noirs et qu’ils sont
s uscepti blés.d’a Ltache men t.
Tous ces faits qui, en somme, étaient de fraîche date, contri­
buèrent à me faire recevoir avec méfiance à Orokoto. Aussi, ne
fus-je pas étonné, en arrivant, de constater qu’il n’y avait plus dans
le village que les hommes. Les femmes et le troupeau avaient été
envoyés dans la brousse. Je fis au chef de vifs reproches sur la
façon dont se conduisait son village en cette circonstance. Quel­
ques heures après mon arrivée, tout le monde était revenu. On
s'était imaginé que je venais pour brûler le village et m’emparer
du troupeau. La journée se passa mieux qu’elle n’avait commencé,
et je n’eus qu’à me louer de la conduite de tous à mon égard.
2 février. — Nous quittâmes Orokoto à cinq heures du matin.
La nuit a été relativement chaude. Petite brise de Sud-Est. Ciel
clair et étoilé. Au lever du jour, le ciel se couvre un peu. Forte
brise de Sud-Est. Le soleil ne paraît pas. Le ciel est resté couvert
toute la journée. Il est tombé quelques gouttes de pluie vers onze

�580

ANDRÉ RANÇON

heures, et, à midi, il fait une chaleur lourde et orageuse et un fort,
vent de Sud-Est. C’est la fin du petit hivernage. Cette petite saison
pluvieuse ne dure jamais plus de huit à dix jours au maximum.
Elle s’établit généralement vers la fin de la lune de janvier et cesse
dans les premiers jours de la lune suivante. Pendant ce laps de
temps, les vents passent par les quatre points cardinaux et il tombe
quelques averses quand ils sont à l’Ouest et au Sud-Est. Dès qu’ils
remontent vers l’Est, les pluies cessent, la chaleur devient lourde
et orageuse, et lorsqu’ils sont redevenus franchement Est et NordEst, elle est sèche et se maintient ainsi jusqu’à la fin de la belle
saison, au retour de l’hivernage, vers la mi-juin.
Ma santé s’est un peu améliorée; mais je suis toujours excessi­
vement faible et de plus j’ai les pieds tellement enilés que je ne
puis plus mettre mes bottes. Je suis anémié au plus haut degré. Je
n’ai plus aucune illusion à me faire à ce sujet. Heureusement que
dans deux jours je vais enfin pouvoir me soigner un peu.
La route d’Orokoto à Malembou se fit rapidement. A l’heure
dite, les porteurs sont réunis, les préparatifs du départ lestement
faits et une demi-heure après ce réveil, nous pouvons nous mettre
en route. A six heures, nous faisons la halte au petit village de Téba.
Téba est un petit village Malinké de 150 habitants. Sa population
est uniquement formée de forgerons. Il s’élève au pied d’une falaise
à pic et est entouré de toutes parts de hautes collines. Il est abso­
lument ouvert et ne possède aucun tata ni intérieur ni extérieur.
J ’y suis très bien reçu, le chef vint me saluer dès mon arrivée et
m’offre du lait en abondance pour mes hommes et pour moi. Inutile
de dire que le village est sale comme tout bon village Malinké doit
l’être. Après nous être reposé pendant une demi-heure nous nous
remettons en route. A peu de distance du village il nous faut gravir
un passage escarpé d’environ un kilomètre de longueur. Ce ne sont
que des escaliers rocheux auxquels succèdent de vastes plateaux
formés de grès absolument lisses et polis. On voit que pendant des
siècles, il a dû couler là nu fleuve immense et que des masses d’eau
considérables ont dû passer par-dessus ces énormes rochers. 11
devait y avoir en cet endroit une chute majestueuse. Du reste, tout
semble indiquer que la plus grande partie de la route de Malembou
à Orokoto suit le cours d’uu ancien cours d’eau. Elle est épouvan­
table. Ce ne sont partout que des roches gigantesques et c’est au

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

milieu d’un véritable chaos que l’on chevauche. Partout l’eau a
laissé sa trace ineffaçable. Les quelques marigots que l’on rencontre
et notamment le Tamba-Kô, le seul important de la région, sont
à fond de roches et très difficiles à traverser. Il n’y a qu’à environ
six kilomètres de Malembou qu’elle devient réellement praticable.
Au point de vue géologique, des quartz, des grès, des schistes et des
conglomérats ; toutes roches absolument ferrugineuses. Mention­
nons tout spécialement les énormes blocs de schistes lamelleux
que l’on trouve entre Orokoto et Téba. Par ci par là quelques ilôts
d’argiles. Enfin à 5 kilomètres environ de Malembou. la latérite
apparaît et forme un vaste plateau qui s’étend jusqu’au village.
Nous y arrivons à 10 h. 50. Végétation très pauvre : quelques
caïls-cédrats, fromagers, lianes à caoutchouc. Au bord des marigots,
de superbes palmiers. Les karités, rares au début de la route, devien­
nent plus communs à la fin et sont très abondants aux environs de
Malembou.
Malembou est un petit village Malinké dont la population
s’élève à 100 habitants tout au plus. C’est le dernier village du
Niambia dans cette direction. Il est situé à 25 kilomètres au
Nord-Est d’Orokoto. Fort mal entretenu, il ne possède aucun
moyen de défense. Il est construit comme tous les villages Malinkés sur un petit monticule au centre d’une plaine que dominent
au Nord et au Sud de petites collines. J ’y suis très bien reçu et
les habitants me donnent, moyennant une petite redevance, tout
ce qu’il me faut pour mon personnel et pour moi. La journée se
passe sans incident et je m’endormis tout heureux en songeant
que l’étape prochaine sera la dernière. Demain nous serons au
Galougo. Demain ce sera la fin de la brousse, le chemin de fer,
Ivayes, le repos.
3 février. — Je n ’ai pas de peine à réveiller mon monde. Per­
sonne n’a dormi, tant on a hâte d’arriver. Aussi les préparatifs du
départ sont-ils lestement faits et à cinq heures nous nous met­
tons en route. Le jour commence à poindre. Nous arrivons enfin
sans encombre à Faidherhe-sur-Galougo, à 10 b. 45, tout heureux
de voir enfin cette ligne de chemin de fer tant désirée.
La route de Malembou à Faidherbe-sur-Galougo ne présente
aucune difficulté dans sa première partie. Elle se déroule au

�582

ANDRÉ RANÇON

Riilieu d’une plaine absolument unie que ne traverse aucun mari­
got. Il n ’en est pas de même dans sa seconde partie. On ne che­
vauche alors que dans des sentiers obstrués par des roches
énormes et la route est difficilement praticable pour les animaux.
Le passage du Tamba-Kô que l’on franchit deux fois est des plus
difficiles. Son fond formé dérochés énormes et glissantes rend
l’opération très délicate. Au point de vue géologique, rien de par­
ticulier. En quittant Malembou et après avoir traversé une petite
bande de latérite d’environ un kilontètre de largeur, on marche
pendant environ 15 kilomètres au milieu d’une vaste plaine d’a r­
gile. A partir de ce point, nous ne trouvons plus que des quartz,
grès, conglomérats ferrugineux et schistes. Ces derniers sont, assez
rares. La latérite apparaît aux environs du petit village de Faidherbe-sur-Galougo. Végétation très maigre, quelques rares karités
dans la première partie de la route. Ils sont plus abondants dans
la seconde et finissent par disparaî're trois kilomètres environ
avant d’arriver au Galougo. Les lianes à caoutchouc sont peu
abondantes, et les fromagers, caïl-cédrats, Légumineuses ont
presque tous complètement disparu.
Faiclherbe-sur-Gqlougo est un petit village Malinké que les indi­
gènes désignent sous le nom de Gossi. Sa population n’est pas de
plus de 130 habitants. Fondé en 1887, par le lieutenant-colonel
Galliéni, alors commandant supérieur du Soudan Français, il fut
détruit en 1890 par les cavaliers Toucouleurs d’Ahmadou et
reconstruit depuis. Appelé Faidherbe-sur-Galougou par le comman­
dant de Monségur, alors commandant des cercles à Rayes, il n’est
connu d’aucun noir sous ce nom. Il est mal construit, mal entre­
tenu et fort sale. Ceci est classique, chacun le sait, pour les villages
Malinkés. Nous le traversons sans nous y arrêter et allons tout
droit au campement du chemin de fer, situé à environ 150 mètres
du village. Bien entendu, le train pour Rayes est passé depuis
une heure et demie à peine et il n’y en aura plus que dimanche
prochain. Mais dans l’après-midi il yen aura un pour Bafoulabé.
Je décide alors de me rendre à ce poste pour y attendre le départ
pour Rayes. Mes animaux s’y rendront par étapes. Je comptais
trouver un officier au Galougo et un magasin pour pouvoir m’y
ravitailler. Il n’y a plus maintenantque deux canonniers qui y sont
chargés de l’entretien de la voie. Ils m’offrent du pain et un peu de

�DANS LA HAUTE-GAMBIE

vin. Je n’ai garde de refuser. Il y a si longtemps que je n’en ai
goûté. Je suis obligé de leur faire préparer, moyennant rétribution
bien entendu, du couscouss parles habitants du village. Enfin, vers
deux heures, arrive le train. J ’ai la bonne chance d’y trouver nos
amis Huvenoit, capitaine d’artillerie de marine, directeur dn che­
min de fer, Cruchet, aide-commissaire, le docteur Collomb, mon
excellent collègue, et d’autres officiers que leur service appelle
soit sur la ligne, soit à Bafoulabé. Tous me font la plus cordiale des
réceptions.
Nous arrivons à Bafoulabé à six heures du soir. A la gare de
Talaliari nous avions laissé Huvenoit et la plupart des officiers qui
voyageaient avec nous. Seuls, Collomb, Cruchet et moi continuons
jusqu’à Bafoulabé. Chemin faisant, Collomb me raconte que la
colonie vient d’être cruellement éprouvée par une épidémie ana­
logue à la fièvre jaune qui a sévi dans la plupart de nos postes,
et qui y a fait de nombreuses victimes. Quatorze officiers entre
autres ont succombe et parmi eux deux de nos collègues. Au
débarcadère à Bafoulabé, nous fûmes reçus par le commandant du
cercle, le capitaine Conrard, un vieux Soudanais et un de mes
meilleurs amis, et par mon collègue, le Dr Gallas, médecin-major
du poste. Je fus obligé de m’appuyer sur leurs bras pour pouvoir
arriver jusqu’à leur logement. J ’étais bien épuisé, mais la joie
du retour, la perspective de coucher dans un bon lit et surtout
les soins si attentionnés et si affectueux dont m’entourèrent ces
bons amis me firent oublier ma fatigue. Que tous reçoivent ici
le témoignage de ma profonde reconnaissance. Je ne saurais oublier
les marques de sympathie qu’ils m’ont manifestées pendant que je
suis resté leur hôte. Je ne manquai pas dès mon arrivée d’annoncer
mon retour à M. le délégué du commandant supérieur du Soudan
Français.
La réponse ne se fit pas attendre. M. le chef d’escadron d’ar­
tillerie de marine de Labouret, qui remplissait alors ces fonctions
à Rayes pendant l’absence deM. le lieutenant-colonel Humbert qui,
à cette époque, dirigeait les.opérations contre Samory, m’adressa
aussitôt le télégramme suivant que je transcris ici fidèlement.
« Délégué commandant supérieur à docteur Rançon. Bafoulabé,
» n° 347. Vous adresse amitiés et dépêche colonel n° 748 deJBissan-

�584
»
))
»
»
»
»
»
»
»

ANDRÉ RANÇON

dougou. « 19 novembre 1892, commandant supérieur à docteur
Rançon, Rayes; en communication, délégué commandant supérieur Rayes. Reçu votre lettre du 11 décembre. Suis très content
vous savoir en bonne santé. Je prie mon délégué à Rayes de faire
payer votre palefrenier Moussa-Sacko de sa solde et de lui faire
un cadeau pour le récompenser de ses bons services avec vous.
Serais très heureux causer avec vous à mon retour de votre
mission qui, je l’espère, sera très utile pour le commerce futur
du Soudan. Souhaits de bonne santé et de bonne réussite ».

Ce témoignage particulier de sympathie et d’estime, émané
de l’autorité supérieure, tout l’intérêt et toute l’affection que me
manifestaient mes amis à Bafoulabé, à Rayes et en France, me
récompensèrent grandement de mes travaux et ne tardèrent pas à
me faire oublier les déceptions et les fatigues que j’avais éprouvées
pendant mon voyage.

�TABLE DES MATIERES

IN T R O D U C T IO N
C H A P IT R E

I ............................................. ............................................................................

Comment je lus amené à visiter la Haute-Gambie. — Aperçu rapide de l'itiné­
raire que j’ai suivi pour m’y rendre. — Composition de ma caravane. —
Mon interprète Almoudo Samba N’ Diaye. — De Rayes à Nétéboulou
(Ouli). — Séjour à Nétéboulou. — Maladie. — Manque de vivres. —
Comment je fus ravitaillé par la Compagnie Française de la côte occi­
dentale d’Afrique. — Extrême complaisance de M. le capitaine Roux, de
l’infanterie de marine, commandant du cercle de Bakel. — Je puis quitter
Nétéboulou. — Préparatifs de départ. — Projet d’itinéraire. — Nété­
boulou. — Son histoire. — Sa population. — Son chef Sandia-Diamé. —
Importance de sa situation au point de vue commercial. — Son avenir.
C H A P I T R E I I ....................................................................................................................

Départ de Nétéboulou. — Témoignages de sympathie de la population. — En
route pour Sini. — Ordre de marche de la caravane. — La plaine de
Genoto. — Arrivée à Makadian-Counda. — De Makadian Counda à Sini.
— Arrivée à Sini. — Belle réception. — Le tam-tam. — Le Balafon. —
Sérénade. — Le chef du Ouli, Massa-Ouli. — Sa famille. — Description de
là route suivie. — Géologie. — Botanique. — Le Nété. — Le Téli. — Le
N’taba. — Sini. — Sa population. — Belles cultures. — Départ de Sini. —
Canapé. — Lait et beurre en abondance. — Soutoko. — La mosquée. —
Villages Peulhs. — Fatigue de la route. — Arrivée à Barocounda. —
Départ de Barocounda. — Arrivée à Toubacouta. — Épisode de la guerre
du marabout Mahmadou-Lamine Dramé. — Réception peu cordiale à
Toubacouta. — Belle case. — Traces du passage de la mission de délimi­
tation des possessions Françaises et Anglaises en Gambie. — Toubacouta.
— L’ancien et le nouveau village. — L’envoyé de Guimmé-Mabmady, le
chef du Sandougou. — Beaux lougans. — Belles rizières. — Le marigot de
Maka-Doua, frontière du Ouli et du Sandougou. — Description de la roule
de Sini à Toubacouta. — Géologie — Botanique. — Le dougoura.
C H A P I T R E I I I ................................ ..................................................................................

Le Ouli. — Situation. — Limites. — Aspect général du pays. — Hydrologie. —
Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions

�586

TABLE DES MATIÈRES

du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Populations.
— Ethnologie. — Rapports du chef du pays avec les différents villages."—
Rapports du Chili avec les autorités françaises. — Conclusions.
C H A P I T R E I V ................................ .........................................................

.

.

.

Départ de Toubacouta. — Beaux lougans de mil. — Le C n il- c é d r a t . — Arrivée
à Dalésilamé. — Village Sarracolé et village Malinké Musulman. — Ren­
contre d’un dioula. — De l’hospitalité chez les indigènes. — SoumaCounda. — De Souma-Counda à Missira. — Cordiale réception. — GuimméMahmady, chef du Sandougou. — Séjour à Missira — Visite des chefs
des villages du Sandougou. — Beurre, lait, kolas en abondance. — Violente
tornade. — Départ de Missira. — Vastes champs d’arachides. — Pioche
spéciale pour les arracher. — Le Diabéré. — Djakaba. — Nombreux
papayers. — Sidigui-Counda. — Saré-fodé. — Saré-De nha-Ouali. — Son
chef Demba. — Visite du frère de Maka-Cissé, chef du Sandougou occi­
dental. — Cordiale réception des Peulhs. — Puces et punaises. — Départ
de Saré-Demba-Ouali. — Le village Ûuolof de Tabandi. — Arrivée au
village Toucouleur Torodo de Oualia. — Ousman-Celli, son chef. — Belle
réception. — Belle case. — Excursion au Sandougou. — Saré-Demboubé. —
Le Sandougou frontière du Niani et du Sandougou. — Le gué de Oualia. —
Description de la route de Toubacouta au Sandougou. — Le Baobab. —
Le K i n k é l i b a h . — Violent accès de fièvre.
C H A P IT R E

V

....................................................................................................................

Le Sandougou. — Description géographique. — Aspect général. — Hydrologie.
— Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Productions
du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques.— Populations. —
Ethnologie. — Situation et organisation politiques. — Rapports avec les
autorités françaises. — Conclusions.
C H A P I T R E V I ....................................................................................................................

Départ de Oualia. — Passage du Sandougou. — Cissé-Counda-Teguenda. —
Countiao. — Cissé-Counda. — Arrivée à Koussalan. — Grande fatigue
éprouvée pendant la route. — Description de la route du Sandougou à
Koussalan. — Koussalan, sa population, son chef. — Beaux lougans. —
Le mil. — Le maïs. — Le tamarinier. — Départ de Koussalan. — Carantaba. — Beaux jardins d’oignons. — Calen-Foulbé. — Calen-Ouolof. —
Description de la route de Koussalan à Calen-Ouolof. — Le Laré ou Saha,
liane à caoutchouc. — Je reçois une lettre de. M. l’Agent de la Compagnie
française à Mac-Carthy. — Nuit sans sommeil — Les moustiques. —
Départ de Calen-Ouolof. — Rosée abondante. — Vola. — Couiaou. —
Lamine-Sandi-Couda. — Medina-Canti-Countou. — Arrivée à LamineCoto. — J’y trouve M. Joannon, agent de la Compagnie française à MacCarthy. — Réception amicale. — Arrivée à Mac-Carthy. — Description de
la route de Calen-Ouolof à Mac-Carthy.— Le riz et les rizières. — Le
rônier. — Installation et séjour à Mac-Carthy, — Réceplion sympathique.
— Arrivée de MM. Frey et Trouint, agents de la Compagnie. — Nombreux
achats en prévision de mon voyage au Kantora, à Damentan et aux pays
des Coniaguiés. — Nous sommes tous malades. — Départ retardé.

�TABLE DES MATIÈRES

587

C H A P IT R E V II.

Mac-Carthy. — Situation géographique. — Notice historique. — Description
géographique. — Aspect général. — Hydrologie. — Orographie. — Cons­
titution géologique du sol. — Climatologie. — Flore. — Productions du
sol; cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Le Protopterus ou
Mudfisch des Anglais, ou Schlammfisch des Allemands, ou poisson de
vase. — Ethnographie; populations. — Organisation politique et adminis­
tration. — Conclusions.
C H A P IT R E V III

Départ de Mac-Carthy. — En route pour le Kalonkadougou. — Diamali. —
La vigne du Soudan. — Canouma. — Le F o n io . — Le F r o m a g e r . —
Counté-Counda. — Arrivée à Demba-Counda. — Fatigue extrême. —
Bonne réception. — Le village. — Son chef. — Je suis forcé d’y rester
deux jours. — Description de la route de Mac-Carthy à Demba-Counda.
— Géologie. — Botanique. — Bizarre superstition. — Départ de DembaCounda. — Arrivée à Kountata, premier village du Kalonkadougou. —
De Kountata à Diambour. — Beaux lougans. — Les puits de Diambour. —
Belle réception. — Le village. — Massa-Diambour. — Séjour à Diambour.
— Départ pour Goundiourou. — Arrivée à Goundiourou. — Village en
ruines. — Oseille et tomates indigènes. — Description de la route de
Diambour à Goundiourou. — De Goundiourou à Daouadi. — Guiriméo. —
Mansa-Bakari-Counda. — Saré-Dadi.— Daouadi. — Aspect du village. —
Un courrier rapide. — Lettre de M. Frey. — Description de la route de
Goundiourou à Daouadi. — La g o m m e et les g o m m ie r s . — La g o m m e de
K e ll é . — De Daouadi à Coutia. — Boulon. — Coutia. — Massa-Coutia. —
Aspect du village. — Les tisserands. — Description de la route de Daouadi
à Coutia. — Le coton. — Les Niébès-Ghertés ou Tigalo-N'galo. — Patates
douces.
C H A P I T R E I X ................................................................................................................... 186

Le Kalonkadougou. — Limites frontières. — Description géographique. —
Aspect général. — Constitution géologique du sol. — Flore. — Produc­
tions du sol. — Cultures. — Faune. — Animaux domestiques. — Popula­
tions. — Ethnographie. — Situation et organisation politiques actuelles.
— Rapports avec les autorités françaises. — Conclusions.
C H A P I T R E X .........................................................................................................................

Départ de Coutia. — Kalibiron. — Diabaké. — Paquira. — Arrivée à Koussanar. — Description de la route de Coutia à Koussanar. — Géologie. —
Botanique. — Cultures. — Koussanar. — Aspect du village. — Nom­
breuses variétés d’acacias. — Beaux jardins de tabac. — De Koussanar
à Goundiourou. — Coumbidian. — Ahmady-Faali-Counda . — Description
delà route suivie. — Goundiourou. — Remarquable propreté du village.
— Nombreuses visites. — Belles plantations de haricots. — De Goun­
diourou à Sini. — Siouoro. — Massara vient à mon avance. — Arrivée
à Sini. — Cordiale réception. — Description de la route de Goundiourou
à Sini. — Géologie. — Botanique. — Départ de Sini. — Arrivée à Nétéboulou.
Nétéboulou. — Grands préparatifs,
Séjoui
anisation

�588

TABLE DES MATIÈRES

d’un convoi pour Kayes. — Pas de courrier. — Un voyage extraordinaire.
— Étrange superstition. — Le génie du foyer. — Départ de Nétéboulou.
— Arrivée à Passamassi. — Belle réception. — Belle case. — Description
de la route de Nétéboulou à Passamassi. — Belles plantations d’indigo. —
De Passamassi à Son-Counda. — Yabouteguenda. — Le traiiant NiaméLamine. — Passage de la Gambie. — Les caïmans. — Arrivée à SonCounda. — Description de la route de Passamassi à Son-Counda. — Nous
sommes dans le Kantora. — Le vieux chef du pays. — Aspect du village.
— Courges.— Calebasses. — Gombos.— Je me dispose à partir pour
Damentan.
C H A P I T R E X I .......................................................... k

n

............................................

Le Kantora. — Limites, frontières. — Aspect général. — Hydrologie — Oro­
graphie. — Constitution géologique du sol. — Flore, productions du sol,
cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations. — Ethnogra­
phie. — Rapports du chef avec ses administrés. — Situation politique
actuelle. — Rapports avec les autorités françaises.— Émigration.
C H A P I T R E X I I ................................................................................................

Départ de Son-Counda. — Marche de nuit — Frayeur des Malinkés. — Hémé­
ralopie. — Itinéraire de Son-Counda au marigot de Tabali. — Descrip­
tion de la route. — Géologie. — Botanique. — Le Dion-Mousso-DionSoulo. — Campement en plein air. — Un gourbi en paille. — De Tabali
à la rivière Grey. — Itinéraire. — Passage de la rivière Grey. — Ingé­
nieuse embarcation. — De la rivière Grey au marigot de Konkou-OulouBoulo. — Itinéraire. — Description delà route. — Géologie. — Botanique.
— Les lianes Delhi et Bonghi. — Le Barambara. — Du marigot de
Konkou-Oulou-Boulou à Damentan. — Itinéraire. — Description de la
route. — Géologie. — Botanique. — Le Karité. — Arrivée à Damentan.
— Belle réception. — Le chef Alpha-Niabali. — Séjour à Damentan. —
Palabres. — Influence du chef dans la région. — Fanatisme musulman.
— Arrivée d’un Coniaguié. — Je l’envoie annoncer ma visite à son chef.
— Environs de Damentan. — Belles cultures. — Le Ricin. — Préparatifs
de départ pour le Coniaguié.
C H A P I T R E X I I I ..............................................................................................................

Le pays de Damentan. — Limites. — Frontières. — Aspect général. — Hydro­
logie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Flore, produc­
tions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. — Populations,
ethnographie. — Rapports de Damentan avec les pays voisins. — Rap­
ports de Damentan avec les autorités françaises.
C H A P I T R E X I V ....................................................................................................................

Départ de Damentan. — Le guide Fodé. — De Damentan au marigot deBamboulo. — Itinéraire. — Description delà route. — Le Belancounfo. — Le
Raphia vinifera. — Du marigot de Bamboulo au marigot de Oudari. —
Itinéraire. — Description de la route. — Rencontre de quatre chasseurs
Coniaguiés. — Traces laissées par une troupe d'éléphants. — Le campe­
ment de O.udari. — Départ de Oudari. — Passage du marigot. — Les

�TABLE DES MATIÈRES

589

termitières. — Le marigot de Oupéré. — Le marigot de Mitchi. — Belle
végétation. — Un pont dans les branches. — Le palmier oléifère (Elæis
Guineensis). — Le marigot de Bankounkou. — Nous apercevons le plateau
du Coniaguié. — Les lougans. — Frayeur des enfants et des femmes
Coniaguiés à mon aspect. — Curiosité des hommes. — Le Bakis. —
Iguigni, le premier village Coniaguié. — Karakaté. — Ouraké. — Halte
sous un fromager.— Le chef du village, grand-prêtre et gardien du terri­
toire. — Étrange superstition. — En route pour Ylïané, la capitale. —
Nombreux sentiers, nombreux détours. — Une curieuse escorte. — Arrivée
à Ylïané. — Halte sous un beau tamarinier. — Le chef Tounkané. — Je
suis autorisé à me reposer dans le village Malinké. — Défense à mes
hommes et à moi d’entrer dans le village Coniaguié. — Curiosité indis­
crète des indigènes. — Description de la route du marigot de Oudari à
Yffané. — Géologie. — Botanique.
C H A P I T R E X V ................................................................................................................... 292

Séjour à Ylïané. — Deuxième journée. — Tam-tam. — Chiens. — Chacals. —
Cris bizarres dans le village. — Étrange coutume. — Nombreux visi­
teurs. — Visite de Tounkané. — Grand palabre. — Pas de vivres. —
Cordiale et généreuse hospitalité des Malinkés. — Tounkané me de­
mande en cachette une bouteille de gin. — Abondance du gibier dans les
environs d’Yffané. — Troisième journée.— Nombreuses visites de dioulas
Malinkés établis dans le pays. — Les pintades. — Tounkané me fait
cadeau d’un bœuf. — Je puis enfin me procurer un peu de mil et de
fonio. — Refus de Tounkané de me donner des porteurs pour retourner
à Damentan. — Dans la soirée il me promet de m'en donner le lendemain
matin. — Il enverra deux délégués à Nétéboulou pour s’aboucher avec le
commandant de Bakel. — Heureux résultat de mon voyage. — Départ
d’Yfïané. — Tounkané me donne deux guides, mais pas de porteurs. —
D’Ylïané au marigot de Oudari. — Campement à Oudari. — Inquiétudes
de Sandia. — Arrivée de quatre Coniaguiés qui font route avec nous. —
Du marigot de Oudari à Damentan. — Les antilopes. — Les sangliers. —
Arrivée à Damentan. — Joie d’Alpha-Niabali de me revoir. — Récit de
Sandia et d’Almoudo. — Ils m’apprennent les dangers que nous avons
courus au Coniaguié.
C H A P IT R E

X V I ........................................................................................................ 3 0 9

Le pays de Coniaguié et le pays de Bassaré. — Limites. — Frontières. —
Aspect général du pays. — Hydrologie — Orographie. — Constitution
géologique du sol. — Faune. — Animaux domestiques. — Les bœufs. —
Les poulets. — Les pintades. — Flore. — Productions du sol. — Cul­
tures. — Populations. — Ethnographie. — Ethnologie. — Sociologie. —
Opinions diverses sur l’origine des Coniaguiés et des Bassarés. — Les
villages. — Les habitations. — La nourriture. — La coifïure. — Le vête­
ment. — Organisation de la société. — La famille. — Rôle de la femme
dans les affaires publiques. — Religion. — La guerre. — Les armes. —
Fabrication de la poudi’e. — Langage. — Situation politique actuelle. —
Rapports des Coniaguiés avec leurs voisins. — Notes diverses sur les
Bassarés.

�590

TABLE DES MATIÈRES

C H A P I T R E X V I I ..............................................................................................................

Repos à Damentan. — Départ de Damentan. — De Damentan à la Gambie.
— Le Manioc.— La P o u r / / It è re . — Traces du passage d'une hyène. —
Arrivée sur la rive droite de la Gambie. — Une forêt de rôniers. — Le
gué de Voumbouleguenda entre Damentan et Bady. — Le fils du chef de
Damentan vient me rejoindre. — Passage de la Gambie. — Entre la
Gambie et Bady. — Immense incendie. — Une superstition bizarre. —
Description de la route entre Damentan et Bady. — Géologie. — Bota­
nique.— Dalura. — Sendiègne. — M’Bolon-M’Bolon. — Arrivée à Bady.
— Le village. — Le chef. — Nous sommes bien reçus — La population.
— Grand nombre de goitreux. — Maladies de la peau. — Palabres. —
Sandia me quitte pour retournera Nétéboulou. — Départ de Bady. —
Sansanlo. — Niongané. — Beaux lougans d’arachides. — Arrivée à
Iéninialla. — Belle réception. — Description de la route de Bady à
léninialla. — Géologie. — Botanique. — Le Vène. — Départ de Iéninialla.
— Le pont sur le Barsancounti. — Passage de la rivière Balé. — Ren­
contre d’une députation des notables de Gamon venus au devant de moi.
— Arrivée à Gamon. — Belle réception. — Belle case. — Description de
la route de léninialla à Gamon. — Géologie. — Botanique. — Le Nando.
— Le Foufl. — Les dattiers. — Les piments. — Description du village. —
Le chef. — Palabres. — Plaintes des habitants.
C H A P I T R E X V I I I ..............................................................................................................

Le Tenda et le pays de Gamon. — Frontières, Limites. — Aspect général du
pays. — Hydrologie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. —
Flore, productions du sol, cultures. — Faune, animaux domestiques. —
Populations. — Ethnographie. — Organisation politique. — Rapports avec
les pays voisins. — Rapports avec les autorités françaises.
C H A P IT R E

X I X ..........................

.......................................

Départ de Gamon. — Dilficultés au moment de se mettre en route. — Tou­
jours les porteurs sont en retard. — De Gamon au marigot deFirali-Kô.
— Route su iv ie.— Tumulus.— Respect des Noirs pour les morts. —
Campement sur les bords du marigot. — Description de la roule suivie.
— Géologie.— Botanique. — Le Fogan ou Tirba. — Le Cantacoula. —
Nouvelle lune. — Pratique religieuse des Noirs à cette occasion. — Départ
du Firali-Kô. — Route suiviedu Firali-Kôau marigot deSandikoto-Kô. —
Rencontre d’un lion. — Le Niocolo-Koba. — Campement sur les bords du
Sandikoto-Kô. — Description de la route suivie. — Géologie. — Bota­
nique. — Le Hammout. — Du Sandikoto-Kù à Sibikili. — Roule suivie.
— Chasse au bœuf sauvage. — Récit de Mahmady au sujet d'un éléphant.
— Arrivée à Sibikili. — Description de la route suivie. — Géologie. —
Botanique. — Le Bambou. — Une maladie particulière sur ce végétal. —
Réception à Sibikili. — Tout le village est ivre. — Description du village.
— Fortifications Malinkées. — En route pour Badon. — Route suivie. —
Rencontre d'une députation que le chef envoie au devant de moi. — Des
cription de la roule. — Géologie. — Botanique. — Le Calama. — Arrivée
à Badon. — Belle réception. — Le village. — Le chef. — La population.
— Je tombe sérieusement malade.

�TABLE DES MATIERES

C H A P I T R E X X ................................ .............................................

..........................

412

Le pays de Badon. — Limites, frontières. — Aspect général du pays. — Hydro­
logie. — Orographie. — Constitution géologique du sol. — Faune, ani­
maux domestiques. — Flore, productions du sol, cultures. — Popula­
tions, ethnographie. — Situation et organisation politiques. — Rapports
du pays de Badon avec les pays voisins. — Rapport du pays de Badon
avec les autorités françaises. — Le Badon au point de vue commercial.
--Conclusions. — Traités passés par le pays de Badon avec la France.
C H A P I T R E X X I.

..............................................................................................................

Séjour à Badon. — Je suis gravement malade d'un accès de fièvre à forme
bilieuse hématurique. — Générosité de Toumané pour mes hommes et
pour moi. — Sa passion pour le dolo. — Arrivée à Badon d’un envoyé du
commandant supérieur du Soudan se rendant au Fouta-Diallon. —
Plaintes de Toumané au sujet des gens du Bélédougou. — Ma santé
s’améliore un peu. — Passage de nombreux dioulas à Badon. — Plaintes
de Toumané au sujet des dioulas. — Comment on tue un bœuf chez les
Malinkés. — Je puis enfin partir. — .Nombreuse escorte. — Faiblesse
extrême. — Départ de Badon pour Tomborocoto (Niocoio). — Route
suivie. — Passage de la Gambie. — Arrivée à Tomborocoto. — Descrip­
tion de la route. — Géologie. — Botanique. — Les Sénés. — Le thé de
Gambie. — Tomborocoto. — Mauvaise réputation des habitants. — Je
suis bien reçu. — Départ de Tomborocoto. — Route suivie. — Les
lougans et les villages de cultures. — Arrivée à Dikhoy. — Description
de la route. — Géologie. — Botanique. — Poivre. — Énormes haricots.
— Dikhoy. — Belle case. — Légende Malinkée. — Un chef parent d’un
oiseau. — Départ de Dikhoy.— De Dikhoy à Laminia. — Route suivie. —
Médina. — Diengui. — Sillacounda. — Les Karités. — Les troupeaux. —
Palabre à Sillacounda. — Passage de la Gambie. — Un bœuf pris par un
caïman. — Façon de pêcher des habitants de Sillacounda et de Laminia.
— Arrivée à Laminia. — Description de la route suivie. — Géologie. —
Botanique. — La chasse. — Le Touloucouna. — Laminia. — Description
du village. — Sa population.— Riches troupeaux. — Belles cultures.—
Arrivée d’une caravane de dioulas chargée de kolas. — Le kola au Soudan
français. — Fanatisme musulman des Diakankés. — Une école de mara­
bouts et de talibés. — Une séance de tatouage.
C H A P IT R E

X X II .

.......................................................................................................

Le Niocoio. — Limites, frontières. — Aspect général du pays. — Hydrologie.
— Orographie. — Constitution géologique du sol. — Climatologie. —
Flore, productions du sol, cultures. — Faunes, animaux domestiques. —
Populations, Ethnographie. — Situation et organisation politiques ac­
tuelles. — Rapports du Niocoio avec les pays voisins. — Rapports du
Niocoio avec les autorités Françaises. — Le Niocoio au point de vue com­
mercial. — Conclusions.
C H A P I T R E X X I I I ............................................ ............................e . . .
496
Départ de Laminia. — Souhaits de bon voyage. — Pratique religieuse à ce sujet.
— De Laminia à Médina. — Dentilia. — Route suivie. — Extraction du

�592

TABLE DES MATIÈRES

1er. — Hauts-fourneaux. — Description de la route. — Géologie. —
Botanique. — Le Diabé. — La Fève de Calabar. — Arrivée à Médina.—
Dentilia. — Le pavillon tricolore. — Belle réception. — Orchestre original.
— Description du village. — En route pour Saraia. — Route suivie. —
Bembou. — Badioula. — Description de la route. — Géologie. — Bota­
nique. — Les ficus. — Le Seno. — Les Slrophanthus. — Arrivée à
Saraia. — Le village. — Un mariage chez les Malinkés. — Départ pour
Dalafi. — Beaux lougans. — Le Caoutchouc. — Arrivée à Dalafi. —
Mensonges des habitants. — Respect des indigènes pour les boeufs blancs.
— En roule pour Diaka. — Médina. — Route suivie. — L’Anacarde. —
Cordiale réception.
C H A P IT R E X X IV .

....................................................................................................... 528

Le Dentilia. — Frontières, lim ites.— Aspect général. — Hydrologie. — Orogra­
phie. — Constitution géologique du sol. — Flore, production du sol, cul­
tures. — Faune, animaux domestiques. — Populations, Ethnographie. —
Situation et organisation politiques. — Rapport du Dentilia avec les pays
voisins. — Rapport du Dentilia avec les autorités Françaises. — Le
Dentilia au point de vue commercial. — Conclusions.
C H A P I T R E X X V ..............................................................................................................545

Départ de Diaka-Médina. — Marche de nuit. — Fuite d’un porteur. — Ren­
contre d’une nombreuse caravane. — Le commerce du sel au Soudan. —
Passage de la Falémé. — Description de la route suivie — Géologie.' —
Botanique. — Le Kaki. — Arrivée à Faraba. — Nous sommes en pays de
connaissance. — Le village, le chef. — Recherche de l’or. — Départ de
Faraba. — A travers le Sintédougou et le Bambouck. — Sansando. —
Dioulafoundoundi. — Soukoutola. — Notes sur le Sintédougou. — La
vallée de Batama.— Mouralia. — Les mines d’or. — Sékonomata. —
Balama. — Ascension de la chaîne du Tambaoura. — Yatéra. — Malaoulé.
— Koudoréah. — Difficultés de la route. — Guibourya. — Le Diébédougou. — Kéniéti. — Guénobanta. — Le Diabeli. — Yérala. — Dialafara.
Le Tambaoura. — Les circoncis et la circoncision au Soudan. — Orokolo.
— Panique des habitants. — Nouvelle ascension du Tambaoura. — Téba.
— Malembou. — Le Natiaga. — Ari’ivée à Faidherbe-sur-Galougo. — Le
chemin de fer. — Mauvaises nouvelles. — Arrivée à Boufoulabé. — Cor­
diale réception.

Lille. — Typ. &amp; Lith. Le Bigot frères, Rue Nationale, ütS.

�������</text>
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                  <text>Périodiques imprimés édités au cours des 18e-20e siècles et conservés dans les bibliothèques de l'université et d'autres partenaires du projet (bibliothèques municipales, archives et chambre de commerce)</text>
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                <text>Travaux universitaires sur les plantes et les "produits exotiques" utiles à la science et à l'industrie métropolitaines en provenance des colonies françaises</text>
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                <text>Heckel, Édouard (1843-1916). Éditeur scientifique</text>
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                <text>Archives nationales d'outre-mer (ANOM, Aix-en-Provence), cote AOM 21329</text>
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                <text>Vignette : https://odyssee.univ-amu.fr/files/vignette/AOM-21329_Annales-Instittut-botanico-geol_vignette.jpg</text>
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                <text>Le Dr E. Heckel, alors professeur à la Faculté des Sciences et à l’École de Médecine, est nommé directeur du Musée colonial et de l'Institut de recherches coloniales à Marseille lors de leur création en 1893. Initiateur de ces 2 projets ainsi que d'un jardin botanique dédié aux plantes provenant des colonies dont il est également directeur, il livre ici les tout premiers travaux académiques réalisés au sein de ce laboratoire, rédigés par lui-même ou par ses collaborateurs qu'ils n'hésite pas par ailleurs à envoyer à travers tout l'empire colonial français afin de ramener des spécimens et des échantillons végétaux jusqu'alors inconnus ou mal connus. Ces voyages d'exploration scientifique, parfois aventureux et souvent riches de données ethnographiques, alimenteront le jardin des plantes et &lt;a href="http://cps.univ-amu.fr/herbiers" title="Les herbiers de l'université"&gt;plusieurs herbiers&lt;/a&gt; de grande valeur scientifique et historique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si l'aspect économique et l'intérêt industriel de ces espèces, considérées alors comme "ressources naturelles", ne sont jamais négligés, tous ces travaux restent animés par la même volonté de faire connaître la richesse de la France d'outre-mer à laquelle Edouard Heckel voue une véritable passion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;_______________&lt;br /&gt;Note : &lt;em&gt;les Archives nationales d'outre-mer et la Responsable de sa bibliothèque, Sylvie Pontillo, ont prêté ces précieux documents à Aix-Marseille Université pour leur numérisation, leur diffusion en ligne et leur valorisation scientifique. Que cette grande confiance soit ici chaleureusement remerciée.&lt;/em&gt;</text>
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            <name>Provenance</name>
            <description>A statement of any changes in ownership and custody of the resource since its creation that are significant for its authenticity, integrity, and interpretation. The statement may include a description of any changes successive custodians made to the resource.</description>
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                <text>Archives nationales d'outre-mer - ANOM (Aix-en-Provence)</text>
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        <name>France -- Colonies – 19e siècle</name>
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        <name>Produits tropicaux -- Industrie et commerce -- France -- Colonies</name>
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                    <text>F

DE

L’INSTITUT COLONIAL
DE

MARSEILLE
publiées sous la direction de

M

LE

É ü O Q A R D

PROFESSEUR

HECKEL

—
Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône.
T ro isièm e année. D euxièm e volum e ( 1895 ).
Contribution à l'élude du I t o h i n i a iV ic o u Aublet, au point de vue
botanique, chimique et physiologique, par E. GEOFFROY, pharmacien
des colonies, licencié ès-sciences naturelles.Contribution à l’histoire botanique, thérapeutique et chimique du genre
A d a n s o n i a {Baobab), par le docteur C h a r l e s GERBER, professeur
suppléant à l’école de médecine, préparateur de botanique à la faculté
des sciences de Marseille.
Sur le IS a k is (Tinospora Bakis Miers) et le S a n g -o l (Cocculus Leaeba
G. P. et Rich.) du Sénégal et du Soudan, par E douard HECKEL et
Fr . SCHLAGDENHADFFEN.
Étude sur le P s id iu m (Goyavier), par M. KHOURI, pharmacien de
1" classe de l’Ecole de Paris.

L I L L E

Imprimerie typographique et lithographique Le Bigot Freres
Rue Nicolas-Leblanc, 26 , et rue Nationale, 68
1RQ.K

i

�AN N A LES
DE

L ' I N S T I T U T C O L O N IA L D E M A R S E IL L E
(Année 1895).

�ANNALES
DE

L’INSTITUT COLONIAL
DE

MARSEILLE
publiées sous la direction de

M

LE

PROFESSEUR

EDOUARD

HECKEL

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône.
T r o i s i è m e a n n é e . D e u x iè m e v o l u m e (1895).
Contribution à l’étude du I t o h i n i a iV ic o u Aublet, au point de vue
botanique, chimique et physiologique, par E. GEOFFROY, pharmacien
des colonies, licencié ès-sciences naturelles.
Contribution à l’histoire botanique, thérapeutique et chimique du genre
A d a n s o n i a (Baobab), par le docteur C h a r l e s GERBER, professeur
suppléant à l’école de médecine, préparateur de botanique à la faculté
des sciences de Marseille.
Sur le Q u a s s i a A f r i c a n a Haillon et sur le P a n e o v i a H e c k e l i
qui lui est substitué (Plantes du Gabon). Etude botanique, chimique
et thérapeutique, par le docteur L. CLAUDEL, préparateur à la faculté
des Sciences de Marseille, licencié ès-sciences naturelles.
Sur le B a k i s (Tmospora Bakis Miers) et le S a n g o l (Cocculus Leaeba
G. P. et Rieh.) du Sénégal et du Soudan, par E douard HECKEL et
Fr . SCHLAGDENHAUFFEN.
Étude sur le P s i d i u m (Goyavier), par M. KHOURI, pharmacien de
1” classe de l’Ecole de Paris.

LILLE

Imprimerie typographique et lithographique L e B igot F reres
Rue A'icolas-Lcblanc, 25, et rue Nationale. 68

1895

�CONTRIBUTION A L’ÉTUDE
DU

ROBINIA NICOU
au

p o in t

de

Aublet

vue

B O T A N IQ U E , CH IM IQ U E ET P H Y S IO L O G IQ U E .

par

E l.

O

E

O

F

F

R

O

PHARMACIEN DES COLONIES

LICENCIÉ ÈS-SC1ENCES NATURELLES.

Y

�Ce travail devait être présenté à l’Ecole supérieure de
Pharmacie de Nancy comme thèse, pour l’obtention du Diplôme
supérieur.
Tout était prêt pour la soutenance : le Jury venait d’être
désigné et le manuscrit remis à l'imprimeur, lorsqu’on vint
annoncer la mort subite de Geoffroy.
L’Ecole, douloureusement frappée par cette perte inattendue,
pria aussitôt M. le professeur E. Heckel, Directeur des Annales de
l’Institut botanico-géologique colonial de Marseille, de vouloir
bien accepter ce mémoire dans le deuxième volume de sa
Revue, afin de ne pas laisser tomber dans l’oubli le fruit des
longues et patientes recherches d’un des sujets les plus dis­
tingués du Corps de santé des Colonies.

�E. GEOFFROY
PHARMACIEN DES COLONIES, LICENCIÉ ÈS-SCIENCES NATURELLES.

NOTICE

BIOGRAPHIQUE.

Né à Saintes, le 12 décembre 1862, Emmanuel Geoffroy
commença et termina ses études au collège de sa ville natale.
Reçu bachelier ès-sciences à la Faculté de Poitiers, il entra
à l’Ecole de médecine et de pharmacie navales de Rochefort,
où il sut, dès sa première année de scolarité, se faire remar­
quer par son goût prononcé pour l’histoire naturelle.
A la sortie de l’Ecole, il est nommé pharmacien auxiliaire,
le 2 janvier 1885, et désigné, un mois après, pour aller servir
aux hôpitaux militaires de la Réunion. Ici encore il avait le
talent d’attirer sur lui l’attention de ses chefs, tant par l’assi­
duité de sou travail que par l’aménité de son caractère.
Mais une déception cruelle lui était réservée. En raison de
difficultés budgétaires, on avait conclu à la nécessité d’une
réduction des cadres, et, avec Geoffroy, plusieurs de ses
collègues furent compris dans cette mesure administrative.
11 songea dès lors à tourner ses vues vers la pharmacie
civile. Nous le voyons après son retour de la Réunion, en
février 1887, se faire recevoir pharmacien de l ru classe à l’Ecole
de Montpellier et un peu plus tard, licencié ès-sciences naturelles
à la Faculté des sciences de Marseille.
Ce dernier titre lui valut sa réintégration dans les cadres

�—6—

—7—

du service de santé. Aussitôt, il fut, sur la demande de M. le
professeur Heckel, chargé, par arrêté en date du 19 avril 1889,
émané des Ministres de la Marine et de l'Instruction publique,
d’une mission scientifique dans la Guyane française, en vue
de rechercher des arbres à Gutta qui pourraient avantageuse­
ment remplacer les Isonandra menacés de disparaître depuis
ces dernières années.
Le succès de son entreprise ne se fit pas longtemps attendre,
car peu après son arrivée, Geoffroy trouva, sur les indications
de M. Heckel, dans la région côtière, des forêts entières de
Mimusops Balata. Cette découverte constitue une source impor­
tante de prospérité pour ce pays.
Non content d’avoir trouvé ces richesses inattendues, dans la
plaine, aux environs du poste français et à l’embouchure même du
Maroni, Geoffroy s’est donné pour tâche de rechercher la même
espèce végétale dans le haut du fleuve jusqu’au territoire des Roucouyennes, aux limites de la Guyane française. 11 fut assez heureux
d’arriver à des résultats identiques à ceux obtenus précédemment.
C’est pendant ce voyage, hérissé des plus grandes difficultés et
effectué bien souvent au péril de sa vie, qu’il apprit â connaître
une espèce de Robinia qui sert aux indigènes à capturer le poisson.
Il conçut l’idée de l’examiner plus tard, à loisir, et de faire de cette
étude le sujet d’une thèse inaugurale pour l’obtention du diplôme
de pharmacien supérieur.
Forcé de revenir en France à cause de l’insalubrité du climat, il
consacra une partie de son temps à préparer son travail dans les
laboratoires de l’Ecole de Pharmacie de Nancy sur les indications
de son excellent maître, M. le professeur Heckel, de Marseille.
Mais à peine en avait-il posé les premiers jalons, qu’il fut désigné
de nouveau, en 1892, pour servir dans les hôpitaux de la Marti­
nique. Trop faible pour supporter un séjour de longue durée dans
ces pays tropicaux, et miné par les fièvres, il demanda et obtint un
congé de convalescence prolongé.

Après avoir passé deux mois dans sa famille à Saintes, il
retourna à Nancy pour continuer ses travaux avec une ardeur digne
déloge. Malheureusement il n’eut pas le bonheur d’eu voir le
couronnement, puisqu’il succomba à un accès de fièvre chaude le
jour même où tout avait été préparé pour la soutenance de sa thèse.
Nous tenons à conserver les résultats acquis avec tant de
persévérance et au prix de tant de dillicultés. La publication de
celte œuvre posthume constitue donc un pieux hommage rendu au
chercheur qu’un brillant avenir attendait, si la mort impitoyable
ne l’avait pas ravi prématurément à la science et aux légitimes
espérances de ses maîtres.
Le Directeur
de l’Ecole supérieure de pharmacie de Nancy.

�INTRODUCTION

Aublet, De Candolle et Willdenow, nous ont donné des descrip­
tions botaniques du Robinia Nicou (Aublet) et ils nous ont appris
que cette liane, très-répandue dans lesGuyanes, agit sur les pois­
sons en les « stupéfiant » et en les « enivrant ». Mais personne à
notre connaissance u’a publié uue analyse mettant en évidence le
principe qui « enivre » et qui « stupéfie » et à fortiori personne
n’a étudié les propriétés physiques, chimiques et physiologiques de
ce principe.
Dans un mémoire fort intéressant, inséré dans la Tharmaceutische Post de Vienne, 30 déc. 1893, Flückiger, en faisant l’analyse
d’une monographie très complète du Dr Greshof, directeur du
laboratoire de Bintenzorg, à Java, raconte que la pèche à l’aide de
plantes enivrantes s’effectue sur une vaste échelle depuis le
XIIe siècle dans beaucoup de pays. Si les savants ont fixé, dans ces
derniers temps, leur attention sur un graud nombre d’entr’elles,
il reste néanmoins encore à faire au point de vue de l’étude de
leurs principes actifs.
Pendant notre voyage d’exploration dans le haut Maroni, nous
avons eu souvent l’occasion d’assister à des pêches au Nicou. La
liane réduite en filasse grossière est agitée dans les courants des
barrages précédant les régions calmes. Le courant a pour effet de
disperser le poison. Il se produit d’abord un trouble laiteux, dû en
grande partie à l’amidon que contient la plante. Ce trouble permet
de suivre la zone d’action du Nicou. Les poissons qui se trouvent
dans cette zone ne tardent pas à être influencés ; on les voit d’abord
exécuter des mouvements brusques; ils viennent bondir à la
surface. Puis ils paraissent perdre leurs forces; ils ont peine à

garder leur équilibre, oscillent à droite et à gauche, font de temps
en temps un tour complet sur eux-mêmes. Tantôt ils restent en
place, tantôt s’agitent d’une façon désordonnée. A la fin, ils
viennent flotter sur le dos, se laissent entraîner par le courant,
semblent inertes et ne manifestent un reste de vitalité que pour
essayer de fuir quand on veut les prendre à la main.
Les nègres mettent un certain amour-propre à ne prendre que
les poissons ayant encore quelque vigueur. Ils les cueillent à la
flèche ou bien les harponnent avec un fer recourbé en hameçon.
Quelques kilogrammes de Nicou suffisent pour empoisonner
l’eau d’une rivière sur une certaine étendue.
Un nègre Bonis voulut bien nous donner un peu de sa liane en
échange de quelques verres de tafia et notre première idée fut
d’en préparer une teinture alcoolique. La liane contusée fut mise
à macérer avec du tafia fort (70° à 80°). Au bout de quelques jours,
nous avions une liqueur limpide légèrement jaunâtre donnant
avec l’eau un trouble opalin et laissant déposer par évaporation
une substance dans laquelle nous crûmes voir de petits cristaux.
Cette expérience fut faite dans le verre de notre montre, détaché
pour la circonstance, et rempli de liquide alcoolique que l’on fit
évaporer au soleil. Elle eut pour témoins MM. Grillaud, directeur
d’un placer dans le contesté de l’Auva, et Gand-Chaudrier, chef de
poste à Assici. Une petite quantité de ce liquide alcoolique pro­
voquait rapidement la moit des poissons et des têtards dans les
flaques d’eau poissonneuses si abondantes dans le Haut Maroni à
l’époque de la saison sèche, et les phénomènes d’intoxication nous
parurent les mêmes que ceux que nous avions eu l’occasion
d’observer pendant les grandes pêches.
Le Robinia Nicou Aubl. contenait donc un principe actif,
soluble dans l’alcool, dont l’étude ne pouvait manquer d’être
intéressante. Grâce à l’obligeance de M. Grillaud, nous fûmes
bientôt en possession d’uue quantité assez considérable de la liane
toxique (novembre 1890). Nos échantillons furent conservés avec

�—

10

—

le plus grand soin jusqu’en mai 1892. date à laquelle, sur la
recommandation de M. le professeur Heckel, M. le directeur
Schlagdenhauffen voulut bien nous admettre aux laboratoires de
l’École supérieure de pharmacie de Nancy.
A notre grand regret, nous n’avons pu nous procurer ni fleurs
ni fruits; à l’époque de la floraison et de la fructification (avril,
mai, juin), nous nous trouvions au chantier forestier de l’Oropu,
région très fréquentée, et d'où le Robinia Nicoii a disparu depuis
longtemps. Une caisse contenant des raciues s’est égarée lors du
transbordement de nos bagages à la Martinique. Il ne nous est
resté pour notre étude que les feuilles et de nombreux échantillons
de tiges à différents âges et pris sur différents sujets.
Avec de pareils éléments il ne nous était pas possible de faire
un travail de botauique pure. D’autre part, la faible quantité de
produit cristallisé retiré de nos échantillons nous paraissait
insuffisante pour entreprendre une étude chimique proprement
dite. En conséquence, il nous a paru naturel, après avoir décou­
vert et caractérisé le principe actif, après avoir bien établi son
origine en montrant que la plante d’où nous le retirons est bien
le Robinia A’icon d’Aublet, d’en entreprendre l’examen physiolo­
gique et de faire de cette étude la partie principale de notre
travail.
Dans un premier chapitre (Etude histologique) nous nous effor­
cerons de démontrer que notre plante est bien le Robinia Nicou
d’Aublet.
Une seconde partie sera consacrée à l’extraction, à la puri­
fication et à l’étude succincte du principe actif cristallisé que
renferme le Rolnnii Nicou et que nous appellerons Nicouline.
Dans une troisième, enfin, nous étudierons les effets physio­
logiques de la Nicouline et nous terminerons par des conclu­
sions générales et par une comparaison entre les effets de
notre produit et ceux des poisons stupéfiants.
C’est une œuvre de débutant que nous présentons à nos

— 11 —
juges, mais de débutant bien décidé à poursuivre en tenant
compte de leurs conseils et de leurs indications. Appelé à
vivre dans nos différentes colonies, nous emploierons tous nos
efforts à faire mieux connaître les produits intéressants qu’elles
renfermeut, nous efforçant de suivre dans la faible mesure de
nos moyens la voie si bien tracée par le savant directeur de
cette École et par notre cher maître de Marseille, M. le
professeur Heckel.
C’est pour nous un devoir et un plaisir de témoigner au début
de ce travail notre très vive reconnaissance à Monsieur le directeur
Schlagdenhauffeu. Nous le remercions particulièrement de la
manière tout amicale dont il a constamment mis ü notre dispos:tion l’aide très précieuse de ses savants conseils, de sa longue
expérience et de sa bienveillante direction.
Que Monsieur le professeur Heckel, dont l’appui nous a été d’un
si grand secours en des circonstances que nous ne devons pas
oublier, reçoive ici l’expression de notre très vive gratitude et de
notre respectueux dévouement.
Nous adressons enfin nos remerciements à MM. les professeurs
et agrégés de l’Ecole supérieure de pharmacie et tout particulièicment à MM. Held, Bleicher et Brunotte, pour le bienveillant
accueil qu’ils ont bien voulu nous faire et les excellents conseils
qu’ils n’ont cessé de nous prodiguer.
Nous devons une mention spéciale à notre ami et collaborateur
M. Grélot, à qui il faut attribuer tout le mérite de la partie histolo­
gique de ce travail.
Que nos excellents amis Claudel et Tricard veuillent bien
recevoir ici l’expression de nos sentiments de bonne camaraderie.

�I. — PARTIE BOTANIQUE.

H

is t o r iq u e .

La première description un peu complète que nous ayons du
Robinia Nicou nous vient d’Aublet (1).
Nous lisons, dans son Histoire des Plantes de la Guyane à la
page 777 : « Robinia Nicou : Floribus purpureis, ramulis scandentibus. Frutex truuco ramoso ; ramis sarmentosis, scandentibus,
supra arbores sparsis. Folia alterna, imparipinnata ; foliolis trium
parium oppositis, breviter petiolatis, ovatis, acuminatis, glabris,
integerrimis, costæ adnexis. Stipulæ biuæ, oppositæ, deciduæ.
Flores in spicam axillarem dispositi. Calix : perianthium monophyllum turbinatum, quinquedentatum. Corolla papilionacea,
purpurea, vexillo amplo, erecto. Pericarpium : legumen longum,
acutum, gibbosum, glabrum, rufesceus, uniloculare, bivalve.
Semina tria aut quatuor, subrotunda, compressa, marginibus
valvarum affina. — Florebat fructumque ferebat Junio.
Habitat in sylvis territorii Orapu, propè prædium domini
Budet.
Nomen caribœum : Nicou; gallicum : Liaue à enivrer les
poissons ».
Et il ajoute :
« Cet arbrisseau pousse de sa racine un tronc de deux à trois
pouces de diamètre, d’où s’élèvent de grosses branches sarmenteuses qui se répandent sur les arbres voisins et en recouvrent
la cime. Elles sont garnies de feuilles alternes, ailées, à deux
(!) Fusée Aublet. Histoire des Plantes de h Guyane française, rangées d’après
la méthode sexuelle. — Paris, 1775.

rangs de folioles opposées et terminées par une impaire; leur
nombre est de trois de chaque côté. Elles sont portées sur une
côte qui porte à sa naissance deux petites stipules. Ces folioles
sont vertes, lisses, entières, ovales, terminées par une longue
pointe mousse.
De l’aisselle des feuilles naît un épi de fleurs purpurines.
Le calice est d’une seule pièce arrondie et divisée eu son limbe
en cinq parties inégales et aiguës. La corolle est légumineuse,
composée de cinq pétales attachés par un petit onglet à la paroi
intérieure et interne du calice. Le pétale supérieur est large,
étendu et relevé. Les deux latéraux sont longs, en forme d’aile, les
deux inférieurs sont petits, concaves, appliqués l’un contre l’autre.
Les étamines sont dix, dont neuf réunies en un faisceau et une
séparée. Elles sont placées sur le fond du calice, au-dessous de
l’insertion des pétales ; les anthères sont ovoïdes, jaunes et à deux
loges.
Le pistil est oblong, comprimé, surmonté d’un style coudé
terminé par un stigmate obtus. L’ovaire devient une silique sèche
à deux cosses, qui contient trois-quatre fèves roussâtres, arrondies
et un peu comprimées.
Cette liane est nommée Nicou par les Galibis, et Liane à enivrer
le poisson par les habitants. Ils se servent des sarments fendus,
nouvellement coupés et mis en paquets pour battre l’eau des
ruisseaux, ce qui occasionne une espèce d’engourdissement aux
poissons qui s’y trouvent ; pour lors, ceux-ci viennent au-dessus
de l’eau et y restent immobiles.
J ’ai trouvé cet arbrisseau dans les taillis de l’habitation de
M. Budet, à Orapu, paroisse d’Aroura. Il était en fleurs et en fruits
dans le mois de juin. »
De Candolle, dans son Prodrome (1) l’appelle Lonchocarpus
Nicou. Sa description concorde exactement avec celle d’Aublet.
(1) De Candolle : Prodromus systematis naturalis. II, page 261.

�Bentham l'appelle Lonc-h-ocarpus rufescens (1) et Willdenow (2)
Robinta scamiens.
Barrère(3), Roseuthal (4), Raldkofer (5) se contentent d’iudiquer l'usage qu’en font les Galibis.
Enfin, une note que j’ai fait présenter par M. Chatiu à l’Aca­
démie des sciences, indiquait simplement que le Nicou contient un
principe très actif agissant sur le système nerveux et sur le cœur.
Les réactions préliminaires ayant été faites avec un produit
insuffisamment purifié, j’avais cru d’abord avoir affaire à un
glucoside ; mais depuis lors j’ai reconnu qu’il n’en était pas ainsi.
J'indiquerai plus loin les causes de ma conclusion erronée.
Jusqu'à présent, aucun des auteurs qui ont traité de la
morphologie externe du Nicou ne nous en ont fait connaître la
structure anatomique. Sou histologie est complètement restée dans
l’ombre.
Aussi nous proposons-nous d’essayer de combler une partie de
cette lacune, en nous adressant aux tiges et aux feuilles, seuls
organes que nous ayons à uotre disposition.

A. — F e u il l e .
1. — Description.
Les feuilles sont alternes, ailées, à deux rangs de folioles
opposées et terminées par an impaire; leur nombre est de trois
de chaque côté. Le pétiole porte à sa naissance deux petites
stipules, caractère constant des Papilionacées.
(1)
(2)
(3)
(4)
(5)

Bentham : Tayl. Ann. Nat. Hist. III, page 432.
Willdenow : Species plantarum, III, 1134.
Barrère : Essai sur l'Histoire naturelle de la France équinoxiale, 1741.
Hosenthal : Synopsis plantarum diaphoricarum, 1862.
Raldkofer : lleber fischvergiftende Pflangen, 18S6.

Les folioles sont vertes à l’état frais, et d’un vert brunâtre,
lorsqu’elles sont sèches. Leur taille est très variable, les folioles
inférieures pouvaut atteindre vingt-cinq centimètres de long sur
douze de large, et les supérieures, huit sur quatre. Leur forme
est sensiblement ovale. Elles sont terminées par une longue pointe
mousse, un peu plus forte vers la droite (pi. I, lig. 8).
Les nervures, au nombre de dix environ de chaque côté de
la nervure médiane, sont bien plus accentuées sur la face
inférieure que sur la face supérieure. On constate facilement que
chaque nervure secondaire semble être accolée à la nervure
médiane, jusqu’à environ la moitié de la distance qui la sépare
de la nervure secondaire inférieure.
Les fo'ioles portent, surtout à la face inférieure, de nombreux
petits poils bruns formant un feutrage très délicat, que l’on
peut découvrir à l’œil nu. On n’aperçoit pas de ces poils sur
la face supérieure, si ce u’est sur les nervures et avec le secours
de la loupe.
Les bords de la foliole sont nets, lisses, sans aucune échan­
crure; le pétiole est très court. L’intégrité des folioles est, pour
M. Vuillemin (1), un caractère dominant dans la tribu des Galégées
et celle des Hédysarées.

2. — Histologie.
Épiderm e supérieu r. — Vu de face, l’épiderme supérieur
ne présente rien de remarquable. Toutefois, on constate l’absence
complète de stomates. Des poils, très rares, sont localisés sur les
nervures de la feuille. Ils ont un diamètre de 2 à 3 dixièmes de milli­
mètre et sont entièrement couchés sur la surface de la feuille.
(1) P. Vuillemin : La subordination des caractères de la feuille dans le phyllum
des Anlhyllis. (Bulletin de la Société des Sciences de Nancy, 1892, 1. XII,
fasc. XXVI, p. 31.)

�M. Vesque (1) attache une grande importance aux poils, dans
la détermination des plantes par l’histologie. Ces poils, dont l’exis­
tence a été reconnue générale par M. Vuillemin (2) sur les feuilles
des Papilionacées, et qu’il a appelés poils flagellifèves, se composent
de trois cellules (PI. II, lig. 2). La première ou pied (a), encastrée
pour ainsi dire entre les cellules épidermiques et de même taille
que celles-ci; la deuxième est le manche (b), enfin la troisième ou
flagellum (c). Les deux premières ont leurs membranes fortement
subériûées; le flagellum a ses membranes épaissies mais formées
de cellulose recouverte d’une très légère couche de cutine. En
effet, la paroi interne bleuit par l’emploi successif de l’iode et
de l’acide sulfurique aux 2/3, tandis, que la paroi externe reste
intacte; celle-ci se colore par la fuschsine ammoniacale. La surface
porte de très petites aspérités qui disparaissent dans l’hypochlorite
de soude et la potasse à chaud. Ces aspérités ne se colorent ni par
l’emploi de l’iode et de l’acide sulfurique à 2/3 ni par la fuschsine
ammoniacale. Les réactifs des matières pectiques les colorent bien.
A l’intérieur se trouvent quelques débris de protaplasme coagulé par
la dessiccation. Le poil est terminé par une pointe mousse assez
allongée ; la forme générale du flagellum est cylindrique. En
tombant, les poils laissent une cicatrice presque circulaire,
recouverte d’une épaisse couche de suber. Parfois le flagellum
seul tombe ; il reste alors le manche surmontant le pied en
formant comme une petite cupule. Les poils observés sur la foliole
sont d’une seule sorte; il eut été intéressant de rechercher
sur les stipules la présence des émergences glanduleuses localisées
dont parle M. Vuillemin ; malheureusement nous n’en avons
pas à notre disposition.
Ajoutons que les poils du Robinia Nicou sont semblables
à ceux du Robinia pseudo-acacia L.
(1) Vesque : Feuille des jeunes naturalistes, n° 231, janv. i890, p. 31.
(2) Vuillemin, loc. oit., p. 50 et 61.

En coupe transversale, on remarque que les cellules de
l’épiderme supérieur sont sensiblement rectangulaires ; leurs
parois externes sont fortement cutinisées et lisses ; la paroi
interne (PL II, flg- 2 d) est subérifiée ainsi que les membranes
latérales. L’épaisseur de la paroi externe ne doit pas nous
étonner, car elle doit s’opposer à la transpiration, étant donné
l’habitat de la plante. C’est un de ces caractères que M. Vesque
appelle caractères épharmoniques (1).
Beaucoup de cellules de l’épiderme renferment du tannin
à l’état insoluble. Ce tannin est d’une couleur brunâtre, foncée,
insoluble dans presque tous les réactifs : eau, alcool, éther,
sulfure de carbone, chloroforme, acide nitrique, etc. ; il est
soluble dans la potasse et l’hypochlorite de soude, à chaud.
Ce tannin, analogue à la substance qui obstrue le lumen de
bon nombre de vaisseaux, ainsi que nous le verrons dans
l’étude de la tige, nous semble être un composé semblable
à celui dont parle M. Thouvenin (2) et qu’il a observé dans
divers Myristica et dans le Coronilla emerus L. Du reste, la
présence de ces cellules à tannin est, d’après M. Van Tieghem (3),
un caractère de quelques Légumineuses et parmi elles, les
Robinia.
Parenchym e. — Au-dessous de l’épiderme supérieur se
trouvent deux rangées de cellules palissadiques assez allongées
et occupant la moitié de l’épaisseur de la feuille ; puis un
parenchyme très lacuneux et enfin une ou deux rangées de
cellules appliquées contre l’épiderme inférieur et contenant du
tannin.
Épiderm e inférieur. — Celui-ci a les parois internes de
(1) Vesque : Loc. cit. N" 235, p. 132.
(2) Thouvenin : Note sur la combinaison du tannin avec le protoplasme.
(3) Van Tieghem : Traité de botanique. Edit. 1891, p. 623.

�ses membranes fortement subérifiées ; la paroi externe est recou­
verte d’une épaisse couche de cutine et bombée en dehors.
L’ensemble de ces parois forme une ligne très onduleuse en coupe
transversale. L’épiderme inférieur, ainsi que nous l’avons déjà dit
plus haut, porte de très nombreux poils ; ceux-ci sont semblables
à ceux décrits sur l’épiderme supérieur. Par contre, nous avons
ici de nombreux stomates sur lesquels nous nous arrêterons un
instant.
Les stomates sont au nombre de cinquante à soixante environ par
millimètre carré. Tous ceux que nous avous observés sont du type
rubiacé, c’est-à-dire qu’ils sont munis de deux cellules annexes.
M. Yesque (1) veut tirer des stomates une valeur taxinomique
de premier ordre. M. Vuillemin (2) n’attache au contraire que
peu d’importance aux caractères du stomate, en faisant remarquer
que « sur un grand nombre d’épidermes adultes, on est frappé de
l’inconstance numérique des cellules avoisinant le stomate ».
Nous avous constaté, en effet, sur la feuille du Robinia pseudoAcacia L. la présence simultanée de plusieurs types de stomates.
N ervures. — Le limbe est parcouru par de nombreuses
nervures composées seulement de quelques éléments libériens et
ligneux entourés de chaque côté d’un faisceau de cellules sclérifîées très longues ayant une section transversale ovale ou circulaire
et suivant la nervure dans toutes ses ramifications. A ces cellules
rameuses viennent s’ajouter, surtout vers l’extérieur et chez
les plus grosses nervures, des fibres à parois cellulosiques,
entourées de cellules de bordure spéciales; nous en ferons
une étude plus complète lorsque nous traiterons de la structure
de la tige. Il suffit, pour s’en rendre compte, d’arracher un
lambeau d’épiderme en ayant soin d’enlever en même temps
une ou deux assises sous-jacentes. En traitant la préparation
(t) Vesque, loc. cit., avril 1890, N° 234, p. 22.
(2) Vuillemin, loc. cit.

par l’indol et l’acide sulfurique aux deux tiers, on voit alors
très nettement les sinuosités décrites par le faisceau.
Le parenchyme compris entre deux de ces nervures contient
de nombreuses cellules scléreuses, à membranes fortement
épaissies. Cet ensemble de cellules sclérifiées concourt évidem­
ment à la solidité de la foliole.
Deux nervures marginales courent de la base au sommet
de la foliole. Ces nervures, composées seulement de quelques
vaisseaux ligneux spiralés et scalariformes et de quelques
tubes criblés, sont entourées par trois ou quatre rangs de
fibres.
Sur l’extrême bord de la foliole, les cellules épidermiques
ont leurs parois très épaisses.
L’épiderme qui recouvre la nervure centrale présente les mêmes
caractères que celui du limbe, à part la présence des poils qui
sont localisés à la face supérieure de la nervure.
Au-dessous de l’épiderme se trouve un parenchyme à mem­
branes de nature cellulosique, à méats très réduits. Par ci, par
là, quelques cristaux d’oxalate de chaux, mâclés. Au milieu de
ce parenchyme, se trouvent des poches sécrétrices allongées, à
peu près arrondies en coupe transversale, à bords irréguliers, et
remplies d’une matière brunâtre. Sur leurs bords, on voit très
nettement des débris de membranes, montrant que ces poches
sont formées par destruction de cellules.
La substance qu’elles contiennent est insoluble dans l’eau,
l’alcool, l’éther, etc., elle brunit par la potasse et s’y dissout à
chaud; avec l’acide sulfurique, elle prend une coloration rouge
intense et se dissout peu à peu. On trouve ensuite une zone de
trois ou quatre rangées de ces fibres spéciales dont nous avons
déjà parlé; puis une zone circulaire de liber dans laquelle nous
remarquons de nombreuses cellules à tannin allongées dans le
sens vertical.
Le bois se compose de vaisseaux scalariformes, de vaisseaux

�— 19 —
ses membranes fortement subérifîées; la paroi externe est recou­
verte d’une épaisse couche de cutine et bombée en dehors.
L’ensemble de ces parois forme une ligne très onduleuse en coupe
transversale. L’épiderme inférieur, ainsi que nous l’avons déjà dit
plus haut, porte de très nombreux poils; ceux-ci sont semblables
à ceux décrits sur l’épiderme supérieur. Par contre, nous avons
ici de nombreux stomates sur lesquels nous nous arrêterons un
instant.
Les stomates sont au nombre de cinquante à soixante environ par
millimètre carré. Tous ceux que nous avons observés sont du type
rubiacé, c’est-à-dire qu’ils sont munis de deux cellules annexes.
M. Vesque (1) veut tirer des stomates une valeur taxinomique
de premier ordre. M. Vuillemin (2) n’attache au contraire que
peu d’importance aux caractères du stomate, en faisant remarquer
que « sur un grand nombre d’épidermes adultes, on est frappé de
l’inconstance numérique des cellules avoisinant le stomate ».
Nous avons constaté, en effet, sur la feuille du Robinia pseudoAcacia L. la présence simultanée de plusieurs types de stomates.
N ervures. — Le limbe est parcouru par de nombreuses
nervures composées seulement de quelques éléments libériens et
ligneux entourés de chaque côté d’un faisceau de cellules sclérifiées très longues ayant une section transversale ovale ou circulaire
et suivant la nervure dans toutes ses ramifications. A ces cellules
rameuses viennent s'ajouter, surtout vers l’extérieur et chez
les plus grosses nervures, des fibres à parois cellulosiques,
entourées de cellules de bordure spéciales; nous en ferons
une étude plus complète lorsque nous traiterons de la structure
de la tige. Il suffit, pour s’en rendre compte, d’arracher un
lambeau d’épiderme en ayant soin d’enlever en même temps
une ou deux assises sous-jacentes. En traitant la préparation
(1) Vesque, loc. cit., avril 1890, N° 234, p. 22.
(2) Vuillemin, loc. cit.

par l’indol et l’acide sulfurique aux deux tiers, on voit alors
très nettement les sinuosités décrites par le faisceau.
Le parenchyme compris entre deux de ces nervures contient
de nombreuses cellules scléreuses, à membranes fortement
épaissies. Cet ensemble de cellules sclérifiées concourt évidem­
ment à la solidité de la foliole.
Deux nervures marginales courent de la base au sommet
de la foliole. Ces nervures, composées seulement de quelques
vaisseaux ligneux spiralés et scalariformes et de quelques
tubes criblés, sont entourées par trois ou quatre rangs de
fibres.
Sur l’extrême bord de la foliole, les cellules épidermiques
ont leurs parois très épaisses.
L’épiderme qui recouvre la nervure centrale présente les mêmes
caractères que celui du limbe, à part la présence des poils qui
sont localisés à la face supérieure de la nervure.
Au-dessous de l’épiderme se trouve un parenchyme à mem­
branes de nature cellulosique, à méats très réduits. Par ci, par
là, quelques cristaux d’oxalate de chaux, màclés. Au milieu de
ce parenchyme, se trouvent des poches sécrétrices allongées, à
peu près arrondies en coupe transversale, à bords irréguliers, et
remplies d’une matière brunâtre. Sur leurs bords, on voit très
nettement des débris de membranes, montrant que ces poches
sont formées par destruction de cellules.
La substance qu’elles contiennent est insoluble dans l’eau,
l’alcool, l’éther, etc., elle brunit par la potasse et s’y dissout à
chaud; avec l’acide sulfurique, elle prend une coloration rouge
intense et se dissout peu à peu. On trouve ensuite une zone de
trois ou quatre rangées de ces fibres spéciales dont nous avons
déjà parlé; puis une zone circulaire de liber dans laquelle nous
remarquons de nombreuses cellules à tannin allongées dans le
sens vertical.
Le bois se compose de vaisseaux scalariformes, de vaisseaux

�spirales et de parenchyme ligneux. Le lumen des gros vaisseaux
est souvent obstrué par un dépôt de substance brunâtre inso­
luble dans tous les réactifs à part la potasse, et dont nous
reparlerons dans l’étude de la tige. Enfin la moelle, avec des
cellules à membranes très fines et, par ci par là, des poches
sécrétrices et de nombreuses cellules à tannin.
Pétiole. — Dans le pétiole, la symétrie par rapport à un
plan est fort évidente. La structure est semblable à celle de
la nervure médiane ; on trouve également des poils et des sto­
mates sur son épiderme ; mais, à droite et à gauche du plan
de symétrie, et au dessous de la face supérieure, on trouve
deux faisceaux libéro-ligneux de structure semblable à celle
du faisceau central (PL II, fig. I a).
Ces deux faisceaux sont de ceux que M. Casimir de Candolle (1)
appelle faisceaux accessoires. Pour lui, la présence de ces faisceaux
constitue un caractère commun aux espèces d’un même genre.
M. Vuillemin remarque que ces faisceaux sont fréquents
dans les tribus des Papilionacées, où l’on observe des feuilles
ailées, etc., et chez les Galégées. Pour M. Vesque (2), au contraire,
la structure du pétiole est d’un intérêt taxinomique très secon­
daire. Quoiqu’il en soit, ces faisceaux accessoires existent
dans le pétiole du Robinia pseudo-Acacia L., où nous avons
trouvé une structure presque identique à celle du Robinia N'icou.
La moelle est assez abondante et complètement lignifiée ;
les membranes de ses cellules sont épaissies et finement ponc­
tuées. A signaler ici la présence de nombreuses cellules à
tannin. Le tannin s’y trouve tantôt dans des cellules ne diffé­
rant pas par leur forme des cellules avoisinantes, tantôt dans
des cellules très-allongées, pouvant atteindre plusieurs milli­
mètres. Souvent plusieurs de ces cellules se superposent pour
(1) C. de Candolle, cité par M. Vuillemin, loc. cit., p. 199.
(2) Vesque:loc. cit., N° 235.

former une file très-longue. Leurs membranes transversales ne
sont pas résorbées.
De pareilles cellules se rencontrent aussi, mêlées à de plus
petites, dans le liber.
Dans l’écorce, outre les poches sécrétrices disséminées çà et là,
on trouve une énorme quantité de tannin, surtout dans la région
sous-épidermique.
B. — T ige .

1. Description.
La tige du Robinia IVicou peut atteindre six à huit centimètres
à sa base et une longueur de trente à quarante mètres. Elle pré­
sente nettement des sillons assez profonds, spiralés dans le sens
des aiguilles d’une montre. Elle s’élève le long des arbres sur
lesquels elle doit étendre ses rameaux, à dix à quinze centimètres
environ de leur tronc et en décrivant autour de celui-ci une spirale
très allongée, de même sens que la spirale formée par les sillons;
elle est nue sur une longueur de trente à quarante mètres environ,
puis tout d’un coup se ramifie abondamment, en envoyant dans
toutes les directions de nombreux rameaux qui s’enchevêtrent
étroitement avec les rameaux de l’arbre sur lequel ils se répandent.
Cet enchevêtrement est facilité par la transformation de quelque8
feuilles en vrilles qui servent d’attaches à la liane et lui permettent
de s’élever plus haut encore.
Cet allongement énorme de la tige n’a rien qui doive étonner,
car la liane, naissant sous un épais fourré, cherche à avoir aussi
sa part d’air et de lumière.
L’écorce de la tige est rugueuse, de couleur brun-jaunâtre. La
section transversale est irrégulière, limitée à l’extérieur par
une zone de suber; puis on trouve un liber légèrement brunâtre,

�—

22

—

mesurant environ cinq millimètres dans sa plus grande épaisseur,
et parcouru radicalement par des veines plus blanches qui sont
des rayons médullaires. Au-dessus de ce liber se trouve uue
couche de bois ayant uue structure radiale très nette et présentant
de nombreux pores. Cette couche est très irrégulière de forme
et mesure un centimètre au moins dans sa plus grande largeur,
tandis qu’ailleurs elle se réduit à un demi-millimètre.
Plus loin, en allant toujours vers le centre, on rencontre
une couche libérienne sur laquelle nous reviendrons; puis enfin
le bois dont les vaisseaux ont un lumen de plus en plus petit
au fur et à mesure qu’on approche de la moelle. Celle-ci est
réduite à un point brunâtre. Les vaisseaux du bois sont souvent
oblitérés par une substance brune.

— 23 —
Contre la zone de cellules pierreuses viennent se terminer les
pointes libériennes dans lesquelles nous remarquons une alter­
nance de parenchyme libérien, de couches de cellules aplaties et
d’ilots fibres libériennes. Ces ilôts, disposés en couches concen­
triques au nombre de vingt environ, sont allongés dans le sens
tangeutiel, et composés de dix ou quinze fibres sur quatre rangs et
plus. Elles ont une section transversale ovale et un lumen assez
large. Elles sout fortement allongées dans le sens vertical et termi­

2. Histologie.
Si nous faisons une coupe transversale dans uue portion
de la tige, de façon à intéresser les différents éléments qui la
composent, nous apercevrons, en marchant de la périphérie vers
le centre, une couche de vingt ou vingt-cinq assises de suber
formé de cellules aplaties contenant un produit brun (tannin
insoluble); quelques-unes de ces cellules ont leurs membranes
épaissies et lignifiées à la façon des cellules pierreuses, tout en
conservant la forme des cellules subéreuses. Au-dessous se trouve
un parenchyme à membranes cellulosiques contenant des cellules
pierreuses (pi. II, fig. 5), réunies par quatre ou cinq, et une
zone non interrompue de ces mêmes cellules pierreuses, cellesci disposées sur trois ou quatre rangs.
On remarque dans ce parenchyme de nombreux cristaux
d’oxalate de chaux, surtout au voisinage du suber. Il n’y a
souvent qu’un seul gros cristal par cellules, celui-ci étant du
système du prisme oblique à base rhombe (2 équiv. H-O).

nées par une courte pointe (0 mm. 8 à 1 mm. long sur 0 mm. 05 de
diamètre). Leur membrane est cellulosique car elle bleuit fortement
par l’iode et l’acide sulfurique. La paroi externe est très légèrement
lignifiée.
Quelques-unes de ces fibres sont nues (pl. II, fig. 7), mais le
plus grand nombre de celles-ci sont entourées de cellules de
bordure. Ces cellules sont à peu près cubiques, de la taille des
cellules du parenchyme environnant; leurs membranes sont très

�- 24 —
fortement épaissies et lignifiées (surtout dans la portion opposée à
la libre) avec de fins caualicules. Chacune de ces cellules contient,
dans sa cavité, un gros cristal d’oxalate de chaux du même type
que ceux rencontrés dans le parenchyme cortical. Cet ensemble fait
qu’au premier abord, en coupe transversale (PI. Il, fig. 9), ou croit
avoir affaire à des fibres dont les parties externes des membranes
seules seraient lignifiées. En faisant des coupes longitudinales
tangentielles dans des rameaux jeuues de Robinia hispida, var.
roséa (D. C.) et de Robinia viscosa D. C., nous avons trouvé de ces
mêmes fibres avec des cellules de bordure eu voie de formationCelles-ci proviennent d ’une file de cellules du parenchyme envi­
ronnant, file contiguë à la fibre d’abord nue. Chez Robinia viscota,
nous avons vu la membrane primitive à peu près intacte, et en
traitant par l'acide sulfurique aux 2/3 et l’indol, nous avons
facilement remarqué une zone rouge entourant le cristal central,
zone de plus en plus foncée à mesure qu’on s’approche de la
membrane primitive.
Les tubes criblés ont à peu près tous la même longueur (0 mill. 4
environ). La zone cambiale se compose de quatre ou cinq assises de
cellules. Les rayons médullaires étroits sont constitués par trois
ou quatre rangées de cellules allongées dans le sens radial :
quelques-unes de ces cellules sont lignifiées, surtout celles qui sont
au voisinage des vaisseaux. Leurs membranes portent de très
nombreuses ponctuations ovales.
Dans le bois, on remarque d’énormes vaisseaux, à membranes
très fortement épaissies, ayant 0 mill. 8 de diamètre interne
environ, et entourés de cinq ou six rangées de cellules de paren­
chyme ligneux et de fibres analogues à celles décrites dans le liber.
Les plus gros vaisseaux présentent quelquefois des thyles, ce
qui, du reste, est un caractère presque constant chez les Robinia (f ).
Les membranes de ces vaisseaux portent une multitude de
(1) V. Tieghem : Traité de botanique, p. 642,

ponctuations ovales très nettement délimitées, laissant voir au
centre une très fine membrane cellulosique.
Le lumen des vaisseaux est tellement grand que nous avons
pu lire des caractères d ’imprimerie en regardant par les trous
qu’ils forment dans une rondelle de 1 centimètre 1/2 d’épaisseur.
Un grand nombre d’entre eux présentent encore dans leur
cavité un dépôt de substance brun clair, insoluble dans tous les
réactifs, excepté dans la potasse et dans l’hypochlorite de soude
bouillants et dont nous avons déjà parlé plus haut. Cette substance
se colore très fortement par les réactifs ordinaires des matières
pectiques; elle se colore également en brun par le perchlorure de
fer (PI. II, fig. 10 b). L’acide sulfurique la brunit à la longue sans
la dissoudre.
Entre les vaisseaux se trouve un parenchyme resté cellulosique,
de même forme que le parenchyme ligneux décrit plus haut, et
parsemés d’ilots de fibres en tout semblables aux ilôts situés dans
le liber, et disposés ici aussi en séries concentriques.
Plus loin, on retrouve un liber dont les éléments sontsem
blables à ceux du premier liber décrit; il y a environ une trentaiue
de rangées concentriques d’ilots de fibres; de plus la zone de
cellules pierreuses est interrompue par places. Enfin, une seconde
zone cambiale de trois ou quatre rangées de cellules, puis du
bois dont les éléments sont identiques à ceux de la première
zone ligneuse, et enfin une moelle très réduite, h éléments
sclérifiés.
Cette structure spéciale de la tige du Robinia Nicou est
due probablement à un méristème à jeu double qui se forme
soit au milieu, soit à la limite externe du liber, soit même
dans l’écorce.
11 faudrait suivre le développement complet de la tige pour
savoir si le liber primaire est en A ou en B (Fig. B).
Le méristème pourrait à la vérité se former dans le bois,
comme cela se passe chez certaines lianes de la famille des

�Malpighiacées et des Bignouiacées. Mais si l’on considère la
Fig. B représentant schématiquement une section transversale
de la tige, on remarque que le liber le plus interne forme une
zone à peu près régulière ; avec cette dernière hypothèse il
faudrait admettre que le méristème n’a fonctionné que d’un

seul côté en a et b pour former les sillons, et qu’en ces points
le méristème se trouvait à la limite externe du bois. De plus,
dans la zone de bois comprise entre les deux libers on devrait
trouver du bois à développement centripète et du bois à déve­
loppement centrifuge, ce qui n’existe pas.

Il est, croyons-nous, plus rationnel de supposer que le
méristème s’est formé dans le liber secondaire, ainsi que cela
se passe chez la Glycine (1); pendant l’enroulement de la
tige autour de son support, le point d’activité minimum ou nulle
du méristème se déplacerait dans le même sens que l’euroulemeut. Nous ne possédons malheureusement que des morceaux de
tige; quoi qu’il en soit, sur un rameau de trente-trois millimètres
de diamètre, on ne constate aucune formation tertiaire.
il existe une quantité énorme d’amidon dans l’écorce et le liber;
quant au parenchyme ligneux, il en est littéralement gorgé.
Les plus gros de ces grains d’amidon sont ovoïdes et atteignent
90 g. Les plus petits ont une face plane et sont réunis en assez
grand nombre pour former un gros grain composé ; quelques-uns
ont un petit hile au centre. Vus à la lumière polarisée, ils présen­
tent une croix bleue dont les branches se croisent au centre.
Tige jeune. — Dans un rameau de deux ou trois ans, la
structure du bois est à peu près la môme que dans la tige âgée.
Le liber est très réduit; par ci par là, des ilôts de fibres avec
cellules de bordure.
La moelle est très développée ; les membranes des cellules qui
la composent sont épaissies, lignifiées, finement perforées. On y
trouve des poches sécrétrices semblables à celles décrites plus haut,
et de très nombreuses cellules à tannin.
Dans une tige très jeune, on remarque sur l’épiderme des poils en
tout semblables à ceux de l’épiderme de la feuille. De nombreuses
cellules à tannin, des glandes sécrétrices se rencontrent dans le
parenchyme cortical ; quatre ou cinq rangées de fibres au bord
externe du liber.
Les gros vaisseaux sont encore peu nombreux, mais sont
entourés par un parenchyme entièrement lignifié; les rayons
médullaires eux-mêmes sont lignifiés. La moelle est énorme.
(1) V. Tiegliem : Loc. cit., p. 829.

�-

28 -

II. — PARTIE CHIMIQUE.
Les grosses tiges, à larges vaisseaux et riches en amidon,
renferment en grande quantité une substance, qui parait être le
principe actif du Robinia Nicou, associée à des matières rési­
neuses, des corps gras et de la cire.
Une analyse préliminaire nous a montré qu’elle y existe
dans la proportion de 2 à 2.5 % environ. On p’en trouve
que de faibles quantités dans les jeunes tiges et dans les
jeunes rameaux, et des traces seulement dans les feuilles. Les
racines doivent en renfermer beaucoup, car on les préfère
habituellement pour la pèche; malheureusement nous n’avons
pas pu vérifier le fait, faute de matériaux. Nos recherches, au
poiut de vue chimique, s’accordent donc en tout point avec nos
observations histologiques. En ellet. dans l’étude de la feuille,
par exemple, nous avons fait remarquer la présence, dans le
parenchyme, de poches sécrétrices allongées et remplies d’une
matière brune, insoluble dans l’alcool et l’éther, brunissant
par la potasse et se colorant en rouge intense par l’acide
sulfurique.
C’est précisément cette coloration rouge, au contact de
l’acide sulfurique, qui est la caractéristique d’une matière rési­
neuse, associée au principe actif dans presque tous les organes
de la plante.
A . — Mode d'extraction du principe actif.
Les grosses tiges du IL Nicou ont d’abord été réduites en
menus fragments au moyen du coupe-racines, et ces fragments
grossièrement pulvérisés, après avoir été séchés à l’étuve. Le

— 29 —
garçon de laboratoire chargé de cette pulvérisation s’est trouvé
très incommodé à la suite de l’absorption des poussières répan­
dues dans l’air. Nous aurons plus tard l’occasion de revenir sur
ce fait dans la partie physiologique.
Le procédé qui nous a semblé donner les meilleurs résul­
tats, pour obtenir le rendement sus-mentionné, consiste à
épuiser la matière par différents dissolvants à chaud; à éva­
porer les liquides à siccité et à purifier les résidus fournis par
les opérations successives. Dans une première série d’expé­
riences, nous avons employé successivement de l’éther de pétrole,
de la benzine, du chloroforme, de l’alcool à 95° et à 90°.
Mais, après examen attentif des résidus fournis par nos
diverses solutions, il a été reconnu qu’il était préférable de
n’opérer qu’avec l’éther de pétrole et l’alcool à 90°. Nous
n ’avons donc à parler ici que de ces deux opérations.
1. Traitement à l'éther de pétrole. — La poudre soigneuse­
ment tassée dans l’allonge d’un appareil Payen à déplacement
continu, légèrement modifié, a d’abord été traitée par de l’éther
de pétrole, qui lui a enlevé le principe actif et quelques
matières grasses.
11 est nécessaire de faire passer de grandes quantités d’éther
de pétrole sur la poudre et, par suite,d’agir pendant très longtemps,
puisque le produit que l’on veut obtenir est très peu soluble
dans ce véhicule.
En opérant ainsi, on aperçoit au bout de quelques heures, au
fond du ballon de l’appareil, un dépôt blanc sale qui n’est autre
chose que la substance dont nous indiquerons plus loin le mode
de purification et à laquelle nous donnons le nom de Nicouline.
2. Traitement à l'alcool. — La poudre, épuisée par le pétrole,
est desséchée, puis, traitée dans l’appareil extracteur par de
l’alcool à 90% fournit un liquide rouge brun que l’on met à part.
L’alcool est distillé. Lorsque la masse est arrivée à cousis-

�- 30 —
tance sirupeuse elle est évaporée dans une capsule au bainmarie et laisse un résidu brun foncé d’aspect résineux.
3. Traitement à l'eau acidulée. — Nous avons déjà constaté
que la plante renferme une grande quantité d’amidon. Une
partie de la poudre, provenant de l’opération précédente, a été
employée au dosage de la matière amylacée.
A cet effet, nous avons chauffé cette poudre, au bain-marie,
pendant trois heures, avec de l’acide chlorhydrique au 1/100;
nous avons fait conjointement une expérience similaire avec de
l’acide sulfurique au 1/100 et nous avons obtenu dans les deux
cas un liquide limpide renfermant une grande quantité de glucose.
Les cellules étaient restées intactes et non attaquées ; examinées
au microscope elles ne présentaient plus trace de granulations
amylacées. Lavées à l’eau et traitées par une goutte d’iodure de
potassium, elles n’ont pas donné trace de coloration bleue, ce
qui prouve que le traitement à l'eau acidulée (acide sulfurique
ou acide chlorhydrique) avait transformé complètement l’amidon.
Le produit non soluble provenant de l’extraction alcoolique
n’avait absolument aucune saveur. Repris par l’eau pure, au
bain-marie et filtré, il n’était pas possible de constater dans le
liquide la moindre amertume. Par conséquent il est démontré
que tous les principes actifs avaient été enlevés par les deux
véhicules (éther de pétrole et alcool).
D’après cela il nous a semblé qu’il devenait inutile d’employer
d’autres dissolvants (éther, chloroforme, alcool amylique, etc.)
pour chercher la présence de substances solubles autres que
celles qui avaient été extraites précédemment.
D’ailleurs, en opérant sur un résidu provenant de la seconde
opération (extraction à l’alcool) au moyen du chloroforme, et
évaporant le liquide chloroformique, nous n’avons plus trouvé
qu’une trace de matière analogue à celle que le pétrole avait enlevée
en premier lieu.

-

31 —

Une autre operation avec le benzol nous a donné le même
résultat.
B. Dosage des divers principes constitutifs.
Nous opérons l’épuisement comme ci-dessus en employant
d’abord le pétrole puis l’alcool à 00°.
Le produit, épuisé ainsi, est desséché et traité par de l’eau
additionnée d’acide chlorhydrique au 1/100. La solution acide,
convenablement traitée par la solution cupro-potassique, fournit
de la glucose et, par le calcul, la quantité amylacée contenue dans
la poudre.
Une autre partie de la poudre, épuisée préalablement par l’éther
de pétrole et l’alcool, est desséchée et soumise à l’incinération. Nous
obtenons des cendres grises. Nous verrons plus tard la nature des
sels contenus dans ce résidu.
En faisant maintenant la somme des poids des deux extraits
pétroléique et alcoolique, plus celui de la matière amylacée,
ainsi que celui des sels fixes, nous obtenons un total qui,
retranché de 100, représente les substances insolubles, ligneux,
cellulose, etc.
Le tableau suivant résume nos opérations :
C. Analyse immédiate.
Produits et extraits par l’éther de pétrole :
Mat. crist. blanc jaunâtre (Nicouline impure). . . .
Corps gras et cire, fusibles au bain-marie.....................

2.39
1.08

Produits extraits par l’alcool à 90° :
Matière résineuse b r u n e .................................................

8.73

Traitement par l’acide chlorhydrique :
Glucose, donnant par le calcul, les matières amylacées
Sels fixes : Incinération......................
. . . .
Par différence, ligneux, cellulose, etc...........................

7.43
2.80
77.33
100.00

�- 33 —

I. — É t u d e

de

la

N ic o u l in e .

1. Mode de purification.
Le produit blanc jaunâtre obtenu à la suite du traitement
de la poudre du Robinia Nicou par l’éther de pétrole a été
purifié par plusieurs cristallisations successives dans l’alcool.
Sa purification complète est rendue très difficile par la présence
d'une substance jaune paille, soluble dans les mêmes véhicules,
qui vient se mêler aux cristaux. Ou parvient néanmoins à s’en
débarrasser eu tenant compte de ce fait que celte matière colo­
rante ne commence à se déposer qu’au bout d’un certain temps;
les premiers cristaux en sont à peu près exempts. Il sulïit donc
de multiplier les cristallisations et de ne recueillir que les
produits de chacune d’elles au début.
On obtient ainsi des cristaux d’un blanc de neige, inodores,
sans saveur, très solubles dans le chloroforme et le benzol,
assez solubles dans l’alcool, l’éther, l’acétone, l’alcool amylique
et l’alcool butylique, très peu solubles dans l’eau bouillante,
à peu près insolubles dans l’eau froide. Les cristaux se présentent
tantôt sous la forme de fines aiguilles ou plus communément
sous forme de tables rhomboïdales obliques ; ils présentent
au microscope polarisant les couleurs les plus brillantes.
Leur point de fusiou est de 162°.
2. Détermination de la solubilité.
Pour obtenir une solution saturée dans les différents véhicules,
à une température donnée, nous avons employé le procédé qui
consiste à opérer la dissolution (les cristaux étant en excès) à
une température plus élevée. Nous laissons ensuite refroidir
lentement la liqueur jusqu’à ce qu’elle atteigne la température

voulue, que nous maintenons stationnaire pendant quelques
heures. Une portion du corps se dépose pendant le refroidisse­
ment et il ne reste eu dissolution que ce qui est susceptible
d’être dissous à cette température.
La liqueur s’élant constamment trouvée en contact avec des
cristaux tout formés, il n’y a pas à craindre le phénomène de
sursaturation.
Une portion de la liqueur est décantée avec soin. Cet échan­
tillon prélevé, on détermine la proportion de substance qu’il
tient en dissolution.
Pour cela, nous prenons un vase de Bohême, nous le pesons
d’abord vide, puis, avec l’échantillon dissous, nous évaporons
le dissolvant au bain-marie et nous faisons une troisième pesée.
Soit p le poids du vase vide ;
p' le poids du vase contenant la solution ;
p” le poids du vase après l’évaporation du liquide.

p — p’ donnera le poids de la dissolution ;
p” — p celui du corps dissous; et la différence entre le
poids de la solution et celui du corps dissous représentera le
poids du véhicule employé.
Connaissant la proportion de matière dissoute, à une tem­
pérature donnée, dans un poids connu de dissolvant, il nous
reste à déterminer son coefficient de solubilité à cette température,
c’est-à-dire la quantité de matière qui pourrait se dissoudre à
la même température dans 100 gr. de ce dissolvant.
Soit

Pie poids de la solution ;
p le poids de sa substance dissoute;

Puisque P — p contient p de substance
1 gramme contiendra P — p fois moins
Soit

P
P— p

�!

— 34 —

et 100 grammes 100 lois plus
Soit

p X 100
P-P

Le coefficient de solubilité à la température t° sera doue
représenté par la formule
p X 100
P—p

En opérant d’après ces données nous avons trouvé les
nombres suivants :
100 gr. d’alcool à 90° dissolvant.......
100 gr. de sulfure de carbone.......
100 gr. de chloroforme......................
100 gr. d’éther sulfurique................
100 gr. d’acétone......................... .
100 gr. de benzol...............................
100 gr. d’alcool amylique..................
100 gr. d’éther de pétrole bouillant..
100 gr. d’eau bouillante....................
100 gr. d’eau froide...........................

0 gr.
gr. 287 de iNicouline
1 gr- 122
102 gr.
gr- 850
12 gr.
gr- 402

12 gr.
gr- 120
34 gr.
gr- 067
2
0
0
0

grgrgrgr.

132
125
011
005

3. Action des réactifs.
a.
Action de l’acide sulfurique. — Lorsqu’on laisse tomber une
goutte d’acide sulfurique concentré sur une parcelle de Nicouline,
on obtient une coloration jaune-orange qui disparait au bout
de quelques heures. Si la quantité d’acide est plus considérable,
un ou deux centimètres cubes, par exemple, la teinte se modifie,
devient ponceau et subsiste beaucoup plus longtemps que la
couleur orange primitive.
Le lendemain, on constate la production d’un dépôt gélatiniforme au milieu du liquide acide. L’addition d'eau provoque
la formation d’un précipité amorphe, blanc de neige A. En

s

�— 37 filtrant et en évaporant la liqueur on obtient, après concentration
au bain-marie, un nouveau dépôt gélatiniforme, provenant de la
substance dissoute primitivement dans l'acide sulfurique. Filtrant
de nouveau pour séparer le dépôt et saturant la liqueur par du
carbonate de baryte on obtient, après séparation du sulfate, une
nouvelle solution qu’on filtre à son tour. Celle-ci laisse un résidu
de même nature que le précipité blanc primitif.
Ce précipité A paraît identique à la Nicouline en ce qui concerne
un certain nombre de ses propriétés : même coloration en
présence de l’acide sulfurique, de l'acide azotique, des mélanges
de l’acide sulfurique avec les principaux oxydants; il en diffère
seulement par sa manière d’être à l’égard du chloroforme. En
effet, la Nicouline, soluble en toutes proportions dans le chloro­
forme, se dépose, après évaporation du véhicule, sous forme de
masse amorphe, tandis que la solution du précipité A, aban­
donnée à elle-même, fournit un résidu de belles aiguilles cristal­
lines. Cette particularité tient très probablement à un phénomène
d’hydratation consécutif à l’action de l’acide.
A part ce caractère différentiel, on peut dire que la Nicouline
est dissoute par l’acide sulfurique concentré et reprécipitée de
nouveau de cette solution par de l’eau.
Lorsque l’acide sulfurique est étendu de 1/5 ou de 1/4 de
son volume d’eau, il ne colore la Nicouline que très faiblement.
Si la dilution est plus grande, c’est-à-dire dans la proportion
de 3 p. ou 2 p. d'acide pour 1 p. d’eau, on ne remarque
plus trace de coloration. Ces réactions s’accordent d’ailleurs
avec celles que nous venons de citer, à propos de l’atténuation
de la teinte orange au bout d’un certain temps, et de sa dispa­
rition complète, aussitôt que l’acide sulfurique a absorbé une
quantité d’eau équivalant au moins au 1/3 de son volume.
L’acide concentré attaque la Nicouline à chaud à la tempé­
rature du bain-marie, avec dégagement d’acide sulfureux et
destruction de la substance.

L’acide dilué à chaud n’a pas d’action sur elle. On peut
faire bouillir, pendant plusieurs heures, la Nicouline, avec de
l’acide sulfurique dilué au
ou même au ~^ô sans que
matière soit décomposée. En dissolvant préalablement la Nicouliue dans le chloroforme et ajoutant ensuite de l’acide étendu,
ou arrive au même résultat; évaporant au bain-marie le chlo­
roforme, réduisant jusqu’à uu petit volume, reprenant ensuite
par l’eau et filtrant, on constate que le liquide filtré ne ren­
ferme pas de produit de transformation ou de dédoublement, et
notamment point de glucose. Ce résultat est contraire à celui
que nous avions annoucé dans une première note présentée à
l’Académie des Sciences, où nous croyions avoir affaire à un
glucoside. A cette époque, nous n’avions pas encore préparé la
Nicouline dans un degré de pureté suffisant, de sorte que nous
attribuions la réduction de la liqueur cupro-potassique à un
phénomène de dédoublement, alors qu’elle n’est due qu’à la
présence d’une impureté.
La Nicouline n’est donc pas un glucoside parce que l’acide
sulfurique étendu ne la dédouble pas, ni à la température du
bain-marie ni à l’ébullition.
b.
Action de l’acide azotique. — L’acide ordinaire, ainsi que
l’acide fumant, colorent immédiatement la Nicouline en rouge
sang. Cette réaction peut être mise à profit dans les recherches
analytiques, et notamment dans le cas où il s’agit de retrouver la
matière dans les organes d’animaux empoisonnés.
En prolongeant l’action de l’acide ordinaire ou fumant, à la
température du bain-marie ou à l’ébullition, sans toutefois
chauffer trop vigoureusement, on obtient, à un moment donné,
un produit nitré, peu soluble dans l’eau, et de l’acide oxalique.
Ce dernier paraît être le terme final de la réaction, car il
apparaît toujours quand l’ébullition a été prolongée, et, dans ce
cas, la quantité de produit nitré est considérablement moins
forte qu’au début de l’opération.

�c. Action de l’acide chlorhydrique. — Le tableau ci-dessus
indique l’absence de phénomène de coloration au contact à
froid de l’acide chlorhydrique et de la Nicouline. A chaud, il
en est de même.
Lorsqu’on opère au bain-marie ou à l’ébullition, l’acide étant
concentré ou étendu, même au bout de plusieurs heures, il ne se
produit rien de particulier, point de produit de transformation ni
de dédoublement.
La liqueur filtrée, neutralisée, traitée par le réactif de Bareswill, ne fournit pas de précipité rouge : elle ne renferme donc pas
de glucose. Nous en concluons, comme plus haut en parlant de
l’action de l’acide sulfurique, que la Nicouline n’est pas un
glucoside.
d. Action de Vacide sulfurique en présence des oxydants. — Nous
avons indiqué dans le tableau ci-dessus les colorations qui se
produisent au contact de la Nicouline et d’un mélange d’acide avec
les oxydants les plus usuels : ce sont généralement des teintes
brunes qui se produisent et qui subsistent, plus ou moins intenses,
quand on ajoute de l’eau au mélange.
e. Action de la potasse caustique. — Au contact de la potasse
caustique à froid, la Nicouline prend une teinte jaune paille. Quand
on la fait bouillir, les cristaux se colorent plus vivement, prennent
l’aspect d’une résine fondue jaune, tandis que le liquide affecte
également la coloration jaune paille. Lorsque l’ébullition est pro­
longée pendant une heure ou deux, la masse fondue devient violacée,
mais la solution alcaline ne change pas de couleur. Dans la pensée
que la potasse aurait pu la dédoubler en glucose et en un composé
résinolde, nous avons saturé la solution alcaline par de l’acide
chlorhydrique et traité ensuite par le réactif de Bareswill. Ici
encore, comme plus haut, à propos de l’action de l’acide sulfurique
étendu bouillant, nous n’avons pas obtenu la moindre réduction.
D’où nous concluons que la Nicouline ne fournit pas de glucose au

sein de liquidesalcalius; cette substance n’estdonc pas un glucoside.
Une solution alcaline alcoolique dissout la Nicouline et devient
rouge foncé. Par suite de la concentration il se produit de nouveau
un dépôt résinoïde soluble en toutes proportions dans le chlo­
roforme, un peu moins soluble dans l’éther, l’alcool et l’acétone
et très peu dans le pétrole.
Le liquide alcoolique, étendu d’eau jusqu’à production d’un
faible louche, traité par l’acide chlorhydrique, laisse déposer des
flocons ocracés bruns, ou violacés selon la durée du contact de la
potasse avec la Nicouline. Ces produits floconneux filtrés et dessé­
chés se colorent en présence de l’acide sulfurique concentré en brun
verdâtre qui passe au ponceau et plus tard au jaune clair. Ces
phénomènes de coloration sont à peu près identiques à ceux que
fournit l’acide sulfurique en présence de la Nicouline pure.
f.
Brome. — Le brome attaque vivement la Nicouline : le
mélange s’échaude et il se dégage des torrents d’acide bromhydrique. Quand on opère en solutions chloroformiques, la
réaction est sensiblement modérée. Nous ajoutons une solution
chloroformique de brome à une solution chloroformique de
Nicouline et nous abandonnons le mélange à l’évaporation
spontanée, puis nous chauffons modérément au bain-marie ; la
masse, primitivement rouge intense, prend une teinte verdâtre;
au bout d’un certain temps et après addition d’une quan­
tité suffisante de brome, on obtient un dépôt jaune. Nous
aurons à l'examiner plus tard au point de vue de sa compo­
sition. Les essais préliminaires faits jusqu’à présent nous
semblent indiquer qu’on a affaire à un produit de substitution.
Il se distingue aisément de la Nicouline pure par la coloration
bleue intense au contact d’une goutte d’acide sulfurique. Cette
réaction peut parfaitement servir dans les recherches toxico­
logiques, ainsi que nous le verrons plus loin dans un chapitre
spécial consacré à ce sujet.

�— 40 —
4. Composition.
La Nicouline n’est pas azotée.
Pour déterminer le carbone et l’hydrogène nous opérons
sur 0 * 25 de matière. Les calculs donnent :
C =
H=
O =

65.381
6.799
27 820
100.000

d’où la formule C3H40.
Quand nous aurons à notre disposition une certaine quantité
de produits bromé et nitré dont nous avons entrevu le mode
de formation, nous établirons la formule d’une façon définitive
et nous indiquerons en même temps la fonction du composé
nouveau. — Qu’il nous suffise de dire pour le moment que
la Nicouline n’est pas un glucoside, comme nous l’avions indi­
qué antérieurement. Elle ne constitue pas une résine acide,
comme on pourrait le supposer en se basant sur les réactions
avec la potasse. Son action sur le tournesol (en solution chloro­
formique) étant absolument nulle, on doit l’envisager comme un
corps neutre. Elle est susceptible de se dissoudre dans les solu­
tions alcalines alcooliques, mais on la sépare de nouveau, abso­
lument intacte, après addition d’un acide.
II. —

E tude des a u tr e s p r in c ip e s co n st itu tifs .

évaporant jusqu’à siccité on obtient un produit mou, fusible à
la température du bain-marie. Convenablement traité par des
dissolvants appropriés, on peut en retirer de la cire et un corps
gras.
La première, soluble en partie dans l’alcool bouillant, se
précipite de nouveau à froid, sous forme de flocons blancs.
Elle fond à 65°.
Le corps gras est aisément saponifiable par la potasse aqueuse
et mieux encore par la potasse alcoolique. La solution alcaline,
décomposée par l’acide chlorhydrique, ne fournit qu’une faible
quantité de produit dont le point de fusioD correspond à celui
de l’acide stéarique, tandis que le reste n’est autre chose que de
l’acide oléique.
Il s’ensuit donc que l’éther de pétrole à chaud dissout,
indépendamment de la Nicouline, de la cire, des traces de
stéarine et de l’oléine.
B. — Matière résineuse brune.
Le produit d’extraction par l’alcool à 90°, réduit à siccité, a
l’aspect d’une masse résinoïde d’un brun sale. 11 se dissout dans
le chloroforme, l’acétone, l’éther et la potasse alcoolique. Sa
solution alcaline étendue d’eau précipite par les acides. Ce
précipité soumis à la dessiccation et repris par l’alcool à froid
se redissout en grande partie et laisse à l’état insoluble une
masse cristalline qui renferme encore de la Nicouline impure.
La solution alcoolique est presque uniquement constituée par de
la résine.

A. — Corps gras et cire.

C. — Cendres.

Après épuisement des tiges par l’éther de pétrole bouillant
il se dépose dans le ballon de l’appareil une masse cristalline
jaunâtre qui constitue, comme nous l’avons dit, la Nicouline
impure. En concentrant le liquide pétroléique qui surnage et

Le résidu fixe, après incinération de la matière, ne présente
rien de particulier. Il contient un peu de fer, de la magnésie,
de la potasse, de la soude et surtout de la chaux, le tout com­
biné à un peu d’acide phosphorique et d’acide sulfurique.

�III. —

R

echerche

to x ic o l o g iq u e .

Les réactifs indiqués plus haut : acide sulfurique concentré,
acide azotique, acide sulfurique avec divers oxydants, nous
permettent de déceler la Nicouline d’une manière très nette.
L’analyse de la substance à l’état de pureté ne présente donc
pas de difficulté. Mais quand il s’agit de la retrouver dans
des viscères, mélangés par conséquent à des matières grasses
et des tissus de toute nature, il faut employer uue méthode
spéciale, afin de l’isoler aussi bien que possible.
Le procédé opératoire de Stass ainsi que celui de Dragendorfï,
ne peuvent servir dans le cas présent, puisque la digestion
des matières avec de l’alcool à 90° ne dissoudrait la Nicouline
que dans une proportion très faible, 0.28 % environ. Il faut
donc faire usage, dès l’origine, d’un liquide capable de préci­
piter les principes albuminoïdes n’agissant que très faiblement sur
les corps gras et dissolvant au contraire la substance en questiou.
Un mélange composé de 1 p. de chloroforme et de 20 p.
d’alcool nous a paru remplir le mieux ces conditions.
Pour retrouver la Nicouline dans les organes d’animaux
empoisonnés par cette substance, nous les avons fait digérer,
après les avoir réduits préalablement en menus fragments,
avec cinq fois environ leur poids de ce mélange et maintenu
à l’étuve à 37° pendant 24 heures.
Le liquide filtré a été évaporé au bain-marie. Le résidu,
traité à chaud par un excès d’acide acétique cristallisable, a
fourni un extrait débarrassé d’une nouvelle quantité de corps
gras. Ce dernier a été épuisé par le chloroforme pur et la
solution chloroformique évaporée sur un verre de montre.
En opérant de la sorte avec le cerveau, le sang, le foie,
la rate, les reins et les poumons d’animaux intoxiqués par la
Nicouline, nous avons constamment obtenu les réactions carac­

téristiques fournies par de l’acide sulfurique concentré, seul ou
mélangé aux oxydants indiqués plus haut.
Avec les résidus chloroformiques traités par le brome ou
produit la coloration bleu violet intense, quand on opère
d’après nos indications sus mentionnées.
Grâce à l’emploi méthodique de ces divers réactifs on voit
donc que la recherche toxicologique de la Nicouline peut
s’effectuer aussi nettement et avec autant de certitude que
celle de la substance pure.
Ces résultats ne sont pas sans importance au point de vue
de l’analyse en général ; ils prouvent en outre l’absorption de
cette substance ainsi que son passage à travers l’organisme
sans altération.
Nos expériences ont porté sur un chien, un lapin, deux
cobayes, deux pigeons et plusieurs grenouilles. La Nicouline qui
avait été administrée à ces divers animaux, par voie hypoder­
mique, a toujours pu être retrouvée sans difficulté à l’aide de
notre procédé.

�— 44 —

III. — PARTIE PHYSIOLOGIQUE.

Depuis très longtemps on sait à la Guyane que le poisson ne
peut vivre dans l'eau où l’on a agité des tiges contusées de Robinia
Nicou, et les auteurs, en mentionnant ce fait, disent que sous
l’influence du Nicou les poissons sont « enivrés » pices inebriant.
Le Robinia Nicou est surtout connu des indigènes sous le nom de
liane à enivrer.
Claude Bernard, qui a fait des expériences avec une liane
Serjania lethalis, rapportée par M. Weddell et dont les Indiens
se servent pour leurs pèches, est arrivé à conclure que le Serjania
lelbalis (dont les effets sont identiques à ceux du Nicou, si d o u s
en jugeons d’après un récit de pèche fait par MM. Weddell et
Castelnau : Voir Cl. Bernard, Leçons sur les substances toxiques et
médicamenteuses, p. 295), n’agit que par la grande quantité de
tannin qu’il renferme. « Ce tannin agit sur les branchies et les
» empêche de fonctionner, comme cela arrive pour la vase qui
» parfois, venant obstruer les branchies des poissons, peut aussi,
)) non les empoisonner, mais les tuer par un effet tout à fait
» mécanique ».
Nous voulons bien admettre avec Claude Bernard que le tannin
seul agit pour tuer ou engourdir les poissons quand on emploie
le Serjania letlialis. Il n’en est plus de même si on se sert du
Robinia Mcou qui, nous le répétons, produit des effets à peu
près identiques. L’analyse chimique y décèle, il est vrai, la
présence de tannin, mais comme la quantité est très minime, il
faut chercher ailleurs une explication rationnelle de ses effets
toxiques.
Nous croyons avoir été le premier à constater qu’une trèsfaible dose de la teinture obtenue en faisant macérer des tiges de

— 45 —
R. Nicou dans de l’alcool fort tue les poissons avec les mêmes
symptômes que le R. Nicou lui-mème et à conclure à l’existence
dans le Nicou d’un principe actif soluble dans l’alcool. Nous avons
eu la bonne fortune d’isoler ce principe et d’en déterminer les
propriétés physiques et chimiques. Il nous reste maintenant à le
faire connaître au point de vue physiologique.
Nous diviserons cette étude en trois chapitres. Dans le premier
nous ferons l’exposé de nos observations. Celles-ci seront inter­
prétées dans le second et nous montrerons dans le troisième l’ana­
logie qui existe entre la Nicouline et certains poisons connus.
Nos expériences ont été faites en France aux laboratoires de
l’Ecole supérieure de Pharmacie de Nancy, sous le contrôle de
M. le directeur Schlagdenhauffen, et à la Martinique, à l’amphi­
théâtre de l’hôpital militaire, obligeamment mis à notre disposi­
tion par M. le médecin principal Debrieu.

CHAPITRE

I.

Description des expériences sur les animaux, sur les
fermentations et sur la germination.
E x p é r ie n ce 1 .
L apin A. — Poids : i 25o gr.
2
heures i 5. — Injection dans le tissu cellulaire, en différents points
du corps, de 6o gouttes d’une solution alcoolique saturée. Ces 6o
gouttes ont été diluées dans 12 cc. d’eau distillée.
2 heures 18. — Le lapin se promène très tranquillement.

»
ff'

�— 47 —

2
heures aï. — L’animal reste immobile quelque temps, fait quelques
pas en traînant le train &lt;ie derrière et se couche sur le côté.
a heures 25. — Excité, l’animal fait le tour de l’appartement et
retombe de la même façon.
a heures 3o. — Respiration de plus en plus précipitée, l’œil peut à
peine suivre les mouvements du thorax; autant qu’on peut en juger,
la pupille est contractée, l’œil est atone.
2
heures 35. — Température rectale, 4o°5. L’animal est stupéfié, il
se laisse manipuler sans aucune défense. Frémissements, tremblements
de la queue durant 20 à 3o secondes, arrêt de ces tremblements. Respi­
ration toujours très précipitée.
2
heures 4o. — L'animal relève le train de devant, étend la patte
droite, se rejette du côté gauche et répète le mouvement inverse
(2 fois). La pupille est dilatée. Le train de derrière reste immobile et
étendu. Respiration beaucoup moins fréquente.
2
heures 45- — L ’animal est dans une résolution musculaire complète.
11 reste dans toutes les positions où on le place.
2
heures 4b. — Premières contractions presque fibrillaires dans les
muscles et dans la queue. La queue est agitée d’un petit tremblement
continuel. Respiration lente, haletante (22 dans 3o secondes). Petite
pause entre chaque mouvement respiratoire. Quelques petites secousses
peu prononcées dans les pattes de devant. On pince les pattes de
derrière, l’animal rue faiblement.
2 heures 55. — Hoquets, inspirations convulsives avec très grande
ouverture de la bouche et dilatation des narines. Pupilles dilatées.
Mouvements du cœur toujours très rapides.
3 heures. — Température rectale, 4o°. Les mouvements respiratoires
convulsifs avec très grande ouverture de la bouche continuent ;
l’animal semble déglutir de l’air. Inspirations convulsives et bruyantes.
Il s’écoule 7 à 8 secondes entre chacune de ces inspirations. Pupilles
toujours dilatées. Globe oculaire fort peu sensible.
3
heures 10. — Môme mode de respiration (six par minute). Chaque
inspiration est un véritable rôle.
3
heures 20. — Coma complet. Température rectale, 39°9 ; respi­
ration convulsive. Les intervalles respiratoires deviennent de plus
en plus longs.
3 heures 35. — Coma persiste.
3
heures 39. — On ne perçoit plus le mouvement du cœur. Arrêt
de la respiration. Mort.

E

x pé r ien c e

2.

L apin B. — Poids : i 320.

8 heures 55. — Injection en divers points du corps de i 55 gouttes
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline diluées dans 25 cc.
d’eau distillée. L’animal est fixé sur une planchette, de façon à pouvoir
enregistrer les mouvements respiratoires.
9 heures 5. — Température rectale, 38°. Respiration normale (voir
PL VIII, tracé 1).
9 heures 25. — Mouvements fibrillaires parcourant tout le tronc
(PL VIII, fig. 10).
10 heures 5. — La respiration, toujours très rapide, devient irré­
gulière. On observe parfois des arrêts assez longs (PL VIII, fig. 2).
Température rectale, 38°2.
10 heures xo. — Voir tracé respiratoire (PL VIII, fig. 3).
10 heures 44- — Résolution musculaire. Battements du cœur très
rapides. Respiration pénible. Inspiration bruyante, petite pause entre
chaque mouvement respiratoire. (PL. VIII, fig. 4)11 heures 10. — Les pauses respiratoires deviennent de plus en plus
longues (PI. VIII, fig. 5). Température rectale, 37°.
11
heures 23 ; n heures 35 ; 11 heures 4o. — Coma. Pauses respi­
ratoires de plus en plus longues (PL VIII, fig. 6. 7. 8). Température
rectale, 36°4 .
11 heures 41 — Mort. Au moment de la mort la température rectale
est 35°8 .
E x p é r ie n ce 3 .
L a p in C. — Poids : 1295 gr.
2 heures 35. — On injecte, en divers points du corps, 80 gouttes
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans i 5 cc.
d’eau distillée.
L ’animal est fixé à une planchette, de manière à pouvoir enregistrer
les mouvements respiratoires.
3 heures 5o. — Rien de particulier. Respiration normale.
4 heures 20. — Rien de particulier dans l’état général. Respiration
un peu ralentie avec grande amplitude des mouvements respiratoires
et expiratoires.

�— 48 —

— 49 —

5
heures 20. — Les mouvements respiratoires ont toujours une très
grande amplitude mais la respiration demeure régulière. Elle est un peu
ralentie.
5 heures 3o. — Absolument rien de particulier. Nous détachons
l ’animal et le remettons dans sa cage. Le lendemain l ’animal ne présen­
tait rien d’anormal. 11 fut observé pendant plusieurs semaines. Rien à
noter.
E x pé rien ce

4-

%

C o b a y e A. Poids : 2Ôo gr.
9
heures i 5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 6 gouttes d ’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 1 ce. d’eau distillée.
9
heures 20. — Contractions musculaires dans les quatre membres.
L’animal pousse de petits cris. Frémissements fibrillairés courant sur
tout le corps.
9
heures 22. — Résolution musculaire, l’animal reste couché sur le
flanc.
9 heures 20. — Respiration pénible avec tendance au ralentissement.
9
heures 28. — L’animal est toujours sur le flanc, coma. Respiration
très ralentie, secousses tétaniques dans les membres inférieurs.
9
heures 3o. — Coma profond. L’animal ne donne aucun signe de
sensibilité, 3 ou 4 mouvements respiratoires par minute.
9 heures 34- — Mort.
E x p é r ie n ce 5 .
C o b a y e B. Poids : 3yo grammes.
8 heures 20. — Le tissu cellulaire de la paroi abdominale reçoit
par injection 6 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
8 heures 23. — Contractions musculaires. Cris.
8 heures 24. — Respiration pénible avec tendance au ralentissement.
Contractions.
8 heures 20. — Respiration très ralentie. Râles. Résolution mus­
culaire.
8 heures 3o. — Mort.

E x pé r ie n ce 6 .
C o b a y e C. — Poids : 352 gr.

Injections dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale et sur la
peau du dos.
i° A 5 heures. — 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluée dans 2 cc. d’eau distillée.
2UA 5 heures 3o. — 5 gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
3° A 6 heures. — 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée. Aussitôt après la pre­
mière injection l’animal fut disposé sur une planchette et ses mouve­
ments enregistrés.
5 heures 3o. — Rien de particulier 11e survenant dans son état
général et la respiration demeurant normale, nous lui faisons une seconde
injection.
6 heures. — Après la troisième injection, l’animal est observé jus­
qu’à y heures 3o. Rien de particulier. On le remet dans sa cage. Le
lendemain nous notons une lorte induration aux points d'injection.
Cette induration disparait au bout de quelques semaines pendant les­
quelles nous ne constatons rien d’anormal.
E x p é r ie n ce y.
C o b a y e D. Poids : 226 grammes.
Injections dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de 8
gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans
2 cc. d’eau distillée.
L ’animal est fixé sur une planchette de façon à pouvoir enregistrer
les mouvements respiratoires.
8 heures i 5. — Rien de particulier: Respiration normale. Mouve­
ments du cœur très rapides. Température rectale, 38° y.
9 heures. — Respiration normale (Pl.V I,fig. 1). Température, 38°7.
10
heures. — Rien de particulier, l’animal est détaché et mis en
observation sous une cloche tabulée.
10
heures i 5. — L’animal devient subitement inquiet. Frémissements
fibrillairés sur tout le corps. Contractions musculaires accompagnées
de cris plaintifs. Nous nous empressons de fixer l’animal pour enre-

/

�— 50 gistrer les mouvements du thorax pendant l’expiration et l’inspiration.
10 heures a5. — Tracé respiratoire (PL VI, tig. 3).
io
heures 3o. — Convulsions. Inspiration bruyante, expiration
muette (PI. VI, lig. 4)10
heures 35. — Contractions tétaniques. Tracé respiratoire (Pl. VI,
fig. 5).
10 heures 45. — Tracé respiratoire (PL VI, lig. G).
11 heures 5. — Tracé respiratoire (Pl. VII, tig. 7). Respiration très
pénible, saccadée. Chaque inspiration est un véritable râle. Contrac­
tions musculaires très fréquentes. Résolution générale. L ’animal est
détaché et demeure inerte sur la table.
11 heures 5. — Tracé respiratoire (Pl. VII, lig. 8).
11 heures 20. — Tracé respiratoire (Pl. VII, tig. 9).
11 heures 52. — Tracé respiratoire (Pl. VII, lig. 10).
Midi 23. — Tracé respiratoire (Pl. VII, tig. 11).
3 heures 3o. — Tracé respiratoire (Pl. VII, lig. 12).
3 heures 5o. — Température rectale 210. Résolution musculaire
complète. Les contractions musculaires se font de plus en plus rares.
On peut quelquefois les provoquer en pinçant l’animal.
4 heures 5. — Température rectale, 20°8.
4 heures i 5. — Température rectale, 20°G.
4 heures 40. — Température rectale, 2O04.
5 heures i 5. — Température rectale, 20° (Cette température de 20° a
été constatée par M. le professeur Held).
5 heures 45. — Température rectale, I9°8 (La température ambiante
est i 8°2). Tracé respiratoire (voir Pl. VII, fig. i 3).
6 heures. — Température rectale I9n6. L’animal n’est sensible à
aucune réaction. Une inspiration par minute, quand on touche le cobaye
on éprouve une impression de froid.
8 heures. — Pas de changement appréciable dans l’état général.
L ’animal est abandonné et le lendemain, à 7 heures 20, nous le trouvons
mort et raide.
E x pé r ie n ce 8.
C o b a y e . — Poids : 220 grammes.

4

heures 20. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 1/2 cc. d’une solution saturée de Nicouline dans l’éther.
4
heures 23. — Signes d’inquiétude. L ’animal pousse de petits cris.
Respiration précipitée.

'*■•

4
heures 25. — L’animal est agité. Les poils se hérissent ; il se
ramasse en boule.
4
heures 3o. — Mêmes symptômes. L’animal s’affaisse. Respiration
très précipitée.
4 heures 40. — Mêmes symptômes.
4 heures 5o. — L’animal est plus calme. 11 mange des débris de
carotte.
5 heures 3o. — L ’animal semble tout à fait remis. Nous l’observons
jusqu’à six heures et ne remarquons rien de particulier.
6 heures. — Etat normal qui persiste le lendemain et les jours
suivants.
E x pé r ie n ce 9.
C o b a y e . — Poids : 3 io gram m es.

2
heures i 5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 25 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline.
2
heures 20. — L’animal fait sa toilette et se gratte à l’endroit de
l’injection.
2
heures 25. — Respiration précipitée. Battements du cœur impos­
sibles à compter au tact.
2 heures 35. — Rien de particulier.
2 heures 40 — L’animal se ramasse en boule, contractions fibrillaires courant sur tout le corps.
3 heures 20. — Respiration très irrégulière, tantôt normale, tantôt
précipitée.
5 heures. — Etat normal.
5
heures 3o. — L’état normal persistant, l’animal est remis dans
sa cage. Il semble tout joyeux de se retrouver avec ses compagnons;
il se mêle à eux en poussant de petits grognements. Rien de particulier
le lendemain et les jours suivants.
E x p é r ie n ce 10.
P e t it e s o u r is . — Poids 14 gr. 5o.
2
heures 6. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 2 goultes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 1 cc. d’eau distillée.
2 heures 8. — Contraction des membres intérieurs.
2 heures 9. — Les contractions se généralisent.
2 heures 20. — Respiration pénible. Râles. Contractions. Mort.

�— 53 E x périen c e

ii

.

E x pé r ie n ce i 3.

P etite so u r is . — Poids : 12 gram m es.

R a t . — Poids : 177 gr.

5

3 heures 28. — On injecte dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­

heures 3o. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi «abdo­
minale de 1 goutte de solution alcoolique saturée de Nicouline, diluée
dans 1 cc. d’eau distillée.
5
heures 41- — L’animal qui, jusqu’alors, s’était tenu tranquille,
semble inquiet.
5 heures 45. — Frissons lîbrillaires en différents points du corps.
5 heures 5o. — Contractions dans les membres postérieurs. Les
contractions se généralisent. Respiration pénible. Râles.
5 heures 53. — Respiration très ralentie. Résolution musculaire.
5 heures 55. — Mort.
E x p é r ie n ce 12.
R a t . — Poids : 210 grammes.

3

heures 14. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 12 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 3 cc. d'eau distillée. Placé sous une cloche de verre
lubulée ranimai reste immobile. Mouvements respiratoires précipités.
3 heures 25. — Œ il terne. Mouvements respiratoires très précipités.
3
heures 28. — L ’animal se dresse, s’étend, chancelle. Mouvements
mal assurés.
3 heures 40. — Quand on le force à se déplacer, l’animal chancelle. Il
étend la tête et le cou sur le sol, on lui pince la queue et c’est à peine
s’il y a de la sensibilité.
4 heures 5. — Secousses tétaniques continuelles dans les quatre
membres. Les secousses paraissent se succéder rapidement de l’extré­
mité à la racine du membre. Elles sont suivies de raideurs très passa­
gères .
4 heures 1 1 . — La respiration se ralentit; le rat ne semble plus
respirer par les narines. Mouvements convulsifs de la mâchoire infé­
rieure. Inspiration bruyante. Battements du cœur moins rapides.
Résolution musculaire complète.
4 heures 24. — Température rectale, 38°. Secousses tétaniques cou­
rant sur les parois abdominales et thoraciques.
5 heures 17. — Température rectale, 37°8. L ’animal est abandonné
sous une cloche tubulée. A 6 heures 1/2 nous le trouvons mort et raide.

minale 6 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 25. — Le rat semble affecté. Il s’affaisse sur le train de
derrière, il va à reculons.
4 heures 3o. — Immobilité. Stupeur. L’animal ne cherche pas à
mordre. On peut le toucher, lui manier la tète, il ne cherche pas non
plus à fuir. Il s’affaisse sur la table.
5 heures i 5 . — Mouvements fibrillaires parcourant tout le corps.
Contractions brusques des membres inférieurs. Emission d’urine.
5 heures 5o. — Contractions tétaniques, raideur des membres.
6 heures 10. — Respiration diflicile. Inspiration bruyante et sacca­
dée. L’animal est abandonné en liberté jusqu’à minuit et demi.
Minuit 1/2. — L ’animal est resté en place. Résolution musculaire
complète. Respiration très pénible. Râles. Contractions musculaires
que l’on peut provoquer par des pincements. Le rat est mort dans la nuit.
E x p é r ie n ce

14.

35o grammes.
heures i 5 . — Le tissu cellulaire de la paroi abdominale reçoit par
injection 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4
heures 45. — Résolution musculaire. Le rat, mis en liberté, ne cher­
che pas à s’échapper. Il demeure sans défense : on peut le manier
impunément.
4 heures 47- — Contractions dans les membres inférieurs.
4 heures 57. — Respiration pénible. Râles.
5 heures. — Emission abondante d’urine.
5 heures 25. — Mort.
R a t . — Poids :

4

E x pé r ie n ce i 5 .
R a t . — Poids : 223 gr. 5o.

6 heures 20. — Huit gouttes d’une solution alcoolique saturée de
Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée, sont injectées dans le tissu
cellulaire de la paroi abdominale.

�— 54 —

6 heures 5o. — Contractions musculaires d’abord dans les membres
postérieurs, ensuite dans les membres antérieurs.
7 heures 2. — Résolution musculaire complète. On peul manier
impunément l'animal et le mettre dans toutes les positions. Respira­
tions pénibles. Râles.
7 heures 29. — Contractions tétaniques, raideurs des membres.
7 heures 3o. — Mort.
E x pé rien ce 16.

5o.
4 heures 23. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 4 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
R a t . — Poids : 101 gr.

diluées dans 1 cc. d’eau distillée.
5 heures 40. — Résolution musculaire généralisée. Mis en liberté, le
rat ne cherche pas à fuir : on peul le manier impunément.
5 heures 45. — L ’animal semble se réveiller de sa stupeur. 11 veut
s’échapper, mais ses membres ne lui obéissent plus ; il chancelle à
droite et à gauche sans pouvoir avancer.
6 heures. — Mouvements fibrillaires qui se généralisent. Les poils
se hérissent, raideur peu persistante des membres inférieurs. Respi­
ration normale. Battements du cœur précipités. L ’animal est abandonné
jusqu’à 9 h. i 5.
9 heures i 5. — Respiration ralentie et bruyante. Résolution muscu­
laire complète. On peut manier impunément l’animal ; le mettre sur le
dos, sur le flanc, etc.
11
heures 3o. — Contractions, raideur tétanique. — Respiration très
ralentie. — Râles.
Minuit. — Môme état.
4 heures 20. — Nous trouvons l’animal mort et raide.
E x p é r ie n ce 17.

—

est inerte, se laisse manier et ne manifeste sa vitalité que par une
respiration bruyante, saccadée et très ralentie.
1 heure 25. — Contractions musculaires.
1 heure 26. — Coma profond.
1 heure 34- — Mort.
E x pé r ie n ce 18.
R a t . — Poids : 120 grammes.
7 heures 45. — Injection sous la peau du dos de 4 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 1 ce. d’eau
distillée.
8 heures i 5. — L’animal semble affecté.
8
heures 16. — Résolution musculaire. L’animal se couche sur le
flanc et urine abondamment.
8 heures 17. — Mouvements brusques de la tète.Convulsions.
8 heures 18. — Contractions desmembres.Respiration
pénible.
Hoquets.
8 heures 20. — Contractions brusques des membres. L ’animal fait
de petits bonds sur place. Râles.
8 heures 25. — Résolution générale. Contractions. Râles. Les
intervalles respiratoires deviennent de plus en plus longs.
8 heures 40.— Môme état.
8 heures 47-— Mort.

E x p é r ie n ce 19.

— Poids : I i 5 gram m es.
heures 20. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 5 gouttes d’une solution alcoolique dans 1 cc. d’eau.
L’animal est placé dans une cloche tubulée. Nous sommes obligés
de nous absenter; à notre retour (5 heures i 5), nous le trouvons mort.
R

at.

3

R a t . — Poids : 77 gram m es.

1
heure 3. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdomi­
nale de 3 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 2 cc. d’eau distillée.
1 heure 5 ; 1 heure 10 ; 1 heure i 5. — Rien de particulier.
1 heure 18. — Résolution musculaire survient brusquement. L’animal

55 -

E x p é r ie n ce 20.

— Poids : 168 grammes.
heures 10. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi a dominale de 5 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées
dans 1 cc. d’eau distillée.
R

3

at.

�3 heures 20 ; 3 heures 4o ; 4 heures. — Rien de particulier.
4 heures 2 0 . — L’animal devient inquiet.
4
heures 25. — Mouvements librillaires parcourant le tronc et prin­
cipalement les régions thoracique et abdominale.
4
heures 3i. — Résolution musculaire. Mis en liberté, l’animal ne
cherche pas à fuir. 11 se laisse manier sans défense.
4 heures 35. — Respiration pénible et ralentie.
5 heures 35. — Mort.
E x périen ce 21.
R a t . — Poids : 35o grammes.
4 heures i5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdo­
minale de 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline,
diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 45. — Résolution musculaire. Le rat est mis en liberté, il ne
cherche pas à fuir. On peut le manier impunément
4 heures 47- — Contractions dans les membres inférieurs.
4 heures 5?. — Respiration pénible. Râles.
5 heures. — Contractions. Emission d’urine.
5 heures 25. — Mort.

E x pé rien ce 22.
R a t . — Poids : 2 2 7 grammes.
Midi 23. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale
de 4o gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline. Nous injec­
tons d’abord les 4o gouttes, puis i5 à 20 gouttes d’alcool à 90 ° qui ont
servi à laver la seringue.
1 heure; 2 heures; 3 heures; 4 heures. — Rien de particulier.
L’animal est abandonné jusqu’à 9 heures 3o.
9
heures 3o. — Le rat semble stupéfié. Il ne cherche pas à fuir quand
on soulève la cloche tubulée sous laquelle il se trouve.
9 heures 4o- — Mouvements librillaires courant sur le tronc.
9
heures 4 2- — La respiration, jusque-là normale, devient brus­
quement pénible. Râles.
9 heures 43. — Contractions tétaniques ; raideur des membres,
9 heures 45. — Mort,

E xpérien ce 23.
R at p réab lem cn l fixé sur une planchette.

heures 2 0 . — Nous introduisons sous la peau du dos de l’animal un
centigramme environ de Nicouline en cristaux. La peau est soigneu­
sement recousue, et le rat, détaché, est placé sous une cloche tubulée.
L’observation dure trois jours. Rien de particulier à noter dans
l’état général. L’urine est recueillie tous les soirs. Mise à évaporer elle
laisse un résidu abondant donnant avec l’acide sulfurique concentré
une coloration d’un brun marron très foncé.
L’urine d’un rat normal laisse également un résidu abondant, mais
qui se teinte à peine en jaune brun par l’acide sulfurique.
7

1/2

E x périen ce 24.
R a t . — 6 heures 20 du matin. — Nous introduisons dans le rectum
d’un rat, préalablement fixé sur une planchette, un 1/2 centigramme
environ de cristaux de Nicouline.
Le rat reste attaché toute la journée et toute la nuit. 11 est délivré le
lendemain à 8 heures 2 0 . Pendant cette longue période, l’animal, qui a
été observé à différentes reprises, n’a manifesté aucun symptôme
d’intoxication. Nous nous sommes assurés que le poison n’a pas été
expulsé pendant la durée de l’expérience.

E x périen ce 25.
. — Poids : 2 i 5 grammes.
heures 3o. — A différentes reprises on injecte dans le rectum
d’un rat, fixé sur une planchette, du mélange suivant : sol. alcoolique
saturée de Nicouline, 20 gouttes ; eau, 100 gr. L’animal rend d’abord
une partie du liquide. O 11 répète l’injection qui est renouvelée chaque
fois qu’il est nécessaire.
11 heures 2 ,0 . — Mouvements librillaires en divers points du corps.
11 heures 3o. — Contractions des membres inférieurs.
1 1 heures 4o. — Respiration pénible. — Râles.
Midi. — L ’animal est détaché. — Résolution musculaire complète. —
L’animal ne réagit plus quand on l’excite. — Respiration très ralentie.
R

at

jo

�59 Nous plaçons l’animal sous une cloche tubulée et nous l’abandonnons
jusqu’à i heure 2 0 .
i
heure 25. — Nous trouvons l’animal mort. Le cadavre est encore
chaud. — Pas de raideur.

heures
»
»
»
heures
»
»
»
»
»

E x périen ce 26.
R a t . — Poids : 180 grammes.
Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de 25 gouttes
d'une solution alcoolique saturée de Nicouline.
Minuit 1 0 . — L ’animal est libre sous une cloche tubulée. Il semble
stupéfié. — Respiration normale.
Le lendemain, 7 heures du matin. — Respiration normale. Hébétude.
Midi. — Môme état. Pas de convulsions; quand on soulève la
cloche l’animal cherche à luir.
10
heures 45 (soir). — L’animal semble un peu remis. Il mange des
débris de fromage.
Le surlendemain, 7 heures 10 (matin). — L’animal a mangé pendant
la nuit. 11 ne présente rien d’anormal.
4 heures 2 0 . — Ne remarquant rien de particulier, nous mettons le
rat dans une grande cage avec d’autres rats. 11 se môle à eux, et rien
ne le distingue de ses compagnons.
Rien à noter les jours suivants.

E x pé r ie n ce 27.

4 heures 3o. — 39*5
4 heures 4 0 . — 3ç)°5

A 4 heures 4o. — Injection en divers points de quinze gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 3 cc. 1/2 d’eau
distillée.

8

heures 25. — 34’

Le lendemain :
G h. du matin.
7 heures
10 heures 1 2 .
1 heure 3o.
»
»
454 heures 1 0 .
»
»
25.

—
—
—
—
—
—
—

28°5
28 ’
29*8

32*8
35°
35e
35°

L’animal est fixé sur une planchette. On lui introduit un thermo­
mètre dans le rectum. L’instrument plonge jusqu’au degré 1 4 , il est
maintenu jusqu’à la fin de l’expérience.
9

heures

»
»

9 heures 2 2 . - - 3904 -- 38*5.
» 3o. - - 3904 .
i5. -- 39°2.
))
32. --39°4.
1 8 . -- 39°3.
(Voir Planche X, lig. 4)10 .

9 heures 34.— Injection en différents points sur lecorpsde 1
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 3
distillée.

R a t . — Poids : 180 grammes.

4 heures 5. — 39#5
4 heures 1 0 . — 39*5

38°5
38°
37«5
37“
36*8
36°5
36°
35°9
35*9
35-9

E x p é r ie n ce 28.

9

L’animal est fixé sur une planchette. On lui introduit un thermomètre
dans le rectum. L’instrument plonge jusqu’au degré 1 4 , il est maintenu
jusqu’à la fin de l’expérience.

5. —
—
4o. —
5o. —
5. —
8. —
20. 25. —
3o. —
20.

10

heures 45. — 39*4.
» 55. -39*4heures 2 . — 39°3.
»
7- — 3 9 *2 .
»
8 . — 39*1.
»
1 0 . — 39°».
»
1 2 . -38*9»
1 4 . — 38°8.
»
1 6 . — 38°7.
»
1 8 . — 386.
»
2 0 . — 38°5.
2 2 . — 38°3.
»
»
23. — 38*2.

10

heures
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»

- 38°i.
25. - 38*».
2 6 . — 3708 .
2 8 . — 3 7 *7 .
3i. — 37°6.
33. — 37*5.
35. — 37‘4.
3 7 . — 37&lt;&gt;3.
3 9 . — 3702 .
4 1 . — 37°i .
43. — 3 7 ».
49- — 3G°8.
55. — 36*7.

24.

�— 61 —
11

heures.
»
»

»
»
»

»
»

— 3607— 36°6.
7- — 36*5.
1 1 . — 36*4.
1 6 . — 36-3.
2 0 . — 36°2.
25. — 36„.
3o. — 35°92.

heures 3i. — 35°8.
»
35. — 35*7.
»
5o. — 35»3.
»
54. — 35&lt;&gt;2.
»
58. — 35°.
Midi
25. — 33°6.
4 heures 2 7 . - 2 7 ^.
11

L’animal est abandonné, nous le retrouvons mort et raide à

E x p é r ie n ce 3o .
R a t fixé sur une planchette a v ec un therm om ètre dans le rectum,
com m e ci-d essu s.
2 heures 5o. — 4I#5.
3 heures 4- — 4l 05Injection sous la peau du dos de 10 gouttes d’une solution alcoolique
saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
8

h. 25.

E x pé r ie n ce 29.
R a t . — Poids : 190 gr.
Fixé à une planchette avec un thermomètre dans le rectum, comme
ci-dessus.
2 heures 5o. — 4I 05'
3 heures 2 . — 4l 05-

3 heures 4- — 4 1 ’5-

heures 5. — Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale
de 10 gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans
2 cc. d’eau distillée.

3 heures
4 heures
»
5 heures
»
»

i5. — 45*6.
5 heures 4O. — 36°.
36. — 38°5.
6 heures 5. — 35".
45. — 38°.
»
3o. — 34.
5. — 3 7 °5 .
8 heures 35. — 3o°
12. —
3^°
10 heures.
— 28"5.
33. — 36°2.
Minuit 45. — 2 6 °.
(Voir Planche X, fig. 3).
L ’animal meurt dans la nuit. Le lendemain matin, à 6 heures, je le
trouve raide et froid.
E x pé r ie n ce 3 i .

3

3 h e u re s
4 h e u re s
p
»
»
»
5 h e u re s
»
»
»
»
»
»
»
»
»
»

i5 .
25.
28 .
36.
45.
55.

— 4 i°6 .
— 39°3.
— 39*2 .
— 39° i .
- 38&lt;&gt;9.
— 38*8.
— 38*6.
5. — 38,-3.
9 . — 38*2.
12 . — 38*i.
i5 . — 38°.
2 2 . — 37 *7 .
2 6 . — 37 u5 .
33. — 37°335. — 37 *2 .
39 . — 37 ° 1 .
52. — 36°7.

6 h e u re s

—
—
—
—
—
—
—
—
—
—

»
5.
»
i5 .
»
20 .
»
23.
»
3o.
»
3g.
8 h e u re s 35.
10 h e u r e s 29 .
M in u it
45.
L e le n d e m a in .
6 h e u r e s 3o. —
7 h eu res
—
8 h e u r e s i5 . —
1 h e u re 45- —
1 h e u re 5o. —

(Voir Planche X, fig. 1 )

36*5.
36°3.
36°.
35°8.
35 *7 .
35°435°2.
3i°.
29 , 2 .
2 7 °2 .
23°5.
23*2.
24°43i°3.
3i°3. (M o rt).

R a t fixé sur une planchette a vec un therm om ètre dans le rectum ,
com m e ci-dessus.

heures 5o. — 4°*3 heures 4 - — 4°°3 heures 2. — 4°**
Injection sous la peau du dos de dix gouttes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
2

4 heures 36. — 38°.
»
45. — 3 7 *9 .
5 heures 5. — 3 7 °7 .
»
1 2 . — 3 7 “5 .
»
2 0 . — 3 7 °.
6 heures 3. — 36°.
»
5. — 36°.
»
4o. — 35°.
8 heures 35. — 3i°.
10 heures.
— 2908 .
Minuit 45. — 28 *.
Le lendemain.

heures 3o. — 28 °8 .
heures i5. — 28 *5 .
1 heure 4°- — 3o*8.
3 heures
— 3i °i .
4 heures 25. — 3i*5.
6 heures 3o. — 29 °2 .
7 heures 25. — 28 *.
7
»
38. — 28 °.
7
»
4 °. — 28 *.
7
»
45. — 28 ".
7
»
49. — 28 *.
7
»
5o. — 28 *.

6

8

(Voir Planche X, fig. 2 ).

�— 62 —
\

Résolution musculaire complète. L’animal ne réagit pas aux excita­
tions. On éprouve en le touchant une expression de froid. La tempéra­
ture extérieure est 2 1 ° à 7 heures 49 &gt; après une série de secousses
musculaires la respiration cesse. Les mouvements du cœur persistent
encore pendant plus d’une minute.
E x périen ce

32.

R a t . — 2 heures 5o. — 38°8.
Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de 10
gouttes de solution alcoolique saturée de Nicouline dans 2 cc. d’eau
distillée.

3 heures

2 1.

— 3 7 *8 .
2 6 . — 37°43o. — 3 7 0 1 .
36. — 36J8.
4o. — 36*5.

3 heures 45. — 36° 1 .
3 »
55. — 35°2.
4 heures 4- — 3 5 *2 .
4 »
2 0 . — 35°5.

L'animal est abandonné à 6 heures 3o, nous le trouvons mort et froid.
E x pé r ie n ce 33.
C h ie n A. — Poids : 10 kilos 4 0 0 .

heures 2 0 . — Injection dans divers points du corps de 3o cc. d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans eau distillée. Q. S.
8 heures 55. — Respiration normale (voir PI. IX, fig. A.)
9 heures 3o. — Salivation très abondante. — Pupille dilatée.
10 heures. — La respiration s’accélère, devient saccadée avec expi­
ration soufflée avec force.
10 heures 25. — A la fin de l’expiration, mouvements convulsifs bien
marqués et arrêts plus ou moins longs (voir PI. IX, fig. B.)
Cet arrêt expiratoire est le résultat classique de la section des pneu­
mogastriques à l’état normal.
11 heures. — La respiration devient plus forte, moins ralentie, légère
pause expiratoire. L’expiration se termine par quelques tremblements
musculaires ; l’animal salive toujours très abondamment, pupille
dilatée.
2 heures 1 0 . — Nausées, l’animal vomit un mucus blanc jaune.
8

3 heures. — Les vomissements se répètent fréquemment. L’animal
ne peut se tenir sur ses pattes.

4 heures 20 . — Le chien marche en titubant, mais il ne peut garder
longtemps son équilibre. 11 se couche. — Vomissement de matières
muqueuses.
G heures. — Même état.
L’animal n’a pu être observé le lendemain. — Il est mort la nuit
suivante.
E x p é r ie n ce 34.
P igeon A. — Poids : 320 gr.
1 heure 4- — Injection dans les pectoraux de 20 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
f heure 6 . — Le pigeon vole en liberté dans l’appartement.
1 heure 8 . — L ’animal cherche les coins. 11 se ramasse en boule, les
plumes dressées, il vomit quelques grains de maïs.
1 heure i3. — Nouveaux vomissements.
I heure 1 6 . — L’animal marche en avant et fait une culbute
complète.
II se relève, se remet d’aplomb et retombe sur le côté en se débat­
tant. Battements convulsifs des ailes, puis raideur tétanique. Pupille
normale. On ne perçoit pas les battements du cœur au toucher; à
l’oreille on les entend très-faibles et très-précipités.
1 heure 1 8 . — Résolution musculaire complète. Respiration à inter­
valles de deux ou trois secondes et inspiration bruyante, sorte de rôle
trachéal.
1 heure 2 1 . — L’animal ne donne presque pas signe de vie. Quelques
contractions saccadées dans les muscles du cou. Yeux fermés par la
membrane clignotante. Les pattes s’étendent et deviennent raides.
1 heure 2 6 . — Deux ou trois inspirations plus bruyantes.
1 heure 2 7 . — Mort.

E x pé r ie n ce 35.
P ig eo n B. — Poids : 36o g r.
1 heure 3o. — Injection dans le pectoral droit de cinq gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluée dans un cc. d’eau
distillée.

�— 65 —

i heure 35. — Le pigeon qui. jusque-là, n'a pas paru affecté, cherche
les coins et se ruet en boule.
i heure 4o. — L’animal se réveille un peu, se gratte les plumes et se
remet en boule, les plumes hérissées.
i heure 4 1 . — Vomissements de grains de mais; évacuations alvincs.
i heure 4?■ — Nouveaux vomissements.
i heure 48. — ElTorts pour vomir. L ’animal rend des grains de
maïs et un mucus verdâtre.
i heure 5o. — Vomissements. Dans les elTorls qu’il fait pour vomir,
l’animal secoue les ailes, dresse les plumes, etc.
i heure 5o. — Le pigeon recherche les coins obscurs. Abandonné à
lui-même, il se remet et le lendemain à onze heures il semble rétabli.
Il vole dans l’appartement, mange des grains de maïs qu’on lui jette.
On a du mal à le prendre.
ii heures 3o. — Injection dans les pectoraux d’une solution alcoo­
lique saturée de Nicouline, diluée dans 2 cc. d’eau distillée.
ii heures 4o. — Vomissements de grains de maïs.
Midi. — L’animal recherche les coins obscurs.
Midi 5. — Il chancelle, tombe la tête en avant; mouvements de
balancement d’avant en arrière, sorte de titubation.
Midi io. — L ’animal ne peut plus se tenir en équilibre. Respiration
bruyante avec ouverture du bec. Pupille normale.
Midi 1 4 . — Respiration de plus en plus pénible et ralentie. Résolu­
tion musculaire. Le pigeon reste dans toutes les positions où on le
place.
Midi 2 o. — Mort.
E x p é r ie n ce 36.
P ig e o n C. — Poids : 266 grammes.
3 heures 2 2 . — Injection dans les pectoraux de 18 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
3 heures 2 0 . — L’animal semble affecté. Il l’ait des efforts infructueux
pour vomir.
3 heures 2 8 . — Respiration pénible et ralentie (PL IX, fîg. 2 ).
3 heures 34- — (PL IX, fig. 3.) Tracé respiratoire.
3 heures 38. — Résolution musculaire. Respiration bruyante, très
ralentie. (Voir tracé respiratoire, pl. IX, fig. L\).
3 heures 4 0 . — Mort. La mort survient pendant une crampe convul­
sive à la fin de l’expiration. (Pl. IX, fig. 5.)

E x pé r ie n ce 3?.
P igeon D. — Poids, 3i6 gr.
4 heures. — Injection dans les pectoraux de 8 gouttes d’une solution
alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 1 0 . — Efforts pour vomir.
4 heures iG. — Respiration plus profonde et légèrement ralentie
(Pl. IX, fig. 2 ).
4 heures 2 0 . — Nouveaux efforts pour vomir. L’animal se débat.
5 heures i5. — Inspiration bruyante avec ouverture du bec. (Voir
tracé, pl. IX, fig. 3).
5 heures 38. — Respiration très ralentie et pénible. (Voir pl. IX, fig. 4).
5 heures 3o. — Mort. La mort survient comme ci-dessus pendant
une crampe à la fin de l’expiration. (Voir pl. IV, fig. 5).
E x p é r ie n c e 38.
G r en o u ille A. — Poids, 42 gr.

L’animal est placé dans un flacon renfermant 20 0 cc. d ’eau ayant
bouilli sur des cristaux de Nicouline. Le liquide, parfaitement limpide
à l’ébullition, se trouble par refroidissement. C’est dans ce liquide
légèrement opalescent que nous mettons la grenouille à 8 heures 20 du
matin.
10 heures. \
Midi.
s Rien de particulier.
3 heures. )

5 heures 2 0 . — L ’animal semble affecté. Il se laisse prendre facile­
ment. On peut le placer sur le dos et il reste quelques instants dans
cette position. Contractions tétaniques (PL XI, fig. 1 ) ; la raideur des
membres ne dure que peu de temps.
7 heures. — Mêmes symptômes.
Le lendemain mutin, à 8 heures 2 0 , nous trouvons l’animal mort ; le
cadavre est mou et fiasque.
E x pé rien ce 39.
G r en o u ille B. — Injection sous la peau des cuisses de six gouttes

�— 63 —
Résolution musculaire complète. L’animal ne réagit pas aux excita­
tions. On éprouve en le touchant une expression de froid. La tempéra­
ture extérieure est ai» à 7 heures 4 9 5 après une série de secousses
musculaires la respiration cesse. Les mouvements du cœur persistent
encore pendant plus d'une minute.
E x périen ce

3a.

R a t . — 2 heures 5o. — 38°S.
Injection dans le tissu cellulaire de la paroi abdominale de io
gouttes de solution alcoolique saturée de Nicouline dans 2 ce. d’eau
distillée.

3 heures ai.
3
» 26.
3
» 3o.
3
» 36.
3
» 40.

— 3 7 °8 .
—
— 3j ° i .
— 36°8.
— 36#5.

3 heures 45. — 36°i.
3 »
55. — 350a.
4 heures 4- — 3 5 °2 .
4 »
2 0 . — 35°5.

L'animal est abandonné à 6 heures 3o, nous le trouvons mort et froid.
E x pé r ie n ce 33.

A. — Poids : 10 kilos 40 0 .
heures 2 0 . — Injection dans divers points du corps de 3o cc. d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans eau distillée. Q. S.
8 heures 55. — Respiration normale (voir PL IX, fig. A.)
9 heures 3o. — Salivation très abondante. — Pupille dilatée.
10 heures. — La respiration s’accélère, devient saccadée avec expi­
ration soufflée avec force.
10 heures 25. — A la fin de l’expiration, mouvements convulsifs bien
marqués et arrêts plus ou moins longs (voir PI. IX, fig. B.)
Cet arrêt expiratoire est le résultat classique de la section des pneu­
mogastriques à l’état normal.
11 heures. — La respiration devient plus forte, moins ralentie, légère
pause expiratoire. L’expiration se termine par quelques tremblements
musculaires ; l'animal salive toujours très abondamment, pupille
dilatée.
2 heures i5. — Nausées, l’animal vomit un mucus blanc jaune.
C h ie n

8

3 heures. — Les vomissements se répètent fréquemment. L ’animal
ne peut se tenir sur ses pattes.
4 heures 2 0 . — Le chien marche en titubant, mais il ne peut garder
longtemps son équilibre. 11 se couche. — Vomissement de matières
muqueuses.
6 heures. — Même état.
L’animal n’a pu être observé le lendemain. — Il est mort la nuit
suivante.
E x p é r ie n ce 34P igeon A. — Poids : 320 gr.
1 heure 4 - — Injection dans les pectoraux de 20 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
1 heure 6 . — Le pigeon vole en liberté dans l’appartement.
1 heure 8 . — L ’animal cherche les coins. 11 se ramasse en boule, les
plumes dressées, il vomit quelques grains de maïs.
1 heure i3. — Nouveaux vomissements.
I heure 1 6 . — L ’animal marche en avant et fait une culbute
complète.
II se relève, se remet d’aplomb et retombe sur le côté en se débat­
tant. Battements convulsifs des ailes, puis raideur tétanique. Pupille
normale. On ne perçoit pas les battements du cœur au toucher ; à
l’oreille on les entend très-faibles et très-précipités.
1 heure 1 8 . — Résolution musculaire complète. Respiration à inter­
valles de deux ou trois secondes et inspiration bruyante, sorte de râle
trachéal.
1 heure 2 1 . — L’animal ne donne presque pas signe de vie. Quelques
contractions saccadées dans les muscles du cou. Yeux fermés par la
membrane clignotante. Les pattes s’étendent et deviennent raides.
1 heure 2 6 . — Deux ou trois inspirations plus bruyantes.
1 heure 2 7 . — Mort.

E x pé r ie n ce 35.
P igeon B. — Poids : 36o gr.
1 heure 3o. — Injection dans le pectoral droit de cinq gouttes &lt;1 une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluée dans un cc. d’eau
distillée.

�i heure 35. — Le pigeon qui, jusque-là, n’a pas paru affecté, cherche
les coins et se inet en boule.
i heure 4o. — L’animal se réveille un peu, se gratte les plumes et se
remet en boule, les plumes hérissées.
i heure 4i&gt; — Vomissements de grains de mais; évacuations alvines.
i heure 4;- — Nouveaux vomissements.
i heure 48. — ElTorts pour vomir. L ’animal rend des grains de
mais et un mucus verdâtre.
i heure oo. — Vomissements. Dans les efforts qu'il fait pour vomir,
l’animal secoue les ailes, dresse les plumes, etc.
i heure 5o. — Le pigeon recherche les coins obscurs. Abandonné à
lui-même, il se remet et le lendemain à onze heures il semble rétabli.
Il vole dans l’appartement, mange des grains de maïs qu’on lui jette.
On a du mal à le prendre.
ii heures 3o. — Injection dans les pectoraux d’une solution alcoo­
lique saturée de Nicouline, diluée dans 2 cc. d’eau distillée.
11 heures 4o. — Vomissements de grains de maïs.
Midi. — L’animal recherche les coins obscurs.
Midi 5. — Il chancelle, tombe la tête en avant ; mouvements de
balancement d’avant en arrière, sorte de titubation.
Midi 1 0 . — L ’animal ne peut plus se tenir en équilibre. Respiration
bruyante avec ouverture du bec. Pupille normale.
Midi 1 4 . — Respiration de plus en plus pénible et ralentie. Résolu­
tion musculaire. Le pigeon reste dans toutes les positions où on le
place.
Midi 2 0 . — Mort.
E x pé rien ce 36.
P igeon C. — Poids : 266 grammes.
3 heures 2 2 . — Injection dans les pectoraux de 18 gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
3 heures 2 0 . — L’animal semble affecté. Il fait des efforts infructueux
pour vomir.
3 heures 2 8 . — Respiration pénible et ralentie (PI. IX, fig. 2 ).
3 heures 34- — (PI. IX, fig. 3.) Tracé respiratoire.
3 heures 38. — Résolution musculaire. Respiration bruyante, très
ralentie. (Voir tracé respiratoire, pi. IX, fig. 4)3 heures 4 0 . — Mort. La mort survient pendant une crampe convul­
sive à la fin de l’expiration. (PI. IX, lig. 5.)

E x p é r ie n ce 3 y.
P igeon D. — Poids, 3 i 6 gr.

4
heures. — Injection dans les pectoraux de 8 gouttes d’une solution
alcoolique saturée de Nicouline, diluées dans 2 cc. d’eau distillée.
4 heures 1 0 . — Efforts pour vomir.
4
heures 1 6 . — Respiration plus profonde et légèrement ralentie
(PL IX, üg. 2 ).
4 heures 2 0 . — Nouveaux efforts pour vomir. L’animal se débat.
5 heures i5 .— Inspiration bruyante avec ouverture du bec. (Voir
tracé, pl. IX, fig. 3).
5 heures 38. — Respiration très ralentie et pénible. (Voir pl. IX, fig. 4).
5
heures 3o. — Mort. La mort survient comme ci-dessus pendant
une crampe à la fin de l’expiration. (Voir pl. IV, fig. 5).
E x p é r ie n ce 38.
G r en o u ille A. — Poids, 42 gr.

L’animal est placé dans un flacon renfermant 2 0 0 cc. d ’eau ayant
bouilli sur des cristaux de Nicouline. Le liquide, parfaitement limpide
à l’ébullition, se trouble par refroidissement. C’est dans ce liquide
légèrement opalescent que nous mettons la grenouille à 8 heures 20 du
malin.
10 heures. \
Midi.
s Rien de particulier.
3 heures. )

5
heures 2 0 . — L ’animal semble affecté. Il se laisse prendre facile­
ment. On peut le placer sur le dos et il reste quelques instants dans
cette position. Contractions tétaniques (Pl. XI, fig. 1 ) ; la raideur des
membres ne dure que peu de temps.
y heures. — Mêmes symptômes.
Le lendemain matin, à 8 heures 2 0 , nous trouvons l’animal mort ; le
cadavre est mou et fiasque.
E x pé r ie n ce 3q.
G r en o u ille B. — Injection sous la peau des cuisses de six gouttes

�—

66

d’une solution alcoolique saturée de Nieouline, diluées dans 2 cc. d’eau
distillée.
L’animal reste quelque temps sans rien manifester. Ce 11’est que
longtemps après l’injection (PI. XI, tig. 2 0 7 ) que l’on obtient des con­
tractions tétaniques très énergiques ; les membres se raidissent comme
dans l’empoisonnement par la strychnine. Ces contractions peuvent
être provoquées en pinçant l’animal. Elles cessent au bout de quelque
temps et la grenouille devient molle et flasque. Complètement inerte.
E x périen ce 4°G r en ou ille C. — 8 heures. — L ’animal est fixé sur une planchette
de liège et disposé pour l’enregistrement des mouvements du cœur.
(Planche III, fig. I, tracé normal).
8 heures 52. - Injection sous la peau du dos et dans les cuisses, de
dix gouttes d ’une solution alcoolique de Nieouline, diluées dans 5 cc.
d’eau distillée.
9 heures. — Rien de particulier.
9
heures 2 0 . — Mouvements de la pointe du cœur conservent leur
amplitude mais tendent à devenir plus rares (Planche 111, fig. 2 ).
9 heures 32. — Cette tendance s’accentue ; les arrêts deviennent
plus ou moins longs (Planche III, fig. 3).
to heures 25. — Arrêts de plus en plus longs. Ces arrêts sont très
irréguliers, quelques-uns durent quelques secondes, les autres plus
d’une minute (Planche III, fig. 4)11 heures 34&lt; — Les arrêts se régularisent ; ils sont cinq fois plus
longs que les arrêts normaux (voir Planche III, fig. 5).
3 heures 8 . — Le cœur passe par une période d’activité et une période
de repos. Pendant la période d’activité, les mouvements sont réguliers,
un peu moins nombreux qu’a l’état normal.
Cette période est suivie d’une autre dont la durée va croissant
jusqu’à la mort et pendant laquelle le cœur est absolument inerte.
A la fin de cette seconde période le cœur recommence à battre
de lui-même. U cesse aussi tout mouvement de lui-même en passant
de la première à la seconde période.
La planche 111, fig. 6 , nous donne les mouvements du ventricule
enregistrés à 3 heures et les deux périodes d’activité et de repos y
sont nettement indiquées.

Yv

— 67 —
5
heures 23. — Nous voyons (PI. IV, fig. 7 ) que la période de repos
tend à devenir plus longue ; elle est de deux minutes.
8 heures 32. — La période de repos est de 4 minutes, et pendant la
période d’activité les pauses sont bien plus longues. L’amplitude des
mouvements a aussi diminué (PI. IV, fig. 8 ).
10
heures (soir). — Période de repos atteint 4 et 5 minutes, amplitude
très faible et arrêts très longs pendant la période d’activité (PI. V, fig. 9 ).
10 heures 45 (soir). — La période d'activité est presque éteinte. Pen­
dant plus de 20 minutes c’est à peine si on peut constater i5 petits mou­
vements sans amplitude.
11 heures. — Période d'activité nulle.
Nota. — Une autre grenouille servant de témoin a reçu cinq cc.
d’eau distillée additionnée de 10 gouttes d’alcool à 90 ° par la peau du
dos et des cuisses et disposée à huit heures du matin sur une planchette
pour l’enregistrement des mouvements du cœur. Pendant toute la
journée le cœur n’a pas varié d’une manière sensible et le lendemain
les battements étaient à peu de chose près comme ceux de la veille.
Tout au plus pouvait-on constater un léger ralentissement, mais qui
n’était nullement à comparer avec celui que l’on obtient généralement
une demi-heure après l’injection d’une dose toxique de Nieouline.
E x p é r ie n ce 41.
G r en o u ille D. — Section de la moelle épinière au niveau de
l’épaule.
2 heures. — Injection sous la peau du dos de cinq gouttes d’une
solution alcoolique saturée de Nieouline, diluées dans un cc. d’eau
distillée.
2 heures i5. — Contractions musculaires, sous l’influence de
l’excitation électrique.
2 heures 2 0 . — Peu de temps après avoir été excités, les gastrocnémiens sont le siège de contractions très faibles et qui se succèdent
rapidement. Ces contractions, enregistrées au myographe, donnent un
tracé comme celui que l’on voit. (Planche VIII, fig. 10 ).

Nous avons consacré plus d’un mois à nos expériences sur les
grenouilles en variant les doses et les procédés d’administration.
Le plus souvent l’animal devient rapidement inerte et alors,

�même que son cœur bat relativement vite, ou peut l’exciter, le
pincer et même lui brûler l'extrémité des pattes saus qu’il donne
signe de sensibilité.
Peu de temps après l’injeclion d’une dose toxique convena­
blement diluée daus de l’eau distillée, on observe un ralentis­
sement rapide et progressif des mouvements du cœur. Ces
mouvements vont en diminuant d’amplitude et deviennent
irréguliers ainsi qu’en témoignent nos tracés (Planches III, IV, V).
Ces arrêts et ces irrégularités ont été constatés aussi bien
sur des cœurs détachés que sur des cœurs soumis à l’influence du
système nerveux central. Ce qui indique bien que la Nicouline
possède une action propre sur le muscle cardiaque, fait signalé par
nous à l’Académie des Sciences.
E x périen ce 4^.
T ê t a r d s . — 2 heures 1 0 . — Nous versons quelques centimètres
cubes d’une solution alcoolique saturée de Nicouline dans un aquarium
où nagent des têtards ; l’eau prend une teinte laiteuse. Pendant les
premiers moments les têtards ne semblent pas afl'ectés, ils restent au
fond de Paquarium ou continuent à nager très tranquillement.
2 heures 1 7 . — Tous les têtards donnent des signes d’inquiétude; ils
nagent très vite, viennent fréquemment à la surface, exécutant des
mouvements brusques.
2 heures 25. — La plupart des têtards sont sur le dos, mais ils
vivent encore et frétillent quand on veut les prendre. Leur vitalité se
manifeste par de brusques mouvements de queue ; ceux-ci ne tardent
pas à perdre leur intensité au bout d’un quart d’heure.
3 heures. — Presque tous les têtards sont morts.

E x pé r ie n ce 43.
P oissons . — Nous savons que le Robinia Nicou est très employé à
la Guyane comme engin de pêche.
Quelques gouttes d’une solution alcoolique de Nicouline cristallisée,

additionnée à un litre d’eau, suffisent pour tuer les poissons dans un
aquarium.
Nous avons fait de nombreuses expériences sur des carpes, des
tanches, des perches, des anguilles. Les phénomènes de l’empoisonne­
ment sont toujours sensiblement les mêmes : nous allons les résumer
en quelques lignes.
Un poisson introduit dans un liquide formé de
Eau,
1,0 0 0 grammes
Nicouline, o,oo5
—
en solution alcoolique reste calme pendant quelques instants, puis
il se met à nager vigoureusement et d’une manière désordonnée; il vient
fréquemment à la surface, met la tête hors de l’eau et bondit comme
s’il voulait fuir son élément (c’est le moment le plus favorable pour la
pèche ; les nègres rivalisent alors d’adresse pour cueillir à la flèche
tout poisson qui se montre hors de l’eau). Mais il ne tarde pas à se
calmer ; ses forces l’abandonnent et il a peine à conserver son équilibre.
On le voit osciller tantôt à droite, tantôt à gauche, faire un tour
complet sur lui-même, essayer de réagir en nageant avec force. 11 reste
enfin sur le côté ou sur le dos, et se laisse aller au courant, il peut ainsi
demeurer des heures entières immobile, ne manifestant sa vitalité que
pour essayer de fuir quand on veut le prendre à la main. Les nageoires
sont alors parfois agitées par des contractions musculaires qui se
succèdent rapidement. Ges contractions sont aussi indiquées par des
mouvements brusques de tout le corps.
E x p é r ie n ce 44C r a b e s . — On place des crabes dans

E a u ........................................................................ 100 gr.
Solution alcoolique saturée de Nicouline . . . XX gouttes
(Cette expérience a été faite avec les gros crabes terrestres connus à
la Martinique sous le nom de tourlourous) .
Après quelques minutes de contact, les pattes et les antennes son
agitées d’un tremblement convulsif. Mis à terre, l’animal ne peut plus
se sauver et il ne cherche pas à pincer quand on le touche. Cet état
d’inertie, interrompu seulement par ces convulsions, peut durer très
longtemps; la mort ne survient qu’après plusieurs heures,

�— 70 —
E x pé rien ce 45.
M ouch es . — G u êp es . — C a n c r e l a t s . — Des mouches sont placées
sous une cloche avec un morceau &lt;le sucre séché à l’étuve après avoir
été trempé dans une solution alcoolique saturée de Nicouline. Les
mouches qui vont sur le sucre ne tardent pas à tomber ; elles deviennent
inertes, incapables de voler, et ne manifestent leur vitalité que par un
tremblement intermittent des pattes et des ailes.
Mêmes résultats avec des Guêpes et des Cancrelats.
E x pé r ie n ce 46.
L a r v e s de M ou stiqu e . — Des larves de moustique sont introduites
dans un mélange d’eau et de Nicouline. L’expérience est renouvelée
une quinzaine de fois, en variant les doses de Nicouline et avec des
larves de la même espèce.
Dans aucun cas les larves n’ont paru influencées ; elles se sont
comportées et ont subi leur métamorphose comme dans l’eau ordinaire.

E x périen ce 47S an g su es . — Les sangsues ne peuvent vivre dans de l’eau ayant
bouilli sur de la Nicouline. Placées dans une eau rendue légèrement
opalescente par des traces de ce glucoside elles ont d’abord des mouvevements très vifs et très rapides ; au bout de peu de temps elles
deviennent inertes et ne donnent plus signe de sensibilité.

E x pé r ie n ce 48.
G erm in ation . — Nos expériences ne sont ni assez nombreuses ni
assez concluantes pour que nous puissions en déduire quelque chose
de certain :
Notons cependant l’expérience suivante qui, renouvelée une dizaine
de fois, nous a constamment donné les mêmes résultats.
Des grains de blé pris dans un même lot ont été mis à germer les
uns avec de l’eau distillée, les autres avec de l’eau ayant bouilli sui­
des cristaux de Nicouline. Les tiges et les feuilles se développent bien

— 71
dans les deux cas, mais les racines, qui atteignent un très beau déve­
loppement dans l’eau distillée, sont petites et rabougries quand elles
poussent dans de l’eau tenant de la Nicouline en suspension,
llien de semblable ne se produit avec le maïs.

E x p é r ie n c e 49F e r m e n ta tio n s . — Dans un ballon nous plaçons i5o cc. d’eau
ordinaire i5 grammes de glucose. La solution est liltrée.
Cinq tubes à essai reçoivent une quantité égale de cette solution,
nous faisons le plein avec de l’eau après avoir ajouté dans chaque
tube une égale quantité de levure de bière et dans le tube n° i V gouttes
d’une solution alcoolique saturée de Nicouline, dans le tube n° 2 X gouttes
de la même solution, XX gouttes dans le tube n° 3 et XL gouttes dans
le tube n° 4- Le tube n° 5 sert de témoin, il reçoit XL gouttes d’alcool
à 9 0 n.
La fermentation s’établit également dans les cinq tubes. Nous
mesurons l’acide carbonique dégagé.
Les résultats de nombreux essais nous ont montré qu’un poids
donné de levure de bière mis dans des milieux identiques dégage tantôt
plus tantôt moins d’acide carbonique. Ils nous ont aussi montré que
l’action de la Nicouline sur les fermentations est absolument nulle.
D'autres poisons très énergiques : la morphine, la nicotine, la strychnine,
l’atropine, etc., sont aussi sans effet sur les fermentations.

�— 73 —

— 72 —

CHAPITRE II.

ACTION DE LA NICOULINE SUR L’ORGANISME
DANS

DIVERSES CONDITIONS EXPÉRIMENTALES

Interprétation des résultats.
ESPÈCE
POIDS
animale

A. Action delà Nicouline sur l’organisme dans diverses conditions
expérimentales.
La Nicouline entre dans l’économie par les voies ordinaires
de l’absorption. Qu’elle soit introduite par les muqueuses stoma­
cale, intestinale ou rectale, par injeclion hypodermique, par
les voies respiratoires (poissons), on observe toujours les symp­
tômes caractéristiques de l’empoisonnement quand la dose
absorbée est suffisante.
A cause de son peu de solubilité dans l’eau et dans les
liquides de l’organisme, la Nicouline demande, pour produire
ses effets, à être mise en contact avec une très grande surface
absorbante. Des cristaux, quelques gouttes d’une solution
éthérée à saturation, introduits sous la peau, dans la bouche
ou le rectum d’un cobaye, d’une grenouille ou d’un rat (expé­
riences 5, 7, 22, 35), ne sont absorbés que très lentement et
éliminés au fur et à mesure sans produire des phénomènes
toxiques.
Si l’on injecte sous la peau d’un rat, d’un cobaye ou d’un
autre animal (expériences 9, 22, 23, 24, 20) une solution saturée
de Nicouline dans de l’alcool concentré, il se produira une
coagulation au contact de l’alcool avec ces tissus, d’où résulte
une absorption très lente du toxique et un retard plus ou
moins prolongé qui peut même se réduire à zéro dans la pro­
duction des effets physiologiques,

DOSE
du
poison
en
l’experience
gouttes
N°* de

VOLUME
du
liquide
en cc.

heu RES

DURÉE
de
de
de
l’injection la mort l’intoiicaliou

Lapin A .......

1250

1

LX

12

2.15

3.39

1 h. 24

Lapin B.......

1320

2

CLV

25

8.55

11.41

2.46

Cobaye A__

250

4

VI

1

9.15

9.34

0.19

Cobaye B ....

370

5

VI

2

8.20

1.30

5 10

Cobaye L)....

225

7

VIII

2

8 15

Irnd. 7.20 23.05

S o u ris.........

14 50

10

V

1

2.06

2.20

0.14

S o u ris.........

12

11

I

1

5 30

5.55

0.25

R a t...............

350

14

X

2

4

5.25

1.25

R a t...............

253.50

15

VIII

2

6.20

7.30

1.10

R a t...............

77

17

III

2

1.03

1.34

0.31

R a t...............

120

18

IV

1

7 45

8.46

1.01

R a t...............

168

20

V

1

3.10

5.35

2.25

X

2

4.15

5.25

1.10

midi 23

9.30

9 07

R a t...............

350

21

B a l...............

227

22

XL

R a t...............

100

20

X

2

3.15

Pigeon A ----

320

34

XX

2

1.04

Pigeon B__

3(0

35

XI

3

1.30

Pigeon C . . . .

266

36

XVIII

2

3 22

Pigeon D .. ..

316

37

VIII

2

j 4

Irnd. 1.50 22.40
1.27

0.23

Ifnd. 12.25 22.55
3.40

0.18

5.30

1.30

�— 74 —

— 73 —

C’est, pensons-nous, au peu de solubilité delà Nicouline et
par suite, à la lenteur plus ou moins considérable de sou
absorption, suivant la surface absorbante, qu’il faut attribuer
l’apparition plus ou moins rapide des phénomènes toxiques.
Ceux-ci peuvent ue pas se produire du tout lorsque le
poison, mal préparé, est administré au fur et à mesure qu’il
pénètre dans l’organisme.
De nos expériences résumées dans le tableau ci-joint, nous
croyons pouvoir conclure qu’il est presque impossible de
déterminer d'une manière rigoureuse la dose toxique de la
Nicouline pour une espèce animale. Il faudrait pour cela non
seulement savoir la quantité injectée, mais encore et surtout
celle absorbée et mise dans la circulation à un moment donné.

agitation, convulsions, hébétude, coma, par lesquelles passent
les sujets soumis à des doses toxiques. Mais nous croyons
aussi à une action propre du poison, qui, transporté par la
circulation, agit sur les différentes parties du système nerveux
moteur. C’est le système nerveux central qui est le premier
alîecté par la Nicouline. Les convulsions sont le premier symp­
tôme de l’excitation des centres nerveux.

Autopsies. — Dans l’empoisonnement par la Nicouline, la
mort survient souvent pendant uue crampe convulsive de la
respiration. (Expériences 36 et 37, pl. IX, fig. 3 et 3'.)
Si l’animal échappe à cette cause d’asphyxie, la mort sur­
vient plus tard par arrêt de la respiration et de la circulation
à la suite de la dépression générale.
Comme lésions anatomiques constantes, il existe une hypérérnie des enveloppes céphalo-rachidiennes et de la substance cor­
ticale du cerveau, une congestion des vaisseaux de l’encéphale
et de la moelle et des taches de congestion pulmonaire.
Le cœur est toujours en systole ventriculaire; les oreillettes
sont remplies de sang noir.
B. Action de la Nicouline sur l’encéphale et la moelle.
Nous avons toujours observé, à l’autopsie des animaux empoi­
sonnés par la Nicouline, une hypérémie assez considérable des
enveloppes céphalo-rachidiennes, une congestion des vaisseaux
de l’encéphale suffisant à expliquer les différentes phases :

Protubérance annulaire. — C’est dans la protubérance annu­
laire que les auteurs placent le centre des convulsions, celui
des mouvements généraux des membres, de la station de l'équi­
libre, ainsi que le centre des sécrétions salivaires, etc.
Les premiers symptômes observés dans nos expériences ont
toujours été des convulsions, précédées ou suivies d’une réso­
lution musculaire, qui va en s’accentuant. Les membres refusent
d’obéir à la volonté. La démarche, quand elle est possible,
est incertaine; l’animal s’avance lourdement et lentement; à
peine peut-il faire quelques pas; il tombe à droite, à gauche,
ou s’affaisse sur le train de derrière. Nous avons vu (expé­
rience 34) un pigeon faire une culbute complète la tète en avant.
Un rat intoxiqué peut être laissé eu liberté; quel que soit
son désir de s’échapper (désir bien naturel et qui se manifeste
par des efforts impuissants), il ne pourra parvenir à se mettre
en équilibre (expérience 16).
Dans l’expérience 33, nous avons vu le chien A rendre en
quelques heures une quantité de salive très abondante et que
nous pouvons évaluer à 1/4 de litre.
Il résulte de ces faits une action bien évidente de la Nicou­
line sur la protubérance annulaire.
Bulbe. — La physiologie de la protubérance se confond en
beaucoup de points avec celle du bulbe, et il est difficile de
circonscrire exactement dans chacun de ces organes un certain

�76
nombre de centres nerveux qui sont sur la limite de l’un ou
de l’autre. Ou admet généralement dans le bulbe les centres
suivants : centre respiratoire, centre d’arrêt ou de ralentissement
du cœur, centre du vomissement, centre du mouvement pour
la dilatation de la pupille, etc.
L’effet de la Nicouline sur ces divers centres est bien mis
en évidence par nos expériences et nos tracés.
Il faut attendre un certain temps avant de pouvoir constater
l’irrégularité et le ralentissement des mouvements du cœur.
Cette constatation est facile à faire et à enregistrer lorsqu’on
opère sur des reptiles ou des batraciens.; par contre, il est
plus facile d’observer la respiration chez les mammifères.
Ce n’est que longtemps après les premières contractions que
la respiration commence à se ralentir et à devenir pénible.
Elle prend le type qui passe pour caractéristique de la section
des pneumogastriques. Ce caractère nous autorise à conclure
qu’il y a paralysie des centres respiratoires.
Comme on peut s’eu convaincre en examinant nos tracés,
la respiration, eu se ralentissant, conserve et, quelquefois,
augmente son amplitude. L’animal peut succomber pendant
une crampe respiratoire.
La diminution du nombre des mouvements respiratoires est
un fait constant (voir nos tracés.)
Nous avons vu les pigeons et le chien avoir des vomisse­
ments fréquents sous l’influence de la Nicouline. Chez les
pigeons, les phénomènes de vomissements se manifestent les
premiers, alors même que le poison n’est pas administré à dose
toxique.
Les rats et les cobayes sont moins sensibles à ce point de
vue.
Nous avons souvent constaté une dilatatiou de la pupille
(Expériences 1, 33), d'autres fois nous avous eu des alternatives
de contraction et de dilatation. A la fin de l’empoisonuernent

77 —
on observe un relâchement complet des muscles de l’œil et
l’hébétude du regard. L’animal semble ne pas voir et reste
iusensible aux gestes qu’on peut lui faire. Nous avons noté
dans l’observation 1 des troubles de la vision.
Moelle. — La Nicouline est un exitant de la moelle dont
elle exagère le pouvoir réflexe.
C. — Action de la Nicouline sur la chaleur animale.
Nous venons de voir que sous l’influence de la Nicouline
on observait une diminution croissante dans le nombre des
mouvements respiratoires et que, parallèlement, les mouve­
ments cardiaques devenaient intermittents, irréguliers et enfin
se ralentissaient.
La chaleur animale, pensions-nous, doit donc varier en même
temps que ces facteurs (respiration et circulation). En effet,
les expériences 28, 29, 30, 31, 32 (tracé X, Fig. 4, 1, 3, 2, 3)
nous moutre que le thermomètre indique des températures de
plus en plus basses en rapport avec la durée de l’empoison­
nement. Ces températures, dans certains cas, peuvent devenir
sensiblement égales à celle du milieu ambiant.
11 nous semblait dès lors naturel d’admettre que chez nos
animaux en expérience, l’acide carbonique, produit constant
des combustions internes, devait être exhalé en quantités
variables et proportionelles aux températures observées.
La lecture du traité de la chaleur animale produite chez les êtres
vivants, par Gavaret, ancien doyen de la Faculté de médecine
de Paris, n’était pas de nature à modifier cette manière de voir.
Ce savant, essayant un appareil destiné à recueillir l’acide car­
bonique dégagé par un sujet eu expérience, s’exprime ainsi :
« Les mêmes sujets ont été soumis plusieurs fois de suite à
» l’observation et seulement à 24 heures d’intervalle. Les résultats

�— 78 —
»
»
»
»
»

de ces analyses nous ont prouvé par leur concordance remarquable et quelquefois par leur identité absolue que l’appareil
fonctionnait régulièrement. C’était aussi une manière indirecte
mais précise de démontrer que dans ces expériences les phénomèues de la respiration conservaient leur régularité normale. »
Ce qui veut bien dire qu’un sujet en expérience dégage, toutes
choses égales d'ailleurs, une quantité sensiblement constante d’acide
carbonique pendant un temps donné. D'après cela nous étions
fondé de croire que l’exhalation de l’acide carbonique, restant
la meme chez un sujet à l’état normal, ne devait varier que si
les conditions expérimentales seraient modifiées. L’intoxication
par la Nicouline représentait donc pour nous un facteur sérieux
de cette variation. Pour vérifier notre hypothèse et contrô'er
par conséquent notre manière de voir, nous nous proposions de
doser l’acide carbonique dégagé pendant un certain temps déter­
miné par un animal :
1° A l’état normal ;
2° Intoxiqué par la Nicouline ;
et de comparer ensuite les résultats obtenus.
Nos sujets en expérience étaient placés sous une cloche de
verre assujettie sur une cuve à mercure. L’intérieur de la cloche
était balayé par un courant d’air pur qui, à sou entrée et à sa
sortie, traversait des tubes remplis d’acide sulfurique et de potasse
destinés à absorber l’humidité et l’acide carbonique. De cette
façon l’animal vivait dans une masse d’air constamment renou­
velé dont la composition était maintenue sensiblement constante.
L’augmentation du poids de la potasse dans les tubes situés
entre l’appel d’air et la cloche indiquait la quantité d’acide
carbonique exhalé.
Nos expériences durèrent plus d’un mois et notre appareil
fut légèrement modifié à différentes reprises de manière à éviter
toutes causes d’erreurs. Les pesées ont été effectuées avec une
balance de précision sensible au 1/10 de milligramme.

79 —
Nous ne voulons pas entrer dans les détails de nos expériences,
cela nous mènerait trop loin. Qu’il nous suffise de dire que
chaque animal (2 lapins, 4 cobayes, 2 pigeons) fut soumis plu­
sieurs fois aux mêmes épreuves et dans des conditions identiques.
A chaque fois nous avons observé des résultats différents;
dans certains cas l’écart variait du simple au double.
Ceci se passait pendant les vacances, à une époque où les
bibliothèques sont fermées, et ce n’est qu’à la fin de septembre
que nous pûmes avoir connaissance des travaux de Régnault
sur la respiration.
Les conclusions de ce dernier ne sont pas celles de Gavaret;
il dit en effet que « les quantités d’acide carbonique exhalées
» par le même animal, dans des temps égaux, carient beaucoup
» suivant les diverses périodes de la digestion, l’état de mouve» ment et suivant une foule de circonstances qu’il est impossible
» de spécifier. »
De nombreuses expériences faites sur nos animaux nous ont
permis de constater des variations analogues à celles signalées
par l’éminent physicien.
Eu conséquence il nous a semblé complètement inutile de
poursuivre plus longtemps des recherches de cette nature. En
effet, comme l’acide carbonique, exhalé par un sujet normal,
varie suivant une foule de circonstances, il devenait impossible
d’arriver à des résultats concluants en opérant sur les mêmes
sujets empoisonnés par la Nicouline.

�— 81 —
matières vomies sont plutôt muqueuses et glaireuses que bilieuses
et porracées.
A ces premiers symptômes que l’on ne saurait attribuer
exclusivement à l’irritation locale, puisque tous ils s’observent
même lorsque le poison a été introduit par absorption cutanée,
viennent bientôt s’ajouter une prostration extrême des forces, un
état syncopal tout à fait caractéristique et qui peut amener la
mort presque subitement, le refroidissement de la peau, des crampes,
quelquefois des convulsions partielles ou générales, suivies de para­
lysies du sentiment et du mouvement.
L’action des poisons névrosthéniques est toujours très prompte,
et la mort qu’ils produisent, parfois subitement, n’est précédée
que de convulsions bientôt suivies de coma.
Quand les effets sont moins immédiatement funestes on
observe les signes d’une vive stimulation centrale, puis frémisse­
ment douloureux dans les membres; convulsions générales inter­
rompues par des intervalles de rémissions de plus en plus courts,
suffocation imminente, abolition du sentiment et du mouvement, coma.
On trouve une congestion très considérable des méninges céré­
brales et rachidiennes. Les poumons sont aussi souvent congestionnés.
Qu’elle qu’ait été la violence des symptômes, la guérison
n’est pas impossible.
Les lésions déterminées par ces poisons ne sont pas toujours
appréciables. Quelquefois il existe une congestion générale ou
partielle de l'encéphale et des poumons.
Les effets immédiats de l’empoisonnement par les narcotiques
sont la pesanteur de la tète, les vertiges, l’exaltation des sens,
la sécheresse de la gorge et de la peau, les nausées, les vomis­
sements, un assoupissement souvent profond dès le début, la réso­
lution des membres, l’injection de la face, la fixité du regard
avec resserrement et plus rarement dilatation des pupilles.
La respiration qui demeure haute et stertoreuse se ralentit consi
dérablement ; on ne compte plus que quelques inspirations / ar

CHAPITRE III.
Comparaison (le la Xicouliiie avec les antres poisons

Tardieu et Roussin, dans leur Etude médico-légale de clinique
sur l’empoisonnement, divisent les poisons en cinq groupes, dési­
gnés sous les noms de : 1° irritants et corrosifs; 2° hyposthénisants ;
3° stupéfiants ; 4° narcotiques ; 5° nevrosthéniques.
L’empoisonnement par les stupéfiants, disent ces auteurs, a
pour caractère essentiel une action directe, spéciale sur le système
nerveux, action dépressive qui répond à ce que l’on nomme en
sémiotique la stupeur, accompagnée parfois d’une irritation locale
toujours peu intense.
Les premiers effets de l’empoisonnement par les stupéfiants
sont ordinairement des malaises, des défaillances, de la céphalalgie,
des nausées, souvent des vomissements. Ces symptômes qui appa­
raissent quelques heures après l’iujection du poison, sont
promptement suivis de délire, tantôt paisible, tantôt agité et
compliqué d’hallucinations ou de coma, de paralysie et d’insensi­
bilité générale ou partielle; la face est altérée ; les pupilles sont
ordinairement dilatées; la respiration s’embarrasse et les malades
ne tardent pas à succomber soit dans les convulsions, suit dans le
coma.
Les premiers symptômes de l’empoisonnement à marche aiguë
par les poisons hyposthénisants consistent le plus souvent en
une saveur âcre et une conslriction douloureuse de la gorge, en
nausées ou vomissements et en évacuations alvines répétées. Les

r r n . ----------- *----------- ?

__ ____________

/

�— 83 —
minute. Ce ralentissement va en croissant jusqu’à la mort, qui est
souvent hâtée par la contraction des muscles thoraciques et du
diaphragme ou par des convulsions. La guérison est annoncée
par des sueurs abondantes et par le retour progressif de la
sensibilité et de l’intelligence.
Les lésions que déterminent les poisons narcotiques consis­
tent principalement dans une congestion sanguine très considérable
des principaux organes et surtout des poumons et du cerveau ; dans
la fluidité du sang qui est noir.
Nous avons eu soin dans cette rapide revue de mettre en
italique les symptômes qu’il nous a été donné d’observer en
étudiant les effets toxiques de la Nicouline, et nous voyons que
si ce nouveau toxique se rattache par quelques points aux groupes
des poisons hyposthénisants et névrosthéniques, il a sa place naturelle
à côté des dérivés de l’opium (morphine, narcéine, codéine, narcotine, papaverine, thébaïne, et leurs composés) et à côté des
stupéfiants, atropine, aconitine, conicine et nicotine

R ésum é .

Les faits nouvellement acquis à la science qui résultent de
ce travail peuvent se résumer comme suit:
1° Une étude histologique complète de la feuille et de la
tige du Robinia Nicou.
2° La composition élémentaire de cette plante et la découverte
de son principe actif, la Nicouline.
3° L’étude physiologique de ce poison énivrant sur les
animaux :
a) Son action sur l’organisme dans diverses conditions expéri­
mentales ;
b) Son action sur l’encéphale et la moelle ;
c) Son action sur la chaleur animale.
4° L’étude comparative de la Nicouline avec les autres poisons.

R

éflex io n s

fin a l es.

Qu’il nous soit permis, comme corollaire de ce travail, de
rappeler un vœu formulé par la Société botanique de France
et signalé à l’Administration des Colonies par M. le professeur
Heckel (Politique coloniale, 21 décembre 1893). Il s’agit de la
création de laboratoires de recherches botaniques coloniaux. Et
voici dans quels termes la Société botanique de France, sous
la présidence de l’éminent professeur Duchartre (de l’Institut),
émettait un vœu relatif à cette création :
« Considérant que les études botaniques pures et appliquées
ont intérêt, tant pour assurer la connaissance plus approfondie
des végétaux exotiques que pour concourir à la prospérité
agricole de notre vaste domaine colonial, à sortir du cadre de
la flore européenne, la Société botanique de France émet le
vœu de voir l’Administration centrale des Colonies françaises
créer, à l’imitation de ce qu’a fait la Hollande à Java (labo­
ratoire de Buitenzorg), un laboratoire auprès du Jardin des
Plantes de Saint-Pierre (Martinique), possession française la
plus rapprochée de la Métropole. Il serait à désirer que ce
laboratoire, comme celui de Buitenzorg (Java), fût ouvert à tous
les botanistes français et étrangers et dirigé par un savant
français. »
Le grand succès du laboratoire de Buitenzorg, les résultats
considérables obtenus par M. Calmette à l’Institut bactériolo­
gique de Saigon, constituent de sûrs garants de réussite pour
un projet qui, conçu et développé par des spécialistes comme
MM. Duchartre et Heckel, ralliera sans peine tous ceux qui
s’intéressent à la science et ont souci de la prospérité de nos
établissements d’outre-mer.

�EXPLICATION DES PLANCHES

P

Fig.

I.

Fig. II.

lanche

I

— Tige de 33 mill. de diamètre, il n’y a pas encore de forma­
tions tertiaires. Gr. 1/2.
— Tige âgée, montrant les formations tertiaires. Gr. 1/2.

Fig. III. — Tige âgée avec ses sillons. Gr. 1/2.
Fig. IV.

— Pétiole. Gr. 1/2.

Fig. V.

— Foliole du sommet, vue par sa face inférieure. Gr. 1/2.

Fig. VI.

— Jeune rameau portant une feuille transformée en vrille (a)
et un pétiole réfléchi (b). Gr. 1/2.

Fig. VII. — Hameau plus âgé portant un pétiole transformé en vrille.
Gr. 1/2.
Fig. VIII. — Sommet d’une foliole de la base, vue par sa face supérieure.
Gr. 1/2.
P lanche

Fig.

I.

—

Fig. II.

—

Fig. III.

—

II

Coupe transversale du pétiole, a. faisceau accessoire ;
b. poche sécrétrice; c. fibres; d. liber; e. cellule à tannin ;
f. vaisseaux ligneux. Gr. 136.
Coupe transversale dans une foliole, a. pied d’un poil ;
b. manche; c. Qagellum; d. membranes subériûées ;
e. tissu palissadique ; /. tissu lacuneux; g. faisceau
libéro-ligneux ; h. fibres; i. cellules scléreuses. Gr. 114.
Epiderme inférieur vu de face. a. stomate; b. pied et
manche d’un poil vus par transparence; c. flagellum.

Gr. 278.

�—

F ig . IV .

—

F ig .

V.

—

F ig.

V I.

—

F ig . V II.

—

86

—

Coupe transversale dans une tige jeu n e , a. c e l l u l e s à
t a n n i n ; b. v a i s s e a u x l i g n e u x ; c . i l ô t s d e l i b r e s ; d. p o c h e s
s é c r é t r i c e s ; e. l i b e r ; f. s u b e r . G r . 56.
Cellules pierreuses dissociées. G r . 136.
Amidon. G r . 36.
Fibres : a. c e l l u l e s

de bo rd u re;

le c r i s t a l a é t é d i s s o u s p a r

F ig .

IX .

—

b. c o r p s d e la l i b r e . G r . 5 6 .
Vaisseau ligneux jeune, montrant ses ponctuations. G r . 1 3 6 .
Coupe transversale dans un ilôt défibrés. ( M ê m e s l e t t r e s

Fig.

X.

—

Vaisseau ligneux âgé.

l ’a c i d e c h l o r h y d r i q u e ;

F ig . V III. —

q u e ü g . V III)

G r. 278.
a. lu m en ;

h. c o n t e n u d u

v a isse au ,

a v a n t le t r a i t e m e n t à c h a u d p a r la p o t a s s e . G r . 56.

��Annales du Musée et de l’Institut Colonial de Marseille.

PI. II.

��CONTRIBUTION
A

ET

C H IM IQ U E

DU GENRE A D A N SO N IA

P ar le l)r C harles G ERBER
PROFESSEUR SUPPLÉANT A L’ÉCOLE DE MÉDECINE
PRÉPARATEUR DE BOTANIQUE A LA FACULTÉ DES SCIENCES
DB MARSEILLE.

MONTDIDIER
IMPRIMERIE A. RADENEZ

�/

TABLE MÉTHODIQUE DES MATIÈRES
HISTOIRE DE NOS CONNAISSANCES SUR LE GENRE ADANSONIA. 9

HISTOIRE BOTANIQUE..................................................................................... 9
H istoire thérapeutique ................................................................................18
H istoire chimique.............................................................................................23
UTILITÉ DE NOUVELLES RECHERCHES........................................................25
D escription du genre A dansonia L............................................. 26
Description de l’espèce A dansonia digitata L.......................... 27
D’après le Généra plantarum ..................................................... 27
D’après le Species plantarum . .......................................28
D escription de l ’espèce A dansonia G regorii F. Müll..................... 29
D escription de l’espèce A dansonia madagascariensis H. Bn.. 29

ANATOMIE DES ORGANESAXILES.......................................................33
T ige Adansonia Grègorii. Ecorce............................................. 33
Cylindre central.........................35
Moelle.........................................36
Adansonia digitata....................................................................... 36
Adansonia madagasc..................................................... 37
PÉDONCULE de la fleur . Adansonia Gregorii. Écorce . . . . 37
Cylindre central . 38
M oelle......................39

Adansonia digitata.......................................................................39
Adansonia madagasc................................................................... 41

ANATOMIE DES ORGANES APPENDICULAIRES........................................43
F euille . Adansonia Gregorii. Epiderme supérieur.....................43
Glandes.......................................45
Epiderme inférieur.....................45
Nervure principale . . . . . 43
Parenchyme et nervures second** 46
Adansonia digitata. Epiderme supérieur.....................47
Epiderme inférieur.....................49
Nervure principale.....................47
Parenchyme et nervures second'* 49
Adansonia madagasc. Epiderme supérieur.....................49
Epiderme inférieur.....................50

�-

8-

Nervure principale..................4‘J
Parenchyme et nervures second'*4 50
Calice. Adamonia Gregorii, Epiderme supérieur......................51
Epiderme inférieur......................51
Parenchyme et faisceaux . . . 52
Ad&lt;m8onia digatata. Epiderme supérieur . . . . . . 52
Epiderme inférieur.....................53
Parenchyme et. faisceaux . . . 53
Adamonia madagasc. Epiderme supérieur.....................53
Epiderme inférieur.....................53
Parenchyme et faisceaux. . . . 53
orolle. Adamorûa digitata. Epidermes................................... 54
Parenchyme et faisceaux . . . 54
Adamonia madagasc. Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux . . 55
Colonne staminale ..................
Adamonia Gregorii, Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux. . . . 5fi
Adamonia digitata. Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux. . . . 57
Adamonia madagasc. Epidermes.........................
Parenchyme et faisceaux. . . . 57
SECTION TRANSVERSALE DE L’OVAIRE................................
Adamonia Gregorii. Parois...............................
Cloisons............................
Centre........................... ...
Adamonia, digitata. Parois. . • ......................
Cloisons.....................
Centre.....................
Adamonia maelagasc. Parois. .............................
Cloisons.....................
Centre......................
SECTION LONGITUDINALE DE L’OVAIRE.........................
P éricarpe.
Adamonia Gregorii......................... 54
—

Ovule.
G raine et
T éguments

—

pulpe .
de la graine .

—
—
—
—

E mbryon

et albumen .

—
—
—

CONCLUSIONS.

—

d ig ita ta ........................................
m adagasc ....................................
G reg o rii .......................................
G reg o rii ......................................
G reg orii ........................................
d ig ita ta .........................................
m adagasc .....................................
G regorii .........................................
d ig ita ta .........................................
m adagasc .....................................

.

.

.

70
73

HISTOIRE l)E NOS CONNAISSANCES SUR LE liENRE AHANSOMA
HISTOIRE

BOTANIQUE

Aloysius de Cada-Moslo, navigateur vénitien (1432-1480),
est le premier voyageur qui ait parlé de Yarbre géant. C’est
dans les voyages, que la générosité de l’Infant du Portugal
don Henri lui permit de faire en Gambie (1455) et dans les
îles du Cap-Vert (1456) etc., qu’il trouva, à l’embouchure du
Sénégal, un Baobab de 112 pieds anglais de circonférence
(34 mètres). Il nous en entretient dans le Journal de ses
Voyages, édité par Ramusio en 1507 et traduit en français
par de Redouet, dans le Nouveau Monde (1517).
Des renseignements un peu moins vagues nous sont
donnés par un autre explorateur, André Thevet, né à
Angoulème en 1502. Après être entré dans l’ordre des
Frères mineurs de St-François d’Assise, avide de tout voir,
il fit de nombreux voyages. Lors de l’expédition qu’il dirigea
aux Terres Australes en 1555, il s’arrêta dans des îles
voisines du Sénégal; ses compagnons de route gravèrent
des noms sur certains arbres qui les avaient frappés plus
particulièrement; puis leur voyage continua....
De retour ù Paris, il publia ses observations dans un livre
in-quarto, intitulé : Les Singularités de la France antarc­
tique, autrement nommée Amérique, édité à Paris en 1558.
C’est dans le chapitre 10 de ce livre qu’il nous parle du
Baobab, sous le nom de: Arbre du Cap-Vert à feuilles de
Figuier.
« Il y a auprès du Promontoire nord, trois petites isles
« prochaines de terre ferme autres que celles que nous ap« pelons isles du Cap verd, assez belles pour les beaux
t arbres qu’elles produisent; toutefois elles ne sont habitées;

�—
—

10

—

« en l'une de ces isles, se trouve un arbre lequel porte des
« feuilles semblables à celles de nos figuiers; le fruit est
« long de deux pieds ou environ, gros en proportion, appro« chant des grosses et longues coucourdes de l’isle de Cypre.
« Aucuns mangent de ces fruits, comme nous faisons des
« sucrins et melons, et au-dedans de ce fruit est une graine
« faite à la semblance d’un rognon de lièvre, de la grosseur
« d’une fève; quelques-uns en nourrissent les singes, les
« autres en font des colliers pour mettre au cou, car cela est
a fort beau quand il est sec et assaisonné. »
Si les premiers voyageurs qui ont parlé du Baobab l’ont
dépeint en touristes et non en observateurs fidèles, — car
les feuilles de cet arbre, sont plus voisines de celles du
marronnier que de celles du figuier, — le premier botaniste
qui en ait écrit l’histoire, n’a pas fait preuve d’un esprit
d’observation plus scrupuleux.
Prosper Alpini, professeur de botanique célèbre à l’Uni­
versité de Padoue. éminent médecin (1553-1616), après avoir
séjourné six ans en Egypte et en Orient, publia en 1592, à
Venise : De Plantis Æ'gypti liber.
Au chapitre 17 de cet ouvrage in-quarto, nous lisons :
« On apporte de l’Ethiopie au Grand Caire un fruit que
t l’on appelle Baobab; il a la forme et la grosseur d’un
« citron, et contient des semences noires, dures, repliées
« en demi-cercle, enveloppées d’une chair semblable à celle
« des calebasses, mais rougeâtre et acide.......
« J’ai vu dans un verger du Caire un arbre de l’espèce de
« ceux qui portent ces fruits, il ressemblait parfaitement à
« l’oranger tant par sa grandeur que par la figure de ses
&lt;i feuilles. »
Parmi les cent quatre-vingt-quatre figures gravées sur
cuivre qui se trouvent dans cet ouvrage, il en est une qui a
la prétention de représenter un rameau de Baobab chargé
de feuilles, de fleurs et de fruits. Les feuilles y sont à limbe
entier, les fleurs, à quatre pétales, sont, ainsi que les fruits,
attachées deux à deux à Vextrémité d’un pédoncule très court
Tous ces détails, contraires à l’observation, semblent indi­
quer que l’imagination seule a présidé à la confection du
dessin et que la plante du Caire a été observée bien à la
légère, si tant est que ce fût un Baobab.
Quant à la description du fruit, elle a dû être faite d’après

_

11

—

un échan’illon d’une conformation défectueuse, non arrivé
à maturité et ayant perdu le duvet verdâtre caractéristique,
par le frottement d’un long voyage.
Charles de l’Ecluse ou Clusius (1525-1609) publia un
ouvrage, divisé en deux volumes in-folio intitulés: Rariores
et exoticae Plantae (1601 -Anvers), où 1385 plantes décrites
et figurées sont classées d’une façon peu scientifique. Le
premier volume est intitulé: Rariores plantae et comprend
6 livres; le deuxième volume: Exoticae plantae et com­
prend 4 livres, dont le premier traite des arbres et des
arbrisseaux. C’est dans le livre I, au chapitre 2, qu’il parle de
feuilles et de fruits envoyés sous les noms d’Abavo et d’Abavi
par Honorius Bellus et Garet. Ceux-ci les avaient eus de
quelques matelots anglais, revenus d’Ethiopie.
« Le fruit de l’Abavo, dit-il, ressemble parfaitement à celui
« que Prosper Alpini décrit si négligemment sous le nom de
&lt;r Boabab: il a environ un pied de long, seize pouces de
a circonférence, et est attaché à un pédoncule long de deux
« pieds et de la grosseur du doigt. Il est marqué dans toute
a sa longueur de quelques sillons peu apparents, un peu
« plus étroit à son origine vers le pédoncule, et terminé en
« pointe à l’extrémité opposée: son écorce, qui est épaisse
&lt;r et médiocrement dure, est recouverte d’un duvet verdâtre.
« Intérieurement ce fruit est parcouru dans sa longueur,
« depuis son pédoncule jusqu’à la pointe opposée par des
t nervures et des fibres entre lesquelles on voit une pulpe
« ou une substance blanchâtre, d’un goût aigrelet assez
« friable, qui renferme des semences dures, noirâtres, ayant
« la forme de petits reins remplis intérieurement d’une
« amande blanche, assez agréable au goût, et attachées par
« Vombilic à plusieurs filets contournés et comme fi'isés. Les
« feuilles de l’Abavo, suivant l’observation de Bellus qui en
c a élevé plusieurs pieds, ressemblent à la vérité à celles
&lt;t du citronnier dans les premiers jours de la naissance de
« cet arbre, elles sont alors sans pédicules; mais dès qu’il a
a pris la hauteur d’un pied et qu’il commence à se ramifier,
« alors les feuilles ne sont plus solitaires, elles croissent
« deux à deux, trois à trois, ou quatre, ou même cinq à cinq
« sur un pédicule commun, à peu près comme les feuilles
« du lupin ou du maronnier d’Inde, de manière que celle
« du milieu est plus grande que ses deux voisines, et celles-ci

�a plus que les autres. Les Portugais appellent le fruit de
« cet arbre Calabacera. »
La figure des feuilles et du fruit, gravée sur bois, qui
accompagne celte description, est, comme cette dernière,
exacte.
Un seul reproche peut être fait à Clusius; c’est d’avoir
indiqué plusieurs funicules à la graine, alors qu’il n’y en a
qu’un seul.
A la même époque, Jules-César Scaliger (1584-1658), grand
médecin de Vérone, écrivait à Agen où l’évêque A. de la
Rovère l'avait emmené, plusieurs livres sur les plantes,
entre autres: In Théophrasti de causis plantarum commen­
tant et Animadversiones in Théophrasti Historias plan­
tarum.
Dans De Subtilitate, Lib. VI, il décrit, sous le nom de
Guanabanus, le fruit du Baobab qui avait été apporté au­
trefois à Anvers du Mozambique.
. « Le Guanabanus, dit-il, a une écorce dure, sillonnée
« comme le melon et recouverte d’un duvet verdâtre, com« parable par la mollesse à celui du fruit du cognassier. A
« son extrémité supérieure, on voit un pédoncule ferme, épais
« et fibreux, par lequel il est suspendu aux branches des
arbres; son extrémité opposée se termine en pointe: ce
« fruit est rempli d’une pulpe blanchâtre, si friable qu’on
« peut, par la seule pression entre les doigts, la réduire en
« une poudre très fine; cette pulpe a un goût aigrelet; les
4 Ethiopiens s’en servent pour apaiser la soif dans les fièvres
4 ardentes; elle est parsemée de semences noires, semblables
4 à des reins, ou à celles de l’Anagyris, attachées par des
« fibres à leur ombilic; ces graines ayant été semées, don« nèrent de jeunes plantes à feuilles de Laurier, qui périrent
« aux premières approches de l’hiver. »
Le Suisse Gaspard Banhin (1560-1624) parle du Baobab
dans son Pinax, Livre II, c. X, sous le nom de Abavo arbor
radice tuberosa. Il dit avoir reçu d’Honorius Bellus le fruit
de cet arbre qui lui avait été envoyé de Crète, après, être
venu d’Ethiopie.
4 II égale la grosseur d’un melon et est recouvert d’un court
4 duvet. Ses feuilles sont quelquefois attachées seules à
« seulesj quelquefois deux, trois à trois sur un même

— 13 —
« pédicule; elles sont tantôt dentelées et tantôt sans dente« lures dans leur contour. x&gt;
Veslingius a publié, en 1638, des notes sur certaines parties
de l’ouvrage de P. Alpini: De Plantis yEgypti liber. Dans
ces notes intitulées: Obseroationes de Plantis Ægypti,
on trouve, à propos de la description par P. Alpini du
fruit du Baobab, les phrases suivantes:
« L’écorce de ce fruit est également dure et épaisse, sa
4 noirceur extérieure est un indice certain pour reconnaître
« son pays natal. Il est un peu ridé vers son pédoncule, et
« ensuite il s’arrondit comme la calebasse pour se termi« ner ou en pointe ou en rond, à l’extrémité opposée. Ce fruit
« sec, tel qu’on le vend en Egypte, étant coupé en travers,
« montre un amas de membranes fibreuses et longitudinales,
4 entre lesquelles sont logées les semences; en séparant ces
« membranes, on découvre les semences qui sont enveloppées
« d’une substance rougeâtre. Cette substance, pressée entre
« les doigts, se réduit facilement en une poudre très fine. »
Dans le cours de cette période de l’histoire du Baobab
(P. Alpini), nous ne rencontrons que des connaissances
vagues peu précises, altérées souvent par l’imagination.
Avec Lippi s’ouvre la phase d’observation exacte et de
description sérieuse. Augustin Lippi visita l’Egypte et périt
en Abysinie, en 1704, à l’âge de 26 ans, victime d’un voyage
entrepris dans cette contrée, par ordre de Louis XIV, à
une époque de trouble et de révolution.
II écrivit d’Orient à Fagon, Bondelot, Dodart, des lettres
scientifiques, avec des descriptions de plantes mentionnées
par Tournefort dans ses Institutiones. L’herbier de Lippi est
au Muséum d’Histoire naturelle, ainsi que la copie de ses
lettres et de ses notes autographes faite par lsnard. Dans
ce manuscrit, on trouve une description du Baobab, dont
il avait vu le fruit au Caire. Cette description est si bien
faite qu’Adanson, après l’avoir eue en communication de
De Jussieu, déclara que « Si Lippi eût vu l’arbre en nature
« et en fleur, il n’aurait rien eu à ajouter, après cet obser« vateur, sur cet arbre. »
En effet personne jusqu’ici n’avait vu l’arbre fleuri. Des
feuilles, des fruits, à une époque où le système sexuel de
de Linné venait de s’imposer, ce n’était pas suffisant pour
décider qu’elle place le Baobab, devait occuper dans le

�— 14 —
règne végétal, quelles étaient ses affinités, dans quelle
famille on devait le placer et s’il méritait d’être le type d’un
genre nouveau. Cette tâche était réservée au grand botaniste
provençal Adanson.
A la suite de son important voyage scientifique au Séné­
gal (1748-1753), il communiqua à l’Académie, en 1756, la
description complète du Boabab. Ce travail est analysé dans
PHistoire de l’Académie royale des Sciences (1761), page 77.
Enfin la même année, dans les Mémoires de Malhémati­
que et de Physique tirés des registres de l’Académie royale
des sciences parut, page 218, la communication complète
d’Adanson. Elle a pour titre: Description d’un arbre d’un
nouveau genre appelé Baobab obsercé au Sénégal par M.
Adanson. Deux jolies planches représentant les caractères de
l’arbre accompagnent ce mémoire. Dans l’une se trouve
un dessin qui, de tous ceux que nous possédons, donne la
meilleure idée de port, du Baobab.
Cette monographie, qui comprend 25 pages, est faite de
main de maître. Après elle, il ne restait plus rien à dire
sur la morphologie externe du Baobab. Aussi Linné, dans
son Généra plantarum, n° 836, et dans sou Species Plantarum, 3e édition, 1764, Tome II, page 960, dédie ce genre
h Adanson remplaçant le nom générique Baobab de P.
Alpini par le nom Adansonia et appelant l’espèce d’abord
A dansonia baobab, puis plus tard Adansonia digitata.
Ce genre a été décrit depuis dans tous les Généra: De
Candolle Prodomus /, 478; Endlicher, Généra N° 5297;
Bentham et Hooker, Généra plantarum, 209, N° 40, et enfin
H. Bâillon, Histoire des Plantes, Tome IV, page 155N°78.
C’est la description de ce dernier auteur que nous adopterons
comme la plus récente et la plus complète.
Pendant longtemps, on n’a connu qu’une seule espèce:
Adansonia digitata.
Allan Cunningham parle dans King’s Suroey, app. p. 2b
d’un arbre qu’il appelle Gouty stem Tree; le capitaine Stokes
cite ce même arbre dans Discooery in Australia, et le
baron Ferdinand von Mueller, en 1857, après une étude très
consciencieuse, reconnaît avoir affaire à une nouvelle espèce
de genre Adansonia; il l’appelle Adansonia Gregorii et la
diagnose en est faite dans Hooker’s Journal of Botany
and Kew Garden. Miscellany, IX, p. 14.

— 15 Cette espèce nouvelle est décrite plus tard d’une façon plus
complète dans Bentham: Flora australiensis, Tome I, page
123, et le port de l’arbre est représenté par Bennet dans
Bennels Gatherings of a naturalist in Australia, planche V,
texte, page 292.
Mueller reparle de cette espèce dans Plants indigenous
of the Colon y of Victoria described by F. Mueller. Vol. I,
Sterculiacées, page 155, 1862.
Bernier, qui était à Bourbon vers 1847, avait récolté à
cette époque, à Madagascar, une plante distincte de VA. digi­
tata. Plus récemment, M. Grandidier, trouva la même plante
dans l’Ouest de cette ile; enfin M. Bâillon, dans Adansonia,
Tome XI, page 251, décrivit cette nouvelle espèce, à laquelle
il donna le nom dM. Madagascariensis, en 1873.
Index Kewensis cite une quatrième espèce: A. Situla.
Elle a été décrite par Sprengel dans son Systema (Gotting'oes 1826) Tome III, page 124. On y lit:
« A. Situla: A. foliis simplicibus oblongis integerrimis
sp. or. (Ophelus sitularius Lour). »
De Candolle, dans Prodromus Systematis, Tome I. page
478, donne une petite description de cette espèce que per­
sonne n’a revue et qui est considérée généralement comme
très douteuse.
N’ayant pu en trouver d’échantillon dans aucun herbier,
nous la passerons sous silence.
D’ailleurs M. Bâillon, n’en parle ni dans son Histoire des
plantes, ni dans son Dictionnaire de Botanique ni dons
Adansonia.
M. le professeur Bâillon qui venait de caractériser d’une
façon si précise, la troisième espèce du genre Adansonia.
recevant de Madagascar des fruits de formes très différentes,
se demanda s’il n’existait pas plusieurs espèces dans le
produit que les explorateurs lui envoyaient sous le nom de
Reiné-ala. Il parvint à débrouiller cette question et à créer
trois espèces nouvelles, grâce aux échantillons que lui
procura M. Grandidier, le savant explorateur qui a consacré
sa vie à l’histoire physique, naturelle et politique de Mada­
gascar et qui ne recule devant aucun sacrifice pour mener
à bien la lourde triche qu’il s’est imposé. Nous ne saurions
mieux faire que de citer ici le chapitre que M. Bâillon à
écrit dans le Bulletin de la Société linnéenne de Paris.

�— 16 Tome Ipr page 844, sur les Baobabs de Madagascar: « Outre
a VAdansonia madagascarfensis H. Bn. que nous avons
« figuré dans notre atlas de la flore de Madagascar (PI. 79 A
« et 79 B), et VA. digitata, introduit dansl’ile et aux Comores,
« il y a d’autres espèces de ce genre encore fort incomplè« tement connues et sur lesquelles nous ne pouvons, vu
« l’état très imparfait de nos matériaux, donner que quelques
« renseignements uliles. Ces espèces seront de la sorte
« recommandées â toute l’attention des explorateurs de la
« grande île.
« Le Za est extrêmement distinct par son fruit de IM. ma« dagascariensis qui est le Reiné-ala. Ce fruit rapelle
« beaucoup par sa forme générale celui de certains Luffa.
« Il a un pédoncule épais et trapu, long de quatre cent, et
« large de deux. Son péricarpe cylindro-conique, à un axe
« un peu sinueux, est sur notre échantillon long de vingt-trois
« centimètres et large au plus de sept. Son grand axe est un
« peu sinueux. Sa surface, d’un brun foncé, est couverte
&lt; d’un duvet extrêmement court. Profondément, il est rou­
te geàtre et il renferme une pulpe qui, comme dans toutes
« les espèces connues, enveloppe étroitement les graines.
« Celles-ci sont courtement réniformes, mais non mûres
« sur notre échantillon. La pulpe est peu abondante, fari« neuse et acidulé.
« M. Grandidier qui a vu le Za au pays Mahafaly, dans
« le sud-ouest de l’île, se rappelle que c’est un arbre d’environ
4 vingt mètres, plus touffu et plus rarneux que le Reiné-ala,
4 aussi gros que lui, à base du tronc renflée. Les quelques
« feuilles que nous possédons, rapprochées au sommet d’un
« jeune rameau, sont assez longuement pétiolées (6—8 cent.),
« digilées, à 5, 6 folioles longuement pétiolulées (2 —3 cent.),
« lancéolées, acuminées, presque glabres. Leurs nervures
« secondaires sont nombreuses, inégales, fort peu obliques.
« La fleur très imparfaite que nous possédons, et qu’on dit
« rougeâtre, devait être supportée par un épais pédoncule,
« dont la cicatrice a environ un centimètre de diamètre.
« Son calice, incomplet, est coriace, tapissé intérieurement
x de nombreux poils blancs, couchés en long. Les pétales
« son! linéaires, longs de plus d’un demi-décimètre. Le tube
« de l’androcée est cylindrique et long de plus d’un demi« décimètre. La portion libre des filets est plus longue encore,

— 17 —
4 mais nous n’y voyons plus d’anthères. Nous nommerons
« cette espèce Adansonia Za. Au Ménabée, son écorce
4 servait, il y a plusieurs années, à faire des cordages; elle
« est aujourd’hui bien moins usitée ». Voir les pl. 79 C, D, L,
dans le 3e 4e fascicule de l’histoire physique, naturelle et
politique de Madagascar et notre planche IV, qui représente
un groupe à.'Adansonia Za d’après une photographie de
M. Rigal.
4 Le Fony est une autre espèce qui se trouve à la baie de
4 Saint-Augustin, mais qu’on suppose, en outre, croître sur
« toule l’étendue de la cote occidentale de l’île. C’est, dit-on,
4 un arbre très élevé et très élancé, dont les fleurs sont
4 rouges. On le croit bien distinct de VA madagascariensis,
« et nous le nommerons, provisoirement, A. Fony. Nous
4 avons sous les yeux ses jeunes feuilles, également com4 posées digitées et à folioles lancéolées. Mais celles-ci sont
« sesiles sur le pétiole commun, d’un vert terne, pèle et un
« peu glauque, et elles sont très nettement dentées-serrées.
4 Leur côte est très visible, et leurs nervures secondaires
« le sont très peu. Sur notre échantillon elles ne dépassent
« pas huit cent, de long. Le fruit ellipsoïde, a environ un
« décimètre de long et est un peu moins large. Son péricarpe
4 est mince, fragile, tout chargé d’un épais tomentum velouté,
« d’un brun un peu verdâtre. Les graines portent des traces
4 de la pulpe qui les englobait. Elles sont tout-à-fait réni« formes, longues d’un à un et demi-centimètre, brunes à la
4 surface, avec un embryon fortement plissé, comme celui
« des autres Baobabs. »
Enfin M. Bâillon a figuré dans l’atlas de la flore de Mada­
gascar de M. Grandidier (PI. 79 B, 79 E et 79 H), une autre
espèce dédiée à ce grand explorateur sous le nom de A.
Grandidieri. Le port de cet arbre est bien différent. On dirait
un immense pain de sucre dont la partie supérieure émettrait
à différentes hauteurs de très grosses branches; l’ensemble
du feuillage constitue un dôme très surélevé. Les fleurs sont
plus petites que dans les espèces précédentes et présentent
des pétales plus larges; le fruit est moins ovoïde que celui
de A. Za, mais il n’est pas sphérique comme celui de A.
madagascariensis; il ne présente pas de sillons.
Le tableau suivant permettrait peut-être de distinguer
quatre des espèces de Madagascar par le calice et la corolle,
2

�-

18

-

d’après du moins des renseignements très sérieux fournis
par divers explorateurs.
FONY

REINÉ-ALA
ou mailagascariensis.

ZA

| en dehors Vert velouté, Pourpre velouté. Vert.

DIGITATA

Vert.

calice en dedans Pourp. velouté. Jaunâtre rosé. Blanc jaunâtre. Blanc jaunâtre
dehors Carmin pâle, Carmin pâle.
corolle enen dedans
Carmin vif. Carmin vif.

Blanc jaunâtre. Blanc.
Blanc jaunâtre. Blanc.

HISTOIRE T H É R A P E U T I Q U E

Pendant que grâce à Adanson, M. Mueller et M. Bâillon
la morphologie externe du genre était faite d’une façon
complète, son histoire thérapeutique et chimique était étu­
diée non moins activement.
M. le docteur Bonnet, dans un mémoire lu le 14 novembre
1894 à la Société botanique italienne et publié dans le premier
fascicule du Nouveau journal de botanique italien en janvier
1895, dit « qu’il existe au Musée Egyptien de Turin; trois
« fruits entiers de Baobab, des graines et de la pulpe du
« môme arbre, provenant des cercueils de momies égyp« tiennes de l’époque pharaonique; on peut voir un fruit
« semblable au musée égyptien du Louvre. » 11 est donc
permis de supposer que dans l’antiquité, les Egyptiens uti­
lisaient ces produits, qui parvinrent plus tard en Europe.
En effet, on recevait, pendant le moyen-àge, en Europe, une
poudre farineuse que l’on croyait être un produit minéral
tiré de l’Archipel grec et que l’on appelait pour cela Terre
sigillée de Lemnos ou Terra Lcmnia.
Prosper Alpini, qui rencontra cette poudre au Caire, indi­
que le premier son origine végétale:
« Le fruit de Baobab se rencontre au Caire, dit-il, mais
a non à l’état frais. Les habitants se servent de sa pulpe
« réduite en poudre; c’est la terre de Lemnos.
« Chez nombre de gens il est fait un usage très familier
« de cette terre dans les fièvres pestilentielles, les crachements
« de sang, la lienterie, la dysenterie et le flux de sang
« hépatique. On s’en sertencore pour amener la menstruation.
&lt;r La dose de cette poudre passée au tamis fin est d’un
« drachme. Les médecins la font prendre en dissolution

19 —
« dans l’eau de plantain, ou en infusions ou en décoctions
« dans l’eau commune, pour les maladies ci-dessus. »
Prosper Alpini ajoute « qu’il a appris que dans les contrées
« brûlantes de l’Ethiopie où ce fruit croit naturellement, les
« habitants l’emploient comme un rafraîchissant pour la soif,
&lt;a les gens riches masquent son acidité avec un peu de sucre.
« On s’en sert pins particulièrement pour toutes les affections
« chaudes, dans toutes les fièvres putrides, surtout dans celles
« qui sont pestilentielles, soit en mangeant sa pulpe avec du
« sucre, soit en buvant son suc tiré par expression et mêlé
« avec une quantité suffisante de sucre, ou même réduit en
&lt;r sirop. »
Adanson a expérimenté sur lui-même, pendant son voyage
au Sénégal, la feuille de CA. digitata.
« J’ai profité avantageusement des vertus du mucilage de
« Baobab pour me préserver des fièvres ar dentes qui se répana dent comme une épidémie sur les naturels du pays, et
« encore plus sur les Européens qu’elle moissonne pour ainsi
« dire pendant les mois de Septembre et d’Oclobre, c’est-à-dire,
« dès que les pluies cessant tout d’un coup, le soleil vient à
« dessécher les eaux qui se sont arrêtées sur les terres.
« Dans ces temps critiques, je faisois une tisane légère avec
« les feuilles du Baobab que j’avois recueillies au mois d’Août
« de l’année précédente et fait sécher à l’ombre, en les suspen­
te dant au plancher, comme font ici nos Herboristes: cette
« tisane n’a point de goût; cependant lorsqu’on la fait trop
« forte et comme visqueuse, on y trouve un peu de fadeur, qui
« peut se corriger avec une très-petite quantité de sucre ou de
« racine de réglisse: j’en usois tous les ans pendant ces deux
« mois seulement, en prenant une chopine le matin, soit
« avant, soit après mon déjeuné, et autant le soir après la plus
« grande chaleur du jour, c’est-à-dire entre 5 et 10 heures:
(f j’en prenois aussi quelquefois vers le milieu du jour, mais
« ce n’étoit que lorsque je sentois quelque migraine qui m’an« nonçoit une fièvre prochaine. Par ce moyen, j’ai su prévenir,
« pendant cinq ans que j’ai demeuré au Sénégal, les diarrhées
« et les fièvres ardentes qui sont presque les seules maladies
« qu’on ait à craindre dans ce pays. Enfin, pour rendre plus
« frappans les bons effets de cette tisane, prise dans les temps
« critiques que je viens d’indiquer, il suffira de dire que dans
&lt;r le mois de Septembre de l’année 1751, où les fièvres ardentes

�—

20 —

&lt; furent plus répandues qu’on ne les avoit vues depuis plu« sieurs années sur l’isledu Sénégal, je continuai mes chasses
« et mes herborisations fatigantes avec autant d’ardeur que
« j’aurois pu le faire dans ce pays-ci; et qu’un de mes amis,
« qui but, à mon exemple, de la même tisane, fut le seul, avec
« moi, qui vaqua à ses occupations ordinaires, pendant que
« tous les autres officiers français étoient alités, chose qui les
« surprenoit fort, sur-tout ù l’égard de mon ami, dont le tempé« rament très-délicat leur sembloit plus susceptible des ima pressions du mauvais air qui paroît être la première cause
a des maladies épidémiques de celte saison.
« Un remède aussi innocent, aussi facile, et dontj’ai ressenti
« de si bons effets, devrait être employé dans ces temps pour
« prévenir non seulement les fièvres chaudes, mais même les
« ardeurs d’urine, qui sont très-fréquentes pendant la haute
« saison, c’est-à-dire depuis le mois de Juillet jusqu’à celui de
« Novembre. L'expérience m’a appris que cette tisane seule
« suffit, pourvu qu’on s’abstienne du vin pendant qu’on en
« fait usage. »
Depuis, beaucoup de voyageurs ont parlé des vertus du
Baobab; nous ne citerons que les travaux des docteurs qui
ont étudié la question.
Le Bulletin des sciences de la Société philomatique de
Paris, année 1822, contient, page 105, une article intitulé:
Notes sur les propriétés médicales du fruit de Baobab,
signé IL-C.
On y lit: « Le docteur Franck, premier médecin et conseiller
« privé de Mme la duchesse de Parme, vient de publier
« quelques détails sur l’emploi du fruit de Baobab, le géant du
a règne végétal, que les naturalistes ont classé dans la famille
« des malvacées, sous le nom d’Adansonia, nom qui rappelle
« les travaux aussi utiles que nombreux d’un naturaliste que
« la France s’honore d’avoir produit, d’Adanson.
« Parmi les objets que les caravanes de la Nubie et du
« Darfour apportent au Caire, on trouve le fruit du Baobab,
« que les habitants du pays appellent Kabhab.................
« Les habitants de la Nubie, du Darfour et de l’Egypte,
« regardent ce fruit comme un remède très efficace dans
• plusieurs maladies, et surtout dans la dysenterie, affection
&lt;r si redoutable chez eux, par la rapidité de sa marche.
« Dès les premiers symptômes de cette maladie, ils obser-

—

21

—

« vent une diète rigoureuse et boivent une légère décoction
&lt;r de tamarin; si le mal ne cède pas bientôt, ils emploient le
a fruit du Baobab, que quelques-uns font précéder de petites
« doses de rhubarbe.
« C’est la substance rouge du fruit qui passe pour la plus
« efficace d’abord; mais au bout de quelques jours, s’il n’y a
« pas d’amendement, on en pile l’écorce et on en fait avec
« l’eau une pâte dont on administre plusieurs fois par jour
« gros comme une châtaigne; quelquefois même on fait torré« fier les graines, on les pile et on en fait prendre au malade
« plusieurs doses dans la journée; mais la partie la plus active
a est évidemment la substance friable.
« Non content de ces renseignements, le docteur Franck a
&lt;i voulu essayer lui-même le médicament dont nous parlons;
« le premier malade sur lequel il l’a essayé était exténué par
« une dysenterie qui durait depuis vingt-cinq jours; le fruit
« du Baobab le rétablit en peu de jours comme par enchan« tement et même contre l’attente de celui qui l’administrait.
« Encouragé par un succès aussi marqué, il employa ce
« remède chez plusieurs autres malades, avec un égal avan« tage, et en particulier sur son collègue et ami Cérisolle,
« atteint d’une dysenterie chronique, tandis que M. Assalini
« que nous avons vu naguère à Paris, témoin de cette dernière
« guérison, l’employait également avec succès de son côté. »
En 1848, les frères Duchassaing, médecins à la Guadeloupe,
essayèrent l’écorce du Baobab dans les fièvres paludéennes;
ils n’obtinrent que trois insuccès sur quatre-vingt-treize cas
bien constatés; aussi en firent-ils un antipériodique de haute
valeur.
M. le docteur Rançon, médecin de la marine, dans sa récente
thèse sur la Dysenterie endémique des pays chauds et notam­
ment au Sénégal (Faculté de Lyon 1886) dit, page 90, à propos
de la thérapeutique noire employée dans la dysenterie au
Sénégal: « On prend des feuilles de Baobab ou Gouye en
« yolof. On les broie légèrement dans l’eau et on fait chauffer;
« la liqueur est filtrée à travers un linge. Les feuilles séparées
« de l’eau et connues sous le nom de Lalo sont placées en
« cataplasme sur le ventre du malade, l’eau lui sert de tisane
a pendant les premiers jours de la maladie. Cette boisson
« laxative facilite les selles. Le cataplasme de lalo, très émol« lient, prévient les coliques.

�« Le fruit de Baobab nommé Pain de singe, en yolof Bouge,
&lt;i est également légèrement laxatif. On en fait une tisane d’un
« goût agréable qui est administrée pendant tout le cours de
« la maladie. Le pain de singe est considéré par tous les indi« gènes comme le médicament antidysentérique par excellence.
« Il est mélangé aux aliments mêmes. Ainsi l’indigène se
a nourrit surtout de bouillie de farine de mil avec du lait
« caillé. On désigne ce mélange sous le nom de Sanglé. Lors« qu’il est atteint par la dysenterie, il mélange le pain de
« singe à cette bouillie. »
« Enfin le docteur Garnier, médecin de la Marine, dans
a sa thèse (faculté de Montpellier 1888), intitulée: Souvenirs
« médicaux du poste de Sedhiou (Cazamancc) dit page 29:
« Son fruit est utilisé dans l’alimentation par les noirs qui
« l’ajoutent au Couscous; dans la thérapeutique, par les
« mulâtres, contre la diarrhée ou la dysenterie- Il nous a
« été loisible de l’expérimenter plusieurs fois dans la première
« affection, et si nousjj^rrons pas constaté d’action efficace
« bien marqué, nous ne lui avons pas trouvé non plus d’in« convénient: il nous a paru agir comme substance rafrai«chissante, tempérante, se rapprochant tlu tartrate de
« potasse. Quelque peu de pulpe en macération dans l’eau
« donne une tisane fort agréable et calmant bien la soif,
« dans la fièvre, par exemple. Ses feuilles sont mucilagi« neuses et émollientes. On les emploie fraîches ou sèches,
c Sous cette dernière forme c’est le « lalo ». Étant au bout
« de notre provision de tourteaux de graines de lin, nous
« nous en sommes maintes fois servi avec succès, suivant
« le conseil d’un commerçant de Sedhiou. »
Telle est l’histoire thérapeutique du Baobab. Nous avons
peu de renseignements sur les usages des autres Adansonia
en exceptant seulement VA. madagascariensis qui a fait
l’objet d’une étude très intéressante de M. le Professeur
Bâillon. On lit dans cette étude, publiée dans le Bulletin
mensuel de la Société linnéenne de Paris, tome I, page 539.
« Le Reiné ala — c’est le nom malgache de l’Adansonia
« madagascariensis — offre une écorce textile qui sert à
« couvrir les cases et à faire des cordages. Le bois est tendre
« et spongieux: à l’époque de la végétation active, il fournit
« par incisions une sève qui n’est guère que de l’eau et qui
« est bonne à boire. Il y a à Mouroundava, des maisons de

« commerce qui exploitent en grand les semences. M. Grevé
« ne dit pas quel usage on en fait; mais je suppose qu’il doit
« s’agir d’une extraction d’huile. Les fruits renferment, outre
« les semences, une pulpe comestible, analogue, sans doute,
« à celle du Baobab commun; mais ce qu’il y a de remar« quable, c’est que les maisons de commerce dont il est
« question exploitent aussi la portion la plus blanche et la
&lt;( plus molle de l’écorce. Peut-être est-ce pour en tirer une
« substance gommeuse ou mucilagineuse, cette sorte de
« suc laiteux dont parle Bernier. »
HISTOIRE CHIMIQUE

L’attention des chimistes devait être attirée par la cons­
tatation du mucilage et de l’acidité faite depuis si longtemps.
Vauquelin déjà (Mémoire du Muséum d’Histoire Naturelle,
t. VJII, page 1, et Journal de pharmacie et de chimie, 1823)
étudie le Baobab.
Il trouve dans la graine une matière se dissolvant dans
l’eau et qu’il appelle fécule soluble; c’est réellement du
mucilage.
M. Stanislas Martin, croit trouver, dans la même espèce, un
alcaloïde: l’adansonine.
L’étude chimique du Baobab a enfin été faite complètement
par MM. Heckel et Schlagdenhaufen dans un long travail
paru dans le Journal des nouveaux remède&gt;*, en 1888.
Ils y constatent la présence de l’acide acétique, de l’acide
tartrique. de la glucose, du tannin, du mucilage dans la
pulpe; de corps gras et du mucilage dans la graine, de sels
alcalins en grande quantité dans le fruit, de la glucose avec
du mucilage dans les feuilles, de cire et de tannin dans
l’écorce. Ils constatent l’absence de tout alcaloïde (adatisonine) et de saponine.
Grâce à ce remarquable travail où l’on trouve une analyse
complète quantitative des différents éléments, on s’explique
facilement les emplois thérapeutiques de chaque partie du
végétal; de plus on y trouve ébauchée l’anatomie de l’Adan­
sonia digitata.

�— 24 —
Nos recherches, opérées malheureusement sur trop peu
de produit, nous ont permis de constater qualitativement
dans les deux autres espèces principales: A. Gregorii et
A. madagascariensis, les mêmes principes, avec une faible
quantité d’acide malique (?) dans A. madagascariensis.

UTILITÉ DE NOUVELLES RECHERCHES

t

Tel est l’ensemble de nos connaissances actuelles sur le
genre Adansonia. Ne reste-t-il pas quelque chose à faire
pour compléter son étude au point de vue de la botanique
médicale?
La thérapeutique d’abord, puis la chimie ayant fait con­
naître les principes médicamenteux des trois espèces
principales du genre Adansonia; n’y aurait-il pas utilité à
chercher la localisation de ces principes dans les organes
de ces plantes, avec le secours du microscope et de quel­
ques réactifs microchimiques, à voir dans quelle espèce et
dans quel tissu ils existent en plus grande abondance?
Enfin, puisque pour arriver à ce résultat, il faut faire des
coupes dans les diverses parties des Adansonia, il convien­
drait peut-être d’en profiter pour rechercher si l’anatomie
ne donnerait pas de nouveaux caractères différentiels et de
rapprochement, pouvant s’ajouter aux caractères de mor­
phologie externe si bien saisis et décrits par Adanson,
MM. Mueller et Bâillon.
Déjà M. Trécul en 1862 communiquait à la société philo­
matique de Paris le résultat de ses patientes recherches
sur la formation du mucilage chez les Malvacées, le tilleul
et les Sterculiacées. « Le mucilage des Malvoïdées, disait-il,
a ne résulte pas d’une métamorphose des membranes de
« cellulose, ainsi que cela devrait avoir lieu suivant l’opinion
&lt;l de M. H. Karsten. Ce mucilage n’est pas non plus produit
« par l’amidon. » Il combattait ainsi l’application aux Mal­
vacées de la singulière théorie de Naegeli sur le dédou­
blement de l’amidon dans les graines de lin en huile qui
remplirait les cellules de l’endosperme et en mucilage qui

�s’accumulerait dans les cellules épidermiques. Des cellules
spéciales, pour lui, donnaient, le mucilage. Dans cette im­
portante étude qui a paru dans Adansonia, tome VII, page 248,
M. Trécul prouve que les canaux gommeux des Malvacées
se forment par liquéfaction des cellules à mucilage réunies
en amas plus ou moins considérables.
M. le professeur HecUel en 1888 découvre dans le Baobab
les lacunes à mucilage et ébauche l’anatomie de cette espèce.
Sous la bienveillante direction de ce cher Maître, grâce aux
précieux matériaux qu’il a bien voulu mettre ù notre dispo­
sition et aux échantillons rares que nos Maîtres MM. Bureau,
professeur, et Poisson, assistant au Muséum d’histoire na­
turelle de Paris, nous ont confiés, nous allons essayer de
contribuer à la résolution de ces questions en nous bornant
à l’étude des trois espèces principales: A. Gregorii, A. digitata, A. madagascariensis, les autres gravitant autour de
cette dernière espèce.
Auparavant nous donnerons la diagnose du genre Adan­
sonia et celles de ses trois représentants principaux.
DESCRIPTION DU GENRE ADANSONIA L.

(Bâillon. — Histoire des plantes, IV. 1873, p. 155).
Galyx*1) ovoideus v. oblongus, demum sub campanulatus,
5-fidus, intus sericeus, valvatus, deciduus. Petala (malvacea)
calyce multo longiora, oblonga v. obovata, convoluta. Stamina oo; columna ima basi cum corolla connata, mox soluta in
filamentaoo, longiuscula, 1-antherifera; antheris terminalibus reniformibus, 1-locularibus. Germen liberum; loculis 5-10,
oo ovulatis; stylo apice in ramos brèves 5-10, stigmatosos
stellato-patentes, diviso. Fructus oblongus, nunc obovoideus
v. subglobulosus lignosus, indehiscens; loculis pulpa fari(1) Calice ovoïde ou oblong, enfin subcampanulé, 5-fide, soyeux en
dedans, valvaire, caduc. Pétales (de malvacée) beaucoup plus longs que
le calice, oblongs ou obovales, tordus. Etamines 00 ; colonne staminale
connée par la base avec la corolle, bientôt après divisée en 00 filets, un
peu longs, à une seule anthère; anthères terminales, réniformes, uni­
loculaires. Ovaire libre; 5-10 loges 00 ovulées; style divisé au sommet
en 5-10 branches courtes, stigmatifères rayonnant en étoile. Fruit
oblong, tantôt obovoïde, tantôt subglobuleux, ligneux, indéhiscent;
loges remplies d’une pulpe farineuse. Graines 00 , nichées dans

DESCRIPTION DE L ESPECE ADANSONIA DI GIT AT A L.

Cette espèce a été créée par Linné d’après la description
qu’Adanson en avait publiée dans les Mémoires de l'Académie
des Sciences (1761). Comme cette espèce à elle seule consti­
tuait alors le genre Adansonia, nous donnerons pour sa
diagnose : 1° La description du genre faite par Linné dans son
Généra plantarum; 2° les quelques mots qu’il a ajoutés dans
son Species plantarum. D’ailleurs, dans son S'jstema Vegetabilium (14* édition, p. 620), Linné, pour la description de
l’espèce, renvoie à celle du genre.
G én éra p la ta ru n i.

(8* édition, — 1789 — P. 462).
Cal.*1) — Perianthium monophyllum, semiquinquefîdum,
cyathiforme; laciniis revolutis; deciduum.
la pulpe plus tard desséchée, réniformes-globuleuses ou angu­
leuses; tégument épais; hile latéral; embryon peu albuminé, arqué,
à cotylédons fortement contortupliqués et enveloppant la radicule
légèrement recourbée. — Arbres ; tronc court et très gros, de diamètre
énorme; rameaux étalés ou parfois recourbés, rayonnant au sommet du
tronc en une chevelure large et touffue; feuilles digitées; folioles 3-9,
entières, très brièvement pétiolées; stipules caduques; fleurs axillaires,
solitaires, pédonculées, pendantes; 2 bractéoles. (Afrique trop., Asie
trop. !, Australie.)
(1) Cal. — Perianthe monophylle, semiquintifide, en forme de coupe;
divisions réfléchies; caduc.

�Cor. — Petala quinque, subrotunda, nervosa, revoluta,
unguibus tubo staminum innata.
Stam. — Filamenta numerosa, interne in tubum coalita,
ipsumque coronantia, horizontaliter patentia. Antherae reniformes, incombentes.
Pist. — Gerrnen ovatum. Stylus longissimus, tubulosus,
varie intortus. Stigmata plura(lO), prismatica, villosa, radiato-patentia.
Fr. — Capsula ovalis, lignosa, no.n dehiscens, decemlocularis, pulpa farinacea, dissepimentis menabranaceis.
Sem. — Numerosa, reniformia, subossea, pulpa friabili
involuta.
Species plantaruni.

(3e édition — 1764 — Tome IL P. 960).
Adansonia Baobab.
Baobab. — Alp. ægypt. 66. t. 67.
Baobab s. Abavi. Bauh. hist. I. p. 110.
Abavo arbor, radice tuberosa. Bauh, pin. 434.
Guanabanus Scaligeri. Bauh. hist. I.p. 109. Raj. hist. 1371.
Habitat O) in Sénégal, Ægypto. /?.
Genus et Habitus nirnium affinia Bombaci; dijfert enim
fructiJicatiOj tantum farina obducente semina loco lanœ.
Cor. — Pétales au nombre de cinq, presque arrondis, nerviés, soudés,
par les onglets au tube staminal.
Etam. — Filets nombreux, soudés en tubes à la partie Inférieure
formant une couronne au-dessus de ce dernier, en s’étalant horizonta­
lement. Anthères réniformes, incombantes.
Pist. — Ovaire ovoïde. Style très long, tubuleux, contourné de diffé­
rentes manières. Plusieurs stigmates (10), prismatiques, velus, étalés en
rayons.
Fr. — Capsules ovoïde, ligneuse, indéhiscente, à dix loges, renfer­
mant une pulpe farineuse; cloisons membraneuses.
Gr. — Nombreuses, reniformes, subosseuses, entourées d’une pulpe
friable.
(1) Se trouve au Sénégal, en Egypte. Arbre.
Par sa physionomie et son port, présente de très grandes affinités
avec les Bombax ; en effet la différence réside seulement dans le fruit
dont les graines sont recouvertes d’une matière farineuse au lieu de
poils.

DESCRIPTION DE L ’ ESPÈCE ADANSONIA GREGORII

F. Von MÜELLER.
(KookePs Journal of Botany and Kevo Garden Miscellany,
IX — 1857 — p. 14) O)
F o lio lis 4-9 petiolulo orbatis, subtus cano-velutinis;
calyce in lacinias 2-4 fere basistenus rumpenle; pedunculis
rectis; petalis 5 raro paucioribus, oblongo-cuneatis in basin
longe angustatis liberis; stylo stamina derrium paulo excedente, recto, basim versus dense tomentoso; antheris subcordatis; stigmatibus 5-8 barbatis; capsula ovata vel piriformis,
exsulca.
llab. In planitiebus orariis et ripariis, ad flumina Victoria
et Fitz Maurice, ad promontorium Point Pearce alibique.
DESCRIPTION DE L’ESPÈCE ADANSONIA MADAGASCARIENSIS

(Adansonia. — T ome

H. BAILLON.
VI. Mars 1873 — Juin 1876 — p. 251).

Arbor&lt;3&gt;eximia (ad 30 métra alta) crassa, basi nonnihil dilatata nudata erecta; cortice lævi ; ligne molli; coma, ut
videtur, dense ramosa. Folia (adulta haud visa) longe gracileque petiolata ; limbi digitati foliolis sæpe 7, lanceolatis,
(1) L’ouvrage est extrêmement rare. Nous devons la communication
de cette description à l’obligeance de M. Franchet, du Muséum.
(2) 4-9 folioles dépourvues de pétiolule, blanches-veloutées en
dessous; calice se partageant presque jusqu’à la base en 2-4 divisions;
pédoncules dressés; 5 pétales rarement moins, oblongs et en forme de
coin, longuement rétrécis à la base, libres; style à la fin un peu plus
long que les étamines, droit, couvert à la base d’un tomentum épais ;
anthères, subcordiformes ; 5-8 stigmates barbus; capsule ovoïde ou
piriforme.
Ilab. Plaines avoisinant les rivages et les côtes, près des fleuves
Victoria et Fitz Maurice, au promontoire Point Pearce et ailleurs.
(3) Arbre remarquable (haut d’environ 30 mètres) gros, un peu élargi
à la base, dénudé, dressé; écorce lisse; bois mou; sa chevelure parait
dense et rameuse. Feuilles (vues non adultes) présentant un pétiole
long et grêle; limbe digité, souvent à 7 folioles, lancéolées, glabres.

�— 30 —
glabris. Flores soliiarii v. racemosi (?) inramulo laterali
lignoso rigido pauci speciosi ampli (ad 10 cent, in alabastro
adulto longi) ; sepalis lineari-elongatis coriaeeis crassis
valvatis, extus dense (in sicco) fnscato-villosis, intus petaloideis (coccineis), demum reflexis. Petala (miniata) longe (ad
15-20 cent.) lineari auguslala acuta, arle sub antbesi cum
sepalis reflexa apiceque spirali-contorta. Stamina oo, perianthio breviora; filamentis basi in tubum rectum subcylindricum (ad 1/2 decim longum) connatis, superne liberis filiformibus; antberis reniformi-suborbicularibus, versatilibus;
loculo marginali circinali-rimoso. Germen breviter ovoideum,
extus pilis rigidis rectis cum styli basi densi birsutum;
obovato-o! longis, inlus dense stigmalosis. Ovula in loculis
oc, 2-serialim descendentio. Fructus (ut in gencre) corticatopulposus ellipsoideus (ad 15 cent, longus, 10 cent, latus);
stylo gracili androcæo longiore, cum germine inferne intra
tubum androcæi vaginato, apice stellatim 5-lobo; lobis patulis
cortice duro, extus dense virescenti villoso (in-sicco fuscato);
pulpa molli copiosa sapida (albido-violacea). Seminaoo, in
pulpa nidulantia reniformia (ad 1 1/2 cent longa); testa coriacea subcrustacea nilida (fuscata); albumine mucoso inter
Fleurs solitaires ou en grappes(?), disposées, sur un petit rameau
latéral ligneux et rigide, peu nombreuses, belles, grandes (longues
à l’élat adulte, d’environ 10 cent, à partir de la base); sépales linéairesallongés, coriaces, épais, vulvaires, fortement velus et bruns à la face
externe (lorqu’ils sont secs), pélaloïdes (écarlates) à la face interne,
enfin réfléchis. Pétales (d’un rouge éclatant) longuement (environ
15-20 cent.) linéaires, étroits, aigus, étroitement réfléchis, lors de
l’anthèse, contre les sépales et tordues, spiralés au sommet. Etamines
OC- plus courtes que le périanthe: filets connés à la base en un tube
droit subcylindrique (long d’environ 1/2 décim.), libres et filiformes à la
partie supérieure; anthères, rémformes-suborbiculaires, versatiles,
à loge marginale présentant des sillons circulaires. Ovaire brièvement
ovoïde, follement recouvert à l’extérieur, ainsi que la base du style, de
poils raides, droits; style grêle, plus long que l’androcée, contenu à
la partie inférieure, ainsi que l’ovaire, dans le tube de l’androcée, étoilé
au sommet en 5 lobes; lobes étalés, obovales-oblongs, fortement stigmatifères à l’intérieur.
Loges Zf- , renfermant des ovales descendant en 2 séries. Fruit (comme
dans h' genre) corliqué et pulpeux, ellipsoïde (long de 15 cent., large
de 10 c&lt; ni.); éc&lt; rce dure, fortement velue et verdâtre à l’extérieur
(brune à sec); pulpe molle, abondante, sapide (blanchàtre-violacée).
Graines OC, éparses dans la pulpe, rénifonnes (longues d’environ
1 cent. 1/2); tégument coriace, subcrustacé, brillant (de couleur brune);

— 31 —
plicas embryonis lamellato; radicula conica leviter arcuata;
cotyledonibus planis amplis valde convolutivo-plicatis. Species, insignis, hucusque, ut videtur, ignola, sat frequens
in Madagascaria occidentali, haud procul a mare invenitur
ibique olim a Dernier et nuperrime a cl. A. Gt andidier,
collecta est (Herb. Mus par.)

albumen muqueux, formant une couche mince entre les plis de l'em­
bryon ; radicule conique, légèrement recourbée; cotylédons plans,
larges, très plissés-convolutés.
— Espèce remarquable, paraissant inconnue jusqu’ici, assez répandue
à l’ouest de Madagascar; se rencontre non loin de la mer et a été
récoltée là autrefois par Bernier et tout récemment par l’illustre
A. Grandidier (Herb. du Mus. de Par.).

�ANATOMIE DES ORGANES AXILES
TIGE
Adansonia Gregorii.

Un jeune rameau d’un an, d’un centimètre de diamètre,
présente une coupe dont le rayon est divisé en trois parties
égales par trois cercles concentriques limitant: la moelle,
le cylindre central, l’écorce.
Écorce. — Pas d'Épiderme. Le suber est formé de 2 à
4 assises de cellules aplaties, à parois légèrement épaissies
et superposées dans les assises successives; au-dessous est
un phelloderme formé de 4 à 5 assises cellulaires semblables
au suber, mais à parois incolores. Vient ensuite le paren­
chyme cortical différencié en portion externe et portion
interne.
Les cellules de la partie externe forment 4 ù 5 rangées;
elles sont irrégulières, souvent recourbées dans un sens ou
dans l’autre, mais elles ne laissent pas entre elles de méats.
Leur paroi, un peu épaisse et incolore, limite une cavité
remplie d’une masse homogène, d’un rouge-jaunâtre uni­
forme. A l’examen de la coupe (pl. I, fig. 1) on croirait
avoir sous les yeux de petites nappes rouges, séparées par
de petites bandes blanches.
Si l’on traite, dans un verre de montre, .les coupes par une
goutte d’une solution très étendue de perchlorure de fer et,
qu’après lavage, on monte sur une lame la préparation, les
nappes rouges prennent une coloration noir-violacé; ça et
lù, dans ce parenchyme cortical externe, on observe quelques
cellules plus arrondies présentant dans leur intérieur des
màcles d’oxalate de chaux cristallisé en octaèdres. Ces
octaèdres sont si nombreux que les mâcles ont l’aspect d’une

�- 34 —
petite sphère hérissée de poinlements sur toute la surface;
la rnàcle remplit généralement toute la cellule.
Ainsi, des deux formes cristallines de Poxalate de chaux,
prisme droit à base carrée et prisme oblique à base rhombe,
nous ne rencontrerons ici, de même que dans tous les organes
des trois espèces d'Adansonia, que la première forme, et
encore est elle toujours représentée par des cristaux octaé­
driques groupés en màcles et non isolés. Jamais de raphides
qui, comme l’on sait, sont les groupements préférés des
aiguilles très allongées du système triciinique.
La portion interne du parenchyme conical présente les
mêmes cellules à tannin, moins irrégulières peut-être; mais
elle offre des solutions de continuité (/) disposées suivant
deux cercles concentriques. Ce sont les lacunes à mucilage,
sphériques, ou assez souvent légèrement allongées dans le
sens de la longueur de la tige; elles ont pour parois les
cellules à tannin et à oxalate du parenchyme environnant.
Le microscope révèle dans leur cavité des débris de parois
cellulaires intactes, flottant, avec des cristaux d’oxalate et
des goutelettes de tannin, dans une masse qui, présente, sur
la coupe, une surface ondulée tremblotante. Examinée plus
attentivement, cette masse se montre formée de parois
cellulaires extrêmement gonflées, gélifiées; les différentes
lamelles cellulosiques qui constituent ces parois se retrouve nt
en partie, mais très espacées les unes des autres et séparées
par une gelée. Ça et là sur les bords des lacunes, on voit
des cellules déchirées dont les parois latérales flottent dans
la cavité.
Les lacunes ont des dimensions différentes: les unes, très
petites, atteignent 1/4 de millimètre, les autres 1 millimètre
de diamètre. La composition de leur contenu, la présence
de cellules déchirées dans leurs parois, l’absence de paroi
propre prouvent qu’elles sont formées par gélification des
parois des cellules à tannin qui se touchent directement
au début. Cette gélification entraîne la fonte complète des
cellules laquelle s’opère peu à peu sur la périphérie de la
lacune; c’est un travail continu, incessant.
Dans celte même portion interne du parenchyme cortical,
on rencontre, par groupes de deux ou trois, des éléments
à section rectangulaire, à parois épaissies et blanches; leur
longueur est assez considérable: ce sont des fibres.

- 35 —
En se rapprochant du cylindre central, les cellules à tannin
deviennent plus régulières, ovales; elles constituent trois à
quatre assises de cellules, à parois minces, formant une gaine
complète péristelique, dans laquelle il est difficile de dis­
tinguer ce qui appartient à Yendoderme ou dernière couche de
l’écorce et au péricycle ou première couche du cylindre central.
Cylindre central. — Aussitôt après cette gaine on
observe un liber très épais, formé de deux ou trois assises
de parenchyme libérien avec des tubes criblés, appliqués
contre le bois et d’une bague très épaisse de cellules sclé­
reuses, allongées, qui ne sont autre chose que des fibres
libériennes, à parois très épaisses. Cette bague est découpée
en rectangles par des rayons médullaires larges, formés de
cellules aplaties suivant le rayon de la stèle et allongées
tangentiellement; en s’approchant du bois, ces rayons mé­
dullaires deviennent plus étroits; leurs cellules, bientôt
isodiamélriques, s’allongent enfin radicalement. Elles con­
tiennent toutes du tannin.
De ces rayons médullaires partent perpendiculairement
à leur direction trois rangées étroites de cellules à tannin,
allongées, à parois minces. Ces rangées qui découpent chaque
grand rectangle libérien en quatre rectangles supperposées,
ou bien aboutissent aux rayons médullaires voisins, ou bien
se terminent dans de petits rayons médullaires limités à une
portion du liber.
Le bois fait suite immédiatement au liber, l’assise géné­
ratrice ou cambium n’existant plus. Il est formé de lames
séparées les unes des autres par les rayons médullaires à
tannin: ceux-ci, continuant les rayons du liber, aboutissent
à la moelle.
Chaque lame présente du côté de la moelle des cellules
scléreuses (es) appliquées contre cette dernière et dont
l’ensemble forme une bague pér.médullaire, concentrique à
l’anneau scléreux libérien et coupée comme lui par les
rayons médullaires {rm). Entre les deux bagues, on trouve,
de dedans en dehors, dans la lame de bois, généralement
une, quelquefois deux rangées de vaisseaux petits (t&gt;), spi­
ralés vers le centre, gros, réticulés, ponctués vers la péri­
phérie. Ces vaisseaux sont séparés de temps en temps par
une petite quantité de parenchyme ligneux (cpl) et par
quelques rares petits îlots d’éléments scléreux.

�— 36 —
Moelle. — C’est, un tissu de cellules sphériques ou ovoïdes;
(cm) les unes sont incolores, avec quelques granulations;
d’autres sont colorées en rouge par le tannin, d’autres enfin
contiennent des màcles. Chaque sorte de cellules entre pour
un tiers dans le tissu, qui présente de nombreux méats
intercellulaires et des lacunes à mucilage (Im) nombreuses,
aussi grandes que dans l’écorce et présentant les mômes
caractères.
Adansonia digitata.

Si, dans la coupe précédente, on enlève le tannin de toutes
les cellules, pour ne le laisser que ça et là en petits ilôts
perdus autour des lacunes corticales, des lacunes médullaires
et dans l’endoderme, ainsi que dans les trois rangées perpen­
diculaires aux rayons médullaires et qui forment ici trois
cercles concentriques dans le liber ; si l’on établit une assise
génératrice cambiale à tannin et, dans le liber, de nombreux
petits rayons médullaires, pour diviser les ilôts rectangulaires
scléreux en petites rangées radicales de G à 8 éléments; enfin
si l’on farcit le liber et les rayons médullaires de màcles
d’oxalate de chaux, on obtient la coupe de la tige jeune de
VAdansonia digitata, dans laquelle les faisceaux du bois
sont plus larges, présentent des vaisseaux à lumière plus
considérable et, vers l’extérieur, une grande quantité de
parenchyme ligneux. Les cellules à tannin du parenchyme
cortical sont remplacées par des cellules chlorophyliennes
contenant, à côté des corpuscules verts, une quantité notable
d’huile (Heckel). Enfin les cellules à tannin de la moelle sont
remplacées par des cellules remplies d’amidon et d’huile
(Heckel).
M. Heckel qui a étudié l’écorce du Baobab, fait observer
« que les lacunes deviennent plus nombreuses et plus
« grandes dans l’écorce âgée, en absorbant une plus grande
« quantité des tissus sous et sus-jacents. »
Nous avons observé le môme phénomène pour les lacunes
de la moelle, dont trois ou quatre prennent des dimensions
considérables dans tous les sens et sont limitées par des
cellules à parois subérifiées. Nous reviendrons plus tard sur
ce phénomène de subérification qui semble avoir pour but de
limiter les ravages de la lacune.

- 37
Quant au morcellement des gros îlots de liber dur de
ïAdansonia Gregorii en petits îlots radiaux, séparés par du
tissu mou (rayons médullaires) dans VA. digitata, il permet,
grâce à la facile dissociation du tissu mou, l’utilisation des
fibres libériennes comme matière textile, ce qui ne pourrait
pas se faire avec les gros rectangles libériens de A. Gregorii.
Adansonia inadagascariensis.

Lacunes corticales et médullaires beaucoup plus nom­
breuses que dans A. Gregorii. Les rayons médullaires sont
dépourvus de tannin; ils s’évasent beaucoup à la périphérie
du liber, où leurs cellules s’allongent tangentiellement et
s’aplatissent dans le sens radial; ils s’avancent en éventail
dans le parenchyme cortical et arrivent jusqu’au suber.
Il n’existe de tannin que dans la couche génératrice cam­
biale très nettement formée et dans l’endoderme.
Nous n’avons plus ici la grosse bague scléreuse libérienne
de A. Gregorii; une simple ligne de fibres libériennes
épaisses divise le liber à éléments parenchymateux en deux
parties égales et concentriques
Par contre, dans la moitié interne du parenchyme cortical,
il y a, entre les rayons médullaires évasés, de nombreux et
gros îlots scléreux qui tous s’arrêtent sous la Zone à lacunes.
Cette dernière, formée de deux rangées de lacunes, est située
au tiers moyen de l’écorce, dont le suber et le phelloderme
sont bien développés.
Quant au parenchyme chlorophyllien, au bois et à la moelle,
ils présentent les mêmes caractères que dans A . digitata.
PÉDONCULE DE

LA FLE UR

Dans le genre Adansonia, la fleur est à l’extrémité d’un
pédoncule long, épais, de nature axile, puisque c’est un
rameau portant deux petites bractées. Ce pédoucule de­
viendra encore plus gros pour supporter ce fruit. Son étude
anatomique est très intéressante.
Adansonia Gregorii.

La section transversale (pl. I, fig. 2) a été faite à un centi-

�— 38 —
mètre au-dessous de l’ovaire. La moelle et le cylindre central
ontla même épaisseur qui est deux fois moindre dans l’écorce.
Écorce. — Sous un épiderme ordinaire, (ép) on rencontre
de suite un parenchyme cortical ayant l’apparence d’une fine
dentelle. 11 n’est formé, pour ainsi dire, que de lacunes (le)
grandes et séparées souvent les unes des autres par une
seule assise de cellules.
Ces cellules, légèrement irrégulières, ont toutes des parois
un peu épaissies et contiennent presque toutes du tannin;
par-ci par-là quelques unes sont incolores. Pas de méats
intercellulaires.
La dernière rangée de l’écorce, Vendoderme (gf), est formée
de cellule ovoïdes et à parois peu épaisses; toutes ont du
tannin.
Cylindre central. — Il est formé de quatre gros faisceaux
accolés par le liber et par la moelle. On dirait que la stèle
tend à se diviser en quatre cylindres centraux.
En effet, on peut comparer chacun de ces gros faisceaux
à un éventail ouvert à 90°. Chaque branche de l’éventail serait
constituée par du bois en dedans et du liber à la périphérie.
Ce liber descendrait sur les bords de l’angle droit et viendrait
se terminer près du sommet, qu’occuperait une partie de la
moelle.
Pour compléter la coupe, accolons quatre éventails sembla­
blement constitués; les quatre moelles formeront le centre
de la coupe, les bois un anneau interrompu par quatre
pénétrations de liber; nous aurons ainsi le cylindre central
de A. Gregorii.
Chacun des quarts du pédoncule est formé d’un certain
nombre de lames radiales, véritables faisceaux libéro-ligneux,
limités latéralement par des rayons médullaires, à cellules
régulières, remplies de tannin. Dans chacun de ces petits
faisceaux, le liber est séparé du bois par un arc de cellules
à tannin et tous les arcs forment une ligne continue bosselée.
Cette ligne, sur les bords de l’éventail, descend jusqu’à la
moelle où elle va rejoindre la ligne cambiale des deux éven­
tails voisins et c'est dans l’espace compris entre deux lignes
cambiale fea), au point où, devenant radiales, elles vont se
rejoindre, que le liber descend presque jusqu’à la moelle,
d’où il est séparé par la ligne à tannin.
Le liber est formé de parenchyme mou, à parois épaisses,

— 39 brillantes, sans éléments scléreux; quant au bois, il ne
possède que des vaisseaux et du parenchyme ligneux.
Moelle. — La moelle, comme celle de la tige, est formée
de cellules ovoïdes ou sphériques; presque toutes contiennent
du tannin ; il n’y a pas de cristaux d’oxalate de chaux, non
plus que dans l’écorce. Des lacunes (lm), en nombre moindre
que dans le parenchyme cortical et cependant encore assez
abondantes, forment dans cette moelle quatre groupes placés
chacun au sommet d’un des quatre gros faisceaux.
Adansonia digitata.

Une section transversale faite à un centimètre au-dessous
de l’ovaire, comme dans le type précédant, nous présente,
au microscope, une figure étrange. On dirait un réseau à
larges mailles rondes ou ovales. Chaque maille serait un
cylindre central, une stèle. Ce réseau viendrait s’appuyer à
la périphérie sur un anneau épais de tissu, formé uniquement
de cellules à tannin. Cet anneau présente à sa périphérie
un épiderme portant un grand nombre de poils étoilés, à
branches toutes dressées, assez longues, et en son milieu
une rangée de lacunes assez grosses, contenant une subs­
tance molle, colorée légèrement en rouge par le tannin des
cellules détruites.
Les parois qui séparent les mailles les unes des autres, les
stèles, semblent être le prolongement de l’anneau périphé­
rique ; elles sont assez épaisses et ne contiennent aussi que
des cellules à tannin. On ne saisit pas bien les rapports, les
analogies qui existent entre cette coupe et la précédente; ils
deviennent visibles et nombreux, si l’on pratique la coupe
dans le tiers inférieur du pédoncule floral. Nous avons vu
que daus i. Gregorii il existe quatre éventails, séparés les
uns des autres par du liber.
Supposons que ce liber périphérique pénètre davantage
dans la moelle, sans atteindre cependant tout à fait le centre,
et que l’endoderme l’accompagne dans son évolution; puis
étirons fortement chaque éventail dans son plan et dans le
sens de l’axe de symétrie, la portion de moelle qui lui appar­
tient subira le même mouvement et, par suite, nous aurons
une petite moelle centrale émettant quatre bras. Chaque bras
sera l’axe d’un faisceau libéro-ligneux qui tend à se fermer et

�— 40
à constituer un nouveau cylindre central très aplati, à moelle
allongée, à bois interne et à liber externe. Ces quatre cylindres
centraux ne communiqueront ensemble que par la moelle et
l’endoderme. Diminuons beaucoup le nombre des lacunes
de la moelle dans la figure ainsi étirée, laissons-en une très
grosse, centrale, laissons aussi les lacunes corticales, rem­
plissons de tannin toutes les cellules de la moelle, des rayons
médullaires et du parenchyme cortical, et nous aurons la
coupe du pédoncule de Adansonia digitata au tiers inférieur.
Pas complètement cependant; il faut encore placer immé­
diatement sous les régions des lacunes périphériques quatre
petits cylindres centraux complets, avec moelle cylindrique,
non étirée, ces cylindres étant séparés de la formation que
nous venons de décrire, par une épaisse couche de cellules
à tannin.
Situés aux quatre angles du pédoncule, ils ont la même
origine que les quatre cylindres en voie de formation. C’est
ce que nous montre la coupe faite à un centimètre au-dessous
de l’ovaire et qui nous paraissait tout à l’heure si difficile à
comprendre. En effet nous avons dit que les mailles rondes
de cette coupe sont des stèles. Ces stèles présentent une
forte moelle cylindrique, lacuneuse, deux fois plus épaisse
que le bois et le liber. Cette moelle est un des bras de la
moelle primitive, bras qui, étirés au début, s’est modifié en
devenant cylindrique, puis a perdu tout rapport avec la
moelle primitive. D’ailleurs un grand nombre de ces stèles
montrent un point par où leur moelle communique encore
avec le tissu des parois des mailles : on dirait les grains d’une
grappe de raisin. Ce qui précède ne nous autorise-t-il pas à
conclure que toutes les parois de mailles sont constituées par
la moelle primitive qui a été étirée en tous sens pour accom­
pagner les nombreuses stèles, au fur et à mesure qu’elles se
constituent? Ces stèles étirées lors de leur formation devien­
nent finalement cylindriques, ainsi que les portions de moelle
comprises dans leur intérieur. Il suffit que le faisceau se
ferme complètement pour figurer un véritable cylindre cen­
tral, tel que ceux qu’on rencontre en grand nombre sur la
coupe, tel aussi que les quatre cylindres périphériques signa­
lés dans l’autre coupe faite au tiers inférieur du pédoncule
floral.
Le bois, le liber, la moelle, les rayons médullaires de ces

— 41 —
stèles présentent absolument les mômes caractères que dans
A. Grcgorii) de même pour l’endoderme et le cambium qui
renferment du tannin.
Quant à l’anneau périphérique (parenchyme cortical) et
aux parois des mailles (portions de moelle restées libres),
ils possèdent une quantité de tannin encore plus considérable
que les mêmes tissus de A. Grcgorii. Absence complète de
màcles comme dans ce dernier.
Adansonia m adagascariensis.

La coupe de A. madagascaricnsis faite également à un
centimètre de l’ovaire ne présentera plus maintenant aucune
difficulté.
En effet, nous trouvons immédiatement, sous un épiderme
dépourvu de poils, comme dans A. Grcgorii, un parenchyme
cortical, légèrement chlorophyllien à la périphérie, très épais,
présentant par ci par là quelques cellules à tannin et de rares,
très rares màcles.
A une certaine distance de l’épiderme, on rencontre deux
ou trois rangées de lacunes, nombreuses, assez grandes, gé­
néralement ovoïdes
Ce tissu parenchymateux se continue jusqu’au centre et
présente trois cylindres centraux: l’un nettement cylindrique,
petit, les deux autres parallèles, allongés et étranglés en
biscuit, offrant même des stèles presque détachées. Tout autour
de ces cylindres, le tissu cortical présente des cellules plus
régulières, plus allongées parallèlement à la surface des stèles.
Un plus grand nombre de ces cellules contiennent du tannin ;
il y a, en un mot, tendance à la formation d’un endoderme de
cellules à tannin, discontinu.
La stèle cylindrique isolée présente, au centre, une moelle
dépourvue de lacunes et formée de cellules presque toutes
incolores, quelques-unes à tannin. Des rayons médullaires
rouges partent de la moelle, divisent le bois et le liber en fais­
ceaux; dans ce trajet, leurs cellules sont allongées suivant le
rayon; arrivé vers l’endoderme, ils s’épanouissent, se disso­
cient, leurs cellules s’allongent tangentiellement et constituent
les cellules à tannin corticales.
Chaque faisceau est formé de quatre ou cinq vaisseaux
petits, d’un cambium de trois ou quatre assises de cellules

�— 42 plate?, superposées, incolores, et d’un liber considérable,deux
fois plus épais que le bois, offrant vers la zone génératrice
interne quelques cellules de parenchyme libériens et quelques
tubes criblés. Le reste du liber forme une épaisse calotte de
fibres à parois très épaisses. Cette structure bien differente de
celle observée chez les deux autres espèces, se trouve égale­
ment dans les deux cylindres en biscuit, où les faisceaux
libéro-ligneux sont répartis à droite et à gauche de la bande
médullaire.

ANATOMIE DES ORGANES APPENDICULAIRES
FEUILLE
Adansonia G regorii.

Nervure Principale. — La nervure principale de Adan­
sonia Gregorii nous montre, de la périphérie vers le centre,
en coupe transversale (PI. II, fig 1): un épiderme dont la
cuticule, très épaisse, offre des stries parallèles et dont les
cellules, rectangulaires, sont allongées perpendiculairement
à la surface. Ces cellules ont des parois assez épaisses con­
fondues avec celles des cellules voisines et certaines d’entre
elles se prolongent en poils étoilés, (po) à plusieurs branches,
beaucoup plus nombreux sur la face dorsale que sur la face
ventrale. Entre les épidermes supérieur et inférieur et le fais­
ceau situé au centre de la nervure, il existe un parenchyme
assez développé, formé de cellules à parois épaisses (cm) mais
nettement distinctes des parois voisines, à lumière assez
régulière. Quelques cellules contiennent des mûcles d’oxolate
de chaux (ox).
La partie de ce parenchyme qui touche le faisceau présente
de nombreuses et grandes lacunes (l) dont les parois, comme
dans la tige et le pédoncule floral, sont formées de cellules
les unes entières, les autres plus ou moins déchirées. Ces
lacunes, au nombre d’une dizaine dans le parenchyme inférieur,
sont rangées suivant un arc de cercle. Dans le parenchyme
supérieur, au contraire, il n’y en a qu’une seule. Toutes ont
leur bord le plus interne adossé à la gaine du faisceau, laquelle
envoie entre certaines d’entre elles des prolongements.
A gauche et à droite de la nervure, le parenchyme à
mucilage fait place à des cellules chlorophylliennes formant

�— 44 —
deux assises de tissu palissadique (tp) à la face supérieure
et un tissu lacuneux à la face inférieure. C’est le commen­
cement du parenchyme foliaire que nous étudierons dans
la coupe suivante. On observe même à droite deux lacunes
déprimant, en haut, l’épiderme et, en bas le tissu palissadique. Nous arrivons au faisceau central. Il est entouré
d’une gaine (gf) formée de 3 à 4 assises de cellules ovales
contenant du tannin, déprimée à la face supérieure pour
recevoir la lacune, s’enfonçant en cet endroit légèrement
dans le faisceau et envoyant entre les lacunes de la face
inférieure quelques prolongements. Le faisceau lui-mème
offre, à sa périphérie, un péricycle peu différencié à la face
inférieure et formé, à la face supérieure, de nombreuses
fibres épaisses. Le bois et le liber forment un croissant:
le liber (/-) recouvre la partie inférieure, convexe du bois (6),
il est formé de cellules libériennes petites, à parois minces,
aplaties, quelques-unes contenant des màcles. Le bois est
constitué par des vaisseaux placés en séries radiales; ils
sont d’autant plus grands qu’ils s’éloignent davantage du
centre.
Epiderme supérieur. — (PI. II, fig. 2). Après avoir fait
bouillir dans l’eau, pendant quelques minutes, une portion
du limbe de la feuille, pour chasser l’air emprisonné entre
les nombreux poils de la face inférieure, nous avons examiné
la préparation en nous servant de l’appareil à éclairage
Abbe, tandis qu’un miroir plan réfléchissait de la lumière
sur la face supérieure; dans ces conditions le dessin appa­
raît immédiatement avec une grande netteté.
Des traînées rouge-sang, larges, s’entrecroisent, et, de leurs
bords, partent d’autres traînées plus petites qui forment des
figures polygonales (pentagones et hexagones). L’épiderme
diffère suivant qu’on l’étudie sur les grosses traînées, sur
les petites ou dans les mailles. Sur les grosses traînées,
il est formé de cellules (en) hexagonales, grandes, allongées
parallèlement à la traînée, étroites au contraire dans le
sens perpendiculaire; on a ainsi quatre ou cinq lignes de
cellules s’emboîtant réciproquement. Au point de croisement
de ces bandes rouges, nous rencontrons, se détachant en
blanc, des poils (po) à cinq, six, sept et le plus souvent huit
branches rayonnantes et appliquées contre l’épiderme.
On ne saurait mieux comparer ces poils qu’à des holo­

— 45 —
thuries. Pas de poils simples. Les petites traînées ne colorent
en rouge qu’une ou deux rangées de cellules polygonales,
non allongées dans le sens de la coloration; elles limitent,
avons-nous dit, des espaces polygonaux où les cellules
épidermiques (ce), assez souvent groupées par 6, 7, 8 autour
d’une cellule centrale forment une véritable rosace.
Très souvent la cellule centrale manque et les cellules
de la rosace viennent se toucher au centre, constitué par
l’épaisseur des parois cellulaires; étroites près du centre,
ces cellules sont généralement pentagonales et vont en
s’élargissant vers la périphérie. On pourrait supposer que
cette orientation particulière des cellules serait produite
par une formation spéciale: lacune sous-jacente, poils ou
glandes sus-jacentes. Il n’en est rien, ces poils naissent sur
les grosses traînées; quant aux glandes, dont nous allons
parler, maintenant, on les trouve un peu partout, mais
généralement sur les polygones dépourvus de rosace. Enfin
on rencontre des lacunes dans la nervure médiane où les
cellules épidermiques ne sont pas en rosace.
Glandes. — (PI. II, fig. 3). Sphériques ou le plus souvent
obovoïdes, ayant de 50 à 100 microns dans leur plus grand
diamètre, elles sont formées d’une bague équatoriale à trois
assises superposées de cellules hexagonales, plus allongées
dans le sens du grand diamètre de la glande; sur cette
bague, en haut et en bas, s’appliquent deux calottes de
cellules, quelquefois convergentes vers leur centre; toutes
ces cellules sont granuleuses et parfois colorées en rouge
par une matière peut-être résineuse, mais contenant certai­
nement du tannin, puisque le perchlorure de fer y produit
une coloration noire intense. Ces glandes présentent la plus
grande analogie avec celles qui ont été décrites en 1868
par Flückiger sous le nom de Nouveau Kamala ou Wars.
Malheureusement les poils qui les accompagnent sont étoilés
et non simples; de plus, la coloration des glandes qui
produisent le Nouveau Kamala est rouge intense. Il ne
serait pas impossible qu’il existe certains rapports entre
les glandes d'Adansonia et les glandes ù Wars; c’est ce
que nous nous proposons d’établir plus tard.
Épiderme inférieur. — On peut étudier delà même façon
l’épiderme inférieur. La préparation prend en effet une teinte
rouge uniforme et de nombreux poils empêchent d’en saisir

�46 —
les détails anatomiques. La figure 4 de la planche II re­
présente cet épiderme dont on a enlevé les poils; ceux-ci
ont été conservés sur le côté droit de la préparation et l’on
voit que, s’ils cachent les parties sous-jacentes, c’est moins
par leur nombre que par l’intrication de leurs branches
multiples appliquées sur la face inférieure.
Les cellules épidermiques sont de deux sortes: les unes
(en) hexagonales, étirées, formant des traînées qui corres­
pondent aux traînées de l’épiderme supérieur, donnent
naissance aux poils étoilés; les autres (c/&gt;) pentagonales, plus
petites, sont fréquemment séparées par des stomates (st)
très grands et ovales. Ces stomates nombreux, orientés dans
tous les sens, présentent deux grandes cellules granuleuses,
arquées, laissant entre elles une large ouverture circulaire
et dont les bords n’atteignent pas les extrémités des cellules
stoma tiques.
De nombreuses màcles d’oxalate de chaux (ox) se ren­
contrent dans les cellules hexagonales allongées.
Parenchyme et nervures secondaires. — La figure 5,
pl. II, présente, sous l’épiderme supérieur que nous con­
naissons déjà, une assise de cellules incolores (cm), à parrois
épaisses confondues avec les parois voisines, la lumière
figurant un rectangle dont les grands côtés seraient per­
pendiculaire' a la surface; c’est aux dépens de cette assise
que se forment les nombreuses lacunes (/) sphériques de
la feuille, toutes situées immédiatement sous l’épiderme et
déprimant en haut celui-ci, en bas le tissus palissadique,
sur les côtés les cellules à mucilage qui subsistent. Au-dessus
des nervures secondaires et de la nervure principale, les
éléments de cette couche prolifèrent en formant une épaisse
bande de cellules polygonales, un peu aplaties de haut en
bas; c’est à scs dépen- que nait la lacune supérieure de la
nervure médiane. On n’observe jamais de lacunes au-dessus
des nervures d’ordre plus inférieur.
Sous l’assise rnucilagineuse existent un tissu palissadique
chlorophyllien ordinaire, (tp) formé de deux rangées de
cellules, puis un tissu lâche itl) également chlorophyllien,
avec de grands méats intercellulaires; ce tissu devient
incolore et présente des éléments épais, sans méats ni
lacunes à mucilage) sous les nervures secondaire. Enfin on
observe l’épiderme inférieur, avec ses poils et ses stomates.

47 —
La coupe nous montre une nervure secondaire et deux
nervures plus petites plongées dans le tissu de la feuille.
La nervure secondaire offre les mêmes caractères que la
nervure principale dans le bois, dans le liber, dans le péricycle et l’endoderme, pas de lacunes dans les deux tissus
incolores supérieur et inférieur. Quant aux deux petites
nervures, elles sont constituées par six ou huit petits
vaisseaux, trois ou quatre couches de cellules libériennes
à parois minces, un péricycle non différencié en fibres
épaisses; cet ensemble est entouré par une seule rangée
de cellules ovoïdes à tannin, formant un endoderme qui se
relève à la face supérieure du faisceau; les deux parois
latérales de cet endoderme s’accolant, il en résulte une lame
verticale qui remonte à travers le tissu palissadique et se
termine sous l’assise à mucilage. On dirait un ligament
suspenseur. Comme toutes les petites nervures, même les
moins importantes, présentent dans leur- endoderme ce ca­
ractère particulier, on conçoit comment, avec la lumière
transmise, on observe de petites traînées rouges lorsqu’on
examine la feuille par la face supérieure. Quant aux grandes
traînées rouges d’où partent les petites, elles sont ducs à la
large surface endodermique rouge qui recouvre la nervure
médiane et les grosses nervures secondaires. De plus, les
nervures étant très nombreuses et présentant à la face
inférieure une large surlace endodermique rouge, on s’ex­
plique la teinte uniforme que présente la face inférieure
examinée à la lumière transmise.
A gauche de la nervure secondaire, on voit une muraille
verticale de cellules rouges allongées horizontalement: c’est
la paroi, la plus rapprochée de l’observateur, d’une gaine
à tannin qui accompagne un faisceau se détachant en ce
point de la nervure secondaire.
A&lt;lansonia &lt;ligitn(a.

N e rv u re p rin c ip a le . — Même épiderme que dans
A. Grégorii, mêmes bandes de cellules à mucilage au-dessus
et au-dessous; mais ces cellules ont des parois plus épaisses
et les màcles d’oxalate de chaux qu’on y rencontre sont
plus nombreuses et beaucoup plus grosses. Même lacune
en haut; les lacunes inférieures sont plus nombreuses et

�- 48 —
plus aplaties; on en compte guère que cinq ou six dans la
coupe. La gaine du faisceau, bien moins épaisse, contient
également du tannin. Pour obtenir le faisceau lui-même,
il faut ajouter à celui de A. Grégorii ù ses parties supérolatérales droite et gauche, un petit faisceau orienté de telle
sorte que le bois soit inféro-externe et le liber supéro-interne.
Il en résulte que le liber total, au lieu de former une simple
calotte inférieure, se prolonge à la partie supérieure de la
feuille, et, arrivé au milieu, s’invagine faiblement, le liber du
faisceau de droite s’adossant au liber du faisceau de gauche.
Les éléments du bois sont les mêmes que dans A. Grégorii.
Quant au liber, en outre des tubes criblés et du parenchyme
libérien aplati, à parois minces, on trouve plus à l’extérieur
et par îlots très rapprochés, des fibres libériennes à parois
très épaisses, scléreuses, et qui accompagnent le liber mou
jusque dans son invagination. Le tissu bordé par les trois
faisceaux est du parenchyme à parois minces dont beaucoup
de cellules contiennent soit du tannin, soit des màcles; les
cellules à tannin et les cellules à màcles existent encore
isolées dans le liber, alors que •dans le bois, elles forment
des lignes discontinues. Plusieurs de nos coupes présentent
en même temps une section d’une nervure secondaire éma­
nant de la nervure médiane et l’on y voit, entre les différents
éléments normaux du bois et du liber, des fibres ù parois
peu épaisses, dont les unes contiennent une nappe continue
de tannin, les autres quatre, cinq, six petites màcles d’oxalate de chaux, sur une même ligne.
Epiderme supérieur. — Une grande quantité de chlo­
rophylle et une faible quantité de tannin ne permettent pas
l’examen de la feuille à la lumière transmise.
Les rosaces sont beaucoup plus nombreuses que dans
A. Grégorii. On peut dire que, dans l’intervalle des nervures,
il n’existe que des groupes de cellules en étoiles, lesquels
sont réunis les uns aux autres par quelques cellules poly­
gonales isolées. Chaque rosace a son bord plus relevé que
son centre; aussi aperçoit-on au microscope, d’abord un
cercle extérieur, puis, en abaissant l’objectif, les rayons
de la rosace.
Les cellules qui recouvrent les nervures sont allongées,
presque rectangulaires et donnent naissance à des poils

- 49 —
étoilés peu nombreux. Ces cellules contiennent soit du
tannin, soit des màcles. Pas de glandes.
Epiderme inférieur. — Enlevons sur les nervures, beau­
coup de poils étoilés à l’épiderme de la feuille de A. Grégorii,
mais de manière à en laisser une plus grande quantité que
sur la face supérieure; étirons les stomates dont nous aug­
menterons le nombre, ajoutons les glandes que nous avons
rencontrées sur l’épiderme supérieur de A. Grégorii, en les
rendant plus obovoïdes, et nous aurons l’épiderme inférieur
de A. digitata.
Parenchyme et nervures secondaires. — C’est celle
de A. Grégorii, avec moins de tannin, sans bande verticale
à la gaine des petits faisceaux, avec plus de chlorophylle,
avec une lacune dans le tissu ù mucilage situé sous les plus
importantes nervures secondaires.
Les lacunes de l’assise supérieure à mucilage sont nom­
breuses, mais il n’y en a jamais au-dessus des nervures.
Ces derniers n’ont qu’un faisceau à 3 ou 4 vaisseaux, recouverts
d’un peu de liber mou; pas d’élément scléreux; quelques
màcles d’oxalale de chaux s’observent dans ces nervures.
A dan son ia

m ad agascarien sis.

Nervure principale. — L’épiderme supérieur possède de
nombreuses émergences cellulaires, étranglées à leur base,
et contenant des cellules à tannin; l’épiderme inférieur, au
contraire, offre de petites dépressions d’où partent des glandes
plus allongées que dans les deux autres espèces, ayant cepen­
dant la même structure; beaucoup de poils étoilés partent de
cet épiderme.
Le parenchyme à mucilage, identique à celui de A. Grégorii,
offre, dans la région inférieure, non plus une seule rangée,
mais deux rangées de lacunes très nombreuses et, dans la
région supérieure, deux lacunes. La gaine du faisceau con­
tient moins de tannin et celui-ci se rencontre dans un certain
nombre de cellules de la couche mucilagineuse.
La constitution du faisceau serait difficile à comprendre si
nous n’avions pas celle de A. digitata comme type de compa­
raison. Il suffit d’accoler complètement au faisceau primitif
les deux faisceaux latéraux de ce dernier et de les invaginer
davantage; le faisceau de A. madagascariensis est donc un
4

�— 50 — •
faisceau de A. Gregorii dont les deux ailes très étirées se
recourbent sur la face supérieure de la feuille, pour s’adosser
ensuite l’une à l’autre par leur liber et pénétrer dans la
moelle, en descendant presque jusqu’à la rencontre du bois
inférieur. Il en résulte que la moelle est réduite à une petite
masse basilaire qui envoie deux minces bandes, l’une à droite,
l’autre à gauche, en séparant le bois invaginé du bois normal.
Les cellules de celte petite moelle sont presque toutes pleines
de tannin. Elle présente trois lacunes: une à section ovale,
située entre la face supérieure du faisceau normal et les extré­
mités inférieures des deux ailes invaginées, les deux autres,
aplaties, placées au centre de chaque bras médullaire latéral.
Quelques petites lacunes sont en outre placées entre les deux
ailes libériennes adossées. La structure du bois du faisceau
est celle de A. Gregorii: de nombreuses séries de trois à
quatre vaisseaux; là où les ailes latérales se sont reployées
sur elles-mêmes, c’est du bras latéral de la moelle aplatie en
lame que partent, à droite et à gauche, les séries opposées de
vaisseaux qui se touchent presque par leurs trachées.
Le liber est celui de A. digitcita: mou vers le bois, formé
d’ilots scléreux très rapprochés vers la périphérie; mais, ce
que nous n’avons observé nulle part jusqu’ici, c’est, une ligne
de lacunes moyennes, rondes, qui sépare le liber mou des
îlots scléreux. C’est par ce tissu scléreux que les deux ailes
invaginées s’adossent, en laissant toutefois entre elles une
mince lamelle de parenchyme médullaire.
Épiderme supérieur. — Semblable à celui de A. digitata.
Des groupes de cinq, six cellules contiguës ont leur cavité
remplie d’une masse brune, résineuse et dans ces groupes il
entre généralement une ou deux cellules d’une rosace dont
les autres sont incolores. Glandes assez nombreuses, sembla­
bles à celles de la nervure médiane. Poils étoilés, à branches
moins appliquées sur lépiderme que dans A. Gregorii; déjà,
du reste, cette remarque pouvait être faite pour les poils de
A. digitata.
Épiderme inférieur. — Absolument le même que l’épi­
derme supérieur; la différence réside dans la présence de
petits stomates, très rares. Il se distingue nettement de celui
des deux autres espèces, puisque nous avons les groupes en
rosaces qui faisaient défaut dans les deux autres.
Parenchyme et nervures secondaires. — La coupe est

- 51 —
celle de A. digitata, bien que toutes les nervures aient supé­
rieurement une lacune, inférieurement deux ou trois très
grandes, dans le tissu mucilagineux. On en trouve donc audessus et au-dessous du faisceau, alors que dans A. Gregorii
il n’y en avait nulle part et que dans A. digitata on n’en
rencontrait qu’une seule sous le faisceau. Dans tout le reste
du parenchyme, les lacunes, très nombreuses, existent sous
l’épiderme supérieur* dans l’assise à mucilage, elles se tou­
chent presque, dépriment les tissus environnants et ne sont
séparées les unes des autres que par une ou deux rangées de
cellules à mucilage ou contenant de l’oxalate de chaux.
CALICE
A dan son ia

G re g o rii.

Épiderme supérieur. — La coupe transversale du calice
(PI. I, fig. 3) nous présente un épiderme supérieur, à cellules
qui se prolongent presque toutes en des poils simples, unicellulaires, dressés et dont la longueur égale deux foisTépaisseur
du calice. Tous ces poils appliqués les uns contre les autres
donnent à la face supérieure son aspect velouté, duveteux et
blanchâtre. L’épaisseur des parois de ces poils est faible et
dans leur cavité on trouve un grand nombre de granulations»
les unes noirâtres, les autres rouges et constituées par du
tannin. Leur lumière est aussi grande que celle des autres
cellules, de sorte qu’on peut les considérer comme une simple
prolongation de celles-ci.
C’est la première fois que nous observons dans le genre
Adansonia des poils simples; ils existent sur l’épiderme supé­
rieur du calice, à l’exclusion de tous autres, alors quejusqu’ici,
nous n’avions trouvé que des poils étoilés, sans observer un
seul poil simple.
Épiderme inférieur. — L’épiderme inférieur, à cellules
rectangulaires, étirées toutes dans le sens de la longueur du
calice, ne présente justement que des poils étoilés et en bien
moins grand nombre que les poils simples de la face supé­
rieure; beaucoup des cellules de cette face inférieure ont des
mâcles d’oxalate de chaux. Les rangées de cellules épider­
miques rectangulaires sont très souvent interrompues par de

�nombreux stomates trois fois plus grands que ceux de la
feuille et orientés dans le sens des lignes cellulaires. Les deux
cellules stomatiques sont dépourvues de granulations et
forment un ovale agréable à l’œil.
A la surface de cet épiderme, on trouve un grand nombre
de glandes sessiles, à contour un peu anguleux, formées de
cellules polygonales dont toutes les parois un peu épaisses
dessinent un réticulum très irrégulier. Ces cellules sont d’une
couleur rouge foncé et, lorsqu’on les traite par le perchlorure
de fer, elles deviennent noires: elles contiennent donc du
tannin, peut-être aussi de la résine. Ces glandes, mesurant de
cinquante à cent microns, présentent des analogies considéra­
bles avec un grand nombre de glandes ù Wars ou Nouveau
Kamala qui sont loin d’avoir toute la régularité qu’on observe
dans les dessins de beaucoup de livres classiques.
Parenchyme et faisceaux. — bntre les deux épidermes,
on trouve une véritable dentelle ù mailles très lâches: ce sont
de nombreuses lacunes grandes, pleine de mucilage, souvent
séparées les unes des autres par une seule assise de cellules,
les unes mucilagineuses contenant du tannin, beaucoup
présentant des mâcles d’oxalate de chaux quiproéminent
dans l’intérieur des lacunes.
C’est dans ce tissu lacuneux que sont plongés de nombreux
faisceaux libéro-ligneux embryonnaires, séparés généralement
de l’épiderne supérieur par deux plans de lacunes et, de l’épi­
derme inférieur, soit par un seul plan lacuneux, soit par une
seule assise de cellules à mucilage.
Chaque faisceau est enveloppé d’une gaine discontinue (gf)
de cellules à tannin, englobant quelquefois une ou plusieurs
lacunes (l); il est très aplati et formé d’un grand nombre de
séries de trois à quatre vaisseaux spiralés et ponctués, séries
séparées les unes des autres par des rayons médullaires. Un
parenchyme libérien, sans cellules scléreuses ni fibres épaisses,
est adossé au bois.
Adan son ia

digitata.

Épiderme supérieur. —Le même que celui de ,4. Gregorii;
poils simples, beaucoup plus nombreux, de mêmes dimen­
sions.

— 53 —
Épiderme inférieur. — Même disposition des cellules,
des stomates et des poils que dans A. Gregorii.
Sur la coupe, cette face inférieure présente des bosselures,
sortes d’émergences cellulaires ü parois un peu épaisses; de
leur surface partent deux ou trois poils à cinq, six, huit
branches, toutes rapprochées en un faisceau et contenant du
tannin. Sur les bords de ces émergences on observe une ou
deux glandes sessiles, constituées par huit à dix cellules
granuleuses à tannin, l’ensemble formant une masse ronde
ou un peu anguleuse, assez semblable aux glandes de l’épi­
derme inférieur de A. Gregorii.
Parenchyme et faisceaux. — Sous l’épiderme supérieur
on trouve trois ou quatre assises de cellules à tannin, puis le
même tissu en forme de dentelle que dans le type précédent,
avec moins de lacunes. Les faisceaux sont plus resserrés et
l’endoderme est mieux défini.
Adan son ia

m adag-ascariensis.

Épiderme supérieur. — Cellules hexagonales étirées
suivant la longueur du calice. Stomates assez nombreux;
l’ensemble des deux cellules stomatiques figure presque un
cercle autour duquel quatre cellules bordent chacune un
quart de l’appareil stomatique. Poils unicellulaires nombreux,
huit fois plus longs que les poils étoilés de la face inférieure.
Épiderme inférieur. — Cellules semblables â celles de
l’épiderme supérieur, formant des rangées parallèles, les
cellules des deux rangées contiguës alternant entre elles.
Quelques-unes contiennent du tannin. Stomates très rares,
résultant du dédoublement longitudinal d’une cellule qui
se cloisonne dans la direction même de la rangée à laquelle
elle appartient. Poils étoilés, ù six ou huit branches, quel­
quefois pluricellulaires, chaque branche offrant alors deux
cellules superposées. Glandes sessiles à tannin comme dans
A. Gregorii.
Parenchyme et faisceaux —Le parenchyme situé entre
les deux épidermes est beaucoup plus compact que dans les
deux autres espèces; ce n’est plus une dentelle et l’on n’y
trouve que quelques lacunes, généralement rapprochées de
la face inférieure du calice. De nombreux faisceaux restent
dans ce parenchyme; ils sont divisés en plusieurs petits

�55 —

faisceaux par des espèces de rayons médullaires dont les
cellules contiennent du tannin ; quelques rares cellules autour
de chaque faisceau sont également colorées.
COROLLE
A dansonia

digitata.

N'ayant pas de corolle de A. Gregorii à notre disposition,
nous n’avons pu étudier que l’anatomie des deux autres
espèces.
Épidermes. — Si, après avoir fait bouillir pendant quel­
ques minutes une portion de corolle de ^4. digitata, on
examine successivement ses deux faces avec l’éclairage Abbe,
on remarque dans l’un et l’autre cas un fond rouge vif strié
de bandes noires parallèles. Ces bandes sont les nervures,
le fond rouge vif constitue le parenchyme.
Il y a donc une grande différence avec la coloration observée
dans les feuilles de A. Gregorii, dont les nervures étaient
rouges et le fond blanc.
L’explication nous en sera donnée par l’examen de la coupe.
Sur le fond rouge on distingue nettement des cellules épi­
dermiques polygonales, isodiamétriques et ça et lût, des
groupes de huit à dix ovales sombres, granuleux qui, étudiés
de plus près, se montrent formés de deux cellules: ce sont
des stomates très petits, moins nombreux dans l’épiderme
supérieur que dans l’épiderme inférieur. Ces deux épidermes
sont semblables. L’épiderme inférieur présente de longs poils
simples sur les nervures.
Parenchyme et faisceaux. — Les deux épidermes sont
doublés par quatre ou cinq assises de cellules à tannin,
formant un tissu serré, sans méats. Un parenchyme lâche
de cellules allongées, un peu contournées, renfermant aussi
du tannin, relie les deux bandes rouges. Cette zone a la
même épaisseur que celle des deux bandes; on y rencontre
une rangée de lacunes étroites, allongées dans le sens de la
largeur de la corolle et contenant un mucilage orangé. Ça
et là, assez espacés dans cette même zone médiane, se
trouvent des faisceaux formés de quatre ou cinq vaisseaux,
à parois imprégnées de tannin, et, inférieurement, de trois ou

quatre tubes criblés et de cellules parenchymateuses libé­
riennes, pleines de tannin. Ces petits faisceaux sont entourés
chacun d’un anneau continu de cinq à six assises de cellules
à tannin, imbriquées; cet anneau rejoint en haut et en bas
les deux bandes sous-épidermiques. La lumière, dans la
portion de la corolle occupée par les faisceaux, traverse
donc une épaisseur de cellules à tannin beaucoup plus con­
sidérable que dans les portions comprises entre ces fais­
ceaux, et où existent les lacunes: d’où les différences de
coloration, de la lumière qui a traversé ces deux régions, et
qui ont été constatées dans l’étude des épidermes.
A dan son ia m adagascarien sis.

Épidermes. — Semblables l’un à l’autre et à l’épiderme
inférieur de A. digitata. Les cellules contiennent du tannin;
la cuticule en est également imprégnée. Quelques stomates,
de même largeur que les cellules de la rangée et deux fois
moins longues qu’elles. Pas de poils sur aucun des deux
épidermes.
Parenchyme et faisceaux. — Sous les deux épidermes,
on trouve une assise de cellules alternes, à tannin; le reste
du parenchyme est formé de cellules rondes, incolores,
laissant entre elles des méats très petits. Dans ce tissu
sont plongés de distance en distance des faisceaux et, vers
la face supérieure, des lacunes qui alternent avec eux.
Chaque faisceau est formé de deux ou trois ilôts de vaisseaux
au nombre de trois ou cinq; chacun des îlots est coiffé
inférieurement d’une petite calotte de tubes criblés et de
cellules libériennes; le faisceau complet est entouré de deux
ou trois assises de cellules incolore (péricycle) et d’une gaine
de deux assises de cellules dont beaucoup contiennent du
tannin.
COLONNE
A dan son ia

S T A M IN A L E
G re g o rii.

Épidermes. — Les surfaces externe et interne du tube
staminal sont formées de cellules bosselées, pleines de tannin

�et ne possèdent pas de stomates. Les cellules de l’épiderme
extérieur seules se prolongent, assez souvent en poils ou
simples, bien moins longs que dans le calice, ou très rare­
ment étoilés.
Parenchyme et faisceaux.—Tout le parenchyme compris
entre ces deux surfaces est formé de cellules contournées,
presque toutes à tannin, dépourvues de màcles, laissant entre
filles de petits méats; dans son ensemble, ce tissu figure une
dentelle dont les vides seraient de nombreuses lacunes à
mucilage.
Ce parenchyme est exactement divisé en deux anneaux
concentriques, par un cercle de faisceaux qui vient s’appuyer
à l’extérieur et à l’intérieur sur deux bandes formées chacune
de trois à quatre rangées de cellules à tannin, et constituant
un tissu compact.
Les faisceaux, au nombre d’une trentaine, sont aplatis
de dedans en dehors et très allongés tangentiellement; ils
sont séparés les uns des autres par un parenchyme dense
à tannin venant se fondre dans les deux bandes, mais constitué
par des cellules un peu plus irrégulières. Dans chaque fais­
ceau, le bois interne comprend un petit nombre de vais­
seaux; il est recouvert à l’extérieur par un liber très mince,
à cellules pleines de tannin et non épaissies.
Plus intérieurement, appliqués contre la face centrale de
la bande interne, se trouvent des faisceaux possédant chacun
une gaine propre de cellules à tannin; leur nombre est bien
moins considérable, ils sont plus petits, à bois externe et
à liber interne; l’orientation est donc opposée à celle des
éléments du cercle extérieur. Quelques-uns de ces faisceaux
sont parfois un peu plus rapprochés de l’épiderme intérieur.
La présence de ces deux cercles, si différents par le nombre
et l’orientation des faisceaux qui les constituent, ne nous
permettrait-elle pas de supposer que les étamines de
A. Gregorii sont primitivement disposées en deux verticilles,
et que le verticille externe se dédouble en un nombre
considérable d’étaminfis?
A dan son ia

digitata.

Epidermes. — Identiques à ceux de l’espèce précédente,
mais dépourvus de poils.

— 57 —
Parenchyme et faisceaux. — Même réseau de cellules
ô tannin, allongées et contournées; même disposition et
môme orientation des faisceaux dans les deux cercles; le
cercle intérieur est plus fourni, bien que les faisceaux à
liber interne soient moins nombreux encore que ceux à
liber externe. Ces deux cercles sont un peu plus espacés
et, de distance en distance, une lacune bordée de cellules
à tannin se place dans leur intervalle. La rangée externe
de faisceaux, ainsi que la rangée interne sont comprises
chacune entre deux bandes semblables à celles qui ont été
décrites pour le cercle externe de A. Gregorii, mais moins
épaisses. Chaque faisceau n’offre guère qu’une rangée de
vaisseaux couverts par un liber très petit, peu distinct,
presque confondu avec la gaine du faisceau.
A d an son ia m a d a g asca rie n sis.

Le tube staminal a des parois beaucoup plus épaisses
et présente une structure bien différente de celle des pre­
mières espèces.
Epidermes. — Les cellules de l’épiderme externe sont
régulières, légèrement allongées suivant la longueur du
tube; leur section transversale est rectangulaire et ne montre
pas de tannin. La surface interne du tube est bosselée,
l’épiderme s’enfonçant dans le tissu et formant des sillons
longitudinaux profonds; aussi la section transversale de
la colonne staminale représente-t-elle un polygone à côtés
courbes, au nombre de neuf ou dix. Cet épiderme, dépourvu
de poils et de stomates comme l’externe, offre des cellules
à section hexagonale, sans tannin.
Parenchym e et faisceaux. — Entre les deux épidermes
s’étend un épais tissu homogène, à cellules isodiamétriques
hexagonales. Le parenchyme n’offre donc pas l’aspect d’une
dentelle, et ne présente pas les cellules contournées des
espèces précédentes. Deux rangées de lacunes sphériques
sont placées l’une près de chaque épiderme et l’on trouve
entre elles des faisceaux très éloignés les uns des autres,
disposés cependant suivant deux cercles, mais dépourvus
d’une gaine générale. Chaque faisceau de l’une ou l’autre
rangée figure un arc plus grand qu’un demi-ceicle, dont la
corde est généralement interne. Les faisceaux des deux

�rangées ne sont donc pas opposés les uns aux autres. Chaque
arc de cercle est constitué par plusieurs petits faisceaux
libéro-ligneux entourant presque complètement une moelle;
moelle, liber et, à la périphérie de celui-ci, péricycle sont
formés de cellules régulières, rondes, peu différenciées. Pas
de tannin dans tout le faisceau qui est entouré de deux
assises de cellules ovoïdes, dont quelques-unes seulement
sont rouges.

SECTION TRANSVERSALE DE L’OVAIRE
Adan son ia

G re g o rii.

Une coupe de la partie moyenne présente: 1° une paroi
d’un millimètre d’épaisseur; 2° une cavité cloisonnée, trois
fois plus épaisse; 3° un cercle central dont le rayon est
égal à l’épaisseur de la paroi et offre au milieu un canal.
Parois. — Presque toutes les cellules de l’épiderme se
prolongent en poils simples, très longs, relevés vers le
sommet de l’ovaire. Ces cellules sont dépourvues de tannin.
Sous l’épiderme, on trouve un tissu sans méats, épais d’un
millimètre, composé de cellules à tannin, à parois con­
tournées; il s’étend jusqu’à l’épiderme interne qui, dépourvu
de poils, se relève de distance en distance pour recevoir
les cloisons, dont le tissu est formé des mêmes cellules à
tannin, allongées radialement.
Au milieu de ce tissu compact, on trouve de petits fais­
ceaux formés de cinq ou six vaisseaux, coiffé extérieurement
d’un liber de cellules incolores à parois minces.
Le tout entouré d’un péricycle à cellules étirées, également
incolores. L’assise de cellules du tissu compact la plus
rapprochée du faisceau constitue son endoderme non diffé­
rencié. Les faisceaux verticaux émettent un grand nombre
de ramifications horizontales qui, après s’ètre dirigées vers
le bord interne des parois de l’ovaire, courent parallèlement
à ce bord.
Ces traînées horizontales s’entrecroisent en formant un
réseau vasculaire que les cellules péricycliques font pa­
raître blanc; ce réseau circonscrit des paquets de cellules
à tannin. Aux environs des cloisons, le même réseau
acquiert un développement beaucoup plus considérable,

�—

60

—
—

tandis que les paquets de cellules à tannin deviennent de
tout petits îlots perdus.
Cloisons. — C’est de ce réseau blanc que partent deux
ou trois traînées libéro-ligneuses parallèles, pénétrant dans
la cloison, allant jusqu’à son extrémité interne pour diviser
le tissu à tannin de cette cloison en plusieurs bandes pa­
rallèles.
Centre. Ces cloisons, au nombre de huit à dix, viennent
toutes se rencontrer au centre où elles circonscrivent un
petit espace vide, tapissé d’un épiderme bosselé. A l'extré­
mité interne de cette cloison naissent, l’un à droite, l’autre
à gauche, deux lobes plats, présentant la même constitution:
ce sont les placentas, portant une série longitudinale d’ovules.
Pas de lacunes dans les parois de l’ovaire; c’est la première
fois que nous constatons leur absence.
A dan son ia

digitata.

Parois. -- Dans une coupe de la partie moyenne, nous
remarquons que les parois de l’ovaire, la cavité ovarienne
et le centre ont la même épaisseur. Les parois offrent à
l’extérieur un épiderme de cellules hexagonales, contenant
du tannin; elles se prolongent presque toutes en un long
poil simple dont la large cavité contient également une
nappe de tannin.
On voit ensuite quatre à six assises de cellules rectan­
gulaires, aplaties tangentiellement et alternes dans chaque
couche, presque toutes sans tannin. Dans le reste de la
coupe, jusqu’à l’épiderme interne, on observe les mêmes
cellules, mais avec un grand diamètre radial. Le tiers externe
de cette dernière couche contient des faisceaux disposés
en cercle, le tiers interne de nombreuses lacunes; enfin
toute la couche présente de nombreuses séries radiales
discontinues de cellules à tannin.
Les faisceaux sont rapprochés deux par deux et les
groupes ainsi constitués sont séparés les uns des autres
par une intervalle double de leur épaisseur. Chaque faisceau,
comprenant six à huit vaisseaux et une épaisse calotte externe
de fibres libériennes, est séparé de son voisin par une seule
rangée de cellules rondes à tannin qui forment également
autour du groupe complet une gaine à parois latérales

61

—

minces, à parois interne et externe épaisses. De chacune
de ces gaines partent les rangées radiales, interrompues
de cellules rondes à tannin, qui se prolongent jusqu’à la
paroi interne; il existe des rangées semblables entre les
groupes de faisceaux.
Les lacunes sphériques ou ovoïdes, peu nombreuses dans
le tiers moyen de l’épaisseur de l’ovaire, deviennent très
abondantes et plus grandes dans le tiers interne; près de
l’épiderme interne elles sont presque contiguës.
Cloisons. — Les cellules de la face interne des parois
de l’ovaire sont dépourvues de poils et renferment du
tannin; elles se prolongent sur les cloisons qui naissent
généralement par deux branches de la paroi. Ces deux
branches se réunissent rapidement, après avoir limité une
lacune, et forment alors une lame verticale dont la cons­
titution est semblable à celle de A. Gregorii.
Centre. — Toutes ces cloisons se rejoignent au centre
de l’ovaire sans laisser de vide et constituent une masse
dans laquelle on distingue nettement autant de parties que
de cloisons (8 à 10), chaque partie tendant à se séparer
de la voisine.
Si l’on pratique la coupe transversale au tiers supérieur
de l’ovaire, on observe des parois plus épaisses et, au centr e,
limité par les 8 ou 10 masses correspondant aux cloisons,
un réseau à larges mailles tapissées d’un épithélium
bosselé, papuleux.
A dan son ia

m adagascarien sis.

Une section transversale du tiers supérieur de l’ovaire nous
offre une paroi deux fois plus épaisse que les loges, celles-ci
étant limitées par de très grosses cloisons radicales et une
portion centrale de la même épaisseur que les loges, formée,
d’un canal central entouré par un tissu de même rayon.
Parois. — Epiderme sans tannin ; poils semblables à ceux
de A. Grégorii. Au-desssus s’étend jusqu’au loges un paren­
chyme homogène, à cellules régulières, polygonales, incolores;
quelques-unes contiennent du tannin, d’autres des mâcles.
Près de la paroi interne, ces cellules s’allongent un peu dans
le sens tangentiel. Ce tissu est parsemé de petites granula­
tions qui ne sont autre chose que de petits faisceaux formés

�—

62

de deux ou trois vaisseaux et de quelques cellules libériennes,
celles-ci ne différant des cellules avoisinantes que par leur
moindre dimension. Pas d’endoderme différencié, à tannin.
Les faisceaux envoient, dans diverses directions, quelques
traînées vasculaires. Pas de lacunes.
Cloisons. — Dans les cloisons, même tissu parenchyma­
teux, à cellules cependant un peu allongées et contenant plus
souvent du tannin.
Centre. — Tout près du canal central sont des faisceaux
en nombre égal à celui des cloisons; ils forment un cercle
limité, à sa partie externe, par quatre ou cinq assises de
cellules à tannin et, à sa partie interne, par une certaine
épaisseur de cellules très petites, très granuleuses qui consti­
tuent les parois du canal central. La même coupe, faite au
tiers moyen, n’indique aucune variation dans l’épaisseur
respective de la paroi, des cloisons et du centre; seules les
loges sont devenues beaucoup plus grandes. Dans l’épaisseur
de la paroi apparaît, près des loges, un cercle de petites
lacunes et, alternant avec les cloisons, des faisceaux qui
envoient chacun une branche aux deux cloisons voisines;
il en résulte que ces dernières possèdent deux faisceaux
longitudinaux; elles offrent en outre trois ou quatre petits
faisceaux verticaux. Les cloisons contiennent beaucup plus
de tannin. Il en est de même du tissu central. De la portion
interne de chaque cloison, on voit partir à droite et à gauche,
un prolongement placentaire portant les ovules et, à la base de
chaque prolongement, se trouve un petit faisceau qui fournit
au placenta un cordon vasculaire horizontal. Il y a donc
actuellement dans le tissu qui entoure le canal central, pour
chaque partie appartenant à une cloison, un grand faisceau
et, à droite et à gauche de celui-ci, deux petits faisceaux
placentaires. Dans la coupe faite au tiers inférieur, l’ovaire
présente un anneau portant à sa face interne les cloisons
terminées chacune en forme d’ancre ou de T; ces ancres,
séparées les unes des autres, ont des bras très longs qui se
ramifient deux ou trois frois; chaque ramification ultime se
termine par un ovule appliqué contre les parois de l’anneau.

SECTION LONGITUDINALE DE L’OVAIUE
Pour compléter l’étude de la structure de l’ovaire, surtout
en ce qui concerne le vide central et la disposition des ovules,
pratiquons une coupe longitudinale passant par l’axe de
l’ovaire et du style. Les préparations obtenues avec les
trois espèces sont identiques: aussi nous bornerons-nous à
décrire celle de A. Gregorii. Si nous examinons la planche III
(fig. 1) où la coupe de l’ovaire a été grossie huit fois, nous
trouvons des parois dépourvues de lacunes, portant h leur
surface externe des poils simples, dressés ; ces parois se
continuent avec le pédoncule floral dont nous voyons les
nombreuses lacunes corticales et médullaires. Au-dessous
même de l’ovaire s’observe une lacune centrale, très aplatie
verticalement et très développée horizontalement. De la base
de l’ovaire s’élève un canal dont les parois viennent s’évaser
et se continuer avec les parois de la partie supérieure de
l’ovaire, tandis qu’il débouche dans le canal du style. Ainsi le
cercle central que nous trouvions dans les préparations précé­
dentes n’était que la coupe du prolongement du canal stylaire
et le tissu qui formait ses parois, bien différent du reste du
tissu de l’ovaire rappelle la structure du tissu du style. Les
parois de ce canal émettent des lobes placentaires qui vont en
s’amincissant, jusqu’à présenter presque la grosseur du
funicule, et alors se ramifient plusieurs fois ; chaque dernière
ramification s’allonge beaucoup en se contournant et porte à
son extrémité un ovule ascendant, appliqué contre les parois
ovariennes. La figure 1, planche III, montre que la section de
l’ovaire est colorée en rouge, ce qui est dû à de nombreuses
cellules à tannin; son examen nous dispense de donner de
plus amples détails sur la structure de l’ovaire.

�— 64
PÉRICARPE

Avant d’étudier les ovules, cherchons ce que devient l’ovaire
pour constituer le fruit.
Adansonia

G re g o rii.

Une coupe perpendiculaire ù la surface présente des cellules
épidermiques à tannin, se prolongeant en poils simples; cet
épiderme est bosselé, montre de nombreuses émergences peu
saillantes. Immédiatement en dessous, on trouve des fibres
perpendiculaires à la surface, très allongées, ù parois extrê­
mement épaisses, ponctuées, disposées en plusieurs assises
qui s’engrènent réciproquement et forment une couche de
cinq millimètres d’épaisseur. Certaines de ces fibres, isolées,
ont des parois moins épaisses et leur cavité remplie de
tannin : d’où l’apparence de traînées rouges, sur un fond
ponctué, avec des raies parallèles. De distance en distance,
cette couche de fibres est interrompue dans son épaisseur et
dans sa largeur par de grands amas de cellules ovoïdes à
parois minces, contenant souvent du tannin.
Les fibres se montrent d’autant plus larges, d’autant moins
étirées avec des parois d’autant moins épaisses que la région
qu’elles occupent est plus éloignée de la surface externe ;
les amas de cellules à tannin deviennent en même temps plus
nombreux ; bientôt on arrive à une région où les fibres sont
toutes remplacées par des cellules un peu allongées perpendi­
culairement à la surface ; celles-ci forment un tissu lâche.
Nous atteignons enfin la couche la plus interne. Ici les
cellules à tannin dominent et forment un réseau circons­
crivant des faisceaux; les cellules ovales incolores de la
couche précédente ont leur plus grand diamètre tangentfel;
leur paroi épaisse est très ornementée.
Les faisceaux deviennent nombreux vers la face interne,
du reste mal limitée. Ils sont formés de vaisseaux assez nom­
breux disposés en demi-cercle, coiffés par un liber externe à
éléments très épais. Le péricarpe est terminé par cette zone
de faisceaux. Plus de cloisons adhérentes, plus d’épiderme
interne. Nous n’avons donc pas de lacunes dans ce péricarpe,

- 65 du moins pour les nombreuses coupes que nous avons
observées.
Adansonia digitata*

Même structure du péricarpe que dans A. Gregorii; pas de
tannin dans la zone fibreuse.
La région où se trouve le réseau des cellules à tannin
possède encore un grand nombre de lacunes, toujours placées
au voisinage des faisceaux. Ces lacunes sont limitées par
quatre ou cinq assises de cellules tabulaires, disposées en
files comme celles du phelloderme. Ces cellules mortes, à
parois résistantes, préservent le tissu voisin de la gélification.
On trouve souvent, adossé à ce phelloderme dans les lacunes,
des cellules rondes à tannin encore intactes; le mucilage qui
remplit ces grandes lacunes est orangé : c’est lui qui cons­
titue l’espèce de gomme signalée comme exsudant du
péricarpe.
11 est probable que ces mêmes lacunes existent dans A.
Gregorii; malheureusement elles avaient disparu dans le
fruit que nous avons eu à examiner et qui d’ailleurs ne
possédait peut-être plus la partie interne de son péricarpe.
A dan son ia

m a d agascaricn sis.

La coupe est celle de A. Grégorii. Les poils contiennent
du tannin et la couche à longues fibres est remplacée par
la couche de fibres ovales peu ornementées, que nous avons
signalée au-dessous de la première dans A. Grégorii. Des
lacunes existent dans la couche à réticulum; quelques-unes
ont une enveloppe phellodermique analogue à celles des
lacunes de A. digitata Enfin dans toute la coupe on remarque
de nombreuses cellules à oxalate de chaux.
OVULE
A dan son ia G reg o rii.

Nous avons vu que les ovules sont portés par un long
cordon qui se ramifie à deux ou trois reprises différentes,
5

�-

66

—

chaque ramification ultime de funicule se terminant par un
ovule.
Ces funicules ont une constitution extrêmement simple.
Au centre nous avons un faisceau libéro-ligneux formé de
vaisseaux spiralés et ponctués, de fibres ligneuses et de fibres
libériennes, les unes et les autres à parois minces et ponc­
tuées. Ce faisceau est entouré d’une couche épaisse de
cellules allongées et contenant presque toutes du tannin.
A l’extrémité du funicule est l’ovule. Celui-ci a été préparé
de la manière suivante: Après l’avoir placé dans l’eau entre
une lame et une lamelle, séparées d’un côté par une mince
feuille de papier buvard, de l’autre par un fil de verre très
ténu, on a mis quelques gouttes d’une solution de soude
moyennement concentrée sur la lame, du côté du fil de verre:
le papier buvard absorbant l’eau, détermine un courant lent
qui assure le contact prolongé de l’ovule avec la solution
alcaline toujours fraîche. C’est, dans ces conditions qu’on a
observé les modifications, au fur et à mesure qu’elles se
produisaient dans la préparation.
L’ovule, de rouge sombre qu’il était, devient rouge pèle et
l’on aperçoit nettement tous les détails de sa structure. De
forme obovoïde, il est aplati d’un côté et sa portion la plus
renflée, est la partie opposée au funicule; long d’un demimillimètre, il a un tiers de millimétré de largeur. Le faisceau
du funicule se continue dans les téguments de l’ovule du côté
aplati, pour s’épanouir dans sa portion renflée. II y a donc
un raphé et l'ovule doit être anatrope. C’est ce que montre
aussi l’examen des membranes d’enveloppe. Deux tuniques
entourent le nucelle; leur ouverture ou mlcropyle est très
rapprochée du funicule. Les cellules de ces deux membranes
d’enveloppe sont rouges, remplies de tannin; allongées près
du raphé dans le sens du faisceau, elles sont, partout ailleurs,
isodiamétriques. Quant au nucelle, il est incolore.
Les ovules de A. digitata et de A. madagascariensis sont
complètement ovoïdes; à part cela, ils présentent tous les
caractères observés dans A. Gregorii] dans les trois espèces
les ovules sont ascendants, à raphé interne et à micropyle
externe.

- 67 —
FORMATION DE LA GRAINE ET PULPE
A dan son ia G reg o rii.

La graine de A. Gregorii est réniforme, à surface un peu
anguleuse. Elle a un centimètre de long sur cinq millimètres
de large. D’un point assez rapproché du fond de l’échancrure
part le funicule, qui vient s’unir au funicule d’une autre
graine; ce phénomène de réunion des funicules se répétant
trois ou quatre fois, l’ensemble figure une véritable petite
grappe comparable à une grappe de raisin dont les grains
d’inégales dimensions seraient les graines. Toutes les graines
appendues à un ou plusieurs funicules primitifs sont rappro­
chées les unes des autres et maintenues dans cette situation
par une pulpe sèche. L’ensemble constitue une sorte de petit
parallélipipède; Celui-ci se clive assez facilement en lamelles
contenant une graine ou deux dans leur portion centrale.
Sous l’influence prolongée de l’eau bouillante, les parallélipipèdes se gonflent, deviennent transparents et laissent voir
dans leur centre une, quelquefois deux graines adultes et,
tout autour d’elles, un grand nombre de graines arrêtées
dans leur développement et de dimensions différentes. Un
même parallélipipède permet donc d’étudier toutes les phases
de l’évolution d’une graine, toutes les formes de passage
de l’ovule à la graine adulte.
Certaines de ces graines, si l’on peut les appeler ainsi, sont
des ovoïdes prolongés, à l’une de leur extrémité, par un
cordon grêle. On ne saurait mieux comparer leur forme qu’à
celle des spermatozoïdes observés sous un fort grossissement.
Le raphé qui forme d’un côté une ligne très foncée se recon­
naît facilement. Le volume de ces graines est double de celui
d’un ovule. D’autres, deux fois pins développées, commencent
à présenter une dissymétrie latérale, occasionnée par l’accrois­
sement plus rapide de la moitié de l’ovule opposée au raphé;
cette inégalité dans la vitesse d’accroissement des deux
moitiés s’exagérant, la graine affecte la forme d’un rein et
son hile est situé d’un côté de la dépression qui représenterait
en quelque sorte le bassinet de ce rein; de l’autre côté se
trouve la chalaze. Une bande noire longeant cette dépression

�-

68

—

va du hile à la chalaze; c’est le faisceau du raplié, car nous
savons que l’ovule est anatrope. Dans le cours de cette
évolution vers une forme campylotropique, le mieropyle
conserve la situation qu’il avait dans l’ovule; il se trouve
donc prés du hile, du côté du funicule opposé à la dépression.
La forme définitive de la graine est déjà acquise, alors même
que celle-ci n’est encore que huit ou dix fois plus grande
que l’ovule. A ce moment, des faisceaux partent de la chalaze
et rayonnent dans les téguments; la graine continue à grossir
et atteint les dimensions représentées daus la PI. III (fig. 3).
Elle ne provient donc pas d’un ovule campylotrope, comme
on serait tenté de le supposer, mais d’un ovule anatrope;
longtemps après que l’anatropie s’est complètement dessinée,
une différence dans l’activité du développement des deux
moitiés de l’ovule fécondé détermine la forme en rein de la
graine et la position latérale du hile.
Tous les stades de cette transformation de l’ovule en graine
sont identiques pour les trois espèces; aussi a-t-on représenté
(PI. III, fig. 2) quatre âges différents de la graine de A. digita.ta, cette espèce nous ayant présenté les parallélipipèdes de
la pulpe dans le meilleur état de conservation.
Si l’on cherche à débarasser les graines, de la pulpe rendue
transparente par l’ébullition, on constate une forte adhérence
de cette pulpe avec l’enveloppe de la graine et la surface du
funicule. Au microscope, la pulpe se montre constituée par
des vaisseaux de toutes sortes, par des fibres ligneuses et
libériennes et surtout par des cellules à tannin et des cellules
incolores à parois un peu épaisses et très ornementées; on
n’y trouve pas de poils. Tous ces éléments s’observent dans
le funicule et les téguments externes de la graine. Leur
présence, l’adhérence de la pulpe avec les graines, nous
font supposer que la pulpe est un arille généralisé, mou,
développé aux dépens de la première enveloppe de la graine
et de la surface du funicule. Cet arille se dissocierait par
sa face externe, alors qu’il continuerait à s’accroître au
contact du testa. On a essayé de représenter (PI. III, fig. 2)
l’aspect d’une graine arrêtée dans sa croissance et entourée
de sa pulpe arillaire, rendue transparente par l’ébullition
avec l’eau.

- 69 TÉGUMENTS

OE

LA

GRAINE

Adan son ia G rcg o rii.

Le rasoir n’entame pas les graines sèches de A. Gregorii,
aussi a-t-on dû les ramollir par une ébullition prolongée
dans l’eau. Il est alors facile d’enlever une première coque
élastique, épaisse d’un millimètre, légèrement foncée à
l’extérieur. On met ainsi à découvert une deuxième enve­
loppe rouge moins épaisse, se détachant facilement et enfin
une membrane fine, gluante, gélatineuse qui semble faire
pressentir l’existence de mucilage. Ces trois enveloppes
entourent un embryon, plongé dans un albumen, que nous
étudierons plus loin.
Si l’on fait une coupe radiale à travers l’ensemble des trois
enveloppes, on trouve (PI. III, fig. 3):
1° A l’extérieur, une couche de deux ou trois assises de
cellules aplaties tangentiellement, à parois très épaisses, quel­
ques-unes contiennent du tannin; l’assise la plus externe a
ses parois déchirées.
2° Une rangée de fibres perpendiculaires à la surface, très
allongées, à parois très épaisses, présentant des stries dispo­
sées comme les barbes d’une plume; l’extrémité interne de
ces fibres est effilée en pointe, ce qui permet à cette assise de
s’engrener avec les éléments de la couche suivante.
3° Une autre assise de fibres trois fois plus longues que les
premières, tout en ayant la même largeur et les mêmes orne­
ments; l’extrémité externe des fibres est effilée.
Ces trois couches constituent ce qui reste du testa.
4° Cinq à six assises de cellules à tannin aplaties tangentiel­
lement; les cellules d’une assise alternent avec celles des deux
assises contiguës.
5° Deux ou trois assises de cellules à mucilage, très plissées;
on y observe des lambeaux de quelques cellules détruites
dont la fonte a déterminé, pour ainsi dire, l’ébauche de lacunes.
Ces deux dernières couches correspondent à la deuxième et
à la troisième enveloppes que nous avions constatées; leur
ensemble forme le tegmen,

�— 70 —
Adansonia digitata.

La graine, un peu plus.grande et légèrement plus anguleuse
que celle de A. Gregorii, offre la même structure dans ses
téguments. La première et la quatrième couches sont plus
épaisses et contiennent beaucoup plus de tannin; dans la
cinquième région on constate la présence de très nombreuses
lacunes, séparées les unes des autres par des cellules à tannin
et par des cellules incolores qui forment un véritable réticulum.
Adansonia m ad a g asca rie n sis.

Graines deux fois plus grandes que celles de A. Gregorii,
anguleuses, rouge foncé à la surface.
La coupe des téguments est identique à celle de A. digitata;
à la surface de la première couche, on voit des faisceaux
libéro-ligneux entourés de cellules à tannin et de cellules inco­
lores; quelques-uns sont à nu vers l’extérieur et ont perdu
un certain nombre de fibres ligneuses et de fibres libériennes.
Si l’on compare cette coupe, la plus complète des trois, à
celles de A. digitata et surtout de A. Gregorii qui ne possè­
dent presque plus rien de la couche à faisceaux, on remarque
que les graines adultes perdent une partie de leurs téguments :
celle-ci s’ajoute à l’arille généralisé, pour constituer la pulpe
dans laquelle nous avons déjà signalé tous les éléments de la
couche à tannin et à faisceaux de la graine.
Le môme processus de dissociation s’observe à la surface
du funicule des graines.
On voit que l’origine de la pulpe dans le genre Adansonia
est bien différente de celle des formations similaire constatées
dans les genres voisins.
EMBRYON ET A L BUME N
A dan son ia

de la graine. Du bas de la tigelle partent deux cotylédons laté­
raux qui bientôt passant au-dessous et au-dessus de la tigelle,
l’entourent complètement ; un peu plus haut, on ne rencontre
plus que les cotylédons, fortement contortupliqués. C’est en
cet endroit qu’a été faite la coupe représentée (PI. III fig. 4).
Sur cette section, on voit les deux cotylédons, appliqués
l’un contre l’autre, partir de la face inférieure de la graine,
la longer vers la droite, remonter la face latérale droite, puis
longer la face dorsale jusqu’en son milieu; en ce point, ils
s’invaginent, descendent verticalement jusque près de la face
inférieure, se redressent, remontent jusqu’à la face dorsale en
s’adossant au premier pli de l’anse ainsi formée; arrivés en
haut, ils courent parallèlement à cette face dorsale jusqu’au
côté latéral gauche, le long duquel ils descendent; arrivés à l'a
face ventrale, ils viennent finir au-dessus des deux extrémités
droites. En cette dernière région, on a donc quatre lobes su­
perposés. Ces cotylédons sont limités chacun par une assise
de cellules rectangulaires, futur épiderme à paroi externe légè­
rement épaissie. Le tissu cotylédonaire est formé de cellules
régulières, necontenant pas d’amidon, car elles ne bleuissent pas
au contact de la solution iodo-iodurée, mais des grains d’aleurone et des corpuscules huileux. On trouve surtout à la partie
supérieure de l’anse, dans ce tissu cotylédonaire, des îlots de
cellules plus petites, plus foncées, plus granuleuses; ces ilôts
constitueront plus tard les faisceaux. Les cotylédons, appli­
qués constamment l’un contre l’autre, laissent, entre leurs
différents replis, des vides comblés par de l’albumen non
amylacé, à cellules plus polyédriques et plus granuleuses que
celles des cotylédons. Lne mince lame d’un même albumen
sépare l’embryon entier des parois de la graine.
Adansonia digitata.

Absolument la même disposition des cotylédons, la même
structure de ceux-ci et de l’albumen que dans A. Gregorii.

G reg o rii.

Après avoir fait bouillir la graine pendant longtemps pour
lui enlever ses trois enveloppes, on observe une radicule et
et une tigelle placées contre un des rebords de l’échancrure

Adansonia m a d agascarien sis.

Les cotylédons, au lieu de présenter une anse médiane, en
présentent trois. L’ensemble de ces anses écarte vers la droite

�— 72
et vers la gauche, à la face inférieure, les quatre extrémités
cotylédonaires. Celles-ci ne sont donc pas superposées et c’est
entre les deux extrémités de droite et celles de gauche que les
trois anses viennent se placer.
La structure des cotylédons et de l’albumen est la même
que dans A . Gregorii.

CONCLUSIONS
T H É R A P E U T I Q U E ET CHIMIE.

Les trois espèces du genre Adansonia possèdent les mêmes
principes médicamenteux: tannin, mucilage, acide tartrique,
corps gras.
Le tannin abonde dans l’écorce et le pédoncule floral. Il
remplit complètement l’intérieur des cellules, surtout autour
des faisceaux, permettant ainsi à l’endoderme de se différen­
cier nettement du tissu environnant. C’est probablement lui
qui communique au Baobab ses vertus antipériodiques,
mises en lumière par les frères Duchassaing; car on n’y
trouve aucune trace d’alcaloïde (Adansonine), ni de glucoside
(,Saponine), ce qui fait dire à MM. Heckel et Schlagdenhauffen,
dans le Journal des nouveaux remèdes (1888): « Ou bien
« nous connaissons mal les substances chimiques capables
« de détruire le microbe paludéen, ou bien il faut admettre
« avec Delioux de Savignac que toutes les substances tanni« ques sont des fébrifuges incontestables. En somme, comme
« les faits allégués par Duchassaing sont indiscutables, nous
4 nous trouvons ici encore en face d’un véritable paradoxe thé« rapeutique qui est de nature à activer le zèle et à aiguiser la
« sagacité des thérapeutistes, s’il est vrai que naturam mor« borum curationes ostendunt. »
LAdansonia Gregorii est l’espèce qui renferme le plus de
tannin; il pourrait donc être essayé en Australie comme
antipériodique. Le mucilage, que l’on trouve déjà en propor­
tion notable dans les feuilles, est encore en plus grande
quantité dans le calice. Il n’est pas produit, comme dans les

�graines de lin, de psylliun ou de coing, par les cellules épider­
miques; en effet, les feuilles entières mises à digérer dans
l’eau chaude, ne donnent pas un liquide filant. Il est contenu
dans des lacunes sous-épidermiques. Alorsque, dans la feuille,
ces lacunes se forment par gélification des parois de cellules
d’une assise spéciale, dans les autres organes, elles prennent
naissance aux dépens d’un tissu parenchymateux quelconque.
Aussi la composition du mucilage est-elle très variable sui­
vant qu’il résulte de la fonte de cellules contenant soit du
tannin, soit de l’oxalate de chaux, soit de la chlorophylle, ou
qu’il provient de cellules incolores. Ses propriétés thérapeu­
tiques varient en même temps. C’est à sa présence que la
feuille doit ses vertus émollientes que les indigènes africains
utilisent dans les inflammations des reins, de la vessie, du
tube digestif (lalo) et dans la dysenterie. C’est aussi pour la
même raison que les médecins européens, l’emploient, au
Sénégal, comme succédané des graines de lin. Puisque le
mucilage est encore plus abondant dans le calice, peut-être
conviendrait-il de donner la préférence à ce dernier.
L’acide tartrique qui existe dans la pulpe fraîche ou dessé­
chée, — et alors appélée terre sigillée de Lemnos, — commu­
nique à ces deux substances leurs propriétés tempérentes.
Il explique en partie les succès obtenus dans le traitement
des fièvres; maison ne peut se rendre compte des propriétés
multiples que les indigènes attribuent à cette pulpe: propriétés
qui ont été, en Europe, la cause de la grande vogue de la
terra lemnia au commencement du siècle, qu’en se rappelant
son origine. Formée parla dissociation des cellules d’un arille
généralisé à toute la surface de la graine, ainsi que par la
destruction d’une partie des téguments de celle-ci, la pulpe
contient, outre l’acide tartrique, du tannin très abondant
dans ces parties, et du mucilage: elle peut donc hériter des
propriétés que le tannin donne à l’écorce, et que le mucilage
donne aux feuilles.
En même temps que des matières mucilagineuses, la graine
renferme des corps gras en abondance; l’association de ces
deux produits rend les graines laxatives et émolientes; ces
propriétés justifieraient, jusqu’à un certain point, leur
emploi thérapeutique contre la dysenterie, en Egypte, dans
le Darfour et la Nubie.

— 75 —
BOTANI QUE

Au point de vue botanique, il nous est plus difficile de
résumer ce travail; car, pour cela, il faut élaguer un grand
nombre de faits que certains esprits peuvent considérer
comme peu importants, alors que d’autres leur accordent la
première place. Nous avons déjà parlé plus haut des lacunes
et de la pulpe.
Les trois espèces du genre Adansonia possèdent un grand
nombre de caractères anatomiques communs: poils étoilés
répartis à la surface de l’appareil végétatif et à la face in­
férieure du calice; poils simples implantés sur la face supé­
rieure de ce dernier et sur les autres verticiles floraux;
glandes externes de la feuille et du calice qui rappellent celles
du Wars; appareil lacunaire uniforme existant dans tous
les organes; constitution identique de l’ovule; évolution
semblable de ce dernier pour devenir graine; même origine
arillaire de la pulpe; enfin identité dans la structure intime
des organes.
L’examen des planches I, Il et III suffira donc pour donner
une idée complète de l’essence du genre Ad uisonia, D’ail­
leurs c’est YAdansonia Gregorii qui présente la structure
la plus simple et la plus typique des trois espèces. Celle-ci,
un peu plus compliquée dans A. madagascariensis, présente
les altérations les plus profondes dans .4. digitata: présence
de deux faisceaux supplémentaires adossés par leur liber
dans la nervure médiane de la feuille; polystélie du pédoncule
floral; importance plus grande du deuxième cercle de fais­
ceaux à liber interne, dans la colonne staminale; existence
d’un phelloderme autour des lacunes du péricarpe; etc. On
sait que A. Gregorii habite l’Australie, que A. madascariensis
se trouve à Madagascar et que A. digitata se rencontre dans
l’Afrique tropicale et en Asie, où il a été sans doute importé.
Ce fait, rapproché du caractère de la complication dans la
structure laquelle va s’accentuant de A. Gregorii à l’espèce
A. digitata, en passant par A. Madagascar iensis, permettrait
peut-être de supposer que le genre a pris naissance en
Australie; de là, l’unique espèce aurait émigré vers l’ouest,
sur un continent actuellement disparu qui aurait relié l’Aus­
tralie à Madagascar, se serait fixée dans cette île, en modifiant

�- 76 —
sa structure pour l’adapter aux nouvelles conditions de
milieu, ce qui aurait donné une nouvelle espèce; enfin celle-ci,
envahissant l’Afrique tropicale aurait elle-même subi, dans
sa constitution intime, de nouvelles modification qui aurait
déterminé la formation de la troisième espèce. Pour que
cette hypothèse soit soutenable, il faut que la troisième
espèce, la plus récente, la mieux adaptée aux conditions
actuelles, occupe une aire très étendue, tandis que les deux
plus anciennes soient en voie de régression. C’est justement
ce que l’on observe danslegenre Adansonia, dont A. Gregorii
et A. madagascariensis sont limités chacun à une petite
portion de leur ile respective, alors que A. digitata non
seulement abonde en Afrique mais encore supplante A. mada­
gascariensis dans son île où il a été importé, et se développe
rapidement dans l’Asie tropicale partout où on le transporte.
Quant aux relations que l’anatomie nous amènerait à
chercher entre le genre Adansonia et les genres voisins, ou
des groupes plus étendus, nous ne saurions actuellement
les établir sur des bases précises. Ce n’est qu’à la suite de
l’examen approfondi et détaillé de la grande famille des
Malvacées que nous pourrons espérer peut-être hasarder
quelques comparaisons.
En effet, cette étude n’est que le commencement d’un travail
plus important que nous nous proposons de poursuivre sur
ce groupe, si intéressant pour la médecine.

PLANCHE II
F e u i l l e « le l 'A d u n s o n i u

C à rc g o rii.

F ig. 1. — Coupe de la nervure médiane d’une foliole. — êps. épiderme
supérieur: — tp. tissu palissadique ; — b. bois; — gf. gaine du
faisceau ; — I. lacune ; — po. poil ; — épi. épiderme inférieur ; —

cm. cellule à mucilage; — ox. cellule à mâcle d’oxalate de chaux:
— I. lacune.

i

Fig. 2. — Épiderme supérieur. — ai. cellule située sur une nervure ; —
po. poil ; — ce. cellule des groupes étoilés ; — cp. cellule située
sur le parenchyme ; — gl. glande.

�— 78 —
Fig. 3. — Glande.
Fig. 4. — Épiderme inférieur. — cp. cellule du parenchyme ; — st. stomate ;

po, poil ; — ox. cellule à mâcle ; — en. cellule située sur une
nervure.
Fig. 5. — Coupe du Parenchyme et des nervures secondaires. — êps. épi­
derme supérieur; — cm. cellule à mucilage; — I. lacune; —
tp. tissu palissadique ; — tl. tissu lacuneux ; — gf. gaine du
faisceau : — b. bois ; — l. liber ; — épi. épiderme inférieur ; —
po. poil : — ox. mâcle d’oxalate de chaux ; — st. stomate.

PLANCHE III
O v a ire e t g r a in e .

Fig. 1. — Coupe lo n g itu d in a le de l ’O vaire de l ’A dansonia G regorii.
Fig. 2. — S érie des form es de p assag e de l'o v u le à la g ra in e de l'A d a n so n ia d ig ita ta .

Fig. 3. — G raine de l'A d an so n ia G regorii.
Fig. 4. — G roupe des té g u m e n ts de la g ra in e p ré c é d e n te .

PLANCHE IV
P o r t « le l ’A d a n s o n i a Z a

« O K T O I l.il»

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���BAKIS

(Tinospora Bakis

Miers)

ET LE

SANGOL

(Cocculus Leaeba

G. P. et Rich.).

DU SÉNÉGAL ET DU SOUDAN
Par MM. Edouard HECKEL et Fr. SCHLAGDENIIAUFFEN.

Les populations nègres du Sénégal et du Soudan (1) emploient
couramment, contre un certain nombre d’affections, les racines
amères de deux Ménispermées, communes dans ces régions : l’une
d’elles, môme, le Bakis, est d’un usage si fréquent qu’on l’achète
aisément sur les marchés de S1-Louis (Sénégal). Quant à l’autre, le
S a ng ol , son emploi paraît plus limité et il est assez difficile de se le
procurer, bien que la plante ne soit pas rare dans toute la Sénégambie et le Sénégal.
(1) M. le docteur Rançon, médecin de 1” classe des colonies, a trouvé le Bakis
en grande quantité aux environs de Goundiourou, près de Kayes, dans le Soudan
français (communication in litteris du 12 mars 1892). Plus tard, durant le cours
de son voyage d’exploration dans la Haute-Gambie, il l'a retrouvé le long de la
route de Damenlan au pays des Coniaguiés. Voici dans quels termes il s’exprime
sur ce point, dans son rapport d’exploration (Annales de l'Institut colonial, t. II,
p. 284, 1894) : « A travers les conglomérats qui couvrent le terrain h droite et à
» gauche de notre route, je pus constater la présence de nombreux échantillons d’une
» Ménispermée fort commune au Sénégal, dans la province du Cayor, que je n’ai
» guère retrouvée au Soudan que dans les environs de Kayes, non loin du petit
» village de Goundiourou. C’est le Tinospora Bakis Miers. On trouve ses racines
» dans toutes les officines des marchands indigènes, sur les marchés de Sl-Louis,
» Dakar, Corée, Ruûsque. Les noirs utilisent ses propriétés toniques, diurétiques et
» fébrifuges. Ils l’emploient surtout contre la fièvre bilieuse simple ou rémittente
» à laquelle ils sont aussi sujets que l’Européen. Ils en font des décoctions, des
» macérations, et son usage est particulièrement fréquent chez les peuples d'ori» gine Ouolove et Sérère. i&gt;

�Annales du Musée et de l’Institut colonial de Marseille.

11 nous paraît intéressant, pour compléter la connaissance des
Méuispermées médicinales, de faire 1étude de ces deux diogues,
jusqu’ici à peu près ignorées du monde savant et pourvues cepen­
dant d’un caractère spécial.
R acine

de

S angol

Historique. — Nous nous occuperons tout d abord du Sangol, le
moins connu des deux produits africains que nous avons en vue
d’examiner ici.
Corre et Lejanne (Résumé de Mat. méd. et toxicol. coloniale, Paris,
O. Doin, 1887, p. loi) paraissent être les premiers et seuls auteurs
qui aient signalé cette drogue africaine à l'attention du monde
médical. Ils le font dans les termes suivants, après avoir consacré
quelques lignes au Bakis : « Nous avons rencontré dans la même
» colonie (Sénégal), une autre racine, le Sangol, qui nous a paru
» appartenir à un Cocculus distinct du C. Bakts et qui possède les
n propriétés du Pareira. » Bornant là leurs indications, ces auteurs
ne cherchèrent pas à déterminer la plante à laquelle se rapporte
cette drogue (1).
Toutefois, sur ces données, nous recommandâmes à M. le Dr
Rançon, au moment de son départ pour sa fructueuse mission
dans la Haute-Gambie, de recueillir, pour nos études sur le Bakis
et le Sangol, les matériaux nécessaires à cette détermination
(drogueet échantillons botaniques). Cet explorateur voulut bien,
en passant [à Sl-Louis, pour se rendre à Kayes, intéresser à nos
desiderata M. Cbalufour, pharmacien eu chef de l’hôpital de cette
colonie. Ce savant nous fit, en racines de Bakis et de Sangol, un
envoi qui fut renouvelé ensuite, sur notre demande, par son succes­
seur, M. Lejanne, le savant auteur de la Matière médicale exotique,
(1) La même année paraissait la remarquable thèse de pharmacie de M.C. Sambuc

(Contribution à l’étude de la Flore et de la matière médicale de la Sénégambie,

Ecole supérieure de pharmacie de Montpellier), où nous trouvons, p. 57, le passage
suivant sur la drogue qui nous occupe : « 11 y a, du reste, en Sénégambie, une
» autre Ménispermée, également amère, signalée par Corre et Lejanne, c’est le
» Sangol. Nous n’avons pas étudié cette plante pendant notre séjour au Sénégal,
» mais, à notre retour, oous avons pu voir dans les collections du jardin des plantes
» de Montpellier, mises obligeamment à notre disposition par M. le professeur
» E. Planchon, un fragment de tige portant le même nom et provenant du marché
« de S'-Louis. Un simple coup-d’œil jeté sur la section transversale ne laisse aucun
» doute sur la famille du Sangol, qui est bien une Ménispermée. »

Plant de

B akis

végétant dans les serres chaudes du Jardin Botanique de Marseille.

�- 53 l’intrépide compagnon d’exploration du regretté Crevaux à la
Guyane. M. Lejanne compléta ensuite ses envois par des racines et
des échantillons botaniques du Sangol ; ce sont ces derniers maté­
riaux qui nous ont permis de déterminer définitivement l’espèce
végétale qui donne le Sangol. Quant à celle qui fournit le Bakis,
son identification était plus facile, en raison même de sa plus large
diffusion dans toute la Sénégambie et le Soudan. Nous avons
également reçu des échantillons de Bakis provenant du Saloum, et
un bon dessin de cette plante de M. le Dr Maclaud, alors chirurgienmajor de YArdent, en station au Sénégal; nous donnons en planche
ce dessin. Ce médecin distingué des Colonies a bien voulu nous
adresser aussi des échantillons d’une plante qu’on lui a fait
recueillir sous le nom de Sangol, mais qui ne répond pas à la
drogue connue le plus vulgairement sous ce nom. C’est une Légumineuse. On sait que les nègres ne sont que trop enclins à donner
le môme nom à différentes plantes douées de propriétés semblables.
Enfin le même Dr Maclaud, dont nous ne saurions trop louer
ici le zèle bienveillant, nous a adressé une plante de Bakis qui
végète convenablement dans les serres chaudes du jardin bota­
nique de Marseille. Nous en donnons une photographie.
Qu’il nous soit permis d’adresser ici nos plus vifs remercie­
ments à ceux qui nous ont aidé par des recherches d’échantillons:
MM. Chalufour, Lejanne et Maclaud.
Botanique et matière médicale du Sangol. — Eu 1891, nous
communiquâmes à l’Association française pour l’avancement des
sciences (section de Marseille) une note sur le Sangol, et nous
attribuâmes, sur le simple examen de la constitution anatomique
de la racine, qui se rapproche de celle du Pareira brava, ce
médicament à une espèce nouvelle que nous dénommâmes pro­
visoirement Cissampelos Chatini.
Depuis, M. Lejanne nous ayant fait un envoi en août 1892,
d’échantillons botaniques complets de la plante qui fournit cette
drogue (1), nous avons pu, sans hésitation, identifier le Sangol
(1) Ces échantillons secs ou conservés dans l’alcool, dans l'eau salée ou
acidulée, proviennent du village de Sor. Voici quelques documents émanés de
M. Lejanne et accompagnant son envoi : « Ces échantillons sont bien autben» tiques, les fleurs sont très petites, vertes, le fruit mûr est une drupe rouge,
» à noyau ligneux, circulaire, ruminé. C'est bien une Ménispermée comme vous

�Annales du Musée et de l Institut colonial de Marseille

- 34 —
avec Cocculus Leaeba. G. P. et Rich. (Tentamen
Flora Senegambiœ, p. 13) dont la synonymie
est C.
eliptieusD. C. (Syst. veget. I, p. «26) ;
ilenispermm ellipticum Poiiet (Suppl. 3, p.
657);
Leab,Forsk
(Flor.172); Memspmnum Leaeba Del. (Ægypt- t. «1, 1- 2-3); C.
Leæba D. C. (Syst. 1, p. 529).

Fig. 1. Racine du Sangol

(Cocculus Leaeba G. P. Rich.)
A. Fragment d’une racine sèche :
G. N. ; B. Coupe transversale de celte racine 3—5 0 » ,,^
cellules du tissu fondamental
avec leurs grains d’amidon
dOO/1 ; C. parenchyme fondap f; avec a, a', grains d’am i­
don.

Différentes formes de racines de bANcot.

�Nous ne reviendrons pas sur la description si souvent répétée
de cette plante, dont Taire géographique est tellement étendue
qu’elle occupe toute la région aride comprise depuis l’Inde
jusqu’aux îles du Cap vert, à travers l’Arabie et l’Egypte. C’est
une plante des régions chaudes sèches et sablonneuses du globe,
elle est donc désertique par excellence (1). Un seul point de la
description des auteurs du Tentamen Fl. Seney. semble ne pas
concorder avec nos données. M. Lejanne déclare que les drupes
mûres sont rouges, et Guillemin, Perrotet et Richard qu’elles
sont noires et couvrent la plante durant la saison des pluies et
encore aux mois de lévrier et mars.
La racine du Sangol en est la partie médicamenteuse.
Le Sangol se présente sous la forme de racines de la grosseur
du pouce ou plus (elle peut mesurer de 2 à 3 cm. de diamètre = 7
à 10 cm. de circonférence à l’état frais); elles sont cylindriques, de
couleur brunâtre très foncée (chocolat). Le revêtement est formé
par un épiderme brun-marron qui donne sa couleur à la racine:
cette couche peu épaisse est fortement adhérente à l’écorce avec
laquelle elle forme corps. Enlevée par un grattage au couteau, on
aperçoit les parties internes sous-jacentes qui sont d’une couleur
jaunâtre. La racine est striée longitudinalement, fig. 1 Aet présente
de loin en loin quelques parties fendillées à sa surface ; elle est
douée d’une amertume franche et très accusée qui fait absolument
défaut dans les feuilles et les rameaux de la même plante. Si on
pratique une coupe transversale de cette racine on trouve, audessous de l’écorce peu épaisse, une succession de faisceaux fibro­
vasculaires disposés en couches concentriques comme dans le Chondodendron tomentosum Ruiz et Pavon(vrai Pareira brava)o\i Cocculus
Chondodendron D. C. On compte généralement 4 ou 5 de ces couches
emboîtées le plus souvent les unes dans les autres, mais quelquefois
» l'avez jugé par l'examen anatomique de la racine. Une coupe de la tige ne
» laissait aucun doute à ce sujet. Je connais à 10 kilom. de St-Louis un Sangol
» dont la tige atteint le volume de la cuisse d’un homme ; il grimpe sur un
» tamarinier après avoir décrit plusieurs courbes sur lui-même. »
(1) Elle appartient dans la flore de Sénégambie à la section, établie par
M. C. Sambuc (Loc. cit., p. 20), des plantes confinées dans la zone septentrionale
à courte période de pluies. C’est une des plantes d'Afrique à propos desquelles
Grisebach (Les Végétations du globe, p. 225-226) a pu dire : « Ici la connexion
entre les Indes et le Soudan est encore très appréciable et s’effectue particulière­
ment par l’entremise de l’Arabie..............»

�exceutriques et incomplètes, particulièrement celles de la péri­
phérie. Au centre est une moelle peu développée mais toujours
apparente. Chaque zone est séparée de la précédente et de la sui­
vante (en allant de dedans en dehors) par du tissu fondamental
qui sépare les différents faisceaux fibro vasculaires et s’étend sous
forme de rayons médullaires depuis l’écorce jusqu’à la moelle en
s’infléchissant et se courbant entre les faisceaux.
Stnicture microscopique. — Les différentes couches que l’on ren­
contre sur la coupe transversale d’une de ces racines sont les
suivantes, en allant de l’extérieur à l’intérieur : 1° une mince
couche subéreuse de cellules noirâtres (fig. 1 B, s), 2° un paren­
chyme cortical formé de 3 ou 4 couches de cellules aplaties tangentiellement (p c), 3° la première zone de faisceaux fibro-vasculaires;
c’est là que les faisceaux, d’aspect fusiforme sur la coupe transver­
sale (fig. 1, B), atteignent leur plus grande dimension en longueur
et en largeur : ils sont formés uniformément de gros vaisseaux à
section ovale ou circulaire (v) très nombreux, dont l’ensemble est
entouré d’éléments scléreux disposés en une ou plusieurs couches,
c’est le bois (b). Daus cette zone de faisceaux fibro vasculaires, les
unités sont évidemment plus nombreuses que dans celles qui
suivent, où les faisceaux vont en diminuant de dimension à
mesure qu’on s’approche du centre de la racine; chaque faisceau
alterne, du reste, avec ceux de la zone qui précède et avec ceux de
la zone qui suit. Ils sont, dans la même zone, séparés du voisin par
une bande épaisse de tissu fondamental à cellules allongées radialement (p f). Ces éléments cellulaires contiennent uniquement de
la fécule (fig. 1 ; C; a). Ces grains d’amidon sont simples et pré­
sentent une fente rayonnée: ils se manifestent souvent sous la
forme d’un ovoïde tronqué à l’un de ses bouts (o). Cette structure
anatomique différencie nettement le Sangol du Bakis.
Cette dernière racine, qui partage avec la première la faveur
des nègres, présente, comme nous le verrons, une organisation toute
différente qui rappelle celle du Gulancha (racine du Tinospora cordifolia Miers, Cocculus cordifolius D. C.) et du Cissarnpelos Pareira
Lamk.
Nous voilà donc en face d’un Cocculus qui rappelle les Chondrodendron par son anatomie, et d’un Tinospora qui s’approche d’un

Cissarnpelos par sa structure histologique. Ces faits démontrent
bien que la consultation des caractères anatomiques n’est pas tou­
jours suffisante pour établir les affinités des divers groupes d’une
famille, même très naturelle comme celle des Ménispermées. Nous
avons déjà dit, au début de cette étude, combien les caractères
histotaxiques nous avaient induit en erreur, quand, n’ayant à
consulter que la structure de la racine, nous avions cru pouvoir
y trouver les éléments d’une détermination botanique.
E tude

chimique

A. — Mode opératoire.
I. Traitement à l’éther de pétrole. — Nous épuisons par l’éther de pétrole
à 50°, dans un appareil à extraction continue, la racine réduite en poudre.
Nous obtenons, au bout de 2 heures, un liquide à peine jaunâtre qui dépose, après
refroidissement complet, de fines aiguilles incolores et soyeuses. En abandonnant à
elle-même cette solution pétroléique pendant un ou deux mois, de manière à avoir
un produit de consistance presque sirupeuse, ces aiguilles apparaissent d’une façon
très nette dans une masse amorphe jaune. Si alors on reprend le tout par du nouvel
éther de pétrole, la matière jaune se dissout instantanément et les cristaux résistent
et apparaissent dans tout leur éclat.
La solution jaune pétroléique, évaporée de nouveau au bain-marie, fournil un
résidu fusible au bain-marie et solidifiable par refroidissement. Ce produit se
comporte donc comme un corps gras, ainsi que nous le verrons plus loin.
Le poids total de l’extrait pétroléique est de 0.564 •/..
II. Traitement au chloroforme. — En versant du chloroforme sur la poudre
provenant de l’opération précédente, on obtient une solution jaune paille, dont la
couleur rappelle celle de la berbérine. Peu à peu, en chautTant. le liquide d’épuise­
ment qui retombe de l'allonge dans le ballon se fonce et prend un aspect mordoré
provenant de minimes quantités de chlorophylle, ainsi que l'indique l’examen
spectroscopique.
Après évaporation à siccité complète, on obtient un résidu brun clair dont le
poids =» 1.730 % . Celui-ci, repris par le sulfure de carbone, fournit une partie A
soluble, tandis que le reste B ne se dissout pas. La solution sulfocarbonique, éva­
porée à siccité, puis reprise par l’alcool bouillant et abandonnée au repos, fournit
une masse cristalline qui, après plusieurs cristallisations successives, devient entiè­
rement incolore.
Tandis que le résidu insoluble dans le sulfure de carbone repris par l'alcool
conserve sa coloration jaune qui ne peut lui être enlevée que très difficilement par
le charbon animal ; mais dans ce cas, tout en bénéficiant de la disparition de la
matière colorante et de la purification du produit, on constate aussi la perte du
produit en très grande quantité.
Quand on traite le produit B insoluble dans le sulfure de carbone par l’acide
chlorhydrique à 0.5 °/o et qu’on précipite la solution soit par le carbonate de

�— 58 —

— 59 —

potasse, de soude ou par l'ammoniaque, on obtient des précipités volumineux qui
se dissolvent complètement dans le chloroforme.
Si les solutions chloroformiques sont évaporées à siccité et que le résidu est
repris par de l’alcool, on obtient un liquide fortement alcalin. Il s’ensuit donc que
1«î produit insoluble dans le sulfure de carbone est de nature alcaloïdique, c’est un
alcaloïde amorphe.
Les cristaux puriliés de A et l’alcaloïde amorphe B peuvent se différencier de la
manière suivante :
R é ACTIFS

Cristaux A

Acide suif, concentré

Incolores ou à peine jaune
paille
Coloration jaune
Coloration brune
Col. brune qui pâlit
Col. rose, puis violacée

Acide azotique
Acide tulf. 20 p. -f- L 1 PAcide suif. -(- A.sélénieux
Acide s u i f . A . molybd.

Produit amorphe B
Col. jaune plat on moins foncée
suivant celle du produit.
Id.
Coloration verte
Coloration verte
Col. indigo et bleu fugace
qui passe au vert.

III. Traitement à l’alcool. — Nous continuons à épuiser la matière et obtenons
dans le ballon de l'appareil un liquide brun foncé. L’opération ayant duré 2 heures
nous constatons — en suivant la même marche que précédemment — le poids de
l’extrait alcoolique = 12.408. Mais en reprenant ce dernier par de l'alcool froid, une
assez forte proportion du résidu ne se dissout plus. La partie soluble amenée à
consistance épaisse d’une densité de 1.89 et abandonnée an repos laisse déposer
au bout de 2 mois de gros cristaux cliuo-rhombiques d’une netteté parfaite, mêlés
à quelques aiguilles fines; on évapore la solution et l’on reprend le résidu par de
l'eau acidulée a 0.5 °/o- On ajoute ensuite de l'ammoniaque ou du carbonate de soude
et l'on obtient un précipité gris sale très volumineux. En fractionnant la précipita­
tion et en opérant à chaud, on constate que les dépôts formés au début sont très
fortement colorés, tandis que les derniers le sont de moins en moins. Avec quelques
soins on arrive même à obtenir à la fin des précipités tout à fait blancs.
Quand on traite ces précipités par de l’acide chlorhydrique, au même degré de
dilution que ci-dessus, on obtient naturellement des liqueurs qui sont de moins en
moins colorées. Ces liquides précipités de nouveau par de l’ammoniaque et agités
avec du chloroforme dans un entonnoir à robinet, cèdent à celui-ci une matière
excessivement amère.
Le produit d'évaporation de la couche inférieure est traité comme celui qui
provient de l’extrait chloroformique du traitement II.
IV. Traitement à l’eau pure, puis à Veau aiguisée d'acide chlorhy­
drique. — On traite d’abord par l’eau puis on fait chauffer la poudre provenant des
opérations précédentes, avec de l’acide chlorhydrique à 0.5 % au bain-marie
bouillant, en ayant soin de renouveler l’eau au fur et à mesure de son évaporation;
au bout de 3 heures on arrête l’opération et l’on détermine au moyen de la solution
cupropotassique la quantité de glucose provenant de la transformation de la matière
amylacée. On détermine ainsi par le calcul la quantité d’amidon contenu dans le
bois, soit 24.350. La partie dissoute par l’eau seule a été 3 gr. 4U0, constitués par
des matières gommeuses et colorantes.
V. Incinération. — Le produit épuisé est incinéré. Le résidu constitue le poids
des cendres soit 4.605 %&gt;•

VI. Différence. — La matière organique disparue dans la précédente opération
représente donc le poids du ligneux de la cellulose et des autres principes, soit 52.942.
Ces données, fournies par les opérations successives, nous permettent donc
d’établir comme suit le résurné de notre analyse :

Composition élémentaire du bois de Sangol
1. Partie soluble dans l'éther de pétrole . . . . . . . . = 0.564
2.
—
chloroform e........................................................= 1.730
3.
—
alcool. . ............................................................ = 12.408
4.
—
eau pure, puis acidulée...................................= 27.750
5.
—
incinération (cendres).......................................= 4.605
6.
—
différence.......................................■ . . . = 52.943
100.000

B. — Étude des principes procenant des dicerses extractions
I. Produits d'extraction par Véther de pétrole : corps gras et cristaux.

a.
Corps gras. — L’extrait pétroléique, abandonné librement pendant un à
deux mois, de manière à se réduire en consistance épaisse, est repris par le même
véhicule. On évapore la solution et l’on obtient ainsi une matière grasse, facilement
soluble au bain-marie.
Le produit se dissout dans une solution alcoolique ou aqueuse de potasse à
chaud et fournit un liquide précipitable par le chlorure de sodium et par l’acide
chlorhydrique étendu. Le précipité obtenu dans ce dernier cas présente à la fois les
caractères de l’acide stéarique et de l’acide oléique. Le corps gras est donc un
mélange de stéarine et d 'oléine, dont nous ne pouvons pas indiquer les pro­
portions relatives, vu la petite quantité de matière que nous avions à notre
disposition.
L’acide sulfurique concentré colore le corps gras en brun foncé; en ajoutant du
chloroforme et une trace de chlorure ferrique, on obtient une teinte violacée.
b. Cristaux. — La partie non dissoute par l’éther de pétrole à froid est lavée
une seconde fois avec ce dissolvant, et le résidu, d’apparence cristalline, est traité
par l'alcool bouillant à 90*. Au bout de quatre ou cinq opérations semblables, nous
obtenons une petite quantité de cristaux soyeux, aiguillés, qui présentent au
microscope polarisant des irisations du plus bel effet.
Ils se colorent en jaune safran au contact de l’acide sulfurique concentré ; avec
un mélange d’acide sulfurique et d'acide sélénieux, on remarque une teinte très
foncée, presque noire, avec stries vertes et, plus tard, une coloration verte,
puis bleue. Ces caractères s’accordent entièrement avec ceux des cristaux extraits
de la racine de Colombo, c’est-à-dire avec la colombine. 11 suit donc de là que les
0 gr. 664 »/o provenant de l’épuisement du bois de Sangol par l’éther de pétrole
contiennent de la colombine en même temps que de la stéarine et de Voléine.
II.
Produits d'extraction par le chloroforme : alcaloïde amorphe et
alcaloïde cristallisé, corps gras et résine, colombine.
a.
Alcaloïde cristallisé. — Nous évaporons le produit d'extraction jusqu'à
siccité et nous reprenons ensuite le résidu par le sulfure de carbone, qui ne le
dissout qu’incomplètement. De là une partie soluble A et une autre insoluble B.

�— 00
La première, évaporée rapidement, ne dépose pas de cristaux, et la seconde,
reprise par l’alcool, fournit également un résidu amorphe.
Mais, en suivant une autre voie, on constate que presque la moitié de l'extrait
chloroformique est susceptible de cristalliser : il suffît pour cela de reprendre
l’extrait sulfocarbonique par l’alcool et d’abandonner la solution à l'évaporation
spontanée pour obtenir, au bout de quelques jours, des cristaux aiguillés parfaite­
ment nets, mais mélangés encore à une matière colorante brunâtre. En procédant à
la purification de ces cristaux par des traitements, trois ou quatre fois répétés
dans l’alcool bouillant, on obtient les mêmes aiguilles soyeuses que celles déjà
trouvées dans la racine de Bakis ; ces cristaux ne sont donc autre chose que la

sangoline.

C’est un alcaloïde azoté. Son point de fusion est de 188° ; il reste tout à fait
incolore à celte température, mais jaunit à 225®, brunit à 250° et se charbonne
à 370°. Il ne se volatilise pas. Il est soluble dans l’alcool à 90°, facilement dans
l’alcool à 66®, mais peu dans l’alcool à 50°. L’éther le dissout très difficilement.
L’acide chlorhydrique le dissout sans coloration ; l’acide azotique le colore
légèrement en jaune ; l’acide sulfurique n’a pas d’action sur lui immédiatement ;
ce n’est qu’au bout de quelques minutes que le liquide prend une légère teinte
jaunâtre à peine perceptible. En chauffant au bain-marie il ne se produit pas de
coloration.
L’acide sulfurique, additionné d’une trace d’acide azotique, produit une teinte
jaune pâle au début, qui devient légèrement brunâtre au bout de quelques instants.
Avec l’acide sélénieux et l’acide sulfurique, on voit se produire d’abord une colo­
ration brunâtre qui pâlit et tire vers le jaune après quelques instants de repos.
Le réactif de Froehde, c’est-à-dire le mélange d’une trace de molybdate de soude
ou d’ammoniaque et d’acide sulfurique, fait apparaître immédiatement une teinte
rose violacée, analogue à celle de la morphine
Sur un poids de 1 gr. 730 d’extrait chloroformique, nous avons obtenu 0 gr. 740
de produit cristallisé parfaitement incolore et d’aspect soyeux.
b. Alcaloïde amorphe. — Les liquides provenant de l’opération précédente,
concentrés au bain-marie, fournissent un véritable vernis entièrement transparent
après évaporation complète. Nous reprenons ce résidu par de l’eau acidulée à l’acide
chlorhydrique à 0.5°. 0 et traitons les liquides d’épuisement par de l’ammoniaque.
Il se produit aussitôt un précipité blanc abondant qu’on agile dans un entonnoir à
robinet avec du chloroforme. L'évaporation de la couche chloroformique inférieure,
nous donne un résidu brunâtre complètement amorphe, entièrement soluble dans
l’alcool et à réaction fortement alcaline. Ce produit n’est autre chose que de la
Pèlosine déjà citée à propos de l'étude de la racine de Bakis. Le poids de pélosine
dans l’extrait chloroformique = 0 gr. 720.
c. Corps gras et Résine. — Nous venons de dire plus haut que l’alcaloïde
amorphe, la pélosine, était soluble dans l’acide chlorhydrique à 0.5 •/„, mais lors
de cette opération il reste une masse poisseuse brune insoluble. Cette matière est
parfaitement soluble dans le chloroforme et le sulfure de carbone, mais incomplète­
ment seulement dans l’alcool. Nous ajoutons par conséquent à la totalité de notre
résidu de l’alcool à 90* et filtrons; nous traitons ultérieurement la partie non
dissoute par le sulfure de carbone. De cette façon nous séparons la résine soluble
dans le premier cas, d'avec le corps gras qui n’est dissous qu'en faveur du sulfure
de carbone. Les deux produits sont colorés en brun foncé.

d. Colombine. — En appliquant à l’extrait chloroformique du Sangol le m êm e

6f traitem ent déjà suivi pour la racine de Bakis, en vue de l’extraction de la colombine,
c'est-à-dire dissolution dans l’eau, puis addition d’éther et évaporation du liquide
éthéré, nous trouvons les mêmes aiguilles cristallines, colorables en jaune safran
sous l’iniluence de l’acide sulfurique concentré, et même point de fusion.
La présence de la colombine dans l’extrait chloroformique est donc parfaitement
démontrée, le dosage n’en a pas été lait directement mais par différence seulement.
En effet le poids des corps gras et résine dont il a déjà été question étant de 0.190,
il s’ensuit qu’il doit rester pour poids de la colombine 0.080.
L’extrait chloroformique est donc composé comme suit :
Sangoline — 0.740
Pélosine = 0.720
Colombine = 0.080
Corps gras et résine — 0.190
1.730
Les solutions étendues impures de sangoline et de pélosine provenant des pre­
mières opérations sont jaunes ; concentrées elles sont oranges et brunâtres, il nous a
donc semblé intéressant de rechercher si la matière colorante était due ou non à la
berbérine. A cet ellet nous avons opéré sur des résidus fortement colores, nous les
avons dissous dans de l’acide chlorhydrique étendu, évaporé à siccile, repris par
l'eau et traité ensuite par de l’iodure de potassium jusqu’à production d’un précipité
jaune, puis par quelques gouttes d’iodure loduré et lait bouillir. S’il y avait eu pré­
sence de berbérine, nous aurions obtenu, dans ces conditions, un précipité vert foncé
presque noir, se présentant sous formes d’aiguilles très nettes au microscope. Mais
comme nous n’avons rien vu de pareil, nous en concluons que la matière colorante
de l'extrait chloroformique ne contient pas de berbenne.
111.
Produits d’extraction, par Calcool: Sangoline, Pélosine, Matières
colorantes, Sucre, etc .
a. Sangoline et Pèlosine. — Dans une première série d’expériences, faite

antérieurement au présent travail, nous avions versé dans l’eau l’extrait alcoolique
et obtenu d’une part un précipité abondant fioconneux A et d’autre part un liquide
B. Celui-ci avait été traité par l'ammoniaque et agité dans un entonnoir à robinet
avec du chloroforme. Le liquide chloroformique a èle évapore à sec. Ce résidu nous
a présenté une réaction fortement alcaline, il jouit de la propriété de se colorer eu
bleu, soit au contact de l’acide sulfurique additionné d’acide azotique ou d’un autre
oxydant, tel que bioxyde de manganèse, oxyde puce ou tungstale de soude. Le
composé qui jouit de ces propriétés n’est autre que l'alcaloïde amorphe, la pélosine,
dont nous avons parlé plus haut et qui se trouve également dans l’extrait chlorofor­
mique.
Quant au précipité fioconneux A, après l'avoir jeté sur filtre, lavé à l’eau et
repris par de l’acide chlorhydrique très dilué, nous avions traité la solution par de
l’ammoniaque et du chloroforme, agité dans un entonnoir, soutiré la couche infé­
rieure et évaporé le liquide à siccilé. Cet extrait repris par 1alcool abandonné a
l’évaporation spontanée fournit des cristaux aiguilles qui peuvent être purifiés par
des traitements successifs et des recristallisalions. Ces cristaux sont incolores, leur
réaction est fortement alcaline. Ils fondent à 188® et, agissent sur la lumière pola­
risée en solution alcoolique ou chloroformique ; Us dévient a droite le plan de
polarisation.
L'acide sulfurique concentré ne les colore pas ; de plus, un mélange d'acide

�63
sulfurique et d’un oxydant ne fournit pas la coloration verte de l’alcaloïde amorphe.
Avec l'acide sulfurique et le molybdate de soude, on obtient une belle teinte rose
fleur de pécher, analogue à celle de la morphine. Ces caractères sont donc ceux de
la Sangoline déjà signalée plus haut.
Ce procédé d'extraction et surtout de séparation des deux composés en question
nous paraissant défectueux, nous l’avons remplacé par un autre plus simple et en
même temps plus rationnel. Après un certain nombre d’essais préliminaires, nous
avons constaté qu’il était préférable de procéder comme suit : évaporer à siccilé
l'extrait alcoolique, le traiter ensuite par l’eau acidulée à 0,5 %•
De cette faç-on, il reste un dépôt très volumineux de matière poisseuse, noire,
insoluble dans une eau acidulée à 1 et 2 »/«&gt; mais soluble dans la potasse étendue
alcoolique ou aqueuse. La solution, traitée par un acide minéral, laisse précipiter
des flocons bruns. Laissant complètement de côté cette substance de nature rési­
neuse, nous n'avons porté notre attention que sur le liquide provenant du trai­
tement de l’extrait par l’eau acidulée à 0.5 %»• Ce liquide a été traité par le car­
bonate de soude jusqu’à neutralisation complète et filtré pour séparer un premier
dépôt brun sale. On a fait une seconde précipitation à chaud par le môme réactif
et filtré, puis une troisième, qui a produit un précipité blanc. On a donc opéré
sur le précipité blanc A et sur le liquide jaune d’or B, provenant de la filtration.
Les deux ont été traités séparément par l’acide chlorhydrique étendu,par l'ammo­
niaque et le chloroforme avec les précautions déjà indiquées plus haut et l’on a
obtenu, dans chacun des cas, tant avec le précipité A qu’avec le liquide B, des
extraits chloroformiques présentant les mêmes réactions.
Une partie de ces extraits se dissout dans le sulfure de carbone, une autre y est
insoluble.
La solution sulfocarbonique évaporée à siccité fournit un résidu qui se redis­
sout dans l’alcool. Cette solution, abandonnée à l’évaporation spontanée, fournit des
cristaux aiguillés : c’est l’alcaloïde cristallisable, la sangoline.
Tandis que le résidu insoluble dans le sulfure de carbone, soluble d’ailleurs
dans l’alcool et daûs d'autres véhicules, n’est autre chose que la pélosine, déjà
étudiée plus haut dans le traitement 11.
Le dosage de la Sangoline et de la Pélosine conduit aux résultats suivants :
2 g. 350 pour l’alcaloïde cristallisé et 1.394 pour l’alcaloïde amorphe.
b. Sucre réducteur et interverti. — Une opération faite en vue de doser les
matières sucrées contenues dans l’extrait nous a fourni ce qui suit :
Glucose
= 0.540 °/0
Sucre interverti =— 2.160
2.700
c. Résine. — Nous avons dit plus haut, qu’à la suite de l’épuisement par l’alcool
à chaud, il se séparait toujours, par refroidissement, une grande quantité de matière
poisseuse noire, présentant les caractères d’une résine à cause de sa solubilité dans
la potasse caustique; mais ce produit n’a pas attiré longuement notre attention à
cause de l’impossibilité dans laquelle nous nous sommes trouvé pour le purifier^ son
poids obtenu directement = 2.268.
d. Produits incomplètement isolés — En retranchant la somme de ces divers
produits du poids total de l’extrait alcoolique, nous trouvons 3.696 °/0. Dans cet
ensemble de composés, nous rangeons tout d’abord une certaine quantité de Colom-

bine découverte à l’aide du procédé de recherche déjà signalé plus haut à propos
de l’extrait chloroformique;
Il comprend également la substance déposée sous forme de beaux cristaux clinorhombiques au bout de 1 ou 2 mois de repos de l’extrait alcoolique, cristaux que
nous étudierons spécialement quand nous aurons à notre disposition une quantité
suffisante de m atière;
Un peu de nitrate de potasse constitué par les aiguilles fines signalées plus
haut ;
El enfin les pertes ainsi que la matière colorante qui n’est pas de la berbérine
comme nous l’avons déjà indiqué à propos de l’extrait chloroformique. Nous pouvons
donc indiquer maintenant avec les données ci-dessus la nature des principes con­
tenus dans le bols de Sangol.
Principes constitutifs du bois de Sangol.
1. 8olubles dans l’éther de ( Stéarine, oléine
pétrole............................| Colombine . . .
Sangoline............................... . . . 0.740
2. Solubles dans le chloro­ P élo sin e............................... . . . 0.720
forme ............................ C olom bine....................... . . . 0.080
, Corps gras et résine. . . . . . 0.190
. . 2.350
S angqone..................
Pélosine. .............................. . . . 1.394
. . . 0.540
3. Solubles dans l’alcool. )) Glucose...................................
Sucre interverti................... . . . 2 160
Résine . ............................... . . . 2.268
Prod. divers. Colombine et perles. 3.696
4. Solubles dans l’eau et
Matières gomm., color. et amylacées. .
dans l’eau acidulée
5. Incinération. . . . . ,
Cendres.............................................. ...
6. D ifférence................
Ligneux et matières cellulosiques. . . .

564 y .

1.730

12.408

27.750
4.605
52.943
100.000

Voici, concernant l’emploi indigène du Sangol, les
renseignements que veut bien nous transmettre M. l’agent de la
Cie française du Sénégal et de la côte occidentale d’Afrique à
Gorée : « On ne se sert que des racines qui sont très amères, mais
» moins cependant que celles du Bakis. On les utilise surtout
n contre les fièvres intermittentes invétérées qui reviennent
» périodiquement.
» Avant de s’en servir, on gratte légèrement la racine et on
» la laisse macérer à froid. Il suffit de ciuq morceaux de racine
» de la grosseur et de la longueur d’un doigt pour un litre d’eau.
» Après quelques heures de macération, on peut commencer
U sa g es . —

�Origine botanique. — Cette racine, désignée par les Yoloffs sous
le nom de Bakis, ou bien encore sous celui de Douloubi, et en Sousou
Caryi, est fournie par Tinospora Bakis iMiers. (Cocculus Bakis G. P.
et Rich.), plante dont les auteurs du Tentamen Florœ Senegambiœ,
p. 12, t. 4, ont donné les premiers une description que nous ne
reproduisons pas, nous bornant à en donner une figure due à
la plume de M. le Dr Maclaud (rameaux en fleurs et racine). Cette
plante nous a été envoyée vivante par les soins de la Compagnie
française du Sénégal et de la Côte occidentale d'Afrique : elle
végète dans les serres chaudes du jardin botanique de la ville de
Marseille, où elle a été photographiée par nos soins. Nous donnons
cette photographie en vue de bien montrer le port naturel de la
plante; la figure (tab. 4) des auteurs du Tentamen FlorœSenegambiœ,
quoique très exacte, laissant à désirer à ce point de vue.
Cette plante, d’après A. Richard, croît sur le9 monticules sablon­
neux au bord des forêts et dans les haies du Cayor, enfin près de
Lamsar, dans le royaume de Walo. Nous avons déjà vu que M. le
Dr Rançon a trouvé cette plante en plein Soudan, aux environs de
Kaye9 et en Haute-Gambie, enfin M le Dr Maclaud a constaté
qu’elle croît abondamment dans le Baol, le Sim, le Saloum et les
pays Sousous. D’après ce dernier observateur, elle vient dans les
broussailles avoisinant les lieux cultivés et un peu ombreux, au
milieu des grandes herbes qui lui fournissent d’excellents supports
pour ses longues tiges. Elle pousse sa racine succulente, allongée,
tortueuse, de grosseur variable (de 1 à 3 c. de diamètre) dans les
terres noires, c’est-à-dire dans la maigre couche de terre végétale
qui recouvre le sable salé du Saloum. Elle fleurit en août pendant
la saison des pluies.
Matière médicale. — La racine fraîche est d’un aspect grisâtre.
Cylindrique, un peu tourmentée et tordue; elle a la largeur du
pouce au plus (1) : à l’état sec, c’est-à-dire telle qu’elle arrive en
Europe, elle est remarquable par l’exfoliation de son épiderme qui
se détache par plaques brunâtres ou grises (2) ; du reste cet épi­
derme est le plus souvent boursouflé sur toute l’étendue de la

» à boire à volonté, sans tenir compte des heures de repas,
» puisqu’on peut la mélanger à la boisson ordinaire (vin ou autre
» liquide) en mangeant : on fait de même du reste pour le Bakis.
)) On cesse le traitement au bout de 8 jours, afin d’observer
» Tellet produit : s’il n’est pas satisfaisant, c’est-à-dire si les accès
» de fièvre ne sont pas coupés, on recommence la médication
» 8 jours après l’avoir suspendue.
» Le Sangol fait également uriner, mais à un degré moindre
» que le Bakis. On renouvelle l’eau, au fur et à mesure de
» l’épuisement, dès qu’on s’aperçoit que la macération est arrivée
» à moitié dans le vase ou la bouteille qui renferme la racine de
n Sangol. Quand la liqueur n’a pas la saveur amère, on renouvelle
» les racines. »
Cette racine n’est pas utilisée dans la médecine officielle;
les blancs ne l’emploient pas à la côte occidentale d’Afrique, sur
prescription médicale, au moins dans nos possessions françaises.
C’est cependant un amer et un diurétique qui pourrait recevoir
des applications heureuses pour le traitement des affections de
l’estomac et du tube digestif ou de ses annexes, dans un pays
où les voies digestives (surtout chez les Européens) ont si souvent
à souffrir de l’influence débilitante du climat.
Nous appelons l’attention des médecins des colonies sur cette
drogue recommandable à tous égards et nous espérons qu’une
étude clinique portant tout à la fois sur la racine et sur des
principes actifs, la Sangoline surtout, viendra donner à notre travail
le complément indispensable, qu’il n’est malheureusement pas
dans nos moyens de pouvoir entreprendre.

R acines

du

B akis

(Cocculus Bakis G. P. et Rich; Tinospara Bakis Miers).
L’historique de cette drogue a été ébauché en môme temps que
celui du Sangol; nous n’y reviendrons pas, et nous nous réservons
de le compléter à l’article Emploi de la plante.

H

(1) Voir plus loin, à l’usage de la Drogue, la description détaillée de la racine
fraîche.
(2) Le môme phénomène se produit dans la racine du Gulancha de l’Inde (Cocculas cordifolius D. C.).

mm

�—

66

—

racine. Mais, ce qui constitue le trait caractéristique de cette
drogue, c’est la manière d’être de la coupe transversale. Immédia­
tement au-dessous de l’épiderme, on aperçoit une masse jaunâtre
à l’état frais, blanche à l’état sec et qui, dans ce dernier état, donne
à la coupe entière un aspect crayeux. Interrompue par des fais­
ceaux libro-vasculaires disposés en un seul cercle et orientés en
rayons allant du centre jusque près de la circonférence, cette
masse blanchâtre est amylacée et sans consistance; elle se déprime
sous l’effort de l’ongle (voir lig, 2, A, a). Cette racine est douée d’une
amertume comparable à celle du Quassia oniara ou de la Gentiane
avec cette différence que, pour le Bakis, elle ne se manifeste pas
tout d’abord, c’est-à-dire dès les premiers moments de la masti­
cation.

— 67 —
Structure microscopique. — Une coupe transversale de cette
masse montre de dehors eu dedans : 1* une couche (fig. 2 B, .s) de
cellules subériffées, aplaties, sèches et noirâtres; 2° un parenchyme
cortical (p c) formé de cellules un peu aplaties Langentiellement. Ce
tissu se prolonge en modifiant la forme de ses éléments cellulaires
(qui s’allongent peu à peu radialernent) jusqu’à la moelle, en for­
mant de larges rayons médullaires entre les longs faisceaux fibro­
vasculaires qui régnent du centre de la racine' à la périphérie. Ces
faisceaux sont disposés en une seule couche circulaire (fig. 2. A, a).
Chaque faisceau est formé de grands vaisseaux (ü) ovales ou cir­
culaires séparés les uns des autres par les éléments du bois (poly­
gonaux et scléreux) b, qui entourent tout le système du faisceau,
lequel est couronné à sa pointe supérieure et externe par une zone
de liber (/) peu épaisse. Comme dans le Sangol, les parenchymes
cortical et fondamental, formant les gros rayons médullaires (fig. 1,
B, /&gt;/’.), ne renferment guère que de l’amidon dont les grains ont
une forme rappelant celle des grains contenus dans les mêmes
tissus du Cocculus Leæba (Sangol).
Comme on le voit, cette structure anatomique rappelle celle du
Cissampelos Bareira Lamk.; et plus encore celle du Tinospora cordifolia Miers, plante originaire de l’Inde, de Ceylan, etc., dont les
affinités avec notre Bakis ne sont pas douteuses (1) : ce dernier (le
Gulancka des Indiens) est, dans l’Inde, le pendant d u B akis africain.
§ II.

C om position

chim iq ue .

— B a k is .

A. — Mode opératoire.
I. Traitement par l'éther de pétrole. — Nous épuisons dans un appareil à
extraction continue, 10 gr. de poudre de racine par de l’éther de pétrole. Au bout
d’une heure, l’opération étant terminée, nous obtenons un liquide jaune pâle, par­
faitement limpide à la température du bain-marie, mais trouble à froid. Filtré 24
heures après, il abandonne un dépùt blanc cristallin. La solution pétroléique qui
passe, étant évaporée, finit par se réduire en une masse onctueuse formée par des
corps gras.
Une seconde opération faite sur 50 gr. de matière, nous donne des résultats
analogues.

Fig. 2 .— A, Racine sèche de

Tinospora Bakis ; B, coupe transversale du

môme.

(1) Voici ce que dit sur ce point Richard (Tentamen Florœ Senegambiœ, p. 13),
à qui ces affinités n’avaient pas échappé « Le Bakis a quelques rapports avec le
» Cocculus cordi/olius D. C., mais ses feuilles sont beaucoup plus petites, non
» cuspidées au sommet et ses fleurs mâles et femelles sont disposées en épis
» axillaires à peu près de la longueur des feuilles ».

�—

68

—

Le dosage des deux principes isolés fournit 0,378 °/o de cristaux et 0,993 de
corps gras, soit en total 1 gr. 373 */«•
II. Traitement par le chloroforme. — En opérant identiquement de la même
façon pour l’extraction par le chloroforme, nous obtenons un liquide mordoré qui,
après épuisement complet, abandonne un résidu cristallin très abondant, à peine
souillé par de la matière colorante jaune et un peu de chlorophylle. Le microscope
y révèle cependant des gouttelettes de corps gras.
Le poids total de l’extrait est de 3 gr. 268 %&gt;, dont 3.035 pour les cristaux, 0.158
pour le mélange de corps gras et 0.085 pour la matière colorante et la chlorophylle.
III. Traitement par l’alcool. — Le liquide qui provient de l’épuisement par
l'alcool est brun sale. Il dépose abondamment par le refroidissement. Après filtration
et repos au bout de 24 heures, il dépose de nouveau, puis est évaporé. Nous
traitons alors le produit de l’évaporation par de l’eau en ayant soin d’opérer au
bain-marie. Il reste un partie insoluble poisseuse. Le liquide jaune brun est filtré,
traité ensuite dans un entonnoir à robinet et agité à plusieurs reprises avec de
l’éther. Les solutions d’abord distillées, puis abandonnées à l’évaporation spontanée
fournissent des cristaux aiguillés, identiques à ceux que nous avons constatés en
abondance dans l’extrait chloroformique. Leur poids ne s’élève qu’à 0,010 °/..
Cela fait, on chasse l’éther resté en dissolution dans la solution aqueuse, on
acidifie la liqueur, puis on ajoute de l’eau et de l'ammoniaque et l'on agite dans
un entonnoir à robinet avec du chloroforme. On répète 4 à 5 fois l’opération jusqu’à
ce que le chloroforme ne se colore plus, puis on distille et l’on évapore à siccité.
L'extrait chloroformique est repris par le sulfure de carbone qui n’en dissout
qu’une partie. L’autre est dissoute ensuite dans de l’alcool. Le poids des deux
donne 0.97 &lt;&gt;/•• La liqueur qui surnage le chloroforme est évaporée à son tour.
Elle contient du sucre réducteur et de la sacchorose, ainsi que de la matière
colorante jaune, le tout évalué à 3.754 % •
Quant à la partie insoluble poisseuse dont il vient d’être quest.on, on la traite
par de l’acide chlorhydrique à 0.5 •/&lt;&gt; au bain-marie. Le liquide de lavage est
d’abord coloré en jaune, plus tard, en renouvelant l’épuisement à 4 et 5 reprises,
il reste incolore. On considère l’opération comme terminée et l'on pèse ce résidu
que nous désignons sous le nom de matière résineuse, son poids est de 2 gr. 211 ;
par conséquent le poids total de l’extrait alcoolique est de 2.211 -J- 3.754 «=
5.965 »/o.
IV. Traitement par Veau. — La poudre est ensuite traitée par l’eau, à froid

d'abord, puis à la température du bain-marie bouillant. Après évaporation à
siccité complète, le produit qui reste pèse 9.30 «/»» dont 1.060 pour les sels fixes
et 8.239 pour les matières gommeuses.
V. Traitement par Vacide chlorhydrique étendu. — L’extrait obtenu par le
traitement de la poudre avec de l’acide étendu pèse 3 gr. 500. Il contient 0.28 “/•
de sels fixes et 3.22 */« de matières organiques dont 1.25 */0 au compte des
matières amylacées.
VI. Incinération. — Cette opération fournit 0.98 °/* de cendres, constituées
principalement par des composés calciques et sodiques.
VII. La différence entre la somme des poids précédents et le nombre 100
constitue l’ensemble de la charpente de la racine, c’est-à-dire le ligneux, la cellu­
lose, etc., etc., soit 75.614.
Les opérations précédentes nous permettent donc d’établir le tableau suivant :

— 69 —
Composition élémentaire de la racine de Bakis.
,
Matières
1* Parties solubles
dans 1éther de pétrole (j QorpS
(,rjscristallisées. q0.378 j)
2° Parties solubles dans ( Matières cristallisées................... . 3.035 )
le chloroforme
j Corps gras, mat. color. et chloroph. 0.033 j
R ésin e.......................................... 2.211
( dans l’é th e r ..........0.010
Parties solubles dans J ro .so . | (jans je chloroforme . . 0.970 ,
l’alcool
i Sucre ré d u c te u r..................... 1.208
— interverti.............................1.426
Matièrescolorantes et autres indét. 0.140
, _
. „
( Sels fixes........................... 1.060 )
l Matières gommeuses
..8.239)
(
Sels
fixes............
0.28
5° Parliessolublesdansl’acideétendu [( Mat.. amylacées
, , et, pertes.
,
03.22)
~ )}
6* Incinération................................... Cendres..............................................
7° Différence....................................... Ligneux et cellulose et amidon. .
Total................

,1.373
^^

°*

3.o0
0.98
75.615
100.000

B. — Etude des principes provenant de ces diverses extractions.
I. Composé cristallin. — Nous avons dit plus haut que le liquide pétroléique
se troublait toujours après refroidissement. De plus, en opérant sur des quantités
de matières supérieures à celles qui avaient servi au dosage, soit 50, 100 ou 200 gr.,
nous avons toujours constaté la présence d’un anneau cristallin à la partie supé­
rieure du liquide et solidement fixé contre les parois de l’appareil. En filtrant le
liquide trouble et examinant le dépôt, nous avons reconnu qu’il était constitué par
des aiguilles enchevêtrées, très fines, identiques à celles du pourtour du ballon,
qu’on a pu détacher mécaniquement.
L’épuisement par le chloroforme fournil les mêmes résultats. Il nous est arrivé
souvent, en opérant sur des échantillons bien conservés, d’obtenir un extrait chlo­
roformique à peine jaunâtre, formé pour ainsi dire uniquement par des aiguilles
fines, alors qu’avec des racines en mauvais état, l’extrait était verdâtre plus ou
moins foncé et laissait à peine apparaître quelques cristaux.
Nous avons fait plusieurs opérations dans le but de nous procurer de la matière
en quantité suffisante pour la purifier, un lavage à l’alcool faible a d'abord été jugé
nécessaire, puis on a procédé à des cristallisations successives.
Traités de la sorte, les cristaux finissent par être débarrassés de toute trace de
matière colorante et résineuse. Examinés au microscope, ils se révèlent exempts
de tout corps étranger ; ce sont des aiguilles appartenant très probablement au
système clino-rhombique, à en juger par les quelques prismes obliques que l'on
découvre à côté des aiguilles fines. Ils présentent d’ailleurs des reflets irisés du
plus bel effet à la lumière polarisée.
Ils fondent à i97°. Ce point de fusion assez voisin de celui de la picrotoxine
nous avait porté à supposer d’abord que nous avions afîaire à ce composé, mais en
étudiant les phénomènes de coloration en présence de l'acide sulfurique concentré
employé seul ou additionné d’oxydants, nous avons bien reconnu qu'il ne pouvait
en être ainsi.

�— 70 —

— 71 —

I/acide sulfurique concentré colore les cristaux en jaune safran; au bout d’un
quart d’heure la teinte se fonce de plus en plus et redevient de nouveau jaune pour
disparaître insensiblement. Avec l'acide sulfurique additionné d'acide sélénieux, il
se produit une teinte brun-rouge, de même que celle qui est fournie par l’acide
sulfurique pris isolément, passe au brun noir, puis lentement au vert sale pour
redevenir, au bout d’une heure, brun sale.
L’acide iodique ajouté à l'acide sulfurique provoque une coloration brun foncé
au début; celte teinte passe lentement au ponceau, puis au rose et enfin au jaune.
Le réactif de Froehde fait naître une coloration jaune safran qui se fonce, de
plus en plus, brunit fortement, passe lentement au vert puis au bleu. Elle pâlit
petit à petit et devient lilas au bout de trois quarts d’heure.
L’acide sulfurique additionné de bichromate ne semble pas agir d’une façon
bien caractéristique. La liqueur, d’abord jaune, se remplit de quelques stries rose
pâle, à l’endroit où se trouvent les aiguilles cristallines, puis la teinte passe
rapidement au vert de chrome.
Les cristaux se dissolvent aisément dans l’alcool ordinaire, dans les alcools
méthylique et amylique, dans le chloroforme, moins bien dans l’éther, très bien
dans l’acétone. Ils sont peu solubles dans l’eau.
Ces propriétés physiques et chimiques se rapportent en tous points à celle de
la Colombine extraite pour la première fois par Wiltstock, de la racine de

Bakis la présence de la Berbèrine, qui, d'après les auteurs, parait avoir été décou­
verte en premier lieu par Bœdecker dans la racine du Cocculus palmatus. A

Colombo.

Labordais [Ann. de Phys, et de chimie, XXIX, p. 5S), pour préparer ce com­
posé, avait laissé digérer avec de l’eau la poudre de racine de Cocculuspalmatus,
filtré le liquide sur du noir animal et épuisé le noir — préalablement desséché —
par de l’alcool bouillant. Les liquides alcooliques abandonnés à l’évaporation
spontanée finissent par déposer la matière cristalline en question.
Bœdecker, qui s’est également occupé de l’étude de ce composé, après Rose
et Liebig (Jahrb. f . Pharmacie, 1848, p. 41), traite l’extrait hydro-alcoolique,
préalablement dissous dans de l’eau, par de l'éther et abandonne le liquide jusqu’à
cristallisation.
En prenant, comme point de départ, notre extrait chloroformique, le dissolvant
dans l’eau et traitant par l’éther éthylique, nous avons obtenu le même résultat.
La matière cristalline toutefois n’est, pas complètement soustraite à la poudre, car
on en retrouve encore dans l’extrait alcoolique, mais le rendement n’est que
minime, ainsi que l’indique le tableau ci-dessus. La Colombine entre donc dans
la proportion deO gr 810 % dans la v.om position de l'extrait alcoolique. Or, comme
la matière cristallisée de la racine de Colombo se comporte absolument de la même
manière que celle que nous venons d’extraire du Bakis, nous devons réserver à ce
produit le nom déjà introduit dans la science par Wittstock.
La matière cristalline qui se trouve dans la racine de Bakis et qu’on peut enlever
au moyen de l'éther de pétrole et du chloroforme n’est donc autre chose que de la

Colombine.
2. Le corps gras que Ton trouve dans les extraits pétroléique et chloroformique,
constitue un mélange de stéarine et d 'oléine ainsi que le révèlent les acides

libres obtenus après saponification.
3. Matière colorante jaune. — Nous avons dit plus haut que l’extrait chloro­
formique était jaunâtre et que l’extrait alcoolique était fortement coloré de la
même teinte. Or, comme il en est de même pour les produits du Cocculus palm a­
tus, on serait tenté de conclure à une nouvelle analogie, en ce qui concerne du
moins la matière colorante. Nous avons donc cherché à déceler dans la racine de

cet effet, nous avons employé un certain nombre de réactifs qu'on désigne comme
spécifiques de cet alcaloïde, mais tous nos essais sont restés infructueux jusqu’ici.
C’est ainsi qui l’acide chlorhydrique qui donne, avec une solution de Berbè­
rine, un précipité abondant, ne produit absolument aucun dépôt cristallin dans
une, solution aqueuse de i’exrait alcoolique du Bakis.
L’iodure de potassium, qui donne un précipité gélatineux si abondant dans une
solution de Berbèrine, ne produit qu'un louche à peine sensible dans une solution
aqueuse de l’extrait alcoolique de la même racine de Bakis, beaucoup plus chargée
que la première.
Le précipité en question, dans le premier cas, se dissout à chaud et se reproduit,
après refroidissement, sous forme de fines aiguilles, tandis que le précipité que fait
naitre le réactif dans la solution de Bakis est et resté amorphe, après l’ébullition
comme avant.
De plus en ajoutant quelques gouttes dfiodure ioduré de potassium au premier
et en chauffant, de jaune qu’il était, le précipité devient vert brillant, couleur de
cantharides, puis vert foncé et parait noir au bout de quelque temps. Examiné au
microscope le précipité, quelque ténu qu’il soit, se présente sous forme de petites
aiguilles noires: on peut l'abandonner sous l'eau pendant plusieurs jours sans qu’il
s'altère. Ou bien encore, après dessiccation pendant une semaine, il redevient, en
présence d'une goutte d’eau, ce qu'il était au moment de sa formation.
La solution aqueuse jaune de l’extrait alcoolique de la racine de Bakis ne pré­
sentant rien de semblable, nous concluons à l’absence de Berbèrine dans cette
racine.
4. Résine. — Nous donnons le nom de résine ou matière résineuse à la partie
de l’extrait alcoolique qui ne se dissout ni dans l’eau ni dans l’eau acidulée; c’est
un produit mal défini, un déchet que l'on rencontre toujours, dans les mêmes
conditions, quand on procède à l’extraction des principes actifs contenus dans les
végétaux.
La substance se dissout dans les alcalis caustiques en donnant des liquides plus
ou moins foncés, variant de l’orangé au brun foncé et la solution précipite de
nouveau par les acides. Comme le précipité floconneux ne se transforme pas à la
longue, et que, même au bout de huit jours, le microscope n'y révèle pas la moindre
trace de cristaux, nous n’avons pas jugé à propos de nous y arrêter plus longtemps.
5. Sucre réducteur et sucre intercerti. — La détermination de ces deux
produits a été faite à part avec une partie aliquote de l’extrait alcoolique dans
lequel on avait enlevé par l’eau la matière résineuse. Le dosage a été effectué
comme d’habitude, par la liqueur cupro-potassique.
6. Produit soluble dans le chloroforme. — Lorsqu’après avoir fait servir la
solution aqueuse de l’extrait alcoolique à la recherche de la Colombine, on vient
à l'épuiser par le chloroforme, après addition préalable d’ammoniaque, on obtient
un liquide fortement alcalin.
Cette solution, évaporée à siccité, fournit un résidu qui, traité convenablement
par le potassium et les sels de fer, révèle la présence de l’âzote et indique par con­
séquent que l'extrait alcoolique renferme un composé de naturealcaloïdique.
Le sulfure de carbone à chaud dissout incomplètement ce composé; il fournit
donc un liquide A et un résidu B.
Le premier, soumis à l’évaporaion spontanée, abandonne des cristaux au bout

�— 72 —
d’un certain temps; ces cristaux sont entièrement solubles dans les alcools éthy­
lique et uiéthylique. Lorsqu’on reprend par l’alcool des cristaux fournis par le
sulfure de carbone et qu’on abandonne au repos la solution alcoolique, il se reforme
de nouveau des cristaux analogues aux précédents.
lis fondent à 188° et se comportent de la façon suivante à l’égard des réactifs :

Acide sulfurique concentré «= jaune safran ; la teinte pâlit après quelques

minutes.
Acide sulfurique -f- acide sèlènieux = terre d’ombre ; se maintient avec la
même intensité pendant un quart
d’heure.
Acide sulfurique -f- acide iodique = brun rouge foncé qui passe lentement
à l'orangé.
Acide suif. + molybdate de sodium = rose, analogue à ce que donne la mor­
phine avec le réactif de Frœhde,
mais disparaît lentement au lieu de
jaunir.
Acide azotique «= jaune safran.
En outre, ces cristaux se dissolvent dans les acides organiques et minéraux
étendus pour donner naissance à des sels.
Comme toutes ces réactions s’accordent avec celles d'un alcaloïde que nous avons
retiré du bois de Sangol , nous devons admettre la présence de ce même alcaloïde
dans la racine de Bakis, et conclure, par conséquent, à l’existence de la bangoline dans les deux plantes.
En parlant plus haut de l’action du sulfure de carbone sur le résidu alcaloïdique
de l’extrait alcoolique, nous avons dit que ce véhicule ne dissolvait qu’incomplètement ce produit. Le résidu B insoluble dans le sulfure, se dissout cependant
aisément dans l’alcool ordinaire, dans l’alcool méthylique, dans le chloroforme,
ainsi que dans les acides faibles organiques et minéraux pour former, comme dans
le cas précédent, des sels non crislallisables.
Il résulte donc de ce que nous venons de dire que dans les 0 gr. 970 de matière
soluble dans le chloroforme de l’extrait alcoolique il existe deux alcaloïdes.
Le premier est caractérisé par sa solubilité dans le sulfure de carbone et dans
l'alcool et jouit en outre de la propriété de cristalliser dans ces deux dissolvants.
Quant au second, il est insoluble dans le sulfure de carbone mais soluble dans
l'alcool ordinaire.
Ces propriétés, jointes à celles du point de fusion, rapprochent donc notre alca­
loïde amorphe de celui qui se trouve dans la racine du Pareira brava, étudié il
y a une cinquantaine d’années par Wiggers de Gœltingue, puis par Bœdecker (Jahr.
f. Pharmacie, 1841) et auquel les auteurs avaient donné le nom de Pêlosine.
Ces deux alcaloïdes ont une amertume très prononcée; dissous dans l’acide
chlorvdrique faible, ils donnent naissance à des composés non cristallisables que
nous avons injectés à des grenouilles, des cobayes et des lapins. Les efTets produits
chez ces divers animaux ont toujours été les mêmes ; au début l’on constate une
période d’aflaissement, plus tard c’est de l’excitation, caractérisée par des mouve­
ments désordonnés des membres postérieurs et antérieurs, période qui dure souvent
fort longtemps, suivant la quantité de matière injectée, et enfin survient la para­
lysie générale, puis la mort. Nous nous proposons de revenir plus tard sur cette
étude physiologique qui présente, à plus d'un point de vue, un intérêt particulier.

7. Cendres. — Elles sont fortement alcalines, entièrement blanches et renfer­
ment, comme principes solubles, des chlorures et sulfates alcalins. Les sels inso­
lubles consistent en sulfate et phosphate de chaux et phosphate de magnésie. Le
fer et le manganèse y font complètement défaut. L’analyse spectroscopique faite dan9
le but de découvrir la lithine n’a donné qu’un résultat négatif.

Résumé.
Les points essentiels de cette étude peuvent se résumer de la manière suivante :
1° La racine de Bakis renferme de la Colombinc en quantité beaucoup plus
considérable que celle du Colombo.
2® Elle ne contient pas de Berbèrine.
3° Elle renferme deux alcaloïdes azotés: 1* la Sangoline, dont nous avons déjà
signalé la présence dans le bois de Sangol, et la Pêlosine, découverte par Wiggers
dans la racine du P a r e ir a b r a v a .
4* Les solutions neutres provenant de l’extrait alcoolique, injectés aux divers
animaux par voie hypodermique, produisent au bout d’un certain temps des con­
tractions violentes de tous les membres et plus tard une paralysie générale, puis
la mort.
En somme, il existe, au point de vue chimique, de grands rapprochements à
établir entre la racine de Bakis et celle du Cocculus palmatus (racine de
Colombo): la première est évidemment plus active que la seconde, mais elle pour­
rait être utilement appliquée à tous les cas pathologiques qui réclament l’emploi
du Colombo, dont l’usage est si répandu dans la pratique médicale Avec un degré
d’activité bien plus accusé, le Bakis est le Colombo de l’Afrique dans l’hémisphère
nord; mais il tient de près aussi du Pareira brava d’Amérique par la présence
de la Pêlosine et surtout de la Sangoline (présence non soupçonnée jusqu’à nos
travaux dans ces deux drogues d’origine géographique si dissemblable. L’examen
histologique de la racine nous avait conduit, il faut le remarquer, à des résultats
à peu près semblables que nous avons mis en évidence en terminant notre étude
anatomique du Bakis (page 66).
U sa g es . — Le Bakis n’est pas employé jusqu’ici, que nous
sachions, dans la médecine des Européens, où il mériterait cepen­
dant de prendre une place marquée.
Dans la médecine indigène en Sénégambie, les parties du Bakis
employées communément sont les racines et les feuilles. Ces der­
nières servent à confectionner une des immenses variétés des
cataplasmes si chers aux nègres (1).
(1) On lit dans Tentamen florae Senegambiae. p, 13, au sujet de l’emploi du
Bakis : « D’après une note de M. Leprieur, la racine de cetle plante, commune dans
» les terrains sablonneux, est diurétique et très amère; elle est employée avec
» succès, en décoction, par les nègres, dans le traitement des fièvres intermit» tentes si communes dans le pays, ainsi que pour arrêter les écoulements bien-

�Les racines sont utilisées fraîches ou sèches. Dans le Saloum,
ou préfère de beaucoup les fraîches. Ou choisit celles qui sont
saines et de la grosseur du pouce, gonflées de sucs : la couleur en
est gris noirâtre. L’épiderme s’exfolie facilement et permet de voir
en dessous le corps de la racine d’un beau jaune citron qui est
sans odeur spéciale, comme le Sangol du reste (1).
Les racines sont décortiquées ou non par grattage, mais tou­
jours lavées et mondées avant d’être employées. La dose en est de
40 à 50 grammes (gros comme deux doigts de la main, disent les
noirs) pour un litre d’eau bouillante ou de lait. On laisse décocter
» norrhagiques ». Corre et Lejanne ( Résumé de la mat. médicale et toxicolo­
gique . col., p. 151) disent : « Le Cocculus Bakis du Sénégal est un bon amer,

» très digne d’être introduit dans la matière médicale; les nègres l’emploient

» journellement comme diurétique et contre les fièvres intermittentes ».
M. le professeur C. Sambuc s’exprime ainsi « in littei'is », à propos du Bakis ,
dont il a pu constater l’emploi pendant son séjour au Sénégal : « Quant au Bakis,

» il jouit d une grande réputation auprès des indigènes et même des Européens du
» Sénégal, qui le considèrent comme une sorte de cholagogue contribuant à
» débarrasser le foie de l'hypersécrétion de bile qu’il produit sous ces climats,
i J’ajoute que je n'accordais pas d’abord une grande importance à celte appré» ciation de l’action du Bakis, ce médicament me paraissant devoir se rapprocher du
» Colombo, et rien de plus. Mais, depuis, certains médecins ayant allirmé, d’après
» de sérieuses observations cliniques, que le Colombo jouit réellement de propriétés
» cholagogues, je me suis demandé si les Sénégalais n’avaient pas raison en attri» buant ces vertus au Bakis, et si, une fois de plus, l'empirisme n’a pas devancé
» l’observation clinique. C’est un fait qui me parait devoir être élucidé, et il me
» semble qu’à ce seul point de vue l’étude du Bakis et du Sangol présente déjà un
» intérêt. » H n’est pas douteux que les justes prévisions de M. Sambuc se réa­
lisent, car, si le Colombo a réellement une action cholagogue, il est certain que le
Bakis et le Sangol, qui renferment à peu près les mêmes principes (sauf le
Menispermine, qui fait défaut dans les deux racines africaines), doivent jouir des
mêmes propriétés encore accentuées par l’action de la Sangoline.
Bâillon (Histoire des Plantes, t. III, p. 31, et Adansonia, t. IX, p. 306), dit, à
propos du Bakis : « La racine est très amère, diurétique. Les nègres du Sénégal
» l'emploient dans le traitement des fièvres et des uréthrites. »
(1) A l’état frais, elle se présente sous l’aspect d’une racine cylindrique le plus
souvent interrompue, d’espaces en espaces, par de véritables articulations qui
occupent la totalité ou seulement une partie du cylindre. Ce cylindre peut avoir
de 2 à 4 ce»1- 5 de diamètre (7 à 14cent- de circonférence); l’épiderme est fin et de
couleur marron, il s’exfolie facilement à mesure que la racine se dessèche ; si on
gratte cet épiderme léger, on trouve au-dessous un tissu blanc jaunâtre à l’état
frais, imprégné d'un liquide jaune qui se décolore à la dessiccation totale de la
racine, de manière que celle-ci, à l’état sec, est d’un blanc nacré et mat. Cette
description de la racine fraîche est à peu près sans intérêt, parce que toutes les
racines qui arrivent en France sont complètement sèches ; il ne nous a été
donné qu’une seule fols d’en recevoir à l’état frais.

�— 75 —
quelques heures et ou boit cette décoction, jaune soufre et très
amère, le matin avant le repas. L’action physiologique de cette
drogue est franchement diurétique. M. le Dr Maclaud, alors
médecin-major de l’aviso YArdent (en station au Sénégal), nous
déclarait (in litteris) l’avoir expérimentée sur lui-même et n’avoir
observé aucune autre particularité. Les noirs emploient le Bakis
dans les affections vénériennes et surtout dans les cas de blennor­
rhagie ; au Gabon, le Quassia africana (racine amère) est affecté
aux mêmes usages. Ils donnent également le Bakis contre les
hydropisies de toute nature et pour le traitement de certaines
affections de la vue. Sur ce dernier point, voici ce que nous
écrit le Dr Maclaud : « Cette médication me semblait logique
» dans les cas d’uréthrite et contre les ascites, mais je cherche
» vainement son utilité contre les affections oculaires (ophthalmie
n blennorrhagique, etc....). Il m’a été donné, cependant, de voir à
» loisir un malade qui se traitait, par le Bakis, d’une cataracte à
» droite, d’origine brightique (albuminurique) avec ascite et
n œdème du scrotum. Il m’a affirmé qu’il a été amélioré par
» cette cure.... ».
Les médecins noirs utilisent le Bakis contre toutes les fièvres
qu’ils traitent par une abondante diurèse.
Le Bakis sert aussi de pansement. Les racines qui ont été
utilisées en décoction sont écrasées et forment un excellent topique
des ulcères atoniques (foutan-tan) (1).
Les Toucouleurs recherchent cette racine pour l’hygiène de la
bouche et pour assurer la blancheur de leurs dents. Mais, ce fait
n’a rien d’extraordinaire pour qui sait que les noirs emploient
indifféremment à cet usage toutes les racines ou tiges amères.
Nous croyons devoir faire suivre cet exposé relatif aux usages
de la racine des renseignements suivants touchant le même emploi,
dus à l’obligeance de M. l’Agent de la Compagnie française du
Sénégal et de la côte occidentale d’Afrique, à Gorée. On verra que
cette méthode d’administration et de préparation du médicament
s’éloigne un peu de la précédente :
(1) U est remarquable de voir que les racines des Mènispermèes sont volon­
tiers utilisées par les noirs contre les ulcères et contre les morsures de serpent.
C’est ainsi que les indigènes du Congo emploient à cet usage la racine du Colombo
qui y est serait communejd’après Ch. Thollon, explorateur de cette région africaine.

�— 76 —
« Bakis dénommé également au 2e arrondissement Pais.
» On ne se sert que des racines bien desséchées qui sont très
» amères.
» Elles sont employées contre la jaunisse, les glaires, vents,
» maux de gorge, dartres, glandes, maladies de peau, syphilis;
» elles fout uriner en purgeant. On les prend à petite dose.
» Avant de s’en servir, l’écorce doit être soigneusement grattée.
» 11 suffit d’une longueur de doigt d’une racine coupée en trois
» ou quatre morceaux pour un litre d’eau. Ou la laisse macérer à
» froid; il faut deux minutes seulement de macération pour que
» l’eau reste buvable, au delà de ce temps elle serait trop amère.
» Il est loisible d’en prendre à volonté, sans tenir compte des
» heures de repas, à toute heure de la journée, la dose que l’on
w veut, suivant qu’on supporte plus ou moins l’amertume.
» Au bout de huit jours, on doit cesser la médication pour voir
» l’effet produit; au cas où il est nul, on ne doit recommencer le
» traitement que huit jours après.
» On renouvelle l’eau au fur et à mesure que l’on s’aperçoit
» qu’elle est à moitié du vase ou de la bouteille qui la contient.
» Dès que l’on ne sent plus de goût amer, on renouvelle les
racines ».
Quant au Sangol, sur l’emploi duquel nous sommes moins
renseignés, il n’est, pas plus que le Bakis, usité dans la médecine
officielle, mais nous croyons savoir que les nègres du Sénégal l’em­
ploient aux mêmes usages que le Bakis, ce qui est du reste assez
rationnel, d’après les données qui viennent de nous être fournies
par l’examen chimique de cette drogue, et qui établissent nette­
ment la présence simultanée de la Sangoline, de la Colombine et de
la Pélosine dans ces deux racines africaines. Le Sangol s’impose
à l’attention du monde médical comme similaire du Pareira
Brava, mais s’impose aussi par la présence simultanée de la
Sangoline dans cette racine américaine et dans nos racines afri­
caines de la même famille, à l’attention des naturalistes qui, et
nous sommes de ce nombre, pensent que l’évolution, soit morpho­
logique, soit chimique des végétaux dans les deux grands conti­
nents africain et américain du Sud, a marché parallèlement, en
partant du pôle austral comme centre de dispersion.

T IN O S P O U A B A K I S
l)rMae/uu d et Marcelle &lt;/el‘

m ie r s

«./ Meu u 'ltf

scu lp

�EXPLICATION DE LA PLANCHE VI

A. — Rameau fleuri femelle de TinosporaBakis Miers enroulé sur un support. 1/3.
B. — Feuille séparée^ en grandeur naturelle.
C. — Fleurs femelles isolées. 3/1.
D — Racine, dernières ramifications. 1/3.
E. — Racine prise au collet, en grandeur naturelle.
F — Coupe transversale de la racine E, grandeur naturelle.

�CONTRIBUTION A L’ÉTUDE
BOTANICO-CHIMIQUE ET THÉRAPEUTIQUE
DU

GOYAVIER
(PSIDIUM POM1FERUM l.)
l’AR

Joseph K H O IJR I
PHARMACIEN DE 1” CLASSE
LAURÉAT DE L’ÉCOLE SUPÉRIEURE DE PHARMACIE DE MONTPELLIER

�AVANT-PROPOS

Le but de ce travail est particulièrement l’étude botanicochimique des feuilles du Psidium pomiferum L. Dans les
régions intertropicales, les propriétés médicinales non seule­
ment des feuilles, mais aussi des autres organes du goyavier,
sont depuis longtemps connues et utilisées dans la thérapeu­
tique. Ces derniers temps, les feuilles du Ps. pomiferum L.
ont été expérimentées par le Dr Hugel, et c’est à ce propos
que le M. Dr Heckel, professeur à la Faculté des Sciences et à
l’Ecole de Médecine de Marseille, nous donna avec avantage
l’idée de cette étude ; nous lui en exprimons ici nos plus sin­
cères remercîments.
Mais les Psidiums sont des végétaux si estimés dans les
contrées chaudes des deux hémisphères, qu'il nous a paru
utile de réunir dans un même chapitre général les diverses
connaissances que l’on possède des goyaviers et qui sont
dispersées dans une foule de traités scientifiques.
Notre travail se divise naturellement en trois parties
distinctes. Dans la première partie, nous nous occupons
d’abord de la morphologie du genre Psidium, et en particulier
des Ps. pomiferum et pyriferum ; ensuite de l’anatomie des
organes végétatifs du Ps. pomiferum, il nous a semblé
inutile de faire celle du fruit que nous n’avions pas d'ailleurs
à notre disposition.
Nous donnons au début les caractères généraux des

�Myrtacées afin de faire mieux ressortir les traits d’union qui
rattachent le genre Psidium à cette famille.
La deuxième partie est exclusivement consacrée à l'étude
chimique des feuilles du goyavier rouge, nous regrettons de
ne pas avoir eu le temps suffisant pour faire celle de l’écorce
dont l’emploi médical est presqu’aussi important.
Enfin, nous étudions dans la troisième partie la pharma­
cologie générale des divers organes du Ps. Guayava Raddi,
et d’une façon spéciale celle des feuilles ; nous terminons ces
différentes études par les conclusions qui découlent naturel­
lement de nos recherches.
Mais avant d’entrer en matière, nous tenons à exprimer
à tous nos maîtres de l’Ecole supérieure de Pharmacie de
Montpellier et de l’Université française de Beyrouth toute notre
gratitude pour les savantes leçons et les conseils sincères
qu’ils nous ont toujours prodigués durant notre scolarité.
Nous ne saurions trop remercier M. le Dr G. Planchon,
Directeur de l’Ecole supérieure de Pharmacie de Paris, de la
sollicitude dont nous avons été l’objet de sa part et de la
bienveillante protection dont il nous a entouré. Il a bien
voulu honorer notre modeste travail en présidant lui-même
à notre thèse.
Que M. le Dr L. Planchon, professeur de Matière médicale
à l’Ecole de Pharmacie de Montpellier, veuille bien agréer
l’assurance de notre profonde reconnaissance; nous le
remercions de nous avoir mis en relation avec M. le
Dr Heckel et d’avoir soutenu nos efforts par ses excellentes
instructions ; son dévouement ne nous a jamais fait défaut.
Nous ne pouvons non plus oublier l’accueil si sympathique
avec lequel M. Courchet, professeur d’Histoire naturelle à
l’Ecole de Pharmacie de Montpellier, nous a reçu dans son
laboratoire particulier, où nous avons travaillé à l’étude anato­

mique du Ps. pomiferum. Nous sommes heureux de pouvoir
lui témoigner aujourd’hui notre vive gratitude pour le savant
concours qu’il a bien voulu nous prêter dans cette partie de
notre travail et de l’intérêt qu’il n’a cessé de nous porter.
Dès notre arrivée à Montpellier, M. Imbert, chargé de
cours de Chimie minérale à l’Ecole supérieure de Phar­
macie, nous a admis dans son Laboratoire où nous avons
effectué plus tard nos recherches sur la composition
chimique des feuilles de goyavier ; nous garderons de ses
bontés et des nombreuses marques de sympathie qu’il
nous a prodiguées, le plus gracieux souvenir.
A la fin de nos études, avant de rentrer dans notre
chère Egypte où le devoir nous appelle, disons un dernier
merci à tous ceux qui ont contribué à rendre si agréable
notre séjour en cette belle France, toujours généreuse et
hospitalière, pour ceux qui viennent chercher dans son
foyer éclatant les lumières à jamais durables de la science!

�PREMIÈRE PARTIE

ÉTUDE BOTANIQUE
Chapitre

Ier

MORPHOLOGIE
§ Ier. — M yrtacées (1)

Caractères généraux. — Les Myrtacées soDt des végétaux ligneux
très rarement herbacées (2), pourvues de feuilles presque toujours
opposées, rarement alternes ou verticillées.
Feuilles. — Toujours simples et sans stipules (3), ces feuilles
varient comme forme, quelquefois cylindriques, le plus ordinaire­
ment planes, à trois nervures principales dont deux souvent mar­
ginales ou penninervées, généralement entières, rarement denticulées, à l’exception des Barringtoniées et des Lécythées, toutes
possèdent des glandes internes pellucides.
Fleur. — Les fleurs sont généralement hermaphrodites, quel­
quefois polygames, elles sont 5-mères, 4-mères ou 3-mères dans leur
périanthe, actiuomorphes ou zygomorphes par leur androcée (chez
les Lécythées). Elles peuvent être d’ailleurs, soit solitaires, soit en
épis, en grappes, en corymbes, en cymes ou même en capitules nus
ou enveloppés de bractées pétaloïdes. Chaque fleur est fréquem­
ment accompagnée par deux bractéoles latérales.
Calice. — Les sépales, caducs ou persistants, variables comme
(1) Courchet. Botanique systématique (travail inédit).
(2) Genre Careya, des Indes Orient, et de lAsie tropicale.
(3) 11 existe parfois de petites stipules caduques.

�86

—

grandeur et comme forme, sont quelquefois soudés en une calotte
qui se détache eusuite tout d’une pièce comme un opercule.
Corolle. — Les pétales, blancs, roses, rouges ou jaunes, nuis,
parfois, sont plus ou moins développés, à préfloraison imbriquée
ou tordue. Comme les sépales, ils se soudent quelquefois en un
opercule qui se détache tout d’une pièce.
Androcée. —L’androcée est généralement formé par un grand
nombre d’étamines libres, que l’étude organogénique semble indi­
quer comme dériver d’un seul cycle primordial alternipétale. Elles
peuvent être soudées par faisceaux ou plus ou moins monadelphes à la base. Dans ce dernier cas, tantôt elles forment à leur base
un anneau régulier et complet, tantôt la cupule basilaire s’épanche
d’un côté en une grande lame, pétaloïde ou charnue, portant des
étamines fertiles ou desimplesstaminodes. Plus rarement, le nombre
des étamines devient défini (15, 10 et même 5). Quand leur nombre
est égal à celui des pétales, elles alternent avec eux ; quand leur
nombre est double, elles peuvent alterner avec des languettes
stériles. Les filets, plus ou moins longs, souvent reployés en dedans
dans le bouton, portent des anthères généralement introrses et
biloculaires, déhiscentes par des fentes longitudinales confluentes
parfois au sommet.
A l’intérieur de l’androcée se montre assez souvent un disque
qui peut se soulever en un bourrelet entourant la base du style.
Gynécée.— L’ovaire est infère et adhérent, parfois demi adhé­
rent, quelquefois même exceptionnellement libre. Le nombre de
loges est variable : une seule parfois avec un placenta plus ou
moins basilaire ou bien 2, 3, 4, 5 ou 6 loges à placentation axile.
Les ovules sont anatropes, en nombre très variable, parfois très
nombreux et polymorphes.
Le style est central, quelquefois latéral, nu ou barbu au som­
met, à stigmate simple.
Fruit. — Le fruit varie comme structure. 11 est quelquefois uni
loculaire et monosperme par avortement, sec, indéhiscent ou bivalve
au sommet, ou bi ou multiloculaire, baccien ou subbaccien et indé­
hiscent, ou capsulaire et à déhiscence loculicide ou pyxidaire.
Presque toujours le fruit demeure couronné par les dents du calice.
Les graines, solitaires ou plus ou moins nombreuses dans chaque

loge, sont de formes très diverses : anguleuses, arrondies, compri­
mées, allongées, etc., etc. Quelquefois, elles sont différentes dans
une même loge : les unes linéaires et stériles, les autres arrondies
et fertiles. Dans tous les cas, l’albumen fait défaut, l’embryon est
droit, arqué ou même enroulé en spirale. Rarement foliacés, les
cotylédons sont le plus souvent petits, libres ou soudés entre eux et
avec la radicule.
Classification. — On peut répartir les Myrtacées en tribus de la
manière suivante, d’après la classification généralement adoptée
par les auteurs :
1° Myrtées. — Arbrisseaux ou arbres à feuilles opposées et ponc­
tuées ; étamines nombreuses et libres ; fruit baccien ; embryon plus
ou moins recourbé, à radicule spiralée parfois, rarement embryon
droit ;
2° Chamœlauciées. — Feuilles opposées ou rarement alternes,
ponctuées. Etamines en nombre souvent défini, partiellement
stériles quelquefois; ovaire uniloculaire à placentation presque
basilaire; fruit : capsule monosperme, indéhiscente ou rarement
bivalve au sommet ;
3° Leptospermées. — Feuilles ordinairement opposées, rarement
alternes, ponctuées, parfois remplacées par des phyllodes. Etamines
nombreuses,libres, ou plus rarement polyadelphesou monadelphes.
Ovaire bi ou multiloculaire, à loges contenant le plus souvent un
grand nombre d’ovules ; fruit : capsule ordinairement loculicide
ou septicide, rarement indéhiscente;
4° Barringtoniées. — Feuilles alternes, non ponctuées; ovaire
pluriloculaire. Etamines soudées en un anneau complet, régulier
ou épanché en un appendice pétaloïde chargé d’étamines fertiles,
parfois en partie stériles. Fruit : baie indéhiscente ou pyxidaire.
Affinités. — Les affinités des Myrtacées sont multiples. Elles se
rattachent aux Rhizophorées, aux Mélastomacées, aux Lythrariées et
surtout aux Granatées. Enfin on peut encore rapprocher les Myrtacées
des Calycanthées. On ne peut méconnaître également la ressemblance
qui existe entre les Rosacées et les Myrtacées qui ont comme les
Pomacés, par exemple, un réceptacle concave, des carpelles infères
et adhérents, de nombreuses étamines épigynes, la graine exalbu-

�minée, mais les Rosacées n’ont point de glandes internes, leurs
feuilles sont stipulées, leurs fruits sont d’une nature différente, etc.
Distribution géographique. —Les Myrtacées sont à peu près toutes
des plantes des pays chauds. Celles qui s’éloignent le plus des
tropiques se trouvent au Chili, dans les régions méditerranéennes,
à la Nouvelle-Zélande.
Les Chamœlauciées sont australiennes; les Leptospermées sont
également des plantes de l’Australie ou de l’Archipel indien :
quelques genres cependant appartiennent à la région du Cap ou au
Chili.
Propriétés générales. — Les huiles essentielles que contiennent
presque toujours les divers organes des Myrtacées, leur communi­
quent des propriétés stimulantes, irritantes parfois. Ces essences
se produisent dans des glandes internes, semblables à celles des
Aurantiacées et des Rutacées. D'autres Myrtacées, riches en tannin,
ont des propriétés astringentes et toniques.
Leur baie est souvent inerte, inodore ou quelquefois pourvue
d’une odeur aromatique (Psidium) ou fétide (genre Gustavia et
Fœtidia.
A ces divers principes se joignent encore des acides libres, du
sucre, du mucilage, etc.
§11. — Genre Psidium, Lin. Juss.
Synonymie. — Guaiava (Tourn.) (1), Guyavas (Monard.) (2),
Guaiva (Clus.) (3), Guyabo arbor (Ovied.) (4), Guyavos (Bavh.) (5),
Burchardia (Neck.) (6).
Description. — C’est un genre de plantes de l’Icosandrie monogyne de Linné (7), de la tribu des Myrtées (8); il tire son nom de
(1) Tournefort, Inst. herb. T. I, p. 660. — Gœrtn., fruct. 1, p. 185, t. 38. — Flor.
Brasil. méridion., p. 277.
(2) Monard. Lugd. ap. Frag.; Bavhini, Theatr. bot. 1623.
(3) Clusius. Hist. App. 1.
(4) Bavhini. Theat. bot.
(5) Gomarœ, etc., par 4, Ind. Occid. cap 28 ; Bavhini, Tbcat. Bol.
(6) Lindley. Thevegetable Kingdom, p. 738.
(7) Linné, Gen. Plant. 468, p. 167; Gouan. Traité de mat.médic., p. 91.
(8) Van Tieghem. Traité de botanique, p. 1619.

— 89 —
«
» une des appellations grecques de la grenade, selon Dioscoride (i), en raison de la ressemblance extérieure avec celle-ci du
fruit des Psidiums.
Il renferme des arbrisseaux ou des arbres peu élevés, à
rameaux tétragones ou à contour arrondi, opposés et dichoto­
miques ordinairement, rarement disposés par trichotomie, glabres
ou velus, et parfois recouverts d’un toinentum blanc (Ps. grandifolium Mart.).
Feuilles. — Les feuilles sont opposées, ordinairement entières
sur le bord, quelquefois dentées en scie, ovales, elliptiques ou
oblongues, penninervéees, dépourvues de stipules, ponctuées,
pétiolées et à pédicelle plus ou moins loug ; rarement sessiles et
alors presqu’amplexicaules (Ps. cordatum Sims) ; le sommet est
obtus, le plus souvent acuminé ; parfois mucroné ; la base est
arrondie, cordée ou cunéiforme ; ou trouve quelquefois sur le
même pied des feuilles à sommet aigu vers les portions inférieures
du végétal et obtus dans les parties terminales ; ces feuilles sont
totalement glabres, ou à la face supérieure seulement, rarement à
la face inférieure seule qui est le plus souvent pubescente, veloutée
et parfois recouverte d’un tomentum blanchâtre. Chez le Ps. rivulare Mart. les feuilles jeunes sont tapissées par un duvet blanc en
dessous et les nervures couvertes d’une pubescence rousse, puis
elles deviennent glabres à l’état adulte. Elles sont ordinairement
vertes et herbacées, rarement membraneuses ou coriaces. Les
nervures sont souvent saillantes à la face inférieure, pubescentes
et de couleur plus ou moins ocreuse (Ps. Guineense Swartz).
Fleur. — La fleur est hermaphrodite, actinomorphe, rotacée,
grande ou petite ; portée sur ses pédoncules axillaires, quelquefois
terminaux, uni, bi, tri ou multiflores, ordinairement solitaires,
glabres ou villeux, de longueur variable, parfois absents, les fleurs
sont alors sessiles. Chez le Ps. pohjcarpon Lamb., le pédicelle est
triflore, la fleur centrale est sessile, et les deux latérales pédonculées. Elle est bibractéolée à la base, ces bractées sont de forme
et de consistance différentes: linéaires, subulées, lancéolées, mem­
braneuses, quelquefois caduques.
(1) Dioscoride, lib. I, c 127 ; Mathiol, Comment., p. 97.

�D’après Swartz, les fleurs et les fruits du Ps. Montanum exha­
lent uue odeur d’amandes amères.
La fleur est toujours complète, elle comprend :
1° Calice régulier, vert, gamosépale, supère, valvaire, campanulé ou infundibuliforme, glabre ou velu. Les sépales sont tantôt
à 3-5 divisions et le plus souvent concrescents sur toute leur
longueur, avant l’anthèse en forme de coiffe qui se déchire à l'épa­
nouissement et présente alors 3-5 lobes profonds et irréguliers ;
ces lobes sont arrondis ou aigus, ordinairement étalés ou réfléchis;
le tube est ellipsoïdal et contracté à sa partie supérieure. Un
disque charnu entoure la base du limbe calicinal et le sommet de
l’ovaire.
2° Corolle formée de 5 pétales, rarement 4, blancs, étalés,
concaves, ovales ou un peu arrondis, insérés à la base du limbe
calicinal sur un disque.
3° Androcée. — Étamines, nombreuses, épigynes, libres ; à
filets blancs ou rosés, recourbés vers l’intérieur de la fleur, insérés
sans ordre et en plusieurs séries, sur le calice; les anthères sont
petites, introrses, biloculaires et â déhiscence longitudinale.
4° Gynécée. — Ovaire infère, arrondi, ovoïde ou oblong turbiné,
parfois strié longitudinalement (Ps. Striatulum D. C.) adhérent
au tube du calice, à 2, 4 ou plusieurs loges pauci ou pluriovulées,
autant de placentas que de loges ; ces placentas sont pariétaux,
ils atteignent l’axe central et se divisent alors longitudinalement
chacun en deux lobes recourbés, plus ou moins développés et
portant les ovules à la partie interne ; à maturité, plusieurs loges
disparaissent et l’ovaire devient souvent uniloculaire. Les ovules
sont plus ou moins nombreux, horizontaux et fixés sur le bord
des placentas, style allongé, quelquefois recourbé, subulé, plus
long que les filets staminaux ; stigmate simple, globuleux.
Fruit. — Baie le plus souvent uniloculaire, en général de
1 à 5 loges ordinairement polyspermes ; arrondi ou ovoïde ; de
dimension variable ; d'abord vert, puis à maturité : jaune, rouge,
pourpre ou noir; pulpe rouge, rosée, crème ou blanche. Les uns
comestibles et alors succulents, à chair sucrée, acidulée et par­
fumée, les autres sauvages à pulpe amère et môme âcre. Ce fruit
est entouré par le tube du calice et couronné à son sommet par
les dents du limbe calicinal, qui sont parfois très courtes.

Les graines sont petites, plus ou moins nombreuses, de 1 à 3
chez le Ps. Oligospermum Mart., blanches ou rouges selon la cou
leur de la pulpe du fruit dans laquelle elles sont nichées sans
ordre ; légèrement réniformes, exalbuminées, à bile apparent.
Leur tégument externe est dur, crustacé et parfois môme presque
pierreux, il est rarement membraneux; l’interne est membraneux;
chalaze marqué de noir ; embryon courbe, en fer à cheval ou
môme un peu enroulé en spirale; radicule plus longue que les
cotylédons, lesquels sont petits et séparés dans la région de la
radicule par un embryostège papilliforme.
Espèces. — Le genre Psidium renferme un assez grand nombre
d’espèces. Tournefort n’a connu qu’une seule, et Oviedus, un des
premiers qui décrivit les plantes du nouveau continent, en 1525,
ne cite que les Ps. Pomiferum et Pyriferum sous le nom de
Guayaba (1). Eu 17G2, Linné signale seulement le goyavier blanc
et le rouge (2), de même Kunlli en 1827, décrit seulement le P.
Pyriferum L. et le Dubium. Willdenow (3) en connaissait 8,
et Persoou (4) parle de 9 espèces de Psidium. De Candolle (5)
décrit 42 espèces différentes avec leurs variétés dont 8 insuffi­
samment connues, les autres sont classées, en deux groupes selon
que les jeunes rameaux sont tétragones ou arrondis.
On compte actuellement une soixantaine environ d’espèces
de Psidium (G) (Walp. II, p. 170), qui ne sont pas toutes égale­
ment connues. Les principales et les plus importantes au point
de vue de leurs usages industriels, alimentaires et même médi­
caux sont les Psidium pomiferum L., pyriferum L., aromaticum
Aubl., Cattleyanum Sabine, polycarpon Lamb., mfum Mart., araca
Raddi, pumilum Wa\\\.,spadissimum(Jacq. ?).
Au Brésil, on appelle gabirobas toutes les espèces à baie
arrondie, et araças, celles dont le fruit est pyriforme (7).
Distribution géographique. — Les Psidium sont aujourd’hui
(1) Sprengel, llist. r. herb. T. I, p. 37t.
(2) Linné, Sp. Plant. T. I, p. G72.
(3) Willdenow. Sy. Plant. T. II, p. 937.
(t) Persoon, Syn. Plant, s. ench. bot. Il P., p. 27
(3) De Candolle Pyr.. Prod. syst nat. ré", vég. p. 232.
(6) AIph. de Candolle, Orig. des pl. cultiv., p. 193.
(7) Aug. de St-Ililaire, Voyage dans Tint, dn Brésil, Il P., p. 278.

�92 —
très répandus dans les régions intertropicales des deux hémis­
phères, où ils croissent à l’état spontané et cultivé. Les anciens
auteurs n’étaient pas complètement fixés sur leur origine :
De Candolle se demandait si le Ps. pomiferum n’était pas indi­
gène des deux hémisphères? La facilité avec laquelle se mul­
tiplient les Psidiums rend cette étude, en effet, un peu épineuse :
leurs graiues petites, recouvertes d’un tégument osseux, ne sont
pas digérées par l’estomac des animaux omnivores qui recherchent
leurs fruits et transportent ainsi au loin des semences pouvant
conserver longtemps leurs facultés germinatives (1).
Il est aisé de concevoir que les Psidiums se soient aussi rapide­
ment étendus dans les endroits les plus sauvages des contrées tro­
picales pas très chaudes et humides, qu’ils forment dans certaines
localités où ils ont été naturalisés, des buissons tellement épais et
rustiques, qu’ils deviennent un inconvénient assez grave pour les
autres cultures.
Quoiqu’il en soit, leur origine américaine est un fait certain
aujourd’hui ; et bien que des botanistes du XVIe siècle aient trouvé
le Ps. Guayava de Raddi plus ou moins spontané dans les îles de
l’Archipel Indien et de l’Asie méridionale (2), tout fait présumer
que c’était le résultat de naturalisation ancienne (3). Loureiro les
dit sauvages eu Cocbinchiue, mais les anciens auteurs chinois ne
parlent pas des goyaviers.
Acosta (4) écrivait, en 1616, à propos du Ps. pomiferum : « Il y
a à Saint-Dominique et autres îles, des montagnes toutes pleines
de Guayavos, et disent qu’il n’y avait point de telle sorte d’arbres
avant l’arrivée des Espagnols, mais qu’on les y a apportés de je ne
sais où ? n
Quant au Ps. Guineense, qu’on a attribué à la Guinée, il n'a
pas été retrouvé en Afrique (5). « Le Ps. pumilum Wahl (6) qu’on
dit spontané à Ainboine (7), à Java (8) et à Canton, pouvait bien,
(1) La bat, Nouveau voyage, etc., II, p. 295; .laequin, obs. II, p. 7; Sagot, Manuel
du cuit, trop p. 201.
(2) Rumphius, Amboisi. I, p. 141-142; Rheede, Hort. malab. 3, t. 34.
(3) Alph. de Candolle, Origine des pl. cultiv. p. 194.
(4) J. Acosta, Hist. nat. el mor. des Indes, tr. fr. p. 175.
(5) Hook, Fl. Nigr., p. 359.
(6) P. Caninum, Hook et Arn. Bot. Beech, p. 188.
(7) Rumphius, Amboine. I, tab. 49.
(8) Blume, Bydr., p. 1093.

— 93
d’après la nature de ses noms vulgaires, ses localités maritimes ou
voisines d’établissements européens et la diffusion facile des graines
de goyavier, être d’origine américaine (1) ».
M. Alph. de Candolle, qui a approfondi cette question de l’ori­
gine des Psidiums, soupçonne que leur habitation la plus ancienne
était du Mexique à la Colombie et au Pérou et qu’elle s’est peutêtre agrandie du côté du Brésil avant la découverte de l’Amérique
et dans les Antilles après cette époque,
Conditions climatériques, sol, fructification. — Les goyaviers se
plaisent en général dans les terrains élevés, de chaleur et d’humi­
dité moyennes. On les rencontre aussi sur des sols sablonneux et
même rocailleux. Les Ps. Rufrum Mart. et Lineatifolium (?) habi­
tent les montagnes du Sud du Brésil où la gelée se fait sentir en
hiver, il en serait de même du Ps. malifolium (?) de l’Uruguay.
Leur multiplication est facile par graines ou par boutures. Ils
fleurissent ordinairement vers le mois de septembre, l’époque de
la floraison subit évidemment des modifications selon les contrées;
certaines espèces présentent même une floraison continue durant
toute l’année (Ps. Polycarpon...)
Usages. — Les Psidium, estimés à juste titre à cause de leurs
fruits délicieux, fournissent encore à l’industrie leur bois et leur
écorce. Tous peuvent être considérés comme des arbres fruitiers,
mais il n’y a qu’un petit nombre qui soient cultivés. Les princi­
pales espèces qui donnent des fruits comestibles et recherchés sont :
Ps. Araca (Rad.), fruit jaune verdâtre, pulpe très bonne.
Ps. polycarpon (Lamb.), fruit jaunâtre, de la grosseur d’une petite
noix, bonne qualité, cet arbuste donne des fruits toute l’année.
Ps. Cattleyanum (Sabine). C’est la délicieuse espèce (2), désignée
quelquefois sous le nom de gouyave de Chine; c’est un des fruits
les plus agréables des pays chauds en raison de son parfum de
fraise ; elle est très petite, de couleur vineuse extérieurement, à
pulpe blanc grisâtre ou légèrement rosée; on en connaît, parait-il,
5 variétés dites à peau blanche, noire, jaune de Java (goût de
framboise), de Timor (goût de groseille).
Ps. pomiferum et pyriferum L., dont les fruits constituent ce
(1) Alph. de Candolle, Origine des pl. cultiv., p. 195.
(2) Sagot et Raoul, Man. prat. des cuit, trop., p. 202.

�94 qu’on appelle communément gouyaves, c’est l’espèce classique par
excellence.
Enfin on mange les fruits des Ps. pumilum Wahl, albidtum
Guineensc (SwarU), montanum Swartz, aromatkum Aubl., grandiforum Aubl., et du Ps. spadissimum (Jacq.) qui sont très odorants
et savoureux.
Les autres goyaviers fournissent des baies de petite dimension,
et de goût moins agréable, quelquefois même Acre et amer.
Quant aux applications industrielles, elles sont assez appré­
ciables; leur bois sert à la construction des cases des nègres,
à la confection de cannes, au charronnage, à la menuiserie, à la
fabrication de manches d’outils, d’avirons, de charbon de forge,
etc. ; leur écorce est employée pour le tannage.
Nous parlerons plus loin de leur emploi en médecine.
Psidium pomiferum Lin., Juss.
Synonymie. — Araca Guacu Pison (1); Gujava Raddi ; Goyava
ou Gujava allia Pluk, à fruit arrondi (2) ; Gujabo pomifera indica
Bavh. (3); Gujavus agrestis Rumph. (4); Malacca-pela Rheed (5);
Apseltragender Gujavabum W. ; Ps. Larruoteanum Aubl. (6) ; Ps.
aromaticum de Blanco ? (7).
Appelé vulgairement: Gouyave ; Goyave rouge; Goyave des
Savanes (8); Goyavier; Sivaporikoya (Tamboul); Anjir (Hind.) ;
Goyavier du pays (Réunion) ; Oi-rung-nho (Cochinchine) ; Poirier
des Indes (Cochinchine); Goyavier de Cayenne (Martinique);
Goyavier commun ou de jardin (Barbade).
Description. — Le Ps. pomiferum Lin. est un arbuste ou un
arbre peu élevé, très fructifère; il est si rustique qu’il devient
souvent subspontané, et forme des buissons sauvages (9). Ses
rameaux sont tétragones et villeux.
(1) Pison, Bras , p.75; Marcgraf, p. 105.
(2) Pluk, alm , 181, t. 193, f. 4.
(3) Bavhini, pin. 437.
(4) Rumphius, amb. 1, p. 142, t. 4; Mer. furin., 57, t. 57.
(5) RheriJ, Mal. 3, p. 33, t. 35.
(6) Aublet, Guy., p. 487 ; c'esl l’espèce sauvage à petit fruit de Raddi.
(7) Blanco, Flor. Filip., 1‘* éd., p. 416.
(8) Dict. univers, de mat. médic., p. 527.
(9) Sagot, Man. pral. des cuit, trop., p. 202.

Fleur (1)

insérés sur le calice. L’androcée comprend des étamines nom­
breuses, à filets blanc rosé, recourbés vers l’intérieur de la fleur,
indépendants, insérés sans ordre sur un disque glandulaire calicinal ; anthères introrses biloeulaires et à déhiscence longitudinale.
Le gynécée est formé d’un ovaire, arrondi ou ovoïde, de 2-8 loges,
style et stigmate simples, ovules nombreux.
Le fruitést une baie uniloculaire, couronnée par les dents du
calice; la peau est d’abord verte; à maturité, elle est jaune ou
orange, épaisse de 2-3 lignes; sa pulpe est rouge, ainsi que les
graines, qui sont nombreuses. 11 est ordinairement de la grosseur
d’un citron ou d’un œuf de poule; il est charnu, odorant, d’une
saveur douce, acidulé, agréable. Son parfum est loin de plaire à
tout le monde; il rappelle quelquefois, parait-il, à un degré faible,
l’odeur de le transpiration cutanée chez les équidés (2). Acosta (3),
(1) Tournefort, Inst, herb., t. 443.
(2) Sagot et Raoul, Man. prat. des cuit, trop., p. 202.
(3) Acosta, liist. nat. des Indes, p. 175, loc. cit.

�en parlant du Ps. Pomiferum (d’après la description qu’il en donne),
dit : « C’est un arbre mal estimé
en la terre ferme et autres îles,
car ils disent qu’il a l’odeur comme
les punaises. ».
Dstribution géographique. — Le
Ps. Pomiferum L. est commun en
Amérique, en Asie et, depuis quel­
que temps, dans certaines parties
de l’Afrique. 11 croit partout aux
Antilles, au Brésil naturellement,
dans les savanes, qu’il envahirait
si on ne l’arrachait pas; au Mexi­
que, en Bolivie (Weddel), à la
Guyane, aux îles Moluques, eu
Cochinchine, où il vit à l'état sau­
vage ; aux îles Caraïbes, au Séné­
gal ; aux îles Martinique, Maurice, de la Réunion, Seychelles,
Nossi-Bé, etc.
Conditions climatériques, sol, multiplication. — On le multiplie
facilement par boutures, marcotte et, plus ordinairement, par
semis; on trouve toujours au pied de l’arbre de jeunes plantes germées spontanément. Sa production est rapide et abondante. Plus le
climat est chaud et pluvieux, plus la terre où on le cultive doit être
fertile; il est peu exigeant sur le sol dans un climat à pluies modé­
rées. 11 supporte assez facilement le climat de la région tempérée
chaude, aussi sa culture a bien réussi en Algérie.
A côté du Ps. pomiferum, nous ne pouvons passer sous silence
le Ps. Pyriferum : ces deux goyaviers, d’après nos botanistes
modernes, ne seraient, en effet, que deux variétés de l’espèce
Guayava de Raddi. Nous allons signaler d’abord les quelques diiïérences morphologiques du goyavier blanc, lesquelles sont d’ailleurs
d’ordre secondaire, et nous résumerons ensuite très brièvement
l’opinion des auteurs sur l’unité botanique de cette espèce.
(1) Tournefort, Inst, herb., t. CDXLIII.

Ps. pyriferum Lin.

Synonymie. — Gujavus domestica Rumph.(l); Pela Rheed(2);
Araca Miri Pison (3); Psidium fruticosum Brown. (4); Birnentragender Guajavabum, W.; Gujava vulg. Sloane (5); Guyava pvriformis (6); Ps. vulgare Rich. (7); Guayava alba Mer. (8).
Appelé vulgairement : Araca (9); Goyave blanche; Goyavier
marron (Réunion); Poire (Amérique mérid.); Poirier des Indes;
Goyave du pays (Antilles); Goyave (Barbade) (10); Gay-oi (Cochin­
chine); Tuava (Tahiti).
Description. — C’est un arbre à rameaux tétragones, à feuilles
opposées, pubescentes en dessous et de même forme que le goyavier
rouge, dont il ne diffère, en somme, au point de vue morphologique,
que par ses pédoncules toujours unifions et par son fruit, qui est
pyriforme au lieu d’être arrondi.
Ce fruit est une baie oblongue, du volume et de la couleur d’une
poire de Saint-Germain; sa chair est blanche, ainsi que les graines,
qui sont inégales et raboteuses, comme, d’ailleurs, celles du Ps.
Pomiferum. On le cultive en Aaiérique dans les jardins, et il est
plus estimé que le premier.
Hernandez, un des plus anciens auteurs qui ont écrit sur
l’Amérique, parait mentionner le Ps. Pyriferum comme ayant un
fruit beaucoup plus gros que le Pomiferum et une absence de
mauvaise odeur qui le faisait rechercher dans les jardins.
Sa culture est facile dans les climats chauds; on voit mûrir
quelquefois ses fruits dans les localités les mieux abritées de la
Provence; elle réussit pleinement en Algérie et dans le nord de
l’Afrique.
(1) Rumpbius, Amb. 1, p. 140, t. XLXII.
(2) Rheed, Mal. 3, p. 31, t. XXXIV.
(3) Pison, Bras., 72.
(4) Brown, jam., p. 238.
(5) Sloane, hist. 2, p. 163.
(6) Gœrtn, fruct. 1, t. XXXVIII.
(7) Rich., act. soc. h. par., p. 110.
(8) Comm. bort., 1, p. 124, t. LXI1I; Mer. farin. 19, t. X.
(9) Flor. Bras, méridien, p. 282.
(10) Maycock, Fl. Barbad., p. 206.

�Sa distribution géographique est identique à celle du Ps. Pomiferuni, ou le trouve daus les mêmes régions que ce dernier à
l'état spontané ou cultivé.
Ps. guayava Raddi.
Noms indigènes. — Peara (Beng.) ; Amrud , Lal-safri-am et
Sufed-safri-am (Hind.); Vellai-goyva, vellai-goyva-pazham et Shivappu-goyva-pazham (Tamb,); Telia goyva (Teleg.); Lal-jam et
Sufed-jam (Duk); Tambara Perù et Pandhara Perù (Bomb.).
En se basant sur la forme du fruit et la couleur de sa pulpe,
les anciens auteurs, Linné et quelques autres botanistes ont
admis deux espèces daus cet arbre fruitier : l’une à baie sphérique
ou ovoïde, à chair rouge, Ps. pomiferum ; l’autre à baie pyriforme
et à pulpe blanche ou rosée, Ps. pyriferum. Mais le caractère tiré
de la couleur de la chair est, comme ou le sait, de peu d’impor­
tance, et nous avons une foule d’exemples analogues daus nos
fruits les plus communs; il en est de même de la forme; nous
sommes témoins tous les jours de transformations variées par l’effet
de la culture (poires, etc...).
Pour les gouyaves, la plupart des auteurs considèrent la forme
comme source de distinction spécifique.
Raddi (1) dit avoir observé sur le même pied des fruits presqu’arrondis et des fruits pyriformes; de plus, ayant constaté que
les pédoncules du Ps. pomiferum sont parfois uniflores comme
chez le Ps. pyriferum, il réunit les deux goyaviers en une seule
espèce le Ps. guayava.
Après lui, tous les botanistes (2) qui ont vu de ces arbres
vivants daus les colonies, ont accepté et suivi tcelte opinion de
Raddi.
Les auteurs les plus récents partagent de même cette manière
de voir. Selon Dymock (1), le goyavier rouge et le goyavier blanc
paraissent n’ôtre que de simples variétés de la même espèce. Sagot,
(1) Raddi, Di alcunc spec. di pero indiano, p. 1.
(2) Marli^s, Syst. mat. rnedic. bras., p. 32; Blume, Muséum Lugd. Bat. I, p. 71 ;
Uasskarl, Flor. 1844, p. 589; Hooker, Flor. of Brilish Ind. 2. p. 4G8.
(1) Dymock, Mater, medic. of West. India, p. 334.

— 99 —
en décrivant le fruit du Ps. pomiferum, dit qu’il est rond ou pyri­
forme, jaune ou orange (1). Boulon (2) les considère aussi comme
h b
deux variétés de Psidium.
Mais, malgré la multiplication facile des Psidium, malgré
leur fructification assez rapide, puisqu’ils donnent des fruits dès
la troisième année, aucun auteur, de ceux mêmes qui admettent
l’unité de l’espèce Ps. Guayava, n’a tenté des expériences positives.
Aucun n’a observé si les pépins du fruit sphérique, par exemple,
donnent toujours des gouyaves sphériques et que le semis n’y
apporte, par conséquent, aucune modification.
D’après Alph. de Candolle, la géographie botanique est plutôt
favorable à la réunion des deux espèces, car, dit-il : « 1° les deux
formes paraissent originaires du même pays, le Mexique probable­
ment, ou en tout cas, de l’Amérique intertropicale ; 2° elles sont
mélangées presque partout et depuis deux siècles dans les cul­
tures (3). »
Il y aurait lieu de les comparer au point de vue de leur struc­
ture anatomique, et nous n’avons pu effectuer ce travail, n’ayant
pas reçu à temps les différents organes de Ps. pyriferum.
D’un côté, le .manque d’essais directs, et de l’autre, le silence
des auteurs sur toute transformation produite à la suite de semis,
portent à croire que ces deux formes sont devenues héréditaires.
Ce seraient, par conséquent, des races, tant que l’on n’aurait pas
démontré expérimentalement que ce sont de simples variétés, dans
toute l’acception du terme.
Le goyavier à fruit rouge et arrondi parait plus robusté, plus
rustique, à saveur et à odeur plus fortes, il serait probablement
la souche, l’individu sauvage du goyavier blanc (4).
Le fruit sphérique, âpre et coloré, semble être le plus ancien et
le plus sauvage, l’autre forme est peut-être le produit de la cul­
ture (5).
Usages. — Le Ps. Guayava Rad. (pomiferum et pyriferum L.)
est l’espèce la plus universellement cultivée, à cause de son fruit
(1) Sagot et Raoul, loc. cit., p. 201.
(2) Bouton, PI. rnédic. de l’ile Maurice, p. 5i.
(3) Alph. de Candolle, Géographie botaniq. raisonnée, p. 897.
(4) Môral-et de Lens, Dict. univ. de mat. médic., p. 527.
(5) Alph. de Candolle, Orig. des pl. cuit., p. 1%.

�— 100 —
alimentaire, désigné vulgairement sous le nom de Gouyave (Gujaba d’Oviedus). Sa saveur sucrée, acidulée et. parfumée est fort
estimée dans les pays chauds (1). En Amérique, on en fait un grand
usage comme fruit de table. On mange les gouyaves crues, soit
seules, soit pelées, vidées de leurs semences et coupées eu quartiers
dans le vin, avec du sucre, de la canelle, etc. On en fait des gelées,
des confitures, des compotes et des conserves qu’on expédie même
en Europe.
Dans l’industrie, leur bois blanc, droit, à grain serré, est excel­
lent pour l’ébénisterie, la charpente, le charronnage, pour faire
du charbon. D’après Lanessan (2), sa densité est de 0,849, élas­
ticité 1,473, résistance 1,532. Leur écorce est très employée pour
le tannage.
La poudre et l’extrait servent à la conservation des oiseaux
empaillés.

— 101 En allant vers l’extérieur et contre les cellules de cette zone
péricyclique, on observe une autre assise de cellules quadrangulaires aussi, mais à section un peu plus grande, alternant avec les
éléments du péricycle et constituant l’endoderme (End.)

Fig. 1. — Coupe transversale d’une jeune racine, grossissement 140, — P C.,
parenchyme cortical ; End., endoderme ; Pér., péricycle ; L., liber ; B., bois.
C h a pitr e

ANATOMIE DU

II

P S . P O M IF E R U M

L.

Racine. —Dans la jeune racine du Psidium Pomiferum L., les
formations primaires comprennent trois, quatre, cinq et quelquefois
six lames vasculaires ligneuses (B), formées par une seule rangée
radiale de vaisseaux,alternant régulièrement avec un même nombre
de faisceaux libériens (L.) ; l’intervalle est remplie par du tissu
parenchymateux, reliant les divers faisceaux libériens et ligneux.
Ce cylindre-axe est entouré par un péricycle (Pér.) très net,
formé par une assise de cellules à section quadrangulaire, contre
laquelle viennent s’adosser les éléments libériens et les éléments
ligneux.
(1) Guibourt et Plaiichon, Hist. nat. des drog. sirnpl., t. III, p. 270.
(2) Lanessan, PI. cuit, des colonies franç.

Puis vient le parenchyme cortical (P C) formé par des cellules
irrégulièrement polygonales, assez grandes et limitées à l’extérieur
par une assise de cellules plus petites, et rectangulaires en section.
Mais pendant son développement, la racine ne tarde pas à modi­
fier sa structure, avant même
l’apparition des formations
secondaires, alors que les fais­
ceaux du bois et ceux du liber
sont encore distincts et alter­
nant régulièrement. Le péri­
cycle (fig. 2, Pér.) se développe
et finit par constituer un
anneau nettement distinct,
d’une épaisseur assez grande,
Une portion de coupe transver­
constitué par des éléments Fig.sale2. —d’une
racine jeune, mais dont le
à contour polygonal, pres­ 260.
péricycle a déjà proliféré ; grossissement
— Pc, parenchyme cortical : End,
que quadrangulaire sur une endoderme
; Pér, péricycle ; B, bois.
section transversale, irrégu­
lièrement disposés et sans ordre apparent ; l’assise externe,

�Sa distribution géographique est identique à celle du Ps. Pomiferum, ou le trouve dans les mômes régions que ce dernier à
l'état spontané ou cultivé.
Ps. guayava Raddi.
Noms indigènes. — Peara (Beng.) ; Amrud , Lal-safri-am et
Sufed-safri-am (Hind.); Yellai-goyva, vellai-goyva-pazham et Sliivappu-goyva-pazham (Tamb,); Telia goyva (Teleg.); Lal-jam et
Suted-jain (Duk); Tambara Perù et Pandhara Perù (Bomb.).
En se basant sur la forme du fruit et la couleur de sa pulpe,
les ancieus auteurs, Linné et quelques autres botanistes ont
admis deux espèces dans cet arbre fruitier : l’une à baie sphérique
ou ovoïde, à chair rouge, Ps. pomiferum ; l’autre à baie pyriforme
et à pulpe blanche ou rosée, Ps. pyriferum. Mais le caractère tiré
de la couleur de la chair est, comme on le sait, de peu d’impor­
tance, et nous avons une foule d’exemples analogues daus nos
fruits les plus communs; il eu est de môme de la forme; nous
sommes témoins tous les jours de transformations variées par l’effet
de la culture (poires, etc...).
Pour les gouyaves, la plupart des auteurs considèrent la forme
comme source de distinction spécifique.
Raddi (1) dit avoir observé sur le même pied des fruits presqu’arrondis et des fruits pyriformes; de plus, ayant constaté que
les pédoncules du Ps. pomiferum sont parfois uniflores comme
chez le Ps. pyriferum, il réunit les deux goyaviers en une seule
espèce le Ps. guayava.
Après lui, tous les botanistes (2) qui ont vu de ces arbres
vivants daus les colonies, ont accepté et suivi cette opinion de
Raddi.
Les auteurs les plus récents partagent de môme cette manière
de voir. Selon Dymock (1), le goyavier rouge et le goyavier blanc
paraissent n’être que de simples variétés de la môme espèce. Sagot,
(1) Raddi, Di alcune spec. di pero indiano, p. 1.
(2) M artin, Syst. mat. medic. bras., p. 32; Biume, Muséum Lugd. Bat. I, p. 71 ;
Uasskarl, Flor. 1844, p. 589; Hooker, Flor. of British ind. 2. p. 408.
(1) Dymock, Mater, medic. of West. India, p. 354.

— 99 —
en décrivant le fruit du Ps. pomiferum, dit qu’il est rond ou pyri­
forme, jaune ou orange (1). Bouton (2) les considère aussi comme
deux variétés de Psidium.
Mais, malgré la multiplication facile des Psidium, malgré
leur fructification assez rapide, puisqu’ils donnent des fruits dès
la troisième année, aucun auteur, de ceux mômes qui admettent
l’unité de l’espèce Ps. Guayava, n’a tenté des expériences positives.
Aucun n’a observé si les pépins du fruit sphérique, par exemple,
donnent toujours des gouyaves sphériques et que le semis n’y
apporte, par conséquent, aucune modification.
D’après Alph. de Candolle, la géographie botanique est plutôt
favorable à la réunion des deux espèces, car, dit-il : « 1° les deux
formes paraissent originaires du môme pays, le Mexique probable­
ment, ou en tout cas, de l’Amérique intertropicale ; 2° elles sont
mélangées presque partout et depuis deux siècles dans les cul­
tures (3). »
Il y aurait lieu de les comparer au point de vue de leur struc­
ture anatomique, et nous n’avons pu effectuer ce travail, n’ayant
pas reçu à temps les différents organes de Ps. pyriferum.
D’un côté, le .manque d’essais directs, et de l’autre, le silence
des auteurs sur toute transformation produite à la suite de semis,
portent à croire que ces deux formes sont devenues héréditaires.
Ce seraient, par conséquent, des races, tant que l’on n’aurait pas
démontré expérimentalement que ce sont de simples variétés, dans
toute l’acception du terme.
Le goyavier à fruit rouge et arrondi parait plus robuste, plus
rustique, à saveur et à odeur plus fortes, il serait probablement
la souche, l’individu sauvage du goyavier blanc (4).
Le fruit sphérique, âpre et coloré, semble être le plus ancien et
le plus sauvage, l’autre forme est peut-être le produit de la cul­
ture (5).
Usages. — Le Ps. Guayava Rad. (pomiferum et pyriferum L.)
est l’espèce la plus universellement cultivée, à cause de son fruit
(1) Sagot et Raoul, loc. cit., p. 201.
(2) Bouton, PI. médic. de l’ile Maurice, p. 54.
(3) Alph. de Candolle, Géographie botaniq. raisonnée, p. 897.
(4) Méral-et de Lens, Dict. univ. de mat. médic., p. 527.
(5) Alph. de Candolle, Orig. des pl. cuit., p. 195.

�100 —
alimentaire, désigné vulgairement sous le nom de Gouyave (Gujaba d’Oviedus). Sa saveur sucrée, acidulée et parfumée est fort
estimée dans les pays chauds (1). En Amérique, on en fait un grand
usage comme fruit de table. On mange les gouyaves crues, soit
seules, soit pelées, vidées de leurs semences et coupées eu quartiers
dans le vin, avec du sucre, de la canelle, etc. On en fait des gelées,
des confitures, des compotes et des conserves qu’on expédie même
en Europe.
Dans l’industrie, leur bois blanc, droit, à grain serré, est excel­
lent pour l’ébénisterie, la charpente, le charronnage, pour faire
du charbon. D’après Lanessan (2), sa densité est de 0,849, élas­
ticité 1,473, résistance 1,532. Leur écorce est très employée pour
le tannage.
La poudre et l’extrait servent à la conservation des oiseaux
empaillés.

— 101 En allant vers l’extérieur et coutre les cellules de cette zone
péricyclique, on observe une autre assise de cellules quadrangulaires aussi, mais à section un peu plus grande, alternant avec les
éléments du péricycle et constituant l’endoderme (End.)

Fig- I- — Coupe transversale d’une jeune racine, grossissement 140, — P C.,
parenchyme cortical ; End., endoderme ; Pér., péricycle ; L., liber ; B., bois.
C h a pitr e II

ANATOiMlE DU

P S . P U M IF E R U M

L.

Racine. —Dans la jeune racine du Psidium Pomiferum L., les
formations primaires comprennent trois, quatre, cinq et quelquefois
six lames vasculaires ligneuses (B), formées par une seule rangée
radiale de vaisseaux, alternant régulièrement avec un même nombre
de faisceaux libériens (L.) ; l’intervalle est remplie par du tissu
parenchymateux, reliant les divers faisceaux libériens et ligneux.
Ce cylindre-axe est entouré par un péricycle (Pér.) très net,
formé par une assise de cellules à section quadrangulaire, contre
laquelle viennent s’adosser les éléments libériens et les éléments
ligneux.
(1) Guibourt et Planchon, Hist. nat. des drog. simpl., t. III, p. 270.
(2) Lanessan, PI. cuit, des colonies Iranç.

Puis vient le parenchyme cortical (P C) formé par des cellules
irrégulièrement polygonales, assez grandes et limitées à l’extérieur
par une assise de cellules plus petites, et rectangulaires en section.
Mais pendant son développement, la racine ne tarde pas à modi­
fier sa structure, avant même
l’apparition des formations
secondaires, alors que les fais­
ceaux du bois et ceux du liber
sont encore distincts et alter­
nant régulièrement. Le péri­
cycle (fig. 2, Pér.) se développe
et finit par constituer un
anneau nettement distinct,
d’une épaisseur assez grande,
portion de coupe transver­
constitué par des éléments Fig.sale2. —d'uneUne racine
jeune, mais dont le
à contour polygonal, pres­ 260.
péricycle a déjà proliféré ; grossissement
— Pc, parenchyme cortical : End,
que quadrangulaire sur une endoderme
; Pér, péricycle ; B, bois.
section transversale, irrégufièrement disposés et sans ordre apparent ; l’assise externe,

�seule, présente une disposition régulière, ses éléments anatomiques
alternent avec les cellules de la couche suivante, qui constitue
l’endoderme (End., lig. 2). Les cellules de cet endoderme sont plus
grandes et nettement distinctes des éléments anatomiques voisins ;
elles n’ont pas, cependant, des dimensions aussi régulières que
dans la tige primaire.
Eu dehors de ces éléments, on trouve toujours une couche assez
$/il

i

— 103 —
et disposées en files radiales comme le sont généralement les
éléments caractéristiques de ce tissu.
Mais au fur et à mesure que la racine se développe, les forma­
tions secondaires apparaissent d’une façon de plus en plus nette.
Tout d’abord, l’écorce (C, fig. 3), le péricycle (Pér, fig. 3) et l’endo­
derme (End, fig. 3) sont encore conservés, les faisceaux ligneux
sont séparés par des rayons médullaires (R., fig. 3) formés de deux,
trois ou quatre rangées radiales d’éléments anatomiques étroite­
ment serrés les uns contre les autres.
Puis le bois (B., fig. 4) finit par constituer une masse centrale,

,

T ------- c
i/

I

' j- ~

--- E n d

I
- - - - - Ecr.
~ -------------- Ce.
Fig. 3. — Racine avec formations secondaires, mais où l’endoderme et le péricycle
sont encore conservés; grossis. &lt;M). — Sub, suber; C, écorce; Knd, endoderme;
Pér, péricycle; Ce, cylindre central; R, rayons médullaires.

large de parenchyme cortical (Pc), formé de cellules identiques à
celles que nous avons décrites plus haut, montrant çà et là quelques
réservoirs glanduleux à contour arrondi, à huile essentielle.
Tout cet ensemble se trouve limité à l’extérieur par une zone
subéreuse, comprenant le plus souvent quatre ou cinq asssises de
cellules colorées en brun, aplaties, allongées dans le sens tangentiei

Fig. 4. — Racine âgée (l'écorce et l’endoderme sont exfoliés), grossissement 45. —
Sub, suber; Pér, péricycle; Lb, liber; R, bois.

compacte et dépourvue de moelle, comme dans toutes les racines
normales. Cette zone ligneuse est constituée par des faisceaux
fibro-vasculaires séparés les uns des autres par des rayons médul­
laires, lesquels ne sont formés que par une seule rangée de cellules
allongées dans le sens radial.
Le liber (Lb., fig. 4), à ce moment, est formé par un grand
nombre de petits faisceaux allant en s’atténuant vers l’extérieur,
tandis que les rayons médullaires, traversant le bois et le liber,
viennent s’épanouir et enfin se fondre dans le parenchyme cortical.
Ces faisceaux libériens sont constitués par cinq à six assises de
parenchyme libérien et de tubes cribreux. Un grand nombre de
ces cellules libériennes contiennent des cristaux octaédriques et
moins souvent des màcles étoilées d’oxalate de chaux.
Puis vient un parenchyme cortical à cellules allongées dans le
sens tangentiei et dont quelques unes reuferment des cristaux
d’oxalate de chaux. Enfin la racine est limitée extérieurement par

�— 104 une zone subéreuse à quatre ou cinq assises d’éléments anatomiques
normaux.
Mais dans la racine âgée, comme le représente la figure 4, il
arrive assez souvent que l’endoderme et l’écorce sont exfoliés,
le liber est alors entouré par une zone péricyclique (Pér, fig. 4),
aux dépens de laquelle se forme une couche extérieure de tissu
subéreux (Sub. fig. 4).
Tige. — La tige de l’année présente la structure suivante : Sa
forme est vaguement rectangulaire, à chacun des coins de ce
rectangle correspond une aile parenchymateuse dans laquelle on
trouve un faible amas de collenchyme. La direction du grand axe

Fig. 5. — Coupe transversale schématique d’une tige jeune ; grossissement 60 ; p,
poils; Ep, épiderme: gl, glande; PC, parenchyme cortical; Pér, pérlcycle ;
LE, liber externe ; B, bois ; LI, liber interne ; M, moelle.

de ce rectangle devient perpendiculaire à elle même en passant
d’un entre-nœud à celui qui est immédiatement voisin. Les feuilles
opposées décussées viennent s’insérer par leur pétiole sur les
petits côtés de ce rectangle, qui figurerait schématiquement le
contour de la tige jeune, et aussi sur les ailes qui correspondent
deux à deux à ces côtés.
La surface de la tige, à cette période du développement, se
trouve couverte par des poils assez nombreux, courts et unicellulaires, plus rares sur les expansions aliformes que sur les autres
points de la tige.

105 —
L’épiderme (Ep, fig. 5), constitué par une seule assise de
cellules, est recouvert par une mince cuticule. Sous cette enveloppe
externe, se trouve le parenchyme cortical (PC, fig. 5), assez
développé, formé par des éléments irréguliers et polygonaux, sans
méats intracellulaires. Certaines de ces cellules contiennent des
cristaux d’oxalate de chaux, et l’on trouve aussi quelques réser­
voirs glanduleux à huile essentielle.
Puis viennent l’endoderme (End.) à éléments normaux et le
péricycle (Pér.) dont les fibres commencent à se sclérifier et forment
des petits amas très rapprochés les uns des autres. Sous ce péri­
cycle se trouvent le liber et le bois. Le liber (LE, fig. 5) est
constitué par du parenchyme libérien et des tubes grillagés. Les
éléments anatomiques de ce parenchyme sont de petites dimensions
et renferment assez fréquemment des cristaux octadériques
d’oxalate de chaux.
Les éléments des bois (B), vaisseaux et fibres, sont presque
régulièrement disposés en files radiales, séparées les unes des
autres par des rayons médullaires.
A l’intérieur et contre la zone ligneuse est adossé un anneau
continu de liber (LI), dont les éléments sont analogues à ceux du
liber normal, mais renfermant peu ou pas de cristaux d’oxalate de
chaux.
Enfin le centre est occupé par une moelle (M) volumineuse,
formée par des cellules arrondies ou polygonales, assez grandes,
pressées les unes contre les autres et laissant parfois entre elles des
lacunes intracellulaires plus ou moins développées. Ces cellules
contiennent des octaèdres et moins souvent des màcles d’oxalate de
chaux.
En se développant, la tige perd ses ailes parenchymateuses, son
contour devient arrondi; l’épiderme s’exfolie, et le péricycle se
sclérifie presqu’entièrement.
Le liber normal (LE) et la zone ligneuse (B) continuent à se
développer sans subir de modifications apparentes dans l’anneau
libérien normal (LE), on observe cependant, à cette époque, un
cercle plus ou moins interrompu, ordinairement formé d’une
double rangée de fibres libériennes sclérifiées (FL), à contour
quadrangulaire et lumen punctiforme, plus développées que les
fibres ordinaires.

�— 106 —
Les faisceaux ligneux sont régulièrement disposés par files
radiales, traversées par des rayons médullaires, lesquels, comme
dans la racine, ne sont formés que par une seule rangée de cellules
allongées dans le sens radial. Quant au liber interne (LI) il persiste
dans la tige âgée et forme comme dans la tige jeune un anneau
complet.
La moelle (M) n’est plus constituée alors que par des amas de
cellules séparées par de grandes lacunes, et souvent môme elle
est totalement résorbée. On rencontre aussi des glandes dans le
périderme et elles sont toujours placées dans les portions voisines
de la surface extérieure.

— 107 —
une ramification de la nervure médiane. Les deux bords sont
pourvus de nombreux poils unicellulaires et assez longs.
•"V J

I

Fig. 7. — Schéma d’une feuille jeune en coupe transversale ; grossissement, 140.—
Gl, glandes.

Fig. 6. — Schéma d’une tige âgée en section transversale; grossissement 35 environ.
— Su, suber; PC, parenchyme cortical; LE, liber externe; FL, fibres libériennes;
B, bois ; LI, liber interne; M, moelle.

Feuille. — La feuille, courtement pétiolée, est pourvue de
nervures assez développées, fortement saillantes à la face infé­
rieure et disposées suivant le type penné.
Une coupe transversale complète de la feuille montre un con­
tour rectiligne sur la face supérieure et à chaque proéminence
correspond un faisceau libéro-ligneux. Le faisceau central, le plus
développé, appartient à la nervure principale, les autres situés en
nombre égal de part et d’autre de celui-là correspondent chacun à

Pétiole. — Le pétiole est concave à la partie supérieure et
pourvu de deux appendices aliformes qui se prolongent sur la
tige sous la forme des ailes parenchymateuses que nous avons
déjà signalées.
Il est constiué extérieurement par un épiderme (Ep) à éléments
aplatis et rectangulaires en
section transversale, recou­
vert par une mince cuticule.
Au-dessous de cette enve­
loppe, on trouve un tissu
parenchymateux formé par
de grandes cellules irréguliè­
rement polygonales, offrant
de nombreux méats et renfer­
mant des cristaux octaédri­
Fig. 8. — Coupe transversale schématique ques et des màcles étoilées
d’un pétiole ; grossissement, 95 environ. d’oxalate de chaux, surtout
— Ep, épiderme ; gl, glande; m. mâeles
d’oxalate de chaux ; LI, liber interne; B, abondants dans la portion
bois ; LE, liber externe.
convexe.
Dans les parties voisines de l’épiderme, on observe des glandes
assez nombreuses à huile essentielle ; ces glandes (gl) présentent
chacune un réservoir central de contour plus ou moins arrondi,

�—

108

—

limité par une seule rangée de cellules sécrétrices très allongées
tangentiellement.
Le faisceau libéro-ligneux est constitué par un arc d’éléments
du bois (B), de chaque côté duquel sout disposées deux zones 1ibériennes(LE et LI); l’une correspondant au liber normal de la tige,
l’autre au liber interne allant se rejoindre aux extrémités de l’arc
ligneux. Les éléments du liber renferment quelquefois des cristaux
d’oxalate de chaux.
Limbe. — Epiderme. Les deux épidermes sont assez semblables
quant à la forme des cellules et à la structure des stomates. Ces
cellules épidermiques sont irrégulièrement polygonales, un peu

Fig. 9.
Epiderme supérieur (bord du limbe);
grossissement, tUO; p, poils.

Fig. 10.
Epiderme inférieur montrant une
glande par transparence ; grossiss. 100;
gl, glande ; st, stomate.

plus petites dans l’épiderme inférieur qui présente, par contre, des
stomates plus nombreux.
Dans la figure 10, nous représentons, en outre, une glande (gl)
vue à travers l’épiderme par transparence.
Parenchyme. — Une coupe transversale dans le limbe foliaire
montre, de l’extérieur à l’intérieur, un épiderme supérieur (Ep,
fig. 11) formé par une seule assise de cellules, recouverte d’une
cuticule (c) peu épaisse; au-dessous se trouve une assise de cellules
aplaties, mais développées dans le sens correspondant à la largeur
de la feuille. A la suite de cette zone de cellules tabulaires vient le
parenchyme en palissade (Pp), qui comprend deux rangées de
cellules cylindriques, perpendiculaires à la largeur de la feuille et

— 109 remplies de chlorophylle. Au milieu de ce parenchyme on ren­
contre, cependant, quelques éléments de dimensions plus grandes
et au moins aussi longs que larges. Puis le tissu lacuneux (PI) à
méats peu volumineux, dont les cellules contiennent assez souvent
des mûcles étoilées, et plus rarement des cristaux octaédriques
d’oxalate de chaux. Dans ce même parenchyme et s’appuyant
contre l’épiderme inférieur, on observe des glandes (gl) à huile
essentielle, surtout abondantes dans les saillies, correspondant aux
nervures et nettement visibles à travers l’épiderme (gl, fig.
10).

Fig. 11. — Coupe transversale dans le
limbe d’une feuille à son complet
développement ; grossissement, 100.
— c, cuticule ; Ep, épiderme ; Pp,
parenchyme palissadique; m, mûcles
d’oxalate de chaux ; PI, parenchyme
lacuneux ; gl, glande ; st, stomate.

Fig. 12. — Une portion plus
grossie de la coupe précé­
dente, pour mieux montrer
la structure des stomates
(st) ; grossiss., 400.

L’épiderme inférieur, constitué par une seule assise d’éléments
tabulaires plus petits que ceux de l’épiderme supérieur, porte d’assez
nombreux stomates (st, fig. 11 et 12) faisant saillie à l’extérieur, et
dont la chambre à air est très réduite ; les parois de ces cellules
stomatiques sont assez fortement épaissies.
Si l’on traite la coupe par une goutte de teinture, récemment
préparée, d’orcauette, on constate dans l’intérieur des réservoirs
glanduleux des petits corps sphériques, réfractant fortement la
lumière qui se colore en rose violacé ; il en est de même du contenu
des cellules sécrétrices qui limitent chacun de ces réservoirs.

�DEUXIÈME PARTIE

ÉTUDE CHIMIQUE DES FEUILLES
DU

Psidiam pomiferum L.
C h a pitr e I er

COMPOSITION GÉNÉRALE DES FEUILLES
DU
PS.POMIFERUM (1).
Lorsqu’il s’agit de l’analyse des produits organiques qui se
décomposent, se dédoublent, s’altèrent avec la plus grande facilité
et sous l’influence de causes dont il est le plus souvent impossible
de préciser la nature, l’emploi de véhicules neutres est des plus
avantageux. Aussi, nous avons suivi, dans cette étude, la méthode
analytique de Dragendorfl, basée sur l’épuisement successif du
végétal donné par des dissolvants variés et autant que possible
n’exerçant aucune action transformatrice sur les principes chimi­
ques contenus dans cette plante.
Ces véhicules, nous les avons employés dans l’ordre suivant :
ligroïne, éther absolu, eau distillée, lessive faible de soude, solutionétendue d’acide chlorhydrique, et enfin eau chlorée.
Les solutions ainsi obtenues ont été analysées surtout quali­
tativement. Il est, en effet, une foule de composés organiques
et minéraux que l’on rencontre normalement dans presque tous
(1) Les feuilles dont nous nous sommes servi étaient adressées par M. le Dr
Iieckel à M. L. Planchon, professeur de matière médicale à l’Ecole supérieure de
Pharmacie de Montpellier et étiquetées de provenance Tahiti et Saint-Pierre de la
Martinique.

�—

112

—

les végétaux en proportions variables, il est vrai, mais dont la
détermination quantitative n’ofîre aucun intérêt pratique. Nous
nous sommes contenté, pour cette raison, de peser l’extrait sec
abandonné par ces différents véhicules, dosant à part les substances
qui sont importantes au point de vue de l’emploi médical.
§ Ier. — Matières solubles dans la ligroïne.
Les feuilles, préalablement desséchées à basse température, ont
été finement pulvérisées, et 50 grammes de cette poudre mis en
contact avec 300 c. c. de ligroïne légère dans an vase cylindrique
bien bouché, en ayant soin de noter extérieurement le niveau du
liquide, après 7 jours de macération, nous avons obtenu une solu­
tion colorée en vert, laquelle a été ramenée à son volume primitif
par addition de ligroïne. 20 c.c. prélevés dans ce liquide sans filtra­
tion préalable, car il était absolument limpide, ont donné, après
évaporation à la température ordinaire dans un verre de Bohème
taré, un extrait sec équivalent à 3 gr. 1 pour 100 gr. de la poudre
employée.
Cet extrait présente une odeur aromatique agréable due à la
présence d’une huile essentielle. Epuisé par l’alcool fort, il abandonne
pour résidu une matière de consistance pâteuse, facilement fusible
par la chaleur, déterminant sur du papier des taches translucides
qui ne disparaissent pas par l’élévation de température, enfin, ce
résidu répand, lorsqu’on le chauffe, une odeur reconnaissable
d’acroléine, il est donc constitué par des matières grasses.
Le liquide alcoolique séparé par filtration des matières grasses
est coloré en jaune légèrement verdâtre ; par évaporation lente dans
un verre de Bohème, on aperçoit sur les bords du verre des goutte­
lettes jaunâtres, translucides d’huile essentielle, devenant vertes
par l’acide nitrique, et au fond une substance d’un vert foncé :
chlorophylle.
L’extrait alcoolique se dissout complètement dans l’éther, la
benzine et le chloroforme; le résidu de l’évaporation de ces diffé­
rentes solutions se résiniûe facilement à l’air et devient collant au
doigt.
Nous avons dit déjà que la solution à la ligroïne présente une
teinte verte par transparence ; la chlorophylle, quoique diffici-

113
lemcnt soluble dans ce dernier véhicule, est entraînée dans la
liqueur à la faveur des matières grasses. Nous nous sommes
assuré d’ailleurs de sa présence par l’examen de ses bandes
d’absorption au spectroscope.
Une autre portion de l’extrait primitif a été agitée avec de
l’acide sulfurique étendu. La solution aqueuse, limpide, lavée avec
de l’éther de pétrole, puis soumise à l’action des réactifs généraux
des alcaloïdes, nous a donné des résultats négatifs.
§ II. — Matières solubles dans l'éther absolu
Le résidu du traitement par la ligroïne, après lavage sur un
filtre et dessiccation à la température ambiante, est détaché du filtre
et mis à macérer pendant 7 à 8 jours avec une quantité déter­
minée (l) d’éther à 66° B. dans le même récipient qui a servi
pour l’opération précédente.
Il est important que l’éther soit exempt d’alcool et d’eau :
celui du commerce, renfermant ces deux impuretés, doit être
préalablement rectilié après digestion prolongée avec le chlorure
de calcium anhydre ; l’éther ainsi purifié n’exerce aucune action
dissolvante sur le tannin.
Au bout d’une huitaine de jours, en évaporant à la température
ordinaire d’abord, puis achevant sur l’acide sulfurique, une fraction
connue de la solution éthérée, nous avons obtenu un extrait qui
correspond à 3 gr. 4 % (2).
Cette solution est fortement colorée en vert, la chlorophylle
est en effet plus facilement soluble dans l’éther.
Pour rechercher les alcaloïdes, nous avons épuisé comme pré­
cédemment une portion de l’extrait par l’eau faiblement aiguisée
d’acide sulfurique, la solution ne s’est pas modifiée par les réactifs
généraux (Iodure de potassium iodé, R. de Meyer, perchlorure de
platine, acide picrique).
Une autre portion de cet extrait desséchée et pulvérisée, a été
(1) Pour toutes les macérations, nous avons employé une quantité déterminée
de dissolvant, soit de 5 à 10 cc., suivant le cas, pour t gr. de matière sèche.
(2) Les résultats que nous donnons sont toujours rapportés à 1ÜÛ gr. de la poudre
des feuilles.

�— 114 —
traitée par l’eau distillée; nous avons pu caractériser dans la
liqueur un peu d'acide gallique.
Le résidu insoluble dans l’eau est ensuite séché ; soumis à
Faction de l’alcool absolu, il s’y dissout complètement. Par évapo­
ration de la solution alcoolique on obtient un extrait verdâtre que
nous avons épuisé par la benzine eristallisable pour le débarras­
ser de la chlorophylle ; le résidu insoluble dans la benzine est
collant au doigt et se dissout entièrement dans une lessive faible
de potasse. Cette solution acidulée par l’acide sulfurique se déco­
lore, en même temps qu’il se précipite une petite quantité d’une
matière soluble en jaune dans l’alcool conceutré.
Nous avons vainement essayé de faire cristalliser cette subs­
tance par l’évaporation lente de ses dissolutions alcoolique ou
éthérée. Elle se présente sous l’aspect d’un corps amorphe,
d’un goût légèrement amer et âpre, blanc jaunâtre, soluble dans
l’alcool, l’éther, les lessives alcalines, insoluble dans la benzine
et le chloroforme. L’acide acétique la colore en jaune verdâtre ; sa
couleur se fonce par les acides sulfurique et nitrique; l’acide
chlorhydrique et le chloral n’exercent aucune action spéciale ;
elle devient rouge sang par une solution d’iode dans l’iodure de
potassium, sa solution alcoolique vire au jaune verdâtre par le
chlorure ferrique ; ne précipite pas par l’ammoniaque ; précipite
en jaune orangé par l’acétate neutre de plomb ; elle n’est pas
modifiée par l’eau de brome.
Comme on peut le voir, cetle substance se rapproche par cer­
taines de ses propriétés des tannins, mais ses autres caractères
permettent de la considérer comme une résine acide.
§. 111. — Matières solubles dans 1alcool absolu.
Le reste de la poudre épuisée par la ligroïne et l’éther, séché
comme précédemment, est placé dans le même récipient avec un
volume connu d’alcool absolu. On agite fréquemment et l’on filtre
(il est bon si l'on veut éviter toute perte de se servir du même filtre
pour toutes ces opérations) au bout de sept jours de macération.
Pour déterminer l’extrait alcoolique, ou prélève un volume
connu de la solution que l’on évapore au B.-M., dans une capsule

en platine tarée, finalement on porte à 110° et l’on pèse. L’extrait
alcoolique équivaut dans ces couditiousà J3gr. J 0/0.
Ce résidu sec a été alors épuisé par l’eau distillée chaude, la
solution aqueuse précipite en noir verdâtre par le chloruré ferrique
et précipite par la gélatine. Nous reviendrons sur l’étude spéciale
de ce tannin que nous désignerons dès à présent sous le nom
d'acide psiditanniqne, pour rappeler son origine. Par refroidissement,
cette solution aqueuse laisse déposer une substance soluble dans
l’alcool et qui présente tous les caractères du psiditannin.
Dans le but de rechercher les alcaloïdes, glucosides... qui pour­
raient se trouver dans le liquide résultant du traitement de l’extrait
alcoolique par l’eau, nous nous sommes adressé au procédé de
Dragendorff, exposé d’ailleurs dans diverses publications (1). Celte
méthode consiste à agiter successivement la solution d’abord
acidulée à l’acide sulfurique avec l’éther de pétrole, la benzine et
en dernier lieu le chloroforme; après chaque opération, le dissol­
vant est purifié par agitation avec de l’eau distillée. Le chloroforme
étant un peu soluble dans l’eau, il est bou d’en débarrasser la
liqueur aqueuse par lavage à l’éther de pétrole, on la sursature
ensuite par l’ammoniaque et l’on procède comme précédemment à
une seconde extraction en solution alcaline, au moyen des véhicules
déjà énumérés et dans le même ordre. Ces différentes dissolutions
n’ont laissé aucun résidu par évaporation spontanée.
Une nouvelle portion de la solution aqueuse débarrassée de
l’acide psiditanuique et des autres substances précipitables par
l’acétate de plomb, réduit nettement la liqueur de Fehling à froid
et à chaud ; examinée au saccharimètre, elle dévie à droite le plan
de la lumière polarisée, ce qui permet de conclure à la présence de
glucose.
Le restant de l’extrait alcoolique non dissous par l'eau a été
épuisé par de l’eau ammoniacale (à 1 : 50) ; la solution rouge brun
ainsi obleuue, légèrement acidifiée par l’acide acétique, abandonne
par évaporation au B.-M. une matière rouge brunâtre. Après lavage
de ce dépôt à plusieurs reprises avec de l’eau distillée chaude,
nous avons obtenu une liqueur rouge sang qui présente tous les
(t) Russ. Arch. f. Gerlchtl. Med. und pharm., t. I, p. 119; Zeitschr. f. Russl ,
5“* année p. 83, 6“' année, p. 663; Manuel de Toxicologie, tr. franç., par le prof.
Rltter.

�caractères de l’acide psiditannique (1), et un résidu brun foncé,
insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’eau ammonia­
cale qui, d’après cela, doit être considéré comme formé par des
phlobaphènes, c’est-à-dire de produits de décomposition du tannin.
Pour nous assurer encore de l’absence d’alcaloïdes dans la partie
insoluble après traitement par la lessive ammoniacale, nous l’avons
épuisé par de l’eau acide et soumis la liqueur à l’action des réactifs.
§ IV. — Matières solubles dans l’eau distillée
La partie de la substance qui a résisté à l’action dissolvante
de l’alcool, après dessiccation à 40° C., a été placée dans un
appareil à déplacement et soumise à l’extraction par l’eau
distillée dans la proportion de 10 c. c. pour 1 gr. de produit.
Après 48 heures de lixiviation avec l’eau froide, nous avons
porté le volume, du liquide à 500 c. c. et déterminé l’extrait sec à
110°, ce qui équivaut à 6 gr. 7 %.
Ce même extrait après calcination au rouge donne comme pro­
portion des matières minérales solubles dans l’eau environ 1,95%L’examen qualitatif de ces cendres y révèle la présence des acides
chlorhydrique, sulfurique, phosphorique, carbonique, combinés au
potassium, au calcium et au sodium, au magnésium et à des traces
de fer.
Le traitement à l’alcool du paragraphe précédent n’a pas sufli à
isoler tout l’acide psiditannique, nous avons pu, en ellet, le carac­
tériser dans l’extrait aqueux.
Une portion de cette solution aqueuse a été ensuite mélangée
avec deux fois son volume d’alcool absolu et le tout abandonné dans
un vase bien couvert pendant 24 heures dans un endroit frais.
Au bout de ce temps, il se sépare au fond du récipient un pré­
cipité floconneux, légèrement coloré en rouge brun, que nous
avons recueilli sur un filtre et purifié par des lavages au moyen de
l’alcool à 65° C. Le résidu resté sur le filtre, peu abondant d’ailleurs,
est formé surtout de matières pectiques, mélangées d’une faible pro
(1)
Cel acide psiditannique provient d’un épuisement insuffisant de l’extrait
alcoolique par l'eau, et surtout de ce qu’une partie de ce tannin se précipite par
refroidissement de la solution.

portion de matières albuminoïdes non facilement solubles dans l’eau
froide. En dissolution dans l’eau, il fournit un précipité caséeux
par l’acétate neutre de plomb, ne précipite pas par le chlorure fer­
rique en solution; après une digestion prolongée à 100° avec de
l’acide sulfurique, il réduit la liqueur cupro-potassique; enfin, sa
dissolution n’est pas épaissie par le borax.
La liqueur alcoolique séparée du précipité avec les eaux de
lavage a été alors concentrée au bain-marie jusqu’à réduction à un
petit volume. Pour y rechercher les acides végétaux, nous l’avons
additionnée d’acétate neutre de plomb tant qu’il s’est produit un
précipité; le dépôt obtenu, abandonné vingt-quatre heures au sein
des eaux-mères, puis recueilli sur un filtre taré, est séché et pesé.
On met le précipité à part et l’on incinère d’abord le filtre seul dans
une capsule en platine, en aidant la combustion avec un peu de
nitrate d’ammoniaque; on réunit aux cendres du filtre le précipité
lui-mème et on calcine le tout jusqu’à poids constant.
Dans ces conditions, si l’on retranche du poids connu du pré­
cipité celui de l’oxyde de plomb obtenu, on a par différence la pro­
portion des produits qui ont précipité par le sel de plomb.
Mais, comme la liqueur alcoolique renferme une certaine quan
tité d’acide psiditannique, on ne peut conclure, a priori, à la pré­
sence d’acides végétaux, d’après la différence de poids trouvée.
Aussi nous avons précipité une autre portion égale de la liqueur
par l’acétate de cuivre; le dépôt recueilli sur un filtre taré est séché
et pesé; ce précipité est ensuite incinéré avec les précautions déjà
indiquées. La différence entre le poids du précipité cuivrique et
l’oxyde de cuivre obtenu correspond à l’acide psiditannique qui se
trouvait dans la solution.
En opérant de la sorte, si l’on déduit du poids des substances
qui ont précipité dans l’acétate de plomb, celui de l’acide psiditan­
nique, on arrive à un chiffre égal à 0630 p. %.
Pour nous rendre compte de la nature des composés précipitables
par le sel de plomb, nous avons décomposé le précipité plombique
mis en suspension dans l’eau distillée par un courant d’hydrogène
sulfuré. La liqueur filtrée, débarrassée du tanuin par la gélatine et
soumise à l’action des réactifs des acides oxalique, tartrique,
malique, citrique et racémique, a donné des résultats négatifs.
L’excédent du poids des substances précipitées par le sel de plomb

�—

118

sur celui des matières précipitées par le sel de cuivre est tout sim
plement dû à la présence d’une petite quantité d'acides minéraux
provenant des sels qui se trouvent dans l’extrait aqueux. L’on sait,
en elTet, que l’alcool dilué exerce une action dissolvante assez
appréciable quand il s’agit des sels halogènes alcalins et même
alcalino-terreux.
Nous avons vu dans le paragraphe précédent que l’alcool con­
centré tenait eu solution un peu de glucose, mais l’alcool absolu
froid ne dissout pas en général la totalité du glucose, la majeure
partie se retrouve dans la solution aqueuse. Nous l’avons carac­
térisé en déféquant cette liqueur par l’acétate de plomb, éliminant
l’excès de plomb par quelques gouttes d’acide sulfurique et
essayant dans le liquide filtré le réactif de Fehling et celui de
Bottger (sous-nitrate de bismuth et carbonate de soude).
Si l’on détermine quantitativement le glucose dans une fraction
connue de la solution déféquée avant et après digestion à chaud
avec l’acide chlorhydrique dans un appareil à reflux on constate
dans les deux opérations la même proportion, ce qui démontre
l’absence de saccharose.
Pillitz (i) recommande avec raison l’emploi de l’acide sulfurique
pour effectuer l’interversion du sucre de canne, Dragendorff préfère
en général, l’acide chlorhydrique, à moins que l’on soit obligé dans
la suite d’éliminer l’excès d’acide, dans ce cas, il serait plus avanta­
geux de se servir de l’acide sulfurique qu’on précipiterait alors par
le carbonate de baryum.
Nous avons procédé ensuite à la recherche des alcaloïdes, en
alcalinisant la liqueur par l’ammoniaque et épuisant par l’éther ;
nous avons effectué l’extraction par la benzine de la même façon.
L’évaporation de ces dissolvants ne laisse pas de résidu de nature
alcaloïdique.
Si l’on acidulé la solution aqueuse par 1-2 gouttes d’acide acé­
tique, il ne se produit aucun précipité à froid : absence de légumine,
à l’ébullition il se dépose un précipité floconneux blanchâtre formé
d’un mélange d'albumine végétale et de globuline. En effet, la liqueur
faiblement aiguisée par l'acide acétique précipite par 12 gouttes
d’acide chlorhydrique. Une nouvelle portiou de la solution, saturée
(1) Zeitsch. f. Anal, chem., t. X, p. 456.

—

119

—

par un courant d’anhydride carbonique laisse déposer des flocons
de globuline, lesquels, examinés au microscope, n’offrent aucune
structure cristalline. L’acide picrique, le ferro-cyanure de potas­
sium additionné d’acide acétique, le réactif iodo-ioduré déterminent
au sein de la solution aqueuse un précipité assez notable après
quelque temps de contact.
En mélangeant volume égal de cette liqueur et d’une solution
saturée de sulfate de magnésium, on précipite en même temps
l’acide psiditannique et la globuline végétale, le liquide filtré se
trouble par ébullition avec l’acide acétique et fournit un précipité
par le cyanure jaune de potassium après 12 heures de contact.
Nous avons ensuite traité une autre partie de la solution par
deux fois son volume d’alcool à 90°, délayé dans la liqueur limpide
une quantité suffisante de magnésie calcinée et soumis le tout à la
distillation Le distillatum n’avait pas une réaction alcaline, et ne
donnait pas de précipité ni par le réactif de Nessler, ni par le perchlorure de platine, d’où il suit, l’absence de sels ammoniacaux.
§V
Matières solubles dans une lessive faible de soude.
Le résidu du traitement par l’eau, encore humide est délayé
dans une lessive très étendue de soude (2 p. %&lt;&gt;)• Nous avons fait
trois macérations successives de 24 heures chacune, et nous avons
ainsi obtenu un liquide fortement coloré en rouge brunâtre qui
abandonne après évaporation un extrait équivalent à 10 g. 8 p. °/0
de la substance primitive.
Une portion de cette liqueur additionnéede trois foisson volume
d’alcool à 90° et faiblement aiguisée d’acide acétique laisse préci­
piter, après un repos de 24 heures dans un endroit frais, un dépôt
assez abondant, légèrement coloré, qu’on purifie par lavages au
moyen d’alcool à 75°. Ce précipité possède un aspect gélatineux ;
il est soluble lentement dans l’eau à froid, rapidement à chaud.
L’acétate neutre de plomb donne naissance, dans sa dissolution à
un précipité caséeux d’un blanc sale ; le perchlorure de fer, un
précipité floconneux blanc jaunâtre aussi ; le ferrocyanure de
potassium en liqueur acétique, un précipité blanc après quelque

�—

120

—

temps ; l’acide pierique, un précipité blanc. Sa solution n’est pas
épaissie par le borax, ni troublée à l’ébullition par l’acide acétique.
Ce dépôt est constitué par des matières pectiques, correspondant
à l’acide métarabique de Scheibler, et une petite quantité de
matières albuminoïdes que l’eau froide, dans le traitement du para­
graphe précédent, n’a pas entraînées.
Les matières protéiques insolubles ou peu solubles dans l’eau
à la température ambiante, sont facilement dissoutes par la lessive
de soude. Après l’épuisement de la substance par cette liqueur
alcaline, on peut admettre d’après les nombreux travaux effectués
sous la direction de Dragendorll (1) qu’il ne reste plus que des
traces d’azote, sauf dans certains cas et alors dans des parties
extrêmement subéreuses.
Le liquide séparé par filtration du précipité après le traitement
à l’alcool et l’acide acétique, a été évaporé à sec au B.-M. L’eau
distillée enlève à ce résidu de Yacide psiditannique reconnaissable
au précipité noir verdâtre qu’il donne avec le perchlorure de fer.
Le restant, insoluble dans l’eau, cède à l’alcool concentré une
faible quantité de phlobaphènes.
Enfin, l’eau ammoniacale (1 : 50) dissout la partie de ce résidu
que l’alcool n’a pas entraîné. Ce dernier résidu brun paraît u’ètre
formé que de produits analogues aux phlobaphènes, mais qui ont
été modifiés sous l’influence de la chaleur pendant l’évaporation.
§ VI
Matières solubles dans l’acide chlorhydrique étendu
On lave à l’eau, par décantation, le restant de la substance non
attaqué par la soude, et on le met en suspension dans une solution
à 1 % d’acide chlorhydrique. Au bout de 48 heures de macération,
nous l’avons soumis à une digestion de 4 heures au B. M. dans un
appareil à reflux. La solution limpide, d’un jaune d’or, fournit un
extrait sec, égal à 11,4 %.
Par incinération, cet extrait laisse 2,G % de matières minérales.
En agitant une portion de cette solution avec de l’éther, celui-ci lui
(1) Trefïner, Dissert. Dorpat, 1881.

MNM

mhmr

— i

121

—

enlève des traces d'acide gallique, cela n’a rien d’étonnant puisque
l’acide gallique est, comme nous le verrons plus loin, un des pro­
duits de dédoublement du psiditannin.
La liqueur limpide a été neutralisée par de l’ammoniaque et
additionnée de deux volumes d’alcool à 90° ; il s’est formé, dans ces
conditions, un précipité de pararabine et d’oxalate de calcium,
mélangé d’autres sels minéraux insolubles dans l'alcool.
Ce dépôt lavé avec de l’alcool faible, séché et pesé, équivaut à
2 gr. 4 %• Pour avoir la valeur de la pararabine et de l’oxalate de
chaux, nous avons pris un volume déterminé de la liqueur, et nous
l’avons alcalinisée légèrement par l’ammoniaque, sans addition
d’alcool ; le précipité lavé, séché et pesé, correspond à 1 gr. 6 % ;
la pararabine se gonfle, en effet, par l’eau et ne s’y dissout qu’à la
faveur des acides, les alcalis la précipitent de sa solution.
Quant à l’oxalate de chaux que nous avons signalé dans la
partie anatomique, comme existant sous la forme de cristaux
octaédriques et de màcles étoilées dans les cellules du parenchyme
foliaire, on peul l’isoler soit en alcaliuisant la liqueur primitive
par l’ammoniaque, puis acidifiant par l’acide acétique ou bien en
ajoutant de l’acétate de sodium. Dans les deux cas, l’oxalale de
chaux insoluble dans l’acide acétique, se dépose et peut être dosé
par pesée directe. Pour nous assurer que ce précipité n’était formé
que d’oxalate de calcium, nous l’avons incinéré au chalumeau jus­
qu’au rouge blanc, et du poids de l’oxyde de calcium nous avons
déduit celui de l’oxalate de chaux (0,70 %) qui concorde préci­
sément avec le chiffre trouvé directement.
Une autre portion de la liqueur chlorhydrique, déféquée par
l’acétate plombique, réduit le réactif de Fehling. Le glucose pro­
vient de l’action de l’acide chlorhydrique étendu et chaud sur les
hydrates de carbone, on ne peut l’attribuer à l’amidon puisque
l’examen microscopique ne nous a pas révélé la présence de ce
dernier composé organique dans les cellules du parenchyme
foliaire.

�122

— 123 —

—

Résumé de la composition chimique générale des
feuilles du Ps. pomiferum &lt;*).

§ VII. — Matières solubles dans l’eau chlorée
Après le traitement par l’acide chlorhydrique, le restant a été
séché, pesé, puis macéré dans l'eau de chlore récemment pré­
parée. Au bout de 8 jours de macération, eu ayant soin de renou­
veler l’eau de chlore tous les deux jours, le dépôt jaune pâle a été
recueilli sur un filtre et lavé d’abord avec une lessive étendue, de
potasse (3 p. %„) tant que la liqueur passe colorée en brun ; puis à
l’eau distillée, enfin séché et pesé. La perte de poids correspondant
à la lignine, cutine et substances cuticulaires, s’élève à lOgr. 2%.
Le résidu, inattaqué par l’eau chlorée, a été ensuite digéré dans
de l’acide azotique de D. 1,18, additionné d’un peu de chlorate de
potassium dans un verre à pied, trois jours out suffi pour décolorer
presque complètement ce résidu, sans qu’il lût nécessaire de ren­
forcer l’acide. Lavé à l’eau distillée, à l’eau ammoniacale (1:50), à
l’alcool et enfin à l’éther, ce dépôt n’est plus formé que de cellulose
souillée d’un peu de silice et de sable. 11 suffit de le peser sec, et en
retranchant le poids de silice après calcination, ou obtient la valeur
de la cellulose pure.
La différence de poids avant et après le traitement par le
mélange oxydant correspond à la substance du mésophylle, etc.
§ VIII. — Matières minérales.
Nous les avons obtenues en incinérant au chalumeau un poids
déterminé de feuilles grossièrement divisées. La proportion moyenne
calculée d’après plusieurs opérations analogues est de 7 gr. 5 % de
cendres totales.
L’examen qualitatif y démontre la présence des aides carboni­
que, phosphorique, sulfurique, chlorhydrique, silicique, combinés
aux bases suivantes par ordre d’importance : potassium, calcium,
sodium, magnésium et fer.
L’acide oxalique qui se trouve dans la feuille à l’état d’oxalate de chaux, a été, comme on le sait, transformé en acide car­
bonique par la calcination.

1° E xtrait abandonné par la ligroïne :

3 gr. 1

Chlorophylle, acide gallique, résine acide............................

4 gr. 4

Acide psiditannique, glucose, phlobaphènes, chlorophylle .

i3 gr. 5

Cendressolubles, psidilannin, mat. pectiques, mal. protéiques
(albumine végétale, globuline), glucose. .............................

6 gr. 7

Mat. pectiques et albuminoïdes insolubles dans l’eau, psiditannin, phobaphènes et subst. analogues...................................

10 gr. 8

Sels minéraux, pararabine, glucose, a. gallique. . . . .

il gr. 4

2° E xtrait étliéré :

3° E xtrait alcoolique :

4° E xtrait acineux :

5° E xtrait abandonné par la lessive étendue de soude :
6° E xtrait abandonné par l’a. chlorhydrique étendu :

7°

p. o/o.

Huile essentielle, matières grasses, chlorophylle, matières
cireuses. .
...................................
.............................

Lignine et subst. culiculaires..................................
Cellulose pure . . .
...................................
Subst. du mésophylle, etc.........................................
S i l i c e ...............................................
. . . .

2
9
1
4

48 gr. 6

CO*, Cl H, S(H H», PO* H3, Si O*, K, Ca, Na, Mg, Fe. . . .

7 gr. 5

8° M atières minérales :

C h a pitr e

10 gr.
23 gr.
14 gr.
0 gr.

II

§ Ier. — Acide psiditannique.
L’acide psiditannique existe, comme nous l’avons vu, dans les
feuilles du P.s. pomiferum, notamment dans les cellules du tissu
lacuneux et du tissu parenchymateux des nervures. Dans le
chapitre précédent nous l’avons signalé dans l’extrait alcoolique
et l’extrait aqueux, et à l’état de traces dans la solution alcaline.
(1) Ces (eullles étaient étiquetées de provenance Tahiti et Saint-Pierre de la
Martinique.

�— 124
Nous allons nous occuper successivement, dans ce paragraphe,
de ses modes d'extraction, de sa purification, de ses propriétés
générales, de sa constitution au point de vue chimique, et eutin de
son dosage.
Extraction. — Il existe un grand nombre de procédés pour
l’extraction des tannins : cela se conçoit si l’on tient compte de leur
grande variété, de leur solubilité différente dans un véhicule donné
et de leur proportion relative dans les végétaux dont on les retire.
On peut dire que pour chaque plante, il est avantageux de se servir
d’un procédé d’extraction particulier, si l’on veut obtenir la totalité
ou tout au moins la plus grande partie du principe astringent,
chargé le moins possible de substances étrangères. Cette dernière
condition est importante quand il s’agit de composés aussi faci­
lement altérables que les tannins, lesquels sont susceptibles de se
transformer partiellement, de se dédoubler même à la suite des
manipulations qu’on leur fait subir pour les purifier. Le choix du
dissolvant est encore à considérer, l’on sait que certains tannins
parfaitement solubles à un moment donné, deviennent ultérieu­
rement insolubles, si on les expose longtemps à l’action de la
chaleur et de l’air atmosphérique ; c’est ce qui arrive pour un bon
nombre de tannins lorsqu’on évapore leurs dissolutions.
Lorsqu’une plante renferme plus de 5 % de tannin, Trimble (1)
place dans un percolateur la substance donuée finement pulvérisée
avec de l’éther commercial, ou le mélange suivant, qui donne de
bons résultats.
Éther absolu............................................................... 74 gr.
Alcool......................................................................... 36
E a u ..........................................................................p. q.

Après une lixiviation suffisante, précédée d’une macération, il
récupère l’éther ou le mélange éthéro-alcoolique par distillation et
évapore le restant à basse température. On reprend le résidu par
une quantité suffisante d’eau chaude, afin que la filtration soit
rapide. Le liquide aqueux est concentré d’abord au bainmarie
jusqu’à consistance pâteuse, puis dans le vide ou sur l’acide sul­
furique.
(1) Trimble, The tanins, v. I.

— 125 —
Le mélange éthéro alcoolique susmentionné a pour densité
0,750 et ne se sépare pas en deux couches, comme celui qu’on
emploie pour extraire l’acide gallotanuique.
Ce procédé est très avantageux si l’on a égard à la vol itiiilé
facile du dissolvant ainsi qu’au petit nombre de matières étrangères
qui souillent le tannin, mais on n’obtient pas de la sorte la totalité
du principe astringent (1).
L’acide psiditannique obtenu par ce procédé est plus facile à
purifier, puisque le mélange éthéro-alcoolique n’entraîne pas les
matières sucrées, mucilagineuses, albuminoïdes, etc., lesquelles se
dissolvent dans l’eau.
Si la proportion du tannin est inférieure à 5 %. il conseille
d’employer l’eau comme véhicule.
Quoiqu’il en soit, l’extraction par l’eau distillée est trop longue ;
il faut employer une assez grande quantité d'eau pour ne pas
entraîner les phlobaphènes en solution, et l’on est ainsi amené à
évaporer un volume considérable de liquide, ce qui n’est pas sans
inconvénient pour le psiditannin. D’ailleurs, l’eau dissout en même
temps les matières sucrées, la majeure partie des composés pectiques et albuminoïdes.... dont la présence favorise l’altération du
tannin et en rend la purification plus laborieuse.
Dans tous les cas, la solution obtenue doit être évaporée au bainmarie jusqu’à consistance molle; ce résidu est alors repris par de
l’alcool fort, et l’on précipite l’acide psiditannique par l’acétate
plombique pour le débarrasser du peu de glucose et de matières
pectiques entraînés ; ce précipité est ensuite mis en suspension dans
de l'eau chaude et décomposé rapidement par un courant d’hydro­
gène sulfuré; ou sépare par filtration le sulfure de plomb formé,
et l’on évapore le liquide clair avec les précautions ordinaires.
Lœwe préconise l’extraction par l’alcool absolu; Dragendorff(2)
préfère aussi l’emploi de ce dernier. Sa méthode suppose que la
substance est fiuement divisée et que le tannin est insoluble dans
l’éther pur (exempt d’alcool). On traite par l’alcool bouillant la
poudre préalablement épuisée par l’éther. On distille alors dans le
vide cette solution alcoolique et l’ou évapore ensuite au bain-marie.
(1) DragendorfT-SchlagdenhaufTen, Analyse chlmiq. des végét., p. 26.
(2) DragendortI et Schlagd. Anal. chim. des végét., § 51, p. 32.

�(1) Dragendorfl et Scblagd. Anal, china, des végét., p. 141.
(2) Zeitsch. f. an. Chem., t. XII, p. 128.
(3) Pharrn. Zeitsch. I. Russ., 1880, p. 577.

---.. .y.
-

--- -------- ----- --------- ’ "

— 126
Le résidu de l’évaporation est constitué par un mélange d’acide
psiditanuique, de phlobapliènes et substances analogues; on le
reprend par une quantité suffisante d’eau chaude (quoique réputés
comme insolubles dans l’eau, les phlobapliènes peuvent être par­
tiellement entraînés en liqueur concentrée)(1), on (iltre, on précipite
par l’acétate de plomb et l'on continue l’opération comme précé­
demment.
L’acide psiditanuique obtenu par ces procédés est encore souillé
d’une faible proportion de corps étrangers, il est par conséquent
nécessaire de le purifier.
Purification. — On peut lui appliquer le procédé recommandé
par Trimble pour la puritication de l’acide gallotannique. Il en
dissout 10 gr. dans 200 c.c. d’eau distillée, puis il ajoute goutte à
goutte une solution d’acétate de plomb au 1/10 jusqu’à ce que le
précipité qui se forme cesse d’être granuleux, et soit d’un blanc
laiteux. A ce moment, il 1111re, il lave le dépôt avec eau distillée
q. s. pour compléter le volume à 200 c.c. Cette liqueur est agitée
en deux fois successives avec 75 c.c. d’éther acétique, on décante
la couche supérieure et l’on évapore la solution aqueuse au bainmarie jusqu’à sec. Pour le débarrasser de l’acide gallique, il dissout
le résidu dans l’eau et agite avec l’éther pur; le liquide aqueux,
séparé par décantation et évaporé avec les précautions habituelles,
abandonne du tannin pur.
Lœwe (2) a obtenu l’acide sumac tannique, de même Raabe (.3),
l’acide ratanhia-tan nique, dans un grand état de pureté, en dissol
vant les produits de la première opération dans l’eau, ajoutant du
chlorure de sodium, puis agitant avec l’éther acétique ou des dis­
solvants analogues, selon le cas. On enlève l’acide gallique par
agitation de la solution aqueuse avec l’éther avant l’addition du
sel de sodium.
Ce procédé ne peut servir pour purifier l’acide psiditanuique,
puisque ce dernier précipité par une solution concentrée de chlo­
rure de sodium.
Le moyen le plus simple consiste à précipiter le produit de la

127 première opération par l’acétate plombique, et ici il y a cet avan­
tage qu’on peut se servir de l’alcool au lieu d’eau. On opérera par
précipitation fractionnée en rejetant le dépôt qui se forme au com­
mencement et à la fin, et ne conservant, par conséquent, que la
partie qui contient le moins de corps étrangers. Ce précipité est
mis en suspension dans de l’eau distillée qu’on maintient à la
chaleur du B-M, on fait passer rapidement un courant d’hydrogène
sulfuré, on liltre la solution chaude, ou évapore au B-M jusqu’à
consistance sirupeuse et l’on achève la concentration sur l’acide
sulfurique. Le résidu est lave à deux ou trois reprises avec de
l’éther pur pour le débarrasser de l’acide gallique, et l’on obtient,
dans ces conditions, de l’acide psiditannique suffisamment pur.
L’emploi de l’alcool et de l’eau chaude est nécessaire si l’on
veut perdre le moins possible du tannin; à la suite de ces manipu­
lations, notamment, l’action de la chaleur, une partie du psiditannin devient insoluble dans l’eau froide. De même le lavage du
précipité plombique, sa décomposition par l’hydrogène sulfuré,
doivent s’eflectuer rapidement, et l’on ne doit évaporer le liquide
que jusqu’à consistance pâteuse; à ce moment il faut achever dans
le vide ou sous l’ex siccateur à acide sulfurique, si l’on veut éviter
son altération sous la double influence de la chaleur et de l’oxy­
gène de l’air.
Propriétés physiques et chimiques. — Ainsi purifié, l’acide psidi­
tannique se présente sous la forme d’un corps amorphe de couleur
rouge brun eu masse, rouge sang en couche mince, soluble entière­
ment dans l’eau chaude, partiellement insoluble à froid. Sa disso­
lution aqueuse possède une réaction acide, une saveur astringente
non désagréable, et une odeur particulière peu prononcée. 11 est
facilement soluble dans l’alcool, insoluble dans l’éther pur, la
benzine, le chloroforme et l’éther de pétrole. Il se dissout, par
contre, dans les lessives alcalines, donnant ainsi des solutions d’un
brun rougeâtre plus ou moins foncé.
En solution dans l’eau, il fournit :
Par le
—
—
—
—
—

perchlorure de fer. .
bichromate de potasse
sulfate de magnésie.
chlorure de sodium.
l’eau de chaux. . . .
carbonate de soude .
(en solution concentrée)

un précipité
—
—
—

noir verdâtre
brun.
— rougeâtre.
rouge.
rouge.

�Constitution chimique. — La constitution chimique d’un tannin
se détermine d’après ses produits de décomposition, sous l’action
des réactifs physiques et chimiques.
Autrefois, ou se contentait de voir si l’acide tannique donné
présentait l’une ou l’autre des propriétés générales de l’acide gallotannique, notamment l’action des sels ferriques. Cette manière de
les caractériser est évidemment insuffisante, puisque des tannins
peuvent se comporter de la même façon vis à-vis d’un réactif, tout
en ayant un poids moléculaire différent et des affinités chimiques
qui sont loin d’être identiques.
Pour déterminer la nature de l’acide psiditannique, nous avons
examiné successivement ses produits de dédoublement sous l’in­
fluence de la chaleur, des acides dilués et enfin des alcalis.
Action de la chaleur (1).
Lorsqu’on soumet les tannins à une température de 120-100°,
leur couleur se fonce d’abord, puis ils se décomposent en donnant
naissance,en même temps qu’à d’autres produits, les uns à du pyrogallol, les autres à de la catéchiue.
L’application de la chaleur peut s’effectuer de diverses façons.
On peut placer un échantillon du tannin dans une petite cornue
en verre, élever graduellement la température de 100° à 200°, et la
maintenir constante entre 200°-210° Cependant 20 minutes envi­
ron. On a proposé de faire passer en même temps un courant de
CO2 afin d’entraîner plus rapidement les produits volatils.
Thorpe chauffe 1 gramme du tannin avec 5 grammes de glycé­
rine dans une petite cornue, il élève graduellement la tempé­
rature jusqu’à 160° et la maintient alors durant 20 à 30 minutes
entre 200°-210° G.; au bout de ce temps il laisse refroidir et il ajoute
à la masse 20 cc. d’eau distillée. Le liquide est alors agité avec son
volume d’éther, sans filtration préalable; la couche éthérée est
décantée, évaporée à sec à la température ordinaire, et le résidu
repris par 50 cc. d’eau distillée. On recherche dans cette solution le
pyrogallol ou la catéchiue, par leurs réactions respectives. Mais
(1) Trimble, The tanins, t. I.

l’éther s’émulsionne facilement avec beau glycérinée, de telle
sorte que sa séparatiou d’avec ce dernier liquide offre quelques
difficultés.
Il vaut mieux alors agiter avec l’éther la glycérine, sans addi­
tion préalable d’eau, ou bien se servir de la paraffine, ainsi que
nous avons opéré pour l'acide psiditannique.
A 1 gr. de ce dernier, nous avons ajouté 3 gr. de paraffine et
nous avons introduit le mélange dans une petite cornue en verre
munie de deux tubulures dont l’une communique avec un ballon
refroidi, l’autre est traversée par la tige d’un thermomètre plon­
geant dans la masse. Nous avons chauffé au bain de sable à une
température maintenue constante entre 200-210° pendant une
demi-heure. Lorsque le tout s’est refroidi, nous avons enlevé la
paraffine par des lavages successifs à l’éther de pétrole et le résidu
a été repris par l’eau distillée.
La solution aqueuse a été ensuite épuisée par l’éther, celui-ci
décanté et évaporé, abandonne une petite quantité d’un produit
dont la solution dans l’eau distillée présente les caractères du
pyrogallol.
Action des acides étendus.
En se basant sur l’action qu’exercent les acides étendus sur les
tannins, on a classé ces derniers en deux catégories : les uns se
dédoublent en glucose et d’autres composés, ce sont des glucosides ;
les autres, au contraire, ne jouissent pas de cette propriété.
Pour effectuer cette opération, nous avons dissous Ugr. 50 de
psiditanniu dans 50 c. c. d’eau acidulée avec 1 gr. d’acide chlorhy­
drique pur ; le tout a été mis dans un ballon communiquant avec
un réfrigérant inverse, nous avons ainsi chauffé à 100° pendant
3 heures.
Au bout de ce temps, nous avons laissé refroidir et nous avons
séparé alors par filtration la partie insoluble.
La liqueur, d’un beau rouge légèrement brunâtre, a été agitée
avec l’éther pur à plusieurs reprises. La solution éthérée aban­
donne par évaporation un résidu jaune clair que nous avons repris
par l’eau distillée. Dans la solution aqueuse ainsi obtenue, nous
avons pu caractériser nettement Vacide gallique.

�— 130 —
Nous avons procédé ensuite à la recherche du glucose dans le
liquide débarrassé de l’acide gallique. Pour cela, nous l’avons
d'abord neutralisé par q. s. de soude caustique, puis traité par
l’acétate neutre de plomb, dans le but de précipiter le tannin non
décomposé et les autres produits étrangers. La liqueur, débar­
rassée par un courant d hydrogène sulfuré de l’excès de plomb,
nous a donné les réactions suivantes du glucose.
Réduction delà liqueurcupro-potassique :
Coloration jaune par les alcalis à chaud ;
Décoloration d’une solution de sulfate d’indigo.
La partie iusoluble, après le traitement par l’acide chlorhydri­
que étendu, est brunâtre, et devient rouge cramoisi intense par
l'acide nitrique. D’après Trimble, cette réaction indiquerait l’exis.
tence de l'acide ellagique. Ce résidu ne cède que peu de chose à
l’alcool ; la solution alcoolique donne un précipité rouge orangé
par l’acétate plombique et une coloration vert noirâtre par le
chlorure ferrique, cela est dû probablement à un peu d’acide psiditannique non décomposé et devenu insoluble dans l’eau froide. En
agitant avec l’éther ce même résidu, on obtient après évaporation un
très faible dépôt précipitant en jaune par l’acétate de plomb. Cette
dernière réaction (1), ainsi que celle de l’acide azotique, ne nous per
mettent pas d’affirmer la présence de l’acide ellagique. D’un côté,
vu le peu de substance dont nous disposions, nous ne pouvions
réussir à obtenir de l’ellagèue C10H14 par distillation sèche avec la
poudre de zinc, et de l’autre, la coloration verte par le perchlorure
de fer ne s’est pas modifiée, même après 24 heures.
Ce même résidu brun est soluble complètement dans une lessive
étendue de soude caustique. Cette solution, acidulée légèrement
par l’acide acétique, a été additionnée de trois fois son volume
d’alcool à 90°. Après 24 heures de repos, dans un endroit frais,
nous avons recueilli sur un filtre le précipité déposé. La liqueur
séparée du précipité et évaporée jusqu’à siccité au B-M pourchasser
l’alcool laisse un résidu incomplètement soluble dans l’eau. La dis­
solution aqueuse (a) fournit :
Un précipité rouge brun clair par l’eau de chaux.
Un précipité rouge orangé par l’acide sulfurique.
Un précipité brun par Je chlorure ferrique.

(1) Dragendorfl-Schlagdenhauflen, p. 148.

Quant à la partie insoluble dans l’eau, elle est colorée en brun,
soluble dans l’alcool, dans l’eau ammoniacale et possède par consé­
quent les caractères des phlobaphènes.
Le précipité rouge-brun recueilli sur le filtre après le traitement
par l’alcool, se dissout entièrement dans beaucoup d’eau et présente
les mêmes réactions que la solution (a). Cette substance est, par
conséquent, partiellement soluble dans l’eau alcoolisée, mais se
dissout d’une façon complète dans l’eau seule ; l’alcool à 90° ne la
dissout pas à froid. Si on évapore sa solution au B.-.M., le résidu
n’est plus entièrement soluble dans l’eau même à chaud.
D’après ce que nous venons de voir, l'acide psiditannique se
dédouble sous l’intluence de l’acide chlorhydrique étendu en glucose,
acule gallique, acide ellagique (?) et un peu de phlobaphènes.
Les tannins glucosidiques fournissent généralement en se
décomposant, en même temps que du glucose, un seul composé de
la série aromatique. Mais ils peuvent donner naissance, comme
l’ont démontré MM. Grüning et Fridolin (1), en étudiant le tannin
des uymphéacées,à deux et même plusieurs de ces produits de
dédoublement.
L’acide psiditannique se rapprocherait, d’après cela, de ces
acides nymphétaniques dont l’un fournit, en effet, dans les
mêmes conditions, de l’acide gallique et un autre acide très voisin
de l’acide ellagique. Ou bien y aurait-il daus le tannin du Psidium
un mélange d’acide gallotauuique et d’un autre tannin glucosidique
à noyau ellagique, identique à celui qu’on a retiré du grenadier
(Punica granatum) ? (2).
Action des alcalis.

Les alcalis eu solution moyennement étendus transforment les
tannins (3) :
Soit eu protocatéchiue ou pbloroglucine ou acide acétique, ce
sont les
T annins catécbiques ;
Soit en acide gallique ou ellagique, ce sont les
T annins pyk og alliqu es .
(1) Grûniüg, Beilr. z. Chem, d- Nymphe accen, Disserl. Dorpat, 1881, Fridoliu.
(2) Brœmer, les Tannoïdes, 1890, p. Gd.
(i) Trimble, The tanins, 11.

�132 —

L'auteur conseille d’opérer sur 20 gr. de tanniu ; nous n’avons
pu utiliser que 2 gr. seulement. Nous avons fait macérer ce poids
de psiditanuin pendant 3 heures dans 25 cc. d’une lessive de potasse
de densité 1,20 (environ 22 %)• Ce soluté a été ensuite concentré
au B-M, en agitant constamment, jusqu'à consistance pâteuse; une
fois la masse refroidie, nous avons saturé par l’acide sulfurique
dilué, filtré et neutralisé exactement l’excès de ce dernier acide
par le bicarbonate de soude. La solution a été alors agitée avec
l’éther plusieurs fois successives, l’éther s’est ainsi chargé d’un
produit jaune clair qui, repris par l’eau distillée, devient rouge par
le cyanure de potassium et se colore en vert noirâtre par le perchlorure de fer : acide gallique.
Pour terminer, autant qu’il nous été possible de faire, ce qui a
trait à la constitution chimique de l'acide psiditannique, nous avons
déterminé le poids d’oxyde de plomb que laisse après calcination
une quantité connue de tannate plombique.
Au psiditanuin dissous dans l’alcool, nous avons ajouté une
solution alcoolique d’acétate de plomb (1), le précipité a été rapi­
dement lavé à l’alcool bouillant, séché et pesé. Par incinération de
précipité avec les précautions déjà indiquées, nous avons trouvé
59 gr. 46 d'oxyde de plomb pour 100 du précipité plombique.
»Dosage de l’acide psiditannique. — Nous n’avons pas la préten­
tion de développer dans ce paragraphe les méthodes connues pour
le dosage des matières tannantes : elles sont très nombreuses (2),
par contre, toutes n’ont pas la même valeur au point de vue de
l’exactitude des résultats. Nous nous sommes borné à l’emploi de
deux méthodes des plus recommandées, l’une volumétrique
(Lowenthal), l’autre par pesées (Girard), et nous avons cru avoir
ainsi un contrôle suffisant quant aux chiffres auxquels nous
sommes arrivé.
Procédé de Low enthal (3)

En résumé, on prend une solution étendue de permanganate de
potasse et on détermine la quantité nécessaire de celle-ci pour faire
(1) Lœwe, Zelt. I. anal. Chem., 1875, p. 38.
(2) Dragendorfl-Schlagd., An. chiin. des Végét., p. 33 à 37.
(3) Trimble, The tanins, VI, methods (or estimallng tanins.

— 133 -

virer au jaune un volume connu d’une solution de sulfate d’indigo
d’abord seule, puis additionnée d’une solution titrée du tannin pur
que l’on veut doser dans la substance donnée.
Une autre portion égale de cette solution de tannin est débar­
rassée de celui-ci à l’aide de la gélatine, et la liqueur filtrée, mélan­
gée à un volume de la solution d’indigo égal à celui de la première
opération, est alors titrée avec le permanganate de potassium.
La différence entre les deux lectures, avant et après élimination
du tannin, représente évidemment la quantité de permanganate
qui suffit pour oxyder un poids connu de ce tannin.
Dès lors, pour doser ce tannin dans une plante, par exemple, on
prépare la décoction astringente correspondant à un poids donné
du végétal, et l’on compare la quantité nécessaire de permanga­
nate alcaliu, pour oxyder un volume déterminé de cette solution,
avec celle qu’il fàul pour un poids connu de tannin pur.
Préparation de la solution astringente. — On pulvérise un demi
à un kilog. de la substance, de manière à avoir une poudre fine et
homogène. On en prélève 5, 10, 20 gr., suivant la richesse en tannin,
qu’on soumet à l’action de 200 cc. d’eau bouillante pendant une
demi-heure, on lave le marc avec de l’eau chaude, et l’on achève le
volume à 1000 cc.
On peut encore faire une macération de trois à quatre heures
suiviede la lixiviation, à l’aide del’eau distillée froide,ensuite opérer
comme précédemment à chaud ; cette méthode est utile quand
on veut séparer deux variétés de tannin, l’un soluble dans l’eau
froide, l’autre à chaud seulement.
P répa ra tio n

des liqueurs titr é es .

A. Solution de permangate de potassium. — On prend 10 gr. de
permangate pur qu’on dissout dans 6 litres d’eau distillée.
B. Solution d'indigo. — On dissout 30 gr. d’indigotine de Gehe
et C° daus 3 litres d’acide sulfurique dilué (1 volume pour 3 volumes
d’eau distillée), on agite, filtre et l’on ajoute eau d. q. s. pour
obtenir en tout 6 litres de liquide. 20 cc. de cette solution addi­
tionnée de 750 cc. d’eau distillée exigent 10 cc. 7 de la solution A.
Nous avons préparé la solution d’indigo en faisant macérer,
pendant deux jours, de l’indigo purifié daus de l’acide sulfurique

�——- ... -

— 134 —
de Nordhausen, et nous avons porté la liqueur filtrée par addition
d’eau distillée à uu volume déterminé.
C. Titrage de la solution A. — Ou dessèche à 100° le tannin (1)
purifié par l’éther, jusqu’à poids constant, et ou en dissout 2 gr.
daus un litre d’eau distillée.
lOcc. de celte solution sont mélangées avec20cc. de la liqueur B
et 750 cc. d’eau distillée ; ou ajoute alors par petites portions, à l’aide
d’une burette, la solution de permanganate A jusqu’à coloration
verdâtre, et à ce moment goutte à goutte jusqu’à coloration jaune
franc. Il y a uue certaine dilliciilté à saisir la teinte finale, nous
nous sommes toujours arrêté à la coloration jaune safrané net.
11 va sans dire qu’il n’est pas nécessaire d’adopter, pour la
préparation de ces liqueurs, les chiffres donnés plus haut; de
même la proportion d’eau distillée à ajouter peut varier selon la
teinte plus ou moins foncée de la décoction.
Ensuite, 50 cc. de la solution du tannin sont agitées fortement
avec une quantité suffisante d’une solution de gélatine afin de préci­
piter le tannin. Lowenthal prépare cette soluliou en faisant macérer
d’abord 20 gr. de grénétiue blanche dans de l’eau distillée froide
pendant plusieurs heures; puis, chauffant avec plus d’eau, il sature
alors avec du chlorure de sodium, ajoute 100 cc. d’acide chlorhy­
drique et complète le volume à 1000 cc.
Le chlorure de sodium et l’acide chlorhydrique ont pour but de
diminuer la solubilité du précipité gélatino-tannique ; Müller(l)
recommande l’alun, Schulze (2) préfère le chlorhydrate d'ammo­
niaque.
Après quelque temps de contact, on filtre. Procter propose
d’agiter avec 5 gr. de kaolin en poudre fine, pour faciliter la filtra­
tion et obtenir un liquide clair:
Neugebauer emploie le charbon animal pour absorber le tannin;
Trimble ajoute aux 50 cc. 3 gr. de poudre de peau préparée pour
cet usage en Allemagne; il laisse en contact 18-20 heures en agitant
(1)
Il faut se servir du même tannin qui existe dans la substance donnée pour
titrer la solution de permanganate; tous les tannins, en effet, n’exigent pas. à poids
égal, la même quantité de permanganate pour s’oxyder complètement.
(1) Archiv. f. Pharm. t. XXXVIII, p. 147.
(2) Zeitschr. f. anal, chem., I V, p. 455. — Critique des principales méthodes de
dosage des tanins, par Lowenthal (Zeitschr. f. an. chem., t. XI, p. 33 et p. 201,
1877, et t. XX, p. 91, 1881).

fréquemment; nous nous sommes servi de boyaux de mouton
purifiés par le procédé Girard, n’abandonnant à l’eau aucune
matière oxydable par le permanganate de potasse.
L’avantage de notre procédé est double, puisqu’il nous permet
de contrôler uue fois de plus les résultats fournis par la seconde
méthode de dosage.
Dans tous les cas, on prélève 10 cc. de la liqueur débarrassée du
tannin, on les additionne de 20 cc. de la solution B et 750 cc. d’eau
distillée, et l’on titre au moyen du permanganate. La différence
avec la première opération représente la quantité de permanganate
de potassium qu’il faut pour oxyder le tannin contenu dans 10 cc. de
la liqueur tannique.
Les matières oxydables non précipitées avec le tannin ne doivent
pas dépasser 5 %.
Trimble conseille d’opérer dans un becker-glass ou tout autre
récipient offrant une grande surface.
La liqueur de permanganate ainsi titrée, on prépare la
décoction de la plante... et l’on opère comme il a été dit plus
haut en remplaçant la solution titrée du tannin par un volume
déterminé de cette infusion astringente.
Von Schroder multiplie les résultats par 1,05.
P rocédé de M. Girard Aimé.

Dès 1833, Pelouze appliqua la propriété que possèdent les
peaux animales de former avec les tannins des composés impu­
trescibles au dosage de ces derniers corps. Plus tard, M. Aimé
Girard, en 1882, préconisa l’emploi des boyaux de mouton qui
servent à la préparation des cordes harmoniques (1). Ces boyaux
lavés, grattés avec soin, dégraissés par une longue macération avec
les alcalis, traités ensuite par le permanganate de potasse, blauchis à l’acide sulfureux, sont alors tordus et transformés en cordes.
Pour le dosage, il convient de les prendre à cette époque de leur
préparation, c’est-à-dire avant qu’on y ait iucorporéde l’huile pour
les polir.
Voici en quoi consiste ce procédé. On dose d’abord l’humidité
sur un échantillon de 1 gramme prélevé sur l’ensemble des cordes.
(1) Bulletin de la Soc. chim. de Paris, t. 38, p. 350.

�—

136

-

Pour cela, on le dessèche à 35-40° sur un plat, puis on élève la
température à 100° en ayant soin de placer alors ces cordes dans
un flacon susceptible d’ôtre bouché à l’émeri, car elles sont très
hygrométriques. Ou pèse alors 3-5 gr., de boyaux préparés, selon
la richesse de la solution en tannin, on les fait gonfler pendant 34 heures dans de l’eau distillée et on les plonge ensuite dans un
volume déterminé de la liqueur tannique durant 24 heures. Au
bout de ce temps on les retire, on les dessèche et on les pèse avec
les précautions indiquées déjà. On ajoute à ce poids celui de l’eau
perdue qui leur correspond, et si l’on retranche de ce chiffre celui
du poids primitif des cordes employées, on obtient la quantité de
tannin qui se trouvait dans le volume qu’on a pris de la solution
à titrer.
L’emploi de boyaux impurs ayant donné quelques insuccès à
certains chimistes, l’auteur a publié, en détails, le mode de fabrica­
tion industrielle de ces cordes harmoniques (1), suivi d’une note
sur la manière de les purifier.
« Malgré tous ces soins, dit-il, sur lesquels d’ailleurs on ne
peut pas toujours compter, les boyaux livrés par l’industrie con­
tiennent encore des matières grasses et des sels, ne serait-ce que
ceux provenant de la macération dans un bain alcalin. Aussi
convient-il pour s’en servir dans l’analyse de leur faire subir au
laboratoire une purification finale.
» Ces boyaux, il sera inutile qu’ils aient été tordus en forme
de cordes harmoniques ; séchés simplement et individuellement
sur le métier, passés, comme de coutume, à SO- qui en assurera
la conservation, ils suffisent largement pour le dosage des com­
posés tanniques.
» Recoupés alors sous forme de fils de Om15 de long environ,
réunis en petits bottillons, ils seront à froid et par simple macé­
ration soumis à l’action de la benzine cristallisable 3 à 4 fois
jusqu’à ce que la benzine n’enlève plus de matières grasses. Les
fils dégraissés sont exposés à l’air libre à froid et quand ils auront
abandonné, dans ces conditions, la benzine dont ils étaient impré­
gnés, on fera 3 à 4 lavages à l’eau distillée froide.
» Sortis enfin de l’eau, gonflés par celle-ci, ainsi débarrassés de
(1) Bull, de la Soc. chim. de Paris, 3* série, t. XIII-XIV, n° 11, p. 621.

137

—

tout sel soluble, ils seront, en les déplaçant de temps en temps
pour éviter qu’ils ne se collent les uns aux autres, séchés à l’air
libre et à la température ordinaire.
» Ainsi purifiés, les fils constitués par la tunique musculaire
des boyaux de mouton sont prêts à être employés au dosage des
composés tanniques. Toutes les causes d’erreur sont ainsi écartées
et aucun des accidents qu’ont éprouvés quelques chimistes dans
ces dernières années n’est à craindre. »
Nous avons essayé cette méthode sur une solution d’acide gallotan nique à titre connu, et nous sommes arrivé à des résultats très
satisfaisants.
Application. — Pour le dosage de l’acide psiditannique, nous
avons combiné les deux procédés que nous venons de décrire.
10 grammes de la poudre de feuilles de Psidium Pomiferum ont
out été mis à bouillir, à 2 reprises et pendant une 1/2 heure, chaque
fois avec 400 cc. d’eau distillée, puis le marc a été lavé avec un
peu d’eau et nous avons porté le volume total à 1000 cc. — 10 cc.
de cette liqueur limpide, additionnés de 10 cc. de la solution d’in­
digo et 250 cc. d’eau distillée, ont été titrés par le permanganate de
potassium.
Ensuite, à 50 cc. de la solution astringente, nous avons ajouté
3 gr. de boyaux de mouton purifiés et préalablement gouflés dans
l’eau distillée. Après 24 heures de macération, ces cordes out été
retirées, séchées d’abord à 40° (1), puis à 100° avec les précautions
ordinaires, et enfin pesées.
10 cc. du liquide clair, débarrassé du psiditannin, mélangés avec
10 cc. de la solution d’indigo et 250 cc. d’eau distillée, ont été de
nouveau titrés à l’aide du permanganate.
La différence entre les deux lectures, avant et après élimination
de l’acide psiditannique, représente donc la quantité de ce dernier
contenue dans 10 cc. de la décoction.
Les mêmes opérations ont été effectuées sur une solution titrée
d’acide psiditannique, à raison de 1°/oo, afin de déterminer la quan(1) Il est important de les dessécher d’abord à une température peu élevée
(40°-ijO° c.) ; si d^s le début la température est très élevée (80®, 90® c.), les cordes
se collent au plat sur lequel on les a étendues, en y laissant quelques débris adhé­
rents, et le dosage est faible.

�- 138
tité de permanganate nécessaire pour oxyder un poids connu
d’acide psiditannique.
Pour les feuilles de goyavier sur lesquelles nous avons opéré,
la proportion de ce tannin varie entre 13 gr. 50 et 13 gr. % de
matière sèche.
Nous nous sommes servi tantôt de cordes harmoniques purifiées
comme il a été dit plus haut, tantôt de boyaux de mouton que
nous devons à l’obligeance de M. Jager, fabricant de cordes har­
moniques à Montpellier, et que nous avons préparés nous-mème
d’après le procédé détaillé de M. Aimé Girard.
§ II. — Acide gallique.
Bien que se trouvant en faible proportion dans les feuilles à
l’état naturel, il nous a paru à propos de consacrer quelques lignes
à l’étude de l’acide gallique à la suite du psiditannin dont il est,
comme nous l’avons montré, un des produits de décomposition
Nous n’avons pas cherché à le doser, et cela pour la raison que
nous avons déjà exposée.
L’extrait éthéré des feuilles, préalablement épuisées par l’éther
de pétrole, ne renferme que des traces d’acide gallique qui per­
mettent à peine de le caractériser.
Il n’en est pas de même si l’on effectue l’extraction au moyen de
l'eau chaude ; l’éther enlève à cette solution aqueuse une quantité
plus considérable d’acide gallique, que nous avons pu ainsi faire
cristalliser par évaporation spontanée de sa dissolution éthérée.
Ces cristaux consistent en fines aiguilles presque incolores; ils
nous ont donné les réactions suivantes.
En solution aqueuse: précipité noir verdâtre parle perchlorure
de fer, coloration rouge par le cyanure de potassium, qui devient
ensuite jaune et réapparaît par agitation ; on peut répéter plusieurs
fois la même opération.
Chauffé à l’ébullition avec de l’oxyde de plomb et une solution
de potasse caustique, on obtient une coloration rose, surtout à la
surface du liquide, qui persiste assez longtemps (Klunge).
Distillé entre deux verres de montre, il se condense du pyrogallol.

La proportion plus grande d’acide gallique que l’on obtient en
lixiviantles feuilles pulvérisées par l’eau chaude, semblerait indi­
quer que l’eau agit alors comme agent hydratant sur le psiditannin
qu’elle décomposerait partiellement.
§ III. — Huile essentielle.
Nous avons obtenu une petite quantité de cette huile volatile en
distillant avec de l’eau des feuilles sèches de Psidium Pomiferum
grossièrement incisées.Purifiée par l’éther de pétrole,cette essence
se présente sous la forme d’un liquide légèrement coloré en jaune,
d’une odeur forte, aromatique et assez tenace; elle est plus légère
que l’eau, soluble dans l’éther de pétrole, l’éther ordinaire, la ben­
zine et l’alcool.
Le peu d’essence que nous avons pu recueillir ne nous a pas
permis d'étudier ses constantes physiques et sa constitution au
point de vue chimique.
Nous remercions M. le Docteur Trabut, professeur à l’École
mixte de Médecine et de Pharmacie d’Alger, d’avoir bien voulu
nous adresser un* certaine quantité de feuilles fraîches qui, à
notre regret, n’a pas été suffisante pour l’étude que nous nous pro­
posions de faire.
Cette essence dissout avec effervescence l’iode qui la colore
ensuite en vert.
Le réactif bromé (Chloroforme, 20; Brome, l), dans la propor­
tion de 15 gouttes pour uue d’essence la colore en vert aussi.
Une goutte de cette essence additionnée d’une solution concen­
trée de chloral hydraté et une goutte d’acide sulfurique, il se
développe une odeur d’ambre très agréable après quelque temps de
contact et qui persiste plusieurs jours.

�TROISIÈME PARTIE

PHARMACOLOGIE
C h a pitr e

Ier

PHYSIOLOGIE ET USAGES THÉRAPEUTIQUES
§ 1. — Généralités
Depuis bien longtemps déjà, les Psidium, d'une façon générale,
ont été employés et le sont encore de nos jours, dans l’art de guérir.
En Amérique, en Asie, et dans tous les autres pays où ils ont été
naturalisés par Reflet de la culture, ils jouissent d’une grande
réputation comme astringents, et sont journellement utilisés comme
tels par les indigènes de ces localités.
Selon les contrées, on s’est adressé à différentes espèces de
Psidium, tantôt c’est le Ps. Lndicium Rad., tantôt le grandiflorum,
tantôt l'aromaticum (Cochinchine), etc., mais les espèces ou plutôt
les deux variétés qui sont le plus fréquemment prescrites sont les
Ps. pomiferum et pyriferum de Linné, correspondant au Ps. guayava
de Raddi. Ces Goyaviers, répandus aujourd’hui dans les régions
intertropicales des deux hémisphères, sont donc intéressants par­
leurs fruits délicieux et par les produits assez estimés qu’ils four­
nissent à la matière médicale.
On peut dire que toutes les parties de ces végétaux peuvent être
utilisées en thérapeutique : toutes, en elïet, renferment un principe
tannant, en proportion évidemment variable et inégale selon
l’espèce et la partie considérées, mais qui permet, dans tous les
cas, de les considérer comme des astringents de valeur. C’est là
leur propriété thérapeutique générale qui est reconnue depuis des

temps assez reculés dans les lieux où croissent les goyaviers, ainsi
qu’on pourra le voir dans la suite de cette étude.
Hâtons nous de rappeler que l’on trouve, en même temps que
le tannin, une huile essentielle qui a sa part aussi dans l’action
curative. Nous avons signalé dans les feuilles et l’écorce du
Ps. pomiferum une petite quantité de ce principe aromatique, que
Ton peut rapprocher, par analogie, des essences retirées de plantes
appartenant à la même tribu que les Psidiums, telles, par exemple,
les Myrtus, les Eugenias... et qui jouit, par conséquent, selon
toute probabilité, de propriétés similaires.
Cette essence peut parfois être, beaucoup plus abondante et
communiquer alors à la partie du végétal qui la contient, une
action spéciale : c’est ainsi que les feuilles du Ps. aromaticum Aubl.,
appelé aussi citronelle grand bois ou Goyavier aromatique, sont
prescrites en infusion, dans la Guyane, comme un stimulant et un
antispasmodique. Sa présence nous expliquera de même l’emploi
de quelques préparations externes comme vulnéraires et antisepti­
ques. Les feuilles et les rameaux du Ps. aromaticum, var.
Grandiflorum (Aublet), se mettent dans les bains aromatiques; les
feuilles s’appliquent en topique sur les parties affectées de rhuma­
tisme (1). Il ne faut pas cependant oublier la part du tannin,
dans l’usage externe, depuis que les propriétés antiputrides et
antiseptiques de ces corps ont été mises en évidence.
Si nous suivions strictement le plan de ce travail, nous devrions
faire, à la suite de ces idées générales, l’étude des feuilles du
Ps. guayava Rad. Mais nous avons déjà fait remarquer que toutes
les parties du Goyavier sont utilisables et sont effectivement l’objet
d’un emploi assez courant, de telle sorte qu’il nous a paru inté­
ressant de les passer en revue aussi brièvement que possible avant
de parler de l’organe qui nous arrêtera un peu plus longtemps.
Les détails qui suivent ont toujours rapport, sauf indication
spéciale, aux Ps. pomiferum et pyriferum Lin. ; leur étude ne peut
être séparée ici puisque le Goyavier blanc présente identiquement
les mêmes applications médicales que le Ps. pomifenun.
(1) Répert. des plantes ut. et des pl. vénén. du globe.

�§ II. — O rganes utilisés en Médecine.

Bourgcens, fleurs. — Les bourgeons (1) et les fleurs du Ps.
Guayava out été quelquefois, très rarement d’ailleurs, prescrits
contre la dysenterie et la diarrhée. Nous nous contenterons de
reproduire la formule d une tisane que nous empruntons au
Dr Darutv (2) :
Prendre sur le même arbre 7 fleurs et 7 cœurs de Goyaviers
blancs, faire bouillir dans une chopine d’eau et réduire à une
tasse ; la faire boire en deux fois, dans la journée ; laisser reposer le
malade pour recommencer de même jusqu’à guérison.
Tige,racine.—Leur emploi comme astringents,surtout la racine,
est plus fréquent que les précédents ; on les administre en
tisane (3) notamment dans les Indes, la Cochinchine et la Guyane
française (4). Dans cette dernière contrée, on utilise dans les
mêmes conditions la racine du Ps. Grandiflorum (Aublet).
Les propriétés astringentes de la racine ont été signalées par
beaucoup d’auteurs, entre autres Barham (3), Lunan (6), le Dr
Wright (7), Aublet (8) et Ilorsfield (9).
Fruit. — Au sujet des gouyaves, Acosta dit que « c’est un fruit
assez fin et convenable pour l’estomac, pour ce qu’il est de forte
digestion et assez froid (10)».
Ces gouyaves sont astringentes quand elles sont vertes, un peu
laxatives; mûres, elles sont alors rafraîchissantes et pectorales ;
leur pulpe sucrée et aromatisée se donne aux malades, ou en fait
une espèce de sirop très agréable, pectoral et adoucissant (11).
D’après Dymock (12), le fruit mûr est astringent aussi et peut
(1) Dict. universel de mal. médic., p. 527.
(2) Darutv. PI. médic. de l’ile Maurice el des pays interlropicaux.
(3) Dict. univ. de mat. méd., p. 587.
(4) Expos, univ. de 1878, p. 19.
(5) Barham. Mort, americ., p. 170
((3) Luuau. Hort. Jamaic. VI, p. 35.
(7) Dr Wright. Medic. plants of Jam., dans ses Mémoires, p. 279.
(8) Aublet. Plant. Guan. VI. p. 287.
(9) Uorsfield. Medic. plants o( Java.
(10) J. Acosta. — Hist. mor. et nat. des Indes, tr. Ir., ch. XXIV, p. 175.
(11) Dict. univ. de mal. méd., p. 527.
(12) Dymock. Mat. Med. of West. India, p. 334.

provoquer la constipation, surtout si on le mange sans la pelure.
Cette opinion nous a été confirmée par des habitants de l’île de la
Réunion, qui nous ont assuré qu’on y mange les gouyaves crues ou
en compote, dans les cas de dysseuterie ; il en serait de même à la
Martinique (1).
Les gouyaves rouges figurent encore dans le remède anti­
diarrhéique de Lizie Marie (2).
Ecorce. — L’écorce, et notamment celle de la racine, est beaucoup
plus fréquemment employée dans les pays d’origine; sa richesse
en tannin en fait un médicament très actif dans les maladies où l’on
recherche une action astringente énergique.
A propos de matières tannantes utilisées dans l'industrie des
Indes, Hooper (3) signale 27,4 0/0 de tannin pour le P. Guyava; il
s’agit, selon toute vraisemblance, de l’écorce, puisqu’on s’en sert
pour le tannage.
Les médecins européens, dans leur service médical aux contrées
intertropicales, se sont particulièrement adressés à l’écorce et aux
feuilles qui méritent cette préférence en raison de leur teneur plus
grande en tannin et à la présence de l’huile essentielle.
La pharmacopée des Indes la recommande comme etficace dans
la diarrhée chronique des enfants.
Le Dr Waitz (4) l’a employée avec succès dans beaucoup de cas
de ce genre ; il la prescrit sous forme de décoction :
X Ecorce de la racine............................................1/2 once.
E a u ..............................................................................................

Réduire par ébullition à ....................................

6 —

3 —

à la dose de 1 à plusieurs cuillerées à café, trois ou quatre fois
par jour.
Celte même préparation lui donna de bons résultats, en appli­
cations locales, dans le prolapsus ani des enfants.
Elle fait partie d’un remède usité à la Uéuniou, Martinique,etc.
contre la dysseuterie chronique et dont voici une formule à simple
titre de curiosité :
(1) Exp. univ. de 1878 : Martinique.
(2) Daruty. Pi. méd. de l'ile Maurice.
(3) Uooper. Americ Journal of Pharinacen, n° 8, août 1894.
(4) D' Waitz. Dis. of Gliildreu ou Dot Climates, p. 255.

�144 —

— 145 —

% Simaruba (Ee.).......................................................... 8 gr.
Benjoin
» .......................................................6 »
Bambara » ....................................................... 6 »
(Sculia Commersoui)
Goyavier rouge (Ec.)............................................... 6 »
Gingéli
(rac.)............................................... 1 »
(Sésamum lndicum)
Graine de lin ..............................................................1 pincée
Vin de Provence......................................................... 1 cbopine
Eau...........................................................................3 bouteilles

Autre formule :

Réduire par ébullition à une bouteille d’eau, passer et laisser
refroidir ; en prendre par verre à liqueur, de temps en tempsEn décoction avec partie égale d’écorce de grenadier, on l’a
trouvé ellicace coDlre le flux du sang(i).
Feuilles. — Bien que moins riches que l’écorce en principe
astringent, les feuilles constituent cependant un médicament assez
estimé, vu la proportion plus grande d’huile essentielle contenue
dans ce dernier organe.
A l’extérieur, on les emploie comme vulnéraires et résolutives
dans les bains contre les maladies de la peau, et à l’intérieur
comme stimulantes.
Dans la dyssenterie chronique et la diarrhée muqueuse catarrhale,
on les prescrit avec succès sous forme de tisane, soit seules, le plus
souvent mélangées à d’autres drogues possédant des propriétés
analogues. On emploie aussi les jeunes feuilles comme astringents
et toniques à la lin des dyssenteries.
Nous reproduisons ici les formules de quelques préparations
utilisées avec avantage dans les pays chauds.

% Sommités de Goyavier........................... \
Gros chiendent.......................................... a'a (jO, &lt;»r.
Riz grillé................................................ )
Petite Rougette (Euph. thymi/olia) .
30 »
Jean Robert...........................................
30 »
Rac. saponaire......................................
30 »
E a u ...................................................... 1000 »

Faire bouillir, passer et donner par petites lasses dans les
24 heures.
% Rac. de Chiendent bourrique . .
(Panicum costatum)
Liane sans tin......................................
(Cassytha tiliformis, ^aur.)
Herbe collier......................................
(Coix Lacryma Lin.)
Jean Robert (Euph. pilulifera) .
Cœurs (1) de Goyavier rouge . . .
»
de Jainrosa...........................
(Eugenia jambosa)
Simaruba.........................................
E au......................................................

une poignee
de
chaque

1/2 once.

3 chopines.

Faire bouillir jusqu’à réduction d’une bouteille et prendre
60 gr. de la décoction 2 fois par jour.
Une infusion de feuilles de Bois Lousteau (Autirrhœa verticillata
Rub.) et de Goyavier rouge est, parait-il, un médicament efficace
contre le flux du sang (2).
Dans la chute du rectum, des lotions avec une décoction de
feuilles de Goyavier, de Jammalac (Eugenia malaccensis) et de
Jamrosa (Eug. Jambosa) auraient, dit-on, donné de bons résultats
On a prescrit aussi une simple décoction de cœurs de Goyavier.
Ou les prescrit aussi dans certains cas d’hématurie, sous la
forme suivante :
(1) On désigne par cœurs dans l'ile de la Réunion les bourgeons et les feuilles
très jeunes.
(2; Daruty. PI. médic. de l’ile Maurice, p. 58,

�— 146 —

X Roussailles feuilles.............................................j

(Eugenia Michelli).
/ aa 90 gr.
Goyavier rouge................................................... )
Un colon de maïs en tranches minces.
Eau.....................................................................1 bouteille.

Faites bouillir et réduire à 1chopine, passez et laissez refroidir;
dose : par petites tasses, plusieurs fois par jour.
Leur emploi le plus fréquent est surtout comme antidiarrhéique et
antidyssenlêrique (1) dans les Indes, en Cochinchine, à la Guyane, etc.
On les a préconisées aussi contre le choléra, sous différentes
formes.
Infusion anticholérique :
X Feuilles de Goyavier..................................... \ une poignée
» de roussailles.....................................) de chaque.
infuser dans
Eau..................................................................... Q. S.

Dose : 2 à 3 tasses par jour.
Dans le choléra épidémique de l’ile Maurice, M. Bouton (2) cite
la décoction des feuilles de Ps. Pomiferum, comme ayant été fréfréquemment ordonnée pour arrêter les vomissements et la
diarrhée (3), on se servait de préférence des feuilles du Goyavier à
fruit rouge.
Tout récemment encore, ces feuilles ont été expérimentées par
le Dr Hugel et lui ont donné de très bons résultats. Mais laissons
la parole à M. le Dr de Souza, à propos de ces essais médicaux :
« Voici une plante, dit-il, des plus communes dans les pays
chauds : le Goyavier, dont les propriétés antidiarrhéiques viennent
de nouveau d’ètre mises en lumière par le Dr Hugel, attaché à la
Faculté de médecine de Wurzbourg. M. Hugel prescrit des infu­
sions ou des cachets contenant chacun 0 gr. 50 à 1 gramme de
poudre de feuilles de Goyavier, qu’il fait prendre d’heure en heure
ou toutes les deux heures.
» Il a traité ainsi plusieurs centaines de cas de choléra infantile
(1) Dymock. Mat. medic. of West India, p. 331.— Expos, univ. de 1878, produits
pharmaceutiques. — Dict. univ. de mat. méd., p. 527.
(2) Bouton. PI. médic. de n ie Maurice, 2* éd., p. 54,
(3) Waring. Pharmacopaia of India.

— 147 —
et a pu se convaincre que ce remède surpasse comme efficacité tous
les moyens habituels contre la gastro-entérite aiguë.
» Dans cinq cas de choléra nostras observés chez l’adulte et
traités par le Goyavier, le résultat a été le même et s’est manifesté
par une disparition rapide de la diarrhée, des vomissements, des
crampes et de la somnolence. Chez ces malades, le traitement a
toujours été précédé de l’administration de 0 gr. 30 de calomel.
» Le Goyavier a donné encore de bons résultats dans les dyspep­
sies, les catarrhes chroniques de l’estomac et de l’intestin, les diar­
rhées des typhiques et des tuberculeux. Il n’a jamais donné lieu
au moindre symptôme d’intoxication ni à aucun phénomène
désagréable.
» Les indigènes de Java affirment que cette plante constitue
un remède efficace contre le choléra asiatique, il y aurait donc lieu
de l’expérimenter dans cette dernière maladie. » (1)
S’il nous est permis, après avoir donné l'opinion des auteurs,
de citer quelques observations personnelles, nous dirons que les
préparations des feuilles de Goyavier nous ont donné des résultats
satisfaisants, dans des cas de diarrhée traités par nous, en vue de
nous assurer de leurs propriétés médicales. Cette confirmation,
quelque modeste qu’elle soit, mérite cependant d’ètre signalée.
Telles sont les diverses applications médicales dont les feuilles
du Goyavier (Ps. Guayava) ont été l’objet, nous passons directement
à l’étude de leurs formes galéniques.
(1) Extrait de la « Politique Coloniale », nf du 21 août 1894.

�I

— 148

Chapitre II

FORMES PHARMACEUTIQUES
Malgré leur emploi courant, les feuilles de Goyavier ne sont
inscrites comme officinales dans aucune des pharmacopées des pays
intertropicaux. Les formes sous lesquelles on les a toujours admi­
nistrées sont très simples, sous forme de poudre ou de tisane
préparée le plus souvent par décoction.
Nous leur avons appliqué les formes généralement adoptées par
le codex, et à propos de chacune d’elles nous donnerons les rensei­
gnements qui peuvent devenir utiles en pratique, ainsi que l’action
de certains réactifs comme moyens pour essayer leur identité.
1° P oudre

Nous l’avons obtenue en desséchant d’abord les feuilles dans
une étuve dont la température ne dépasse pas 25°; ces feuilles
sèches ont été ensuite pulvérisées dans un mortier en fer et passées
au tamis de soie n° 120.
Il reste dans le mortier un résidu (ibreux qui ne renferme aucun
des principes actifs de la drogue et que l’ou peut rejeter sans
inconvénient. En nous basant sur plusieurs essais, nous évaluons
ce résidu inerte au dixième, en moyenne, du poids total, les
chitlres varient de 6,5 à 14,5 de maximum.
Cette poudre est verdâtre, d’une odeur aromatique agréable,
de saveur astringente, très faiblement amère. Un mélange d’acide
sulfurique est d’acide azotique la font virer au rouge orangé, il en
est de même pour l’acide nitrique seul. Délayée dans un peu de
solution de perchlorure de fer, celle-ci devient verte. Elle brunit
par les alcalis.
2° T isane

L'infusion est préférable à la décoction, car elle conserve à la
tisane l’arome agréable de la feuille, sans en modifier, d’ailleurs,
les composés chimiques sous l’influence de la chaleur prolongée.

— 140 —

À la dose de 25 % o, on obtient un infusé rouge, d’une odeur
aromatique rappelant le thé ; son goût est d’abord peu prononcé,
puis astringent.
Par le perchlorure de fer en solution, cette liqueur fournit un
précipité abondant noir verdâtre ; un précipité brun par ledichrornate de potassium ; un précipité rouge orange par l’acide nitrique;
un précipité brun par l’acide chlorhydrique ; un précipité grisâtre
par le nitrate d’argent, qui devient noir à chaud par suite de réduc­
tion ; un précipité brun par le sulfate de cuivre, ainsi que par l’iode
en solution dans l’iodure de potassium ; enfin, une coloration rouge
par l’ammoniaque liquide.
3° S irop

Nous l’avons préparé comme le sirop d’écorce d’oranges amères.
100 gr. de feuilles grossièrement pulvérisées ont été mises à macérer
avec leur poids d’alcool à 60° dans un récipient susceptible de
supporter l’élévatiou de température. Au bout de 12 heures de
contact nous avons versé sur le tout un litre d’eau bouillante, et
abandonné l’infusion pendant 8 heures. A la collature filtrée,
nous avons ajouté la dose ordinaire de sucre et nous avons chauffé
au B. M. couvert jusqu’à dissolution complète.
L’alcool agit comme dissolvant et comme agent conservateur.
Ce sirop, jaune rouge, vu sous une faible épaisseur, est d’une
belle couleur rouge sang en masse plus considérable. Son goût
agréable laisse ensuite place dans la bouche à une âpreté assez
marquée. Il vire à la couleur feuille-morte par une solution de
chlorure ferrique, se fonce d’abord par les alcalis, puis il se dépose
un précipité jaune rouge. L’eau de chaux y produit un précipité
brun; l’acide sulfurique le décolore d’abord et y précipite, après
peu de temps, une matière rouge orange.
4° T einture

alcoolique

A la dose ordinaire 1 p. 5 et par macération de sept jours. Vue
en masse, sa couleur est presque noire; sous une faible épaisseur,
elle est d’un jaune brun, avec reflets verdâtres. Sa saveur, un peu
sucrée d’abord, est astringeute et légèrement amère. Elle se trouble

/

�— 150 —

par l’eau, devient verdâtre par le chlorure ferrique en solution
avec dépôt noir; elle précipite abondamment en brun par le dichromate de potassium. L’acide sulfurique y détermine un précipité
floconneux verdâtre, et la solution devient jauue rougeâtre.
C'est une bonne préparation, puisqu’elle renferme en dissolution
tous les principes actifs de la feuille.
5° E xtrait

alcoolique

Il est préférable â l’extrait aqueux, car il est plus riche en com­
posés actifs; sa conservation est encore plus facile. Obtenu par
évaporation au bain-marie de la teinture alcoolique préparée par
lixiviation, il est vert noirâtre, très astringent et incomplètement
soluble dans l’eau.
N. B. — A part ces formes galéniques usuelles, les feuilles
peuvent entrer dans une foule de préparations magistrales plus ou
moins complexes (poudres composées, vins, élixirs...), et dont nous
ne pouvons évidemment nous occuper ici.

CONCLUSI ONS
Il ressort de l’emploi très ancien des feuilles de Goyavier par
les indigènes des régions intertropicales des deux hémisphères et
de nombreux essais tentés par beaucoup de médecins jusqu'à ces
dernières années, que les feuilles du Psidium Guyava de Raddi,
réunissant les deux espèces de Linné, Ps. Pomiferumet Pvriferum,
constituent un remède très efficace contre la diarrhée, la dyssenterie, les dyspepsies, le choléra infantile et même le choléra
nostras (les expériences ne sont pas suffisamment concluantes
pour cette dernière maladie). Elles ont donné de bons résultats, en
applications locales, dans certaines affections de la peau; elles
sont vulnéraires et résolutives à l’extérieur, et stimulantes à
l’intérieur.
Ces propriétés sont dues à Yacidc psiditannique logé dans les
cellules du parenchyme foliaire et à l’huile essentielle contenue dans
des glandes spéciales situées au-dessous de l’épiderme.
Mais en plus de leurs importantes vertus médicinales, elles
présentent un avantage très précieux au point de vue de leur
administration facile, quand il s’agit notamment de la médication
des enfants et même des adultes. La simplicité de leurs formes
pharmaceutiques, leur goût agréable et aromatique, l’absence de
tout inconvénient souvent signalé après l’administration d’autres
astringents, viennent encore rehausser leur valeur thérapeutique.
Il est à espérer qu’un médicament aussi utile et aussi efficace
attirera de nouveau l’attention des médecins afin de multiplier
leurs observations sur ses effets curatifs et vulgariser l’emploi
de ce remède précieux et si facile à se procurer.

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17 6 2

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                    <text>RP
VSS?

ANNALES
ni*

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEILLE
publiées sous la direction de

M.

L E PKO V Ég S E i:R

É D O U A HD H E C K E L

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouchës-du-Rhône

1896 - Vol 3

Quatrième année. Troisième volume (1896).
Flore phanérogam ique des A ntilles françaises (Guadeloupe et
Martinique), par le R. P. Dl SS, professeur au Collège de la Basse-Terre.
(Avec annotations du professeur Dr Edouard II eckel sur l'emploi de
ces plantes.)

MACON

PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1897

�RP
VSS?

ANNALES
ni*

L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEILLE
publiées sous la direction de

M.

L E PKO V Ég S E i:R

É D O U A HD H E C K E L

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouchës-du-Rhône

Quatrième année. Troisième volume (1896).
Flore phanérogam ique des A ntilles françaises (Guadeloupe et
Martinique), par le R. P. Dl SS, professeur au Collège de la Basse-Terre.
(Avec annotations du professeur Dr Edouard II eckel sur l'emploi de
ces plantes.)

MACON

PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1897

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543

ANNA LE S
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' COLONIAL 1)L MARSEILLE
(Année 1896)

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L’INSTITUT COLONIAL
DE MARSEI LLE
publias sous lu direction de

M.

LE PROFESSEUR E d o u a r d

HECREL

Publication subventionnée par le Conseil général des Bouches-du-Rhône.

Quatrième année. Troisième volume (1896).
Flore phanérogam ique des A ntilles françaises (Guadeloupe et
Martinique), par le R. P. Dl'SS, professeur au Collège delà Basse-Terre.
(Avec annotations du professeur l)r Edouard Heckej. sur l’emploi de
ces plantes.)

MACON

P R OTAT FRÈRES, IMPRIMEURS
1897

�INTRODUCTION
Dans ce travail, auquel le Directeur de Y Institut colonial de Marseille,
M. le professeur Heckel, veut bien accorder l’hospitalité dans les
Annales de cet Institut, mon but est de fournir la nomenclature des
plantes de la Guadeloupe et de la Martinique, en y ajoutant une courte
description suivie de leur emploi et de leur habitat. Tous ceux qui
voudront, dans l'avenir, étudier plus à fond la riche végétation de
nos deux îles françaises des Antilles auront ainsi un guide sûr à leur
disposition.
J’ai commencé, en 1882, à la Martinique, la collection et la mise
en herbier des plantes de cette île. Durant douze ans, j’ai profité de
mes loisirs de vacances pour parcourir successivement toutes les par­
ties de l île, les montagnes et les vallées, la haute et la basse région.
Le danger n’était pas petit : il fallait compter avec les serpents les
plus venimeux, mais cette menace perpétuelle ne m’a pas arrêté.
Dès mon arrivée à la Guadeloupe, en 1891, je n'eus rien de plus à
cœur que de colliger les plantes de cette belle colonie. Mes supérieurs
hiérarchiques m avant accordé un peu plus de loisir que je n’en avais à
la Martinique, il m’a été possible, dans l’espace de quatre ans, de
visiter tous les quartiers de l île avec les dépendances de MarieGalante, de la Désirade et des Saintes , mais surtout, et à plusieurs
reprises, les grands bois de la Guadeloupe proprement dite.
Pour arriver à une détermination exacte des plantes, j'ai soigneuse­
ment étudié tous les ouvrages que possédait la bibliothèque, relative­
ment bien fournie, du Jardin botanique de Saint-Pierre, traitant de la
flore des Antilles. Ce sont :
1. Hans Sloane (1660-17î)3), History of Jamaica, en 2 vol. in-folio,
contenant des figures et la description de plantes recueillies à
la Jamaïque.
2. Charles Plum ier (1646-170i), de l’ordre de Saint-François,
Description des plantes de /’Amérique, avec 108 tables.
Nova plantarum Americanarum généra.

�INTRODUCTION

VI

Filicetum americanum , seu Filicum , Polypodiorurn , Adiantorum, etc., in America nasccntium Icônes, avec 222 tables.
Plantarum Aniericanarum fasciculus primus — decimus confi­
nons plantas quas olirn Car. Plumierus detexit eruitc/ue atcjuc
in insulis Antillis ipso depinxit. lias primum . . æncis ta bu lis
illustravit Joli. Burmannus, avec 202 tables.
3. Patrick B row ne (1720-1790), The civil and natural History of
Jamaica, in three parts , un vol. avec .70 tables, 1730.
i. Christen Friis R ottboell (1727-1797), Descriplionum et iconum
rariorcs et pro maxima parte novas plantas illustrantium liber
primus , avec 21 tables contenant des figures de Graminées et

3.
6.
7.
8.

de Cypéracées,
Vahl (1749-1804), Fclogæ Americanæ. . ., en 3 fascicules avec
i0 tables coloriées.
Nic.-Jos. de Jacquin (1727-1817), Selectarum stirpiiim Americanarum historia. . .. avec 183 tables.
Fusée-A ublet (1720-1778), Histoire des plantes de la Guyane
française. en 4 vol. avec 392 tables.
Olavus S w artz (1760-1818), Xova généra et species plantarum ,
seu prodromus descriptionum végetabilium. . . , quæ sub itinere
in Indiam occidcntalem annis 1783-1787 digessit.

Observationes botanicæ. quibus plantas Indiæ occidentales ...

avec 11 tables, 1791.

Flora Indiæ occidentalesauctaet illustrata.sivedescriptionesplanta­
rum in prodromo recensitarum. 3 vol. avec 29 tables, 1797-1806.
9. Karl Bernh. de Trinius, Species graminum iconibus et descriptionibus illustravit. en 3 vol. avec 300 tables, publiés de 1828

à 1836.
10. F.-R. de Tussac, Flora Antillarum , sive historia generalis
botanica.... avec 138 tables, publié de 1808 à 1827.
11. Michel-Etienne D escourtilz, Flore médicale des Antilles , en
8 vol. avec 000 tables, publiée de 1821 à 1829.
12. James M acfadyen. The flora of Jamaica. 1 vol., des Renonculacées aux Légumineuses, 1837.
13. William Roscoë, Monandrian plants of the order Scitaminées,
avec 112 tables, 1828.
14. Antonio José Cavanilles, Monadelphiæ classis dissertationes
decern, avec 290 tables (1785-1790).

INTRODUCTION

VII

15. A. R ichard, Flore de Cuba (1838-1852), avec tables.
10. G risebach. Flora of the British West Indian Islands (1859-64).
17. Ant.-Laurent-Apol. F ée, les dix mémoires sur les Fougères
(1844-1808).
18. G risebach, Recherches systématiques sur la végétation des lies
Caraïbes, surtout de la Guadeloupe, Gottingen, 1857, petit
ouvrage contenant l’énumération de 1.486 plantes collectionnées
par le D1' D uchassaing à la Guadeloupe et à Panama, avec
les noms de celles qui, par Swartz, Jacquin, West, Wikstroem,
de Schlechtendal, ont été indiquées comme appartenant à la
flore de Saint-Thomas, de Saint-Christophe, de Saint-Eustache,
de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy.
Dans l’ensemble de ces ouvrages, on trouve à peu près la moitié
des plantes des deux îles représentées par des figures ; celles de la
basse région y occupent une plus large place que celles des grands
bois et de la région supérieure. Il était, en elfet, beaucoup plus facile
de collectionner et de dessiner, avec leurs Heurs et leurs fruits, des
végétaux qu’on pouvait avoir sous la main. Pour ceux des régions
élevées, il en était tout autrement. Ce n’est pas dans deux ou trois
herborisations qu’on peut se procurer leurs fleurs et leurs fruits. La
région des grands bois doit être visitée tous les mois : c’est Punique
moyen de se mettre en possession de spécimens complets. Les voya­
geurs qui se sont occupés de botanique n ont visité nos îles, pour
ainsi dire, qu’en passant et plutôt pour y admirer les beaux sites que
pour y récolter utilement ; ils n’ont pas pénétré sérieusement dans les
grands bois, de peur peut-être des serpents venimeux, comme cela est
arrivé pour la Martinique, où l’abondance du trigonocéphale est un
obstacle sérieux aux herborisations.
Le manque de ligures se fait surtout sentir pour les Orchidées ter­
restres. les Sapolacées. les Laurinées. Myrlacées. Euphorbiacées. dont
la plupart viennent sur les hauteurs. Dans les représentants de cette
dernière famille, on trouve difficilement les deux sexes, et les Myrtacées, on le sait, possèdent des fleurs fugaces. Des familles des Sabiacées et Dilléniacées, il n’est fait mention par aucun explorateur. Pour
identifier les espèces douteuses, j’ai passé, en 1890, de longues heures au
Musée des herbiers à Paris en vue de confronter mes spécimens de la
Mart inique avec ceux qui provenaient des Antilles. Malgré ce travail,
n’ayant pu trouver les noms d’un certain nombre d’entre elles, et

�VIII

INTRODUCTION

arrêté par les nouvelles espèces, j’ai envoyé mon herbier entier au
Musée de Berlin. La plupart y a été revue, vérifiée et rectifiée par les
savants docteurs Ig. Urban, sous-directeur du Musée et Jardin bota­
nique, et Ivrug, avec la collaboration de plusieurs spécialistes, comme
MM. Cogniaux, Pierre, Boeckeler, Me/, Heckel, etc. Pour les plantes
de la Guadeloupe, j’ai eu recours au même moyen.
GÉOGRAPHIE BOTANIQUE DES DEUX ILES
Les Antilles françaises, la Guadeloupe avec ses dépendances et la
Martinique, appartiennent à cette chaîne de soixante îles formant l’ar­
chipel américain qui s'étend, en courbe, de l’entrée du golfe du
Mexique jusqu’au golfe de Maracavbo. Elles font partie du groupe des
Petites *1ntilles ou Iles du Vent, et sont comprises entre 14° 20 et
10° 10 de latitude nord, entre 03° 10 et 64° 50 de longitude ouest. La
M a rtinique est située au sud de la G u a d elo u pe , à une distance de 110
kilomètres, et est séparée de sa sœur par l ile anglaise de la D o m in iq u e .
LA GUADELOUPE ET ILES VOISINES

La G u a d elo u pe , d'une circonférence de 44i kilom., est divisée en
deux parties très distinctes par un bras de mer très étroit, appelé
Rivière-Salée. La partie occidentale a reçu le nom de G u a d elo u pe
proprem ent dite ou de B asse -T e r r e , l'autre est désignée sous le nom
de G rande - T e r r e .
La G uadeloupe proprem ent dite mesure 46 kilom. de long sur 27 kilom.
de large ; elle a la forme d une ellipse irrégulière. Elle est entière­
ment volcanique. Son sol est formé de basaltes, de trachytes, de porphyres et de laves compactes, cornéennes et porphyritiques, enfin,
de tuf volcanique. Les flancs et les plaines sont recouverts de terres
d’alluvion argileuses, tantôt rouges, tantôt jaunes, surtout dans les
parties moins élevées, situées au nord.
Une chaîne de montagnes, à laquelle s’adossent, à droite et à gauche,
de nombreuses ramifications et des contreforts puissants, la partage
en deux versants inégaux du sud-est au nord-est. Son massif est formé
d un grand volcan encore en activité, la Soufrière , situé dans le Sud,
d'une altitude de 1.481 mètres (point culminant des Antilles françaises),
et de trois volcans éteints : les Deux-Mamelles, presque au centre de
cette chaîne, 773 mèt. d’altitude; la Grosse-Montagne, 730 mèt., dans

INTRODUCTION

IX

le Nord, et enfin le Houëlmont, 424 mètres. Ce dernier, avec les
mornes Dos-D'Ane. Hirondelle, Caraïbe et Citronnier, forme un petit
massif situé un peu à droite et en dehors de la direction générale du
sud au nord et se rattache à la Soufrière par le col de Gourbeyre.
La Soufrière , avec le Nez-Cassé, la Grande-Découverte, 1466 mèt.,
le morne de YEchelle, la montagne de la Madeleine, et. plus loin, les
quatre pics du Sans-Toucher , 1480 mèt., forment le grand massif du
Sud-Est de l'ile et en occupent environ la demi-superficie. A partir
du Sans-Toucher , les montagnes s’abaissent graduellement, mais
forment encore quelques mornes importants, comme celui du Sauf de
la Bouillante . 422 met. ; la Montagne aux Pailles ; le Bel-Air. 864 mèt. ;
la Montagne. Beaugendre, 645 mèt.; la Montagne Saint-Jean. qui
sépare les deux bras de la Grancle-Bivière à Gogave ; la Couronne.
800 mèt.; le Piton Guyonneau , 700 mèt. ; Baille-A rgent, 610 mètres.
Les derniers points élevés dans le Nord sont: Va Grosse-Montagne et le
Piton de Sainte-Rose , qui vont terminer l’ile, en formant tantôt un
littoral plat et sablonneux, tantôt des promontoires peu considé­
rables; la pointe la plus avancée prend le nom de Feinte-Allègre .
Les deux versants de cette chaîne, sillonnés de vallées, arrosés par
70 rivières, couverts de forêts vierges, connus seulement par les
chasseurs intrépides et. dans certains endroits, par de hardis contre­
bandiers de tafia, le botaniste doit les parcourir, les sonder, les scru­
ter, pour découvrir les richesses végétales que la Providence y a
entassées.
Le versant occidental diffère beaucoup du versant oriental. Celui-là
est moins large, plus proche des sommets ; ses mornes sont plus éle­
vés, tantôt très roides, tantôt abrupts; le littoral maritime y est ou
rocheux et abrupt, ou bas et marécageux ; les rivières qui s'échappent
des hauteurs forment des sauts et des cascades, roulent dans des lits
très encaissés sur un fond rocheux ou argileux, laissant à nu leurs
bords escarpés, formés de basaltes, de porphyres et de laves durcies.
En temps ordinaire, un grand nombre de ces cours d'eau sont à sec;
pendant l’hivernage, ils se changent en torrents impétueux. La rivière
Du Plessis, entre Le Bailli/' et les Vieux-Habitants , la Grande-Rivière
des Vieux-Habitants forment, à leur embouchure, des atterrissements
marécageux et malsains, mais riches en végétation ; la rivière de la
Petite-Plaine forme, non loin de son embouchure, une sorte d’étang.
Le bas de toute la côte occidentale est généralement sec, aride, très
pierreux; on y trouve des plantes particulières.

�X

INTRODUCTION’

En traversant l'extrémité Nord, depuis Deshaies jusqu'à Sainte-Rose,
on rencontre une série de petites rivières de peu d importance, à
l’exception de la rivière Madame. et on arrive sur le versant oriental.
Ici. la nature change complètement d'aspect. Les mornes descendent
en pente douce; les cours d'eau, beaucoup plus considérables et moins
fougueux dans le haut, coulent paisibles dans le bas. En déposant des
sables argileux, des laves pulvérulentes, des débris basaltiques, des
détritus mélangés à l'humus des grands bois, ils ont formé peu à
peu ces vastes plaines alluvionnaires, marécageuses, ces forêts de
palétuviers qui s'étendent sur toute la côte, depuis Sainte-Rose jus­
qu’au delà de Sainte-Marie. Le plus important de ces cours d'eau est la
Grande-Rivière à Goyave. Elle prend sa source au Sans-Toucher,
marche, dans la plus grande partie de son parcours, du sud au nord,
formant la seule vallée longitudinale de l'ile: elle reçoit sur sa gauche
le Bras-David, le Bras-Saint-Jean, séparé de la Grande-Rivière par la
montagne de Saint-Jean, le Bras-de-Sable, près de la Rivière-Chaude.
et enfin la Petite-Rivière. A environ G kilom. de son embouchure,
elle tourne brusquement vers l’est pour se jeter à la mer à travers
une forêt de mangliers ou palétuviers. Cette rivière, dont le bassin
seul occupe plus du quart de la superficie de la Guadeloupe proprement
dite, a trois embouchures et forme un delta dont les alluvions aug­
mentent tous les ans de 10 à 13 mètres. Ces palétuviers, dont le principal
côté utile est d abriter les cultures de l’intérieur contre 1 air salin de
la mer, sont un milieu de pullulation microbienne, de multiplication
pour les moustiques et les maringouins, qui en rend l’exploration
dangereuse; leur végétation est très uniforme, tandis que celle des
plaines et des parties boisées situées en arrière offre à lherborisateur
une riche récolte.
Le reste de la côte, depuis la rivière de la Capesferre jusqu’à la
Basse-Terre, est sec, mais continue à être arrosé par d importantes
rivières. Sur le versant oriental. et près du bourg de Baie-Mahault,
on rencontre un grand étang, la Digue, entouré de collines et de
ravines boisées, fertiles en toutes sortes de plantes. Sur le plateau
boisé de Longmont à la Capesterre se trouvent deux grands étangs
encaissés : le Grand-Étang , à 394 mèt. d’altitude, de forme semilunaire. mesurant près d’une lieue de circonférence, et l’étang Zomhi,
de forme ovale et d'un tiers environ plus petit. Ces lacs ont des
déversoirs souterrains et donnent naissance à deux rivières : le pre­
mier à celle de Saint-Sauveur et l’autre à celle des Bananiers. C est

INTRODUCTION

XI

sur leurs bords et dans les bois environnants qu'on trouve les plus
belles et les plus luxuriantes fougères.
La G ran de -T e r r e a la forme d’un triangle triquèlre isoscèle; elle est
plus petite que la G u a d elo u pe pro pr em en t d it e . Son origine est due
aussi à des foyers volcaniques sous-marins, comme le prouvent les
roches basaltiques littorales de YAnse-Bertrand et de la Poin/e-desChâteaux , mais les éjections sont peu élevées et ont été couvertes
d’une couche calcaire, dont l’épaisseur, selon les calculs de Moreau
de Jonnès, varie entre 92 m. 84 et 387 m. 81. Cette terre offre un sin­
gulier contraste avec la Guadeloupe. C’est une vaste plaine fertile,
presque partout cultivée. Les seuls reliefs (pii vaillent la peine d'être
cités sont les Grands-Fonds, situés sur la partie méridionale entre les
Ahymes. le M orne-à-iEau . le Moule , Saint-François , Sainte-Anne,
le Gozier et la Pointe-à-Pitre. Ils sont formés de petits mamelons cal­
caires, tantôt presque nus, tantôt boisés, jetés çà et là par hasard et
sans ordre, variant d’une altitude de GO à 113 mètres. Ils sont séparés
les uns des autres, soit par des coulées recouvertes d’une couche
épaisse d’alluvion, soit par de petits marécages, soit par des gorges
étroites, et, dans certains endroits, par de grandes plaines. Les plus
pittoresques et les plus régulièrement formés appartiennent au Gozier.
La végétation de ces mornes est en général assez pauvre et uniforme :
les poiriers , les rnappous, les campêches, les hois-vinettes. les boisrouges, les Eugenia coriacea et axillaris y dominent. Le petit plateau,
entre Saint-Louis et l'Anse-Bertrand , les mornes du Petit-Canal et de
ses environs sont cependant très intéressants au point de vue bota­
nique, et l herborisateur y fait une ample provision.
Mais si l’intérieur de la Grande-Terre offre moins de ressources au
collectionneur, les bords de la mer, par contre, sont plus riches en
toutes sortes de plantes ; ils sont bien plus pittoresques, au point de vue
des sites, que le littoral de la Guadeloupe proprement dite. Depuis la
Pointe-à-Pitre jusqu’à la Pointe-Gris-Gris, on n'a qu’une série de palé­
tuviers (jui forment une lisière très large derrière laquelle s’étendent
des marécages occupés par des herbes coupantes et qui sont tout à fait
semblables à ceux du Lamcntin , à la Martinique, et de la Baie-Mahault.
Mais à partir de la Pointe-Gris-Gris jusqu’à la Pointe-Plate, entre PortLouis et VA use- Bertrand , le littoral change; il devient bas et sablon­
neux et offre une riche végétation toute spéciale, qui tranche fortement
avec celle des côtes marécageuses. De la Pointe-Plate jusqu’à la PetiteVigie, et de là jusqu’à la Grande-Vigie, point terminal de la Grande-

�INTRODUCTION
XII
Terre. et sur la côte nord-est jusqu'au Mont-Gozicr, on ne voit que

des falaises nues et grises, contre lesquelles une mer toujours furieuse
vient se heurter. Après le Mont-Gozicr. la côte s'abaisse pour former
une plage d’abord rocheuse, ensuite sablonneuse, et se prolonge
jusqu'aux rochers de la Couronne. De là. à la Pointe-des-Chàteaux,
le littoral, extrêmement intéressant par ailleurs, ne présente que des
roches à pic ou des amas de pierres sans végétation. Il n'en est plus
de même de la côte méridionale depuis la Pointe-des-Chàteaux jusqu’à
la Pointe-à-Pitre : celle-ci est généralement basse, parfois maréca­
geuse. Elle se relève au Petit-Havre pour former une série de falaises
boisées et des marécages peu étendus. Ces falaises, surtout celles du
Gozier, abritent une végétation particulière et riche en espèces.
La faible élévation de ses mornes et l'absence de forêts ne permettent
pas à la Grande-Terre d'avoir de puissants cours d’eau. Les quelques
rivières qui v existent méritent à peine ce nom et sont à sec pendant
une grande partie de l’année. Les pluies y sont moins fréquentes qu’à
la Guadeloupe proprement dite; aussi la sécheresse se fait-elle souvent
cruellement sentir. La végétation se ressent nécessairement de cet état
de choses et revêt, surtout pour les plantes herbacées, un cachet anor­
mal. Dans les grandes et profondes mares, qu’on a creusées autour
des habitations et dans les savanes, on trouve des plantes flottantes
très belles, qui protègent l’eau contre l'ardeur du soleil et la conservent
limpide. Il en est de même de quelques grands étangs, nourris par
des sources, comme celui du Cocoyer, près de l’usine de Ducliassaing
au Moule.
Les nombreux îlots du Grand et du Petit-Cul-de-Sac, ceux de SainteRose. ne recèlent aucune végétation sortant de l’ordinaire.
La D ésir a d e , île étroite, longue de 22 kilom., au nord-est de la
Grande-Terre, un peu en dehors de la courbe formée par les PetitesAntilles. est traversée d'une extrémité à l’autre par un plateau assez
élevé, dont le point culminant, le Morne-Frégate, a 280 mètres d alti­
tude. Sa côte orientale est taillée à pic; l’occidentale s’abaisse presque
partout en pente plus ou moins douce. L'ile entière est de formation
volcanique, comme la Grande-Terre, et recouverte d’une profonde
couche calcaire, qui fournit une excellente chaux. Cette couche est
plus épaisse du côté occidental et se montre parfois à nu, ce qui fait
que de loin l'ile ressemble à un immense rocher couvert d'un peu de
végétation. La partie plate et quelques endroits du plateau, comme
celui des Lataniers, contiennent une terre fertile, recouverte de sables

INTRODUCTION

XIII

calcaires. Les corosoliers, le cotonnier. les pois Bourcoussou (Dolichos
Lablab), les patates, le maïs et le manioc y réussissent bien. Le ruis­
seau de la ravine Cybèle, entre le bourg de la Grand'Anse et la
Léproserie , la rivière de la Léproserie et celle de la Pointe-du-Nord
sont à peu près les seuls cours d’eau qui }r existent; encore sont-ils
presque toujours à sec. La constitution géologique ne permet aux
arbres de devenir grands que dans les falaises et sur la plage occi­
dentale ; les flancs et le plateau sont plus ou moins couverts de grands
arbrisseaux et d’arbustes, dont un bon nombre appartiennent à des
espèces toutes particulières qu’on ne rencontre nulle part ailleurs. La
flore de la Désirade a beaucoup d'analogie avec celle du plateau de
Port-Louis et des mornes du Petit-Canal. Dans les savanes pierreuses,
sèches et arides de la Léproserie, exposées au grand vent de la mer,
on ne rencontre que des raquettes volantes et des tetes-d'Anglais. Le
gayac. qu'on dit avoir été commun autrefois, n’est plus représenté
que par trois ou quatre pieds.
L'ile de M a r ie - G a l a n te , au sud de la G u a d elo u pe , est de formation
calcaire et appartient, au même soulèvement que la Grande-Terre. De
forme circulaire et d'une circonférence de 83 kilom., elle se trouve
traversée du nord au sud par une petite chaîne de mornes, qui forment
deux petits plateaux. Le premier, d'une altitude de 100 mètres, va
jusqu'à la rivière du Vieux-Fort ; le second, depuis cette rivière jusqu'à
celle de Saint-Louis , présente comme point culminant le MorneConstant, qui ne dépasse pas 20o mètres. La côte de l’Est ou la
Côte-du-Vent est formée de falaises à pic : le littoral du Nord,
entre la Pointe-de-Ballet et la Pointe-du-Xord. est couvert de palétu­
viers et de grands arbres, les mêmes qu'on rencontre dans les maré­
cages du Lamentin ; le reste de la côte est généralement bas et
sablonneux. Le sol est fertile et cultivé, sauf en quelques flancs par
trop pierreux et trop abrupts. La plaine boisée et sablonneuse de
Folle-Anse, entre Saint-Louis et le Grand-Bourg , est extrêmement
intéressante et à peu près le seul endroit où l'on puisse collectionner
quehjue chose de nouveau. Le reste de la végétation de l’ile est assez
exactement celle des mornes calcaires des Grands-Fonds.
Le groupe des S a in t e s , composé de huit îlots, d'une étendue très
inégale, est formé de deux volcans qui se sont éteints avant que leurs
éjections aient eu le temps de combler les passes qui les séparent. Le
sol. semi-argileux, semi-calcaire, est généralement sec et aride. Les

�XIY

INTRODUCTION

deux principaux îlots, la Tcrrc-de-Haut et la Tcrre-de-Ras, ont une
végétation un peu différente. — La première et la plus grande est domi­
née par le morne du Chameau (316 met. de haut), très abrupt du côté
de la mer. Il est maigrement boisé par des arbrisseaux et de petits
arbustes; dans le Nord, c'est-à-dire au Marigot et à la Grande-Anse,
le littoral est plat et marécageux. Par ailleurs, on rencontre beaucoup
de mancenillicrs. de poiriers et quelques mappous. — La Terre-dc-Bas
est plus boisée et nourrit de grands arbres : la partie plate est peu
considérable et a le même sol que la Terre-de-Haul ; la partie morneuse est couverte de pierres basaltiques; on y trouve en masse plu­
sieurs espèces d’épiniers, des Mammea humilis. le petit, bois vert
(,liochefortiü cuneata). En général, la flore des îlots des Saintes se
rattache beaucoup à celle des coteaux secs du Vieux-Fort à MarieGalante.
LA MAHTINIQUE

La M a rtin iq u e , un peu plus étendue que la Guadeloupe proprement
dite, est entièrement volcanique comme celle-ci. Elle a la forme d'un
parallélogramme irrégulier, avec des échancrures très profondes, et
peut être considérée comme composée de deux massifs, qui diffèrent,
au point de vue végétal naturel, presque autant que la Guadeloupe
diffère de la Grande-Terre.
Le plus élevé des massifs occupe le Nord, l'autre le Sud de lile. Celuilà est formé de deux volcans éteints : la Montagne-Pelée (1.330 mèt.
d'altitude), dont l'aire embrasse treize mornes, et les Pitons-du-Carbet
(1.207 mèt.), avec trente-un mornes principaux. Ils sont reliés par le
plateau du Morne-liouge, les montagnes qui entourent le ChampFlore. les montagnes de la Grand'Anse, du Lorrain et les mornes des
Deux-Choux. Ces deux massifs forment ensemble deux versants bien
distincts à l’occident et à l'orient.
Le massif du Sud, de formation beaucoup plus ancienne, est consti­
tué par quatre volcans éteints : celui de la Plaine , renfermant le
plateau de ce nom et six mornes principaux, celui des Roches-Carrées,
auquel s'adossent quatre mornes, celui du Vauclin (-300 mèt.), qui est
isolé, et enfin celui du Marin.
Les deux massifs se touchent par l'intermédiaire des collines et plaines
(jui s’étendent entre la baie du Lamentin et la baie du Galion. Le massif du
Nord est le plus important et donne naissance à cinquante rivières, sur
soixante-quinze que I on compte dansl'île. Ses quarante-quatre mornes,
avec leurs ramifications, ses nombreuses vallées, ses profondes ravines

INTRODUCTION

XV

sont couverts de grands bois et. représentent fidèlement la partie mon­
tagneuse et boisée de la Guadeloupe. Ses côtes seules diffèrent. Depuis
Fort-de-France jusqu’au Prêcheur, et de là, en doublant le cap SaintMartin et en suivant le bord oriental, jusqu’à la Trinité, le littoral pré­
sente tour à tour des plages sablonneuses et plates, des falaises à pic
et des pentes abruptes, il est toujours sec, nulle part marécageux, et
présente peu de découpures. Les cours d’eau ne forment pas d’atter­
rissements.
Le sud de la Martinique, malgré ses reliefs, constitue la partie basse
de l'île. Les cours d'eau v sont moins considérables et moins lonirs. à
l'exception de la rivière la Lézarde, la plus grande du pays et qui
prend sa source dans le massif des Piions-du-Carlet. Ses côtes
sont généralement plates et marécageuses. Les cinq rivières qui
débouchent dans la vaste baie de Fort-de-France y ont formé, par
l’apport des détritus, des atterrissements considérables qu entoure une
bande, tantôt très large, tantôt moins large, de palétuviers. Cette région
est sillonnée par de nombreux canaux, dont deux seulement sont
navigables. La flore y est la même que celle de tous les mangliers des
Antilles. Les marécages des Anses-d'Arlei sont peu étendus, mais
nourrissent un grand nombre de Cypéracées particulières; les atterris­
sements du canal de la Rivière-Pilote sont assez importants et pro­
duisent des Glumacées rares; sur le côté gauche de la baie du Marin,
on rencontre beaucoup de roseaux; dans les palétuviers du François,
du Robert et de la baie de Galion, le botaniste peut récolter quelques
plantes rares. Les îlots du François sont secs, arides et d'une végéta­
tion pauvre; ceux de la baie du Robert ne fournissent, entre beaucoup
d'autres plantes très ordinaires, que des mancenilliers, des poiriers et
des savonnettiers.
L’extrémité sud de la Martinique est formée par une presqu'île recour­
bée et resserrée entre la baie du Marin et le Cul-de-sac-Ferré ; ses
reliefs sont constitués par des mamelons calcaires brisés. Leur forme
et leur végétation sont très analogues à celles des Grands-Fonds-duGozier. Les salines et la plaine connue sous le nom de Champ-dePétrification , faisant suite aux mornes, sont presque dépourvues de
végétation.
La presqu'île de la Caravelle, dont la première moitié, plate et
riche en cultures, s’appelle la Tartane, se termine par un petit massif
assez élevé, formé d’amas de pierres basaltiques et calcaires au milieu
desquelles s’élève un phare. Les arbrisseaux et les petits arbres, qui

�XVI

INTRODUCTION

poussent entre ces pierres, forment une végétation riche en espèces et
marquée d'un cachet tout spécial ; elle ressemble beaucoup à celle de
la Désirade.
Outre les nombreuses mares qu’on a été obligé de creuser, surtout
dans le Sud de 1île, et dans lesquelles végètent presque toujours des
plantes très intéressantes et souvent très rares, il v a à la Martinique
deux lacs : celui du cratère éteint de la Montagne-Pelée (de 150 mètres
de circonférence), et le lac Larcher (étang), au pied des Pitons-du('arhet. En fait de végétation, ils ne recèlent rien de particulier.
Bien que le sol de la Martinique soit en général composé de laves
argileuses et spathiques, de ponces scoriacées et argilo-ferrugineuses.
de tuf volcanique siliceux, de divers calcaires, de basaltes, de minerais
ferrugineux, on voit cependant que la région de la Montagne-Pelée,
les flancs et les plaines arables qui en dépendent, contiennent une
terre essentiellement ponceuse, légère, et par conséquent très per­
méable, tandis que les quartiers de la Trin ité, du La men tin , du Sa intEsprit et du Robert sont revêtus de terres argilo-ferrugineuses,
grasses et fortes.
CLIMAT, HUMIDITÉ
Le plus ou moins de végétation et le cachet particulier de la flore
de chaque région dépendent d'une multitude de causes, dont les prin­
cipales sont : la constitution des terres, la direction et la variation des
vents, la configuration des accidents telluriques, les conditions cli­
matériques, l'altitude, la situation particulière des montagnes et la
projection de leurs ombres, le voisinage des autres îles, la forme parti­
culière des mornes, les variations de température, etc. De quelque
point de vue que I on considère nos deux îles, elles ont été très favori­
sées par la Providence et n’ont rien à envier aux pays les plus riches
du monde.
Elles sont placées sous les tropiques, c est-à-dire dans une zone
chaude qui, dans nos îles, varie entre 50° et 32° c. au maximum, entre
20° et 22° au minimum. Par leur constitution géologique et minéralo­
gique, elles ont tous les éléments d un sol fertile et varié; par leur
configuration, qui présente des montagnes élevées, des plaines et des
plateaux secs ou humides, des vallées profondes, étroites ou larges, des

INTRODUCTION

XVII

pentes abruptes ou douces ; par la forme conique des mornes, qui
augmente Taction sur les nuées électriques, elles ont été admirable­
ment disposées pour une végétation, non seulement des plus exubé­
rantes, mais encore des plus variées. De plus, leurs productions
portent une caractéristique particulière dont il faut chercher la cause
dans 1 humidité dont l'atmosphère est presque constamment imprégnée.
En raison de leur situation au milieu de l'océan, dont l'évaporation,
selon les calculs des savants, porte sur plus de 33 millions de tonnes
d’eau par degré carré; à cause de leur exposition à des vents variables
qui poussent les vapeurs et les brumes de la mer vers les montagnes,
où elles se condensent en même temps que les vapeurs qui se dégagent
des rivières, lacs, mares et marécages, il n'est pas étonnant que ces
îles, sur 363 jours de l'année, ne comptent en moyenne que 66 jours
où la pluie fasse défaut sur un point quelconque de leur surface et où
l'hygromètre n accuse que 65° au lieu de 93° maximum. 11 en résulte
qu'à la Guadeloupe et à la Martinique il fait deux fois et demi plus
humide qu’en France.
L influence de cette humidité, combinée avec la chaleur, se fait sentir
d’une manière très appréciable sur le développement des nombreuses
Phanérogames herbacées, notamment chez les Cvpéracées, les Grami­
nées, les Broméliacées, les Orchidées terrestres, les Aroïdées épiphytes,
les Convolvulacées, les Labiées, les liubiacées et Cordiacées. Mais elle
se manifeste d'une manière saisissante dans l’expansion exubérante des
Cryptogames; et, parmi celles-ci, elle impressionne surtout les Fou­
gères, les Lveopodes. les Mousses et les Champignons. La Guadeloupe
et la Martinique, plus que toute autre île, sont le centre privilégié de
formation des Fougères et des Lveopodes.
DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES PLANTES EN ZONES
En parcourant les bords de mer, les flancs des montagnes et les
hauteurs dénudées, on peut aisément assigner à nos deux îles cinq
régions végétales offrant chacune une flore distincte :
I. Région maritime.

Elle embrasse cette partie de la mer peu profonde, plus eu moins
chauffée par le soleil, sablonneuse ou vaseuse, qui avoisine les terres;

�XVIII

IN T II OI) UCTIO N

elle contient en abondance, outre les nombreuses Algues, deux Phané­
rogames stolonifères, complètement immergées et formant un gazon
maritime souvent très épais. Ce sont : Ruppia maritima et Thalassia
testudinum, de la famille des Xaïadées.
II. Basse région ou région champêtre.

Elle commence au niveau de la mer, s'élève jusqu’aux grands bois
à une altitude moyenne de 500 mètres et constitue, à l’exception des
environs du Camp-Jacoh et du Matouba, où l'homme est allé s'établir
plus haut, la zone habitée et cultivée. Elle renferme à elle seule les
quatre cinquièmes des espèces végétales. En tenant compte de la
variété du sol qui les produit, on peut y distinguer huit sortes déflorés
spéciales :
1° Flore du bord de mer sec.
Elle embrasse toute la bande littorale, tantôt sablonneuse et plate,
tantôt rocheuse et madréporique, arrosée ou inondée par l’eau de mer
et exposée directement à l’influence de l’air salin. Ses végétaux se
caractérisent par leurs feuilles épaisses ou coriaces et souvent succu­
lentes, par une coloration grise ou peu vive. Les principales espèces
sont :

Tournefortia gnaphalodes, Strumpfia marilima, Fimbrislylis spathacea, Philoxerus vermiculalus, Suriana marilima, Liihophila muscosa, Bor­
ne hta arborescens. — Ces espèces, le plus souvent enracinées dans les

pierres et roches madréporiques, où elles reçoivent l'eau de mer, fleu­
rissent toute l’année.
Sesuvium portulacastrum, Scævola Plumieri, Ileliolropium curassaricum,
Sporobolus virginica et littoralis, Tephrosia cinerea, Thespesia populnea,
Peclis hnnxifusa et carthusiana, Hecastophyllum Brownei, Vinca rosea ,
Giulandina Bon duce lia, Bonlia daphnoides, Cah île ;egnalis, Euphorbia
buxifolia, Ipomea pes-capræ, Trianihemum monogynum , MêlanIliera
delloidea, Dodoiuea viscosa, Canavalia obtusifolia, Porlulac apilosa, Opun­
tia Tuna et spinosissima, Tribulus cisloides et maximus, Cyperus hrunneus,
viscosns, etc. — Ces espèces croissent sur le littoral maritime sablonneux
accidentellement arrosé par l’eau de mer; quelques-unes se rencontrent
aussi un peu à l’intérieur.
Morisonia amencana, Myriosma buxifolium. Elæodendron dioectim,
Eupalorium integrifolium, Capparis Breynia et jamaicensis, Mitreola

petiolata, Gymnogramme lartarea, Celtis aculeata, Ximenia americana,

1NT II O DUCT 10 X

XIX

Melocaclus commuais, Solanum igneum cl racemosum, Jacguinia armillaris,
Drypetes alba, llheedia lalcri/lora, Conlia alha, Parkinsonia aculeata,
Eugenia aæillaris, etc. — Ces espèces poussent le plus souvent dans

les falaises abruptes du bord de mer.

Egleles domingensis, Erigeron jamaicensis, Evolvulus nummularius. —

Ces espèces forment gazon, soit près du bord de mer, soit un peu à
l’intérieur.
2° Flore des palétuviers ou mangliers.
Les végétaux propres à cette station sont, le plus souvent, des
arbres et des arbrisseaux. Ils ont toujours leurs racines plongées dans
l'eau salée ou demi-salée, ou sont souvent inondés par l’eau de mer.
Voici les principaux :

Laguncularia racemosa, Bhizophora Man g le, Aricennia nitida, Conocarpus crédits, Pavonia racemosa, Brachypleris borealis, Echiles ht fora,
Bignonia iequinoclialis, Drepanocarpus lunatus, Sesbania sencea et occidentalis, Pterocarpus Draco, Bignonia incarnata, Monlrichardia arborescens
et aculeata, Chrysodium vulgare. — Les sept dernières espèces se ren­

contrent aussi dans les marécages d’eau douce avoisinant les palétu­
viers.
3° Flore palustre des savanes et des bas-fonds marécageux ou tour­
beux, souvent boisés ou à demi boisés, &lt;7es endroits aquatiques et
des fosses remplies d'eau.

Elle se compose en majeure partie de hautes herbes, connues sous
le nom d’/ierôes coupantes, qui occupent de grandes étendues aux
Abym es , au Morne-à-l'Eau , au Lamentin , à Baie-Mahault, de moindres
étendues à Port-Louis, au Petit-Canal, à Marie-Galante (entre le bois
de Folle-Anse et VUsine-de-Relz.) l ’ne espèce d’herbe coupante, le
Cladium occidentale, si commune à la Guadeloupe, n’existe pas à la
Martinique. Les principales plantes qui la forment sont :

Bgnchospora aurea, Cladium occidentale, Scleria microcarpa, Fuirena
umhellata, Anona palustris, Pluchea purpurascens, Verbesina alata, Sparganophorus Vaillanti, Spilanlhes uliginosa, .Eschgnomenc sensitiva,
Caperonia palustris, Ammannin ladfolia et humilis, Neptunia p/ena et
pubescens, Mimosa asfiera ta, Jusssieua erecta, su/fruticosa, Jussieua linifolia, Calalhea Allouya, Ischnosiphon Arouna, Goniopleris scolopendrioides,
Hibiscus bifurcatus et sororius, Malvastrum alcifolium , Herpestis Monnieria, Conobea aguatica, Ilysanthes gralioloides, Ipomea martinicensis,
Lippia nodiflora, Die/fenbachia Seguine, Cyperus odoratus, Luzulæ , etc.,

�XX
in t r o d u c t io n
Aspidium unitum , Pteris grandifolia, etc., Polygonum acre, glabrum et
acuminatum.
i" Flore des étangs, mares, canaux, etc.

Elle est constituée par des plantes qui vivent essentiellement dans
l'eau. Ce sont :
Nymphæa amp la et Budgeana, Limnanthemun llumboldtianum, Nep­

tunia nalans, Pistra stratiotes, Ponlederia crassipes, Paspaluni dishc/ium,
Scirpus mutatus et plantagineus. Lirnnobium stoloniferum, Lemna minor,
Iponxea palustris, Fchinodorus cordifolius, Potamogelon fluilans et planta­
gineus, Panicum amplexicaule.
;i° Flore des mornes et pentes rocailleux, secs, boisés ou plus ou moins
Jxoisés, souvent couverts de pierres basaltiques, soit une partie du
massif de Houëlmont et de la Grosse-Montagne-de-Deshaies [sauf
les sommets, qui participent à la flore des grands bois), le morne
Gommier de la Pointe-Noire, le Gros-Morne de Deshaies, etc.
[Guadeloupe); les mornes des Roches-Carrées, la Plaine, le Gommier-du-Marin, les hauteurs rocheuses de la Rivière-Pilote, les hau­
teurs pierreuses de la Grande-Rivière [Martinique).

Elle contient beaucoup d'arbrisseaux et de petits arbres à bois dur,
peu de Cryptogames et de Glumacées. Les plus belles Orchidées, par
contre, sont l'apanage de cette station. Les végétaux qui y dominent
sont :
%
Exca-caria caribæa, Myginda lalifolia, Pilhecolobium micradenium,

Pithecolobium fi lie ifolium, Schnella splendens, Desmanthus virgalus,
Cereus triangularis, Jacquemontia tamnifolia, Brunsfelsia fallax, bijndendru ru ciliatum, Oncidium allissimum, Hrassa vola cucullala et nodosa,
Guetlarda scabra etparvifolia, Slenoslomum aculatum et visçosum. Justifia
euslachiana et carthagincensis, Erylhroxylum oralum, Talinum quadrangulare, Plumiera alba, Casearia parvifolia, Peperomia acuminata et clusiæfolia, Olyra paucifiora, Pharus fatifolios et g la-ber, Cheilanlhes radiata et
elongata, Ilemioniiis palmala, etc.
b" Flore des endroits calcaires, soit les Grands-Fonds, la Désirade,
Marie-Galante, le plateau de Port-Louis, les mornes du Petit-Canal
Guadeloupe), les mornes de Sainte-Anne et le massif de la Caravelle
[Martinique).

Elle contient beaucoup d'arbrisseaux, de grands arbustes et de
petits arbres, un assez grand nombre de plantes herbacées et très peu
de Fougères. Les végétaux propres à ces endroits sont :

INTRODUCTION

XXI

Amyris marilima, Stylosanthes procumbens, Antacanthus microphi/Il us,
Fugenia pal lens cl liguslrina, Borrera verlicillata, Morinda citrifolia,
Malpighia coccigera, Byrsonima lucida, Malpighia anquslifolia, Canella,
alba, Pedilanthus lithymaloides, Dipholis nigra, Ernodea littoralis, Forestiera rhamnifolia, Fupatorium canescens, Baccharis dioica, Galaclia
anquslifolia', Condalia ferrea, Bumelia cuneata, Acrodiclidium salicifolium,
Comocladia il icifolia, Cassyta americana, Euphorbia heterophylla, Euphorbia Berleroana, Phyllanthus falcalus, Aneimia adianlifolia, Aneirnia
lurla, etc., Pisonia subcordata el'fætida, Thrinax harbadensis, Asplénium
dental um.
7° Flore des côtes arides, sèches, pierreuses, point ou peu boisées, soit la
côte occidentale entre la Basse-l’erre et Deshaies, certaines pentes du
Vieux-Fort, en majeure partie les mornes des Saintes [Guadeloupe),
la côte entre le Carbet et Case-Navire, celle du Diamant et de SainteLuce, la grande pente du Gros-Morne, du Diamant, etc. (Marti­
nique)i.

Pendant la saison sèche, ces côtes paraissent comme brûlées par le
soleil et toute végétation est arrêtée; les arbres et arbrisseaux surtout
perdent leurs feuilles. Les plantes qu’on y trouve sont peu nombreuses,
mais portent un cachet tout particulier. Ce sont ;
Corchorns sihquosus, Malvastrum spicatum et tricuspidatum, Sida urens,
hamulosa et jamaicensis, Ahulilon crispum, Bastardia viscosa, Ibatia

muricata, Tobinia trifoliala, Cracca caribæa, Gluetocalyx vincentinus,
Piscidia erythrina, Calliandra purpurea, Calotropis procera, Dicliptera
rnartinicensis, Pectis linifolia, Gomphia lucida, Lanlana salvifolia, Melochia
tornentosa, Melochia pyramidata, Melochia nodiflora, Pithecolobium
unguis cali, Poiybœa corensis, Hèliotropium frutescens, Cassia polyàdena,
Evolvuliis sericetis, Cereus Curtisii, Anona squamosa, Borrera spinosa,
Panicum diffusant, Bouteloua litigiosa, etc.
8° Flore des terres quelconques non comprises dans les sept stations
précitées.

Elle est de beaucoup la plus riche en genres et en espèces; elle
embrasse, outre les plantes des grandes et petites cultures, les plantes
potagères, les herbes, arbrisseaux et arbres d’origine étrangère, environ
le quart de la végétation insulaire. Elle se distingue surtout par le
grand nombre de plantes médicinales et fourragères. Les familles
des Labiées, Crucifères, Scrofularinées, Continuées, Papavéracées,
Düss. — Plantes Guadeloupe et Martinique,

II

�XXI

INTRODUCTION

Asclépiadées, Apocvnées, Polvgalées, Nyctaginées, Plombaginées,
Hippocraléacées, Yerbénacées. Crassulacées, Ampélidées. Bixinées,
Liliacées et Iridées n’ont leurs représentants que dans ce terrain ; les
Malvacées. Solanées, Acanthacées, Borraginées, Bignoniacées, Gesnériacées, Dioscorées, Composées, Rubiacées et Légumineuses herba­
cées, les Graminées. Cypéracées et les Fougères en fournissent la
majeure partie. Ne citons que quelques grands arbres :
Genipa americana, Ilymenæa Courbaril, Jfammea americana, Tecoma
pentaphylla, I/iira crépitans, Eriodendroii anfractuosum, Cordia Gerascan-

thus, Cordia Collococca, Cedrela odorat a, Crescentia Cujete, Melicocca
bijuga, Persea gratissima, Me lia sempervirens, Ficus crassinervia et
pallida, Sapota Achras, Sideroxylon maslichodendron, etc.
III. Région des grands bois ou région moyenne.

Elle commence à une altitude de 500 mètres et embrasse tous les
bois à haute futaie jusqu’à, une élévation variant entre 800 et 1000
mètres. Sur le versant oriental (les bois de Sainte-Rose, de Sofaya , de
la Racine-Chaude et quelques vallées des Pitons-du-Carbet, à la Marti­
nique), les forêts descendent au-dessous de 500 mètres et participent
de la flore de la région inférieure. C'est la zone des forêts vierges, celle
où la végétation étale un luxe et une beauté qui étonnent l’homme le
plus indifférent. Une couche toujours humide et épaisse d’humus
donne aux arbres une ampleur et une hauteur majestueuses. Les
Crvptogames protégées par 1ombre contre l’ardeur du soleil, les
plantes épiphytes de toutes sortes poussent avec une vigueur extraor­
dinaire, couvrent les branches et les troncs des arbres vivants et
envahissent les vieilles souches et les bois tombés de vétusté. C’est là
qu'il faut chercher la plupart des arbres qui fournissent du bois de
construction, des essences et du tanin. Nous ne mentionnerons que
les plus importants :
Magnolia Plurnieri, Sloanea Massoni el caribæa, Hernandia sonora, Byrsonima spicata el læviyata, Bunchosia glandulifera, Guarea Perrotelii el
Swartzii, Acrodicilidium sericeum, Iiirtella triandra , Oxandra laurifolia,
Amanoa caribæa, Meliosma Herbertii el Pardon i, Styrax glaber, Turpinia occidentalis, Dussia martinicensis, Richeria grandis, Nectandra païens,
coriacea, Ocotea metnbrenacea, Prunus occidentalis et sp/uerocarpa,

Guatteria Ouregou, Cicca anlillana.

C’est là qu’on récolte les belles Aroïdées à larges feuilles, les Orchi-

A mesure qu’on s’élève dans les grands bois, on voit que la taille
des arbres diminue peu à peu, que les pentes deviennent plus rapides,
que la température s’abaisse graduellement, que les vents commencent
à se faire sentir, que la terre végétale est moins sèche, lavée ou
entraînée qu elle est par les pluies, que les plantes épiphytes sont
moins nombreuses et moins exubérantes. On arrive alors dans ce
qu’on peut appeler la région de transition ou région des bois à petite
futaie. Sa limite inférieure se confond avec les grands bois; la supé­
rieure est bien tracée et se termine là où les Sphaignes commencent à
se montrer. Bien que la végétation en général soit celle des bois infé­
rieurs, on est cependant frappé de la présence de certaines espèces
d’arbrisseaux et d’herbes que l’on trouve partout et toujours à cette
altitude. Les principales sont :
Myrsine floribunda, Myrica mierocarpa, Charianlbus nodosus(2 varié­
tés), Miconia guadalupensis, Miconia globnlifera, Miconia coreacea, Miconia martinicensis, Ilcx montana, Freziera amplexifolia, Sciadophyllum
umbracuhferuni, Peperomia Balbisii, Clusia venosa, Verbesina hehanthoides, Myrcia defl ex a el Dussii, Eugenia Dussii, Kugenia Berteri, Eugenia berberis, Eugenia floribunda, Manettia calycosa, Hymenachne rigens,
Ryncbospora polyphylla , Machærium restioides, Aipbopfens serrulata,
Acrostichum Fêei el Plurnieri.
V. Région supérieure.

Elle embrasse les sommets, les plateaux et les flancs des plus hautes
montagnes, soit le cône et le plateau de la Soufrière , une partie de la
Savane à Mulets , le plateau de la Grande-Découverte, du Grand-SansToucher, la Savane aux Ananas (Guadeloupe), le morne de la Croixde-la-Montagne-Pelce (Martinique). Cette région est très nettement
tranchée et olfre un contraste extraordinaire avec l’ensemble de la
végétation précédente. Les grands arbres et les lianes variées sont
remplacés par une végétation rabougrie et uniforme. La température
y descend souvent assez bas et le thermomètre accuse une moyenne

I

�XXIV

INTRODUCTION

de 12° à 14°. A la Soufrière , pendant la saison fraîche et sereine, de
janvier jusqu en avril, on trouve souvent les feuilles chargées de givre
et de glaçons. Le sol est enveloppé d'une toison épaisse deSphaignes,
de Lycopodes et de Fougères. Du fond de cette couche, toujours
imprégnée d'eau et sous laquelle leurs racines trouvent une protec­
tion contre la violence du vent et de la pluie et aussi contre l'ardeur
du soleil, surgissent un petit nombre de Phanérogames d’une grande
beauté, remarquables parla vivacité de leurs couleurs, qui tranchent
fortement avec la coloration terne du reste de la végétation. Toutes
les plantes de cette région aérée, battues par des pluies presque quo­
tidiennes et tourmentées sans cesse par une brise froide et violente,
sont pourvues de feuilles rigides.
Un certain nombre de plantes, herbacées ou frutescentes, se ren­
contrent dans la zone inférieure tout aussi bien que dans la moyenne
et même dans la supérieure. De cette catégorie sont surtout :
Palicourea crocea, Arlhrostemma glomera(uni,ErythroxyIon squaniatum,
Panicum Sloanei, Hydrocotyle asialica, Mimosa pudica, Sauvagesia erecta,
Dieffenhachia Sçguine, Distreplus spicatus, Philodendrum giganteum,
Peperomia pellucida. Ergngium fœtidum , Chrysobolanus Icaco, JLoranthus
americanus, Wedelia carnosa, Bambusa anmdinacea, etc.
La flore indigène des Antilles se rattache évidemment à la flore du
continent américain et en particulier à celle de ces parties du Mexique,
du Honduras, de Panama, du Vénézuela, des Guyanes et du Brésil
équatorial formant le versant occidental. Un grand nombre des mêmes
espèces, qu'il faut principalement ranger dans les Fougères, les Orchi­
dées, les Glumacées, les Palétuviers, les Légumineuses herbacées et
frutescentes et dans beaucoup de grands arbres forestiers appartenant
à diverses familles, en sont une preuve. Elle tient à celle des EtatsUnis, surtout par les Graminées et Cypéracées. Le Pérou, l’Uruguay,
le Paraguay, la Colombie et l'Equateur n'y sont représentés que dans
une faible proportion.
Beaucoup de végétaux utiles et qui. pour la plupart, sont mainte­
nant naturalisés, ont été introduits dans le passé par les colons, les
travailleurs africains et indiens; d'autres ont été répandus par les soins
des Chambres d'agriculture, par les Jardins botaniques de la Trinidad,
de la Jamaïque, de Cuba, de la Martinique et de la Guadeloupe ;
d'autres encore ont été implantés par des hommes intelligents, désin­
téressés et soucieux du bien-être et de la prospérité de leurs pays.

INTRODUCTION

XXV

Nous indiquerons, dans une liste particulière, les noms des plantes
utiles et ornementales dont 1 île s’est enrichie.
La flore de la Guadeloupe, en raison de son étendue plus considé­
rable, de ses montagnes plus élevées, de sa température plus variée, et
aussi parce que les déboisements ont été poussés moins loin, est très
sensiblement plus riche que celle de la Martinique. De ces superbes
arbres, comme le palétuvier jaune, le palétuvier gris ou carapate des
bois, du bois bandé, du bois graine-violette, du bois de lan, du boisnégresse (Diospyros ebenaster)^ de plusieurs grands lauriers, qui tous
fournissent des bois de charpente, d’un assez grand nombre de Fou­
gères et d’Orchidées terrestres, communes dans les hauteurs, on ne
trouve pas trace dans lile sœur.
FLORAISON
Le propre de la végétation tropicale est de produire toujours et
simultanément des feuilles, des fleurs et des fruits, grâce à la chaleur
qui entretient une activité végétale incessante. Il en résulte que. quel
que soit le jour de l’année où il herborise, le botaniste trouve tou­
jours une récolte à faire, avec plus ou moins d abondance, dans
quelque lieu qu'il se dirige. Une sécheresse prolongée seule peut
mettre obstacle à cet ordre de choses.
Il y a cependant un printemps végétal, qui. comme celui d Europe,
commence généralement en mars et finit en juin. C’est la saison pen­
dant laquelle presque tous les arbrisseaux et la plupart des grands
arbres se parent de fleurs. Après l’hivernage, ou temps des grandes
pluies (qui officiellement dure du 13 juillet au 13 octobre), il y a une
seconde montée de sève, celle de septembre ou d octobre jusqu'en
décembre : c’est l an ière-saison, pendant laquelle fleurit et fructifie tout
ce qui, dans la première saison, est resté à l'état de repos. Ces deux
règles souffrent de nombreuses exceptions. Les lauriers, le carapate des
grands bois et quelques Me'lastornacées choisissent pour fleurir l une ou
l'autre saison, ou n’ont pas d’époque déterminée. Les Miconia, les
Psyc/iptria pedunculapis , crassit et parasitica , le Syntphysia guadalupensis, Vllex montana . le Brossæa anastoniosans, le Viola stipula ris ,
les Freziera et Ternstrœmia ; les palétuviers : Rhizophora Mangle,
Avicennia nitida , Conocarpus erectus, le Cordia Sebestana , le Bigno-

�XXVI

INTRODUCTION

nia stans, le papayer et le cocotier, les Malvacées suffrutescentes et
quelques frutescentes, comme les Malvastrum et les Sida, plusieurs
Hibiscus, la Irès grande majorité des plantes herbacées fleuriss'ent

toute l'année, tandis qu il est extrêmement rare de trouver les Heurs
du bambou et de certaines Mvrtacées des hauteurs éventées.
Les Thrinax . le gayac. les cerisiers du pays produisent deux ou
trois fois par an; la Sloanea caribæa, les Meliosma Herhertii et Pardoni (« bois de sept ans » à la Martinique), les vieux pieds de courbaril ne fleurissent que tous les trois ou quatre ans.
NOMS VULGAIRES OU VERNACULAIRES

La plupart des plantes de la région habitée et beaucoup de celles des
grands bois portent des noms vulgaires, qui leur ont été imposés parles
planteurs, les médieastres, les panseurs, les quimboiseurs (sorciers),
les coupeurs de bois et les chasseurs. Les mieux connus sont les
végétaux qui servent pour la médecine domestique, pour l'alimen­
tation des animaux, pour la charpente, la menuiserie, la tablette­
rie. etc.
Rien de plus incertain que ces noms vulgaires : ils changent d’une
localité à une autre, à plus forte raison d'une île à l’autre. Ainsi le
Wedelia carnosa s'appelle à Gourbeyre « patte-de-canard », à cause
de la ressemblance de sa feuille trilobée avec la patte de ce palmipède;
au Camp-Jacob, il reçoit le nom de « fleur-soleil », à cause de ses capi­
tules à fleurs radiées; aux Trois-Rivières, la même herbe est nommée
« herbe-à-lapin », parce que cette bète en est friande. Ce qui à la
Martinique est un bois « crécré » est connu h la Guadeloupe sous le
nom de « bois-côtelette », et le « bois-côtelette » des Martiniquais
devient le « bois carré » des Guadeloupéens.
Une quarantaine de plantes cependant portent, non seulement dans
les différents quartiers de notre île, mais encore à la Martinique, les
mêmes dénominations pour désigner les mêmes espèces. Soit les noms
de ; poirier, campêche, fromager, sablier, galba, cachiman blanc et
rouge, corosol. pomme-cannelle, gayac. goyavier, prune Monbin, prune
d'Espagne, pomme Cythère, sapotillier, abricotier, suyan ou surian,
mancenillier, calebassier, kennetier, pomme d’acajou, bois blanc,

INTRODUCTION

XXVII

gommier blanc, gommier rouge, balai doux, savonnettier-bord-de-mer
pois à gratter, ortie, pied-poule, surelle et surette, pomme rose, char­
don béni, patate-bord-de-mer, raisinier-bord-de-mer.
On désigne, sous le nom collectif de « collants » ou « cousins » , des
plantes qui, quelle que soit la famille à laquelle elles appartiennent,
produisent des fruits gluants ou pourvus soit de piquants soit
de poils par lesquels ils s’attachent aux objets qui les touchent
(1 i espèces). On désigne de même sous les noms :
De « gratte-jambes », de « crocs-chiens », des arbrisseaux à
branches pendantes, pourvues de piquants (5 espèces) ;
D « épiniers » ou d’« épineux », des arbrisseaux ou arbres droits,
munis de piquants forts (7 espèces) ;
De « caca-ravet », des arbrisseaux ou petits arbres à fruits très
petits (3 espèces);
De « citronniers » ou de « bois-citron », des arbres à fruits ronds de
la grosseur d'une graine de poivre (4 espèces) ;
De « merisiers », des arbres et des arbrisseaux à fruits pulpeux,
du volume d'un pois ou d’une petite cerise (15 espèces);
De « bois-café », de « café bâtard », « café-montagne », « café-mar­
ron », des arbres et des arbrisseaux qui portent des fruits ayant la
forme et le volume d’une cerise de café cultivé (10 espèces);
De « bois d’olive », des arbres ou des arbrisseaux à fruits peu pul­
peux, de la forme et de la grosseur d’une olive de France (i espèces);
De « bois-pistolet », des arbres dont les fruits capsulaires s’ouvrent
avec fracas (4 espèces);
De « mauricipres » ou « mauricifs » (« bois-tan » à la Martinique),
des arbres dont l’écorce sert pour le tannage (3 espèces) ;
D « herbes en-bas-feuilles », des Phyllanthus et des Euphorbia
dont les fleurs naissent à Faisselle des feuilles ou sous les feuilles
(9 espèces);

De « bois-côtelette », «bois-côte », « bois carrés », des arbres et des
arbrisseaux dont les branches ont quatre angles ou dont les troncs
ont des côtes ou des anfractuosités (I I espèces) ;

De « balai-savane», les sous-arbrisseaux à tiges flexibles et minces
dont on fabrique des balais grossiers (15 espèces), etc.

On comprendra sans explication ce que signifient ; « herbe à lapins »,
« herbe à vaches », « oreille-mouton », « langue à bœuf », « bois à
agouti », « liane à serpent », « liane rude », « liane douce », « patate
marron », « igname marron », « herbe à pisser », « herbe à tisane »,

�XXVIII

INTRODUCTION

« herbe aux sorciers », « oseille-bois », « herbe à miel », « cachimlmbàtons », « piment-vache », « bois-cabrit », « guérit-tout » , etc.
DIFFICULTÉS D'HERBORISATION
Dans les pays tropicaux, pour herboriser sérieusement, il ne suffit
pas de se munir d'un couteau, d’un instrument à fouiller et d’une
boite de Dillenius : il faut avoir à sa disposition une presse portative
dans laquelle on met, sitôt après les avoir cueillies, les plantes à fleurs
caduques, tendres et délicates. En outre, on doit être accompagné
d'un guide solide, armé d’un coutelas ou d’un sabre, instrument indis­
pensable pour ouvrir des chemins, et d’une hache, pour abattre les
arbres élevés et à tronc lisse sur lesquels il est impossible de grimper pour se procurer les fleurs ou les fruits. Ici, je demande pardon à
qui de droit, si, sans permission préalable, j’ai dû faire coucher par
terre une quarantaine d'arbres disséminés dans les forêts les plus
denses, pour arriver à une récolte complète. Il le fallait : c’est mon
excuse.
Ramasser les plantes n’est pas le côté le plus pénible : les presser
et les conserver ensuite, l'humidité étant toujours très grande, est
chose bien autrement difficile. On comprendra aisément combien de
soins et de patience nécessitent la dessiccation et l’empoisonnement
de toutes ces herbes grasses et succulentes, de ces fruits pulpeux, qui
deviennent si facilement la proie des vers.
En terminant, je suis heureux d'avoir une occasion d’exprimer ici.
publiquement, avec mes hommages respectueux, mes plus chauds
remerciements à MM. les Curés de la Guadeloupe, de la Grande-Terre
et de la Martinique, pour la bienveillante et généreuse hospitalité que
tous, sans exception, dans un esprit admirable de fraternité, m’ont
accordée, et sans laquelle, vu mes faibles ressources, il m’eût été
impossible d'accomplir le travail d'herborisation que je m'étais proposé.
Je remercie également M. le professeur Ileckel des soins spéciaux
qu il a bien voulu donner à mon œuvre pour en augmenter la perfec­
tion et pour la mise au point des descriptions. En ce qui touche aux
notes, relatives à l'emploi des plantes, qu’il a ajoutées à mon texte, en
1éclaircissant, enfin pour la sollicitude particulière dont il a entouré
la composition matérielle de ce travail et la correction des épreuves,
je ne saurais trop lui témoigner ma gratitude.

PLA N TES

DE LA GUADELOUPE
ET DE LA MARTINIQUE
I. DICOTYLÉDONES
PREMIÈRE FAMILLE.

— RENONCL LACEES.

Clematis L.(du grec « ldema », sarment, parce que les liges de beaucoup
d’espèces sont grimpantes. )
C. dioica L. Clématite à Heurs dioïques. Yulgo : Liane à crabes. SI., Ilisl.
0f Jam., I. 128, f. 2 ; Rich., Cuba, l. 1. C. americana Mill. C. dominica Lam.
— Arbrisseau-liane, grimpant, volubile, haut de 3-5 met. Feuilles pétiolées.
divisées en 3 folioles ovales, enlièresou grossièrement dentées. Fleurs blanches,
odorantes, en grappes larges, terminales.—Très rare. Le long du canal Montéran dans l'intérieur des bois. — Fl. de sept, en nov. [X° 3254.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Yigne sauvage, liane serpent. — Assez abondant dans
les haies du Morne-Rouge et dans les broussailles du Champflore (habit.
Gérard). N° 1761.j
deuxièm e fa m ille ,

— DILLÉXIACÉES.

Pinzona Mari, et Zucc. (dédié à l'Espagnol Yincenl Xunez Binzon, qui en
1500 découvrit le Brésil.)
P. calineoides Eichl. Pinzona à feuilles de Calinea (plante de la Guyane).
Yulgo : Liane à eau. — Liane arborescente montant sur les arbres les plus
élevés. Feuilles coriaces, elliptiques, mesurant 10-20x5-10 cm.; à nervures
très saillantes en dessous, les jeunes grossièrement dentées-crénelées vers le
sommet. Jeunes branches pourvues de 5 angles aigus; lige cylindrique d'un
diarn. de 6-12 cm. Fleurs blanches, petites, disposées en peliles grappes
axillaires. Fl. en sept, et ocl. — Assez abondant dans les grands bois de Sofa va
cl de la Ravine-Chaude (Lamenlin). — Cette liane contient une eau très lim-

• Duss. — Plantes GiuiJeloupe et Martinique.

1

�2
PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
pide, sans saveur sensible, rafraîchissante; pour en avoir une certaine quan­
tité, il suffit de couper le tronc dans un endroit quelconque, et, pour empê­
cher l'eau de monter dans la partie supérieure de la tige, d'en détacher
lestement un morceau; avec un tronçon de 1 met. de long, on peut remplir un
verre à boire. — Alt. 180-300 met. [N° 3242.]
Elle n'existe pas à la Martinique.
Le Dillenia specio.sa Thunb., arbre superbe par son port et son feuillage,
originaire de la côte de Malabar, a été introduit à la Martinique en 1869 par
1horticulteur L. Hahn. 11 est cultivé au Jardin botanique et dans plusieurs
autres localités de l île : Carbel, Fort-de-France, etc.
TROISIÈME fa m ille .

— MAGNOLI AGEES.

Talauma Juss. (nom qu'on lui donne en Amérique.)

T. Plumieri. DG. Talauma de Plumier. Yulgo : Maniolia Magnolia) bois
pin. Desc. Fl. méd. des Ant.,vol. II. 1. 163, p. 140. Magnolia Plumieri’.Sw.
— Arbre majestueux, haut de 25-35 met., à tronc jusqu'à 1U1 50 de cliam., à
bois dur et noir en dedans, mou et blanc en dehors. Feuilles larges, coriaces,
ovales-oblongues, rudes. Fleurs grandes, très blanches, d'une odeur forte et
exquise. Fruit strobiliforme.— Fl. habituellement d'avril en juin et aussi de
sept, en nov. — Assez abondant dans tous les grands bois de la Guadeloupe.
[V 2995.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois pin. — Dans tous les grands bois de file, jusqu'à
une altitude de 750 met. [Nu3.]
Le Magnolia grandi fl ora S., M. à grandes Heurs, petit arbre, originaire
de l'Amérique continentale, est cultivé dans plusieurs jardins de l île, où il
fleurit tous les ans : ex., à Gourbeyre.— A la Martinique, il existe au Jardin
des plantes et dans beaucoup d’autres localités de file.
LTllicium anisatum L., vulgo : l’Anis étoilé, arbrisseau originaire du Japon
et de la Chine, se rencontre au Jardin botanique de Saint-Pierre, d’où il
s est répandu dans le pays. Il est célèbre pour ses fleurs et ses graines aroma­
tiques et diurétiques. |NV1773.]
QUATRIÈME FAMILLE.

-- ANONACEES.

Anona L. (du mot malais « manoa » ou « minona ».)
A. muricata L. Anone à fruits hérissés. Vulgo : Corosolier. Desc., vol. II,

t. 81, p. 56 ; Tuss., FL, II, t. 24. — Petit arbre, dont les plus grands repré­

3
sentants ne dépassent guère 6 met. d'élévation ; originaire de Caracas et
naturalisé depuis de longues années dans toutes les Antilles. Les fruits sont
couverts d éfailles irrégulièrement coniques, recourbées et pointues ; ils sont
très rafraîchissants et se servent à table, surtout le malin ; on en mange
pendant une grande partie de l’année. — Les tisanes faites avec ses feuilles sont
d’un emploi général : elles sont calmantes et favorisent la digestion. Descourtilz place cet arbre à juste titré dans les stomachiques astringents.
On se sert des feuilles macérées dans l'eau tiède, pour frotter les parties
du corps affectées de coups de soleil. L’écorce est fibreuse et se prête à la
confection des cordes.— FL presque toute l’année.—Abondantdans la région
du littoral, Désirade, Marie-Galante et dans toute l île de la Guadeloupe.
[N° 3056 b.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Corosolier. — Abondant dans toute lîle. Alt.
0-350 mèt. [N° 1767.]
A . paluslris. L. Anonedes marais. Vulgo : Cachiman cochon, bois Ilot. —
Petit arbre touffu dépassant rarement 5 mèt. en hauteur, à écorce noire.
Feuilles elliptiques ou oblongues, pointues au sommet, ressemblant assez
bien à celles du corosolier. Le fruit, qui tient le milieu, pour la forme et les
dimensions, entre la pomme-cannelle et le cachiman ordinaire, ne se mange
pas ; les crabes en sont friands.— Avec ses racines spongieuses, on fabrique
quelquefois des bouchons. Avec les feuilles, cuites dans l'eau bouillante, les
habitants préparent une tisane pour les chevaux atteints de fluxion de poi­
trine et de la maladie de la gourme. Dans quelques endroits, on fait avec les
feuilles une tisane contre la diarrhée, à cause du principe astringent qu elles
contiennent. Les fruits murs servent aux pêcheurs comme appât.— Fl. habi­
tuellement de juillet en janv. et aussi de nov. en mai. — Abondant dans la
basse région : Ravine de Belost (Basse-Terre), Bouillante, Pointe-Noire,
Lamenlin, Moule (le long du canal). Alt. 0-140 mèt. jN° 3056.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Mamain ou mamin. — Lamenlin (habitation
Lareinty), Sainte-Luce, Marin. [N° 1764. |
A. squamosa L. Anone écailleuse. Yulgo : Pomme-cannelle. SL, Hisl. of
Jam., t. 227; Tuss., FL, III, l. 4; Desc. FL méd. des Ant., vol. II, t. 83,
p. 65. — Petit arbre souvent tortueux, ne dépassant guère 4 mèt. d'éléva­
tion, peu élégant, à branches irrégulièrement disposées. Fruits ronds,
glauques, couvertsd’écailles charnues, arrondies, à chair blanche sucrée.— Ils
se mangent à table et sont stomachiques. Dans les campagnes, on fait, avec
les feuilles, des infusions contre les dérangements de ventre. Descourtilz [loco
cil.), place cette plante avec raison dans les stomachiques astringents.— FL
habituellement d’avril en juillet ; les fruits mûrissent de sept, en fév. —
Aime le terrain sec, tulfeux, chaud, près du littoral, et ne se rencontre guère
au delà de 140 mèt. d’altitude. [N° 3054.]
ANONÂGÉES

�M a r tin iq u e .

Yulgo ;

N° 1766.]
A . rnucosa Jacq. Anone muqueux. Yulgo : Cachiman crème. Tuss., Fl., I,
l. 28. — Petit arbre de 4-5 met. de haut. Fruit grand, presque rond, couvert
d'écailles larges, charnues, arrondies ; chair blanche, sucrée, d’un bon goût;
il se mange à table.— Fl. en avril, mai ; les fruits mûrissent d’août en déc.—
Assez abondant dans les parties basses et sèches de Case-Pilote, du Cachet
et surtout du Prêcheur. Alt. 0-150 met. — Nous n’avons pas trouvé cette
espèce à la Guadeloupe. N° 1703.]
A . reliculata L. Anone réticulée. Yulgo ; Cachiman cœur de bœuf.
Aublet, Hist. de la Guyane, p. 018; SI., Hist. of. Jam., 1.220; Desc.,
vol. II, p. 01, t. 82 ; Tuss., FL, I, (. 29. — Petit arbre, haut de 5-7 mèl.
Fruits ronds, affectant plus ou moins la forme d'un cœur de bœuf, à surface
aréolée, dépourvue d'écailles. — Us se mangent à table et sont stomachiques.
Descourtilz les range dans les stomachiques astringents. Cueillis avant matu­
rité et séchés, on les emploie avec succès contre les diarrhées rebelles. —
FL habituellement en juin-juillet. Les fleurs exhalent, surtout le soir et
pendant la nuit, un parfum pénétrant et agréable. Les fruits mûrissent d'août
en février. — On rencontre plusieurs variétés, dont les principales sont :
cachiman blanc, cachiman rouge et vert. Mêmes localités que la pommecannelle, mais moins abondant. Alt. 0-150 mèl. N" 3055.1
M a r tin iq u e . Yulgo : Cachiman. — Saint-Pierre, Prêcheurs, Case-Pilote,
etc. [N° 17.]
Rollinia R. Br. dédié à Charles Kollin, né à Paris en 1661, professeur de
rhétorique et naturaliste ; aida Tourneforl dans son ouvrage : Institutiones
rei herbariæ 1770. )
R. Sieben Dun. Rollinia de Sieber (botaniste et médecin de Prague, qui a
voyagé en Amérique et dans les Antilles). Yulgo : Cachiman montagne. —
Petit arbre, haut de 6-8 mèt. Fruits arrondis, habituellement plus volumi­
neux qu'une grosse pomme-cannelle, couverts d'écailles fortes, larges,
droites ou presque droites, arrondies à l’extrémité ; chair presque blanche,
fondante dans la bouche, légèrement visqueuse, d'une saveur sucrée, agréable.
— FL habituellement d’avril en juin. — Peu abondant. Çà et là quelques
pieds au Camp-Jacob et à 1habitation Montéran. N° 3059.
M a r tin iq u e . Yulgo ; Cachiman morveux. — Hauteurs du Prêcheur et du
Fond Canonville. X° 1045.
Guatteria R. Br. dédié à J.-B. Gualteri, professeur de botanique à
Parme.
G. Ouregou Dun. Yulgo : Corosol montagne, petit cachiman des bois.—

anonackes

Très grand arbre, droit, couvert d'une écorce noirâtre presque lisse, four­
nissant d excellentes libres, dont les bûcherons de Pigeon et de La Bouil­
lante font des cordes très solides. Fleurs verdâtres, parfumées, solitaires à
l'aisselle des feuilles tout le long des branches. Fruit mûr pulpeux, noir, de
la grosseur et de la forme d'une olive ; les oiseaux en sont extrêmement
friands. Le bois est léger et sert à faire des canots el des mâts. — FL de mars
en mai; les fruits mûrissent de juillet en août. — Assez abondant dans les
grands bois du Trou aux Trois-Diables (Pigeon) (au-dessus de l'habit. Turlet
el Lafaye), bord du Galion du côté du Bassin-Bleu, etc. Alt. 500-800 mèt.
Nü 3057.]
M a r t in iq u e . Y u lg o ; Bois de l'Anglais, mahot anglais. — Çà et là dans les
bois de la Fontaine Absalon et du camp de l'Alma. Alt. 450-680 mèt.
[N° 1767.]
Oxandra Rieh. (du grec « oxus » pointu et « aner » homme, pour faire
allusion au prolongement, en haut et en bas des anthères, du connectif
en un appendice linguiforme.)
0. laurifolia Rich. Oxandre à feuilles de laurier. Yulgo ; Bois delan. Rich.,
Cuba, t. 8.— Grand arbre droit, à écorce noire. Feuilles coriaces, elliptiques,
luisantes. Fleurs petites, axillaires et eaulinaires, très nombreuses, disposées
le long des branches; boutons verdâtres, exhalant une mauvaise odeur;
fleurs très blanches, répandant un parfum délicieux. Cet arbre ne donne pas
de fruits ; au moins, nous n’avons jamais pu en trouver. — FL de juin en
août. — Assez rare. Bord de la rivière Noire, chemin de la Cascade de Yauchelel. [N° 3088.]
Ne se rencontre pas à la Martinique.
Cananga Rumph. (nom qu’on donne à cette plante à la Guyane.)
C. odorata J. llook. Yulgo : Cananga, poivre de Guinée, poivre de nègre,
arbre à rubans. Unona odorata Dun. — Grand arbre, originaire des Guyancs
el des Indes orientales, introduit au Jardin botanique, d’où il s'est répandu
dans l'île. Les fleurs naissent par paquets à l'aisselle îles feuilles le long des
branches ; les pétales jaunes, très longs et larges, répandent une odeur forte
el agréable ; on les ramasse souvent pour l'usage domestique. Les fruits sont
des baies noires, d’un goût âcre et piquant, semblable à un mélange de
camphre, de lavande el de thym ; ils sont masticatoires et sialagogues ; les
pauvres s'en servent en guise d’épices. — FL ordinairement en août et
septembre. — Saint-Pierre, Fort-de-France, Parnasse, Sainte-Marie, etc.
Alt. 0-350 mèt. N° 1762.]
L'Artaboln/s odoratissima R. Br., arbrisseau sarmenteux, originairede l'ar­
chipel malais, est cultivé au Jardin botanique, où il fleurit et donne des

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
G
fruits presque toute l’année. Les fleurs et les fruits sont très aromatiques.
[V&gt; 1768.] .
CINQUIÈME FAMILLE. —MYRISTICÉES.

Myristica L. (du grec « murislicos ", parfumé, odorant.)
M. fraqrans Houtl. \ ulgo : Muscadier. Desc., vol. 8, t. .761. M. moschala

Thunb. — Petit arbre à fleurs dioïques, d'environ 5-8 met. de haut, d'un
très beau port, originaire des îles Moluques, cultivé depuis de longues années
dans les Antilles.— Cet arbre est presque continuellement en fleurs et en fruits
et n'éprouve qu'une etfeuillaison presque insensible.— En incisant bécorce, en
coupant une branche ou en détachant une feuille, il en sort un suc visqueux
et assez abondant, d'un rouge pâle, qui teint le linge d'une manière assez
durable. Le bois est poreux, filandreux, d’une grande légèreté et sans odeur.—
Le muscadier commence à porter à l'âge de 7 à 8 ans, les graines germent
au bout de '25 ;i 35 jours. — On peut manger un champignon noirâtre, appelé
Boletus mosehali, qui vient sur le brou entassé. Les fruits sont aphrodi­
siaques. Dans les campagnes où l'on trouve des muscadiers, on administre,
à ceux qui ont de fortes coliques, un mélange de vin chaud, de muscade et
d'écorce de cannelle râpées; une pâte préparée avec du suif, du laudanum et
de la muscade râpée, mise dans un linge et appliquée contre le front, fait
passer en peu de temps les maux de tête; enfin, le vin chaud, avec de la
muscade râpée, s emploie souvent contre les refroidissements, les forts
rhumes et les bronchites. — Cultivé çà et là sur les propriétés. Gourbcyre,
Trois-Rivières, etc. [N° 3656.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Muscadier. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe,
[N° 2012.]
M. fatua S\v. Muscadier fou. M. surinamensis Roi. — Assez grand arbre,
à feuilles linéaires-oblongues ; se rencontre çà et là sut' les habitations, mais
on ne possède que des pieds à fleurs mâles. — Fleurit en juillet et août. —
Mazet l'indique comme existant à la Guadeloupe; nous ne l’avons jamais
trouvé. X° 1053.]
M. sebifera Sw. Yulgo : Muscadier porte-suif.— Est cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre.
— MONT MI EES.
Citrosma R. P. (du grec « kitron », citron, et « osmè », odeur, à cause de
l'odeur forte qu'exhalent toute les parties de la plante.)
C. ylabrescen.s Prl. Yulgo : Bois citronnier, consoude grand bois. —
sixièm e fam ille .

MOM.MIÉES — MÉNISPERMÉES

/

Arbrisseau droit, haut de 3-4 mèt. Feuilles larges, opposées, elliptiquesoblongues, crénelées ou subentières. Fleurs monoïques, les mâles et les
femelles mélangées, disposées le long des branches. Les fruits sont des baies
rouges contenant 5-6 semences dures. Toutes les parties de celle plante
exhalent une odeur forte qui rappelle plus ou moins celle du citron. —Assez
abondant ; Calebasse, Deux-Choux, Camp de l’Alma. Alt. 480-650 met.
IN° 1726.] — Je ne l'ai pas rencontré à la Guadeloupe.
SEPTIÈME FAMILLE. ---- M E N I S P E R M E E S .

Cocculus DC. (de « coccus » ou « kokkos », baie, parce que les fruits sont
des baies noires.)
C. donxingensis Eng. Pnchygone Miers. Yulgo : Liane bamboche bâtard,
liane à remède. — Arbrisseau-liane ornemental; feuilles coriaces, arrondies
au sommet, oblongues ou elliptiques lancéolées, très vertes. Branches allon­
gées, flexibles, pendantes. Fleurs monoïques en grappes pendantes, allongées.
Fruit drupacé, obovale, noir, de la grosseur d’une petite olive. — Assez rare :
Morne Gobelin (Gourbcyre ). — Fleurit en janvier et février, gr. mûres en
mai et juin. Alt. 400-550 mèt. [N° 3432.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Liane perruche. — Rare : Fonds Saint-Denis p rè s de
l'endroit nommé Porte de l’Enfer, Camp de l’Alma. [N° 1487.]
Le Cocculus laurifolius DC, arbrisseau d’ornement, originaire du Nepaul,
est cultivé au Jardin bot. de Saint-Pierre, d’où il s’est répandu dans les
jardins du pays. [N° 1788.]
Cissampelos L. (du grec « kissos », lierre, et « ampelos », vigne, c'est-à-dire
liane grimpant à la manière du lierre.)
C. Pareira L. Yulgo : Liane amère, liane corde, liane quinze jours. Desc.,
vol. 3, L. 201. — Liane ornementale à cause de son feuillage. Racines volu­
mineuses; tiges minces, flexibles, tombantes. Feuilles cordiformes, arrondies,
le plus souvent légèrement peltées. Fleurs très petites, monoïques, en grappes
minces, pendantes, disposées en une série de petits corymbes latéraux, les
femelles supportées par une bractée, grande, en forme de cuiller. Fruits
noirs, poilus, pulpeux, sphériques, de la grosseur d’une graine de poivre. —
Les feuilles et les racines ont une saveur faiblement amère. Desc., p. 233,
met cette espèce dans les alexitères internes; il vante la racine comme très
efficace contre les néphrites caleuleuses et les maladies des voies urinaires,
l’engorgement des bronches et des poumons par des matières visqueuses, et
enfin contre les morsures du serpent. Dans le pays, on ne se sert que rare­
ment de cette plante dans la médecine domestique.— Fl. de nov. en avril. —

�8

PLANTES PE LA GUADELOUPE L f DE LA MARTINIQUE

Abondant dans les haies et les broussailles de la basse et moyenne région :
Gourbeyre, Trois-Rivières, \ ieux-Ilabitanls, etc. Alt. 0-600 met. .V’ *2.&gt;80. i
M a r tin iq u e . \ ulgo : Liane serpent. — Abondant : Trois-Ponts, \ allée du
Carbet, etc. — Les feuilles et les racines pilées sont employées contre la
morsure du serpent ; avec les feuilles et les fruits, on enivre les poissons.
\° 1038.] — Variété macrocxrpa N" 1040 . \ ariété Caapêba .Y’ 10-11 .
HUITIÈME FAMILLE.

NYMPI 1ÉACEES.

Nymphæa L. (du grec « numphé », nymphe, habitante des eaux.)
N. ampla L. Nympha*a à larges feuilles, Yulgo : Grand follet. — Herbe
aquatique, vivace, à grandes feuilles larges, rondes, sinuées-dentées, flottant
à la surface des mares d'eau douce. Les fleurs durent 3 ou 1 jours, se ferment
pendant la nuit, se rouvrent dans la journée; avant de se faner, elles changent
leur couleur blanche et éclatante en une belle couleur de feu. — FL de mai en
nov. — Petit Canal, Moule (mare du Cocotier) et dans beaucoup de mares
de la Grande-Terre. [N° 3657.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Chapeau d'eau. — Case-Pilote, Rivière-Salée, TroisIlels (mare de la Plaine). .\° 1771.]
NEUVIÈME FAMIIAE. ----

PAPA VERACITES.

Argémone L. (du grec « argemon », tache blanche dans l’œil, alfeclion de
1œil appelée cataracte, à cause de l’usage qu’on faisait de celte plante dans
le traitement de cette maladie.)
A. mexieana L. Yulgo : Chardon, zerbe chardon, zerbe dragon. Desc.,
vol. 5. t. 380. — Herbe annuelle, originaire du Mexique, haute de 30-80 cm.
Feuilles larges, ornementales, pinnatifldes, épineuses sur les nervures cl sur
les bords, le plus souvent panachées de blanc. Fleurs grandes jaunes, termi­
nales, solitaires. Capsules hérissées d’épines.— Terrains cultivés ou incultes
de la basse région.— Toute la plante contient un suc laiteux jaunâtre et a une
odeur vireuse. Les racines en décoction servent àarrêter la chutedes cheveux.
Desc., p. 288, lait grand cas de cette herbe. Il dit que les fleurs sont pecto­
rales et somnifères et produisent des effets salutaires dans l'inflammation de
la gorge et de la poitrine et, lorsqu’elles sont associées aux malvacées, dans
les pleurésies. « Son extrait aqueux est utile dans les all’ections tétaniques,
dans 1épilepsie nerveuse des enfants, leurs toux convulsives et autres mala­
dies spasmodiques, qui réclament des préparations opiacées. Pour l'extérieur,

PAPAVÉRACÉES — CRUCIFÈRES

9

j'ajoutais des feuilles et fleurs d’argémone aux injections anodines, propres
à calmer les douleurs brûlantes cl aiguës des pustules vénériennes. Les
graines,continue-t-il,sont purgatives et ont, parmi les habitations des colonies,
la réputation d'élre utiles dans les diarrhées et les dysenteries. Les feuilles,
contusées et appliquées extérieurement, apaisent les douleurs céphalalgiques
cl celles des oplhalmies. Comme l’argémone provoque la sueur et le sommeil,
ou en associe les fleurs aux diaphorétiques et le sirop aux potions calmantes.
Le vin de Madère dans lequel on a laissé en macération l’argémone dissipe
les taies de la cornée et les verrues. » Fleurit de janv. en avril.—Basse-Terre
(cimetière des pauvres), Vieux-Habitants, Pigeon. Alt. 0-1*20 mèt. LNU2434.
M a r t in iq u e . Yulgo : Chardon marbré, herbe dragon.—Abondant : Carbet,
Saint-Pierre, Prêcheur, etc. Dans le sol sablonneux. [N° 1776.]
Bocconia L. (dédié par Linné à Bocconi, botaniste sicilien de l'ordre des
Cisterciens, aut» ur d’ouvrages botaniques, mort en 1704.
B. frulescens. L. Bocconie en arbre. SL, llist. of Jam., t. 125; Desc.,
vol. I, t. 54. — SulFrutescent, souvent presque arborescent, pouvant atteindre
jusqu’à 4 mèt. d’élévation. Les jeunes liges meurent tous les ans, et la tige
principale, en produisant des rejetons, peut durer 5-7 ans. Ornemental, à
cause de ses feuilles glauques-blanchàlres, larges, ressemblant assez
bien, quant à la forme, à celles de l'arbre à pain. Fleure petites, en
panicule ample, terminales. — Peu abondant ; çà et là dans les savanes
humides et les ravines abruptes de la moyenne région; Camp-Jacob, Gour­
beyre, environs de Dolé, etc. — Desc., p. 235, range cette plante dans les
vermifuges. Dans le pays, elle est trop rare pour que la médecine domes­
tique puisse en profiter. Alt. 200-700 m. \ os 2439 a et 2439 b.)
M a r t in iq u e . — Egalement peu abondant : Fontaine-Chaude, hauteur du
Prêcheur. Nos 1775 a et b.]
DIXIÈME FAMILLE. ---

CRUCIFÈRES.

Lepidium L. du grec « lepis », écaille, allusion à la forme des silicules.)
L. nrginicum L. Lepidium de la Virginie. Yulgo : Cresson de savane,
cresson sauvage. Lepidium Iberis. Desc., vol. I, t. 41. — Herbe

annuelle droite, haute de 20-70 cm. Feuilles lancéolées serrelées. Fleurs
blanches, en racèmes allongés. Les jeunes feuilles se mangent cuites et plus
souvent crues en salade. Desc., p. 113, place cette herbe dans les stoma­
chiques antiscorbutiques, presque au même titre que le cresson. — Abon­
dant dans les endroits un peu humides, cultivés ou abandonnés. Basse-Terre.
X" 2298.]

�ïo

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
M a rt in iq u e .

Yulgo : Cresson de savane. — Se mange souvent en salade.

— Saint-Pierre, Trois-llets, ele. [N° 1787.]

Senebiera Poir. (dédié au pliysiologisle Sénébier, de Genève, i
S. pinnalifida DC. Sénébier à feuilles pennifîdes.—Herbe annuelle, couchée,

longuede 15-10cm. Branches llexihles, feuilles profondément incisées (penniséquées). Fleurs vertes, petites, en racèmes courts, opposés aux branches.—
Cette plante émet une forte odeur vireuse et désagréable; elle passe pour
être vénéneuse. — Dans les champs cultivés et les jardins, ou d vit en
société et forme parfois un véritable gazon. Saint-Pierre (habit. Plaisance),
Lamentin. rX° 1786.] — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guadeloupe.
Cakile Tourne!', (nom arabe, dont Sérapion s'esl servi le premier pour
dénommer la plante en question; on prétend qu’il vient du grec « kalè » ou
« kelè », enflement, faisant allusion à la nature des racines.)
C. aegualis LTIéril. Yulgo : Chou bord de mer. Desc., vol. 1, t. 18.
C. marilima Rich. C. cubensis Kth. Bunias cakile Desc. — Annuel ou bisan­
nuel, plus ou moins droit ou tortueux, haut de 30-80 cm. Feuilles charnues,
lancéolées. Fleurs blanches en grappes allongées. — A la Désirade, on mange
les feuilles en guise de salade ; elles ont assez exactement le goût du chou
de France. Desc., p. 199, met celle herbe dans les stomachiques antiscorbu­
tiques. — Vit en société sur les plages sablonneuses de la Désirade,
du Moule, de Saint-François, de Sainte-Anne, de Marie-Galante, etc. —
Fl. à toutes les époques de l'année.
Ne se rencontre nullement à la Martinique. [N° 3659.]
Sinapis L. alu grec « sinapi », sénevé, moutarde.)
S. juncea L. Yulgo : Moutarde : Desc., vol. 6, t. 430. Sinapis nigra Desc.
— Annuel, droit, haut de 40-90 cm. Feuilles inférieures en forme de Ivre,
dentelées, les supérieures elliptiques, petites. Fleurs jaunes en grappes allon­
gées. — Fl. surtout pendant la saison des pluies. — Dans les champs et au­
tour des maisons. Au Camp Jacob et à Gourbeyre, on le cultive quelquefois
et on vend les graines aux pharmaciens. Alt. 0-800 met. [N° '2299.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Moutarde sauvage. — Dans les champs ; Trois-llets,
Trinité. [N° 1785.]
Le Nasturtium officinale R. Br., vulgo : Cresson de fontaine, cresson de
France, est cultivé dans le pays pour les besoins de la cuisine.— A la Marti­
nique, entre le camp de l’Alma et les Deux-Choux, on traverse des savanes
aquatiques où le cresson pousse à foison et sur une grande étendue ; on
trouve aussi sur les bords de la Capote (Champfïore) beaucoup de petits
endroits couverts de cresson. — 11 ne fleurit jamais.

CAPPARIDÉES
onzièm e fa m il l e .

—

11

CAPPARIDÉES.

Cleome L. (mol employé par Octavius Horalius, médecin romain du
iv° siècle de l’ère chrétienne, pour désigner une espèce de moutarde, plante
qu’on ne connaît pas exactement, mais dont Linné a pris le nom pour
dénommer le genre voisin « Cleome ».)
C. pentaphylla L. Cleome à 5 feuilles. Yulgo : Mouzambéà fleurs blanches.
Desc., vol. 7, t 509. Gynandropsis DC. — Herbe annuelle, droite, haute
de 50 cm.-l,n,50 selon les terres. Tige souvent ligneuse à la base. Feuilles
composées de 5 folioles entières. Fleurs blanches ou légèrement violacées, en
grappes allongées, terminales. Siliques portées sur de longs pédoncules,
pendantes. — Fleurit presque toute l’année.— Toute la plante exhale une odeur
forte et désagréable. Elle passe pour sudorifique. Desc., p. 242, la met dans
la catégorie des plantes épipasliques vésicantes. A la Basse-Terre, on mange
les feuilles en guise de salade. — Très abondant sur les décombres, les bords
des rivières et endroits abandonnés de la région du littoral. Basse-Terre.
[N° 2275.]
M a r t in iq u e . — Vulgo : Caya blanc, akaya blanc. — Abondant partout.
[N° 570 bis.]
C. speciosa Kth. Mouzambé à fleurs roses. — Herbe annuelle, très orne­
mentale, droite, haute de 50-110 cm. Feuilles larges, palmées, à 5-7 folioles.
Fleurs roses, en grappes pyramides, terminales. — Naturalisé au Morne à
l’Eau, à Sainte-Anne, etc., où on la cultive souvent dans les jardins. —
FL d’août en mars. [N° 2863.]
M a r t in iq u e . — Abondant aux environs de Saint-Pierre, au Morne-Rouge,
où il s'est naturalisé. j.N° 570.)
C.pungens W. Mouzambé à 6 feuilles. — Herbe annuelle, à base souvent
ligneuse, droite, haute de 50-150 cm. Feuilles palmées, h 5-7 folioles, le
plus souvent poilues, pourvues, à la base du pétiole; de petits piquants.
Fleurs blanches, rarement rosées, en racèmes très allongés, terminaux. —
Très abondant sur les décombres, dans les endroits abandonnés de la basse
région. Basse-Terre. [N° 2277.] — A la Basse-Terre, on mange les feuilles
cuites en guise de salade.
M a r t in iq u e . Yulgo : Caya bord de rivière. — Abondant. Saint-Pierre
(rivière de la Roxelane), Marin, Lamentin, etc. |N° 570 b.]
C. aculeata L. Cléomace épineux. Yulgo : Mouzambé /épineux. — Annuel,
plus ou moins droit, parfois diffus, à branches étalées horizontalement.
Feuilles palmées à 3 folioles, avec des piquants blancs, crochus, à la base des
pétioles. Fleurs blanches, bien plus petites que dans les espèces précédentes,

�12

PLANTES DE LA (Il ADELOVPE ET DE LA MARTINIQUE

en grappes courtes, lâches. — Rares. Quelques pieds aux environs du pres­
bytère du Baillif. [X° 2276.]
M a rtin iq u e . Yulgo : Gava à épines. — Assez abondant sur les décombres
et dans les endroits cultivés abandonnés. Saint-Pierre (Collège), Carbel.
Prêcheur. X° 1895.]
C. viscosa L. Cléome visqueux. Yulgo : Mouzainbé à fleurs jaunes. Polani.sia DC. — Annuel ; droit, haut de 40 à 80 cm., originaire de l'Asie méri­
dionale, naturalisé depuis de longues années. Feuilles palmées à 5 folioles.
Fleurs jaunes en racèmes terminaux. Tige chargée de poils visqueux. Toutes
les parties de la plante sont enduites d'un suc visqueux répandant une forte
et désagréable odeur. — Les feuilles sont vésicanles; appliquées contre la
peau, elles y déterminent une inflammation. — On s'en sert souvent dans la
médecine domestique. — Commun dans les endroits abandonnés, sur les
décombres, etc. Alt. 0-300 mèt. Basse-Terre. Y' 2272.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Caya jaune. — Très abondant dans la basse région de
l ile. Saint-Pierre. (X° 1628.
Moringa Tuss. (de « muringa », mot doid on se sert pour désigner cet
arbre à Malabar, ou formé du tamoul « morunghi ».)
M. pferigospernia Gaert. Moringa à graines ailées. Yulgo, à la BasseTerre : Maloko. Tuss., vol. 4, t. 16; Desc., vol. 1, t. 27. — Petit arbre de
7-14 mèt. de haut, originaire de l'Asie tropicale, introduit dans les Antilles
par les travailleurs indiens et naturalisé depuis longtemps. Feuilles 3 fois
composées, penniséquées, larges. Fleurs d’un blanc pâle, en grappes termi­
nales, réunies par plusieurs. Siliques longues, pendantes, à 3 côtes, déhis­
centes ; graines garnies de 3 ailes minces.— Les Indiens mangent les jeunes
feuilles et les fruits rôtis. L'huile qu'on retire des graines est très fine et ne
rancit jamais ; elle sert surtout aux horlogers ; les parfumeurs la recherchent
pour composer leurs essences. La racine et l’écorce ont un goût très
prononcé de raifort et exercent sur la peau une action vésicante. Desc.,
p. 131, le met dans les végétaux stomachiques antiscorbutiques. — Abon­
dant à la Basse-Terre, Pointe-Noire, Yieux-Habilants, Moule. |N° 2274. ]
M a rtin iq u e . \ ulgo : Moringa. — Plus rare qu’à la Guadeloupe : Fond
Canonville, Prêcheur, Carbel. [Xu 1807.]
Crataeva L. (du nom de Cratevas, herboriste du temps du roi Milhridalc,
à qui il a dédié un ouvrage avec figures sur les pi. médicinales.
C. T api a L. : ainsi nommé en Amérique. Yulgo : Grand Cosmaya. — Petit
arbre droit, mesurant 1-5 mèt. de haut. Feuilles trifoliées, à folioles
ovales, acuminées. Fruit rond de la grosseur d'une petite orange —
Endroits rocailleux, secs, chauds, près des bords de la mer. Rare. Case-

CAPP ARIDÉES

13

Pilote. Alt. 0-50 met. X° 1823.] — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guade­
loupe.
Capparis L (du mol arabe « kabar ».)
C. Jumaicensis Jacq. Câprier de la Jamaïque. Yulgo : Bois noir. C. inlcrmedia IL B. Ivlh. Br. Jam., L. 17, f. 2. — Grand arbre à fronde extrêmement
touffue. Ecorce noire; tronc de 60-80 cm. de diamètre. Feuilles elliptiques
ou ellipliqucs-lancéolées, luisantes, d’un vert très foncé en dessus, argenté
en dessous. Fleurs très parfumées, d'un rose bleuâtre en s'ouvrant, devenant
peu à peu rose tendre et finissant par être blanches. Siliques longues de
10-20 cm, pendantes, tondeuses. Dans les jeunes pieds, les feuilles sont
longues, presque linéaires. — Le bois est excellent ; il esl recherché pour
la construction. — Terrain calcaire, pierreux, sec. Désirade, Marie-Galante,
Grands Fonds de Sainte-Anne. — Fl. d’août en nov. Fruits mûrs en avrilmai. [X° 2864.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois noir.— Assez abondant sur les mornes calcaires
et secs de Sainte-Anne. [X° 66.]
C. Breynia L. Câprier de Brevn. C. amygdalina Lam. Yulgo : Bois de
mèche, bois puant. Br.,Jam.,t. 27, f. 2. — Arbrisseau, rarement petit arbre,
peu branchu. Feuilles d'un vert très terne en dessus, squameuses-blanchâtres
en dessous. Fleurs blanches en s’ouvrant, devenant roses avant de se flétrir,
en cymes terminales. Fleurs et branches couvertes de petites écailles très
nombreuses d’un blanc roussàtre. Siliques longues de 10-15 cm., toruleuses
et rugulcuses. — Très abondant sur les coteaux secs et rocailleux entre le
Baïllif et les Yieux-Habitanls ; Sainte-Anne, Moule, Désirade, Marie-Galante.
— Fleurit de mars en juin. [X° 2279.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Cosmaya bord de mer, bois puant. — Abondant sur
le bord de la mer ou un peu dans l’intérieur des terres : Prêcheur, Case-Pilote,
presqu’île de la Caravelle. ]Xu 1052.]
C. cynophallophora L. Vulgo : Bois couleuvre; mabouge, à Saint-François;
bois mabouge, à Marie-Galante. Desc., vol. 5, t. 355, p. 193; Jacq., Sel.,
Amer, stirp. hist., f. 98. — Arbrisseau sarinenteux, extrêmement variable
quant à la taille et à la forme des feuilles. Feuilles coriaces, très vertes,
tantôt elliptiques, tantôt oblongues, tantôt obovales, échancrées ou non au
sommet. Ecorce noii'e. Fleurs grandes, blanches, s’ouvrant vers le soir et
pendant la nuit, très parfumées, surtout au moment de l'éclosion. Siliques
pendantes, pulpeuses à endocarpe d’un rouge foncé qui tranche fortement
sur les graines entourées d’une pulpe blanche, très variables quant à la lon­
gueur, mais ne dépassant guère 16 cm. de long. Les jeunes pieds ont toujours
des feuilles très étroites et parfois presque linéaires. — Abondant dans les
falaises et endroits abrupts du littoral de toute lile. — Descourtilz
place celte plante dans la catégorie des antispasmodiques aromatiques. Dans

�PLANTES DE LA (U ADELOI PE ET DE LA .MARTINIQUE
fi
le pays elle ne sert pas dans la médecine domestique. Les graines passent pour
être un poison ; cependant les merles et les grives en sont Iriands. |N° 2271.]
M a r tin iq u e , Yulgo : Pois mabouïa, bois mabouïa mabouïa » veut dire
lézard . — Abondant sur tout le littoral de file. Alt. 0-120 met. | \ us 626,
1897, avec quatre variétés.]
C. [rondo.sa Jacq., Gapparis touiFu Jacq., Sel. Amer, slirp. liist., f. 199.
— Arbrisseau droit, habituellement à lige unique, haut de 2-3 met. Feuilles
larges, très coriaces et rudes, oblongues ou elliptiques, ramassées en faux
verlicilles. Fleurs en evmes terminales, d'un blanc terne. Silique verte,
courte, 3-5 cm. de long. — Peu abondant. Terrain sec, pierreux, du littoral
ou près du littoral. Alt. 0-200 mèl. Basse-Terre (rivière Sence).—Fl. dejanv.
en mars. N° 2278. |
M a rt in iq u e , Yulgo : Mabouïa. —Case-Pilote, près de la mer. Sainte-Anne,
iN° 631 a et b. \
Morisonia L. (dédié par Linné à Morison, Écossais, professeur de botanique
à Oxford, auteur de plusieurs ouvrages.)
M. americana L. Yulgo : Sapotte bâtard, sapotte diable, sapolillier falaise.
Desc., vol. 7, t. 552, p. 336. — Arbrisseau ou petit arbre tortueux, haut de
2-4 met. Ecorce grise; feuilles oblongues-elliptiques, luisantes en dessus.
Jeunes branches, pédoncules, (leurs et calices couverts de peliles écailles
blanchâtres. Fleurs d'un blanc légèrement jaunâtre, nombreuses, caulinaires
et axillaires. Fruit globuleux de la forme et de la grosseur d'une petite orange.
— Rare. Çà et là dans les endroits secs, rocailleux, chauds, près de la mer.
— Descourtilz met celle plante dans la section des végétaux émollients. Dans
le pays on ne s'en sert pas. Les Saintes (Terre de Haut), Marie-Galante
(Capeslerre). Alt. 0-120 mèl. [N° 2273. j
M a r tin iq u e . Yulgo : Mabouïa falaise. — Bord de la mer, entre Fort-deFrance et Case-Pilote. Peu abondant. N°620.j
De cette famille on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre le Steriphoma
auranliaca Spreng., arbrisseau originaire de l'Amérique tropicale, à Heurs de
couleur d'orange, grandes et brillantes, d'une rare beauté.
DOUZIÈME FAMILLE.

BI XI NEES.

Bixa L. (du nom brésilien « biché ».)
B. Orellana L. Yulgo : Roucouyer, yocouyer, roucou ; originaire des

bords de LOrellana, plus connu sous le nom de fleuve des Amazones. Tuss.,
vol. II,l. 90; Desc., vol. I, t. 4, p. 25; SL, Hist. of Jam. t. 181, f. 1.—Petit

IUXINÉES

arbre droit, à branches étalées, dont le plus grand représentant ne dépasse
guère 5 mèl. Était autrefois cultivé en grand à la Guadeloupe et à la Marti­
nique; aujourd'hui on n'en plante plus : on se contente d’entretenir les
anciennes plantations. On rencontre 2 variétés : l'une à fleurs blanches, plus
rare, l’autre à fleurs roses. Il existe une espèce à capsule sans piquants.
Descourtilz lui assigne une place dans les stomachiques aromatiques. Les
graines seraient un antidote contre le poison du manioc, du corail végétal et du
pignon d’Inde. Selon le I)1 Sindley, elles sont astringentes et fébrifuges. Fl.
habituellement en avril, mai. —Gourbevre, Trois-Rivières, Camp-Jacob, etc.
[N° 2223.]
M a r t in iq u e . — Ajoupa-Bouillon, Morne-Rouge, etc. [N’° 1189.]
Flacourtia L'IIéril. (dédié à la mémoire d’Etienne Flacourt, né à Orléans,
directeur de la Compagnie française de l'Orient et auteur de l’histoire de
la grande île de Madagascar 1607-1660.)
F. Uamonlchi. L'IIéril. FL Ratmonchi (nom indien). Yulgo : Grosse prune
café. — Petit arbre, haut de 4-5 mèl., le plus souvent tortueux à branches pen­
dantes, flexibles, garni de piquants sur le tronc. Fleurs monoïques eldioïques,
vertes, axillaires. Feuilles obovales-elliptiques, faiblement crénelées. FL en
mai-juin ; fr. mûrs en août et sept. Fruit baccien, globuleux, de couleur brun
noir à la maturité, de la grosseur d'une prune ordinaire de France. Originaire
de Madagascar, introduit et cultivé à cause de l'excellence de ses fruits, qui
sont recherchés comme fruits de dessert. — Rare. Basse-Terre (babil. Espé­
rance). ]N° 3658. )
M a r t in iq u e . Yulgo : Prune de Madagascar. — Cultivé au Jardin botanique,
d'où il s'est répandu dans le pays. [ÎNos 69, 1190, 70.
F. eataphracla Roxb. Flacourtia épineux. Yulgo : Prune café. — Petit
arbre droit, haut de 5-10 mèl., le plus souvent garni d'épines sur le tronc et
les branches. Branches souvent tombantes ou fortement infléchies. Feuilles
ovales, elliptiques, finement serrelées, pointues au sommet, plus longues,
moins coriaces et moins vertes que dans l'espèce précédente. Fruit globuleux,
également recherché comme fruit de table. Fleurs monoïques apparaissant
en juin et juillet. — Originaire des Indes orientales, naturalisé et cultivé en
assez grande abondance. Basse-Terre, Gourbevre, Trois-Rivières, etc.
[N° 2224.]
Avant de les manger, on froisse entre les doigts ces deux sortes de prunes,
ce qui fait disparaître leur saveur âcre et astringente.
M a r t in iq u e . Yulgo : Prune de Chine. Naturalisé et cultivé. Saint-Pierre
(Collège, Trois-Ponts, Carbet, etc. [N° 1186.]
Myroxylon J. et G. l'orsl. (du grec « muron ». baume, et « xulon »,
bois, à cause de l'odeur balsamique du bois.)

�PLANTES LU- LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
i&lt;;
M martinicense Ivr. et Urb. Addilamenla ad cognitionem flora\ India’
occident, auctore J. Urban, particule I, p. 15. — Vulgo : Bois capi­
taine. — Petit arbre ressemblant au Fl. cataphracla, haut de 5-9 met., garni,
sur le tronc et les branches, de nombreux piquants noirs, droits, très aigus.
Feuilles luisantes, longues de 6-9 cm., serretées-crénelées. Fleurs dioïques,
axillaires, très nombreuses. Fl. en mai-juin. Fruits murs d un jaune de
citron, globuleux ou légèrement ovales, de la grosseur d’une graine de poivre.
— Le bois sert à faire des planches et des poteaux. — Assez abondant dans
les bois de la Calebasse, des Fonds Saint-Denis et du Camp de l'Alma. —
Alt. 450-700 mèt. .V 1LS7. — Nous n'avons pas trouvé cette espèce à la
Guadeloupe.
M. buxifolium Kr. et Urb. (loco eiiato ex Additament. tî. I. occid., p. 16.)
Vulgo : Attrape-sot. — Petit arbre très élégant, de 4-7 mèt. de hauteur, à
tronc et branches garnis de piquants simples ou branchus. Feuilles luisantes,
coriaces, longues de 3-5 cm. Fleurs dioïques, axillaires. — Assez abondant
dans les bois de Folle-Anse à Saint-Louis (Marie-Galante; et sous les rochers
calcaires du bord de mer du Go/.ier.— N'existe pas à la Martinique. — Alt.
0-80 mèt. N0 3616.
Trilix L. du mot latin « trilix », tresse croisée de trois lils, faisant allusion
à la disposition des trois sépales et des trois pétales de la fleur.)
T. crucis. Gr. Prookia crucis L. — Petit arbre ou arbrisseau, haut de
3-4 mèt.. à branches pendantes, à écorce grise. Feuilles triplinerviées,
linement serrelées, ovales-elliptiques, aeuminées au sommet, mesurant
3-4,5 X 4-10 cm. Fleurs petites, en cymes terminales. Fruit de la grosseur
d'un pois garni de poils persistants. Fl. en juin et juillet.— Très rare. Çà et
là dans les hauteurs des Trois-Ilets plaine), jN° 1191.] — Nous ne l'avons pas
trouvé à la Guadeloupe.
Casearia Jacq. idédié à Jean Casearius, prêtre hollandais, missionnaire en
Cochinchine, qui s'est occupé de botanique et a écrit les premiers volumes
du « Ilortus malabaricus » 1678.)
C. parvifola Wild. Casearia à petites feuilles. Vulgo : Coco ravel. Lamarck,
lllust., I. 355, f. 2. — Petit arbre, rarement abrisseau. d'une élévation de
3-6 mèt , à branches couvertes de petites lentilles blanches très nombreuses.
Feuilles lancéolées, serrelées, luisantes, glabres, qui disparaissent presque
toujours à l époque de la tloraison. Fleurs d'un blanc terne, axillaires et
latérales, disposées en cymes contractées tout le long des branches, exhalant
une odeur de miel très prononcée, qui attire une quantité de mouches à miel
et de papillons. Fruits de la forme et presque de la grosseur d'une prunecale, d'abord blanc, ensuite jaune, s'ouvrant en 3 valves pulpeuses ; pulpe
jaune, extrêmement sucrée, d'une saveur agréable. Les oiseaux en sont très
friands. Cet arbre ressemble beaucoup au Fl. ealafracta ou à la prune-café.

17

VIOLACÉES

Fl. d’avril en mai. — Assez abondant dans les bois secs de la basse et
de la moyenne région. Ravine de Belosl, Morne-à-Vache (Basse-Terre),
Camp-Jacob, Ravine du pont du Galion (Basse-Terre). Alt. 20-450 mèt.
[Nos 2225, 2865.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Jaune d'œuf. — Assez abondant dans les bois infé­
rieurs de l’Ajoupa-Bouillon, de la Grand’Anse, du Morne Saint-Martin près
de Saint-Pierre). [Nos 1188 a, /;, c.]
Samyda Lam. (du grec « semuda », bouleau, parce que les feuilles des
Samydas ont quelque ressemblance avec celles clu bouleau.)
S. serrulata, L. Samyda à feuilles dentées en scie. Plum., éd.Burm., t. 116,
f. 2. — Petit arbre, haut de 2-3 mèt., à branches nombreuses, inclinées.
Feuilles très brièvement péliolées, elliptiques ou ellipliques-oblongues, très
régulièrement serretées, veloutées en dessous. Fleurs axillaires, très blanches
et très parfumées. Fruits de la grosseur d'une prune, s’ouvrant en quatre
valves, pulpeux ; semences entourées d’une arille. — Introduit de SaintMartin et cultivé dans plusieurs jardins comme plante d’ornement.— Fl.
de sept, en nov. — Basse-Terre. [N° 3258.j
M a r t in iq u e . — Cultivé au Jardin botanique, d'où il s’est répandu dans le
pays.
De celle famille, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre une
plante intéressante: 1Onkoba spinosa Forsl. de 1Afrique tropicale, introduit
par Ch. Thierry en 1886.
t reizièm e fa m ille .

— VIOLACEES.

Ionidium \ eut. (du grec « ionidion », diminutif de « ior », violette, parce
que ce genre est voisin du Viola.)
I. stnctum W I. hnearifolium Vent., Ionide droit. Vulgo : Petit ipéca, de
herbe à Trément. — Herbe annuelle, à base souvent sulTrulescenle, haute
5-40 cm., droite, très rarement couchée, branchue. Feuilles inférieures
opposées, les supérieures alternes, lancéolées-linaires. Fleurs blanches tache­
tées de violet, axillaires, portées sur des pédoncules aussi longs que les
feuilles ; pédoncules articulés au-dessous de la lleur. — Fl. surtout pendant
l’hivernage. — Abondant dans les terres calcaires cultivées ou incultes.
Moule, Morne-à-l’Eau, Désirade fies Lalaniers), où il forme gazon en certains
endroits. — Les chèvres broutent celle herbe avec plaisir ; la racine prise
en infusion est purgative ; on s'en sert souvent. [N° 2959.1
N'est pas à la Martinique.
Da»s. — Plantas Guadeloupe et Martinique.

2

�18

PLANTES DÉ LA GUAPELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Viola L. (du grec a ion »', qui signifie violelte : les Latins ont ajouté
un v.)
V. stipularis Sw., \ ioletle à grandes stipules. Vulgo : Violette montagne.
— Herbe à lige vivace, rampante, radicanle ; stipules grandes, dressées,
oblongues-lancéolées. acuminées, frangées. Feuilles elliptiques, pointues au
sommet. Fleurs violettes ou plus rarement blanches, portées sur de longs
pédoncules axillaires. — Abondant dans la région supérieure des hautes mon­
tagnes. Soufrière, Savane-aux-Ananas, Grande-Découverte, etc. — Fl. en
tout temps. \° 2425.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Violette montagne. — Abondant à la montagne Pelée
et aux pitons du Carbet. [Nu 177S. j
QUATORZIÈME FAMILLE.

— POLYGALEES.

Polygala L. (du grec « polu », beaucoup, et « gala ». lait : c'est-à-dire plantes
donnant beaucoup de lait aux vaches.)
P. paniculala L., Polvgale en grappes. Vulgo : Herbe à lait. Sw., Observationes, l. 6, f. 2. — Herbe très ornementale, annuelle, droite, haute de 1540cm. ; lige grêle, branches nombreuses, grêles, fastigiées. Feuilles linéaires
rappelant celles du lin. Fleurs blanches ou violacées, en racèmes terminaux,
allongés. Fruit capsulaire, elliptique, légèrement échancré au sommet. —
Fl. toujours, plus ou moins. —Abondant dans les régions moyenne et inlrasupérieure. Camp-Jacob, Malouba, Trois-Rivières, etc. [Nu 242Q.J
M a r tin iq u e . Vulgo : Estré fragile. — Abondant au Morne-Rouge, à la
Calebasse, au Gros-Morne, etc. Alt. 200-900 met. — La racine, qui a une
forte odeur sut generis, joue un grand rôle dans la fabrication des quimbois
(philtres de sorcier). [N° 40.
P. angustifolia Kth., Polvgale à petites feuilles. — Herbe à base suiïrutescente, souvent vivace, droite ou penchée, peu branchue, haute de
30-00 cm. Tige finement veloutée. Feuilles elliptiques-lancéolées, très
brièvement péliolées. Fleurs à sépales pourpres, à pétales d'un blanc jau­
nâtre, en racèmes terminaux. Fruit capsulaire, obovale, émarginé au som­
met, contenant 2 semences soyeuses, cylindriques, surmontées d une petite
caroncule. — FL presque toute l’année. — Abondant dans les champs des
environs de Sainte-Rose et aux environs de l'usine La Retraite (BaieMahault). [N° 2981.1
Ne se trouve pas à la Martinique.
Securidaca L. fdu latin « securis », hache.: allusion à l'aile membraneuse

du fruit, qui ressemble assez exactement à une hache.)

POLYGALEES

EUPHOR BIACÉES

19

S. scande ns Lam., Securidaca grimpant, Vulgo : Liane-Pâques. S. Lamarkii Gr., Lam. Illusl., I. 529, f. 1. — Arbrisseau-liane, très beau, pouvant
s’élever sur des arbres très hauts et les couvrir entièrement de ses larges
grappes. Feuilles ovales, petites. Fleurs en grappes larges, axillaires et termi­
nales, rosées ou d’un violet foncé selon la variété. — Fleurit d’avril en juin.
— Abondant dans les hauteurs entre Fort-de-France et la fontaine Didier, où
tous les arbres en sont couverts; Case-Pilote, Trois-Ilets. [N° 140.] — Nous
ne l avons pas trouvé à la Guadeloupe.
quinzièm e fa m il l e .

— EU P HOR BIACÉES.

Buxus L. (du grec « puxos », buis.)
B. suhcohimnaris Mull. Arg. ; Sw., FL [ml. oceid., I. 7. — Arbrisseau
élégant, très droit, haut de 2-4 met. Feuilles très coriaces, elliptiques, poin­
tues au sommet. Fleurs monoïques, en eymes axillaires et latérales, corymbiformes, jaunâtres. Fruit capsulaire à 3 coques surmontées chacune d’une
petite corne. — Assez abondant dans les bois de la région moyenne. CasePilote (Plateau militaire), Morne-Rouge (bois du Calvaire). — Fl. d’avril en
juin. [X°578.] — N’existe pas à la Guadeloupe.
Richeria V. (dédié à Pierre Richer de Belleval, né en 1553 à Châlonssur-Marne, professeur d'anatomie et de botanique à Montpellier, mort
en 1623.)
R. grandis V., Richeria vigoureux. Vulgo : Bois bandé, bois mandé, bois
marbré (à la Ravine-Chaude). Valil, Eglog. Americ., I, p. 30, t. 4. — Arbre
de taille moyenne, rarement de grande taille. Feuilles obovales, larges,
coriaces. Branches garnies de grosses cicatrices laissées par les feuilles.
Fleurs dioïques, vertes : les mâles, en épis interrompus, nombreux, dressés,
axillaires et latérales; les femelles, en racèmes courts. Fruit vert, à 3 log-es,
déhiscent de haut en bas, ovoïde ; endocarpe bivalve ; semences enveloppées
d’une ari 1le (masse pulpeuse). — Fleurit de septembre en novembre ; graines
mûres en avril et mai. — Excellent bois pour toutes sortes de constructions;
mais le plus souvent le tronc sert à faire des planches. L’écorce est employée
comme anlisyphililique et aphrodisiaque : on la laisse séjourner dans l'eau
froide, qu’on boit ensuite. 1 — Abondant dans les grands bois des BainsJaunes, du Matouba, des Trois-Rivières, de Sofaya et de la Ravine-Chaude.
[N° 2347.]
N’existe pas à la Martinique.
1. Il résulte de recherches inédites de MM. Heckel et SchlagenhaufTcn que l'écorce de
ce végétal ne renferme, en dehors du tanin, aucun principe auquel on puisse rapporter
les prétendues propriétés aphrodisiaques.

�20

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Drypetes Y. (du grec « druppa », drupe, parce que les fruits sont des

drupes.)

D. (jlauca Yahl, Drypetes à feuilles glauques. Yulgo : Café-grand-bois. —
Arbre de taille moyenne, quelquefois petit arbre, à écorce d'un gris noirâtre,
lisse, à branches souvent horizontales. Feuilles très vertes, coriaces,
elliptiques-oblongues, brusquement rétrécies en pointe au sommet. Fleurs
dioïques, situées à l'aisselle des feuilles tout le long des branches, ce qui est
un caractère commun à tous les Drypetes: les mâles, fasciculées; les femelles,
solitaires. Fruit drupacé, long de 12-15 mm., indéhiscent. — Bois dur, rouge
en dedans, recherché pour les constructions dans la terre et dans l'humidité.
— Fl. en mai et juin ; graines mûres en juillet, août, septembre.— Assez
abondant dans les mornes de Houëlmonl (Mornes Gobelin et Hirondelle),
Camp-Jacob (rivière Noire), Matouba. Alt. 300-700 met. [N08 3299, 3455.]
M a rtin iq u e . Yulgo : Café-grand-bois. Yariété macrocarpa Kr. et Urb. —
Çà et là dans les grands bois de Saint-Martin, au pied de la montagne Pelée.
[X* 33.]
D. Dussii Kr. et Urb. Addit. ad cognit. //. Ind. occid., part. I, p. 71.
Yulgo : Bois-moussara. — Arbre d’environ 0 met. d'élévation, plus ou
moins tortueux; écorce brune, branches divariquées, souvent horizontales.
Feuilles distiques, très coriaces, presque toujours couvertes de mousses,
obovales-elliptiques. Drupe longue de 25-30 mm., anguleuse-arrondie. —
Rare. Hauteurs de Case-Pilote ; çà et là dans les grands bois des environs
du Camp de PAlma. — Fruits mûrs en septembre et octobre. — Les Heurs
mâles nous manquent. [N° 34.] — Nous n’avons pas trouvé cette espèce à
la Guadeloupe.
D. serrata Kr. et Urb. Addit. ad cognit. /I. Ind. occid., part. I, p. 70.
Drypetes glomerala Grisb. — Grand arbre d'un port élégant. Feuilles lui­
santes, ovales-lancéolées, serretées, très vertes. Fleurs vertes, fasciculées à
l’aisselle des feuilles. Drupe longue de 11-14 mm. — Assez abondant à
Marie-Galante dans les bois de Folle-Anse, près du bord de la mer. — Fl.
en février, mars ; fruits mûrs en mai-juin. (V 3628.]
M a rt in iq u e . — Très rare. Nous n'en avons trouvé que quelques pieds à
tleurs mâles, aux environs de l’habitation Saint-Martin, au pied de la mon­
tagne Pelée. V 50.]
Cicca L. du grec &lt;&gt;kiki », arbre merveilleux, à cause de la ressemblance
qui existe entre ces deux arbres et de ce que l’écorce du Cicca est purgative
comme les graines de l'arbre merveilleux.)
C. dislicha L. Phyllanlhus longifolius Jacq.,Ciccaà feuilles sur deux rangs.
Yulgo: Surette. — Arbre touffu, haut de 6-10 met., originaire des Indes
Orientales, introduit et naturalisé depuis de longues années. Feuilles petites,

21
distiques, ovales, pointues, ramassées à l’extrémité des branches ; tronc nu,
branches marquées de grosses et nombreuses cicatrices laissées par les
feuilles tombées. Fleurs monoïques, mâles et femelles mélangées dans la
même grappe ; grappes pendantes, vertes, allongées, couvrant les branches
nues. Fruit drupacé, anguleux, légèrement déprimé, jaunâtre, renfermant
autant de semences qu'il y a d’angles. — Fl. de janv. en mars ; fruits mûrs en
juillet-août. — Les fruits sont très acidulés, rafraîchissants : on en fait des
conlitures, qui rappellent celles de l’épine-vinette; les fleurs exhalent une
odeur agréable et ont une saveur légèrement acide; la racine rend un suc
laiteux d'une saveur âcre. [N° 2929.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Surette. — Çà et là autour des habitations. [X°955.]
C. Antillana Juss. Yulgo : Bois-savane, bois-diable (au Camp-Jacob).
Phyllanlhus nohi/is Midi. Arg. ; Juss., Euph., f. 13b, analyt. — Arbre de
taille moyenne, très branchu ; branches étalées. Feuilles d’un vert tendre,
elliptiques-lancéolées. Fleurs dioïques axillaires : les mâles, fasciculées; les
femelles, solitaires. Fruit globuleux , légèrement déprimé au sommet,
faiblement marqué de 5 angles, un peu plus grand qu’une graine de
poivre. Après la déhiscence de l’épicarpe uni au mésocarpe, on voit l’endo­
carpe, d’un violet pourpre très foncé, enveloppant les 5 semences, ce qui
produit, quand l'arbre est couvert de graines mûres, un elfel des plus curieux.
— Bois mou cl peu propre à la construction. — Se rencontre dans tous les
bois de la basse et de la moyenne région, sans être abondant nulle part. —
FL en mai, juin; graines mûres en juillet, août, septembre. — \ ieux-Fort,
Camp-Jacob (Bagatelle). [Xus 2745, 3237.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-mille-branches. — Bois de l’Ajoupa-Bouillon,
vallée du Carbet. [X° 52.]
Amanoa Aubl. (de « Amanua», nom que donnent les Galibisdela Guyane
à cet arbre.)
A. cnribæa Kr. et Urb. Yulgo : Palétuvier gris des montagnes, carapate
(par les bûcherons de la Bouillante), à cause de la ressemblance de la graine
avec celle du ricin, nommé aussi vulgairement carapate. — Grand bel arbre,
à tronc droit, nu jusqu'à une hauteur de 12-15 mèt. et d’un diamèt. de 80 cm.
à 1 m. 20, anfractueux à la base; écorce noirâtre, presque lisse, garnie de
nombreuses aspérités blanchâtres. Feuilles coriaces, elliptiques, fortement
veinées. Fleurs monoïques, blanches, en grappes terminales, exhalant une
odeur forte et très agréable, qui attire une nuée de mouches à miel. Fruit
capsulaire, un peu moins grand qu’une pomme de tamarinier des Indes, à 3
coques qui se séparent d une colonne centrale à 3 ailes ; coque bivalve.
Les fruits mûrs, quand ils sont chauffés par le soleil, éclatent avec bruit ;
semences 3, lisses, dépourvuesd’arille et de caroncule. — Dans les hauteurs de
Pigeon et de la Bouillante, les bûcherons extraient des graines une huile qu’ils
EU PH OR lî IA CK ES

�22

PLANTBS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

emploient contre les blessures et les plaies. Le bois est recherché pour les
constructions : il passe pour cire incorruptible clans la terre, il sert aussi pour
la menuiserie. — Cet arbre lleurit habituellement en juillet et août et aussi en
janvier et février. — Alt. 100-800 met. Abondant clans les vastes forêts entre
la Pointe-.Noire et la Ravine-Chaude, des hauteurs de Pigeon et de la Rouil­
lante; plus rare dans les bois du Matouba et du bassin Bleu. [Nos2466, 3230.1
Ne se rencontre nullement à la Martinique.
Phyllanthus L. (de deux mots grecs cpii signifient feuille et Heur, c’eslà-dire fleurs qui viennent sous les feuilles.)
P. OL'ülus Hoir., Phvllanlhe à feuilles ovales. Yulgo : Ln-bas-feuilles grandbois. — Arbrisseau droit, élégant, fortement branchu, haut de 2-4 mèt.
Feuilles rigides, ovales, pointues par les deux bouts, de 2-1 cm. de long sur
1,5 à 2,5 cm. de large. Fleurs monoïques ; les mâles, à l'extrémité ; les femelles,
dans le bas des branches. Capsules de la grosseur d'une graine de poivre. —
Peu abondant. Hauteurs du Morne-Rouge (bois du Calvaire), hauteurs de
Case-Pilote (Plateau militaire). — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guade­
loupe. [Nü 53.]
P. ConamiSw. Ph. piscatorum Klh. P. brasiliensis Midi. Arg. Yulgo : Bois
à enivrer; Aublet, Hist. de la Guyane, l. 351, p. 927.—Arbrisseau ou petit
arbre très ornemental à cause de son léger feuillage, droit, trèsbranchu, haut de
2-1 met.; branches souvent tortueuses et noueuses. Feuilles distiques-alternes,
petites, elliptiques, d'un vert tendre. Fleurs monoïques, très nombreuses,
disposées par fascicules tout le long des branches, mâles et femelles mélangées,
portées les unes et les autres sur de longs pédoncules filiformes. Capsule de
la grosseur d’une tète d'épingle. — Çâ et là autour des maisons. Camp-Jacob,
Gourbeyre, etc. (N0 2116.]
Ma r t ix iq u e . Yulgo : Enivrage, bois à enivrer.— Assez abondant. — Avec
les branches broyées et mises dans un sac, qu'on dépose dans un bassin de
rivière, on enivre les poissons. —Saint-Pierre, Morne-Rouge, Ajoupa-Bouillon. [N° 2017. j
P. mirnosoides L., Phvllanlhe à feuilles de mimosa. Yulgo ; Fougère,
bâtard de fougère. — Arbrisseau très élégant, ressemblant à une petite fou­
gère en arbre. Tige souvent unique, d'un diamèt. de 8-11 cm., marquée
de nombreuses cicatrices, haute de 2-1 mèt. ; branches ramassées à l’extrémité
de la tige, ressemblant à des feuilles deux fois composées-penuées. Feuilles
distiques, obliquement lancéolées-oblongues, mucronulées, blanchâtres en
dessous. Fleurs blanchâtres. Capsule sphérique, légèrement déprimée au
sommet et à la base, plus petite qu’une graine de poivre. — Très abondant
dans tous les grands bois humides . Bois des Bains-Jaunes, du bassin Bleu,
du Matouba, des Trois-Rivières, etc. — Fl. presque toute l’année. — Alt.
400-950 mèt. |N° 2445.|

E U P H O n n i AGEES

23

M a r t in iq u e . — Très rare. Nous n on avons trouvé que quelques pieds
dans les hauteurs boisées de la Grande-Rivière. [N" 2045.]
P. Niruri L. Phvllanlhe Niruri (nom de la plante à Malabar). Yulgo ; Enbas-feuilles, — Annuel ou sullYulescent, haut de 15-60 cm. Ramules penniformes, blanches, caractère qui le distingue facilement de tous ses congénères,
horizontales, penchées à l’extrémité dans le jeune âge, filiformes, très allongées
et fortement pcnchéesdans l’âge adulte. Feuilles distiques, glauques en dessus,
blanchâtres en dessous. Fleurs vertes, situées à l’aisselle des feuilles, habituel­
lement 1-3 mâles accompagnées d’une femelle. Fruit vert, déprimé, de 1,5-2 mm.
de diamètre; semenceslongitudinalement côtelées.—Très abondant dans les
terres cultivées, le long des chemins de la basse et de l’infra-moyenne région.
— On se sert souvent, dans les campagnes, de celle herbe contre les fièvres ;
on la prend en infusion. — Alt. 0-600 mèt. !Nos 2724, 2447.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; En-bas-feuilles blanc. —Abondant dans tout le pays,
où I on en fait usage contre les fièvres.
P. urinaria L. Phvllanthe diurétique. Yulgo ; En-bas-feuilles rouge. —
SulFrutescenl, droit ou plus ou moins couché, haut de 40-80 cm., peu branchu.
Feuilles blanchâtres en dessous, distiques. Se distingue du précédent par sa
taille plus forte, ses feuilles plus longues, ses fruits sessiles et plus grands et
par ses semences transversalement côtelées. — Celle plante s’emploie sou­
vent en infusion contre la rétention d’urine et aussi contre les fièvres. —
Moins abondant que le précédent. Aime les endroits humides et ombragés.
Basse-Terre, Gourbeyre, Camp-Jacob, etc. Alt. 0-600 mèt. [N° 2722.]
M a r t in iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles rouge. —Abondant dans les endroits
ombragés et humides. Saint-Pierre, Carbet, etc. ]N° 46. s
P. Carolincnsis Walt. Phvllanlhe de la Caroline. Yulgo : En-bas-feuilles
vert. — Annuel ou su (Frutescent, cespileux, haut de 5-50 cm. Tiges sans
branches dans les jeunes pieds, branches toujours disposées sur le même
plan ou distiques, ce qui lui donne un port particulier qui le distingue, de
prime abord, des autres espèces auxquelles il ressemble. Capsule petite, d’un
diamètre de 2 mm., semblable à celle du P. Niruri. — S’emploie aussi dans
les campagnes contre les fièvres et les rétentions d’urine. — Assez, abondant
dans les quartiers cultivés et humides du Camp-Jacob, de Gourbeyre; rare
dans la basse région. [N° 2447 b.)
M a r t in iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles vert. — Assez abondant. Morne-Rouge,
Gros-Morne, etc. [N° 48.]
P. lalhyroides II. B. Klh., Phvllanlhe à feuilles de lalhvrus. Yulgo ; Enbas-feuilles vert. —SulFrutcscent, droit, haut de 15-60 cm. Feuilles d un vert
très clair en dessus, blanchâtres en dessous, très brièvement pétiolées, ovaleselliptiques, souvent inégales à la base, longues de 6-10 mm. sur o-7 mm. de
large. Ressemble par le port et la taille au P. Niruri: s en éloigne par ses

�P LA NTl-. S DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
24
branches plus allongées et plus penchées, par ses capsules et les lobes du
calice beaucoup plus grands et ses semences pourvues ch' lignes longitu­
dinales, ponctuées, très nombreuses et régulièrement disposées. —Très abon­
dant dans les sentiers des caféières, cacaoyères, dans les champs de manioc,
etc., de la région moyenne; plus rare dans la région inférieure. Gourbeyre,
Matouba, Camp-Jacob. X° 2921.
M a r tin iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles vert. —Abondant dans les champs
cultivés. X° 47 a. J
N o t a . — Ces quatre dernières espèces de Phyllanlhus sont hygroscopiques ; elles ferment leurs feuilles pendant la nuit, et dans la journée quand il
pleut. Toutes ont un suc laiteux.
P. spec. Yulgo : En-bas-feuilles rouge. — SuIlVulescenl ou souvent frutes­
cent, droit, glabre dans toutes ses parties, haut de 15-85 cm., habituellement
nu dans le bas. Tige cylindrique, très verte. Branches géminées ; une grande
portant de 2 à 5 ramules, une petite sans rainulcs; toutes munies, au point de
leur insertion, de plusieurs petites stipules pointues. Feuilles distantes, très
vertes en dessus, pâles en dessous, obovales terminées au sommet en pointe
arrondie, pointues à la base ; pétiole long de 1 mm., muni de 2 stipules à la
base; limbe de la feuille large de 0-8 mm. sur 12-1-1 mm. de long, garni de
points translucides à l'état vert. Ramules filiformes, plus ou moins horizon­
taux, longs de 7-10 cm., garnis de 12-20 feuilles. Fleurs blanches ; 1-3
mâles accompagnées de 1-2 femelles; pédoncules filiformes, celui de la fleur
mâle long de 2-3 mm., celui de la femelle long de 4-0 mm. et épaissi au som­
met. Capsules très légèrement pubescentes, vertes, déprimées au sommet et
à la base, plus larges que longues, 2 mm. de large sur un peu plus de 1 mm.
de long. Lobes du calice ovales-lancéolés, de moitié plus courts que la
capsule. Semences transversalement ponctuées sur le dos et longitudinale­
ment côtelées sur les deux côtés. — Assez abondant dans les endroits ombra­
gés et surtout sous les manguiers. Gourbeyre, Basse-Terre, Le Baillif, etc.
Alt. 0-800 met. [N° 3557.
M a rt in iq u e . Yulgo : En-bas-feuilles vert.— Abondant dans les endroits
ombragés. .V 47 h.
P. spec. — Petit arbrisseau droit, entièrement glabre, haut de 20-45 cm., très
branchu dès la base; tiges très grêles et flexibles à Lextrémité, dicholomes,
très vertes, cylindriques; ramules nombreux, filiformes, longs de 2-3,5 mm.,
complètement nus dans près de leur moitié inférieure, munis à la base
de 2-3 écailles noires en forme de stipules. Feuilles 8-12 à l'extrémité de
chaque ramule, vertes en dessus, noires sur les bords, pâles en dessous,
nettement obovales, arrondies au sommet, distiques, très brièvement pétiolées, longues de 5-8 mm. sur 3-5 mm. de large. Fleurs monoïques, axil­
laires : les mâles, très petites, presque sessiles, au nombre de 1-3, accom­

25
pagnées d’une femelle, mâles et femelles entourées à la base de petites brac­
tées translucides, pointues ; pédoncule delà fleur femelle long de 3 mm., épaissi
au sommet; lobes du calice de la fleur femelle obovales-lancéolés, blancs,
translucides et minces sur les bords, épaissis, noirâtres et légèrement velus
au milieu, moitié plus courts que la capsule mûre. Capsule jaunâtre,
glabre, plus large que longue, 2-5 mm. de large sur 1-9 mm. de long;
semences blanchâtres, très légèrement pubescentes, parcourues, sur le dos
et sur les deux côtés, de petites côtes longitudinales. — Fleurit presque toute
l'année, mais surtout pendant l'hivernage. — Abondant dans les hauteurs boi­
sées, sèches et pierreuses du Yieux-Forl, seul endroit où nous ayons trouvé
celle intéressante espèce. Alt. 180-200 met. [N0 2442. |
P. epiphyllanfhus L., P. falcalus Sw., Xylophylla falcata Sw. Yulgo ;
Farine à Zombi, farine chaude, à cause de l’odeur de la fleur qui rappelle
l'odeur de la farine de manioc, palte-à-chaux (au Gozier), langue-à-chatte
(à Marie-Galante). — Arbrisseau très ornemental, habituellement droit, haut
de 1-2,80 met., à lige nue dans le bas et couverte d’une écorce cendrée. Il est
remarquable par ses branches coriaces, élargies, épaissies, légèrement recour­
bées en faux, ressemblant à des feuilles. Fleurs monoïques, situées sur le
bord de ces phyllodes. — Très abondant dans les endroits pierreux, secs,
arides près de la mer. Capeslcrre (Marie-Galante), Désirade, Gozier (bord
de mer), Yieux-Fort, Port-Louis, etc. Alt. 0-150 mèt. X°2f44.
M a r t in iq u e . — Cultivé au Jardin botanique et dans beaucoup d’autres
jardins comme plante d ornement. X° 20-44.J
P. nivosus Mort. Yulgo: La neige. — Arbrisseau superbe, haut de 1-2 mèt.,
très branchu, droit, à feuilles ovales, obtuses : les inférieures, panachées de
blanc, de vert et de rouge; les supérieures et celles des extrémités des
branches, plus petites et presque complètement blanches, à fleurs en petites
clochettes très ouvertes, solitaires à l’aisselle des feuilles et portant 5 seg­
ments obeordés. —Originaire des îles de la mer du Sud. Introduit et cultivé
dans un très grand nombre de jardins. [X° 3532.
M a r t in iq u e . — Cultivé dans les jardins. rX° 22. j
P. roseo-piclus Mort. — Yariélé plus vigoureuse, à feuilles panachées de
blanc, de vert tendre et de vert sombre, obtenue par l'horticulteur anglais
Veitch. Elle est également très répandue dans le pays. jX° 2467.]
M a r t in iq u e . — Abondant dans les jardins. X° 2046.
Jatropha L. (selon Linné, du grec « iatron », remède, et « phagein », man­
ger, parce qu’on trouve beaucoup d’espèces qui fournissent des remèdes,
d'autres un excellent aliment.)
I. qossypifolia L. Jalrophc à feuilles de cotonnier. Yulgo ; Médecinier
bâtard, médecinier rouge (Desc., Fl., II, f. 142 ; SL, Hist. of Jam., t. 84). —
EUPHOIl IUACKES

�26

PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Arbrisseau tortueux, peu brauchu, haut de 1-2,50 met. Feuilles palmilobées,
à 3-5 lobes, les jeunes habituellement noires, luisantes, les adultes vertes.
Jeunes liges, branches, pétioles, stipules el bords des feuilles garnis de poils
longs, visqueux, branchus, glandulifères. Fleurs en cymes corymbiformcs,
terminales, couleur rouge de sang. Capsule de la grosseur d'une noisette, 5
3 coques déhiscentes. — Descourtilz [loco cil., page 306) range celle plante
dans les purgatives; il dit que la graine contient un principe âcre, purgatif, el
une huile semblable à celle de l'olive; selon lui, une seule graine suffit pour
se purger. Dans le pays on ne se sert guère de celle espèce de Jalrophe. —
Fl. de juin en août. — Fndroils secs, rocailleux, calcaires, près du littoral.
Abondant. Basse-Terre, Le Baillif, les Saintes (Terre de haut el de bas), etc.
[.V 2928.]
M a rtin iq u e . Yulgo ; Bois-ortolan, graine-ortolan, herbe aux ortolans. —
Abondant. Case-Navire, Case-Pilote, Prêcheur, etc. [N° 2051.]
J. mullifida !.. Médecinier à feuilles fendues. Yulgo ; Médecinier d'Espagne,
noisette purgative, corail. — Arbrisseau ornemental, à branches étendues, à
tige nue dans le bas, souvent tortueux, haut de 2-4 mèt. Ecorce grisâtre;
jeunes tiges marquées de nombreuses cicatrices provenant de la chute des
feuilles. Feuilles ramassées aux extrémités des branches, ornementales,
larges, palmilides, composées de 9-11 segments pointus, tombants ou forte­
ment penchés, ce qui fait qu elles ressemblent à de petits parasols à moitié
ouverts. Fleurs rouge écarlate vif. Capsules à 2-3 coques pulpeuses, tar­
divement déhiscentes, de la grosseur d'une aveline. — Originaire de l’Amé­
rique, naturalisé el cultivé, moins pour son utilité que comme plante d'or­
nement. — Toutes les parties de cette plante contiennent un suc aqueux,
limpide, âcre el amer; les fruits sont purgatifs, mais ne s'emploient guère
dans ce pays. — Fl. d’avril en août. — Basse-Terre (hôpital militaire), Gourbeyre, Moule, Pointe-à-Pitre. \° 2926.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Médecinier épicar.— Se rencontre souvent dans les
jardins, les cours, el dans les campagnes autour des maisons. [N° 2054.J
J. hastata Jacq., Jairopha pandurifolia Andr. Médecinier à feuilles de
violon. (Jacq., Sel. Americ. stirp. hist., p. 256, t. 172, f. 54, une feuille;
Jardin des Amat. el manufaet.,xo\. III, t. 32).— Arbrisseau très élégant,
haut de 2-4 mèt., remarquable par ses feuilles en forme de violon et ses Heurs
rouge cinabre. — Originaire de Cuba. Cultivé et naturalisé. Se rencontre sou­
vent dans les jardins. — Fl. durant toute l’année. — Basse-Terre, CampJacob, etc. [N° 2449.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Médecinier à feuilles de guitare. — Dans beaucoup
de jardins. N° 2052.,
J. inlegerrima Jacq. Médecinier à feuilles entières. —Arbrisseau semblable
au précédent pour le port et la taille, avec des feuilles à 3 lobes rappelant

EUPHORRIACRES

27

celles du lierre d’Europe. Fleurs en cymes allongées, terminales, grandes,
d’un rouge éclatant. — Cultivé çà et là dans les jardins comme plante d’orne­
ment. En le soumettant à la taille, on en fait de petits arbres qui prennent
toutes les formes que l'on veut. Basse-Terre (presbytère du Carmel), Gourbeyre, etc. 1N" 2418.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Epicar. — Abondant. Dans beaucoup de jardins
dans les campagnes. Carbel, Fort-de-France, Prêcheur, Saint-Pierre &gt;jardin
de l'Évêché). [X“ 51.
J. curcas L., Jalrophe eurcas, nom qu'on lui donne à Malabar. Yulgo :
Médecinier béni, médecinier-barrière, médecinier blanc, médecinier purga­
tif. Dose., vol. II, t. lil, p. 299. — Arbrisseau ou petit arbre de 3-5 mèt.
d’élévation. Ecorce lisse, grise ; jeunes branches marquées de nombreuses cica­
trices. Feuilles larges, anguleuses ou à 3-5 lobes peu marqués. Fleurs rouges
en cymes terminales. Capsule drupacée, pendante, tardivement déhiscente, de
la grosseur el de la forme d'une noix. — Abondant dans toute l'île. — Descourtilz, loco c il., dit que les racines el certaines parties de cette plante four­
nissent une teinture violette, que les graines contiennent une huile volatile,
pesante et vénéneuse, qu’on prétend que les propriétés émétiques résident
dans l'embryon el qu'après l'avoir enlevé on peut manger le fruit sans
danger1. Dans le pays on fait grand usage de l’huile comme purgatif; on l'ob­
tient facilement par pression; elle sert souvent à frotter les membres affectés
de rhumatisme. Les feuilles, chauffées sur une flamme et appliquées chaudes
sur la peau, guérissent les névralgies; bouillies dans l'eau salée, elles servent
à laver les plaies et les blessures. — Commun dans les champs et surtout
autour des habitations des nègres. On en fait souvent des clôtures. — FL
presque toute l'année, excepté pendant la saison sèche. N° 2746.
M a r t in iq u e . Yulgo: médecinierbéni, pignon d'Inde.— Abondant. N° 2052 .
J. p o d a g ric a Hook, Jalrophe à tige renflée. Y u lg o -: Corail végétal. Arbris­
seau de 40 cm. à I m. 50 de haut, remarquable : par sa lige renflée dans le
bas, surtout quand il est jeune, de manière à simuler une sorte de bulbe;
par scs feuilles peltées, à 5 lobes, ses fleurs en cymes d’un rouge de corail et
portées sur de longs pédoncules. — Originaire de 1Amérique centrale et de
la Grenade. — Ne cesse pas de fleurir. — Cultivé dans les jardins comme
plante d’ornement. Basse-Terre, Pointe-à-Pitre, etc. N° 2925.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Corail végétal. —Abondant dans les jardins. N° 2055.
I. Cette graine, connue sous le nom de grand pignon d'Inde, graine de Pourghère,
est très employée aujourd’hui pour la fabrication de Yhuile de ricin anglaise mélange
d'huile de ricin et d’huile de curcas, très active comme purgatif . C'est également une
graine grasse industrielle très recherchée par les fabricants de savon. On la cultive
beaucoup sur la côte occidentale d’Afrique (où elle a été introduite; pour ce double objet'
L’huile qu’elle donne par pression ou par dissolvant est purgative à très faible dose.
E. H.

�28

PLANTES DU LA GUAOKLOUPB RT DE LA MARTINIQUE

Cnidoscolus Pohl (du grec « kuizein», gratter, piquer, el « scolos », pieu,
piquant, pour faire allusion aux poils rigides et brûlants de celle espèce.)
C. naptvfolius Pohl. C. à feuilles de Xapæa. Vulgo : Manioc bâtard, manioc
brûlant, ricin bâtard, ricin brûlant (Jatropha Desc. ; .luss.. Euphorh., fig. 36,
anales.) — Su 11‘rutescent, droit, haut de30-120cm., remarquable par les poils
blancs, rigides, brûlants, qui couvrent toutes ses parties. Feuilles larges, à
3-5 lobes arrondis. Fleurs d'un blanc très pur. Capsule à 3 coques, à peu près
delà meme grosseur que le fruit du J al. yossypifolia. — Il est épispaslique,
rubéfiant et doit être manipulé avec précaution : les poils, quand ils pénètrent
dans la peau, y causent une douleur vive qui dure longtemps; devient gênant
pour ceux qui marchent pieds nus. — Fl. en juin, juillet, août. — Endroits
secs el rocailleux. Hauteur de Case-Pilote et des Anses d'Arlet. Alt. 80270 mèt. 2047. — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guadeloupe.
Janipha H. B. Ivth. (nom donné à cette plante par les indigènes du Brésil,
d’où elle est originaire.)
J. manihot Ivth. Jatropha manihot L. Manihot utilissi'rna Pohl. (SI.,
I. 85; Tuss., vol. III, t. 1, 2; Desc., vol. III, t. 176.) Vulgo : Manioc amer.
— Arbrisseau plus ou moins tortueux, à tige noueuse, remplie de moelle.
Feuilles situées à l'extrémité des branches, à 3-7 lobes lancéolés. Fleurs peu
nombreuses, en cymes racémiformes. Capsule pourvue de 5 ailes longitudi­
nales et souvent ondulées. Les pieds de manioc abandonnés peuvent devenir
arborescents el atteindre plus de 5 m. d'élévation. — Fl. habituellement en
septembre et octobre, les fruits qui par ailleurs n'ont aucune valeur, mûrissent
en novembre et décembre. — On rencontre un grand nombre de variétés,
qui diffèrent par la couleur de la tige, par la couleur, la forme et la grosseur
de la racine, par le plus ou moins de temps qu’il faut pour leur complet
développement, par la richesse et la quantité de farine qu'on en retire. Celles
qui ont le teint rouge ou violet sont les plus communes et les plus estimées;
plus les racines sont nombreuses, moins elles sont grandes; les petites
n’excèdent guère 16 cm. de long; quand il ne s’en trouve que 3 ou 4, elles
peuvent atteindre jusqu'à 40 cm. de long sur un diam. de 6-8 cm. Les plus
grosses peinent peser jusqu'à 30 kilog. Les racines du manioc ne poussent
ni verticalement ni horizontalement, mais affectent toujours une position
intermédiaire. Il y en a qui mûrissent au bout de 7 mois; mais les meilleures,
et celles qui sont le plus en usage, demeurent ordinairement de 15 à 18 mois
sous terre, avant d'arriver à parfaite maturité.— Le manioc prend facilement
par boutures, cl c’est aussi le seul mode de multiplication. — Il se plaît dans
les terres fraîches, meubles, bien Iexposées au soleil el en pente.
Manihot Pohl (du mot brésilien « mandihoca »&gt;.)
M. palmata Mul. Manioc à feuilles palmées. Manihot Aipi Pohl; Jatropha

RUPHORHIACÉES

20

(Iulcis Bank. Vulgo : Manioc doux, camanioc. — Arbrisseau haut de 1,502 m. Plusieurs botanistes, entre autres Grisb., Fl. of Jiritish W est Iiuliari
Islands, considèrent cette espèce comme une variété du manioc amer, en
disant que dans le manioc doux on trouve aussi des racines vénéneuses; en
effet, plusieurs propriétaires de la Martinique m’ohl assuré que le manioc
dégénère au bout de quelque temps et que les racines deviennent vénéneuses.
Muller, dans le Prodrome de de Candolle, p. 1062, le décrit comme une
espèce distincte; il y a bien une petite différence : le camanioc est plus droit,
sa lige n'est pas anguleuse, les pétioles sont d'un vert jaunâtre, el jamais
bruns ou noirs comme dans le manioc amer; il y a, à la base du pétiole du
camanioc, deux stipules ailées, qui, dans le manioc, ne sont représentées que
par des traces de stipules ou par un appendice ressemblant à un piquant à
large base; ses folioles sont plus larges, moins effilées et moins pointues; sa
racine cuit plus vite et peut se manger crue ; ses fruits sont, eu outre, dépour­
vus d'ailes et légèrement anguleux au sommet. — Le camanioc ne se cultive
presque plus actuellement à la Guadeloupe. Environs de la Basse-Terre, çà
el là aux Trois-Rivières. (N° 3238.]
M a r t in iq u e . Vulgo: Camanioc. — Plus abondant ; Morne-Bouge, hauteur
de la Grand’Ause, etc. [N° 2050 h.
Siphonia Bich. (du grec « siphon », tuyau, parce que la fleur est munie d'un
petit tuyau, long el étroit.)
S. elastica Pers. Siphonia produisant le caoutchouc. Vulgo : Arbre à
caoutchouc, llevea (juijanensis Au b., (de « héwé », nom qu'on lui donne à la
Guyane.) — Grand bel arbre à feuilles palmées, contenant 3-5 folioles
entières, lancéolées cl souvent arrondies au sommet. —Originaire du Brésil
el des Guyanes. Est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre el dans
d’autres localités de la Martinique [N° 170.]
Garcia Rolir (dédié au médecin du roi de Portugal Gardas del Huerto, qui
a écrit sur les racines, 1567).
G. milans Rohr. Garcia à fruits penchés. (Juss., Tenl. Euphorh., p. 41,
t. 13, f. 40). — Petit arbre superbe, très touffu, haut de 3-5 mèt. Feuilles
pétiolées, alternes, obovales, à sommet obtus, luisantes, à limbe de 10-16 cm.
Fleurs blanchâtres, monoïques, en racèmes, très courtes. Capsule globuleuse,
nous-ligneuse, déhiscente, à trois coques, un peu plus petite que le fruit du
tamarinier des Indes. Semences globuleuses, d'environ 2 mm. de long. — Est
cité dans le Prodrome de de Candolle, vol. XV, p. 721. comme étant indigène
à la Guadeloupe. Nous ne l’y avons jamais rencontré.
M a r t in iq u e . — Y est indiqué aussi, loco cfL, comme indigène, mais nous
se l’avons jamais trouvé à létal sauvage; par contre, on voit au Jardin bota­
nique de Saint-Pierre un assez grand nombre de ces pieds. X° 888.]

�30

PLANTES OK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Aleurites Forsl. (du grec « aléuriles », farine de blé, faisant allusion à la
matière blanche qui couvre le dessous des feuilles, les pétioles, etc.)
A. trilobu Forsl. Aleurites ambinua• L., Aleurites à trois lobes.Yulgo : Noir
de Bancoul, noix des Moluques, noisette (.les Grands-Fonds. Lam., ///.,
I. 771. — Arbre de taille moyenne, souvent petit arbre, originaire des îles
Moluques. Feuilles larges, ovales où les adultes à 3-5 lobes, le lobe du milieu
étant toujours plus grand et deltoïde, longuement pétiolées, couvertes d'une
pubescence pulvérulente blanche. Fleurs monoïques, blanches, en panicules
terminales, longues de 10-1 t cm. Noix dure, indéhiscente, couverte d'un
péricarpe drupacé. — Introduit et cultivé ça et là sur les habitations : Le
Baillif habitation Sainte-Sophie), Camp-Jacob, en beaucoup d'endroits dans
les Grands-Fonds. — Les noix fournissent une huile d’assez bon goût, propre
aux usages domestiques pour l'éclairage et pour la fabrication des chandelles;
sèches, elles pein ent se manger impunément et ont le goût de la noisette de
France; l'huile est laxative. L'arbre laisse exsuder une laque très belle, qui
paraît comme une perle ou un bourgeon à l'aisselle des branches ou des
feuilles. — FL habituellement deux fois par an, de septembre en décembre
et de février en mai. N° 2924.
M a rt in iq u e . Yulgo : Noix de Bancoul, noix de Saint-Domingue. — Cultivé
au Jardin botanique, d'où il s'est répandu dans le pays. — Assez abondant
autour de quelques habitations de la plaine (hauteurs des Trois-Ilets), où
l'on se sert de l'huile de la noix pour les besoins domestiques. N° 692.]
Ricinus L. (à cause de la ressemblance de la graine avec l'insecte appelé
ricin ou tique.)
R. communi$ L. Yulgo : Carapate. Desc., Fl., I, l. 59, et Fl., II, t. 127.—
Arborescent, haut de 3-5 met.; originaire des Indes Orientales, naturalisé et
cultivé dans le pays depuis un temps immémorial. Bien qu arborescents, les
plus forts pieds ne durent guère plus de quatre ans. — Abondant dans la
basse région. On rencontre plusieurs variétés, dont les principales sont :
1° Variété à lige et branches rouges et couvertes d’une poussière blanche;
2° Variété à tige et branches blanches, également couvertes d'une pous­
sière blanche;
3° Variété à grosses graines et à feuilles très amples;
4UVariété à fruits sans piquants.
— La graine est un drastique violent ; l'huile, au contraire, est un purgatif
assez doux, dont on se sert très fréquemment. Les pauvres récoltent souvent
les graines pour les vendre aux pharmaciens. On applique au front les feuilles
trempées dans du vinaigre, quand on souffre de maux de tète occasion­
nés par des insolations; passées sur une flamme ou chauffées au feu, on les
met sur la peau contre les névralgies et les rhumatismes. — Alt. 0-500 mèt.
Basse-Terre, Camp-Jacob, etc. [N° 2923.]

KUPHORBIACÉES

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M a r t in iq u e . Yulgo : Palma-Christi, ricin abondant. — Huile également
très usitée comme purgatif. | N'° 12.]
Croton L. (du grec « krolon » , pou de chien, tique, parce que les graines
de tous les erolons ont la forme d'une petite tique.)
C. bahamifer L., Croton balsamique. Yulgo : Copahu, copahu bâtard. —
Arbrisseau droit, n'atteignant guère plus de 3 mèt. d’élévation. Fcorce grise,
jeunes branches velues, jaunâtres. Feuilles ovales ou ovales-lancéolées en
pointe allongée et souvent légèrement recourbée, velues, grises en dessus,
blanchâtres en dessous et garnies de poils courts et étoilés; limbe muni de
deux glandes à la base. Fleurs blanches, en grappes terminales exhalant une
odeur de miel.—Le cœur de ce bois est très dur, tout en étant flexible; il sertà
faire des manches pour toutes sortes d'outils ; avec ce même bois, qu'il soit sec
ou vert, on fabrique des flambeaux. De toutes les parties de cet arbrisseau,
on peut, par incision, faire découler un suc assez épais, jaunâtre ou presque
brun, balsamique et d'une odeur très suave ; on l'emploie pour la guérison
des plaies et des blessures. Dans quelques endroits, on distille la plante avec
de l'esprit de vin et on obtient une liqueur appelée eau de Mante et que l'on
destine à la toilette. — Aime le terrain sec, rocailleux près du littoral, où il vit
en société. Très abondant entre la Basse-Terre et les Vieux-Habitants, à
la Pointe-Noire, à la Désirade, à Marie-Galante, aux Saintes, etc. — Fleurit
presque toute l’année, mais surtout d’avril en septembre. N° 2456.
M a r t in iq u e . Yulgo ; Baume, petit baume. — Sert aux mêmes usages qu’à la
Guadeloupe.— Abondant : Vauclin, Sainte-Anne, Diamant. Alt. 0-250 mèt.
[N° 64.]
C. floculosus Geiss., Croton laineux. Yulgo : Petit baume. — Ressemble
beaucoup au précédent pour la taille, la forme des feuilles, la couleur et les
dimensions des fleurs; s’en éloigne par le duvet jaune, court et dense, qui
couvre les jeunes branches, par scs feuilles plus épaisses, garnies en dessous
d'une couche de duvet plus serré et plus blanc. — Il sert aussi à faire des flam­
beaux, à cause du suc résineux que contiennent toutes ses parties. — Moins
abondant que le précédent. Endroits secs, pierreux. — FL d’avril en juillet.
— Diamant, Case-Pilote, Caravelle. (N° 63.] — Nous ne l’avons pas trouvé à
la Guadeloupe.
C. Guildingii. Gr. Yulgo : Baume bâtard. — Arbrisseau haut de 1-2 mèt.,
droit, très buissonneux; jeunes branches et le dessous des feuilles garnis d'un
duvet blanc tirant sur le jaune. Diffère des deux précédents par ses feuilles
dentées en scie. — Abondant dans les savanes des anses d’Arlet et dans les
hauteurs de Sainle-Luce. Alt. 80-320 mèt. N° 62. — Nous ne l'avons pas
trouvé à la Guadeloupe.
C. corylifolius Lam., C. monlanus. Croton à feuilles de coudrier. \ ulgo ;

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PLANTES DE I.A GUADELOUPE ET DB LA MARTINIQUE

Bois-pays; Desc., vol. V, t. 366. Geiss. — Arbrisseau ou pelil arbre, haut
de 4-6 met. Écorce d'un gris blanchâtre. Jeunes branches et pétioles couverts
d’un duvet gris. Pétiole long, limbe de la feuille large, ovale, irrégulièrement
et doublement denté ; quelquefois anguleux, parsemé, surtout dans sa jeunesse,
d'une multitude de petites taches blanches et rondes. — Se rencontre dans
les terrains secs et rocailleux de la basse et de la moyenne région. Peu
abondant. Environs de la Basse-Terre (Ravine de la rivière Billaud);
Gourbeyre (habitation Bisdary), Vieux-Fort (hauteur). — Fl. de mai en
février. —Toutes les parties de cette plante, surtout les feuilles, sont aroma­
tiques. Deseourlilz, p. 238, la place dans la section des antispasmodiques
aromatiques et en fait le plus grand éloge. Dans le pays, cet arbrisseau est peu
connu, mais, là où il existe, on se sert des feuilles froissées dans les bains
tièdes pour les femmes en couches; ces menues feuilles, bouillies et prises
en tisane avec une addition d'un peu de rhum, de jus de citron et de sucre,
constituent un excellent remède contre les lièvres. Nos 2457, 3419. j
M a rt in iq u e . Vulgo : Grand baume. — Assez abondant. Boulevard de
Saint-Pierre, Trou-Vaillant, hauteurs des Trois-Uels. Alt. 0-300 mèt.
N° 163.]
C. rn'veus Jacq., Crolon à feuilles d'un blanc de neige en dessous. Vulgo ;
Baume blanc. Jacq., Sel. Amerie. stirp. h i s l t. 162, f. 2, une feuille. —
Arbrisseau haut de 2-3 met., facile à distinguer de tous ses congénères par ses
feuilles minces, d'un blanc argenté en dessous, et garnies de petites touffes de
poils étoilés ressemblant à de petits points blancs. — Endroits secs, rocail­
leux. Fort-de-France (coteau entre le collège et le fort Dartenson), Diamant,
Trois-Ilels, Vauclin. Ait en société. Alt. 80-200 mèt. N° 1990. — Noue
n'avons pas trouvé celle espèce à la Guadeloupe.— Deseourlilz, vol. V,
p. 238, attribue à ce croton les mêmes vertus qu'au Crolon corylifolius.
C. belulinus V., Crolon à feuilles de bouleau. —Arbrisseau grêle, plus ou
moins droit, à branches nombreuses, noirâtres, haut de 50-80 cm. Feuilles
petites, brièvement péliolées, ovales, grossièrement dentées. Fleurs en
grappes très courtes. — Fort rare. .Nous n'en avons trouvé qu'un pied dans
les terres de l'habitation de Saint-Martin, près de Saint-Pierre (sept. 1884).
N° 60.j — N’est pas à la Guadeloupe.
C. origanifolius Lam., C. à feuilles d’origan. Desc., vol. VII, t. 471 ; SI.,
t. 86, f. 3. —Arbrisseau haut de 80 cm. à 1 m. 20 à branches grêles, à feuilles
petites, ovales. — Rare. Nous n’en avons trouvé que quelques pieds dans les
hauteurs du Fond-Layette (Case-Pilote). N" 61. — N’est pas à la Guade­
loupe.

BUiqiORIlIACKKS

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C. ovalifolius W., C. à feuilles ovales. Vulgo : Marie-L’hôpital (à la BasseTerre). — Arbrisseau droit, ou parfois presque couché, très branchu, haut de
10-65 cm. Feuilles ovales, poilues en dessous; jeunes branches et pétioles
légèrement jaunâtres et poilus. Fleurs blanches en petites grappes; calice
de la Heur femelle couvert de glandes stipitées. C’est le plus petit croton du
pays. — Abondant dans les environs de la Basse-Terre (hospice de Tillac,
habit. Guillhcmborde, Fort-Richepanse, Le Baillif, Vieux-Habitants, les
Saintes, Terre de Haut). — Les chèvres et les moutons broutent volontiers
les extrémités des branches. A la Basse-Terre, on se sert de cet arbrisseau
pour la confection des bouquets. [N“ 2458. j
N'existe pas à la Martinique.
C.populifolins Lam., C. à feuillesde peuplier. —Arbrisseau droit, élégant,
haut de 1-1,50m. Tige inférieurement ligneuse; jeunes branches et liges
herbacées, poilues et remarquables par leurs stipules simples ou divisées,
garnies de glandes stipitées et globuleuses. Feuilles ovales, en cœur,
pointues au sommet, irrégulièrement dentées en scie. — Peu abondant. Çà
et là, dans les endroits secs et pierreux de Saint-Pierre, de Case-Pilote et de
Ducos. Alt. 20-250 mèt. [Nos 58 et 59.] — Nous ne l’avons pas trouvé à la
Guadeloupe.
C. hirtus L’Hérit., C. hérissé. Vulgo : Herbe aux ortolans, orliejsavane.
— Herbe annuelle, droite, très branchue, haute de 35-60 cm., entièrement
garnie de poils raides et droits. Feuilles ovales, arrondies à la base, double­
ment crénelées-dentées. Fleurs blanches en grappes courtes, terniinales. —
Fl. toute l’année. — Abondant dans les savanes et le long des éhemins de
Sainte-Rose, du Lamentin, dans les champs de cannes de Baie-MAhault et du
Morne-à-l'Eau. [N° 2743.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ortie-savane. — Fond-Ganonville (Morne-Guirlande
et Morne-Folie). Alt. 30-100 mèt. [N° 642 bis.]
C. lobâtus L., C. à feuilles lobées. Vulgo : Mouzambi blanc (au Moule),
Gombo française (au Morne-à-l’Eau). — Herbe annuelle, à base quelquefois
suffrutescente, haute de 50 cm. à 1 m. 10, plus ou moins couverte de poils
roux dans toutes ses parties. Feuilles à 3-5 lobes elliptiques, serretées. Fleurs
verdâtres, en grappes terminales minces et allongées. — Très abondant le
long des chemins, sur les décombres et les endroits abandonnés. BasseTerre, Le Baillif, Moule, etc. Alt. 0-120 mèt. [Nu 2460.]
M a r t in iq u e . — Très rare. Nous n’en avons trouvé que quelques pieds dans
les environs de la batterie Sainte-Marthe (Saint-Pierre). [N° 49.]
C. aslroiles Ait., C. à poils étoilés. Vulgo: Baume. —Arbrisseau droit
dans le bas, haut de 2-3,50 m. Ressemble à première vue au C. bal
par le port, la couleur des fleurfe ; mais s’en écarte par ses feuilles
Dûss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

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PLANTES pR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

légèrement cordées à la base, par son duvet tomenteux blanc qui couvre le
dessous de ses feuilles, mais surtout par la nature de ses Heurs femelles à
style profondément 8-iide, par la dimension des lobes du calice, qui sont
presque aussi long-s que la capsule elle-même. — Vit en société dans les
endroits secs, rocailleux, arides. Désiradc (environs de la léproserie), GrandsFonds du Gozier, Vieux-Fort. Alt. 18-240 met. [Nos 2155 et 2731.]
Ne se trouve pas à la Martinique.
Le Croton Tiglîum L., arbrisseau ou petit arbre, originaire de l’Inde
orientale et célèbre par ses vertus purgatives, drastiques et rubéfiantes, même
vésicantes de la peau. Est cultivé au jardin botanique de Saint-Pierre.
N° 1991.] — On cultive à la Guadeloupe et à la Martinique un grand
nombre de crotons à feuilles panachées provenant de différents établisse­
ments d'horticulture d’Europe et d’Amérique et qui font l'ornement des jar­
dins. Ex. : C. variegalus, Andreanus, nuiximus, longifohus, Jarnesoni, lortilis, albicans, comptonifolius, etc. La plupart sont d'une culture
facile et se propagent par boutures.
Caperonia St. Mil. (dédié à Caperon, dont on n'a que le nom.)
C. castaneifolia St. Mil., C. à feuilles de châtaignier. Vulgo : Ortie grosse,
Mâle coq d’Inde (au Moule). Plum., édit. Burm., t. 239, f. 1. — Herbe
annuelle, très droite, haute de 50-90 cm. Tiges, branches et pétioles couverts
de poils hispides portant à l’extrémité des glandes sphériques. Feuilles
ovales-lancéolées, rigides, ressemblant, pour la forme, les nervures elles
dentelures, assez exactement à celles du châtaignier de France, poilues sur
les nervures de la face inférieure. Fleurs monoïques, blanches, très petites;
fleurs femelles 3-4, unilatérales, situées à la base de petites grappes axillaires et
terminales. Capsules garnies de piquants et de poils terminés par des glandes.
— Peu abondant. Çà et là dans les endroits humides et marécageux. GrandsFonds des Abymes, Moule. [N°2737.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ortie-savane. — Çà et là dans les champs humides.
Lamentin, Ducos. Alt. 8-150 mèt. [N° 1989. ;
Argyrothamnia P. B. (du grec « arguros », argent, et « thamnos », buisson,
à cause de la couleur blanchâtre de la lige et du dessous des feuilles.)
A. lanceifolia Müll. Argov. ; Ditaxis glahella Gr. Vulgo ; Bois-d’argent.
— Petit arbrisseau, haut de 80-130 cm., nu dans le bas, très branchu dans le
haut, à écorce plus ou moins blanche. Feuilles obovales-lancéolées, dente­
lées en scie. Bractées argentées et duvetées. Fleurs blanches, apparaissant
souvent avant les feuilles, disposées en épis courts et axillaires. Capsule
glabre, à 3 coques; semences sphériques, noirâtres. — Assez abondant dans
les endroits secs et rocailleux près de la mer. Moule, Sainte-Anne, Gozier.
Alt. 0-100 mèt. [N° 2459.]

HUEHOR DIACRES

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M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-d’argent. — Fort-dc-France, Case-Pilote, Ansesd’Arlet. Ail. 0-50 mèt. [Nü 889.]
Bernardia Müll. Arg. (dédié à Bernard de Trans, qui, en 1787, a écrit sur
l’histoire naturelle de la Provence ou à P. F. de Bernard de Montbéliard,
qui a écrit sur la flore du Jura, 1823.)
B. corensis KL; Pohjhæa corensis Kl.; Ricinelle de la Bétique. (Br. /am.,
t. 36, f. I ; Jacq., Sel. slirp. amer. hisl., p. 254, t. 161); Acalypha Jacq.—
Arbrisseau haut de 80 cm. à 1,40 met. de haut, droit, nu dans le bas, très bran­
chu dans le haut. Feuillesobovales, grossièrementserretées. Fleurs monoïques:
les mâles, verdâtres, petites, disposées en racèmes spiciformes, interrompus,
situés aux aisselles des feuilles; les femelles, en épis très courts, situés à l'ex­
trémité des branches. Capsule verte, à 3 coques; semences presque rondes,
blanchâtres. — Endroits secs, rocailleux, près du littoral. Vieux-Fort, Moule,
ravine de Belost (Basse-Terre), Le Baillif, etc., Deshaies. [N° 2461.]
M a r t in iq u e . — Abondant. Case-Pilote, Caravelle, Boulevard de SaintPierre, Prêcheur. Alt. 0-100 mèt. (N° 83. |
Acalypha L. (de « a » privatif, « kalos », beau, et « aphé », contact, c’est-àdire plantes qu’il n’est pas agréable de toucher.)
A. arvensis Poep. et End., A. des prés. Vulgo : Ortie bâtarde. — Suffrutescent, base de la tige couchée, traçante, d'une élévation de 25-45 cm.
Branches, jeunes tiges, feuilles et inflorescences couvertes d'une fine pubes­
cence. Feuilles rhomboïdes-ovales, et à pubescence blanche, quand elles
sont jeunes. Fleurs monoïques, vertes, en épis compacts, terminaux ; les
femelles dans le bas, renfermées dans des bractées unillores, laineuses et
déchiquetées en 5-7 lobes allongés; les mâles très petites à l’extrémité de
l’épi. — Çà et là dans les fissures des vieux murs et dans les savanes
humides. Camp-Jacob (habit. Michaux), Basse-Terre. Peu répandu et peu
abondant. Alt. 300-600 mèt. [N° 2751.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ortie bâtarde. — Çà et là dans les champs. TroisPonts, Parnasse, Fort-de-France. [N° 807.]
A. replans Sw., A. rampant. Vulgo : Ortie petite, ricin petit. SL, t. 82, f. 3.
k.chamædry folia Müll. Arg. ; A. corehorifolia W. — Vivace par le bas, her­
bacé par le haut, habituellement diffus, parfois droit, haut de 10-20 cm., très
branchu; garni, dans toutes ses parties, d’une pubescence rousse. Feuilles
petites, ovales, arrondies au sommet, celles du voisinage des fleurs allongées.
Fleurs monoïques, en épis terminaux allongés : les femelles, à la base, renfer­
mées dans des bractées arrondies, poilues, dentelées; les mâles, à l’extrémité.
— Çà et là dans les savanes sèches, aux pieds et dans les fissures des vieux
murs. — Les chèvres et les moutons sont friands de cette herbe. — Vieux-

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PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DK l.A MARTINIQUE

Fort, Moule, Désirade, Fort-Richepanse (Basse-Terre). [N° *2736.]
N existe pas à la Martinique.
A. indien L., A. de l'Inde. — Annuel ou sulTrutescent, haut de 50-90 cm.,
peu branchu, remarquable par la longueur des pétioles, qui dépassent de
beaucoup le limbe. Feuilles rhomboïdes-ovales, serretées. Fleurs en épis très
nombreux, situés par 1-2 à l'aisselle des feuilles, presque dès la base de la
tige : les femelles renfermées dans des bractées très larges, cuculliformes,
alternes, au nombre de 5-10 sur chaque épi; les mâles, très petites, vertes,
placées à l'extrémité. — Assez abondant dans quelques faubourgs de la Pointeà-Pitre (environs de l'église de Saint-Julès), Moule. — Fl. toute l'année.
[N° 2735.]
M a rtin iq u e . — Çà et là dans les environs de Saint-Pierre et dans quelques
jardins mal soignés de celte ville. [N° 808.]
A. maerophijlla. Mort. : Variété à feuilles bordées de blanc. — Arbrisseau
ornemental, haut de 2-4,50 m., originaire des îles Fidji, à feuilles larges,
dentées. Est cultivé à la Martinique et à la Guadeloupe dans beaucoup de
jardins. [N° 3662.]
A. musaica Williams. —Arbrisseau très touffu, encore plus ornemental
que le précédent, originaire des îles de la mer du Sud, à larges feuilles pro­
fondément dentées, richement panachées de vert bronzé, de rouge, de cuivre
et d'orange. — Extrêmement répandu dans les jardins de la Guadeloupe, où
l’on en fait souvent des haies ; plus rare à la Grande-Terre. Les deux espèces cidessus fleurissent toute l'année et donnent des graines fécondes. [N° 3363.]
— Elles ont été introduites à la Martinique, en 1884, par l’horticulteur
L. Hahn.
LeStillingiase/u/era Mich. ; Stillingflectia Boy. ; ExcæcariaL. ; Adrien Juss.,
Tentamen ad Euphorb., p. 49, t. 16. — Arbrisseau ou petit arbre, originaire
du Japon et de la Chine, très ornemental, remarquable par ses feuilles d’un
vert noir, à limbe plus large que long et brusquement terminé en pointe
aiguë. Est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans d’autres
localités de l’île. [N° 1001.]
Tragia L. (dédié à Jérôme Tragus, maître d’école à Zweibrücken, inten­
dant du Jardin ducal, médecin à Hornbach et à Saarbrück ; a écrit : Nouveau
livre sur les herbes, 1498-1553.)
T. volubilis. Vulgo : Ortie brûlante, liane brûlante, SI., t. 82; Plum., édit.
Burm., t. 252, f. 2. — Suffrutescent, volubile, haut de 2-3 mèt., à tiges très
minces et flexibles. Feuilles largement tronquées à la base, lancéolées-serretées. Fleurs monoïques : les mâles, en épis verts, minces, allongés, très nom­
breux, axillaires; les femelles, solitaires, portées sur de longs pédoncules

EUPHORBIACÉES

37

naissant à l’aisselle des feuilles. Est remarquable par ses poils roux et brû­
lants qui couvrent les jeunes liges, les feuilles et les capsules. — Assez
abondant dans les broussailles de la région du littoral. — Fl. de février
en septembre. — Environs de la Basse-Terre, Trois-Rivières, etc. [N° 2642.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe brûlante, liane brûlante. — Saint-Pierrei
Lamentin, Trois-Ilets, etc. [N° 28.]
Sapium Jacq. (du mol celtique « sap », gras, gluant, allusion au suc gluant
de cet arbre. Pline, XVI, 23, se sert du mol « sapium » pour désigner une
espèce de pin qui exsude une gomme gluante.)
S. aueuparium Jacq., Sapium des oiseleurs. Vulgo : Bois-de-soie. Desc.,
vol. III, l. 154; Jacq., Sel.stirp. Americ. hist., 1.158.—Arbrede taille moyenne.
Feuilles elliptiques ou ellipliques-lancéolées, entières ou rarement dentées;
pétioles munis de deux glandes un peu au-dessous de la base du limbe ; fleurs
monoïques, en épis minces, allongés, terminaux : les mâles occupent la partie
supérieure; capsules à3 coques de la grosseur d’un grain de poivre. — Toutes
les parties de la plante donnent par incision un suc abondant, toxique et
extrêmement corrosif; on le laisse durcir pour en faire de la glu; on pourrait
en faire du caoutchouc. Le bois n’a qu’une médiocre valeur et n'est guère
employé pour la construction. — Çà et là dans tous les bois de la basse et
de la moyenne région. Alt. 0-1000 mèt. — Fleurit de septembre en novembre.
[N° 2932.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-la-glu, glutier. — Dans tous les bois. [N° 29.]
Hippomane L. (du grec « hippos », cheval, et « mania », fureur, excitation,
et plus directement de « hippomanes », qui signifie « liquorvaginæ », et qui
s’écoule en son temps chez les cavales, et, comme cette matière a quelque
ressemblance avec le suc du mancenillier, qui est un poison, on a, par
métaphore, donné ce nom à l'arbre même.)
H. Mancinella L. Vulgo : Mancenillier (de l’espagnol « manzanilla », dimi­
nutif de « manzana », pomme, parce que les fruits de cet arbre ressemblent
à de petites pommes). SL, t. 195 ; Tuss., Fl., 111, t. 5 ; Desc., vol. III, l. 153. —
Petit arbre ou arbre de taille moyenne, d’un bel aspect. Feuilles vertes,
luisantes, elliptiques, serretées ou crénelées, munies d'une glande à la base
du limbe. Fleurs monoïques, disposées comme celles du glutier. Le fruit
est une petite pomme ressemblant, pour la forme et la couleur, à une pomme
d'api; elle a une odeur agréable qui vous invite à la manger; la pulpe con­
tient un suc blanc, semblable à celui qui réside dans l'écorce et dans les
feuilles; le noyau est dur et ligneux. Le suc est abondant, très caustique et
très vénéneux ; une goutte reçue sur le dos de la main y produirait, dit-on, une
ampoule pleine de sérosité. Il n’est pas vrai, comme on l'a prétendu, que
l'ombre et les gouttes de pluie qui tombent de cet arbre soient nuisibles. Le
mancenillier fournit un bois compact et de très longue durée, d’un bon

�38

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

grain, prenant facilement le poli ; il est d'un gris cendré, veiné de brun, avec
des nuances de jaune; on l'emploie pour les boiseries et autres usages domes­
tiques; on en fait particulièrement de beaux meubles, des cassettes, etc. ; avec
l'âge, le cœur du bois devient noirâtre. Les ouvriers qui abattent les arbres
et en scient les planches sont obligés de prendre des précautions pour n ôtre
pas incommodés par le latex : on environne le pied d'un grand feu pour lui
enlever une partie de son suc, et on a soin d'éviter la fumée pendant l'opéra­
tion; sans cette précaution, on pourrait redouter des enflures occasion­
nées par les émanations. Les fruits, en forme de pomme d'api, sont très
toxiques. L'eau de mer est le remède le meilleur et aussi le plus usité contre
les ampoules et les excoriations causées par le suc de cet arbre; on la
fait boire à celui qui en a mangé les fruits, afin d'en empêcher l'action nocive.
Quand il est durci, ce suc a les mêmes propriétés que le caoutchouc. (Voir
au sujet de l'action toxique de ce végétal une étude complète de MM. Heckel
et Schlagdenhauffen, Bulletin de la Société de pharmacie des Bouches-duRhône, 1880). — FL d'août en novembre, cl aussi de février en mars. — Vit
en société sur les plages sablonneuses du bord de mer et sur les collines peu
élevées de l'intérieur. — Les Saintes, Marie-Galante, Désirade, Moule, etc.
[N° *2744.]
M a r tin iq u e . Vulgo : Mancenillier (par corruption, on dit aussi : maximilier),
figuier bord de mer. — Diamant, Sainte-Anne, Caravelle, etc. [N° 88.]
Hura L. (nom sous lequel celte plante est connue à la Guyane.)
H. crepitans L., H. détonant. Vulgo : Sablier. Desc., vol. Il, t. 124; Tuss.,
Fl., IV, t. 5. —Très grand arbre, à branches horizontalement étalées et à tronc
garni de piquants. Feuilles larges, arrondies â la base ou cordil'ormes et
pourvues de 2 glandes, serretées ou entières. Fleurs monoïques : les mâles, en
chatons imbriqués, ovales ; les femelles, solitaires, grandes, noires, ayant un
style simple en forme d’entonnoir, dont le bord renversé contient les stig­
mates formant 10-12 lobes pendants, arrondis ou subulés. Fruits capsulaires,
composés de 10-15 loges s’ouvrant, à la maturité et quand ils sont chaudes
au soleil, élastiquement, tout d'un coup, et avec un bruit semblable à celui
d'un coup de pistolet : les graines sont alors jetées dans toutes les directions ;
semences rondes, biconvexes, blanches en dedans. — Descourtilz, p. 223,
place le Hura dans les purgatifs émétiques. Toutes ses parties contiennent un
suc laiteux plus ou moins corrosif. Dans le pays, on se sert des feuilles trempées
dans l’huile contre les douleurs rhumatismales. Le bois n’est guère employé
pour la construction. Pour empêcher les fruits de s’ouvrir, il faut les cueillir
avant maturité, les faire bouillir dans l'eau ou dans l’huile; on les vide
ensuite et on s’en sert en guise de sablier. — Assez abondant dans la région
du littoral de toutes les Antilles. [N° 2732.]
M a rtin iq u e . Vulgo : Sablier. [N° 84.] — Dans toute l'île.

e u im io r r ia c f . es

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Omphalea L. (du grec « omphalos », nombril, parce que les anthères sont
portées sur un disque charnu ayant la forme d’un nombril.)
0. diandra L.,0 à deux anthères ; Vulgo : Liane-papaye. Aubl., Hisl.de la
Guy., t. 328. — Liane très grande, montant sur les arbres les plus élevés.
Feuilles entières, à bord pourvu d’un bourrelet, larges, ovales-elliptiques,
épaisses, coriaces, garnies en dessous d’un duvet court et épais, nervures
très saillantes en dessous, imprimées en dessus. Fleurs monoïques, en larges
panicules terminales et axillaires : les mâles, en petites cymcs accompagnées,
à la base, d’une bractée spatulée-linéaire ; les femelles, au centre de la cyme.
Le fruit est une baie capsulaire, plus volumineuse qu’une grosse orange,
jaunâtre à la maturité, se partageant en 3 loges, dont chacune contient une
graine enveloppée d'une substance blanche, ferme et huileuse, qu’on mange
et qui est d’un aussi bon goût que les amandes fraîches de France. La coque
est dure et revêtue à l’intérieur d’un duvet blanc et long; l’amande est
également couverte d’un duvet blanc et long, elle peut se manger, mais
il est bon, dit-on, d’enlever la radicule et les cotylédons pour éviter d’être
purgé, ce qui arriverait, paraît-il, quand on ne prend pas cette précaution.
Cette liane, qui devient arborescente, et dont les branches, une fois qu’elles
ont atteint le sommet de l’arbre, se penchent et tombent presque à terre, a
un tronc de 15-20 cm. de diamèt. ; il est cylindrique jusqu’à une hauteur de
6-10 mèt. Elle contient un suc abondant, clair et limpide, mais insipide; il
tache le linge. — Dans le pays on se sert des feuilles en décoction pour déterger les plaies et les vieux ulcères. Selon Crevaux, c'est avec la coque, mise
en petits fragments polis et enfilés à la manière des perles, que les mulâ­
tresses de la Guyane font leur colliers dits de ouahè. — FL en juin et en août ;
fruits mûrs en septembre, octobre, novembre et même en janvier. — Bord
de mer près de la rivière Sence (près de la Basse-Terre), Baie-Mahault (bois
de la Digue, où elle est abondante), Lamentin. N° 2424. j
M a r t in iq u e . Vulgo : Ouabé, liane-papaye. — Est devenu très rare à cause
des déboisements. Se rencontre encore çà et là dans les bois entre le CampBalata et Saint-Joseph. [N° 57.)
Excæcaria L. (du latin « excæcare », aveugler, faisant allusion à l'action
du suc de cette plante quand il tombe dans les yeux.)
,
E. lucida Sw. ; Gymnanlhes lucida S\v., E. à feuilles luisantes. Vulgo :
Bois-marbre (au Moule), bois droit (au Gozier). Juss., Tent. Euphorb., t. 16,
f. 55. — Petit arbre très élégant, très droit, haut de 4-7 met. Feuilles rigides,
petites, d’un vert foncé, luisantes, lancéolées ou lancéolées-elliptiques,
faiblement serretées. Fleurs monoïques : les mâles, vertes, disposées en petits
chatons dressés, naissant à l'aisselle des feuilles; les femelles, solitaires, por­
tées sur un long pédoncule sortant également de l’aisselle des feuilles. Cap­
sule à 3 coques, de la grosseur d'un pois. — Endroits boisés des environs du

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PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Moule habitation Malettre), où il vit souvent en société; Gozier (sur les
rochers du bord île mer). — FI. de sept, en mars. [Nos 2931, 3640.]
Il n'existe pas à la Martinique.
E. caribæa Gr.; Actinoslernon concolor Müll. Arg. variété caribacnm.Excæcaria des Caraïbes. Yulgo : Bois fricassé. — Arbrisseau élégant haut de 1-2 met.,
à branches étalées, souvent un peu inclinées. Feuilles coriaces, entières,
oblon»ues ou lancéolées-oblongues, pointues aux deux extrémités. Fleurs
monoïques : les mâles en chatons axillaires, pourvus, à la base, de 3 bractées
cuculliformes ; les femelles, solitaires, longuement pédonculées; capsules à
3 coques, renfermant chacune une semence ovoïde, noire, luisante. — Très
abondant dans les bois rocailleux de Houëlmonl, depuis les hauteurs du
Vieux-Fort jusqu’à Gourbeyre; hauteurs des Vieux-Habitants. — Fl. de jan­
vier en avril. [N° 2465.]
M a r t i n i q u e . — Plus rare. Endroits rocailleux et boisés des hauteurs de
la Grande-Rivière. [N° 891.] Alt. 250-400 mèt.
E. spec. — Arbrisseau très élégant, droit, haut de 2-4 mèt. Feuilles ellip­
tiques, pointues à la base, acuminées au sommet, faiblement dentées en scie,
à dents distantes. Fleurs dioïques : les mâles, en chatons très nombreux, sou­
vent très allongés, minces, verts, souvent réunis par 3, naissant à l'aisselle
des feuilles ; les femelles, solitaires, brièvement pédonculées, axillaires. —
Trouvé lleuri en septembre : Bois de Sofaya (Sainte-Rose).
MARTiMQUE. — Rare. Hauteurs boisées et rocailleuses de la GrandeRivière. Alt. 380 mèt. [N° 890.]
L Excæcaria/nco/or Hass., arbrisseau originaire de Java, à feuillesluisantes,
d'un vert noir, bleuâtre en dessous, est cultivé au Jardin botanique de la
Basse-Terre et de Saint-Pierre; on n’a que des pieds femelles. (N° 3240.]
Dalechampia L. (dédié â Jacq. Dalechamps, de Bayeux, médecin, botaniste,
philologue; a écrit, entre autres choses : Hisloria generalis plantarum, avec
des figures, 1513 à 1588.)
D. scandens L., D. grimpant. Yulgo : Ortie rouge, Plum., Descripl., t. 101 ;
Jacq., Sel. stirp. Americ. hist., 1.160. — Liane vivace par le bas, volubile-grimpanle, haute de 3-5 mèt., herbacée par le haut, couverte, dans toutes ses parties,
de longs poils roussâtres et mous. Feuilles larges, à 3 lobes profonds. Fleurs
monoïques, axillaires : les mâles, au nombre de 10 réunies en une petite
ombelle pédonculée et occupant le centre; les femelles, au nombre de 3, insé­
rées autour et à la base du pédoncule de l'ombelle : le tout niché dans 2
grandes bractées trifides. Capsule à 3 loges bivalves, renfermant chacune une
semence globuleuse. — Rare à la Guadeloupe, assez abondant dans les
savanes abandonnées et les brousailles des environs du Moule (savane Lemercier), Grands-Fonds-de-Sainle-Anne, etc. [N° 2463.]

KUPHOIt niACKES
41
Mar t im q u e . Vulgo : Liane poilue, liane-ortie. — Dans les haies et
broussailles : Macouba, Trinité. Alt. 0-300 mèt. (N° 2048.]
Pedilanthus Neck. (du grec « pédilon », soulier, et « anlhos », lleur, parce que
les fleurs ressemblent à un soulier ou à un pied d’homme.)
P. lithijmaloides Poir., Pédilanthe ressemblant au Tithymale. Vulgo : Ilerbcà-cors, bois-lait, lail-â-cors, grosse-oreille (au Moule), Desc., vol. II, t. 117,
p. 195, et t. 118, p. 199. — Arbrisseau haut de 70 cm.-l m. 20, à tige tantôt
sans branches, tantôt très branclnie, de l'épaisseur du petit doigt, droite,
richement feuillue, très verte, charnue-ligneuse, fléchie en zigzag. Feuilles
épaisses, placées sur 2 rangs, ovales-arrondies ou ovales-elliptiques, caré­
nées sur le dos, pubescentes dans leur jeunesse, brièvement pétiolées. Fleurs
inodores, d’un beau rouge, très irrégulières, horizontalement situées,
monoïques : les mâles, composées de 18-22 étamines d’inégale longueur, au
centre desquelles s’élève une lleur femelle unique, longuement pédonculée
et dépassant de beaucoup les étamines; ovaire incliné, styles 3, longs, sur­
montés de stigmates. Capsule à 3 coques. — De cet arbrisseau on fait sou­
vent des clôtures, qui, soumises à la taille, deviennent très loulLies et très
belles. — 'foules les parties de la plante contiennent un suc laiteux, abon­
dant, âcre, caustique, émétique, purgatif, et c'est à juste litre que
Descourtilz la place dans la section des plantes émétiques-purgatives.
Dans le pays on se sert seulement du suc pour faire disparaître les cors, les
verrues, les callosités, etc. — En transplantant cet arbrisseau dans les terres
fertiles, on lui fait perdre les formes typiques qu'il avait dans les terrains
secs, chauds et pierreux où il pousse habituellement. A l’ombre, ses figes s’al­
longent, et, de grimpantes et fléchies en zigzag qu'elles étaient, deviennent
droites ; les feuilles diminuent d’épaisseur et d ampleur; les Heurs changent
de couleur, etc., etc. C'est ce qui a donné lieu à plusieurs variétés, dont
beaucoup de botanistes ont fait des espèces distinctes : p. ex. P. padifohus,
Poil., Pédilanthe à feuilles d’orpin ; P. anguslifoliusPoiL, Pédilanlheà feuilles
étroites. — Abondant dans les endroits rocailleux, arides, près du littoral.
Vieux-Fort, Marie-Galante, Moule, etc. j X° 2733.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-mamzelle, herbe-à-bordures, herbe-à-cors. —
Case-Pilote, Caravelle, Prêcheur, etc. (N° 94.]
Euphorbia L. (dédié à Euphorbos, médecin de Juba, roi de Mauritanie
(Pline, XXV, 38), qui, dit-on, s’est servi le premier de ces espèces de plantes
en médecine.)
E. linearis R., Euph. à feuilles linéaires. Yulgo : Bois-lait bord-de-mer.
Plum., édit. Burm., t. 251, f. 2. — Arbrisseau ou petit arbre, dont les plus
grands ne dépassent guère i mèt., très ornemental, droit, nu dans le bas,
trèsbranchu, branches dichotomes, ramHScules articulés. Feuilles grises-

�42

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

glauques surtout en dessous, oblongues-lancéolées, et souvent tout à fait
linéaires, distantes. Fleurs axillaires, subsolitaires : les mâles et les femelles
ensemble. Capsule petite; semences sphériques-anguleuses. — Assez abon­
dant sur les rochers et dans les sables du bord de la mer : Désirade, MarieGalante, Vieux-Fort. — Fl. en tout temps. [Nu 2451.]
M a rtin iq u e . Vulgo : Bois-lait. — Caravelle, Diamant. Anses-d Arlet
(Pointe-Salomon). [N° 957.
E. huxifolia Lam., Eupli. à feuilles de buis. Desc., vol. VI, I. 418. Vulgo :
Bois-lait petit. — Arbrisseau droit, haut de 15-90cm. Ecorce noire, tige mar­
quée de nombreuses cicatrices; branches courtes, fastigiées. Feuilles petites,
ovales, pointues, charnues, entières, grises. Fleurs axillaires, situées à l'ex­
trémité des branches; capsule petite, glabre; semences presque sphériques.
—Dans les sables du bord de mer; Désirade, Moule, Capesterre (Guadeloupe),
Saint-François. X° 2741.]
M a rtin iq u e . Vulgo : Bois-lait. — Caravelle, Sainte-Anne (habitation Ber­
trand) et Champ de pétrification. [X° 1986.J
E. thimifolia Burm., Euph. à feuilles de thym. Vulgo : Petite teigne. — Petite
herbe annuelle longue de 8-15 cm., couchée, diffuse, à branches filiformes,
dont l'extrémité est souvent dressée. Feuilles très petites, obovales ou ovalesoblongues, glabres, arrondies au sommet, obliquement attachées. Capsules
glabres ou poilues aux trois angles, de la grosseur d'un grain de millet;
semences transversalement sillonnées et à 4 angles. — Abondant dans toute
File. — Dans le pays on se sert de celle plante, en tisane avec de l'eau de riz,
pour les nourrices, afin de purifier leur sang et de rendre leur lait meilleur;
on la prend aussi en infusion contre la dysenterie. X° 2739.]
E. proslrata Ait., Euph. couchée. Vulgo : Petite teigne noire. — Petite herbe
couchée rampante. Ressemble beaucoup au précédent ; en diffère par ses
feuilles plus consistantes et plus larges, ses capsules ainsi que ses semences
plus volumineuses. — Très abondant dans les chemins peu fréquentés, entre
les pavés des rues peu battues, dans les champs de manioc et dans les jar­
dins. — Sert aux mêmes usages que l’Euph. à feuilles de thym. [X° 3420.]
M a rtin iq u e . — Très abondant. Saint-Pierre, Morne-Rouge, etc. [X° 1980. |
— Les feuilles pilées servent dans le pansement des morsures du ser­
pent.
E. pilulifera L., Euph. hirta. L., Euph. pilulifère. Desc., vol. III, t. 227.
Vulgo : Mal nommée vraie, zerbe mal nommée, la mal nommée vraie.
— Herbe annuelle, pubescente dans toutes ses parties, simple ou branchue, à extrémité penchée, haute de 10-65 cm. Tige rougeâtre. Feuilles
semi-ovales, pointues, obliques à la base. Fleurs des deux sexes mélangées,
en cymcs axillaires et terminales. Capsule poilue, un peu plus grande qu’un
grain de millet; semences à 4 angles, transversalement anguleuses. — Fort

répandue dans toute l'îlc, jusqu’à une altitude de 700 met. — Cette herbe jouit
d'une grande réputation dans le pays : on l'emploie surtout en infusion contre
les fièvres et contre la rétention de l’urine; elle est préconisée aujourd’hui
officiellement dans la médecine européenne, contre l'asthme spasmodique
et les bronchites chroniques ; Descourtilz la met dans les alexitères internes.
[N° 2453.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Mal-nommée. — Est souvent employée contre la mor­
sure des serpents. — Très abondant. [N° 1982.]
E. hypericifolia L., Euph. à feuilles de Millepertuis. Vulgo ; Malnommée
verte, petit-lait ou tilait (à Saint-Anne).— Annuel, à base souvent suffrutescenle, droit, haut de 20-50 cm. Feuilles glabres, oblongues ou lancéolées,
obliques à la base, finement serretées. Cymes nombreuses, axillaires et termi­
nales. Fleurs mâles blanches. Capsule verte, oblusément anguleuse , de la
grosseur d'un grain de millet. — Extrêmement abondant dans les terres
cultivées, le long des routes, jusqu’à une altitude de 900 mèt. [X° 2454. ]
M a r t in iq u e . Vulgo ; Mal-nommée verte. — Abondant. N° 488. t
Dans cette espèce, les semences sont rouges, à 4 angles obtus, et garnies
de petites fossettes transversales peu nombreuses.
E. Preslii Guss., Euph. de Presl. Vulgo : Malnommée verte. — Ressemble
au précédent et a été souvent confondu avec lui, mais, en les voyant pousser
dans les champs l’un à côté de l’autre, on découvre d'assez grandes diffé­
rences : danscelui-ci les feuilles sont souvent linéaires et légèrement recour­
bées en faux; les cymes, plus lâches, plus allongées, sont plus nombreuses et
situées principalement à l'extrémité des branches; les fleurs sont plus vertes et
portées sur des pédoncules plus longs; les semences sont plus grandes, à
surface irrégulièrement et transversalement garnie de nombreuses petites
fossettes; les stipules sont triangulaires, tandis que dans E. hypericifolia
elles sont lancéolées. — Tout aussi abondant que le précédent, dans les
terres cultivées de la basse eide la moyenne région, où il vit en société avec
lui. [N082950, 2454 a.)
M a r t in iq u e . Vulgo : Mal-nommée fine. — Abondant. (X° 488 a.]
E. Berleriana Balb. — Annuel, droit, très branchu, haut de 20-35 cm.;
branches minces, blanchâtres, dichotomes. Feuilles presque sessiles, inégales
à la base, oblongues-obovales, légèrement dentelées. Fleurs très blanches,
ramassées en cymes sessiles, situées à l'extrémité des branches; capsule poi­
lue de la grosseur d’un grain de millet ; semences oblongues, tétragones,
transversalement anguleuses. — Uniquement dans les terres cultivées et
incultes du plateau de la Désirade. [X° 2738. |
N’existe pas à la Martinique.
E . spec. — Vivace, complètement couché, rampant, long de 20-50 cm.

�44

PI.ANTRS I1E LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Racines noires, pivotantes, ridées; liges rouges, très nombreuses, filiformes,
dichotomes, noueuses : les adultes, glabres el cylindriques; les jeunes, faible­
ment comprimées et poilues, et légèrement ailées sous les nœuds. Feuilles
épaisses, un peu charnues, uninerviées, subentières ou légèrement dentées
au sommet, grises en dessus, glauques en dessous, opposées, inégales à la
base, subréniformes ou ovales, arrondies au sommet ou terminées en pointe
obtuse: pétiole vigoureux, comprimé, tantôt plus, tantôt moins de 1 mm. de
long; limbe de la feuille 3-6 mm. de long sur 1,5-2 mm. de large. Fleurs
axillaires, 1-2 à l'aisselle des feuilles des ramuscules situés vers l'extrémité
des branches. Capsule verte à 3 sillons profonds, garnie de poils blancs peu
nombreux, coques carénées; semences noires sans caroncule, oblongues, tétragones, anguleuses, longues d'un peu plus de l mm. — Nous n'avons trouvé
cette espèce qu'en petite quantité sur la terre sablonneuse qui couvre les
rochers du bord de mer à Vieux-Fort. X° 2740.]
N'est pas à la Martinique.
E. aeniculata Orl., Euph. à articulations en forme de genou. Vulgo : Mal­
nommée gros. — Annuel, droit, haut de 50-70 cm.; lige grosse, listuleuse,
simple, quelquefois dichotomeparenhaut. Feuilles larges, elliptiques, entières,
assez épaisses. Cymes contractées, presque sessiles, situées à l'extrémité
des branches. Capsules glabres, presque aussi grosses qu’un grain de poivre,
à 3 coques; semences à surface irrégulièrement luberculée. — Abondant dans
les terres cultivées de la basse et delà moyenne région. — Fl. surtout pendant
la saison de l hivernage. — Basse-Terre (La Pintade et champs de cannes
de l'habitation Boulogne), Trois-Rivières. [N° 2452.]
M a r tin iq u e . Vulgo : Brinvilliers-bâtard, grosse malnommée. — Environs
de Saint-Pierre, Lamentin, Ducos. N° 56. [
E . ’helerophylla L., variété cyalhophora Jacq. ; Euph. à deux sortes de
feuilles. Plum., édit. Burm., t. 251, f. 3. — Annuel ou bisannuel,à base ligneuse,
très ornemental, droit, haut de 80 cm. à 1 m. 20 au plus. Feuilles ovales, en
forme de violon, entières ou grossièrement et obscurément dentées; feuilles
florales elliptiques, marquées, dans leur partie inférieure, d'une large tache
rouge écarlate. Fleurs rouges en cvmes terminales. Capsules à 3 coques, de
la grosseur d'un grain de poivre; semences presque rondes, luberculées.
— Route du Morne-à-l’Eau au Moule, Grands-Fonds des Abymes. Est cultivé
à la Basse-Terre, dans les jardins et dans les deux cimetières, comme plante
d'ornement. [N0 2450.]
M a r t i n i q u e . — Cimetières du Carbet, du Prêcheur, du Fort (Saint-Pierre),
etc.; plus rare à l étal sauvage .hauteurs des Trois-Ilets). [N° 1985.]
Variété : yraminifolia Englem., à feuilles linéaires, longues de 5-7 cm. sur
2-3 mm. de large. — Hauteurs des Trois-Ilets, rare. [N° 1984.]
E . Dussu Fr. et LTb. — Arbrisseau droit, haut de I m. 40, droit. Feuilles

EU PII O HII I ACRES

45

obovales, elliptiques, entières, pointues au sommet, longues de 9-17 cm. sur
3-5 cm. de large, très vertes, rapprochées en faux verticilles qui, au nombre
de 1-5, sont composés de 5-6 feuilles. Cymes terminales. — Très rare.
Hauteurs boisées du Fond-Layette (Case-Pilote), dans les endroits pierreux.
Spécimen imparfait. [N°69.]
E. pulcherrrima Willd. ; Poinsellia pulcherrima Grah., Euph. brillant.
Vulgo : Petit-flamboyant. — Arbrisseau peu élégant, plus ou moins tor­
tueux, à branches allongées, tombantes, remarquable par ses feuilles flo­
rales d’un rouge écarlate très vif. — Originaire des hautes montagnes du
Mexique; est cultivé dans toutes les Antilles comme plante d’ornement. Il
contient un suc laiteux très abondant el extrêmement corrosif. [N° 3531.]
E. verlicillaLa Poir. ; E.petiolaris Sins. Vulgo: Petit mancenillier. —
Superbe arbrisseau à lige droite, remarquable par ses feuilles ovales, longue­
ment péliolées el verticillées par 3, à limbe noir en dessus, à fleurs en cymes
paniculées, axillaires. — Originaire de Saint-Thomas et de Porlo-Rico.
Cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans beaucoup d'autres jar­
dins. Il se multiplie très facilement par bouture. [N° 1987.]
SEIZIÈME fa m il l e .

— CARYOPH YLLINÉES.

Stellaria L. (de « stella », étoile, d'après la disposition des pétales de la
fleur.)
S. media L., Stellaire intermédiaire. — Petite herbe annuelle, à tiges
nombreuses, flexibles, tombantes, portant sur toute leur longueur upe ligne
de poils, alternant à chaque nœud. Feuilles ovales, en forme de cœur. Fleurs
d'un blanc terne, à calice à 5 segments profonds, à 5 pétales bifides, à 10 éta­
mines. Fruit s’ouvrant en 6 valves. — Introduit de l’Europe et naturalisé
dans les jardins du Camp-Jacob, du Matouba, etc. [N° 3093.]
Ma r t in iq u e . Vulgo : Mouron. — Très abondant dans les jardins mal
soignés du Morne-Rouge, où il forme souvent un véritable gazon. [N° 398.]
Drymaria W. (du grec « drumos », forêt, forêt de chênes, faisant allusion
à ces plantes qui rampent au loin, prennent racines anx nœuds et forment,
pour ainsi dire, de petites forêts.)
D. cordata W., Drymaria à feuilles en cœur. Lam., ///., t. 51. Vulgo : Mou­
ron blanc. — Herbe très tendre, couchée, radicante, rampante indéfiniment.
Tiges filiformes. Feuilles opposées, rondes, légèrement cordiformes è la base.
Fleurs petites, d'un blanc terne, étoilées, à 5 sépales, à 5 pétales bifides.
Capsules à 3 valves. — Très abondant dans les terres humides, cultivées ou

�46

PLANTES DE LA GUADELOUPE HT DF. LA MARTINIQUE

incultes, jusqu’à une altitude de 900 mètres. Basse-Terre, Camp-Jacob,
Bains-Jaunes, etc. [N° 3092.]
Ma r t im q u e . Vulgo : Mouron blanc. — Abondant. — A cause de ses vertus
sudorifiques, on l'emploie souvent extérieurement et intérieurement dans le
pansement de la morsure du serpent. [N° 1779.]
Talinum Ad. (du nom donné à cette plante par lés noirs du Sénégal, qui la
mangent en salade.)
T. triangulare W. ; Portulaca crassicaulis Jacq., Talin à tige à 3 angles.
Pourpier grand-bois, pourpier-bois. — Herbe à tige triangulaire dans le haut
et avec des branches également triangulaires, droite, vivace par la base,
haute de 60-90 cm. Feuilles molles, légèrement charnues, obovales, entières,
rétrécies à la base. Fleurs jaunes, rarement d’un blanc terne, ne s'ouvrant
que vers midi, en corymbes terminaux portés sur de longs pédoncules à trois
angles. Capsule s'ouvrant par déhiscence pyxidaire comme dans le pour­
pier ; graines noires, polies. — Les jeunes tiges et les feuilles peuvent se man­
ger en salade et ont le même goût que les feuilles du pourpier; on la cultive
quelquefois dans les jardins. — Assez abondant dans les bois secs et pierreux
du Houëlmont. [N° 3192].
M a rtin iq u e . Yulgo : Grand pourpier, pourpier droit. — Dans les hauteurs
pierreuses de Case-Pilote ; dans les jardins du Grand-Morne et du Robert.
Alt. 150-350 met. [N° 1781.]
T. païens W.; Portulaca paniculata Jacq., Talin à grande grappe aux
branches étalées. — Vivace par ses racines, herbacé par les liges qui dis­
paraissent sans laisser de traces, haut de 80 cm. à 1 m. 20. Feuilles ovales,
légèrement charnues. Fleurs violet tendre, ne s’ouvrant que vers- les 3 ou
-4 heures du soir, en large panicule, dont les branches filiformes prennent une
direction horizontale. Fruit comme dans le précédent. Les racines de cette
espèce sont très volumineuses, 2-3 cm. de diamètre, molles, noires en dehors,
blanches en dedans. — Endroits pierreux, chauds : Basse-Terre (Morne-àVaches), Pointe-Noire, etc. [N° 2343].
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-salade. — Assez abondant : Trou-Vaillant,
Gros-Morne, Saint-Pierre. [N° 1782.]
Portulaca L. (de « portula », diminutif de « porta », porte, pour faire allusion,
selon Wittstein, Dictionnaire é ty m o lp. 723, aux vertus purgatives de ces
plantes ; selon d'autres, du latin « porto », je porte, et « lac », lait, parce que ces
plantes sont plus ou moins laiteuses; d’après d’autres, à cause de la déhis­
cence de ses capsules; selon Gesner, parce que les feuilles ressemblent à de
petites portes.)
P. oleracea L., P. cultivé. — Annuel, charnu, habituellement diffus. Tiges
dichotomes. Feuilles spatulées, arrondies au sommet : les supérieures, rosu-

CAR YOPH YLLINK1ÎS

47

lées autour des fleurs. Fleurs jaunes, sessiles, ne s'ouvrant que vers 10 ou
11 heures du matin. On rencontre deux variétés, une à fleurs plus grandes,
l'autre à fleurs plus petites. — Cette herbe se mange souvent crue, en salade,
ou cuite, après qu’on a jeté la première eau. — Fl. durant toute l’année. —
Très abondant dans les terres cultivées, humides ou fertiles. Alt. 0-700 mèt.
[N° 3094.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Pourpier. — Abondant dans toute l'île; se mange
également. [N° 1783.]
P. pilosa L., Pourpier garni de touffes de laine. Vulgo : Quinine, pour­
pier amer. — Herbe ornementale, annuelle et plus souvent suffrutescente,
plus ou moins couchée, souvent rampante, à rameaux nombreux non divisés,
droits, longs de 6-20 cm. Feuilles presque cylindriques, pointues, alternes,
garnies à la base d’une touffe de laine blanche. Fleurs grandes, pourpreviolet. On la cultive souvent dans les parterres comme plante d’ornement:
elle perd alors ses caractères typiques. — Elle est amère et jouit dans
le pays d'une grande réputation comme fébrifuge. — Peu abondant. Çà et là
sur le bord pierreux de la mer et quelquefois dans les endroits secs et pier­
reux, situés un peu dans l’intérieur. Bord de mer entre la Basse-Terre et le
Vieux-Fort, Capesterre (Guadeloupe), Désirade, où il est abondant.
[N° 2424.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Pourpier bord-de-mer, pourpier amer. — Diamant
(près du bord de mer, Anses d'Arlet), Sainte-Anne. [N° 1377.]
P. halimoides L., Pourpier ressemblant à l'arroche halimus. Yulgo : Petite
quinine. SL, t. 129, f. 3. —Annuel, haut de 6-11 cm., droit, quand il est jeune,
ensuite plus ou moins couché, souvent à branches nombreuses et divisées
sur la base. Feuilles très courtes, presque cylindriques, garnies au bas
d’une touffe de laine blanche. Fleurs jaunes ou pourpres. — Endroits
humides près du bord de mer : Les Saintes, Terre-de-IIaut sur le chemin du
Chameau, Gozier, Marie-Galante, Moule. [N° 2978.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Petit pourpier. — Diamant, Anses d’Arlet, Prêcheur.
(N° 1378.]
Sesuvium L. (selon Adanson, synonyme de « sedum », orpin, plante
grasse comme celle-ci.)
S. portulacastrum L., Sésuve à feuilles de pourpier. Vulgo : Pourpier de
bord de mer, pourpier-mer (au Moule). Jacq., Sel. stirp. Am. hisl., t. 95. —
Herbe vivace, grasse, couchée, radicante, rampante à une distance indéfinie,
quelquefois à plusieurs mètres, si rien ne trouble sa croissance. Tige cylin­
drique, grosse, succulente, très verte : jeunes feuilles, cylindriques, luisantes,
pointues; les adultes, lancéolées ou lancéolées-oblongues, épaisses très vertes
opposées. Fleurs roses brièvement pédonculées, axillaires et terminales, soli-

�48

PLANTES l)E LA (ÏÜAl)RLOUPK RT Dlî LA MARTINIQUE

(aires. Capsule s'ouvrant par déhiscence pyxidaire. — Uniquement sur
les places sablonneuses du bord de mer, où il vil en société et forme sou­
vent un gazon superbe. — Les Ileurs ne s'ouvrent que vers onze heures ou
midi.— Moule, Désirade, Sainte-Anne, Marie-Galante, etc. [Y0 3091.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Pourpier bord-de-mer. — Très abondant à SainteAnne, Caravelle, Sainte-Luce. | Y0 1780.]
Trianthema L. (de deux mots grecs qui signifient « trois » et « lleur »,
parce qu'on trouve habituellement trois fleurs à 1aisselle des feuilles.)
T. monogynum L., Trianthèmeà un style. Yulgo : Pourpier courant. Desc.,
Fl., I, t. 51, p. '228. — Yivace par ses racines et le bas de la lige, rampant à
une grande distance sans être radicanl. Feuilles opposées : la paire, d’inégale
grandeur, arrondies au sommet, obovalcs, pétiolées, pétioles s’élargissant
pour devenir engainants. Fleurs petites, violacées, groupées par 2-3 à Fais­
selle des feuilles; styles 0-2. Capsules à déhiscence pyxidaire. — Le plus
souvent sur le bord de mer et dans les endroits humides dans l'intérieur des
terres. Alt. 0-80 met. — Avec les feuilles et les jeunes tiges on prépare une
bonne salade. Descourlilz (loco eit.) prône celle herbe comme vermifuge.
Dans le pays on ne s'en sert pas. — Environs de la Basse-Terre, Capesterre
(Guadeloupe), Marie-Galante. [N° 2423.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Pourpier courant. — Grand’Anse, bord de mer et
dans les jardins et champs de l'intérieur, Basse-Pointe (abondant sur les
pierres aux environs des magasins du bord de mer). —On la mange en salade
à la Grand’Anse. [N° 1227.j
DIX-SEPTIÈME fa m ille . —

PHYTOLAGCÉES.

Suriana L. (dédié par Linné à Jos. Donat Surian, médecin et pharmacien
de Marseille, compagnon de Plumier en 1689, auteur d'un traité sur les
drogues. )
S. marilima L., Suriane du bord de mer. Yulgo : Oseille bord de mer,
romarin noir (au Moule). SL, l. 162, f. 4; Lam., ///., t. 389. — Arbrisseau
très élégant et ornemental, à feuillage grisâtre, haut de 40 cm., 4 met. et
davantage, à branches très nombreuses, fastigiées, garnies de poils gris et
extrêmement feuillues. Feuilles spatulées-lancéolées se rétrécissant vers la
base, sessiles. Fleurs d'un jaune vif, grandes, nombreuses, en grappes
courtes, terminales. Fruits secs, composés de 5-6 semences juxtaposées,
velues, noires, entourées des sépales persistants. — Abondant sur les plages
sablonneuses sèches et dans les pierres madréporiques du bord de mer. —
FL pendant toute l'année. — Désirade, Marie-Galante, Moule, etc. [N°2982.]

49

p Iiy t o La c c É es

Yulgo : Romarin noir. — Peu abondant. Roches madrépo­
riques du bord de mer, du Macouba (Yauclin). .Y" 2061.]
Phytolacca L. (du grec « phulon », plante, et du latin « lacca », laque,
parce que ces plantes peuvent fournir une belle couleur rouge.)
P. icosandra L., Phylolaque à 20 étamines. Yulgo : Raisin d’Amérique,
épinard doux.— IIcrbe annuelle, haute de 70 cm. à J m. 50. l ige grosse, succu­
lente, striée, simple, peu branchuc; branches horizontales ou penchées.
Feuilles larges, d'un vert très clair, ainsi que la lige, ovales ou ovales-lancéolées, terminées en pointe effilée. Fleurs d’un blanc terne, pédonculées en
grappes très allongées, axillaires et terminales, le plus souvent pendantes,
longues quelquefois de 25 cm. Fruit baccien. rouge, contenant 10-12 semences.
— On peut manger les feuilles et les jeunes tiges en guise d’épinard; le suc de
la racine et des baies non mûres est purgatif; le suc des baies produit une
belle couleur rouge qui, malheureusement, passe trop Aile, — Fl. d'octobre
en mai. — Peu abondant. Çà et là dans les clairières des forêts humides :
Matouba, Trois-Rivières (Trou-aux-Chiens). [N0 2400.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Epinafd de Cayenne. — Plus abondant qu'à la Gua­
deloupe, Champflore, Camp-Balata, Chemin-de-la-Trace. [.Y0 2062.]
Microtea S\v. (du grec « mikroles », exiguïté, petitesse, à cause de la
petitesse de ses organes floraux.)
M. debilis. Sw., M. à tiges faibles. Yulgo : Herbe au long case. Lam.,
III., t. 182; S u ' . t . 10, analvs.— Herbe annuelle ou bisannuelle, complète­
ment couchée, rampante, souvent radicanle à la base. Tiges nombreuses,
flexibles, linéaires. Feuilles d’un vert très clair, petites, ovales, rétrécies en
un court pétiole. Fleure d'un blanc mat, très petites, en petites grappes spiciformes simples ou bifurquées, allongées, portant souvent d’autres petites
branches accessoires. Fruit sec, ovale, ruguleux, de la grosseur d'une tète
d’épingle.— Abondant dans les champs en friches, autour des maisons de
Basse-Terre, Camp-Jacob (habitation Ducharmois), Gourbevre, Moule, etc.
[Y02401.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Marie-périne. — Jouit d'une grande réputation comme
plante médicinale: on emploie le suc contre les maladies d'veux et aussi en
infusion contre les maux d’estomac. — Dans toute File. Yu 2063.]
Rivinia L. (dédié par Linné à Augustin Quiriuus Ri vin, de Leipzig, bota­
niste et auteur d’importants ouvrages de botanique. )
R. laevis L., R. humi/is L.; Lam. ///., t. 81, f. 2; Rivinia à feuilles lisses.
Yulgo : Herbe blanche, liane blanche. — Arbrisseau ornemental, haut de
30 cm., 1 m. 20, droit, rarement un peu sarmenteux, à branches herbacées.
Feuilles grisâtres, ovales, elliptiques, pointues, habituellement glabres. Fleurs
M a r t in iq u e .

Dflss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

't

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
50
petites, d'un blanc terne, rarement rosées, en petites grappes terminales;
baies globuleuses, d'un beau rouge vit. plus petites qu une graine de poivre.
— Abondant dans les broussailles de la basse et infra-moyenne région. —
Fl. en tout temps. — Basse-Terre, Grande route delà Basse-Terreà Gourbeyre. N° '2.198 a. — On rencontre une variété à feuilles couvertes de duvet.
[N®2398 b.)
M a rt in iq u e . Vulgo : Herbe de Saint-Domingue, herbe Grand-Jean. —
Abondant : Case-Pilote, Saint-Pierre, Marin. Alt. 0-350 met. [X® 2064.]
R . octan dru L., llivinia à 8 étamines. Vulgo: Murette, liane-barrique, boisà-terre au Moule . — Arbrisseau-liane s'élevant sur les arbres les plus grands
et jetant de tous côtés des rameaux qui pendent ensuite, se couvrent de fleurs
et offrent un beau spectacle. Tige noire, de la grosseur d'un brasd homme, cou­
verte d'aspérités et de lenlicelles blanchâtres. Feuilles elliptiques-Iancéolées,
pointues au sommet, luisantes. Fleurs d'un blanc légèrement jaunâtre, odo­
rantes, attirant des nuées d'insectes, en panicules lâches, larges, très nom­
breuses; baie très noire à la maturité, ovale-globuleuse, de la grosseur d’une
graine de poivre. — Fl. de février en mars. — Dans le pays on prend les liges,
on enlève l'écorce, on les fend en feuillets minces qu’on unit avec un couteau
et on s'en sert pour empailler les dames-jeannes. —Abondant dans la basserégion. — Aime les endroits secs et rocailleux : Basse-Terre, Le Baillif, etc.
Alt. 0-100 met. X° 2399.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Laine à barriques. — Abondant près de la mer. FondCoré, Prêcheur, Boulevard de Saint-Pierre, etc. Alt. 0-110 met. ;X° 1226.]
Petiveria L. (dédié par Linné à Jacques Péliver, pharmacien de Londres,
collectionneur passionné d’objets d'histoire naturelle, qu'il a décrits et des­
sinés en mars 1718.)
P. alliacea L., Péliver à odeur d'ail. Vulgo : Danday, devant-nègre. Dese.,
vol. V, t. 374. p. 265. — Est connu dans les pharmacies sous le nom de racine
de Pipi. — Vivace par sesracineset le bas de la lige, herbacé par le haut, droit,
haut de 50-95 cm. Racines fortes, pivotantes, blanches en dedans, grises en
dehors, fibreuses, pénétrant profondément dans la terre. Feuilles elliptiques
ou oblongues. pointues au sommet et à la base. Fleurs d'un blanc pâle, en
grappes allongées, terminales, infléchies. Fruit sec, de la forme d’une graine
d’avoine, mais plus petit, légèrement velu. — Toutes les parties de la plante,
surtout la racine, exhalent une odeur forte et pénétrante, peu agréable, qui
rappelle celle de l'ail : on s’en sert pour écarter les insectes qui attaquent les
habits et les étoiles de laine. Les feuilles, les tiges et les racines sont diuré­
tiques : on les emploie contre la pierre et autres maladies de la vessie; la
plante tout entière contient du soufre, et comme telle elle guérit la gale; elle
est en outre vésieanle, antispasmodique et vermifuge. Descourtilz, loco cil., la
met dans la catégorie des antispasmodiques fétides. — Abondant dans les

51
endroits ombragés, le long des routes et dans les terres incultes de la basserégion: Basse-Terre (Morne-à-Vaches), Le Baillif, Pointe-Noire, etc. X° 2983.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Arrada, herbc-aux-poulcs de Guinée. — Abondant.
Saint-Pierre, (barbet, Prêcheur, -Trinité, etc. — Elle est également employée
comme diurétique et sudorifique. — Alt. 0-150 met. [X° 2065.]
r u ytolaccees — ch én o po dées

dix - h u itièm e fa m ille .

— ClIÉXOPODEES.

Chenopodium L. (formé du grec « chen », oie, et « podion », pied, à cause des
feuilles palmées de quelques espèces.)
C. ambrosioides L., Ch., qui ressemble à l'ambroisie. Vulgo : Herbe-à-vers,
semen-conlra, thédu Mexique, Dcsc., vol. I, t. 57, p. 245. — Vivace par la base,
herbacé par en haut, droit, haut de 50-95 cm. Branches fastigiées. Feuilles
lancéolées-oblongues, ou elliptiques-oblongues, les inférieures sinuées-denlécs. Fleurs vertes, en épis axillaires et terminaux, nombreux, occupant plus
de la moitié de la tige et formant dans leur ensemble une panicule allongée,
feuillue, fasligiée. — Toutes les parties de celte plante exhalent une odeur forte
qui n'est pas désagréable; sa saveur est aromatique et approche de celle du
cumin; elle exude sur toute sa surface un suc balsamique, gluant et résineux,
qui écarte tous les insectes : on s’en serL comme sudorifique et vermifuge.
Descourtilz la place aussi dans les vermifuges. Se plante autour des maisons
pour qu’on l ait facilement sous la main. — Abondant dans toute 1île :
Basse-Terre, Gourbeyre, etc. (X°3089.|
M a r t in iq u e . Vulgo ; Ilerbc-à-vers, semen-conlra, sert aux mêmes usages
qu'à la Guadeloupe. — Abondant. | N° 2059.]
C. murale L., Ch. des murs. Vulgo : Epinard bord-de-mer. —SufTrutescent,
droit ou plus ou moins couché, haut de 40-70 cm. Racine vigoureuse, pivo­
tante. Feuilles deltoïdes, sinuées-dentées, tronquées à la base, pointues au
sommet, glauques en dessous. Fleurs vertes, en petites grappes interrompues,
laxillaires et terminales. — Originaire de l’Europe. Peu répandu. Moule (sur
les décombres du bord de mer). Xus 3090 et 3509.]
N’existe pas à la Martinique.
Boussingaultia IL B. (dédiéà Boussingault, célèbre naturaliste et agronome
français.)
B. leptostachya Moq., B. à épis minces. Vulgo : Guérit-tout. — Liane très
vivace par ses racines, annuelle par ses tiges, haute de 3-4 mètres. Tiges nom­
breuses, très minces, flexibles, tombantes. Feuilles un peu charnues, molles,
pétiolées, ovales, pointues au sommet, rétrécies à la base. Fleurs d'un blanc

�52

PL.ANTBS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

terne, en racèmes très nombreux, souvent très allongés, pédoncules, nais­
sant par 1-3 à l’aisselle des feuilles tout le long des liges très enchevêtrées. —
Après la lloraison, les tiges disparaissent. Nous n’avons jamais trouvé des
graines fécondes sur celle plante. Rhizomes cylindriques d'un diam. de 1525 mm., brun-noir et en dehors, blancs, mous en dedans, situés horizontale­
ment dans la terre et à peu de profondeur. — Les feuilles et les jeunes liges
sont très émollientes : on les emploie fréquemment surtout dans les bains
tièdes. — Fl. de mars en mai, quelquefois en octobre et novembre — Assez
abondant dans la basse région de l'île: Basse-Terre, Capeslerre (Guadeloupe),
Moule,etc. ;N° 3088.
M a rtin iq u e . — Yulgo : Guérit-tout. — Abondant dans les haies et les
broussailles du bord de mer et un peu dans l'intérieur. Alt. 0-80 met. — Avec
les feuilles on fait souvent des cataplasmes émollients. — Carbel, CasePilote,Prêcheur, Saint-Pierre (dans les cours et les jardins).
•' N° 87.
Bâtis L. (du grec « halos », terme par lequel les Grecs désignaient plu­
sieurs espèces de ronces dont les fruits sont ramassés, allusion aux fruits syncarpés, propres à l’espèce suivante.)
B. maritima L., Bâtis du bord de mer. Vulgo : Ilerbe-à-crabes. Desc.,
vol. VII, t. 496; Jacq., Sel. slirp. Americ. hist., t. 40, f. 4.— Vivace, à racines
fortes, radicantes, tige à base ligneuse, herbacée par les extrémités, d'abord
droite, ensuite infléchie, souvent presque couchée, haut de 70 cm. à 1 m. 60.
Feuilles succulentes, oblongues, linéaires, planes en dessus, convexes en
dessous. Fleurs dioïques, en petits chatons très rapprochés placés tout le
long des branches. — Vil à la Martinique en société dans les endroits
inondés par l'eau de mer où il forme quelquefois des fourrés presque
impénétrables. Trois-Ilets (en bas du bourg à côté de la roule allant à la
Rivière-Salée. — Abondant. Sainte-Anne (habitation les Anglais près de la
mer . N° *2060. ! — Nous ne l'avons pas trouvé à la Guadeloupe.
dix - neuvième fa m ille .

— AMARANTACEES.

Celosia L. (du grec &lt;i kôleos », desséché, brûlé, parce que les fleurs ont
l'air d être desséchées.)
C. argenlea L ., Célosie argentée. Yulgo : Grande immortelle, grande Margarile. — Annuel, très droit, haut de 60 cm.-! m. 80, selon les terres; à
tige subligneuse à la base, striée, blanchâtre. Feuilles glabres, habituelle­
ment lancéolées, pointues au sommet, rétrécies à la base. Fleurs en épi com­
pacte, oblong pointu au sommet, blanc argenté ou rosé. Dans les pieds gras
on trouve souvent plusieurs épis. — Cultivé dans les parterres comme plante
d’ornement et dans presque tous les cimetières de l'île, où elle se multiplie à

AMARANTACEES

53

foison. Basse-Terre, Le Baillif, le Moule, Sainte-Anne, Désirade, les Saintes,
etc. [N° 2805. j
M a r t in iq u e . Vulgo : Amarantine, immortelle blanche, immortelle rouge.
— Dans les parterres et sur les cimetières. Saint-Pierre, Carbet, Marin, etc.
[N° 1055.]
C. nitida VahL,paniculala W. SL, t. 91, f. 1.; C. Célosie brillante. —
Arbrisseau haut de 40 cm.-3 m. cl davantage. Quand il se trouve isolé, il
pousse droit et peut atteindre !-2 mèt. ; en société, avec d'autres arbrisseaux
ou avec des arbres, il devient sarmenleux; ses branches sont alors flexibles et
deviennent pendantes; quand on le coupe à fleur de terre, il pousse plusieurs
branches; ses racines prennent un grand développement, et il commence à
fleurir à une hauteur de 30 cm. Feuilles petites, alternes, ovales, acuminées,
rétrécies û la base. Fleurs entourées de bractées noirâtres, luisantes, dispo­
sées en épis courts, nombreux, axillaires et terminaux. — Peu répandu.
Abondant dans les endroits sablonneux et boisés du bord de mer entre PortLouis et FAnse-Bertrand. N° 3308.]
M a r t in iq u e . — Très rare. Je n’en ai trouvé que quelques pieds sur le bord
de mer de la Pointe-Salomon. [N° 1043.]
Chamissoa Kth. (dédié par Kunth à L. Charles Adalbert de Chamisso, né
à Boncourt en Champagne; lit, en 1815-1817, avec Kotzbue, un voyage
autour du monde, mort à Berlin, 1781-1838.)
C. altissima Ivth., Celosia paniculala. SL, t.91, f. 2. L. ; Chamissoa Irèsélevé.
— Arbrisseau-liane, grimpant à une hauteur indéterminée, à liges et branches
striées, anguleuses, à branches herbacées, pendantes. Feuilles ovales, poin­
tues: les supérieures, ovales-lancéolées. Fleursjaunâtre-doré, en épis nombreux,
axillaires et terminaux, formant ensemble une large panicule feuillue. — Très
rare. De celte espèce je n’ai trouvé que deux pieds sur les terres de l’habita­
tion Litté au Parnasse. — Fi. en juin, juillet, août. [N° 91.]. — N’existe pas
à la Guadeloupe.
Achyranthes L. (de deux mots grecs qui signifient « paille » et «fleur», faisant
allusion à la couleur de paille des enveloppes florales.)
A. aspera D. ; Achyranthe rude. Yulgo : Queue-de-rat, collant, gendarme
Iau Moule). — Sulfrutescentet vivace, entièrement grisâtre, noueux, droit, haut
de 40-90 cm. Tige finement pubescente, plus ou moins tétragone, feuilles pubescentes, blanchâtres en dessous, ciliées sur les bords, largement ovales, arron­
dies au sommet, rétrécies en coin à la base. Fleurs presque sessiles, petites,
scaricuses : les jeunes, dressées et serrées, plus tard complètement renversées
et infléchies contre le rachis de l’épi penché à l’extrémité, long de 15 à 25 cm.
Fruit à péricarpe utriculaire entouré de 2-3 bractées spinescentes plus courtes
que les sépales; semence cylindrique légèrement pubescente. — Abondant

�■ ..........

54

PLANTES PE LA GUADBLOUPE ET DE LA MARTINIQUE

jusqu'il une altitude de 400 mèt. : Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies, etc, —
Aime ces endroits. [N° 2803.]
M a r t in iq u e , Yulgo : Queue-de-rat. — Très abondant aux environs de Fortde-France (Collège, Fort-Dartenson, Carénage, etc.). Moins abondant à
Saint-Pierre. [N° 2056.]
A. argenlea Lam. ; Achyranthe argenté. Yulgo : Grand-queue-de-rat. Grandcollant, — Annuel, à base suffrutescente, haut de 90 cm.* à 1 m. 40. Tige
remplie de moelle, noueuse et renflée aux entrenœuds, cylindrique dans le
bas, obtusément quadrangulaire dans le haut. Feuilles glabres ou très légère­
ment pubescenles, larges, ovales, rétrécies à la base, d'un vert très clair: les
jeunes, fortement pubescenles et argentées en dessous. Fleurs comme dans
le précédent, mais à calice et à bractées plus allongés, plus luisants, disposées
en épis axillaires et terminaux dont le plus long mesure jusqu'à 35 cm. —
Rare. Çà et là dans les broussailles des environs de la Basse-Terre (Morne-àVaches, fort Richepanse). — Cette espèce, que Grisebach, Flora of W, british
Av,, p, 62, considère comme une variété du précédent, en est tout à fait diffé­
rente par sa rareté, sa taille, la couleur, l'enflure des nœuds, la forme des
feuilles, la longueur des épis. [N° 2804.]
Cyathula Bl. (du grec « kuathos », en latin « cyathus », gobelet, parce que
les étamines adhérentes à la base forment une sorte de gobelet.)
C. prostrata Bl.; Cyathulc couchée. — Herbe annuelle, droite par le haut,
couchée à la base, haute de 40-60 cm., le bas de la tige cylindrique, le haut
sillonné, à 4 angles et légèrement pubescente. Feuilles opposées, ovales, poin­
tues, rétrécies à la base en un pétiole court. Fleurs vertes, très petites, en épi
interrompu longuement pédonculé, penché au sommet. — Extrêmement
rare. Je n'en ai trouvé que quelques pieds dans un endroit très ombragé du
Fort-Saint-Pierre. [N° 797.! — Je ne l'ai pas rencontré à la Guadeloupe.
Gomphrena L. (du mot changé « Gromphaeria » de Pline, XXVI, 23, pour
désigner l’amarante à trois couleurs, espèce voisine de notre plante.)
G. glohosa L., Gomphraena à tête ronde. Yulgo : Marguerite, immortelle.
Desc., vol. V, t. 320, p. 60. — Herbe annuelle, grise ou blanchâtre, d’abord
droite, ensuite penchée et presque diffuse, à branches étalées, haute de 1550 cm. Tiges nombreuses, glabres, noueuses, trichotomes. Feuilles opposées,
elliptiques ou obovales, quelquefois lancéolées, pubescentes, ciliées sur les
bords, mucronées au sommet : les jeunes, fortement pubescentes et argentées
en dessous. Fleurs à 5 sépales colorés, persistants, entourés de 3 bractées,
ramassées en capitules, grandes, blanches ou bleues ; étamines 5, à blets réunis;
styles, stigmates; 2 capitules portés sur de longs pédoncules et entourés à la
base de 2 bractées foliacées, vertes, apprimécs, opposées; pédoncules longs
de 15-20 cm. Fruit à péricarpe ulriculaire, entouré de laine blanche. — On

AMARANTACÉES

55

go sort do cette piaule pour faire des tisanes rafraîchissantes; Dcscourtilz,
loco cil., la met dans les rafraîchissantes aqueuses. — Originaire des Indes
orientales, cultivée dans les parterres, sur les tombeaux domestiques et les
cimetières publies, où elle se reproduit facilement : Basse-Terre, VieuxFort, etc. [N° 2488.J
M a r t in iq u e . Yulgo : Marguerite blanche, 'marguerite bleue. — Dans les
parterres et sur les cimetières : Saint-Pierre, Carbel, etc. [N° 2057.]
Iresine L. (du grec « eiresioné», branche d’olivier entourée de laine, qu'on
portait solennellement dans les processions, ici pour faire allusion au
duvet laineux qui entoure les enveloppes de la fleur femelle.)
I. celosioides Moq., Irésine à feuilles de Célosie. Yulgo : Zerbe-coton.
SI., t. 90, f. 3. — Tantôt annuel, tantôt vivace par la base, droit quand il se
trouve seul, sarmenteux quand il vit en société avec des arbrisseaux ou des
arbres, à tige et branches grêles, très fragiles, haut de 60 cm. à 1 m. 80.
Fleurs dioïques ou polygames, blanchâtres, petites, à 5 sépales dans la
femelle, entourée d'abord d’un petit cercle laineux et, plus tard, complètement
enveloppée de laine blanche; étamines 5. Epis très courts et très nombreux,
axillaires et terminaux, formant ensemble une large panicule non feuillue.
— Assez abondant dans les haies et les broussailles de la basse et inframoyenne région.— Les gens du pays emploient celte plante dans la médecine
domestique. On se sert des jeunes liges et des feuilles pilées en guise de sina­
pismes; on les met également dans les bains qu'on donne aux hydropiques.
— Basse-Terre (Morne-à-Vaches), Moule, Gozicr, etc. Alt. 0-300 mèt.
[N° 2802,] — Fl. de mai en septembre.
M a r t in iq u e . Yulgo : Zerbe-Jean (à Case-Pilote). — Abondant dans les
haies et les broussailles : Trou-Vaillant, Case-Pilote, Morne (Morne-Gom­
mier), etc. [N° 1056.]
I. elatior Rich.; Irésine plus élevé. Yulgo : Zerbe-coton. — Annuel et sou­
vent vivace par le bas, droit, à lige unique, grêle, très fragile, souvent sarmenteuse, haut de 75 cm.-l m. 70. Feuilles lancéolées, effilées en pointe,
rétrécies à la base en pétiole court : les florales, lancéolées-linéaires. Fleurs poly­
games, blanchâtres dans la femelle, les sépales d’abord entourés par un petit
cercle laineux et ensuite enveloppés de laine blanche, disposées en épis très
courts, très nombreux, dont l'ensemble forme une large panicule feuillue,
pyramidale.— Assez abondant dans les terres incultes, pierreuses et calcaires
de la basse région. Environs de la Basse-Terre, bords de l'embouchure
du Galion, Le Baillif, etc. — Plante ornementale.—Alt. 0-150 mèt. N°2800.]
M a r t in iq u e . — Rare. Çà et là à l Anse-à-l Ane (Trois-Ilets). N° 92.]
I. HerbotiiHook. — Plante très ornementale, herbacée, haute de 1-2 mèt.,
remarquable par ses feuilles panachées, arrondies. — Esl souvent cultivée dans
les jardins. — [Guadeloupe : X" 2801 ; Martinique : \° 104 4.

�56

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Mogiphanes Mari, (du grec « mogis », à peine, et « phainein », paraître,
pour faire allusion à la forme exceptionnelle du réceptacle de la lleur : brac­
tées séparées des sépales par un entrenœud.)
M. Ja eu nini Schrad. ; Mogiphanes deJacquin. Yulgo : Bouton blanc.—
Frutescent par la base, herbacé par le haut, d'une élévation de 90 cm.1 m. 90. Tige cylindrique dans le bas, renflée aux entrenœuds, pubescente,
verte, régulièrement trichotome, le plus souvent droite, glabre. Feuilles
glabres, ovales-ellipliques, cunéiformes à la base. Fleurs d’un blanc terne et
nacré;à 5 sépales séparés des bractées par un petit entrenœud; à 5 étamines
soudées en un tube campanulé, disposées en capitules globuleux, portés sur
de longs pédoncules pubescents. — Peu répandu. Assez abondant à CasePilote (environs du bourg), plus abondant dans les savanes des hauteurs du
Fond-Layette, où il forme quelquefois des fourrés épais. Alt. 10-280 met.
[N° 79*4.)
Philoxerus R. Br. (du grec « philcin », aimer, et « xeros », sec, allusion
aux endroits où pousse la plante.)
’
P. vermicularis R. Br. Iresine veriniculata Moq.; Philoxerus, qui rampe
comme le ver. Yulgo ; Amarante bord-de-mer. — Herbe vivace, radicante, couchée, rampante, d'une longueur indéfinie. Tige verte, cylindrique,
succulente, légèrement rentlée aux nœuds, trichotome. Feuilles presque
linéaires, épaisses, concaves sur le dos ou (selon les endroits) oblancéoléeslinéaires, se rétrécissant vers labase. Fleurs d’un blanc terne, nacré, à5sépales,
dont les 2 intérieurs sont plus étroits, tous supportés par une petite loullè
de laine; style bipartite; capitules globuleux d’abord, ensuite allongés et
ovoïdes, quelquefois-réunis par 2-4. — Très commun sur les plages sablon­
neuses du bord de mer ou sur le bord des mares et flaques d’eau de l’intérieur ;
Désirade , Moule, Sainte-Anne, les Saintes (Terre-de-Haut |, Marie-Galante.
[N° 2798.]
M a rtin iq u e . Yulgo : Amarante bord-de-mer. —Abondant; Rivière-Pilote,
Sainte-Anne, Trinité, Caravelle, etc. [N° 2058.]
Lithophila S\v. (du grec « lithos », pierre, et « philein », aimer, parce
que ces plantes poussent sur les pierres.)
L. muscoides Sw\. variété lonqifolia. Lithophile moussu à longues feuilles.
— Petite herbe vivace, grisâtre, complètement couchée, longue de 5-15 cm.
Racine pivotante, souvent très longue, forte, blanche. Tiges nombreuses,
filiformes, glabres, tricholomes. Feuilles très variables, quant à la longueur,
linéaires-oblancéolées, obluses-poinlues au sommet, se rétrécissant vers la
base et portant une petite touffe de laine. Feuilles inférieures rosulées. Fleurs
d'un blanc terne, à 3 sépales, dont les 2 intérieurs sont plus étroits, tous les 5
supportés par de petites touffes de laine blanche à 2 étamines; capitules

a m a r a n ta c f . es

57

petits, ovoïdes, pédonculés. — Assez abondant sur les rochers arides, nus
et souvent arrosés par l'eau de mer: Désirade (les Galets), Saint-François,
Marie-Galante, etc. i Xu 2799.]
Alternanthera Forsk. (du latin « altcrnus », alterne, et « anlhera », fleur,
parce que, dans beaucoup d'espèces, les étamines fertiles alternent avec les
étamines dépourvues d’anthères ou avec les dents de la cupule.)
A. sessilis 1t. Br., Alternanthera à fleurs sessiles. — Herbe annuelle, branchue, couchée, radicante et rampant à une distance indéfinie. Jeunes liges
habituellement munies de 2 lignes de poils. Feuilles glabres, tantôt nette­
ment obovales, tantôt obovales-lancéolées, oblusémenl pointues au sommet,
se rétrécissant â la base en un court pétiole. Fleurs à 3 étamines fertiles, les
2 autres dépourvues d’anthères; h 5 sépales; en capitules d’un blanc terne,
petits, sessiles â l'aisselle des feuilles.— Herbe fourragère. — Dans les
savanes herbeuses, humides, le long des routes. Basse-Terre, Gourbeyre,
Trois-Rivières. Alt. 10-700 mèt. [X° 2795.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Magloire. — Dans les savanes herbeuses et dans les
endroits cultivés.[X° 88.]
A. paronychioides St. 11il., Alternanthera, qui ressemble au Paronychia. —
Yivacc, complètement couché, radicanl, rampant à une distance indéfinie,
formant de longues traînées blanches sur la terre. Tiges laineuses aux entrenœuds, le plus souvent légèrement poilues. Feuilles réunies par 2-4 aux
entrenœuds, et jamais de même dimension, oblancéolées-elliptiques ou obovales-ellipliques, ou simplement obovales, se rétrécissant tantôt brusque­
ment, tantôt lentement, en un pétiole plus ou moins long. Fleurs en capitules
réunis par 2-5, d’un blanc nacré intense. — Peu abondant. Habituellement
sur les bords des mares d'eau douce près de la mer ou dans les endroits maré­
cageux, où il forme quelquefois un vrai gazon : Saint-François, Gozier,
Capestcrre (Guadeloupe). [X° 2794.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Magloire blanc. — Rivière-Salée, Ducos, Anses
d'Arlets. [XTos 2147 et 800.]
On cultive généralement en bordures, dans les parterres et jardins, une
variété de Alt. paronychioides à feuilles crispées, panachées de vert, de
rouge et de bronzé, originaire du Brésil [Guadeloupe : X° 2797 ; Martinique ;
X° 798], avec une variété dégénérée, plus forte, à feuilles sans panachures
[Guadeloupe ; X° 2797 ; Martinique : X° 799.]
A. achyrantha R. Br., Alternantheraâ feuilles d'Achvranthes. Y)'i\\.,Eleth.,
1, t. 7, f. 7. — Annuel ou vivace, rampant, radicant, d'une longueur indéfinie.
Tige légèrement comprimée, munie de poils blanchâtres, tuberculés à la base;
sur les jeunes feuilles, poils blancs, plus longs. Feuilles obovales ou ovales,
glabres, munies de points très nombreux. Fleurs en capitules blancs, globu-

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DR LA MARTINIQUE
58
leux ; sépales 5, laineux sur le clos, rigides, ë .‘1 nervures, dont la principale,
carénée an sommet du sépale, se termine en une pointe rigide', et dont les 2
latérales se joignent à la principale presque au milieu du limbe, calice entiè­
rement entouré de poils laineux. — Abondant dans les savanes herbeuses et
entre les pavés de certaines rues de la Basse-Terre : Vieux-Habitants, Le
Baillif, Trois-Rivières. N° 2796.
M a r tin iq u e . — Abondant entre les pavés des rues de la Consolation; dans
les jardins mal tenus, etc. N° 2118.
Amblogyne Raf. (du grec « amblus », obtus, et « guné », femme, allusion
à la nature de l'ovaire.)
A. poh/gonoides Raf., Amblogyne ressemblant au Polygonum. Yulgo : Petit
épinard. SI., t. 92, f. 2. — Herbe vivace par la base, très branchue, d'abord
droite, ensuite diffuse, haute de 15 à 25 cm. Tige striée, branches horizon­
tales ou tombantes. Feuilles petites, ressemblant à celles de l'épinard du pays.
Fleurs monoïques: lesmâles, à 3 étamines et à 3 sépales; les femelles, à calice
5-lide et à tube campanule, entourées à la base de 5-6 bractées aiguës, dis­
posées en petites glomérules tout le long des branches à l'aisselle des feuilles;
ovaire à une seule semence, noire, polie, biconvexe, très petite, — Peu
répandue. Désirade, en assez grande abondance aux environs du bourg
et surtout dans la petite savane du Presbytère. N° 2793.]
N’est pas ë la Martinique.
Amarantus L. (du grec « amaraino », je ne flétris pas, parce que la plu­
part conservent leurs couleurs brillantes après la mort.)
A. spinosus L., Amarante épineuse. Yulgo ; /épinard-piquant, épinard
rouge, zépinard-cochon. Desc., vol. Y, t. 114, p. 41 (ligure très mauvaise). —
Annuel ou sutfrutescent, droit, à tète penchée, haut de 50-90 cm. l ige
grosse, succulente, striée, souvent rouge vers le sommet. Feuilles rhomboïdales ou rhomboïdales-lancéolées, longuement pétiolées. Fleurs vertes, poly­
games ou monoïques, à 3-5 sépales, à 2-3 styles : les mâles, habituellement
en panicule terminale, formée d’épis axillaires et terminaux; les femelles
sont plus basses, axillaires, ramassées en capitules, à la base desquels se
trouvent 2 piquants longs, droits ou en forme d'alène; quelquefois ils font
défaut.— Plante utile, dont les chevaux et les moulons sont friands. Les jeunes
rameaux et les feuilles se mangent cuites ou en guise de salade. Toute la
plante est douée des vertus rafraîchissantes. Descourtilz, loco ci/., la
place dans les rafraîchissantes aqueuses. 11 dit qu'elle agit sur les voies uri­
naires et favorise la sécrétion de l'urine par le nitrate de potasse qu elle con­
tient. — Assez abondant dans les environs de la Basse-Terre (Morne-ëYaches), Le Baillif, etc. —Aime les endroits fertiles et graveleux. N° 2791.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Zépinard-cabrit. — Peu répandu. Bord de mer du

59
Fond-Ganonville, du Fond-Coré, embouchure de la rivière des Pères-Marin.
N0 795. |
A. ù'ishs L., Amarante à tète penchée. Yulgo : /épinard du pays. —
Droit, haut de 70 cm.-l ni. 20. Racine blanche, pivotante, forte, l ige grosse,
succulente; feuilles rhomboïdales-ovales, longuement pétiolées, à sommet
légèrement arrondi. Fleurs polygames, en épis axillaires et terminaux, formant
ensemble une panicule allongée, toujours plus ou moins penchée. Fruits à
déhiscence pyxidaire comme dans les pourpiers. — Très abondant dans les
terres fertiles, cultivées et incultes de toute File. — Les feuilles et les jeunes
tiges se mangent en salade ou cuites; la plante entière jouit des mêmes pro­
priétés médicinales que la précédente. — Basse-Terre. Alt. 0-600 mèl.
[N° 2792.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Zépinard de France, zépinard du pays. — Abondant
dans toute 1île. —On se sert des racines pilées et mises dans l'eau tiède en
lavement contre la constipation. [N° 796.]
On cultive dans les parterres différentes variétés de I Amarantus caudalus
L., très ornementales, qui poussent avec une grande facilité.
AMÀRANTACÉES ---- NYCTAGINKES

VINGTIÈME FAMILLE. ---

NYCTAGINÉES.

Mirabilis L. (du mol latin « mirabilis », admirable, parce que les fleurs sont
très belles et exhalent une odeur agréable.)
M. J a lapa L. (confondue longtemps avec la plante que donne le vrai
jalap); M. dichoioma L. Desc., vol. 11, t. 139, p. 192. Yulgo : Belle-de-nuit.
— Vivace par les racines, à tiges fermes, à nœuds renflés aux aisselles des
feuilles, blanches ou rouges, régulièrement dichotomes-élalées, hautes de
40-90 cm. Feuilles opposées, entières, ondulées, ovales, vertes des deux
côtés, légèrement glutineuses, ciliées sur les bords : les florales, plus petites
que les caulinaires. Fleurs grandes, en entonnoir, en cymes ombellil’ormcs, terminales, blanches ou violettes, ou jaunes, ou panachées, entou­
rées par un involucre persistant, à 5 lobes, 6-7 fois plus court que la corolle.
Fruit noir, ruguleux, rond, à périsperme blanc, farineux, copieux. La
racine est pivotante, tubériforme, volumineuse, blanche en dedans et
couverte en dehors d’une écorce noire et mince. — l)e sa nature, cette
racine est purgative-drastique, et c'est aussi dans celte catégorie que Des­
courtilz, loco cil., la place : il dit entre autres choses que, prise à froid et en
poudre, elle purge les humeurs glaireuses, les viscosités et les sérosités de la
tète, de la poitrine et des articulations, et la recommande contre la goutte,
les affections scrofuleuses et syphilitiques. Dans le pays on ne fait guère
usage de la racine, mais on emploie les feuilles macérées dans de 1eau vinai-

�60

PLANTES DE LA (ÎUAPELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

grée en cataplasmes contre les luxations et les foulures. — Assez abondant
dans la basse région. — Fl. presque toute l'année, mais surtout dans les mois
(K* juillet et novembre. — Basse-Terre, Moule, Trois-Rivières, etc. |N°2887.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Belle-de-nuit. — Abondant. Saint-Pierre, Fort-deFrance. N°2102.
Boerhaavia F. dédié par Linné au Hollandais Hermann Boerhaave, né
en 1068, à Levde, médecin, chimiste et botaniste célèbre, ami et admirateur
de Linné. De ses nombreux écrits deux seulement ont trait à la botanique :
Index plantaruin horli Liiydimo-Bataci et Vaillanli botanicon Parisiense.)
B. erecla L., B., droit. Yulgo : Palagon (parce que les feuilles sont argen­
tées en dessous et rondes comme le palagon, pièce d'argent espagnole, valant
environ 1 franc). — Herbe annuelle ou sullrulescenle, plus ou moins droite,
à racine pivotante, forte, à tige simple, délicate, légèrement lélragone, ne
dépassant guère 80 cm. d'élévation. Feuilles petites, ovales ou oyalesoblongues, pointues, ondulées,- d un blanc argentin en dessous. Fleurs très
petites, pourpre pâle, en ombelles terminales et axillaires, formant ensemble
une panicule allongée. Fruit sec, visqueux, obconiquc, entièrement renfermé
dans le calice, qui est devenu dur et s'est fermé au sommet, pourvu de 5 côtes
saillantes. — Abondant dans les terres sablonneuses, cultivées ou abandon­
nées, dans les fossés, le long des routes du littoral. — Dans le pays on se
sert de celte herbe comme diurétique et sudorifique. — Basse-Terre, Le
Baillif, Sainte-Anne, Moule (très abondant dans les terres calcaires), Désirade, Marie-Galante, etc. [N° 2172.!
N existe pas à la Martinique.
B. paniculata Rich., B. diffusa S\v. ; B. à fleurs en panicules. Yulgo :
Yalériane, patagon.— Yivace par ses racines à tiges nombreuses, d’abord
couchées, ensuite plus ou moins ascendantes, noueuses aux aisselles des
feuilles, hautes de 60 cm.-l m. 50. Racine pivotante, allongée, profondé­
ment et verticalement enterrée, grise. Feuilles opposées, ovées, arrondies au
sommet, souvent ciliées sur les bords, blanchâtres, argentées en dessous. Fleurs
pourpres, en petites cvmes ombelliformes, portées sur des pédoncules grêles,
axillaires et terminales, constituant ensemble une large panicule, à branches
latéralement étalées. Fruit arrondi au sommet, à 5 côtes pourvues de glandes
visqueuses. — Abondant dans les terres cultivées et meubles sablonneuses,
sur les vieux murs, sur les décombres du littoral de toute 1ile. N° 2173.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Patagon blanc. —Abondant dans toute 1île. j\° 2100.]
B. hirsuta \Y., B . poilu. Yulgo : Patagon rouge. — Ressemble exacte­
ment au précédent quant au port, la forme et 1ampleur îles feuilles; s’en
écarte par ses tiges, ses branches et ses pétioles velus, rouges ou rougeâtres,
ses feuilles plus ou moins sinuées, moins blanches en dessous et légèrement
pubescentes, ses fleurs rouge de sang. — Même habitat que B. paniculata. —

N Y CT ACl.NÉE s

61

Les deux espèces jouissent dans le pays d’une haute réputation comme
plantes médicinales; les feuilles et les racines sont stimulantes, toniques,
vermifuges et surtout sudorifiques; la racine prise en poudre est en outre
antispasmodique; les feuilles peuvent se manger cuites en guise d'épinards.
[N° 2174.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Patagon rouge. — Abondant. — On se sert de la
racine contre les piqûres du trigonocéphale. [N° 2099.
Pisonia L, (dédié par Plumier au Hollandais Guillaume Pison, médecin et
naturaliste de Levde ; fil en 1637 avec Marcgraaf un voyage au Brésil, mort
en 1648; a écrit, avec ce dernier : Ili.sloria naturalis Brasilia\)
P. aculeata L., Pisonia à piquants. Yulgo : Croc-chien. Lam., ///., t. 861 ;
SL, t. 167, f. 3,4; Plum., éd. Burm., t. 127. — Arbrisseau sarmenleux, pou­
vant s’élever à une grande hauteur, à lige de l’épaisseur d'un bras, à écorce
brun noir, à rameaux pendants décussés-opposés, insérés à angle droit.
Feuilles pétiolées, .ovales, légèrement charnues, rétrécies à la base; pétiole
muni, à la base, de 1-2 piquants, le plus souvent recourbés, aigus, perpendi­
culaires à la branche. Fleurs très petites, polygames ou dioïques, vert jau­
nâtres ou noirâtres, en cvmes compactes, ombelliformes, axillaires et termi­
nales, pédonculées; calice petit, à 5 dents; étamines 8. Fruit obovoïde, enve­
loppé du calice durci, à 5 côtes saillantes, garnies, dans toute leur longueur,
de glandes globuleuses stipitées. — Les fruits, à cause de leurs glandes vis­
queuses, s'attachent à tout ce qui les touche. — Abondant le long des rivières,
dans les halliers et endroits abandonnés de la basse région. — On en fait
souvent des haies impénétrables. — Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies, Pigeon,
Trois-Rivières. Alt. 0-250 mètres; rare, au delà de cette altitude. \° 2171.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Croc-à-chiens. — Abondant dans les endroits secs et
chauds : Saint-Pierre, Prêcheur, Case-Pilote, Lamentin, etc. .V 2101.]
P. subcorda la L., Pisonia à feuilles presque en cœur. Yulgo : Mapou gris.
— Arbre de taille moyenne ou petit arbre, à tronc vigoureux, peu élevé, de
40-80 cm. de diamèt., nu jusqu'à une hauteur de 2-3ni50 seulement, à
branches horizontales, à fronde arrondie. Feuilles coriaces, très vertes et très
glabres, en cœur, à sinus très ouvert. Fleurs dioïques, en cvmes très arron­
dies, pédonculées, pédicelles courts; calice de la fleur mâle, inl'undibilil'orme,
à 5 lobes courts; celui de la femelle, cylindrique-linéairc. Fruit sec, long de
1 cm., cylindrique, aminci vers la base, muni, dans le dernier tiers supérieur,
de 5 rangées de glandes slipilées. — A l’époque de la floraison, l'arbre perd
complètement ses feuilles, qui n'apparaissent qu’après la chute des fleurs. —
Fl. en avril ou mai. — Le bois est noir et n'a aucune importance. — Assez
abondant dans les terres sèches de Port-Louis, de l'Anse-Berlrand, du Gozier,
de presque tous les Grands-Fonds, de Marie-Galante, etc. (N0 2172.

�62

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Il ne se trouve pas à la Martinique.
P. oblusala Sw., Pisonia à feuilles obtuses. Yulgo : Mapou blanc, mapou
rouge. — Arbre de taille moyenne, à rameaux plus ou moins pendants, à
fronde élancée, à écorce fendillée. Feuilles très vertes, tlaccides, ovales,
obtuses au sommet, rétrécies à la base, à nervures peu sensibles; pétiole
court. Fleurs dioïques, terminales : les mâles, en cymes trichotoines et lon­
guement pédonculées; les femelles, en cymes plus ou moins allongées; calice
de la lleur femelle charnu, mou, devenant plus tard pulpeux et formant une
seule masse avec le fruit. Fruit oblong, d'abord 1res rouge, ensuite noir,
traversé par 10 petits sillons longitudinaux sans glandes. — Le bois est assez
tendre et ne peut servir tout au plus que pour les constructions à l'intérieur.
— Abondant dans les endroits boisés et secs, et dans les savanes du littoral
du Vieux-Fort, des Trois-Rivières, de la Capesterre (Guadeloupe). — Fl. en
avril ou mars. N° 2170.
M a rt in iq u e . Yulgo : Mapou. — Abondant au Prêcheur, au Fond-Goré, au
Carbet, à Dueos, etc. N° 128.]
P suborbiculata Hcms., Pisonia à feuilles presque rondes. Yulgo : Pelitrnapou. — Arbrisseau élégant, peu branchu, nu dans le lias, haut de 2-2"' 50,
à écorce grise et lisse. Feuilles petites, rondes ou légèrement obovalcs,
glauques, très brièvement péliolées. Fleurs verdâtres, dioïques, en cymes
courtes, lâches, pédonculées, terminales. Fruit mou, pulpeux, cylindrique,
rouge glauque à la maturité. — Peu répandu. Je ne l’ai pas trouvé à la Gua­
deloupe.
Il n'existe à la Martinique que sur la crête du morne rocheux, près du
bourg de la Rivière-Pilote. [N° 1467.]
Les Bugainvillea.sy&gt;ecta/n7fN Wild.et fasluosaHeninq. (genre dédié à l'amiral
Bougainville, qui. en 1766-69, a entrepris un voyage autour du monde et qui
a puissamment aidé Commerson dans ses travaux scientifiques), lianes, origi­
naires du Brésil, très fortes, sarmenteuses, épineuses, à branches pendantes, à
fleurs pourpre foncé ou pourpre clair, d’une abondance et d’une beauté
éblouissantes; sont assez abondamment cultivées dans les deux îles.
vingt - unièm e fa m ille .

—

MALVAGEES.

Malvastrum As. Gr. (de« malva », mauve, et « aslrum », étoile, allusion à la
forme de la lleur.)
M. spieatum Gr., Malva poli/slachya Cav. ; Malvaslre à fleurs en épis.
Yulgo : Mauve d’Amérique. Diss., I. 20, f. 4; t. 188, f. 8. — Sulfrutescent,
droit, haut de 50-90 cm., couvert, dans toutes ses parties, d’un duvet gris; à

03
racine forte et pivotante. Feuilles deltoïdes ou ovales, presque tronquées
à la base, pointues au sommet, crénelées-dentécs. Fleurs jaunes, petites,
en épis nombreux, axillaires et terminaux : ces derniers toujours plus
longs; calice à 5 lobes poilus, ovales, pointus, entouré de 8 feuilles
involucrales aussi longues que les lobes du calice. Fruit à autant de loges ou
de carpides juxtaposés qu’il y a de pistils, le plus souvent 11-15. — Peu
répandu. — Fl. de février en juin. — Endroits secs, graveleux, près de la
mer. Les Saintes (Terre-de-JIaul , chemin du chameau), Pigeon et Bouil­
lante. [N° 3211.]
M a r t in iq u e . \ ulgo : Mauve-savane. — Route du Marin au Vaudin.
[N" 858.]
M. (ncuspidalum. As. Gr., Malva america na L.cl M. coromandeliana Sw.;
Cav. Diss., 1.22, f. 2; M. â carpides à 3 piquants. Yulgo : Pain-doux, balaideux-heures. — Sufîrutescent ou frutescent, le plus souvent droit, branchu,
haut de 30-80 cm., à lige, branches, pétioles, inflorescence, et le dessous des
feuilles couverts de longs poils gris et couchés. Feuilles vert clair, rhomboïdes-lancéolées, dentées en scie. Fleurs jaunes, larges, réunies par 3-5 ou
solitaires, axillaires ou terminales. Feuilles involucrales3, linéaires; lobes du
calice ovales, terminés en une longue pointe; pétales obeordés ; carpides 10,
semences armées de 3 piquants, dont 2 placés au coin du sommet et le 3"
près de la base. — Extrêmement abondant dans toutes sortes de terrain de
la basse et de la moyenne région de file. (\° 2333.j
.M a r t in iq u e . ^ ulgo ; Balai-savane. — Très commun dans toute file. —
On en fait souvent de gros balais, bons pour nettoyer les cours, les écuries,
etc. [N° 859.]
N o t a . — Ges deux espèces ont l’écorce très fibreuse, dont on pourrait
tirer profit.
Sida L. (du grec « sidé », employé par Théophraste, IY, 11, pour dénom­
mer le Nymphaea al ha L. C’est par erreur que Linné a adopté ce nom. i
S. carpinifolia L., Sida acuta Burm., S. stipulata Cav.; Sida à feuilles de
charme. Yulgo ; Balai-onze-heures, balai-midi. Cav. Diss., I. 2, f. 3; l. 3,
f. 10, 11 ; t. 134, f. 1. — Sulfrutescent, haut de40-90cm., droit, glabre dans le
bas, légèrement velu dans h* liant, ainsi que sur les rameaux. Feuilles elliptiques-lancéolées, dentées au-dessus de la base, munies, à la base du pétiole,
de deux stipules lancéolées, aussi longues ou plus courtes que les pédoncules.
Fleurs jaunâtres ou blanches, axillaires; calice à 5 segments, plus courts que
la corolle. Fruit à 10 carpides; semences garnies de 2 piquants droits, dont
chacun est muni, à la base, d'un petit piquant court et obtus. Ressemble au
précédent par le port et les feuilles. — Très répandu dans la basse et l'inlramoyenne région de file. Basse-Terre, etc. N° 2338.j
Martinique. Yulgo ; Balai-onze-heures, balai-savane. — Environs de
Saint-Pierre, Carbet, Morne-Rouge, etc. [N° 860.J
MALVACLES

�64

PLANTES DK t.A GUADELOUPE ËT DP, LA MARTINIQUE

S. (jlomeraia Cav., S. à Heurs agglomérées. 5 ulgo : Balai-savane. — Sullrutescent el frutescent, haut do 70-90 cm., à lige nue clans le lias, très branchuc
clans le haut, à branches 1res rapprochées, penchées à 1extrémité cl légère­
ment pubescenles. Feuilles petites, brièvement pétiolées, glabres, d'un vert
très clair, linement denlelées; base du pétiole munie de 2 stipules larges,
obliquement lancéolées, très accuminécs, nervées. Fleurs petites, jaunes ou
blanches, sessiles, solitaires dans le lias des branches, agglomérées et termi­
nales clans le haut; bractées 3-4, lancéolées, linéaires, obliques; calice à
5 sépales; lobes de la corolle largement ovales, brusquement rétrécis en pointe
line. Fruit à 5 carpides glabres, réticulés, munis de 2 pointes. — Peu répandu.
Vil en société dans quelques savanes des hauteurs du fond Canonville, près
de Saint-Pierre. V 861.J — Nous ne l’avons pas trouvé à la Guadeloupe.
S. ciliaris L., Sida cilié. Nulgo (à la Désirade) ; Balai-lrois-heures. — Sulfrutescent, haut de5-30cm., tantôt très droit, tantôt dill'us, très branchu,dès
la base: à lige et branches presque nues jusqu'au sommet. Feuilles d'un vert
jaunâtre, très petites, oblongues, presque aussi longues que les pétioles, line­
ment serretées au-dessus du milieu du limbe. Fleurs jaunes, axillaires, sessiles,
solitaires ou réunies par deux. Feuilles involucrales 1-5, oblancéolées-linéaires,
♦ fortement ciliées, avec des organes accessoires, filiformes, ciliés; calice à
5 segments étroits, aussi longs que les pétales; pétales jaunes, tachetés de
noir ou de brun en dedans à la base; carpides 5, tuberculeux, armés de
2 pointes très courtes el rigides. SI., I. 137, f. '2; Cav. l)iss., I. 3, 1. 9. C est la
plus petite espèce de Sida clans les Antilles. — Peu répandu. Désirade (route
du Bourg à la Léproserie), où il forme gazon en quelques endroits. X° 2770.
M a rt in iq u e . \ ulgo : Petit-balai. — Peu abondant el peu répandu ; SainteAnne habitation les Anglais), clans un terrain pierreux el calcaire. N" 862.J
S.jamaicencis L.,Sida de la Jamaïque.'\ ulgo ; Balai-onze-heures. Cav. Diss.,
t. 2, f. 5. -—SulTrutescenl, plus ou moins droit ou dill'us, haut de 70-95 cm.,
à tiges grêles, nombreuses, couvert dans toutes ses parties d'un duvet soyeux
et blanchâtre. Feuilles ovales, dentelées au-dessus de la base, obtuses au
sommet. Fleurs blanches axillaires,presque sessiles ou brièvement pédonculées,
solitaires ou réunies par 2-4; stipules filiformes: calice à 5 lobes largement
ovales et brusquement rétrécis en pointe molle; carpides 5; semences line­
ment duvetées à la base et munies au sommet de 2 petites cornes droites. —
Fl. en avril et mai el en octobre et novembre.!— Les Saintes (Terre-deHaut, sur le chemin du Chameau), bord de la rivière des Pères. [N0 3363.J
Ne se trouve pas à la Martinique.
S. spinosa L., variété anguslifolia Lam. ; Sida épineux. Yulgo ; balaionze-heures. Cav. Diss., t. 1, f. 9; l. 2, f. 2. — Vivace, haut de 80-85 cm.,
droit, généralement peu branchu, à tige grêle, glabre. Feuilles petites,
oblongues-lancéolées, souvent lancéolées-linaires, denlelées au-dessus de leur

MALVACKRS

65

insertion, base du pétiole garnie d’un appendicespinescenttubcreulé sur le dos.
Fleurs jaune pâle, axillaires, solitaires ou réunies par 2-3 ; pédoncule de la
lleur articulé au-dessus du milieu ; calice à 5 segments presque aussi longs
que les pétales. Fruit à 5-8 carpides; semences légèrement luberculées,
glabres, armées de deux pointes allongées, filiformes, noires. — Abondant
dans la région moyenne. Camp-Jacob, Matouba, hauteurs du Baillif, Dési­
rade, etc. [N° 3498.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Balai-savane. — Gros-Morne, Case-Pilote. |N ° 809.j
S. r/mm ht folia L. ; Sida à feuilles en losange. Yulgo : Balai-onze-heures.
Cav. Diss., I. 3, f. 4, 8, 12; l. 131, f. 2. — Frutescent, droit, ne dépassant
guère 90 cm. &lt;1élévation. Feuilles en losanges plus ou moins réguliers, blan­
châtres en dessous, dentelées au-dessus de la base, légèrement arrondies au
sommet cl quelquefois à la base, brièvement pétiolées, glabres; stipules 2,
sétacées, en forme d’alène. Fleurs à pétales jaunes, quelquefois tachetés de
noir à la base; à 1intérieur, le plus souvent solitaires, portées sur des pédon­
cules articulés au-dessus du milieu et plus longs que dans toutes les espèces
précédentes ; lobes du calice ovales-ronds, brièvement pointus au sommet,
plus courts que dans les autres espèces. Fruit à 8-12 carpides armés de
2 becs linéaires d'inégale longueur, veloutés à la base. — Abondant dans la
moyenne région; plus rare du côté du littoral : Matouba, Vieux-IIabilants,
Deshaies, etc. jXu 2339.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Balai-dix-heures. — Abondant. Morne-Rouge,
Calebasse, Parnasse, Gros-Morne. N° 864.1
S. rhomhifolia L., variété minor. Yulgo : Balai-dix-heures. — Diffère de
l'espèce-type par ses feuilles constamment plus petites, ses pédoncules plus
courts et les lobes deltoïdes du calice. — .Se rencontre dans le terrains secs el
rocailleux. Vieux-Fort, Trois-Rivières. N° 2340.J
M a r t in iq u e . Yulgo : Balai-dix-heures. — Caravelle, Gros-Morne, Prê­
cheur, Marin (Morne-Gommier). ; X° 863.
S. urens L., S. vertieillala Cav.; Sida à poils brûlants. Yulgo : Ortie-long.
Cav. Diss., t. 2, f. 1 ; t. 1, f. 12. — Suffrutescent, d abord droit, ensuite
sarmenteux, entièrement couvert de poils plus ou moins urlicanls, mais dont
la piqûre n incommode pas, à branches grêles très cassantes. Feuilles nette­
ment cordiformes, pointues, dentées en scie, dès la base, longuement péliolées. Fleurs axillaires el terminales, brièvement pédonculées, réunies par 2-5 ;
pétales jaunes, habituellement munis d'une tache rouge, à la base, tube du
calice à 5 angles saillants, lobes deltoïdes, poilus, dépassant le fruit. Fruit
à 5 carpides ruguleux, munis de 1-2 becs. — Peu abondant. Çà et là dans les
lisières et les broussailles du littoral. Environs de la Basse-Terre, Le Baillif,
Capesterre (Guadeloupe), Marie-Galante, etc. N° 2336.1
Drtss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

�66

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

M artinique. \ ulgo : Ortie razier. — Peu abondant. \ auclin, Sainte-Anne.
Nu' 866, 807.
S. uhuifolia Cav., S. truncala LTIéril.; Sida à feuilles d’orme. Yulgo :
Balai-cinq-heures. Gav. Diss., t. 2, f. 4. — Suffrutescenl ou frutescent, droit
ou sarmenleux, haut de 80 cm.-l m. 50. Tiges et pétioles munis de poils
simples. Feuilles larges, cordiformes, terminées en pointe effilée, finement
duvetées et blanchâtres en dessous, crénelées-serrelées. Fleurs d'un jaune
terne, axillaires et terminales, solitaires ou réunies par deux, dont une portée
sur un pédoncule plus long; pédoncules longs, articulés au-dessus du milieu ;
tube du calice à 5 angles, lobes deltoïdes plus courts que la (leur. Fruit à
5 carpides surmontés de 2 arêtes courtes. — Assez rare. Dans les haies et
savanes broussailleuses de la basse région : Le Baillif, Vieux-Fort, Moule,
Grands-Fonds du Gozier et du Mornc-à-l'Eau. [X° 2337.]
Ne se rencontre pas à la Martinique.
S. argtila Sw. ; Sida à feuilles effilées. Yulgo : Balai-deux-heures. — Suffrulescent et plus souvent frutescent, glabre, à lige d'abord droite, ensuite
plus ou moins sarmenleuse, très grêle, verte, légèrement pubescente dans le
haut. Feuilles très vertes, cordiformes, efl'décs en longue pointe aiguë, irré­
gulièrement et doublement crénelées-serrelées ; stipules courtes, séliformes.
Fleurs axillaires et terminales, solitaires ou réunies par trois, portées sur des
pédoncules issus directement de l'aisselle des feuilles, ou de Faisselle de
bractées courtes et minces; pédoncules courts, articulés au-dessus du milieu,
duvetés; calice très glabre, tube à 5 angles, lobes deltoïdes, plus courts que
les pétales jaunes. — Peu abondant. Çà et là dans les broussailles, sur les
côtes sèches du Baillif, des Yieux-llabilanlsel de la Pointe-Noire. [N° 2335.]
M a r t in iq u e . — Assez rare. Boulevard de Saint-Pierre, Marin (MorneGommier), Case-Pilote. N° 868.]
Ce Sida, que Grisebach Flora of the Brilish West Indian Islands, page 75)
admet comme synonyme du précédent, forme une espèce nettement distincte
par son port, sa couleur, la forme et la longueur des branches, la forme des
feuilles et surtout par l'absence de poils.
S. pyramidala Caw, Sida dumosa Sw. ; Sida à fleurs en grappes pyrami­
dales. Cav. Diss., t. 1, f. 12 ; l. H)4, f. 1. — Arbrisseau ornemental, haut de
1 m. 50 à 2 m. 50, droit, nu dans le bas et glabre, branchu par le haut et
finement pubescenl. Feuilles larges, à pétiole presque aussi long que le limbe,
penchées dans la journée, cordiformes ou souvent presque tronquées à la
base, pubescenles en dessous, quelquefois presque 5-lobées, dentelées en scie,
brusquement pointues au sommet. Fleurs en panicules avec des branches
primaires en grappes, les secondaires en petites cymes; tube du calice cylin­
drique, lobes du calice deltoïdes, pubescenls ; pétales jaune-brun, munis à la
base, à l intéricur, de taches noir-brun ; carpides 5, surmontés de 2 becs

67
courls. — Peu répandu. Environs de Saint-Pierre (Trou-Vaillant, TroisMALVACKES

Ponts). [X" 856.] — Ne se trouve pas à la Guadeloupe.
S. cordifolia L. ; Sida à feuilles en coeur. Yulgo : Balai-poilu. Cav. Diss.,
I. 3, f. 2, 3,6, 7; SL, t. 136, f. 2; Dill., Eltham., t. 171.
S. multiflora Cav., S. hamulosa Salzm. — Suflrulcscent et quelquefois
frutescent, droit, couverten entierd’un duvet étoilé, serré, fin, blanchâtre, fige
striée. Feuilles cordiformes ou subeordiformes, arrondies au sommet, grossiè­
rement dentées en scie, longuement pétiolécs. Fleurs axillaires et terminales,
solitaires ou ramassées en glomérules; corolle jaune, plus longue que le
calice; tube du calice à 10 angles avec des lobes deltoïdes. — Fruit à 10-12
carpides ruguleux, tronqués et poilus au sommet, surmontés de 2 arêtes
droites. Facile à distinguer de tous ses congénères par son duvet et son calice
à 10 angles. — Vil en société sur les coteaux secs, arides, chauds et grave­
leux. Environs des cimetières de la Basse-Terre, Pointe-Noire, Deshaies,
Désirade, Marie-Galante. [N° 2335.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Balai-savane poilu. — Abondant entre Saint-Pierre et
le Carbel, Prêcheur, Marin (Morne-Gommier). — Fl. surtout pendant
l’hivernage. 1Xos 870 a et /&gt;.]
Abutilon T. (du grec « a » privatif, ne pas, « bous », bœuf, « lilos », diar­
rhée, parce que ces plantes sont un remède contre la diarrhée des bêtes à
cornes.)
A. mdicuni G. Don.; Abutilon de l'Inde. Yulgo : Guimauve. Cav. Diss.,
t. 7, f. 2, 5, 6, 10; t. 128, f. 12; t. 120, f. 1. — Frutescent ou sulfrutesccnt,
très droit, haut de 40-95 cm., très branchu, couvert, dans toutes ses parties,
d'une pubescence courte, line, grise. Feuilles larges, cordiformes, très irrégu­
lièrement et grossièrement dentées, souvent plus ou moins trilobées, poin­
tues au sommet ; pétioles plus longs que les limbes des feuilles. Fleurs
axillaires, solitaires, naissant sur la lige et les rameaux, portées sur des
pédoncules longs et articulés un peu au-dessous de la fleur; corolle jaune ;
calice à 5 lobes ovales, pointus, deux fois plus courts que les pétales. Fruit
volumineux, composé de 18-20 carpides, munis d'une pointe recourbée au
sommet, verruqueux, glabres, contenant habituellement 3 semences noires.
— FL de février en mai. — Peu] répandu. Dans les savanes des environs
du Grand-Bourg, de Marie-Galante. [N° 3642.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Mauve. — Rare. Gà et là autour des maisons des
environs du Marin. ;N° 848.)
A. hirtum G. Don.; Ab. hérissé de poils. Yulgo : Grosse mauve. —Suflrutcsce.nlet frutescent, haut de 60 cm.-l m. 50, très branchu, droit, les pétioles
et le haut de la lige couverts de poils droits, plus ou moins rigides. Feuilles
aussi larges que longues, amples, cordiformes, presque rondes et très

�68

PLANTES 1)E LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

brusquement terminées en une pointe obtuse, subentières ou irrégulièrement
dentées, parfois à 3 lobes peu prononcés, plus ou moins visqueuses, linement duvetées et blanchâtres en dessous, presque glabres en dessus. Fleurs
larges, d'un jaune d'orange; pétales munis d’une large tache noire à la base;
à l'intérieur, axillaires, naissant soit directement à l'aisselle des feuilles de la
tige principale, soit à l'aisselle des feuilles des rameaux, longuement pédonculées ; lobes ducalice, grands, deltoïdes, dépassant le fruit avant sa maturité,
ensuite plus courts que lui ; pédoncule articulé un peu au-dessous de la Heur.
Fruit composé de 25-30 carpidcs veloutés, munis d'une pointe courte et
veloutée; semences brunes légèrement duvetées, armées d'une pointe
courte et rigide. — Celte espèce diffère de la précédente, surtout : par ses
feuilles presques rondes et visqueuses , à l’état vert et exhalant une mauvaise
odeur; par sa couleur vert-jaunâtre; par l’ampleur des (leurs et des fruits;
par ses longs poils. Les Heurs s'ouvrent habituellement dans la soirée, vers
les 3 ou 4 heures. — Peu répandu. Desirade (dans les savanes et autour des
maisons du Bourg); çà et là autour des habitations des environs de la BasseTerre ihabitation l'Espérance). IN0S2789, 3369.
M a r t in iq u e . Yulgo : Mauve-savane. — Rare. Marin, Yauclin (sur les
décombres et autour des maisons). N° 846. i
A. mollissinmm G. Don., Sida mollissinia Cav. ; Ab. à feuilles très molles.
Yulgo : Mauve. — Suffruteseent et frutescent, droit, peu branchu, haut de
1-2 mèt., à feuilles larges, en cœur à la base, effilées en pointe aiguë au
sommet, à tige, pétioles et pédoncules couverts de longs poils. Fleurs grandes,
légèrement jaunâtres. Fruit comme dans le précédent. — Cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre, d'où il s’est répandu dans les environs. |X° 847.
A. crispum G. Don.; Ab. crispé. Cav. Diss., t. 7, f. 2; t. 135, f. 2. Dill.,
Eltham., t. 5; Plurn., t. 25. — Frutescent, sarmenteux, à tige et branches
grêles, très flexibles, légèrement pubescentes. Feuilles petites, en cœur à la
base, pointues au sommet, duvetées et grises en dessous, crénelées. Fleurs
axillaires, solitaires, portées sur des pédoncules filiformes et articulés, audessus du milieu et presque aussi longs que le limbe de la feuille; pétales
blanc-jaunâtre, plus longs que le calice; lobes du calice, ovales, pointus.
Fruit gonflé, vésiculaire, blanc jaunâtre, contenant 10-12 carpidcs, dont
chacun renferme habituellement 3 semences polies et brunes. — Peu abon­
dant. Çà et là dans les endroits secs, rocailleux et chauds de la basse région.
Environs des cimetières delà Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies (Gros-Morne).
[N° 2342.]
M a r tin iq u e . — Assez rare. Boulevard de Saint-Pierre, Prêcheur, SainteAnne. X°852.]
A. striatum Dicks. ; Ab. à fleurs striées. — Arbrisseau élégant et très
ornemental, haut de 2-3 mèt. Feuilles glabres, irrégulièrement dentées, en

MALVACÉES

69

cœur à la base, à 3 lobes pointus. Fleurs grandes, solitaires, renversées,
axillaires, portées sur de longs pédoncules pendants; pétales veinés, d'un
jaune orange; calice à 5 lobes profonds, deltoïdes. — .Ne produit pas de
fruits. — Originaire du Brésil ; cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre et
dans un grand nombre de jardins delà Martinique. [N° 2020.]
A. au ri lu ni Wall. ; Ab. à stipules en forme d’oreille. — Arbrisseau haut de
2-3,u 50, très ornemental, très branchu, à branches d’abord fastigiées,
ensuite infléchies, couvert en son entier d'une pubescence fine et grisâtre, à
l'exception du dessus des feuilles. Feuilles larges, plus ou moins pendantes,
très longuement pétiolées, cordiformes avec un sinus très ouvert, dentelées,
brusquement pointues au sommet. Fleurs en une ample paniculc pyramidale
et allongée, dont les branches sont garnies, à la base, d'une large bractée
cordiforme, laineuse, appliquée contre la lige principale et disparaissant avec
la chute des fleurs; pétales veinés, d’un jaune brun foncé; calice à 5 lobes
deltoïdes, beaucoup plus courts que les pétales. Fruit à 12 carpides, conte­
nant chacun 3 semences pubescentes. — Je ne saurais dire si cette espèce est
indigène ou non : elle existe en abondance dans plusieurs vieux jardins aban­
donnés de la Basse-Terre. — Fl. de décembre en mars. j"N° 2321.
M a r t in iq u e . — Introduit au Jardin botanique, d’où il s'est répandu dans
le pays et se reproduit spontanément. Trois-Ponts, Carbet, Prêcheur,
[N° 851.]
Bastardia Klh. (dédié par Ivunth au botaniste français T. Bastard, qui,
entre autres choses, a écrit : Essai sur la flore du département de Maine-etLoire, 1809.)
B. viscosa Klh. ; Bastardia visqueux. Yulgo : Balai-grand (à la PointeNoire). Cav. Diss., t. 196, f. 1 ; SL, t. 139, f. 4.— Suffruteseent et plus sou­
vent frutescent, haut de 50 cm.-l m. 50, droit, à branches et tige grêles,
allongées, finement pubescent dans le haut de la lige et dans toutes les autres
parties. Feuilles petites, en cœur, pointues, dentelées. Fleurs petites, jaunes,
axillaires, sur des pédoncules presque aussi longs que les pétioles. Fruit
petit, à 5 carpides uniovulés, à déhiscence loculicide ; calice à 5 lobes ovales,
à pointe arrondie ; semences noires et petites. — FL à toutes les saisons
do l’année, mais surtout de février en mai. — Peu répandu. Pointe-Noire,
dans les terrains rocailleux du bord de mer et des environs du bourg.
[N° 3412.]
Ne se trouve pas à la Martinique.
Malachra L. (tiré du grec « malaké », qui désigne une espèce de mauve.)
M. capitata L. ; Malachra à fleurs en têtes. Yulgo : Gombo-savane. — Suffrutescent, très branchu dès la base, haut de 80 cm.-l m. 40, à branches,
jeune lige, pétioles, pédoncules revêtus d’un duvet gris, court, soyeux.

�70

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Feuilles palminerviécs, dentées : les adultes, à 3 lobes peu profonds; les
jeunes, en forme de violon ; stipules 2, séteuses, molles, en forme d'alène.
Fleurs en glomérules axillaires, portées sur des pédoncules tantôt longs,
tantôt courts, renfermant 3-5 fleurs sessiles, entourées de 3 bractées réniformes, cordées à la base et brusquement terminées en pointe, panachées de
vert et de blanc, plus larges que longues et hérissées de poils; corolle jaune,
plus rarement blanche; calice couvert de poils rigides, dressés; lobes effilés.
Fruit à 5 carpides, glabres. — Peu répandu. Moule (quelques pieds sur les
décombres près du cimetière).
M a rt in iq u e . Yulgo : Gombo bâtard. — Peu abondant. Trois-Ilets (dans les
savanes avoisinant l’Anse-à-l'Ane) et aux Anses-d Arlet. [N° 8ô4.j
M. alcifolia Jacq.; M. à feuilles d'Alcea. Yulgo : Gombo bâtard. SI., t. 137,
f. 1 ; Cav. Diss., t. 33, f. 2. — Haut de 60 cm. à 1 m. 80. Annuel ou suffrutescent, à tige striée, grosse. Feuilles palminerviécs : les adultes, â 5 lobes; les
jeunes, à 3, hérissées ou glabres. Fleurs axillaires disséminées tout le long de
la tige et des branches, sessiles ou brièvement pédonculées, ramassées en glomérules entourées de bractées larges, panachées; corolle blanche ou jaune;
tube et lobes du calice hispides. — Abondant dans les endroits humides et
dans les fossés, le long des routes. Yicux-Habitants, la Bouillante, Pigeon.—
Fl. de juillet en janvier. — Dans le pays, on se sert des Ileurs, soit sèches
soit fraîches, en infusion contre la toux et les rhumes. [\° 2330. |
M a r tin iq u e . Yulgo ; Gombo bâtard, gombo-savane. — Assez abondant.
Caravelle, Trinité, Rivière-Salée, Anses d’Arlet. [N° 853.J
M. fasciata Jacq. ; M. à fleurs fasciculées. Yulgo : Gombo bâtard. —
Annuel ou suffrutescent, haut de 90 cm.-l m. 30, branchu, droit ou penché,
à tige épaisse, pouvant atteindre 2 cm. de diamètre; facile à distinguer de
ses congénères par des poils roux ou blanchâtres, luisants, rigides, droits,
presque piquants, qui couvrent tous ses organes. Feuilles dentées : les
adultes, à 5 lobes peu marqués; les moins adultes, à 3 lobes pointus; les
jeunes, ovales ou lancéolées; stipules filiformes, hispides, longs. Fleurs
fasciculées par 2-4, sessiles, axillaires, entourées de bractées beaucoup plus
petites que dans les espèces précédentes, très hispides et accompagnées de
bractées accessoires, filiformes et hispides; corolle jaune ou blanche. Fruit
de 4-5 carpides trigones et tuberculés. — Les feuilles sont employées en
cataplasmes émollients, et les fleurs en infusion contre les rhumes et la toux.
— Abondant dans les endroits humides et aquatiques de la basse région.
Environs de la Basse-Terre, Yieux-Forl, Capesterre, Pigeon. [N° 3368.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Grande-guimauve. — Abondant. Saint-Pierre, Tri­
nité, Caravelle, Matouba. [N° 855.!
Urena L. (du nom Malabar, « urena ».)
U . lohata L., variété americana L. fils; Urena à feuilles lobées. Yulgo :

MALVACÉES

71

Grand-cousin, cousin-rouge. Cav. Diss., t, 185, f. 1; Desc., vol. IY, t. 271,
p. 179; Cav. Diss., t. 183, f. 2; L. 184, f. 1. — Frutescent, ornemental par
ses feuilles et son port, peu branchu, haut de 90 cm.-2 m. 50, à tète penchée.
Feuilles palminerviécs, glabres en dessus, duvetées et grises en dessous,
pourvues à la face supérieure, à la base des nervures, de 2-3 glandes bifides,
cordées à la base, trilobées, à lobes deltoïdes, celui du milieu plus grand
(rarement à 5 lobes, avec des sinus plus ou moins ouverts), grossièrement et
Irès irrégulièrement dentées-sinuées : les supérieures et les jeunes, ovales et
sinuées seulement. Fleurs pourpres, axillaires, presque sessiles et terminales;
lobes du calice alternant avec les 5 segments lancéolés, hispides et striés de
linvolucre. Fruit â 5 carpides indéhiscents, durs, secs, globuleux, hérissés
entièrement de piquants rigides, droits, roux et terminés en hameçon à
double crochet, ce qui fait qu'il s'attache à tout ce qui le louche. — Les
feuilles ont toutes les vertus des plantes émollientes, adoucissantes et
rafraîchissantes : on s'en sert souvent en cataplasme et pour les bains
tièdes. Descourlilz, loco c/7., vante beaucoup l’infusion des fleurs édul­
corées, ou le sirop qu'on en fait contre les différentes maladies aiguës el
inflammatoires; il la recommande en gargarisme contre l'angine, les aphthes
ou excoriations des gencives; en boisson, contre les gastrites, les empoison­
nements par des matières âcres el corrosives, contre le llux du ventre, la
dysenterie el au début du catarrhe pulmonaire ; en lotion, contre les exan­
thèmes aigus, les maladies éruptives, les érysipèles, les pleurésies, l'hépatite.
11 ajoute qu elle procure un grand soulagement dans les néphrites inflamma­
toires ou calculeuses, dans les deux premières périodes du catarrhe vésical,
dans la blennorrhagie et autres maladies des voies urinaires, etc. — Abon­
dant dans les savanes et endroits incultes de la région du littoral et de la
région infra-moyenne. Basse-Terre (Morne-à-Yaches), Monléran, Ducharmois, Vieux-Fort, Capesterre, etc. — Fl. de novembre en mars. — Alt.
0-600 m. [N® 2331.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Grand-mahol-cousin. — Répandu dans toute l'ile.
Saint-Pierre (Boulevard), Carbet, Case-Pilote, Marin, Trinité, etc. — On en
fait usage dans la médecine domestique. [N° 2040.]
U. sinuala L., U. Swartzii Mac!’.; Urena à feuilles sinuées. Yulgo : Cousinpetit. Cav. Diss.,t. 185, f. 2. — Diffère nettement du précédent : par la forme
bien tranchée de ses feuilles â 3-5 lobes, à sinus profonds, larges, arrondis,
dépassant le milieu du limbe, et rappelant la feuille de la vigne; parles
fleurs, habituellement plus grandes, el sa taille moins élevée. — Très orne­
mental. Jouit en tout des mêmes propriétés médicinales que son congé­
nère et s'emploie fréquemment dans le pays. — Mêmes localités, mais plus
abondant, surtout dans la basse région : Basse-Terre (Morne-à-Yaches), Le
Baillif, Trois-Rivières, Deshaies, etc. [N° 2332.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Pelit-mahot-cousin. — Abondant et très répandu dans

�72

PLANTES DK L.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

les parties inférieures de l'ile et sur le bord de mer. Saint-Pierre, Marin,
Prêcheur, elc. X°204l.'
PavoniaCav. dédié par Cavanilles à l’Espagnol Jean Pavon, qui, avec son
compatriote Hip. Ruiz et le Français Dombey, a fait jusqu'à quatre-vingthuit voyages importants à travers le Chili, le Pérou et les pays voisins; il a
écrit avec Ruiz : Floraperuviana el chilensis.)
P. spinifex Cav. ; Pavonia à fruits armés de piquants. Vulgo : Mahot
jaune, coquelicot (au Moule). Cav., I. 43, f. 2, 3. — Arbrisseau ornemental,
haut de 1-2 m. 80, nu dans le bas, médiocrement branchu, glabre. Feuilles
faiblement cordées, pointues au sommet, grossièrement dentées, glabres ou
parsemées de rares poils étoilés : les jeunes, ovales. Fleurs grandes, solitaires,
axillaires, longuement pédonculées; calice entouré de 8 folioles involuorales
poilues, plus longues que les lobes lancéolés du calice et beaucoup plus
courtes que la corolle jaune el large; étamines 10. Fruit à 5 carpides secs,
trigones, glabres, rugueux, armés de 3 arêtes pointues, solides, hérissées de
petits piquants renversés; 2 de ses arêtes, latérales au sommet des bords; la
3e, au milieu du earpide. — Les fleurs sont très émollientes : on les recherche
pour en faire des tisanes contre les inflammations de la gorge et des cata­
plasmes contre les clous, furoncles el abcès. — Assez abondant dans les
environs de la Basse-Terre (ravine de la rivière Billaud, habitation l'Espé­
rance et habitation Xadal), Moule (le long du Canal), Morne-à-l'Eau. Alt.
50-200 met. iX° 2328.
M a r tin iq u e . Vulgo : Mahot jaune. — Assez répandu, sans être abondant.
Trois-Ponts, Parnasse, Marin (Morne-Gommier), Case-Pilote, etc. [X° 843.]
P. racemosa Sav., P. spicata Cav.; Pavonia à fleurs en grappes. Vulgo :
Mahot-mare, sunabao (au Moule). SL, t. 139, f. 2; Caw Diss., t. 140, f. 1;
Desc., vol. VII, t. 525, p. 309. — Arbrisseau droit, haut de 1-3 mèt., à
tige simple, complètement nue dans le bas, peu feuillu par le haut, à racines
fortes et traçantes. Feuilles entières, à peine dentées, en cœur à la base,
pointues au sommet, larges. Fleurs en grappes simples, terminales, allon­
gées, à branches inférieures longuement pédonculées. Feuilles involuorales
6-8, oblongues-lancéolées plus courtes que les lobes ovales et larges du
calice; corolle jaune-orange pâle, peu ouverte; colonne staminifôre renfer­
mée. Fruit à carpides carénés, marginés, glabres, munis de deux petits
becs, terminant la marge. — Vil souvent en société avec les mangliers, dans
les marécages d'eau salée. — Descourtilz met cet arbrisseau dans les
plantes émollientes. Dans le pays on se sert quelquefois des feuilles en
cataplasmes. — Pointe-à-Pitre, Moule, Baie-MahaulL, Lamentin. [X° 2786. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mabot-manglc, gombo-mangle. — Abondant dans les
marécages de la Rivière-Salée, de Ducos, du Robert. X° 841.]

MALVACKKS

73

— Tous les genres de Malvacées cités jusqu'ici ont une écorce très
fibreuse, que les habitants utilisent en beaucoup d'endroits.
P. rosea Schlech., P. nemoralis St. Hil. — Arbrisseau haut de 50-90 cm., à
fleurs roses, à feuilles coriacées, dentées, ovales. — Est cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre, où il se propage spontanément. | Nu 842.]
Abelmoschus L. (de l'arabe « hall) », graine, « el-mosk», musc, parce que
les graines sont musquées.)
A. esculentus \V. ; Ab. cultivé. Vulgo ; Gombo. GaA\ Diss., t. 61, f. 2.
Tuss, FL, I, l. 10; Desc., vol. IV, t. 267, p. 165. Hibiscus L. — Annuel,
droit, ne dépassant guère 2 mèt. d’élévation. Tige épaisse, forte, poilue dans
le haut. Feuilles larges, à 5 lobes irrégulèremcnl dentées; corolle large,
jaune, munie d’une tache large, noire au fond, à l'intérieur ; calice spathacé,
enveloppant, en partie, la base de la corolle, entouré de 9-12 folioles involucrales lancéolées-linéaires, caduques, ciliées. Fruit tantôt allongé, oblonglancéolé, tantôt court el ovale, selon la variété, s'ouvrant par déhiscence
loculieide en 5 loges mulliovulées. — A été porté des Indes Orientales en
Égypte et est maintenant cultivé comme plante alimentaire dans le monde
entier. — FL habituellement de juin en septembre. — Les fruits encore
jeunes et tendres sont très appréciés pour la table : on les mange cuits,
assaisonnés avec de l’huile et du vinaigre. La décoction des graines est
emplovée comme diurétique : on se sert des feuilles et des graines en tisane
ou en lavement contre la dysenterie ; les graines entrent dans la composition
du nafé d’Arabie. N° 2785.1
MAHTiNiQUE. Vulgo : Gombo — Dans toute l’ile. [N° 2021.]
A. moschatus Midi.; A. musqué. Vulgo : Gombo musqué. Cav. Diss.,
t. 62, f. 2; Desc., vol. V, t. 361. Hibiscus L. — Annuel, droit, de hauteur
variable, mais ne dépassant pas 1 m. d’élévation, à lige, feuilles, pétioles et
pédoncules hispides. Feuilles larges, grossièrement et irrégulièrement dentées
en scie : les jeunes, haslées avec des lobes accessoires; les adultes, à 5 lobes
deltoïdes, dont celui du milieu plus grand. Fleurs comme dans le précédent,
mais plus grandes ou plus ouvertes. Fruit hispide, ovoïde-pyramidal, à 5
loges s’ouvrant par déhiscence loculieide. — Originaire de l’Egypte et de
l’Arabie, naturalisé et cultivé dans toutes les Antilles; se rencontre assez sou­
vent à l’état sauvage. — Descourtilz range cette plante dans la classe
des antispasmodiques aromatiques et en vante ses propriétés médicinales.
Dans le pays elle n’est pas employée souvent. — Ravine-Chaude, SainteRose, Baie-Mahault. [X° 2784. ]
M a r t in iq u e . Vulgo ; Gombo musqué. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe.
— Beaucoup de petits propriétaires le cultivent pour vendre les graines aux
pharmaciens. — Hauteurs du Lamentin, Ducos, Gros-Morne, etc. [X° 121.]
N ota .

�74

PLANTES DE I,A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Hibiscus L. (du grec « biscos », Diosc., III, 163 ; Plin., \ I \ , 27 ; XX, I 1,
qui est 1Althaea officiiuilis. composé de « ibis », oiseau sacré des anciens
Egyptiens, et « skcin », être semblable, c'est-à-dire plante consacrée à Ibis.)
H. sororius E. ; Hibiscus à fleurs jumelles. Vulgo : Liane de framboisin. —
Arbrisseau haut de I ni. 80 à 2 met., droit ou plus ou moins infléchi, à
racines longues, traçantes, glabre et à lige nue dans le bas, peu feuillu ; le
haut de la lige, pétioles, pédoncules et le dessous des feuilles couverts d'un
duvet roussâtre et rude. Feuilles larges, en cœur, crénelées-dentées, arron­
dies au sommet, longuement pétiolées. Fleurs grandes, à corolle rose, axil­
laires, portées sur de longs pédoncules articulés presque au milieu, le plus
souvent réunies par 2; calice ventru, à 5 lobes ovales et larges, deux fois
plus courts que la corolle ; folioles involucrales 7-8, deux fois plus courtes que
le calice, élargies au sommet en un limbe réniforme, caractère qui le distingue
facilement de ses congénères. Fruit capsulaire, poilu, ovoïde-globulcux, ren­
fermé dans les lobes du calice, à 5 loges multiovulées et à déhiscence loeulicide ; semences brunes, légèrement muriquées. Les fleurs s'ouvrent de bonne
heure le matin et se ferment vers 2 ou 8 heures du soir. — Peu répandu ; assez
abondant dans les herbes de l’étang du Cocoyer, près de l'usine de Duchassaing (Moule), j X° 3495.]
N'existe pas à la Martinique.
H. bifurcalus Cav. ; H. bifurqué. Vulgo : Gombo-de-nuit. Cav. Diss., t. 51,
f. 1. — Vivace, sarmenteux , très ornemental, haut de 2-4 met , à tige et
pétioles munis de petits piquants nombreux recourbés. Feuilles longuement
pétiolées. en cœur, à 3-5 lobes profonds, elliptiques, irrégulièrement dentés.
Fleurs très grandes, d'abord rose pourpre, ensuite rose tendre, axillaires cl
solitaires; pédoncules muriqués, poilus, assez courts, rigides, articulés au
milieu; calice à 5 lobes ovales, acuminés, glandulifères, hispides, i à G fois
plus courts que la corolle ; folioles involucrales distinctes, au nombre de 1012 bifurquées au sommet, tantôt un peu plus courtes, tantôt un peu plus
longues que les lobes du calice. Capsule ovoïde, poilue, aussi longue que le
calice; semences glabres, muriquées. — Fl. de mai en janvier. — Assez abon­
dant dans les endroits marécageux situés entre le bourg de la Baie-Mahault
et l'habitation La J aille ; çà et là le long de la rivière de la Capcstcrrc (Gua­
deloupe). [N” 2780].
M a rt in iq u e . Vulgo : Gombo-rivière. — Assez rare. Rivière-Salée (le long
du canal, près du bourg; çà et là dans les endroits marécageux entre la
Rivière-Salée et les Trois-Ilets. Dans ces endroits on le cultive quelque­
fois dans les jardins à cause de la beauté de ses fleurs. 1N° 844.]
H. Iulipiflorus Hook.; Hib. à fleurs de tulipe. Vulgo : Gombo-grandsbois. — Arbre souvent d'assez grande taille, peu élégant, habituellement
peu branchu, nu dans le bas, à écorce grise, à branches divariquées, souvent

MALVACERS

75

horizontales, cassantes, à jeunes branches remplies de moelle blanche;
extrémités des branches, pédoncules, pétioles et le dessous des feuilles cou­
verts d'une sorte de pubescence rude, apprimée, rousse et blanchâtre.
Feuilles très larges, plus larges que longues, arrondies, très irrégulièrement
et grossièrement dentées, ramassées à l'extrémité des branches; pétiole
presque aussi long que le limbe de la feuille. Fleurs grandes, solitaires,
axillaires, habituellement penchées, portées sur de très longs pédoncules ;
corolle laineuse, d'abord blanc pâle, ensuite légèrement jaunâtre; calice à
5 lobes ovales, pointus, parcourus par 3 nervures, deux fois plus courts que
la corolle; involucre de 5-6 folioles, à peu près deux fois plus courtes que le
calice. Fruit grand, velu, aréolé, presque aussi large que long, à 5 ailes, à
loges pluriovulées, déhiscentes ; semences biconvexes, enveloppées de laine
rousse. Les fleurs sont extrêmement émollientes. — Assez abondant dans
les bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Bassin-Bleu et du Hâüt-Matouba.
[N® 2323.]
N’existe pas à la Martinique, mais nous l’avons vu à la Dominique et à
Sainte-Lucie.
H. muiahilis L. ; Ilib. changeant de couleur. Vulgo : Garactère-des-dames,
caractère-dés-hommes. Desc., vol. IV, t. 270, p. 172. — Arbrisseau droit,
haut de 2-5 met., originaire des Indes Orientales; introduit et cultivé çà et
là comme plante d'ornement. Feuilles plus ou moins cordiformes, à 5 lobes
pointus et très inégalement dentés, longuement pétiolées, grises en dessous.
Fleurs très grandes, solitaires, ou en corymbe terminal, remarquables par leur
changement de couleur. Le matin, en s’ouvrant, elles sont blanches; vers
midi, elles deviennent roses, et le soir, avant de se flétrir, elles prennent une
teinte pourpre. Du reste, tous les Hibiscus du pays changent plus ou
moins de couleur. — Descourtilz place cet arbrisseau dans les béchiques
adoucissants, et recommande les tisanes faites avec ses feuilles contre la toux.
Dans les endroits où cette plante existe, on se sert des feuilles et des fleurs
qu'on fait bouillir avec des feuilles de l’herbe-à-charpentier et de la verveine
queue-de-rat pour préparer des cataplasmes émollients. — Rare. Dans
quelques jardins d'amateurs de plantes. Capesterre (Guadeloupe), TroisRivière. — Fl. en tout temps. (N° 3496.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Garactère-des-dames. — Au Jardin botanique et dans
beaucoup d’autres localités. Saint-Pierre, Camp-Balala. .Y12086.]
H. rosa-sinensis L. ; Ilib., rose de Chine. Vulgo : Rose de Cayenne. Cav.
Diss., I. 67, f. 2. — Arbrisseau ornemental, droit, à branches allongées,
devenant presque sarmenteuses, originaire des Indes Orientales. Feuilles
ovales, grossièrement dentées; remarquable par ses grandes fleurs rouges
devenant plus ou moins pourpres avant de se flétrir. — Abondant. — On en
fait souvent des haies, qui, sous l'influence de la taille, deviennent tort

�76

PLANTES DF LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

belles et solides. On cultive dans les jardins plusieurs belles variétés à fleurs
blanches, à fleurs jaunes doubles, etc. — Fes feuilles et les fleurs sont mucilagineuses et émollientes. — Basse-Terre, Camp-Jacob, Gourbeyre, Pointe-àPitre, etc. [X° *2325.]
M a r tin iq u e . Vulgo : Rose de Cayenne. — Abondant, avec les variétés cidessus indiquées. X° 2089.]
H. phoeniceus Jacq. ; llib. à fleurs rouges. Cav. Diss., t. 07, f. 3; Desc.,
vol. VI, f. 382. — Arbrisseau très ornemental, haut de 1 50-3 met., à
branches allongées, minces, flexibles et penchées, à feuilles petites, deltoïdes,
grossièrement dentées-crénelées, à fleurs rouge-cinabre-violacé. — Originaire
de la Jamaïque et de Saint-Domingue. Cultivé dans beaucoup de jardins, où
il fleurit abondamment à toutes les saisons de l'année. Basse-Terre, CampJacob, Pointe-à-Pitre, Moule. [X° 3209.]
M a rt in iq u e . — Jardins de Saint-Pierre, du Prêcheur, du Fond-Coré, etc.
[N° 2088.]
H. surratensis L. ; llib. de Surrate. — Annuel, d'abord droit, ensuite pen­
ché, haut de 70 cm.-l m. 40 ; remarquable : par ses feuilles ressemblant à
celles du chanvre; par sa tige, ses pétioles et ses pédoncules armés de petits
piquants recourbés; par ses larges fleurs d'un noir pourpre-violacé très riche,
à calice à 5 segments ovales-lancéolés, très effilés, ligneux, munis de
piquants sur les bords et sur la nervure du milieu ; par ses 6-9 folioles involucrales distinctes, linéaires-lancéolées, poilues et longuement bifurquées au
sommet; par son fruit ovoïde, hérissé de poils, renfermé parles segments du
calice. — Originaire de l'Mindoustan anglais, naturalisé au Camp-Jacob; se
cultive aussi au Jardin botanique et dans beaucoup d'autres jardins. — Fl.
d'octobre en février. (Xos 2326, 2781.]
M a r tin iq u e . — Introduit et cultivé au Jardin botanique, d'oii il s'est
répandu dans les environs cl pousse spontanément. X° 849.
H. Boryanus Desc.; Hib. de Bory. — Arbrisseau glabre, touffu, haut de
2-4 mèt.; à branches divariquées ; à feuilles coriaces, ovales, grossièrement
dentées au-dessus de la base; à fleurs larges, rouges, à calice à 5 lobes pro­
fonds, deltoïdes, moitié plus courts que la corolle; à fruit à 4 loges, renfermé
par les lobes du calice ; à semences brunes, velues. — Cultivé dans un grand
nombre de jardins comme plante d’ornement. Camp-Jacob, Basse-Terre,
Gourbeyre, Pointe-à-Pitre. [X° 2327.]
M a r t i n i q u e . — Cultivé au Jardin botanique et dans les jardins de la ville
de Saint-Pierre, de Fort-de-France, du Prêcheur, etc. X° 2083.]
H . laoateroides Monc. ; llib. ressemblant au Lavatera.— Arbrisseau orne­
mental, haut de 1-2 m. 50. Écorce grise, branches flexibles, plus ou moins
pendantes; jeunes liges,branches, pédoncules, pétioles, calices avec calicules,

MALVACKES

77

cl le dessous des feuilles couvert d’un duvet lin et gris. Feuilles presque
glabres en dessus, d'un vert très clair, cordiformes, à 3-5 lobes peu marqués
et très irrégulièrement dentés ; corolle large, légèrement pourprée, poilue en
dehors; pétales striés; calice un peu plus court que la corolle; à 5 lobes pro­
fonds, deltoïdes ; feuilles involucrales 8, obovales, deux fois plus courtes que
le calice; pédoncules articulés au-dessus du milieu, fruit renfermé dans
les lobes du calice, à 5 loges; semences petites, entourées de coton gris. —
Cultivé dans les jardins : Basse-Terre, Pointe-à-Pitre, etc. [X° 2324.
M a r t in iq u e . — Cultivé au Jardin botanique, d'où il s'est répandu dans le
pays et s'est naturalisé. Saint-Pierre, Morne-Rouge, Fort-de-France, etc.
[N° 166.]
H. cannabinus L.; Hib. tenant de la nature du chanvre. Vulgo : Groseille,
Gombo-chanvre. — Annuel, très ornemental, haut de 80 cm.-l m. 40, très
droit, à tige grosse, remplie de moelle. Feuilles ressemblant à celles du
chanvre, dentées en scie, à dents placées à distance et aiguës, à 3-7 segments
dont 3-5 très profonds, les 2 latéraux plus courts; pétiole long, souvent
deux fois plus long que le limbe de la feuille. Fleurs axillaires et terminales,
grandes, à pétales jaunes parcourus de veines noires allant en zigzag; calice
gris, 5-6 fois plus court que la corolle, muni de glandes surmontées d’un poil
rigide, à 5 lobes terminés par une pointe effilée, rigide et hispide; folioles invo­
lucrales linéaires, aussi longues que le tube du calice. — Cultivé çà et là
autour des habitations, à cause de scs libres, qui sont très tenaces, et de ses
fruits, avec lesquels, après qu'on en a retiré les graines, on fait des confi­
tures et du vin, connu sous le nom do vin de groseille. — Capesterre (Gua­
deloupe), Trois-Rivières, Grands-Fonds du Moule, etc. XIJ 783.
M a r t in iq u e . Vulgo : Groseille. — Autour des habitations. Gros-Morne,
Grand'Anse, Trinité. Xu 2085.] (Spécimen imparfait.)
H. sahdarifa L. (nom de la plante en langue turque); Vulgo : Oseille de
Guinée. Desc., vol. I, t. 31. — Annuel, à tige sulfrutescente, haute de 90 cm.2 mèt., branchuedaus le haut, entièrement glabre. Feuilles larges, noirâtres,
dentées en scie au-dessus delà base : les adultes, à 3 lobes elliptiques, poin­
tus, celui du milieu beaucoup plus grand; les jeunes, elliptiques, pointues;
pétioles noirs, à la base du limbe. Fleurs axillaires; corolle grande, jaune, en
clochette, veinée de lignes noires allant en zigzag; calice d'un tiers plus
court que la corolle, à 5 lobes très allongés, lancéolés, veinés de noir; calicule
à 8-10 folioles lancéolées-linéaires, plus courtes que le calice. Fruit grand, à
5 loges, à déhiscence ioculicide, renfermé par les lobes du calice; semences
brunes, pubescentes. — Après la chute de la corolle, les enveloppes florales
s’épaississent, deviennent charnues et succulentes; le suc qu elles contiennent
est acide, très agréable etrafraîchissant : on en prépare des confitures exquises
et un vin délicieux qu’on appelle vin d'oseille. — Plus abondant que le pré-

�78

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

cèdent. Basse-Terre, Gourbevre, Lamentin, Gapcsterre (habitation Longmont ï, etc. N° 2782.
M a r t in iq u e . Yulgo : Grand-oseille, oseille de Guinée, groseille de Guinée.
— Assez répandu dans l'ile. Prêcheur, Carbel, Gros-Moine, i N° 2084. i Plante
introduite de la cote occidentale d'Afrique, par la culture, dans les deux îles.
H. Cooperi Hort. — Arbrisseau touffu, haut de 2-4 mèt., originaire de la
Nouvelle-Hollande; introduit par M. Bélanger au Jardin botanique de SaintPierre en 1880; remarquable : par ses larges Heurs à pétales roses, avec une
tache rouge cramoisi au fond; par ses feuilles, panachées de blanc, de vert
foncé et de vert tendre. — S'est répandu à la Martinique dans tous les jar­
dins ’N°35], de même qu'à la Guadeloupe, Basse-Terre, Camp-Jacob, Pointeà-Pitre, etc. N° 3676. !
H. vitifoliiis L.; Hib. à feuilles de vigne. — Petit arbrisseau à branches
llexiblcs, penchées, à fleurs jaunes, grandes, avec des taches noires au fond.
N" 848. . — Originaire des Indes Orientales.
H. Lampas Cav. — Originaire des îles Philippines. [N° 2087.] — L'espèce
précédente et celle-ci sont cultivées au Jardin botanique de Saint-Pierre, où
elles poussent spontanément.
H. schizopelalus Mort. — Espèce très remarquable par ses fleurs pen­
dantes suspendues à un long pédoncule, à pétales pcnnilobés ou pennifides.
— A été introduit, il y a quelques années, par M. Hip. Clayssen, maire de
Gourbevre, grand amateur de plantes; il s'esl répandu promptement et fait
l'ornement des jardins. Basse-Terre, Camp-Jacob, Pointe-à-Pitre, etc.
N° 3687.]
Gossypium L. du latin « gossum », enflure, goitre, allusion à la capsule
bourrée de colon; la racine du mot vient probablement de l'arabe « go/. »,
substance soyeuse.)
G. arborescens L. ; G. arborescent. Yulgo : Cotonnier. — Arbrisseau plus
ou moins tortueux, ne dépassant guère 4 mèt. en hauteur. — Se cultive en
grand à la Désirade, aux Saintes, et çà et là à la Guadeloupe, seulement pour
les besoins domestiques. — Fl. de novembre en mars. — On rencontre plu­
sieurs variétés, dont les principales sont : le gros coton, le colon fin et le colon
soie; botaniquement parlant, ils ne diffèrent pas assez pour en faire des
espèces distinctes N" 3267 , gros colon, et .Y'3364 jcolon fin.
M a r t in iq u e . Yulgo : Colon ordinaire, colon Pierre, pet it coton. — Ses
racines râpées entrent dans les remèdes contre la morsure du serpent ; prises
en tisane, elles sont employées contre l'oppression, et les feuilles en décoc­
tion contre la diarrhée; dans quelques endroits on donne les graines en
décoction aux nourrices dont le lait tarit : on se sert du coton pour l’appli­
quer contre les brûlures.

MALVACKBS

79

Paritium S1. Hil. (de « parita », nom malabar de la plante.)
P. liliaceuin Ad. Juss., Hibiscus arboreus Desc. ; P. tenant de la nature du
tilleul. Yulgo : Màhot-gombo (au Camp-Jacob), bois-flot (ailleurs). Cav.
l)iss., t. 155, f. 1; SL, l. 134, f. 2; Desc., vol. II, t. 148, p. 327. — Arbris­
seau ou petit arbre, droit ou tortueux, haut de 3-5 mèt., à écorce grise-blauchâlre, très fibreuse, à jeunes branches et tige couvertes d’un duvet fin et
blanc. Feuilles larges, aussi larges et souvent plus larges que longues,
coriaces, entières, presque rondes, en cœur à la base, brusquement termi­
nées en pointe, garnies en dessous d’un duvet fin argenté, avec des nervures
très saillantes; stipules 2, grandes, caduques, lancéolées, tronquées à la base,
arrondies au sommet, couvertes d’un duvet farineux. Fleurs axillaires et
terminales, brièvement pédonculées; corolle jaune, grande, passant au
pourpre pâle avant de se faner; calice deux fois plus court que la corolle,
blanchâtre, à 5 segments allongés, deltoïdes, carénés au milieu, pointus;
involuere à 10 dents pointues, blanchâtres,plus court que le calice. Fruit ovoïdearrondi, pubescent, quinqueloculairc à déhiscence loculicide; style épaissi
au sommet ; stigmates 5, élargis ; semences glabres. — L'écorce de celjarbuste
se détache très facilement : on en fait des cordes solides. — Descourlilz
met cette plante dans les purgatives hépatiques et dit que les fleurs
sont émollientes et purgatives, cpie l'infusion faite avec la racine et les
feuilles a des vertus sudorifiques, apaise la douleur des ophtalmies violentes
offrant des symptômes inflammatoires, etc. A la Guadeloupe, dans les endroits
où celte plante existe, on se sert de l’eau tiède, dans laquelle on a macéré
des fleurs, contre les maladies d’yeux. — FL presque toute l'année, mais
surtout de novembre en mars. — Peu répandu. Gourbevre (Yal Canard);
Houëlmonl (batterie), Camp-Jacob (rivière Noire.) [N° 2329.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mahot-franc, bois-de-liège. — Les pêcheurs se servent
de son bois blanc, léger et poreux, pour faire flotter leurs seines. — Assez
abondant : Parnasse (habitation Litté), Ducos, Lamentin, Marin (MorneGommier), Sainte-Luce, etc. I(NOS2022, 2023.]
Thespesia Corr. (du grec « thesbesios », divin, parce qu'on plante cet arbre
dans les Indes Orientales autour des temples.)
T. populnea Corr.; T. qui tient de la nature du peuplier. Yulgo : Catalpa.
Cav. Diss., t. 50, f. 1. — Petit arbre, très touffu, à fronde arrondie, haut de
4-6 mèt. Feuilles très vertes, luisantes, fermes, presque coriaces, en cœur à
la base, deltoïdes et pointues. Fleurs axillaires, jaunes, munies d'une tache
noire au fond, ressemblant à celles du Gombo, mais plus petites; calice tron­
qué ou avec 5 petites dents, cupuliforme, entouré de 3 folioles involucrales
disparaissant de bonne heure. Fruit globuleux, vert, à peu près de la forme
et de la grosseur d'une nèfle de France, à 5 loges indéhiscentes, multiovulées ; péricarpe de la consistance du cuir; semences trigones, obovales,

�80

PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

striées, poilues cl anguleuses à la base. — Le bois est dur et sert pour la
menuiserie et les travaux de tour; l'eau dans laquelle on a macéré des feuilles
est employée en lavement contre les hémorrhoïdes. — Très répandu. Abon­
dant sur les plages sablonneuses du bord de mer : Désirade, Marie-Galante,
les Saintes, Sainte-Anne, Sénégambie, Indes Orientales, etc. [N° ‘2779.
M a rtin iq u e . Yulgo : Caltappa. — Abondant. Trinité, Caravelle, SainteAnne, Yauclin. \° 2024.]
De celle famille on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans
d'autres jardins le Goethea stricliflora Nees. cl Mari. — Petit arbrisseau
droit, haut de 80 cin.-l ni. 20, originaire du Brésil; remarquable par ses
tleurs caulinaires garnissant toute la longueur de la lige.
VINGT-DEUXIÈME FAMILLE. —

BOMBACÉES.

Pachira (nom qu'on lui donne à la Guyane).
P. aquatica Aubl., Carolinea princeps L. fils, P. grandiflora Tuss.,FL, 1Y,
t. 3 et 4; P. aquatique. Yulgo : Cacao sauvage. — Grand bel arbre, à
branches cassantes. Feuilles larges, glabres, palmées, composées de 5-7
folioles obovales-oblongues, presque sessiles, glauques en dessous. Fleurs
axillaires, à corolle longue de 25-30 cm., à 5 pétales d'un rouge de feu, duve­
tés, en forme de lanières; étamines rouge foncé, très nombreuses, d'abord
monadelphes sur une longueur de 5-6 cm., se divisant ensuite en 12-16 fais­
ceaux monadelphes, qui à leur tour se subdivisent en faisceaux plus petits;
calice tronqué, cupuliforme, couvert d'un duvet roux noir. Fruit capsulaire,
de la forme et de la grosseur de celui du cacao, sauf les sillons, noir, duveté, à
5 loges multiovulées, s'ouvrant par déhiscence loculicide; semences ovoïdes,
anguleuses, brunes en dehors, blanches en dedans : elles se mangent crues
ou cuites sous le nom de châtaignes. — Fl. en février et mars; fruits mûrs
en juillet-août. — Çà et là dans la région inférieure et moyenne : Bagatelle,
Basse-Terre cour du Gouvernement , Camp-Jacob, etc. iX° 3068.1
M a r tin iq u e . Yulgo : Châtaignier. — Introduit de Cayenne, cultivé au
Jardin botanique, d'où il s'est répandu dans le pays. [N° 2043.]
Eriodendron Dese. (formé de deux mots grecs, qui signifient « laine » et
« arbre », allusion à la soie qui enveloppe les graines.)
E. anfractnosum Besc., Bombax Ceiba L.; Eridendre anfractueux. Yulgo :
Fromager. Cav. Diss., t. 151 ; Desc., vol. IV, t. 247, p. 64. — Arbre gigan­
tesque, le plus grand des Antilles, à tronc armé de piquants, surtout quand il
est jeune, souvent ventru, à branches horizontalement et irrégulièrement

81
disposées. Feuilles palmées, à 5-7 folioles lancéolées ou oblengues-lan'céolées,
brièvement pétiolées, entières. Fleurs axillaires, fasciculées, ramassées à
l'extrémité des branches, très nombreuses, pédonculées, corolle à 5 pétales
cohérents à la base, couverts d’un duvet luisant, argenté en dehors; calice
près de deux fois plus courts que la corolle, muni de 5 dents arrondies; éta­
mines 5, subulées exserles, unies Ma base, portant chacune 2-3 anthères uni­
loculaires, formant ensemble un petit globule anfractueux; style élargi au
sommet ; stigmate capilé. Fruit de la forme d'un petit concombre, rétréci à
la base, à 5 loges multiovulées à déhiscence loculicide; semences nom­
breuses, ovoïdes, pointues, de la grosseur d'un pois, enveloppées d'un duvet
long, brun, cotonneux. — Fl. en janvier et février; fruits mûrs en avril, mai.
— Perd les feuilles tous les ans à l'époque de la floraison. — Le bois est mou et
ne peut servir pour la construction. Les pauvres utilisent quelquefois le cotou
pour faire des matelas, oreillers, etc. Les fleurs sèches exhalent une très
agréable odeur : vertes ou sèches, elles ont toutes les propriétés émollientes
des Malvacées. Selon Descourtilz, qui range cet arbre dans la catégorie des
plantes diurétiques, adoucissantes, la racine est apérilive et s’emploie avecsuccès dans les cas d’ascite ou d’hydropisie du ventre et cl’anasarque ou
d'hydropisie qui envahit les chairs: l'écorce de la racine serait vomi­
tive et son suc, joint à la pulpe de tamarin, provoquerait l’émission des
urines et des déjections alvines. .le n’ai pas entendu dire qu’on se serve sou­
vent de cette plante dans le pays. — Assez abondant dans les bois de la
moyenne et surtout de la basse région : Basse-Terre, Le Baillif, Moule,
Morne-à-lHau, etc. N° 2322.
M a r t in iq u e . Yulgo : Fromager. — Basse et moyenne région : Carbel,
Prêcheur, etc. X° 2029.1
Ochroma Snv. (du grec « ochroma », pâleur, à cause de la couleur pâle de
ses fleurs.)
0. Lagopns Sw. ; O. à fruits en patte de lièvre. Yulgo : Pripri, fromagermapou, bois-llol. Cav. Diss., t. 153. — Le plus souvent, arbre de taille
moyenne, à branches horizontales et souvent inclinées, très cassantes. Feuilles
très larges, un peu plus larges que longues, palminerviées, en cœur à la hase,
très grossièrement den tées, à 3 lobes peu marqués ou à 3 angles, couvertes en
dessous d’un duvet roux, glabres en dessus. Fleurs de 13-14 cm. de long, termi­
nales; corolle jaune pâle, à 5 pétales obovales, pubescenls en dehors, épais
et charnus; calice à 5 lobes imbriqués, pubescenls, dont deux plus courts et
pointus, avec la pointe réfléchie, e! trois autres plus grands, arrondis; éta­
mines en colonne tubuleuse ; anthères nombreuses, linéaires, plissées en zig„
zag, adnéesà 3 masses charnues, contournées en lire-bouchon et terminées par
5-6 segments; stigmates 5, exserts, linéaires, tordus en spirale en un corps
cylindrique pointu ; pédoncule long portant 2-3 bractées caduques. Fruit
rom n ACIîES

Dflss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

6

�82

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

capsulaire long de‘20-23 cm., pourvu de 5 sillons longitudinaux, profonds, à
3 valves nuiltiovulées s ouvrant par déhiscence loculicide: graines très nom­
breuses, arrondies, brunes, entourées d un coton lin, roux pale. — Kl. en
mars et mai: fruits murs en juin et juillet. — L’écorce est très fibreuse et on
en fait des liens très solides. Le bois, à cause de sa légèreté et sa porosité,
est impropre à la construction; les pécheurs coupent les branches en mor­
ceaux et s en servent pour faire Ilot 1er les filets et les seines; le bois, sec et
tendre, sert encore à aiguiser les couteaux et les rasoirs. — Peu abondant.
Çà et là dans les ravines, les savanes et les bois de la basse et de la
movenne région. Camp-Jacob (rivière aux Ecrevisses), Le Baillif (habitation
Sainte-Sophie), Deshaies, etc. N° .'1034.
M a rtin iq u e . Yulgo : palte-de-lièvre, bois-llol, bois-rasoir, bois-de-liège.—
Sert aux mêmes usages qu'à la Guadeloupe. Peu abondant. — Ajoupa-Bouillon, Konds-Saint-Denis, hauteur de la Basse-Pointe. X° 2030.
Myrodia L. (du grec « muron », baume, à cause de l'odeur agréable
qu'exhalent les fleurs et les graines.
M. (urbinala L. ; M. à calice turbiné. Yulgo : Bois-lélé. S\v., /&lt;’/., t. 22,
analys. — Petit arbre droit, à branches divariquées. irrégulièrement
disposées, souvent pendantes, à écorce grise. Feuilles coriaces, ellip­
tiques, entières, ressemblant à celles du cacaoyer, mais de moindre dimen­
sion. Fleurs petites, axillaires et caulinaires, solitaires, fixées tout le long
des branches, exhalant un parfum des plus exquis et qui persiste dans la
plante sèche ; corolle à pétales spalulés, d'abord blancs, ensuite jaunâtres,
pubescents en dehors; calice d'abord ovoïde, ensuite turbiné, se déchirant
irrégulièrement en 4-6 lobes, colonne staminalc longuement exserte, élargie
au sommet en 5 dents, portant 13 anthères sessiles et biloculaires; stigmate
1, capité. Fruit rond comprimé par le haut, indéhiscent, à 1-2 graines, à
péricarpe ligneux. —Fl. de septembre en janvier. — Assez abondant dans les
grands bois humides de la fontaine Absalon. N° 388. — Nous ne l'avons
pas trouvé à la Guadeloupe.
De celte famille, on rencontre çà et là f Adansonia digilala L., originaire
d'Afrique. Yulgo : Baobab, pain de singe1. Basse-Terre, enceinte du YieuxGouvernement, et à la Martinique au Jardin botanique, aux Trois-Ilets
habitation Anse-à-1 Ane, au Robert, etc. N" 1500.
1. Pour les multiples applications des diverses parties de ce végétal à l'alimentation, à

médecine et à lu fabrication detexliles. voir : 1“ L'étude de MM. Heckel et SchlagdcnhautTen sur celte espèce Journal L e s n o u v e a u x r e m è d e s , I8SG . 2" Le travail de M. (ferber sur le genre A d a n s o n i a , dans A n n a l e s d e l I n s t i t u t c o l o n i a l de Marseille, 1N9G. — La
pulpe qui entoure les graines, les feuilles et l'écorce sont des émollients et des rafraîchis­
sants. E. IL

STERCULIACÉES
VINGT-TROISIÈME FAMILLE.

83

-- STERCULIACEES.

Sterculia L. (de « Slerculus », le dieu des latrines et inventeur des engrais ;
de « stercus », excrément, allusion à la mauvaise odeur des fleurs ou des
fruits dans quelques espèces.)
S. caribæa B. Br. et Benn. ; Slcrculier des Caraïbes. Yulgo : Bois-mapou,
baril, mahol-eochon, bois châtaignier-grande-feuille. Ivira Svu. (partim).
— Le plus souvent arbre de taille moyenne, droit, à tronc nu jusqu’à une
grande hauteur, généralement peu branchu. Feuilles ramassées à l’extrémité
des branches, blanchâtres en dessous, longuement péliolées : les jeunes,
ovales-oblongues ou elliptiques, entières; les moins jeunes, à 3 lobes peu
marqués; les adultes, à 3 lobes aigus; pétioles cylindriques élargis et aplatis
au sommet et à la base. Fleurs polygames, apétales, en grappes terminales,
solitaires ou réunies par plusieurs; calice rotacé-campanulé, à 5 segments
profonds, ovales-lancéolés, de couleur de soufre, portant à l’intérieur des
nectaires; tube staminal terminé par 10anthères à loges parallèles, ovaires 5,
distincts, mulliovulés, insérés au sommet du carpophore; stigmate capité,
recourbé, simple. Fruits brièvement slipilés, situés horizontalement, secs,
normalement au nombre de 3 (souvent 1-4 par avortement , semi-elliptiques,
biconvexes, couverts d'une pubescence légère, blanchâtre ou ferrugineuse,
qui disparaît de bonne heure, longs de 7 cm. sur 4 cm. de large, s’ouvrant en
follicule en une valve ligneuse, dont l’intérieur est entièrement garni d'une
couche serrée de poils droits rouge foncé, rigides, légèrement brûlants, qui
disparaissent sous faction de la pluie et du vent; pédoncule commun fort et
gros, de longueur variable; graine habituellement 4-5, légèrement obovales,
de la forme et de la grosseur d'une olive de France , à télé mince, coriace,
très noir, poli, à albumen blanchâtre, charnu, à cotylédons foliacés, à
embryon droit, à radicule opposée au hile. On rencontre indifféremment des
pieds à feuilles entières et à feuilles à 3-5 lobes. — Fl. habituellement deux
fois par an, en octobre et novembre, en avril et mai. — Les graines sont
bonnes à manger et ont le goût de la noisette. Le bois est blanc et tendre et
se fend très facilement; il sert surtout à faire des fonds et des couvercles de
boucauts. — Assez abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du Malouba.
des Trois-Rivières, de la Ravine-Chaude, etc. Alt. 150-1000 mèl.
[N° 2345.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mahol-cochon. — Assez abondant dans les bois de la
Calebasse, de l'Ajoupa-Bouillon, des Fonds-Sainl-Denis, de la fontaine
Absalon et du Camp de l'Alma. — Sert aux mêmes usages qu'à la Guade­
loupe. [N° 2018.J
Le Sterculia coccinea Roxb., assez, grand arbre à fleurs mâles eu chatons
pendants ; est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre. N° 2028.j

�O'

o l

PLANTES DR I.A GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

Le Cola acvminata H. Br. el Bonn, arbre originaire de l'Afrique tropicale;
est cultivé à la Guadeloupe chez plusieurs propriétaires [N° 3680), et à la
Martinique au Jardin botanique, comme dans beaucoup d'autres endroits,
où il lleuril el rapporte des fruits*. — Fl. en mai-juin. X° 2019.]
L Heritiera liHoralis Ait. Yulgo : Mirobolan bâtard, grand bel arbre de
l'Asie tropicale, à lleurs en grappes terminales; se cultive au Jardin bota­
nique de Saint-Pierre; il lleuril en août et septembre. X° 2025.)
VINGT-QUATRIÈME FAMILLE.

BUETTXERIAGEES.

Guazuma L. (nom d'origine mexicaine.)
G. tomentosa Lam., Theobroma Guazuma L. ; (i. à feuilles duvetées. Yulgo ;
Mètre gris. Cav., Icônes, 111, t. 299.— Petit arbre ou arbre de taille
moyenne, fortement branchu. Feuilles distiques, oblongues-lancéolées, plus
ou moins en cœur à la base, acuminées, linemenl dentelées, couvertes d'un
duvet blanchâtre en dessous. Fleurs vert jaunâtre, en cymes axillaires, nom­
breuses ; corolle à 5 pétales en forme de cuiller el terminés par un appendice
linéaire-bilide ; calice à 3 sépales lomenteux, rélléchis dans la Heur ouverte;
étamines monadelphes ; stries 5, contigus. Le fruit est une sorte de noix
subdrupacée, tuberculée, globuleuse, pourpre noir, à 5 loges mulliovulées,
longue de 10-12 mm. sur 7-8 mm. de diam., loges tardivement déhiscentes.
— Fl. de février en avril, et aussi en juin el juillet. — L’écorce fournit
des libres très tenaces : on en fait des cordes très solides; le bois sert pour la
construction. — Çà el là dans la basse el la moyenne région. Camp-Jacob
rivière aux Fcrevisses, Bas-.Matouba, hauteur du Baillif, etc. Xu 3603.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois de l'orme blanc, mahot-baba. — Assez abon­
dant dans la basse et la moyenne région. Boute de Saint-Pierre au MorneBouge, Parnasse, Trois-llets, Basse-Pointe. X° 1.
G. ulmifolia Lam. ;G. à feuilles d'orme. Yulgo : Mètre, bois de hêtre, bois
de hêtre vert, mahot-baba. Tuss., Fl., IV, l. 2 4; Desc., vol. 11, t. 85,
p. 76. — De même taille que le précédent el ressemblant assez bien à Forme
de France. Feuilles oblongues-lancéolées, obliques à la base, glabres des
deux côtés, à l’exception des jeunes qui sont toujours plus ou moins duvetées
I. Ce précieux végétal ci les espèces congénères utilisables ont été longuement étu­
diés par M. Heekel dans un mémoire intitulé Les K o l a s a f r i c a i n s inséré dans les Annales
de l'Institut colonial, 189.3. L'espèce a été introduite et préconisée à la Guadeloupe comme
dans toutes nos colonies françaises par le professeur Heekel : on sait, par ( usage quoti­
dien qui s’en fait dans lEurope entière à celte heure, que la graine de Kola est un des
médicaments les plus reconstituants de l'organisme humain parles principes actifs qu'il
renferme k o l a n i n e , c a f é i n e , I h é o b r o m i n e ) . E. II.)

85
eu dessous. Branches grises : les jeunes, légèrement duvetées. Fleurs comme
dans le précédent. Fruit globuleux, légèrement comprimé au sommet. — Fl.
en mai et juin ; fruits murs en janvier el février. — Le bois est employé poul­
ies constructions à 1intérieur. L'écorce est très fibreuse : ou l’utilise dans les
campagnes; dans la médecine domestique, celle même écorce jouit d’une
grande réputation : on en fait une décoction à laquelle on ajoute du sirop ou
du sucre cl on en prend un petit verre avant chaque repas pour exciter
l'appétit et fortifier les estomacs faibles ou délabrés. Descourtilz, qui
met le bois de Forme dans les stomachiques astringents, dit que l’écorce du
tronc et de la racine contient beaucoup d'acide gallique, qu elle a une
saveur amère, que les fruits donnent un suc sliptique, inodore el mucilagineux, el que la décoction de scs fruits est prise dans les aH’eclions dartreuses et syphilitiques delà peau, etc. — Dans la basse el la moyenne région :
Camp-Jacob, Deshaies, embouchure de la rivière des Pères, etc.
iX° 2668. |
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois de Forme, orme du pays. — Assez abondant. —
On emploie dans les campagnes la décoction de la racine contre la gourme
des chevaux. — ChampHore, Fort-de-France (La Dillon), Fontaine-Didier,
Parnasse. X° 1370.]
Theobroma L. (formé de deux mots grecs, qui signifient « nourriture des
dieux ».
T. Cacao (cacao, mot mexicain). Yulgo : Cacao ou cacaoyer. SL, t. 160 ;
Tuss., FL, I, t. 13; Desc., vol. 1Y, t. 266, p. 147. — Petit arbre touffu,
rameux, à branches étalées, à écorce grise, originaire du Mexique; introduit
par les Français dans les Antilles vers le milieu du xvn1' siècle. Feuilles
oblongues, acuminées au sommet, glabres, entières, alternes, coriaces. Fleurs
solitaires ou fasciculées, caulinaires, situées sur le tronc et les branches,
portées sur des pédoncules grêles et faibles; calice à 5 segments réfléchis, de
couleur rose ou blanche; pétales 5, blancs, à limbe en forme de cuiller, por­
tant, inséré au milieu ou quelquefois à l’extrémité de ce limbe, un appendice
spatulé, verdâtre; tube staminal court, portant 10 étamines, dont 5 stériles,
sessiles, plus longues que l’ovaire, noir pourpré, dressées, effilées, très
pointues, légèrement pubescentes, el 5 fertiles, verdâtres, réfléchies, à peu près
une fois plus courtes que les stériles el alternant avec elles, à filet aplati et
portant 2 anthères biloculaires. Fruit baccien, ovoïde, marqué de 10 sillons
longitudinaux, long de 12-16 cm. sur 6-8 cm. de diam., jaune en dehors, ou
rouge, selon la variété, à 5 loges indéhiscentes, contenant chacune 8-10
graines, orientées dans le sens de la largeur du fruit, nichées dans une pulpe
blanche, quelquefois un peu jaunâtre, acide et très rafraîchissante. Les
graines ressemblent assez, quant à la forme et la grosseur, à la fève des
marais; péricarpe du fruit dur, coriace, épais. — Le cacao constitue une des
BUETTNÉRI ACKKS

�86

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

principales denrées secondaires d'exportation. — Le cacaoyer fleurit presque
toute l'année, mais on ne tait généralement que deux récoltes, la grande et la
petite ; la première a lieu d'octobre en janvier. — On extrait du cacao un
corps gras, solide, appelé beurre de cacao. On torréfie les graines de la même
manière que le cale : on les concasse, on enlève les pellicules et on les fait
bouillir; le beurre qui surnage est recueilli dans des vases : on le laisse
ensuite refroidir. Ce beurre est souvent employé dans le pays contre les brû­
lures, en lavements contre les hémorrhoïdes, en frictions contre les enflures
et les douleurs rhumatismales. Descourlilz, après avoir parlé des vertus
béchiques adoucissantes du cacaoyer, dit que le chocolat est sans contredit
le meilleur des stomachiques, qu'il produit même des miracles, quand il
est bien préparé.
On rencontre principalement trois variétés qui diffèrent entre elles par le
plus ou moins de régularité des sillons, par la forme, la grosseur et par la
couleur extérieure des fruits. X° 2900.
M a rtin iq u e . Vulgo : Cacaoyer; cultivé dans toute l'île. ;X° 2309.]
Herrania albiflora Goudol. Vulgo : Cacao du Pérou; est cultivé au Jardin
botanique, où il fleurit tous les ans, mais ne rapporte pas de fruits.
Melochia L. (du mol arabe « mclochich ».
M. lomentosa L.; M. duveté. Yulgô : Bois-champignon. Cav. Diss., t. 172,
f. 2 ; SL, t. 138, f. 2 et 3. — Arbrisseau élégant, droit, à feuillage gris, haut
de 1 m. 50-2 m. 50. Ecorce noire, fibreuse, jeunes branches duvetées, grises.
Feuilles plissées-veinées, plus ou moins en cœur à la base, ou tronquées,
irrégulièrement crénelées, à pointe arrondie au sommet, couvertes en
dessous d'un duvet soyeux plus ou moins blanc, grises en dessus. Fleurs en
cymes terminales ; calice couvert d'un duvet gris, à 5 lobes profonds, lancéo­
lés, plus courts que la corolle ; corolle violet pâle, à 5 pétales obovales; éta­
mines cohérentes à la base; style 5. Capsule duvetée, ventrue à la base, à
5 loges, à déhiscence loculicide, de forme trapézoïde-pyramidale, à 5 angles,
terminée en pointe. — Vil isolé ou en société sur les coteaux secs, arides et
pierreux près de la mer. Le Baillif, Deshaies, Yieux-Habilanis, MarieGalante. — Fl. de mars en juin. — Alt. 40-150 met. X° 2901.
M a r tin iq u e . Yulgo : Bois champignon. — Abondant sur les coteaux secs
et pierreux, entre le Carbet et Case-Pilote, Caravelle. X° 1300.]
M. pyranudala L. ; M. à fruit pyramidal. Yulgo : Mauve. Cav. Diss.,
t. 171, f. 1 ; SL, t. 139, f. 1. — Suffrutescent, haut de 40 cm.-1 m. 30, à tige
grêle, souvent presque sarmenteuse, à branches inclinées. Feuilles pétiolées,
glabres, oblongues-lancéolées, crénelées-serretées. Fleurs fasciculées, oppo­
sées aux feuilles, à pédoncules presque aussi longs que le pétiole, à corolle
pourpre, plus rarement blanche; lobes du calice lancéolés, acuminés, un peu

87
plus courts que la corolle. Fruit pyramidal, légèrement gonflé, à 5 angles
cuspidés à l'extérieur, près de la base. — Abondant dans les terres cultivées
et le long des roules de la basse région. Environs de la Basse-Terre, Pigeon,
Yieux-Habilanis, Lamentin. [X°2671.]
Xe se trouve pas à la Martinique.
M. nodi/lpra Sw.; M. à fleurs agglomérées aux aisselles. Yulgo : Mauve.
SL, t. 135, f. 2. — Suffrutescent, haut de 80 cm.-1 m.60, droit, glabre, très
vert. Feuilles ovales, pointues au sommet, dentées en scie. Fleurs agglomé­
rées aux aisselles des feuilles ; les unes, sessiles; les autres, brièvement pédonculées, entourées à la base par plusieurs petites bractées vertes et pointues;
corolle lilas, ou blanche rayée de lilas, à 5 pétales spatulés, presque aussi
longs queles étamines et le pistil. Capsule pubeseonte, deux ou trois foisaussi
grande qu'une tète d'épingle; semences très petites. — Peu abondant. Çà et
là dans les haies et les broussailles de la basse région : Basse-Terre iMorneà-Vaches), Yieux-Fort, Le Baillif. Alt. 0-240 mèt. X° 2670.
M a r t in iq u e . Yulgo : Mauve. — Également rare. Marin (environs de la
ville), Saint-Pierre (Boulevard). — FL pendant l'hivernage. |X° 1361.
Waltheria L. (dédié à Auguste-François Wallhcr, professeur à Leipzig, qui,
en 1735, a publié une description détaillée des plantes de son jardin.)
W. americana L. ; W. de l'Amérique. Yulgo : Guimauve. Cav. Diss.,
t. 170, 171. —Suffrutescent, très droit, haut de 50-90cm. ; facile à reconnaître
au duvet épais et gris qui couvre toutes ses parties. Feuilles ovalesoblongues ou oblongues-lancéolées, plissées, crénelées ou dentées. Fleurs
petites, en glomérules larges, axillaires*, tantôt presque sessiles, tantôt longue­
ment pédonculées ; pétales 5, jaunes; calice 5-lide, entouré d'un involucre
latéral ; colonne staminale entière; style simple. Fruit à péricarpe bivalve.—
Yil solitaire ou en société sur les coteaux secs, pierreux, près de la mer : entre
la Basse-Terre et Deshaies, Moule, Désirade, Marie-Galante. X° 266.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mauve-gris. — Carbet quartier Monsieur . Caravelle
Fond-Canonville, etc. [X° 1362.]
W. ylabra Hoir. ; YY. à feuilles glabres. Yulgo : Mahot-noir. — Suffrutescent
ou frutescent, souvent penché au sommet, glabre sur toutes ses parties, haut
de 60 em.-l m. 60, à écorce noirâtre, très fibreuse. Feuilles et glomérules
comme dans le précédent ; colonne staminale divisée en 5 filaments, à partir,
du milieu. — Plante particulière à la Guadeloupe, à Marie-Galante et aux
Saintes. Très abondant : environs de la Basse-Terre (La Pintade), plaine
sablonneuse entre Saint-Louis et le bois de Folle-Anse i Marie-Galante i, etc.
— On en fait de gros balais pour les cours et les écuries. !X° 2269.
De celle famille, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre le
Commersonia echinala Forsl., petit arbre à grandes feuilles duvetées en
nUETTNKlUACKES

�88

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

dessous, à Heurs en larges cymes axillaires, à fruits globuleux, hérissés et
couverts de poils. N° 2023.
Abroma fasluosa Gaerl., arbrisseau des Indes Orientales, à feuilles larges
orbieulaires, à Heurs en cymes terminales. [X°2137. A. ang us fa L., à feuilles
larges, trilobées, il Heurs axillaires, également originaire des Indes Orien­
tales. .V *2030. Astrapæa Wallichii Lind., petit arbre des Indes Orientales,
remarquable par ses larges feuilles duvetées, à fleurs agglomérées en capi­
tules très grands, suspendus à de très longs pédoncules. Kleinhovia hospita
L. Cav. Diss., I. 1-16, petit arbre, originaire de l'Asie tropicale, il Heurs en
larges grappes terminales. Stadmannia auslralis G. Don., petit arbre à feuilles
larges, trilobées, duvetées eu dessous. Dombeya mollis Cav., à feuilles lai­
neuses, trilobées, à fleurs en longues cymes axillaires.
VINGT-CINQUIÈME FAMILLE. ---

TILIACEES.

Triumfetta L. dédié par Linné à Giov. Bapt. Triumfelti, mort en 1707; a
écrit sur la vie des plantes; son frère, Lœlius, était professeur de botanique à
Rome.)
T. Lappula L. (diminutif de « Lappa », bardane, à cause des piquants
crochus qui couvrent le fruit et qui ressemblent aux piquants de linvolucre
de la bardane.) Vulgo : Tête-à-nègre. Desc., vol. II, t. 101, p. 135;
Plum., édit Burin., t. 225. — SufFrutescent et frutescent, liant de 90 cm.1 m. 90, droit, penché aux extrémités, à branches étalées, plus ou moins
horizontalement, pubescentes. Feuilles finement duvetées, surtout en dessous,
de forme variable : les adultes, à 5 lobes avec des sinus profonds et arrondis;
les moins adultes, à 3 lobes; les jeunes et les florales lancéolées, parfois
linéaires, irrégulièrement dentées en scie, dents inférieures du limbe glan­
duleuses ; pétiole pubescent. Fleurs en petites cymes arrondies compo­
sant de longs épis interrompus, qui forment ensemble une longue panicule
entremêlée de feuilles; calice à 5 sépales; étamines 10; pétales nuis, ce qui
distingue facilement cette espèce de la suivante à qui elle ressemble beau­
coup. Le fruit est un akène globuleux garni entièrement de soies courtes et
crochues, ce qui fait qu'il s’attache à tout ce qui le touche. — Ecorce très
fibreuse dont on peut faire des cordes très tenaces. Descourt il/, range
cette plante parmi les stomachiques astringentes. Dans le pays, on se sert
de la racine mucilagineuse, après qu'on l'a laissée séjourner pendant plu­
sieurs heures dans leau froide, en potion rafraîchissante, pour préparer
l'estomac à subir une purgation; la décoction de la racine est également
employée contre la dysenterie. — Fl. vers la fin de l'hivernage et après ectle

Tl LI ACE ES

89

saison; les fleurs ne s'ouvrent habituellement que dans l’après-midi et se
ferment tard dans le soirée. — Vil en société dans les broussailles et endroits
abandonnés ou incultes de la basse et de 1infra-moyenne région : Basse-Terre,
Le Baillif, Y’icux-Habilanls, Trois-Rivières, Lamenlin, etc. N° 1371.
M a rtin iqu e : Vulgo : Mahol-cousin, grand-cousin, hérisson-blanc, cou­
sin-blanc. — Abondant : Saint-Pierre, Prêcheur, Marin, Trinité, etc.
N° 1363.)
T. semilriloba L., T. helerophijlla Sam., T. havanensi.s Kth. ; T. à trois
lobes. Vulgo : Cousin-petit, tète-à-nègre. Desc., vol. Il, t. 102, p. 137. —
Ressemble beaucoup au précédent par la taille et le port, avec lequel on
le confond à première vue; il en diffère par la tige plus noire, scs feuilles
moins duvetées, ses lobes souvent peu marqués, ou s'ils sont nettement
marqués, avec un sinus moins profond, mais surtout par ses .) pétales,
jaune foncé, vif et luisant, et ses étamines au nombre de 15. Mêmes
localités que le précédent, mais plus abondant. Ecorce également fibreuse cl
très tenace. — Avec ses racines, on préparé souvent des tisanes rafraîchis­
santes et antidysentériques. — Environs de la Basse-Terre, embouchure du
Galion Sainte-Rose, Morne-à-l Eau, etc. N " 2902. j
M a r t in iq u e . Vulgo : Potit-mahot-cousin, mahol-cousin-rouge. — Abon­
dant : Saint-Pierre (Boulevard), Prêcheur, Carbet, Case-Pilote, Trinité, etc.
[N° 1364.)
T. (jrandi/ïora Vahl.; T. à grandes fleurs. Vulgo : Grand-cousin-bois.—
Frutescent, extrémités des tiges et des branches frutescentes, haut de
I m. 50-2 m. 80, droit, rarement à branches pendantes ou sarmenteuses,
pubescent dans le haut, écorce noire, très fibreuse. Feuilles larges, large­
ment ovales, pointues au sommet, inégalement dentées en scie. Fleurs én
cymes distancées, pédonculées, formant ensemble une sorte de panicule
dichotome, à branches très écartées et divariquées; calice à 5 sépales lancéolés-linéaires, terminés par deux pointes, dont une courte, émoussée, et
l'autre longue et infléchie; pétales grands, d'un jaune vert et luisant, obovales ; étamines 20; stigmate à 5 branches. Fruit globuleux noir, à piquants
crochus, longs, glabres. — Rare. Çit et là dans les broussailles d'endroits
humides de la moyenne région. Houëlniont, Camp-Jacob rivière aux Ecre­
visses), Matouba. — Fl. vers la lin et après l'hivernage. [N" 2318.
Ne se rencontre pas à la Martinique.
Corchorus L. (du grec « korchoros », dérivé de « kore », nettoyer, purger,
parce que ces plantes ont des vertus purgatives. Ce nom, employé par
Théophraste, correspond à notre Anagallis arvensis L.)
C. siliquosus L. ; C. à siliques nombreuses. V u lg o : Petit-balai. SI., t. 91,
f. 1. — SufFrutescent, haut de 50 cm. à 1 m. 30, à branches et tiges noires,

�90

PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MAUTINIQUE

souvent munies d une ligne pubeseente. Feuilles petites, glabres, pointues,
serretées. Fleurs petites, axillaires, solitaires ou réunies par 2-3; calice à 4-5
sépales linéaires; pétales 4-5, jaunes, obovales ou spatules ; étamines en nombre
indéterminé; siliques longues de 5-7 cm., linéaires, droites, comprimées, à
loges multiovulées, s ouvrant par déhiscence loculicide en 2 valves, munie*
chacune de deux petites cornes recourbées ; semences petites, brunes, tron­
quées au sommet et à la base, contiguës les unes aux autres. Les fleurs ne
s'ouvrent que vers midi, et jamais on n'en voit sur un pied plus de 5-0 ouvertes
en même temps. —\ il en société dans les savanes sèches, arides et pierreuses
près de la mer. Environs de la Basse-Terre (habitation l'Espérance, Guilhembarde), etc., Le Baillif, Deshaies, Vieux-Habitants, Moule, Dèsirade,
Marie-Galante, etc. N° 2316.
M a r tin iq u e . Yulgo ; Zerbe-savane, balai. — Abondant dans les savanes
sèches et pierreuses. Carbel, Prêcheur, Case-Pilote, Caravelle. [.V’ 1365.]
C. hirlus PL, C. lorlipes, St. Mil. ; C. velu. Yulgo : Petit-balai. Plum.,
édit. Burm., I. 103, f. 2. — Annuel, droit, haut de 10-70 cm., sans branches
ou peu branchu, à jeune lige garnie de poils lins, roux. Feuilles presque
glabres, ovales, crénelées-denlées. Fleurs axillaires, réunies par 1-3 à l'ais­
selle des feuilles; pétioles poilus; sépales poilus; pétales jaunes, spatulés ;
étamines nombreuses, en nombre indéterminé ; silique longue de 2,5-3,5 cm.,
pointue au sommet, à deux loges déhiscentes. — Herbe de peu d'utilité. —
Rare. Çà et là dans les savanes herbeuses et dans les fosses, le long des
chemins : Vieux-Port. X" 2903.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Petit-balai-poileux. — Endroits aquatiques et
humides : Ducos, Trois-Ilets. X° 1367.1
Heliocarpus L. (nom formé de deux mots grecs qui signifient « soleil » et
« fruit », à cause des soies qui garnissent les bords du fruit, simulant un
petit soleil.)
H. americanus L. — Assez grand arbre, très touffu, originaire de l'Amé­
rique tropicale, cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre, d’où il s’est
répandu dans les environs et se propage spontanément. Feuilles larges,
ovales, presque trilobées, jeunes branches duvetées. Fleurs blanchâtres, en
grappes terminales, compactes. Fruit petit, elliptique, comprimé, à bords
entourés de poils ciliés. — Trois-Ponts, Carbet, Prêcheur. X° 1367.
Sloanea L. i dédié à Sir IL Sloane, né en Irlande en 1660, mort en 1752,
médecin du roi Georges II ; a voyagé à Madère, à la Barbade, à Saint-Chris­
tophe et à la Jamaïque; a publié, entre autres choses : Catalogua plantarum
([iue in irisulâ J aniaïea sponle provemunt et la Flore et la faune des îles
ci-dessus dénommées.)
S. earibæa Kr. et Urb.; S. des Caraïbes. Yulgo : Aeoma-boucan. —

TILIACKES

91

Arbre gigantesque, le plus gros après le fromager, à tronc nu à une grande
hauteur, à base anfractueuse, à écorce grise ou noirâtre, à branches étalées.
Feuilles coriaces, légèrement luisantes, ellipliques-ovales, à pointe arrondie
au sommet v Fleurs petites, en cymes ombellil’ormes, Irichotomes, formant
ensemble des panicules terminales ou axillaires, portées sur de longs pédon­
cules gris et finement duvetés; calice à i lobes, gris, duvetés des deux côtés,
ovales, valvaires, réfléchis; pétales nuis; étamines nombreuses, en nombre
indéterminé, à anthères très allongées, presque deux fois plus longues que
le filet, un peu plus courtes que les sépales. Capsule de la grosseur d’une
grosse noisette, couverte d'un duvet roux gris ou ferrugineux, globuleuxovoïde, marquée d’un ombilic au sommet, s'ouvrant en 1 valves ligneuses,
épaisses; semence unique, enveloppée dans sa moitié inférieure d’un ari 1le
d'un beau rouge foncé. — Cet arbre ne fleurit que tous les trois ou quatre ans,
de mars en mai; les fruits restent longtemps sur pied : les grands oiseaux en
sont friands. — Le bois n’est guère employé pour la construction. — Assez
abondant dans les grands bois des Bains-Jaunes, au Matouba, au bassin Bleu,
des Trois-Rivières, de la Bouillante et de Pigeon. [N0* 2348, 3485.
N’existe pas à la Martinique.
S. MassoniSw. ; S. de Mass'on. Yulgo : Châlaigniér-grande-feuille. — Grand
arbre à écorce noirâtre, rude, à jeunes branches couvertes d’un duvet ferru­
gineux et fin. Feuilles larges, très coriaces, ovales, arrondies au sommet et à
la base, péliolées, duvetées en dessous et à nervures très saillantes; pétioles
duvetés; stipules linéaires. Fleurs en une sorte de petites panicules axil­
laires, situées près de l'extrémité des branches; calice de 6-10 sépales oblongs,
lancéolés, acuminés; étamines pubescentes, nombreuses, un peu plus courtes
que les lobes du calice; filet s linéaires, aussi longs que les anthères; style
exsertc, 5-lide. Capsule grande, globuleuse, entièrement garnie de longs
piquants rigides, robustes, recourbés au sommet en forme d’alène, entremêlés
de piquants plus petits, plus minces et plus courts ; péricarpe ligneux, d’une
épaisseur de 10-12 mm., très dur, s’ouvrant en 4 valves par déhiscence
loculicide; endocarpe d’un rouge foncé et brillant. — Abondant dans tous les
grands bois. — FL en mai et juin. — Le bois vert est assez tendre; sec, il
devient très dur ; on l'emploie de préférence pour les constructions à l'inté­
rieur, ne résistant pas longtemps à l'humidité; le tronc, qui peut mesurer
1 mèt. de diamèt., fournit de belles planches. — Bois des Bains-Jaunes, du
Matouba, de la Bouillante, etc. [N° 3268.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Chàlaignier-grande-feuille. — Abondant dans le bois
des Fonds-Saint-Denis, de la fontaine Didier, de la fontaine Absalon, du
camp de l'Alma, etc. N° 2109.]
S. sinemariensis Aubl.;S. de Sinémarie. 4 ulgo : Châtaignier-petite-feuille
Aubl., Hist. de la Gin/., t. 212. — Grand arbre à écorce rude, jeunes branche»

�lt HA MNÉES

92

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

péliolées, nervures couvertes d'une pubescence line, très courte el grise.
Feuilles très coriaces, plus petites que dans le précédent, ovales, à base tan­
tôt arrondie, tantôt cordiforme, tantôt tronquée, à sommet arrondi ou muni
d'une pointe obtuse ; pétiole épaissi aux deux extrémités, plus court que le
limbe de la feuille; stipules petites, tombant de bonne heure. Fleurs en
corvmbes axillaires aussi longs que les pétioles. Capsule ligneuse, dure, petite,
ovoïde, hérissée de poils ciliés, peu rigides et roux, longs de 1-7 mm., à
1 loges s ouvrant en autant de valves par déhiscence loculicide ; semences 1-2
les 2 ou 3 autres avortant enveloppées d'un arille pulpeux. — Fournit un
des meilleurs bois de construction. — Fl. en juin, juillet, août. — Mêmes
localités que le précédent. X° 2317.]
M a r tin iq u e . Yulgo : Châtaignier, chàtaignier-petite-feuille. — Assez abon­
dant dans tous les grands bois, mais surtout dans les bois des Fonds-SaintDenis. [X° 1307. j
S. spec.) Yulgo : Châtaignier-coco, petit-coco, châtaignier-petit-coco.—
Grand bel arbre, à fronde pyramidale, à jeunes branches grises et duvetées.
Feuilles coriaces, ovales ou légèrement obovales, terminées en pointe courte
et obtuse: pétioles courts, finement duvetés, canalieulés. Fleurs en cvmcs
axillaires. Capsule ovoïde, à 4 loges déhiscentes, dont une seule porte une
semence (les autres avortant) do la grosseur d'une noix de France; valves
hérissées de soies courtes, droites ou courbées en alêne : les plus fortes,
tuberculées à la base; péricarpe ligneux, très dur; endocarpe rouge et lui­
sant du côté, extérieur.— Fournit un bois de construction très recherché.
— Assez rare. Çà et là dans les bois de la fontaine Absalon et du Champtlore
bord de la rivière Claire). N° 1363.] (Spécimen sans fleurs). — Nous ne
l’avons pas trouvé à la Guadeloupe.
VINGT-SIXIÈME FAMILLE.

— RIIAMNEES.

Condalia Cav. (dédié à l'Espagnol Ant. Coudai, médecin el compagnon de
Lôffîing dans ses voyages.)
C. ferrea Gr., Zizyphus emarginaius S\\\, Ceanothus ferrais Dose. ; C. à
bois dur comme le fer. Yulgo : Petit bois-de-fer, bois de fer franc. — Arbris­
seau ou petit arbre élégant, ne dépassant guère 1 mèl. d’élévation. Feuilles
assez petites, luisantes, coriaces, minces, émarginées au sommet, entières.
Fleurs axillaires en cymes ombclliformes, aussi longues que les pétioles,
portées sur des pédoncules courts; pétales nuis; calice cupuliforme à 5 dents
très courtes. Fruit drupacé, globuleux, noir, uniloculaire, de la grosseur
d'une graine de poivre. — Fl. en avril, mai. — Peu abondant. Endroits secs,
pierreux, chauds. Moule dans les monceaux de pierres, le long du canal),

93

hauteurs du Vieux-Fort, Gozier (bord de mer). — Le bois est très dur, mais
flexible, cl sert à faire des manches de toutes sortes d’outils. N° 3256.]
M a r t in iq u e - Yulgo : Bois-de-fer, petite feuille. — Assez abondant sur les
collines calcaires de Sainte-Anne, Caravelle (environs du Phare, dans les
endroits couverts de pierres). (Xu 182.]
Golubrina Uieh. (du latin « coluber », serpent, allusion à la disposition
particulière des anthères, ou peut-être parce que ces plantes étaient employées
contre la morsure des serpents.)
C réelinata Brongn., Rhamnus elliptieus S\v. ; C. à branches inclinées.
Yulgo : Bois-mabi. — Arbrisseau ou petit arbre, n'excédant guère 4-5 met.
d'élévation, à tige droite, à branches allongées, fortement inclinées. Feuilles
ellipliques-lancéolées entières, portant quelquefois de petites glandes sur le
bord, au-dessus de la base. Fleurs en cymes ombelliformes axillaires, vertes;
calice adné à l’ovaire, à 5 lobes deltoïdes, et carénés au milieu, à l’intérieur;
pétalesS, spatules, horizontalement étalés, alternant avec les lobes du calice;
strie trifide; étamines 5, insérées à la base des pétales et opposées à eux el
les dépassant. Fruit globuleux, niché à un tiers près dans le tube persistant
du calice, un peu plus grand qu'une graine de poivre, se divisant tardi­
vement en 3 coques monospermes, qui s’ouvrent du côté intérieur en
2 valves; semences à enveloppe (testa) coriaée, très noire, polie, luisante. —
Avec le bois on fabrique une boisson acidulée, rafraîchissante et agréable,
connue sous le nom de Mabie. — Fl. de juillet en octobre. — Introduit de
Saint-Martin, cultivé au Jardin botanique el à l'hôpital Militaire de la BasseTerre. [X° 2239.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-Mabi. — Rare. Gà el là quelques pieds dans les
hauteurs du Diamant (terres de l'habitation Kikandon i et de Sainte-Lucie.
[N° 641.]
C. asialica Brongn., Ceanothus L. ; G. de l’Asie. — Arbrisseau ou petit
arbre à branches très allongées, plus ou moins sarmenleuses ; à feuilles
très luisantes, ovales, dentées; à fleurs en cymes axillaires ; à graines et fruits
comme dans le précédent. — Est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre,
d’où il s’est répandu dans les environs el pousse spontanément. Probable­
ment introduit de la Jamaïque, où il est indigène. Cav., Icônes, t. 4-40.
[Nu ».]
Gouania L. (dédié par Linné à Ant. Gouan, né en 1733, professeur de bota­
nique à Montpellier, défenseur de Linné, auteur de plusieurs Flores de
Montpellier el d’autres ouvrages de botanique, mort en 1822.
G. doiningensis L. ; Gouania de Saint-Domingue. Yulgo : Liane-savon.
Jacq.,Se/. Am. slirj). hisl., f. 117. — Liane vivace, ornementale, d’une hau­
teur indéterminée, à branches très allongées, flexibles, pendantes, souvent

�94

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

munies de vrilles. Feuilles luisantes, alternes, palminerviées, ellipliqueserénelées, erénelures distancées et souvent terminées par une glande. Fleurs
en petites cymes formant des grappes terminales et axillaires, pédonculées,
allongées, odorantes, situées à l'extrémité des branches et simulant une large
panicule feuillue: tube du cajice adné à I ovaire; pétales spatulés à 5 lobes
et opposés aux lobes du calice; style trifide. Capsule à 3 ailes arrondies au
sommet et à la base, et se séparant en deux cloisons à la maturité du fruit;
semences 3, noires, polies, convexes sur le dos, à deux faces du côté inté­
rieur. — Fl. de novembre en mars cl aussi d'avril en juin. — Assez abon­
dant. Bord de mer, entre la Basse-Terre et la rivière des Pères, halliers près
de l'embouchure du Galion, Houëlmont. Alt. 0-250 mèl. N° 2979.j
M a r tin iq u e . Yulgo : Liane-brûlée.— Abondant. Boulevard de Saint-Pierre,
Trois-Ponts, Parnasse, Carbel, Prêcheur, Marin (au pied du morne Gom­
mier. N" 650.
Zizyphus T. (du mol arabe « zizuf ».
Z. Jujiiba Sam.; Z. Jujube. Yulgo : Surette. — Petit arbre pouvant deve­
nir, selon les endroits, arbre de taille moyenne, souvent tortueux, à écorce
blanchâtre. Branches llexibles, lléchies en zigzag, intléchies et souvent
presque pendantes, épineuses: les jeunes, finement duvetées; épines 1-2, à
l’aisselle des feuilles, semblables aux grilles de chat, noires et luisantes à
l'extrémité. Feuilles elliptiques, finement dentelées au-dessous de la base, à
3 nervures principales, couvertes en dessous d’un duvet serré lin et blanc,
d'un vert tendre en dessus; pétiole court, duveté. Fleurs verdâtres, en cymes
axillaires tout le long des branches; tube du calice adné, à 5 lobes libres,
deltoïdes rotacés ; pétales 5, petits, spatulés. tronqués au sommet, creusés en
gouttière, alternant avec les lobes du calice, penchés en dehors ; étamines 5,
adhérentes, par la base, aux pétales et opposées à eux ; filets vigoureux, com­
primés ; anthères inlrorses, à 2 loges; style le plus souvent trifide, plus rare­
ment bifide; ovaire niché dans un disque anguleux sur les bords et adné.
Fruit de la grosseur d'une olive, ou un peu plus gros, ovoïde, globuleux, à
2 loges contenant chacune une graine, pulpeux, pulpe jaune verdâtre en
dehors, presque blanche en dedans ; noyau volumineux, dur, bosselé, épi­
neux; semences jaunâtres, ovales-arrondies, aplaties. — Les fleurs exhalent
une odeur forte et mauvaise, qui devient très incommode pour certaines
personnes; la pulpe est acide et très rafraîchissante : on en prépare des
confitures et des gelées exquises. Le bois est dur et sert pour la construction.
— FL de juin en octobre. — Très probablement introduit. Abondant dans
les environs de la Basse-Terre ; assez abondant au Baillif et au Moule, çà et
là aux Trois-Kivières, au Gozier, au Morne-à-l'Eau ; assez abondant à MarieGalante. .V 2238.
M a rt in iq u e . Yulgo : Jujubier. — Etait cultivé autrefois au Jardin bota­
nique; se rencontre çà et là sur les propriétés. N° 7.]

AMP ÉLID ÉE S- T E RNST ROE MIA C É E S

95

VINGT-SKPTIfîME FAMILLE. — A M P E U D E E S .

Cissus L. (du grec « kissos », lierre, parce que ces plantes sont volubles et
grimpent comme le lierre.)
C. sicyoiiles L., C. ovalu Lam., C. smilacinn Ivlh.; Cissus ressemblant
au Sicy os, qui est une Cucurbilacéc. \ ulgo : Liane-molle, lianc-à-eau, lianedes-chasseurs, liane-brûlante, liane-douce. — SL, I. I Li, f. 1: Desc., vol. \ ,
l. 309 et 311 ; vol. \ II, t. 481. — Yivace, grimpant, pourvu de vrilles, s’éle­
vant sur des arbres de grande altitude. Tige cylindrique, nue, verte ou rouge,
fendillée. Branches flexibles, pendantes. Feuilles simples, cordées-obovales,
charnues, luisantes, dentées en scie, surtout vers le sommet, dents très
aiguës, inclinées vers le limbe. Fleurs jaune verdâtre, en ombelles compo­
sées, axillaires, nombreuses; calice à 5 dents courtes: pétales 4, adhérents
au sommet, disque à 5 lobes. Fruit globuleux, noir, pulpeux, environ deux
fois plus gros qu'une graine de poivre, contenant une seule semence. — Les
fruits ne se mangent pas, mais les oiseaux-en sont friands; avec les liges,
quand elles sont débarrassées des parties corticales, on fait des liens assez
solides. Ces mêmes liges, surtout quand elles sont jeunes, contiennent de
l’eau, et Descourtilz, qui met cette liane dans les rafraîchissants aqueux,
dit, p. 24, qu'on donne l'eau pour apaiser la soif des fiévreux : ils s'en
trouvent soulagés. Dans le pays on ne s'en sert pas. — FL de juin en sep­
tembre. — Très abondant dans les parties inférieures et basses de la Guade­
loupe et de la Grande-Terre. |N° 2958.J
M a r t in iq u e . Yulgo : Liane-douce, liane-corde. — Très abondant dans
toute l'ile : Carbel, Saint-Pierre, Prêcheur, Trinité, etc. N" 1812.
On rencontre dans les jardins de la Guadeloupe et de la Martinique le
Cissus cliscolor Bl., originaire de Java, une des plus belles lianes, très
remarquable par ses feuilles panachées.
v in g t - h u itièm e fa m ille .

— TER.YSTROEMIACÉES.

Ternstroemia L. (dédié au Suédois (L Tcrnslroem, naturaliste, mort en
1745, pendant son voyage d’exploration en Chine,')
T. obot'ahs Rich. ; T. à feuilles obovales. Yulgo : Bois-vert, cacao-montagne.
Rich., Fl. tle Cuba, l. 25. — Grand arbre, se faisant remarquer de loin par
la verdure foncée de ses feuilles. Feuilles entières, petites, obovales ou
spatulées, arrondies au sommet, rétrécies à la base, coriaces, souvent roulées
sur les bords. Fleurs d'un blanc mat, solitaires, situées à l’aisselle des

�96

PLANTES I)E LA GUADELOUPE ET DE LA MAUTIN1QUE

feuilles, vers l'extrémité des branches pédonculées; pédoncule près de la
moitié aussi long que le limbe de la leuille; sépales 7, disposés sur 3 rangs,
2 extérieurs, très petits et opposés, 2 au milieu el 3 à l'intérieur; les 5 der­
niers arrondis au sommet ; pétales .). cohérents à la base el portant les éta­
mines; étamines nombreuses, en nombre indéterminé, à blets courts, à
anthères jaunes, linéaires, dressés; style filiforme, stigmate simple, capité.
Fruit sec, indéhiscent, ovale, environ deux lois plus grand qu'une noisette,
surmonté du style persistant. 2-3 loges, ne renfermant à la maturité que
2-4 graines. — Fl. d'avril en juin. — Le bois est recherché pour les construc­
tions à l'intérieur. — Peu abondant. Çà et là dans les grands bois des TroisHivières, du Matouba; très rare dans les bois des Pains-Jaunes. — Dans la
haute région, comme à la Savane à Mulets et à la Savane aux Ananas, cet
arbre reste à l'état d'arbrisseau rabougri. — Alt. 450-1100 met. [N° 2987.j
M a r tin iq u e . \ ulgo : Bois vert, bois-1 épreuve. — Plus abondant qu’à la
Guadeloupe. Bois des Fonds-Saint-Denis ravine de la rivière Colas), de
Case-Pilote el de la fontaine Absalon. Alt. d80-90l met. Nu 638.
T. elliplica Kich.; T. à feuilles elliptiques. — Petit arbre peu branchu, à
branches horizontalement étalées, à écorce grise. Feuilles ramassées à
l'extrémité des branches, elliptiques ou spalulées, entières, rétrécies à la base,
souvent échancrées au sommet, plus petites que dans le précédent el beau­
coup moins vertes. Fleurs blanches, plus grandes que dans l'espèce précé­
dente, axillaires, solitaires, portées sur des pédoncules comprimés, pendants
plus longs que la moitié du limbe de la feuille; sépales disposés comme dans
le précédent, mais brusquement terminés en pointe; pétales soudés, dans
leur moitié inférieure, en un tube ventru, à 5 lobes deltoïdes. Fruit largement
ovale, sec, surmonté d une pointe courte el robuste, qui est un reste du style
persistant, de la grosseur d'une noisette; semences obovoïdes-blanchâtres.—
Peu répandu. Çà el là dans les mornes secs el pierreux du Vieux-Fort, assez
abondant dans les sables du bord de mer, du bois de Folle-Anse, à MarieGalante. — Fl. de mars en septembre. Nos 2352, 3651.
M a rtin iq u e . — Peu abondant et peu répandu : Case-Pilote dans un endroit
sec et pierreux du Plateau-Militaire . Nu 1825.
FrezieraSw. (dédié à Amédée Frezier, ingénieur, né à Chambéry, mort en
1773; a entrepris, par ordre du Gouvernement, un voyage scientifique au
Pérou el au Chili.)
F. cordala l ui. ; F. à fleurs en cœur. \ ulgo : Bois-d'épice, goyavier-mon­
tagne. — Arbrisseau haut de 1-2 m. 50, à branches inférieures couchées ; les
supérieures, très étalées el souvent pendantes; jeunes branches et jeunes
feuilles couvertes d'un duvet roux et couché. Feuilles larges, très rappro­
chées, coriaces, sessiles, en cœur à la base, à lobes amplexicaulcs, dentées en
scie, ovales-elliptiques, ressemblant assez à celles du goyavier ordinaire;

97

OCHNACÉES

nervure principale très forte, nervures secondaires très rapprochées, nom­
breuses, saillantes en dessous, imprimées en dessus. Fleurs axillaires, réu­
nies par 3 en une glomérule très brièvement pédonculée; sépales duve­
tés, pétales? (spécimen imparfait). — Fruit noir, ovale surmonté du
style persistant. — Abondant à la Montagne-Pelée, surtout aux environs du
lac. — Fl. à toutes les saisons de l’année. — Alt. 900-1000 mèt. N° 576. J —
Ne se trouve pas à la Guadeloupe.
F. iindulafa Sw.. Ternstroemia salicifolia D. G.; F. à feuilles ondulées.
Yulgo : Graine bleue des hauts. — Petit arbre, droit, élégant, rarement arbre
de taille moyenne, à branches tantôt plus ou moins horizontalement étalées,
tantôt fastigiées, à jeunes branches el feuilles couvertes d'un duvet soyeux,
brillant el roux. Feuilles lancéolées-ellipliques, vert jaunâtre, surtout en
dessous, terminées en pointe, rétrécies à la base, dentées en scie. Fleurs
polygames, axillaires, réunies par 2-5, à pédoncules presque aussi longs que
les pétioles, blanches; sépales 5, arrondis, ciliés, les 2 extérieurs une fois
plus courts que les 3 intérieurs qui, eux-mêmes, sont trois fois plus courts
que les 5 pétales; stigmates 3, distincts. Fruit à 3-5 loges mulliovulées, noir,
ovoïde, muni du style persistant. — Abondant dans les bois du Matouba, du
morne Matelyane el dans la région supérieure du morne de la Madeleine
(Trois-Rivières). — Le bois sert pour les constructions à l'intérieur. —Fl.
habituellement d'octobre en décembre et de mars en juillet. N° 2988.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois anonli. — Abondant dans les bois de la
Calebasse et du Cbampllore. [N° 644. j
F. elegans Tul., Cleyera theoides Planch., C. elegans Chois.; F. élégant.
Vulgo : Bois-de-savane. — Petit arbre ou arbrisseau très élégant par son
port el son feuillage d un vert jaunâtre doré, à écorce noire, à branches
étalées ou fastigiées. Ressemble beaucoup au précédent; en dilfère par sa
taille plus faible, ses feuilles plus petites et à dents plus aiguës, ses fleurs de
moindre dimension, réunies le plus souvent par deux, ses fruits plus petits et
plus allongés. — Plus rare que le précédent et confiné dans la région supé
rieure des montagnes : Savane à Mulets el Savane aux Ananas, etc. N° 3426].
M a r t in iq u e . Vulgo ; Bois-montagne, bois-anoli. — Abondant aux DeuxChoux et dans les bois des Pitons-du-Carbet. N° 644 a. j
VINGT-NEUVIÈME FAMILLE.

— OCÏIXACÉES.

Gômphia Schreb. (du grec « gomphos », clou, allusion à la forme des
pétales.)
G. riilida Sw. ; Gomphia à feuilles luisantes. \ ulgo : Bois-baguette (à
Dûss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

1

�98

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Pigeon). — Tantôt arbrisseau buissonneux, élégant, tantôt petit arbre à
branches divariquées, haut de 4-5 met. et perdant complètement les fouilles à
l'époque de la floraison, à bois dur mais flexible, à écorce grise, polie.
Feuilles petites, coriaces, luisantes, ovales-elliptiques ou nettement ellip­
tiques, crénelées-dentées ou finement dentelées, à dents très pointues,
piquantes et infléchies vers le limbe; nervures fines, irrégulières, peu
saillantes. Fleurs d'un jaune vif, en panicules axillaires et terminales,
courtes, très nombreuses, pédonculées; pédicelles linéaires, noirs, articulés
au-dessus de la base; boulons floraux nettement ovales, environ deux fois
plus longs que les pédicelles; sépales 5, bruns, réfléchis dans les (leurs
ouvertes, ovales, les 2 extérieurs plus étroits ; pétales 5, hvpogynes, ongui­
culés, un peu plus longs que les sépales et alternant avec eux; étamines 10,
hvpogynes; filets courts; anthères dressées, inlrorses, oblongues, jaunes,
biloculaires, s'ouvrant par 2 pores: style central simple, droit, plus long que
les étamines; ovaire à 5 loges profondes uniovulées ; inséré sur un carpophore, lequel, grandissant, fait que les loges se séparent pour former
5 fruits distincts. Fruits 1-5, drupacés, ovoïdes noirs, poils insérés oblique­
ment dans le tiers supérieur du carpophore obconique charnu, long de
5-6 mm. sur 6-7 mm. de large, persistant longtemps après la chute des fruits.
— Fl. en avril et mai. — Assez abondant dans les terres basses, sèches et
pierreuses de Pigeon et de la Bouillante. [N° 2307.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-cale. — Ç à et là dans les terres sèches et pier­
reuses et dans les falaises de la presqu'île des Trois-Ilels. [N° 6. J
G. longifolia Desc., Gomphia à longues feuilles. Yulgo : Café-bois au
Camp-Jacob, langue-à-bœuf à Gourbeyre. — Petit arbre ou grand arbuste
peu élégant, haut de 3-4 mèt., à branches peu nombreuses, très divariquées,
horizontales ou inclinées. Feuilles longues de 15-22 cm. sur 5-8 cm. de large,
coriaces, polies, entières, elliptiques, légèrement cordées à la base, à côte
forte et très saillante en dessous. Fleurs d'un jaune d’or vif, plus larges que
dans le précédent, disposées en panicules très lâches et pendantes; pétales
aussi longs que les sépales; étamines, pistil comme dans le précédent. Fruits
1-5, insérés sur un carpophore obovale, très noirs, polis, de la grosseur d’une
petite olive. — Fl. presque toute l’année, mais surtout de septembre en
février. — Assez abondant dans le bois de Matouba, des Bains-Jaunes, de la
Pointe-Noire ; assez rare à Gourbeyre (Mornes-Goblin et Hirondelle).
[N° 3243.]
Ne se trouve pas à la Martinique.
GUTTIFERES.
Clusia L. (dédié par Linné à Ch. de l'Ecluse, en latin « Clusius », né à
Arras en 1529, botaniste célèbre qui a parcouru presque toute l’Europe; il
TRENTIÈME FAMILLE. —

GUTTIFÈRES

professeur de botanique à l’université de Leyde, où il mourut.)
C. rosea L. ; Clusia à fleurs roses. Yulgo: Figuier-maudit, figuier-maudilmarron. Tussac,
IV’, t. 15; L)esc., vol. VII, t. 485, p. 145. — Grand
arbuste ou petit arbre parasite, à branches allongées, droites, à rameaux
tantôt fastigiés, tantôt horizontaux; pousse quelquefois sur les rochers, mais
le plus souvent sur les arbres qu'il entrelace de ses racines, les étreint peu à
peu et finit par prendre leur place. L’écorce est lisse eL noire. Dans les
hautes montagnes, ils vivent à terre et souvent en société. J'ai vu, au morne
Diablotin de la Dominique, une grande forêt uniquement composée de ces
arbres. Dans ce cas, leurs racines advenlives sont courtes et très fortes;
s'ils poussent dans le haut des autres arbres, les racines advenlives deviennent
alors très longues, pendent verticalement et se ramifient. — Toutes les
parties de la plante, surtout les fruits, contiennent une sorte de gommerésine, très gluante, jaune et légèrement aromatique. Les fruits sont, paraîtil, un poison pour les animaux qui en mangent accidentellement; cependant
les oiseaux sont friands de ses graines et s’en trouvent bien. Descourtilz range ce végétal dans la catégorie des détersives et lui attribue foutes
sortes de vertus; dans nos îles, on n’en fait absolument aucun usage dans la
médecine domestique. Le bois est léger et ne sert qu'à faire du charbon1.
— FL habituellement de mai en juillet. — Abondant dans la haute et la
moyenne région des grands bois des Bains-Jaunes, du Matelyane, du
Matouba, de la Pointe-Noire, de la Bouillante, etc. ; plus rare dans la basse
région (roule de Sainte-Rose au Lamenlin). Alt. 15-1000 mèt. [N° 3468.]
Je crois que le Clusia a//ja, considéré comme une espèce particulière par
Jacquin, n'est que le C. rosea à fleurs blanches.
M a r t in iq u e . Vulgo : Arabe, aralie-z’abricol. — Egalement abondant dans
les grands bois des Fonds-Saint-Denis, de l'Ajoupa-Bouillon, du Champflore,
du Parnasse, de la Fontaine-Absalon, etc. On le rencontre quelquefois sur le
bord de mer, dans les endroits éventés : Trois-llets. [N° 1829.J
C. venosa Jacq.; Clusia à feuilles veinées. Vulgo : Palétuvier-montagne,
mangle-montagne, mangle-rouge-montagne, figuier-maudit-montagne. —
Arbrisseau ou petit arbre tortueux dans le bas, droit par le haut, d'une élé­
vation de 2 à 3 mèt. 50, à écorce noire ou noirâtre. Feuilles larges, entières,
très épaisses et coriaces, opposées, largement obovales, arrondies ou presque
tronquées au sommet, rétrécies à la base, ramassées à l’extrémité des
branches ; pétiole très court, s’élargissant et devenant semi-amplexicaule.
Fleurs bien plus petites que dans le précédent, disposées en une sorte de
paniculc terminale, portant le plus souvent une cymule terminale de 7-10
1. Cette espèce et les deux suivantes laissent exsuder du tronc et des étamines une
gomme-résine jaunâtre, épaisse, balsamique, amère, qui est réputée purgative.

(E. H.)

�100

PLANTES nr LA &lt;*l iDELOI'PE ET DE LA MARTINIQUE

ravons, «'1 plus ba- 'J cvmules latérales plus petites, perlant chacune 3 rayons;
pédicelles très courts ou subsossilcs ; pédoncules légèrement comprimés,
très vigoureux, munis de - bractées langes à 1insertion des 2 cvmules laté­
rales; calice à 6-8 pétales scarieux, fermes : les ‘2 extérieurs, opposés; les
autres, graduellement plus grands et imbriqués ; corolle à i pétales blancs,
imbriqués; étamines nombreuses, en nombre indéterminé; stigmates 4-5
presque sessiles; anthères linéaires, jaunes, dressées. Fruit tardivement
déhiscent, jaunâtre, de la grosseur d’une petite olive. — Produit assez rare­
ment des fleurs. mais on trouve souvent des fruits, qui mûrissent très lente­
ment. — Vit isolément ou en société dans les parties des hautes montagnes
très éventées. — Ses tiges, dans leur moitié inférieure, portent des racines
adventices recourbées en are; celles qui sont près de la terre deviennent
souvent chevelues. — Savane à Mulets. Grande-Découverte, Sans-Toucher,
Savane aux Ananas, etc. Alt. 1000-1200 met.

Nu 2351.]

La Martinique ne possède pas cette plante.
Tovomita Aubl.

du mot « Tovom ite », employé chez les Galibis à la

Guyane pour désigner cette plante.)
T.

Moronobea Aubl. (nom d e là plante chez les Galibis de la Guyane.)
M. coccinea A ubl., Symphonia globulifera L. f. ; M. à fleurs écarlates.
Vulgo : Palétuvier jaune. — Grand bel arbre, très remarquable par la
beauté et la richesse de ses fleurs qui se succèdent pendant deux mois, par
son feuillage toujours très vert ; tronc droit et nu jusqu’à une grande hau­
teur, d’ une élévation de 20-35 m èt.; écorce grisâtre ou noirâtre, presque
lisse, couverte de nombreuses aspérités blanchâtres; branches souvent pen­
dantes; racines adventives peu considérables, naissant près de la base du
tronc sur une étendue de 2-3 mèt. Feuilles de la grosseur et de la forme de
celles du muscadier ordinaire, à nervures très rapprochées, droites, fines,
visibles seulement à la surface inférieure. Fleurs d'un rouge écarlate foncé,
très nombreuses, en cymes ombelliformes, axillaires et terminales; pédicelles
comprimés, épaissis au sommet et à la base; boulons floraux, gros, ovoïdes;
calice à 5 sépales persistants, imbriqués, arrondis ; les deux extérieurs, plus
petits;

pétales 5, fortement réfléchis et roulés en dedans dans la fleur

ouverte, insérés sur un disque hypogyne et annulaire; étamines 15-20, insé­
rées sur un disque, soudées en un tube conique-ventru , qui se fend par en
haut en 5 segments planes et arqués auxquels sont adnées 3-4 anthères

P lu m ie ri Gr. ; Tovomite de Plumier. Vulgo : Mangle-bois, palétuvier

linéaires, introrses, parallèles et longitudinalement déhiscentes; style cylin­

grand-bois. Plum., édit. Burm., t. 87, f. 2. — Arbre élégant, au-dessus de

drique, vigou reux;

la taille moyenne, très branchu, branches inférieures longues et horizontales,

ovaire libre, renfermé dans le tube staminal, à 5 loges contenant chacune

stigmates

5 à segments rolacés,

pointus, exserles;

le bas muni, sur une étendue de 1 mèt., de racines adventives nombreuses

2 ovules dont 1 avorte souvent. Fruit ovoïde, drupacé, indéhiscent, long de

arquées, s'enfonçant dans la terre, llexibles, de l’épaisseur d'une baguette.

3-4 cm.; péricarpe cartilagineux, mince, lisse en dehors et jau neàla maturité

Feuilles entières, larges, fermes, elliptiques ou légèrement obovales, mucro-

du fru it; embryon sans albumen, comme dans les deux espèces suivantes;

nées. portant 8-10 nervures principales distancées. Fleurs blanches, poly­

cotylédons charnus, ne s’ouvrant pas lors de la germination,

games, exhalant une forte et agréable odeur, en cvmes courtes, corymbi-

toute leur surface de sillons ou de fossettes longitudinales, irrégulièrement

l’ormes. terminales, composées de 3-7 rayons; pédicelles articulés au-dessus

disposées; radicule légèrem ent courbe, tournée vers le micropyle. — Toutes

munis sur

de la base, plu- longs que les boulons ; calice à 4 sépales persistants, opposés,

les parties de la plante contiennent une gomme-résine jaune, épaisse, très

concaves, bruns; corolle rosacée à 4 pétales imbriqués, hypogynes, blancs,

visqueuse1. Le bois est rouge ou jaunâtre à l'intérieur, dur et très apprécié

opposés aux sépales, ovales, arrondis; étamines nombreuses, en nombre

pour la charpente, le charronnage : on en fait aussi de belles planches; les

indéterminé, libres, linéaires, jaunes, de longueur légèrement inégale, insé­

vers ne l’attaquent pas, et

rées sur un réceptacle large et charnu : anthères jaunes, biloculaires, s’ou­

société dans l’étang du Valcanard (Gourbeyre). Abondant sur les bords du

il résiste longtemps à l’humidité.

vrant longitudinalement, adnées au sommet des filets; ovaire libre, sessile, à

Grand-Etang et de l’ Etang-Zombi (Capesterre), où il devient

5 loges; styles 4-5, courts; stigmates charnus, gros, arrondis, persistants.

dans

Fruit drupacé, noir, s ouvrant par déhiscence seplifrage comme celui du

cages des montagnes (M atouba). Alt. 30-800 mèt. [N ° 2350.|

Clusia rosea, plus petit que lui. — Fl. d’avril en juillet. — Toutes les parties

les marécages de

l'îlet La

—

Vit

en

très grand;

Jaille (Baie-M ahault) et dans les maré­

La Martinique ne possède pas ce bel arbre.

du végétal contiennent une assez forte dose de gomme-résine; le bois est
recherché pour la construction : il dure très longtemps en terre et passe pour
être incorruptible. — Assez abondant dans les bois de l’Ajoupa-Bouillon, du
Morne-Rouge, etc. Alt. 500-800 mèt.
Guadeloupe.

N° 1834. — Je ne l'ai pas trouvé à la

1. Cette substance nommée Résine de Muni ou de Manil s’épaissit à l'air et prend une
coloration d'un vert noirâtre qui lui donne quelque ressemblance avec la résine de
Caragne (Icica Caragna H. B. Iv.) Elle est employée pour le calfetage des navires et sert
à fabriquer des torches. C'est également au même végétal qu’il faudrait attribuer, selon
le D r Bancroft, la résine-cochon ( H og-gu m des A nglais) qu’on rapporte à H eduigia
balsamifera Swartz. C’est douteux. (E. H .)

�t02

PLANTES DE I A

Mammea L.

GUADELOUPE ET

du latin « mamma », mamelle, allusion à la forme du fruit.)

M.
americana L. ; Vulgo : abricotier du pays. Tuss., /’ /., III, t. 7; Desc.,
vol. I, t. 2, p. 8. — Arbre majestueux, très élevé; à large frondaison; il
feuilles ornementales, grandes, luisantes; à Heurs blanches, axillaires, odo­
rantes, monoïques ou polygames. Les fruits murs se mangent crus, sans
apprêts, ou à table, apprêtés avec du sucre ou du vin blanc sucré. La
décoction des noyaux écrasés est employée dans le pays pour la destruction
des tiques. Le bois a une teinte rouge, se fend facilement et peut servir pour
la construction'. Descourtilz, loco cil., vante les propriétés stomachiques,
astringentes de l'écorce et des fleurs; dans le pays on ne s'en sert que
rarement. — Fl. habituellement deux fois par an. — Assez rare dans les bois
de la moyenne région, plus abondant autour des habitations de la zone
inférieure et basse. Alt. 10-500 met. [N°3467.]
M a r tin iq u e.

C. A N ELI. AC. K ES

DE LA MARTINIQUE

Vulgo : Abricotier. — Assez, abondant. [ N ° 1828. |

humilis , variété macrophylla M a ri.; M. à petite taille. Vulgo :
Bois-longuent, à cause de son suc jaune et gluant; Rheedia lateriflora L.
Plum., édit, llunn., t. 257 ; Desc., vol. 1, t. 343, p. 149; Tuss., F L , III,
M

103

arquées. — On rencontre deux variétés, une qui pousse dans les falaises et
endroits rocailleux du bord de mer ou un peu à l'intérieur, l'autre dans les
grands bois humides. Les Saintes (bord de mer de la Terre-de-Bas), VieuxFort, Gozier, Désirade (bord de mer), Houëlm onl (batterie), hauteur de la
Bouillante et de Pigeon. A lt. 10-400 mèt. i N° 2353. j
M a r tin iq u e .

Vulgo : Ciroyer, abricot bâtard, abricot bord-de-mer, abricot-

montagne. — Caravelle (près du bord de m er); très abondant dans les bois
de

la Savane de S aint-C yr, entre C ase-Pilote

et la fontaine Absalon.

[N ° 1831.)
Calophyllum L. (form é de deux mots grecs qui signifient « belle feuille » :
« calos », beau, « pliullon », feuille.)
C.
Calaba L. (nom caraïbe de la plante). Vulgo : Galba. Jacq., Sel.,
A m eric. stirp. hist., t. 156; Desc., vol. II, l. 74, p. 30. — Grand arbre, droit,
souvent plus ou moins tortueux, à tronc jusqu’à I mèt. de diamètre. —
Fournit un des meilleurs bois de construction : il est très résistant, dure
longtemps dans la terre et dans l’eau ; il est également recherché pour le
charronnage et la tabletterie; l’écorce est arom atiqu e'. Selon Descourtilz,

t. 32. — Petit arbre, haut de 6-7 met., rarement plus élevé, fortement bran-

loco cil., les fleurs et l'écorce ont des vertus stomachiques et astringentes;

chu : jeunes branches, comprimées, écorce lisse, noire. Feuilles elliptiques-

dans le pays on ne s'en sert pas souvent. — FL ordinairement en juin et juillet.

oblongues ou ovales, rigides, luisantes, polies, terminées par une pointe

— Basse-Terre (sur les terres du Jardin botanique), Camp-Jacob (habitation

obtuse ; nervures fines, non parallèles et légèrement saillantes des deux côtés;

R ollin ),

pétioles épaissis au point d’insertion, et ridés, noirs. Fleurs très nombreuses,

[N ° 2349.)

petites, blanches, très odorantes, situées tout le long des branches, solitaires

Poin te-N oire (le

M a r tin iq u e .

long de la R ivière de la Petite-Plaine),

etc.

Vulgo ; Galba. Plus abondant qu'à la Guadeloupe : on la

ou réunies par fascicules de 2-6 rayons, portées sur des pédoncules épaissis

plante en lisières à la place du Pois doux, pour abriter les plantations.

au sommet, 4 ou 5 fois plus longs que les Heurs ; sépales 2, opposés, arrondis

[N ° 1833.)

au sommet, petits, 3 fois plus courts que les pétales et tombant après l'éclo­
sion de la Heur; pétales 4, spatulés-arrondis; étamines 12-20, libres, hypogynes; anthères petites, arrondies, introrses, obliquement adnées au sommet

t r e n t e -u n ièm e

fam ille .

— C AN F L LA C LES.

du filet. Fruit drupacé d'une grande beauté, long de 6-7 cm., ovoïde, à péri­
carpe peu épais, très lisse et d’un jaune d'or, portant au sommet une pointe
tronquée et courte; semences le plus souvent 1, rarement 2. plus rarement
3, à surface irrégulièrement creusée de petits sillons longitudinaux ; colylé-

Canella P. Br. (de l’espagnol « canela », qui, lui-même, dérive du latin
« canalis », rigole, tuyau, parce que l’écorce se vend enroulée en cylindre.)

dones 2, s'ouvrant en deux moitiés égales. — FL généralement de mars en

C.

avril; fruits murs en juin et juillet, août. — Aucun animal ne les mange. De

Vulgo

alha Murr., Winterana canella L., C. laurifolia Lbdd.; Canelle blanche.
: Bois-canelle. F l., t. 191, f. 2 ; Desc., vol. V II , 568, p. 229;

de l'arbre découle une gomme-résine, épaisse, d'une

Br. Jam., t. 27, f. 3. — Grand arbuste ou petit arbre à écorce grise, à

agréable odeur et qui entretient longtemps la flamme après ignition. Le

branches très nombreuses, droites, inclinées, très feuillues. Feuilles toujours

bois est blanc à l'intérieur et s'emploie souvent pour la charpente et la

vertes, très rapprochées, parsemées de glandes translucides, entières, spatu-

toutes les parties

menuiserie. Le bas du tronc émet souvent des racines adventives droites ou
1. I.’écorce donne une pomme-résine appelée Résine de Mami; elle est usitée par les
nègres pour faciliter la sortie des épines qui s'introduisent dans leurs pieds. L ’écorce est
encore employée aux Antilles en décoction contre les maladies parasitaires et pour le
pansement des plaies phagédéniques. Même observation pour l’espèce suivante. (E. H .)

1. De cette écorce découle naturellement ou après incision une oléorésine qui, après
dessication, forme le baume vert de l'A m é riq u e , ou baume Marie, ou baume vert des
Antilles, substance très parfumée, douée d’une agréable odeur tic mélilol. Ce produit est
employé uvec succès, aux Antilles, comme vulnéraire dans le pansement des plaies de
mauvaise nature. Les graines renferment une huile résineuse verte. (E. H .)

�104

PLA\TI&gt;

DK IV

GUADELOUPE

FT

MARCG RAAV1ACKBS

DK LA MARTINIQUE

It-t
brièvement pétiolées. Fleurs très odorantes, en corymbcs bien fournis,
terminaux ; caln-e à 5 *épale* persistants, imbriqués, courts, arrondis et

105

branches très nombreuses et très enchevêtrées, à écorce noire. — Feuilles
entières, alternes, obovales, articulées à la base et laissant après la chute de

concaves au sommet; pétales 5, imbriqués, charnus; étamines 10-20
hvpogvnes, soudées en un tube élargi à la base et tronqué au sommet, plus

larges cicatrices, coriaces-charnues, brièvement péliolées, à nervures imper­

courte^ que les pétales; anthères 10. adnées, jaunes, parallèles, contiguës, a

souvent très allongées, toujours dressées; pédicelles courts, un peu plus

deux loges s ouvrant longitudinalement ; pistil renfermé dans le tube stami-

longs que les

minal; style cylindrique, court, ferme; stigmate persistant, à .‘1 lobes à peine

horizontaux; calice à 7 sépales arrondis et imbriqués, les 2 extérieurs plus

distincts; ovaire à ;2 loges. Fruit globuleux, un peu plus grand qu une

courts. Au sommet de chaque pédicelle pend, inséré à angle droit, une brac­

ceptibles, à côte large, aplatie. Fleurs en grappes terminales, spiciformes,
fleurs; d’abord réfléchis vers

l'axe de la grappe, ensuite

graine fraîche de poivre, remplie d'une matière visqueuse, brune et très

tée charnue, persistante, ou un ascidium en forme de cuiller, très concave,

aromatique, dans laquelle se trouvent superposées 1-3 semences, noires,

qui se termine par une pointe tournée de bas en haut ; pétales 5, fortement

luisantes à testa crustacé. — Toutes les parties de cette plante sont aroma­

réfléchis; étamines 5, à anthères basilixes, allongées, inlrorses, quadrilocu-

tiques, antiscorbutiques, mais c'est surtout dans l'écorce que résident les

laires, à déhiscence longitudinale; pistils concrescenls, formant une petite

propriétés toniques et stimulantes qui lui ont valu une si grande réputation.

colonne; stigmates étalés, sessiles; ovaire libre à 5 loges imparfaitement sépa­

Elle les doit à une huile essentielle, à saveur chaude, brûlante et d une

rées par des cloisons et renfermant 3-6 ovules. Fruit globuleux, de la gros­

Au lieu et place de la canelle blanche, dans le com­

seur d'un pois, à péricarpe charnu-coriace, s’ouvrant de bas en haut par

merce et en pharmacie, on utilise, sous le nom d'écorce de \\ inler , une

déhiscence loculicide ; graines petites, noires, anguleuses. — Assez abondant

écorce sarmenteuse qui provient d'un arbre de la famille des Magnoliacécs,

dans les bois inférieurs et moyens des Bains-Jaunes, du M alouba; plus rare

àcreté très prononcée

la Drymis W interi Forst, originaire du détroit de Magellan, mais on emploie
plus encore l'écorce d'une cannellacée, le Cinnamodendron Corticosum Micrs.
— Abondant sur le plateau calcaire de la Désirade; moins abondant sur le
plateau entre Port-Louis et l'Anse-Bertrand ; assez rare à Marie-Galante; très
rare aux Saintes iTerre de Haut . — FL de juin en septembre; fruits mûrs en
avril, mai, juin. N° 28(59.]
M artinique.

Yulgo : Canelle-bois. — Très rare. Je n'en ai trouvé que

quelques pieds &gt;ur un morne pierreux des hauteurs du Fond-Lavette (CasePilote). N° 1501,

G ourbevrc (morne G oblin). — Les fruits frais se mangent et ont le goût
de la fraise. — FL d’octobre en janvier. .\° 2302.]
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Aralie petite-feuille. — Gà et là dans les bois des

Fonds-Saint-Denis, des hauteurs de l’habitation Pecoul, etc. [N ° 1827. s
Marcgraavia L. (dédié par Linné au Hollandais Georges Marcgraaf, né
en 1610, à Sebstadl; a voyagé dans l’intérêt de la botanique ; au Brésil, de
1636-1643 ; à la Guyane, en 1614; en Chine, où il est m ort; a écrit avec
Bison : Hisloria naluralis Ilrasiliæ.)
M.

spici/lora R ic h .; M. à fleurs en épis. Y u lgo : José-vrai. — Arbrisseau

droit ou tortueux, haut de 1-3 mètres, à tige souvent noueuse et toujours
TRENTE-DEUXIÈME FAMILLE. —

MARCGRAAVIAGÉlÜS 2.

nue dans le bas. Feuilles comme dans le précédent.

Fleurs en grappes

corym biform es, longues, de 8-10 cm., axe de la grappe plus gros que la
tige; pédicelles fortement épaissis au sommet, longs de 3-3, 5 cm., sub­
Ruyschia Jacq. dédié au Hollandais Ruysch, né en 1628, à Haage, méde­

cylindriques; calice à 6 sépales imbriqués, les 3 extérieurs plus petits ; asci­

cin et professeur d'anatomie à Amsterdam, mort en 1717; sonfds Henri était

dium en forme de cuiller naissant au-dessous du

également médecin et botaniste, mort en 1731.)

corolle en forme de cape, conique avant l'ouverture, à 4-5 pétales, réfléchis

R.

clusiæfolia Jacq., Ruyschia à feuilles de Clusia. Yulgo ; José, bois-

José. — Arbrisseau voluble-grimpant, s’élevant 1res haut sur les arbres, à
1. Celte écorce renferme en dehors de Yhuile essentielle 1 0/0 , de la résine, un principe
amer, de la mannile, du mucilage et de l’amidon. Cette huile essentielle renferme quatre
huiles différentes dont une est identique avec l'acide eugénique. Elle a une odeur qui
rappelle celles de la menthe et du cajep u l. E. H.)
2. Cette petite famille est aujourd'hui considérée avec raison comme formant une
simple section des Ternstrœmiacées. (E. II.)

milieu

des pédicelles;

dans la fleur épanouie; étamines habituellement 20, uniseriées, légèrement
concrescentes à la base et insérées sur un disque étroit entourant 1ovaire ;
anthères biloculaires, blanches, inlrorses, s’ouvrant longitudinalement, arti­
culées avec le filet au-dessus de la base ; stigmate sessile; ovaire longitudina­
lement strié, à 4 loges incomplètes. Fruit globuleux, mangeable, couronné
par le style persistant, tardivement et irrégulièrement déhiscent de bas en
haut,

légèrement

ruguleux,

petites, noires, luisantes,

à péricarpe résistant ; graines nombreuses,

polies, tantôt obovales, tantôt

arquées, tantôt

�PLANTES

106

DF L A GUADSLOUPF

HYPER ICINÉlîS

KT DK LA M ARTIN IQUR

plus ou moins réniformes. — \ it isolement ou en société dans les sphaignes,
sur les montagne' le s plus élevées : Savane aux Ananas, Savane à Mulets,
plateau et cône de la Soufrière, etc. — Kl. d’octobre en février. — Alt.
1*200-1470 met.

cou illes. Br. Jam., t. 25; Tuss., /■/., IV, t. 13; Desc., vol. 1A , l. 239,
p. 25. — Liane épiphyte, montant jusqu'au sommet des plus grands arbres,
très remarquable par les changements que subissent les feuilles et les tiges.
Dans le premier âge, les liges sont filiformes, rampantes, très radicantes
et fortement attachées aux pierres, souches et troncs sur lesquels elles
poussent ; les feuilles, longues de 3-1.') mm., sont pétiolées ou sessiles,
presque linéaires d'abord, ensuite elliptiques et sans nervures. Dans le
âge, les tiges deviennent striées, comprimées, tétragones et se

couvrent souvent de

107

guyanensis Aubl. (/ lisl. de la Guy., I. 220), grande liane originaire de la
Guyane, à racines adventives, aériennes, filiformes, très longues, à feuilles
épaisses, luisantes, à fleurs violettes, très allongées. Les pédicelles portent
effet. Elle fleurit régulièrement d'octobre en janvier, mais sans produire de

umbellala I,., M. coriaces Y .; M. à Heurs en ombelles. \ ulgo : Bois-

second

SALIC1NKES

de grandes bractées écarlates en forme de sac, qui produisent le plus bel

N 2303.

Il n'existe pas à la Martinique.
M

---

fruits. [N° 3208.]
M a r tin iq u e .

— Jardin botanique; introduit en 1887. [N u 2110.

TRENTE-TROISIÈME FAMILLE.

H Y P É R IC IN É E S .

Marila Sw. ; (du nom caraïbe de la plante dans les Antilles.)
M. racemosa Sw. ; Marila à fleurs en grappes. V u lgo : Bois casse-rose. —
Petit arbre peu élégant, dépassant rarement 8 mètres d'élévation, à branches

petites écailles ; les feuilles ont une longueur de

allongées, souvent horizontales et inclinées, à écorce grise. Feuilles distiques,

30-40 mm. sur une largeur de 20-30 mm. ; elles sont subsessiles, cordées à

pétiolées, oblongues-lancéolées, ressemblant à celles du cachiman (Anona

la base, ovales, arrondies ou échancrées au sommet, très souvent crénelées

reticvlala L.) ; à limbe de 14-17 cm. de long sur 3-4 cm. de large, pourvues

et toujours minces et translucides sur les bords : la face supérieure porte
fréquemment des panachures ou des stries blanchâtres, un des lobes basi­

d’ une multitude de points et de lignes diaphanes, à nervures aboutissant à

laires et quelquefois les deux couvrent la tige, la côte est bien prononcée,

laires et terminales, plus courtes que les feuilles ; pédicelles plus courts que

mais les nervures sont à peine perceptibles dans les feuilles vertes. A l'âge

les fleurs; calice persistant, à 5 sépales imbriqués, presque égaux, un peu

adulte, les tiges sont plus ou moins cylindriques, quelquefois tout â fait

plus courts que les 5 pétales hypogynes et alternant avec les sépales; éta­

cylindriques, et tout en restant radicantes elles émettent

branches

mines nombreuses, en nombre indéterminé, hypogynes, placées sur plusieurs

d'abord dressées, ensuite pendantes, florifères; les feuilles sont longues de

rangs; sépales et pétales très réfléchis dans les fleurs ouvertes; anthères

8-10 cm., brièvement pétiolées,

ovales-elliptiques

des

un arc marginal. Fleurs blanches, très odorantes, en grappes simples, axil­

ou ovales-oblongues,

rigides, à côte, nervures et nervilles bien prononcées, et rappellent assez bien
celles de certains merisiers Eugenia), ou encore celles du caféier. Dans les
endroits ombragés, les feuilles adultes sont moins développées et prennent
une forme linéaire-lancéolée, ont une côte rouge et forte, point de nervure
et la face inférieure est couverte d’ un duvet court et ferrugineux. Fleurs ver­
dâtres, en ombelles pendantes terminales comptant jusqu’ à 23 rayons longue­
ment pédicellés, ruguleux et couverts de lentilles allongées ou rondes et
blanchâtres; pédicelles extérieurs ébractéolés, les 3-5 du centre changés en
bractées longues, en forme de sac largement ouvert avec des pédicelles sou­
dés à la base, ce sont des rayons extérieurs de l’ombelle; corolle en forme
de capuchon, qui ne s’ouvre jamais et tombe d’une seule pièce ; étamines

blanches, dressées et oblongues, s’ouvrant longitudinalement, terminées par
une glande; ovaire libre, oblong-linéaire, à 3-4 loges; style très court;
stigmate capité, persistant. Fruit capsulaire en forme de silique, long de
3-4 cm., s’ouvrant en 4 valves, par déhiscence loculicide; semences
petites, nombreuses, imbriquées, comprimées et ciliées. — FL de mai

très
en

juillet. — Le bois est mou et blanc en dedans et sert tout au plus pour les
constructions à l’intérieur. —

Assez abondant dans les bois des Bains-

Jaunes, du Matouba, de Pigeon, des Trois-R ivières, de la Ravine-Chaude.
A lt. 190-900 mèt. [N ° 2435.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo : Bois-cachiman, cachiman grand-bois. — Champflore,
Calebasse, Fonds-Saint-Denis, fontaine Absalon. [N ° 1835 a.]

nombreuses, droites, insérées sur le calice ; anthères recourbées. Fruit de la
grosseur d’une cerise, plus large que long, gris-brun ou rouge et ruguleux en
dehors, surmonté d'un mamelon strié, reste du stigmate persistant. — Abon­

TRENTE-QUATRIÈME FAMILLE.

S A L IC IN É E S .

dant dans tous les grands bois de la Guadeloupe. Alt. 400-950 mèt. [N° 2301.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-pétard. — Dans tous les grands bois. [N° 1826.]
De celte familleon cultive àla Basse-Terre et à la Pointe-à-Pitre le Norantea

De cette famille, on cultive deux espèces introduites: 1° Salix Hum boldtiana VV. Yu lgo : Saule-peuplier, arbre ornemental, ressemblant au

�108

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET

DE LA MARTINIQUE

peuplier d’ Italie. — Il no fleurit pas clans le pays. — Abondant à Monteran,
çà et là à Gourbevre, aux Trois-Rivières et au Camp-Jacob. [N° 3709.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Saule-peuplier. — Fort-de-France (derrière l'hôpital
Militaire, et au Collège . etc. N° 193.] 2° Salix babylonien S\v. Vulgo :
Saule-pleureur. Basse-Terre (Jardin botanique, établissement de N ersailles).
Pigeon gendarmerie , Pointe-à-Pitre, etc. — On ne connaît que les Heurs
femelles.
Erythroxylon !.. (de deux mots grecs, qui signifient « bois » et « rouge » .)
E . ohtusum Desc., E. areolatum Poep.; E. à feuilles obtuses. Vulgo :
TRENTE-CINQUIÈME FAMILLE.

-- SAU VAG ESIE ES 1.

Sauvagesia Jacq. (dédié à Fr. Boissier de Sauvages

Bois-marbré bâtard, bois-vinette

petite-feuillle.

— Arbrisseau touiru ou

grand arbuste, rarement petit arbre, droit, à branches fastigiées, ou horizon­
(Sauvages de la Croix),

tales ou inclinées, à écorce grise et couverte, dans les jeunes branches, d une

né en 17tK», à Alais, mort en 1707, d'abord professeur de médecine, ensuite

multitude de lentilles blanches. Feuilles petites, ovales ou légèrement obo-

professeur de botanique à la Faculté de médecine de Montpellier, auteur de :

vales, membraneuses, très entières, lisses, glauques, blanchâtres en dessous,

Melhodus foliolorum , ou classification des plantes d après la lorme de

vert pâle et luisantes en dessus, brièvem ent pétiolées, à nervures peu pro­

feuilles.)

noncées : les jeunes, traversées par deux veines latérales arquées et formant

S.

ereeta

L. ; Sauvagésie droite. Vulgo : Thé-de-montagne, herbe de Saint-

un aréa lancéolé. Fleurs blanches à odeur de miel, attirant une masse d’insectes
ailés et de petits oiseaux, disposées par fascicules axillaires et caulinaires

Martin. thé-savane. Br. Jam., t. 12, f. 3; Desc., vol. IV , t. 299, p. 310. —
Herbe annuelle, d'abord droite, ensuite plus ou moins couchée, à tige llexiblc,

sur de petites protubérances ; pédicelles filiform es, plus longs que les pétales;

mince,

de

stipules alternes, nombreuses, triangulaires, subulées, élargies à la base,

20-70 cm. Feuilles elliptiques-lancéolées, petites, serretées, pointues, rétré­

insérées à la base des feuilles et des pédicelles; calice monosépale persistant,

souvent radicante, quelquefois un peu

sarmenteuse, haute

cies à la base en un court pétiole; stipules ovées-lancéolées, à longues

à cinq divisions profondes; corolle à 5 pétales onguiculés, doublés à l'inté­

branches -ur les bords. Fleurs blanches, à corolle rolacée, portées sur des
pédoncules filiformes axillaires ; sépales 5, persistants, lancéolés, acuminés

rieur de deux écailles adhérant aux onglets ; étamines 10, monadelphes ;

et sélifères au sommet, presque aussi longs que les pétales et la capsule;

pourvu de 3-5 sillons, peu profonds, longitudinaux; semence 1. —

ovaire de 1-3 loges;

styles 3, libres. Fruit

drupacé, rouge, ellipsoïde,
Cet

pétales 5, caducs, obovés; étamines sur 2 rangs : les extérieures, nombreuses,

arbuste perd habituellement les feuilles à l’ époque de la floraison. — Assez

stériles; celles du rang intérieur, 5 ; entre les deux rangs se trouve une

abondant à V ieu x-Fort (au pied de Houëlm ont), Gourbeyre (habitation Bis-

série

ovaire-uniloculaire

dary), où il se plaît dans le terrain sec, pierreux. — Le bois est dur et fibreux :

semences petites,

on en fait des manches d’outils. — Fl. régulièrem ent d'avril en juin. — Alt.

d'écailles blanches,

à trois loges s'ouvrant

pétaloïdes ;

par

déhiscence

style simple,
marginicide;

crustacées, attachées à3 placentas. — Très abondant dans toutes les savanes
humides et dans les clairières et sentiers des bois. — Fl. toute l'année et
constitue un fourrage assez apprécié. — Dans la médecine domestique, celte

15-300 mèt. [N ° 2404 b.)
M a r tin iq u e .

Vulgo : Brésillct. —

Endroit secs et pierreux : Prêcheur

Carbet, Case-Pilote, Marin (morne Gommier). [N ° 661 a.]

herbe jouit d une grande réputation : on l’emploie fréquemment en infusion

E. ovatum Cav., E. havanense Jacq.; E. à feuilles ovales. Vulgo : Bois-

contre la toux, les bronchites, les rhumes. Descourlilz, loco cil., la place à

vinette. Cav. Diss., V I I I , t. 535. — Ressemble beaucoup au précédent et n’en

juste titre dans les béchiques aromatiques et la recommande, en outre, à

diffère que par ses feuilles plus arrondies au sommet qui, au lieu d’être

cause de ses propriétés amères et aromatiques, comme stomachique, cordiale

glauques en dessous, sont d'un vert pâle des deux côtés, et par ses pédi­

et digestive.2 — Alt. 40-1100 mèt. [N° 2439. .

celles plus longs. On rencontre du reste entre l'E. ohtusum et ovatum de
nombreuses variétés qui permettent de croire qu’il existe des hybrides entre

1. Cette petite famille est aujourd'hui généralement considérée avec raison comme une
simple tribu des Violacées. E. II.
2. Cette plante, qui mériterait une étude plus complète de scs propriétés médicinales,
est employée couramment à la Guyane française, où elle est commune, comme diuré­
tique dans les affections des voies urinaires et comme antidiarrhéique. (E. H.)

ces espèces. — Abondant dans les mornes calcaires des Grands-Fonds, de
Marie-Galante, de la Désirade, etc. — Fl. en mars et mai. — Alt. 0-200
mèt. [N 08 2404, 3399.]

______ _

�110

PLANTES

M a r t in i q l 'e .

DE LA GUADELOUPE

MALPIGHIACEES

MARTINIQUE

\ ulgo : Cerisier bâtard. — Abondant à la Garavclle et sur

les mornes de Sain te-Anne.
E.

ET DE LA

111

Gommier, du Matouba, du Bassin-Bleu, des Trois-R ivières, de la RavineChaude, etc. — Cette espèce se distingue de toutes ses congénères par
l'ampleur des feuilles et des fruits. — A lt. 250-900 mèt. [N° 3675.]

N t»t&gt;l.

squamatum Vahl. ; E. squameux. Yulgo : Girofma (pour les bûcherons

Ne se trouve pas à la Martinique.

de Houêlmonl , grande-vinelte, bois rouge à grives. — Grand arbuste ou
B.

marlinicensis Kr. et Urb., nova species. Yu lgo : Bois-tan-montagne.

petit arbre, facile à distinguer des deux précédents : par son port, ses feuilles
d'un vert foncé, surtout en dessus, beaucoup plus larges, rigides, très

— Arbre de taille moyenne, droit, à feuilles coriaces, elliptiques ou ellip-

ouvertes, elliptiques, terminées brusquement en une pointe obtuse, munies

tiques-ovales, arrondies ou légèrem ent échancrées au sommet. — FL en

souvent de deux glandes à la base, du côté supérieur ; par ses stipules plus

août et septembre. — Dans les grands bois du Lorrain, de la Calebasse et

larges et moins rapprochées, qui garnissent les jeunes branches; par ses
pédoncules quadrangulaires, s'épaississant graduellement jusqu'au sommet;

de la Montagne-Pelée. A lt. 600-860 mèt. [N ° 5 9 3 .]— Je n’ai pas trouvé cette

enfin par ses fruits beaucoup plus volumineux, longs de 6-13 mm., d'un
rouge très foncé. — Peu abondant. Dans les bois de la moyenne et de la basse

espèce à la Guadeloupe.
B.

trinitenais Juss.; Byrsonima de la Trinidad. Yu lgo : M auricif ou mau-

ressif. — Assez grand arbre, droit, à feuilles ovales ou elliptiques, obtusé­

région, aux endroits abrités contre les vents, d ne perd pas ses teudles lors

ment pointues au sommet, plus petites que les deux espèces précédentes.

de la iloraison : Bains-Jaunes, Malouba, Trois-Rivières, etc. Alt. 160-1000

— FL en avril, mai. — Bois inférieurs des Bains-Jaunes et du Gommier.

met. [N® *210:2.
M artiniqi e . Yulgo : Bois-piquette, bois à graines rouges. — Assez abon­

A lt. 450-700 mèt. [N ° 3212.]
Ne se rencontre pas à la Martinique.

dant dans les hauteurs de Case-Pilote, dans les bois du Morne-Rouge et
B.

dans les bois de la Régale, i N° 1813.]

spicata R ich .; Byrsonima à Heurs en épis. Yu lgo : Mauricif, bois-tan.

Cav. l)iss., V I I I , l. 237; Desc., vol. II, t. 91, p. 97. — Arbre de taille

Erythroxylon Coca L. Cav. Diss., V III, t. 229. Yulgo : Le coca. — Ori­

moyenne, rarement de grande taille; se distingue facilement de ses con­

ginaire du Pérou et du Brésil; a été introduit à la Guadeloupe où l’on cultive

génères par ses feuilles lancéolées, luisantes, pointues aux deux extrémités,

çà et là quelques pieds

V 24031, et à la Martinique où Bélanger, direc­

et par ses fruits jaunes. — Assez abondant dans tous les grands bois du

teur du Jardin botanique, a fait en 1869 des essais d'acclimatation. Les cul­

Gommier, des Bains-Jaunes, du Matouba, des Trois-R ivières, de la Pointe-

tures ont parfaitement réussi, mais ont été abandonnées. On sait qu’on extrait

Noire, etc. — FL en avril, mai. — Descourtilz, loco c il., classe cet arbre

des feuilles un alcaloïde : la cocaïne, qui est un puissant anesthésique local

dans les stomachiques astringents et recommande la décoction des fruits en

et passager*. .V 1812.

gargarisme et en lavem ent contre l’angine, et le rob des fruits contre la dysen­
terie, dont on veut modérer le cours ; on le délaye dans une décoction de
l’écorce, lorsque la maladie touche à son term e; les baies, prises à une cer­

t r e n t e - s e p t iè m e

fam ille .

— M A L P IG H IA C E E S .

taine dose, deviennent laxatives. Dans le pays on se sert souvent de la décoc­
tion de l’écorce et des graines contre les cours de ventre. — FL en avril et

Byrsonima Rich. du grec « burseuein », tanner, parce que les écorces de
toutes les espèces contiennent beaucoup de tanin.)
B.

laevigala Rich.; Byrsonima à feuilles lisses. Yulgo ; Abricotier bâtard.

mai. — A lt. 200-900 mèt. [N ° 2416.j
M a r tin iq u e .

Y u lgo : Bois-tan. —

Assez commun dans tous les bois.

[N ° 1475.]
N o ta . — Tous les Byrsonima précités ont des Ileurs jaunes très belles, en

— Très grand arbre, haut de 20-30 mèt., à tronc droit, nu, anfractueux à la

grappes courtes, terminales, un calice muni de 10 glandes longitudinales,

base, à frondaison très ample. Feuilles larges, coriaces, ovales-ellipliques,

symétriquement disposées, une corolle à 5 pétales onguiculés, 10 étamines

obtusément pointues au sommet. Fleurs jaunes en racèmes terminaux ; calice

avec des anthères adnées et des fruits ovales de la grosseur d'une petite cerise,

muni de 10 glandes; pétales 5, ondulés sur les bords, styles 3. — FL en avril

munis au sommet d ’ une pointe, reste du style; tous contiennent beaucoup de

et mai; fruits murs en juin et juillet. — Dans les grands bois humides du

tanin : les tanneurs de la Basse-Terre se servent surtout de l’écorce du B.

spicata, en raison de l'abondance de ce végétal; tous fournissent un excellent
1. D'après quelques recherches personnelles actuellement en cours d’exécution, tout
fait supposer que le même principe actif existe, en plus ou moins grande abondance,
dans les espèces propres aux Antilles ; c’est à voir de plus près. (E. II.)

bois pour la construction ; les oiseaux sont avides de leurs fruits.
B.

lucula R ich .; Byrsonima à feuilles luisantes. Yu lgo : O livier. — Grand

�112

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

arbuste ou petit arbre, souvent tortueux, à brandies tantôt fasligiées, tan­
tôt divariquées, tantôt inclinées, à lige nue dans le bas, a écorce grise, bouilles
ramassées aux extrémités des branches, spalulées, petites, légèrement rou­
lées sur les bords. Fleurs pourprées, disposées en grappes courtes, 'termi­
nales; étamines violettes. Fruit drupacé. ovale, pointu, de la grosseur d une
petite olive. — \ il solitaire ou en société dans les terrrs calcaires de la
Désirade. sur le plateau entre Port-Louis et l Anse-Berlrand, du Morne-àl’Eau, de Marie-Galante, etc. — Fl. presque toute l'année. ! N° 2891.]
N existe pas à la Martinique.
Bunchosia ltich.

du mot ». bunchos », nom qu'on donnait autrefois au

café.)
B.

,

solitaires ou réunies en ombelles, axillaires, nombreuses; pédiccllcs (in­
formes. articulés au m ilieu; calice à 6-10 glandes; styles 3. Fruit subglobu­
leux, îi 3-4 côtes faiblement accusées. — FL habituellement deux ou trois fois
dans l’année. — Endroits secs, rocailleux, près de la mer : Y ieu x -F o rl, çà
et là dans les terres calcaires de la Désirade et de Marie-Galante. Alt.
10-120 mèt. [N® 2890.J
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Cerisier du pays. — Assez abondant à la Caravelle,

dans les endroits calcaires des environs du Phare. — Les fruits sont aqueux
et très rafraîchissants. [N° 1479.]
Le M. punicifolia L., Plu m .,édit. Burm., t. 166, 1.2. M. biflora Poir., Cav.
Diss., \ III, t. 234,

f. 2;

Tuss.,7'7., III, t. 27. Yulgo : Cerise carrée, cerisier

à côte; n’est, à mon avis, que le M. glahra cultivé.

glandulifera Desc. ; Bunchosie à feuilles glanduleuses. \ ulgo : Prune-

café, bois-café-bois. — Arbre de taille moyenne, droit, haut de 15-18 met.,

urens. L., Plum., édit. Burm., I. 167, f. 1; Cav. Diss., V I I I , t. 235;

M.

Desc., vol.

Y I I I , t. 569, p. 234. M alpighie à feuilles brûlantes. Yulgo ;

ressemblant au Byrsonima spicaia. Feuilles larges, variables, membraneuses,
elliptiques ou ovales-elliptiques, brièvement pétiolées, opposées, munies près

Cerisier-grosse-côte.

de la base, de chaque côté de la côte principale, de 1-2 taches brun-jau­

divariquées, presque

—

Petit arbre, souvent tortueux, à branches très

toujours horizontales,

à jeunes branches couvertes

nâtre, larges. arrondies ou allongées. Fleurs jaunes, en grappes spiciformes,

de lenlicelles nombreuses, blanchâtres, à écorce fendillée. Feuilles variables,

axillaires, allongées, pédonculées, opposées, plus courtes que les feuilles,

nettement elliptiques ou ellipliques-oblongues, obtuses ou pointues au som­

naissant à l'aisselle des feuilles situées sur les branches de la dernière pous­

met, glabres en dessus, munies en dessous de poils longs, couchés, luisants,

sée; calice à 10 glandes larges; styles 3. Fruit drupacé, très jaune en dehors,

brûlants et bicuspidés. Fleurs pourpres ou légèrement pourprées ou blanches,

à pulpe molle, brune, très douce et agréable au goût; semences le plus sou­

en ombelles de 3-6 rayons, tantôt subsessiles, tantôt pédoncules; calice

vent au nombre de deux. — Le rob du fruit est très astringent. Le bois

pourvu de 8-10 glandes. Fruit d'un rouge pâle, luisant, à trois grosses côtes.

sert pour la construction. — FL en avril et mai. — Assez abondant au Gom­

— Descourtilz classe les fruits de ce végétal au nombre des rafraîchissants

mier

aqueux et les recommande dans les fièvres inflammatoires et bilieuses : on

bord du Galion), dans les bois des Bains-Jaunes, du Matouba. Alt.

en fait grand usage dans le pays. Le bois est dur : on en fait des poteaux

400-800 met. [N°* 2411. 3213.
M a r tin iq u e.

Yulgo : Calé-bois, café-moka. — Assez rare. Hauteurs boi­

sées du Koberl, des Roches-Carrées et de la Régale.

\’° 486. i

L. B. glandulosa Rich.; Yulgo : Prune-café. Cav. Diss., Y I I, t. 239, origi­
naire de la Dominique, petit arbre très branchu et à larges feuilles; est cultivé,
à cause de ses fruits, sur quelques habitations: Habitation Longmonl (Capesterre, Guadeloupe , et à la Martinique, au Jardin botanique, enfin sur
quelques habitations de la Rivière-Salée.
Malpighia L .; dédié par Linné au célèbre Italien .Marcelle Malpighi, né en
1628, à Crevalcoure, près de Bologne; depuis 1656, professeur de médecine
à Bologne, médecin du pape Innocent X II, mort à Rome, en 1693; a écrit
entre autre choses : Anatomia planlarum.)
M. glahra L. ; Cav. Diss., \ III. t. 234.Malpighie à feuilles glabres. \ ulgo;
Cerisier du pays. — Arbrisseau tantôt très loufîu, tantôt petit arbre plus ou
moins tortueux, fortement branchu. Feuilles petites, ovales, habituellement
pointues, brièx’ement pétiolées. Fleurs pourpres, plus rarement blanches,

solides et même de petits meubles. — Rare à l’état sauvage ; se cultive
souvent autour des habitations : Gourbeyre, Camp-Jacob, Trois-R ivières,
Lamenlin. ; N° 3719.]
M a r tin iq u e .

\ ulgo : Cerisier-capitaine, grosse cerise. — Au Jardin bota­

nique et çà et là dans les campagnes : Lamenlin, Ducos, etc. (Y " 478. |
M.

urens L., variété lanceolala Gr., M alpighie à feuilles

lancéolées.

Yu lgo (aux Saintes) : Cerise-ruban-couleuvre. — Arbrisseau ou petit arbre,
très élégant, droit, très loutru, à feuilles petites, lancéolées, garnies en des­
sous de nombreux poils couchés, brûlants; se trouve çà et là aux Saintes
(Tcrre-de-H aut et Terre-de-Bas. — FL en avril, m ai; les fruits, moins gros
que dans le M. urens, sont excellents et très rafraîchissants. [N° 2888.
Cette variété n’existe pas à la Martinique.
M.

angustifolia L., Malpighie à feuilles étroites. Yu lgo : Bois-roval. Cav.

Diss., Y I I I , t. 536, f. 1. — Arbrisseau des plus élégants, très touffu dès la
base, haut de 2-3 mètres, à branches flexibles, souvent inclinées et même
Dfiss. — Plantes

Guadeloupe et M artinique.

8

�114

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

tombantes. Feuille- linéaires-lancéolées, luisantes en dessus, couvertes en
des-ous de nombreux poils couchés, très brûlants et bicuspidés. Meurs
blanches ou pourpres, solitaires ou en petits corymbes, axillaires, peu nom­

3-5 mètres. Feuilles larges, opposées, ovales, pointues, glabres, ondulées et

breux. Fruit pul|&gt;eux, ovoïde, petit, muni de 9 petits sillons et de 3 cotes.

glanduleuses sur les bords, légèrement cordées à la base; pétiole court,

On peut les mander. — Abondant sur le plateau et sur la côte de la Désirade ;

biglandulcux au sommet. Fleurs larges, d ’un jaune citron, en corymbes

assez rare à Marie-Galante; rare aux Saintes ( ferre-de-Haul,

ramassés, ombellil’ormes de 5-12 rayons, axillaires cl terminaux, portés sur

roule

du

Bourg-au-Chameau). — Fl. de septembre en janvier. N° ‘2889.
De cette belle espèce on ne trouve pas trace à la Martinique.
M. cocoK/tTa 1.., Cav. Diss., \ III, t. 235, I. 2. Malpighie a fruits durs.
Yulgo : Bois-petit-houx — Arbrisseau très ornemental, couché, rampant,
ou parfois ascendant, à branches minces, allongées, flexibles, enchevêtrées.
Feuilles trè&gt; petites, rigides, très luisantes, ovales-arrondies : les jeunes,
entières; les adultes, siuuées-dentées. à 1-0 dents terminées par un mucro

de liseron.

Yulgo : M ibi,

liane-mibi.

—

Liane

ornementale, vivace, à

branches trichotomes, très allongées, très flexibles et pendantes, haute de

un long pédoncule;

pédicellcs articulés au m ilieu; pétales Irangés; éta­

mines (&gt;, dont 4 stériles, plus courtes que les 2 fertiles. Fruit samaroïde, à
une aile large, membraneuse, oblonguc, arrondie et mince au sommet, munie,
sur le dos, de deux appendices obtus. — Assez abondant le long des rivières
de la basse région. —

FL en septembre, octobre cl novembre. — Sainte-

Marie, M arigot, Carbct, Case-Pilote. A lt. 10-250 met. [N ° 1 5 7 2 .]— Je ne
l'ai pas vu à la Guadeloupe.

un certain nombre de 1eu il les

S. puberum Juss.; Stigmatophylle velu. Yu lgo : Liane ailc-à-ravels. —

sont presque tronquées au sommet et Iricuspidées';. Fleurs solitaires, axil­

Ressemble au précédent par le port, l’inflorescence et la couleur des fleurs

aigu, rappelant celles du houx de France

laires, portées sur des pédoncules longs, iiliformes. Fruit petit, globuleux,

et la forme du fruit ; il en diffère par ses feuilles plus petites, plus pointues,

presque sec, à 3 sillons, qui deviennent plus profonds vers la base. — Peu

luisantes, lisses, mais surtout par le duvet blanc argenté qui en revêt toute la

répandu et peu abondant. Je n'ai trouvé celle magnifique espèce que sur les

face inférieure comme il revêt les pédoncules et les pédicelles, les branches

rochers, près du bourg de la Rivière-Pilote. N° 1-177. — Je ne l'ai pas vueà la

et les jeunes tiges. — Abondant dans les halliers, le long des rivières et dans
les endroits abrités contre le vent. Basse-Terre (rivière aux Herbes), Gour-

Guadeloupe.

beyre (rivière Sence), Moule, Capesterre (Guadeloupe).
Brachypteris Juss.

du grec « brachus ». court, cl « pterux », aile, parce

M a r tin iq u e .

que, dans les espèces-types, les feuilles sont pourvues, à la base du limbe, de

faire des

deux petites stipules.

Trinité, M arigot. [N ° 1473.j

B. burealis Juss., Cav. Diss., V III, t. 237, f. 1. Erachyptère boréale.

.V 2414.]

— Y u lgo ; Mibi, liane-à-corde. — On se sert des tiges pour

liens.

—

Saint-Pierre (Trois-Pon ts), Carbet, Grande-Rivière,

S. emarginalum Juss..

Banisteria splendens Macf. ; Cav.

Diss.,

IV, t.

249.

Yulgo : Liane bord-de-mer, aile ravet-bord-de-mer. — Petite liane vivace,

Stigmatophylle à feuilles échancrées. Y u lgo : Liane noire, liane aile-à-ravets.

haute de 0,80-2 mètres, d'abord droite, ensuite voluble, branchue, à branches

— Liane vivace, pouvant grimper à 4-6 mètres de haut, souvent rampante par

étalées, à jeunes branches comprimées, blanchâtres, légèrement pubescentes.

défaut de support et alors d’une élévation de quelques pieds. Feuilles variables,

Feuilles opposées, ovales, arrondies à la base et garnies de 2 glandes ; à

ou nettement ovales,ouobovales-lancéolées, fermes, à bordslégèrementroulés,

pétioles courts, munis au sommet de 2 glandes arrondies. Fleurs jaune vif,

largement ou peu échancrées au sommet ou terminées par une pointe obtuse,

en ombelles axillaires de 3-1 rayons; pédoncules plus longs que les pétioles

luisantes en dessus, couvertes en dessous d’ un duvet lin, blanchâtre et épais ;

et 2-3 fois plus courts que les feuilles ; étamines 10. Fruit samaroïde, portant

pétiole court, duveté, blanc et muni au sommet de deux glandes noires et

une aile latérale, courte et arrondie au sommet. — Endroits marécageux du

sessilcs. Fleurs grandes, jaune v if, en panicules terminales, dichotomes,

bord de mer et endroit- inondés par la mer. Pointe-à-Pitre (roule duGozier).

composées de corymbes ombelliformes ou en ombelles si ni pies et axillaires ;

[N ° 2893.]

pétales dentés-frangés, onguiculés, dont deux plus petits; pédoncules et pédi­
Yulgo : Mibi bord-de-mer. — Très abondant dans les maré­

celles duvetés, blanchâtres. Fruits réunis par 2, à aile glabre, membraneuse,

cages d eau salée du Robert, du François (le long du canal) et de la Tartane.

pourvue de petits sillons et portant sur le dos deux petits appendices membra­

j.V 147-1.]

neux. — Abondant dans les terres sèches, calcaires et arides du littoral:
Yicux-Fort, Le Baillif, Y ie u x -lla b ita n ts, Go/.ier, Marie-Galante, Désirade,

M a r tin iq u e .

Stigmatophyllum Juss. (dugrec « stigma », stigmate, et « phullon », feuille,
parce que les 3 stigmates se terminent chacun par un appendice foliacé.)

etc. — Fl. principalement d ’avril en juillet. [N ° 2313.J
M a r tin iq u e .

S. convolvulifolium Juss.. Cav. Diss., IX , t. 256. Stigmatophylle à feuilles

Yu lgo : Pelit-m ibi, mibi-falaise. — Sainte-Luce, Diamant,

Sainte-Anne, Caravelle (environs du Phare). [N ° 437.

�116

PLANTES DE LA (U ADELOI PE ET DE LA MARTINIQUE
M ALPICHIACÉES

S periplvcifolium Ju&gt;-.; Sligtnatophylle à feuilles île Periploca. Vulgo :
Petit-mibi. SI., t. 162, f. 2. — Petite liane vivace, souvent rampante, à
branches allonges, filiformes. Feuilles membraneuses, elliptiques ou ovales-

---- SAPINDACKKS

11 7

de Pigeon (rivières Lostau et Pourceau), etc. — F l. en avril et mai. — Alt.

lancéolées. toujours glabres de&gt; deux côtés, échancrées au sommet et munies

0-300 mèt. [S ° 3377.]
M x h t i n i q u e . Vulgo : Liane-caco ( à cause de la ressemblance de scs feuilles

(.l une petite pointe. Fleurs jaunes, en corvmbes ombelliformes : pédicelles

avec celle du cacoycr). — Le long des rivières de la Capote, de la Grand’

filiformes bibractéolés au milieu, caractère qui distingue facilement celte

Anse, ravine de Ducos, etc. [N ° 109.]

espèce de la précédente. Dans les deux dernières espèces, l’appendice du
stigmate est tronqué et petit. — Peu abondant. Endroits rocailleux et secs
de Sainte-Luce. Alt. 0*150 met. N0' 138, 139.

— Je ne l’ai pas trouvé à

Tetrapteris Cav. (du grec « tetra », quatre, et « plerux », aile, parce que
le fruit a quatre ailes.)
T.

la Guadeloupe.

inaequalis Cav., Diss., IX , t. 260; Tétraptère inégale (fru it à quatre

ailes de longueur inégale). N ulgo : A ile à ravets. —
Heteropteris K t h. du grec

heteros », différent, et « plerux », aile, allusion

à la forme particulière des ailes du fruit.)

droite,

ensuite sarmenteuse,

à branches fortem ent

Forte liane, d abord
inclinées, à jeunes

branches et jeunes feuilles couvertes d'un duvet blanc et farineux, qui dis­
parait facilement. Feuilles ovales ou elliptiques, pointues: les jeunes, molles;

H.

purpurea kth., Cav. Diss., IX, t 246, f. ‘2; Ilétéroplère à Heurs pour­

les adultes, coriaces. Fleurs d’ un jaune vif, en panicules trichotomes, com­

prées. Vulgo : Aile-à-ravets, liane-à-ravels, liane-caraïbe. — Liane orne­

posées d'ombelles de 3-4

mentale, très florifère, à branches très enchevêtrées, longues, très flexibles,

m ilieu; calice à 8 glandes; étamines toutes fertiles; styles 3. Fruit à 1 ailes

minces, pendantes, haute de 2-5 mèt., à vieilles tiges d'un diamètre de 7-

dont 2 supérieures, divergentes et plus grandes, et 2 inférieures, parallèles,

10 mm., très fendillées et subéreuses. Feuilles petites, ovales ou elliptiques,

beaucoup plus étroites et plus courtes. — Peu abondant : bord de la rivière

membraneuses, glauques en dessous. Fleurs pourpres, petites, en panicules

du Céron

terminales et axillaires, composées d’ombelles; pédicelles articulés au-des­

200 mèt. [N ° 1469.1 — Je n'ai pas trouvé cette espèce à la Guadeloupe.

rayons; pédicelles articulés et bibractéolés

au

Prêcheur , hauteurs pierreuses de la Grande-Rivière. A lt. 20-

sous du milieu, bibractéolés à la base et aux articulations; glandes du calice

De celle famille on cultive dans tous les jardins le Galphimia glauca Cav.

pourpres; étamines toutes fertiles. Fruit petit, prolongé latéralement en une

(G. elegans B aril.), arbrisseau originaire de l’Amérique tropicale, droit, d’ un

aile membraneuse arrondie au sommet. — Fl. d’avril en juillet. — Abondant

très beau port, haut de 1-3 mèt., à Heurs jaunes en panicules pyramidales,

dans les halliers de terres sèches et rocailleuses du littoral : environs de la

courtes. Guadeloupe [X ° 2415.] — Martinique [N ,J 1471.J

Basse-Terre. Le Baillif, Vieux-Fort, Deshaies, Désirade, Marie-Galante, etc.
Alt. 10-200 mèt. [N* 2412.
M artinique. Vulgo : Aile-â-ravels. — Abondant ; Carbet, Prêcheur, Case-

tuextk - hiitièm e famille .

— S A P IN D A C É E S .

Pilote, Marin, Caravelle, etc. N° 1470.
H. plalypfera D. C.; Ilétéroptère à ailes piales. Vulgo ; Lianc-à-ravets.
— Liane vigoureuse, très ornementale, peu élevée et peu sarmenteuse, à
branches d’abord droites,

ensuite inclinées, à écorce roussâtre couverte

de nombreuses lenticelles globuleuses. Feuilles très coriaces, larges, oppo­

Cardiospermum L.

(du grec « kardion », cœur, et « sperina », semence,

parce que les graines portent une tache noire alFectant la forme d’ un cœur.)
C.

Halicacabum L. ; Cardiosperme à fruit de coqueret (nom spécifique

tiré du grec « ha1i », sel, et « kakabon », tonneau, parce que les Grecs com­

s es . oblongues ou elliptiques-oblongues, très glabres, luisantes en dessus,

paraient le fruit, qui a la forme d’ une vessie, à un tonnelet dans lequel ils

roussâtres en dessous.

conservaient le sel). Vulgo : Persil bâtard, Desc., vol. IV , t. 241, p. 40. —

Fleurs d'un jaune vif. en panicules larges, termi­

nales trichotomes, avec des grappes simples, situées aux extrémités des

Liane herbacée, annuelle ou suffrutescente, grimpante, très ornementale, à

branches; pédoncules principaux et pédicelles primaires longs, rigides,

cause de son feuillage; à tiges minces, pubescenles, très flexibles; à jeunes

droits; pédicelles tertiaires courts, gros, articulés et souvent bibractéolés au

liges à 4 angles. Feuilles biternées, incisées et grossièrement dentées. Fleurs

milieu, tous couverts d'un duvet court et ferrugineux. Fruits larges, réunis

blanches, petites, en corymbes axillaires, longuement pédonculés; pédon­

par 2-3, à aile large, tantôt droite, tantôt recourbée, longue de 25-30 mm.

cules filiformes, munis au sommet de 1-3 petites vrilles filiform es; sépales

sur 8-10 mm. de large. — Abondant le long des rivières et dans les coulées

4, les 2 inférieurs plus larges; pétales 4, inégaux, portant de petites écailles

aérée- des parties inférieures de la Pointe-Noire rivière de la Petite-Plaine),

séparées des étamines par un petit disque; étamines 8; styles 3. Fruit vési­
culaire, dont la forme rappelle un bonnet de prêtre, plus large que long,

�PLANTES UK LA GUADELOUPE ET DE [.A MARTINIQUE

118

tardivement déhiscent, pubeseent; semences 3, bleues, sphériques, portant a
la base une large tache noire en forme de cu*ur. — Abondant dans les
savanes et le&gt; halliers de la répondu littoral. — Deseourlilz range cette
herbe dans les diurétiques excitants et dit que la décoction de la racine est
spécialement recommandée dans les atrections de la vessie et des voies uri­
naires. Dans le pavs, on se sert fréquemment des feuilles et des tiges dans les
bains tièdes et en cataplasmes émollients contre les abcès, les phlegmons et
les furoncles; l'eau dans laquelle on a laissé séjourner les feuilles pendant
quelque temps constitue un des meilleurs rafraîchissants. — Fl. pendant
l'hivernage. — Environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Trois-Rivières, PetitBourg, Capesterre, etc. Alt. 0-380 met. N° 2521.
M a r t i m q u e . Vulgo : Bonnet carré. — Abondant : Saint-Pierre, Parnasse,
Carbet, Marin, etc.

.V139.

SAPINDACÉES

P.

Vespertilio S\v.

;

Paullinic

&amp; pattes

1.19

de chauve-souris.

\

ulgo

:

Liane-

p ersil.— Puissante liane, haute de 10-15 met., à tiges adultes cylindriques,
ruguleuses, noirâtres, à jeunes tiges profondément sillonnées ou seulement
striées, â branches pendantes. Feuilles imparipennées, longuement pétiolées,
à 5 folioles ovales-oblongues, très grossièrement dentées vers le sommet ; la
paire inférieure est très éloignée de la supérieure, qui se trouve au mémo
niveau que la foliole terminale. Fleurs très petites, jaune pâle, en grappes
axillaires allongées, portées sur de très longs pédoncules qui sont pourvus,
à la base, dedeux stipules ovales-lancéolées, munies ausonwnet dedeuxgrandes
vrilles comprimées; sépales 5 ; pétales 4, pourvus de petites écailles; étamines8; disque formé de quatre glandes. Fruit large, pyriform e, s’ouvrant par
déhiscence septicide, pourvu au sommet de (rois ailes membraneuses et
oblongues, plus courtes que le fruit el situées horizontalem ent; semence 1,
brune, à moitié plongée dans un arille blanc, ondulé sur le bord, spongieux

La variété S. microcarpum Bl. se distingue du précédent par ses fruits

à l’état frais. — A vec les tiges, on fabrique des bâtons à la fois très flexibles

plus petits, plus déprimés, et par ses côtes plus saillantes [X°2421.] — M arti­

el très solides. — FL en février el mars; fruits mûrs en octobre et novembre.

nique N°* 38 et 38 a.j

— Assez abondant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes (canal Dupuv,

Urvillea Kth dédié par Kunlh au navigateur français J. Dumont d ’ U rville,

rivière Roche, etc.). [N ° 3599.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-persil. — Parnasse, Fonds-Saint-Denis, Grande-

né à Condé-sur-.\oireau ; il a entrepris, de 1826-29, un voyage de décou­

Rivière. [N os 1483, 1483 h. P. microsepala Radlk. in Monogr. Paullm ue ,

vertes en Australie; a écrit une énumération des plantes des îles Falkland et

Fnumeralio plantaruni, quas in msulis Archipel, el liltoribus P o n liE uxin i collegil.)

1895-96, p. 253.
P. Cururu L. part. \ Plum ., édit. Burm., t. 111, fig. 2; Paullinic Cururu
(mot caraïbe). V u lgo ; Liane à scie, liane-mangle, persil noir. —

U.

ulmacea Kth; l rvillée à fruits d'orme. N ulgo : Liane-persil, liane-

Vivace,

grimpant, liant de 2-6 met., à branches flexibles, pendantes, à jeunes branches

savon.— \ ivace, grimpant, à tiges minces, flexibles, striées et à 4-6 angles

quadrangulaires-sillonnées, à angles saillants. Feuilles &lt;1igi tées-tri foliées, à

saillants. Feuilles ternées, d'un vert très pâle, à folioles ovales, acuminées.

folioles très brièvem ent pétiolées, ovales-elliptiques, acuminées, grossière­

grossièrement et irrégulièrement dentées, arrondies au sommet ou terminées

ment el irrégulièrement dentées vers le sommet : la terminale plus grande;

en pointe; pétioles secondaires très légèrement ailés; vrilles de deux sortes :

pétiole commun ailé. Fleurs blanches, en grappes courtes, axillaires; stipules

les unes longues, axillaires, sortant des aisselles des feuilles; les autres tou­

courtes, lancéolées; vrilles opposées aux feuilles ou caulinaircs. Fruit pyri­

jours par 2, courtes, naissant au sommet des pédoncules. Fleurs blanches, en

forme, trigone, surmonté de trois styles persistants, s’ouvrant par déhiscence

grappes : les une&gt; axillaires, les autres portant tles vrilles pédonculaires ;

septicide; semences 1-3, noires, luisantes, nichées dans un arille épais et

sépales 5; pétale' L munis défailles; étamines 8. Fruit samaroïde, vésicu-

blanc. — Dans l’opinion des habitants, les graines passent pour être un

leux. trilobé-lriailé; contenant trois semencescrustacées, globuleuses, pourvues

poison2. A vec les tiges, on fait également des bâtons solides el flexibles. —

d une arille

Abondant dans les endroits marécageux du bord de mer : Lamentin, Trois-

blanc. —

Rare : route des Trois-Ilets aux Anses-d’A rlet.

X°* 40. 1482.j — Je ne Lai pas trouvé à la Guadeloupe.
Paullinia L.

dédié par Linné à Simon Paulli, né en 1603, à Rostok; en

Ilots, Ducos; plus rare à 1 intérieur : boulevard de Saint-Pierre, Prêcheur.
N° 1485. |— Elle ne se trouve pas à la Guadeloupe.

1632, professeur de médecine, et. en 1639, professeur d’anatomie, de chi­

P. pinnata, L., Plum ., Descript., t. 91 ; Paullinie à feuilles pennées. Vulgo ;

rurgie et de botanique à Copenhague, mort en 1680; a écrit : Quadriparlilum hotanieum de simplicium medicamenlorum [acullalibiis , et la Flore
danoise. Fern. Paullinia écrit, en 1664. de Ahusu Tahaci et Herbue The ne ;

1. ' Partim Sçrjania nodosa Radlk. — Radlk., M onogr. Serjania, 1875, p. 341; Monogr.
Pauli., 1895-96, p. 14, ohs. nu 3, p. 128, 133).

Christ. Franc. PauUini, en 1(588, sur le Salvia, en 1700, sur le Jalap, en
1/04, sur la Muscade.

2. Cette espèce donne un suc qui serait employé par les sauvages de la Guyane, où
cette plante existe, pour empoisonner leurs flèches, il entrerait dans la préparation du
curare. (E. II.)

�120

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

Liane-persil. — Vivace, haut de 2-5 n u l, à jeunes tiges sillonnées-striées.
Feuille" longuement pélioléc», à 5 folioles brièvement pétiolées, coriaces,
luisantes, ovales-elliptiqucs, acuminées, irrégulièrement

et grossièrement

SAPIN DACEKS

121

caconnier rouge. — Arbre de taille moyenne, à écorce rousse, à branches
très étendues. — Ressemble au précédent par la taille cl le port; il en diffère
par ses feuilles adultes glabres, moins dentées, les pédoncules et pédicelles

dentées, à dents obtuses, distancées : la paire inférieure, éloignée de la supé­

beaucoup moins duvetés, mais surtout par son fruit à angles aigus. — FF en

rieure. est au niveau de la foliole terminale; le pétiole principal est ailé

décembre et ja n v ie r; fruits mûrs en mai, juin, juillet. — Peu abondant : çà

entre la première et la deuxième paire et de là jusqu’au point d’insertion sur

et là dans les bois secs de la ravine Blondeau (T rois-R ivières), sur le bord de

la tige. Fleur" blanches en grappes axillaires. Fruit pyriforme, couronné par

la rivière de la Petite-Plaine (Pointe-N oire) et de la rivière Noire, près du

les ro tes du style. Cette espèce se distingue de la précédente surtout par la

Saut-de-Gonstantin. [N 08 3376, 3561.]

forme de ses feuilles cl de ses folioles. — Assez rare. Gà et là dans les halliers de la région inférieure : Famentin, Rivière-Salée, Parnasse. [N° 1181.
— Je ne l ai pas trouvé à la Guadeloupe.
P. P lu m en i Tr. et PI. — Voir à la lin de l’ouvrage, aux Addenda, la des­

F.

Sapindus F. (du latin « sapo », savon, et « indus », indien, parce que les
graines servent de savon dans l’Inde.)

cription omise par l'auteur. iRadlk., Monog. Paulliniae, 1895-96, p. 809.)

Cupania

Il n'existe pas à la Martinique.

S. saponaria F., Desc., vol. IV , t. 261, p. 121 ; Sapindus saponaire. Vulgo ;
Savonnette, savonnier, bois mousseux. —

Grand bel arbre, à tronc très

dédié par Linné à Franç. Cupani, né en 1657, à M vrli en

droit, cylindrique, à frondaison allongée, à branches peu étendues, tantôt

Sicile; étudia la médecine, entra, en 1681, dans l’ordre de Saint-François ;
devint directeur du Jardin botanique du comte délia Catholica et professeur

fastigiées, tantôt étalées, à écorce grise, mince, sèche et lisse : celle des
jeunes branches couverte de lenticelles blanchâtres. Feuilles paripennées à

de lie-..! g

4-5 paires de

Païenne, mort en 1700; a écrit ;

Hortns Catholicus; Calalo-

guf planlarum sicularum ; a travaillé pendant vingt et un ans à l’histoire
naturelle de la Sicile et a laissé un ouvrage de 700 planches dont 191 furent
imprimées. )
C.

folioles oblôngues-lancéolées, coriaces, inégales à la base;

pétiole principal étroitem ent ailé. Fleurs blanchâtres, petites, disposées en
panicules larges réunies en groupe, soit à l'extrém ité des branches, soit à
l’aisselle des dernières feuilles; pédoncules et pédicelles couverts d’ un duvet

americana F., I&gt;esc., vol. II, t. 89, p. 89; Plum., édit. Burm., I. 110.

roux pâle, très court; sépales et pétales 5; étamines 10, insérées sur un

Vulgo : Yeux-crabes. — Arbre de taille moyenne, à branches très étalées?

disque complet ; styles 3. Fruit drupacé, sphérique, noir en dehors, de la gros­

horizontales, à écorce roussâtre, unie. Feuilles paripennées à 4-5 paires de

seur d'une cerise, muni à la base, à côté du pédicelle, d’ une large glande

folioles alternes, obovales-oblancéolées, régulièrement dentées en scie, à
dents inférieures distantes : celles du sommet du limbe, arrondies, rappro­
chées; cotes, nervures et nervilles de la face inférieure couvertes d un duvet
roux. Fleur» petites, blanchâtres, en panicules larges, terminales; jeunes
branches, pédoncules, pédicelles et calices couverts d'un duvet très roux et
tin; sépales 5, imbriqués ; pétales 5; étamines 8, insérées sur un disque com­
plet. Fruit large, déprimé au sommet, duveté de roux à trois coques sousligneuses,

s’ouvrant

par déhiscence loculicide, contenant chacune une

semence globuleuse, brune, lisse, luisante, enchâssée d'un arille rouge et
irrégulièrement frangé. — Descourtilz place celte plante dans les stoma­
chiques astringents à cause du tanin que contiennent les feuilles et les fruits;
il ajoute que les feuilles prises en infusion s’administrent dans le catarrhe
vésical et toutes les fois qu'il s’agit d’exciter la membrane muqueuse des
voies urinaires et des autres membres frappés d’atonie. — FF en avril, mai.

traversée d’un sillon profond; semence 1, par avortement des 2-3 autres
ovules, complètement sphérique, noire, lisse, dure. — On se sert des graines
pour fabriquer des chapelets et des bracelets; la pulpe des fruits, mise dans
l'eau, donne une écume blanche très abondante dont on se sert pour laver le
linge en guise de savon; les feuilles, macérées, produisent également une
écume savonneuse1; le bois est dur, grisâtre en dedans, pesant ; il sert à
faire des rouleaux de moulins, des moyeux, etc. — Descourtilz met ce végétal
au nombre des diurétiques sédatifs; il dit que le suc visqueux des fruits, qui
renferme du tanin, est administré à l'intérieur et en injections vaginales
contre les hémorrhagies utérines; il ajoute que la décoction de I écorce de la
tige est bonne, en injection, dans la leucorrhée vaginale et l’uréthrite; en
lotions, contre les vieux ulcères. — Malheureusement, cet arbre est devenu
rare ; çà et là autour des habitations et le long des rivières de la basse
région. —

FF en janvier et février; graines mûres en juin et juillet. —

— I.e bois est dur et blanc en dedans. — Très rare. De cette espèce, je
n’ai trouvé qu’un pied sur le plateau des Trois-Ilets. [N° 1486. — Il ne se
trouve pas à la Guadeloupe.

C.

tnguetra A . R ich .; Cupanie à fruit triquètre. Vulgo ; Bois-châtaignier,

1. Toutes les parties de ce végétal {fru it, feuilles), qui rendent l'eau mousseuse, ren­
ferment de la saponine comme le bois Je Panama. On utilise les mêmes propriétés dans
les fruits et feuilles du S. arI&gt;orescens A u bl. à la Guyane et du S. rigiJa V ahl aux Mascaraignes, L ’écorce de ces végétaux est réputée fébrifuge. (E. II.)

�122

PLANTES

DF LA GUADELOUPE ET DE LA

Rivière du la Petite-Plaine

MARTINIQUE

Pointe-Noire), environs des Abymes et du

Moule. Alt. 0-300 mèt. N” 3590.

M v h t im q i Yulgo : Savonnettier. — Plus abondant qu à la Guadeloupe
Saint-Pierre cours de l’hospice'.. Fort-de-France, Lamentin. [N" 01 1.
BUghia koen. dédié au navigateur anglais Bligh, qui a laissé une description d’un voyage dans les mers du Sud, 170*2.

B.

sapida koen.,

Akeesia

af ricana Tuss., Tuss., F/., 1, t. 3 ; Desc.,
vol. V II I, l. .‘&gt;&lt;&gt;0; Blighie savoureuse. Yulgo : Ris-de-veau. — Petit arbre à

SAPIN DACÉF.S

*

123

(près du Saut-dc-Constanlin), Ilouëlm onl (batterie), Vieux-Habitants. Alt.
150-380 mèt.
M a r tin iq u e .

N° 2908.]
Yu lgo : Bois-négresse. —

Assez abondant au

plateau

des

Trois-Ilets, à la montagne du Vauclin et dans les hauteurs de Case-Pilote.
[ N ° 584.

Melicocca L. (du grec « mcli », miel, et « hokkos », baie, fruit, allusion à
la saveur du fruit.)

feuilles pennées, à 3-4 paires de folioles opposées, à Heurs blanches, pubes-

M. bijuf/a L ., Jacq., Sel, Am . stirp. hist ., I. 172. Melicocca à feuilles

centes, en grappes axillaires, à fruits grands, rouges en dehors, obovales-

bijuguées. Yu lgo : Ivenetlier ou kénepier. — Grand arbre, à tronc droit,

oblongs. à trv»i&gt; grosses côtes, s’ouvrant par déhiscence loculicide, contenant

anfractueux à la base, à frondaison large, arrondie, à écorce grise ou noi­

1-2 graines noires, polies, entourées dans les deux tiers de leur longueur par

râtre, peu fendillée. Feuilles paripennées, à deux paires de folioles opposées,

un arille blanc, charnu, ressemblant à des ris de veau. — Cet arille se mange

glabres, entières, elliptiques. Fleurs blanchâtres, exhalant une odeur forte,

dans les fricassées de poulet ou autrement. L'arbre est originaire de la
Guinée Afrique tropicale', d’où il fut apporté par un vaisseau négrier à la
Jamaïque. II est maintenant répandu dans toutes les Antilles. — Le bois est
d’une consistance solide et sert pour la menuiserie. Les Heurs, odorantes,
permettraient de préparer une eau distillée aromatique. — Se cultive çà et
là autour des habitations : Saint-Pierre Fond-Corét, Basse-Pointe, Fort-deFrance, etc.

N° 1810F — On dit qu’il existe aussi à la Guadeloupe.

Lepisanthes

plus ou moins agréable, souvent dioïques, plus rarement monoïques, rare­
ment polygames, en panicules terminales, avec des grappes simples, axil­
laires, situées dans les aisselles des feuilles de l'extrém ité des branches : les
panicules des fleurs femelles beaucoup plus courtes que celles des mâles;
calice à 4 segments profonds; pétales 4; étamines 8, insérées sur un petit
disque complet, noir ; styles 2 ; stigmates 4, bilobés, très courts ; ovaire placé
dans le disque, entouré, à la base, d éfailles ciliées-frangées. Fruit globuleux-ovoïde, à péricarpe subcharnu, mince, vert en dehors, blanc en dedans;

tetraphylla Radlk., arbre de petite taille, originaire de

graines volumineuses, entièrement enveloppées d'un arille gélatineux d’ une

l’archipel indien, est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre, où il fleu­

saveur légèrement acidulée, astringente et très agréable. — L ’amande, cuite

rit tous les ans, mais ne donne pas de fruits. \°1837.]

ou rôtie, peut être mangée comme la châtaigne; le bois est dur et se prête à

Le

Schmidelia S\v.

dédié à Casimir Christ. Schmidel, né à Baireuth en 1718;

devint, en 1742, professeur dans sa ville natale, et, en 17-13, à Erlangen; en
1703. médecin du Marcgraf d’Ausbach; s’occupa beaucoup d’histoire natu­
relle, surtout de botanique ; il a laissé, entre autres choses : Icônesplaniarum

et analysis partium.)

S. occidentales Sw., Allophylus occidentalis Radlk. ; Schmidelie occidentale.
Yulgo : Café jaune, petit-café. — Arbuste ou petit arbre, à branches étalées,
à écorce grise, à jeunes branches pubescentes. Feuilles ternées, longuement
pétiolées, à folioles elliptiques, sinuées-dcntées, à dents courtes, aiguës,

la construction. — Fl. en avril, m ai; fruits mûrs en juin, juillet, a o û t.—
A lt. 0-350 mèt. Dans toute la Guadeloupe et la Grande-Terre. [N ° 3718.]
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Kénettier. — Dans tout le pays. |)N° 1809.]

Dodonæa L. (dédié à Rem bcrl Dodoens (en latin Dodona*us), né en 1518 à
Mcchelen,

en Belgique;

fut médecin de l’empereur Maximilien

II et de

Rodolphe 11, ensuite professeur à Leyde, m ort en 1583 ; il a laissé Cnsydeboek
avec ligures, ouvrage corrigé de : Ilistoria slirpium .)
D.

viscosa L., SL, t. 162, f. 3; Dodonée visqueuse. Yu lgo : Mangle-oseille.

— Arbuste buissonneux, élégant, très droit, rarement petit arbre, à branches

infléchies vers le limbe, glabres en dessus, duvetées et grisâtres en dessous.

fastigiées, à feuilles, fruits, pédoncules et jeunes branches visqueux. Feuilles

Fleurs d'un blanc pâle, en grappes simples ou divisées, raccourcies, presque

obovales-lancéolées, oblancéolées. Fleurs verdâtres, en corymbes paniculés :

aussi longues que le pétiole principal; sépales 5, ciliés; pétales 4, ciliés; éta­

les terminaux, plus larges; les axillaires, plus courts; calice à 4 sépales;

mines 8, de longueur inégale, entourées, à la base, d’un disque glanduleux.

pétales nuis; étamines 10. insérées sur un disque hypogyne. Fruit samaroïde,

Fruit sphérique, un peu plus grand qu’une graine de poivre, jaune en

à 3 ailes égales, arrondies, membraneuses, formant au sommet, à leur point

dehors, contenant une semence globuleuse. — Cet arbrisseau perd souvent

de jonction, trois sinus profonds, à 3 loges, s'ouvrant par déhiscence septicide,

le&gt; feuilles en temps de floraison. — FL en mai, juin et juillet. — Peu abon­

contenant chacune deux graines ovales, dont 1a supérieure est dressée et l’in f é-

dant. Çà et là dans les bois et les falaises de la basse région : rivière Noire

rieure pendante. — Assez abondant sur le plateau calcaire de la Désirade,

�SAIH ACRES
PLANTES

124

125

HE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

dans les &lt;ables «lu boni de mer, de Folle-Anse

Marie-Galante). — Fl. en

avril, mai. juin, souvent aussi en septembre et octobre. X°* 2904, 3627.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Olivier bord-de-mer. — Fond Canonville (ra re);

QUARANTIÈME FAMILLE.

-- SAB1ACEES.

abondant au bord de merdes Anses-d’Arlet surtout à la Grand Anse) et du
Diamant. N° 368.
I.

Euphoria Litchi Commers., Nephelium Litchi L. \ ulgo : Litchi ou

Letchi: a été introduit à la Guadeloupe, il y a une quarantaine d’années : le
premier pied a été planté au Petit-Bourg, d’où il s’est répandu dans le pays.
Pour le faire produire plus vile on le propage par marcottes. — Fl. habi­

Meliosma Urb. (du grec « méli », miel, et « osmé », odeur, parce que les
fleurs exhalent une odeur de m iel.)
M. Pardoni Kr. et Urb., nova species ; Meliosma de Pardon (Gouverneur
de la Guadeloupe, 9 ju illet 1894-8 juin

1895). \ ulgo : Graines v e r le s .—

tuellement en janvier ou février. X° 2909.
M a r t i n i q u e . — Le premier Letchi a été planté en 1826 dans le jardin du

Grand arbre, haut de 18-25 met., très branchu, à tronc droit, anfractueux à

Gouvernement de Fort-de-France; selon le rapport de M. Bélanger, direcreur du Jardin botanique de Saint-Pierre, il a fleuri une lois et a produit des
fruits. Le?- pieds qui existent actuellement dans le pays proviennent de deux
grand&gt; pieds, qui ont été pris à la Guadeloupe et plantés dans le jardin de
M. Ernest Duehamp, ex-notaire, sur l’habitation Baranville, aux Trois-Ponts.

giées : les inférieures, étalées. Feuilles très coriaces, rudes, épaisses, obo-

wX* 1811. J

daires, fortes, saillantes en dessous, imprimées en dessus, côtes secondaires

la base, à écorce noirâtre et fortement fendillée, à branches supérieures fastivales ou obovales-elliptiques, arrondies au sommet ou terminées en une
pointe très courte et obtuse, rétrécies en coin à la base, habituellement rou­
lées sur les bords, très vertes en dessus, d’ un vert ferrugineux en dessous et
entièrement couvertes de squamules minces; côtes

principales et secon­

arquées, reliées par des arcades, près du bord du lim be; limbe long de
8-12 cm. sur 3-5 cm. de large ; feuilles des branches de la panicule (proTRENTE-NEUVIÈME FAMILLE.

— S TA PH V LÉ A C É E S.

Turpinia Vent, dédié par Yentenat au Français P. J. Fr. Turpin, botaniste
et peintre de plantes, mort en 1840; il a écrit : Essai d'une iconographie des
plantes, 1820, et avec A. Poiteau : Flores parisienses, 1808.)

phylla) 2-5 plus courtes; pétioles courts, à base élargie, épaissie, ruguleuse,
grise et transversalement fen dillée; partie supérieure de l'axe de la panicule,
et surtout les pédicelles, couverts d’ un duvet ferrugineux. Fleurs petites,
sessiles, d'un blanc très pur, à odeur de miel, en panicules pyramidales,
longues de 11-13 cm., soit terminales, soit situées à l’extrémité des branches;
calice à 5 sépales persistants, imbriqués: les 3 extérieurs, plus grands; éta­

T. occidentalis Don., SL, t. 220. Staphylea S\v. ; Turpinia occidental.
\ ulgo ; Bois-pilori. — Assez grand arbre, à branches souvent très étalées, à

mines 5, dont 2 seules fertiles, insérées sur un disque hypogyne ; anthères

jeunes branches cassantes, verruqueuses, tachetées de lenticelles ligneuses,
blanchâtres, à écorce fortement fendillée. Feuilles glabres, larges, longuement
pétiolées. imparipennées, à 7-11 folioles ovales-lancéolées, acuminées, serre-

style 1, simple, ovaire sessile, à 3 loges, contenant chacun 2 ovules. Fruit

tées, à dents aiguës, blanches, droites ou infléchies vers le limbe. Fleurs d’un
blanc mat, en panicules terminales, trichotomes, très lâches, plus ou moins

lièrement sillonné-bosselé ou raboteux. Avant d'ètre mûr, son épicarpe est

pendantes; calice à 5 sépales très verts ; pétales5; ovaire à 3 loges,contenant
chacune 1-3 ovules; styles 3, distincts; étamines 5, insérées sur un disque

glauque clair, de sorte que la panicule entière ressemble, à s’v méprendre, à

hypogvne. Fruit baccien, trimamelonné-trigone au sommet, chaque mamelon
portant une pointe, reste du pistil; graines 1-3, osseuses, d'un gris blanchâtre,

et porte des taches grises et irrégulières; la pulpe disparaît; semence I,
oléagineuse. — FL en mai et ju in ; les fruits mûrs restent plus d’ un an sur

très lisses, luisantes. FL en avril, mai; graines mûres en juin, juillet, août.
— Abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du Matouba, des Vieux-Habi­
tants; plus rare dans les bois de la Pointe-Noire. Alt. 450-1000 mèt.
N" 3436.

l'arbre. La plante fleurit avec une grande abondance pendant deux ou trois
saisons : elle se repose ensuite pour refleurir quatre ou cinq ans après. —

M a r t i n i q u e . Yulgo ; Bois-vignot. — Rare : çàet là dans les bois d e l'habi­
tation Saint-Martin, sur le flanc occidental de la Montagne-Pelée. X° 1821.J

les constructions dans l'eau et dans la terre; on en fait aussi de belles planches

biloeulaires, globuleuses, à loges opposées et longitudinalement déhiscentes;
drupacé, peu pulpeux, obové, de la grosseur d'un grain de muscat, muni, à
la base, d’une petite proéminence latérale; endocarpe osseux, très dur, irrégu­
luisant,

très

lisse, presque translucide, très légèrement ponctué, vert-

une grappe de raisins non mûrs ; à l étal de maturité, l’épicarpe devient noir

Le bois est dur et rouge, variant jusqu’au brun; il passe pour être inatta­
quable par les poux de bois et incorruptible ; on l'emploie avec avantage pour

�J2&lt;*

pour les boisent". — A-sox abondant dans 1os bois inférieurs des BainsJaune-, du Malouba, des \ ieu\-Habilants, etc. Alt. o50-/00 mèt. !_.V 3-135.J

127

M ELI ACIil'.S

PLANTES DE LV GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

lleurs; peu gracieux, quand il est âgé, à cause de ses branches horizontales
ou inclinées cl maigrement feuillues. Feuilles 2 fois composées imparipennées, à 3-1 I folioles dentées, ovales-elliptiques. Fleurs à odeur de lilas en

Il n'existe pas à la Martinique.

cvmes panieulées, larges, soit terminales, soit accompagnées d'autres pani-

M. //erberfn Holfe : Meliosnia de Herbert. N ulgo : Graines-violeltes, bois-

cules situées aux extrém ités des branches; calice monosépale à 5 dents pro­

violet. — Le plus souvent grand arbre, à branches nombreuses : les infé­

fondes; corolle polypétale à 5 pétales violets ou violacés, ou panachés de

rieure', étalées : 1rs supérieures, fastigiées, à jeunes branches très angu­

blanc et de violet, alternant avec les lobes du calice; étamines soudées en

leux -, couvertes de verrues grises ou rouges et de cicatrices laissées par les

tube, 20-30, violet foncé, élargies au sommet ; anthères 10, scssiles au som­

feuilles. Feuille- obovales-ellipliques, pointues au sommet, rétrécies en coin
à la base, longues de U M 5 cm. sur 3-5 cm. de large : consistance, couleur et
nervure- des feuilles, pétiole, pubescence des pédoncules et des pédieelles,
forme, couleur et parfum des fleurs, à quelques petits détails près comme

met du tube.

dans le précédent. Panicule allongée, dépassant de beaucoup les feuilles,
longue de 1ïi-22 cm. à la base, d'une largeur de 5-0 cm., portée sur un pédon­
cule beaucoup plus long que dans le M Pardoni. Fruit non mûr violet foncé,
en-uile violet noir, d'abord pulpeux, ensuite sec, long de 2 cm., obové, muni,
à la base,de 2 mamelons latéraux dont 1 plus petit; drupe portée latéralement
sur un pédoncule prenant naissance au petit mamelon. A mesure que les
fruits mûrissent, la panicule s'allonge et devient peu à peu pendante. — Le
bois est dur, noirâtre en dedans avec des rellels jaunes; il est élastique,

Fruit drupacé, globuleux ou globuleux-ovoïde, jaune

en

dehors; à la maturité, de la grosseur d’une petite noisette; grappes dressées
quand elles fleurissent, pendantes quand elles sont chargées de graines. —
FL habituellement deux fois par an. — Le bois est blanc, mou, très cassant
cl ne peut servir que pour le chauffage; l’écorce et la racine sont vermifuges;
la pulpe est, dit-on, un poison pour l'hom m e; elle est mortelle pour les
chiens; avec les noyaux on fabrique des chapelets 1. — Çà et là dans la
région inférieure, se cultive souvent dans les jardins et les cours. A lt.
0-350 mèt. [N ° 2310.]
M ahtinique . Y u lgo : Lilas du pays. — Assez abondant dans toute l ile.
[N 01488.]

résistant et peut servir pour la menuiserie aussi bien que pour les construc­

Trichilia Sxv. (du grec « tricha », par trois, triplement, parce que dans les

tions dans la terre et dans beau. Les graines restent également plus d'un an

espèces-types les feuilles sont composées de 3 folioles, ont un ovaire à 3

sur l'arbre qui fleurit avec une grande abondance pendant le mois d'avril

ovules et un fruit à 3 valves.)

ou de mai et cesse ensuite durant plusieurs années. — Assez abondant dans
les bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, dans les bois du Gom­
mier, des Trois-Rivières. Alt. 100-750 mèt. N° 2412.
M YBTixiQiE. \ ulgo : Bois-de-sept-ans i parce qu’on croit qu il ne ileurit que
tous les sept ans . — Bois des Fonds-Saint-Denis, du Lorrain, du Campde-lAlm a. .V 53.

T. sim plicifolia Spreng., T. diversifolia Tuss.; Trichilic à feuilles simples.
Yulgo : Bois-de-fer bâtard. — Petit arbre ne dépassant guère 5 mèt. d’éléva­
tion, très branchu, à écorce grise,
simples,

unie. Feuilles très variables, tantôt

tantôt imparipennées à 3-5 folioles ovales-elliptiques, entières,

coriaces, plus ou moins luisantes en dessus; foliole terminale toujours beau­
coup plus ample que les 2 ou 4 autres qui vont en décroissant. Fleurs petites,
blanches, exhalant une odeur exquise et forte, en panicules courtes, axil­
laires; calice à 4-5 dents courtes, aiguës; pétales 5 ovalcs-oblongs; étamines

yl ARANTE-I NIÈ.ME FAMILLE. — M ÉLIACÉES.

soudées en un tube court; ovaire à 3 loges. Fruit gris, de la grosseur d’ une
petite noisette, s’ouvrant en .‘5 valves par déhiscence loculieide; graines 1-3,
brunes, lisses, luisantes, entourées, à la base cl d’un côté, d’un arille blanc

allusion à la forme des feuilles :

qui devient noir en se desséchant. — FL en avril, mai, juin. — Le bois est

le mot dérive de « méli ». miel, parce que plusieurs espèces de frêne con­
tiennent un suc doux.)

dur, excellent pour la construction et aussi pour la menuiserie. — Assez

Melia L.

du grec « mélia », frêne,

M. sempertirem S\v., M. azedarach L.; Melia toujours vert. Yulgo : Lilas
du pays. — Arbrisseau ou petit arbre, ne dépassant que rarement 5 mèt.
d'élévation, originaire de la Perse et de la Syrie, naturalisé depuis de longues
années dans toutes les Antilles, très élégant par son port, son feuillage et
se? branche? fastigiées : quand il est jeune, toujours li és ornemental par ses

abondant dans presque tous les bois humides ou secs du pays. Bains-Jaunes,
Matouba, Pointe-N oire, etc. A lt. 300-900 mèt.

N os 2312, 3217.]

I. L ’écorce de ce végétal est nauséeuse et amère. Les feuilles sont réputées astrin­
gentes et stomachiques : dans l'Incle on les applique en cataplasme sur les ulcères. Les
fruits sont vénéneux à haute dose, les semences fournissent environ 18 “/„ d une huile fixe,
odorante, qui pourrait être utilisée dans l'industrie du savon. (E. II.

�128

PLANTES nu LA GUADELOUPE ET DE LA

M a rtinique.

—

MARTINIQUE

Bois-de-1'Anglais, mahot-anglais. — Calebasse,

Camptrès étendues, horizontales ou inclinées. Feuilles larges, paripennées, à 2-3

llalata, fontaines Didier et Absalon, etc. [N ° 163.]
Guarea L.

G

paires de folioles elliptiques, très vertes et luisantes. Fleurs blanches, très
odorantes, en panicules terminales ou situées aux extrémités des branches;

nom qu'on donne à cette plante à Cuba.)

ramiflora Vent.,

Guarea

humilis Bertero; Guarea à fleurs situées sur

les branches. Vulgo : Nétlier-des-bois, tamarin-des-bois, bois-pistolet. —
Arbre de petite taille, à branches irrégulièrement disposées, le plus sou­
vent étalées. Feuilles

paripennées à 1-3 paires de folioles très vertes,

glabres, elliptiques, membraneuses, larges, pointues au sommet. Fleurs
blanches exhalant une forte et très agréable odeur, en grappes simples, rare­
ment composées, striées à l’extrémité des branches; pétales 1, ovales, arron­
dies au sommet ; étamines soudées en un tube conique, très évasé à la base;

calice à 4 dents très courtes et arrondies; pétales 4; anthères sessiles, insé­
rées au sommet du bord intérieur du tube staminal; stigmate exsert. Fruit
de la grosseur d'un œuf de poule, obové, gris brun en dehors, uni, déhiscent,
s’ouvrant en valves ligneuses et épaisses; semences 5 ou 8 et alors super­
posées, rouge verm illon sur le dos avec une tache blanche au milieu. Celte
espèce se distingue facilement des autres par l'ampleur des feuilles et du
fruit. — FL en avril, mai; fruit mûr en juin, ju illet et août. — Rare. Alt.
400-800 mètres. Çà et là dans les bois de la Calebasse et de la fontaine Absa­
lon. [ X" 1489.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

anthères sessiles, insérées près du bord inférieur du tube; pistil aussi long
que le tube; style filiforme; stigmate capité; ovaire entouré vers la base d'un
anneau, à 1 loges biovulées. Fruit brun, ruguleux, tacheté de pointes grises,
de la grosseur d'une nèfle de France, s'ouvrant en 1 valves par déhiscence
loculicide; semences 4, d'un magnifique rouge vermillon et luisant sur le
dos, blanches sur tout le côté hilaire. — Assez abondant dans les bois de
Gourbevre

morne Goblin), des hauteurs

du Baillif, du

Gommier, du

Cedrela L. (du mot latin « cedrus » .)
C.

odorata L.; SL, t. 220, f. 2; Br. Jam., t. 10, f. 1; Dose., vol. V I, l. 411,

p. 120; Cédrèla odorant. Vulgo : Acajou amer, acajou du pays, acajou à
meubles, acajou senti. — Grand arbre à tronc droit, à écorce fendillée cl à
base anfractueuse, quand il est vieux. Feuilles imparipennées à 10-16 folioles
entières, ovales-elliptiques ou elliptiques, pointues, inégales à la base ou

Matouba, des Vieux-Habitants, etc. — Le bois est dur et recherché pour la

obliques; pétiole court, pubescenl. Fleurs petites, blanchâtres ou légèrement

construction. — Alt. 400-900 mèt. N" 3301.

jaunâtres, émettant une odeur forte et peu agréable, en panicules longues,

M a r t in i q u e .

Vulgo : Bois-pistolet. — Dans presque tous les bois du pays,

mais surtout dans les bois de la Sibérie (Prêcheur). N° 591.j

terminales et pendantes ; calice à 5 lobes; pétales 4, hypogynes, oblongs,
pourvus d'une nervure médiane qui, à [ intérieur, forme un petit p li; tube

Perotletii A. Juss., G. trichilioides Gr. ; Guarea de Perottel (botaniste

staminal combiné avec le gynophore; étamines H&gt;, dont 5 stériles; ovaire à

français . Vulgo : Bois-pistolet. — Arbre de taille moyenne ou plus petit.

5 loges, contenant chacune 8-12 ovules. Fruit capsulaire s’ouvrant de haut

G.

Feuilles paripennées, à 2-5 paires de folioles oblongues ou elliptiques-

en bas en 5 valves, par déhiscence septifrage ; graines imbriquées, pourvues

oblongnes, très glabres, coriaces, très vertes et luisantes en dessus. Fleurs

d’ une aile membraneuse et mince. — Abondant dans les mornes et les falaises

en grappes allongées, spiciformes simples ou plus rarement composées à la

et autour des habitations de la région inférieure. — Son bois est assez dur,

base; calice pubesceut. à 1 dents arrondies; pétales4, pubescenlsen dehors;

sans aubier, rougeâtre avec de belles nuances; exhale, surtout quand il est

ovaire pubescenl ; pédoncule principal vigoureux, ruguleux, fendillé et cou­

sec, une agréable odeur : il se laisse facilem ent travailler et, à cause de son

vert de lentilles blanches et allongées. Fruit pyriforme, plus petit que dans

amertume, il ne se laisse jamais attaquer par les insectes. C ’est pour ces

le précédent, pourvu de côtes et de bosselures irrégulières; déhiscence et

raisons qu’il est employé si fréquemment pour la fabrication des meubles,

semences comme dans G. ramiflora. — FL en avril, mai, ou en décembre et

des cercueils, fies cassettes, des rayons de bibliothèque, des boîtes à cigares,

janvier. — Dans les bois des Bains-Jaunes, dans les falaises des rivières

etc. Dans le pays, on emploie l’écorce réduite en poudre pour sécher les

Bouge et Noire, dans les bois du Matouba et de Gourbeyre, etc. — Le bois

plaies, et les feuilles, dont l'odeur est désagréable, pour chasser les puces1.

est dur et s'emploie avantageusement pour la construction. —

A lt. 350-

900 mèt. X° 2314.j
M a rt i n i q i e .

Vulgo ; Bois-caco. — Dans les bois de l'Alma, de la Calebasse,

de l Ajoupa-Bouillon et du Lorrain.
G.

FL en mai et juin; fruits mûrs en juillet et aofit. — A lt. 0-350 mèt.
N° 2315.J

N° 1499.'

Kunlhianum A. Juss., variété Hahnianum Kr. et l ’ rb. Vulgo : Goya­

vier-bois. bois-dc-xose, bois-pistolet. — Arbre de petite taille, à branches

1. L ’extrait du Lois est fébrifuge : ce bois laisse exsuder une résine aromatique. L'in­
fusion des feuilles et des fleurs est considérée comme antispasmodique
la Guyane, et
employée en injection dans les maux d’oreilles. L ’écorce est très astringente, amère, et
constitue un bon tonique et fébrifuge. Le fruit serait anthelminthique. L'huile des graines
est recommandée pour la cicatrisation des brûlures et blessures. Il serait intéressant
d'étudier la résine aromatique de ce bois. (E. IL '

Uns». — Plante * Guadeloupe

et M artinique.

9

�130

PLANTE'

DE LA GUADELOUPE ET

MHLIACBËS ---

DE LA MARTINIQUE

M artinique. Vulgo : Acajou. — Assez abondant. N° 1408.
De cette famille on cultive dans les deux îles trois espèces d'arbres, inlro-

1 Le Kaya

senegalensis A. .luss.,

Swietenia

sénégalaise Desr.

Vulgo

:

Mahogani du Sénégal. — Très grand arbre, à large fronde, à branches très

131

talion La Jacinthe), cl dans le pays sur quelques propriétés. — Fl. en novembre
el décembre. [N 0 3*216.] 1
M a r t in iq u e .

duits et d'une grande importance :

AURANT1ACÉHS

V ulgo : Carapate, bois rouge. — Au Jardin botanique, d'où

il s’esl répandu dans le pays; on le Irouvc naturalisé au Mornc-Jubin, dans
les hauteurs de l'habitation Pécoul. [N ° 1496.]

étendues, à feuilles paripennées de *2-4 folioles, à fruit de la forme et de la
grosseur d une poire, s’ouvrant en 5 valves, de haut en bas, par déhiscence
QUARANTE-DEUXIÈME FAMILLE.

septifrage. Introduit du Sénégal, où il est indigène. — Fl. en juin et juillet,
et rapporte des fruits en novembre, décembre et janvier. — Basse-Terre

-- A U R A N T IA C É E S .

hôpital Militaire, habitation Saint-Aude-Gall', Vieux-Habitants (habitation
Les représentants de celle famille, qui constituent un groupe de petits

Kollin . N° 3*215.]
M artinique. Vulgo : Acajou du Sénégal. — R are1. Prêcheur (habitation

arbres ou arbrisseaux très importants, sont tous exotiques, mais naturalisés

le Céron et Jardin botanique de Saint-Pierre.

depuis longtemps; ce sont :

*2"' Le

Swietenia Ma hagoni L., Tuss.,

N° 507.]

F l., IV, l. *23; Desc., vol. I, t. 99, et

vol. V I, t. 410. Vulgo : Acajou de Saint-Dominique. — Très grand arbre à
feuilles paripennées, à 6-10 paires de folioles petites et inégales à la base, à
tleurs blanches en petites panicules coryrnbiformes, situées à l’extrémité des
feuilles, à fruit large, pyriforme, s’ouvrant de bas en haut en 5 valves
ligneuses. — Fl. en mai; fruits mûrs en septembre et octobre. — BasseTerre Jardin botanique, et yà et là autour des habitations. N° 3*214.
M a r tin iq u e.

Vulgo : Acajou de Saint-Dominique. — Jardin botanique de

Saint-Pierre et sur plusieurs propriétés de l ile. X° 1497.
Ces deux espèces fournissent un bois précieux ( bois d'acajou) pour la
menuiserie, les boiseries, etc., et devraient être plantées en grand2.
3 Le

Carapa guyanensis

A ubl.; Carapa de la Guyane nom donné par les

Citrus L. (du grec « kilron, kilria, kitrion, kilros », qu'on croit être un
mot africain.)
C.

médira L. Vulgo ; Citronnier. Desc., vol. V, t. 339, p. 131. — O rigi­

naire de la M édie. On rencontre un grand nombre de variétés, soit cultivées
soit à l’état sauvage; entre autres : le limonier à peau très ruguleuse et
épaisse, le citronnier de Valence, le limettier, le citronnier doux, le citronnier
sans piquants, etc. — Dans quelques endroits, surtout à la Martinique, on
lait avec le citronnier des haies vives, impénétrables qui, soumises à la taille,
deviennent très belles; les graines pilées sont employées comme verm ifuges;
le jus du fruit est fébrifuge, stomachique, antiscorbutique et surtout sudo­
rifique ; les charbonniers, les coupeurs de bois et de chou palmiste, les bra­
conniers de la Martinique se munissent habituellement de quelques citrons,

Tamanaco&gt;. peuple de l'Amérique du Sud, et qui signitie « huile, graisse »,

pour que, dans le cas où ils seraient piqués par un serpent, ils puissent boire

parce que les graines sont très oléagineuses;. Vulgo : Carapate. Desc., vol. V I,

le jus et s’en frotter l’endroit piqué, pour neutraliser le venin. Le bois est

t. 466. — Grand bel arbre, à branches supérieures, fastigiées, les inférieures,

compact, solide et a de belles nuances : il est employé avantageusement

horizontales; à feuilles larges, pennées; à fleurs en panicules larges, racé-

dans la menuiserie et pour les ouvrages de tour. — L'arbre pousse ju squ ’à

miformes : le&gt; unes, terminales; les autres, situées à l'extrémité des branches;

une altitude de 700 mèt. [N ° 3758.]

à fruits larges, ressemblant, pour la forme et la grosseur, à un petit cacao,
'ou vran t par déhiscence septifrage en 4-5 valves charnues; à semences
larges, anguleuses, oléagineuses et mangeables. — Rare. Basse-Terre (habi-

M a r t in iq u e . [ N ° 6 00 .]

C.

Aurantium L. Vulgo ; Oranger, orange douce. Tuss., F l., III, t. 14;

Desc., vol. V’ , t. 338, p. 127. — Petit arbre, plus grand que le citronnier,
selon toutes les probabilités originaire des contrées méridionales de la Chine

1. Ce végétal précieux donne l’écorce de cail-cêdrat des officines, qui, d'après Cavenlou 1*49 , renferme un principe amer particulier, le cail-cédrin, une matière grasse et
des matières colorantes. Cette écorce, désignée quelquefois sous le nom de quinquina
du Sénégal, est amplement douée d’une action tonique calk-oédrine), qa’on peut utili­
ser contre les fièvres légères. K. II.)
2. En outre, la décoction de l'ccorce est employée à la Guyane pour panser les bles­
sures par amies à feu : cette écorce, amère, astringente, antiseptique par son essence)
et fébrifuge, aurait à être étudiée avec soin. Son fruit capsule ovoïde) donne, par ses
graines, une huile dite de carapa, à la Guyane, qui mériterait aussi d'ôtre étudiée. (E. II.)

et des îles de larch ipel indien; introduit p a rles Portugais aux Canaries, à
Madère, d’où il fut propagé clans tous les pays que baignent les eaux de la
Méditerranée. On cultive plusieurs variétés, surtout la lime, la bigarade.
1. L'huile clés graines de carapa est amère, mais pourrait servir à l’industrie des
savons : l’écorce, riche en tanin, est employée comme tonique et fébrifuge, propriétés
qu elle doit à la présence d’un alcaloïde (Cavcntou, 1859). (E. II.)

�132

PLANTES

Dt

LX MARTINIQUE

AU IIAN'TIACÉRS —

ET DE LÀ GUADELOUPE

Vulgo : Orange amère ou orange-sure, et qui possède par excellence des
vertus fébrifuges et sudorifiques. — Dans le pays on se sert des feudles en
infusion théiforme contre les dérangements du ventre cl aussi comme anti­
spasmodique. De bois

est

utilisé au même litre que celui du citronnier. A lt.

Cookia pnnctala

I1ALSAMIXKRS

---- OXALIIlÉES

133

Retz, (dédié au célèbre navigateur anglais Cook, 1723-

1779). Cookia à fruits tachetés de points bruns, — Petit arbre, originaire de
la Chine et des Moluques; à Heurs blanchâtres, en paniculcs larges, termi­
nales; à fruits pulpeux, ovoïdes, de la grosseur d’ un œuf de pigeon, d'une
saveur très sucrée et agréable; se cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre

0-700 met. X* 2354.]
M artinique.

Le

GKRANIACÉKS ----

et chez quelques amateurs de plantes utiles. [N ° 1942.] — Il ne se trouve

[N° 1817.j

pas à la Guadeloupe.

C. sinensis Riss.; Orange de Chine. Vulgo : Mandarine, orange-macaque.
— Petit arbre, originaire des parties chaudes de la Chine. On cultive deux
variétés : la grosse et la petite. (Les spécimens manquent.)
QUARANTE-TROISIÈME FAMILLE.

--- G E R A N IA C É E S .

C. decumana L. du latin « decumanus », grand, immense) ; Tuss., F l ., III,
t. 17. 18: Desc., vol. 111, t. 220. Vulgo : Chaddok, fruit défendu, fruit du
Paradis. Originaire de la Chine et porté en Europe par le capitaine écossais
Chaddok. — Petit arbre de la taille de l'oranger. N° 3786.j
M artinique. N° 1939.]

C. murlifolia

De cette famille on cultive très fréquemment dans les jardins le

zonale L., Cav. Diss., 98, et plus rarement le

Riss. et Pav.; Oranger à feuilles de myrte. Desc., vol.

III,

Géranium

Pélargonium

odoralissimum L.,

Cav. Diss., 103; tous deux introduits de l ’ Europe.

t. 210, p. 308. — Arbrisseau haut de 1-2**' 50, originaire de la Chine, très
élégant; à feuilles très petites et très rapprochées; à fruits sphériques, de la

QUARANTE-QUATRIÈME FAMILLE.

— B A L S A M IN É E S .

grosseur d’une mandarine. — Çà et là dans les jardins de quelques habita­
tions : Gourbevre aux Palmistes). X°3767.
M a r t i n i q u e . — Grand'Anse habitation Diobine). NT° 1941.]

Triphacia

trifoliala D. C.,

Limonia

Le

trifoliala L. Vulgo : Citronnelle. —

Arbrisseau élégant ou petit arbre, haut de 2-3 mèt., introduit et originaire

des Indes Orientales; à feuilles trifoliées; à

Basalminum

horten.se Desp., introduit de l’ Europe, s'est naturalisé et

pousse à foison autour des cases et sur les bords des chemins des caféièrcs,
aux Trois-Rivières ; les Heurs sont simples.

tiges et branches sans piquants;

a fruits pulpeux, noirs, mangeables. Cultivé dans beaucoup de jardins; se
rencontre quelquefois à l étal sauvage. — On en fait des haies vives très

QUARANTE-CINQUIÈME FAMILLE.

--- O X A L I DEES.

belles et très solides; la pulpe, mêlée avec de la suie, fournit un beau ver­
nis pour les souliers'. — Basse-Terre, Gozier, Lamentin, etc.
M artinique.

N'J3765.]

X° 1941.]

Murraya exotica

L. Vulgo : Buis de Chine (dédié au Suédois Jean André

Murray, médecin et directeur du Jardin botanique de Goltingue, 1740-1791).
— Arbrisseau introduit de l'Inde, haut de 1-2® 50, élégant; à Ileurs blanches
très odorantes, en cymes terminales; se cultive dans beaucoup de jardin s2.

L. (du grec « oxalis », composé de « oxus », pénétrant, aigu, acide,

tiennent de l’acide oxalique.)
0. Martiana Zuc. ; Oxalis de Martian. Vulgo : Herbe de Vauchelel (qui
l’a introduit à la Guadeloupe). — Herbe vivace par ses tubercules agrégés,
haute de 20-40 cm. Feuilles radicales, digitées-trifoliées, à folioles larges,

(X ° 3768.]
M artinique.

Oxalis

et « hallis », eau salée, parce que les feuilles et les fruits sont acides et con­

N° 1940.]

1. Le bois de ce petit arbuste est à grain très fin et usité pour l'ébénisterie à La Réu­
nion où il a été introduit également. (E. H.)
2. Ce végétal donne un bon bois, que son grain dur et serré rend susceptible d'un beau
poli et qui peut être employé pour le tour et l'ébénisterie. Toutes ses parties sont consi­
dérées comme astringentes et stimulantes huile essentielle). L ’écorce est insipide niais
huileuse ; les feuilles ont une saveur àcre ; les fleurs donnent, à la distillation, une essence
parfumée : les pétales renferment un glucuside : la JJurrayine. E. II.)

sessiles, obeordées, plus larges que longues, étroitem ent échancrées au som­
met; pétiole très long, plus ou moins violacé dans le haut, filiform e, le plus
souvent poilu; hampe plus longue que les feuilles, dressée. Fleurs lilas, en
cymes ombelliformes, souvent penchées; sépales 5, unis à la base, velus;
pétales 5, striés à partir du milieu du limbe et jaunâtre vers la base; éta­
mines 10, dont 5 plus courtes, alternant avec des longues; anthères jaunes;
styles 5, poilus, plus longs que les étamines courtes ; stigmates rouges, légère-

�134

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

OXALIDÉRS

ET DE LA MARTINIQUE

---- ZYG OPHYL LÉ B8

135

nient penchés, globuleux. Capsules à 3 lobes, s'ouvranl par déhiscence loculi-

les environs du Camp-Jacob; se cultive souvent dans les jardins à cause de

cide; semences petites, enveloppées d’ un testa charnu, qui se sépare du
tégument. Les feuilles sont acides et peuvent remplacer l'oseille de Franco.—

ses fleurs. — Fl. d'avril en ju illet. [N ° 2358.]
Il n’existe pas à la Martinique.

Très abondant le long de&gt; routes, dans les endroits humides et fertiles, où

0. frutescens L., 0. P lu n iie r i Jacq.; Oxalis frutescent. Vulgo : Oseille-bois

il forme parfois un véritable gazon ; il se propage avec une grande facilité, à
cause de ses tubercules agrégés : Camp-Jacob, Matouba, Gourbeyre, Sainte-

jaune. — Arbrisseau haut de 80 c m .-ll" 10, tortueux; à tige noueuse et nue
dans le bas, branchue dans le haut. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles

Rose, etc. A lt. 30-800 mèt. [N° 2355.

molles, ovales, arrondies ou émarginées au sommet, f leurs jaunes, nom­

.M a r t i n i q u e .

Yulgo : Petite-oseille. — Saint-Pierre, Camp-Balata, Parnasse.

Abondant. |N° 1818.

breuses, en cvmes terminales, contenant 3-6 rayons. — FL presque toute
l’année. — Endroits secs, pierreux. Se cultive quelquefois dans les jardins

0. corniculata L., variété microphylla Poir.; Oxalis corniculé. Vulgo :
Petite-oseille-savane. — Petite herbe annuelle, rampant à une distance indé­
finie ; à tiges filiformes, pubescentes ou glabres; à racines pivotantes, blanches.
Feuilles digitées-trifoliées, sessiles, obcordées; pétioles filiformes, longs,
pourvus, à la base, de 2 stipules filiformes. Fleurs jaunes, en cvmes de 1-3

en guise de bordures, qui, soumises à la taille, produisent un bel effet. Hau­
teurs

pierreuses

des

Vieux-Habitants, Basse-Terre

(Jardin

botanique).

[N ° 2356.]
Yu lgo : Oseille jaune. — Hauteurs du Fond-Layette (Case-

M a r t in iq u e .

Pilote), Caravelle (T rin ité). [N ° 1819.]

rayons. Capsule oblancéolée, terminée par un petit bec, reste du pistil. —

L Averrhoa B ilim b i L.; Desc., vol. V, t. 333, p. 110 (dédié au médecin

Abondant dans les terres cultivées, le long des routes, sur les murs, etc.

arabe Averrhoës, 1149-1217 — Bilimbi nom malabar). Yu lgo : Bilimbi, cor­

Alt. 0-800 mèt. Basse-Terre, Camp-Jacob, Gourbeyre, Moule, etc. [N u 2354. ]

nichon. — Petit arbre, originaire et introduit des Indes Orientales, à tronc

M artinique.

Yulgo ; Petite-oseille. — Abondant. [N° 1817.]

très noueux; est cultivé dans plusieurs endroits. — Les fleurs paraissent sur

0. Barrelieri Jacq.; Oxalis de Barrelier. Yulgo : Oseille-savane, oseillemaronne. — Herbe annuelle ou sulTrutescente, haute de 40-65 cm., très branchue et feuillue, quand elle est jeune, et qu elle pousse dans un terrain fertile ;
nue dans le bas, quand elle est adulte. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles
ovales ou ovées-oblongues, la troisième plus grande, distante

des deux

autres; pétiole filiforme, long, pubescent. Fleurs violet pâle et jaune au fond,
à l’intérieur, en cvmes ombelliformes, portées sur des pédoncules longs, fili­
formes, réunis par 2 à faisselle des feuilles de l'extrémité des branches. Cap­
sule ovale-oblongue. — Pendant la nuit et quand il pleut, les folioles sont
pendantes. — Herbe fourragère. — Abondant dans toutes sortes de terrains
humides, mais surtout dans les champs en friches : Basse-Terre, Gourbeyre,
Sainte-Rose, Gozier, etc. Alt. 0-610 mèt. _.\’u 2357.]
M a r tin iq u e .

Yulgo : Oseille bâtard. — Abondant dans toute l île. [N ° 1491.]

0. septum St. 11il.; Oxalis des haies. Desc., vol. I, t. 32, p. 153. Vulgo :
Oseille-maronne-des-bois. — Sous-arbrisseau, haut de 40 cm .-l mèt., très
branchu, mais peu feuillu, tortueux ou plus ou moins couché. Feuilles très
glabres, molles, d'un vert intense, pennées-trifoliées ou simples; celles des
branches adultes, beaucoup plus larges. Fleurs larges, d'un jaune d’or vif,

le tronc et sur les branches; ses fruits, bacciens, cylindriques-oblongs, con­
tiennent un suc très acide, qui renferme du bioxalale de potasse ; on les
emploie, pour celte raison, dans la lessive et surtout pour l’enlèvement des
taches d’encre; confits avec du sucre et préparés avec du vinaigre et du sel,
ils peuvent servir de condiment. Deseourtilz place l'arbre dans les rafraîchis­
sants acides; il dit qu'on compose avec les fruits un sirop très estimé dans
les maladies inflammatoires et particulièrement dans les hépatites aiguës: on
emploie aussi la décoction avec du riz non pelé comme un remède excellent
dans la même maladie et toutes les fois qu'il s’agit de tempérer la fièvre et
de modérer les diarrhées et les coliques bilieuses. — FL pendant toute l’an­
née. — Basse-Terre (hôpital M ilitaire), Gourbeyre,
M a r tin iq u e .

Vulgo : Cornichon. — Saint-Pierre (C ollège et Jardin bota­

nique), Trinité (habitation Saint-Joseph), Marin (usine), etc. f\ ° 1820.]
L'Averrhoa Carambola L.; Desc., vol. Y , t. 335, p. 116. Yulgo : Carambolier, est cultivé aussi sur quelques habitations, notamment autour de l’ usine
du Marin et sur l’habitation Saint-Joseph (T rin ité). — Le fruit a les mêmes
propriétés que celui de l'espèce précédente.

uniforme, en cvmes terminales, portées sur des pédoncules bifides, longs,
munis, près de la base, de 2 stipules placées à des hauteurs différentes. —
Deseourtilz classe cette plante dans les stomachiques anliscorbutiques;
dans le pays, on n'en fait aucun usage. — Peu abondant. Çà et là dans

Petit-Bourg, etc. f.N°

3473.]

QUARANTE-SIXIÈME FAMILLE.

-- Z Y G O P l I Y LLÉE S.

Tribulus L. (du grec « treis », trois, et « bolos », trait, flèche, parce que
les fruits sont munis de trois ou quatre pointes aiguës.)

�PLANTES 1)1 LA Ci lA O ÏL O t’ PB ET D)

136
X
Yulpo

les 1
: Herse,

LA

ZYCOPH YLI.BRS

MARTINIQUE

Des&lt; , vol. IV , t. 250, p. 77; Tribule ressemblant
pourpier bord-de-mcr.

—

Herbe vivace,

au Ciste.

couchée;

à

racines Tories, longues et grises; à liges noueuses, relevées aux extrémités.

137

est vieux; à branches le plus souvent étalées : les inférieures, presque tou­
jours horizontales et penchées aux extrém ités; â écorce dure, couverte de
croûtes brunes ou légèrement jaunâtres,

qui se détachent par plaques.

Feuilles opposées, paripennées, à 8 folioles petites, opposées, oblongues,

Feuilles très vertes, paripennées à 2-3 folioles, successivement peu amples,

mucronées au sommet, blanchâtres en dessus, couvertes en dessous d un

obovalcs ou ovales, arrondies au sommet, inégales à la base. Fleurs très

duvet argenté et fin; stipules 2, juxta-axillaires. Fleurs larges, jaune vif,

nombreuses, bleues à l’anthèse, devenant

lrv&gt; belles, portées sur des pédoncules solitaires, axillaires, presque aussi

châtres, en ombelles terminales, composées de 5-12 rayons pédonculés;

plus tard bleuâtres ou

blan­

longs que les feuilles; sépales 5, lancéolés-acuminés, une fois plus courts

sépales 5, pubescents, ovales, trois fois plus courts que les pétales; pétales

que les ô pétales; étamines 10; pistil svncarpé. Fruit crustacé, tuberculé, se

5, spatulés; étamines 10, bleues, d'inégale longueur; style pointu; stigmate

séparant en t, rarement en 5 coques indéhiscentes, dont chacune est armée
de 2 piquants droits, rigides, divergents (la disposition des coques avec leurs

arrondi, largement rélus au sommet, et muni, au milieu, d une pointe, s'ou­

sim ple; ovaire stipité. Fruit à loges uniovulées, jaunâtre en dehors, pbové-

piquants est telle que le fruit ressemble assez bien à une croix militaire).

vrant par déhiscence septicide; graines ovales, bianguleuses, complètement

— Descourtilz classe cette herbe dans la section des diurétiques excitants

entourées d’ une matière rouge écarlate, dont la couleur s'efface facilement;

et «lit entre autres choses qu elle contient beaucoup de mucilage et

embrvon o rth otrop e.— Le cœur du bois est noir, extrêmement dur cipcsant,

un

extrait aromatique. A Marie-Galante, on se sert des feuilles en cataplasme

d’où son emploi rare en ébénislerie, malgré son beau poli; il est en outre sans

contre les contusions et de la racine en décoction comme apéritivc. — Peu

odeur, mais la râpure en est légèrement aromatique et fait éternuer; l'écorce

répandu. Abondant dans les sables du bord de mer, entre la Capesterre et

est dépurative et s’emploie contre les maladies de peau, mais surtout contre

l'usine Marie-Galante). — Fl. presque toute l'année. N° 3645.
M artinique.

Vulgo : Herbe-soleil, pourpier. — Sainte-Anne (habitation

la syphilis. Descourtilz range la plante dans la classe des sudorifiques et dit,
entre autres choses : que la racine, l’écorce et la résine sont stimulantes et
toniques 1; que les feuilles sont purgatives, et que l’huile qu'on obtient des

Bertrand). N° 1815.]

fruits sert avec succès pour combattre la carie des os. Malheureusement, à
T. maximus L., SI., t. 132, f. 2; Plum., édit. Burm., t. 254, f. 1; Br.
Jam., t. 21, f. 3; Grande Tribule. V ulgo: Cresson-courant, pourpier bâtard.
— Herbe annuelle ou sulFrutescente et souvent

frutescente, rampante,

détendant quelquefois à plus de 1 mètres; à racines longues, pivotantestibreuses, blanchâtres, épaisses. Feuilles paripennées, le plus souvent à 3
paires de folioles, d’abord vertes, ensuite blanchâtres en dessus, d'un blanc
argenté en dessous, obliquement insérées, d'abord ovales, ensuite lancéolées-linéaires. Fleurs tantôt jaunes, tantôt blanc jaunâtre, beaucoup plus
|H*tiles que dans le précédent; calice persistant, pédoncules presque aussi
longs que les feuilles. Fruit composé de 4-6 coques juxtaposées, transversa­
lement tuberculées sur le dos et se séparant tardivement de l'axe central.
— Très abondant dans les terres sèches et sablonneuses, près de la mer.
Basse-Terre, Le Baillif, Vieux-Habitants.
T.V 2427.]
M artinique.

Pierre

Pigeon,

Sainte-Anne, Gozier.

Vulgo : Pourpier jaune, pourpier bâtard. — Abondant. Saint-

boulevard . Case-Navire (cimetière), Case-Pilote, Trois-Ilels, etc.

N ° 1816.

Guajacum L. du mot caraïbe « guajak ».)
G. officinale L., SL, l. 222, t. 3-6; Tuss.,

F/., IV , t. 35; Desc., vol. V II,

t. 463; Gaïac officinal. Vulgo : Gaïac. — Arbre de grande taille, quand il

la Guadeloupe ce bel arbre n'existe plus à l’étal sauvage et est devenu une
plante presque inconnue. Si on le cultive encore dans quelques rares endroits,
c’est plutôt pour la richesse et la beauté de ses fleurs que pour son bois et
ses vertus médicinales. A la Désirade, où il abondait autrefois, on l’a presque
complètement

détruit

: on

se

servait

de

son

bois pour

chauffer les

fours à chaux; en août 1892, je n'ai pu en découvrir que quatre pieds mal
venus, dont deux, plantés près du bord de mer et couverts de pucerons,
paraissaient disposés à faire le sacrifice de leur vie. — L ’arbre pousse très
lentement; à 1état de culture, il fleurit habituellement deux lois dans 1an­
née; les graines germent en deux jours mais perdent leur laculté germina­
tive en quatre ou cinq semaines. —

Basse-Terre (habitation Saint-Aude-

Gall). [N ° 2956.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Gaïac. — Plus abondant, quoiqu il ne se rencontre
1. Le bois de G ayac possède une odeur aromatique et une saveur légèrement âcre,
qu'il doit à la résine q u ’il renferme. Celle-ci est employée comme diapliorétique et antisyphilitique, antigoutteuse, etc. Elle est douée d'une saveur aromatique qui rappelle celle
du benjoin et s'augmente par le frottement ou la chaleur : sa saveur d’abord peu sensible
devient ensuite très âcre. Elle est dure, mais cassante, et la cassure est brillante et
vitreuse; ses fragments, considérés sur les parties minces, sont transparents et d un
brun verdâtre; sa poudre d’abord grise verdit peu à peu à l'air. D ’après Lucker 1 1892),
cette résine est formée de trois acides : gaïaeinique, gnïnconkfiie et résino-gn'uicique.
Le bois de gayac en râpure est employé sous forme de décoction ou d extrait, c est un
des quatre bois sudorifiques : sa teinture alcoolique forme un bon dentifrice. (E. II.)

�138

l'LNNTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

plus à l’étal sauvage. Saint-Pierre Collège, Jardin botanique et 1rois-1 onts),
Fort-de-France, Prêcheur, Lamentin, etc. N' IM i j

RUTACBES

139

courtes, couvrant les branches de la poussée de l'année précédente; calice à
2 lobes; pétales et étamines 3. Fruit folliculaire, trois fois plus petit qu’ une
graine de poivre, ovale, comprimé, muni d une pointe au sommet, contenant
une graine globuleuse, cruslacéc, très noire et très luisante. —

yl VRANTE-.SKITIÏVK EAM1I.I.K.

R l ’TACEKS.

Les feuilles

de cet arbrisseau sont très variables : les pieds adultes n’en portent qu’à 1-2
paires de folioles; les jeunes en ont jusqu’ à H et sont garnies, sur la côte de
la face inférieure et à la base du pétiole, d’aiguillons luisants, très pointus;

Pilocarpus \’ahl du grec • pilos &gt;, chapeau, et « carpos », Iruit, parce que

les fruit- à t coques prennent, après la déhiscence, la forme cl une coifle ou

les liges sont également munies de ces aiguillons très nombreux, forts, cylin­
driques et insérés à angle droit. A vec les liges on fait des flambeaux, qui
brûlent avec une grande facilité à cause de l'huile essentielle qui y réside. —

d’une mitre .

Fl. d’avril en juin. — Abondant dans les terres sablonneuses du bord de

P racemosusV. Plum., éd. Burm., t. 127;Vahl, h'glogæ, t. 10; Pilocarpe

mer et sur les mornes peu élevés, calcaires ou pierreux : Marie-Galante

à fleurs en grappes. \ ulgo. Flambeau-caraïbe. — Arbrisseau souvent buis­

(Folle-Anse), les Saintes (Morne-du-Chameau), Deshaies (Gros-M orne), Dési-

sonneux et touffu, droit, haut de 3-3“ 50. Feuilles larges, elliptiques, arron­
dies ou échancrées au sommet, garnies de très nombreuses cryptes translu­

rade, etc. [N°* 2974, 2995, 3629.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois-flambeau noir. — Abondant dans les bois secs

cide-, comme les feuilles du citronnier. Fleurs en grappes simples, très allon­

de la Plaine des Trois-Ilets, du morne Gommier (M arin) et des mornes cal­

gées, terminales, le plu- souvent penchées, pédoneulées; pédicelles longs,

caires de Sainte-Anne. [N ° 494.]

insérés à angle droit ; calice à 5 lobes; pétales 5, jaune safran; étamines 5,
étalées, insérées -ur un large disque; ovaire à 5 lobes. Fruits 2-4, folliculaires,

Fagara L. (le médecin arabe Avicenne donne ce nom à une plante aroma­

à endocarpe bivalve; semences ovales, noires, luisantes, petites, terminées en

tique qu'on ne connaît pas; Linné se sert du même mot pour dénommer une

un bec court et légèrement recourbé. — A la maturité du fruit, le péricarpe

autre plante aromatique.)

se détache de l'endocarpe et reste longtemps attaché à la grappe, tandis que
celui-ci disparaît de bonne heure. Toutes les parties de la plante exhalent
une odeur forte, pénétrante, plus ou moins désagréable 1; avec les tiges on
fait des (lambeaux qui brûlent comme une chandelle. — Fl. de novembre en
janvier et très souvent de juin en septembre. — Rare. Çà et là dans les
endroits secs et rocailleux des hauteurs du Vieux-Fort. [X° 2240.
M artinique. Vulgo : Flambeau noir. — Endroits secs et pierreux, hauteurs
boisée&gt; des Trois-Ilets, morne Gommier (Marin), hauteurs de Saintc-Luce.
[N* 1193.]

Tobinia

F.

microphylla Desf., F. plerota L. (partini). Br. Jam., I. 5, f. 1 ; Fagara à

petites feuilles. Vulgo : Bois-à-piano, bois-chandelle, bois-lépineux blanc. —
Grand buisson ou petit arbre tortueux, très ornemental, surtout quand il est
jeune, à cause de son léger et jo li feu illage; à branches très nombreuses,
souvent étalées et inclinées, pourvu, sur la tige et à la base des feuilles,
d’aiguillons droits, très aigus. Feuilles petites, imparipennées, à 3 folioles
coriaces, ovales ou spatulées, sessiles, souvent échancrées au sommet; pétiole
ailé. Fleurs dioïques, très nombreuses et très petites, disposées en petites
cymes axillaires et sessiles. Fruit folliculaire, s'ouvrant en 2 valves; graines
globuleuses, très noires et très luisantes. — Toute la plante exhale une odeur

Desv. (nom américain de la plante.)

T. punctata Gr. ; Tobinia à feuilles pointillées. Vulgo ; Lépincux rouge,
bois-llambeau, bois d Inde marron au Moule . — Arbrisseau buissonneux ou
petit arbre; à écorce lisse, noirâtre. Feuilles paripennées à 5-6 paires de
folioles, très luisantes, coriaces, elliptiques ou lancéolées-elliptiques, très
finement crénelées, munies â la face inférieure, entre les nervures, d'un grand
nombre de petits points noirâtres. Fleurs très petites, dioïques, en cymes
I Ce végétal contient assurément une huile essentielle qui est peut-être voisine de
celle &lt;lu jaborandi Pilocarpus
!.. : il serait intéressant de rechercher si.
comme il faut le prévoir, elle renferme aus-i l'alcaloïde
, dont les propriétés
siala^o^ues et sudorifiques sont si souvent et heureusement utilisées par les médecins.
(E. H.)

/pinruitifolius

pilocarpine

aromatique et forte 1; le bois est très dur et incorruptible : il sert pour les
constructions sous terre; on en fait des traverses, des poteaux, etc. — Dans
les terres sèches, arides et pierreuses : Le Baillif, Vieux-IIabitants, Désirade,
Moule, les Saintes, Marie-Galante, Go/.ier. A lt. 0-200 mètres. [N u 2976.]
M a r t in iq u e .

Vulgo ; Bois-flambeau. — Case-Pilote, Caravelle, Rivière-

Pilote (bord de mer). [N° 1 192.

1. L ’écorce et les fruits de cette plante ont une saveur brûlante et poivrée qui en ju s­
tifie l'emploi û titre d ’épices : l’écorce passe pour être sudorifique, et sous forme de cata­
plasme agissant sans doute par son action antiseptique due à l’essence aromatique qui
y est contenue, serait un bon remède contre le pian. (E. H .)

�PLANTES

140

UK I A

GUADELOUPE

ET

DK LA

MARTINIQUE

HUTACBBS

Zanthoxylon L. du grec» \anthos •&gt;, jaune, et *&lt; xulon », bois, allusion il la

grossièrement crénelées, pourvues de nombreux points translucides. Fleurs
en panicules terminales. C elle espèce se distingue facilement de toutes ses
congénères par ses folioles larges, nettement elliptiques et ses follicules plus
volumineux. — Rare. Çà et là dans les terres sablonneuses ou rocailleuses

couleur du bois.)
Z.

aromalicum

arbre de

\\ . \ ulgo :

taille moyenne;

Lépineux

à tronc et

blanc. —

branches

à branche* étalées, souvent horizontales;

Le

munis

plus

souvent

de

piquants;

il écorce noirâtre,

très m eu­

voisines fie la mer : Sainte-Anne,

couvertes de points translucides, munies de glandes au fond des crénelures, à

Z. marlinicense L. Vulgo : Lépineux jaune. — Petit arbre à branches fastigiées ou étalées, à jeunes branches couvertes de lenticelles blanches, longitu­

la face inférieure. Fleurs polygames, en panicules courtes, ramassées et pyra­
midales; pédoncules et pédicelles rudes et verruqueux; sépales à 4-5 lobes

dinales. Feuilles unifoliées, elliptiques, entières, couvertes de points trans­
parents; pétiole articulé, près du sommet. Fleurs dioïques, en petites pani­

arrondis; pétales 5; ovaire le plus souvent 5, inséré sur un earpophore.
Fruits folliculaires, solitaires ou réunis par *2-5 sur le earpophore; graines
globuleuses-comprimées, très noires et très .luisantes, restant longtemps

cules terminales; calice très petit, se réduisant à quelques écailles noires;
pétales 4-5, blanc jaunâtre; ovaire inséré sur un gynophorc, en forme de
disque. Fruit folliculaire; semences comme dans les précédentes espèces. —
Abondant dans les falaises, dans les baies, aux lieux secs et pierreux. — La
plante répand une odeur très prononcée, aromatique, mais peu agréable. Le
bois, à aubier jaune et à cœur rouge et dur, sert pour les constructions dans
la terre; avec les branches on fabrique généralement des manches de toutes

attachées aux valves. — Toutes les parties de l'arbre répandent une odeur
aromatique et trè&gt; pénétrante. A la Grande-Terre on prépare avec les feuilles
une tisane astringente et tonique. L ’aubier est blanc et tendre, mais à l'inté­
rieur le bois est rouge et dur; à cause de son odeur, les poux de bois (termites)
ne 1attaquent jamais ; il est employé pour le&gt; constructions dans l’eau et dans
la terre; il sert aussi dans l’ébénisterie. — Çà et là dans les plaines du Lamen-

sortes d’outils, des charrues, des brouettes, etc. — FL en mai ou juin. —
Alt. *20-400 mèt. Les Saintes(Morne-du-Chameau), Désirade, Marie-Galante,

tin ; plus abondant au Moule et dans les Grands-Fonds du Gozier. — Fl. en
mai et juin. — Alt. Ht-*280 mèt. N° 3437.

'ile&gt;. lancéolées ou lancéolécs-obovales, munies de points translucides. Fleurs
en panicules terminales, pyramidales. Follicules solitaires, petits, sessiles, à
péricarpe verruqueux ; semences globuleuses, très noires et très luisantes.
On rencontre souvent une variété, dont le pétiole commun ainsi que les ner­
vures principales des folioles sont garnis, à la face inférieure, de piquants
droits ou recourbés. — Toute la plante exhale une odeur forte et peu
agréable; le bois n'est pas dur et ne peut servir que pour les constructions à

.

l'intérieur.— Abondant dans les terres sèches et pierreuses de Bouillante, de
Deshaies, des hauteurs du Vieux-Fort, des Grands-Fonds du Moule et du

Grands-Fonds du Gozier, etc. (N° *2972.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo : Lépiné jaune. — Abondant dans les terres sèches, le
i|, i »!■» ................................................................ »... .

— Petit arbre, très droit, ornemental, habituellement sans piquants. Feuilles
imparipennées, à 5-7 paires de folioles petites, crénelées-serrelées, subses-

(iozier. — Fl. en mai et juin. — Alt. 20-300 mèt. [N° 3436. ;
M vhtimque. Yulgo ; Bois-lépiné rouge, bois-noyer. — Plaines de Troisllets, hauteur du Diamant, montagne du Vauclin, etc.

Folle-Anse).

11 n'existe pas à la Martinique.

glabres, coriaces et luisantes, â crénelures larges et tronquées au sommet,

Z nucntcarpum Gr. ; Zanthoxylon à petits fruits. Yulgo : Lépineux rouge.

Marie-Galante (bois de

[N ° 3631.]

leuse et fendillée. Feuilles impari pennées, il l&gt;-7 paires de folioles elliptiques,

Martinique. \ ulgo : Lépiné blanc. — Parnasse, hauteur du Prêcheur,
Ajoupa-Bouillon, Marin morne Gommier.) [N® 1195.]

1 41

\ ° 1183.

long des rivières et dans les mornes inférieurs boisés : Trois-Mets, morne
Gommier (M arin), Sainte-Anne, Fort-de-France (roule de la fontaine Didier
au Gamp-Balata, etc. [N ° 1196.]
Quassia L. (du nom de «

Quassi », nègre, esclave de Surinam, qui, avec

celle plante, guérissait les mauvaises lièvres.;
Q.

amara L., Desc., vol. I ,

t. 5; Quassia amère. Vulgo : Quinine de

Cayenne. — Arbrisseau ornemental, quand il est jeune, ou très petit arbre,
originaire des Guyanes, à branches nombreuses, fasligiées ou divariquées.
Feuilles imparipennées, à 5 folioles elliptiques-oblongues, pointues, entières,
subsessiles ou à pétioles courts et noirs ; la paire inférieure, très distante
des 3 folioles terminales qui partent du même point; pétiole commun ailé.
Fleurs en grappes allongées, tantôt solitaires ou réunies en groupes, ter­
minales, ou plus rarement en panicules lâches; calice petit, à 5 dents pro­
fondes, corolle grande, écarlate, à 5 pétales tordus, ne s'ouvrant que très peu ;
ovaire inséré sur un earpophore charnu obeonique, rouge écarlate, luisant.
Fruits 1-5, ovoïdes-bianguleux, laissant, après la chute, autant de creux jaune
vert sur le earpophore devenu plus long que large. — Cet arbrisseau consti­

arbre élégant, rarement arbre de taille moyenne, dépourvu de piquants.
Feuilles larges, imparipennées, à *2-4 paires de folioles, elliptiques, épaisses,

tue une plante médicinale précieuse. L ’écorce et le bois sont très amers,

.

Z. parum Yahl; Zanthoxylon jaune. Yulgo ; Noyer, bois-nover. — Petit

.-

toniques et fébrifuges. Dans le pays on coupe les branches par petits mor-

�142

PLANTFS

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

Il UT A ci, l'S

143

ceaux, (ju on laisse infuser dans I eau froide, dont on prend un N'erre le malin

arbre, ornemental, à branches

et à midi, ou bien on prépare, avec les fruits également 1res amers, une sorte

folioles ovées-oblongues, pointues, très glabres et luisantes. Fleurs dioïques,

pendantes. Feuilles

imparipennées à 5-9

de vin. qu’on donne à boire avant le principal repas, comme on ferait pour

très petites, ramassées en petites glomérules, assises sur des branches spici-

le vin de quinquina *. — Se cultive souvent dans les jardins et autour des
habitations : Basse-Terre, Vieux-Habitants (habitation Hollin), Gourbeyre.

l’ormes qui constituent ensemble des panicules pendantes, terminales et axil­
laires, allongées, plus rarement des grappes simples; calice à 5 dents; pétales

— Fl. en mai.

3-.'), insérés sur un disque rond; ovaire à 2-3 loges biovulées; styles 2-3, ses-

M artinique . Vulgo : Quinquina Cayenne. — Plus abondant qu à la Gua­

deloupe. [N° 1197.]

siles. Fruit jaune pâle en dehors, drupacé, lisse cl luisant, à moitié aussi
gros qu’ une olive, contenant une seule graine. — Le bois est très amer. La

Simaruba Aubl. nom indigène de
S. amara Aubl., llist. de la Guy.,

racine et le bois jouissent dans le pays d’une grande réputation ; on les

la plante de la Guyane française.)
f. 332.

S. officinalis

emploie en infusion contre les affections lépreuses et contre la syphilis. —

D. C .; Simarube

FL en avril el mai. — Se rencontre un peu dans tous les bois, sans être abon­

amer. Vulgo : Acajou blanc. — Arbre de taille moyenne, it tronc droit et nu,

dant nulle part ; Houëlmonl, Vieux-Habitants, Grands-Fonds du Morne-àl’Eau. A lt. 60-400 met. [N ° 3257.]

sur une étendue de 6-9 met., à écorce grise, blanchâtre, lisse. Feuilles paripennées, à 3-7 paires de folioles alternes, entières, oblongues ou oblongues-lan-

M a r tin iq u e .

Vulgo : Bois-moudongue, bois-madame. — Plus abondant

céolées, épaisses, coriaces, terminées en une pointe arrondie, d'un rouge fer­

qu'à la Guadeloupe : il s’emploie pour les mêmes usages. Morne-Rouge

rugineux en dessous, d'un vert foncé en dessus. Fleurs dioïques, en petites

, Calvaire), Parnasse, Lamentin (Roches-Carrées), etc. (N ° 200.]

cvmes formant ensemble une large panicule terminale; calice à 5 dents peu
profondes; pétales 3, hvpogynes, étalés; étamines 10. insérées sur une écaille
arrondie; style 3-lide. Fruit drupacé, bianguleux, ovoïde. — Le bois est assez
a

*

Picræna Lind. (du grec « picraïno », rendre amer, allusion à l'amertume
du bois el de l’écorce.)

dur, résistant et élastique; à l'intérieur, il a une teinte jaune clair. L'écorce

P. excelsa Lind., Simaruba excelsa 1). G. ; Vulgo ; Bois-noyer, graines vertes.

de la racine est amère, tonique et fébrifuge; elle est employée en décoction
pour combattre l’anémie, la dyspepsie, les lièvres intermittentes et la dysen­

— Arbre d'assez grande taille, élancé, à écorce grise, peu fendillée. Feuilles
imparipennées, à 9-11 folioles oblongues ou oblongues-lancéolées, terminées

terie chronique; à haute dose, elle devient purgative et vo m itive2. — Assez

par une pointe obtuse, entières, coriaces. Fleurs polygames, en cymes larges,

abondant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, des Yieux-

corvmbiformes, terminales, beaucoup plus courtes que les feuilles; calice à

Habitants, de Pigeon, des Trois-Rivières. — FL en mai, juin, juillet. — Alt.

5 dents; pétales 5, oblongs, jaune pâle; étamines 5, insérées sur un disque;

*250-700 met. [N u 2973.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois blanc. — Abondant. Savanes du Morne-Rouge,

ovaires 3, distincts; style fendu en 3 branches. Fruit drupacé, sphérique,

du Champllore, bois de IAjoupa-Bouillon, fontaine Didier, etc. [N° 1198.]

nuancé de jaune verdâtre en certains points, sert pour les constructions à

Picramnia Sxv. idu grec « picros *&gt;, amer,

et « thamnos », buisson, allusion

à l'amertume des feuilles et des fruits.)

P. pentandra S\v., P.

micranlha Tul.; Picramnia à 5 étamines. Vulgo

:

Graines dorées, bois-montagne, bois-poisson. — Arbrisseau ou très petit

bois &lt;le Surinam

1. Ce végétal fournit, en Europe, le
des pharmacies, qui doit scs pro­
priété^ amères et tonique' à un principe amer nommé
que Oliveri et Denaro

qnassine,
l ande quassique.

lssi considèrent comme un éther dimélhiliquc de
Massute (1890) a
ajouté à la connaissance de cette
l'existence dans le bois de Surinam de trois
autres corps cristallisés et amers, dont deux, bien étudiés, représenteraient des homo­
logues supérieurs de la
Ce dernier principe actif n’est pas azoté. (E. H.

qnassine

quassine.

quassine,
benjoin
acides

2. L'écorce de la racine de simarouba, qui est officinale, renferme de la
une
matière résineuse, une huile volatile, dont l'odeur rappelle celle du
, des
C est un tonique amer qu'on trouve dans une foule de préparations
complexes et notamment dans la formule de tous les élixirs anticholcriqucs ; elle est
caractérisée par son amertume intense et son défaut d’odeur et enfin une structure spé­
ciale. Elle est supérieure au
comme tonique et fébrifuge. (E. II.)

galliqueet malique.

quassia amara

bleu foncé cl glauque à la maturité. —

Le bois, de couleur blanchâtre,

l’intérieur. Le bois et l'écorce sont amers : on les emploie en infusion contre
les lièvres1. — Peu abondant : Rois de Gourbeyre (M orne-Goblin), CampJacob (bords des rivières Noire et Rouge). A lt. 400-700 mèl.
M a r tin iq u e .

N° 3630.]

V u lgo : Bois amer. — Hauteur des Trois-Ilets, montagne du

Yauclin, Sainte-Anne, etc.

N° 1192.!

1. On emploie surtout le bois dans la pharmacie européenne, qui en fait grand usage
sous le nom de ([iiassia de lu Jamaïque, presque à l'exclusion entière du quassia de
Surinant (Quassia amara L.). Massute 1X90 a retiré de ce quassia de la Jamaïque
comme principes actifs, deux corps cristallisés qu'il appelle picrasmines l'un fon da
20i" cl l'autre A 209-212". Le premier, traité par l'acide chlorhydrique, donne de l’acide
picrasmique (pii n’est pas identique A l'acide quassiqne d’Oliveri et Donaro voir note A
la tin de Quassia amara . Il résulte de ces travaux que la matière amère des deux bois de
quassia aie Surinam et de la Jamaïque) est constituée par une série de corps homologues,
mais différents dans les deux espèces. C’est avec le bois de ce Picraena excelsa qu’on fait
les gobelets tournés dans lesquels on laisse séjourner de l’eau, qui y acquiert très rapide­
ment une grande umerlume. Les copeaux provenant de la fabrication de ces gobelets
sont aussi vendus en pharmacie. (E. IL )

;

�E II IC AC LES
PLANT KS DK LA U.l'ADKLOUPE ET

DE LA MARTINIQUE

CELASTIUNEES

CVIIII 1.1 ES

145

la base du tube, un peu au-dessus de l'ovaire ; anthères larges, ovalcsoblongues, dressées, laissant échapper le pollen par un petit pertuis surmontant
l'anthère ; filets élargis à la base et s’atténuant vers le sommet; ovaire à

y l \ R A N T K -IIU IT IK M K F A M IL L E .

Brossæa

—

H R 1 ( ..\C K 1 ÏS ,

6 loges, dont les cloisons se détruisent plus ou moins. Fruit pulpeux, tronqué
au sommet, dépassé par le bord du calice et muni, au milieu de la partie plate

1). C. dédié à Gui de la Brosse, médecin de Louis X I I I , fonda­

du sommet, d’un petit enfoncement, trace du style; semences scobiformes,

teur du Jardin botanique royal de Paris; a publié, outre la description de

très nombreuses, situées dans la partie inférieure du fruit, la partie supé­

ce jardin, un traité sur la nature, l'utilité et les vertus des plantes.

rieure étant remplie par une matière dure. — Les fruits mûrs sont noirs et

anaxfo/nosans Ci., Epigæa cor difolia S\\\, Gaultheria buxifolia W . ;

peuvent se manger; leur saveur rappelle celle des myrtilles de France. — Ça

Bro-sa a ,ï nervures foliaires anastomosées. \ ulgo ; M yrtille. — Très petit

et là dans les clairières des grands bois, très abondant à la Soufrière, à la

B

arbrisseau, ornemental, plus ou moins radicant, haut de 30-60 cm ., à écorce

Grande-Découverte, à la Savane aux Ananas, où les pieds sont petits et

noire ou ^rise. Feuilles petites, ovées, légèrement cordées, cartilagineuses,

rabougris. Alt. 500-1180 mèt. |N° 2243.

finement serretées; à dents aiguës, très brièvement pétiolées; à limbe ne
dépassant jamais 8 mm. de long sur 3 mm. de large ; à nervures principales

M a r t i n i q u e . Vulgo ; M vrlille du pays. — Calebasse, M ontagne-Pelée,
Pitons du Garbet, etc. N° 1359.1

et secondaire- souvent parsemées de poils courts et rigides. Fleurs en petites
q u a r a n t e -neuvièm e

cvmes terminales; calice persistant, couleur lie de vin ; à 5 dents profondes,
deltoïdes, arquées; corolle rouge carmin vif, en clochettes conoïdes, fortement

Cyrilla

fam ille .

— C Y R IL L E E S .

L. dédié à l'Italien Dominico Cyrillo, professeur de médecine à

élargies a la base, terminées par 5 dents; étamines 10, incluses, à anthères
pourvue-, au sommet, de 2 petites arêtes; pédoncules et pédicelles garnis de

Naples; a écrit : Colleclio plnntarum rariorum réuni Neapolensis , 1788;

plusieurs bractées rouges, écailleuses et pointues. Fruit globuleux, à moitié

Tabulas bolanicæ, 1790.)

niché dan- le calice, pulpeux, mangeable, tardivement loculicide, contenant

C.

Antillana M ich .; Cyrille des Antilles. Vulgo ; Bois-couché, olivier-de-

un grand nombre de très petite- graines brunes. — Abondant dans les spha-

monlagne. — Arbrisseau droit, touffu, très ornemental, par l’ensemble de son

gnums de la Soufrière; plus rare à la Grande-Découverte. — Fl. presque

port, de son feuillage et de ses fleurs, toujours très vert, haut de 80 cm. sur le

toute l'année, mais surtout en décembre, janvier, février et tmars. — Alt.

cône et le plateau de la Soufrière, de la Grande-Découverte, petit arbre aux

1100-1480 met. [N° *2255.

sourcesdu Galion el au M atouba,oüil vil en société, arbre gigantesquedansles

M a r tinique.

Vulgo ; Myrtille. — Peu abondant : sommet de la Montagne-

bois de Sol’aya (Sainte-Rose), à l'endroit nommé « le bois-couché ». Feuilles

Pelée Morne-de-la-Croix) et dans la coulée du Prêcheur, qui avoisine le lac.

vert clair, rigides, très rapprochées et confinées aux extrémités des branches,

,N° 1358. j

lancéolées-oblongues, légèrement échancrées au sommet, finement réticulées,

Symphysia

Prl. du grec « symphysis », union, connexion, parce que le

calice adné à l'ovaire forme une seule masse avec lui.)

S. tjuadalupenxtx Kl.. S. martinieen.sis Deless., Horaemannia

surtout en dessous. Fleurs petites, blanches, en racèmes serrés, allongés,
nombreux, axillaires, situés aux extrémités des branches, plus longs que les
feuilles; pédicelles courts, aussi longs que les pétales; calice très petit, à

marlinicensis

5 divisions; pétales 5, pointus; étamines 5; anthères s'ouvrant par une fente

Hook fils. Vulgo ; José. — Arbrisseau ornemental par son feuillage tortueux

latérale ; style court ; stigmate bifide; ovaire ovale, inséré sur un petit lorus,

ou plus ou moins sarmenteux. quand il peut trouver un appui, à branches

à 2 loges. Fruit capsulaire s’ouvrant en 2 valves; semence 1. — Fl. en mai,

nombreuses, toujours fortement inclinées, haut de ‘2-3 mèt. Feuilles vert clair,

juin, juillet. — A lt. 280-1480 mèt.

cartilagineuses, elliptiques ou ellipliques-lancéolées, atténuées à la base,

N° 2346.,

Cet arbre si commun à la Guadeloupe ne se trouve pas à la Martinique.

pointues au sommet, crénelées ou subentières, à nervures invisibles en
de--u-, bien dessinées en dessous. 2-3 paires de nervures secondaires partant
c in q u a n t iè m e

de la côte principale et formant un area dans la partie supérieure du limbe.
Fleurs en corvmbes, le plus souvent terminaux, renfermant 15-25 rayons
longuement pédicellés ; calice campanulé, adné à l'ovaire, à 6-8 dents, large­
ment arrondies et souvent munies d une petite pointe; corolle campanulée,
charnue, à 6-8 dents; étamines 15, distinctes, incluses, insérées en cercle à

f a m il le .

— C E L A S T R IN E E S .

Maytenus Juss. (du nom chilien « maylen ».)
M. elliptica Ivr. et Urb., M. gonocladus Gr.; Maytenus à feuilles elliptiques.
Di'ijs. — Plantes

Guadeloupe et M artinique.

10

�146

I-I A M

I S 1*1

l\

GA AI)Fl.OUI‘ K F l

1&gt;F. I A

MARTINIQUE

Vulgo : Bois-citron. — Petit arbre, très droit, haut de 3-1 met., à écorce
_ri»e, à jeune' branche» tétragnne^ et à écorce brune. Feuilles elliptiques ou
elliptiques-ovale», cartilagineuses, obtuses ou légèrement échancrées au som­

CliLASTniMîES

M 7

et légèrement pubescent avant la maturité, tantôt grand comme une noix de
France, tantôt comme une o live; û épicarpe et mésocarpe secs ; à endocarpe
osseux et épais; semences 1-3, oléagineuses. — Peu abondant. Çà et là entre

met, luisantes en de»»us, prises en dessous, délicatement veinées. Fleurs très

les pierres des falaises du bord de mer. — Fl. en mai et juin; fruits mûrs en

|*elite', axillaires, solitaires ou en cvmes très courtes, situées à Faisselle des

septembre, octobre et novembre. — Les fruits restent longtemps attachés au

feuilles; calice cupuliforme, à 5 dents ; pétales 5 ; étamines 5, insérées sur le
fond d'un disque rond; pistil syncarpé; ovaire plongé dans le disque. Fruit

pied. — Gozicr. N° 3680.
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Prune bord-de-mer. — Assez abondant entre les

a 2 loge» uniovulëes ; style court: stigmate bilobé; semences 1-2, orbiculaires,

pierres des environs du phare de la Caravelle. N" 587.

fortement comprimées-aplaties, dures, d'un brun noir, luisantes, polies,
presque complètement entourées d'un arille légèrement violacé. — Fl. en avril

Myginda Jacq. (dédié au botaniste autrichien Fr. M ygind, qui a collectionné

ou mai; fruit' mûrs en juillet. — Assez abondant dans les endroits calcaires

les plantes de la Bnrbadc pour l'herbier de Jacquin.)

ou pierreux et secs : Vieux-Fort, Marie-Galante
0 -:K hi met. V 2176.

cette plante. Le Hachoma de Pline, X X V II, 105, est le

M a rtinique.

Pilote

Folle-Anse), Gozicr. Alt.

Vulgo ; Bois-citron, bois-Guillaume. — Hauteurs de Case-

Fond-Layette . Diamant

habitation kikandon), morne Gommier

Marin . V 809.
M guyanensis Gr.; Vulgo : Café-bois, bois-cale.— Petit arbre, tantôt droit
et à branches tout à fait horizontales, tantôt tortueux, à branches inclinées
et allongées. Feuilles trois fois plus larges que dans le précédent, vertes des
deux côtés, luisantes, brièvement pétiolées, elliptiques, terminées en pointe,
,i côte saillante en dessous. Fleurs jaune verdâtre, très petites, en cvmes très
courtes, insérées à Faisselle des feuilles. Fruit ovoïde, un peu plus grand
qu'une cerise de café, s'ouvrant en 2 valves, transversalement sillonnées en
dt-dan»; semences 2, ovoïdes-aplaties, entièrement couvertes sur le dos et sur
plus de la moitié du côté ventral d'un arille rosé.— Fl. en avril, septembre. —
Peu abondant, (.'.à et là dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes; moins rare
dans le» boi» marécageux du bord de mer, entre le Vieux-Bourg et le canal
de.» Rotours. Alt. 0-650 met. N0* 3101 et 3673.
M abti Niger:. Vulgo ; Café-bois. — Bois inférieurs de la Montagne-Pelée
rare , Trois-Mets La Plaine).

.V2133.

Elæodendron Jacq. du grec « elaion », huile, et « dendron », arbre, parce
que les fruits ressemblent à une olive et que plusieurs espèces contiennent de

Rheum
Rhacoma

rhaponticum ,

plante très différente de celle dont il est question ici.
uragoya Rich..
Br. Jam., t. 17, f. 1 ; Dose., vol. IV , 1. 25, p. 81. — Grand arbuste ou arbris­
seau, élégant, très touffu, à branches divariquées ou fastigiées. Feuilles
petites, membraneuses, obovées ou ovales, parfois nettement elliptiques
crénelées-serretées, à pétiole court. Fleurs très petites, en cvmes axillaires,
courtes; pédoncules filiformes, plus courts que les feuilles et bifurquées au
sommet; calice persistant, à i divisions profondes; pétales i ; étamines 1,
insérées sur le bord d'un disque; ovaire niché dans le disque, à i loges unio\niées. Fruit drupacé, rouge, très dur, plus petit qu'une graine de poivre. —
Descourtilz classe celle plante dans les diurétiques excitants et recommande
la racine dans les néphrites calculeuses; il ajoute que les colons des Antilles
s’en servent pour cicatriser les abcès des reins et de la vessie, et qu'ils
absorbent dans ce cas la poudre de la racine dans du lait. Dans les endroits de
la Guadeloupe cl de la Martinique où cet arbuste existe, on se sert quelque­
fois des racines en décoction comme diurétique. — Aim e les endroits secs et
calcaires. — Abondant à la Désirade (côte occidentale), à Marie-Galante
i Capesterre), aux mornes calcaires, entre Port-Louis et F Anse-Bertrand.
[.V 2870.]
N ota.

— La figure de Descourtilz représente mal le fru it; dans mes spéci­

men s, provenant de la Désirade et de Marie-Galante, on trouve, en dehors
des cymes axillaires, des particules terminales assez allongées et formées de

l'huile.)
E.

M. Iî hueonia S\v. (de « Rha » , vieux nom de la W o lg a , d'où l'on lirait

xylocarpum 1). C .; Eléodendre à fruits ligneux. V ulgo ; Prune bord-de-

nn*r. — Petit arbre peu élégant, presque toujours plus ou moins tortueux, à

petites cvmes.
M a r t in iq u e .

Vulgo

: Petit

merisier.

—

Assez abondant

au

Vauclin

écorce noire, rude, transversalement fendillée, à branches très étalées, souvent

(Macouba) et sur les montes calcaires de Sainte-Anne. X° 569.

fortement inclinées. Feuilles cartilagineuses, ellipliques-obovalcs, atténuées
à la base en un court pétiole, crénelées, à crénclures grosses, distancées,

M. pallen.s Sw. ; M yginda à feuilles vert pâle. Vulgo : Petit merisier. —
Petit arbre droit, à branches divariquées souvent inclinées : les jeunes,

peu profondes. Fleurs polygames, en cvmes terminales; calice à 4-5 divi.

télragones; les adultes, cylindriques, à écorce lisse et grisâtre. Feuilles

»io ii' profondes : pétales 5 ; étamines 5, insérées sur le bord d'un disque rond :

petites, membraneuses, obovales ou obovales-oblongues, à pointe obtuse ou

ovaire plongé dans le disque, à 3 loges biovulées. Fruit ovoïde, très glauque

échancrée, subentières ou faiblement crénelées. Fleurs très petites, en cymes

�l'*8

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA MARTINIQUE
II.LICINEKS

axillaire-, portées par 2 pédoncules lilifornies opposés cl bifurques au somm et, plus courts que les feuilles; drupe rouge, obovale,

couronnée

du

stigmate persistant. — Rare. Çà et là dans les endroits secs et pierreux de
Hou&amp;lmont.

F l. en tout temps. — Alt. 190-300 mèt.

NQ2177.]

Je ne l'ai j»as trouvé à In Martinique.

I. monlana (îr .,

149

variété orienlalis Loes. Houx des montagnes. V u lg o ;

(iraincs vertes, pruneau. — Petit arbrisseau, très élégant à cause de son port
et son feuillage toujours très vert, à branches fastigiées, ou petit arbre à
branches étalées, à écorce d’un brun foncé, verruqueuse et peu fendillée.

lah folia Sw. ; Myginda à larges feuilles. Vulgo : Petit merisier. —

Feuilles simples, elliptiques ou ovales-lancéolées, acuminées au sommet,

Arbuste ou petit arbre élégant, très droit et très touffu, à jeunes branches

atténuées à la base, dentées en scie, à dents aiguës, infléchies vers le limbe,

M

tétragones. Feuilles très rigides, elliptiques, ou obovales ou spatulées, suben-

veines saillantes en dessous; pétiole court, noir. Fleurs complètes, petites,

tière&gt; ou grossièrement crénelées vers le sommet, et souvent profondément

en corvmbes de 8-20 rayons, plus longs que les pétioles; calice monopétale

échancrées. Fleurs très nombreuses, blanches, odorantes, en crm es dicho-

4-6-partile; corolle blanche, rotacée, à 6 pétales concrescenls près de la

tomes ou trichotomes, courtes, fasciculées, formant ensemble un corymbc

base; étamines G, insérées à la base de la corolle et alternant avec les seg­

terminal ou axillaire. I&gt;e fruit manque. — Kl. en août et septembre. — Assez

ments du calice; filet filiform e; anthères introrscs, s’ouvrant longitudinale­

rare, ( à et là sur le plateau calcaire de la Désirade.

\ ° 2871.

Schaefferia Jacq.

dédié au pasteur protestant allemand, Jac. Christ.

Schaeffer, né à Querfurt Saxe , en 1718, grand prédicateur et chef de consis­
toire. auteur de différents ouvrages de botanique.)
S. frutescent Jacq., SI., t. 209; Sw., F l., t. 7, analyt.; Schaefferia fru­
tescent. Vulgo ; Merisier. —

Arbrisseau buissonnant, élégant, haut de

1-2 mèt.. à branches minces, tlexibles : les jeunes, bianguleuses-comprimées
et line ment striées. Feuilles alternes, vert pâle en dessous, glabres, rigides,
elliptiques, pointues au sommet, rétrécies à la base en un court pétiole.
Fleurs dioïques. axillaires, diversement groupées : les mâles, presque scssiles,
en petites glomérules axillaires; les femelles, en cymes sur un pédoncule
généralement long et portant 4-0 rayons; pédicelles petits, filiformes, épais­
sis au sommet, aussi longs que les Heurs femelles; calice petit, persistant, à
4 di\i'ions arrondies; pétales 1, écarlates; étamines I, hypogynes; ovaire à
2 loges uniovulées. Fruit pulpeux, ovoïde-comprimé, surmonté du style et
du stigmate persistants, traversé au milieu, sur les deux côtés, par un sillon ;
semences 2. — Fl. en juin et juillet, en septembre et octobre. — Dans les
terrains secs et pierreux : Moule le long du canal , mornes calcaires de FortLouis et aussi dans les sables du bord de mer.
M artinique.

N° 2872.j

Vulgo ; Petit merisier.— Hauteurs du Carbet le long du canal),

mornes calcaires de Sainte-Anne.

ment; ovaire sessile, à 1 loges; stigmates 4, sessiles, distincts, noirs et très
visqueux. Fruit brun, baccien, globuleux, de la grosseur d’une graine de

Il n'existe pas à la Martinique.

N° 590.

poivre, surmonté du style persistant; semences 2-4, triquètres, légèrement
cannelées. — Assez abondant dans la région supérieure des hautes montagnes :
cône et plateau de la Soufrière, où il est rabougri, sources du Galion, GrandeDécouverte, Savane aux Ananas. — Fl. presque toute l'année. — A lt. 9501180 mèt. [N os 2558, 3435.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit citronnier. — Abondant à la Montagne-Pelée,
au-dessus de la petite savane et aux Pilons-du-Carbet. N° 616.]
I. sideroxyloidesCiv. ; Houx ressemblant au Sideroxylon. Vulgo : Bois-citron,
citronnier blanc. — Petit arbre ou arbre de taille moyenne, à branches infé­
rieures divariquées ; les supérieures, fastigiées, à écorce blanchâtre, peu fen­
dillée. Feuilles variables, elliptiques ou obovales, rétrécies à la base, obtusément pointues .ou échancrées au sommet, d'une consistance de parchemin,
luisantes et vertes en dessus, grises en dessous; pétiole court, cannelé. Fleurs
très nombreuses, en petites cymes ombelliformes axillaires de 3-13 rayons,
aussi longs ou une fois plus longs que les pétioles; corolle blanche, rotacée,
plus large que dans le précédent. Fruit globuleux, comprimé au sommet,
plus grand qu’ une graine de poivre. — Cet arbre fournil un bois recherché
pour la charpente, la menuiserie et le charronnage. — Fl. de janvier en mars;
fruits mûrs en mai et juin : les oiseaux en sont friands. — Abondant dans
tous les grands bois des Bains-Jaunes, du Matouba, des Vieux-Habitants et
du massif de Houëlmont. A lt. 200-900 mèt. [.\° 2309.]
M a r tin iq u e .

— Variété typica Loes., forma vulyaris Loes. Vulgo : Bois gris.

— Abondant dans les bois inférieurs de la M ontagne-Pelée (bois cle Galbiac),
CINQUANTE-UMKME FAMILLE. ---

IL IC IN É E S .

des Fonds-Saint-Denis, des hauteurs de la Grand'Anse, et à l'état de buis­
son dans les terres calcaires de la Caravelle et des mornes de Sainte-Anne.
Alt. 50-600 mèt. [N os 654, 1246.]

Ilex L. du celtique « ec » ou « ac », pointe, parce que les feuilles des
espèces-types portent des piquants.)

I. nilida M ax.; Houx à feuilles luisantes. Vulgo : Citronnier, graines vertes,
pruneau noir. — Arbre de taille moyenne, droit, à écorce grisâtre, couverte
e rugosités, à branches munies de verrueset de lenticelles, à jeunes rameaux

�150

PLANTES

DK LA U UAD RI.Oli PE ET

DE LA

MARTINIQUE

h

ippoenatkackks

—

.)

c iia il l u t ia c é b s

légèrement duvetés; calice 5-lide; pétales 5, obovés, vert jaunâtre ; étamines 3,

noir&gt; ou bruns, li&gt;se&gt;, légèrement striés. Fouilles membraneuses, verl noir
en dosus, larges, elliptiques ou ellipliques-oblongues, grossièrement créne­

insérées sur le côté d'un disque large, annulaire; ovaires 3 ; styles 3, cohé­

lées au-dessus île la base, roulées sur les bords, obtusément pointues au som­

rents à la base. Fruits uniloculaires, réunis par 3 sur un carpophore atte­

met. Fleurs jH'tites, nombreuses, en corvmbes axillaires. Fruit comme dans

nant au disque lignifié, larges, très comprimés, elliptiques ou légèrement

le précédent, mais à épicarpe n o irci luisant; semences 1, triquètres, nette­

ovales, ou obovales (dans mes spécimens), longs de .) cm. sur 2-3 cm. de

ment cannelées. Se distingue facilement de se- congénères par ses 1eni 1les

large, s’ouvrant des deux côtés, en deux valves naviculaires ; péricarpe

plus large' et crénelées, ses fleurs plus petites et plus ou moins verdâtres.
— Abondant dans les mêmes habitats que le précédent. — Fl. en mars et

membraneux, gris, lisse, finement et longitudinalement strié; semences
pendantes, comprimées, prolongées inférieurement en une large aile mem­

avril. — Alt. 1

braneuse. — Fl. presque toute l’année, mais surtout d'août en novembre.

met .

N" 2867.

M artinique. Yulgo : llois-pelit-Jean. — Parnasse,
fontaines Didier et Absalon, etc.

Fonds-Saint-Denis,

N" fût*.

I. tlioica (ir. ; Houx à Ileurs dioïques. Yulgo ; Citronnier-montagne. — Petit
arbre tortueux, a éeorce verruqueuse, à jeunes branches comprimées et

— Lamentin (bord du canal et dans les broussailles qui avoisinent les marais ,
Baie-Mahault. [N "s 2996, 3400.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo ; Liane-crabe. — Rare ; Ravine-de-Ducos, ravines du
Parnasse (près de l ’habitation Liltéc).

N° 181.

striées. Feuilles larges, cartilagineuses, elliptiques ou ovales, subentières ou
a peine crénelées au-dessus de la base, terminées en pointe obtuse, arrondies
à la base, côte très saillante en dessous, imprimées en dessus; pétiole court,

CINQUANTE-TROISIÈME FAMILLE.

C H A IL L É T IA C É E S .

large, cannelé. Fleurs nombreuses, en corvmbes ombelliformes ou en simples
ombelles naissant d'une tubérosité, à 5-14 rayons aussi longs que les pétioles;
corolle rolacée. Fruit globuleux, à peu près deux fois plus petit qu’une graine
de poivre, surmonté d'une pointe courte, reste du style persistant. C'est
de tou- les llex de n&lt;» colonies l'espèce dont les fruits sont les plus petits. —
Assez rare. Çà et là dans les Pitons-du-Carbel. Alt. 780-850 mèt. [N°* '237,
65.V — Il n’existe pas à la Guadeloupe.

Tapura M ari, (nom de la plante à la Guyane.)
T. guynnensi.s Aubl. Yu lgo : Bois-côtelette noir,
Ilisl. de In Guyane ,

l.

bois-côte noir. Auhl.,

48. — Arbre de taille moyenne, plus rarement grand

arbre, à tronc droit, pourvu de 3-5 côtes, qui, pou saillantes dans le haut,
deviennent de plus en plus fortes dans le bas et finissent par form er une base
très anfractueuse ; à écorce grise, pou épaisse, fendillée; à branches souvent
horizontales, très étalées;

CINQUANTE-DEUXIÈME FAMILLE.

11 I PPOCU ATKACHHS.

à rameaux toujours inclinés.

Fouilles cartilagi­

neuses, glabres, luisantes, très vertes en dessus, pâles en dessous, légèrement
obovales, arrondies à la base, brièvem ent pointues au sommet, entières,
alternes, à côte et à nervures très saillantes en dessous, peu visibles à la face

Hippocratea L.

dédié au célèbre médecin grec Hippocrate, né à l'ile de

Cos, en 470 ou 400 avant J.-C. ; mort à Larisse, en 372 ou 351.)
H oenln I-am. ; Hippocratea à feuilles ovées. Yulgo : Liane-z’amande, bois-

supérieure; pétiole court, gris, épaissi, ruguleux, souvent cannelé. Fleurs en
ombelles presque sessiles, contenant jusqu'à 20 rayons, attachées au sommet
du pétiole ou quelquefois à la base du lim be; calice monosépale, à 5 lobes

z'amande. liane rouge. I^am., III., t. 28. f. 2; Desc., vol. IV , t. 290, p. 265.

pubcscents, ovales, dont 3 extérieurs et plus grands, et 2 intérieurs, et pla­

— Arbrisseau sarmenteux, pouvant s'élever très haut, quand il trouve un

cés plus haut; corolle à 5 pétales, longs de 1-2,3 mm., blancs, insérés au

appui, à branches très nombreuses, décussécs, insérées à angle droit, tordues

fond du calice; étamines 8-11, blanches, exsertes, d'inégale longueur, tantôt

et enchevêtrées, pendantes dans les vieux pieds ; les supérieures et les termi­

libres, tantôt légèrement cohérentes et laineuses, simulant un tube dont le

nales, changées en vrille; écorce noirâtre ou grise, presque lisse. Feuilles

sommet est rempli d'une matière laineuse et blanche; anthères longues de

opposées, elliptiques ou oblongues, ou ovées, terminées en pointe obtuse,

1 mm., presque aussi larges,

tantôt nettement crénelées, tantôt faiblement dentelées au-dessus de la base;

drique, aminci vers le sommet; ovaire sessile, velouté, ovale, triloculaire.

dorsifixes,

inlrorses; pistil trilobé,

cylin­

pétioles courts, articulés tout près de la base. Fleurs très petites, en pani-

Fruit drupacé, long de 18-22 mm. sur 12-45 mm. de diamètre, obovoïde, à

cules trichotomes. terminales et axillaires, composées de cymes dichotomes

épicarpe gris blanchâtre et duveté, à mésocarpe blanchâtre succulent, copieux,

et bibractéolées à la base; pédoncules tétragones; pédicelles et pédicellules

d'une saveur

1res sucrée et

fort agréable; semences

ovoïdes-allongées,

�152

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE ET

DE LA MARTINIQUE

UIITICEKS

153

blanches. Les rais, les oiseaux et les chauves-souris font aux fruits une

rude, peu fendillée, à branches inférieures tout à fait horizontales, â branches

guerre acharnée. — Le bois est blanchâtre, dur et sert pour la construction,

supérieures fastigiées, à cyme pyramidale. Feuilles très rudes des deux côtés,

— Assez rare dans les bois des bains-Jaunes, du Matouba et de Gourbeyre;

membraneuses, gaufrées entre les nervures, triplin erviées; à nervures et

assez abondant dans les forêts des environs du Grand-Etang, de 1 Etang-

ncrvillcs rougeâtres en dessous, ovales-lancéolées, acuminées, finement den­

Zombi (Capesterre) et des Trois-Rivières. — Kl. en avril et mai, et aussi en

telées en scie, légèrement cordées à la base; à lobes inégaux. Fleurs poly­

septembre et octobre. — Alt. 300-800 met.

games, très petites, en cymes axillaires, très nombreuses, courtes, géminées

M ar tiniq u e.

Xos 3402, 3622.J

Yulgo : Bois-côte. — Abondant dans les bois du Morne-Bouge,

ou tricholomes, tantôt plus courtes, tantôt plus longues que les pétioles;

de l'Ajoupa-Bouillon, des Fonds-Saint-Denis, du Lorrain et du Camp de

pédoncules cl pédicelles souvent bibractéolés au sommet; calice 5-partite;

l'Alma.

anthères exsertcs. Fruit drupacé, très petit, surmonté du style persistant. —

N° 183.

Peu abondant. Çà cl là dans toutes sortes de terrains de la région inférieure.
— Le bois est blanchâtre et sert à faire des lattes, des poteaux, etc. — SainteRose (environs du bourg), Camp-Jacob (dans le lias de la rivière Noire, etc. .
CINQUANTE-QUATRIÈME FAMILLE.

— l'R T IC E E S .

Alt. 30-400 mèt. [N os 2858, 3639.]
M a r tin iq u e .

Yu lgo : Bois-dc-1 Orme. — Assez abondant au Champflorc et

dans les bois de l'Ajoupa-Bouillon, etc.
Celtis Pline désigne parce mot une espèce de Lotus, du grec « kellein »,
pousser, « keltis », cravache, parce que les branches llexibles peuvent servir
de cravache.)

N° 1 100.

S. Lamarkiana Decs.; Sponia de Lamark. Y u lgo : Orme petite-feuille,
caca-ravet. Plum., édit. Burm., t. 206, f. 2 . — Arbrisseau ou petit arbre très
élégant, à écorce grisâtre, très rude, à branches inférieures horizontales, à

C. aculeala S w ., Rhamnus iyuan eus L .; Celtis à piquants. Yulgo : Croc-

rameaux distiques, à jeunes rameaux duvetés. Feuilles petites, ovales-lancéo­

chien, gralfc-jambes. Desc., vol. V II, t. 492? — Arbrisseau sarmenteux, à

lées, pointues aux deux extrém ités, brièvem ent péliolées, extrêmement

branches allongées, distiques, llexibles et toujours pendantes ou fortement

rudes sur les deux faces, finement dentelées en scie, inégales à la base, rou­

inclinées, pourvues de piquants stipulâmes, solitaires et recourbés : les vieux

lées sur les bords, d'un vert grisâtre, à côte et à nervures imprimées en dessus

pieds, à écorce rude; les jeunes branches, à écorce couverte de tubérosités

et couleur

lenticulaires et blanches. Feuilles obovales-oblongues, brièvement péliolées,

fruits comme dans le précédent, duquel il se distingue facilement par la peti­

à 3 nervures partant de la base du limbe, à pointe obtuse au sommet, sub­

tesse et la rudesse de ses feuilles, par ses cymes subsessiles et plus longues

cordées a la base, membraneuses, légèrement gaufrées, alternes-distiques.

que les pétioles. — FL en septembre et octobre. — Çà et là dans les mornes

de rouille,

très saillantes et duvetées eu dessous. Fleurs et

Fleurs polygames, très petites, verdâtres, en cvmes axillaires, portées sui­

secs et dans les falaises ; R ivière-N oire, Deshaies, Pointe-N oire. A lt. 150-

des pédoncules articulés au sommet et aussi longs que les pétioles; calice

300 mèt. (N ° 3572.

5-partile; style bilide, à branches recourbées. Fruit globuleux, drupacé, un
peu plus volumineux qu’une graine de poivre, à endocarpe dur, renfermant
1 semence. — FL en mai et juin. — Endroits secs, sablonneux ou pierreux

M a r tin iq u e .

Yu lgo ; Caca-ravet. — Assez abondant dans les mornes secs

des hauteurs du Prêcheur habitation de Messimy), morne Gommier (M arin .
N° 1398.]

du littoral ou dans les sables du bord de mer : Basse-Terre (La Pintade),
rivière Sence, Deshaies, Pointe-Noire.
M ar tiniq u e.

NT° 2849.

Yulgo : Croc-à-chiens. — Carbet (bord de mer du Quartier-

Monsieur , Case-Pilote, Marin (morne Gommier). A lt. 0-190 mèl. |.\° 1001.
Sponia Commers. dédié à J. Jac Spon, né en 1647, mort en 1785, médecin
à Lyon; a publié, en 1775, les résultats de ses voyages en Italie, en Dalmatie,
en Grèce et en Orient.)

Ficus L.

du grec « sukon », ligue, que les Latins ont changé en &lt;&gt; licus » .)

F. laurifolia Lam., F. niartinicensis \Y., F. vire ns A it .; Figuier à feuilles
de laurier. Yu lgo ; figuier à agouti. SL, t. 223. — Arbre souvent énorme, à
tronc de 1 60 de diamètre, très anfractueux à la base, à cyme très étendue,
à branches divariquées ou horizontales, très divisées, à écorce rougeâtre,»
généralement très peu fendillée.

Feuilles larges,

membraneuses, plus ou

moins glabres, vertes en dessus, pâles en dessous, ovales-elliptiques, pointues

S. micrantha Decs. ; Sponia à petites Heurs. Yulgo : Bois-de-l'Orme, petit-

au sommet, arrondies à la base, à côte large et aplatie, à 12-15 paires de

orme, orme petite-feuille. — Petit arbre très droit, élégant à cause de son

nervures alternes, saillantes en dessous ; pétiole cannelé, de longueur variable.

port et de son feuillage, haut de 6-7 m èl., rarement plus élevé, à écorce

Fruit rouge vert, sphérique, parfois légèrement comprimé au sommet, de la

�154

PLANTES

Ut:

I.A GUADELOUPE ET DE LA MAR TINIQUE

155

urttcéks

forme el de la grosseur de celui du tamarin des Indes, le plus souvent tacheté

nonce rouge, mammifornie. Feuilles involucrales petites, bilobées. — Assez

de brun ou de jaune, d'un diamètre de *25-30 mm., porté par un pédoncule

abondant dans les mornes inférieurs ; Abym es morne du Calvaire), Gozier

long de 1 1-18 mm. — Les agoutis sont particulièrement friands d ecefru it. —

(bord de mer), dans les falaises de la rivière Noire et de la rivière des Pères,

Le bois est mou, il pourrit facilement et ne s'emploie pas pour la construc­
tion. — Çà el là dans les falaises et sur les bords de rivières des bois infé­

etc. A lt. 10-500 mèt. [X ° 2177.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Aralic-cerise. —

rieurs : Bains-Jaunes,

Lamentin, Ducos, Trinité, etc.

rivière

Rouge, Trois-Rivières. Alt.

50-000 mèt.

ÎN° 2194.]
M ar tinique.

Yulgo : Figuier maudit. — Plus abondant qu’à la Guade­

loupe; se rencontre dans tous les grands bois inférieurs. X u I 112. j
F.

crassinervia Desf. ; Figuier à fortes nervures. Yulgo : Figuier grande-

feuille. — Arbre de taille moyenne, plus rarement très grand arbre, presque
toujours muni de racines adventices, à tronc droit, à branches peu divisées,
toujours horizontales ou inclinées, à écorce grise, épaisse, fendillée dans les
vieux pieds. Feuilles larges, cartilagineuses, ramassées à l'extrémité des
rameaux courts, vert pâle en dessus, grisâtre en dessous, ovales, arrondies à
la base el au sommet : les jeunes, souvent obovales el atténuées en coin, à
la base; à nervures larges, carénées et très saillantes à la face inférieure;
pétiole long, cannelé, comprimé, élargi à la base et laissant de grandes cica­
trices blanches. Fruit globuleux, subsessile, de 8-10 mm. de diamètre, légè­
rement plus long que large, velouté, marqué de taches rondes, vertes ou
brunes. Feuilles involucrales 2, persistantes, larges, arrondies, opposées,
fortement appliquées contre le fruit, finement duvetées et noires, ce qui

F.

Parnasse, Prêcheur, Case-Pilote.

X° I i07.

pertusa L.; Figuier à feuilles percées. Yu lgo ; Multipliant,

petite-feuille. —

Petit arbre, haut

figuier

de 7-10 m èt., ornemental, toujours

très vert; à branches très nombreuses, fastigiées et extrêmement feuillues; à
rameaux télragoncs; à écorce lisse et grise. Feuilles petites, coriaces, obovales-lancéolées ou légèrement oblongues, arrondies au sommet, obtuses à
la base, finement veinées;

pétiole

court, renflé. Fruits très nombreux,

glabres, globuleux, souvent tachetés de brun, solitaires ou géminés, de la
grosseur d’ une graine de poivre, fermés au sommet par une proéminence
mammifornie. Feuilles involucrales, petites, bilobées; pédicelles cylindriques,
un peu plus courts que le fruit. — Fruits mûrs en mai cl juin. — Les petits
oiseaux les mangent avec avidité. — Abondant dans les savanes et les bois
inférieurs des Bains-Jaunes, du Malouba, du Gommier, des Vieux-H abi­
tants, etc. Alt. 400-800 mèt. [X ° 2195.
M artinique . Yulgo ; Arabe petite-cerise. — Abondant au Champtlore
(bords de la Capote), dans les bois de la Grand’Anse, du- Lorrain, de la Cale­
basse, des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l'Alm a, etc.

Ficus

X" 1 408.

annulaire, formée de 2-3 écailles. — Fruits mûrs en avril et mai. — Assez

carica L. Yu lgo : Figuier de France, est cultivé dans beaucoup
di* jardins ; le
elaslica L., très grand arbre, à racines adventices, ori­

abondant dans les mornes, les falaises boisées el les savanes de la région du

ginaire des Indes Orientales, se rencontre dans plusieurs endroits, entre

littoral : Basse-Terre (rivière des Pères), Houëlmont, Vieux-Fort, Capesterre

autres à la Basse-Terre (cour de la prison) [X " 32711, et à la Martinique

(G u a d elo u p eetc. Alt. 10-350 mèt.

(Saint-Pierre, Prêcheur).

tranche fortement avec la couleur grise du péricarpe, ouverture du sommet

M artinique.

X" 2196.]

Yulgo : Figuier blanc. — Çà et là dans la basse région : Vau-

clin route du Marin), Trois-Ilets, Sainte-Luce, etc.
F.

X" t i l t . ]

lentiginosa Y .; Figuier à formations lenticulaires. Yulgo ; Figuier

blanc. — Arbrisseau souvent gigantesque, produisant sur le tronc el les

Le

Le

Ficus

Ficus metallica

X" 1413.

Mort., avec scs feuilles à reflets métalliques, a été intro­

duit, en 1879, à la Martinique par l’horticulteur Louis Hahn et est cultivé
chez plusieurs amateurs de plantes. X° 1414.

Artocarpus

L. (du grec « artos », pain, et « karpos », fruit, parce que le

branches une masse de racines advenlives de l’épaisseur d'un crayon, cou­

fruit de cet arbre forme la principale nourriture des habitants des îles de

rant quelquefois au loin sur la terre, devenant alors beaucoup plus grosses et

1 Océanie.)

se couvrant de nombreux corps lenticulaires blancs; à branches très éten­
dues, divariquées, horizontales; à écorce grise ou blanchâtre, gercée; à tronc
formant, à la base, des anfractuosités énormes. Feuilles membraneuses,
beaucoup

plus petites que dans le précédent, membraneuses, lisses, vert

tendre, longuement pétiolées, faiblement cordées ou plus rarement arrondies
à la base, terminées en pointe obtuse au sommet. Fruit mûr, blanchâtre,
souvent tacheté de rouge, de brun ou de vert, globuleux, glabre, deux fois
plus gros qu'une graine de poivre, muni, à l’ouverture, d’une petite proémi-

A.

incisa L. :

a,

variété non senti ni fera ; Artocarpe à feuilles incisées.

Yu lgo ; Arbre à pain, fruit à pain. Desc., vol. X’ 111, t. 539, p. 28. — Arbre
de deuxième grandeur, d’un beau port, à fronde ample, à branches étendues :
les inférieures, horizontales, à écorce grise, gercée et crevassée. Feuilles en
touffes, à l’extrémité des rameaux, très larges et

très vertes, luisantes,

glabres, pinnalilides, à 8-1 I lobes oblongs, pointues, plus ou moins pro­
fondes et disposées avec plus ou moins de régularité, à côte carénée, extrê­
mement forte et saillante en dessous; pétiole cylindrique-com prim é, vigou-

�J 57

UItTICÉES

156

PLANTES DE LA UUADKLOUPB ET

1)E LA MARTINIQUE

et les dimensions du précédent, mais la côte, les nervures, les pétioles et

roux : jeunes feuilles, renfermées du ns deux bradées spathiiormes-navicu-

souvent les bords du limbe soûl couverts de poils. Chaton femelle ovale-

laires, jaunes,

monoïques,

arrondi. presque globuleux, long de 8-12 cm., moins long que le pédoncule

incluses sur les branches fructifères, dans la même double bractée, soil les

el hérissé, de toutes parts, de pointes molles, très nombreuses, longues de

mâles, soil les femelles séparément, soil les deux réunies : les mâles, sessiles,

4-5 m m .; ovaire à style distinct, mais caché. Fruit plus ou moins globu­

très nombreuses et très rapprochées, couvrant entièrement un réceptacle

leux, de

d'abord droit, ensuite pendant, spongieux, mollet, arrondi au sommet, cylin-

variétés, verdâtre, raboteux en dehors, avec des aréoles pentagones ou hexa­

drique-comprimé, long île 15-22 cm. sur 3 cm.-3, 50de large, pédonculé; elles

gones; il contient, sous une peau épaisse, une pulpe d'abord blanche, un peu

sont composées de deux sépales blanchâtres, soudés à la base, obtus, con­

fibreuse et comme farineuse; en mûrissant, elle devient jaunâtre, succulente,

caves, et d'une étamine à lilet 1res court, à anthères oblongues, ne dépassant

d'une consistance gélatineuse. Dans celte pulpe sont nichées 60-80 graines

pas les lobes des sépales. Habituellement les sépales forment un tube com­

ovales-oblongues, presque aussi grosses qu'une châtaigne de France et cou­

opposées, imbriquées sur

les

bords. Meurs

la grosseur d’ une

tète

d’enfant,

souvent ditrorme,

selon

les

plet, fermé au sommet et contenant l'étamine stérile; les femelles, insérées

vertes de plusieurs membranes brunes el fines. — On les mange cuites dans

sur un réceptacle globuleux ou oblong, mesurant 1-6 cm. de long, et se com ­

l'eau avec du sel. Les cotylédons sont très inégaux et dépourvus d'albumen;

posant ; d un calice allongé, prismatique, hexagone ; d'un ovaire unipvulé,

la radicule est supère et relativement courte. Les graines germent très vite et

enfoncé dans une substance spongieuse, presque charnue et blanche; d'un

perdent en peu de temps leur faculté germinative. — Çà et là autour des

style à 3 divisions filiformes, surmontées de deux stigmates. Dans celle

habitations dans les deux colonies.

variété les ovules ne sont jamais fécondés parce que les anthères sont tou­
jours stériles. Les jeunes chatons sont portés sur des pédoncules pourvus de
poils roux, longs et droits, et disparaissent quelque temps après leur sortie
de la spalhe. Le fruit est sphérique, de la grosseur d'un melon vert, jaunâtre
en dehors et marqué d'aréoles irrégulières à 1 ou 5 angles. — Quand il est
parfaitement mur, sa pulpe est succulente, fondante, très laxative, d’une
saveur douceâtre. Pour l'usage domestique, on le cueille un peu avant sa
maturité; sa chair est alors ferme, blanche, et constitue un aliment sain et
facile à digérer. Sa préparation consiste à l’éplucher et à le couper par
tranches, qu’on fait rôtir ou bouillir; sa saveur approche de celle du pain de
froment. Les chatons mâles se mangent conlils; secs, ils peuvent tenir lieu
d'amadou. Celle espèce ne produisant pas de graines, on multiplie les pieds
par les drageons qui poussent aux racines. Toutes les parties de l'arbre et le
fruit, avant qu'il ne soil mûr, contiennent un suc laiteux, très visqueux, qui,
en se durcissant, donne du caoutchouc1. — FL presque toute l’année, mais
surtout de mars en a o û t.— Originaire de Java, des Moluques, etc. Inlroduit à la Guadeloupe el à la Martinique, en 1793, par les Anglais, qui les oui
apportés de Saint-Domingue. — Très abondant dans (oui le pays. f \ ° 3771.
M a r t in i q u e .

Vulgo : Arbre à pain, fruit à pain. — Abondant. N° I fO l.]

A. inlegrifolia L.; Artocarpe à feuilles entières. Vulgo ; Jaquier. Tuss., F L ,
Il, t. 4. — Grand arbre à cime majestueuse, d'un port élégant; à écorce épaisse,
pleine d'un suc laiteux; à rameaux nombreux, cylindriques, très feuillus et
remplis de moelle. Feuilles alternes, pétiolées, ovales-cunéiformes, coriaces,
luisantes, surtout en dessus : les adultes, entières; les jeunes, souvent à 3-5
lobes, à sinus très profonds; bractées renfermant les bourgeons terminaux,
courtes, glabres, lisses, brunes en dehors, blanches en dedans, ovales-arrondies, tronquées à la base. Fleurs en chatons mâles el femelles, renfermés
séparément dans les mêmes bractées, qui abritent les feuilles avant l’éclosion ;
les mâles, courts, cylindriques, grêles, pédoncules, situés sur les petits
rameaux el à l'aisselle des feuilles supérieures, réunis par 2-4 el d'un âge
toujours différent; les femelles, plus ou moins globuleuses, situées sur le
tronc cl les grosses branches. Fruit extrêmement gros, long de 50-70 cm.
sur 25-40 de large, souvent difforme, en général ovale-oblong, à surface
hérissée de pointes courtes, situées au milieu d'une petite aréole pentagone
ou hexagone. — Avant la maturité, la pulpe est blanche et ferme, et devient
ensuite jaunâtre; elle a une saveur acidulée el agréable, malgré l'odeur
puante qu'elle exhale : on lui attribue des vertus rafraîchissantes. Dans cette
pulpe sont placées côte à côte une masse de graines oblongues comprimées,

S, variété seminifera. Vulgo : Châtaignier, châtaigne.— Cet arbre est plus

plus ou moins pentagones, de la grosseur d une châtaigne; elles se mangent

élancé mais moins grand que le précédent, ses branches inférieures sont plus

crues ou cuites dans l'eau avec du sel, ou rôties. L'arbre pousse lentement.

inclinées, ses rameaux creux et remplis de moelle blanche portent, à l'exlé-

Le bois est dur et peut servir pour la construction et la menuiserie. O rigi­

rieur, des cicatrices annulaires laissées par les feuilles. Celles-ci ont la forme

naire des Indes Orientales et des îles du Pacifique. — Rare : Basse- l'erre habi­

1. Ce caoutchouc, comme celui de l’espèce suivante, serait à étudier de près aussi bien
du reste (pie celui qui provient dès divers Ficus précédemment énumérés. Il y a là
peut-élre un intérêt industriel. (E. II.)

Sainte-Rose, etc. N" 2859.]
M artinique . Vulgo : Jaquier.

tation Saint-Audc-Gall), morne Ilouëlm ont (aux environs de la batterie).
—

Plus abondant qu'à la Guadeloupe :

�l’ LANTES DK LA GUADELOUPE ET

158

DE LA

M U T CK k s

MARTINIQUE

Jardin botanique de Saint-Pierre, Champllore (habitation Gérard),

Passe-

L

Artocarpus

Lxcncha Roxb., arbre à larges feuilles, rudes, ellipliques-

arrondics; est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre. N° 1102.]

Cecropia

L. du grec « kekragein », crier, parce que les pétioles et le tronc

sont creux comme les instruments de musique à vent.)

C.

fend facilem ent : on en fait du charbon. Toutes les parties de la plante sont
le siège

Pointe, Grand Anse, etc. N” 1399.]

ohlu.su Trée., Cecropia à feuilles obtuses. Yulgo : Bois-trompette. SI.,

I. 88, f. 2, et t. 89; Desc., vol. I, t. 75, p. 31. — Arbre ornemental, dont les
plus grands ne dépassent pas 11 mètres d élévation, à tronc droit, nu, rude,
mais jamais gercé ni crevassé, à branches nulles ou peu nombreuses, nues et
toujours confinées dans les parties supérieures. Feuilles ramassées en loull’es
à l'extrémité des branches : les jeunes, renfermées dans une bractée com­
mune, naviculaire. tenant lieu de spalhe, pointue au sommet, longue de
14-46 cm. sur 3-1 cm. de large, membraneuse, couverte, en dehors, de poils
gris, laineux, brune et glabre en dedans; feuilles adultes, longues de 3515 cm. sur autant ou presque autant de large, blanches, lomenleuses en
dessous, pellinerviées, palmilobées à 7-9 lobes arrondis, à sinus plus ou
moins profonds, à côtes très saillantes en dessous cl à nervures primaires
rouges; pétiole long de 15-21 cm., creux, blanc, lomenleux et semi-amplexi-

159

d'un latex âcre, très amer,

contenant un

principe corrosif et

astringent. Dans le pays, on n’en tire aucun prolit. — FL presque toute
l'année. — Abondant dans les bois et les falaises, jusqu'à une altitude de
900 mèt. [N ° 2860.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois-canon*. — Abondant. [N ° 1 405.
Maclura Nuit, (dédié à W ill. Maelur, naturaliste des Etats-Unis du N o rd ;
mort au M exique, en 18 40.)
M. æanthoxyloides hindi.; Maclure ressemblant au xanlhoxylon. Yulgo :
Mûrier du pays. Plum ., éd. Burm., I. 204. — Arbre de taille moyenne, élé­
gant, très loulFu, avec ou sans piquants; à branches horizontales; à rameaux
penchés;

à écorce grise, rude, légèrement gercée. Feuilles grossièrement

dentées en scie, ovales-oblongues, pointues au sommet, arrondies à la base
ou subcordées, distiques-alternes, presque glabres. Fleurs dioïques, axillaires,
pédoneulées ; les mâles, en épis cylindriques, composées d’ un calice monosé­
pale, à 4 segments profonds et imbriqués, à 1 étamines exsertes ; les femelles,
en capitules globuleux, composées d'un calice à f folioles, qui, à la maturité
du fruit, deviennent dures et écailleuses, d’ un ovaire libre, sessile, à style
simple, persistant. Akènes 30-40, insérés sur un réceptacle presque charnu,

caule à la base, laissant sur les branches de larges cicatrices en forme d écus­

de la grosseur et de la forme d'une framboise. — Les fruits ont une saveur

son. Fleurs dioïques, sessiles, sur des réceptacles charnus et disposés en

sucrée et très agréable; les enfants en sont très friands. Le bois est solide,

ombelles axillaires, renfermés dans une bractée obovale, pointue au sommet,

d'un jaune brillant ; il est apprécié des menuisiers. — Assez rare : Trois-

membraneuse, tomenteuse, blanchâtre, longue de 6-8 cm. sur 3-3,5 cm. de

llels, à FA n se-à-lA ne, près du boni de mer, et quelques pieds aux Anses-

large, et cpii est elle-même contenue dans la grande bractée commune qui

d'A rlet. Ce bel arbre tend à disparaître. On le rencontre en assez grande

abrite les jeunes feuilles; ombelle des réceptacles mâles de 8-16 rayons,

abondance le long de la rivière de la ville de la Soufrière et de la ville du

brièvement pédonculés, cylindriques, grêles, longs de 3-5 cm., portant des

Vieux-Fort, à File de Sainte-Lucie. Son congénère, le M. tincloria Don., qui

fleurs composées d'un calice tubulaire, anguleux, aminci vers la base, et de

était autrefois abondant, u existe plus à la Martinique.

deux étamines à filets courts; réceptacles des ombelles femelles sessiles au

n'ai trouvé ni l'un ni l'autre à la Guadeloupe.

nombre de 2-4. plus longs ou aussi longs, ou plus courts, mais toujours
beaucoup plus gros et plus charnus que les réceptacles mâles, portant des
fleurs à un ovaire libre, uniloculaire, uniovulé, surmonté d'un stigmate à
plusieurs branches courtes. Les fruits sont des akènes ovoïdes, allon­
gés, enveloppés

par

le calice devenu

pulpeux, de la grosseur d’ une

graine de poivre. Chaque grosse bractée laisse, après sa chute, sur le jeune
rameau une ligne circulaire en relief, couverte de poils couchés, roux et
caducs. Les jeunes liges et les branches sont creuses de distance en distance,
et transversalement cloisonnées à l'instar des bambous; à l'extrémité des

N° 1404.] — Je

Dorstenia L. i dédié à Théodore Dorsten, professeur de médecine à Marbach,
mort en 1539, à Cassel; a écrit Botanicum , qui a paru un an après sa mort.
D.
Conlrajerva L. ; Dorslénie, contre-poison mot à mot en espagnol :
herbe contre). Vulgo : Herbe-chapeau. Desc., vol. I I I . t. 207, p. 256. —
Herbe sans lige, vivace par ses rhizomes noueux et tubériformes, haute de
25-30 cm. Feuilles rosulées, au nombre de 3-6, très longuement pétiolées,
eordées-arrondies à la base,

palmatipartiles ou palmatilides ; à segments

larges, ovales ou oblongs, habituellement aeuminés, grossièrement et très

branches, les cloisons sont très rapprochées cl les creux sont à demi remplis
d une moelle. Dans les vieux

troncs, les cloisons disparaissent, le bois

devient massif, et l'écorce se couvre de petites tubérosités lenticulaires
et blanches. — Le bois est poreux, blanc, tendre, rude au toucher; il se

1. Sous le nom de bois-canon. on désigne à la Guyane le Cecropia peltata L . , dont le
suc caustique est employé couramment contre les verrues et les dartres, dont les feuilles
et l’écorce sont un astringent employé contre la blennorrhagie. Le C. obtus;i pourrait
servir aux mômes usages aux Antilles. (E. II.)

�160

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DK LA

MARTINIQUE

161

URTICÉES

irrégulièrement dentés. Fleurs monoïques, insérées en grand nombre dans

pubesccntes, souvent munies, à la surface supérieure et à l’extrémité des

les alvéoles d'un réceptacle pellé, convexe à la lace supérieure, arrondi ou
elliptique, ou quadrangulaire ou laeinié, porté sur un pédoncule plus Ioni­

dents, de poils terminés par une glande brûlante ; pétiole long, strié-sillonné.

que les feuilles, dressé, ferme, élargi au sommet : les mâles, sessiles, sans

de cymcs scorpioïdes : les mâles, à calice à 4-5 lobes profonds, égaux, à

Fleurs monoïques, en panicules larges, terminales et axillaires, composées

calice (Descourlilz se trompe en disant qu'il y a un calice à 1 divisions

i étamines blanches, infléchies, se dressant élastiquement ; les femelles, à

obtuses), à 2-4 étamines, à filets fdiformes, à anthères globuleuses;

les

calice à 4 divisions profondes, inégales, â style ovale, court, simple. Akène

femelles, sans calice, avec un ovaire libre, muni d un style recourbé, latéral,

oblong, luberculé. — La plante est sudorifique, et les gens de la campagne

bidenté et d'un stigmate simple; semences ovoïdes-arrondies, nichées dans

préparent,

le réceptacle charnu et succulent, surmontées d’une pointe courte et recour­
bée. — La racine fraîche a une odeur aromatique, une saveur amère, son suc est
légèrement caustique; elle est d'un jaune brun et ressemble à celle du sceau
de Salomon. Descourlilz place celte herbe dans les alexilèrcs internes et la
recommande comme dia p h on iq u e et cordiale dans certaines lièvres lentes et

avec les feuilles et les jeunes tiges, une décoction contre les

pleurésies et les fluxions de poitrine. — Abondant sur les décombres, dans
les lieux incultes et dans les fossés, le long des routes et au pied des murs, etc. :
Basse-Terre, Gourbeyre, Lamenlin, etc. A lt. 0-600 mèt. [X ° 2190.,
M artinique . Yu lgo : Ortie-brûlante, z'herbe-brûlante. — Abondant dans
toute l'île. [N ° 1389.J

nerveuses, surtout quand il est nécessaire d'activer la circulation, de stimu­
ler les intestins et l’estomac; il ajoute que le suc de la racine favorise puis­
samment l'éruption

languissante des Directions cutanées et qu il arrête,

employé en gargarisme, les progrès de l’angine gangreneuse 1. — Aim e les
endroits ombragés. — Abondant au Jardin botanique de Saint-Pierre, où les
panseurs se servent des feuilles et des racines contre les piqûres du serpent;
assez commun au morne Gommier (Marin). On le rencontre quelquefois dans
les jardins comme plante d’ornement.

.V 1403. — Je ne l'ai pas trouvé à

la Guadeloupe.

Urera L. (du latin « urere », brûler.)
U.

caracassana Gaud.; Urera de Caracas. Yu lgo : Bois-de-frédoche, grande-

ortie. — Arbrisseau haut de 2-2m 80, le plus souvent à une seule tige,
grise ou rouge, cassante, remplie, surtout à l'extrém ité, d’ une moelle blanche
très copieuse. Feuilles très amples, souvent gaufrées, largement ovales,
pointues au sommet, arrondies ou très légèrement cordées à la base, tantôt
très faiblement crénelées-serretées, pubescenles en dessous, sur les nervures

:

et les nervilles, souvent poilues en dessus, les poils naissant sur de petites

on en fait quelquefois des haies; les fruits sont un objet de friandise pour les

axillaires et caulinaires, dicholomes ou trichotomes, petites, couvrant la tige

enfants. — Gourbeyre, Sainte-Rose, Camp-Jacob. \°2186.

entière dans ses deux tiers supérieurs. Fleurs comme dans le précédent, mais

Le

Morus

nigra

M a rtinique.

Didier.
Le

L.

Yulgo

; Mûrier

noir; se rencontre à l étal de culture

Yulgo : Mûrier noir, bonbon noir. — Saint-Joseph, fontaine

V 503.

Broussonetia papy r i fera Yent.. arbre originaire delà

pustules. Fleurs monoïques (dans les pieds que j'ai rencontrés), en cymes

calice fem elle devenant pulpeux et rouge,

renfermant complètement les

akènes globuleux surmontés des styles formant pinceau. — Peu abondant.
Chine et du Japon,

Çà et là le long des rivières des grands bois humides et abrités contre les

à feuilles larges, trilobées; se trouve au cimetière du Lamenlin, où il y en

vents : Camp-Jacob (rivière Noire, près de la Cascade de \ auchelet &gt;, bois

a plusieurs pieds X°3534 . et à la Martinique au Jardin botanique.

des Bains-Jaunes, Trois-R ivières (bois du Trou-aux-Chiens). Alt. 400-700

Fleurya Gaud.

N° 211.

dédié à J.-F. Fleury, qui, en 1810, a fait la description des

Orchidées des environs de Rennes.)

F.

mèt. [N os 2195, 2861.]
M artinique . Yu lgo : Grande-ortie. — Rare : Fonds-Saint-Denis, Route
des Deux-Chous au Gros-Morne, etc. (N 0 1387.1

æstuans Gaud., Urtica Jacq.; Fleurya brûlant. Yulgo ; Ortie-brûlante.
Voyage à hord de « la
», t. 83. — Herbe annuelle, droite,

Pilea Lindl. (du grec « pilos » ou du latin « pilus », chapeau, parce qu'un

haute de 30-80 cm., à lige épaisse, succulente, lisse, sillonnée-striée, souvent

des trois segments du calice de la fleur femelle a la forme d’ un petit capu­

pourvue

chon.)

Bonite

Gaudich.,

de poils brûlants

et droits. Feuilles

larges,

ovées,

pointues,

arrondies à la base, grossièrement et régulièrement dentées en scie, glabres,
1. Cette espèce, comme sa congénère D. hrasilientis Lamk., est employée au Mexique
où elle existe, contre la morsure des serpents et de tous les animaux venimeux. Sa
racine se distingue de celle de D. hrasilieiisis par sa forme noueuse tout à l’ait irrégulière,
sa couleur noirâtre et l’absence d’odeur après dessication. (K. H.)

P. microphylla Liebm .; Pilea à petites feuilles. Y u lg o : Teigne, petite-teigne
blanc. SL, l. 93, f. 2. — Petite herbe annuelle, diffuse, ou plus ou moins
droite, haute de 4-15 mm., cespileuse, à tiges et branches molles, délicates,
succulentes, aqueuses et lisses. Feuilles très petites, habituellement réunies
par 2-4, dont 1-2 plus grandes, obovales ou presque rondes, souvent mucroDt\*ï. — Plantes

Guaileloupe et Martinique.

11

�PLANTES

162

nées, entières,

DE L,A GUADELOUPE

«ninerviées,

couvertes

ET

DE LA MARTINIQUE

en dessous de lignes

u R TIC LES

transver­

163

portées sur des pédoncules frès longs, comprimés, faibles et penchés,

dépas­

sales. Fleurs monoïques en cymes subsessiles, contractées, beaucoup plus

sant de beaucoup les feuilles : les mâles, en cymes contractées; les femelles,

courtes que les feuilles : les mâles, avec un calice à 4 segments; les femelles,

en cymes flabelliformes lâches. Cette espèce est caractéristique et se distingue

avec un calice à 3 segments, dont un plus grand et bossu au-dessous de l’ex­

facilement de ses congénères par l’épaisseur de ses feuilles et la disposition

trémité, avec un style très court, à stigmate multipartitc, formant un petit

particulière des nervures principales. — Abondant dans les bois pierreux,

pinceau. Akène scobiforme, enfermé dans le calice devenu charnu. — Très

secs ou humides de tout le massif de Houelmont, des hauteurs de Deshaies,

abondant dans toutes les localités de l'ile ; il se plaît dans les endroits

de la Pointe-N oire, etc. A lt. 150-500 mèt. X° 2187.]

humides, sur les vieux toits pourris, les vieux murs, dans les sentiers peu
fréquentés, le long des rigoles, etc. — Il a des vertus sudorifiques et s'em­
ploie fréquemment, dans le pays, en tisane ou en décoction contre les fièvres.
— A lt. 0-900 met. [N® 2192.]
M artinique. Yulgo : Petite-teigne. — Très abondant. |X° 1395.J
On cultive dans les jardins et les parterres une variété : le P. trianlhemoides
Lind., haute de 20-50 cm., à tige grosse, vigoureuse, succulente, à branches
flabelliformes; elle sert à faire des bordures très fournies et ornementales.
Entre celte variété et lespèce-type, on rencontre une masse de variétés inter­
médiaires, qui diffèrent par la taille, la largeur des feuilles et la disposition
des cystolilhes. [N° 3457.
M artinique. Yulgo : Herbe à bordure. — Abondant dans les jardins.
[N® 1393.]

M artinique . Yu lgo : Orlie-des-bois. — A bondant: Hauteur des Trois-Ilets,
Roches-Carrées, R ivière-Pilote, etc. [N 0 1390.]
P. chamœdrys W illd .; Pilea petit-chêne. Yu lgo : Petite-ortie. — Herbacé,
haut de 15-30 cm., à lige habituellement poilue, plus ou moins couchée,
ensuite ascendante. Feuilles membraneuses, ovées, grossièrement dentées en
scie, obtusément pointues au sommet, arrondies à la base, scabres-pubescentes en dessous, à 3 nervures naissant à la base du limbe. Fleurs en cymes
unisexuées, corymbiformes, aussi longues ou plus longues que les feuilles, à
pédoncules grêles, souvent penchés, terminaux ou situés à l'aisselle

des

dernières feuilles. Akène très petit. — Abondant dans les clairières et le long
des ruisseaux et des rivières des bois de la région supérieure : Bains-Jaunes,
Matouba, Matélyane, Trois-R ivières, etc. A lt. 700-1100 mèt.

X" 2188.

M artinique . Vulgo : Ortie-bois. — Abondant. Calebasse, Montagne-Pelée,

P. ciliaris \Yedd.; Pilea à feuilles ciliées. Yulgo : Orlie-des-bois. Plum.,
édit. Burin., t. 120, f. 2. — Herbe annuelle, souvent suffrutescente, tor­
tueuse, rarement sarmenleuse, haute de 30 cm .-lm 20, à lige glabre, peu
branchue, noueuse aux aisselles. Feuilles larges, membraneuses, ovées ou
ovales-lancéolées, acuminées au sommet, arrondies ou pointues à la base,
entières, habituellement poilues en dessus, ciliées sur les bords, à 3 nervures

Pitons-du-Carbet, Deux-Choux, etc. [X ° 508.]

Boehmeria Jacq.

(dédié à Georg. Rodolphe Boehmer, né en 1723, à Lieg-

nitz, professeur d'anatomie et de botanique à YYiltenberg; mort en 1803; a
écrit, entre autres choses : Flora Lipsiæ ; De plantarum sernine, etc.

B.

rami/lora Jacq.; Boehmeria à fleurs caulinaires.

Y ulgo

: Grande-ortie

bien marquées prenant naissance à la base du limbe; pétiole plus court que

des bois, ortie-bois, ortie-grande. Jacq., Sel. stirp. Am . hist., t. 157. —

le limbe de la feuille. Fleurs en cymes unisexuées, axillaires et terminales,

Arbrisseau ornemental, haut de l 111 50-2m 50, à tige le plus souvent unique, à

plus courtes que les feuilles. — Très abondant dans les clairières et le long

branches allongées, toujours inclinées, portant des feuilles placées à leur

des sentiers des bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Malouba, des Trois-

extrémité. Feuilles plus ou moins pendantes, obliquement ovées-oblongues,

Rivières. A lt. 500-1100 mèt. N°2191.]
M artinique.

Yulgo : Ortie-montagne. — Bois supérieurs des Fonds-Saint-

Denis, des Deux-Choux, du Camp de l'Alm a, des Pitons-du-Carbet, etc.
[N® 1386.]

longuement acuminées ou

quelquefois

pointues au sommet,

disliques-

alternes, dentées en scie presque dès la base, glabres ou pubescentes, une
plus grande succédant alternativement à une plus petite, les deux nervures
latérales d’inégale longueur : les jeunes, pustulées; pétiole plus ou moins
long, velu ou glabre; stipules allongées, distinctes. Fleurs monoïques en

P. elegans W edd.; Pilea élégant. Yulgo ; Ortie rou ge.— Herbacé bisannuel

glomérules nombreuses, sphériques, sessiles, occupant la partie supérieure

ou trisannuel, rarement droit, à lige grosse, succulente, rétrécie aux nœuds,

des tiges : les mâles, calice à 4 segments, étamines 3, à filets plus longs que

haute de 30-60cm. Feuilles épaisses, ovées-oblongues, brièvement acumi­

le calice et à anthères arrondies; les femelles, calice tubulaire à 2-4 dents

nées au sommet, pointues à la base, brièvement pétiolées, irrégulièrement

ovales; style simple, persistant, fort long, pubescent d'un côté, ovaire supère.

dentées en scie, à côte large, aplatie, à nervures latérales dont deux prennent

Fruit composé de trois petits carpelles contenant chacun une semence dres­

naissance à la base et les deux autres au-dessus de la base du limbe, les quatre

sée, oblongue et biconvexe. — Çà et là dans les bois des Bains-Jaunes;

se confondant ensuiteavecles arcs des deux bords. Fleurs en cymes monoïques,

abondant sur le bord de la rivière Xoire et surtout sur le chemin de la cas-

�164

PLANTES

1)E LA

GUADELOUPE

ET

DE LA MARTINIQUE

cade de Yauchelet; assez rare dans les ravines humides de Houëlmont. Alt.

entourés d’une gaine frangée de longs cils poilus, tubuleuse, membraneuse,

300-700 met. 1N° 2184.]
M artinique. Yulgo : Ortie-bois. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe :
Parnasse, Calebasse, Champflore, bois inférieurs de la Montagne-Pelée,

caduque, très brune. Fleurs à pétales, blanches ou plus ou moins rosées, en

Fonds-Saint-Denis, chemin de la Trace au Gros-Morne, etc. |N° 1391.]
Phenax L.(du grec « phénakè », fausse chevelure, à cause des bractées qui
entourent le calice.)
P. vulgaris Wedd.;

racèmes allongés, penchés, assez souvent branchus à la base; pédicelles arti­
culés, d’abord très courts, ensuite plus longs; calice 5-partite, pourvu de
petites glandes ; étamines 8; ovaire simple, uniovulé; styles 3. Akène trigone, luisant, lisse. — Herbe très âcre et brûlante, qu’aucun animal ne
mange. Dans le pays, on la met dans les nids des poules couveuses pour les
préserver des parasites. — Yit en société dans les endroits aquatiques, le

Phénax commun. Yulgo : Ortie bâtard. — Herbe

long de ruisseaux et sur les bords des étangs : Basse-Terre, Gourbeyre,

annuelle, haute de 60 cm.-l met., ressemblant à la pariétaire de France, à

Camp-Jacob, Le Hai 11if, Pointe-Noire, etc. Alt. 0-700 mèt. N° 2178.

tige droite, très branchue dans le haut, glabre, parsemée de poils hispides.
Feuilles ovées-lancéolées, acuminées, dentées en scie au-dessus de la base, à

Lamentin et du Ducos, etc. [N ° 1209.;

3 nervures principales. Fleurs monoïques en petites glomérules sphériques,
sessiles. très nombreuses, entourées de bractées aussi longues que les stipules
subulées : les mâles, avec un calice à 4-5 lobes, infléchies, ciliées et munies
d'un pli transversal, à 4-5 étamines; les femelles, sans calice, à ovaire libre,
sessile,à stigmate filiforme caduc, à akène ové, pointu et légèrement muriqué.
— Abondant dans les terres cultivées et incultes, sur les décombres, etc. :
Camp-Jacob, Gourbeyre, Lamentin, Basse-Terre, \ ieux-IIabitants, etc. Alt.
30-600 met. [S ° 2862.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Ortie-savane. — Abondant dans les terres en friches :
Morne-Rouge, Parnasse, Fonds-Saint-Denis, Trois-Ilets, etc. [N° 1388.1
Du Boehmeria nirea Hook., Urtica nivea L., variété ulilissima, vulgo :

M a r tin iq u e .

Yulgo : Herbe-piment. — Abondant dans les savanes du

P. acuminalum K th .;

Renouée à feuilles terminées en longue pointe.

Yulgo : Piment-vache. — Ressemble au précédent ; il en diffère : par ses
feuilles, plus acuminées et plus larges; par les gaines, plus longues, frangées
de cils très longs, strigilleux et fortement appliqués contre la tige; par les
racèmes, dressés, à fleurs plus serrées et plus larges; par le calice dépourvu
de points transparents; étamines 6; styles 2. Akène plus large et biconvexe.
— Mêmes localités et tout aussi abondant que P. acre. \N° 3533. j
M a r tin iq u e .

Yulgo : Herbe-piment, herbe-piment-vache.— Endroits aqua-

liques de la Rivière-Salée et du Saint-Esprit.

jN°

3095.J

Coccoloba Jacq. (du grec « kokkos », graine, baie, et « lobos », lobe,parce

Ramie ou China-grass, dont on avait entrepris, dès 1870, la culture en
grand à la Capesterre, à Baie-Maliault, à la Goyave, etc., et qui a dû être

que le fiuit est trigone et se termine par plusieurs lobes.)

abandonnée, on trouve souvent des pieds en masse, qui se propagent seuls.

mer. SI., t. 220, f. 3-5; Desc., vol.

[N® 2193.]

moyenne, plus rarement grand arbre, à racines tortueuses, traçantes, cheve­

M ar tin iq u e .

Yulgo : Ramie. —

Ponts, Grand'Anse, etc.

Ajoupa-Bouillon, Saint-Pierre, Trois-

N° 1396.]

C.

uvifera Jacq.; Coccoloba portant des raisins. Yulgo : Raisinier bord-deIl, t. 77, p. 31. — Arbre de taille

lues, à tronc tortueux, noueux, à branches le plus souvent horizontales, à
écorce grise ou blanche, se détachant par plaques. Feuilles alternes, carti­
lagineuses, cordiformes-orbiculaires, le plus souvent plus larges que longues,
glabres, polies, d'un vert clair, côte et nervures rouges; pétiole court, rou­

CINQUANTE-CINQUIÈME FAMILLE.

-- PO L Y G O N É E S .

geâtre, pubescent. inséré sur le dos ou près de la base d'une gaine fendue,
souvent bilobée, coriace, noirâtre, non appliquée contre la branche et lais­
sant, après la chute, des cicatrices annulaires et brunes. Fleurs d'un blanc

Polygonum L.

mat, d’ une odeur suave, en grappes terminales, spiciformes, souvent très
(du grec « polu », beaucoup, et « gonos », nœud, genou, à

cause des nœuds enllés des tiges et leur ressemblance avec un genou.)
P. acre

Klh.; Renouée, à saveur âcre. Yulgo : Piment-vache. — Her­

allongées, dressées, toujours penchées, quand elles sont chargées de fruits;
calice 5-partite, devenant charnu et formant une seule masse avec le fruit;

ment renflés. Feuilles lancéolées, acuminées, entières, munies, sur les bords,

étamines 8; styles 3; pédicelles courts, rougeâtres, articulés au-dessus du
milieu. Fruit pulpeux, de la grosseur d’un raisin, de couleur pourpre, d'une
saveur légèrement aigrelette et agréable; semence ovale-trigone, noire, lui­

de cils courts, fins et très rapprochés; face inférieure du limbe pourvue de

sante, polie, renfermant une amande amère et blanche. — Le bois, au centre

points transparents ; pétiole court, très élargi à la base, nœuds des aisselles

duquel se trouve une moelle rouge, est dur et incorruptible : on l ’emploie

bacé, vivace, à tige couchée, rampante, ensuite ascendante, à nœuds forte­

�166

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

167

POLYGONBES

MARTINIQUE

pour les constructions sous terre et aussi pour le charronnage, plus rarement
pour la menuiserie L On ramasse les fruits pour les vendre au marché. Dans

arrondies à la base ou cunéiformes, à nervures plus saillantes en dessous
qu’en dessus, à nervilles finement réticulées; pétiole court, cannelé en dessus.

le pavs on emploie le rob des raisins contre la dysenterie, la décoction des

Fleurs blanches, en grappes spéciformes, terminales, plus longues que les

racines et de la tige contre la diarrhée. — Fl. en avril, mai; fruits mûrs en

feuilles, d'abord droites ensuite plus ou moins penchées; pédicelles très

juillet, août.— Sur les vieilles souches on trouve une espèce de champignon

courts, aussi longs que les fleurs, articulés au sommet, solitaires, entourés,

blanc, qu'on peut manger. — Abondant dans les sables et sur les rochers du

à la base, d’ une bractée circulaire; gaine petite, membraneuse. Fruit ové,

littoral de toute l’île, quelquefois aussi un peu dans l’intérieur. [ N u 2183.]

très vert à la maturité, poli, luisant, finement strié, surmonté d’ une pointe

M artinique. Yulgo : Raisin bord-de-mer. — Abondant sur les plages

qu’entourent et dépassent les 5 lobes du calice. — On peut le manger; les

sablonneuses et rocailleuses. [N" 174*2 a.]
Sur la plage du Diamant, du Macouba (Vauclin) et à l’Anse-Raisinier (T r i­

oiseaux et les rats en sont avides. Le bois est dur, rouge en dedans et se fend
facilement : on le recherche pour la charpente et la construction à l’extérieur.

nité), on trouve une variété à feuilles plus petites, à fruits blancs, plus ronds

Dans le pays, on emploie l’écorce séchée, réduite en poudre et conservée

et plus petits. [N* 1472 /&gt;.]

dans le tafia, comme un excellent remède contre les rhumatismes. — Abon­

C.

dant dans les bois monlueux et secs : Houëlmonl, bois de Bisdary, de Gour-

pubescens L.; Coccoloba à feuilles pubescenles. Yulgo : Raisinier

grande-feuille. — Petit arbre (dans nos deux Colonies), droit, habituelle­
ment peu branchu et peu ramifié, à écorce brune, assez fortement crevassée.
Feuilles très amples, mesurant jusqu'à 45 cm. de large, toujours plus larges
que longues, orbiculaires, entières, échancrées en cœur à la base,

très

coriaces, d’un vert très pâle, à côte, nervures et nervilles très saillantes en
dessous et couleur de rouille; gaine large, chargée de poils roux qui, dans
les jeunes branches, deviennent très longs. Fleurs blanchâtres, petites, por­
tées sur des pédicelles réunis par 2-4, et disposées en grappes simples et
allongées. Fruit ovoïde, noirâtre à la maturité, plus gros que dans le précé­
dent. — Le bois est dur, pesant et incorruptible, d’un rouge foncé : on l'em­

beyrc (mornes Dos-d’Ane et Goblin), Vieux-Habitants,

Pigeon, etc. Alt.

200-600 mèt. [N° 3251.]
M a r tin iq u e .

Yulg o : Bois rouge. — Abondant. Bois-de-la-Régale, hauteur

du Diamant et desTrois-Ilets, etc. [ X os 37, 248.]

C. Dussii

kr. et Urb. Yulgo ; Raisinier marron, raisin marron (au Camp-

Jacob), Jaquol brûlot (à la Ravine-Chaude). — Forte liane, pouvant s’éle­
ver à plus de 15 mèt. de haut, à lige cylindrique-anguleuse, ruguleuse, noi­
râtre, d’ un diamètre de 6-9 cm., nue dans le bas, à branches llexibles, allon­
gées, très enchevêtrées, presque toujours pendantes, à jeunes rameaux noirs.
Feuilles longues, de 12-17 cm. sur 8-10 cm. de large, très coriaces, ovalcs-

ploie avantageusement pour les constructions dans la terre, dans l’eau; dans

clliptiques, arrondies ou subcordées à la base, obtusément pointues au som­

les endroits argileux, la partie enfoncée dans la terre devient dure comme la

met, à côte, nervures et nervilles imprimées en dessus, carénées, très sail­

pierre. — Fl. en septembre et octobre, et souvent aussi en mai et juin. —

lantes et roussâtres en dessous, nervures secondaires 7-9 paires alternes,

Assez abondant dans les hauteurs pierreuses et sèches du Yieux-Fort, sur

reliées sur les bords par des arcs; pétioles le plus souvent tordus, souvent

le plateau calcaire de la Désirade, sur le bord de mer du

contournés, rarement droits, subcylindriques, cannelés en dessus, ruguleux,

Gozier, etc.

longs de 12-15 mm., insérés à la base de l’ochréa qui est fendue jusqu'à la base,

X°» 2193, 3399.]
M vrtimque. Yulgo : Bois grande-feuille. — Abondant dans les hauteurs

à 2-3 lobes inégaux, longs de 3-6 mm. Fleurs blanches, d'une odeur suave,

pierreuses de Case-Pilote; plus abondant encore sur le plateau des Trois-

mais forte, en grappes allongées, spiciformes, terminales, souvent

llets, etc. [N° 1793.]

courtes que les feuilles; pédoncules comprimés, noirs, scabres, munis à la

C. barbadensis Jacq., C.

plus

base de 2-5 bractées imbriquées, alternes, couleur de rouille, tubuleuses

diversifolia Jacq.; Coccoloba de la Barbade.

à la base ; les inférieures, plus courtes; les supérieures, successivement plus

Yulgo : Bois rouge. — Arbre élégant , le plus souvent d'assez grande taille,

grandes, pointues et fendues; pédicelles réunis par 2-3, noirs, longs de 3,

anfractueux à la base, à rameaux grisâtres et souvent pendants, à minus­

5 mm., articulés et renflés au sommet, articulés à la base, au niveau d'une

cules striés, à écorce peu fendillée. Feuilles rigides, très glabres, de forme

protubérance entourée de bractéoles; tube du calice campanulé, à lobes

variable, généralement ovées. terminées en pointe plus ou moins obtuse,

ovales-arrondis; étamines aussi longues que les lobes. Fruit pulpeux, noir
foncé à la maturité, luisant, long de 20-26 mm., ovoïde, rétréci vers le som­

1. Le bois donne par décoction dans l’eau un extrait rouge brun qui constitue un des
liinos appréciés dans le commerce, où il est désigné sous les noms de hino de la
Jamaïque ou
Indes Occidentales. Il est probable que les espèces suivantes jouissent
des mêmes propriétés. (E. Iï.)

des

met que termine une pointe formée par les lobes charnus du calice, brus­
quement rétréci à la base, cylindrique et court; semence ovoïde, à peine
trigone, noire et très polie. — Les fruits sont bons à manger ; les oiseaux et

�168

PLANTES

DR LA GUADELOUPE ET

DE LA

POLYGONÉES ----

MARTINIQUE

PIPÉRACÉES

169

les rats en sont friands. — Fl. en juin et juillet ; fruits mûrs en décembre et

très légèrement cordées à la base, longues de 7-27 cm. sur 4-12 cm.de large;

janvier. — Çà et là dans les bois des Bains-Jaunes, de Gourbeyre (mornes
Goblin et Dos-d'Ane); plus abondant dans les bois de la Ravine-Chaude

nervures à moitié imprimées en dessus, saillaiites en dessous; nervilles sail­

et de la Pointe-Noire. Alt. 250-600 met. [N° 3130.]

ochrées longues de 1-8 mm., fendues, acuminées au sommet, membraneuses

lantes des deux côtés ; pétioles glabres, cannelés en dessus, longs de 5-23 mm.;

11 n'existe pas à la Martinique.

et glabres.

C. ascendens

ellilées, penchées ou redressées, de la longueur d’une feuille de moyenne
Duss.; Coccoloba ascendant. Vulgo : Raisinier-grand-bois,

liane tordue. — Puissante liane, montant à une grande hauteur, quand elle
trouve un appui, ou petit arbre à branches pendantes, allongées, à écorce
grise presque lisse. Feuilles longues de 13-16 cm. sur 10-12 cm. de large,
ovales ou légèrement obovales, arrondies ou obtusément pointues ou sub­
cordées à la base, arrondies au sommet, à 4-5 paires de nervures principales,
à côte et nervures rouges, saillantes sur les deux faces, mais plus marquées
en dessous; pétiole cannelé, souvent ruguleux et transversalement gercé;
ochrées fendues jusqu’à la base, acuminées, longues de 15-18 mm., glabres.
Fleurs d’un blanc mat, en grappes nombreuses, terminales et axillaires, mais
droites ou recourbées quand les rameaux avortent; pédoncules entourés, à
la base, de plusieurs bractées membraneuses : les inférieures, courtes; les
supérieures, successivement plus grandes; rachis strié-sillonné; pédicelles
réunis par 2-4, délicats, cylindriques, longs de 3 mm. Fruit rouge vert avant
d’être mûr. bleu foncé à la maturité, pulpeux, mangeable, long de 15-17 mm.,
de même forme que celui du précédent. — On emploie la décoction ou
l'infusion de la racine comme dépurative dans les maladies vénériennes. Les
tiges se fendent facilement : les pêcheurs s’en servent pour fabriquer des
nasses, des paniers et pour empailler des dames-jeannes, etc. — Fl. en mars
et avril, et aussi en octobre et novembre. — Assez abondant dans les bois de
la Pointe-Noire, de la Ravine-Chaude; plus rare à Gourbeyre (morne Goblin).
Alt. 300-600 met. [ N os 2180, 2189.]
M artinique. Vulgo : Liane tordue. Bois du Morne-Rouge (Savane Chazot),
des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l'Alma, de Saint-Joseph, de Ducos

grandeur,

Fleurs blanc jaunâtre, très odorantes, glomérulées, en grappes
très brièvement pédicellées ou sessiles, entourées à la base de

petites bradées triangulaires, pointues et noirâtres; rachis glabre, (inement
strié; calice à 5 segments profonds; étamines à filets subulés, aussi longues
que les lobes du calice; anthères exserles. Fruit ovoïde, petit, trigone, long
de6 mm.,à péricarpe blanc, formé des lobes du calice devenus charnus,entou­
rant les carpelles jusque vers leur milieu et restant assez visiblement distincts
jusqu’à la base; semence à 3 sillons. — Les fruits sont tantôt sucrés, tantôt
aigrelets et très rafraîchissants; les enfants en sont particulièrement friands.
Le bois est rougeâtre, tendre et léger; il ne peut servir que pour les construc­
tions à l’intérieur. — Assez abondant dans la région sèche et pierreuse du
littoral. — FL en juin ou juillet; fruits mûrs en juillet et août. — Bord de
mer : la Basse-Terre et le Vieux-Fort, Le Baillif, Vieux-Habitants, Pigeon,
Deshaies, etc. [N ° 3250.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Raisin-coudre. — Assez abondant sur le littoral et les

mornes inférieurs et pierreux de Case-Pilote, du Carbet; plus rare à CaseNavire et au morne Gommier (Marin). — On emploie les tisanes faites avec
les fruits contre les échauflements ; la décoction des fruits séchés et pilés
contre la dysenterie. [N° 1744.]
De celle famille on cultive au Jardin botanique et dans beaucoup d'autres
jardins le Muehlenbeckia platyclada, Lind., petit arbrisseau très ornemental,
à branches allongées ayant la forme de feuilles, sur les bords desquelles se
trouvent une masse de petites Heurs blanchâtres. 11 est originaire de l'ile de
Salomon.

N° 2094.J

(ravine). Alt. 60-700 met. [N° 36.j

C.

excoriala L . ,

C. nivea

Jacq.; Coccoloba sans écorce. Vulgo : RaisinCINQUANTE-SIXIÈME FAMILLE.

coudre, raisiniér-des-coudres, raisin-coudrc (probablement parce que les pr e­

— PIPFRA C KFS.

miers colons européens l'appelaient raisin du coudrier). Jacq., Sel. Am . slirj).

hist., p. 215, l. 78; Desc., vol. V, t. 352, p. 178. — Petit arbre haut de
4-7 met., lequel a, de sa nature, un tronc simple, mais qui, quand on le

Peperomia R. Br. (du grec « peperi », poivre, et « homos », semblable,

coupe, pousse à la base une masse de rejets, de manière à former un grand

parce que ces plantes ont des vertus et une saveur semblables à celles du

et souvent un énorme buisson loulfu et très feuillu. Kcorce mince, lisse, assez

poivrier.)

semblable à celle du goyavier, grise; jeunes liges et branches habituellement
couvertes de lenticelles orbiculaires, ou elliptiques ou linéaires. Feuilles insé­
rées un peu au-dessus de la base de l ochrée, glabres, membraneuses-coriaces,
oblongues-ovées ou oblongues-obovées, acuminées au sommet, pointues ou

P. nummuhirifolia

Kth .; Pépéromie à feuilles de nummulaire. Vulgo :

Gironllé (mot corrompu de giroflé). Plum., édit Burin., t. 69. — Petite herbe
épiphyte, vivace, rampant en tous sens, radicante, à tiges très nombreuses,
souvent très allongées, filiformes et partout de la même épaisseur, très enche-

�PLANTES

170

PIEÉRACÉES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

171

vêtrées. Feuilles petites, rondos, quelquefois légèrement obovées, larges do

3-8 mm. de large ; à 3 nervures distinctement visibles en dessus, vert pâle ou

5-7 mm., convexes en dessous, concaves en dessus, succulentes, vert clair

blanchâtres en dessous. Epis légèrement recourbés, longs de 10-13. mm., assez

tendre, palminerviées, à 3 nervures

à peine ^visibles ; pétioles filiformes,

plus

longuement pédonculés; étamines à filaments distincts; stigmates en forme

courts ou aussi longs, ou plus longs que les feuilles. Fleurs en épis pédoncu­

de pinceau.

les, en forme de petits chatons cylindriques, solitaires, longs de 18-20 mm.,

d’ une petite tète d’épingle. — Rare. V it en société dans les mousses, sur les

Fruit elliptique, rétréci aux deux extrémités, fie la grosseur

droits ou arqués; étamines 2, à anthères scssilcs; stigmate sessile, très petit.
Fruit ovoïde, sessile. — Sur les arbres vivants ou pourris et sur les pierres

arbres vivants ou pourris de la haute région : plateau de la Soufrière, coulée

humides des grands bois du Lorrain, du Camp de l'Alma, de la Montagne-

Matelvanc, etc. Alt. 800-1400 mèt. [ N os 3248, 3616.

de la Ravine-à-Déjeuner, au pied de la Grande-Découverte,

morne du

Pelée, etc. — Celte herbe est aromatique, surtout quand elle est sèche; elle

P. pellucida Kth. ; Pépéromie à feuilles transparentes. Yulgo : Cochlearia.

est très sudorifique : les bûcherons, les charbonniers la recueillent et s’en

Dcsc., vol. III, l. 226, p. 340. — Herbe annuelle, tantôt droite, tantôt plus

servent en décoction ou en tisane contre les fluxions de poitrine, les pleuré­

ou moins couchée, â racines blanchâtres, filiformes, traçantes ou non ; à tiges

sies, les bronchites, etc. Alt. 400-900 met. ; N° 269.]— Elle ne se trouve pas à

délicates,

la Guadeloupe.

variable, mais n’excédant qu’exceptionnellemenl 50 cm. d’élévation, alterna­

aqueuses, très glabres, blanchâtres ou rougeâtres,

de hauteur

P. rolnndifolia Kth.; Pépéromie à feuilles rondes. Yulgo : Petit-mouron.

tivement et largement cannelées entre les nœuds. Feuilles allcrnes, subcor­

— Ressemble beaucoup au précédent; il en diffère par ses feuilles piales,

dées-deltoïdes, obtusément pointues au sommet, palminerviées; à 5 nervures

finement ciliées sur les bords et par ses épis plus longs. — Elle est également

principales, très vertes en dessus, vert pâle en dessous, succulentes à l’état

sudorifique et s’emploie souvent contre les fluxions de poitrine et les bron­

vert, membraneuses et munies d’ une infinité de points transparents à l’état

chites. — Sur les arbres vivants et les souches pourries des grands bois

sec :

humides des Bains-Jaunes, de Matouba, du Gommier, des Trois-Rivières, etc.

larges que

[N° 2828.]

feuilles.

les adultes

sont larges de

longues;

les

13-15 mm.

pétioles sont

et presque toujours plus

cannelés,

plus

courts que

les

Epis axillaires et terminaux, cylindriques, solitaires ou réunis

Je ne l ai pas trouvé à la Martinique.

par deux,

effilés,

légèrement recourbés,

brièvement

pédonculés,

longs

P. exilis Grisb. ; Pépéromie à tiges délicates. Vulgo : Pelile-gironflée. —

de 3-6 cm .; bractées oblongues, caduques; étamines 2, à filets distincts,

Epiphyte, rampant, radicanl, à tiges capillaires, très délicates. Feuilles rondes,

insérées à la hase de l’ovaire ; stigmate en forme de pinceau. Fruits placés à

succulentes à l’état vert, membraneuses et comme transparentes à l étal sec,

distance, ovoïdes-arrondis, sessiles, d ’abord verts, ensuite jaunâtres, puis

aussi

noirs, du volume de la tête d’une petite épingle. — Descourtilz classe cette

longues que les épis. — Rare : Bois du Camp de l’Alma, des Pitons-du-Carbel,

herbe dans les alexitères internes. On se sert souvent de la décoction des

longues de 1-25 mm. Epis longs de 4-6 mm. Branches fructifères

de la Calebasse, etc. Alt. 500-900 met. j N° 1260. | — Je ne l’ai pas trouvé à

liges et des feuilles comme un excellent sudorifique et un puissant anliscor-

la Guadeloupe.

bulique; la même décoction, employée en gargarismes prolongés, calme les

P. emarqinella Sw.; Pépéromie à feuilles échancrées. — Epiphyte, radicant, rampant, à liges très nombreuses, filiformes, très enchevêtrées. Feuilles
obcordées, rétrécies à la base, longues de 1-3 mm., un peu plus longues
que larges. Epis solitaires, filiformes, longs de 10-12 mm., pédonculés. —
Assez rare. Çà et là sur les arbres et les vieilles souches des grands bois,
dans les endroits sombres: Grand-Etang (Capesterre), Trois-Rivières. Alt.
370-800 mèt. [N® 2829.]

P. tenella Dietr.; Pépéromie délicate. Vulgo: Mouron vivace. — Epiphyte,
rampant, radicanl, à tiges comprimées, très flexibles, souvent presque fili­
toujours ascendantes.

cl des sentiers, sur les vieux toits et autour des vieux bâtiments de toute
file. Alt. 0-900 mèt. [N°2 571.]
M artinique . Yulgo : Herbe à courèze ou couresse (parce qu’on croit que la
couleuvre, nommée courèze ou couresse, fait la guerre au trigonocéphale et
qu elle a recours à celte herbe comme à un contre-poison, lorsqu’elle est piquée
dans la lutte). — Très abondante dans tous les quartiers de file, où elle joue
un plus grand rôle qu’à la Guadeloupe, à cause de son emploi interne et

11 n’existe pas à la Martinique.

formes,

maux de dents. — Très abondant dans les terres cultivées, le long des murs

Feuilles al ternes-distiques, confinées

aux

externe contre les morsures du serpent. [N° 1265.]
P. acuminala L. ; Pépéromie à feuillesacuminées. Vulgo : pourpier bâtard.
— Vivace,

haut

de 40-60 cm., terrestre, slolonifère, droit, penché aux

extrémités des branches, ovales-lancéolées, épaisses, brusquement rétrécies,

extrémités, à une ou plusieurs tiges, grosses, très succulentes, nues dans le

en pointe obtuse au sommet, atténuées à la base, longues de 5-12 mm. sur

bas, peu branchues, rougeâtres ou blanchâtres, fortement renflées aux nœuds:

�lUPÉRACÉES
172

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

173

MARTINIQUE

épis. — Assez rare. Çà et là dans les endroits très humides et sombres des
partie supérieure des tiges et des rameaux, à 3-4 angles aigus. Feuilles
longues de-*25-35 cm. : les inférieures, alternes; les supérieures, opposées,
succulentes avant la dessication, elliptiques, acuminées au sommet ou en
pointe obtuse, munies sur les deux faces de nombreux points transparents,
à 5 nervures principales, dont les 3 intérieures sont peu prononcées; pétiole
large, court, cannelé en dessus, semi-amplexicaule. Epis solitaires, réunis

grands bois : chemin des Bains-Jaunes à la Savane à Mulets, bois de TroisRivières, morne du Matelyane, etc. Alt. 400-1000 mèt.

N 1’ 2570.

M artinique . Yulgo : Girontlé grande-feuille. — Bois élevés de l'AjoupaBouillon, du Malouba, du Lorrain, etc. N° 1264.

P.

bracleiflora 1). C. ; Pépéromie à fleurs entourées de bractées. Yulgo :

par *2. plus rarement par 3, toujours d'un âge différent, ciblés, longs de

Mouron. — Epiphyte, rarement terrestre, haut de 20-40 cm., couché, radi-

9-10 cm. ; pédoncules courts ; stigmate petit. Fruit globuleux, sessile, sur­

canl, ensuite ascendant; à liges cylindriques, noires, légèrement renflées aux

monté d'une pointe courte et rigide. — Abondant dans les endroits pierreux,

nœuds, à jeunes tiges et branches velues, disposées en zigzag. Feuilles longues

montueux et secs : Houëlmonl, Gourbeyre (morne Goblin), mornes calcaires

de 1-5 cm. sur 5-3 mm. de large, ovées, brièvement acuminées au sommet,

des Grands-Fonds du Gozier. Alt. 100-430 met. [N° *2830. i
M a r t in i q u e . Yulgo ; Pourpier-bois, pourpier bâtard. — Abondant au pla­

subarrondies ou rétrécies à la base, finement et fortement ciliées sur les

teau des Trois-Ilots, dans les hauteurs pierreuses de Case-Pilote (habitation

d'une infinité de petites écailles, qui, à l’état vert, les font paraître comme

Fond-Lavette). [X us 498, 1*26*2.

saupoudrées dé petits cristaux luisants, munies (à l’état sec) de points trans­

P. g libella Dietr., variété nigropunclala

Miq. ; Pépéromie à feuilles

glabres, variété à feuilles ponctuées de noir. Yulgo : Mouron. — Epiphyte,
rampant, radicant, flexible; à branches libres, très souvent pendantes et tou­
jours divergentes, allongées et munies de points noirs.

Feuilles glabres,

succulentes, ovées ou ovées-lancéolées, acuminées et oblusément pointues
au sommet, longues de *2-7 cm. sur 6-40 mm. de large, rétrécies à la base; à
3-5 nervures principales, habituellement munies des deux côtés de points
noirs ; pétiole court, étroit, cannelé en dessus. Epis minces, allongés, le plus
souvent réunis par deux, d'un âge différent, longs de 6-9 cm., souvent
recourbés au sommet; pédoncules longs de 5-7 mm. Fruit sessile, ovoïdeglobuleux, surmonté d’une petite pointe. — Très abondant sur les arbres, les
pierres, les souches pourries des grands bois et

des savanes humides.

bords, légèrement pubescentes en dessus, blanchâtres en dessous et couvertes

parents; pétiole court, velu. Epis longs de 3-5 cm., à fleurs insérées sur de
petites protubérances constituées par des bractées verruqueuses. Fruit glo­
buleux et verruqueux. — Assez abondant le long des ruisseaux, sur le vieux
bois, les arbres vivants, les pierres humides, etc. : Ravine-à-I)éjeuncr (au pied
de la Grande-Découverte), au Matelyane, route des Bains-Jaunes à la
Savane à Mulets, montagne de la Madeleine (Trois-Rivières), etc. Alt. 5001000 mèt.

X° 2567 a.j

M artinique . Yulg o

: (iironflé. — Abondant dans les clairières de la

Montagne-Pelée, des bois des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l'Alma, etc.

[N° 497. J

P. m agnolifolia Dietr. ; Pépéromie à feuilles de Magnolia. Yulgo : Queuede-lézard. — Epiphyte et terrestre, rampant, radicant, ensuite ascendant, à

Alt. 30-900 mèt. — Cette herbe est sudorifique et s’ emploie souvent dans la

lige souvent unique, charnue, ferme, cylindrique, nue dans le bas, peu feuil­

médecine domestique, j N° *2567.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Mouron grande-feuille.

lue dans le bout, ne dépassant que rarement 40 cm. de haut. Feuilles glabres,
—

Très abondant dans les

bois, jusqu’à une altitude de 800 mèt. [ X os 500, 501.]
P. hernandifolia Dietr. ; Pépéromie à feuilles de Hernandia. Yulgo : Mou­
ron grand-bois, siguine noire, petite siguirie. — Petite liane, très ornemen­
tale, rampante ou le plus souvent grimpante, radicanle, à tige peu branchue, succulente, renflée aux nœuds, haute de l-'2ni 60. Feuilles petites,
alternes, épaisses, ovées, cuspidées au sommet, longues de 8 cm. sur 6 cm.
de large; à 7-9 nervures invisibles sur les feuilles vertes et à peine visibles
sur les sèches: face inférieure, d’un blanc verdâtre ; face supérieure, vert noir,
luisante et comme veloutée, souvent panachée de vért tendre ; pétiole pre­

épaisses, charnues, longues de 7-10 cm. sur 5-7 cm. de large, obovales,
arrondies ou

plus rarement échancrées au sommet, à nervures pennées,

presque invisibles à l étal vert; pétiole plus ou moins cannelé et amplexicaule. Epis minces, fermes, solitaires ou réunis par *2, terminaux, longs de
10-16 cm. ; anthères blanches. Fruit ovoïde, sessile, plus long que le bec
subulé qui le surmonte. — Abondant dans les terres pierreuses, sèches :
Houëlmonl, hauteurs du Vieux-Fort, Trois-Rivières (dans les chemins de
certaines caféières). Alt. 80-400 mèt. [X° 2572.
M artinique . Y u lgo : Queue-dc-lézard. — Abondant. Hauteurs pierreuses
de Case-Pilote et des Trois-Ilets, etc.

N° 1267.]

nant naissance dans le dernier tiers inférieur de la feuille, à peu près de la

P. ohtusifolia. Dietr., variété cuneala M iq .; Desc., vol. Y , t. 313, p. 37.

même longueur que le limbe, cylindrique comprimé. Epis terminaux ou

Plum., Descript., t. 70. — Pépéromie à feuilles obtuses, variété cunéiforme.

axillaires, longs de 3-4 cm.; pédoncules le plus souvent plus longs que les

Yulgo : Queue-de-léznrd. — Yivace, à tige couchée, ensuite ascendante, peu

�»

174

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

PIPÉRACÉES

MARTINIQUE

175

branchue, haute de 30-40 cm. Feuilles longues de 35-45 cm. sur 10-15 cm.

abondant. Çà et là sur les troncs pourris, sur les arbres vivants, au milieu

de large, charnues, fermes, obovales, rétrécies en un pétiole court, cannelé

des mousses et des petites fougères : Bains-Jaunes, Camp-Jacob, coulée de

en dessus, amplexieaule. Épis très droits, fermes, longs de 11-12 cm. Fruit
ovoïde, aussi long que le bec recourbé qui le surmonte. — Descourlilz»
le suc

la Ravine-à-Dcjeuner (au pied de la Grande-Découverte), plateau de la Sou­
frière. Alt. 700-1480 mèt. [N ° 2566.]
11 n’existe pas à la Martinique.

récent de toute la plante est doué de propriétés rafraîchissantes, tempé­
rantes et laxatives; il le prescrit dans tous les cas inflammatoires, surtout

Piper L. (du latin « piper », poivre, venant du grec « peperi », ou du nom
indien « pipla ».)

qui place cette herbe

dans les rafraîchissants aqueux, dit

que

dans la néphrite, l'entérite, dans les affections bilieuses et les maladies des

P. pelLalum L.. Pothos pellala Miq. ; Poivrier à feuilles peltées. Vulgo :

voies urinaires; il l'ordonne avec beaucoup d’avantages dans le scorbut. Dans
le pays on emploie celte espèce ainsi que la précédente en décoction comme

Bois-anisetle. Plum., Descript., t. 74; Desc., vol. IV , t. 236, p. 14 (figure

sudorilique contre les refroidissements et les fièvres. — Assez rare. Çà et là

mal faite). — Sous-arbrisseau haut de 1-1111 60. à racines blanches, cheve­
lues, stolonifères, traçantes, à plusieurs tiges droites, grosses, fortement

sur les pierres et les souches pourries des bois inférieurs des Trois-Ilels, de
la Régale et des hauteurs de la Rivière-Pilote. Alt. 150-369 mèt.

N° 1206.]

— Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

renflées aux nœuds. Feuilles peltées, cordées-rondâtres, amples, souvent
oblusément

pointues au sommet, membraneuses, glabres, blanchâtres en

dessous et marquées de points transparents, à 13 nervures principales, la

P J r i folia Dietr. ; Pépéromie à trois feuilles. Vulgo : Mouron. — Épiphyte,

côte portant en outre 2 nervures latérales; pétiole engainant, prenant nais­

rampant, radicant ; à branches nombreuses, articulées, tétragones, très flexibles,
souvent très allongées et verticalement pendantes : les jeunes, pubescenles.

sance au-dessous du milieu du limbe, gris, finement strié, pubescent, un peu
plus court que le limbe. Epis disposés en une ombelle axillaire, pédonculée. de

Feuilles longues de 10-15 mm. sur 7-13 mm. de large, le plus souvent verti-

3-10 rayons d'un âge très inégal, longs de 7-9 cm., recourbés ou droits ; pédon­

cillées par 3, rarement par 4, ovales, rondâtres ou obovales, arrondies ou

cule long de 2-3 cm., et les pédicelles de 6-9 mm. ; étamines 2, latérales par

légèrement échancrées au sommet, succulentes, à 3 nervures bien pronon­

rapport à l ’ovaire; stigmates 3, sessiles, recourbés. — Assez abondant dans les

cées ; pétiole pubescent; rachis fovéolé. Épis droits ou recourbés,

termi­

mornes boisés inférieurs et dans les endroits humides : Saint-Pierre Boule­

naux, ellilés, longs de 5-6 cm. Fruit globuleux, surmonté d'un petit bec. —

vard), Parnasse, morne Saint-Martin, etc. Alt. 20-500 mèt. (.\° 1340.. — Je

Abondant sur les arbres vivants, les vieilles souches et les troncs pourris :

ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Monlerau, Camp-Jacob, rivière Noire, hauteurs des Vieux-Habitants, bois
du Grand-Étang et de l Étang-Zombi (Capeslerre). .Vit. *250-700 mèt. —
Celte herbe jouit d’ une grande réputation comme sudorifique : on l'emploie
fréquemment en décoction ou en tisane contre les fièvres, les bronchites, etc.
(N ° 3617.]
M a r tin iq u e .

Vulgo: Gironflé, mouron. —

Abondant. — On en fait le

même usage qu'à la Guadeloupe. — Morne-Rouge, Parnasse, Calebasse,
hauteurs humides du Prêcheur, fontaine Didier, etc.

N° 1263.]

P. B&amp;lbisii Dahlsted ; Pépéromie de Balbis. Vulgo : Mouron rouge. —

P. sm ilacifolium II. B. Klh., P. Deeumanum W . ; Poivrie r à feuilles de
salsepareille. Vulgo : Queue-de-rat. — Arbrisseau buissonnant ou petit arbre,
haut de 3-5 mèt., à liges cylindriques, renflées aux nœuds, nues dans le bas,
médiocrement feuillues dans le haut.

Feuilles longues de 15-22 cm., sur

8-12 cm. de large, glabres, membraneuses, ovées ou ovales-elliptiques, acuminées au sommet, obliques et arrondies à la base, apposées sur une feuille
avortée et bractéiforme, palmincrviées, à 5-7 nervures : face inférieure des
limbes pourvue de points transparents; pétiole long de 10-15 mm., cannelé
en dessus, épais, à base amplexieaule, laissant, après la chute, de larges

Epiphyte, d'abord rampant, radicant, ensuite dressé, à tiges rigides, très

cicatrices. Epis axillaires, allongés, plus courts que les feuilles. Fleurs conti­

branchues, tétragones-cannelés, souvent dichotomes, inférieurement nues.

guës. — Assez rare. Çà et là dans les mornes inférieurs secs et pierreux :

Feuilles le plus souvent opposées-distiques, rarement verlicillées par 3, plus

Houëlmonl, bord de l’embouchure du Galion, etc. Alt. 5-200 mèt.

NT° 2834.

rarement encore par 4, longues de 4-10 mm. sur 3-6 mm. de large, obovales-

M artinique . Vulgo : Queue-de-rat. — Également peu abondant : Parnasse,

elliptiqucs, arrondies ou échancrées au sommet, rétrécies à la base en un

lisière des bois du morne Saint-Martin, Morne-Rouge, Marin (morne Gom­

pétiole très court, succulentes à l’état vert, membraneuses après dessiccation,

mier). Alt. 200-406 mèt. [N ° 502.]

finement et brièvementciliéessurles bords : lesadulles, à5 nervures; lesjeunes,

P. réticulation L. ; Poivrier à feuilles réticulées. Vulgo

: Queue-de-rat

à 3 (les deux autres étant à peine visibles à l’état frais), à côte bien visible. Épis

blanc. Enckea Miq., Plum., éd. Burm., t. 242, f. 2. — Arbrisseau ou buisson

solitaires ou groupés par 2, terminaux, minces, longs de 25-30 mm. — Peu

d'une élévation de 2-3 mèt., droit, à racines traçantes, à tiges cylindriques et

�170

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

PIPÉRACF.KS

MARTINIQUE

nues dans le bas, à rameaux lélragones, cannelés, renflés aux nœuds. Feuilles
acides, penninerviées, obovales, elliptiques, très inégales à la base, transver­
salement réticulées, couvertes en dessus d une infinité de petites protubé­

177

au milieu de la nervure médiane ; côte, nervures et nervilles, surtout des jeunes
feuilles, couvertes de poils courts, couchés, blanchâtres : face supérieure
ruguleuse, dépourvue de points transparents ; pétiole le plus souvent poilu,
toujours plus ou moins pubescent. Epis opposés aux feuilles, droits, d'abord

rances arrondies cl très rapprochées, côte large, côte et nervures principales
scabrcs-poilues et rougeâtres, limbes d'une longueur de 12-14 cm. sur une

dressés, ensuite horizontaux, longs de 10 cm. — Abondant dans les falaises et

largeur de 5-7 cm. Épis long de 12-14 cm., droits, à fleurs circulaircment
disposées; étamines blanches. — Assez abondant dans les grands bois de la

moyenne zone : Basse-Terre (ravine de Belost), Gourbeyre (Grande-Savane),

région moyenne et parfois dans la région infra-moyenne : Bains-Jaunes,

Camp-Jacob, Gommier, etc. Alt. 70-600 mèt. [N ° 2568.]

le long des rivières de la basse région, et sur les lisières des bois de la

M artinique . Vulgo : Queue-de-lézard. —

Malouba, Gommier, Trois-Rivières. Alt. 350-900 met. [N° 283;).!
M artin iq u e.

Vulgo : Queue-de-lézard. — Morne-Rouge, Ghampflore, Par­

nasse, Ajoupa-Bouillon.

Abondant : Parnasse, Morne-

Bouge, Case-Navire, Carbet, etc. [N ° 2113.]

X ” 2147.

P. incurvum Sieb., Artanthe martinicensis Miq. ; Poivrier à épis recour­

P. dilatation Rchb.; Poivrier â feuilles élargies. Vulgo : Queue-de-rat. —
Arbrisseau assez élevé, droit, glabre dans toutes ses parties; à écorce fine,

bés. Vulgro : Poivrier bâtard.

Queue-de-rat. —

Arbrisseau

sarmenteux,

d’abord rampant, ensuite grimpant, pouvant s’élever jusqu'à 12 mèt. de

brun noirâtre ; â rameaux légèrement comprimés, cannelés-striés. Feuilles de

haut; à tige grosse, noueuse, nue dans le bas, presque cylindrique, très

même forme que dans le précédent, mais plus petites, puslulées-ruguleuses.

branchue dans le haut; à branches allongées, irrégulièrement tétragones-

Epis axillaires, presque toujours recourbés au sommet. Fleurs situées sur de

cannelées, toujours pendantes et disposées en zigzag. Feuilles longues de

petits anneaux très rapprochés. — Abondant dans les falaises et le long de

8-1J cm., al ternes-distiques, très vertes et luisantes en dessus, pâles en

la basse et de l’infra-moyenne région : Basse-Terre (ravine Belost), bord du

dessous, pointues au sommet, palminerviées à 4 paires de nervures latérales,

Galion (près de l’embouchure), Houëlmont, Grands-Fonds du Moule et du

dont les 3 inférieures prennent naissance à la base et la supérieure au-dessus

Gozier. Alt. 10-600 mèt. [N° 2569.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Queue-de-lézard. — Abondant : Carbet, Parnasse,

adultes, nettement cordées, rondâtres,

de la base de la côte : les jeunes, ovées, brièvement rétrécies à la base; les
un peu plus larges que longues;

environs de Saint-Pierre, Case-Pilote (Fond-Lavette), Marin (morne Gom­

pétiole cannelé en dessus, cylindrique en dessous, trois fois plus court que

mier). [N° 2112.]

le limbe. Epis axillaires, recourbés, dillbrmes-toruleux, amincis vers le

P. macrophyllum II. B. Kth.; Poivrier à grandes feuilles. Vulgo : Queue-de-

sommet, souvent réunis par deux, longs de 8-14 cm. Fruit pulpeux ; semence

rat. SL, t. 88, f. 1. — Arbrisseau haut de 2-3 mètres, droit, souvent buisson­

arrondie-comprimée, très brièvement stipitëe, longue de près de 2 mm. —

neux, à branches légèrement inclinées, à jeunes rameaux striés.

Feuilles

Abondant dans toutes les forêts humides ; Bains-Jaunes, Gommier, rivières

longues de 20-27 cm. sur 12-15 cm. de large, ovées-oblongues, acuminées au
sommet, inégales à la base, membraneuses, à 4-5 paires de nervures princi­

Noire et Rouge, Matouba, Trois-Rivières, etc. Alt. 500-900 mèt. [N ° 2565. :

pales, scabres-pubescenles ; pétiole légèrement ailé. Épis courts, dépassant

Calebasse, Ajoupa-Bouillon, bois du Lorrain, du Camp de l ’Alma, etc.

rarement 4 cm. de long, axillaires, toujours horizontaux et opposés aux

[N ° 1333.]

feuilles, brusquement terminés en une pointe conique,

courte et noire;

pédoncule court, noir. — Peu abondant. Çà et là dans les parties inférieures
des Bains-Jaunes, du Matouba, du

Gommier,

etc.

Alt. 400-700 mèt.

[N° 3696.]

P. hirsutum Sw. ; Poivrier à feuilles hirsutes.

— Abondant :

P. ceanothifolium H. B. Kth., P. medium Jacq. ; Poivrier à feuilles de
Ceanothus. Vulgo ; Malimbé, queue-de-rat. Desc., vol. V I, t. 427, p. 194.
Enckea Sieberi Miq. — Arbuste buissonnanl, ou grand arbuste, rarement
petit

Il n'existe pas à la Martinique.

— Arbrisseau haut de

M artinique . Vulgo : Poivrie r bâtard , Queue-de-lézard.

arbre, haut de 4-4ul50,

droit,

à liges

dichotomes, cylindriques,

lisses, à écorce noire, à jeunes branches cannelées sur un côté. Feuilles ne
: Queue-de-rat.

dépassant guère 10 cm. de longueur sur 7 cm. de largeur, très gdabres, lui­

3-4 mèt., à une ou plusieurs liges cylindriques,

Vulgo

santes, papyracées, ovées, légèrement obliques à la base, pointues au sommet,

noires, nues dans le bas, irrégulièrement trigones ou tétragones dans le haut,

palminerviées, à 2 paires de nervures latérales, prenant naissance à la base

à rameaux légèrement pubescents et disposés en zigzag. Feuilles de même forme

de la côte ; pétiole court, mince, noir, comprimé. Epis axillaires, solitaires,

que dans P. dilatation , mais un peu plus larges, plus acuminées; à 5 paires

opposés aux feuilles, longs de 4-6 cm., droits, à pédoncules 2-3 fois plus

de nervures principales, dont la paire supérieure prend naissance à peu près

courts que

1épi. Fleurs insérées sur de petits anneaux très rapprochés.

Diiss. — Plantes

Guadeloupe et M a rtinique .

11

�178

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

IMPI.EACÉES

MARTINIQUE

Fruit légèrement pulpeux, ovoïde, beaucoup plus grand que dans tous ses
congénères, surmonté des .‘1 styles sessiles et persistants.— Descourl.il/ place la

179

P. nif/rum L.; Poivrier à fruits noirs. Vulgo ; Poivrier, poivrier vrai, poi­
vrier aromatique. Desc., vol. VI,

t. 4*29. — Liane radicante, grimpante; à

plante dans la catégorie des masticatoires, mais clans le pays on n’en lait
aucun usage, même populaire. — Abondant dans les lalaises, le long des

racines fibreuses, noirâtres ; à tiges souples, lisses, dichotomes, renflées aux

rivières et dans les halliers de la basse et de la moyenne région : environs

5-8 cm. de large, très vertes en dessus, ovales, acuminées au sommet, souvent

delà Basse-Terre, Houëlmonl, Gourbeyrc, \ ieux-Mabitants, etc. [N°2564 /&gt;.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Malimbé, queue-de-rat. — Abondant : Trois-Ponts,
Carbet, Parnasse, Marin, Trois-Uets, Gros-Morne, etc.

X° 133*2.]

nœuds, à branches libres,

pendantes. Feuilles longues de 10-18 cm. sur

inégales à la base, épaisses, opaques, palminerviées, à 5 nervures, dont les deux
supérieures latérales partent de la côte au-dessus de sa base; pétiole cannelé,
aussi long que le pédoncule. Epis opposés aux feuilles, recourbés, longs de

— Arbrisseau touffu, à une ou plusieurs liges, haut de ‘2-3 met., renflé aux

7-9 cm. Fleurs inférieures de l’épi ordinairement stériles. Fruit globuleux,
légèrement charnu à l ’état frais, d’abord verdâtre, ensuite rouge et noir. Un

nœuds; à écorce noire ; à rameaux pubescents, inclinés. Feuilles longues de

épi contient 20-30 fruits, qui mûrissent quatre mois après la floraison. Le

8-11 cm. sur 5-8 cm. de large, vert noir en dessus, ovales-oblongues, poin­

poivrier ne rapporte qu'au bout de trois ans; la culture en est facile : il suf­

P. luberculaium H. B. Kth. ; Poivrier tuberculeux. Vulgo : Queue-de-rat.

tues au sommet, très inégales à la base, postulées en dessous; pétiole très

fit de le placer dans une bonne terre et d’arracher avec soin, pendant le? trois

court, pubescent, amplexicaule. Epis allongés, dressés, presque toujours
arqués, opposés aux feuilles, solitaires. — Je ne crois pas que cette belle

premières années, les mauvaises herbes qui poussent autour des racines.

espèce soit indigène. — Habitation la Jacinthe, près de la Basse-Terre.

après ce temps, les récoltes commencent à diminuer et, au bout de douze ans

Pendant les cinq premières années, il produit avec une grande abondance;
d’existence, il faut le remplacer par un nouveau pied. Le poivre blanc ne

[N° *2831.]
P. æquale Vahl.; Poivrier à feuilles égales à la base. V ulgo ; Suriau mala­
dif (aux Vieux-Habitants), queue-de-rat. — Petit arbrisseau haut de 60 cm.I"180, rarement plus élevé, le plussouvent à tige unique, droite, grêle, dicholome, très fortement renflée aux nœuds, nue dans le bas, à rameaux dressés
ou légèrement inclinés. Feuilles longues de 10-15 cm. sur 4-7 cm. de large,
rarement plus amples, fermes, opaques, membraneuses, brusquement termi­
nées en pointe courte, égales à la base, à 5-8 paires de nervures inégalement
distantes; pétiole cannelé, aussi long que le pédoncule. Epis solitaires, oppo­

constitue pas une espèce à part. On laisse séjourner les fruits du poivrier
noir pendant quelque temps dans l ’eau de mer; on enlève ensuite, pour n avoir
que des graines blanches, les pellicules, qui se sont gonflées. —

Origi­

naire des îles de la Sonde; cultivé çà et là autour des habitations, pour la
consommation locale : Basse-Ferre (Jardin botanique), Gourbevre, CampJacob, Sainte-Rose,

Capesterre (habitation

Longmont),

Lamentin,

etc.

[ N° 2832.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Poivrier. Cultivé en différents endroits. [N ° 1338.]

P. Belle L., Chavica Belle Miq.; Poivrier Bétel. Vulgo : Bétel, poivrier

sés aux feuilles, de longueur variable, la plus longue ne dépassant jamais
6 cm., droits. — Abondant dans la région supérieure des grands bois :

des In dien s.— Arbrisseau grimpant, radicant; à tiges articulées, flexibles,

Malouba, Trois-Rivières, environs du Grand-Etang et de l’ Elang-Zombi,
Bains-Jaunes, etc. Alt. 600-900 mèt. [ N uS ‘2563, *2564.]

celles du poivrier, ovales, acuminées, un peu inégales et obliques à la base,

lisses et striées; à feuilles alternes, pétiolées, habituellement plus larges que

et

très vertes et luisantes en dessus; à 7 nervures principales alternes, dont les
2 dernières et supérieures prennent naissance au-dessus de la base de la côte.

P. citrifolium Lam.; Poivrier à feuilles de citronnier (le nom n est pasjus-

Epis longs de 4-5 cm., portés sur des pédoncules noirs, une fois plus courts
que les épis, opposés aux feuilles. — Originaire des îles de la Sonde et des

M a r tin iq u e.

Vulgo ; Queue-de-rat. — Abondant : Fontaines Didier

Absalon, Camp de l'Alma, Champflore, Lorrain. (N oS 1335, 1336.]

tilié . N ulgo : Queue-de-rat. — Arbrisseau haut de 1-1'" 60, habituellement
touffu, à liges grêles, renflées aux nœuds, droites. Feuilles longues de 10-14
cm. sur 3 cm. de large, un peu inégales à la base, souvent inégalement divi­
sées par la côte, scabres-ruguleuses, lancéolées, fortement acuminées et à
pointe terminale souvent recourbée, d’ un vert extrêmement pâle, à 4-5 paires
de nervures; pétiole très court. Epis longs de 4-6 cm., droits ou recourbés.
— Çà et là dans les parties supérieures des grands bois : Champflore (PitonGelé, Calebasse, bois du Lorrain, chemin de la Trace, etc. Alt. 500-900 mèt.
N° 1334.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Moluques, cultivé dans quelques endroits ; Basse-Terre, Pointe-à-Pitre ja r­
din du M usée L Herminier), Matouba (morne Savon), Pointe-Noire, etc. —
Les Indiens, surtout ceux de Madras et de Bombay, font, avec les feuilles, de
la chaux et la noix d'arec, une espèce de masticatoire dans laquelle la chaux1
1. Les feuilles de bétel doivent leurs propriétés â une huile essentielle, brune, qn’on
obtient par distillation, dont l’odeur rappelle celle du thé et dont la saveur est brûlante ;
les feuilles sèches en donnent 1/2 “/.. Cette essence de bétel est employée à Java couram­
ment dans les catarrhes de toute nature, dans les inflammations de la grorge, du larynx
et des bronches. (E. H .)

�180

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DK LA

MARTINIQUE
CHLORANTHACKES

domine. Ce mélange raffermit les gencives cl conserve les dents longtemps
blanches et saines. La racine en décoction est encore employée par les Indiens
contre les lièvres. [N° 2833.]
M a r tin iq u e .

M a r tin iq u e .

---

181

TÉRÉDINTIIACÉES

Vulgo : Bois-de-l’eau. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe :

Calebasse, route du Camp de l’Alma aux Deux-Choux, bois du Lorrain.

Yulgo : Bétel. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe, habita­

[N ° 2105.]

tions Pécoul et Perinell (Saint-Pierre), Rivière-Salée, etc. [ N u 1339.]
SOIXANTE-HUITIÈME FAMILLE.
s o i x a n t e - s e p t iè m e

f am ille.

TÉR É B IN TH A C É E S.

— CHLORANTHAGEES.
Bursera L. (dédié au Danois Joachin Burser, né à Kaminz vers la fin du
xvi® siècle, élève et ami de Bauhin, médecin à Annaberg, ensuite professeur

Hedyosmum (du grec « hedus », doux, agréable, et « osme », odeur, parce
que ces plantes émettent un parfum fort et agréable.)

à Saroë, dans l ile de

Seeiand,

grand

amateur

de

plantes,

mort en

1649.)

H. arborescens Sw.; Hédyosme arborescent. Yulgo : Rois fragile. —

B. qummifera L.; Bursère produisant de la gomme. Yulgo : Gommier

Petit arbre, haut de 3-6 met., résineux ; à tronc droit ou tortueux, nu dans

rouge, gommier-barrière. SL, l. 199, f. 1, 2; Desc., vol. II, t. 97, p. 117;

le bas; à branches nombreuses, fasligiées dans le jeune âge, divariquées et

Jacq., Sel. A m .stirp . hisl., t .6 5 .— Habituellement arbre de taille moyenne,

horizontales dans l'âge adulte, très fragiles, remplies de moelle, renflées aux

rarement grand arbre dans nos colonies; à tronc souvent tortueux, gros,

nœuds. Feuilles opposées, penninerviées, longues de 8-10 cm. sur environ

anfractueux à la base; à branches le plus souvent étalées, nombreuses; à

3 cm. de large, ellipliques-lancéolées, obtusément pointues au sommet,

écorce rouge, lisse, se détachant par lambeaux minces, transparents. Feuilles

pointues et dentées en scie au-dessus de la base, épaisses, plus ou moins

alternes, imparipennées, à 3-9 paires de folioles ovées-oblongues, lisses, lui­

succulentes, à côte large, plate, à nervures fines, nombreuses cl très rappro­

santes, pétiolées. Fleurs blanc pâle, polygames, en paniculcs terminales et

chées; pétioles courts comprimés, insérés sur une gaine qui, élargie au som­

axillaires; calice 5-parlile, à segments fortement repliés après l’éclosion de

met, va en se rétrécissant de haut en bas et porte à l’extrémité supérieure,

la fleur; pétales 5, valvaires; étamines 8, périgynes, à anthères oblongues;

de chaque côté, deux petits becs. Fleurs dioïques (dans les spécimens que j ’ai

ovaire à 3 loges; style trilobé au sommet. Fruit de la grosseur d une petite

trouvés), en chatons opposés : les mâles, à 1 étamine longue de près de

noisette, pourpre, trigone, à faces convexes; péricarpe drupacé s’ouvrant en

2 mm., ébractéolée, jaune vert, à lilet droit, fort, strié, tronqué au sommet,

3 valves; semence 1, subtrigone, à face dorsale polie, convexe, beaucoup

inséré à angle droit, à anthère subsessile, assise sur le bord de la tête du filet,

plus grande que les deux faces ventrales (qui sont marquées au milieu d'un

disposées en chatons cylindriques, nombreuses, axillaires-opposées, pédon­

aréa ovale) proéminent et pointu. — L'arbre perd ses feuilles à l’époque de

cules obtus au sommet et atténués à la base, longs de 2,5-3 cm.; les femelles,
réunies par 2-4, en glomérulesbracléolées, sessiles, formant ensemble trois panicules fortement interrompues. Une fleur toujours terminale et deux axillaires
prennent naissance dans les deux avant-dernières aisselles; stigmate sessile,
simple. Fruit drupacé, légèrement violacé, petit; semence trigone, de près
de 2 mm. de long, surmontée d un tube très court. — Toutes les parties de
la plante exhalent une odeur forte et aromatique1. —

Fl. en octobre et

novembre. — Assez abondant dans les clairières des bois et dans les savanes
du Matouba, des environs des Bains-Jaunes; plus rare dans les bois des
Trois-Rivières. Alt. 600-900 met. [N° 2960.]

\.

Il est étonnant que cette plante ne reçoive, aux Antilles, aucun emploi de ses pro
priélés aromatiques qu elle partage, du reste, avec toutes les Chloranlhacées. Ce qu il y a
de certain c’est que les jeunes pousses et les feuilles d'H autans et d cH . arborescens
sont employées couramment à la Jamaïque, où ces espèces existent, dans la médecine
populaire, comme antispasmodiques et digestives. (E. H.)

la floraison ; toutes ses parties laissent suinter, à la moindre incision, un suc
blanc aromatique, qui s'épaissit vite et s’emploie en guise d’encens. Le suc de
la racine passe pour un des meilleurs vulnéraires : on en fait un usage fréquent
pour guérir les plaies, les blessures, les foulures, les luxations des membres1.
Le bois est mou et ne peut servir pour la construction. Les branches les
plus grosses prennent très facilement par boutures, et on en fait souvent des
clôtures. — FL en mai et juin. — Abondant dans les endroits secs et pierreux
de la basse région : environs de la Basse-Terre, Le Baillif, Deshaies, PointeNoire, Pigeon et Bouillante, Gozier, Désirade, Marie-Galante, etc. N " 3276.
M a r tin iq u e .

Yu lgo :

Gommier rouge. —

Abondant

dans

toute

l'île.

[N° 1945.]
1. La résine de Gommart, qui a pris une si grande place dans l’industrie des vernis
en Europe, est fournie par ce végétal : le même produit d'exsudation est désigné encore
sous les noms de E le m i’des Antilles,Tacam aque jaune lerne, Tacamaque de Guatemala,
Gommart d 'A m ériqu e , Gomme chibou. En Am érique tropicale, le bois et l’écorce de cet
arbre sont employés comme diurétiques et diaphorétiques. (E. IL )

:

�182

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

TF.RÉBINTHACÉES

MARTINIQUE

183

Icica Aub. (du nom de la plante à la Guyane : ce mot veul dire « gomme » . )

ailé et transversalement ruguleux; pétiole commun, tantôt très long, tantôt

heplaphylla Aubl.; Icica à sept folioles. Vulgo : Bois d’encens, gommier
blanc. Aubl., Hist. de la Guy., t. 130 ; Rich., Cuba, t. 37. — Le plus sou­

calice tronqué, adné, à 3, plus rarement à 4 pétales ovales et arrondis, à 6

court, comprimé-ailé ou comprimé-tégragone. Fleurs dioïques : les mâles, à
I.

vent arbre de taille moyenne, rarement de grande taille dans nos deux îles,
droit; à branches souvent pendantes; à écorce rougeâtre, rude et gercée.
Feuilles imparipennées, à 5-7 folioles, rarement à 3, dont les plus grandes
n excèdent guère 10 cm. de long, coriaces, elliptiques, acuminées, souvent
inégales à la base. Fleurs hermaphrodites, en panicules oorymbiformes, axil­
laires. situées à l'extrémité des branches, plus courtes ou plus longues que le
pétiole commun; calice court, à 4-5 dents deltoïdes; pétales 4, valvaires,
ovales, pointus, verts en dehors et pubescents sur les bords; étamines 8;
anthères oblongues; styles4-5, lobés à l’extrémité. Fruit long de 10-13 mm.,
de la grosseur d une olive, recourbé, ovale, pointu, à péricarpe drupacé,
rouge en dehors, s’ouvrant en 3 valves; semences 1-2, longues de 8 mm.,
irrégulièrement trigones, à lace dorsale beaucoup plus large. — Toutes les
parties de la plante émettent un suc blanc et aromatique, qui s’épaissit
promptement et qu'on emploie pour les cérémonies religieuses; il jouit éga­
lement d une grande réputation comme vulnéraire ; on s’en sert aussi pour
parfumer les appariements; sa fumée chasse les moustiques et les maringouins1. L ’aubier est blanc, le centre est rouge : ce bois est rarement
employé pour les constructions. — Fl. en mai et juin, ou en août. — Çà et là
dans la plupart des grands bois inférieurs ; Rivière-Rouge, Gourbeyre
(mornes Goblin et Hirondelle), Pointe-Noire, Deshaies. Alt. 300-700 met.
[N° 3276.]
M a r tin iq u e .

Yulgo

:

Bois-gommier, gommier blanc,

bois d'encens. —

Assez rare. Çà et là dans les bois du Lorrain, de Sainte-Marie et de la Grand’Anse.

N° 1054.,

,le l'ai vu en abondance à File de Sainte-Lucie el à la Dominique.
Dacryodes Yahl. (du grec « dacruon », larme, et « eidos », forme, qui res­
semble à des larmes, allusion à la gomme qui découle de l’arbre,)
D.

hexandra Gr.; Dacryode à six étamines. Vulgo ; Gommier blanc, bois-

étamines subsessiles, à anthères biloculaires ; les femelles ont un calice
adhérant à 1ovaire el un style simple, panicules mâles très branchues, pyra­
midales, brièvement pédonculées, plus courtes que les panicules femelles, qui
sont allongées et de 16 cm. de long. Fruit drupacé, indéhiscent, pourpréglauque à la maturité, de la grosseur d’ une olive et souvent plus gros, sur­
monté d’ une petite pointe, reste du style; endocarpe crustacé, blanchâtre;
semence 1. — Toutes les parties de la plante, surtout l'écorce, contiennent
un suc laiteux très aromatique : il sert pour la guérison des blessures et
pour les cérémonies religieuses. A vec le tronc, qu’on creuse et qu'on carbo­
nise extérieurement, on fait des pirogues qui durent très longtemps. — FL
en ju illet; graines mûres en janvier, février, mars. — Çà et là dans tous les
grands bois : Bains-Jaunes, Matouba, Trois-Rivières, Pointe-Noire, etc. Alt.
400-900 mèt. [N ° 3307.]
M artinique . Vulgo : Gommier blanc, bois-cochon. — Dans les bois du
Morne-Rouge, des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l’Alma, du Camp Balata,
du Lorrain. [N° 1946.]
N o ta . — Les graines de tous les gommiers sont recherchées par les oiseaux.
Amyris L. (du grec « alpha », augmentatif, et « muron » ou « mûris »,
baume, allusion à l'odeur de la résine que contient la plante.)
A. d em i fera W illd ., Elaphrium demiferum R o yle; Amyris produisant la
résine élémi. Vulgo : Bois-chandelle. — Arbrisseau très élégant, touffu, très
florifère, ou petit arbre à branches plus ou moins étalées, à rameaux grêles,
à écorce grise et glabre. Feuilles imparipennées à 3, moins souvent à 5 folioles,
de grandeur variable, mais n'excédant querarement 6cm .de longueursur3 cm.
de large, largement ovées ou presque triangulaires, médiocrement acuminées
au sommet, ou souvent obtusément pointues, fréquemment presque tronquées
à la base, coriaces, luisantes en dessus, pâles ou blanchâtres, ou de couleur de
rouille en dessous ; pétiole commun, long de 1-2 cm., rarement plus long;

cochon. — Arbre énorme, parfois gigantesque; à tronc très anfractueux à la

pétioles partiels, longs de 4-5 mm. Fleurs blanches, odorantes, en panicules

base, d'un diamètre de 1IU60;

corymbifères, terminales et axillaires, plus courtes que les feuilles; calice

à écorce rude, très gercée; à branches très

petit, quadriflde; pétales f, ovales; étamines 8, hypogvnes, plus longues que

longues et étalées; à rameaux souvent verruqueux. Feuilles imparipennées,
à 3-5 folioles de 8-12 cm. de long sur 7-8 cm. de large, souvent en forme de

les pétales; stigmate capilé, sessile; ovaire à deux ovules.

cuiller ou roulées sur les bords, obovales ou ellipliques-oblongues, très

globuleux, noir à la maturité, de la grosseur d’un pois, 4-6 mm-, de diamèt. —

coriaces, arrondies au sommet, rétrécies à la base en un pétiole comprimé-

Toute la plante contient un suc résineux, aromatique, dont l’odeur rappelle

Fruit drupacé,

celle de la r u e L — Fl. en juin et juillet; graines mûres en septembre et
1. Ce produit d exsudation constitue la Taeahamaque jaune terreuse de Guibourt,
qui est la Tacahamaque la plus répandue dans le commerce de là droguerie européenne.
Elle a une odeur résineuse et térébinthacée; sa saveur est amère et âcre; elle se dissout
complètement dans l'alcool. (E. H.)

1. Ce produit porte, pour le distinguer des autres élémis de provenance botanique ou
géographique fort différente, le nom d
du M exique, parce que ce végétal croit dans
cette contrée (environs d’Oaxaca). Elle a du reste presque complètement disparu du com-

'élémi

�184

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

TÉRÉTUNTHACÉES

ET DE LA MARTINIQUE

185

octobre. — Abondant dans les mornes inférieurs, pierreux et secs, et sur le

Spondias L. (du grec « spondias », prune, allusion à la forme des fruits.

bord de mer : Gozier (bord de mer), Marie-Galante (bois de Folle-Anse), les
Saintes (morne du Chameau), Désirade, Houëlmont, Deshaies. Alt. 0-250 met.

bin, prune Myrobolan. Desc., vol. V I , t. 397, p. 61. — Grand arbre élégant,

[N® 3271.]

ayant l’aspect du frêne d’ Europe, très branchu, â fronde ample, à écorce

S. Monhin

.lacq., Myrobolanus /u/ea, Macf. Vulgo : Monbin, prune Mori-

Vulgo : Bois-chandelle, bois-chandelle blanc. — Abondant.

très épaisse, crevassée, couleur cendrée; tronc et grosses branches très

Caravelle (environs du Phare), Sainte-Anne (mornes calcaires), Marin (morne

souvent munis d’aiguillons naissant sur des mamelons elliptiques; à rameaux

M a r tin iq u e .

Gommier). [N° 96.]

très cassants. Feuilles ramassées à l’extrémité des rameaux, imparipennées, à

A. maritime Jacq. ; Amyris maritime. \ulgo : Bois-flambeau, bois-chan­

5-7 paires de folioles, pétiolées, dont les plus longues n’excèdent guère 9 cm.,

par le

ovales-lancéolées ou lancéolées, en pointe allongée et obtuse au sommet,

port, la taille, l inflorescence; il en diffère : par ses folioles, qui sont toujours

inégales à la base, ondulées sur les bords, subentières ou dentécs-crénelées

au nombre de 3 et luisantes en dessous; par ses pétales obovales ; par ses

au-dessus de la base : les inférieures, plus petites, distantes, alternes-oppo-

anthères fermées, ovées, et par son gynophore nettement accusé. — Même

sées; les supérieures, successivement plus grandes,

habitat que le précédent.

chées. Fleurs odorantes, d'un blanc mat, polygames, en panicules très ouvertes,

delle, bois-pini (au Moule). — Ressemble beaucoup au précédent

N° 184.] — .le ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

opposées et rappro­

lâches, à branches secondaires insérées à angle droit, solitaires ou réunies
Comocladia L. (du grec « komé », chevelure, et « klados », rameau, allusion
aux feuilles qui forment une rosette à l'extrémité des branches.)
C. ilicifolia, Sw\; Gomoclade à feuilles de houx. Yulgo : Houx du pays.

par 2-3, souvent pendantes, aussi longues que les feuilles; calice très petit,
5-fide, à dents aiguës; pétales 4-5, lancéolés, très ouverts, plus longs que les
sépales, sur un disque hypogyne ; ovaire à 3-5 loges uniovulées, habituel­

Plum., édit. Burm., t. 118, f. 1. — Arbrisseau très élégant, le plus souvent

lement bien développées; styles courts, en même nombre que les loges. Fruit

à plusieurs tiges, hautes de 2-3m 50, nues dans le bas et marquées de
grosses cicatrices cordiformes, provenant des feuilles tombées ; à rameaux

drupacé, ovoïde, long de 25-30 mm. sur 18-20 mm. de diamèt., jaune et lisse

courts; à écorce cendrée, rude et couverte de nombreux tubercules lenti­

cements ; ce sont des traces laissées par les styles; épicarpe mince; mésocarpe

culaires. Feuilles alternes, imparipennées, dont les plus longues n’excèdent

copieux; endocarpe composé d’une matière spongieuse-filandreuse, épaisse et

en dehors, portant, h quelque distance du sommet, trois à cinq petits enfon­

guère 20 cm. de longueur; à 5-10 paires de folioles, opposées, longues de

parcourue par cinq faisceaux longitudinaux.— La pulpe est astringente, plus ou

7-10 mm. sur 5-9 mm. de large, sessiles, largement ovées-delloïdes, subcor­

moins acidulée : on en fait d'excellentes gelées et des confitures ; par distillation,

dées ou arrondies à la base, luisantes des deux côtés; à 3 nervures formant

on en obtient un alcool très apprécié dans le commerce. Descourtilz place la

sur le bord 3 épines rigides, très acérées, ce qui leur donne l’aspect de

plante dans la catégorie des antiophtalmiqueset dit que la décoction des bour­

feuilles de houx; foliole terminale munie de 5-7 piquants; pétiole commun

geons, de la racine et de l’écorce du tronc est prescrite en tisane contre la diar­

grêle, légèrement pubescent. Fleurs polygames, très petites, en glomérules
mulliflores, placées à distance, formant ensemble une grappe interrompue;

rhée et la dysenterie, en gargarisme dans les angines, en collyre dans les ophtal­
mies, et en injection contre la gonorrhée; d'après lui, la fumée très chaude

grappes rarement solitaires, presque toujours réunies par 2-16, naissant au

des noyaux calme les douleurs de la goutte. Dans le pays, on se sert de la

sommet d’une protubérance, terminales ou axillaires : ces dernières toujours

décoction des feuilles et des bourgeons pour laver les plaies et les ulcères;

plus courtes et échelonnées le long des tiges; calice tripartite; pétales 3,

dans les campagnes, les femmes en couches emploient communément, en

hypocratériformes; calice et pétale d ’un bleu rouge foncé; étamines 3, ovaire

bains lièdes, les feuilles froissées, à cause de leurs vertus astringentes. La

à 1 loge uniovulée; stigmates 3, sessiles. Fruit drupacé, oblong, rouge, à

partie subéreuse de l’écorce prend un très grand développement; elle est

noyau allongé. — Fl. en avril et mai. — Abondant et exclusivement propre

compacte et se laisse facilement travailler : on en fabrique des bouchons, des

au terrain sec et calcaire : Désirade, mornes entre Port-Louis et l’Anse-Ber-

cachets, des couvercles, des tabatières et de petites cassettes. Le bois est mou

trand, mornes calcaires du Petit-canal, etc. [N° 3274.]

et tendre et ne peut servir pour la construction ; l’arbre pousse très vite et

Il n’existe pas à la Martinique.
meree de la droguerie européenne, au profil des élémis de Manille
fournis par les
Elle a une teinte jaune blond, marquée çà
dâtres. Elle porte à sa surface des débris de feuilles brunâtres qu’on
térieur des morceaux. Odeur très prononcée, un peu térébinthacée ;
amère. (E. H.)

Cunurium.

prend très facilement de bouture. — Abondant dans la basse région de toute
et des Philippines,
et là de taches ver­
retrouve dans l’in­
saveur légèrement

l'ile. — Fl. en mai ou juin. Alt. 0-300 mèt. [N° 3272.
M a r tin iq u e .

S.

Vulgo : Prune Monbin. — Abondant.

N ° 322 .

Cytherea. Tuss. (du grec « Kulhereia », surnom de Vénus, qui recevait

un culte particulier à l'ile de Cythère : allusion à la beauté et à la douceur du

�186

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE ET

DE LA

TE RI BINTHACEE S

MARTINIQUE

fruit.) Yulgo : Pomme Cythère. Tuss., F/., III, t. '28; Lam., Illusl., t. 381.
— Petit arbre ou arbre approchant de la taille moyenne, à branches habituel­
lement peu nombreuses, divariquées, fortes : les inférieures, toujours hori­

noirâtre,

187

lisse, luisant, en général obovoïde, d'une longueur moyenne de

27 mm. sur 9 mm. de diamètre, souvent irrégulièrement bosselé et tou jours
muni, à l’extrémité, d'un appendice mamelonné; épicarpe mince ; mésocarpe

zontales ou penchées, à rameaux très cassants et épaissis à l’extrémité, dans

peu pulpeux ; endocarpe dur, bosselé. — La pulpe est jaune, rafraîchissante,

la portion qui reçoit les feuilles : à écorce verte, lisse, surtout celle des

légèrement acide : on en fait des confitures et des marmelades très agréables,

branches. Feuilles à peu près comme dans le précédent, mais h folioles plus

dont le goût rappelle celui

étroites, plus vertes, subcharnues à l'état frais, ornées sur les bords d’un liséré

les plantes astringentes, et préconise

grisâtre, large de près de 1 mm., dentées-crénelées au-dessus delà base; à

maladies d'yeux; il ajoute que les fruits mûrs sont antidysentériques. I)ans

du raisin sec. Descourtilz place l’arbre dans
les bourgeons

en collyre dans les

crénclures distancées; à nervures Unes, rapprochées. Fleurs blanches, odo­

le pays, on emploie quelquefois les feuilles dans les bains tièdes. Le bois est

rantes, en panicules pouvant atteindre jusqu'à 15cm. de long, lâches, habi­

blanc et mou, et la facilité avec laquelle il prend de bouture le fait employer

tuellement pendantes; à axes primaires et secondaires striés-anguleux, très

couramment pour la fabrication des haies. Si on plante une branche char­

vigoureux. Fruit drupacé, d'une longueur moyenne de 8 cm. sur 1-5 cm. de

gée de fruits non mûrs, ceux-ci continuent à grossir et arrivent à maturité.

diamètre, généralement ovoïde ou obovoïde, jaune en dehors ; à épicarpe

L ’arbre exsude une gomme verdâtre, dont la saveur est à peu près celle de

mince; à mésocarpe copieux, entrelacé de libres, qui naissent sur 1endo­

la gomme arabique ; les enfants s'amusent a la manger. — FL en mai et juin.

carpe hérissé de toutes parts de pointes filamenteuses; loges du fruit écartées

— Abondant dans la basse région

entre elles et de l'axe commun. — Les fruits sont très estimés dans les

500 mèt. [N ° 3278.]

colonies : on en mange pendant quatre ou cinq mois. Le bois est tendre
et léger et ne peut servir que pour le chauffage; les branches et même

M a r tin iq u e .

de toute l’ile, jusqu’à une altitude de

Yu lgo : Prune rouge, prune-paeôme, prune d'Espagne.

—

Abondant dans toute l’île. [N° 326.]

les gros troncs, mis en terre, prennent avec une très grande facilité. Les

La prune nommée vulgairement prune de Chili, prune jaune, assez abon­

Monbin. Ce végétal

dante à la Guadeloupe et à la Martinique, à fruit jaune, point ou peu bos­

feuilles servent pour les bains comme celles du

S.

perd habituellement ses feuilles à l'époque où les fleurs commencent à paraître.

selé, à pulpe plus copieuse, d ’une saveur agréable, astringente et acide, ne

— Introduit et cultivé, originaire des îles de la Société; selon d’autres, de

constitue pas une espèce botanique différente, les feuilles et les Heurs étant

l'ile de Taïti. — FL en mai et juin. — Autour des habitations de toute bile.

identiquement les mêmes, et les semences avortant toujours.

Alt. 0-400 mèt. [N° 3760.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pomme Cythère. — Abondant. C'est dans les quartiers

(nord de l Australie),

de I)ucos et du Lamcnlin qu'on rencontre les meilleures variétés. ; N° 323.]

Duchamp, de Saint-Pierre, en 1883 : elle a fleuri pour la première fois en

S. purpurea L .; Spondias à fleurs pourpres. Yulgo : Prune d’Espagne,

mai et juin de l’année 1886, et a produit une masse de fruits; depuis, elle n’a

prune rouge, Monbin rouge,prune-à-téter. Tuss., F L , III, l. 28; Desc , t. 336,
p. 119; SL, l. 219, f. 3-5. — Arbre peu élevé; à tronc gros, le plus souvent

Une nouvelle espèce, le Spondias pleioqyna L., originaire de Queensland
a été

introduite

à la Martinique par M. Ernest

cessé de fleurir et de produire tous les ans.
Mangifera L. (du mot indien « mange », mangue, et du latin « fero », je porte.)

tortueux; à branches très divariquées, très souvent horizontales ou penchées :
lenticulaires; vieux tronc, à écorce grise ou grisâtre et crevassée. Feuilles

M. indica L.; Yulgo : Manguier. Tuss., F/., Il, t. 15: Desc., vol. I. t. 25,
p. 121. — Arbre de très grande taille dans la région inférieure, moins élevé

ramassées aux extrémités des rameaux courts, imparipennées, longues de

dans la région supérieure, originaire des Indes Orientales et naturalisé dans

13-l5cm., à 8-10 paires defolioles opposées, brièvement péliolécs, elliptiques-

tous les pays tropicaux ; à tronc pouvant dépasser 1D1 50 de diamètre à la

jeune tronc et branches, à écorce verte, lisse, souvent couvertes de rugosités

oblongues, arrondies ou pointues, ou souvent mucronées au sommet, suben­

base; à fronde majestueuse, touffue; à branches tri- ou quadrichotomes; à

tières ou dentelées, inégales et rétrécies à la base, légèrement roulées sur les

écorce épaisse, jaune en dedans, raboteuse, gercée, noirâtre et cendrée en

bords, d’une longueur moyenne de 3 cm. sur 1-5 cm. de large; pétiole com­

dehors. Feuilles alternes, éparses au sommet des branches, oblongues ou

mun comprimé. Fleurs polygames, petites, rouges, portées sur des pédon­

lancéolées, pointues, entières, coriaces, vertes des deux côtés, lisses, glabres,

cules uniilores, quelquefois biflores, formant ensemble des grappes courtes,

à nervures jaunâtres, parallèles; pétioles de longueur variable, comprimés

très nombreuses, situées tout le long des branches; calice à 5 lobes arron­

en dessus, légèrement renflés et transversalement ruguleux à la base. Fleurs

dis, concaves; pétales 5, obtus et concaves à l'extrémité; stigmates 5; ovaire

polygames, petites, rougeâtres, en panicules larges, terminales, pyramidales,

à 3-5 loges, dont deux ou trois avortent souvent. Fruit pulpeux, pourpre

dont les dernières divisions portent, à la base, une bractéole courte, ovale

�TÉRÉBINTHACÉES
188

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET DE

LA

189

MARTINIQUE

juin, juillet.

—

Descourlilz

place l ’arbre dans les

stomachiques anti-

et pointue; calice 5-parlite; pétales 5, striés de noir en dedans, réfléchis;

scorbutiques; les fleurs e l l e s feuilles prises en infusion sont pectorales,

étamines 5, périgynes, 1-2 fertiles, 2-3 stériles, à filets subulés, à anthères

vermifuges, sudorifiques et antiscorbutiques. Dans le pays, on emploie les

presque rendormes ; ovaire à I loge; style simple. Fruit drupacé, grand,

noyaux rôtis pour arrêter les cours de ventre. Selon le chevalier de Tussac,

lisse et généralement jaunâtre en dehors, comprimé des deux côtés et un

le manguier aurait été importé à Saint-Domingue, en 1782, par le capitaine

peu arqué en forme de rein; à épicarpe plus ou moins épais, se détachant

de vaisseau anglais Marshal, qui l’a rapporté de l'île de France avec une

avec plus ou moins de facilité; à mésocarpe charnu, le plus souvent jaunâtre,

quantité d’autres arbres utiles; de Saint-Domingue il ne tarda pas

traversé de fibres qui partent d'un endocarpe ligneux-cartilagineux, s’ouvrant

répandre dans les autres Antilles.— Alt. 0-400 met.; au delà de cette altitude,

en 2 valves, lors de la germination de la graine ; cotylédons 1-3, charnus, sans

le manguier pousse encore très bien, mais fleurit et rapporte difficilement.
[N° 3275.]

albumen; radicule infère.
Le fruit est succulent, très sain et bienfaisant; il a un léger goût de téré­

M a r tin iq u e .

à se

[N ° 333.]

benthine. On compte une masse de variétés, qui diffèrent par le volume, la
couleur, la forme, le plus ou moins de fibres, etc.; il y en a qui n’excèdent

Anacardium L. (du grec « ana », approchant, ressemblant, et « kardion »,

pas la grosseur d’un œuf de poule; d’autres qui pèsent jusqu’à deux livres.

cœur, parce que les fruits de cet arbre ressemblent, quant à la couleur et à

On se sert souvent des espèces sans fibres pour la confection des confitures et

la forme, à un cœur desséché.)

des marmelades. Sous l’influence de la culture et surtout de la grelFe, on a
obtenu des espèces qui. par leur volume, la finesse et la délicatesse de leur
chair, laissent loin derrière elles l'espèce primitive Le fruit du manguier greffé
s'appelle « mangue ». — Les meilleures espèces sont ; la mangue FiffineGabrielle, de Cayenne; la mangue Julie, introduite de Cayenne en 1860 ou
1861 par M. Neyrat, qui planta cette variété sur son habitation, le « Par­
nasse » : de forme ovale, aplatie, à couleur d'un vert pâle, à chair sans fibres,
d'un goût délicieux, ce fruit, à graine mince, avorte presque toujours; la
mangue Martin d’ un beau jaune, souvent un peu rosé, à pulpe légèrement
lérébenlhinée, à forme moins aplatie que la mangue Julie; la mangue divine,
de forme allongée et peu aplatie, à chair d’un brun clair, sans fibres, assez for­
tement lérébenlhinée; la mangue d’or, assez volumineuse, presque ronde, un
peu arquée, à peau épaisse adhérente à la chair, d’une saveur très sucrée; la
mangue Heine-Amélie, à peau très fine et un peu tachetée, se détachant faci­
lement de la chair; la mangue Crassous, à forme oblongue, d’ un vert clair
en dehors, à chair peu fibreuse; la mangue Freycinet, à chair rougeâtre et
sans fibres, de couleur souvent rosée en dehors; la mangue Raynaud, origi­
naire de l’archipel indien, petite, ronde, de couleur pâle en dehors, à chair

A. occidentale L.; Anacarde d’Occident. Yulgo : Pomme d’acajou, noix
d’acajou. Tuss., F l., III, t. 13; Desc., vol. VIT, t. 507, p. 233.— Petit arbre
tortueux, peu élégant à l’état sauvage et ne dépassant guère 5 mèt. de haut
(arbre élégant et droit, d ’une élévation de 10-15 mèt. à l'état de culture,
dans les endroits bien abrités et exposés au soleil), à cyme arrondie, à
branches très divariquées, souvent horizontales, à écorce grise, peu fendil­
lée. Feuilles naissant par bouquets aux extrémités des rameaux, épaisses,
coriaces, obovées ou obovales, arrondies ou échancrées au sommet, à côte
saillante en dessous ; les jeunes, rouges ou rougeâtres, passant ensuite et
bientôt au jaune, selon le terrain dans lequel il pousse; pétiole court, renflé
et ruguleux à la base. Fleurs polygames, en panicules terminales, larges, plus
longues que les feuilles, à branches écartées, terminées par des corymbes
arrondis; pédoncule long, comprimé; pédicelles et pédicelluies pourvus, à
la base, d'une bractéole ovée, acuminée, duvetée-glauque; calice caduc 4-5
partite, à segments duvetés en dehors; pétales 5, longs de 9 mm., deux plus
longs que les divisions du calice, linéaires, acuminés, recourbés, d'abord
blanchâtres, devenant peu à peu pourpres; étamines 9-10, périgynes, dont
une plus longue et fertile, les autres stériles; style simple, filiforme, légère­

blanchâtre bien parfumée; la mangue sans-pareille, la plus grande de toutes,
de forme oblongue, à chair aqueuse, d’une médiocre valeur; la mangue

ment courbe ou droit, près de deux fois plus long que les étamines; stigmate

Cédot, qui a beaucoup d’affinité avec la mangue Crassous; la mangue Albert,

brun, tronqué-capité. Fruit réniforme, comprimé-biconvexe, long de 28-30

la mangue Emmonet, qui se rapprochent des espèces déjà citées. — Le fruit

mm. sur 18-25 mm. de large, à péricarpe épais, cartilagineux-ligneux, brun

obtenu d un pied provenant de la graine d’une mangue greffée se nomme

clair; pédoncule très gros, charnu, plus ou moins pyriforme-obovale, tron­

« mangoline ». Les manguiers greffés sont loin d’atteindre les dimensions du

qué au sommet, poli et luisant, d’abord vert, puis jaunâtre, ensuite couleur

manguier sauvage. Le bois est blanchâtre; il a à peu près la dureté du peu­

de feu plus ou moins intense.

plier de France : on ne l’emploie que pour faire du charbon et comme bois

Le fruit, qui porte le nom de « noix d’acajou », renferme une amande

de chauffage. J ai vu cependant à la Martinique quelques beaux meubles faits

blanche, très bonne à manger, et dont le goût rappelle la noisette de France :

avec le bois du manguier. — FL en janvier, février, mars; fruits mûrs en

on la mange crue ou rôtie; dans le pays, elle remplace souvent l’amande

�190

PLANTES

DK

LA GUADELOUPE

ET DE LA

MARTINIQUE

1 91

AMENTACÉES

douce dans la confection des orgeats, des nougats, etc.; elle contient aussi

26 cm., composés de 30-35 articulations, striées, h feuilles sengainant les unes

une huile très agréable, qui vaut celle de l’amande douce. Entre I'épicarpe

dans les autres et terminées par autant de dents qu’ il y a de stries. Fleurs à
pétales, unisexuées : les mâles, en épis longs, cylindriques-oblongs, compo­

et l’endocarpe, on trouve une matière huileuse extrêmement caustique et
âcre, qui oxyde très promptement le fer, qui sert à marquer le linge en
caractères indélébiles et qui peut aussi détruire les verrues, les cors;

sés d’une multitude de petites articulations, courtes, engainées les unes

c’est grâce à cette matière (ni les insectes ni les rats n'osent l'affronter) que

velues et pointues; étamine 1, naissant latéralement au fond de la gaine et

dans les autres, longues de 1,5 mm., terminées circulairement par six dents

les noix d’acajou se conservent longtemps1. — Le pédoncule, charnu, qui

munie de deux bractées cl de deux sépales diaphanes, à filet filiforme, d’abord

prend le nom de « pomme d'acajou », renferme, dans une matière spon­

court, s’allongeant ensuite pendant la lloraison ; les femelles, réunies en

gieuse et libreuse, un suc aqueux, abondant, astringent, acide, qui oxyde

capitules strobilacés, pédonculés, d ’abord globuleux, ensuite cylindriques-

très vite le fer et I acier; il a une saveur vineuse et peut en quelque sorte

globuleux, situés vers l’extrémité des ramuscules; ovaire sessile au fond

remplacer le vinaigre ; par la distillation, on en obtient une excellente eau-de-

de deux bractées latérales, ovales, ligneuses, striées, soudées inférieure­

vie. Dans nos colonies, le suc entre dans la préparation des punchs, et, avec

ment en tube ouvert, au moment de la floraison, fermé après la fécondation,

les pommes dont on a exprimé le jus et enlevé la peau, on fait d'excellentes

pour s’ouvrir de nouveau après la maturité de la graine; ovaire uniloculaire

confitures. — La pomme, mangée crue, est indigeste à cause de son aci­

et uniovulé ; style court; stigmates 2, filiformes et allongés; semence petite,

dité.
Du tronc de l'arbre découle une gomme transparente, qui, quoique infé­

— Le bois est presque aussi dur que le fer, il ébréche les outils les mieux

longue de 4-6 mm., prolongée en une aile membraneuse, mince et diaphane.

rieure à la gomme arabique, est propre à faire de la co lle2. Le bois est

trempés : l’aubier est blanchâtre, le cœur est d’ un rouge foncé et on peut en

blanc et sert pour la menuiserie et la construction. — FL en janvier et

extraire une couleur rouge. Quand le vent souille à travers les ramuscules,

février; fruits mûrs en mai et juin. — Abondant dans les endroits secs,

il produit un bruissement vague, agréable et po étiq u e .—

sablonneux et pierreux de la basse région. Alt. 0-280 met. [ N" 3277. j

en août.— Pointe-à-Pitre (cimetière) Basse-Terre (Jardin botanique), Camp-

M a r tin iq u e .

Vulgo v: Noix ou pomme d’acajou. — Abondant. [N° 334.]

Fl. de juin en

Jacob (habitation Rollin), etc. (ÎS’° 2999.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Filao. — Fort-de-France (port des Transatlantiques),

morne Rouge, Trinité, etc. [N°2 092.]
SOIXANTE-NEUVIÈME FAMILLE.

— AMENTACÉES.

On cultive chez quelques amateurs de plantes le C. quadrivalvis Labill, et
C. tenaissima Hort.

Casuarina Kumph (nom donné par Kumph, à cause de la ressemblance
des ramuscules avec les plumes du casoar.)
C.

equisetifolia Forst.; Casuarina à rameaux en crin de cheval. Vulgo ;

Filao. — Grand arbre, originaire de Madagascar et de l’archipel indien, très
ornemental, à écorce cendrée, raboteuse, se détachant par plaques : les
jeunes pieds, à branches inférieures horizontales ; les vieux, à branches infé­
rieures penchées, et à tronc anfractueux à la base. Feuilles petites, verticillées, concrescentes; ramuscules rappelant l’Equisetum, filiformes, nom­
breux, très rapppochés et ramassés à l’extrémité des branches, longs de 201. Celle substance caustique renferme (le Yacide anacardique, du cardol, du tanin, de

Myrica L. (du grec « muriki » (le Tamariscus des anciens)

venant de

« muron », baume, suc, parce que ces plantes contiennent habituellement de
la cire odorante.)
M.

mîcrocarpa Benth.; Myrica à petits fruits. Vulgo ; Caca-ravel. —

Arbrisseau extrêmement touffu, haut de 1-2“ 50, à branches étalées, formant
une cyme aplatie, à tiges et branches nues dans le bas, à écorce grise, à bois
dur. Feuilles longues de 4-6 mm. sur 2,5 cm. de large, elliptiques, coriaces,
très vertes, brièvement pétiolées, couvertes en dessous de sécrétions globu­
leuses, grasses, résineuses : les jeunes, très grossièrement et irrégulièrement
sinuées-dentées, de manière à simuler

des feuilles de chêne; les adultes,

1acide yallique, une gomme résine et une matière colorante, L'acide anacardique est blanc,

subentières ou dentées au-dessus de la base, et souvent faiblement roulées sur

cristallin, inodore, d une saveur àcre et brûlante, aromatique; il est insoluble dans l'eau
et donne par l'acide sulfurique une couleur rou^e de sang; le cardol est un liquide oléa­
gineux. jaune, très altérable, insoluble dans l’eau, soluble dans l’éther; il est vésicant.
(E. H t)
Cette gomme, qui se produit seulement sur les pieds âgés, se concrète en masses
stalacliformes, est d'une couleur jaune et rougeâtre et se dissout incomplètement dans
l’eau. Elle est formée d arabine et de hassorine. (E. II.)

les bords, à côte saillante en dessous et munie d’ un duvet couleur de rouille.

‘1.

Inflorescence en petits chatons dioïques, solitaires ou réunis par 2, aux
aisselles des feuilles, longs de 4-7 mm., à bractées en forme de coin ; les
chatons mâles, courts, cylindriques, portant des fleurs à 4 étamines, unies
au milieu, formant une petite colonne filiforme

et

velue;

les chatons

�192

PLANTES DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

p a p i l i o n a c f .es

MARTINIQUE

193

femelles, ovoïdes, à bractées caduques, à Heurs avec I ovaire à 1 loge uni-

oblongues, brièvement pédicellées, munies, au sommet, d'un bec recourbé.

ovulée. Fruit drupacé, rond, trois fois plus petit qu'une graine de poivre.—
Abondant sur le plateau de la montagne de la Madeleine (Trois-Rivières).

— Assez abondant dans les savanes herbeuses et le long des routes de la

— Très rare à la Savane aux Ananas. Alt. 1050-1100 mèt. — Fl. en avril,
mai. [N° 3000.]

région inférieure de toute 1'île. [N° 2643.]
M a r tin iq u e .

C.

11 n'existe pas à la Martinique.

Vulgo : Pois-zombi. — Abondant. [N° 1142.]

refusa L. ; Grotalaire à feuilles réluses. Vulgo : Pois à zombi jaune. —

Annuel, à base suffrutescente, haut de 0 “' 70-1 mèt., le plus souvent très
brandiu, à rameaux striés, grisâtres, pubescents. Feuilles spatulées, très
brièvement pétiolées, arrondies ou rétuses au sommet, glabres en dessus,

SOIXANTE-DIXlÈ.WK FAMILLE.

couvertes en dessous d'un très léger duvet soyeux et blanchâtre; stipules

— L É G U M IN E U S E S.

subulées. Inflorescence en grappes allongées, terminales; calice bilobé, plus
court que la corolle : lobes supérieurs, ovés ; les

inférieurs, lancéolés;

corolle grande, jaune ; étendard souvent strié de noir. Gousses oblongues,

I. — PAPILION ÂGÉES.

très brièvement pédicellées, glabres. — Abondant dans les savanes et le
Grotalaria L. (du grec « krotalon », cliquette, castagnetle, allusion au bruit
résultant de la secousse des gousses, dans lesquelles les graines se sont déta­
chées.)
C.

long des routes, jusqu'à une altitude de 700 mèt. [N u 3018.]
M a r tin iq u e .

C.

stipularis Desv., C. sagillala D esw ; Grotalaire à stipules. Yulgo : Herbe

Vulgo : Pistache bâtard. — Abondant. [ N u 1110.]

incana L. ; Grotalaire* à feuilles blanchâtres. V ulgo : Pois à zombi. SL,

t. 179, f. 1. — Ornemental, annuel, droit, haut d e 0 m 70-1 m 20, sous-ligneux

lchalcha. Desc., vol. V I, t. -134, p. 227. — Herbe annuelle, plus ou moins

à la base, à jeunes tiges, branches, pédoncules, pédicelles et gousses finement

velue, haute de 15-65 cm., droite. Feuilles ovales ou lancéolées, ou lancéo-

duvetés. Feuilles longuement pétiolées, à 3 folioles très rapprochées, obovées

tées-linéaires, subsessiles, finement mucronées; stipules larges, décurrentes,

ou ovales, glabres ou duvetées en dessous; stipules très petites, caduques.

s'étendant d’ un nœud à l'autre, à sommet terminé en un croissant bien pro­

Inflorescence en grappes axillaires et terminales : les axillaires, opposées aux

noncé. Inilorescence en grappes longuement pédonculées, axillaires, opposées

feuilles; calice à 5 divisions profondes, ovales-lancéolées; corolle jaune ver­

aux feuilles. Fleurs peu nombreuses, jaunes ; calice à 5 divisions profondes,

dâtre, j &gt;I us longue que le calice; carène fortement barbue sur les bords.

lancéolées, aussi longues ou plus longues que la corolle; étendard cordé au

Gousses pendantes, oblongues, brièvement pédicellées, couvertes de poils

sommet: carène arquée. Gousses courtes, d'abord pubescentes, ensuite glabres,
oblongues, portées sur des pédicelles courts. — Fl. presque toute l’année.

courts et

— Dans les savanes herbeuses, humides et sablonneuses de la région infé­
rieure : environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Trois-Rivières, Baie-Mahault,
etc. Alt. 15-400 mèt. [N os 2664, 3432.]
M a r tin iq u e .

Abondant

dans

les

savanes

herbeuses

et humides

M a r tin iq u e .

Vulgo : Pistache marron. —

Abondant dans toute l'île.

[N ° 1109.]
C. loti folia L. ; Crolalaire à feuilles de lolier. Yulg o : Pistache bâtard,

Yulgo : Herbe tehatcha. — Environs de Saint-Pierre (Trou-

Vaillant), morne Saint-Martin, hauteurs de la Rivière-Salée, etc. [N° 1113.]
C.

roux. —

de toute la Guadeloupe ; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-600 mèt. N°2666. ;

verrueosa L .; Crolalaire à feuilles verruqueuses. Vulgo : tehatcha, pois-

zombi. — Annuel, très ornemental, sous-ligneux à la base, droit ou tortueux,

tehatcha. SL, t. 176, f. 1, 2. — Suflrutescent, très droit, haut de 0 m 701 mèt. Feuilles trifoliées, très brièvement pétiolées, elliptiques ou obovalesellipliques; pétiole commun plus long que les folioles et cannelé au-dessus;
stipules très petiles. Fleurs solitaires à l aisselle des feuilles; calice plus court

glabre, à branches nombreuses, quadrangulaires, étalées et souvent penchées,

que la corolle, à cinq divisions profondes el lancéolées; corolle jaunâtre;

haut de 50-90 cm., rarement plus haut. Feuilles ovées, brièvement pétiolées;

étendard strié de brun. Gousses

stipules 2, larges, sessiles, arrondies à la base et inégales, pointues au som­

glabres ou légèrement pubescentes, terminées par un bec très recourbé. —

petites, pendantes, spalulées-oblongues,

met, obliquement appliquées contre la tige. Inflorescence en grappes termi­

Hare : çà et là dans les hauteurs du Diamant

nales, pédonculées; calice bilobé jusque vers le milieu, à moitié aussi long
que la corolle : lobe supérieur, ové; l'inférieur, lancéolé; corolle large, vio­

[N° 1107.] — Je ne Fai pas trouvé à la Guadeloupe.

lette ou panachée de violet sur fond blanc; pédoncule à 3-4 ailes, ce qui

Annuel, haut de 0 m 70-1 m 20, plus ou moins grimpant, à tiges et branches

distingue cette espèce très facilement de tous ses congénères.

très grêles. Feuilles longuement pétiolées, à 3 folioles petites, elliptiques :
Dùîs. — Plantes Guadeloupe et M artinique .
13

Gousses

(habitation

kikandon).

C. peiulula Benlh.; Crotalaire à gousses pendantes. V ulgo : Pois savane. —

�194

PLANTES

DE L.A GUADELOUPE

ET

DK LA

MARTINIQUE

la supérieure, beaucoup plus grande; pétiole commun presque aussi long
que les folioles; stipules très petites. Inflorescence en grappes axillaires,
allongées, plus longues que les feuilles; calice à 5 divisions deltoïdes-subulées; corolle petite, jaune. Gousses ovoïdes, courtes, pendantes, longues
de 11 mm., munies, près du sommet, sur la soudure ventrale, d’une longue
arête rigide, fortement repliée sur elle-même; semences 4-5, rondâtres,
brunes, lisses. — Peu répandu : hauteurs du Carbet, dans les champs de
cannes de l'habitation Crassous. [X° 818/l ] — hile n existe pas a la Gua­

PAPILIONACÉE S

•

195

M a r t i n i q u e . Vulgo : Indigo. — Se rencontre dans la basse région de toute
nie. [N ° 1858.]

L ’I. disperma L., arbrisseau droit, haut de 1-2 met., à gousses ne conte­
nant (pie deux semences; a été introduit en 1887 à la Martinique, par
Ch. Thierry, directeur du Jardin botanique de Saint-Pierre, pour l'exploita­
tion de l ’indigo. Il est originaire du Venezuela et fleurit en juin, août, sep­
tembre. ( Il paraît réussir très bien dans l ile et donne de beaux résultats.
[N ° 1059.]

deloupe.
Les C. juncea L. et quinquefolia L., originaires des Indes Orientales,
poussent spontanément dans le Jardin botanique de Saint-Pierre. [ N os 1111

Tephrosia Fers, (du grec « tephros », couleur cendrée, allusion à la cou­
leur de la plante.)

et 1108.]

T. cinerea Pers. ; Tephrosie à couleur de cendres. Vulgo : Mort aux pois­
sons, herbe à enivrer. — Herbe sulFrulescente, plus ou moins couchée,

Indigofera L. (du mot indigo « indicum » ou couleur indienne, parce que,
autrefois, on recevait cette matière tinctoriale de l’ Inde, et « fero », je porte.)
I . linetoria L. ; Indigo tinctorial. Vulgo : Indigo vrai. SL, t. 176, f. '2;

entièrement grise, â lige grêle, peu branchue, haute de 15-60 cm. Feuilles
imparipennées, brièvement pétiolées, à 4-7 paires de folioles opposées,
oblancéolées-linéaires, couvertes en dessous d’ un léger duvet argenté, à

pubescent, droit, grisâtre, buissonneux ou à tige simple, à branches nom­

nervures très nombreuses et très fines; stipules subulées, sétiformes, très
petites. Inflorescence en grappes lâches, allongées, terminales et axillaires :

breuses, étalées et infléchies. Feuilles imparipennées, pétiolées à 4-6 paires
de folioles opposées, ovales ou obovales-oblongues; stipules subulées. Inflo­

les dernières opposées aux feuilles; calice à 5 lobessubulés, inégaux; corolle
blanc pâle ou rosée; étendard soyeux, trois fois plus long que le calice;

rescence en grappes axillaires, sessiles, minces, allongées, presque aussi
longues que les feuilles; calice à 5 divisions triangulaires; corolle petite,

étamines diadelphes. Gousses linéaires, oblongues, arquées, comprimées,
longues de 4-5 cm., contenant 5-10 semences. — A la Désirade, on se sert

Desc., vol. I, t. 17, p. 81. — Sous-arbrisseau, haut de 1-1 m50, légèrement

pourpre; étamines diadelphes; pédicelles très courts et bractéolés à la base.

de celte herbe pour enivrer les poissons. — Peu répandu. Abondant dans les

Gousses subcomprimées-cylindriques, légèrement toruleuses, linéaires,
longues de 3-3,4 cm., un peu arquées, munies d'un bourrelet dorsal;

sables du bord de mer et aussi un peu à l ’intérieur : Désirade, Saint-Fran­

semences 10-15. — FL de mai à septembre. — Originaire des Indes Orien­
tales; introduit autrefois pour la grande culture. — Abondant dans les
endroits secs, sablonneux ou calcaires de la basse région : environs de la
Basse-Terre, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Vieux-Fort, Marie-Galante,

çois, Marie-Galante. [N °3014.]
Il n’existe pas à la Martinique.
Cracca L. (du grec « kra/.ein », crier, c ’est-à-dire plante recherchée par les
animaux criants, sans doute les oiseaux.)
C. caribæa Benth.; Cracca des Caraïbes. Vulgo : Pois-z'oiseaux. — Sull’ru-

la Désirade, etc. [ N os 2649 b, 3015.]
M artinique. Vulgo : Indigo. — Sainte-Anne (Fond-Moustique), Vauclin,

lescent et plus souvent arbrisseau, parfois sarmenteux, haut de 0 m80-2 met.,

Marin, etc. [N 0 1058 /&gt;.]

à une ou plusieurs tiges grêles, peu branchues et nues dans le bas, toujours

I. A n il L. ; Indigo anil (du mot arabe « annil », « ni 1 » ou « nileh », qui veut
dire bleu.) Vulgo : Indigo, indigo bâtard. SL, t. 176, f. 3;Tuss., F l., II, t. 9.
— Ressemble au précédent pour la taille, l'inflorescence, la forme et la couleur
des fleurs; il en diffère par ses feuilles plus grises en dessous et à 3-7 paires
de folioles, mais surtout par ses gousses plus courtes, très recourbées, non
toruleuses, munies d’un bourrelet dorsal très épais, longues de 11-13 mm.,
ne contenant que 4-6 semences. — Fl. de septembre à février. — Abon­
dant : originaire des Indes Orientales; introduit autrefois pour la grande
culture. — Même habitat que le précédent. [N os 2649, 3414.]

penchées au sommet. Feuilles imparipennées, brièvement pédonculées, à
5-11 paires de folioles nettement elliptiques, mucronées, couvertes en des­
sous d un duvet argenté et soyeux ; stipules longues, sétiformes, subulées.
Inflorescence axillaire en grappes très lâches, pédonculées, paucillores, à

Indigofera

1. Les
ne sont pas seulement des plantes industrielles d'une haute valeur,
elles se recommandent encore par quelques vertus médicinales qui les font employer
dans leur pays d’origine ou de culture. C ’est ainsi qu’en Am érique les racines de I I. anil
sont réputées néphrétiques et les feuilles passent pour altérantes et purgatives ; la
racine d'I.
est employée communément aux Antilles, dit-on, comme fébrifuge, et
dans l’Inde comme antiépileptique; les feuilles en décoction sont réputées alexitères et
employées aussi contre les douleurs néphrétiques. (E. H.)

lincloria

�196

PLANTES DE l.A GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

(leurs distantes les unes des autres; calice5-üde, à lobes deux fois plus longs
que le tube ; corolle blanche, plus rarement rosée ; ailes transversalement ruguleuses;étamines diadelphes.Gousses linéaires, aplaties, droites ou légèrement
arquées, longues de 6-7 cm. sur '2-3 mm. de large; semences 15-18, séparées
par de fausses cloisons. — Fl. presque toute 1année. — Dans les terres pier­
reuses, sèches et chaudes près de la mer : Pointe-Noire, Deshaies, Pigeon,
etc. [N° 2659.]
M a r tin iq u e.

Vulgo : Petit pois. — Case-Pilote, Diamant, Sainte-Anne

(abondant). [N° 1061. j

A. grandiflora Desv. ; Agati à grandes fleurs. Vulgo : Colibri végétal. —
Petit arbre, droit, très ornemental, originaire des Indes Orientales et de
Malabar, introduit dans nos colonies par les travailleurs indiens et naturalisé
depuis de longues années, à fronde pyramidale et à branches inférieures hori­
zontales. Feuilles alternes, paripennées, brièvement pétiolées, à 15-22 paires
de folioles, opposées, très brièvement pétiolées, elliptiques ou ellipliquesoblongues, grisâtres en dessous. Inflorescence en grappes axillaires, pauciflores, pendantes; calice campanulé, environ quatre fois plus court que la
corolle, dentelé-ondulé sur les bords; corolle blanche ou rose, très large;
étendard ovale-oblong, plus court que les ailes libres et la carène arquée;
étamines diadelphes. Gousses verticalement pendantes, mesurant jusqu'à
48 cm., droites, slipitées, terminées par un bec long, large et droit, linéaires,
comprimées, pourvues d'un bourrelet sur les quatre bords, contenant jusqu’à
'24 semences, séparées les nues des autres par de fausses cloisons. — L ’écorce
est amère et, suivant le D r Jackson, elle est employée dans l'Inde comme
fébrifuge et en infusion contre la v a rio le 1. Les Indiens mangent les jeunes
feuilles après les avoir apprêtées à leur manière. — Fl. en mai et juin, et
aussi en octobre et novembre. — Cultivé dans les jardins, dans les cours et
autour des habitations, pour la beauté de ses fleurs. [N° 3013.]
M artinique . Vulgo : Colibri végétal. — On y rencontre souvent la variété
— Cultivé dans les jardins

197

pubescentes. Feuilles grisâtres, paripennées, à 10-20 folioles oblongueslinéaires, soyeuses en dessous, plus rarement glabres, le plus souvent mucronées au sommet. Inflorescence en grappes axillaires, pédonculées, trois ou
quatre fois plus courtes que les feuilles; calice à 5 dents subulées; corolle
jaune; étendard veiné de noir ou de brun; étamines diadelphes. Gousses
d’abord biconvexes, ensuite comprimées, linéaires, pourvues de bourrelets
sur les côtés, arquées, longues de 12-22 cm., terminées par un onglet court.
— Fl. en avril, mai. — V it solitaire ou plus souvent en société dans les
endroits aquatiques et marécageux près de la mer ; Lamentin, Sainte-Anne,
Moule, Baie-Mahault. [N°3012.]

Agati Ad. (du nom de celle plante à Malabar.)

à fleurs roses.

PAP ILIONA CEES

et autour des habitations.

[N° 1057.]
Sesbania Pers. (du mot arabe « seiseban ».)
S. sericea D. C.; Sesbanie à feuilles soyeuses. Vulgo : / ’aiguille-mare. —Sulfrutescent et frutescent, haut de l™ 50-2“ 80, droit, à branches peu nom­
breuses : les inférieures, toujours horizontales, à jeunes liges et branches
1. Cet arbre laisse exsuder une gomme d’abord rouge puis noirâtre qui est analogue au
kino, à laquelle elle doit ses propriétés astringentes et qui mériterait d’ôtre étudiée.
L ’écorce, les feuilles et les gousses sont aussi astringentes; le suc des fleurs et des feuilles
serait un remède populaire contre le coryza; la racine serait antirhumatismale. (E. H.)

M a r t i n i q u e . Pois-mare. — Trois-Ilets, Anses-d’Arlets, Fort-de-France,
Trinité, Galion, Marigot, etc. [N° 1060.]
*

Aeschynomene L. (du grec « aïschunomaï », j’ai honte, parce que les
feuilles se ferment quand on les louche.)
A. sensitiva Sw. ; Aeschynomene sensitive. Vulgo ; Honteuse mâle. Plum.,
édit. Burm., t. 149, f. 2. — Annuel, ligneux ou sous-ligneux à la base, très
droit, entièrement glabre, haut de 0ln 80-1,n 80, le plus souvent très branchu
dans le haut. Feuilles irritables, imparipennées, à 15-22 folioles oblongueslinéaires, uninerviées, sessiles; stipules semi-sagittées, scarieuses. Inflores­
cence en grappes terminales, lâches, courtes, pédonculées, portant 3-6 fleurs;
calice bibractéolé à la base, à deux lèvres ; corolle jaune ou jaunâtre brun ou
blanchâtre, petite; étendard arrondi, entier; carène en forme de nacelle, avec
pétales séparés à la base; étamines 10, divisées en deux faisceaux égaux.
Gousses lomentacées, longues de 12-14 cm. sur 5 mm. de large, composées
de 6-9 articulations carrées, rectilignes, sauf sur le côté dorsal. — Fl. de
novembre à février. — V il en société dans les endroits aquatiques ou maré­
cageux, sur le bord des étangs et des mares : Le Bailli f, rivière des Pères,
Camp-Jacob, Pointe-Noire, Lamentin, Baie-Mahault, etc. N°2655.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Honteuse mâle. — Champflore, Trois-llets, Ansesd’Arlet, Rivière-Pilote, Le Robert, etc. Alt. 0-500 mèt.

N° 1062.]

A. americana L. Vulgo : Honteuse femelle. SL, t. 118, f. 3. — Herbacé,
sous-ligneux à la base, annuel, haut de 40-90 cm., branchu ou sans branches,
à lige grêle, délicate, toujours inclinée à l’extrémité, couvert, dans toutes ses
parties, de poils roux, droits. Feuilles délicates, pétiolées, irritables, impari­
pennées, à 15-32 folioles, très petites, oblongues-Iinéaires, obliques à la base,
(rinervées, finement niucronées; stipules ovales, subulées, à deux branches
opposées, dont une se dirige de bas en haut, et l autre de haut en bas. Inflo­
rescence en grappes axillaires et terminales, pédonculées, très lâches, courtes,
à 2-6 (leurs jaune brun ou jaunâtre, veinées de brun; pédoncules et pédicelles liliformes, bractéolés à la base, à bracléoles ovales, ciliées-denlées ;
calice bilobé; corolle comme dans le précédent. Gousses lomentacées, stipi-

�198

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

PAPILIONACEES

199

lées, longues de *25-30 mm., rectilignes sur le dos, sinuées sur le ventre,

A. vagin ri lis D. C.; Alysicarpc à stipules engainantes. Vulgo : Zerbe-

composées de 6-7 articulations contractées. — Kl. de mai à juillet. — Cette

savane. — Annuel ou vivace, selon qu'il est brouté ou non, couché, entière­

berbe, quand elle est jeune, fournit un assez bon fourrage. — Très abondant

ment glabre, à branches très flexibles, souvent

dans les savanes humides, le long des ruisseaux et des étangs de la basse

simples, petites, nettement elliptiques ou ovales-linéaires, à pétioles fili­

région, où il vit solitaire et plus souvent en société : environs de la Basse-

formes, environ trois fois plus courts que les feuilles; stipules longues,

Terre, Gourbeyre, Camp-Jacob, Lamenlin, Sainte-Rose, cle. Alt. 0-600 met.

scarieuses, engainantes à la base, plus courtes que les pétioles. Inflorescence

[N° *2645.]
M ar tin iq u e .

très allongées.

Feuilles

en grappes courtes, terminales, â 3-8 fleurs; calice tubuleux, 5-fide, à lobes
Vulgo : Honteuse femelle. — Abondant : Lamentin, Trois-

Ilets, Caravelle, etc. j_N° 1065.j

subulés, rigides; corolle jaune pourpre; étamines diadelphes. Gousses lomen­
lacées, droites, presque cylindriques, à *2-8 articulations, muriquées et tron­

Zornia Gmel. (dédié à l'Allemand Jean Zorn, né en 1737, à Kemplen en
Bavière, pharmacien et sénateur de cette ville; a écrit sur plusieurs plantes

quées aux deux extrémités. — Peu abondant ; constitue un bon fourrage.
Savanes sèches de la région inférieure : environs de la Basse-Terre, Moule,
Gozier, Trois-Rivières, etc. Alt. 20-400 mèt. [N°3011.]

rares et a publié des figures de plantes officinales.)
Z. diphylla Fers.; Zornie à deux feuilles. Vulgo : Zerbe-cabrite. — Petite
herbe annuelle, rampante, entièrement glabre, à tiges dichotomcs, allongées,
grêles et flexibles, longues de 10-20 cm., souvent relevées aux extrémités.

Desmodium D. C. (du grec « desmos », lien, allusion aux étamines réunies
en un tube dans la plupart des espèces.)

Iriflorum D. C. ; Desmodium à trois fleurs. Vulgo : Petit trèfle. — Herbe

D.

Feuilles longuement pétiolées, à une paire de folioles ovales ou lancéolées, le

délicate, annuelle, devenant parfois vivace quand elle est broutée, complète­

plus souvent pointues au sommet, très brièvement pétiolées; stipules lan­

ment couchée, parfois voluble quand elle trouve un appui, radicante, à tiges

céolées, subulées, munies d’un prolongement basilaire. Inflorescence en épis

et branches nombreuses, très flexibles, filiformes, à jeunes tiges et branches

allongés, terminaux, pédonculés, à rachis filiformes. Fleurs très distantes,
alternes, chacune à moitié cachée dans deux bractées elliptiques; calice à

très petites, obovées ou obeordées, parfois presque rondes; stipules relative­

deux lèvres : la supérieure, émarginée-obtuse ; l’inférieure, trifide ; corolle

ment grandes, acuminées, persistantes. Fleurs peu nombreuses, terminales,

pubescenles. Feuilles digitées-trifoliées, très brièvement pétiolées, sessiles,

jaune brun; étendard longitudinalement plissé et veiné de rouge; étamines

réunies par 2-4, opposées aux feuilles; calice brièvement campanulé, à 5

monadelphes. Gousses lomenlacées, comprimées, longues de 6-7 mm., com­

segments rigides et poilus; corolle pourpre foncé, rarement blanchâtre ou

posées de 4-6 articulations rondes, biconvexes et fortement muriquées. —

blanche; étendard obové; ailes adhérentes à la carène et biauriculées à la

Cette herbe forme souvent un superbe gazon dont les chèvres et les moulons

base. Fruit lomentacé,

sont très avides : broutée, elle devient vivace ; la racine pivotante prend un

presque carrées, légèrement arrondies sur le bord de la suture dorsale. —

grand développement et les tiges se multiplient ; quand elle pousse dans des

Excellent fourrage pour les moulons et les chèvres. — Abondant dans cer­

endroits où les bestiaux n’arrivent pas, la lige reste simple et s’allonge indé­

taines savanes sablonneuses, humides ou sèches, où il forme souvent un fort

finiment. — Abondant dans les savanes sèches ou plus ou moins humides et

joli gazon ; environ d e là Basse-Terre (ravine Belost), les Vieux-Habitants,

sablonneuses de la région inférieure : entre la Basse-Terre et Le Baillif, les

Pigeon, Trois-Rivières, etc. Alt. 10-700 mèt. [N° 3005.]

Vieux-Habitants, Vieux-Fort, Pigeon, Pointe-Noire, etc. Alt. 0-500 mèt.
[N° 2650.]
M a r tin iq u e .

légèrement arqué, composé de 3-6 articulations

M artinique . Vulgo : Corde à violon, petit trèfle. — Fond-Canonville
(abondant); Marin, Trois-Ilets, etc. [N° 809.]

Vulgo : Zerbe-mouton. — Hauteurs du Diamant, de Case-

Pilote, environs de Saint-Pierre (Trou-Vaillant), Prêcheur, etc. [N° 1064.]
Le Lourea vesperfilionis Desv., herbe annuelle, droite,

à

feuilles de

nscendens D. C .; Desmodium ascendant. Vulgo ; Cousin. — Annuel

D.

ou vivace, à tige rampante, radicante, cylindrique, verte, ascendante : jeune
lige

et

branches,

pubescentes.

Feuilles pétiolées,

pennées-trifoliées, à

chauves-souris, originaire des Indes Orientales; s'est naturalisé au Jardin

folioles obovées ou ovales-arrondies, très vertes en dessus et bordées d’ un

botanique de
[N° 1065.]

grande; stipules *2, distinctes, petites, ovales-lancéolées, apprimées. Fleurs

Saint-Pierre

et dans

quelques

autres

localités

de

l’île.

liseré rouge, blanchâtres en dessous : la troisième foliole, distante et plus
pourpres ou plus rarement blanches, en grappes allongées, terminales; calice

Alysicarpus Neck. (du grec « alusis », chaîne, et « harpos », fruit, parce

comme dans le précédent; corole petite. Fruit lomentacé, droit, couvert de

que la gousse se compose d'articulations qui, à la maturité, se détachent une
à une.)

poils roux et crochus, divisé en *2-5 articulations semi-ovoïdes. — Fourrage

�200

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

PARI LIONACÉES

201

recherché par tous les bestiaux. — Abondant dans toutes les savanes humides

Basse-Terre (ravine de Belost), Gourbevre, Trois-Rivières, Camp-Jacob,

de la basse et de l'infra-moyenne région de la Guadeloupe. Alt. 0-1000 met.

Moule, Gozier, Morne-à-l’ Eau, etc. Alt. 10-800 met. [N 0 2640.]

[N° 2939.]
M artinique . Yulgo : Cousin, trèfle-savane. — Abondant dans toutes les

les lisières des bois de la basse et de l’infra-moyenne région de file : Morne-

savanes humides. [N°812.]

Bouge, Parnasse, Carbet, Marin, Trois-Ilets, etc. [N° 810.]

D.
incanum D. C.; Desmodium à feuilles blanchâtres. Vulgo : Cousingrand’savane. SI., t. 118, f. 1 , 2. — Annuel ou vivace, couché, ascendant et

Yulgo : Cousin-trèfle. — Suflruteseent, radicant, rampant à une distance

souvent dressé aux extrémités, à jeunes tiges et branches pubescentes. Feuilles
pennées-trifoliées, à folioles ovées ou oblongues, presque toujours mucronu-

cenles. Feuilles

lées : les jeunes souvent ovales-elliptiques ; la troisième beaucoup plus
grande et distante des deux autres; pétiole commun poilu, pétiolules courts,

M a r tin iq u e .

D.

V ulgo : Trèfle courant. — Assez abondant dans les haies, sur

scorpiurus Desv. ; Desmodium à fruits en forme de queue de scorpion.

indéterminée, à tige anguleuse, à jeune tige et branches filiformes, pubespennées-trifoliées,

à folioles

elliptiques

ou ovales,

ou

oblongues, blanchâtres en dessous, pétiole commun filiforme, plus long que
les folioles; stipules subulées, obliquement insérées à la base. Fleurs en

velus; stipules connées jusqu'au milieu. Fleurs en grappes allongées, termi­

grappes terminales, allongées, lâches; corolle blanche, petite, striée de violet,

nales. mullitlores; corolle pourpre foncé, plus rarement blanche. Fruit lomen-

pédicelles capillaires, délicats. Fruit lomentacé, long de 3-5 cm., droit ou

tacé, subsessile, arqué, couvert de poils crochus, articulations 2-8, à suture

arqué, loruleux, légèrement contracté aux cloisons, composé de 2-7 articu­

ventrale unie et rectiligne, suture dorsale présentant autant d’entailles qu’il y

lations ovales-linéaires et tronquées aux deux extrémités : la dernière, terminée

a d'articulations. — Cette herbe constitue un précieux fourrage.— Abondant

en pointe allongée. — Assez répandu dans la basse région : bords du Galion

dans toutes les savanes humides ou sèches de la basse et de la moyenne

(près de l’embouchure), dans les savanes, le long des routes et sur les vieux

région de la Guadeloupe; moins abondant à la Grande-Terre et dans les

murs. Alt. 0-300 mèt. [N ° 3008.]
M artinique . Vulgo : Trèfle-savane, petit trèfle. — Dans les savanes et le

dépendances. Alt. 0-800 met. [N° 3007.]
M a r tin iq u e.

Yulgo : Trèfle-savane, cousin. — Très abondant. [N°813.]

long des routes :

Le D. laUfoliumD. C., originaire des Indes Orientales, droit, haut de 0m80l m20, à feuilles larges, pubescentes en dessous, à lige

grosse, à fleurs

environs

de

Saint-Pierre,

Prêcheur,

Basse-Pointe,

Macouba, etc. [N ° 815.]
D.

torluosum D. C.; Desmodium à fruits tortueux. Yulgo : Cousin .—

violettes ou blanchâtres, en grappes très nombreuses axillaires et terminales;

Annuel, très droit, ornemental, à tige unique, très branchue dans le haut,

est naturalisé au Jardin botanique de Saint-Pierre et aux environs de la v ille.
[N° 811.]

d'une élévation de 0 11180-1111 10, à jeune tige et branches striées-cylindriques,

D.

axiHare D. C.; Desmodium à fleurs axillaires. Vulgo : Cousin-falaise.

couvertes de poils rigides et crochus. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles
ovées ou ovées-oblongues, hispides, glauques en dessous : la troisième foliole,

— SufTrulescent, rampant, radicant, s’étendant à une distance indéfinie,

beaucoup plus large; stipules obliquement

subulées. Fleurs en

grappes

ascendant aux extrémités et voluble quand il peut trouver un appui, à tiges

allongées, terminales et axillaires : les dernières, situées dans les aisselles des

et branches nombreuses, filiformes, très flexibles, légèrement pubescentes :

feuilles supérieures; pédoncule long; corolle pourpre violet ou violette, ou

les jeunes, poilues. Feuilles larges, souvent panachées, très longuement

blanchâtre ou blanche ; pédicelles filiformes plus longs que les fleurs. Fruits

pétiolées, pennées-trifoliées : les deux folioles inférieures, elliptiques ou

lomentacés, subsessiles, tortueux, couverts de poils rigides et crochus; arti­

ovales; la troisième, plus grande, ovale, deltoïde en dessus de la base; pétio-

culations 2-6, comprimées, très contractées aux jointures, arrondies. — Abon­

lules courts et poilus ; stipules distinctes, poilues, élargies à la base, termi­

dant dans les savanes sablonneuses, le long des routes, sur les décombres,

nées en pointe fine et longue. Fleurs en grappes axillaires, lâches, longues,

et dans les endroits défrichés de la région inférieure de toute 1 île. Alt.

dressées, naissant aux aisselles radicanles; pédoncules très longs, dressés,
fermes, pubescents; corolle pourpre ou blanche. Fruit lomentacé, composé

i-500 mèt. [N ° 3007.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Cousin. — Abondant dans les environs de Saint-

de deux

Pierre, au Carbet, à Case-Pilote, au Marin, etc. [N ° S 14.j

articulations larges, demi-rondes, couvertes de

poils roux

et

crochus : suture dorsale, droite avec deux petits rebords ; la ventrale, sinueuse,

D.

spirale D . C . ; Desmodium à fruits en spirale. \ ulgo : Cousin.— Annuel

à sinus profonds ; pédicelles filiformes, tantôt aussi longs, tantôt un peu plus

ou vivace, haut de 50-80 cm., d’abord couché et radicant, ensuite plus ou

courts que le fruit. — Constitue un bon fourrage. — Beaucoup moins abon­

moins droit,

dant que les espèces précédentes. Aime les endroits ombragés et humides ;

Feuilles pennées-trifoliées, à folioles ovées ou lancéolées, presque toujours

à liges flaccides, délicates,

allongées, anguleuses, glabres.

�PAP ILIONA CE ES

203

fourrage. — Abondant dans les terres calcaires du Petit-Canal, du Moule,
du Go/ier,

de Saint-François,

de

la Désirade, de Marie-Galante, etc.

[N ° 3017.]
Il n’existe pas à la Martinique.

Arachis

L. (du grec « arachné », araignée, à cause de la surface du fruit,

&lt;pii présente quelque ressemblance avec une toile d'araignée.)

A.

hypogæa L. ; Arachide souterraine. Vulgo : Pistache, pistache-vraie.

— Herbe annuelle, longue de 40-60 cm., d'abord plus ou moins droite,
ensuite couchée, se relevant aux extrémités; à racine fusiforme, allongée,
portant un grand nombre de radicelles fibreuses, munies de petits tubercules
D.

molle 1). C. ; Desmodium à feuilles molles. Yulgo : Cousin. — Annuel,

très droit, haut de 50-90 cm., à tige simple, anguleuse-striée et pubescente
dans le haut. Feuilles pennées-lrifoliées, à folioles ovales, pubescentes en
dessous : la supérieure, plus grande et bistipulée à la base; pétiole commun
long, très comprimé,

cannclé-strié ; stipules sétacées. Fleurs en grappes

ciblées, très allongées, simples;
réunis

par 2-3, filiformes,

corolle pourpre ou blanche; pédicelles

bibractéolés

au

sommet.

Fruit

lomenlacé,

subsessile, à deux articulations tortueuses, dont l'inférieure avorte et dont
l'autre seule se développe, devient large, membraneuse, et est munie d'une
entaille sur le bord supérieur. — Très rare. De cette espèce, je n’ai trouvé
que trois pieds dans une savane herbeuse, aux environs du bourg de CasePilote (Martinique). [N°817.]

arrondis; à lige simple ou ramifiée; à jeunes tiges et branches comprimées,
velues, slriées-angulcuses. Feuilles paripennées longuement pétiolées, à deux
paires de

folioles presque sessiles, très vertes, légèrement obovales ou

oblongues-ovales ; stipules 2, très longues, adnées au pétiole dans leur moitié
inférieure, longuement acuminées dans la moitié supérieure. Fleurs jaunes,
larges, axillaires : ('elles des aisselles supérieures, habituellement mâles;
celles des inférieures, femelles. Après la fécondation, le pédoncule de la
fleur femelle s'allonge, portant l'ovaire à son extrémité et s’enfonce peu à
peu sous terre pour y laisser mûrir le fruit, qui est lomentacé, composé de
1-2 articulations indéhiscentes. — Originaire de l'Afrique occidentale, de
l’Amérique centrale et du Brésil ; cultivé et naturalisé dans toutes les Antilles.
— La graine, nommée pistache de terre, fournit une huile peu rancissable
et très estimée dans le commerce. On la cultive pour la consommation locale

LeD. girans D .C .; Desmodium h feuilles oscillantes, Vulgo : Télégraphe,
originaire des Indes Orientales, cultivé autrefois au jardin botanique de
Saint-Pierre; s’y est naturalisé et aussi dans les environs. (N° 1105.]
Stylosantes Sw. (du grec « stulos », pistil, et « anthos », fleur, allusion

et on la mange rôtie aux A n tille s 1. — Fl. de mai en juillet. N 05 3004, 3581.
M artinique . Vulgo : Pistache. [N ° 1066.]

Chætocalix

D. C. (du grec « chaïté », crinière, crin, et « kalux », calice,

à cause des aiguillons allongés qui couvrent le calice.)

C.

au grand développement du style.)
S . procurnbens L. ; Stylosanthe penché. Vulgo : Trèfle jaune. — SutTrulescent

vincentinus D. C.; Chætocalyx de Saint-Vincent. Yulgo : Corde à
violon. — Petite liane délicate, ligneuse à la base, à tige unique, branchue

ou plus souvent vivace, d'abord droit, ensuite plus ou moins couché, très

dès la base, haute de 1m50-21" 80, à tige et branches très flexibles, minces,

branchu, pubescent, haut de 20-34 cm., à racine pivotante, grosse. Feuilles

très enchevêtrées, cylindriques, glabres et noirâtres. Feuilles pétiolées,

pennées-trifoliées, à folioles lancéolées-oblongues, mucronées, entièrement

imparipennées, à 5 folioles elliptiques ou elliptiques-oblongues, mucronées,

pubescentes; remarquables par les nervures, qui sont

à pétiolules courts et filiformes. Fleurs jaunes, larges, axillaires, soif réunie

très saillantes en

dessous ; stipulesadnées au pétiole. Inflorescence en épis courts, ovales. Fleurs

en fascicules, soit disposées en grappes courtes, simples; à pédoncule et

petites, accompagnées d’un pédicelle accessoire, velu, et entourées de plu­

rachis couverts de très petits piquants, élargis à la base et capillaires au

sieurs bractées rigides; calice à tube filiforme, caduc; corolle jaune, striée

sommet ; calice 5-fide, â lobes inégaux, subulés, partie tubuleuse du calice

de brun, insérée en dedans des lobes du calice; étendard rondâtre ; étamines
monadelphes; anthères alternativement inégales. Fruit lomentacé, sessile,
composé d'une articulation réticulée-côlelée, plate d’un côté, aussi longue
que son bec allongé et tourné en crosse.— Jeune, cette herbe constitue un bon

1. Ces graines donnent, par expression à froid de leurs cotylédons, de 10 à 50 •/» d'une
huile agréable, de saveur douce. Cette huile est constituée par un mélange d
de
p à lm itin e , d'hypogæine et d'arachidine. Elle est surtout employée en Europe pour la
fabrication du savon et des fromages de Hollande. (E. H .)

oléine,

�PÀPILIONACKBS

204

PLANTES

DE 1.A GUADELOUPE

ET

DE LA

205

MARTINIQUE

couverte de piquants semblables à ceux du pédoncule el aussi longs que les
dents les plus longues du calice; étendard pubescent, arrondi-émarginé; éta­
mines monadelphes. Fruit lomentacé, arqué, linéaire, glabre, composé de
6-8 articulations, longues de 8 mm., comprimées, convexes sur les bords et
tronquées aux deux extrémités, finement striées. — Les chèvres el les moulons
sont friands des feuilles et des jeunes tiges. — Exclusivement propres aux
terrains secs, pierreux et arides: Le Baillif, les Vieux-Habitants, Vieux-

de la basse région: Basse-Terre, Le Baillif, Vieux-Fort, Pointe-Noire,
Grands-Fonds du Gozier, du M ouïe, de Sainte-Anne, etc. jN°3413.]
M artinique . Vulgo : Liane-réglisse. — Abondant. [N° 1068.J

Rynchosia

Lour. (du grec « rhunchos », bec, trompe, allusion à la forme

particulière de la carène.)

R.

minima D. C.,

R. carihæa

Torr. et Gr. ; Rynchosie très petite. Vulgo:

Pois-z’oiseaux, petit pois. SL, t. 115, f. 1. — Liane annuelle, haute de

Fort. Pointe-Noire, Désirade, etc. — Fl. pendant la saison des pluies. —

l m50-2u,50, élégante,

Alt. 0-150 met. [N° 3003.]

très flexibles et grêles, infiniment enchevêtrées. Feuilles velues, à 3 folioles

très branchue,

à tiges et branches

anguleuses,

Vulgo : Liane-corde, cordon de violon. — Abondant sur la

ovées-rhomboïdes, pourvues, à la base, de deux stipules. Fleurs jaunes, très

côte, entre le Garbet et Case-Navire, Sainte-Anne, Diamant, etc. [N° 1067.]

réduites, en grappes très nombreuses, petites, axillaires, longuement pédon-

M ar tin iq u e .

culées ; calice 5-parlite, à lobes lancéolés-linéaires, inégaux : l'inférieur, envi­
Abrus L. (du grec « abros », élégant, allusion au tendre et joli feuillage
de cette plante.)

ron de moitié aussi long que la corolle; étendard arrondi; ailes et carène
veinées de noir; étamines monadelphes. Gousses longues de 12-15 mm. sur

A. precalorins L.; Abrus propre il prier, Jéquirity. Vulgo : Graines
d'église, liane à réglisse, réglisse. SL, t. 112, f. 4; Desc., vol. IV, t. 275,

p. 194. — SulTrutescenl, voluble, haut de 1-3 mèt.,branchu; à ligeset branches
grêles, très flexibles et très enchevêtrées; à racines traçantes, chevelues.
Feuilles paripennées, délicates, ii 10-12 paires de folioles opposées, arrondies
aux deux extrémités ou mucronées au sommet. Fleurs roses ou rosées, en
grappes courtes, simples, habituellement situées à l’extrémité de branches
sans feuilles; calice tronqué; carène plus longue que les ailes; étamines 9

3 mm. de large,comprimées, recourbées à l'extrémité, rétrécies à la base, con­
tenant deux semences noires, réniformes, avec un petit raphé blanc. — Les
graines passent pour être toxiques el corrosives. — F L pendant l'hivernage.
— Abondant dans les halliers de la basse région : environs de la Basse-Terre,
Le Baillif,

Moule

(commun),

Gozier,

Lamentin,

etc. Alt.

0-150 mèt.

[N° 2642.]
M artinique : Vulgo : Pois-halliers, pois-sucrier. — Fort-de-France, TroisIlets, Lamentin, Ducos, etc. [N° 1069.]

(celle qui est opposée à l’étendard manquant), réunies en tube court, fendu

R. phaseoloides D. G.; Rynchosie à feuilles de haricot. Vulgo : Pois-hal-

du côtéde l’étendard, et attaché à la base de l'onglet vexillaire ; stigmate capilé.

lier. — Liane élevée de 5-10 mèt., suffrutescente, peu branchue; à tige

Gousse pubescenle, oblongue, presque tronquée aux deux extrémités, divisée

adulte, très comprimée; à jeune tige et branches cylindriques et velues.

en 2-4 fausses cloisons transversales, contenant chacune une graine ronde ou

Feuilles pennées-trifoliées, à folioles ovées ou ovées-rhomboïdes, pointues,

ovale, rouge écarlate, et munie, à la base, d une tache noire. — Les semences

couvertes en dessous d un duvet soyeux et blanchâtre; pétiole commun long,

restent

tordues, au milieu

cannelé en dessus, strié en dessous. Fleurs en grappes axillaires, longuement

desquelles on peut admirer leur belle couleur. Les tiges, quand on les mâche,

longtemps

attachées

aux

valves

fortement

pédonculées, multifïores, longues de 10-17 cm.; calice à 5 lobes inégaux :

ont le goût de la réglisse d'Europe. — Descourtilz place la plante dans les

l'inférieur, de moitié plus petit que la corolle; étendard strié de pourpre.

béchiques adoucissants; dans le pays, on se sert en effet des feuilles, et

Gousses longues de 18 mm. sur 10 mm. de large, garnies d’ un duvet fin et

surtout des tiges et des racines, en tisane contre la toux, l’oppression, 1 irri­

roux, terminées par une pointe large et courte, contractées entre les deux

ta tion de la gorge et des bronches. Avec les graines, on fabrique des chapelets,

semences, arrondies, noires, à hile entouré d’ un anneau jaune et à raphé court,

des colliers, des bracelets, etc. * — Aime les terrains secs, chauds et pierreux

oblong-linéaire.— Fl. en janvier et février. — Rare : çà et là dans les grands
bois de Ilouëlmont, de Gourbeyre (morne Goblin) et îles Bains-Jaunes. Alt.

1. Les racines sont employées dans plusieurs colonies tropicales comme succédané de
la réglisse, de là le nom de liane-réglisse donné à la plante, ou de réglisse d'Am érique.
Les graines de cette espèce sont employées avec succès en Europe, sous forme de macé­
ration dans l’eau, contre la conjonctivite granuleuse chronique ; elles doivent cette action
à la présence d une substance albuminoïde très toxique, Vahrine, qui appartient à la classe
des ferments solubles. Celle substance se présente sous la forme d une poudre brun
jaunâtre, soluble dans l’eau; elle peut être employée aux lieu et place de la graine de
jéquirity (1 pour 500.000 d’eau). (E. IL )

250-700 mèt. [N ° 3022.]
Il n’existe pas à la Martinique.

Cajanus

D. G. (paraît venir, selon Dupetit-Thouars, du mot malais « cat-

jung », qui désigne une légumineuse.)

C.

indicus Spreng,C. flavus

D. G., Cytisus Cajun L. ; Gajan de l'Inde. Vulgo

:

�206

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

Pois de bois, pois de lisière. Tuss., F L , IV, t. 32; Dose., vol. IV, 1. 280,p. 221.

rentes à la carène. Gousses longues de 10-1 I mm., ovoïdes, pubescentes,

— Arbrisseau droit ou souvent tortueux, haut de l m50-2m80, originaire

munies d’un bec à l’extrémité, renfermant deux semences noires et presque
rondes. — Les inllorescences restent très longtemps attachées à la plante : on les

des Indes Orientales, cultivé et naturalisé dans toutes les contrées chaudes
de l’Amérique. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles lancéolées-oblongues,

cueille avec les branches pour en faire des bouquets qui se conservent intacts

vertes en dehors,

pendant plusieurs années. — Abondant dans les endroits ombragés, comme

jaunes en dedans et souvent striées, en grappes axillaires et terminales, simples

aussi dans les endroits secs ou aquatiques : environs de la Basse-Terre,

pointues, duvetées et blanchâtres en dessous. Fleurs

ou souvent rameuses; calice quadritide, bilobé : le lobe supérieur, souvent

Camp-Jacob (lieux inondés et humides), Gourbeyre, Montéran, Matouba.

bidenté; étendard arrondi, auriculé à la base; étamines monadelphes.Gousses
comprimées, obliquement imprimées à l'endroit des graines, stipitées, pointues

— Originaire des Indes Orientales, naturalisé depuis de longues années.
Alt. 5-700 mèt. [N ° 2661.]

au sommet et rétrécies à la base, à valves minces, parcheminées. — Descour-

M artinique . Vulgo : Herbe Madeleine. — Abondant : lit inférieur de la

tilz cite la plante comme béehique-adoucissante, et dit : que les bourgeons

rivière des Pères, Trois-Ponts, Trois-Ilets (extrêmement abondant dans les

sont pectoraux et les fleursbéchiques; que les feuilles bouillies et appliquées

savanes), Marin, etc. [N° 1070.]

sur les plaies les guérissent ; que la décoction des feuilles déterge les ulcères
et apaise le prurit dans les maladies de la peau. Dans nos colonies, on se sert,
en elïet, de la décoction des feuilles pour laver les plaies : on emploie en
outre la farine faite avec les semences comme résolutive ; les feuilles bouillies

Clitoria

L. (du grec « k 1ci loris », clitoris, de « kleio », je ferme, allusion

à la forme de la corolle.)

C.

Ternatea L. ; Clitorie

de Ternate

(une

des îles des Moluques).

et pilées avec du sel contre les foulures, les entorses et les luxations; les

Yulgo : Fois-savane. — Liane annuelle ou bisannuelle, à base sulfrutescente

feuilles séchées sur une plaque métallique servent en décoction contre la

et frutescente, grimpant a une hauteur indéfinie, quand elle trouve un appui,

diarrhée; les feuilles vertes, en tisane contre les dérangements de ventre et

rampante, quand elle n'en trouve pas. Feuilles très pâles, imparipennées,

utilise

pétiolées, à 5 folioles distantes, péliolulées, ovales ou ovées, arrondies au

— Il existe plusieurs

sommet, chacune pourvue de deux petites stipules sétiformes; stipules du

variétés de cette espèce. — Les pois de bois constituent un aliment sain et

pétiole commun subulées, pointues, élargies à la base. Fleurs solitaires, axil­

les coliques; les fleurs sèches, en

infusion contre la toux. On

encore les feuilles vertes pour les bains émollients.

nourrissant; ils sont d’une grande ressource pour l'alimentation publique.

laires, brièvement pédonculées; bractées 2,presque rondes, veinées, blanches,

— Les pieds adultes fleurissent presque toute l’année : on peut les tailler,

à moitié aussi longues que le calice; calice campanulé, à 5 lobes profonds,

mais ils ne vivent guère au delà de trois ans. — Alt. 0-600 met. [N° 3 0 0 1 . j

lancéolés et acuminés; étendard émarginé, rondâtre au sommet, bleu ou

M a r tin iq u e .

Yulgo : Fois d'Angole.

N ° 1071.J

pourpre foncé, rarement blanc, avec une grande tache jaunâtre naissant au
milieu et s’étendant jusqu’ à la base de l'onglet; ailes et carène 2-3, plus

Flemingia Roxb. (dédié à I Anglais John Fleming, président du Medical
hoard au Bengale, au commencement de ce siècle, grand ami et promoteur

courtes que l’étendard; style bilobé et barbu au sommet. Gousses linéaires,

des sciences naturelles, auteur d'un Catalogue des plantes médicinales et des

par un long bec droit; semences 9-10, comprimées. — Naturalisé dans toute la

drogues des Indes Orientales.)

Guadeloupe et surtout à la Grande-Terre. Alt. 0-400 mèt. j N° 3232.]

F. slrobilifera R. Br.; Flemingia strobilitere. Yulgo : Goyavier bâtard

aplaties, longues de 10-13 cm. sur 1 cm. de large, terminées, du côté du dos,

M artinique . Yulg o :

Pois-marron,

pois

sauvage, lentille sauvage. —

(ainsi nommé à cause de la ressemblance de ses feuilles avec celles du Psi-

Répandu dans toute File. — A cause de la beauté de ses fleurs, on le cultive

dium pomiferum du pays). — Arbrisseau haut de 0 m80-2 mèt., droit, habi­

souvent sur des treillis et des grillages. [N° 1073.]

tuellement très toulfu, toujours fortement feuillu, à racines traçantes. Feuilles

C.

glycinoides

I). C.;

Clitorie ressemblant à la glycine. Yulgo : Pois-

simples, glandulifères en dessus, larges, elliptiques, parcheminées, arrondies

marron, pois-halliers. —

à la base. Inflorescence en épis côniformes, axillaires et terminaux : ces

ou ascendant, dans le cas contraire; à racines fortes et pivotantes; à tige

Yivace, voluble, quand il trouve un appui; couché

derniers sont longs de 12-15 cm.; les axillaires, plus courts. Fleurs blanches,

adulte glabre ; à jeune tige et branches pubescentes et très grêles. Feuilles

petites, cachées dans de larges bractées réniformes, plissées en deux, sca-

pennées-trifoliées, à 3 folioles elliptiques, blanchâtres en dessous et duvetées,

rieuses, d’ un blanc pâle, distiques-alternes, pubescentes et formant ensemble

surtout les jeunes; pétiole principal long; pétiolules courts, épaissis, noi­

une inflorescence strobiliforme allongée et ovoïde; calice 5-fide, à lobe infé­

râtres, velus; stipules des folioles subulées-lancéolées : celles des feuilles

rieur plus long; étendard arrondi, auriculé à la base et infléchi; ailes adhé­

lancéolées, acuminées. Fleurs blanches ou roses, larges, axillaires, peu nom-

�210

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DE LA

MARTINIQUE

PAP ILIONA CÉ ES

Galactia P. Br. (du grec « gala », lait, allusion au suc laiteux que con­

G. loncjiflora Arn.; Galactie à longues Heurs. Vulgo : Pois rouge bâtard.
— Annuel, très ornemental, à base sulîrutescente, voluble, haut de 2-4 met.,
à branches très allongées, grêles, tombantes. Feuilles pennées-lrifoliées, à
folioles Masques, pubescenles et blanchâtres en dessous, ovées-oblongues,
mucronées, presque aussi longues que le pétiole commun. Fleurs larges,
rouge carmin, rangées par deux sur des grappes allongées, terminales et pen­
dantes ; calice campanule quadrifide, à lobes lancéolés, longuement acuinégaux : l'inférieur et le supérieur,

plus longs que le tube;

les deux latéraux plus courts et égaux; étendard glabre, obové-spalulé,
deux fois aussi long que le calice; étamines monadelphes. Gousses bivalves,
longues de 6-12cm. sur 6-9 mm. de large, linéaires-oblongues, pubescenles,
arrondies au sommet et munies d'une pointe; semences 7-15, séparées les
unes des autres par un tissu cellulaire. — Fl. de septembre à février.

—

Assez abondant dans les haies et les broussailles de la basse région sèche ;
environs de la Basse-Terre, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Pointe-Noire,
Capesterre, etc. Alt. 5-300 met. N U2657.J
M a r t in iq u e .

Vulgo : Pois bâtard raziers. — Environs de Saint-Pierre, Car-

bet, Parnasse, Prêcheur, Trois-Ilets, etc. [N° 823.]
G.

axillaires et terminales, toujours réunies par deux : les terminales, en grappes
interrompues, allongées; calice à tube campanulé, à 4 lobes lancéolés, deux

tiennent la plupart de ces lianes.)

ininés,

211

lois plus longs que le tube, légèrement inégaux ; le supérieur, plus large;
étamines diadelphes. Gousses longues de 4-5 cm. sur 4-5 mm. de large,
pubescenles, légèrement arquées et terminées par un bec court. — Fl. de
janvier à septembre. — Peu répandu : Marie-Galante, dans un champ
sablonneux des environs du Grand-Bourg. [N ° 3641.J

Pachyrhiza

Rich. (du grec « pachus », gros, épais, et « rhiza », racine,

allusion aux grosses racines lubériformes de cette plante.)

P.

an(fulutu.s W a lp .,

Dolichos

bulhosus L. ; Pachyrhize à feuilles angu­

leuses. Vulgo ; Pois-patate. Plum., édit. Burm., t. 222. — V iva ce par ses
racines, annuel par ses tiges volubles pouvant atteindre le sommet de très
grands arbres. Feuilles longuement pédonculées, pennées-trifoliées, à folioles
larges,dclloïdcs-ovées, trinerviées, pubescenles en dessous, anguleuses ou très
grossièrement dentées, à dents mucronées : jeunes tiges, cylindriques, héris­
sées de poils roux. Fleurs bleu foncé, en grappes terminales, dressées, très
longuement pédonculées; pédoncules gros,cylindriques, revêtus de poils roux ;
calice bilobé : lèvre supérieure, bidentée ; l 'inférieure, triparti le ; étendard
obové,biauriculé à la base; étamines diadelphes; style comprimé, velu ; stig­
mate latéral. Gousses longues d e l3 -l4 cm. sur 16-17 mm. de large, compri­

filiform is Benth.; Galactie à branches filiformes. Corde à violon. —

mées, plus larges à l’extrémité qu’à la base, imprimées entre les graines, ter­

Voluble, haut de 2-4 met., vivace, à branches très nombreuses, filiformes,

minées par un bec court et légèrement recourbé, revêtues de poils roux et

extrêmement enchevêtrées, à jeunes

couchés; semences 9 - 1 0 , comprimées, arrondies. — Fl. en février, mars et

branches

légèrement pubescenles.

Feuilles pennées-lrifoliées, à folioles caduques, obovées, rigides, échancrées

mai. —

et mucronulées au sommet, roulées sur les bords, très vertes et luisantes en

abruptes : bord de la rivière Noire (près du Saul-de-Constantin), Gourbevrc

dessus, pâles en dessous; pétiole commun aussi long que la foliole terminale.
Fleurs petites, très blanches, peu nombreuses, réunies par trois sur des

(habitation le Bisdary), Trois-Rivières (près du Trou-aux-Chiens). N° 3686.
M artinique . Vulgo : Patate-cochon. — Abondant dans les mornes du Jar­

grappes axillaires très courtes; calice campanulé, à 4 lobes lancéolés, rigides,

din botanique, hauteurs

légèrement inégaux, glabres, plus longs que le tube, deux fois plus courts
que la corolle; étendard arrondi; étamines diadelphes. Gousses aplaties,

[N° 1085.]
La racine est globuleuse, souvent de la grosseur d’une tête d'homme ; elle

pubescenles, longues de 5 cm. sur 7-8 mm. de large, recourbées-arrondies

est traversée par de nombreuses fibres et contient un suc aqueux; quand elle

au sommet, à suture ventrale terminée par un bec court et élargi à la base ;

est jeune et tendre, elle peut se manger cuite et possède, dit-on, des vertus

semences brun noir, renfermées dans un tissu cellulaire blanc.— Se rencontre

résolutives.

exclusivement dans les endroits calcaires, pierreux, très secs de la région du
littoral : Vieux-Fort, Port-Louis, Désirade, Marie-Galante, etc.

N0 3023.]

II n’existe pas à la Martinique.

Assez rare ; çà et là dans les mornes inférieurs et dans les ravines

Vigna Svv.

(dédié à

du Prêcheur, environs du bourg du Macouba.

l' Italien

Dominique Vigna, de Florence, professeur de

botanique à Pise, auteur de ; Animadversiones in Theophrasti hbros ; De

hisloria et causisplantarum, 1628.)
G. ançjuslifolia Ivth. ; Galactia à feuilles étroites. Vulgo : Pois-savane.
— Annuel, haut de 60-90 cm., d’abord droit, ensuite voluble, à lige unique,
grêle. Feuilles pennées-lrifoliées, a folioles grises, oblongues-linéaires, mu­
cronées, beaucoup plus longues que le pétiole commun, finement duvetées,
surtout eu dessous : les jeunes, à duvet argenté. Fleurs roses, pédonculées,

V.

luteola Benth. ; Vigna à Meurs jaunâtres. Vulgo : Pois-zombi— Rampant

ou grimpant, à tiges annuelles, à base sulIVutescenle. Feuilles pennées-trifo­
liées, à folioles ovées, très glabres, pourvues de stipules ; pétiole commun
plus long que les feuilles, strié-cannelé, comprimé. Fleurs larges, jaunes,

�212

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE
PA PI LION AC ÉES

axillaires et terminales, brièvement pédicellées, réunies en ombelles de 3-7
rayons; pédoncule commun très long, cylindrique-comprimé, dressé ; calice
campanule, quadrilide, quatre lois plus court que la corolle, à lobes subulés
aussi longs que le tube; carène subdelloïde, pointue ; étendard large, arrondi-

213

On rencontre trois variétés principales de cette espèce :
a. Yariété à fleurs bleues, avec des gousses bleues, longues (le bec compris)
de 4-5 cm. sur près de 2 cm. de large, à graines noires, ovales. [X°2651 a. i

échancré au sommet, auriculé à la base; étamines diadelphes; style cartila­

*3. Yariété à ileurs blanches (D. albiflorus I). C., SL, t. 113), avec des

gineux et velu : stigmate latéral. Gousses longues de près de 5 cm., subcylin­

gousses également blanches et de même longueur que dans la précédente.

driques, glabres, jaunâtres, arquées et pourvues, au sommet, d une pointe

[N° 2615 h.)
y. Variété avec des fleurs blanches et des gousses longues de 12-13 cm. sur

très courte et recourbée; semences 5-9, brunes, semi-ovoïdcs-globulcuses,
avec un hile blanc. — Abondant dans les champs, le long des rivières et des

13-14 mm. de large, blanches et rétrécies aux deux extrémités; à semences

routes de la région inférieure : environs de la Basse-Terre, Gapesterre, Trois-

blanches ou noires. [N° 2651 c.]
11 existe un certain nombre de variétés intermédiaires à caractères peu

Rivières, Lamentin, Moule, Gozier, Sainte-Anne, etc. |N° 2656.]
M a r t in i q u e .

Yulgo : Pois-pigeon. — Très abondant sur le bord de mer et

constants. —

Les Indiens sont grands amateurs de ce pois et c'est sur­

un peu à l'intérieur ; Fond-Canonville, Prêcheur, Caravelle, Robert, etc.

tout autour de leurs cases qu'on les trouve cultivés. .Naturalisé et abondant :

[N° 159.]

Désirade, Guadeloupe et Grande-Terre. Originaire des Indes Orientales.
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Pois-bourcoussou, pois-d’ un-sou, pois-contour, pois-

1° V. sinensis Endl. Yulgo ; Pois-chique, dont il y a deux variétés ; une,
haute de 30-40 cm., et une autre, grimpante [N° 30321. Martinique, vulgo :
Pois-choucres N° 676].
2° V. sesquipedalis L. Yulgo : Pois-ficelle, pois long

Coolis, pois indien, pois-en-toul-temps. ; Nos 1103, j5, y.]
Phaseolus L. (du grec « phaseolos », canot, allusion à la forme des

N° 3466 . Marti­

nique, vulgo: Pois-rigoise, pois-ficelle [N° 1103]. Sont cultivés comme plantes

graines.)

telra-

P. lunalus L. ; Haricot en forme de demi-lune. Desc., vol. Y I I I , t. 558,
p. 143. — Bisannuel ou triannuel, voluble. Feuilles pennées-trifoliées, à

gonolobus D. C. Yulgo : Pois carré V 3 7 0 1 j. Martinique [N° 677]. Les pois

folioles vert pâle, ovées, pointues au sommet; pétiole commun plus long que

alimentaires. On rencontre aussi, mais plus rarement, le

Psophocarpus

connus sous le nom vulgaire de pois-pigeon, pois-cassé-canari, pois-chicane,

les feuilles. Fleurs blanc verdâtre, petites, en grappes axillaires, courtes ou

pois-de-dame ne sont que des variétés du V. sinensis.

allongées, longuement pédonculées; calice campanulé, à quatre dents plus

Dolichos L. (du grec « dolichos », long. — Téophraste désigne par ce mol le
haricot ordinaire Dolichos vulqaris L.), à cause de ses longues liges grim­
pantes. Les Dolichos, qui ressemblent au haricot quant au port, et aussi
parce qu'ils ont de longues gousses, ont justifié celle dénomination.)

D.

Lablab L. ; Dolic Lablad (du mot arabe « lablab », « liblac » ou

« leblab », ce qui tourne autour; selon d'autres, le mol « lablab » signifie

longues que les bractéoles ; dent

inférieure, triangulaire; la supérieure,

tronquée; étendard blanc, arrondi; ailes et

carène verdâtres; carène en

spirale. Gousses en forme de cimeterre, comprimées, munies d’ un bec à l'ex­
trémité. — Cultivé dans toutes les Antilles comme plante alimentaire. On
en rencontre principalement trois variétés ;
a. Variété à petites gousses, longues de 3-5 cm. sur 11-12 mm. de large,
contenant 3-4 graines ; c'est la pluscommunémcnt cultivée. Yulgo : Pois-savon

« j e u », parce que les Arabes se servaient des graines pour jouer.) Yulgo ;

N° 3020 a]. Martinique, vulgo : Pois-chouche N° 1096 a . On cultive souvent

Pois-bourcoussou, pois indien. — Annuel, voluble, à tiges glabres, noires ou

une sous-variété de celle-ci, connue sous lenom de pois de 20.000 fr., à gousses

blanchâtres, selon la variété. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles vert noi­

de 3-4 cm. de long, à 3 semences, très recherchée à cause de son exquise

râtre, rhomboïdes-ovales, stipulées : les deux latérales à lobe arrondi. Fleurs

saveur légèrement sucrée. C ’est le Phaseolus saccharalus de Macfadien.

fasciculées, espacées, en grappes axillaires et terminales, allongées, pédonculées; calice campanulé, quadrilide, à lobe supérieur plus large; étendard

[N® 1095.]
|S. Variété moyenne, à gousses mesurant jusqu’à 9 cm. de long sur près de

arrondi et muni, extérieurement, de deux callosités médianes, auriculé à la

2 cm. de large [ N 0 3020 /&gt;]. Martinique, vulgo ; Pois-chouche.

base; carène en forme de faux, et recourbée en pointe courte au sommet;

N° 1096 b.

y. Yariété à gousses atteignant jusqu'à 15 cm. de long, sur 2 cm. 5 de large,

style comprimé, cartilagineux et velu à l’extrémité ; stigmate term inal.—

très aplaties N" 3020 c . Martinique, vu lgo: Pois de Saint-Martin V ‘ 1094 .

Goussesen forme de cimeterre, comprimées-convexes, muriquées sur les bords,

C ’est le P. latisiliquus Macf. qui porte à la Guadeloupe le nom de « pois de

terminées en pointe très recourbée ou plu f ou moins droite et plus ou moins

Sainte-Catherine ». De ces trois variétés typiques, on a obtenu par la cul­

longue; semences subcomprimées, pourvues d’un raphé épais et blanc.

ture plusieurs variétés intermédiaires.

�214

PLANTBS

DE LA GUADELOUPE

ET

DE I.A

MARTINIQUE

PAPILIONA CÉRS

P. vuI(jarts I-., P- uanus L. ; Haricot commun. Vulgo : Haricot ordi­
naire, haricot blanc. SI., t. 115, I'. 2, 3. — On en cultive deux variétés : une
qui n’atteint pas plus de 20-40 cm. de haut, à fleurs pourpres ou violettes,
ou blanches ou violacées, vulgo : Haricot-terre, petit haricot, et une
autre qui grimpe, vulgo : Haricot-rame. Originaire de l'Asie et de l'Afrique;
cultivé dans toutes les Antilles N° 3583]. Martinique N° 1101 j.
P. adenanlhus Mev., P. rostrala W illd., P. truxillensis Kth., P . surinamensis Miq., P. amœnus Macf. ; Haricot à fleurs glanduleuses. Vulgo : Corde à
violon. — Annuel, voluble, à tige et branches flexibles, enchevêtrées, haut
de 0ni 80-3 met. Feuilles pennées-lrifoliécs, à stipules ovées, réfléchies ; à
folioles ovées,

pointues, stipellées : les deux latérales, inégales à la base.

215

endroits marécageux; çà et là aux environs de Saint-Pierre ; plus abondant
au (barbet, etc. [N° 1100.]

Canavalia

D. G. (du mot « canavali », emprunté à la langue indigène des

îles du Sud.)

C.

Dolichos
^Dolichos

ohtusifolia 1). C .,
roseus Sw. ; Canavalie à feuilles obtuses :
Vulgo : Pois bord-de-mcr.
L . ); Desc., vol. V I I I , t. 559, p. 144. —
Frutescent et vivace par la base, herbacé et annuel par les branches, rampant
ou grimpant, à tiges grosses, nombreuses et très branchues ; tombantes, quand
elles ont pu grimper. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles coriaces-charnues,
obovales, obtuses ou nettement elliptiques. Fleurs pourpre foncé, en grappes
axillaires longuement pédonculées; calice campanulé, bilobé : à lèvre supé­

Fleurs blanches ou violacées, en grappes d’abord courtes, s’allongeant ensuite,

rieure, largement bilobée, beaucoup plus courte que le tube; l'inférieure, Iri-

portées sur des pédoncules habituellement plus courts que les feuilles;
calice campanulé, quadritide, à lobe inférieur lancéolé-linéaire, aussi long

fide; étendard arrondi; étamines vexillaires adhérentes à la colonne formée par

que le tube : les deux latéraux, plus courts et en forme de faucille; le supé­
rieur, tronqué; corolle large; étendard échancré au sommet et biauriculé à
la base, quatre ou cinq fois plus long que le calice; carène fortement tordue
en spirale; rachis, portant, à la base et au sommet, des tubérosités, restes
des fleurs non fécondées. Gousses longues de 10-11 cm. sur 1 cm. de
large, fortement arquées, comprimées-convexes, à suture ventrale terminée
par un bec légèrement recourbé; semences 10-13, brunes, comprimées, à hile
elliptique, blanchâtre.— Ornemental et abondant dans les savaneset halliers
de la région inférieure, jusqu’à une altitude de 500 mètres. —

Fl. de

septembre à mars. [N° 2647.1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Pois-marron. — Abondant, surtout dans les savanes du
Lamentin, de la Rivière-Salée et de la Trinité.

X° 1097.]

P. semiereclus L .; Haricot à moitié droit. Vulgo : Pois-poison. — Annuel,
haut de 0m80-l mèt., à tige simple, droite dans le bas, plus ou moins pen­
chée, ou plus ou moins voluble dans le haut : jeune tige et jeunes branches,
habituellement soyeuses, plus rarement glabres. Feuilles pennées-trifoliées,
à folioles très vertes, ovées ou lancéolées. Fleurs caduques, pourpre foncé,
en grappes axillaires et terminales, d'abord très courtes, s’allongeant ensuite
à mesure que les fleurs s’ouvrent; pédoncules très longs; pédicelles très
courts; calice campanulé, à cinq dents ovées-lancéolées, pointues : la supé­
rieure, un pluscourte que les quatre autres. Gousses subcylindriques linéaires,
droites, toujours penchées, longues de 10-13 cm. sur 2 mm. de large, soyeuses
ou glabres, munies d'un bec droit, de la même largeur que la gousse et s’a­

les autres étamines; carène courbe, obtuse. Gousses pendantes, oblongues,
brièvement pédicellées et stipitées, comprimées-convexes, longues de 10-13 cm.
sur un peu plus de 2 cm. de large, droites ou légèrement arquées, munies
d’ un bec court, pourvues de deux côtes proéminentes qui courent parallèle­
ment à la suture dorsale et à peu de distance d'elle; semences 3-7, ovoïdescomprimées, brunâtres, polies, transversalement nichées dans un tissu cel­
lulaire blanc. — Sur le bord de mer ou un peu à l’intérieur : entre BasseTerre et Le Baillif, Deshaies, Capesterre, Désirade. [N°2652.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Vonvon, pois-vonvon, pois-cabrit, pois-Makendal. —

Abondant : Carbet, Case-Pilote,

Fond-Canonville,

Trinité,

Robert, etc.

[N® 1076.]
Celte liane couvre parfois des plages entières; la couleur très verte de ses
feuilles tranche agréablement avec le sable blanc et repose les yeux; les
graines sont, dit-on, toxiques et corrosives ; les bestiaux sont friands des
feuilles et des rameaux.

C. gladiata D.

G. ; Canavalie à fruits en forme de glaive. Vulgo : Haricot-

sabre, pois-goganne. SL, t. 114, f. 1-3. — Ornemental, voluble, bi-ou triannuel; diffère du précédent : par ses feuilles plus longuement pétiolées, plus
amples, ovées-oblongues et mucronées, ses pédoncules et grappes bien plus
allongées; par la lèvre supérieure du calice arrondie, recourbée et émarginée,
plus longue que le tube campanulé; par sa corolle d'un pourpre plus foncé,
mais surtout par ses gousses qui peuvent atteindre jusqu'à 32 cm. de long
sur environ 3 cm. de large et portent deux ailes ou crêtes étroites qui
courent parallèlement à la suture dorsale et à une distance de 4-5 mm.; par

mincissant peu à peu; semences 15-20. — Commun dans les terres sablon­

ses graines blanches,

neuses, fertiles, sèches ou humides de la basse région. Alt. 0-300 mèt.
[N° 2646.]

polies, munies d’ un raphé brun, elliptique. — Rare : çà et là dans les jar­

Vulgo : Pois-poison. — Très abondant au François, dans les

inférieure. — Les semences peuvent se manger, mais sont d'une digestion

M ar tin iq u e .

ovoïdes-oblongues, subcomprimées, très blanches,

dins pour la garniture des tonnelles, et dans les broussailles de la région

�216

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE ET DE LA MARTIN IQUE

PAPILIONACÉES

217

dilTicile. — On en rencontre deux variétés : une à gousses recourbées, ensi-

corolle jaune, large, à étendard ové-lancéolé, à moitié aussi long que les

l'ormes ; l'autre à gousses droites et à graines blanches ou brunes : Basse-

ailes; carène cartilagineuse au sommet et recourbée en bec. Gousses longues
de 10-14 cm. sur 5 cm. de large, oblongues, épaisses, comprimées, sillonnées

Terre (variété à gousses droites), Le Baillif, Moule. [N° 3051.]
M artinique : Vulgo : Pois-haricot-sabre, pois-Makendal, variété etisi-

formis D. G. — Saint-Pierre, Fort-de-France, Carbet, le long de la rivière
(rare). [ N 05 1077 a, b. !

de rides et de crêtes nombreuses, irrégulières, profondes, transversales,
hérissées de poils très roux, rigides, courts, fragiles, piquants, mais n'excitant
que de légères démangeaisons, surmontées d’ un bec court, rigide; endocarpe
blanc nacré, luisant. Graines orbiculaires, biconvexes, presque entièrement

Mucuna Ad. (nom brésilien.)
M. pruriens D. C.; Mucune pruriente. Vulgo : Pois à gratter, pois-grat-

entourées par le funieule comprimé, large de 1-3 mm. et laissant une canne­
lure entre deux bandelettes brunes. — FL en décembre. — Rare ; Camp-Jacob

voluble, pouvant grimper à 4-0 met. de haut, à liges flexibles : les jeunes,
toujours poilues. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles larges, soyeuses,

(pont de Nozières), bord de la rivière Noire, etc. N° 3568.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Œil-bourrique. — Moins rare qu à la Guadeloupe ;
collines entre le Vauclin et le Marin. N° 1078. Les graines seraient amères,

surtout

cependant elles peuvent se manger rôties ; elles seraient diurétiques-exci-

ter. Br. Jam., t. 31, f. 4; Desc.,vol. I, t. -19, p. 221. (Dolichos L.) — Annuel,

en dessous : les jeunes, légèrement argentées, foliole terminale

rhomboïde; les latérales, obliques-deltoïdes. Fleurs en grappes axil­
laires, simples, toujours verticalement pendantes, longuement pédonculées;
calice

brièvement

campanulé;

quadrifide, à

lobe supérieur largement

deltoïde; corolle pourpre foncé; étendard ové, plié en deux, rétréci et
auriculé à la base; ailes une fois plus longues que l’étendard; carène
cartilagineuse au sommet et terminée

par

un bec recourbé;

tantes. Les feuilles contiennent un suc colorant.
M. a Uissima D. C.; Mucune très élevé. Vulgo : Œil-bourrique noir, canicroc. Jacq., Sel. stirp. A m eric. hist ., t. 182, f. 84. — Liane très élevée, à tige
ligneuse, vivace ; jeune tige et branches couvertes de poils roussâtres. Feuilles
pennées-trifoliées, à folioles glabres, elliptiques et pointues. Fleurs en grappes

anthères

courtes, pendant verticalement à l’extrémité d’ un pédoncule filiforme, pouvant

monadelphes, alternativement inégales. Gousses longues de 4-5 cm. sur
1 cm. de large, oblongucs-linéaires, affectant la forme d’un S, compri-

atteindre jusqu'à 5 mèt. de long; calice soyeux, brièvement campanulé, à
quatre dents : les trois supérieures, étroites ou peu dévelopées ; l’inférieure,

mées-turgides, entièrement couvertes de poils roux, droits, serrés, brûlants

plus longue; étendard ové-oblong, presque aussi long que les ailes: ces deux

et fragiles; semences brun noir, polies, luisantes, munies d’un raphé épais et
blanc, formant un rebord autour du hile.— Quandon touche une goussemûre,

organes sont pourpre foncé; carène tachetée de vert jaunâtre. La plupart des
fleurs avortent et la grappe ne contient jamais plus de 3-4 gousses, de même

les poils pénètrent souslapeau e t y produisent une démangeaison très cuisante
qui cesse, dit-on, de suite par l’application de cendres chaudes. Les mêmes

forme que dans le précédent, mais à crêtes foliacées, formant des sillons plus

poils, confits dans le sirop et administrés dans un morceau de figue banane,

Fl. en août et septembre.

constituent un des plus infaillibles remèdes contre les vers intestinaux : les
jeunes gousses, avant de se couvrir de poils, sont comestibles. — FL de

Baie-Mahault ; çà et là dans les Grands-Fonds du Moule. [N ° 3582.]

novembre à mars. — Très abondant dans les broussailles delà région inférieure
de toute l'ile. [N° 3019.]

hauteurs du Prêcheur, etc. [N° 683.]

M artinique . Vulgo : Pois à gratter. — Abondant. (N° 1081.
M. urens D .C . ; Mucune brûlant. Vulgo ; Z'ieux-bourrique, z’ieux à bœufs,
œil de bourrique. (Dolichos L., Negretia Tuss.)— Grimpant, pouvant monter
très haut et couvrir de ses branches des arbres très élevés. Feuilles pennées-

profonds; semences aussi de mêmeforme, maishabiluellement plus petites. —
— Peu abondant : marécages du Lamentin, de

M artinique . V ulgo : ( )Ei 1-bourrique. — Parnasse, hauteurs de la Régale,

Erythrina L. (du grec « eruthron », rouge, allusion à la couleur des
fleurs.)
E.

Corallodendron I,. ; Erythrine, arbre à corail. Vulgo : Bois-immortel

vrai, SL, t. 178; Desc., vol. IV', t. 298, p. 305; Flore des Jardiniers , Ama­

trifoliées, à folioles glabres en dessus, duvetées, argentées et luisantes en des­

teurs et Manufacturiers , vol. II, t. 20. — Arbre le plus souvent de petite

sous, arrondies et obliques à la base, acuminées au sommet. Fleurs jaunes en

taille dans nos colonies, rarement de grande taille, à tronc noueux, souvent

grappes d abord courtes, axillaires, verticalement suspendues à un pédoncule
long de 0"120-3 mèt. ou même davantage, selon la hauteur de l’arbre et la

droites ou recourbées. Feuilles pennées-trifoliées,à folioles ovales-rhomboïdes,

disposition de ses branches ; calice campanulé, à quatre dents : dent inférieure,

pétiolées; pétiole commun quelquefois armé dépiquants : la foliole terminale,

lancéolée, aussi longue que le tube; la supérieure, plus courte et deltoïde;

plus grande et distante. Fleurs très belles, rouge corail, disposées par fasci-

tortueux, tronc et branches le plus souvent garnis d’épines courtes, noires,

�218

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

PAPILIONACÉRS

DE LA MARTINIQUE

219

cilles, formant une grappe simple, droite, à pédoncule fort et long; calice

terminées en une longue pointe légèrement courbe; semences 1-8, réniformes-

campanulé, tronqué ou à dents rudimentaires, un peu plus court que les ailes;

ovoïdes, longues de 2 cm. sur 1-1, 2 cm. de large, brunes, lisses, dures; à

étendard dressé, linéaire-oblong, obtus au sommet, environ cinq fois plus

micropyle noir, grand, cordiforme; à trace de funicule elliptique, noirâtre,

long que les ailes et la carène ; étamines monadelphes à la base. Gousses

entourée d’ un rebord verdâtre. — L ’arbre se dépouille de ses feuilles à

stipitées, longues de 12-14 cm., moniliformes,

l'époque de la floraison. — FL en avril ou mai. — Assez abondant dans la

subcomprimées,

glabres,

arquées, contenant jusqu’à 12 graines, rouge écarlate, ovoïdes, luisantes,

basse région, le long des rivières et dans les falaises : environs de la Basse-

munies habituellement d’une grande tache noire. — Fl. en mars, avril, mai.

Terre, Lamenlin, Sainte-Rose, Morne-à-l’ Eau, Gozier, les Abymes. : N" 3025.]

— On en fait souvent des bordures qui croissent promptement; le bois est

M artinique . Yulg o

: Bois-immortel vrai. — Environs de Saint-Pierre,

tendre et blanchâtre, mais les-vieux troncs se pétrifient dans les terres argi­

Carbet, Grand’ Anse, Ducos, Lamenlin, etc. [N 0 675.]

leuses, d'où le nom de « bois-immortel ». — Les feuilles et l’écorce sont,
selon Descourtilz, regardées comme un puissant remède contre l’asthme; les

L E. Arnasica Spruce. Yulgo : Immortel jaune, arbre gigantesque, origi­
naire de Caracas, introduit pour servir d’abri aux caféiers et aux cacaoyers;

feuilles sont en outre stomachiques; les lleurs sont employées contre les

est assez commun au Camp-Jacob, où il fleurit avec une grande abondance

maladies vénériennes. Dans le pays, on ne se sert pas souvent de celle plante

en février ou mai, mais ne rapporte pas de fruit 1N’ ° 3724]; 1E. crista-galli

dans la médecine domestique*. — Abondant, surtout dans la basse région

L., petit arbre à fleurs d’une beauté remarquable, originaire du Venezuela ;

sèche : environs de la Basse-Terre, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Pointe-

est cultivé dans plusieurs jardins du Camp-Jacob, où il fleurit en mai et juin

Noire, Deshaies, Lamenlin, Grands-Fonds-du-Gozier, du Moule, Désirade,

[N ° 3762], et au Jardin botanique de Saint-Pierre comme dans d autres loca­

Marie-Galante, etc. Alt. 0-450 met. [N° 3026.]

lités de nie. [N° 1083.J

M artinique . Yulgo : Bois-immortel. — Assez abondant : Trou-Vaillant,
Parnasse, Prêcheur, GrandAnse, Diamant, Trois-llets, etc. |N’ ° 1082. |
E. indica Lam. ; Erythrine de l'Inde. Yulgo : Immortel-grand, holocauste.
— Grand arbre, à tronc le plus souvent droit, sans piquants; à branches très

Lonchocarpus Kth. (du grec « lonché », lance, et « karpos », fruit, c'està-dire fruit en forme de lancette.)
L. violaceus Kth. ; Lonchocarpe à fleurs violettes. Yulgo : Bois-savonnette.

étalées : les inférieures, toujours penchées dans les vieux pieds; à écorce

Desc., vol. V I I ,

noirâtre, fortement crevassée; à rameaux armés de petites épines noires,

moyenne, le plus souvent tortueux, à branches très divariquées, presque

fermes, très élargies à la base. Feuilles pennées-trifoliées, à folioles larges,

toujours inclinées, à écorce grise. Feuille imparipennées, à 3-4 paires de

très vertes, fermes, glauques en dessous, ellipliques-arrondies : les latérales,

folioles ovales, glabres, opposées, blanchâtres en dessous et munies de points

inégales à la base; stipules des folioles remplacées par des protubérances

transparents. Fleurs violettes ou plus rarement violacées, très rarement

glanduliformes. Fleurs d'un rouge écarlate très vif, d'une grande beauté, en

blanches, en grappes simples, terminales et axillaires : les dernières, situées

grappes terminales, simples, racourcies, à pédicelles très rapprochés ; calice

à l’extrémité des branches; pédicelles filiformes, souvent géminés; calice

spalhiforme, fermé à la base, supérieurement plissé en deux, aussi long que

campanulé, subtronqué, environ trois fois plus court que la corolle; éten­

la carène et terminé par 2-3 pointes

avortées; étendard long de 6-7 cm. sur 2 cm. 5 de large, obovale, obtusément

dard glabre; ailes adhérentes
la carène ; étamines monadelphes, soudées
en un tube dans près des trois quarts de leur longueur. Gousses indéhis­

pointu jusqu’au sommet, très rétréci à la base, veiné et fortement réfléchi,

centes, longues de 5-8 cm. sur 3 cm. 6 de large, dures, contractées entre les

linéaires,

recourbées ou souvent

t. 522. —

Petit arbre, ornemental, rarement

de taille

à

près de un tiers plus long que les ailes et la carène; ailes semi-obovales,

graines, pointues aux deux extrémités, concaves d'un côté et convexes du

arrondies au sommet, de même forme et de même étendue que les pétales

côté opposé; semences 1-3, très comprimées, beaucoup plus larges que

libres de la carène; étamines diadelphes : les vexillaires, plus courtes; les

longues, réniformes, brunes. — FL en juin, juillet. — Abondant sur les

autres, soudées en tube dans un peu plus de la moitié de leur longueur, alterna­

rochers des mornes inférieurs, secs, et dans les falaises du bord de mer.

tivement inégales, droites : les longues atteignent la longueur de l’étendard.

Alt. 0-200 mèt. [N ° 2663.]
M artinique . Yulgo : Bois-savonnette. — Abondant : à Case-Pilote, au

Gousses interruptimoniliformes, longues de 10-17 cm. sur 2 cm. 5 de large,

Prêcheur, à la Grande-Rivière, aux Trois-llets, à la Caravelle, etc.
1. Cette écorce renferme (Rochefontaine et Reyi un alcaloïde, Yérylhrine, et un glycoside Yung , la m igarrhine, qui en sont les principes actifs. C’est un hypnotique bien
établi par les expériences de R ey; bon contre l'asthme, la coqueluche et les névralgies
histériques. (E. H .)

N® 1001.

L. latifolius Kth.; Lonchocarpe à feuilles larges. Yulgo : Savonnette grandbois. — Arbre de taille moyenne, rarement de grande taille, anfractueux à
la base; à branches très étalées : les inférieures, horizontales ou penchées; à

�EAPILIONACKES

220

PLANTES

DE LA

MARTINIQUE

ET DE LA

écorce grise. Fouilles imparipennées, à 2-4 paires de folioles elliptiques ou
lancéolées-oblongues, pointues, blanchâtres en dessous cl revêtues d un
léger duvet. Fleurs petites, blanc verdâtre, en grappes serrées, simples,
terminales et axillaires; calice soyeux, tronqué ou à ,1-5 dents courtes,
deltoïdes; étendard soyeux, Gousses minces, cartilagineuses, glabres, subsinuées, oblongues, pointues au sommet et rétrécies à la base, longues de
8-12 cm. sur environ 1 cm. de large, contenant 1-8 semences semblables ;ï
celles du précédent. — Fl. en mai, juin, juillet. — Assez abondant dans les
bois

inférieurs et le long des rivières de la basse région ; Capesterre,

Ilouëlmont,

221

GUADELOUPE

Gourbevre (morne Goblin), Deshaies, Pointe-Noire. Alt. 10-

450 met. N° 2665.]
M artinique . Y u lg o: Savonnette grand-bois. — Egalement assez abondant :
bois de Saint-Martin, Fond-Saint-Denis, hauteurs du Prêcheur et delà BassePointe, etc. X° 681. ;

tronquées à la base, échancrées ou rarement tronquées au sommet, longues
de 7-10 cm., remarquables par les quatre ailes, larges de 2 cm., qui courent
le long de leurs bords; semences 2-6, transversalement oblongucs-réniformes,
comprimées. — Cette espèce perd ses feuilles à l’époque de la iloraison. —
La plante étant toxique et narcotique1, les pêcheurs s’en servent pour enivrer
le poisson. Ils coupent les branches, les froissent et les brisent un peu, les
lient en fagots, les mettent au fond des bassins ou des rivières et les chargent
de pierres pour les y maintenir. — Fl.en avril ou mai; fruits mûrs en juin et
juillet. — Assez abondant dans les terres sèches, sablonneuses et pierreuses
du littoral, entre la Basse-Terre et Deshaies, Marie-Galante, les Saintes (Terrede-Haut). Alt. 0-150 mèt. [N° 2662.]
Il n’est pas indigène à la Martinique, mais se cultive au Jardin botanique
de Saint-Pierre. [N ° 120.]
Pterocarpus L. (du grec « pteron », aile, et « karpos », fruit, parce que le

L. sericeus Kth.; Lonchocarpe soyeux. Yulgo ; Savonnette-rivière. —
Généralement arbre de taille moyenne; à tronc droit, lisse ou légèrement

fruit est entouré d’ une membrane en forme d’aile.)
P. Draco L .;

Ptérocarpe sang-dragon. Vulgo ; Mangle-médaille, palétu­

gercé; à branches peu nombreuses, étalées; à rameaux garnis de nombreuses

vier. — Arbre de taille moyenne, assez souvent très grand arbre; à tronc

lenticelles blanches. Folioles 5-9, elliptiques-ovales, coriaces, duvetées et

droit; à fronde large; à branches très étendues : les inférieures, toujours

grisâtres en dessous. Fleurs violettes en grappes terminales et axillaires;

plus ou moins penchées; à écorce noire, très fendillée. Feuilles imparipen­

calice soyeux, subtronqué; étendard soyeux. Gousses ligneuses, légèrement

nées, de 5-9 folioles opposées, réticulées, membraneuses, luisantes, très vertes,

sinuéeset oblongues, garnies d'un duvet soyeux et gris, longues de 8-12 cm.

oblongues, arrondies ou obtusément pointues au sommet, ressemblant, dans

sur 2 cm. de large; semences 1-3. — Fl. en avril, mai, juin. — Çà et là dans

leur ensemble, aux feuilles du caféier. Fleurs jaunes, en panicules courtes,

les grands fonds marécageux du Go/.ier, de Sainte-Anne, du Moule,

nombreuses, axillaires, à pédoncules de longueur variable, situés à l'extré­

etc.

N° 3635.

mité des branches; calice turbiné, à 5 dents, pédicelles courts, pubescents;

M artinique . Yulgo : Savonnette-rivière. — Plus abondant qu'à la Guade­

tube staminal ouvert. Fruits indéhiscents, spongieux, ruguleux, anguleux-

loupe : Trois-Ilets (Anse-à-l’ A n e ) , Yauclin, Lamenlin (bord de la rivière

obeordés, fortement rétrécis à la base, tronqués ou rétus au sommet, longs de

Lézard), etc. Alt. 0-150 mèt. ! .V 685.

4 cm. sur autant de largeur; semence 1. — Fl. d'août en octobre. — Yit en

Piscidia L. (du latin « piscis », poisson, allusion à l’emploi de la plante, qui
sert à prendre les poissons.)
P. Eryihrina L .; Piscidie à fleurs rouges. Yulgo ; Bois enivrant, bois à
enivrer. Desc., vol. \ III, t. 196, p. 203; SI., l. 176, f. 4, 5; Plum., édit.
Burm.. t. 233, f. 2.— Petit arbre, droit, habituellement très branchu, ou sou­
vent (dans les endroits très secs) grand arbuste, à racines traçantes produi­
sant une masse de rejetons ; dans les endroits humides, arbre de taille
moyenne. Feuilles imparipennées, à 3-5 paires de folioles d’ un vert très pâle,
opposées, oblongues ou elliptiques, pointues ou obtuses au sommet, membra­
neuses. Fleurs rose foncé, en panicules larges, allongées; pédicelles articulés
presque au milieu; calice turbiné, à cinq dents courtes, deltoïdes; carène en
forme de faucille; ailes transversalement striées, plus ou moins lacérées sur
les bords, adhérentes à la carène; étamines comme dans les Lonchocarpus .
Gousses indéhiscentes, comprimées,

brièvement stipilécs, membraneuses,

société et sur une grande étendue dans les marécages salés, ou dans les fonds
inondés pendant l’hivernage : Lamentin, les Abvmes, Morne-à-1 Eau, fonds
marécageux du Gozier, de la Pointe-à-Pitre, de Baie-Mahault, de MarieGalante. |N° 3027.]2
Il croît à la Dominique, mais n'existe pas à la Martinique.
Drepanocarpus Mey. (du grec « drepanon », faucille, et « karpos », fruit,
parce que les fruits sont en forme de faucille.)
D. lunatus M ey.; Drépanocarpe en forme de demi-lune. Yulgo : Croc-à1. Cette écorce est employée comme hypnotique; elle est douée de propriétés anal­
gésiques qui la rapprochent des
et qu'elle devrait à la
alcaloïde
reconnu par llruel et Tanrcl. On la donne sous forme d’extrait lluide 3 a 1 jrr. par jouri
ou de teinture alcoolique (»0 gouttes par jour
E. H .)
2. C’est A celte plante qu'on attribue une sorte de
nommé sang-dragon
qui est d'ailleurs sans emploi jusqu’ici en Europe.

Gelsemium

picrotoxine,

sang-dragon,

d'Amérique,

#

�222

PLANTES

DR LA GUADELOUPE

ET

DE LA

1*API LION ACE ES

MARTINIQUE

chiens, croc-chien. Plum., édit. Burm., t. “201, f. 2. — Grand arbuste ou
petit arbre, plus souvent tortueux que droit; à tronc avec ou sans piquants;

223

de 10-15 cm.; à branches très enchevêtrées, tombantes. Feuilles impari­
pennées, à 3-5 folioles alternes, distantes, ovées ou ovales, pointues, coriaces,

à branches très divariquées et souvent très penchées; à écorce noire, lisse;

très vertes en dessus, légèrement pubescenles en dessous. Fleurs très blanches,

à branches et rameaux armés d'aiguillons noirs, courts, forts, droits ou

petites, en corymbes beaucoup plus courts que le pétiole commun ; calice

recourbés, tenant lieu de stipules. Feuilles imparipennées, à 5-11 folioles,
petites, coriaces, elliptiques, très vertes et très glabres, à nervures très fines

pubescent; étamines 9, triadelphes; pédieelles plus longs que le calice. Fruits
indéhiscents, orbiculaires, coriaces-ligneux, concaves d’ un côté et convexe

et très rapprochées. Fleurs bleues, petites, en panicules terminales, accom­

de l’autre, longs de 3 cm. sur presque autant de large; semence 1. — Dans

pagnées de panicules axillaires et plus petites; calice campanulé, à cinq

les grands bois inférieurs : Trois-Rivières (Trou-aux-Chiens), Capesterre
(habitation Longmont), hauteurs du Baillif, etc. Alt. 200-600 mèt. N° 3028. :

dents larges à la base; colonne staminale comme dans les Pterocarpus. Fruit
slipilé, réticulé-strié, aplati, ligneux indéhiscent : les deux extrémités se

M artinique . Yulgo : Liane-barrique. — Très abondant dans les bois du

rapprochant de manière à former un cercle seulement interrompu par un petit

Lorrain, rie la fontaine Absalon, du Champfiore, de la Régale, etc. — Elle

sinus profond ; diamètre du fruit 3-4 cm.; semence 1. — Fl. en avril, mai, juin ;

forme souvent des fourrés impénétrables.

les fruits restent longtemps sur pied. — Vil solitaire ou en société dans les
marécages salés et d'eau douce près de la mer : Pointe-Noire (dans les maré­

X° 1098. j

Dans les deux colonies, on se sert des branches fendues longitudinalement
pour faire des cercles de barriques.

cages d’eau douce, derrière le bourg), Lamentin (le long du canal et dans les

Andira Lam. (ainsi nommé par Indigènes du Brésil.)

marécages), Baie-Mahault. |N0S 3371, 3458.]
A. inermis II. B. K lh .; Andira sans piquants. Yulgo : Bois-olive, Lam.,

M artinique . Yulgo ; Croc-chien, mangle, mangle-médaille. Abondant :
Lamentin, Ducos, Rivière-Salée, Trois-Ilets, Robert, etc. [N° 1092.]

///., t. 600, f. 1.; Desc. vol. I, l. 33, p. 233; Aublet, t. 373. — Bel arbre,
d’une taille moyenne, à tronc très droit, parfois muni de quelques rares

Hecastophyllum P. Br. (du grec « hecastos », chacun pour soi, et « phyllon »,

piquants plus ou moins avortés. Feuilles imparipennées, à 7-18 folioles oppo­

feuille, c'est-à-dire arbres à feuilles simples, par rapport au Pterocarpus à

sées, elliptiques ou lancéolées-oblongues, luisantes, glabres, pourvues, à la

feuilles composées, à qui ce genre appartenait autrefois.)

base, d ’une spinule slipulaire : pétioles secondaires, noirs. Fleurs très odo­

H.

flrowni Pers.; Hécastophylle de Brown. Yulgo : Liane à barriques.

rantes, violacées ou purpurines, ou pourpre noir, en panicules terminales,

Desc., vol. I Y , t. 258, p. 108; Br. Jam., t. 32, f. 1. — Liane haute de 111150-

larges, pyramidales; pédieelles, pédoncules et rachis garnis d'un duvet court,

4 mèt., d’abord droite, ensuite sarmenteuse, à écorce grise. Feuilles simples,

couleur de rouille;

entières, glabres, vert pâle, ovées ou ovées-oblongues, pointues, légèrement

ailes et carène de même longueur; étendard un peu plus long; étamines cari-

pubescenles et grises en dessous. Fleurs blanches, en grappes corymbiformes,

nales libres jusqu à la base; ovaire longuement stipité, à un ovule. Fruit dru-

très courtes, axillaires, très nombreuses, aussi longues que les pétioles, situées

pacé, ovoïde, d’ une longueur moyenne de 3 cm. — L'amande est amère et a

calice campanulé, subtronqué, à cinq dents courtes;

tout le long des branches; calice à cinq dents courtes et inégales; étamines

un mauvais goût. Le tronc fournit un excellent bois de construction, mais il

10, diadelphes. Gousses orbiculaires, longues de 2-3 cm. sur 2-6 cm. de large,

est plus souvent employé, surtout à la Martinique, pour le charronnage. * —

très plates, portées sur des pédieelles aussi longs que le calice; semence 1.
— Fl. en août et septembre. — Sur le bord de mer et dans l’inférieur, le

FL en mai, juin, et aussi en décembre, janvier et février. — Peu répandu :

long des canaux, où il vit souvent en société sur une assez grande étendue;

(le long de la rivière Loslau), etc. [N ° 3231.j

Pointe-Noire (dans le bas, le long de la rivière de la Pelile-Plairie), Pigeon
M artinique . Vulgo : Angelin. — A Saint-Pierre et au Carbet, on se sert

plus rare sur le littoral sec : Vieux-Fort, Trois-Rivières, Pointe-Noire,
Bouillante,

Pigeon, Lamentin, Sainte-Anne, Gozier,

Pointe-à-Pitre, etc.

—

[N ° 2658.]
M a r t in iq u e .

du bois pour construire les carcasses des grands canots, des chalands, etc.

Vulgo : Liane-barrique bord-de-mer. — Assez abondant :

Case-Navire, Fort-de-France (Marigot), Trinité (Galion), Caravelle, etc.

Plus abondant qu’à la Guadeloupe : hauteurs du Prêcheur, Carbet,

Grande-Rivière, etc. [N ° 1089.J
Dussia Kr. et Urb. (novum genus.)

[N° 1099.]
H.

monelaria D. C. ; Hécastophylle à fruits en forme de monnaie. Vulgo :

Liane à barriques. Plum., édit. Burm., t. 246, f. 2; Miq. Surin, t. 5 . —
Liane puissante, grimpant sur les arbres les plus élevés; à tige d’un diamètre

I. Sous le nom degraine d'angelin, les semences de ce végétal sont employées au Brésil
comme verm ifuges; ces propriétés se retrouvent dans l'écorce qui serait en outre éva­
cuante. C’est cette espèce qui fournit, suivant toute probabilité (avec Andira racenwsa Lk
peut-èlr#), l'écorce de Geofjrée de la Jamaïque. (E. U .)

�226

PLANTAS D1-. LA t.l'ADÉLOÜPE ET DE LA MARTINIQUE

(boni de la Capotte), des Fonds-Saint-Denis, de l'Ajoupa-Bouillon, de la
Grand'Anse, etc. [NTos 686, 1010.]
Sophora L. (du mot arabe « Sophera ».)
S.

lisse, à branches le plus souvent munies d épines. Feuilles paripennées, à 3-4
paires de folioles obovées, rétuses, coriaces, luisantes, glabres. Fleurs jaunes,

tomentosa L .; Sophora à feuillestomenteuses. SI., I. 178, f. 2; Br. Jam.,

très odorantes, en grappes généralement courtes, axillaires et terminales ; calice
5-partite ; pétales 5, presque égaux; étamines 10. Fruit long de 2-4 cm. sur
1 cm. de large, oblong, membraneux, très aplati, rétréci aux deux extrémités,

t. 34, f. 1; Desc., vol. V I I , t. 475, p. 95. — Bel arbrisseau, droit, haut de

déhiscent, s'ouvranl longitudinalement sur les deux côtés, et formant alors

1-2 met., à jeunes branches, pédoncules, pétioles, gousses, et le dessous des
feuilles garnis d'un duvel cotonneux-farineux, fin, courl. Feuilles alternes,

deux valves naviculaires, très comprimées, dont celle qui porte les graines est

imparipennées, à 7-13 folioles verl pâle, entières, elliptiques, inégales à la base,

une lois plus étroite que l’autre; semences 1-3, transversalement oblongues-linéaires, très aplaties, attachées latéralement. — Fl. en avril ou mai.— Son bois

roulées sur les bords, obtusément pointues au sommet. Fleurs jaunes, en
panicules terminales, allongées, pyramidales; calice campanulé, obliquement

est pesant, dur, résistant et élastique; il a une teinte rouge foncé et exhale une

subtronqué, à peu près deux fois plus court que la corolle; étendard ovoïde-

meubles, mais son emploi en menuiserie est assez rare. Son incorruptibilité
le désigne pour les constructions souterraines; on l'emploie souvent pour

oblong, rétréci à la base; pétales de la carène distincts au sommet ; ailes et
carène de même longueur que l'étendard; étamines 8, incluses, distinctes,
jusqu'àla base. Gousses longues de 8-13 cm., longuement slipitées, nettement
moniliformes, indéhiscentes, contenant 2-10 graines brun pâle, ovoïdes; à

agréable odeur; il est excellent pour le chauflage ; on peut en faire de beaux

faire des poteaux, des traverses de chemin de fer, des ponceaux, etc. Le bois
de campêche est aussi un article d exportation, et comme c’est le cœur qu'on

bile blanc entouré d'un rebord. — Peu répandu ; dans les mornes calcaires et

utilise pour l'extraction de la matière colorante, on enlève d’abord l’aubier.
En l’année 1849, on a commencé par exporter 2.500 kilog. de ce bois; ce

secs des environs du bourg de la Capesterre (Marie-Galante). — Fl. de juillet

chiffre a augmenté d’année en année, et en 1895 (annuaire colonial) il en a été

à novembre; fruits mûrs en mars, avril. (NIu 3643.]

expédié de la Guadeloupe 8.826.41 I kilog. — Quelque temps après la coupe,
le bois noircit : si, en cet état, on le met à bouillir dans l’eau, après y avoir

M a r t in iq u e . Vulgo : Haricot bâtard. — Rare : Rivière-Pilote (bord de mer

de l'habitation Lormier-Ducanet), Caravelle. [N° 1088.]

ajouté quelques gousses vertes d’acacia odorant (Acacia Farnesiana) et du

Le Deguelia scandent Aublet ( Ilis t. de la Guy., vol. II, t. 300; Lamark.,
/II., t. 603), liane très belle, à feuilles imparipennées, à folioles très lui­

jus de citron, on obtient une encre d'un beau noir. A vec le campêche, on fait

santes, à Heurs blanches, en grappes axillaires très nombreuses [N° 1087];
le Nissolia quinala Aubl. (Jacq., Sel. Amer, slirp. hist ., t. 174, n° 48),
arbre-liane, à branches volubles, s'étendant très loin, pourvues de vrilles, à
fleurs en panicules et à fruits en forme de couteau [N° 350]; le Dipterix odo-

rala Schreb., vulgo ; Fève de Tonka, petit arbre dont les fruits, drupacés,
ovoïdes, d'une odeur des plus agréables, sont employés pour parfumer le

souvent des haies très fortes et impénétrables, qui, soumises à la taille,
deviennent très belles. L'écorce laisse exsuder une espèce de gomme rougeâtre ;
les feuilles sont aromatiques ; le bois est stomachique et astringent L Natura­
lisé dans toutes les Antilles; abondant surtout dans les endroits calcaires de
la Grande-Terre. [N° 3221.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Campêche. [N° 1137.

linge [N° 610], constituent autant d’espèces introduites et cultivées au Jar­

Parkinsonia L. (dédié à l’Anglais John Parkinson, pharmacien et directeur
du Jardin botanique de Hamplon-Courl, né en 1567, auteur du Thealrum

din botanique de Saint-Pierre (Martinique).

bolanicum (1629), et du Paradisus lerrestris (1640)).
P. aeuleala L. ; Parkinsonie à piquants. Vulgo : Bois caca-rat, acacia-savane,

deuxième t r ib u .

— CÆ SALPI NI ÉES.

Hæmatoxylon L. (du grec « haïma », sang, et « xulon », bois, à cause de la

arrêle-bœufs. Desc., vol. I, l. 12, p. 54. — Petit arbre, très ornemental à
cause de son léger et singulier feuillage, n’excédant que rarement 6 mèt. de
haut, à branches presque toujours penchées et nues, à rameaux épineux, à
écorce grise ou rougeâtre, et assez rude. Feuilles ramassées aux extrémités
des rameaux, pennées, réunies par 1-3; pétiole commun cylindrique, noi-

couleur rouge de ce bois.)
H.

Campechianum L.; Hématoxylon de Campêche. Vulgo : Campêche.

Tuss., F l., IV, t. 36; Desc., vol. II, t. 73, p. 25. — Habituellement pelitarbre
dans nos colonies, rarement grand arbre, à tronc anfractueux, à écorce grise,

1. Le bois de campêche doit ses propriétés colorantes à un principe cristallisé qui a
été isolé par Chevrcul sous le nom d'hëmatine ou hëmatoxyline. L'emploi thérapeutique
de celte substance est liés limitée : on l a parfois utilisée comme astringente et anti­
diarrhéique, ses usages industriels sont au contraire très répandus. (E. IL

�228

Pt.AXTRS

DIÎ LA GDAntiLOUPlî fi T

DR LA

MARTIN IQÜE

229

CÆSAI P I N I K E S

râtre, très court, long: de 3-4 mm., s’étendant ensuite en une lanière étroite,
biailée, longue de 15-25 cm. sur une largeur moyenne de 1 mm., et portant

gousse : alors si le vent agite l’arbrisseau, elles roulent dans l’intérieur de ces

26-60 folioles très petites, alternes, longues ch' 2-6 mm. sur environ 1 mm.

gousses et produisent un bruit étrange. — FL de septembre en janvier. —

de large : celles du haut el du bas du pétiole réduites à de simples écailles;

La plante est stomachique-astringente. — Abondant sur certaines plages, où

quand elles se détachent, elles séjournent encore longtemps au fond de la

épines longues de 3-7 mm., acérées, droites ou courbes. Fleurs jaunes, en

il forme souvent des fourrés impénétrables : bord de mer entre la Basse-

grappes simples, axillaires el terminales, pédonculées; calice 5-parlite;
pétales 5 : les pétales vexillaires plus longs; étamines 10; ovaire sessile.

Terre et Le Baillif, les Vieux-Habitants, Bouillante, Pointe-Noire, Sainte-

Gousses linéaires, oblongues-lancéolées, contractées entre les graines, indé­
hiscentes, longues de 9-13cm.; semences 1-5, oblongues, obtuses aux extré­

Anne, etc. [N° 3046.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Œil-de-chat, zieux-chat. — Abondant : Fond-Canon-

ville, Marin, Sainte-Anne, Trinité, etc. [N° 1136.]

mités, situées longitudinalement. — Fl. presque toute l’année. — On les
plante quelquefois en allées, souvent on en fait des haies. — Çà et là sur le

G. Grisehàchiana, Kr. et Urb. ; Guilandine de Grisebach. Vulgo : Canique

bord de mer el un peu à l’intérieur ; Le Baillif, Deshaies, Sainte-Anne, etc.

jaune. — Hessemble au précédent par le port, les feuilles, les Ileurs et par la

[N° 2624.]
M artinique. Vulgo : Arrêle-bœuls. — Case-Pilote, Marin, Vauclin, etc.

la base; par ses gousses moins épineuses cl munies, près de l'extrémité supé­

[N° 1138.]

rieure, d’un bec corné, fort, recourbé, el par ses graines jaunes. — Plus rare

forme des gousses; il en diffère par ses folioles plus petites, plus inégales à

que l'autre. Çà et là sur le bord de mer et dans les mornes pierreux avoi­
Guilandina L. (dédié au Prussien Melchior Guilandinus (Wieland), qui, en
1559 el 1560, entreprit un voyage en Orient, où il fut pris par les pirates.
Après sa délivrance, il devint professeur à Padoue, mort en 1590; a laissé
des écrits sur la botanique.)
G. g h b c r Mill.; Guilandine à feuilles glabres. Vulgo ; Zieux-chat, œil-de-

sinant la mer : Désirade (les Galets et mornes calcaires au-dessus du Bourg),
Marie-Galante (Capesterre), Sainte-Anne, etc. ! V ’ 3045. j
M artinique . Vulgo ;

Canique jaune. —

Trois-Ilets,

Marin, Vauclin.

[N° 1136.]
Cæsalpinia L.

(dédié à l'Italien And. Cîesalpini, 1519-1 (403, né à Arezzi,

chat. — Arbrisseau sarmenteux, entièrement couvert d’épines courtes, très

professeur de médecine et directeur du Jardin botanique de Pise, médecin

acérées, jaunâtres ou brunes, droites ou courbes, longues de 2-4 mm., à

du pape Clément V I I ; a publié une classification des plantes, d'après les

rameaux remplis de moelle blanche. Feuilles larges, paripennées, à 3-6 paires

fleurs el les fruits.)

de pennes, portant 5-7 paires de folioles, brièvement péliolécs, elliptiques ou
elliptiques-oblongues, mucronées, égales ou inégales à la hase : rachis prin­

C. sepiaria Roxb. ; Cæsalpinie des haies. Vulgo : Arrête-boéufs. — Arbris­

cipal, strié; rachis secondaires, garnis d’ un duvet roux; stipules 2, très

seau ornemental, sarmenteux ou tortueux, quand il ne trouve pas d’appui, à

larges,

profondément et irrégulièrement tri-quadrilobées, arrondies, sou­

écorce noirâtre ou grise, à lige, branches el pétioles garnis de piquants acérés,

vent dentées et à dents terminées par une spinule droite. Fleurs jaune brun,

haut de 2-4 mèt. Feuilles paripennées, deux fois composées, à 4-6 paires de

en grappes axillaires, très allongées el longuement pédonculées; calice 5-par-

pennes, portant 8-12 paires de folioles, petites, oblongues, légèrement duve­

tite; pétales 5, presque égaux ; étamines 10, de longueur inégale, filets poi­

tées et blanchâtres en dessous, arrondies au sommet, à pétiolules courts;

lus dans le bas. Gousses déhiscentes, s'ouvrant en deux valves, ovées-

rachis à piquants crochus et plantés à rebours; stipules semi-sagittées,

oblongues, convexes-comprimées, longues de 7 cm. sur 5 cm. de large, entière­

caduques. Fleurs jaunes, larges, en grappes simples, nombreuses, dressées,

ment hérissées de spinules rigides; semences 1-4, subglobuleuses, grises,

axillaires et terminales; calice à tube turbiné, vert, persistant, à 5 lobes

osseuses, luisantes, polies, attachées à un . funicule droit, court, filiforme;
cotylédons blanchâtres, ridés, huileux, d’un goût désagréable et amer1. Les

plus longs que le calice; étamines 10, alternativement inégales, à filets dressés,

graines sont loin de remplir les gousses, et y restent longtemps attachées;

exserts et laineux dans leur tiers inférieur; stigmate épais, concave; pédi-

rouge jaunâtre, profonds, légèrement pubescents; pétales 5, inégaux, un peu

celles longs de 2-2,5 cm., filiformes, pubescents, articulés au sommet, un peu
1. Il est probable que cette graine et celle de l’espèce suivante jouissent des mômes
propriétés fébrifuges et du même principe actif (bonducine) que celles des Guilandina
Bonducella et Cæsalpinia /tondue, qui ont été étudiées par MM. Heckel etSchlagdenhaufen (journal Les Nouveaux liemèdes, 18S6), et où ces auteurs ont découvert la bon d u cin e.
(E . H.)

plus cours que la fleur. Gousses déhiscentes, longues de 7 cm. sur environ
2 cm. de large, glabres, convexes, ligneuses, arrondies aux deux extrémités,
droites, terminées par un bec dur el droit ; semences 6-7, ovoïdes, panachées
de jaune pâle sur fond brun. — Fl. de novembre à février. — Originaire

�230

PLANTES

DE I,A GUADELOUPE

ET

DE I,A MARTINIQUE

des Indes Orientales; introduit aux Antilles pour la formation de haies. —
Naturalisé et abondant dans la basse et l'infra-moyenne région de la Guade­
loupe et de la Grande-Terre : environs de la Basse-Terre, LeBaillif, Deshaies»
Sainte-Rose, Moule, Sainte-Anne, etc. Alt. 0-600 met. [N° 2628.]
M artinique . Yulgo : Arrête-bœufs. — Abondant dans toute l'ile. [N° 1139.]
C. pulcherrima S w .; Ca3salpinie la plus belle. Vulgo : Baraguetle. Desc.,
vol. I, l. 6, p. 27. — Arbrisseau ornemental, à cause de son port et de ses
fleurs, droit, haut de 2-4 mèl., rarement plus haut, quelquefois plus ou
moins tortueux, le plus souvent dépourvu d’épines ou garni de piquants à
moitié avortés.

231

CÆS A LP IN 1RES

et restant sur l’arbre d ’une floraison à l’ autre. S'est naturalisé dans le pays et
dans toutes les Antilles. — Fl. en mai ou juin, ou juillet, selon la saison. —
Originaire de Madagascar. [N° 2628.]
M a r tin iq u e .

Vulgo ; Flamboyant. [N° 1135.]

Le Lebidibia

coriaria Schlecht. Vulgo (par corruption)

Dividivi ; arbre dont

les gousses sont très riches en tanin; est cultivé au Jardin botanique de
Saint-Pierre et sur plusieurs habitations de l’ile. Il est originaire du Mexique.
[N° 1134.]

Feuilles larges, paripennées, deux fois composées, à 5-9

Cassia L. (du mot « kassia », de Dioscoride; de « cassia », de Pline, par

paires de pennes, portant 5-10 paires de folioles oblongues ou spatulées-

lequel il désigne l’écorce du Laurus Cassia de Linné, probablement rapporté

oblongues, arrondies au sommet, finement mucronées. Fleurs larges, en

par erreur à ces Légumineuses.)

grappes simples, droites, pyramidales, longues souvent de 35 cm., axillaires
pédicelles inférieurs

C. fistula L .; Casse fislulcuse. Vulgo : Canéficier, casse-habitant. Tuss.,
F l . , IV, t. 2; Desc., vol. II, t. 125, p. 231. — Petitarbre, rarement arbre de

très longs, mesurant parfois jusqu'à 9 cm., filiformes, noirâtres, articulés près

taille moyenne, à branches inférieures horizontales, à écorce gercée dans les

du sommet; calice tubuleux, turbiné, persistant, à 5 lobes profonds, de même

vieux pieds. Feuilles paripennées, plus rarement imparipennées, à 4-9 paires

couleur que les pétales; corolle large, jaune ou jaune pourpre; pétales 5,

de folioles, larges, opposées, ovées-oblongues, nettement pointues ou arron­

frangés ou lacérés sur les bords, près d'un tiers plus longs que le calice;

dies au sommet, glauques en dessous. Fleurs larges, jaunes, en grappes

étamines exsertes, pourpre foncé, filiformes, trois fois plus longues que la

lâches, simples, d’ abord dressées, ensuite verticalement pendantes, longues

corolle. Gousses noires, longues de 11-12 cm. sur 11-13 mm. de large, très

de 15-45 cm., pédonculées; calice à 5 sépales inégaux, ovales, subdistincts,

aplaties, légèrement obovales, obliquement arrondies au sommet, avec une

caducs ; pétales inférieurs plus grands; étamines 10, dont

et terminales : ces dernières, toujours plus longues : les axillaires, situées
près des terminales, toutes longuement pédonculées;

3 beaucoup

pointe rigide, droite, terminant la suture dorsale; semences 8-10, ovoïdes-

plus longues et

fortement courbées en avant ; anthères grandes, ovées-

comprimées, nichées dans un tissu cellulaire peu abondant. — Fl. de juillet

oblongues, s’ouvrant, à la base, par deux pores. Gousses indéhiscentes, cylin­

à février. — Dans nos deux colonies, les Heurs sont fréquemment employées

driques, droites, pouvant atteindre jusqu’ à 50 cm. de long sur un diamètre

comme un des meilleurs et des plus puissants emménagogues. — Assez abon­

de plus de 2 cm., verticalement pendantes, divisées, à l’intérieur, en cloisons

dant dans la basse et l'infra-moyenne région de l'ile. On en rencontre deux

parallèles, transversales, rapprochées; semences cordiformes, aplaties, dures,

variétés : une à fleurs jaunes, l’autre à fleurs jaune pourpre. j N° 2623.]

nichées dans une pulpe noire. —

M artinique. Yulgo : Macala jaune, fleur de paon, œillet d’Espagne. —
Abondant. — On en fait souvent des haies. [N° 1033.]

1 Egypte et des Indes Orientales; naturalisé dans toutes les Antilles. — La

Fl. en avril ou mai. — Originaire de

pulpe est acide et s’emploie fréquemment, dans le pays, comme laxative et
purgative. On en prépare aussi des confitures. — Alt. 0-250 mèt. N° 3061.]

Poinciania L. ( Poincia. Neck.) (dédié par Necker à Rich. de Poincy, gouver­
neur général des îles françaises sous le Vent (1647-1660), qui a laissé des
écrits sur l'histoire naturelle des Antilles.)
P. reç/ia Boj.; Poinciane royale. Vulgo : Flamboyant, grand flamboyant.
— Arbre ornemental, de taille moyenne, approchant del à grande taille; à
tronc assez souvent tortueux, très anfractueux ; à branches très étalées, hori­
zontales; à rameaux penchés ; à racines traçantes, superficielles, très étendues;
à fleurs très larges, rouge vermillon, d'un effet merveilleux; à pétale posté­
rieur, beaucoup plus large et plus long, panaché de vermillon sur fond
blanc; en grappes très nombreuses, terminales, racourcies, pédonculées; à
gousses déhiscentes, mesurant jusqu’à 50 cm. de long sur 7-8 cm. de large

M a r tin iq u e .

Vulgo : Canéficier, canéfice. f.\ ° 1114.’

C. bicapsularis L. ; Casse à double capsule. Vulgo : Sou marqué, canéfice
bâtard. Plum., éd. Burm., t. 76, f. 1. — Arbrisseau sarmenteux, ou petit
arbre, droit, haut de 3-4 mèt., très rameux, à branches flexibles, allongées,
cylindriques, striées, toujours pendantes à 1extrémité, à écorce lisse et grise.
Feuilles alternes, paripennées, à 3-4 paires de folioles, glabres, subcharnues,
glauques en dessous, moins glauques en dessus, obovales ou ovales, arron­
dies ou échancrées au sommet : celles de la paire inférieure, rondâtres;
pétiole commun portant, entre toutes les folioles ou seulement entre les
folioles de la paire inférieure, une glande noire. Fleurs jaunes, en grappes
axillaires et terminales, aussi longues que les feuilles; pédicelles courts, brac-

�232

TM.AXTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

téolés ; étamines 10, dont 7 fertiles. Gousses longues de 9-12 cm. sur 1,2 cm.

233

C. gland ulosa L. ; Casse glanduleuse. V ulgo : Zinting, gros balai. —

de diamèt., slipilées, subcylindriques, toujours pendantes, déhiscentes le
long de la suture, obtuses au sommet, divisées intérieurement en deux par

Arbrisseau haut de 0m80-2 mèt., simple ou branchu, à tige flexible, presque
toujours penchée au sommet. Feuilles ovales, à 5-11 paires de folioles obo­

une cloison longitudinale et incomplète ; semences très nombreuses, situées

vales ou oblongues, très minces, linement mucronées au sommet, arrondies

transversalement et nichées dans une pulpe brune, légèrement sucrée et
comestible. — Fl. de septembre à février. — Assez abondant dans les hui­

à la base, petites, presque sessilcs; pétiole commun portant 1-3 glandes stipitées, arrondies, diversement placées; stipules très petites, sétiformes ou

liers, les falaises et endroits abandonnés de la région inférieure : environs de

lancéolées-acuminées, subulées. Fleurs jaunes, le plus souvent disposées par

la Basse-Terre, Vieux-fort, Le Baillif, les Vieux-Habitants, Deshaies, PointeNoire, Moule, Morne-à-l’Eau, Gozier, Désirade, Marie-Galante. [N os 2021,
3049.]

deux tout le long des branches, à l'aisselle des feuilles, et ne fleurissant jamais

M autinique. Vulgo : Sou marqué, canéfice bâtard, casse-hallier.— Abondant
dans toute File, jusqu'à une élévation de 300 met. [N ° 1115.]

C. emarginata L. ; Casse à feuilles échancrées. Vulgo : Casse-savane. —
Grand arbuste, peu élégant : très louiïu, quand il est jeune; à lige et
branches nues, haut de 3-1 mèl., à l’âge adulte, à rameaux striés : à jeunes
rameaux, noirâtres et pubescents. Feuilles paripennées, à 2-5 paires de
folioles ovales-oblongues, pointues ou le plus souvent émarginées au sommet,

en même temps; pédoncules liliformes, plus courts que les feuilles; calice
5-partile, à lobes lancéolés-acuminés, dont 2 falciform es; pétales inégaux, plus
longs que les lobes du calice. Gousses longues de 3 -3cm. sur 3mm. de large,
obovales, habituellement glabres, terminées en pointe recourbée. —

Très

abondant dans toutes les savanes, les haies et les broussailles de la base et de
la moyenne région, où il v il souvent en société sur une grande étendue. Alt.
0-700 met. [N ° 2627.]
M a r t i n i q u e . V u lgo : Dioline, balai-savane. — Abondant dans toute l'ile.
[N° 1117.]

pubescentes et rougeâtres en dessous; pétiole commun sans glandes; stipules

C. m ullijuqa Bich. ; Casse à multiples paires de folioles. V ulgo ; Cané-

courtes, sétiformes. Fleurs jaune chrome assez foncé, en grappes corymbi-

lieier bâtard. — Arbrisseau élégant, haut de 2-3"' 50,droit, à écorce noirâtre.

formes, axillaires et terminales, plus courtes que les feuilles; étamines 10,

Feuilles longucsde 12-26cm., portant jusqu’ à 20 paires de folioles oblongues,

dont 3 stériles. Gousses longues de 21-28 cm.sur 1 cm. de large et de l-2m m .

mucronées-obtuses, glauques en dessous; pétiole commun muni d une glande

d’ épaisseur, noires à la maturité, jaunes avant d’être mûres, toujours verti­

cylindrique entre la première pairede folioles. Fleurs jaunes, larges,en pani-

calement pendantes, droites ou légèrement arquées, fortement et uniformé­

cules terminales et axillaires: les dernières, situées dans le voisinage des ter­

ment aplaties, à rebords relevés; semences transversalement situées, obovales,

minales. Gousses longues de 9-13 cm. sur 12-15 mm. de large, oblongues-

brunes, luisantes. — Fl. en février cl mars; perd les feuilles à l’époque de la

linéaires, noires, unies, lisses, très aplaties, droites, presque tronquées au

floraison. — Exclusivement propre au terrain sec, pierreux, calcaire, chaud,

sommet, avec une pointe courte, émoussée, ondulées sur les bords,imprimées

près de la mer. Abondant sur la côte entre Le B aillif et Deshaies, Marie-

transversalement entre les semences aplaties. — Originaire de la Guyane

Galante, les Saintes (Tcrre-de-Bas). [N ° 2620. ;
11 n’existe pas à la Martinique.

et cultivé autrefois au Jardin botanique, d’ où il s’est répandu dans le pays :

C. glauca Lam., C. planisiliqua Lam .; Casse à feuilles glauques. V ulgo :
Canéficier bâtard. — Arbrisseau droit, haut de 2-3u“ 50. Feuilles à 4-6 paires

I

C.ES \LPIN I N ÉES

environs de Saint-Pierre, Trou-Vaillant, Fort-de-France (M arigot). N °2 1 18.;
— 11 n’est pas à la Guadeloupe.

de folioles, larges, ovales-oblongues ou ovales, obtusément pointues, glauques

C. liguslrina L. ; Casse à feuille de Troène. Vulgo : Sené-zombi. I)esc.,
vol. Il, t. 134, p. 273. — Arbrisseau haut de 1-1,50m. ou grand arbuste haut

en dessous; glandes ovoïdes, larges, entre chaque paire de folioles; stipules

de 2-3,50m., droit, à branches tantôt peu nombreuses, tantôt très nombreuses

en forme de faux, linéaires. Fleurs larges, jaunes, en grappes corvmbiformes,

et inclinées. Feuilles à 5-8 paires de folioles lancéolées, acuminées, habituel­

axillaires et terminales, longuement pédonculées. Gousses longues de 1214 cm. sur 10-13 mm. de large, extrêmement aplaties, sensiblement plus

lement opposées, ciliées sur les bords et légèrement pubescentes des deux
côtés; pétiole commun pourvu d'une glande ovoïde au-dessus de sa base.

larges au sommet qu’à la base, terminées par une longue pointe, transversa­
lement imprimées entre les graines et marquées d'autant de lignes relevées

Fleurs jaune pâle, en corymbes terminaux. Gousses ressemblant extérieu­
rement à celles du C. bicapsularis , longues de 9-10 cm., légèrement arquées,

et droites qu il y a de semences ; semences de 20-25, oblongues, très compri­

glabres, sessiles, terminées par une pointe obtuse et droite, déhiscentes le

mées. — Très rare. Trouvé une fois dans les hauteurs de Saint-Joseph.
N0 1116.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

long de la suture ventrale, subcylindriques; semences petites, nombreuses,
obovoïdes-comprimées, nichées dans une pulpe blanchâtre peu copieuse. —

�234

235

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C/F.S ALPIN 1RES

Assez rare. Çà et là dans les savanes et endroits incultes ou abandonnés :

longues de 11-14 cm. sur 4-6 mm. de large (j'ai des spécimens de gousses
qui ont 32 cm. de long), marginées, comprimées-convexes, déhiscentes;

Gourbeyre, Baie-Mahault (quai de rembarquement), environs de la BasseTerre (habitation l'Espérance). [N ° 2622.]
M a r t in i q u e . Vulgo : Canéfice bâtard, casse-savane. — Peu abondant :
environs de Saint-Pierre (Trou-Vaillant), Carbet (habitation Grassous),

semences ovoïdes, brunes, séparées par des fausses cloisons. — Peu abon­

Lamenlin (environs du bourg). [N 0 1835.]

10-250 mèt. [N ° 3048.]
M artinique . Vulgo : Herbe puante, herbe puante bâtard. — Un peu par­

C. alala L. ; Casse à fruits ailés. Vulgo : Dartrier, herbe à dartres. SI., t. 175,
f. 2; Desc., vol. V I, 1.445, p. 263. — Sous-arbrisseau, souvent annuel, et bis­
annuel, haut de 0m90-1m40, rarement presque arborescent, haut de 3m50,

dant. Çà et là dans les champs incultes et abandonnés de la région infé­
rieure : environs de la Basse-Terre, V ieu x-Fort, Trois-R ivières, etc. Alt.

tout, sans être abondant nulle part. [N 08 829 et 829 A.]
C. occiclenlalis L .; Casse des Indes Occidentales. V u lgo : Herbe puante,

plus ou moins tortueux, branehu, à feuillage vert jaunâtre. Feuilles larges,
à 6-14 paires de folioles oblongues, arrondies ou rétuses au sommet, sub­

casse puante, pois puant. Desc., vol. II, t. 135, p. 277. — Annuel ou bis­
annuel, sous-ligneux à la base, droit, haut de 0ra 80-lin40, glabre dans toutes

tronquées à la base, subsessiles : celles de la dernière paire, plus petites, dis­
tantes des autres et très rapprochées de la base du pétiole commun, qui est

parties, à tige sillonnée, verdâtre. Feuilles imparipennées, à 7-11 folioles
ovales-lancéolées ou lancéolées, acuminées; pétiole commun pourvu d'une

triangulaire et dépourvu de glandes. Fleurs jaune vif, en grappes simples,
rarement composées à la base, terminales, très denses, un peu plus courtes

glande ovoïde près delà base. Fleurs jaune pâle, en grappes courtes, lâches;
pédicelles bractéolés. Gousses longues de 10-12 cm. sur 5-7 mm. de large,

que les feuilles, longues de 20-35 cm .; bouton delà fleurà moitié enfermé dans
une bractée naviculaire, large, obovale, souvent lacérée sur les bords, tom­
bant avec l'éclosion de la fleur. Gousses tétragones, longues de 12-16 cm.,
noires, droites, mucronées au sommet, longitudinalement quadriailées, à
ailes larges, crénelées sur les bords ; semences nombreuses, brunes, trigones,

arquées, comprimées-convexes, déhiscentes, mucronées au sommet, margi­
nées; semences ovoïdes, brunes, dures. — Abondant dans toutes les natures

comprimées, pourvues, des deux côtés, d'un aréa, séparées par des fausses
cloisons. — Fl. en avril, mai. — Toute la plante exhale une odeur forte et

contre les maladies de peau, contre les enflures des jambes; les semences
sont fébrifuges et emménagogues 1; tom bées, elles peuvent remplacer le café;

désagréable. — A vec les jeunes feuilles et les fleurs, on prépare dans le pays

elles calment, comme la fève d'Arabie, les crises d’asthme, les oppressions

un onguent contre les dartres et les maladies de peau; le suc des feuilles,
pilées et délayées dans l'eau, constitue un excellent gargarisme contre les

et les maux d’estomac. A lt. 0-500 mèt. ; N ’ 3225.,
M artinique . V u lgo : Cale bâtard, herbe puante, pois puant. — On ren­
contre une variété à feuilles velues. |N° 1120.,

maux de g o rg e 1. — Assez abondant dans les endroits marécageux ou aqua­
tiques ou humides et le long des ruisseaux : Pointe-N oire, Sainte-Rose,

de terrains de la basse cl de l'infra-moyenne région de toute l'île. — Les
feuilles exhalent une mauvaise odeur; elles sont dépuratives, purgatives et
légèrement sudorifiques ; les racines, infusées dans l’eau tiède, sont employées

G. ohtusifolia L .; Casse à feuilles obtuses. V u lgo

: Séné, sou marqué,

Lamentin, environs de la Pointe-à-Pitre. Alt. 0-350 mèt. [N ° 3224.]
M a r t in i q u e . Vulgo: Dartrier, casse puante, casse ailée. — Un peu partout,

sous marqué bâtard. SI., t. D 5, f. 5; D ill., E llham ., t. 63, f. 73. — Annuel,
droit dans le lias, penché au sommet, sous-ligneux à la base, haut de 0m50-

sans être abondant nulle part : Rivière-Salée, Anses-d’A rlet, Ducos, Robert,
etc. [N° 1119.]

0m95, rarement plus. Feuilles à 2-3 paires de folioles, subcharnues, glauques

C. hirsuta L. ; Casse hérissée de poils Vulgo : Sou marqué poilu. —
Annuel, droit, haut de 0,n8 0 -lrn30, entièrement garni de poils fins, gris,

munies d'un liséré vert foncé sur les bords, cunéiformes à la base; pétiole
commun garni d’ une glande conique, stipitée, entre la paire inférieure et quel­

couchés, plus ou moins longs, qui disparaissent sur la lige adulte; à jeunes

quefois entre les deux dernières paires de folioles; stipules longues, ciliées,

branches, anguleuses-striées. Feuilles à 4-6 paires de folioles, successivement
plus grandes, elliptiques ou elliptiques-oblongues, acuminées, de consistance
m olle; pétiole commun garni d'une glande cylindrique au-dessus de sa base;
stipules subulées. Fleurs jaune pâle, en grappes courtes, terminales. Gousses
1. La poudre de feuilles de Cassia ulata est le remède par excellence contre l'herpès

c ir c in é , alTeclion si commune dans nos colonies chaudes et en particulier dans celles de

1Extrême Orient. On en saupoudre la partie malade. (E. II.)

en dessous, nettement obovées, mucronées-arrondies au sommet, souvent

1. MM. Heckel et SchlagdenhaulTen ont publié clans les Archives de médecine navale
(1886), sur cette espèce tropicale ubiquiste, un mémoire détaillé démontrant ses pro­

priétés fébrifuges. L ’emploi de cette plante réussit mieux que la quinine dans cer­
tains cas spéciaux de fièvre rebelle. — La graine, sous le nom de café nègre, cafia s’est
introduite largement dans la consommation européenne, où elle est très demandée
pour être mêlée ou substituée au vrai café; à cet égard, elle pourrait faire l'objet d'une
culture très rémunératrice dans nos Antilles françaises. Elle est couramment employée
par les peuplades de la côte occidentale d’ Afrique, à titre de fébrifuge, sous les noms de
m’ hentamiré ou fedegosa. (E. II.)

,

�linéaires-sétacées, caduques. Fleurs jaune pâle, en grappes corymbiformes,

dire datte de l’ Inde, nom que donnèrent les Arabes aux fruits du tamarinier,

terminales e( axillaires, réunies par 2-3. Gousses cartilagineuses, glabres,
arquées, légèrement mucronées, linéaires, comprimées-létragones, longues de

lorsqu'ils les virent pour la première fois.)

11-1 (&gt; cm. sur 2-3 mm. de large, à bords fortement relevés; semences brunes,

arbre, généralement très branchu, à fronde arrondie, à tronc droit, anfrac­

T.

indica L. ; Tamarinier de l’ Inde. Vulgo : Tamarinier. — Grand et bel

luisantes, obliquement tronquées. — Fl. de novembre en février. — Les feuilles

tueux, surtout dans le bas, à écorce grise, fortement fendillée et crevassée, à

sont souvent employées comme sudorifiques. — Très abondant dans les

racines traçantes et fortes. Feuilles paripennées, de 10-18 folioles oblongues,

endroits défrichés, dans les savanes herbeuses, le long des routes, autour des
maisons, sur les décombres, etc., de la région inférieure. Alt. 0-600 met.

glauques des deux côtés, légèrement échancrées ou arrondies au sommet ;

[N° 3047.]

grappes courtes ou plus ou moins allongées, axillaires et terminales : les

pétiole commun épaissi et noir à la base. Fleurs légèrement odorantes, en

Vulgo : Sou marqué. — Très abondant. — On en emploie les
feuilles en infusion, aussi bien que celles du
bicapsularis , pour aider à la

axillaires, toujours pendantes; calice à tube turbiné, quadripartite, à
segments blanc jaunâtre, d inégale longueur, fortement repliés et appliqués

dentition des enfants. [N° 824.

contre le pédicelle, après l’ouverture de la fleur; pétales 3, à moitié ouverts,

M

C.

a r t in iq u e

.

C.

mcticans L. ; Casse clignotante. Vulgo : Balai-savane, acacia-balai. —

les 2 latéraux de même grandeur, panachés-striés de rose brun et crépus sur

Annuel ou bisannuel, suiïrutescent à la base, infléchi au sommet, haut de

les bords : celui du milieu, dressé, plus étroit et plus court, naviculaire,

40-70 cm., habituellement sans branches : la partie supérieure de la tige, les

plus crépu et plus coloré; étamines fertiles 3, rarement 2, monadelphes,

pétioles, les stipules et les gousses sont garnis de duvet. Feuilles ovales, à

subulées, divergentes, ascendantes, soudées à la base, sur une étendue de

12-18 paires de folioles obliques à la base, oblongues-linéaires, mucronulées et

3-4 mm. : partie soudée, large, comprimée, munie, souvent, de petilesdents;

foliiformes au sommet, penninerviées, très brièvement péliolées, à pétioles

les autres étamines, nulles ou avortées, ou rudimentaires; ovaire slipité,

noirâtres; pétiole commun garni d’ une glande tronquée, au-dessous de la
paire inférieure des folioles; stipules appliquées contre le pétiole, lancéolées-

gynophore adné au tube du calice; style subulé, légèrement tordu et barbu

acuminées, obliques à la base. Fleurs jaunes, axillaires, réunies par 8 à

de 2 cm., plus ou moins oblongs, comprimés, mucronés, légèrement arqués

l'aisselle des feuilles, quatre à cinq fois plus courtes que les feuilles. Gousses

ou droits, imprimés entre les graines, quelquefois difformes; épicarpe rude,

longues de 8 cm. sur 8 mm. de large, arquées, comprimées, imprimées entre

fragile, brun, subéreux-crustacé; semences 1-8, lisses, très dures, brun foncé,

d’ un côté. Fruits indéhiscents, long de 11-15 cm. sur une largeur moyenne

les graines, munies, au sommet, d ’un petit mucro ; semences aplaties, obli­

Lrapézoïdes-arrondies, comprimées, marquées, de chaque côté, d'un area

quement obovoïdes, tronquées au sommet. — Cette herbe, quand elle est

circonscrit par une lige verte, enveloppées chacune séparément d une mem­

jeune et tendre, constitue un bon fourrage. — Vit en société dans les savanes
herbeuses, le long des routes : Camp-Jacob, Gourbeyre, Montéran, Trois-

brane mince, solide, qui représente l'endocarpe, lui-même entouré d une

Rivières, Lamenlin (Ravine-Chaude et savanes voisines), Sainte-Rose, etc.

rinier est un arbre des plus utiles qui joue un grand rôle dans la médecine

Alt. 50-700 met. [N°* 2625, 3060.]

domestique. Les feuilles sont acidulés : jeunes el employées en infusion, elles

M a r tin iq u e.

Vulgo : Petit balai-savane, petite dioline. — Abondant : savane

entre Case-Pilote
[N° 1121.]

et Fort-de-France,

Lamentin,

Ducos,

Robert,

etc.

C.

pulpe noirâtre qui est le mésocarpe. — Fl. en juin ou juillet. — Le tama­

calment les inflammations des yeux ; l’écorce est bonne contre l’asthme; la
pulpe est un purgatif doux, que tout le monde connaît; avec du sucre, on
en prépare une limonade rafraîchissante et légèrement laxative; avec la même
pulpe, on prépare encore des confitures agréables. Mêlée avec un peu de sel

N o t a . — La plupart des casses, surtout les
bicapsularis , oblusifolia ,
nicticans el glandulosa, ont des feuilles mobiles qui se ferment pendant la

de cuisine, celte pulpe forme un tonique dont on se sert en friction contre les

nuit, et quand il pleut durant le jour.

douleurs rhumatismales. Le bois est très dur, mais n'est guère utilisé ni pourla
construction ni pour la menuiserie. — L'arbre pousse lentement et, comme

Cassia

Le
speclabilis D. C., arbre d'assez grande taille, à fleurs jaune vif, en
panicules larges, dressées, à gousses pendantes, est cultivé au Jardin bota­

on a remarqué que rien ne vient à son ombre épaisse, on en a conclu que

nique de Saint-Pierre cl sur quelques habitations de File : sa patrie est le
Mexique. |\° 826.]

longtemps sous un tamarinier, quand on est en sueur. — Originaire des

Tamarindus

L. (de l'arabe « lainar » , datte, e( « hindi », indien, c’est-à-

son voisinage est malsain; la vérité, c’est qu'il est dangereux de s’arrêter
Indes Orientales; naturalisé dans toutes les parties chaudes de l’Amérique.
[N° 2618.]
M artinique . Vulgo : Tamarinier. [N ° 1126.]

�238

PLÀNfF.S DP. LA (iÜADELOÜPP PT DP LA

239

CÆSAL 1&gt;I NIEES

MARTINIQUE

Bauhinia L

(dédié aux deux frères Bâlois, Jean Bauhin ( 1541-1613), médecin

Hymenæa L. (du grec « humenaios », chant, nuptial, mariage, parce que
les deux folioles, éloignées l’ une de l'autre pendant le jour, se rapprochent

du duc Ulrich de W urtem berg, et Gaspar Bauhin (1560-1624), professeur de

pendant la nuit.)

médecine à Bâle. Tous deux ont bien mérité de la botanique.)

H. Cour/ian'l L. Yulgo : Courbaril (mot tiré de la langue des Indigènes de
l’Amérique du Sud.) Desc., vol. Y , t. 359, p. 208. — Un des plus beaux et

B.

K ru g ii Kr. et U rb .; Bauhinie de Krug. Yu lgo : Petit flamboyant. —

Petit arbre essentiellement ornemental, n’excédant guère 6 mèt. d’éléva­

des plus grands arbres des Antilles, à fronde majestueuse, large, arrondie, à

tion, plus ou moins droit, à écorce grise, à branches très divariquées : les

tronc droit, cylindrique, peu anfractueux à la base, à feuillage d’un vert
sombre et agréable, à branches nombreuses, très rapprochées et richement

inférieures, horizontales ou penchées. Feuilles alternes, palminerviées, rondâtres, tronquées à la base, un peu plus larges que longues, bilobées, à lobes

feuillues : les inférieures, très étalées, horizontales et souvent penchées, à

courts, obliquement arrondies. Fleurs larges, en corymbes nombreux, pau-

écorce épaisse, raboteuse, d’un roux noirâtre. Feuilles alternes, bifoliées, à

ctllores, terminaux et axillaires ou réunies par 2, et situées à l’extrémité des

folioles coriaces, luisantes, obliquement oblongues-lancéolées, très inégales

rameaux ; calice vert, à tube allongé, obconique, creux, renfermant le support

à la base, munies d’un certain nombre de grands points transparents, très

de l’ovaire, en se prolongeant inférieurement sur une longueur de 2-3 cm.,

visibles, avec une infinité d’autres, invisibles à l’œil nu. Fleurs d'une odeur

pubescent en dehors et terminé, au sommet, par une bractée large, spathi-

suave, en grappes corymbiformes, terminales, bractéolées; calice urcéolé-

l’orme et bifide à l’extrémité, pubescente en dehors et verte ou blanc verdâtre

campanulé, ligneux, à 4-5 segments caducs, ovales, imbriqués, pubescents,

en dedans, renfermant complètement la fleur avant son éclosion; pétales 5,

tombant d’ une seule pièce en se détachant de bas en haut; corolle blanche,

larges, subégaux, insérés au sommet et sur le bord du tube élargi du calice,

à 5 pétales presque égaux, ovales-oblongs, très blancs, très concaves, insérés,

à limbe obovale et arrondi au sommet, passant assez brusquement à un onglet

avec les étamines, au sommet du tube du calice et alternant avec ses lobes;

très long : 3 de ces pétales sont finement ponctulés-striés de rose tendre sur

étamines 10, libres, subulées, à filets filiformes, à anthères oblongues, longi­

fond blanc pâle; le 5e et l’inférieur sont fortement panachés-striés de carmin

tudinalement

déhiscentes; ovaire stipité; style subulé; stigmate obtus;

foncé, ce qui tranche nettement avec la couleur des autres; étamine fertile 1,

pédicelles courts, à i angles obtus. Gousses indéhiscentes, longues de 10-15

blanche, subulée, ascendante, vigoureuse, cylindrique-lancéolée, s’amincis­

cm. sur 5-6 cm. de large et sur une épaisseur d’environ 2 cm., ruguleuses,

sant graduellement vers le sommet, longue de près de 4 cm., presque aussi

chagrinées, ligneuses, dures, arrondies au sommet; semences ovoïdes, à lesta

longue que les pétales : les autres étamines manquent complètement ou se

dur comme la pierre, nichées dans une pulpe sèche, farineuse et jau nâtre.—

trouvent représentées par 1-5 filaments capillaires,

Le courbaril est un végétal utile : son trohc, droit, peut mesurer jusqu’à 1m80

anthères; anthères noires; style robuste, subulé; stigmate terminé par deux

de diamètre; il fournit des arbres de couche et des rôles pour les moulins,

lamelles épaisses ; ovaire arqué, ascendant, longuement stipité ; stipe dont les

etc.; le bois ressemble beaucoup au mahogani, mais il est plus dur, plus

trois quarts inférieurs sont renfermés dans le tube du calice. Dans un grand

résistant, sa texture est fibreuse et enchevêtrée; il ne se fend presque jamais

nombre de Heurs, l’ovaire n’est pas fécondé ou

et se conserve indéfiniment. En dehors des usages déjà indiqués, il est géné­

Gousses longues de 16-22 cm. sur 2-2,3 cm. de large, tardivement déhis­

ralement employé pour les meubles. 11 laisse exsuder une gomme-résine

centes, mucronées, coriaces-ligneuses, polies, convexes-comprimées, droites,

le plus souvent sans

fait complètement défaut.

noirâtre, qui brûle comme le camphre; elle serait, selon Descourtilz, aroma­

légèrement imprimées entre les semences; semences 2-6, transversalement

tiq u e1. — Fl. en juin et ju illet: la floraison ne dure guère plus de quinze

situées, noires, polies, comprimées-ovoïdes, nichées dans une pulpe farineuse,

jours; les fruits restent sur pied pendant plus d’une année. — Assez abondant

brune, peu copieuse; funicule court, noir, portant, à son point d'attache à

dans la région inférieure de la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre.

la graine, un prolongement pointu; pédicelles robustes, cylindriques, arti­

Alt. 0-550 mèt. [N° 3044.]

culés près du sommet, bibractéolés à la base. — Fl. en juin et juillet. —

M artinique . Vulgo : Courbaril. [N ° 1525.]

Originaire des Indes Orientales; naturalisé et cultivé fréquemment dans les

Natu­

I.

MM. les professeurs Heckel et SchlagdenhautFen ont public en 1888, dans le
un travail détaillé sur ce végétal, sur son fruit et sur sa résine. La résine, extraite
des racines par incision, est employée à la Guyane en liniment contre les rhumatismes.
L ’écorce y est réputée purgative et carminative à petite dose en infusion. La résine
fraîche est un topique de toutes les plaies: on l’emploie aussi comme celle du cèdre blanc
(Icica
Au bl.). C’est la ré s in e a n im é te n d re
ou c o p a l du
,
de C a y e n n e . (E. IL )

raliste,

copal

allissima

d'Amérique

Brésil

cours, les jardins et autour des habitations : Basse-Terre (ville et banlieue),
Pointe-à-Pitre, Moule, Gourbeyre, Camp-Jacob, etc. [N ° 2619.]
M

a r t in iq u e .

Vulgo : Petit flamboyant. — Assez abondant dans les jardins et

autour des habitations : Saint-Pierre (ville et banlieue), Fort-de-France,
Lamenlin, Prêcheur, Marin, etc. [X ° 1022.]

�240

Le

PLANTES

Bauhinia

L)P.

LA

C ÜA DE L OU P E

fit

DK

LA

MART I NI QUE

241

m im o s e e s

tomenlosa L., vulgo : Fleur du Sacré-Cœur, arbrisseau droit,

haut de 2-3 met., à fleurs grandes, d'abord blanc jaunâtre, ensuite blanches,
puis rose pourpre, esl cultivé dans divers jardins comme plante d ’ornement.
[N ° 3046.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Fleur du Sacré-Cœur. — Marin, Saint-Pierre, etc.
X° 1123.] — Le

B. megalandra Gr.,

grand arbuste très toulîu, est cultivé

au Jardin botanique de Saint-Pierre. [N ° 1124.]

T R O IS IÈ M E T R IB U . — M IM O S E E S .

Entada Ad. (nom de la plante à Malabar.)
E.

Schnella Radd. (dédié à Schnell.)

scandons Benth.; Fnlada grimpant. Vulgo : Liane-ouaoua, liane-bœuf.

Tuss., F L , III, 21; Desc., vol. III. t. 200, p. 226. — Gigantesque liane, à

S. splendens Benth., Bauhinia Outinioulou Aubl.; Schnelle à fleurs splen­

tronc droit, élevé, mesurant jusqu'à 70 cm. de diamètre, cylindrique, à

dides. Vulgo : Liane-boudin tordu. Aublt., t. 144. — Puissante liane, dont
les branches s’étendent au loin et s’étalent fièrement sur les cimes des arbres

branches extrêmement allongées, montant sur les arbres voisins, les cou­
vrant com plètem ent, retombant ensuite, pour prendre racine et remonter

les plus élevés, à tige complètement nue dans le bas, très aplatie, de 7-9 cm.

plus loin, sur d’autres arbres, de manière à occuper un espace considérable,

de large, sur une épaisseur de 3-12 mm., anfractueuse, à jeunes branches

à écorce noirâtre, ruguleuse, à branches striées, à jeunes rameaux munis de

cylindriques, à rameaux flexibles tournant autour des branches des autres

vrilles doubles, portées sur un long pédoncule. Feuilles paripennées, longue­
ment pétiolées, à pétiole commun noir et épaissi à la base, à 2-3 paires de

arbres pour trouver des appuis. Feuilles larges, plus larges que longues,
coriaces, palininerviées, à 9 nervures, bilobées, à lobes pointus ou subarron­
dis, peu profonds : les adultes, glabres des deux côtés; les jeunes, garnies
d’un duvet court, doré-argenté’ pétioles de longueur très variable, con­
tournés et jouant le rôle de vrilles. Fleurs très belles, rouges, en grappes
simples, allongées, terminales; tube du calice campanulé, à 5 lobes obtus;
pétales pubescents en dehors, inégaux : le plus large, obové, deux fois plus

folioles, petites, fermes, oblongues ou elliptiques-oblongues, inégales à la base,
luisantes. Fleurs régulières, blanc pâle, polygames, petites,en grappes minces,
pendantes, souvenbtrès allongées, solitaires, quelquefois géminées, axillaires!
naissant à l’aisselle des feuilles, tout le long des rameaux ; calice à 5 dents;
étamines 10; anthères ovoïdes, oblongues, munies d'une glande. Gousses
indéhiscentes, pendantes, longues de 0 u,8 0 - l m2 0 (rarement plus longues) sur

long que le calice; étamines 10, distinctes, toutes fertiles, insérées, avec les

10-12 cm. de large, ligneuses, sinuées entre les semences, aplaties, renflées à

pétales, près de la base du calice; ovaire sessile; stigmate capité. Gousses

l’endroit des graines, contenant autant d'articulations transversales qu il y a
de semences et pouvant se détacher en laissant intact le cordon ou le prolon­
gement du pédoncule, qui forme autour de la gousse un cadre complet ;

bivalves, déhiscentes, très comprimées. — F l. en juin, juillet. — Assez abon­
dant dans les bois secs de Gourbeyre (mornes Goblin et Dos-d’Ane), dans les
De la tribu des Cæsalpiniées, on cultive au Jardin botanique de la M arti­
nique et sur beaucoup d’habitations des {liantes introduites, très ornemen­

semences jusqu’ à 12, rondàtres, comprimées, larges de 5-6 cm. sur une épais­
seur de 2 cm., polies, à testa crustacé, brun noir. — Les jeunes graines
peuvent se manger rôties, bien qu’elles soient amères; dans les campagnes,

tales, dont les principales sont :

on en fait, après avoir

forêts entre la Pointe-N oire et la Ravine-Chaude, etc. ’ N° 3222.]

Brownea

B.

grandiceps Jacq., vulgo : Rose de Venezuela [N ° 1129], et
Itosa Berg., vu lgo: Rose de Venezuela [N° 1132],tous deux arbres de grande
taille, originaires du Venezuela;

Ionezia Asoca Roxb., petit arbre de l’Asie tropicale [N ° 1130];
Swartzia tomenlosa Aubl. Aubl., t. 59; De Candolle, Lég., t. 59. [N°

Copaifera o/pcmalis Jacq.

arbre de la Dominique

et de la

cotylédons blancs

et

éburnés, des

boisés, marécageux ou secs du Lamenlin, de la Goyave, de Baie-Mahault,

la Régale et des hauteurs de Sainte-Luce. En 1889, il n'existait plus qu'un
seul pied de cet arbre intéressant dans les bois de Sainte-Luce, près de 1 ha­
1127),

bitation M ontravel. [N° 1153.)
E.

petit

les

etc. — Il fleurit en octobre et novembre. N° 3530.j
M artinique . Vulgo : Liane-ouaoua. — Autrefois abondant dans les bois de

petit arbre originaire de la Guyane.
S. grandiflora W .,
[N ° 679] ;

enlevé

petites bourses et des tabatières. — Çà et là dans les falaises et endroits

Trinidad

polyslachga D. G. ; Entada à nombreux épis. Vulgo : Liane à agoutis. De

Candolle, Lég., I. 61 et 62. — Forte liane, à tige cylindrique-anfractueuse,
d’un diamètre de 10-15 cm., à rameaux pourvus de vrilles, à racines tra­

Vulgo :Copahu, Coumarouna, dont le suc oléo-

résineux donne le baume de Copahu, originaire du Brésil. [N° 1128.]

yantes, grosses, formant des nœuds très grands, spongieuses et blanchâtres
en dedans. Feuilles deux fois composées-pennées, à 4-6 paires de pennes,
Düss. — Plantes

Guadeloupe et M artinique .

16

�242

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DE LA MAR TINIQUE

MIM OSEES

contenant 6-8 paires de folioles, petites, oblongues, arrondies au sommet ou

243

autres parties du péricarpe; les graines se montrent en dehors et restent

légèrement échancrées, et très souvent mucronées, très pâles ou blanchâtres

longtemps attachées, pour faire admirer leur belle couleur. — Fl. en juin

en dessous, inégales à la base et obliquement insérées. Fleurs blanchâtres,

et juillet. — On ramasse souvent les graines [jour en fabriquer des bracelets,

en panicules terminales, longues de 20-25 cm., composées d un très grand

des colliers, etc. — Originaire des Indes Orientales; naturalisé et abondant
dans nos deux colonies. A lt. 0-400 mèt. [N "s 3225, 3532.]

nombre de petites grappes secondaires, spiciformes, souvent unilatéralement
situées. Gousses encadrées d'un cordon filiforme (prolongement et démembre­
ment du pédoncule), très aplaties, longues de 12-18 cm. sur 6-7 cm. de large,
indéhiscentes, membraneuses, transversalement articulées, à articulations
libres, en forme de parallélogramme, et se détachant en laissant le cordon
intact ; semences longues de 15 cm. sur 7 mm. de large, obovoïdes, compri-

M artinique . Vulgo : Graines rouges, arbre à graines rouges. — Prêcheur,
Carbet, Trois-Ilets, Macouba, Trinité, etc. A été introduit au Jardin bota­
nique, d’où il s'est répandu dans le pays. [N°820.J

Pentaclethra

mées-convexes, lisses, brunes, marquées d'un aréole elliptique, circonscrit

Le
filamentosa Benth., grand arbre, originaire de la Trinidad
et de la Guyane, à feuilles très larges et très belles, deux fois composées-

par un petit sillon. A la maturité, l épicarpe se détache par plaques du méso-

paripennées, de 10-20 paires de pennes, ornées de 30-50 paires de folioles,

carpe. — Les racines coupées par morceaux et mises dans l'eau froide ne

très rapprochées et luisantes, est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre,

lardent pas à produire une masse d’écume ( s&lt;iponinc‘?) : celte eau est un des

d où il s est répandu dans 1'ile ; il pousse déjà spontanément dans plusieurs
endroits, aux environs de la ville. N° 1I52.J Les graines doivent être grasses
(à vérifier).

meilleurs diurétiques-rafraîchissants qu’on connaisse; dans le pays, on en
fait grand usage. — V il dans les monceaux de pierres du littoral et sur
les mornes inférieurs : bord de mer de la Basse-Terre au B aillif et de la

Neptunia

L. (de «

Neptune

», dieu des eaux, parce que ces plantes

Basse-Terre au Vieux-Fort, Capesterre (Guadeloupe), Pigeon, Deshaies, etc.

recherchent habituellement le milieu aqueux.)

[N° 3029.]

plena Benth.; Neplunie pleine. Vulgo : Pompon jaune. — SulFrulescent,
glabre, haut de O0070-1m80, droit ou tortueux, ordinairement peu branchu

M

a r t in iq u e

.

Vulgo : Manioc-Lachapelle. — Mornes du Jardin botanique,

Basse-Pointe, Grande-Rivière, Macouba, Trois-Ilets. [N° 1154.]

et peu feuillu, à rameaux comprimés. Feuilles bipennées; à 3-5 paires de

Adenanthera L. (du grec « aden », glande, et « anlhera », fleur, allusion à la
glande qui termine les anthères.)

Grand

arbre

à branches peu nombreuses,

à la base, pointues ou mucronées au sommet. Fleurs jaune vif, en capitules

étalées

obovales, très longuement pédoncules, axillaires; pédoncule arqué portant

horizontalement, à écorce lisse, grisâtre. Feuilles deux fois composéesparipennées, larges, à 3-4 paires de pennes, distantes, portant 5-13

mucronées; calice à 5 dents : Heurs inférieures du capitule, stériles, avec des

paires

de

—

pennes, portant 12-40 folioles irritables, délicates, linéaires-oblongues;
pétiole long, garni d'une glande large, elliptique, sessile, entre la première
paire de pennes; stipules plus ou moins larges, obliquement insérées, cordées

A. p&amp;vonina L. ; Adenanthère pavonine. Vulgo : Arbre à réglisse, arbre
graines réglisse.

N.

folioles alternes, également

distantes, ovées

ou

1-4 bractées, irrégulièrement distancées, larges, cordiformes, ovales, poinlues-

ré tu ses au

filets pétaloïdes*et longs; étamines fertiles 10, avec des anthères noires et

sommet, sublronquées à la base. Fleurs régulières, jaunes, en grappes

surmontées d'une glande slipitée. Gousses stipitées, arquées, inlléchies, mu­

axillaires, confinées aux extrémités des branches et longuement pédon-

cronées, longues de 4-5 cm. sur 5-7 mm. de large, comprimées-convexes,

culées; calice à 5 dents; pétales 5 ; étamines 3, incluses, à anthères
munies d une glande slipitée, terminale. Gousses longues de 20-25 cm.

ordinairement au nombre de 4-6, imprimées entre les semences obovoïdes,

sur 14-16 mm. de large, recourbées en forme de faucille, déhiscentes,
imprimées à l’endroit des graines, rétrécies à la base, pointues au sommet;

noires, lisses, transversalement situées.— Assez abondant à la Grande-Terre,
sur les bords des étangs et des mares. — Il arrive parfois que ces plantes
vivent complètement dans l'eau. Les parties inférieures des tiges deviennent

semences 3-8, laissant des espaces vides entre elles, rondes, biconvexes, très
luisantes, d’un rouge écarlate, très vif L Après la déhiscence, les valves se

déracinés fibreuses. — Moule (étang du C ocover), Gozier. Lamentin, Baie-

tordent et tournent en spirale; l’endocarpe, blanc en dedans, se détache des

Mahault, Marie-Galante, Port-Louis, etc. [N os 3030, 3527.
M artinique . Vulgo

jé q u irity,

1. Ces graines, suas le nom de faux
ont clé étudiées en détail par MM. Ileckel et Schlagdenhauffcn, dans un travail qui a paru au journal de pharmacie de Reebcr,
le
(Genève, 1882 . Elles se substituent quelquefois aux graines d Abrus
-

Progrès

lorius L.

alors spongieuses, très larges, et aux aisselles des feuilles il pousse des touffes

preen

: Pompon jaune. — Vauclin, Marin, Sainte-Anne.

[N os 830, 831.]

Desmanthus

\V. (du grec « desnié », lien, fascicule, c'est-à-dire fleurs réu­

nies en capitules.)

�D. t'irgalus W ., variété slriclns Benlh.; Desmanthe à baguettes. \ ulgo :
Petit acacia. — Sous-arbrisseau, droit, haut de 0UI30-111180, à une seule ou
plusieurs tiges cylindriques, souvent très branchues, slriées-anguleuses, noi­

fois eomposées-paripennées. à 1-2 paires de pennes, très rapprochées, de
manière à simuler une feuille palmée, portant 15-25 folioles oblongueslinéaires, pointues, ciliées sur les bords; pétiole secondaire garni de poils

râtres et lisses. Feuilles deux fois eomposées-paripennées, à '2-1 paires de

roux, sétacés; pétiole commun comprimé, glabre, souvent muni de spinules;

pennes, comptant 10-23 paires de folioles linéaires ou oblongues-linéaircs;

stipules ciliées-frangées. Fleurs pourpres, ou purpurines, plus rarement
blanches, en capitules ovoïdes, axillaires, pédonculées, réunis par 2-3; pédon­

pétiole principal muni d une glande aplatie el rougeâtre, entre la première
paire de pennes; stipules obovales-sétacées. Fleurs blanches en capitules
pédoncules, axillaires, situées dans les parties supérieures des rameaux;
calice à 3 dents; pétales subdistincts; étamines 10; anthères ovoïdesoblougues, sans glandes. Gousses réunies le plus souvent par 4-5, longues de

cule souvent poilu, aussi long ou souvent plus long que le pétiole commun;
calice avorté ou rudim entaire; étamines 4 ou 8, trois ou quatre fois plus
longues que les pétales. Gousses indéhiscentes, longues de 12-18 mm. sur
3 mm. de large, sinuées, imprimées entre les graines, à 2-4 articulations,

4-0 cm. sur 2-3 mm. de large, sessiles, mucronées ; semences 10-25, ovoïdcseomprimées, noires, polies, longues de 2 mm. — Très abondant dans les hal-

convexes, orbiculaires, se détachant, à la maturité, du cordon qui les encadre
et qui est hérissé de soies rigides, jaunâtres et droites; semences lenticulaires,

licrs el dans les savanes sablonneuses de la région inférieure : Monléran,

brunes, comprimées-convexes. Cette plante est célèbre à cause de l’irrila-

Vieux-Fort, Trois-Rivières, Sainte-Rose, Deshaies, etc. [N u 2630.J

bililé de scs feuilles. — La racine de la sensitive est purgative, émétique et en
même temps a lexitère; dans le pays, on se sert uniquement de la décoction

M

a r t in iq u e

.

Vulgo ; Petit acacia, pompon blanc. — Abondant ; Parnasse,

environs de Saint-Pierre, savanes de Ducos, hauteurs de la Rivière-Salée,
etc. X° 1150.

de la racine en gargarisme contre l’irritation de la gorge et contre la coque­
luche, en y ajoutant un peu de miel pour corriger son astringence. —
Répandu dans toutes les Antilles, jusqu'à une altitude d’environ 700 met.

D. depi'essus Ivth. ; Desmanthe à tiges couchées. Vulgo : Acacia courant.
— Suiïrulescenl et frutescent, glabre, couché, long de 40-70 cm., à racines

[N ° 3034.]

pivotantes, allongées, fortes, à tiges très nombreuses, cylindriques dans le
bas, subtétragones dans le haut el souvent ascendantes aux extrémités.

[N* 11414.]

M artinique . V u lgo : Am ourette, Marie-honte, sensitive, zherbe-z’amuser.

Feuilles à 3 paires de pennes, portant 8-12 paires de folioles, très petites,

M. casta L. ; Mimeuse chaste. Vulgo : Zamourette. Desc., vol. II, t. 119,

linéaires, obtuses. Fleurs blanches, en capitules pédonculés, peu nombreux,

p. 203. — SulTrutescent, grimpantou rampant, glabre, à tiges, rameaux, pédon­

axillaires et terminaux; pétiole commun muni d une glande arrondie, entre la

cules et pétioles armés de piquants jaunes ou jaunâtres, élargis à la base,

dernière paire de pennes ; calice tritîde, pétales linéaires-oblongs, deux fois

droits ou recourbés, placés à rebours. Feuilles irritables, à 1 paire de pennes,

aussi longs que le calice; étamines deux fois aussi longues que les pétales;
pédoncule presque aussi longque les feuilles. Gousses de 4 cm. de long sur

longues de 5 cm., divergentes, munies de 3-5 paires de folioles opposées,

2 mm. de large, droites, pointues au sommet, contenant 8-15 semences
ovales, noirâtres. — Les bestiaux sont friands des feuilles et des jeunes tiges.
— Assez abondant dans les savanes sablonneuses, sèches, oü il forme souvent
gazon : Désirade (abondant , les Saintes (T errc-d e-IIa u t), Baillif, environs

oblongues, semi-elliptiques, coriaces, pointues, marginées, garnies de poils
rigides et couchés, surtout sur les bords; pétiole commun plus long que les
pennes. Fleurs purpurines, ou blanches, en capitules axillaires et termi­
naux : les axillaires, solitaires; les terminaux, en grappes corymbiformes.
Gousses longues de 3 cm. sur un peu plus de 12 mm. de large, droites, membraneuses-coriaces, arrondies aux extrémités, à 3-4 articulations se déta­

de la Basse-Terre, Vieux-Habitants, etc. N° 3032.
M artinique. Vulgo ; Acacia-terre. — Assez abondant dans les savanes des

chant isolément du cadre fibreux hérissé de piquants jaunes, droits ou plus

environs de Fort-de-France, de FAdillon, de Case-Navire, etc. [N ° 1151.

souvent recourbés en crochet ; semences comprimées, obovoïdes, marquées,
de chaque çôté, d'un aréole circonscrit par une ligne blanchâtre. — Assez

Mimosa L. (du latin « mimus », pantomime, comédie, allusion à la contrac­
tion des feuilles quand on les touche.)
M . pudica L. ; Mimeuse pudique. Vulgo ; Sensitive, zerbe-mamzellc, hon­
teuse femelle. Plum., édit. Burin., t. 202. — SulTrutescent, à tige herbacée,
grêle, rampante ou ascendante, parfois grimpante, peu branehue, à tige el
rameaux armés de piquants jaunâtres ; les uns, infra-stipulaires, au nombre
de deux; les autres, caulinaires el habituellement plus petits. Feuilles deux

répandu dans la basse région de la Capesterre (Guadeloupe', de la Goyave,
de Sainte-Marie, du Petit-Bourg. N° 3763. j
M artinique . Vulgo ; Am ourette. — Abondant : environs de Saint-Pierre,
Trou-Vaillant, Carbet, Trois-Ilets, Prêcheur, Trinité, etc. N° 1147.J
M. camporum Benth. ; Mimeuse des champs. Vulgo : Sensitive, petite
amourette. — SulTrutescent, droit, très branchu, haut de 50-90 cm., rarement

�246

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

plus haut, hérissé de lotîtes paris do spinules droites, blanchâtres, et de poils
droits et roux. Feuilles pétiolées, à 5-7 paires de pennes, contenant de 18-30
paires de folioles très petites, pubescenles, sensitives, linéaires, obtuses au
sommet. Fleurs pourpres ou purpurines, ou (si elles se trouvent à 1 ombre)
blanches, en capitules ovoïdes, disposés en grappes axillaires et terminales :
ces dernières sont allongées et interrompues, (rousses longues de 7-11 mm.
sur 3 mm. de large, poilues, arrondies-poinlues aux deux extrémités ; articula­

247

MIMOSÉES

Feuilles longuement pétiolées, à 5-6 paires de pennes, pétiolées, distantes,
portant 2-3 paires de folioles également distantes et pétiolées, obovales,
arrondies au sommet et à la base, très glauques en dessous ; pétioles secon­
daires filiformes, noirs avec ou sans piquants. Fleurs purpurines, en capitules
globuleux, petits, disposés en grappes lâches, axillaires et terminales : les
dernières, souvent très allongées; corolle trilide. Gousses longues de 5-6 cm.

tions 2-3 se détachant du cordon-cadre, qui, après la chute des articulations,

sur 2 cm. de large, obovales, non articulées, noires, membraneuses, à bords
formant cadre et armés de 8-10 piquants subulés, courts, placés à rebours;

se rompt au sommet; semences noires, obovoïdes, comprimées. — Fl. en
juin, juillet. — Peu répandu : environs de Saint-Pierre, sur les bords des

semences 3-5, longues de 2 mm., brunes, comprimées. — Endroits secs, pier­
reux et calcaires : Moule (environs de l’habitation M alettre), Vieux-Fort.

chemins des champs de canne, entre l’ Flise de la Consolation et l ’habitation

Gourbeyre (morne Dos-d'Ane), Le Baillif, Vieux-Habitants, Pigeon, Bouil­

Périnell; çà et là dans les champs du Trou-Vaillant. — C elle espèce a dû être

lante. — Fl. en septembre et octobre. [ N ° 3033. i
M artinique . Yulgo : Amourette grand-bois, croc-chiens.— Abondant dans
les hauteurs des Trois-Ilcls, de la Régale, de Case-Pilote, etc. N° 1146.

introduite avec les engrais. [N ° 11 -48., — Elle n'est pas à la Guadeloupe.
M. asperata L. ; Mimeuse rude. Yu lgo : Am ourette-rivière, zamourette vio ­
let. — Arbrisseau très ornemental, haut de 1"’ 50 à 3 met., habituellement
droit, à branches nombreuses, distiques, à lige, jeunes branches, pétioles,
rachis hispides-rugulcux et garnis de piquants acérés, subulés, à pointe noire ;
ceux de la lige, plus grands et latéralement élargis à la base ; ceux des pédon­
cules et des pétioles, plus petits. Feuilles à 8-15 pennes, pourvues de 20-60

Schrankia

L. (dédié à l'ex-Jésuile allemand

Schrank '1747-1835], né à

Varnbach en Bavière, professeur d’agriculture cl de botanique économique
à Ingolstadt, directeur du Jardin botanique de Munich; a laissé un grand
nombre d’ouvrages de botanique.)

S.

leptocarpa D. C .; Schrankie à fruits longs et minces. Yu lgo : Sensitive.

folioles très petites, très rapprochées, linéaires, obliquement pointues au
sommet, glabres en dessus, hispidulées en dessous; pétiole commun garni de

— Sulîrutescent, ressemblant beaucoup, quant au port, au feuillage et aux

piquants larges insérés par paires sur les parties qui séparent les pennes, et

fleurs, à la sensitive ordinaire, à racines tubériformes, à tiges et branches
quadrangulaires, armées, ainsi que le pétiole commun, d’aiguillons crochus.

d'une spinule dressée, subulée, entre chaque penne; stipules subulées. Fleurs
purpurines, en capitules larges ovoïdes-allongés, géminés, pédonculés,

Feuilles irritables au même degré que le

Mimosa

pudica, à 2-3 paires de

alternes, formant une large grappe feuillue, terminale et allongée; étamines
en nombre double des pétales; pédoncules hispides, ruguleux, longs de 23 cm.

pennes, contenant 12-20 paires de folioles linéaires, obliquement insérées.

Gousses longues de 6-7 cm. sur 8-9 mm. de large, mucronées, très arquées,
hérissées de toutes parts, mais surtout sur les bords, de poils très roux, impri­

pédonculées; étamines libres, 8-10. Gousses très droites ou parfois légère­

mées entre les 20-26 articulations étroites, lesquelles tombent sans entraîner

valves hérissées sur les bords de piquants jaunes, subulés, très acérés, et ter­

le cordon encadrant qui forme un rebord de chaque côté ; semences brunes,

minées en une longue pointe aiguë; pédoncule vigoureux, long environ de

Fleurs purpurines, en capitules axillaires, presque toujours solitaires, petites,
ment arquées, longues de 6-9 cm., tétragones-sillonnées, s’ouvrant en quatre

ovoïdes-allongées. — Fl. en avril, mai. juin. — Le long des rivières de la basse

1 cm. ; semences obliquement tronquées-sublétragones, longues de 2 mm.,

région et dans les endroits aquatiques voisins des cours d'eau : Ravine-

situées longitudinalement. —

Chaude rivière Bras-dc-Sable), Lamenlin, Baie-Mahaull. N os 3228, 3418.]

Abondant dans les savanes entre Fort-de-France et Case-Navire, surtout sur

Yulgo : Amourette-rivière. — Bords d e l a rivière d u Carbet
(cours inférieur), rivière des Pères, rivière sèche, rivière d u Prêcheur, etc.

l'habitation Sainte-Catherine et aux environs du Marigot. N° 1036.J— Je ne

M

a r t in iq u e

.

[N° 910.]

M. ceralonia L .; Mimeuse à épinescorniculées. Yulgo : Amourette, grallejambe, croc-chiens. — Puissant arbrisseau-liane, ornemental, grimpant aune
grande hauteur et couvrant les arbres de ses branches et de ses belles fleurs,
à tige très tortueuse, plus ou moins cylindrique, à rameaux slriés-anguleux,
à tige, branches, rameaux et pétioles armés de piquants noirs, subulés ou
droits, placés à rebours cl latéralement élargis à la base, de grandeur variable.

Fl. en septembre, octobre et novembre. —

l'ai pas vu à la Guadeloupe.

Leucæna

Benth. du grec « leucaïno », blanchir, allusion à la couleur des

fleurs, qui sont presque blanches.)

L.

ijlauca Benth.; Leucame à feuilles glauques. Yu lgo

bâtard, macata.

(Mimosa

L.,

Acacia

; Monval,

tamarin

\Y.) — Arbrisseau ou petit arbre peu

branchu, à tronc nu, à branches étalées, à tiges couvertes de petites écailles
et de lenlicelles roussâtres, à rameaux, pétioles, pédoncules finement pubes-

�248

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

249

MIMOSÉES

cents ou comme saupoudrés d'une poussière blanche. Feuilles de 8-13 cm. de
long, à 8 paires de pennes, portant 10-20 paires de lolioles oblongueslinéaires, obliquement pointues, obliques à la base, glabres, glauques en
dessous; pétiole commun chargé, au milieu, d une glande large, sessile, apla­
tie. Inflorescence axillaire et terminale, en capitules globuleux, larges,
presque blancs, formant ensemble une grappe lâche; calice à .) dents; éta­
mines 10. Gousses stipilées, longues de 12-17 cm. sur 2 cm. de large, glabres,
déhiscentes, très aplaties, atténuées à la base, pourvues d'un bec court et

&lt;1ifTère par ses branches toujours sarmenleuses, plus grêles et blanchâtres,
par ses folioles plus étroites et plus nombreuses, par ses piquants beaucoup
plus étroits, plus courts cl souvent réduits à de petites spinules, par ses capi­
tules plus pet ils, plus nombreux, scs grappes plus larges, par ses pédoncules
plus courts et non enveloppés dans des bradées, ou ayant des bractées rudi­
mentaires ou avortées, par ses gousses plus étroites et un peu plus longues.
— Surtout abondant le long des rivières, jusqu’à une altitude de 180 rnèt.,
depuis la Basse-Terre jusqu'à Deshaies, et de la Basse-Terre jusqu'à la Capes-

recourbé au sommet; semences 12-22, transversalement placées, obovales-

terre (Guadeloupe), Marie-Galante, les Saintes, et dans toute la Grande-

elliptiques, brunes, luisantes, attachées à un funicule filiform e et droit. — On
se sert des graines pour fabriquer des petits travaux d'art, comme bourses,

Terre. ! X° 3041. |
M artinique . Yu lgo : Am ourette, fleurs d’amour, fleurs du bien-aimé. —

porte-montres, bracelets, etc. — Très commun dans les terres inférieures,
sèches et sablonneuses de toute la Guadeloupe, de la Grande-Terre et des
dépendances. Alt. 0-350 rnèt. (N° 3042.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Macatta, macatta-bourse. — Très abondant dans toute

Abondant : environs de Saint-Pierre, Fond-Coré, Canonville, Prêcheur,

(du grec « akakia », épine, pointe : la racine est dans le mot cel­

tique « ac », pointe, allusion aux épines que portent la plupart des plantes
de ce nom.)

A. lamarindifolia W . ;

A.

Acacia à feuilles de tamarinier. Yu lgo ; Côte-lézard.

Plum., édit. Burm., t. 7. — Arbrisseau tantôt sarmenteux, tantôt plus ou
moins droit, haut de f-G met., à branches allongées, à rameaux quadrangulaires, à branches et rameaux garnis de piquants noirs,' droits ou recourbés,

X" 1141.

A.

marlinicensis P r l. ; Acacia à fleurs en panicules.

; Am ourette. —

Arbrisseau sarmenteux, haut de 5-12 m èl., armé

paniculala W .,

Yulgo

File. [X ° 834.]

Acacia L.

Grande-Rivière, Case-Pilote, Marin, Trois-Ilets, etc.

de petits aiguillons crochus. Feuilles longues de 12-18 cm., à 12-17
paires de pennes, longues de 4-6 cm., portant 30-60 folioles petites,
très rapprochées, linéaires, sessiles, obliquement arrondies au sommet;
pétiole commun chargé d’ une glande à peu près à son milieu. Inflorescence en
petits capitules globuleux, très nombreux, formant une panicule terminale
sans bractées; fleurs blanc pâle ou blanches. Se distingue facilement de ses
congénères par le nombre des pennes, la finesse et le grand nombre de ses
folioles. Gousses déhiscentes, très aplaties, pointues aux deux extrémités,
très coriaces; graines 6-8, noires, très comprimées, longues de 7-9 mm. ;

à écorce presque toujours noire. Feuilles longues de 7-8 cm., à 4-6 paires de
pennes, de 12-20 paires de folioles de 3 mm. de long, oblongues, obliques à

funicule long de 3 mm.,robuste, n oir.— Fl. en mai, ju in ,ju illet. — Peu abon­

la base ; pétiole commun garni d'une glande entre la dernière paire de pennes.

dant : environs du Moule, du Saint-François, de Sainte-Anne, etc. X J 3464.
M artinique . Yu lgo : Am ourette, acacia blanc. — Abondant aux environs

Inflorescence en grappes terminales et axillaires; fleurs blanc pâle, en capi­
tules larges, pédonculés, réunis par 2-5, â pédicelles enveloppés, à la base,
de deux grandes bractées foliacées, cordées, largement ovales, pointues,
caduques ; caractère qui distingue facilement cette espèce de toutes ses congé­

de Saint-Pierre (Boulevard,

Trois-Ponts), Carbet, P rêch eu r, Trinité, etc.

A lt. 0-300 rnèt. [X ° 1140.]

A.

macrantha

II. B. K th .;

Acacia à grosses épines. Yulgo : Acacia piquant,
Petit arbre très touffu, à branches toujours divariquées,

nères ; calice à 5 lobes; corolle à 5 lobes, deux fois plus longs que ceux du

acacia-savane. —

calice; étamines nombreuses, en nombre indéfini. Gousses stipitées, sub-

horizontales, et les inférieures toujours penchées, à tronc, branches et rameaux
garnis d'épines stipulâmes, droites, acérées, très souvent blanches, surtout

oblongues, atténuées à la base, longues de 7-11 cm. sur 2 cm. de large, très
aplaties, coriaces, sèches; semences 5-8, transversalement placées. — Abon­
dant dans les quartiers secs, chauds, pierreux de toute la côte, de la Basse-

les adultes, insérées à angle droit, réunies par deux à la base. Feuilles de 12-

Terre jusqu’à Deshaies. — Fl. en août, septembre et octobre. —

A lt.

folioles, petites, linéaires, émoussées au sommet (le nombre des pennes est

.V 3261.]
. Yulgo : Grand amourette.
— Environs de Saint-Pierre, Carbet, Case-Pilote, Trois-Ilets, Marin, etc. (N ° 1145.]

très variable; dans mes spécimens, il s'en trouve jusqu'à 40 ; pétiole glandulifère. Inflorescence axillaire, en capitules arrondis, pédonculés ; fleurs jaunes,

0-150 met.
M

A.

a r t in iq u e

riparia II. B. et Kth.,

A.

sarmenlosa Desv. ; Acacia des bords des

rivières. Yulgo : Amourette. — Ressemble beaucoup au précédent ; il en

15 cm. de long, ayant de 20-25 pennes de 3-4 cm. de long. , portant 15-34

odorantes. Gousses indéhiscentes, plus ou moins moniliformes, ligneuses,
tantôt droites, tantôt courbes, sessiles, vertes, longues de 9 cm., biconvexes,
couvertes de poils rudes, très serrés et très courts, légèrement pulpeuses en

�250

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MAR TINIQUE

dedans; semences 10-13, brunes, convexes, ovales, longues de 1 mm. — Fl.
surtout en mai, juin, ju ille t.— Très abondant sur toute la côte entre la BasseTerre et Desbaies, entre la Basse-Terre et Vieux-Fort, Gozier, Moule, MarieGalante, etc. Alt. 0-250 met. [N° 3416.]
M a r tin iq u e .

Yulgo : Acacia-savane. — Rare dans les environs de Saint-

Pierre; plus abondant aux environs de Fort-de-France, notamment entre le

MIM OSÉES

2 51

sèches et pierreuses, près du littoral, entre la Basse-Terre et les Vieux-Habilants, Vieu x-Fort, Capeslerre, etc. [N ° 2638.]
M

a r t in iq u e

.

Yulgo : Acacia jaune, acacia odorant, pompon jaune. — Cul­

tivé et à l’état sauvage, dans toute nie, mais surtout au Carbet, à CasePilote, au Diamant, à Sainte-Anne, etc. [N ° 1141.]

A.

parvifolia W . ; Acacia

à

petites feuilles. Vulgo : Acacia bord-dc-mer,

collège et le fort Tartanson, le long de la rivière Madame et de la rivière de

acacia-savane. — Arbrisseau ou grand arbuste, quelque fois petit arbre,

La Dillon. [N ° 838.]

habituellement très touiru, souvent tortueux, nu dans le bas, à branches
inclinées et divariquées. Feuilles de 2-4 pennes, contenant de 10-15 folioles

A. arabica. \\\; Acacia de l'Arabie. Yulgo : Acacia de Cayenne. — Petit
arbre, plus rarement assez grand arbre, à branches inclinées, ;i rameaux

pubesccntes en dessous, finement ciliées sur les bords, linéaires, obtuses,

pédoncules, pétioles et fruits couverts d’ un duvet tomenteux, fin, blanc ou
blanchâtre. Feuilles fasciculées, à 4-8 paires de pennes, portant 10-20 paires

longues de 2-3 mm. ; pétiole commun marqué d’une glande sessile, elliptique,

de folioles oblongues-linéaires, obtuses; pétiole habituellement garni d’ une

entre la plus basse paire de pennes (quelquefois un peu au-dessous de cette
paire); pétioles secondaires finement duvetés. Fleurs jaunes, solitaires, odo­

glande, près de la base ; épines géminées, tantôt courtes, tantôt très longues,
droites, blanches. Fleurs fasciculées, à pédoncules longs, bibractéolés au

pubescentes; étamines monadelphes. Gousses longuesde 12-15 cm. sur 5 mm.

milieu. Gousses stipitées, de 7-9 cm. de long sur 13-15 mm. de large, cou­

de large, linéaires, légèrement moniliformes, arquées. Ressemble au précé­

vertes d'un duvet lin et blanchâtre. — Çà et là dans les savanes sèches des
environs de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, etc. jX l,s 2635, 3415. |

dent, avec lequel on peut le confondre de prime abord; il en cliHère surtout

M ar tiniq u e .

Yulgo : Acacia-savane. — Rare ; dans les savanes sèches de

Sainte-Anne. [N° 840.]
A. Farnesiana \Y.; Acacia de Farnèse. Y u lg o : Acacia jaune, acacia odo­
rant. Desc., vol. I, t. 1, p. 1. — Arbuste ou petit arbre, le plus souvent tor­
tueux, à branches très divariquées, d’un port peu élégant, à rameaux et
pétioles glabres. Feuilles à 4-8 pennes, chargées de 10-20 folioles obtuses,
oblongues-linéaires ; pétiole commun muni d'une glande scutelliforme, entre la
dernière et souvent entre la première paire de pennes. Fleurs jaune d’or vif,
fasciculées, fortement musquées ; étamines en nombre indéfini, subdistinctes;
épines slipulaires 2, sétacées. Gousses longues de 6-9 cm. sur 7-12 mm. de
large, fortement arquées, cylindriques, atténuées aux deux extrémités, briè­
vement stipitées ou

sessiles, terminées par un bec allongé et recourbé.

A vec les gousses vertes et la gomme qui suinte de l’arbre sans incision, en
v joignant un peu de bois de campêche et du jus de citron, on peut préparer
à chaud une encre très noire et indélébile, si on a soin de fixer la couleur
avec un peu de sulfate de cuivre ou de zinc. Le bois est dur et résiste long­
temps à l’humidité. 11 sert à faire de petits meubles. A vec les Heurs, on
prépare une excellente tisane contre les dyspepsies. Les racines, qui sont
couvertes d'une écorce brune ou noirâtre, ont une odeur d’ail très prononcée ;
râpées, elles entrent (à la Martinique et à Sainte-Lucie) dans la composition

rantes, pédonculées, à pédoncules pubescenls ; épines variables, géminées,

par la pubescence des pétioles, l'étroitesse et la longueur de scs gousses. —
FL presque toute l'année. — Abondant dans les sables secs du bord de mer.
de Saint-François, du Moule, de Sainte-Anne, du Petit-Canal, etc., et aussi
dans les mornes secs, près du littoral. X us 3037, 3525.j
M artinique . Yulgo : Acacia bord-de-mer. — Abondant, entre Sainte-Anne
et le François. [N ° 839.]

A.

Vincentis G r .,

Pithecolobium

Vincentis Benth. ; Acacia de Saint-Vin­

cent. Vulgo : Acacia blanc. — Arbrisseau tortueux, haut de 2-3 mèt., à
écorce blanchâtre. Feuilles longues de 3-4 cm., à 3 paires de pennes, de
2 cm. de long, portant 5-6 paires de folioles, de 5 mm. de long, oblongues ;
pétiole garni d’ une glande pointue, au-dessus de sa base: pétioles primaire et
secondaire, pubescents ; stipules petites, caduques; aiguillons droits, soli­
taires ou réunis par deux, dont un toujours plus grand. Fleurs en capitules
blancs, globuleux, axillaires, brièvement pédonculés ; étamines 10-12, connées à la base. Gousses longues de 12-15 cm. sur 1,5 cm. de large, plus ou
moins arquées, ligneuses, indéhiscentes, sinuées, aplaties; semences 10-15,
obovales, compriinées-convexes. — Endroits secs, pierreux des environs du
bourg de Case-Pilote ; çà et là au Yauclin, à Sainte-Anne et au Marin. A lt.
0-80 mèt. [N ° 837.] (Spécimen im parfait.) — Je ne l'ai pas trouvé à la Gua­
deloupe.

A.

Lebbeck W . ; Yulgo : Bois noir, vieille fille. Tuss., F/.,

IV, t.

29. —

des remèdes contre la morsure du serpent ; avec la décoction des gousses,

Arbre de taille moyenne, rarement grand arbre, droit, sans piquants, glabre

pilées, on peut noircir les cuirs. — FL à peu près toute l’année. — Cultivé

dans toutes ses parties, à écorce noire, presque lisse, à branches inférieures,

dans les jardins de la ville et autour des habitations; abondant dans les terres

horizontales et souvent penchées. Feuilles très larges, à 2-4 paires de pennes

�252

PLANTES

Pli

L.A GUADELOUPE ET

DE LA

MARTINIQUE

MlMOSEUS

253

distantes, portant 3-0 paires de folioles larges, obovales-oblongues, inégales

luisantes, elliptiqucs-ohlongues ou elliptiques-ovales, arrondies au sommet,

à la base. Fleurs en capitules, grandes, purpurines ou blanches, axillaires et
alors solitaires, ou géminées ou terminales, disposées en une sorte de

inégales à la base; pétiole commun pubescenl. Inflorescence axillaire et ter­
minale, en capitules pédonculés; étamines 10, écarlates, quatre fois plus

corymbe ombelliformc; capitules pédonculés, à pédoncules longs, (ililorm es;

longues que le calice. Gousses élastiquemenl déhiscentes, à 4-5 cm. de long
sur 4 mm. de large, glabres, oblongues, droites ou arquées, slipitées, valves

étamines en nombre indéterminé, soudées à la base, (rousses longues et
larges, pouvant atteindre jusqu'à 32 cm. de long sur 4-5 cm. de large,
droites, très membraneuses, minces, blanches, toujours pendantes, atténuées
aux deux extrémités, brièvement slipitées et munies d’un crochet au som­

cornées, à rebords épaissis ; semences 3-5, légèrement anguleuses, convexes,

met ; valves tardivement déhiscentes, concaves d’ un côté et convexes de
restent longtemps sur

celle espèce). ! N ° 3038. i
M artinique . Vulgo : Pompon rouge. — Abondant sur la côte sèche entre

pied, et, quand le vent les agite, elles produisent beaucoup de bruit. — Le
bois est recherché pour la construction, mais surtout pour le charronnage.

le Carbet et Case-Pilote. — FL à toutes les époques de l’année. [N ° 1164.
N ota . — L espèce de Deshaies diffère de celle qui est cultivée et de celle

— Originaire du Bengale. Naturalisé et abondant dans les environs de la

de la Martinique par les ramuscules qui portent, dans toute leur étendue,
quatre rangées de squamules imbriquées et très rapprochées; c’est peut-être

l'autre, à l’endroit des graines. —

Les gousses

Basse-Terre, Baillif, Capesterre (Guadeloupe), Pointe-à-Pitre, Moule, etc. —
Fl. en avril, mai. et aussi en septembre et octobre. N" 263b.]
M

a r t in iq u e

.

Vulgo : Bois noir. — Abondant : Fort-de-France (environs

tachetées. — Il est cultivé comme plante d'ornement, mais existe à l’état
sauvage à Deshaies (sommet du Gros-Morne, seul endroit où j aie rencontré

une espèce particulière. [N ° 3227. !
C. iergemina, Benth. ; Calliandre trigéminée. Vulgo : Bois-patate à cause

de la maison de campagne du gouverneur), Saint-Pierre (place Berlin), Prê­

de ses racines noueuses). Plum., édit.

cheur, Carbet, etc.

Arbrisseau ornemental, haut de 0 UI 90-1 Ul 70, à tiges grêles, à rameaux pen­

N° 1143.

Parmi les espèces d'acacia introduites et sur le point de se naturaliser, on

l'Acacia cornigera W ., vulgo : Acacia à cornes de bœuf, apporté

rencontre : 10

Burin., t. 10, f. 1. ilnga W . . —

chés, parfois un peu sarmenteux, à écorce blanchâtre, à racines traçantes,
noueuses, très allongées. Feuilles solitaires, ou géminées ou fasciculées, à

du Mexique à la Martinique par l'horticulteur Louis Hahn, en 1867. C’est

une paire de pennes, portant le plus souvent une paire et demi de folioles

un arbrisseau ou un grand arbuste, remarquable par ses grands piquants
connés à la base, divergents, géminés, ayant exactement la forme de cornes

ou 1-2 paires (la foliole intérieure de chaque penne avortant), obliquement

de bœuf, par son beau feuillage vert, dont les folioles portent, à l’extrémité,
un appendice arrondi, et par ses Heurs jaunes disposées en épis courts, à

chées; pétioles filiformes. Fleurs axillaires, pédonculées, purpurines, réunies

fleurs très serrées. — On l'emploie pour faire des haies impénétrables, aux
environs de la Basse-Terre, du Camp-Jacob (habitation Bollin .d e Gourbevre. de Pointe-à-Pitre, etc. N° 3226. j M a r t i n i q u e . Vulgo : Acacia arrèlebœufs, acacia à cornes.
2° L

Acacia Surulra

N° 1144.1

Roxb., originaire des montagnes du Coromandel, intro­

ovales, arrondies au sommet, folioles terminales plus grandes et plus rappro­
par 2-4, en capitules globuleux; étamines 10, trois fois plus longues que le
calice. Gousses déhiscentes, droites, oblongues-linéaires, toujours pendantes,
slipitées, cartilagineuses. — Abondant dans les endroits secs, pierreux et
chauds : Saint-Pierre Boulevard), Case-Pilote, Trois-llets, etc. Alt. 5-70 mèt.
N° 1165. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. lalifolia Gr. ; Calliandre à larges feuilles. Vulgo : A cacia-rivière, pois-

duit. pour la formation de haies impénétrables, par le comte de Lautrec, sur
son habitation Grand-Fond-Balata au Marin. [N° 836.

doux bâtard. Br., Jam., t. 22, f. 3; Plum., éd. Burin., t. 9. — Grand arbuste

3° L'Acacia Suma kunz, arbre assez élevé, très ornemental, à fleurs blanches,

ou petit arbre, à branches très divariquées, horizontales ou penchées. Feuilles

en épis très nombreux, axillaires et terminaux. Naturalisé près de la BasseTerre i La Pintade) et au bord de mer, entre la Basse-Terre et la rivière des
Pères. N° 3039.

à une, souvent à deux paires et demi de folioles, larges : celles de la première

Calliandra Benth. (du grec « kallos », beau, et « aner », homme, allusion à
la belle couleur des étamines.)

et saillantes en dessous; pétiole principal muni d'une glande au-dessus de sa

C.purpurea Benth.; Calliandre à fleurs rouges. Plum., édit. Burm., I. 10,
f. 2 — Petit arbre, souvent tortueux, très touffu, haut de 2-4 mèt., à écorce
crevassée-ruguleuse, à branches allongées, gracieusement recourbées. Feuilles
à 1 paire de pennes divergentes, portant 3-7 paires de folioles très vertes,

paire, alternes; celles de la dernière paire, opposées, rapprochées, longues
de 8-13 cm. sur 4-5 cm. de large, chacune pourvue de quatre nervures arquées
base cl d'une autre entre la dernière paire. Inflorescence caulinaire; fleurs
purpurines ou rouge cramoisi, ou plus rarement blanches, en fascicules nom­
breux, situés tout le long des branches; étamines 20, soudées à la base.
Gousses arquées, plus ou moins sinuées, biconvexes, longues de 10-13 cm.
sur 2 cm. de large; semences 5-11, orbiculaires, biconvexes. — Assez abon-

�254

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

l)E LA

danl le long des rivières de Case-Pilote, dans leur cours inférieur. — Cet
arbre a beaucoup de ressemblance avec le pois-doux

(Inga

laurina W ,). —

Alt. (&gt;-1*20 mèt. j N° 1162.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
C. porloricensis Benth.; petit arbre à branches sarmenteuses tombantes, à
feuilles vert foncé, d’ une grande beauté; est cultivé comme plante d'orne­
ment à la Martinique, N° 835. — Originaire de Porto-Rico.
Le C. Saman Gr.,

Inga Saman \\

M I M OSÉES

MARTINIQUE

vulgo : Samana, arbre gigantesque, ori­

255

étalées, horizontales ou penchées, à écorce grise, peu gercée. Feuilles de
1-7 pennes, longues de 5-9 cm., portant 3-12 paires de folioles, longues de
1-2,5 cm. sur 1 cm. de large, luisantes, blanchâtres en dessous, rhomboïdes
ou Irapézoïdes, ce qui distingue cet arbre facilement de son congénère ; pétiole
commun long de 6-9 cm. Inflorescence en capitules globuleux, axillaires et
terminaux, portés sur un pédoncule long; fleurs blanc jaunâtre. Gousses
rouges, comprimées-aplaties, formant deux ou trois tours de spirale, sinuées
sur les bords; semences rondâlres-ovoïdes, grises, enveloppées, sur les deux

ginaire du Brésil, est cultivé au Jardin botanique de la Basse-Terre (N ” 3036),

tiers de leur longueur, d'un arille charnu, blanc. — Fl. de décembre à mars.

à la Martinique au Jardin botanique de Saint-Pierre, et sur plusieurs pro­

— Abondant dans les hauteurs pierreuses et sèches du Vieux-Fort, Houël-

priétés du pays, comme arbre d'ombrage. ( N° 1163.

mont, Gourbeyrc (mornes Goblin et Dos-d’A ne), hauteurs des Trois-R ivières

Enterolobium n/clocarpnm Mari. (Inga \\’ .),

cl des Vieux-Habitants, etc. [N° 3375.J
Il n’existe pas à la Martinique, mais abonde dans les bois secs de la Domi­

L

arbre énorme, originaire de

la Jamaïque et du Venezuela, très remarquable par ses gousses larges, noires,

nique et de Sainte-Lucie.

sinuées-anguleuses sur le bord extérieur, aplaties, indéhiscentes, formant un
cercle complet et laissant au milieu un petit espace vide. L'intérieur du fruit
contient une pulpe blanche, comestible. — Cultivé au Jardin botanique de
Saint-Pierre. N° 1160.

Pithecolobium

Mart. fdu grec « pithex », singe, et « ellobion », anneau

l'oreille du singe.)

unguis-cuti Benth.,

I.

laurina W . ; Inga à feuilles de laurier. Vulgo : Pois-doux, pois-doux

blanc. (Mimosa L.) — A rbre de taille moyenne, plus rarement de grande

d'oreille, parce (pie les fruits, par leurs spirales, rappellent la forme de

P.

Inga W ., M ari, (nom caraïbe de la plante.)

Inga

taille, à tronc généralement droit, cylindrique, anfractueux, très branchu, à
écorce grise ou blanchâtre, unie. Feuilles à 1-2 paires de folioles : celles de
la paire inférieure, plus petites ou réduites à une foliole, luisantes, coriaces,
elliptiques, ou elliptiques-oblongues, terminées par une pointe obtuse. Inflo­

guadalnpensis Desv. Vulgo : Griffe-chat,

rescence en grappes axillaires, spiciformes, souvent allongées, très nom­

tendre à caillou rivière, bois lraînant(aux Saintes), collier diable. Desc., vol. I ,

breuses, situées le long des branches, surtout vers l’extrém ité; fleurs blanches,

t. 11, p. 51; Plum., édit. Burm., t. 4

— Arbrisseau ou petit

odorantes, subsessiles; corolle infundibiliform e; étamines soudées à la base.

arbre, selon le terrain, habituellement très touffu, muni d'aiguillons géminés,

Gousses renflées à l’endroit des graines, arquées, de longueur très variable,

très courts ou inerme, à écorce blanchâtre. Feuilles à une paire de pennes,

mais ne dépassant guère 13 cm. de long, vert jaunâtre; semences placées

Mimosa L .)

portant une paire de folioles obovales, inégales à la base, échancrées au som­

transversalement, nichées dans une pulpe blanche, abondante, d’une saveur

met; pétiole commun long de 3 cm., folioles longues de 3-5 cm. sur 2-4 cm.

douce et agréable, dont les enfants, les oiseaux, les rats et les fourmis sont

de large. Inflorescence en capitules globuleux, formant des grappes axillaires

très friands. — Très abondant dans toute la Guadeloupe, jusqu’à une alti­

et terminales; corolle blanc jaunâtre ; Heurs sessiles; étamines monadelphcs.

tude de 650 mèt. — On le plante en lisières pour abriter les caféiers, les

Gousses comprimées, sinuées, décrivant deux ou trois tours de spirale;
graines noires, rondâtres, comprimées, en forme de lentilles, Irès lisses, lui­

cacaoyers, les bananiers, etc. — Fl. en mars, avril. [N ° 2633.
M artinique . Vulgo : Pois-doux. — Abondant. — On en fait également

santes, entourées, à un tiers près, d'un arille copieux, blanc, charnu. —

des haies pour abriter les plantations; on préfère cependant les haies de galba.

L'écorce est amère, astringente et fébrifuge. — Endroits secs, rocailleux, près
de la m e r .— Abondant sur la côte, entre Le B aillif et Deshaies, les Saintes
(Terre-de-IIautet de Bas), Marie-Galante, Moule, Sainte-Anne, etc. X° 3031.
M artinique. Vulgo ; Üiaballe, acacia à bracelets. — Sur la côte sèche,
entre Case-Pilote et Case-Navire, Diamant, Sainte-Luce. — Fl. presque toute
l’année. N° 1161.]
P. micradenium Benth.; Pithécolobe à petites glandes. V ulgo : Fougère.
— Le plus souvent arbre de grande taille, droit, à branches très divariquées,

N° 1157.]
I.

martinicensis P rl.; I. coruscans W . Vulgo ; Pois-doux-montagne. —

Petit arbre tortueux, d'un port peu élégant, à branches divariquées, horizon­
tales, à jeunes branches, pédoncules, pétioles, gousses et nervures garnis d'un
duvet coulcurde rouille, et à rameaux couverts de lenticelles. Feuilles pétiolées, à 2-3 paires de folioles presque elliptiques, luisantes en dessus, coriaces,
longues de 6-12 cm. sur 4 cm. de large; pétiole principal muni d une glande
concave, sessile, nu ou marginè, au-dessus du sommet. Inflorescence en épis

�256

CONNARACÉES ---- CMRYSORALANKES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

axillaires, courts ou allongés; calice pubescent, comme clans la précédente
espèce; corolle blanche, hérissée de poils, deux fois plus longue que le calice
et renfermant le tube staminal. Gousses longues de 8-10 cm. sur 2 cm. de
large, droites, à bords Relevés, terminées par un bec tantôt droit, tantôt
recourbé. — Fl. en mai et juin. — Rare. Çà cl là dans les hautes montagnes,

257

couleur de rouille. Feuilles très grandes, imparipennées, à 5-11 folioles ovales
ou ovales-oblongues, obtuses au sommet, arrondies à la base. Inflorescence
en paniculesaxillaires, souvent très allongées, pouvant atteindre jusqu’à 35 cm.
de lon g; fleurs petites, subsessiles; calice à lobes imbriqués; pétales blancs
5; étamines 10, alternativement grandes et petites, unies à la base. Fruits fo lli­

aux endroits exposés aux grands vents : Savane aux Ananas, morne du
Matelvane, coulée de la Ravine-a-Déjeuner (au pied de la Grande-Décou­

culaires, biconvexes, obovales, longs de 3,5 cm. sur 2 cm. de large, droits du

verte . Alt. 800-1000 met. |N° 3230.]
M artinique. Vulgo : Pois-doux-montagne. — Çà et là dans les grands bois

noires; endocarpe rouge en dedans; semences noires, lisses, oliviformes,

de la Montagne-Pelée et des Pitons-du-Carbet. N° 1155.]

souvent frangé sur les bords. — Assezabondant le longdes rivières et dans les

I.

ingaides \\\, Mimosa Inga P .; Inga ressemblant au vrai Inga. \ ulgo ;

Pois-doux poilu. — Assez grand arbre, souvent arbre de grande taille, à
branches très étendues et fortement penchées, à tronc droit, à écorce gri­
sâtre, à pédoncules, pétioles cl nervures revêtus d'un duvet épais, couleur

côté de la suture dorsale, recourbés du côté de la suture ventrale ; valves dures,
enveloppées dans à peu près le tiers de leur longueur d’un arilie blanc, charnu,
falaises des bois inférieurs des Bains-Jaunes (rivières Noire et Rouge), de Gour­
beyre (D olé), des Trois-R ivières, etc. — FL en juin, juillet, août.
M

a r t in iq u e

.

N° 2441.

Vulgo : Liane-barrique. — Rare : çà et là dans les bois

du

Champflore avoisinant le Lorrain. [N° 833.

de rouille. Feuilles de 3-5 paires de folioles elliptiques; pétiole primaire ailé
et portant des glandes entre les folioles. Inflorescence en grappes corymbiformes; calice couvert d'un duvet laineux et roux, tubuleux, à 5 dents poin­

S O IX A N T E -D O U Z IÈ M E

FA M ILLE .

— CH RYSO BALAXÉES.

tues, courtes; corolle blanche, en entonnoir, une lois plus longue que le
calice, à 5 lobes; étamines environ 30, soudées en un tube long de 5 mm.,
d'un beau rouge; pistil plus long que les étamines. Gousses de longueur
variable : les plus longues ne dépassant pas 16 cm., garnies d'un duvet lai­
neux, épais, court, couleur de rouille, droites ou arquées, à quatre côtes
arrondies dont deux plus larges; semences 10-15, noires, de forme irrégulière,
nichées dans une pulpe sucrée et rafraîchissante. — Le bois est dur et se
fend facilement : on l’emploie pour faire des merrains. — Fl. en août, sep­

Chrysobalanus

L. (du grec « chrusous », couleur d’or, et « balanos », gland,

parce que les fruits ont la forme d'un gland et sont jaunâtres avant d'être
mûrs.)

C.

Icaco

L. ; Chrysobalan Icaco (mot

caraïbe). Vulgo ; Icaque, zicaque. —

Petit arbrisseau droit, louflu, ou grand arbuste, rarement petit arbre, à

tembre et octobre. — Abondant dans les bois du Gommier, des mornes
Goblin et Dos-d'Ane (Gourbeyre , de Houëlmont, des Vieux-Habitants, de

branches fasligiées dans les jeunes pieds, divariquées ou parfois penchées

la Capesterre Guadeloupe), des Trois-Rivières. [N os 3035, 3229, 3601.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Pois-doux gris. — Assez abondant dans les bois du

rescence en corymbes axillaires cl terminaux, plus courts que les feuilles;

flans les pieds adultes ou vieux. Feuilles ovales, arrondies au sommet. Inflo­
fleurs blanches; étamines unilatérales, jusqu'à 20, gynophore court, adné au

morne Saint-Martin ( bois de Galbiac), du Champflore, du Parnasse; abon­

tube du calice. Drupe obscurément marquée de 5-6 côtes, bleu foncé ou

dant dans les environs de la fontaine Didier, etc. N° 1158.

pourpre, ou parfois blanche, ovale, de la dimension d ’une prune; comestible.

S O IXAXTE -O XZIÈM E

Connarus L.

FA M ILLE .

--

CONNARACÉES.

mornes secs inférieurs. A lt. 0-350 mèt. [N ° 2730.]
du

grec « konnaros », arbre inconnu, qui, selon Athenams,

se tro u v a it dans les environs d’Alexandrie.)

C.

— La pulpe est blanche, adhérente au noyau, d’une saveur douce et
astringente ; on la mange crue ou confite avec du sucre. Toutes les parties
de la plante contiennent du tanin ; l’écorce, prise en infusion, est un excel­
lent remède contre les cours du ventre et la dysenterie L — Abondant sur le
bord de mer, où il vit souvent en société sur une grande étendue, et sur les

gramliflorus Planch. ; Connarus à grandes fleure. Vulgo ; Liane à bar­

riques. — Puissante liane, sans vrilles, pouvant s’élever sur des arbres très
grands, à écorce unie, noirâtre, .à rameaux et panicules garnis d’ un duvet

J. Cette plante, connue à la Guyane sous le nom de prune-colon, prune de l'anse, à
cause de la nature et d e là forme de son fruit, y est employée dans scs racines, écorces et
feuilles, &lt;\ litre d ’astringent dans les cas de diarrhée ou de leucorrhée. Le suc des feuilles
et des racines battu avec de l’huile est employé par les matrones pour resserrer les
muqueuses du vagin et simuler la virginité. (E. H .)
Drtss. — P la n t e s G u a d e lo u p e e t M a r t in iq u e .
17

�PLANTES

258

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

CHRYSOBALANÉES ---- ROSACEES

M ARTiNiQUE. Vulgo : Icaque, zicaque. — Hauteurs de Base-Pilote, Dia­
mant (bord de mer et hauteurs), la Régale, ele. [N ° 154.]

259

Il n’existe pas à la Martinique, mais il est très abondant dans les hauteurs
de Caslrics (île de Sainte-Lucie). (N ° 1904.]

branchu, à branches et rameaux couverts de lentieclles blanches et de rugosi­

Licania Aublel (anagramme du mot « Calignia », nom de l'arbre à la Guyane.)
L. Ternalensis Ilo o k .; Licanie de Ternate. Vulgo : Bois-diable, bois gris,

tés. Feuilles coriaces, elliptiques, cuspidées, nettement obovales. Fleurs

bois de fer. — Très grand arbre, souvent arbre gigantesque, droit, très an­

C. euspidalus Grisb. ; Chrysobalan à feuilles cuspidées. V ulgo : Icaquemonlagne. icaque grand-bois. — Petit arbre, haut de 3-5 met., droit, très

pédoneulées, blanches, solitaires ou réunies par 2-3, axillaires. Drupe obo-

fractueux à la base, à tronc cylindrique dans le haut, à fronde très large et

vale, presque sèche,munie de 5-6 côtes saillantes. — FI. presque toute l’année.

arrondie, à rameaux presque toujours couverts de lentieclles blanchâtres ou

—

Dans les bois de l’As-de-Pique, des Bains-Jaunes et du Gommier.

[N os 3476, 3633.]
M artinique . Vulgo : Zicaque-montagne. — Assez abondant au Piton-G elé,

rouges. Feuilles très coriaces, épaisses, ovales-elliptiques, cuspidées, blanches
en dessous, à côte et nervures très saillantes à la face inférieure, et rouges.
Inflorescence en grappes terminales, courtes, pubescentes, blanchâtres; calice

sur les mornes qui entourent le Champflore, et dans les hauteurs de Case-

à 5 dents; pétales nuis; étamines 3 ou 4. Drupe sèche, obovale, tomenteuse,

Pilote (Savane Saint-Cyr). [N ° 154.J

souvent sillonnée ou striée; semence 1. — Le bois est rouge en dedans, extrê­

Hirtella L. (du latin « hirtus », rude au toucher, allusion à la nature des
feuilles et des jeunes branches, qui sont très scabres.)
H. tr i and r a, S\v. ; Hirtelle à trois étamines. V ulgo : Icaque à poils, icaque
poileux. — Le plus souvent petit arbre, rarement arbre de taille moyenne,
droit, à branches fastigiées, ou horizontales ou penchées. Feuilles très scabres,
poilues en dessous, surtout sur les nervures, elliptiques, cuspidées. Inllorescence en grappes ou en panicules; fleurs grandes, blanches ou pourpres;
calice 5-fide ; pétales 5 ; étamines 3, unilatérales. Fruit drupacé, bleu foncé
ou noir, poilu, obové-oblong, comestible. — Le bois est dur cl sert pour la

mement dur et incorruptible; il sert pour les constructions à l’extérieur et sur­
tout pour les constructions sous terre et dans l’eau. — Assez commun dans
les bois du massif de Houëlmont, des Vieux-Habitants, de la Bouillante, de
la Pointe-Noire, des Trois-R ivières. — FL de mai en août; fruits mûrs en
octobre et novembre. — A lt. 300-700 mèt. [N ° 2868. i
M

a r t in iq u e

.

Vulgo : Bois de fer, bois gris, bois résolu. — Bois des Fonds-

Saint-Denis, du Camp de l'Alm a, des hauteurs de la Grand’Anse, du GrosMorne, du Lorrain, etc. [N ° 1902.]
Le

Licania pi/rifolia

Gr. existe à la Dominique et a été introduit à la M ar­

tinique, sur l ’habitation Pécoul. [N ° 153.]

construction à l’extérieur et à l'intérieur. — FL presque toute l ’année. —
Abondant dans les grands bois inférieurs des Bains-Jaunes, des environs du
Camp-Jacob, du Gommier, des Trois-Rivières, des hauteurs du Baillif, des
Vieux-Habitants, de la Bouillante et de la Pointe-Noire, etc. A lt. 400800 mèt. [N ° 2214.]
M artinique . Vulgo ; Icaque poileux, bouis poilu, icaque grand-bois. —
Morne-Bouge, Grand’Anse, hauteurs du Prêcheur, hauteurs de Case-Navire.
[N° 2140.]
H. pendilla Sol. ; Hirtelle à grappes pendantes. Vulgo : Icaque grand-bois,
icaque poilu. — Arbrisseau ou petit arbre, haut dé 4-5 mèt., à branches infé­
rieures très inclinées ou pendantes, à grappes verticalement

pendantes.

Feuilles très scabres, surtout en dessous, oblongues-lancéolées, insensible­
ment acuminées en une longue pointeau sommet, souvent brusquement poin­
tues, nervures très saillantes en dessous et garnies de poils courts, rudes et
roux. Inflorescence le plus souvent en grappes composées, surtout à la base,
tomenleuses, couleur de rouille, très allongées, atteignant souvent 32 cm. de
long; calice persistant; étamines 5-6. Drupe obovée, pubescente. — Çà et
là dans les bois de Houëlmont, de Sainte-Rose (Sofaya). [N u 3255.]

s o ix a n te -tr eizièm e

f a m il le .

— RO SACÉES.

Prunus L. (du latin « prunus »; prunier, qui vient du grec «prouné » .)
P. Dussii Kr. et Urb. (n.sp.)\ Vulgo : Bois-noyau. — Tantôt petit arbre,
tantôt arbre de grande taille, d'un port élégant, à branches supérieures fasligiées, les inférieures horizontales, à tronc très droit, cylindrique, à écorce
brune, légèrement gercée, à feuilles très vertes, toujours à moitié fermées.
Feuilles longues de 5-9 cm. sur 3-5 cm. de large, ovales-elliptiques ou ovées,
fermes, luisantes, terminées en pointe obtuse ou souvent rétuse, ou légère­
ment échancrée, arrondies à la base et souvent munies de deux taches, ou
brusquement rétrécies en un pétiole cannelé, long de 6-10 mm. Inflorescence
axillaire, en grappes spiciformes, extrêmement nombreuses, longues de 35 cm., confinées à l’aisselle des feuilles de la poussée de l'année précédente;
fleurs blanches, petites, odorantes ; calice infundibiliforme, charnu, blanc pâle,
environ 2 mm. de long, à 5 dents deltoïdes, plus courtes que le tube et alter-

�260

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

M A R T IN IQ U E

nant avec les pétales; pétales 5 ou plus rarement G, concaves, arrondis,
longs de 3 mm.; étamines en nombre double des pétales, insérées sur le
rebord du calice, cinq ou six d’entre elles sont penchées en dehors et plus
longues, elles alternent avec les pétales, les autres, plus courtes, sont
opposées aux pétales et penchées vers le pistil; tilel blanc, subulé, coniqueallongé; ovaire libre, sessile ou subsessile au fond du calice; ovules collaté­
raux; style droit, aussi long que les étamines les plus courtes; stigmate
tronqué, obscurément trilobé; pédicelles de la base de la grappe plus longs
que le calice : les supérieurs, plus courts. Drupe plus large que longue,
1:2-14 mm. de large sur 8-9 mm. de long, à péricarpe sec, brun en dehors;
cotylédons très larges, sans albumen. — Çà et là dans les parties inférieures
des bois des Bains-Jaunes, du Gommier, des environs du Camp-Jacob, du
Matouba. — Fl. en mai, juin. — I.e bois est dur, élastique et très recherché
pour le charronnage; on peut extraire des feuilles une essence qu’on emploie
en guise de créosote contre les maux de

dents. —

A lt.

ROSACEES

M YRTACÉES

261

finement et inégalement serretées, munies en dessous d ’un duvet court et
blanc; pétiole commun

long. Fleurs petites, blanchâtres, en

panicules

terminales, laineuses; pétales obovales, aussi longs que les segments du
calice; carpidium presque sec, noir à la maturité. Fruit o b o v a le .— Fl. en
mars, avril, mai. — Rare : Ilaut-Matouba (bord de la rivière Rouge, près du
pont). [N ° 2215. j — Il n’existe pas à la Martinique.
De cette famille, on rencontre, sans parler des nombreuses et belles espèces
cl variétés de rosiers, qui ornent les parterres et les jardins : l

japon ica L in d ., vulgo : N éflier du Japon
qu’on cultive pour ses fruits; le

N° 3477], Martinique

Raphiolepis

Eriobotrya
N° 2141 ,

indica Lind., petit buisson, très

beau; se trouve au Jardin botanique de Saint-Pierre.

280-600 met.

[N ° 2731.]
M artinique . Yulgo : Noyau de France. — Bois inférieurs du morne Saint-

SOIXANTE-QUATORZIÈME FAMILLE.

-- M Y R T A C É E S .

Martin, hauteurs du Prêcheur (Céron), de Case-Pilote, de Case-Navire, etc.
[N° 1907.]
Rubus L. (du latin « ruber », rouge, à cause de la couleur rouge des fruits
dans un grand nombre des espèces de ce genre.)
R.

rosifolius Sm ith.;

Psidium

L. (du grec « psiein », donner à manger, indiquant l’ usage qu’on

fait de ces fruits propres à ces plantes.)
Ronce à feuilles de rosiers. Yu lgo : Framboisier,

framboise. — Arbrisseau ou sous-arbrisseau buissonnanl, très touffu, tor­
tueux, parfois sarmenteux, à tiges et rameaux garnis de petits aiguillons, droits

P.

Guajava L. (mot de la langue des Indigènes de l’Am érique du Sud.)

Yu lgo : Goyavier. Desc., vol. II, t. 72, p. 30. — Le plus souvent petit arbre,

ou crochus, souvent implantés à rebours. Feuilles à 5 folioles ovales-elliptiquçs,

tortueux, nu dans le bas, à branches très divariquées, à écorce très lisse,

doublement serrelées, pubescenles, à dents mucronulées; pétioles communs

mince, verte ou rougeâtre, à jeunes rameaux tétragones et pubescents.

et pédoncules armés d'aiguillons crochus. Fleurs blanches, solitaires ou en

Feuilles opposées, membraneuses, fermes, oblongues ou elliptiques-oblongues,

cymes pauciflores et terminales ; calice 5-parlite; pétales 5; étamines nom­

légèrement veloutées en dessous et pâles, à nervures saillantes en dessous,

breuses, en nombre indéterminé; ovaires nombreux, insérés sur un récep­

imprimées en dessus. Fleurs blanches, le plus souvent réunies par deux, à

tacle charnu, conico-cylindrique, surmontés d'un style caduc; carpidium

l’aisselle des feuilles et opposées; calice d’abord fermé et renfermant la fleur,

rouge, ovoïde, charnu. — Les fruits se mangent soit sans apprêt, soit dans le

ensuite 4-denté après l ’ouverture de celle-ci; pétales 5; ovaire à 2-5 loges

vin blanc sucré. — Fl. surtout d'octobre en mai. — Abondant le long des

multiovulées. Fruit baccien, ovoïde, couronné par les lobes persistants du

chemins, dans les clairières et sur les lisières des bois de la moyenne région
de toute la Guadeloupe. (N° 2203.J

calice ; semences très nombreuses, nichées dans une pulpe succulente. — Les
fruits sont recherchés pour la table. Yerts, ils sont astringents; à l’état de
parfaite maturité, ils sont au contraire laxatifs. Les graines sont dures à ce

M a r tin iq u e .

Yulgo : Framboisier. — Abondant. [N 0' 152.]

R. jamaicensis Sw. ; Ronce de la Jamaïque. Yu lgo : Grand framboisier,
framboisier blanc. — Yivace, grimpant, haut de 3-5 mèt., à racines slolonifères, à liges et rameaux hérissés de poils droits, roux, entremêlés de rares
piquants crochus, à pétioles primaires, secondaires, et pédoncules également
poilus et garnis de nombreux aiguillons recourbés et implantés à rebours.
Feuilles palmées, à 3-5 folioles d’inégale grandeur, elliptiques, acuminées,

point qu elles ne subissent aucune altération dans l’estomac de l’homme et des
oiseaux, qui en sont friands. Restituées, après digestion, elles gardent leur
faculté germinative. A vec les fruits on fait d’excellentes compotes et des con­
fitures; avec les fruits débarrassés des graines, on prépare des gelées univer­
sellement appréciées. L ’écorce de la racine, les jeunes feuilles et les boutons
sont toniques et astringents, et s’emploient souvent dans le pays contre la

�262

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET

DE LA

MAR TINIQUE

MVRTACÉES

263

dvsenlerie L Le bois est dur et sert pour la menuiserie. — Par la culture, on

lielle L — Relativem ent peu abondant à la Guadeloupe; plus commun à la

a obtenu une assez grande variété de goyaves dont les principales sont : la

Grande-Terre, sur les mornes calcaires et à la Désirade, à Marie-Galante, aux

govave-poire (P .pyriferum L .), la goyave ronde (P . pomiferum L .), la grosse
goyave blanche, la grosse rouge,la petite rouge, dont le goût rappelle la fram­

Saintes (Terre-de-Bas), etc. [N ° 2209.
M artinique . Yulgo : Bois d’ Inde. — Abondant : Anses-d’A rlct (morne Lar­

b o ise.— Les goyaviers fleurissent habituellement d'avril en juillet. — Alt-

cher, où

0-700 mèt. [N ° 2992.]
M artinique. Yulgo : Goyavier. — Très abondant. I N° 1850. !

Diamant, etc. [N os 1210, 1843.]

P. Callleyanum Sabine, variété coriaceum O. Berg. Vulgo : G oyavierprune, originaire de la Chine et du Brésil, arbrisseau ou grand arbuste, à
feuilles très glabres, coriaces, subcharnues et luisantes, à petits fruits ronds
et rouges. [N 08 2993, 2198.]
M artinique . [N° 1848.]
P.Araça Radd., P. guineense S\v. Vulgo : G oyavier-fraise, originaire de
la Trinidad et de l'Amérique tropicale, arbuste ou petit arbre, à fruit de la
grosseur d une framboise, ayant le parfum et legoût de la fraise. [N ° 2198 /;.]
M artinique . Vulgo : Goyavier-fraise. [N os 595, 657.] — Sont cultivés dans
les cours et les jardins.
Amomis Berg, (du grec « amomos », irrépréhensible, de « a », privatif, et
« momos », blâmable, c'est-à-dire des plantes dont l’odeur et le parfum ne
laissent rien à désirer.)Genre corrigé par Ivrug et Urban dans : Addimenla ad

cognilionem Jloræ Indiæ occidentalisé parlicula II, anno 1895.
A. caryophyllaia Kr. et Urb.. Pimenta acris Sw. ; Amomis dont les diffé­

il

form e des forêts), hauteurs des Trois-Ilets, de Gase-Pilote, du

Mitranthes

Berg, (du grec « mitra » , m itre, turban , et « anthos » , fleur,

parce que les lobes du calice forment une coiffe qui couvre les fleurs avant
leur épanouissement.)

M. E ggersii

Niedenzu. ; Mitranthe d’ Eggers (baron danois, capitaine de

vaisseau, qui

a publié la flore de Saint-Christophe, de Sainte-Croix,

de Saint-Thom as, etc.). Vulgo : Cerisier-montagne

lieriopsis

Iviersk.).

petite-feuille.

(Mar-

— Petit arbre, élégant, droit, rarement assez grand

arbre, à branches très nombreuses, fastigiées, à écorce grise ou noirâtre,
lisse. Feuilles petites, ovales-elliptiques, coriaces, terminées en pointe obtuse,
allongée. Fleurs blanches, en panicules corymbiformes, d’ une odeur forte et
agréable. Drupe petite, ovoïde. — Fl. en juillet, août. — Assez rare : bois de
la Grande-Citerne, des Bains-Jaunes (partie supérieure), bois du Matelyane,
etc. [N ° 3463. — Il n’existe pas à la Martinique.

Myrcia

I). C. (du grec « murine » , myrte, parce que ce genre était autre­

fois confondu avec le genre Myrtus.)

M.

paniculala Ivr. et Urb.,

M. coriacea.

D. C .; M yrcie à feuilles très mem­

rentes parties tiennent de la nature du giroflée. Vulgo : Bois d’ Inde. — Arbre

braneuses et fermes. Vulgo : Bois-Fustet, bois de Sainte-Lucie, merisier bois

de taille moyenne, rarement grand arbre, d’ un port élégant, à branches fasti-

petite-feuille. — Arbrisseau, ou grand arbuste, haut de 2. 5-3 mèt., rarement

giées, à rameaux quadrangulaires et bruns, à écorce grise ou rougeâtre, lisse,

petit arbre, à branches étalées ou fastigiées, à écorce lisse et grise, à jeunes

se détachant par plaques minces. Feuilles presque toujours fortement roulées,

rameaux rougeâtres, légèrement pubescents ou glabres. Feuilles très coriaces,

oblongues ou lancéolées-oblongues, ou elliptiques, échancrées au sommet,

très variables quant aux dimensions, tantôt brièvem ent pétiolées, tantôt

très coriaces : les jeunes, garnies d’ une infinité de points transparents; les

presque sessiles, ovales ou obovales, échancrées au sommet ou non, très lui­

adultes, opaques. Fleurs blanches, très odorantes, en cymes corymbiformes,

santes en dessus. Fleurs blanches, odorantes, en panicules corymbiformes.

terminales, dépassant de beaucoup les feuilles; calice à 4-5 lobes, tube tur­

Fruit pulpeux, noir, plus grand qu’ une graine de poivre. — On en rencontre

biné; pétales 4-5; ovaire à deux cellules biovulées. Drupe ovoïde, noire, pul­
peuse, contenant une semence. — Toutes les parties de la plante exhalent

deux variétés bien distinctes :
a, variété
Gr. Vulgo : Merisier, arbrisseau ou petit arbre,

une odeur aromatique et stimulante, les feuilles contiennent une huile essen-

faiblement feuillu, à feuilles larges, très luisantes, coriaces et polies, à

Jacquiniaua

rameaux toujours glabres. [N os 2724, 3507.
1. Le goyavier a été l’objet de recherches botaniques, chimiques et pharmaceutiques,
dans un remarquable travail de M. Khouri, qui a paru aux Annules de l'in s tilu t colo­
nial de Marseille, 1895. Cet auteur y a démontré dans les feuilles l’existence d’une
huile essentielle antiseptique e*t d’un tanin spécial (acide psid iù in iqu e) , qui justifient
scientifiquement l'emploi populaire de cette plante contre les diarrhées atoniques
des pays chauds. (E. H .)

— M artinique . [N 08 192, 1260.]

1. Cette essence, très agréable mais d’arrière odeur poivrée, pourrait être employée
surtout dans la parfumerie anglaise et devenir, en raison de l’abondance de ce végétal,
une source de revenus importante pour la colonie. Les feuilles de cet arbre sont stimu­
lantes, et, distillées avec du rhum, elles sont inscrites dans la pharmacopée des EtatsUnis sous le nom de B a y-ru m et S pirilus Myrciæ. (E. 11.)

�264

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

S, variété Imrayana 1). C. Yulgo : Merisier bois petite-leuillc, arbrisseau
ou grand arbuste, très ornemental, à branches très fastigiées, grcles, à feuilles

265

MYRTACÉES

Camp-Jacob, Trois-R ivières,

hauteurs du Baillif,

Houëlmont. A lt. 300-

plus petites, ternes des deux côtés, légèrement échancrécs au sommet, à

600 mèt. [N os 2201,351 L ]
M artinique . Yulgo : Petit m erisier.— Hauteurs et plateau des Trois-Ilels et

jeunes rameaux et pédoncules garnis de duvet couleur de rouille, à pani-

du Diamant (abondant), hauteurs de Case-Pilote et de Case-Xavire.

cules moins allongées. [X os2199, 2207, 3516, 3517.] — M artinique . |X° 201.]
Les deux variétés fleurissent en mai, ju in , juillet. — Abondant dans les
mornes inférieurs, secs, de toute la Guadeloupe : V ieux-Fort, Baillif, Yieux1habitants, Deshaies, etc.
M artinique . — Case-Pilote, Diamant, Sainte-Anne, Yauclin, Caravelle, etc.

X° 193.]

M. splendens I). C .; Myrcie brillante. Yulgo : Bois petite-feuille, boisbaguette. — Grand arbuste ou petit arbre, élégant, droit, â branches fasti­
giées ou plus ou moins étalées. Ressemble beaucoup au précédent ; il en
diffère par son port, ses rameaux plus fermes, son écorce grise, ses grappes
plus nombreuses, plus allongées et plus fournies, par ses fleurs plus grandes

M. dumosa Ivr. et U rb.; M yrcie buissonneuse. Yulgo : Merisier-montagne,
goyavier-montagne petite-feuille. — Arbuste ou petit arbre, droit, très

et surtout par ses baies plus volumineuses et ovoïdes. — Fl. en mai, juin,

feuillu, à branches fastigiées. Feuilles très coriaces, épaisses, obovées, obtuses

juillet. — Cet arbuste fait l’ornement dessavanes de Gourbeyre, des Palmistes,
des environs du Camp-Jacob, des bords inférieurs des rivières Rouge et Xoire,

au sommet ou très brièvement acuminées, rétrécies à la base en un pétiole

des Trois-R ivières, etc. — C'est l'espèce la plus abondante du genre. — Alt.

très court : les jeunes, rouges en dessous; les adultes, grises du même côté.
Baie mûre, noirâtre, ruguleuse, peu pulpeuse, globuleuse, pouvant atteindre

50-600 mèt. [X ÜS 2994, 3515.]
M artinique . Yulgo : Bois-baguette. — Abondant : hauteurs et plateau des

la grosseur d'une petite cerise. — Fl. en juin, juillet. — Abondant dans les

Trois-Ilels, de Case-Pilote et Case-Xavire, des endroits boisés de Ducos, etc.

endroits ventés des grands bois du Gommier, des hauteurs du Matouba, des

[X ° 197.]

Vieux-Habitants, du massif de Houëlmont, de Pigeon, de la Savane aux
M. divarieala Gr.,

M. berberis D. C .; M yrcie à branches divariquées.

Ananas, de la Grande-Découverte, du morne de la Madeleine (Trois-R ivières).
— Sur ces hauteurs, il est rabougri et n’atteint souvent pas 1 mèl. d’éléva­
tion. — A lt. 300-1080 mèt. [X os 2727, 3207, 3514, 3588.]
M artimqub . Yulgo : Merisier. — Pitons-du-Carbel, hauteurs de Case-

écorce grise et fendillée. Feuilles très coriaces et rigides, fortement roulées

Pilote et des Trois-Ilels (abondant). [X° 1250.

sur les bords, souvent en forme de cuiller, ovales-clliptiques, brièvement

Yulgo : Petite-feuille du haut, petit goyavier bâtard montagne. — Petitarbre,
droit, à branches divariquées, souvent horizontales, à rameaux glabres, à

pétiolées. Fleurs blanches, très odorantes, en cymes terminales, très nom­
M. edulis Kr. et U rb.; M yrcie à fruits comestibles. Yu lgo : Goyavier-

breuses. Baie ovoïde-allongée, longue de 7-12 mm. sur 4-8 mm. de diamèt.

b o is.— Grand arbuste ou très petit arbre, élégant, droit, à branches fasti­

— Abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes; plus rare dans les

giées ou divariquées, à rameaux très glabres, à écorce lisse et grise. Feuilles

parties inférieures, chemin des Bains-Jaunes à la Savane à Mulets plus ou

longues de 0-12 cm. sur 4-7,5 cm. de large, obovales ou elliptiques, très

moins rabougri), hauteurs du Baillif, etc. A lt. 400-950 mèt. [X os 2720, 2721.]

coriaces, à côte très forte, â côte et nervures imprimées en dessus, saillantes

M artinique . Yulgo : G oyavier bâtard. — Assez commun ; Parnasse (morne

en dessous et reliées à un arc qui court parallèlement au bord et à peu de dis­

de La C roix], Morne-Rouge (Calvaire), bois de l'Ajoupa-Bouillon et de la

tance de ce bord ; pétiole de 5-8 mm. de long. Fleurs en grappes corymbi-

Calebasse, endroits boisés de Ducos, etc. X os 194, 196.1

formes, axillaires et terminales. Fruit noirâtre, ruguleux, globuleux, de la
grosseur d’une petite c e ris e .— Assez abondant dans les bois de la RavineChaude. X° 3510. — Il n'existe pas à la Martinique.

M. martinicensis Kr. et Urb. ( n . sp.). \ ulgo ; Bois de basse blanc, bois
de fer blanc. — Petit arbre, droit, haut de 3-1 mèt. Feuilles très coriaces et
fermes, vert brun, longues de 3,5-6,5 cm. sur 1,5-4 cm. de large, â pétioles

M. leptoclada I). C. ; Myrcie à branches faibles. Yulgo : Bois-guépois. —

de 1,5-3 mm. de long. Inflorescence en grappes,longues de 3-5 cm., presque

Petit arbre, peu élégant, presque toujours tortueux, à branches divariquées,

glabres, naissant aux aisselles des dernières feuilles des rameaux, presque

à rameaux minces, faibles et inclinés, à écorce noirâtre. Feuilles membra­
allongée et obtuse. Fleurs blanches,en panicules axillaires et terminales. Baie

aussi longues que les feuilles; pédoncules longs de 1-2 cm., subcomprimés ;
sépales 5, arrondis au sommet, 1-1,2 mm. de long, dont deux plus longs;
fleurs manquent. Baie cylindriquc-ovoïde, pulpeuse, longue de 10-14 mm.

noire, globuleuse, un peu plus grande qu’ une graine de poivre. — Fl. en mai,

— Peu abondant : çà et lû aux Pitons-du-Carbet, au Piton-Gelé, au morne

juin, août. — Abondant sur les lisières des bois inférieurs : Gourbeyre,

Jacob.

neuses, très vertes, elliptiques ou ovalcs-elliptiques, terminées en pointe

X° 191.

�266

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DF. LA

MYETACÉER

MAR TINIQUE

267

M. deflexa D. C . , variété Dussii Kr. et U rb.; M. ferruginea Berg1.; Myr-

filiformes-comprimés. Baie petite, globuleuse, brune. — Assez abondant dans

eie pliée. Vulgo : Goyavier queue-de-rat, goyavier-montagne. — Générale­
ment assez grand arbre, haut de 10-15 met., à branches supérieures fastigiées,
les inférieures divariquées et horizontales, à tronc nu dans le bas, à écorce

les hauteurs do Case-Pilote (Fond-Layette et Fond-Brulé), Marin (morne

lisse. Feuilles larges, très variables quant aux dimensions, ovales ou ovées,
ou ovées-oblongues ou elliptiques, roulées sur les bords, garnies d'une infi­

Bois de basse rouge, bois étti. — Arbrisseau très élégant, droit, souvent très

nité de points transparents (cryptes)", pétiole court, couvert d’un duvet cou­

coriaces, d’ un vert rouge en dessus, garnies, en dessous, d'un duvet couleur

Gommier). [N ° 205.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. sericea Griseb. ; Calyplranthe â feuilles soyeuses en dessous. Vulgo :
loull’u, rarement grand arbuste.

Feuilles elliptiques, acuminées, épaisses,

leur de rouille. Fleurs très blanches et très odorantes, en panicules nom­

de rouille, ou rouge. Fleurs axillaires, solitaires, brièvement pédonculées ou

breuses, trichotomes, axillaires et terminales ; pédoncules comprimés, garnis
d'un duvet couleur de rouille; bourgeons de feuilles et jeunes feuilles égale­

en petites grappes très courtes. Baie globuleuse,de 7-9 mm. de diamèt., glan­
duleuse et soyeuse entre les glandes. — Assez abondant sur les crêtes des

ment munis d'un duvet lin, long et de même couleur que celui des pédon­

Pitons-du-Carbct et des mornes qui environnent les Deux-Choux. — On se

cules. Jeune baie duvetée, verte; baie mûre blanche, glabre, subglobuleuse

sert des tiges pour faire des cannes très belles, flexibles et fortes. — Alt. 600-

ou ovale-oblongue. — Fl. de mai en ju illet. — Abondant dans les bois supé­

880 mèt. [N os 618, 1243] avec la variété Hahnii. Kr. et Urb.

rieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, du Gommier, dans la partie inférieure

ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

de la Savane à Mulets, où il est rabougri et couvert de mousse, hauteurs des
Yieux-IIabilants, de Pigeon, de la Pointe-Noire et des environs de la RavineChaude. A lt. 150-1000 mèt. ! N os 2726, 3674. j
M artinique. Vulgo : Goyavier bâtard. — Hauteurs des Trois-Ilets, ravine
de Ducos. hauteurs de la Rivière-Salée et de la Régale, de la Calebasse et du
morne Saint-Martin. A lt. 80-600 mèt. |N os 195, 649, 658. n
Calyptranthes S\v. (du grec « kaluplra », couverture, et « anthos », fleur,
parce que le calice forme une sorte de coiffe qui tombe d'une seule pièce à
l’éclosion de la fleur.)
C. pâlie ns Griseb. ; Calyptranlhe à feuilles pâles en dessous. Vulgo : Bois
de basse. — Arbuste élégant, baul de 3-4 mèt., droit, fasligié, nu dans le bas.
Feuilles elliptiques, ou elliptiques-ovales, terminées en pointe allongée et
obtuse. Fleurs blanchâtres, en cymes trichotomes, axillaires et terminales;
pédoncules comprimés, roux. Fruit petit, globuleux, brun noir à la maturité.
— Rare : dans les terres sèches et pierreuses, le long du canal du Moule.
[N°3512.] — Il n'existe pas à la Martinique.
C. elegans Kr. et Urb. ( n. s p .)’t Calyptranlhe élégant. V u lg o : Boisbaguette, bois petite-feuille. — Grand arbuste ou petit arbre, très élégant,
glabre dans toutes ses parties. Feuilles petites, longues de 2-5 cm. sur 1,3-2
cm. de large, ovées ou ovales, ou subrhomboïdes-ovales, très brièvement
acuminées en une pointe obtuse, rétrécies à la base; pétiole long de 1-2 mm.
Fleurs blanches, en panicules terminales, longues de 5-9 cm .; pédoncules

N° 203.] — Je

Le C. Forsleri Berg., petit arbre élégant, ne se trouve pas dans nos deux
colonies : je

fa i

trouvé

à l’île de Sainte-Lucie,

au fonds Saint-Jacques.

[N ° 213.]
Marlierea Camb. (dédié â GuidoTbomas Marlière, qui, en 1823, a introduit
la culture du maïs, du riz et du café dans les déserts du fleuve Rio Doce au
Brésil.)
M. Dussii Kr. et Urb. n. sp.). Vulgo : Cerisier-montagne. — Petit arbre,
haut de 6-10 mèt., ou arbuste rabougri dans les endroits exposés au grand
vent, élégant, très branchu, à branches fastigiées ou étalées, à tronc nu dans
le bas. Feuilles très vertes, longues de 2-4 cm. sur 0,2-8 mm. de large, à
pétioles longs de 2,5-6 mm., coriaces, ovées ou elliptiques-oblongues, munie
d’ une infinité de points transparents (cryptes h essence), rétrécies à la base
obtusément acuminées au sommet.Inflorescence axillaire etcaulinaire en glomérules sessiles ou subsessiles, composées de 1-6 Heurs, odorantes, blanc pâle :
base de la glomérule entourée de bractées suborbiculaires. Baie manque. —
Fl. en mai, juin ou juillet. — Dans les grands bois supérieurs du Matelyane,
des Bains-Jaunes, de la Savane à Mulets (rabougri). [N ° 2750.1 — Il n'existe
pas à la Martinique.
M. c/lomerata Berg.; Marlière à fleurs en glomérules. Vulgo : Bois-mus­
cade, muscadier-bois.— Petit arbre, droit, élégant, à branches très fastigiées.
Feuilles elliptiques, obtusément acuminées. Inflorescence en glomérules con­
tenant 2-6 fleurs sessiles, blanchâtres. Baie de la forme et delà grosseur d'une
petite nèfle, longue de 15-18 mm. sur 20-25 mm. de large, à 12 côtes, plus pro­

1. Tous les représentants de ce genre se font remarquer par la présence dans les feuilles
d’une quantité notable d'une huile essentielle, à odeurpoivrée et très excitante, qui fait
rechercher ces feuilles pour les usages culinaires ; à titre d’épices, certains M yrcia (M.
acris D. C., p. ex.) sont cultivés pour cetemploi aux Indes et à la Réunion. (E. H .)

noncées au sommet qu’à la base, à péricarpe de 1 mm. d’épaisseur. — FL en
novembreet décembre; fruits mûrs en avril, mai. — Le fruit exhale la même
odeur que la muscade proprement dite. — Assez rare : çà et là dans les

�268

PLANTES DE LA GUADELOUPE

RT

MYRTACÉES

DE LA M ARTINIQUE

269

hauteurs de Case-Pilote (environs de l’habitation Sainl-Cyr). [N° 659.] (Spé­

sur des pédoncules filiformes, longs de 1,5-2 cm .; lobes du calice linéaires-

cimen imparfait.)

oblongs. Baie d’abord rouge clair, noir brun à la parfaite maturité, acidulée,

Eugenia L.

pourvue de huit côtes. — Les fruits sont cornes!ibles et rafraîchissants. —
(dédié au prince Eugène de Savoie, protecteur de la botanique,

né en 1663, mort en 1736.)

E.

FL en mai, juin, juillet. — On en fait souvent de très belles haies, qui, sous
l’ inlluence de la taille, deviennent très épaisses. — Très abondant au Camp-

a,Ib ica ns R ich .; Eugénie à feuilles blanchâtres en dessous. V ulgo :

Bois-cendre. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-5 met., à branches
llexibles, étalées. Feuilles ovées ou ovales, brusquement et obtusément acuminées, blanchâtres ou glauques en dessous, longues de 4-7 cm. sur 2,5-

Jacob, à Gourbeyre, au Matouba, etc.
It. 10-700 mèt. ; N° 2204.1
M artinique . Vulgo : Cerise de Cayenne, cerise à côtes. — Abondant. —
On en fait aussi des haies vives.

E.

\ ,JS 1211, 1255. j

chnjsobalanoides D .C .; Eugénie ressemblant au chrysobalanus. Vulgo :

3,5 cm. de large ; pétioles ruguleux, larges, noirâtres, longs de 5-6 mm. Inllo-

Grand merisier. — Très grand arbre, droit, très branchu, à branches très

rescence axillaire comme dans tous les Eugenia. Fleurs blanches, solitaires
ou réunies par 2-4 à l'aisselle des feuilles supérieures ; pédoncules filiformes,

étalées-divariquées. Feuilles larges, ovées ou obovales, acuminées, très vertes,
surtout en dessus, légèrement rougeâtres en dessous; pétiole court, com­

longs de 4-12 mm. ; pédoncules, bractées, ovaire et l’extérieur du calice gar­

primé-cannelé. Fleurs blanches, odorantes, en grappes tricholomes, tantôt

nis d'un duvet grisâtre ou couleur de rouille. Baie subglobuleuse-ovoïde, de

très courtes, tantôt allongées, portées sur des pédoncules longs de 4-6 mm.,

la grosseur d'une petite cerise, couronnée par les lobes persistants et recour­
bés du calice; péricarpe sec et dur. — Çà et là dans les grands bois sombres

bibractéolés au sommet, unibractéolés à la base. Baie globuleuse, noire à la
maturité, de la grosseur d’ une petite cerise, ou plus petite. — Fl. en mai ou

des Fonds-Saint-Denis, de la Grand’Anse et du Camp de l ’Alma. [N os211,

juin. — On met les fruits dans le tafia et le rhum pour leur donner un bou­

212, 1244. | — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.

quet particulier. — Planté autour des habitations : Basse-Terre (habitation

E.

ligustrina W illd ,; Eugénie à feuilles de troëne. Vulgo : Merisier noir,

cerise noire. — Grand arbuste, très élégant et très loull'u, ou petit arbre,

Saint-Aude Gall), Bail 1if (habitation Sainte-Sophie), etc. [N ° 2728 Z).

E.

Trinilatis D.C. ; Eugénie de la Trinidad. Vulgo : Bois petite-feuille.

haut de 4-6 met., à branches supérieures fastigiées, les inférieures souvent

— Arbuste ou petit arbre, élégant, haut de 3-5 mèt., droit, à branches fasti­

horizontales ou penchées. Feuilles très luisantes et d'un vert noir foncé en

giées, à rameaux ciblés. Feuilles petites, ovales, acuminées, terminées en

dessus, lancéolées-ohlongues ou ovales-ellipliques, longues de 2,5-5 cm. sur

une pointe obtuse. Inllorescence en petites grappes contenant 10-20 Heurs

1-2 cm. de large, obtuses au sommet, rétrécies à la base en un pétiole long

blanches, odorantes, portées sur des pédoncules filiformes, bibractéolés au

de 3-5 mm. : les jeunes, pourvues d une masse de points transparents; les

sommet, unibractéolés à la base. Baie noire, petite, globuleuse. — Çà et là

adultes, opaques. Fleurs larges, blanches, très odorantes et très nombreuses,

dans les hauteurs des Trois-Ilets et de Case-Pilote, Caravelle. f.\° 199. —

solitaires ou réunies par 2-3 à l'aisselle des feuilles, portées sur des pédon­

Je ne l'ai pas rencontré à la Guadeloupe,

cules longs de 5-6 cm., filiformes, roussâtres, pubescenls, accompagnés, à la
base, de bractéesspatulées, longues de 9-10 mm. Baie noire, glabre, luisante,
lisse, surmontée des lobes allongés et persistants du calice, d’un diamèt.
de 6-8 mm. — Les fruits sont comestibles. — Très abondant dans les terres
sèches, calcaires ou graveleuses des Saintes (Terre-de-IIau l), Vieux-Fort,
Marie-Galante,
[N ° 2210.]

Désirade,

Port-Louis,

Petit-Canal, etc.

A lt. 5-100 mèt.

unifiera L.,

rnonlicola D. C . , E. baruensis Balb. ; Eugénie des montagnes. Vulgo :
petite-feuille.

—

Arbrisseau ou grand arbuste, rarement petit

arbre, à branches fastigiées, à écorce grise et ruguleuse. Feuilles petites,
elliptiques, cunéiformes à la base, très coriaces, vert clair en dessus, grises
en dessous, à nervures à peine perceptibles, reliées à un arc qui court à peu
de distance le long des bords. Inllorescence en petites cymes, contenant
4-8 fleurs blanches, petites, odorantes; pédicelles bractéolés au milieu, longs

M artinique . Vulgo : Grosse merise. — Abondant à Case-Pilote, à la R ivière
Pilote (bord de mer), etc. [NTos 198, 1254.]

E.

E.

Merisier

E.

M ichelii Lam .; Eugénie à une seule fieur à l’aisselle.

Vulgo : Cerise-côte, cerise à côtes. — Arbuste ou petit arbre, haut de 2-4 mèt.,

de 3-5 mm., aussi longs que les pétioles. Baie petite, noirâtre à la maturité.
— FL en mai, juin. — Abondant dans les terrains montueux, secs et pier­
reux : bois inférieurs des Trois-R ivières, hauteurs du Baillif, Gourbeyre,
Houëlmonl, Deshaies, Pointe-N oire. A lt. 100-480 mèt. [N®* 2723,2723 0.]

très souvent tortueux. Feuilles membraneuses, ovées-lancéolées, obluses : les

M artinique . Vulgo : M erisier.— Commun : hauteurs et plateau desTrois-

jeunes, garnies de nombreux points transparents; les adultes, opaques.

llcts, de Case-Pilote, de Case-Navire et de Fort-de-France, du Marin, etc.

Fleurs blanches, très souvent solitaires, plus rarement réunies par 2, portées

[N 08 189 ô, 209, 1253.]

�270

MYRTACEBS
PLANTES

DE LA GUADELOUPE

BT

DE LA

E. aacillaris W illd ., E. guadalupensis D.G., E. baruensis Jacq. ; Eugénie à
fleurs axillaires. Vulgo : Merisier. — Petit arbre, droit, élégant, touffu, à
branches fastigiées, à écorce gris blanchâtre, lisse. Feuilles très coriaces,
opaques, ovées ou ovales-elliptiques, très obtusément pointues; pétioles
noirs ou rouges, cannelés, longs de '2-1 mm. Baie globuleuse, brun noir à la
maturité, ruguleuse, peu pulpeuse ou sèche, très souvent monstrueuse et
dépourvue de semence, surtout dans les pieds qui poussent près de la mer.
— Endroits habituellement pierreux et secs : V ieux-Fort, Gourbeyre (rare),
les Saintes (morne du Chameau), Marie-Galante (abondant dans les sables du
bord de mer, entre Saint-Louis et le Grand-Bourg). A lt. 0-550 mèt. [N os 2722,
3639.] — .le ne l'ai pas rencontré à la Martinique.

E.

Dussii, kr. et Urb.

271

MARTINIQUE

(n. sp.). Vulgo : Merisier-montagne. — Petit

arbre rabougri, couvert de mousses, de fougères, haut de 2-4 met., ou petit

écorce blanchâtre. Feuilles ovales, très coriaces, arrondies ou pointues à la
base, brièvem ent et obtusément acuminées au sommet; pétioles longs de
7-10 mm. Fleurs blanches, très odorantes, réunies par 2-12 à l'aisselle des
feuilles et naissant sur une protubérance bractéolée; pédoncules filiformes,
longs de 4-6 mm., bibractéolés. Baie sphérique, jaune orange avant d’être
mûre, bleu foncé à la parfaite maturité. — Les fruits sont comestibles. — Fl.
en avril, mai, ju in .— Le bois est dur et rouge en dedans: on l’emploie pour la
construction. — Assez abondant dans les haies et sur les lisières des bois infé­
rieurs des Bains-Jaunes, de la Pointe-N oire, des Vieux-Habitants, de Gour­
beyre, etc. A lt. 50-600 mèt. [N os 2208, 221 I, 3447.]
M artinique . Vulgo : Merisier. — Caravelle, Marin, morne Gommier, hau­
teurs de Case-Pilote, Morne-Rouge (Calvaire), Grand’Anse, etc. [N os 188 b ,
1259.]

E.

Tapacumensis Berg.; Eugénie de Tapacuma. Vulgo : Bois g rillé .— Petit

arbre haut de 6-10 met., droit, à branches fastigiées ou étalées, très feuillues.

arbre peu élégant, le plus souvent tortueux, glabre dans toutes les parties, à

Feuilles larges, longues de 4-5 cm. sur 2-3,5 cm. de large, ovées ou ovales,

branches très divariquées, souvent penchées, à écorce noirâtre

très obtuses ou arrondies au sommet, brusquement rétrécies en un pétiole

Feuilles longues de 7-12 cm. sur 3-4 cm. de large, nettement elliptiques ou

long de 4-o mm. Fleurs manquent. Baie déprimée-globuleuse, longue de
5 mm. sur 6-7 mm. de diamèt. — Fl. très rarement. Assez abondant aux

5-11 mm., à côte saillante en dessous, non imprimée en dessus, à nervures

et

rude.

ellipliqucs-ovales, brièvem ent rétrécies à la base en un pétiole long de

environs des Bains-Jaunes et dans les bois inférieurs de la Savane à Mulets.

également saillantes en dessus et en dessous. Fleurs blanches réunies par

Alt. 900-1200 mèt. [N° 2200.] — Il n’existe pas à la Martinique.

2-6 et naissant sur une protubérance bractéolée; pédoncules fermes, longs

E.

pseudopsidium Jacq.; Eugénie faux goyavier. V ulgo : Bois plié (à Marie-

Galante), ailleurs goyavier-montagne. — Arbre haut de 10-16 mèt., rare­
ment plus élevé, droit, à tronc cylindrique, nu dans le bas, à fronde arrondie,
à branches nombreuses, fastigiées ou plus ou moins étalées, à écorce lisse et
rougeâtre. Feuilles membraneuses, minces, ovées-ellipliques, terminées en
une pointe très obtuse, brièvement pétiolées. Fleurs blanches, larges, d’ une

de 7-8 mm., bibractéolés au sommet. Baie sphérique, de 9 mm. de diamèt.
— Fl. en septembre et octobre. — Endroits secs et rocailleux : Caravelle
(environs du Phare), Marin (morne Gom m ier, Sainte-Anne), mornes cal­
caires) A lt. 10-200 mèt. [N 09 188, 1243], —- Je ne l'ai pas trouvé à la
Guadeloupe.

E. (jryposperma

Ivr. et Urb. (n. s p -)‘, Eugénie à semence recourbée. Vulgo :

odeur très agréable, réunies par 2 et opposées, naissant aux aisselles supé­

Cerise-montagne. — Arbuste haut de 2-3,5 mèt., très touffu, élégant, droit.

rieures des feuilles; pédicelles longs de 1-2,3.cm., liliformes, bibractéolés
au sommet. Baie brun noir, pulpeuse, mangeable, globuleuse-ovoïde, couron­

tingue facilement de ses congénères, très brièvement et obtusément acumi­

née par les 4 larges lobes persistants du calice. — Assez rare : çà et là dans les

nées, longues de 5-9 cm. sur 3,5-8 cm. de large, à côte noire et épaissie vers

Feuilles larges, sessiles, légèrement ovées, en cœur à la base, ce qui le dis­

bois inférieurs du massif de Houëlmont (mornes Goblin et Dos-d’Ane), du

la base du limbe. F leu rs................; pédicelles longsde 5-15 mm. Baie large,

Gommier et des Bains-Jaunes. A lt. 150-600 mèt. [X ° 2729.]
M artinique . Vulgo : Goyavier-montagne, goyavier bâtard.

sphérique, de 12-15 mm. de diamèt., bleu noir foncé à la maturité, à pulpe
Bois de

violacée, copieuse et très savoureuse. — Très rare. De cette belle espèce, je

l’Ajoupa-Bouillon, hauteurs de Case-Pilote (assez abondant), fontaine Absa-

n’ai pu trouver que quelques pieds au milieu de la grande pente de la mon­

lon, etc. (N° 190.j

tagne du Vauclin (M artinique). Alt. 390 mèt. [N ° 1242.;

E. Lamhertiana D.C., E. smaraçjdina Berg., E.

—

niyropnnctala L. ; Eugénie

E.

Diichassaingiana Berg. ; Eugénie de Duchassaing. Vulgo : Grosse

de Lambert (dédié à Aylm er Bourke Lambert, président de la Société linéenne

merise, prunier des bois. — Assez grand arbre, très droit, à tronc cylindrique

de Londres, mort en 1842). Vulgo : Merisier jaune. — Grand arbuste ou

mesurant jusqu'à 35 cm. de diamèt., à écorce grise, ruguleuse, se détachant

assez souvent petit arbre, haut de 3-4 mèt., plus rarement arbre de 10-15 mèt.

par petites plaques, à jeunes rameaux garnis d’un duvet gris. Feuilles très

d’élévation, très glabre dans toutes ses parties, droit, parfois tortueux, à

larges, ovales-elliptiques, brièvement acuminées au sommet, subarroudies à

�272

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MAR TIN IQUE

la base : les jeunes, pubescentes et argentées en dessous;

MYRTÀCÉBS

273

les adultes,

longues de 3-4 cm .; fleurs blanches, odorantes ; calice brun, duveté en

glauques du meme côté ; nervure médiane très forte et très saillante en

deh ors: lobes du calice, garnis de cils courts, blanchâtres et fins; pétales

dessous et garnie d'un duvet couleur de rouille; pétioles longs de 3-4,3 mm.,

4-5, orbiculaires-obovales ; jeunes pédicelles garnis d’un duvet blanchâtre.

couverts d’un duvet roux. Fleurs très nombreuses, blanches ou légèrement

Fruit inconnu.— Fl. en ju illet ou en août. — Peu abondant : çà et là dans

violacées, disposées en glomérules caulinaires, contenant jusqu’à 55 pédon­

les bois de la Ravine-Chaude, dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes;

cules, qui naissent sur une grosse protubérance couverte de bractéolcs plus
ou moins avortées ; pédoncules filiformes, longs de 1,5-2,5 mm. et bibrac-

çà et là dans les falaises de la rivière Noire. A lt. 150-800 mèt.

téolés au sommet. Baies elliptiques ou oblongues, de 15-20 mm. de longueur
sur 8-12 mm. d'épaisseur, jaune avant la maturité, bleu foncé ensuite, pul­
peuse et bonne à manger. — Fl. en juin et août. — Çà et là sur les lisières
des bois et dans les falaises de la région inférieure : bords de

la

rivière

Noire, Vieux-Fort, Gourbeyre (morne Goblin). A lt. 200-500 mèt. [N 08 2725,
3671. |
M artinique . Yulgo : Grosse merise. — Bois inférieurs de la Calebasse,
Morne-Rouge (Savane Cha/ot el Calvaire), Grand’Anse, etc. [X os 210, 1252.]

N oS 3510 h ,

3771.] — Il n’existe pas à la Martinique.

E.

octopleura Ivr. et Urb.,

E.

ferruginea Griseb. ; Eugéniè à huit côtes.

Vulgo : Gueppois bâtard, koumaré (au Camp-Jacob). — Arbre haut de
10-16 mèt., élancé, à branches tantôt fastigiées, tantôt divariquées et horizon­
tales, à jeunes rameaux comprimés, garnis d’ un duvet couleur de rouille.
Feuilles membraneuses, très vertes, surtout en dessus, et luisantes, longues
de 7-13 cm. sur 3-5 cm. de large, deux fois et demi plus longrues que larges,
ovales ou ovales-elliptiques, tantôt longuement, tantôt brièvement et brus­
quement acuminées, lentement rétrécies à la base en un pétiole long de

Petit

7-13 mm., à côte imprimée en dessus, saillante en dessous. Inflorescence en

arbre, élégant, droit, haut de 5-9 mèt., à branches supérieures fastigiées, les
inférieures étalées, parfois très penchées el très allongées, à jeunes branches

grappes ombelliformes, longues de près de 2 cm., très nombreuses, conte­

garnies d’un duvet roux et court, à écorce rougeâtre et lisse. Feuilles larges,
rigides, blanches-lomenleuses en dessous, nettement elliptiques ou ovales,

que le pétiole, garnis d ’un duvet couleur de rouille, bibractéolés au som­
met; calice garni d’ un duvet couleur de rouille, à 4 lobes; pétales 4, orbicu-

ou ovales-elliptiques, très brièvement et obtusément acuminées au sommet,

Jaires; ovaire biloculaire. Baie obovale, longue de 12-15 mm. sur 8-10 mm.

E. Gregii P oir.; Eugénie de Gregg. V ulgo : Goyavier-bâtard. —

nant 2-8 fleurs blanches, odorantes; pédicelles environ de la même longueur

longues de 6-11 cm. sur 4-5 cm. de large, rétrécies, à la base, en un pétiole

d’épaisseur, pulpeuse, bleu noir à la maturité, pourvue de huit côtes, faible­

long de 4-7 mm. Inflorescence en glomérules courtes portant 2-8 fleurs sur

ment marquées au sommet et au milieu , plus prononcées vers la base. — Le

des pédoncules pubeseenls et bibractéolés, longs de 5-8 mm. ; calice pubescenl

bois est rouge en dedans et dur; il est recherché pour la construction. —

en dehors. Baie longue de 2 cm., oblongue, garnie d’ un duvet gris avant

FL en mai, ou juin ou ju illet. — Assez abondant dans les bois des Bains-

d'être mûre, bleu foncé à la maturité. — Fl. en mai, juin ; fruits mûrs en
octobre et novembre. — L e bois est très flexible et élastique : on le

Jaunes, de Gourbeyre (mornes Dos-d'Ane et Boucanier). A lt. 600-1000 mèt.
(N os 2759, 3270, 3600.]

recherche pour en faire des manches de houes, de pelles, etc. — Peu abon­

M artinique . Yulgo : G oyavier bâtard grand-bois. — Bois de la Calebasse

dant : ravine de Belost (près de la Basse-Terre), bords de la rivière Bouge,

et de TAjoupa-Bouillon, du Morne-Rouge (Calvaire et habitation Petit), etc.

IIouëlm ont(pente du Nord), Trois-R ivières, Malouba, Pointe-Noire (près de

[N 08 200, 619, 1257.]

l'habitation Longcase), etc. [X os 2205, 3445.]
M artinique. Vulgo ; Goyavier bâtard. —

Prêcheur (Céron), Fort-de-

France (M arigot), hauteurs de Case-Navire el de Case-Pilote, etc. A lt. 10400 mèt. Xos 187, 1248.]
B.

E.

floribunda W est.,

E.

disticha Bello ; Eugénie florifère. Yulgo : Coco-

carette, bois de basse bâtard. — Grand arbuste ou petit arbuste, élégant, fastigié, haut de 3-5 mèt. Feuilles petites, coriaces, ellipliques-ovales, longue­
ment acuminées. Fleurs blanches, en glomérules nombreuses, subsessiles à

brachystachya Berg. ; Eugénie à épis courts. Vulgo : Merisier. — Petit

arbre, à branches étendues,, penchées, à écorce lisse, blanchâtre, à jeunes

l ’aisselle des feuilles, bracléolées à la base. Baie rouge avant d ’être mûre,
jaune à la maturité, globuleuse, de 8-10 mm. de diamèt., luisante, acidulée,

rameaux comprimés, couverts d'un duvet court et roux. Feuilles larges,

mangeable. — Peu abondant : Pitons-du-Carbet (morne d'Am our). morne

ovales-elliptiques ou ellipliques-allongées, longues de 8-15 cm. sur 4,3-6,3

Jacob, Piton-G elé, hauteurs de Case-Navire. A lt. 350-900 mèt. [X 05 189, 204.

cm. de large, à nervures principales reliées à un arc bien

— Je ne l ’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

prononcé,

à

3-6 mm. de distance des bords, et les nervilles secondaires à un arc plus
faiblement marqué courant tout près du bord.

Inflorescence en grappes

E. co/feifolia

D. C.,

E.

sinemariensis B erg.; Eugénie à feuilles de caféier.

Vulgo : Merisier-bois. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-5 mèt., à
Dùss. — Plantes

Guadeloupe et M artinique .

18

�274

PLANTES

DB LA GUADELOUPE ET

DK LA

M AR TIN IQ U E
MYRTÀCÊES

branches peu nombreuses,

allongées,

flexibles.

Feuilles

minces, longues de 8-17 cm. sur 4-4,6 cm. de large, brusquement et le plus
souvent longuement acuminées, arrondies à la base, traversées par deux arcs,
dont le premier est à 6-8 mm. et le second à 2-3 mm. du bord du lim be;
pétiole noir, long de 3-4 mm., ruguleux. Fleurs petites, blanches, en glomérules sessilcs, pauciflores, situées tantôt à l’aisselle des feuilles, tantôt le long
des branches dépourvues de feuilles. Fruit inconnu.— Fl. en mai ou juin. —
Endroits ombragés des grands bois de la Ravine-Chaude, et çà et là dans les
bois entre la Poin lc-X oireel Deshaies.

‘2 7 5

membraneuses,

N° 3448.] — 11 n'exislc pas à la M ar­

tiers supérieurs du Malouba et dans le Gommier, où il forme de véritables
forêts ; abondant à Gourbcyre, au Camp-Jacob, au Bas-Matouba, dans les
hauteurs du Baïllif, aux Trois-R ivières, etc. [N ° 2206.]
M

a rtinique .

Vulgo : Pomme-rose. — Abondant : Morne-Rouge, Ajoupa-

Bouillon, Champflore, Parnasse, hauteurs de l’habitation Pécoul, etc. — FI.
surtout en avril, mai, juin. [N ° 1855.]
E. Javamca Lam.~ Eugénie de Java. Yulgo : Frambroisier, pomme de
Malacca. — Grand arbre, à branches fastigiées dans le haut, horizontales et
souvent très penchées dans le bas, à fleurs blanches en cymes Irichotomes-

tinique.

E. fragrawt W illd .,

E.

variété brachyrhiza kr. et Urb.,
emarginafa Macf.,
Amomis fragrans Griseb.; Eugénie odorante. Yulgo : Bois d'Inde bâtard, bois
pelé, goyavier-montagne. — Arbre droit, haut de 16 m et., très glabre dans
toutes ses parties, à tronc anfractueux-cylindrique, à écorce verdâtre et lisse,
à rameaux comprimés. Feuilles ovales-arrondies ou obovées, très luisantes
en dessus, très pâles en dessous, ou blanchâtres et marquées de points noirs :
les jeunes, pourvues d’ une masse de points transparents cryptes). Fleurs
blanches, d'une odeur exquise, en cymes, ou solitaires ou réunies par 2-3;

allongées, nombreuses, à fruits rose pourpre ou plus rarement blancs, obco,
niques et tronqués au sommet, d’ une saveur aqueuse et insipide. — Fl. en avril
ou mai, ou juin. — Originaire de l'Asie centrale et des îles de l'Océanie. —
Environs de la Basse-Terre, Gourbevre, Capestcrre, T rois-R ivières, etc.
jX os 2202, 2990.] — Dans cette espèce d’Eugenia, il est rare de trouver des
graines qui germent.
M a r t in iq u e .

Yulgo ; Pomme de Java. — Cultivée au Jardin botanique et

sur quelques propriétés de l'ile. [X°* 206, 207.

calice 4-5-lobé; pétales 4-5; pédoncule bibracléolé, long d’environ 2 cm .;

E. aromatica BailL, Caryophyllus aromaticus L. ; Eugénie aromatique.

pédicelles longs de 4-5 mm., bracléolés au sommet, à bractéoles souvent

Yulgo : Giroflier. Desc., vol. V II I, t. 566, p. 214. — Arbre de taille moyenne.

glandulifèrcs. Baie ovoïde-globuleuse, jaune avant d'être mûre, bleu foncé à

— Fl. en avril et mai. — On cueille les boutons de fleur, on les sèche et on

la maturité, couronnée par les lobes persistants du calice; semences 1-3,

s'en sert comme épice sous le nom de « clous de girofle

réniformes. — Fl. en mai, ou juin ou juillet. Des feuilles cl l’écorce sont

on emploie les feuilles contre la dysenterie et contre les coliques ; le bois

aromatiques presque au même degré que le bois d'Inde. — Assez abondant :
çà et là dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes et à Marie-Galante (bois

est recherché des menuisiers et des tourneurs. — Plante originaire des Moluques. — Cultivée çà et là dans le pays : Capestcrre (Guadeloupe, habi­

de Folle-Ansei. [N os 2758, 3269.J — .le ne l'ai pas vu à la Martinique.

tation

E.

Malaccensis L ., Jambos Malaccensis D. C .; Eugénie de

Malacca.

Yulgo : Pomme de Taïti, pomme d’ Haïti. Tuss., F l ., III, t. 25. — Petit arbre,
droit, haut de 6-9 met., à branches toujours horizontales, à Ileurs rouge
pourpre foncé, disposées en cymes tricholomes très nombreuses, qui couvrent
les branches dépourvues de feuilles, à fruits turbines pourpre foncé, plus
petits qu’une pomme, à chair blanche, d une odeur légère de rose, mais d'une
saveur assez insignifiante. — Se rencontre çà et là autour des maisons :
Gourbevre

morne des Palmistes), Trois-Rivières, Eamentin, etc. — O rigi­

naire de l île de Malacca. — L ’écorce est astringente cl s'emploie contre
la dysenterie.

N° 3733.j

M ARTi.M QiE.Vulgo : Pomme d'H aïti. jX° 1856.

E.

Jambos L., Jambosa vulgaris D. C. (du mol des Indiens d'Orient

« chambu ».) Yulgo ; Pomme-rose. D esc., vol. Y , t. 314, p. 49. — Grand
arbre, très branchu, introduit autrefois pour abriter les plantations de caféiers
et de cacaoyers; s'est naturalisé et est devenu très abondant dans les quar-

Longm ont),

Sainte-Marie (habitation

». Dans le pays,

La Caféière), Pigeon, Gour-

beyre, Lamentin, etc. [N° 2203. |
M a r t in iq u e .

Yu lgo : G iro flier1. — Plus rare qu'à la Guadeloupe.

X° 1840.

Parmi les plantes introduites et cultivées appartenant à la famille des
Myrlacées, on rencontre souvent, outre l ’espèce précédente :
l ü Punica granatum L. Yu lgo : Grenadier. — Introduit et cultivé dans les
jardins comme plante médicinale. Les feuilles sont antiscorbutiques; Pécorce
des fruits est employée contre la diarrhée chronique ; la décoction concentrée
de l'écorce râpée de la racine constitue un souverain remède classique contre
le ver solitaire, par la pelleliérine (principe lamiluge) qui y est contenue
et qui a été découverte par Tanrel.
I. L ’huile essentielle, qu’on extrait par distillation des clous de girofle 16 à 1“ 0,0 , est
formée d 'eugénol ou acide eugénique et d’un hydrate de carbone plus léger que l'eau
(essence légère de clous de girofle ). L ’essence laisse déposer un camphre analogue à celui
des I.aurinées, appelé caryophyllène ; l'essence renferme aussi de
et
les clous de girofle ont encore du tanin. Em ployé comme éclaircissant dans la technique
du microscope. (E. IL )

l'acide salycilique

�276

PLANTUS

DE LA

GUADELOUPE ET

DE LA

MARTIN IQUE

MÉLASTOMACHES

277

'2° Couroupita guyanensis Aubl. V ulgo : Boulet à canon. Aubl., ( lin /.,

H. latenflora Triana; Henriettclle à (leurs caulinaires. Vulgo : Caca-ravet.

I . '282 ; Dose., vol. V’ , t. 340; Tuss., F l., 11, 1. 10 et 11. — Assez grand arbre,

— Grand arbuste, haut de 4-5 mèt., à branches très étalées et penchées, à

originaire de la Guyane.

tige cylindrique, à rameaux tétragones, à tige et branches nues.

Myrtus

3°
commuais L. Vulgo : Myrte de France. — Fl. difficilement.
4° Gustavia augusla L. — Grand arbre de la Guyane. Cultivé au Jardin
botanique de Saint-Pierre et sur quelques propriétés. [N ° 1854.]

P'euilles

elliptiques, ramassées aux extrémités des rameaux, pointues aux deux bouts, à
3 nervures principales (les 2 latérales prenant naissance au-dessus de la base
de la médiane), pourvues d’un arc partant de la base du limbe et courantprèsdu

5V Barringtonia speciosa L. (ils. Vulgo : Arbre à barrette, bonnet de prêtre.

bord, à nervillcs transversales parallèles. Inflorescence axillaire en fascicules

— Originaire des côtes occidentales d'Afrique. [N° 1853.] Cultivés aux Jardins

nombreux et petits, disposés tout le long des branches, contenant 1-8 fleurs,

botaniques de la Basse-Terre et de Saint-Pierre, el planté en bordure à la

petites, blanches, brièvement pédonculées; calice conné avec l’ovaire, campanulé, glabre, tronqué au sommet ou obscurément 5-denté, formant une

Savane de Fort-de-France (beaux spécimens). — Les graines, toxiques,
servent à enivrer le poisson.

coille pointue, tombant d'une seule pièce à l’ouverture de la lleur; étamines 8;

6° Eucalyptus robusta Smith, E. amygdalina Labill. et E. grandiflora

style droit, plus long que les étamines; stigmate capité. Baie globuleuse,

L ’ Hér. — Originaires de l'Australie. Le dernier est assez répandu à la

deux ou trois fois plus petite qu’ une graine de poivre, turbinée, couronnée

Guadeloupe : Pointe-à-Pitre (hospice de Saint-Jules), Vieux-Habitants (habi­

par le rebord annulaire du calice; ovaire à 5 loges multiovulées. — FL en

tation Rollin), Pigeon (Gendarmerie), Basse-Terre (La Jacinthe et la Gen­

octobre en novembre. — Çà et là au milieu des grandes forêts humides des

darmerie),

Bains-Jaunes et du Matouba. Alt. 500-800 mèt. [N ° 2265.]

Camp-Jacob (habitation

R ollin), Sainte-Rose,

etc. —

Il est

beaucoup plus rare à la Martinique L
7° Syzygium Jambolanum D. C. Vulgo : Télé-négresse. [N ° 185'i.J —
Grand arbre, originaire de l'A sie centrale, qui est cultivé au Jardin botanique
de Saint-Pierre, el au Marin, sur l’habitation Grand-Fond-Balata. — 11 tleurit
et rapporte tous les ans2.
8° Lecytbis grandiflora Aubl. V ulgo : CanarFmacaque. — Se rencontre à
la Basse-Terre, sur l’ habitation Saint-Aude Galï. — 11 est originaire de la
Guyane. — FL de mars en juillet et rapporte des fruits.

M a r t in iq u e .

Vulgo : Crécré grand-bois. — Çà et là dans les bois inférieurs

des Pitons-du-Carbet. [N ° 1176.]
H. Dussii Cogn. (n. sp. ) ; Crécré grand-bois. — Grand arbuste ou petit
arbre, droit, haut de 3-5 mèt., à rameaux à quatre angles obtus, renflés aux
nœuds, à tige et branches nues, à feuilles ramassées aux extrémités des
branches, à jeunes rameaux, pétioles, calice et face supérieure des feuilles
hérissés de soies subulées, couchées, tuberculées à la base et jaunâtres.
Feuilles longues de 12-17 cm. sur 6-7 cm. de large, elliptiques-ovales, acuminées au sommet, rétrécies et subarrondies à la base, à 5 nervures principales

SOIXANTE-QUINZIÈME FAMILLE.

-- M E L A S TO M A C R E S .

et 2 arcs courant parallèlement sur le bord, à nervilles transversales paral­
lèles; pétioles comprimés, longs de 1,8-2,8 cm. Inflorescence axillaire, en

Henriettella Cogn. (diminutif de « Henriettea », qui, à la Guyane, porte
le nom de « caca-Henriette ».)
1. Les feuilles et l'écorce d E. globulus doivent au tanin qui y existe les propriétés
toniques et astringentes qu’on leur connaît: le même principe les rend sans doute fébri­
fuges. En Australie, en Corse, les feuilles sont administrées à la dose de 4 à 16 gr. par
jour, en poudre, contre les fièvres intermittentes; on en fait aussi des cigarettes anti­
asthmatiques. Ces feuilles donnent, à la distillation, une huile essentielle, dont un des
éléments composants, •Yeucalypiol (cloëz), a été employé avec succès contre les bron­
chites. L E. amygdalina {peperm int-tree des Anglais), moins répandu que le précédent
dans l'Australie mais plus odorant par ses feuilles, riches en huile essentielle, est souvent
préféré à 1E. globulus pour le pansement des plaies cl le traitement des fièvres. (E. II.)
2. Dans ces dernières années, les médecins anglais de l'Inde ont attiré 1attention sur
cette plante dont, d’après eux, les graines seraient non seulement capables de diminuer la
quantité énorme d'urine émise par les diabétiques, mais encore de faire disparaître le sucre
rapidement dans ces urines. L'expérimentation méthodique faite en Europe n’a pas justifié
ces affirmations. Ces graines, analysées par M. Elborn (1888), ont donné une résine soluble
dans l’alcool et l’éther, de l'acide gallique el un extrait soluble dans l'eau. (E. H .)

glomérules de 1-3 fleurs sessiles, naissant sur une sorte de tubérosité, tout le
long des branches; calice campanulé, long de 7-8 mm., obscurément quadridenté, garni de soies plus courtes que celles des rameaux; pétales blancs,
insérés sur le bord intérieur du calice, longs de 7 mm. sur 7,2 mm. de large,
arrondis au sommet et lacérés, très rétrécis à la base, caducs, formant une
coille conique et tordue avant l’éclosion de la fleur; étamines 8.

Baie

inconnue. — Rare : çà et là dans les grands bois du Lorrain et du Gros-Morne.
[N° 1180.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.
Clidemia Don. (dédié à Clidemus, médecin grec de l’antiquité, qui a écrit
sur les maladies des plantes. ( Théophraste, V , 12.)
C. guadalupensis Griseb. ; Clidemie de la Guadeloupe. V u lgo : Bois-côte­
lette. — Arbrisseau ou grand arbuste, haut de 2-3 mèt., habituellement peu
branchu et peu feuillu, droit, à rameaux nettement tétragones, caractérisés
par une pubescence rubigineuse ou rarement glabres. Feuilles rougeâtres,

�278

PLANTES

DB

LA GUADELOUPR

ET DE LA

MARTINIQUE

très seabres, ovales-ellipliques, longuement acuminées au sommet, arrondies
ou fortement rétrécies à la base, très finement crénelées-denlées, longues de
17-18 cm. sur 5-7 cm. de large; nervures principales 3, très saillantes en
dessous et légèrement pubescentes, pourvues de deux arcs, dont le pre­
mier est de 2 mm. de distance, et le second, plus faiblement marqué, est très
rapproché du bord; pétioles longs de 2-3 cm., comprimés-subquadrangulaires. Fleurs blanches ou légèrement roses, en petites cymes très lâches,

MÉLASTOMACÉES

279

droits ou appliqués horizontalement, tuberculés à la base, ceux des deux faces
des feuilles sontcouchés. Feuilleslongues de l5-22cm . sur 14-18 cm .delarge,
subcordées à la base, pointues au sommet, finement crénelées, ciliées sur les
bords, à 5 nervures principales, et deux arcs, distants, à la base, de 3-4 mm. et
expirant sur le bord, au-dessus du milieu du lim be; pétioles longs de 3-9 cm.,
comprimés; les nervilles sont transversales, parallèles. Inflorescence en cymes

racémiformes, axillaires, pauciflores, confinées dans la partie supérieure des

corymbiformes très lâches, à branches secondaires terminées par deux fleurs
pédonculées, et les branches tertiaires par trois, dont celle du milieu est sou­

rameaux, géminées et opposées, plus courtes que les feuilles, ù divisions

vent sessile ; calice bibractéolé ; lobes du calice brièvement subulés, de moitié

souvent verticillées par 4; pédicelles délicats, compriinés-filiformes, d’inégale

plus courts que le tube ; pétales blancs,obovés ; ovaire à 4 loges ; style Pdiforme ;

longueur, pubescents ainsi que le pédoncule; calice pubescent; lobes du

stigmate arrondi-capité. Baie mûre hérissée de quelques poils, bleu foncé à

calice linéaires, subulés, plus courts que le tube; pétales 4, obtus; éta­

la maturité, sphérique, d’ un diamèt. de 5-7 mm. — Abondant dans les savanes

mines 8; anthères jaunes, linéaires, dressées; stigmate petit; ovaire à 4 loges.

et les clairières des quartiers du Camp-Jacob, de Bagatelle, du Gommier,

Baie nuire bleu foncé, poilue, sphérique, un peu plus grosse qu'une graine
de poivre. — Assez abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes, du

du Matouba, de la Ravine-Chaude, des Trois-R ivières. — Fl. presque toute

Matouba, de la Ravine-à-Déjeuner (au pied de la Grande-Découverte), etc.

l’année. — Alt. 150-800 mèt. [N ° 2268.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Crécré grand-feuille. — Abondant au Morne-Rotige,

— Fl. toute l'année. — .Vit. 700-1000 mèt. [N ° 3203.]
M artinique. Vulgo : Crécré-montagne. — Assez rare : Morne-Jacob (entre

à l’Ajoupa-Bouillon, au Gros-Morne, etc. A lt. 200-600 mèt.

le Champflore et Sainte-Marie), Piton-Gelé, etc. [N °667. |

N 0* 668, 1174.

Conostegia Don. (du grec « konos », cône, et « stegé », couverture, parce que
la partie supérieure du calice forme un cône qui couvre complètement les

C.

hirta Don., variété elegans, C. crenala Mey.-Ksseq. ; Clidémie hérissée

organes de la fleur et se détache d’ une seule pièce au moment de l’anthèse.)

de poils. Vulgo : Herbe-côtelette. Aubl., Guy., 1. 107. — Arbrisseau élégant,
haut de 0,70-1 mèt., rarement plus haut, droit ou plus ou moins incliné, à

C. subhirsula D.C. ; Conostégie peu velue. Vulgo : Bois-côtelette. —

rameaux, feuilles, pétioles, calice et pédoncules entièrement garnis de poils

Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-6 mèt., à branches souvent trèsdiva-

roux, rigides, droits, serrés et tubercules à la base. Feuilles ovées ou plus

riquées, à lige anfractueuse, à écorce verte, presque lisse, à jeunes branches

rarement ovées-oblongues, subcordées à la base, ciliées sur les bords, nette­

obtusément quadrangulaires, renflées aux nœuds et couvertes d'une pubes­

ment crénelées, à 3 nervures principales et 2 arcs. Fleurs en cymes subses-

cence roux brun, ainsi que les pétioles et les panicules. Feuilles elliptiques

siles, corymbiformes, courtes, aussi longues que les pétioles, contenant 2-20
pédoncules; lobes du calice filiformes, subulés, aussi longs que le tube;
pétales 5, blancs ou rosés, obovés ; étamines 8-10, tuberculées à la base, du
côté antérieur, s'ouvrant au sommet par un pore; ovaire ci 5 loges, libre dans
le bouton, ensuite adhérent au calice; style filiform e; stigmate obtus. Baie
poilue, de la grosseur d’ une graine de poivre et portant au sommet un long
rebord annulaire. — Fl. toute l’année. — Peu abondant : çà et là dans les
savanes herbeuses des Trois-R ivières et du Lamcnlin. [N ° 2201.]
M artinique . Vulgo : Herbe-crécré. — Très abondant dans les savanes de
Ducos, du Lamcnlin, de la R ivière-S alée; assez abondant au Parnasse et
aux environs du Morne-Rouge, etc. [N os 106, 1181.]

ou clliptiques-oblongues, pointues, longues de 11-15 cm. sur 6-8 cm. de
large, glabres en dessus, grisâtres en dessous, à 3 nervures principales avec
un arc distant de 2 mm. du bord, subentières ou crénelées-denlées au-dessus
de la base; pétiole subcomprimé, fort, long de 3-5 cm. Inflorescence en
panicules corymbiformes, à 7 divisions portant 3-7 fleurs; calice plus ou
moins glabre; coille arrondie, convexe; pétales 6, blancs, obliquement
obovés; anthères 20; ovaire à 12-20 loges; stigmate pelté. Baie lurbinée,
ruguleuse, verte avant d’être mûre, bleu foncé à la maturité. — Assez abon­
dant dans les mornes secs de Gourbeyre (mornes Dos-d’Ane et Boucanier);
çà et là aux Palmistes. [N ° 3472.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Crécré-falaise. — Bois de 1 Ajoupa-Bouillon, des
hauteurs de la Basse-Pointe, du Champflore (bords de La Capotte]', etc.

G. lalifolia D.G., C. umbrosa Cogn. ; Clidémie à larges feuilles. Vulgo :
Cœur à bœuf, groseillcr grand-feuille. —

Arbrisseau très droil, élégant,

haut de 1-2 mèt.,à rameaux tétragones-sillonnés, à tige cylindrique, à branches,
pétioles, pédoncules, pédicelles et calices hérissés de poils roux blancs, rudes,

[N ° 1170.]
C. calyptrata D on.; Conostégie coiffée. Vulgo : Côtelette grand-bois. —
Arbrisseau haut de 1m 50 à 3 mèt., ou, selon les endroits, petit arbre, haut
de 4-6 mèt., entièrement glabre, à branches nombreuses, plus ou moins fas-

�280

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

ET DE

LA

MARTIN IQUE

MKLASTOMACÉES

281

tigiées, flexibles, à rameaux obtusément quadrangulaires, épaissis aux nœuds.

étamines 8; anthères jaunes; ovaire à f loges. — Fl. en avril, mai, juin. —

Feuilles longues de 8-13 cm. sur 4,2-5 cm. de large, oblongues ou elliptiques-

Assez abondant dans les basse et infra-moyenne régions : Montéran, environs

oblongues, acuminées, luisantes, à 3 nervures principales, avec un arc; ner-

de la Basse-Terre (ravine de Belost), Ducharmois, Gourbeyre, Dolé, Trois-

villes transversales et parallèles. Inflorescence en grappes composées, dressées,
souvent pyramidales-allongées, portant des cymes à 3-7 fleurs blanches; pédi-

Rivières, Moule, Gozier, etc. A lt. 40-600 mèt. ! N° 2270.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Crécré blanc. — Abondant : Parnasse, Morne-Rouge,

celles de longueur inégale ; opercule allongé, deux fois plus long que le tube
du calice, conique, mucroné; pétales 5, elliptiques, à peu près aussi longs

Carbet, hauteurs du Prêcheur, de la Trinité, route de Fort-de-France au
Gros-Morne, etc. [N ° 1170.]

que le calice; anthères 11-15; ovaire à 5 loges. Baie petite, verte, munie
d'un large rebord. — Assez abondant dans les mornes secs de Gourbeyre
(mornes Goblin et Dos-d'Ane), Houëlmont, Malouba, Sainte-Rose, Deshaies,
Ravine-Chaude. — Fl. de mai en août. — A lt. 150-500 mèt. |N° 2267.]
M artinique. Vulgo : Crécré. — Abondant : Parnasse, M orne-llouge, Carbet, hauteurs de Case-Pilote, Trois-Ilets (plateau). [N° 108.]
Tetrazygia Rich. (du grec « tetra », quatre, et zugon », liaison, parce que,
dans les espèces-types, la fleur est construite sur le type tétramère.)

Miconia R. P. (dédié à Micon, médecin espagnol.)
M. guyanensis Cogn., variété ovalis ; M iconie de la Guyane, variété à
feuilles ovales. Vulgo : Bois-côtelette. — Petit arbre, haut de 4-7 met., rare­
ment arbre de 15-18 mèt., et alors très anfractueux ou à grosses côtes, à
branches horizontales et souvent penchées, à rameaux tétragones, épaissis
aux nœuds. Feuilles elliptiques, ou légèrement ovales, acuminées au sommet,
brusquement atténuées à la base, longues de 10-15 cm. sur 5-8 cm. de large,
vertes eu dessus, pâles et rougeâtres en dessous, à 5 nervures et un arc près

T. anguslifolia D. C. ; Telrazygie à feuilles étroites. Vulgo : Palissade à

du bord, subenlières; pétioles longs de 2-4 cm., comprimés. Inflorescence en

Jacques (au Gozier), ailleurs bois-côtelette petite-feuille. — Grand arbuste ou

grappes terminales, composées, allongées, longues de 13-16 cm., à divisions

petit arbre, haut de 3-6 met., très élégant, à cause de son port et de son

courtes, terminées par des cymes triflores; boulon de la fleur entièrement

feuillage, à branches très nombreuses et noirâtres, à rameaux cylindriques,

enveloppé de deux bractées, obovales, opposées et complètement garnies d'un

garnis d'un duvet blanchâtre et fin. Les feuilles, ramassées aux extrémités

duvet épais et blanchâtre; calice campanulé, jaunâtre, rétréci au-dessous du

des branches, sont longues de 2,3-4,3 cm. sur 3-6 mm. de large, linéaires-

somm et; pétales 4-5, blancs, environ deux fois plus longs que le calice; éta­

lancéolées, acuminées au sommet, pointues à la base, garnies en dessus d’un

mines 10; anthères jaunes, transversalement tuberculées du côté intérieur,

duvet blanc, court et serré, grisâtres en dessous; nervures 3. Inflorescence

munies d'un appendice en bec à la base et d une petite bosse près de cette

en panicules courtes, corymbiformes, terminales, moins longues que les

base (du côté extérieur), longues de 4-5 mm., subulées, terminées en pointe;

feuilles, à divisions portant 3-5 fleurs rosées, ou blanchâtres ou blanches;

pédicelles quadrangulaires, striés et duvetés comme les bractées; pédoncule

anthères 8. Baie noir brun à la maturité, deux fois plus petite qu’ une graine

comprimé-quadrangulaire, rarement strié, à duvet fin et roux. Baie turbinée,

de poivre. — Fl. en avril, mai, ju in ; dans certains points, il fleurit toute

d’abord jaunâtre, ensuite noire. —

l'année. — Abondant dans les terres pierreuses, argileuses, plus ou moins

arbre fait l ’ornement des savanes du Gamp-Jacob, de Gourbeyre, des bois

sèches : Gourbeyre (morne Goblin), hauteurs sèches et pierreuses du VieuxFort, etc. Alt. 200-400 mèt. [N° 2260.]

inférieurs des Bains-Jaunes, du Gommier, des hauteurs du Baillif, des \ ieux-

M artinique . Vulgo : Crécré petite-feuille. — Hauteurs et plateau des TroisIlets, Marin (morne G om m ier), Sainte-Anne (mornes calcaires, abondant).
[N° 1169.]
T. discolor D. C., variété villosa ; Tétrazygie à deux couleurs différentes.
Vulgo : Côtelette blanc. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 5-8 mèt.,
à branches divariquées, à rameaux, pétioles, pédoncules et le dessous des
feuilles garnis d’un duvet lomenteux, blanc et court. Feuilles ovées, ou ovéeslancéolées, acuminées au sommet, arrondies ou inégales à la base,subentières
ou faiblement crénelées-dentées au-dessus de la base; nervures 3-5, rou­
geâtres, avec un arc peu distant du bord. Fleurs en panicules corymbiformes,
contractées, arrondies, multiflores; pétales blanchâtres, ou blanc jaunâtre;

Fl. en mai, juin et ju illet. — Ce petit

Habitants, de la Pointe-Noire, du Matouba, etc. A lt. 400-800 mèt. [N ° 2249.j
M a r t in iq u e .

Vulgo : Crécré-falaise. — Abondant : Champlïore, Ajoupa-

Bouillon, Grand'Anse, Gros-Morne, Fonds-Saint-Denis, fontaine Didier, etc.
[N° 109.]
M. lævigata D. C. ; Miconie à feuilles lisses. Vulgo : Bois-côtelette. —
Arbrisseau ou grand arbuste, entièrement glabre, haut de 2-3 mèt., à branches
dressées, minces, à feuilles ternes des deux côtés. Ces feuilles, ovales-ellipliques, crénelées-dentées, irrégulières, ou arrondies ou subcordées à la base,
ont cinq nervures et un arc à peu de distance du bord. Inflorescence en pani­
cules terminales, lâches, longues de 9-13 cm., â branches terminées en cymes
triflores. Baies brunes, petites, turbinées-globuleuses. — Très variable, quant
aux dimensions des feuilles, des panicules et des baies. — Abondant dans la

�PLANTES

282

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

basse région : environs de la Basse-Terre, Moniéran, Baillif, Deshaies, Dole
(G ourbevre), Trois-Rivières, Lamentin, Grande-Terre, etc. A il. 10-400 mèt.
[N os 1158, 2157.]
M artinique , Vulgo : Petit crécré. — Abondant dans la basse région.
N° 1182.]

M.

ambiffua D. C.. M. prasina D. C.,

M. collina

D. C. ; Miconie ambigu.

Yulgo : Bois-côtelette. — Ressemble beaucoup au précédent, quant aux
feuilles, aux panicules et aux baies; il en diffère par ses feuilles plus ternes,
ses nervures légèrement pubescentes en dessous, ses baies plus larges. C'est de
tous les Miconia celui qui offre le moins d’éclat. — Même habitat que le
précédent.

X" 2250.]
M a r t in i q u e . Yulgo : Grécré-savane. — Abondant comme le précédent :
environs de Saint-Pierre, Prêcheur, Carbet, Case-Pilote, Trois-Ilels (hauteurs),

283

Mulets cl au sommet du morne Hirondelle (Gourbevre). — Fl. de janvier à
mai. — Alt. 700-1200 mèt, [X ° 3409.] — Ne se trouve pas à la Martinique.
M. martinicensis Cogn.; Miconie de la Martinique. Vulgo : Crécré-mon­
lagne. — Arbrisseau haut de 1 8 0 - 2 mèt., droit, très ornemental, entière­
ment glabre. Feuilles extrêmement coriaces, presque toujours fortement rou­
lées sur les bords, parfois en forme de cuiller, ovales-elliptiques, noirâtres,
très glabres, entières, à 3 nervures et un arc près du bord. Inflorescence en
panicules allongées, à branches très divisées, étagées, avec des pédicelles
unilatéraux et tournés vers le haut. Baies noires, globuleuses, du volume
d'une graine de poivre. — Très rare. — De cette belle espèce, je n'ai trouvé
que quelques pieds dans la petite savane de la Montagne-Pelée Martinique .
[N ° 672.]
M. furfuracea Griseb.; Miconie

couleur de son. Yulgo : Bois-côtelette.

— Grand arbuste, haut de 3-4 mèt., peu branchu, richement feuillu, à branches

la Régale, etc. X° 2148. |

M.

MÉLASTOMACÉRS

M AHT INIQUE

cl rameaux cylindriques, à jeunes rameaux, pétioles, pédoncules, pcdicelles,

(jlobulifera Chain.; Miconie à fruits globuleux. Yulgo : Bois-côtelette-

nervures, nervilles et calices revêtus d'un duvet gris brun, dense, poudreux.

montagne. — Arbrisseau ou grand arbuste, très ornemental, haut de 1-3 mèt.,

Feuilles vert noirâtre, longues de 12-25 cm., parfois de 32 cm. sur 5-13 cm.

entièrement glabre, à branches très nombreuses, formant une tête arrondie et
large, nu dans le bas, à feuilles confinées aux extrémités des rameaux qua-

de large, obovées, acuminées au sommet, rétrécies à la base, dentées-créne-

drangulaires. Feuilles longues de 4-11 cm. sur 2-4,3 cm. de large, elliptiques,

médiane, et un arc près du bord; nervilles transversales parallèles et écar­

lées au-dessus de la base; nervures 3 : les deux latérales très écartées de la

finement crénelées-dentées, à dents fermes, ou subentières, acuminées au

tées; pétioles de longueur variable, n’excédant jamais 6 cm. de long. Inflo­

sommet, rétrécies à la base; nervures 3, saillantes en dessous et légèrement

rescence en panicules lâches, allongées, portant des divisions le plus souvent

violacées. Fleurs petites, blanches, en panicules courtes, arrondies, très nom­
breuses; anthères jaunes. Baies globuleuses, sphériques, blanehesavant d'être

triflores, avec des fleurs solitaires à l’aisselle des pédicelles; calice conique,
long de 4 m m .; pétales blancs, une fois plus courts que le calice. Baies côte­

mûres, bleu foncé à la maturité, plus petites qu'une graine de poivre. — Fl.

lées, noires, globuleuses. — Ça et là sur les lisières des grands bois : Capes-

en mai, juin, juillet. — Abondant dans la région supérieure des montagnes :

terre ( Guadeloupe), aux environs du Grand-Etang et de l'Etang-Zombi,

Savane à Mulets, Soufrière (cône et plateau), Grande-Découverte, Savane aux

Gom m ier; rare au Matouba. A lt. 300-600 mèt. N° 2263.

Ananas, Savane du Nez-Cassé. Alt. 1000-1400 met. [N ° 2448.]
M artinique. Y u lg o : Crécré-monlagne. — Abondant au plateau de la M on­
tagne-Pelée et des Pitons-du-Carbet.

M.

M artinique . Vulgo ; Crécré grand-bois. — Fonds-Saint-Denis, Calebasse,
Champflore, fontaine Absalon. [N ° 1175.]

X° 671.
M. coriacea D .C .; Miconie à feuilles coriaces. Yulgo ; Bois-côtelette-mon-

tetrandra Naud. ; Miconie à 4 étamines. Yulgo : Bois-côtelette. —

lagne. — Arbrisseau d'une grande beauté, haut de O"* 80-11,180, nu dans le

Arbuste haut de 0,90-2 mèt., rarement plus haut dans la région élevée, sou­

bas, à feuilles confinées aux extrémités des branches, à rameaux quadran-

vent petit arbre dans les bois de la région infra-supérieure, touffu, très élé­

gulaires, grisâtres, très ruguleuses, portant de nombreuses cicatrices et une

gant et ornemental, à rameaux oblusément tétragones, à rameaux, pétioles,
pédoncules et nervures garnis d’un duvet très court, fin et gris. Feuilles

faible couche de poils rigides et courts. Feuilles très rigides, épaisses, forte­

longues de 10-14 cm. sur 2-4 cm. de large, à nervures imprimées-cannelées

vert jaunâtre en dessous, longues de 7-12 cm. sur 4-5 cm. de large, fine­

en dessus, très saillantes en dessous; pétiole long de 2-4 cm. Inflorescence en

ment crénelées-dentées, à dents glanduliformes ; nervures 3, larges, rou­

panicules pyramidales serrées, à branches terminées en cymes trifïores, briè­

geâtres ou jaunâtres, très saillantes en dessous; nervilles transversales très

vement pédonculées; pétales blanc ou très souvent couleur de soufre. Baies

rapprochées, avec un arc près du bord; pétioles larges, comprimés, longs de

ment roulées, souvent en forme de cuiller, entièrement glabres : les adultes,

globuleuses, environ deux fois plus petites qu’une graine de poivre. — Assez

1-2 cm. Inflorescence en panicules trichotomes, corymbiformes, pyramidales-

commun dans les environs des Bains-Jaunes, dans le bas de la Savane à

arrondies, plus courtes que les feuilles : les dernières divisions portant

�284

MÉLASTOMACÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

2-3 fleurs blanches sessilcs; pédoncules et pédicelles glabres, quadrangulaires, robustes. Baies petites, noirâtres, globuleuses, couronnées par les
bords lacérés du calice. C'est de (ous les Miconia la plus brillante espèce.
— Assez abondant à la Soufrière (côneet plateau, où il est souvent rabougri),
Savane aux Ananas, plateau de la Grande-Découverte. — Fl. presque toute
l'année, mais surtout de février à juillet. |_N° 2252.]
M. impetiolaris Don.; Miconie sans pétioles. Vulgo : Bois-côtelette rouge.
— Arbuste haut de 2-4 mèt., très droit, à lige cylindrique, à rameaux,
pétioles, pédoncules, calice et le bas de la côte médiane revêtus d ’un duvet
rude, court, couleur de rouille. Feuilles longues de 20-35 cm. sur 10-16 cm.
de large, ovées-oblongues, pointues ou obtuses au sommet, aurieulées â la
base, brièvement pétiolées ou subsessiles, faiblement crénelées-dentées, ou
subentières, glabres en dessus, garnies en dessous d'un duvet glanduleux,
court, brun clair; nervures 3, avec un arc double : le premier, peu marqué,
à 3-4 mm. de distance, et l’autre près du bord; côte non imprimée en dessus
et très saillante en dessous. Inflorescence en panicules trichotomes, longues
de 10-17 cm., à branches primaires très allongées, spiciformes, interrom­
pues, portant des cymules sessiles à 3-5 fleurs blanches, petites. Baies mûres
bleu foncé, poilues, globuleuses, obscurément marquées de 7-8 côtes. — Fl.
en juin, juillet, août. — Abondant dans les environs de la Ravine-Chaude,
du Trou-aux-Chiens, de Gourbeyre (Valcanar et Grande-Savane), Pigeon
(le long de la rivière Lostau), e tc .— A lt. 12-400 mèt. [N ° 2264.] — Celte belle
espèce n’existe pas à la Martinique.

lette rouge. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 3-8 mèt., entièrement
glabre, à branches presque toujours penchées, à rameaux obtusément tétralongues

de 10-18 cm. sur 6-9 cm. de large, acuminées au sommet, subcordées à la
base, ou atténuées ou arrondies, à 3 nervures et un arc près du bord. Fleurs
en panicules trichotomes, longues de 10-15 cm., pyramidales, allongées, à
branches très divisées, à pédoncules secondaires cylindriques, faibles, à pédi­
celles filiformes, pourvus d'une petite bractée à la base; pétales blancs;
anthères 8; ovaire biloculaire. Baies globuleuses, plus petites qu’ une graine
de poivre, à huit côtes. — Fl. en mai, juin, juillet. — Abondant dans presque
tous les grands bois humides de la Guadeloupe jusqu’à une altitude de
880 mèt. [N ° 2254.]
M a r tin iq u e .

bois.

Feuilles très variables quant aux dimen­

sions, d’ une longueur moyenne de 9 cm. sur 3 cm. de large, généralement
vert pâle sur les deux faces, ovales-elliptiques, acuminées au sommet, atté­
nuées à la base ou pointues; pétioles longs de 1-2 cm., cannelés. Fleurs
blanches, en panicules terminales, à branches peu divisées. Baies petites,
élargies à la base, d’ un bleu noir à la maturité, pourvues de huit petites
côtes. — Abondant sur les lisières des bois et dans les savanes de la région
inférieure ; hauteurs inférieures du Baillif, des Vieux-Habitants, de Deshaies,
de la Pointe-N oire, de Sainte-Rose, etc. A lt. 150-400 mèt. [N os 2247, 2253.
M artinique . Vulgo : Crécré blanc. Très abondant ; Parnasse, plateau des
Trois-Ilets, Carbet, hauteurs de Case-Pilote, etc. [N 08 108 /&gt;, 670, 1179.

Charianthus Don. (du

grec « charis », beauté, et « anthos », fleur, allusion

à la beauté des fleurs dans les espèces de ce genre.)

C.

coriaceus D. C. ; Charianthe à feuilles coriaces. Vulgo ; Fuchsia-mon­
ta gn e.— Superbe arbrisseau, haut de 1-11,150, rarement plus haut, souvent
rabougri, toujours couvert de mousses et de petites plantes épiphytes, entiè­
rement glabre,

à branches obtusément

tétragones, noueuses, grisâtres.

Feuilles très coriaces, entières, longues de 7-10 cm. sur 3-5 cm. de large,
ovées, acuminées au sommet, subarrondies ou rétrécies à la base, à 3 ner­
vures non imprimées en dessus, très saillantes en dessous, avec un arc près
des bords du lim be; pétioles longs de 6-9 mm. Inflorescence en panicules
corymbiformes, penchées ou pendantes, arrondies, axillaires et plus rarement
terminales. Fleurs pourpres, d'une grande beauté, longues de

M. Iricholoma Cogn.; Miconie à panicules trichotomes. Vulgo : Bois-côte­

gones et renflés aux nœuds. Feuilles membraneuses, rougeâtres,

glabre, à rameaux cylindriques.

Vulgo : Bois crécré rouge. — Abondant dans tous les grands

N° 669.

M. slnatn Cogn.; Miconie à fruits striés. Vulgo : Du bon matin (à Gour­
beyre), à cause de la bonne odeur que les fleurs émettent le matin. — Arbris­
seau ou grand arbuste, haut de 3-4 mèt., très droit, ornemental, entièrement

285

11 mm.;

pétales 5, longs de 5 mm., oblongs; étamines 8, dépassant les pétales de
6 m m .; pédicelles fermes, munis d'un nœud articulé près du sommet,
bibractéolés ou biglanduleux à la base. Baies noirâtres, lurbinées, couronnées
par les lobes persistants du calice, à 4 loges. — Assez abondant dans les
terres volcaniques de la Savane à M ulets, pente du Galion à la GrandeCiterne, Grande-Découverte, etc. [N ° 2229.] — 11 n'existe pas à la M arti­
nique.

C. noclosus Triana;

Charianthe à branches très noueuses. Vulgo : Fuchsia.

— Arbrisseau très beau, dont les fleurs, comme celles du précédent, rap­
pellent les fleurs du fuchsia de France, haut de 0m9 0 -l,û40, à branches
subtétragones, très noueuses, chargées de mousses et d autres plantes épiphytes, souvent hérissées de poils rigides aux extrémités. Feuilles glabres,
longues de 4,5-6 cm. de large, tantôt largement et nettement elliptiques,
tantôt légèrement ovées, très obtusément pointues au sommet, souvent pro­
longées à la base; pétioles longs de 6-8 mm., finement et nettement denteléesserretées, à dents mucronées, subulées, presque couchées et tournées vers le
sommet du limbe, à 5 nervures et un arc très près des bords. Inflorescence,
forme et couleur de la corolle comme dans le précédent, mais à pédoncules

�287

MELASTOMACKES
286

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

MAR TINIQUE

et de la couleur d ’une petite prune-café du pays, d'une saveur très agréable;
et pédicelles plus minces, presque filiformes. Baies tétragones, élargies vers

semences grosses, dures, 2-4, anguleuses. — Peu abondant : çà et là dans

le sommet, roses, caractères qui distinguent facilement cette espèce de la

les endroits pierreux, secs et chauds des bois inférieurs du massif de Houël-

précédente. fN° 666. ]

monl. — Fl. en mai, juin et juillet. [N ° 1299.]— II n’existe pas à la Martinique.

C. nodosus Tr., variété crinitus Naud., présente des feuilles très nettement
ellipliques-orbiculaires, grisâtres en dessous, très brièvement et oblusémenl
pointues au sommet, à branches hérissées de soies rudes et couchées, qui, à
l'extrémité des rameaux, forment une couche épaisse, laquelle devient moins

Blakea

L. (dédié à l’Anglais Slephan Blake, de Pile d ’Anligua, zélé bota­

niste, auteur de l’ouvrage : Le Jardinier pratique.)

B.

pulvcrulenta V ahl; Blackea pulvérulent. Vulgo : G oyavier rose, goyave

accusée sur les cinq nervures, du côté inférieur, et se réduit, sur le côté

rose, framboisier (au Camp-Jacob), petit figuier blanc. — Arbrisseau sarmen-

supérieur du limbe, à des soies éparses. — Cette belle espèce avec sa variété

leux, épiphyte, très beau et ornemental, à branches nombreuses, dichotomes,

n'existent pas à la Guadeloupe ; elles sont assez abondantes dans la région
supérieure de la Montagne-Pelée. [N° 665.] -

très divariquées : les adultes toujours penchées, à jeunes rameaux quadrangu-

plus rarement petit arbre, n'excédant guère 5 mèt. de haut, à branches peu
nombreuses : les supérieures, fasligiées ; les inférieures, divariquées,

laires(à quatre angles aigus). Feuilles petites, situées à l’extrémité des branches,
coriaces, glabres, souvent couvertes d’ une couche pulvérulente et glauque,
nettement obovées, cunéiformes à la base, brusquement rétrécies au sommet
en une pointe très courte, à 3 nervures et un arc sur les bords. Fleurs
larges, odorantes, roses, très belles, solitaires ou réunies par deux aux ais­

horizontales ou penchées, entièrement glabre. Feuilles d’un vert noirâtre, à

selles des feuilles et opposées ; bouton de la fleur enveloppé de quatre brac­

C. cor y nibo.su.s Cogn.; Charianthe à Heurs en corvmbes. — Grand arbuste,

5 nervures et un arc, acuminées au sommet, rétrécies ou subarrondies à la

tées, elliptiques, d’inégale grandeur, tombant après l'anthèse ; calice à 6 dents ;

base. Inflorescence en corvmbes larges, arrondis ou allongés, selon la variété.

pétales 6, obovés; anthères 12, dressées, s’ouvrant par deux pores termi­

Fleurs jaune verdâtre. Baies globuleuses, d'un noir bleu foncé à la maturité,

naux ; pistil droit, beaucoup plus long que les étamines. Baie large, de la

deux ou trois fois plus volumineuses qu'une graine de poivre.

forme d’une nèfle, mais beaucoup moins volumineuse, comestible, à odeur

x, variété grandifforus Cogn. — Abondant dans les hauteurs de TroisRivières, morne Gommier, etc. N° 2269. j

des Bains-Jaunes, Gommier, bords de la rivière Bouge, du Matouba, bords

$, variété diffusus Cogn. — Bois supérieurs des Bains-Jaunes, Matouba,
Vieux-Habitants, etc. |N0S 2250, 3204.J
M ar tin iq u e .

de groseille; péricarpe pulpeux. — Abondant dans les quartiers inférieurs
de l’ Etang-Zombi et du Grand-Etang (Capesterre). — Fl. en juin, juillet,
août, et souvent aussi en septembre et octobre. [N ° 2147.] — Il n'existe pas à

— Variété glaherrimus 1). C. Vulgo : Crécré noir. — A bon ­

dant â la Calebasse, dans les endroits exposés aux vents, Prêcheur (hauteur

la Martinique, mais il est assez commun à la Dominique (environs de Lauda .
[N ° 113.]

du Céron et à la Sibérie), fontaine Absalon, etc. :N 0S666, 1164.]

Mouriria Aubl. (de

Le

M. domingensis W alp. ; Mouriri de Saint-Domingue. V ulgo : Mêle. Tuss.,
F l. , III, l. 37. — Petit arbre élégant, à feuillage très vert et luisant, haut de
5-7 mèt., très branchu, à branches supérieures

fasligiées, les inférieures

horizontales et penchées aux extrémités, flexibles et allongées, à rameaux
létragones.

Feuilles cartilagineuses, ovées-oblongues,

petites,

Bellucia grossularioides Tr.,

vulgo : N éflier du Mexique, introduit du

Mexique à la Guadeloupe par le I ) r L T Ierm in ier, est cultivé dans beaucoup

« Mouriri », nom de la plante à la Guyane.)

pétiolées,

entières, à nervures secondaires presque imperceptibles. Inflorescence en

d’endroits à cause de ses fruits, qui sont blancs et qui ont la forme mais non
pas le volume d’une nèfle de France.— Ravine-Chaude (abondant , I.ongmont
(Capesterre, Guadeloupe), Lamenlin (près des marais), etc. N° 3205.
M artinique . Vulgo : Néflier du Mexique. — Çà et là chez quelques proprié­
taires. |N° 1167, |

Graffenrieda

M ari, (dédié à II. R. et D. Graflenriede, de

Bâle, auteurs

corymbes umbelliformes, axillaires, pédonculés, nombreux, situés tout le

d’un ouvrage sur les arbres fruitiers et éditeurs de Historia planlarum. de

long des branches, à l’aisselle des feuilles, contenant 2-10 fleurs blanches,
petites; pédoncules filiformes, longs de 4-8 mm., plus longs que les pétioles,

Bauhin.)

bibracléolés et articulés au-dessus de la base; calice campanulé, à 4-5 dents
deltoïdes; corolle à 4 pétales tordus, avant l'anthèse, en un boulon pointu;
étamines 8 ; anthères jaunes à deux pores au sommet. Baie globuleuse, cou­
ronnée par les lobes et par le prolongement du tube du calice, de la grosseur

G. latifolia Thib. ; Grallenrieda à feuilles larges. Vulgo : Côtelette grandfeuille.

(Cycnopodium Naud.) —

Grand arbuste, haut de 3-5 mèt., à une seule

ou à plusieurs liges, partant d’ une grosse souche, à tige et branches nues dans
le bas, marquées de larges cicatrices, à écorce lisse et verte. Feuilles orbicu

�288

l'LANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE
MÉLASTOMACÉES ----

laires, coriaces, 1res glabres, entières, longues de 10-15 cm. : les jeunes, un
peu moins larges; les adultes, plus larges que longues. Fleurs petites, blanches,
en paniculeslarges, terminales, tricholomes et corymbiformes. Fruit inconnu.
— Rare : dans les bois inférieurs du morne Desboulais, au-dessus de l'habita­
tion Pagosis, à Pigeon. [N° .‘171 4.]
M

a r t in iq u e

.

Yulgo : Grécré grand-feuille. — Prêcheur (bois de la Sibérie),

Basse-Pointe, dans les hauteurs, sur la pente de la Montagne-Pelée (assez
abondant). [N° 110.]

LYT H RADIEES

289

80 cm ., droite, peu branchue, vert pâle dans toutes ses parties, à lige et
branches télragones, garnies de poils couchés, roux jaunâtre, ainsi que les
pétioles et la face inférieure des feuilles, mais

surtout les ramuscules.

Feuilles entières, petites, lancéolées, pointues, à 3 nervures. Fleurs roséesou
blanches, larges, caduques, en glomérules terminales, contenant rarement
plus de deux rayons; tube du calice à huit sillons, garni de poils sétiformes,
longs, rigides et étoilés â l’extrém ité; lobes du calice longs, persistants; éta­
mines 8; anthères jaunes, tuberculées à la base, subulées ; ovaire mûr libre,

Tibouchina Aubl. (nom indigène à la Guyane.)

surmonté de plusieurs soies droites. Fruit sec. — Extrêmement abondant

T. chamæcislus Cogn. ; Tibouchina petit ciste. Yulgo ; Thym violet, thym
de montagne. — Arbrisseau haut de 15-40 cm., tortueux, flexible, branchu
ou presque dépourvu de branches, à ramuscules télragones. Feuilles longues
de 4-7 mm. sur 2-4 mm. de large, roulées sur les bords, ovées ou ovales, ter­
minées au sommet par une soie, garnies en dessus de 10-16 soies courtes, adnées
dans toute leur longeur ; nervure 1. Fleurs pourpre foncé, larges, d’une grande
beauté, solitaires ou réunies par 2-4 ; calices et pédoncules hérissés de soies;
pétales obovés, ciliés sur les bords ; étamines 8-10; ovaire à 4 loges. — Fl.
presque toute l’année. — A it dans les sphagnums, sur le cône et le plateau

dans toutes les savanes humides, depuis environ 300-1000 met. d élévation
(jusque dans la petite savane autour de la case des Bains-Jaunes). — Fl. toute
l’année, j N° 2266.]
M a r tin iq u e .

Y u lgo ; Herbe à mouches. — Très abondant dans toutes les

savanes jusqu’à altitude de 680 met. [N ° 1173.1

Nepsera

Naud. (anagramme du g.

Spennera de Marlius et

de D. G. /Vor/.,

I I I , p. 115.)

N.

aqualica Naud. Nepsera aquatique. Yulgo ; Herbe à mouches. Aubl.,

t. 169. — Annuel, droit, à base souvent couchée et ligneuse, d une élévation

d elà Soufrière, de la Grande-Découverte, de la Savane aux Ananas, etc.

moyenne de 70 cm., très ornemental, à tige cylindrique, très fragile, branchue

(N° 2251.]

ou à branches peu nombreuses, allongées, à jeunes rameaux télragones.

Chaetogastra

— Ressemble exactement à l'espèce guadeloupéenne, quant à la couleur, la

Feuilles petites, ovées-lancéolées, opposées, peu nombreuses, brièvement
acuminées, finement serretées, à 3-5 nervures. Fleurs violettes, ou violacées

forme et les dimensions des feuilles et des organes floraux; il en diffère ; par

ou blanches, disposées en un large panicule trichotome, feuillue à la base;

M

a r t in iq u e

.

—

chaniæcistas Gr. Yu lgo : Thym

de

montagne.

sa taille beaucoup plus élevée(0m70-1 m .), ce qu’explique sa station sur un sol

pédicelles longs, filiform es; calice à 4 lobes linéaires; étamines 8; anthères

volcanique couvert d'une couche d’humus très riche; par ses branches et ses

violettes, lancéolées-linéaires. Fruit mûr sec, non adhérent au calice. — Fl.

ileurstrès nombreuses; par ses feuilles pourvues aussi, maisà la face inférieure,

presque toute l ’année, mais surtout d'avril à juillet. — Endroits aquatiques

de soies adnées; par ses pédoncules plus longs et le plus souvent disposés par

ou très humides, pas rarement dans les savanes sèches et argileuses ; Trois-

ombelles de 3-4 rayons. — 11 constitue un des plus beaux arbrisseaux que la

Rivières (chemin du Trou-aux-Chiens), Capesterre, Malouba; çà et là au

Providence ait créés. — Fl. surtout de mai en juillet. — V it solitaire ou en
société à la Montagne-Pelée (Petite et Grande-Savane), sur la pente du morne

morne Gommier et à Gourbeyre (environs du Valcanard). A lt. 270-700 met.

Lacroix (plus ou moins rabougri); plus rare aux sommets des Pilons-du-Car-

[N ° 2261.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Herbe à mouches. — Fonds-Saint-Denis, Champllore,

La Régale, Rivière-Salée, etc. (N 0 1168.

bet. [N u 112.]
T. chironioides Gr. — Arbrisseau plus ou moins droit, haut de 40-80 cm.,
à branches allongées, à fleurs larges, pourpre pâle; se rencontre à la Dom i­

s o ix a n t e -seizième f a m i l l e .

nique (environs de Lauda). N° 1172.,

Arthrostemma

D. G. (du grec « arthron », articulation, et « slemma » , éta­

mine, à cause de l étal articulé de ces organes.)

A.

— L Y T H R A R IÉ E S .

glomeratum Naud.,

Pterolepis

capitata M iq.,

P.

Cuphea P. Br. (du grec « kuphos », voûté, bossu, parce que le calice est

glomerala Grueg;

Arlhrostemme à Heurs en glomérules. Yulgo : Herbe à vaches mâle. — Herbe
annuelle, très souvent sulîrutescente à la base, ornementale, haute de 30-

bossu à la base.)
C.

Balsairiona Chain, et Schl., C. hyssopifolia Grisb. ; Couphéa à feuilles

d’hysope. Vulgo : Herbe-savane. —
Diiss. —

P la n t e s G u a d e lou p e et M a r t in iq u e .

Herbe sulFrulescenle ou frutescente,
19

�PLANTES

290

DK LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTIN IQUE

LYT II RAKIÉES

haute de 15-70 cm., scabre, plus ou moins visqueuse, droite; a branches

O NA G RA RIE ES

291

alternes, situées sur le même plan : les inférieures, longues; les supérieures,

très rapprochées. Fleurs sessiles, solitaires ou réunies par 3 aux aisselles des
1eu i Iles, tout le long de la tige; étamines 4; style très court. Fruit globuleux,

graduellement plus courtes ; à lige, branches et pédoncules plus ou moins
garnis de poils rudes, tuberculés à la base, et plus ou moins crochus au som­
met. Feuilles ovées-oblongues ou oblongues-lancéolées, petites, a pétiole

plus petit que dans le précédent. — Rare : Pointe-.Noire (sur le bord de la
grande mare, à côté du bourg. N° 3387.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Marti­
nique.

très court. Fleurs très petites, pourpres ou plus rarement blanches,axillaires
et terminales : les axillaires habituellement solitaires ou réunies par 2-5;

Lawsonia

L. (dédié à John Lawson, médecin à Grand-Striekland, au com­

calice tubuleux, à 12 sillons, bossu à la base; pétales 5, inégaux; ovaire supère, à deux loges inégales et garnies d'une glande du côté supérieur, bruit

mencement du x v i i 0 siècle; a voyagé en la Caroline dans un intérêt bota­
nique, et a publié la description de cette contrée.)

capsulaire, s ouvrant latéralement. — Plante de peu d utilité. — Abondante

inermis L. ; Lawsonie sans piquants. Vulgo ; Réséda de France, réséda
du pays. Desc., vol. \ III. t. 596, p. 365. — Arbrisseau ou grand arbuste,

dans les endroits humides ou aquatiques : Bagatelle, morne Gommier, roule

L.

de la Basse-Terre à Gourbeyre. Alt. 80-700 met. |X° 2234.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petite violette. — Route de la Trace (Deux-Choux),

plus rarement petit arbre, à branches fortement inclinées. Originaire d’Ara­

environs de Fort-de-France (dans les chemins peu battus), Gros-Morne.

de ses fleurs, qui se rapproche beaucoup de celle du réséda de France. On en

[N° 1495.]
On cultive assez fréquemment dans les parterres le C. micropelala Kunlh.

rencontre plusieurs variétés qui diffèrent par la couleur des fleurs L X ° 2235.
Egalement abondant à la Martinique.

(C. plalycenira

Benth.),

joli sous-arbrisseau à fleurs larges, jaunâtres.
Le

[N ° 2233.]
M

a r t in iq u e

Ammannia

bie et des Indes Orientales, naturalisé et cultivé à cause de la bonne odeur

.

Lagerstrœmia indica

L. Vulgo ; Cestram. — Arbre originaire des Indes

Orientales, qui, soumis à la taille, se couvre de fleurs d’avril en septembre;

[N°2149.|

est très fréquemment cultivé dans les jardins des Antilles |X°902 , et le
L. (dédié au Suisse Jean Ainmann, né à Schaffhouse en 1699,

L.

*Régime L., grand arbre, originaire de la côte de Malabar, à fleurs larges,

mort en 1741, professeur d'histoire naturelle à Pétersbourg; a écrit sur les

pourpre foncé; se rencontre aux Jardins botaniques de la Basse-'ferre et de

plantes russes rares.— Paul Ammann a écrit sur l'histoire du Pérou en 1663,

Saint-Pierre (M artinique), d'où il s'est répandu dans plusieurs localités de

et a laissé plusieurs ouvrages ayant trait à la botanique.)

file . [N ° 903.

A.

la lifolia L. ; Ammannie à larges feuilles. V ulgo : Merbe-mare. SI., t. 7,

f. 4. — Herbe annuelle, entièrement glabre et glauque, très droite, haute
SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME FAMILLE. —

de 25-80 cm. Feuilles opposées, décussées, lancéolées-linéaires, sessiles, cor­
dées à la base, avec deux lobes semi-amplexicaules. Fleurs petites, blanches,
axillaires, réunies par 2-5 aux aisselles des feuilles, depuis la base de la lige
jusqu'au sommet; calice à 4 dents, doublées de dents accessoires; pétales 4,
rouges; étamines 4 ; ovaire à 4 loges; style filiforme. Fruit capsulaire, ren­
fermé dans

le calice, s’ouvrant irrégulièrement. — Çà et là dans les

mares d’eau douce et dans les fossés le long des routes ; environs de la BasseTerre, roule de la Pointe-à-Pitre au Go/.ier, les Saintes (Terre-de-Haut, autour
de la mare située derrière le cimetière, où cette plante v il en société avec
d'autres herbes), i N° 3053.]
M a r tin iq u e .

Vulgo : Herbe-mare. — Marin, environs de Fort-de-France.

[N ° 1303].

A.

humilis M id i.,

A.

ramosior L.,

A. occidentalis I). C ., Rotala

ramosior

Koehne; Petite Ammanie. Vulgo ; Herbe-mare. — Petite herbe annuelle, à
base couchée, radicanle, à branches très allongées et plus ou moins relevées
aux extrémités, haute de 20-35 cm. Feuilles lancéolées-linéaires, spatulées,

O X A G R A R IÉ E S .

Jussieua

L. (dédié par Linné au célèbre Bernard de Jussieu, né à Paris en
1699, mort en 1777, médecin; en 1775, directeur du jardin royal du Trianon,
où il classa des plantes d’après le principe des affinités naturelles. Le résultat
de ses travaux fut publié dans un simple catalogue, sous le titre : Ordines

nalurales in Ludovici X V horlo Trianonensi dispositi.)
J.
su/frulicosa L. ; Jussiée suffrutesccnte. V u lg o : Girofle-mare. SL, t. 11,
f. 1; Plum., édit. Burm., t. 175, f. 1; Lam., ///., t. 280, f. 1. — Herbacé,
haut de 0m70-1 “ 50, à base sulfrulescente, à tige glabre, grosse, anguleuse,

llenné

1. Les feuilles de cet arbuste forment le
d’ Egypte et d’Arabie, employé depuis
la plus haute antiquité, comme cosmétique colorant, par les femmes et les enfants pour
augmenter la beauté et assurer la santé. Ils se servent de la poudre de feuilles fraîches
pour se colorer les ongles, ce qui est un signe de dignité. Il est aussi employé comme
topique contre toutes les blessures par les Arabes. L'industrie l'utilise enfin pour teindre
la soie et pour donner au bois blanc une belle couleur d’acajou. (E. H .)

�292

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET

DK LA MARTINIQUE
RH I/O PB ORÉES

noire, à branches habituellement étalées. Feuilles lancéolées-oblongues ou
lancéolées, ou lancéolées-linéaires, rétrécies à la base en un pétiole très court.
Fleurs jaunes, larges, brièvement pédonculées, solitaires et axillaires; calice
à lobes largement ovés ou elliptiques, cuspidés. Capsule rétrécie vers la base.
— Assez abondant le long- des rivières, sur le bord des mares et des étangs.
x, variété à fleurs plus larges : environs de la Basse-Terre, Pointe-N oire,
Capeslerre Nos 2917, 2245.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Gironllé, herbe à pique. — Carbet, Fort-de-France,
Trinité. [N°805.]
6, variété angustifolia. Lam., ///., t. 280, f. 3. — Lamentin, Baie-Mahaull,
Pointe-à-Pitre, etc. [N os 2918, 3247.J
M a r t i n i q u e . — Lamentin, Ducos, Rivière-Salée, etc. [N ° 1385.]

293

p. 45. — Petit arbre ou assez souvent arbre d'assez grande taille; à branches
très nombreuses, allongées, très inclinées, souvent pendantes; à racine prin­
cipale courte, souvent presque nulle; à tronc soutenu par des racines advenlives, arquées, nombreuses, plongeant dans l’eau; à écorce noire et lisse.
Feuilles ramassées aux extrémités des branches, épaisses, très glabres,
entières, ovales ou ovales-elliptiques, arrondies au sommet; stipules interpétiolaires, tantôt longues, tantôt courtes. Fleurs axillaires, solitaires ou en
cymes dichotomes; calice quadripartite, à lobes persistants ; pétales 4, lai­
neux à 1 intérieur; étamines 8, sur deux verticilles. Fruit ovale, couronné,
à la base, par les lobes persistants et durs du calice; semences 1. — Dès que
le fruit est arrivé à maturité, il commence à germer sur pied, la radicule en
perce le sommet, s'allonge peu à peu, atteint quelquefois une longueur de

J.

erecla L ., J. palnslris M iq. ; Jussiée droite. Yu lgo : Giroflé-mare. —

30 cm., devient pendante et, entraînée par son poids, elle finit par se détacher

Annuel, très droit et élégant, nu dans le bas, branchu dans le haut, d'une

de la capsule. Dans sa chute, elle s'enfonce verticalement dans la vase. — Le

élévation de 0m80-2m50, à lige anguleuse, à branches fastigiées.' Feuilles
elliptiques-linéaires. Fleurs petites, jaunes. Capsules courtes et grosses, nom­

bois est blanchâtre en dedans et ne sert guère que comme bois de chauirage;
l ’écorce et le fruit sont riches en tanin, et dans le pays on en fait souvent

breuses. — Endroits humides ou aquatiques, dans les l’ossés remplis d'eau

usage, surtout pour les tanneries de la Basse-Terre L — FL principalement

et sur les bords des étangs : Sainte-Rose, Lamentin, Morne-à-l’ Eau, les

de juin à septembre. — Y il en société sur une grande étendue, dans les

Saintes (Terre-de-Haut), Marie-Galante, etc. [N° 2246.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Géronflé, herbe à pique. — Abondant : Rivière-Salée,

marécages du M orne-à-l’Eau, de la Pointe-à-Pitre, de Baie- Mahault, du

Marin, Caravelle, Trois-Ilels. [N° 1386.]
J.

Uni folia Vrahlj; Jussiée à feuilles de lin. Yulgo : Gérollc-mare. — Suf-

Lamentin, de Sainte-Rose; moins abondant aux Saintes (Terre-de-Haut), au
Gozier, etc. [N °2 9 6 1 .]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Mangle-chandelle, palétuvier rouge, mangle rouge.

frulescent, haut de 0u,90-2 mèt., très droit, nu dans le bas, à branches fasli-

— Yit en société sur une large échelle : au Lamentin, Ducos, Rivière-Salée,

giées : les inférieures, longues; les supérieures, successivement plus courtes.

Robert, François, Trinité, Galion, etc. [N ° 1836.

Feuilles inférieures beaucoup plus larges et plus longues, lancéolées, celles
des branches plus courtes, linéaires-lancéolées. Capsule courte, linéaire, légè­
rement recourbée. — C ’est l’espèce dont les capsules sont les plus minces. —

Cassipourea
C. elliptica

Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane.;
P o ir.; Cassipoure à feuilles elliptiques. Yulgo : Bois-de-l’ail.

Endroits humides, marécageux et aquatiques; vit souvent en société sur une

— Arbre élégant, de taille moyenne, parfois grand arbre, selon les endroits,

grande étendue : Sainte-Rose, Lamentin, Morne-à-FEau, Petit-Canal, etc.
[N ° 2919.]

très branchu, à branches supérieures très fastigiées, les inférieures étalées.
Feuilles entières, coriaces-subcharnues, elliptiques, légèrement acuminées,

M a r tin iq u e .

Yulgo : Gironflé, herbe à pique. — Ducos, Trois-Ilets, Lamen­

tin, Saint-Esprit, François, etc. [N ° 802.]

opposées. Fleurs très nombreuses, en fascicules axillaires de 2-6 rayons
pédonculés ; calice aussi long que les pétioles, à 4-6 lobes deltoïdes; pétales
5-4, blancs, délicatement frangés et laineux en dedans. Capsule petite, à

s o ix a n t e - d ix - h uitièm e

fam ille .

— R H IZ O P H O R E E S ,

3 valves. — Les fleurs, en s’ouvrant, émettent un parfum agréable ; plus tard,
ces mêmes fleurs exhalent une mauvaise odeur. Les feuilles, froissées entre
les doigts, répandent une odeur rappelant bien celle de l'ail. — Fl. habituelinenl en mai et juin, et aussi en octobre et novembre. — Assez abondant

Rhizophora I,. (du grec « rhiza », racine, et « phero », je porte, allusion
aux nombreuses racines adventives qui supportent la plante.)
R. Mangle L. (mot de la langue malaise). Vulgo : Manglier, palétuvier
rouge, mangle rouge, mangle-chandelle, mangle noir. Desc., vol. I, t. 10,

1. L ’emploi de cette écorce, riche en tanin, a pris aujourd'hui une place marqu e dans
l’industrie de la tannerie etsurtout des matières colorantes. Elle sert surtout A la fab ca­
tion des extraits tannants aujourd'hui presque exclusivement employés au lieu et place
des écorces abandonnées. (E. II.)

�294

PLANTES

DF. LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MAR TINIQUE

297)

comtjrktacées

dans les bois inférieurs du Matouba, des Bains-Jaunes, de Ilouëlm ont, des

L. racemosa G .; Lagunculaire à fleurs en grappes. Vulgo ; Mangle blanc

Trois-Rivières, etc. I N "2737. | 1
M artinique. Vulgo : Bois-de-l'ail. — Était encore assez abondant, en

(à cause de la couleur de la face inférieure de la feuille). — Petit arbre, droit,

1878, dans les bois de la Régale et dans ceux de quelques mornes de la
Rivière-Salée; les déboisements l’ont lait disparaître. — Assez abondant

â rameaux cylidriques-comprimés, à écorce grise et lisse. Feuilles coriaces,
subcharnues, ovales ou elliptiques, ou ovales-oblongucs, souvent échancrées

encore dans les bois du Prêcheur (Géron et la Sibérie).

et mueronulées au sommet, blanchâtres-duvetées en dessous ; pétiole long,
portant habituellement deux glandes en dessus, près de la base ou au milieu.

SOIXANTE-DIX-NEUVIÈME FAMILLE.

X" 2149.]

Fleurs polygames, en cymes trichotomes et à branches spiciformes; pédon­
cules pubescents ; calice à 5 lobes persistants; pétales 5, blancs ou légèrement
rosés, caducs, petits; étamines 10, bisériées. Fruit petit, à deux ailes

— COM BR HT AG RES.

Terminalia -L. (du grec « terma », en latin « terminus », terme, pointe,

T. Catappa L. (du mot « catapan », nom de l’arbre aux Moluques.) Vulgo :
Amandier. Dose., vol. IV , t. 279, p. 217. — Arbre de taille moyenne, plus
rarement arbre de grande taille, droit, à branches étagées, horizontales, à
écorce rude et gercée. Feuilles obôvales, subcordées et portant deux
glandes à la base du limbe, arrondies au sommet. Fleurs polygam es, en
grappes effilées, réunies en groupes, axillaires, situées aux extrémités des
branches ; les femelles, mélangées avec les mâles dans le bas de la grappe et
distantes; les mâles, plus haut et rapprochées. Fruit ovale-oblong ou ellip­
tique, biconvexe-comprimé, muni de deux ailes longitudinales et étroites. —
Le bois est recherché pour le charronnage; l’amande est blanche et très
goûtée des créoles, son goût approche de celui de la noisette. On peut
retirer des amandes une huile qui ne rancit jamais. Selon Descourtilz, le lait
des amandes est émulsif, et l’huile, extraite à froid et mêlée à du sirop de
l herbe-à-charpentier, est recommandée contre les toux opiniâtres2. — O rigi­
naire de l’Asie et de l’Afrique, naturalisé dans les deux colonies; on les
plante habituellement dans les cours et le long des routes comme arbres à
ombrage. — Fl. toute l’année dans la basse région; dans la région supérieure,
la lloraison a lieu de mai en août, et les grappes sont souvent très allongées
et composées. [N° 3100.]

M a r tin iq u e .

Vulgo : Mangle gris, palétuvier gris. — Rivière-Salée, Lamen-

tin, Ducos, Trois-Ilets, François, Robert, etc.
Conocarpus I,.

X° 1798.J

du grec « konos ». cône », et « carpos », fruit, parce que

les fruits affectent une forme conique.)
C. ereclus L. ; Conocarpc droit. Vulgo ; Palétuvier rouge, mangle rouge,
mangle gris, olivier bord-de-mer. Jacq., Sel. Am. stirp. hist., t. 52; SL,
t. 161, f. 2 ; Desc., vol. VT, l. 399, p. 68. — Petit arbre, entièrement glabre,
habituellement droit, plus rarement tortueux, à branches horizontales, allon­
gées. penchées ou tombantes, à ramuscules triangulaires, à écorce grise ou
rougeâtre, fortement gercée dans les vieux pieds. Feuilles lancéolées ou ellip­
tiques, brièvement péliolées, garnies de deux glandes, situées à droite et à
gauche, à égale distance du sommet du pétiole. Inflorescence en grappes
courtes, simples, à branches terminées par des capitules d ’abord sphériques,
devenant ensuite coniques; divisions du calice 5, rudes, caduques; pétales
nuis ; étamines 5-10 ; akènes imbriqués, petits, recourbés, ressemblant à de
petites écailles d'un cône de sapin; capitule mûr conique, long de 5-7 mm.,
souvent tout à fait rond. — Le bois n’est employé que pour le chauffage2. —
Très abondant dans les endroits marécageux du bord de mer, où il vit en
société avec d ’autres palétuviers; plus rare dans les sables secs ; les Saintes

Vulgo ; Amandier. [X° 1800.

Laguncularia D. G. (du latin « laguncula » , dim inutif de « lagena

étroites, pubescent, gris, rappelant un peu la forme d’une bouteille de
genièvre de Hollande. — Très abondant dans les marécages du bord de mer,
où il vit en société avec d’autres palétuviers. ’N ° 3097.]4

parce que les feuilles sont confinées aux extrémités des branches.)

M ar tin iq u e .

très braucbu.à branches horizontales, très souvent penchées ou tombantes,

(Terre-d e-H a u t),
»,

bouteille, parce que le limbe du calice, qui couronne le fruit, a un peu la
forme d’ une bouteille ou d’ une cruche renversée.)

Port-Louis,

Petit-Canal,

M oule, etc.

M a r tin iq u e . V

ulgo : Palétuvier gris, palétuvier rouge. — Abondant dans

les endroits marécageux du bord de mer : Trinité (Galion), Robert, François,
Lamentin, Sainte-Luce, Rivière-Pilote, etc.

1. Plante riche en tanin, astringente : teinture et tannage des peaux.
2. La racine est employée contre la dysenterie, la diarrhée; l'écorce contre les fièvres
gastriques et bilieuses. Elle contient un tanin qni lui donne ses propriétés astringentes et
ges matières colorantes qui en permettent l’emploi dans la teinture. L'huile des amandes
est comestible, E. II.)

Anse-Bertrand,

[N ° 3098.]

X°

1797.

1. Plante à (anin, astringente, usitée contre la dysenterie.
2. Plante amère et astringente : on l a proposée comme succédanée du quinquina et
comme utile dans le traitement du diabète et de la syphilis. (A étudier.)

�296
L&lt;*

COM RRÉTACÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Conocarpus

latifolius Roxb., grand arbre, est cultivé au Jardin bota-

nique de Saint-Pierre, où il fleurit et rapporte des fruits tous les ans.
N° 1802.]

Bucida

---- THYMÉLÉES ---- LAURINÉES

297

tonnelles. Cette belle liane, originaire des Indes Orientales et des Moluques,
a des grappes simples, pendantes, à fleurs longuement tubulées, blanches en
s'ouvrant, ensuite blanc rose, puis rouge pâle et enfin rouge sombre. Fl. sans
cesse mais ne produit pas de fruits.

N° 3777. — Martinique. N° 951.

L. (du grec « bous », bœuf, parce que, dans les espèces-types, le

fruit esl long et recourbé en forme de corne de bœuf.)

B.

capitula V . ; Bucida à Heurs en capitules. V u lgo : Bois gli-gli ou gri­

QUATRE-VINGTIÈME FAMILLE.

TH YM ÉLÉES.

gri (oiseau de l'ordre des rapaces). — Arbre souvent énorme, à tronc très
anfractueux, surtout à la base, à branches nues, très irrégulièrement étalées,
plus ou moins horizontales, souvent penchées, à rameaux régulièrement et
nettement diehotomes, à écorce grise ou blanchâtre, peu crevassée. Feuilles
ramassées à l'extrémité des branches, spatulées ou ovées-oblongues, coriaces :
les jeunes.couvertes en dessous d'un duvet couleur de rouille, lullorescence
en capitules pubescents, allongés, axillaires, situés à l ’extrém ité des branches,
longuement pédonculés. Jeunes feuilles et capitules d'abord renfermés dans
une masse de bractées luisantes, garnies d’un duvet fin, couleur de rouille.
Fleurs vertes, très petites; calice à 5 petites dents; pétales nuis; étamines 10,
dont 5 plus grandes et insérées plus haut. Fruit ovoïde, pointu aux deux
bouts et muni de 4-6 côtes longitudinales et de côtes accessoires plus courtes.
— Lors de la germination, le fruit s’ouvre en deux moitiés égales. — Fl. en
janvier, mars ou avril. — Peu abondant : çà et là dans les bois du massif de
Houëlmont, des bois inférieurs des Bains-Jaunes, des bords de la rivière
Rouge, etc. N° 3095.]
M artinique. Vulgo ; Bois-arcoqois. —

Rare : hauteurs de l'habitation

Pécoul; çà et là dans les bois de la Régale (Saint-Esprit) et des bois de la
fontaine Absalon. |N° 660.
B. buceras L. (de « bous », bœuf, et « keras », corne.) V ulgo : Bois gli-

Daphnopsis Mart. Zucc. (du grec « daplmé », laurier, et « opsis », aspect,
c’est-à-dire ressemblant à un laurier.)
D. caribæa Gr. ; Daphnopsis des Caraïbes. Vulgo ; Mahot-piment, pimenté,
mahot pimenté. — Petit arbre, habituellement droit, haut de 4-10 mèt., très
variable quant à la disposition des branches, à écorce grise, lisse, très
fibreuse. Feuilles subcoriaces, lancéolées-oblongues. Inflorescence terminale,
en cymes arrondies, pédonculées, plusieurs fois diehotomes, à branches ter­
minées par des ombelles. Fleurs blanc pâle, dioïques, apétales; tube du calice
de la Heur mâle en forme de massue, celui de la lleur femelle d abord inlundibiliform e, ensuite campanulé. Baies mûres très blanches, ellipsoïdes, à peu
près de la grosseur d'une graine de poivre, contenant une semence rondâtre.
— FL en avril, mai, et aussi en octobre et novembre. — Le bois a peu de
valeur, mais l’écorce fournit des fibres très longues et très fortes ; les habi­
tants en fabriquent des cordes et des liens 1. — Assez abondant à Gourbeyre
(Dolé, mornes Goblin, D os-d’Ane, Boucanier), Vieux-Fort, Moule, Gozier,
etc. Alt. 20-480 mèt. N° 3220.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Mahot-piment. — Parnasse, morne Saint-Martin,
Prêcheur, G rande-Rivière, Robert, hauteurs du Carbet, etc. [N ° 2103.]

gli. SL. t. 189, f. 3 ; Br. Jam., t. 23, f. 1. — Grand arbre, à frondaison large
et allongée, à branches étalées. Feuilles comme dans le précédent, mais habi­
tuellement plus larges. Fleurs en épis courts, très nombreux, soyeux, cylin­

QUATRE-VINGT-UNIÈME FAMILLE. —

driques, interrompus, situés à l'extrém ité des branches, habituellement plus

L A U R IN É E S .

courts que les feuilles; étamines exserles. Fruit inconnu. — Les deux espèces
de gli-gli fournissent pour la charpente un bois serré, résistant, très élastique,

Cinnamomum Bl. (du grec « kinnamomon », écorce de cannelle, de « kinein»,

se travaillant facilement; il passe pour être inattaquable parles term ites1. —

rouler, et « amomon », amone ; selon d'autres, du mot « china », c’est-à-

Assez abondant dans les environs du Moule ; çà et là à Port-Louis, etc.
N° 3090.J — Il n existe pas à la Martinique.

dire écorce de Chine, parce que les Arabes, qui les premiers apportaient la

Le

Quisqualis indica L., vulgo

(à la Guadeloupe)

: Fleur

à trois couleurs,

est très fréquemment cultivé pour la garniture des treillis, des grillages et des
1. Écorce à tanin et à matière colorante, employée en médecine et dans la teinture.
Sous l’influence de la piqûre de certains insectes, le
buceras fournit des galles riches
en tanin.

B.

cannelle en Grèce, croyaient qu’elle venait de la Chine.)
C.

zeylanicum B L ; Cinnamome de Ceylan. Vulgo : Cannellier. Desc.,

vol. V I I I , l. 565, p. 202. — Petit arbre asiatique,élégant, naturalisé et cultivé
dans le pays à cause de son écorce. — Fl. en février, mars. — Fournit un excell. Cette écorce, comme les feuilles, est âcre et détermine, par la mastication, d’abord
une vive brûlure dans la bouche (d'où le nom de
), puis de la vésication.

piment

�298

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DK LA

MARTINIQUE

299

AURINÉES

lent bois pour l'ébënisterie. — Capesterre (habitation Longm ont), CampJacob, Gourbeyre, Lamenlin, etc. X° 3194.

laiteux, qui rougit peu à peu à l'air et tache le linge d une manière presque

Vulgo : Cannellier. — Camp Balata, S ain t-Pierre , Fort-de-

boutons de feuilles et de fleurs, comme apéritive et béchique. Les agoutis
sont extrêmement friands des graines. Le bois est sans valeur pour la con­

M a r tin iq u e .

France, Marin, etc.

X" 1917.

ineffaçable. Dans le pays, on se sert de l’ eau, clans laquelle on a infusé les

struction. — FL en avril, mai; fruits mûrs en août, septembre, octobre et
Phœbe Xces (parce que le genre « Phœbe » était fondu autrefois dans le
genre « Laurus » proprement dit, qui était dédié à Phœbus ou A pollon .)

novembre. [N ° 3195.
M artinique . Vulgo : Avocatier. [N ° 1948.1

P. elongata Nees; Phœbé à grappes allongées. Vulgo : Bois-doux, bois-

P. Urbaniana M ez; Persée d ’Urban. Vulgo : Laurier-avocat. — Arbre de

Chypre.— Grand arbre, droit, à branches étalées cl allongées, à écorce noi­

taille moyenne, à écorce noirâtre. Feuilles elliptiques, larges, à côte et nervures

râtre. Feuilles coriaces, ovales-elliptiques. Inflorescence en panicules allon­
gées, axillaires, confinées aux extrémités des branches. Fleurs blanches, odo­

imprimées en dessus, très saillantes en dessous. Inflorescence en grappes

rantes; calice large, à 6 lobes persistants. Fruit ovale-elliptique, long de 1013 cm., supporté par une cupule obconique-allongée, muni des lobes persis­
tants du calice. — Le bois est recherché pour la construction. — Forêts des
hauteurs de Deshaies, de Sofava. et des environs de la Ravine-Chaude. —
Fl. en mai et juin: fruits mûrs en août et septembre. [N ° 3196.]
M a r t in i q u e . Vulgo

: Laurier-cannelle, cannelier sauvage. — Bois d e l’AjoupaBouillon, des hauteurs du Prêcheur (bois de Galbiac et du morne SaintMartin), Champflore, etc. [X ° 216.J
Persea L. (nom donné par Théophraste à un arbre d’ Égypte.)

axillaires, courtes, situées à l’extrémité des branches. Fleurs et fruits incon­
nus. — Hauteurs de I habilalion Pécoul, morne Saint-Martin et bois de Gal­
biac. [N ° 218.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Hufelandia Nees (dédié à Hufeland?.)
H. pendilla Nees; Ilufelandie à grappes

pendantes. — Petit arbre ou

arbre de taille moyenne, à branches pendantes. Feuilles elliptiques ou elliptiques-oblongues, terminées au sommet par une pointe obtuse. Inflorescence
en panicules pendantes; fleurs inconnues.

P’ ruit long de 3-4 cm ., ovale-

cylindrique, inséré sur un petit disque. — Assez rare : çà et là dans les bois
du morne Saint-Martin, des hauteurs du Pécoul et du Prêcheur (bois de Gal­

P. gralissima L. ; Persée très agréable au goût. Vulgo : Avocatier, avocat
(du mot des Indiens du Brésil « Aguacate », que les Brésiliens modernes ont
changé en « avocate », et les Espagnols en « avocalo », et les Français en
« avocat ».) Tuss., F/., III, t. 3; Desc., vol. V II I, t. 577, p. 280; SL, t. 222,
f. 3. — Petit arbre, originaire de l ’Am érique tropicale et subtropicale, et de

biac). [N ° 222.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Acrodiclidium

Xces (du grec « akros », pointe, et « diklis », porte à double

battant, en raison du mode de déhiscence des anthères.)

A. salicifolium

Gr. ? Acrodiclidium à feuilles de saule. Vulgo : Bois-fourmi,

l'Asie, naturalisé et cultivé dans toutes les Antilles à cause de l’excellence de

bois-chique. — Petit arbre, n’excédant guère 7 mèt. de haut, droit, à écorce

son fruit. C'est une drupe brune en dehors, pyriform e-obovale, pouvant

lisse, à jeunes branches couvertes d'un duvet très léger et gris. Feuilles très

atteindre jusqu’à 16 cm. de long, sur 9-12 cm. de diamèt., polie et luisante,

coriaces, lancéolées, acuminées, à nervures formant des arcs près du bord.

abritant, sous un épicarpe mince qui se détache facilement à la maturité, un

Inflorescence en grappes courtes, paucitlores, axillaires. Fleurs verdâtres.

mésocarpe àchairbutyracée, verdâtre, d’ une saveur particulière mais agréable.
Il renferme une seule grosse graine, enveloppée par un endocarpe ou une

courte que ce fruit, munie d'une double marge, dont la première forme un

pellicule blanche, qui s’enlève facilement. La semence est globuleuse, dépri­
mée à la base, d’un diamèt. de 4-6 cm., très souvent un peu plus large que
longue: les deux cotylédons sont charnus et hémisphériques. — Le fruit se
sert à table en hors-d’œuvre. Les Européens le trouvent fade, les créoles en
sont friands. Il passe pour être aphrodisiaque. Descourlilz le classe dans les
emménagogues excitants. Selon Rieord-Madiana, les feuilles seraient emménagogues. antihystériques et antidysentériques L La graine contient un suc
1. Celle dernière propriété, seule bien reconnue aux feuilles ju squ ’ici, tient à la pré­
sence dans ces organes d'une quantité notable de tanin. (E. H .)

Fruit ovoïde-oblong, long de 11-13 mm., inséré dans une cupule moitié plus
petit rebord près du sommet, tandis que la seconde est située plus haut et
appliquée contre le fruit L — Arbre croissant exclusivement dans les terres
calcaires ou pierreuses, sèches et peu élevées : Port-Louis et Anse-Bertrand,
mornes calcaires des environs du Moule, de Sainte-Anne, etc. ; rare à la
Guadeloupe proprement dite (çà et là sur le bord de mer, entre Deshaies et
Sainte-Rose). [X°* 3197, 3382.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Martinique.

A.

sericeum G. ; Acrodiclidium à feuilles soyeuses en dessous. Vulgo : Bois

1. Le bois est amer et aromatique ; les fruits, desséchés, sont employés pour combattre
la dysenterie. (A étudier.)

�PLANTRS

30 0

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTIN IQUE

rieurs de la fontaine Didier et de la fontaine Absalon, de la Calebasse, du
à pian. — Petit arbre, très droit, haut de 6-12 mèt., à branches fastigiécs, a

Lorrain (côté de la Grand'Anse), etc.

écorce grise et lisse. Feuilles petites, elliptiques, brièvement acuminées au
sommet, pointues à la base, pâles et légèrement pubescentes en dessous;

N.

N° 221.]

coriacea Gr. ; Nectandre à feuilles

très coriaces. Yu lgo : Bois-négresse.

calice soyeux, à 6 dents. Fruit inconnu. — F ia it , en 1878, encore très abon­
dant dans les hauteurs entre la Rivière-Salée et la Régale : les déboisements

— Arbre haut de 9-17 mèt., à branches très étalées, à jeunes branches rou­

sont la cause de sa rareté. [N ° 1903.]— Je ne l’ai pas vu à la Guade­

oblongues, cartilagineuses, très luisantes en dessus. Inflorescence en pani-

loupe.

culcs

Nectandra Roltb. (du grec

geâtres, lisses et luisantes, à écorce lisse et noirâtre. Feuilles elliptiquesaxillaires, courtes, plus ou moins pendantes, plus courtes que les

feuilles ; fleurs blanches, très odorantes. FYuit obovoïde, inséré dans une
« nectar », nectar, et « aner », homme, parce que

sur les neuf étamines fertiles, les trois intérieures sont garnies sur le dos de

cupule tronquée. — FI. en juillet, août. — Le bois de celte espèce de laurier
est excellent pour la construction. — Bois des Bains-Jaunes, du Matouba, du

deux nectaires globuleux ; quelquefois les ( rois étamines stériles portent aussi

Gommier, du massif de Houëlmont, des Trois-R ivières. A lt. 300-700 mèt.

des nectaires.)

[N os 3199, 3200, 3528.]
M a r t i n i q u e . Yu lgo : Laurier-fine. — Bois du Lorrain, du Camp de l’Alma,

N.

Dominicana M ez; Nectandre de la Dominique. \ ulgo : Muscadier-bois-

doux-muscade. — Arbre droit, de taille moyenne, haut de 12-18 met., entière­
ment glabre, à tronc fort, nu, cylindrique, à écorce épaisse, verdâtre, lisse: les

de la fontaine Absalon, de la Grand’Anse, etc. [N 08 227, 232.]

N.

païens Gr. ; Nectandre à grappes ouvertes. Yulgo : Laurier doux. —

branches supérieures, fastigiées; les inférieures, allongées et toujours plus ou

Arbre de 15-20 mèt. de haut, à tronc cylindrique, à écorce noirâtre, à jeunes

moins tombantes. Feuilles larges, très vertes et luisantes en dessus, jaunâtres

branches gris brun. Feuilles ovées ou ovales, cunéiformes-arrondies à la

en dessous, elliptiques ou elliptiques-oblongues, brièvement et obtusément

base, à côtes et nervures très imprimées en dessus, saillantes en dessous et

pointues au sommet, à côte noirâtre, très large, aplatie en dessus, très sail­

portant de petites toufles de poils courts à l’angle d’insertion des nervures.

lantes en dessous. Inflorescence en grappes larges, dressées, axillaires, confi­

Inflorescence en panicules axillaires et à branches très ouvertes.

nées dans les aisselles des cinq ou six dernières feuilles de la branche. Fleurs

blanches, odorantes ; cupule large. Fruit oliviform e. — Fl. en mai, juin,

vertes; grappes mûres pendantes. Fruit long de près de 4 cm. sur 13-1 1 mm.

juillet. — Bois de Gourbeyre (mornes Goblin, Dos-d Ane et Boucanier), bois

de diamètre, légèrement obovale, noir et pulpeux à la maturité, glauque

des environs du Grand-Étang (Capesterre, Guadeloupe), etc. [N°* 2216 a,

avant d'être mûr, inséré dans une cupule large, verruqueuse â l ’extérieur,
munie des dents persistantes et émoussées du calice. C ’est le laurier indigène

3618.]
M artinique . Vulgo : Bois petit Jean, laurier Isabelle rouge. — Fontaine

dont les feuilles soient les plus larges. — Fl. en août et septembre. — I.c

Absalon, hauteurs de Sainte-Luce, de la Rivière-Salée et de la Régale.

tronc, qui peut atteindre jusqu’à 40 cm. de diamèt., fournil un excellent bois

[N ° 229.]

Fleurs

de construction. — Assez abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du
Matouba et du Gommier. A lt. 400-800 mèt. [N ° 2226.]

N. membranacea Gr. ; Nectandre à feuilles très membraneuses. Bois-

Yulgo : Laurier-gombo. — Bois de l’Ajoupa-Bouillon, du

doux. — Arbre de 12-22 mèt., ressemble au précédent quant au port, à la

M a r tin iq u e .

forme des feuilles et à la couleur des fleurs ; il en diflere par ses jeunes

Lorrain, des Fonds-Saint-Denis, etc. [N°*224, 228.]

N.
—

branches, pédoncules et pédicelles pubescents, par ses nervures autrement dis­

Antillana Meiss.; Nectandre des Antilles. V ulgo

Arbre

de

taille moyenne,

étalées, relativement courtes.
acuminées, à pointe

: Bois de laurier.

élancé, entièrement glabre, à
Feuilles très

branches

coriaces, elliptiques-ovales,

terminale obtuse, à 3-5 paires de

nervures irré­

gulièrement alternes. Inflorescence en grappes confinées aux extrémités des
branches ; fleurs blanches. Fruit sphérique, de la grosseur d'une petite cerise,
souvent monstrueux et sans noyau, piqué qu'il est par des insectes. — Abon­
dant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes, des Vieux-Habitants, du Gom­
mier, de Deshaies, etc. — Le bois est mou et est em ployé tout au plus pour
les constructions à l'intérieur. [N ° 2222.J
M a r tin iq u e .

Yulgo : Laurier à cerise. — Abondant dans les quartiers infé­

posées, par ses panicules deux ou trois fois plus allongées, par ses fleurs plus
petites. — Le bois est poreux et blanchâtre en dedans et ne sert que pour les
constructions à l’intérieur; sa racine contient une teinture violette. On
trouve souvent sur le même pied des fleurs et des fruits mûrs. — Bois infé­
rieurs de la Pointe-Noire, bois de la Ravine-Chaude, de Sotaya, etc. A lt. 50400 mèt. [N ° 3381.]
M artinique . Vulgo : Laurier-Chypre. — Basse région boisée de file : Prê­
cheur, Parnasse, R ivière-Pilote, environs de Fort-de-France, etc. [N ° 220.]
Ocotea Aubl. (nom indigène de l’arbre à la Guyane.)

�PLANTES DI

LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

0. cernua Mez, Oreodaphne rnarlinicensis Sieb.; Ocotée penché. Yulgo :
Bois-doux Isabelle. (Oreodaphne Nees.) — Arbre d’une élévation de 18-25mèl.,
à tronc nu sur une longue étendue, cylindrique dans le haut, anfractueux à
la base, à frondaison large, à écorce noirâtre. Feuilles cartilagineuses,
oblongues ou oblongues-lancéolées, ou elliptiques, à nervures principales
parallèles, au nombre de 4-5 et formant un arc sur les bords. Panicules plus
courtes ou pins longues que les feuilles, â pédoncules minces et noirs; fleurs
blanches, odorantes, habituellement dioïques. Fruit ovoïde-oliviforme, inséré
dans une cupule tronquée et large. — Fl. en mai, juin, juillet. — Abondant
dans les bois inférieurs du Gommier, des Bains-Jaunes, des Vieux-Habitants,
de l'ilet Lajaille, des environs du Saut-de-Gonstanlin, des hauteurs de
Baillif, etc.
M a r t in iq u e . \ ulgo : Laurier Isabelle. — Prêcheur (fontaine Chaude),
Grande-Rivière, hauteurs de Pécoul, Champflore. (N° 223.]

f
'1

U

•'

V

0. leucoxylon Mez; Ocotée à bois blanc. \ ulgo ; bois-doux jaune, bois-doux
pimenté, bois-doux-couronne. — Arbre de taille moyenne, haut de 15-18 met.,à
branches divariquées et souvent couvertes de lenlicelles blanches, et toujours
garnies d'un duvet poudreux et blanc. Feuilles cartilagineuses, oblongues ou
elliptiques, le plus souvent acuminées. Fleurs blanches, odorantes. Fruits sphé­
riques, noirs, de la grosseur d'une très petite cerise, insérés dans une cupule
tronquée, verruqueuse et souvent couverte de lenlicelles blanches. — Abon­
dant dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes, de la Pointe-Noire, de
Deshaies, de Sainte-Rose, etc. — Le bois est jaunâtre; il est employé pour
la charpente et pour les boiseries 1. fNos 3202, 3203, 3482. |
M artimque. Yulgo ; Laurier-line, laurier-madame. — Calebasse, Lorrain,
Champflore. Fonds-Saint-Denis, Gros-Morne, etc. N° 231.]
0. Martinicensis Mez ; Ocotée de la Martinique. Yulgo ; Laurier bord-demer.— Arbre haut de 16-22 mèt., àtronc nu sur une grande hauteur, à fron­
daison élancée. Feuilles obovales, larges, très oblusément pointues au som­
met, à 5-10 paires de nervures formant un arc sur les bords du limbe. Inflo­
rescence en panicules axillaires, habituellement aussi longues que les feuilles,
longuement pédonculées. Fleurs blanches, exhalant une forte et bonne odeur.
Fruit ovoïde-oliviforme, large, très pulpeux, inséré dans une cupule large et
verruqueuse-sillonnée, s amincissant peu à peu jusqu'au pédoncule. — Dans
les régions inférieure et infra-moyenne de 1île : Ajoupa-Bouillon, Carbet,
Parnasse, Saint-Esprit, Rivière-Salée, etc. [N u234.] — Je ne l'ai pas trouvé
à la Guadeloupe.
0. Eggersii Mez; Ocotée d’Eggers. Yulgo : Peste-à-pou. — Arbre haut
1.
Cette espèce, comme toutes celles du genre Ocotea propres aux Antilles, est aro­
matique: son fruit renferme, dans sa partie pulpeuse, une huile li.xe et une essence
employées dans le traitement du rhumatisme. E. II.)

LAURINEES

303

de 14-18 mèt., élancé ou à frondaison très large, arrondie, selon qu’il est
seul ou en société avec d’autres arbres, entièrement glabre, à écorce lisse et
noirâtre. Feuilles cartilagineuses, d’un vert sombre en dessus, glauques en
•dessous, elliptiques, obtusément pointues au sommet, à nervures reliées à un
arc, près des bords du limbe. Panicules courtes, axillaires, plus longues que
les feuilles; pédicelles quadrangulaires. Fruit sphérique, bleu foncé, delà
grosseur d’une cerise, inséré dans une cupule tronquée. — Le bois est excel­
lent pour la charpente. — Çà et là dans les bois secs du massif de Houëhnont,
des hauteurs pierreuses de Deshaies, route de Deshaies à Sainte-Rose, etc.
[N° 2220.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Laurier noir. — Bois de Saint-Joseph, plateau des
Trois-Ilcts (endroits secs et pierreux), Anses-d’Arlet, etc. [N° 124.J
0. falcata Mez; Ocotée à feuilles en forme de faux. Yulgo : Bois-doux
Desbonnes. — Grand, bel arbre, entièrement glabre, haut de 20-25 mèt., à
écorce épaisse et lisse. Feuilles plus ou moins pliées en deux et falciformes,
roulées sur les bords, ovales, cartilagineuses, très luisantes, d’ un vert sombre
en dessus, à nervures à peine perceptibles à l’état vert, rougeâtres en dessous.
Panicules axillaires, confinées aux extrémités des branches plus ou moins
pendantes; fleurs inconnues. Fruit long de 2-3 cm. sur 15 mm. de diamèt.,
inséré dans unecupule peu profonde, tronquée, noire, verruqueuse-sillonnée.
Le bois de cette espèce de laurier est très recherché : avec le tronc, on fait
de belles planches. — Dans les bois des Bains-Jaunes, bord de la rivière aux
Ecrevisses: [N° 3661. — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
0. floribunda M ez; Ocotée à fleurs abondantes. — Arbre élancé, très
glabre dans toutes ses parties. Feuilles lancéolées-elliptiques, d'un vert
pâle des deux côtés. Inflorescence en grappes spiciformes, interrompues,
axillaires. Fruit inconnu. — Dans les bois du plateau des Trois-Ilets (rare).
— Le spécimen de cette espèce me manque; j'en possède un du Musée bota­
nique de Berlin, sous le N° 6522. — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
0. Jaeguiniana Mez; Ocotée de Jacquin. \ ulgo : Laurier-gland. — Arbre
haut de 12-17 mèt., à rameaux légèrement pubescents, à ramuscules garnis
d’un duvet roux doré, soyeux, à calice soyeux, à fruit très gros, inséré dans
une cupule profonde, dont l’ouverture mesure jusqu’à 22 mm. de diamètre.—
J’ai trouvé cette belle espèce à l'ile de Sainte-Lucie, dans les bois de
Barabara, entre Castries et la Grand'Anse. N° 215.]
Endlicheria Nees (dédié au célèbre botaniste autrichien, Etienne Endlicher,
né en 1804, à Pressbourg, professeur de botanique à Yienne, mort en 1849;
a écrit, entre autres ouvrages : Prodomus floræ N orfolk , et surtout ; Généra

plantant m secundum ordines natarales disposila.)
E. sericea Nees, Aydendron sericeum Gr. ; Endlichérie soyeuse. N ulgo : Bois-

�304

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

doux blanc, cayali-cayari, bois-doux grand-feuille. — Arbre liaul de 10'20 mèt., à branches inférieures étalées, longues, penchées à l’extrémité, à
jeunes branches et panicules soyeuses. Feuilles cartilagineuses, larges, elliptiques-oblongues ou ovées-oblongues, terminées par une pointe obtuse, aiguës
à la base, garnies en dessous d’un duvet soyeux et argenté, qui est plus long
et plus fourni chez les jeunes, caractère qui distingue facilement celte espèce
de tous scs congénères. Panicules axillaires; calice à 6 dents caduques ; fleurs
blanches, dioïques. Fruit ovale, inséré dans une cupule tronquée, souvent
verruqueuse. — Assez abondant dans les bois des Bains-Jaunes, rivières
Xoire et Bouge, Trois-Rivières, etc. ' Xos 2217, 3624.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Laurier-caillé, bois-montagne. — Bois du Lorrain,
des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l’Alma, de la fontaine Absalon, etc.
[N° 220.]

Aniha Aubl. (nom indigène de l ’arbre à la Guyane.)
A. bracteala Mez, Aydendron hracteatum N’ees; Anibe à fleurs enfermées
dans des bractées avant l’éclosion. Vulgo : Bois jaune. — Arbre très droit,
haut de 7-12 mèt., rarement arbre de 15-18 mèt. d’élévation, à tronc nu,
raboteux, à écorce grise, à.jeunes branches et pétioles couverts de cicatrices
et de lenlicelles, à ramuscules et panicules garnis d’un duvet gris et pou­
dreux. Feuilles très coriaces, scabres, elliptiques ou elliptiques-allongées,
cunéiformes à la base, ramassées en rosettes ou en faux verticilles, situés à
l’extrémité des branches, caractère distinctif par lequel on reconnaît facile­
ment celte espèce. Panicules à fleurs blanches et petites. Fruit ovoïdeoliviforme, brun noir à la maturité, assis dans une cupule verruqueuse et
tronquée au sommet. — FL en mai, juin. — Le bois est jaune à l'intérieur,
très dur et recherché pour les constructions et la menuiserie. — Gourbeyre
(morne Goblin, abondant), rivière Bouge, bois inférieurs des Trois-Rivières,
etc. [N° 3433.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bois jaune. — Abondant à l’Ajoupa-Bouillon et dans
les hauteurs du Macouba. N° 233. |
A. Ramayeana Mez; Anibe de Ramage. Vulgo : Laurier-falaise. — Arbre
de taille moyenne, haut de 12-16 mèt., à branches étalées, à rameaux noirs.
Feuilles ovales ou ovées, très glabres et luisantes en dessus, à nervures
presque imperceptibles à l’état frais. Inflorescence en panicules; fleurs incon­
nues. Fruit long de 2 cm., ovoïde-oliviform e, inséré dans une cupule
tronquée. — Peu abondant : hauteurs de la Grande-Rivière et du Prêcheur.
NT° 217.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Misanteca Mez (de « Palo-misanteco », nom donné à la plante par les habi­
tants des forêts de Misanlla, du Mexique, dans le district de Vera-Cruz.)

M.

Iriandra Mez; Misantèque à trois étamines.

— Arbre de taille

LAURINIES

305

moyenne, souvent petit arbre. Feuilles elliptiques, obovées, acuminées au
sommet, coriaces, petites. Inflorescence en grappes composées de cymes.
Fleurs inconnues; calice à six petites dents. Fruit petit, oliviforme, inséré
dans une cupule tronquée. — Rare : trouvé dans les hauteurs des TroisIlels. [N° 85. j — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Hernandia Plum. ex. L. (dédié à Francisco Hernandez, qui, vers la fin du
xvi1' siècle, était médecin de Philippe II, roi d’Espagne, et fut envoyé comme
naturaliste dans les Indes Occidentales; il a écrit : Ilistoria naturalis
mexicana.)
H. sonora L . ; Ilernandiesonore. Vulgo : Mirobolan bâtard. Desc., vol. Il,
l. 143, p. 309. — Arbre de 20-28 mèt. de haut, à branches étalées et souvent
horizontales : les inférieures très penchées. Feuilles larges, pellinerviées,
ovées, arrondies à la base, pointues au sommet. Inflorescence en panicules
corymbiformes, allongées, plus longues que les feuilles, à branches terminées
par des ombelles triflores : fleur du milieu de l’ombelle, sessile et femelle;
les deux latérales, mâles et longuement pédonculées, base de chaque branche
entourée de quatre bractées foliacées et pubescentes. Fruit ovale, marqué
de huit côtes longitudinales, entièrement renfermé dans un calice vésiculaire
et ouvert au sommet. Quand le vent agite l’arbre et s’engouffre dans le calice,
il se produit un sifflement qu’on entend au loin, de là le nom spécifique de la
plante. — FL en janvier et décembre; fruits mûrs en octobre et décembre, et
il arrive souvent aux pieds qui poussent dans la basse région de porter des
fleurs et des fruits mûrs en même temps1. — Bois du Gommier et des BainsJaunes, embouchure de la rivière de BailIif. etc. |N° 2219.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mirobolan. — Çà et là dans les mornes inférieurs
entre Saint-Pierre et les Fonds-Saint-Denis, hauteurs de l’habitation Pécoul,
Jardin botanique de Saint-Pierre, etc. [N° 235.]
Cassytha L. (du grec « kassutha » ou « kaduta », synonyme de « cuscuta ».
parce que ces plantes ont quelque ressemblance extérieure avec la cuscute.î
C.
americana N'ees,C. /iliformis L. ; Cassyte d’Amérique. Vulgo : Gorde à
violon, liane-ficelle.— Liane parasite sans feuilles, vivace, à lige de l’épaisseur
d'une ficelle, d'une longueur indéfinie, à branches filiformes, à tige et branches
extrêmement enchevêtrées, pubescentes, se nourrissant et s’accrochant par
des suçoirs. Inflorescences en épis très courts, axillaires, pédonculés; fleurs
blanches, distantes. Fruit sessile ou subsessile, globuleux, de la grosseur
d’une graine de poivre, renfermé dans le calice qui laisse au sommet une
I. Sous le nom de myrobolan, le fruit de ce végétal est employé aux Antilles comme à
la Guyane pour son amande, qui entre dans la composition d une émulsion purgative.
L ’écorce, les graines el les jeunes feuilles sont du reste légèrement purgatives à étudier
le principe cathartique . Frais, le suc des feuilles est, dit-on, un puissant épilaloire : avec
la partie charnue du fruit, on prépare une liqueur de table assez agréable. F. II.
Dus*. — Piaules Guadeloupe et Martinique.

20

�306

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

petite ouverture entourée de six lobes persistants. — Fl. en avril, mai, juin. —
Vil sur les arbres et les buissons, clans les endroits secs et rocailleux : envi­
rons du Moule (savane de 1habitation Mercier), Sainte-Anne, Saint-François.
[N® 3201. '
M a rt in iq ue . Vulgo : Liane-sans-fin. — Uniquement dans le sud de I ile :
Marin. Yauclin. Sainte-Anne, etc. 'N 0 1770.|
Le Tetranthera laurifolia .lacq., Litsea sebifera Fers., petit arbre à (leurs
dioïques.esl cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre2. [N° 343.J

QUATRE-VINGT-DEUXIÈME FAMILLE.

— CUCUIiB1TACEES.

CUC UR1)1TAC ÉES

307

Cayaponia Silva Manso (nom indigène de la plante à la Guyane.)
C. amcricana Cogn.; Cayaponie d'Amérique. Vulgo : Concombre-marron.
— Voluble, annuel, à tige très grêles, à 4-5 angles obtus, à vrilles simples,
opposées aux feuilles. Feuilles larges, à 5 lobes : les 3 supérieurs, deltoïdes;
les 2 basilaires, arrondis. Fleurs blanches, en grappes simples et nombreuses.
Fruit mûr jaune, sphérique, du volume d’une cerise, contenant plusieurs
semences noires. — Çà et là dans les halliers des lisières des bois des basse
et moyenne régions. Alt. 10-900mèl. — Camp-Jacob, Gourbeyre, Capesterre
(Guadeloupe), Sainte-Marie. [N° 2293.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Concombre bâtard, concombre-hallier. — Plus abon­
dant qu’à la Guadeloupe : environs de Saint-Pierre (Trois-Ponts, Boulevard),
Carbet, Trois-Uets, etc. !N° 766.

Sicydium Schlechtd. (du grec « sikudion », diminutif de « sikuos », courge).
Sechium P. Br. (nom modifié de « Sicyos », genre auquel la plante appar­
tenait autrefois.)

S. edule Sw. ; Sechium comestible. Vulgo : Christophine. L)ese., vol. \,
t. 328, p. 94. — Voluble, à racines larges, charnues, à liges à cinq angles3,
grimpant par le moyen de vrilles filiformes, 3-5 fideset opposées aux feuilles.
Feuilles larges, rudes, à 5 lobes deltoïdes peu profonds, cordées à la base
avec un sinus profond. Inllorescenee en grappes sim pies, longuement pédonculées. Fleurs blanches, petites, monoïques; corolle rotacée, à tube garni de
10 glandes nectarifères. Fruit large, obovale, operculé au sommet, long de
11-15 cm. sur 4-6 cm. de diamèt., pourvu de côtes longitudinales et garni
de piquants ; sa forme rappelle un peu celle d'un fruit de cacao (cabosse). —
Dès que ce fruit est mûr, la graine, unique, située à la base, se met à germer
sur pied. — Cultivé dans tout le pays à cause de ses fruits, qui constituent
un aliment sain : on les mange cuits; ils sont rafraîchissants et émulsifs. —
Fl. pendant l’hivernage. 1Nu 2295.
M a rt in iq ue . Vulgo : Christophine. N° 1793.
1. Cette plante parasite est employée en Cochinehine comme dépurative et antisyphi­
litique.
2. Cette laurinée, d'origine asiatique Inde, Cochinehine, Iles de la Sonde), est intro­
duite actuellement dans toutes nos colonies tropicales, où ses feuilles constituent à
la Réunion surtout) un précieux aliment pour les bêtes à cornes laitières. Les feuilles et
les rameaux renferment un mucilage qui les fait em ployer comme émollients dans la
diarrhée et la dysenterie. Le fruit, très petit malheureusement, contient une graisse
solide, appréciable, et qui pourrait prendre, avec le produit du T. monopelala Roxb. de
l’Inde, une place dans l'industrie des corps gras en France. (E. II.)
3. Avec celte plante, on prépare à la Réunion, après fente longitudinale, grattage et
dessication de la tige, des rubans de paille qui servent à la fabrication de chapeaux
et de forts jolis objets de luxe : cette industrie est développée dans cette colonie à un
point qu’ il serait désirable de voir atteindre dans nos autres possessions tropicales, où
cette Cucurbitacée se développe et croit sans soins spéciaux. (E. IL )

S. tamnifolium Cogn., variété JJussii Cogn. ; Sicydium à feuilles de Tamnus.
Vulgo : Petit concombre-hallier. — Annuel, grimpant, haut de 4-6 mèt., à
tige très grêle, sillonnée-anguleuse, à vrilles simples. Feuilles cordiformes,
palminerviées. Fleurs dioïques, extrêmement petites, blanches, en panicules
allongées et très branebues, à pédicelles filiformes. — Fl. en mai, juin. —
Très rare ; trouvé dans trois endroits au Camp-Jacob (route de la cascade
de Vauchelet). [N° 2294.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-hallier. — Assez rare : Prêcheur (çà et là sur
le bord de la rivière Claire). [N° 93. j

Momordica L. (du latin « mordeo », « momordi », mordre, parce que, dans
les espèces-types, les graines sont irrégulièrement aplaties comme si on les
avait mâchées à moitié, et parce qu’en outre elles contiennent un suc âcre,
mordicant.)
M. Charanlia L. Vulgo ; Pomme-coolis,concombre-coolis, pomme-z’Indiens.
Desc., vol. V III, t. 594, p. 355. — Annuel, grimpant par le moyen de simples
ou doubles vrilles, à tiges nombreuses, très flexibles et très enchevêtrées, à
liges, branches et feuilles scabres-hispides : les jeunes branches souvent très
hispides. Feuilles à 5-7 lobes sinués-serrelés. Fleurs monoïques, jaunes, déli­
cates, larges. Fruit muriqué, d’un beau jaune orange, ellipsoïde, s'ouvrant
en trois valves de haut en bas, rempli d'une pulpe brun jaune; graines apla­
ties nichées dans la pulpe. — Les fruits se mangent confits dans le vinaigre;
dans le pays, on emploie souvent les feuilles et les fruits, écrasés, en tisane
contre les fièvres et les dérangements de ventre1. Extrêmement commun
1. Cette espèce, peu utilisée aux Antilles, l’est davantage à la Guyane. Ses fruits
mûrs, dépouillés de leurs semences et macérés dans l'huile d’amandes douces, y forment
un vulnéraire populaire. Les feuilles, contusées et mêlées à un corps gras, donnent un
onguent contre la gale et les maladies de la peau. (E. H .)

�308

PLANTES Dli LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

dans les halliers de la région littorale de toute la Guadeloupe et de la
Grande-Terre. [N° 2292.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Mexicaine, pomme de merveille. — Abondant.
[N° 1795.]

Luffa L. (du mol arabe « Lulî ».)
L.
acutangula Roxb.; Lufla à angles aigus. Vulgo : Torchon-Liane, à liges
anguleuses, grimpant au moyen de vrilles trifides. Feuilles scabres à 5
lobes, cordées à la base, à limbe prolongé dans le sinus. Fleurs 1res grandes,
jaunes, délicates, monoïques : les mâles, en grappes; les femelles, solitaires.
Fruit long de 25-30 cm. sur un diamètre de 7-8 cm., cylindrique-oblong,
s'ouvrant au sommet par un opercule ; ovaire à 3 loges ; semences nombreuses,
aplaties, noirâtres. — Les fruits, encore tendres, peuvent se manger; avec le
fruit mûr, réduit aux fibres, après ablation de l'enveloppe, de la pulpe et des
graines, on fabrique des paniers, des bourses, des franges, des bonnets de nuil
et même des éponges. Les graines mûres et crues provoquent des vomisse­
ments et des évacuations alvines; pour être purgé, il sufiïl d’en avaler une
quinzaine, après les avoir épluchées1. — Assez abondant dans la basse région
de toute lile. — Fl. en août, septembre, octobre et novembre. [N° 1796.] —
Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
L.

cylindrica Roem. L. ægyptiaca Mill.;LulTaà fruits cylindriques. \ ulgo :

Torchon. — Ne dilFère du précédent que par ses Heurs plus larges, ses
fruits cylindriques et plus longs, pouvant atteindre jusqu'à 37 cm. - — Dans les
halliers, autour des maisons : Morne-à-l’ Eau, Moule, les Abymes, environs de
la Basse-Terre, etc. [N ° 2965.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.

Lagenaria Ser. (du latin « lagena », bouteille, allusion à la forme du fruit. )
L.
vulgaris Ser. ; Gourde commune. Vulgo : Calebasse musquée; cale­
basse douce.— Volubleou rampant, à tige cylindrique, molle; à lige, feuilles,
pédoncules, calice et jeune fruit garnis d’un duvet gris et soyeux. Feuilles
cordées, arrondies, subentières ou dentelées, larges. Fleurs blanchâtres,
très longuement pédonculées, solitaires, monoïques. Fruit oblong, courbe,
arrondi au sommet, long de 30-40 cm. — Sauvage et cultivé à cause de ses
fruits, qui constituent un excellent légume. [N° 2287.]
M artini que . Vulgo : Calebasse douce, avec la variété calebasse-herbe,
dont on emploie les racines et les feuilles contre la morsure du serpent.
[N ° 789.]
1. Cette espece, originaire de l’ Inde, est utilisée dans sa patrie : les racines comme dras­
tiques et émétiques, les tiges comme amères et diurétiques.
2. Cette plante, en Arabie et en Égypte, est utilisée dans sa racine comme purgative
et hydragogue; le fruit, très mucilagincux, pourrait être em ployé comme émollient : son
squelette fibreux sert aux mêmes usages que celui du fruit de l’espèce précédente. (E. H .)

M elothria L. (du grec « melothron », qui répond à Bryonia creliea L., Vitis
alba, de Pline, XXII1, 16, à cause de la ressemblance de la plante avec la
Bryone d’Europe.)

M.
guadalupensis Cogn., M. pervaga Griseb. ; Melothria de la Guadeloupe.
Vulgo : Petit concombre-hallier. — Liane très délicate et faible, courant au
loin dans les haies et les broussailles , à tiges filiformes, sillonnées-quadrangulaires, pourvues de vrilles bi ou trifides. Feuilles en cœur, à sinus pro­
fond et ouvert : les adultes garnies d'une masse de points blancs et ruguleux
(poils cystolithiques), à 3-5 lobes, grossièrement dentés ; celui du milieu
beaucoup plus grand que les 2 ou les 4 latéraux. Fleurs petites, jaunes, soli­
taires, pendantes, pédoncules longs, filiformes. Fruit sphérique ou ovoïde. —
Çà et là dans les haies et les broussailles de la basse région ; Gapesterre (Gua­
deloupe), Gourbeyre, Pointe-Noire, etc. Alt. 10-400 met. N° 2377.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Concombre-diable. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : environs de Saint-Pierre, Carbet, Parnasse, hauteurs de la RivièreSalée. [N° 2070.j
Ceratosanthes Burm. (du grec « keras », corne, et « anthos », fleur, parce
que les parties intérieures du calice sont couronnées par une petite corne.)
C.

corniculata Cogn., C. luberosa Spreng.; Ceratosanthe corniculé. Vulgo ;

Pomme-hallier bâtard. — Petite liane, très délicate, glabre, à tiges filiformes.
Feuilles à trois segments très profonds, formant presque une feuille trifoliée,
les deux latéraux portant chacun un lobe court près de la base. Fleurs et
fruits inconnus. — Très rare : trouvé une fois dans un sol pierreux et sec de
Case-Pilote. : N° 7 48.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Anguria L. (du grec « aggourion », melon d'eau, « aggos » , vase creux,
allusion à la forme du fruit.)
A.
Plumieriana Schlecht. ; Angurie de Plumier. Vulgo : Concombre
bâtard. — Liane annuelle, haute de2-4m èt., à tige sillonnée-comprimée.
Feuilles à trois lobes, faiblement dentés, à dents très distancées : lobe
du milieu beaucoup plus grand ; vrilles simples, opposées aux feuilles.
Fleurs jaunâtres, axillaires, réunies par 2-3, situées à l'aisselle des feuilles.
Fruit ovoïde, long de 4 cm., sur 16 mm. de diamèt. — De cette espèce, je
n'ai que des Heurs femelles. — Rare. Çà et là dans les broussailles de la
région inférieure : Trois-llets (dans les halliers du bord de mer), SaintPierre, Trois-Ponts, Trou-Vaillant. [N° 750.] — Je ne l'ai pas trouvé à la
Guadeloupe.
Gucumis L. (de « cucuma », vase creusé; racine du celtique « cucc », creux,
ventru, allusion à la forme du fruit.)
C. Anguria L. ; Cucumis-concombre. Vulgo : Petit cornichon, petit con-

�310

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

combre. — Rampant et grimpant, annuel, à tige molle, sillonnéé, hispide.
Feuilles garnies de poils rudes, couchés, surtout ù la face inférieure, à trois
lobes arrondis, qui sont eux-mêmes trilobés, à sinus arrondis et dentelés.
Fleurs blanc jaunâtre, monoïques. Fruit ovoïde, de la grosseur d'un œuf,
hérissé de pointes arrondies. — Il constitue un bon légume. — Probablement
introduit ; cultivé â la Guadeloupe et à la Grande-Terre : on le rencontre
souvent aussi à l étal sauvage dans les savanes et les broussailles de la région
inférieure. [N° 2962.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Concombre-cornichon. [N° 1791.]
1° C. sativus L. Yulgo : Gros concombre. [N° 3580.] M a r t i n i q u e . [X° 749.]
2° Cucurbita Pepo L . Vulgo : Giromont. [N ° 3551.] M a r t i n i q u e . [N ° 1770.]
3° Cucurbita maxirna Duch. Vulgo : Potiron; sont toutes trois un objet de
culture dans les deux îles, où elles ont été introduites depuis très longtemps.
4° Citrullus vulgaris Schrad. Yulgo : Citrouille. |N° 751]; se rencontre
plus rarement.
5° Trichosanthes colubrina -lacq., Tr. Anguina L., d’Asie tropicale, sè
voit çà et là dans les jardins des cultivateurs indiens1. [N° 3778.]

QUATRE-VINGT-TROISIÈME FAMILLE.

PAPAYAC É ES.

Carica L. (du nom « Caria », Carie, ancienne province de l’Asie Mineure,
particulièrement riche en ligues.)
C. Papaga L. (de « papara-maram », nom de la plante à Malabar.) Yulgo :
Papayer. Desc., vol. I, t. 47, 48; Tuss.,’ Fl., III, t. 10, 11. — Arbre
haut de 9-16 met., rarement plus élevé, à tronc nu, souvent sans branches,
marqué de cicatrices annulaires laissées par les feuilles. Feuilles ramassées
aux extrémités de la tige ou des branches, très larges, glabres, à 7 lobes
profonds, pinnatilides et pointus ; pétioles subcylindriques, creux, très longs.
Fleurs dioïques, blanc jaunâtre : les mâles, en panicules axillaires, inter­
rompues, portées sur des pédoncules très longs, de même couleur que
les fleurs; les femelles, plus larges, également axillaires, en corymbes courts.
Fruit large, meloniforme, comestible ; semences sphériques, très nombreuses,
complètement entourées d'un arille transparent. — Fl. presque toute l’année.
— Le lait qui découle du fruit, par incision, a la propriété de ramollir les
viandes. La papaïne (principe actif) qu’on en extrait a le pouvoir de dis1. Cotte plante est réputée laxative et fébrifuge, comme ses congénères
L .,lrès appréciée des Indous, et Tr. pa.lm.ata Roxb.

Tr. cucumerina

PAPAYACÉES

PASSIFLOUEES

311

soudre les matières albuminoïdes et entre dans les préparations pharmaceu­
tiques digestives ou antidyspepsiques. Selon Descourtilz, h* sue delà racine
serait vermifuge. Dans le pays, on se sert des racines macérées dans le tafia
contre les douleurs rhumatismales. — Abondant dans toutes les Antilles.
[N° 2980.]
M

artinique.

N °20t.|

QUATRE-VINGT-QUATRIÈME FAMILLE.

— PASSI FLOR EES.

Passiflora L. (du latin « pnssio », passion, etx&lt; tlos », Heur, parce qu'on a
vu dans les différentes parties de la Heur quelques rapports avec les instru­
ments de la Passion de N.-S. Jésus-Christ.)
P. minima L .; Passiflore très petite. Yulgo ; Pomme-liane bâtard. —
Petite liane, à vrilles simples comme dans toutes les Passiflores, à feuilles
arrondies à la hase, trilobées, à lobes profonds : celui du milieu plus grand;
pétiole garni de deux glandes subsessiles, au-dessus du milieu. Fleurs 1-2,
petites, pédonculées. — Fl. en septembre et octobre. — Rare : dans le bois
du plateau des Trois-Ilets. [N° 886.] (Spécimen imparfait. — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe. — Celte espèce pourrait se fondre peut-être dans la
suivante.
P. suberosa L. ; Passiflore subéreuse. Yulgo : Pomme-liane à rat. Cav.,
l)iss., 10, l. 265. — Haute de 3-5 mèt., à racines et tiges subéreuses. Feuilles
extrêmement variables, arrondies à la base, peltinerviées ou palminerviées
dans le même pied, à lobes lancéolés ou deltoïdes, plus ou moins longs;
pétiole ù deux glandes subsessiles, au-dessus du milieu, alternes ou opposées.
Fleurs blanchâtres ou blanc verdâtre, à couronne courte. Fruit ovoïde, de la
grosseur d'un œuf de pigeon. — Abondant dans les halliers des basse et
infra-moyenne régions de l’île; plus abondant à la Grande-Terre. .Y-* 2626,
3538, 3539, 3616, 3540, 3562, 3563.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pomme-liane bâtard. — Abondant. [N° 876.
P. hederacea Cav.; Passiflore à feuilles de lierre. \ ulgo ; Pomme-lianehallier. PL, édit. Burm., I. 84. — l ige glabre. Feuilles à 3 lobes courts, del­
toïdes, pétiole à deux glandes subsessiles, placées au-dessus du milieu. Baies
légèrement pubescentes, bleu foncé à la maturité. — Çà et là dans les brous­
sailles des basse et infra-moyenne régions : Moule, Morne-à-1 Eau, Capesterre (Guadeloupe), Gourbeyre, etc. N" 3616 b. — Pourrait se fondre peutêtre dans la précédente espèce.
M a r t i n i q u e . Y u lgo: Pomme-liane-z'oiseau.— Vallée du Carbet, hauteurs
des Trois-Ilets, Anses-d’Arlet. Alt. 0-400 mèt. N°874.

�312

313

PLANTKS DK LA GUADELOUPE RT DE LA MARTINIQUE

PASSIILOREES

P. peltala Cav. ; Passiflore à cinq feuilles pellées. Vulgo : Liane à couleuvres,
Caw, Diss., 10, l. ‘274. Feuilles peltinerviécs près de la base, à 3 lobes larges,
divergents, ovales lancéolés. Haies globuleuses, pendantes, bleu foncé. —
Dans les haies et les hallicrs de la région inférieure : Carbet, Caravelle,
Robert. La Régale, etc. [N° 873. j — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
— Pourrait peut-être se fondre dans P. suberosa L.

P. malifonni.s I,.; Passiflore à fruits ronds comme une pomme. Yulgo :
Liane à agouti. — Tige et branches cylindriques. Feuilles ovées-oblongues,
pointues au sommet, d’un vert sombre; pétiole à deux glandes, au-dessus
de la base. Fleurs larges. Fruits sphériques, d ’un diamètre de 3,5 cm., à
péricarpe dur. — L ’intérieur se mange, mais il n’a pas le parfum de la
pomme-liane ordinaire. — Rare : cultivé çâ et là dans les jardins; très rare
à l’état sauvage : Basse-Terre (jardins de la ville), Gourbeyre, Capesterre, etc. [X° 2229.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Pomme-liane de la Guadeloupe.— Dans les jardins :
Saint-Pierre, Fort-de-France, Lamentin. [X° 879.

P. ruhra L., P. capsularis Lk. ; Passiflore A feuilles et tige rouges. Yulgo :
Pomme à rats, Mariegougeat, pomme-liane bâtard. Plum., Descripl., t. 83;
Cav., Diss., 10, t. 268. — Tiges et feuilles garnies d’un duvet tin, soyeux,
rougeâtre. Feuilles arrondies, à 2 lobes divergents, pointus, mucronés, tron­
quées entre les 2 lobes et mucronulées; pétiole sans glandes. Fruit déhis­
cent. marqué de six stries rouges ou noirâtres, longitudinales. Celte espèce
se distingue facilement de ses congénères. — Fl. en mai, juin, juillet, août.
— Abondant dans les moyenne et infra-moyenne régions ; lisières et clai­
rières des Bains-Jaunes, de Gourbeyre, du Gommier, des Vieux-Habitants,
etc. Alt. 300-700 mèt. X° 2231.
M ar ti n iq u e . Vulgo : Pomme-liane rouge hallier, Mariegougeat. — Hau­
teurs de Fort-de-France, des Trois-Ilets, de Case-Pilote, etc. j X° 872. :
P. rolundifolia L. ; Passiflore à feuilles rondes. Yulgo : Lianc-à-l’encré.
Cav., Diss., 10, l. 290; Plum., éd. Burm., t. 38, f. 1. — Tige pubescente,
striée. Feuilles rondàtres, à 3 lobes très courts, légèrement arrondis-lronqués,
mucronés. Facile à distinguer des autres à cause des deux rangées de points
transparents ou des petits yeux (ocelles) qui se trouvent entre les nervures.
Baie obovoïde, oliviforme. — Sur les lisières des bois de la Capesterre (Gua­
deloupe), des Trois-Rivières, de Gourbeyre, etc. |X° 2228. j
M a rt in iq ue . Yulgo : Patte-de-canard. — Fonds-Saint-Denis, hauteurs de
Case-Pilote et de l'habitation Pécoul, etc. j X° 271.]
P. laurifolia L. ; Passiflore à feuilles de laurier. Yulgo : Pomme-liane,
Desc., vol. 1, t. 56, p. 242; Plum., Descript., t. 80. — Entièrement glabre,
à tige cylindrique. Feuilles ovales, entières; pétiole à deux glandes près du
sommet; feuilles involucrales. larges, au nombre de 3, dentées; couronne flo­
rale à 3 séries de filaments. Fleurs larges, à odeur aromatique, très belles. Fruit
ovoïde, à 3 côtes, alternant avec 3 stries. — Sauvage et cultivé à cause de ses
fruits et pour garnir les tonnelles et les grillages. — Le fruit, un peu plus gros
qu'un œuf de poule, cache, sous un péricarpe mou et spongieux, une pulpe
très légèrement acide, très agréable au goût, rafraîchissante, apéritive,
stomachique cl vermifuge. Avec les tiges dépouillées de l’écorce, on peut
fabriquer des paniers et autres ouvrages. — On en rencontre une variété à
fruits plus petits, à pulpe plus exquise ; elle est connue sous le nom de Marietambour. — Abondant dans toutes les Antilles. |X° 3249. \
M a r t in iq u e . Yulgo : Pomme-liane. |X° 883.]

P. (jaadrancfiilaris L. ; Passiflore à tige à quatre angles. Yulgo : Barbadine,
Cav., Diss., 10, l. 283. — l ige forte, à quatre ailes courtes. Feuilles larges,
ovées, subcordées à la base, mucronées au sommet, entières, nervures reliées
par des arcs, près du bord. Fleurs larges, très belles, à filaments de la
couronne placés sur cinq rangs. Fruit meloniforme, long de 20-25 cm. sur
15-18 cm. de diamètre; péricarpe succulent, charnu, d’un diamètre de
3-4 cm. — Le fruit se mange cônfil; il est stomachique et vermifuge; les
graines, entourées d'un arille pulpeux, se servent à table dans du vin blanc
sucré et constituent un dessert recherché; la racine passe pour très toxique :
mais le fait est contesté. — Cultivé dans toutes les Antilles. — FL de juillet
en novembre. (X° 3779.J
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Barbadine. X° 884.]
P. serrata L; Passiflore à feuilles dentées en scie. Yulgo ; Pomme à agouti.
Plum., Descript., t. 179; Desc., vol. Y, t. 349, p. 119.— Forte liane, à lige cylindrique-striée. Feuilles larges, à 5-7 lobes profonds ctserretés; pétiole portant
deux glandes presque en son milieu, et deux autres près du sommet. Feuilles
involucrales trifides. Fleurs presque aussi grandes que celles de l'espèce précé­
dente, mais à couleurs plus pâles. Fruit de la grosseur d une pomme rainette,
sphérique, à péricarpe dur. — Les graines, pulpeuses, se mangent. — Fl. en
août, septembre, octobre. — Assez abondant dans les halliers et les caféières
de l'habitation Bisdary (Gourbeyre) ; çà cl là à Deshaies et à la Pointe-Xoire.
[X® 2232.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pomme-liane-manicou. — Très rare. Je n’en ai
trouvé que trois pieds sur les lisières des bois de l'habitation Saint-Martin
(Prêcheur). [X° 882.]
P. fœticla L. ; Passiflore fétide. Yulgo ; Mariegougeat. — Tige velue,
annuelle, glandulifère. Feuilles anguleuses ou à 3 lobes, cordées à la base,
visqueuses, garnies de poils glanduleux, ciliées sur les bords. Feuilles invo­
lucrales 3, mullipartiles, formant comme une garniture qui entoure le fruit,
caractère qui le distingue facilement des autres congénères. Fruit ovoïde,
comestible. — Fl. d'octobre à avril. — Assez abondant dans les halliers, les

�314

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

haies et les broussailles de la région inférieure : environs de la Basse-Terre,
Baillif, Pointe-Noire, Gozier, Moule, les Abymes, etc. [N° 2230].
M a r t in iq u e . \ ulgo; Pomme-liane collant. — Abondant. [N os 885 /&gt;, 1936a.]

P Murucuja L. (nom de la plante chez les Indiens du Brésil.) — Vulgo :
Pomme-liane-hallier. Cav., Diss., 10, t. 287;Tuss., /&lt;’/., 11,1.62; Desc.,vol. 1,
t. 62, p. 265. — Tige délicate, glabre. Feuilles bilobées, transversalement
obliques, trimucronées, ocellées avec deux rangées de glandes en dessous.—
Assez rare : Champflore, Parnasse, Trois-Ilels (plateau), etc. [N° 880. |— ,le
ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
N o t a . — Toutes les passiflores des Antilles sont volubles et grimpent au
moyen de vrilles simples; les graines sont scrobiculées et entourées d'un
arilie pulpeux.

HOMALINRES —

a r i s t o l o c h i é f .s

q ua t re - v in g t - septième fa m il le .

QUATRE-VINGT-CINQUIÈME FAMILLE.

-- TU RNÉRACKES.

Piriqueta Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane.)
P. cisloides G. F. \Y. Meyer, P. villosa Aubl. ; Piriquète villeuse. Vulgo :
Boulon d’or. SI., t. 127, f. 7. — Herbe annuelle, ornementale, haute de 1580 cm., ressemblant assez exactement à Yhèlianthème des champs en France,
branchue ou non, à lige, branches et pédoncules garnis de poils roux, lui­
sants et droits. Feuilles lancéolées-linéaires, poilues, grossièrement serretées,
à dents obtuses et distantes. Fleurs larges, jaune vif. Fruit capsulaire, rond àIre,
garni d’un duvet roux jaunâtre, une fois plus petit qu'une graine de poivre.
— Assez abondant dans les savanes supérieures des Vieux-Habitants; çà et
là dans les savanes sèches entre la Basse-Terre et Baillif, etc. — Fl. pendant
l’hivernage. — La fleur s’ouvre au lever du soleil et se ferme après midi.
[N° 2438.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bouton d'or. — Dans les savanes des environs de
Case-Pilote. [N° 1804. ]

quat re - vingt - sixième f a m il le .

—

HOMAL1N LES.

Homalium Jacq. (du grec « homalos », égal, parce que les vingt-une éta­
mines sont divisées en sept faisceaux égaux.)
H. racemosa Jacq.; Homalium à fleurs en grappes. Vulgo : Acomat-hêtre,
acomat franc, bois de hêtre. Sw., F l ., t. 17. — Arbre de taille moyenne,
haut de 8-16 met., rarement plus haut, à branches très divariquées : les infé-

315

rieures horizontales et souvent plus ou moins tombantes, à écorce rude brune
ou noirâtre. Feuilles membraneuses, glabres, luisantes en dessus, elliptiquesoblongues. Meurs blanc pâle, rotacées, en grappes simples ou composées à
la base, axillaires et terminales. — Assez abondant dans les mornes inférieurs;
rare sur le littoral : Houëlmont, Baillif, V ieux-Habitants, Camp-Jacob, bords
de la rivière Noire, etc. — Fl. en mai et juin. — Le bois sert pour les con­
structions à 1 intérieur; avec le tronc, on fait de belles planches pour les boi­
series; exposé a 1air et à l’humidité, il pourrit facilement1. [N os 2427, 2998.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Acomat. — Saint-Pierre (Boulevard ), Parnasse,
Anses-d’Arlet, la Régale, fontaine Didier. N° 1806.]

—

ARISTOLOCHIEES.

Aristolochia Tourn. ex L. (du grec « arislos », très bon, et « lochia »,
lochies, plante autrefois employée pour les accouchements.)
A. oblusata Sw .; Aristoloche à feuilles obtuses. Vulgo : Liane fer à cheval.
PL, éd. Burm., t. 33. — l ige voluble, comme dans toutes les « Aristoloches »
du pays, glabre, cylindrique. Feuilles cordécs-oblongues. arrondies au som­
met, pédatinerviées, à sinus ouvert. Tube de la fleur terminé par un appen­
dice arrondi, couvert de poils, noir à la face supérieure. Fruit long de 4-5 cm.
— Fl. presque toute l’année, mais surtout en mai, juin et août. — Les feuilles
et les liges répandent une mauvaise odeur. — Peu abondant; çà( et là dans
les halliers des basse et infra-moyenne régions ; Camp-Jacob (Bagatelle, dans
les caféières), morne Gommier, environs de la Basse-Terre, Lamentin, etc.
[N os 2957, 3573.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
A. trilobala L .; Aristoloche à trois lobes. Vulgo ; Trèfle, pipe végétale. —
Feuilles arrondies à la base, pédatinerviées, glauques en dessous, à lobes
oblongs ou ovés-oblongs, obtus; stipules cordées-rondâtres; base du calice
entourée, à l’extérieur, d'une rangée de six filaments ou éperons de longueur
inégale ; calice campanulé, brusquement tronqué du côté supérieur, muni
d’une lèvre portant un prolongement ou une queue filiforme, pouvant
atteindre jusqu’à 25 cm. Fruit long de 6-7 cm. — FL de juin en novembre.
— Peu abondant. Çà et là dans les broussailles des basse et infra-moyenne
régions : Capesterre (habitation Longmont), Trois-Rivières (près du bord
de mer), environs de la Basse-Terre (ravine de Belost), etc. — Les
racines de cette espèce, épaisses, d’un diamèt. de 2-3 cm., sont ramifiées
1. Sons le nom créole dé mavévé ou matévé et indigène d’Acoma, les racines de ce
végétal sont employées A la Guyane française contre la gonorrhée et à titre d’astringent.

(tanin'!).

�CACTÉES

el contournées. Toutes les parties du végétal sonl réputées alexileres et
employées intérieurement cl extérieurement contre les morsures du serpent L
Le suc de la racine enivre, dit-on, ce reptile : il suffirait d'en introduire dans
sn gueule deux ou trois gouttes pour l’enivrer au point de pouvoir le manier
sans danger pendant quelque temps. A plus forte dose, il éprouverait de
fortes convulsions et mourrait bientôt après. A la Martinique, on cultive sou­
vent cette aristoloche auprès des maisons. Nu2585.j
M arti ni que . Yulgo : Trèfle-caraïbe. — Parnasse, hauteurs du Carbet, Prê­
cheur, etc. V ’ 582.!
A. anquicida Jacq.; Aristoloche lue-serpent. Yulgo : Liane douce. Dose.,
vol. III, t. 202, p. 144. — Racines grosses, noueuses, blanchâtres en dedans,
spongieuses-ligneuses. Feuilles cordiformes, ovales, à sinus ouvert; stipules
cordées. Fleurs petites, longues de 3,3 cm. — Fl. presque toute l’année* —
Toutes les parties de celte liane exhalent une mauvaise odeur, qui chasse, diton, le serpent, et la décoction des feuilles est dite alexitère el antisyphilitique
par excellence. La racine s’emploie de préférence contre les tumeurs véné­
riennes. — Assez abondant dans les halliers des environs du bourg de
Sainte-Anne, seule localité où j ’aie trouvé cette plante. [N° 887.] — Je ne
l'ai pas rencontrée à la Guadeloupe.
A. conslricla Griseb. ; Aristoloche resserrée. ^ ulgo : Liane amère. — Forte
liane pouvant monter sur des arbres très élevés, à tige noirâtre, striée-cylindrique. Feuilles larges, obovales-elliptiques, pointues au sommet, cordées à
la base, à sinus ouvert (quelquefois fermé : les lobes basilaires se couvrant
l’un l’autre). Fleurs el fruits inconnus. — Baie-Mahaull (dans les bois de la
Digue), hauteurs de Pigeon (bois de l’habitation Maler, où elle abonde).
[N° 3660.J — Elle n’existe pas à la Martinique.
L'A grandiflora Sxv., Yulgo ; Gou-de-canard (Tuss., F l., t. 27; Desc.,
vol. III, t. 157, p. 35), aété introduite de la Jamaïque à la fontaine Absalon, où
elle fleurit régulièrement tous les ans, mais ne donne pas de fruits. [N° 2104.
L’A. odoralissima L. (SL, t. 104; Desc., vol. V, t. 356, p. 196), introduite
de la Jamaïque, est cultivée à la Martinique chez quelques propriétaires, oii
elle lieu ri t toute l’année et donne des fruits; 1 A. g aléa In Mari, el Zucc.,
du Brésil, Aristoloche à casque, se rencontre dans quelques jardins de la
Pointe-à-Pitre el du Moule. (Lindley, The végétal Kingdom, p. 79L)
QUATRE-VINGT-HUITIÈME FAMILI.K. — CACTEES.

Melocactus Link el Utlo (du latin « rnelo », melon, et « cactus » , cactée,
1. Elle passe aussi pour li es sudorifique ; sa racine renferme une huile volatile, une
résine amère et une substance ûcre à laquelle on rapporte ces propriétés. (E. II.)

317

parce que ce végétal, qui ail’ecle la forme ronde du melon, est aussi pourvu de
côtes.)
M.communia Link el Otto; Méloeactus commun. Vulgo : Tête-à-lAnglais,
tête d’Anglais. Tuss., F l., II, l. 27; Desc., vol. V II, t. 515, p. 269. — Tige
d’abord globuleuse-déprimée, ensuite ovée, à 12-20 côtes longitudinales, garniesd aréoles de 4-12 épines, droites, rigides ; les pieds adultes sont surmontés
d une colonne longue de 10-18 cm. et hérissée de piquants entourés de laine.
Fleurs petites, pourpres. Fruits ovoïdes, pourpres, mangeables, de la grosseur
d un œuf de moineau. — FL de juin en novembre. — Ne végète que dans les
terres extrêmement sèches, pierreuses, près de la mer ou sur les rochers du
littoral. Abondant à la Désirade (grande savane entre la Léproserie et le bord
de mer), les Saintes (Terre-de-IIaut). Le spécimen manque. — Il n’existe pas
à la Martinique.

Cereus Mil), du latin « cçreus », bougie de cire, parce qu’en Amérique les
tiges desséchées el trempées dans l'huile servent de flambeaux.)
C. friangularis Havv.. C. compressas M ill.; Cierge à tige triangulaire.
Yulgo : Pomme-jardin, cierge-lézard. Desc., vol. V II, t. 519, p. 291 ; Plum.,
éd. Burm., t. 199, f. 2, el 200, f. 1, 2. — Tige triquètre, radicanle, grimpante,
à aréoles portant 4-2 épines. Fleurs blanches, longues de 20-22 cm., s’ouvrant
le soir el se fermant le matin pour ne plus s’ouvrir. Fruit ovoïde, plus grand
qu’un œuf de poule, blanchâtre à la maturité, couvert d’aréoles munis de
5-8 épines droites. — Assez abondant sur les vieux murs de la ville de la
Basse-Terre, de la Pointe-à-Pitre, du Moule, etc. — Fl. en juin, juillet, août.
[N° 3076.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Cierge-liane. — Çà et là sur les vieilles souches et sur
les rochers: François, Roches-Carrées (Lamentin), vallée du Carbet. N°1904.
C. grandiflorus M ill.; Cierge à grandes Heurs. Yulgo ; Fleur d’amour,
cierge rouge. PI., éd. Burm., t. 199, f. 1 .— Tiges rampantes ou grimpantes,
radicantes, à 5-7 angles obtus, à aréoles à 5-12 spinules courtes, insérées dans
une petite toufTe de laine. Fleurs d’un rouge écarlate vif, nocturnes, longues
de 20-24 cm., garnies en dehors d'une masse d’aréoles portant de 10-15
soies, longues el rousses. Fruit ovoïde, long de 7-8 cm. sur.5-6 cm. de diamèt.,
revêtu d aréoles épineuses et petites. — FL en juin, juillet, août. — Sur les
vieux murs de la ville de la Basse-Terre, de la Pointe-Noire; çà et là à la
Pointe-à-Pitre, au Moule, etc. [N°3077.]
M a r t i n i q u e . — Introduit de la Guadeloupe el cultivé sur quelques vieux
toits de la ville de Saint-Pierre el de Fort-de-France.
C. Curtisi Otto; Cierge de Curtis. Yulgo : Cierge. — Tiges droites,
souvent cespiteuses, hautes de 2-5 mèt., d'un diamèt. de 7-9 cm., à 8-10
côtes continues, saillantes, garnies d'aréoles laineuses et portant des épines
longues de 2-4,5 cm., droites ou subulées. Fleurs jaunes, larges. Fruit

�318

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

ovoïde, pourpre, mangeable, mais d'une saveur fade, de la grosseur d un œuf
de poule. — Kl. en juin, juillet, août el septembre. — Getle espèce forme
souvent des touffes énormes, composées de 15 à '20 tiges. — Sur la côte sèche
entre Baillif et les Vieux-Habitants, Désirade, Marie-Galante, les Saintes
(Terre-de-Haul). .\" 3500.
M ar ti n iq u e . Yulgo : Chardon, eharderon. — Saint-Pierre (sur les rochers
du Mouillage), Case-Pilote (près du bourg), Diamant, etc. [N° 903.]
Opuntia T. (du nom « d’Opuntia », contrée de l'ancienne province grecque
de la Phoeide, ayant pour capitale Opus, parce que ces sortes de plantes y
poussaient en abondance.)
0. Tuna Mill. (du mot arabe « Tvn », arbre à ligues.) Vulgo : Raquette
bord-de-mer, raquette à piquants. Desc., vol. \ II, t. 513, p. 201 ; Tuss., 1*/.,
II, t. 30. — Haut de 0, 00-2m50, droit, à tige cylindrique, à pattes ou à arti­
culations larges, obovales, garnies de tubercules laineux, pourvus d’une
toulîe de poils courts, jaunâtres, rigides, et de piquants droits ou subulés,
très acérés. Fleurs larges, jaunes. Fruit ovoïde, pourpre-glauque, de la gros­
seur d'une figue de France. — Ce fruit est rafraîchissant, mais d'une saveur
fade. — Fl. surtout de mai à août. — Bord de mer entre la Basse-Terre el
Baillif. Pigeon, Bouillante, Pointe-Noire, Désirade, les Saintes. Alt. 0-50 mèt.
[N° 3074.]
M artini que . Yulgo : Raquette bord-de-mer. — Abondant : Case-Pilote, Cara­
velle, Prêcheur, etc. |N° 1757.j

0 . spinosissima Mill.; Opuntia très épineux. Yulgo : Raquette volante.
Haute de 0 ,n 50-1 Ul 50, à articulations plus petites que dans le précédent, à
tubercules ou aréoles laineux, dans lesquels sont insérés 2-4 piquants,
très droits, blancs, noirs à l’extrémité, en forme d'aiguille et très acérés, de
longueur inégale : les plus longs mesurant de 3-3 à 4 cm. Fleurs jaune orange.
Fruit ovoïde, mangeable, de la grosseur d'une ligue de France. — Désirade
(très abondant dans la grande savane pierreuse et aride qui s'étend entre la
Léproserie et la mer), les Saintes (Terre-de-I laut) ; çà et là entre Baillif et
les Yieux-Habilanis. \ os 3071, 3457.] — Elle n’est pas à la Martinique.

0. cochinelifera Mill., Nopalea coccinellifera Salm-Dyck.; Opuntia à
cochenilles. Yulgo : Nopal, raquette sans piquants. — Haut de 3-5 mèt.,
forme quelquefois de petits arbres à branches divariquées et tombantes.
Articulations à aréoles laineuses sans piquants, à Heurs peu ouvertes, à éta­
mines exsertes, pourpres, ramassées en pinceau. — Introduit du Mexique el
cultivé autour des maisons. — On se sert des entre-nœuds dépouillés de leur
épiderme, soit sans préparation, soit pilés dans du lait, en cataplasmes
émollients et résolutifs sur les tumeurs inflammatoires. [N° 3072.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Raquette sans piquants. N° 1796.J

CACTEES

CRASSULACEES

319

Pereskia Plum. (dédié au Français Nicolas Fabr. Peiresc, membre du par­
lement d’A ix ; a laissé des écrits sur la culture des plantes.)
P. aculeala M ill.; Pereskia à piquants. Yulgo : Groseiller du pays, groseiller de la Barbade. Desc., vol. IV, t. 294, p. 289. — Idane sarmenteuse,
haute de 3-5 mèt., à branches très allongées et tombantes, armées dépiquants
courts el recourbés. Feuilles subcharnues, oblongues-cllipliques. Fleurs en
cymes larges, racémiformes, terminales, d’un blanc pâle. Fruit jaunâtre, à
épiderme membraneux, pourvu de petits enfoncements d’où sortent de
petites feuilles charnues et oblongues. — Le fruit se mange : sa chair est
molle, succulente, rafraîchissante, d une saveur aigrelette qui rappelle
celle de la groseille de France. — FL en juin et juillet. — Rare. Çà el là dans
les endroits secs de la basse région : environs de la Basse-Terre rivière
Sence), Baillif, Vieux-Fort. — On le cultive quelquefois autour des maisons.
[N° 3073.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Groseille du pays. — Rare : Case-Pilote
FondLayette), Trois-Uets (route des Anses-d’Arlet . [N u958.
Le Pereskia grandifolia H aw ., arbuste très branchu ou petit arbre, à
Heurs larges, pourpre foncé, se rencontre assez souvent dans les jardins des
deux colonies. — Introduit du Brésil.

QUATRE-VINGT-NEUVIÈME FAMILLE.

— C R ASS U LAC É ES.

Bryophyllum Salisb. du grec beruein », pousser, el « phyllon », feuille,
à cause de la facilité avec laquelle les feuilles charnues donnent des bou­
tures.)
B.
calycinuni Salisb. ; Bryophylle à grand calice. Vulgo ; Herbe-mal-tète.
— Haut de 0 1" 80-1Ul 20, à base souvent suffrutescente, à racines grosses,
stolonifôres, à tige cylindrique, grosse, rouge ou panachée. Feuilles ellip­
tiques, charnues, grossièrement crénelées : les inférieures, trifoliées. Inflo­
rescence en panicules larges, terminales; fleurs rouges, très belles, penchées;
calice campanulé, tubuleux, ventru, à 4 lobes courts; corolle monopétale,
tubuleuse, à 4 lobes courts; étamines 8. — Fl. de juillet en décembre. —
Abondant dans les endroits secs, pierreux, chauds de la basse région : envi­
rons de la Basse-Terre, Vieux-Habitants, Pointe-Noire, Deshaies, et dans
toute la Grande-Terre. N° 2955.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe-à-mal-tête. — Très abondant dans toute
l'île. N° 1808.1 — Probablement introduit du Mexique dans les deux îles.

�fjÉGIOXACÉES --- ARALIACKES

321

M a r t i n i q u e . Vulgo : Oseille-bois. — Egalement très abondant. Alt. 300800 mèt. [N° 973.]

W eininannia L. (dédié à l'Allemand Jean Guil. Weinmann, apothicaire à
Regensbourg, mort en 1737, auteur du Phi/lanlhosa iconographie a.)
W . pinnata L. : Weinmannie à feuilles pennées. Vulgo : Bois-sifileur.
Lam., III.. t. 313, f. 1. — Petit arbrisseau rabougri et très ornemental, haut
de 0m80-2 met., ou petit arbre, pouvant atteindre jusqu'à 9 met. d’élévation,
très branchu, à jeunes branches couvertes d’un duvet court, couleur de
rouille, à lige nue, à feuilles ramassées aux extrémités des branches. Feuilles
petites, imparipennées, à 5-9 paires de folioles elliptiques-oblongues, obtuses,
serretées au-dessus de la base; pétiole ailé entre les folioles. Fleurs blanches,
en grappes spiciformes, très nombreuses, terminales. — Fl. presque toute
l'année, mais surtout d'avril à août. — Abondant dans les bois supérieurs
de la Montagne-Pelée, de la Calebasse, des Deux-Choux, des Pitons-du-Carbet. N” 1797. j — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

W . hirla S\v. ; Weinmannie à branches hirsutes. Vulgo : Tamarinier des
montagnes, bois-tan rouge. — Ne diffère du précédent que par la couche
plus épaisse de duvet qui couvre les jeunes branches, et par les ailes qui
sont rhomboïdes-obovées, tandis que dans le précédent elles sont spatulées.
— Abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Matelyane, des
environs de la Ravine-à-Déjeuner. N° ‘21:20.] — Je ne l ’ai pas trouvé à la
Martinique.

QUATRE-VINGT-ONZIÈME FAMILLE.

— BHGOMACKFS.

Bégonia L. (dédié à Midi. Bégon, néen 1638, intendant de Saint-Domingue,
zélé promoteur de la botanique.)
B. dominicalis A.DC.; Bégonia de la Dominique. V u lgo : Oseille-bois.
— Herbe à lige succulente, souvent tortueuse, glabre, luisante, haute de
0 ,n 70-111120. Feuilles semi-cordées, ovées, sinuées-dentées. Fleurs blanches,
monoïques, en cvmes dicholomes, longuement pédonculées : les mâles à
pétales inégaux. Capsule à trois ailes, dont deux étroites, la troisième arron­
die et beaucoup plus grande. — Très abondaut dans tous les bois humides
des deux régions moyenne et supérieure. Alt. 450-900 mèt. \’os 3069, 3070,
3460.]

B. marlinicensis A .D C .; Bégonia de la Martinique. Vulgo : Oseille-bois.
— Haut de 0 "190-1 ,u 80, droit ou souvent sarmenteux. Feuilles velues, sur
les nervures, à la face inférieure, caractère par lequel il se distingue facile­
ment des autres. — Abondant. — Même habitat que le précédent. V ’ 3781.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Oseille-bois. [N° 976.]

B. humilis Dryand. ; Bégonia de petite taille. Vulgo : Oseille-bois. — Haut
de 25-45 cm., très droit, à tige grosse, succulente, sillonnée, poilue. Feuilles
inégalement ciliées-serretées sur les bords, garnies de poils épais en dessus,
semi-cordécs-oblongues; pétioles très velus. Fleurs blanches, en cynies axil­
laires et terminales, pauciflores. Capsule à trois ailes, arrondies, dont deux
d’égale grandeur et la troisième plus large. — Peu abondant : Camp-Jacob,
Bas-Matouha (autour des maisons), Basse-Terre (hospice de Tillac). \° 3780.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petite oseille-bois. — Environs de Saint-Pierre TroisPonts, Jardin botanique et Trou-Vaillant). NT° 994. i

QUATRE-VINGT-DOUZIÈME FAMILLE. —

ARAL1ACÉES.

Sciadophyllum P. Br. (du grec « sciadion », parasol, ombrelle, et « phvllon », feuille, parce que les feuilles, ramassées et étalées à l’extrémité des
branches, suggèrent l'idée d'un parasol ouvert.)
S. capitatum Griesb., Oreopanax capitatum Dcne et PI. ; Sciadophvlle à
Heurs en capitules. Vulgo : Figuier-aralie, figuier-hêtre. Jacq., Sel. Am.
stirp. hist., t. 61. (A ra lia Jacq.) — Arbre ornemental, haut de 10-18 mèt.,
très droit, à écorce brune ou noirâtre, ou rougeâtre lisse. Feuilles simples,
longuement pétiolées, confinées aux extrémités des branches, ovées ou
elliptiques, ou elliptiques-oblongues, longuement acuminées. Inllorescence
en panicules terminales, réunies par 2-5, à branches terminées par des capi­
tules d’abord ronds, ensuite ovoïdes. — Assez abondant dans les bois des
Bains-Jaunes, du Matouba, du Gommier, des Trois-Rivières. — FI. d’avril
à juillet, et souvent d’octobre en janvier. — Alt. 400-900 mèt. N° 2548.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Aralie blanc. — Abondant : Morne-Rouge. Parnasse,
hauteurs de Pécoul, Basse-Pointe, Ajoupa-Bouillon, etc. [N 0 1761.
Panax L. (du grec « pan », et « akos », remède, c’est-à-dire remède uni­
versel contre toutes les maladies. Le « panax », « panace » ou « panakes »
des anciens auteurs grecs et latins n’est pas le « panax » de Linné; mais ils
désignaient par ce mot plusieurs espèces de plantes différentes, appartenant
à la famille des Ombellifères. — Pline, XXV’, 11-14.)
Drtss. — Plante* Guadeloupe et Martinique.

il

�322

PLANTES DE I.A GUADELOUPE ET DE LA MARTI NIQUE

P. Morototoni Aubl. (nom de la plante à la Guyane.) \ ulgo : Bois-flot (au
Lamentin). Aubl., t. 360. — Petit arbre, très droit et très ornemental, à
tronc nu. haut de 5-9 mèl., très peu branchu (souvent même sans branches,
ou ne se divisant que quand il est déjà grand), marqué de cicatrices larges et
annulaires qui persistent après la chute des feuilles, feuilles ramassées au
sommet de la lige et à l'extrémité des branches (s'il y en a), digitées, très
longuement pétiolées, à 7-11 folioles, larges, oblongues, acuminées, longue­
ment pétiolées, pendantes dans la journée, sous l’influence du soleil : les
adultes couvertes en dessous d'un duvet lin, rougeâtre doré, qui, dans les
jeunes, est rouge doré cl très luisant. Inflorescence en panicules pubëscentestomenteuses, très larges, à branches terminées par des ombelles de 12-15
rayons. — FI. en mars, avril, mai, ju in 1. — Assez abondant dans les plaines
du Lamentin et de 13aie-Mahault. [N° 3378.J
Celle belle plante n’existe pas à la Martinique.
Oreopanax Lindl.
panacée. )

du grec « oros », « oreos », montagne, cl « panax »,

0. Dassi Kr. et Urb.; Oreopanax de Duss. Yulgo : Bois-flot. — Arbre
haut de 6-14 mèt., très ornemental quand il est jeune, à cause de son
beau et riche feuillage ; à lige et branches complètement nues dans l’âge
adulte, à branches très divariquées et penchées, de manière à perdre
toute son élégance. Feuilles larges, cordées, couvertes en dessous d'un duvet
épais, farineux, blanc, à nervures rouges en dessous et garnies d'un duvet
roux, à 5 lobes pointus, les 3 supérieures largement ovales. Inflorescence
en panicules terminales, pyramidales, à branches terminées par des capi­
tules ronds; pédoncules et pédicelles vigoureux, garnis d'un duvet fari­
neux et blanchâtre. — Fl. en mai, juin, juillet. — Assez abondant dans les
bois du Haut-Matouba (Matelyane, coulée de la Ravine-à-Déjeuner), des
Bains-Chauds; plus rare dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes. Alt.
800-1000 mèt. [N° 2986.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-flot. — Rare : çà et là sur les sommets et dans
les falaises du massif des Pitons-du-Carbel, morne d'Amour. [N° 186.J

Didymopanax Decne et Planch. (du grec « didumos », double, jumeau.)
D.

allenuatuni Mardi.; Didymopanax à feuilles atténuées. Yulgo : Trom­

pette à canon, mapou blanc. — Petit arbre, habituellement tortueux, plus
rarement arbre de taille moyenne, haut de 8-13 mèt , à écorce lisse, rou-

1. Cette plante, qui n'est pas utilisée aux Antilles, jou it d une réputation considérable
à la Guyane. On lui attribue les merveilleuses propriétés analeptiques que les Chinois
accordent au ginseng Aralia quinquefolia Dec. et PI.) et lui donnent le nom de « SaintJean», par I ransposition des consonnes de ce nom. Il y aurait intérêt à faire l’étude de la
racine de cette plante. (E. II.)

AHALI AGEES

ON BEL LIERRES

323

geâtre, à tige et branches nues. Feuilles digitées, à 3-5 folioles, pétiolées.
ovées, ondulées, souvent crénelées au-dessus de la base; pétiole commun,
long, se terminant à la base en une ligule semi-amplexicaule. Inflorescence
en grappes allongées, spiciforrnes, terminales, réunies par 2-5, à branches
terminées par des ombelles de 5-10 rayons. Fruit mûr noir, pulpeux, arrondi,
contracté au milieu par deux sillons longitudinaux. — Fl. presque toute
l’année, — Très abondant dans la région supérieure : bois des Bains-Jaunes,
Savane à Mulets (rabougrit, Savane aux Ananas (rabougri), coulée de la
Ravine-à-Déjeuner, Matelyane, etc. Alt. 800-1400 mèt. (N° 2587.
M a rt i n i q u e . Yulgo : Aralie-montagne. — Montagne-Pelée, Pilons-duCarbel (abondant). [N° 185.]
D.
f rbunianvrn Mardi. ; Didymopanax d’ Urban. Yulgo : Arabe. — Arbre
droit, haut de 15-20mèt., élégant, à frondaison arrondie, à branches courtes,
plus ou moins horizontales. Feuilles digitées, à 3-5 folioles elliptiques, acu­
minées, coriaces, obtuses à la base. Inflorescence en panicules terminales,
partant des branches, réunies par 5-10, courtes, terminées par 6-10 ombelles.
— Rare : çà et là dans les grands bois du Lorrain et de la Grand’Anse.
N° 434.]
De cette famille on cultive dans les jardins comme plantes d’ornement
plusieurs espèces introduites, telles que : A ralia fi/icifolia Mort., haut de
2-3 mèt. [N° 200.], Panax frulicosum L. Yulgo : Romarin |
’ .Y° 1755 : Panax
cochlealum D.C. (à feuilles en forme de cuiller). Yulgo : Couis N" 1754. :
Polyscias pinnala Lam. Yulgo : Petit romarin. (Ce spécimen me manque.

q ua t re - v i n g t - treizième

fa mil le .

—

OMBELLIFÈRES.

Hydrocotyle L. (du grec « hudor », eau, cl « kolulé », écuelle, parce que
ces plantes poussent habituellement dans l'eau et que les feuilles sont plus
ou moins creuses au milieu.)
H. urnbellala L. ; Hydrocotyle à fleurs en ombelles. Herbe à pou-bois.
Desc., vol. I, t. 3, p. 165. — Herbe aquatique, vivace, à racines libreuses,
à liges rampantes, stolonifères et radicantes. Feuilles peltées au milieu,
orbiculaires, crénelées, à pétioles très longs, faibles, cylindriques, à pédon­
cules aussi longs que les feuilles, portant au sommet une ombelle étalée,
contenant jusqu'à 30 rayons. — \ il en société avec d'autres herbes, dans les
endroits aquatiques : Capesterre (Guadeloupe), près du bord de mer, Pointeà-Pitre (abondant). Alt. 0-20 mèt. [N 0 2308.]
Je ne l ai pas trouvé à la Martinique.

�324

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

H. verlitillata Thumbg; Hydrocotyleà Ileurs en verticilles. Yulgo : Herbemare. — Herbe aquatique, à liges touchées, railicantes, filiformes, stolonifères. Feuilles comme dans le précédent, mais plus petites, à pétioles plus
flexibles et plus minces; pédoncules aussi longs ou plus courts que les feuilles
et portant, de distance en distance, 2-5 fleurs verticillées et subsessiles. —
Rare : trouvé en petite quantité dans la mousse, sur une pierre, dans le
Grand-Etang (Capesterre-Guadeloupe). [N° 2873.1 — 11 n'existe pas à la
Martinique.
H. asialica L., Centella asialica Urb.; Hydrocotyle asiatique. Yulgo :
Herbe-pom-bois. — Herbe à tiges radicantes, rampantes, grêles, filiformes,
slolonifères, s’étendant à une distance indéfinie. Feuilles cordées-arrondies
ou cordées-ovées, avec un sinus très ouvert, crénelées-dentées, à pétioles
longs et velus. Inflorescence en ombelles nombreuses, contractées, pauciflores, portées sur des pédoncules beaucoup plus courts que les pétioles.
Fruit réniforme. — Dans le pays, la plante jouit d une grande réputation et
s’emploie fréquemment, comme un puissant dépuratif, en tisane contre la
gale, la gratelle, les dartres, les ulcérations, les engorgements des glandes,
les affections scrofuleuses, syphilitiques et rhumatismales, et même contre
le cancer. — Très abondant dans les savanes humides du Matouba, du CampJacob, du Gommier, du Parnasse, sur le bord du chemin et dans les clai­
rières des Bains-Jaunes, de Gourbeyre, du Houëlmont, des Trois-Rivières,
de la Ravine-Chaude, etc. Alt. 150-800 met. N" 2297.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Véronique. — Plus rare qu'à la Guadeloupe. —
Employé souvent contre les maladies de peau et contre les fluxions de poi­
trine, comme sudorifique1. — Saint-Joseph (dans beaucoup de champs de
manioc). V 1753.

Eryngium L. (du grec « erruggion », rejet, parce que ces plantes seraient
éminemment sudorifiques.)
E.

fœtidum L. ; Eryngium fétide. Yulgo : Herbe à fer, herbe puante, char­

don béni. SI., t. 156, f. 3, 4: l)esc., vol. V III, t. 585, p. 319. — Herbe bisan­
nuelle, droite, haute de 10-45 cm., glabre, à racine pivotante, forte, blanche
ou rougeâtre, à tige striée. Feuilles rosulées dans les jeunes pieds, appliquées
contre la terre, amplexicaules, spatulées-lancéolées, nettement serretées, à
dents épineuses. Inflorescence en cvmes dichotomes, larges, à fleurs en capi­
tules brièvement pédonculés : capitules entourés d'une collerette de bractées
I. Celle plante a joui dans l'Inde d’une véritable célébrité comme médicament vanté
contre la lèpre; aujourd'hui, complètement déchue, elle n’est plus qu’un vulgaire dépu­
ratif tonique, même altérant. Le principe actif (vellarine), qui avait été extrait par
Lépine, pharmacien de la marine, et auquel on attribuait des propriétés merveilleuses,
est aujourd'hui plus que douteux, Fluckiger en ayant nié l'existence. Cependant c'est
une plante qui, à haute dose, peut occasionner des accidents dus à son ùcrelé et à l'action
spéciale qu’elle exerce sur le systim enei veux. (E. II.)

O.MBELLII'ÈRES

BALANOPHORKES

325

beaucoup plus longues que les capitules, souvent dentées, à dents terminées
par une spinule rigide et très acérée; capitules rouge vert ; fleurs très petites,
blanches. — Abondant autour des maisons, dans les chemins peu battus, au
pied des vieux murs, etc. Alt. 5-800 mèt. [N° 2296.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Charderon ou chardon béni. — Abondant. [N° 1752.]
— Toutes les parties delà plante, mais surtout les racines, exhalent une odeur
très forte, fétide et nauséabonde ; elle n’en est pas moins très estimée et
souvent employée dans la médecine domestique. Les racines, les tiges et les
feuilles pilées s’administrent en décoction, plus ou moins réduite, dans les
fièvres fortes et tenaces, comme un des plus infaillibles sudorifiques et fébri­
fuges connus. Cette berbe, puante, entre aussi dans la compostion du fameux
« looch », connu à la Guadeloupe sous le nom de ; « Looch de M me Parizet. »
— A la Martinique, on se sert des feuilles et des racines pilées contre la
morsure du serpent; avec ces feuilles, cuites dans l'eau, et des feuilles pilées
de gros coton, on prépare encore une tisane contre les iluxions de poitrine.

Apium llolFrn. (nom donné par les Latins à plusieurs ombellifères, proba­
blement de « apis », abeille, parce que ces insectes recherchent plusieurs
espèces de ce genre.)
A. Ammi Urb. (du grec « ammos » , sable, parce que beaucoup d'es­
pèces poussent dans le sable), Helosciadium leptophijllum D. C. — Herbe
annuelle, délicate, haute de 25-35 cm., à tige striée, plus ou moins droite.
Feuilles trilernatiséquées, à segments comprimés-linéaires. Inflorescence en
ombelles axillaires, opposées aux feuilles, à 6-10 rayons filiformes. — Peu
répandu : Camp-Jacob (habitation Michaux), où il est abondant. Alt. 580
met. [N° 2874.]
M a r t i n i q u e . — Abondant aux Trois-Ponts et dans les terres de Tivoli, du
Jardin botanique. [N°961.]
De cette famille, on cultive plusieurs herbes introduites pour les besoins
domestiques, comme : Petroselinum sativum Iloff., vulgo : Persil, originaire
de la Grèce et de la Sardaigne; Fœniculum vulgare Adans, vulgo : fenouil;
Coriandrum sativum L., vulgo : Coriandre V 3475] ; Pim pinella anisum L.,
vulgo : Anis ; Daucus carota L., vulgo : Carotte, et plus rarement Arrechacha
esculenta I). C., vulgo : Arrachacha ou navel de Jérusalem, originaire
du Pérou et de la Colombie, dont la grosse racine tubériforme constitue
un légume délicat et recherché, enfin l'Am m i majus L., qui est cultivé
comme plante d’ornement. [N° 420 b.]

q ua t re - v i n g t - quatorzième fa mil le .

— BALANOPHORÉES.

Helosis Rich. (du grec « helos », clou, parce que les écailles qui enve­
loppent d’abord les fleurs ont la forme d'un clou.)

�326

327

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

OLACINÉES ---- LORANTHACEES

H. gui/anensis Hook ; Hélosie de la Guyane. Yulgo : Champignon. —
Petite plante, aphylle, parasite sur les racines de plantes vivantes ou mortes,
et ressemblant à un champignon. Fleurs ramassées sur un spadice terminal,
arrondi au sommet, long de 2-3 cm. — Çà et là dans les bois humides et
sombres des régions moyenne et infra-supérieure : bois de la MontagnePelée, de l’Ajoupa-Bouillon, du Lorrain. [N° 1106.] — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe,

Lorrain, etc. Alt. 400-800 mèt. [N° 573.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guade­
loupe.

QUATRE-VINGT-QUINZIÈME FAMILLE.

-- OLACINÉES.

Ximenia L. (dédié à l’Espagnol Franç. Ximenes, naturaliste, qui. en 161.'), a
écrit sur les plantes et les animaux employés en médecine.)
X. americana L. ; Ximenia de l’Amérique. Yulgo : Bois puant (à MarieGalante), prune bord-de-mer, prune-épine. Desc., vol. 11. I. 132, p. 266;
Tuss., F l ., III. t. 30. — Grand arbuste, buissonneux et très louiïu, haut de
3-4 met., ou petit arbre, de 4-6 met. d’élévation, à tige et branches avec ou
sans épines, à écorce noire, lisse. Feuilles elliptiques-ovales, alternes, sub­
charnues, à nervures peu marquées. Inllorescerice en corymbes axillaires,
pauciflores; fleurs blanches, très odorantes, approchant de l’odeur du
girolle, couvertes en dedans de nombreux poils laineux. Fruit drupacé, rem­
pli d'un suc laiteux, de la grosseur et de la forme d’une olive. — Comestible.
— Fl. en novembre, décembre et janvier. — Peu abondant. Çà et là dans les
terres pierreuses et sèches : Désirade, Gozier, Saint-François, Marie-Galante
(Capeslerre), les Saintes (Terre-de-Bas). N° 3245.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Prune bord-de-mer. — Case-Pilote, Sainte-Anne.
[N° 1944.]
Heisteria L. (dédié à l’Allemand Laurent lleister, né en 1683, à Franklortsur-le-Mein; en 1706, professeur à Altdorf, mort en 1758; a laissé des écrits
sur la botanique, dans lesquels il se déclare adversaire du système de Linné.)
H. coccinea Jacq. ; Heisterie à fleurs rouges. Yulgo ; Bois-perdrix, boislélé. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 4-5 mèl., à écorce grise et
lisse. Feuilles coriaces, oblongues, acuminées. Fleurs très petites, axillaires,
solitaires ou portées sur des pédoncules bi-t ri flores ; calice rouge, d’abord
petit, ensuite très élargi, en un bord ondulé ou à 5 lobes peu distincts. Fruit
drupacé, inséré dans le calice sur les deux tiers de sa longueur. — Le bois
est très flexible et recherché pour des manches d’outils, pour de petits
meubles. — Assez commun dans les grands bois de Case-Pilote (surtout de
ceux du Plateau militaire, des Fonds-Saint-Denis, du Camp de l’Alma, du

Schœpfia Schreb. (dédié au Bavarois Jean Dav. Schœpf, né en 1572, à
Wunsiedel, mort en 1800; a écrit son voyage en Amérique et sur les îles de
Bahama.)
S. arboreseens R. S.; Scbœpfle arborescente. Yulgo ; Café-bois. — Arbris­
seau ou grand arbuste, ou petit arbre élancé, fastigié, à écorce noire et lisse.
Feuilles toujours à moitié ouvertes, ovécs-oblongues, brièvement acuminées,
arrondies à la base, à nervures très peu marquées. Inflorescence en petites
cymes axillaires, très nombreuses, portant des pédoncules bi-triflores; fleurs
petites, blanc verdâtre; tube de la corolle campanulé, à 4 lobes arrondis et
réfléchis. Fruit drupacé, à peine pulpeux, ovoïde, de la grosseur d’une
graine de poivre. — Endroits secs et pierreux ; Ilouëlmont, hauteurs des
Yieux-Ilabitants. Peu abondant. [N° 3246.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Petit café-bois. — Rare : dans les mornes entre le
Carbet et les Fonds-Saint-Denis, dans le bas du morne Saint-Martin.
[N® 103.]

QUATRE-VINGT-SEIZIEME FAMILLE. ---

LORANTHACEES.

Loranthus L. (du grec « loros », lanière, et « anlhos », fleur, allusion aux
parties linéaires qui composent la corolle.)
L. americanus Jacq. ; Loranthe d’Amérique. Yulgo ; Pimprenelle (chez les
bûcherons des Vieux-Habitants). Plum., édit Burm., t. 166, f. 1; Desc.,
vol. V I, t. 390. — Parasite vivace, comme le sont toutes les Loranthacées
des Antilles, vivant sur les arbres, qu’ ils tuent avec le temps et auxquels ils
se substituent. Feuilles ovées ou ovales, obscurément veinées. Fleurs en
corvmbes terminaux, d’un beau rouge vif, larges. Fruit de la forme et de la
grosseur d’une olive, inséré dans une cupule. — Peu abondant : dans les
grands bois humides comme aussi sur les coteaux secs et pierreux : forêts
des Bains-Jaunes (rare), de Deshaies, Morne-à-l’Eau (bois du canal des
Rotours), etc. — FL en août, septembre, octobre et novembre. Alt. 0-850
mèt. |N° 2970.
L. uniflorus Jacq., L. parviflorus Lam. ; Loranthe à une fleur ouverte.
Yulgo ; Teigne bord-de-mer. — Racines rampant sur l’écorce, très allongées,
filiformes. Feuilles obovéesou spatulées. Fleurs en petites grappes, axillaires,
spiciformes, nombreuses; pied haut de 40-60 cm. — Fl. toute l’année. —
Abondant sur toutes sortes d arbres, mais surtout sur les roucouyers (Bixa

�328

LORANTHACÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Orellana L.), qu’ il faut nettoyer tous les ans : Gourbeyre, Trois-Rivières,
vallée entre Gourbeyre et le bord de mer, habitation Bisdary, etc. [N° 2117.]
11 n’existe pas à la Martinique.

L. emargmalus S\v. ; Loranthe à feuilles échancrées au sommet. Vulgo :
Teigne. — Très touffu, haut de 0 m50-l m 80, rarement plus haut. Jeunes
branches comprimées. Feuilles obovées, arrondies, petites. Fleurs vertes, en
grappes axillaires et courtes. — Bois des Bains-Jaunes, du Matouba, coulée
de la Ravine-à-Déjeuner, etc. Alt. 500-800 mèt. N° 2967.]
Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
Phoradendron Nuit, (du grec « phoreo », porter, et « dendron », arbre.)
P. hexastichum Griseb. ; Phoradendre à six rangées de fleurs sur l’épi. Vulgo :
llaut-bois. PL, éd. Burm., t. 258, f. 1. — Haut de 0 "’ 7-1 111 50. Branches
comprimées-tétragones. Feuilles larges, ovées ou elliptiques, obtuses au som­
met, contractées à la base. Fleurs en épis interrompus, placées sur six rangs.
Fruits mûrs très blancs. — Bois des Fonds-Saint-Denis, de la Grand’Anse,
du Macouba, etc. Alt. 200-600 mèt. [N° 1375.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadelou pe.
P. mariinicense Griseb. ; Phoradendre de la Martinique. Vulgo : Graine à
perruche (au Camp-Jacob). — Très touffu, haut de 0 1" 80-2 10 50, ü branches
flexibles, très allongées, tombantes. Feuilles oblongues-lancéolécs, à 2-4
nervures secondaires, unies à la côte, près de la base du limbe. Inflorescence
en grappes spiciformes. Fleurs vertes, placées sur quatre rangs. — Çà et là
dans les bois humides et secs : Camp-Jacob, Matouba, Ilouëlmont, Gour­
beyre les Palmistes). Alt. 400-900 mèt. [N° 2966.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Haut-bois. — Abondant : Fonds-Saint-Denis, Carbel, Trois-Uets (plateau), Case-Pilote, etc. Alt. 100-600 mèt. N7° 1374. !
P. trinervium Griseb. ; Phoradendre à feuilles à trois nervures. Vulgo :
Liane à perruche (au Camp-Jacob). — Très touffu, haut de 0UI 80-lm90, rare­
ment plus grand, à branches allongées, souvent pendantes. Feuilles petites,
obovales, à 3-5 nervures peu marquées. Fleurs en épis axillaires et géminés ;
graines mûres vertes. — Camp-Jacob, Matouba, bois de la Pointe-Noire et
des hauteurs de Deshaies. Alt. 50-800 mèt. [N° 2968. j
M a rt in iq u e . Vulgo : Haut-bois. — Abondant : Morne-Rouge, Champflore,
Gros-Morne, Sainte-Luce, etc. (N 01373.]

Dendrophthora Eichl. (du grec « dendron », arbre, et phlheirein », détruire,
c’est-à-dire des plantes qui détruisent les arbres.)
D. macroslachya Eichl., Viscum macroslachyum Jacq. ; Dendrophlhore à
épis allongés. Vulgo : Haut-bois. — Haut de 01" 80-1 mèt., à jeunes branches

CAI’RI FOLIACÉ ES

RUBIACKHS

329

comprimées, caduques. Fleurs dioïques, sessiles, sur des branches articulées.
— Assez abondant dans les bois du Champflore, des Fonds-Saint-Denis, de
la Calebasse, etc. [N° 1371.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

QUATRE-VINGT-DIX-SEPTIÈME FAMILLE.

— C APRIFO LIACEES.

Sambucus !.. (du grec « sambuké », sorte de harpe à forme triangulaire,
qu’on fabriquait avec le bois de cette plante, ou encore de « sambux » ou
« sandux », couleur rouge, parce que les fruits contiennent un suc rouge
foncé.)
S. eanadensis L., variété pinnaia Cham. et Schl.; Sureau du Canada.
Vulgo : Suriau ou suyau. — Grand arbrisseau, buissonneux, haut de 2-4
mèt.; introduit de l’Europe et fréquemment cultivé dans les jardins et
autour des maisons comme plante ornementale et médicinale. — On emploie
souvent les fleurs en tisane contre les rhumes et les fluxions de poitrine, en
décoction contre les fortes fièvres, à cause de ses vertus sudorifiques. — Fl.
durant toute l’année. [N° 2429.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Suyau, suriau. [N° 1911.]
Le Caprifolium pubescens Goldie, vulgo : Chèvrefeuille de Chine, est cul­
tivé dans les jardins des deux colonies, à cause de la richesse et de l’exquise
odeur de ses fleurs, qui sont blanches au moment de l'anthèse, et qui passent
ensuite au jaune clair. Elle est originaire de la Chine et fleurit en tout temps.
[N® 2428.]
M

artinique.

[N° 1911.]

QUATRE-VINGT-DIX-HUITIÈME FAMILLE.

— RUBIACEES.

TRIBU I. — CINCIIONACÉES.

Genipa L. (de « Jenipalea », nom de la plante au Brésil.)
G. americana L. ; Génipa d’Amérique. Vulgo : Génipa, génipayer. Desc.,
t. 87, p. 81. — Arbre majestueux, ù tronc très droit, à fronde vaste et arrondie,
à branches nombreuses : les inférieures horizontales, souvent penchées.
Feuilles larges. Fleurs en corymbes terminaux. Fruit baccien, ovoïde, long de
7-9 cm. sur 4-6 cm. de diamèt., rétréci en pointe à la base; tronqué et ombiliqué
au sommet. — FL en septembre et en octobre, et souvent en juin et juillet.

�330

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

IlUBIACÉES

— Rare. Dans la coulée au pied de Houëlmonl ; çà et là dans l’intérieur des
terres du Lamentin, de Sainte-Rose, etc. 1 [N° 2729.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Génipa. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe. PetitBourg, Fort-de-France, La Dillon et rivière Monsieur, Rivière-Salée, etc.
[N° 991 h.}

n’ai trouvé colle belle espèce que sur la pente de la montagne du Vauclin et
dans quelques jardins du voisinage. — Fl. de juin à octobre. — Introduit à
la Guadeloupe et cultivé sur l’habitation Sainte-Sophie, Raillif. N" 989/

L Alibertia edulis Rich. [N ° 181], originaire de la Guyane, grand arbuste,
le Posoqueria paluslris Mari. [N0* 986 et 30 i l , le P. la.lifolia R. S. [N° 323],
petits arbres de la Guyane, sont cultivés à la Martinique chez quelques ama­
teurs de plantes et au Jardin botanique de Saint-Pierre.
Randia L. (dédié à l'Anglais Isaac Rand, pharmacien, né en 1730; a publié
un catalogue des plantes pharmaceutiques du jardin de Chelsea 2.)

R. aculeata L. ; Randia à piquants. Yulgo : Petit coco, bois-quenouille.
SI., t. 11, f. i. ; Br. Jain., I. 8, f. 1; l)esc., vol. II, l. 92, p. 101. — Arbuste
haut de 1-3 met., rarement plus haut, élégant, quand il est jeune; tortueux,
souvent subsarmenteux, à branches divariquées, horizontales ou pendantes,
quand il est vieux. Feuilles obovées, luisantes. Fleurs solitaires, subsessiles, très
blanches, odorantes. Raies jaunes à la maturité, ovoïdes. — Dans la basse
région sèche : environs de la Basse-Terre, Raillif, Yieux-Fort, Pointe-Noire.
[N° 2554.]
M artinique . Yulgo : Rois-lance. — Abondant : Case-Pilote, Caravelle,
Sainte-Anne, Prêcheur. [N° 990.
R.
arm uta D. C., Basanacantha a n n u la Ilook lils; Randia armé de
piquants. Yulgo : Petit coco. — Arbuste élégant, haut de l-2"‘ 50, très branchu,
extrémités des branches armées de quatre piquants plus ou moins longs,
quelquefois inerme. Feuilles elliptiques. Fleurs blanches. Raie ovoïde, de la
grosseur d'une prune, rude en dehors. — Endroits secs et pierreux : hauteurs
du Prêcheur, des Trois-Ilets (plateau), Sainte-Luce, etc. [N° 988.] — Je ne
l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
R.
Moussændae D. (7. de « Moussænda », nom de la langue des Indigènes
de Ceylan. Yulgo : Petit coco. — Arbuste élégant, haut de 1-2 mèt., droit.
Feuilles lancéolées-elliptiques. Fleurs blanches en s'ouvrant, tournant ensuite
au jaune légèrement pourpré, à tube long et pubescent. Raie ovoïde. — Je
1. Cette plante, dont l’emploi n’est pas indiqué aux Antilles, est utilisée ù la Guyane.
J. écorce, astringente, est un bon remède contre les diarrhées atoniques. Avec les racines.
n fait une tisane dépuralive très recommandée contre la gonorrhée.
2. Les Randia américains n'ont aucun em ploi; ils mériteraient cependant d’être étudiés
par comparaison avec Randia dumetoruin Lam., de l’ Inde, qui, sous le nom dcMainphal,
est utilisé par les Hindous comme vom itif et employé au même litre que la coque du
Levant Menispermum Cocculus L.) pour enivrer le poisson. La pulpe du fruit jou it de pro­
priétés émétiques dues à une saponifie spéciale et à un acide randiqne, d’après Voglherr.
(E. II.)

331

Le Randia grandiflora Lam., arbrisseau d’une beauté remarquable, à fleurs
longues de 7-12 cm. [N° 194], est souvent cultivé dans les jardins de SaintPierre; le Gardénia floribunda Iloxb. ou Randia diimelormn Lk. N° 1466]
se rencontre souvent dans les parterres de la Guadeloupe et de la Martinique;
le Mussænda f rondosa L., superbe arbrisseau à feuilles florales blanches
[Nos 1004, 1005], originaire des Indes Orientales; lO xyanthus long ifl or us
Lem., 0. versicolor Lindl. [N° 102 , petit arbrisseau; le Leptactinia Mannii
Ilook. fils [N° 101 font l’ornement du Jardin botanique de Saint-Pierre.

Schradera Vahl (dédié à l'Allemand Henri Adolphe Schrader, né en 1761,
à Alfeld, près de Ilildesheim, professeur de médecine et de botanique à Gottingue, mort en 1836; a écrit entre autres choses ; Spicilegiurn Flora- germa­
it ica- ; Flora germait ica ; Description systématique des plantes erijptorjamiques, etc.; Nova (/encra plantarum horti Guetlinqensis.)
S.
capitata Vahl ; Schradère à fleurs en capitules. Yulgo : Liane blanche.
Vahl, E clog ., I. 5. — Liane épiphyte, à branches allongées, pendantes ou
horizontales, ou dressées. Feuilles elliptiques, subcharnues-coriaces. Fleurs
blanches, réunies en capitules terminaux, pédonculés, d'une odeur exquise.
— Abondant dans la plupart des grands bois humides : Gommier, RainsJaunes, Matouba, Trois-Rivières, etc. Alt. 400-900 mèt. N° 2547 .
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane-jasmin, jasmin-bois. — Montagne-Pelée. Cale­
basse, Champllore, Lorrain, etc. [N° 1454.
Hamelia Jacq. (dédié à II. L. Duhamel du Monceau, né en 1700, à Pithiviers, près de Paris, inspecteur de la marine, mort en 1782; s’est occupé beau­
coup d’histoire naturelle et a laissé des ouvrages sur la botanique et l'agricul­
ture.)
H. païens Jacq. ; Hamélie à grappes ouvertes. Yulgo : Fleur corail. Desc..
vol. II, t. 107, p. 155. — Arbuste droit, très élégant, haut de l m60-2m50.
Feuilles verticillées par 3-4 (5-2), elliptiques. Fleurs rouge corail, en grappes
terminales, à branches scorpioides. Raies d'abord rouge pâle, ensuite rouge
sombre foncé. — Rare : morne de la Fontaine-Chaude, seul endroit où j'aie
rencontré cet arbuste. On le cultive fréquemment dans les jardins. [N° 953.]
— Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Hoffmannia S\v. (dédié à Georg Franç. Hoffmann, né en 1760, à Markbreit,
dans la Franconie, médecin, botaniste, professeur de botanique à Gottingue,
et en 1804 à Moskou, mort en 1826; a écrit sur les lichens, les champignons
et les Ombellifères.)

�332

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

H. pedvnculala S\v. ; Hoflmannie à Heurs pédonculées. Vulgo : Herbe grandbois. — Frutescent, droit ou plus ou moins tortueux, haut de 0m9 0 -lm90, à
tige grosse, renflée aux nœuds, très glabre. Feuilles larges, elliptiques, poin­
tues aux deux bouts. Fleurs verdâtres, réunies par '2-8 à l'aisselle des feuilles,
pédonculées, répandues tout le long de la tige et des branches. Fruit pulpeux,
rouge foncé. — Peu commun. Endroits aquatiques ou très humides et ombragés
des grands bois : Bains-Jaunes (le long du canal de Montéran), Matouba; çà
et là au Gommier ( le long du Galioni. [N° 1545.]— Il n'existe pas à la Marti­
nique.
H. (uhipora Griseb.) ; HofFmannie à fleurs tubulées. Vulgo : Herbe grandbois. — Ne diffère du précédent que par ses fleurs sessiles, à tube plus
allongé et de couleur jaune pâle. — Rare : endroits aquatiques des bois entre
les Fonds-Saint-Denis et les Deux-Choux. [N° 325.] — Je ne 1ai pas trouvé
à la Guadeloupe.

Gonzalea Pers. (dédié au botaniste espagnol F. Gonzales Laguna.)
G. spicala D. C. ; Gonzalée à Heurs en épis. Vulgo : Bois-foufou (nom d’une
espèce de colibri). — Petit arbrisseau, haut de 0m90-l '"80, habituellement
peu branchu, élancé. Feuilles elliptiques-obovales ou lancéolées-oblongues,
acuminées au sommet. Fleurs blanches, en grappes simples, spicilormes, très
allongées, d'abord droites, ensuite penchées. Baies petites, légèrement poilues,
d’abord vertes, ensuite blanches, puis bleu foncé. — Très abondant sur les
lisières et dans les clairières des bois et dans les savanes des moyenne et
infra-moyenne régions : Camp-Jacob, Bagatelle, Gommier, Matouba, VieuxHabitants, Ravine-Chaude, Sainte-Rose, etc. Alt. 300-900 met. [N ° 2561.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Bois-colibri. — Abondant : Cbampllore, Parnasse,
hauteurs dePécoul et de Périnell, Case-Pilote, etc. Alt. 40-550 mèt. [N° 952,]
Chimarrhis Jacq. (du grec « Cheimarros », fleuve, parce que cet arbre pousse
principalement le long des rivières.)
C.
cymosa Jacq. ; Chimarrhis à fleurs en larges cymes. Vulgo : Bois-résolu.
— Grand et bel arbre, haut de 16-25 mèt., à cime arrondie et à branches
inférieures très étalées, longues. Feuilles larges, glabres, obovées-oblongues
ou elliptiques, pointues au sommet, rétrécies à la base. Fleurs blanc pâle, en
cymes larges, arrondies ou allongées. — Fl. de mai à août. — Ee bois est
jaunâtre nuancé, flexible et recherché pour la charpente, les boiseries et les
meubles. — Assez abondant dans les régions inférieure et infra-supérieure de
toute la Guadeloupe proprement dite. Alt. 50-600 mèt. [N os 2424, 2548. |
M artinique . Vulgo : Bois de rivière. — Dans tout le nord de File. [N ° 1452.]
Le Coutarea speciosa Aubl. (Guy., t. 122), petit arbre originaire de la

—

—

RURIACLES

333

Guyane, à Heurs larges et pourpres, est cultivé sur quelques habitations.
[N° 1 462 h.\ — Ecorce amère, stomachique et fébrifuge employée à la Guyane.

Exostemma I). C. (du grec « exo », en dehors, et « stemon » ou « stema ».
filet (étamine), parce que les étamines sont saillantes en dehors de la corolle.
E.
poribundum B. S. ; Exostemme très florifère. Vulgo : Quinquina-piton,
quina-montagne, tabac-montagne, bois-tabac. Desc., vol. I, t. 13, p. 507.—
Petit arbre, rarement arbre de taille moyenne, haut de 8-14 mèt., droit, à
écorce rougeâtre. Feuilles larges, glabres, très vertes, elliptiques ou obovales.
Fleurs rouge jaunâtre, en corymbes terminaux et axillaires : ces derniers
partant des aisselles des trois ou cinq dernières feuilles de la branche; éta­
mines exsertes. Capsule oblongue, longue de 2-3 cm.; graines ovales, ailées,
petites. — Assez abondant dans tous les bois de la Guadeloupe proprement
dite, mais surtout dans le massif de Houëlmont. — Le bois sert pour la con­
struction, et, à cause de son amertume, les insectes ne l’attaquent pas; l’écorce
est très amère, astringente et fébrifuge. Dans le pays, on en fait un usage
fréquent L — FL de mai à septembre. — Alt. 250-800 mèt. [X° 2560.]
M arti ni que ; Vulgo ; Quinquina-montagne. — Dans tous les bois de File,
surtout de ceux de la Calebasse, de la Basse-Pointe, du Champflore, etc.
[N° 1458.]
E. carihæum B. S.; Exostemme des Caraïbes. Vulgo : Quinquina-caraïbe,
tendre, en gomme. — Arbrisseau élégant, rarement tout petit arbre, haut de
2-4 mèt., très branchu ou presque sans branches, selon les localités. Feuilles
brièvement elliptiques, contractées, à la base, en un court pétiole. Fleurs très
odorantes, blanches ou légèrement rosées, en corvmbes axillaires. Capsules
obovoïdes-oblongues. Assez abondant dans les terres sèches et pierreuses,
entre Baillif et les Vieux-Habitants, entre Deshaies et Sainte-Rose (près du
bord de mer), Vieux-Fort (hauteurs pierreuses). Alt. 25-200 mèt. X° 2550.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Quinquina-caraïbe. — Rare : Caravelle (habitation
Leferré, sur le bord de mer), variété à piquants. X° 951.
Le Portlandia qypsophila Mac!’., superbe petit arbre à fleurs blanches,
ayant jusqu’à 20 cm. de long, est cultivé sur quelques propriétés de la Mar­
tinique. |X° 991.

H illia Jacq. (dédié à John Ilill, né à Peterborough, apothicaire et botaniste
à Londres, mort dans cette ville, en 1775; a laissé des écrits sur la botanique
et l’histoire naturelle, et en a publié un grand ouvrage avec figures sur cuivre.
1. Cette espèce et la suivante constituent par leurs écorces très amères et fébrifuges
des faux quinquinas très apprécies. L ’E. Iloribundum contient un alcaloïde nommé monlanine (exostemmirui de Bocquillon-Limousin^ qui en est le principe actif. — L E. caribæum a une saveur d'abord mucilagineuse et sucrée qui devient ensuite très amère et
très désagréable, nauséeuse même, dans l une comme dans l'autre écorce. (A étudieravec
soin.) (E. 11.)

�335

PLANTES DK I.A GUADELOUPE BT DE LA MARTINIQUE

RURIACKES

H. lonyiflora S\v., H. parasitien Jacq.; Hillie à longues fleurs, X’ulgo :
Jasmin-bois. Sw., Obsevr.. t. ■&gt;, I. 1; Jacq.. Sel. Am. shrp. lus/., I. (»(&gt;. —
Arbrisseau épiphyte, vivant sur les arbres, les roches et les souches pourries,
à branches allongées, droites, souvent pendantes. Feuilles épaisses, très lui­
santes, elliptiques, brièvement pointues au sommet. Fleurs blanches, soli­
taires ou géminées, terminales, à long tube cylindrique, à lobes rotacés, à
odeur forte et exquise. Fruit en forme de silique, long de 9-13 cm., ressem­
blant à une petite gousse de vanille. — Dans les bois humides : Malouba,
Bains-Jaunes, Gommier, Trois-Rivières, etc. Alt. 400-900 met. j.\° '2540.
Martimquk. X’ulgo : Jasmin des bois. — Bois du Camp de l’Alma, de la
fontaine Absalon, de la Montagne-Pelée, etc. Alt. 500-800 met. N° 1402. ]

lieuses. Inflorescence en cymes axillaires, contenant 2-5 Heurs blanches. —
Çà cl là dans la haute région : Savane à Mulets, Grande-Découverte, etc.
Alt. 900-1300 mèt. [N° 2563.]
M a r t i n i q u e . X’ ulgo : Liane-colibri-montagne. — Montagne-Pelée PetiteSavane), Pitons-du-Carbel, etc. [N 0 1003.]

334

Rondeletia Plum. (dédié à Guil. Rondelet, né en 1507, à Montpellier, pro­
fesseur à la faculté de médecine en 1545, mort en 1500, «à Réalmont, près
d'Alby.)
R.
stereocarpa Griseb.; Rondelélie à fruits secs. \ ulgo : Bois-résolu-montagne, petit résolu. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 2-5 mèt., nu dans
le bas, à écorce rude, presque toujours couverte de mousses et de lichens.
Feuilles larges, lancéolées-oblongues, pointues au sommet, contractées à la
base, à nervilles très anastomosées et aréolées. Fleurs en cymes pédonculées,
d'abord blanchâtres, passant ensuite au jaune brun. Capsule subglobuleuse,
loculicide ; semences petites, ovales, aplaties, entourées d’ une aile
membraneuse et dentelée.— Abondant dans les bois du Gommier, des BainsJaunes, de la Savane aux Ananas rabougri), du Matelyane, de la Ravine-àDéjeuner, etc. Alt. 450-900 mèt. .\’° 2552.J
M ar ti n iq u e . X’ulgo : Bois-montagne. — Calebasse, Montagne-Pelée, fon­
taine Absalon, Lorrain. .\os 210, 941.]
Le Rondeletia speciosa Paxl., arbrisseau ou petit arbre d’une grande beauté,
est cultivé çà et là dans quelques jardins de la Basse-Terre et du Camp-Jacob
X° 3253), et à la Martinique dans beaucoup de jardins privés et au Jardin
botanique de Saint-Pierre. N° 604.]
Le Pentas carnea Benlh., vulgo : Maladricrefà la Basse-Terre) N°2552],
Martinique, vulgo : Corbeille d’argent N" 1461], est très fréquemment
l’objet de culture comme plante d’ornement; il est originaire de l'Afrique.

Manettia !.. (dédié à l'Italien Xav. Manelti, né en 1723, à Florence, direc­
teur du Jardin botanique de cette ville, zélé propagateur du système de
Linné.)
M.
cali/cosa Griseb. ; Manettie à grand calice. X’ ulgo : Liane blanche mon­
tagne. — Petite liane, annuelle, très branchue,à tige et branches blanchâtres,
légèrement hispides aux angles. Feuilles glabres, ovées, acuminées, cartilagi-

Oldenlandia L. (dédié aux Danois Henri Bernh. Oldcnland, botaniste ; a
voyagé dans l’Afrique du Sud, où il est mort à la fin du xyn*-' siècle, i
0. con/mbosa L. ; Oldenlandie à lleurs en corymbes. X’ulgo : Mille-graines.
Desc., vol. L t. 50, p. 225. — Petite herbe, annuelle, haute de 10-20 cm.,
délicate, droite ou plus ou moins diffuse, à tige grêle. Feuilles lancéoléeslinéaires, à une nervure. Fleurs blanches, petites, en corymbes umbelliformcs,
terminaux. — Répandu dans toute la Guadeloupe et dépendances, sans être
très abondant nulle part L Alt. 5-600 mèt. X° 2542.]
M a r t i n i q u e . X’ ulgo : Mille-graines. — Abondant. |N° 1456 a.]
0. herhacea 1). G.; Oldenlandie herbacée. X’ulgo : Mille-graines. — Herbe
très délicate, Hasque, diffuse, quand elle est solitaire; droite ou grimpante,
quand elle pousse dans les hautes herbes, haute de 25-70 cm., à lige létragone. Feuilles linéaires ou linéaires-lancéolées. Fleurs petites, blanches, dis­
posées comme celles de la précédente espèce. — Endroits aquatiques ou très
humides : Lamentin (dans les savanes marécageuses et couvertes de hautes
herbes), Trois-Rivières (çà et là dans les champs sablonneux L N0 3388.]
M a r t i n i q u e . X’ ulgo : Mille-graines. — Çà et là dans les chemins peu battus
des environs de la fontaine Absalon. [N 0 1456 h.]
0. Halei Ghap. ; Oldenlandie de Haie. X’ulgo : Mille-graines. — Herbe
annuelle, rampante ou grimpante, extrêmement Hasque et délicate, haute de
0 m20-l “ 40. Feuilles lancéolées. Fleurs blanches ou rosées, en cymes ombelliformes. — Assez abondant dans les jardins et les savanes herbeuses des
environs de la Pointe-à-Pitre. [N° 2761. — Je ne l'ai pas vu à la Martinique.
Mitreola L. (diminutif du grec « mitra », bonnet, mitre, allusion à la petite
calofle qui couronne le fruit et qui tombe après la déhiscence, comme dans
les pourpiers.)

M. peliolala Torr. et Gray; Milréole à feuilles péliolées. X’ulgo : Mille1. Cel te espèce, abondamment répandue dans l'Inde, y est employée comme fébrifuge :
les mêmes propriétés sont reconnues A l’espèce suivante : 0. herhacea D. C. Quant à 0.
umhellata L., également de l’Inde, sous le nom de chaya-vair. elle fait, par l'écorce de sa
racine, l’objet d’un grand commerce en tant que matière colorante très appréciée des
Indiens pour la teinture de leurs étoffes en jaune orange. Ce trafic se fait surtout sur la
côte de Coromandel. Les feuilles y sont appréciées comme expectorantes et antiasthma­
tiques. On pourrait peut-être retrouver les mêmes propriétés dans les racines et les
feuilles des Oldenlandia des Antilles. (E. H.)

�337

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFKÉACÉES

graines. — Herbe annuelle, droite, grêle, haute de 30-00 cm., entièrement gri­
sâtre. Feuilles opposées, petites, ovées-lancéolées. Fleurs roses, eu cymes ter­
minales, unilatérales, pédonculées. — Fl. enjuin, juillet, août . — Peu répandu :
le long de la roule et dans les savanes entre la Pointe-à-Pitre et le Gozier ;
çà et là dans les champs sablonneux de Marie-Galante. [N° 3044.] — Je ne
l'ai pas trouvé à la Martinique.

odorantes, en cymes nombreuses, axillaires, confinées aux exlrémilés des
branches; corolle rouge tendre, jaune au fond de la gorge; calice rouge. Fruit
Iriquètre. — FL toute l'année. — Peu répandu : dans la coulée de la Ravine-àDéjeuner, et bois des Bains-Chauds. Alt. 800-1000 mèt. [N° 2763.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-flot-montagne. — Plus abondant qn’à la Guade­
loupe : Calebasse, Ajoupa-Bouillon, chemin de la Trace, etc. Alt. 600-700 mèt.
[N° 949.]

336

Spigelia L. (dédié à Adrien Van der Spigel, né en 1558, à Brüssel, médecin
à Màliren; en 1010, professeur d'anatomie à Padoue, mort en 1625; a écrit
entre autres choses : Isagocje in rem herbarariam.)
S.
Anthelmia L. : Spigélie anthelminthique. Yulgo : Brinvillière, herbe à la
Brinvilliers,poudre à vers. Br. Jam., t. 37, f. 3;Tuss., F I. , IAr, t. 8; Desc.,
vol. I, t. 01, p. 201. — Herbe annuelle, droite, haute de 25-70cm., branchue
ou simple, nue dans le bas. Feuilles ovées-lancéolées, subsessiles, réunies
par'2-4, dont deux tou jours plus grandes. Fleurs pourpre brun, en cymes uni­
latérales, axillaires et terminales. Capsules muriquées. — Celte herbe est
vénéneuse à l’état frais. Les graines et les feuilles sont stomachiques et ver­
mifuges L — Abondant dans les champs en friches, le long des routes et dans
les terres cultivées : environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Lamentin,
Moule, Les Abymes, etc. Alt. 0-500 met. [N° 2762.].
M a rt i n i q u e . Yulgo : Herbe Brinvilliers, herbe-poison. — Abondant dans
la région inférieure de toute l ile. [N° 1459.]

TRIBU II. — COFFÉACÉES.

Guettarda Yenl. dédié à François-Jean-Étienne Guettard, né en 1715, à
Étampes, médecin et minéralogiste, mort en 1786, à Paris; a écrit entre autres
choses : Flore (les environs d'Etampe's.)
G.

crispiflora Yahl ; Guettarde à fleurs crépues. Yulgo : Bois-llot-montagne,

bois-flot-des-hauts. — Grand arbuste ou petit arbre, dont le maximum de
taille ne dépasse guère 7 met. de haut, à branches divariquées, à jeunes
branches médulleuses, à écorce blanchâtre, à bois mou et fragile. Feuilles
larges, elliptiques, flasques, pubescentes en dessous et blanchâtres. Fleurs
1. Cette plante est mieux classée dans les Strychnccs ou Loganiacécs avec le genre
auquel elle appartient. Le rhizome est employé contre'les vers intestinaux. A haute dose,
c'est un poison violent. La plante répand une odeur vireusc très accentuée et possède
une saveur nauséeuse et amère persistante. Elle contient, d'après Dudley, un alcalo de
\olatil qui serait le principe actif de la plante (spigéline) et qui présenterait d'étroites
affinités avec la nicotine et la lobéline. Celle drogue, bien (pie constituant un bon verm i­
fuge, doit être employée avec la plus grande prudence, &amp; cause de ses propriétés éminem­
ment toxiques. (E. H.)

G. scahra Lam.; Guettarde à feuilles rudes. — Yulgo : Bois-madame, boisgoyavier. Lam., ///., t. 154, fleurs à gauche, en bas. — Grand arbuste et très
souvent petit arbre, haut de 5-9 mèt., à tronc droit, à branches allongées,
fasligiées ou étalées, à écorce blanchâtre et rude. Feuilles très scabres et
ruguleuses, blanchâtres en dessous, obovales ou oblongues-clliptiques. Inflo­
rescence en cymes très contractées sur des pédoncules pubescents presque
aussi longs que les feuilles. Drupes globuleuses, gris noir à la maturité,
pubescentes, contenant 3-6 semences. — Abondant dans les mornes inférieurs,
secs et rocailleux de tout le massif de llouëlmont, Gozier, Moule, SainteAnne. Alt. 200-450 mèt. [N ° 2555.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Goyavier bâtard. — Endroits secs des hauteurs de
Case-Pilote, de la Rivière-Pilote, desTrois-Ilets(plateau). [N" I 463.J
G. parvifolia S\v.; Guettarde à petites feuilles. Yulgo : Bois puant, boiscaca. — Grand arbuste ou petit arbre, ornemental, ne dépassant guère 4 mèt.
d’élévation. Feuilles petites, ovées ou lancéolées. Fleurs blanches, très nom­
breuses, en petites cymes pédonculées, axillaires, portant 2-3 fleurs. Drupe
globuleuse, pubescente, plus petite qu'une graine de poivre. — FL en juin,
juillet, août. — Région sèche du littoral : environs de la Basse-Terre, côte
entre Bailli f et les Yieux-Ilabitanis, Vieux-Fort, etc. Alt. 10-140 mèt.
[N° 2362.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-de-fer blanc. — Côte sèche de Case-Pilote, route
de Fort-de-France au fort Desaix, Trois-llets (bord de mer). [N° 943.]

Stenostomum Gærtn. (du grec « sténos ,» court, et « stoma », bouche, parce
que les lobes du calice persistant se réunissent au-dessus du fruit et y
laissent une petite ouverture.)
S.
aculalum 1). C., A n tirrh œ a arislala Benth.; Sténoslomeà lobes du calice
acuminés. Vulgo : Mapou noir. — Arbre d'assez grande taille, haut de
10-15 mèt., à écorce noire et lisse. Feuilles elliptiques, pointues, vert
sombre en dessus. Fleurs Blanches, odorantes, en cymes terminales.
Drupe noire, ellipsoïde-oblongue, pointue. — FL en octobre, novembre et
décembre. — Peu abondant : çà et là dans les bois secs du massif de
llouëlmont, hauteurs de Deshaies. Alt. 250-400 mèt. Nus 2807, 3260.]
Dites. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

22

�338

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFFKACKES

M a rt i n i q u e . Vulgo : Mapou noir. — Assez abondant dans les hauteurs des
Trois-Ilets, de la Rivière-Salée et de la Régale. [N° 251.]

luisantes en dessus. Fleurs blanches, d’une odeur forte et exquise, en cymes
trichotomes, assez courtes et terminales. Fruit globuleux, marqué de dix
sillons longitudinaux ; semences 5-10, petites. — Abondant dans les falaises,
sur les rochers et les sables du bord de mer ou sur les mornes secs et pier­
reux près du littoral. — Fl. toute l’année avec plus ou moins d abondance.—
On en rencontre deux variétés, dont une à feuilles plus étroites, à cymes plus
petites et à fleurs moins larges et moins odorantes; habite de préférence les
mornes inférieurs. — Vieux-Fort (bord de mer et hauteurs pierreuses), Moule,
Marie-Galante, Désirade. [X° 2557.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Flambeau noir, bois-chandelle noir. — Abondant :
Basse-Pointe (chemin de la Grotte), Grand’Ansc, Sainte-Luce, Caravelle, etc.
[N os 945, 946.]

S.
resinosum Griseb., Laugeria resinosa Vahl ; Sténostome résineux.
Vulgo : Bois-fer blanc. (Laugeria Y .) Vahl, E c l o ç f t. 10, f. 6, analvl.
— Grand arbuste ou petit arbre, ornemental, haut de 3-0 mèl., à lige et
branches nues, noirâtres. — Feuilles petites, ramassées aux extrémités des
branches, 1res rapprochées, oblongues-lancéolées, résineuses, grises en
dessous. Fleurs blanchâtres, en cymes axillaires. — Abondant dans les
endroits secs du massif de Houëlmont, des hauteurs du Vieux-Fort, etc.
Alt. 200-450 mèl. [N ° 2543.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bois-de-fer blanc. — Abondant dans les hauteurs de
Case-Pilote (savane Saint-Cyret environs), de Case-Navire et des Trois-Ilets
(plateau). [X° 1457.]

Chione D.C. (du grec « chion », neige, parce que les fleurs sont d’un blanc
de neige.)
C. glabra D.C.; Chione glabre. Vulgo : Grand branda. — Petit arbre,
haut de 6-12 met., droit, à tronc nu. à branches étalées ou fasligiées. Feuilles
lancéolées-oblongues, plus ou moins molles, à nervures secondaires peu mar­
quées. Inflorescence en cymes larges, tricholomes, terminales, portées sur
de longs pédoncules blancs. Fruit long de 11-15 mm., elliptique-oblong. — Fl.
d août à septembre. — Bois de Gourbeyre (morne G oblin), hauteurs de
Deshaies et bois entre Deshaies et Sainte-Rose (bord de mer), etc. — Alt.
40-500 met. [X° 3252.j — Il n’existe pas à la Martinique.
Strumpfia Jacq. (dédié à l'Allemand Charl. Strumpf, qui s'occupa beaucoup
de l'édition des ouvrages de Linné.)

Erithalis P. Br. (du grec « eri », très, beaucoup, et « lhallein » , verdir,
c'est-à-dire des arbrisseaux à feuilles très vertes.)
E. frulicosa L.; Erilhale frutescent. Vulgo : Bois d'huile bord-de-iner,
bois-chandelle noir. Desc., vol. IV, t. 242, p. 40. — Arbrisseau ou grand
arbuste, haut de 2-3 m50, à écorce noire, à branches et feuilles bien fournies.
Feuilles obovées ou spalulées-lancéolées, arrondies au sommet, subcharnues,

MmmW Hü

E. angusiifolia D. C.; Erithale à feuilles étroites. Vulgo : Bois-llambeau 'montagne. — Arbrisseau très élégant, droit, haut de 1-2 mèt. Feuilles lan­
céolées, acuminéesaux deux bouts. — Intlorescence en cymes allongées, aussi
longues que les feuilles, d’abord droites, ensuite penchées. — Fl. de décembre
en mars. — Assez abondant à la Montagne-Pelée. Alt. 900-1000 mèl.
jN° 1724. |— Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

Chiococca P. Br. (du grec « chion », neige, et « kokka » , baie, parce que
les baies de celle liane ont la blancheur de la neige.)
C. racemosa Jacq.; Chiococca à fleurs en grappes. Vulgo: Bois-branda.
Si., t. 188, f. 3. — Arbrisseau sarmenteux, haut de 4-8 mèl., à tiges flexibles,
à branches horizontales ou pendantes. Feuilles coriaces, petites, elliptiques
ou ovées, ou ovées-lancéolées, plus rarement ovales-oblongues. Inflorescence
en cymes raeémiformes, unilatérales, souvent pendantes. Fleurs à odeur
exquise; corolle d’ un blanc pâle ou légèrement jaunâtre. Drupe d'abord
verte, ensuite d'un blanc très pur. — Commun dans les mornes inférieurs,
secs et pierreux; plus rare dans les mornes humides2 : N ieux-Forl, Gour-

1. Ces deux espèces d’Erilhalis, dont la première porte à la Guyane le nom de boisflambeau et fournit, par son bois résineux, une matière à confectionner des torches,
doivent jou ir des mêmes propriétés et peuvent, sans doute, se supplée)1l’une l’autre. Il y
aurait intérêt à étudier cette résine et à la rapprocher de celle des gardénia de la Nou­
velle-Calédonie (fournie par les feuilles), qui lient le milieu, d’après des recherches
que j ’ai faites avec M. Schlagdenhauffen, entre les résines et les tanins. Astringente et
aromatique, cette résine est employée contre les affections des reins et de la vessie.
2. Celte plante, dite &lt;• caiça des Antilles », constitue, par ses racines, un violent dras­
tique. Elle se rapproche sensiblement de la Chiococca angaifuga M ari., dite « cai'nya du
Brésil », dont quelques botanistes font une simple variété de C. racemosa, et dont les racines
constituent un émétique drastique violent, employé avec succès contre les hydropisies
essentielles. En Allemagne, on emploie de préférence contre la même affection la racine
de Chiococca racemosa, qui se distingue de sa congénère par l’abondance d'une matière
colorante jaune. Celle-ci donne à l’écorce une teinte gris jaunâtre et au bois une couleur
franchement jaune. Même composition chimique dans les deux caînça. E. M.

MW»

S. maridma Jacq.; Strumplîe du bord de mer. Vulgo : Romarin bord-demer. Desc., vol. III, t. 208. p. 260. — Arbrisseau très rabougri, très élégant
et ornemental, ou arbuste haut de 1-2 met., droit, très branchu et richement
feuillu, ressemblant à un grand pied de romarin, parle port, la couleur et la
forme des feuilles. Fleurs blanches, en très petites grappes axillaires. Drupe
blanche à la maturité, globuleuse, plus petite qu’une graine de poivre. — Fl.
toute l'année. — Fait l’ornement des rochers cl des sables du bord de mer,
de Marie-Galante (Capeslerre), de la Désirade, de Saint-François, etc.
N° 2764. — Il n’est pas à la Martinique.

339

�340

PUANTES DK LA GUADELOUPE ET DE L.A MARTINIQUE

COFE RACEES

bevre (mornes Goblin. Dos-d'Ane, Boucanier), Trois-Rivières, Grands-Fonds
du Moule, du Gozier, du Morne-à-lEau, etc. Alt. 470-150 met. N° 2559.
M a r t in iq u e . Yulgo : Jasmin-bois. — Très abondant : Parnasse, hauteurs
du Prêcheur, Trois-llels el Anses-d'Arlet, Marin (morne tiommier), etc.
Alt. 50-340 met. [N° 948.]

selon le voyageur Tams, jusqu'à Angola; selon Afzelius, jusqu’à SierraLeone, pendant que dans le Schoa abyssinien (entre 8° et 11° de latitude
nord) il existe à l’état de culture, i

Vangueria Wahl (de « Voa-vanguier », nom de la plante à Madagascar.)
V. edulis Vahl,V, madagaacariensia Gmél. ; Vanguérie comestible. Yulgo :
Tamarin des Indes, néflier des Indes.— Petit arbre, à branches divariquées
el étalées, à feuilles larges, à fleurs vertes, encymes axillaires disposées tout
le long desbranches, à fruits de la forme d’une nèfle, mais moins volumineux.
— Fl. en juin, juillet, août. — Originaire de l’Afrique tropicale. Cultivé pour
ses fruits blets dans toutes les colonies chaudes. , N° 2765.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Tamarin des Indes. |N° 1165.
Ixora L. (nom d'un dieu de Malabar.)
I. ferrea Benlh.; Ixora à bois dur comme le fer. Yulgo : Bois-de-fer rouge.
— Grand arbuste ou petit arbre, haut de 3-5 met., à tronc droit ou tortueux,
à branches étalées el souvent tortueuses, à écorce noire et rude. Feuilles
oblongues, pointues au sommet, brièvement pétiolées. Fleurs blanches, exha­
lant une odeur exquise, en eorymbes axillaires el latéraux, très courts, dispo­
sés tout le long des branches. Drupe subglobuleuse, noire, contenant deux
semences. — Assez rare : çà et là dans les bois humides ou secs des mornes
inférieurs du massif de Houëlmont et des hauteurs du Yieux-Fort; dissé­
miné dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes. Alt. 200-700 mèt. N° 2547.]
M artinique . Yulgo : Bois-baguette, bois-piquet. — Bois des Fonds-SainlDeuis, des hauteurs de Case-Pilote et de Case-Navire, de la fontaine
Didier, etc. N" 1460.]
I. coccinea L .,l. Bandhuca Roxb., vulgo : Bois-pintade, arbrisseau toullu,
originaire des Indes Orientales, à fleurs rouges, en eorymbes ombelliformes,
est fréquemment cultivé dans les jardins. N° 2769.]
M artinique . X* 1008.]
On rencontre à la Guadeloupe el surtout à la Martinique, l lx ora blanda
Ker.-Gawl. el I I. odorala Ilook., qui font l’ornement des parterres. Les I.
javanica 1). C., salicifolia D. C., ternifolia Cav. et Pavelta Roxb.
X° 1006 sont cultivés au Jardin botanique de Saint-Pierre.

Coffea L. ipeut-être du mol arabe « kakueh », qui signifie force, vie,
allusion aux elfets toniques de la plante ; selon le voyageur Ritter, du mot
« cafla », parce que le caféier pousse à l’état sauvage sur une très grande
étendue dans les contrées africaines de Ca/fa et d'Enarea, entre le 3° et 6°
degré de latitude nord, comme aussi au sud du .Niger jusqu'à Tombouktou;

341

C. arabica L. ; Café arabique. V’ulgo : Cafier, caféier (selon toutes les
probabilités introduit de l’Abyssinie dans l’Yemen ou l’Arabie heureuse, et
cultivé là sous le nom de « café Moka »). Implanté à la Martinique, en 1720,
par le chevalier normand Gab. de Clieu (1688-1774), capitaine d’ infanterie
à la Martinique; de là, il fut d’abord répandu à la Guadeloupe, à Cayenne, à
Saint-Domingue, et finalement dans le reste des Antilles. — A la Guadeloupe,
les cultures du caféier occupent 4.000 hectares de terre; (exportation s’éle­
vait, en 1896, à 575.148 kilôg. (1er janvier au 1er septembre 1896). Les prin­
cipaux centres de culture sont : les Trois-Rivières, Gourbeyre, Saint-Claude,
Vieux-IIabilants, Bouillante, Poinlc-Xoire, Deshaies, Capesterre, SainteMarie, etc. — La récolte a lieu de fin septembre en janvier ou février.
[N° 3766.]
M artinique.
X° 212.] — On y cultive principalement trois variétés:
1° celle d ’Abyssinie, la plus ordinaire, à cerises ovoïdes, contenant deux
semences ; 2° celle de Bourbon, a fruits ovoïdes pointus; 3° le café Moka, à
fruits subglobuleux, ne renfermant qu'une semence. X,J2766 b.
C. liberica Iliern. Café de Libéria. — Petit arbre, originaire de la côte
de Libéria (Afrique occidentale), droit, haut de 5-6 m èt., à branches infé­
rieures étalées, à feuilles et fleurs plus larges que dans le caféier d’Arabie, à
fruits longs de 9-11 mm. sur 7-9 mm. de large, qui restent attachés au pied
jusqu’à ce qu’ils soient secs. ] X'J4323.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Café Libéria. — Les premiers pieds de cette Rubiacée
ont été reçus, en 1879, par M. Ch. Relanger, directeur du Jardin botanique :
ils provenaient du Jardin botanique de Paris. N° 087.

Faramea Rich. (nom de la plante

à

la Guyane.)

F.
odoratissima D. C. ; Faramée à fleurs très odorantes. Yulgo : Cafémarron, café bâtard. Br. Jam., t. 6, f. 2;Tuss., F/., II. I. 16; Jacq., 5e/. Am.
slirp. hisl., t. 47. — Grand arbuste, rarement petitarbre, haut de2-5mèt., très
élégant, à branches allongées, tantôt fastigiées, tantôt étalées. Feuilles d'un
vert sombre en dessus, elliptiques ou oblongues, pointues au sommet, pétio­
lées. Inflorescence en cymes trichotomes, corymbiformes, lâches, terminales
el axillaires. Fleurs d’un blanc pur, exhalant une odeur exquise et forte qui
se fait sentir au loin. Raie noire, globuleuse-déprimée. — Rare : endroits
secs el pierreux des mornes boisés inférieurs de Houëlmont, des hauteurs de
Yieux-Fort, etc. N° 2767.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-flèche. — Fl. presque toute l’année. — Çà et là
dans les hauteurs de Case-Pilote (savane Saint-Cyr), de Case-Navire, des
environs de la fontaine Didier. .Vit. 100-300 mèt. X" 1451.

�342

343

PLANTES PB I,A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFFÉACÉES

Rudgea Salisb. (dédié au bolanislc anglais Fd. Rudge, qui, le premier, a
fait connaître les plantes de la Guyane dans son ouvrage : Plant-arum
Guianæ rariornm icônes et descriptiones. Londres, 1006.)

droit ou plus souvent tortueux, à tige parfois couchée et radicante. Feuilles
larges, horizontales ou penchées, subcharnues, obovales ou elliptiques,
pointues au sommet, cunéiformes à la base, longuement pétiolées. Inflores­
cence en panicules trichotomes, axillaires, courtes; fleurs d’un blanc pâle.
Baie ovée, pulpeuse, rouge foncé à la maturité. — Assez abondant dans les
endroits très humides et ombragés des grands bois des Bains-Jaunes, du
Gommier, des Trois-Rivières, de Sainte-Rose, etc. Alt. 400-800 mèt.
[N° 2528.]
M artinique . Yulgo : Café-bois. — Calebasse, Montagne-Pelée, Lorrain,
Fonds-Saint-Denis, Camp de l'Alma, etc. N ° 130 b.

R. carihœa Benlh.; Rudgée des Caraïbes. Yulgo : Café bâtard-montagne,
bois-mêle jaune, bois cassant. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de
2-0 met., droit ou tortueux. Feuilles subcharnues-carlilagineuses à l’état
frais, très luisantes en dessus, elliptiques. Inflorescence en panicules courtes,
terminales. Fleurs d'un blanc pur, ù odeur exquise. Drupe obovoïdeoblongue, longue de *2 cm. sur 8-9 mm. de diam., à 0-8 côtes longitudinales,
jaune à la maturité. — Fl. en mars, avril, m ai.— Très abondant dans tous
les bois humides, surtout dans ceux de Sainte-Rose, de la Ravine-Chaude,
du Gommier, des hauteurs des Vieux-Habitants, etc. |N° 2556.]
M artinique. Yulgo : Café-montagne. — Abondant : hauteurs de CascPilote (savane Saint-Cyr et Plateau militaire), de Case-Navire, delà Grand Anse, etc. Alt. 300-600 met. [N° 601.]
Ronabea Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane.)
R. la tifolia Aubl., Psychotria axillaris W illd. ; Ronabée à larges feuilles,
Branda grand-bois, café blanc. Aubl., Guy., t. 59. — Arbrisseau herbacé,
haut de 10-90 cm., rarement [ilus haut, à tige unique, très épaisse et
succulente, cylindrique, épaissie aux nœuds, souvent couchée et radicante
à la base, quelquefois munie de racines adventives. Feuilles opposées, très
larges, elliptiques ou oblongues, brièvement mucronées au sommet, con­
tractées à la base en un long pétiole cylindrique. Inflorescence en cymes
axillaires, très serrées, glomérulées-allongées, à pédoncules et pédicelles
blancs; fleurs blanches, odorantes, laineuses en dedans (sur une cyme,
on trouve rarement plus de 3-5 fleurs ouvertes en même temps). Drupe
ovoïde-globuleuse, très blanche à la maturité, à pulpe assez copieuse et
spongieuse. — Fl. toute l’année. — Peu abondant : çà et là dans les endroits
très humides, ou sur les bords des ruisseaux, dans les grands bois. — BainsJaunes de long du canal de Montéran), Matouba (coulée de la Ravine-àDéjeuner) , Capesterre (bois des environs du Grand-Etang). [ N ° 2708. j
M artinique : Yulgo ; Café-montagne. — Abondant : hauteurs de CasePilote et de Case-Navire, bois du « Bambou-gouverneur », environs de la
fontaine Absalon, du Camp de l’Alma, bois du Lorrain, etc. [N° 601.]
Psychotria L. du grec « psyché», vie, âme, et « tropho »,je nourris,parce
que, avec les fruits du Psychotria herbacea Vell., on prépare à la Jamaïque,
d’après Browne, une boisson agréable, semblable à celle du café. Linné a
contracté le nom primitif de Psychotrophum en celui de Psych otria.)
P. ulitfinosa. S\v.; Psychotrie des endroits humides et ombragés. Yulgo :
Petit café bâtard. — Sutfrutescent ou frutescent, haut de 0 ra50-l met.,

P. /loribunda II. B. et Kth. ; Psychotrie très florifère. \ ulgo : Café-bois
marron. — Arbuste haut de 2-3 m 50, droit, élégant, à branches plus ou
moins divariquées. Feuilles subcharnues-coriaces, oblongues. Inflorescence
en panicules trichotomes, contractées, terminales; fleurs blanc pâle. Drupe
ovoïde. — Assez abondant dans les bois des environs du Camp-Jacob, des
bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Gommier, des Trois-Rivières, de la
Ravine-Chaude, etc. Alt. 400-700 mèt. [N° 2527.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Café-marron. — Très abondant dans les bois du
Champflore, ceux de la fontaine Didier, de la fontaine Absalon, des
Fonds-Saint-Denis, etc. [N° 2144. j
P. lanceolata N utl.,P. chimarroides D.C.; Psychotrie à feuilles lancéo­
lées. Vulgo : Petit café-marron. — Arbuste haut de 1-1 m 50, rarement plus
haut, droit, loull’u. Feuilles lancéolées, acuminées, ternes en dessus, gri­
sâtres en dessous. Inflorescence en panicules courtes ; fleurs petites, blanc
pâle. — FL en mai, juin, juillet. — Endroits secs, rocailleux de la région
inférieure ; Yieux-Fort, Gourbeyre, Trois-Rivières, Moule, Gozier, Morneà-l'Eau, etc. N ° 2531. j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit café bâtard. — Parnasse, Prêcheur, Carbet,
Trois-Ilets (plateau), Anses-d’Arlet (morne Larcher). [N° 124.]
P. tenuifolia S\v. ; Psychotrie à feuilles minces. Yulgo ; Café-marron. —
Arbrisseau haut de 2-3 mèt., touffu. Feuilles cartilagineuses, elliptiques ou
oblongues, à veines saillantes en dessous. Fleurs en panicules brièvement
pédonculées, trichotomes. Drupe ellipsoïde. — Çà et là dans les haies et les
endroits boisés de la région inférieure ; Lamentin, Ducos, Trois-Ilets, etc.
Alt. 50-300 mèt. N" 126.J — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.
P. pubescens S\\\; Psychotrie pubescente. Yulgo : Café-marron grandbois. — Grand arbuste, rarement petit arbre, haut de 3-4 mèt., droit, à
branches étalées, à quatre angles arrondis. Feuilles larges, flasques, ellip­
tiques ou lancéolées-oblongues : les jeunes pubescentes, grisâtres en dessous.
Inflorescence en panicules pubescentes, longuement pédonculées, axillaires
et terminales, pyramidales, trichotomes, à branches terminées en petites

�345

PLANTES HE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COEl LACEES

cvmcs ; corolle verdâtre passant ensuite au jaune pâle. Drupe marquée de
huit côtes longitudinales. — Abondant dans les bois des Bains-Jaunes, du
Gommier, du Malouba, des 4 ieux-Ihabitants, etc. N” 2529.
M a rt in iq u e . Vulgo : Petit café-marron. — Bois des Fonds-Saint-Denis,
des hauteurs de Case-Pilote et de Case-Navire, de la Montagne-Pelée, etc.

P. crocea DG., Psychotria suheroeea Muell. A r g .; Palicourée à fleurs
couleur de safran. Vulgo : Bois-cabril noir, bois-foufou 'au Camp-Jacob ,
arbre à l’encre. Br. Jam., t. 13, f. 1, 2 .— Arbrisseau d'une grande élégance,
haut de 1-3 met., à branches le plus souvent fastigiées, à jeunes rameaux
félragones. Feuilles membraneuses, elliptiques ou lancéolées-oblongues,
pointues au sommet. Inflorescence en grappes corvmbiformes, allongées;
drupe ovée, arrondie, latéralement comprimée; fleurs de couleur très
variable, tantôt d un jaune de citron, tantôt d’un jaune orange, tantôt d un
jaune safran, selon qu’il pousse dans les régions basse, moyenne ou supé­
rieure. — Abondant dans toute la Guadeloupe proprement dite. Alt.
30-1 100 mèt. N° 2530.] — Cette espèce et la suivante sont réputées émétiques.
M a r t i n i q u e . 4 ulgo : Bois-cabrit. — Très abondant dans toutes les parties
boisées de 1île, à l’exception de celles de Sainte-Anne, du Yauclin, de la
Caravelle. L\° 602.]

344

N° 125.]

F.
horizonIalis Sw. ; Psyehotrie h branches horizontales. Vulgo : Café
bâtard. — Arbrisseau droit, à branches fastigiées, quand il est jeune ; à
branches tortueuses, parfois sarmenleuses, très divariquées, horizontales ou
pendantes, quand il est vieux. Feuilles elliptiques ou ellipliques-oblongues,
luisantes en dessus. Inflorescence en cÿmes contractées, arrondies, à branches
terminées par lrois rayons; fleurs d’un blanc pur. Drupe globuleuse-ovée,
pulpeuse, rouge à la maturité. — Assez commun dans la basse région sèche :
environs de la basse-Terre, Vieux-Fort, Baillil\ Désirade, Marie-Galante, les
Saintes, Moule, Gozier, Grand-Fonds-du-Morne-à-l'Eau, etc. Alt. 0-300 met.
[N° 2253.
M ar tin iqu e . Vulgo : Café-marron. — Abondant : Prêcheur, Fond-Coré,
Lamentin, Trois-Ilets (près du bord de mer), Carbel (le long de la rivière),
Case-Pilote (bord de mer), etc. [N° 126.]

P . parasitica Sw. ; Psyehotrie parasite. Vulgo ; Graine rouge. Jacq., Sel.
Am. slirp. hist., t. 56, f. 1. — Arbrisseau épiphyte vivant sur les arbres, les
vieilles souches et les troncs pourris, vivace, sarmenteux, long de 0"’ 401 met., à branches souvent très nombreuses, allongées, pendantes. Feuilles
épaisses, ovées ou ovées-lancéolées, d'un vert sombre en dessus, grisâtres
en dessous. Inflorescence en cymes trichotomes, terminales; fleurs blanches.
Fruit pulpeux, globuleux, rouge foncé à la maturité. — Dans tous les grands
bois humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 480-950 met. [N° 2534.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Graine à perdrix. — Abondant dans tous les grands
bois. N° 1468.

P. crassa Benlh. ; Psyehotrie à feuilles très épaisses. Vulgo ; Graine à
perdrix, graine rouge montagne. — Fpiphyte et radicant comme le précé­
dent, auquel il ressemble déprimé abord. Feuilles très épaisses, elliptiques,
pointues au sommet, marginées, à nervures imperceptibles à l'état frais.
Fleurs blanches, en cymes trichotomes, multiflores, corymbiformes ; corolle
hérissée de poils. Drupe comme dans le précédent. — Fl. toute l’année. —
Abondant dans les bois supérieurs des Bains-Jaunes et du Haut-Matouba,
comme aussi à la Savane à Mulets, à la Soufrière, à la Grande-Découverte
cl à la Savane aux Ananas. Alt. 700-1480 met. N°2533. — Il n’existe pas à
la Martinique.
Palicourea Aubl. nom indigène de la plante à la Guyane.)

P. P ave! ta D.C. ; Palicourée à feuilles de Pavetta (autre Rubiacée). Vulgo :
Bois-cabrit. Plum., édit. Burm., t. 156, f. 1 ; SI., t. 202, f. 2. — Arbrisseau
buissonnant, haut de l m 50-2 mèt., à tiges très glabres, enflées aux nœuds.
Feuilles membraneuses, lancéolées-oblongues ou ellipliques-oblongues.
Fleurs blanchâtres. Fruit inconnu. — Fl. en septembre, octobre et novembre.
— Rare : çà et là dans les Grands-Fonds-du-Gozier. N° 3667. — Je ne l ai
pas trouvé à la Martinique.
Cephælis Sw. (du grec « kephalé », tête, et « eilcin », prendre, réunir,
c'est-à-dire fleurs réunies en capitules.)
C. axillaris Sw. ; Céphélis à fleurs axillaires. Vulgo : Ipéca bâtard, boismarguerite, graine bleue. — Petit arbrisseau élégant, peu branchu, toujours
nu dans le bas, haut de 0 m 80-1"' 40, à rameaux tétragones. Feuilles ellip­
tiques, pointues, fermes. Fleurs blanches, en glomérules larges, axillaires,
situées tout le long des branches défoliées. Drupe petite, d’abord violacée,
ensuite bleu foncé. — Fl. en janvier, février, mars et avril. — Endroits
ombragés de tous les bois supérieurs de la Guadeloupe, surtout de ceux des
Trois-Rivières et du Matouba. Alt. 600-900 mèt. N° 2535.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Graine bleue. — Abondant dans les bois de la Cale­
basse, de la Montagne-Pelée, des Pitons-du-Carbet, etc. N° 1153.
C. muscosa Sw. ; Céphélis mousseux. \ ulgo ; Ipéca bâtard, bois-margue­
rite (à Bouillante). — Arbrisseau très élégant, haut de 0 1,190-2 mèt., très
droit, à branches légèrement étalées. Feuilles elliptiques-oblongues, pointues.
Inflorescence en capitules longuement pédonculés, terminaux ; fleurs blanches,
chacune entourée de cinq bractées ovées-arrondies. Drupe large, à pulpe
copieuse, spongieuse ou mousseuse et blanche. — Très abondant dans tous
les grands bois humides de la Guadeloupe. Alt. 500-900 mèt. N" 2537.

�346

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

COFEÉACÉES

M a r t in iq u e . Yulgo : Bois-marguerite. — Dans tous les bois humides,
j Nos 13i, 135 a.]

cvmes axillaires, pédonculécs; fleurs d'un blanc très pur. Baie d'abord rouge
écarlate, ensuite d’un jaune doré. — Des personnes dignes de foi m’ont
affirmé que les fruits sont un poison pour les volailles. — Assez abondant
dans les bois secs et humides : Deshaies (dans les bois voisins de la mer, où
il forme souvent un vrai gazon, sur une grande étendue), bois des environs
du Grand-Etang (Capesterre, Guadeloupe), hauteurs des Vieux-IIabitants,
etc. Alt. 60-450 mèt. N° 2771. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-terre, herbe à terre, graine dorée. — Bois de
l’Ajoupa-Bouillon, hauteurs du Macouba, de Case-Pilote, etc. j\\° 1455.

C.
Swarlzii D.C.; Cephélis de Swartz. Vulgo : Faux ipéca, bois-marguerite. — Ressemble au précédent ; il en diffère : par ses capitules brièvement
pédonoulés, beaucoup plus petits; par ses drupes plus arrondies, peu pul­
peuses et bleu foncé à la maturité. — Egalement très abondant dans tous les
bois humides, où il vil en société avec l'espèce précédente. [N° 253b.
M a rt in iq ue . Yulgo : Bois-marguerite, graine bleue. — Abondant.! N° 135 b.)
Morinda Vahl (du latin « morus », mûrier, et « indicus », de l’ Inde, parce
que ces plantes sont originaires de l'Inde et que leurs fruits, composés, ont
quelque ressemblance avec ceux du mûrier.)

M.
citrifolia L., M. macrophylla Des!’.; Morinda à feuilles de citronnier.
Yulgo : Rhubarbe-caraïbe, bilimbi (au Morne-à-lEau). — Arbre liant de
5-12 met., à branches étalées : les inférieures penchées. Feuilles très larges,
ovées-clliptiques. Inflorescence en capitules subglobuleux, larges, aréoles;
fleurs blanches, insérées sur le réceptacle charnu dont se compose le capi­
tule. Baie ovoïde à la maturité, lougue de 4-7 cm., jaune en dehors, conte­
nant 10-40 semences aplaties, nichées dans une pulpe blanchâtre. — Cet
arbre ne devient pas grand à la Guadeloupe à cause de la nature du terrain
dans lequel il pousse; ses fruits restent également petits Y — Fl. en août,
septembre, octobre. — Ne se rencontre qu’à la Grande-Terre, où il a été intro­
duit de l'Asie et où il s'est naturalisé. — Mornes calcaires du Morne-à-l'Eau,
du Moule; çà et là dans les Grands-Fonds-du-Gozier cl de Sainte-Anne;
rare dans les environs de la Pointe-à-Pitre. — Originaire des Indes Orien­
tales. — Alt. 0-150 met. [NT° 2770.]
M a r t i m q u e . Yulgo : Pomme de singe, pomme-macaque. — Introduit et
cultivé au Jardin botanique, où il devient un très grand arbre. [N° 1005.]
Geophila Don. (du grec « gué », terre, et « phileo », j'aime, parce que ces
plantes se plaisent à ramper sur la terre.)
G.
reniformis Don., Mapouria herbacea Midi. Arg., Psychotria herhacea
Jacq. ; Géophile à feuilles en forme de rein. Yulgo : Ipéca noir, graine dorée (à
Deshaies). Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 46; Tuss., Fl., I, t. 8. — Herbe
annuelle, radicante, rampant à une distance indéfinie, en tous sens, à liges
délicates, filiformes. P'euilles longuement pétiolées, cordiformes, un peu plus
longues que larges (du moins dans mes spécimens). Inflorescence en petites
1. Le fruit de cette espèce est employé dans l’ Inde, sa pairie, comme emménagOfcue,
ses feuilles sont toniques et fébrifuges, propriétés dues sans doute à un glucoside, la
morindine. Cette écorce fournit, en outre, une matière colorante rouge écarlate foncé,
employée dans l'Inde et en Nouvelle-Calédonie (où ce végétal croît spontanément) pour
la teinture des étoiles par les indigènes. Il est probable aussi que scs racines sont
purgatives comme celles du M. Iioyoc L., espèce du continent américain. (E. II.)

347

Ernodea Sw. (du grec « ernos », rameau, jeune branche, parce que la plante
a des rameaux très nombreux.)
E. litloralis Sw. ; Ernodéedu littoral. Vulgo : Liane sèche (à Marie-Galante).
SL, t. 189, f. 1, 2; Sw., F L, t. 4, fig. int., analyt. — Arbrisseau plus ou
moins couché, très glabre, haut de Qm80-1 0020, à lige très rameuse, à tige et
branches tétragones. Feuilles petites, très rigides, luisantes, cartilagineuses,
elliptiques-linéaires, terminées par une pointe rigide et acérée. Fleurs d'un
blanc pur, solitaires à l'aisselle des feuilles, tout le long des rameaux. Drupe
jaune, subglobuleuse. — Uniquement dans les terres calcaires, très sèches
delà Désirade, de Marie-Galante. [N° 2772. ; — Il n’existe pas à la Marti­
nique.
Diodia L. (du grec « diodeuein », voyager à travers; « dia », à travers, et
« odos », chemin, c’est-à-dire des plantes qui rampent à travers les chemins.)
D.
sarmenlosa Sw. ; Diodiesarmenleuse. Vulgo : Liane-hallier. — Annuel,
grimpant ou rampant, peu élégant, à tige très branchue, à tige et branches
nettement tétragones, flexibles et souvent pendantes. Feuilles petites, très
seabres, oblongues-lancéolées, pointues, brièvement pétiolées. Inflorescence
en gloniérules axillaires, situées tout le long des branches. Drupe petite, se
divisant, à la maturité, en deux petites coques. — Çà et là dans les halliers
des régions inférieure et basse : Capesterre, Trois-Rivières, Baillif, etc.
Alt. 0-300 mèt. [N ° 2773.]
M a r t i n i q u e . — Liane à cornette. — Hauteurs de Sainte-Luce (habitation
Montravail), Ducos (abondant dans les broussailles près du bord de mer ,
Trois-Ilets. [N°979.j
Spermacoce L. (du grec « sperma », semence, et « akoke », pointu, parce
que le fruit est surmonté de deux pointes, qui sont les dents persistantes du
calice.)
S. tenuior L.; Spermacoce plus délicate que les autresA ulgo : Herbe
à macornel. Lam., IU., t. 62, f. 1; SI., t. 94, f. 2. — Herbe annuelle,
odorante, très grêle, peu feuillue, d'abord très droite, ensuite pen-

�PLANTES DE LA GUADELOUPE RT DE l.A MARTINIQUE

COKFÉACÉES

chée ou plus ou moins infléchie, haute de 15-90 cm., à tige anguleuse, pubescenle ou glabre. Feuilles petites, lancéolées, ou souvent lancéolées-linéaires.
Inflorescence comme dans le précédent. Fruit très petit, composé de deux
cariopses. — Abondant dans les terres sablonneuses, cultivées ou incultes de
la région inférieure de toute la Guadeloupe et dépendances. Alt. 0-400 met.
[N° 2539.]
M ar ti n iq u e . Yulgo : Herbe à cornette. — Abondant dans toute l'ile.
[N° 98*2.

Terre, Bailli! , Vieux-Habitants, Bouillante, Pointe-Noire, Moule, SaintFrançois, Désirade, Marie-Galante, etc. ;N° 2541.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Herbe à cornette. — Prêcheur, Case-Pilote, Carbet,
etc. [N° 379.]

348

S. porloricensis Balb.; Spermacoce de Porto-Rico. Yulgo : Herbe à macornel. — Annuel, très droit, rigide, branchu ou simple, haut de 30-70 cm.,
â tige cylindrique, noirâtre, à branches à quatre angles obtus. Feuilles ovaleslancéolées, très scabres sur le bord ; glomérules nombreuses. Fleurs blanches,
très petites. — Abondant dans les régions humides ou sèches supérieure et
moyenne : Camp-Jacob, Gourbeyre, Vieux-Fort, Trois-Rivières, Yieux-Habitants, etc. — Herbe de peu d'utilité F — Alt. 400-800 mèt. [X° 2540.]
M a rt in iq ue . — Herbe à cornette. — Marin, Sainte-Luce, Diamant, CasePilote, Gros-Morne (très abondant). [N°2146.J
Borrera Miq. (dédié ù \Y. Borrer, collaborateur de Turner pour la mono­
graphie des lichens d Angleterre.)
B.
laevis Irisb; Spermacoce à feuilles lisses. Yulgo : Herbe à macornet. —
Herbe fourragère très utile, annuelle, haute de 20-65 cm., presque toujours
couchée et radicante à la base, dressée à l’extrémité. Feuilles elliptiques-lancéolées, acuminées. Fleurs blanches, velues en dedans, ramassées en glomé­
rules verticillées, axillaires. Fruit petit, s’ouvrant en deux potiles coques. —
Abondant dans les terres humides et fertiles des basse et moyenne régions.
Alt. 0-800 mèt. [N° 3444.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Herbe à cornette. — Abondant dans toute l île.
[N° 980.]
B.
spinosa Chain, et Schl.; Borrère épineux. Vulgo : Herbe à macornet. —
Annuel, très droit, rigide, branchu ou simple, haut de 40-70 cm., rarement
plus haut, à tige cylindrique dans le bas, à quatre angles obtus dans le haut.
Feuilles scabres, lancéolées-linéaires ou lancéolées-allongées, muriquées en
dessous sur la nervure médiane. Inflorescence en larges glomérules axillaires;
fleurs blanches. Fruit seplicide. — Assez abondant dans les terres fertiles,
sablonneuses, le long des roules de la basse région : environs de la Basse1 . Les Spermacoce des Antilles ne reçoivent aucun emploi, celles du continent améri­
cain, par contre, et notamment S. longifolia Aublet, Poynn A. S. H., cærulescens Aublet,
ra.dicans Aublet, aspera Aublet, sexangularis Aublet, prostrata Aublet, ont des p ro­
priétés éméto-catarthiques très marquées qui les font em ployer (racine) comme vomitives.
Il y a lieu de supposer que ces propriétés sont aussi communes aux espèces des Antilles.
(E. H.)

349

B.
latifolia K. Sch., Spermacoce latifolia Aubl.; Borrère à feuilles larges.
Yulgo : Herbe à macornet. — Annuel, rampant, rarement dressé aux extré­
mités, long fie 20-90 cm., à lige à quatre angles aigus et poilus. Feuilles
garnies de poils couchés et roux, ovées, pointues. Inflorescence en glomé­
rules contractées, petites. — Abondant à Baie-Mahault (environs de l'usine
« La Retraite », où il forme gazon, dans les champs fie cannes du Lamentin.
N °35I9.] — Il n'existe pas â la Martinique.
B.
podocephala 1). C.; Borrère à racines noueuses. Vulgo : Herbe à macornet. — Sulîrutescent, haut de 30-60 cm., à racine pivotante-noueuse, horizon­
tale ou verticale, longue, à tiges souvent nombreuses, toujours droites, et
létragones vers le sommet. Feuilles linéaires, sessiles. Fleurs blanches, en
glomérules sessiles, axillaires. — Peu répandu. Uniquement dans les terres
calcaires de la Désirade et de Marie-Galante. [N° 2774.] — Il n’existe pas à
la Martinique.
B.
parviflora Mey. ; Borrère à petites fleurs. Yulgo : Herbe à macornet.
— Annuel, diffus, haut de 15-25 cm., droit, souvent cespiteux, à tiges tétragones. Feuilles oblongues-lancéolées ou elliptiques. Fleurs blanches, petites,
calice et dents roux jaunâtre ; glomérules verticillées. — Assez abondant dans
les champs des régions inférieure el basse : environs de la Basse-Terre, Gour­
beyre (abondant), Camp-Jacob, Matouba, Vieux-Habitants. [N° 2977.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe à cornette. — Abondant dans toutes les savanes
humides de la basse région, où il constitue une bonne herbe fourragère.
[N° 2147.]
B.
verlicillata Mey. ; Borrère à feuilles verticillées. Yulgo : Herbe à macor­
net. — Sulîrutescent, haut de 30-40 cm., à racine forte et grosse, à tiges
nombreuses, très branchues, létragones, droites ou couchées, à la base.
Feuilles linéaires ou lancéolées, le plus souvent réunies par quatre. Fleurs en
glomérules axillaires et terminales. — Je n'ai trouvé cette espèce qu'aux
Saintes (Terre-de-Haul, chemin du morne du Chameau). Alt. 0-170 mèt.
[N° 2886. — File ne se trouve pas à la Martinique.
M itracarpu Zucc. (du grec « mitra », bonnet, mitre, et « karpos ». fruit,
parce que la partie supérieure du fruit s’enlève par déhiscence circulaire
comme une petite calotte.)

M. hirtus DC., Spermacoce hirta Linn. ; Milracarpelaineux. Yulgo ;
Herbe à macornet. — Annuel, haut de 25-60 cm., habituellement droit,
souvent cespiteux. Feuilles petites, oblongues ou lancéolées. Fleurs

�blanches, en glomérules globuleuses, axillaires el terminales. Fruit ovale,
à 4 lobes. Ressemble au Borrera parviflora Mey. — Dans les savanes
herbeuses, dans les terres cultivées et incultes, le long des roules, etc.
— Celte herbe forme un bon fourrage. — Environs de la Basse-Terre,
Gourbeyre, Camp-Jacob, Lamentin (abondant), dans toute la Grande-Terre,
Désirade, Marie-Galante, etc. [N° 2776.]
M a rt in iq u e . Vulgo: Herbe à cornette. — Régions basse et moyenne de toute
l'île. [N° 981.]
N o t a . — Toutes les herbes connues sous le nom vulgaire de « herbes à
macornet » el « herbes à cornette » répandent, après dessiccation, une bonne
et forte odeur de coumarine(?), et toutes sont douées de vertus sudorifiques
que les habitants mettent souvent à profit. Elles mériteraient une étude
attentive.

Rubia Tourn. (du latin « ruber », rouge, allusion aux propriétés tincto­
riales de la plante.)

R. guadalupensis Spreng., Galium hypoc&amp;rpium Endl.; Garance de la
Guadeloupe. — Petite liane, flasque, délicate, haute de 1-2 met., à tige et à
branches tétragones. Feuilles plus ou moins glabres, verticillées par 4,
ovales-oblongues, mucronées, à une nervure. Inflorescence axillaire; fleurs
solitaires, jaunes. Fruit inconnu. — Très rare : trouvé une fois près du som­
met de la Grande-Découverte. N° 2778.1 — Il n'est pas à la Martinique.

V. cinerea Less. ; Yernonie cendrée. Vulgo : Bouton violet. — Herbe
annuelle, haute de 30-90 cm., très droite, ornementale, entièrement garnie
d’une pubescence fine et grise. Feuilles ovales, subentières ou grossièrement
dentées. Fleurs violet pâle ou blanches, en cymes dichotomes, lâches, termi­
nales, longuement pédoneulécs; capitules petits, cylindriques. — Abondant
dans les endroits cultivés ou incultes de la basse région : environs de la
Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Deshaies. Alt. 5-200 mèt. Nus 2484,
2517. — Il n'est pas à la Martinique.
V. arborescens Sw\, V. icosantha L). C.; Vernonie arborescente. Vulgo :
Tabac à jacot petit, tabac à jacot bâtard. (Conyza L.) Plum., édit. Burm.,
t. 130. — Arbrisseau élégant, ornemental, haut de 2-3 mèt., souvent buisson­
neux, à écorce grise, à branchesfastigiées, à liges nues dans le bas. Feuilles
grises, pubescentes, ovales-ellipliques. Capitules généralement sessiles, dis­
posés en cymes scarpioïdes, feuillues ou non ; involucre long de 6 mm. —
Fl. de janvier en mai. — Abondant dans les endroits marneux, secs et pier­
reux de la basse région : Vieux-Fort, Pointe-Noire, Deshaies. i N° 2812.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Casser-coutelas. — Case-Pilote (très abondant),
hauteurs du Prêcheur, des Trois-Uels, du Diamant, du Marin. N08 303, 304,
305, 98 4.]
V. punclala Sw. ; Yernonie à feuilles pointillées. Vulgo: Tabac à jacot

QUATRE-VINGT-DIX-NEUVIÈME FAMILLE.

-- S Y N A X T II ÉREES.

TRIBU I. — CORYMBIFÈRES.

Sparganophorus Yaill. (du grec « sparganon », bande, el « pherein », por­
ter, parce que les semences portent au sommet un petit appendice entouré
d'une bandelette.)
S. Vaillantii Gr., Ethulia sparganophora L. ; Sparganophore de Vaillant
(célèbre botaniste français). Vulgo : Oreille-mouton. Br. Jam., I. 34, f. 1,
analyt. — Herbe annuelle ou bisannuelle, habituellement droite, haute de
15-70 cm., à racine forte, pivotante, blanche ou rouge, à tigejgrosse, le plus
souvent très branchue, médulleuse. Feuilles vert pâle, lancéolées ou ellip­
tiques, serretées ou irrégulièrement dentelées. Fleurs petites, blanches ou
rosées, en capitules sessiles el axillaires. — Assez abondant dans les fau­
bourgs et les environs de la Pointe-à-Pitre ; çà et là dans les endroits maréca­
geux ou aquatiques du Moule, du Morne-à-l'Eau ; très rare à la Guadeloupe
proprement dite. N° 2811.] — Je ne Fai pas vu à la Martinique.

bâtard. — Arbrisseau ornemental, droit, buissonneux, haut de 2-3 mèt., gris
dans toutes ses parties, à liges cylindriques, à rameaux striés. Feuilles
coriaces, parsemées, sur les deux faces, de poils couchés, courts et gris, gar­
nies en dessous de pellicules blanches. Capitules longs de 7-11 mm., réunis
par 2-4, en cymes partielles, nombreuses, courtes, scarpioïdes, formant
collectivement une large panicule fastigiée; tleurons violets, plus rarement
blancs. Mêmes localités que le précédent, mais plus abondant Y [N° 2487.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande violette. — Abondant. !.N°302.
Centratherum Cass, (du grec « kentron », pointe, el &gt;&lt; allier », barbe d'épi,
allusion aux pointes rigides qui terminent les écailles de Finvolucre.
1. Les Vernonia a rhorescens et punctata sont réputés digestifs et stomachiques, par
leurs feuilles prises en infusion; mais quelques espèces de ce genre jouissent de pro­
priétés plus actives, tels : V. nigriliana 01. et Hiern. du Soudan, dont lao ernonine prin­
cipe actif peut être rapprochée, d’après mes travaux en commun avec M. Schlagdenhauffen , de la digitaline; le V. anthelmentica W . de l'Inde, dont les graines sont anthelminliques ; le V. cinerea Less. est un fébrifuge des Indous; le V. squarrosa Lour., de
Cocüiinchine, est utilisé comme emménagogue; enfin V. pnealta AV. et altissima Nuit,
sont considérés comme alcxipharmaques. Il y aurait donc lieu de mieux étudier les
espèces des Antilles. (E. H.)

�352

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C.
muticum Less. ; Central hère à capitules avec réceptacle dépourvu do
paillettes. Yulgo : Grande violette, grande marguerite. — SulIVulescenl,
ligneux à la base, touffu, plus ou moins couché-diffus, haut de 25-60 cm.
Feuilles spatulées-oblongues, glanduleuses, gaufrées, irrégulièrement serrefées. Capituleslarges, ventrus à la base, plus larges que longs ; fleurons pourpre
foncé. Akène légèrement poilu, glanduleux, tronqué au sommet et muni d'une
petite touffe de poils courts. — Originaire de la Trinidad, naturalisé et
cultivé comme plante d'ornement. — Pointe-à-Pitre, Gourbeyre, BasseTerre, Camp-Jacob, etc. [N° 2526.
M a rt i n i q u e . Yulgo : Grande marguerite. — Abondant dans les jardins.
1734.]
Elephantopus L. (du grec « elephas », éléphant, et « pous », pied, allusion
à la forme des glomérules, rappelant un pied d’éléphant.)
E.
scaber L. : Eléphantope à feuilles rudes. Vulgo ; Langue à vache. —
Herbe vivace par la base, haute de 0 1,190-1
40, rarement plus élevée, à
racine grosse, pivotante, à lige droite, rigide. Feuilles spatulées, subenlières
ou crénelées, poilues en dessous ; les inférieures, rosuléeset appliquées contre
la terre, dans les jeunes pieds; les supérieures, éparses et plus petites; capi­
tules longs de 7-9 mm., cylindriques, glomérulés, enveloppés par trois
grandes bractées. Inflorescence en panicules très lâches, longuement pédonculées; corolle blanche ou plus souvent rosée. — Fl. toute l'année, mais sur­
tout pendant la saison des pluies. — Plante de peu d'utilité ; cependant,
jeune et mélangée avec d’autres herbes, elle peu L servir de fourrage. — Très
abondant dans le sol sec ou humide des basse et moyenne régions de toute
la Guadeloupe et de la Grande-Terre. N" 2515. |
M a rt i n i q u e . Y ulgo : Grand’oreille-mouton. — Dans toute l’île. |NT" 1444.]
E. anguslifolius L. ; Eléphantope à feuilles étroites. Y ulgo : Langue à
bœuf femelle. SL, t. 148, f. 4. — Vivace par sa base, très droit, à lige linement striée, médulleuse, laineuse, haute de 70-90 cm., peu branchue et peu
feuillue. Feuilles en rosette, lancéolées-oblongues, finement serretées, semiamplexicaules, engainantes. Capitules blancs, sessilcs, glomérulés, constituant
un épi interrompu et allongé. — Peu répandu ; çà et là dans les savanes her­
beuses des hauteurs des Vieux-Habitants. [N° 3535.]
M art inique . Y’ulgo ; Oreille-mouton long. — Assez rare : dans le haut
des terres de l'habitation Fond-Layette (Case-Pilote), et au Marigot, près de
Fort-de-France. N° 308.]

E. spicalus Juss., Distreptus nudicaulis Less. SL, t. 150, f. 3, 4; Kléph.
à épis. Y ulgo : Herbe à vache mâle, herbe à vache noire. ^Distreptus Cass.)
— Y'ivace par la base, haut de 0 m 40-lm 10, droit, rigide, glabre, à tige
striée dans le bas, velue dans le haut. Glomérules entourés de 2-3 brac-

SY NANTI! EH ICES

t-ées, disposées en épis, droits, composés, terminaux; corolle blanche. —
Extrêmement commun et de peu d’utilité. — Alt. 0-900 mèt. |N° 2509.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Petite oreille-mouton, oreille-lapin. — Très abondant
dans tous les coins de l’île jusqu’à une altitude de 600 mèt. [N° 1448. j

Rolandra Rottb. (dédié à Rolandre, élève de Linné; a voyagé à Surinam,
dans un intérêt botanique.)
R.
a rgenlea Rottb., Echinops fruticosus L. ; Rolandra argenté. V’ulgo :
Herbe-pilori. SL, t. 7, f. 3; S\v., Fl., t. 17, analyt. — Vivace par sa base,
souvent stolonifère, haut d e 0 ,n60-lm 20, droit, rigide, à tige noire. Feuilles
lomenleuses, blanc argenté en dessous, elliptiques-oblongues ou lancéoléesoblongues, pointues. Capitules unitlores, ramassés en glomérules globuleuses,
axillaires; écailles de Finvolucre luisantes, membraneuses, carénées : les
extérieures, terminées par une pointe rigide et acérée. — Fl. presque toute
l’année. — Herbe de peu d’utilité. — Assez abondant dans les endroits
incultes des régions moyenne et infra-moyenne : Camp-Jacob, Trois-Rivières,
Y ieux-Habitants. Alt. 250-700 mèt. [N° 2500.
M a r t i n i q u e . Yrulgo : Bouton piquant, herbe argentée, herbe blanche, dos
blanc. — Fonds-Saint-Denis, Gros-Morne, Trois-Ilets, etc. [N° 1433.]
Agératum L. (du grec « ageratos », qui ne vieillit pas, parce que les fleurs
conservent longtemps leur fraîcheur.)
A.
conyzoides L. ; Agératum à feuilles de Conyza. Vulgo : Petit pain-doux,
herbe à pisser, herbe aux sorciers, herbe à la vierge. — Annuel, droit, très
branchu, haut de 40-90 cm. Feuilles vert pâle, ovales, grossièrement den­
tées, trinerviées, parsemées de poils couchés. Capitules multiflores, en
corymbes terminaux, pédonculés; corolle lilas, plus rarement blanche. —
Herbe fourragère, quand elle est jeune; les lapins surtout en sont friands.
— Dans la médecine domestique, elle jouit d une grande réputation comme
plante diurétique; on l’emploie, en outre, en tisane contre les rhumes, la
toux et les refroidissements L — Très répandu dans toute la Guadeloupe, la
Grande-Terre et les dépendances. Alt. 0-800 mèt. (N° 2520.]
M a r t i n i q u e . Vulgo: Herbe à femmes. — Partout très abondant. — S’emploie
dans les campagnes pour les femmes en couches; les feuilles et les jeunes
tiges se mettent dans les bains tièdes pour favoriser les éruptions de la peau ;
elle est en outre préconisée contre les coliques. ! N° 934.1
Hebeclinium DC. (du grec « bébé », puberté, et « cliné », lit, allusion à
la pubescence dont est couvert le réceptacle.)
H. rnacrophyllurn D C., Eupatorium populifolium Mark, Agératum coeruI. A la Guyane, l'infusion de cette plante est donnée dans les cas d'atonie du tube
digestif. (E. H .)
Dio«. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

Zi

At *1

�354

SYNAXTHKRKES

PLANTES DK LA GUADELOUPE RT DK LA MARTINIQUE

læum Sieb. ; Hébéclinie à larges feuilles. \ ulgo : Grande guimauve. PL, éd.
Burm., t. 129. ^Eupatorium L.) — Herbe aromatique, haute de O1" 80-1 11180,
rarement plus haute, simple ou branchue, à base sous-ligneuse, couverte, dans
toutes ses parties, d’une pubescence line, grise et courte, à tige grosse,
cylindrique-striée, remplie de moelle blanche. Feuilles opposées, larges, cor­
dées, deltoïdes-arrondics, pointues, irrégulièrement crénelées. Capitules
nombreux, en corymbes arrondis, contractés, terminaux et axillaires ; corolle
violacée ou blanche. — Répandu dans toute la Guadeloupe et la GrandeTerre, sans être abondant nulle part. Alt. 5-600 met. [N° 2516.]— On le
rencontre quelquefois à l étal de culture comme plante médicinale; elle sert
surtout aux femmes en couches; avec les feuilles et les rameaux, on prépare,
en outre, des tisanes très rafraîchissantes.
M artinique . Vulgo : Herbe à chat. — Dans toute File, avec plus ou moins
d’abondance. [N° 309.]

Eupatorium DC. (dédié à Mithridate, roi du Pont, surnommé Eupator,
qui, le premier, employa des plantes contre les maladies du foie. — Pline,
XX V, 29.)
E. panclalum L. ; Eupatoire à feuilles poinliliées. Vulgo : Amourette. —
Arbrisseau ornemental, aromatique, haut de 1UI 50 à 2m 50, entièrement
glabre, à tige cylindrique striée, à branches souvent inclinées, à rameaux à
quatre angles émoussés. Feuilles ovales-lancéolées, pétioiées, fortement serretées, glanduleuses en dessous. Capitules en corymbes composés, multitlorcs,
pédicellés. — Abondant sur les lisières et dans les clairières des grands bois
des Bains-Jaunes, du Matouba, des Vieux-Habitants, des Trois-Rivières, de
la Ravine-Chaude, etc. Alt. 280-900 mèt. [N° 2528.)
M a r ti n iq u e . Vulgo : Amourette. — Abondant : hauteurs du Prêcheur,
Fonds-Saint-Denis, fontaine Didier, Trois-llets. [N° 299.]
E. odoratum L., E. hra.chia.tnm W ickst; Eupatoire odorant. Vulgo :
Guérit-tout, guéri t-trop-vi te, langue à chat, fleuri t Noël. — Annuelle ou
bisannuelle par la base, aromatique, haute de 0 ul 30-1 m30, entièrement gar­
nie d’une pubescence fine, grise et plus prononcée à la face inférieure des
feuilles. Branches nombreuses, insérées à angle droit, décussées. Feuilles
pétioiées, ovées ou ovées-lancéolées, acuminées. Capitules à 15-25 tleurs, en
corymbes trichotomes, serrés. — Fl. en décembre, janvier, février. —
Répandu dans toute la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-500
mèt. [N° 2518.] — Celte herbe est très appréciée dans la médecine domes­
tique, et s’emploie fréquemment en décoction ou en tisane contre les coliques ;
les feuilles et les jeunes liges, écrasées, sont émollientes et s'appliquent en
cataplasme sur le ventre contre les douleurs intestinales4.
1. Cette plante donne des infusions aromatiques et stimulantes, propriétés qu'elle doit
aux essences contenues dans les glandes dont ses feuilles sont couvertes. ^E. II.)

M artinique.

355

Vulgo : Fleurit Noël. — Abondant dans toute Elle. [N° 1741.]

E. integrifolium W . ; Eupatoire à feuilles entières. Vulgo : Violette bordde-mer. — Arbrisseau très ornemental, haut de 1-3 mèt., très rameux, à
rameaux étalés, très fragiles, souvent tortueux. Feuilles ovées-deltoïdes,
ondulées sur les bords. Inflorescence en corymbes arrondis, terminaux;
corolle violet foncé. — Fl. presque toute l’année. — Endroits sablonneux,
secs, rocailleux du bord de mer ou un peu à l’intérieur : Vieux-Fort, Gozier,
Désirade, les Saintes (Terre-de-Haul). (N° 2493.] — Ne se trouve pas à la
Martinique.

E. Vahlianum Urb. ; Eupatoire de Vahl (célèbre botaniste danois.) Vulgo :
Grande violette. — Arbrisseau très beau, haut de 1-3 mèt., rameux, droit ou
tortueux, duveté, à tige cylindrique, noire, nue dans le bas, médulleuse.
Feuilles glabres, rigides, fortement réticulées, ovales. Capitules en corymbes
(richotomes, ombelliformes, terminaux, pédonculés ; corolle lilas foncé. —
Fl. de janvier à mai. — Cette belle plante, avec son feuillage sombre et ses
nombreuses fleurs, tranche fortement sur les végétaux d’un vert pâle ou gris,
avec lesquels elle vit en société; elle ne se trouve que sur les hautes mon­
tagnes, dans les endroits exposés aux grands vents : Savane à Mulets, GrandeDécouverte, Savane aux Ananas, montagne de la Madeleine. Alt. 800-1100
mèt. [N° 2483.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande violette. — Pitons-du-Carbet, MontagnePelée. [N° 295.]
E. ivæfolium L. ; Eupatoire à feuilles d’Ivette. Vulgo : Violette-savane.—
Herbacé, très droit, ornemental, haut de 0 m 70-1 m 20, simple ou branchu, à
rameaux trichotomes, fastigiés. Feuilles opposées, lancéolées-linéaires, poin­
tues aux deux bouts, serretées au-dessus du milieu. Inflorescences en corymbes
lâches et larges, terminales; capitules à 10-20 fleurons; corolle violette ou
violacée. — Dans les savanes et champs de canne du Lamentin, de la BaieMahault; plus rare dans les environs de la Basse-Terre (savane de l'hos­
pice de Tillac). — Fl. en août, septembre, octobre. \° 2813/ — Il n’est pas
à la Martinique.
E. canescens Vahl, E. sinualum Lam. ; Eupatoire blanchâtre. Vulgo: Boissavane. Plum., éd. Burm., t. 128, f. 1 ; Lam., ///., t. 692, f. 5. — Arbris­
seau buissonneux, ornemental, à tiges en baguettes, entièrement garni d’un
duvet blanchâtre, haut de 1-2 mèt. Feuilles ovées-arrondies, sinuées-crénelées. Inflorescence en corymbes simples, ombelliformes, terminaux, à branches
racémiformes ; capitules à 10 fleurons. — Rare et peu répandu : côte cal­
caire de la Désirade. N° 3241.] — N ’existe pas à la Martinique.
E. iresinoides H. B. Kth., E. Sieberianum DC. ; Eupatoire ressemblant à une
Irésine. Vulgo : Ilerbe-halliers. — Sulfrutcscent, haut d e 0 m60-1 “ 50, sou­
vent sarmenteux et ligneux à la base_, à tige faible, flexible, tombante, striée,

�356

PI.WTES DR LA GUADELOUPE ET RE LA MARTINIQUE

duvetée dans le haut. Feuilles d'un vert très clair, finement réticulées,
ovales-deltoïdes, cunéiformes à la base, acuminées au sommet. Inflorescence
en corymbes umbelliformes, nettement trichotomes, portés sur des pédon­
cules velus; capitules petits, contenant 3-5 fleurs blanc pâle. — Çà et là
dans les haies et broussailles des hauteurs pierreuses de Case-Pilote. [N° 577.]
— Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

E. celtidifolium Lam. ; Eupatoire ù feuilles de micocoulier. Vulgo : Amou­
rette blanc, tabac à diable. — Arbrisseau ornemental, haut de 3-4 met.,
rarement tout petit arbre, glabre, strié, habituellement très branchu, à
branches inclinées ou tombantes. Feuilles membraneuses, ovées-lancéolées,
acuminées au sommet et se terminant en une longue pointe souvent recour­
bée, quintuplinerviées, glanduleuses en dessous. Inflorescence en corymbes
allongés, trichotomes; capitules à 10-1*2 fleurons; corolle blanc pâle. — Fl.
de novembre à février. — Assez abondant dans les mornes inférieurs boisés,
secs et pierreux, ou humides : Ilouelmont, Vieux-Fort, hauteurs des VieuxHabitants, Grands-Fonds du Morne-à-l'Eau, du Gozier, de Sainte-Anne.
[N° 2503.]
M arti ni que . Vulgo ; Amourette. — Prêcheur, Trou-Vaillant, Trois-Ilets,
Marin (morne Gommier), Vauclin. (N° 300.]
E. paniculatamSchr&amp;d., E. guadalupense Spreng., E. urticifolium Hb. Bks. ;
Eupatoire à fleurs en panicules. Vulgo :Tabacàjacot petit. — Herbe annuelle,
flasque, grêle, aromatique, haute de 60-95 cm., à tige simple, le plus sou­
vent droite, à tige et feuilles couleur de paille. Feuilles deltoïdes, serretées
au-dessus de la base, trinerviées. Inflorescence en corymbes larges, lâches,
panicules; capitules à 12-20 fleurs blanc pâle. — Çà et là dans les haies;
plus abondant dans les savanes et endroits en friches du Camp-Jacob, des
hauteurs de Baillif, des Vieux-Habitants. [N° 2494.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Tabac à diable bâtard. — Trou-Vaillant, MorneRouge, Parnasse, Grande-Rivière, etc. Alt. 0-600 met. [N° 1740.]
L Eupatorium Ayapana Vent, (nom de la plante chez les indigènes voisins
du fleuve des Amazones), E. triplinerve Vahl; Vulgo : Ayapana (Aya-pana),
herbe à thé, herbe contre fièvre. (Desc., vol. III, l. 203, p. 240.) —
Herbe couchée, à base radicante, à tige branchue, à branches et tige
relevées aux extrémités, à feuilles lancéolées, à fleurs purpurines.
— Est souvent cultivé dans les jardins comme plante médicinale; les
racines et surtout les feuilles ont une saveur aromatique et légère­
ment astringente. Elle est originaire du bassin des Amazones, dont
les habitants vantaient ses vertus comme capables de guérir toutes les mala­
dies qui affligent le corps humain. Sans avoir tant de propriétés, elle reste
cependant une plante des plus précieuses. Descourtilz l’employait avec
succès, comme stimulante, contre les affections scorbutiques; comme sudo-

SYNANTHERKBS

357

l'ifique, contre les fièvres occasionnées par les blessures. Dans les hôpitaux
de Cayenne, il est d’usage de servir aux malades, tous les soirs, une tasse de
thé fait avec l’ayapanc. — A la Guadeloupe, on prépare avec les feuilles et
les jeunes tiges une tisane contre les fièvres tenaces et rebelles, et les per­
sonnes anémiées, qui font usage de cette herbe, louent beaucoup ses vertus
toniques1. — L'herbe se propage facilement par boutures; les semences
avortent presque toujours, ce qui l'empêche de se naturaliser. [N 0 2506.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Ayapana, herbe vulnéraire. — Egalement cultivé
dans beaucoup d'endroits. — On se sert des feuilles en infusion dans les
digestions difficiles, les dérangements de ventre et les fluxions de poitrine;
on les écrase et on les fait macérer dans le vin, ou le tafia ou le miel, pour
panser les blessures, les contusions et les luxations, soit chez l'homme, soit
chez les animaux, les mulets et les chevaux surtout; il enlre aussi dans les
remèdes contre la morsure du trigonocéphale. [N° 1737.]
Critonia P. Br. (dédié à Criton, médecin grec de l’antiquité.)
C.
rnacropoda D. C.; Critonia à grosse racine. Vulgo : Tabac-diable
bâtard. — Arbrisseau ou grand arbuste, ornemental, haut de 3-4 mèt., à
lige vigoureuse, à branches et jeune tige médulleuses, striées-cylindriques,
glabres. Feuilles larges, membraneuses, ovales-Iancéolées, inégalement et
grossièrement serretées. Inflorescence en corymbes composés, à branches
portant des capitules aglomérés, brièvement pédicellés. — Rare : hauteurs
du Prêcheur, vallée de la rivière Claire (Champflore). [N os 194, 298.j — Je
ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C.
parviflora D. C. ; Critonia à petites fleurs. Vulgo : Tabac-diable grandbois. — Arbrisseau haut de 2-3m50, très droit, à branches inférieures hori­
zontales, à jeune tige, branches, pétioles, pédoncules et pédicelles garnis de
poils laineux, couleur de rouille. Feuilles larges, ovales ou ovales-elliptiques,
dentées-serretées. Inflorescence en panicules larges, composées, portant des
branches terminées par 3-7 capitules; fleurs blanches.— Fl. de mars à mai. —
Rare : bois du Matelyane et des environs des Bains-Jaunes. Alt. 800-950 mèt.
[N° 3615.] — Je ne l ai pas trouvé à la Martinique.
Mikania W illd. (dédié à Mikan, professeur de botanique à l université de
Prague; il a exploré le Brésil, mort en 1844.)
M. ovalis Griseb. ; Mikanie à feuilles ovales. Vulgo : Wappe-montagne.—
Liane vivace, haute de 3-5 mèt., à écorce noire, lisse, à branches cylindriques.
Feuilles ovales, brièvement pointues, entières, d'un vert sombre. Inflores­
cence en corymbes trichotomes, racémiformes; corolle blanc pâle. — Peu
1. Toutes ces propriétés ont été singulièrement exagérées; elle n'est en réalité que
digestive et sudorifique, propriétés qu’elle doit à l’existence d'une huile essentielle abon­
dante, d’un principe amer et d’une matière grise, soluble dans l élher (Wuaflart). (E. H.)

�358

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANTHÉnÉES

abondant : çà et là dans les bois supérieurs et sur les hautes montagnes :
Ravine-à-Déjeuner (au pied de la Grandé-Découverte), Savane aux Ananas,
montagne de la Madeleine (Capcsterre, Guadeloupe). [N° 2498.| — Il n’est
pas à la Martinique.

Jacob, hauteurs de Baillif et de Gourbeyre (environs du Ya Ica nard), TroisRivières, bois de la Capesterre. [N° 2814.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-serpent, Guaco. — Abondant dans la région
moyenne : Champtlore, Camp-Balata, Gros-Morne, etc. Alt. 300-700 mèt.
[N° 310.]

M. latifolia Sm., M. Badieri D. C. ; Mikanie à larges feuilles. Yulgo :
Gros-fort (chez les bûcherons du Matouba), liane gaufre, liane à eau. — Puis­
sante liane, à lige grosse comme le bras, glabre, nue dans le bas, sur une
grande étendue, pourvue d'anneaux dans le haut, à branches très enchevê­
trées, finement striées-subanguleuses, tombantes. Feuilles épaisses, ovées,
luisantes, entières ou subentières. Capitules réunis par trois en glomérules
constituant ensemble un corymbe allongé; fleurs blanches ou blanc verdâtre,
à odeur aromatique.— Fl. de septembre à mars. — Abondant dans les grands
bois supérieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, du bassin Bleu et du Gommier.
[N° 2501.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Liane tordue. — Abondant dans les bois de la Mon­
tagne-Pelée, des hauteurs de la Basse-Pointe, des Fonds-Saint-Denis, etc.
[N° 312.]
M . Imrayana Griseb.; Mikanie d'imray (médecin de la Dominique, qui
s'est occupé de la flore de cette île.) Yulgo : Liane tordue, liane à eau, lianegaufre. — Se confond à première vue avec le précédent, auquel il ressemble
par la vigueur de la tige, la couleur des feuilles, le parfum et la couleur des
fleurs, l’enchevêtrement des branches; il en diffère par ses feuilles ovales,
d'un vert sombre en dessus, par les branches deltoïdes et nombreuses de la
panicule, par ses capitules plus longs, réunis par 5-3, par les lobes du calice
moins profonds, et par les écailles ciliées, oblongues-linéaires de l’involucre.
— Même habitat, mais moins abondant. [N° 2815.]
M ar ti n iq u e . Yulgo : Liane tordue. — Forêts du Macouba, de la Basse-Pointe,
des environs du Camp de l’Alma, etc. [N° 313.]
N o t a . — Cette espèce et la précédente ont des tiges spongieuses, remplies
d une eau limpide et potable; les chasseurs et les bûcherons en boivent sou­
vent le contenu; les vieilles tiges sont en outre pourvues de longues racines
adventives, cylindriques, pendantes.
M. cordifolia W illd .; Mikanie à feuilles en cœur. Vulgo : Wappe. —
Forte liane, pouvant monter sur de très hauts arbres, à tige grise, cylindriquenoueuse, à branches extrêmement enchevêtrées, tombantes, à jeunes branches,
tiges et feuilles garnies d’une pubescence grise, ce qui donne à la liane un
aspect particulier et la distingue de loin de toute autre plante. Feuilles molles,
plus ou moins gaufrées, cordiformes-deltoïdes, à sinus basilaire largement
ouvert. Fleurs odorantes, surtout le soir, en corymbes composés, nettement
trichotomes, terminant la tige principale, avec 8-10 corymbes axillaires for­
mant ensemble une large panicule. — Abondant aux environs du Camp-

359

M. confjesta D. C., M. scandens W illd .; Mikanie à fleurs ramassées.
Yulgo ; Wappe. — Assez grande liane, haute de 5-7 mèt., à tiges très allon­
gées, pendantes, à rameaux glabres, striés-anguleux, garnis de quelques
poils épars sur les stries. Feuilles membraneuses, d’un vert clair, cordées, à
lobes basilaires, tantôt divergents, tantôt parallèles, et alors avec un sinus
étroit et profond, pédatinerviées, grossièrement et inégalement dentéessinuées ou dentées : les jeunes entières. Corymbes ramassés, plus petits que
dans le précédent, en ombelles composées et très longuement pédonculées,
à pédoncules nettement tétragones. — Abondant dans les endroits humides
des basse et infra-moyenne régions : environs de la Basse-Terre, Gour­
beyre, Capesterre (Guadeloupe), Trois-Rivières (très commun), etc. N° 2950.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Liane-serpent. — Abondant ; environs de Saint-Pierre,
Prêcheur, Carbel (le long de la rivière), Parnasse, etc. Alt. 5-400 mèt.
[N° 311.]
N o t a . — Les deux dernières espèces posséderaient à un haut degré des pro­
priété alexitères et sudorifiques; les panseurs en appliquent les feuilles et les
jeunes rameaux, pilés, ainsi que le suc de la racine et de la tige, sur les mor­
sures du trigonocéphale pour en neutraliser le venin. Ces propriétés rap­
prochent ces plantes du Mikania (Uiaco H. et Bp. propre au continent améri­
cain.
E rigeron L. (du grec « eri », printemps, de bonne heure, et « geron», vieil­
lard, parce que les akènes avec leurs soies grises disparaissent de suite après
la chute des fleurs et que ces plantes ressemblent déjà dans leur jeunesse à
des jilantes fanées.)
E. jamaicensis L ., E. cuneifolius D. C. ; Vergerelle de la Jamaïque.
Yulgo : Petite marguerite. Sw., Observ., t. 8, f. 2. — Herbe vivace, ornemen­
tale, à racine pivotante, blanche, émettant au collet 5-10 tiges rampantes,
qui s’allongent indéfiniment. Feuilles glabres, spatulées. Capitules longs de
f-5 mm., solitaires, terminaux, portés sur des pédoncules très longs, fili­
formes et flexibles; ligules blanches placées sur deux rangs. — Peu répandu :
Basse-Pointe (près du bord de mer et dans le gazon des environs des maga­
sins, du côté de la grotte de N.-D. de Lourdes). [N° 669.] — Je ne l’ai pas
trouvé à la Guadeloupe à l’état sauvage, mais on le cultive fréquemment dans
les jardins. [N°2951.j
E. spalhulatus Vahl; Vergeretteà feuilles spatulées. Yulgo : Herbe à dinde.
— Annuel, très droit, haut de 80-95 cm., rarement plus haut, entièrement

�SVNANTHEn EES

poilu, branchu dans le haut, branches fasligiées : les inférieures longues.
Feuilles alternes, ruguleuses, spalulèes-lancéolées. Capitules nombreux, con­
stituant un corymbe lâche et large. — Abondant le long des routes et dans
les savanes sablonneuses en friches : Gourbeyre, environs de la Basse-Terre,
Trois-Rivières, Lamentin, etc. [N° *2507.j
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe-lapin. — Environs de Saint-Pierre, Parnasse,
Garbet, etc. [N° 311.]
E. honaricnsis L. ; Vergerette de Buenos-Ayres. Vulgo : llerbe-coq d’ Inde.
Dill., Ilorl. E llh ., vol. II, (. 334. — Annuel, droit, haut de 70-95 cm., rare­
ment plus haut, à lige striée, légèrement poilue, nue dans le bas, très branchue dans le haut. Feuilles supérieures lancéolées, les inférieures plus larges,
presque toujours pinnatilides-sinuées. Capitules longs de 5 mm., disposés en
une large panicule racémiforme. — Assez abondant aux environs du GampJacob (chemin de la cascade de Yauchclet), le long du chemin et dans les
clairières des Bains-Jaunes, Malouba, etc. Alt. 400-900 met. N°27()7.
M ar ti n iq u e . Vulgo : Herbe-coq d Inde. — Morne-Rouge, Fonds-SainlDenis, fontaine Didier, Ajoupa-Bouillon, etc. (N° 314.J
E. canariémis L. ; Vergerette du Canada. Vulgo : Herbe-coq d’ In d e .—
Annuel, très droit, haut de 30-90 cm., à lige striée, très feuillue et sans
branches. Feuilles très rapprochées, lancéolées-linéaires : les inférieures
fanées avant 1éclosion des (leurs. Capitules nombreux, longs de 4-5 mm.,
constituant une panicule racémiforme allongée. — Abondant dans toute la
région inférieure de la Guadeloupe et dépendances; répandu dans presque
toutes les parties du monde. [N°2565.)
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe-coq d'Inde. — Abondant. [N° 1142.]
L'Aster chinensis L., vulgo : Œil du Christ, à fleurs violet poupre et à
feuilles glauques, originaire de Chine, est cultivé dans beaucoup de parterres.
[N° 3389.]
M a rt in iq u e . Vulgo : Œil du Christ. [N° 32*2.]

Baccharis L. (dédié à Bacchus, dieu du vin, à cause de l'odeur agréable de
la plante.)

B.
speciosa D. C.; Baccharis brillant. Vulgo : Bois Guillaume. — Arbris­
seau très ornemental, haut de 1-2 met., à branches fastigiées, nombreuses,
rigides, à tige grosse, striée. Feuilles elliptiques ou elliptiques-oblongues,
mucronée6, à trois nervures. Capitules en corymbes contractés, arrondis;
fleurs dioïques. — Fl. d’août à janvier. — Peu abondant. Région supérieure
des hautes montagnes : Savane aux Ananas, Savane à Mulets, Grande-Décou­
verte. [N°* 2512, 2952.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Bois Guillaume. — Pitons-de-l'Alma, route de l’Alma,
route de l'Alma aux Deux-Choux. [N° 935.]
B. nervosa D. C.; Baccharis à feuilles fortement nervées. Vulgo : Liane ou

361

bois Guillaume. — Sarmenteux, haut de 3-5 met., très branchu, à branches
allongées, plus ou moins droites, d'abord dressées, ensuite tombantes.
Feuillesovales-lancéolées, d’un vert très pâle. Capitules dioïques, hémisphé­
riques, en corymbes nombreux à 8-12 branches, constituant une large pani­
cule terminale; fleurs blanc pâle. — De l’espèce guadeloupéenne, je n’ai pu
trouver que les fleurs mâles. — Très rare ; Bas-Malouba habitation Dubreuil).
|N° 3598.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois Guillaume.— Plus abondant qu à la Guadeloupe :
Parnasse (habitation IAlice), morne Saint-Martin et habitation I Ermitage,
près de Saint-Pierre, etc. [N’°936.j — -le n ai trouvé que les fleurs femelles.

B. rlioica Vahl ; Baccharis à fleurs dioïques. Vulgo : Bois Guillaume.—
Liane des plus belles et des plus florifères, haute de 2-4 met., à lige noirâtre,
d’abord droite, ensuite voluble. Feuilles oblancéolées, très rapprochées et
très visqueuses, mucronéesau sommet. Fleurs blanches, en corymbes larges,
fasligiés, longuement pédonculés, à pédicelles bractéolés â la base. — Fl.de
juillet à novembre. — Ne se trouve qu’à la Désirade, dans la ravine Cybèle,
oü elle abonde. |N° 2810.J — Elle n'existe pas à la Martinique
Pluchea Cass, (dédié à l’abbé Franç. Pluche, auteur de : Spectacles de la
nature. — Paris, 1732.)
P. odorala Cass., Conyza odorata L., C. carolinensis Jacq. ; Pluchée odo­
rante. Vulgo : Tabac à Jacot, bois-liège, grande sauge. Desc., vol. III, t. 217,
p. 300. — Arbrisseau ou grand arbuste, touffu, haut de 2-3,50 mèt., couvert
dans toutes ses parties, sauf le bas de la tige, d’un duvet court et blan­
châtre, à branches étalées, divariquées, finement striées. Feuilles elliptiques
ou elliptiques-oblongues, pointues aux deux extrémités, subentières ou légè­
rement dentelées. Capitules multiflores, hémisphériques, en corvmbes arron­
dis, larges, pédonculés. — Assez rare à la Guadeloupe ; abondant à la GrandeTerre, dans les sables du bord de mer ou dans les savanes intérieures : SaintFrançois, M ouïe, Sainte-Anne, Marie-Galante. — Cette plante passe pour
jouir de nombreuses vertus (alexitère et stimulante). Pour l avoir plus faci­
lement sous la main, on la cultive souvent autour des maisons, dans les cours
et les jardins. On l'emploie dans les bains chauds et en fomentations
contre la paralysie; l’infusion des feuilles est stomachique et les sommités
mêlées aux aliments excitent l’appétit et facilitent la digestion; dans le pays,
on se sert des feuilles et des boutons en infusion contre les refroidissements,
les rhumes et la toux, et en décoction contre les fièvres et les fluxions de poi­
trine. |N° 2523. i
M a r t i n i q u e . Vulgo : Tabac-diable. — Assez abondant. — Il entre souvent
dans les remèdes contre la morsure des serpents. On met les feuilles et
l’écorce des racines pilées dans du tafia fort, on en exprime le suc et on le
donne à boire : le marc s’applique sur la plaie. X° 575.

�363

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANÎHÉRÉES

P. purpurancens D. G.; Pluchée à fleurs purpurines. Vulgo : Sauge rouge,
guérit-tout. SI., 1. 152, f. 1. — Herbe annuelle ou bisannuelle, souvent slolonifère, surtout quand elle pousse dans I eau , haute de 30-80 cm., à tige
noire, simple ou garnie d'un petit nombre de branches, à jeune tige et branches
revêtues d'un duvet très court, tin et blanchâtre. Feuilles d'un vert très pâle,
lancéolées ou oblongues-lancéolées. Capitules en corymbes terminaux, lon­
guement pédonculés; fleurs purpurines ou pourpres, ou plus rarement
blanches. — Endroits aquatiques ou marécageux près de la mer : les Saintes,
Terre-de-Haul (derrière le cimetière, où il abonde), Pointe-Noire, Moule.
[N° 2953. — .le ne l'ai pas trouvéeà la Martinique.

la plantent quelquefois à côté do leurs cases et s en servent pour enivrer le
poisson L Elle passe pour tonique et est employée pour combattre l'anémie
et la chlorose. [N° 315.] — Je ne l'ai pas vue à la Guadeloupe. Espèce pro­
bablement à fondre dans la précédente.

362

Pterocaulon Eli. (du grec « pteron », aile, et *&lt; kaulon », tige, parce que les
feuilles décurrentes forment des ailes sur la tige.)
P. virgatum D. C ..C on yza alopecuroides Lamk.; Pterocaulon droit comme
une baguette. Vulgo : Langue à vache femelle. SL, t. 152, f. 2. — Herbe suflrutescente, très droite, haute de 40-89 cm., simple ou touffue. Feuilles elliptiques
ou elliptiques-oblongues, vertes et glanduleuses en dessus, garnies d'un duvet
laineux et blanc en dessous, ainsi que les ailes formées parles pétioles décurrenls. Capitules en glomérnles formant un épi oblong : les glomérules infé­
rieurs distants; corolle blanc pâle. — FL de novembre à juin. — Çà et là
aux Saintes (Terre-de-Haut) ; assez abondant dans les savanes et les terres en
friches des hauteurs des \ leux-Habilants. Alt. 20-350 met. N° 2949.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Oreille-mouton. — Rare ; Fort-de-France (Marigot),
hauteurs de l'habitation Fond-Layette (Case-Pilote). [N° 1440.]
Clibadium L . (nom emprunté d’une plante que les Grecs appelaient « klibadion », dont on n'a pas pu trouver la signification.)
C. asperum D. C., CL surinamense L ., Trixis scahra Sw. ; Clibadie à
feuilles rudes. Vulgo : Bois enivrant. Aubl., Guy.,f. 313. (B ailleria Aubl.) —
Arbrisseau haut de 2-3 met., droit, à lige cylindrique, nue dans le bas, à
branches nombreuses dans le haut, fastigiées, à lige et branches grises et hispides. Feuilles ovales-lancéolées, grisâtres, surtout en dessous, finement serretées, scabres-hispides des deux côtés. Capitules en panicules corymbiformes,
terminales ; corolle blanche. — Rare ; hauteurs des Trois-llets (quartier de la
Plaine), où il fleurit presque toute l’année. N° 317. — Je ne l’ai pas trouvé
à la Guadeloupe.
C.
Badieri Griseb. ; Clibadie de Radier. Vulgo : Herbe enivrante. — Plante
herbacée par le haut, suffrutescente à la base, haute de 0U160-111130, très
feuillue, vénéneuse. Feuilles ovales-lancéolées ou ovées, subentières ou serretées au-dessus de la base, ruguleuses en dessus, hispides-laineuses en des­
sous, surtout sur les nervures. Capitules pédicellés, en corymbes terminaux.
— Peu abondante ; çà et làdans les boisde lAjoupa-Bouillon. — Les pêcheurs

C.
erosum D. C.; Clibadie à feuilles frangées. Vulgo : Bois enivrant.
(T rix is Sw.) — Grand arbuste, haut de 2-4 mèl., rarement plus haut, à tige
unique, à branches très étalées, peu nombreuses, à branches et tige nues.
Feuilles larges, ovées, inégalement incisées-serretées, rugueuses en dessus,
pourvues en dessous d'un duvet gris, court, légèrement hispide. Capitules en
corymbes étalés, arrondis, larges; corolle blanche ou rose purpurine. — FL
presque toute l’année. — Dans les bois, le long des rivières et des ruisseaux ;
Bains-Jaunes, Matouba. [N° 2491.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois à enivrer. — Bois des Fonds-Saint-Denis, che­
min de la Trace, falaises des Pitons-du-Carbet. Alt. 350-900 mèt. N° 316.
Ogiera Cass, (dédié àügier?.)
0. ruderalis Griseb., Eleutherantera ovata Poil; Ogiérie des décombres.
Vulgo : Herbe-savane. — Herbe annuelle, haut de 15-60 cm., pubescente, à
lige simple, très branchue, cylindrique dans le bas, tétragone dans le haut,
à branches très longues, insérées à angle droit, tombantes ou penchées aux
extrémités. Feuilles ovales, triplinerviées, glanduleuses en dessous. Capitules
solitaires ou géminés à l’aisselle des feuilles; corolle jaunâtre. — Herbe
fourragère de médiocre valeur. — Abondante dans les savanes herbeuses
et plates du Lamentin, de Sainte-Rose, etc. [N° 3264.1 — Elle n’existe pas à
la Martinique.
Melampodium L. (du grec « mêlas », noir, et « podion « pous », pied,
allusion à la racine noire de la plante, ce qui est vrai du Melampodium
des anciens, Helleborus niger (Hellébore noir), qui n’a aucune ressemblance
avec le Mélampode de Linné. — Pline, X X V ,21, dit qu’ un diseur d'aventures,
appelé Melampus, ou un berger de ce nom, avait le premier découvert les
propriétés de l'Hellébore.)
M. perfoliatum H. B. et Kunth; Melampode à feuilles perfoliées. Vulgo :
Bouton jaune. — Petite herbe plus ou moins droite, haute de 25 à 30cm., à tige
noire, nue dans le bas, nettement dichotome dans le haut. Feuilles larges,
en forme de losange, opposées, s’élargissant à la base pour devenir amplexi1. Les Clibadium sont probablement tous doués de propriétés toxiques qui en font uti­
liser quelques-uns, notamment Cl. asperum à la Guyane) ou Cl. Badieri aux Antilles .
pour enivrer le poisson. Ils sont désignés ;1 la Guyane, en raison de cet emploi, sous le
nom de conami qu'ils partagent avec quelques Phyllanlhus employés aus&gt;i comme poison
enivrant. On ignore la nature des principes actifs de ces Clibadium ; il y aurait lieu de
faire sur les espèces de ce genre un travail de recherches semblable à celui de feu
GeolTroy sur le Robinia Micou , qui est aussi un poison enivrant de la Guyane, C.e
dernier travail a paru dans les Annales de l'Institut Colonial en 1889. E. H.

�364

caules et connues avec la feuille opposée. Capitule solitaire, radié, multitlore,
terminal, porté sur un long pédoncule : fleurs de la périphérie (femelles), au
nombre de '20; celles du centre (mâles), entourées de paillettes diaphanes;
fleurs involucrales sur deux rangs, ovales, ciliées. — Rare : çà et là dans les
savanes et champs de cannes entre la Basse-Pointe et la Grande-Rivière.
[N° 320. — Je ne l'ai pas trouvée à la Guadeloupe.
Acanthospermum Schrk. (du grec « allant ha », épine, et « sperma »,
semence.)

i *

SYNANTHÉr éf.s

PLANTES DE J.A GUADELOUPE BT DE LA MARTINIQUE

A. xanlhioides D. C., A. braailum Schrk ; Acanthosperme à feuilles de lampourde. Vulgo : Herbe-savane. — Annuel, couché, hispidulé dans toutes ses
parties, à lige Iricholome et à branches dicholomes. Feuilles opposées,
pétiolées, obovées, inégalement dentelées, glanduleuses en dessous. Capitules
subsessiles, terminaux, souvent fixés dans la bifurcation de deux branches;
écaille ligneuse renfermant l’akène, munie de piquants crochus et de 8-10
côtes longitudinales 1. — Peu répandu : Carbet (dans une savane herbeuse du
haut de l’habitation Crassous). [N° 1042.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guade­
loupe.
Xanthium L. (du grec « xanthos », jaune, parce que l’infusion de la plante
doit, selon Üioscorides, IV, 133, teindre les cheveux en jaune.)
X. orientale L. ; Lampourde à gros fruits. Vulgo (dans le pays : gros cousin).
— Annuel ou vivace, à racine grosse, longue, pivotante, à lige très branchue, haute de 0m 80-lm40, rarement plus haute. Feuilles grisâtres, pédalinerviées, ovées, inciso-dentées, larges : les adultes, penchées. Inflorescence
en corymbes allongés , composés de capitules agglomérés et monoïques :
les mâles dans le haut et les femelles dans le bas du corymbe; involucre des
capitules mâles uniserié, libre; réceptacle cylindrique et garni de paillettes;
corolle tubuleuse, à 5 lobes très courts; involucre des capitules femelles
ovoïde, épineux, dur, surmonté de deux pointes fortes, très crochues au
sommet, épines crochues au sommet; corolle filiforme-tubuleuse; stigmates 2.
— Fl. de juin à octobre. — Assez abondant dans les usines « La Retraite »,
à Baie-Mahault. — Introduit d’Europe par les marchandises ou les engrais,
car elle se rencontre dans toutes les parties chaudes et tempérées du
monde entier2. [N° 281G.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Gros cousin. —

Environs de Fort-de-brance et

port des Transatlantiques. [N°918.]
Parthenium L. (du grec « parthenos »,
plante à guérir les maladies des femmes.)

P. Ilyslerophorus L. ; Parlhénium malricaire. V ulgo ; Absinthe bâtard,
herbe à pian, matricaire. — Annuel, ornemental, très droit, haut de
40-90 cm., très branchu, à branches étalées. Feuilles bi-pinnatiséquées : les
supérieures entières. Capitules pentagones, en une large panicule terminale;
fleurons blancs. — Très abondant sur les décombres, le long des roules et
dans les terres abandonnées de toute la Guadeloupe et dépendances L Alt.
0-500 mèt. [N° 2502.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Matricaire, — Abondant dans toute l'île. [N° 261.]
Ambrosia L. (du grec « ambrosia », nourriture des dieux, parce que les
feuilles froissées répandent une agréable odeur.)
A. artemisifolia L. ; Ambroisie à feuilles d'Artémise. Vulgo: Absinthe
anglaise, ambroisie. — Sufl'rutescent, droit, haut de 0 m 40-2 mèt., velu.
Feuilles bi-pinnatisequées. Capitules nombreux, multiflores, en épis allongés,
nombreux et terminaux ; fleurons verdâtres. — Çà et là dans les savanes :
Gourbeyre (Dolé), Vieux-Fort. — On le rencontre plus souvent autour des
maisons à l'état de culture. — Dcscourtilz le vante comme un excellent ver­
mifuge; dans le pays, on s’en sert comme tel et aussi comme sudorifique,
fébrifuge et antigoutteux. [N° 2511.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Absinthe de la Dominique. — Ç à et là dans les
champs, et à l’état de culture dans les jardins; il est employé comme vermi­
fuge : Sainte-Anne, Vauclin, Ducos, etc. [N° 218.1
Zinnia L. (dédié à Jean Gottfrid Zinn, né en 1717, à Schwabach, près de
Nuremberg; en 1753, professeur de médecine à Gottingue, mort en 1759; a
écrit, entre autres choses : Descriptiones plantarum horti et agri Goeltin-

gensis.)
Z. multiflora L. ; Zinnia multiflore. Vulgo : Brésine. Lam., ///., t. 585, fig.
inf. — Annuel, très droit, haut de 25-35 cm., à fleurs rouges. Trouvé à l'état
sauvage sur plusieurs mornes calcaires de la Désirade. [N° 2817. |— Il n'existe
pas à la Martinique.
Z. eleqans Jacq. ; Zinnia élégant. Vulgo : Brésine. — Haut de 40-70 cm.
— Pousse spontanément autour des maisons, dans les cimetières et dans
beaucoup d'endroits cultivés : Moule, Sainte-Anne, Gozier, Vieux-Habitants,
Pointe-Noire, etc. — Introduit du Mexique, sa patrie. [N°2818.] — Il tend à
se naturaliser à la Martinique.
Eclipta L. (du grec « ekleipsis », éclipse, absence, manque, parce que les

vierge, jeune fille, c’est-à-dire

1. Cette plante est usitée sous le nom (le Picaio de l'raya comme fébrifuge et diuré­
tique. (E. H.)
2. Cette plante qui, comme toutes les autres lampourdes de France, est réputée jouir
de propriétés mirifiques, n'a aucun emploi uux Antilles, et c’est avec raison.

. ________________

365

1. Cette plante est citée dans nos classiques comme employée de temps immémorial
aux Antilles à titre de fébrifuge et dans le traitement de l’herpès : elle contient un prin­
cipe actif cristallisé, ta Parlhénine , qui a été donnée avec succès contre les névralgies
crâniennes et de la face; la plante passe aussi pour astringente et emménagogue.
.E. H.)

�fleurons blancs île la périphérie du capitule font, pour ainsi dire, disparaître
les fleurons verts du centre.)

E. alba L. : Ecliple blanche. Vulgo : Herbe à l'encre. — Annuel, droit,
haut de -40-85 cm., branchu, entièrement scabre, â lige presque toujours
noirâtre. Feuilles lancéolées ou ellipliques-lancéolées, subsessiles. Capitules
solilaires, axillaires et terminaux, pédonculés, hémisphériques. — Abondant
dans toute la Guadeloupe et dépendances. Alt. 0-600. [N° 2495.]
M a r ti n iq u e . Vulgo : Herbe à l'encre. — Commun. [N° 1436.]

Borrichia Ad. (dédié à Olof Borrich, botaniste du xvne siècle; a laissé :
De somno el somniferis maxime papavereis, 1683, et De usa plantarum indigenarum ii i medicina, 1690.)
B. arborescens DC. ; Borrichie arborescente. Vulgo : Pourpier bord-demer, tiraille. Plum., éd. Burm., t. 106, f. 2. — Arbrisseau haut de 0m 40l 1" 90, rarement plus haut, droit, rarement tortueux, très branchu et très
feuillu, à branches fastigiées et à feuilles très rapprochées, à écorce grise.
Feuilles épaisses, blanc argenté ou grises, spatulées ou lancéolées, entières.
Capitules radiés, larges, solitaires, terminaux; fleurs jaunes. — Fl. toute
l'année. — Sur les roches madréporiques ou dans les sables, ou aussi dans
le gazon du bord de mer : Désirade, Marie-Galante, Moule, Saint-François,
Sainte-Anne, etc. [N°2819.] — Il n’existe pas à la Martinique.
L'Helianthus (ubernsus L., vulgo : Navet de Jérusalem, topinambour de
France, à capitules larges, radiés, ü corolle jaune, est souvent cultivé à cause
de ses racines tubériformes qui constituent un excellent légume. — Origi­
naire du Brésil. [N° 3265.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Navet de Jérusalem. [N° 1735.]
Wedelia Jacq. (dédié à l'Allemand Georg W olfgang Wedel, né en 1645, à
Golzen. dans le Niederlansitz; en 1667, ingénieur à Gotha; en 1673, profes­
seur de médecine à Iéna , mort en 1721 ; a écrit, entre autres choses, sur les
plantes des anciens.)
W. earnosa Ricli. ; Wédélie à feuilles charnues. Vulgo : Herbe à couresse
à femme, patte-de-canard, herbe-soleil, bouton d’or. SI., I. 155, f. 1. —
Herbe couchée, radicante, stolonilere, rampant à une distance indéterminée,
élevée aux extrémités. Feuilles sessiles, obovées, trilobées, grossièrement
dentées, oflranl dans leur ensemble un peu la forme d une patte de canard.
Capitules jaunes, radiés, larges, axillaires et terminaux. — Très abondant
dans les savanes humides ou sèches et sablonneuses, où il forme souvent
gazon sur une grande étendue : Vieux-Fort, Gourbeyre, Camp-Jacob,
Lamentin, Baie-Mahault et dans toute la Grande-Terre, etc. Alt. 0-800 mèt.
Nu 2524.]

M a r t i n i q u e . — Vulgo : Herbe-soleil, bouton d'or. — Hxlrêmement abon­
dant. [N° 1434.]

W . pulchella H. B. Kth. ; Wédélie élégante. Vulgo : Herbe-soleil. — Suffrulescenl, à tige couchée, radicante, à extrémités dressées, haut de
40-70 cm. Feuilles rudes, ovales-ellipliques. Capitules larges, jaunes, termi­
naux. — Peu répandu : Fort-de-France, aux environs du port des Trans­
atlantiques, où il forme gazon. [N° 319.]— Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
W. frulescens Jacq.; Wédélie frutescente. Vu lgo: Herbe à vache. —
Vivace par le bas, à branches herbacées, haut de 1-1 m 90, rarement plus
élevé, droit ou tortueux, peu &lt;&gt;u fortement branchu, à branches et jeune
lige médulleuses, garnies de soies courtes et rudes. Feuilles pétiolées,
ovales-ellipliques, acuminées, serretées, très scabres-hispides. Capitules
jaunes, solitaires ou géminés, terminaux. — Abondant dans les endroits
secs des mornes inférieurs ou dans les falaises et les sables du bord de mer,
où il vit en société : Carbel, Case-Pilote, Prêcheur, Grande-Rivière. N°318.]
— Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.
W. buphthalmoidès Gr. ; Wédélie à fleurs de Buphthalmum. Vulgo :
Herbe à vache. — Frutescent dans le bas, herbacé par les branches, haut de
0"' 90-1"' 4. — Ressemble au précédent; il s’en éloigne par ses feuilles moins
rudes, par ses jeunes branches velues, el par la longueur des écailles de
l'involucre. Plante variable quant au port, à la taille et à la disposition des
nervures, selon qu'elle pousse dans les endroits ombragés ou exposés au
soleil el au vent. — Abondant : Vieux-Fort, Gourbeyre, Capesterre, Moule,
Gozier, Saint-François, Marie-Galante, etc. [N° 2525.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Herbe-soleil. — Abondant. (Spécimen manque.)
Le Tithonia speciosa Hook., herbe annuelle, très ornementale, haute de
1-2 mèt., à feuilles très larges, sinuées, à capitules rouges très larges, posés
sur de longs pédoncules terminaux, est cultivé dans les jardins de la
Désirade, du Moule, du Morne-à-l’ Eau, du Petit-Canal, etc., el aussi à la
Martinique. — Originaire du Mexique. [N° 2806.]
Melanthera Ricli. (du grec « mêlas », noir, et « antliera », anthère, parce
que les anthères sont naturellement noires.)
M. delloidea Mich. ; Melanthère à feuilles deltoïdes. Vulgo : Bouton
blanc. — V ivace par la base, herbacé par le haut, stolonilere, haut de
0 m 70-lm20, d'abord droit, ensuite infléchi ou tombant, ou parfois sarmenteux, peu feuillu mais très branchu, à branches allongées, divariquées, à
tige tétragone. Feuilles deltoïdes, parfois légèrement hastées, scabres, serrelées. Capitules blanc pâle, longuement pédonculés, terminaux, solitaires ou
géminés, ou ternés. — Très abondant sur le bord de mer et un peu dans 1 in­
térieur. Vit souvent en société sur une grande étendue : Désirade, Marie-

�368

plantés dé

La CUadbloüpk

ét

dé la

Martinique

Galante, les Saintes, Moule, Saint-h rançois, Petit-Canal, Port-Louis, etc.
[N° 2820.]
M a rt i n i q u e .

\ ulgo ; Hou (on blanc. — Abondant . Prêcheur,

Garbet,

Caravelle, Trinité, Sainte-Anne. [N° 1431.]
Wulffia Neck. (dédié à J. C. Wuliï, qui, en 1744 et 1765, a écrit sur les
plantes de la Prusse.)
W. stenoglossa DC. ; Wullïic à capitules pourvus de ligules courtes.
Vulgo : Gros bouton. — Herbe sulTrutescente, grimpante, haute de 2-4 met.,
à tige subtétragone, peu branchue, à branches étalées. Feuilles très rudes,
ovées-lancéolées ou ovées, brièvement acuminées. Capitules jaunes, arrondis,
terminaux, portés sur de longs pédoncules géminés ou ternés. — Dans les
haies et les broussailles de la région inférieure : environs de Saint-Pierre,
Parnasse, Carbet, Prêcheur, Marin (morne Gommier), etc. [N° 929.] — .le
ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

d’Arlel, surtout sur la pente occidentale du morne Larcher. [N° 1045.] — Je
ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
B. bipinnata L. ; Bidens à feuilles bipennées. Vulgo : llèrbe-z'aiguille. —
Annuel, droit, glabre, haut de 20-90 cm., très branchu ou simple. Feuilles
penniséquées, à segments inférieurs assez souvent penniséqués. Capitules
jaunes. — Très abondant dans les terres cultivées ou laissées en friches de
toute la (iuadeloupc ; plus rare à la Grande-Terre, à Marie-Galante et à la
Désirade. Alt. 5-600 mèt. [i\° 2492.J
M a rt i n i q u e . Vulgo : Herbe à aiguilles. — Très abondant. r\° 1446.]
Cosmos Cav. (du grec « kosmos », ornement, allusion à la beauté des
fleurs.)

W. havanensis DC. ; Wulflie de la Havane. Vulgo : Gros bouton. —
Sulîrulescent, sarmenteux, haut de 1-3 met., à tige subanguleuse. Feuilles
rudes, ovées-oblongues, acuminées, faiblement hispidulées ; écailles de l’involucre non apprimées comme dans le précédent, foliacées, oblongues-lancéolées, pointues, un peu plus longues que les fleurons du contour. — Çà et là
dans les haies et les broussailles de Camp-Jacob et de Gourbeyre (les Pal­
mistes). [N° 2486.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.

C.
caudatus IL B. Ivlh. ; Cosmos à queue (en parlant des deux arêtes horizon­
tales des akènes). Vulgo : Herbe-z’aiguille. — Herbe droite, très ornementale
par les feuilles et les fleurs, annuelle, haute de 0 U1 70-1m 20. Feuilles bipenniséquées, à 3-5 paires de segments entiers. Capitules pourpres ou purpurins,
portés sur de longs pédoncules terminaux. — Dans les champs et le long des
roules, dans les endroits pierreux et secs : route de la Basse-Terre à Gour­
beyre, Camp-Jacob, Monteran, Ducharmois, Lamentin, Baie-Mahault, Gozier,
Moule, etc. Alt. 20-560 mèt. j’N0 2499.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Ilerbe-z’aiguille. — Assez abondant : environs de
Saint-Pierre, Parnasse, Trou-Vaillant, Carbet, Marin, etc. [N° 1443.]

Bidens L. (du latin « bis », deux, et « dens », dens, parce que les akènes
sont surmontés de deux arêtes.

Verbesina L. (du latin « verbena », verveine, parce que les feuilles de ces
plantes ont une assez grande ressemblance avec celles delà verveine.)

B. leueanlhus W . ; Bidens à fleurs blanches. Vulgo : Herbe-z’aiguille,
persil bâtard. Desc., vol. V III, t. 583, p. 308. — Herbe annuelle, glabre,
droite, haute deO 111 30-1 m 50, rarement plus élevée, à tige tétragone.
Feuilles penniséquées à 1-3 paires de segments grossièrement serretés-dentés. Capitules à fleurons blancs, radiés, à anthères jaunes ; pédoncules longs.
Akène surmonté de 2-4 arêtes divergentes. — Très commun dans les champs
de cannes, le long des routes et sentiers, dans les terres en friches, etc. Alt.
5-900 mèt. [N° 2504.!
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe-z’aiguille. — Abondant. [N° 1444. ]
B. coreopsidis DC. ; Bidens à fleurs de Coréopsis. Vulgo : Liane jaune,
herbe z’aiguille-liane. PL. éd. Burm., t. 53, f. 1. — Suffrutescent, grimpant,
très ornemental, haut de 3-5 mèt., à tiges et branches très nombreuses,
à branches souvent pendantes. Feuilles pinnatisequées, à 1-3 paires de
segments serretés. Feuilles larges, jaunes, en larges corymbes le plus sou­
vent pendants ou penchés, terminaux. — Plus répandu : çà et là dans les
mornes secs et pierreux des hauteurs du Prêcheur; plus abondant aux Anses-

V. giganlea Jacq. ; Verbésine gigantesque. Vulgo : Camomille. — Sutfrulescent, très droit, haut de 1-2 mèt., à tige grosse, striée-cylindrique, nue
dans le bas, très branchue dans le haut, glabre, jeune tige et branches pubescenles. Feuilles grisâtres, rudes : les inférieures, très larges et penchées,
pinnaparlites. Capitules blancs en cymes ombelliformes, pédonculées, ter­
minales, larges, accompagnées de 3-5 cymes axillaires. — Les fleurs restent
très longtemps sans se faner. On en fait souvent des bouquets pour les salons.
— Çà et là dans les champs de toute la Guadeloupe proprement dite,
mais surtout dans les quartiers du Camp-Jacob et de Gourbeyre. [N° 2497.]
— Plante aromatique .et stimulante.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande camomille. — Plus abondant qu'à la Guade
loupe : environs de Saint-Pierre (habitation Pécoul et Perinell), Prêcheur
Carbet, Trois-Ilets. Alt. 10-400 mèt. [N° 1438.1
V. alata L .; Verbésine à tigeailée. Vulgo : Camomille rouge.— Vivace par
ses stolons, haut de 30-70 cm., rarement plus élevé, hispidulé, à tige striée et
ailée par ses feuilles décurrentes. Feuilles obovées ou spatulées-lancéolées,
inégalement dentées, larges. Capitules rouges ou couleur d’orange, solitaires
Dnss. — Plante* Guadeloupe el Martinique.

Î4

�370

PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANTHÉRÉES

ou géminés, portés sur de longs pédoncules. Arêtes de l’akène, de longueur
inégale : les plus longues crochues au sommet. — Abondant dans les fau­
bourgs de la Pointe-à-Pitre, Moule, Morne-à-FEau ; çà et là dans le bourg
des Trois-Rivières. — Plante stimulante et aromatique. [N° 2821.] — 11
n'existe pas à la Martinique.
V. hefianthoides 11. H. kth. ; Yerbésine ressemblant à ITIelianlhus. Vulgo :
Fleur jaune montagne. — Arbrisseau très ornemental et florifère, haut de
0U190-2 mèt., nu dans le bas, très branchu dans le haut, souvent tortueux, à
branches fastigiées, hispides, médulleuses. Feuilles larges, épaisses, rigides,
très fragiles, dentées en scie, obovées-lancéolées, pointues au sommet, con­
tractées, à la base, en un court pétiole. Capitules jaunes, larges, radiés, dispo­
sés en cvmes allongées. — Fl. d’août en octobre. — Uniquement sur les hautes
montagnes : Savane à Muletset Savane aux Ananas, Grande-Découverte, etc.
[X° 3308.]
M a rt in iq ue . — Cultivé au Jardin botanique, d'où il s’est répandu dans le.
pays; et se rencontre assez fréquemment. jN° 971.]
Spilanthes Jacq. (du grec « spilos », tache, et « anthos », fleur, parce que
les fleurs portent des taches noires.)
S.
uliqinosa Sw., S. Acmella Murr. ; Spilanthes des lieux humides. Vulgo :
Créosote du pays, herbe mal-aux-dents. — Annuel, haut de 20-60 cm.,
délicat, droit ou couché, ou plus ou moins couché, à tige souvent radicante.
Feuilles opposées, petites, ovées-lancéolées, souvent crénelées. Capitules à
ligules blanches; réceptacle conique. — Dans les endroits très humides ou
aquatiques, dans les fosses remplies d’eau, sur les bords des étangs et des
mares, etc. — Les capitules sont très âcres et piquants. — Quand on souffre
des dents par suite d'une névralgie, on écrase un ou deux capitules et on les
met sous la dent malade; la douleur disparaît souvent instantanément.
— Alt. 5-7&lt;&gt;0 mèt. [N° 2521.
M artinique . Vulgo : Créosote du pays, bouton d'or. — Dans toute l’île.
N° 930.]
S. urens Jacq.; Spilanthe brûlant. Vulgo : Créosote. — Herbe annuelle,
haute de 50-80 cm., à tige souvent couchée à la base, ensuite droite. Feuilles
lancéolées, à trois nervures. Capitules jaunes, petits, longuement pédoncu­
les, solitaires, terminaux. — Fl. toute l'année. — Peu répandu : dans les savanes
herbeuses du bord de mer. entre Fort-de-France et le Lamentin. [N u 1733.]
— Je ne l ai pas trouvé à la Guadeloupe.
S. exasperata Jacq. ; SpilanLhe très rude. Vulgo : Cresson de Para, bouton
d or. — Annuel, haut de 30-90 cm., très droit, à tige et branches scabres.
Feuilles ovées ou lancéolées, crénelées, caractère qui le distingue facilement
de ses deux congénères. Capitules très coniques, portés sur des pédoncules
longs, filiformes, droits, axillaires et terminaux. — Assez rare. Dans les

371

endroits humides, rarement dans les endroits aquatiques ; Camp-Jacob, envi­
rons de la Basse-Terre, Gourbeyre, etc. [i\° 2822.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bouton d'or, créosote. — Assez abondant dans les
environs de la fontaine Absalon, notamment sur l'habitation Adonis. |.\"983.
S. oleracea Lin., S. Acmella Murr. Vulgo ; Zerbe-bouton, bouton d'or.
Desc., vol. I, t. 52, p. 231. — Herbe plus ou moins couchée, souvent radicanle à la base, à feuilles larges, ovées, crénelées. — Est souvent cultivée
dans les jardins comme plante vermifuge L [N° 2498.]
M a rt i n i q u e . Vulgo: Bouton d’or, créosote. [N" 1449.]
Synedrella Gærtn. (du grec « sunedra », réunion, à cause de l'aggloméra­
tion des capitules.)

%

S. nodiffora Gærtn.; Synédrelle à capitules réunis. Vulgo : Herbe à feu,
cochon gras (parce que cet animal en est friand et s’en engraissei. SL, t. 155,
f. 3; Sw., Ohserv., t. 8, f. 2. — Annuel, droit, rarement à base couchée, haut
de 50-85 cm., scabre ou glabre, à branches trichotomes dans le bas, dichotomes dans le haut. Feuilles ovées, triplinerviées. Capitules pauciflores, subsessiles, au nombre de 2-3 à Faisselle des branches; fleurons jaunes.— Abon­
dant dans toutes sortes de terrains, et constitue un assez bon fourrage pour
le bétail. Alt. 0-600 mèt. — Dans toute la Guadeloupe et dépendances.
[N° 2496.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à feu. Abondant dans toute l ile. [N° 1441.'
Le Chrysanthemum indicum L., vulgo: Chrysanthème, pyrèthre; est très
fréquemment cultivé dans les jardins, où il fleurit presque toute l'année.
[i\° 2823.] — Originaire de l'Inde Orientale.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Chrysanthème. [N 0 321.]
Pectis L. (du grec « pectos », épais, solide, parce que les akènes sont
enflés ou épaissis à la base.)
P. pu ne tata Jacq., P. Unifolia L. ; Pectis à feuilles pointillées. Vulgo : Lin
bâtard. SL, t. 149, f. 3; Lam., ///., t. 684. — Herbe annuelle, délicate, haute
de 30-75 cm., à tige noire, droite, rigide, à branches dichotomes, nombreuses,
étalées. Feuilles linéaires, petites, acuminées aux deux bouts, pointillées sur
les deux côtés. Capitules petits, cylindriques, solitaires, axillaires et termi­
naux, ne contenant que trois ou cinq fleurs, jaunes, radiées; pédoncules lili1. Cetle plante"est plutôt considérée comme un excellent antiscorbutique; elle peut
remplacer le cocldearia et le cresson ; du reste, elle est connue sous le nom de « cresson
du Para ». Elle renferme une huile volatile, odorante, âcre, une gomme, de l'extractif,
du malate et du sulfate de chaux, enfin une matière colorante jaune. Cette composition
doit être peu différente dans les autres espèces des Antilles qui ont aussi des vertus
anliscorbutiques. — Seul le Sp. uliginosa parait avoir des propriétés syalagogues très
énergiques et une âoreté qu’on ne retrouve pas au même degré dans,les autres espèces
du genre. (E. H.)

�372

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SYNANTHEREES

373

formes. — Abondant dans les terres sèches et pierreuses de Baillif, VieuxHabitants, etc. Alt. -40-150 met. N° 2519.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Mar­
tinique, mais il est abondant à la Dominique et à Sainte-Lucie. [N° 932.]

pédoncules longs, filiformes et terminaux. — Rare : çà et là dans les savanes
maritimes de Ducos et du Lamentin. [I\T° 480.] — .le ne fai pas trouvé à la
Guadeloupe.

P. carlhusianorum Less. ; Peclis des Chartreux. Vulgo : Lin bâtard. —
Annuel, haut de 30-65 cm., plus ou moins incliné, rarement couché, très
branchu, à tige noire et lisse. Feuilles spalulées, garnies d’une infinité de
petits points transparents sur les deux faces. Capitules sessiles, terminaux,
réunis par 2-5, pédonculés. — Assez abondant dans les savanes maritimes de
Sainte-Anne, du Yauclin et du François. [N° 933.J — Je ne 1ai pas trouvé à
la Guadeloupe.

Egletes Cass, (du grec « aigle!is », brillant, rayonnant, allusion aux belles
fleurs jaunes au centre, et blanches à la circonférence.)

P. humifusa S\v. ; Peclis couché et appliqué sur le sol. Vulgo : Marguerite
bord-de-mer, petite marguerite jaune. — Annuel ou suffrutescent, radicanl,
rampant, à une distance indéterminée, en tous sens. Feuilles petites, épaisses,
spalulées, arrondies au sommet et mucronulées. Capitules jaunes, sessiles, ne
contenant que 10-15 tleurons. — Très abondant sur les plages sablonneuses,
sur les pierres madréporiques du bord de mer, et un peu à l’intérieur, où
il forme souvent un gazon superbe : Désirade, Marie-Galante, Saint-h rançois,
Sainte-Anne, Moule, etc. N° 2487. |
M a rt in iq u e . Vulgo : Marguerite bord-de-mer. — Vauclin, Sainte-Anne,
Diamant, etc. [N°970.J
Porophyllum Vaill. (du grec « poros », trou, et « phyllon », feuille, parce
que les feuilles ont une infinité de petits trous.)
P. ruderale Cass. ; Porophyllc des décombres. Vulgo : Herbe à soie. Jacq.,
Sel. Am. slirp. hisi., t. 129. — Annuel, très droit, haut de 0 m60-1 Ul 10, nu
dans le bas, très branchu dans le haut, à branches l’asligiées. Feuilles glauques,
pétiolées, lancéolées, pointues, entières ou crénelées. Capitules longs, cylin­
driques, blanc pâle, terminaux, pédonculés, formant ensemble une large panicule. — Dans les savanes herbeuses, sur les décombres et le long des routes
de la région inférieure : Vieux-Fort, Pigeon et Bouillante, Moule, Gozier,
Marie-Galante, etc. N° 2514.j
M arti ni que . Vulgo : Herbe soyeuse, herbe à soie. — Environs de SaintPierre, Parnasse, Trois-Ilets, Trinité, etc. \° 1435.]
Helenium L. (du grec« elios », soleil, à cause de la forme des capitules, dont
le centre représente le soleil, elles fleurons radiés les rayons du soleil. — Pline
dit (X X I, 33) que la plante est née des larmes d’ Hélène, épouse de Ménélas,
roi de Sparte, enlevée par Paris.)
H.
guadridenlalum Labill.; Helenium à ligules â quatre dents. Vulgo :
Bouton d’or, œil-de-bœuf. — Annuel, haut de 45-80 cm., à tige faible, sou­
vent couchée dans le bas, peu branchue. Feuilles décurrentes, lancéolées,
acuminées. Capitules allongés, blancs, solitaires ou géminés, portés sur des

E. domingensis Cass.; Egletès de Saint-Domingue. Vulgo : Bouton d’or,
herbe-soleil, matricaire-savane. — Annuel ou vivace (selon les endroits),
couché, radicanl, rampant à une distance indéfinie, slolonifère, très branchu.
Feuilles subsessiles, cunéiformes-obovées, petites, subcharnues. Capitules
larges, très nombreux, axillaires, pédonculés : fleurons du contour blancs. —
Dans les savanes maritimes, où il forme parfois un beau gazon sur une assez
grande étendue : Saint-François, Marie-Galante (entre le bois de Folle-Anse
et le Grand-Bourg), etc. [N° 3386.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bouton d'or, matricaire bord-de-mer. — Basse-Pointe,
Grand’Anse (environs de l'hospice), Sainte-Marie, etc. N° 1435. i
Gnaphalium Lin. (du grec « gnaphalon », bourre cotonneuse d'un matelas,
allusion au duvet laineux et blanc qui garnit les inflorescences.)
G. americanum MilL, G. purpiireum Lin.; Gnaphale américain. Vulgo :
Herbe-colon. — Annuel, haut de 50-70 cm., plus ou moins droit, entièrement
garni d'un duvet laineux et blanchâtre, à branches inférieures très allongées et
pendantes. Feuilles spalulées-allongées, rétrécies vers la base. Capitules
laineux, nombreux, disposés en épis corymbiformes-allongés. — FL en mai,
juin, juillet. — Rare : çà et là dans le haut du bourg du Camp-Jacob et aux
environs. [N° 3664.]
Neurolæna R. Rr. (du grec « neuron », nervure,et « laina » ou « chlaina »,
manteau qu’on jetait par-dessus la tunique, allusion à la manière d'être des
bractées à trois nervures qui entourent les capitules.)
N.
lobata R. Br.; Neurolæne à feuilles lobées. Vulgo : Herbe à pique,
tabac à diable. SL, t. 154, f. 4. — Annuel, haut de 0 UI80-1 “‘ 80, très droit et
ornemental, à tige grosse, striée, médulleuse, branchue. Feuilles vert clair,
larges, luisantes,subcharnues à l’état frais, oblongues-lancéolées ou ovées-lancéolées, rétrécies à la base : les adultes, presque toujours à 1-3 lobes, audessus de la base. Capitules jaune d’or vif, en paniculescorymbiformes, pédonculées. — Toutes les parties de la plante sont très amères et sont douées de
vertus fébrifuges et toniques; dans les campagnes, on en fait souvent usage.—
Assez abondant dans les mornes inférieurs, humides, et dans les ravines :
Houëlmont, Gourbeyre (Dolé), hauteurs de Baillif, Trois-Rivières, etc.
[N ° 2824.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à pique. — Route du Morne-Rouge à l'AjoupaBouillon, bois des Fonds-Sainl-Denis, de la fontaine Didier, etc. X° 1437.1

�374

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Ereclithites Ral\ (du grec « erechlhites », qui est un « Senecio » de Dioscorides, genre auquel appartenait autrefois notre plante.)
E. hieracifolia Raf., E. præalla Raf. ; Erechthite à feuilles d'épervière.
Vulgo : Herbe a lapin, laitue sauvage. — Annuel, droit, haut de 45-80 cm.,
à tige striée. Feuilles oblongnes-lancéolées, inciso-dentées, scabres en dessous
(sur la nervure médiane). Capitules blancs, en çorvmbes terminaux. — Abon­
dant dans les terres cultivées ou en friches, le long des routes, etc. Alt. 50500 met. N° 2825.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Laitue sauvage. — Abondant dans les terres cultivées.
[N® 1437.]
Emilia Cass. (Cassini, qui emploie ce nom générique, n’en fait pas connaître
les origines.)
E. sonchifolia L). C. ; Emilie à feuilles de lailron. Vulgo : Salade à lapins.
— Annuel, haut de 25-60 cm., délicat, plus ou moins droit, à base souvent
couchée et radieante. Feuilles adultes en forme de lyre : les jeunes, sagitlées
et amplexicaules. Capitules blancs, en corymbes très lâches, paucillores, por­
tés sur des pédoncules longs et filiformes. — Abondant le long des routes, au
pied des murs, dans les champs de cannes et de manioc, etc. Alt. 5-700 mèt.
[N° 2510.]
M a r ti n iq u e . Vulgo : Herbe à lapins. — Abondant dans toute l'ile. [N°968.]
E. sagillala DC., E. flammea cass. ; Emilie à feuilles sagilées. Vulgo :
Herbe à lapin, goutfe-de-sang. — Annuel, ornemental, haut de 30-70 cm.,
droit, à tige poilue dans le bas. Feuilles ovales-lancéolées, sagitlées-amplexicaules, poilues sur la nervure médiane, en dessous. Capitules rouge de sang,
en corymbes très lâches et très longuement pédonculés. — Çà et là dans les
champs autour des maisons; abondant dans les cimetières : Gourbeyre, VieuxHabitants, Sainte-Rose, Moule, Morne-à-l’ Eau, etc. [N° 2485.]
M a rt in iq ue . V ulgo : Goutte-de-sang. — Abondant au Parnasse, aux cime­
tières du fort de Saint-Pierre, du Carbel, du Morne-Rouge, de l’AjoupaBouillon. Alt. 5-500 mèt. ("N0 967.]
N o t a . — Tous les Emilia des colonies constituent un bon fourrage.
Senecio L. (du latin « senex », vieux, vieillesse, à cause des aigrettes qui
ressemblent à des cheveux blancs.)
S. lueidus L). C. : Séneçon à feuilles luisantes. V ulgo : Herbe à lapin. Plum.,
éd. Burm., t. 154. — Sullrutescent, très ornemental, droit, très rarement
sarmenteux, haut de l m50-3 mèt., rarement plus haut, à tige grosse, striée,
médulleuse, très glabre. Feuilles larges, luisantes, subcharnues, dentées en
scie : les supérieures, lancéolées et acuminées; les inférieures, elliptiques.
Capitules radiés, jaunes, en corymbes larges, arrondis, pédonculés, axillaires
et terminaux. — Fl. de mai à août. — Assez abondant dans les falaises, sur les

SYNANTHÉRÉES

LABI ATI FLORES

LIGULIFLORES

375

lisières et dans les clairières des grands bois humides: Matouba, Bains-Jaunes,
Gommier, Gourbeyre, Trois-Rivières, etc. Alt. 300-900 mèt. N° 2954.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à pique bâtard. — Chemin de la Trace, AjoupaBouillon, Grand’Anse, etc. [N° 966.]

TRIBU II. — LABI ATI FLORES.
Lerya D. C. (dédié au Français Jean Lery, qui a écrit : Voyage dans la

Terre de Brésil, Larochelle, 1578.)
L. milans D. C. Chaptalia milans Hemsl. ; Lerya à capitule penché. Vulgo :
Dos blanc, guérit-vite. (Chaptalia Hemsl.) SL, t. 150, f. 2. — Annuel, haut
de 15-30 cm., sans tige. Feuilles rosulées, complètement appliquées contre la
terre, larges, en forme de lyre, à segment supérieur large, ové-oblong, garnies
en dessous d’un duvet blanc. Capitule unique, toujours penché, porté sur un
pédoncule de 15-30 cm. de haut, pubescent; aigrettes blanches. — Sur les
talus, dans les champs de toute la Guadeloupe et dépendances. — Cette herbe
est souvent employée dans le pays comme vulnéraire et comme détersive.
Alt. 5-800 mèt. [N® 2470.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Dos blanc. — Dans toute l'île. (N0 1439.J

TRIBU III. — LIGULIFLORES.
Sonchus L. du grec « sogchos » ou « somphos », mou, tendre, spongieux,
par allusion à la consistance de la tige.)
S. oleraceus L. ; Lailron maraîcher. Vulgo : Laitue sauvage, herbe à lapin.
— Annuel, haut de 30-60 cm. Feuilles roncinées, ou subentières ou dentées,
à dents épineuses. Capitules jaunes, en corymbes lâches, terminaux: aigrettes
blanches. Akènes à trois stries et transversalement ruguleux. — Le long des
roules, au pied des murs et dans les terres cultivées L N" 2483.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à lapin, laitue sauvage. [N° 306.]
S. asper V ill.; Lailron âpre. Vulgo : Lailron épineux, herbe à lapin. —
Annuel, très droit, haut de 30-70 cm., à racine grosse, pivotante, à tige
robuste, striée-sillonnéc. Feuilles légèrement roncinées-dentées, à dents
molles. Capitules jaunâtres ou jaunes, en corymbes ramassés, arrondis;
aigrettes blanches. Akènes mous. — Très abondant dans lesterresen friches,
1. Cette plante, évidemment introduite aux Antilles, donne un suc épaissi qui, à la dose
de 15 A 20 cg., jou it de propriétés cathartiques comparables à celles du suc d'elatcrium
Ecballium acjreste Reich.) ; on en tire aussi un caoutchouc en épuisant lu plante par le
sulfure de carbone et en faisant bouillir dans de l'alcool ce résidu de l’évaporation.
(E. 11.)

�376

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DR LA MARTINIQUE

dont il compose souvent 1unique végétation, et dans les champs de manioc
de la région moyenne; moins abondant dans la région du littoral. [N° 3387.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe à lapin. — Abondant. |N° 30 6.]— Introduit
d Europe comme le précédent.
Le Taraxacum officinale W igg., vulgo : Pissenlit, tend à se naturaliser en
Malouba et au Camp-Jacob [N° 28*26]; le Brachyramphus intybaceus 1)C.
fLactuca Jacq.), vulgo : Chicorée, et le Lactuca saliva L., vulgo: Laitue, fleu­
rissent facilement et se rencontrent çà et là à l’état sauvage.
De la tribu des Corymbifères, on cultive très souvent l'Artemisia vulgaris
L. [N° 1737 et l'A Absinlhium L., les deux connus sous le nom vulgaire
d'« absinthe » ; le Tanacetum vulgare L., vulgo ; Herbe aux vers, menthe
glaciale, amande glaciale. X0 3694.]
M a r ti n iq u e . N° 1732.]

CENTIÈME FAMILLE. ---

LOBELIACÉES.

Centxopogon Presl (du grec « kentron », éperon, pointe, et « pogon »,
barbe, parce que les anthères sont velues et que les deux inférieures sont
terminées en pointes.)
C.
surinamensis Presl; Centropogon de Surinam. Vulgo : Bois-poison.
Fl. des Jardiniers, Amateurs el Manufacturiers, vol. III, t. 19. — Arbris­
seau, haut de 0 m90-2 mèt., tantôt très toulfu, tantôt sans branches et nu
dans le bas, droit ou tortueux, à rameaux remplis de moelle. Feuilles briè­
vement pétiolées, ovées ou ovées-oblongues. Inflorescence axillaire; fleurs
rouge foncé, à deux lèvres. Baie globuleuse, large, couronnée par les lobes
persistants du calice. — Fl. presque toute l’année. — Rare. Çà et là dans
les haies de la région moyenne : Camp-Jacob, Matouba. Alt. 500-800 mèt.
[N° 2409.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Orégine. — Rare : Morne-Rouge, Champflore.
[N° 921.]
Siphocampylus Pohl (du grec « siphon », tuyau, et « kampulos », courbe,
parce que le tube de la corolle est courbe.)
S. Berterianus G. Don, Centropogon Berterianus D C.; Siphocampylos de
Bertero. Vulgo : Liane rouge. — Herbe délicate, plus ou moins voluble ou
tortueuse, haute de 0m80-1m40, à tige blanchâtre, striée. Feuilles ovéeselliptiques, flasques, acuminées au sommet, arrondies à la base. Fleurs rouge
pâle, axillaires, solitaires, portées sur de longs pédoncules. — Disséminé dans
les endroits ombragés et sur le bord des rivières des grands bois : Matouba,
Bains-Jaunes. Alt. 500-800 mèt. X’° 2407.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Marti­
nique.

LOBELIACÉES

377

Lobelia Plum. (dédié à Mal h. de Lobel, né en 1538, à Ryssel, en Flandre,
médecin; fut appelé à Londres par Jacques, roi d'Angleterre, mort en 1616,
à Ilighgate; a laissé des écrits ayant trait à la botanique.)
L. Cliffortiana L. ; Lobélie de ClifForl (naturaliste d'Amsterdam). Vulgo :
Herbe-savane. — Petite herbe délicate, haute de 30-45 cm., droite, branchue.
Feuilles ovées, inégalement et grossièrement dentées, pétiolées, petites.
Fleurs blanches, petites, en grappes lâches, allongées, terminales. —
Endroits humides : savanes du Morne-Rouge, des Fonds-Saint-Denis, etc.
Alt. 350-600 mèt. jN° 1748.] — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
Tupa G. Don (nom indigène de la plante au Pérou.)
T.
flavescens A. DC. ; Tupa à fleurs tirant sur le jaune. Vulgo : Fleurmontagne. — Vivace, ornemental, stolonifère, haut de 0IU60-lm*20, droit ou
tortueux, toujours nu dans le bas, sans branches ou peu branchu. Feuilles
ramassées aux extrémités des branches ou de la tige, très rapprochées, lancéolées-oblongues, acuminées, très finement serretées, à dents cartilagi­
neuses et pointues. Inflorescence en grappes simples, allongées, portées sur
un long pédoncule ; fleurs jaunâtres, pédicellées; pédicelles garnis de deux
bracléoles au milieu et d’une grande bractée à la base. — Haute région des
montagnes : abondant à la Savane à Mulets, au cône et ou plateau de la Sou­
frière, Savane aux Ananas, Grande-Découverte, etc. XT° 2408.'|
M a r t i n i q u e . Vulgo : Fleur-montagne. — Abondant à la Montagne-Pelée et
aux Pitons-du-Carbet. XTo 504.'
T.
stneta A. DC. ; d upa à tiges en baguette. Vulgo ; Fleur-montagne. —
Haut de l - l m 70, généralement très droit, stolonifère, herbacé par le haut, à
tiges simples ou multiples, grosses, cylindriques, complètement nues dans le
bas. Feuilles rigides, lancéolées-oblongues, pointues aux deux extrémités,
serretées, à dents émoussées et épaissies au sommet. Inflorescence en grappes
simples, portées sur de longs pédoncules rouges ; fleurs larges, rouge pourpre,
longuement pédicellées, très belles, caractères par lesquels il se distingue
facilement du précédent. — Fl. de janvier en juin. — Peu abondant. Çà et là
dans les endroits humides ou aquatiques de la région supérieure des grands
bois : Bains-Jaunes (environs), Matelyane, coulée de la Ravine-à-Déjeuner, etc. Alt. 800-1000 mèt. [N° 2406. j — Il n'existe pas à la Martinique.

T.
cirsiifolia A. DC.; Tupa à feuilles de cirsium (sorte de chardon).
Vulgo ; Fleur rouge montagne. — Vivace par la base, herbacé par le haut,
élevé de 60-95 cm. Feuilles flasques, lancéolées-oblongues, acuminées aux
deux bouts, dentées en scie, à dents allongées, très pointues. Inflorescence
comme dans le précédent. — Çà et là dans les endroits humides de la Cale­
basse, de la Montagne-Pelée. Alt. 600-900 mèt. X’° 1746. |— Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.

�378

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

T.
persicæfolia A. DG.; Tupa à feuilles de pêcher. Vulgo : Herbe-poison. —
Annuel, ornemental, liant de 0 m60-1,u 20, à lige très feuillue, au-dessus de la
base. Feuilles flasques, pétiolées, ressemblant, quant à la forme, à celles du
pêcher. Inflorescence en grappes feuillues; fleurs rouges, pédicellées, bibracléolées près de la base. — Abondant sur les talus et le long des chemins des
bois des Bains-Jaunes, du Matouba. — Fl. en tout temps, mais surtout d'oc­
tobre à mai. — Alt. 450-800 met. [ N" 2405.]
11 n'existe pas à la Martinique.
T.
conglobala A. DG.; Tupa à boule allongée. Vulgo : Fleur-boule-montagne. — Annuel, parfois vivace par les stolons, haut de 30-60 cm., droit ou
à base couchée, à tige inférieurement nue. Feuilles larges, pendantes ou non,
lancéolées, fortement dentées en scie, acuminées au sommet, brusquement
rétrécies à la base, à pétioles longs, décurrents. — Assez abondant dans les
ravines de la Calebasse. — Fl. en septembre, octobre et quelquefois en jan­
vier. N° 506.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Isotoma Lindl. du grec « isos », égal, et « tomé », section, allusion à la
régularité de la corolle.)
I.
longiflora Presl ; Isotome à fleurs à long tube. Vulgo : Quidec-z’erbepoison, mort aux cabrils, mort aux vaches. Fl., éd. Burm., t. 253; Tuss.,
F l. , IV, t, 25; Desc., vol. III, l. 156, p. 30; SI., t. 104, f. 2. — Bisannuel
ou triannuel, haut de 15-45 cm., à tige branchue ou sans branches, rare­
ment bien droite. Feuilles lancéolées ou oblancéolées, sinuées-dentées,
ressemblant assez bien à celles du pissenlit d'Europe. Inflorescence en cymes
axillaires, pédonculées; fleurs d'un blanc pur, à tube long, cylindrique, à
lobes rotacés. — Fl. de novembre en août. — Herbe dangereuse pour les
animaux qui la mangent; elle contient un suc laiteux et très corrosif, aussi
a-l-on soin de la détruire le plus possible. — Çà et là dans les endroits humides
et aquatiques et dans les savanes herbeuses des basse et moyenne régions :
environs de la Basse-Terre (ravine de Belost), ravines de Houëlmont, TroisHivières, etc. Alt. 20-700 mèt. [N ° 2410. |
M ar ti n iq u e . Vulgo : Herbe-poison, mort aux cabrils. — Environs de SaintPierre, Trois-Ilets, Marin, etc. [N° 4747.]

CENT UNIÈME FAMILLE.

-- GOODÉNIACÉES.

Scævola L. (du latin « scævus », gauche, parce que le pistil se trouve du
côté gauche, par rapport à la lèvre unique de la corolle.)
S. Plumieri Vahl ; Scævola de Plumier. Vulgo : Prune ou cerise bord-demer. Desc., vol. V II, t. 474, p. 92. — Arbrisseau haut de 0"' 60-1™ 40, à lige

GOODÉNIACÉES ---- PLANTAGINÉES

379

grosse, souvent couchée et radicante à la base, dressée aux extrémités, à
racines cylindriques, traçantes, blanches. Feuilles obnvées, succulentes-charnues, entières, fermes, luisantes. Inflorescence en cymes axillaires, pédoncuculées, pauciflores; fleurs blanches. Fruit drupacé, noir, pulpeux, rempli
d'un suc blanc, de la grosseur et de la forme d'une olive. — Vit en société
sur les plages sablonneuses delà Désirade. — Fl. toute l’année, avec plus ou
moins d'abondance. [N° 2997.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Le Scævola Koenigii Vahl [N° 1750], originaire des Indes Orientales, est
cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre.
De la famille des Loganiacées, qui trouve ici sa place, on rencontre au
Jardin botanique de Saint-Pierre les Fagræa ceulanica Thunb. (N° 115 et F.
liltoralis Blume [N° 116], deux grands arbustes,très touffus, à feuilles larges,
obovales et épaisses, à fleurs larges, en cymes. Ils sont originaires de Ceylan.

CENT DEUXIÈME FAMILLE.

—

PLAN TAG INÉ ES.

Plantago L. (du latin « planta », plante du pied, et « ago », je me montre,
à cause de la ressemblance de la ligure laissée par les feuilles pressées contre
la terre avec la trace d’ un pied d’homme.)
P. major L. ; Plantain majeur. Vulgo : Millet. — Herbacé, vivace,
haut de 9-l5cm ., sans tige, à rhizome souterrain, stolonifère(dans les espèces
que j'ai observées). Feuilles larges, radicales, rosulées, alternes, longuement
pétiolées, palminerviées, ovées, souvent dentées à la base, un peu plus
courtes que les hampes, cylindriques, longues de 15-22 cm. Capsule à 16-20
semences, conve’xes du côté placentaire, plates du côté extérieur. — Proba­
blement introduit d'Europe. — Assez abondant dans les champs des environs
du bourg des Trois-Ilets, dans les jardins et aux pieds des murs et vieilles
maisons de Saint-Pierre, de Fort-de-France, du Morne-Bouge, etc. — On se
sert du suc des feuilles contre les ophtalmies; des feuilles, écrasées, comme
vulnéraires; on donne enfin les épis mûrs aux petits oiseaux en cage. — Alt.
5-000 mèt. [N° 1920.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
P. vire/inica L. ; Plantain de la Virginie. Vulgo : Millet. — Annuel, haut
de 25-33 cm. Feuilles spatulées-oblongues, dressées : les inférieures, tom­
bantes, à 5 nervures, très longuement pétiolées, poilues, surtout en dessous;
pétioles poilus; hampes considérablement plus longues que les feuilles;
pyxides à trois semences seulement, concaves du côté placentaire et con­
vexes du côté extérieur. — Les épis mûrs servent de nourriture aux petits
oiseaux. — Assez abondant aux pieds des murs, des vieilles cases, et dans les
endroits abandonnés et fertiles : Basse-Terre, Gourbeyre, Camp-Jacob,
Matouba, Moule, etc. [N02424. — Je ne l ai pas vu à la Martinique,

�380

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Le P. lanceolata L., vulgo : Plantain lancéolé (herbe à cinq côtes), petit
millet, est naturalisé à la Martinique. — Dans les champs des environs du
bourg des Trois-Ilets, dans les environs de Saint-Pierre et dans quelques
jardins de cette ville, et du Morne-Rouge. [N° 1921.] — 11 est très rare à la
Guadeloupe.

CENT TROISIÈME FAMILLE. ---

PLU M BAGINÉES.

Plumbago Tournf. (du latin « plumbum », plomb, et « agere », se conduire,
parce que la racine contient une matière qui laisse sur les mains une couleur
de plomb.)
P. seandens L. ; Denlelaire sarmenteuse. Vulgo : Herbe Mme Bihoret,
sinapisme (à cause de ses vertus vésicantes), collant (à cause de ses
fruits visqueuxi, moutarde du pays (à cause de son âcreté). Desc., vol. III,
t. 172, p. 94; SI., I. 133, f. 1. — Vivace, touffu, très feuillu, haut de 1-3 met.
et davantage, à tiges glabres, striées, coudées en zig-zag, sarmenteuses-grimpantes. Feuilles ovées ou ovées-lancéolées, acuminées au sommet : les infé­
rieures, à base amplexicaule; les supérieures, brièvement pétiolées, légère­
ment pointillées en dessous; elles ressemblent assez bien à celles de la belle
de France. Fleurs blanches, presque sessiles, en épis terminaux, formant
ensemble une large panicule allongée ; calice à 5 côtes, garnies de glandes stipitées et visqueuses. — Fl. de décembre en juin. — Toutes les parties
de la plante ont une saveur âcre et brûlante. Dans le pays, les habitants se
servent des feuilles, froissées, comme vésicantes, en guise de sinapisme. —
Abondant sur le littoral : Basse-Terre, Baillif, Capeslerre (Guadeloupe),
Pointe-à-Pitre, Deshaies, Pointe-Noire, Désirade, Marie-Galante, etc.
[N° 2430.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Sinapisme, herbe brûlante. — Abondant : Saint-Pierre,
Prêcheur, Carbel, etc. [N° 1919.]
On cultive souvent dans les parterres des deux colonies le Plumbago coccmea
Salisb.. rN° 2432], vivace, stolonilere, à tiges presque couchées, à fleurs
rouge foncé, en panicules spiciformes, très allongées, et très souvent le P.
capensis Thunb., arbrisseau vivace, stolonifère, grimpant, à fleurs d un bleu
azuré. Originaire du Cap. [N° 2430.]
M a r t i n i q u e . [N° 1918.]

CENT QUATRIÈME FAMILLE.

LEN TI BU LA R I EES.

Utricularia L. (du latin « utriculus », diminutif de « uter », outre, allusion
aux renflements des segments foliaires, qui ressemblent à de petites vessies.)

LENTI BU LA lt I ÉES

MYRSINKBS

381

U. montana Jacq. ; Utriculaire des montagnes. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl.,
t. 6 .— Petit herbe, haute de 15-35 cm., sans feuilles on avec 1-3 feuilles, lancéolées-oblongues ou ovées-lancéolées, arrondies au sommet, contractées à la
base, situées aü pied delà hampe; tubercules ovoïdes ou ovoïdes-cylindriques,
blancs, transparents, luisants, au nombre de 1-3; hampe droite. Fleurs
grandes, solitaires, ou plus rarement en cymcs uni-triflores, blanches, munies
d’une large tache jaunâtre, au milieu. — Fl. surtout de janvier à août. —
Sur les arbres, dans la mousse ou à terre : bois supérieurs des Bains-Jaunes,
du Matouba, montagne de la Madeleine (Trois-Rivières), Soufrière, GrandeDécouverte, etc. Alt. 700-1480 mèt. N° 2947.]
M a r t i n i q u e . — Bois des Fonds-Saint-Denis, de la Montagne-Pelée, de la
Calebasse, des pitons de Fort-de-France, du Lorrain. [N° 1228.

CENT CINQUIÈME FAMILLE.

-- MYRSINEES.

Myrsine L. (du grec « myrsine », myrte, parce que ces plantes ressemblent
aux myrtes par leur feuillage.)
M. læta A. DG.; Myrsine à feuillage d'un vert agréable. Vulgo : Cacaravet. — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 2-5 mèt., nu dans le bas, très
brancbu et feuillu par le haut, à branches presque toujours divariquées et
étalées, à écorce lisse et gris noirâtre. Feuilles petites, coriaces, lancéolées ou
lancéolées-elliptiques, habituellement roulées sur les bords, glabres, garnies
en dessous d’un grand nombre de points transparents. Fleurs très petites,
blanchâtres, en cymes très courtes, glomérulées, axillaires, dispersées tout le
long des rameaux. Drupe ovoïde-globuleuse, deux fois plus petite qu'une
graine de poivre, surmontée du style persistant. — Fl. de février en mai. —
Abondant : Bains-Jaunes, Matouba, Gommier, Trois-Rivières. Alt. 450900 mèt. [N° 2282.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Caca-ravet. — Ajoupa-Bouillon, Champllore, Piton
Gelé, Case-Pilote, etc. j N° 611.]
M. coriacea R. Br.; Myrsine à feuilles coriaces. Vulgo : Caca-ravet. —
Petit arbre, plus rarement arbre d’assez grande taille, d’une élévation moyenne,
de 4-8 mèt., à écorce lisse et grise, à branches souvent fastigiées. Feuilles
plus larges que dans le précédent, lancéolées-oblongues ou ovées-oblongues,
roulées sur les bords, garnies en dessous de nombreux points et de lignes
transparents. Fleurs glomérulées, insérées sur de petites branches courtes
et avortées. Drupe plus volumineuse que dans son congénère précédent. —
Bois inférieurs des Bains-Jaunes, du Matouba, des hauteurs des Vieux-Habi­
tants. j N° 3219.

�382

PLANTES UE LA Gl'ADELOUPR KT DE LA MARTINIQUE

MYRSINÉRS

M a r t i n i q u e . Yulgo : Caca-ravet. — Calebasse, Montagne-Pelée, Pilon Gelé,
Case-Pilote. [N° 146. |

juillet en octobre.— Assez rare : hauteurs des Vieux-Habitants, Gozier(bord
de mer), Marie-Galante (bois de Folle-Anse). Alt. 5-400 mèt. [N° 2281.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-chique. — Assez abondant dans les hauteurs infé­
rieures et pierreuses de Case-Pilote, entre les pierres des environs du Phare
de la Caravelle, des mornes calcaires de Sainte-Anne, etc. [N° 147. j

M. floriblinda R. Br. ; Myrsine à fleurs abondantes. Vulgo : Caca-ravet-montagne. — Arbrisseau rabougri el très touITu, ou grand arbuste à tête arron­
die, élégant, droit. Feuilles petites, oblongues ou elliptiques-lancéolées,
échancréesou rétuses au sommet, fortement roulées sur les bords : les adultes,
opaques. Drupes 1res petites. — Fl. de septembre à février. — Plateau de
la Soufrière, Grande-Découverte, Savane aux Ananas, etc. [N° 3703.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Caca-ravet. — Assez abondant dans le massif des
montagnes entre les Deux-Choux et les Pitons-du-Carbet, notamment sur le
morne d’Amour. [N° 610.]
Grammadenia Benth. (du grec « gramma », ligne, et « aden », glande, parce
que les feuilles sont garnies en dessous de nombreuses glandes linéaires.)
G. parasitica Griseb. : Grammadénie parasite. — Plante épiphyte, ornemen­
tale, longue de 0 m60-1m20, à branches pendantes ou horizontales, a écorce
grise. Feuilles oblancéolées, sessiles, brièvement acuminées, entières. Fleurs
blanchâtres, tachetées de points noirs, en petites grappes axillaires, coniinées
aux aisselles des dernières feuilles des rameaux, deux ou trois fois plus courtes
que les feuilles. Drupe petite, noire. — Rare : çà et là sur les arbres du
Matelyane et de la coulée de la Ravine-à-Déjeuner. Alt. 800-950 mèt.
[N° 3479.] — 11 n'existe pas à la Martinique.
Ardisia Sav., Miq. (du grec « ardis » , pointe, épine, parce que les diflerentes parties de la fleur sont pointues.)
A. laurifolia A. DC., A. lateriflora, var. latifolia Sieb. ; Ardisier à feuilles
de laurier. — Grand arbuste, élégant, très branchu, droit, à branches et tige
nues dans le bas. Feuilles coriaces, lancéolées-oblongues ou elliptiques,
terminées en pointe, arrondie, rétrécies, à la base, en un large pétiole marginé.
Fleurs blanches, d’une odeur très suave, en corymbes composés, axillaires,
ombelliformes. — Fl. presque toute l’année. — Peu abondant : çà et là dans
les bois humides des Bains-Jaunes, du Matouba , des Trois-Rivières, des
\ ieux-Habitants. Alt. 400-900 mèt. [N° 2*283.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Aralie-z’abricot. — Fonds-Saint-Denis, Case-Pilote
(bois de la savane Saint-Cvr), Camp de l’Alma, Lorrain. [N° 236.]
A. guadalupensis Duchass. ; Ardisier de la Guadeloupe. Vulgo : Bois petit
chique. — Arbuste haut de 2-3 mèt., rarement plus élevé, élégant, à branches
nombreuses, fastigiées. Feuilles cartilagineuses, obovées-oblongues ou elliptiques-oblongues, contractées, à la base, en un court pétiole. Inflorescence en
grappes composées, pyramidales, terminales; fleurs tantôt orangées, tantôt
jaunâtres, tantôt vert jaunâtre. — Fl. de décembre en février et souvent de

383

Les A. crenulala Vent. [N° 1732], petit arbrisseau des plus élégants, et A.
hurnihs Vahl. (A. solanacea Roxb.), arbuste haut de 2-3 mèt. [N° 240], sont
cultivés au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans beaucoup d’autres jar­
dins.
Conomorpha A. DC. (du grec « konos », quille, et « morphé », forme, allu­
sion au pistil, qui est court et en forme de quille.)
C. peruviana A. DC.; Conomorphe du Pérou. Vulgo ; Bois-chique.—
Arbuste ou petit arbre, peu branchu, nu dans le bas, haut de 2-4 mèt., à
jeunes rameaux couverts de petites pellicules. Feuilles ovales, ou obovéeselliptiques, très brusquement rétrécies, au sommet, en une pointe courte,
garnies, en dessous, d'une infinité de points noirs, qui ne se voient que sous la
loupe, inflorescence en grappes simples, axillaires, plus courtes que les
feuilles. Drupe rondâtre, tachetée de lignes et de points bruns, comme le sont
toutes les drupes des espèces de Myrsine et d’Ardisia ci-dessus dénommées.
— Fl. en mars, avril. — Rare ; Pigeon (dans les grands bois, sur une crête
au pied du morne Desboulais, au-dessus de l’habitation Maler. 1N° 3734.] —
Il n’existe pas à la Martinique.
Jacquinia L. (dédié au célèbre botaniste autrichien Nic.-Jos. Jacquin, né en
1727, à Leyden, médecin, a collectionné, de 1754 à 1759, dans les Indes
Occidentales, des plantes pour les Jardins botaniques impériaux de Vienne et
de Schoenbrun, qu'il avait fondés, directeur du Jardin de l’Université, mort
en 1817. A écrit : Enumeratio systemalica plantarnni quas in insulis caribæis vicinoque Americæ continenti detexil; Selecfarum arnericanarurn
slirpium hisloria ; Observaliones bolanicæ ; Hortus botanicus vindob ; Flora
auslriaca, etc.)
J.
armillaris Jacq.; Jacquinie à bracelets. Vulgo ; Bois-casse-cou, olivier
bâtard (à Marie-Galante), boit-la-tièvre, graine à fièvre (à Vieux-Fort). Jacq.,
Sel. Am. stirp. hisl., t. 39; SL, t. 190, f. 2. — Arbuste haut de l m50-2m80,
très élégant, nu dans la base, à écorce lisse, blanchâtre ou cendrée, à branches
nues, verticillées par 4-5, nombreuses, courtes. Feuilles d’un vert très pâle,
très rigides, verticillées par 3-5, roulées sur les bords, obovées ou spatulées,
arrondies au sommet et souvent mucronulées. Inflorescence en grappes
courtes, ombelliformes, terminales, très nombreuses; fleurs blanc pâle, tirant
légèrement sur le jaune. Drupe subglobuleuse, de couleur orange, de la gros­
seur d'un pois, surmontée du style robuste et persistant. — Fl. généralement

�384

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

de février en avril et d'octobre en décembre. — Les Caraïbes, après avoir
enlevé la pulpe, perçaient les noyaux et en fabriquaient des bracelets. Avec
les feuilles et les jeunes liges, macérées et mises dans l'eau, on peut enivrer
les poissons. — Assez abondant dans les falaises et entre les rochers du bord
de mer, et souvent un peu 4 l'intérieur : Vieux-Fort, Marie-Galante (Capesterre, sur les mornes calcaires), Gozier (bord de mer), Saint-François, etc.
[N° 2280.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Bois-bouc (à la Caravelle), bois-bracelet. — Caravelle
(habitation Le Ferré et environs du Phare. |N" 1730.]
Le J. ruscifolia Jacq. [N° I727|. petit arbrisseau, très élégant, à feuilles
très piquantes, originaire des montagnes de la Havane, et J. arislata Jacq.
N,J 1731], grand arbuste, à feuilles également piquantes, à (leurs de couleur
orange, sont cultivés au Jardin botanique de Saint-Pierre.

CENT SIXIÈME FAMILLE.

-- SAPOTACÉES.

Chrysopbyllum L. (du grec « chrusous », d'or, et « phyllon », feuille, parce
que les feuilles sont dorées en dessous.)
C. Cainilo L. ; Chrysophylle kaïmite. Vulgo : Kaïmitier ou kaïnitier. Desc.,
vol. II, t. 70, p. 13; Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 37. — Petit arbre ou arbre
de taille moyenne, à écorce noirâtre, gercée. Feuilles ovales ou oblongues, ou
ovales-oblongues, dorées, soyeuses en dessous. Inflorescence en fascicules
axillaires, disposés tout le long des branches, à l'aisselle des feuilles, comme
cela a lieu dans toutes les Sapotacées du pays. Fruit large, ovoïde ou sphé­
rique, selon les variétés, de la grosseur d’une pomme, rempli d’un suc blanc
et gluant ; semences 8-10, dont 2-4 seulement se développent. — FL en mai.
juin, juillet. — Les fruits sont stomachiques et astringents; l’aubier est
tendre, mais le cœur est dur et noirâtre L — Rare à la Guadeloupe ; BasseTerre, Camp-Jacob (habitation Rollin), Trois-Rivières. [N d 3672.]
M a rt in iq u e . Vulgo ; Kaïmitier, kaïmitier blanc. — Abondant : Saint-Pierre,
Carbet, Prêcheur, Trinité, François, etc. ;N° 264.] — Par la culture et la
greffe, on a obtenu plusieurs variétés, supérieures à l espèee-type par le
volume de leurs fruits; la variété Martinicensis Pierre, vulgo : « La grosse
blanche », en est une des plus appréciées. [N° 262.]
C. cæruleum Jacq.; Chrysophylle à fruits bleus. Vulgo ; Kaïmitier noir,
gros bouis. Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 37. — Grand arbre, cultivé çà et
là à la Martinique.— Le fruit est sphérique, beaucoup plus petit que celui du
1. É c o r c e t o n i q u e e x c i t a n t e , a m a n d e a m è r e à é t u d i e r .

précédent, de couleur bleu foncé. Rare : Jardin botanique, fontaine Didier,
Parnasse. [N° 263.] — Cet arbre ne tardera pas à disparaître du sol de la
Martinique.
C. g la.brum Jacq. ; Chrysophylle à feuilles glabres. Vulgo ; Bois-Kabi, kaïmiticr-bois, bois de bouis. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 38, f. 2. — Petit
arbre, haut de 6-12 mèt., rarement plus grand, très branchu, à branches
étalées ou fasligiées. Feuilles elliptiques-oblongucs ou oblongues : les jeunes,
garnies, en dessous, d'un duvet très fin, plus ou moins argenté et luisant; les
adultes, glabres en dessous. Drupe mûre, bleu foncé en dehors, renfermant
une pulpe blanche laileuse, mangeable, de la grosseur et de la forme d’une
grande olive ou plus grosse. — Fl. en mai, juin, juillet. — Le bois est recher­
ché pour la construction. — Assez abondant dans les bois inférieurs des BainsJaunes, du Matouba, du Gommier, hauteurs des Vieux-Habitants, etc. Alt.
200-700 mèt. [N° 2911.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-Couis, petit bouis. — Abondant dans les bois
inférieurs : Parnasse, morne Saint-Martin, fontaine Didier, Champflore, etc.
[N 05 265, 266, 269.]
C. argenleum Jacq.; Chrysophylle à feuilles argentées en dessous. Vulgo ;
Petit bouis, prune, bois-glu (à Marie-Galante), acomal (à la Grande-Terre).
— Ressemble au précédent; il en diffère par son écorce plus blanchâtre, ses
feuilles habituellement plus petites et garnies, en dessous, d'un duvet serré et
fortement argenté. — Ses fruits se mangent également. — Se plaît dans la
basse région sèche : Vieux-Habitants, Morne-à-I Eau, Moule (rare), Gozier
(bord de mer), Marie-Galante (boisde Folle-Anse). Alt. 5-200 mèt. [.\°2912.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bouis. — Parnasse, bord de mer, entre le bourg de
la Trinité et le Robert, Trois-Ilets, etc. N° 747. j
Sapota Plum. (du nom indigène au Mexique « cochit-zaboil ».)
S. Achras M ill, Achras Sapota L. (du grec « achras » , poirier, parce que
les fruits de cet arbre sont bons à manger, comme ceux du poirier d’ Europe :
« achras » s’applique réellement au poirier sauvage, dont les fruits n'étaient
pas mangeables ; de « achraios », inutile, sans usage.) Vulgo : Sapotillier.
Tuss., F l ., I, t. 5; Desc., vol. IV, t 259, p. 112; Br. Jam., t. 19, f. 5; SL,
t. 69. — Grand arbre, très branchu, à frondaison arrondie, à branches infé­
rieures horizontales, à jeunes rameaux, pédicelles et pétioles garnis d'un
duvet couleur de rouille. Feuilles ramassées aux extrémités des branches,
très rapprochées, lancéolées-oblongues ou plus ou moins elliptiques. Fleurs
solitaires, situées aux aisselles des dernières feuilles des rameaux. Le fruit
est une pomme dont le volume et la forme varient beaucoup, selon l’exposi­
tion et le terrain ; la pulpe est fondante, d'un jaune roux, traversée par des
lignes sanguines ou blanchâtres; semences 10, dont très souvent plusieurs,
rarement toutes, avortent. — Ce fruit est diurétique, mais les graines le
Diiss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

25

�386

PLANTES PE LA GUADELOUPE ET PE LA MARTINIQUE

SÀPOTACÉES

sont à un degré plus élevé; dans le pays, on les écrase, après les avoir débar­
rassées du lesta, et on en prépare une tisane. L ’arbre contient, comme la
plupart des plantes de celte famille, un latex blanc, résinoïde, analogue à la
gutta. Le bois est rougeâtre, dur et incorruptible; il sert pour la menuise­
rie. le charronnage, et pour construction dans 1eau et dans la terre. — Il
fleurit habituellement deux fois par an. — A la Basse-Terre, on mange de
ses fruits presque toute l’année; les chauves-souris leur font une guerre achar­
née. — Abondant dans la basse région de toute la Guadeloupe et dépen­
dances. [N° *2914.]
M artinique . Yulgo : Sapotillier. — Abondant dans toute l’ile.

X° 1909.]

Sideroxylon L. (du grec « sideros », fer, et « xulon », bois, parce que le
bois est très dur.)
S. Maslichodendron Jacq., Bumelia pallida Sw. ; Sideroxylon produisant
du mastic (du grec « mastiché », mastic). Yulgo : Acomat, acomat franc,
acomat bâtard. Desc., vol. II, t. 88, p. 86. — Grand arbre, à tronc droit, à
fronde élancée, à branches peu étendues : les inférieures, pendantes ou très
penchées, à écorce peu gercée. Feuilles ovales, membraneuses, ondulées
sur les bords. Inflorescence en fascicules axillaires, très nombreuses, situées
tout le long des rameaux; fleurs petites, jaune verdâtre, à odeur forte et
agréable; pédoncules courts. Drupe jaunâtre, lisse, de la forme et de la gros­
seur d’une olive, contenant un suc jaunâtre, très visqueux et dune saveur très
amère; semence 1, dure, polie, amère. — Fl. de septembre â novembre;
fruits mûrs en février et mars. — Cet arbre est devenu rare à cause de
l’excellence de son bois pour la construction; il est dur, compact, jaunâtre
en dedans. Son incorruptibilité dans la terre et dans l’eau tient sans doute à
son amertume, qui le rend inattaquable par les insectes. — Vieux-Fort
(quelques pieds), environs de la Basse-Terre (ravine de Belost) ; çà et là au
Moule, Marie-Galante (bois de Folle-Anse). [N° 2915.]
M art inique . Yulgo : Acomat. — Très rare : Caravelle (environs du Phare,
quelques pieds), hauteurs inférieures des Trois-llets. [N° 1920.]
S. chrysophijlloides Mich, Bumelia lena W illd ; Sidéroxylon ressemblant
au chrysophylle. Yulgo ; Kaïmitier-bois. — Arbre parfois énorme et très
élancé, à tronc très anfractueux, surtout à la base, à branches horizontales,
à écorce grise et crevassée. Feuilles rigides, obovales, assez brusquement
rétrécies, au sommet, en une pointe courte, contractées à la base ; les jeunes,
dorées en dessous et luisantes; les adultes, blanchâtres argentées. Fruit
cylindrique, obtus aux deux bouts, long de 3-4,5 cm. sur 4-7 mm. d’épaisseur;
comestible. — Çà et là dans tous les grands bois inférieurs des Bains-Jaunes,
du Gommier, du Matouba, de la Pointe-Noire (au-dessus de l’habitation
Longcase), etc. — Alt. 400-700 mèt. [N° 3379.]
M a b t i n i q u e . Yulgo : Bois à rames. — Çà et là dans les bois des hauteurs

387

de Case-Pilote et de la fontaine Absalon, où je l’ai trouvé à l étal de petit
arbre. [N° 268.J
Mimusops L. (du grec « mimo », singe, et « ops », aspect, parce que les
fleurs ont l’dspect d’une tête de singé.)
M. Riedleana Pierre ; Mimusops de Riedlé. Yulgo ; Bois noir, bois-négresse,
sapotillier marron.— Arbre de taille moyenne, à tronc peu élevé, à branches
allongées, droites, divariquées, à écorce noire et épaisse. Feuilles ramassées
aux extrémités des rameaux, cartilagineuses, elliptiques, rigides, longuement
pétiolées, à nervures droites, parallèles, très rapprochées, à face inférieure
ruguleuse-pelliculée et couleur de rouille. Fleurs blanches, très odorantes,
fasciculées et confinées aux aisselles des dernières feuilles des rameaux. fruit
légèrement ruguleux, sphérique, pédoncule, de la grosseur d’une prune,
surmonté du gros style persistant. — FL en juin, juillet. — Assez abondant
dans les endroits secs des bois du massif de Houëlmont, surtout sur la crête
Millan, aux mornes Goblin, Boucanier, Hirondelle, etc.; rare dans les bois
des Bains-Jaunes, du Matouba; plus abondant dans les hauteurs des VieuxHabitants. [N° 3263.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Balata. — Hauteurs de la Rivière-Salée, de la Bégaie.
— Le bois est recherché pour la construction. (N° 252.]
Le Mimusops Elençji L., est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre.
[N° 1908.]
Oxythece Miq. (Lucuma Juss.) (du grec « oxus », pointu, et « theké », four­
reau, étui, allusion aux étamines soudées en tube aminci au sommet.)
0.
/lahnianum Pierre; Oxythèce de Hahn (horticulteur et collectionneur
martiniquais). Vulgo : Balata rouge. — Très grand arbre, à tronc droit,
anfractueux, surtout à la base, à branches très étalées, à écorce grise, épaisse.
Feuilles cartilagineuses, larges, obovées, arrondies au sommet, blanchâtres
en dessous. Inflorescence en fascicules axillaires, pédonculés, confinés aux
aisselles des feuilles de l’extrémité des branches. Fruit pulpeux, jaunâtre,
long de 5-7 cm. sur 4-5 cm. d’épaisseur, à pulpe mangeable. — Çà et là dans
les grands bois inférieurs de la Pointe-Noire, de Deshaies, bois de la BavineChaude, de Sofaya, etc. — Le bois est recherché pour la construction ; il est
dur, élastique, d’une teinte rouge brun, et se conserve indéfiniment dans la
terre et dans l’eau. [N° 3493.]
M a r ti n iq ue . Vulgo : Bois Balata, bois Balate. — Dans tous les grands
bois des Fonds-Saint-Denis, du Camp Balata, de l’Alma, du Lorrain, etc.
[N os 253, 254.]
Guapeba Gômez (nom de la plante au Brésil.) (Guapebeira Gomez. —
Lucuma Juss.)
G.
semccarpifolia Pierre; Guapébéà feuilles de semecarpus. Yulgo ; Boiscontrevent. Desc., vol. V, t. 346, p. 160. — Grand et bel arbre, à tronc

�388

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

élevé, très branchu, à branches inférieures très étalées et horizontales, à
écorce noirâtre, gercée. Feuilles larges, obovales, subcordées à la base et
rétrécies en un pétiole large cl court. Inflorescence en fascicules axillaires,
sessiles, très nombreux, situés tout le long des rameaux. Fruit inconnu.
— Fournit un bois recherché pour la construclion. — Çà et là dans les grands
bois de l’Alma, du Lorrain, delà fontaine;Absalon. [N ° 255.j — Je ne l’ai
pas trouvé à la Guadeloupe.
Dipholis A. DC. (du grec « dis », deux fois, et « pholis », écaille, pellicule,
parce que la corolle est garnie d'une double rangée d'appendices, dont les
extérieurs se trouvent entre les divisions de la corolle, et dont les intérieurs
alternent avec les blets.)

10

D. salicifolia. A. DC. ; Dipholis à feuilles de saule. Yulgo : Acomat bâtard.
SI., t. 205, f. 2; Br., Jam., t. 17, 1'. 4 ; Rich., Cuba, t. 54, f. 2. — Petit arbre,
plus rarement arbre de taille moyenne (dans nos colonies), à tronc droit, très
branchu, à branches habituellement courtes, infléchies ou plus ou moins hori­
zontales, à rameaux garnis, à l’extrémité, d’un duvet soyeux. Feuilles lancéo­
lées, pointues aux deux bouts. Inflorescence en fascicules axillaires, très rap­
prochés et nombreux, disposés tout le long des rameaux ; fleurs verdâtres, très
odorantes. Drupe ovoïde-allongée, noire, de la grosseur d'une petite cerise.—
Fl. en mai, juin; fruits mûrs en août et septembre. — Abondant sur les
mornes calcaires de toute la Grande-Terre, de Marie-Galante. (N° 2913.] —
il n’existe pas à la Martinique.
Bumelia S\v. Gaert. (du grec « boumelia », c’est-à-dire le grand Melia des
anciens auteurs, qui est le Fraxinus excelsior L. et qui n’a aucun rapport avec
notre plante; Fauteur a voulu perpétuer le nom antique d'une plante à haute
tige, parce que les Bumelia sont souvent des arbres de grande taille.)
Lucuma Molina (nom indigène de la plante au Pérou.)
L. Dussiana Pierre. Vulgo : Pomme-pain. — Arbre de taille moyenne,
plus rarement de grande taille, droit, à branches plus ou moins étalées, à
tronc nu jusqu'à une grande hauteur. Feuilles obovales-ellipliques, coriaces,
rétrécies à la base, arrondies ou réluses au sommet. Inflorescence en fasci­
cules axillaires, pédonculés, disposés tout le long des rameaux. Fruit ovoïde,
ou sphérique-déprimé, environ une fois plus volumineux qu’un œuf de poule,
lisse en dehors et jaunâtre, à pulpe brun jaunâtre; mangeable. — Fl. en
octobre, novembre, janvier, comme aussi en juin et juillet. — Le bois est
très apprécié pour la charpente. — Assez abondant dans les bois du massif
de Houëlmont, des hauteurs de Bouillante, de Pigeon, de la Pointe-Noire;
plus rare au Gommier et dans les bois des Bains-Jaunes. Alt. 300-700 mèt.
[N° 2916.]
M art inique . Vulgo : Bois de pain d’épice. — Morne-Rouge, Champllore,
Fonds-Saint-Déni s, Grand’Anse, etc. Nos 257, 258.]

SAPOTACKES

STVRACÉES

389

L. ma mm osa Gærtn. ; Lucuma à fruits en forme de mamelle. Vulgo : Sapote,
grosse sapote. SL, t. 218. — Habituellement arbre de petite taille, assez
rarement arbre de taille moyenne, droit ou quelquefois tortueux, à écorce
rougeâtre, ruguleuse-gercée, à jeunes rameaux garnis d’ un duvet laineux et
gris. Feuilles larges, cartilagineuses, obovées-allongées ou spatulées. Fleurs
fasciculées, sessiles, disposées tout le long des rameaux. Fruit mammiforme,
volumineux, contenant une semence. — Il est d’une saveur fade et générale­
ment peu apprécié. L ’amande est agréable au goût, mais un peu amère;
gragée, elle entre dans la confection des crèmes. Le fruit, avant sa maturité,
est doué de vertus astringentes et peut servir contre les diarrhées rebelles
et chroniques. — Fl. en août, septembre et octobre. — Peu abondant.
Cultivé çà et là autour des maisons ; Camp-Jacob (Choisy), Montéran,
Gourbeyre, Trois-Rivières, Morne-à-l’Eau, Moule, etc. Alt. 10-550 mèt.
[N° 3734.]
M a r t i n i q u e . Vulgo: Sapote à crème. — Çà et là dans toute lile. [N°1901.]

CENT SEPTIÈME FAMILLE.

-- STVRACÉES.

Styrax L. (du grec « sturax », nom de la gomme résineuse qui découle
de ces arbres.)
S. glabrum S\v. ; Styrax nu. Vulgo : Oranger des bois, cypre-orange.
— Le plus souvent petit arbre, plus rarement arbre de taille moyenne,
droit, à branches très divariquées, nombreuses, étalées, à écorce gris
blanchâtre. Feuilles elliptiques ou elliptiques-oblongues, subentières, poin­
tues, garnies en dessous d’ une couche de petites squamules blanches.
Fleurs blanches, très odorantes, en cymes axillaires, racémil’ormes; éta­
mines monadelphes; anthères jaunes. Fruit ovoïde, long.de 20-25 mm.,
surmonté du style persistant, posé dans une cupule formée par le calice
persistant. — Fl. souvent deux fois dans l’année, en juin et juillet, et aussi
en octobre et novembre. — Le bois est dur, d une teinte jaune foncé et
nuancé; il passe pour être incorruptible. — Çà et là dans tous les bois des
Bains-Jaunes et du Gommier. [N uS 3262, 3707. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Laurier caraïbe, bois-madame. — Bois de la Cale­
basse, de l’Ajoupa-Bouillon, de Fontaine-Chaude, de Case-Pilote (savane
Saint-Cyr). Alt. 250-650 mèt. [N° 1728.]
Symplocos Jacq. (du grec « sumploké », noué, parce que les filets stamiminaux sont concrescents avec la base de la corolle.)
S. martinicensis Jacq. ; Symploce de la Martinique. Yulgo : Graine bleue.
Sw., Observ., I. 7, f. I; Jacq., Sel. Am. st. h i s t t. 175, f. 68, la fleur.

�391

ÉBÉNACÉES ---- OLÉINÉES

Petit arbre, haut de 6-9 met., à branches nombreuses, le plus souvent
fastigiées. Feuilles jamais complètement ouvertes, elliptiques, subentières
ou crénelées. Inflorescence en cymes axillaires, avec branches à 3-7 fleurs
blanches odorantes. Drupe pulpeuse, bleu foncé, cylindrique-oblongue ou
obovée-elliptique, ou ovale, longue de 9-12 cm. sur 5-7 mm. d'épaisseur. —
— Fl. principalement d'octobre en janvier. — Abondant : Camp-Jacob,
Bains-Jaunes (bois inférieurs), Gommier, Vieux-Habitants, Pigeon, Bouil­
lante, etc. ! N° 2236.
M a r t in iq u e . Vulgo : Graine bleue, caca-rat. — Abondant : Morne-Bouge,
Champflore, Fonds-Saint-Denis, Case-Pilote, Case-Navire, La Régale, etc.
Alt. 350-700 met. Nos 1494-1727.]
S. guadalupensis lvr. et Urb.; Symploce de la Guadeloupe. Vulgo :
Graine bleue de montagne. — Arbre de taille moyenne, assez souvent de
grande taille, droit, entièrement glabre, à écorce noirâtre ou grise, lisse, à
branches peu allongées, horizontales ou penchées. Feuilles rigides, lan­
céolées, acuminées aux deux extrémités, plus petites que dans le précédent,
vert pâle. Inflorescence en petites grappes plus courtes que les feuilles, ne
portant environ que huit fleurs blanches, très odorantes. Drupe ovée-elliptique, rétrécie â la base, longue de 12-15 cm. sur 8 mm. d'épaisseur. —
Fl. de février en mai. — Dans les bois supérieurs du Haut Matouba (Ravineà-Déjeuner), chemin du Matelyane à la Savane aux Ananas, où il est souvent
rabougri. Alt. 800-1100 met. i Nos 2989, 3407.] — 11 n'existe pas û la Marti­
nique.
CENT HUITIÈME FAMILLE. ---

ÉBÉNACÉES.

Diospyros L. (du grec « dios », divin, et « puros », nourriture, parce que
les principales espèces de ce genre ont des fruits d’ une saveur agréable.)
•

D. EbenaslerRciz.; Plaqueminier-ébène. Vulgo : Barbacoar, bois-négresse.
— Arbre de taille moyenne, souvent plus ou moins tortueux, à branches très
divariquées. horizontales, à écorce noire, extrêmement crevassée et se
détachant par plaques. Feuilles cartilagineuses, luisantes : les adultes,
obovées; les jeunes, elliptiques. Fleurs dioïques, blanches, axillaires : les
mâles, caduques, en petites grappes beaucoup plus courtes que les feuilles;
les femelles, solitaires. Fruit déprimé-rondâlre, de la grosseur et delà forme
d’une petite pomme reinette, contenant 2-4 graines aplaties-convexes.
L’intérieur est rempli d'une pulpe noirâtre. — Les graines, écrasées et mises
dans l’eau, enivrent les poissons. Le bois est très amer et aussi dur que le
chêne ; il a une teinte gris foncé ; à cause de son incorruptibilité, on l’emploie
pour les constructions dans l’eau et dans la terre. — FL en juin, juillet,
août. — Assez abondant dans les bois du massif de Houëlmont; plus rare

dans les bois des Bains-Jaunes et du Gommier; se rencontre aussi dans les
hauteurs de Bouillante (Trou au Trois-Diables), et dans les bois inférieurs
de la Pointe-Noire. [N° 2573.] — 11 n’est pas à la Martinique.

CENT NEUVIÈME FAMILLE. ---

OLÉINÉES.

Mayepea Aubl. (de « Mayepé », nom indigène de la plante à la Guyane.)
M. caribæa O. Kze, Chionanthus compacta S\v.; Mayepé des Caraïbes.
Vulgo : Bois de fer, bois de fer blanc. (Linociera Sw.) — Petit arbre, haut
de 8-10 met., droit, à branches fastigiées ou divariquées, à écorce cendrée,
presque lisse. Feuilles coriaces, presque jamais ouvertes, elliptiquesoblongues. Inflorescence en panicules pyramidales, larges, axillaires, confinées
à l’extrémité des branches, quelquefois terminales. Fleurs d'un blanc très
pur, exhalant une odeur faible, mais très agréable. Drupe suboblique-ovoïde,
allongée, brun noir. — FL en avril, mai, juin. — Le bois est dur, incorrup­
tible cl sert pour les constructions souterraines. — Croît dans tous les bois
inférieurs plus ou moins secs, sans être abondant nulle part : Vieux-Fort
(hauteurs pierreuses), Vieux-Habitants, cours inférieur de la rivière Noire,
Pointe-Noire, Trois-Rivières (bord de mer). Alt. 10-700 met. 1 [N° 2244.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois de Ter. — Morne-Bouge (Calvaire), hauteurs du
Prêcheur, et des Anses-d'Arlel, etc. [N° 1234.;
M. Du ssii Kr. et Urb. Vulgo : Acomat du pays. — Petit arbre, haut de
4-7 met., droit, très branchu. Feuilles coriaces, ovales ou elliptiques, acumi­
nées au sommet. Inflorescence en panicules axillaires, larges; fleurs blanches,
très odorantes, pédicelles et pédoncules garnis d une pubescence line et grise;
lobes de la corolle plus larges que dans le précédent. Drupe subglobuleuse.
— FL en juin, juillet. — Assez rare : dans le bois entre la rivière de la
Capote et le versant occidental du Champflore. [N° 336.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
Forestiera Poir. (dédié au Français Charles Le Forestier, collaborateur de
Lefébure pour VAlbum floral des plantes indigènes de France, Paris, 1829.)
F.
rhamnifolia Griseb., variété Martinicensis lvr. et Urb.; Forestière à
feuilles de Rhamnus. — Grand arbuste, haut de 2-4 mèt., très branchu, à
branches minces, allongées, à lige nue. Feuilles ovées, obtusément pointues.
Inflorescence en petits chatons racémiformes, axillaires, extrêmement nom1. L e M a y é p é
u t ilis e

dans

son

d e la G u y a n e
fr u it,

A n t ille s a sans d o u te

dont

le s

M. guyanensis

m êm es

c o m m e c e lu i d e la G u y a n e .

A u b l..

Linociera telrandra

l ’ e n v e l o p p e e s t a m è r e e t t o n iq u e . C e lu i
E . H .)

p r o p r ié t é s

et

d e v r a i t ê t r e é t u d ié

à

du
ce

R . B r .) est
M ayépé

des

p o in t d e v u e ,

�392

PLANTES

DR LA GUADELOUPE

ET DE LA MARTINIQUE

breu\ ; fleurs vertes, polygames. Drupe petite, bleu foncé, longue de 5-7 mm.
sur 3 mm. d épaisseur. — Fl. en septembre et octobre. — Rare : çà et là sur
les mornes pierreux et secs de Vieux-Fort. [N° 3244.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Caca ravet, graine bleue bâtard. — Sur les mornes
calcaires de Sainte-Anne. N° 640.]

CENT DIXIÈME FAMILLE. ---

JASMIN FFS.

Jasminum L. (de « Jasmin », nom de la plante chez les Arabes.) On cultive
fréquemment les espèces suivantes, mais dont aucune n’est indigène :
J.
Sambac Ait. Yulgo : Jasmin double. — Arbrisseau sarmenteux-torUieux,
à tleurs presque toujours doubles, d’une odeur forte et exquise. — Dans les
jardins abandonnés, on le rencontre quelquefois avec des fleurs simples.
Originaire des Indes Orientales. [N° 2286.] — Martinique. [N° 342. j
J. humile L. Vulgo : Jasmin jaune. — Arbrisseau buissonneux, haut de
2-4 met., à feuilles imparipennées de 5-7 folioles, à fleurs jaunes, à odeur
faible. N" 2287.] — Martinique. [ N° 345.J
J. grandiflorum L. Yulgo : Jasmin odorant. — Sarmenteux, grimpant, à
feuilles imparipennées de 5-11 folioles, à fleurs blanches, d'une odeur forte
et très agréable. [X° 2284.J — Martinique. f \ ° 641.]
J. azoricum I,.; Jasmin des Açores. Yulgo : Jasmin à bouquet. — Sarmen­
teux, grimpant, à fleurs blanchâtres ou rosées, en panicules terminales, à
odeur des plus suaves. — Rare à la Guadeloupe : Basse-Terre, Pointc-àPitre. N° 3697.] — Plus abondant à la Martinique. N’° 341. i
J. undulalum Ker-Gawl. Yulgo : Jasmin blanc. — Arbrisseau d’abord droit,
ensuite sarmenteux, à feuilles ondulées sur les bords, à fleurs blanches, odo­
rantes, larges, en cvmes ombelliformes, à corolle rotacée. [N° 2285.] — Mar­
tinique. [N° 642.]
J. pubescens W illd., J. mulliflorum Andr. — Arbrisseau d’abord droit,
ensuite sarmenteux, très branchu, à jeunes tiges, feuilles, pédoncules, pédicelles et pétioles garnis d’un duvet gris ou roux, à fleurs blanches, sans
odeur, en cymes courtes, terminales, très nombreuses. C’est l espèce la plus
commune : elle se propage avec une grande facilité par ses racines slolonifères ; on la rencontre souvent aussi dans les cimetières. |"N°2288.J — Marti­
nique. X° 339.j
Tous les jasmins ci-dessus dénommés fleurissent sans interruption, mais
ne produisent pas de fruits.
Au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans quelques jardins de cette ville,
on cultive le Nyctago arbor-trislis L., arbrisseau droit, qui fleurit tout le
temps et rapporte des fruits. Originaire de l'Asie tropicale. [N° 343. )

Allamanda L. (dédié au Dr Fr. Allemand, cpii, dans la seconde moitié du
xviu" siècle, était professeur d’histoire naturelle à Leyde. Il a entrepris en
Amérique un voyage marqué par la découverte de beaucoup de plantes nou­
velles; il a aussi publié une édition des ouvrages d histoire naturelle de
Rufl’on.) '
A. caihartica L., Orelia grandiflora Aubl.; Allamada purgative. Vulgo :
Liane à lait. — Arbrisseau-liane, haut de 3-6 mèt., à écorce noire ou noirâtre.
Feuilles verticillées par 5, elliptiques-oblongues ou oblancéolées. Fleurs
jaunes, larges ; corolle à tube infundibiliforme, brusquement dilaté. — Cette
belle liane est constamment couverte de fleurs, mais ne produit pas de fruits;
elle a été très probablement introduite du Brésil ou de la Guyane L Usitée dans
tous les jardins de l’île pour la garniture des treillis, des grillages et des
tonnelles. [X° 2613.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Liane à lait. — Dans toute l'ile, soit à l’état de culture,
soit à l’étal sauvage, dans les broussailles et les haies : Robert, Lamentin, etc.
[X° 1869.]
«
L Allamanda Scholtii Pohl, du Brésil, arbrisseau touffu, à branches tor­
tueuses, allongées, est cultivé au Jardin botanique et dans beaucoup d'autres
jardins du pays; il fleurit abondamment e( donne une riche récolte de fruits.
[N° 1870.]
Rauwolfia Plum. (dédié à Léonard Rauwolf, qui a voyagé en Orient, de
1573-76, et a écrit, en autres choses : Flora orientalis, et son voyage en
Orient.)
R. Lamarckii A. DC.; Rau-wolfie de Lamark. Yulgo : Bois-lait petit. Lam.,
///., t. 172, f. 1. — Arbrisseau buissonneux, élégant, haut de l-2 m50, à suc
laiteux, comme le sont la plupart des plantes de cette famille. Feuilles verti­
cillées par 3-4, elliptiques-oblongues ou elliptiques, pointues, très vertes.
Inflorescence en cymes ombelliformes, axillaires et terminales : les axillaires,
situées à l’extrémité des branches; fleurs blanches, petites. Drupe très verte,
arrondie, plus large que longue, rétuse-tronquée au sommet. — FL en tout
temps. — Assez abondant sur les côtes sèches et pierreuses près de la mer :
Vieux-Fort, Baillif, Yieux-Habitants, Pointe-Noire, Rouillante, Gozier,
Moule, Désirade, Marie-Galante, etc. X° 2614.
I. C e t t e p l a n t e d o n n e , p a r in c is io n , u n l a t e x a b o n d a n t q u i c o n s t i t u e
g i q u e , d o n t le s u c c è s s é r a i l , d i t - o n , b ie n é t a b l i , c o n t r e
de

S A 10 g o u t t e s . L e s

f e u ille s , e n

in fu s io n

un

p u r g a tif é n e r ­

le s c o l i q u e s s a t u r n in e s , à la d o s e

A 10 p o u r 1000 . d o n n e n t un p u r g a t i f e x c e l ­

l e n t : A d o s e p lu s f o r t e , c ’ e s t u n p u r g a t i f é m é t i q u e v i o l e n t .

K. H .

�PLANTES DH LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

APOCYNEES

M a rt i n i q u e . Yulgo : Bois-lail petite-feuille. — Environs de Saint-Pierre,
Case-Pilote, Marin, Sainte-Anne, Caravelle, etc. [N° 1225.]

T. citrifolia L. ; Tabornæmontane à fouilles de citronnier. Yulgo : Boislait, Desc., vol. I, l. 9, p. 4; Jacq., Sel. Am. st. hisl., t. 175, f. 13, p. 38. —
Grand arbuste ou petit arbre, laiteux, haut de 3-5 met. Feuilles oblongues
ou oblongues-lancéolées, terminées en pointe obtuse. Fleurs d'abord blanches,
liranl ensuite sur le jaune, odorantes, en cymes axillaires, paucitlores. Fruits
folliculaires, géminés; semences nombreuses, enveloppées dune pulpe rouge.
— Fl. presque toute l’année, avec plus ou moins d’abondance. — Abondant
dans tous les bois de la Guadeloupe, de la Grande-Terre et de Marie-Galante.
Alt. 40-700 met. ' [N° 2617.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Bois-lait. — Abondant dans toute File. [N° 1886.]

394

R. biauricalala J. Muell. ; Rauwolfie à corolle biauriculée. Vulgo : Arbre
à lait. — Pelil arbre, très élégant, haut de 4-6 met., à frondaison arrondie, à
branches nombreuses, à tronc droit, à écorce noirâtre et lisse. Feuilles carti­
lagineuses, verticillécs par 3, elliptiques-oblongues ou lancéolées-oblongues,
terminées par une pointe obtuse. Fleurs rosées, en cymes longuement pédonculées, lâches, umbelliformes. Drupes elliptiques, réunies par 2 et cohérentes
jusqu'au delà du milieu, ensuite divergentes. — Fl. de décembre en mars.
— Rare : çà et là dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes. [N° 2544.] — Il
n'existe pas à la Martinique.
Thevetia L. (dédié au moine français And. Thcvel, mort en 1590; a voyagé
dans le Brésil ; a écrit sur la Guyane française, où ce genre est représenté.)
T. neriifolia Juss., Cerbera Thevetia L. ; Thévétie à feuilles de laurier-rose.
Yulgo : Arbre à lait. Desc., vol. III, l. 158, p. 40; Tuss., /*’/., IV, l. 7; Jacq.,
Sel. Am. sfirp. hisl., l. 34, p. 48. — Petit arbre, souvent tortueux, très
branchu, à branches divariquées, et penchées dans les vieux pieds, à tronc et
branches nus. Feuilles d'un vert clair, luisantes, longues, très rapprochées et
ramassées aux extrémités des rameaux, linéaires. Fleurs larges, solitaires*
axillaires, d'un jaune de safran, odorantes. Fruit transversalement élargi,
obconique-comprimé, quadrangulaire. — Fl. surtout d'octobre à mai. — Peu
abondant : environs de la Basse-Terre (Morne-à-Vaches), route de la BasseTerre à Gourbeyre, Lamentin, e tc .1 Alt. 0-120 met. [N° 2611.]
M artinique . Yulgo : Noix de serpent, bois à lait. — Assez rare : Diamant,
Vauclin, Marin. [N° 1867.]
Tabernæmontana Plum. [dédié à Jac. Théodore Tabernæmontanus, ainsi
nommé de son lieu de naissance, Bergzabern, dans le Palatinat (mot à mot
taverne de montagne), botaniste, médecin du prince-électeur-évêque de Spire,
de 1électeur du Palatinat et de la ville libre de W orm s; a publié un ouvrage
sur les herbes médicinales, avec de belles gravures; mort en 1590.]
1. C e v é g é t a l ,

(narcotico-âcres).

qui
La

g a s tr o - in te s tin a u x .
u n q u a r t d 'h e u r e

est

YAllouât

de

m o r t s u r v ie n t

la G u y a n e , d o n n e u n

ap rès

d e s c o n v u ls io n s

fr u i t e t u n e g r a i n e t o x i q u e s
v io le n t e s

et

des

d éso rd res

I n c a m a n d e , m â c h é e o u b r o y é e d a n s le l a i t , a m è n e r a p i d e m e n t
u ne p u r g a t io n v io le n t e , s o u v e n t s u iv ie

de

en

v o m is s e m e n t s : o n e m p lo ie

u n e d e m i - a m a n d e c o m m e p u r g a t i f c o n t r e le s h y d r o p i s i e s e t le r h u m a t is m e . C ’e s t s u r t o u t
à t itr e d e fé b r ifu g e

q u e lle est

u s it é e , a in s i

q u e l’é c o r c e . P ilé e

avec

a l e x i t è r c r e c o m m a n d é . D e u x g r a in e s , b r o y é e s d a n s c e l i q u i d e , d o n n e n t

du rh u m , c ’est un
un b r e u v a g e

(p ii

e s t a b s o r b é p a r f r a c t i o n ; la p a r t i e f i b r e u s e , p r e s s é e , e s t a p p l i q u é e s u r la b le s s u r e . L a d o s e

Le Tabernæmontana coronaria W illd. ; Jasmin à bouquets, jasmin double,
arbrisseau laiteux, à Heurs blanches, toujours doubles, originaire de l’Archipel
indien, est très fréquemment cultivé dans les jardins, où il ne cesse de fleurir.
[N° 2612. |— Martinique. N° 1872.]
Vinca L. (du latin « vincere », vaincre, triompher, parce qu’il reste vert
pendant le froid de l’hiver, ou de « vincire », lier, à cause de ses tiges allon­
gées et flexibles.)
V. rosea L. ; Pervenche à Heurs roses. Yulgo : Herbe aux sorciers. — Suflrutescent, plus ou moins droit, haut de ÛO-80 cm., habituellement peu branchu.
Feuilles vert pâle, ovales-elliptiques. InHorescence axillaire; Heurs géminées,
ou réunies par 3, le plus souvent roses, plus rarement blanches, larges,
situées tout le long des branches; follicule comprimé-cylindrique, long de
2-3cm. sur 2,4 mm. d’épaisseur. — Fl. toute l'année. — Très abondant dans les
sables du bord de mer et souvent un peu à l'intérieur ; Basse-Terre, Baillif,
Deshaies, Désirade, Marie-Galante, les Saintes, Moule, Saint-François, etc.
On le cultive souvent dans les jardins. Alt. 0-60 met. [N° 2615.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Caca-poule (à cause de son odeur désagréable). —
Très abondant sur toutes les plages sèches et aussi un peu à l’intérieur.
[N° 1864.]
Plumeria Tourn. (dédié au célèbre Franciscain français Charles Plumier, né
en 1646, à Marseille, qui fut envoyé trois fois par Louis XI\ en Amérique
pour chercher des plantes médicinales. Sur le point de s'embarquer pour un
quatrième voyage, il mourut dans le port de Sainte-Marie, à Cadix, en 1706.
Ses ouvrages sont énumérés dans l'introduction de ce livre.)
P.
alba L. ; Plumière à Heurs blanches. Yulgo ; Frangipanier blanc, frangipan blanc. Plum., éd. Burm., I. 231 ; Desc., vol. III, t. 178, p. 128. —

m a x im a e n p o u d r e , d é c o c t i o n , m a c é r a t i o n , t e i n t u r e , e x t r a i t a q u e u x , d o i t n e p a s d é p a s s e r
l ’a c tio n

e s t t é t a n i s a n t e ; il e s t t r è s a m e r ,

p i c o t e la l a n g u e , q u il fin it p a r e n g o u r d i r . L a
h u ile f i x e , q u i e s t p u r g a t i v e ; o n y
p la n t e , d u pseudo-indican. (E . H . )

Uiévéline

g r a in e c o n tie n t , en

tro u v e, co m m e

: c 'e s t u n g l y c o -

a un g o û t m é t a lliq u e e t
fo r t e p r o p o r tio n , u ne

d a n s t o u t e s le s a u t r e s p a r t i e s d e la

1. Cet arbuste, dont toutes les parties sont aromatiques, est employé à la Guyane, où
il a été introduit des Antilles, à titre de tonique et de fébrifuge par son écorce. Les
feuilles, prises en infusion, sont purgatives: froissées et introduites dans les bains, elles
passent pour fébrifuges. Le latex, très actif, est à étudier comparativement avec celui de
T. u tilis Arn., qui est alimentaire sur le continent de l’Amérique tropicale. (E. H.)

. i l ____ _

la v a l e u r d e 0 g r . 23 d e x t r a i t . — D e V r y a i s o l é d e c e l t e g r a i n e la
s id e c r i s t a l l i s é d o n t

�396

PLA.NTRS DH LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
Al’OCYN ÉES

Arbuste rabougri, haut de l™ 50, ou petit arbre, haut de 0-9 mèt., selon les
terres dans lesquelles il pousse. Feuilles allongées, linéaires ou oblancéolées,
le plus souvent acuininées au sommet, roulées sur les bords, surtout les
jeunes, blanchâtres en dessous. Fleurs d'un blanc pur, d'un parfum suave, en
cymes larges, longuement pédonculées; follicules longs de 12-15 cm. sur
7-9 mm. d’épaisseur, géminés, à forme d'un vanillon. — Fl. de juillet à
novembre. — Assez abondant sur les mornes rocheux et secs, voisins de la
mer : Vieux-Fort, Vieux-Habitants, Bouillante, Désirade, Marie-Galante,etc.
Alt. 0-250 mèt. — On le cultive quelquefois dans les cours et les jardins; il
devient alors un assez grand arbre, et ses feuilles se modifient considérable­
ment L [N° 2838.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Frangipanier blanc. — Prêcheur, Anses-d'Arlet,
Diamant, Caravelle, etc. [X° 1863.J
P. rubra L.; Plumière à fleurs rouges. Vulgo : Frangipanier rouge, laurier
rouge bâtard. Desc., vol. IV, t. 297, p. 301 ; Tuss., F l., III, t. 20; SI., t. 185,
186, f. 1. — Petit arbre, souvent plus ou moins tortueux, à branches divariquées et étalées horizontalement, â tige et branches nues. Feuilles obovéesoblongues ou oblongues, pointues, pétiolées, glabres. Fleurs rouges, en cymes
larges, pubescentes; follicules géminés, pendants, longs de 15 à 22 cm., noirs,
lisses. — Fl. d'avril en juillet. — Originaire du Mexique; il est cultivé et
naturalisé dans toute la Guadeloupe et la Grande-Terre : on le rencontre
fréquemment sur les cimetières2. rX° 2839.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Frangipanier rouge. — Dans toute l’île. [N os 1184,
1185.]
Le P. puclica Jacq. ; Frangipanier jaune. — Petit arbre, originaire du Pérou,
à fleurs jaunes, qui ne s’ouvrent qu’à moitié, est cultivé au Jardin botanique
de Saint-Pierre et dans le parc de l’habitation Pécoul. fX° 1868.]
Echites P. Br. (du grec « echis &gt;&gt;, couleuvre, par allusion aux tiges volubles
et flexibles de la plante. — Pline, X X IV , 89,Appelle « Echites » différentes
espèces de clématites et de liserons.)
E.
biflora Jacq.; Echite à deux fleurs à l'aisselle des feuilles. Vulgo : Lianemangle. Desc., vol. V II, t. 510, p. 250; Jacq., Sel. Am. al. hiat., t. 21, p. 30.
1. A

la

G u yane,

on

e m p lo ie

c a u s t iq u e e t p a r t a n t s u s p e c t

le

la te x

de

fr a n g ip a n ie r

b la n c

(s u c

g o m m o - r é s in e u x

d a n s le t r a i t e m e n t d e s u lc è r e s , d e s d a r t r e s e t d e la g a l e . L e s

g r a in e s s o n t p r é c o n i s é e s , d ’ a p r è s D e s c o u r t i l z , c o n t r e le s flu x s a n g u in s . L ’é c o r c e d e s r a c in e s ,
q u i e s t p u r g a t i v e , e s t d o n n é e s u r t o u t c o n t r e la b l e n n o r r h a g i e ; o n

l ’a d m in is tr e so u s fo r m e

397

— Vivace, volubile, haut de 1-5 mèt., grêle, très flexible, à écorce lisse et
noire. Feuilles ovales ou oblongues, arrondies au sommet et mucronées.
Inflorescence en cymes pédonculées, biflores; fleurs d’un blanc pur. larges,
odorantes; follicules cylindriques, linéaires, pointus au sommet. — Vit en
société avec les palétuviers, dans les marécages maritimes : Pointe-à-Pitre
(environs), Sainte-Anne, Baie-Mahault, etc. [X° 2840.J1
M artintque . Vulgo ; Lianc-mangle. — Abondant ; Rivière-Salée, Ducos,
Trois-Ilets, etc. [N° 1867.]
Le Nerium Oleander L., Laurier rose, grand arbuste, buissonneux, haut
de 3-4 mèt., introduit de la région méditerranéenne, sa pairie, est très
fréquemment cultivé à la Martinique, plus rarement à la Guadeloupe.
[N° 1873.] Il contient un suc caustique, très amer et très vénéneux. Les
feuilles et l’écorce séchées, pulvérisées et mêlées à de la graisse ou à de
l’huile et réduites à l’état de pommade, peuvent être employées en friction
contre la gale et la teigne ; la décoction des feuilles bouillies dans l'huile
présente les mêmes avantages; l’écorce et le bois, réduits en poudre et mêlés
à de la graisse, servent encore à tuer les rats.
De cette famille, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre un certain
nombre de plantes très intéressantes, entre autres ;
Kopsia fruticosa A. DC., arbrisseau des Indes Orientales, qui fleurit sans
cesse, mais ne produit pas de fruit [N® A ];
Roupellia qrata W all, et Ilook., arbrisseau sarmenteux, à grandes fleurs
doubles, très parfumées, originaire de l’Afrique tropicale [X° B ];
Tanghinia venenifera Poir., petit arbre ou grand arbuste célèbre, à suc
laiteux et à graines très toxiques, originaire de Madagascar (X° C] ;
Alstonia scholaris R. Br., grand arbre, très élégant, qui, en octobre ou
novembre, se couvre d'une toison de fleurs, mais ne produit pas de fruits,
originaire des Indes Orientales [X° D] ;
Carissa Carandas L., Lam., ///., t. 118, f. 1, arbrisseau épineux, dont les
fruits, laiteux, de la forme et de 4a grosseur d'une prune, sont comestibles
et ont une saveur très agréable, originaire de Malaisie [X® E] ;
Serissa fœlida L., très petit arbrisseau, à fleurs blanches, doubles, à
feuilles petites, exhalant une odeur très désagréable quand on les froisse
[N° F], originaire de Chine et Japon ; appartient aux Rubiacées.

d e d é c o c t i o n o u d e m a c é r a t i o n , d e p o u d r e e t m ê m e d ’ e x t r a i t . O n la d o n n e e n c o r e , à l ’ i n t é ­
r ie u r , c o n t r e l ’h e r p è s e t la s y p h i l i s ; à l ’ e x t é r i e u r , e n l o t i o n c o n t r e le s u l c è r e s s y p h i l i t i q u e s .
C ’est un m é d ic a m e n t

à

é t u d i e r s é r i e u s e m e n t . iE .

IL )

Beaumontia grandiflora W all., liane puissante, à fleurs très larges,
blanches, originaire des Indes Orientales [X° G j;

2. A la G u y a n e , le f r a n g i p a n i e r r o u g e f o u r n i t à la m é d e c i n e d e s fle u r s , q u i s o n t r é p u t é e s
b é c h iq u e s , a r o m a t i q u e s , e t e m p l o y é e s d a n s

u n s i r o p p e c t o r a l r e n o m m é . L e l a t e x e s t u s it é

c o n t r e le s r a g e s d e d e n t s d é t e r m i n é e s p a r la c a r i e .
c o m m e c e l l e d e l ’ e s p è c e p r é c é d e n t e . &lt;E. I L )

L ’é c o r c e e s t d r a s tiq u e : o n

l’ e m p l o i e

1. Cette espèce est utilisée à la Guyane : 1" clans son latex, amer, purgatif et vom itif;
2° dans ses feuilles, appliquées comme topiques sur les ulcères, et usitées, en ou tre,
comme purgatives. (E. IL )

�398

PLANTES DI

LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Dipladenia Harrisii Ilook., (Odontadenia .speciosa Bcnth.,Echitesgrandiflora
Mev.), liane à très larges Heurs jaunes, originaire de la Trinidad et de la
Guyane [N p H], etc.

CENT DOUZIÈME FAMILLE.

-- ASCLÉPIADÉES.

Metastelma R. Br. (du grec « meta », entre, et « stellein », placer, parce
que la corolle est garnie de cinq dents accessoires, alternant avec ses lobes.)
M. parviflorum R. Br. ; Metastelme à petites fleurs. Vulgo : Liane à corde.
— Liane haute de 3-4 met., suffrutescente, très branchue, à tige adulte subé­
reuse, à jeunes liges et branches filiformes, très allongées, extrêmement
enchevêtrées. Feuilles petites, ovales, elliptiques, mucronées. Fleurs
blanches, très petites, en fascicules ombelliformes, axillaires, très nombreux,
à pédicelles plus longs que le pédoncule commun; follicule long de 4,5 cm.
sur 2 mm. d'épaisseur, terminé par une pointe droite et rigide; semences
couronnées par une longue toulfe de soie blanche. — Fl. de juin en août. —
Assez abondant dans les halliers des basse et infra-moyenne régions de l'ile.
— Environs de la Basse-Terre, Baillif, Désirade, Marie-Galante, GrandeTerre, les Saintes, etc. Alt. 0-300 mèt. [N° 2616.]
M a rt i n i q u e . Vulgo: Corde à violon, liane-corde. — Abondant : environs de
Saint-Pierre, Carbet, Prêcheur, Trois-llets, Marin, Caravelle, etc. [N° 347.]

M. Schlechtendalii Dcne; Metastelme de Schlechtendal. Vulgo : Vanille
bâtard. — Liane vivace, très élevée, à tige adulte subéreuse, à jeune tige et
branches très allongées, flexibles et fortement enchevêtrées. P’euilles ovéeslancéolées, brièvement acuminées, deux ou trois fois plus grandes que dans
le précédent; follicule long de 13-15 cm. sur 4-7mm. d’épaisseur, cylindrique,
terminé, au sommet, par une pointe longue et forte, aminci à la base,
ressemblant, à l'état vert, à un petit vermillon; semences imbriquées, sur­
montées d'une toulfe de soie blanche. — FL en juillet, août et septembre. —
Rare : çà et là dans les bois des Bains-Jaunes et sur les bords de la rivière
Noire. [N° 3774.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Asclepias L. (dédié à « Asclépios », Esculape, dieu de la médecine, ou à
Asclépiade, célèbre médecin grec de Pruse, en Bithynie, qui vivait à Rome
environ 100 ans avant J.-C.)

A.

curassavica L. ; Asclépias de Curaçao. Vulgo : Herbe à Mme Boivin,

herbe à ouate, ipéca bâtard, ipéca-savane. SL, l. 129, f. 4, 5; Desc., vol. II,
t. 116, p. 191. — Vivace par sa base et ses racines stolonileres, herbacé par
le haut, d une élévation de 40-80 cm., droit, peu branchu ou sans branches,
pubescent. Feuilles opposées, oblongues-lancéolées, pointues. Fleurs en

ASCLÉPIADÉES

399

ombelles pédonculées, terminales et axillaires : les dernières, situées à
l'aisselle des feuilles de l’extrémité des branches; corolle d’un rouge écarlate,
à cornets d’un jaune orange; follicule long de 5-6 cm., oblong-lancéolé,
mou; graines garnies, au sommet, d une touffe desoie blanche. — Herbe
très répandue dans toutes les Antilles. Dans le pays, on emploie les racines
contre le syphilis et les maladies cutanées. Descourlilz dit : « La racine
jouit d’une propriété émétique dont j ’ ai souvent éprouvé les bons résultats,
surtout dans les diarrhées si communes aux colonies et quelquefois si
rebelles. » Les racines, qui sont, selon la dose, vomitives ou purgatives, otfrent
de grandes ressources dans l'asthme humide, les affections muqueuses, etc.
— FL toute l’année. — Alt. 0-600 mèt. [N° 2841. j
M a r t i n i q u e . Vulgo: Zerbe-papillon, quadrille. — Abondant. [N° 1858.j

Calotropis R . Br. (du grec « kalos », beau, et « tropis », quille de vaisseau,
parce que les cornets de la corolle, d'un beau violet clair, sont en forme de
quille de navire.)
C. procera A il.; Mudar de grande taille. Vulgo : Arbre à soie, coton de
France (à Marie-Galante). — Arbrisseau ou grand arbuste, haut de 2-3 mèt.,
rarement plus haut, droit, quelquefois tortueux, habituellement très branchu
dans le haut, à jeunes tiges et branches : le dessous des feuilles, les pédon­
cules et pédicelles garnis d'un duvet cotonneux qui donne à la plante un
aspect particulier qui le distingue, de loin, de tout autre végétal. P'euilles
larges, épaisses, cartilagineuses, grisâtres en dessus et glabres, obovées, très
brièvement acuminées au sommet, cordées, sessiles, à lobes amplexicaules.
Fleurs blanches ou rosées, à cornets violet clair, en corvmbes larges, pédonculés, terminaux; follicules pendants, gris, grands, vésiculeux, qui, quand
on les presse brusquement, crèvent et produisent une assez forte détonation;
ils ressemblent, quand à la forme et au volume, à un mango ; semences nom­
breuses, aplaties, imbriquées, surmontées d’ une toulfe de soie blanche*. —
Fl. toute l’année. — Cet arbrisseau, ornemental, est exclusivement propre
aux terrains secs, pierreux ou calcaires, chauds et arides : Bailli f, environs
de la Basse-Terre (La Pintade), Marie-Galante, les Saintes, Désirade, Moule^
etc. Alt. 0-200 mèt. [N° 2846.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-pétard, bois-canon. — P'ond Canonville, Prêcheur,
Anses-d’Arlet (morne Larcher), Diamant, etc. [N° 1859.
1. Celte espèce est une de celles qui fournissent à la médecine les écorces de Mudar,
réputées toniques, diaphréliques et antisyphilitiques, et jouissant d’une grande renommée
dans l’Inde. On emploie cette écorce à la dose de 15 à 20 cg. par jour comme tonique alté­
rant, et à la dose de 2 A i gr. comme émétique. Duneau en a extrait un alcaloïde, le mudarine, qui n’a pas été retrouvé; Fltickiger en a retiré 12 0/0 d’une résine âcre qui parait
être le principe actif de cette drogue; Warden et W eddel, en 1881, en ont extrait une
matière crislallisablc analogue à Valbane de la gutta, une résine jaune très amère, une
résine noire et du caoutchouc. (E. H.)

�400

ASCLKIMADK ES

401

GENTIANKBS

PLANTES DE 1.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Gonolobus Midi, (du grec « gonos », coin, angle, et « lobos », gousse,
parce que les fruits de ces plantes sont anguleux en dehors.)
G. martinicensis Dcne; Gonolobe de la Martinique. Yulgo : Liane noire.
— Liane vivace, haute de 4-8 met., A tige adulte subéreuse, à jeunes tiges
et branches habituellement poilues, allongées, flexibles et très enchevêtrées,
à écorce noirâtre. Feuilles ovales, cordées, à sinus très ouvert. Fleurs rouge
de sang, en corvmbes ombelliformes et pédoneulés ; follicule grand, ovoïdevenlru, long de 1*2-14 cm. sur 6-7 cm. d’épaisseur, pourvu de quatre ailes
longitudinales, aboutissant à la base du fruit, deux de ces ailes prenant
naissance au sommet et les deux autres à peu près au milieu; semences
aplaties, nombreuses, imbriquées, surmontées d’une toulFe de soie blanche.
— Peu abondant : çà et là dans les mornes de la Pointe-Noire, bords de la
rivière Rouge. N° 3714.]
M artini que . Yulgo : Liane-serpent. — Parnasse (habitation Litté), hauteurs
du Prêcheur, hauteurs de l’habitation Pécoul. [N° 1862. ;
lbatia Dcne (nom arabe de la plante.)
I.
muricala Griseb., I. maritima Griseb. ; lbatia à fruits garnis de piquants.
Yulgo : Corosol à chien. Desc., vol. III, t. 189, p. 171 ; Jacq., Sel. Am. si.
hist., t. 56, p. 83. — Liane sulTrutescente, bi ou trisannuelle, haut de
2-4 mèt., à tige adulte subéreuse, glabre, jeune tige, branches et feuilles
garnies d'un duvet laineux et grisâtre. Feuilles cordées-deltoïdes, cuspidées.
Fleurs rougeâtres, en fascicules subsessiles ou brièvement pédoneulés, situés
tout le long des branches; follicule venlru-ové, pointu, long de 5-7 cm. sur
2,9-3,2 cm. dans sa plus grande épaisseur, légèrement duveté, garni de pro­
tubérances nombreuses, spiniformes, pointues ou émoussées; semences convexes-aplaties, imbriquées, surmontées d’une loull’e de soies blanches. — A
l'époque de la maturité des fruits, les feuilles se sont flétries et ont disparu ;
on ne voit que des tiges complètement nues. — Fl. de juin en novembre. —
Exclusivement propre à la région aride, sèche et pierreuse des côtes mari­
times : environs de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Pointe-Noire,
Deshaies. Marie-Galante, etc. N° 2843.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Corosol-diable, corosol-chien. — Carbet, Case-Pilote,
Trois-Ilets, Marin, Yauclin, etc. [N° 1860.
Marsdenia R. Br. (dédié à l’Anglais Guill. Marsdcn, secrétaire de l'amirauté
anglaise; a visité l'ile de Sumatra et a écrit : History of Sumatra, 1783.)
M. elliptica Dcne; Marsdénie à feuilles elliptiques. Yulgo : Liane à
vache (à cause de l'abondance de son suc laiteux). — Liane haute de 4-6 mèt.,
à tige adulte subéreuse, à jeune tige et branches allongées, lisses et noirâtres.
Feuilles larges, cartilagineuses, d’un vert très foncé, elliptiques. Fleurs
blanches, en cymes courtes, axillaires; follicule inconnu. — Rare : çà et là

dans les broussailles des mornes secs de Case-Pilote. [N° 1857.j — Je ne l'ai
pas trouvé à la Guadeloupe.
De celte famille, on rencontre très souvent dans les jardins, pour l’orne­
mentation des tonnelles et des grillages, le Stephanotis floribunda, Ad.
Brongn., vulgo : Stephanotis, liane à bouquet, originaire de Madagascar,
liane vigoureuse, à fleurs blanches en ombelles axillaires, exhalant une odeur
exquise, à follicule de la forme, de la couleur et du volume d’un mango (fruit
du manguier) [N° 2837], Martinique [N° 1861]; le Hoya carnosa R. Br.,
vulgo : Liane-porcelaine, à feuilles elliptiques, charnues, polies, à fleurs en
ombelles pendantes, très belles; elle est originaire des Indes Orientales et ne
rapporte pas de fruits [N° 2847]; le Cryptostegia grandi/lora R. Br., vulgo :
Liane à caoutchouc, forte liane pouvant produire du caoutchouc, est cultivée
au Jardin botanique de la Basse-Terre, où elle fleurit d'octobre à janvier et
produit des fruits; elle est originaire de Madagascar et des Indes Orientales.
[N° 3067.]

CENT TREIZIÈME FAMILLE.

-- GENTIANEES.

Slevogtia Reichenb. (dédié à l’Allemand Jean-Adrien Slevogt, né en 1653,
mort en 1726, professeur d’anatomie et de chirurgie à Iéna, auteur d’un
grand nombre de traités sur différentes plantes et drogues.)
S. occidentalis Griseb., Gentiana verticillata L., Enicostema littorale Blum. ;
Slevogtie des Indes Occidentales. Balai-savane bâtard. Desc., vol. I, t. 16,
p. 76 ; Plum., éd. Burm., t. 81, f. 2. — Herbe annuelle, plus rarement su(fru­
tescente et bisannuelle, haute de 40-60 cm., droite, sans branches ou peu
branchue, à tige et branches scabres, télragones. Feuilles elliptiques, lancéo­
lées, acuminées aux deux bouts. Fleurs petites, blanc pâle (jamais bleues,
comme dit Grisebach, p. 423), en glomérules axillaires, situées tout le long
des tiges. Fruit capsulaire, long de 3-5 mm., sessile. — La plante tout entière
est employée dans le pays comme stomachique et fébrifuge. — Le long des
routes et dans les savanes sèches de la basse région : Baillif, Yieux-Habilants, Pointe-Noire, Gozier, Moule. Alt. 5-120 mèt. (N° 2855.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Balai-savane. — Case-Pilote, Case-Navire, environs
de Fort-de-France, Marin, etc. [N° 1330.]
Coutoubea Aubl. (nom de la plante chez les indigènes de la Guyane.
C. densiflora Mart. ; Couloubée à fleurs très serrées. Yulgo ; Muguet des
savanes. Desc., vol. V III, t. 587, p. 325. — Herbe ornementale, annuelle ou
bisannuelle, à racines pivotanles-fasciculées, à lige très droite, rigide,
branchue dans le haut ou sans branches, haute de 15-80 cm. Feuilles opposées,
décussées, oblongues-lancéolées, cordées, à la base, avec des lobes amplexiDiiss. — Plantes

Guadeloupe et Martinique.

26

�402

PLANTES DF, LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
GENTIANÉES ---- SCHOPHULARINKES

caules. Inflorescence en épis denses, allongés; fleurs blanches ou très légè­
rement violacées. — Fl. toute l’année avec plus ou moins d'abondance. —
Abondant dans les savanes herbeuses, humides et graveleuses de la région
infra-moyenne : Vieux-Fort, Baillif, Vieux-Habitants (abondant), TroisRivières, etc. — Rien que Descourlilz range la plante parmi les emménagogues, dans le pays on n'en fait aucun usage. Alt. 200-500 mèt. ' \° “2305. |—
11 n’existe pas à la Martinique.

403

peu au-dessous de la feuille; corolle blanche, à gueule et à lobes frangés. —
Sur une ombelle, on ne trouve jamais plus d’une fleur ouverte; dès que la
fleur est fanée sur son pédoncule dressé, ce dernier organe s’abaisse sous la
feuille^ le lendemain un autre le remplace. — Fl. surtout de juin à janvier.
— Vit dans les étangs peu profonds ou sur le bord des étangs profonds :
étang Cocoyer (Moule). [N° 3507.] — Il n’existe pas à la Martinique.

Lisianthus Lin. (du grec « lis » ou lissos », lisse, et « anthos », fleur,
parce que, dans ce genre, toutes les parties des plantes sont lisses.)

CENT QUATORZIÈME FAMILLE.

-- SC RO PIIU LA RIN ÉES.

L. frigidus Siv.; Lisianthe des endroits froids. Vulgo : Lis-montagne,
gueule-de-loup-monlagne. — Vivace, haut de 25-90 cm., très ornemental,
plus ou moins droit, à lige carrée, sans branches ou très peu branehue.
Feuilles elliptiques, coriaces, brièvement pétiolées. pointues. Fleurs blanc
verdâtre, larges, solitaires ou en cymes bi-lritlores, terminales, très longue­
ment pédonculées ; corolle penchée, à tube largement campanulé au-dessus
du calice. Capsule ovoïde-oblongue. — FL à peu près toute 1année. —
— Cette belle plante n’habite que les montagnes les plus élevées de 1île ;
Savane à Mulets, cône et plateau de la Soufrière, Savane aux Ananas,
Grande-Découverte, etc. I’N° 2305.] — Elle n’est pas à la Martinique.

V oyria Aubl. (nom de la plante à la Guyane.)
V. uniflora Person. ; Voyère unitlore. Vulgo: Muguet jaune, muguet grandbois. Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 60, f. 3. (Gentiana Jacq.) — Herbe parasite,
ornementale, haute de 15-22 cm., sans feuilles et sans branches, ou à feuilles
représentées par de petites squamules, droite, jaunâtre, dépourvue de chloro­
phylle. Fleur unique, jaune, terminale. — Pousse à terre sur le bois pourri,
dans les endroits ombragés et humides des grands bois. — Assez rare : Bouil­
lante &gt;bois du Trou-aux-trois-Diables), Trois-Rivières. [N° 2837.]1
M a rt in iq ue . Vulgo : Muguet jaune. — Bois du Lorrain, des Deux-Choux,
etc. [K° 1331.]
Limnanthemum Gmel. (du grec « limné », étang, et « antbemon », fleur,
parce que ces plantes vivent dans les étangs.)
L. llumboldlianum Griseb.; Limnanthème de llumboldt. Vulgo ; Follet
femelle, petit follet. Desc., vol. I, t. 24, p. 112. — Herbe aquatique, vivace,
à racines chevelues, très allongées, blanches. Feuilles flottantes, cordçesorbiculaires et à peine peltées, très longuement pétiolées, succulentes, très
vertes et luisantes. Inflorescences axillaires, en ombelles de 5-10 rayons d'iné­
gale longueur, à pédicelles filiformes, concrescents avec le pétiole jusqu’ un
1. Cette plante doit avoir des propriétés amères et toniques des voies gastro-intestinales,
voisines de celles qui sont reconnues, à la Guyane, à V cærulea Aubl. ou voyère bleue :
est à étudier. VE. H.)

«

Scoparia L. (du latin « scopa », balai, parce qu’avec ces plantes on fait des
balais aux Antilles.)
S. dulcis L. ; Scoparia doux. Vulgo : Balai-savane, thé-savane. SL, t. 108,
f. 3; Desc., vol. II, l. 106, p. 162. — Herbe annuelle ou sulFrulescenle,
droite, haute de 45-90 cm., à lige simple, branehue dans le haut, à jeune tige
et branches tétragones. Feuilles opposées, réunies par 3-4, petites, lancéolées
ou oblongues-lancéolées, ou linéaires, dentées en scie. Inflorescence en fasci­
cules axillaires, disposées tout le long des branches; fleurs blanches, portées
sur des pédoncules filiformes, à moitié aussi longs que les feuilles. — Très
abondant dans toutes sortes de savanes des basse et infra-moyenne régions
de la Guadeloupe et de la Grande-Terre. — A cause de ses vertus astrin­
gentes, stomachiques et béchiques, on fait grand cas de cette herbe dans les
campagnes; on l’emploie en tisane contre les maux d’estomac, les rhumes, la
toux, les maux de gorge, enfin contre toutes sortes d’indispositions. Descourtilz
dit, entre autres choses, qu’avec le suc on prépare une pommade contre les
hémorroïdes et que, contre la chute du rectum, on se sert de sa décoction
ferrée L — Alt. 5-600 mèt. [N° 2304.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Balai-doux. — Dans toute l ile. [X° 1336.]

Capraria L. (du latin « capra », chèvre, parce que ces animaux en sont
friands. )

C. hiflora L. ; Capraria à deux fleurs à faisselle de chaque feuille. Vulgo :
Thé du pays, thé-muraille. Desc., vol. IV, t. 300, p. 313; Jacq., Sel. Am. si.
hist., t. 115, p. 182. — Sulfrutescent, ligneux à la base, droit, haut de 0 m4510310, habituellement très branchu, glabre. Feuilles elliptiques-lancéolées ou
elliptiques-oblongues, grossièrement serretées, à dents aiguës. Fleurs d'un
blanc pâle, géminées, pédicellées. axillaires, situées tout le long de la tige et
l. A la Guyane, sous le nom de balai-doux, h e r b e h balais, cette espèce est surtout
employée, toutes les parties de la plante étant émétiques, à faire vom ir les enfants. Les
feuilles sont amères et usitées en infusion dans les affections fébriles. La décoction de la
racine, astringente et mucilagineuse, qui entre dans la composition d’ une tisane antiblennorrhagique, est recommandée aussi contre l’écoulement trop abondant des règles. (E. IL

�40'l

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

des branches. Capsules ovoïdes-subglobuleuscs, à déhiscence seplicide el
loculicide. — Abondant sur les vieux murs, autour des maisons, sur les
décombres et endroits abandonnés de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. — La plante est aromatique et fébrifuge; elle s’emploie dans les cam­
pagnes contre toutes sortes d'affections, mais surtout en tisane contre les
rhumes, bronchites, fluxions de poitrine, etc. 1 — Alt. 0-600 met. [N° *2853.)
M a rt in iq u e . Vulgo : Thé-muraille, thé du pays. — Dans toute l’île.
[N° 1357.]

Alectra Thunb. (du grec « alector », coq, parce que, dans les espèces-types,
les fleurs, par l’ensemble des pièces qui les composent et par leur couleur, ont
quelque ressemblance avec la crête d'un coq.)
A.
hrasiliensis Benth. ; Alectredu Brésil. Vulgo : Herbe fragile, gueule-deloup. — Annuel, haut de 35-45 cm., droit, rigide, sans branches ou peu branchu, très hispide dans toutes ses parties et très fragile. Feuilles subsessiles,
rigides, subcordées el élargies à la base, acuminées au sommet, grossièrement
et inégalement dentées, dents émoussées et souvent blanchâtres. Fleurs : les
unes, axillaires et solitaires; les autres, terminales, géminées, ou solitaires ou
réunies par trois; corolle d’ un jaune de citron, caduque, large, très belle. — Vil
habiluellemenlen parasite sur les racines d’autres herbes. — Fl. surtout de juil­
let à décembre. — Assez abondant dans les savanes herbeuses el sablonneuses
des environs de la Ravine-Chaude et des Trois-Rivières. [N° 2984.] — Il
n'existe pas à la Martinique, mais je l’ai vu récolté à la Dominique.
Stemodia L. (du grec « stemon », étamines, et « dis », double, parce que
les étamines didynames ont chacune une anthère partagée en deux parties
distinctes el divergentes.)
S. parviflora Ait., S. arenaria H. B. et Klh. ; Slémodie à petites fleurs.
Vulgo : Petite véronique. — Petite herbe, dilfuse, à branches longues de 512 cm., plus ou moins dressées à l’extrémité, quelquefois tout à fait dressées.
Feuilles petites, opposées, ovées, crénelées-serretées au-dessus de la base,
longuement pétiolées. Fleurs violettes, panachées de blanc, ou violet pâle,
brièvement pédonculées, axillaires et solitaires, situées tout le long des
branches; corolle à deux lèvres. Capsule à quatre valves. — Çà et là dans les
chemins peu battus, le long des roules, dans les endroits sablonneux . envi­
rons de la Basse-Terre, Gourbeyre, Baillif, Trois-Rivières, M ou le2. Alt. 10400 met. rN° 2852. |
1. Sous le nom dethé de la Guadeloupe, cette espèce est employée à la Guyane surtout
comme diurétique, comme tonique à faible dose, et antipériodique à dose plus élevée. On
utilise les feuilles en infusion théiforme.
2. Le St. pusilüi Benth., sous le nom de basilic sauvage, est employé à la Guyane
contre la migraine (infusion théiforme des feuilles et des fleurs.. La décoction des racines
est recommandée en gargarismes contre les inflammations buccales; elle passe aussi pour
vulnéraire. Le St. parviflora. Ait. doit avoir des propriétés analogues. (E. II.)

SCROPHULARINÉES

405

M a r t i n i q u e . Vulgo : Petite violette. — Saint-Pierre (Jardin botanique el
Trois-Ponts), Trou-Vaillant, Trinité, etc. (N 0 1351.j

Herpestis Gærtn. (du grec « erpein », ramper, parce que les plantes de ce
genre sont rampantes.)
H.
Mo nnieria II. B. Kth.; Herpeste de Monnier. Vulgo : Petite véronique.
SL, t. 129, f. 1; Br., /am., t. 28, f. 3. — Herbe radicante, rampant en tous
sens, à une distance indéfinie, glabre, à tiges comprimées-filiformes. Feuilles
petites, très vertes, spalulées ou obovées, subentières. Fleurs violettes,
panachées de blanc, solitaires, axillaires, portées sur des pédoncules filiformes
et bibractéolésau sommet. — Les Heurs ne s’ouvrent que vers neuf heures et
se ferment de bonne heure dans l'après-midi. Celte plante forme souvent un
gazon superbe. — Çà et là dans les endroits humides et aquatiques de la
basse région ; Capesterre (Guadeloupe), Pointe-à-Pitre. Alt. 0-200 mèt.
[N° 2851.]
M art in iq ue . Vulgo : Véronique. — Fort-de-France (dans les jardins),
Lamentin (bord de mer), Ducos, etc. [N° 1353.]

Vandellia L. (dédié à Dom Vandelli, professeur de botanique à Coïmbre; a
publié, entre autres choses, un ouvrage sur les plantes du Portugal et du
Brésil, 1788.)
V. cruslacea Benth. ; Vandellie à fruits crustacés. Vulgo : Cresson bâtard.
— Petite herbe, glabre, aquatique, délicate, à tige rampante, radicante,
ensuite dressée, haute de 10-17 cm. Feuilles petites, rondâtres, palminerviées,
à 3-5 nervures à peine perceptibles. Fleurs axillaires, blanches, tachetées de
violet, ou violettes et tachetées de blanc. — Très abondant dans les
endroits très humides ou aquatiques, autour des fontaines, sur le bord des
ruisseaux et des rigoles : Basse-Terre, Camp-Jacob, Gourbeyre, Lamentin,
Ravine-Chaude,Matouba, Go/.ier,Moule, etc. .Vil. 0-900 mèt. [N° 2850.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Cresson bâtard, petit cresson. — Dans toute l’île.
[N° 1355.]
V. di//'nsa L. ; Vandellie couchée. Vulgo ; Herbe à tisane. — Petite herbe,
complètement couchée, radicante, à branches peu nombreuses, longues de
5-25 cm., filiformes. Feuilles orbiculaires, brusquement contractées, à la
base, en un court pétiole, palminerviées, serrelées au-dessus de la base,
opposées ; les paires, distantes. Fleurs axillaires, 1-2 à l’aisselle de chaque
feuille; corolle violet pâle. Capsules bivalves, pointues, longues de 5-6mm.
— Assez rare. Çà et là dans les chemins humides et peu fréquentés : environs
de Saint-Pierre, Carbet, Fonds-Saint-Denis, Marin L [N° 1354.] — Je ne Fai
pas trouvé à la Guadeloupe.
1. Cette plante, amère et mucilagineuse, est employée à la Guyane,sous le nom d'herbe
du Paraguay, en décoction contre les fièvres continues et intermittentes. Contre les mala-

�406

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Angelonia Humb. et Bonpl. (de « angelon », nom de la plante à Caracas.)
A. angustifolia Benth.; Angélonie à feuilles étroites. 5 ulgo : Gueule-dcloup. — Herbe sullrutescente, à tiges nombreuses, haute de 40-8.) cm.,
glabre. Feuilles lancéolées ou linéaires-lancéolées, pointues au sommet, acuminées, à la base, en un pétiole très court, serretées au-dessus de la base, à
dents distantes. Fleurs larges, violet foncé, en grappes simples, allongées,
terminales.— Plante d’ornement, cultivée dans un grand nombre de jardins.
— Fl. à toutes les époques de l'année. — Alt. 5-700 met. (N° 2300.] — Intro­
duite de l'Amérique continentale et tropicale (Mexique).
M a rt in iq ue . Yulgo : Gueule-de-loup. — Dans beaucoup de jardins et par­
terres. N’° 1350.]
Le Russelia juncea Zucc., vulgo : Goutte-de-sang [N° 2845], Martinique
V 1347 , arbrisseau sarmenteux, sans feuilles, à branches et liges très
nombreuses, striées, à rameaux verticillés par 5-10, à Heurs d'un rouge de
sang très vif, disposées en panicules larges, allongées et tombantes, est sou­
vent cultivé dans les jardins. Originaire du Mexique.

CENT QUINZIÈME FAMILLE. ---

SOLANÉES.

B row allia L. (dédiéà John Browallius, né en 1707, à Westerns, en Suède,
écrivain,, mort évêque el chancelier de l’ Université d'Abo, en 1755;
a écrit un ouvrage remarquable contre les adversaires du système de Linné.)
B.

demissa L. ; Browallie de petite taille. Yulgo : Grande violette. —

Herbe annuelle, ornementale, droite, sous-ligneuse à la base, haute de 5000 cm., rameuse dans le haut, à tige cl branches grêles. Feuilles llasques,
distantes, entières, longuement pétiolées, ovées, légèrement poilues ou
glabres. Fleurs violettes, plus rarement blanches et à gorge violette, distantes,
en cymes racémiformes, axillaires et terminales : les dernières allongées. Cap­
sule striée, septicide, à valves trifides. — Fl. presque toute l’année, mais
surtout d’octobre à mai. — Très abondant au Camp-Jacob, à Bagatelle, à
Choisy, Montéran, etc. [N° 2593.j
M artintque . Yulgo : Ne m’oublie pas. — Abondant : Saint-Pierre, TroisPonts, Carbet, Prêcheur (assez rare), Ajoupa-Bouillon. 'Alt. 40-500 mèt.
\° 2125.]
dics du foie, elle entre dans le médicament brésilien connu sous le nom de haimerada.
Elle est surtout recommandable comme éméto-calhartique et fébrifuge. Le V. crustacea
jouit des mêmes propriétés. Sous le nom de » Ilaehaa ou Mataura », c’est une des plantes
médicinales dont les indigènes font le plus fréquent usage à T ah iti; elle y tient la place
de la digitale. Elle donne de bons résultats aux débuts des affections bilieuses, dans la
dysenterie, l'aménorrhée. (V o ir E. Heckel, Hist. mèd. et pli. des nouv. méd., 187-1.)

407

SOLANÉES

Brunfelsia Plum. (dédié à Otto Brunfels, né à Mayence vers la fin du
xv1' siècle, mort médecin à Berne, en 1534; a été le premier botaniste qui
ail écrit sur les plantes. Il a laissé entre beaucoup d’autres choses ; Ilerbarium vivæ icônes.)
B.

«

fallax Duchass. ; Brunfelsie trompeuse. Vulgo : Bois à plier (à Vieux-

Fort). — Grand arbuste ou petit arbre, haut de 3-4 mèt., très peu feuillu,
nu dans le bas, à écorce brune. Feuilles coriaces, ellipliques-obovées,
arrondies au sommet. Fleurs larges, à long tube, d’abord blanches, tournant
ensuite au jaune pâle, très parfumées, surtout pendant la nuit, solitaires
ou géminées, axillaires el terminales. Fruit sphérique, déhiscent, de la
grosseur d’une cerise, jaune à la maturité1. — Fl. de novembre à mars. — On
le cultive quelquefois dans les jardins, où il devient plus branchu et plus
feuillu. — Endroits secs, pierreux, chauds, près de la mer ; Vieux-Fort,
les Saintes (Terre-de-IIaul, chemin du Chameau), Marie-Galante (Capestcrre).
[N° 2594.J
M a r t i n i q u e . — Cultivé au Jardin botanique. [NTo 1233.]

Solandra Sw. (dédié â Daniel C. Solander, né en 1736, à Stift N ord-^
land, en Suède : voyagea à travers la Laponie jusqu’à Archangel et à SaintPétersbourg; passa ensuite en Angleterre, aux îles Canaries; lut employé,
après son retour, au Musée britannique; accompagna Cook dans son pre­
mier voyage, de 1768-71 ; obtint, après son retour, une place de bibliothé­
caire au musée ; mort en 1782.)
S. grandiflora Sw. ; Solandre à larges Heurs. Vulgo : Liane-pomme,
liane-trompette. SL, t. 9, Analyt . ; Desc., vol. III, t. 174, p. 104. — Puis­
sante liane, montant sur les arbres les plus élevés et les couvrant de ses
branches allongées et très feuillues, à lige cylindrique, lisse. Feuilles larges,
subcharnues, elliptiques-ovales, très glabres des deux côtés, luisantes, briève­
ment pointues au sommet. Fleurs odorantes, terminales, solitaires ou géminées,
blanches d’abord, plus lard jaune verdâtre ou jaunâtres; corolle longue de
16-18 cm., à tube infundibiliforme, à 5 lobes arrondis, ondulés-crénelés;
calice à 3-5 lobes longs de 10 cm., pointus et persistant encore longtemps
après la chute des fruits; pistil subulé, dépassant la corolle. Fruit ovoïdemammiforme, rétréci au sommet, surmonté du pistil fané, très vert, de la
grosseur d’une pomme reinette, contenant un grand nombre de semences,
nichées dans une pulpe brune. — Toute la plante est toxique, aucun animal
n’en mange les fruits. — FL de décembre à mars. — Çà et là dans les
grands bois des Bains-Jaunes (canal de Montéran), au Matouba, dans les bois
1.

Les fruits de cette espèce paraissent être sans usage aux Antilles, mais ceux du

B.

americana L. servent, à la Guyane, à faire un sirop astringent employé contre les diarrhées
rebelles. (E. II.)

‘

‘

•

�40$

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

entre la Poinle-Xoire el la Ravine-Chaude, et dans ceux des Trois-Rivières.
Alt. 500-900 met. [N° 3409.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Liane-chasseur. — Çà el là dans les bois de 1AjoupaUouillon et des ravines de la Basse-Pointe (habitation Gradis), du Lorrain, etc.
[X® 2129.]

abandonnés de la basse région : Basse-Terre (ville et environs), Baillif,
Lamentin; çà et là dans toute la Grande-Terre, à Marie-Galante, à la Désirade, etc. Alt. 0-100 mèt. [N° 2877.] — Introduit vraisemblablement de l'Inde.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Concombre à chien, concombre-diable. — Environs de
Saint-Pierre, Carbet (cimetière), Prêcheur, Marin, Trinité, etc. [N° 1926.]

Datura L. (selon les uns, du mot arabe « Datora » ; selon d’autres, du
mol persan « Tatula » (de « lat », piquer), c'est-à-dire des plantes à fruits
piquants.)
C. suaveolens llumb. et Bonpl.; Datura à fleurs suaves. 4 ulgo : Fleurtrompette, trompetle-du-jugement. — Grand arbuste ou petit arbre, peu
élégant, haut de 3-4 m 50. à écorce grise, branches divariquées, souvent
penchées. Feuilles flasques, glabres ou souvent légèrement pubescentes en
dessous, orées ou ovées-oblongues, larges, pointues au sommet, souvent
inégales à la base, entières. Fleurs toujours penchées, blanches, solitaires
ou géminées, naissant dans les bifurcations des rameaux supérieurs, odo­
rantes, longues de 20-25 cm.; corolle infundibiliforme-cylindrique, à 5 lobes
dentés-subulés ; calice ventru, d'un tiers plus court que la corolle. — Fl. de
janvier à juin. — La plante ne produit pas de fruits dans nos colonies. —
Introduit et cultivé, originaire du Mexique. — Camp-Jacob et environs. Alt.
450-600 met. [X° 2598.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Fleur-trompette. — Morne-Rouge, fontaine Absalon,
etc. [N° 1924.]

D. Tatula L., (D. Stramonium L.?) (du mot persan « tatula »). Vulgo : Con­
combre à chien. Desc., vol. III, t. 173, p. 99. — Annuel, droit, branchu
dans le haut, à branches très étalées, à tige et branches tantôt rouges, tantôt
blanches, grosses, succulentes. Feuilles ovées, sinuées-dentées, larges. Fleurs
grandes, violettes ou violacées, glabres. Fruit garni de piquants droits. — Çà
el là autourdesmaisons, sur les décombres, dans les champs en friche, etc. :
Vieux-Habitants(cimetière), Poinle-Xoire,Trois-Rivières, etc. Alt.0-600mèt.
[X® 2596.]
. M a r t i n i q u e . Vulgo ; Concombre à chien. — Assez rare : Sainte-Anne,
Trinité. [N° 1925.]

D. Metel L. (du mot arabe « methel ».) Vulgo : Concombre à chien. —
Annuel, droit, haut de 30-95 cm., à lige et branches rouges ou blanchâtres,
étalées, à jeunes liges, branches, feuilles, pédoncules el pétioles garnis d'un
duvet gris, tendre, plus ou moins visqueux. Feuilles ovées, entières ou à dents
peu nombreuses. — Fleurs larges, d'un blanc pur; corolle à tube cylin­
drique, brusquement élargi au sommet et muni de cinq dents courtes. Fruit
gros, couvert de piquants subulés ou droits. — FL pendant et après 1hiver­
nage. — Les fleurs s ouvrent le soir et se ferment de bonne heure dans la
matinée. — Dans le pays, on emploie les feuilles de celte espèce indienne,
flambées au préalable sur une flamme, comme topiques contre les inflamma­
tions, les enflures, etc*. — Abondant sur les décombres et dans les endroits
I. Il est à peine besoin de rappeler que les feuilles et les graines du D Stramonium
L. sont employées en médecine comme narcotiques, à cause de leur principe actif qui
est un mélange d'atropine et d'Iiyoscyamine, mélange plus abondant dans les graines
que dans les feuilles. Les autres Datura indiqués ici participent évidemment des memes
propriétés : D. fastuosa I.., remarquable par l’ampleur de ses (leurs, figure dans la phar­
macopée dé l'Inde comme plante sédative ; T). Metel L., espèce indienne, donne des
graines employées comme narcotiques dans sa patrie; D. Tatula L. est employée au
Pérou feuilles et graines contre les maladies de la peau et contre l’asthme. A la Guyane
française, le D. ceralocaula Jacq. est couramment employé et de la même façon que D.
Stramonium* L. Les feuilles, chaudes, servent en application contre la sciatique. La

On rencontre quelquefois à la Guadeloupe et à la Martinique le Datura
Stramonium L. rX° 2996 /;.] qui se confond, d'après certains auteurs, avec
D. Tatula L.

D.

fastuosa L. ; Datura fastueux. Vulgo : Concombre à chien grand, cara-

pate bâtard (au Moule). — Annuel, tortueux, haut de 0 “ 90-2 mèt.
Feuilles larges, ovées, subentières ou dentées, à dents peu nombreuses.
Fleurs longues de 15-18 cm., jaunâtres ou violet panaché, ou blanc sale;
corolle toujours double, à tube subcylindrique et terminé par cinq dents
longuement subulées. Fruit de la grosseur d'une pomme, à piquants longs
et droits.— Fl. de novembre à mars. — Çà et là sur les décombres, dans
les endroits abandonnés de toute la Guadeloupe et de la Grande-Terre.
— Toutes les parties de la plante exhalent une odeur désagréable; les
feuilles s’emploient extérieurement contre les douleurs rhumatismales et
contre les maux de tête. [X° 2559.] — Introduit de la région tropicale de
l'ancien continent.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Trompetle-du-jugement. — Çà et là dans la basse
région de toute l’île. [X os 1927, 2128.]

N icotiana L. (dédié à Jean Xicot, né en 1530, à Xîmes; mort en 1600,
à Paris, ambassadeur à la cour du Portugal; apporta, en 1560, des graines
de tabac en France, et y introduisit, en 1564, l'usage d'en fumer les feuilles.)
N. Tabacum L. Vulgo ; Tabac. — Introduit autrefois de l ’Amérique troLcinlure des feuilles est recommandée contre les palpitations. L ’extrait alcoolique, mêlé à
l’huile, ou encore les feuilles, pilées et macérées dans l'huile, servent en frictions 00011*6
les rhumatismes et contre le prurit des parties génitales. O 11 recommande le fruit vert,
écrasé, en application contre les pustules charbonneuses. (E. H.)

�410

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

SOLANé.RS

411

pieale pour la culture en grand, qui a été ensuite abandonnée; se ren­
contre encore cultivé çà et là pour 1 usage personnel. Naturalisé dans
toute la Guadeloupe et la Grande-Terre. [N° '2878.] 1
M ar ti n iq u e . Yulgo : Tabac. — Naturalisé et cultivé çà et là en petit.
[N° 338.]

moins avec la maturité du fru it, qui est sphérique, mangeable, de la gros­
seur d'une petite cerise, et rouge foncé quand il est mûr. — Dans les savanes
herbeuses et humides, dans les endroits défrichés, etc., de toute la Guade­
loupe et de la Grande-Terre. Alt. 0-700 mèt. [N°2591.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Poe. — Dans toutes les savanes de l'île. [N° 1931.]

Acnistus Seliott. (du grec « aknislès », plante des Anciens, qu’on ne

P. ancjulata L. ; Coqueret anguleux. Vulgo : Herbe à cloques. D ill., Ellh.,
t. 12, f. 12. — Herbe annuelle, glabre, haute de 40-90 cm., très divisée dans
le haut, à rameaux fastigiés ou étalés, à tige quelquefois couchée, à tige et
branches anguleuses-striées. Feuilles flasques, plus larges que dans le pré­
cédent, ovées ou ovées-elliptiques, irrégulièrement sinuées-denlées, contrac­
tées, au sommet, en une pointe allongée ; vessie du calice à cinq angles aigus.
Fruit jaune àla maturité, et bon à manger. — Très abondant sur les décombres,
les endroits abandonnés et cultivés, et le long des roules des basse et inframoyenne régions de la Guadeloupe et de la Grande-Terre. Alt. 0-500 mèt.
[N° 2590.]
M a r t i n i q u e . Y’ulgo : Herbe à poc. — Abondant dans toute 1île. (N° 1930.]

connaît pas.)

A. arborescent Schlecht., Cestrum cauliflorntn Jacq. ; Acniste arborescent.
Yulgo : Surio, suyau (corruption du mol sureau'. PI., édit. Burin., t. 46, f. 1 ;
Desc., vol. III, t. 177, p. 119. Atropa L .) — Petit arbre, haut de 4-5 mèl.,peu
élégant, à branches très divariquées, souvent penchées, à écorce grise,feuilles
larges, flasques, elliptiques-oblongues, pointues aux deux extrémités. Inflores­
cence en fascicules latéraux, penchés, très nombreux, situés tout le long des
branches; corolle blanc pâle, graduellement dilatée du sommet à la base.
Fruit sphérique, jaune à la maturité, de la grosseur d'une très petite cerise.
— La plante est toxique-narcotique, cependant les enfants en mangent
impunément les fruits. Dans le peuple, on se sert des fleurs séchées en
tisane contre les maux d'estomac, et comme sudorifiques contre la toux
et les refroidissements; on les ramasse souvent pour les vendre aux phar­
maciens du pays; les feuilles s’emploient avec le curage (Com m elyna midiflora L.), comme émollientes dans les bains tièdes,et à l’extérieur contre les
névralgies, au même litre que les feuilles des concombres à chien. — Assez
abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
et de la Grande-Terre. Alt. 10-600 met. [N°2589.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Suyau, sureau. — Pour enivrer les poissons, on se
sert des feuilles, froissées, à cause de leurs vertus narcotiques. — Abondant
dans tout le nord de file ; plus rare dans le sud. [N° 1929.]
Physalis L. (du grec « phusalis », vessie, allusion au calice accru qui
forme une vessie entourant et cachant le fruit.)
P. fœlens Poir. ; Coqueret puant. Yulgo : Herbe à cloques. — Annuel,
haut de 25-45 cm., délicat, visqueux, à lige blanche, à branches très étalées
et dichotomes, à tige, branches et pétioles garnis de poils mous et blan­
châtres. Feuilles ovées, anguleuses-denlées, molles. Fleurs solitaires dans la
bifurcation de deux branches, jaunâtres avec une tache noire à l’entrée de
la gorge ; anthères violettes; calice accru, à cinq angles, s'effaçant plus ou

Capsicum L. (du grec « kapto », futur « kapso », mordre, à cause de sa
saveur piquante.)
C.
frutescens L. ; Capsicum frutescent .Vulgo : Piment-z’oiseau, piment
enragé, piment cabresse, piment caraïbe. Desc., vol. V I, t. 413, p. 24. —
Arbrisseau grêle, délicat, glabre, haut de 0 m 30 -lm20, peu branchu, à
branches dichotomes et un peu en zig-zac. Feuilles ovées, pointues, flasques.
Fleurs blanchâtres, petites, en cymes réduites, courtes et latérales. Fruit
conico-cylindrique, long de 0-8 mm., rouge foncé à la maturité. — Fl.
en août, septembre et octobre. — Assez rare à l'état sauvage : basse région
de Bouillante, de Pigeon; çà et là à Baillif, aux Vieux-Habitants. Alt. 15400 mèt. [N° 2595.](
M a r t i n i q u e . Y ulgo : Piment-oiseau, piment enragé. — Çà et là dans les
haies et les broussailles, des hauteurs inférieures de Case-Pilote, morne
Gommier (Marin)[N° 351], avec ses variétés [N os 352, 353, 354.]
On a transplanté cette espèce dans les jardins, et, par la culture, on est
arrivé à obtenir des variétés qui dépassent de beaucoup la taille de l’arbris­
seau primitif et le volume normal des fruits; entre autres : le piment ordi­
naire ou piment blanc, dont le jiiecl peut atteindre jusqu’à 2 IU 50, et le fruit
dépasser le volume d une grosse cerise. [N os 1603, 2604.]
C. baccatum L .; Capsicum à fruits ronds. Y’ ulgo : Piment rond, piment-

1. En dehors des usages connus du labac, qui est une plante médicinale en Europe
employée en lavements poiir favoriser la réduction des hernies et pour combattre les
obstructions alvines), citons ce fait qu'à la Guyane la feuille, écrasée avec du rocou
Bixa Orellunu L préserve des piqûres de la chique Pulex pénétrant) et cicatrise les
plaies déterminées par l’extraction de l’insecte parasite. Les feuilles, huilées et tièdes,
s’appliquent sur les blessures récentes. (E. H.)

1. Les fruits de ce Capsicum (qui est officinal) doivent leur âcreté, comme ceux detous
les piments, à un liquide oléo-rcsineux et à une substance cristalline, la capsicine. Les
piments, en dehors de leur action stimulante des voies digestives, qui en rend l’emploi
voisin de l’abus dans toutes nos colonies chaudes, ont été vantés, ainsi que leurs extraits,
comme un remède m erveilleux contre les hémorrhoïdes. (E. H.)

�412

PLANTES DK LA GUADELOUPE F,T DR LA MARTINIQUE

poivre. SI., l. 246, f. 2. — Arbrisseau haut de 0 ,u 80-1m 50, faiblement
branchu, à branches en zig-zac. Fleurs comme clans le précédent, mais plus
longuement pédonculées. Fruit sphérique, rouge foncé, plus petit qu'une
graine de poivre. — Çà et là dans les halliers et les haies des basse et inframovenne régions de la Guadeloupe et de la Grande-Terre. [N° 3681.]
M a rt in iq u e , Yulgo : Piment-poivre, piment à grives. — Parnasse, vallée
du Garbet, Trois-llels plateau , morne Gommier (Marin), etc. 1N° 349.]
La culture adonné des variétés nombreuses, dont les fruits diffèrent beau­
coup, par le volume, de ceux de Lespèce-lype, mais affectent toujours la
forme ronde; les principales sont :
1° Piment moka, fruit de la grosseur d'un fruit de café moka [N° 3575];
2° Piment rouc/e, piment cerise, de la grosseur d'une cerise ordinaire
[ V 2602];
3° Piment bonda Madame Jacques, à fruits subsphériques, du volume
d'une grande cerise. [N 05 348, 3574.]

C. conoides Roem. et Schult, C. frutescens L. ; Capsieum à fruits conoïdes.
Yulgo ; Piment-café, à fruits du volume et aussi un peu de la forme d'un
café ordinaire [N° 356], et la variété plus grosse. [N os 355 et 3559.] — Intro­
duit.
C. ceratocarpum Fingerhut. Yulgo : Pimenl-z’indien, à fruits conico-cylindriques, blancs ou rouges à la maturité, longs de 5-6 cm., légèrement recour­
bés en forme de corne. Introduit de l’Inde [N° 2601 ], et Martinique[N° 357.]
On rencontre aussi le C. dulce Hort. Vulgo : Pimenl-doux(Nu353], et le C.
annuum L., vulgo : Gros piment, tous deux introduits de l’Europe.
Les Lycopersicum cerasiforme Dun., vulgo : Tomadose [N° 3785], Marti­
nique [N° 2001], et le L. esculentum Mill., vulgo : Tomate (Desc., vol. V I,
t. 303, et vol. Y, t. 877), introduits et naturalisés,sont cultivés dans toutes
les Antilles. On les rencontre à l'état sauvage, échappés des cultures.
Solanum L. (du latin « solamen », consolation, tranquillisation; de
« solari », allusion aux vertus adoucissantes et soporifiques de ces plantes.)
S. nodiflorum Jacq.,S. caribæum Dun. ; Morelle, à fleurs axillaires. Yulgo ;
Agoman ou agouman (planter). — Herbe annuelle, droite, glabre, haute de
0 “ 60-1 m10, à branches grêles, lisses, noires, habituellement penchées au som­
met. Feuilles llasques, ovées, contractées en coin à la base, entières ou
sinuées-dentées. Fleurs blanches, en ombelles latérales et axillaires. Fruit
sphérique, rouge, un peu plus petit qu'une graine de poivre. — Abondant
dans les terres cultivées ou laissées en friches de toute la Guadeloupe et de
la Grande-Terre. On en rencontre une variété à feuilles larges, toujours
sinuées-dentées, à tige tétragone, garnie de protubérances spinescentes. Alt.
0-700 met. N° 2604.]

M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe amère, herbe à calalou. — Dans toute l'île,
avec les mêmes variétés qui existent à la Guadeloupe. [N° 2130.]

S. Seaforlhianum Andr.; Morelle de Seaforth (lord anglais). Yulgo : La
douce-mère, lilas grimpant, liane-lilas. — Liane vivace, glabre. Feuilles
ovées, flasques : les inférieures, penniséquées, à 3-5 segments; les supé­
rieures, entières. Fleurs lilas, en grappes allongées, pyramidales et toujours
pendantes. Baie sphérique, jaune à la maturité, fie la grosseur d'une graine
de poivre. — Cultivé dans les jardins pour l’ornementation des grillages,
des tonnelles, etc. On le rencontre quelquefois à l'état sauvage. [N° 2006.j
M a r t i n i q u e . Vulgo ; La douce-amère. [N° 367.]
S. triste Jacq.; Morelled'un aspect triste. Vulgo : Bois-caca. Desc., vol. III,
t. 185, p. 155; Jacq., Sel. Am. slirp. hist., L. 40, f. 2, p. 50. — Arbrisseau
glabre,fortement branchu, haut d e l ,n 50-2in50, à tige noir verdâtre. Feuilles
larges, llasques, d'un vert noirâtre, elliptiques-oblongues ou oblongueslancéolées, pointues, habituellement réunies par deux, souvent garnies en
dessous, à l’aisselle des nervures principales, de petites touffes de poils. Fleurs
blanchâtres, petites, en cymes umbelliformes, latérales, pédonculées. Baie
sphérique, jaune à la maturité, de la grosseur d'une petite cerise. — Toutes
les parties de la plante exhalent une odeur désagréable; on n'en fait aucun
usage dans la médecine domestique. — FL d’octobre à mai. — Çà et là dans
les halliers et les broussailles des régions inférieure et basse : enviions de
Saint-Pierre, Carbet, Marin, Trois-Ilets, etc. [N° 2366.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
S. asperum Vahl; Morelle à feuilles rudes. Yulgo ; Bois-lélé (dans les hau­
teurs de Baillif), ailleurs Bélangère petit. — Grand arbuste, haut de 2-3 mèt.,
très branchu dans le haut, à écorce rougeâtre, rude, à tige el rameaux très
seabres, garni d’aspérités lenticulaires, blanchâtres et très nombreuses.
Feuilles seabres, elliptiques ou elliptiques-oblongues, acuminées au sommet,
rétrécies, à la base, en un pétiole ailé. Fleurs d’un blanc sale, en cymes
arrondies, contractées, poilues, longuement pédonculées, terminales, à
pédoncules et pédicelles revêtus de poils courts, roussâtres. Baie scabre,
jaunâtre à la maturité, sphérique, de la grosseur d'une petite cerise. — FL
de février à mai. — Peu abondant : çà et la le long des rivières, et dans les
halliers des mornes inférieurs : Baillif, rivière Noire, rivière des Pères. Alt.
50-300 mèt. [N° 2607.]
M art in iq ue . Vulgo : Mélongène bâtard, — Basse-Pointe (environs du
bourg), Macouba, fontaine Didier. Alt. 50-400 mèt. [N u 370.]
S. neglectnm Dun.; Morelle négligée. Vulgo ; Mélongène-liane bâtard.
PL, édit. Burin., i. 245, f. 4. — Liane suffrutescente ou frutescente, s’éten­
dant en tous sens sur les branches des plantes voisines, à lige cylindrique,

�414

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

glabre, à rameaux plus ou moins pubescents à l’extrémité. Feuilles très
tlasques, ovées ou ovées-oblongues, pointues, laineuses en dessous, et gri­
sâtres. Fleurs d'un blanc pâle, en eûmes ombelliformes, paueiflores, pédonculées; calice garni, au sommet, de dix appendices droits, courts. Fruit
subglobuleux-oliviforme, surmonté du style persistant.— Fl. de mai à juillet,
et aussi d'octobre à janvier. — Peu abondant. Sur les lisières et dans les
clairières des grands bois inférieurs : Camp-Jacob, rivière Noire, Capcsterre
(Guadeloupe, habitation Longmonl, etc.). Alt. 150-600 mèt. ! N° 2884.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Mélongène bâtard, mélongène-liane-razier. — Troisllets. hauteurs de Case-Pilote, fontaine Didier, etc. [N° 364.]
S. racemosum Jacq.; Morelleà Heurs en grappes, Vulgo : Picanierfemelle.
a, variété inerme. Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 36, p. 50. — Grand
arbuste, haut de 2-3 mèt., peu branchu, nu dans le bas, à écorce cendrée, à
rameaux pulvérulcnts-pubescents, gris. Feuilles allongées-lancéolées, acuminées au sommet, légèrement pubcsbenles et grises en dessous. Fleurs blanches,
pédicellées, unilatérales, en grappes terminales et axillaires : ces dernières
confinées aux aisselles des feuilles de l’extrémité; pédicelles penchés. Baie
rouge de feu à maturité, sphérique, de la grosseur d’une graine de poivre. —
Fl. d’août à mars. — Abondant sur les côtes sèches du littoral, entre Baillif
et Deshaies, Désirade, Moule, Saint-François, Sainte-Anne, Gozier, MariéGalant*, les Saintes, etc. Alt. 0-120 mèt. N°2605.]
M artinique . Vulgo : Mélongène-diable bord-de-mer. — Abondant : Prê­
cheur, Case-Pilote, Diamant, Sainte-Anne, Yauclin, etc. [N° 1131.]
J), variété épineuse. Vulgo : Picanier mâle. SI., t. 11, f. 3. (S. igneum L.) —
Difière de la précédente par sa taille moins élevée, par les liges dont l’extré­
mité supérieure est garnie de piquants forts, droits et jaunes, parles feuilles,
les pétioles et le dessous de la nervure médiane également dépourvus de
piquants recourbés et latéralement comprimés et plus courts que ceux de
la lige. — Environs de la Pointe-à-Pitre, Moule, Gozier, etc. — Celte
variété est loin d’être aussi abondante que l'autre. [N° 2882.] — Je ne l'ai
pas vue à la Martinique.
S. lanceæfolium Jacq. ; Morelle à feuilles en fer de lance. Vulgo: Bélangère
piquante. — Liane vivace, rampante et grimpante, courant mollement sur
les branches des végétaux voisins ou montant à une faible hauteur, à tige,
branches, pétioles et nervure médiane garnis de piquants recourbés ou droits,
acérés, courts, nombreux. Feuilles lancéolées ou ovées-lancéolées, longue­
ment péliolées. Fleurs blanches, plus rarement violacées, en cymes latérales.
Baie sphérique, rouge, de la grosseur d'un pois. — Fl. de novembre à mai.
— Peu abondant. Çà et là dans les haies des savanes, sur les lisières et dans
les clairières des grands bois inférieurs : rivières Noire et Rouge, Matouba,
Camp-Jacob, etc. [N° 3408.]

M a r t i n i q u e . Vulgo : Mélongène-razier, mélongène piquant. — Plus abon­
dant qu’à la Guadeloupe : hauteurs de Fort-de-France, fontaine Didier,
Trois-Ilels (plateau), Anses-d’Arlet (morne Larcher), etc. j N° 365.]

S. lorvuni Sw., S. ferruqineum Jacq. ; Morelle à cymes contournées. \ ulgo :
Bélangère bâtard. Desc., vol. III, t. 188, p. 167. — Arbrisseau droit ou lorlueux, frutescent par la base, herbacé par le haut, d’une élévation de I 1,1502m 50, à branches peu nombreuses, presque étalées et souvent penchées, à
rameaux et feuilles couverts d’un duvetgrisâtre et garnis dépiquants droits ou
courbés. Feuilles larges, ovées, sinuées-dentées : les jeunes souvent entières.
Fleurs d’un blanc pâle, en cymes dichotomes, tournées de côté, latérales.
Fruit jaune à la maturité, sphérique, de la grosseur d'une petite cerise. —
Très abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. — Fl. presque toute l’année, mais surtout pen­
dant et après l’hivernage. — La plante est, comme la plupart des Solanum,
toxique-narcotique. Dans le pays, on emploie les racines, macérées dans l'eau
et prises en tisane, contre les coliques néphrétiques, la racine et l’écorce en
décoction contre les fièvres gangréneuses. Les cultivateurs se servent souvent
de la Bélangère bâtard comme support pour greffer les mélongènes cultivées.
[N° 2885.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mélongène-diable. — Très abondant dans toute l’île.
[N° 2123.]
S. Melongena L. Vulgo : Mélongène (du grec « melon », pomme, et
« genæin », produire, qui produit des fruits semblables à une pomme),
aubergine. Desc., vol. III, t. 107, p. 163. — Originaire de l'Asie tropicale,
cultivée comme légume dans toutes les parties chaudes et tempérées du
monde entier, j N° 2880. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mélongène, aubergine. [N° 2127. |
S. macrocarpum L. ; Morelle à grands fruits. Vulgo : Mélongène de Guinée.
— Haut de 50-90 cm., à feuilles très larges, épaisses, sinuéçs, à lige rouge,
ou blanche ou noirâtre, à fruits d’un jaune d'or, de la grosseur d'un œuf de
poule ou d’une petite poire ; se rencontre assez souvent dans les deux colonies,
— Originaire de l’Afrique (La Réunion, Madagascar). — Les fruits sont
délicats et se mangent comme les mélongènes ordinaires*. On les greffe
habituellement sur la Bélangère bâtard. [N°2881.
S. mammosum L. ; Morelle à fruits mammiformes. Vulgo : Pomme-poison.
SL, t. 12, f. 1 ; Desc., vol. III, t. 186, p. 159. — Annuel, ornemental, haut de
1. On emploie, à Madagascar, la décoction de la racine ou le fruit de cette plante
nommée, à la Réunion, (/rosse nnghine contre les fièvres paludéennes. I.a décoction,
aqueuse ou vineuse, se prépare avec 15 grammes de racines concassées pour un litre
d ’eau ou de vin rouge; on prend cette décoction par verrée en 2î heures, d’après
Docqucllon-Limousin. (E. II.)

�416

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

417

SOLANÉES

0 m60-l met., tortueux ou droit, à branches étalées et divergentes, à tiges,
branches, pétioles, pédoncules et faces des feuilles garnis de piquants jaunes,
droits ou recourbésel très acérés. Feuilleslarges, sinuées-angulcuses, flasques,
velues des deux côtés, à poils dorés et couchés. Fleurs violet foncé, en cymes
latérales, scorpioïdes, plus ou moins cachées par les feuilles. Fruit mammiforme, long de 5-6 cm., nu. de 4—1,5 cm. d’épaisseur, muni de son calice
persistant. — A l'époque delà maturité des fruits, les feuilles se sèchent et
tombent : on voit alors l’arbrisseau chargé de 10-40 capsules, très lisses, d'un
jaune d'or vif et brillant de tout leur éclat au milieu des savanes sèches, ce qui
produit le plus bel effet. — La plante est éminemment toxique-narcotique et
pourrait rendre de grands services dans la médecine domestique. Descourtilz
dit : « Je l'ai administrée avec succès à dose fractionnée, dans de violentes
cardialgies, dans plusieurs autres douleurs nerveuses, et dans beaucoup
d'affections locales douloureuses, dans la cure des dartres rongeantes et des
autres maladies de la peau, rebelles aux moyens ordinaires. C’est par sa
vertu sédative qu’elle convient en topique dans les cas d’ischurie spasmo­
dique, la strangurie et les douleurs néphrétiques. On en recommande les
topiques contre les brûlures et pour le soulagement des hémorroïdes. On
applique le feuillage de cette plante calmante, soit en bains, soit en fomen­
tation ou en cataplasmes, sur les abcès douloureux, les furoncles et les
panaris, et particulièrement la décoction dans les pansements des ulcérat ions
douloureuses des seins et dans ceux des ulcères cancéreux, etc. » Dans le
pays, on ne fait guère usage de cette herbe : on se sert cependant des fruits
verts pour empoisonner les ravets (cancrelats). Dans quelques endroits, on
détruit la plante, de peur que les enfants et les animaux n'en mangent les
fruits. — Fl.habituellementpendantl’hivernage. — Çà et là dans les régions
inférieure et basse de toute la Guadeloupe et de ses dépendances, sans être
abondant nulle part. [N° 3367.]
M ar ti n iq u e . Yulgo: Pomme-zombi. — Çà et là dans toute 1 île. [N° 1*214.]
Cestrum L. (du grec « kestron », marteau, parce que les étamines sont
pourvues d'une dent qui les fait ressembler à un marteau avec un manche;
le « kestron » de Dioscoride, IV, 1, est une Labiée qui a reçu ce nom dans le
sens de pilon, parce que l'ensemble de la fleur visée présente une certaine
ressemblance avec cet instrument.)
C. laurifolium L ’Hérit. ; Cestreau à feuilles de laurier. Vulgo : Citron­
nier, bois-savon (à Bouillante), bois-poison (au Camp-Jacob). — Arbris­
seau ou grand arbuste, haut de 1m 50-3 met., très glabre, droit, très
feuillu. Feuilles cartilagineuses, très vertes, luisantes, elliptiques ou
obovées, à nervures à peine perceptibles à l'état frais. Fleurs odorantes,
jaune verdâtre, en cymes contractées, axillaires, très nombreuses, situées
tout le long des branches. Baie ovoïde, noire ou bleu foncé à la maturité.

— Toutes les parties de la plante, surtout les feuilles, froissées, émettent une
odeur désagréable. — Fl. de janvier à avril. — Assez abondant dans les bois
inférieurs des Bains-Jaunes, de la rivière Noire, des hauteurs de Bail 1if,
des Vieux-Habitants, etc. Alt. 230-700 met. N0 2608.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-poison. — On se sert des fruits, écrasés et mêlés
à de la graisse, pour tuer les ravets (cancrelats) et les rats. — Abondant :
Grande-Rivière, la Régale, Trois-llets, Roches-Carrées (Lamentin), etc.
[N° 361.]
C. noclurnuni L. ; Cestreau nocturne. Vulgo : Jasmin grand-bois. DilL,
E lth ., t. 186. — Grand arbuste ou plus rarement petit arbre, haut de 34 met. Feuilles ovales-elliptiques, cartilagineuses1, pointues au sommet,
brusquement rétrécies, à la base, en un pétiole ailé, de couleur vert pâle.
Fleurs en ^ymes racémiformes ; corolle blanc pâle, à lobes rosés, à tube
graduellement élargi de la base au sommet. Baie ovoïde, bleu foncé à la
maturité. — Çà et là dans tous les grands bois : Bains-Jaunes, rivière Rouge,
Gommier, Vieux-Habitants* etc. Alt. 400-900 mèt. [N° 2610.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Jasmin des bois : hauteurs de Case-Pilote et de CaseNavire, fontaine Didier, etc. [N os 167, 359 a.\
C. vespertinum L. ; Cestreau du soir. Vulgo : Jasmin bâtard, suyau bâtard.
— Arbuste haut de 2-3 mèt., à branches flexibles, peu nombreuses. Feuilles
ovales-elliptiques, minces. Fleurs odorantes, surtout le soir après le coucher
du soleil, purpurines d’abord, ensuite blanc pâle, en cymes axillaires, paucifïores ; diffère du précédent : par les lobes du calice subulés-deltoïdes; par
le tube filiforme de la corolle, qui s'élargit brusquement au sommet; par ses
étamines insérées dans la gorge de cette corolle, et leurs filets aussi longs
que les anthères. Baie bleu foncé. — FL de septembre en janvier. — Assez
abondant aux mornes Sulpice et Pérou (Marin). NT° 360. — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
C. lalifolium Lam.; Cestreau à larges feuilles. Yulgo : Jasmin-bois. —
Arbrisseau haut de 2-3 mèt., peu branchu. Feuilles membraneuses, ovées.
glabres. Fleurs blanc pâle, odorantes, subsessiles, en cymes contractées;
tube de la corolle graduellement dilaté de la base au sommet. — Çà et là
dans les endroits ombragés des grands bois : Bains-Jaunes, Trois-Rivières,
hauteurs de Bailli f, etc. N’"' 2609, 3410.

1. Ces feuilles sont sans usage aux An tilles; toutefois à la Guyane elles ont servi
autrefois, soit seules, soit mêlées à celles de divers Datura, à confectionner des philtres
connus des piayeurs (sorciers ou empoisonneurs'. D'autre part, le C. auriculntam
L ’Hérit. (de l’Am érique australe, qui n'existe pus spontané aux Antilles) y serait employé
comme fébrifu ge,d ’après Bocqucllon-Limousin Mal. mêd., études déplantés des colonies
françaises, 2° partie, plantes fébrif., 1895), comme fébrifuge et comme calmant. On ( uti­
liserait aussi contre les hémorrhoïdes et i oedème des membres inférieurs. (E. Il,
Duss. — Plantes Guadeloupe el Martinique.

27

�M a r t i n i q u e . Yulgo : Jasmin sauvage. — (Environs de Saint-Pierre, morne
du Jardin botanique), Fonds-Saint-Denis, Case-Pilote, vallée du Carbet.

[N° 1900.)
De la famille des Solanées, on cultive au Jardin botanique de Saint-Pierre
et dans d’autres jardins un superbe arbuste à ileurs en cymcs terminales,
violet foncé, à corolle longue, tubuleuse, c’est Iochroma lubulosa Benth.,
introduit de la Nouvelle-Grenade.

Calebassier bâtard, calebasse-poison. Desc., vol. III, t. 182, p. 143; PI.,
édit. Burin.; t. 109. — Grand arbre, à fronde ample, à feuilles larges, carti­
lagineuses, obovées-oblongues ou ovales-oblongues, à fruit de la grosseur
et un peu delà forme d'un petit avocat. — Existait autrefois à la Martinique,
dans les bois de la Régale et des Trois-Ilets; il a disparu de ces stations et
on en a conservé un seul pied au Jardin botanique de Saint-Pierre. N° 1234.]
— Il n’existe pas à la Guadeloupe.
Schlegelia Miq. (dédié au célèbre zoologiste I)r H. Schlegel, conservateur
du musée zoologique de Leide.)

cent Seizième f a m i l l e .

— B1GNOMACCES.

Crescentia L. (dédié à l'Italien Pierre Crescenzi (Petrus de Crescentiis), né
en 1230, à Bologne, mort dans celte ville à un âge très avancé; a écrit : Upus
ruralium commodornm. C’est le premier auteur qui ail écrit sur l'agricul­
ture depuis les anciens Romains.)
C. Cujete L. (Cujete, nom brésilien de l'arbre). \ ulgo : Calebassier, cale­
basse. Tuss., F l., II, t. 9; Desc., vol, IV, t. 244, p. 47. — Arbre de la taille
d'un pommier de France, habituellement très branchu, à rameaux droits,
allongés, peu divisés, à écorce grisâtre, crevassée. Feuilles l’asciculées par 3-10,
cartilagineuses, subsessiles, spalulées, les fascicules de feuilles naissant sur des
protubérances. Fleurs larges, couleur de crème, latérales, solitaires, naissant
sur le tronc, les grosses branches et les rameaux ; calice bipartite, spathacé,
caduc ; corolle à deux lobes dentés-ondulés. Fruit, nommé calebasse, très
variable quant à la forme et aux dimensions : les plus petits ne mesurant que
5 cm.-5,2 cm., et les plus grands jusqu’à 32 cm. de long. — C’est une sorte
de baie, à péricarpe dur, ligneux et vert dont l’intérieur est rempli d une pulpe
aigre, contenant une masse de semences comprimées-cordiformes. Arrivé à
maturité, on le vide et on en fabrique des ustensiles de ménage, que les Créoles
appellent « Couis ». Selon Descourtilz, la pulpe est diurétique-excitante, et cet
auteur recommande le jus passé à travers un linge et mêlé «à du sirop contre les
maladies de poitrine, contre la diarrhée chronique et certains catarrhes intesti­
naux. Dans le pays, on se sert de la pulpe, qu'on applique à froid, pour la guéri­
son du crabe crevasses de la plante des pieds), contre les coups de soleil, en y
ajoutant un peu de vinaigre, et contre les blessures et les fortes contusions ;
avec les jeunes fruits, pilés, on prépare aussi des « loochs ». Le bois est blanc et
compact, mais il se laisse facilement attaquer par les insectes. — Le cale­
bassier fleurit presque toute l'année, mais ne produit que peu de fleurs à la
fois. — Abondant dans les basse et inlra-moyenne régions de toutes les
Antilles. Alt. 0-700 mèt. N° 3066.]
M a r t i n i q u e . A ulgo : Calebassier. — Abondant. Alt. 0-500 mèt. [N° 1236.]
C. cucurbilina L. ; Crescentie à fruits en forme de concombre. Yulgo :

S. Urbaniana K. Sch.; Schlégélie d’ Urban. Yulgo : OEil de crabe. —
Liane puissante, s’élevant sur des arbres très hauts, à écorce lisse et grise, à
branches rigides, très allongées. Feuilles cartilagineuses, nettement ellip­
tiques, luisantes en dessus, vert très pâle en dessous. Fleurs violacées, en
grappes courtes, axillaires et caulinaires, très nombreuses, disposées tout le
long des branches. Fruit subglobuleux, de la grosseur d'une petite cerise,
bleu foncé à la maturité. — Fl. de février à mars. — Peu abondant : çà et
là dans les bois de Houëlmont et dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes et
du Malouba. [N° 2418.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Catalpa Seop. (nom de la plante chez les Indigènes de la Caroline.)
C. longisiliqua Chain.; Catalpa à longues siliques. Yulgo : Chêne d'Amé­
rique. Desc., vol. I, t. 18; Tuss., F l., IY, t. 37. — Grand arbre, droit,
anfractueux, surtout vers la base, à tronc nu à une grande hauteur, à fron­
daison peu fournie, à fleurs violet pâle, en petites grappes terminales. —
Etait autrefois abondant dans la basse région de la Martinique. — A cause de
son bois recherché pour la construction, on a fait abattre tous les pieds, il
n’en existait plus que deux ou trois au Jardin botanique de Saint-Pierre en
1889. — Il est indiqué, par M azé1, comme faisant partie de la flore de la
Guadeloupe ; mais il n’y a jamais existé.
Tecoma Juss. (du nom mexicain « Tecomaco-chitl. »)
T. pentapliylla DC. ; Tecome à feuilles à cinq folioles. Yulgo : Poirier
du pays. — Arbre de grande taille, peu élégant, peu branchu, très anfrac­
tueux, surtout les vieux pieds dont le tronc peut atteindre un diamètre de 8095 cm.; à écorce blanchâtre. Feuilles composées-palmées à 3-5 folioles, lon­
guement péliolées, luisantes, cartilagineuses ; pétioles communs, longs, ne
portant quelquefois qu'une seule foliole. Fleurs rosées ou blanches, ou à
peine rosées; siliques pendantes, à3 valves, longues de 12-27 cm. sur 5-8 mm.
de large, droites ou légèrement courbes; semences de 30-40, très aplaties,
plus larges que longues, pourvues de deux ailes latérales, transparentes,
1. Contribution à la flore de la Guadeloupe, Basse-Terre, 1892.

�420

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

RIGNONIAGEES

minces, frangées el blanches. — Fc bois esl gris, dur, a texture fibreuse,
tenant de l'orme, du chêne et du châtaignier de France : il sert avantageuse­
ment pour la confection des canots, des bateaux de cabotage, des moulins
à manioc, pour les constructions dans 1eau el dans la terre ; il est égale­
ment recherché pour l’ébénisterie et la confection de jantes de roues. A
cause de son bois flexible et de ses longues el fortes racines, il se laisse
difficilement renverser par les coups de vent. Pendant la saison sèche, 1arbre
perd habituellement ses feuilles. — Abondant dans toute la région du
littoral el à l'intérieur jusqu'à une altitude d'euviron 350 met. [N ° 3061.]
M artinique . Yulgo
Poirier. — Abondant. [N° 1017 a.

Le T. capensis Lindl., Teeome du Cap de Bonne-Espérance, vulgo ; Jas­
min-trompette, est un arbrisseau sarmenteux, à feuilles imparipennées, à
fleurs rouges, en grappes courtes, terminales, à étamines exsertes, à corolle
en tube comprimé et courbe, qui esl naturalisé et cultivé pour 1ornementation
des tonnelles, des grillages, etc. fN° 3062.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Jasmin de Virginie, jasmin-trompette. [N° 1917.]

T. leucoxi/Ion Mart. ; Teeome à bois jaune. Yulgo : Bois d'ébène. Desc.,

B. æquinoclialis L., B. spect&amp;bilis V. ; Bignone fleurissant à l'époque de
l’équinoxe. Yulgo : Liane-crabe, liane à paniers, liane-corde. Desc., vol. Il,
t. 100, p. 130. — Forte liane, grimpant au moyen de vrilles partant du
sommet du pétiole commun, à tige nue dans le bas, à rameaux allongés,
flexibles et pendants. Feuilles à deux folioles ovées-oblongues, ou ovées,
pointues, entières. Fleurs axillaires, géminées ou en corymbes pauciflores;
corolle violette avec des stries jaunes à l’entrée de la gorge; silique longue
de 30-45 cm. sur 2 cm. de large, plus ou moins courbes ; semences aplaties,
noires, à ailes opaques. — Fl. de septembre à mars. — Avec les sarments
préalablement fendus, on fabrique des paniers, des nasses pour la pèche, des
cordes, etc. — D’après Descourtilz, cette liane est stomachique, astringente;
mais dans la médecine domestique du pays, on n’en fait pas usage. — Vit en
société avec les palétuviers de toutes sortes, dans les marécages maritimes :
Lamentin, Baie-Mahault, Pointe-à-Pitre, etc. N° 3065.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane à crabes. — Rivière-Salée, Trois-Ilets, Lamen­
tin, Ducos, Robert, etc. [N° 1239.]

vol. 111, t. '204, p. 244. — Arbre de grande taille, à feuilles composées-palmées, à cinq folioles ressemblant à celles du précédent, a fleurs larges, d un
jaune très vif, en bouquets terminaux très nombreux. — Etait autrefois
abondant à la Martinique. On en conserve encore quelques pieds au Jardin
botanique. — A l’époque de la floraison, il perd complètement les feuilles.
(Spécimen en mauvais état.)

T. stan-s Juss.; Teeome droit et solidement attaché. Yulgo : Bois-pissenlit,
fleurs jaunes, bois à enivrer (au Baillif) Bignonia L . ) — Grand arbuste ou
petit arbre, droit ou souvent tortueux, haut de 2-4,n 50. Feuilles imparipennées, à 3-5 paires de folioles oblongues-elliptiques, acuminées, dentées en
scie. Fleurs larges, jaunes, en grappes simples ou composées à la base, pyra­
midales, dressées : siliques linéaires, pendantes, longues de 1*2-15 cm., droites
ou légèrement courbes, pointues à l’extrémité; semences nombreuses, aplaties,
à deux ailes latérales. — 11 fleurit toute l'année. — On se sert, en quelques
endroits, des feuilles et des jeunes liges, froissées, pour enivrer les poissons '.
— Très abondant dans la région sèche du littoral de toute la Guadeloupe
el des dépendances. Alt. 0-350 met.; rare à une plus grande altitude.
[.V 2417.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Fleur jaune. — Abondant dans toute File. [ N ° 1915 ]

1. Tous les Tecoma des Antilles sont sans emploi médicinal; mais il faut signaler tou­
tefois que T. undulaüi Bon. y serait utilisé, dans son écorce, scs lleurs et ses feuilles,
comme fébrifuge et astringent. Poupée-Desportes recommande l usage du sirop fait avec
l’écorce et les fleurs au même titre que le sirop de quinquina du commerce auquel il
pourrait être substitué. La poudre d’écorce s’administrerait à la dose de 8 à 15 gr., en
cachets ou en infusion dans le vin. On préparerait un électuaire miel, poudre d'écorce et
sirop d’écorce qui répugnerait moins aux fébricitants. Les fleurs, qui seraient aussi fébri­
fuges. s’emploieraient en poudre à moitié dose delà poudre d’écorces. Enfin, l'infusion faite
avec 30 gr. de feuilles pour un litre d’eau serait employée en lavements fébrifuges.
M. Bocquellon-Limousin loc.cit.) s'est occupé de cette plante cl n’y a trouvé que du
tanin, ce qui confirmerait cette opinion dont je me suis souvent fait le propagateur
après l’étude de certaines plantes coloniales, nettement fébrifuges el ne renfermant que
de l'acide tannique, que ce principe est doué de propriétés fébrifuges. A étudier compa­
rativement tous les Tecoma des Antilles. E. H.)

421

Bignonia L. (dédié à Jean-Paul Bignon, né à Paris, en 1662, abbé de SaintQuentin, bibliothécaire du roi, ami et protecteur de tous les savants de son
temps; mort en 1743, dans son château d'Isle-Belle.)

B. unc/uiscali L. ;Bignone à racines adventives en forme de grilles de chat.
Yulgo ; Grille-chatte. — Liane ne dépassant guère 5 mèt. d’élévation, à lige
d’abord rampante, radicante, pourvue de racines adventives ayant assez
exactement la forme de griffes de chat. Feuilles adultes dans les branches
libres, à deux folioles larges, luisantes, membraneuses, elliptiques ou elliptiques-lancéolées : celles des tiges radicantes, plus petites. Fleurs larges,
d'un jaune brillant, en grappes nombreuses, courtes ou allongées, axillaires
et terminales ; silique linéaire longue de 60-85 cm. sur 1.5 cm. de large, tou­
jours pendante, droite ou courbe; semences ailées. — A l'époque de la florai­
son, la liane se dépouille souvent entièrement de ses feuilles. — La plante a
des vertus alexitères internes, et Descourtilz la place, en effet, dans cette
catégorie. — Fl. de juin à août. — Çàet là dans les ravines, dans les endroits
boisés de la basse région de la Guadeloupe et de la Grande-Terre : Moule,
Saint-François, environs de la Basse-Terre (ravine de Belosl), Baillif, etc.
[N° 3069.]
M a r t i n i q u e . \ ulgo : Griffe-chatte. — On se sert des racines, pilées, comme

�422

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

remède contre la morsure du serpent — Case-Pilote (fond Layette et fond
Brûlé). Trinité, Trois-Ilels. etc. X° 191 L j
La Bignonia alliacea Lam., vulgo : Bignone à l'ail ! Adenocalymna alliacum
Miers!, forte liane, dont les feuilles froissées exhalent une forte odeur d’ail,
est cultivée au Jardin botanique de Saint-Pierre : elle est originaire de la
Guyane. La B. radicaux I,. se trouve à l'habitation Bollin, au Matouba.
Amphilophium Klh. (du grec « ampbi », autour, et « lophion », dimi­
nutif de « lophos », crinière, crête, parce que la partie extérieure du double
limbe calcinai est ondulée-crèpue et rappelle en quelque sorte le bord d'une
crête de coq.)
A.
paniciilatum II. B. Klh. ; Amphilophe à fleurs en panicules. '\’ulgo : Liane
à canot. PL, éd. Burin., t. 56, f. 1; Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 116. p. 18.3.
— Forte liane, vivace, grimpant au moyen de vrilles sur des arbres très
élevés et les couvrant complètement, pour y étaler ses nombreuses grappes;
à branches, jeune tige et rameaux à six angles, légèrement velus. Feuilles
opposées, le plus souvent à deux folioles, rarement à trois, ovées, pointues,
pétiolées, larges et garnies en dessous d’un léger duvet soyeux et gris. Inflo­
rescence en panicules pyramidales médiocrement allongées ; fleurs odorantes;
calice à limbe double : l’extérieur formant, au-dessous du sommet du pre­
mier, un collet ondulé qui s'applique contre la corolle; celle-ci est blanche,
ou violacée ou blanche dans le haut, et violacée ou violette à la base; silique
longue de 11-14 cm. sur 6 cm. de large, et 3-4 cm. de diamèl., elliptique,
échancrée au sommet ; valves dures, ligneuses, épaisses, formant deux
écuelles; semences larges imbriquées, à deux ailes latérales, minces et trans­
parentes. — Peu abondant. Çà et là dans les falaises cl endroits abrupts,
d'un accès souvent diflicile : Basse-Terre (ravine de Belost), rivières .Noire
eL Bouge, Vieux-Habitants, etc. Alt. 10-400 mèt. V 3060.J
M art in iq ue . Vulgo : Liane-canot. — Parnasse (habitation Litté), morne
du Jardin botanique, vallée du Carbel. Fonds-Saint-Denis (près de la Porlede-l’Enfer), etc. N° 1238.]
Tanæcium S\v. du grec « lanakès », ce qui est allongé, par allusion aux
branches droites et allongées, qui plus tard deviennent sarmenteuses.)
T. crucigerum Seem. (Tanæcie dont la coupe transversale de la lige
montre les faisceaux disposés en croix.). Vulgo : Liane à barrique. PL, éd.
Burm., t. 58. — Liane puissante, s’élevant sur les arbres les plus hauts, à
branches d'abord droites, devenant ensuite sarmenteuses, à lige cylindrique1. A la Guyane, le suc de toutes les parties de cette plante est réputé alexitèrc. En
infusion, les feuilles et les bourgeons sont utilisés en bains médicamenteux, et comme
sudorifiques dans les fièvres d’accès. Ils entrent dans la composition d ’un sirop béchiquc
adoucissant. (E. If.)

1)1GNONIACF.RS

acanthacérs

423

anfractueuse, à rameaux souvent couverts de nombreuses aspérités lenticu­
laires, blanchâtres. Feuilles larges, péliolôes : les inférieures, à 3 folioles; les
supérieures, très souvent à deux folioles seulement, folioles ovales, cartila­
gineuses. Fleurs blanches, géminées ou en grappes pauciflores, axillaires et
terminales; corolle à tube long et infundibuliformc, puboscente, à lobes
deltoïdes, pointus, ondulés; silique longue de 12-15 cm. sur 5-6 cm. de large,
convexe, elliptique, arrondie aux extrémités, formant, après déhiscence,
deux écuelles profondes ; semences nombreuses, aplaties, anguleuses, presque
quadrangulaires, à surface lisse, ondulée. — Peu abondant : environs de
Saint-Pierre (habitation Périnell, près du bord de la rivière des Pères), CasePilote (le long de la rivière du Fond Layette). — Ses tiges servent à faire
des cercles pour les barriques. [N° 1237.] — Je ne l'ai pas vu à la Guade­
loupe.
Le Jacaranda (ilieifolia D. Don. Vulgo : Palissandre, grand arbre, originaire
de la Guyane et du Brésil, fournissant un bois recherché pour l'ébénisterie
et la marqueterie, est cultivé aux Jardins botaniques de la Basse-Terre et de
Saint-Pierre, spécimen (C.). On rencontre également au Jardin botanique de
la Martinique le Calosanthes indica Blum., petit arbre, originaire de la
Cochinchine, à fleurs violettes, en panicules larges, à siliques ayant jusqu’à
30 cm. d&lt; long, et le Phyllarthron comorense DC., petit arbre des îles
Comores, qui fleurit presque constamment, mais ne produit pas de fruits.

cent

dix - septième

famille.

— ACAN TH AC ÉES.

Ruellia Plum.(dédié à Jean de la Buelle, né en 1474, à Soissons, botaniste
et médecin de François Ior, entra plus tard dans un ordre religieux ; mort à
Paris, en 1537; a publié plusieurs ouvrages des anciens, traitant des plantes
médicinales, entre autres ceux de Dioscoride. Il a aussi écrit : De natura

slirpium.)
R. luherosaL ., R. clandeslina L. ; Buellie à racines tubéreuses. Vulgo :
Chandelier. Desc., vol. II, t. 113, p. 180; SL, t. 95, f. 1. — Vivace par ses
racines fasciculées, fusiformes-allongées, profondément enterrées; à tiges
souvent multiples, droites, branchues, tétragones et velues dans le haut,
d’une élévation de 30-60 cm. Feuilles elliptiques, cunéiformes à la base. —
Fleurs violet pourpre, larges, en cymes dichotomes, terminales et axillaires.
Capsule lancéolée-oblongue, contenant 16-20 semences. — Les racines sont
purgatives et émétiques, et peuvent remplacer l’ipéca; réduites en poudre et
prises en décoction, elles servent, dans le pays, contre les fièvres L — Assez.
1. A la Guyane, le sirop obtenu avec les racines est très vanté contre la coqueluche. (E. II.)

�ACANTM ACRES

abondant dans les environs de la Basse-Terre, Vieux-Fort, Moule, SaintFrançois, Lamentin, Désirade, Capesterre (Guadeloupe), etc. [X" 2366.]
M a r ti n iq u e . — Ipéca bâtard, patate-macaque. — Trois-Ilcts, Ansesd'Arlet, Marin, Vauclin, etc. N° 2013.]
R.
gemimflora II. B. Klh. ; Ruellie â deux fleurs aux aisselles des feuilles.
Vulgo : Herbe-hallier. — Sulfrulescent et frutescent, haut de 30-70 cm.,
droit ou tortueux, à tiges souvent nombreuses, grêles. Feuilles lancéolées,
ovées, subsessiles. Fleurs violet pâle, petites, très caduques. — Assez rare.
Dans le sol sec, pierreux cl en pente de la basse région : environs de SaintPierre i ravine de Belosti, Houëlmont. N° 3808.;— 11 n’existe pas à la
Martinique.
Blechum P. Br. (du grec « blekon », mot par lequel les Grecs désignaient
une espèce de marjolaine : notre Blechum a une inflorescence semblable.)
B.
Hrownei .luss.. Justicia mnrlinicensis Sieb. ; Blechum de Browne.
Vulgo : Herbe-savane. SI., I. 109, f. 1. — Herbe annuelle ou bisannuelle,
haute de 25-80 cm., à lige souvent couchée et radicante, habituelle­
ment nue dans le bas. Feuilles ovées. Inflorescence en épis tétragonaux,
terminaux, réunis par 2-3; corolle violet pâle, pédicelles courts, munis, à la
base, de trois bractées ovées. ciliées. Capsule ovoïde,contenant huit semences.
— Très abondant dans les savanes sèches et humides de la basse région, où
il vit souvent en société et forme une sorte de gazon; il constitue un assez
médiocre fourrage. — Environs de la Basse-Terre, Baillif, Lamentin, Moule,
Désirade, Marie-Galante, les Saintes. Alt. 0-400 mèt. [N° 2363.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe-savane. — Abondant dans toute l'ile. [N° 1212.J
Lepidagathis W illd. (dugrec « lepis », écaille, et « agalhis », pelote, parce
les fleurs sont en glomérules, et les segments inférieurs de ces fleurs en
forme d'écaille.)
L. alopecuroules R. Br.; Lépidagathis à queue de renard. Vulgo : Queue
de renard ^Teliostachya Nees). — Herbacé, annuel ou vivace, ou parfois suffrutescent, selon les endroits, à lige couchée, allongée, radicante, ensuite
relevée, haute de 20-75 cm. Feuilles elliptiques, cunéiformes à la base. Fleurs
en glomérules verticillées, formant ensemble un épi serré, ovoïde-allongé ;
bractées scarieuses, elliptiques, pointues, grisâtres; corolle violet pâle, petite.
— Dans les endroits aquatiques ou très humides et le long des ruisseaux des
grands bois : Bains-Jaunes, Malouba, V ieux-Habitants, Trois-Rivières1, etc.
Alt. 400-900 mèt. [N® 2365.]

425

Vulgo ; Queuc-de-renard. — Abondant : Bois de la MontagnePelée, du Lorrain, de l’Alma, etc. [N° 1213.]
M artinique.

Pachystachys Nees (du grec « paclius », épais, serré, et « stachvs », épi,
allusion â la forme de l’inflorescence.)
P. coccinea Nees ; Pachystachys à (leurs écarlates. Vulgo ; Plumet d’oflicicr. AubL, t. 3. — Arbrisseau élégant, haut de 111150-3 mèt., droit, très
ornemental. Feuilles larges; les adultes, penchées; les jeunes, dressées,
elliptiques ou elliptiques-oblongues, pétiolées. Fleurs larges, serrées, en épis
cylindriques, longs de 8-12 cm. — Introduit de Cayenne, naturalisé et
cultivé â la Martinique, au Jardin botanique et dans beaucoup d’autres
endroits de l’ile; se rencontre rarement dans les jardins de la Guadeloupe.
[N° 2371.]
Thyrsacanthus Nees (du grec « thyrsos », thyrse, panache, et « akantha »,
épine, pointe, probablement parce que les grappes en forme de thyrse sont
allongées et pointues.)
T. nitidus Nees; Thyrsacanlhe à fleurs brillantes. Vulgo ; Bois indien. SL,
t. 10, f. 2. — Arbrisseau sulfrulescent et souvent frutescent, très glabre,
droit, haut de 0 ,n 70-1'" 40, ornemental, peu branchu, à bois très cassant.
Feuilles oblongues ou lancéolées-oblongues, acuminées au sommet, rétrécies,
à la base, en un pétiole court. Fleurs violet pourpre, ou violacées ou plus
rarement blanches, et panachées de violet, en thyrses allongés, formant, le
plus souvent, une large panicule terminale. — Abondant dans les bois infé­
rieurs, humides et rocailleux : Camp-Jacob, Houëlmont, Gourbeyre (mornes
Boucanier et Hirondelle), Trois-Rivières, Vieux-Habitants, etc. Alt. 0-40600 mèt. [N° 2361.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Bois genou, à cause des renflements des nœuds. — Très
abondant dans presque tous les grands bois, mais surtout dans les environs
de la fontaine Didier et dans les hauteurs des Trois-Ilets et du Diamant.
[N os 2004, 2005.]
Le Graptophyllum horlense Nees, Justicia picta L., grand buisson, haut
de 2-4 mèt., â feuilles panachées de blanc sur fond vert, est fréquemment
cultivé dans les jardins des deux colonies. [N° 1996.]
Dianthera Gronov. du grec « dis », double, et « anthera », anthère, allu­
sion aux loges de l’anthère, qui sont séparées par le connectif, de manière à
paraître doubles.)
D.
andros/vmifolia Griseb.; Dîanthère à feuilles d’Androsema. Vulgo :
Violette-savane. — SulTrutescent et frutescent, haut de 40-60 cm., nu dans
le bas, à tige grêle, à branches peu nombreuses, plus ou moins inclinées au
sommet. Feuilles ovées ou ovées-lancéolées. Fleurs violettes, panachées de

�426

PLANTES DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA MARTINIQUE

blanc, en épis pauciflores el allongés. — Peu abondant. Endroits secs, chauds
et pierreux : les Saintes (chemin du Chameau), Deshaies (Gros-Morne).
[X° 2895. ■
M ar ti n iq u e . Vulgo : Violette des bois. — Assez abondant dans les brous­
sailles pierreuses et en pente des hauteurs du Fond Layette (Case-Pilple).
[X° 2008.]
D.
pecloralis J. F. G m cl.; Dianthère pectorale. Vulgo : Herbe
aux charpentiers. Tuss., F l., 111, t. 2; Jacq., Sel. Am. slirp. hisl.,
t. 3, p. 3. — Sutîrutescent, haut de 20-70 cm., à racines fibreuses, à
lige grêle, allongée, peu branchue (à l’état sauvage) et souvent garnie d'une
ligne de poils gris. Feuilles ovées ou ovécs-lancéolées, petites. Fleurs vio­
lettes, en épis allongés, formant ensemble une panicule terminale, lâche. —
Rare à l’état sauvage ; se rencontre très fréquemment dans les jardins, où il
est cultivé comme plante médicinale et aussi en bordures, qui, par la taille,
deviennent très touffues el très belles. — Dans la médecine domestique, on
emploie les feuilles et les branches en infusion contre les maux d’estomac;
mêlées à du sirop, contre les maladies de poitrine; macérées avec du sel,
pour la guérison des blessures. [N° 2362.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à charpentiers. — Çà et là dans les haies et
surtout dans le cimetière de lAjoupa-Bouillon. — On en fait aussi des bor­
dures. Xos 2001,2132. |
D.
sessilis J. F. Gmel.; Dianthère à feuilles sessiles. Vulgo ; Petite margue­
rite. — SulTrutescent, haut de 30-80 cm., souvent très branchu, à branches
rigides, droites, fastigiées, peu feuillues, quelquefois presque sans feuilles.
Feuilles ovées, pointues, brièvement pétiolées. Fleurs larges, violet foncé,
sessiles, axillaires. — Endroits secs, chauds, pierreux, arides. — Fl. en
avril, mai. — Assez abondant sur la côte de Baillif, entre le bourg et l'habita­
tion Bovis. ! X° 3625.] — 11 n’existe pas à la Martinique.
Justicia Houst. (dédié à l'horticulteur Ecossais James Justice, qui a écrit :

The seols gardener direeior, 1745; The hritish gardener direclor , 1767.)
J.
euslachiana Jacq. ; Justicie de Saint-Eustache. Vulgo : Grande margue­
rite. Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 4, p. 4. — Sulfrutescent, ornemental, haut
de 50-95 cm., droit, à tige et branches rétrécies aux nœuds. Feuilles lancéo­
lées, acuminées, terminées par une pointe obtuse, pointues à la base. Fleurs
rose foncé, en épis axillaires et terminaux. — Fl. d'août à janvier. — Envi­
rons du Moule, seul endroit où j ’aie pu trouver cette belle plante, mais elle
y est assez abondante. [N° 2894.] — Elle n’existe pasà la Martinique.
J. carlhaginensis Jacq., Beloperone violaeea Planch. el Linden; Justicie
de Carthage. Vulgo : Grande marguerite. Jacq., Sel. Am. si. hisl., t. 5, p. 5.
— Sulfrutescent, haut de 50-95 cm., droit, quelquefois tortueux et subsar-

ACANTHACÉE9

427

menteux, à tige noirâtre, lisse, à branches courtes, à lige et branches rétré­
cies el noirâtres aux nœuds. Feuilles ovées ou elliptiques-lancéolées. Inflo­
rescence en épis courts, terminaux ; bractées obovales. spatulées, plus longues
que le calice; corolle violet foncé, très belle, à lèvre supérieure large et à deux
stries blanches. — Abondant dans les environs de la Basse-Terre (Morne-àVaches), Baillif, Pigeon, Moule, Morne-à-I'Eau, etc. [N° 2364.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Grande violette. — Environs de Saint-Pierre (TroisPonts), vallée du Carbet, Trinité (Tartane), etc. X° 409.]
Le Crossandra infmidiInilifor mis Xees, sous-arbrisseau haut de 0 m 90l m 20, droit, à fleurs d'un jaune d'ocre, en épis carrés et allongés, a été
introduit au Jardin botanique de Saint-Pierre, d’où il s'est répandu et natu­
ralisé dans les deux colonies [X° 2368), Martinique [X° 408 ; il est origi­
naire de Madagascar.
On rencontre également dans les deux îles le Justicia Adhatoda L. (J. caracassana Sieb.), sous-arbrisseau à branches tombantes, relevées aux extré­
mités, à fleurs d’un bleu noir, panaché de blanc, en larges cvmes axillaires;
il est originaire de Caracas. [X° 411.]
Anthacanthus Xees (du grec « anlhos », fleur, cl « akantha », épine, à
cause des épines qui se trouvent à la base du pédoncule floral.)
A. spinosiis Nees; Anthacanthe épineux. Vulgo ; Picanier jaune.— Arbris­
seau haut de 0 m 60-1 met., droit ou tortueux, le plus souvent fortement
branchu. Feuilles ovées ou ovées-elliptiques, pointues au sommet, atténuées
à la base en un pétiole tantôt long, tantôt court. Inflorescence en épis courts,
terminaux et axillaires ; les derniers très courts, épines a 3-5 branches
acérées, droites ou légèrement recourbées, blanches, situées à faisselle des
branches et des fleurs; corolle large, d'un jaune pâle; bractées ovales-lancéolées, terminées par une épine rigide el très acérée. — Peu répandu ; çà
et là dans les terres sablonneuses des environs de la Basse-Terre (quartier de
l’Arsenal et embouchure de la rivière du Galion). X° 2360.] Il existait
autrefois à la Martinique : je n’ai pas pu le retrouver.
A. microphyllus Xees; Anthacanthe à petites feuilles. Vulgo ; Amourette.
— Buisson très touffu et très ornemental, haut de 1-2m 50, à branches allon­
gées, flexibles, infléchies ou tombantes. Feuilles très petites, spatulées ou
obovales, solitaires ou fasciculées par 2-5. Fleurs violettes, axillaires, soli­
taires ou plus rarement fasciculées. — FL de septembre à mars. — Abondant
dans les terres calcaires de la côte occidentale de la Désirade; rare à MarieGalante. [N° 2899.] — Il n’existe pas à la Martinique.
Dicliptera Juss. (du grec « diklis », double porte, et « pteron », aile, parce
que les deux valves de la capsule sont ailées el se séparent à la base.)
D marlimcensis Juss.; Dicliptère de la Martinique. Vulgo ; Herbe-savane

�428

PLANTBS DE LA GUADELOUPE ET DF, LA MARTINIQUE

,1acq., Sel. Am. si. hisl., t. 2, I'. 3, p. 2 (une feuille et une fleur . Justicia
Jacq. — Herbe géniculëe, rameuse, glabre, haute de 50-80 cm., plus ou
moins droite. Feuilles ovées ou ovëes-oblongues, rétrécies, à la base, en un
pétiole mince. Inflorescence en épis allongés, interrompus, terminaux et
axillaires; fleurs fasciculées par 3-5 : chacune enveloppée par deux bractées
larges; corolle à deux lèvres, violet pâle. — Assez abondant. Dans les endroits
ombragés et dans les haies de la basse région : environs de Saint-Pierre,
Carbet, Prêcheur, Trois-llets. Alt. 0-300 met. [N° 2002.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
Thunbergia Ret/.ius dédié à Charles-Pierre Thunberg, né en 1743, à
Jonkôping, en Suède ; étudia, sous Linné, les sciences naturelles ; après de nom­
breux voyages au Cap, à Batavia et au Japon, devint professeurde botanique,
et mourut en 1822, sur sa propriété de Tuuaberg, prèsd’Upsal. lia écrit :
Flora japonica ; Icônes planlarum japonicarum; Prodromns plantarum
capensium', Flora capensis. etc.)
T. fraqrans Roxb. ; Tlnmbergie à fleurs odorantes. ' — Liane annuelle,
haute de 2-4 met., à tige flexible, filiforme, cylindrique. Feuilles ovées ou
ovées-lancéolées, subcordées ou hastées à la base. Fleurs d’un blanc pur,
inodores dans nos colonies), axillaires, larges, pédonculées ou réunies par
2-3; corolle à 4-5 lobes deltoïdes-renversés, tronqués ou tridentés au som­
met; calice entouré de deux bractées spathacées, caduques, vertes. Capsule
ovoïde, s’ouvrant élastiquement en deux valves, dont chacune terminée par
une pointe longue, large, obtuse; semences subglobuleuses, tronquées aux
deux extrémités et percées d'un trou de part en part. — FL surtout pendant
et après l'hivernage. — Naturalisé et très abondant dans les haies et les
broussailles des basse et infra-moyenne régions de la Guadeloupe et de la
Grande-Terre. — Originaire des Indes Orientales. Alt. 0-600mèt. [N° 2370.]
M a rt i n i q u e . Yulgo ; Abondant dans toute l ile. [N° 2014.] T. alala Boj., Bot. mag. ; Thunbergie à pétiole ailé. Vulgo ; Fleur jaune
savane. — Liane annuelle, rampante et grimpante, haute de 3-5 mèt., à lige
et branches très enchevêtrées, flexibles, filiformes. Feuilles velues, en cœur,
à sinus ouvert et profond. Fleurs jaunes, ornementales, larges, disposées
comme celles de la précédente espèce, marquées d'une tache pourpre noir à
la gorge; corolle à cinq lobes arrondis; calice, bractées et fruits comme dans
le précédent. — Fl. surtout pendant et après l'hivernage. — Dans toute la
Guadeloupe et ses dépendances, Marie-Galante, les Saintes (Terre-de-Haut ,
etc. Alt. 0-700 mèt. [N° 2367.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Fleur jaune savane. — Abondant dans toute l île.
[N° 2015.]
T. grandiflora Roxb. ; Thunbergie à grandes fleurs. Yulgo : Liane-fleur
violette. Illust. horlic. Belge , pl. xx x i i , anno 1895. — Très forte liane, à

ACANTHACEES

429

branches extrêmement nombreuses, allongées, flexibles, pendantes, glabres
et noires. Feuilles larges, ovales, cordées, anguleuses. Inflorescence en
grappes pendantes, terminales, nombreuses ; corolle large, violette, plus
rarement violacée ou blanche, renfermée, avant l’anthèse, dans deux bractées
spathacées cl caduques, tube ventru, à 5 lobes arrondis et inégaux. Cap­
sule ovoïde, terminée par un bec large, droit, environ deux fois plus long
qu elle ; déhiscence élastique; semences 2, arrondies, convexes-concaves,
noires, sillonnées-ruguleuses. — FL toute l’année. — Originaire de la Chine
et des Indes Orientales, introduite en Europe en 1820. Naturalisée et cultivée
comme plante d’ornement dans les jardins de la Basse-Terre, de Gourbeyre,
du Camp-Jacob. [N° 2367.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane de Chine. — Introduite au Jardin botanique,
où elle s’est naturalisée, et pousse avec une vigueur et une rapidité telles
qu’elle envahit tout et qu’il faut détruire de temps en temps les vieux pieds.
La racine devient très grosse et prend la forme d’une souche ; elle est subé­
reuse et spongieuse.
Sesamum L. (du grec « sesamon », ou de l’arabe « sem-sem ».)
S.
orientale L., S. indicum L .; Sésame de l’Orient. Yulgo : Gigiri. Desc.
vol. IV, t. 268, p. 155. — Herbe annuelle, pubescente, droite, haute de 60-,
95 cm., rarement plus élevée. Feuilles ovées-lancéolées, acuminées, gros­
sièrement dentées, longuement pétiolées : les inférieures, opposées; les supé­
rieures, alternes. Fleurs axillaires, brièvement pédonculées, situées tout le
long de la tige; corolle rosée. Capsule ovoïde-oblongue, brusquement ter­
minée par un bec court et droit, traversée de quatre sillons, s'ouvrant au
sommet en deux valves, par le dédoublement d'une fausse cloison. — Natu­
ralisé et cultivé. — FL en mai, juin, juillet. — Les feuilles et surtout les
fleurs sont émollientes et ont des vertus béehiques adoucissantes; dans le
pays, on les emploie souvent contre le rhume et la toux. L ’eau froide ou
tiède, dans laquelle on a infusé soit les feuilles, soit les fleurs, soit les deux
ensemble, sert de collyre pour les yeux malades ou fatigués ; l'huile, qu’on
extrait des graines, se conserve longtemps et rend les mêmes services que
l’huile d’olive; avec les graines, grillées, mêlées à du sirop, on lait des
galettes ou des tablettes très appréciées des Créoles. [N° 2898.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Gigiri. — Cultivé et naturalisé. (Spécimen manque.)
De celle famille des Acanthacées, si riche en arbrisseaux d’ornement, toujorurs laciles à propager à cause de leur bois mou, on cultive dans les deux
colonies les espèces suivantes :
Eranthenum nervosum U. Br. iRuellia varians Vent. , buisson haut de
1-1 m50, à fleurs bleues, serrées, en épis terminaux et nombreux, originaire
des Indes Orientales. [N° 8 3 8 .]— E. hicolor Spr. Vulgo : Pensée créole,

�PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

GBSNÉRIACHES

arbrisseau grêle, haut de 50-90 cm., à Heurs blanches, ponctuées de noir,
originaire de Java. [X° 1999. — Meyenia erecla Benlli. \ ulgo : Gueule-deloup. buisson à liges 1res nombreuses, à Heurs violettes, larges, originaire de
la Guinée. [X° 2372. Martinique. [N° 1996.] — M. alba Mort. \ ulgo :
Gueule-de-loup-blanc, buisson comme le précédent, mais à Heurs moins larges
et blanches. [X° *2373. Martinique. X"s 8 3 1 ,8 3 3 .]— Sanchezia nobilis Ilook.,
arbrisseau, tortueux, à fleurs jaunes, en épis terminaux, originaire de la
République de l’Equateur. X° 835. — On rencontre plus souvent le Stephanophysum venlricosum Xees de la Xouvellc-Grenade, arbrisseau à fleurs
rouges, en cymes lâches et larges [X° 1995]; — le B arleria crislala L ., de
l'Inde Orientale, sous-arbrisseau, fort élégant et loull'u, originaire de Pondi­
chéry [X° 199*2]; le B. cærulea Hoxb.. à Heurs bleu céleste, originaire du
Xépaul. [X° 1993.]

Episcia Mari, (du grec « episkos », ombragé, parce que ces plantes se
plaisent dans les endroits couverts et humides.)

430

L'Aphelandra peclinata W illd. [X° *2000], de l’Amérique australe, et le
Gendarussa vulgaris Xees, de l’Asie tropicale[X° 1994], sont cultivés au Jardin
botanique de Saint-Pierre * et dans l'ile de la Martinique.

CEXT DIX-HUITIÈME FAMILLE.

G ESXERI AGEES.

Pentarhaphia Lindl. (du grec « penté », cinq, et « raphia », coulure, parce
que le tube de la corolle présente cinq côtes.)

P. longiflora Lindl., P. Swarlzii Decne., Gesneria venlrieosa Sw. ;
Pentaraphie à longues fleurs. Vulgo ; Gueule-de-loup-monlagne. — Arbris­
seau ornemental, droit, haut de ()m 90-5ni 50, à écorce lisse, se détachant
par petites plaques. Feuilles rigides, souvent visqueuses, entières ou serretées au-dessus de la base, lancéolécs-ellipliques ou lancéolées-oblongues, atté­
nuées à la base. Fleurs axillaires, très longuement pédonculées, en cymes
ombelliformes de “2-5 rayons; corolle rouge foncé, bilabiée, à tube arqué; éta­
mines exsertes; pistil plus long que les étamines; calice herbacé, à dix
côtes, à 5 lobes subulés, longs, linéaires ; ovaire infère. Fruit médianicide au sommet; semences nombreuses, petites. — Fl. en juin, juillet.
— Rare ; dans les hauteurs sèches et pierreuses de Vieux-Fort et des VieuxHabitants. Alt. *200-400 mèt. X° 2375.]
M a rt i n i q u e . Vulgo ; Gueule-de-loup-montagne. — Plus abondant qu'à la
Guadeloupe, Pitons-du-Carbet, morne des environs de l’Alma. Alt. 700800 mèt. [X os 330 a et b), avec la variété Lindleyana Decne, à feuilles pl*is
petites, clliptiques-ovales. X° 3*29.
1. D ’après Limousin-Bocqucllon (toc. cil.) on emploierait, aux Antilles, souvent cette
plante, le G. vulgaris, contre les fièvres intermittentes. Un en prépare une décoction
aqueuse ou une infusion vineuse à la dose de 30 pr. de plante pour un litre de véhicule.

(E. H.)

431

E.
melilhfolia Mari.; Episcie à feuilles de mélisse. Vulgo : Herbe à miel.
— Herbe flasque, pubescente, droite ou ascendante, à lige succulente, grosse,
carrée dans le haut, d’une élévation de 15-60 cm. Feuilles larges, plus ou
moins pubescentes, elliptiques, pointues, crénelées, à base toujours inégale.
Fleurs violet pourpre, en cymes axillaires, pauciflores ou mulliflores; corolle
infundibiliforme, droite, à 5 lobes arrondis, presque égaux. Capsule
médianicide. — Fl. presque toute l’année. — Celte herbe s’emploie souvent
en tisane comme sudorifique contre les fièvres, ies bronchites, la toux et les
rhumes. — Abondant dans les anfractuosités des roches humides, sur les
talus des chemins des grands bois : Ilouëlmont, Camp-Jacob, Trois-Rivières,
Ravine-Chaude, Sofaya, etc. Alt. 150-900 mèt. [X° 3384.]
M a r t i m q u e . Vulgo : Herbe à miel. — Abondant ; Morne-Rouge, Champllore, Fonds-Saint-Denis, Chemin de la Trace, fontaines Didier et Absalon,
etc. X° 327.
Tussacia Reichb. (dédié au botaniste français G. R icli.d e Tussac, quia
écrit : Flora Antillarum , en 4 grands volumes, avec des figures coloriées.)
T.
pulchella Reichb.; Tussacie gracieuse. Vulgo ; Herbe à miel bâtard,
(Besleria Plum.) (Episcia Mart.) — SufTrutescent, àtige inférieurement couchée
et ensuite dressée, grosse, carrée-sillonnée, pubescente dans le haut, d'une
hauteur de 40-80 cm. Feuilles flasques, larges, plus ou moins pubescentes,
ovées ou ovées-oblongues, pointues, fortement crénelées au-dessus de la
base et rétrécies en un pétiole court. Fleurs jaunes, solitaires ou en cymes
axillaires, pédonculées; calice rouge jaunâtre. — Dans les bois humides et
rocailleux ; Ravine-Chaude (bord de la rivière Bras de Sable). [X° 3384.] —
On le cultive quelquefois dans les jardins comme plante médicinale, et on
emploie feuilles et fleurs en décoction contre les fortes fièvres, les bronchites,
les fluxions de poitrine, etc.
M a r t i m q u e . Vulgo : Herbe à miel. — Environs de la fontaine Didier, du
Camp de l’Alma, et dans les bois du Gros-Morne. [X u3*28.]
Besleria Plum. ex L. (dédié à Basile Besler, né en 1561, à .Nuremberg,
pharmacien, directeur du jardin de l’évêque d’Eiclistædt, à Saint-Wilibald,
mort en 16*29; a décrit les plantes du jardin de l’évéché, avec des figures
gravées sur cuivre. Son frère et son neveu ont également publié des ouvrages
de botanique.)
B. lutea L. ; Reslérie à fleurs jaunes. Vulgo : Herbe à pique bâtard.
Plum. éd. Burm., t. 49. — Sous-arbrisseau, droit, glabre, slolonifère, haut de
0 lu9 0 - lm50, à tige grosse, succulente, remplie de moelle blanche. Feuilles
larges, pétiolées, à veines très fortes et saillantes en dessous, limbe ellip-

�432

IM.ANTES DE LA GUADELOUPE BT DE LA MAU T INIQUE
(jESN KII IACEES.

lique ou elliptique-oblong, pointu, serreté au-dessus de la base. Fleurs
jaunes, axillaires, solitaires ou en cynies ombclliformes à 2-8 rayons; corolle
tubuleuse, à tube droit, subcylindrique et légèrement bossu à la base.
Fruit unir rouge foncé, subglobuleux-comprimé, luisant, delà grosseur d'une
très petite cerise, contenant une masse de petites semences noires. — Peu
abondant. Çà et là sur les lisières et dans les clairières des grands bois, dans
les haies des savanes : Camp-Jacob, Ilouëlmont, Trois-Rivières, Sol’aya, etc.
Alt. 400-800 mèt. N° 2379. 1
M artinique . Vulgo : Bois-graine rouge. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : Morne-Rouge, Calebasse, Ajoupa-Bouillon, hauteurs de Case-Pilote,
fontaine Didier, etc. N° 326.]
Alloplectus Mari, du grec « allos », autre, et « plectos », noué, entortillé,
allusion à l étal de torsion des étamines.)
A. cri stalus Mart. ; Alloplectes à calice en crête de coq. Yulgo : Fuchsia
sauvage (au Camp-Jacob). Jacq.,SeZ Am. st. hisl., I. 119, p. 188. — Vivace,
ornementai, grimpant, à lige radicante, à branches libres et velues. Feuilles
petites, elliptiques. Masques, laineuses, entières ou serretées au-dessus de la
base. Fleurs laineuses, très belles, d'un rouge jaunâtre, solitaires, axillaires,
pédonculées, à pédoncules presque aussi longs que les feuilles; calice à
5 folioles herbacées, inégales, cordées, serretées, laineuses, persistantes.
Fruit baccien, subglobuleux ou nettement globuleux, très blane à la matu­
rité, de la grosseur d'une cerise, contenant une infinité de petites semences
nichées dans une pulpe blanche. — Assez abondant dans tous les bois
humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 300-4000 mèt. X° 2983.]
M artinique . Yulgo ; Fuchsia sauvage. — Dans tous les grands bois
du nord de l'ile. ,X° 1877.]
Columnea Plum. (dédié à Fabio Colonna (en latin Fabius Columna), né en
1567, à Xaples, fut d’abord jurisconsulte, étudia ensuite la botanique, après
avoir été guéri du haut mal par l'usage prolongé de la valériane ; devint plus
lard gouverneur de la Calabre et en&gt;uite professeur à Xaples, où il mourut en
1050; a écrit ; Phijlobasanos ou entretiens sur les plantes), accompagné de
gravures sur cuivre; Ecphrasis (description) minus cognilarum rariorunique

—

CONVOLVU LACÉES

433

dépassant pas la lèvre supérieure. Fruit baccien, globuleux, déhiscent, blanc
à la maturité, de la grosseur d’une petite cerise, contenant une masse de
petites semences. — Fl. de mai à août. — Rare. Çà et là dans les bois
supérieurs des Fonds-Saint-Denis, des Deux-Choux, du Lorrain, etc. i N° 1876.]
— Il n'existe pas à la Guadeloupe.
Martynia lloust. (dédié à John Martyn, né en 1699, à Londres; en 1733,
professeur de botanique à Cambridge; mort en 1761 ; a écrit ; Tabulæ synoplicœ planlarum officinalium ; Methodus planlarum circa Canlabrigiam nas-

cenlium; Iiistoriæ planlarum rariorum décades V.)
M. diandra Glox.; Cornaret à deux étamines. Vulgo ; Tête-de-mort.
Desc., vol. IV, t. 272,
180. — Herbe annuelle, droite, haute de 50-80 cm.,
visqueuse, pubescente. Feuilles penchées dans la journée, larges, finement
duvetées, opposées, cordées-arrondies, sinuées-dentées, à pétiole long. Inflo­
rescence en grappes courtes, terminales et axillaires; calice à cinq feuilles
obliques; corolle à deux lèvres, blanche, avec des taches larges, d’un pourpre
noir, sur les lobes; tube obliquement campanulé. Capsule large, ligneuse
et dure à la maturité, s’ouvrant, au sommet, par déhiscence médianicide, en
deux valves, dont chacune est surmontée d’un crochet brusquement recourbé
et acéré. — Fl. pendant et après l’hivernage. — Durant la nuit, par un beau
clair de lune, les feuilles se dressent verticalement et s’abaissent vers le
matin. — Dans les terres sèches ou humides et ombragées près du bord de
mer : Prêcheur, Fond-Canonville. [N° 1874.' — Je ne l’ai pas trouvée à la

p.

Guadeloupe.
De la famille des Gesnériacées, on cultive dans les jardins des deux colo­
nies, où elles se sont pour ainsi dire naturalisées, les espèces suivantes :
Achimenes longi/lora DC. du Mexique [N° 2236]; A. grandi/Iora DC.
[X° 2374] du Mexique, qui fleurissent en juin, juillet et août; Tydæa picta
Decne, de Panama, très abondant dans les jardins du Camp-Jacob, du Matouba
et du Morne-Rouge [N° 1937]; enfin le Gloxinia maculata LTIérit., de l'Amé­
rique Australe. Yulgo ; Gueule-de-loup. [N° 2378.]

nosiro ccelo orieniium stirpium.)
C.
scandens\j. ; Columnea grimpant. Yulgo ; Fuchsia des bois. Plum., édit.
Burm., t. 89, f. 1. — Vivace et grimpant comme le précédent. Feuilles lai­
neuses, épaisses, elliptiques, subenlières, petites. Fleurs larges, rouges, très
belles, solitaires à l’aisselle des feuilles placées à l'extrémité des branches libres ;
corolle laineuse, arquée, profondément bilobée, à étamines exserles, mais ne
1. Sous le n o m cl Ortie d'eau, le B. violacea d’Aublet est employé à la Guyane comme
sudorifique par ses feuilles infusions chaudes). (E. H.)

CENT DIX-NEUVIÈME FAMILLE.

— CONVOLVULACÉES.

Argyreia Lour. (du grec « arguros », d’argent, parce que les feuilles sont
habituellement argentées en dessous.)
A. tiliæfolia W igh t; Argyreia à feuilles de tilleul. Vulgo : Liane gros bou­
din, bois-patate marron. — Vivace par ses racines, fortes et allongées, her­
bacée par ses tiges, à tige adulte subéreuse, grosse. Feuilles larges, cordéesarrondies, membraneuses, glabres; calice à cinq feuilles persistantes et accresDuss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

î$

�434

PLANTES DI

LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

centes. Fruit large, indéhiscent, niché dans le calice; ovaire à quatre logetles,
contenant chacune une semence brune, lisse, de la grosseur d'un pois. — Fl.
de septembre à février. — Assez abondant le long des ruisseaux, des rivières
et dans les savanes humides de la basse région ; environs de la Basse-Terre,
Trois-Rivières, Baillif, Sainte-Rose, Lamentin, Moule, Sainte-Anne, etc.
[X os ‘2 176, 3503.]
M art inique . Yulgo : Gros boudin, liane d’argent bâtard.— Grande-Rivière
^abondant près du bord de mer), Grand’Anse, Trinité, Fort-de-France, etc.
[N° 1883.]
L Argyreia bracleaia Chois, de l’Inde Orientale, vulgo : Liane d’argent, à
feuilles larges, cordées, garnies, en dessous, d'un duvet soyeux, blanc argenté,
à fleurs en grappes terminales, est cultivé dans les jardins des deux colonies.
]N° 3480.] — M art iniq ue . (X° 1884.]
Ipomœa L. (du grec « ips », ver, et « omoios », semblable, plante qui
marche comme un ver, c'est-à-dire plante semblable au liseron.)
I. Bona-nox L., Calonyction megalocarpum Rich. ; Ipomée bonne nuit.
Yulgo : Belle-de-nuit. SL, t. 96, f. 1 ; Rich., Cuba, t. 63. — Annuel, voluble,
à tige adulte subéreuse, jeune tige el branches filiformes. Feuilles larges, cordées-rondâtres, pointues. Inflorescence axillaire; fleurs pédonculées, larges,
blanches, très odorantes, à odeur suave et très agréable, solitaires ou réunies
par trois; corolle à tube cylindrique, long, s'élargissant brusquement au
sommet; sépales 5, inégaux : les deux intérieurs, ovales-oblongs, obtus; les
trois extérieurs, ovés-lancéolés et terminés par un appendice filiforme;
ovaire à deux loges quadriovulées. Capsule entourée des sépales persistants,
s'ouvrant de la base au sommet et ne contenant que quatre semences blan­
châtres, glabres : les autres ovules avortent. — Fl. d'août à décembre. — Peu
abondant. Çà et là dans les halliers du Morne-à-l'Eau el du Moule. |N°3499.]
M a rt i n i q u e . Yulgo ; Belle-de-nuit, liane douce. — Dans le£ halliers du
Parnasse, des Trois-Ponts et des hauteurs de l'habitation Pécoul. [N° 428.]
I. tuba G. Don, Calonyction grancli/lorum Chois.; Ipomée à fleurs à long
tube. Yulgo ; Liane douce bord-de-mer. — Voluble, grimpant, peu branchu,
haut de 5-7 met., tige grosse, subéreuse, adulte quand elle est jeune, lige et
branches striées. Feuilles cordées-rondâtres, pointues, entières. Fleurs
blanches, pédonculées, réunies par trois aux aisselles desfeuilles, nombreuses;
cinq lobes courts et à peine distincts; sépales et capsule comme dans le pré­
cédent; semences 4, anguleuses, pubescenles, laineuses autour du hile el le
long des angles. — Fl. de juin à novembre. — Abondant sur les lisières des
bois du bord de mer : Sainte-Anne (habitation Les Anglais), Vauclin, etc.
i N° 1892, spécimen imparfait. — de ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
I. ventricosa Chois.; Ipomée à Heurs ventrues. Yulgo ; Liane blanche,

CONVOLVULACÉES

435

liane d’argent. — Vivace, grimpant et rampant, extrêmement branchu, à
branches très allongées, glabres. Feuilles cordées, rondâtres : les adultes,
souvent plus larges que longues. Inflorescence en cymes longuement pédonculécs, axillaires, allongées, portant 3-5 fleurs; corolle blanche, faiblement
odorante, large, infundibuliforme, à tube large, venlru-campanulé. Capsule
large, globuleuse, complètement couverte et dépassée par les sépales persis­
tants el accrescents; semences 4, globuleuses, couvertes d'un duvet court et
noir. — Rare à l’état sauvage : se rencontre souvent dans les cours et les jar­
dins, où il est cultivé comme plante d'ornement à cause de la richesse de ses
fleurs qui se succèdent d’octobre jusqu’en mars ; Basse-Terre, Trois-Rivières,
Poinle-à-Pitre, Moule, etc. [N°3081.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane-serpent, liane bord-de-mer. — Assez rare : GrandeRivière (dans les halliers près du bord de mer), Basse-Pointe, Grand’Anse,
etc. [N° 427.]
I. luberosa L. ; Ipomée à racine tuberculeuse. Yulgo ; Liane à tonnelle,
liane à courtine, bois-patate. SL, t. 96, f. 2. — Forte liane, montant sur des
arbres très élevés, dont elle atteint le sommet, vivace par ses racines tuber­
culeuses, grosses comme une tête d'homme, annuelle par ses tiges, à branches
flexibles, pendantes, brunes et cylindriques. Feuilles larges, palmifides, à 5-7
segments profonds, ellipliques-lancéolés, pointus, entiers. Fleurs jaunes, plus
petites que dans les trois espèces précédentes, en cymes longuement pédon­
culées, uni-triflores ; corolle, campanulée-infundibuliforme. Capsule très large,
globuleuse, entourée et dépassée par les larges sépales cartilagineux et accrescents; semences rondâtres, pubescenles. — FL de septembre à janvier. — Çà
et là dans les halliers des falaises de la basse région : Basse-Terre (ville et
environs), Trois-Rivières, Gourbeyre (l)olé), Pigeon, Deshaies, etc. [X os2481,
3010.] — Il n'existe pas à la Martinique. — Tubercule énorme, drastique.
I. dissocia Pursh, I. sinuata Orteg. ; Ipomée à feuilles découpées. Yulgo ;
Liane-amande amère, liane à noyau (de cerise sous-entendu). — Annuel,
voluble, à tige et branches poilues, filiformes. Feuilles palmatifides, à 5-7
segments profonds, ellipliques-lancéolés, pennifides ou sinués-dentés;
pétiole long, poilu ou glabre. Fleurs le plus souvent solitaires, plus rarement
géminées, pédonculées, glabres; corolle blanchâtre ou blanc pâle, ou blanche;
sépales membraneux, luisants, légèrement violacés, oblongs, obtus, environ
une fois plus courts que la corolle; semences 4, rondes, glabres, brunes. —
Fl. pendantet après l'hivernage. — Les feuilles contiennent de l’acide cyanhvdrique, car, quand on les froisse, elles exhalent une odeur analogue à celle des
noyaux de cerise. — Abondant dans les halliers de la basse région : environs
de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Pointe-Xoire, et çà et là dans
tous les grands fonds de la Grande-Terre, de la Désirade et de MarieGalante, etc. [XTo 2472.]

�436
M

Pl-AXTËS DF. LA GÜADÊLOUPE F.T l&gt;R LA MARTINIQUE
artinique.

Vulgo : Pâle d'amande. — Abondant dans la basse région de

Pile. [X° 1886.]
I. pentaphylla Jacq.; Ipomée à cinq feuilles. Vulgo : Liane p oilu e.—
Annuel, grimpant, à branches filiformes, tombantes; à tige, branches, pédon­
cules. pétioles et sépales garnis de poils longs, roux, droits, sétiformes.
Feuilles à cinq lobes elliptiques ou lancéolés-elliptiques, pointus, entiers.
Fleurs blanc pâle, peu odorantes, en cymes très lâches, axillaires et très lon­
guement pédonculées ; sépales 5, ovés-oblongs, obtus : les trois extérieurs plus
longs et garnis de poils très développés; ovaire à quatre logettes. Capsule
à quatre semences globuleuses et brunes. — Dans les balliers de la région
inférieure de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. [N° *2-481.1
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Liane poilue. — Dans toute l'île. [N° 1889.]
I. Batatas Poir., Batatas edulis Chois, (du mot espagnol « balata » ou
« patota », pomme de terre, allusion à la saveur et à l usage des racines de la
plante.) Vulgo : Patate douce. Tuss., F l ., IV, f. 1; Desc., vol. V III, t. 545,
p. 70. — Rampant ou voluble, à racines tuberculeuses, allongées. Feuilles
très variables ; tantôt cordées ou bastées à la base, tantôt entières ou sinuéesdentées, tantôt à 3-7 lobes pointus ou arrondis, tantôt très longuement, tan­
tôt brièvement pétiolées. Fleurs violettes ou violet pâle, ou blanches, en
cymes paucifiores, pédonculées, à pédoncules de longueur variable. — On
croit que la patate est originaire de l'Amérique : elle est cultivée dans presque
toutes les parties chaudes et tempérées du monde entier. On en rencontre
plusieurs variétés, entre autres : la patate « Maley », à racines violettes en
dehors et en dedans; la patate « Créole », à racines violettes en dehors et
blanches en dedans; la patate « Samana », à racines jaunâtres; la patate
« moyenne » ou patate « suif », à racines napiformes, grasses; la patate de la
« Barbade » ou « gros bois », à racines blanches; la patate « rouge », etc.
Celles qui ont des racines blanches sont généralement plus sucrées et sont
préférées aux autres. — Les patates se mangent rôties dans le four ou cuites
avec du sel, ou en confitures avec du sirop. Dans le pays, on se sert de la
patate, gragée ou mêlée au lait froid, comme d'un remède infaillible
contre les démangeaisons des vieillards (pruriclus senilis); il suffit d’en
frictionner les parties malades pendant trois ou quatre jours. La patate
rouge, gragée et mêlée à l'huile d'olive, s’emploie intérieurement contre les
empoisonnements causés par les crabes, les moules, les écrevisses, etc. On
fait encore usage de la patate blanche, crue et gragée, contre les brûlures. Les
patates produisent très rarement des graines : les pieds se multiplient surtout
par les tronçons de la partie inférieure de la lige. ] X° 3452.]
M art iniq ue . V ulgo ; Patate douce. [N 08 436, 1884.]
I. fastigiata Swt. ; Ipomée à fleurs en cymes ramassées. Vulgo : Patate mar­
ron, patate bâtard, patate sauvage, liane douce. — Vivace par les racines

convolvulacées

437

tuberculeuses, annuelle par les tiges, qui sont, comme les branches, très
vertes, lisses, cylindriques. Feuilles variables, généralement cordées, à sinus
fermés ou très ouverts, pointues au sommet. Fleurs violettes, en cymes fastigiées, multiflores, longuement pédonculées ; sépales scarieux, oblongs, mucronés, quatre ou cinq fois plus courts que la corolle. Capsule à 2-4 semences
glabres. Les racines, tuberculeuses, sont blanches, verticalement enfoncées
dans la terre, ovoïdes-cylindriques et souvent très allongées ; elles peuvent se
manger cuites, mais elles n'ont pas la saveur des patates cultivées. — Fl.
pendant et après l’hivernage, jusqu’en janvier ou février. — Très abondant
dans les balliers et les broussailles des basse et infra-moyenne régions de toute
la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-700 mèt. [N ° 2479.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane douce, patate sauvage. [N° 432.]
1. violacea L .; Ipomée à fleurs violettes. Vulgo : Lianedouce. Plum., édit.
Burm., I. 193, f. 1; SL, t. 98, f. 1. — Annuel, rampant et grimpant, entiè­
rement glabre. Feuilles cordées, rondâtres, pointues, pédatinerviées, rarerement sinuées sur les bords. Fleurs larges, violettes, en cymes longuement
pédonculées, rnulfillores ou paucifiores; sépales oblongs-lancéoJés, subégaux,
six ou huit fois plus courts que la corolle. Capsule ovoïde-conique, surmon­
tée du style rigide et persistant; semences noires et pubescentes. — Çà et là
dans les halliers propres aux endroits secs et pierreux : vieille route de Baillif
aux Vieux-IIabilants, Pigeon, Bouillante, etc. [N ° 3591.] — Je ne l’ai pas
trouvée à la Martinique.
I. selifera Poir.; Ipomée à calice sétifère. Vulgo : Lianeàfaux. — Rampantou
grimpant, vivace par ses racines épaisses et allongées. F'euilles cordées-ovées,
terminées en une pointe large, échancrée et mucronulée. Inflorescence en
cymes triflores, pédonculées; sépales 5, larges, inégaux : les trois extérieurs,
imbriqués, herbacés, verts, ovales, carénés, à carène muriquée et terminée
par un bec long et rigide; les intérieurs, membraneux, beaucoup plus étroits
et un peu plus courts; corolle violet foncé, infundibuliforme, veinée, à cinq
dents aiguës. Capsule enfoncée dans les sépales persistants. — Fl. d'octobre
à mars. — Extrêmement abondant dans les savanes et terres cultivées des
basse et infra-moyenne régions de la Guadeloupe proprement dite, où elle
devient souvent gênante pour les laboureurs et les planteurs. — Les lapins
sont friands de ses feuilles. |X° 2474. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Coudrel. — Abondant au Marigot, à la Grande-Anse,
à Sainte-Marie, etc., où elle gêne beaucoup les planteurs. [N 08429, 430.1
I. triloha L. ; Ipomée à feuilles trilobées. Vulgo : Petite patate marron.
SL, l. 97, f . I . — Petite liane, annuelle, rampante et grimpante, haute
de &lt;)m90-1 m80, filiforme et très flexible. Feuilles habituellement très petites,
cordées-deltoïdes, à (rois lobes ; les deux inférieurs, courts, situés près
de la base, peu profonds et arrondis; celui du milieu, deux ou trois fois

�CONVOLVULACEES

plus long. Fleurs petites, violet pâle ou roses, en cymes ombelliformes à 2-3
rayons ou solitaires; sépales ovés-oblongs, velus sur les bords, environ trois
fois plus courts que la corolle infundibuliforme ; semences glabres, brunes,—
Çà et là dans les savanes inférieures de Baillif, des Vieux-Habitants; très
abondant sur les mornes calcaires du Gozier. N03 3084, 3559.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Petite liane douce. — Mornes calcaires de SainteAnne, endroits pierreux du plateau des Trois-Ilets. [N° 433.]
I. umbeUata G .F .W . Mey., I. moUieoma Miq. ; Ipoméeà Heurs en ombelles.
Vulgo : Liane à malingres, liane-berceau. Desc., vol. N 11, t. 524, p. 305;
Miq., Stirpes Surinam , t. 37. — Annuel, grimpant, ornemental, haut de
3-5 met. Feuilles cordées-deltoïdes, pointues, plus ou moins gaufrées, à pétiole
garni, à la base, de deux stipules de longueur variable. Fleurs jaunes, en
ombelles pédonculées, de 5-12 rayons; corolle obconique au-dessus du tube
cylindrique; sépales ovales, obtus, subégaux, imbriqués, trois ou quatre fois
r plus courts que la corolle. Capsule globuleuse, s'ouvrant en quatre valves
égales; semences 4, garnies d’un duvet noir et de poils longs sur les angles.
— Fl. vers latin de l’hivernage jusqu’en février. — Assez abondant dans les
basse et infra-moyenne régions : environs de la Basse-Terre, Montéran,
Gourbcyre, Vieux-Fort, Capesterre (Guadeloupe), Lamentin, Sainte-Rose,
etc. Alt. 10-600 met. [N° 3082.j
M a rt i n i q u e . Vulgo : Liane douce, jaune. — Abondant : environs de SaintPierre, Prêcheur, Carbet, Parnasse, Basse-Pointe, Trinité, etc. [N° 1891.]
I. pes-capræ Roth; Ipomée pied-de-chèvre (parce que la feuille reproduit
à peu près la forftie que laisse la trace d'un pied de chèvre). Vulgo : Patate
bord-de-mer, passe-pierre (aux Saintes). Desc., vol. II, t. 130, p. 255. —
Vivace par ses racines volumineuses, très allongées, grimpant ou rampant à
une distance indéfinie, quelquefois à plus de 15 mèt., à rameaux blancs, cylin­
driques, vigoureux. Feuilles cartilagineuses, très vertes, penninerviées, ver­
dâtres, émarginées au sommet, cunéiformes ou tronquées et garnies de deux
glandes à la base. Fleurs violettes ou violacées, en cymes trillores, pédon­
culées; sépales ovés-oblongs, mucronés, cinq fois pins courts que la corolle;
semences pubescentes. — La plante est rangée, par Descourlilz, parmi les
purgatives laxatives. Dans le pays, on s’en sert rarement pour se purger,
mais on emploie les racines en décoction contre les coliques et les fièvres
intermittentes; les feuilles, bouillies et macérées, en topique contre les
tumeurs et les œdèmes des jambes. — FL presque toute l’année. — Abon­
dant sur les sables du bord de mer et aussi dans les savanes sablonneuses
près de la mer : toute la Guadeloupe et ses dépendances. [N° 3501.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Patate bord-de-mer. — Sur toutes les plages sèches
et sablonneuses et dans les savanes du bord de mer. [N° 1888.]
I. acelosæfolia. R. S. ; Ipomée à feuilles d’oseille. Vulgo ; Liseron rampant.

u

439

Plum., Descripl., t. 105; Desc., vol. II, t. 145, p. 317. — Vivace, rampant,
radicanl à tous les nœuds, à feuilles linéaires-oblongues, cordées ou arrondies
à la base, à Heurs blanches, axillaires. — Est indiquée, par Mazé (page 88,
loc.cit .), comme existant à la Guadeloupe; je ne l’y ai pas trouvée; mais elle
est abondante à Sainte-Lucie, sur le bord de mer, près de la ville de V ieuxFort. [N° 1885.]
I. rnarlinicensisG. F. W . Mey., I . salicifoliaDesv. ; Ipomée de la Martinique.
Vulgo : Liseron-savane. Jacq., 5e/. Am. stirp. hisl., t. 17, p. 26. — Annuel,
haut de 2-4 mèt., voluble, délicat, filiforme, à lige unique, très peubranchue.
Feuilles linéaires-oblongues ou oblongues, mucronées, obtuses, rétrécies, à la
base, en un court pétiole. Fleurs solitaires ou géminées, axillaires, pédon­
culées, garnies de deux bractées; sépales 5, pointus, veinés et réticulés :
les deux extérieurs, plus larges, elliptiques, décurrents, une fois plus courts
que la corolle; les trois intérieurs, ovés; corolle blanche, se rétrécissant
graduellement vers la base, à plis garnis de poils. Capsule à deux loges,
contenant chacune deux semences arrondies. — FL de mars à juin. — Peu
abondant : dans les marécages de Port-Louis, et à Marie-Galante (environs
de Saint-Louis et du Grand-Bourg), Moule (étang du Coeoyer). (N os 3500,
3638.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit liseron. — Peu abondant : endroits marécageux
du Robert et du François. [N° 1996. |
I. repanda Jacq.; Ipomée à feuilles ondulées. Vulgo : Liane-patate, patate
grand-bois. Jacq., Sel. Am. st. hisi., t. 20, p. 28. — Voluble, vivace par ses
racines tuberculeuses, herbacé par le haut, à branches très allongées, glabres.
Feuilles luisantes, cordées, acuminées, entières ou ondulées sur les bords.
Fleurs très belles, rouge carmin, en cymes très nombreuses, situées tout le
long des branches, paucillores ou multiflores; sépales ovés, rondàtres, quatre
ou cinq fois plus courts que la corolle, dont le tube est infundibuliforme,
recourbé, quatre fois plus long que ses cinq lobes droits, oblongs-lancéolés.
Capsule à deux loges à la base et à quatre logettes au sommet. — Jacquin ne
fait pas mention de ses racines; Grisebach, p. 472, dit : « Root with small
lubers. » J'ai vu de vieux pieds dont les tubercules presque ligneux ont
70 cm. de long sur 40 cm. de large; ils sont pointus aux deux extrémités,
tantôt rondàtres, tantôt plus ou moins cylindriques. — FL de janvier à avril.
— Assez abondant dans les bois inférieurs secs : Vieux-Fort, Vieux-Habi­
tants, Pointe-Noire, Camp-Jacob (rivière Noire), Gourbeyre (morne Bouca­
nier). Alt. 180-480 mèt. [X ‘J 2478.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Patate grand-bois. — Abondante : hauteurs des TroisIlets, Marin (morne Gommier), Trinité, Grand Anse. [N° 1890.]
I. filiformis Jacq. ; Ipomée à tige et branches filiformes. Vulgo : Petite liane
bleue. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl., t. 19, p. 27. — Vivace par ses racines,

�440

PLANTES DE LA GUADELOUPE F,T 1)E LA

MARTINIQUE

herbacé par les liges, voluble, haut de '2-4 met., à lige adulte subéreuse, à
branches filiformes très enchevêtrées. Feuilles petites, ovées-oblongues,
légèrement cordées à la base, mucronées-obluses au sommet. Inflorescence
en cymes courtes et lâches, pédonculées, très nombreuses; corolle pourpre
noir, à tube infundibuliforme-cylindrique, environ quatre fois plus long que
seslobes; sépales ovés-rondâtres, terminés par une pointe. Capsule globu­
leuse, de la grosseur d'une graine de poivre; semences 4. — Assez abondant
dans les endroits pierreux, secs, chauds, près de la mer : Marie-Galante (bois
de Folle-Anse), Moule, Gozier, Désirade, etc. [N° 3085.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Liane razier bord-de-mer. — Dans les broussailles du
bord de mer de Sainte-Luce. [N° 425.J
I. penciula R. Br., I. palmala Forsk. ; Ipomée à Heurs pendantes. Vulgo :
Liane rouge à tonnelles. — Vivace, glabre, à feuilles à cinq folioles elliptiques,
pointues aux deux extrémités, à fieur rouge carmin très foncé, fleurissant
toute l'année, mais ne produisant que très rarement des graines; a été intro­
duit d’ Egypte et est cultivé dans les deux colonies pour l'ornementation des
tonnelles, des grillages, etc. [N° 3086.] — M a r t i n i q u e . [N° 1822.]
I. Quamoclif L. (du grec « Kuamos », fève, et « Ulilos », bas, petit, c'est-àdire une petite plante grimpante comme le haricot); Quamoclit vulçjans
Chois. Vulgo : Cheveux de Vénus, herbe à éternuer. Desc., vol. V I, t. 415,
p. 146. — Annuel, voluble, très délicat, haut de 3-4 mèt., à tiges et branches
filiformes, très enchevêtrées. Feuilles subsessiles, palmiparlites, à segments
filiformes, pointus, entiers, ou les inférieurs bifides. Fleurs petites, rouge
cramoisi ou écarlates, pédonculées, solitaires ou en cymes bi-triflores ; tube
de la corolle trois ou quatre fois plus long que ses lobes; sépales ovés, obtus,
mucronés, quatre fois plus courts que le tube de la corolle ; semences com­
primées, glabres, brunes. — Fl. de septembre à décembre. — Descourtilz
classe la plante parmi les sternulaloires irritantes; dans le pays, on n'en fait
pas usage. — Elle est à l’état sauvage et à l'état cultivé : environs de la
Basse-Terre, V ieux-Fort, Capeslerre (très abondant au cimetière), Moule
(cimetière), Sainte-Anne, Baillif, etc. [N° 2473.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Cheveux de Vénus. — Abondant, surtout dans les
cimetières. [N° 1887.]
I. coccinea L. ; Ipomée à fleurs écarlates. Vulgo : Liseron-hallier. — Annuel,
grimpant, à tige et branches filiformes. Feuilles fiasques, cordées-deltoïdes,
sinuées -dentées ou entières, ondulées sur les bords ou trilobées. Fleurs petites,
écarlates, en cymes très longuement pédonculées et très lâches; tube de la
corolle trois fois plus long que ses cinq lobes; sépales subégaux, environ cinq
fois plus courts que le tube de la corolle. Capsule à quatre semences trigones,
anguleuses, pubescentes. — Dans les halliers et les haies de la basse région :

CONVOLVULACÉES

441

environs de la Basse-Terre, Baillif, Trois-Rivières, grands fonds du Moule,
du Gozier, etc. [N° 2477.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Liseron rouge. — Ç à et là dans les halliers de la
basse région de toute File. [N° 1230.]
I. N il Roth, I. hederacea Jacq.; Ipomée Nil. Vulgo : Liseron bleu.—
Annuel, ornemental, voluble, à tige et branches filiformes et poilues. Feuilles
cordées, trilobées, pointues au sommet; pétiole long, velu. Inflorescence en
cymes bitlores, à pédoncule long et velu; corolle délicate, large, bleu azur
au sommet, blanche dans le bas, s’élargissant graduellement de la base cylin­
drique au sommet; sépales hirsutes, filiformes dans les trois quarts supérieurs,
brusquement élargis dans le quart inférieur, ensemble près de la moitié plus
courts que la corolle. Capsule insérée sur un disque cupuliforme, triloculaire;
semences 4, obovalesL — Abondant dans les haies et les broussailles de la
région inférieure : Basse-Terre (ville et environs), Gourbeyre, Capeslerre
(Guadeloupe), les Abymes, Moule, Marie-Galante. [N os 2480, 3450.]
M a r t i n i q u e . — Liseron bleu. — Saint-Pierre, Trois-Ponts, Carbet, Prê­
cheur, Trinité, Marin, etc. [N° 1231.]— On en rencontre une variété à
feuilles plus larges et à lobes courts. [N° 2475.] — M a rt in iq ue . [N° 431.]
Jacquemontia Chois, (dédié à Victor Jacquemont, voyageur français, qui,
chargé d'une mission par le.Iardin botanique de Paris, parcourut les environs
de Rio-Janeiro, l’île Bourbon, la région du Nord-Est des provinces de
Kachmir, le Sud-Ouest du Tibet; mort en 1832.)
J. tamnifolia Griseb.; .lacquemontie à feuilles de Tamnus. V ulgo : Liseronsavane. Dill., Elth., I. 318, f. 410. — Annuel, haut de 01" 60-1m80, d’abord droit,
ensuite voluble, sans branches ou peu branchu, à tige adulte glabre, à jeune tige
et branches filiformes et velues. Feuilles subcordées-deltoïdes, ondulées sur les
bords. Fleurs bleuâtres, petites, en cymes ombelliformes, très contractées,
longuement pédonculées, contenant 8-20 rayons ; bractées hispides ; sépales
linéaires, acuminés, hispides, aussi longs que la corolle campanulée-infundibulil’orme. — FL presque toute l'année. — Peu répandu : Capeslerre (Gua­
deloupe) ; abondant dans le cimetière et dans les champs de cannes et les
haies des environs. [N° 2480. j — Il n'existe pas à la Martinique.
1. L ’Ipomæa A il, originaire des montagnes de l’Inde, donne des graines inscrites sous
le nom de Kaladana dans la Pharmacopée anglo-indienne et qui possèdent les propriétés
cathartiques du jalap ; elles s'emploient à la dose de 2 à 3 gr. comme purgatives. Fluckiger, qui a fait l’analyse de ces graines, en a retiré : 14 % d’une huile épaisse, brunâtre,
de saveur Acre, se solidifiant à 18°; une forte proportion de mucilage, des matières albu­
minoïdes, de l’acide tannique et surtout 8.2 °/0 d’une résine qui en constitue le principe
actif cathartique. Il a reçu le nom de Pliarbilisine , sous lequel cette résine a été introduite
dans la médecine indienne. C’est une masse friable, jaunâtre, douée d’un goût Acre,
nauséeuse et d’une odeur désagréable, qui s’accentue par l'action de la chaleur : elle fond
à 160“ et se dissout dans l’alcool absolu, l'acétone, l’éther acétique. Cette résine a la plus
grande analogie avec la convolvtiline, qui, comme on le sait, est un des deux principes
bien définis qui constituent la résine purgative du jalap. (E. H.)

�J. violaeea, Chois., ConvQlvulus pentanfhus Jacq. — Suffrulescent h la
base, voluble, glabre. très ornemental, à lige et branches filiformes, très
enchevêtrées, haut de 3-4 met. Feuilles petites, cordées-ovées, pointues,
entières ou ondulées. Inllorescence en cvmes contractées, bractéolées, pédonculées, axillaires, très nombreuses; sépales de moitié moins longs que la
corolle : les trois extérieurs, plus larges, ovés, pointus; les deux intérieurs,
ovés-lancéolés et acuminés; corolle campanulée-infundibulil'ormc, beaucoup
plus large que dans le précédent, violet foncé. Capsule ù quatre valves,
glabre, globuleuse; semences glabres.— Fl. pendant et après l’hivernage.—
Il fait l'ornement des haies et des broussailles de la région inférieure de toute
la Guadeloupe et de ses dépendances, j N° 2480.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Liseron bleu. — Dans la région inférieure de toute
l'ile. N° 1879.]
Evolvulus L. (du latin « evolvcre », dérouler.)
E.
sericeus S\v. ; Evolvulus soyeux. Yulgo : Herbe argentée. SL, t. 99, f. 3;
Br., Jam., t. 10, f. 3. — Herbe annuelle, plus ou moins diffuse, rarement
droite, à tiges nombreuses, grêles, hautes de 15-35 cm., à racine pivotante,
forte.Feuilles petites, garnies d'un duvet blanc et soyeux, subsessiles ou briè­
vement pétiolées, lancéolées-linéaires, mucronées. Fleurs blanches ou légère­
ment violacées, solitaires, portées sur un pédoncule beaucoup plut court que
les feuilles; sépales à cinq lobes ovés-lancéolés, acuminés, un peu plus courts
que la corolle rolacée-infundibuliforme. — FL pendant l'hivernage. — Assez
abondant dans les terres sablonneuses, sèches, arides près de la mer ou tout
à fait sur le bord de la mer : entre Baillif et les Vieux-Habitants, Désirade,
Moule. [N° 2451.] — Je ne l'ai pas vu à la Martinique.
E.
linifolius L.; Evolvulus à feuilles de lin. \ ulgo : Herbe grise.
Br., ,/am., t. 10, f. 2. — Ressemble de prime abord au précédent; il en
diffère : par ses liges plus élevées et plus droites, ses feuilles plus étroites,
non argentées; par ses pédoncules filiformes, beaucoup plus longs que les
feuilles, unibractéolés au-dessus du milieu, et infléchis au-dessus de la bractéole; par ses sépales plus étroits. — Endroits secs, arides de la côte du
Diamant, Yauclin, Caravelle. [N° 1810.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
E.
nummularius L. ; Evolvulus ù feuilles en pièce de monnaie. Yulgo :
Yéronique. SL, t. 99, f. 2. — Petite herbe, ornementale, complètement cou­
chée, radicanle, rampant en tout sens à une distance indéterminée, à lige fili­
forme, un peu en zig-zag, à racine forte, pivotante. Feuilles petites, orbiculaires ou ovales-orbiculaires, subcordées à la base, arrondies ou rétuses au
sommet. Fleurs solitaires, à pédoncules plus courts que les feuilles et disposés
tout le long des branches; corolle blanche ou légèrement violacée ; sépales
oblongs, obtus, de moitié moins longs que la corolle. — Cette herbe vit habi­
tuellement en société et forme alors un magnifique tapis qui, dans la journée,

est'émaillé de fleurs innombrables; quand il pleut, les fleurs ne s’ouvrent
pas; quand il lait beau temps, elles s'ouvrent vers 9 heures du matin et se
ferment I après-midi. — Abondant dans les endroits sablonneux, plats et
secs du bord de mer, et aussi dans les savanes sèches peu éloignées du
littoral : Port-Louis, Anse-Bertranc I, Ma rie-Galante, Désirade, les Saintes,
etc. [N° 3003.]
M a r t i n i q u e . \ ulgo : Petite véronique, véronique bord-de-mer. — Dia­
mant, Anses-d'Arlet, Sainte-Anne, Marin, Yauclin, Caravelle. [.\° 1881.
Cuscuta L. (du mot arabe « kechout », c'est le « kadutas » de Théophraste,
mot modifié de « kattuein », attacher, parce que les plantes s’attachent, par
leurs suçoirs, aux autres végétaux.)

C. a mericana L. ; Cuscute américaine. Yulgo : Vermicelle, herbe-z’amitié,
corde à violon. SL, t. 128, f. 4. — Herbe parasite, annuelle, sans feuilles, à
tiges jaunes, filiformes, cylindriques, très entortillées, s’accrochant, au
moyen de leurs suçoirs, aux petits arbrisseaux, qu'ils couvrent souvent entière­
ment et finissent par tuer. Inflorescence en petites grappes courtes, très
nombreuses; corolle blanc verdâtre, campanulée, à cinq lobes; calice ventru,
un peu plus court que la corolle. Capsule ovoïde-globuleuse, s’ouvrant irré­
gulièrement par déhiscence pyxidaire. — FL en juin, juillet, et aussi en
octobre et novembre.— Peu abondant: environs delà Basse-Terre, Baillif,
Pointe-Noire, Sainte-Rose, les Abymes, Morne-à-l Eau, etc. [N° 2468.]
' M a r t i n i q u e . Yulgo : Liane à cordon, liane sans fin, cordon de violon,
verm icelle.— Rare dans les années pluvieuses; assez abondant dans les
années sèches : environs de Saint-Pierre, Carbet, Trois-Ilets, Case-Pilote,
Yauclin, etc. fN 0 1878.]
•

r

De la famille des Convolvulacées, ou cultive, pour l'ornement des murs
et des grandes tonnelles, le Porana paniculala Roxb., vulgo : Muguet, puis­
sante liane, à écorce grise, à branches très nombreuses et très allongées, à
feuilles cordées, à fleurs blanches, petites, infundibuliformes, en grappes ter­
minales et axillaires : ces dernières formant avec les terminales une large
panicule. — Originaire de l’ Inde Orientale et de la Malaisie, elle a été intro­
duite du Brésil et de l’Uruguay à la Martinique, en 1875, par M‘ne Duplessis,
bille s’est répandue dans l’ilc et dans les autres colonies. [X° 3087.1— M a r t i ­
nique . [N° 247.]

cent

vin gt iè me f a m il le .

—

HYDROLÉAGÉES.

Nama L. (du grec « nama », eau courante, de « naein », couler, allusion à
l'habitat de la plante.)

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

N.
ja maicense L. ; N ame de la Jamaïque. Vulgo : Herbe couchée. Br.,
Jam., t. 18. f. 2. — Petite herbe, annuelle, couchée, longue de 10-20 cm.,
entièrement garnie d'un duvet grisâtre. Feuilles obovées, contractées à la
base, décurrentes, entières. Fleurs violet pâle ou blanches, petites, oblique­
ment tournées, brièvement pédonculées, naissant, sur de petites cymes, à
la bifurcation de deux branches; segments du calice, linéaires, acuminés; tube
de la corolle infundibuliforme, un peu plus long que le calice ; étamines
incluses. Capsule oblongue-linéaire, médianicide. — Assez rare : çà et là dans
les endroits humides des environs de Saint-Pierre, Trou-Vaillant, Trois-Uets,
Marin, etc. [X° 1891.1 — Je ne l'ai pas vue à la Guadeloupe.

CENT VLNGT-UMÈME FAMILLE. ---

BORAGINÉES.

Cordia L. (dédié à Eurich et Valérien Cordus : le premier, né en 1-186, à
Simmershausen, dans la Hesse, professeur à Erfurt, ensuite à Marbourg,
mort médecin à Brème, en 1535 ; a écrit : Bolanoloi/icum ; son fils, Valérien, né
à Erfurt, en 1515, médecin et botaniste, mort à Rome, en 1511, a laissé :
Annotaliones in Dioseoridem ; Liber quintus stirpium descriptionum quas in
italia sibi visas descrîhit; Dispensatorium 'pharmacorum omnium , publié
et annoté par Conrad Gesner.)
C. Geraseanlhus Jacq. (du grec « geraskein », vieillir, et « anlhos », Heur,
parce que la gorge de la corolle est garnie de poils gris ou blancs.) Vulgo :
Bois de Rhode, bois de rose (à cause de l'odeur des fleurs), bois Chypre.
Rich., Cuôa, t. 59; Jacq., Sel. Am. slirp. hist., I. 175, f. 16. — Arbre de
taille moyenne, à tronc légèrement anfractueux, à écorce grise, rüde. Feuilles
oblongues-lancéolées ou elliptiques-oblongues, pointues, entières, coriaces,
grisâtres en dessous. Fleurs blanches, parfumées, en panicules étalées, à
branches terminées par des glomérules ombelliformes; calice à dix côtes,
obovoïde-cylindrique, tomenteux, à cinq dents petites et égales. Fruit sec.
— Fl. en janvier, février et mars. — Le bois sert pour les constructions à
l’intérieur et à l'extérieur. — Dans les bois secs du littoral et les mornes
pierreux inférieurs : Pigeon, Bouillante, Pointe-Noire, Deshaies, VieuxFort, etc. N° 2585.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois de Chypre. — Prêcheur, Anses-d'Arlet, TroisIlets, Rivière-Salée, etc. (N° 1415.]
C. alba Roem. et Schull.; Cordia à fleurs blanches. Vulgo : Herbe à cou­
ronne, arbre à raisins,bois-zizi (au Moule). Desc., vol. V I , t. 529, p. 324. — Arbre
de taille moyenne, à branches inclinées et souvent très penchées, divariquées,
à tronc anfractueux à la base. Feuilles glabres en dessus, scabres en dessous,
elliptiques-arrondies, dentées-ondulées. Fleurs blanches, larges, odorantes,

Il ORA OIN ÉES

en cymes corymbiformes, larges, très nombreuses; calice cupuliformeturbiné, à lobes irrégulièrement émarginés et arrondis, deux fois plus court
que la corolle, qui est plissée, infundibuliforme, à cinq lobes courts. Drupe
blancheà la maturité, globuleuse, très lisse, luisante et comme transparente, à
pulpe gluante, d’une saveur douceâtre, de la grosseur d'un grain de raisin. —
Les enfants en mangent les fruits, et, au moyen de la pulpe, mélangée avec de la
terre glaise, ils préparent une glu pour prendre les petits oiseaux. — Trouvé
en fleurs et en fruits en août et septembre : Moule (le long du canal et
dans les environs), Saint-François, Marie-Galante (Grand-Bourg). [N° 2757.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mapou blanc, mahot blanc, mapou-baril. — Assez
rare : hauteurs inférieures et sèches de Case-Pilote, seul endroit ou j ’aie
trouvé cet arbre. [NT° 285.]
C. Sebeslena L. (du mol persan « Sébestan » ou de Sébesta », ville de
la Samarie, dans les environs de laquelle celte plante pousse en abondance,
C. speciosa Salisb. Vulgo : Bois-rape (à cause de la rudesse de ses feuilles).
Desc., vol. IV, t. 277, p. 205; SI., I. 164. — Petit arbre, droit, ou quelquefois
tortueux, haut de 4-6 mèt., à écorce rude, gercée, brunâtre, à branches étalées.
Feuilles très scabres, larges, ovées, subentières. Inflorescence en cymes
corymbiformes, terminales; fleurs pédicellées; corolle écarlate, plissée, à
six lobes ovés-rondâtres. Drupe blanche à la maturité, subglobuleuse, poin­
tue au sommet, de la grosseur d'une petite noix, à noyau pourvu de 5-6 sil­
lons profonds et longitudinaux. — Fl. durant toute l'année. — Descourtilz
en range les fruits parmi les béchiques adoucissants ; dans le pays, on n'en
fait pas d'usage et l'arbre est à peine connu. — Se rencontre çà et là autour
des habitations, oü il est cultivé comme plante d'ornement : environs de la
Basse-Terre (habitation l'Espérance), Sainte-Rose (cimetière), Désirade
(planté en allée à l’extrémité nord du bourg), Port-Louis, etc. [N° 2754.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Sébestier, mapou rouge. — Environs de Saint-Pierre,
Jardin botanique, Carbet, Làmentin, Trinité. N° 458.]
C. Collococca L. (du grec « kolla », colle, et « kokka », baie, parce que les
drupes contiennent une pulpe très gluante). Vulgo : Mapou-rivière. SL, t. 203,
f. 2. — Arbre de taille moyenne et souvent au-dessus de la moyenne, à tronc
fort, court, à cyme arrondie, à branches horizontales, divariquées, à écorce
blanchâtre. Feuilles obovées ou obovées-elliptiques, très luisantes en dessus.
Inflorescence en cymes corymbiformes, pubescentes ; fleurs blanc pâle, petites,
à odeur peu agréable; calice globuleux, pubescent, mou, à 3-5 dents. Drupe
globuleuse, vert clair, lisse, de la grosseur d’un petit grain de raisin, à pulpe
très gluante, dont les enfants se servent pour faire de la glu. — A l'époque
1. Tous les Cordia à fruits succulents ont été employés en médecine contre les affec­
tions de la poitrine : on utilisait ces fruits sous le nom de Sêbestes, notamment ceux
de C. Myxa L., Sebeslena L., etc., qui sont émollients et légèrement laxatifs. (E. H .)

�de la floraison, l'arbre se dépouille partiellemenl, e l . sur les vieux pieds,
entièrement de ses feuilles. — Fl. en mai, juin, juillet. — Le bois est mou
et n'a pas de valeur pour les constructions, car les insectes l'attaquent
facilement. — Assez aboftdanl le long des rivières el cours d’eau de la basse
région: Moule, les Abvmes, Gozier, Baillif, Marie-Galante, etc. [N° 2577.]
M artinique, Vulgo : Mahol-bré, bois puant. — Abondant le long des
rivières du Lamentin, de Ducos, de la Rivière-Salée, des Trois-llets, etc.
[N° 282.]

1
)

C. lævigata Lam. ; Gordia à feuilles lisses. Vulgo : Mapou-lélé (au CampJacob). — Arbre approchant de la taille moyenne, droit, à branches habi­
tuellement fasligiées, les inférieures étalées ou inclinées. Feuilles d'un vert
sombre, luisantes en dessus, légèrement gaufrées, elliptiques, pointues,
entières, à veines réticulées des deux côtés. Inflorescence en cymes corymbiformes, petites, garnies d'un duvet couleur de rouille. Fleurs blanches, odo­
rantes; calice ellipsoïde, strié, à 3-5 lobes; corolle à 5 lobes ovés, trois fois
plus courts que son tube. Drupe blanche à la maturité, ovoïdc-ventrue, légè­
rement courbe, terminée par une pointe allongée. — Fl. et fructifie presque
toute l'année. — Abondant dans tous les grands bois de la Guadeloupe pro­
prement dite, mais surtout dans les bois inférieurs des Bains-Jaunes et du
Matouba. Alt. 300-800 met. .\" 2584. |
M artixique. Vulgo : Mahol sillleur. — Abondant dans tous les grands
bois de la partie nord de File, et dans les hauteurs de la Rivière-Salée el de
la Régale. X° 1422.]
C. elliptiea S\v. ; Gordia à feuilles elliptiques. Vulgo : Mapou grand-bois.
— Arbre de taille moyenne, rarement de grande taille dans nos colonies,
droit, très branchu, à rameaux allongés, droits : les brandies inférieures,
souvent tombantes. Feuilles d'un vert très sombre, rigides, ovées-elliptiques, arrondies à la base. Fleurs blanches, petites, très odorantes: lobes
de la corolle recourbés, ovés-oblongs, une fois plus courts que sou tube.
Drupe globuleuse, blanchâtre, terminée par une pointe courte; ressemble de
prime abord au précédent ; il en dilFère : par ses feuilles plus petites et non
gaufrées; par sa corolle cylindrique et plus allongée, mais surtout par la
forme de ses drupes, plus petites et globuleuses. — Fl. en juin, juillet,
août. — Rare. Çâ et là dans les hauteurs des Trois-llets, de la RivièreSalée, de la Régale, de Sainle-Luce, etc. — Le bois se fend facilement : on
en fait des merrains. L\° 242.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

C. macrophylla L. ; Gordia à larges feuilles. Vulgo : Mahol grand-feuille,
bois-llot, bois de liège. SI., t. 221, f. 1. — Le plus souvent petit arbre, rare­
ment arbuste de taille moyenne, à branches inférieures toujours étalées hori­
zontalement, à rameaux striés; à rameaux, pétioles, pédoncules, pédicelles,
calice et face inférieure des feuilles revêtus d’un duvet plus ou moins long,

plus ou moins serré, toujours brun. Feuilles très larges, scabres en dessus,
ovées ou ovées-oblongues, pointues, entières ou subcordées à la base. Inflo­
rescence enpanicules corymbiformcs étalées, à branches souventscorpioïdes;
llours blanc pâle, petites; calice obové, globuleux. Fruit rondâtre, blanc à la
maturité, lisse, de la grosseur d'un pois. — Fl. en juin, juillet, août. — Assez
abondant dans les basse et infra-moyenne régions de la Guadeloupe propre­
ment dite; ça et là dans les gorges des grands fonds, du Moule, du Gozier,
des Abvmes, etc. Alt. 50-700 met. [N° 3074.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mapou ou mahot grand-feuille. — Trou-Vaillant,
Carbet, Parnasse, Champflore, Fontaine Didier, etc. [N 09 1206, 1426.]

C. salviæfolia IL B. el Kth. ; C. cylindrislachya Roem . et Schult.,
Varronia curassavica Bertero ; Gordia à feuilles de sauge. Vulgo : Bois de bré,
mapou noir. — Grand arbuste, habituellement très branchu, nu dans le bas,
haut de 1-3 met. Feuilles hispides-tuberculées en dessus, pubescentes et
blanchâtres en dessous, à poils épaissis à la base, ovées-lancéolées, acuminées, terminées en pointe courte, dentées en scie. Fleurs en cymes corvmbiformes, terminales, courtes, arrondies ; corolle blanche, à 4-5 lobes arrondis,
quatre ou cinq fois plus courts que son tube; calice obové, hirsute, à 4-5
dents coui'tes. Drupe ovoïde-globuleuse, de la grosseur d'une graine de
poivre. — Abondant dans les endroits marécageux ou secs delà basse région :
Désirade, Moule, Saint-François, Marie-Galante, les Saintes. Alt. 0-30 met.
[N° 2749.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mahot noir. — Très abondant dans les endroits pier­
reux, secs ou humides près du bord de mer. — Trinité (Galion), Caravelle,
Carbet, Case-Pilote, Trois-llets, etc. N° 287.]
C. ulmifolia Juss. ; Cordia à feuilles d’orme. Vulgo : Petitmahot. SL, l. 191,
f. 3. — Grand arbuste, à branches alternes, disposées sur le même plan,
allongées, droites : les vieilles, très infléchies ou tombantes, à rameaux pubescents. Feuilles rigides, pubescentes-scabres, ovées ou ovées-lancéolées, acuminées, pubescentes et blanchâtres en dessous, dentées en scie au-dessus de
la base, à dents aiguës. Inllorescence en panicules courtes, à branches ter­
minées par des glomérules de 10-15 fleurs; pédoncules communs adnés à la
base des pétioles ; fleurs petites, blanc pâle; calice ovoïde, strigeux, à cinq
dents, de moitié plus court que la corolle, qui est infundibuliforme, terminée
par cinq crénelures. Drupe globuleuse, beaucoup plus petite qu'une graine
de poivre. — Abondant dans les haies et les broussailles des régions infé­
rieure et infra-moyenne : Gourbeyre, Trois-Rivières, Ravine-Chaude. 1.amenlin, Moule, Morne-à-l'Eau, Marie-Galante, etc.
2576.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Mahot lin. — Très abondant : Parnasse, MorneRouge, Carbet, hauteurs des Trois-llets, du Diamant, Lamentin (RochesCarrées), Marin, etc. [N° 1421.]

�448

DK LA MARTINIQUE

C. cylindrislachya Roem. et Scliult., C. macrostachya Spreng. ; Cordia à
fleurs cylindriques. Yulgo : Mahot bord-de-mer. — Grand arbuste, très branchu, nu dans le bas, à écorce noirâtre et rude, à rameaux pubescents, souvent
couverts de lenticelles blanches. Feuilles oblongues-lancéolées ou lancéolées,
dentées en scie au-dessus de la base ou crénelées. Fleurs blanchâtres, en
épis allongés, terminaux; corolle petite, infundibuliforme, deux fois plus
longue que le calice, qui est globuleux, à cinq dents deltoïdes. Drupe globuleuse-ovoïde, rouge. On en rencontre deux variétés : a) C. cinerascens DG.,
à feuilles crénelées et blanchâtres en dessous [N° 288]; b) G. inlerrupla DG.,
à épis interrompus, à feuilles plus larges et verdâtres en dessous. [N° 289.]
— Abondant à la Trinité (Galion), Caravelle, Sainte-Anne, Marin. — Je ne
les ai pas trouvées à la Guadeloupe.
C. marlinicensis Roem. et Schult. ; Cordia de la Martinique. Yulgo : Mahot
noir. (Varronia P. Br. Sel. Am. slirp. hisl., t. 32, p. 41.) — Grand arbuste,
ornemental, scabre dans toutes ses parties, haut de 2-31,1 50, à branches
inclinées et souvent tombantes. Feuilles très rudes, ovées, acuminées, pubescentes en dessous, inégalement serretées, à dents très aiguës; pétiole arti­
culé au milieu. Fleurs blanc pâle, en épis terminaux, serrés, plus grands que
dans le précédent ; corolle infundibuliforme, exserte, à cinq lobes courts,
arrondis; calice obovoïde-globuleux et pubescent. Drupe subglobuleuse,
complètement renfermée dans le calice persistant et gontlé. — Les racines et
les feuilles, pilées, sont employées comme vulnéraires. — Abondant dans
les haies et les broussailles de la région inférieure : Parnasse, Case-Pilote,
Marin (mornes Sulpice et Pérou), Prêcheur, Grande-Rivière. [N° 1423.] —
Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. dasycephala H. B. et Kth. ; Cordia à fleurs serrées en capitules globuleux.
Yulgo : Herbe à bouc (aux Saintes), Guérit-tout, bonbon rond (au Baillif) (Var­
ronia P. Br.). — Grand arbuste, droit ou tortueux, extrêmement branchu dans
le haut, à frondaison arrondie, à branches et rameaux hispides-ruguleux, garnis
de lenticelles blanches, à ramuscules courts et pubescents. Feuilles petites,
scabres, ovales-elliptiques, acuminées, couvertes, en dessus, de nombreuses
lenticelles, pubescentes en dessous, surtout sur les nervures, dentées en scie
au-dessus de la base. Fleurs blanc pâle, en capitules globuleux, terminaux,
brièvement pédonculés ; calice ù cinq lobes filiformes, garnis de longs poils
et de cils; corolle infundibuliforme, deux fois plus longue que le tube du
calice, à lobes très courts. Drupe subglobuleuse, incluse aux deux tiers dans
le calice persistant. — Fl. de mars en juillet. — Assez rare : endroits secs,
pierreux et arides de la basse région : Baillif, roule de la Basse-Terre à Gourbeyre, Capeslerre (Guadeloupe), Capesterre (Marie-Galante), les Saintes
(Terre-de-Haut). [N° 2575.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bonbon rond. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe *.
Carbel, Case-Pilote, Marin, Sainte-Anne, Caravelle. [N° 1424.]

UOlt AUINEËS

449

Le Cordia amplifolia A. DG., vulgo ; Tek d’Arabie, est cultivé dans les
mornes du Jardin botanique de Saint-Pierre, où il fleurit avec une grande
abondance en avril et mai. [N° 284.] — Patrie inconnue.
Beurreria Jacq. (dédié à J.-A. Beurrer, pharmacien à Nuremberg.)
B. succiilenlu Jacq., Ehretia Beurreria Linn.; Beurrérie à fruits pulpeux.
\ ulgo : Acomat-côlclelte. — Grand arbusteou petit arbre, entièrement glabre,
droit, à écorce rougeâtre, à branches allongées, droites, habituellement
l'astigiées, à bois très fragile. Feuilles membraneuses, obovées-oblongues ou
oblongues, ou obovées-arrondies, péliolées. Fleurs blanches, odorantes, en
eorymbes larges, nombreux, étalés, souvent penchés, pédonculés; calice
cupuliforme, à 5 lobes valvaires; tube de la corolle aussi long que ses
lobes obovés, lesquels sont plus longs que le calice. Drupe globuleuse, obtusément mucronée, jaunâtre à la maturité, pulpeuse, de la grosseur d'une très
petite cerise ; semences 4, tétragones. — Très abondant dans les endroits
morneux, secs et pierreux : Vieux-Fort, Trois-Rivières, Ravine-Chaude,
Sainte-Rose, Moule, Morne-à-l’Eau, les Abymes, Gozier, Marie-Galante, etc.
[N° 2752.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois-cabril bâtard. — Abondant : environs des TroisPonts, Carbet, Trois-Ilets (plateau), Marin (morne Gommier . Saint-Esprit
(Régale), hauteurs de Sainte-Luce, etc. [N° 241.]
Rochefortia Sxv. (dédié à François César de Rochefort, qui, en 1039, a
publié une histoire naturelle des Antilles.)
R. cuneata Sw. ; Rochefortie à feuilles cunées. Yulgo : Bois vert, bois
d’ébène vert (aux Saintes). — Arbrisseau élégant, très touIfu, à tiges nom­
breuses, ou plus rarement petit arbre, haut de 3'" 50, à branches l'astigiées,
étroites. Feuilles très vertes, luisantes, obovées, arrondies au sommet et
souvent émarginées, rétrécies, à la base, en un court pétiole. Fleurs blanches,
petites, en cymes pédonculées, terminales et axillaires, naissant sur des pro­
tubérances ligneuses; calice à trois lobes ovés, arrondis, ciliés, aussi longs
que le tube de la corolle, à segments ovés, obtus, deux fois plus longs que
son tube. Drupe jaunâtre à la maturité, un peu plus petite qu'une graine de
poivre verte. — Fl. en juin, juillet, août. — Peu abondant. Endroits pierreux,
secs, arides de la basse région ; les Saintes (Terre-de-Haut), sur le chemin
du Chameau, et Tcrre-de-Bas), Yieux-Fort. Alt. 40-80 mèt. [N° 2753.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Bois vert. — Caravelle (environs du Phare). [N° 1420. j
Tournefortia L. (dédié à Jos. Pitton de Tournefort, né en 1650, à Aix ; en
1683, professeur de botanique à Paris; voyagea en Portugal, en Espagne, en
Angleterre et en Hollande, dans un intérêt botanique; alla, en 1700, en
Grèce, en Roumélie, dans l’archipel grec, en Asie Mineure, en Syrie et en
Egypte; de retour, en 1702, il devint professeur de médecine à Aix, et
Dus». — Planten Guadeloupe et Martinique.

SJ

�451

PLANTES DE LA GUADELOUPE HT DE LA MARTINIQUE

UORAGINEKS

mourut en 1708. 11 a écrit : Eléments de botanique ; Histoire des plantes &lt;/ni
naissent aux environs de Paris; Institutiones rei berbariæ ; Voyage du

dent. Il en diffère : par ses Heurs en épis allongés, divariqués, formant un
corvmbe paniculé, toujours pendant; par sa corolle filiforme, quatre ou cinq
fois plus longue que le calice, dont les lobes sontovés-arrondis etmucronés;
par ses drupes plus petites, globuleuses, d’un blanc pur à la maturité. —
Rare : çà et là sur les lisières des bois du Morne-Rouge, du Prêcheur et des
hauteurs des Trois-Iléts. [N° 217. |— Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

450

Levant.)
T. gnaplialodes H. Br.; Tourneforlie à feuilles de Gnaphalium. Yulgo ;
Bois de lance noir. — Arbuste haut de 60-95 cm., rarement plus haut, droit
ou tortueux, ornemental, très rameux. à branches, rameaux, feuilles,
pétioles, pédoncules et calices garnis d'un duvet blanc argenté, à tige glabre
et noire dans le bas. Feuilles spatulées-linéaires, épaisses, allongées, obtuses
au sommet, sessiles. Fleurs blanches, en épis terminaux, scorpioïdes, for­
mant souvent un corvmbe peu branehu; corolle petite, à lube laineux, à
lobes arrondis, ovés. Drupe ovée-conique. — Fl. en toute saison. — Sur les
pierres et les rochers calcaires ou madréporiques du bord de mer ; Désirade, Moule, Marie-Galante (Gapesterre). [N° “2748. j
M a rt in iq ue . Yulgo ; Romarin blanc bord-de-mer. — Rare ; Vauclin (sur
un petit îlot, à l’entrée du port du Macabou). |N° 246. j
T. hirsufissinia L.. T. corymbosa Sieb. ; Tourneforlie très hirsute. Yulgo :
Liane à chique poilue. SL, t 212, f. 1 ; Desc., vol. IV, t. 253, p. 89; Plum.,
édit. Burm., t. 229. — Arbrisseau sarmenteux, à tige et branches d'abord
droites, devenant peu à peu volubles et à la fin tombantes, pouvant atteindre
4-5 mèt. d’élévation, à jeune tige, branches, pédoncules, pétioles et calice
revêtus d'une couche de poils rudes, brun foncé. Feuilles elliptiques, larges,
pointues, garnies en dessous d’ un duvet roux, scabres en dessus. Fleurs
blanches, petites, en épis courts, scorpioïdes, nombreux, formant ensemble
un large corvmbe. Drupe très blanche à la maturité, subglobuleuse et velue.
— FL en août, septembre, octobre et novembre. — La plante a, selon Descourtilz, des vertus diurétiques excitantes ; dans le pays, on ne fait aucun
usage de cette liane. — Assez abondant dans les falaises des mornes inférieurs
et dans les grandes haies qui bordent les savanes : Vieux-Fort, Capeslerre
Guadeloupe), les Abvmes, Morne-à-l’ Eau, etc. [N° 2747.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Herbe malingre. — Vallée du Carbet, hauteurs de la
Rivière-Salée, Anses-d’Arlet, etc. [N° 1207.]
T. fœlidissiina L. ; Tourneforlie très puante. Yulgo ; Mapou puant,
z'erbe à chiques. Plum., éd. Burm., t. 130. — Suffrutescent, arbuste toulhi,
haut de 0“* 90-111150, à écorce noire, glabre. Feuilles très larges, glabres, ellip­
tiques, à base lentement rétrécie en un court pétiole, limbe de 10-14 nervures.
Fleurs blanches, en épis allongés, corymbiformes, formant une paniculc plus
ou moins penchée. Drupe subglobultuse, glabre, blanchâtre à la maturité.
— Fl. de mai à juillet. — Çà et là dans les ravines profondes de Houëlmonl.
N° 2848. — Il n’existe pas à la Martinique.
T. fili/Iora Griseb., T. cymosa Griseb. PL caraïbes) ; Tourneforlie à épis
filiformes. Yulgo ; Zerbe à chiques. — Ressemble de prime abord au précé-

T. bicolor S\v. ; Tourneforlie à feuilles bicolores. Yulgo ; Liane à chiques.
— Arbrisseau sarmenteux, haut de 2-4 met., à branches d'abord droites,
ensuite sarmenteuses, peu flexibles, glabres, cylindriques. Feuilles ellip­
tiques ou elliptiques-oblongues, ou ovées, péliolées, à 4-6 paires de nervures.
Fleurs blanc verdâtre, en épis terminaux et axillaires, plus ou moins allongés,
flexueux, non penchés; lube de la corolle pubescent, campanulé-cylindrique,
trois fois plus long que le calice. Drupe blanchâtre. — FL d’avril à juin. —
Gapesterre (Guadeloupe, habitations Longmont et Saint-Sauveur), environs
de la Pointe-à-Pitre, etc. ! N° 2579.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane à chiques. — Hauteurs de l’habitation Pécoul,
Diamant (près du bord de mer), Trois-Ilets et Rivière-Salée. [N° 248.]
T. volubilis L. ; Tournefortie voluble. Vulgo ; Liane noire, petit chique.
SL, t. 143, f. 2. — Vivace, voluble, haut de 2-5 mèt., à tiges et branches
cylindriques, rouges ou noirâtres, flexibles, très enchevêtrées. Feuilles glabres
(dans mes spécimens), ovées ou oblongucs. Fleurs vertes, très petites, en épis
allongés, nombreux, filiformes, formant ensemble des corymbes pendants ;
tube de la corolle pubescent, filiforme. Drupe petite, rouge, très souvent
marquée de quatre taches, très blanches et rondes. — FL d'avril à ju illet.—
Cette plante est douée, dit-on, de vertus vulnéraires. Les habitants en pilent
les feuilles et les jeunes tiges, y ajoutent un peu de sel et appliquent le tout
sur les blessures, les écorchures, etc. — Assez abondant dans les haies et les
broussailles de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. N° 2582.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Liane caraïbe. — Abondant ; Lamentin, Ducos,
Marin (morne Sulpice), Sainte-Anne, Robert, Caravelle. Alt. 15-300 mèt.
[N® 350.]
T. ferruginea Lam., T. scandens M ilL; Tournefortie à poils couleur de
rouille. Yulgo : Liane caraïbe. — Vivace, voluble, peu rameux, à rameaux,
pétioles, pédoncules et nervures des feuilles garnîsd’unecouche depoilsrudes,
de couleur brun foncé. Feuilles ovées-lancéolées ou ovées, ou oblongues,
pointues. Fleurs petites, verdâtres, en épis courts, formant ensemble un
corymbe plus ou moins contracté ; lube de la corolle filiforme, environ deux
fois plus long que les lobes linéaires-filiformes du calice. Drupe dépriméeglobuleuse, à l étal vert ; à 3-4 semences. — Peu abondant : çà et là dans les
haies de la basse région du Lamentin (environs de l'usine), Caravelle, SainteAnne (près du Calvaire). .\°244. i — Je ne l’ai pas trouvée à la Guadeloupe.

�452

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

T. lomenfosa Mill. ; Tournefortie à feuilles lonienteuses en dessous. \ ulgo :
Liane à chiques. — Vivace, voluble, haut de 2-4m 80, à tige cylindrique, peu
rameux, à rameaux et pédoncules garnis d’un duvet grisâtre, fin, court et
couché. Feuilles ovées-lancéolées ou ovées-oblongues, acuminées, revêtues,
en dessous, d'un duvet blanchâtre et court. Fleurs vertes, en épis allongés,
minces, constituant un corvmbe arrondi; tube de la corolle pubescenl, un
peu plus long que les lobes filiformes du calice. Drupe petite, à deux
semences. — Fl. en mai, juin, juillet. — Çà et là dans les haies des TroisRivières. [N°2582 h. — Je ne l’ai pas trouvée à la Martinique.
Heliotropium L. (du grec « lielios », soleil, et « trepo », je tourne, parce
que, d'après Dioscoride, 1\ , 185, et Pline, II, 42 ; X X II, 2, l Heliotropium
villosum Dcsf. se tourne du côté du soleil.)
H.
indïcum L .; Héliotrope de l'Inde Occidentale. Yulgo : Crête à coq,
crête co-d'Inde, verveine à pians, grosse verveine, verveine crête à coq.
Desc., vol. V II, t. 483, p. 135. — Herbe annuelle ou bisannuelle, droite,
grosse, haute de 35-90 cm., très feuillue, d'un aspect gris, à racine pivo­
tante, allongée, forte et blanche, à jeune lige, pétioles et feuilles garnis de
poils longrs, dressés sur la tige et les pétioles, plus courts et couchés sur les
feuilles. Feuilles larges, gaufrées, ovées, contractées à la base en un long
pétiole, ondulées sur les bords ou irrégulièrement et grossièrement crénelées
au-dessus de la base. Inflorescence en épis courbes, très allongés; tleurs
bleuâtres, rarement blanches, disposées sur quatre rangs tournés en haut.
Fruits I, unis par la base, en deux paires bilobées. Selon Descourtilz, les
feuilles seraient détersives, désicatives et résolutives1. — Assez abondantdans
les savanes fertiles et les terres cultivées, sur les décombres et le long des
routes des régions inférieure et basse de toute la Guadeloupe et de ses
dépendances. ! N° 2581.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Herbe à verrues, herbe à malingres, herbe à pians. —
Abondant dans toute l'île. [N° 1419.]
H. parviflorum L. ; Héliotrope à petites Heurs. Yulgo : Herbe scorpion,
petite verveine. Dill., E llh., t.. 146. — Annuel ou suirrutescent, haut de
0 “ 30-1 Ul 40 : les jeunes pieds, droits, sans branches; les pieds adultes, très
branchus, à branches inclinées, souvent sarmenteuses, à tiges et branches
brunes, velues dans le haut. Feuilles Hasques, gaufrées, vert clair, ovées-elliptiques ou ovées, ou lancéolées oblongues, pointues. InHorescence en épis
I. D'après Bocquillon-Limousin ( loc. cit.), on ferait, dans l’Inde et en Afrique, des appli­
cations de suc de feuilles sur la morsure des serpents venimeux, en même temps qu’on
ferait infuser le résidu de l’expression et qu’on le donnerait à boire au patient. On emploie­
rait aussi le suc contre les furoncles, dans la pharyngite et la tonsillite. En Cochinchine,
à la Réunion, à Rio Nunez, on emploierait les feuilles en cataplasmes comme maturatifs contre les plaies et l’ anthrax, et pour provoquer de la diurèse; le suc serait
employé contre l'ophtalmie. (E. H.)

IlORAGINÉES

453

scorpioïdes, allongés, axillaires et terminaux; Heurs blanches, petites, dis­
posées sur quatre rangs, à la surface supérieure de l’épi. Fruits 4, unis par la
base,— Fl. pendant et après l'hivernage. — Très abondant sur les décombres,
dans les terres abandonnées et cultivées, sur les vieux murs, etc., des basse
et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt.
0-700 mèt. [N° 2583.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petite verveine. — Abondant dans toute l’île. Alt.
0-600 mèt. [N® 1418.]

H. curassavicum L. ; Héliotrope de Curaçao. Yulgo : Verveine bord-demer, absinthe bord-de-mer(au Moule), quinquina bord-de-mer (à Port-Louis),
verveine blanche, romarin blanc. SI., t. 132, f. 3. — SulFrutescent ou vivace,
d'un aspect gris, très branchu, à tige et branches noires, à tige plus ou moins
couchée et radicante, relevée à l’extrémité, haute de 20-65 cm. Feuilles lan­
céolées ou oblongues, subsessiles, charnues, glauques, ce qui leur donne un
aspect qui tranche fortement avec les herbes vertes ambiantes. InHorescence
en épis scorpioïdes, simples ou bifides; Heurs petites, blanches ou très légè­
rement violacées. Fruit comme dans l'espèce précédente, mais noir. — Forme
souvent gazon dans les endroits arrosés par l'eau de mer et dans les savanes
humides ou lieux aquatiques situés près du bord de mer, où il lleurit toute
l'année : Moule, Saint-François, Sainte-Anne, Port-Louis, Anses-Bertrand,
Petit-Canal, Marie-Galante, les Saintes. L\u2755.J
M a r t i n i q u e . Yulgo : Verveine bord-de-mer. — Vauclin, Sainte-Anne,
Marin, Trinité (Galion), François, etc. [N° 1416.]
H- fr uticosum L. ; Héliotrope frutiqueux. Yulgo : Verveine blanche savane.
PL, édit. Burin., t. 227, f. 2. — Frutescent, ornemental, tortueux ou droit,
d’un aspect gris, haut de 60-90 cm., nu dans le bas, très branchu dans le
haut, à branches inclinées et divariquées, à rameaux garnis d'une pubescence
grise, qui s’étend aux pétioles, à la face inférieure des feuilles, aux pédon­
cules et aux calices. Feuilles petites, grisâtres : les adultes, scabres en dessus
et garnies de poils courts tuberculés à la base, lancéolées-linéaires, acumi­
nées, subsessiles, roulées sur les bords. InHorescence en épis courts, scor­
pioïdes, d'abord sessiles, ensuite pédonculés; fleurs blanches, odorantes, plus
larges que dans toutes les espèces précédentes. — Fl. toute l ’année, excepté
pendant les sécheresses prolongées. — Vit en société, souvent sur d'assez
grandes étendues, dans les savanes sèches, arides, pierreuses de la basse
région : Désirade (très abondant sur le plateau); çà et là sur la côte entre
Baillif et les Vieux-Habitants. [N os 2570, 2756. j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Verveine-savane. — Case-Pilote (abondant), Cara­
velle (rare). [N° 1417.]
L H eliotropium peruvianum L. (Héliotrope du Pérou) est cultivé dans les
jardins des deux colonies comme plante d’ornement, à odeur suave, et le

�45'i

PLANTES DR LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Symphytum officinale L. (grande consoude) comme plante médicinale; celle
dernière fleurit abondamment. N° .‘1511.] — M a r t i n i q u e . [N° 1415.]

LARIÉES

455

rons de Saint-Pierre, Carbet, Prêcheur, Marin, Sainte-Anne. Alt. 0-400 mèt.
[N ° 400.] — Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

Coleus Lour. (du grec « koleos », étui, fourreau, parce que les étamines
sont concrescentes inférieurement en un tube qui entoure le pistil.)
CENT VINGT-DE UXI F.ME FAMILLE. ---

LABIÉES.

Ocimum L. (dn grec «&lt; okimon ». de « o/.ein ». sentir, parce que ces plantes
émettent une odeur forte et agréable.)
0.
Bnsilicum L. (du grec « basilicos », royal, digne d'un roi.) Yulgo : Basi­
lic. Desc.. vol. IV. l.301,p. 317. — Sull’rulescent, toulïu, haut d e 30-75 cm.,
originaire de l'Asie occidentale et tropicale, naturalisé et cultivé dans toutes
les Antilles comme plante médicinale et culinaire. — Elle lleurit toute l'année.
[N » 2151.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Basilic. [X° 27.] — On en cultive deux variétés : la
grande et la petite; la dernière est moins haute, les feuilles en sont plus petites,
les branches plus ramassées et moins longues; elle forme un joli sous-arbris­

seau.
0.
mîcranthum W illd. ; Basilic à petites fleurs. Yulgo : Petit framboisin,
petit basilic. — Annuel ou plus rarement sulîrutescent, ligneux dans le bas,
haut de 20-60cm., droit, peu branclui, à branches lastigiées. Feuilles ovées,
pointues, serretées, contractées à la base en un court pétiole. Fleurs
blanches, en grappes courtes, spiciformes, interrompues; calice élargi à la
base: dents de la lèvre supérieure, ovées, obtuses, concaves, décurrentes
jusqu'à la base du tube : les quatre dents inférieures, subulées. — Assez, abon­
dant dans les savanes et les terres en friches des basse et infra-moyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. — Toute la plante est
aromatique, et, dans les campagnes, on fait avec les feuilles et les jeunes
tiges un extrait qu'on emploie avec succès contre toutes sortes d’indisposi­
tions. [N° 2155.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Petit framboisin. — Abondant dans les savanes.
[N° 399.]
0.
&lt;jrnlissimum L .; Basilic à odeur très agréable. Yulgo: Grand framboisin,
grand baume. — Herbe annuelle, très droite, haute de 0 ,n 90-1 m60, à lige
forte, carrée-sillonnée, branchue dans le haut, à branches lastigiées. Feuilles
ovées-lancéolées (les jeunes lancéolées), dentées en scie, rétrécies, à la
base, en un pétiole, tantôt long, tantôt court, légèrement pubescenles en des­
sous. Fleurs blanches, en grappes spiciformes, allongées, formant ensemble
une panicule souvent très large. — Toute la plante, surtout les Heurs, exhalent
une odeur aromatique, forte et agréable. — Abondant sur les décombres, les
vieux murs, dans les endroits abandonnés de la région inférieure : euvi-

C. amhoinicus Lour., C. aromaticua Benlh.; Coléus d’Amboine. Yulgo :
Gros thym. — Vivace, aromatique et stolonifère, d’abord plus ou moins
couché, ensuite sarmenleux, à tige grosse, cylindrique, succulente, à
branches velues. Feuilles épaisses, charnues, velues des deux côtés, ovées,
pointues, brusquement rétrécies à la base. Fleurs violettes, en grappes spici­
formes, très allongées, simples ou composées à la base, terminales. — Fl. en
juin, juillet, août. — Naturalisé et cultivé comme plante sudorifique et insec­
ticide. — Se rencontre souvent à l’état sauvage dans les endroits autrefois
babitéset maintenant abandonnés : Basse-Terre, Bailli f (batterie La Madeleine,
où il est devenu envahissant), Yieux-Fort (batterie), Moule, Goz.ier, etc.
[N° 2936.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Thym de l'Inde. — Çà et là dans les jardins et à l'état
sauvage. [N° 1975.] Les beaux Coleus Yerschaffellii Lem. et Blnmei
Benlh., vulgo : Robe à l'évêque, introduits des établissements horticoles
d'Europe, sont devenus communs dans les jardins et dans les endroits aban­
donnés de la région humide du Camp-Jacob, du Matouba, deGourbeyre, etc.,
où ils viennent spontanément. [Nos 2157, 2129.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe panachée. — Morne-Rouge, Gros-Morne,
Lamentin, Saint-Pierre, Fort-de-France, etc. [N°401.
M arsypianthes Mart. (du grec « marsupion », bourse, et « anthos », lleur,
allusion à la lèvre supérieure de la corolle qui forme une sorte de petit sac.)
M. hyptoides Mart.; Marsypianthe ressemblant à un Hyptis. Yulgo : Ver­
veine-terre. — Herbe annuelle, couchée, molle, plus ou moins relevée aux
extrémités, à tiges et branches nombreuses et carrées. Feuilles flasques, ovées
ou ovées-lancéolées, dentées en scie. Fleurs pourpres, en capitules globuleux,
nombreux, habituellement pédonculés; calice 5-lide, laineux; corolle renfer­
mée dans le calice persistant; étamines 4. Fruits 4, cymbiformes, entourés
d'un bourrelet. — Dans les mornes sablonneux et herbeux de la région infé­
rieure : Baie-Mahault, où il forme souvent gazon, Sainte-Rose, les Abymes.
Moule, etc. [N° 2938.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe couchée, herbe courante, Trou-Vaillant, SainteAnne, Trois-Ilets, Marin, Saint-Esprit, Rivière-Pilote, etc. FN0 919.
H yptis Jacq. (du grec « huptios », replié, allusion à la forme de la corolle.)
H. capitata Jacq.; Hyptis à fleurs en capitules. Yulgo : Mélisse à boulons.
SI., t. 109, f. 2; Desc., vol. V III, t. 576, p. 172. — Herbe annuelle, très
droite, haute d e 0 m 70-1“’ 30, nue dans le bas, habituellement peu branchue

�456

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

LABlÉES

cl peu feuillue, à branches distantes et décussées, à tige grosse et vigoureuse,
à tige et branches carrées. Feuilles pétiolées, ovées-oblongues, pointues,
rétrécies à la base, grossièrement dentées en scie : les florales, oblongues-lancéolées. Fleurs petites, en capitules globuleux, longuement pédonculés, axil­
laires, opposés par deux, confinés dans les parties supérieures de la tige et
des branches; dents du calice 5, subulées, sétiformes et dressées; corolle
blanc pâle, souvent tachetée de petits points ronds. — On se sert des parties
tendres de cette herbe en décoction comme sudorifiques contre les fièvres, les
rhumes, les fluxions de poitrine, la toux, efc. — Fl. pendant et après 1hiver­
nage. — Assez abondant le long des cours d'eau, dans les endroits humides et
ombragés de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-700 mèt.
[N° 2159.]
M a rt in iq ue . Yulgo ; Pompon blanc, mélisse â télé. — Dans les endroits
humides et ombragés de toute l ile. [N°920.]

Noire, Anse-Bertrand, Port-Louis, Moule, Gozier, Marie-Galante, etc.
[N® 2154.]
M a r ti n iq ue . Vulgo : Framboisin. — Abondant ; Saint-Pierre, Case-Pilote,
Marin, Vauclin, Trois-Ilets, etc. [N° 1217 a.J

H. atroruhens Poit.: Hyptis à fleur pourpre noir. Yulgo : Herbe à miel,
bouton à vonvon, petit thym àlapins (à Gourbeyre), véronique (au Lamentijn),
blanc mauve (au Moule). — Herbe flasque, à tige d’abord couchée, rampante
et radicante, ensuite ascendante, à branches nombreuses, à branches et lige
pubescentes dans le haut. Feuilles petites, brièvement ovées ou ovéesoblongues, dentées en scie ; les florales toujours ovées. Fleurs en capitules
globuleux, axillaires, brièvement pédonculés, à pédoncules aussi longs que
les capitules; corolle pourpre noir, panachée de blanc; dents du calice sétiformes et hispides. — Cette plante est sudorifique au même litre que la précé­
dente et s'emploie souvent dans la médecine domestique. — Extrêmement
abondante dans la région supérieure, où elle constitue souvent presque
l'unique herbe fourragère des savanes; plus rare dans les savanes sèches
inférieures. Alt. 5-900 mèt. N°2159.]
M arti ni que . Yulgo ; Herbe à mouches (parce que les insectes ailés les
fréquentent pour sucer le nectar des fleurs), herbe à miel. — Fort abondante
dans toutes les savanes. [N° 404.]
H. spicata P o il.; Hyptis à inflorescence en épis. Yulgo : Herbe-mélisse,
framboisin. — Annuel, très droit, haut d e 0 "‘ 80-1 m 50, rarement plus haut,
à tige forte, carrée, nue dans le bas, à branches distantes, décussées. Feuilles
petites : les caulinaires, ovées, pointues, inégalement dentées en scie; les
llorales. lancéolées. Fleurs en grappes simples ou composées, allongées, ter­
minales, constituées par des glomérules pauciflores, un peu distantes;
corolle blanchâtre, tachetée de violet, à tube cylindrique, à lèvre largement
ouverte; calice ventru à la base, à dents courtes, sétiformes et droites,
beaucoup plus courtes que le tube de la corolle. — Abondant dans toutes
sortes de terrains, le long des ruisseaux, sur les vieux murs, sur les dé­
combres de la région inférieure : Basse-Terre et environs, Baillif, Pointe-

457

H. suaveolens Poit. ; Hyptis à odeur suave. Yulgo ; Gros baume, démarré,
gros du thym. S l.,t. 101, f. 2; Br., ./am., t. 18, f. 3; Desc., vol. V, t. 448,
p. 282. — Annuel, très droit, haut de 0m70-111180, quelquefois plus haut, selon
le terrain, nu dans le bas, très feuillu et branchu dans le haut, à jeune tige et
branches plus ou moins carrées, toujours fortement garnies de poils gris et
longs. Feuilles caulinaires, ovées, doublement serretées : les inférieures,
cordées; les florales, petites, lancéolées, sétiformes. Fleurs petites, en glo­
mérules subsessiles, multiflores, constituant une grappe allongée, feuillue ou
non feuillue; corolle bleu pâle, brièvement exserte; calice brièvement pédicellé, â tube garni de dix côtes, à dents subulées, rigides, spinescentes et
acérées. — Fl. de décembre à mars. — Toute la plante est aromatique, et on
se sert des feuilles et des parties tendres des branches pour parfumer les
bains. — Yit souvent en société dans les terres arides, sèches et pierreuses des
côtes de la basse région : environs de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habi­
tants, Yieux-Fort, Pointe-Noire, Marie-Galante, les Saintes, etc. [N° 2161.]
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Baume. — Saint-Pierre (environs de la batterie SainteM arthe), Garbet, Case-Pilote, Vauclin, Sainte-Anne, Marin. (N° 1972.1
H. pectinata Poit. ; Hyptis h fleurs en glomérules, disposées en peigne.
Vulgo : Baume-z’anglais camphré, guérit-tout. — Herbe très droite, haute
de 0,n80à l ul80, et parfois de 2'" 80, à tige nettement carrée, forte, nue dans
le bas, à branches décussées, à jeune tige et branches souvent pubescentes.
Feuilles petites : les caulinaires, ovées, inégalement dentées en scie, velues
en dessous; les florales (quand elles existent), lancéolées ou sétiformes. Inflo­
rescence en petites cymes contractées, nombreuses, tournées en biais, consti­
tuant ensemble une grappe paniculée, souvent très allongée; cymules pédonculées, multiflores, à fleurs disposées sur deux rangs, tournés en haut et d'un
seul côté; calice brièvement pédicellé, à tube à dix stries, à dents aiguës et
légèrement courbes, plus courtes que son tube : ouverture du tube du calice
tronquée et garnie de poils laineux; corolle.blanc pâle, petite, à lèvres large­
ment ouvertes et souvent ponctuées de noir. — Fl. pendant et après l'hiver­
nage. — Abondant dans les terres sèches, tufières ou sablonneuses de la
région inférieure de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. [N° 2166.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Baume-savane, herbe-muraille. — Abondant dans
toute l’ile. [N° 402.]
H. verticillata Jacq., Stachys païens S\v. ; Hyptis à glomérules verticillées.
Yulgo ; Grand baume. — SufTrutescent et frutescent, haut de 2 à 21U80, droit,
ornemental, très branchu dans le haut, à branches droites, étalées, longues.

�458

PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Feuilles brièvement pétiolées, oblongues-lancéolées, dentées on scie : les
florales très petites, sétiformesou avortées. Inflorescence en glomérules verticillées. très nombreuses, disposées sur des grappes spiciformes, interrompues,
allongées, axillaires et terminales, formant ensemble une très large panicule'.
— Peu répandu : environs de Saint-Pierre (Trois-Ponts et dans le lit de la
Roxelane). |
’ N° 1217. — Je ne l ai pas trouvé à la Guadeloupe.
Salvia L. du latin « salvarc », sauver, conserver, par allusion aux vertus
médicinales de ces plantes.)
S. occidenfalis S\\\, Hyptis glandulosa Sicber; Sauge de l’Inde Occidentale.
Vulgo : Herbe à couleuvre. SL, t. 107, f. 2. — Herbe annuelle, à tige cou­
chée, radicante, rampant en tout sens, longue de 0'" 40 à 90cm., rarement
plus longue, très branchue, cylindrique, rougeâtre ou noirâtre. Feuilles
gaufrées, ovées, pointues, cunées à la base, dentées en scies, garnies de poils
épars sur les deux faces. Fleurs en glomérules verlicillées, à 2-6 rayons,
distantes, constituant une grappe spieiforme, mince, allongée, terminale;
tube du calice garni de poils glanduleux, courts, visqueux, de moitié moins
long que le tube de la corolle, (pii est bleue. — Fl. à toutes les saisons. —
Dans beaucoup de savanes humides des basse et infra-moyenne régions
de toute la Guadeloupe et de la Grande-Terre. — Est considérée comme un
assez bon fourrage. Dans le pays, on se sert du suc (extrait des feuilles et des
tiges qu'on instille par gouttelettes dans les yeux pour faire disparaître les
taies de la cornée. Alt. 10-700 met. [X° 2153.1
M a rt in iq ue . Vulgo : Petite violette. — Dans toutes les savanes de l ile.
[N° 1978.]

S. micrantha Yahl, S. lenella S u .; Sauge à petites fleurs. Vulgo ; Herbemuraille. — Sutl’rutescent, aromatique, haut de 20-35 cm., nu dans le bas,
très toufl'u parle haut. Feuilles deltoïdes, garnies des deux côtés d’un duvet
soyeux et gris. Inflorescences en verticilles de 2-6 fleurs, disposées en grappes
courtes, interrompues et terminales. — Peu répandu : çà et là sur les
décombres et les vieux murs du bourg de Saint-François. [X° 2160.] — 11
n’existe pas à la Martinique.
On cultive souvent dans les jardins : 1° le Salvia splendens Ker.-Gaxvl., du
Brésil, vulgo : Sauge rouge, sous-arbrisseau à fleurs écarlates, subspontané
au Camp-Jacob, au Matouba [X° 2160J, au Morne-Bouge et au Gros-Morne
Martinique X° 1977 ; 2" le S. farinacea Benth., du Mexique, vulgo : Sauge
blanche, à tiges plus ou moins couchées, à feuilles et pédoncules d’un blanc
1. Sous le nom vulgaire d’ .lsïer marinejouin, Raguet maringouin, cette plante, qui a
été introduite à Cayenne venant des Antilles, est employée en Guyane comme pectorale,
emménagogue, céphalique. On la donne aussi en infusion contre les indigestions, comme
excitant diffusible au même titre que les autres H yptis signalées ci-dessus comme aro­
matiques.
(E. II.)

LARIÉES

459

farineux, à fleurs violettes, en glomérules verticellées sur de longs épis nom­
breux [X° 2934]; 3° le S. coccinea Juss., d’Amérique tropicale, herbe
annuelle, droite, haute de 40-60 cm., à tige et branches carrées, poilues ou
glabres, à fleurs cramoisies. 1X" 2935]. — M a r t i n i q u e . [X° 1214.]
Le S. lamiifolia Jacq., sufTrulescent, plus ou moins droit, haut de 6090 cm., à fleurs d’un violet très foncé, se trouve dans la région montagneuse de
l’îlc de Sainte-Lucie. [X° 1218.]

Stachys L. (du grec « stachys », épi, allusion à la forme de l’inflores­
cence.)

S. arvensis L. ; Epiaire des prés. Vulgo ; Herbe graine-z’oiseau. — Petite
herbe flasque, très branchue, plus ou moins diffuse, haute de 10-15 cm.; s’est
naturalisée dans les jardins du Morne-Rouge. — Introduite sans doute de
France par les graines de plantes potagères. [X° 397.
Leonurus L. (du grec « leon », lion, et « oura », queue, par allusion plus
ou moins forcée aux glomérules florales rappelant un peu une queue de lion.)
L. sibiriens L. ; Agripaume de Sibérie. Vulgo : Herbe-savon (à la BasseTerre), herbe Madame Lalie. — Herbe annuelle ou bisannuelle, droite, orne­
mentale, haute de 60-95 cm., à lige carrée-sillonnée, fortement branchue
dans le haut. Feuilles palmipartites ou les supérieures entières. Fleurs
pourpres, en glomérules vertieillées, axillaires; calice à cinq dents spinescentes et à cinq nervures; corolle à deux lèvres : lèvre supérieure, concave,
entière, droite; lèvre inférieure, à trois lobes; étamines didynames, parallèles :
les deux inférieures plus longues. — Herbe très répandue dans la région
inférieure de toutes les Antilles, originaire de la Sibérie. — FL surtout
pendant et après l’hivernage. — Avec les feuilles, mêlées à celles du curage
(Commelina cai/ennensis Rich.) et des bourgeons du gommier rouge Bursera
çjummifera L.), on prépare une décoction contre la toux invétérée. X°2162.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Chandelier. — Abondant. [X° 1976.]
Leucas Burin, (du grec « leucas », blanc, à cause de la couleur des fleurs.)
L. martinicensis R. Br., Phlomis earihæa Jacq.; Leucas de la Martinique.
Vulgo : Herbe à boutons. (Phlom is L.) Jacq., Sel. Am. si. hist., t. 177,
f. 75. — Herbe annuelle, haute de 20-60 cm., droite, peu branchue, d’un
aspect grisâtre. Feuilles flasques, ovées-lancéolées ou ovées, oblusément
dentées en scie. Fleurs en glomérules larges, vertieillées, multiflores,
distantes, à bractées linéaires-acuminées ; calice oblique, recourbé, à
dix dents spinescentes et sétacées, subulées à la base; corolle blanche, ren­
fermée dans le tube du calice. — Dans le pays, on se sert des feuilles en
décoction contre les fluxions de poitrine. — Assez abondant dans les terres
sablonneuses et fertiles de la basse région : environs de la Basse-Terre,

�LABIÉES ---- VERBÉNACÉES

Baillif, Pigeon, Vieux-Habitants, Désirade, Moule, Pointe-à-Pitre, etc. Alt.
5-180 met. [N° 2165.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bouton blanc, pompon blanc. — Carbet, Case-Pilote,
route du Lamentin à la Trinité, Robert. [N° 1221.]
Leonotis R. Br. (du grec « leon », lion, et « ous », oreille, parce que la lèvre
supérieure de la corolle, large, dressée, concave et laineuse, aurait une cer­
taine ressemblance avec une oreille de lion.)
L. nepeLvfolia R. Br. ; Léonotis ù feuilles de Népéta (autre espèce de
Labiée). Vulgo : Herbe à mouton, gros bouton (au Moule). — Herbe annuelle,
très droite, ornementale, haute de 60-95 cm., rarement plus élevée, glabre,
à tige carrée-sillonnée. Feuilles ovées, crénelées-dentées, longuement
pétiolées. Fleurs en glomérules solitaires, globuleuses, très larges, axillairesverticillées, distantes; corolle écarlate, large, pubescente en dessous, deux
fois plus longue que le calice, à lèvre supérieure allongée, beaucoup plus
longue que l'inférieure, qui est tritide ; calice à dix nervures, à 8-10 dents
inégales, spinescentes, très rigides et acérées, lancéolées-linéaires : les supé­
rieures, beaucoup plus longues et subulées. — Abondant dans les terres
sablonneuses, ou calcaires ou lulièresde toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 5-600 mèt. [N° 2164.]
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe-chandelle, pompon rouge, gros pompon.
— Alt. 5-350 mèt. [N° 1958.
Scutellaria Riv. (du latin « scutella », écuelle, assiette, tasse, à cause de
l'appendice en forme d’écuelle que porte la lèvre supérieure du calice.)
S. purpurascens Sw .; Scutellaire à Heurs tirant sur le pourpre. Vulgo :
Violette-savane, toque de la Havane. — Annuel ou bisannuel, ornemental,
haut de 15-30 cm., stolonifère, plus ou moins diffus, quelquefois très droit.
Feuilles relativement larges, ovées ou deltoïdes, dentées en scie, à dents peu
nombreuses et larges. Fleurs pourpres, panachées de blanc, en glomérules
verticillées, distantes, paucillores, formant ensemble une grappe courte,
terminale; calice à deux lèvres entières : la supérieure portant sur le dos un
appendice scutelliforme; corolle à deux lèvres : la supérieure fortement voûtée
et rapprochée de l'inférieure; tube de la corolle allongé, dilaté vers le som­
met. — Fl. presque toute l’année. — Feu répandu. Çà et là dans les endroits
ombragés, sablonneux, secs ou humides : environs de la Basse-Terre (Ravine
de Belost), Pointe-Noire (au Gommier et au Pérou), Alt. 50-60!) mèt.
[N° 2163.]
M a rt i n i q u e . Vulgo : Muguet bleu. — Prêcheur (habitation Céron), GrandeRivière, etc.; se cultive quelquefois dans les jardins. [N° 1974.]
De la famille des Labiées, on cultive dans les jardins des deux colonies,
comme plantes condimenteuses ou médicinales : le Rosmarinus officinalis L.,
vulgo : Romarin de France NT° 2168], Martinique [N° 800]; l'Origanum

461

Majorana L., vulgo : La Marjolaine de France |N° 2939], Martinique I N°801] ;
le Pogostemon Patchouli/ Pellet, vulgo : Thym de l'Inde [N70 2 169], Marti­
nique [N° 1222]; le Mentha piperila L., vulgo : Menthe poivrée, avec les
variétés à liges rouges ou vertes, vulgo : Petit thym. [N° 3193]. — Toutes
ces plantes fleurissent facilement, à l’exception du palchouly.

CENT VINGT-TROISIÈME FAMILLE.

— VERBENACEES.

Priva Adans. (anagramme d’un nom inconnu.)
P.
echinala Juss. ; Priva à fruits hispides. Vulgo ; Collant, guériltout. SI., t. 110, f. 1. — Herbe annuelle, d’un aspect gris, pubescente
ou glabre, à lige souvent couchée, ensuite ascendante, haute de 60-90 cm.,
habituellement très branchue. Feuilles ovées, pointues, rétrécies à la base ou
subtronquées, crénelées-dentées, llasques. Fleurs violet pâle, en grappes
spiciformes, courbes, allongées; calice ventru, à cinq dents, garni de poils
crochus, gris et visqueux; corolle obliquement 5-lobée. Fruits à quatre
angles, composé de deux coques cohérentes, à angles fortement muriqués. —
Constitue un bon fourrage pour le grand bétail. — Abondant le long des
routes, dans les savanes sablonneuses et humides des basse et infra-moyenne
régions de toute la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-700 mèt.
[N ° 2393.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à l'angine. — Abondant dans toute l’île .— Avec
les feuilles et les liges, on prépare une décoction, qui est employée en garga­
rismes contre l’angine couanneuse et les inflammations de la gorge. [N° 1961.]
Stachytarpha Link. (du grec « stachys », épi, et « tarpha », épais, dru,
serré, parce que, dans les espèces-types, les inflorescences sont en épis doués
de ce caractère.)
S. jamaicensis Vahl, Verbena jarnaicensis L . ; Stachytarphe de la Jamaïque.
Vulgo : Verveine queue-de-rat. SL, t. 107, f. 1 ; Desc., vol. V I, t. 392, p.42.
— Herbe annuelle, droite, haute de 25-90 cm., à racine pivotante, forte,
blanche, à lige grosse, nue dans le bas, généralement peu branchue dans le
haut. Feuilles larges, d'un aspect grisâtre, gaufrées, ovales, grossièrement
serretées, contractées en coin à la base. Fleurs bleu tendre, en épis légère­
ment courbes, allongés, pouvant atteindre jusqu’à 30 cm. de long; bractées
recourbées, subulées ; calice à quatre dents; corolle à tube légèrement courbe,
à cinq lobes arrondis. Fruits linéaires, couchés dans de petites fossettes. —
Abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
et de ses dépendances1. Alt. 0-700 mèt. N° 2393.]
1. Sous le nom vulgaire de Verveine ou de Crète d'Inde, cette espèce est réputée astrin­
gente à la Guyane et y rend, avec la suivante (St. cayennensis)&gt; les plus grands services

�462

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MAUT1NIQUE

Yulgo : Verveine queue-de-rat, verveine caraïbe. — Dans
N° 1963.]

M artinique.

toute l'ile.

S. cayennensis Yahl; Slachylarphe de Cayenne. Vulgo : Petite verveine
queue-de-rat, petite queue-de-rat. — Sulfrulescent, glabre, pouvant atteindre
11,150 tle haut, à lige d’abord droite, ensuite tortueuse, à branches nombreuses,
à tige et branches grêles, quelquefois subsarmenleuses, penchées ou tom­
bantes. Feuilles vertes, beaucoup plus petites que dans le précédent, ovées,
obtuses, dentées en scie, contractées à la base. Fleurs violettes ou violet pâle,
en épis très allongés, filiformes, légèrement courbés; bradées linéaires-acuminées, séleuses vers l'extrémité; calice à 4 dents. Fruit disposé comme
dans le précédent. — Abondant dans les savanes et les haies de la moyenne
région; plus rare dans le bas. Toute la Guadeloupe et ses dépendances.
Alt. 5-800 met. [N° 3282.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Petite verveine queue-de-rat. — Commune dans
toute l'ile. Alt. 0-600 mèl. [N° 1962.]
Lippia Houst. (dédié à Auguste Lipp, né en 1678, à Paris; alla, en 1707,
comme médecin, avec une société de savants, à Habbech, en Afrique, petit
port sur la mer Rouge, où il fut massacré. A laissé plusieurs écrits ayant
trait à la botanique et à l'histoire naturelle.)
L. nodiflora Rich. ; Lippia à Heurs portées sur des pédoncules naissant à
l'aisselle des feuilles. Vulgo : Verveine courante. — Herbe sulIVutescente ou
annuelle, à tige couchée, radicante, rampant en tout sens à une distance de
plusieurs mètres, à extrémités souvent relevées. Feuilles petites, spatulées,
dentées en scie au-dessus de la base, à dents aiguës ou émoussées. Fleurs en
capitules d'abord ovoïdes, ensuite ovoïdes-allongés, portées sur des pédon­
cules filiformes solitaires, et trois fois plus longs que les feuilles; bractées
ovales, arrondies, cunées à la base, un peu plus courtes que la corolle qui est
blanche ou très légèrement violacée; calice bifide du côté postérieur, bipar­
tite du côté antérieur, un peu plus court que le tube de la corolle. Fruit à
deux coques cohérentes. — Fl. toute l'année. — Abondant dans les endroits
humides ou secs du bord de la mer et souvent aussi un peu dans les terres ;
environs de la Pointe-à-Pitre, Port-Louis, Anse-Bertrand, Saint-François,
etc. X° 2941. ]
M art in iq ue . Vulgo : Verveine courante. — Commun au Vauclin, à SainteAnne, à la Caravelle, etc. [N° 415. |
L. replans H. B. kth. ; Lippia rampant. Vulgo : Verveine courante. —
Herbe su (frutescente, couchée, radicante, s'étendant en tout sens à une disconlre la dysenterie : ses feuilles sont aussi employées en cataplasmes résolutifs. Une
cuillerée du suc récent de ses feuilles suffirait pour apaiser les coliques et les tranchées
dans la dysenterie. (E. II.)

VERBÉNACÉES

463

lance indéterminée. — Feuilles comme dans le précédent. — Fleurs en capi­
tules d'abord ovoïdes, devenant plus tard ovoïdes-allongés, portés sur des
pédoncules comprimés, un peu plus courts que les feuilles; corolle violet
pâle ou blanche. Ressemble beaucoup au précédent; il s’en différencie sur­
tout : par ses pédoncules constamment beaucoup plus courts; par son calice
bicaréné-comprimé, bidenlé au sommet, et par les cils qui 'garnissent les
deux carènes. — Même habitat que l’autre, mais moins abondant. [N° 2937.
M a r t i n i q u e . Vulgo: Petite verveine. — Vauclin, Sainte-Anne, Trois-llets,
Robert. [N° 414.]

L. geminata IL B. et Kunth; Lippia à glomérules géminées à l’aisselle des
feuilles. V ulgo: Sauge du Brésil. — Arbrisseau ornemental, d'un aspect gris
blanchâtre, très droit, haut de 0m 80-1 m 30, à une ou plusieurs tiges, très
peu branchues (à l’état sauvage), à tiges et branches pubescentes. Feuilles
petites, ovées ou ovées-oblongues, finement dentées en scie, scabres-pubescentes. Fleurs en capitules subglobuleux-oblongs, portés sur des pédoncules
axillaires, opposés, plus longs que les pétioles et plus courts que les feuilles ;
bractées ovées, pointues, un peu plus courtes que la corolle qui est rose;
calice bifide, trois fois plus court que la corolle. — Rare : çà et là aux
Abymes, au Morne-à-l'Eau et dans les environs de la Basse-Terre (quartier
de l’Arsenal). [N°3281.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Sauge de la Barbade. — Plus abondant qu'à la Gua­
deloupe. — On se sert des feuilles et des jeunes tiges en tisanes sudorifiques
contre les refroidissements, les rhumes, la toux, etc.— Grande-Rivière (près
du bord de mer) ; Case-Pilote, Marin. (N° 416.]
Le Lippia cilriodora H . B. et Ivth, d'Amérique australe, vulgo : Citron­
nelle, sous-arbrisseau à branches plus ou moins couchées, à feuilles rudes,
lancéolées, à fleurs en panicules spiciformes, est cultivé dans beaucoup de
jardins de la Martinique et de la Guadeloupe comme plante très sudorifique.
— Originaire de l’Amérique australe. [X° 2124.]

Lantana L. (du latin « lenlare », plier, parce qu'un grand nombre de ces
espèces ont des branches flexibles comme le Lantana des Anciens, qui appar­
tient au genre Viburnum, et qu'en outre les feuilles et les fruits noirs lui res­
semblent aussi.)
L. Cainara L v L. aculeata L. (nom de la plante chez les indigènes de
l'Amérique du Sud.) Yulgo : Mavisou (à la Basse-Terre i, mille-fleurs, sauge,
herbe à plomb. SL, t. 195, f. 2; Desc., vol. IV, t. 304, p. 330, et vol. V,
(. 370, p. 250; PL, éd. Burm., t. 71, f. 1. — Arbrisseau ou grand arbuste,
ne dépassant que rarement 3 mèt. d’élévation, nu dans le bas, à branches
nombreuses, divariquées, penchées ou tombantes, ou parfois un peu sarmenteuscs, à tige et branches quadrangulaires, garnies sur les angles de piquants
recourbés, acérés, jaunes ou jaunâtres. Feuilles ovées ou ovées-oblongues,

�464

PLANTES 1)E LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

dentées en scie, à dents obtuses. Fleurs odorantes, en capitules axillaires,
solitaires ou géminés, ou réunis par 3, portées sur des pédoncules plus longs,
ou aussi longs el plus courts que les feuilles; calice à 2 dents, quelque­
fois à 4, petit ; bractées lancéolées, une fois plus courtes que la corolle.
Drupes noires, luisantes, souvent épineuses. — Sur les mêmes capitules, on
trouve toujours des fleurs de deux, souvent de trois couleurs différentes :
celles du centre sont jaunes d'abord, deviennent ensuite lilas, et avant de
tomber elles tournent très souvent au blanc; la gorge des fleurs, lilas et
blanches, demeurant du reste jaune L — Fl. d'un bout à l'autre de l'année. —
Extrêmement abondant dans la basse région sèche de toute la Guadeloupe
et de ses dépendances. |_N° 2380.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Bois-genou. — Très abondant dans toute l ile.
N05 418, 687.]
L. croceaJacq. ; Lantana à fleurs couleur de safran. Yulgo: Petit baume, bois
mille-fleurs jaunes. — Ressemble beaucoup au précédent ; il en diffère : par
sa taille plus élevée, ses branches plus allongées et souvent sarmenteuses;
par la corolle, qui est constamment d’un jaune de safran, passant ensuite à
l orangé ; par ses bractées linéaires-acuminées, environ trois fois plus courtes
que la corolle. — Moins abondant, mais même habitat que le précédent.
N 02383.]
M a rt in iq ue . Yulgo : Baume safran. — Abondant. [N° 687.
L. involucrata L. ; Lantana à fleurs enveloppées de larges involucres.
Yulgo : Petit baume, baume blanc. — Arbrisseau ornemental, d’un aspect
grisâtre, très droit, haut de 1-2"' 50, tantôt peu, tantôt fortement branchu, à
rameaux droits, grêles, plus ou moins fastigiés. Feuilles petites, ovées ou
ovales, crénelées, pubescentes, grisâtres. Fleurs d'un blanc pur ou lilas
tendre, odorantes, portées sur des pédoncules droits, plus longs ou aussi
longs que les feuilles, situés un de chaque côté des quatre dernières feuilles de
la branche; capitules 3-4, plus petits que dans les deux précédentes espèces,
à bractées involucrales largement ovées. pubescentes, aussi longues que les
fleurs. — Fl. en août, septembre, octobre et novembre. — Abondant sur la
côte sèche et aride entre Baillif et les Yieux-Habitants : Deshaies, Moule,
Gozier, Marie-Galante, les Saintes, e tc .2. Nos 2391, 2945, 2746.]
1. Cette plante est utilisée à la Guyane, sous le nom de Marie-Crabe ou de Marie-Crabe
épineux, comme aromatique et antispasmodique. La décoction de toute la plante est pré­
conisée en bains contre le tétanos, les rhumatismes, la fièvre palustre. C'est un tonique
puissant très employé contre l'atonie des viscères abdominaux. L''infusion des feuilles est
stomachique, digestive; elle faciliterait, dit-on, le travail intellectuel. Les bourgeons,
macérés dans le vin de Malaga, servent de topique contre les aphtes des enfants.
On en fait un thé sudorifique un peu amer, et avec les feuilles, froissées et bouillies, des
bains fortifiants : l’infusion est donnée contre les coliques. Negrete en a extrait la lantanine,
alcaloïde qui. à la dose de 2 gr., serait plus actif que la quinine contre les fièvres. (E. H .)
2. Cette espèce pourrait recevoir sans doute les mêmes emplois médicinaux que L.

ver bhnackes

465

M a r t i n i q u e . Yulgo : Baume blanc : Carbet, Case-Pilote, Sainte-Anne,
Caravelle. [N° 417.]

Citharexylum Mill. (du grec « kithara », guitare, et « xulon », bois, parce
que le bois de ces plantes se prête particulièrement à la fabrication des instru­
ments de musique, comme violons, violoncelles, guitare, etc.)
C. quadranc/ulare Jacq., C. coriaceum Desf., C. caudalurn Sw. ; Citharéxylon à branches quadrangulaires. Yulgo : Bois carré, bois de fer blanc.
St., t. 200, f. 3, 4. — Arbre de taille moyenne, à tronc anfractueux, à branches
tantôt fastigiées, tantôt divariquées, tantôt penchées, surtout les inférieures,
à écorce grise, à jeunes branches constamment quadrangulaires. Feuilles
luisantes, d’abord flasques, ensuite cartilagineuses, elliptiques-oblongues ou
elliptiques, pointues ou obtuses au sommet, glabres des deux côtés. Fleurs
blanches, à odeur forte et agréable, petites, en grappes allongées, spiciformes,
noueuses, axillaires et terminales, souvent réunies en groupe; calice à cinq
dents tronquées, subsessile, ou brièvement pédicellé, à pédicclles plus courts
que la bractée; corolle en forme d’assiette. Drupe d’abord rouge, ensuite
noire, luisante et polie, ovoïde. — Le bois, mou, n’est guère employé pour la
construction. — FL d'août à novembre et aussi en mai, juin et juillet. — Çà
et là dans les grandes haies, dans les falaises, le long des rivières des basse
et infra-moyenne régions : Vieux-Fort, Gourbeyre, Capesterre (Guadeloupe),
les Abymes, Morne-à-l'Eau, Moule, Marie-Galante. [N° 2944.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-côtelette. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe.
— Dans tous les bois inférieurs du nord et du sud de l'île. [N° 2027a.]
C. luciclum Chain, et Schlecht., C. caudalurn L. ; Citharéxylon à feuilles
luisantes. Vulgo : Bois-côtelette. — Ressemble au précédent ; il en diffère :
par ses rameaux, qui sont d’abord quadrangulaires et deviennent ensuite
plus ou moins cylindriques; par ses grappes, plus nombreuses ; par ses pédicelles, aussi longs et souvent plus longs que le calice. — Fl. en avril, mai. —
Assez abondant au Parnasse, au Prêcheur, dans les hauteurs de l'habitation
Pécoul, dans le haut de la vallée du Carbet, de la Rivière-Salée, etc.
[N° 2027.] — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
Duranta L. (dédié à Castor Durante, médecin à Rome, mort en 1590, à
Viterbe; a écrit : Herhario nuovo in versi lalini.)
D. Plum ieri Jacq., D. Ellisia Jacq. ; Durante de Plumier. Vulgo : Vanillier,
fleurs vanille. Br., Jam ., t. 29; Desc., vol. V II, t. 488, p. 155; Jacq., Sel.
Am. st. hist., t. 176, f. 76. — Grand arbuste ou petit arbre, droit ou
tortueux, toujours anfractueux, armé de piquants de longueur variable ou
caméra : elle est usitée, sous le nom vulgaire de Monjoly en bains aromatiques que l’on
prépare au moyen de la décoction de ses feuilles (à étudier comme composition chi­
mique). (E. H.)
Dnss. — Plantet Guadeloupe et Martinique.

30

�inerme, à branches divariquées : les inférieures presque toujours pendantes.
Feuilles ellipliques-lancéolées, ou obovées-arrondies, subenlières ou serrelées-crénelées. Fleurs lilas, en grappes penchées ou pendantes, simples ou
composées, terminales et axillaires : les dernières naissant à 1aisselle des
feuilles de l’extrémité des branches; calice cylindrique, une fois plus court
que le tube de la corolle, d'abord tubuleux, s’élargissant ensuite et renfer­
mant complètement la drupe : corolle en forme d'assiette ; tube de la corolle
cylindrique, courbe; lobes 5, légèrement irréguliers : les deux supérieurs
plus étroits et parcourus d’une strie pourpre qui tranche fortement sur le
fond lilas. Drupe ovoïde-venlrue, surmontée des cinq dents persistantes du
calice, au milieu desquelles se dresse le style, persistant et droit; péricarpe
jaune à la maturité; semences 4. — Rare à l’état sauvage, cultivé souvent
dans les jardins et les courscomme piaule d’ornement, état qui lui fait perdre
habituellement les épines. — Selon Descourtilz, les feuilles sont détersives;
dans le pays, on n’en fait pas d’usage : on se sert seulement des grappes
florales pour la confection de bouquets. [X° 2394.]
M ar ti n iq u e . Yulgo ; Vanillier. — Se rencontre à l’état sauvage et armé de
piquants dans les hauteurs de l’habitation Pécoul. du Prêcheur, et au Champflore, enfui à l étal de culture dans beaucoup de jardins. [N° I960.]
Petrea Houst. (dédié au lord anglais R. J. Pèlre, né en 1710, mort en 1742,
possesseur d'une grande collection de plantes vivantes exotiques.)
P.
volubilis L. ; Pélréa voluble. Yulgo ; Liane rude, liane violette, liane
Saint-Jean, liane à cercles, liane Pentecôte. Jacq., Sel. Am. si. lusl., t. 114,
p. 180. — Forte liane, très ornementale, pouvant atteindre les sommets de
grands arbres, à lige anfractueuse, à écorce grise, à branches et grappes pen­
dantes. F'euilles très rigides et scabres, elliptiques ou elliptiques-oblongues,
luisantes en dessus; pétiole court. Fleurs bleues, très belles, en grappes
lâches, allongées, nombreuses; calice double : l’extérieur, large, 5-partite,
persistant et renfermant plus tard le fruit, à tube scabre ; l'intérieur, petit, à
cinq dents arrondies; corolle bleue, infundibuliforme ; étamines 4, incluses;
akène unique, par avortement de l’autre ovule. — Fl. de janvier à juillet, et
souvent d’octobre à janvier. — Abondant dans les mornes inférieurs, le
long des falaises et des rivières : Vieux-Fort, Houëlmont, Gourbeyre, Montéran, rivières Noire et Rouge, Pigeon, Bouillante, Deshaies, etc. [N° 2390.]
M artin ique . Vulgo : Liane rude. — Abondant : hauteurs du Prêcheur,
Trois-llets, la Régale, hauteurs du Diamant, etc. [N° 1964.]
Ægiphila Jacq. (du grec « aix », chèvre, et « philein », aimer, c’est-à-dire
plantes aimées des chèvres.)
Æ. marlinicensis Linn., Æ. glahra Lam.,Æ. Manahea Svv.; Ægiphile de la
Martinique. Yulgo : Bois-cabrit, bois de fer, sureau gros. Lam., ///., I. 70,
f. 1. — Grand arbuste, haut de 2-3m 50, généralement assez peu branchu, à

fil

branches allongées, très souvent penchées, à rameaux à quatre angles ou sub­
cylindriques. Feuilles assez larges, membraneuses, lancéolées-oblongues,
pointues ou acuminées, rétrécies à la base. F'ieurs jaunâtres ou blanc sale, en
panicules terminales et axillaires, composées de cymes corymbiformes, trichotomes; calice turbiné-infundibuliforme, à 4 lobes tronqués, deux ou trois
fois plus court que le tube de la corolle; étamines 4, exsertes. Drupe jaune à
la maturité, lisse, ovoïde-globuleuse, contenant quatre semences. — FL
presque toute l’année. — Assez abondant dans toute la région inférieure ;
Gourbeyre, Montéran, Vieux-Fort, Deshaies, Pointe-Noire, Sainte-Rose,
Ravine-Chaude, Moule, les Abymes, Morne-à-l’ Eau, Marie-Galante, etc.
Alt. 20-100 met. [N° 2389.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-cabrit. — Abondant. Environs de Saint-Pierre:
Carbet, Grand-Anse, Macouba, Basse-Pointe, Marin (morne Gommier)1.
[N° 1966.
Clerodendron L. (du grec « kleros », sort, hasard, et « dendron », arbre,
allusion aux vertus bonnes ou mauvaises qui sont propres aux différentes
espèces de ces plantes.)
C. aculealum Schlecht., Volkameria L. ; Clérodendre épineux. Vulgo :
Amourette. SL, t. 166, f. 43; Br., Jam., t. 30, f. 2. — Buisson ornemental,
très touffu et très feuillu, haut de 0 ln 95-2m50, rarement plus haut, à branches
droites, fastigiées, armées de piquants courts et subconiques. Feuilles
petites, elliptiques ou ellipliques-lancéolées, entières. Fleurs blanches, en
cymes nombreuses, portant 3-7 péclicelles ; calice beaucoup plus court que
lacorolle,à 5 lobes ovés-deltoïdes ; corolle infundibuliforme, à lobes oblongs,
environ trois fois plus courts que le tube; étamines longuement exsertes, de
• couleur pourpre. Drupe jaunâtre, quand elle est mûre, lisse, globuleuse, ren­
fermant quatre semences.— Fl. surtout de décembre à avril. — Très abon­
dant dans les terres sèches et pierreuses du littoral : Vieux-Fort, Capesterre
(Guadeloupe), toute la côte entre la Basse-Terre et Deshaies, Marie-Galante
(Capesterre et Saint-Louis), les Saintes, Moule, Gozier, Saint-François,
Petit-Canal, etc. [N° 2387. |
M a r t i n i q u e . Vulgo : Thé bord-de-mer. — Abondant : Saint-Pierre, Prê­
cheur, Carbet, Case-Pilote, Case-Navire, Sainte-Anne, Trinité, etc. [N° 1968.]
C. fragrans W illd .; Clérodendre à forte odeur. V ulgo : Herbe puante,
herbe à Madame Villaret. — Arbrisseau haut de 0“ 60-1 m 4, herbacé par la
tige, très vivace par ses racines fortes et stolonileres, droit, pubescent. Feuilles
très larges, très rapprochées, ovées-deltoïdes, inégalement et grossièrement

�468

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

blanches, on cymescourtes, ramassées; corolle toujours double. — Originaire
de la Chine, naturalisé et très envahissant. — Les feuilles émettent une
odeur forte et désagréable; les fleurs, au contraire, sentent bon. — FL
presque toute l'année, mais surtout pendant et après l'hivernage. — Envi­
rons du Camp-Jacob, Montéran, Sainte-Rose, Lamentin, Pointe-à-Pitre,
Morne-à-l’ Eau, les Abymes, etc. [N° 2386.]
M artinique . \’ ulgo : Herbe puante. — Abondant sur les décombres et le
long des cours d'eau : Saint-Pierre, Trois-llets, Carbel, Marin, etc. [N° 1969.]
C. siphonanthus R. Br. ; Clérodendre à fleurs à long tube. Yulgo : Herbe à
long cou. — Vivace par ses racines fortes et stolonifères, herbacé parla
tige, haut de 0m80-1m 60, droit, peu feuillu, à tige grosse, carrée, remplie
de moelle blanche. Feuilles verlicillées par 3, lancéolées, acuminées : les
supérieures, oblongues-linéaires. Fleurs blanc pâle, en cymes feuillues, axil­
laires et terminales, formant ensemble une large panicule ; pédicellcs droits ;
calice long de 5-6 mm., à lobes arrondis; tube de la corolle cylindriquefiliforme, long de 6-8 cm., à lobes obovés, réfléchis; étamines exsertes.
Fruit noir, grand, pulpeux, luisant, contenant quatre semences. — FL en mai,
juin, juillet. — Dans les savanes et terres cultivées, où on est obligé de déra­
ciner les pieds pour empêcher leur trop grand envahissement : Lamentin,
Sainte-Rose, Gourbeyre (Dolé), environs de la Basse-Terre, Trois-Rivières,
etc. [N° 2943.]
M a rt i n i q u e . — Herbe à long cou. — Saint-Pierre (cimetière du Fort),
Prêcheur, Trois-llets, Parnasse, Lamentin. |N° 1229.]
De ce genre, on cultive fréquemment dans les jardins des deux colonies le

C. nulans Wall. [Bot. Mag., vol. L X X X V III, t. 5313), grand arbuste, droit, à
écorce noire, à branches et grappes pendantes, à fleurs blanches [N° 3280],
Martinique [N° 1970]; C. Thompson;c Bail’., liane, à fleurs rouges, avec un
calice grand et blanc, plante très florifère et ornementale {Bot. Mag.,
vol. L X X X V III, t. 5313 ; III. horticole, anno 1863, t. 358) ; C. Kaempferi Fisch.
(III. horticole, anno 1863, t. 10) j Xos 1971, 2375], sous-arbrisseau, haut de
1-2,n 40, à feuilles larges, pubescenles, à fleurs écarlates, en larges panicules
terminales.

VBRBÉNACÉES

469

C. pgramidata L. ; Cornutie à fleurs en grappes pyramidales. Vulgo ;
Bois de savane, bois-cac, bois-caral (à Vieux-Fort). Plum., éd. Burm., t. 106,
f. 1. — Grand arbuste, (rès touffu, d’un aspect gris, à tiges nombreuses, ou
petit arbre pouvant atteindre jusqu’à 6 mèt. d’élévation, à écorce gris blan­
châtre, lisse dans les jeunes pieds, longitudinalement gercée dans les grands,
à rameaux carrés, droits, fastigiés et très cassants. Feuilles longuement
elliptiques, pointues, en coin à la base, vert grisâtre en dessus, garnies en
dessous d’un duvet blanchâtre et fin. Fleurs odorantes, en cymes dichotomes,
constituant une large panicule pyramidale, pédonculée, terminale; corolle
bleue, à deux lèvres : la supérieure, subentière ; l'inférieure, à 3 lobes. Drupe
bleu foncé à la maturité, globuleuse, de la grosseur d une graine de poivre,
et légèrement duvetée. — Fl. de mai à juillet. — Cette belle plante ne se
plaît que dans les endroits secs, pierreux ou rocailleux des mornes inférieurs :
Vieux-Fort(abondant), Deshaies, Pointe-Noire, Pigeon, Bouillante. [N °2384.]1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-cassave, mouri-debout (à la Caravelle, parce que
les pieds morts restent longtemps debout). — Abondant : Case-Pilote, Troisllets, hauteur de la Rivière-Salée, Prêcheur, Caravelle, etc. [N° 1965.]
Vitex L. (du latin « viere », lier, tresse, parce que les branches servent à
faire des paniers et que les feuilles ont de la ressemblance avec celles du
saule, lequel sert par excellence à lier; le saule s’appelait autrefois Vit ilia ;
Pline, X X IV , 38.)
V. ,tivancata S\v., V. mulliflora Miq. ; Gattilier à branches divariquées.
Vulgo ; Bois à agouti. — Le plus souvent arbre de taille moyenne, très orne­
mental, à cause de la richesse de ses belles fleurs, anfractueux, à branches
divariquées, plus rarement fastigiées, droites, très fragiles. Feuilles mem­
braneuses, trifoliées, à folioles elliptiques ou ellipliques-oblongues, entières,
brièvement pétiolulées. Fleurs bleues, très nombreuses, en cymes axillaires,
dichotomes, constituant des corymbes paniculés, situés le long des branches.
Drupe jaunâtre, lisse, luisante, de la forme et de la grosseur d’une olive. —
Fl. en mai, juin, juillet. — Peu abondant. Çà et là dans les mornes et les
falaises des basse et infra-moyenne régions : Camp-Jacob, Montéran, bords
des rivières Noire et Rouge, Gourbeyre, Trois-Rivières, Sainte-Rose, etc. —
A l’époque de la floraison, les pieds adultes se dépouillent complètement de
leurs feuilles; le bois est résistant et élastique, assez facile à travailler : il se
conserve longtemps dans l’eau et dans la terre, et les termites ne l’attaquent
pas; il est recherché par les charpentiers, par les menuisiers et surtout par
les charrons. Alt. 10-500 mèt. [N° 2385.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Bois-lézard. — Parnasse, Case-Pilote, Carbet (vallée),
Trois-llets, La Régale, Rivière-Pilote, etc. [N° 1967.]
1. Sous le nom vulgaire de bois-savane, cette espèce est employée à la Guyane comme
émolliente et rafraîchissante. (E. II.)

�VERBÉNACÉES —

Le Vitex agnus-caslus L., Gatlilier-agneau chaste, vulgo : Muguet bleu,
petit arbre (clans nos colonies), ornemental, à feuilles à 5-7 folioles entières
ou incisées-dentées, blanches, tomenteuses en dessous, ainsi que les calices,
les jeunes branches et les pédoncules, à Heurs bleuâtres, en petites grappes,
presque sessiles, formant une panicule allongée, a été introduit aux Jardins
botaniques de la Basse-Terre et de Saint-Pierre, d’où il s’est répandu dans les
jardins et y fleurit abondamment de mai à octobre. ! N° 2396.] — M a r t i ­
nique . N° 422.] — Originaire du Midi de la France.
Avicennia L. (dédié à Avicenne, né en 980, à Afschana, petite ville de
la Perse, médecin, mort vizir, en 1036, à Hamadan; a écrit plusieurs ouvrages
sur la médecine.)
A.
nitifla Jacq.; Avicennie à feuilles luisantes en dessus. Yulgo : Bois de
mèche, mangle blanc (à la Grande-Terre), palétuvier blanc. Jacq., Sel. Am.
si. hist., t. 112, p. 177. — Petit arbre, haut de 5-7 met., rarement plus haut,
à branches nombreuses, souvent fortement inclinées, à écorce gris bleuâtre,
lisse ou un peu gercée dans le bas. Feuilles coriaces, lancéolées ou lancéoléesellipliques, garnies, en dessous, d’un duvet farineux blanc. Fleurs blanches,
en cymes trichotomes, contractées, terminales et axillaires : les dernières
confinées aux extrémités des branches; calice quadripartite ; corolle subrotacée,
à 4 lobes, dont un plus grand; étamines 4, brièvement exsertes. Fruit cordiforme,comprimé, coriace, s'ouvrant tardivement en deux valves; semence 1.
— Dès que les graines tombent à terre, elles se mettent à germer. — Le bois
est excellent pour le chauffage; l'écorce contient du tanin ; on l'utilise pour
les tanneries de la Basse-Terre. — A it en société avec les palétuviers rouges,
dans les marécages maritimes. — Fl. surtout de mai à juillet. — Pointe-àPitre, Port-Louis, Petit-Canal, Saint-François, Marie-Galante, les Saintes
(Terre-de-Haut, Marigot), etc. [N° 2942.;
M artinique . Vulgo : Mangle blanc, mangle gris, palétuvier gris. — Lamenlin, Rivière-Salée, Robert, François, Trinité (Galion). [N° 1224.]
De la famille des Verbénacées, on cultive aux Jardins botaniques de la
Basse-Terre et de Saint-Pierre, leTectona grandis L. fils, vulgo : Tek, grand
arbre, très droit, anfractueux, à écorce blanchâtre, à branches fastigiées, à
feuilles très larges, coriaces, garnies, en dessous, d’un duvet farineux blanc,
à Heurs blanc pâle, en cymes larges, formant une énorme panicule pyrami­
dale; étamines 6. — Fl. en juin ou juillet; fruits mûrs en octobre-novembre.
— Le bois est dur et compact; c'est le meilleur qu’on connaisse, pour les
constructions navales. ’— Originaire des montagnes de Malabar et du Pégou.
[N° 3786.]
Le Hastingia coccinea Sm. (Halmskioldia Retz.), vulgo : Chapeau chinois,
grand arbuste à branches allongées, très inclinées ou tombantes, à fleurs rouge
orangé, avec un calice en forme de chapeau chinois, se rencontre souvent

MYOPORINEBS

ALISMÀCEES

471

dans les jardins; il est originaire de Madagascar et fleurit d’un bout à l'autre
de l’année. [N° 2391.]

CENT VINGT-QUATRIÈME FAMILLE. ---

MYOPORINÉES.

Bontia L. (dédié à Jacq. Bontius, né à Leyde; alla, en 1627, comme méde­
cin à Batavia, où il mourut en 1631 ; a écrit : Hisloria naluralis et medica

indiæ orienlalis.)
B.
daphnoides L. ; Bontia ressemblant au Daphné. Yulgo ; Olivier bâtard,
olivier bord-de-mer (à Marie-Galante). Desc., vol. V I, t. 386, p. 22; Jacq.,
Sel. Am. slirp. hist., t. 173, f. 46 (la fleur et le fruit1. — Grand arbuste ou
petit arbre, souvent tortueux, à écorce rude, gercée' dans les vieux pieds :
les branches inférieures, horizontales et divariquées. Feuilles lancéolées,
acuminées, glabres, subeharnues-flasques. Fleurs solitaires ou géminées à
1aisselle des feuilles; calice à cinq segments subulés et ciliés; corolle rouge
jaunâtre et panachée de pourpre, à deux lèvres laineuses en dedans : l'infé­
rieure penchée en avant et roulée. Drupe ovée, jaunâtre à la maturité, de la
grosseur et un peu de la forme d'une petite olive, surmontée du style persis­
tant. — A la Guadeloupe, on cultive quelquefois ce petit arbre dans les jar­
dins ; il devient alors très beau, et par la taille on lui donne toutes les formes
voulues. — Selon Descourtilz, les feuilles passent pour un excellent vulné­
raire; l'huile, extraite des fruits, est très émolliente, et la décoction des fleurs
est utilement employée contre les ophtalmies aiguës; l'huile est recommandée
dans les lavements qu’on administre contre les coliques, les irritations intes­
tinales même, causées par la présence d'un tænia, et contre le ténesme et les
douleurs dysentériques.,— Peu abondant : Anse-Bertrand (bord de mer),
Port-Louis. [N° 3788. j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Olivier bord-de-mer, olivier de pays. — Beaucoup
plus abondant qu'à la Guadeloupe. — On en fait souvent des haies vives,
qui, soumises à une taille régulière, deviennent très belles et très touffues.
— FL toute l’année. — Rivière-Salée, Lamenlin, Ducos, Trois-Ilets, Prê­
cheur, Trinité. Alt. 0-120 mèt. [N° 1959.

IL MONOCOTYLÉDONES,
CENT VINGT-CINQUIÈME FAMILLE.

— ALISMACEES.

Echinodorus Rich. (du grec « echinos », hérisson, ef « doros », outre en cuir,
sac, parce que les fruits, de la consistance du cuir, forment un capitule hérissé
de pointes.)

�472

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

E.
cordifolius Griseb.,E. rostralus Hngel.; Echinoclore à feuilles en cœur.
Vulgo : Plantain d'eau. PI., éd. Burin., 1. 234, f. 2. (Alisma Berteroanum
Balb.) — Herbe aquatique, haute de 30-70 cm., très droite, à racines fibreuses,
très nombreuses et longues. Feuilles radicales, rosulées, cordées-rondâlres,
ondulées ou subcrénelées sur les bords, un peu plus larges que longues, à
sinus très ouvert, à 7-9 nervures, très longuement pétiolées, à pétioles creusés
en gouttière vers la base. Fleurs blanches, en capitules ovoïdes, pédicellés,
verticillés par 3-9 sur des branches opposées-décussées et terminées par des
ombelles, formant ensemble une large panicule pyramidale, portée sur une
hampe radicale, pentagone, vigoureuse, lisse; sépales 3 ; pétales3, imbriqués;
étamines 12-15; ovaires très nombreux, insérés sur un réceptacle ovoïde;
carpide à 10-12 sillons, surmonté du style persistant, durci, qui forme une
pointe crochue. — F l.,de janvier à juillet. — Peu répandu. Dans les mares
d'eau douce : à Marie-Galante (Grand-Bourg, habitation Maréchal, et à la
Capeslerre.) N° 3652. — Il n'existe pas à la Martinique.

CENT VINGT-SIXIÈME FAMILLE.

— HYDR.OCHARIDÉES.

Limnobium Bich. (du grec « limné », étang, et « bioun », vivre, c'est-à-dire
plantes qui vivent dans l'eau.)
L. stoloniferum Griseb. ; Limnobie à racines stolonifères. Yulgo : Herbeétang, herbe-mare. — Vivace, lloltant, stolonifère, d’un aspect gris, long de
10-15 cm. Feuilles petites, flottantes, ovales-oblongues ou ovées-rondâtres,
spongieuses en dessous et faites pour llotter ainsi que les longs pétioles.
Fleurs unisexuées, petites, blanchâtres, solitaires, portées sur des hampes
filigranes; sépales 3; pétales 3, presque filiformes et une fois plus longs que
les sépales; étamines 6. — Çà et là dans les petits étangs d'eau douce de
Sainte-Anne et de la Caravelle. Alt. 10-80 met. [N° 1959.] — Je ne l'ai pas
trouvée à la Guadeloupe.

CENT VINGT-SEPTIÈME FAMILLE. —

NAJADEES ---- AROÏDÉES

473

rompu, porté sur un long pédoncule vigoureux, comprimé. — Dans le canal
de l'usine de Lareinly et dans les rivières du Lamentin, près de l’embouchure.
— Dans les eaux à fort courant, les feuilles s’allongent et deviennent lancéolées-linéaires ; dans les eaux à courant faible, elles sont presque elliptiques.
[N os 1952 a o l 1952 b.\ — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
Ruppia L. (dédié à Hen.-Bern. Ruppius, né à Giessen, dans le grand-duché
de Hesse-Darmstadt, mort en 1719; a écrit la Flore d'iéna.)
R. maritima L .; Ruppie maritime. — Petite herbe vivace, à rhizome
traçant, radicanl, stolonifère, filiforme. Feuilles capillaires, longues, entou­
rées, à la base, d’ une gaine. Fleurs et fruits inconnus. — Vit dans l'eau de
mer, dans les endroits peu profonds et vaseux : Marin, Sainte-Anne, SainteLuee, Trois-Ilets, etc. |X° 1953. j — Je ne l ai pas vuq à la Guadeloupe.
Cymodocea Koen. (du grec « kurna », onde, et « dokeuin », observer, parce
que ces plantes se rencontrent dans l'eau de mer.)
C. manalorum Aschers. ; Cymodocée des Lamantins ( manalus, lamantin).
— Herbe vivace, stolonifère, à rhizome rampant et articulé. Feuilles très
nombreuses, linéaires, longues de 40-48 cm., engainées à la base. Fleurs et
fruits non vus. — Vit complètement submergé dans les endroits peu profonds
et vaseux ; Saint-François, Sainte-Anne, Gul-de-Sac (Pointe-à-Pitre), etc.
[N° 3801.]
M a r t i n i q u e . — Trois-Ilets, Robert. François, Rivière-Salée, elc. 1N° 1954.1
Thalassia Banks (du grec « thalassé », la mer, parce que ces [liantes vivent
dans l'eau de mer.)
T. lestudinum Koen. ; Thalassie des tortues. — Vivace, à rhizome rampant,
gros, d’une longueur indéterminée. Feuilles rosulées, en forme de ruban,
longues de 17-35 cm. sur 4-5 cm. de large, très vertes, enveloppées, à la base,
d’une gaine membraneuse. Fleurs dioïques. f ruits non vus. — Fxtrémement
abondant dans l’eau de mer, près du bord et dans les endroits peu profonds
des culs-de-sac, où il forme souvent un épais gazon sur une grande étendue.
[N° 3803.] — M a r t i n i q u e . [N° 1956.]

NAJADÉES.

Potamogeton L. (du grec « potamos », fleuve, et « geiton », voisin, parent,
parce que ces plantes ont une vie essentiellement aquatique.)
P.
fluitans Roth; Polamol nageant. Vulgo : Herbe d’eau, herbe-rivière.—
Vivace, vivant immergé dans l'eau douce courante, à tige prolifère, filiforme,
s'étendant à une distance indéterminée. Feuilles cartilagineuses, longuement
pétiolées : les plus proches de la racine, flottantes; les autres, submergées,
lancéolées-oblongues, garnies de stipules. Fleurs glomérulées, en épi intcr-

CENT VINGT-HUITIÈME FAMILLE.

-- AROÏDÉES.

Anthurium Scholt (du grec « anthos », fleur, et « oura », queue, parce que
ces plantes ont une inflorescence en spadice allongé et cylindrique, res­
semblant à une queue de serpent.)

A.violaceum Scholt, Anthurium scandens Engl.; Anthurium à spadice vio­
let. Vulgo ; Siguine violet. — Vivace, rampant ou grimpant sur les arbres et

�474

PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DF. LA MARTINIQUE

les pierres, haul de 30-70 cm. Feuilles longues de 25-3*2 cm. sur 7-9 cm. de
large, enveloppées, à la base, d’une bourre fibreuse, elliptiques-lancéolées,
entières, pointues au sommet, rétrécies à la base, à nervure unique, très large
et aplatie en dessus, en carène en dessous, nervilles communiquant avec deux
arcs filiformes, dont le premier est très près et le second à quelque distance
du bord ; pétiole court, amplexicaule, épaissi et géniculé au sommet. Pédoncule
axillaire, court ; spadice violet, droit, long de 12-13 cm., cylindrique, gra­
duellement atténué vers le sommet obtus ; spathe verte, entière, plane, presque
aussi longue que le spadice, réfléchie, lancéolée, brusquement pointue au
sommet. — Peu abondant : çà et là dans les hauteurs pierreuses de Deshaies
et des Vieux-Habitants. N° 3787.] — 11 n'existe pas à la Martinique.
A. lanceolatum Kth ; Anthurium à feuilles lancéolées. Yulgo : Petite
Siguine. PI., Descripl., t. 62. — Se distingue du précédent, auquel il res­
semble : par l’absence de la tige; par ses feuilles vert pâle, plus longues, plus
larges, nettement lancéolées et lentement rétrécies à la base; par les arcs,
dont l'un est aussi près du bord que possible, et l'autre à une assez grande
distance; par sa spathe, plus courte et plus étroite. — Abondant dans les
endroits secs, pierreux des hauteurs des Trois-Ilets. |NÜS 2143, 2144.] — Je
ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
A. Huegelii Schott; Anthurium de Huegel. Vulgo : Siguine rouge. — Plante
très ornementale, épidendre, à tige très courte, à racines nombreuses, vertes,
cylindriques, de lépaisseur d'un crayon ; les unes pendantes, les autres atta­
chées au tronc, souvent longues de 10-12 mèt., si les pieds se trouvent dans
le haut d'un arbre. Feuilles rosulées, nombreuses, longues de 0 ra 60-1 mèt.
sur 15-37 cm. de large, cartilagineuses, très vertes, obovales-oblongues :
celles du centre, plus courtes; toutes formant ensemble une vaste corbeille,
à ouverture de 60-80 cm. de diamèt., à nervure médiane, très large, aplatie
en dessus, fortement carénée ef saillante en dessous, à nervures secondaires
de 9-12 paires, courbes, alternes, distantes; arc marginal aussi près que pos­
sible du bord; pétiole robuste, court, bossu au sommet, du côté du dos;
pédoncule radical, latéral, un peu plus court que les feuilles, relativement
faible, d'abord plus court, ensuite plus long que le spadice. Spadice violet,
uni à la base, d une odeur très suave à l époque de la lloraison, long de 3040 cm., d’abord droit, ensuite penché en dehors de la corbeille. — Fleurs
stériles, dans la partie supérieure et terminale; étamines vert clair. Fruit
long de 3 mm. sur 1 mm. d'épaisseur, violet avant la maturité, laissant voir,
à travers la pulpe gluante et transparente, les deux semences noires, juxta­
posées et munies, au sommet, d'une tache verte. — Fl. de février à mai ;
fruits mûrs en juin, juillet. — Avec les racines, on fait des liens, des paniers,
quelquefois des nattes grossières; certains oiseaux des bois se servent de la
bourre fibreuse qui enveloppe les pétioles pour construire leurs nids, et des

AROÏDBBS

475

graines mûres pour nourrir leurs petits. — Abondant dans les grands bois
des Bains-Jaunes, du Matouba, des Trois-Rivières, deshauteurs de Bouillante
et de Pigeon ; plus rare dans les bois intérieurs de la Ravine-Chaude. Cette
belle plante est aussi très abondante à la Dominique, à Sainte-Lucie; mais
fait complètement défaut à la Martinique. [N° 3298.J
A. dominicense Schott; Anthurium de la Dominique. Vulgo : Siguine. —
Vivace, terrestre, à lige courte, couchée. Feuilles cartilagineuses, acuminéesoblongues, cordées à la base, à sinus très ouvert, palmi-pédalinerviées,
longues de 30-40 cm. sur 11-13 cm. de large à la base, et de 7-9 cm. au
milieu du limbe; nervures secondaires communiquant avec un arc courant à
6-8 mm. de distance des deux bords; pétiole long; pédoncule radical, élancé,
aussi long que les feuilles. Spathe oblongue-lancéolée, environ trois fois plus
courte que le spadice ; spadice long de 9-11 cm., presque entièrement cou­
vert de fleurs fertiles. — Assez rare : çà et là dans les terres calcaires des hau­
teurs des Trois-Ilets. [N° 525.] Spécimen imparfait. — Je ne l’ai pas trouvé
à la Guadeloupe.
A. Guildingii Schott; Pothos cordalus L. ; Anthurium de Guilding (bota­
niste anglais, directeur du Jardin botanique de Saint-Vincent). Vulgo :
Siguine. PL, éd. Burm., t. 38. — Ornemental, vivace, terrestre, à tige
courte, plus ou moins couchée. Feuilles 4-6, sur une tige, larges : les plus
grandes pouvant mesurer jusqu’à 72 cm. de long, avec un limbe de 20-35 cm.
de long sur 15-18 cm. de large, cordées-ovées à la base; à sinus très profond
dans les feuilles adultes, cartilagineuses, luisantes, roulées sur les bords,
brusquement acuminées au sommet; à côte carénée et saillante en dessous; à
quatre paires de nervures : la dernière paire formant un aréa ovale avec de
nombreuses nervures secondaires, droites; pétiole canaliculé, renflé à la base,
toujours plus long que le limbe. Spathe longue de 7-9 cm., ovale-lancéolée,
brusquement contractée au sommet et terminée en pointe, d’abord presque
aussi longue que le spadice, ensuite plus courte; spadice droit, gros, nu à la
base, sur une courte étendue, long de 10-12 cm., chargé de Heurs fertiles
presque jusqu’à l’extrémité. Fruit mûr blanc.— C'est de tous les .Anthu­
rium, qui poussent à terre, le plus abondant : il se rencontre dans tous les
grands bois humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 400-950 mèt.
[N° 3585.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Siguine. — Dans tous les grands bois. [N° 2145.]
A. grandifolium Kth, Pothos grandifolius Jacq.; Anthurium à grandes
feuilles. Vulgo : Siguine blanche, langue a bœuf. PL, Descripl., t. 63. 51 i . —
Vi vace, grimpant, radicant, rarement terrestre. Feuilles cartilagineuses, dont
les plus grandes peuvent atteindre jusqu’à 72 cm. de long sur 45 cm. de
large dans leur plus grande largeur, largement cordées-ovées, pointues au
sommet; à sinus peu ou très profond; à lobes basilaires, arrondis, palmi-

�476

PLANTES DF, LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

pédatinerviés; à 7-9 paires de nervures qui, ainsi que la grande côle, sont
plus saillantes en dessous qu'en dessus; pétiole vigoureux, pouvant mesurer
jusqu'à 84cm .de long, légèrement cannelé en haut; pédoncule plus court
ou plus long que le pétiole. Spalhe longue de 18-24 cm., lancéolée-linéaire,
pointue au sommet, rétrécie à la base, pendante; spadice long de 7 4 cm.,
etlilé, violet, d’abord droit, ensuite pendant. Fleurs à odeur suave : les fertiles
situées sous le premier quart inférieur du spadice. Fruit violet avant maturité
ensuite blanc. — Avec ses racines, longues et filiformes, on fabrique aussi des
paniers et quelquefois des nattes. — Abondant dans les bois des Bains-Jaunes,
du Matouba, des Trois-Rivières, des hauteurs de Bouillante, etc. Dans les bois
des Bains, j'ai trouvé plusieurs pieds à spadices jaunâtres. Alt. 380-800 met.
[X os 3296, 3606.]
M artinique . Yulgo : Grande Siguine. — Dans tous les grands bois.
[N° 524.]
A. palmalum Kunth; Anthurium à feuilles palmées. Vulgo : Bénéfice (au
Morne-à-lEau et à la Ravine-Chaude), Gagne-Petit (partout ailleurs). PI.,
Descript., I. 64, 65. (Potlios L.) — Vivace, grimpant, radicant, haut de
3-5 met., très ornemental, sans branches ou rarement branchu, à tige cylindrique-comprimée. Feuilles très vertes, ramassées à l’extrémité de la tige,
coriaces : celles des jeunes pieds, entières, petites, elliptiques, ensuite ovéeselliptiques, pointues, puis trilobées, plus tard 5-lobées, à l âge adulte 7-9, et
plus rarement 11-partiles, à segments lancéolés, pointus : les plus longs
mesurant jusqu'à 40 cm. de long; pétiole vigoureux, légèrement cannelé en
dessus, variable quant à la longueur, habituellement plus long que les
feuilles; pédoncule délicat, cylindrique, penché, environ de la même longueur
que le pétiole. Spathe linéaire, acuminée. longue de 14-16 cm. sur 6-7 cm. de
large, d'abord aussi longue que le spadice, ensuite plus courte. Spadice violet,
odorant, recourbé au sommet, nu à la base, sur une petite étendue. — Fl.
en avril, mai, et aussi en octobre et novembre. — Grands bois humides :
Ravine-Chaude, Trois-Rivières, Pointe-Noire, Morne-à-PEau (bois maréca­
geux du canal des Rotours et Vieux-Bourg). Alt. 0-600 mèt. [N° 3274.]
M artinique . Yulgo ; Bénéfice. — Bois de la Grand’Anse, de Sainte-Marie,
de la Régale; çà et là dans les bois des environs de la fontaine Didier, etc.
[N° 520.]
L'Anthurium gracile Lindl., petite espèce très belle, originaire de la Trinidad, est cultivé au Jardin botanique de Saint-Pierre.
N o ta . — Les fruits de tous les Anthurium que j ’ai observés sont, avant de
tomber, suspendus, pendant plusieurs jours, à un fil mince, qui s’allonge peu
à peu et peut atteindre jusqu'à 11 mm. de long.
Monstera Ad. (l’origine de ce nom nous est inconnue.)
M. periusa de Vriese ; Monstera à feuilles percées de trous. Vulgo ; Bois

AROÏDÉES

477

de couleuvre, liane franche, liane percée, caroal. PL, Descript., t. 56, 57;
Besc., vol. 111, t. 229, p. 351. — Vivace, grimpant, à tige cylin­
drique, fortement pressée contre les troncs d’arbres, haut de 5-10 mèt.
Feuilles membraneuses, ovées, entières : les plus grandes mesurant jusqu’à
45 cm. de long ; les jeunes, sans trous ; les adultes, percées de 3-7 trous ovalesarrondis, obliquement situés; pétioles longs, engainants, élargis du sommet
à la base. Spathe pédonculée, verte dans sa partie inférieure et grosse, blanc
jaunâtre par le haut et large; spadice d'abord blanc, ensuite très légèrement
jaunâtre, libre, portant des fleurs fertiles de la base au sommet, environ une
fois plus court que la spathe; étamines 4L — Assez abondant sur les arbres
de la région inférieure des grands bois des Bains-Jaunes, du Gommier et des
bords des rivières Noire et Rouge. — FL de septembre à janvier. — Les
racines, filiformes et longues, servent à faire des cribles, des nattes et des
liens. — Alt. 300-600 met.; rare à une altitude moindre. [N° 3304.]
M a r t i n i q u e . \ ulgo : Siguine-couleuvre. — Le suc de la racine est un alexitère interne, et sert dans le pays contre la morsure du serpent. — Parnasse,
hauteurs de 1habitation Périnell, Ajoupa-Bouillon, fontaines Didier et Absalon, la Régale, etc. [N° 522.]
Dieffenbachia Schott (dédié à Jcan-Fr. Dieflenbach, né en 1794,à Kœnigsberg, médecin et chirurgien célèbre, professeur de la Charité, à Berlin; mort
en 1842.)
D.
Seguine Schott; Dieffenbachie Siguine. Vulgo : Canne marronne, canne
brûlante, canne-rivière, canne-siguine. PI., Descript., t. 61, 51; Jacq., Sel.
Am. stirp. hisl., t. 151. — Vivace, stolonifère, généralement droit, haut de
0m90-lra90, rarement plus haut, à tige cylindrique, marquée de cicatrices
annulaires nombreuses et rapprochées. Feuilles ramassées aux extrémités de
la tige, larges, ovées-oblongues, pointues, souvent marquées de taches
blanches, engainantes, peu nombreuses, à 9-15 paires de nervures; spathe
verdâtre; spadice soudé dans la partie inférieure qui porte les Heurs femelles,
libre dans la partie supérieure qui contient les fleurs mâles. — Le suc de
toute la plante est extrêmement caustique2. — Abondant et vivant souvent
en société dans les lits et sur les bords des rivières, dans les mares, les étangs
et endroits aquatiques ; environs de la Basse-Terre, Camp-Jacob. PointeNoire (le long de la rivière), Pigeon, Lamentin (canal et marécages), Pointeà-Pitre, Gozier, Sainte-Anne, etc. Alt. 0-600 mèt. [N° 3790.]
1. Ce spadice devient, A l’cgal du fruit de l’ananas, succulent dans toutes ses parties et si
agréablement parfumé (odeur de fraise et d’ananas), qu’on le consomme aujourd'hui cou­
ramment, même quand la maturation de ce fruit a été obtenue artificiellement dans nos
serres chaudes de l’Europe. (E. 11.)
2. Cette espèce, commune à Cayenne, entrerait, d’après Bâillon, dans la composition
du curare de lu Guyane française. Elle est connue dans ce pays sous le nom de canne-feu,
à cause de l’extrême causticité du suc de sa lige ou de ses feuilles. (E. H.)

�478

PLANTES DE LA GÜADËLOÜPfi Et

M artinique.

Vulgo : Siguine d’eau,

DE LA MARTINIQUE

canne d'eau. — Très abondant.

[N° '2149 b.)
Le Dieffenbachia Barraquiniana Versch. et Leni. (/II. horticole , anno 1864),
à feuilles panachées, a été introduit d Amérique tropicale et se cultive dans
beaucoup de jardins comme plante d’ornement.
Montrichardia Crueg. (l'origine de ce nom générique nous échappe.)
M. arborescens Schott ; Arum arborescent L. ; Montrichardie arbores­
cente. Yulgo : Malanga-gratler, malanga-rivière. PL, Descript., t. 60,
50 q. — Vivace, stolonifère, droit, haut de 2-2m80, à tige cylindrique,
nue, d’une épaisseur de 4-5 cm., marquée de cicatrices annulaires. Feuilles
ramassées au sommet de la lige, 1res vertes, luisantes, polies, membra­
neuses, sagiltées, à lobes arrondis-pointus, plus longs que la nervure
médiane, divergents; pétiole plus long que la feuille, portant une gaine
large, qui prend naissance au milieu de ce pétiole et se dilate graduel­
lement vers la base, à veines communiquant avec un arc marginal. Spathe
verte en dehors, blanche en dedans et pourpre à la base, à moitié enve­
loppée par une bractée. Spadice long de 7-9 cm., libre, pédonculé, à pédon­
cule presque aussi long que la spathe, entièrement couvert de fleurs : les
mâles, dans le haut, et les femelles, dans le bas. — Après la chute de la
spathe et des fleurs mâles, la partie du spadice portant les fleurs femelles
forme une sorte de cône ovoïde, grand, contenant des semences anguleuses,
blanches et farineuses en dedans, de la grosseur d’une prune. Elles sont
comestibles1. — Fl. d'avril à juillet; mais en certains endroits, les pieds
fleurissent toute l'année. 11 faut environ six mois pour la maturation des
fruits. — A it en société dans les endroits inondés et aquatiques, le long des
rivières et des fossés remplis d'eau de la basse région : environs de la Pointeà-Pitre, grand fond du Gozier, où il abonde. [N° 3791.]
M ar ti n iq u e . Vulgo : Malanga bâtard, malanga d’eau. — Endroits aqua­
tiques, deDuços, du Petit-Bourg, du François, du Robert, etc. [N° 999,]
M. aculealuni Crueg. ; Montrichardie à piquants. Yulgo : Malanga sauvage.
— Ressemble au précédent quant à la taille, au port, etc. ; il en diffère par
les tiges garnies de petits piquants et par les lobes basilaires des feuilles plus
divergents. — Même habitat et même époque de floraison. [N° 3792.]
M artinique . Vulgo : Malanga d’eau. — Ducos, Sainte-J.uce, RivièrePilote, etc. [N° 1000.1
Philodendron Schott (du grec « philein », aimer, et « dendron », arbre,
parce que ces plantes grimpent sur les arbres.)
1. Cette espèce, connue à la Guyane sous le nom vulgaire d’ « Arum du pays », donne un
suc corrosif employé contre les cors et les verrues : les ménagères s'en servent aussi pour
marquer le linge. (E. II.)

AROÏDÉES

479

P. dispar Schott, P. Karsleniannm Schott; Philodendre dissemblable.
Yulgo : Siguine rouge, liane à hébichet. SL, t. 27, f. 3; Plum., édit. Burm.,
I. 3J. — Vivace, radicant, grimpant, à tiges nombreuses, très feuillues, forte­
ment attachées aux troncs des arbres, haut de 4-6 mèt. Feuilles alternes, lar­
gement ovées-oblongues, mucronées au sommet, subcordées à la base, environ
de même longueur que le pétiole; pétiole inarginé depuis le sommet, émarge
graduellement dilatée vers la base et formant une large gouttière. Spathe
verte en dehors, concave, blanc jaunâtre en dedans, longue de 17-19 cm. ; spa­
dice blanc, libre, un peu plus court que la spathe, acuminé vers le sommet.
Fleurs mâles, situées dans la partie supérieure; les femelles, à là base, sépa­
rées des mâles par un espace contenant des fleurs stériles; pédoncule garni
d'une bractée d’abord plus courte, ensuite plus longue qu? la spathe. — Cette
espèce de siguine enveloppe si bien les troncs des arbres qu elle finit par les
faire mourir; les racines, longues et filiformes, servent à faire des petits
paniers, des corbeilles, etc. — Dans les hauteurs de la Capesterre (Guade­
loupe), les bûcherons extraient le suc de la racine et de la tige et l’emploient
pour purifier les plaies. — FL à diverses époques de l’année. — Assez abon­
dant dans les endroits abrités contre les vents des grands bois inférieurs :
Camp-Jacob (environs de la cascade de Yauchelet), falaises de la rivière
Rouge, Gommier, Trois-Rivières. Alt. 300-700 mèt. [N° 3297.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Siguine grand-bois. — Abondant dans le bois de
l'Ajoupa-Bouillon, près des bords de la Capote, Champflore, fontaine
Didier, etc. [N° 2149 /&gt;.]

P. hederaceum Schott; Philodendre grimpant comme le lierre. Yulgo :
Liane brûlante, herbe à méchant. Desc., vol. III, t. 168, p. 71; Plum.,
Descript., t. 55, 51 d-, Jacq., Sel. Am. stirp. hist., t. 159. — Vivace, grim­
pant, haut de 15-20 met.; à tige glabre, cylindrique, d’une épaisseur de
3-5 cm. ; à branches souvent détachées et flottant librement dans l'air : extré­
mités des rameaux terminées par un bourgeon pointu et allongé. Feuilles
larges, cordiformes, très lisses, membraneuses, caduques, à 4-5 paires de ner­
vures; pétiole cylindrique, presque aussi long que les feuilles. Spathe grande,
verte en dehors, jaune verdâtre en dedans, brièvement pédonculée; pédon­
cule axillaire, naissant à la base des feuilles, long de 10-12 cm., plus long
que le spadice; spadice cylindrique, un peu plus court que la spathe. — La
plante est toxique, corrosive; dans le pays, on n’en fait aucun usage. — Fl.
en avril, mai, juin. — Çà et là dans presque tous les grands bois : CampJacob (Bagatelle), Gommier, Gourbeyre (morne Goblin), Trois-Rivières,
hauteurs des Vieux-Habitants. Alt. 400-800 mèt. [N° 3794.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Siguine-liane, siguine rouge. — Assez abondant,
Pointe-Fine, Parnasse, Champflore, fontaine Didier, Fonds-Saint-Denis
(Porle-de-l’Enfer). [N° 2149 c.]
P. gicjanteum Schott; Philodendre géant. Yulgo : Siguine blanc. —

•

�480

PLANTES DK t.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

N ivace, terrestre ou arboricole : à tige couchée, longue île 20-30 cm., souvent
plus longue, très épaisse et volumineuse; à racines (uniformes, vertes, très
longues, quand les pieds sont grimpants. Feuilles vert bronzé, luisantes, attei­
gnant jusqu'à 85 cm. de long sur 25-30 cm. de large, cordées à la base; à
sinus profond, arrondi ; à lobes arrondis, larges ; à nervures médianes carénées
en dessous : les nervures secondaires, à cinq paires, aplaties en dessus, sail­
lantes en dessous; pétiole cylindrique, gros, diminuant de volume du sommet
à la base, un peu plus court cpie le limbe delà feuille et enveloppé, ù la base,
d'un tissu fibreux qui, en même temps, couvre partiellement la lige. Spathe
d'abord sessile, ensuite brièvement pédonculée, enveloppée d’une bractée très
large, bifide, roussâtre et portant sur le dos une large aile longitudinale : par­
tie inférieure de la spathe, verte, ventrue-ovale ; la partie supérieure, très
blanche. Spadice très blanc, exhalant une odeur forte et suave, long de 1518 cm., un peu plus court que la spathe. Fleurs disposées comme dans les
précédents. — Fl. rarement et à des époques indéterminées. — Les feuilles,
membraneuses et de consistance forte, se récoltent et se vendent dans les
magasins d’épicerie, où elles servent à envelopper toutes sortes de denrées.
— Très abondant dans les bois supérieurs : Savane à Mulets (source du
Galion), cône de la Soufrière, où il est souvent rabougri, Matouba, Matelyane,
Savane aux Ananas, etc. Alt. 400-1-100 mèt. [N os 3303, 3626.J
M artini que . Yulgo : Malanga bâtard, chou caraïbe sauvage. — Plus rare
qu'à la Guadeloupe : Prêcheur (habitation Céron, sur les rochers), vallée du
Carbet, Lamentin (Roches-Carrées), Rocher du François. Alt. 150-400 mèt.
[N°517.]
Acontias Schott (du grec « akontias », mol par lequel on désignait une
espèce de serpent, allusion à la longueur du pédoncule qui porte le spadice,
ou aussi à la couleur des pétioles.)
A. helleborifolius Schott, Xanthosoma helleborifolium Schott; Acontias à
feuillesd’Ellébore. Yulgo: Malanga bâtard, malanga-poison, malanga-cochon.
— Herbe acaule, vivace par ses tubercules, droite, ornementale, haute
de 40-60 cm. Feuilles radicales 4-6 pour un pied, pédatipartites, ressemblant
bien à celles de l'Ellébore de France, sauf la couleur; à 5-11 segments lancéolés-oblongs, pointus : les extérieurs beaucoup plus petits; à nervures com­
muniquant avec un arc marginal; pétiole panaché ou bariolé de blanc pâle,
de brun et de vert; pédoncule radical, plus court que les feuilles. Spathe
dressée, blanc pâle, corymbiforme, allongée et pointue; spadice blanc pâle,
plus court que la spathe. Fleurs mâles, à anthères connées au milieu. — Les
tubercules sont arrondis, jaunes en dedans et ne se mangent pas. — Dans le
pays, on les pile, et avec le suc on se frotte les parties du corps affectées de
douleurs rhumatismales. — Dans les caféières deHouëlmont, du Camp-Jacob,
du Gommier, de Gourbeyre, des Trois-Rivières, etc. Alt. 20-600 mèt. [N° 3295.]

M a r ti n iq ue . Yulgo : Chou-diable, calalou-diable. — Trois-Ponts, parc du
collège, Parnasse, Morne-Rouge, Carbet, Trois-Ilets, etc. N° 21 49 c.j

Xanthosoma Schott (du grec « xanthos », jaune, et « soma », corps, parce
que les stigmates sont couverts d’une sorte de matière jaune et visqueuse.)
X. sagillifolium Schott ; Xanthosome ù feuilles sagittées. Yulgo : Malanga.
Desc., vol. Y III, t. 533, p. 4; PL, édit. Burin., t. 35, p. 24. — Yivace, à
tige nulle ou très courte. Feuilles très larges, vert clair, sagittées, à lobes
basilaires, pointus, presque en triangle; spathe jaune serin, acuminéc, plus
longue que le spadice, blanc pâle, teinté de jaune. — Fl. habituellement de
septembre à décembre. — Cultivé dans toutes les Antilles comme plan Le
alimentaire ; on en compte une dizaine de variétés. Alt. 0-700 mèt. [X° 2149 (/.]
— M a r t i n i q u e . Yulgo : Chou-caraïbe.
X hnslifolium C. Koch, X. hastatum Egg. ; Xanthosome à feuilles en
forme de hallebarde. Yulgo : Calalou, z'herbe à calalou. — Yivace, à feuilles
radicales, hautes de 30-80 cm. Feuilles pédalinerviées, à lobes hastés-auriculés et très divergents, à sinus très ouvert. Spathe, blanche dans sa partie
supérieure, longue, pointue; verdâtre, dans sa partie ventrue; spadice blanc,
un peu plus court que la spathe. — Les tubercules sont blanchâtres, assez
gros et légèrement rugueux; cuits, on les donne habituellement aux porcs;
les feuilles seules sont employées pour la cuisine et on les mange dans la soupe
comme le chou ordinaire de France; elles servent, en outre, avec les feuilles
de l’espèce précédente, de base à plusieurs mets particuliers aux colonies,
entre autres au fameux Calalou. — On appelle Calalou un met exquis pré­
paré avec des feuilles du X. luistifolium, de petits concombres épineux (Cucumis Augurai L.), des feuilles du Mouzambi Cleome pentaphylla L.), de la
petite valériane, ù feuilles argentées en dessous, vulgairement nommée Patagon (Boerhaavia paniculala Rich. ), de la morelle Solanum nodiflorum Jaeq.,,
du pourpier, de l'oseille de France, des feuilles tendres de patate, des jeunes
fruits de gombo (Abelmoschus esculentus \Y.), de l’oseille de Guinée (Hibiscus
Sabdariffa L .), des tomates, et enfin du piment. Quand on veut donner au pial
encore plus de relevé, on ajoute un peu de vin blanc, quelques clous de
girofle, un peu de muscade et d'écorce de cannelle râpés. On doit cuire le
tout avec du lard, un os de jambon, du bœuf salé ou des crabes vulgo :
Ciriques). Le Calalou est toujours servi avec du riz cuit, en grains. — Fl. en
mai, juin, juillet. — Cultivé dans toutes les Antilles. .\" 3692. — M a r t i ­
nique . Yulgo : Calalou. [N u 2149.
X. alrovirens C. Koch et Bouché; Xanthosome à feuilles d'un noir vert.
Vulgo : Malanga sauvage, malanga bâtard, malanga-cochon. SI., t. 116,
f. 2 [ex parle). — Yivace, à lige nulle ou très courte, même à l étal adulte.
Feuilles d'un vert noirâtre, sagittées, à lobes pointus cl divergents, limbes
à huit paires de nervures, reliées par un arc marginal. Spathe rose; spaDu.'t. — Plantes Guwleloupe et Martinique.

31

�482

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

clice blanc, odorant, latéralement comprimé. — Les tubercules de celle espèce
sont assez fortement rugueux, mais cuits ils peuvent servir de nourriture aux
porcs. — Dans les haies, et le long des routes et des ruisseaux : route de la
Basse-Terre à Monléran et à Gourbevre, Trois-Rivières, Lamenlin, BaicMahault, Pointe-à-Pitre, Marie-Galante, etc. Alt. 10-500 met. [N°3795.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Chou-cochon, chou bâtard. — Saint-Pierre (Boulevard),
Grande-Rivière, Basse-Pointe, Trinité, etc. (Spécimen manque.)
Colocasia Scholt (de « kolkas » ou « kulkas », mot arabe pour désigner
une espèce de colocasia. Le vrai kolokasion des Anciens est le Nelumbo speciosus, composé du mot « kolon », nourriture, et « kazein », orner, c’est-àdire racine qui sert de nourriture, et fleur qui sert à orner.)
C. esculenta Schott, C. antiquorum Scholt ; Colocasie mangeable. Yulgo:
Madère. (Arum L.) — Introduit des Indes Orientales et cultivé dans toutes les
Antilles; à tubercules rondâtres et noirâtres en dehors. Feuilles radicales,
très différentes de celles du Malaga, peltées, cordées à la base, oblongues,
pointues, à veines principales reliées par un arc marginal. Spathe légèrement
jaunâtre ; spadice odorant, libre, nu à la base. Fleurs mâles dans le haut et
les femelles dans le bas, les unes séparées des autres par un espace à fleurs
stériles, visqueuses, noires. — Fl. de septembre à décembre. — Cultivé
dans toutes les Antilles comme plante alimentaire. — Les feuilles de cette
espèce ne se mangent pas. Du corps du tubercule qui, comme celui du
Malanga Xanthosoma sagittifolium), peut devenir très gros, parlent une
masse de tiges souterraines, allongées, pyriformes-obeoniques, pouvant
atteindre jusqu’à 35 cm. de long : les grosses se détachent pour être livrées à
l’alimentation; les petites, on les laisse en terre pour avoir de nouveaux pieds.
L'extérieur des tubercules de Madères est uni et presque poli; celui du
Malanga est rugueux. Les Madères aiment les endroits frais et humides.
Alt. 0-700 mèt. [N° 3706.]
L Alocasia macrorhiza Scholt, variété foliis variegatis (///. horl.,
anno 1861), à feuilles larges, panachées de blanc sur fond vert, à lige cylin­
drique, marquée de gros anneaux, haute de 011140-1 mèt. et au delà, à suc
très caustique, a été introduit comme plante d'ornement et est devenu extrê­
mement abondant. Il est originaire des Indes Orientales, particulièrement de
l île de Cevlan.
Caladium Yent. (mot indien employé d'abord par Rhumphius pour désigner
l’Arum esculenlum ou Madère, et dont Yentenat s'est servi pour faire le
genre Caladium.)
C. hicolor Ven t.; Caladium à deux couleurs. Yulgo : Madère bâtard, petit
Madère. — Yivace, haut de 15-35 cm., très ornemental et remarquable par
ses feuilles d'un rouge cramoisi très vif au milieu du limbe, passant assez

brusquement au vert foncé ou au rouge cerise à la circonférence, à racines
coniques, munies de fibres charnues cl caustiques. Feuilles radicales; à limbe
horizontal, sagitté, ondulé, pointu ou souvent obtus au sommet, de dimension
variable; à pétiole bordé de deux membranes veinées. Pédoncule solitaires
ou 2-3, un peu plus courts que les pétioles ; spathe d’un blanc de lait dans sa
partie supérieure, acuminée, coriace, verdâtre dans sa partie ventrue; spa­
dice plus court que la spathe, aminci vers l'extrémité et légèrement teinté de
rose, rouge vif inférieurement ; ovaires très serrés, d'un violet tendre; stig­
mates scssiles, simples, couverts d'une matière visqueuse. — On en connaît
plusieurs variétés à couleurs moins vives, à limbe plus large et marqué de
quelques taches blanches, qui sont cultivées souvent dans les jardins. — Assez
abondant dans les champs humides et le long des routes : Camp-Jacob, Mon­
léran, Gourbevre, Sainte-Rose, Lamenlin, Baie-Mahault, Trois-Rivières, etc.
Alt. 10-600 mèt. [N° 3306.]
M a r ti n iq ue . Yulgo : Calalou sauvage. — Abondant dans les champs de
cannes et les plantations : Lamenlin, Ducos, Rivière-Salée, Trois-Ilcts, SaintEsprit, François, Robert, etc. [N°*515, 516, 998.]
Dans les jardins des deux colonies, on cultive fréquemment plusieurs
espèces très belles de Caladium, provenant des établissements horticoles
d Europe, entre autres : C. argy rites Ch. Lem. (///. horticole, anno 1858);
C. Belleymii Ilorl. (///. horl., 1860); C Chanlini Ch. Lem. (Il/, horl.,
1855), etc.
Le Syngonium podophyllum Schott, puissante liane, dont les feuilles
ressemblent à celles de l’Ellébore, se rencontre au Jardin botanique de SaintPierre et dans d’autres jardins de l île. [N° 2194.
Pistia L. (du grec « pislos », aquatique, allusion à I habitat delà plante.)
P. occidenlalis Blum., P. slratioles Lin.; Pistia des Indes Occidentales.
Yulgo : Godapail, herbe à la chance. Jacq., Sel. Am. .slirp. hi.st., t. 148,
p. 234. — Herbe flottante, stolonifère, à racines blanches, très nombreuses,
souvent très allongées, filiformes, sans tige. Feuilles rosulées, blanchâtres,
spongieuses, molles, obovées-rhomboïdes, tronquées-arrondies au sommet et
à deux ou trois échancrures, longues de 8-12 cm., largement sessiles à la base;
spathe très petite, cymbiforme; spadice adné à la spathe, à deux fleurs : la
supérieure, mâle et portée sur un disque scutelliforme ; l’inférieure, temelle,
latéralement adnée au spadice et séparée de la mâle par un appendice écail­
leux. — Çà et là dans les étangs d'eau douce et les mares, où il se propage
avec rapidité, protège l’eau contre l'ardeur du soleil et la conserve fraîche et
limpide : Gourbevre, Capesterre, Marie-Galante, Moule, les Abvmes, îles des
Saintes, etc. [N° 3798.]
M artinique . Yulgo : Chance. — Trois-Ilets, Rivière-Salée, Sainte-Anne,
Caravelle, etc. [N° 2147.

�CYCLAXTHKBS

PANDANKRS

485

C. insif/nis Duchass.; Carludovice superbe. Yulgo : Siguine bâtard, langue
à bœuf. — Vivace, terrestre, haut de 1-2 met., à tige grosse, tortueuse ou
droite, rarement couchée, garnie de nombreuses racines advenlives, fili­
formes, grises. Fouilles beaucoup plus larges que dans les deux précédentes
espèces et mesurant (avec le pétiole) jusqu’à 1 mèl. de long et davantage,
sur 12-15 cm. de large, bifides au sommet, à lobes arrondis, longs de 16 cm.,
el à trois côtes principales dont les deux latérales expirent au-dessous du
milieu du limbe; spalhe à quatre parties, disposées comme dans les précé­
dentes espèces, mais plus larges et plus longues. — Abondant dans les
endroits humides des grands bois : Bains-Jaunes, Matouba, Trois-Rivières,
etc. [N° 3804.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Cachibou. — Bois des Fonds-Saint-Denis, du Camp
de l’Alma, du Lorrain, etc. [N° 24.]
CENT VINGT-NEUVIÈME FAMILLE.

—1 C YC LA N TH E E S.

Carludovica H. P. (dédié à Charles IV, roi d'Espagne, né en 1748, à Naples,
morl en 1819, à Rome, el à son épouse, Marie-Louise, née en 1751, à Parme,
morte en 1819, tous deux protecteurs des botanistes
C. Plumieri Klh.; Carludovice de Plumier. Yulgo : Ailes à mouches. PL,
Descripl., t. 59, f. c. — Vivace, radicant, grimpant à une grande hauteur,
à racines fibreuses, longues, à tige comprimée, verte. Feuilles rosulées, allon­
gées, rétrécies à la base, de longueur variable, selon que les pieds viennent
à l’ombre ou au soleil : les plus longues mesurant 70-78 cm. sur 14-17 cm.
de large, fendues dans les deux premiers tiers en deux segments, à nervure
propre allant jusqu’à la bifurcation; pétiole cannelé, environ trois fois plus
court que les feuilles; spalhe à cinq parties, blanches, distantes, alternes,
concaves: les inférieures, plus longues; spadice blanc. Fleurs mâles, dispo­
sées par quatre phalanges opposées aux femelles; filaments stériles 4, blancs,
longs, caducs, accompagnant les Heurs femelles groupées par 4 ; ovaire mûr
noir, tétragone, contenant de nombreuses petites semences. — Fl. de février
à mai.— Abondant dans tous les grands bois de la Guadeloupe proprement
dite. Alt. 380-900 mèl. X0 3607.]
M a rt in iq u e . Yugo : Cachibou, pcltau. — Dans tous les grands bois.
[X° 2008.]
C. gracilis Sieb., C. anguslifolia Secm.; Carludovice grêle. Yulgo : Ailes
à mouches. — Diffère du précédent par les lobes des feuilles plus étroites el
le spadice entouré d une spalhe à trois éléments seulement. — Dans les
grands bois et de préférence dans les endroits plus ou moins secs: Houëlmont,
Gommier, Trois-Rivières, etc. [N° 3312.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Cachibou. — Fontaine Didier, Camp de l’Alma, bois
du Gros-Morne, etc. (Spécimen absent.)

Cyclanthus Poil, (du grec « kuklos », cercle, el « anthos », fleur, parce
que les fleurs des deux sexes sont disposées alternativement en cercles sur
le spadice.)
C. Plum ieri Poil. ; Cyclanthe de Plumier. — Vivace, haut de 2m50-3 met.,
cespileux, sans lige. Feuilles radicales, bipartites, pétiole long, cylindrique,
en forme de baguette, de l’épaisseur du petit doigt, lisse, verdâtre; pédon­
cule radical, droit, cylindrique, presque aussi gros que le pétiole et presque
aussi long; spalhe formée de quatre parties : les deux extérieures plus larges
cl munies d’un appendice au sommet; spadice cylindrique, verdâtre, odorant.
Fleurs monoïques : les mâles et les femelles disposées en cycles alternants.
— De celte plante intéressante, je n’ai trouvé que quelques grandes touffes
le long de la rivière de Ducos, près du sentier qui conduit au Petit-Bourg,
et quelques toufTes moins grosses sur la rivière de Sainte-Luce. — Spécimen
manque. — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Le Carludovica/ia/ma/a Ruiz et Pav., qui fournit la paille pour les chapeaux
dits de Guayaquil et nommés vulgairement chapeaux de Panama, est cultivé
aux Jardins botaniques de la Basse-Terre et de Saint-Pierre.

CENT TRENTIÈME FAMILLE.

— PAN D A NEES.

Pandanus Rumph. (du mot malais « Pandanv » qui désigne un Pandanus.)
P. utilis B orv; Pandanus utile. Yulgo : \ acoua ou Bacoua. — Orne­
mental : jeunes pieds, sans branches, à feuilles très rapprochées formant une
spirale autour du tronc; pieds adultes, hauts de 6-9 met., pyramidaux, à
branches nues, peu nombreuses : les inférieures horizontalement étalées,
marquées de cicatrices très nombreuses, très rapprochées, à écorce grise,
unie, à tronc garni, à la base, de nombreuses racines advenlives, cylindriques.

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PLANTES DF. LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Feuilles droites el fermes, ramassées aux extrémités des branches, imbriquées
sur trois rangs et tournant en spirale, linéaires-lancéolées, graduellement
acuminées de la base au sommet, sessiles, finement dentelées en scie, de
couleur grise. Fleurs dioïques, situées près de l’extrémité des branches : les
mâles apérianlhées, en chatons rameux, pendants, à odeur forte el agréable,
à branches renfermées avant l'ouverture dans une Jiractée large, blanche,
membraneuse, caduque, acuminée, ciliée-dentée au-dessus du milieu; éta­
mines 8-12, insérées au sommet sur un pédicelle long de 7-9 mm., filiforme;
pédieelles très nombreux couvrant les branches d'une extrémité à l'autre;
anthères à deux loges, à déhiscence longitudinale, tournées en tire-bouchon
à la maturité ; les femelles insérées sur un spadice globuleux ou ovoïde, à
stigmates sessiles, distincts. Fruits constitués par des drupes fibreuses,
contenant 2-5 semences allongées, nichées séparément dans une substance
très dure. I n spadice peut contenir 100-180 fruits: ceux du sommet com­
mencent à mûrir les premiers; la surface nue du spadice est couverte d'une
matière sucrée qui attire une masse d’abeilles. — Avec les feuilles, fendues
en lanières au préalable, on fabrique des sacs, des chapeaux grossiers, des
nattes, etc. — Originaire des îles de la mer du Sud, introduit, naturalisé et
cultivé çà et là autour des maisons : Camp-Jacob (Choisy, habitation Hollin),
Capesterre (Guadeloupe), Sainte-Rose, Baie-Mahault, etc.
M a rt in iq u e . — Beaucoup plus abondant: environs de Saint-Pierre, AjoupaBouillon, Morne-Rouge. Parnasse, Fort-de-France, Trinité, etc. [N° 2009.]
Le Pandanus odoratissimus J.., l)esc., vol. 4 III, t. 540, est cultivé aux
Jardins botaniques delà Basse-Terre et de Saint-Pierre.

PALMIERS

487

odeur forte et peu agréable, attirant néanmoins une masse d'abeilles; pédon­
cule court, un peu plus long que les étamines; périgone nul ; étamines 8-12,
hypogynes, à filets subulés, élargis, comprimés el connés à la base, un peu
plus courts que l ’ovaire; anthères droites, biloculaires, basifixes, bifides aux
deux extrémités; pistil un peu plus court que l'ovaire, dressé, tubuleux,
élargi et creux au sommet ; ovaire unique, à un seul ovule. Fruit globuleux,
de la grosseur d'un pois ou, dans les jeunes pieds, de la dimension d'une
petite cerise, pulpeux, à chair noire, contenant un suc rouge noir : surface
de la coque irrégulièrement sillonnée-fendillée. — Fl. deux fois dans l'année,
souvent cinq fois dans l’espace de deux ans. — Assez abondant sur les mornes
calcaires et secs des grands fonds du Morne-à-l’Eau, du Gozier, de MarieGalante, de la Désirade, etc. — Se rencontre souvent à l'état de culture; les
jeunes pieds servent à l'ornementation des salons et des autels pour les
grandes l'êtes religieuses. [N° 3797.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Palmier à balai. — I lauteurs des Trois-Ilets : çà et là
sur les mornes calcaires de Sainte-Anne. — Ksi souvent cultivé dans les
jardins.
On cultive dans les deux colonies : le T. argenlea Lodd., haut de 5-10 mèt.,
à feuilles plus ou moins argentées en dessous; le T. radiala Lodd., origi­
naires de Cuba et de Panama; le T. parvi/Iora S\w, originaire de la Jamaïque
et de Saint-Domingue; le Latania horhonica Lam.; le Sabal umhraculiferum
Mari., et au Jardin botanique de Saint-Pierre et dans 1&lt;$jardins de la ville, le
Rapis flabelliforints L ’ Hérit., petit palmier cespiteux, haut de 1-1 m20, d’une
grande beauté.
Oreodoxa W illd. (du grec « oreos », montagne, el « doxa », gloire, c'est-àdire arbre qui fait la beauté des montagnes.)

CENT TRENTE-UNIEME FAMILLE.

-- PA LM IE R S.

Thrinax L. f. du grec « thrinax », éventail, allusion à la forme des feuilles.)
T. barhadensis Lodd.; Thrinax de la Barbade. Yulgo : Latanier, palmier à
balai. — Très ornemental, pouvant atteindre jusqu'à 15 mèt. de haut el
davantage, à slipe cylindrique, de 14-17 cm. de diamèt., souvent beaucoup
plus mince dans les vieux pieds. Feuilles larges, llabelliformes, palmifides, à
segments longs de 10-12 cm., acuminés; pétiole inerme, comprimé-convexe
des deux côtés, environ de la même longueur que les feuilles, enveloppé, à
la base, par un tissu fibreux, fort. Régimes larges, unilatéraux, longs de
25-45 cm., composés de panicules partielles, pyramidales, alternes, au
nombre de 4-10, très glabres, blanc mat, contenant chacune de 10-2.‘l
grappes simples, spiciformes : panicule partielle renfermée dans une
gaine membraneuse, fermée dans sa moitié inférieure; ouverte, acuminée,
concave dans sa partie supérieure. Fleurs hermaphrodites, blanc mat, à

0. oleracea Mart. (Areca L .); Oreodoxa dont les jeunes fleurs et feuilles
servent de légumes. Yulgo : Chou-palmiste, chou-colonne, palmiste franc.
SL, t. 215 (la feuille et le fruit); Desc., vol. IY , t. 265, p. 140; Jacq., Sel.
Ain. st. hisf., t. 110, p. 278. — Palmier majestueux, le plus élevé des
Antilles, haut de 30-35 mèt. : jeunes pieds fortement renflés à la base. Feuilles
longues de 2m 50-3 mèt. et même au delà, penniséquées, à segments longs,
lancéolés-linéaires, bifides à l'extrémité, longs de 28-30 cm., creusés en gout­
tière à la base; pétiole long, creusé aussi en gouttière, engainant à la base et
terminé par un tissu fibreux, très fort. Fleurs monoïques dans le même spa­
dice, situées à la base du cylindre formé par les gaines, disposées en larges
panicules, d’abord renfermées hermétiquement dans une spathe longue de
60-80 cm., renflée au milieu en forme de fuseau, verdâtre, lisse, caduque ;
panicule blanche au sortir de la spathe, à branches deux ou trois fois rami­
fiées, à ramuscules déliés; périgone double : 1extérieur et 1intérieur, triphylles; l'intérieur, un peu plus long; celui des fleurs mâles, imbriqué; celui

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489

PLANTES PF. LA GUADELOUPE RT DF LA MARTINIQUE

PALMIERS

des (leurs femelles, valvairc; étamines 6-9; stigmates 3, scssiles, ovaire assis
sur une petite cupule 6-denlé. Fruit baccien, monosperme, oblong, obtus,
légèrement recourbé, bleu pourpre, de la grosseur d'une petite olive ; coque
dure, adhérente à l'albumen corné, brun. — La partie extérieure du slipe,
sur une épaisseur de 6 cm., est dure, compacte et brune, et se détache faci­
lement de la partie molle et fibreuse de l'intérieur : on s'en sert pour faire
des bâtons, des lattes pour les clôtures, etc. La plus jeune feuille, centrale,
dont les segments ne se sont pas encore déroulés et qui émerge verticalement
comme une sorte de bâton, prend le nom de /lèche (le chou-pal misle\ elle est
toujours penchée du côté du vent. — Avec les feuilles, encore tendres et
blanches, renfermées dans le cœur de la loutre qui couronne l'arbre, on pré­
pare un aliment sain et très apprécié, connu sous le nom de « chou-palmiste » ;
il est d'un goût délicat, analogue à celui de la noisette de France, tout en
rappelant un peu le goût de l'artichaut : on peut le manger cru, mais le plus
souvent on l'apprête en salade ou bouilli avec du sel et servi avec du beurre
frais ou une sauce mayonnaise. A la Guadeloupe et surtout à la Martinique,
on trouve des coupeurs de chou-palmiste qui montent régulièrement dans les
grands bois élevés et reviennent avec de lourdes charges qu ils vendent à bon
prix sur le marché. Environ deux mois après qu'on a coupé la tète du choupalmiste, on trouve, dans le slipe, une grosse larve blanche, appelée vulgai­
rement ver-palmiste (Calandra palmarum Fabric.) C'est celle d’un coléoptère
qui pond dans la moelle : on la mange crue ou simplement rôtie, ou rôtie avec
du jus de citron, du sel et du piment. Certains gourmets font grand cas de
ces vers cuits sur le gril. Avec les fleurs, encore renfermées dans la spathe.
on fait aussi une bonne salade, mais elle est un peu amère et ne vaut pas celle
qu'on compose avec les feuilles tendres. — Ce palmier n'atteint sa plus grande
dimension que dans les basse et infra-basse régions : au milieu des bois élevés,
il n'arrive qu'à une élévation de 8-1 2 met. — Abondant dans toutes les grandes
forêts de la Guadeloupe : çà et là dans les bois des grands fonds de la
Grande-Terre. Dans la basse région, on le plante souvent en allées.
V 3797.] — M artinique, i Spécimen absent.)

foliaires, il se produit un siillemenl aigu qu'on entend d’assez loin. Fleurs
renfermées dans des spathes courtes, noirâtres ; panicule très blanche ; étamines
6-9. Fruit baccien, sphérique, pulpeux, de la grosseur d une cerise ordinaire.
— Abondant dans la haute région aérée, où il reste rabougri. Dans la région
infra-supérieure, les coupeurs de chou-palmiste le recherchent; les morceaux
ou tronçons qui contiennent les jeunes feuilles sont tout aussi bien appréciés
que ceux du grand palmiste : Savane à Mulets, Grande-Découverte, Savane
aux Ananas, Nez-Cassé, etc. [N° 3800.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Chou-montagne. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe :
mornes escarpés et presque inaccessibles entre le Ghampfiore et les FondsSaint-Denis, Pitons-du-Carbet, sommet des mornes des environs du Camp de
l’Alma, etc. [N° 23.]

Areca (nom indien « arec », de l’arbre qui donne la noix d’Arec, et qui est
Areca Calechu L.)
A. reyia lvlh. ; Areca royal. Yulgo : Chou franc, chou-palmiste franc, clioupalmiste-monlagne, chou amer. — Droit, haut de 11,150-3 mèt., dans les endroits
escarpés et exposés aux grands vents, de 5-6 mèt. dans les endroits plats et
abrités contre les vents, dans les régions infra-moyenne et basse, où on le
rencontre quelquefois. Il peut s'élever à 12 mèt. de haut et même davantage.
Slipe d'une épaisseur de 13-20 cm. Feuilles longues de 0 m5 0 -lm80 et au
delà, à segments très rigides et très rapprochés, surtout dans les pieds rabou­
gris des hautes montagnes. Quand le vent soutlle à travers les segments

I, Areca Calechu L. Yulgo : Aréquier Bétel, noix de Bétel, haut de 5-8 mèt.,
à stipe marqué d’anneaux, à fruits jaunes d'or, de la grosseur d’un petit
œuf de poule, est assez fréquemment cultivé dans les jardins et les cours
comme plante d'ornement. Les travailleurs indiens récoltent les noix, qui leur
servent, avec un peu de chaux pulvérisée et quelques feuilles de Bétel (Piper
lietél L.), à préparer leur fameux masticatoire. On sait que cette même noix,
réduite en poudre, est un des meilleurs dentifrices qu'on possède*. Il est
originaire des Indes Orientales. — On cultive souvent dans les deux colonies
l’Areca ruhra Borv, beau palmier, haut de 5-8 mèt., à slipe annelé et à
feuilles rougeâtres.
Acrocomia Mart. (du grec « akron », pointe, et « komé », chevelure, parce
que les pétioles et les spathes sont garnis de piquants et que les Heurs forment
de larges bouquets dans les inflorescences.)
A. sclerocarpa Mart.; Acrocomia à fruits durs. Yulgo : Dindé, palmierdindé. — Haut de 6-10 mèt., rarement plus haut, à tronc ventru, au-dessus
de la base dans les jeunes pieds, peu ventru ou cylindrique dans les pieds
adultes, d'un diamèt. de 30-50cm., garni, de la base au sommet, de nombreuses
épines noires, acérées, d une longueur moyenne de 10 cm. Feuilles longues,
fortes, penniséquées, à segments lancéolës-linéaires, acuminés, glabres, dis­
tants; pétiole garni de piquants droits, noirs. Inflorescence en spadices dressés,
larges, pyramidaux, renfermés d’abord dans une spathe épaisse, glabre, longue
de 40-50 cm., revêtue de piquants brun noir, très acérés, longs de 3-6mm.
1. On sait de plus que. outre ces propriétés, la graine de cet Aréquier est un excellent
verm ifuge : elle donne, par des ébullitions successives dans l'eau, des extraits aqueux qui
sont descaclious dépourvus de catéehine (Fluckiger . Celte graine contient une huile (tau­
rine et myrisline, d’après Fluckiger , une matière tannique rouge et cinq alcaloïdes isolés
par Jahns, 1892), parmi lesquels l’a récofine liquide huileux est très actif et donne un
bromhydratc cristallisant facilement. Ce serait le principe trenifuge et il agirait comme la
pelletiérine, la muscarine et la pilocarpine. 11 serait intéressant de voir si les A. reyia
ruhra, etc., renfermeraient les mêmes principes. E. II.)

�490

491

PLANTES DE l.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

pALM IK RS

Fleurs monoïques, insérées dans de petites alvéoles : les mâles, situées à l'ex­
trémité des 80-100 divisions de la panicule, la partie inférieure étant réservée
aux fleurs femelles, scssiles, dont deux ou trois seulement se développent ;
branches de la panicule droites,non ramifiées; périgone intérieur et extérieur
à trois écailles; étamines 0; stigmates 3. Fruit sec, dur, de la forme et de la
grosseur d'une pomme-reinette, marqué de trois ouvertures, près du sommet ;
l'albumen est blanc et peut se manger comme celui du coco. — Assez abon­
dant : environs de la Basse-Terre (habitation La Jacinthe), Lamentin, SainteRose, Baie-Mahault. N° 3805. j
M a r t in iq u e . Yulgo : Cilouglou. — Ducos, environs du Pc lit-Bourg, Fran­
çois. (Spécimen manque.)

rieures, graduellement plus courtes. Fleurs monoïques sur le même régime,
disposées alternativement et latéralement tout le long des branches ; les
mâles, j&gt;1us nombreuses, occupant la partie supérieure; les femelles,
au nombre de 1-3, situées à la base; les mâles et les femelles entourées,
à la base, de bradées orbiculaires, membraneuses, très apprimées, imbri­
quées ; périgone 6-phvlle : les 3 écailles extérieures formant une alvéole;
les 3 intérieures et supérieures, plus longues, exserles, lancéolées, con­
caves, pointues; étamines 6, à anthères dressées, sagitlées; stigmates 3,
subulés, connés. Fruit ovoïde, long de 4-5 cm., strobiliforme, surmonté
d'une pointe conique et forte; écailles du strobile soudées, renversées,
polies, luisantes : celles du sommet graduellement plus petites et plus
rapprochées; amande ou albumen dur, détaché à la maturité, garni, à
la surface, de cavités et de petits enfoncements irréguliers.— On obtient
le vin de ce palmier en perforant la tige jusqu’à la moelle; à deux pieds audessus de la terre, il coule presqu’à l’instant une liqueur agréable, stoma­
chique et antiscorbutique. — Route de Fort-de-France au Camp-Balala,
bords de la rivière Monsieur, environs des bains Moutte, etc. [N® 20.] — Je
ne l’ai pas vu à la Guadeloupe, mais on m'a assuré qu’il existe à Sainte-Rose
et ailleurs.

Martinezia Ruiz et Pav. (dédié à Balth. Martinez, archevêque de la Nou­
velle-Grenade, naturaliste, et à Quer Josef y Martinez, professeur à Cadix,
mort en 1764; il a écrit la flore de l ’Espagne.)
M. corallina Mart. ; Martinezia à fruits couleur de corail. (Aiphanes Wendl.)
Yulgo : Palmier grigri. — Palmier élancé, très droit, haut de 6-8 met., à
stipe d'une épaisseur de 7-10 cm. à 1âge adulte, garni, de la base au sommet,
dépiquants noirs disposés en spirales. Feuilles très vertes, longues de 2 mèt.,
à segments longs de 4 4 cm. sur 7 cm. de large, revêtues des deux côtés de
piquants longs, séteux, droits; spathe couverte dépiquants couchés; spadice
droit, à branches non ramifiées; pédoncule court, pourvu de piquants droits,
noirs, de longueur variable. Fleurs monoïques dans le même spadice : les
mâles, dans le haut des branches; périgone double; étamines 6; ovaire triloculaire. Drupe sphérique, lisse, luisante, de la grosseur d'une cerise, à pulpe
rouge corail; coque dure, garnie de nombreux petits sillons irréguliers et de
petites cavités. — Originaire du Brésil; introduit et naturalisé : Camp-Jacob
habitation Michaux), Basse-Terre, Pointe-à-Pitre. [N° 3815.]
M a rt in iq ue . Yulgo ; Grigri, glouglou rouge. — Carbet (cimetière et jardin
du presbytère), Saint-Pierre, Prêcheur, Trinité (habitation Saint-Joseph), etc.
(N° 19.]
Sagus Rumph. nom indien de ce palmier.)
S. vinifera Pers. ; Sagoutier vinifère. Yulgo : Sagouier, palmier-sagou.
Metroxylon Roltb., Raphia Pal. de Beauv.) Desc., vol. 1, t. 33, p. 157. —
Palmier inerme, haut de 8-10 mèt., à stipe fusiforme, surtout dans le jeune
âge, plus gros vers le sommet. Feuilles très longues et très nombreuses, à
pétiole garni de petits piquants dans toute sa longueur et entouré, à la base,
d'une masse fibreuse épaisse; régime pendant mesurant 2-3‘"50, divisé en un
grand nombre de régimes partiels, rapprochés, inégaux, long de 28-33 cm.,
à pédoncules longs de 7-8 cm. et enveloppés d’écailles, glabres, luisantes,
membraneuses; branches du régime partiel 50-60, très rapprochées, latérale­
ment situées sur deux rangs : les inférieures, longues de 13-15 cm. ; les supé­

Geonoma W illd. (du grec « geonomos », expérimenté dans l'art de l'agri­
culture, parce que les pieds donnent des stolons qui produisent de nouveaux
pieds.)
G. vugaG r.et Wendl. ; Géonome vagabond. Yulgo ; Coco-macaque. — Haut
de 3-4 mèt., solitaire et alors droit, ou en loutre de 4-7 pieds et alors plus ou
moins tortueux, à stipe cylindrique, lisse, marqué de cicatrices annulaires,
distancées, très régulières, de l’épaisseur d'une forte canne à sucre, plein et
ne fournissant pas de substance farineuse comme les autres palmiers, à bois
fibreux et élastique, capable de résister aux vents les plus violents. Feuilles
très vertes, striées, au nombre de 4-6, longues de 0m 90-11,130, engainantes à
la base, penniséquées, à 6-10 segments adnés à la base, les uns larges, les
autres étroits, obliquement acuminés ; les inférieurs, distants; les supérieurs,
rapprochés; spathes 2, longues de 7-10 cm., l une couvrant l'autre en partie,
et revêtues d’un duvet ferrugineux : l'extérieure, plus grande et concave;
1intérieure, fusiforme, beaucoup moins concave; spadice, dans les spathes
entr ouvertes, gros comme un œuf d’oie blanc, ressemblant à une boule de
vers entrelacés, après son entier développement, long de 40-55 cm., couvert
d’une pubescence rouxnoirou roux grisâtre; branches du spadice nombreuses,
fastigiées, cylindriques, rigides, de même épaisseur dans toute leur longueur,
penchées ou pendantes à l’époque de la maturité des fruits. Fleurs d'un blanc
pur, petites, à odeur forte et suave, monoïques, insérées chacune dans une
alvéole tri-quadridentée : les mâles et les femelles mélangées, disposées sur

�PALM 1liltS
quaire rangs, les mâles pourvues d'un carpelle rudimentaire; périgone
double : l’extérieur de la Heur mâle, à 3 écailles concaves; l'intérieur, à 3
éeailles plus longues, plus ou moins plates; les 3 écailles extérieures de la
fleur femelle distinctes, les 3 intérieures gomopélales trifides ; étamines 6,
monadclphcs, à tube staminal plus long que les blets noirâtres ; styles 3,
avant chacun son stigmate. Fruit assis dans une cupule formée par les lobes
profonds et durcis du périgone intérieur, monosperme, sphérique, à pulpe
mince, rouge foncé. — Fl. de février à mai; graines mûres de juillet à
décembre. — Avec les slipes de ce palmier, on fabrique des bâtons très
solides. — Çà et là dans tous les grands bois de la Guadeloupe proprement
dite, mais plus abondant dans les bois des Bains-Jaunes que partout ailleurs.
Alt. 000-950 met. \° 3313.]
M ahtimque. Vulgo : Aile à ravet. — Pitons-du-Carbel, où il forme sou­
vent de grandes touffes; çà et là dans les bois du Lorrain, etc. [N° 22.]
Cocos L. (du grec « Kokkos », noix.)
C. nucifera L. ; Cocos à grosse noix. Yulgo : Cocotier. Desc., vol. I, l. 21,
22, p. 99; Tuss., F/., IV, t. 34. —- Haut de 18-20 met., à stipc llexueux,
relativement grêle, souvent incliné et tortueux, très rarement droit, quelque­
fois aminci au milieu, toujours épaissi à la base, marqué de cicatrices demicirculaires, rapprochées, composé de paquets de libres qui le rendent souple
et capable de résister aux vents les plus violents. Feuilles au nombre de 1014, longues de 2 m50-3 met., à segments nombreux, lancéolés-linéaires, acuminés, à pétiole très large à la base et semi-amplexicaule; spalhe obovale,
pointue, épaisse, verdâtre, longitudinalement fendillée en dehors, blanchâtre
en dedans, d'une longueur maximum de 1m 20; spadice glabre, lisse, jaune
verdâtre, paniculé, à 20-35 branches simples, droites, garnies de deux bosses
au point d'insertion; pédoncule très vigoureux et en rapport avec la charge
qu'il doit porter plus tard, légèrement comprimé. Fleurs sessiles, monoïques
sur le même spadice : les mâles très nombreuses, avec un carpelle rudimen­
taire petit (à 3 styles subulés, courts et dépourvus de stigmates), situées sur
six rangs irrégulièrement disposés; les femelles 1-3, placées vers la base des
branches, formant un corps arrondi, déprimé, plus large que long, du volume
d une grosse châtaigne; périgone double, 6-phylle : les 3 écailles extérieures
delà fleur mâle très petites, inégales, souvent avortées; les 3 écailles inté­
rieures six ou huit fois plus longues, valvaires, ovées, fermes, souvent dif­
formes; écailles de la Heur femelle imbriquées, arrondies, très épaisses à la
base, plus larges que longues, fortement apprimées : les 3 extérieures plus
courtes, les 3 intérieures beaucoup plus longues et couvrant complètement
l’ovaire, toutes acrescentes et formant plus tard la cupule sur laquelle le fruit
est assis; étamines 6, dont 3 fortement courbées en dehors (dans les fleurs
ouvertes), entre les écailles écartées : les 3 autres dressées et opposées à ces

493

mêmes écailles ; filet comprimé, noirâtre; anthères d'abord dressées, ensuite
horizontales, submédianifixes, subsagittées ; ovaire légèrement pubescent au
sommet; stigmates nuis ou indiqués par trois petites saillies à peine percep­
tibles, tant que l’ovaire est enfermé sous les écailles. Plus tard, les trois
stigmates rigides se forment et la fécondation s’opère. Fruit ovoïde-oblong,
légèrement triangulaire, à saillies angulaires, plus prononcées vers le sommet,
long de 22-25 cm. sur 11-16 cm. d’épaisseur, possédant un brou ferme,
filandreux, élastique, plus ou moins spongieux, épais, que recouvre une peau
vert pâle1; coque ou noix monosperme, ovale rondàtre, ligneuse-cornée,
creusée autour de l’extrémité attachée à la base de trois trous ronds, dont un
plus grand, de perforation facile, et deux plus petits, durs à percer. — En
débouchant une de ses ouvertures, il coule de la noix un liquide blanchâtre,
un peu sucré, parfois légèrement acidulé, selon les variétés, très frais et très
agréable à boire. Un coco de taille moyenne peut en fournir environ un
demi-litre : il en contient le maximum quand il est à moitié mûr. Lejeune
fruit ne renferme que de l’eau ; à mesure qu'il grandit, il se dépose, sur les
parois encore peu épaisses et molles de la coque, une matière blanche, de la
consistance du lait caillé, d’un aspect gélatineux (endosperme), qu'on
mange à la cuiller. Au bout d'environ huit mois, le fruit est devenu sec,
léger, tout le liquide a disparu et s’est changé en un albumen solide, appelé
vulgairement amande de coco [Coprah) ; elle se mange crue, ou râpée et rôtie
ou de toute autre manière. L'eau de coco est stomachique, antiscorbutique cl
rafraîchissante. C'est le matin à jeun qu’on la boit habituellement. L'amande,
séchée et mangée à jeun plusieurs jours de suite, détruit, dit-on, le ténia ou
ver solitaire. En incisant la spalhe à la base, à l'époque où la Heur n’est
pas encore sortie de celle enveloppe, comme cela se pratique dans certaines
localités de la Martinique, on obtient une liqueur agréable qui fermente faci­
lement et ([n on appelle vin de cocotier. D'après Cossigny vol. III, p. 235),
il constitue, après qu’on a ajouté des graines de coriandre, un remède
agréable à prendre, contre les néphrites et les affections de la vessie. On admi­
nistre au malade ce remède, dit cet auteur, plusieurs fois dans la journée,
pendant plusieurs jours de suite, et il provoque l'expulsion par les urines
d'une quantité considérable de graviers. La noix de coco, brûlée sur les
cendres chaudes, laisse exsuder une matière huileuse dont l'odeur approche
beaucoup de celle de la créosote et qui est employée contre les maux de dent.
Le brou du coco (fibres) peut servir à calfater les canots et à faire des cor­
dages ; avec la coque, dure, on peut faire toutes sortes d’ustensiles et de

1. Ce brou, d'après les observations du Dr Martialis, serait un anthclminthiquc de pre­
mier ordre, comparable à la graine de courge et aussi inollensif pour le patient que cedernier remède. Cette action sur le ténia serait due à une résine spéciale analogue sans doute
à celle que j ’ai nommée péporésine dans la courge) qui y est assez abondante : on ràpc ce
brou et on le donne au malade à la dose de 80 gr., après un jeune de 12 heures. (1£. II.

�494

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

petits travaux. Le bois du stipe est assez dur pour servir à la construction.
Les feuilles, encore tendres, peuvent se manger en salade au même titre que
celles du chou-pal mis le] elles ont cependant une saveur beaucoup moins
agréable*. — Dans les pays chauds, le cocotier fleurit et rapporte toute
l'année. — On le croit indigène de la côte occidentale de Panama; il se plaît
de préférence dans les sables du bord de mer, mais il pousse également bien
dans l'intérieur et sur les mornes inférieurs exposés au vent. — Cultivé dans
tous les pays chauds et subtropicaux du monde entier. [X° 386.]

garnie de vieilles feuilles et de vieux pétioles, à pétioles garnis sur les deux
bords d'une rangée de piquants, à fleurs monoïques, sur des spadices dis­
tincts et renfermés dans une double spathe, à fruits pourvus d'une enve­
loppe jaune à l’état frais, huileuse, à coque très dure, à albumen dur et
creux, et le Phœ nix daclylifera L., vulgo : Dattier, originaire de la Phœnicie
et de l'Afrique septentrionale, à fleurs dioïques, et dont les fruits arrivent en
plusieurs endroits à une parfaite maturité, se rencontrent couramment dans
les deux colonies.

Syagrus Mari, (du grec « sus », porc, et « agrios », sauvage. Pline, X III, 9,
désigne par ce mot une espèce de palmier, sans donner d'autres explica­
tions.)

Les palmiers étant des arbres d’ornement par excellence, les directeurs des
Jardins botaniques, les amateurs de plantes se sont appliqués à en intro­
duire un certain nombre des plus belles espèces. Citons parmi ceux dont les
feuilles sont en éventail : Latania Commersonii J. F. Gmel, Licuala spinosa
Thunb., Chamerops excelsa Thunb., Corypha unihraculifera L. et rolundifolia Lam.; parmi les palmiers à feuilles pennées : Phœ nix reclinala Jacq.
et sylveslris Roxb., A ttalea Maripa M a ri.4, Euterpe edulis Mart., Arenga
sacchanfera Labill., vulgo : Crin végétal, à stipe garni de très longs piquants
noirs, A. W ig h lii GrefL, Caryota urens L., M artinezia Iruneala Brongn., et
caryotæfolia IL B. Kth., de Java, M axim iliana régi a Mart., Bactris socialis
Mart., Seaforthia elegans R. Br., etc.

S.

:

—

amara Mart.; Syagrc amer. Yulgo Petit coco. (Cocos Lin.)
Palmier
élancé, très droit, dépassant rarement 15 mèt. d'élévation dans nos colonies,
à stipe d'une épaisseur de 14-10 cm. : celui des jeunes pieds est plus gros.
Semblable au cocotier par les feuilles, la spathe, les fleurs, le spadice, mais les
écailles du périgone sont plus épaisses : les intérieures de la fleur mâle sont
linéaires-oblongues. Fruit ovoïde, deux ou trois fois plus grand qu’ un œuf de
poule, jaune en dehors, possédant un brou drupacé-tilandreux, avec un suc jau­
nâtre; coque dure, un peu plus grosse qu'un œuf de poule, marquée de trois
sillons plus ou moins prononcés. — L ’amande se mange comme celle du coco
ordinaire. — Çà et là à l'état sauvage dans les mornes inférieurs ; se ren­
contre plus souvent à l’état de culture dans les parcs et autour des maisons,
comme arbre d'ornement : Camp-Jacob, Matouba (habitation Rollin et la
Joséphine, où il y en a toute une allée), Gourbeyre (l)olé), les Palmistes,
Trois-Rivières. [X° 3817.j
M artin ique . Yulgo : Petit coco. — Assez abondant à la Rivière-Salée
habitation La Reprise), Petit-Bourg, La Régale, Saint-Esprit, François.
[N 0 18.]
L Elaeis guineensis L., vulgo: Palmier de Guinée, palmier à l'huile (Jacq.,
Sel. Am. slirp. hist., t. 173, p. ‘280; Tuss., F/., IV , t. 34), originaire de
1 Afrique chaude, haut de 9-11 mèt., à stipe droit, marqué de larges cicatrices
demi-annulaires, à feuilles longues, nombreuses, qui ne tombent pas d'une
seule pièce, comme dans les autres palmiers, mais se flétrissent et pourrissent à
partir de l’extrémité, de sorte que la partie supérieure du tronc est toujours
1. 11 est à peine besoin de rappeler ici que l'amande de cocotier fournit, sous le nom
d c coprah, une matière oléagineuse de première utilité pour l'industrie des savonneries
et des stéarincries en Europe. Celle amande renferme de 10 à 50 0/0 d'une huile dite de
copmli qui sert encore comme matière alimentaire quand elle est fraîche et qui, quand elle a
ranci, est transformée en une axonge végétale très agréable, qui est encore journellem ent
utilisée dans l’alimentation publique sous le nom spécial de Taline. On peut dire que le
cocotier est, par ses produits, un des végétaux les plus utiles à l’homme non seulement
dans les climats où il végète, mais encore à l'industrie de tous les peuples civilisés. (E. II.)

CENT TRENTE-DEUXIEME FAMILLE.

COMMELYNEES.

Tradescantia Rupp. (dédié à l’Anglais John Tradescanl, jardinier de
Charles Ier, roi d’Angleterre, promoteur de l'histoire naturelle, possesseur
d’une riche collection d'objets d’histoire naturelle, dont il a publié la nomen­
clature en 1656.)
T. geniculata Jacq. ; Tradescantia à tiges géniculées. Yulgo : Curage des
bois. Plum., édit. Burm., t. 116, f. 2. — Herbe annuelle, dilFuse, velue,
peu branchue, longue de 40-90 cm., radicante et à extrémités souvent plus
ou moins relevées. Feuilles cordées-ovées, cuspidées, finement ciliées sur les
bords, à gaine lâche, revêtue, sur le bord supérieur, de longs poils soyeux,
ou plus rarement sans poils. Fleurs purpurines (ou blanches dans les
endroits ombragés), en cymes ouvertes, terminales et axillaires : celles-ci
naissant dans les deux ou trois dernières feuilles des rameaux ; pédicelles
délicats, capillaires, longs; sépales 3, verts, persistants; pétales 3, sessiles;
étamines 6, garnies de poils; anthères toutes fertiles, globuleuses. Capsule
triloculaire, s’ouvrant en trois valves membraneuses; graines 3-5. — On en
rencontre trois variétés :
1. A la Guyane française, sa patrie, l'huile extraite tic la graine de ce palmier est
employée en frictions contre les rhumatismes. (E. II.)

�498

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

îles routes et dans les champs de cannes : Marin, Lamenlin, Trois-Ilels,
Grande-Rivière. N° 1086.]
Commelyna Pluin. (dédié à Commclyn, né en 1667, à Amsterdam, profes­
seur de botanique dans celle ville, mort en 1731 ; a écrit : Flora. malabanca’,
P rte India bo tan ica ; J/orti med. Amslel. planta: rariores ; Bolanographia

malabarica.)
C. caycnnensis Rieh.; Commelyne de Cayenne. Yulgo : Curage. — Herbe
rampante, radicante, parfois grimpante, mesurant O"160-1"' 60 de long, à
tige molle. Feuilles ovées-oblongues ou oblongues-lancéolées ; gaine lâche,
striée, ciliée au sommet. Inflorescence en cymes pédonculées, 3-5-flores ;
fleurs renfermées dans deux bractées cordées-ovées, pointues, pliées en deux;
pétales bleus, plus rarement blancs ; étamines 5-6 dont 3 plus longues, lertiles, 2-3 stériles avec des anthères rudimentaires en forme de crosse. Fruit
à trois loges, dont deux contiennent deux semences et l'autre une seule.—
Fl. toute l’année. — Très abondant dans les endroits fertiles, humides des
basse et moyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. —
Elle constitue un succulent fourrage pour le bétail, mais surtout pour les
lapins et les porcs; on s'en sert souvent dans les bains et aussi en cata­
plasmes, à cause de ses vertus émollientes. [N ° 3*290.]
•
M artin iq ue . Yulgo : Herbe grasse. — Abondant dans toute 1ile. [N° 1017.]
C. elegans lvth; Commelyne élégante. Yulgo : Curage. — Petite herbe
d’abord droite, ensuite plus ou moins difl'use, haute de 15-40 cm. Feuilles
petites, subcharnues, lancéolées, finement ciliées sur les bords : la dernière
feuille de l'extrémité ovée, sessile; gaine courte, ciliée-velue. Fleurs en
petites cymes terminales, sessiles à l’aisselle de la dernière feuille, renfer­
mées d'abord dans deux et en dernier lieu dans onze paires de bractées
semi-lunaires, cuculiformes, pointues, horizontalement placées, lâchement
imbriquées; sépales concaves, carénés au sommet, à l’extérieur; pétales
bleus; étamines 6, dont 3 fertiles et 3 stériles, toutes enveloppées, à la base,
de poils bleus laineux ; ovaire dépassé par les 3 sépales persistants; semences
anguleuses, coniques, tronquées aux deux extrémités, scrobiculées. — Assez
répandue dans les jardins ; plus rare dans les savanes des basse et moyenne
régions : Basse-Terre, Camp-Jacob, Trois-Rivières, Morne-à-l’ Eau, etc.
[N° 3289.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe grasse. — Carbel (cimetière), Prêcheur
(cimetière), Parnasse, Morne-Rouge, Saint-Pierre, etc. [X° 1022.j

Dichorisandra Mik. (du grec « dis », double, « chorizein », séparer, et
« aner », organe mâle, parce que les six étamines sont toutes fertiles, mais
séparées en deux groupes de trois, dont l’un, l'intérieur, est formé d(étamines
plus grandes.)
^

COM MKLYNEES

G RAMI NEES

499

D.
Aubletiana Schult. ; Dichorisandre d'Aublet. Yulgo : Herbe-ravine.—
Sarmenteux, grêle, haut de 1-2 mèl., peu branchu, à gaine et pédicelles
poilus. Feuilles oblongues, pointues, arrondies à la base, glabres, finement
ciliées sur les bords. Fleurs bleu foncé, en grappes courtes, pyramidales, ter­
minales; calice à 3 sépales persistants ; corolle à 3 pétales obovés, également
persistants; ovaire à 3 loges; semences garnies d'un arille rouge orangé.
— Très rare : Basse-Pointe (ravine de l'habitation Gradis). [N° 1019.]
Le Dichorisandra thyrsi/lora Mik., haut de 0 1" 60-1 1,1 20, vivace par ses
racines, à fleurs bleu foncé, en thyrse terminal, longuement pédonculé, est
cultivé aux Jardins botaniques des deux colonies et dans d’autres jardins
comme plante d'ornement. Originaire du Brésil.

CENT TRENTE-TROIS IÈM E FAMILLE. —

G R A M IN E E S .

Les espèces marquées d'un * sont fourragères.

TRIBU I. POACÉES. —

sous - tribu i . bambusées .

Bambusa Schreb (des mots indiens « bambos, ou bambu ou mambu ».)
B. vulgaris Schrad., B. arundinacea .Vit., B. Thonarsii lvth; Bambou
commun. Yulgo : Bambou. Desc., vol. IV, t. 293, p. 281. — Haut de 1520 mèl., rarement plus haut, cespileux, formant avec le temps des souches
aériennes énormes, hautes d e 0 ,M6 0 -lm 30, à tiges droites, infléchies dans le
haut, très glabres, luisantes, rameuses dès la base, noueuses, creuses entre
les entrenœuds et marquées en dehors par des anneaux saillants. Feuilles
alternes sur le même plan, linéaires-oblongues, acuminées, arrondies à la
base, brièvement péliolées, engainantes. Rameaux naissant par 3-5 : celui du
milieu toujours très allongé et plus fort, tous très épaissis à la base cl enve­
loppés de4-6 paires debractées écailleuses, imbriquées, très apprimées, large­
ment ovées et pointues; bourgeon produisant les rameaux gros, complète­
ment entouré d’une spalhe mesurant jusqu’à 37 cm. de long sur presque
autant de large, membraneuse, polie en dedans, garnie en dehors d une
couche de poils séteux, couchés, roussâtres, longs de 2 mm. : spathes des
grosses liges et branches surmontées d’un appendice large, cordé-conique et
pointu; celles des rameaux graduellement plus petites et dépourvues d'ap­
pendice. A mesure que les bourgeons se développent, la spalhe protectrice
tombe. Inflorescence en panicule longue, souvent de plus d'un mètre, pyra­
midale, terminale, à ramitications rigides; épillets rapprochés, alternant trois
par trois, sessiles, comprimés, lancéolés : chacun muni, à la base, de trois
glumes inégales; fleurs environ 5, à deux glumelles inégales, roulées sur ellesmêmes ; étamines 6, très courtes, à anthères oblongues; stigmates 3, velus ;

�m■

style Ion", velu; ovaire à deux glumellules membraneuses el pubescentes;
caryopse oblong, ressemblant à celui de l'avoine cultivée.
Le bambou des Antilles ne produit que très rarement des fleurs, encore ne
les trouve-t-on que sur des pieds qui poussent dans les endroits secs. Les
jeunes pousses renferment une moelle spongieuse, d une saveur agréable et
sucrée, et lorsqu'elles ont acquis plus de solidité, il découle naturellement de
leurs nœuds une liqueur mielleuse, qui se coagule et se convertit en larmes
concrètes constituant un véritable sucre dont on faisait grand usage avant la
culture de la canne à sucre. Avec les jeunes pousses, on prépare aussi une
salade agréable el saine. — Les malfaiteurs, sous l'empire d'un désir de ven­
geance, grattent les poils qui recouvrent les spathes.les ramassent et les mêlent
aux herbes destinées au bétail ; ces poils se fixent dans la gorge et le tube diges­
tif de l'animal qui ne larde pas à dépérir pour mourir enfin d'inanition au bout
d'un certain temps. On se sert des nœuds de bambou en guise de pots à fleurs ;
avec les liges, on fait des gouttières, des clôtures, des cercles, des ustensiles
à boire, des mâts pour les petits canots, des gaules pour la pêche, etc. Les
feuilles forment un bon fourrage pour les animaux. La décoction des feuilles
est employée, en beaucoup d'endroits, contre les rhumes et les catarrhes. —
Abondant dans la basse et surtout dans la moyenne région jusqu'à une alti­
tude de 700-950 met. [X° 3135.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Bambou. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe.
[N ” 1*285.]
sous - tribu

ii.

festucées .

—

/,e Division. —

Bromàes.

Arundo fourni', (du mot celle « aru », eau, allusion à l'habitat de la plante,
ou de « arere », être sec, à cause de la lige sèche qui caractérise ce genre de
végétaux, ou de « ruere », faire du bruit.)
%
A. Donax L. (du grec « donax », roseau.) Vulgo : Bambou indien. —
Ornemental, haut de 2-4 mèt., stolonifère, d'un aspect gris, souvent tor­
tueux, à panaches blancs, pyramidaux, allongés. — Probablement introduit,
naturalisé ; çà el là à l étal sauvage et cultivé dans les jardins comme plante
d'ornement : Moule, Baie-Mahaull, environs de la Pointe-à-Pitre. [X os 3145,
3471.]
M a r ti n iq u e . Yulgo : Roseau des mares. — Prêcheur (rivière du Céron),
Carbct (emhouchure de la rivière), Lamènlin, etc. rN° 56L]
Phragmites Trin. (du grec « phragmis », haie, parce que, dans le Midi de
la France, on fait des haies avec ces plantes.)
P. marlinicensis Trin., Arundo occidenlalis Sieb. ; Phragmites de la Mar­
tinique. Yulgo : Petit roseau. SL, t. 67. — Haut de 2-4 mèt., droit, stolonifere. Feuilles linéaires, acuminées, légèrement scabres sur les bords; bord
de la ligule cilié ; panache large, penché, branches du panache verticillées.

— Endroits marécageux près de la mer ; Anses-d'Arlet, Carbct (rare), Robert,
François, Trinité (Tartane). [N° 1283.] — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Gynérium Humb. et Bompl. (du grec « guné », femme, et « erion », laine,
parce que les fruits sont garnis d'un duvet laineux.)
G. saccharoides ITumb. et BonpL; Gynérium ressemblant à une canne à
sucre. Yulgo : Roseau d'Inde, grand roseau, roseau de rivière. — Vivace
par ses stolons, haut de 4-6 mèt., très droit. Feuilles de canne à sucre;
panache très long, penché, à branches unilatérales. Fleurs petites. — On se
sert des tiges pour latter les toits des chaumières, pour palissader les cases;
on en fait aussi des nasses et des paniers à capturer le poisson. — Assez
abondant dans les endroits humides ou aquatiques de la basse région : YieuxHabitants, Pointe-Noire, Sainte-Rose, Lamentin, Morne-à-l’Eau, etc.
[N° 3138.]
M a r tin iq u e . Vulgo ; Grand roseau. — Prêcheur (Céron), Carbet, Maçin,
Anses-d’Arlet, etc. [N° 1284.]

Orthoclada Pal. Beauv. (du grec u orllios », droit, et « klados », branche,
parce que les branches de la paniculc sont droites et rigides.)
*0. rariflora Nees; Orthocladc à fleurs peu nombreuses. — Vivace, stolo­
nifère, cespiteux, haut de 60-80 cm., droit. Feuilles longues de 14-16 cm.,
ovales-lancéolées, acuminées, à pétiole long de 3 cm.; panicule ramassée,
allongée, à branches filiformes, rigides, nues dans le bas. — Vit en société
dans les endroits ombragés et souvent inondés, ou marécageux : BaieMahaull (dans la vaste forêt de filet La Jaille, seul endroit où j ’aie trouvé
cette belle graminée). [X° 3522.1 — Elle n'existe pas à la Martinique.

Eragrostis Host. (de la particule grecque « eri », beaucoup, et « agrostis »,
herbe, parce que les épillets sont mullitlores et forment habituellement une
grande panicule.)
E.
giganlea Trin. ; Eragrostis géant. Yulgo : Herbe à chapeau (au Moule).
— Yivace, cespiteux, rigide, droit, haut deO m80-111120. Feuilles très longues,
rapprochées dans le bas, distancées dans le haut, linéaires, longuement
acuminées, souvent roulées; panicule longue de 30-43 cm., allongée, forte­
ment penchée, portée sur un chaume nu dans le haut; épillets bruns.—
Assez abondant dans les terres sablonneuses près du bord de mer : Baillif,
Moule, Gozier, Marie-Galante, etc. |N° 3142.]
M artin iq u e . Yulgo : Herbe à chapeau. — Prêcheur (embouchure de la
rivière Sèche), Trois-Ilets (abondant au bord de mer près de l'embarcadère),
Marin, etc. [N° 565.]
E.
proliféra Steudel; Eragrostis prolifère. Yulgo : Herbe à chapeau. — Se
distingue du précédent ; par sa taille beaucoupplus élevée, sestiges géniculées,

�502

PLANTBS DF l.A GUADELOUPE ET DE T.A MARTINIQUE

branchucs: par ses feuilles inférieures courtes ; par sa panicule lâche, scs
épillets plus larges et plus bruns. — Pointe-Noire (près du bord de mer),
Baillif, Yieux-Habitanls, elc. N° 342*2.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Marti­
nique.
* E. plumosa Link ; Eragrostis plumeux. Vulgo : Herbe à bouquets. —
Annuel, ccspiteux, plus ou moins droit, haut de 1*2-18 cm., ornemental,
Feuilles peu nombreuses, ovales-lancéolées, aeuminées, courtes; chaume
lîliforme, géniculé ; panicule dressée, ramassée, ovoïde, longue de 4-7 cm. :
partie nue du chaume trois fois plus longue que la panicule. — Autour des
maisons, dans les jardins et les champs cultivés : Basse-Terre, Baillif, VieuxHabilanls, Moule, Saint-François, etc. [N° 3143 b.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe à bouquets.— Dans les jardins abandonnés et
les terres cultivées ; Saint-Pierre, Carbet (cimetière), Case-Pilote. N“ 566.]
’ E. pilosa Beauv.; Eragroslis à épillets poilus. Vulgo: Herbe à bouquets. —
Annuel, cespileux, de taille et de port très variables, tantôt diffus et haut de
5-10 cm., tantôt élancé, peu touffu et haut de 50-65 cm., surtout quand il
vit en société avec d'autres herbes. Feuilles assez courtes, linéaires, roulées ;
épillets souvent pourprés. — Abondant dans les rues peu fréquentées, dans
les terres sablonneuses, dans les savanes humides des basse et moyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. [N° 3143.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Herbe à bouquets. — Abondant dans toute l'île.
[X° 793. — Introduit probablement du Midi de la France.
* E. replans Nees; Eragroslis rampant. M idi., Fl. de l'Amérique boréale,
vol. II. I. 11.— Haut de 4-6 cm., cespiteux, à tiges géniculées, filiformes,
ditruses. Feuilles courtes, linéaires, aeuminées. Epis au nombre de 6-1*2,
longs de i-7 mm., formant ensemble une petite grappe simple. — Diamant et
Marin (dans les savanes sèches près du bord de mer). N° 739 /;. J — Je ne
l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
E.
ciliaris Link; Eragrostis à épillets ciliés. Yulgo : Herbe à bouquets.
— Annuel, cespiteux, haut de 30-42 cm., plus ou moins diffus, plus rare­
ment droit. Feuilles ovales-linéaires, aeuminées; panicule contractée, longue
de 1-6 cm. : partie nue de la tige, entre la dernière feuille et la panicule,
longue de 8-10 cm. — Abondant autour des maisons, dans les cultures des
basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances.
N° 2706] (avec la variété à panicules minces et allongées.)
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Herbe à bouquets. — Abondant dans toute l’île.
: Xu&gt; 1305, *2710, forme ordinaire.] Nos 1307, 2707, forma minor.]

t" Division. — Agrostidées.
Sporobolus R. Br. (du grec « spora », semence, et « ballein », jeter, parce
que les caryopses se détachent facilement et de bonne heure.)

GRAMINEES

503

* S. vîrqinicus Klh ; Sporobole de la Virginie. Trin .,l. 18. Agrostis L., Vilfa
F. B.) — Vivace, droit, haut de 40-75 cm., à stolons rampants. Feuilles dis­
tiques, courtes, filiformes, aeuminées, à gaine poilue ou glabre ; panicule
spiciformc, relativement courte. — Vit en société sur le littoral sec ou
humide, pierreux ou non, et souvent dans les sables. [N °3 1 40.]
M a rtintque . — Extrêmement abondant sur presque toutes les plages et
souvent un peu à l’intérieur. [N° 1*277. j
S. liltoralis Klh; Sporobole du bord de mer. — Vivace, droit, haut de
1-2m 50, à stolons nombreux, très longs, profondément enterrés. Feuilles
toujours roulées, linéaires-sétiformes, très aeuminées; gaine cylindrique,
légèrement poilue ou glabfe; panicule allongée, spiciforme, renfermée à la
base par les dernières feuilles du chaume. — Fl. rarement. — Ait en société
sur les plages, oü il maintient les sables, que le vent impétueux tend à porter
dans l'intérieur des terres : Moule, Saint-François, Sainte-Anne, Port-Louis,
elc. [N° 316*2.]
M a r t i n i q u e . — Diamant (toute la plage), Trois-Rivières, Marin, SainteAnne. [N°562.]
* S. indiens R. Br., S. lenacissimus P. B.; Sporobole indien. Vulgo : Mâlefoin (au Moule), Mabouge. SL, l. 73, f. 1 ; Trin., le., t. 60. — Droit, cespi­
teux, haut de 40-80 cm., à chaume sec, tenace. Feuilles roulées, linéairesacuminées, longues. Fleurs purpurines, plus rarement blanches; panicule
contractée, longue de 25-35 cm. : les branches inférieures distantes. — A it
en société dans la région sèche, inférieure et basse, où il constitue souvent
l’unique herbe des savanes; moins abondant dans la région moyenne. —
Jeune, il forme un bon fourrage pour les moutons et les chevaux. — Toute
la Guadeloupe et ses dépendances. Alt. 0-800 mèt. [N° 3141.1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Cabouya. — Très abondant dans toutes les savanes
sèches de l’île. |X° 1*278.1
* S. Jacquemonlii Klh ; Sporobole de Jacquemonl. Vulgo : Mabouge. —
Ne diffère du précédent que par ses gaines cylindriques et striées, par ses
panicules plus ouvertes et à branches moins allongées. — Moins abondant,
mais même habitat. Alt. 0-500 mèt. XM31 41 /;.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Cabouya. — Même habitat que le précédent. X° 1*279. |

30 Division. — Sfipncées.
Aristida L. idu latin « arisla », barbe d'épi, arête, parce que les épillets
ont des glumes terminées par trois arêtes trilides.
A.
americana L., A. slriela M id i.; Aristide américaine. Vulgo : Barbe à
blé. — Annuel, cespiteux, stolonifère, plus ou moins droit, ne dépassant
guère 60 cm. de haut. Feuilles roulées, filiformes : bord de la ligule légère-

�504

PLANTES 1)E 1.A GUADELOUPE ET DF LA MARTINIQVE

ment cilié; épillets uniflores, barbus, à barbes trilides, capillaires, droites,
terminant la glume fertile; paniculc droite,effilée, lâche, délicate. — Hndroits
secs, chauds, sablonneux cl pierreux de la côte entre la Basse-Terre et la
rivière des Pères, Pigeon, Bouillante, Baillif. Alt. 40-350 mèt. [N° 3159.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Barbe à blé. — Abondant aux Fonds-Saint-Denis
(dans.les friches), hauteurs des Trois-Ilels et du Robert, etc. [N° 1326.]
4e Division. — Oryzôes.
Oryza salira 1,. Yulgo : Riz. — Haut de 0m80-l m 20, droit, à épillets en
paniculc contractée, penchée, est cultivé çà et là ,à la Guadeloupe [N° 3144]
et à la Martinique, au Gros-Morne, dans les hauteurs de Fort-de France.
.Y11287. — La récolte se fait habituellement en septembre et octobre.
Leersia Soland. (dédié à John Daniel Leers, né en 1727, à Wunsiedel, apo­
thicaire de l'université de Herborn, mort en 1774; a écrit : Flora herhor-

nensis.)
L. mona-ndra Sw.; Leersie à une seule étamine. Vulgo : Riz bâtard.—
Cespiteux, formant des touffes compactes, hautes de 60-90 cm. Feuilles lancéolées-linéaires, acuminées,scabres; ligule courte; paniculc d’abord étroite,
courte, ensuite allongée, à branches étalées, subunilatérales, distantes;
épillets pâles. Fleurs à une étamine; glumessans arêtes. — Peu répandu : çà
et là dans les bois secs des hauteurs du Diamant (habitation Kikandon).
Alt. 300-450 mèt. X° 775. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

.ïe Division. — P hniaridfies.
Olyra L. (du grec « oluein ». avoir peu de valeur, parce que les semences
contiennent peu de farine. L ’OIvra d’Homère, Iliade Y et Y III, était une
espèce d'orge, qui servait à nourrir les chevaux. Link etSprengel croient que
le Triticum zea Mort, actuel est l’Olyra des anciens.)
0. lalifolia L., 0. paniculala Sw. ; Olyre à feuilles larges. Yulgo ; Calu­
met. SL, t. 64, f. 2; Trin., /c., t. 346. — Yivace, sarmenteux, haut de 35 mèt., à lige ligneuse, cylindrique, polie, d’une épaisseur de 8-9 mm., con­
tractée aux nœuds, à branches pendantes. Feuilles vert pâle, membraneuses,
ovées-oblongues ou ovées-lancéolées, acuminées, inégales à la base. Inflo­
rescence en paniculc pyramidale, terminale; fleurs monoïques sur la même
paniculc ; les femelles, solitaires, pédicellées et situées aux extrémités des
branches; les mâles, dans le bas; glume de la fleur femelle très acuminée et
terminée par une longue barbe, l'autre à barbe plus courte; caryopse blanc,
libre, ellipsoïde, dur, poli et très luisant. — Abondant dans les mornes secs
ou humides ; Gourbeyre (Dolé, mornes Boucanier, Dos-d'Ane, les Palmistes),

Houëlmonl, Yieux-Fort, Trois-Rivières, Pointe-Noire, dans tous les grands
fonds de Grande-Terre, Marie-Galante, etc. Alt. 10-480 mèt. [N° 2701.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Calumet. — Abondant ; hauteurs du Prêcheur, de
Case-Pilote, des Trois-Ilets, de la Rivière-Salée, de la Régale, de la RivièrePilote. [N° 1286.]
* 0 . pauciflora Sw. ; Olyre à fleurs peu nombreuses. Yulgo: Petit calumet.
— Yivace ou annuel, stolonifère, cespiteux, à 6-1 (t liges, hautes de 4060 cm. Feuilles comme dans le précédent, mais plus petites. Inflorescence en
paniculc très courte, axillaire, naissant à l'aisselle des trois ou quatre der­
nières feuilles ; caryopse blanc, obovoïde, tronqué, arrondi au sommet et
muni d’un bec latéral très court. — Dans les mornes inférieurs, secs et pier­
reux de Houëlmonl, de Baillif, de la Pointe-Noire, de Deshaies (Gros-Morne),
etc. Alt. 150-400 mèt. jN° 3148.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit calumet. — Hauteurs du Prêcheur, de la GrandeRivière, du Fort-de-France, des Trois-Ilets, du Diamant, etc. [N° 733.]
Pharus P. Br. (du grec « pharos », enveloppe, habit, parce que les Noirs
de la Jamaïque se servaient autrefois de ses feuilles pour se couvrir.)
P. latifolius L., P. scaber H. B. Kth, P. ovalifolius Ham. ; SL, t. 73, f. 2;
Br., Jam., t. 38, f. 3. — Yivace, stolonifère, peu cespiteux, haut de 4085 cm. Feuilles distiques, larges, scabres en dessous, vert noir, souvent
panachées-zébrées, obovées-oblongues ou ellipliques-oblongues, cuspidées au
sommet, longuement pétiolées, penninerviées, à nervures secondairescourbes,
insérées à angle aigu : partie supérieure du pétiole légèrement creusée en
gouttière; partie inférieure ailée, à aile s’élargissant graduellement vers la
base. Inflorescence en panicule très ouverte, terminale, à branches spiciformes; pédoncules et surtout pédicelles pubescents; fleurs monoïques sur la
même panicule ; épillets biflores : les fleurs mâles, portées sur un pédieelle
filiforme; les femelles, sessiles; étamines 6; stigmates 3; glumes fertiles
plus longues que les stériles et pubescentes au sommet; caryopse cylindrique,
libre, noirâtre, long 'de 9-11 mm., garni de poils courts, crochus, muni au
sommet d'un bec dur et crochu. — Fl. d'avril à juillet. — Abondant dans
les mornes abrupts et secs de la région inférieure ; Massif de Houëlmont,
Vieux-Habitants, Pointe-Noire,
Baillif, Deshaies. Alt. 300-600 mèt.
[N ° 3147.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Avoine bâtard, collant. — Hauteurs boisées et sèches
du Diamant, des Trois-Ilets, de la Grande-Rivière. [N° 781.]
P. (jlaber H. B. et Kth; Pharus à feuilles glabres. Yulgo ; Avoine à chien.
Tuss., Fl., II, t. 8; Desc., vol Y I, t. 398, p. 65. — Ne diffère du précédent
que par sa taille plus élevée, ses feuilles plus longues, plus étroites et com­
plètement glabres, ses caryopses plus courts et presque glabres. — Même
habitat et tout aussi abondant que son congénère. [N u 3150.]

�PLANTES 1)F, LA GUADELOUPE ET DE T A MARTINIQUE

GRAMINEES

M a r t i n i q u e . Yulgo : Avoine bâtard. — Variété à pédoncules ol pédicelles
glabres.— Plus abondant que le précédent. Alt. 350-600 met. [N° 780.]

endroits secs, pierreux ou rocailleux, ou sablonneux des basses cotes de
Baillif, des Vieux-Ilabitanis, de Pigeon, de Bouillante, où il iorme gazon,
souvent sur une assez grande étendue. Alt. 0-300 mèL [N 08 2313, 3160.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe-savane. — Environs de Saint-Pierre, CasePilote, Grande-Rivière. [N° 779.J

506

6e Division. — Pappophoréés.

507

Pappophorum Sehreb. (du grec « pappos », aigrette, duvet, et « pherein »,
porter.)
P. hquroideum Schrad., P. alopecuroideum Yahl : Pappophoreà queue de
lièvre. Yulgo : Queue-de-renard, herbe à laine. Yahl, Symb., t. 51. —
Vivace par ses rhizomes, droit, très cespiteux et très ornemental, haut de 6090 cm., rarement plus haut, entièrement glabre. Feuilles très longues, étroi­
tement linéaires-acuminécs, roulées, rapprochées de la base du chaume.
Inflorescence en panicule allongée, blanche, longue de 25-30 cm., cylin­
drique, spieiforme, composée d'épis courts et simples, dans les pieds maigres,
l'astigiée et constituée d’épis longs et composés, dans les pieds gras; épillets :
les uns, sessiles; les autres, pédicelles, presque toujours réunis par paire,
Iritlores. La première tleur, hermaphrodite, est sessile ou pédieellée; la
deuxième, plus petite, pédieellée, est imparfaite; un peu au-dessus de celle-ci,
la troisième, est également stérile, ou réduite à un simple rudiment de (leur; les
deux stériles, sont étroitement adossées contre l'hermaphrodite. Glumes
stériles de la fleur complète ou hermaphrodite, membraneuses, transparentes,
ovées-lancéolées, uninerviées, à arêtes, et restant attachées au rachis après la
chute de l’épillel : l'extérieure, légèrement plus longue; toutes les autres
plumes, tant celles de la fleur complète que celles des stériles, garnies de
7-1 1 poils, plus longs que fépillet, rigides, de longueur inégale, blancs et
formant comme une aigrette semblable à celles des Synantbérées.— Feu
répandu. Endroits secs ou sablonneux de la région inférieure et de la région
du littoral : Basse-Terre (La Pintade où il vil en société sur une petite éten­
due , Pointe-Noire (entre le bourg et le bord de m e r).— Alt. 5-100 mèt.
[.V3164.]
M a r t i n i q u e . Yulgo

: Herbe queue-de-renard. — Fond-Canonville, Prêcheur.
Alt. 0-50 mèt. [N° 1329.]
SOUS-TRI DU III. CHLORIDÉF.S.

Bouteloua Lag. dédié à l’Espagnol Boulelou. de Madrid, botaniste; a
écrit un ouvrage sur l'horticulture, en 1813. )
' B. litigiosa Lag. Yulgo : Herbe sèche. Sw., O/mc/t ., I. 2, f. 2. — Haut de
45-60 cm., cespiteux, plus ou moins droit, à chaume sec, géniculé, filiforme.
Feuilles inférieures, courtes, plates ; les supérieures, plus longues. Inflores­
cence en panicule allongée, étroite, composée d'épis courts ; ligule briève­
ment ciliée; épillets distants, à 6-12 sur un épi. — Très abondant dans les

Leptochloa P. Beauv. (du grec « leplos », mince, et « cbloé », foin, berbe,
c'est-à-dire herbe à épis minces et allongés.)
* L . f lifonnis ltoem. et Schult. ; Leptochloa à épis filiformes. Yulgo ; Herbe
fine. — Annuel, très droit, cespiteux, haut de 45-80 cm. Feuilles flasques,
plates, peu nombreuses, linéaires-acuminées ; chaume sec, à nœuds noirs et
contractés; panicule lâche, pouvant atteindre 40 cm. de long, à épis longs,
liliformes, légèrement penchés, longs de 8-15 cm. ; épillets distiques, distants,
bi-quadriflores; glumes barbues; pédicelles glabres. — Çù et là dans les
terres sablonneuses des basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. ( V 3807.]
M a r t i m q u e . Yulgo : Herbe fine. — Dans foule file, sans être abondant
nulle part. [N° 532.]
* L. virgala P. IL ; Leptochloa droit comme une baguette. \ ulgo : Piedpoule de Saint-Domingue. SL, t. 70, f. 2. — Annuel, haut de 0 m 80-1 mèt.,
très vert, cespiteux; panicule longue de 10-14 cm., à épis rapprochés, pen­
chés d’un côté : les inférieurs, longs de 8-12 cm. ; les supérieurs, plus courts;
épillets rapprochés, très nombreux, 3-6-florcs, glumes ciliées, toutes briève­
ment barbues. Variable quant à la couleur, au nombre et à la longueur des
épis. — Répandu dans la région inférieure de toute la Guadeloupe et de ses
dépendances. Alt. 0-500 mèt. N° 3156.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe droite, berbe aux chevaux. — Dans toute file,
mais surtout aux environs de Saint-Pierre, Carbet, Parnasse, Basse-Pointe.
[N° 531.]
Chloris Sw. (du grec « chloros », vert jaune, parce que la plupart des
espèces ont cette couleur.).
‘ C. raxliata Sw. ; Chloris à épis disposés en ombelle. Yulgo ; Petit piedpoule. — Annuel, droit, cespiteux, haut de 30-45 cm. Feuilles courtes, mem­
braneuses, rapprochées, distiques, confinées dans le bas de la tige, largement
linéaires, plates, obtuses au sommet, souvent ciliées à la base; chaume à
noeuds rétrécis, bruns; panicule contractée, longue de 6-8 mm. Epis digités,
rapprochés, spiciformes, au nombre de 10-20 ; l'inférieur habituellement
distant des autres; épillets très brièvement pédicellés, unitlores : ceux du
bas de l’épi habituellement distiques; les supérieurs, tournés d un seul côté;
glumes extérieures longuement barbues, les autres à barbes beaucoup plus
courtes. — Très abondant le long des chemins, dans les terres en friches ou

�50 8

PLANTES I)E LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

cultivées de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-500 met.
[N° 2708.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit pied-poule. — Très abondant dans la région
inférieure de toute 1île. N° 1272.]

* C. bar ha la Sw. : Chloris à épillels barbus. Yulgo : Petit pied-poule. Trin.,
Ic., t. 306. — Annuel, haut de 40-70 cm., droit, rarement couché à la base,
à chaume grêle. Feuilles situées vers la base du chaume, linéaires-acuminées,
plates: panicule très contractée, comptant 5-8 épis longs de 4 cm.; éprllets
tronqués au sommet, à trois barbes noirâtres, longues. — Peu abondant :
chemin de la Basse-Terre à Gourbevre, Baillif, Vieux-Habitants. Alt.
0-300 met. [N° 3158.]
M a rt in iq u e . Yulgo : Herbe à barbes. — Environs du port des Transatlan­
tiques, de Fort-de-France, Trois-Ilets (environs du bourg). [N° 782.]
*C. ciliata Sw. ; Chloris à épillets ciliés. Yulgo : Petit pied de poule, Trin.,
Ic., t. 307.— Annuel, droit, hautde 40-60 cm. Feuilles plus longues et plus
larges que dans les deux précédents. Epis digités, au nombre de 4-6, longs
de 5-7 cm.; épillets triflores; glumes garnies de cils soyeux, blanchâtres tout
le long du bord; barbes courtes. — Peu abondant. Çà et là dans les endroits
abandonnés et le long des routes : Trois-Rivières (environs du bourg),
Capesterre (Guadeloupe), Marie-Galante (Saint-Louis). Alt. 5-308 met.
[N° 3158 h.]
M arti ni que . Yulgo : Petit pied-poule. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : Rivière-Salée (bord des chemins), Rivière-Pilote, Marin, SainteLuce. [X° 1273.
Dactyloctenium W illd . (du grec « dactylos », doigt, et « klenion », dimi­
nutif de « kteis », peigne, parce que les épis sont disposés comme les doigts
de la main et les épillets comme les dents d'un peigne.)
* D.ægypliacurn W illd. ; Dactvloctène d'Egypte. Yulgo : Trin., Ic., t. 69. —
Annuel, très cespiteux, diffus ou plus ou moins droit, haut de 30-45 cm.
Feuilles plates, rigides, garnies de poilslins et droits. Epis 2-4, digités, longs
de 12-15 mm.: épillets bruns noirs, bi-quadrifïores, sessiles, étroitement
imbriqués sur deux rangs, du côté supérieur du rachis; glumes brièvement
barbues; péricarpe du caryopse utriculaire. — Dans les endroits sablonneux
et les savanes sèches des basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe : Marie-Galante, les Saintes, etc. [N° 2711.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe fine. — Basse région de toute l'île. [N° 1271.]
Eleusine Gaertn. (du nom de la ville grecque « Eleusis », où Gérés, la
déesse du blé, fut particulièrement honorée; les semences de celte graminée
donnent de la farine comme les grains de blé.)
* E. indica Gaertn.; Eleusine indien. Yulgo : Pied-poule. Trin., Ic., t. 71.

— Cespiteux, haut de 30-70 cm., le plus souvent droit, slolonifère, fortement
feuillu dans le bas ; à chaume comprimé. Feuilles linéaires-acuminées, plates.
Epis longs de 7-10 cm., rarement plus longs, réunis par 3-6 : un de ces épis
distants des autres; épillets sans barbe.— Commun dans les basse et inframoyenne régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. — Les
racines, prises en infusion ou en décoction dans du ri/., sont, dans les colo­
nies, d'un fréquent usage comme rafraîchissantes et calmantes. [N° 2704.j
M a r t i n i q u e . Yulgo : Pied-poule. — Abondant dans toute l'île. [N° 1270.]
Cynodon Rich. (formé de deux mots grecs qui veulent dire dent de chien :
« xuon », chien, et « odous », dent.)
* C. Daclylon Pers.; Cynodon à épis disposés comme les doigts de la main.
Yulgo : Petit chiendent. — Vivace, très slolonifère, haut de 20-60 cm.,
dill’us à la base; dressé aux extrémités, à chaume ligneux dans les vieux pieds,
délicat, filiforme dans le haut. Feuilles très vertes, courtes, linéaires-acu­
minées, roulées. Epis réunis par 4-5, filiformes, divergents, longs de 4-5 cm.,
à rachis étroit; épillels unillores ; glumes imberbes. — Abondant sur les bords
des chemins, dans les rues peu fréquentées, sur les vieux murs des basse et
infra-moyenne régions de toutes les Antilles. X° 2715. — Probablement
introduit d'Europe.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Chiendent. [N° 1274.]

TRIBU II. PANICÉES. — sous-tiubc i . paspalbes .

Paspalum L. (du grec « paspalos », millet, d'après Hippocrate (formé de
« pas », entier, et « paie », farine), c'est-à-dire plante dont les semences
donnent beaucoup de farine; le genre Paspalum est voisin du genre millet.)
* P. platycaule Poir., P. compressum Xees, P. guadahipense Sleud.; Paspale à chaume large. Yulgo : Herbe-sûre mâle. Trin., Ic., t. 118. — Diffus
ou plus ou moins droit, très feuillu dans le bas; à stolons rampants et radicanls; à chaume comprimé et souvent branchu. Feuilles plates, très vertes, le
plus souvent ciliées. Épis 2-6, distants, filiformes, les plus longs mesurant
9-10 cm; épillets petits, distants, disposés sur deux rangs, brièvement pédicellés, dépourvus d'involucre. — Dans toutes les savanes humides ou plus ou
moins sèches de toute la Guadeloupe; plus rare à la Grande-Terre, à la
Désirade et à Marie-Galante. Alt. 0-600 mèt. Nu 2678.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe-sûre. — Dans toutes les savanes jusqu à une
altitude de 530 mèt. [N os 776, 777.]
* P. conjugal uni Berg, P. ciliaium Lam.; Paspale à épillets conjugués.
Vulgo : Herbe-sûre, herbe-sûre mâle, herbe fine, herbe-mouton femelle,
herbe-gazon. Trin., Ic., I. 102. — Slolonifère, radicant à la base ; à chaume

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

R;

faible, grêle, haut de 10-60 cm. Feuilles plaies, ciliées; gaine comprimée;
nœuds rétrécis, noirs. Epis '2, rarement 3, longs de 8-12 cm., filiformes, diver­
gents, courbes, dont 1 toujours placé à distance; épillels très brièvement
pédicellés, disposés sur deux rangs qui se louchent ; rachis linéaire, légère­
ment cannelé sur le dos; glumes stériles à 2 nervures; caryopse ové,
aplati. — Constitue une des meilleures herbes fourragères des Antilles. —
Très abondant dans toutes les savanes, où il forme souvent gazon. Alt.
0-850 mèt. [X° 315 i.j
M ar ti n iq u e . Vulgo : Herbe-mouton, herbe line. Alt. 0-700 mèt. X° 1276.]
* P. duslichum L. ; Paspale à feuilles distiques. Vulgo : Herbe à cabrit.
Trin., 7c., I. 112 et t. 120. — Vivace ou annuel, haut de 35-60 cm., à rhi­
zome rampant, stolonifère, gros, à chaume droit ou plus ou moins couché.
Feuilles courtes, roulées, glabres ou poilues à la base. Epis 2, longs de
4-5 cm., divergents d'abord, ensuite convergents, dont 1 toujours situé plus
bas; épillels sur deux rangs, ovés, larges; glume stérile, à 3-5 nervures;
rachis linéaire, aplati sur le dos. — Dans les savanes et endroits humides, ou
aquatiques : Gourbeyre, Camp-Jacob, Trois-Rivières, etc. Alt. 0-600 mèt.
[X" 3609.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-mouton, herbe-cabri t. — Parnasse, Fort-deFrance, Lamentin, Ducos, Rivière-Salée, Case-Pilote, Robert, François, etc.
[X° 545.]
* ?.pusillum Vent. ; Paspale petit et mince. — Rampant, radicanl, à chaume
filiforme, long de 30-60 cm. Feuilles petites, vert très pâle, plates, souvent
pubescentes, aussi longues que les entrenœuds. Epis 2-5, rapprochés, longs
de 5-7 mm.: rachis linéaire, plat sur le dos; épillets sur deux rangs, briève­
ment pédicellés, rondâtres. — Peu abondant. Çà et là le long des chemins,
dans les champs de cannes, les plantations de manioc, etc. : Fontaine Didier,
Prêcheur, Parnasse, Carbet, etc. Alt. 10-400 mèt. X° 565.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
* P. notatum Fliigg. ; Paspale très caractéristique. Vulgo : Herbe-sûre
femelle. Trin., 7c., H. 114; Sw\, Ohserv., t.2, f. 1. — Herbe à rhizome stolo­
nifère, plus ou moins rampant, à chaume droit ou incliné, haut de 35-55 cm.
Feuilles distiques, glauques, confinées vers la base : les supérieures peu
nombreuses, distantes et courtes; chaume comprimé. Epis 2, divergents,
longs de 6-8 cm. ; le terminal plus haut; épillels ovés, obtus, glabres, larges ;
glume fertile, à 3-5 nervures, insérées sur deux rangs; rachis linéaire, plat
sur le dos. — Cette espèce ressemble de prime abord au P. distichum ; mais
il en diffère surtout par ses feuilles vert glauque, ses stolons très longs, et ne
se rencontre que le long des ruisseaux, dans les lits des rivières et sur le bord
des mares : environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Lamentin, Baie-Mahaull,
Moule, Marie-Galante, etc. Alt. 0-600 mèt. [X us 2675, 3610.]

GRAMINÉES

511

M a r t i n i q u e . Vulgo : Zerbe à mouton. — Endroits aquatiques, bords des
ruisseaux, le long des canaux, etc. [X° 558.]

* P. selaceum M id i.; Paspale séteux. Trin., 7c., t. 129 et 130. — Annuel,
délicat, à rhizome rampant, radicanl, long; chaume géniculé, couché
ou plus ou moins ascendant, haut de 40-60 cm. Feuilles glabres, flasques,
longues,penchées, plates. Epis 1-2, dont un très distant, longs de 4-5 cm.,
arqués, portés sur un chaume grêle et filiforme, ou naissant à 1aisselle du
dernier nœud; épillets glabres, insérés sur trois rangs; rachis glabre, plat
sur le dos. — Peu abondant. — Endroits ombragés et humides des environs
du Camp-Jacob (chemin de la Cascade de Vauehelet), Gommier, Matouba,
bois inférieurs des Bains-Jaunes, etc. Alt. 400-800 mèt. [X° 2673.] — Je ne
l'ai pas trouvé à la Martinique.
* P. fim.bria.lum 11. B. Kth; Paspale à épillets frangés. — Annuel, orne­
mental, cespiteux, très droit, haut de 40-60 cm. Feuilles plates, ciliées;
épis 2-5, rarement 7, longs de 4-5 cm. : les inférieurs, très distants; les supé­
rieurs, plus courts et plus rapprochés; rachis trigone, plat sur le dos, large ;
glumes stériles, trinerviées,garnies d'une aile large, frangée-lacérée ; épillets
ovés, obtus, mucronés, pédicellés. — Assez abondant sur la route de la
Basse-Terre à Gourbeyre et du Camp-Jacob, Trois-Rivières (dans les
chemins des caféières), etc. Alt. 10-400 mèt. [X° 2679.]
M a r t i n i q u e . — Environs de Fort-de-France, roule du Lamentin à Ducos,
hauteurs de la Rivière-Salée, Marin, etc. [X° 1276.j
P. glahrum Poir. ; Paspale glabre. Vulgo : Herbe-café. Trin., 7c., t. 126.
— Cespiteux, haut de 50-70 cm., plus ou moins diffus. Feuilles longues,
plates. Epis 3-9, filiformes, distants, longs de 5-7 cm. : les supérieurs plus
courts; rachis linéaire, convexe sur le dos; épillets sur quatre rangs, plus
rarement sur trois, obovés-oblongs ou clliptiques-oblongs, souvent légère­
ment pubescenls. — Abondant dans les terres sèches, sablonneuses ou cal­
caires des mornes inférieurs : Vieux-Fort, Vieux-Habitants, Deshaies, Désirade, Marie-Galante, grands fonds de la Grande-Terre. |X0S 2674, 3153. \
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-sûre bâtard. — Endroits secs des hauteurs
inférieures de Case-Pilote, de Case-Navire, du Marin, des Trois-Ilels, etc.
[X° 550.]
»
* P. plicatiilum Mich., P. undulalum Poir.; Paspale à feuilles légèrement
plissées. Vulgo : Herbe-café. Trin., 7c., t. 140. — Annuel, cespiteux, très
droit, haut de 50-80 cm.; à racines filiformes, fortes; à chaume comprimé.
Feuilles ondulées sur les bords, rigides, droites, larges, ciliées à la base;
ligule garnie au sommet et sur les deux bords de poils plus ou moins nom­
breux. Epis 5-7, un terminal, les autres distants, longs de 4-6 cm. : les supé­
rieurs plus courts; rachis trigone, plat sur le dos; épillets sur quatre rangs,
ovales-obtus, pédicellés; glumes stériles, à 5 nervures. — Abontlaut dans

�512

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET DE LA MARTINIQUE

les savanes herbeuses et sablonneuses, clans les chemins des caféières, dans
les plantations de manioc des régions moyenne et basse : Basse-Terre (champ
d Arbaud), Gourbeyre, Baillif, Trois-Rivières, Montéran, etc. Alt. 30400 met. [N°* 2676, 3608.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à cheval. — Parnasse, hauteurs de Périnell,
Trois-Ilets, Anses-d Arlet (abondant), La Régale, Saint-Esprit, etc. [N os 548,
720.]
* P. virgalum L. ; Paspale très droit. Vulgo : Herbe rude. Trin.,/c., t. 133;
SI., t. 69, f. “2. — Cespiteux, formant de grandes toufies, haut de 0 U1 80-111130.
Feuilles larges, longues, glabres, plates, scabres sur les bords; gaine assez
souvent ciliée. Epis 8-12, d'une longueur moyenne de 10 cm. : les supérieurs
souvent plus courts, un terminal, les autres distants; rachis vigoureux, trigone; épillels obovés ou rondàtres elliptiques, quelquefois pubescents sur les
bords. — C'est de tous les Paspalum l'espèce la plus vigoureuse, possédant
les caryopses les plus volumineux. — Endroits fertiles et le long des chemins
de campagne des basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
proprement dite; plus rare à la Grande-Terre. Alt. 0-500 met. [N° 2680.]
M a rt in iq u e . — Herbe à cheval. — Case-Pilote (Fond Layette et Fond
Bridé), Case-Navire, Lamentin, Fort-de-France (environs), Trois-Rivières,
Robert, etc. N° 552.]
* P. paniculaiuin L. ; Paspale à épis en panicule. Vulgo : Herbe à cheval.
Trin.,/c., t. 127; SL, t. 72, f. 2. — Droit, cespiteux, ornemental, haut de
70-95 cm., à chaume comprimé. Feuilles longues, relativement larges ; gaine
couverte de poils luisants, couchés; ligule longuement ciliée et garnie de poils
courts et luisants. Epis droits, 30-40 : les inférieurs, longs de 5-6 cm.; les
supérieurs, plus courts et plus rapprochés, constituant ensemble une belle
panicule pyramidale ; épillels petits, insérés sur quatre rangs, arrondis ou
ovés-rondàtres ; rachis trigone, légèrement convexe sur le dos ; épillels petits,
insérés sur quatre rangs, arrondis ou ovés-rondàtres. — Espèce facile à
reconnaître à cause de sa panicule à épis nombreux. •— Abondant dans les
terres sablonneuses et les savanes humides de la région inférieure : roule de
la Basse-Terre à Montéran, Camp-Jacob, Gourbeyre (grande savane près du
Valcanard), Trois-Rivières, Lamentin, Sainte-Rose (Sofaya), Morne-à-l’Eau,
Moule, Sainte-Anne, etc. [N ° 2677.!
M a rt i n i q u e . Vulgo : Herbe à mulet, herbe achevai. — Abondant : Carbet
(vallée), Case-Pilote (Fond Layette, Fond Brûlé, Belle-Fontaine), CaseNavire, Lamentin, Ducos, Trinité, Robert, etc. [N os 5f9, 554.]
P. saccharoides Nees; Paspale à panache de canne à sucre. Vulgo : Calu­
met. Trin., Ic ., t. 107. (Tricholæna Schrad.) — Vivace par ses stolons, à
chaume fort, ligneux, creux, trois fois plus gros à la base qu’une plume
d oie, renflé aux nœuds, toujours tortueux, géniculé, branchu, presque lou-

51 3

gr a m i n é e s

jours à branches penchées, haut de 111150-3 mèt. Feuilles distiques, relative­
ment courtes, laineuses en dessus, linéaires-acuminées, cinq à sepl fois plus
longues que les entrenœuds:gaine glabre ou légèrement poilue; ligule ciliée.
Epis 20-28, longs de 20-26 cm., toujours penchés, filiformes, formant une
panicule corymbiforme, courte; épillels blancs, laineux-soyeux, lancéolés,
acuminés, brièvement pédicellés; rachis glabre. — Abondant sur les talus et
dans les falaises abruptes et humides des régions moyenne et infra-moyenne :
Camp-Jacob, Bagatelle, Gommier, Matouba, Trois-Rivières (environs du
Trou-au-Chien). Alt. 350-900 mèt. [N°3366.]
M a r t i m q ù e . Vulgo : Calumet blanc. — Très abondant : roule de la Trace,
Camp de l’Alma, fontaine Absalon, roule des Deux-Choux au Gros-Morne,
et à la Trinité, etc. [N° 1317.]
Eriochloa H. B. et Kth (du grec « erion », laine, et « chloa », foin, parce
que les épillels sont garnis de poils fins et laineux.)
* E. puncta la Ham.; Eriochloa ponctulé. Vulgo : Herbe àlaine. Trin., /c.,
t. 153. — Vivace par ses rhizomes, ornemental, droit, cespiteux, haut de
0m 80-1 m10, à chaume cylindrique. Feuilles largement linéaires-acuminées,
glabres, souvent pubescentes aux nœuds, à gaines et ligules glabres. Inflo­
rescence en grappes dressées, allongées, longues de 10-14 cm., composées de
10-14 épis : les inférieurs, distants, longs de 3-5 cm.; les supérieurs, plus
courts et plus rapprochés; rachis et pédicelles pubescents; épillets subsessiles, alternes, ovés-lancéolés, garnis d’un duvet fin. soyeux et luisant. — Le
long des roules, dans les savanes herbeuses, humides et fertiles de la région
inférieure et basse : environs de la Basse-Terre. Montéran, Ducharmois,
Gourbeyre, Trois-Rivières, Vieux-Fort, Pointe-Noire. Alt. 40-400 mèt.
[N° 2709.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à laine. — Peu abondant : cnvfrons de Fortde-France, Port des Transatlantiques, Lamentin, Rivière-Salée (habitation
Sainl-Pée. [N° 540.'
Stenotaphrum Trin. (du grec « sténos », court, et « taphros », fosse, parce
que les glumes sont concaves et les épillets couchés dans les petites fossettes
du rachis.)
S. americanum Schrk..S, glabruin Trin.; Stenotaphre américain. Vulgo :
Gros chiendent. — Vivace, très stolonifère, rampant et radicant à la base,
plus ou moins dressé aux extrémités, haut de 30-90 cm., branchu, à chaume
comprimé. Feuilles rigides, distiques, obtuses, courtes, naissant par deux à
l’aisselle des nœuds; gaine comprimée, glabre; ligule glabre. Epis solitaires,
longs de 6-7 cm., axillaires et terminaux : ces derniers, plus longs; épillels
bilatéraux, bilrisériés, couchés dans les cavités du rachis; glumes très con­
caves, imberbes, pointues, dures, oblongues-Iancéolées.
— Abondant dans les basse et infra-moyenne régions, où il forme souvent
Duss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

33

�514

PLANTES

DR LA GUADELOUPE

ET DE LA MARTINIQUE

gazon sur d'assez grandes étendues : Vieux-Fort (près du bord de mer),
Camp-Jacob, Montéran, Matouba, Pigeon, 'l'rois-Rivières, et dans les grands
fonds de la Grande-Terre. AU. 10-040 met. X° 3151.
M a r t in iq u e - Vulgo : Gros chiendent. — Savanes du Morne-Rouge, hau­
teurs de Périnell.du Prêcheur, du Lamcntin, du Saint-Esprit, etc. [X° 1324. j
Oplismenus Reauy. (du grec « hoplizein », armer, parce que les glumes
sont pourvues de longues arêtes.)
0. selarius R. et Sch.; Oplismène séteux. Vulgo : Herbe à barbes. Orthopogon R. B r .)— Annuel ou vivace dans les endroits humides), rampant,
radicant, long de 0 m 40 -lm20, souvent ascendant aux extrémités, à chaume
grêle, branchu. iiliforme dans le haut. Feuilles ovées-lancéolées ou lancéo­
lées, brièvement acuminées, parsemées en dessus de quelques poils; gaine
ciliée. Epis 5-0, longs de 1-3 cm., très distants, en panicule terminale,
longue de 10-13 cm.; épillels 5-11, dans un épi; glumes stériles 3, ciliées,
longuement barbues ; les 2 supérieures à barbes plus courtes ; rachis commun,
glabre; le secondaire, hispidulé.— Très abondant dans les chemins des
eal’éières, cacaoyères, dans les clairières des grands bois : Matouba, CampJacob, Bagatelle, Gommier, les Palmistes, hauteurs des Vieux-Habitants, des
Trois-Rivières, etc. Alt. 400-800 mèt. X° 3826.]
M a rt i n i q u e . Vulgo ; Z'erhe à barbes. — Abondant ; fontaines Didier et
Absalon, hauteurs de Case-Pilote, Parnasse, Champflore, Basse-Pointe, etc.
[X° 778.]
0. loliaceus Beauv. Oplismène ressemblant à l'ivraie. (Orthopogon R. Br.)
— Ressemble beaucoup au précédent quant au port et à la forme des
feuilles; il en diffère surtout par sa taille et ses feuilles plus petites,
ses épillets non ciliés. — Peu abondant : endroits ombragés de Montéran, de
Gourbevre, des mornes inférieurs de Houëlmont, etc. Alt. 100-300 mèt.
[X° 2714.]
M a rt i n i q u e . — Plus abondant ; environs de Saint-Pierre (Trois-Ponts et
Jardin botanique), Prêcheur, Grande-Rivière, etc. [X° 778 /;.]
1. Oplismenus africanus Beauv., 0. composilus Beauv., vulgo : Herbe
panachée, vivace, radicanle, rampante, à feuilles ovales-lancéolées, zébrées
de blanc, à tiges filiformes, est naturalisé et cultivé dans les jardins et les
parcs comme herbe d'ornement. — Originaire de l'Afrique. [X° 3155. ! —
M a r t i n i q u e . X° 1325.
Panicum L. (du latin « panis », pain, parce qu’autrefois on fabriquait du
pain avec ses semences; le Panicum de Pline, X V III, 10, 25, est le Holcus
Sorgbum L. actuel.)
* P. paspaloides Pers., P . truncalum Tr. ; Panis ressemblant à unPaspalum.
Vulgo : Herbe à riz. Trin., Ic., t. 108. — Vivace, cespiteux, plus ou moins

GRAMINEES

515

droit, haut de 60-85 cm. Feuilles rigides, linéaircs-acuminées, à ligule briè­
vement ciliée, à nœuds noirs ou bruns. Epis 7-12, alternes : les inférieurs,
très distants, longs de 2-3 cm.; les supérieurs, graduellement plus rappro­
chés et plus courts, formant ensemble une panicule terminale, très allongée;
épillets très brièvement pédicellés, ellipsoïdes, pointus, insérés sur deux
rangs; glumes sans arêtes. — Peu abondant. Çà et là dans les régions infé­
rieure et basse : environs de la Basse-Terre (le long des cours d’eau), VieuxFort (dans les savanes herbeuses), Lamentin (environs de la Ravine-Chaude),
Baie-Mahault, etc. Alt. 0-300 mèt. [X° 3384.
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Herbe à riz. — Sainte-Anne (endroits aquatiques),
Case-Pilote (rivière du Fond Layette), cl Fond Brûlé. [X° 1293.]
P. colonum L., P. pseudocolonum Roth, P. Daltoni Parlât. ; Panis des
colons. Vulgo : Herbe à riz. Trin., Ic., t. 100. — Annuel, droit, haut de 3080 cm., rarement plus haut. Feuilles llasques, glabres, linéaires-acuminées,
sans ligule; nœuds bruns, rétrécis. Epis environ de même longueur que les
entrenœuds,en panicule longue de 8-12 cm. ; épillets insérés sur quatre rangs;
glumes stériles, mueronées. — Abondant dans les savanes fertiles, le long
des routes de la basse région de toute la Guadeloupe et de ses dépendances.
Alt. 0-300 mèt. [X ° 2084.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à riz. — Abondant dans toute l'ile. Alt.
0-300 mèt. [X® 1322.]
* P. Crus-galli L. ; Panis à crête de coq. Vulgo : Herbe à riz. Trin., Ic.,
t. 161. — Annuel, cespiteux, haut de 50-80 cm., slolonifère, géniculé à la
base et haut de l m20 dans les endroits aquatiques. Feuilles glabres, linéairesacuminées; ligule nulle. Epis longs de 2,5-3 cm., plus longs que les entrenœuds, en panicule terminale; épillets sur quatre ou six rangs, brièvement
pédicellés, hispidulés; glumes stériles mueronées, la troisième garnie d'une
arête qui devient souvent très longue dans la variété aquatique. — Assez
rare. Çà et là sur le bord des fosses et des ruisseaux, souvent dans les ruis­
seaux peu profonds : Baie-Mahault, Petit-Canal (environs du bourg).
Alt. 0-300 mèt. [X° 3161.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à riz 1. — Plus abondant qu'à la Guadeloupe et
répandu dans presque toutes les parties basses de l’ile. X° 542.]
* P. proslralum Lam., P. procumbens Xees, P. umhrosum Retz., P. insularum Steud.; Panis couché. Trin., Ic., t. 184, 185. — Annuel, couché, radi­
cant à la base, long de 25-60 cm., à nœuds géniçulés, à chaume Iiliforme.
Feuilles courtes, ondulées, souvent ciliées à la base, lancéolées-acuminées ou
1. Cette plante, originaire d’Orient, mais actuellement très répandue en Europe où elle
s’accommode de tous leslerrains, môme les plus sableux, peut être pâturée par les bes­
tiaux dès le premier printemps, mais c’est son seul usage. Les espèces décrites par Linné,
sous le nom de P. colonum et P. crus-corvi, n’en sont que des variétés, (lï. H.)

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

GRAMINÉES

** p molle S\\\. P. harhinode Trin., P. sarmentosum Ro\b., P. gundaloupense Sleud.; Panis à chaume mou. Vulgo : Herbe de Para. — \’ivace par

* P. dis tic hum Lam., pilosum Sw. ; Panis à feuilles distiques. Vulgo ; Herbe
à blé, herbe fine. Trin., /e., t. 213. — Stolonifère, tantôt très droit, tantôt
plus ou moins droit, eespiteux, haut de 40-80 cm., entièrement glabre.
Feuilles lancéolées-acuminées. Epis filiformes : les inférieurs, composés, en
panicule pyramidale, large à la base, pouvant atteindre jusqu’à 23 cm. de
long, et les épis inférieurs jusqu'à 10 cm.; épillets ovés, glabres, unilatéraux
et attachés du côté inférieur du rachis,ce qui leur donne un aspect très carac­
téristique; glume inférieure, à 3; les deux supérieures, à 5 nervures. —
Très abondant dans les savanes des moyenne et infra-moyenne régions, où il
vit en société sur des étendues souvent considérables : Camp-Jacob, Matouba,
Gommier, les Palmistes, Trois-Rivières, etc. Alt. 250-300 mèt. [N os 2687,
3179.]
M a r t i n i q u e . V ulgo : Herbe-savane, herbe fine. — Très abondant : Champflore, Ajoupa-Bouillon, hauteurs de la Basse-Pointe, de la Grand’Anse, de la
Rivière-Salée, etc. [N os 534, 735, forme uberior.]

518

ses rhizomes, rampant à la base et radicant, ensuite plus ou moins ascendant,
à chaume cylindrique, mou dans le haut, à nœuds renflés et garnis de poils
droits, fins et blanchâtres. Feuilles molles, relativement courtes, linéairesacuminées. glabrescentes ; gaine finement striée et le plus souvent pubeseente,
ciliée sur les bords; ligule glabre, brune. Epis simples : les inférieurs, souvent
composés à la base et longs de 5-6 cm.; les supérieurs plus courts, tous
beaucoup plus longs que les entrenœuds, en panicule pyramidale longue
de 10-20 cm.; épillels glabres, tournés d'un côté; glume inférieure, deltoïde,
étroite, uninerviée; les deux supérieures, à 5 nervures ; caryopse demicylindrique, légèrement ponctulé. — Introduit du Brésil, naturalisé et
cultivé pour la nourriture des chevaux et du bétail. — Abondant dans nos
deux colonies et dans presquetoutes les Antiljes. Alt. 0-600 met. [N° 2689. 1
M a rt in iq ue . Vulgo : Herbe de Para. N° 539.]
’ P. diffusum Sw. ; Panis diffus. Vulgo : Herbe-cabrit. Trin.. /&lt;■., t. 263. —
Annuel, très eespiteux. glabre, haut de l5-55cm., toujours plus ou moins couché
à la base, ensuite ascendant, à chaume filiforme. Feuilles étroites, linéairesaeuminées. Epis solitaires ou réunis par 2-7, étalés, souvent branchus à la
base, formant une panicule courte, très lâche, pyramidale, terminale, n'excé­
dant jamais 8 cm. de long; épillets bruns, irrégulièrement tournés d’un côté.
— Propre au terrain sec, rocailleux ou sablonneux, ou calcaire de la basse
région, où il forme souvent gazon sur une assez grande étendue ; Baillif,
Vieux-Habitants, Bouillante, Pigeon, Pointe-Noire, Deshaies, Vieux-Fort.
— Constitue un fourrage recherché des chèvres et des moutons. Alt. 5240 mèt. [N° 3181.]
M artinique Vulgo ; Herbe à cabrit. — Endroits secs entre les Anses-d’ArJet et le Marin. N° 536. j
P. r i vu lare Tr. ; Panis des rivières. — Vivace par ses rhizomes, très droit,
ornemental, haut de 1-1 "’ 20. Feuilles glabres, lancéolées, longuement acuminées. graduellement rétrécies à la base, longue de 15-25 cm. sur près de 3 cm.
de large; gaine finement striée : celles des feuilles inférieures, garnies de poils
serrés, couchés et de cils droits. Epis nombreux, composés, en panicule fastigiée, dressée, rétrécie à la base, élargie au sommet, longue de 30 cm.;
rachis principal, glabre, robuste; rachis secondaires et tertiaires filiformes;
épillets irrégulièrement unilatéraux, petits. — Rare : sur les bords de quelques
petites rivières, dans les hauteurs entre la Rivière-Salée et Sainte-Luce. Alt.
280-350 mèt. N° 708. — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
1. Cette graiVle espèce fourragère, originaire de l'Am érique chaude, de l’Afrique et de
l'Asie méridionale, constitue un superbe et excellent fourrage, atteignant jusqu’à deux
mètres de haut : elle donne un produit abondant dans les terres arrosées, mais ne peut
prospérer que dans les régions chaudes. (E. II.)

51 9

‘ P. maximum Jacq., P . jumentorum Pcrs. ; Panis très élevé. Vulgo: Herbe
de Guinée. — Vivace, très droit, haut (à l’état de culture) d e 0 "180-11,150 (à
l’état sauvage), de 3—P " 50 et alors à chaume ligneux, de l’épaisseur du petit
doigt. Feuilles linéaires-acuminées, à ligule laineuse, à gaine souvent pubescenlc dans le haut. Epis d'une longueur moyenne de 3 cm., étalés, verticillés,
en panicule racémiforme; pédicelles anguleux; glume inférieure, à 3-5, et
les deux supérieures, à 7-9 nervures; caryopse ellipsoïde, glabre, luisant. —
Originaire de la Guinée1. — Introduit dans les colonies pour la nourriture
des chevaux de la Gendarmerie. — Naturalisé et cultivé dans toutes les
Antilles. Alt. 0-750 mèt. [N° 3186.j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe de Guinée. [N° 1288.J
* P. Cayennense Lam. ; Panis de Cayenne. Vulgo : Herbe de Guinée bâtard.
— Droit ou légèrement incliné, quelquefois couché à la base, surtout dans
les endroits aquatiques, haut de 40-70 cm. Feuilles rigides, étroites, souvent
roulées, longuement acuminées, très pubescentes, surtout en dessous, plus
rarement glabres, glauques en dessous; gaine poilue, à poils gris et droits.
Epis en panicule lâche, d’abord l'astigiée, ensuite étalée, longue de 1-2 cm.,
«à branches non verticillées : les inférieures, composées et plus courtes que
les supérieures; pédicelles filiformes, rigides; pédicellules capillaires ; épillets
ellipsoïdes; première glume, deltoïde, tronquée, trois fois plus courte que
l’épillet; les deux supérieures, stériles, de même longueur et à 5 nervures ;

1. Ce grand panis est aujourd’hui cultivé dans presque toutes les régions chaudes et on
le considère, avec raison, connue un des meilleurs fourrages à faire consommer vert, en
ayant soin de l’associer à d’autres herbages pour l'alimentation des bestiaux. Il est meme
introduit en France et va jusqu’à la Loire, depuis le M idi; on le multiplie de graines qu’il
produit en petite quantité, et plus ordinairement par les fragments de rhizome. (E. II. i

�520

PLANTES

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

caryopse convexe sur le dos. poli el luisant, blanchâtre, comprimé et pourvu
de sillons du côté du ventre. Ressemble de prime abord à des pieds maigres
de l'herbe de Guinée. — Assez abondant dans les endroits sablonneux des
environs delà Basse-Terre; çà et là à Gourbevre ;bords du V a ica n a rd ) ; beau­
coup plus abondant dans les savanes des environs du Moule, où il forme
gazon sur une étendue souvent considérable. Alt. 0-350 mèt. [N°3184, variété
à feuilles pubescentes.] |
’ N° 3178, variété à feuilles glabres.] — Je ne l ai pas
trouvé à la Martinique.

P. nemorosum Sw\. Ichnanthus nemorosus S\v.; Panis des bois. Trin., Ic .,
t. 210. — Annuel, rampant, radicant, long de 35-70 cm., branchu, glabrescent, délicat. Feuillesovéesou ovées-lancéolées, pointues, obliques à la base,
demi-amplexicaules; gaine légèrement pubescente. Fpis simples, rarement
composés, solitaires ou en panicule courte, pyramidale; épillets assez volu­
mineux, elliptiques-oblongs, dressés, à pédicelles courts : les trois glurnes
stériles, subégales, l'extérieure à 3, les deux supérieures à 5 nervures, el la
troisième munie de glumellules. — Assez abondant dans les chemins des
caféières et cacaoyères, des bois de petite futaie, secs ou humides : fontaines
Didier el Absalon, Morne-Vert, La Régale, Gros-Morne. Alt. 300-650 met.
N° 773. — Je ne l ai pas vu à la Guadeloupe.
P. pulchellum Raddi ; Panis petit et gracieux. — Annuel, rampant, radicanl, délicat, glabre, peu feuillu, long de 30-50 cm., à chaume filiforme.
Feuilles courtes, ovées, pointues; gaine courte, ciliée. Epis 7-21, allongés,
simples ; les inférieurs, très distants; les supérieurs, plus rapprochés et plus
courts,constituant ensemble une panicule très lâche, fasligiée, étroite,longue
de 10 cm.; épillets distants, unilatéraux, souvent avortés, ovoïdes-pointus;
glume inférieure, deltoïde, deux fois plus courte que lépillet, à 1 nervure;
les deux supérieures, à 3 nervures. — Rare ; çà et là dans les endroits om­
bragés des environs de la fontaine Didier el des hauteurs du Carbet. Alt. 20400mèt. [N° 767. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
’ P. paliens S w .; Panis à couleurs pâles. Trin., /c., t. 211. — Annuel,
branchu, rampant, radicant, souvent ascendant, long de 30-90 cm. Feuilles
nombreuses, rapprochées, ovées-lancéolées ou lancéolées, brièvement ou
longuement acuminées, sessiles, inégales, glabres ou ciliées à la base; ligule
glabre dans tous mes spécimens); gaine glabrescenle. Epis racémiformes, le
plus souvent légèrement composés, en panicule axillaire et terminale, acuminée à la base el élargie au sommet, longue de 7-10 cm. ; les panicules axil­
laires plus courtes; pédicelles anguleux; épillets elliptiques-oblongs. Glume
extérieure, trois fois plus courte que l épillet, à 3-5; les deux supérieures, à
5-7 nervures. Fleurs fertiles, munies, à la base, de deux appendices liguliformes ; caryopse à base garnie de deux petits prolongements. — Abondant
dans les sentiers des caféières et cacaoyères, des bois humides, etc., de toute

la Guadeloupe proprement dite; assez raresurles mornes des Grands-Fonds.
Alt. 90-800 mèt. [N® 2686.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans les chemins des plantations, mais surtout
dans celles de la fontaine Didier, du Morne-Vert et du Morne-Rouge. Alt. 50600 mèt. [N® 773.]
* P. (lira rica lu ni L., P. bamhusoides Hamilt.; Panis à branches divariquées. \ ulgo ; Petit bambou, calumet. Lam., ///., t. 13, f. 3 sup. — Vivace
par ses rhizomes, sarmenteux, pouvant atteindre jusqu'à 7 mèt. d'éléva­
tion, très branchu, à branches tombantes, grêles, divariquées, à chaume
ligneux dans le bas, plus gros qu'une plume d'oie, renllé aux nœuds.
Feuilles étroites, Iancéolées-linéaires, acuminées, courtes, distiques, glabres
ou légèrement pubescentes. Epis en panicule peu branchue, à branches
simples ou composées (selon la fertilité du terrain); pédicelles inégaux; épil­
lets obovés, très verts; glume inférieure, très concave-venlrue, déviée ou
souvent presque horizontale, à 7 nervures; les deux supérieures, stériles
polies et luisantes, de même longueur, surmontées d’ une petite touffe de poils
soveux, blancs; caryopse convexe sur le dos, aplati du côté ventral. — Abon­
dant dans les bois secs, pierreux ries mornes inférieurs de toute la Guade
loupe et de ses dépendances. Alt. 5-400 mèt. [N° 3182.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Petit calumet. — Hauteurs de Case-Pilote, du Carbet,
des Trois-Ilets, de la Régale, du Diamant, etc. [N° 769.]
P. Sloanei Griseb., P. aiborescens Sieb. ; Panis de Sloane. Yulgo ;
Calumet. SI., t. 71, f. 3. — Vivace par ses rhizomes, sarmenteux, haut de
3-5 met. et au delà, branchu, à branches pubescentes ; chaume ligneux, deux
fois plus gros dans le bas qu'une plume d'oie, à nœuds larges, renllés. Feuilles
obovales-lancéolées, acuminées, finement pubescentes en dessous et glauques,
souvent inégales à la base; gaine pubescente ou seulement ciliée sur les
bords, à l’état adulte, fortement poilue dans la jeunesse, finement striée et
garnie de nombreux petits tubercules au fond des stries. Epis en panicule
obovée ou pyramidale, lâche, longue de 13 cm., à branches divergentes, peu
distantes et peu composées : les plus basses souvent renfermées dans la gaine
de la dernière feuille; épillets obovés-obtus, verts ou noirâtres; glurnes
stériles, arrondies ; les deux supérieures, légèrement inégales et à 11 nervures.
— Abondant dans les haies et les lisières des mornes inférieurs, secs ou
humides, dans les clairières des bois de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 0-600 mèt. [N° 3613.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Calumet. — Dans tous les bois jusqu'à une altitude de
550 mèt. [N° 770.]
P. eompaclum Sw. ; Panis à panaches compacts. Yulgo : Calumet. — Dif­
fère du précédent, auquel il ressemble beaucoup : par sa taille moins élevée,
ses feuilles plus étroites ; par les panicules, dont les branches inférieures sont

�524
M

GRAMINEES

PLANTES DP LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE
artinique.

Yulgo : Calumet, petit bambou. — Abondant. — Alt. 400-

1000 mèt. [N° 1341.]
I. rigens Trin. ; Isachnè à feuilles rigides. Yulgo : Petit calumet.— Orne­
mental, vivace par ses rhizomes, haut de 26-50 cm., très branchu, d'un aspect
grisou vert très pâle; à racines fortes, longues et très nombreuses; à chaume
souvent couché à la base et radicanl , ensuite droit. Feuilles distiques, courtes,
très rapprochées, rigides, linéaires-acuminées, scabres; gaines courtes, lais­
sant après la chute des feuilles des protubérances annulaires. Epis courts,
en panicule courte, rigide, droite, ovale-pyramidale, longue de 6-8 cm.;
pédicelles courts et inégaux ; épillets obovoïdes ; les deux glumes inférieures,
inégales, à 7 nervures. — Assez abondant dans la haute région où il vit
souvent en société sur d'assez grandes étendues : Savane à Mulets, Savane
aux Ananas, Grande-Découverte, Nez-Cassé, etc. Alt. 1200-1480 mèt.
[N° 2705] et [N° 3190] la grande variété.
M a r t in iq u e . Yulgo : Petit calumet. — Montagne-Pelée, Pilons-du-Carbet.
[N° 1312.]
Setaria P. Beauv. du latin « seta ». soie de porc, parce que le rachis des
épis porte de nombreux faisceaux de soies droites et rigides.)
S. glauca P. Beauv., variété penicillata Griseb. ; Sétaire à feuilles glauques.
Yulgo : Herbe-salon. Trin., /c., t. 195. — Annuel ou bisannuel, cespiteux,
d’un aspect grisâtre; à racines souvent rampantes dans les vieux pieds; à
chaume le plus souvent penché, haut de 40-70 cm. ; à nœuds presque toujours
géniculés dans le bas. Feuilles glauques, rigides, droites, étalées, plates,
linéaires-acuminées, rétrécies à la base; gaines et ligules glabres. Inflores­
cence en épis vert jaunâtre, cylindriques, longs de 8-13 cm., solitaires, ter­
minaux; épillets rapprochés, solitaires, subverticillés, uniflores, insérés sur
quatreou six rangs, pédicellés, chaque pédicelle portant, à la base, un faisceau
de soies jaunâtres (à la maturité), quatre ou cinq fois plus longues que
l'épillet, et barbelées, à barbules tournées de bas en haut; glume extérieure
deux fois plus courte; la deuxième, carénée et une fois plus courte que les
épillets; glumes fertiles égales; étamines 3, a anthères brunes; caryopse
transversalement sillonné, convexe sur le dos, plat sur le côté ventral. —
Assez abondant dans les basse et infra-moyenne régions de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. — Les épis se conservent longtemps ; on les
cueille pour en faire des bouquets de salons. Alt. 0-600 mèt. [N° 2694.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Ilerbe-salon, herbe à bouquets. — Dans toute File.
Alt. 0-500 mèt. [N° 1314. Introduit probablement de France dans les
deux colonies.
S. iialica P. Beauv.; Sétaire d'Italie. Yulgo : Petite queue-de-renard.
Trin., le , t. 198. — Annuel, glabre, droit, ornemental, haut de 60-80 cm.
Feuilles plus larges et plus longues que dans le précédent. Epis rapprochés,

525

courts, formant une panicule serrée, longue de 11-13 cm. sur 4 cm .dediamèt., oblongue; soies involucrales 5-8, cinq fois plus longues que les épillels, réunies à la base sur une longueur de 1,5 mm.; épillets elliptiques,
oblongs; caryopse linement pointillé. Facile à distinguer du précédent ; par
son port, sa panicule courte et épaisse; par sa taille beaucoup plus vigou­
reuse. — Probablement introduit d'Europe. — Rare ; çà et là dans les envi­
rons du bourg du Marin, dans les terres fertiles et cultivées. [N° 1315. — Je
ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
S. verlicillala P. Beauv.; Sétaire verticillé. — Annuel, glabre, haut de
35-45 cm., droit, beaucoup plus délicat que les deux précédents; chaume à
nœuds noirs. Epis très courts, en glomérules verlicillés par 4, formant
ensemble une panicule longue de 4-6 cm., serrée, cylindrique ; épillets sessiles, cinq ou six dans un glomérule; soies involucrales 2-4, droites, courtes,
inégales ; la plus longue dépassant une fois l’épillet. — Probablement intro­
duit de France. — Assez rare : terres sablonnes des environs du Marin et dans
les plaines entre le Marin et Sainte-Anne. Alt. 0-80 mèt. N° 787.] — Je ne
l’ai pas vu à la Guadeloupe.
S. selosa P. Beauv.; Sétaire séteux. Vulgo : Avoine-savane. Trin., 7c.,
t. 96, A 95. — Annuel, grêle, haut de 50-85 cm., rarement plus haut; à
rhizome rampant dans les vieux pieds; à chaume d'abord droit, ensuite
incliné, nu dans le haut, sur une étendue de 6-20 cm. Feuilles peu nom­
breuses, linéaires-acuminées, roulées. Epis courts : les inférieurs, très dis­
tants, longs de 2-3 cm.; les supérieurs, graduellement plus rapprochés et
plus courts, formant ensemble une panicule très allongée, souvent longue de
20 cm., l’astigiée; épillets elliptiques, pointus; caryopse transversalement
strié; soies involucrales 1-3, trois ou quatre fois plus longues que les épillets,
quelquefois presque nulles; axe des épis garni de petits poils. — Très abon­
dant dans les terres sèches, arides, calcaires ou sablonneuses de Baillif, de
Bouillante, de Pigeon, de Deshaies, de Yieux-Fort, des Saintes (Terre-deIlaut), de Marie-Galante, etc. — Alt. 15-200 mèt. [N os 2697, 2698, 3188.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Avoine bâtard. — Hauteurs du Diamant, Gros-Ilels
des Trois-Ilets, rochers du bord de mer de Sainle-Luce. Alt. 4-280 mèt.
[N° 541.]

Pennisetum Rich. (du latin « penna », plume, et « seta », soie de porc,
parce que les soies involucrales sont plumeuses à la base )
P. setosum Rich.; Pennisetum séteux. Yulgo ; Herbe à soies.— Vivace
par ses rhizomes, cespiteux, haut de 0 iu9 0 -lm 50, droit, ornemental. Feuilles
plates, droites, assez rigides, linéaires-acuminées, rétrécies à la base; ligule
garnie de poils soyeux; gaine des feuilles inférieures bordée de cils. Inilorescence en épis longs de 12-18 cm., cylindriques, pointus, légèrement inclinés
au sommet ; épillets biflores, à Heurs pourpres, sessiles, quadrisériés, insérés

�526

GRAMINÉES

PLANTES DR LA (ÎÜADELOUPB ET DE LA MARTINIQUE

sur de petites protubérances du rachis, chacun niché au fond d'un faisceau
desoies; soies unies à la base : les quatre extérieures, longues, dont une très
longue; les intérieures, plus courtes, toutes plumeuses à la base; glumes
inégales, concaves, muliques : l'inférieure, petite ou avortée; les glumes
stériles, au nombre de 3; glumellules 3; étamines 3 ; style 2; étamines et
styles pourpres. — Assez peu répandu : çà et là dans les terres sablonneuses
des environs de Saint-Pierre (Boulevard), de Fort-de-France, Trois-Ilels
rare). Alt. 5-150 met. N° 1316. — -le ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
Cenchrus L. (du grec « kenchron », millet, à cause de la ressemblance du
caryopse avec un grain de millet.)
* C. echinatus L. ; Cenchrus hérissé de piquants. Yulgo : Herbe rude,
herbe-collant, herbe piquante (aux Vieux-Habitants), herbe-poule mâle (au
Moule . — Annuel, haut de -10-70 cm., presque toujours couché et radicant
à la base, ensuite ascendant; à chaume mou, supérieurement branchu, très
feuillu. Feuilles relativement larges, allongées, linéaires-acuminées. Inflo­
rescence en épis terminaux, cylindriques, longs de 7-0 cm. ; épillets bi-quadriflores, insérés sur quatre rangs, renfermésdans uninvolucre large, ventru,
très dur; à 0 lobes linéaires, séteux et spinescents, inégaux : les uns, droits;
les autres, infléchis et se croisant entre eux; involucre entouré, à la base, de
18-20 soies adhérentes, infléchies, séteuses : les unes, plus courtes; les autres,
plus longues que cet involucre; glumes 2, minces, transparentes, renfer­
mant un caryopse libre, sessile, comprimé, presque aussi large que long, et
surmonté d'une pointe courte, émoussée et brune. — Assez abondant dans
les savanes herbeuses delà basse région de toute la Guadeloupe proprement
dite : plus rare à la Grande-Terre, à la Désirade cl à Marie-Galante.
Alt. 0-250 mèt. [N°2718.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe rude. — Dans la région inférieure de toute
l'ile. [N° 790.]
C.
tribuloides L. ; Cenchrus dont les épillets ressemblent à un fruit de
Tribulus. Yulgo : Herbe rude, pied-poule mâle (au Moule). SI., l. 65,
f. 1. C. spinifex Cav.). — Diffère du précédent : par sa taille moins
élevée; par son chaume plus couché et moins branchu; par ses épillets
moins volumineux ; par ses soies involucrales, moinsnombreuses, mullisériées,
noirâtres, divergentes, très acérées, droites ou subuliformes, lancéolées; par
les lobes de Tinvolucre plus courts, fendus jusque près de la base, plus
rigides et moins nombreux. — Espèce variable quant à la longueur des soies.
— Les fruits mûrs des deux espèces de Cenchrus se détachent facilement et
s'attachent fortement à tout ce qui les touche, au moyen des pointes propres
aux feuilles involucrales. — Plus petit que le précédent et abondant dans
toutes les savanes des basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe
et de ses dépendances. Alt. 0-600 mèt. [N°3173.]

M artinique.

527

Yulgo : Herbe rude. — Abondant dans toute l'ile. (N° 791.]

Anthephora Schreb. (du grec « anthos », fleur, et « pherein », porter,
parce que, dans les espèces-types, les épillets portent une fleur neutre et une
fleur hermaphrodite.)
A.
elegans Schreb., Tripsacum hermaphroditum L. ; Anthéphore élégant.
JVulgo : Herbe-collant. — Annuel, élégant, très droit, haut de 30-60 cm.,
rarement plus haut; à chaume mou, glabre; à ligules et gaines glabres.
Feuilles linéaires-acuminées. Inflorescence en épis cylindriques, minces,
allongés, solitaires, longs de 9-12 cm.; épillets alternes, insérés sur deux
rangs, sessiles, tous hermaphrodites; involucre unisérié, divisé presque jus­
qu'à la base en quatre segments ovés-lancéolés, rétrécis à la base, durs,
presque osseux, formant quatre fentes; fleurs à deux glumes membraneuses,
plus courtes que l’involuere; stigmates 2, courts, glabres, capillaires, presque
sessiles, très aigus; caryopses petits, glabres. — Assez abondant dans toutes
les savanes herbeuses, humides de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 0-500 mèt. [N° 2717.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans toute l'ile. [X° 1319.]
Arundinella Raddi (diminutif de « arundo », roseau.)
A. martinicensis Trin. ; Arundinelle de la Martinique. \ ulgo : Petit
roseau. — Yivace par ses rhizomes forts et longs, très droit, haut de 111120l 1,180; à chaume ligneux dans le bas, deux ou trois fois plus gros qu'une
plume d'oie. Feuilles longues, peu nombreuses, linéaires-acuminées, scabres;
gaine à peine pubescente. Fleurs en panicule allongée, fasligiée, droite,
longue de 30-35 cm., constituée par des épis filiformes, légèrement composés,
disposés par faisceaux subverticillés; épillets bifïores, jaunâtres, distants,
lancéolés, petits, géminés; glumes inégales, à 3-5 nervures; glumes stériles,
3 : celles des fleurs fertiles, cartilagineuses, surmontées d'une arête droite
(dans mes spécimens). — Peu répandu : hauteurs du Fond Layette (CasePilote), route de Fort-de-France à la fontaine Didier. Alt. 250-300 mèt.
[N° 559.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
SOUS-TUIBU II. SACCIIAHÉES.

Manisuris S\v. (du grec « manos », rare, lâche, mince, et « oura », queue,
allusion aitx épis courts ressemblant à une petite queue, qui caractérisent ce
genre de plantes.)
M. (jranularis Sw .; Manisure granuleux. Y u lg o : Petit millet. SL, t. 80.
— Annuel, cespileux, droit, très branchu, haut de 10-70 cm., rarement plus
haut et alors penché ou tombant; à chaume mou. Feuilles fermes, légère­
ment velues; gaine laineuse, à poils droits, grisâtres, rudes. Epis axillaires,
articulés, longs de 1,5-2 cm., composés de 10-18 épillets uniflores, imberbes,

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

GRAMINEES

géminés, alternativement fertiles et neutres; (leurs fertiles, à deux glumes
concaves, dures, dont l'une inférieure et 1autre supérieure et plus longue ;
fleur stérile, à deux glumes presque égales ; étamines 3; caryopse orbiculaire,
comprimé, scrobiculé, blanc à la maturité, de la grosseur d'une tête d’épingle.
— Çà et là dans les champs sablonneux, fertiles de la région inférieure;
roule de la Basse-Terre a Gourbeyre, Trois-Rivières, Moule, Gosier, etc.
Alt. 0-360 met. [N° 3172.]
M a rt i n i q u e . Vulgo ; Herbe queue-de-souris, petit millet. — Plus abondant
(1u'à la Guadeloupe : Trou-Vaillant, chemins des champs de cannes de la
Basse-Pointe, Macouba, Parnasse, Ajoupa-Bouillon. [N° 1275.]

capillaires, élargis el épais au sommet; paniculé longue de 25-30 cm. ; arti­
culations du rachis élargies, garnies de poils fins, soyeux et blancs; glumes
extérieures de la fleur fertile acuminées et munies d’une arête légèrement
géniculée. — On se sert des panaches pour orner les salons et du chaume
pour couvrir les cases. — Assez abondant sur les coteaux secs des basse et
infra-moyenne régions de toutel’île : Vieux-Fort, Vieux-Habitants, Deshaies,
Bouillante, etc. Alt. 50-400 mèt. [N° 3817.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-panache. — Environs de Saint-Pierre, SainteAnne, Marin (mornes Sulpice et Gommier). Alt. 0-110 mèt. [N° 1299.j

528

Andropogon L. idu grec « aner », homme, et « pogon », barbe, allusion
aux poils et arêtes des épillets et de l'axe des épis.)
A. saccharoides S\v. ; Andropogon à épillets semblables à ceux de la flèche
de la canne à sucre. — Annuel, haut de 45-70 cm., droit, grêle, rarement
couché à la base; à chaume nu dans le bas. Feuilles distiques, courtes, très
rapprochées, glabres ou plus rarement velues; ligule poilue; gaine glabre.
Kpis articulés, longs de 3-5 cm., au nombre de 5-7, formant un faisceau
paniculé, long de 4-7 cm. ; épillets fertiles, sessiles, munis d'une longue arête ;
épillets neutres pédicellés; axe de l’épi garni de poils fins. — Assez abondant
dans les endroits rocailleux et secs de la basse région : Baillif, falaises du
Galion, les Saintes (Terres de Haut et de Bas). Alt. 0-200 mèt. [N° 3170^
M ar ti n iq u e . — Diamant, Sainle-Luce (sur les rochers près du bord de
mer;, Trois-Ilets (rochers de la pointe Salomon), Anses-d’Arlet (pente du
morne Larcher). N° 1296.
A. coniortus L. ex parte)., A. secunclus W illcL; Andropogon à barbes
longues et entrelacées. — Annuel, cçspiteux, droit, haut de 45-90 cm.,
branchu, à gaine et ligule glabres. Feuilles allongées, linéaires-acuminées.
Epis solitaires, longs (la barbe y comprise) de 11 cm. ; épillets allongés, 1215, dont les 6-9 inférieurs sont mâles et à glume extérieure lancéolée-acuminée, à deux ailes ciliées sur les bords; les 6-7 supérieures, fertiles, chacun
muni d'une arête légèrement géniculée, brune, longue de 7-10 cm. ; arêtes
s’entrelaçant en spirale dans la moitié supérieure, poilues et libres dans la
partie inférieure, au-dessous du genou. — Peu répandu ; dans la partie basse,
le long de la route qui va du bourg à l'habitation Sainte-Sophie (Baillif).
[N° 3137.1 — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
«
A. condensalus H. B. et Kth . variété paniculalus Ilack.; Andropogon à
paniculé dense. Yulgo ; Herbe à bonhomme. — Vivace par ses rhizomes, très
droit, très cespiteux, rigide, haut deO '"80-1 Ul20. Feuilles rigides ; les inférieures,
assez courtes; les supérieures, très courtes. Epis alternes, en partie cachés
dans une bractée très étroite, latéralement comprimée, allongée, longue de
3 cm. et garnie, à la base, d une petite toull'e de poils très fins; pédicelles

529

A. A ardus L., variété cerifera Ilack., A. cilralus DG. Vulgo : Citron­
nelle. — Vivace par ses rhizomes stolonifères, plus ou moins rampants, blancs,
durs, ligneux et épais; à chaume droit, haut de 1-1 "* 70. Feuilles longues,
penchées, étroites. Fleurs en paniculé très lâche, allongée, longue de 3045 cm., composée d'épis courts, peu nombreux, géminés, garnis, à la base,
d'une bractée spalhacée, concave, très aiguë, rougeâtre, apprimée, pliée en
deux; pédicelles filiformes, noirs, articulés près du sommet; articulations
du rachis garnies de poils à la base. — Fl. en août, septembre et octobre. —
Introduit et cultivé comme plante sudorifique; originaire de l'Inde et de
l'Arabie. — Basse-Terre, Moule, les Abymes (abondant au cimetière).
[N° 3169.]1
M a r t i n i q u e . Vulgo : Citronnelle. — Cultivé dans les jardins comme plante
médicinale. [N° 560.]
A. squarrosus L. fils, Vetiveria arundinacea Griseb., V. odorafa Virey.,
Anatherum muricalurn P. Beauv., Andropogon rnuricatus Uetz..; Andropogon
muriqué. Vulgo : Vétiver. — Vivace par ses rhizomes, très cespiteux,
haut de 1in 50-2 mèt., à feuilles très longues, inclinées; à épis en panicule large, pyramidale; à épillets muriqués.— Se cultive à la Guadeloupe, où
on le plante à côté des routes pour fixer les terres. — L'odeur forte des
racines chassela vermine qui, dans les pays chauds, attaque si facilement les
vêtements de laine : cette particularité vaut à la racine un emploi journalier
dans les deux colonies; son chaume, dur, sert à couvrir les cases. — Origi­
naire des Indes Orientales. [N° 3167.] 1. C’est la citronnelle de l'In dequi est cultivéeà Ceylan et à Singapoore où elle atteint
une hauteur de I n‘ 80 et davantage. Elle se distingue des espèces voisines par sa couleur
rousseâtre, ses feuilles étroites et ses épis courts. On en extrait, par la distillation, une
essence d’un jaune verdâtre clair, offrant une couleur comparable à celle d’un mélange
de citron et de rose. Cette essence est connue dans le commerce anglais sous le nom de
Citronnelle oil et elle sert, dit-on, en France, à sophistiquer l’essence de mélisse officinale
dont elle a un peu l’odeur. (E. II.)
2. La racine de cette plante est aujourd’hui dans le commerce européen ; elle est employée
soit comme drogue, soit comme parfum. Elle se présente en paquets formés de racines
fibreuses, grêles, dures, ligneuses, de couleur jaune pâle, et dont les radicelles, très nom­
breuses, sont entremêlées d’une façon inextricable. En économie domestique, elles sont
Dus». — Plante* Guadeloupe et Martinique.

34

�53 0

PLANTES DR LA GUADELOUPE

ËT

DE LA MARTINIQUE

Vulgo : Vétiver : çà et là dans les jardins et autour des mai­

ses bractées plus larges, mais surtout par la longue arête, droite, que porte
la fleur femelle de chaque épillet. — Mêmes localités et même altitude,

A. imberbis Hack., variété mulicus Hack.; Andropogon sans arêtes. —

mais moins abondant. [N° 3518. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à panache. — Trois-Ilets, Morne-Rouge, Dia­
mant, Gros-Morne, etc. |X° 1301.]

M artinique.

sons. ! N° 1303.
Vivace par les rhizomes, plus ou moins droit, haut de 40-60 cm. Feuilles
extrêmement nombreuses, imbriquées à la base, confinées dans le bas du
chaume, très longues, roulées, linéaires-acuminées, glabres. Epis solitaires,
longs de 7-8 cm., axillaires et terminaux, renfermés à la base dans la gaine;
épillets glabres, alternes, couchés dans les cavités du rachis imberbe et arti­
culé. — Abondant. Endroits secs et rocailleux près de la mer : Vieux-Fort,
Baillif. [N° 3171.]
M a rt i n i q u e . — Rochers du bord de mer entre Sainte-Luce et RivièrePilote. [N° 784.]
A. bicornis L., Anatherum bicorne P. Beauv.; Andropogon à épillets
bicornes. Vulgo : Herbe au pauvre homme. SI., t. 15. — Vivace par ses
rhizomes, très cespiteux, droit, haut de 0 m 80-1 1,1 20, rarement plus haut.
Feuilles distiques, linéaires-acuminées, très longues, rigides, souvent légère­
ment poilues vers la base, scabres sur les bords : les inférieures, tombantes,
très nombreuses et rapprochées de la bâse du chaume; les supérieures, dis­
tantes, plus courtes; ligule souvent ciliée; gaine glabre. Inflorescence en
panicule très large, rétrécie à la base, supérieurement élargie, composée de
panicules secondaires formées d'épis digités par 2-3, verdâtres, renfermés
d'abord complètement dans une bractée cylindrique-comprimée, acuminée,
verte, longue de 2-3 cm.; pédoncules secondaires longs, filiformes, rigides;
rachis des épis articulés, chaque articulation munie de poils fins, très soyeux,
et d’une fleur mâle et femelle : la mâle, avortant ou se réduisant à un
simple pédicelle; la femelle, dépourvue d'arêtes. — On se sert, pour la cou­
verture des cases, du chaume qui est très tenace et dure longtemps. — Abon­
dant dans les savanes sèches, souvent arides des basse et infra-moyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 90-900 mèt.
[N° 3168.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Herbe-panache. — Abondant dans toute l'île. Alt.
50-600 mèt. |NU 1302.1
A. leucostacbyus H. B. et Kth. Anatherum domingense Rœm. et Schult. ;
Andropogon à épis blancs. Vulgo : Herbe au pauvre homme, paille du
pauvre homme. SI., t. 68, f. 2. — Diflere du précédent, auquel il ressemble
beaucoup : par sa taille moins élevée, ses épis et ses panicules plus courts,
employées pour parfumer le linge, les étoffes et en éloigner les insectes. En médecine,
c’est surtout un stimulant. Dans l’ Inde, on en fait même des paniers et des stores odorants.
On v a trouvé une résine, une matière extractive amère et une huile essentielle employée
en parfumerie. Cette plante est cultivée depuis longtemps en A lgérie pour les besoins de
la parfumerie locale. (E. H.)

A. Sorghum Brol., Sorghum vil lg are Pers. ; V u lgo: Sorgho à mil, gros
millet. Desc., vol. V II, t. 541. — Haut de 2-3 m è t.— Introduit et cultivé
çà et là en petite quantité, principalement pour la nourriture des oiseaux V
[N° 3191J : 1° à caryopses blanchâtres, variété effnsus Hack. [N° 3191 b |;
2" à caryopses noirs, variété niger Ilack.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Sorgho, gros millet : [N° 1327 j , variété e/fusus,
qu’on rencontre çà et là à l'état sauvage; [N° 788], variété vulgaris , et
[N° 788 /&gt;], variété niger.
Arthraxon P. Beauv.
A.ciliarisP. Beauv., variété: Quintinianus Hack. ; Arthraxon cilié. Vulgo :
Ilerbe-savane. — Vivace par ses rhizomes, longs, rampants et noueux,
couché et radicant à la base, ensuite plus ou moins ascendant, haut de 2045 cm. ; à chaume branchu, mou, délicat, capillaire dans le haut. Feuilles
petites, cordées à la base, ornées, pointues, ciliées à la base ; ligules et
gaines glabres. Inflorescence en panicules digitiformes, axillaires et termi­
nales, composées de trois à huit épis d'inégale longueur, les plus longs
mesurant 3 cm. ; épillets alternes, allongés, sessiles, noirâtres ; glume
extérieure noire, surmontée d'une arête géniculée au-dessus de la base. —
Très abondant dans les savanes herbeuses du Gommier et de l'habitation
Mousine, où il vit en société sur une grande étendue : Bagatelle, Parnasse,
etc. Alt. 400-600 mèt. [N° 3136.] — 11 n’existe pas à la Martinique.
Themeda Forsk. ( du mot arabe « Thæmed ».)
T. ci/iata Hack. ; Théméde à feuilles ciliées. (Anthistiria L.) — Haut de
50-80 cm., vivace, plus ou moins droit, très branchu, rarement couché à la
base et alors radicant et géniculé ; à chaume ligneux dans le bas ; à ligule et
gaine glabres (dans mes spécimens). Feuilles étroites, glabres. Inflorescence
en épis longs de 7-8 mm. (sans l'arête], solitaires, chacun renfermé, avant
son épanouissement, dans une feuille spathiforme, ovale-lancéolée, pointue,
garnie, à la base, de cils longs, droits, qui sortent d’un gland basilaire ; épis
1. Sous le nom de Grand millet de l lnde, blé de Guinée et Dourra, cette plante est
cultivée dans l ’Inde et en Afrique, où elle forme la base de l ’alimentation des indigènes
( Couscous des Arabes et des nègres). Sous les climats chauds et en terre arrosée, cette
graminée est très productive. Coupée avant la formation du grain, elle constitue un
excellent fourrage. Sa culture est très ancienne, aussi a-t-elle donné une foule de variétés,
notamment une d’entre elles, nommée Sorgho cernuum par quelques botanistes, et qui
est remarquable par la blancheur et la grosseur de son grain. (E. H.)

�532

PLANTES DE LA GUADELOUPB ET DK LA MARTINIQUE

formant des faisceaux paniculés, pédoncules, distiques, qui, à leur tour,
constituent une panicule allongée, interrompue et toujours penchée;
pédoncules et pédicelles glabres. Épis à sept épillets ; les quatre premiers à
fleurs mâles, sessiles, verticillées, couvrant les autres, chacune ayant deux
glumes extérieures rigides, aiguës, roulées sur les bords et quelquefois
ciliées,* qui restent attachées au rachis après la chute de l'épillct, et deux
glumes intérieures, ovales, minces et transparentes ; au-dessus des épillets
mâles, un épillet hermaphrodite, cylindrique, sessile, à une glume extérieure,
coriace, roulée, velue à la base, et à deux glumes intérieures, oblongues,
presque égales, légèrement obtuses; à trois étamines pourvues de filets courts
portant des anthères droites, oblongues ; à deux styles avec des stygmates
pileux et en massue ; à un ovaire de la base duquel part une arête légère­
ment pubescente, longue de 40-43 mm., tortueuse et filiforme dans sa moitié
inférieure, géniculée un peu au-dessus du milieu, capillaire et droite audessus du genou ; de chaque côté de la fleur hermaphrodite, un épillet sté­
rile, pédicellé : l’un, légèrement plus court et plus étroit que l’autre, les
deux, lancéolés et pointus aux deux extrémités; base de la fleur hermaphro­
dite garnie d'une touffe serrée de poils courts; caryopse mûr très brun, dur,
oblong, enveloppé par la glume. — Peu répandu : assez abondant sur les
terres argileuses de l’habitation Sainte-Catherine, près de Fort-de-France.
Alt. 40-130 mèt. [N os 333, 1304.]

Ischæmum Lin., du grec « ischein », arrêter, et « aima », sang, parce que la
plante servait autrefois à titre d’hémostatique.)
I. lutifolium Kth ; Ischæme

larges feuilles. (Ischæmopogon Griseb.)
Yulgo : Pied-poule-falaise. — Vivace par les rhizomes rampants, haut de
0m90-lm40, quelquefois sarmenteux et haut de plus de 3 mèt.; à chaume
géniculé, renflé aux nœuds, rarement droit, le plus souvent tortueux. Feuilles
largement lancéolées-linéaires, glabres, lisses, plates, acuminées ; à ligule
garnie de poils droits, blancs; gaine glabre. Inflorescence en panicule digitée, composée de 8-15 épis racêmiformes, de longueur variable : les plus
longs mesurant 9 cm. ; épillets biflores, pourpres, lancéolés, pédicellés, à
pédicelles articulés au-dessus du milieu et garnis de poils très fins aussi longs
que les pédicelles mêmes : les deux glumes inférieures, stériles, cartilagi­
neuses, cuspidées, noirâtres, sans arêtes; la troisième, mâle, avec une glumellule ; la quatrième, femelle, avec une glumellule et garnie d’une arête
tordue ou droite, légèrement géniculée ; étamines 3, pourpres, à anthères
dressées. — Abondant dans les endroits non boisés, humides et aquatiques
des régions infra et supra-moyenne de toute la Guadeloupe proprement dite.
Alt. 200-1000 mèt. [N ° 3366.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Herbe à laine. — Dans les clairières et falaises
humides de toute la partie montagneuse de l'île. [N ° 783.]
à

GRAMINÉES

533

Saccharum L. (du grec « sakchar, sakcharon », sucre, en arabe « soukar ».)
S. officinarurn L. ; Saccharum officinal. Yulgo : Canne à sucre. Tuss.,
7*7., I, t. 23-25; Desc., vol. IV, t. 287; vol. 1,1. 493. — Vivace par ses stolons,
haut de l m80 à 3 mèt., rarement plus haut (certaines variétés peuvent cepen­
dant, dans une terre fertile, atteindre 4-5 mèt.). Feuilles distiques, amplexicaules, finement serretées sur les bords : celles du milieu, longues de 1-1m50
sur6-7 cm. de large dans leur plus grande largeur, graduellement acuminées,
glabres, légèrement rétrécies vers la base et souvent garnies de poils, par­
courues d'une côte large, blanche ; les supérieures, plus courtes et formant
une sorte d’éventail terminal et dressé ; celles du milieu et du bas, penchées
à l’extrémité. Toutes les feuilles se fanent et se détachent à mesure que la
canne mûrit ; ligule le plus souvent garnie de poils ; gaines longues de 3040 cm., fendue du sommet jusqu'à près de la base ; jeunes nœuds légèrement
pubescents et couverts d’une poussière glauque ; chaume cylindrique, lisse,
d’une épaisseur moyenne de 4 cm.; intervalle d'un nœud à l’autre, d'une
longueur moyenne de 11 cm. Inflorescence en panicule pyramidale, nom­
mée vulgairement « flèche » dans nos colonies, longue de 30-40 cm., composée
d’épis ramifiés à la base, longs de 15-30 cm., articulés, à articulations
garnies, à la base, d’une touffe de poils soyeux, fins et deux ou trois fois plus
longs que les épillets ; rachis commun et secondaires sillonnés ; épillets
petits, biflores : la fleur inférieure, sessile, mâle, renfermée dans deux
glumes; la supérieure, pédicellée, femelle ou hermaphrodite, également
renfermée dans deux glumes ; glume involucrale sans arête et souvent nulle ;
étamines 2-3, brunes ou noirâtres ; styles 2, allongés, à stigmates plumeux ;
caryopse sessile, très petit, ou manquant ou avorté. — Les feuilles consti­
tuent un bon fourrage pour les chevaux et le bétail. — Originaire de l’Asie
méridionale ; introduit à Saint-Domingue, en 1506, par Pierre d’Arranca ;
le Catalan Michel Balestro fut le premier qui en exprima le jus, et Gonzale
de Celosa le premier qui en fit du sucre. — On en cultive plusieurs variétés,
dont les principales sont : la canne créole, la canne violette ou de Batavia, la
canne noire, la canne de Salangor, la canne blanche et la canne de T ait i ;
c’est cette dernière qui est le plus souvent cultivée. — Dans l'année 1896, la
Guadeloupe a exporté 43.299.757 kilog. de sucre d'usine. Alt. 0-500 mèt.
[N° 1328.] — M a r t i n i q u e . Yulgo : Canne à sucre. (Spécimen manque.)
Imperata Cyr. [dédié à l'Italien Ferrante Imperate, qui vivait au
xvie siècle ; il a écrit un ouvrage sur l’histoire naturelle (Naples, 1599.)]
I. caudala Trin., I. contraclurn IL B. et Kth; Imperata en panicule à
queue de renard. Y ulgo : Herbe queue blanche. SI., t. 70, f. 1. (Saccharum L.)
— Y’ivace par ses rhizomes, ornemental, haut de 0m80-l mèt., droit, élancé;
à chaume sous-ligneux à la base, cylindrique. Feuilles peu nombreuses,
lancéolées-linéaires, plates ; ligule glabre (dans mon spécimen) ; gaine égale-

�534

GRAMINÉES

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DK LA MARTINIQUE

ment glabre. Inflorescence en panicule droite, pyramidale-allongée, longue
de 20-26 cm., composée d épis plus longs dans le bas de la panicule que dans
le haut ; rachis des épis non articulé ; épillets non articulés, laineux, gémi­
nés, biflores, inégalement pédicellés, garnis, à la base, d'une touffe de poils
soyeux, blancs, et quatre ou cinq fois plus longs que les épillets : les deux
glumesinférieures, stériles, membraneuses; les deux glumes fertiles, sans
arêtes; la troisième renfermée, dépourvue de glumelles; étamine 1 ; styles 2,
à slygmales plumeux ; caryopse oblong, libre. — Peu abondant et peu répandu :
çà et là dans les terres sèches et rocailleuses des environs du bourg du Dia­
mant. Alt. 10-80 met. V 1306. — Je ne l ’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
Coix L. fdu grec « koïx » (Théophraste), qui est un palmier: Iîyphaene
coriacea Gaertn. — Linné croyait que Théophraste avait voulu désigner par

CYPKHACÉES

535

canne à sucre ; à fleurs monoïques séparées sur le même pied : les mâles,
situées dans le haut en une panicule terminale composée de 10-15 épis, longs
de 10-15 cm., à épillets alternes biflores, géminés, à 3 étamines ; les femelles,
axillaires, situées au-dessous des mâles, appliquées en dix rangées, sur une
sorte despadice cylindrique et renfermé dans plusieurs spathes membraneuses,
blanchâtres; spadice surmonté d'un faisceau de filaments longs, d’abord
droits, ensuite pendants, qui ne sont que des étamines superflues. — Origi­
naire de l’Amérique continentale chaude; cultivé dans les deux colonies
principalement pour la nourriture de la volaille. Alt. 0-600 mèt. [N° 3163.]

cent

trente - quat rièm e

fa m il le .

— CYPERACEES.

Les espèces marquées d’un * sont fourragères.

ce nom une graminée.)
C.
Lacryma L. ; Coïx-larme (par allusion aux caryopses blanchâtres, lui­
sants et ovoïdes rappelant la forme d’une larme.) Yulgo : Larmes de Job. —
Vivace par ses rhizomes, plus rarement annuel, droit, haut de 0m6 0 -lm60,
branchu dans le haut; à chaume ligneux dans le bas. Feuilles comme celles
de la canne à sucre, mais plus courtes, alternes, glabres, traversées par une
côte blanche, cordées à la base ; ligule glabre, marquée de chaque côté d une
tache brune; gaine courte, lâche, élargie au sommet. Inflorescence en pani­
cule extrêmement lâche, feuillue, terminale, composée d’épis longuement et
inégalement pédicellés, sortant par 2-3 des gaines des feuilles de la panicule;
fleurs monoïques : les femelles 1-2, rarement 3, situées à la base de l’épi ;
à 3 glumes stériles, membraneuses ; à style bipartite ; à stigmates longs,
saillants, corniculés et pubescents ; à caryopse entouré par la glumelle durcie,
osseuse, luisante, ovale-conique, ou en forme de toupie, de la grosseur d’un
pois, traversée par l’axe qui porte les fleurs mâles ; épillets à fleurs mâles,
biflores, sessiles, a deux glumes ovales-oblongues, mutiques, et à deux glu­
melles glabres, mutiques, presque aussi longues que les glumes ; étamines 3,
ovaire, sessile. — On se sert des fruits pour fabriquer des colliers, des cha­
pelets, etc.— Originaire des Indes Orientales ; introduit et naturalisé. Çà et
là autour des maisons, dans les savanes et les lieux abandonnés : environs
delà Basse-Terre, Gourbeyre, Trois-Rivières, Moule, Sainte-Anne, MarieGalante, etc. Alt. 0-600 mèt. [N° 2702.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Larmes de Job. — Saint-Pierre, Prêcheur, Carbet,
Sainte-Anne, Trinité, etc. (NT° 1280.]

Zea L. (du grec « zacin », vivre, c’est-à-dire plante fournissant une bonne
nourriture. Le Zea ou Zeki des anciens est le Triticum Spella L.)
Z. Mays L. Yulgo : Maïs (nom de la plante chez les Indigènes de l’Amé­
rique du Sud.) Desc., vol. V III, t. 544, p. 56. — Annuel, haut de 0 m80-2 mèt.
et quelquefois au delà, droit, branchu ; à feuilles ressemblant à celle de la

TRIBU I. CYPÉRÉES.

Cyperus L. (du mot « kuperos ou kuperon » des anciens, probablement
dérivé de « kupris», Vénus, à cause des vertus aphrodisiaques du Cyperus
rotondus L., localisées dans les racines odorantes. Bauhin croit que le mot
vient de « kupuros », vase, à cause de la forme ovale du tubercule de ce
même souchet comestible.)
C.
polystachyus Rottb. ; Souchet à épis nombreux. Rottb., Desc., t. II,
f. 1. — Annuel ou bisannuel, droit, cespileux, très vert, haut de 40-65 cm. ;
à rhizomes courts : à chaume triangulaire, nu dans le haut. Feuilles confinées
dans le bas. Inflorescence en ombelle contractée, composée de 7-9 épis,
constitués par un grand nombre d’épillets ; pédicellés de longueur variable;
feuilles involucrales longues de 3-6 cm. — Abondant dans les savanes
humides et sablonneuses des régions inférieure et basse de toute la Guade­
loupe et de la Grande-Terre. Alt. 0-300 mèt. [N os 3104, 3669.]
M a r t i n i q u e . — Variété major. — Abondant dans toute l'île. [N°691.]
C.
compressas L. ; Souchet à épis comprimés. SL, t. 76, f. 1; Rottb.,
Desc., t. 9, f. 3. — Annuel, plus ou moins couché, très feuillu, haut de 2030 cm., cespileux ; à chaume triangulaire. Feuilles étroites, plates. Inflores­
cence en ombelles à 3-5 rayons pédicellés, de longueur inégale, une des ombcllules sessile au centre de l’ombelle ; ombellules paniculées portant 3-6
épis, longs de 10-14 mm. — Rare dans les champs ; plus abondant dans les
rues peu fréquentées et le long des routes : Basse-Terre, chemin de la BasseTerre à Gourbeyre, Pointe-à-Pitre, Trois-Rivières, etc. Alt. 0-180 mèt.
[N° 3818.]
M a r t i n i q u e . — Saint-Pierre, Trois-Ponts, Fort-de-France (dans les rues
peu fréquentées), Marin (abondant), Trinité. [N° 700 a.]

C.
a lopecuroides Rottb. ; Souchet à queue de renard. Rottb., Desc., t. S,
f. 2. — Vivace par ses rhizomes, très droit, très ornemental, haut de 0m70-

�536

PLANTES DE LA GUADELOUPE F.T DE LA MARTINIQUE

CYPÉRACÉKS

l m20, nu dans le haut. Feuilles longues, confinées dans le bas, très élargies
à la base ; à chaume Iriquèlre. Inflorescence en ombelles trois fois compo­
sées, portant 5-7 ombellules, à pédicelles de longueur très inégale : les plus
longs mesurant 13 cm. ; ombellules à 7-11 épis inégaux : le plus long mesu­
rant près de 4 cm. ; ombellules secondaires peu nombreuses, composées de
3-4 épis; épillets très rapprochés; feuilles involucrales de l’ombelle, très lon­
gues, au nombre de 3-3. de longueur inégale : celles des ombellules primaires,
3-1, sétiformes, courtes; celles des ombellules secondaires, nulles. — Ne se
trouve à la Guadeloupe que dans les fosses remplies d’eau de certains fau­
bourgs de la Pointe-à-Pitre.1N° 3105.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Martinique.

C. ochraceus Vahl ; Souchet à épis jaune d ocre. — Vivace par ses rhi­
zomes, ornemental, droit, cespiteux, haut de 45-50 cm. ; à racines tuberculiformes; à chaume peu feuillu, nu dans le haut, nettement triangulaire. Inflo­
rescence en ombelle arrondie, raccourcie, composée, à 7-15 rayons d'inégale
longueur : le plus long ayant 4 cm.; épis fortement comprimés, d'un jaune
d'ocre, longs de 8-12 cm. Feuilles involucrales, longues, linéaires-acuminées,
d’inégale longueur, au nombre de 4-5; ombellules sans involucre. — Assez
rare. Sur le bord des étangs et des mares : Marie-Galante (Capesterre, GrandBourg). [N° 3654.] — 11 n'existe pas à la Martinique.

C. confe rla s S\v. ; Souchet à épis courts et ramassés. — Vivace, droit,
délicat ; à chaume comprimé, haut de 40 cm. ; à feuilles longues, nom­
breuses, confinées à la base. Inflorescence en ombelles simples; à 4-6 branches
pédicellées; à pédicelles filiformes portant des glomérules courts, cylindriques,
longs de 11-13 mm. ; composés d'épis au nombre de 18-25; quatre glomérules
sessiles. Feuilles involucrales 4-6, plus courtes que les feuilles cauliriaires. —
Çà et là dans les savanes humides de la région inférieure: Carbet, Parnasse,
environs de Saint-Pierre, Lamentin, Saint-François. Alt. 0-280 mèt. |N:°453.]
— Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. nmbellatus Benth. ; Souchet à épis en ombelle. Rottb., Desc., t. 4,
f. 2. — Droit, ornemental, haut de 45-60 cm. ; à chaume nu dans le haut,
très feuillu dans le bas; à feuilles rapprochées. Inflorescence en ombelle
simple, à 11-13 rayons portés sur des pédoncules fermes, d'inégale longueur;
épis cylindriques : les plus longs mesurant 13 mm. Feuilles involucrales 7-11,
inégales, allernes-distiques. — Peu répandu : abondant dans les terres
sablonneuses du Quartier-Monsieur (Carbet). Alt. 25-120 mèt. [N° 695.] —
Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. elegans W all., C. flavicomus Schlecht. ; Souchet élégant. — Vivace par
ses rhizomes, très droit, haut de 35-50 cm. ; à chaume comprimé, nu dans
le haut. Feuilles lancéolées, brusquement acuminées. Inflorescence en une
ombelle trois fois composée, large, très lâche, à 9-12 rayons, dont le plus
long mesure jusqu'à 15 cm. ; ombellules à 7-9 rayons, très inégaux : le plus
long avant 5 cm. ; ombellules secondaires à 3-6 rayons, dont 2-3 plus longs;
épis des ombellules secondaires, longs de 4 mm. Feuilles involucrales de
l'ombelle lancéolées, presque aussi longues que les caulinaires, inégales, au
nombre de 7, plus longues que l’ombelle; celles de l'ombellule primaire 7,
inégales : les plus plus petites, sétiformes ; les plus grandes, linéaires acu­
minées; celles de l'ombellule secondaire, réduites à 2-3, sétiformes, très
courtes. — Peu répandu et peu abondant : environs de Saint-Pierre (TroisPonts, Jardin botanique, Trou-Vaillant). Alt. 15-90 mèt. [N° 447.] — Il
n’existe pas à la Guadeloupe.

mmm

537

C. allernifolius L. ; Souchet à feuilles alternes. — Vivace, très ornemental,
formant des loutres très larges, hautes de O"180-1 11120; à feuilles très vertes,
longues, rigides; à inflorescence en ombelles trois fois composées; à feuilles
involucrales, larges, très nombreuses. — Est cultivé dans les fossés, les bas­
sins et lieux aquatiques : Basse-Terre, Camp-Jacob, Pointe-à-Pitre.
[N° 3284.] — M a r t i n i q u e . [N° A.]
C. viscosus S\v., C. elegans L. ; Souchet visqueux. Rotlb., Desc., t. 6,
f. 4. — Vivace, très cespiteux, haut de 45-70 cm., plus ou moins droit, vis­
queux dans toutes ses parties; à feuilles peu nombreuses; à chaumeobtusément triangulaire. Inflorescence en ombelles trois fois composées, à 9-11
rayons avec une ombelle sessile au centre; pédoncules de longueur inégale :
le plus long ayant 11 cm. de long; ombelle secondaire à 2-3 rayons étalés;
épis longs de 7-9 mm., comprimés. Feuilles de l'involucre général, 4-6, dont
1-2 très longues. — Abondant dans les endroits marécageux ou inondés par
l’eau denier : Deshaies, Pointe-à-Pitre, Gozier, etc. [N° 3340.]
M a r t i n i q u e . — Trois-Ilets (très abondant), François, Rivière-Salée, Trinité
(Galion), etc. [N° 692 a.]

C. surinamensis Rottb., variété viridis Boek. ; Souchet de Surinam. Rottb.,
Desc., t. 16, f. 5. — Vivace, haut de 70-80 cm., peu cespiteux, droit, orne­
mental, peu feuillu. Feuilles longues; chaume comprimé, nu dans le haut.
Inflorescence en ombelle arrondie, trois fois composée, à 15-20 rayons; à
pédicelles filiformes, fermes, très inégaux; ombellules primaires, à 8-10
rayons, très inégaux : une sessile au centre; épis longs de 1,5-3 mm., en
glomérules arrondis; épillets imbriqués, très rapprochés. — Peu abondant.
Dans les savanes humides et aquatiques de la basse région : Moule (envi­
rons de l'usine Duchassaing), Gozier, les Abymes, etc. Alt. 0-100 mèt.
[N° 3524.]
M artinique.

— Petit-Bourg, Rivière-Salée, Lamentin, Anses-d'Arlet, etc.

[N° 690.]
C. Luzulæ Rottb., G. Trinitatis Steud. ; Souchet semblable au Luzula
(Joncacée). Rottb., Desc., t. 13, f. 2. — Vivace, glabre, haut de 25-45 cm.,
plus ou moins droit, ou rarement droit, peu cespiteux; à rhizome renflé, sto-

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

CYPBRACÉliS

lonifère; à chaume vigoureux, triangulaire; à feuilles très vertes, glauques
en dessous, plates. Inflorescence en ombelle simple, à 4-8 rayons courts, por­
tant des glomérules ovoïdes-coniques ; à épis très nombreux, petits, ramas­
sés. — Peu répandu. Endroits très inondés et sur le bord des étangs : Gourbevre i bords de l étang de Yalcanard), Trois-Rivières, etc. Alt. 5-350 mèt.
[N° 3107.]
M a r t i n i q u e . — Saint-Esprit, Fort-de-France (bords de la rivière Madame),
Trois-Ilets. Alt. 0-380 mèt. [N° 705 a.'|

régions inférieure et infra-moyenne de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 0-700 mèt. [N°3655.]
M a r t i n i q u e . — Très abondant. [N os 452, 460.j

538

C. articulatus L .; Souchet à chaume articulé. SI., t. 81, f. 1. — Haut de
0 m 80-1 mèt., vivace; à rhizome gros; à chaume cylindrique, dépourvu de
feuilles, enveloppé, à la base, de 3-4 gaines graduellement plus longues; à
nœuds partitionnés et rapprochés. Inflorescence en panicule ombelliforme, à
6-9 rayons inégaux, chacun portant 5-6 épis minces, pointus, bruns, longs de
9-13 mm. ; épillels imbriqués. — Endroits aquatiques, bords des mares et des
étangs, et fossés remplis d’eau : Trois-Ilets, route de Fort-de-France au
Lamentin, Trinité, etc. Alt. 0-400 mèt. [N° 851. | — Je ne l’ai pas vu à la
Guadeloupe.
C. rotundus L., C. bexastachyos Roltb., C. Hydra Michx.,C. olivansTarg. ;
Souchet à tiges souterraines globuleuses. Yulgo : Pelit coco. Rottb., l)esc.,
t. 14, f. 2. — Vivace par ses liges souterraines en forme de tubercules rondâtres ou ovoïdes, de la grosseur d’une petite noisette; à racines fibreuses,
noires; à feuilles très vertes; à chaume triangulaire, droit, haut de 25-30 cm.
Inflorescence en ombelle composée, paniculiforme, à 4-6 rayons, très inégaux,
avec une ombelle sessile au centre; ombellules à 4-6 épis comprimés, longs
de 9-20 cm. — Extrêmement commun dans les terres cultivées, dans les
savanes, le long des routes. — Ce souchet est une plante très nuisible et dif­
ficile à détruire; plus on en arrache les tiges, plus on en multiplie les pieds,
quand on n'enlève pas en même temps les tubercules profondément enterrés.
Alt. 0-800 mèt. [N ° 3102.] *
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Coco-chat, chien-coq. [N° 852.J
C. sphacelalus Rottb., C. Balbisii Klh ; Souchet ergoté. — Ressemble au
précédent quant aux feuilles, au port et à l'inflorescence ; il en diffère par sa
taille plus élevée, l'absence de tubercules, ses épis beaucoup plus nom­
breux. — Abondant dans les savanes humides, dans les terres cultivées des

i. Ce Souchet donne des tubercules ovoïdes unis par des prolongements radiciformes,
ligneux. Noirs à l’ extérieur et marqués d’anneaux circulaires, ces tubercules sont blancs,
spongieux et comme subéreux à l'intérieur ; leur saveur est un peu aromatique et leur
saveur douce. Ils passent pour excitants et peut-être même aphrodisiaques. On les a em ­
ployés en médecine sous le nom de Souchet rond. — Le C. hexastachyos Rottb. donne,
d après Holmes, un rhizome usité dans l’ Inde contre le choléra, sous le nom de Mootha.
(E. H.,

53 9

C. brunneus Sw., C. purpurascens Yahl, C. planifolius Rich. ; Souchet à
épis d'un brun foncé. SI., t. 74, f. 2, 3. — Yivace, à souche grosse, noirâtre,
droit, haut de 60-80 cm., ornemental, cespiteux ; à feuilles larges, nom­
breuses, glauques en dessous, rigides, scabres sur les bords, plates, carénées
en dessous, aussi longues ou plus longues que le chaume triangulaire et
glabre. Intlorescence en ombelle composée, à 7-11 rayons d’inégale longueur ;
ombellules constituées par 25-35 épis, longs de 6-8 mm., comprimés, à épillets brun foncé. Feuilles involucrales 5-6, dont deux très longues. — Abon­
dant dans les sables secs du bord de mer et dans les endroits inondés par la
mer : Vieux-Fort, Baillif, Vieux-Habitants, Bouillante, Pigeon, PointeNoire, sur toutes les plages sèches de la Grande-Terre, de la Désirade, de
Marie-Galante. Alt. 0 mèt. [N° 3103.]
M a r t i n i q u e , — Sur toutes les plages sèches. (N° 765 b.}
C. purpureo-variegatus Boekeler; Souchet brun panaché. — Yivace, haut
de 45-50 cm., droit, à feuilles fiasques, lancéolées-linéaires, un peu plus
courtes que le chaume et confinées dans le bas. Inflorescence comme dans le
Cyperus rotundus; épis comme dans le précédent. — Assez rare. Çà et là
dans les sables secs, près du bord de mer et aussi dans l’intérieur, jusqu’à
une altitude de 100 mèt. : Prêcheur, Case-Pilote, Ducos (dans les clairières
des Mangles). [N° 449.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. Oltonis Boekeler; Souchet d'Olton. — Ressemble au C. brunneus Sw. ;
il en diffère par sa taille svelte, ses feuilles plus étroites et beaucoup moins
nombreuses, ses ombelles plus courtes et peu fournies, ses épis moins allon­
gés, ses épillets plus gros, plus bruns, ses caryopses plus courts et plus larges.
— Savanes humides ou sèches près de la mer : Trois-Ilets, Anses-d’Arlet,
Sainte-Luce, Marin, etc. Alt. 0-20 mèt. [N° 695. — Je ne l’ai pas trouvé à
la Guadeloupe.
C. acicutaris W ith .; Souchet à épillets à pointe acérée. — Vivace par ses
rhizomes gros et tubériformes, droit, haut de 60-70 cm. ; à feuilles larges à
la base; à chaume triangulaire. Inflorescence en ombelle composée, à 5-7
ombellules paniculées, constituées par des épis allongés; épillels à glume
très pointue. Feuilles involucrales 5-7, larges : celles des ombellules, aussi
longues que ces ombellules. — Assez rare : çà et là dans les savanes humides
de Ducos, du Marin, de la Tartane. Alt. 0-140 mèt. [N° 708.] — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe.
C. IJartii Boekeler; Souchet de Hart. — Yivace par ses souches tubéri­
formes; à chaume svelte, triquètre, haut de 20-25 cm.; à feuilles peu nom-

�541

PLANTES DE LA GL'ADELOUPB ET DE LA MARTINIQUE

CYPÉR ACÉF.S

breuses, très étroites. Inflorescence en ombelle composée; à rayons paniculés, brièvement pédonculés, à ombelles allongées ; épis minces, cylindriques,
pointus. — Dans les savanes humides du Lamentin, de Ducos, du PetitBourg, des Anses-d’Arlet. Alt. 0-200 mèt. [N° 450 A.] — Je ne l'ai pas vu à
la Guadeloupe.

dans toutes les savanes humides de la région inférieure: Lamentin, BaieMahault, Moule, les Abymes, Petit-Canal, etc. Alt. 0-200 mèt. [N° 3106.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Iierbe-razoir. — Ducos, Lamentin, Rivière-Salée,
Anses-d’Arlet, Garbet, Trinité, etc. [N° 458.]

540

C. esculenlus L. ; Souchel comestible. — Vivace, droit, haut de 40-50 cm. ;
à souche grosse, tubériforme, subglobuleuse; à chaume vigoureux, triangu­
laire; à feuilles peu nombreuses, plates; à chaume et feuilles vert jaunâtre.
Inflorescence en ombelle composée, dressée, à 7-9 pédicelles très inégaux,
portant chacun une petite panicule constituée par 5-13 épis, longs de 1,5-2
cm., sessiles, comprimés, linéaires, souvent courbes. Feuilles involucrales
4-5, dont la plus longue ne dépasse pas l'ombelle. — Assez abondant dans les
plaines humides ou aquatiques de la basse région : Marin, Sainte-Anne,
Lamentin, Anses-d'Arlel. Alt. 0-300 mèt. [N 0' 459, 470.]— Je ne l ai pas vu
à la Guadeloupe 1.
C. distans L., C. elatus Rotlb. ; Souchel à épis et épilletsdistancés. Rollb.,
t. 10. — Vivace, à souche épaisse et noirâtre, haut de 60-75 cm., très droit;
àchaumenettement triangulaire ; à feuilles longues, penchées, plates, glauques
en dessous. Inllorescence en une large ombelle jusqu’à trois fois composée,
à 7-11 rayons, dont 2-3 longs de 15-23 cm., les autres plus courts, d'autres
très courts; ombellule primaire à rayons nombreux; ombellules secondaires,
paniculées, pyramidales; épis cylindriques, allongés, au nombre de 13-23;
épillets linéaires, bruns. — Dans les savanes humides des basse et inframoyenne
régions de toute la Guadeloupe et de ses dépendances.
Alt. 0-300 mèt. [N 05 3365, 3668, 3576, 3377.]
M a rt i n i q u e . — Dans toutes les parties basses de l'ile. Alt. 0-200 mèt.
[N° 451.]
C. odoratus L. ; Souchet odorant. Vulgo : Herbe-couteau. SI., t. 74, f. 1. —
Vivace par ses rhizomes, à souche grosse, tubériforme, à chaume très droit,
robuste, triangulaire, haut de 30-60 cm., rarement plus haut. Feuilles
longues, tombantes, glauques en dessous, larges. Inflorescence en ombelle
simple (dans les pieds maigres], composée (dans les pieds gras) et très étalée,
arrondie, à 5-6 pédicelles comprimés, très fermes : les plus longs mesurant
12 cm. ; ombellules paniculées, à épis longs, cylindriques, à épillets distants,
jaunâtre ou jaune doré; feuilles involucrales 6-12, très longues. — Çà et là
1. Le tubercule du Souchel comestible est ovoïde, de la grosseur d une olive, marqué
d’anneaux circulaires, jaune au dehors, blanc au dedans, et doue d’une saveur sucrée,
huileuse, très agréable, qui rappelle celle de la noisette. On en fait grand cas en Espagne,
en Italieet même dans le Midi de la France, où ces tubercules sont couramment vendus
sous le nom de sou/flet, ou chou/Jlet (notamment à Marseille), altération du nom de Sou­
chet. On lui prête encore aujourd’hui des propriétés aphrodisiaques plus que douteuses.
(E. H.)

C. ferax Rich. ; Souchet fertile. Vulgo : Herbe-couteau. — Vivace par ses
souches tubériformes, très droit, haut de 55-75 cm. ; à chaume oblusément
triangulaire, cannelé d'un côté; à feuilles linéaires, longues, plates. Inflores­
cence en ombelle de 5-6 rayons, dont les plus grands seulement portent 4-5
ombellules allongées, à épis courts, cylindriques, longs de 4-7 cm. ; épillets
cylindriques, distants, 3-4 dans chaque épi ; feuilles involucrales 6-8, dont
3-4 très longues. Facile à distinguer des congénères de la même section par
sa taille svelte, la couleur pâle des feuilles, la petitesse des ombelles et la
brièveté des épis. — Dans toutes les savanes humides ou aquatiques, sur le
bord des étangs et des marais de toute la Guadeloupe et de la Grande-Terre.
Alt. 0-700 mèt. [N° 3578.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-razoir. — Dans toutes les plaines de la basse
zone et les savanes humides de la moyenne région. [N os 448, 450.]
G.
nitidus Boekeler; Souchet luisant. — Ressemble au précédent par sa
taille, son port et son inflorescence; il en diffère: par son chaume profon­
dément et très nettement triquètre ; par l’ombelle plus fournie et à rayons
plus nombreux ; par ses épis plus courts, ses épillets luisants et peu distants,
ses caryopses plus allongés. — Dans les savanes humides de la région infé­
rieure : Lamentin, Robert, François, Vauclin, etc. Alt. 0-300 mèt. [N° 688.]
- Je ne l’ai pas vu à la Guadeloupe.

C. Irispicatus Boekeler ; Souchet à trois épis. — Vivace par sa souche
grosse, stolonifère, épaisse, arrondie; à chaume triangulaire, svelte, haut de
28 cm. ; à feuilles glauques en dessous, très nombreuses, plus courtes que le
chaume, très rapprochées. Inflorescence en ombelles composées à 9-11
rayons, dont 2-3 des plus longs portent deux épis latéraux plus petits et un
central beaucoup plus grand. Epis minces, cylindriques, pointus, longs de
6-8 cm. ; feuilles involucrales 4-8, dont 4-6 plus longues que l'ombelle. —
Assez rare : çà et là dans les savanes humides du Parnasse, du Morne-Vert,
du Gros-Morne. Alt. 250-500 mèt. [N° 455.] — Je ne l'ai pas trouvé à la
Guadeloupe.
C. Dussianus Boekeler; Souchet de Duss. — Annuel, haut de 40-70 cm.,
à feuilles longues, étroites. Inflorescence en ombelles, portant des rayons
filiformes; épis peu nombreux, cylindriques; épillets bruns, pointus, à
glume extérieure brun foncé sur le dos, blanche sur les bords. — Çà et là
sur les coteaux secs ou humides des Trois-Ilets. Alt. 200-300 mèt. [N°454Z&gt;.]
(Spécimen très imparfait.) — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

�542

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C. Martinicensis Boekeler; Souehet de la Martinique. — Vivace par ses
rhizomes tubériformes, plus ou moins rampant, à chaume triquètre, haut de
0m90-l mèt., à feuilles très longues et peu nombreuses. Inflorescence en
ombelle à 5-7 rayons très inégaux, portant des épis cylindriques simples ou
composés; épillets tri flores, orientés de tous côtés ; feuilles involucrales 5-7,
longues, carénées, trois ou quatre fois plus longues que l'ombelle. — Savanes
humides de la Basse-Pointe, du Lamenlin, du Saint-Esprit, de La Bégaie,
etc. Alt. 0-300 mèt. [N° -471.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
C. flaramariscus Griseb., Mariscus flavus Vahl ; Souehet à épis jaunâtres.
— Vivace par ses souches rampantes, nombreuses, tubéreuses-ovoïdes, cespileux, haut de 25-70 cm., peu feuillu ; à feuilles étroites, tombantes; à
chaume nettement triangulaire. Inflorescence en ombelle simple à *2-3 rayons,
portant des épis courts, cylindriques-oblongs ; épillets jaunes ou jaunâtres,
orientés de tous côtés, très rapprochés; feuilles involucrales deux ou trois
fois plus longues que lombelle. — Abondant dans toutes les savanes
humides de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt. 0-600 mèt.
[N° 3653.j — M a r t in iq u e . — Dans toute l ile. [N 08 473, 564. |
Le Cyperus Papyrus L., de l'Afrique tropicale, haut de l m50-2 mèt., sans
feuilles, à ombelles composées, très vastes, avec des pédicelles longs, étalés
et engainés à la base, est cultivé dans l'eau chez quelques amateurs de plantes :
Camp-Jacob (habitation Bollin . [N° 3829.]
M a rt in iq ue . — Jardin botanique, Saint-Pierre, Fort-de-France, etc.
(Spécimen B.)
Mariscus Gærtn. (du celtique « mai’ » , marécage, parce que ces plantes se
trouvent dans les endroits marécageux.)
M. rufus H. B. Kth ; Mariscus roux. Vulgo : Herbe-couteau. — Vivace
par ses souches renflées, noirâtres, courtes, à chaume robuste, triquètre,
strié, haut de 60-75 cm., quelquefois plus long, nu sur une longueur de 4048 cm. Feuilles aussi longues que le chaume, glauques en dessous, striées,
tuberculées et fortement carénées, très finement serrelées sur les bords,
brunes à la base. Inflorescence en ombelle composée, à 7-11 pédoncules
comprimés, très inégaux, portant 3-5 épis, gros, coniques-oblus, à épillets
bruns, rapprochés, verticalement insérés sur l'axe, très nombreux, 3-5-flores,
orientés en tous sens. — Abondant dans les marécages d’eau salée, dans les
terres inondées par la mer et dans les sables du littoral : Pointe-à-Pitre,
Sainte-Anne. Baie-Mahault, Saint-François, etc. [N° 3683.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe-razoir. — Fort-de-France (habitation de
l'Echelle), Sainte-Anne, Marin, Trinité, etc. [N° 456.]
Kyllinga Rottb. (dédié au Danois Peter Ivylling, mort en 1696; a écrit :
Yiridarium Janicum , 1628.)

CYPERACRES

543

K. squamulala Vahl ; Kyllinga garni de squamules sur le bord desglumes.
— Annuel, délicat, droit, haut de 32-40 cm. ; à feuilles flasques, linéairesacuminées; à chaume filiforme, nu sur une étendue de 25-30 cm. Inflores­
cence en un glomérule arrondi, sessile, composé de 10-12 épillets, entouré
de trois feuilles involucrales; glumes garnies, sur les bords, de squamules
nombreuses formant une sorte de frange. — Assez abondant dans les endroits
ombragés près du bord de mer : Carbet (près de l’embouchure de la
rivière), Prêcheur. Alt. 0-20 mèt. [N° 461.] — Je ne l’ai pas trouvé à la
Guadeloupe.
’ K. odorata Vahl, K. triceps S\v. ; Kyllinga odorant. Rottb., Desc., t. 4, f. 4.
— Annuel, cespiteux, haut de 5-20 cm., droit ou plus ou moins diffus; à
feuilles linéaires-acuminées, plates, peu nombreuses ; à chaume filiforme,
nu. Inflorescence en capitules oblongs-obtus, réunis par trois : les deux laté­
raux beaucoup plus petits ; feuilles involucrales relativement plus longues.—
Abondant dans les prairies, dans les savanes herbeuses des basse et inframoyenne régions, oü il forme souvent gazon sur d’assez grandes étendues :
environs de la Basse-Terre, Gourbeyre, Matouba, Lamentin, Gozier, SainteAnne, Saint-François, Marie-Galante, etc. Alt. 0-700 mèt. [N° 3130.]
M a r t i n i q u e . — Environs de Saint-Pierre, de Fort-de-France, Parnasse,
Lamentin, Robert, Gros-Morne, etc. j N° 474 a.]
* K. brevifolia Rottb.; Kyllinga à feuilles courtes. Rottb., Desc., t. 4, f. 3.
— Haut de 30 cm. ; à rhizome rampant, vivace, noueux ; à feuilles courtes,
rigides, linéaires : une ou deux seulement pour chaque chaume ; chaume
triquètre, droit, svelte, tiliforme-rigide. Inflorescence en capitules sessiles,
petits, arrondis-solitaires ou géminés, entourés de trois feuilles involucrales
dressées, dont une plus longue. — Peu répandu : assez abondant sur le bord
des mares d’eau douce et dans les savanes aquatiques des environs de SaintLouis. Alt. 0-30 mèt. [N° 3579.] — Je ne l’ai pas vu à la Martinique.

K. cæspitosa Ness, variété elatior Boekeler ; Kyllinga cespiteux. — Annuel
ou vivace (dans les endroits très humides) ; à rhizome rampant ; à feuilles
nombreuses, linéaires-acuminées, longues; à chaume filiforme, ferme,
sillonné, nu, haut de 20-22 cm., rarement plus haut. Inflorescence en capi­
tules solitaires, largement ovoïdes, sessiles ; feuilles involucrales 3-4, dont
une très longue. — Abondant dans toutes les savanes herbeuses, humides ou
aquatiques de toute la Guadeloupe proprement dite, de la Grande-Terre et
de Marie-Galante. Alt. 0-800 mèt. [N° 3129.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans les savanes humides ou aquatiques : TroisIlets, Rivière-Salée, Gros-Morne, Tartane, etc. [N ° G 7.]
Abildgaardia Vahl (dédié à P. Chr. Abildgaard, né en 1740, à Copenhague,
professeur d'histoire naturelle et secrétaire de la Société royale des sciences,

�54 4

PLANTES DR LA GUADELOUPE RT DK LA MARTINIQUE

fondateur de l’ École vétérinaire, en 1773, et de la Société d'histoire natu­
relle de Copenhague ; mort dans cette ville en 1801.)

A. monostachya Vahl ; Abildgaardie à un seul épi. Vulgo : Barbe à nègre,
SK, t. 79, f. :2 ; Rottb., Desc., t. 13, f. 3. (Cyperus L .; Scirpus Boekeler.) —
Petite herbe, très cespiteuse, vivace, droite, haute de 5-30 cm. ; à feuilles
très étroites, roulées, presque filiformes; à chaume filiforme, nu, dépassant
de beaucoup les feuilles. Inflorescence en épis comprimés-ovoïdes, pointus,
longs de 6-13 mm. ; épillets imbriqués, couleur de paille, pluriflores ; les
deux glumes extérieures vides, mucronées, les trois autres carénées et il trois
nervures ; rachis ailé. — Assez abondant dans les clairières d'endroits secs et
humides des mornes de Gourbeyre, du Camp-Jacob, de Bagatelle, du Gom­
mier, du Matouba. des Vieux-Habitants, de Ilouëlmont. Alt. 200-450 mèt.
[N ° 3127.]
M artlmque. Vulgo : Herbe fine, herbe à cheveux. — Sur les talus des
routes et dans les endroits humides ou secs du Champilore, chemin de la
Trace, fontaine Didier, hauteur de Fort-de-France, etc. [N° 466.]
TRIBU II. SCIRPÉES.
Heleocharis R. Br. (du grec « helos », marécage, et « charis », charme,
beauté, c'est-à-dire plantes qui font l'ornement des marécages.)
H.
chætaria Roem. et Schult. ; Héléocharide à feuilles fines comme des
cheveux. Vulgo : Herbe à cheveux. — Annuel, haut de 12-20 cm., cespiteux ;
à feuilles capillaires, plus longues que le chaume également capillaire. Inflo­
rescence en épis courts, terminaux, solitaires, longs de 1,5-2 mm. — Forme
gazon sur le bord des mares et dans les endroits aquatiques des montagnes :
Camp-Jacob, Bagatelle, Matouba, Gommier, Vieux-Habitants, etc. Alt. 400800 mèt. [N° 3737.]
M a rt in iq u e . Vulgo ; Herbe-cheveu. — Chemin de la Trace, environs du
Camp Balata et de la fontaine Absalon, du Camp de l’Alma, etc. [N os 470 a,
468. j — On le rencontre aussi sur le bord de l’étang de la Montagne-Pelée, à
une altitude de 1250 mèt.
H.
punclulala Boekeler, forma m ajor ; Héléocharide pointillée. Vulgo :
Barbe à mulâtre. — Cespiteux, vivace, haut de 8-32 cm., droit, sans feuilles
ou avec quelques feuilles radicales et courtes ; à chaume filiforme, strié, ter­
miné par un épi ovoïde-pointu, couleur de paille, long de 3-5 mm. Se dis­
tingue du précédent, en la société duquel on le rencontre souvent, par l'ab­
sence de ses feuilles, son chaume plus long, deux ou trois fois plus gros, ses
épis plus longs et plus gros. — Mares et endroits aquatiques des montagnes :
Savane à Mulets, Ilaul-Matouba, chemin du Matelyane à la Savane aux
Ananas, etc. Alt. 400-1480 mèt. [N° 3124.]

545

CYPÉRACÉES

M a r t i n i q u e . Vulgo : Barbe de mulâtre. —• Champilore, Gros-Morne, Che­
min de la Trace, Camp de l’Alma. [N°467.|

H. Dussiana Boekeler; Héléocharide de Duss. Vulgo : Barbe à mulâtre. —
Diffère du précédent par ses rhizomes rampants, par sa taille plus élevée, son
chaume plus rigide, ses épis noirs, pouvant atteindre jusqu’à 1 cm. de long.
— Plus abondant : marcs et endroits aquatiques du Champilore. [N° 466 a.J
(Spécimen imparfait.)
H capitata R. Br.; Héléocharide à épillets en capitules arrondis. Vulgo :
Barbe à mulâtre. SK, l. 75, f. 2; Rottb., I)esc., t. 15, f. 3. (Scirpus L.) —
Vivace dans les endroits très humides, annuel dans les endroits secs et sablon­
neux, très cespiteux, ornemental, droit, ou plus ou moins penché, haut de
4-32 cm., à chaume sans feuilles, strié. Inflorescence en épis globuleuxconiques, multillores ; glumes ovales-arrondies, obtuses; caryopse brun,
luisant, biconvexe. — Assez abondant dans les marécages et endroits inondés
par la mer ; Port-Louis, Anse-Bertrand. Alt. 0 mèt. K\° 3126. j
M a r t i n i q u e . Vulgo : Barbe-mulâtre. — Trinité (Galion), Robert, Tartane,
Fort-de-France, etc. [N os 457, 752.]
H. maeulosa R. Br.; Héléocharide à épis mouchetés. Vulgo : Herbe-che­
veu. (Scirpus K.) — Haut de 10-44 cm., à rhizomes rampants, à feuilles
milles. Épis noirs ou bruns, longs de 8-12 mm., ovoïdes-coniques, compri­
més. — Endroits marécageux du Camp-Jacob, du Parnasse, des Vieux-Habi­
tants, de Bouillante, où il vit souvent en société. — Dans les Sphagnums du
cône de la Soufrière, à la Savane à Mulets et à la Savane aux Ananas, cette
même herbe peut atteindre jusqu’à 84 cm. de haut. Alt. 400-1400 mèt.
[N os 3125, 3595.]
H. planlaçjinea R. Br.; Héléocharide tenant de la nature du plantain.
Vulgo ; Jonc. SK, l. 81, f. 3. ^Scirpus L. ; Limnochloa P. Beauv.) — Vivace,
haut de 0ra 80-1 mèt., rarement plus haut, sans feuilles; à chaume cylin­
drique, noueux, engainé en son quart inférieur dans une gaine terminée par
une pointe deltoïde. Épis cylindriques, un peu plus gros que le chaume et
légèrement atténuésau sommet, longs de 4-6 cm. ; épillets imbriqués; glumes
ovées-arrondies, striées, cartilagineuses, membraneuses sur les bords; style
trifide; caryopse obové, biconvexe, longitudinalement strié, muni, au som­
met, d'une pointe conique et noire. — Çà et là dans les fosses pleines d’eau,
dans les mares et les étangs peu profonds : Matouba, Trois-Rivières, BaieMahault, Lamentin, Pointe-à-Pitre, etc. Alt. 0-500 mèt. N° 3123. j
M a r t i n i q u e . Vulgo ; Jonc. — Parnasse, Champilore, Trinité (Galion),
Gros-Morne, etc. [N os 696, 753.]
H. spiralis R. Br. (emend.) ; Héléocharide à épillets disposés en spirale.
Vulgo : Jonc. (Scirpus Rottb.; Limnochloa Nees.) — Vivace, sans feuilles, à
Dns*. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

35

�54 6

PLANTES DE T.A GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

chaume nettement triquèlre, insérée la base dans une gaine courte, terminée
par une pointe deltoïde. Epis cylindriques, longs de 3-5 cm., presque aussi
gros que le chaume contracté au sommet ; glumes deltoïdes, cartilagineuses,
minces et membraneuses sur les bords; caryopse comme dans le précédent.
— Çà et là dans les mares d'eau douce près du littoral : Pointe-à-Pitre,
Gozier, Anse-Bertrand, Moule. Alt. 0-100 met. [N° 3441.1
M a r ti n iq u e . Vulgo ; Jonc bâtard. — Trois-Ilcls, Marin, Robert, etc.
[N® 754.]
Fimbristylis Yahl du latin « timbria », frange, et « Stylus », style, parce
que les styles sont finement frangés ou ciliés.)
F.
autumnalis R. cl Sch. (emend.t, Trichelostylis mucronulala T o rr .;
Fimbristylis d’automne. Scirpus L.) — Cespileux, haut de 45-75 cm., rare­
ment plus haut, droit, à feuilles longues, linéaires, plates, nombreuses, dépas­
sées par le chaume comprimé. Inllorescence en cymes composées, terminales,
ombelliformes, plus longues que les feuilles involucrales dressées; épillets
bruns, lancéolés-oblongs, pointus; glu mes ovées, mucronées; style trifide;
caryopse obové-rondâlre, trigone. — Abondant dans toutes les savanes
humides de la basse cl surtout de l'infra-moyenne région de toute la Guade­
loupe et de ses dépendances. Alt. 150-600 met. [N°3134.]
M a r t i m q u e . — Abondant dans toute 1’ile. [N° 755.]
F.
polymorpha Bockeler; Fimbristylis à formes variables.— Cespileux,
haut de 45-65 cm., à feuilles nombreuses, flasques, couvertes d’un duvet
glauque, plus courtes que le chaume. Inflorescence en cymes ombelliformes,
petites; épillets bruns, ovoïdes-pointus, petits, au nombre de 10-13 seule­
ment sur chaque épi; caryopse brun, longitudinalement strié, ovoïde, com­
primé, surmonté d'une pointe courte. Feuilles involucrales 3-5, dont 2 plus
longues que la cyme. Se distingue facilement du précédent par sa taille plus
petite et ses feuilles velues. — Abondant dans presque toutes les savanes
humides, dans les mornes peu boisés de toute la Guadeloupe et de ses dépen­
dances. Alt. 40-700 mèt. [N 0 3288.]
M a r t i n i q u e . — Dans toutes les savanesel les endroits peu boisés. [N° 759.]

F.
spadicea Yahl; Fimbristylis à épis allongés et cylindriques, en forme de
spadice. SI., t. 76, f. 2. (Scirpus L .) — Très cespileux, formant des touffes
très larges, vivace, haut de 60-80 cm., à feuilles filiformes, rigides, canne­
lées, brunes à la base; à chaume trigone-comprimé, le plus souvent penché.
Inflorescence en cymes inégalement ombelliformes, composées, larges, longues
de 10-14 cm. Feuilles involucrales de la cyme le plus souvent 2, dont l’exté­
rieure beaucoup plus longue et l’intérieure plus courte que la cyme ; les 2,
brunes et élargies à la base. Epis longs de 7-9 mm., noirs, ovés, subcvlindriques; feuilles involucrales des cymules 2-3, dont I plus longue; épillets
pédicellés; style bifide, cilié; caryopse brun, obové-biconvexe, longitudina-

CYPÉRACÉES

547

lemenl strié. — C’est, de tous les Fimbristylis des deux colonies, celui qui a
les plus larges ombelles et les plus longs épis. — Assez abondant dans les
endroits inondés par la mer et les savanes très sablonneuses du littoral ;
Fort-de-France, Trois-Ilcls, Lamentin, François, Trinité (Galion), etc.
Alt. 0 mèt. [N°* 756, 757.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.
F.
ferrucfinea Yahl; Fimbristylis à épis couleur rouille de fer. SI., 1.77,
f. 2. — Vivace, très cespiteux, à feuilles très étroites, glauques, rigides, can­
nelées, souvent visqueuses, à chaume subcomprimé, haut de 70-75 cm. Inflo­
rescence en cymes ombelliformes, courtes, simples, plus rarement composées,
compactes. Feuilles involucrales 2, plus courtes que la cyme, élargies et sans
taches, brunes à la base; épillets bruns, pédicellés, ovés-coniques, larges;
glumes ovées-rondâtres, mucronées, pubescentes sur le dos : caractère par
lequel il se distingue facilement du précédent; caryopse obové, biconvexe,
poli et sans stries. — C'est l’espèce dont les épillets sont les plus larges, mais
non les plus longs. — Très abondant dans les terres basses inondées par la
mer et dans les savanes sablonneuses et marécageuses, voisines du littoral :
Deshaies, Pointe-à-Pitre, Gozier, Saint-François, Marie-Galante, les Saintes
(Terre-de-Haut, Grand’Anse), etc. Alt. 0-3 mèt. [N°3133.]
M a r t i n i q u e . — Marin, Trinité (Galion), Trois-Ilels, Rivière-Salée, etc.
[N° 704.]

F. obtusifolia Kth ; Fimbristylis à feuilles courtes, — Droit, cespileux,
haut de 40-45 cm.; à chaume comprimé, sillonné, nu dans le haut; à feuilles
courtes, rosulées, très rapprochées, fortement cannelées, obtuses au sommet,
rigides, occupant le tiers inférieur du chaume. Inflorescence en cymes
simples ou composées, plus ou moins contractées, plus longues que les deux
feuilles involucrales, obtuses et rigides; épillets très allongés, ovoïdes;
glumes brunes, ovées-oblongues, obtuses, carénées sur le dos, pâles sur les
bords; caryopse obové, convexe d'un côté, ruguleux, caréné sur le d o s.—
Assez rare ; hauteurs inférieures des Yieux-Ihabitants. Alt. 250-300 mèt.
N° 3594.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Martinique.
F. spathacea Roth.; Fimbristylis à feuilles à base spathiforme. — Vivace,
cespiteux, haut de 12-14 cm., à souche volumineuse, tubériforme, allongée,
noire; à feuilles rosulées, cannelées, courtes, très rigides, obtuses au sommet;
à chaume nu et légèrement comprimé, de longueur variable. Inflo­
rescence en cymes courtes, ombelliformes, simples ou composées; à feuilles
involucrales rigides, dressées, plus courtes que les cymes; épillets petits,
brun noir; caryopse noir, biconvexe, poli, luisant, surmonté d'une pointe
courte et obtuse. — Peu répandu. Çà et là sur les rochers madréporiques,
arrosés par la mer ; Moule, seul endroit où j'aie pu trouver celte petite
espèce. Alt. 0 mèt. [N° 3520. — Je ne l'ai pas vu à la Martinique.
F. capillaris A. Gray, variété dation , S. lemiifolius Rudg.; Fimbristylis

�PLANTES DB I,A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

CYPÉRACÉES

à feuilles capillaires. ^Scirpus L .; Isolepis H. Br.) — Annuel, cespiteux,
droit, très ornemental, haut de 40-45 cm.; à feuilles rosulées, filiformesséleuses. réfléchies; à gaine velue; à chaume filiforme, nu, tantôt plus long,
tantôt plus court que les feuilles. Inflorescence en cymes très petites, inéga­
lement ombelliformes, à 5-9 épis bruns, ovés-oblongs, obtus; glumes ovées,
carénées, obtuses; caryopse Irigone, obové, transversalement luberculé et
surmonté d'un petit tubercule mammiforme. — Assez abondant sur les talus
des roules, dans les endroits sablonneux et peu boisés : Champflore, route de
la Trace, des Fonds-Saint-Denis aux Deux-Choux, etc. Alt. 300-660 mèt.
X° 758. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

endroits aquatiques des basse et moyenne régions où il vit souvent en
société sur une grande étendue : Camp-Jacob, Bagatelle, Lamentin, BaieMahault, les Abymes, Petit-Canal, Port-Louis, etc. Alt. 0-600 mèt. [N°3128.]
M a r t i n i q u e . — Champflore, Ducos, Gros-Morne, François, Robert, etc.
[N° 853.]

54 8

Scirpus L. (du mol celle « Sirs », jonc. Celte racine celtique vient de
« scirpare ». lier, tresser.)

S. Dussianus Boèkeler; Scirpe de Duss. — Annuel, cespiteux, très droit,
haut de 15-20 cm., à feuilles filiformes-eapillaires, séteuses, peu nombreuses,
plus courtes que le chaume filiforme. Inflorescence en petits glomérules
arrondis, composés de 8-15 épillets, courts, couleur paille. — Rare : çà
et là quelques pieds dans le Champ de Pétrification, à Sainte-Anne. Alt. 415 mèt. [N° 478.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
Hemicarpha Nees et Ain. (du grec « hemi », à moitié, « karpha », brin de
paille, parce que les épillets n’ont qu’une paillette à l'axe de l'aisselle de la
glume au lieu de deux.)
H. subsquarrosa Nees; Hemicarpha garni de petites pustules. Scirpus
micranthus Yahl. — Petite herbe très délicate, plus ou moins droite, haute
de 15-18 cm., cespiteuse; à chaume capillaire, portant à la base une feuille
courte, capillaire. Inflorescence en capitules ovoïdes-comprimés 2-3, petits,
dépassés par l’unique feuille involucrale dressée; glumes vert pâle, lancéo­
lées, terminées en une pointe recourbée; étamine 1 ; caryopse subcylindriqueoblong. — Assez abondant dans les basse et infra-moyenne régions : endroits
très humides des Trois-Ponts, dans- les friches du Carbet, des Fonds-SaintDenis, du Gros-Morne, du Robert, etc. Alt. 0-450 mèt. [N° 460, D 4.] — Je
ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
FuirenaRoltb. (dédié au Danois Georg Fuiren, né en 1581, à Copenhague,
médecin : a exploré la Scandinavie dans un intérêt botanique; mort en 1628.)
F. umbellala Rottb. ; Fuirena à épis en ombelles. R ottb ., Desc., t. 19, f. 2.
-— Vivace par ses rhizomes, droit, haut de 0 m80-11,180, rarement plus haut ;
à chaume mou, glabre; à feuilles glabres, relativement courtes, lancéolées,
brièvement acuminées; à gaine à 5 angles, ligulée. Inflorescence enombelles
arrondies, axillaires et terminales, portées surdespédonculeshispides; glumes
pourvues d’une arête, à 3 nervures; caryopse Irigone, supporté par 3 écailles
obovées et dépourvues d’arêtes. — Très abondant dans les marécages et

549

Cladium P. Br. (du grec « ldadion », diminutif de « klados », rameau
allusion au grand nombre de panicules très branchues de l'inflorescence.)
C.occidentale Schrad., Schœnus Cladium S\v. ; Cladium des Indes Occi­
dentales. Vulgo : Herbe coupante.— Vivace, haut de 1"‘ 50-2IU50, très
droit, vert foncé; à chaume sous-ligneux à la base, obtusément triangulaire,
demi-cylindrique dans le haut; à feuilles très longues, nombreuses, rigides,
linéaires-acuminées, carénées, très finement serretées sur les bords; à dents
rigides, distantes; à gaine apprimée. Inflorescence en panicules corymbiformes, interrompues : les inférieures, courtes; les supérieures et terminales,
plus longues et plus larges; épillets brun foncé, ovés-lancéolés, disposés par
3 ou 5; étamines 2 ; style trifide; caryopse ellipsoïde, surmonté d'une pointe
courte. — Séchée, cette Cypéracée sert de chaume pour couvrir les toits. —
Vit en société sur de grandes étendues, dans les endroits marécageux et dans
lès tourbières des Abymes, du Morne-à-l'Eau, du Petit-Canal, de Port-Louis,
qui avoisinent la mer; à Marie-Galante (entre le bois de Folle-Anse et les
terres de l'usine de Retz); à Trois-Rivières (étang de Roussel au-dessus du
bourg), Gourbeyre (étang du Valcanard). Alt. 0-350 mèt. [N° 3108. — De
cette plante, si commune à la Guadeloupe, on ne trouve pas trace à la Mar­
tinique, mais elle existe à Sainte-Lucie dans un étang au-dessus de la sou­
frière. [N° 469.]
Machærina Vahl (du grec « machaira », couteau, sabre, allusion à la
forme des feuilles, qui sont recourbées, larges et polies.)
M. restioides Vahl; Machærine ressemblant à un Restio. — Vivace par ses
souches, droit, cespiteux, haut de 55-65 cm., très ornemental; à chaume
comprimé, poli; à feuilles distiques, imbriquées à la base, rigides, épaisses,
ensiformes, légèrement courbées, très polies et luisantes : les supérieures,
courtes et distantes. Inflorescence en panicule racémiforme, allongée, longue
de 13-15 cm., large; panicules partielles alternes, entourées, à la base, d'une
gaine ferme, comprimée, brune à la base; épillets pauciflores, noirs; glumes
inférieures, vides; les supérieures, garnies d'une petite arête; étamines 3;
style trifide; caryopse trigone, noir, surmonté d’un bec conique. — Rare
dans la région des grands bois; abondant dans la région supérieure ; Savane
aux Ananas, Savane à Mulets, Matelyane, Grande-Découverte, Soufrière, etcAlt. 600-1480 mèt. [N° 3130.]
M a r t i n i q u e . — Montagne-Pelée, Pitons-du-Carbet (abondant). rN° 760 a.]

�550

PLANTES DE LA GUADELOUPB ET DE

LA

CYPÉRACÉES

MARTINIQUE

Rynchospora Yahl (du grec « rhynchos », bec, el « spora », semence, parce
que les caryopses sont surmontés d un long bec, qui est le style persistant.)
R. cyperoides Mart., R. polycephala W ydl., Schœnus polycephalus Fers.,
S. (riceps Yahl ; Rvnchospore ressemblant à un Cvperus. (Schœnus Lin.) —
\ ivace, très droit, svelte, ornemental, haut de 0 UI 80-1 m 20, à leuilles peu
nombreuses, très longues, linéaires, rigides, carénées; à carène très scabre ;
à gaine longue, apprimée; à chaume triangulaire. Inflorescence en capitules
globuleux, disposés en une ombelle très inégale, à 1-3 capitules sessiles ou
presque sessiles, les autres pédicellés. Feuilles involucrales du capitule sétiformes; épillets ovés, acuminés. Fleurs supportées par plusieurs barbes;
glpmes inférieures orées, les supérieures ovées-lancéolées; caryopse obové,
articulé avec le bec qui le surmonte; bec pâle, subulé, linéaire, environ de la
même longueur que le caryopse. — Çà et là sur le bord des fosses remplies
d'eau el des mares : Petit-Bourg, Petit-Canal, Goyave. Alt. 0-300 mèt.
X° 3821.]
M a rt in iq ue . — Ducos, Gros-Morne, Trois-Ilets. [X°761.]

551

allongées. — Abondant dans la haute région : Savane à Mulets, Savane aux
Ananas, Matelvane, Grande-Découverte, etc. Alt. 800-1300 mèt. [X" 3117.
M a r t in iq u e . — Montagne-Pelée, Pitons-du-Carbet, etc. IX 0* 762, 763.

R, polyphylla Vahl; R. fernujinea Sieb. ; Rvnchospore à feuilles nom­
breuses. (Mitrospora Nees; Schœnus Lin.) — Yivace, très cespiteux, droit ou
souvent plus ou moins penché, haut de 70-90 cm. ; à feuilles très longues,
très nombreuses, tombantes, linéaircs-acuminées; à 3 côtes en dessous; à
chaume triangulaire. Inflorescence comme dans le précédent; épillets allon­
gés, couleur paille, plurilïores; glumes inférieures ovées, les supérieures lan­
céolées; caryopse strié, dépourvu de barbe, finement tubercule, aussi long
que son bec tronqué et articulé. — Abondant dans les endroits ensoleillés des
moyenne et infra-moyenne régions : bois des Bains-Jaunes, Savane à Mulets,
Matelyane, Vieux-Habitants, Deshaies, Trois-Rivières. Alt. 400-1100 mèt.
[X° 3116.]
M a r t i n i q u e . — Bois de la Montagne-Pelée, Champflore, fontaines Didier
et Absalon, Trois-Ilets, la Régale, Gros-Morne, etc. [X° 764.]

R. aurea Yahl; R. surinamensis Nees; Hynchospore à épillets dorés.
Yulgo : Paille-mare, herbe-razoir mâle. Rottb., Desc., t. 21, f. 1. (Schœnus
Lin.) — Yivace, haut de 0 m90 -lm 50 et quelquefois au delà; à feuilles
longues, largement linéaires, scabres sur les bords et sur la carène; à chaume
à trois angles aigus. Inflorescence enpanicules corymbiformes, interrompues,
larges, arrondies, terminales et axillaires, dépassées par les feuilles; épillets
jaune doré (à l’état frais); glumes inférieures ovées, les supérieures ovéeslancéolées; caryopse obové, brun, traversé longitudinalement de chaque côté
d’un sillon profond, surmonté d’un bec conique, pointu, plus gros et un peu
plus long que le caryopse lui-même. — Abondant dans les marécages du
Lamentin, de la Baie-Mahaull, du Petit-Canal, des Abymes, du Morne-àl’Eau, où il vit en société avec le Fuirena umhellata Rottb., Gommier, Gourbeyre (Yalcanard), Trois-Rivières, etc. Alt. 0-600 mèt. [X os 3118,3523,
3612.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe à couteau. — Ducos, Trois-Ilets, Anses-d’Arlet, Gros-Morne, etc. [N° 761 a.j

R. selacea Boekeler, R. spermodon Griseb.; Hynchospore à feuilles sétiformes. (Schœnus Rottb., l)esc., t. 21, f. 2.) Dichromena Kth.i —
Cespiteux, annuel, haut de 32-40 cm., droit; à chaume rigide, filiforme; à
feuilles filiformes plus longues que le chaume. Inflorescence en faisceaux
corymbiformes, petits, axillaires et terminaux, plus courts que les feuilles à
l’aisselle desquelles ils naissent; épillets bruns, allongés, petits, lancéolésacuminés; glumes inférieures elliptiques, terminées par une courte pointe,
les supérieures lancéolées; caryopse dépourvu de barbe, brun, rondàtre, trans­
versalement sillonné, bidenté au sommet, plus long el plus large que le bec.
comprimé-conique, qui le surmonte. — Endroits secs, rocailleux ou pierreux
des mornes inférieurs et peu boisés : Houëlmont, les Saintes (Terre-deHaut, route du Chameau), Marie-Galante; assez rare dans les endroits
plus ou moins humides en général ; ieux-Habitants. Alt. 150-600 mèt.

R. corymbifera Nees; Hynchospore à inflorescence en corymbes. —
Yivace par ses stolons, cespiteux, droit, très glabre, ornemental, haut de
65-75 cm.; à chaume triangulaire; à gaine ferme, lâche au sommet; à feuilles
longues, plates, très légèrement carénées; à tiges et feuilles couleur de paille.
Inflorescence en corymbes composés, axillaires et terminaux : les derniers
beaucoup plus longs et larges; épillets cylindriques, allongés, bruns; caryopse
brun, biconvexe, court, surmonté d'un bec conique-comprimé, qui lui-même
est surmonté d’une barbe géniculée, longue de près de 1 cm. Se distingue
facilement de ses congénères par ses longues feuilles, ses épillets et ses barbes

R. emaciata Boekeler; Hynchospore très maigre. — Annuel, cespiteux, plus
ou moins tombant, haut de 40-46 cm., à feuilles et chaume capillaires, très
tenaces. Inflorescence en 1-3 faisceaux corymbiformes, terminaux et axil­
laires, très distants, composés de 2-3 épillets; glume inférieure carénée,
petite, la deuxième brusquement pointue, les supérieures lancéolées-pointues ;
caryopse biconvexe, plus large que long, terminé par trois pointes courtes,
distantes, situées sur le même plan. — Endroits secs, maigres, ombragés,
souvent arides et pierreux : les Saintes (Terre-de-Haut, morne du Chameau).
Abondant. Alt. 80-250 mèt. [N° 3122.]

[N° 3121.]
M

artinique.

— Plateau des Trois-Ilets, Fonds-Saint-Denis, hauteurs de la

Grand’Anse, Caravelle. [N° 760.]

�552

PLANT RS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

CYPÉRACÉES

553

— Hauteurs du Diamant, chemin des Fonds-Saint-Denis aux
Deux-Choux, Caravelle, hauteurs de Fort-de-France. N° 693.]

dans les friches et dans les terres cultivées du Gros-Morne. Alt. 350-600 mèt.
[N ° 4(55.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Guadeloupe.

R. micranlha Vahl, R. sparsa Sieb.; Rynchospore à petites fleurs, Vulgo :
Herbe à cheveu. (Dichromena Kth.) Annuel, haut de 25-55 cm., déli­
cat. flacide, plus ou moins droit; à chaume triangulaire, branchu; à feuilles
linéaires, plates, nombreuses. Inflorescence en corymbes courts, délicats,
divariqués, axillaires et terminaux, à pédicelles filiformes; épillets ovésarrondis, petits; glumes lancéolées, obtuses; caryopse brunâtre, rondâlre,
transversalement sillonné, marginé, trois fois plus long et plus large que son
bec, court, comprimé-conique, pointu, et brièvement décurrent. — Endroits
humides et peu boisés, bords des mares et des étangs, savanes aquatiques, où
il n"it souvent en société et forme gazon : Bains-Jaunes, Matouba, CampJacob, Bagatelle, Parnasse, Gourbeyre, Trois-Rivières, Vieux-Habitants, etc.
Alt. 300-900 met. [N° 3119.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Herbe à cheveu. — Champflore (abondant), TroisIlets, Ajoupa-Bouillon, Grande-Rivière, etc. [N" 403.

R. slellata Griseb., Dichromena leucocephala Mich. ; Rynchospore à
feuilles involucrales étoilées. SI., t. 78, f. 1. — Haut de 40-45 cm., droit,
cespiteux, à rhizomes vivaces, rampants, à feuilles glabres, linéaires-acuminées, peu rigides : les unes plus courtes, les autres plus longues que le chaume
anguleux. Inflorescence en capitules compacts, larges, hémisphériques,
blanchâtres, entourés de 3-5 feuilles involucrales étoilées, élargies et blanches
à la base, sans cils, vertes à l’extrémité : 2-3 longues, les autres courtes ;
épillets blancs, ovés-oblongs ; caryopse obové-rondâtre, à sillons trans­
versaux, lins, deux fois aussi large et aussi long que son bec comprirnéconique et pointu ; barbe longue, noire. — Abondant dans les savanes her­
beuses, très humides ou aquatiques des basse et infra-moyenne régions:
Marie-Galante (environs du bois de Folle-Anse), Gourbeyre, Camp-Jacob,
Pointe-à-Pitre, Gozier, Moule, les Abyrnes, Matouba, etc. Alt. 0-700 mèt.
[N° 3131.]
M a r t i n i q u e . — Abondant : Saint-Esprit, La Régale, Rivière-Pilote, TroisIlets, Marin. [N° 665 a.]

M

artinique.

R. pubera Boekeler, forma elatior ; Rynchospore pubescent. — Vivace
habituellement'!, cespiteux, plus ou moins droit, haut de 35 cm. ; à rhizomes
rampants; à feuilles nombreuses, linéaires-aduminées : les unes plus courtes,
les autres aussi longues ou plus longues que le chaume comprimé, souvent
tacheté de brun; à feuilles, gaines et chaume pubescents. Inflorescence en
capitules arrondis, sessiles, terminaux, composés d'un petit nombre d’épillets
et entourés de 3-5 feuilles involucrales, dont 2-3 très longues; épillets et
glumes carénés; caryopse subglobuleux, transversalement sillonné-tüberculé,
plus long que son bec obtus. — Abondant dans les terres cultivées et en
friche de la région infra-moyenne de toute la Guadeloupe proprement dite.
Alt. 300-600 met. [N “ 3122, 3611.]
M a rt i n i q u e . —
Fontaine Absalon, Camp Balata, Gros-M orne, etc.
[N ° 706.]

R. Jehkiana Boekeler ; Rynchospore de Jelske. — Vivace par ses rhizomes
rampants, droit, haut de 35-38 cm., cespiteux, à feuilles peu nombreuses : les
inférieures courtes, les supérieures plus longues, toutes flasques, réfléchies,
légèrement pubescentes vers l’extrémité, plus pubescentes vers la base; gaine
courte, ciliée sur les bords; chaume sillonné, filiforme, rigide, dépassant de
beaucoup les feuilles. Inflorescence en capitules arrondis, larges, blancs,
composés d’épillets 5-6-llores ; glumes inférieures larges, ovées-membraneuses, les autres ovées-lancéolées, toutes carénées sur le dos ; caryopse
ovoïde, légèrement comprimé, transversalement sillonné-tuberculé, un peu
plus court que son bec blanc, articulé, comprimé et surmonté d’une pointe
brune et courte. Se distingue facilement de ses congénères par son chaume
noirâtre et ses feuilles courtes. — Environs des fontaines Didier et Absalon,

R. Dussii Boekeler ; Rynchospore de Duss. — Haut de 40-45 cm., peu
cespiteux, droit, à rhizome rampant, à feuilles lancéolées-linéaires, flasques,
glabres, 6-8-nerviées, très vertes : celles de la base, courtes, avec une gaine
également courte ; les supérieures, plus longues que le chaume filiforme,
comprimé-anguleux. Capitules arrondis, composés de 6-8 épillets, blanc
pâle, allongés, cylindriques, pointus, 4-5-llores ; feuilles involucrales vertes,
au nombre de 5, dont 1-3 longues ; caryopse brun, ovoïde, transversalement
sillonné-strié, deux fois plus long et plus large que son bec obtus, et surmonté
d'une barbe noire un peu plus longue que les deux arêtes qui naissent à la
base du caryopse. Facile à distinguer de ses congénères de la même section
par ses feuilles larges. — Peu répandu : assez abondant dans une ravine du
Morne-Vert, au pied des Pitons-du-Carbet. Alt. 750 mèt. [N° 462.] — Je ne
l'ai pas vu à la Guadeloupe.
TRIBU III. SCLÉRIÉES.
Scleria Berg, (du grec « skleros », dur, parce que les caryopses sont durs.)
S. praiensis Lindl., S. commumis Kth ; Sclérie des prés. 5 ulgo : Herbecouteau. — Vivace par ses rhizomes rampants et forts, peu cespiteux.
Feuilles longuement linéaires, scabres sur les bords, à chaume haut de 6090 cm., à chaume et gaine triailés, à ligule herbacée, ovée-oblongue, obtuse.
Inflorescence en panieule terminale, à branches triailées ; fleurs des épillets
mâles, à 1 étamine; glumes inférieures vides; fleur femelle, à 1 style;

�55 i

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

caryopse globuleux, blanc à la maturité, très poli cl luisant, cl un charnel, de
1-5 mm., niché dans un double disque dont l’extérieur, ci 3 lobes terminés
en pointe allongée, se sépare facilement du second, qui est à 2 lobes et adhérent
à ce caryopse. — Çà et là clans les savanes herbeuses, clans les haies, sur le bord
des chemins des basse et infra-moyenne régions de toute la Guadeloupe, de
la Grande-Terre et de Marie-Galante. Alt. 0-600 met. [N° 3824.]
M arti ni que . — Yulgo : Herbe à couteau. — Dans toute 1 ile. [N° 443.]
S. microcarpa Nees, variété latifolia macrocarpa. Vulgo : Herbe-razoir.
— Vivace par ses rhizomes, haut de 1-2 met., rarement plus haut, droit,
ornemental, à feuilles lancéolées-bnéaires, seabres sur les bords, rigides,
penchées à l'extrémité, à gaine fendue, au sommet, en deux lobes, garnie de
trois ailes larges, allant en diminuant du sommet à la base et formant finale­
ment trois carènes, à ligule deltoïde. Inflorescence en panicule souvent très
allongée, étroite, interrompue, à branches trigones ; épillets mâles situés
dans le bas des branches, chacun contenant trois fleurs avec trois étamines:
les fleurs supérieures, femelles ; caryopse globuleux, blanc à la maturité,
très poli et luisant, surmonté d'une pointe très noire ; disque double : 1exté­
rieur, tronqué ; l’intérieur, trilobé. — Ait en société dans les endroits maré­
cageux de 1intérieur des terres et dans les terres marécageuses et inondées
du bord de la mer: Gourbeyre (étang du Yalcanard), où il abonde, PetitCanal près du bord de mer), Baie-Mahault, Gozier, Lamentin. Alt. 0-350
met. , N° 3112.]
M ar tinique . Yulgo : Herbe-razoir. — Ducos, Lamentin (près de l’embar­
cadère de l'usine de Lareinly, etc.). [N° 445.]
S. scindens Nees; Sclérie coupante. Vulgo : Herbe coupante. — \ ivace
par ses rhizomes, haut de 1m 50-2"150, à feuilles rudes, très seabres sur les
bords, longues, linéaires, étroites, penchées; à gaine non ailée, mais à trois
carènes finement serretées-scabres; à ligule courte, arrondie-obtuse. Inflo­
rescence en panicule longue de 7-9 cm., naissant près de la dernière leuille
du chaume, à branches triquètres, étalées; épillets mâles à trois fleurs,
chacun à trois étamines ; caryopse comme dans le précédent : disque intérieur
trilobé, supporté par un petit carpophore; l’extérieur, ondulé. — Dans les
bois secs, ou plus ou moins humides de l’infra-moyenne région de toute la
Guadeloupe proprement dite, surtout dans le massif de Houëlmont, dans les
bois de Deshaies, des Trois-Rivières, de Pigeon, des \ ieux-Habitants, etc.
Alt. 50-670 mèt. [N° 3111.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Herbe à couteau. — Dans les clairières et sur les
lisières des bois inférieurs. N° 446.]
S. la tifolia. S\v.; Sclérie à larges feuilles. Yulgo : Herbe à couteau. —
Vivace par ses rhizomes forts et volumineux, haut de 0 ,n 70-111160, à feuilles
larges, oblongues-lancéolées, ou lancéolées; à chaume triangulaire; gaine à

cypéracées

555

trois ailes, allant en diminuant du sommet vers le nœud; ligule dure, del­
toïde, obtuse. Inflorescence en panicule compacte, plus large que dans le
précédent : tantôt nettement pyramidale, tantôt arrondie, à branches tri­
quètres, seabres; épillets mâles, à trois fleurs, chacune à trois étamines,
droites; caryopse unique dans chaque épillet femelle; branches principales de
la panicule armées, à la base, d’une longue arête, les branches secondaires
d une arête courte, subulée, celles des épillets mâles et femelles d'une arête
plus longue qu'eux; caryopse blanc à la maturité, légèrement déprimé au
sommet et terminé par une petite protubérance ; disque intérieur incisodenté et à trois lobes plus longs que le disque extérieur ouvert et ondulé.
Facile à distinguer de ses congénères par ses larges feuilles. — Dans tous les
bois plus ou moins humides de la région infra-moyenne de toute la Guade­
loupe proprement dite. — On en rencontre deux variétés : l'une dont les
branches de la panicule et les épillets sont d'un blanc pâle ou couleur paille;
l’autre où ils sont noirâtres, bruns ou pourpres. Alt. 350-1100 mèt. N° 3113.
M a r t i n i q u e . Yulgo : Herbe à couteau. — Dans tous les bois humides ou
plus ou moins secs. \N° 443 a. I
S. reflexa II. B. et Kth, S. flagellum Griseb.; Sclérie à branches tom­
bantes. Yulgo : Herbe à couteau. SL, t. 77, f. 1. — Vivace, grimpant, pou­
vant monter sur des arbres très élevés; à branches pendantes; à feuilles
linéaires-acuminées, trèsscabres sur les bords; à gaine sans ailes, ftigone. très
finement serretée, avec des dents placées à rebours; à ligule scarieuse, courte,
obtuse, noirâtre, souvent oblitérée. Les feuilles des S. reflexa IL B. et Kth,
latifolia Sw. et scindens Nees sont très tranchantes : elles occasionnent des
blessures profondes et douloureuses. Inflorescence en panicules terminales
et axillaires, toutes courtes, compactes, pyramidales, à branches triquètres,
pubescentes; épillets mâles à trois fleurs, chacune à trois étamines; épillets
femelles placés plus haut, renfermant un caryopse globuleux-ovoïde, blanc,
luisant, terminé par un petit mamelon; disque extérieur subentier, à bord
renflé et noir, renfermant le petit disque intérieur. — Abondant dans les bois
secs ou plus ou moins humides des moyenne et infra-moyenne régions des
grands bois, où il forme souvent des fourrés impénétrables : Houëlmont,
Gourbeyre, Vieux-Habitants, Pointe-Noire, Bouillante, Deshaies, etc.
Alt. 300-800 mèt. [N° 3825.]
M a r t i m q u e . Vulgo : Herbe à couteau. — Plus abondant qu'à la Guade­
loupe : hauteurs de Sainte-Luce, des Trois-Ilets, La Régale, Grand’ Anse, etc.
[N° 444.]
S. lithosperma Sw. (emend), S. filiformis Sw., S. purpurea Poir. ; Sclérie
à semences pierreuses. — Vivace, cespiteux, ornemental, haut de 50-75 cm.
droit; à feuilles étroitement linéaires, carénées, glabres; à chaume triangu­
laire, nu dans le haut; à ligule deltoïde, obtuse. Inflorescence en faisceaux

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

LILIACÉES ---- AMARYLLIDÉES

courts, pédoncules, axillaires el terminaux, très distants, composés d’un
petit nombre d’épillets; bractée mère, longue, séteuse, rigide, droite ou
subulée; épillels mâles à une étamine; caryopse globuleux, blanc, oblusément trigone à la base; disque trigone, noirâtre, simple, petit. — Abondant
dans les mornes inférieurs peu boisés, secs el rocailleux de Vieux-Fort, des
Vieux-Habitants, de Bouillante, de Pigeon, de Deshaies, etc. Alt. 10-400 mèt.

épineuses. Hampe comprimée, haute de 70-85 cm., simple ou à 2-5 branches;
'niloresconce en grappes pouvant atteindre 15 cm. de long. Fleurs pédicellées,
d'un jaune orange strié de vert, en clochettes 6-fîdes, pendantes, subcylin­
driques, bossues à la base, longues de 2-4 cm. ; pédicelles garnis d’une bractée
blanche, mince, ovéc-lancéolée ; étamines hypogynes, légèrement exserles ;
anthères introrses; style exscrt, simple; stigmate trilobé. — Fl. de février à
mai, mais ne produit pas de fruits. — Introduit probablement delà région
méditerranéenne. — Cultivé comme plante médicinale, mais se rencontre
assez souvent à l’état sauvage dans les endroits très secs, pierreux el arides :
côte entre Baillif etles Vieux-Habitants, bord de la rivière des Pères, mornes
calcaires du Petit-Canal, environs du Moule. — Dans nos deux colonies, on
met rarement à profit les propriétés purgatives bien connues de cet aloès,
mais on en emploie souvent les feuilles comme très émollientes; on les pré­
fère à toute autre substance contre les brûlures. [N° 3830. j
M a r t i n i q u e . — Cultivé çà et là à l’état sauvage. — Hauteurs inférieures de
Case-Pilote et du Diamant. [N° 1340.]

556

I V

[N® 3114.]
Hauteurs du Diamant, des Trois-Ilets, Sainte-Luce (près
du bord de mer.) [N° 440 a. \
M

ri

a rt in iq u e .

—

TRIBU IV. CARICINÉES.
Carex L. du latin « carere », manquer, parce que les épillets supérieurs
sont mêlés el ne portent pas de semences.)
C. Dussiana Boekeler; Laiche de Duss. — Vivace, haut de 55-75 cm.; à
chaume mince, penché, triangulaire; à feuilles très longues, très glabres,
plates, beaucoup plus longues que le chaume, lancéolées-linéaires, très acuminées et graduellement rétrécies vers la base, presque toutes radicales, bitricaulinaires; ligule nulle; gaine triangulaire. Inilorescence en épis formant
des panicules lâches, allongées, longuement pédonculées, fastigiées, biaxillaires el triterminales, toutes d’inégale longueur; épis longs de 8-12 mm.,
sessiles, obovés-allongés, garnis, à la base, d’une arête droite, barbelée,
tantôt plus courte, tantôt de moitié moins longue que l’épi, et à 2-3 bractées
vides; épillets distiques : les huit premiers renfermant des fleurs femelles, à
trois styles, à caryopse comprimé-ovoïde, pointu, renfermé dans un utricule,
persistant, ovoïde-allongé et muni, à la base, d'une écaille légèrement caré­
née, pointue, uninerviée; fleurs mâles dans la partie supérieure de l’épi, à
trois étamines. — Peu répandu : çà et là dans les hauteurs du Morne-Vert.
Alt. 500-700 mèt. N° 763 b. &lt;— Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

— LILIA C E E S.

557

On cultive fréquemment dans les deux colonies le Yucca gloriosa L., qui
montre sa belle et large panicule pyramidale en mai, juin ou juillet ; il est
originaire de l’Amérique; on rencontre plus rarement les Yucca (ilameniosa
L., flaccida Haw et aloifolia L., enfin l Aspidistra elalior Blum., etc.
Dans les jardins potagers, on voit partout : lAllium Porrum L., vulgo :
Poireau ou Porreau; lAllium fistulosum L., vulgo : Ciboule ; lAllium salivum L., vulgo : Petit ail; l Allium cepa L., vulgo : Oignon; l Allium ascalontcvm L., vulgo : Echalolte ou Chalotte. — Dans les hauteurs, les oignons
fleurissent assez souvent.

cent

tr en te - cinquième famille .

— A M A R YLLID E E S.

Agave L. (du grec « Agauos », beau, fier, par allusion au port de la plante
el à la beauté de ses fleurs.)
A. americana L. ; Agave américaine. Vulgo : Langue à bœuf, Salsepareille.
Lindley, Vegetable Kingdom, f. 116, p. 157. — Plante majestueuse, sans lige
ou à lige courte. Feuilles nombreuses, rosulées, longues de l m- l IU 30 sur
2-4 cm. de large, épaisses, terminées par une pointe ligneuse, dure, acérée,
droite, longue, noirâtre, garnies sur les bords d'épines recourbées et très
élargies à la base. Hampe cylindrique, longue de 4-7 m. (dans nos colonies),
garnie de distance en distance de bractées larges, deltoïdes, sessiles, mucronées, tournées de haut en bas. Inflorescence en panicule pyramidale, lâche,
longue de l m50-2m 50; branches de la panicule très comprimées : les infé­
rieures, horizontales, longues de 55-75 cm., el deux fois trichotomes; les

�PLANTES DE I.A GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

AMAR YLLIDKES

dernières divisions, courtes et terminées chacune par une ombelle contenant
5-10 fleurs. Fleurs d'un jaune très vif d'orange, longues de 8-9 cm.; ovaire
infère, long de près de 3 cm.; périanthe à 6 segments ovés-lancéolés, obtus,
garni au fond de plusieurs nectaires sécrétant une matière brune, mielleuse,
demi-liquide qui attire des nuées d insectes ailés; étamines exsertes, fixées à
la base du tube, légèrement arquées; anthères dorsifixes; style plus long
que les étamines, à stigmates trilobés-trigones. Capsule longue de 5 cm. sur
2 cm. de diamèl., s’ouvrant au sommet en 3 valves; graines très aplaties,
noires en dehors, blanches en dedans, largement obovées ou irrégulièrement
subquadrangulaires-arrondies. — Fl. en février, mars ou avril. — Endroits
secs, rocailleux, souvent arides du bord de mer ou dans les mornes voisins
de la mer : Moule, Sainte-Anne. Désirade, Marie-Galante, les Saintes (Terrcde-Bas). — Spécimen manque. Alt. 0-150 mèt A
M a r t in iq u e . Yulgo : Langue à bœuf. — Case-Pilote (Belle-Fontaine), Dia­

légèrement caustique, et avec des fragments de feuilles pilées on prépare
une sorte de pâte à laquelle on ajoute du sel et, du tafia, et qu’on applique
contre les plaies, les blessures et les foulures des chevaux et des mulets; les
bu 1billes sont acides cl astringents ; on en lait, à la Martinique, une espèce
de sirop contre les dysenteries chroniques. Avec le bois mou et spongieux de
la hampe, après dessication, on fabrique, dans les Antilles, d’excellents repassoirs pour les rasoirs, les instruments de chirurgie et les canifs. Tout le
monde sait que les feuilles de cette espèce et de la précédente contiennent
une filasse forte semblable à celle du chanvre. — FL en juin, juillet, août. —
Assez abondant dans les mornes inférieurs, secs, arides et pierreux : côte de
Baillif et de Deshaies, Vieux-Fort; çà et là au Moule, au Gozier, à MarieGalante, à la Désirade (environs de la Léproserie), etc. Alt. O-250 mèt.
[N® 3602.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Ivaratas, langue à bœuf, bois-chique. — Côtes sèches
entre le Carbet, Case-Navire, Diamant, Anses-d’Arlet, Caravelle, GrosMorne (où on en fait des haies). [N° 2125.]

558

mant. Caravelle. [N° 2136.]
On cultive souvent dans des pots ou en pleine terre, I A. amencana foins
variecf&amp;lis. — Je ne l’ai jamais vu fleurir.

Fourcroya Vent, (dédié au Français Ant.-François Fourcroy, né à Paris, en
1755; en 1784, professeur de chimie au Jardin du roi, collaborateur de la
nouvelle nomenclature de chimie, membre du comité de l ’instruction
publique et du salut public, fondateur des écoles de médecine de Paris, de
Strasbourg et de Montpellier; mort en 1809.)
F. giganiea Y’ent., Agave fœtida L. ; Fourcroya géant. Yulgo : Ivaratas.
Tuss., F l .. II, t. 25 et 26. — Sans tige ou à tige peu élevée. Feuilles rosuJées, longues de 1m20-1 m 50 sur 16-18 cm. de large, linéaires-lancéolées,
droites, épaisses, avec ou sans piquants sur les bords, terminées par une
pointe acérée, cylindrique, ligneuse. Hampe longue de 7-10 m., cylin­
drique, très droite, garnie de bractées larges, deltoïdes, apprimées. Inflo­
rescence en une panicule nettement pyramidale, longue de 2 1" 60-3m50, à
branches paniculées, distantes, alternes : les inférieures, horizontales; les
supérieures, fastigiées. Fleurs à odeur forte et désagréable, blanc verdâtre,
pendantes après léclosion, longues de près de 6 cm. ; tube du périanthe fili­
forme, long de 2-5 cm.; lobes du périanthe, elliptiques, finement veinés, plus
courts que le tube : les 3 extérieurs, plus étroits; les 3 intérieurs, plus
larges; étamines 6, incluses, inférieurement dilatées; ovaire presque tou­
jours transformé en un bu 1bille ové-lancéolé, acuminé. — Les racines, mises
dans l’eau, sont purgatives, mais on s’en sert rarement; le suc des feuilles est

559

Hymenocallis Salisb. (du grec « hymen », pellicule, et « kallos », beauté,
allusion aux segments longs, tendres et délicats du périanthe qui font la
beauté de la fleur.)
H. caribæa Iierb., Pancratium carihæum L., P. amœnum Salisb., P. declinalum Jacq.; Ilyménocalle des Caraïbes. Yulgo ; Lis blanc, oignon de lis,
lis à l’huile. Desc., vol. V III, l. 556, p. 135.— Haut de 45-80 cm., à bulbe
rondâtre, blanc. Feuilles lancéolées-oblongues, inclinées, se rétrécissant len­
tement en un pétiole largement cannelé. Hampe comprimée, plus longue que
les feuilles, surmontée d’une ombelle de 6-12 fleurs; ombelle enveloppée, à
la base, de deux spathes foliacées, blanches en dedans, vertes en dehors,
deltoïdes, allongées. Fleurs longues de 15-22 cm., d’un parfum très suave et
fort, sessiles; tube du périanthe droit, filiforme, tantôt plus court, tantôt
plus long que les lobes étroits, inclinés el plus larges au milieu qu'aux extré­
mités; étamines insérées sur une couronne infondibuliforme et alternant avec
ses dents pointues; filets filiformes, vert foncé dans la moitié supérieure;
anthères fixées un peu au-dessus du milieu; style filiforme, dépassant un peu
les étamines, vert foncé dans la moitié supérieure ; ovaire trigone. — La
décoction des bulbes est vomitive, et s'emploie contre l'asthme. — FL habi­
tuellement deux fois dans l'année. — Dans toute la Guadeloupe et ses
dépendances. Est souvent cultivé dans les jardins. .Vit. 0-700 mèt. [N° 3406.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Lis blanc, lis à l’huile. — Dans toute l île. [N° 2133.
Crinum L. (du grec « krinon », lis.)

1. Celte plante reçoit des usages divers : ses feuilles donnent un textile apprécié; ses
racines sont dites sudorifiques et antisyphilitiques (contiennent peut-être delà saponinc) ;
la tijre laisse exsuder, ainsi que les feuilles, après incision, un suc sucré qui, par ferm en­
tation, donne un liquide alcoolique poulqué des Mexicains), qui serait, dit-on, laxatif.
(E. II.)

C. amahile Don. — Crinole aimable. Yulgo : Grand lis rouge. — Haut de
1-1m 10, à bulbe blanchâtre, gigantesque, formant au-dessus du sol une
colonne cylindrique, haute de 40-75 cm. cl d'un diamèt. de 20 cm., la partie

�PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

AMAHYLLIDÉBS

souterraine étant plus grosse et arrondie. Feuilles longues de 0 m85-1 m 20
sur 12-18 cm. de large, inclinées, vert très tendre, épaisses, ondulées sur les
bords, cannelées et rétrécies à la base, terminées au sommet par une pointe
ferme. Hampe latérale rouge, plus longue que les feuilles, droite ou souvent
tortueuse et tombante, large de 3-4 cm., comprimée, portant une ombelle
composée de 15-25 Heurs. Ombelle entourée, à la base, de deux spathes con­
caves, allongées, blanches en dedans, d'abord dressées, ensuite fortement
rejetées sur la hampe. Fleursà odeur forte et exquise, longuement pédieellées,
à tube mince, long de 5-7 cm., légèrement infondibuliforme; segments longs
de 20-25 cm., rose foncé, striés de rose moins foncé, lancéolés-linéaires,
finement veinés : les3 extérieurs moins larges; étamines insérées au sommet
du tube, plus courtes que les segments ; ovaire allongé, ne produisant pas de
semences. — Fl. principalement de janvier à mai. — Originaire de Sumatra.
— Très répandu dans l ile. On le plante rarement dans les parterres, parce
qu'il est trop encombrant, mais il abonde souvent dans les cimetières, dans
les parcs, dans les grandes cours et dans les environs des maisons de cam­
pagne. Alt. 0-500 mèt. [N° 3831.]
M a rt i n i q u e . Yulgo : Gros lis rouge. — Dans toute l'île. [ N ° 2141.]

segments lancéolés plus courts, et par ses étamines recourbées au sommet.
[N° 2142.]

560

C. longiflorum Ilerb.; Crinole à longues fleurs. Yulgo : Lis panaché. —
Haut de 65-75 cm., à bulbe rondâtre, très filandreux-spongieux, très profon­
dément enterré, trois ou quatre fois plus grand qu'un œuf de poule. Feuilles
fortement infléchies-tombantes, ondulées, oblongues-linéaires, lentement
acuminées, légèrement scabres sur les bords, à nervures parallèles. Hampe
droite, latérale, dépassant de beaucoup les feuilles, comprimée, rouge ou
rouge vert, surmontée d'une ombelle sessile de 5-7 fleurs, longues de 1822 cm., toujours penchée, renfermée, à la base, dans deux spathes herbacées,
deltoïdes, très allongées, pointues, presque aussi longues que le tube de la
fleur. Tube du périanthe filiforme, plus court que les lobes, graduellement
dilaté vers le sommet en six segments oblongs-lancéolés, acuminés, blan­
châtres en dedans, rose foncé, et traversés de deux stries longitudinales blanc
pâle; étamines recourbées au sommet, plus courtes que les segments. — Fl.
de mars à août. — Çà et là dans les endroits aquatiques ou très humides et
le long des ruisseaux ; environs de la Basse-Terre, Gourbeyre (habitation
Saint-Charles), Trois-Rivières, Lamentin. Alt. 0-300 mèt. [N° 3833.]
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Lis penché. — Parc du Collège, habitation Pécoul
grand parc , Carbet, Ducos, Sainte-Anne, etc. N° 2134.]
On rencontre encore çà et là dans les deux îles le Crinum americanum L.,
vulgo : Grand lis blanc, haut de 0 m 90-1m 40, à feuilles allongées, assez
étroites et rigides, à Heurs blanches, peu odorantes, disposées en ombelle
Nos 3491, 3716], et le Crinum giganleum Andr., vulgo ; Grand lis blanc, qui
dillere de 1americanum par ses fleurs à tube plus allongé et plus mince, à

561

Hippeastrum Herb. (du grec « hippos », cheval, et « astron », étoile, parce
que les feuilles sont équitantes et les lobes de la corolle étoilés.)
H. equestre Ilerb., H. occidentale Roem., Amaryllis equestris A il.; Ilippéastre à feuilles chevauchantes. Yulgo : Lis rouge. — Haut de 45-75 cm.,
à bulbe arrondi, rouge en dehors, deux ou trois fois de la grosseur d'un
œuf de poule. Feuilles disposées latéralement sur deux rangs, chevauchantes,
oblongues-linéaires, obtusémenl pointues, inclinées, peu atténuées à la base.
Hampe creuse, droite, glauque, dépassant les feuilles, subcylindrique, rétré­
cie au sommet, très souvent munie de deux sillons longitudinaux, profonds,
latéraux. Ombelle à 2-4 fleurs pédieellées; pédicelle vert noirâtre, long de
3-3,5 cm., dressé jusqu'au niveau de l'ovaire où il tourne à angle droit et
fait prendre à la Heur une direction horizontale; spathes de l'ombelle très
vertes, deltoïdes, aussi longues que la partie droite du pédicelle; tube du
périanthe long de 2-3 cm., obtusément trigone, se dilatant graduellement en
6 lobes étalés, longs de 10 cm., rouge cinabre vif en dehors, blanchâtres en
dedans vers la base et garnis d’une touffe longitudinale de poils blanchâtres;
sépales ovales-elliptiques, subégaux; pétales plus étroits, et le troisième,
opposé aux étamines, bien plus étroit et lancéolé; étamines plus courtes que
les lobes, horizontales, redressées à l'extrémité : les trois externes un peu
plus courtes et plus minces; anthères semilunaires, submédiafixes ; pistil
suivant la direction des étamines, plus long qu elles et redressé à l'extrémité;
stigmate trilobé, triangulaire. — Répandu dans toute la Guadeloupe et
ses dépendances, mais particulièrement abondant dans les savanes des TroisRivières. — FL en février, mars, avril et mai. — Alt. 0-500 mèt. N° 3316 b.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Fleur-trompette, lis rouge. — Dans toute l'île, mais
moins abondant. [N° 2143.]
Amaryllis L. (dédié à la belle nymphe Amaryllis, de « amarussein »,
briller.)
A. tubispatha L ’LIérit. ; Amaryllis à spathe tubuleuse. Yulgo : Petit lis^
blanc. (Zephyranthes Ilerb.) — Haut de 25-30 cm., à bulbe ovoïde-rondâtre
et noirâtre en dehors, deux ou trois fois plus volumineux qu'un œuf de
pigeon. Feuilles plates, linéaires-rubanées. Hampe filiforme, à peu près de
la même longueur que les feuilles; spathe simple, tubuleuse, située audessous de l ’ovaire, bifide, égalant à peu près en longueur la moitié des pédicelles ; tube du périanthe très court; lobes de ce périanthe d'un blanc étince­
lant, verdâtre à la base, étalés, longs de 2 cm., ovés-oblongs, subégaux, aussi
longs que le pédicelle. Etamines incluses: trois plus longues et trois plus
courtes, les longues deux fois plus courtes que les lobes ; pistil inclus,
dépassant un peu les étamines ; style trifide, — Fl. habituellement de juillet
Duss. — Plantes Guadeloupe et Martinique.

36

�PLANTES DK LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

AMAItYLLIDKBS ---- SMILACÉES

à octobre. — Abondant dans les jardins, où on le plante en bordures; çü et
là dans les savanes et les terres cultivées : Moule, Go/.ier. les Abymcs,
Morne-à-l'Ean, Gourbeyre, Marie-Galante, etc. A il. 0-600 met. |N°33l4/&gt;.j
M art in iq ue . Vulgo: Petit lis blanc, lis-savane. — Dans les jardins et à
l'état sauvage. N° 2138.1

caféières et cacaoyères : Ilouëlmont, Gourbeyre (Grande Savane), Parnasse,
les Palmistes, etc. Alt. 350-800 met. 'N ° 3317 /&gt;.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit safran. — Morne-Rouge, Trois-Ilets, Marin
(morne-Gommier), Case-Pilote, etc. [N° 2011. 1

562

A. carinata Sjireng. ; Amaryllis à spathe carénée. "\ ulgo : Petit lis rose.
Zepliyrantbes Merb. — DilTère du précédent : par sa taille un peu moindre,
scs feuilles un peu plus étroites ; par sa spathe fendue et légèrement carénée,
enveloppant la moitié inférieure du pédicelle ; par son périantlie rose, à lobes
obovés-oblongs et pointus, un peu plus longs que le pédicelle et une fois plus
longs que les étamines subégales. — Fl. de juillet à octobre. — Plus abon­
dant que son congénère; cultivé et à l'état sauvage, on en fait souvent des
bordures dans les parterres : Basse-Terre, Gourbeyre (dans les terres cultivées
de l'habitation Saint-Charles), Vieux-Fort, Trois-Rivières (environs du
Bourg . Alt. 0-500 met. N° 3313 /;.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Petit lis rose, lis à bordures. — Dans les jardins et à
l'état sauvage. N° *2138 b.
On cultive fréquemment dans les jardins des deux colonies : 1° le bel
Encharis grandiflora Planch. E. amazonica Linden), vulgo : Couronne de la
Vierge, li&gt; de saint Joseph, originaire des bords du tleuve des Amazones
N° 3334 , Martinique [N° 2137]; 2° le Lilium longiflorum Thunb., variété
Ilarrisii Mort., vulgo: Lis de France |
’ N° 3850] ; 3° un peu moins souvent,
1Amaryllis dilata L Héril. ; 4° les Hemerocallis fuira L. et flava L. : 5° l'Ama­
ryllis Ata/nasco L., à fèbilles cylindriques et creuses. [N°3315Z&gt;], Martinique
N" 2138 c ; 6° le Polyanthes luberosa L., vulgo : Tubéreuse ; 7" assez rare­
ment l Agapanthus umbellatus Ait., qui fleurit difficilement.

Hypoxis !..
■ oxus

du grec « hvpo », avec la signification de quelque peu, et
pointu. Les feuilles et les lobes du périanlhe sont pointus.)

H.procumhens L. ; Hypoxide à feuilles tombantes. V u lgo: Petit safran.
— Vivace par son bulbe ovoïde-obeonique, arrondi à la base, jaunâtre en
dedans. Feuilles radicales, rosulées, fiasques, tombantes, linéaires-acuminées,
ressemblant à celles d’une Graminée, légèrement poilues : les plus longues
mesurant de 20-23 cm. sur 4-8 mm. de large. Hampes 1-6, tombantes, fili­
formes. comprimées, très flexibles, pubeseenles, plus courtes que les feuilles.
Inflorescence en cyme lâche, bi-trillore fleur rarement solitaire) ; périanlhe
jaune vif, petit, supporté par deux bractées filiformes plus longues que le
pédicelle ; tube du périanthe complètement adné à l’ovaire, divisions 6-partites. rotacées. ovés-lancéolées, pointues; étamines courtes, incluses. Capsule
longue de 1.6-2 cm., oblusément quadrangulaire-oblongue, légèrement
recourbée; semences noires, subglobuleuses, attachées par un large fumicule.
— f l. en tout temps. — Dans les savanes humides, dans les sentiers des

CENT TRENTE-SIXIÈME FAMILLE.

563

— SMILACEES.

Smilax L. (du grec « smilé », grattoir, allusion aux fortes aspérités des
tiges.)
S. maerophylla W illd. ; Salsepareille à larges feuilles. V u lgo: Liane-bamboche. PL, éd. Burm., t. 81. — Liane vivace pouvant atteindre le sommet
de très grands arbres, à tige inférieurement anguleuse, rarement subcylin­
drique et armée de forts aiguillons, longs ou courts, distancés ou rapprochés,
noirs ou jaunâtres, pointus ou émoussés, rarement sans piquants, supérieure­
ment cylindrique, très lisse et garnie de petits aiguillons, à branches lisses ;
vrilles stipulâmes, ligneuses, longues, insérées au-dessus du milieu du pétiole.
Feuilles larges, obtuses ou brusquement pointues, lisses, luisantes, rigides, de
la consistance du parchemin : les inférieures, ovées, cordées ou subcordées ;
les supérieures et les florales, ovées-lancéolées ; les jeunes, lancéolées, toutes
palmincrviées, à 3-5 nervures principales et à nombreuses nervilles divariquées et saillantes des deux côtés. Inflorescence en ombelle à 18-20 fleurs
pédicellées, à pédicelles un peu plus courts que le pétiole ; boutons des fleurs
lancéolés. Fleurs dioïques, petites, vertes. Les mâles, périanthées à 6 lobes;
étamines insérées à la base du périanthe : filets dressés ; anthères grises, plus
longues et aussi larges que les filets. Fleur femelle à style trifide. Fruit
baecien, rondâtre, d’abord très vert, devenant noir à la maturité, environ
deux fois plus grand qu’une graine de poivre verte; semences 2-3, rondes. —
FL en juillet et août. — Assez abondant sur les lisières et dans les clai­
rières des bois de la région infra-moyenne : Ilouëlmont, Gourbeyre, CampJacob, Bagatelle, Gommier, Trois-Rivières, Vieux-Habitants, Deshaies,
Sainte-Rose, etc. Alt. 250-600 mèt. [N°3311.
M a r t i n i q u e . Vulgo : Boyau-chat, liane-boyau. — Trois-Ilets, Case-Pilote,
fontaine Didier, Ajoupa-Bouillon, etc. Nos 1047, 1017 h.
De celle famille, on rencontre en abondance, comme plantes introduites
et cultivées, le Dracæna Sieberi Planch., vulgo: Roseau des Indes, haut de 2-3
mèt., à (leurs roses, en panicule droite, terminale; l Aletris fragrans L., haut
de 5-6 mèt., à fleurs très odorantes, en grappes axillaires, longues, pendantes
1. L ’Hypoxis decumbens Aublet Curculigo scorzonerœfolia Baker) est employé à la
Guyane : ses fleurs y passent pour ennnénagogues, et ses feuilles pour antispasmodiques.
Il est probable que l'espèce des Antilles jou it des mêmes propriétés (à vérifier). E. H.)

�564

PLANTES DE La

GUADELOUPE

ET

DË LA MARTINIQUE

et interrompues. — Avec ces deux espèces, on l'ail 1res souvent des clôtures.
On cultive plus rarement le Dracæna umbraeulifera Jacq. — Au Jardin
botanique de Saint-Pierre, on remarque le Dracæna slricta Sims, le D. marginata Lam., le D. indivisa Forst., le D. Guilfoylei Veitch, le D. draco L. —
Plusieurs de ces espèces se sont répandues dans le pays, mais n'v fleurissent
que rarement.
Le Sanseviera seylanica W illd., à feuilles panachées, à fleurs d’une odeur
forte et exquise, portées sur une hampe radicale presque aussi longue que
les feuilles, orne souvent les jardins ; il se multiplie très rapidement par ses
stolons.

CENT TRENTE-SEPTIÈME FAMILLE.

-- DIOSCORÉES.

Dioscorea L. dédié au Grec Dioscorides (Pedanius), d’Anazarbe, dans la
Cilieie, qui vivait dans le iCr siècle de 1ère chrétienne. 11 a écrit un traité
de botanique en cinq volumes et un traité sur la Matière tnédicale.)
D.
alata L. ; Ignane à lige ailée. Yulgo : Iguane blanc. L)esc., vol. V III,
t. 537. — Grimpant, voluble, à tige garnie de quatre ailes, plus ou moins
larges, très souvent ondulées. Feuilles très ternes, opposées, longuement
pétiolées : les adultes, oblongues, cordées, ovées, à sinus profonds, à 5-7
nervures principales ; les jeunes, ovées et à 3 nervures, toutes brusquement
terminées en pointe. Bulbes aériens, ruguleux, noirâtres, avec ou sans
piquants. Fleurs dioïques, blanchâtres : les mâles, très petites, en panicules
axillaires et terminales, verticillées, quelquefois géminées et opposées;
étamines 6 ; les femelles, en épis simples, géminés ou verticellés par 3,
pouvant atteindre 4 cm. de long ; ovaire infère; stigmate tripartite, large.
Capsule elliptique, longue de 1,6-2 cm., subsessile, à trois ailes, dont une ou
deux fois plus étroite que les autres. — Originaire de l ’Archipel océanien.
— Çà et là à l'état sauvage et cultivé dans toute la Guadeloupe, la GrandeTerre et à Marie-Galante.
On en rencontre plusieurs variétés sous les noms de ; Igname tl'eau, à bulbes
aériens, muriqués, à tubercules tendres et faciles à cuire ; Igname portu­
gaise, à tige épineuse dans le bas, à tubercule large et noir en dehors;
Igname Pacala, à tubercule très large. — Fl. habituellement en septembre.
Alt. 0-500 met. [N os 3309, 3544.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Igname Saint-Martin. — Cultivé dans toute 11 le. —
Çà et là dans les halliersà l’état sauvage. [N ” 512.]
D.
pilosiuscula Berter. ; Igname pubescente. Yulgo : Igname bâtard. —
Grimpant, à tige mince, très llcxueuse, subcylindrique, striée finement et

DIOSCORÉES

565

légèrement pubescente, à bulbilles rondàtres ou ovoïdes, nombreux : les
jeunes, lisses; les adultes, muriqués. Feuilles subcordées, ovées, brusquement
acuminées, pubescentes en dessous ; les adultes, à 5-7 ; les jeunes, à 3
nervures principales. Fleurs dioïques : les femelles, distantes, en épis soli­
taires, axiliaires, filiformes, pendants, longs de 2,5-3,5 cm., à pédicelles,
rachis et ovaires pubescents ; fleurs mâles inconnues.
Le tubercule de cette espèce est aplati, long de près de 20 cm. sur 10 cm.
de large et de 5 cm. d’épaisseur; il peut se manger, mais il est peu apprécié à
cause de son goût amer. — FL en octobre ou en novembre. — Rare : Ilouëlmont (environs de l’habitation Bisdary) N° 3809.] — Je ne l'ai pas trouvé à
la Martinique.

D.
multiflora Presl, D. altissirna Sieb. ; Igname à fleurs nombreuses.
Yulgo : Igname bâtard, Igname marron, Igname grand-bois. PL, éd. Burm.,
t. 117, f. 1. — Grimpant, pouvant atteindre plus de 15 mèt. d’élévation, à tige
cylindrique, très glabre, à branches très allongées, pendantes, filiformes.
Feuilles larges, ternes, quelquefois panachées en dessus et violettes en des­
sous, cordées, deltoïdes, cuspidées : les adultes, à 5-7; les jeunes, à 3 ner­
vures principales ; bulbilles grands, peu nombreux, mangeables, rondàtres,
ou ovoïdes-allongés, jamais muriqués. Fleurs dioïques ; les mâles très petites,
en glomérules sessiles, distants, disposés en épis filiformes, allongés, soli­
taires ou géminés, ou en panicule très lâche et très longue ; étamine 6,
3 fertiles et 3 stériles, insérées à la base des lobes rotacés du périanthe ;
fleurs femelles en épis simples, solitaires ou réunis en grappe. Capsule
échancrée au sommet, rondâtre, longue de 2-2,4 cm., un peu plus large que
longue, à 3 ailes inégales ; semences très aplaties, complètement entourées
d'une aile membraneuse et très fragile. — Ses tubercules sont allongés, sou­
vent presque cylindriques, à chair blanche et comestible.— FL en novembre
et décembre. — Assez abondant dans tous les bois secs ou humides de la
région infra-moyenne de toute la Guadeloupe proprement dite. Alt. 300600 mèt. [N os 3547, 3565.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Igname marron. — Dans tous les bois. \ ° 1013.]
D. Cayennensis Lam., D. Berteroana Ivth ; Igname de Cayenne. Yulgo:
Igname-Guinée. — Grimpant, à tige souvent noire ou noirâtre, cylin­
drique ou anguleuse ou anfractueuse dans le bas, ligneuse, garnie d'aiguil­
lons habituellement noirs, acérés, de longueur très variable. Feuilles très
vertes, luisantes, membraneuses: les adultes, cordées-rondàtres et à 5-7
nervures ; les jeunes, cordées-deltoïdes et à 3 nervures. Fleurs dioïques: les
mâles en épis simples, solitaires ou plus souvent deux opposées, naissant à
l'aisselle de chaque feuille, tout le long des jeunes branches, rarement en
panicule composée de 7-12 épis racémiformes ; périanthe blanc pâle ; éta­
mines 6, toutes fertiles ; anthères subglobuleuses presque aussi longues que

�566

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

BT

DE LA

M ARTINIQUE

les filets courts. — .le n'ai jamais pu trouver clés pieds à fleurs femelles. —
Originaire de la cote occidentale d'Afrique. Généralement cultivé dans
toutes les Antilles, on en rencontre de nombreuses variétés qui diffèrent
entre elles par la couleur et la forme des tubercules, le nombre des épis.
Les principales sont : YIgname carême, parce qu’on les récolte habituelle­
ment pendant le carême, à piquants noirs, et les branches garnies, à la base,
d une bractée charnue, épaisse, ovale ou ovale-deltoïde, à tubercule jaune ;
YIgname Grand Monsieur ou Monsieur, parce que ses tubercules 1em­
portent en excellence sur les autres variétés ; YIgname jaune grosse-tête, à
tubercules jaunes et larges, etc. Xos 3286, 3543, 3546, 3564.]
M a r t in iq u e . Yulgo: Igname-Guinée, igname-ouaoua. [N 08 510,513, 514.]
D.
trifida L. ; Ignane à feuilles trilobées. Yulgo : Gousse-couche, couchecouche. — Grimpant, vigoureux, à tige anguleuse ou pourvue de quatre ailes
courtes; bulbilles arrondis, glabres. Feuilles alternes, larges, ternes, fendues
jusqu'au delà du milieu du limbe en trois lobes ovés-oblongs et pointus :
celui du milieu, beaucoup plus large et plus long; les deux latéraux, à un
lobe basilaire, arrondi. Fleurs dioïques, axillaires: les mâles, pédicellées,
distantes, vertes, en grappes allongées racémiformes et réunies par 3-7,
pendantes ; étamines 6, toutes fertiles, insérées sur le tube très court du
périanthe infondibulil’orme ; les femelles distantes, en épis pendants, toujours
géminés, pouvant atteindre jusqu'à 42 cm. de long; rachis légèrement pubescent. Capsule longue de 2,7-3 cm., triailée, surmontée du style persistant. —
Fl. en novembre et décembre. — Introduit, origine incertaine. Cultivé dans
toutes les Antilles. — Cette espèce produit habituellement un grand nombre
de tubercules allongés ou fusiformes, attachés à un fil comme ceux du Topi­
nambour et fournissent un aliment délicat, très appétissant et recherché,
qui l'emporte de beaucoup sur les autres ignames par sa valeur. |N° 3560.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Cousse-couche. [N° 996.]
D.
tuherosa X’ell. : Igname tubérifère. Yulgo : Patte à cheval, IgnameBonda. — Diffère du précédent par ses tiges moins élevées, les lobes de la
feuille beaucoup moins allongés, ses fleurs moins nombreuses, ses tubercules
plus larges, blancs en dedans et aplatis comme le dessous d’un sabot de che­
val. — Cultivé dans toute la Guadeloupe et aussi à la Martinique. (Spéci­
mens manquent.)

Rajania L. dédié à l’Anglais John R a y (W ra y ), né en 1622, à Blak-Notley,
dans l Essexhire, théologien et naturaliste ; mort en 1705, dans son lieu de
naissance ; a écrit : Calalogus planlarum circa Cantahrigiam nascentium \
Calalogus plantururn Angliæ el insularum adjacenlium ; Methodus plantarum , etc.)
R. cordata L. ; Rajanie à feuilles en cœur. Yulgo : Igname-pas-possible,
igname-bamboche, ignamc-bamboche bâtard. — Grimpant, ornemental, à

DIOSCORÉES

---

IRIDÉES

567

tige cylindrique, sans épines. Feuilles membraneuses, vert pâle, deltoïdespoint ues, cordées, à sinus profond et largement ouvert, lobes basilaires
arrondis, limbes à 0 nervures ; pétiole plus court que le limbe; bulbilles
nuis. Fleurs vertes, dioïques, pédicellées: les mâles en panicules géminées
ou réunies par 4, composées de grappes spiciformes, courtes, 3-6-flores ;
étamines 6, insérées au fond du périanthe; fleurs femelles en grappes allon­
gées, pendantes, réunies par 4-6, longues île 20-35 cm. : pédicelles des fleurs
mâles et femelles capillaires et garnis, à la base, d’une bractée courte, cylin­
drique, pointue et souvent accompagnée d’une fleur avortée. Fruit indéhis­
cent, samaroïde, obtus, membraneux, blanchâtre, portant inférieurement
un bec latéral, qui est le style persistant, et supérieurement une aile mem­
braneuse, obtuse, semi-ovale, longue de 1,5-4-8 cm., ayant la forme d’une
petite lame de couteau courte; semence 1. — Tubercule mangeable, mais
amer, cylindrique, verticalement enfoncé dans la terre. — Assez abondant
dans les bois secs de tout le massif de Ilouëlm ont; plus rare dans les bois
inférieurs des Trois-Rivières. Alt. 300-560 mèt. [N° 3285.]
M a r t i n i q u e . Yulgo : Igname-ououa. — Rare : çà et là dans les bois entre
le Camp Balata et le bourg de Saint-Joseph. [N° 511.

CENT TRENTE-HUITIÈME FAMILLE.

-- IRIDEES.

Cipura Aubl. (nom indigène de la plante à la Guyane française.)
G. mariinicensis II. B. et Kth; Cipura de la Martinique. Yulgo : L ’Envers
mâle. PL, édit. Burm., t. 261, f. 2; Desc., vol. IVr, f. 252, p. 85 (Iris L .). —
Haut de 40-80 cm., ornemental, très droit, vivace par son tubercule conique.
Feuilles radicales, équitantes, lancéolées-linéaires, plates, 3-6 pour chaque
pied, plus courtes ou plus longues que la tige; feuilles caulinaires 1-2,
spathiformes, engainantes à la base. Inflorescence en une sorte de cyme biquadrifïore, portée sur un pédoncule nu, subcylindrique ; cyme garnie, à
la base, de deux spathes ovées,pliées en deux, tantôt rapprochées, tantôt
distantes l'une de l'autre et couvrant partiellement ou entièrement les pédicelles et les bractées minces, longues et luisantes des fleurs. Périanthe caduc,
à six lobes profonds, uniformément jaune ou plus souvent pourvu au-dessous
du milieu d’une large strie noire, transverse : les trois lobes extérieurs
(calice), plus grands, obovés, réfléchis, longs de 11-18 mm.; les trois inté­
rieurs (corolle), plus étroits el environ une fois plus courts. Etamines 3,
oppositisépales ; anthères extrorses ; style tripartite; stigmate large ; ovaire
infère à trois loges multiovulées. Capsule trigone,à angles arrondis, oblongue,
s’ouvrant au sommet par trois ouvertures rondes; semences brun noir, de la
grosseur d'une graine de radis. — Selon Descourtilz, la plante est diuré-

�PLANTES

568

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

tique-excitante, et les racines, employées comme purgatives, vomitives et
astringentes, seraient, selon le Dr Renaud, un puissant emménagogue. D'après
des renseignements précis, cette herbe ne jouit d’aucun crédit ni à la Gua­
deloupe ni à la Martinique, où son usage dans la médecine domestique est
nul. — Fl. presque toute l'année dans les endroits humides. — Abondant
dans toutes les savanes de la Guadeloupe et de ses dépendances.
Alt. 0-700 met. [N° 3312 /&gt;.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Lis jaune savane. —

PONTÉDÉRIACÉES ---- BROMÉLIACÉES

56 9

très vertes, luisantes, réniformes-cordées, ses pétioles gros, vésiculeux, renflés
au-dessous du milieu, mais surtout par ses grandes fleurs bleues en épi large,
terminal. — Il se multiplie si facilement que, tous les ans, il faut en détruire
une masse de pieds. — FL de mars à juillet. — Originaire du Sud des EtatsUnis. — Les Saintes (Terres de Haut et de Bas), Saint-François (habitation
Richeplaine), etc. [N° 3331.] — M a r t in iq u e . — Lamentin, Fort-de-France,
Saint-Pierre, etc. (Spécimen manque.)

Abondant dans toute l’île.

[N° 1951.]

C. plicata Griseb., Sisyrinchium laiifolium Sw. ; Cipura à feuilles plissées.
Yulgo : L ’Envers femelle, chance. (Moræa Sw., Marica Curt.) — Haut de
40-60 cm., formant des touffes larges, vivace par son tubercule ovoïdeangulcux, noirâtre en dehors, blanc en dedans, long de 4-6 cm. Feuilles
radicales, rosulées. plissées, à six côtes, longuement lancéolées-acuminées au
sommet et lentement acuminées à la base, plus longues que la lige, 4-5 pour
chaque pied : les adultes, tombantes; les jeunes, dressées. Tige sillonnée.
Inflorescence en une cyme terminale naissant à Faisselle d'une feuille
allongée, spathiforme et portant un nombre variable de fleurs très inégale­
ment pédicellées, dont chacune est entourée, à la base, d'une bractée courte
et très concave. Périanthe à six lobes blancs, subégaux. — Les ovules de
celte espèce avortent presque toujours. — Fl. de juin à novembre. —
Abondant dans les savanes argilo-ferrugineuses du Lamentin et de BaieMahault. Alt. 10-150 mèt. [N° 3836.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Chalotte-bois, chalotte-savane. — F,es bulbes, réduits
en pâte et mis dans le tafia, sont employés en friction contre les rhuma­
tismes 1. — Çà et là dans les bois et les savanes inférieurs de Case-Pilote et
des Trois-llets. Alt. 200-300 mèt. rN° 1950.]
Le Belamcanda chinensis Red. Pardanthus sinensis Yan-IIoutle), vulgo ;
Iris tigré, haut de 0 U1 90-1 mèt., à fleurs tigrées, en cymes larges et lâches,
est assez souvent cultivé dans les jardins des deux colonies. Originaire de la
Chine. N° 1949.]

CENT TRENTE-NEUVIÈME FAMILLE.

PO X TÉ D ER IAC ÉE S.

On cultive dans les étangs, les bassins et les mares d’eau douce des deux
colonies. FEichhornia crassipes Solms, vulgo ; Gayeul bleu (Pontederia Lin.ï,
haut (dans les mares profondes) de 0 m 90-1 m 20, remarquable par ses feuilles
1. A

la Guyane,

on utilise, sous le nom d’Envers, le Cipura

palndosa Aublet

cent

q u a r a n t iè m e

f a m il l e .

— BROM ELIACEES.

TRIBU I. BROMÉLIÉES (ovaire infère, baie).

Ananassa Lindl. (de Anana, Anassa ou Nana, chez les Tupis du Brésil,
pour désigner une Broméliacée semblable à l’Ananas.)
A. saliva Lindl.; Ananas cultivé. Yulgo : Ananas, -r- Originaire de l'Am é­
rique continentale équatoriale, répandu maintenant dans toutes les parties
intertropicales du monde entier, cultivé en serres dans les pays tempérés et
froids. — On en rencontre de nombreuses variétés dans les colonies, dont les
principales sont : l'Ananas jaune ordinaire , l'Ananas anglais , YAnanasbouteille, 1Ananas vert, YAnanas pain-de-sucre, l'Ananas pol-k-eau,
YAnanas Barhade, YAnanas de Cayenne ou Barot, YAnanas-porcelaine.
(Spécimen manque.)
Bromelia L. (dédié à Olaüs Bromel, né en 1639, à Gothembourg, en Suède,
médecin et botaniste; mort en 1705 ; a écrit Chloris gothica .)
B. Karatas I&gt;. Vulgo ; Karatas (du nom indigène brésilien « Karaguataacanga ».) — Terrestre, vivace par ses stolons. Feuilles radicales nombreuses,
longues de l m2 0 -lm50 sur 3,3 cm. de large, gracieusement recourbées,
acuminées, glauques-pulvérulentes en dessous, élargies à la base, légèrement
cannelées, et bordées d'aiguillons courts, recourbés, acérés, distants et tour­
nés vers le haut; base de la feuille, garnie de poils roux, brillants, couchés.
Fleurs nombreuses, roses, sessiles, insérées sur un réceptacle ou une tète
large, située au fond de la corbeille formée par les feuilles. Tube du calice,
cylindrique, garni de poils laineux, couchés; lobes du calice, oblongs-lancéolés, une fois plus courts que le tube de la corolle et aussi longs que le tube
du calice. Fruit long de 8 cm., subcylindrique au milieu, atténué au sommet
et à la base, à trois loges contenant chacune un grand nombre de semences
brunâtres. — Le fruit, chargé de poils courts, se mange; il est acidulé, très
rafraîchissant et d'une saveur très agréable1. — Peu abondant. Çà et là dans

comme un antispasmodique éprouvé; on l’emploie, mêle au laudanum, contre les convul­
sions des enfants. Si ces propriétés étaient bien établies, on les retrouverait, probablement
à un égal degré, dans les deux espèces des Antilles. (E. M.)

1. Sous le nom vulgaire de Carata, on utilise de cette plante à la Guyane française : le
suc des feuilles et de la tige pour la cicatrisation des plaies récentes; la teinture alcoo-

�PLANTES

570

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

les endroits secs, rocailleux, peu boisés près de la mer cl dans les mornes
inférieurs : Deshaies, Pigeon, Pointe-Noire, Bouillante. Alt. 5-300 met.
[N° 33U).]
M

a r t in iq u e .

Vulgo : Karatas. — Case-Pilote, Case-Navire, Trois-Ilets.

[N ° 994. j

Wittmackia Me/.

fii

W. lin gu lata Mez; Witlmackie à pétales munis d’un appendice linguliforme. Yulgo : Ananas sauvage. P L , édit. Burm., t. 64, f. 1. (Chevalliera
Gaudich.) — Haut de 66-95 cm. Feuilles larges, rigides, brusquement acuminées au sommet, bordées de dents noires, crochues, acérées, courtes. Hampe
plus longue que les feuilles, garnie de bractées apprimées, lancéolées-acuminées. Inflorescence en une panicule large, composée de 5-7 branches allon­
gées, distantes, cylindriques, longues de 15-18 cm., et munies, à la base,
d’une bractée semblable à celles de la hampe, mais plus petite. Fleurs subsessiles, beaucoup plus longues que la bractéole subulée de chacune d’elles.
Calice rigide, plus long que la bractéole, à lobes obliquement obovés, arron­
dis et plus longs que la pointe qui les termine. Corolle blanchâtre ou rose;
pétales distincts, munis d’une sorte d’appendice linguliforme et dilaté à la
base. Baie ovoïde, surmontée des trois pointes rigides, acérées et persis­
tantes du calice. — Fl. en avril et mai. — Çà et là dans les bois humides ou
secs : Gourbeyre( morne Goblin), Houëlmonl (environ de la batterie), CampJacob, Pointe-Noire, Ravine-Chaude. Alt. 200-700 met. [N° 3317.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Ananas-marron. — Champflore, plateau des TroisIlets, hauteurs de La Régale, etc. X° 273.]
Æchmea R. P. (du grec « aichmé », piquant, parce que les lobes du calice
sont terminés par une arête et les feuilles sont bordées de piquants.)
A. serrata Mez, A. dichlamydea Baker; Aechmea à feuilles serretées.
Yulgo : Ananas sauvage. — Haut de 70-85 cm., très ornemental, arbo­
ricole. Feuilles rigides, ovales-lancéolées : les plus longues mesurant
jusqu'à 85 cm. sur 5 cm. de large, très élargies à la base, brusquement
mucronées au sommet, glauques en dessous, bordées dans toute leur longueur
de dents noires ou noirâtres, acérées, élargiesà leur base. Hampe un peu plus
longue que les feuilles, noirâtre, garnie de bractées blanches, alternes, ren­
versées, lancéolées, membraneuses. Inilorescence en panicule cylindriquepointue. longue de 28-35 cm. sur une épaisseur de 9-12 cm., composée d’un
grand nombre d’épis comprimés, longs de 5-7 cm. et portant 1-4 paires de
fleurs distiques et sessiles ; pédicelles des épis garnis d'une bractée blanche,
laineuse, presque aussi longue que l'épi; rachis et pédicelles couverts d’un
tique des feuilles est employée comme détersive des ulcères. Le suc, qui est amer, pour­
rait. dit-on, remplacer le savon et contient peut-être de la saponine. (E. II.)

BROMÉLIACÉES

571

duvet laineux, court, caduc, brun; fleurs pourpre foncé, peu ouvertes,
chacune entourée d’une bractéole très concave, ovale, pointue, couverte d’un
duvet farineux et caduc. Baie bleu foncé à la maturité, ovale, pointue;
semences rondâtres. — Çà et là sur les arbres, dans les bois inférieurs, secs,
et aussi dans les endroits boisés près du bord de mer : Gourbeyre (morne
Goblin), Houëlmonl (batterie), Pointe-Noire (Gommier), Deshaies (près de
la mer). Alt. 25-600 met. [N° 3325.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Carbet (le long de la rivière),
Trois-Ilets, La Régale, Anses-d’Arlet (morne Larger), etc. [N°272.]
Dans les jardins, on cultive fréquemment l Aechmea fulgens Brongn.

TRIBU II. TILLANDSIÉES (ovaire supère, capsule).

Pitcairnia L ’ Hérit. (dédié à Archib. Pitcairn, né en 1662, à Édimbourg,
professeur de médecine à Leyde, en 1692, et à Edimbourg, en 1693, où il est
mort en 1713.)
P. penduliflora A. Rich. ; Pitcairnie à fleurs pendantes. Vulgo : Ananas
grand-bois. — Haut de O1" 90-111160, et exceptionnellement bien au delà,
di'oit. Feuilles rigides, souvent longues de plus de 1 mèt. sur 14cm. de large,
peu recourbées. Hampe grosse, très vigoureuse, garnie de bractées larges,
rapprochées dans le bas, graduellement plus petites dans le haut. Inflores­
cence en panicule large, nettement pyramidale, à branches inférieures hori­
zontales ou souvent penchées; fleurs confinées aux extrémités des branches
nues et cylindriques, disposées en épis distiques, 4-6-flores; corolle jaune,
très peu ouverte. C'est de toutes les Broméliacées arboricoles des Antilles,
celle qui offre les plus grandes dimensions. — Assez abondant dans les grands
bois humides des Bains-Jaunes, du Matouba, des Trois-Rivières, etc.
Alt. 400-900 mèt. [N° 3837.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Ananas sauvage. — Calebasse, Fonds-Saint-Denis,
Gros-Morne, Grand’Anse, bords supérieurs du Lorrain. [N° 278.]
P. bracteata Dry., P. latifolia Red., P. siilfurea Andr. ; Pitcairnie à fleurs
garnies de larges bractées. Yulgo : Ananas rouge montagne, fleur rouge mon­
tagne. — Terrestre, haut de 60-80 cm., généralement droit. Feuilles
linéaires-acuminées, bordées d’aiguillons noirâtres dans le bas, et à la face
inférieure, revêtues, vers la base, d'une poussière blanchâtre; celles de la
base, peu développées : les supérieures, longues, fortement recourbées-tombantes, ondulées; celles de la hampe, bractéiformes, deltoïdes-acuminées,
graduellement plus courtes. Hampe dépassant de beaucoup les feuilles. Inflo­
rescence en un épi dense, cylindrique, pouvant atteindre jusqu'à 23 cm. de
long; fleurs brièvement pédicellées, chacune garnie d’une bractée concave,

�0/2

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

rouge foncé, pluscourte que la corolle ; corolle longue de4-5cm., écarlate, d’une
grande beauté, quelquefois d'un jaune de soufre dans les régions où émergent
des sources sulfureuses, exceptionnellement blanchâtre jaune. Lobes du calice
pointus, une fois plus courts que la corolle, beaucoup plus longs que le pédicelle. Pétales distincts, voûtés au sommet et garnis, à la base et à l’intérieur,
d une écaille deltoïde-arrondie, large, longue de près de 3 mm.; Pdels fili­
formes; anthères quatre fois plus courtes que les filets; stigmate tordu. Ovaire
trigone; semences fusiformes, portant à chaque extrémité un prolongement
filiforme. — FI. surtout de février à juillet. — Très abondant dans la haute
région des montagnes ; Savane aux Ananas, Savane à Mulets, cône et plateau
de la Soufrière, Grande-Decouverte, etc. Alt. 1000-1480 mèt. fN0**3314,3315.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas-montagne. — Montagne-Pelée, Pitons-duCarbet, Calebasse rare), hauteurs de la Grande-Rivière. Alt. 600-900 mèt.
rN° 995.]
P. ram osa Jacq. ; Pitcairnie à hampe ramifiée. Vulgo : Ananas rouge
bâtard. — Le plus souvent terrestre, cespiteux, haut de 70-90 cm., droit.
Feuilles recourbées-penchées, longuement acuminées, à bords garnis d ai­
guillons à la base. Hampe munie de 5-6 bractées serretées, delloïdes-acuminées, graduellement plus petites. Inflorescence en une panicule très lâche,
large, à branches longues, peu nombreuses, distantes : les inférieures hori­
zontales, toutes portant, à la base, une bractée rouge, lancéolée-deltoïde. Corolle
rouge foncé ou rouge pâle, à deux lèvres; pétales étroits, longs de 2-4 cm.;
écailles de l'intérieur insérées au-dessus de la base des pétales et dentelées;
segments du calice rouges, lancéolés, plus courts que la corolle; appendices
des semences tronqués. — FL de février à juillet. — Abondant sur les terres
rocailleuses et dans les falaises du bord de mer, dans les endroits exposés au
grand vent, sur les rochers humides ou secs et dans les falaises des mornes
des basse et infra-moyenne régions; rare au delà de 500 mèt. d’altitude ;
Vieux-Fort, Gourbeyre, Houëlmont, rivières Rouge et Noire, Vieux-Habi­
tants, Pointe-Noire, Deshaies, etc. [N°3461.]
M a r t im q u e . — Rocher du Diamant, hauteurs de Case-Pilote, des TroisIlets, rochers de Sainle-Luce et de Rivière-Pilote, etc. [N° 994 a.\

Tillandsia L. (dédié à Elias Til-Lands, professeur de médecine à Abo,
dans la Finlande ; publia en 1673 son catalogue des plantes des environs d'Abo.)
T. fasciculata Sw. ; Tillandsie à épis fasciculés. Vulgo : Ananas sauvage.
— Arboricole, très beau, haut de 40-50 cm. Feuilles rigides, épaisses, longue­
ment et graduellement acuminées, élargies à la base, entièrement couvertes,
en dessus et moins en dessous, de squamules grises. Inflorescence en pani­
cule composée de 3-7 épis très comprimés, rapprochés, longs de 14-16 cm. ;
les latéraux presque aussi longs que le terminal. Hampe plus longue que les
feuilles. Bractées florales imbriquées, distiques, ovées-oblongues, pointues,

BROMÉLIACÉES

57 3

aussi longues que le calice. Corolle peu ouverte, d un pourpre foncé très
riche dans sa portion exscrte; pétales linéaires; étamines tordues en spirale
au sommet; anthères exsertes; pistil plus long que les étamines; stigmate
gros, pourpre, roulé en spirale. — FL de décembre à mai. — Peu répandu.
Dans les falaises le long des rivières : Rivière-Noire, Vieux-Habitants route
du presbytère à l’habitation La Grivelière), Deshaies. Alt. 20-300 mèt.
[N° 3404.] — Je ne l ’ai pas trouvé à la Martinique.
T . polyslachya L .; Tillandsie à épis nombreux. Vulgo : Ananas sauvage.
— Epidendre, haut de 40-60 cm. Feuilles vertes, acuminées : celles de la
base très courtes, les supérieures plus longues, toutes largement ovées à la
base; celles de la hampe graduellement plus petites, lancéolées-linéairesacuminées. Hampe verte, dépassant de beaucoup les feuilles. Inflorescence en
épis composés de 3-7 branches courtes, inégales et renfermées dans une
bractée. Corolle inconnue. Endocarpe de la capsule très noir, luisant et poli.
— Peu répandu : assez abondant dans les bois des marécages du littoral de
Port-Louis. Alt. 0 mèt. [N°3402.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Lamentin, Ducos (dans les
endroits boisés près du bord de mer). [N° 280.]
T. bulbosa Hook. ; Tillandsia bulbeux. Vulgo : Ananas-marron.— Arbo­
ricole, haut de 35-40 cm. Feuilles vertes, rosulées, brusquement dilatées à la
base, autour de la tige fortement renflée ; les supérieures allongées, acumi­
nées, roulées. Hampe plus longue que les feuilles. Inflorescence en panicule
composée de 2-7 épis comprimés, longs de 4-6 cm. ; bractées florales distiques,
imbriquées; sépales du calice beaucoup plus courts que la corolle; pétales
spatulés-linéaires, violets au sommet; anthères exsertes. — Peu répandu :
çà et là au Camp-Jacob, à Bagatelle, à Choisy, au Parnasse, dans les hau­
teurs de Deshaies, etc. Alt. 400-600 mèt. [N° 3316.] — Il n’existe pas à la
Martinique.
T. ulriculata L. ; Tillandsia à feuilles utriculées. Vulgo ; Ananas sauvage.
PL, édit. Burm., I. 237. — Arboricole, très variable quant à la taille, de
0‘" 25 cm. jusqu’à 1 m20 d’élévation. Feuilles rigides, lancéolées-acuminées,
se rétrécissant graduellement à partir de leur base, ovée, vert gris, couvertes
de nombreuses petites squamules. Hampe nue, beaucoup plus longue que
les feuilles. Inflorescence en une panicule pyramidale, très lâche, à branches
paniculées : les inférieures, horizontales; les supérieures, fastigiées; bractée
de chaque branche lancéolée, embrassante. Fleurs distiques, distantes, con­
finées aux extrémités des branches; bractées florales finement striées, une fois
plus courtes que le calice, vertes avec une marge mince et rouge; lobes du
calice verts bordés de rouge; corolle blanc verdâtre; filets tordus en spirale;
stigmate tordu. Capsule deux fois plus longue que le calice. — C'est de toutes
les Broméliacées la plus commune. Elle se rencontre surtout sur les fromagers

�57 4

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

M AR TIN IQ UE

Bombax , les orangers, les citronniers, les calebassiers (Cescentia), cl les
immortels bâtards de toute la Guadeloupe et de ses dépendances. Alt
0-600 met. [N ° 33*20.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Très abondant. [N° 280.]
T . pulehella Hook.; Tillandsie gracieux. Vulgo : Petit ananas sauvage. —
Haut de 20-25 cm., arboricole, à lige recourbée et nue dans le bas, à 2-3
branches dans le haut; partie nue longue de 15 cm. Feuilles confinées aux
extrémités des branches, imbriquées, linéaires-acuminées à partir de la base
élargie, rigides, droites, couvertes de squamules brunes. Inflorescence en
un épi portant 4-8 tleurs. Bractées florales rosées, oblongues-lancéolées,
membraneuses; sépales deux fois plus courts que les pétales blancs, spatuléslinéaires; étamines inégales, droites. Capsule aussi longue que le calice;
semences dépourvues d'aigrette. — Rare ; sur les petits arbres, dans les
mornes inférieure, secs et pierreux du Fond Layette (Case-Pilote). Alt.
280 met. N° 179. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

T. recurvata L. ; Tillandsie à feuilles fortement recourbées. Vulgo : Barbe
à nègre. SL. t. 121, f. 1. — Arboricole, cespiteux, haut de 10-23 cm. Feuilles
filiformes-comprimées, nombreuses, confinées à la base de la tige, fortement
recourbées et entièrement recouvertes de squamules blanchâtres ainsi que
les tiges et les bractées. Tige unique, courte, donnant naissance à 3-6 branches
rapprochées dont chacune porte une hampe nue, filiforme, droite et plus
longue que les feuilles. Inflorescence en 1-2 épis uniflores, dont un situé plus
haut que l'autre, tous les deux sont entourés, à la base, de deux bractées
embrassantes et couvrant la bractéole de l'épi supérieur. Calice à trois seg­
ments membraneux, minces, rigides, deux fois plus courts que la corolle;
étamines incluses, à filets droits, à anthères dressées; stigmate trilobé, porté
sur un style court. — FL en janvier et février. — Assez peu répandu. Çà et
là sur les calebassiers ou sur d'autres petits arbres des mornes inférieurs
secs : Vieux-Habitants, Pointe-Noire. Alt. 60-150 met. [N° 3401.]
M a r t in iq u e . Vulgo ; Barbe-z'arbre. — Plus abondant qu’à la Guadeloupe ;
collines sèches de Fond-Canonville, du Prêcheur, de la Rivière-Pilote, du
Marin morne Gommier). Alt. 40-220 met. [N° 992.]
T. usneoides L .; Tillandsie ressemblant à un Usnea (genre de lichen).
Vulgo ; Barbe à l'arbre. SL, t. 122, f. 2, 3. — Fpidendre, pendant, d une
longueur très variable, formant des loulles très enchevêtrées, qui, dans cer­
tains endroits abrités contre les vents, peuvent atteindre 5-6 mèt. de long et
ressemblent à d’immenses queues de cheval. Feuilles et tiges couvertes
d’écailles grisâtres. Feuilles distiques, filiformes, recourbées. Tiges filiformes,
recourbées, donnant successivement et alternativement naissance à d’autres
tiges, dont chacune porte une branche latérale garnie de 3-6 feuilles d’inégale
longueur. Hampe uniflore, plus courte que les feuilles. Calice à trois segments

RROMÉLIACÉES

57 5

plus longs &lt;pie la corolle; pétales pourpres, spatulés; étamines incluses; stig­
mates 3. Capsule trois fois plus longue que le calice; endocarpe pourpre brun
en dedans. — FL rarement. — Abondant dans les falaises abruptes de la
rivière Noire, au-dessous du Camp-Jacob, et dans les mornes élevés de Houëlmont. Alt. 200-700 mèt. [N 1’ 3322.]
M a r t i n i q u e . V u lgo : Queue-de-cheval, cheveux-de-mulâlre. — Rochers
des environs de la Rivière-Pilote, hauteur des Trois-IIets, etc. N° 993. !
Le Tillandsia splendens Brongn., espèce introduite de la Guyane, se ren­
contre souvent dans les jardins où il se propage avec beaucoup de facilité.
Vriesia Lindl; (dédié au Hollandais W . IL Van Vriesse, professeur de
botanique à Amsterdam ; a écrit sur la physiologie des plantes une Chloris
medica, et a collaboré à un journal botanique.)
V. cjuadaliipensis Mez; Vriésie de la Guadeloupe. Vulgo: Ananas grandbois. Haut de 0 U186-1 mèt., arboricole. Feuilles très vertes, nombreuses,
rosulées, lancéolées, brusquement pointues, se rétrécissant lentement à partir
de la base élargie, les plus longues mesurant 65 cm., les supérieures passant
graduellement à l'état de gaines apprimées, amplexicaules, deltoïdes-acuminées. Hampe toujours inclinée, dépassant de beaucoup les feuilles. Inflores­
cence en un épi long de 30-38 cm., portant de 10-12 paires de fleurs distiques ;
fleur entourée de 4 bractées, dont l’extérieure très verte, plus grande,
largement ovée-pointue, longue de 4,3 cm. sur presque autant de largeur,
les trois autres plus petites, toutes imbriquées. Calice beaucoup plus court
que la corolle ; pét aies écarlates, concaves, longs de 4,3 cm. : le postérieur
voûté au sommet et un peu plus long que les deux autres. Etamines presque
aussi longues que les pétales, à filets filiformes, dressés ; style un peu plus
long que les filets; stigmate trifide. Capsule subovoïde, pointue; endocarpe
pourpre foncé en dedans; semences brunes, fusiformes, longues de 3 mm.,
à aigrette non dépliée, longue de 1 cm. — Fl. en juin, juillet, août et sep­
tembre. — Abondant dans les bois du Gommier, des environs de Bagatelle,
des Palmistes, des hauteurs des Vieux-Habitants, de la Pointe-Noire, des
Trois-Rivières, etc. Alt. 400-900 mèt. [N° 3321. | — Je ne l ai pas trouvé à
la Martinique.
Guzmania R. P. (dédié à l’ Espagnol Guzman, grand collectionneur d'objets
d'histoire naturelle.)
G.
Dussii Mez; Guzmannie de Duss. Vulgo: Ananas grand-bois. — Arbori­
cole, haut de 70-80 cm. Feuilles rosulées, très vertes, lancéolées-graduellement et peu rétrécies à partir de la base élargie, brusquement pointues au
sommet : celles de la hampe membraneuses, minces, nombreuses, engai­
nantes à la base, longuement acuminées, graduellement plus petites, imbri­
quées. Hampe plus longue que les feuilles inférieures. Inflorescence en une

�576

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE L A

M A R TIN IQ U E

panicule longue de 15-30 cm., à 3-5 branches très inégales ; fleurs solitaires,
distantes, alternes, chacune à moitié enveloppée d'une bractée large, concave,
rougeâtre, pointue, plus longue que le calice; lobes du calice droits, pointus,
de un tiers plus courts que les corolles ; pétales écarlates, longs de 4 cm. :
le postérieur, un peu plus long, à sommet voûté et arrondi ; étamines dres­
sées, un peu plus courtes que les pétales; anthères deux fois plus courtes
que les lilels ; style exsert, épaissi au sommet, à stigmate trifide, penché.
Capsule inconnue. — Hare : çà et là dans les bois du Haut-Matouba, du
Gommier, des Bains-Jaunes, etc. Alt. 500-900 met. [N° 3326.] — Je ne l’ai
pas trouvé à la Martinique.
Guzmania R. et Pav.
G.
Iingu la ta Mez; Gusmanie à pétales munis d'un appendice linguliforme.
Yulgo : Ananas-bois. SL, t. 120. — Arboricole, haut de 45-50 cm. Feuilles
nombreuses, très vertes, rosulées, oblongues, mucronées, dilatées à la base,
recourbées : celles de la hampe, courtes, imbriquées, et entourant la base de
la hampe. Hampe un peu plus courte que les feuilles. Fleurs en un capitule
large, chacune garnie d'une bractée rouge aussi longue que la corolle; lobes
de la corolle jaunes, inférieurement soudés en un tube cylindrique; sépales du
calice lancéolés-acuminés, égalant en longueur la moitié du tube de la corolle.
Capsule longue de 3 cm., atténuée à la base. — Assez abondant dans les
bois inférieurs de Houëlmont, des Trois-Rivières. Alt. 300-700 met.
[N° 3403.]
M a r t in iq u e . Y ulgo: Ananas-marron. — Bois de la Calebasse, de l’AjoupaBouillon, du Lorrain, du Camp de l'Alma, etc. [N° 275.]
G.
megaslaehya Mez; Gusmanie à grand épi. Yulgo : Ananas-bois.— Haut
de 60-70 cm. Feuilles comme dans le précédent, mais beaucoup plus larges et
plus longues : celles d elà hampe graduellement plus courtes. Hampe plus
longue que les feuilles inférieures. Inflorescence en un épi composé, long de
14-22 cm., portant de 12-18 faisceaux bi-quadriflores ; chaque faisceau enve­
loppé à moitié dans une bractée large, ovée, cymbiforme, pointue, plus
longue que le faisceau lui-même ; chaque fleur garnie d'une bractée secon­
daire ovale-lancéolée, aussi longue que la capsule. Segments du calice mem­
braneux, lancéolés-acuminés, aussi longs que la capsule. Corolle inconnue.
— Capsule longue de 3 cm., obtusémenl trigone, pédonculée. — Assez abon­
dant dans la région supra-moyenne des bois humides : Bains-Jaunes,
Matouba (Matelyane), bois supérieurs du Gommier ; rare au-dessous de
500 mèt. d'altitude. [N° 3405.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
G.
Plum ieri Mez ; Gusmanie de Plumier. Yulgo : Ananas sauvage
montagne. — Terrestre, haut de 0 U,80-1 mèt. Feuilles lancéolées, brusque­
ment terminées en une pointe rigide : celles de la hampe passant brusque­
ment à l'état de feuilles bractéiformes, amplexicaules. Hampe deux fois plus

BHOMÉLIACÉKS

577

longue que les plus longues feuilles. Inflorescence en panicule longue de 3540 cm., portant 8-9 branches distantes, alternes : celles du milieu plus
longues que les inférieures. Bractée de chaque branche, large, ovée, mem­
braneuse: bractées florales, ovées-lancéolées, très rigides, rouges et couvertes
de squamules écailleuses; rachis principal noueux, rachis secondaire angu­
leux. Lobes du calice spatulés-linéaires, environ une fois plus courts que la
bractée florale ; corolle jaune brun, plus longue que le calice et ne s'ouvrant
qu'à moitié. — Fl. principalement de janvier à juillet. — Très abondant
dans la région supérieure des montagnes : Savane aux Ananas, Savane à
Mulets, cône et plateau de la Soufrière, Grande-Découverte, etc. Alt. 9001840 mèt. [N° 3443.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Ananas-montagne. — Montagne-Pelée, Pilons-duCarbet, Piton-Gelé. [N 0 277.]

Catopsis Griseb. (du grec « katopsis », vue de haut en bas, c'est-à-dire
plante à hampe penchée.)
C.
milans Griseb. ; Catopside penché. Vulgo : Ananas sauvage. — Haut de
40-65 cm., arboricole. Feuilles vertes, ovées-lancéolées, lentement acuminées au sommet, très élargies à la base, plus de la moitié plus courtes que la
hampe: les inférieures, rosulées ; les supérieures, graduellement plus courtes
et bractéiformes. Inflorescence en une panicule penchée-pendante, longue
de 10-20 cm., portant 5-8 branches longuement pédonculées et divisées en
deux épis; rachis glabres. Bractées des branches, ovées-lancéolées, plus
petites que les feuillesde la hampe : les bractées florales, longues de 3-4 mm.
Fleurs petites ; sépales spatulés, plus courts que la braetéole; pétales spatulés, blancs, ou souvent légèrement roses; stigmate subsessile. Capsule
deux fois plus longue que le calice ; aigrette deux fois pliée sur elle-même. —
Fl. presque toute l'année, mais principalement d'octobre à mars. — Abon­
dant sur les arbres épineux, de petite laille, comme les citronniers et les
orangers; plus rare sur d’autres arbres: Gourbeyre, Deshaies, Pointe-Noire,
Gommier, les Palmistes, Trois-Rivières. .Vit. 350-600 mèt. N" 3323.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Hauteurs de Case-Pilote et de
Case-Navire. [N° 270.]
C. nilida Griseb. ; Catopside luisant. Yulgo : Ananas sauvage. — Di flore
du précédent : par sa taille plus petite, ses feuilles obtuses, souvent échancrées au sommet, glauques en dessous, et plus courtes; par sa hampe moins
penchée, plus grêle et pourvue de bractées caulinaires, très petites; par sa
panicule moins composée ou à inflorescence réduite à un seul épi ; par ses
bractéoles et ses fleurs plus larges. — Même habitat., même altitude et
même époque de floraison. [N° 3324.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Ananas sauvage. — Trois-Ilets, La Régale, etc.
[N° 270 h.)
Duss. — Piailles Guadeloupe et Martinique.

37

�578

PLANTES

I)U

LA UUAOELOÜPB

CENT Q U ARAN'TE-IM H M E

ET

KAMII.I.E.

1)1

---

LA

M AR TINIQUE

M U SAC EES.

Musa L. de l’arabe « Mau/.
mais Linné a dédié ce genre au frère
d'Euphorbus, médecin du roi Juba, Antonius Musa, lui-même médecin de
l'empereur Auguste ; il a écrit : De botanica.)
De celle famille, on cultive en abondance, comme plantes alimentaires dans
les Antilles et dans tous les pays intertropicaux du monde entier, les espèces
suivantes :

a. — Musa paradisiaca L. ; Bananier du paradis terrestre L Vulgo :
Bananier, banane. — On en rencontre de nombreuses variétés, dont les
principales sont : banane franche, banane Polau , banane-serpent, banane
jaune, banane blanche, etc. — A la Martinique, on cultive les variétés :
banane colossale, ou banane d'Aris ou banane à quatorze pattes, elle est
très productive et la plus élevée de toutes, ses régimes ont quatorze à quinze
pattes, dont chacun porte jusqu'à 22 bananes : un seul régime pèse en
moyenne 60 kilos, et il faut près de deux ans pour qu il parvienne à maturité;
la banane noire, à régime de 8-10 pattes, dont chacune compte environ
18 bananes ; la banane-puce, à régime de 5-7 pattes, dont chacune compte
environ 15 bananes tachées de noir ; la banane sans nombril, à régime de
9-10 pattes, contenant environ 18 bananes eflilées ; la banane à cornes, à
4-5 pattes, portant 5-6 bananes d'une grosseur et d'une longueur considé­
rables.

b.
— Le Musa sapientum L., Bananier des sages. Vulgo: Banane-figue
ou figue-banane, banane sucrée. — Ses variétés sont également nombreuses,
ce sont ; ligue-café, ou grosse figue, figue naine, figue Raimbaud, figuepomme, figue rose, figue Jacob, etc. — A la Martinique: figue-créole, figueprune , figue-pomme, figue-cochon, figue verte, figue-vipère ou Cacanbourg,
figue naine, etc.
c. — Le Musa Cavendishii Lamb. Vulgo : Banane naine, banane de Chine.
Les bananes se mangent habituellement cuites ou Irites, tandis que les
bananes-figues se mangent crues.
Comme plante textile ou d’ornement,on cultive : le Musa lextilis^îée, Bana­
nier textile, vulgo : Banane-corde, Abaca, qui lournit des libres longues, lines
et très tenaces ; Martinique, vulgo: Banane-corde; le Musa rosacea Jacq.,
vulgo: Bananier rose; enfin le Musa coccmea Andr., vulgo: Bananier rouge,
j. Celle espèce cl le M.

s a p ie n tu m .

L., originaires d'Asie, sont em ployés à la Guyane

française : les feuilles pour panser les vésicatoires; le fruit vert a litre d’astringent et
même d’abortif par son cpicarpe; la sève esl considérée comme astringente et hémosta­
tique. (E. II.

MU SAC KES

579

haut de 1-11,160, et au Jardin botanique de la Basse-ferre, le Musa super ha
Boxb. : le Ravenala madagascarensis J. F. Gmel. (nom indigène de la
plante à Madagascar), vulgo : Arbre du voyageur Urania speciosa M i1Id.)&gt;
qui donne une graine féculente, pourvue d’un arille pulpeux, agréable.
Heliconia L. (du mont llélicon, dans la Béotie, voisine du Parnasse, consa­
crée aux neuf Muses et à Apollon.)
H.
Iiihai L. (mot d’origine américaine.) H. luteofusca Jacq. Vulgo : Bali­
sier rouge. Sw., Observ., t. 5, f. 2 .— Vivace par ses stolons, haut de 2'" 508 m20, à tige courte, cylindrique, formée par les gaines des feuilles. Feuilles
6-8, en forme d’éventail, beaucoup plus longues que la hampe, à limbe long
de 0'"90-11,130 sur 20-23 cm. de large, brusquement pointues au sommet,
atténuées à la base, à nervures parallèles, insérées presqu à angle droit;
pétiole longuement engainant et presque aussi long que le limbe; pédoncule
de la hampe nu, lisse, légèrement comprimé, inséré entre les deux dernières
feuilles. Inflorescence en un épi long de 25-30 cm., droit, portant 7-9 brac­
tées, rouge carmin vif, épaisses, horizontales, cymbiformes, distiques, larges
à la base, pointues au sommet, embrassantes : les inférieures, distantes,
longues de 18 cm., terminées en une pointe très allongée ; les supérieures,
graduellement plus courtes, imbriquées à la base. Fleurs situées sur deux
rangs, disposées en épis, longues de 6-8 cm., et renfermées dans les bradées,
au nombre de 5-6, blanches : chaque paire renfermée dans une bractéole
blanche, membraneuse, délicate, légèrement concave, longue de 7-8 cm.
Périanthe inférieurement tubuleux, largement cannelé, divisé supérieure­
ment en cinq dents insérées sur deux rangs: les deux dents de la lèvre posté­
rieure, recourbées ; les trois dents de la lèvre antérieure, plus courtes,
dressées ; étamines 6 : 1inférieure, stérile ; les autres, fertiles, toutes blanches,
exserles, recourbées et ensuite dressées à l’extrémité ; ovaire à 8 loges uniovulées, ovules avortant, à l'exception de 2-3. Fruit bleu foncé, drupacé, trigone ou tétragone, long de 8-9 mm. sur 5-6 mm. d’épaisseur, subtronqué aux
deux extrémités, divisé en 2-3 coques, bosselées-ruguleuses. — FL de
février à juillet — Abondant dans les bois humides de la Guadeloupe pro­
prement dite. A il. 400-900 mèt. [N° 3838.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Balisier rouge. — Dans tous les bois humides. Spéci­
men manque.)
H.
caribæa Lam. ; Meliconie des Caraïbes. Vulgo : Balisier jaune. PL, éd.
Burm., t. 57; Desc., vol. IV, t. 260, p. 116. — Ressemble au précédent
par la taille, le port et les fruits ; il en diffère : par ses feuilles arrondies à
la base, ses bractées jaunes, moins larges, moins nombreuses et plus distantes ;
par sa lèvre supérieure, à trois dents. — Même habitat, même altitude et
même époque de floraison L [N°3839. |
1.

Ces deux espèces, confondues en une seule par la plupart des auteurs actuels, sont

�58 0

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

M a r t in iq u e . Vulgo: Balisier jaune. — Dans tous les grands bois humides.
— On en trouve une variété à pétioles couverts d une poussière blanche et
farineuse. Spécimen manque.)
L'Heliconia psiltacorum Sw. ; Heliconic des perroquets, vulgo : Petit bali­
sier H. cannoidea A. Rich., Floredes Jardiniers, vol. 11, t.67), très ornemen­
tal. vivace par ses slolons traçants, haut de 0 m9 0 - l,11'20, à feuilles lancéolées—
elliptiques, longuement pétiolées, à hampe longue et filiforme, à fleurs
larges, jaune rougeâtre, noires au sommet, est cultivé dans beaucoup de
jardins, où il lieu ri t abondamment et se propage avec une grande rapidité.
— Originaire du Brésil. ! X° 3318.] — M a r t in iq u e . \ ulgo : Petit balisier.
[.VD.J

CENT QUARANTE-DEUXIÈME EA MILLE. ---

SOIT AM IN EES.

TRIBU I. Z1N GIB É RA CÉ ES.

Renealmia L. lils (dédié au Français Paul Reneaulme, botaniste, qui, en
1611, publia un ouvrage sous le litre de: Specimen hisloriæ plantarum.
R. caribæa Griseb.; R. racemosa R. et Sch.; Rénéalmie des Caraïbes.
Yulgo : Lavande blanche. Lavande grand-bois. Plum., édit. Burin., 1. 20. —
Haut de 1111 10-1 m75, herbacé, annuel par la lige, vivace par ses stolons
gros el traçants. Tige toujours plus ou moins penchée. Feuilles largement
lancéolées ou oblongues, ou plus rarement elliptiques, ligulées, longuement
engainantes, longues de 30-40 cm. sur 7-9 cm. de large, glabres, à nervures
se détachant à angle très aigu. Inllorescence en panicule terminale, lâche,
longue de 18-25 cm., dépassée par la dernière feuille de la lige; pédoncule
épaissi au sommet et donnant naissance à une bractée verte, demi-embrassante,
longue de 7-8 cm. et souvent terminée par une feuille rudimentaire; branches
de la panicule courtes, à pédicelles garnis, à la base, d’une bractée blanche,
membraneuse, habituellement plus longue que la branche; rachis et pédi­
celles blancs. Fleurs blanches, odorantes, le plus souvent géminées, entière­
ment renfermées, avant leur épanouissement, dans une bractéole blanche,
très mince, caduque; calice tubuleux, apprimé, à 3 lobes obtus et écartés;
corolle infondibuliforme; labelle obové, à 3 lobes arrondis; étamine presque
sessile ; style filiforme ; stigmate échancré, connivent avec l’anthère. Capsule
longue de près de 2 cm., ovoïde, à déhiscence loculicide : les valves restant
unies au sommet surmonté des débris du périanthe; semences jaune brun,
rondàtres-anguleux,arillées, percées d'un trou à la base. — Très abondant dans
employées à la Guyane française : les feuilles pour en extraire des fibres textiles, et les
racines connue diurétiques. E. II.)

tous les bois de la Guadeloupe proprement dite. — Fl, de février à ju ille t1.
— Alt. 400-900 mèt. [N° 3328.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Gingembre grand-bois. — Abondant dans tous les
bois. [N° 2117 b.]
R. exalta la L. ; Rénéalmie élevée. Vulgo : Lavande rouge. — Vivace par
ses stolons larges, noueux, haut de 1 1,1 20-11,1 50, et formant des touffes très
amples. Feuilles très vertes, mucronées, oblongues ou elliptiques, souvent
atténuées vers la base, longues de 25-35 cm. sur 6-8 cm. de large, ligulées,
engainantes. Hampe radicale, très droite, longue de 45-60 cm., garnie, à la
base, de feuilles bractéiformes, ovoïdes, arrondies, rapprochées : les infé­
rieures, courtes; les supérieures, graduellement plus longues, lancéolées,
toutes engainantes et rouges. Inllorescence en grappe longue de 12-18 cm.;
rachis et pédicelles revêtus d’ une pubescence couleur de rouille ; pédicelles
longs de 8-12 mm., portant à la base une bractée vert rougeâtre, plus longue
que la Heur. Fleurs solitaires, rouge brun ; bractée spirale de la fleur ventruetubuleuse, brièvement bifide; calice tridenté ; corolle presque aussi longue
que le calice; lobes de la corolle oblongs-ovales, plus courts que le tube;
labelle subinclus, entier. Capsule longue de 2,5-3 cm. sur 1,9 cm. de diamèt., loculicide, surmontée des débris durcis du périanthe; semences rouge
foncé (à l’état frais), lisses, luisantes, faiblement arillées, plus petites que
dans le précédent, mais à ouverture basilaire plus large. — Rare. Çà et là
dans les endroits aquatiques des basse et infra-movenne régions, exception­
nellement dans les endroits secs : Capesterre (le long de la rivière, sous le
pont de l’usine du Marquisat), Deshaies (près du presbytère dans un sol sec
et rocailleux), Pointe-Noire (habitation Pérou). Alt. 10-400 mèt. [N° 3328.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Grand gingem bre.— Sainte-Luce (près de la mer,
bois inférieurs du Lorrain, sur le bord d’un endroit aquatique). [N° 2109.!

Costus L. (du grec « Kostos », mot par lequel les anciens désignaient une
plante aromatique, en arabe « koost ».)
C. spicatus S av.; Costus à fleurs en épi. Vulgo : Canne-Congo. Rose.,
Monand., t. 77. — Vivace par ses rhizomes larges et rampants, haut de 0 m 902 m 50, à tige cylindrique, droite ou souvent plus ou moins tortueuse. Feuilles
molles, subcharnues, oblongues, larges, pointues, glabres, quelquefois sub­
cordées à la base; pétiole court, large, attaché au-dessous du sommet sub­
tronqué d’une gaine longue de 4-5 cm., longuement ciliée sur les bords, à cils
apprimés. Inflorescence en épi serré, terminal, strobiliforme, obtus, pouvant
atteindre jusqu’à 20 cm. de long. Bractées très rapprochées, imbriquées, roul. Sous le nom vulgaire de Balisier génipa, cette espèce est employée en médecine à la
Guyane française; son rhizome, aromatique, est considéré comme un bon remède contre
les douleurs rhumatismales : on le fait macérer dans le rhum ou le vermouth, et celle
boisson est absorbée à jeun. (E. II.)

�58 2

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

SCITAMINÉES

M AR TIN IQ UE

geâtres, longues de 4 cm. sur à peu près autant de large, légèrement carénées
sur le dos, au sommet. Corolle longue de 3,3 cm., jaune pâle, à moitié
exserte, tubuleuse; labelle rejeté en arrière, obtusément trilobé; étamine
pétaloïde, spatulée; stigmate garni de deux petites cornes sur le dos, au som­
met. Capsule légèrement pulpeuse, loculicide, triloculaire ; semences petites,
arillées. nombreuses, violet pâle là l'état frais). — Fl. en mars, avril, mai.
— Peu abondant. Çà et là dans les bois humides et le long des ruisseaux des
basse et infra-moyenne régions : Vieux-Fort (ravine du haut de la rivière
Blondeau), Capesterre (environs du Grand-Etang), rivière Noire (au-dessous
du Camp-Jacob . Alt. 200-500 mèt. [N 05 3701, 3701.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Petit dégonflé. — Ajoupa-Bouillon, roule des FondsSaint-Denis aux Deux-Choux, Camp de l'Alma, etc. [N° 2109.]
On rencontre souvent dans les deux colonies le Costus speciosus Smith., à
Ileurs très larges, blanches, en épi globuleux, garni de bractées d'un rouge
vif noirâtre. Originaire des Indes Orientales, introduit en Angleterre en 1794.
( Illust . horticole, de Linden, t. 111, avril 189(3.) [N° 3329.]1

Hedychium Koenig (du grec « hedus », doux, agréable, allusion à l’odeur
agréable des ileurs.)
H.

coronarium Koenig; Hedychium à ileurs en boutpiel. Yulgo ; Canne
d eau. Pose., Monand., t. 51. — Haut d e 0 m 80-1 mèt., rarement plus haut,
à rhizome rampant et noueux, l ige très droite, cylindrique, grosse. Feuilles
distiques, lancéolées-acuminées, glauques, imbriquées, à limbe long de 253.3 cm. sur 5-7 cm. de large; ligule deltoïde, large, membraneuse, mince;
gaine fendue. Inilorescence en épi raccourci, obovoïde, strobiliforme, termi­
nal, naissant à l'aisselle de la dernière feuille, long de 10-12 cm. Bractées de
l'épi spathiformes, imbriquées, vert pâle, minces et blanchâtres sur les bords,
obovales, arrondies, plus longues que kirges; bractées basilaires de l'épi
pointues, de 1 à 3 prolongées en un limbe foliiforme souvent long. Fleursd’un
blanc très pur, extrêmement odorantes, à odeur exquise et forte. Périanlhe
tubuleux, à tube cylindrique, filiforme, long de 5-6, 5 cm., renfermé, à la
base, dans trois bracléoles minces, membraneuses, longues de 2-3 cm. : les
trois segments extérieurs du périanlhe, longs de 3 cm. sur 2 mm. de large,
égaux, pointus, étalés; les deux segments latéraux intérieurs, larges, obovés,
obtus, plus longs que les trois extérieurs; labelle très large, obeordé, brus­
quement et étroitement rétréci à la base, long de 4,2 cm., plus large que
long; étamine à filet comprimé; anthère longue, jaune, toujours penchée;
stigmate infondibuliforme; ovaire subsessile, triloculaire. Capsule large,

583

obovoïde, loculicide; semences jaunâtres, arillées. — Fl. d’avril à juillet. —
Introduit et naturalisé. Originaire de l'Asie tropicale. — N il en société sur
d'assez grandes étendues, dans les endroits aquatiques et le long des ruis­
seaux : Camp-Jacob, Basse-Terre (ravine de Belosl), Gourbeyrc (étang du
\ alcanard), Pointe-Noire (le long de la rivière), Pigeon (bords de la rivière
Lostau), Trois-Bivières, etc. Alt. 9-500 mèt. [N° 3330.]
M a r t in iq u e . Yulgo ; Canne-rivière, canne d’eau. — Saint-Pierre (rivière
des Pères), Carbet (le long de la rivière), etc. [N °2 1 10.;
Au Camp-Jacob et dans beaucoup de jardins de la Martinique, on cultive
les superbes Hedychiumflavum W all. (Rose., Monand.), 1 . 49 [N" 2005 //], et
Gardnerianum W all. (Rose., Monand., t. 62) |".\° 2004 ; ils fleurissent en
mai, juin et juillet, et sont originaires de l'Asie tropicale.
D elà tribu des Zingibéracécs, on rencontre souvent ;
1° Le Zingiber officinale Rose. Yulgo : Gingembre. Rose., Monand., I. 83.
— Ses racines, excitantes, servent dans la médecine domestique. — FL en
septembre ou octobre, ou novembre, mais ne produit pas de fruit. — Il se
trouve aussi à l’état sauvage autour des vieilles habitations en ruine; il est
originaire des Indes Orientales. [N°3840.] — M a r t i n i q u e . N° 2004 c.]
2° L Alpinia milans Rose. (Globba milans L). Yulgo ; Lavande. — Haut de
1n* 50-21,1 50, à liges et grappes penchées, à fleurs très parfumées. — Origi­
naire des Indes Orientales. N° 3441.] — M a r t in iq u e . Yulgo ; Dégonflé (parce
qu'on emploie la décoction des feuilles contre le météorisme. N° 200 h.\
3" Le Kaempferia longa Jacq. Yulgo : Fleur de mai, qui, en avril, mai ou
juin, époque de la floraison, perd complètement ses feuilles panachées, et
dont les ileurs, radicales, blanches, striées et lavées de violet carminé,
répandent une odeur exquise. [ N ° 3844.] — M a r t in iq u e . Yulgo : Iris de
Florence. [N°2111 h. \
4° Le Curcuma longa L. Yulgo ; Gurcuma. — A fleurs d'un blanc pur,
portées sur une hampe radicale ; à racines jaune safran, d'une odeur forte et
pénétrante. — Elles entrent dans la préparation du fameux mets créole,
nommé à la Guadeloupe le «Colom bo ». — Le suc des racines est employé
chez les femmes de la campagne pour teindre les mouchoirs, les foulards, les
loques, appelées vulgairement « Madras» ; il constitue un excellent antiscor­
butique que les travailleurs indiens du pays emploient souvent ; il passe en
outre pour être un contrepoison du Mancenillier. [N° 3333.] — M a r t in iq u e .
Y ulgo: Safran du pays, safran-cooli. [N° 2117.1
TRIBU IL MARANTÉES.

J.

Sous le nom de Canne-Congo on utilise à la Guyane française les rhizomes du

Costus

arahicus L., originaire des Indes Orientales; ce rhizome, à fine odeur de violette, y sert
à faire une tisane dépurative et diurétique. Il est probable que les deux
décrits jouissent des memes propriétés. (E. H.)

Costus ci-dessus

Calathea Mey. (du grec « kalathos », corbeille, allusion à la forme particu­
lière du labelle.)

�584

PLANTES

DF LA

GUADELOUPE

F.T

DE LA

M AR TINIQUE

C.discolor Mey., Maranta Cachibou Jacq., M. lui ea Lam. ; Calathée à feuilles
pourvues de deux couleurs. Vulgo : Cachibou, roseaü-mare. Rose., Monand.,
I. 13. — Vivace, cespiteux, à racines stolouifères, formant une masse com­
pacte, à tiges hautes de 3-1m50, en baguettes très droites, nues, creuses,
lisses, cylindriques, de l’épaisseur d’un doigt. Feuilles conlinées aux extrémi­
tés des liges, ovales, obtuses au sommet, habituellement arrondies à la base,
longues de 45-60 cm. sur *23-00 cm. de large, de la consistance du parchemin,
vert pâle en dessus, blanches, poudreuses en dessous; pétiole légèrement com­
primé, pouvant atteindre jusqu'à 70 cm. de long, renflé près de la base du limbe.
Inflorescence en “2-1 épis strobiliformes. naissant de la gaine de la dernière
ou des deux dernières feuilles, comprimés-cylindriques, longs de 9-11 cm.,
pédonculés, à pédoncules longs, très inégaux, entourés d’une bractée géné­
rale extérieure, très longue, couvrant les bractées intérieures beaucoup plus
courtes, et spéciales à chaque pédoncule. Bractées du slrobilc brunes sur les
bords, très coriaces, plus larges que longues, largement obovoïdes, subtron­
quées au sommet, imbriquées. Fleurs jaunes, de moitié moins longues que les
bractées, fasciculées : le faisceau garni d'une bractéole cannelée sur le dos ;
calice à trois segments ; corolle à tube liliforme, et à six lobes : les trois
extérieurs, lancéolés ; les deux intérieurs, obtus ; labelle large, en forme de
cuiller ; étamine pétaloïde ; stigmate rond. — Fl. presque toute l’année. —
Endroits aquatiques : çà et là dans l’étang de Valcanard (Gourbeyre) ; plus
abondant dans les marécages du Lamentin et de la Baie-Mahault. Alt. 0-400
met. [N° 3334.j
4 ulgo : Cachibou. — Rare: Champllore (sur le bord de la
Capotte), Sainte-Marie (endroits marécageux des bois inférieurs), etc.
[N° 2117 h.]
M a r t in iq u e .

Ee Calathea Allouia Lindl., Maranta Allouia Aublet., vulgo : Topitambourg pour Topinambourgi (Rose., Monand., t. 38; Desc., vol. I, t. 26,
p. 127), à racines portant des tubercules alimentaires, ovoïdes, globuleux,
légèrement hérissés de petits piquants, à fleurs blanches disposées en tête,
ovoïde, naissant de la gaine de la dernière feuille, est cultivé dans les deux
colonies et dans toutes les Antilles. — Fl. en juin, juillet. — Alt. 10600 mèt. N0 3842. 1 — M a r t in iq u e . Vulgo : Topitambourg. X° 2110 c.J

Ischnosiphon Koern. (du grec « ischnos », mince, maigre, et « siphon »,
tube, allusion aux bractées tubuleuses des épis.)
I. Arouina Koern., Maranta junce a Lam., M. peliolata Rudge. Vulgo :
Arouma ( de « aruna », nom de la plante chez les Garipons et les Galibis de la
Guyane.) ( Maranta Jacq. Vivace, formant des touffes très larges, compactes
1. Sous le nom vulgaire de Galanga, celle espèce est em ployée à la Guyane française:
ses rhizomes, tubéreux et féculents, y donnent un excellent salep. (E. II.)

et très ornementales par leur port, hautes de2 m50-3 met., à tiges comme dans
le Calathea discolor Mey., mais beaucoup moins grosses. Feuilles rosulées aux
extrémités des tiges, au nombre de 4-5, à limbe long de 20-25 cm. sur 1214 cm. de large, ovale, obliquement pointu au sommet et à côte médiane
déviée et courbe; pétiole long de 23-30 cm., engainant dans les trois quarts
inférieurs, renflé au-dessus du limbe sur une étendue de 2,3-3 cm., subcylin­
drique entre le renflement et la gaine. Inflorescence en épis cylindriques,
très minces, fasciculés ou solitaires, très inégaux en longueur: les plus longs
mesurant jusqu’à 11 cm., naissant tous des gaines disposées sur un pédoncule
qui s’élève du nœud formé par le faisceau des pétioles. Bractées des épis
alternes, imbriquées, obliques au sommet et rouges sur le bord. Fleurs
jaunes, avec de nombreux points rouge brun ; calice renfermé dans la bractée
et garni de plusieurs bractéoles ; corolle à tube filiforme, dilaté au sommet,
exsert, plus long que les segments : les trois segments extérieurs, lancéoléslinéaires ; les deux internes, latéraux, aussi longs, mais lancéolés ; labelle
spatulé ; étamine liliforme, à anthère libre. Capsule inconnue. — Trouvé en
fleurs en août. — Peu abondant : çà et là dans les grands marécages d’eau
douce du Lamentin. Alt. 5 mèt. [N 0 3541.] — Je ne l’ai pas trouvé à la
Martinique 1.
Maranta L. (dédié au Vénitien Barth. Maranta, médecin, mort en 1754;
a écrit : Méthode pour connaître les plantes.)
De ce genre, on cultive dans les deux colonies, comme du reste dans
toutes les Antilles :
1° Le Maranta arundinacea L., vulgo: Dictame (1 «A rro w -root » des
Anglais) (SI., t. 149 Rose., Monand. t. 25), à fleurs blanches, en cymes
terminales, très lâches et dichotomes. — Originaire de l'Amérique méridio­
nale. [N° 3843.] — M a r t in iq u e . Vulgo : L ’ Envers blanc. [N os 2107, 2110.]
2° Le Maranta indica Tussac, vulgo: Dictame de la Barbade, Moussache
de la Barbade (Rose., Monand., t. 26 ; Tuss., F l., I, t. 26 ; Desc., vol. V III,
t. 549) ; il ressemble au précédent, mais est plus élevé. — Originaire des
I ndes Orientales.
%
Les rhizomes de ces deux espèces produisent des tubercules comprimés,
écailleux, allongés, pointus, qui contiennent une fécule blanc nacré, très
appétissante, nourrissante et facile à digérer : elle est connue dans les colo­
nies sous le nom de « farine de Moussache ». |N°3332. — M a r t in iq u e . Vulgo :
Moussache de la Bardade. [N° 2110 h.)
1. Cette espèce, très commune à la Guyane française, y est connue vulgairement sous
le nom d’Arouman : le suc de scs feuilles et de sa tige serait caustique comme celui
de la Canne-feu (Dieffenbachia Seguine Schott); les graines donnent une huile employée
à Cayenne comme cosmétique pour les cheveux ; enlin le rhizome, tuberculeux, renferme
une fécule alimentaire. (E. H .)

�58 0

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DK LA

SCITAMIXÉBS ---- BURMANN’ IACKES

M AR TINIQUE

On l'encontre souvent dans les jardins de nos deux colonies le beau
Maranta zebrina Sims, remarquable par ses larges feuilles rayées de brun
velouté et de jaune en dessus, d’un beau violet en dessous, — Il est origi­
naire du Brésil.
TRIBU II. CANNÉES.
Canna I.. (du mol celle « eau ou cana », roseau, eu grec « kanna » , en
hébreu « kanak ».)
C. indica I..; Canna de l'Inde occidentale. Vulgo : Balisier rouge. Desc.,
vol. IV, t. 240, p. 30; Kosc., Monand., t. 1. — Vivace par ses rhizomes, à
tige haute de O"190-2 mèt. — Feuilles ovées ou ovées-oblongues, pointues,
engainantes, sans ligule. Inflorescence en une grappe simple, terminale, plus
rarement composée, quelquefois en deux grappes parla division du pédon­
cule primaire ; pédoncules primaires et branches de la grappe garnis de 1-3
gaines. Fleurs rouges, striées de jaune; bractée de la fleur, glauque, cymbiforme, plus long que bovaire. Périanthe à six segments : les trois extérieurs,
inégaux, lancéolés-acuminés ; les trois intérieurs, formant deux lèvres : lèvre
supérieure, à segments lancéolés, subégaux, un des segments bipartite ; la
lèvre inférieure, entière, projetée en avant, roulée en dedans et plus vive­
ment colorée que la supérieure; style pélaloïde, large, spatulé; ovaire infère,
surmonté de trois appendices glauques, dressés, deltoïdes-acuminés, persis­
tants. Capsule triloculaire, loculicide, hérissée, noire à la maturité ; semences
noires, sphériques. — Fl. en juin, juillet, août. — On se sert des graines pour
faire des chapelets. — Cultivé et à l’état sauvage: Basse-Terre, Gourbevre,
Trois-Rivières, Capesterre, Marie-Galante, Pointe-à-Pitre, etc. Alt. 0-600
mèt. [N° 3554.
M a r t in iq u e . Vulgo: Balisier rouge, balisier à chapelets. — Çà et là dans
toute l'ile. [N° 2112 b. 1
C. coccinea Mill. ; Canna à fleurs écarlates. Vulgo: Balisier rouge. Bosc.,
Monand., t. 11. — Ressemble au précédent quant aux racines et à la taille ;
il en diffère: par ses feuilles mucronées, par les segments de la lèvre supé­
rieure, échancrés, lancéolés, inégaux et surtout par la lèvre inférieure échancrée, striée de jaune, tandis que dans le précédent tous les segments des
deux lèvres sont striés de jaune. — Même habitat et même altitude.
\V 3554 h.
M a r t im q u e . Vulgo : Balisier rouge. — Cultivé çà et là et à l'état sauvage
dans toute l ile. [N ° 2112.J

58 7

C. edulis K erG aw l ; Canne comestible. Vulgo : Toloman. Rose., Monand.,
t. 5. — Vivace par ses rhizomes tubérifiés, volumineux et allongés, à tige
haute de I 1,150-2 m50. Feuilles larges, ovées ou ovées oblongues, pointues ou
arrondies au sommet, contractées, à la base, en une gaine longue, non apprimée. Corolle écarlate ; segments de la lèvre supérieure, subégaux, dressés,
sans échancrure ; lèvre inférieure, éehancrée, projetée.— Fl. principalement
en septembre, octobre cl novembre. — Assez souvent cultivé pour ses
tubercules comestibles; plus rare à l'état sauvage: environs de la BasseTerre, Baillif, Vieux-Fort, Capesterre, Morne-à-l'Eau, Gozier, etc. Alt. 0-600
mèt. [N° 3558.]
M a r t in iq u e . Vulgo : Toloman. — Dans toute l’île. [N os 2111 a. b , c.j
C. pallida Rose., C. lutea Mill. ; Canna à fleurs jaune pâle. Vulgo : Bali­
sier jaune. Rose., Monand., t. 19, 20. — Haut de 1-1 80, rarement plus
haut. Feuilles larges, ovées-oblongues ou ovées, habituellement très glauques
en dessous, à gaines et bractées glauques. Corolle large, jaune pâle, à lèvre
supérieure dressée, ses deux segments égaux et entiers, souvent légèrement
rélus, à lèvre inférieure tachetée d’orange brun. Capsule muriquée. — Assez
abondant. Cultivé et à l’état sauvage dans les endroits humides et aquatiques :
Camp-Jacob, Gourbeyre (habitation Saint-Charles), Baillif, Pigeon (environs
de l'usine), Trois-Rivières (habitation Roussel), Pointe-Noire, Moule, MarieGalante, environs de Saint-Louis, etc. Alt. 5-500 mèt. [N us 3566, 3723.J
M a r t in iq u e . Vulgo: Toloman bâtard. — Environs de Saint-Pierre (TroisPonts), Carbet, Case-Navire, Marin, Gros-Morne, etc. [N° 2114.]
C. c/lanca L. ; Canna à feuilles très glauques. Vulgo : Balisier jaune. Rose.,
Monand., t. 17. — Haut de 0m8 0 -lm50. — Feuilles plus étroites que
dans toutes les espèces précédentes, elliptiques, acuminées au sommet et lente­
ment atténuées, à la base, en une longue gaine étroite. Fleurs larges, d'un
jaune assez v if ; segments de la lèvre supérieure, obovés-spatulés, inégaux,
entiers, larges; lèvre inférieure, oblongue-linéaire, éehancrée, fortement pro­
jetée et roulée. Capsule muriquée. — Cultivé et à l'état sauvage dans les
endroits humides et aquatiques, et le long des rivières : Pigeon, Camp-Jacob
(Montéran), Baillif, Capesterre, Lamentin, etc. Alt. 0-500 mèt. [N° 3335.J
M a r t in iq u e . V u lgo: Balisier jaune. — Rivière-Pilote (le long de la rivière ),
Ducos (ravine), Trinité, La Régale, etc. |N0 2113.]

CENT

q u a r a n t e - tr o is iè m e

f a m il l e .

— BURM ANNIACÉES.

1. Cette espèce, bien connue et largement cultivée en France et en Europe, esl réputée

Apteria Nutt. (du grec « apteros », sans ailes, parce que la capsule est
couverte, à la base, par le périanthe non ailé.)

diurétique et diaphorétique par son rhizome qui contient une fécule connue et exploi­
tée comme aliment sous le nom d 'Arrow -rott de Queensland. (E. II.)

A. selacea Nutt. , A. lilacina Miers, A. hymenanlhera Miq. ; Aptérie à

�588

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

feuilles séteuses. Traité général de Botanique descriptive, de Le Maoul et
Decaisne, 1876, '2e édition, p. 566, figure. — Haut de 1-6 cm., à lige droite,
filiforme, sans ou avec 2-3 branches. Feuilles réduites, à quelques écailles
engainantes, linéaires. Fleurs bleues, 1-3, longues de 3-4 mm., terminales.
Périanthe infondibuliforme, adné à la base de l'ovaire, à 0 lobes d’inégale
largeur ; étamine 3. incluses, à filets très courts, insérées un peu au-dessus
du milieu du périanthe et garnies sur le dos d'un petit appendice obeordé ;
style inclus, trifide ; ovaire uniloculaire, multiovulé. Capsule médianicidc
au sommet. — Trouvé fleuri en août. — Très rare: Trois-Rivières (sur les
racines d'un manguier, non loin de l’habitation Trou-aux-Chiens). Alt.
310 mèt. N° 2856.]

CENT QUARANTE-QUATRIÈME FAMILLE. ---

ORCHIDEES.

TRIBU I. MALAXIDÉES.
Pleurothallis R. Br. (du grec « pleura », côté, flanc, et « thallos », branche,
parce que les fleurs naissent sur le côté au sommet de la tige.)
P. ruscifolia R. Br. ; Pleurothalle à feuilles de Ruscus (une espèce de Fragon delà famille des Asparaginées). Jacq., Sel. Am. stirp. hisl., t. 133, f. 3.
Dendrobium Sw .) — Arboricole, haut de 8-30 cm., sans bulbe; à racines
rampantes; à tige cylindrique, droite, rigide, garnie, à la base et au-dessous
du milieu, d'une gaine. Feuille 1, elliplique-lancéolée, atténuée au sommet
et à la base, péliolée. Inflorescence en un fascicule arrondi, situé latéralement
au sommet de la tige, plus long ou aussi long que le pétiole et entouré, à la
base, d’une bractée bifide, engainante, de laquelle sortent 3-16 fleurs, petites,
pédicellées, verdâtre pâle. Divisions extérieures du périanthe lancéoléesacuminées, dont deux sont cohérentes jusqu’au sommet; divisions intérieures,
une fois plus courtes et libres; lèvre très petite, ovée-oblongue, articulée
avec le gynostème. — Fl. durant les mois de mars et octobre. — Abondant
dans les bois humides de la Guadeloupe proprement dite. Alt. 300-900 mèt.
[N° 3343.]
M artinique. — Dans tous les bois. [Nos 395, 2069.]
P. anstata Hook.; Pleurothalle à divisions extérieures terminées par un
prolongement en forme d’arête. — Arboricole, haut de 4-5 cm., cespitcux.
Feuilles naissant près de la racine, longues de 1,2-2 cm., spatulées, assez
brusquement atténuées vers la base. Inflorescence en grappe droite, dépas­
sant de beaucoup la feuille. Rachis en zigzacs très réguliers : rachis, pédon­
cules et pédicelles capillaires. Fleurs pourpre noir. Divisions extérieures du
périanthe larges à la base, brusquement atténuées, à partir du milieu, en

ORCHIDEES

589

arête allongée : divisions intérieures, une fois plus courtes, ovées-lancéolées ;
lèvre ovée-oblongue, avec deux petits lobes latéraux. — Assez rare. Sur les
troncs à une faible hauteur, vit souvent dans la mousse : Camp-Jacob, Baga­
telle, Gommier, Matouha, V ieux-Habitants, Trois-Rivières. Alt. 500-900 mèt.
[i\° 3341.]
M

a r t in iq u e .

— Calebasse, Ajoupa-Bouillon, Camp de l'Alma, Lorrain, etc.

[N° 395 /;.]
Stelis Sw. (du grec « stelis », par lequel les anciens désignaient une petite
plante parasite. Théophraste, Caus., 2, 23; Pline, X V I, 93.)
S. ophioglossoides Sw .; Stélide à feuilles en forme de langue de serpent.
Jacq., Sel. Am. stirp. hisl., t. 133, f. 2. (Epidendron L . ) — Arboricole, sans
bulbe, haut de 9-18 cm. Feuilles oblongues-lancéolées, épaisses (à l’état vert;,
obtuses, lentement atténuées vers la base, plus longues que la tige et plus
courtes que les pédoncules, l ige garnie de 2-3 gaines comprimées, non appriniées et élargies au sommet. Inflorescence en 1-4 grappes effilées, spiciformes, lâches, longues de 4-5 cm., naissant à la base du pétiole. Pédoncules
droits, filiformes-capillaires, munis de 2-3 petites gaines courtes. Fleurs soli­
taires, pourpre noir, très petites, brièvement pédicellées, alternes (dans tous
mes spécimens), assises dans une petite bractée concave et pointue; rachis
disposé en zigzag. Caractères généraux de la fleur les mêmes que ceux des
Pleurolhalles : divisions extérieures, deltoïdes, d'égale longueur; les inté­
rieures, tronquées; lèvre deltoïde-tronquée. — Assez abondant sur les troncs
d'arbre à une faible hauteur et souvent couverts de mousses : Camp-Jacob,
Bains-Jaunes, Bagatelle, Gommier, les Palmistes, Matouba, etc. Alt. 5001000 mèt. [N° 3340.]
M a r t in iq u e . — Deux-Choux, Piton-Gelé, Montagne-Pelée, etc. [N° 380.]
Octomeria R. Br. (du grec « octo », huit, et « meros », partie, division,
parce que ce genre a huit masses polliniques.)
0. graminifolia R. Br. ; Octomérie à feuilles de graminées. — Haut de 1113 cm., à rhizomes rampant au loin, noueux et garnis de gaines. Feuille 1,
terminale, lancéolée-linéaire, environ de la même longueur quela tige noueuse
et pourvue de gaines qui se divisent supérieurement en un grand nombre de
fibres filiformes. Inllorescence en fascicules situés latéralement, comme dans
les Pleurolhalles, au sommet de la tige, et à base garnie de plusieurs bradées.
Fleurs 1-5, jaunes, tachetées de points rouges : divisions extérieures du
périanthe, ovées-lancéolées, presque distinctes; les intérieures semblables
aux extérieures, mais plus courtes et insérées à la base du gynostème; lèvre
articulée avec la base prolongée du gynostème, de moitié moins longue que les
divisions intérieures, garnie de deux petites crêtes, et au milieu, sur les
côtés, de deux petits lobes. — Dans le bas comme aussi sur le haut des arbres,
où il forme souvent une sorte de gazon recouvrant des troncs entiers : dans

�59 2

PLANTES

UK L.A GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ U E

E.
slrobiliferum Rchb ; Epidendre en épi strobiliforme. — Haut de 1622 cm., à tige branchuc, comprimée. Feuilles distiques, petites, épaisses au
milieu, plus minces sur les bords, lancéolées ou ovées-lancéolées, échancrées
au sommet. Inflorescence en épis droits, strobiliformes, courts, terminaux ou
axillaires, très comprimés. Fleurs distiques, blanchâtres ou verdâtres, petites ;
bractées florales, voûtées-ovées, obtuses, non décurrentes, plus courtes que
l'ovaire. Divisions extérieures du périanlhe, ovées-oblongues : les internes,
oblongues-linéaires; lèvre entière, cordée-ovée, pointue, avec un disque con­
cave sans callosités. — Dans la région basse, sur les tiges de petits arbres, sur­
tout sur les cacaoyers : Ajoupa-Bouillon, Grand’Anse, Champtlore, etc. Alt.
300-500 mèt. N° 1033. — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.
E.
ramosum Jacq. ; Épidendre rameux. Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 13*2.
— De hauteur très variable : les plus longs pouvant atteindre 70-95 cm. et
au delà, à lige très branchue, à branches toujours penchées ou pendantes
dans les pieds adultes. Feuilles linéaires-lancéolées. Inflorescence en épis
terminaux: bractées florales, distiques, blanchâtres, ovées-oblongues,
coriaces, concaves, obtuses, non décurrentes, plus longues que l'ovaire.
Fleurs petites, vertes : divisions extérieures du périanlhe, ovées-lancéolées;
les intérieures, linéaires ; lèvre indivise, cordée-ovée. Gynostème à disque
concave avec deux petites bosses à la base. — Assez abondant sur les arbres,
dans le bas comme dans le haut des troncs : Bains-Jaunes, Gommier,
Malouba. Pointe-Noire, etc. Alt. 250-800 mèt. [N° 3361.]
M a r t in iq u e . — Très abondant : Parnasse, Morne-Rouge, Prêcheur, FondsSaint-Denis, fontaines Didier et Absalon, etc. [N° 2075. |
E.
difforme Jacq., E. umbellatum Snv. ; Epidendre difforme. Jacq., Sel.
Am. stirp. hist., t. 136. — Haut de 14-18 cm., tortueux, à tige comprimée.
Feuilles oblongues ou ovées-oblongues, obtuses ou émarginées, engainantes;
gaine comprimée, plus large au sommet, persistant après la chute des
feuilles. Inflorescence en ombelle terminale, sessile, composée de 3-10 fleurs
verdâtres, odorantes; bractées florales, ovales, pointues. Divisions du
périanlhe, veinées : les extérieures, lancéolées ou oblongues ; les intérieures,
linéaires, légèrement spatulées; lèvre à trois lobes plus larges que longs, réniformes, portant en dedans deux callosités; lobe du milieu, légèrement
échancré. Gynostème tronqué-dentelé. — Fl. d’avril à juillet. — Assez abon­
dant sur les arbres des régions moyenne et infra-moyenne, exposées au grand
air : Camp-Jacob, Bagatelle, Gommier, hauteurs de Pigeon et des TroisRivières. Alt. 350-800 mèt. [N° 3362.]
M a r t in iq u e . — Plus abondant : bois de l’Ajoupa-Bouillon, de la Calebasse,
du Champflorc, hauteurs de la Basse-Pointe, etc. [N ° 1048.]
E.
pamculalum R. P.; Epidendre à fleurs en panicule. — Arboricole, haut
de 60-70 cm., à tige très feuillue, inférieurement grosse, cylindrique, supé-

ottcrii dues

593

rieurement comprimée. Feuilles larges, obovées-elliptiques, acuminées. Inflo­
rescence en panicule terminale, à branches allongées, penchées. Fleurs
petites, nombreuses, pédicellées, à péri icelles capillaires plus longs que
l’ovaire. Divisions extérieures du périanlhe, étroites, spatulées, lentement
atténuées vers la base; les intérieures, blanches; lèvre plus large (pie longue,
cordée à la base, subcarrée au sommet, avec plusieurs petites échancrures
sui' les bords, et à deux cornes latérales plus longues que le corps de la lèvre
même. — FI. en avril et mai. — Très rare : bois de la Grand’Anse et de
Sainte-Marie. Alt. 400-700 mèt. [N° 387.] — Je ne l’ai pas trouvé à la Gua­
deloupe.
E.
nocturnum L. ; Epidendre à fleurs très odorantes pendant la nuit.
Jacq., Sel. Am. slirp. hist., t. 139. — Haut de 30-48 cm., à 2-4 feuilles
confinées dans le haut de la tige. Tige cylindrique dans le bas, comprimée
dans sa partie supérieure. Feuilles épaisses, rigides, très vertes, oblongues ou
ovales, obtuses : des deux feuilles terminales, une est toujours plus large;
toutes sont engainantes, à gaines très comprimées, élargies au sommet et
articulées avec les feuilles. Inflorescence terminale; fleurs larges, solitaires,
rarement géminées, blanches, émettant une odeur des plus exquises, surtout
le soir et pendant la nuit. Pédoncule presque aussi long que les feuilles.
Bractées florales, ovées-lancéolées, très courtes ou réduites à quelques
écailles, ou faisant complètement défaut. Divisions du périanlhe, longues,
linéaires-acuminées ; lèvre à trois lobes : les deux latéraux, ovés-oblongs,
linéaires-sélacés. Capsule longue de 4-6 cm., acuminée aux deux extrémités.
— A la partie inférieure des troncs d ’arbre, dans les endroits plus ou moins
humides et très aérés: Houëlmont, Gourbeyre, Vieux-Fort ravine Blon­
deau], Pointe-Noire. — On en rencontre deux variétés: une plus grande, à
feuilles plus larges et très peu nombreuses; l'autre, à feuilles étroites, plus
nombreuses. Alt. 300-670 mèt. [\ ° 3846 la grande variété; N" 3846 h la
petite variété.
M a r t in iq u e . —
M orne-Rouge, Ajoupa-Bouillon, Champflore, etc.
[N° 2074] la grande variété : [N° 1032] la petite variété.
E. vinceniiiuim Lindl. ; Epidendre de Saint-V incent. — Haut de 7-14 cm.,
à tige droite, délicate. Feuilles lancéolées-linéaires, acuminées. Inflorescence
en panicule lâche, allongée, à branches filiformes. Bractées florales, compri­
mées, engainantes, très petites. Fleurs vert jaunâtre, à pédicelles beaucoup
plus longs que les bractées. Divisions extérieures du périanthe, lancéolées:
les intérieures, linéaires; lèvre entière, cordée, arrondie, ondulée-crispée. —
FI. en avril, mai, juin. — Rare. Çà et là sur les troncs de petits arbres et
sur les souches pourries: Gommier (bords du Galion), Rivière-Noire, bois
intérieurs de la Pointe-Noire. Alt. 500-900 mèt. N° 2728.]
M a r t in iq u e . — Fontaine Absalon, Camp de l’Alma, Piton-Gelé. [N° 375.]
Dns*.—

P lu n le x G u a d e lo u p e et M a r t i n i q u e .

38

I

�594

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

E. terelifoliuni S\\\; Epideudre à feuilles cylindriques. — Ilautde 18-23cm.,
à litre jaune, légèrement comprimée, droite, ayant une épaisseur égale de la
base au sommet. Feuilles jaune verdâtre, recourbées, disliques-alternes,
obtuses, charnues, triquèlres-subeylindriques ; une seule fleur terminale,
jaune verdâtre, brièvement pcdicellée, à pédicelle garni, à la base, de 2-4
bractées scarieuses, blanchâtres, ovées. Divisions extérieures du périanthe,
lancéolées, pointues, rigides : les intérieures, elliptiques, de moitié plus
courtes que le calice ; lèvre libre, entière, d’un bleu violet foncé, épaissie
et triquètre à l'extrémité. — Rare : çà et là sur les arbres du Matouba et des
Bains-Jaunes. Alt. 680-900 met. [N° 3597.] — Je ne l'ai pas trouvé à la
Martinique.
E. globosum Jacq. ; Epidendre à capsule globuleuse. Jacq.,5e/. Am. stirp.
hist., t. 134, f. 4 .— Haut de 4-12 cm. Tige feuillue, droite, ayant la même
épaisseur, de la base au sommet. Feuilles recourbées ou droites, distantes,
alternes-disliques, obtuses, cannelées-cvlindriques. Inflorescence en une
petite ombelle sessile, terminale, entourée de bractées membraneuses, ovées,
obtuses. Fleurs petites, jaunâtres, panachées de rouge. Divisions du périanthe,
ovées: les intérieures, plus étroites; lèvre entière, pointue, concave. —
Fl. habituellement de mai à juillet. — Abondant sur les arbres des grands
bois de toute la Guadeloupe proprement dite. Alt. 500-980 met. [N°3698.]
M a r t in iq u e . — Dans tous les grands bois. X° 2076.J
Brassavola R. Br. (dédié à l’Italien Ant. M. Brassavola, né en 1500, à
Ferare, professeur de physique etdcmédecine dans cette ville, médecin parti­
culier de plusieurs papes, médecin consultant de plusieurs princes, mort en
1555; a laissé plusieurs ouvrages ayant trait aux matières qu'il enseignait.)
B.
cucullata R. Br. ; Brassavola à lèvre en forme de cuiller. — Haut de
25-30 cm., cespiteux. Tige courte, noueuse, cylindrique à la base, supérieu­
rement comprimée, garnie de 2-3 gaines blanches, membraneuses, dont la
supérieure est beaucoup plus longue, fendue dans le haut et dépasse la
base de la hampe courte. Feuilles solitaires, plus rarement géminées,
charnues, glauques, subcylindriques, linéaires-acuminées, unisillonnées, nais­
sant de la gaine supérieure. Fleur 1, terminale, d’un blanc très pur, exhalant,
surtout pendant la nuit et le soir, une odeur des plus agréables; hampe
courte, garnie de 2-3 gaines blanches de grandeur inégale, située au-dessus
de l'insertion de la feuille; pédoncule de la fleur, long de 11-13 cm., fili­
forme, plus court que la feuille. Divisions du périanthe, longues de 8-9 cm.,
lancéolées-linéaires, très acuminées, subégales ; lèvre libre, onguiculée,
cannelée, en forme de cuiller, frangée sur tout le bord, et garnie, au milieu,
d’un long appendice, linéaire-acuminé. Masses poliniques 8. — Fl. habituel­
lement d'août à janvier. — Assez abondant sur les rochers et les arbres dans
les endroits secs de la basse région : Vieux-Fort, Ilouelmont, Désirade, etc. —

ORCHIDEES

595

On le cultive quelquefois autour des maisons. Alt. 20-300 mèt. (X° 3398.] —
Il n'existe pas à la Martinique.

Elleanthus Rresl. (du grec « ellein », réunir par force, mettre ensemble,
et « anllios », fleur, parce que les fleurs sont réunies en une tête et renfer­
mées dans des bractées.)
E. capilatns Rcbh fils; Elléanthe à fleurs en tête. (Evelyna Poepp.) —
Haut de 0m65-1 m20, sans pseudobulbes, très cespiteux, toujours penché, à
tige grêle, rigide, feuillue de la base au sommet. Feuilles membraneuses,
larges, oblongues, lancéolées, acuminées: les supérieures, lancéolées, toutes
à 8 ou 10 côtes, avec des nervures accessoires plus fines. Inflorescence en capi­
tule terminal, brièvement pédonculé, d’abord arrondi, ensuite allongé;
bractées florales imbriquées, foliacées, ovales, lancéolées, acuminées, rou­
geâtres, presque aussi longues que les fleurs, qui sont presque tubuleuses,
pourpres et seulement un peu plus longues que les bractées. Labelle libre,
sessile, presque aussi long que le tube, creusé en capuchon à la base,
émarginé au sommet. Masses poliniques 8. — Fl. de mai à juin. — Sur les
arbres, habituellement à une faible hauteur; assez rare : Bains-Jaunes, Gom­
mier. Alt. 450-900 mèt. f.\° 3732.]
M a r t in iq u e . — Bois de FAjoupa-Bouillon (assez abondant), des FondsSaint-Denis, etc. [N° 1037.]
Bletia Ruiz et Pav. (dédié à l’Espagnol L. Blet, pharmacien et botaniste
à Madrid.)
B.
verecunda R. Br. ; BlÆtie modeste. — Haut de 30-76 cm., rarement plus
haut (et à l’état de culture seulement), terrestre, très beau, à pseudobulbe
rondâtre-déprimé, lisse, marqué d’anneaux noirs provenant de la chute des
feuilles, de la grosseur d’un oignon, terminé par une touffe de 4-5 feuilles
plissées, longues de 30-40 cm. sur 3-4 cm. de large, d'abord lancéoléesacuminées, ensuite linéaires-acuminées. Inflorescence en grappe terminale,
longue finalement de 20-30 cm., toujours penchée, portée sur une hampe
latérale, panachée, plus longue que les feuilles, plus ou moins penchée,
noueuse à la base, garnie de distance en distance de petites bractées deltoïdes-subulées. Fleurs lilas, demi-penchées, subunilatérales; bractées flo­
rales semblables à celles de la hampe, mais beaucoup plus petites. Pièces du
calice, ovées, pointues, recourbées; pièces de la corolle, oblongues, obtuses,
plus larges, légèrement plus longues et droites ; lèvre sensiblement bossue à
la base, libre, courbe, presque tubuleuse-cylindrique dans sa moitié infé­
rieure et garnie de cinq crêtes blanches, longitudinales, parallèles et lamelleuses, élargie vers le sommet en trois lobes : celui du milieu, beaucoup
plus avancé, et profondément échancré, tous les trois crispés-ondulés sur
les bords. Pollinies 8. — Fl. de janvier à mai. — Rare à l'état sauvage: çà et
là dans les endroits marécageux de la Goyave et de Sainte-Marie. — Se

�597

PL AN T BS DE LA GUADELOUPE ET DE l.A MARTINIQUE

ORCHIDÉES

cultive fréquemment en pot, dans les jardins: les Heurs deviennent alors
plus grandes, el la hampe, souvent vivement panachée, se termine par une
panicule lâche. AU. 0-50 mèt. X° 3395.] — Elle n'existe pas à la Martinique.

arboricole, à lige branchue, souvent tortueuse, couverte d’écailles bractéiformes qui se décomposent en libres très nombreuses, et garnie de pseudo­
bulbes nombreux, distants, quelquefois rapprochés, ovales-comprimés, du
sommet desquels naissent une ou plusieurs feuilles lancéolées ou lancéoléeslinéaires, obtuses, et obliquement échancrées au sommet. Inflorescence en
faisceaux axillaires; fleurs rouge vif, petites, longuement pédonculées, à
pédoncules noueux, garnis, à la base, d’une bractée mince, luisante el engai­
nante, et dans le haut de 2-4 bractées vertes, plus petites, acuminées, éga­
lement engainantes. Pièces du calice el de la corolle égales, droites, ovéeslancéolées, terminées en une pointe subulée; lèvre ascendante, creusée en
cuiller, contiguë à la base du gynostème, entière, oblongue-obluse; gynos­
tème nu, bossu; masses polliniques 4, caudicule linéaire. — Fl. de mars à
juillet. — Assez abondant dans tous les bois élevés et humides de la
Guadeloupe proprement dite. Alt. 500-900 mèt. j X° 3396.]
M a r t in iq u e . — Abondant dans tous les grands bois. [XTo 2070.

596

Isochilus R. Br. (du grec « isos», égal, et « cheilos », lèvre, parce que
la lèvre est presque de même forme que les autres divisions du périanthe.)
I.
linearis R. Br. Yulgo : Lin bâtard. — Arboricole, sans bulbe, très cespiteux, haut de 10-55 cm., à tige grêle, rigide, très feuillue. Feuilles distiques,
plates, linéaires, courtes, émarginéesau sommet qui est obtus. Inflorescence en
épi court, brièvement pédoncule ; bractées llorales, ovées-lancéolées. Fleurs
petites, unilatérales, pourpre foncé ou pourpre clair. Divisions du périanthe,
égales ; lèvre spatulée-linéaire, libre, à onglet courbe. Pollinies 0, dont 4
plu&gt; larges el 2 plus petites et sessiles. — Fl. de mai à octobre. — Abon­
dant, formant des louiîes souvent très larges et très compactes: Gommier,
Bains-Jaunes, Matouba. Vieux-Habitants, Bouillante, etc. Alt. 480-900 mèt.
Y 3349.]
M

a r t in iq u e .

Yulgo : Lin bâtard. — Dans tous les bois humides. X° 2075.]

TRIBU III. VANDÉES.
Dichæa Lindl. du grec « diché ou dicha », double, parce que les liges
portent deux rangées de feuilles très rapprochées.)
D. eehinocarpa Lindl.. Limodorumpendulum Aubl. ; Dichée à capsule héris­
sée. Aubl., Guy., I. 322. — Arboricole, cespiteux ou non, sans pseudobulbe, à
lige simple ou branchue, poussant de haut en bas, légèrement radicante, ou sou­
vent non radicante, flexible, comprimée, longue de 40-60 cm. Feuilles nom­
breuses, très rapprochées, oblongues, très mucronées, longues de 12-15 mm.
sur4-5 mm. de large; pétioles larges, engainants, équitanls. Fleurs soli­
taires, toujours très nombreuses, portées sur un pédoncule aussi long que
les feuilles. Divisions du périanthe distinctes, toutes de même longueur,
jaune pâle ; lèvre libre, entière, sagittée-oblongue, d un bleu très vil ;
gynostème nu ; masses polliniques 4; caudicule rétréci à la base. Capsule
ovoïde, muriquée et velue. — Peu abondant : çà et là dans tous les grands
bois humides de la région supérieure de la Guadeloupe proprement dite.
Alt. 600-1000 mèt. [X° 3354.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Mille-pattes. — Calebasse, bois du Lorrain et des
Pitons-du-Carbet. [X° 2068.J
Ornithidium Salisb. du grec « ornithidion », petit oiseau, parce que les
fleurs sont petites et ofl’rent, dans l ensemble des différentes parties, une cer­
taine ressemblance avec un oiseau.)
0. coccineum Salisb.; Ornithidie à fleurs rouge vif. — Haut de 15-45 cm.,

Polystachya Ilook. (du grec « polus », beaucoup, et «stachus», épi, c’està-dire fleurs en panicule composée de beaucoup d’épis.)
P. hiteola Hook.; Polystaehye à fleurs jaunâtres.— Plum., édit. Burm.,
t. 185, f . 1. — Haut de 17-42 cm. Tige à pseudobulbe à la base, droite, peu
feuillue. Feuilles rigides, lancéolées-oblongues, obtuses, souvent recourbées,
dépassées par la tige. Inflorescence en panicule composée de 2-5 épis unila­
téraux; fleurs vert jaunâtre, petites. Divisions extérieures el latérales du
périanthe, larges à la base et adnées au gynostème court et étroit, droites et
dressées : les pièces de la corolle, plus courtes; la belle sessile, plat, articulé
avec la base du gynostème, à trois lobes s’étendant jusqu'au milieu : les deux
latéraux, très petits, obtus; celui du milieu, prolongé, obové-carré; gynos­
tème nu, court, demi-cylindrique; masses polliniques 4, collatérales (2 et 2),
cohérentes; caudicule filiforme. — Fl. durant la majeure partie de l’année.
•— Assez abondant sur les arbres de tous les grands bois de la Guadeloupe
proprement dite. Alt. 450-900 mèt. [X° 3356.]
M a r t in iq u e . — Dans tous les boiset sur les arbres fruitiers des habitations.
[N° 2066.]
Cyrtopera Lindl. (du grec « kurtos », courbe, bossu, et « pera », sac, parce
que le labelle, concave à la base et articulé avec le gynostème, forme un
petit creux.]
C.
Wooclfordii Lindl.; Cyrtopère de Woodford. — Terrestre, haut de 4095 cm., très droit, sans pseudobulbe. Feuilles plissées, engainantes, allongées,
lancéolées, acuminées au sommet, longues de 35-46 cm. (sans la gaine) sur
4-5 cm. de large, naissant au nombre de 4-5, du sommet d’une racine tuber­
culeuse, fusiforme, grosse, très lisse, blanchâtre et profondément enterrée.
Hampe latérale, beaucoup plus longue que les feuilles, tantôt rouge, tantôt

�598

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DK LA

M A R T IN IQ U E

blanchâtre, cylindrique, succulente. Inflorescence en grappe allongée, ter­
minale; fleur généralement pourpre foncé, avec des divisions légèrement
jaunâtres à la base (je n’ai trouvé que dans deux spécimens des corolles
pourpre violet au sommet et blanchâtres à la base), large, pédieellée, à pédicelles d'abord iiliformes, ensuite plus gros, garnis d’une bradée lancéolée,
subulée, plus courte que le pédicelle. Divisions du périanthe, ascendantes,
oblongues, brusquement pointues: les deux latérales, extérieures, et les deux
intérieures, adhérentes au gynostème; label le articulé avec la base prolongée
du gynostème, venlru-concave, trilobé, garni de deux callosités : lobes laté­
raux, très courts; celui du milieu, plat, arrondi, ové-oblong, plus large.
Pollinies 4 : 2 postérieures et '2 antérieures. — Fl. en juin, juillet, août. —
Çà et là dans les terres argilo-ferrugincuses de l’infra-moyenne région : Gourbeyre Grande-Savane, Dolé et habitation Saint-Charles), Gommier, les Pal­
mistes. Trois-Rivières. Alt. 250-600 mèt. [X° 3338.]
M a r t in iq u e . — Fontaine Absalon, bois de la Grand’Anse (dans les clai­
rières). N° 378.]
Oncidium Sw. (du grec « oncos », enflure, exhaussement, à cause du ren­
flement qui caractérise la base du gynostème.)
0. (elrapelalum W illd .; Oncidium à quatre pétales. Jacq., Sel. Am. slirp.
hisl., t. 142. — Haut de 25-60 cm., à tige horizontale ou penchée, rarement
dressée. Feuilles peu nombreuses, confinées à la base de la tige, recourbées,
équitantes, cannelées, oblongues-linéaires, acuminées, longues de 5-13 cm.,
beaucoup plus courtes que la tige grêle, rigide, noueuse, et garnie de petites
bractées. Inflorescence en grappe ou en panicule; fleurs jaune d'or vif. D ivi­
sions du périanthe, étalées : les pièces du calice spatulées (les deux latérales
étant soudées presque jusqu'au sommet); celles de la corolle, obovées, légè­
rement ondulées; labelle contigu à la base du gynostème et garni de crêtes
lamelleuses, à trois lobes : les deux latéraux petits et arrondis; celui du
milieu, bien plus large et plus long, réniforme, bilobé, ondulé, uni sur les
bords ou crénelé. Gynostème court, garni, au sommet, de deux petites ailes
demi-ovées-obluses et entières. — Fl. en avril, mai, juin. — Assez abondant
sur les petits arbres, plus rare sur les rochers, dans les endroits secs, chauds,
pierreux des mornes inférieurs : Vieux-Fort, Houëlmont (bois de l'habita­
tion Bisdary), rivière des Pères, Désirade, les Saintes (mornes du Chameau),
Marie-Galante (bois de Folle-Anse et Capesterre). Alt. 5-380 mèt. .V 3337.]
M a r t in iq u e . — Trois-Ilets, hauteurs du Diamant, Marin (Gommier).
[N° 377 /&gt;.]
0. variegatnm Sw. ; Oncidium à fleurs panachées. SI., t. 148, f. 2. — Res­
semble au précédent quant au port, à la taille et à la forme des feuilles; il en
diffère : par les gaines de la tige cylindriques, plus courtes que les entrenœuds, blanches, ce qui tranche bien avec la tige verte; par ses grappes plus

ORCHIDÉES

courtes, enfin par ses fleurs blanches, panachées et striées de rose. — Sur
les calebassiers (Crescentia Cujele) des hauteurs des Trois-Ilets. Alt. 250380 mèt. [N° 376.1 (Spécimen imparfait.) — Je ne l'ai pas trouvé à la Guade­
loupe.
0. Cehollela Sw .; Oncidium Cébollelte. Jacq., Sel. Am. slirp. hisl.,
t. 131, f. 2. — Haut de 55-75 cm., cespiteux. Feuilles radicales, droites ou
recourbées, cylindriques, acuminées, striées, articulées à la base et entourées
de 2-3 bractées membraneuses, blanches, l ige horizontale ou penchée, mar­
quée de nœuds annelés, noirs à la base des gaines. Inflorescence en pani­
cule lâche, toujours penchée, étalée, à branches alternes-distiques; fleurs
jaunes, légèrement lavées île bistre. Divisions du périanthe, distinctes, obovées-oblongues; labelle pourvu d'une crête à la base, à trois lobes : les laté­
raux, très petits ou réduits à deux petits rudiments; celui du milieu, très
distant, large, veiné, réniforme, bilobé. Ailes du gynostème plus ou moins en
forme de faux. — Fl. en avril, mai, juin. — Sur les grosses pierres, les
rochers et les arbres, dans les endroits secs des mornes et falaises inférieurs :
Houëlmont (bois de l'habitation Bisdary), rivière Noire, Pointe-Noire, etc.
Alt. 40-300mèt. [N°3847.]
M a r t in iq u e . — Hauteurs de la Rivière-Salée, de La Régale, de Fort-deFrance, etc. [N° 278.]
0. altissimum S w .; Oncidium à hampe très longue. Yulgo : Papillon
végétal. — Arboricole, long quelquefois de plus de 2 mèt., à tige nulle ou très
courte, portant 4-8feuilles, au-dessous d'un pseudobulbe comprimé, ridé, ové
ou elliplique-oblong et surmonté de 1-2 feuilles terminales. Feuilles imbriquées-équitantes à la base, oblongues-lancéolées, ou lancéolées, brièvement
acuminées, habituellement ondulées, 5-8 fois plus courtes que la hampe.
Hampe latérale, ligneuse, toujours penchée, panachée de vert et de brun,
très cylindrique, lisse, pouvant atteindre jusqu’à 1U180 de long et quelque­
fois au delà, garnie dans le bas de bractées très apprimées, blanches, fendues
jusqu’à la base, plus courtes que les entre-nœuds marqués d'un anneau noir.
Panicule 4-5, plus longue que la partie nue de la hampe, à branches alternes,
courtes; bractées florales courtes, blanchâtres, concaves, pointues, plus
courtes que les pédicelles. Fleurs jaunes, panachées de brun. Divisions du
périanthe, distinctes, égales, oblongues-lancéolées, ondulées ; lèvre aussi
longue que les divisions; base de la lèvre garnie d’une crête et de plusieurs
tubercules; les lobes latéraux tantôt très développés, tantôt très petits ou
rudimentaires : celui du milieu, distant, large, réniforme, souvent beaucoup
plus large que long, échancré au milieu. Ailes du gynostème, courtes et
arrondies. — Fl. en mai, juin, juillet. — On le rencontre assez souvent à
l’état de culture; les fleurs deviennent alors plus larges et leur coloris se
modifie beaucoup. C’est la plus belle de toutes les Orchidées arboricoles des

�600

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA

MARTINIQUE

deux colonies. — Çà el lù dans presque tous les bois inférieurs, mais plus
abondant an Houëlmont, dans les hauteurs de Raillif, des "\ ieux-Habitants,
de Desbaies. Alt. 150-550 met. N° 3346.]
M a r t in iq u e . Yulgo : Papillon végétal. — Assez abondant : Fonds-SaintDenis, Champllore, Ajoupa-Bouillon, fontaine Didier, Trois-Ilets, Diamant,
etc. N° 2072.]
0. luridum Lindl. ; Oncidium à (leurs sombres. — Arboricole, haut de
70-95 cm., sans pseudobulbe. Feuilles longues de 25-30 cm., épaisses, rigides,
piales, lancéolées-oblongues. avec une pointe terminale obtuse: deux à cinq,
parmi les inférieures, sont beaucoup plus courtes. Hampe latérale, penchée,
noueuse, à nœuds marqués d’un anneau noir ; bradées de la hampe blan­
châtres, engainantes, cinq à six plus courtes que les entre-nœuds. Inflores­
cence en panicule allongée, lâche, à branches courtes. Fleurs d'un jaune très
sombre, panaché de brun sombre. Divisions du périanthe, distinctes, obovées,
assez brusquement onguiculées, à onglet de longueur variable; labelle garni
d'une crête à cinq tubercules; lobes latéraux légèrement recourbés, pointus,
à pointes tournées vers le gynostème : celui du milieu très distant, de même
forme que dans le précédent. Ailes du gynostème charnues el arrondies. —
Fl. en mai. juin, juillet. — Assez rare : çà et là dans la partie supérieure de
la vallée du Carbel. Alt. 50-90 met. |X° 2073.] — .le ne l'ai pas vu à la
Guadeloupe.

ORCHIDEES

601

Ionopsis IL B. et ICth (du grec « ion », violette, el « opsis », aspect, parce que les espèces-types n’ont pas de lige et ressemblent à des pieds de
violette.)
I.
ulriciilarioides Lindl. ; Inopside ressemblant à un lltriculaire. — Arbori­
cole, haut de 35-52 cm., sans bulbe, et à racines fibreuses, blanches.
Feuilles rigides, courtes, peu nombreuses, lancéolées, environ quatre fois
plus courtes que la hampe. Hampe rigide, toujours inclinée, renflée à la base,
à nœuds légèrement renflés, distants et garnis de bractées engainantes, courtes,
souvent mal développées; bractées des fleurs très petites. Inflorescence en
grappe ou plus souvent en panicule. Fleurs blanches, veinées de rouge.
Divisions du périanthe, obtuses: les extérieures, latérales, adhérentes à la
base et se prolongeant en un petit sac court au-dessous du labelle ; lèvre
attachée à la base du gynostème par un onglet cunéiforme et garni de deux
callosités; limbe de la lèvre, grand, plat, bien plus long que les divisions
du périanthe, bilobé, à lobes carrés-arrondis ou ronds; gynostème très
court, nu; roslellum pointu ; pollinies 2, sillonnées sur le dos. — Peu abondant:
Gros-Morne (çà et là sur les calebassiers), Trinité, Robert. Alt. 200-400 mèt.
I N° 377. j — Je ne l'ai pas vu à la Guadeloupe.
TRIBU IV. ARÉTIIUSÈES.

On cultive assez souvent à la Martinique 1Oncidium p api Ho Lindl., origi­
naire de la Trinidad. j \°2071.

Vanilla Plum. (du mot espagnol « vainilla », diminutif de vaina », gousse,
à cause de la forme des fruits.)

Leochilus Knowles et M’esto. (du grec « leios », lisse, glabre, et « cheilos»,
lèvre, parce que le labelle est entier et lisse.)

V. anaromatica Sw. ; Vanillier à fruits sans arôme. Yulgo : Vanillier
sauvage, vanille sauvage. Plum., édit. Burm., t. 188.— Grimpant, radicant,
à tige cylindrique ou subcylindrique. Feuilles subcharnues-membraneuses,
nettement et largement ovales, pointues, à 28-34 nervures, avec des aréoles
carrées et régulières; pétiole court, cannelé, demi-amplexicaule à la base.
Inflorescence en grappes axiliaires, situées dans les parties supérieures des
tiges ; bractées de la grappe, larges, foliacées, elliptiques, sessiles. Fleurs
inconnues (spécimens imparfaits). Gousses légèrement aplaties, pen­
dantes, longues de 12-19 cm., sans parfum, le plus souvent fortement
courbes, mais ayant une assez grande ressemblance avec la vanille du
Mexique. — Peu abondant : Ajoupa-Bouillon (habitation Eden), fontaine
Absalon (plus rare), Case-Pilote (plateau militaire). Alt. 400-640 mèt.
[N° 2081.] — Je ne l'ai pas trouvé à la Guadeloupe.

L. cochlearis Lindl. ; Leochile à lèvre en forme de cuiller. — Epidendre,
minuscule, haut de 8-12 cm., à pseudobulbe court, comprimé, ové. Feuilles
oblongues. fermes, au nombre de 3-5: une d’entre elles surmonte le bulbe ;
les deux ou quatre autres, radicales, sont situées au-dessous du bulbe. Hampe
radicale, enveloppée à la base par le pétiole engainant, garnie de bractées
ovées-lancéolées, très acuminées, distantes, engainantes vers la base. Inflo­
rescence en grappe simple ou composée de 2-3 branches très courtes, portant
3-6 fleurs jaune pâle. Divisions du périanthe, droites, rigides, ovées, obtuses:
les deux intérieures situées latéralement et cohérentes; labelle libre, concave
en dessous, sessile, entier, obové, garni à la base d'une crête en forme de fer
achevai; gynostème court, garni de deux petites cornes tournées vers la
lèvre. — Fl. en avril, mai, juin. — Feu répandu. Endroits secs ou humides:
Gourbevre les Palmistes, sur des arbrisseaux), Port-Louis (sur de petits
arbres du bord de mer,. Petit-Canal (mornes calcaires), les Saintes (morne
du Chameau (rare). Alt. 0-400 mèl. N ÜS 3391, 3731.] — Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe.

On cultive dans les deux colonies, surtout à la Guadeloupe, le Vanilla
plum folia Andr., vulgo : Vanillier du Mexique, originaire du Mexique et du
Brésil, à gousses subcylindriques, vert clair, qui atteignent ordinairement de
15-19 cm. de long [N° 3488], Martinique [N° 2080] ; le Vanilla claviculata
Sw., vulgo : Vanillon, à feuilles, fleurs et tiges plus grandes, à gousses vert

�60 2

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ UE

foncé brun, longues de 0—11 cm., oblongues. Desc., vol. Y, t. 362, p. 221
N°3487], Martinique N° 2080 h.\
A la Guadeloupe, on rencontre assez souvent le ^ anillier du Mexique à
l’état sauvage, autour des vieilles habitations abandonnées et en ruine,
comme on en voit dans plusieurs quartiers du Gom m ier; ces pieds, qui
grimpent â une hauteur considérable, ne doivent pas être confondus avec le
vanillier sauvage proprement dit.

TRIBU V. NÉOTTIÉES.
Ponthieva R. Br. (dédié à de Ponthieu, qui fournissait au botaniste anglais
Banks des plantes d’Amérique.)
P. peliolala Lindl. ; Ponthiève â feuilles longuement pétiolées.— Terrestre,
haut de 55-75 cm., très droit, à racines faseiculées, blanchâtres, longues,
velues, demi-cylindriques. Feuilles larges, radicales, rosulées, flasques, au
nombre de 5-7, lancéolées-oblongues et amplexicaules â la base, de un tiers
ou de un quart plus courtes que la hampe, qui est cylindrique, velue, grêle, â
nœuds distants et garnis de poils couleur de rouille. Inflorescence en grappe
longue de 15-20 cm. ; rachis, pédicelles, ovaires, bractées florales revêtus de
poils de même couleur que ceux de la hampe. Divisions du périanthe, rosées,
délicatement veinées, étalées : les deux extérieures, latérales, très légèrement
courbes, oblongues-lancéolées ; la troisième, centrale, lancéolée-acuminée et
plus étroite ; les deux intérieures, arquées, plus courtes, demi-cordées,
adhérentes à leur sommet et en même temps avec le sommet de la division
centrale extérieure, de manière à former un limbe ovale rondâtre, garni à
l'extrémité de trois petites dents ; labelle situé en arrière, plus court que les
autres divisions périanlhiques, très concave, pointu, adhérent par sa hase au
gynostème et aux divisions intérieures, garni, en dehors, d’une pubescence
courte et brune ; gynostème très court, nu ; pollinies 2. — Fl. de janvier à
avril et d’août à octobre. — Endroits secs ou humides et ombragés des grands
bois : bois inférieurs du Nez-Cassé, des mornes élevés de Deshaies, où il
abonde ; plus rare dans les mornes de Houëlmont. Alt. 400-800 mèt.
[N° 3337.]
M a r t in iq u e . — Calebasse, bois de la Grand'Anse, du Lorrain, du Champflore. [ N ° 373.
P. glandulosa R. Br. ; Ponthiève à poils glanduleux. — Terrestre, très
droit, à tige ferme, haute de 15-28 cm., à racines faseiculées et courtes.
Feuilles 3-4, lancéolées-elliptiques, pointues, beaucoup plus courtes que la
hampe, et brièvement pétiolées, à pétiole engainant à la base ; hampe,
rachis, pédicelles et ovaires revêtus de poils glanduleux courts, couleur de
rouille; bractées de la hampe concaves, ovées, pointues: les inférieures,

ORCHIDEES

603

engainantes et plus longues que les entre-nœuds; les supérieures, plus
courtes ; celles du rachis, lancéolées et plus longues que les pédicelles.
Inflorescence en grappe longue de 6-9 cm. Fleurs plus petites, mais de même
couleur que dans le précédent. Divisions extérieures du périanthe, ovéesoblongues: les deux latérales, planes; les deux intérieures, demi-cordées,
deltoïdes, légèrement adhérentes entre elles par leur sommet et avec le sommet
de la division extérieure centrale; lèvre longuement onguiculée à la base, brus­
quement élargie, concave, et armée sur le dos, près du sommet, d une petite
corne droite. — Fl. de janvier à avril. — Rare : falaises abruptes des hauteurs
des Vieux-Habitants (morne de l’habitation L ’ Héritier). Alt. 390-430 mèt.
[N° 3614. i — Je ne l'ai pas trouvé â la Martinique.

Cranichis Sw. (du grec « Kranos », casque, allusion à la forme du labelle.)
C.
muscosa Sw. ; Cranichide moussu. Sw., F l., t. 29, f. 3. — Haut de
30-40 cm., terrestre, très droit et élégant, à racines fasciculées-fibreuses,
blanchâtres, velues. Feuilles 3-5, radicales, rosulées, de longueur inégale,
obovées ou ovées-lancéolées, pointues, flasques, glabres, penchées : les plus
longues, une fois plus courtes que la hampe ; pétioles de longueur variable,
cannelés-ailés, élargis et engainants à la base ; feuilles de la hampe bractéiformes, longuement engainantes, ovées-rondâtres : les inférieures, plus
larges, et en forme de cuiller; les supérieures, graduellement plus courtes;
les 3-4 dernières et supérieures, étroites, lancéolées. Hampe glabre, grêle.
Inflorescence en épi d’abord dense et pyramidal, ensuite allongé ; bractées
de l'épi oblongues-lancéolées, un peu plus courtes que l’ovaire ; fleurs
blanches, petites, subsessiles, plus longues que l'ovaire. Divisions du
périanthe, distinctes, oblongues, droites, subégales; lèvre en forme de casque,
non adhérente au gynostème, sessile, aussi longue que les divisions du
périanthe, obovée-oblongue, lubcrculée en dedans. — Assez abondant dans
les endroits ombragés et humides des grands bois : Camp-Jacob (cascade de
Yauohelet), hauteurs de la rivière Noire, Bains-Jaunes, partie supérieure du
Gommier, bois intérieurs de la Pointe-N oire, etc. Alt. 400-800 mèt.
[N° 3355.]
M artinique. — Chemin des Fonds-Saint-Denis aux Deux-Choux, environs
des Deux-Choux, bois des Pitons-du-Carbet, etc. [N° 385.J
Prescottia Lindl. (dédié à l’Anglais John Prescott, qui, établi à SaintPétersbourg, voyagea en Sibérie dans un intérêt botanique.)
P. slachyoides Lindl.; Prescotlie ressemblant à un Stachys(Labiée). Sw., Fl.,
t. 29, f. 4, analyt. — Terrestre, très élégant par son port, haut de 70-85 cm.,
à racines faseiculées, nombreuses, allongées, velues, blanchâtres. Feuilles
2-3, radicales, rosulées, environ une fois plus courtes que la hampe, à limbe
long de 12-14 cm. sur 0-6,4 cm. de large, nettement elliptique, ferme,
pointu, vert foncé et souvent strié de vert clair, assez brusquement rétréci

�60 4

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE

LA

M AR TIN IQ UE

on un pétiole plus long que le limbe, étroit, plié en deux longitudinalement,
élargi à la base et embrassant. Hampe grêle, glabre; feuilles de la hampe,
bractéiformes, non apprimées, obovées-lancéolées, pointues, engainantes :
celles du bas, presque aussi longues que les entre-nœuds ; celles du haut,
graduellement plus courtes et plus distantes. Inflorescence en épi effilé,
grêle, long de 18-24 cm. ; fleurs très petites, vertes : les inférieures, dis­
tantes ; bractées de l'épi lancéolées, acuminées, aussi longues que l’ovaire.
Divisions du périanthe, obtuses; les extérieures, oblongues-linéaires; lèvre
postérieure aux divisions du périanthe, charnue, en forme de cuiller profondé­
ment creusée, conique-obtuse, surmontant le sac obliquement adné aux divi­
sions ; gynostème extrêmement court, garni, à la base, de deux appendices
auriculaires, linéaires. — Fl. de mars à mai. — Assez abondant dans les
mornes secs et pierreux de Houëlmont, des Vieux-Habitants, de Pigeon et
delà Pointe-Noire. Alt. 300-600 met. [N° 3394.]
M a r t in iq u e . — Hauteurs boisées des Trois-Ilets et du Diamant. [X° 372.]
P. myurus Griseb., P. Myosurus Reichb fils; Prescottie à inflores­
cence en queue de souris. Sw., F l., t. 29, f. 2, analyt. — Terrestre, très
droit, haut de 18 cm., à racines fasciculées, blanchâtres, très velues. Feuilles
2-4, ovées ou elliptiques, longues de 3-3,5 cm., brièvement pétiolées, rosulées, très rapprochées du sol, environ quatre fois plus courtes que la hampe
garnie de bractées lancéolées-acuminées, subulées. Epi long de 4 cm., effilé;
bractées de l'épi, linéaires-acuminées, un peu plus courtes que l'ovaire.
Fleurs rougeâtre blanc, très petites. Divisions extérieures latérales du
périanthe, deltoïdes, dressées et renfermant la lèvre, qui est déform é hémisphérique-conique et obtuse : la division extérieure et antérieure et les deux
divisions intérieures sont linéaires, obtuses et recourbées; appendices auri­
culaires de la base de la lèvre, extrêmement courts. — Très rare : dans les
bois inférieurs des Bains-Jaunes, le long du canal de Montéran. Alt. 600680 met. N° 3849. ] — Je ne l'ai pas trouvé à la Martinique.
Spiranthes Rich. (du grec « speira », spirale, et « anthos », fleur, parce que
les fleurs de l’épi sont disposées en spirale.)
S. torhlis Rich.; Spiranthe tordu. Sw., F l., t. 28, f. e, analyt. — Ter­
restre, haut de 40-55 cm., droit, à racine tubériforme, profondément enter­
rée. Feuilles radicales, linéaires, disparaissant complètement à l’époque de
la floraison. Hampe grêle, garnie de bractées lancéolées-acuminées, faible­
ment apprimées, engainantes, graduellement plus petites. Inflorescence en
épi effilé, long de 8-11 cm.; fleurs légèrement pubescentes, blanc mat,
courbes, unilatérales, disposées autour du rachis en 2-4 spirales; bractées de
l'épi, concaves, plus longues que l'ovaire, largement ovées et terminées en
une pointe rigide et subulée. Divisions du périanthe, oblongues-lancéolées :
les deux extérieures, obliques à la base, aussi longues que la lèvre; la supé-

ORCHIDÉES

605

Heure, extérieure, et les deux intérieures, cohérentes à la base; lèvre canne­
lée, en forme de capuchon, bossue h la base, carénée sur le dos, embrassant
la base du gynostème, ovale et ondulée-crispée à 1extrémité. — Fl. en mars,
avril, mai. — Çà et là dans les savanes herbeuses du Bas-Matouba, des envi­
rons de la Ravine-Chaude, et dans les savanes de Sainte-Rose. Alt. 100400 mèt. [N° 3393.]
M a r t in iq u e . — Fonds-Saint-Denis, fontaine Didier, environs du Fort
Desaix (Fort-de-France). [N ° 379.]

Stenorhynchus Rich. (du grec « sténos », court, et « runchos », bec, parce
que les divisions du périanthe, soudées inférieurement, forment un petit sac
en bec arrondi.)
S. orchioides Rich., S. aphyllus Lindl.; Sténorhynche en forme d’orchis.
Sw., F L , t. 28, f. a, b. — Terrestre, très droit, haut de 40-65 cm., à racines
fasciculées, nombreuses, allongées, spongieuses, velues. Feuilles longues,
largement lancéolées, pointues, insérées à la base de la hampe, disparaissant
complètement à l'époque de la floraison, disposition qui imprime à la plante
tout d’abord l'apparence d’une grande OVobanche. Hampe cylindrique, cou­
verte, surtout dans le haut, d'une pubescence courte, couleur de rouille,
munie de feuilles bractéiformes, légèrement pubescentes et rouges, ovéeslancéolées, pointues, non apprimées et engainantes à la base. Inflorescence
en épi long de 9-13 cm.; bractées de l'épi, brunes, lancéolées-linéaires, acu­
minées, aussi longues que l'ovaire; fleurs rouge brun, garnies de très petites
écailles. Divisions du périanthe, lancéolées-linéaires, très acuminées, subu­
lées ; les deux extérieures et latérales, soudées inférieurement en un sac
allongé ou éperon adné à la moitié de l ovaire et libre ensuite sur une petite
étendue; division extérieure médiane et les deux intérieures libres, légère­
ment obliques; lèvre sans callosités, oblongue, pointue; gynostème muni
d'un rostellum long et acuminé. — Fl. en mars, avril, mai. — Assez abon­
dant dans les savanes herbeuses des basse et infra-moyenne régions : environs
de la Basse-Terre, Montéran, Ducharmois, Gourbeyre (habitation SaintCharles), Trois-Rivières, Bas-Matouba, etc. Alt. 10-400 mèt. N° 3350.
M a r t in iq u e . — Fonds-Saint-Denis, vallée du Carbet, hauteurs de l’habi­
tation Pécoul, Trois-Ilets, etc. |N°371.

Physurus Rich. (du grec « phusa », vessie», et « oura ». queue, parce que
la lèvre est garnie inférieurement d'une petite queue arrondie en forme de
vessie.)
P. plantagineus Lindl. ; Phvsure à feuilles de plantain. SI., t. 147, f. 2;
Rich., Cnh., I. 88.— Terrestre, haut de 40-55 cm., couché à la base et radicant, ensuite plus ou moins droit, à racines non fasciculées, spongieuses,
velues, à tige succulente, simple ou branchue, noirâtre ou brune, épaisse, nue
dans le bas. Feuilles distiques, au nombre de 3-5, ovées-elliptiques, ou ovées-

�606

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TINIQUE

lancéolées, pointues, rétrécies à la base en un pétiole étroit qui ensuite
s’élargit fortement pour devenir engainant; nervures 15-17, délicates.
Hampe grêle, légèrement pubescente, garnie de bractées peu nombreuses,
distantes, lancéolées, pointues : les inférieures, engainantes. Inflorescence en
épi long de 7-14 cm. ; bractées de l'épi, oblongues-lancéolécs, plus longues que
l'ovaire. Divisions extérieures du périanthe, vertes et pubescenles en dehors :
les intérieures et la lèvre, blanches; les deux extérieures et latérales,
oblongues-lancéolécs et obtuses; les deux intérieures, adhérentes à la supé­
rieure extérieure; lèvre située en avant, terminée au sommet par une feuille
ovée-oblongue et à trois petits lobes, dont celui du milieu est exsert, aeuminé et légèrement roulé en dedans; sac libre, en forme de massue, transpa­
rent à l étal frais, jaunâtre, descendant le long de l'ovaire et dépassant un
peu en longueur la moitié de celui-ci, qui est brun foncé, poilu. — Fl. de
décembre à mai. — Très abondant dans les endroits ombragés et très
humides des bois des Bains-Jaunes, du Ilaut-Matouba, des bois élevés des
Vieux-Habitants et de la Pointe-Noire, de Pigeon, de Bouillante, etc.
[N° 3352.]
M a r t i n i q u e . — Abondant dans tous les bois humides supérieurs. Alt. 600900 mèl. [X ° 673.]
P. hirlellus Lindl.; Physure hérissé de poils. — Terrestre, haut de 3543 cm., à lige couchée à la base et succulente, à racines fibreuses, spon­
gieuses. plus petites et moins allongées que dans le précédent. Feuilles dis­
tiques : les deux ou trois inférieures, ovées-elliptiques ; les supérieures, lan­
céolées. toutes pointues, subcharnues, vert noir et comme veloutées à la
face supérieure, quelquefois striées au milieu de vert clair; pétiole étroit,
élargi à la base et engainant. Hampe habituellement hérissée de poils courts
et droits, ainsi que le rachis et l'ovaire, le plus souvent rouge, tantôt longue
et alors très grêle, tantôt courte ; bractées de la hampe peu nombreuses, dis­
tantes ou rapprochées, lancéolées-acuminées, légèrement engainantes. Epi
long de 5-9 cm.; bractées de l'épi, blanchâtres, plus courtes que l'ovaire
allongé et courbe. Fleurs vertes en dehors et d'un blanc très pur en dedans,
un peu plus courtes et environ deux fois plus sveltes que dans le précédent.
Divisions extérieures et latérales, lancéolées-Iinéaires, obtuses; lèvre exserte,
dilatée à l'extrémité en une petite feuille ayant assez exactement la forme
d'un fer à cheval, caractère qui distingue facilement celte espèce de la pré­
cédente. — FI. de mars à juillet. — Abondant dans les endroits ombragés,
très humides des grands bois des Bains-Jaunes île long du canal de Montéran;. du Gommier, du Nez-Cassé, de Bouillante, de Pigeon et de l'intérieur
de la Pointe-Noire. Alt. 400-800 mèt. [N 093353, 3392.]
M a r t i n i q u e . — Bois de la Grand’Anse, du Lorrain, du Camp de l’Alma et
des Deux-Choux. [N ° 384. j

ORCHIDEES

60 7

TRIBU VI. OPHRYDÉES.

Habenaria W illd. (du latin « habena », lanière, courroie, parce que la lèvre
porte à la base un appendice très allongé.)
H.
maculosA Lindl.; Habenaria tacheté.— Terrestre, très droit, haut de
35-90 cm., à racines fibreuses avec un tubercule généralement obovoïde.
Feuilles vert noir, subcharnues et comme veloutées en dessus, bordées d'un
liseré rouge jaunâtre, ovées-lancéolées, graduellement décrescentes, à limbe
semi-amplexicaule à la base, passant à un pétiole engainant et fortement
tacheté de noir. Tige feuillue un peu au-dessus de la base jusqu'à la grappe
spiciforme, qui est longue de 8-16 cm. Fleurs blanc verdâtre, brièvement
pédieellées; bractées florales, lancéolées-acuminées, à peu près aussi longues
que l’ovaire courbe-infléchi. Divisions du périanthe, distinctes : les deux exté­
rieures et latérales, ovées, réfléchies, dont une un peu plus large et souvent
un peu plus longue; la troisième intérieure, ovée-lancéolée, chacune des
deux intérieures très profondément divisées en deux segments, dont l’un large,
droit, obtus; l'autre sétiforme et subulé, tous les quatre de même longueur,
mesurant 4-5 mm.; lèvre libre, dressée, tripartite, à segments linéaires-sétiformes, égaux; stigmate garni de deux appendices en forme de faux; appen­
dice de la lèvre long de 1,8-2, 2 cm., descendant, un peu courbe, presque
toujours fortement redressé, élargi vers l'extrémité pointue, habituellement
aussi long, quelquefois un peu plus long que l’ovaire; loges de l'anthère
divergentes; glandes des massespolliniques nues. — Fl. de novembre à mars
ou avril. — Ça et là dans les savanes herbeuses, argilo-ferrugineuses du
Lamentin, de Baie-Mahault, des hauteurs des Vieux-Habitants. Alt. 30500 mèt. [N° 3586.]
M a r t i n i q u e . — Trinité (La Tartane), Saint-Esprit, Robert,
Prêcheur.
[N° 2067.]
H. ulula Ilook. ; Habenaria à ovaire ailé. — Terrestre, haut de 40-83 cm.,
à port, racines et tubercule comme dans le précédent. Feuilles rougeâtres,
lancéolées, engainantes : les supérieures, graduellement plus petites et plus
acuminées. Tige rougeâtre, sans taches. Inflorescence en épi svelte, long de
12-15 cm.; bractées florales oblongues, lancéolées, rougeâtres, dépassant
l’ovaire; fleurs vert brun foncé. Divisions extérieures, ovées : les deux laté­
rales, réfléchies; les deux intérieures, lancéolées, entières. Lèvre entière, fili­
forme, aussi longue que les divisions périanthiques, garnie de deux petites
dents à la base; appendice de la lèvre descendant, d’abord filiforme, ensuite
en forme de massue, obtus, recourbé à l’extrémité, un peu plus court que
l'ovaire 6-ailé; appendices du stigmate oblongs, obtus. — Fl. d'août à
octobre. — Peu répandu : çà et là dans les savanes sablonneuses des hau-

�608

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

RT

DK

LA

M AR TIN IQ U E

CYCADEES

609

leurs du Vieux-Fort, de Deshaies. Alt. 2*20-380 mèt. [N os 2537, 3551. — Je
ue l'ai pas trouvé à la Martinique.
cent qu arante - sixième fam ille .

111. GYMNOSPERMES.

CENT QUARANTE-CINQUIÈME FAMILLE. — CO NIFERES.

— CYCADEES.

Les Cycas revoluta Thunb., vulgo ; Petite palme, et Cycas circinalis L..
l)esc., vol. Y I, t. 449, p. 285 : le premier, originaire du Japon, et le second,
des Indes Orientales, sont fréquemment cultivés dans nos deux colonies; on
se sert des feuilles pour les cérémonies du dimanche des Rameaux.
Au Jardin botanique de Saint-Pierre, on trouve encore le Dioon edule
Lindl., originaire du Mexique, elle Zamia muricala W il Ici.

Podocarpus L'Hér. (du grec « pous », pied, et &lt;c karpos », fruit, allusion au
support charnu qui porte le fruit.)
P. salicifolius Kl. et Karst. : Podocarpe à feuilles de saule. Yulgo : Laurier
rose. — Arbre haut de 10-14 mèt., rarement plus haut, peu élégant, souvent
tortueux, à écorce noirâtre, fendillée, à tronc et branches nus, à branches
divariquées. Feuilles coriaces, luisantes, très vertes, oblongues-linéaires ou
lancéolées, longuement acuminées. Fleurs dioïques : les mâles en chatons
blanc pâle, d'abord droits, ensuite plus ou moins penchés, longs de 3-4 cm.,
cylindriques, solitaires ou géminés; les femelles, solitaires, confinées aux
extrémités des branches. Fruit drupacé ; drupe de la grosseur d'une petite
cerise, rouge écarlate, insérée sur un disque bilobé au sommet et latéralement
comprimé, plus court que le pédoncule. — L ’ensemble du fruit rappelle
bien la forme d’un pied d'homme dont le talon est représenté par la drupe et
le reste par le disque allongé. — Le bois, à nuances de jaune rouge veiné,
est très apprécié pour la construction, mais surtout pour Fébénisterie, la
menuiserie. — Fl. de décembre à février; fruits mûrs en avril, mai, juin. —
Assez abondant dans tous les grands bois supérieurs du massif de la Soufrière.
Alt. 600-950 mèt. N°2397.j
M a r t i n i q u e . Yulgo ; Laurier-rose-montagne.* — Assez abondant sur les
crêtes très aérées des Pilons-du-Carbet. N° 2097.]
Le P. Purdieanus Hook.. grand arbre, droit, ressemblant à un peuplier
d ltalie, originaire de la Jamaïque, est cultivé au Jardin botanique de SaintPierre. X° 2096. |
De la famille des Conifères, on rencontre dans les deux colonies : l'Arau­
caria excelsa R. Br., le Cupressus (Crvptomeria) japonica L., le Cupressus
sempervirens L., le Thuya sinensis Tournef., le Cryptomeria elegans Veitch,
le Taxodium dislichum Rich., etc.

Diiss. —

P la n t é * G u a ile lo u p e et M a r t in iq u e .

�ADDENDA ET CORRIGENDA

Page 67. — Au lieu de Sida cordifolia L. et ses synonymes S. multiflora
Cav. et hamulosa Salzm., mettez :
S. ham ulosa Salzm.; Sida à semences garnies de crochets en forme
d'hameçon. Vulgo : Balai poilu. — Sullrutescent, haut de 0 ,u 80-1 met., cou­
vert en entier d’un duvet gris blanchâtre, étoilé, soyeux et fin. Tige
striée. Feuilles cordées ou subcordées, arrondies au sommet, grossière­
ment dentées en scie. Fleurs petites, axillaires et terminales, ramassées
en glomérules; corolle jaune, plus longue que le calice; tube du calice à 10
angles saillants; lobes du calice deltoïdes. Fruit à 10-1*2 carpides surmontés
chacun de deux arêtes légèrement inégales, aussi longues que les carpides et
garnies du sommet à la base de nombreux crochets tournés de haut en bas,
caractère qui le distingue facilement de tous ses congénères. — Vit solitaire
ou le plus souvent en société sur les coteaux secs, arides et graveleux : envi­
rons de la Basse-Terre, Baillif, Vieux-Habitants, Bouillante, Pigeon, Désirade, Marie-Galante, les Saintes, etc. [N° 2335], — Martinique. [N ,&gt;s 870 a
et Jj .]

Page 120. — Après la description de Paullinia pinnata, ajoutez la des­
cription suivante d’une espèce omise :
P. Pluniieni ' Tr. et Planch., P. curassavica L. partim ; Radlkofer, Monog.
Paulliniæ , 1895-96, p. 309; Triana et Planchon, Prod. Flor. Novo-Granat.
Ann. desSc. nat., 1862. Vulgo ; Liane-persil. — Arbrisseau grimpant, rameaux
jeunes, presque ronds, recouverts d’une poussière jaune sale, discrète, plus
âgés, glabrescents. Rameaux de 2-5 mm. de diamètre, couverts de lenticelles,
à écorce rouge jaunâtre sur un épiderme blanchâtre. Feuilles de 5-18 cm. de
long sur 5-12 cm. de large; folioles de3-7cm. de long sur 1-3 cm .delarge, un
peu recourbées sur les bords, brillantes ou presque obscures ; pétiole commun
rond, pubérule, 1-4 cm. de long; rachis le plus souvent un peu plus court.
Stipules d’environ 1 mm. de long. Thyrses mesurant de 3-20 cm., sessiles ou
pédonculés, portant de nombreux rameaux subspiciformes ; rameaux sessiles,
multiflores, contractés; bractées et bractéoles subulées, petites; pédicelles de
3-4 mm. de long, articulés au-dessus de leur milieu. Les deux sépales exté­
rieurs égalent les deux tiers des intérieurs et sont couverts extérieurement de
poils jaune sale; les intérieurs sont largement ovales : ils mesurent environ

�(&gt;12

PLAN TES

DE LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTINIQUE

3mm. (le long et sont submembraneux. Pétales oblongs, très tendres; écaille
égalant les deux tiers des pétales, un peu villeux sur les bords : les supérieures,
pourvues d’une courte crête suborbiculaire et d'un appendice déjeté et
barbu. Glandes du torus suborbiculaires, pubérules, comme le torus luimême. Filets staminaux aplatis, pileux; anthères glabres; ovaire recouvert
d'un duvet court. Capsule tri ailée, de l.S cm. de long sur 1,7 cm. de larges
sèche, jaune rougeâtre. Graine elliptique de presque t cm. de long sur envi­
ron b mm. de large, noirâtre.— Fl. en novembre, décembre et janvier.
G u a d e l o u p e . — Rare. — Grands tonds du Morne-à-l’Eau, Capesterre (Gua­
deloupe), route de Saint-Sauveur à l'habitation Monllong. Alt. 100-40,
mèt. N° 2905.]
M a r t i n i q u e . Vulgo : Liane-persil. — Quartier du Prêcheur, vallée du Carbet, Case-Navire, etc. N° 1181.J

Page /69. — Ajoutez à la famille des Polvgonées :
L Antigonon leplopus Ilook. Vulgo : Belle Mexicaine. — Superbe liane à
racines tilipendulées, à fleurs tantôt rose tendre, tantôt rose foncé, tantôt
blanches, en grappes pendantes, nombreuses, qui se succèdent toute l’année.
— Originaire du Mexique, naturalisé et cultivé dans tous les jardins.
.V 2182. — Martinique. Vulgo : Liane du Mexique. [N° 2093.]

Page 248. — Après Acacia laniari ndifolia W illd., mettez :
A. nucliflora W illd ., Mimosa nudi/loraL., M. muricala W illd . ; Acacia à
fleurs nues. Vulgo : Tendre à caillou. PL édit. Burin., I. 11. — Grand arbre
à tronc d'un diamètre de 50-65 cm., à écorce brun clair ou grisâtre dans les
vieux pieds, crevassée peu adhérente. Branches longues, divariquées.
Pétioles et jeunes rameaux glabres ou souvent légèrement pubescents;
rameaux plus âgés tantôt glabres, tantôt finement muriqués, tantôt garnis de
lenticelles et d’aspérités blanches. Feuilles deux fois composées, à 4-6 paires
de pennes, portant 10-16 paires de folioles oblongues, noirâtres et luisantes
en dessus, rougeâtres en dessous, inégales à la base, arrondies au sommet ;
pétiole principal garni, entre chaque penne ou seulement entre la première et
la dernière, d’une glande large, scutelliforme, elliptique ou arrondie. —
Fleurs petites, blanches, en épis terminaux et axillaires, effilés, longs de 915 cm. Gousses brièvement slipitées, souvent courbes, oblongues-linéaires,
fissurées, coriaces cl noirâtres, de longueur très variable : les plus longues ne
dépassant pas 14 cm., sur près de 2 cm. de large. Semences jusqu'à 12,
rondâtres, amincies sur les bords et teintées d’un liseré vert jaunâtre.
Le Tendre à caillou fournil un bois des plus précieux. L'aubier est jau­
nâtre et dure peu de temps; le cœur, au contraire, d’une teinte rougeâtre à
l’état frais, tournant ensuite au gris noirâtre, est dur, lourd, incorruptible
dans l'eau et dans la terre: ses fibres, très longues et très pressées, ne laissent

ADDENDA

ET COR HIGENDA

61 3

pas, malgré leur compacité, d’être élastiques. A cause de sa dureté, on l’em­
ploie rarement pour les constructions, mais ou le préfère à tout autre pour
seuils, pilotis, poteaux, traverses de chemin de fer, etc. On en fait aussi des
pièces d’engrenage, des outils de menuiserie, des leviers, des moyeux, des
timons, etc. Ce bois se vend couramment dans les magasins de bois de la
Basse-Terre et de la Pointe-à-Pitre, aussi les grands pieds de ce végétal
commencent-ils à devenir assez rares. — FL en mars, avril, mai. — Endroits
secs, rocailleux de la région inférieure : Vieux-Fort (peu abondant), Pigeon.
Bouillante, Pointe-Noire, Deshaies, j N° 3043.]
M artinique. Vulgo : Tendre à caillou. — Etait autrefois abondant dans
les hauteurs du Lamentin, du Ducos, du Diamant, du Marin, de la Trinité,
etc. ; maintenant on n’en rencontre plus que çà et là quelques pieds.
[N° 1159.]

Page 290. — Au lieu de Ammannia humilis M idi., mettez :
Rotala L. (du latin « rota », roue, parce que les feuilles verticillées forment
comme une roue autour de la tige.)
R. ramosior Koehne.
Page 299. — Hufelandia pendilla Nees. Au lieu de : « Je ne l'ai pas
trouvé à la Guadeloupe », mettez :
G u a d e l o u p e . Vulgo : Muscadier, muscadier à grives. — Arbre de grande
taille (à la Guadeloupe), à tronc nu sur une longueur de 13-17 mèt. — Son
bois, rouge en dedans, craint l'eau et l'humidité, mais il est recherché pour
les constructions à l'intérieur et pour la menuiserie. Les oiseaux sont très
friands de ses graines noires et pulpeuses. — FL habituellement en octobre
et novembre; graines mûres en avril et mai — Assez abondant dans les
grands bois des Bains-Jaunes, du Matouba, et des bois entre la Pointe-Noire
et la Ravine-Chaude. [N° 137.]

Page 027. — A l'article Loranthus ainericamis Jacq., ajoutez :
M a r t i n i q u e . Vulgo : Haut-bois. — Côte sèche de Sainte-Luce, bois du
Champilore et de la fontaine Absalon. [N° 1376.]

Page 0 29. — A l’article Dendrophtora macroslachya Eich., ajoutez :
D. elliplica Kr. et Urb., var. plali/phglla Kr. et Urb. — Arbrisseau para­
site, à branches plus ou moins pendantes, long de O"1 70-11,1 20, à feuilles
subcharnues, petites, ellipliques-obovales, souvent échancrées au sommet,
ressemblant à celles du Loranthus emarginalus S\v., à fleurs petites, vert
jaunâtre. — Fl. en mars et avril. — Bois du Nez-Cassé. [N° 3852.] Je ne l'ai
pas vu à la Martinique.

Page 088. — A la suite de Bumelia Sw., ajoutez :
B. cuneala Sw., B. nryrsinifolia A. DC. ; Bumélie à feuilles en coin.

�614

PLAN TES

DR LA

GUADELOUPE

ET

DE LA

M AR TIN IQ U E

Yulgo : Bois de bouis. petit bonis. — Arbrisseau ou grand arbuste extrême­
ment touffu et feuillu, haut de I 1U50-3 met., ressemblant beaucoup, quant
au port et au feuillage, au M yrsin e /ion blinda B. Br. Jeunes rameaux
garnis d'un duvet très léger. Feuilles petites, obovées, arrondies ou
réluses au sommet, rétrécies à la base en un pétiole très court. Inflorescence
axillaire, en fascicules de 5-8 rayons courts. Fleurs blanches, petites.
Fruit très petit, long de i-6 mm., cylindrique-obovoïde, pulpeux, rempli
d'un suc laiteux, visqueux, surmonté du style persistant. — Fl. en août,
septembre et octobre. — Peu abondant : côte et plateau calcaires déjà Désirade; çà et là sur les mornes calcaires du Petit-Canal, cl des mornes entre
Port-Louis et FAnse-Bertrand. [N° 2910.]
M art in iq ue . Yulgo : Bois buis, bois de fer. — Endroits pierreux de la
Caravelle (environs du Phare), mornes calcaires de Sainte-Anne (abondant).
[ X ° 260.

Page .3.9/. — A la suite du Diospyros Ebenosler Retz., mettez :
D. Philippensis Gürke, D. discolor W illd. Yulgo : Mabolo. — Arbre
superbe, très droit, à fruits ronds, fortement veloutés, du volume d'une
grosse sapotille. — Originaire des îles Philippines, cultivé çà et là dans les
parcs et autour des maisons : Sainte-Rose, Petit-Bourg (habitation Bel),
e tc .— Fl. en avril et mai. [N° 257 4.]
M art in iq ue . Yulgo : Mabolo. — Au Jardin botanique et sur plusieurs
habitations. [N° 1922.
Le D. Kaki Roxb., originaire de la Chine, est cultivé sur l'habitation
d'Ad. Cabre, au Matouba, où il rapporte régulièrement tous les ans. (Spéci­
men manque.)

fABLE DES MATIERES

A
A baca.....................................................
A b e lm o s c h u s rsculenlus W illd ___
—
mosçhatm M ich.......
A b i l g a a r d i a monostadnja V a h l...
Abricot bâtard......................................
Abricot bord-de-mer............................
Abricotier bâtard.......................... 102.
Abricotier-montagne............................
Abricotier du pays................................
A b r o m a angusta L. fds...................
—
fasluosa Gaertn..................
A b r u s precatorius T..........................
Absinthe anglaise.................................
Absinthe bord-de-rner..........................
Absinthe de la Dominique...................
A b u t i l o n auritum W a ll...................
—
crispum G. Don................
hirtum G. Don..................
indicum G. Don................
—
mollissimum G. Don.......
striatum Dicks..................
Acacia arrête-bœuf...............................
Acacia balai..........................................
Acacia blanc..........................................
Acacia bord-de-mer..............................
Acacia à bracelets.................................
Acacia de Cayenne...............................
Acacia à cornes ...................................
Acacia cornes-de-bœuf.........................
Acacia courant.....................................
Acacia jaune.................................
250,
Acacia odorant......................................
Acacia piquant....................................
Acacia rivière........................................
Acacia savane....................... 227, 249,
A c a c i a arabica W illd .......................
—
cornigera W illd ...................
—
Farnesiana W illd .................

578
73
73
544
103
103

110
103

102
88
88
204
365

453
365
69
68

67
67

68
68
252
236
251

251
254
250
251
252
244

251
250
249
253

250
250
252

250

A c a c i a glauca W illd ........................
—
Lebbeck W illd .......................
—
macrantha H. D. Kth..........
—
martinicensis P rl..................
—
nudiflora W illd . —acid..........
—
paniculala W illd ..................
—
riparia H. B. Kth.................
—
sarmentosa Desv...................
—
Suma Kunz...........................
—
Sundra Roxb.........................
—
tamarinifolia W illd .............
—
Vincentis Griseb...................
Acajou...................................................
Acajou amer..........................................
Acajou blanc.........................................
Acajou à meubles..................................
Acajou du pays.....................................
Acajou de Saint-Domingue..................
Acajou senti..........................................
A c a l y p h a ai'vensis Poepp. et Endl..
—
chamædnj folia Müll. Arg.
corchorifolia W illd .........
—
indica L ...........................
—
macrophylla D ort...........
—
musaica W illiam s..........
—
reptans S\v.....................
A c a n th o s p e rm u m x a n / A io id e s DC.
A c h im e n e s grandi flora DC............
—
longiflora DC................
A c h r a s Sapota L ..............................
A c h y r a n t h e s argentea Lam ...........
—
aspera DC.................
A c n is t u s arborescens Schlecht........
Acomat.......................................... 315,
Acomat bâtard.......................................
Acomat boucan.....................................
Acomat côtelette...................................
Acomat franc................................ 314,

247
257
£49
249
611
249
248
248
252
252
248
257
130
126
142
129
129
130
129
35
35
35
35
32
36
35
364
4SI
433
385
54
54
410
386
388
90
449
386

�616

PLAN TES

DK LA

GUADELOUPE

Acomat du pays.......................................
A c o n t i a s helleborifolius Schott. , . . .
A c r o c o m i a sclet-acarpa Mai l ...........
A c r o d i c l i d i u m salicifolium Griseb.
—
sericeum Griseb. ..
A c t in o s t e m o n concolor Midi. A r g ..
A d a n s o n ia digitata L .....................
A d e n a n t h e r a pavoiuna 1.................
A d e n o c a ly m n a dlliacea M iers.......
A e c h m e a dichlamydea Baker.........
—
fidgens Brongn................
serrala Mez...................
A e g i p h i l a glabra Lam .....................
—
Manabea S w .. ..............
—
martinicensis L ..............
A e s c h y n o m e n e americana L .........
—
sensitiva S w .........
A g a t i grandiflora Ad .....................
A g a v e americana L..........................
—
feolida L ..... .......................
A g é r a t u m coendaeum S ie b ...........
—
conyzoides L ..................
Agoman ou Agouman.............................
A grost id é e s .........................................
A g r o s t i s virgirdca L ........................
Aile à mouches.......................................
Aile à ravets.......................... 116, 117,
Aile rave! bord-de-mer.........................
A ip h a n e s corallina W en dl..............
Akaïa b lanc.............................................
A k e e s i a a/ricana T u s s ......................
A l e t r a brasiliensis Benlli.................
A l e t r i s fragrans L ...........................
A l e u r i t e s triloba Fors!.....................
A l i b e r t i a edulis Rich.........................

391
480
489
‘299
299
40
82
242
422
570
571
570
406
460
466
197
197
196
557
558
353
353
412
502
503
484
492
114
490
11
122
404
564
30
330

ALISM ACÉES.........................................
A l l a m a n d a catharlica L ................
—
Schottii Poh l..................
A l l i u m ascalonicum L .......................
—
cepa L ...................................
—
fistulosum L ........................
—
satiimm L .............................
A l o c a s i a macrmdiiza Schott..............
A l o e rulgaris Larn..........................
— barbadensis Mill........................
A l p i n i a milans L ..............................
A l s t o n i a scholaris R. Br.....................
A l t e r n a n t h e r a achyrantha R. Br..
—
par onychioides S i.
M il.....................
—
sessdis R. Br.........
A ly s i c a r p u s vaginalis OC................

471
.'193
393
557
557
557
557
482
556
556
583
397
57
57
57
199

ET

DE LA

M ARTINIQUE

Amande glaciale....................................
Amandier..............................................
A m a n o a caribœa Kr. et Urb...........
AM AR AN TACÉ E S................................
Amarante bord-de-mer.........................
Amarantine...........................................
A m a r a n t u s caudatus L ...................
—
spinosus L ....................
tristis L .........................
AM ARYLLIDÉES..................................
A m a r y l l i s Atamasco 1....................
—
carinata Spreng............
—
tubispatha Wcx'h.............
vittata L ’Hérit................
A m b l o g y n e polygonoides R af.........
A m b r o s ia artemisifolia L ................
AM ENTACÉES.....................................
A m m a n n ia Immilis M id i................
lalifolia L .....................
orieritalis DC................
—
ramosior L ...................
A m o m is caryophyllata Kr. et U r b ..
—
fragrans YVilld....................
Am ourette... 245, 246, 249, 254, 427 ,
Amourette grand-bois...........................
Amourette-rivière..................................
AMPÉLIDÉES.......................................
A m p h ilo p h iu m paniculatum H. B.
Kth.....................................................
A m y r i s elemifera W illd ...................
—
m arilim a Jacq....................
A n a c a r d iu m occidentale l..............
Ananas.............................
Ananas anglais......................................
Ananas Barbade....................................
Ananas Barot.........................................
Ananas-bois...........................................
Ananas-bouteille....................................
Ananas Cayenne...................................
Ananas grand-bois....................... 571,
Ananas jaune ordinaire.........................
Ananas pain-de-sucre............................
Ananas-porcelaine................................
Ananas pot-à-eau.. .............................
Ananas rouge bâtard.............................
Ananas rouge montagne......................
Ananas sauvage... 570, 571, 572, 573,
Ananas sauvage montagne........... 576,
Ananas vert...........................................
A n a n a s s a saliva Lindl.....................
A n a t h e r u m bicorne P. Beauv.........
— domingense Roern. et Schult.

TABLE

374
294
21
52
56
53
58
58
58
557
562
563
561
562
58
365
190
290
290
290
290
262
274
469
247
246
95
422
183
184
189
569
569
569
569
576
569
569
575
569
569
5(59
569
572
571
574
577
569
569
530
530

DES MATIÈRES

A n a t h e r u m mûricatum P. Beauv.. 529
A n d i r a inet'mis H. B. Kth...............
223
A n d r o p o g o n Incornis L ................... 530
—
ci trains DC................. 529
condensatus Kth......... 528
—
imberbis Kth.............. 530
leucophaeus L ............ 522
Umcostachyus H.B.Kth. 530
muricatus Retz.......... 529
N ardus E................... 529
—
saccharoides Sw......... 528
secundus W illd . . . . .
528
—
Sorghum B rot.......... . 531
squarrosus L. fils. . .. 529
Angelin..................................... ......... 223
Angelin bâtard...................................... 225
Angelin palmiste................................... 225
A n g e l o n i a angustifolia II. B. Kth .. 406
A n g u r i a Plumieriana Schlect ....... 309
A n i b a bracteala Mez.......................
304
—
Ramageana Mez.................... 304
2
Anis étoilé.............................................
2
AN O NACÉ E S......................................
A n o n a muscosa Jacq........................
4
—
muricata L ............................
2
—
palustris L ..............................
3
—
reticulata L ............................
4
—
squamosa L ............................
3
A n t h a c a n t h u s spinosus Nees . . . . 427
A n t h e p h o r a elegans Schreb..........
527
A n t h i s t i r i a ciliaris L ......................
531
A n t i r r h a e a cristata Benth.............. 337
A n t h r a x o n ciliaris L ....................... 531
A n t h u r iu m dominicense Schott.... 475
—
gracile Schott.............. 476
—
Guildingii Schott......... 476
—
Huegelii Schott............ 474
lanceolatum K th......... 474
grandi folium Kth . . . . 475
—
palmatum Kth............ 476
scandons Engl.............. 473
—
violaceum Schott.......... 473
A n t ig o n u m leptopus Hook. — add. 612
A p h e l a n d r a pectinaita W illd ......... 430
A p iu m A mmi U rb ............................ 336
APOCYNÉES........................................ 393
A p t e r i a hymenanthera Miq............. 527
—
lilacina Miers..................... 587
—
setacea Nutt........................ 587
A r a c h i s hypogæa I........................... 203
A r a l i a capitata Jacq........................
321
—
filicifàlia Hort........................ 323

617

321
ARALIACÉES.......................* ..........
99, 323
Aralie................ ..........................
Aralie cerise....................................
155
Aralie montagne............................
Aralie petite cerise.........................
155
Aralie petite feuille.........................
105
Aralie z’abricot............................... 99, 382
608
A r a u c a r i a excelsa R. B r..........
276
Arbre à barrette..............................
Arbre à caoutdioue.........................
29
243
Arbre à graines rouges..................
242
Arbre graines réglisse.....................
155
Arbre à pain...................................
242
Arbre à rubans...............................
5
444
Arbre du voyageur..........................
A r d i s i a crenulata Vent..............
383
382
—
Gruadalupensis Duchass.
—■
laurifolia A. DC............
382
489
A r e c a Catechu L .........................
—
oleracea Jacq...................
487
488
—
regia K th .........................
—
rubra Rory .....................
489
A r e n g a saccharifera Labill........
495
—
W ightii GrelT................
495
roi
A R É T H U S É E S ........................
A r g e m o n e mexicana L ..............
8
A r g y r e i a bracteata Chois..........
435
—
tiliæfolia W ight........
435
A r g y r o t h a m n i a lanceifolia Midi.
34
A rg ..............
A r i s t i d a americana L.................
503
—
stricta M ich .................
503
A r i s t o l o c h i a anguicida Jacq....
346
—
constricta Griseb..
316
galeala Mart. et Zucc.. 316
—
grandiflora S w ....
316
—
oblusala Sw..........
315
—
odoratissima 1......
316
—
trilobata T.............
315
315
ARISTOLOC ID É E S ........................
473
AROIDÉES......................................
584
Arouma..........................................
325
Arrachacha......................................
325
A r r a c h a c h a esculenta DC........
51
Arrada..............................................
5
A r t a b o t r y s odoratissima R. Br.
177
A r t a n t h e incurvum Sieb............
177
—
martinicense M iq.......
Arrête-bœuf................. 227, 228. 229, 230
376
A r t e m i s i a Absinilùum L ..........

�A r t e m i s i a vulgaris L .
A r t o c a r p u s incisa L.
—
intcgrifolia L
Læcucha Roxb.
A r t h r o s t e m m a glameratum Naud.
A r u m arborescens 1............................
A r u n d i n e l l a niartinicensis T r in ....
A r u n d o Dona-x L ..............................
—
occidentales Sieb..................
ASCLÉPIADÉES...................................
A s c l e p i a s curassavica L ..................
A s p i d i s t r a elatior E l .......................
A S P H O D É L É E S ..........................
A s t e r simensis L ................................
A s t r a p æ a Wallichii Lindl...............

A t r o p a arborescens L
A t t a l e a Maripa Mart
Attrape-sot
Aubergine
AU R AN TIAG ÉE S.......
A v e r r h o a Bilim bi I
A v i c e n n i a nitida Jacq
Avocat
Avocatier.........
Avoine bâtard .
Avoine à chien............................
Avoine savane............................
Ayapana......................................
A y d e n d r o n bracteatum Nees

B a u h in ia Outimoutou A u b l... .
—
tomentosa 1..............
B au m e................................... 31, 33,
Baume bâtard...............................
Baume blan c........................
32, 464,

240
240
457
31
465
465
457
457
397
320
321

Baume savane...............................
Baume //anglais cam phré............
B e a u m o n t ia grandiflora Wall.
B é g o n i a dominicales A. D C ___
—
humilis Dryand..........
—
martinicensis A. DC ..
321
BÉGONIACÉES..............................
320
B e la m c a n d a chinensis Red .. .
568
Bélangère bâtard...........................
414
Bélangère petite............................
413
Bélangère piquante................,...
414
Belle-de-nuit............................ 59, 60, 434
B e l l u c i a grossularioides Triana
287
B e lo p e r o n e violacea Planch .. .
426
Bénéfice ........................................
476
B e r n a r d i a coreeisis K l..............
35
B e s l e r i a lutea L .......................
431
—
puchella Plum............
431
179, 180
Bétel.............................................
B e u r r e r i a succulenta Jacq.......
449
B id e n s bipinnatus L ..................
369
—
coreopsidis DC..............
368
—
leucanthus W illd ..........
3(58
B i g n o n i a æquinoctialis L .........
421
—
alliacea Larn..............
422
4.22
—
radicans L ............ •..
—
stans L .......................
—
speclabilis L ..............
421
—
unguis-cati L ..........
421
B1GNONIACÉES........................
421
B ilim b i........................................
346
B i x a Orellana L .......................
14
BIXINÉES
B l a k e a pulverulenta Vahl.......
287
B le c h u m Ilrownei Juss...........
424
B l e t i a verecunda R. B r ...........
595
122
B l i g h i a sapida R oern..............
B o c c o n i a fnitescens I ....... ...
9
B o e h m e r i a ramiflora Jacq....
163
60
B o e r h a a v i a erecta L ..............
—
hirsuta W illd . ..
60
—
paniculata Rich.
60
Bois à agouti................................
469
Bois de l’a i l .................................
213
Bois z’amande..............................
150
Bois a m e r .............................. Ce,
143

Bois de l’Anglais......................
Bois an oli................................. . . . .

175
95, 97
296

Bois d’argent............................
Bois d’argent bâtard................ ........... 273
Bois baguette......................... 97, 197, 266
Bois balata............................... ........... 387
Bois balate................................

Ht
Bois bouc.................................
Bois de bouis............................
Bois bracelet............................
Bois branda..............................
Boc cac.....................................
Bois caca.................................
Bois caca-rat............................
Bois cachiman..........................
Bois
Bois
Bois
Bois

...........
..........

384
385

........... 479
.. 337, 413
..........

107
118
98, 146

ca fé................................. . ..
café bois........................... ......... 112
cab rit.............................. .. 355, 466
cabrit bâtard..................... ......... 449

Bois canon..............................
Bois capitaine.........................
Bois caral................................
Bois c a r ré ..............................
Bois cassant............................
Bois cassave............................

Bois cendre............................

...

159, 399

...........

469

...........
...........

342
469
383
107
268

..........

86

Bois chandelle......................... . . . 139, 184
184
Bois chandelle blanc.............. ............
Bois chandelle noir................. .. 338, 339
120

ch iqu e............................ . . . 299, 339
146,149
citron .............................. . . .
citronnier........................ ....... 6 , 149
150
citronnier montagne---- ............
182, 183
cochon............................ . . .
............ 387
152
Bois côte................................. ............
............
151
Bois côtelette. 277, 279, 280, 281, 289, 466
. . . 282, 283
............
151

Bois
Bois
Bois
Bois
Bois

.......
Bois côtelette rouge................
Bois couché............................ ............

284
106

�LA GUADELOUPE ET

f;

Bois cou illes......................................... 106
Bois couis.............................................. 385
Bois couleuvre....................................... 476
Bois crécré l'auge
Bois Chypre.............................. . 298
Bois de basse blanc
Bois de basse rouge
Bois diable
Bois doux...................................... 298,
Bois doux b lan c...................................
Bois doux couronne
Bois doux d'encens
Bois doux Desbonnes
Bois doux grand-feuille................
166,
Bois doux Isabelle................................ 302
Bois doux ja u n e .................................... 302
Bois doux pimenté................................ .‘102
Bois d io it........................
39
Bois de l’eau.........................................
181
Bois d’éb èn e......................................... 420
Bois d'encens...............
182
Bois enivrant....................... 220, 262, 263
Bois à e n iv rer........................................
22
Bois d’é p ice................................... 96, 288
Bois e tti.................................................. 269
Bois de fe r...............................
23, 50. 466
Bois de fer bâtard.................................
229
Bois de fer blanc......... 265, 337 , 338, 465
Bois de fer franc.............................. 92, 93
Bois de fer rouge.................................. 340
Bois (lambeau..............................
138, 139
Bois llambeau montagne.......................
339
139
Bois flambeau n o ir ......... ...................
341
Bois flèche....................... ...................
3, 78, 81, 82, 446
Bois flot........................
336
Bois flots des hauts......... ...................
Bois flot montagme.......... ..................... 313
332. 345
Bois foufou............ ....... ............
299
Bois fourm i.....................
Bois fragile..................... ..................... 180
Bois de frédoche............ ..................... 461
40
Bois fricassé................... .....................
Bois fustet..................... ..................... 263
Bois gamelle.................. ..................... 223
425. 464
Bois genou..................... ............
Bois gli-gü..................... ..................... 296
Bois g lu ......................... ..................... .‘185
182
Bois gom m ier................ .....................
Bois goyavier................. ..................... 337
Bois graine rouge.......... ..................... 432
Bois à graines rouges---- ..................... 110
Bois g r ig r i..................... ..................... 296

Bois grillé.............................................. 281
Bois g r is .......................................
149, 259
Bois gu épois......................................... 264
Bois Guillaume.......... ....... 146. 360, 361
Bois de h è lre .................................
84, 314
Bois de hêtrev e r}...................................
84
Bois im mortel....................................... 218
Bois immortel grand............................ 218
Bois immortel ja u n e ............................ 219
Bois immortel vrai................................ 217
Bois d’Inde...................................
262, 263
Bois d'Inde bâtard................................ 274
Bois d'Inde marron.............................. 138
Bois indien............................................ 425
Bois ja u n e ............................................
‘104
Bois .losé..............................................
104
Bois K abi.............................................. 385
Bois K a k lin ........................................... 225
Bois la g lu .............................................
37
Bois lait........................................... 41, 395
Bois lait bord-de-m er............................. 41
Bois lait petit............................................ 393
Bois de lan.
Bois de lance.
Bois de lance noir
Bois lélé..........................................
326
Bois de lau rier...................
Bois lépineux blanc...........
Bois lépineux rouge
Bois l’épreuve.
Bois de liège
Bois lézard.
Bois mabi..............................................
93
Bois m abouge.......................................
13
Bois mabouia........................................
14
Bois madame.................................. 143,317
Bois mamzelle.......................................
41
Bois mandé........................................ -.
19
Bois m apou..........................................
83
Bois mapou b a r il..................................
83
Bois mapou lé lé ...................................
82
Bois marbre....................................... . .
39
Bois m arbré.....................................
19, 39
Bois marbré bâtard.............................. 109
Bois marguerite............................ 345, 3.46
Bois de m èche................................
14, 470
Bois mille branches..............................
21
Bois mille (leurs ja u n e ......................... 464
Bois montagne.............................. 142, 304
Bois mouri debout................................ 469
Bois moussara.......................................
20
Bois mousseux...................................... 121

Bois muscade...................................... 267
Bois négresse............ 3, 87, 123, 301, 380
Bois n o ir ................................. 13,51,387
Bois noyer...........................................
443
Bois noyau........................................... 259
Bois o liv e ............................................. 123
Bois l'onguent......................................
102
Bois de l’orm e............................... 85, 152
Bois ortolan.........................................
26
Bois patate................................... 253, 435
Bois patate m arron .............................. 431
Bois pays..............................................
32
Bois pelé............................................... 274
Bois perdrix......................................... 326
Bois pétard........................... 106, 391, 398
Bois petit chique..................................
382
Bois petite fe u ille ........................ 266, 269
Bois petit houx....................................
114
Bois petit Jean.............................
150, 301
Bois pilori.............................................
124
Bois pini............................................... 184
Bois pintade.........................................
340
Bois piquette........................................
110
Bois pissenlit........................................ 420
Bois pistolet.......................................... 128
Bois à plier...........................................
407
Bois poison........................................... 376
Bois poisson.......................................... 142
Bois puant..................... 13, 323, 337 , 446
Bois quenouille....................................
310
Bois à ram es........................................ 386
Bois râp e.............................................
445
Bois rasoir................................. - ........
82
Bois résolu................................... 259, 312
Bois résolu montagne.......................... 334
Bois royal.............................................
113
Bois de rose................................. 128, 444
Bois de Rhodes....................................
444
Bois rouge............................ 131, 166, 167
Bois rouge à grives...............................
116
Bois de Sainte-Lucie............................ 363
Bois savane.......................... 355, 386, 469
Bois de savane......................................
97
Bois savon...........................................
416
Bois savonnette..................................... 209
Bois de sept ans................................... 126
Bois sifdeur.........................................
320
Bois de so ie ..........................................
37
Bois tabac..................................................133
Bois tan................................................. H 1
Bois tan montagne...............................
111
320
Bois tan rouge.

ROM BACLES.
B o m b a x Cciba Lun.
Bonbon noir.
Bonbon rond.
Bonnet carré.
Bonnet de prêtre
B o n t i a daphnoldes L
BORRAGINÉES.
B o r r e r a lœvis Griseb.....................
—
latifolia K. et Sch
parvi/Iora Mey
—
podocephala DC.
—
spinosa Charn. et Schlecht
B o r r i c h i a arborescent DC
Bouis.
Rouis poilu.
Boulet à canon
B o u s s i n g a u l t i a leptostac/nja Miq
B o u t e lo u a litigiosa Lag
Bouton blanc.......................... 56, 367,
Bouton jaune........................................
Bouton d'or .. 314. .‘166, 368, 370, 371,
Bouton piquant.
Bouton violet.
Boulon à vonvon
Boyau-chat.
B r a c h y p t e r i s borealis Juss............
B r a c h y r h a m p h u s inlgbaceus DC.
Branda grand b o is ................................
B r a s s a v o l a eucullata R. Br............
Brésillel.................................................
Brésine.................................................
Brinvillière............................................
Brinvilliers bâtard................................

Bromées............................................
B r o m e l i a Karalas L . . . . .................
BROMÉLIACÉES.................................

Broméhées .......................................
B r o s s æ a anastomosons Griseb.......
B r o u s s o n e t ia papijrifera Vent . . . .
B r o w n e a grandiceps Jacq..............
—
Bosa B e r g .....................
B r o w a l l i a demissa L .....................
B r u n f e l s i a fallajc Duchass.............

500
569
569
569
144
160
240
240
406
407

�622

LANTBS DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

B r y o p h y llu m calycinum Salisb . . .
B u c id a Buceras I ................................
—
capitata V e n t .........................
BUE TTN É RIAC É ES............................
B u g a i n v i l l e a fastuosa Heninq . . . .
—
spectaMlis W illd . . . .
Buis de C hine.........................................
B u m e lia cuneata $w. — add ...........
—
pallida S\v.........................
—
m yrisinifoliak. DC.— add.
—
tena W illd .........................

c
Cabouya............................
Caca poule.......................
Caca rat............................
Caca ravet...
151, 153, 191, 277,
Cacao...............................
Cacao montagne..............
Cacao du Pérou................
Cacao sauvage.................
Cacaoyer..........................
Cachibou.........................
Cachiman........................
Cachiman cochon............
Cachiman cœur de bœuf..
Cachiman crème..............
Cachiman m ontagne.......
Caconnier blanc..............
Caconriier rou ge..............
C æ s a lp in ia pulcherrirna S\v...
—
cepiaria Roxb .
C Æ S A L P IN IÉ E S .
Café bâtard.....................
235,
Café bâtard montagne___
Café b la n c .......................
Café bois......................... 98, 112,
Café bois m arron ............
Café jau n e.......................
Café Lib eria.....................
Café m arron...................
Café marron grand bois...
Café moka.......................
Café montagne.................
Caféier.............................
Cafter...................................................................
C a ja n u s flamus DC ...............
—
indiens Spreng
C a k ile æqualis L'Héril..
—
cubensis Kth . . . .
—
m arilim a R ic h . .

...
.. .
.. .
381,

B u n c lio s ia glandulifera Desc.........
B u n c h o s ia glandulosa Rich............
BURMÀNNIACÉES.................................
B u r s e r a gum m ifera L .......................
B u x u s subcolumnaris Midi. Arg . . . .
B y r s o n im a lævigata Rich ...............
lucida R ic h ....................
martinicensis Kr. et Urb.
—
spicata Rich..................
—
trinitensis Juss.............

319
296
296
84
62
(52
132
612
386
612
386

503
395
390
382

95
.. .
86
...
80
.. .
85
484, 584
4
4
4
4
225
225
230
229
226
344
342
342
343
343

224,
120,
...
.. .
...
341,
.. .
...
327,
.. .
. . . 122
.. . 341
343, 344
. . .
343
112, 341
. . .
342
. . .
341
. . .
341
. . .
205
. . .
205
. . .

10

. . .

10

. . .

10

112
112
587
181
19
110
111

111
111
111

*
9

C a la d iu m Belleymii Hort................
—
bicolor Vent.....................
—
Chantini Cham. e tS c h l..
Calalou..................................................
Calalou diable.......................................
Calalou sauvage.....................................
Calathea Allouva Lind ...........................
Calebasse ..............................................
Calebasse douce.....................................
Calebasse herbe.....................................
Calebasse musquée................................
Calebassier.............................................
Calebassier bâtard................................
Calebassier p oison ................................
C a l l i a n d r a lalifolia Griseb..............
Portoricensis Benth.......
—
pwpurea B enth............
—
tergemina B en th ...........
C a l l i s i a repjens 1...............................
—
umbellulala Lam ................
C a lo n y c t io n grandiflonim Chois...
—
megalocatpum R ic h ..
C a lo p h y llu m Calaba L ...................
C a lo s a n t h e s indica Blurn................
C a lo t r o p is procera A it.....................
Catalpa...................................................
Calurnet................................ 512, 521,
C a ly p t r a n t h e s elegam Kr. et Urb..
—
pallens Griseb.........
—
soûcea Griseb.........
—
Forsteri B erg .........
Carnanioc..............................................
C am om ille .............................................................................................
Camomille rouge ...........................................................................
Campèche .............................................................................. 226,
C a n a n g a odoratai. llo o k .................................
C a n a v a l i a gladiala DC .........................................
—
obtusifolia D C ..................................

483
482
483
481
481
483
584
418
308
308
308
418
418
419
253
254
252
253
498
497
434
434
103
423
399
80
523
266
266
267
267
29
369
369
227
5
215
215

Canari macaque.................................... 27(5
Canéfice bâtard..................... 231, 232, 231
Canéûcier............................................. 231
Canéficier bâtard.................
232, 233, 234
C a n e lla alba M ù rr..............................
103
—
laurifolia Lodd..................... 103
Caneïïe b ois.......................................... 104
Canellier...................................... 297, 298
Canellier sauvage................................... 217
Canicroc................................................. 217
Canique jaune......................................
229
C a n n a coccinea M ill..........................
586
—
edulis Iver............................... 587
—
glauca L ................................. 587
—
indica L ................................. 586
—
pallida Rose.......................... 587
Canne brûlante..................................... 477
Canne Congo........................................ 581
Canne d’eau.......................... 478, 582 , 583
Canne marronne..................................... 477
Canne rivière...............................
477 , 503
Canne siguine....................................... 477
Canne à sucre....................................... 533
Ca n n é b s ................................................. 586
C a p e r o n ia caslaneifolia St. Mil.......
34
CAPPARIDÉES.......................................
11
C a p p a r is am ggdalina Lam..............
13
—
Breynia L ..........................
13
—
cynophallopliora 1.............
13
—
f rondosa Jacq...................
14
intei'medxa H. B. Itth.......
13
javnaieensis J acq..............
13
C a p r a r i a biflora L ............................ 403
C APRIFO LIAC É E S.............................. 329
C a p r if o liu m pubescens Goldie......... 329
C a p s ic u m annuum L ............... 412
—
baccalum L ............. 411
—
ceratocarpumFingerhut.
412
—
conoides Roem. et Schult. 412
dulce I l o r t .............. 412
frutescens L ............ 411, 412
Caractère des dam es...............................
75
Caractère des hommes...........................
75
Carambolier............................................ 135
C a r a p a Guianensis Aubl.....................
130
Carapate................................... 21, 31, 130
Carapate bâtard....................................... 409
C a r d io s p e r m u m Halicacabum L ..
117
—
microcarpum Bl. 118
C a r e x Dussiana Boekeler.................... 556
Car icinée s .............................................. 556
C a r i e a Papaya 1.................................. 310

C a r is s a Garendas L.......................... 397
C a r l u d o v i c a angustifolia Secm___
484
gracilis Sieb................. 484
—
insignis Duchass.......... 485
—
palmala Ruiz et P a v ... 485
—
Plum ieri K t h .............. 485
Caroal................................................... 477
C a r o l i n e a grandiflora Tuss............
80
—
princeps L. fils ................
80
Carotte................................................... 325
CARYO PI1YLLÉES..............................
45
C a r y o p h y l l u s aromaticus W illd .. .
16
C a r y o t a urens L ................................ 495
Casse ailée............................................ 234
Casse habitant....................................... 231
Casse hallier.......................................... 232
Casse puante.................................
234,235
Casse savane.......................................... 234
Casser coutelas..................................... 351
C a s s ia alata L ................................... 234
—
bicapsularis L ........................ 231
—
emarginata L ......................... 232
—
fistula L ................................. 231
—
glandulosa L .......................... 233
—
glauca L a m ............................ 232
—
hirsuta L ................................ 234
—
ligustrina L ............................ 233
—
multijuga Rich....................... 233
—
nicticans L .............................. 236
—
obtusifolia L ............................ 235
—
occidenlalis L ......................... 235
—
planisilujua Lam ................... 232
—
spectabilis DC......................... 236
C a s s ip o u r e a elliptica P o ir.............. 293
C a s u a r in a equisetifolia F o rst.........
190
—
quadrivalvis L ab ill.......
191
—
lenuissima Hort............ 131
C a s s y t a americana Nees.................. 305
—
filiformis L ......................... 305
C a t a l p a ..............................................
79
C a t o p s is nitida Griseb..................... 577
—
nutans Griseb..................... 577
Caya blanc ............................................
11
Caya bord de riv iè re ........................
11
Caya jau n e............................................
12
Caya à épines........................................
12
Cayali..................................................... 304
C a y a p o n i a americana Cogn........... 307
Cayari................................................... 304
C e a n o th u s asiaticus L .....................
93
—
ferreus Desc...................
92
C e c r o p ia oblusala l i é e ..................... 150

�t ) 2 '4

PUANTES 1)E LA CUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C e d r e la odorala 1................................
129
CÉLASTRLNÊES................................... L4ô
C e lo s ia argentea L ...............................
52
—
ntiida Y a h l.............................
.*&gt;3
—
paniculata W illd ....................
53
C e lt is aculcata S\v..............................
15*2
C e n c h r u s echinains 1........................ 526
—
spin if ex C av..................... 526
—
tribuloides L ..................... 5*26
C e n t e lla asiatica U rb....................... 324
C e n t r a t h e r u m muticum Less......... .'25*2
C e n tr o p o g o n Berteroanus DC......... 376
—
Surinamensis Presl .. 37(5
C e n tr o s e m a Plum ieri Benth..........
-208
—
pubescens Benth......... -208
—
virginicum Benth....... *209
C e p h æ lis axiUaris S\v..................... 315
—
muscosa S w ..................... 345
—
Swartzii DC..................... 316
C e r b e r a Thevelia L ..........................
394
C e r a t o s a n t h e s corniculata Cogn...
309
C e r e u s compressas M ill..................... 317
—
Curlisii Otto............................ 317
—
grandiflorus M ill................... 317
—
triangulat'is Haw.................... 317
Cerise bord-de-mer.............................. 378
Cerise de Cayenne................................ *269
Cerise à côtes................................ *268, 269
Cerise montagne................... *267, 271, 278
Cerise montagne petite feuille.............. 263
Cerise noire........................................... 268
Cerisier capitaine.................................. 113
Cerisier grosses côtes............................
113
Cerisier du pays............................
112, 113
Cestrarn...................................................
291
C e s tr u m latifolium L a m .................. 417
—
laurifolium L’ H érit........... 416
—
noctut'um L ....................... 417
—
vespertinum L .................... 417
Chaddek.................................................. 132
C h a e t o g a s t r a chamæcistusGriseb. 288
—
chironioidesGriseb.. 288
C h a e t o c a l y x Vincentinus DC...... 203
CHAILLÉT1ACÉES................................
151
Chalotte................................................. 557
Chalotte b o is ........................................
568
Chalotte savane..................................... 568
C h a m e r o p s excelsa Thunb................
485
C h a m is s o a altissima K th ................
53
Champignon.......................................... 326
Chance.......................................... 483, 568
Chandelier.............................................. 423 I

Chapeau d’eau.......................................
8
Chapeau chinois.................................... 470
C h a p t a lia autans llensl...................
375
Charderon.............................................. 318
Charderon b én i.....................................
-325
Chardon............................................. 8 , 318
Chardon b é n i................................ 324, 325
C h a r ia n t h u s eoriai-eus DC..............
*285
—
conjmbosus Cogn . . . . 286
nodosus Triana.......... 285
Châtaigne..............................................
156
Châtaignier.....................................
80, 156
Châtaignier c o c o ....................................
92
Châtaignier grand-feuille......................
91
Châtaignier petit c o c o ...........................
9*2
Châtaignier petite-feuille......................
91
C h a v i c a Betle M iq............................. 179
Chêne d’Am érique................................
420
CHÉNOPODÉES....................................
51
C h e n o p o d iu m ambrosioides L .........
51
—
murale L ..................
51
C h e v a l l i e r a lingulata Gaudich....... 570
Cheveu de Vénus.................................. 440
Chèvrefeuille de C h in e......................... 329
Chien-coq.............................................. 538
Chiendent.............................................. 509
C h im a r r h is cymosa Jacq.................. 332
China-grass............................................ 164
C h io c o c c a racemosa Jacq................ 339
C h io n a n t h u s compacta S w ............
391
CHLORANTHACÉES............................
180
C H L O R I D É E S ................................ 506
C h lo r is barbata S w ........................... 508
—
ciliala S w .............................. 508
—
radiata Sw ..............
507
Chou a m e r..........................................
488
Chou bâtard........................................... 482
Chou caraïbe.........................................
181
Chou caraïbe sauvage............................
480
Chou cochon..........................................
482
Chou colonne.........................................
487
Chou d iab le........................................... 481
Chou franc............................................. 488
Chou franc m ontagne........................... 489
Chou palmiste.......................................
487
Chou palmiste fra n c ............................. 488
Chou palmiste m ontagne.....................
488
Christophine........................................... 306
Chrysanthème.......................................
371
C h r y s a n t h e m u m indicum 1..........
371
C RYSO B ALAN ÉES..............................
257
C h r y s o b a la n u s cuspidalus Griseb
258

'Pa r l e

des

C h r y s o b a la n u s Jcaco I,................. 257
C h r y s o p h y llu m argmteum Jacq... 385
cæruleum Jacq . . . . 384
—
Cainilo L ............... 384
—
glabrum Jacq....... 385
C ic c a antillana Juss..........................
21
—
disticha L .................................
20
C ierge................................................... 317
Cierge lézard........................................ 317
Cierge lian e.......................................... 317
Cierge rouge.......................................... 317
C I N C H O N A C É E S ........................
329
C in n a m o m u m corticosum Miers___
104
zeylanicum B1.......... 297
C ip u r a marlinicensis Kth................. 567
—
plicata Griseb........................ 568
C is s a m p e lo s Pareira I,...................
7
C iss u s discolor B1..............................
95
—
ovata L a m ..............................
95
—
sicyoides L ..........................
95
—
smilacina K th ........................
95
C it h a r e x y l o n coriaceum Desf......... 465
—
caudatum S w ........... 465
—
lucidum Cham. et
Schlechht.............. 465
—
quadrangulare Jacq. -465
Citronnelle............................ 310, 463, 529
Citronnier............................ 131, 149, 416
Citronnier blanc................................... 149
Citronnier montagne............................ 150
C it r o s m a glabrescens P resl..............
6
C it r u llu s vulgaris Schrad................ 310
C it r u s aurantium L .......................... 131
—
decumana L ............................ 132
C it r u s medica L ...............................
131
—
m yrti folia Ruiz et Pav.......... 132
C la d iu m occidentale Schrad............ 549
C le m a t is americana M ill..................
1
—
dioica L .............................
1
—
domingensis Lam..............
1
C le o m e aculeata L ............................
Il
—
pantaphylla L ......................
11
—
pungens W illd ......................
11
—
speciosa K th..........................
11
—
viscosa L ...............................
12
C le r o d e n d r o n aculealum G riseb... 467
—
Balfouri H ort........... 468
fragrans W illd ......... 467
—
Kaempferi Fisch___ 468
—
nutans W a ll.............. 468
—
siphonanthus R. B r .. 468
Thompsonæ B alf___ 468

Dus» —•P l a n t e s

G u a d e lo u p e e t M a r t i n i q u e .

m atiè res

625

C le r o d e n d r o n violaceum Ilo rt....... 468
C l e y e r a elegans T u l..........................
97
—
theoides Planch...................
97
C lib a d iu m asperum D C .................. 362
—
Badieri Griseb................ 362
—
erosum D C ..................... 363
C lid e m ia crenata Mey. Esseq..........
278
—
Guadalupensis Griseb....... 279
—
hirta Don, var. elegans . . . 278
latifolia DC....................... 279
—
umbrosa Cogn................... 279
C l i t o r i a arborescens A i t ................... 208
—
glycinoides D C ................... 207
—
Ternatea I......................... . 209
C o c c o lo b a ascendens Duss...............
166
—
barbadensis Jacq............ 166
—
Dussii Kr. et U rb ............
167
—
excoriata L ....... ! ............ 165
—
nivea Jacq........................
168
—
pubescens L ..................... 166
—
uvifera Jacq..................... 165
C o c c u lu s domingensis DC...................
7
Cochléaria............................................... 173
Cochon-gras............................................ 371
Coco-carette............................................ 273
Coco-chat................................................. 538
Coco-macaque......................................... 491
C o c c o s amara Mart............................ 494
—
nucifera L .............................. 492
Cocotier................................................. 492
Cœur à bœuf........................................... 279
C o ffe a arab ica L .................................. 341
—
Liberica H iern .......................... 341
C O F F É A C É E S .................................
336
C o i x Lacryma L .................................. 534
C o la acuminata R. Br. et Benn.........
84
C o le u s amboinicus Lour...................
-455
—
aromaticus B enth.................. 455
—
Blumei Benth........................ *455
—
Verschaffheltii H ort.............. 455
Colibri végétal......................................... 197
Collant............................ 53, 360, 461, 505
Collier du diable..................................... 254
C o lo c a s ia antiquorum Schott..........
482
—
esculenta Schott................ 182
C o lu b r in a reçlinata Brongn............
93
C o lu m n e a scandens L .........................
432
C o m m e ly n a elegans K th .................... 498
—
cayennensis L. Rich . . . 498
COMM ÉLYNÉES...................................
495
C o m m e r s o n ia echinala F orst.........
87
C o m o c la d ia ilicifolia S w .................. 184

■10

�&gt;i: ET

DE LA MARTINIQUE

TABLE

Corosol montagne..................................
1
Corosolier...............................................
23
C O R Y M B I F È R E S ......................... 350
C o r y p lia umbràculi fera L ................ 195
rotundi folia Lam ..............
195
C o s m o s caudalus H. B. K lh ..............
369
C o s tu s speciosus Sm ith...................... 582
—
spicalus Sw ............................ 581
Côtelette grand bois..............................
279
Côtelette grand'feuille........................... 281
Côtelette petite feuille........................... 280
Côte lézard............................................. 248
Coton de France.................................... 399
Cou de canard.......................................
316
Cou maronna..........................................
210
Courbaril................................................ 238
C oudrel.................................................. 137
Cou is ...................................................... 323
Couronne de la V ierge.......................... 562
C o u r o u p it a guiancnsis Aubl............ 276
Cousin blanc........................... 81, 197, 202
Cousin falaise......................................... 200
Cousin grand savane............................. 200
Cousin petit....................................... 71, 89

Corail
C o r c h o r u s hirlus I’ ianch.
—
siliquosus L
—
torlipes St. IIil................
Corde à violo n ... . 199, ‘203, ‘210, 305,
C o r d ia alba Roem. et Scliult.
—
amplifolia A. D C ..................
—
collococra L ...........................
—
cylindristachya Roem. et
Schult..................................
—
dasycephala II. B. K lh .........
—
elliptica L ..............................
—
macrophylUi L .......................
—
marfintcensisRoem.el Scliult.
—
salvifolia H. B. K lli..............
—
Sebeslena I............................
—
speciosa Salisb.......................

—

ulm ifolia Juss..................

Cordon de violon...................................
Coriandre..............................................
C o r ia n d r u m sativum I....................
Cornichon.............................................
C o r n u t ia pyramidata 1....................
Corosol à chien .....................................
Corosol diable.......................................

Cousin rou ge.............................. ..........
Cousin trèfle..........................................
Cousse-couche.......................................
C o u t a r e a speciosa A u b l....................
C o u t o u b e a densiflora Mart..............
C r a c c a caribæa Benth.......................
C r a n ic h is muscosa S w .....................
CRASSULACÉES..................................
C r a t æ v a Tapia 1...............................
C récré....................................................
Crécré blanc.................................. 281,
Crécré falaise.........................................
Crécré grand b ois......................... 277,
Crécré grand’feu ille..............
279,
Crécré montagne...............
278,
Crécré noir............................................
Créosote......................................... 370,
Créosote du pays...................................
C r e s c e n t ia Cujele L .........................
—
cucurbitina L ................
Cresson bâtard......................................
Cresson courant......................................
Cresson de l’a r a ....................................
Cresson sauvage....................................
Cresson de savane................................
Crète à coq............................................
Crête codinde.........................................
Crin végétal...........................................

1
201
°66

332
101
195
603
319
12
250
28.)
279
283
288
283
286
371
370
418
118
195
136
370
9
9
452
452
495

DES

MATIERES

627

Curcuma.............................................. 583
C rin u m amabilc Don........................ 559
C u r c u m a longa 1............................... 583
—
americanum L ..................... 560
C u s c u ta americana L ......................... 413
—
giganteum Àndr.................. 560
C y a t h u l a proslrata B1........................
54
—
longiflorum H e rb ................ 560
CYCADÉES............................................ 609
C r it o n ia mapropoda DC................... 357
C y c a s circinalis L .............................. &lt;&gt;09
—
pàrviflora DC..................... 357
—
revoluta Thunb......................... 609
Croc chien..................... 61, 222, 216, 247
C y c n o p o d iu m lalifolium Naud....... 287
Croc à chien.................................
152, 221
C y m o d o c e a manatorum Aschers . . . 173
C r o s s a n d r a infundibuliformis Nees 127
C y n o d o n Daclylon P e r s .....................
50V)
C r o t a l a r i a incana h ........................
193
CYCLANTHÉES.....................................
485
juncea L ......................... 194
C y c la n t h u s Plum ieri P o i l .............. 485
lolifolia L ....................... 193
CYPÉRACÉES....................................... 535
pendula B enth.............. 193
C Y P É R É E S ....................................... 535
quinquefolia L ..............
194
C y p e r u s acicularis YVith.................. 53V)
relusa 1..........................
193
—
alopecuroides Rotlh............ 535
—
slipularis Desv..............
192
—
allernifolius L ..................... 537
verrucosa L ................... 192
—
articulatus L ....................... 538
C ro to n astroiles Ait............................
33
—
Balbisii K lh ......................... 538
—
balsamifer L ..........................
31
—
brunneus L ......................... 539
—
betulinus Vahl........................
32
—
comprcs'iis L ....................... 535
—
corylifolius Lam.....................
31
—
cunferlus L ......................... 536
—
flocculosus Geiss.....................
31
—
distans L ............................ 510
—
Guildingii Griseb...................
31
—
Dussianus Boekeler............ 511
—
hirlus L ...................................
33
—
elatus Rottb......................... 510
—
lobatus L .................................
33
—
elegans W a lt .............. 5136, 537
C ro to n montanus Geiss.....................
31
—
esculentus L ....................... 510
—
niveus Jacq..............................
32
—
ferax R ic h .......................... 511
—
origanifolius L a m ..................
32
—
flavicomus Schlecht............ 536
—
ovalifolius Lam.......................
33
—
flavomariscus Griseb.......... 512
—
populifolios Lam....................
33
—
Harlii Boekeler................... 53V)
—
Tiglium L ..............................
31
—
hexastachyos Rottb............ 538
CRUCIFÈRES..........................................
9
—
Ilydra M id i........................ 538
C r y p t o m e r i a elegans Veitch..........
608
—
Luzulæ Rottb....................... 542
—
japonica L ....... ....... 608
—
martinicensis Boekeler....... 542
C r y p t o s t e g i a grandi flora R. B r . .. . -401
—
monoslachyus L ................... 544
C u c u m is Anguria L ........................... 309
—
nitidus Boekeler................. 541
C u c u r b it a maxima Duch.................. 310
—
ochraceus Vahl................... 537
—
P ep oL .............................. 310
—
odoratus L .......................... 540
CUCURBITACÉES.................................. 309
—
olivaris Targ....................... 538
C u p a n ia ameneana L .....................
120
—
Ollouis Boekeler.................... 539
fulva Mart.......................... 120
—
Papyrus L .......................... 512
—
triquetra R ich ................... 120
—
planifolius Rich.................. 539
C u p h æ a Bahamona Cliam. et
—
polyslachyus R ottb.............. 535
Schlecht.......................... 289
—
purpurascens Vahl................ 539
—
hyssopifolia Griseb............ 28V)
—
puipureo-variegalus
—
macropetala K th .............. 190
Boekeler............................. 539
—
platycentra Benth............ 290
—
rotundus I-............................ 538
C u p re s s u s japonica L ....................... 608
—
sphacelatus Rottb.................. 538
—
sempervirens L ................ 608
—
surinamensis Rottb.............. 537
—
Trinitalis Steud.................... 537
Curage des bois..................................... 4Jo
—
trispicatus Boekeler.............. 511
Curage riviè re ....................................... 496

�02 8

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

C y p e r u s umbellatus Benth..............
—
viscosus S w ........................
Cypre-orange...........................
C y r i l l a anliUana Mich.......................

536
537
389
145

TABLE DES MATIÈRES

G YRILLÉ E S..........................................
C y r t o p e r a Woodfordii L in d l...........
C y t is u s Cajan L ................................

145
597
205

D ic h r o m e n a leucocephala M ich___
D i c l i p t e r a marlinicensis Juss.........

553
427

D
D a c r y o d e s hexandra Gviseb............
D a c t y lo c t e n iu m aegyptiacum
W illd ................
—
mucronatum
'NVilld..............
D a le c h a m p ia scandens L ................
Danday..................................................
Dattier...................................................
D a t u r a fastuosa L ............................
—
Metel L .................................
—
Stramonium L .....................
—
suaveolescens Humb. et Bonp.
—
Tatula L ..............................
D au eu s Carota L ..............................
D e g u e lia scandens Alibi...................
D e n d r o b iu m ruscifolitvtn Sw..........
D e n d r o p h t o r a macrostachya Eich.
—
elliptica K r.et Urb. var.
platyphylla. — add.
D e s m a n th u s depressus W illd .........
—
virgatus AYilld............
D e s m o d iu m ascendens DC..............
—
cucillare D C ..................
—
girans DC.....................
incanum D C ................
—
latifolium DC..............
—
molle D C .......................
—
scorpiurus Desv ...........
—
spirale D C ...................
torluosum DC..............
—
tri/lotnim DC................
Devan t-nègre.........................................
Diaballe.................................................
D ia n t h e r a androsemifolia Griseb...
—
pecloraüs J. F. Gmel___
—
sessilis J. F. Gmel..........
D id y m o p a n a x attenualum March..
Urbanianum Kr. et
Urb.......................
D ic h æ a echinocaipa Lindl................
D ic h o r is a n d r a Aubletiana Roem.
et S d iu lt..............
thyrsiflora Mik . . . .
D ic h r o m e n a selacea Kth.................
—
mxcranlha K tb...........

182
508
508

10
50
495
409
408
499
408
109
325
226
588
328
613
244
244
199
200

202

200
200

200

201
201
201
199
50
254
425
425
425
322
323
596
499
499
551
552

D IC O T Y LÉ D O N E S...................
Dictame..................................................
D ie f fe n b a c h ia Seguine S c b ott.......
Barraquinina Chain.
et S ch lech t...........
D i l l e n i a speciosa Thunb...................
Dinde.....................................................
D ip la d e n ia H arrisii Hook................
D i o d i a sa&gt;mientosa S w .....................
D io o n edule L in d l..............................
D i o s c o r e a alata L ............................
—
altissima Sieb..................
—
Berteroana K th ..............
—
Cayennensis Lam ............
—
m ultiflora Presl..............
pilosiuscula Bert..............
—
tr ifid a L ...........................
—
tuberosa Y i l l ....................
DIOSCORÉACÉES...............................
D io s p y r o s Ebenaster Retz................
—
Philippensis Gürke.— add.
—
discolor W illd .— add . . . .
—
K a li R oxb.— add ...........
Diotine...................................................
Du-bon-rnatin.........................................
D u r a n t a P lu m ieri Jacq...................
—
Ellisia Jacq.........................
D u s s ia marlinicensis Kr. et U r b .. . .
D ip h o lis salicifolia A. DC................
D i p t e r i x odorata Schreb..................
D is t r e p t u s nudicaulis L e s s ............
D i t a x i s glabella Griseb.....................
D ividivi..................................................
D o d o n æ a viscosa L ...........................
D o lic h o s albiflorus DC.....................
Lablab L ............................
D o m b e y a mollis Pav.........................
Dos blanc....................................... 353,
D o r s t e n ia contrayei'va L ..................
Douce-amère.........................................
D r a c n æ a Drcao L ............................
—
Cruilfoylei V eitch............
—
indiviea Forst..................

1
585
477
478

2
489
398
347
309
564
565
565
565
565
564
566
566
564
390
614
614
614
233
285
465
465
224
388

220
352
34
231
123
213

212
88
375
159
413
564
564
564

D r a c a e n a marginata Lam..............
—
Sieberi Planch.................
—
stricta Sirns.....................
—
umbraculifera Jacq........
D r e p a n o c a r p u s lunatus Mey.........

D r y m a r i a cordala W illd .................
D r y p e t e s Dussii Kr. et Urb..............
—
p/auca Vahl.......................
glomerata Griseb..............
serrala Kr. et Urb............

564
563
564
564
221

629
45
20
20
20
20

E
ÉBENACEES........................................ 390
Echalotte............................................... 557
E c h in o d o r u s cordifolius Griseb___ 472
—
rostratus E n g e l......... 472
E c h in o p s fruticosus L ..................... 353
E c h it e s bi/lora Jacq.......................... 396
E h r e t i a Beurreria L ........................
449
E c lip t e alba L ................................... 366
E ic h h o r n ia crassipes Sol ms............ 568
E la p h r iu m elemiferum Royle......... 183
E l a i s guyanensis L ............................ 494
E le p h a n t o p u s angustifolius 1........
352
—
scaber L ................... 352
—
spicatus L ................ 352
E le u s in e indica Gaert......................
508
E l e u t h e r a n t h e r a ovala P o i l ___ ,. 363
E lle a n t h u s capitatus Rchb. fils....... 595
E m i l i a flammea Cass....................... 374
—
sagittata DC.......................... 374
—
sonchi folia DC....................... 374
En bas feuilles......................................
23
En bas feuilles grand bois...................
22
En bas feuilles rouge....................... 23, 24
En bas feuilles vert.......................... 23, 24
E n c k e a articulata M iq .....................
175
—
Sieberi M iq ..........................
177
E n ic o s t e m a littorale Blum.............. 401
Enivrage...............................................
22
E n t e r o lo b iu m cyclocarpum Macf... 254
E P I D E N D R É E S ............................
E p id e n d r o n ciliare L ....................... 590
—
difforme Jacq.............. 592
—
globosum Jacq.............. 594
elongatum Jacq............ 591
fuscatum Sw ................ 591
—
nocturnum L ................ 593
—
ophioglossoides L ......... 589
—
paniculatum Cogn....... 592
ramosum L .................. 592
rigidum Jacq................ 591
—
strobiliferum G riseb... 592
tereti folium S w ........... 594
—
umbellatum S w ........... 592

E p id e n d r o n vincenlinum L in d l.... 593
Epicar...................................................
27
Epinard bord-de-mer............................
51
Epinard de Cayenne..............................
49
Epinard doux........................................
49
Epinard rouge.......................................
58
E p i s c i a m elillifolia Mart.................. 431
—
pulchella Murt..................... 431
E r a g r o s t i s ciliaris L k ..................... 502
—
gigantea T r in .............. 50-1
—
pilosa P. Beauv............ 502
plumosa L k .................. 502
—
proliféra Steud............ 501
—
replans N ees................ 502
E r a n t h e m u m bicolor Spreng..........
429
—
nex'vosum R. B r ....... 429
E r e c t i t e s h ieracifolia Rail-.............. 374
—
præalta Rail'..................... 374
E r i g e r o n bonariensis L ..................... 360
Canadensis L ..................... 360
—
cuneifolius DC................... 359
—
Jamaicencis L.,......................359
—
sjiathulatus V a h l.............. 359
E r i o b o t h r i a japonica L in d l............
261
E rio c h lo a p itn c ta ta Hamilt.............. 513
E r io d e n d r o n anfracttwsum DC___
80
E r i t h a l i s angustifolia D C ................ 339
—
fruticosa L ......................... 338
E r n o d e a liltoralis S w ....................... 347
E r y n g i u m fœtidum L ..................... 324
E r y t h r i n a Amasica Spruce............
229
—
corallodendron L ........... 217
—
indica Lam ..................... 218
ERYTH RO XYLÉES..............................
109
E r y t h r o x y l o n areolalum Poep....... 110
—
coca L ....................... 110
—
havanense Jacq........
110
—
obtusum Desc........... 109
—
squamatum Vahl___ 110
E t h u l i a sparganophora L ................ 350
E u c h a r is amazonica Linden..........
562
—
grandiflora Planch......... 562
E u t e r p e edulis Mart.......................... 495

�(530

PLANTES

E u g e n ia albicans R ic h .....................
aromatica Baill...................
axillaris W illd ...................
baruensis Balb............ 207,
__
broc hyslach ga Berg............
_
ch n/sobolano ides 1) C..........
_
eoffeifolia D C .....................
_
distycha Bello.....................
__
Duchassaingiana Berg . . . .
_
Dussii Kr. et Urb...............
_
emarginata Macf..........
_
ferniginea G riseb..............
__
floriblinda W est.......... .
_
fragrans W illd ...................
__
Gregii Poir..........................
—
grypospenna Kr. et U rb ...
_
Giladahvpensis DC..............
_
Jambos L ............................
_
javanica Lam.......................
—
Lambertiana D C ................
__
ligustrina W illd ..................
__
__
—
—
—

TABLE

DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

Michelii Lam.......................
monticola D C .....................
nigro-punclata L ................
octopleara Kr. et U r b .........
psendopsidium Jacq...........

E u p a t o r iu m Guadalupense Spreng..
—
inlegri folium Lam .......
iresinoides IL B. Kth . .
—
ivwfolium M a i l ...........
—
maerophyllum L .........
—
odoratum L ..................
—
paniculalum Schrad.. .
populi folium Mart.......
—
punctatum L ................
Sieberianum DC..........
sinuatum L a m .............
—
triplinerve V a h l...........
—
urlicæfolium Hb. Banks
—
Vahlianum U rb...........
E u p h o r b ia Berleroana Balb............
buxifolia L a m ..............
Dussii Kr. et Urb..........
—
geniculala O r t ..............
—
heterophylla I...............
—
hirta L ...........................
—
hyperici folia 1...............
—
linearis R etz..................
—
petiolaris Sims..............
pilulifera I ....................
—
Preslii G uss..................
—
pros Irai a Ait..................
—
pulcherrima W illd .......

208
275
270
270
272
209
273
273
271
270
274
273
273
274
272
271
271)
274
275
270
269
274
268
269
270
273
270
073

__

smaragdina Berg................
—
Tapacumensis B erg...........
—
Trinitatis D C .....................
—
uniflora L ............................
E u c a ly p t u s amyydalina Labill.......
grandiflora L 'H é rit. . . .
—
E u p a to r iu m Ayapaaa Vent............
—
brachialum W ick sl....
—
canescens V a h l............
celtidifolium L a m .......

—
verticillata P o ir ............
E u p h o r ia Litchi C om m ers..............
E v e l y n a capitata Poepp...................
E v o l v u l u s linifolius L .....................
—
nummullarius L .........
—
sericeus Sw .....................
E x c æ c a r i a bicolor H ass................
—
caribæa Griseb............
—
lucida S w ....................
E x o s t e m m a ceribæum R. S .........
floribundum R. S ----

270
271
269
268
276
276
276
356
354
355
356

350
.155
355
355
354
356
353
335
355
331)
350
354
43
42
44
44
44
42
43
41
45
42
43
42
45
42
43
124
595
442
442
40
40
39
333
333

F
F a g a r a microphylla Desf.................
—
pterola L ..............................
F a r a m e a odoralissima DC..............
Farine chaude.......................................
Farine à zom h i.....................................
Faux ipéca ............................................
Fenouil
F E S T U C É E S ...................................

139
139
377
341
25
25
346
325

Fève de T o n k a ....................................
F ic u s carica I....................................
—
—
—
—
—

clastica I.................................
lauri folia Lam .......................
lentiginosa Vahl.....................
martinicensis W illd ..............
métallica H o r t.......................

226
155
154
155
153
154
154
155

DES MATIÈRES

631

Fleur d’amour........................................
317
Fleur c o ra il................................
Fleur jaune............................................ 420
Fleur jaune montagne............................. 370
Fleur jaune savane.................................. 428
Fleur de m a i..........................................
583
Fleur montagne......................................
377
Fleur de paon.......................................... 230
Fleur rouge montagne............................
408
Fleur du Sacré-Cœur.............................. 210
Fleur trois couleurs................................ 290
Fleur trompette..............................
408,501
Fleur vanille.......................................... 450
Fleurit-Noël.......................................... 354
F l e u r y a sasluans Gaud.....................
100
Follet femelle...............................
402
F o r e s t i e r a rhamni folia Griseb....... 391
Fougère......................
22, 254
F o u r c r o y a gigantea Vent................ d58
Framboise.............................................. 200
Framboisier.......................... 200, 275, 287
Framboisin . . . . ............................... 250,2;&gt;7
Frangipan blanc.............................. 395,390
Frangipanier blanc................................ 395
Frangipanier jaune................................ 390
Frangipanier rou g e............ /............... 395
F r e z i e r a cordata T u l.......................
90
—
uridulata S w ........................
90
Fromager..............................................
86
Fromager m apou..................................
81
Fruit à pain..........................................
455
F u i r e n a umbellata Rott...................
548
Flambeau caraïbe...................................
138 Fuchsia................................................. 285
Flambeau noir........................................ 138 Fuchsia des bois................................... 432
Fuchsia m ontagne................................ 432
Flamboyant................................... 230, 231
Fuchsia sauvage..................................... 432
F l e m i n g i a strobilifera■R. B r ......... 200

Figue banane....................................... 578
— Cacanhourg................................. 578
— café............................................. 578
— cochon........................................ 578
— Jacob.......................................... 578
— naine.......................................... 578
— pomme........................................ 578
— prune.......................................... 578
— Raimbaud................................... 578
— r o s e ............................................ 578
— verte............................................ 578
— vipère.......................................... 578
Figuier à agouti...................................
158
Figuier Arabe...................................... ' 321
Figuier blanc........................................
154
Figuier de Fran ce................................ 155
Figuier grand'feuille..............................
154
Figuier hêtre........................................
321
Figuier maudit........................
54, 99, 154
Figuier maudit marron...........................
99
Figuier maudit montagne........................
99
Figuier petite feuille...............................
loo
Filao.............................................
190, 191
F i m b r i s t y l i s autumnalis R.et Sch. 546
—
capillaris Âs. Or......... 547
—
ferruginea Val il......... 547
—
oblusifolia K th .......... 547
—
polymorphci Boekêler. 540
—
spadicea V ah l............ 540
—
spathacea Vahl........... 547
F l a c o u r t i a cataphrala R oxb ..........
b&gt;
—
Ramoutchi L’H érit.......
15

G
Gagne-petit.............................
G aïac......................................
Galba......................................
G a l a c t i a angustifolia K th ..
—
filiformis Benth ..
—
longiflora A r n ... .
G a liu m hypocaipium Endl.
G a r c i a nulans R oh i............
G a u l t h e r i a buxifolia W illd
G e n d a r u s s a vulgaris Nees.
Génipa,...................................
G e n ip a americana I............

470
137
103

210
210

210
350
29
14-4
430
329
330

Génipayer...............................
Godapaïl.................................
G e n t ia n a uniflora Griseb ..
—
verticillala L . . . .
G e o n o m a vaga W e n d l.......
G e o p h ila reniformis Don ..
G é r a n iu m odoralissimum T.
Gérolle m are..........................
Gigiri.......................................
Gingembre..............................
G irollier.................................
Girofma...................................

329
483
402
401

491
346
1133
272
429
583
275

110

331

�G œ th e a slrictiflora Nees et Mart
Gombo.
Gombo bâtard___
Gombo chanvre..
Gombo de nuit....
Gombo grand bois
Gombo mangle .. .
Gombo musqué.....................................
73
Gombo rivière.......................................
74
Gombo savane.......................................
Gommier barrière.................................
Gommier blanc............................
18:2,
Gommier rouge.....................................
G o m p h ia lotxgifolia Desc.................
98
—
nitida S w .........................
97
G o m p h r e n a glnbosa f.......................
54
G o n o lo b u s martinicensis D cne....... 400
G o n z a le a spicata DC......................... 332
GOODÉNIACÉES.................................. 378
G o s s y p iu m arborescent L ................
78
G o u a n ia domingensis L ...................
93
Goutte de sang.............................. 374, 406
G oyavier....................................... 261, 262
Goyavier bâtard... 206, 266, 270, 272, 339
Goyavier bois................................
128, 264
Goyavier fraise....................................... 262
Goyavier grand bois.............................. 273
Goyavier montagne......... 96, 266, 274, 276
Goyavier petite feuille........................... 264
Goyavier prune..................................... 262
Goyavier queue de rat........................... 266
Goyavier rose......................................... 287
Graine bleue.................................
287, 390
Graine bleue montagne......................... 390
Graine dorée......................... 144, 346, 347
Graine d’église....................................... 204
Graine à perdrix...................................
344
Graine é perruche................................ 328
Graine rouge................................. 343, 344
Graine rouge montagne........................
344
Graines vertes...............................
143, 149
Graines violettes...................................
126
G r a m m a d e n ia parasilica G riseb.. 382
Grand baume................................ 454, 457

Grand branda.......................................
334
Grand collant.........................................
54
Grand cosmaya.....................................
12
Grand cousin.........................................
71
Grand cousin bois..................................
89
Grand flamboyant.................................. 290
Grand fo lle t...........................................
8
Grand framboisier................................
260
Grand framboisin.................................. 454
Grand gingem bre.................................. 581
Grand lis blanc.....................................
560
Grand lis rou ge..................................... 559
Grand mahot cou sin ............................. 259
Grand’oreille mouton..............................
352
Grand’oseille.........................................
78
Grand pourpier......................................
46
Grand roseau......................................... 501
Grande guimauve.................................... 354
Grande marguerite.......................
352, 426
Grande ortie........................................... 161
Grande ortie des bois............................
163
Grande sauge......................................... 361
Grande savonnette................................ 225
Grande violette.....................
206, 351, 355
G r a p t o p h y llu m hortense Xees....... 425
Gratte-jambe......................................... 246
Gros balai..............................................
233
Gros baume........................................... 457
Gros b ouis.......................................
384
Gros bouton.................................. 368, 460
Gros chiendent.............................. 513, 514
Gros cousin............................................ 364
Gros curage........................................... 496
Gros-fort................................................ 358
Gros lins rouge...................................... 560
Gros m illet............................................. 531
Gros pompon......................................... 460
Gros thym..............................................
455
Gros du thym......................................... 456
Groseille................................................
77
Groseille de la Barbade.........................
319
Groseille de Guinée...............................
78
Groseille du pays.................................... 319
Grosse cerise......................................... 113
Grosse figu e........................................... 578
Grosse herbe grasse..............................
497
Grosse mal-nommée..............................
44
Grosse m au ve.......................................
67
Grosse merise................................ 268, 271
Grosse oreille.........................................
41
Grosse prune-café................................
15
Crosse sapote......................................... 387

H a b e n a r i a alala Ilook....................
—
maculosa L in d l............
H æ m a t o x y l o n Campeckianum L . .
H a m e l i a païens Jacq........................
Haricot bâtard......................................
Haricot blanc........................................
Haricot marron....................................
Haricot ordinaire.................................
Haricot rames......................................
Haricot sabre........................................
Haricot te r r e ........................................
H a s t i n g i a coccinea Smith................
Haut b o is .............................................
H e b e c l i n i u m macrophyllum D C ...
H e c a s t o p h y llu m Brownei Pers....
—
monelavia I )C . . .
H e d y c h iu m coronarium Kœnig___
—
flavum W a ll................
—
Gardnerianum W all ..
H e d y o s m u m arbocescens Sw...........
H e i s t e r i a coccinea Jacq...................
H e le n iu m quadridentatum L ab ill...
H e l e o c h a r i s Dussiana Boekeler___
capitata R. Br.............
—
chætaria Boekeler . . . .
—
maculosa R. B r..........
—
planlaginea R . B r .. . .
—
punctulata Boekeler...
—
spiralis R. Br..............
H e lia n t h u s tuberosus L ...................
H e l i c o n i a Bihai L. S w .....................
cannoidea A. Rieh...........

607
607
226
331
226
214
208
214
214
215
214
470
328
353
222
222
582
583
583
180
326
372
545
545
544
545
545
544
545
360
379
581

H e l i c o n i a caribæa Lam ...................
579
luteofusca Jacq................ 379
—
psittacomrn L .................. 580
H e l i c a r p u s americanus L ..................
90
H e lo s c ia d iu m leptophyllum DC . . . 325
H e lio t r o p iu m curassavicum L ....... 453
—
fruticosum L ............ 453
indicum L ................ 452
parviflorum L ......... 452
peruvianum L ......... 453
H e l m s k i o l d i a coccinea R e tz........... 470
H e lo s is guyanensis Hook.................
326
H e m e r o c a l l i s /lava L ...................... 562
fulva L ..................... 562
H e n r i e t e l l a Dussii Cogn.................. 277
—
laterifloraTriana.......... 277
Herbe z’aiguille.............................. 368, 369
Herbe /'aiguille liane............................ 368
Herbe am ère....................... ................. 413
Herbe z’amitié....................................... 443
Herbe à l'angine..................................
461
Herbe argentée ..................................... 353
Herbe à bambou................................... 517
Herbe à blé................................... 519, 522
Herbe blanche................................ 49, 353
Herbe à bonhomme.............................. 528
Herbe à bordures.................................. 162
Herbe à bouc...............................
384, 448
Herbe à bouquets.................................
502
Herbe àcabrit........................................ 518
Herbre cabrit...............................
510, 518
Herbe c a fé ............................................ 511

�634
Herbe à

PLANTES

DF,

LA GUADELOUPR

calalou ................................

413

Herbe à la chance............................
Herbe chandelle..............................
Herbe charpentier............................
Herbe aux charpentiers.....................
Herbe chapeau......................... 459,
Herl&gt;e à chat....................................
Herbe à cheval........................... .. - ■
Herbe aux chevaux...........................
Herbe cheveu........................... 544,
Herbe à cheveux....................... 544,

^*4
51509
ok&gt;
552

H erbe à cinq c ô t e s .....................................

386

Herbe collant...........................

483
460
426
426

°^6, 527

H erbe contre fiè v re ......................................... 356

Herbe à cornettes..................... 348,
Herbe côtelette................................
Herbe coton....................................
Herbe couchée...............................
Herbe à couleuvre...........................
Herbe coupante...............................

349
278
373
444
458
554

171, 306
Herbe à courresse........................
Herbe courèze................................. 471
444
Herbe à couronne............................
Herbe à couteau 540,541, 542, 550, 554, 555
553
Herbe couteau.................................
52
Herbe à crabes.................................
Herbe à dartres................................ 234
Herbe d’eau.................................... 472
357
Herbe à dinde.................................
Herbe droite.................................... 507
Herbe à l'encre................................ 366
262
Herbe enivrante......................
495
Herbe à enivrer...............................
Herbe étang..................................... 472
Herbe à éternuer.............................. 440
Herbe à femme................................ 366
371
Herbe à feu............................
Herbe fine. 507. 508, 509, 510, 549, 523, 544
523
Herbe fine femelle...........................
Herbe fine mâle................................ 522
404
Herbe fragile...................................
509
Herbe gazon....................................
Herbe graine z’oiseaux....................... 459
Herbe grand bois.................................. 332
Herbe grand Jean.................................
50
Herbe grasse........................................
498
Herbe grasse des bois..........................
496
Herbe grise...........................................
442
Herbe de Guinée................................... 519
Herbe de Guinée bâtard....................... 519
Herbe Lhalliers............................ 442, 455
Herbe à lain e....................... 506, 543, 532

RT

DE LA

MA R I I NI QUE

Herbe à lapin................................ 374, 375
Herbe au long case................................
49
Herbe à long cou...................................
468
Herbe à macornet.................. 247 , 248 , 249
Herbe madame Bihoret........................ 380
Herbe madame Boivin.........................
398
Herbe madame Lalie...........................
459
Herbe madame Villaret........................ 467
Herbe M adeleine..................................
207
Herbe mal aux dents............................. 371
Herbe à malingres.........
............. 329
Herbe mal tète............
290, 324, 472
Herbe mare..................
............. 479
Herbe à méchant.........
• ............
456
Herbe mélisse..............
434, 456
Herbe à miel ... '..........
............. 431
Herbe à miel bâtard---. . . 289, 456
Herbe à mouches..........
............... 460
Herbe à mouton...........
............. 509
Herbe à mouton femelle.
............. 540
Herbe mouton..............
............. 458
Herbe muraille............
............. 542
Herbe à mulet..............
......... 26, 33
Herbe aux ortolans........
............. 398
Herbe à ouate..............
. . . 529, 530
Herbe panache..............
............. 531
Herbe à panache...........
............
455
Herbe panachée...........

Herbe de Para...................................... 518
Herbe au pauvre homme..................... 530
Herbe à pians....................................... 452
Herbe pilori.......................................... 352
Herbe piment....................................... 165
Herbe piment vache.............................. 165
Herbe piquante..................................... 526
Herbe à pique............................... 272, 273
Herbe à pique bâtard................... 375, 431
Herbe à pisser....................................... 353
Herbe à plomb..................................... 463
Herbe à poc.......................................... 411
Herbe poison............................... 33(5, 378
Herbe pou bois..................................... 324
Herbe à pou bois................................... 323
Herbe aux poules de Guinée................
31
Herbe poule mâle................................. 526
Herbe puante............... 235, 324, 467, 468
Herbe puante bâtard............................ 235
Herbe queue blanche............................ 533
Herbe queue de renard................ 506, 516
Herbe queue de souris......................... 528
Herbe rasoir......................... 541, 542, 554
Herbe rasoir mâle................................ 550

..

289, 263, 364, 377,
427, 506, 519,

Herbe savon.
Herbe scorpion.
Herbe sèche.
Herbe à soies................................

372,

Herbe soleil............... 136, 366,
Herbe aux sorciers ..................
Herbe soyeuse.
Herbe sûre.
Herbe sûre femelle.
Herbe sûre mâle.
Herbe tchacha..........................
Herbe à terre.
Herbe à thé
Herbe à Trérnenl
Herbe à vache.
1lerbe à vache mâle..................
Herbe à vache noire.
Herbe de Vauchelet
Herbe à verrues.
Herbe à vers.......
Herbe de la Vierge.
Herbe vulnéraire
Hérisson blanc
H e r i t i e r a l i t t o r a li s Ait.
H e r n a n d i a sonora L
H e r p e s t i s M o n i e r i a H. B. Kth.
H e r r a n i a a lb i/ lo r a Goudot.
Herse.

368,
353,

H e t e r o p t e r i s p l a t y p t e r a DC.

—

p u ip u r e a

Kth

H e v e a g u i a n e n s i s Aubl.
H ib is c u s a r b o r e s c e n s Desc

—
—
—
—

Cav
Desc.
c a n n a b i n u s L.
C o o p e r i Hort..

b i f u r c a lu s
B û i'y a n u s

192,

288,

�TAULE DES MA'ITEIIES
636

PLANTES

DR

LA

GUADELOUPE

ET

DE

LA

637

MARTI NI QUE

I
I b a t e a muncala Griseb...................
Icaque.......................................... 257 ,
laïque grand bois.................................
Icaque montagne.................................
Icaque poileux......................................
Icaque poilu..........................................
Icaquier...............................................
I c i c a heptaphylla Aubl.......................
Igname bamboche bâtard.....................
Igname bâtard.............................. 564,
Igname blan c.......................................
Igname bonda.......................................
Igname carême.....................................
Igname Cayenne..................................
Igname d’e a u .......................................
Igname grand bois...............................
Igname grand monsieur.......................
Igname jaune grosse tète.....................
Igname m arron...................................
Igname monsieur.................................
Igname ouaoua............................ 566,
Igname pas possible..............................
Igname portugaise.......... .................
Igname Saint-Martin............................
I l e x dioica G riseb................................
— monlana Griseb........................
— nilida G riseb...............................
— sideroxyloides Griseb................
ILLIC IN É E S.........................................
I l l ic iu m anisalum L .........................
Immortelle............................................
Immortelle blanche ..............................
Immortelle grande................................
Immortelle jaune..................................
Immortelle rouge.................................
I m p e r a t a caudata T iin ....................
—
contracta II. B. Kth.........
Indigo...........................................
194,
Indigo bâtard.........................................
Indigo vrai............................................
I n g a coruscans W i l l d .......................
—
Guadalupensis Desv..................
—
ingoides W illd ...........................
—
laurina W illd ............................
—
Martinicensis Presl...................
—
Saman W illd ............................
—
tergemina W illd .......................
Io n id iu m linearifolium V en t...........
—
stiûctum W illd ..................

-400
258
258
258
258
258
15
182
566
565
564
566
566
566
564
565
566
566
565
566
567
566
564
564
150
449
149
149
148
2
54
53
28
209
53
533
533
195
49-4
494
255
254
256
255
255
254
253
47
47

Ionopsis u t r i c i d a r i o i d e s Lindl........
Ipéca bâtard............................. 348,
Ipéca noir........................................
Ipom ea a c e t o s if o li a R. S.................
—
b o n a - n o x L .......................
—
c o c c in e a L .........................
—
d is s e c t a Pursch.................
—
f a s t i g i a t a S\v....................
—
f i l i f o r m i s Jacq...................
—
h e d e r a c e a Jacq..................
—
M a r t i n i c e n s i s G. F. W. Mey.
—
m o l h c o m a Miq...................
—
N i l Roth ..........................
—
p a l m a l a Forsk...................
—
p e n d u l a R. B r ..................
—
p e n t a p h y l l a Jacq................
—
p e s - c a p r æ L.......................
—
q u a m o c li t L ......................
—
r e p a n d a Jacq....................
—
s e t i f e r a Poir......................
—
s i n u a t a Ortega..................
—
t r i lo b a L............................
—
t u b a G . Don......................
—
t u b e r o s a L .........................
—
u m b e l l a t a G . F. W. Mey.,.,
—
v e n t r i c o s a Chois.................
Iresin e c e lo s o id e s Moq...................
—
e l a t i o r Rich.......................
—
H e r b s t i i Ilook..................
—
v e r m i c u l a l a Moq...............
IR1DÉES........................................
Iris de Florence...............................
Ir is M a r t i n i c e n s i s L .......................
Iris tigré................................
Iach n e a r u n d i n a c e a Griseb.............
—
r i g e n s Trin........................
Ischæ m opogon l a t i f o l i u s Griseb,..
Ischæ m um l a t i f o ü u m Kth............
Ischnosiphon n e m o r o s u s S\v........
Isoch ilu s l i n é a r i s é . Br.................
Isotom a lo n g iflo r a Presl...............
Ix o r a B a n d h u c a Roxb..................
— b la n d a Ker-Gawl..................
— c o c c in e a L ............................
— f e r r e a Benth.........................
— o d o r a t a Hook.......................
—
P a v e t t a Roxb.......................
— s a l i c i f o l i a DC.......................
— t e r n i f o l i a Cav.......................

601
424
3(56
-438
-434
4-40
435
436
439
444
439
438
444
440
440
438
438
440
439
437
435
437

-434
435
438
434
55

J a c a ra n d a filic i folia G. Don..........
J acq u em on tia tant ni fo lia Griseb..
—
violacea Chois........
J a cq u in ia a rista la Jacq.................
—
a rm illa ris Jacq...............
—
ru scifolia Jacq...............
Jam b osa M alaccensis DC...............
—
vu lg a ris DC......................
J a n ip h a m a n ih o t Kth......................
Jasmin bâtard......................................
Jasmin blanc.......................................
Jasmin bois................................ 334
Jasmin des bois...................................
Jasmin à bouquet................................
Jasmin grand bois..............................
Jasmin odorant....................................
Jasmin sauvage....................................
Jasmin trompette................................
JASMINÉES........................................
Jasn im um a zoricu m 1.....................
g ra n d iflo ru m L ..........
h u m ile L ......................
m u ltiflo ru m Andr........
pubescens Willd............
—
Sam bac Ait...................
u n d u la tu m Ker-Gawl...

55

55
56
567
583
567
568
523
524

532
533

27
J a tro p h a Curcas I..................
—
dulcis Banks............ . 28 29
26
—
qossy p ifolia \...........
hast ata Jacq............
26
26
—
in le g e rrim a Jacq....
m a n ilto l 1................
28
26
—
m u ltifid a I...............
—•
p a n d u rifo lia Andr...
26
27
—
p o d a g ric a Hook.......
47
Jaune d’œuf................................
Jonc............................................
104, 144
105
José vrai.....................................
240
Jonezia A/.oca Roxb.....................
Jububier.....................................
94
292
J u ssie u a erecta 1.....................
292
—
lin ifo lia Vahl...........
—
p a lu stris Miq..........
292
291
—
su ffru licosa L ..........
427
J u s tic ia A d h atod a I................
—
Caracassana Sieb.......
427
—
C arth a ginensis Jacq..
426
426
—
eustachiana Jacq . . ..
424
—
m a rtin ice n s is Sieb ...
—
p icta I........................
425

423
444
442
384
383
384
27-4
274
28
447
392
340
417
392
447
392
448
421
392
392
392
392
392
392
392
392

K
K a e m p f e r i a lo n g a Jacq...............
Kaïmitier.......................................
Kaïmitier blanc..............................
Ivaïmitier bois...............
Kaïmitier noir.................................
Kaïnitier.........................................
Ivaratas..................... 558, 559, 569,
Kénépier.........................................

583
385
384
385
385
385
570
123

Ivénettier.........................................
Ivoumarré.......................................
K l e i n h o v i a f r u l i c o s a A. I)C..........
K y l l i n g a I tr e v ifo lia Rottb..............
—
c æ s p it o s a Ness................
—
o d o r a t a Vahl..................
—
s q u a m a t a Vahl...............

423
273
397
543
543
543
543

Laitron épineux..............................
Laitue sauvage.......................... 374,
La mal nommée vraie......................
La neige.................................
Langue à bœuf..................................
Langue à bœuf femelle.......................
Langue à chat...................................

375
375
42
25
475
352
354

520
548

L

378
340

340

La douce-amère..............................
L a g e n a r i a v u lg a r is Ser...............

454
376
443
308

340

L a g e r s t r œ m i a in d ic a L ................

294

L ............
L a g u n c u l a r i a r a c e m o s a Griseb ...

294
285

340
340
340

340
340

LABIÉES.......................................
L a c t u c a s a tiv a L .........................

r é g im e

�638

PLANTES

DE LA

GUADELOUPE

Langue à vache................................
Langue à vache femelle....................
Larme de Job..................................
L a n ta n a C a m a r a I.......................
—
c r o c e a Jaeq....................
—
in v o l u c r a t a L .................
L a ta n ia b o r b o n ic a Lam...............
Latanier...........................
Laug^eria r e s in o s a Vahl.................
Laurier avocat................................
laurier bord-de-mer........................
Laurier caillé...................................
Laurier canelle................................
Laurier caraïbe................................
Laurier Chypre................................
Laurier à cerise..............................
Laurier doux...................................
Laurier falaise................................
Laurier line..................... .
301,
Laurier gland.................................
Laurier gombo................................
Laurier Isabelle..............................
Laurier Isabelle rouge.......................
Laurier madame.............................
Laurier n oir.............
Laurier rose............................. 397,
Laurier rose montagne.....................
LA URINÉES...................................
Lavande..........................................
Lavande blanche.............................
Lavande grand bois.........................
Lavande rouge ................................
L a w s o n ia in e i'm is L ....................
L e b id ib ia c o r ia c e a Schlechl..........
L e c y th is g r a n d i/ lo r a Aubl............
L e e r s ia m o n a n d r a Sw..................
LÉGUMINEUSES.............................
Lem n a p a n c i c o s la la Hegelm.........
— v a ld i v i a t i a P b il..................
LENTIBU LA RIÉES..........................
Lentille sauvage..............................
L’envers femelle..............................
L’envers mâle..................................
Leo ch ilu s c o c h le a r is L in d l..............
Leonu ru s s i b i r i c u s L . ..................
L eo n o tis n e p e l æ f o l i a R. Br...........
Lépiné blanc......... .........................
Lépineux blanc................................
Lépineux jaune................................
Lépineux rouge........................ 138,
L e p ta c tin ia M a n n i i llo o k ..............
L e p id a g a th is a lo p e c u r o i d e a Willd.

352
362
434
h&gt;3
464
464
487
487
338
298
1302
304
298
389
301
300
301
304
302
303
300
302
301
302
303
608
008
297
583
580
580
581
291
231
276
504
192
484
484
380
207
568
567
600

459
460
141
141
141
140
331
424

ET

DE LA

MARTI NI QUE

TAREE

L e p id iu m I l e r i s Desc.......................
v i r g i t i i c u m L ..................
L e p t o c l i l o a f i l i f o n n i s R. et S c h .. . .
v i r g a l a P. Beauv.........

9
9
507
507

L e r y a nutans U C ..............................
Letehi....................................................
Liane à agoutis.....................................
Liane aile à ravets................................
Liane amande a m è re ...........................
Liane a m è re .........................................
Liane d’argent.......................................
Liane d’argent bâtard...........................
Liane bamboche....................................
Liane bamboche bâtard.......................
Liane barrique............. 222, 223, 256,
Lianes à barriques.......................
222,
Liane à barriques bord-de-mer............
Liane berceau.......................................
Liane bord-de-mer..............
114, 440,
Liane blanche....... 49, 141, 150, 151,
Liane blanche m ontagne......................
Liane à bœuf.........................................
Liane boudin tordu..............................
Liane brûlante........................
36, 95,
Liane b rû lée.........................................
Liane caco.............................................
Liane canot ou liane à canot................
Liane caraïbe................................ 116,
Liane à caoutchouc..............................
Liane à chasseur..................................
Liane cercle ou liane à cercle..............
Liane â chique..............................
451,
Liane à chique poilue...........................
Liane de Chine.....................................
Liane colibri m ontagne.......................
I.iane corde...................... 7, 204, 398,
Liane à corde...............................
115,
Liane à cornette....................................
Liane â couleuvre................................
Liane à courtine..........................
Liane crabe ou liane à crabes....... 151,
Liane douce...................
95, 316, 436,
Liane douce bord-de-mer.....................
Liane douce jau n e................................
Liane à eau ................................ 1, 95,
Liane à l’en cre.....................................
Liane à fa u x .........................................
Liane fer à ch e v a l................................
Liane ficelle...........................................
Liane fleurs violettes.............................
Liane l'rarnboisin......... .........................
Liane franche........................................

375
124
421
115
434
316
434
434
563
7
257
256
222
438
435
434
334
475
240
479
94
117
422
451
461
408
466
452
450
429
335
421
378
344
312
434
421
437
434
438
338
312
437
315
.‘105
438
74
476

639

DES MATI ÈRES

Liane gaufre....................................... 358
Liane gros boudin............................... 433
Liane liai lier....................................... 347
Liane â hébichet.................................. 479
Liane jaune......................................... 430
Liane à lait.......................................... 393
Liane lilas............................................ 413
Liane mangle.............................. 149, 396
Liane à malingres............................... 437
Liane molle.........................................
95
Liane noire.......................... 115, 400, 451
Liane â noyau..................................... 435
Liane ortie..........................................
41
Liane ouaou....................................... 241
Liane à paniers.................................. 421
Liane papaye.......................................
39
I.iane pâques .....................................
19
Liane patate........................................ 439
Liane Pentecôte.................................. 466
Liane perruche....................................
7
Liane à perruche................................ 328
I.iane persil.. 118, 119, 120, 138, 477, 610
Liane poilue.............................. 4, 36, 41
Liane pomme...................................... 407
Liane porcelaine................................. 401
Liane quinze jours............................
7
Liane à ravets.. . ............................... 116
Liane razier bord-de-mer.................... 440
Liane réglisse..................................... 205
Liane à réglisse.................................. 204
Liane à remède....................................
7
Liane rouge ................................. 150, 376
Liane rude........................................... 466
Liane Saint-Jean..........................
466
Liane sans fin...................................... 306
Liane savon................................... 93, 118
Liane à scie......................................... 419
Liane sèche......................................... 34/
Liane serpent...................... 359, 400, 435
Liane terre.......................................... 3r/
Liane à tonnelle.................................. 435
Liane tordue................................ H»8, 358
Liane trompette.................................. 407
Liane â vache....................................... 400
Liane violette.......................................
Liane zamande.................................... *f)9
Licaniapyri/'ohrt Griseb................. 259
—
Ternatensis Hook...............
259
L ic u a la spinosa Thunb.......... "■ •••• 49;&gt;
Lilas grimpant..................................... 413
Lilas du pays............................... *26, 127
562
L iliu m lo n g iflo ru m l'hunb..........

Lim nanthem um

I J v m b o ld li a n u m

Griseb...........
Lim nobium s t o l o n i f &amp; 'u m Griseb...
Lim n och loa p l a n t a g i n e a P. Beauv .
—
s p i r a l i s Nees............
Lim odorum p e n d u l u m Aubl.........
Lim on ia t r i f ’o l i a l a L .....................
Lin bâtard................................ 372,1
L in o c ie ra c a r ib a æ S w ..................
L ip p ia c i t r io d o r a Kth...................
—
g e m i n a t a Kth....................
—
n o d i/ lo r a Rich..................
—
r e p l a n s II. B. Kth...............
Lis blanc.........................................
Lis à bordures.................................
Lis de France..................................
Lis à l’huile....................................
Lis jaune savane..............................
Lis panaché— *...............................
Lis rouge.......................................
Lis de Saint-Joseph..........................
Lis savane............ -.........................
Lisian th u s f r i g i d u s S w ...............
Liseron bleu............................. 441,
Liseron hallier.................................
Liseron rampant..............................
Liseron rouge..................................
Liseron savane............... ......... 439,
Litchi.............................................
L ith o p h ila m u s c o id e s Sw.............
L o b e lia c i r s i i f o l i a A. UC...............
—
c li f f o r t i a n a L ....................
—
c o n g lo b a ta A. DC..............
—
/ la v e s c e n s A. DC...............
—
p e r s i c æ f o li a A. UC............
—
s t r i c t a A. D C....................
Lonch ocarpu s l a l i f o l i u s Kth........
—
s e r ic e u s Kth.........
—
v i o la c e u s Kth.......
Loran th u s a m e r i c a n u s Jacq.........
—
e t n a r g i n a lu s S w .........
—
p a r v i f l o m s Lam.........
u n i f lo r u s Jacq............
L o u rea v e s p e r t i lio n is Desv............
Lucuma D u s s i a n a Pierre...............
—
m a n i m o s a Gært...............
L u ffa a c u t a n r ju la Roxb..................
— a e g y p t i a c a Mill.....................
— c y l i n d r i c a Roxb....................
L ycop ersicu m c e r a s if o r m e Dun...
—
e s c u le n lu t n Mill....
LYTHRARIÉES..............................

I

�640

PLANTES

UE

LÀ GUADELOUPE

ET

DK

LA

MARTI NI QUE

TABLE
M apou

M
14
Mabouia .........................................
44
Mabouia falaise................................
Mabouge................................... 13, 503
Macatta...................................... 247, 248

247, 248
Macatta jaune.................................. 230
Macatta bourse...........................

M achæ rina r e s tio id e s Vahl........... 549
M a clu ra x a n t h o x y l o i d e s Endl........ 459
Madère.......................................... 482
Madère bâtard................................. 482
57
Magloire.........................................
57
Magloire blanc.................................
2
M agn olia g r a n d if lo r a S w ................
2
—
P l u m i e r i S w ..................
2
MAGNOLIACÉES............ a .............
Mahogani du Sénégal....................... 130
Mahot anglais.................................. 428
84
Mahot baba.....................................
Mahot blanc.................................... 449
Mahot bord-de-mer.......................... 448
Mahot bré....................................... 446
89
Mahot cousin...................................
Mahot cousin rouge.........................
89
Mahot fin....................................... 447
Mahot franc..................... ..............
79
Mahot gombo...................................
72
Mahot jaune....................................
79
Mahot mangle.................................
72
Mahot noir.......................... 87, 447, 448
Mahot piment................................... 297
Mahot pimenté................................. 297
Maïs.............................................. 434
M a la ch ra a l c i f o l i a Jacq...............
70
—
c a p it a t a L ....................
69
—
f a s c i a t a Jacq............... .
70
Maladrièrc...................................... 334
Malanga.......................................... -480
Malanga bâtard........................ 480, 481
Malanga cochon........................ 480, 484
Malanga d'eau................................. 478
Malanga gratter.............................. 478
Malanga poison................................ -480
Malanga rivière................................ 478
Malanga sauvage.............................. 481
M A L A X ID É E S .......................... 588
Mâle codinde...................................
34
Mâle foin........................................ 503
Malimbé................................... 477, 478

lélé.....................................

Mapou n o ir ........................................

Mal nommée.........................................
48
Mal nommée fine..................................
43
Mal nommée verte................................
42
Maloko...................................................
12
M a l p i g h i a angustifolia L ................ 113
corrigera L ..................... 114
—
glabra Cav...................... 113
punici folia L .................. 113
«ren s L ........................... 413
M ÀLPIG IIIAC É E S................................
110
M a l v a aniet'icana L ...........................
63
—
coromandéliana Sw ..............
63
—
polystachya Cav....................
62
MALVACÉES.........................................
62
M a l v a s t r u m spicatum Griseb.........
62
—
tricuspidalum As. Gr.
63
Mamain..................................................
3
M a m m e a americana L ....................
102
—
h um ilisV ahl...................... 102
Mancenillier...................................... 37, 38
M andarine.............................................
132
M a n e t t a calycosa Griseb.................. 334
M a n g i f e r a indica L .........................
187
Mangle...................................................
222
Mangle blanc......................................... 275
Mangle b ois........................................... 295
Mangle chandelle..........................
292, 293
Mangle g r is ........................................... 295
Mangle m éd aille........................... 221, 222
Mangle montagne..................................
99
Mangle n o ire ......................................... 292
Mangle r o u g e ....................... 292, 293 , 295
Mangle oseille.......................................
123
M a n i h o t A ip i P o h l...........................
28
—
palmata MüU.....................
28
—
utilissima P o h l..................
28
Manioc a m e r.........................................
28
Manioc bâtard.......................................
28
Manioc brûlant.....................................
28
Manioc doux............................
29
Manioc la chapelle................................
242
M aniolia................................................
2
M anguier..............................................
4^7
M a n is u r is granularis S w ................ 597
Mapou baril........................................... 445
Mapou blanc.................................. 322, 4.45
Mapou grand bois.................................. 440
Mapou grand’feuille..............................
447

DES MATIERES

446

337 , 338

Mapou p u a n t ..............................................

450

Mapou r i v i è r e ............................................

445

Mapou r o u g e ..............................................

445

Arg.......
Aubl..................

346
584

A r o u m a J acq........................

584

M a p o u r i a h e r b a c e a M idi.
M a r a n t a A llo u ia

L ...............

585

indica T u s s .........................
juncea L a m ..........................
lutea L a m ..............................

585

p e t io la t a R u d g e ..................

584

a &gt; 'u n d in a c e a

z e b r in a

Sims..................

M A R A N T É E S ....................................
M a r c g r a a v i a s p i c if lo r a

—

Rich.......
L.........

u m b c lla t a

584
584

586
583
105
406

MARCGRAAVIACÉES........................... 404
Marjolaine............................................. 461
Marguerite.............................................
54
Marguerite blanche................................
55
Marguerite bord-de-mer........................ 372
Marie-Gougeat....................................... 342
Marie-honte........................................... 245
Marie-l’hôpital........................................
33
Marie-périne..........................................
49
M a r ic a p lic a la Curt.......................... 568
M a r ila racem osa Sw.......................... 407
M a riscu s flavus Vahl........................ 542
ru fus H. B. K th .............. 542
M a r lie ria D ussii Kr. et U rb.......... 267
—
g lo m e ra ta Berg................ 267
M arlie rio p sis E g g e rs ii Iviersk....... 263
M arsd en ia e llip tica Dcne.................. 400
M a rsy p ia n th es h yptoides Mart. .. 455
M a rtin e z ia co ra llin a Mart.............. 490
—
ca ry otæ folia Lam....... 495
—
tru n ca ta Brongn..........
495
M a r ty n ia d ia n d ra Glox................... 433
Matricaire............................................ 365
Matricaire bord-de-mer...................... 373
Matricaire savane................................. 373
Mauressif ou Mauricif......................... 414
Mauv«...................................... 67, 86, 87
Mauve d Amérique...............................
62
Mauve savane............................................. 63
Mavisou................................................ 463
M a x im ilia n a regia Mart................. 495
M a y e p e a D ussii Kr. et Urb............ 391
M ay ten u s e llip tic a Kr. et U rb....... 445
guyanensis Griseb......... 446
Médecinier barrière.............................
27
Dr?* —

P la n t e s G u a d e lou p e e t M a r t in iq u e .

641

Médecinier bâtard...........................
Médecinier béni..................
Médecinier blanc.............................
Médecinier à feuilles de guitare..........
Médecinier à feuillesde violon . ..
.
Médecinier purgatif...............
Médecinier rouge..................... .. .
M elam podium p e r f o l i a t u m H. B.
et Kth................
M ela n th era d e lt o i d e a Mich...........
Môle...............................................
M elia A z e d a r a c h L .......................
— s e m p e r v i r e n s Sw..................
MÉLIACÉES...................................
M elicocca b i ju g a 1.......................
M eliosm a H e r b e r t i i Ko IL.............
P a r d o n i Kr. et Urb.. . . .
M elocactu s c o m m u a i s Link et Otto.
Mélisse à bouton..............................
Mélisse â tète...................................
M eloch ia n o d i/ lo r a Sw.................
p y r a m i d a t a L ...............
—
t o m e n t o s a L ..................
Mélongène................................
Mélogène bâtard........................
Mélogène diable........................
Mélogène diable bord-de-mer.
Mélongène de Guinée................
Mélongène liane bâtard.............
Mélongène liane razier.............
Mélongène piquant...................
Mélongène razier.....................
M e l o t h r i a g u a d a lu p e n s i s Cogn
—
p e r v a g a Griseb ....

25
27
27
26
26
20
25
363
367
286
426
426
426
423
426
425
316
455
456
87
86
86
415
444
415
404
445
443
414

309
309

7
464
376
Menthe glaciale........................
Menthe poivrée................................ 464
Merisier. 448,263, 264,266,269,270, 271,272
Merisier bois. . . .............................. 273
Merisier hois petite feuille................. 264
Merisier montagne........................... 264
Merisier noir................................... 268
Merisier petite feuille....................... 269
M e t r o x y l o n v i n i f e m n i Rottb......... 490
M e y e n i a a lb a Mort....................... -430
—
e r e c t a Benth..................
430
Mibi............................................... 115
Mibi bord-de-mer........................... 414
Mibi falaise...................................... 115
M i c o n i a a m b ig u a UC.................... 282
—
c o lt i n a DC.......................
282
11

MÉNISPERMÉBS......................

M e n t h a p i p e r i t a I..................

�()42

PLANTES

DB

LA GUADELOUPE

282
M ic o n ia coriacea DC.
280
—
discolor DC..
283
—
furfuracea Griseb....
282
—
globulifera Cham.......
281
—
Guyanensis Cogn.. . . .
284
—
inipetiolaris Don---281
—
lævigata DC............
282
*
—
prasina D C ...............
284
—
striata C ogu............
282
—
tetrancira N au d .......
284
—
tricholonxa C ogn---590
M ic r o s t y lis spicata L in d l..
49
M ic r o t e a debilis S\v..............
522
M iliu m digitarium S\v..........
463
M ille-fleurs...............................
335, 336
Mille-graines...............................
596
Mille-pattes.................................
379
Millet..........................................
246
M im o s a asperala L ................
—
camporum Benth .. .
245
—
casta L .....................
247
—
ceratonia L ..............
247
—
glauca L ...................
254
—
laurina L ..................
—
muricata W illd. — add... 612
—
nudiflom Willd. — add---- 612
—
pudica L .............................. 244
—
unguis-cali L ...................... 254
M I M O S É E S ..................................... 241
M im u s o p s Elengi L ......................... 387
—
Riedleana P ie r r e ........... 387
59
M i r a b i l i s dichotoma I......................
59
—
Jalapa L ..........................
Mirobolan............................................. 305
Mirobolan bâtard............................ 84, 305
M is a n t e c a triandra Mez.................. 304
M it h r a n t h e s Eggersii Niedenzu.... ‘263
M i t r e o l a peliolata Torr. et G ray.. . . 335
M it r o s p o r a polycephala Nees......... 551
M o g ip h a n e s Jacquini Sch rad........
56
M o m o r d ic a Charantia L ................ 1307
M onbin................................................. 185
Monbin rouge........................................
186

.N10 N OCOT YLÉDONES...........

471

M o n s t e r a pertusa Griseb.................
M o n t r i c h a r d i a aculeata C ru eg... .
—
arborescent Schott.
Mon val..................................................
M o r a e a plicala Sw............................
M o r i n g a pleriyosperma Gaerl.........
M o r in d a cilrifolia L ........................
—
macraphylla Desf..............

476
478
478
247
568
12
346
346

PT

DF.

LA

MARTI NI QUE

M o r i s o n i a americana L ..................
14
M o r o n o b e a coccinea Aubl................
101
Mort aux cabrits.................................... 378
Mort aux poissons.................................. 195
Mort aux vaches.................................... 378
M o r u s nigra I&gt;.................................... 180
M o u r i r i a Domingensis W a lp ..........
286
Mouron.................... 45, 75, 141, 173, 192
Mouron blanc.................................... 45, 46
Mouron grand bois................................ 172
Mouron grand’feuille.............................
172
Mouron sauvage.................................... 174
Mouron vivace....................................... 170
Moutarde................................................
10
Moutarde du pays..................................
380
Moutarde sauvage..................................
10
Mouzambé blanc....................................
33
Mouzambé à fleura blanches................
Il
Mouzarnbé à fleurs roses.......................
11
Mouzambé jaune....................................
12
Mouzambé à six feu illes.......................
11
Mouzambé zépineux...............................
11
M u c u n a altissima 1)C....................... 217
—
pruriens D C ....................... 211
—
urens D C ............................. 211
M u h le n b e c k ia platyclada L in d l. . . 169
Muguet...................................................
443
Muguet bleu........................................... 460
Muguet jaune......................................... 409
Muguet montagne.................................. 402
Muguet savane........................................ 401
Multipliant............................................. 155
Mûrier n o ir ...........................................
160
Mûrier du pays.....................................
159
M u r r a y a exotica L ........................... 132
M u s a Cavendishii L am ................ •.. 578
—
coccinea And r ........................... 578
—
paradisiaca L ........................... 578
—
rosea Jacq................................. 578
—
sapienlum L ............................. 578
—
superba R o x b ........................... 579
—
textilis N ees.............................. 578
MUSACÉES........................................... 578
Muscade.............................................. • 300
Muscadier..............................................
6
Muscadier bois....................................... 267
Muscadier bois d o u x ............................. 310
Muscadier fo u .......................................
6
Muscadier porte-suif............................
6
M u s æ e n d a frondosa L ...................
331
M y g i n d a lalifolia S w .......................
148
—
pallens S w ......................... 147

TABLF DES MATIÈRES
M y g i n d a Rhacoma Sw....................
MYOPORINÉES...................................
M y r c i a bcrberis DC..........................
—
deflexa DC...........................
—
divaricata Griseb.................
—
dumosa Kr. et Urb...............
—
edulis Kr. et U rb .................
—
ferruginca Berg...................
—
leptoclada DC.......................
—
martinicensis Kr. et Urb
—
paniculata Kr. et U r b .........
—
splendens DC........................
M y r i s t i c a fatua S w ........................
—
fragrans Houtt................

643

M y r i s t i c a moscliata Thunb............
M y r o b o la n u s lulea M acf................
M j r o d ia lurbinala L .......................
M y r o x y l o n buxi folium Kr. et Urb..
—
martinicense Kr. et Urb.
M y r s i n e coriacea R. Br....................
—
floribunda R. B r ..............
—
læta A. D C .........................
MYRSINÉES........................................
MYRTACÉES........................................
Myrte de France...................................
Myrtille.................................................
Myrtille du pays...................................
M y r t u s commuais L ........................

147
471
205
266
265
264
264
266
264
265
263
265

6
6

6

185
82
16
16
381
382
381
381
261
276
144
145
276

N
NAJADÉES...........................................
N a m a jamaicensis L ........................
N a s t u r t iu m officinale R. B r...........
Navet de Jérusalem......................
325,
N e c t a n d r a Antillana Meiss............
—
coriacea Griseb..............
—
Dominicana Mez...........
—
membranacea Griseb...
—
patens Griseb................
Néflier des bois....................................
Néflier des Indes.................................
Néflier du Mexique...............................
Ne m’oublie pas...................................
N É O T T I É E S ...................................
N e p h e liu m Litchi L ........................
N e p s e r a aquatica Naud...................
N e p t u n i a plena Benth......................
N e r i u m Oleander L ..........................

472

444
10
306
300
301
300
301
301
128
340
287
406
602
124
287
243
397

N e u r o læ n a lobala R. B r..................
N i c o t i a n a Tabacum L .....................
N i s s o l i a pinnala A u b l.....................
Noisette des Grands-Fonds..................
Noisette purgative.................................
Noix d’acajou...............................
189,
Noix de Bancoul...................................
Noix des Moluques...............................
Noix de Saint-Domingue.....................
Nopal....................................................
N o p a l e a coccinellifera Solms. Dyck.
N o r a n t e a guyanensis Aubl..............
N oyau ...................................................
Noyau de F ran ce.................................
N YC TA G IN É E S...................................
N y c t a g o arbor-lristis L ...................
N y m p h a e a ampla L ........................
NYMPHÆCÉES .................................

375
409
226
30
26
190
30
30
30
318
318
106
141
260
59
392

Œil de bourrique.................................
Œil de chat................................... 228,
Œil du C hrist.......................................
Œil de crabe........................................
O g i e r a ruderalis Griseb...................
O ig n on .................................................
Oignon de lis ........................................
OLACINÉES..........................................
O ld e n la n d ia corymbosa L ..............
—
Halei Chap.................
—
herbacea DC................
OLÉINÉES............................................
O livier.....................................................

216
229
260
420
363
557
559
326
335
335
335
391
111

8
8

O
OCHNACÉES........................................
O c h r o m a Lagopus S w .....................
O c im u m Basilicum L .......................
—
gratissimum 1....................
—
micranthum W illd ............
O c o t e a cernua M ez............................
—
Egersii M e z..........................
—
falcata Mez............... ...........
—
Jacquiniana Mez...................
—
martinicensis Mez................
O c t o m e r ia graminifolia R. Br . . . .
Œil de bœuf..........................................
Œil bourrique......................................

104
81
454
554
454
302
302
303
303
302
589
372
217

�644

PLANTES

DP.

I.A

GUADELOUPE

Olivier bâtard............................... 383,
Olivier bord-de-mer..............
1-4. 295,
Olivier de m ontagne............................
Oliviei' du pays.....................................
O l y r a latifolia L ...............................
—
pauciflora S w .........................
OMBELLIFÉRES...................................
O m p h a le a diandra L ..........................
ONAGRAR1ÊES......................................
O n c id iu m altissimum S\v..................
Cebolleta S w ...................
—
luridum Lindl.......... .. .
Papilio L in d l..................
letrapetalum W illd .........
—
variegatum Sw................
O n k o b a spinosa Forst......................
O P H R I D É E S ...................................
O p lis m e n u s africanus P. Beauv.. . .
—
composilus P. Beauv ..
—
loliaceus Spreng..........
—
setarius Roern. et
Schult.......................
O p u n tia coccinellifera M ill...............
—
spinosissima M i l l ..............
Tuna M ill.............................
Orange des b o is ......................................
Orange douce.........................................
Orange macaque.....................................
ORCHIDÉES.........................................
Orégine.................................................
Oreille mouton.......................................
Oreille mouton lo n g ...............................
O r e lia grandiflora V ah l......................
O r e o d a p h n e cermui Mez....................
—
Martinicensis Mez.......

471
471
145
471
504
505
323
39
291
599
599
000
000
598
598
607
514
514
514
514
318
318
318
131
131
132
588
376
350
393
393
302
302

PT

DH

LA

M A RTINIQ U E

O r e o d o x a oleracea Mart...................
O r é o p a n a x capitatum Doue, et
P lanch.......................
Dussii Kr. et U r b .........
O r ig a n u m Majorana L ..................
Orme du p ays..............................
152,
O r m o s ia dasgcarpa Jacks.................
O r n it h id iu m coccineum Salisb.......
O r t h o c la d a rariflora N ees..............
O r t h o p o g o n loliaceus R. B r............
setarius R. Br..............
Ortie bâtard...........................................
Ortie des bois................................
163,
Ortie brûlante............................... 160,
Ortie grande...........................................
17Ortie mon lag n e.....................................
Ortie ro u g e ...........................................
Ortie savane...........................................
O r y z a saliva L ....................................
O R Y Z É E S .........................................
Oseille b âtard.......................................
Oseille bois.................................... 320,
Oseille bois jaune..................................
Oseille m arronne......................... . . . .
Oseille marronne des b ois....................
Oseille sauvage......................................
Ouabé............................................
O X A LID É E S .........................................
O x a l i s Barrelieri J a c q ......................
—
corniculata L .........................
frutescens L ...........................
—
Martiana Z u c .......................
O x a n d r a laurifolia R ic h .................
O x y a n t h u s longiflorus L a m ...........
O x y t h e c e Hahnianum P ie r r e .........

P a c h i r a aquatica Aubl........................
86
—
grandiflora Tuss...................
80
P a c h y r h i z u s angulatus R ich ......... 211
P a c h y s t a c h y s coccinea N ees......... 425
P aille-m are............................................ 550
Palétuvier...............................................
221
Palétuvier grand bois.............................. 100
Palétuvier gris......................................... 295
Palétuvier jau n e.....................................
lOl
Palétuvier montagne............................
99
Palétuvier rouge................... 292, 293, 295
P a l i c o u r e a crocea DC.......................
345
—
Pavetta DC...................... 345

TABLE

487
321
322
461
153
225
596
501
514
514
164
166
161
162
162
162
164
504
504
134
321
135
134
134
134
39
133
134
134
134
133
5
331
387

Palissade à Jacques................................
280
Palrna-Christi...........................................
31
P A L M IE R S ............................................. 486
Palm ier à balai..............................
486,487
Palmier dindé....................................... 489
Palmier g rig ri.......................................
490
Palmier de Guinée................................
494
Palmier à l’huile.................................... 494
Palmier sagou................... : .................
490
Palmiste franc.......................................
487
P a n a x cochleatum DC....................... 323
—
fi'uticosum L ............
323
—
Morototoni A u b l..................... 322

P a n c r a t i u m amœnum Salisb.........
—
caribæum L ..............
declinatum Jacq.........
P A N D A N É E S ...................... ..........
P a n d a n u s odoratissimus L ..............
—
utilis Bory.......................
Pain de singe........................................
P a n ic u m amplexicaule Rudge........
arborescens Sieb...............
—
arund inaceum Sw............
bambusoides Hainilt.........
barb inode T rin .................
brevifolium L ...................
cayennense Lam...............
—
colonum L ........................
—
compactant Sw.................
—
crus-galli L ......................
—
Dallorii Parlai...................
—
diffusum S w .....................
—
dispetmium Lam ..............
—
distïchum Lam..................
divaricatum L .................
Duchassaingii Steud........
—
flavescens S w ...................
frumentaceum R o x b .......
—
fuscum Sw........................
Guadalupense Steud.........
grossarium L ...................
—
insularmn Steud..............
jumentorum P a r s ............
lanatum Rotlb..................
leucophæum K th;............
maximum J acq................
—
molle S w ................. . ..
—
nemorosum S w ................
—
pallens S w ........................
—
palm ifolium P o i r ...........
—
paspaloides Pers..............
—
pilosum S w .......................
—
plicatum ( hailiense) Kth..
—
procumbens Nees........
proslratum Lam ...............
pseudocolonum R o th .......
—
Tpulchellum Radd..............
—
rivulare T r in ...............
—
sanguinale T r in ..........
sarmentosum Roxb..........
—
Sloanei Griseb.............
truncalum T rin ................
—
umbrosum G riseb.......
PAPAVÉRACÉES.................................
PAPAYACÉES......................................

DES

.559
.559
559
485
485
485
89
523
521
523
521
518
522
519
515
521
515
515
518
523
519
521
522
517
516
516

515
516
516
519
522
522
519
518
520
520
517
514
519
517
515
515
515
520
518
522
518
521
514
515

8
310

MATIERES

645

Papayer................................................ 310
P A PILIO N A C É E S............................... 192
Papillon végétal............................ 599, 600
P A P P O P H O H É E S ........................ 506
P a p p o p h o r u m alopecuroideum
Vahl.................
506
—
laguroideum Scln ad. 506
P a r d a n t h u s sinensis Van-Houtte... 5(58
P a r i t i u m tiliaceum Ad Juss..........
79
P a r k l n s o n i a aculeata L ................. 227
P a r t h e n iu m hysterophorum L ....... 365
P a s p a lu m cilialum Lam .................
509
—
compressum Nees.......... 509
—
conjugalum Berg............ 509
—
distichum L ................... 510
fim brialum Kth.............. 511
glabrum Poir.................. 511
—
Guadalupense Steud....... 509
notatum Flügg................ 510
paniculatum L ................ 512
—
platycaule Poir............... 509
plicatulum Mich.............. 511
pusillum Vent................. 510
—
saccharoides N e e s .......... 512
—
setaceum M ich................ 511
undulalum P o ir.............. 511
virgatum L ..................... 512
Passe-pierre.......................................... 438
P a s s i f l o r a capsularis L k ................. 312
—
fœtida L ........................ 313
hederacea C av................ 311
laurifolia L ..................... 312
maliformis L .................. 312
—
minima L ....................... 311
Murucuja L ..................... 314
—
peltata C a v ..................... 312
—
rotundifolia L ................. 312
rubra L ............................ 312
—
quadrangularis L .......... 313
—
serrata L ........................ 313
—
suberosa L ....................... 311
PASSIFLORE ES................................... 311
Patagon.................................................
60
Pa lagon rou g e................................. 60, 61
Patate hàtard........................................ 436
Patate cochon......................................
211
Patate douce.......................................... 436
Patate grand b ois.................................
439
Patate macaque..................................... 424
Patate marronne................................... 436
Patate sauvage.............................. 436, 437
Pâte d’arnande..................................... 436

�646

PLANTES

DK

LA

GUADELOUPE

DE

LA

TABLE

M ARTINIQ U E

Petit café bois..................
............. 327
Petit café marron............
............. 343
Petit calum et..................
Petit chiendent................
............. 509
Petit citronnier................
............
149
Petit coco.......................
92, 330, 494, 558
Petit concombre..............
............. 309
Petit concombre hallier ..
............. 309
Petit cornichon................
............
309
Petit cré c ré ......................
........... 282
............ 497
Petit curage....................
Petit épinard....................
.............
58
Petit figuier blanc............
............
287
Petit fiambovant..............
............
239
Petit fo lle t.......................
............
402
Petit goyavier bâtard m ontagne........... 265
Petit haricot....................
............. 214
Petit lis blanc..................
. . . 561, 562
Petit lis rose...................
............. 562
Petit liseron.....................
............. 439
Petit m adère................
............
482
Petit merisier..................
147, 148, 265
Petit m ibi.......................
Petit m ille t.....................
380, 527, 528
Petit mouron..................
............
170
Petit o r m e .....................
............. 152
Petit pain d ou x..............
.............. 353
Petit pied de poule.........
Petit p ois.......................
............. 209
Petit réso lu ....................
............. 334
Petit romarin..................
.............. 323
Petit roseau....................
............. 527
Petit safran.....................
Petit teigne.....................
Petit teigne blanc..........
............. 161
Petit thym à la p in .........
Petit trèlle.....................
199, 201, 202
Petite amourette............
.............. 245
Petite avoin e..................
Petite diotine..................
Petite gironflée..............
Petite feuille des hauts..
.............. 265
Petite herbe grasse.........
.............. 497
Petite liane blanche.......
.............. 439
Petite marguerite...........
Petite marguerite jaun e.
.............. 372
Petite ortie.....................
..............
163
Petite o s e ille ..................
..............
134
Petite oseille savane.......
..............
134
Petite p a lm e..................
..............
609
Petite patate savane.......
..............
437
Petite queue de renard ..
..............
524
OO

Patte à cheval................................ 566
P a v o n i a nemoralis St. H i l ..............
73
—
racemosa S\v.......................
7*2
—
rosea Schlect.......................
73
—
spicaJa C a v .........................
72
—
spinifex C a v .......................
72
P e c t i s carthusianorum Less............
372
—
humifusa S\v......................... 372
—
linifolia L .............................. 371
—
punctata Jacq........................ 371
P e d ila n t h u s Hthymaloides Poir ...
41
P e n t a c le t h r a filamentosa Benth... 243
P e i r e s c i a aculeala M ill............. 319
—
grandiflora H a w ............ 319
P é la r g o n iu m zonale L ..............
133
Peltau............................................ 484
P e n n is e tu m setosum R ic h ........ 525
Pensée c réo le................................ 420
P e n t a r h a p h ia longiflora L in d l.... 430
P e n t a s carnea Benth.................. 334
P e p e r o m ia acuminata L .................. 171
—
Balbisii Dalilstad........... 174
—
bracliciflora DC............
173
emarginella S w ............ 170
—
exilis G riseb.................. 170
—
glabella D ie tr................ 172
—
hernandifolia Dietr....... 172
magnolifolia Dietr......... 173
nummularifolia K th.. . . 169
—
pellucxda K th ................ 171
—
rotundifolia Kth............ 170
P e p e r o m ia lenella D ietr..................
170
—
trifolia D ie tr................ 174
P e r s e a gxatissima L .................. 298
Persil............................................. 325
Persil bâtard.................................
117,368
Persil n o ir ..................................... 119
Peste à p o u ........................................... 302
Petit acacia............................................ 244
Petit œ il................................................ 557
Petit ananas sauvage............................. 574
Petit balai......................................... 89, 90
Petit balai poileux.................................
90
Petit balai savane.................................
*236
Petit balisier......................................... 580
Petit bam bou....................... 517, 521, 523
Petit basilic........................................... -454
Petit baume..........................................
464
Petit bois de f e r ...................................
93
Petit bouis............................................ 383
Petit cachiman des b ois.......................
4
Petit c a fé .............................................. 122

ET

DES MATIÈRES

Petite siguine...............................
172, 447
Petite teigne............................................
162
Petite teigne blanche............................ 161
Petite véronique...................
404, 405, 443
Petite verveine.....................
452, 453, 463
Petite verveine queue de r a t................ 462
Petite violette...............................
290, 405
P e t i v e r i a alliacea L ...........................
50
P e t r s e a volubilis L ............................
466
P e t r o s e lin u m sativum H olïm ......... 325
P H A L A R I D É E S ............................ 504
P h a r u s glaber H. B. K th ...................
505
—
latifolius L ............................ 505
—
ovalifolius Ham ilt................ 505
—
scaber H. B. K th ... ............ 505
P h a s e o lu s adenanthus M ey............ 214
—
amœnus Macf .............. 214
—
latisdiquus Macf............ 213
—
lunatus L .............
213
—
nanus L .......................... 214
—
rostratus W illd .............. 214
—
saccliaratus M a c f.......... 213
—
semierectus L ............
214
—
Surinamensis M iq .......
214
—
Truxilletisis Kth............ 214
P h e n a x vulgaris W edd......................
164
P h ilo d e n d r o n ilispar Schott.......... 479
—
giganteum Schott.... 479
—
hederaceutn Schott.. 479
—
Karstenianum Schott 479
P h i l o x e r u s vermicularis R. B r ___
56
P h lo m is caribæa Jacq........................
-459
—
martinicensis Sw................. 459
P h æ b e elongala N ee s ......................... 298
P h œ n i x dactylifera L ....................... 495
—
reclinata Jacq....................... 495
—
silvestris Roxb....................... 4%
P h o r a d e n d r o n hexastichum Griseb. 228
—
Martinicen.se Griseb. 228
—
trinervium Griseb.. 228
P h r a g m i t e s Martinicensis T rin ---- 500
P h y l l a n t h u s Brasiliensis Midi. Arg.
22
—
Carolinensis W a lt.. . .
23
—
Conand S w ........
22
—
epiphyllanthus L ....
25
—
falcatus S w ........
25
—
lalhyroides H. B. Kth.
23
—
mimosoides L ....
22
N iru ri L .............
23
nivosus llo i'l.............. - 25
—
ovatus P oir.........
22
—
piscatomm K th .....
22

647

P h y lla n t h u s rosen-pictus Mort . ..
—
ur inaria L ..................
PH YLLOCORYNÉES...........................
P h y s a l i s angulata L .......................
—
fætens Poir........... ............
P h y s u r u s hirlcllus Lin d l.................
planlagineus Lindl.........
P h y t o l a c c a icoaandra L ................
PHYTOLACCÉES.................................
Picanier fem elle...................................
Picanier jaune......................................
Picanier m âle......................................
P ic r æ n a excelsa Lindl....................
P i c r a m n i a micranlha T u l..............
—
pentandra Sw...............
Pied de p ou le......................................
Pied poule falaise.................................
Pied poule rnâle...................................
Pied de poule de Saint-Domingue.......
P i l e a chamædrys W jlld ...................
— cdiaris Wedd . ......................
—
microphylla Liebrn.................
P i l o c a r p u s racemosus Vahl............
Piment bonda Madame Jacques..........
Piment cabresse...................................
Piment caraïbe.....................................
Piment c e rise......................................
Piment doux........................................
Piment enragé......................................
Piment à g rives...................................
Piment moka...................................
Piment oiseau......................................
Piment poivre......................................
Piment ro n d ........................................
Piment rouge........................................
Piment vach e.......................................
Piment z’indien....................................
Piment zoiseau.....................................
Pim enté...............................................
Pimprenelle..........................................
P in z o n a calineoides Eichl................
Pipe végétale............................... . . . .
P i p e r æquale Vahl............................
—
Betle L ................. ...................
—
Decumanum W illd .................
—
dilatatum Rchh.......................
—
ceanothifolium 11. B Kth.......
—
citri folium Lam .......................
—
birsulum Sw............................
—
incurvum Sieb.........................
—
macrophyllum H. B. K th .......
—
medium Jacq..........................

25

23
48
411
411
606
605
49
48

143
142
142
508
532
526
507
163
162
161
138
412
411
411
412
412
411
412
412
411
412

411
412
164
412
411
289
327

1
315
178
17'. i
175
176
177
178
176
177
176
177

�648

TATJLE

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

P i p e r nigrum L ................................... 179
—
peUatum L ................................ 175
—
reticulalum L ............................
175
—
smilacifolium H. B. K lli.......... 173
—
tuberculaium H. B. Klh..........
178
PIPÉRACÊES.........................................
189
P i r i q u e t a cistoides G.F. W . M e y ... 314
P i s c i d i a Erythrina l .......................... 220
P i s o n ia aculeata L ...............................
61
—
obtusata S w ...........................
62
—
subcordata L;..........................
61
—
suborbiculata Heinsl..........
62
Pistache..................................................
203
Pistache bâtait.......................................
193
Pistache vraie......................................... 203
P i s t i a occidenlalis B lu m .................... 483
— slratioles L ................................ 483
P i t c a i r n i a bracteata D r y .................. 571
lalifolia R e d .................... 571
penduliflora A. R ic h .. . . 571
—
ramosa J acq.................... 572
—
sulfurea A n d r.................. 511
P ith e c o lo b iu m micradenium
Benlh..................... 254
unguis-cali Benth.. 251
PLANTAGINÉES...................................
379
P la n t a g o lanceolata L .......................
380
—
major L ............................. 379
—
virginica L ......................... 379
Plantain d'eau....................................... 472
P l e u r o t h a llis aristala Hook........... 588
—
ruscifolia R. B r ....... 588
P lu c h e a odorata Cass......................... 361
—
puipurascens D C ................ 362
P lu m b a g o capensis Thunb................
380
coccinea Salisb................ 380
—
scandens L ....................... 380
Plumet d’officier.....................................
425
P l u m i e r a alba L ................................ 393
—
pudica Jacq......................... 396
—
rubra L .............................. 396
P O A C É E S ......................................... 499
Poe..........................................................
411
P o d o c a r p u s Purdicanus Hook....... 608
—
salicifolius K l ............. 608
P o g o s t e m o n Patchouly Pellet......... 461
P o i n c ia n a regia B oj........................... 230
P o i n s e t t i a pulcherrima Graham . . .
45
Poireau...................................................
557
Poirier................................................... 420
Poirier du pays.......................................
419
Pois bâtard................................... 207, 208

Pois bâtard razier.................................
210
Pois bâtard savane................................ 209
Pois bois ou pois de b ois.......................
206
Pois bord-de-m er.................................... 215
Pois boureoussou.................................... 213
Pois cabrit............................................... 215
Pois carre................................
Pois casse-canari.................................... 212
Pois chicane............................................. 212
Pois chique .... ......................................... 212
Pois chouche...........................................
213
Pois colibri............................................... 209
Pois con tour...........................................
213
Pois Coolis............................................... 213
Pois doux bâtard...................................... 253
Pois doux blanc.......................................
255
Pois doux g ris.........................................
256
Pois doux m a rro n ..................................
214
Pois doux montagne.....................
255, 256
Pois doux poilu........................................ 256
Pois énivrant...........................................
209
Pois fic elle ............................................... 212
Pois goganne...........................................
215
Pois à gratter........................................... 216
Pois halliers..........................
205, 207, 208
Pois haricot............................................. 214
Pois haricot s a b re .................................. 216
Pois indien...................................... 212,266
Pois lisière............................................... 206
Pois lo n g ................................................. 213
Pois Makendal......................................... 216
Pois mare.................................................
197
Pois marron............................................. 207
Pois marron savan e............................... 209
Pois patate............................................... 211
Pois pigeon...................................... .. 212
Pois poison..............................................
214
Pois puant............................................... 235
Pois rigo ise ............................................. 212
Pois rouge bâtard.................................... 210
Pois de Sainte-Catherine........................ 213
Pois de Saint-Martin............................... 213
Pois savane...................................... 193,210
Pois sauvage.................................... 208,209
Pois s avon ............................................... 213
Pois d’ün son........................................... 213
Pois sucré................................................ 205
Pois en tout temps..................................
213
Pois ouaoua............................................. 215
Pois zoiseau.........................
195, 205, 209
Pois zombi............................
192, 193, 211
Pois à zo m b i.........................................
193

212

DES MATIERES

649

Porreau ............................................... 557
Pois à zombi ja u n e .............................. 193
P o r t u l a c a crassicaulin Jacq............
46
Poivrier................................................. 179
—
halimoides L .................
47
Poivrier aromatique............................. 179
oleracea L ......................
47
Poivrier bâtard............................
170, 177
—
paniculala Jacq..............
46
Poivrier des Indiens............................ 179
pilosa L ..........................
47
Poivrier v r a i....... ...................................
179
P o s o q u e r ia lalifolia Roem. et
P o l y a n t h e s tuberosa L ................... 562
Schult....................... ,‘100
P o l a n i s i a viscosa D C ..........................
12
palustris Mart.............. 300
P o l y b æ a corensis K l...........................
35
P o t a m o g e t o n fluitam Roth............
472
P o l y g a l a angmtifolia K t h ..............
18
P o t h o s cordata L .............................
475
paniculala L .....................
18
P otiron ................................................ 310
P O L Y G A L É E S .....................................
18
336
POLYGONÉES........................................ 164 Poudre à vers.......................................
P o l y g o n u m acre K t h ....................
165Pourpier............................................... 136
Pourpier bâtard...................
136, 171, 172
—
acuminatum K th ......... 165
P o l y s c i a s pinnata Lam ..................... 323 Pourpier bois........................................ 172
P o l y s t a c h y a luleola Hook................ 597 Pourpier bord-de-mer................. 136, 166
Pourpier jaune....................................
136
Pomme d’acajou..........................
189, 190
P r e313
s c o t t i a myosurus Reichb. (ils ... 604
Pomme à agouti..
myurus G. Reichb......... 604
Pomme Cooli.......................................... 307
—
stacfiyoides L in d l.......... 603
Pomme Cythère..................................... 186
Pripri....................................................
81
Pomme d 'H a ïti.............................
274
Pomme hallier bâtard............................ 309 P r i v a echinata Juss.......................... 461
16
Pomme de Java...................................... 275 P r o o k i a crucis L ...............................
385
Pomme jard in ........................................ 317 P ru n e..................................................
Pomme z'Indien..................................... 307 Prune des b ois..................................... 271
Pomme liane.......................................... 312 Prune bord-de-mer . . . . 146,147, 326, 378
Prune café............................................ 112
Pomme liane bâtard..................... 311, 312
Pomme liane collant.............................. 314 Prune de Chili...................................... 187
Prune de Chine....................................
15
Pomme liane de la Guadeloupe..........
313
Prune épine.......................................... 326
Pomme liane hallier....... ............
311,314
Prune d’Espagne.......................... 186, 189
Pomme liane manicou . ..................... 313
Prune Monbin......................................
185
Pomme liane rouge h a llier................. 312
Prune Myrobolan................................. 185
Pomme liane zoiseau............................ 311
Prune Pacôme......................................
187
Pomme de Malacca.............................. 275
Prune rouge................................. 186, 187
Pomme de verm eille............................ 308
Prune à tète..........................................
186
Pomme p a in ...................
388
Pruneau...........................................
149
Pomme p oison ..................................... 415
Pruneau noir........................................ 149
Pomme à r a ts .............................. 311, 312
P r u n u s Dussii Kr. et U r b ................ 259
Pomme rose................................. 274, 275
P s id iu m Arapa Radd........................ 262
Pomme de singe................................... 346
—
Cattleyanum Sabine......... 262
Pomme de T a ïti................................... 274
—
(ruava L ............................. 262
Pomme zom b i...................................... 416
—
pom ifenw i L ..................... 262
Pompon blanc......................................
244
—
pyrifenan L ...................... 262
Pompon jau n e................................ 243,251
P s o p h o c a r p u s tetragonolobus D C .. 212
Pompon rouge...................................... 253
P s y c h o t r i a chimarroides N u it....... 343
P o n t h i e v a gla&gt;idulosa R. B r ..........
602
crassa Benth.................. 344
—
petiolata L in d l.............. 602
floribunda H. B. Kth .. . 343
P o n t e d e r i a crassipes L ................... 568
—
hotnzontalis S w '............ 344
PONTÉD ÉRIACÉES............................ 568
—
lanceolata Nutt.............. 349
P o r a n a paniculala R oxb .................
443
—
parasitica S w ................ 344
P o r o p h y l l u m ruderale Cass..........
372

�TABLE DES MATIEUF.S

Quadrille......................................

^

Quassia

*1

atnara

L........................

R o c h e f o r t i a cuneala Sw................. 449
R ocou yer.............................................
14
R o l a n d r a argenlea Rottb................ 353
R o l l i n i a Sieberi D un.......................
4
Romarin blanc...................................... 453
Romain blanc bord-de-m er.................
450
Romarin bord-de-mer.......................... 335
Romarin de France.............................. 460
Romarin noir................................... 48, 49
R o n a b e a lalifolia A u b l................... 342
R o n d e l e t i a speciosa Paxt................ 334
—
stereocarpa Griseb....... 334

S78
Quidec zerbe poison................. ............ °
Queue de cheval............................... "
Queue de lézai'd ........................
Queue de rai............ 53, 54. 175, 176, 1^&gt;

RO SAC ÉES..........................................
Rose de Cayenne...................................
Rose de Venézuela...............................
Roseau d’Inde......................................
Roseau m are........................................

Queue de rat blanc...............................
^
.Queue de ren ard.................
424, *‘J5i 506

Raisin d’Amérique...............................
Raisin coudre............................... 'I6S,
Raisin marron........................................
Raisinier bord-de-mer...........................
Raisinier coudres...................................
Raisinier des coudres............................
Raisinier grand bois................................
Raisinier grand’feuille............................
Raisinier marron...................................
R a j a n i a cordata L ..............................
Ram ie....................................................
R a n d ia aculeata L .............................
—
annota D C .............................
—
dumetonim L k .......................
—
grandiflora L a m ....................
—
Mussændæ D C ......................
R a p h i a vinifera P. Beauv.v...............
R a p h io le p is indica Lindl..................
Raquette bord-de-mer.............................
Raquette à piquants................................
Raquette sans piquants...........................

R h a m n u s ellipticm S w ......................

R h a m n u s iguaneus L .......................
49
R h a p i s flabelliformis L'H érit..........
169
167 R h e e d i a latenflora L ........................
169 R h i z o p h o r a Mangle L .....................
169 RHIZOPHORÉES..................................
169 R h o e o discolor H ance.......................
168 Rhubarbe caraïbe..............
166 R h y n c h o s p o r a aurea Vahl, R. Br .
—
corymbifera Nees .
167
cyperoides Mari . . .
56(3
—
Dussii Boekeler . . .
164
—
emaciata Boekeler.
330
330
ferruginea S ie b ...
331
—
Jelskeana Boekeler.
331
—
micrantha V a lil. . .
330
—
polycephala W y d l.
490
—
polyphylla Vah l. . .
261
—
pubera B oekeler...
318
—
setacea Boekeler...
318
—
sparsa Sieb...........
318 R h y n c h o s p o r a stellata Grise)&gt;.......
—
surinamensis Nees.
R i c h e r i a grandis Vahl.....................
Ricin.......................................................
Ricin bâtard...........................................
Ricin brûlant.........................................
R i c i n u s commuais L .........................
Ris de v e a u ...........................................
R i v i n i a humilis L ............................
—
laevis L ................................
—
octandra L ...........................

93

R iz..........................................................
Riz bâtard..............................................
Robe à l’évéque.....................................

152
487
102
292
292
496
346
550
550
550
553
551
551
552
552
550
551
552
551
552

552
550
19
31

28
28
30

122
49
49
59

504
504
.453

651

Roseau des m ares...............................
Roseau de rivière................................
R o s m a r in u s officinalis L ...............
R o t a l a ramosior Koelme. — add...
Roucou................................................
Roucouyer...........................................
R o u p e l l i a grata Wall, et Hook ......
R u b u s Jamaicensis S w .....................
—
rosifolius Smith.....................
R u e l l i a clandestina L .....................
—
geminiflora H. B. Kth........
—
varions Vent........................
R u p p i a marilini a L ........................
R u s s e l i a .juncea Zuc........................
RUTACÉES.........................................
R u y s c h i a clusiæfolia Jacq..............

240
75
240
501
584

500
501
440
613
14
14
397
360
360
424
424
429
473
406
138
104

S
S a b a l umbracuUfera M ail..............
SABIACÉES..........................................
Saccharées ..........................................
S a c c h a r u m caudatum M iq ............
—
officinarum L ..............
Sagouier...............................................
S a g u s vinifera P e r s ........................
Salade à lapins.....................................

487
125
527
533
533
490
490
374

S A LIC IN É E S.......................................
S a l i x babylonica Sw ..........................
—
Humboldtianum AVilld............
S a l v i a farinacea B en th ...................
—
lam iifolia Jacq.......................
—
micrantha Vahl.....................
—
occidenlalis Sw......................
—
splendens K er-G aw l..............
Samana...................................................

107
108
107
458
459
458
458
458
254

Saule peuplier.............................
107,
Saule pleureur......................................
S a u v a g e s i a erecta L .......................
SAUVAGÉSIÉES.................................
Savonnette............................................
Savonnette grand bois.................
219,
Savonnette riv iè re ...............................
Savonnier.............................................
Savonnettier........................................

108
108
108
108
121
220
220
121
122

SAXIFRAG ÉES...................................
S c æ v o la Koenigii V ah l.................
—
Plum ieri V a h l................

320
379
378

S c h æ f f e r ia frulescens Jacq...........
S c h le g e lia Urbaniana Kr. et U rb ...
S c h m id e lia occidenlalis S w ............
S c h n e lla splendens Benth................
S c h œ n u s aureus L ..........................
—
Cladium S w .....................
S a m b u c u s canadensis L ................■ 329
—
cyperoides L .....................
S a m y d a serrulata Lam......................
17
—
polycephalus P ers............
S a n s e v i e r a zeylanica W i l l d .......... 564
—
polyphyllus L ...................
S a p iu m aucuparium Jacq..................
37
—
setaceus Rottb...................
SAP1NDACÉES....................................... 117
—
triceps Vahl.......................
S a p in d u s saponaria L .......................
121
S a p o t a Achras M ill............................ 385 S c h æ ffia arfrorescensRoem.etSchult.
SAPOTACÉES........................................ 384 S c h r a d e r a capitata Vahl................
Sapote à crèm e..................................
387S c h r a n k ia leptocarpa DC................
Sapotillier.............................................. 385 S c ia d o p h y llu m capitatum Griseb.
Sapotillier marron.................................. 387 S C I R P É E S .......................................
Sauge...................................................... 463 S c ir p u s autumnalis L ......................
Sauge de la Barbade.............................. 463
—
Dussianus Boekeler............
Sauge du Brésil.....................................
463
—
capillaris L ...........................
Sauge rouge......................................
458 —
caj-)ilalus L
........

148
419
122
240
550
549
550
550
551
550
550
327
331
247
321
544
546
548
548
545

�6o2

PLANTES DE LA GUADELOUPE ET DE LA MARTINIQUE

S c ir p u s monostachyus Boekeler___
—
maculosus V a h l...................
—
micranthus Vahl...................
—
spadiceus L ..........................
—
spiralis Rottb........................
—
tenuifolius R u d g e ...............
S O T AM INÉES.....................................
S c l e r i a communis K th.....................
—
fdiformis Sw........................
—
flageUum Berg.....................
—
lalifolia Sw ..........................
—
lithosperma W illd ................
—
mio'ocarpa Nees.................
—
pmtensis Lindl.....................
—
purpurea P o ir .....................
—
reflexa K th ..........................
—
scindens N ees.......................
S c o p a r ia dulcis L ............................
SCROPHÜLARINÉES.........................
S c u t e lla r ia purpuracens S w .........
S e a f o r t h ia elegans R. B r................
Sébestier...............................................
S e c h iu m edule Sw............................
S e c u r id a c a Lamarkii Griseb.........
—
scandons Lam ..............
Semen-contra......................................
S e n e b ie r a pinnadfida RC...............
S e n e c io lucidus D C ..........................
S é n é ....................................................
Séné zom b i........................
Sensitive.............................. 244, 245,
S e r is s a foelida L ..............................
S e s a m u n orientale L .......................
S e s b a n ia sericea DC...........................
S e s u v iu m portulacasd'um L .........
S e t a r ia glauca P. Beauv..................
—
italica G riseb.......................
—
setosa P. Beauv....................
—
verticillata P. Beauv...........
S ic y d iu m tamnifolium C ogn.........
S id a acuta Burm...............................
— arguta S w ..................................
— carpinifolia L ...........................
— ciliains L ....................................
— cordifolia L ................................
— dumosa S w ................................
— hamulosa Salzm 67 et cuid.......
— jamaicensis L ...........................
— m ultiflora Cav...........................
— pyramidata Cav .......................
— rhombifolia L ............................
— spinosa L ...................................

544
545
548
548
548
547
680
551
555
555
554
555
554
553
555
555
554
403
403
460
495
445
306
19

49
51

10
374
235
233
247
397

429
199
47
524
504
525
525

307
307
99
93
9 $.
97
99

611
94
97
(59
95
(55

stipulata Cav..............................
93
truncata L ’Hérit.........................
66
ultnifolia Cav.............................
99
urens L ......................................... 63
verticillata Cav.........................
95
S i d e r o x y l o n Mastichodendronh&amp;cq. 389
S id a
—
—
—
—

Siguine....................................................
475
Siguine bâtard......................................... 485
Siguine blanche.............................
475
Siguine d’e a u ......................................
478
Siguine couleuvre................................... 477
Siguine grand bois..................................
479
Siguine liane............................................ 477
Siguine noire............................................ 172
Siguine rou ge.......................................... 479
Siguine violette........................................ 474
S im a r u b a arnara Aubl.....................
142
exelsa DC.......................... 143
officinale s DC.................... 142
S in a p is juncea L ...................................
10
—
nigra D esc................................
10
Sinapisme............................................ , 380
S ip h o c a m p y lu s Iierleroanus G. Don 376
S ip h o n ia elastica P e rs ........................
29
S is y r in c h iu m lad folium S w ......... 568
S l e v o g t i a occidenlalis G rise b .........
401
SM ILAC1NÉES....................................... 593
S m i l a x macrophylla AViild................
563
S lo a n e a caribæa Kr. et Urb............
90
—
Massoni S w .........................
91
—
Surinamensis A u b l............
91
S o la n d r a grandiflora Sw..................
407
S O LA N É E S ............................................. 406
S o la n u m asperum V a h l....................
413
—
caribæum D u n .................. 412
—
ferrugineum Jacq..............
415
—
lanceæfblium J a c q ............. 414
—
macrocarpwm L ................ 415
—
mammosum L .................... 415
—
Melongena L ....................... 415
—
neglectum Dun................... 413
—
nodi/lorum Jacq ................ 412
—
racernosum J a c q ................ 414
—
Seaforthianum Andr......... 413
—
triste J a c q ........................... 413
—
tot'vum S w ......................... 415
S o n c h u s asper Vill......................... •..
375
—
oleraceus L ......................... 375
S o rg h o ............................................
531
Sorgho à m il...........................................
531
Soum arqué.............................. 231, 235, 236
Soumarqué bâtard..................................
235

TABLE DES MATIERES
Soumarqué p o ilu ................................. 1
S o p h o r a tomentosa 1........................ 1
S o r g h u m vulgare Pers....................
S p a r g a n a p h o r u s Vaillanlii Griseb.
S p e r m a c o c e hirta L ........................
lad folia Aubl............
Portoricensis B alb....
—
tenuior L ...................
S p e r m o d o n selaceus P. Beauv........
S p i g e l i a anthelmia I........................
S p ila n t h e s Acmella Murr____
370,
—
exasperata Jacq............
oleracea L .....................
uliginosa S w .................
—
urens Jacq.....................
S p i r a n t h e s lorlilis R ic h .................
S p o n d ia s Cytherea Tuss.................
—
Monbin Jacq.....................
—
pleiogyne L ......................
—
purpurea L ......................
S p o n ia Lamarkiana D ecs................
—
micrantha Decs.....................
S p o r o b o lu s indicus R. B r................
—
Jacquemontn K th.........
littoralis K th ................
tenacissimus P. Beauv..
—
virginicus Kth,..............
S t a c h y s païens Sw ...........................
—
arvensis L ............................
S t a c h y t a r p h a Cayennensis V ah l...
—
Jamaicensis V ahl...
S t a d m a n n ia australes G. D o n .......
S t a p h y l e a occidenlalis S w ..............
STAPHYLÉACÉES...............................
S t e lis ophioglossoides S w .................
S t e l l a r i a media L ............................
S t e m o d i a arenaria H. B. Kth........
—
parviflora A i t .................
S t e n o r h y n c h u s aphyllus L in d l. . . .
—
orchioides Rich....
S t e n o s to m u m aculatum DC..........
—
resinosum Griseb ...

653

S t e n o ta p h r u m amcricanum Schrk.
Stephanophysum ee/U ncofiuni Nees.
S t e p h a n o tis floribunda Ad. Brongn.
S t e r c u l i a caribæa R. Br...............
coccinea R oxb .................
STERCULIACÉES...............................
S t e r ip h o m a aurantiaca Spreng....
Stigmalophyllumccmtio/eu/i/'o/iw»!
Juss................
—
emarginatum
Juss................

513
430
401
83
83
83
14
114

1
114

periplocifblium
Juss...............
—
pubeewm Juss.
S t i l l i n g i a sebifera M id i...................
S T IP A C É E S
S t r u m p fia maridma Jacq..............
S t y lo s a n t h e s procumberis I ............
STYRACÉES........................................
S t y r a x glabrum S w ........................
Sureau gros..........................................
Surelle..................................................
Surette..................................................
S u r ia n a maritima L ........................
Suriau..................................................
Suriau maladif.....................................
Suyau ...................................................
Suyau bâtard........................................
S w a r t z i a tomentosa Aubl................
S w i e t e n i a Mahogani L ...................
Senegalensis Desr.........
S y a g r u s arnara Mart......................
S y m p h o n ia globulifera L ..............
S y m p h y s ia Guadalupensis K l.......
Martinicensis Deless...
S y m p h y t u m officinale L ................
S y m p lo c o s Guadalupensis Kr et Urb
Martinicensis Jacq.........
SYN ANTH É R É E S..............................
S y n e d r e l l a nodiflora Gaert..........
S y n g o n iu m podophyllum Schott .
S y z y g i u m Jambolanum DC..........

115
114
36
503
338
302
389
389
466
94
20

48
329
178
327
417
240
130
130
494
KH
144
144
454
390
389
350
371
483
276

Tabac montagne................................... 333
T a l a u m a Plum ieri D C ...................
2
T a lin u m patens W illd .....................
46
—
triangulare W illd ............
46
Tamarin bâtard......................................
247
Tamarin des bois...................................
128

j

�654

PLANTES

DE

LA

GUADELOUPE

Tamarin des Indes......................... 340
Tamarindus In d ica L.................. 237
Tamarinier..................................... 237
Tanæcium cru cig en tm Seem...... 422
Tanacetum m d ga re L.................. 376
Tanghinia ven en ife ra Poir............ 397
Tapura G uyanensis Aubl............. 151
Taxodium distichum Rich............ 608
Taraxacum officinale Wigg......... 376
Tcbacha......................................... 192
Tecoma capensis Lindl................ 421
—
leucoxylon Mari...............
420
—
pen ta p h ylla DC...............
419
—
stans Juss........................
420
Tectona givindis L. lils.................. 470
Teigne................................... 161, 328
Teigne bord-de-mer......................... 327
Télégraphe..................................... 202
Teliostachya alopecuroides Nees.. 424
Tendre à caillou............................. 254
Tendre à caillou rivière................... 254
Tendre en gomme........................... 333
ïephrosia cinerea Pers................ 195
Teramnus labialis Spreng............ 209
—
volubilis Macf.............. 209
TÉRÉBINTHACÉES........................ 181
Ternstrœmia elliptica Rich......... 96
—
ovalis Rich............
95
TERNSTRŒM1ACÉES .................... 95
Tète d’Anglais................................. 317
Tète à l'Anglais............................... 317
Tète de mort.................................. 433
Tète à nègre............................... 88, 89
Tété négresse.................................. 276
Tetranthera lau rifolia Jacq......... 306
Tetrapteris inæqualis Cav.......... 117
Tetrazygia angustifolia DC......... 280
discolor DC...............
280
Thalassia testudinum Koenig....... 473
Thé bord-de-mer............................ 467
Thé du Mexique.............................. 51
Thé montagne................................. 108
Thé muraille........................... 403, 404
Thé du pays.................................... 403
Thé savane........................ 108, 109, 403
Themeda d ila t a Haek.................. 531
Theobroma Cacao L...................
85
—
G u a z u m a L...............
84

ET

DE LA

MARTI NI QUE

T h e s p e s i a populnea Corr................
T h e v e t i a nerii folia Juss....................
T h r i n a x argentea Eodd....................
—
barbadensis Lod d ..............
—
parviflora S w ......................
—
radiata Lodd.......................
T h u n b e r g i a alata Boy........................
—
flagrans R oxb...............
—
grandijlora Roxb.......
T h u y a sinensis Tournef....................
TH Y M É LÉ E S ..........................................
T h y r s a c a n t h u s nitidus N ees.......
T ib o u c h in a chamæcislus Cogn___
T1LIACÉES...........................................
T i l l a n d s i a bulbosa Hook..................
—
fascicxdata S w ................
—
polystachya L ................
—
recurvata L ....................
—
splendens Brongn.........
—
usneoides L .....................
—
utricidata L ....................
T r i c h o l æ n a insularis Griseb..........
—
saccharoides Griseb. . . .
T r i c h o s a n t h e s Anguina L ...............
—
colubriria J a c q ....
T r i l i x crucis Griseb...........................
T r i p s a c u m hernuxpliroditum L ---T r i x i s erosa S w ..................................
—
scabra S w .................................
Trompette à canon..................................
Trompette du jugement..............
403,
T r i p h a s i a tri foliota DC....................
T r i u m f e t t a grandiflora Y a h l.........
—
havanensis K th ...........
—
helerophylla Larn.......
—
Lappula L ..................
—
semitriloba L ..............
Tubéreuse................................................
T u p a cirsiifolia A. DC.......................
—
conglobata A. DC.......................
—
flavescens A. D C .......................
—
stricta A. DC............................
T U R N É R A C É E S ....................................
T u r p i n i a ocddentalis Don................
T u s s a c i a pulchella Reichb................
Thym de l’Inde........................................
Thym de montagne.................................
Thym violet.............................................

TARLE

79
394
487
486
487
487
128
428
428
608
297
425
288
88
573
572
573
574
575
574
563
522
512
310
310
16
527
363
362
322
409
132
89
89
89
88
89
562
377
378
377
377
314
124
431
461
288
288

DES MATIERES

655

U
U n o n a odorata D u n ...

U r e r a caracassana Gaud.
U r t i c a æstuans Jacq........

U r a n i a speciosa "Willd

5
579

U r e n a lobata L ...........

70

sinuata S w .......
Swartzii M acf..

70

U R T IC É E S .......................

164
152

70

U r v i l l e a ulmacea Kth..

118

—
—

—

nivea L ...............

162
160

V
Vacoua................................................... 485
V andées................................................ 5%
V a n d e l i a crustacea Benth................ 405
V a n i l l a anaromatica Sw................. 601
—
claviculata S w ................... 681
—
planifolia Andr.................. 601
Vanille bâtard....................................... 398
Vanille du Mexique.............................. 601
Vanille sauvage..................................... 601
Vanillier du Mexique..........................
601
Vanillier sauvage.................................
601
V an illon ................................................ 601
V a r r o n i a dasycephala P. Br.......... 448
—
martinicensis P. B r......... 448
V e r b e n a Jarnaicensis L .................. 461
VERBÉNACÉES................................... 461
V e r b e s i n a alata L ........................... 369
—
gigantea Jacq................. 369
—
heliànthoides H. B. Kth. 370
Verm icelle............................................
443
V e r n o n i a arboresceus S w ................ 351
—
cinerea Less..................... 351
—
icosantha DC................... 351
—
punctata S w ................... 351
Véronique..................................... 324, 442
Véronique bord-de-mer....................... 443
Verveine blanche.................................
453
Verveine blanche savane....................... 453
Verveine bord-de-mer.......................... 453
Verveine courante.................................
462
Verveine à crête de coq ....................... 452
Verveine à pian..................................... 452
Verveine queue de l'ai..........................
461
Verveine terre....................................... 455
Vétiver................................................... 529

V e t i v e r i a arundinaceaGriseb........ 529
—
odorata Virey................. 529
Vieille fille...........................................
251
V i l f a virginica P. Beauv................... 563
V i g n a luteola Benth.......................... 211
—
sesquipedalis L ...................... 212
—
sinensis Endl.......................... 212
V i n c a roseaL .................................... 395
V i o l a slipularis L ..............................
18
VIOLACÉES............................................
17
Violette des bois................................... 426
Violette bord-de-mer.............................. 355
Violette montagne..................................
18
Violette savane..................... 355, 425, 460
V i t e x agnus-castus L ........................ 470
— divaricatus L .......................... 469
— multiflora M ig........................
469
V o l k a m e r i a aculeatea l..................
467
Vonvon................................................... 213
V o y r i a unifiera P ers......................... 402
V r i e s i a Guadalupensis Mez................ 575
W a l t h e r i a americana 1......................
87
—
glabra P o i r ......................
87
W appe.......................................... 358, 359
Wappe montagne................................... 359
W e d e l i a hupluhalmoides Griseb... 367
—
carnosa Rich..................... 366
—
frutescens Jacq.................. 367
—
pulchella H. B. Kth.......... 367
W e i n m a n n i a /iirta S w ...................
320
—
pinnata L .................. 320
W i n t e r a n a Canella L .....................
103
W i t t m a c k i a lingulata Mez..........
570
W u l f i a Havanensis DC..................... 368
—
stenoglossa DC................... 368

�65 6

PLANTES

DE LA GUADELOUPE

ET

DE LA

MARTI NI QUE

X
X a n t h i u m orientale L .....................
X a n th o so m a

3t&gt;4

X a n t h o s o m a hastifolium C. Koch..

481
481

431
481

sagittifolium Schotl. .
X i m e n i a americana L .....................
X y l o p h y l l a falcata S\v....................

atrovirens C.

Koch
et Bouché..............
hastatum Egg...........

356
25

Y
Y u c c a aloifolia L . ..
—

filamentosa L

557 I Y u c c a flaccida H aw ..........................

557

gloriosa L ..............................

557

557 I

—

Z
Z'aiguille mare............................... 1%
Zamia m u rica ta "Willd.................. 609
Z'amourette.............................. 245, 246
Z’amourette violet............................ 246
Zanthoxylon aromaticum Willcl.. . 140
fla vu n i Vahl............
140
—
martinicense L ........... 141
—
m ic ro c a rp u m Griseb. 140
Zea Maijs L ......................................... 534
Zephyrantes carinata Herb.......... 562
—
tubispa llia Herb......
561
Zépinard cochon.............................. 58
Zépinard de France.......................... 59
Zépinard du pays.............................
59
Zépinard piquant......................
59
Zerbe bouton...................... *.yp.:.... 371
Zerbe brûlante................,.V........ '.. \61
Zerbe cabrit........................^:;jé v 58, T08
Zerbe à calalou............: ....... a . . -481
Zerbe à chique............; ^
. 'J'IoO
Zerbe coton......................................... 55
Zerbe Jean...................... ^
55

Zerbe mamzelle.....................................
244
Zerbe mal nommée...............................
42
Zerbe mouton.......................................
198
Zerbe à mouton.................................... 511
Zerbe papillon....................................... 399
Zerbe s’amuser...................................... 245
Zerbe savane.................................. 90, 199
Zicaque.........................................
257, 258
Ziccaque montagne............................... 258
Zieux à bœuf.........................................
216
Zieux bourrique.................................... 216
Zieux chat........................................ 228,229
Z i n g i b e r officinale Rose.................. 583
Z I N G I B É R É E S ......... .................. 580
Zingting................................................. 233
Z in n ia elegans Jacq......................... 365
—
m ultiflora L ......................... 365
Z iz y p h u s emarginalus S\v..............
92
—
Jububa L am .....................
94
Z o r n ia diphylla F ers.......................
198
ZYG O PH YLLÉE S.................................. 135

Omission dans la table
E n d l i c h e r i a sericea N ees....................................

M AC O N , P P .O T A T F R E R E S ,

IM P R IM E U R S .

303

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ANNALES
DU

L’INSTITUT COLONIAL
DE

M A R S E IL L E
P U B L I É E S S O U S LA. D I R E C T I O N DE

M. le

Professeur

Edouard

H ECKEL

5e Année. — 4e Volume (1897)

1897 - Vol 4

à la Martinique et à la Guyane, par Emmanuel
GEOFFROY.
Los P la n t e s m é d ic in a le s et to x iq u e s de la Guyane française, par
M. Edouard HECKEL.
Recherches sur les G r a in e s g ra s s e s nouvelles ou peu connues des
Colonies françaises, par M. Edouard HECKEL.
Sur un S t r o p h a n tu s du Congo français {Strophantus d’Autran),
étude de chimie et de matière médicale, par MM. les professeurs
SCHLAGDENHAUFFEN et Louis PLANCHON.
L ’E ro u m a de Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par
M. Henri JUMELLE.
Du B o is p iq u a n t de la Guyane française, et de son écorce fébrifuge
fournie par Zanthoxi/lum Pcrotctii 1)C., par MM. Ed. HECKEL
et F. SCHLAGDENHAUFFEN.
Sur les M u r r a y a K œ n ig ii et e x o tica de Cochinchine ; étude de
pharmacognosie, par le Dr LABORDE.
R a p p o rt de M is s io n

MARSEILLE
TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE B APLATI EU
19, Rue Vonturfi, 19

1898

�B P «t i
ANNALES
DU

L’INSTITUT COLONIAL
DE

M A R S E IL L E
P U B L I É E S S O U S LA. D I R E C T I O N DE

M. le

Professeur

Edouard

H ECKEL

5e Année. — 4e Volume (1897)

à la Martinique et à la Guyane, par Emmanuel
GEOFFROY.
Los P la n t e s m é d ic in a le s et to x iq u e s de la Guyane française, par
M. Edouard HECKEL.
Recherches sur les G r a in e s g ra s s e s nouvelles ou peu connues des
Colonies françaises, par M. Edouard HECKEL.
Sur un S t r o p h a n tu s du Congo français {Strophantus d’Autran),
étude de chimie et de matière médicale, par MM. les professeurs
SCHLAGDENHAUFFEN et Louis PLANCHON.
L ’E ro u m a de Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par
M. Henri JUMELLE.
Du B o is p iq u a n t de la Guyane française, et de son écorce fébrifuge
fournie par Zanthoxi/lum Pcrotctii 1)C., par MM. Ed. HECKEL
et F. SCHLAGDENHAUFFEN.
Sur les M u r r a y a K œ n ig ii et e x o tica de Cochinchine ; étude de
pharmacognosie, par le Dr LABORDE.
R a p p o rt de M is s io n

MARSEILLE
TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE B APLATI EU
19, Rue Vonturfi, 19

1898

��ANNALES
DK

P U B L I É E S S O U S LA D I R E C T I O N D E

M. le

Professeur

Edouard

HECKEL

5e Année. — 4e Volume 1897

à la Martinique et à la Guyane, par Emmanuel
GEOFFROY.
Les P la n te s m é d ic in a le s et to x iq u e s de la Guyane française, par
M. Edouard HECKEL.
Recherches sur les G r a in e s g ra s s e s nouvelles ou peu connues des
Colonies françaises, par M. Edouard HECKEL
Sur un S tr o p h a n tu s du Congo français (Strophanius d’Autran),
étude de chimie et de matière médicale, par MM. les professeurs
SCHLAGDENHAUFFEN et Louis PLANCHON.
L ’E r o u m a de Nouvelle-Calédonie et son produit résineux, par
M. Henri JUMELLE.
l)u B o is p iq u a n t de la Guyane française, et de son écorce fi-brituge
fournie par Zantlioxi/lum Perotetii 1)C., par MM. Ed. HECKEL
et F. SCHLAGDENHAUFFEN.
Sur les M u r r a y a K œ n ig ii et e x o tica de Cochinchine ; étude de
pharmacognosie, par le Dr LAHORDE.
R a p p o rt de M is s io n

MARSEILLE
TYPOGRAPHIE ET LITHOGRAPHIE BAlt LA Tl ER

���AVANT-PROPOS

En 1890, à la suite d’une mission confiée en Nouvelle-Calédo­
nie à MM. Jeanneneyet Bompard, agents de colonisation, en vue
de rechercher la valeur des Araucarias exploitables qui abondent
dans cfctte île, j ’acquis la certitude, par une étude comparative
des produits résineux propres aux Araucaria Cooki et Brasiliensis
que ces végétaux étaient appelés à fournir un rendement très rému­
nérateur en gomme-résine d’une véritable importance industrielle.
D’autre part, à ce moment-là, ainsi que je l’ai fait connaître dans
mon introduction à l’ouvrage de M. le Dr Rançon intitulé : Voyage
(Texploration scientifique en Haute-Gambie (1894) et qui fait la
matière du 2e volume des Annales de l Institut Golomal de illa / seille, une grosse question se posait et se pose du reste encore
aujourd’hui. Pour remplacer les guttas de Ylsonandra gutta, dont
l’industrie française ne peut se passer, et qui leur lont défaut
depuis longtemps par suite de la destruction progressive de ces
végétaux dans les îles de la Sonde, il s’agissait de trouver dans
nos colonies françaises des arbres voisins des Isonandra et
capables de donner des produits similaires de la gutta, sub­
stance indispensable, que les nombreuses industries métropoli­
taines mettent chaque jour en œuvre, et que rien ne peut jus­
qu’ici remplacer artificiellement.
C’est sous l'empire de ce double besoin, trouver des gommesrésines d’Araucaria dans des colonies françaises plus rappro­
chées de la France que la Nouvelle-Calédonie, et se procurer par
tous les moyens possibles, chez nous, des guttas capables de

�remplacer celle des îles de la Sonde, que je sollicitai et obtins de
M. le Sous-Secrétaire d'Etat aux colonies alors en fonctions,
M. Etienne, l'organisation d'une double mission, l’une dans le
Soudan et la Haute-Gambie pour y étudier les arbres à gutta et
notamment le Karité (Bulyrospermum Parkii Kotschy), l’autre
pour aller à la Guyane rechercher aussi les arbres à gutta et en
étudier le rendement, enlin s’assurer si, malgré le silence gardé
sur ce point par les botanistes les plus connus de cette région
(Aublet, Sagot, etc.), les Araucarias, et spécialemment YArau­
caria Brasiliensis, qui abonde dans la région montagneuse du
Brésil, ne se retrouveraient pas dans les zones hautes, pro­
fondes et boisées de notre Guyane française, encore si peu
connue.
On a vu. par la lecture du beau travail de M. le Dr Rançon,
qui fut chargé delà mission au Soudan, combien cet explorateur
a rempli amplement sa tâche, et j’ai dit, dans l'introduction de
son livre, comment son malheureux collègue, Emm. Geoffroy, à
qui avait été dévolue la mission de la Guyane, fut empêché par la
mort, après avoir produit toutefois un beau travail, plein de pro­
messes pour l’avenir, sur une liane à enivrer de la Guyane, le
Bo/jinia Nicou Aublet1, de mettre au jour le rapport détaillé de
son exploration.
Il est resté cependant une esquisse de cette périlleuse mis­
sion sous forme d’un rapport très substantiel à M. le SousSecrétaire d'Etat aux colonies. J ’ai pensé qu’à défaut de mieux,
ce document pourrait être de quelque utilité à tous ceux (et ils sont
nombreux aujourd'hui) qui s’intéressent à la question de l’exploi­
tation du Balata à la Guyane. 11 y a là des données expérimen­
tales et des faits importants qui méritent d’être divulgués ; c’est
ce qui m’a décidé à publier ce rapport. En dehors de sa techni­
cité, il offre encore un réel intérêt comme récit de voyage dans
I. Ce travail posthume a paru dans les Annales de VIn stitu t Colonial de
Marseille, 189o.

des zones aujourd’hui bien connues et bien fréquentées depuis
que la Guyane çst en proie à la fièvre de l’or, mais bien peu
observées par les naturalistes, il faut le reconnaître.
Marseille, le 30 décembre 1890.
Dr

E.

H eckel,

Professeur à l'Université de Marseille-Aix,
Directeur des Annales de l'Inslilut Colonial

�RAPPORT DR MISSION

A LA MARTINIQUE ET A LA GUYANE

Paris, 14 mars 1892.

MISSION A LA MARTINIQUE

Je suis arrivé à la Martinique le 29 mars 1890 par le paquebot
Olinde Rodrigues, de la Cio Générale Transatlantique.
M. le Sous-Secrétaire d’État aux colonies avait bien voulu
m’autoriser à séjourner quelque temps dans cette île pour y étu­
dier sur place les plantes dont l’acclimatation pourrait être uti
lement tentée dans notre Guyane.
M. le gouverneur Germain Casse m y a fait le meilleur accueil.
Je dois des remerciements àM. le chef d'escadron Dudraille, qui
a mis gracieusement à ma disposition un homme et deux mulets
d’artillerie. Sans son précieux concours, j ’aurais eu bien du mal à
visiter un pays, où, en offrant 30 et 40 francs par jour, on n’est
pas toujours assuré de trouver un modeste véhicule pour aller
d’un village à un autre.
Il n’y a d’hôtels qu’à Fort-de-France et à Saint-Pierre. Ailleurs
il faut frapper à la porte d’un ami : on est généralement bien reçu
chez les fonctionnaires européens, tels que 1 instituteur, le curé,
les gendarmes.
J avais obtenu de M. le commandant Jacquemot 1autorisation
de loger et de prendre mes repas chez les gendarmes.
Je n’ai eu qu’à me louer de leurs soins. Par 1 intermédiaire des

�—

10

—

chefs de brigade, j ’ai pu avoir bien des renseignements sur les
coutumes, les habitudes, les industries et les cultures du pays.
J'ai quitté Fort-de-France le 17 avril, me dirigeant sur SaintPierre en suivant le tracé du bord de la mer. .1 avais une excel­
lente carte routière due à l’obligeance de M. le lieutenant d artil­
lerie Julien.
Le tracé du bord de la mer dessert les villages de Case-Navire,
de Case-Pilote, du Morne-Vert et du Carbet,; en certains endroits
il est difficilement praticable. Entre Fort-de-France et le Carbet,
la région n’est pas riche, il n’y a ni grandes plantations, ni grandes
usines. Le terrain, très accidenté, est peu propre à la culture de
la canne à sucre. On y récolte surtout des fruits et des légumes
(ignames, patates, manioc, bananes, etc.) qui sont consommés
sur place, ou vendus aux marchés de Fort-de-France ou de
Saint-Pierre.
Les cultures vivrières sont les mêmes à la Martinique et à la
Guyane. Dans les deux colonies, la population indigène se nour­
rit de bananes, de patates, d’ignames, etc. : le pain est une excep­
tion sur les tables créoles, où il est remplacé par de la farine
de manioc diversement apprêtée.
Il y a d’assez beaux champs de canne à sucre aux environs du
Carbet. Ces champs sont surtout utilisés par les petits sucriers et
pour la fabrication du rhum.
La première grande usine à sucre que j aie visitée, se trouve sur
la route du Prêcheur, à 2 kil. de Saint-Pierre. C’est 1 usine de la
« Rivière Blanche » ; elle est dirigée par M. Guérin, son proprié­
taire. Il y a dix-huit grandes usines comme celle de M. Guérin :
presque toutes, sauf celle de M. Larenty, et je crois aussi celle
de « Basse-Pointe », appartiennent à des sociétés anonymes ou
en commandite, au capital variant entre huit cent mille francs et
deux millions.
Rien n’est négligé pour que ces usines produisent un rende­
ment maximum en sucre et en tafia, beaucoup sont dirigées par
des ingénieurs sortant de l'Ecole centrale.

La plupart des propriétaires ont des contrats avec les direc­
teurs d’usines; ils livrent leurs cannes pour un prix déterminé,
à des époques convenues. Sur presque toutes les grandes plan­
tations, il y a des chemins de fer Decauville pour le transport des
cannes. On trouve cependant, surtout dans le Nord, quelques
petits propriétaires qui traitent eux-mêmes leur récolte. Ces
petites sucreries, moins bien outillées et moins bien dirigées,
donnent un rendement bien inférieur, comme qualité et comme
quantité, ù celui des grandes usines ; elles tendent à se transfor­
mer en rhumeries.
Dans le matériel d une rhumerie, il n’y a que les cylindres à
broyer les cannes qui rappellent l’usine à sucre. Le jus de canne
{vesou) est immédiatement dirigé dans de grandes cuves où il
fermente; la fermentation terminée, on distille.
On obtient un rhum inférieur [tafia) en distillant, après les
avoir fait fermenter, les produits non cristallisables (mélasses),
qui se séparent du sucre turbiné.
L industrie du sucre occupe presque toutes les forces vives de
la Martinique, et on peut dire qu’elle y a atteint son maximum de
développement et de perfection. Il est difficile de faire mieux
qu’on ne fait actuellement dans les grandes usines; la canne à
sucre vient aussi bien que par le passé, et pourtant la situation
des sucriers est loin d’être brillante.
Dans de telles conditions, je ne crois pas que l’on doive faire
des sacrifices pour introduire à la Guyane une industrie qui,
depuis la découverte du sucre de betterave, a cessé d'être l’apa­
nage exclusif de la zone tropicale.
11 est bien prouvé que. la canne à sucre plantée dans les terres
hautes de la Guyane vient mal et ne donne qu’un faible rende­
ment. L’administration pénitentiaire en a fait la malheureuse expé­
rience au Maroni. Tous les engrais qu on prodigue aux terres
hautes sont entraînés par les pluies et vont enrichir les terres
basses voisines.
Ces terres basses de notre Guyane sont seules propices aux

�—

12

—

grandes plantations sucrières, quelle que soit leur nature ; mal­
heureusement elles sont inondées pendant les deux tiers de l’année.
C’est en desséchant les terres basses que les Hollandais ont fait
de leur Guyane la belle colonie que l’on sait. Je crois que nous
pourrions utiliser la majeure partie des terres basses de notre
Guyane par des plantations d’arbres à caoutchouc et à gutta-percha. C est pourquoi je ne suis pas partisan de faire des frais
énormes pour les dessécher, en vue d’y planter de la canne à
sucre, alors que (c'est aujourd'hui bien prouvé) cette culture,
entreprise dans les meilleures conditions et par des gens dont
la compétence est indiscutable, reste tout juste rémunératrice.
De Saint-Pierre, je suis allé dans le Nord en m'arrêtant au
Morne-Rouge, à 1Ajoupa-Bouillon, à Russe-Pointe, à Macouba et
à Grande-Rivière. Cette région est la plus riche et la mieux culti­
vée. Les plantations de canne à sucre y dominent, mais on y fait
aussi du cacao, des vivres, et un ancien directeur du Jardin Bota­
nique de Saint-Pierre, M. Thierry, vient d'essayer l'industrie de
1 indigo aux environs de Grande-Rivière 1.
Presque toutes les gorges et les ravins compris entre le Prê­
cheur, Macouba et YAjoupa-Bouillon sont plantés en cacao.
Ces arbres trouvent dans ces régions, tout à la fois un abri
contre le vent, et l'exposition à l’humidité qui leur est absolument
nécessaire. Les cacaoyères ont beaucoup soullert du dernier
cyclone ; quelques-unes ont été complètement détruites.
Le cacao}rer se multiplie par des semis sur place ou par des
plantes provenant de pépinières. A la Guyane, l’administration
pénitentiaire emploie un troisième procédé qui tient des deux
1. C'est en 1887 queM. Thierry a introduit, à la Martinique, la culture de
l'Indigofera disperma L., petit arbrisseau droit, liant de I h 2 mètres, et à
gousses ne renfermant que deux semences. Ce végétal, originaire du Vene­
zuela, dont la floraison a lien en juin, juillet, août et septem bre, à la Marti­
nique, y réussit admirablement et donne un très bel indigo déjà 1res bien
coté sur les marchés européens : cette culture promet les meilleurs résul­
tats pour l’avenir. Un bel échantillon de cet indigo est au Musée Colonial de
Marseille. (E. IL)

— 13 —
premiers et donne d’excellents résultats : les graines de cacao
sont semées dans des paniers remplis de terreau. On peut mettre
ces paniers à l’abri des fourmis, des insectes, du grand soleil,
de la grande pluie, etc., et quand le jeune plant est assez fort
pour n ’avoir plus rien h craindre, on enfouit le panier à son
emplacement définitif : il pourrit en terre et l’arbre se développe.
On évite ainsi les inconvénients de la transplantation.
M. Nollet, actuellement directeur au Jardin botanique de
Saint-Pierre, vient d’y établir des pépinières très importantes où
toutes 'les variétés de cacao et de café sont représentées. Les
graines lui sont fournies par ses collègues des colonies voisines,
principalement parle directeur du jardin de Trinidad. Pour l'en­
tretien de son jardin et de ses pépinières, M. Nollet n’a que six
ouvriers et quelques corvées de condamnés. Malgré ce faible
personnel, il espère pouvoir livrer cette année (1890) 50.000 pieds
de caféier et de cacaoyer, 250 pieds de Cola acuminata (kola);
des boutures de vanille, des manguiers grelles, etc., etc. Les pro­
cédés de M. Nollet pourraient être mis en pratique à la Guyane.
Je ne crois pas qu’il soit sorti beaucoup de caféiers, de man­
guiers, de cacaoyers, etc., des pépinières que b Administration
entretient à grands frais au Maroni. Ces pépinières constituent
plutôt un jardin d'agrément avec sable dans les allées et bancs
pour les promeneurs. M. Nollet tient à la disposition de l’Admi­
nistration de la Guyane les graines et les plants qu'on voudra
bien lui demander. La Cic Transatlantique accorde la gratuité
pour ces sortes d’envois.
Le café et le cacao, qui font la richesse du Venezuela et de la
Guyane anglaise, viendraient on ne peut mieux dans notre colo­
nie de l’Amérique du Sud. Mais de grandes plantations ne seront
jamais entreprises par les relégués individuels ou par les conces­
sionnaires ; elles ne rapporteraient que dans cinq ans : c'est
presque la vie d'un travailleur européen à la Guyane !
Dans les concessions, chacun travaille pour son compte, et le
moins possible, de façon seulement à ne pas mourir de faim.

�— 15 —
Le seul avenir assuré à presque tous les concessionnaires, c’est
l’hôpital où ils vont se faire soigner et mourir. En attendant, ils
végètent et travaillent sans conviction : ce sont des gens décou­
ragés et incapables d'un effort suivi. Peut-être pourrait-on les
utiliser en les employant comme fermiers sur des plantations en
rapport. La récolte du café et du cacao n’est pas bien pénible et
conviendrait à ces malheureux, incapables d'initiative, qui, épui­
sés par un séjour plus ou moins prolongé au bagne ou aux maisons
centrales, n’ont réellement pas la force nécessaire pour les pénibles
travaux de la colonisation. M. le Sous-Secrétaire d’Etat aux
colonies a bien voulu approuver les conclusions de la Com­
mission Houry, et donner des instructions pour que de grandes
plantations de café et de cacao soient entreprises au Maroni. Ces
plantations, dans quelques années, pourraient être entretenues et
exploitées pour le compte et sous la surveillance de l'Adminis­
tration pénitentiaire par les relégués individuels ou collectifs et
par les concessionnaires. Mais revenons aux Antilles.
Dans toute la partie nord de la Martinique, il n'y a que deux
usines centrales : celle de Basse-Pointe et celle de la Grand Anse. En allant vers l ouest, on trouve les villages de SainteMarie, de la Trinité, du Robert, du François, et les usines « Bossignac », « Galion », « Sainte-Marie », « la Trinité ». Là, on ne
voit plus de plantations de cacao ; les seules cultures en vigueur
sont la canne à sucre et les vivres. Un peu plus au sud, au Vauclin, on fait un peu de café.
On trouve des caféiers à la Martinique, à peu près comme on
trouve des rosiers dans les jardins en France : sur chaque habita­
tion, il y en a toujours une vingtaine de pieds. Au Vauclin et sur
les propriétés deM. Persaint, entre les A nses-d'Arlets et le bourg
des Trois-Ilets. il en existe de petites plantations, mais elles sont bien
insuffisantes pour assurer la consommation du pay's. Les Martini­
quais font venir leur café de Saint-Dominique, du Venezuela et de
la Guyane anglaise. Les plantations d essai de café Libéria, qui
donnaient les meilleures espérances, ont été complètement

détruites par le cyclone de 1891. Peut-être, grâce aux efforts per­
sévérants de M. Nollet, les plantations de café pourront-elles
être reprises en grand d’ici quelques années. On a fait la
remarque que les caféiers entretenus avec du fumier de mouton
n’étaient pas attaqués par les parasites.
Entre les A nses-d' Arlets et les T rois-Ilets, il existe de petites
plantations de café et de cacao assez prospères. Des T rois-Ilets
à Fort-de-France, en passant par la Rivière-Salée, Petit-Bourfj,
Saint-Esprit. I)ucos, Lamentin, on traverse une contrée unique­
ment consacrée à la culture de la canne. C'est la région des
grandes usines « Hivière-Salée », « Petit-Bourg », « Larenty »,
« Loudon », etc.
Dans le sud, le sol est montagneux et peu fertile : il n’y a
qu'une usine importante, celle du « Marin ».
Les cultures potagères d’Europe réussissent sur les plateaux
élevés : le marché de Fort-de-France est suffisamment pourvu
de melons, fraises, radis, choux, choux-fleurs, artichauts, asperges,
etc., qui ne se mangent à la Guyane qu’à l’état de conserves.
En 1882, la Martinique ne possédait qu'un seul pied de Cola
acuminata R. Br. (kola). Sur la demande de M. le professeur
Ileckel, les graines de cetarbre unique ont été recueillies, semées, et
les jeunes plants on tété distribués gratuitement aux propriétaires.
M. le Dr Thaly, propriétaire au Gros-Morne, possède aujour­
d’hui 400 jeunes plants de kola ; M. Saint-Yves, du Fonds-SaintDenis, en a 40; M. Osnat, de Case-Pilote, 10; M. Guérin, de la
Rivière-Blanche, 10, etc.
Le jardin de Saint-Pierre a distribué plus de G00 jeunes plants.
M. Nollet a bien voulu me montrer son cahier de distribution
des plantes : il contient l’adresse du demandeur, le nombre de
plantes livrées, et l’époque de leur livraison. Ce cahier n'est à
jour que depuis mars 1888. Il permet de se rendre un compte
exact des opérations du jardin; il permet surtout d’avoir des ren­
seignements utiles pour introduire de nouveau au jardin les
plantes qui en ont disparu par suite d'accidents.

�— 16 —
Peut-être, à ce point de vue exclusif, y aurait-il avantage à tenir
à jour le cahier de sortie des produits de la pépinière du Maroni ?
Je n ai pu relever que la répartition de 190 plants de kola ; les
autres avaient été distribués avant l'inauguration du cahier de
sortie, et le directeur actuel du jardin ignore entre quelles mains
ils se trouvent.
Voici la liste de cette répartition :

NOM S.

A D RESSES.

E. de Reynal. Saint-Pierre.
Habitation Bonnes.
Massias.
Morne-Rouge.
Faruig.
Vauclin.
Thoré.
Dumeix.
Fort-de-France.
Geoffroy.
Pour la Guyane.
Guérin.
Usine de la Riv. Blan.
Boyer.
Lamentin.
Bardury.
Habitation Parnasse.
Lemaistre.
Habitation Montagne.
Dr Thaly.
Gros-Morne.
Brunet.
Saint-Pierre.
Brunet.
Habitation Tricolore.
Saint-Félix.
Fort-de-France.
Sévère.
Case-Pilote.
Pra.
Morne-Rouge.
Cocquerell.
Saint-Pierre.
Dr Thaly.
Gros-Morne.
Saint-Yves.
Fonds-Saint-Denis.
Cocquerell.
Saint-Pierre.
Osnat.
Case-Pilote.
Thaly demande 100 plants.

DATES

NOM BRE

la
LIV11 AIS0 X.

Plants livrés.

Je

19 sept. 1888.
14 nov. 1888.
17 nov. 1888.
26 déc. 1888.
23 juil. 1889.
21 mai 1890.
15 sept. 1890.
15 sept. 1890.
16 sept. 1890.
27 sept. 1890.
28 sept. 1890.
23jan v .1890.
17 fév. 1891.
26 fév. 1891.
26 fév. 1891.
3 mars 1891.
3 avril 1891.
15 juin 1891.
11 août 1891.
17 oct. 1891
23 sept. 1891.

de

4
4
1
1
6
2

10
2
5
4
6
2
4
4
3
1
4
75
40
2
10

�— 17 —
La noix (le kola contient beaucoup de caféine, de la théobrosorine et de la kolanine : tous principes reconstituants. Le caféier,
on le sait, a été introduit à la Martinique par Desclieux, qui, mal­
gré son dévouement demeuré classique, perdit pendant le voyage
deux de ses précieux arbustes : le troisième servit de point de
départ aux grandes plantations des Antilles. L’unique pied de Cola
acurninala du Jardin de Saint-Pierre paraît appelé au même rôle
que le caféier de Desclieux ; nous lui devons déjà G00 jeunes plants,
et, bien qu'il ait été très éprouvé par le cyclone de 1891, il nous en
donnera encore d’autres. Dans une quinzaine d’années, on trouvera
des noix de kola à la Martinique comme au Sénégal et à la Côte
de l’Or ', où il a fait l'objet des savantes études de M. Heckel.
Les Anglais font de grandes plantations de Cola acurninala
dans leur colonie de la Grenade.
Conclusions :
De touteslescultures martiniquaises,je ne voisque cellesdu café
et du cacao qui puissent être entreprises avec profit à la Guvane.
Les caféiers sont aussi peu nombreux à la Guyane qu’à la
Martinique. Les plantations martiniquaises ont été détruites par­
les parasites, celles de la Guyane ont été envahies par la
brousse ; les propriétaires ne se donnent même plus la peine d’en
récolter les fruits; il en est de même pour les cacaos.
J 'ai donné plus haut les raisons pour lesquelles je ne suis pas
partisan des grandes cultures de canne à sucre à la Guyane : il
faudrait dessécher les terres basses, installer de grandes usines,
faire venir des hommes spéciaux et des travailleurs, etc. ; les frais
ne seraient jamais couverts par les petits bénéfices de la vente
du sucre et du tafia.
1. Celle prédiction s'est réalisée à celle heure, non seulement pour la Martinique,mais encore pour la Guadeloupe, grâce au zèle (pour celte der­
nière colonie) de M. Guesde, l ’infatigable secrétaire général de la Chambre
d ’Agricullure de la Pointe-à-P itre. J ’ai reçu, en effet, de ce dernier une belle
photographie r ep rése n tan t une négresse qui vend dans la rue de superbes
gousses de kola contenues dans un panier. L’acclimatation, que j'avais
recommandée et favorisée, y a réussi complètement. (E. II.)
Annales de l’Jnslilut Colonial. 1897.

2

�—

18

—

Le Cola acuminata, qui tend à se répandre à la Martinique, et
que les Anglais cultivent clans leur colonie de la Grenade, vien­
drait également bien à la Guyane.
Je crois qu’il y aurait lieu d’entreprendre des plantations
d Eryihroxylon coca Lamk (coca du Pérou). Le climat chaud et
humide de la Guyane convient admirablement à ce végétal. Deux
jeunes plants semés fin 1889 à la Martinique et apportés en mai
1890 à la Guyane avaient acquis leur complet développement
en août 1891. Ces plants m'ont été donnés par le directeur du
Jardin de Saint-Pierre, je les ai confiés à M. l'agent de colonisa­
tion Milliemme qui les a plantés dans son jardin de Ivourou.
Ce sont les seuls qui existent à la Guyane.
A mon retour, je me suis arrêté à la Martinique, et moi-même
j'ai recueilli au Jardin de Saint-Pierre 300 graines (VE. coca
que j'ai envoyées encore fraîches à M. Grodet, gouverneur de la
Guyane : elles étaient dans les meilleures conditions pour germer.
Je priai M. Grodet de vouloir bien les faire distribuer sur les
pénitenciers.
Le principe actif de 1 E. coca (cocaïne) se trouve dans les
feuilles; il doit varier quantitativement avec les procédés de cul­
ture, la nature du sol, le milieu ambiant. Il serait bon que des
essais comparatifs fussent tentés en terre humide, en terre sèche,
au soleil, sous bois, etc. En faisant analyser les feuilles prises
dans les différents essais, on aurait des indications utiles pour
des plantations plus sérieuses. L E. coca se multiplie par semis.
On peut récolter des feuilles à la lin de la première année, et des
graines au milieu de la seconde. Cette récolte peu pénible serait
avantageusement confiée à des vieillards ou à des infirmes : aux
convalescents de l ile Saint-Joseph par exemple.
Les feuilles de coca se payent de 3 à 8 fr. le kil., suivant leur
teneur en cocaïne. Legramme de cocaïne vaut aujourd'hui 1 fr. 25.
La cocaïne se consomme en grande quantité dans nos hôpi­
taux ; pour ce produit, comme pour bien d’autres, nous sommes
tributaires de l’étranger.

A LA GUYANE

MISSIO.N

A K OU ItOU

ET

AU

MA II O M

Le vapeur annexe chargé du service postal met six jours pour
aller de Fort-de-France à Cayenne. Il s’arrête à Sainte-Lucie,
Trinidad, Surinam, Paramaribo. Je descends à toutes les escales
et j ’ai la satisfaction de voir de magnifiques Araucarias au jardin
du gouverneur à Trinidad et au jardin des plantes à Surinam. Le
climat de la Guyane convient donc à ces végétaux.
Nous avons à bord quelques Cayennais, MM. Yitolo, Leblond
et des agents de placera ayant vécu longtemps dans les bois. Si
cette vie a ses charmes, elle présente bien aussi ses inconvénients
et le tableau qu’ils m’en font n ’est rien moins que séduisant :
l’explorateur est sans cesse menacé par des serpents qui, pour
mieux le surprendre, prennent la forme et la couleur des lianes
de la forêt; les moustiques le harcèlent nuit et jour; le matin, il
se réveille tout en sang, c'est un vampire qui a profité de son
sommeil pour lui ouvrir une veine ou une artère, etc., etc. Les
tiques (ricins), les chiques (Pulex penetrans). les fourmis rouç/es,
les araignées venimeuses et mille insectes qu'il serait trop long
d’énumérer lui font une guerre acharnée. Pendant l'hivernage,
qui dure plus de huit mois, il faut vivre sous l’eau et dans la
boue; durant l’été (saison sèche), la chaleur est insupportable.
Les Européens ne peuvent vivre dans les grand bois : ils y con­
tractent des fièvres dont ils ont ensuite bien du mal à se défaire ;
tel est le résumé de nos conversations à bord du Venezuela.

�—

Le 30 mai, à 9 heures du matin, nous apercevons les Iles du
Salut ; à midi, nous sommes à Cayenne.
Les pluies vont durer encore tout le mois de juin. J ’attendrai
que la saison sèche soit à peu près établie pour commencer mes
excursions. J ’ai d ailleurs des renseignements à prendre, des
personnes à voir. Il faut aussi que j'établisse le plan général de
mes opérations ; je n'ai pas trop d'un mois pour cela, el alin d’être
plus tranquille, je vais passer une partie de ce mois aux lies du
Salut, où je reçois une très cordiale hospitalité chez mes cama­
rades Beaumont et Larobertie.
Les Iles du Salut sont trop connues pour que j ’aie besoin d'en
parler ici.
Pendant mon séjour, j'ai recueilli les différentes roches qui
entrent dans leur constitution géologique.
Les cocotiers viennent bien aux Iles du Salut ; autrefois on fai­
sait de l'huile de coco à Saint-Joseph : cette huile était de mau­
vaise qualité et revenait très cher. Les cocos de Saint-Joseph sont
aujourd’hui utilisés plus avantageusement pour l’élevage des
porcs. A l'ile du Diable, les transportés lépreux récoltent les
cocos pour nourrir la volaille.
Le sol aride des Iles du Salut ne convient guère aux cultures,
peut-être pourrait-on y essayer VE. coca. C’est avec beaucoup de
peine qu’on peut avoir quelques légumes pour les malades et le
personnel libre.
Le i juillet, j ’étais à Kourou. Les transportés dépendant de
l'établissement de Kourou sont disséminés sur différents centres
reliés par le téléphone avec le pénitencier des Roches. Tous les
services généraux, les magasins, l’hôpital sont installés aux
Roches.
L’Administration y possède divers ateliers et une petite scierie
mue par un moulin à vent. Une ligne télégraphique relie les
Roches avec Cayenne et le Maroni. On correspond avec les Iles
du Salut au moyen d’un appareil qui rappelle la bonne vieille
époque du télégraphe de Chappe.

21

—

Pendant le peu de temps que je demeurai aux Roches, je fus
l’hôte de mon camarade le Dr Pelissier. Les hôtels sont encore
plus rares à la Guyane qu’à la Martinique, et un voyageur sans
relations pourrait se trouver très embarrassé en bien des cas. J’ai
toujours reçu chez mes camarades de la marine l’accueil le plus
cordial et le plus chaleureux. J ’ai à cœur de les en remercier ici.
Le commandant provisoire du pénitencier, M. l’agent de colo­
nisation Miliemme, se mit à ma disposition avec beaucoup de
bonne grâce. Je lui confiai deux pieds de Cola acuminata (kola)
et d'E. coca (coca du Pérou) que j’avais apportés de la Marti­
nique. Un an après, août ,9/, les deux pieds d'E. coca avaient
atteint leur complet développement et portaient des fruits.
M. Mil iemme s'occupe de l'élève du bétail. Les troupeaux (à
l'exception des buffles qui réussissent très bien) ne répondent
pas aux soins qu’on leur donne. Sous l’influence de diverses
causes, ils s'anémient, le miasme palustre et le climat agissent
sur eux comme sur l’espèce humaine ; peut-être ferait-on bien de
leur donner de l’arsenic à doses vétérinaires.
Le café et le cacao viennent admirablement bien à Pariacabo,
dans l'ancien domaine de M. de Préfontaine. On y fait déjà de
petites récoltes , et si l’Administration continue à étendre ses
plantations, elle pourra d’ici trois ou quatre ans affecter à d’autres
dépenses les sommes qu’elle attribue aujourd hui à son approvi­
sionnement en café h
C’est à Passoura que j ’ai pénétré pour la première fois en forêt,
accompagné du surveillant Mysiotis. L'époque n’était guère favo­
rable ; la saison des pluies venait à peine de terminer; les terres
basses et marécageuses étaient encore sous l’eau, souvent j en­
fonçais dans la boue jusqu'à mi-jambe et même davantage. Sur

I . Cette plantation paraît réussir très bien aujourd'hui sous l'habile direc­
tion de M. Jcanneney, agent de colonisation, dont le goût prononcé pour
les sciences naturelles trouve là une application des plus utiles et des plus
profitables à la colonie de la Guyane. (E. II.)

�les plateaux, je pouvais marcher à pied sec, mais les difficultés
inhérentes à la forêt restaient les mêmes.
Il est difficile de circuler en dehors des sentiers d’exploita­
tion : on est arrêté à chaque pas par des lianes qu’il faut couper,
par une végétation touffue à travers laquelle il faut se frayer un
passage, et par des criques (ruisseaux), parfois très larges, qui font
mille contours, et vont serpentant d'une façon telle, qu’en suivant
une ligne droite on arrive à couper cinq ou six fois le même cours
d eau. Ou court de plus le danger de se perdre; après avoir
marché quelque temps à 1aventure, on finit par n’avoir plus le
sentiment de la direction. Le malheureux égaré s’enfonce de plus
en plus dans une forêt sans fin, et le plus souvent est condamné à
une mort horrible. 11 n’est pas rare de rencontrer là des osse­
ments humains blanchissant au soleil des tropiques : ce sont les
restes d’évadés, perdus dans les bois, morts d inanition et dévorés
par les fourmis.
Les serpents à sonnettes, les grages, les serpents-lianes existent
dans les forêts de la Guyane à peu près comme les vipères dans
les bois de France : ils n’y causent que fort peu d'accidents. Mais
les moustiques y sont très nombreux et rendent tout repos
impossible.
Mes recherches à Possoura ne furent pas vaines. Je m'aven­
turai dans toutes les directions avec Mvsiotis aussi loin que le
permettait la prudence. Je pus constater là l’abondance des
arbres donnant du lait après incision.
A Carouabo, à Pariacabo, à Guatemala, mêmes résultats : tou­
jours abondance des arbres à sucs laiteux.
Je vais au chantier forestier de Gourdonville, à H) kil. du péni­
tencier des Hoches, sur la rivière de Kourou : les terres basses
sont heureusement plus rares à Gourdonville qu’à Passoura et à
Carouabo; presque partout je puis circuler à pied sec. La forêt
est la même, aussi toulfue et aussi impénétrable. L)e nombreux
sentiers d’exploitation me permettent d’aller très loin sans guide.
Quand je veux sortir des limites ordinaires, je me fais accompa­

gner par le surveillant Danis, qui habite Gourdonville depuis
14 mois, et connaît la forêt, autant qu’un Européen peut la pos­
séder.
Au bout de huit jours de courses, je ne trouve toujours que
des arbres à sucs laiteux. Danis m’en fait connaître quelquesuns : les plus abondants sont les Balalas (.Sapota rnullcri), ils
donnent beaucoup de lait. Les transportés recueillent ce lait, qui,
à certaines époques, est très épais, puis ils l’étendent sur leur
pain comme de la crème. Le bois de balata est très demandé
pour certains travaux, aussi les balatas tendent à devenir très
rares près des centres d’exploitation.
Je vais aux Trois-Carbets à 10 kil. en amont de Gourdonville.
Je descends ensuite aux Hoches, à Malmanoury, à Sinnamary.
Je remonte le Sinnamary jusqu’à 50 kil. environ avec la cha­
loupe à vapeur du placer Sainte-Elie. Je ne trouve nulle part
trace des Araucarias. Au deyrad [port) ou placer à Mamanpian, j ’essaye de pénétrer un peu dans la forêt, mais je n’ai pas
de guide; c’est imprudent.
Mes provisions sont épuisées, je n’ai plus d’argent, il faut
retourner à Cayenne.
Peut-être reviendrai-je à Sainte-Elie, mais avant j irai au
Maroni et à l’Oropu. C’est surtout sur les terrains pénitentiaires
que doivent porter mes recherches.
Je ne reste pas même une semaine à Cayenne. Le 8 août, je
débarquai à Saint-Laurent de Maroni.
Le mois d’août est celui des grandes chaleurs. La saison sèche
est bien établie, les eaux commencent à se retirer, il se produit
une fermentation putride des matières organiques en décomposi­
tion ; c’est l’époque des fièvres, mais les terres basses sont
presque praticables.
Je commence par visiter le village de Galibis, à l'embouchure
du Maroni, sur la rive hollandaise. M. Bastard. interprète arabe,
m'accompagne. 11 se livre depuis quelque mois à l’étude des idiomes
caraïbes, et fréquente assidûment tous les Peaux-Rouges avec les-

�— 2o —

quels il converse tant bien que mal. Nous sommes bien reçus
chez les Galibis, grâce au tafia et aux provisions que nous parta­
geons avec nos hôtes à l'heure des repas. Je demande quelqu’un
pour m’accompagner en forêt. Un nommé Lucien consent à
venir avec moi si je veux lui donner un couteau; marché conclu,
nous parlons.
La forêt est la même qu’à Kourou, peut-être un peu moins
praticable. 11 n'y a que des sentiers d Indiens où un Européen a
bien du mal à se reconnaître. Je trouve là encore des arbres à
sues laiteux, des balatas.
Les Gabilis se livrent à la pêche et à la chasse; ils manient
très bien l'arc et n'ont point leurs pareils pour conduire une
pirogue. C'est chez eux, que j'ai pour la première fois vu utiliser
le lait de balata. Ils le font évaporer sur le feu ou au soleil ; le
produit solidifié leur sert à fixer le fer de leurs flèches.
Les Indiens Roucouyennes (également de race caraïbe), qui sont
séparés par plus de 30 jours de canotage des villages Galibis,
préparent de la même façon le lait de balata et l’emploient aux
mêmes usages.
Nous ne restons que deux jours chez les Galibis. Bastard est
appelé à Saint-Laurent; il reviendra plus tard compléter ses notes.
Je vais aux Ilattes continuer mes recherches.
Le pénitencier des Ilattes est situé vis-à-vis la pointe Galibis,
de l’autre côté du Maroni. Avec de bons canotiers,on peut tra­
verser le fleuve en une heure.
Aux Ilattes comme à Kourou, on s’occupe de l’élève du bétail.
Je ne suis pas plus heureux aux Hattes que chez les Galibis : même
forêt marécageuse, balatas toujours nombreux, ils manifestent
même une tendance à vivre en famille. Mais pas d’Araucarias.
Mêmes résultats au Nouveau-Chantier. La forêt est plus propre ;
en certains endroits, la brousse a presque disparu et on peut cir­
culer à l'aise. Toujours pas d’Araucarias.
Ces excursions dans les bois m’ont fatigué, je vais prendre
quelques jours de repos à Saint-Laurent.

De Saint-Laurent je me rends à la Forestière sur le Maroni, à
50 kil. en amont. L’Administration y possède une magnifique
scierie. En septembre i89(h le personnel se composait d’un direc­
te u r^ !. Blondel, de trois surveillants, d’un transporté libéré, cher­
cheur de bois, et de 20 à 30 transportés, la plupart anémiés et
tremblant la fièvre. Tous les travaux étaient interrompus.
Quelques jours après mon arrivée, le directeur tombe malade et
descend à Saint-Laurent; deux surveillants et une dizaine de
transportés ne tardent pas à le suivre. Je reste seul avec le sur­
veillant Fraticelli atteint d ulcères aux jambes. Les transportés
organisent un complot, et un beau matin, cinq ou six seulement
répondent à l’appel, les autres s'étaient évadés pendant la nuit.
Tous les jours, j ’arpente la forêt avec le chercheur de bois, un
ancien forçat du bagne de Toulon nommé Guichard. Ma manière
de faire ne convient pas à Guichard, il trouve que c’est trop fati­
gant. Recherches infructueuses en ce qui touche aux Araucarias.
Il y a moins de balatas à la Forestière qu au Nouveau-Chantier
et aux Hattes ; presque tous ont été abattus lors de l'exploitation
de M. de W inter.
Je passe la fin de septembre et une partie d’octobre à SaintJean avec mes camarades Beaumont, Le Rot et Titi. Je com­
mence à avoir quelques accès de fièvre. Je suis d’ailleurs com­
plètement découragé par le résultat négatif de mes recherches.
Chez les Galibis, aux Hattes, au Nouveau-Chantier, à SaintLaurent, à Saint-Jean, à la Forestière, j ’ai toujours borné mon
champ d’exploration à une zone dont la superficie peut être
approximativement évaluée à celle d’un cercle de rayon variant
entre 3 et 0 kilomètres. Je n’ai en somme visité guère plus de
250 kil. carrés de forêt. Je ne crois pas que cela soit suffisant
pour pouvoir conclure à l’absence des Araucarias dans un pays
comme la Guyane. D’un autre côté, il y a impossibilité matérielle
à pénétrer plus avant que je l'ai fait. C’est déjà beaucoup que
de rayonner en forêt pendant une moyenne de 4 à 5 kilomètres
autour d’un point central.

�26 —
Pour tourner la difliculte, je nie décide à remonter le Maroni
le plus haut possible : je me rendrai compte de la flore rive­
raine, et chaque fois que 1occasion se présentera, je ferai des
excursions dans la forêt. De cette façon, j arriverai à connaître
une superficie forestière considérable, et comme mes observations
auront lieu en des points différents, j arriverai bien, à moins d’une
malechance inadmissible, à rencontrer quelque part un ou deux
Araucarias, si tant est qu'ils existent à la Guyane en quantité
appréciable. En observant ensuite les conditions de végétation de
ces spécimens, je pourrai peut-être trouver des indices qui me per­
mettront ensuite de diriger mes recherches dans tel ou tel sens.
Mes préparatifs de voyage furent vite faits. Le 20 octobre, je
quittai Saint-Laurent avec une pirogue conduite par deux Booschs.
J'avais des vivres pour trois mois, un hamac, une moustiquaire,
quelques objets d échange pour les Indiens, au cas où il me fau­
drait pousser jusque là. J ’emportai en outre un appareil photo­
graphique, des plaques sensibles et tout un matériel, planches à
herbier, papier-filtre, alcool, bocaux, etc., pour recueillir et con­
server les plantes et les animaux de petite taille. J ai perdu tous
ces objets dans différents naufrages. Quand je revins à SaintLaurent, je n'avais même plus ma feuille de route !
Ma première halte fut à la Forestière où je fis une provision
de pain qui malheureusement ne dura pas longtemps : au bout
d’une huitaine de jours tout était moisi. Pendant deux mois et
demi, j ’ai mangé des pommes de terre bouillies en guise de pain !
De la Forestière au village d’Apatou, il n'y a que quelques
heures. L’ancien compagnon de Grevaux est en conférence avec le
Grand-man Arrato : c’est sa mère qui commande en son absence.
Elle me reçoit de son mieux et met à ma disposition l’habitation
du chef : c’est une petite case, ni mieux, ni plus.mal bâtie que la
plupart de celles que l'on voit à Saint-Laurent; le mobilier est
modeste. Un bon accueil est généralement réservé aux fonction­
naires chez Apatou; il y a toujours pour eux la bière, le ver­
mouth, l’absinthe, etc.

— 27 —
Malgré toutes les attentions de la vieille mère d’Apatou, j’ai
hâte de continuer mon voyage ; mais mes canotiers me déclarent
qu'ils ne sont pas assez forts pour remonter les sauts et les
rapides du Maroni. « Un placérien, M. Grillaud, doit quitter
« Saint-Laurent dans deux jours, il faut l’attendre; en voya(( géant de conserve, nous pourrons nous prêter une aide réci­
proque. » Leur raisonnement est juste, mais pourquoi ne pas
m’avoir prévenu plus tôt : j ’aurais fait coïncider mon départ avec
celui de M. Grillaud.
Puisque j’ai au moins quatre jours devant moi, je vais en pro­
fiter pour explorer un peu la forêt. Le plus jeune fils d’Apatou,
Léopold, veut bien m’accompagner, il me mène voir les abatis
(plantations) de la famille. Ces abatis sont disséminés en diffé­
rents [joints, on y arrive par des sentiers compliqués et connus
seulement des Bonis. Ils cultivent surtout le manioc; avec la
farine de manioc, les Bonis préparent le « couac » et la cassave »
qui leur tiennent lieu de pain. Ils récoltent aussi le riz, les
ignames, les patates et un peu de mais, des arachides, de la
canne à sucre, dont le jus leur sert à préparer une liqueur fer­
mentée assez agréable. Les abatis sont situés en terres hautes;
ils ne donnent un rendement utile que pendant quatre ou cinq
ans.
Léopold est un bon chasseur, avec lui je n’ai pas peur de me
perdre. Nous partons le matin au jour pour ne revenir que le
soir tard ; cela dure trois jours. Mêmes résultats qu ailleurs : des
arbres à sucs laiteux et pas d’Araucarias.
Enfin M. Grillaud arrive. Il savait que je 1 attendais. Mes
Booschs et les siens avaient résolu de faire le voyage ensemble,
seulement ils n’avaient rien voulu me dire à Saint-Laurent, de
peur ([ue je prisse d’autres canotiers. M. Grillaud n’ayant aucune
raison pour rester chez Apatou, nous partons dès que je suis prêt.
Dans trois quarts d’heure nous serons au Saut Hermina; mais avant
de franchir ce premier obstacle, il faut montrer son laisser-passer au
commissaire hollandais chargé de la surveillance des plaeers du

�— 28 —
Contesté. Ces laisser-passer sont signés par le commandant supé­
rieur à Saint-Laurent et par le représentant du gouvernement
hollandais à Albina. On n'en délivre qu'aux voyageurs en mis­
sion et aux chercheurs d'or munis de permis réguliers.
Les Hollandais ont trois postes dans le haut Maroni : le pre­
mier est un peu en avant du Saut Ilermina, le second à Polygoudou. le troisième à Assici, à quelques kilomètres en amont de
Cotica, la capitale des Bonis. Le personnel de chaque poste se com­
pose d'un commissaire, d'un sergent et de quelques soldats noirs.
Les postes français sont à Polvgoudou, à Assici et au cou Huent
de l’Awu et de la crique Inini. Le chef des trois postes réside à
Assici; il dépend du directeur de l'intérieur et a sous ses ordres
les sous-chefs de Polvgoudou. d’Assici et d’Inini. 11 y a une dou­
zaine d'agents à Assici, quatre à Polvgoudou et trois à Inini.
Le service des postes olfre beaucoup d’analogie avec celui des
douanes. Les agents doivent vérifier les laisser-passer; ils tiennent
un registre des quantités d’or circulant sur l’Awa et ont le droit
de contrôle. Us sont chargés en outre de la police générale.
On est bien mieux chez Apatou qu’au poste hollandais d'Hermina. Les paillettes sous lesquelles logent les soldats ne valent
pas les carbets des Bonis. Presque tout le monde a la fièvre. Je
laisse quelques grammes de quinine au sergent qui a épuisé sa
réserve de médicaments. Nous ne restons que peu de temps
chez les Hollandais ; voilà trois heures et il faut franchir le Saut
Hermina avant la nuit.
On a donné le nom de Saut Ilermina à une série de sauts et de
rapides qui se succèdent sur une longueur de plus d’un demikilomètre. C’est le premier saut du Maroni : il est tout près du
village d’Apatou.
« Tous les fleuves de la Guyane, dit Crevaux, ne sont navi« gables pour les bateaux à vapeur que sur une étendue de 12
« à 15 lieues au-dessus de leur embouchure. Plus haut, ces fleuves
« sont obligés de déchirer pour ainsi dire les collines et les mon« tagnes (à la Guyane, les chaînçs de montagnes sont paral-

— 29 —
« lèles à la mer, c’est-à-dire perpendiculaires au cours des fleuves)
« afin de se frayer un passage. Des blocs souvent granitiques
« opposent dans le lit même mille obstacles à l’écoulement des
« eaux ; puis des roches disposées dans le sens longitudinal rétré« cissent le cours de la rivière et forcent la masse liquide à mar« cher d’autant plus vite que l'espace est plus restreint. C’est ce
'&lt; qui constitue un rapide. Les roches transversales forment un
« barrage, une digue par-dessus laquelle l’eau se précipite pour
« tomber en cascade. Tels sont les sauts de la Guyane fran« çaise.
« Les sauts, dit Vidal, établissent une série de bassins dont
« ils constituent eux-mêmes la digue de retenue. Le courant
« d’une rapidité vertigineuse dans les sauts est faible et quelque« fois nul entre ces obstacles. »
Presque tous les fonctionnaires ayant servi à Saint-Laurent et
à Saint-Jean-du-Maroniconnaissent le Saut Ilermina. On le fran­
chit facilement: il n’a que quatre ou cinq mètres de hauteur.
Mes Booschs unissent leurs efforts à ceux de M. Grillaud pour
faire passer nos pirogues les unes après les autres. Des embar­
cations ordinaires ne vaudraient rien pour la navigation du
Maroni. Il faut les pirogues indiennes ou Booschs, longues et
étroites à la façon d’un cigare, qui offrent peu de prise au cou­
rant et glissent facilement entre les obstacles.
Malgré toutes les précautions, l’eau embarque en grande quan­
tité : les vivres, les elfets sont mouillés. C'est un malheur qui se
renouvellera souvent : nous avons encore une douzaine de sauts
avant d'arriver à Cotica; quelques-uns sont très dangereux. On
ne compte plus les placériens qui se sont noyés dans les sauts et
les rapides du Maroni. Presque toujours les accidents arrivent
quand les pirogues sont conduites par des créoles ou des Saramakas. Les Booschs et les Bonis ont davantage l'instinct de cette
navigation toute spéciale : ils devinent les écueils à l aspect des
ondulations de l’eau. J ’ai vu, au Saut Laissé-Dédé, une pirogue filer
avec la rapidité d'une flèche en décrivant des courbes pour évi-

�30 —
ter les écueils; elle était conduite par deux jeunes Bonis dont
l'aîné n’avait pas quinze ans. C'est surtout pour la descente des
rapides, qu il est urgent d’avoir de bons canotiers : l’impression
que l'on ressent est tout à fait semblable à celle que l'on éprouve
aux Montagnes Russes ; il y a en plus la certitude d'aller se bri­
ser contre une roche à la moindre faute des pagayeurs.
Nous sommes au mois d'octobre, en pleine saison sèche, le
soleil donne toute la journée. En pirogue, on ne perd pas un
seul de ses rayons; ils tombent à pic entre 10 heures du matin
et 2 heures du soir: le reste du temps, aux rayons directs viennent
s ajouter ceux qui sont réfléchis par l’eau de la rivière. Les
Booschs semblent éviter à plaisir l'ombre quand ils s'arrêtent
pour se reposer ou pêcher le poisson. Je me garantis de mon
mieux avec une double coitfure et un voile vert : le parasol m’est
interdit, il gênerait le patron qui a besoin de voir devant lui pour
guider la manœuvre.
La navigation serait très agréable le matin et le soir avant huit
heures et après quatre heures, mais les Booschs ont leurs habi­
tudes et tout ce que je leur dis à ce sujet les laisse indifférents.
Ils se lèvent de bonne heure, se racontent des histoires et pré­
parent sans se presser les vivres de la journée ; ils ne se décident
à partir que quand le soleil est déjà haut. Vers I I heures, halte
le plus souvent au milieu de la rivière sur une roche ou un banc
de sable; on déjeune rapidement, et en route. Après quatre
heures, quand la forte chaleur est passée, on cherche un point
favorable pour débarquer et passer la nuit. Pendant que mes
hommes installent les hamacs et préparent le repas, j ’explore
les environs de notre campement, je vais quelquefois assez loin
quand la forêt n’est pas trop mauvaise. Mon domestique m’accom­
pagne quelquefois. Cet homme, sur qui je comptais beaucoup,
manque absolument de bonne volonté, souvent il refuse de venir
avec moi sous prétexte qu’il est fatigué. C’est un personnage qui
veut qu'on ait des égards pour lui; il injurie constamment les
Booschs, les traitant de sales nègres. Quand je ne suis pas là, il

— 31
les oblige à faire une partie de sa besogne; enfin un beau jour il
me déclare qu'il n’est pas assez payé (je lui donne 100 fr. par
mois et la nourriture) : il veut Gfr. par jour, et les Booschs devront
l’appeler Monsieur. Mes canotiers rient beaucoup de cette der­
nière prétention : ils lui donnentdu Monsieur du matin au soir, mais
d’une manière ironique et peu flatteuse pour son amour-propre.
Il m’arriva un accident un peu avant le saut de Man-bari. A
la suite d une fausse manœuvre, ma pirogue chavire ; tous les
bagages sont à 1eau : les plus légers surnagent et sont entraînés
par le courant. Heureusement, M. Grillaud me suit à 3 ou 400
mètres : il en sauve une partie; pour avoir les autres, il faut plon­
ger. Les Booschs, qui ont perdu un fusil, mettent tous leurs
moyens en action pour le retrouver. La journée entière est consa­
crée aux recherches : ils n’auraient certainement pas pris tant de
peine, s’il n ’y avait eu que mes affaires en cause. J ’ai perdu trois
caisses, mon appareil photographique, mes plaques sensibles sont
hors d usage ; toutes mes provisions, sauf les boîtes de conserve
et les pommes de terre, sont plus ou moins avariées, le biscuit
est en bouillie.
Deux jours après, nous arrivons à Polygoudou. au confluent de
l’Aura et du Tapanaponi. Nous y restons juste le temps de mon­
trer nos papiers et de confier mon domestique au chef du poste
français, avec prière de vouloir bien l'expédier à Saint-Laurent
par la plus prochaine occasion. J ’en ai assez de ce serviteur: son
intention, je l’ai su plus tard, était de me quitter une fois arrivé
dans la région des placers, et d'aller s’engagerchez quelque cher­
cheur d’or. Le travail de l'or est pénible et malsain, mais il est
bien rétribué : un bon ouvrier de placer peut se faire des journées
de 8 et lü francs.
Nous mettons six jours de Polygoudou à Cotica. Il y a une
série de sauts et de rapides à franchir avant d’arriver à la capi­
tale des Bonis : nous les franchissons sans accidents, mais non
sans émotion ; la moindre fausse manœuvre, une amarre rompue,
et c’en était fait de nous.

�— 33 —
Il csl huit heures du soir, quand nous arrivons à Gotica. Apatou
prévenu, je 11e sais par qui, nous attend au deyr ad. Le Grand-man
est couché, mais il nous fait dire que sa case est à notre disposi­
tion ; je puis y faire porter mes provisions et mon hamac.
Apatou est vêtu à 1européenne, il parle correctement le créole
de Cayenne et j'ai plaisir à m’entretenir avec lui. Nous causons
de ses voyages avec Crevaux : il paraît avoir conservé un véri­
table culte pour cet illustre et infortuné explorateur. Nous disons
aussi quelques mots de Goudreau.
Je raconte mon accident de Man-bari : « cela ne serait pas
arrivé, me dit Apatou, si vous aviez voyagé avec des Bonis. »
Les Bonis ont la prétention d’être meilleurs canotiers que les
Booschs (ce qui ne m a pas empêché d'avoir trois naufrages presque
aussi sérieux que celui de Man-bari avec des pagayeurs Bonis),
mais ils demandent iO, 4b et 30 francs par baril (100 kil. envi­
ron^ pour aller de Saint-Laurent dans la région des placers. Pour
le même voyage, les Booschs se contentent de 30 et 3b fr., selon
la saison.
Apatou me quitte vers minuit. Il m’a mis au courant de toutes
ses affaires : « Il 11e peut m’accompagner chez les Roucouyennes :
« le Grand-man est malade, c’est lui qui a la responsabilité de
« tout, mais il me fera avoir de bons canotiers. Vous ne voyagez
« pas pour chercher de l’or, me dit-il en substance ; je représente
« ici la Société de Géographie de Paris, je suis entièrement à
« votre disposition. »
Le lendemain, je reçois la visite du Grand-man et de ses
conseillers. Après quelques paroles insignifiantes, on me
demande si j ’ai des papiers établissant ma mission : je montre ma
feuille de route et une lettre du Gouverneur de la Guyane. Pen­
dant que son secrétaire examine ces pièces avec attention, le
Grand-man m’explique que je ne dois point me froisser de cette
façon d’agir : il a été souvent victime de forçats évadés et de placériens peu scrupuleux ! Puisqu’il est prouvé que je suis l’envoyé
du Gouvernement, il se tient à ma disposition en tout et pour

tout, et il sera très heureux si je veux bien déjeuner avec lui.
Nous étions huit à ce déjeuner et il y avait bien à manger pour
deux. J ’envoie chercher quelques boîtes de conserve et du vin :
c’est un régal pour tout le monde excepté pour moi, car nous
n’avions pas de pain !
A la fin du repas, je prie le Grand-man de mettre quelques
hommes à ma disposition pour continuer mon voyage chez les
Indiens. Il me répond que dans deux jours il viendra à Assici et
nous causerons de cette affaire, aujourd'hui je suis son hôte et ce
n'est pas le moment de traiter une pareille question. En réalité,
il veut se donner le temps de réfléchir.
Il ne faut pas plus de deux heures pour aller de Gotica à
Assici. Le chef du poste français, M. Gaudchautrier, me reçoit avec
beaucoup d amabilité ; il met un petit carbet à ma disposition et
comme je dois rester quelque temps chez lui, nous feronsgamelle
ensemble.
Je le mets au courant de mes projets d’excursion dans les forêts
du Contesté où je compte trouver des Araucarias; je lui fais la
description de ces végétaux dont l aspect est si caractéris­
tique :
« J ’ai prospecté pendant plus de quinze ans dans les différents
« placers de la Guyane, me ditM . Gaudchautrier, je ne crois avoir
« jamais vu d'arbres pareils et je doute que vous en trouviez
« dans le Contesté. En tout cas, mes hommes sont à votre dispo« sition pour vous accompagner, je vous recommande surtout
« un Brésilien nommé Lucien : avec lui, vous pouvez aller partout
« sans risquer de vous perdre. »
Et comme je dis à M. Gaudchautrier que j ai l'intention d'aller
chez les Roucouyennes, si je ne trouve pas d'Araucarias dans le
Contesté, « dans ce cas, me répond-il, partez de suite, vienne la
« saison des pluies et vous ne trouverez pas un Bonis qui consente
« à franchir la ligne de sauts et de rapides qui séparent l’Avra de
« l ltani. Le mieux serait d’aller chez les Roucouyennes à pré« sent : les eaux sont basses, il n’y a pas de danger; il n’en sera
Annales de l’In stitut Colonial. 1S97.

3

�« pas de même dans un mois. Remettez à votre retour vos
« recherches dans le Contesté, où, je puis déjà vous le prédire,
« vous ne trouverez pas un Araucaria. »
Je me décide à suivre les conseils de M. Gaudchautrier, et
quand le Grand-man vient, je le prie de me faire avoir le plus tôt
possible une pirogue et des pagayeurs. Avec beaucoup de peine,
j obtiens une demi-promesse. Le Grand-man veut gagner du
temps, .le m'explique alors avec Apatou qui prend un air embar­
rassé : « Certainement, il faut partir le plus tôt possible, mais
« qu'allez-vous faire là-bas, c'est un voyage pénible, les sauts et
« les rapides sont très dangereux et vous risquez de rencontrer
« les Oyacoulets; ces Indiens sont méchants, ils flèchent tous
« ceux qui essayent de remonter le fleuve. » Et Apatou se met
à me raconter des histoires toutes plus terribles les unes que les
autres sur les Oyacoulets. 11 ne fait réellement pas bon de tom­
ber entre les mains de ces Peaux-Rouges à grandes oreilles
« qui mange moun » (qui mangent le monde).
Mais je suis bien résolu à partir. Au bout de huit jours, le
Grand-man, suffisamment renseigné sur mes projets, consent à
me prêter deux pirogues, à condition que je serai en état de me
défendre contre les Oyacoulets. M. Gaudchautrier s’offre de
m'accompagner avec trois de ses hommes, dont Lucien qui est bon
chasseur. Nous serons armés de fusils Gras et de revolvers; nos
quatre pagayeurs ont des fusils de chasse. Trois des pagayeurs
sont des neveux du Grand-man, le quatrième est un vieillard
d’Assici quelque peu sorcier; il connaît la langue roucouyenne :
c'est son sixième voyage chez les Indiens. J ’aurais préféré un
canotier plus jeune et plus fort, mais Apatou insiste tellement que
je finis par accepter « papa Emerillon » : mon vieux sorcier doit
ce surnom à un séjour assez long chez les Indiens de l’Inini et de
l’Approuage.
Le départ est précédé de cérémonies qui n’en finissent plus.
Chaque canotier emporte son « Obiat » : c'est une préparation
mystérieuse qui doit garantir de tous les dangers. La terre

glaise entre pour une bonne part dans la composition de cet
« Obiat ».
Au dernier moment, Apatou juge à propos de me donner
quelques conseils : « Il s’est opposé à ce voyage; s’il m’arrive mal« heur, la Société de Géographie n'aura rien à lui reprocher. Les
« canotiers sont à ma disposition, seulement il ne faudra pas les
« contrarier : ils connaissent la rivière et savent ce qu’ils ont à
« faire. » Il nous indique aussi la façon d’agir avec les Roucouyennes : « En arrivant dans un village, nous devrons d'abord
« aller saluer le chef et, quelle que soit notre répugnance à le
« faire, goûter aux restes du dernier repas. C’est seulement après
« cette formalité que nous serons les hôtes ; nous pourrons alors
« nous installer dans la maison commune et agir en toute liberté.
« Il est de bon goût de faire un cadeau au chef.
« Quant aux Oyacoulets, si nous les voyons, il faudra nous
« tenir tranquilles, mais bien les observer, et, au moindre mouve« ment suspect, ne pas hésiter à tirer les premiers. »
Je remercie Apatou de ses conseils et nous nous mettons en
route (12 novembre).
Nous ne nous arrêtons que quelques instants aux placers
Goliot, Grillaud, Saint-Ange, Leblond et CiP, Dusserre. etc. On
nous fait partout bon accueil.
En cinq jours, nous arrivons au confluent de l'Awa et de la
crique Maroni. A ce point, l’Awa perd son nom et devient l’Itani.
Est -ce bien lTtani qui continue l’Awa? Si les Hollandais
disaient non, nous aurions un nouveau Contesté, qui doit être
aussi riche que l'ancien en alluvions aurifères.
Nous restons trois jours à l'embouchure de la crique Maroni,
d'abord pour connaître un peu la forêt, et ensuite pour assister à
une grande pêche des Bonis.
Le Grand-man donne une fête qui doit durer quinze jours. 11
faut des quantités considérables de gibier et de poisson boucané
pour les invités, et, comme le poisson se fait rare dans la région
des placers, la pêche aura lieu précisément à l’endroit où nous

�nous sommes arrêtés, un peu avant les premiers rapides de l'Itani.
Ils sont une vingtaine de Bonis qui doivent y prendre part. Leur
premier soin est de se procurer le plus possible de liane à enivrer
iRobinia AïcouAubl.J.Cette liane, autrefois cultivée sur lespropriétés, se fait très rare; j'ai eu beaucoup de peine à m’en procurer
une cinquantaine de kil. qui vont être étudiés au laboratoire de
M. Heckel '.
Le « Xicou » est écrasé, réduit en (liasse, qui,agitée dansl'eau,
laisse dissoudre un principe actif, nuisible au poisson et capable
de le tuer à la longue. La pèche des Bonis consiste en somme
à empoisonner la rivière et à recueillir le poisson moitié mort.
Ce spectacle est très intéressant, quand l'opération se pratique en
grand; dès que le poisson éprouve les premiers effets du « Xicou »,
il vient à la surface où il est aussitôt cueilli par une flèche, qui
manque rarement son but.
Les Bonis rivalisent d’adresse ; mes canotiers luttent d’efforts
avec leurs camarades. Le poisson mis à boucaner peut se conser­
ver longtemps : nous sommes approvisionnés pour tout notre
voyage. Ce poisson empoisonné peut être mangé impunément
même cru.
Mon excursion dans les bois n'a pas été heureuse ; je n'ai pas
trouvé d Araucarias et j'ai failli me perdre. Il y a moins de halatas dans cette région que dans le bas Maroni ; les arbres à
copahu (Copaifera) sont nombreux, tellement nombreux qu’un
placérien, M. Galliot, ancien conseiller général, a songé à les
exploiter au point de vue de leur oléo-résine.
Nous mettons quatre jours pour franchir la région des sauts et
des rapides. Le vieil « Emerillon » n’a pas la force nécessaire
i. On pourra lire dans le IIe volume des A nnales (le l'Institut Colonial
(1895) le remarquable travail posthume sur le Ilobinia Nicou, qui a paru
dans cette publication sous le nom de Geoffroy : dans l'avant-propos qui
précède ce dernier travail du très regretté explorateur dont nous publions
ici le rapport, j ’ai indiqué les conditions douloureuses dans lesquelles cette
publication s’est faite. (E. H.)

pour conduire son embarcation dans les passages difficiles. A trois
reprises différentes, elle chavire et je perds presque toutes mes pro­
visions et tous mes effets. Il faudra désormais chasser pour vivre.
Après la région des sauts, l'Itani est très calme. Nous trou­
vons beaucoup de gibier et nous serions tout à fait bien sans la
crainte des Oyacoulets. La nuit chacun veille à tour de rôle. Ces pré­
cautions sont heureusement inutiles, aucun ennemi ne se présente.
Nous ne sommes plus qu’à deux jours du premier village roucouyenne. Il est i heures 1/2, c’est le moment de choisir un
emplacement pour la nuit, quand il me semble entendre quelque
chose d’anormal. M. Gaudchautrier éprouve la même impression ;
le bruit se rapproche, on distingue très bien la cadence des
pagayes. Nul doute, ce sont les Oyacoulets; ils sont encore
caches par les méandres du fleuve, mais nous n’allons pas tarder
à les apercevoir. Chacun s'arme à la hâte, nous avançons lente­
ment et sans bruit; à un détour, nous nous trouvons nez à nez
avec__ Coudreau et son compagnon Lavaux, qui, après avoir
remonté LOyapock et traversé les IIumuc-Humacs, descendent
l’Itani pour aller rejoindre l’Approuage par l'Inini; ils ont l’in­
tention de séjourner quelque temps chez les Emerillons. Je les
retrouverai à Cayenne en mars ou avril.
Coudreau est un ancien condisciple du collège de Saintes. Il a
sa famille à Matha (Charente-Inférieure), où un de mes oncles a
été notaire. Nous causons du pays, des amis communs, de nos pro­
fesseurs, de la Guyane, des blancs, des noirs, des Oyacoulets,
des Roucouyennes__ Nous nous occupons même des Arauca­
rias. D’après la description que je lui fais de ces végétaux, Cou­
dreau ne pense pas qu’ils existent à la Guyane.
Coudreau voyage sans provisions. Il n’a que son fusil, ses muni­
tions et quelques objets d’échange; c’est la seule façon pratique
de voir du pays. En somme, je ne suis guère plus avancé que
lui : j ’ai presque tout perdu dans les sauts et les rapides; il ne
me reste qu’un peu de vin, du tafia, des pommes de terre et
quelques boîtes de conserve.

�Le premier village roucouyenne se compose de sept ou huit
grands carbets, disposés en fer à cheval autour de la maison com­
mune, sorte de grand hangar conique, recouvert de feuilles de
palmier pinotL
La maison commune est propre, bien entretenue; elle est ornée
de tous les produits de l'industrie roucouyenne : hamacs, cassétète, arcs, flèches, coiffures en plumes, etc.
Pour arriver au village, il faut gravir une petite éminence. Les
Indiens viennent au-devant de nous et nous font asseoir en rond
dans la maison commune ; puis on nous présente une sorte de
brouet peu engageant : il faut y goûter du bout des lèvres. Cela
fait, j’offre à celui qu’on me désigne comme le chef un couteau,
un miroir, deux pelotes de fil. Ces cadeaux sont accueillis avec
de grands gestes de contentement : nous sommes amis.
Les Indiens vont chercher les bagages et nous nous installons.
Je recommence mes courses dans la forêt sans plus de succès
que pendant le voyage ; je pénètre aussi avant que je le puis
guidé par les Indiens : les Copahu sont abondants, on trouve
peu de balatas et pas du tout d’araucarias.
Les Roucouyennes préparent la gutta de balata comme les Galibis : ils l’emploient aux mêmes usages.
Le second village que je visite, porte le nom de son capitaine,
Yamaïqui. Il est un peu plus important que le premier. Même
disposition des cases, même accueil, mêmes recherches dans les
forêts et pas plus de succès.
Le plus grand village des Roucouyennes se trouve au pied des
monts Tumuc-Humacs, tout à fait aux sources de l’Itani. C’est
\ . Le pinot est un superbe palmier (Eulcrpc oleracea Mart.) qui recherche
les terrains marécageux et constitue une ressource importante pour les indi­
gènes de la Guyane. Les fruits sont appréciés pour leurs qualités comes­
tibles et les graines donnent une huile claire, légèrement parfumée et d ’un
goût excellent. Le stipe se laisse fendre facilement et donne d ’excellentes
lattes très estimées des charpentiers pour les couvertures de maisons.
(E. IL)

là que réside le grand chef Apoïké. Il faut huit jours de canotage
pour aller de Yamaïqui chez Apoïké.
Pendant que nous faisons nos préparatifs de départ, je suis
pris d’un violent accès de fièvre, qui ne tarde pas à se compliquer
de dysenterie. La seule nourriture que l’on puisse me donner
(gibier, poisson, bouillon de singe) m’inspire un dégoût insur­
montable. J ’essaye de me soigner tant bien que mal, mais je
manque de tout, et, aucun mieux ne survenant, je me décide à des­
cendre à Assici. Nous avons le courant pour nous et le retour est
assez rapide, heureusement, car la fièvre ne me quitte pas.
M. Gaudchautrier est presque aussi malade que moi.
Coudreau et Lavaux sont à Assici; ils m’attendent pour m’em­
mener chez les Emerillons, mais je ne suis guère en état de les
suivre, et quand la fièvre m’a quitté, j ’ai perdu toute énergie. Ce
fut sans conviction que je continuai mes recherches dans les forêts
du Contesté. Elles furent ce que je prévoyais, complètement
négatives.
Je dois des remerciements à MM. Galiot, Dusserre, Thilbert,
Leymerie, Vitalo, Grillaud, et à tous les directeurs de placers qui
m’ont fait un accueil inoubliable. J ’ai trouvé chez eux, non seu­
lement des vivres et le logement, mais aussi un appui moral et
des encouragements dont j ’avais le plus grand besoin.
Ce ne fut qu’à bout de forces que je me décidai à descendre à
Saint-Laurent. Apatou me fit donner ses meilleurs canotiers. La
saison des pluies venait de commencer, je n’avais rien pour
m’abriter, et pendant huit jours, je fus exposé à des ondées comme
on n’en voit qu’à la Guyane. C'est surtout la nuit que la pluie
est désagréable, quand on n’a rien pour s’en garantir. Je préfé­
rais rester debout, ou accroupi contre un arbre, que de me coucher
sous la pluie avec des habillements trempes, dans un hamac
mouillé.Les moustiques ne désarment pas en temps de pluie!!
J ’avais toujours la fièvre. Aussitôt arrivé à Saint-Laurent, j ’en­
trai à l’hôpital : j ’y retrouvai M. Gaudchautrier qui était descendu,
pendant que je visitais le Contesté.

�— 40 —

-

11 —

Ce fut pendant mon séjour à l'hôpital que j ’entrevis la possi­
bilité d utiliser les sucs laiteux si abondants dans les forêts de
la Guyane.
J ’ignorais ce qui avait déjà été tenté à ce sujet. Je savais seu­
lement que le Balata donne un produit semblable à la gutta-percha ; j ’avais vu ce produit chez les Galibis et chez les Roucouvennes. Aussitôt ma sortie, j ’allai au Nouveau-Chantier pour
faire quelques essais, et le 28 février 1891. j ’envoyai mon pre­
mier rapport concluant à Yabsence des Araucarias à Kourou et
dans les forêts riveraines du Maroni, depuis les Ilattes jusqu'au
village roucouyenne de Yamaïqué. Je priai le département des
Colonies, en outre, de vouloir bien m’autoriser à établir un petit
champ d'expériences, dans lequel les sucs laiteux seraient recueil­
lis et traités par différents procédés. On a bien voulu accueillir
favorablement ma demande; il me reste à rendre compte des
résultats que j ’ai obtenus dans ce nouveau genre de recherches.

botanique, et diverses autres essences que je définirai le mieux
possible.
Pour recueillir les sucs laiteux, j ’ai presque toujours fait aux
arbres deux incisions circulaires en forme de « V »; je faisais
aboutir aux branches du « V » de nombreux canaux et je plaçais
à la pointe un récipient pour recevoir le produit de l’écoulement.
Le tableau ci-après donne le résultat de mes opérations au
Nouveau-Chantier :

SUCS LAITEUX

Pour la consistance des latex :
E veut dire épais (consistance laiteuse ordinaire).
T E veut dire très épais (consistance de la crème).
L’écoulement des lianes est presque nul : le suc se coagule sur
1 incision.

Les végétaux donnant des sucs laiteux coagulables par l’alcool
sont très nombreux dans les forêts de la Guyane.
Il y a d’abord les nombreuses variétés de « lianes caoutchouc »,
qui se rencontrent surtout dans les terres basses et marécageuses.
Malheureusement, à cause de leur faible diamètre, il est presque
toujours nécessaire de les couper pour en retirer le suc. Ces lianes
mettent un temps considérable pour prendre leur complet déve­
loppement ; elles sont appelées à disparaître devant une exploi­
tation sérieuse.
Aublet et Voisin ont signalé YHevea guyanensis AubL Je pour­
rais citer une trentaine d’essences dont beaucoup sont recherchées
par l’exploitation forestière. Je ne veux m'occuper que de celles
qui existent en quantité suffisante pour permettre une exploita­
tion industrielle, au cas où leur produit serait reconnu de qualité
marchande. Je veux parler des Balatas, dont je donnerai le nom

Observations. — Dans ce tableau ', j ’ai mis :
1° Le nom des essences, tel qu’il m’a été donné par les cher­
cheurs de bois de l’Administration pénitentiaire;
2° La quantité de sucs recueillie;
3° La durée de l’écoulement;
i° La dimension des arbres.
G veut dire gros (plus d’un mètre de circonférence).
T G veut dire très gros (plus de deux mètres de circonférence).
M veut dire moyen (moins de deux mètres de circonférence).

I. Nota. — Le Balata indien répond au Labatia macrocarpa P. et Seb.
(Sapotacées).
Le Balata rouge répond au Mimusops balata Gærtn. (Sapotacées).
Le Balata blanc
—
Plumeria articulata Vahl. (Apocignées).
Le Bagasse blanc
—
Bagassa guianensis Aubl. (Artocarpées).
—
noir (non identifié).
—
jaune
—
Le Bois de lettres répond au Piratinera guianensis Aubl.; Brosimum Aubletii Pœpp. (Artocarpées).
Le Bois de lettres jaune répond à Amanoa guianensis Aubl. (Euphorbiacées'.
Le Satiné rubané
—
Ferolia guianensis Aubl. (Artocarpées).
Le Langoussi
—
Terminalia Tanibouea Smith. (Combrétacées).
Le Taoub (non identifié).

�des arbres

DIMENSION

QUANTITÉS
de lait récol­
tées
en litres

l’écoulement

DATES

NOM DES A R B R E S
tel qu'il a été donné
par les chercheurs de bois

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M.

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6

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0 73
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E.
E.
T. E.

17 mars. Bois de lettres.
Bois de lettres.
Bois de lettres.

6
4
57a
0
5
o

M.
M.
G.
M.
M.

2
2
0 30

M.
M.
P.

T. E.
T. E.
T. E.

18 mars. Bois de lettres.
Balata rouge.

67a
5

2
2

T. G.
G.

T. E.
E.

19 mars. Balata rouge.
Bois de lettres.
Bois de lettres.

57a
57a
0

2
1
1

M.
M.
M.

E.
T. E.
T. E.

20 mars. Balata blanc.
Balata rouge.
Bois de lettres.
Bagasse.

5
3
47a
4

0 30
2
1
2

P.
G.
M.
G.

E.
E.
T. E.
T. E.

21 mars. Balata rouge.
Balata blanc.
Balata blanc.

o
6
3

2
0 73
1

G.
P.
M.

E.
T. E.
E.

12 mars. Balata rouge.
Bois de lettres.
13 mars. Bois de lettres.
Bois de lettres.
1 4 mars. Balata rouge.
Balata rouge.
Bois de lettres.

43 —

E
T. E.
T. E.
T. E.

Le Figuier répond à un Ficus non déterminé.
Le Poirier
—
Couma guyanensis Aubl. (Arlocarpées).
Le Cèdre bagasse est attribué, mais à tort évidemment, au Bursera alliss im a lL B n . ( Térébinthacées).
Le Bon lait (non identifié).
(E. H.)

DATES

NOM D ES A R B R E S
tel qu’il a été donné
par les chercheurs de bois

23 mars. Bagasse jaune.
24 mars. Bagasse jaune.
Bois de lettres.
23 mars. Bagasse jaune.
20 mars. Bagasse jaune.
27 mars. Bagasse jaune.
Balata rouge.
Bois de lettres.
28 mars. Bagasse jaune.
Lianes.
30 mars. Bagasse jaune.
Lianes.
I01' avril. Lianes.
Lianes.
2 avril. Lianes.
Lianes.
3 avril. Lianes.
Lianes.
3 avril. Lianes.
0 avril. Lianes.
10 avril. Langoussi.
Balata rouge.
Balata rouge.
11 avril. Langoussi.
Balata blanc.
Balata rouge.

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1
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�12 avril. Langoussi.
13 avril. Balata rouge.
Balata rouge.
Balata indien.
1i avril. Balata rouge.
Balata indien.
15 avril. Bois de lettres.
Figuier.
IG avril. Figuier.
Balata rouge.
Bois de lettres.
18 avril. Figuier.
Balata rouge.
Bois de lettres.
Langoussi.
19 avril. Langoussi.
Bagasse jaune.
Figuier.
20 avril. Figuier.
Langoussi.
Bagasse jaune.

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DATES

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par les chercheurs de bois

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des arbres

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QU AN TITÉS

DATES

NOM D ES A R B R E S
tel qu'il a été donné
par les chercheurs de bois

de luit récol­
tées
en litres

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Langoussi.
Bagasse jaune.
Figuier.

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Satiné rubané.
Balata rouge.

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27 avril. Satiné rubané.
Balata rouge.
Balata blanc.

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22 avril. Langoussi.
Balata rouge.
Balata blanc.

6
5
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23 avril. Langoussi.
Balata blanc.

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1

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28 avril. Bagasse noir.
Balata rouge.
2 mai.

1

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2

Balata blanc.
Satiné jaune.

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Bagasse noir.
Langoussi.

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G.
G.

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Balata indien.
Balata rouge.
Bagasse noir.

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Balata rouge.

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12 mai.

Satiné jaune.
Bagasse blanc.
Balata rouge.

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Bagasse blanc.
Bagasse blanc.

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13 mai.
1i mai.

15 mai.

18 mai.

19 mai.

20 mai.

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22 mai.

6
Figuier.
Bois de lettres jaune. 6

23 mai.

Taoube.
Bagasse noir.
Balata rouge.
Langoussi.

2
3
3
3

Satiné jaune.
Langoussi.
Taoube.

4
3
3

24 mai.

23 mai.

des sucs

Bagasse blanc.
Satiné jaune.
Balata rouge.

4
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1
1
2

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Taoube.
Bagasse noir.
Balata blanc.

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5

1
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1

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Bois de lettres blanc. 5
Bois de lettres blanc. 4
5
Balata rouge.

1
1
2

G.
G.
T. G.

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Langoussi.
Balata indien.
Poirier.

6
4
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2

G.
G.
G.

E.
E.
E.

29 mai.

Bagasse blanc.
Balata indien.
Balata rouge.

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G.
G.
T. G.

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E.
E.

30 mai.

1
1

Va

Va

Va
Va

2

NOM DES A R BR ES
tel qu’il a été donné
par les chercheurs de bois

26 mai.

27 mai.
28 mai.

Bagasse blanc.
Figuier.
Bagasse noir.

4
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3

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Satiné rubané.
6
Bagasse jaune.
Bois de lettres blanc. 4
Bois de lettres jaune. 6
6
Balata rouge.

Taoube.
Bagasse noir.
Langoussi.
Poirier.
Balata indien.
Balata blanc.

3
6
3
6
4
6

Satiné rubané.
Bois figuier.
Balata rouge.

1
6
3

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des sues

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4
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DATES

DIMENSION

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des arbres

8 mai.

des arbres

tel qu'il a été donné
par les chercheurs de bois

QUANTITÉS

DATES

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de
l'écoulement
QUANTITÉS
de lait récol­
tées
en litres

DIMENSION*

de lait récol­
tées
en litres

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T. E.

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G.

T. E.
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M.
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2
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G.
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1 Va
1
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3 juin.

4 juin.

5 juin.

8 juin.
9 juin.
10 juin.

11 juin.
12 juin.
13 juin.

Bagasse noir.
Langoussi.
Bal ata rouge.

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4
5

Balata indien.
Balata blanc.
Poirier.
Poirier.
Poirier.
Satiné jaune.
Bois de lettres blanc
Satiné jaune.
Balata rouge.
Satiné rubané.
Taoube.
Bagasse blanc.
Balata rouge.
Poirier.
Figuier.
Balata rouge.
Langoussi.
Satiné jaune.

4
6
6

Poirier.
Bon lait.
Poirier.
Figuier.
Balata rouge.

1

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G.
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par les c h ercheurs de bois

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tel qu’il a cté donne

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té e s
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tel qu’il a été donné
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par les chercheurs de bois

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Taoube.
Balata blanc.

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2

T. G.

E.
T. E.

18 juin.

Langoussi.
Poirier.

G
G

2
0 73

T. G.
T. G.

T. E.
T. E.

19 juin.

Balata rouge.
Balata indien.

G

2

5

0 73

T. G.
G.

T. E.
E.

Balata indien.
Cèdre bagasse.
Satiné jaune.

G
3
G

1

T. G.
T. G.
T. G.

T. E.
E.
E.

Balata rouge.
Langoussi.

3
3

T. G.
T. G.

E.
E.

22 juin.

Balata indien.
Balata rouge.
Balata rouge.

G
5
5

2
1
1
2
2

G.
G.
T. G.

E.
T. E.
T. E.

23 juin.

Figuier.
Balata rouge.

G
G

2

T. G.
T. G.

E.
E.

13 juin.

juin.

20 juin.

21 juin.

Annales de l’In stitu t Colonial. 189*.

1

1 Va
2

V3

1 Va

1

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30 j u i l l e t .
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4 a o û t.
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11 a o û t .
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5
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1/2

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5 1/2
5

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3

D im a n c h e

5 1/2

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5
5
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4
1/2
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5 1/2
4 1/2
4 1/2
5 1/2
4 1/2
5 1/2
4
5 1/2
5
5 1/2
D im a n c h e
4
5 1/2
4
5 1/2
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5 1/2
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5 1/2
5 1/2
5

R e p o s
7

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bouteilles.
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R e p o s

7 bouteilles.
R e p o s

4 1/2
4 1/2
5 1/2

DATES

13 juillet.
16 juillet.
17 juillet.
18 juillet.
19 juillet.
20 juillet.
21 juillet.
22 juillet.
23 juillet.
24 juillet.
25 juillet.
26 juillet.
27 juillet.
28 juillet.

QUANTITÉS
de lait de b alata

DATES

en bouteilles
d e 3/4 d e l it r e

8 b o u teille s.
8
»
7
»
12
»
Repos
12 b o u t e i l l e s .
12
»
10
»
12
»
11
»
12
»
R epos
10 b o u t e i l l e s .
10
»
10
»
12
»
11
»

Pendant ces trois jo u r s , tous
les transportas ont été employés
à des travaux de hnlaçje.
5 1/2
3 1 /2
5 1/2

«

8 b o u teilles.
10
»
10
»

21
22
23
24
25
26
27

a o û t.
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ao û t.
a o û t.
a o û t.
a o û t.
ao û t.

28 a o û t .
29 a o û t .
30 a o û t .
l or s e p t e m b r e .
2 sep tem b re.
3 sep tem b re.
4 sep tem b re.
5 sep tem b re.
6 sep tem b re.
7 sep tem b re.
8 sep tem b re.
9 sep tem b re.
10 s e p t e m b r e .
11 s e p t e m b r e .
12 s e p t e m b r e .
13 s e p t e m b r e .

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QUANTITÉS
de lait de balata
en bouteilles
de 3/4 de litre

5 1/2

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7
»
7
»
7
»

6
5
4

D im a n c h e

3 1/2 5 / 12
5 1/2 5 1/2
5 1/2 5 1/2
5 1/2 5
5 1/2 4
5 1/2 3
Dl M AN C H E
3 1/2 1 5 V 2
5 1/2 1 6

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d ’a r r i v é e
au cam p

1/2
1/2
1/2
1/2

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du d é p a rt
du cam p

DATES

3
5
5
5

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_« Q
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QUANTITÉS
de lait de balata
en bouteilles
de 3/4 de litre

HE URES
du d é p a rt
du cam p

i or juillet.
2 juillet.
3 juillet.
4 juillet.
5 juillet.
6 juillet.
7 juillet.
8 juillet.
9 juillet.
iO juillet.
11 juillet.
12 juillet.
13 juillet.
14 juillet.

Q
x *o CL

HEURES
d ’a r r i v é e
au cam p

DATES

h e un ES
d u d épar t
du camp

Pendant les mois de juillet, août, septembre, octobre et jusqu’au 18 novembre, j ’ai
employé les trois transportés : Dusauce, n° 22347, 5Ü classe; Guven Van Chu, n° 21272,
b® classe, et Petit Charles, n° 24667, b° classe, du chantier de l’Orapu, à la récolte et à la
préparation du lait de balata.
Voici le résultat de leurs opérations :

5 1/2
4
D im a n c h e
5 1/2
5
5 1/2
4
5 1/2
3
5 1/2
5
5 1/2
5
5 1/2
5 1/2
3 1/2
m id i
5 1/2
5
5 1/2
4 1/2
5 1/2
4 1/2
5 1/2
5
5 1/2
4 1/2
5 1/2
4 1/2
D im a n c h e
4
5 1/2
4 1/2
5 1/2
4
5 1/2
4 1/2
5 1/2
4 1/2
5 1/2
4 1/2
5 1/2
3 1/2
5 1/2

en
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R e p o s

7 bouteilles.
8
»
8
»
8
»
7
»
13
»
R e p o s

7 bouteilles.
8
»

QUANTITÉS
de lait de balata
e n b o u t e i l le s
d e 3/4 d e lit r e

10 b o u t e i l l e s .
R epos
8 b o u teilles.
4
»
7
»
8
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8
»
8
»
3
»
5
7
»
7
»

7

»

7

»

8

»

R epos
7 b o u teilles.
8
»
7
»
8
»
7
»
7
»
8
»

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4
3 1 /2
4
3 1 /2

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7 o c to b re .
8 o c to b re .

5 1 /2
5 1/2

4
4

4
4

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))

9 o c to b re .
10 o c t o b r e .

5 1 /2

4
5

4
4

»
»

11 o c t o b r e .

D im a
5 1/2

22 s e p t e m b r e .
28 s e p t e m b r e .

5 1/2
5 1/2

4
4 1/2

24 s e p te m b re .

5 1/2

3 1 /2

25 s e p t e m b r e .

5 1/2

3 1 /2

26 s e p t e m b r e .

5 1 /2
D ima

3

9

n ch e

4
3 1 /2

29 s e p t e m b r e .

5 1 /2

30 s e p t e m b r e .

5 2/2

4

1er o c t o b r e .

5 1 /2
5 1 /2

3

5 o c to b re .
6 o c to b re .

DATES

30 octobre.
31 octobre.
1« r novembre.
2 novembre.
3 novembre.
4 novembre.
5 novembre.
6 novembre.
7 novembre.
8 novembre.

5 1/2
D im
5 1/2
5 1/2

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3 1/2
3

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4
3 1/2

5 1/2 4 1/2
4 1/2
5 1/2
D I M A N C II E
5 1/2 H[ 4 1/2
5 1/2 5
5 1/2 4 1/2
5 1/2 4 1/2
5 1/2 4 1/2
5 1/2 4 1/2
D im a n c h e

7
7

12 o c t o b r e .
13 o c t o b r e .
14 o c to b r e .
15 o c t o b r e .
16 o c t o b r e .
17 o c t o b r e .
18 o c t o b r e .
19 o c t o b r e .
20 o c to b r e .
21 o c t o b r e .
22 o c to b r e .

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novembre.
novembre.
novembre.
novembre.
novembre.
novembre.
novembre.
novembre.
novembre.

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5
5
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QUANTITÉS
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de 3/4 de litre

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DATES

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DATES

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QUANTITÉS
de lait de balata
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de 3/4 de litre

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5
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5
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8
»
7 bouteilles.
7
»
8
»
7
»

Ce qui donne, pour 119 jours de travail, un total de 888 bouteilles (666 litres de lait
de balata).
Ce lait de balata a été :
1° Traité par l’alcool. Il se produit de suite un coagulum. J ’ai envoyé une huitaine de
kilos de ce coagulum à M. le professeur Heckel, de Marseille.
2° Mis à évaporer ;'i une température élevée, dans un four, et le produit solidifié lavé dans
plusieurs eaux. Une certaine quantité de ce produit a été remise à M. Ileckel, ii Marseille, le
reste envoyé à 1 Exposition permanente des colonies, à Paris.

il

�— 54 —
3° Mis à évaporer sur le feu. Les échantillons provenant de
cette opération sont au Palais de l'Industrie.
4° Mis à évaporer à l'air libre, dans des cadres. Par un beau
soleil, il faut généralement deux jours pour solidifier six litres de
lait, étendus sur une surface d’évaporation sensiblement égal*
à un mètre carre. J'ai six cadres pouvant contenir 200 lui. de
gutta de balata. Ils ont été déposés à l’Exposition permanente des
colonies.
J ’ai fait mettre en bouteilles, avec de l’alcool, pour éviter toute
fermentation, une certaine quantité des différents sucs laiteux de
Balata, Langoussi, Taoub, Poirier ou Poûé, etc.... Ces échantil­
lons sont au Palais de 1 Industrie, ainsi qu’une petite quantité
des produits obtenus par l’évaporation de ces sucs.
Mes trois transportés de l'Orapu ont travaillé pendant 119
jours. Le lait de balata qu’ils ont recueilli (666 litres) a donné
360 kil. de gutta, ce qui fait un rendement d’un peu plus d’un.
kil. par homme et par jour. J avais eu soin de choisir mes
travailleurs, et on peut être bien persuadé que la moyenne ordi­
naire ne donnera pas d’aussi bons résultats. Des ouvriers libres
n'auraient pas de peine à faire le double et le triple : j ’en ai eu
la preuve en employant au Nouveau-Chantier un transporté
condamné pour crime passionnel.

« Les arbres à Balata sont situés dans des régions d’accès
« difficile, dans des terrains marécageux où l’on s’enfonce par­
ce fois jusqu’aux épaules. Mais cette récolte pénible et malsaine,
(( à laquelle les femmes prennent souvent part, est très lucra« tive, plus même que n’importe quel travail mécanique. Les
« collecteurs gagnent souvent d’un à cinq dollars par jour, les
« plus habiles parfois davantage. Ils vendent ordinairement le
« lait non concentré. »
Le Mimusops Balata est tout aussi répandu dans notre
Guyane que dans les Guyanes hollandaise ou anglaise et le
Venezuela.
Pour bien établir ce premier point, je vais avoir recours :
1° A des documents officiels déjà anciens.
2° A des extraits de rapports de MM. Hayes et Campana.
Ces rapports datent de 1891. Ils figurent au procès-verbal de la
commission Iloury.
3° Je dirai enfin ce que j'ai constaté moi-même.
1° Extrait d'une lettre de M. l'amiral Baudin, gouverneur
de la Guyane, n° 196.
Cayenne, 15 mars 1859.

BALATAS
L’exploitation du balata rouge (Mimusops Balata Gærtn.) se
fait avec grand profit dans les Guyanes hollandaise et anglaise
et dans le Venezuela. On estime à 47.000 livres la quantité
de gutta de balata provenant de la Guyane anglaise pour la
seule année 1881. (Planchon, Etude sur les produits de la famille
des Sapotacées, 1888, Montpellier.)
Le Journal of the Society of arts, n° du 21 juillet 1885, s’ex­
prime ainsi :

. . . Quant à fixer votre Altesse Impériale sur les quantités de
gutta de balata que la colonie pourrait fournir au commerce de la
métropole, je puis dire que ces quantités seraient assurément
considérables et créeraient au pays une branche importante de
recettes. Mais pour se les approprier, il faut des spéculateurs
entreprenants, qui ne reculent devant aucun sacrifice au début,
et à Cayenne tout manque malheureusement, industriels et capi­
taux ....................................................................................................

�Lettre adressée par M. le Ministre de VAlgérie et des Colonies
aux membres de la Chambre de commerce de Marseille.
« Paris, G septembre 1859.
« Analyse. E n v o i d ' u n é c h a n t i l l o n d e Ba l a t a .
« En réponse à votre demande du 23 août 1839, j'ai l'honneur
de vous adresser pour M. Gabriel Phelut un petit échantillon
provenant de l’Exposition permanente de l’Algérie et des Colo­
nies.
« Suivant les indications transmises par M. le Gouverneur de
la Guyane, les arbres dont on l'extrait sont très abondants et
se rencontrent par groupes considérables au milieu des forêts.
« Les quantités que la colonie pourrait fournir, seraient considé­
rables, si des spéculateurs entreprenants voulaient prendre en
main cette affaire; mais jusqu’à présent, soit apathie, soit manque
de bras ou d'argent, les négociants de Cayenne sont restés sourds
à l’appel du ministère.
« La Guvane hollandaise seule a su profiter de celte découverte,
et l'on vend aujourd’hui sur le marché d’Amsterdam des quanti­
tés considérables de sève concrète sous le nom de Gutta percha
de Surinam.
« Les expériences faites jusqu’à ce jour au laboratoire de l’Expo­
sition permanente des colonies permettent d’espérer que ce nou­
veau produit pourra lutter avec les meilleurs gutla-percha de
l lnde. Il est donc vivement à désirer que le commerce métropo­
litain se préoccupe des avantages qu’il peut en tirer.
«

L

e

M

in ist r e.

»

Une communication du même genre fut adressée aux membres
de la Chambre de commerce du Havre.
2° Dans le procès-verbal de la commission lloury se trouve

un rapport de M. Campana, directeur P. I. de l’Administration
pénitentiaire, dont j ’extrais le passage suivant :
« En 1885, le Maroni a envoyé à l’Exposition d’Anvers 85
« échantillons de bois avec un herbier et du suc de balata réduit
« en pains par l’évaporation. L’appréciation du jury d’examen
« sur la valeur des essences exposées et de son suc de balata,
« n’ayant pas été communiquée, le Maroni n’a plus tenté de tirer
« parti des nombreux balatas qu'il possède, presque en famille,
« aux Ilattes. »
Dans un rapport de M. b Agent de colonisation de l re classe
Hayes, qui figure aussi au procès-verbal de la commission lloury,
on lit :
« En Guyane, où les balatas sont abondants, il y aurait des
siècles d'exploitation de gutta à faire, si toutefois la matière pre­
mière obtenue est de qualité marchande, et si on n’opère pas
comme en Malaisie, où la gutta-turban devient plus rare juste
au moment où son emploi industriel est plus considérable. Il est
vrai (ju’à la Guyane, si on n’y met bon ordre, le balata rouge
disparaîtra de même, puisque actuellement on l’exploite inconsi­
dérément pour son bois, lorsque sa sève représente peut-être
une des plus grandes richesses de notre colonie de VAmérique du
Sud. »
3° Les balatas (rouge), Mimusops Balata, végètent le plus
souvent isolés, quelques fois par groupes de trois ou quatre, rare­
ment ils vivent en famille.
On les a signalés sur tous les points connus de notre Guyane,
et j ’ai pu constater leur présence partout où j'ai séjourné : aux
environs de Cayenne, sur les différents chantiers forestiers de
l’Administration pénitentiaire, aux Ilattes, à Saint-Laurent, à
Saint-Jean, au village d’Apatou, le long du Maroni, sur les rives
de l’Awa, dans le Contesté de l’Awa, le long de 1 Itani et chez
les Roucouyennes.
D’après le témoignage des surveillants militaires employés
aux chantiers forestiers, d’après les chercheurs de bois de l'Ad-

�ministration pénitentiaire et d’après mes observations person­
nelles, je crois pouvoir affirmer, que pour un hectare de foret non
exploitée, il existe une moyenne de 90 à 95 pieds de « Mimusops
Balata ». La proportion est bien plus forte en certains points où
les balatas manifestent une tendance à vivre en famille : aux
flattes; sur certains plateaux du Nouveau-Chantier ; dans la por­
tion de foret qui s'étend entre VOrapu et la rivière de Counana,
etc. J'ai surtout visité le territoire forestier du Maroni et de
l Orapu. et mes observations portent sur plus de mille hectares.
S il est très pénible de circulerdans les forêts de la Guyane, il
n’est pas plus facile de parcourir celles de l’Amazone et du Vene­
zuela, où l’on fait en grand la récolte du lait de caoutchouc et de
gutta de balata.
Les seringueros de l'Amazone commencent par explorer la
forêt pour trouver les arbres à caoutchouc qui généralement ne
vivent pas en famille, puis ils tracent un sentier circulaire pas­
sant au pied de chaque arbre. Le sentier dessert 100 à 150 arbres,
c’est tout ce qu'un homme peut travailler pendant un été. Il ne
reste plus qu’à construire un petit carbet au centre de l’exploitation.
Cette façon de procéder serait tout à fait applicable aux bala­
tas delà Guyane. Le chemin de ronde qui devrait desservir 100
à 150 pieds de balata n arriverait jamais A couvrir une surface
de plus de sept à huit hectares.
La récolte du lait de balata n’est pratique que pendant la sai­
son sèche (juillet, août, septembre, octobre, novembre). Pendant
l'hivernage, on ne peut recueillir qu'un suc mêlé d'eau, dont la
coagulation est pour ainsi dire impossible ; il est de plus très
pénible de circuler en forêt, cette saison pluvieuse durant.
Le lait de balata se coagule rapidement au contact de l’air ; il
importe de raviver souvent l incision corticale, si on veut qu’elle
continue à saigner. A certaines époques, le lait prend la consis­
tance de la crème : il est alors nécessaire de l’enlever avec une
lame de couteau ou un racloir, et l'ouvrier est forcé de rester à
côté de son arbre pendant toute la durée de l’écoulement.

Des échantillons de gutta de balata ont été envoyés, à diffé­
rentes reprises, à la Métropole par l’Administration delà Guyane.
Ces échantillons, essayés dans divers laboratoires, ont donné les
meilleurs résultats, et certains industriels ont fait des offres avan­
tageuses et bien capables de décider les habitants de la Guyane
à récolter un produit naturel si abondant chez eux.
La lettre n° 505 de M. le Ministre des Colonies ne laisse aucun
doute à cet égard.
En voici la copie :
N° 505. Demande de 100 kil. de sève de balata en pâte
compacte.
« Paris, 17 octobre 1862.
« M

onsieu r

le

G

ouverneur,

« L’emploi de la sève de Balata pour la confection des appareils
de chirurgie a été essayée avec succès par M. Bénas, rue Bourbon-le-Chàteau. n° 0, qui s’est adressé à mon département à
l’effet d’obtenir de la colonie de la Guyane 100 kil. de cette sève
en pâte compacte, s'engageant à en payer le prix, à raison de
7 fr. par kil., tous frais compris. Cette olfre étant extrêmement
avantageuse, j ’ai l'honneur de vous prier de vouloir bien donner
des ordres, pour que la quantité ci-dessus demandée soit expédiée
à M. le Conservateurdel’Exposition permanente des colonies, au
Palais de l’Industrie à Paris, qui en fera remise au postulant, et
versera au service local le montant de la livraison, les frais
déduits.
« D’après l'empressement, que montrent plusieurs industriels à
expérimenter la sève de Balata, dont les propriétés de résistance
et d'inaltérabilité en font un agent supérieur à beaucoup d'autres
substances, j'ai lieu de supposer que l’usage de cette résine pren­
drait bientôt un développement proportionné aux ressources, que

�les pays producteurs offriront à la consommation. M. Bénas est
en mesure d’en employer annuellement 500 à 1.000 lui. M. Despecher est occupé d'une expérience, à la suite de laquelle il fera
une demande encore plus importante.
« Dans cette prévision, il serait peut-être utile que la colonie se
préparât à une exploitation régulière de la sève de Balata, en pro­
cédant avec méthode à l'extraction des sucs, sans compromettre
l'existence des arbres qui les fournissent. Il importe aussi de se
rendre compte du prix justement rémunérateur à demander aux
fabricants, afin de ne pas les détourner de l’emploi de cette
matière par de trop hautes prétentions, et de ne pas les obliger à
en faire la recherche dans d’autres pays. J’appelle sur ces deux
derniers points votre sérieuse attention.
« L

e

M

in ist r e.

»

En 1860. un M. Serres adressa au Ministère de l’Algérie et des
Colonies une demande pour obtenir l’autorisation de récolter gra­
tuitement la gutta de balata dans les forêts dépendant de l’Etat.
Le ministre répondit à cette demande par une lettre que je
crois devoir citer en entier. Elle contient des renseignements qui
ont conservé toute leur valeur.
MINISTÈRE DE L’ALGÉRIE ET DES COLONIES

« Paris, 18 novembre 1859.
c&lt; A Monsieur Serres, rue Richelieu, 67/, Paris.
« Analyse. Au
de

B alata

de la

G

sujet

de son

p r o j e t d ’e x p l o i t a t i o n

d e la s è v e

uyane f r a n ç a is e .

« Vous m’avez adressé une demande tendant à obtenir la faculté
de pouvoir récolter gratuitement la sève de balata dans les forêts
de la Guyane qui appartiennent à l’Etat.

« Votre intention serait de fonder, à l aide des capitaux d’une
société constituée dans ce but, une industrie que vous désignez
sous le nom « d’industrie de la Gutta française ».
« Je vois avec plaisir s’élaborer de semblables projets, et je suis
prêt à en favoriser de tout mon pouvoir la réalisation. Mais je
crois devoir dès à présent vous renseigner sur la situation réelle
de la Guyane française, au point de vue de la propriété doma­
niale, afin de vous prémunir contre toutes déceptions.
« Les immenses forêts de cette colonie ne sont pas régulière­
ment aménagées, comme vous pourriez le croire; la majeure par­
tie en est difficilement accessible.
« Un certain nombre de concessions et des permis d’exploitation
ont été, à diverses époques, délivrés à des habitants de la colo­
nie, et, dans ces derniers temps, un industriel de Paris a obtenu
la permission de faire des abatis sur certains points choisis par
lui.
« Il y aurait donc lieu de tenir compte de ces diverses conces­
sions dans l’examen qui sera fait de votre demande.
« Les différents points d’exploitation ainsi accordés ne donnent
lieu d ’ailleurs à aucune redevance, l’industrie forestière étant
considérée comme avantageuse pour la colonie dont elle favorise
l’épanouissement. Je ne verrais, quant à présent, aucune objec­
tion à ce que la même faveur fût accordée à l’exploitation par
vous projetée. Il me serait toutefois difficile de déterminer d’ici
les limites dans lesquelles devrait se maintenir ladite exploita­
tion. En présence de ces considérations, vous jugerez peut-être
utile d’attendre les renseignements que je suis tout disposé à
réclamer de l'Administration de la Guyane, et que je m’empres­
serai de vous communiquer, aussitôt qu’ils me seront parvenus.
Vous pourrez agir en connaissance de cause.
« Si, au contraire, vous préfériez vous rendre vous-même à la
Guyane, ou y envoyer un fondé de pouvoirs, à l’effet d’y jeter les
premières bases de votre entreprise, vous me trouveriez très
empressé à accréditer auprès du gouverneur de la colonie la per-

�— 62 —

— 63 —

sonne qui désirerait tenter un essai de ce genre, et je ne doute
pas que l'Administration locale ne lui en facilite les moyens en tout
ce qui dépendra d’elle.

PLANTATION D’ARBRES
A

«

L

e

C A O U T CH O U C

ET

A G U TTA -PERC1IA

M iiNi s t r e . »

M. Serres est le seul industriel qui ait songé sérieusement à
exploiter la gutta de balata de la Guyane française. Pour des rai­
sons que j’ignore, il n'a pas donné suite à son projet.
Les seringueros de l'Amazone n'existent malheureusement pas
dans notre colonie, et je ne vois pas par qui on pourrait les rem­
placer pour recueillir et préparer le lait de balata. La main-d’œuvre
indigène est hors de prix, et il ne faut pas compter sur la maind'œuvre pénale, à cause de la dissémination des balatas qui rend
toute surveillance impossible.
En résumé :
Les Balatas sont très nombreux dans toute notre Guyane : ils
vivent isolés ou par petits groupes, dans des régions d’accès dif­
ficile. On peut en admettre une moyenne de 20 à 25 par hectare de
forêt non encore exploitée.
Le rendement annuel de chaque arbre est de 2 à 3 kil. de
gutta. Cette gutta est de qualité ordinaire : un industriel de Mar­
seille a estimé 3, 4 et 5 francs les échantillons que j ’ai recueillis
à l’Orapu.
Pour l’exploitation de la gutta de balata, il ne faut compter
que médiocrement sur la main-d’œuvre pénale, et pas du tout sur
la main-d'œuvre indigène. Quant aux travailleurs qui viendront
du dehors ils ne feront œuvre utile que pendant la saison sèche.
Il faudra les employer à autre chose pendant l’hivernage qui dure
plus de la moitié de l’année.

En groupant les végétaux utiles, en créant une nouvelle forêt
qui devra succéder à l’ancienne, au fur et à mesure que celle-ci
disparaîtra par suite de l’exploitation de ses bois, nous prépa­
rerions les voies à une exploitation facile et rémunératrice (dans
une quinzaine d’années) des produits qui se perdent aujourd’hui
à cause de leur dissémination.
Ce sont surtout les arbres à caoutchouc et à gutta qu'il con­
viendrait de grouper et de multiplier.
M. le gouverneur Lacouture, répondant à une demande du
département de la marine (sa lettre est du 2 mars 1882, n° 263;
la dépêche du ministre est du 17 octobre 1881, n° 607), exprime
l’avis que des plantations d’arbres à caoutchouc et à gutta
auraient toutes chances de réussir dans un pays comme la
Guyane; mais, ajoute-t-il :
« Outre Yllevca guyanensis et le Balata. il existe d’autres espèces
« en grand nombre, dont la présence a été constatée, sans que I on
« ait songé à examiner si leur caséum était susceptible d’être utilisé
« par l’industrie. Ce seraient là des recherches à faire, et l'on peut
« être persuadé qu’il en résulterait de précieuses découvertes au
« [joint de vue de leurs applications électriques. Mais ce sont des
« essences disséminées, qu il faudrait soumettre comme le caout« choucàlaculturedomestique. Cettequestion constitue une entre« prise digne d’attirer l'attention de la Métropole, puisqu'il s'agit
&lt;( de l'affranchir de la dépendance des colonies étrangères. »
L'Administration pénitentiaire seule peut disposer de bras et
de capitaux suffisants pour mener à bien une pareille entreprise.
Une société civile hésitera certainement à faire des plantations
qui sont évidemment d’un avenir assuré, mais dont les produits
exigeront une attente de douze ou quinze ans.

�Dans une récente brochure due à l’initiative de M. Richard,
membre du comité de l'Exposition de la Guyane, on estime à
huit millions le rendement annuel de 5.000 hectares plantés en
arbres à caoutchouc. Le territoire pénitentiaire du Maroni ren­
ferme bien des fois 5,000 hectares, et en réduisant de
moitié, et même davantage, le chiffre par trop séduisant de
M. Richard, l’exploitation serait encore avantageuse. Elle per­
mettrait de donner une occupation moralisante et rémunératrice
aux libérés et aux relégués dont le nombre va croissant.
Les Hollandais se sont donné bien du mal pour dessécher les
terres basses de leur colonie américaine en vue d’y planter de la
canne à sucre. Il y a cent ans de cela, ce système leur a réussi.
Mais aujourd'hui que la métropole est obligée de protéger le
sucre colonial au détriment du sucre de betterave, on ne peut
songer sérieusement à planter de la canne à sucre à la Guyane.
La métropole doit demander à ses colonies des produits qui ne
peuvent venir sur son sol et sous son climat. Le caoutchouc et
la gutta occupent le premier rang parmi les produits coloniaux
qui n’ont pas leurs similaires en France.
Les Anglais viennent d’entreprendre des plantations de caoutchoutiers (j’ignore le nom de l’arbre qu'ils multiplient, ce n’est
pas VHevea guyanensis). Nous n’avons qu’à les imiter. On ne
trouvera nulle part un sol et un climat qui soient plus favorables
que la Guyane à la multiplication de ces essences; la plupart y
sont indigènes, ce qui indique combien le milieu serait favorable
à leur belle venue.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES
Mes recherches pour trouver des Araucarias dans les forêts de
la Guyane ont été complètement infructueuses et j ’ai de fortes
présomptions pour croire qu’ils n’existent pas, du moins dans les
régions connues de notre colonie.

Il est bien improbable que ces végétaux, dont l’aspect est si
caractéristique, aient échappé à l’attention d’observateurs comme
Aublet, Guisan, Leblond, Sagot ,Crevaux, etc., qui ne les citent
dans aucune de leurs relations.
Par contre, les arbres donnant des sucs laiteux coagulables
par 1alcool, les balatas surtout, sont très abondants; malheureu­
sement ces arbres sont disséminés dans des régions d accès géné­
ralement difficile. Personne, jusqu’à présent, n’a essayé d’en tirer
parti, malgré la valeur bien établie de leurs produits et les offres
avantageuses du commerce métropolitain.
Des plantations d’arbres à caoutchouc et à gutta auraient toutes
chances de réussir dans les terres basses de la Guyane. Ces terres
sont inondées pendant les deux tiers de l’année, et l’époque où
les eaux se retirent est la plus favorable à la récolte des sucs
laiteux. De telles plantations permettraient d utiliser les terres
basses (qui sont de beaucoup les meilleures) sans les dessécher,
opération pénible et malsaine devant laquelle nous avons reculé
jusqu’à présent.
Il est bien reconnu que les terres hautes de la Guyane on peut
définir les terres hautes, par opposition aux terres basses, celles
où l’on peut en tout temps marcher à pied sec) perdent vite leur
fertilité quand elles sont déboisées ; tous les engrais qu’on peut y
mettre sont entraînés par les pluies et vont enrichir les terres
basses voisines.
Les Booschs, les Bonis, les Indiens sont obligés de renouveler
leurs abatis tous les trois ou quatre ans, et, quand il n’y a plus
de bonnes terres aux environs des villages, ils émigrent plus
loin. Les abatis créoles durent un peu plus longtemps; mais, au
bout d’une période plus ou moins longue, ils finissent par n’avoir
presque plus de terre végétale.
Les créoles de la Guyane se sont toujours obstinés à vouloir
entreprendre leurs grandes cultures en terres hautes ; on connaît
les résultats de cette façon d'agir : « Que signifient, pour les
« grandes cultures, des terres épuisées au bout de trois, cinq
AmuUes de l'Institut Colonial. 1897.

5

�LES

PLANTES

MÉDICINALES

ET

TOXIQUES

DE LA

GU Y AN E

FRANÇAIS]

[V]

« ou sept ans? Le même sol qui produit du sucre à Saint« Domingue, en produit depuis quatre-vingts ans. » (Malouet,
Mémoires pour la Guyane, tome I, page 448.) On ne peut utiliser
les terres hautes de la Guyane que par des plantations arbores­
centes susceptibles de retenir le sol. (Voir mon rapport du 21 mai
sur l'utilisation des terres hautes de la Guyane.) Ces plantations
(café, cacao, quinquina, arbres à épices, coca, Hevea guyanensis,
kola, etc.) devraient être entreprises dans la forêt bien débrousée
et débarrassée d'une partie de ses grands arbres.
Toutes les cultures de plantes annuelles ou de courte durée,
celles qui exigent de continuelles façons du sol, ne conviennent
pas aux Européens, et puisque la force des choses veut que nous
n ayons pour travailleurs à la Guyane que des malheureux peu
faits pour vivre sous une pareille latitude, il paraît rationnel de les
mettre autant que possible à l’abri des influences qui les dévorent.
L entretien et l'exploitation des cacaoyers, des plantations de
café, de coca, d'arbres à caoutchouc et à gutta-percha, de kola
n’exigent pas de bien grands ell'orts, et les ouvriers n’ayant pas à
remuer la terre seraient à l’abri des émanations telluriques si
redoutables à la Guyane.

�LES

PLANTES MÉDICINALES
ET TOXIQUES
DE LA

GUYANE FRANÇAISE
O

(Catalogue raisonné et alphabétique)
PAR

L e Dr

HECKEL

É douard

MACON
PROTAT

FRÈRES,

1897

IM PR IM E U R S

�AVANT-PROPOS

L’emploi de la plupart des plantes médicinales de nos colonies
françaises est resté longtemps livré à l'empirisme le plus grossier.
J ’ai cherché à en rationaliser l'utilisation, au moins pour les plus
intéressantes d’entre elles ou pour celles dont l'usage était si
généralement répandu parmi les habitants de ces colonies qu’elles
s’imposaient forcément à l'attention des chercheurs : tels le kola,
le dagi-gogo, le bonduc, le doundaké, le bakis, le sangol, le séribcli, le balia/jor, le kinkclibah, le bois piquant, etc., etc.; mais
il m’a paru qu’en vue de favoriser ce long et méthodique travail
de laboratoire, qui doit avoir pour résultat de démontrer la valeur
réelle de nos médicaments coloniaux, il importait d’en entre­
prendre d'abord une sorte d’inventaire pour chaque colonie ou
groupe de colonies 1 et de faire connaître les propriétés qui leur
sont couramment attribuées, avec l’emploi dont elles sont l’objet.
Pour quelques-unes d’entre elles, des travaux bien conduits en
ont montré déjà toute la valeur, mais c’est évidemment le plus
petit nombre. Le gros de l’armée végétale reste soumis à 1em­
pirisme, qui seul a dicté les diverses applications thérapeutiques
dont elles sont l’objet; et encore, cet emploi est-il le plus souvent
emprunté aux pratiques les plus anciennes des aborigènes de ces
colonies. Toutefois, ces données, si grossières qu’elles puissent
être, je l ai répété bien des fois, portent en elles, le plus souvent,
1. Ainsi, il est bien entendu qu’un seul catalogue englobera les Antilles
françaises, et il faut s’attendre à voir certaines plantes médicinales insérées
dans le travail actuel se retrouver dans celui des Antilles, dont la flore a
des affinités étroites avec celle de la Guyane.

�72 —
un fond sérieux de vérité; il convient de la dégager des erreurs ou
des exagérations qui l’entourent. L’empirisme, on le sait bien par
1histoire des drogues les plus en honneur qui forment le meilleur
de notre arsenal thérapeutique (quinquina, jaborandi, kola, maté,
etc.), a devancé de beaucoup les conquêtes de la science. 11 importe
donc de faire à cet empirisme la part qui lui revient dans l’étude
des produits médicinaux nouveaux, c’est-à-dire le consulter sans
enthousiasme irréfléchi, et ne jamais le repousser avec un mépris
déraisonnable. Pour moi. j'estime qu il faut lui donner, dans ces
inventaires coloniaux, la place à laquelle il a acquis des droits
incontestables, en éclairant, pour d’autres drogues aujourd’hui
très appréciées, les premières investigations scientifiques d’un jour
qui a souvent servi à guider les pas hésitants des chercheurs à
travers les obscurités du début. Dans ce fatras de données empi­
riques souvent incohérentes, la science saura bien reconnaître ce
qui lui appartient.
Après avoir esquissé l’inventaire actuel de la Guyane française
et celui des colonies les plus anciennes, c’est-à-dire les mieux
connues, mon intention est d’en étendre, si c'est possible, le
bénéfice à toutes nos possessions tropicales d’outre-mer. C'est là
une œuvre aussi ingrate qu'obscure, mais qui, j ’en suis assuré,
ne restera pas sans utilité. Je considère, en elfet, que j ’aurai ainsi
préparé le réservoir commun, auquel s’alimenteront, dans l’ave­
nir, les principales sources de recherches thérapeutiques d’ordre
végétal. Qu’on le veuille ou non, il faut bien reconnaître que
c est dans les régions tropicales qu'on a rencontré jusqu ici et
qu'on rencontre encore les médicaments les plus actifs et les
plus en honneur dans notre thérapeutique officielle, en dehors,
bien entendu, des produits de synthèse, qui semblent, en ce
moment, prendre une place de plus en plus marquée dans notre
arsenal médical. Les produits végétaux (alcaloïdes, glucosides,
résines, gommes-résines, tanins, etc.), que les plantes accumulent
en elles parce qu elles ne peuvent les expulser au dehors, sont le
résultat de leur activité vitale. Ils y seront d’autant plus abon­

— 73
dants et plus complexes que la puissance des échanges avec le
milieu, résultat ou facteur de cette activité végétale, sera plus
intense; c’est ce (pii arrive précisément dans les régions chaudes
et humides de notre globe, entre les tropiques et l’équateur de l un
et de l’autre hémisphère, où la vie végétale atteint son maximum
d’expansion et d’activité. Il faut donc étudier les produits végé­
taux de nos colonies tropicales avec l’assurance d’y trouver des
matières nouvelles dont la puissance physiologique (ces produits
sont des armes de défense pour les plantes) répondra à l’activité de
la vie végétale dans ces régions. Les catalogues que je veux dres­
ser constitueront par suite,je dois l’espérer, le canevas sur lequel
s’exercera l’esprit d’investigation des médecins etdespharmaciens
désireux de jeter du jour sur la véritable valeur de ces drogues.
Je serai aidé, dans mon œuvre d’inventaire, par les publica­
tions qui semblent se presser à l’heure actuelle sur la flore de ces
colonies. A cet égard, on peut dire que notre domaine d outre­
mer, après avoir, à la fin du siècle dernier et au commencement
de celui-ci, vivement excité l’intérêt et stimulé l’ardeur des
botanistes, semblait un peu délaissé à notre époque. L'esprit de
ces recherches sommeillait dans nos colonies pendant que l’idée
coloniale elle-même s’était profondément assoupie en France.
Mais le réveil s’est produit, et voilà que viennent au jour, après
les Etudes sur lherbier du Gabon par Bâillon, après la Flore de
la Guyane de Sagot, celle de La Réunion de J. de Cordemoy,
celle des Antilles françaises par le R. P. Duss, les études de
M. P ierre et de M. Franchet sur le Congo, enfin la Flore fores­
tière de Cochinchine par Pierre. Ce dernier ouvrage est un véri­
table monument. Ces flores, pour ne parler que des publications
françaises, se font remarquer, pour le plus grand nombre, par
une particularité que j enregistre avec quelque satisfaction; elles
donnent, à côté des descriptions botaniques, l’emploi médicinal
empirique ou l’utilisation industrielle de ces plantes. Je puiserai
à ces données et les renforcerai par des renseignements locaux
qui me sont fournis soit par mes correspondants spéciaux (méde-

�— 74 —
cins, pharmaciens, etc.), soit par des familles créoles, origi­
naires de ces colonies, qui ont pu ou su longuement mettre à
l'essai la valeur thérapeutique de ces drogues végétales, soit enfin
par le résultat de mes propres recherches. En ce qui toucheaux
plantes, qui ont été bien étudiées déjà, je me bornerai, après en
avoir donné 1 utilisation la plus substantielle et l'analyse chi­
mique, à renvoyer le lecteur aux travaux qui les ont fait con­
naître ou aux classiques qui en font mention détaillée. Mais
j ’insisterai davantage sur celles dont les propriétés ignorées,
ayant été l'objet d'aucune étude scientifique, donnent cepen­
dant quelques promesses, soit à cause de l’emploi très répandu
et très populaire de leurs diverses parties constituantes, soit en
raison de leur parenté botanique avec des végétaux ayant déjà
fait leurs preuves comme véritables médicaments.
J'appelle de tous mes vœux la mise en œuvre des matériaux
dont je vais essayer de faciliter l'étude aux chercheurs de l’ave­
nir1. Ainsi deviendront définitivement acquises à la science les
quelques vérités que l’empirisme aura pu faire émerger du grand
inconnu, dont le poids se fait encore si lourdement sentir sur
notre riche domaine colonial. Ainsi seront mieux connues, après
une étude pharmacognosique, c’est-à-dire d’application, certaines
espèces végétales pour lesquelles la morphologie, en dehors de
toute investigation anatomique, a seule été mise en cause jus­
qu'ici pour les classer et les dénommer. Toutes ces recherches,
qui se donnent mutuellement appui, arriveront à se compléter
les unes par les autres, au grand avantage de la meilleure con­
naissance des formes végétales exotiques. Je crois avoir donné,
par 30 années d’étude pure ou appliquée du domaine botanique
f. Il leur sera toujours facilé d ’avoir la plupart des matériaux de
recherches soit au Musée Colonial de Marseille, dont les collections s’enri­
chissent tous les jours de produits nouveaux destinés à l’étude, soit en
s’adressant à M. Hassières, directeur du Jardin botanique de Baduel, à
Cayenne. La complaisance bien connue de ce fonctionnaire dévoué à la
science, m’est un sûr garant de l’em pressement qu ’il mettra à répondre à
ces demandes.

d’outre-mer, un exemple qui peut être utilement suivi par les
jeunes générations actuelles. Elles trouveront dans les inven­
taires que j ’établis, sans autre prétention que de servir leurs
recherches et de faciliter leurs travaux, des indications de quelque
utilité et puisées dans ce but aux meilleures sources. Il leur suf­
fira, pour en tirer quelque profit, de suivre le sillon que j'ai tracé
péniblement, ayant tout à déblayer autour de moi, sur un terrain
embroussaillé. Je voudrais épargner aux jeunes cette pénible
besogne accrue de tous les embarras multiples, que je connais
bien pour les avoir subis, et qui ont retardé ma course en amoin­
drissant l'étendue de mon œuvre coloniale; je veux parler de
cette pénible correspondance à échanger avec les hommes de
bonne volonté qui abondent dans nos colonies, pour en obtenir
le moindre renseignement sur ce qu'on peut y étudier, sur les
moyens de se procurer les matériaux de ces études et sur leur
emploi local. Ce travail, je l’ai fait et je veux que les autres en
profitent.
Dans ces catalogues, j ’ai placé, quand il existe ou quand j ’ai
pu le connaître, le nom indigène au-devant de chaque drogue et
tout à fait en vedette pour bien indiquer l'importance de cette
notion; elle facilitera singulièrement la recherche sur place de
ces matériaux d’étude, même par des personnes étrangères à la
botanique. L’ordre alphabétique que j ’ai adopté, en prenant pour
base les noms indigènes, est de nature à faciliter encore les
recherches dans ce catalogue. J ’y ai recouru uniquement dans ce
but. Quand le nom créole ou indigène n'existe pas, ou quand je
n’ai pu le connaître, j ’ai dû placer en ordre alphabétique le nom
scientifique lui-même, et j'ai dû recourir, bien entendu, pour ce
classement, à la première lettre du nom générique.
Le lecteur trouvera dans ce catalogue, comme dans ceux qui
suivront, quelques plantes qui ne sont pas spéciales à la flore de
la colonie mise en cause. J ’ai cru devoir faire une place aux
végétaux qui, après leur introduction dans une colonie donnée, y
ont acquis droit de cité et s'y sont popularisés et vulgarisés

�— 76
jusqu au point d’entrer dans les pratiques usuelles médicales de leur
nouvelle patrie. Leur origine est indiquée telle qu’on la connaît.
L intérêt du progrès rapide de nos connaissances coloniales et
celui des recherches à venir m a inspiré le courage d’entreprendre
ces nomenclatures, malgré leur imperfection, leur aridité et le peu
de relief qui peut en résulter pour leur auteur. Ma seule satisfac­
tion, je la trouve dans le plaisir que j ’éprouve à tracer un cadre
de travail, qu'assurément je ne remplirai pas, mais qui attirera
certainement des travailleurs. J'ai conscience, en publiant ces
matériaux, de rendre encore obscurément service à cette branche
spéciale de la botanique appliquée qui a pris une si grande place
dans ma vie scientifique. De plus, ils ne resteront pas sans utilité
pour nos colonies, j aime h l’espérer. En effet, dans nos possessions
tropicales, dont je vais dresser le catalogue botanique appliqué à
l'art de guérir, en me basant surtout sur la réputation acquise à
ces plantes, les habitants pourront tirer aussi quelque profit des
notions que j y esquisserai. Ils suivront, en attendant mieux, les
indications médicales que j'y porterai. Quand ces emplois seront
rationalisés par l'étude méthodique, nos colons pourront aban­
donner certaines drogues pour recourir uniquement à celles qui
auront résisté à l'épreuve de la pierre de touche scientifique.
Pour le moment, ils pourront trouver dans cette nomenclature
quelques indications dont l’expérience leur démontrera ou l’ina­
nité ou la valeur. En tout cas, ils n’auront pas à redouter de
recourir à un emploi de ces plantes tel qu’il aura été indiqué. Le
pis qui puisse leur arriver, c’est, après avoir suivi ces indications, de
n en tirer aucun profit curatif. Mais nul mal n’en peut résulter,
car je m'en tiendrai strictement aux données fournies par une
longue expérience aux populations de chacune des colonies dont
je m’occuperai.
Du reste, il n’est pas mauvais que les habitants de nos colo­
nies s’habituent de plus en plus à se soigner exclusivement avec
les produits naturels de leurs pays, où la vieille Europe va sou­
vent puiser les meilleurs et les plus renommés de ses médicaments.

Il serait bon également que les médecins coloniaux, sans recou­
rir à peu près uniformément, comme cela se pratique aujour­
d'hui, aux produits consacrés par la science métropolitaine, prissent
la résolution d’étudier et de mettre à profit la matière médicale
exotique propre à la colonie où ils professent leur art. Ce serait
un réel bénéfice pour tout le monde1. Les approvisionnements de
nos hôpitaux coloniaux pourraient se faire en partie sur place, et
les pharmaciens de ces hôpitaux pourraient y préparer des pro­
duits spéciaux à chaque colonie, sans recourir, comme on le fait
aujourd’hui, exclusivement à la nomenclature métropolitaine. \o s
colonies sont actuellement assez importantes (Côte occidentale
d'Afrique, Soudan, Indo-Chine, Congo, Madagascar pour avoir
chacune leur pharmacopée propre, comme l’a fait l'Inde et aussi
l'Australie, alfranchies à cet égard de la métropole anglaise.
Dans les catalogues que je prépare aujourd'hui, je voudrais que
l'on trouvât le germe des futurs Codex coloniaux dont le besoin
se fera certainement sentir un jour ou l’autre.
Pour le bien mettre en évidence, je tracerai immédiatement
après celui-ci, et dans la limite où l'entreprise est aujourd'hui
réalisable (réserve nécessaire au moins pour ce qui touche la
grande île que l’on vient d’annexer à la France, et qui a l'impor­
tance de la métropole), le cadre des plantes usitées à Madagascar
et aux Mascareignes. Ma résolution paraîtra sans doute bien témé­
raire. Je m ’en console en pensant que ce premier essai, si impar1. Je dois reconnaître que quelques médecins militaires coloniaux sont
entrés ou en tre n t franchement dans cette roie de l’étude clinique et de
l'utilisation des médicaments-nègres, comme certains les appellent avec un
mépris non déguisé, qui ne met en relief que leur ignorance. Je cite volon­
tiers, comme modèles de ces tendances aussi nouvelles que dignes d’éloges
et d’encouragement, d ’abord le Dr Corre, un précurseur, puis MM. Drevon,
Rançon et Maclaud, dont, je l’espère, l’exemple sera contagieux. M. le Dr
Rançon a donné une large part à l’examen des plantes médicinales dans son
Vogage d'exploration scientifique en Ilaute-Ganibie; M. Drevon en a fait de
même dans sa Topographie médicale de la Guinée française. Je ne puis
passer sous silence le remarquable travail du professeur C. Sambuc sur la
Flore et la matière médicale de la Sénégambie. (École de pharmacie de Mont­
pellier, 1880.)

�fait et si informe qu il puisse sortir de ma plume, attirera 1 atten­
tion de nos médecins coloniaux, aujourd hui en possession de
Madagascar, et hâtera l'heure de la connaissance de ses richesses
thérapeutiques.
En ce qui concerne la Guyane, à laquelle je donne le premier
rang dans cette série coloniale, aucun autre travail de ce genre
n'a été entrepris à ma connaissance, si I on en exclut 1 amas des
données médicales empiriques qui accompagnent les descriptions
botaniques dans la Flore de la Guyane d’Aublet. Il faut faire
exception toutefois pour la thèse de M. Jousset, intitulée Des
plantes usuelles de la Guyane, et soutenue à l'école de pharmacie
de Montpellier en 1870. Ce travail très consciencieux, mais un
peu limité, m a fourni quelques données dont j'ai profité. Je dois
signaler aussi comme sources précieuses de renseignements, les
deux thèses du Dr Louis Planchon, sur les produits des Apocynées
(189i) et sur ceux des Sapolacées (1888), qui m'ont été, en rai­
son même des détails précis qu elles renferment, d’une haute uti­
lité. J 'ai trouvé aussi quelques renseignements appréciables dans Les
plantes utiles des colonies françaises (188G), de De Lanessan. Ce
livre est devenu classique; il ne peut pas ne pas être consulté.
J en dirai autant du Résumé de la matière médicale et toxicolo­
gique coloniale de A. Corre et Lejanne, et des applications
thérapeutiques contenues dans la magistrale Histoire des plantes,
de Bâillon, à la fin de chaque famille végétale. J ’ai également
appris de M. Janneney, le savant auteur de La Nouvelle-Calé­
donie agricole, presque tous les noms indigènes des plantes et
la plupart d’entre les propriétés qui leur sont attribuées empiri­
quement1. Je lui en adresse ici tous mes remerciements.
Je ne puis passer sous.silence la publication toute récente tou1. Je me fais un devoir de donner ici une mention toute spéciale à l ’excel­
lent Traité des dror/ues végétales, de G. Planchon et Collin, qui m'a été d'un
puissant secours et dont je ne saurais trop louer ici l’ordonnance. C’est le
premier ouvrage de ce genre qui ait commencé à faire une place sérieuse
aux produits nouveaux et peu connus de nos colonies françaises, en dehors
de ceux qui sont utilisés depuis longtemps.

chant la matière médicale colonialeentrepri.se parM. BocquillonLimousin et comprenant, sans catégorisation d’origine, les pro­
duits dans leur ensemble de toutes nos colonies françaises.
Fort de cet exemple, je fais en terminant, un suprême appel à
fous ceux que l'élucidation de ces questions intéresse, et en parti­
culier aux médecins et aux pharmaciens coloniaux, pour qu’ils
veuillent bien adresser au Musée Colonial de Marseille, où elles
seront étudiées, les plantes avec leurs produits, que je signale ici
à l’attention des chercheurs comme méritant une étude sérieuse et
approfondie. Ils rendront service tout à la fois à la science, à la
colonie qu'ils habitent et à leur profession, qui en tirera les premiers
profits. J engage aussi les médecins coloniaux à vérifier sur place
les propriétés médicinales que je signale comme propres aux
plantes qui sont consignées dans ce catalogue ou qui le seront dans
les catalogues à venir. C’est un contrôle nécessaire qui leur revient
de droit et qui sera d’autant plus efficace qu’il aura été entrepris
sur les lieux mêmes, avec des végétaux frais. — Pour pouvoir colo­
niser utilement, il importe de bien posséder tous les éléments de
résistance qu’une colonie peut offrir à l'Européen dans sa lutte
contre l’inclémence du climat et surtout contre toutes les causes
multiples de déchéance physique qui l’entourent dans un milieu
pour lequel il n’est pas né et pour lequel il n'a pas été préparé.
L'entretien de la santé est la première condition du succès pour le
colon : il lui faut donc connaître d’abord tout ce qui, parmi les
productions naturelles d’un milieu donné, peut assurer le maintien
de ses forces physiques. Etudier à fond ces ressources précieuses,
c’est donc servir le plus utilement la cause des colonies et sur­
tout de la colonisation. Cette considération, dont l'importance
n’a pas besoin d'être démontrée, suffirait, en dehors de toute autre,
à justifier l’œuvre que j ’entreprends aujourd’hui.
E. IIECKEL.
Institut Colonial de Marseille.
Juillet 1890.

�PLANTES MÉDICINALES OU TOXIQUES
EMPLOYÉES A LA GUYANE FRANÇAISE

Abérémou ou Pérébier. —

P e r e d e a g u i a n e n s i s Aublet (UrticéesArtocarpées). Se trouve communément sur les bords de la
rivière Kourou. Ses tiges, flexibles et molles, donnent une
écorce remarquable dont le lait est employé comme anthelminthique. Le latex du Bayassa guianensis Aublet, plante de
la même famille, donne après coagulation une gutta à étudier;
frais, ce latex serait, dit-on, purgatif par sa résine (à vérifier).

Acajou rouge. — S w i e t e n i a

Jacq. [Mcliacées-Cédrélacées).
Décoction de l’écorce employée pour panser les blessures par
armes à feu. Cette écorce est amère, astringente, fébrifuge et
antiseptique. C est à cette dernière propriété sans doute qu elle
doit ses applications comme topique dans le traitement des
plaies de tous les genres. Son fruit (capsule ovoïde) donne, par
ses graines, une huile dite de Caraba, non étudiée, comme
l'écorce du reste.
Acajou vrai; Acajou femelle ; Cèdre acajou. — C e d r e l a o d o r a t a L.
[Méliacées-Cédrélacées). L'extrait du bois est fébrifuge. Ce bois
laisse exsuder une résine aromatique. L infusion des feuilles
et des fleurs est considérée comme antispasmodique et employée
en injection contre les maux d oreilles. L écorce est très astrin­
gente, amère et constitue un bon tonique et fébrifuge. Le fruit
serait anthehninthique. L’huile des graines est recommandée
M

a iiag o ni

�pour la cicatrisation des brûlures et des blessures. Cet arbre
odorant, fort commun au quartier de Mana, possède un beau
bois rougeâtre d'ébénisterie : la résine aromatique du bois est
à étudier.
Acooia ou Acouma; Mavémé ou Mavévé. — H omalium racemosum
Jacq. (Samydacées-Homalinées). C’est le R acoudea guian e n s i s d’Aublet, le « mavémé » des créoles. Voir Mavévé. Les
racines,dit Aublet, s’emploient en infusion contre la gonorrhée ;
elles sont encore employées de nos jours à titre d'astringent.
Acouroa ; Acuroa; Acourou. — G e o f f r æ a violacea Pers. ; Acouroa violacea Aublet ( Légumineuses). Arbrisseau à fruit âcre
qui serait, dit-on, précieux contre le tétanos d'origine tellu­
rique. (A étudier sérieusement en raison de cette dernière affir­
mation.)
Ahouaï. — On connaît, sous ce nom, à la Guyane deux espèces
différentes de Thevetia, savoir : 1° T u e v . n e r i i f o l i a J u s s . [Allouai
neriifolia Plum., Ncrio affinis angusti folia Pluk., Gerbera
foliis linearibus Plum., Cerb. Thevetia L., Cerb. peruviana
Pers.) et 2° le T h e v e t i a A hou al D . C. [Allouai Thevetia, Allouai
fructus venenatus J. Bauh., Gerbera Allouai L.). Ces deux
végétaux toxiques devraient, dans leurs propriétés physiolo­
giques, être étudiés comparativement avec le Cerbera Manghas de Nouvelle-Calédonie et le Tanghinia venenifera de
Madagascar qui s’en rapprochent sensiblement (Apocynées).
Le premier est nommé, en Amérique tropicale, d’où il est
originaire et d’où il a été introduit dans l’Inde et dans l’Asie
chaude : « ahouaï », « yorre », « abia île Malto », « jaca »,
« noix de serpent », etc.; le second : « ahouaï du Brésil »,

« noix ahouaï », « ahouaï des Antilles », « noix de serpent »,
« bagage à collier », etc. Cette dernière dénomination vient
de l’emploi, déjà signalé par Clusius, de ses noyaux vides pour
faire des sonnettes bruyantes que les indigènes s'attachent aux
jambes et au cou comme colliers. Le fruit et la graine de ces

deux espèces sont des toxiques puissants (narcotico-âcres). La
mort survient après des convulsions violentes et des désordres
gastro-intestinaux. Une amande mâchée ou broyée dans
le lait amène une purgation énergique (en un quart d’heure)
souvent suivie de vomissements. On l’emploie comme purgatif
dans le rhumatisme et les hvdropisies à la dose d’une demiamande. C’est surtout comme fébrifuge qu elle est utilisée
concurremment avec l’écorce. Pilée avec du rhum, l’amande est
un bon alexitère : deux graines broyées dans un verre de rhum
suffisent; le liquide est bu par fraction, et la pulpe pressée est
appliquée sur la blessure. La dose maxima en poudre, décoc­
tion, macération, teinture, extrait aqueux doit correspondre à
Ogr. 2o d’extrait. De Vry en a isolé la thévétine : c’est un glucoside cristallisé dont l’action est tétanisante; il est très amer, a
un goût métallique et picote la langue qu’il finit par engourdir.
La graine contient, en forte proportion, une huile fixe qui est
purgative; on y trouve, comme dans toutes les autres parties
de la plante, le pséudo-indican, substance jaune, amorphe, qui
bleuit magnifiquement par les acides (chlorhydrique). C’est
une très belle matière colorante. L indican a été employé en
médecine.
Ajouva; Ajouhona. — O c o t e a

GUIANENSIS Aublet; O r e o d a p h n e g l i a Nees (Laurinées). L'huile du fruit, jaunâtre, à odeur
agréable, est employée contre les rhumatismes. Feuilles odo­
riférantes employées comme résolutives et en cataplasmes
antiseptiques (huile essentielle). L'écorce s’emploie dans le
traitement des abcès.
n en sis

Alamande; Orélie.— A

L.; O k e l i a g r a n d l f l o r a
Aubl. (Apocynées-Carissées). Latex abondant, constituant un
purgatif énergique qui aurait réussi dans plusieurs cas de
coliques saturnines à la dose de S à 10 gouttes. A dose modé­
rée, 10/1000, l’infusion des feuilles est un purgatif cathartique
excellent. A dose plus forte, c’est un purgatif émétique viol l a m a n d a c atuartica

Annales de l'Institut Colonial. 1897.

6

�lent. Plante très répandue : existe eneore aux Antilles, dans
l'Inde, en Malaisie, à Geylan.
Alarnan. — Soi..vm m m g r u m L. (Satanées). Plante recommandée
contre la cardialgie et les tranchées à l'intérieur; à l'extérieur,
contre les ulcères rongeants, les cancers en suppuration,
les brûlures profondes, les dartres. On la conseille aussi en
cataplasmes contre les coliques néphrétiques. Cette plante est
du reste officinale en France et son histoire a été faite avec
détail dans tous les traités classiques de matière médicale.
Aloés. — A g a v e a m e r i c a n a L. (Amaryllidccs). Racines sudori­
fiques et antisyphilitiques (renfermant peut-être de la saponine?). La racine et les feuilles laissent exsuder par incision
un suc sucré qui après fermentation donne un liquide alcoo­
lique (poulr/uc) qui est laxatif.
Amandier; Badanier. — T e r m i n a l i a G a t a p p a L. ( Combrétacées).
Ecorce des racines astringente, usitée contre la dysenterie, la
diarrhée. L'écorce des tiges est préconisée contre les fièvres
bilieuses. L’huile des graines est considérée comme rancissant
difficilement. Un onguent connu dans le pays, et réputé contre
les maladies de pea^j, se prépare en mélangeant le suc des
jeunes feuilles au lait des amandes. Les feuilles macérées dans
l’huile de palme sont appliquées sur les abcès des amyg­
dales.
Ambotay; Corossol ambotay. — A.nûna A muotay Aublet (.Anonacées).
Ecorce amère, aromatique et piquante, recommandée déjà du
temps d’Aublet, en décoction, pour la cicatrisation des ulcères
anciens appelés mal-nègres dans le pays. G’est un antisep­
tique et un excitant par son huile essentielle.
Ambélani. — A m be l a n l a a c i d a Aublet (Apocynées). Voir Quienbendent.
Ambrette; Calalou musqué.— H ibiscus A belmoschls L. (Mnlvacées).

Les graines à odeur de musc sont employées comme mastica­
toire contre la carie dentaire et 1 haleine fétide. Leur infusion

est considérée comme céphalique et stomachique; on la regarde
aussi comme antispasmodique.
Amourette. —

M e d i c a g o a h b o r e a Aublet Légumineuses). L infu­
sion des feuilles est purgative, celle des fleurs, d’après Aublet,
serait bonne contre les all'ections pulmonaires (?).

Amourette blanche. —

S o l a n u m B o t e l i i i a n u m Dun. (Solanées). Les
baies s’emploient en cataplasmes maturatifs (?).

Anacardier; Acajou à pommes — A nacardiem OCCIDENTALE L.; Cassuvium po.mieerum Lam. ( Térébinthacées). Le péricarpe du fruit

renferme, dans des loges spéciales creusées en ses parois, un suc
oléagineux pourpre, noircissant à l’air et acre; ce suc estemployé
contre les douleurs causées par la carie dentaire; on l’emploie
aussi pour détruire les verrueset les cors ; il pourrait mêmeservir
comme vésicant. Ge suc est composé : 1° d'acide anacardique,
blanc, cristallisé, inodore, d’une saveur âcre et brûlante, aro­
matique; il est insoluble dans l’eau et donne avec l’acide sul­
furique une couleur rouge de sang ; 2° de cardol, liquide oléa­
gineux. jaune, très altérable, insoluble dans l’eau, soluble dans
l’éther et vésicant; 3° de Vacidegalliquc, une gomme résine et
une matière colorante. L’embryon contient une huile douce
usitée pour faire des émulsions (loochs pharmaceutiques) au
lieu et place des amandes douces, et employée aussi dans l’ali­
mentation sous le nom d'huile de caraïbes. La graine tout
entière se mange crue ou grillée.
Chez les végétaux âgés, l'écorce du tronc laisse exsuder,
spontanément ou après incision, une gomme (cashew-gum des
Anglais) qui se concrète en masses stalactiformes d’une couleur
jaune ou rougeâtre et qui se dissout incomplètement dans
l’eau : employée aux mêmes usages que la gomme arabique,
elle est un mélange de gomme ordinaire et de bassorine. Les
feuilles ainsi que l’écorce sont riches en tanin : on les emploie
en lotions et en gargarismes astringents. La racine est regar­
dée comme purgative (à étudier).

�—

86

—

—

Le pédoncule floral hypertrophié, charnu, pyriforme, qu’on
désigne sous le nom de pomme d'acajou tandis que le fruit
s'appelle noix d'acajou, et qui est de couleur jaune blanc ou
rouge à maturité, a une saveur aigrelette et agréable. On le
mange en guise de fruit et on en fait des boissons fermentées ;
au Brésil, il passe pour sudorifique et antisyphilitique.
Anda ; Bois Johana des créoles (Andalazou des Brésiliens). — A nda
G o.mesii A. Juss.; Jouannesia phinceps Vellozo (Euphorhiacées).
C’est l’Anda-çu des anciens voyageurs du Brésil. L ’écorce
contient un suc laiteux, vénéneux, qui sert à enivrer les pois­
sons. Les amandes des graines sont purgatives : une seule suffi­
rait à purger un adulte, deux pourraient le tuer. L ’écorce, passée
au feu, est prise en infusion contre la diarrhée. Par expression,
on tire des semences, qui ont la grosseur d’une châtaigne,
l i °/0 d'une huile jaune pâle, transparente, d’une faible
saveur; cette huile purge à la dose de 50 gouttes. Elle est aussi
appliquée comme topique contre les brûlures. Cette huile n’a
pas été analysée.
Angelin; Angelin à grappes. — A ndira RACEMOSA Lam. ( Césalpiniées). Plante introduite du Mexique. L’écorce et les graines sont
anthelminthiques. L ’écorce et le fruit sont excessivement amers.
On prétend qu'à une certaine dose, au-dessus de 1 gramme,
les effets pourraient en être mortels. Il ne faut donc les employer
qu’avec beaucoup de circonspection. (A étudier comparative­
ment avec YAndira inermis IL B. K. qui jouit au même degré
des mêmes propriétés et a une écorce purgative.)
Anguine amère. — T r i c h o s a n t h e s cu cu .m e r i n à L .1 ( Cucurbitacces).
Coloquinte à fruits oblongs. Anthelminthique, purgatif, vomif. Cette espèce est comparable à la plante indienne, Trichosanthes palmata Roxb., dont les fruits sont globuleux et sphériques, rouge foncé et
de la grosseur d'une orange, et qui est vénéneuse, puissamment laxative
même à l’état sec, et très dépuralive. Mêlée à des grains de riz, elle se rt
dans l'Inde anglaise à empoisonner les corneilles. Ce sont deux variétés
du T. pubera Blume.

87 —

tif. L’extrait de la plante est regardé par les Malabars employés
à Cayenne comme le meilleur stomachique dépuratif. Introduite
d’Asie,
LeT. r i n c t a t a L . ( F e v i l l e a u e d e r a c e a Poir.), plante indienne
introduite aux Antilles ; donne une graine appelée noix de ser­
pent, qui y est employée comme purgatif et passe pour être
l’antidote du mancenillier et des morsures de serpent.
— C a r u m A n i s u m Baill. ([Omhcllifères). Introduit et cultivé
à Cayenne. Carminatif, vermifuge.

Anis.

Arouara ; Aouara. —

A s t r o c a r y u m v u l g a r e Mart. (Palmiers-Cocoïnées). Racines antisyphilitiques. La pulpe du péricarpe cuite est
renommée pour calmer les coliques. L’huile épaisse du fruit
(kiokio en créole) est usitée en friction pour calmer les douleurs
rhumatismales; cette plante est très employée dans le pays.
L huile fraîche est prescrite en lavements laxatifs, et en injec­
tions contre les douleurs d’oreilles. C’est le pendant du pal­
mier à huile (Elæis guineensis) de l’Afrique chaude.

Aracouchini. —

Aublet ; I . i i e t e r o p i i y l l a DC. ;
Mardi. (Térclnnthacées-Burséracées). La
résine qui exsude de l’écorce,légère,jaunâtre,aromatique, fluide1,
dit Aublet, comme la térébenthine, est employée contre les
maladies de la peau, et notamment le pian et la lèpre. Donne de
très bons effets quand elle est mélangée à l'iodoforme dont
elle atténue l'odeur forte. La décoction de cette résine rempla­
cerait l’huile de foie de morue. Appelée encore acouchi, alouchi.
cette résine est vulnéraire et astringente. D’après Aublet, on la
conserve dans le fruit du petit coui. Les caraïbes l’utilisent
pour la fabrication d’un parfum très employé en la mêlant à
l’huile de Carapa et à la couleur rouge du rocou [Bixa orellana).
P

r o tiu m

A

I cica A

ra cou ch im

racouchili

I. C ’e s t la Tacahamaque incolore huileuse d e G u i b o u r t f o u r n i e p a r p l u ­
s i e u r s I c i c a d e la G u y a n e ( s u r t o u t p a r Icica Guianensis A u b l e t ) . E l l e e s t
f o r m é e d e d e u x r é s i n e s c r i s t a l l i n e s (Rréane e t Icicane) e t d ’u n e r é s i n e
a m o r p h e (C o lo p h an e).

�—

Arec. —

88

— 89 —
-

L. [Palmiers). Introduit de 1 Inde. La
noix est un masticatoire astringent, seulement employée par les
immigrants hindous qui la mélangent avec la chaux et la
feuille du bétel. La poudre du fruit entier est très recomman­
dée contre la dysenterie. La graine est un vermifuge : elle
donne, par des ébullitions successives dans l'eau, des extraits
aqueux qui sont des cachous dépourvus de catéchine (Fluekiger). Cette graine contient une huile (laurine et myristine,
d'après Fluckiger), une matière tannique rouge, et cinq alca­
loïdes (isolés par Jahns, 1892) : arécoline, arécaïdine, arécaïne,
(/uvacine et choline. L'a récoline (liquide huileux) est un alca­
loïde très actif qui donne un bromhydrate cristallisant facile­
ment. C'est, d'après Marmé, le principe vermifuge; il agit
comme la pelletiérine, la muscarine et la pilocarpine.
A

rec a

catecuu

— A r g e m o n e m e x i c a n a L . [Papavéracées). La plante est
considérée comme alexitère au Mexique, sa patrie. On ne l’em­
ploie point dans ce but à la Guyane où elle a été introduite. La
graine, par l’huile qu’elle renferme, est un purgatif drastique,
dit-on, comme le croton, à la dose de 45 à 30 gouttes ; elle est
vomitive comme l’ipéca. La plante donne, par incision, un suc
jaunâtre, épais, soporifique qui brunit à l'air. Ce serait un corro­
sif substitutif (?) à l’état frais. A ce titre, on donne contre les
calculs vésicaux la décoction des tiges et des racines. Les fleurs
sont narcotiques. On tire des graines une assez grande quan­
tité d’huile employée à Surinam pour l’éclairage.

Argémone.

Arouman. — M a r a .m a

A r o u m a Aublet ; I s c h n o s i p h o n A r o u m a Kœrn.
(Scitaminées). Plante très commune à Cayenne. Suc des feuilles
et de la tige caustique et même vésicant, comme celui de la
canne feu [Diffenbachia Seguine Schott). Les graines donnent
une huile employée à Cayenne comme cosmétique pour les
cheveux. Le rhizome tuberculeux contient une fécule alimen­
taire.

Arrow-root. —

M

aranta

arun d ina cea

L. (Scitaminées). Aublet

signale les racines comme médicinales. Les Indiens les mange­
raient, cuites sous la cendre, dans les cas de lièvres intermit­
tentes. Le rhizome est estimé comme remède pour la cure des
blessures faites par les armes empoisonnées (« arrow-root »
signifie, en anglais, racine-flèche). C’est du reste sous cette
forme un excellent aliment. Le Canna indica L. (Maranta in­
dica Tussac) originaire de l’Asie chaude et introduit ù la
Guyane où il abonde, fournit aussi un arrow-root.
Arum du pays.

— A r u m a r b o r e s c e n s L. ( M o n t r i c h a r d i a a r b o r e s Schott; M o n t , a c u l e a t u m Cruez) (Aroulées . Suc corrosif
employé contre les verrues, les cors. Les ménagères remploient
aussi pour marquer le linge.
Aubergine. — S o l a n u m m e l o n g ê n a L. (Solanées). Le suc des racines
est instillé contre l’otite ou l odontalgie.
Avocat. — P e r s e a g r a t i s s i m a Gærtn. ; L a u r u s p e r s e a L. ( La urinées).
Introduit à la Guyane en 1750. Fruit antidysentérique (?).
Feuilles aromatiques présentant le parfum affaibli de celles du
laurier-sauce. Elles sont employées contre les maladies des
femmes (dysménorrhée). D’après Jousset, l infusion des feuilles
et des racines passe pour un aphrodisiaque certain.
Ayapana. — E ü p a t o r i u m A y a p a n a Vent.; E l p a t o r i l m t r i p l i n e r v e
Vahl (Composées). Les feuilles ont une saveur amère, aroma­
tique, et une odeur analogue â celle de la fève deTonka. Elles
donnent, en infusion dans l’eau, un thé digestif et sudorifique
agréable et très employé dans le pays. Le suc récent de la
plante est considéré comme alexitère au Brésil et au Para.
Les feuilles, écrasées, sont employées à Cayenne en cataplasmes
dans les céphalalgies. Les feuilles de cette plante contiennent,
d’après Wuaflart, une matière grasse soluble dans l’éther, une
huile essentielle assez abondante, un principe amer et du sucre.
Azier à l’asthme; Raguet l'asthme i. — N on atf . li a o f f i c i n a l i s Aublet;
P s y c h o t r i a o f f i c i n a l i s Haeusch i Pubiacées-Guettardées). Infu­
sion ou décoction de feuilles, pectorale, aromatique, contre
c. e n s

�—

— 91

90 —

l’asthme. Toutes les parties delà plante froissées exhalent une
odeur agréable.
O
Azier maringouin ; Raguet maringouin). —

H y p t i s y e r t i c i l l a t a Jacq.
[Labiées). Petite mélisse des créoles de Cayenne. Plante pec­
torale, emménagogue, céphalique. En infusion dans les diges­
tions diiliciles. Introduit des Indes Occidentales.
A l s o d e i a f l a v e s c e n s Spr. ( Yiolariées). Pas de nom créole
connu. Amer astringent. Écorce fébrifuge.
A m a r a n t i i u s r r a s i l t e n s i s Moq. [Arnaranthacées). Pas de nom
créole. Toute la plante est astringente.
A n d i r a i n e r m i s H. B. et K. [Légumineuses-Césalpiniées). Pas
de nom vulgaire connu. Graine âcre, très émétique, vermifuge,
dangereuse à haute dose. Voir Angelin.
A p oc y n um m a c u l a i t m Descourt.; E c i i i t e s m a c u l a t a A . DC.
[Apocynées). Suc laiteux enivrant (à étudier). On l’emploie
pour expulser les épines qui ont pénétré dans les pieds ou dans
les mains. On considère ce suc comme hémostatique; les
feuilles écrasées passent pour posséder la même propriété.
A r t i i a n t e B r e d e m e y e r i Miq. ; P i p e r B r e d e m e y e i u Jacq. (Pipéracées). Pas de nom créole. Feuilles sudorifiques, hémostatiques
et antiblennorrhagiques.

B
Bagasse fiait de'. — Bac a s s a
Abérémou.
Balai-doux. —

g uia n en sis

Aublet (Artocapécs). Voir

L. et V e r o n i c a a m e r i c a n a Schwein.
(Scrophularinées). Herbe a Balai, Petit balai à graines, Herbe à
balai sauvage. Tisane antiblennorrhagique. Toutes les parties de
la plante sont émétiques et employées dans le pays surtout
pour faire vomir les enfants. On en fait également des garga­
rismes antiodontalgiques. Les feuilles en sont amères. La
décoction de la racine astringente et mucilagineuse qui entre
S coparia

di lc is

dans la composition de la tisane antiblennorrhagique est recom­
mandée contre l’écoulement trop abondant des règles. C’est
surtout (m réalité un adoucissant. Les feuilles sont employées
en infusion dans les affections fébriles.
Balisier. — C a n n a i n d i c a L. [Sci laminées). Racines diurétiques. On
fait des cataplasmes émollients avec les rhizomes. Leur décoc­
tion est regardée comme diaphorétique et diurétique. La fécule
de la racine constitue Varroiv-root du Queensland. Introduit.
Balisier génipa. — A m o m c m p y r a m i d a l e Lamk; R e n e a l m i a r a c e m o s a
A. Rich. [Scitaminées-Amomées). Le rhizome aromatique est
mis à macérer dans le rhum ou le vermout; la boisson ainsi
composée est absorbée à jeun contre les douleurs rhumatismales.
Balourou. — H e l i c o n i a c a r i r a e a Lamk; IL B i h a i L. (ScitaminéesZingibéracées). Racines1diu ré tiques, fibres textiles.
Bambou. — B a m r u s a a r u n d i n a c e a Willd. (Graminées) de l'Inde.
Une forte décoction des feuilles est emménagogue. Les poils
noirs et aigus qui tapissent la face interne des stipules engai­
nantes caduques des feuilles constituent un irritant redoutable,
capable de provoquer de dangereux accidents par leur intro­
duction dans les bronches et les poumons où ils s'enkystent.
Ils étaient du moins employés comme tel autrefois par les
piayeurs (sorciers) qui faisaient respirer à leurs victimes 1air
où ils avaient répandu la fine poussière de ces poils, ou bien
encore les leur faisaient aspirer, en les répandant â la surface
d’un liquide chaud (par exemple du café), qu’ils leur offraient.
Bananier. — M u s a p a r i d i s i a c a L. ; M u s a s a p i e n t u m L. (Musacées). Plante asiatique. Les feuilles sont employées pour panser
les vésicatoires. Le fruit vert astringent, surtout par son écorce,
est considéré comme abortif. Sa sève est très astringente et
hémostatique.
Bancoulier. — A l e u r i t e s t r i l o b a Forst. (Euphorhiacées). Introduit
de l’Asie tropicale à Cayenne. Huile de graine légèrement
purgative et siccative.

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Barbadine. — P vssiflora oi adrangflaris L . (Passif!orées). La

racine, qu’on dit un puissant narcotique, est considérée comme
un poison dangereux, au point qu’on recommande de ne pas
planter de barbadines au bord des citernes. A petite dose, elle
serait vomitive et tamicide (?). Cette racine mérite une étude
sérieuse et méthodique. Fraîche, elle a une odeur rappelant
celle de la rave, et serait, d'après Ricord-Madiana, le poison
dont se servaient les nègres des Antilles pour se venger de
leurs ennemis. On combattrait ses effets nocifs en adminis­
trant toutes les deux heures une décoction faite avec une poi­
gnée de Petiveria alliacea. Cassia emarginata, Anclropogon
saccharoides, Pois-trompette. Rufz nie formellement la toxicité
de la barbadine. A étudier.)
Basilic. — Ocimi .m america nfm Benth. (Labiées). Cette plante,

commune dans les terrains abandonnés, est cordiale, béchique,
aromatique, céphalique, et. dit-on, diurétique et emménagogue.
Sa décoction sert à déterger les ulcères, et ses feuilles contuses
résoudraient les tumeurs. Agit évidemment par son huile essen­
tielle comme antiseptique. Introduite de l'Amérique australe.)
Basilic sauvage. — M atofrea pratensis Aublet ; S temodia pusilla

Benth. (Scrophulariées). Considéré du temps d Aublet comme
un très bon vulnéraire. Les créoles conseillent encore l'infu­
sion théiforme des fleurs et des feuilles contre la migraine. La
décoction des racines est recommandée en gargarisme contre
les inflammations buccales. Enfin on emploie encore aujourd'hui
la plante comme vulnéraire. (Antiseptique des plaies par son
essence.)
Batoto. — P hysalis

L. (Solanées). Racines amères,
apéritives, toniques, fébrifuges, très employées dans le pays.
Elles contiennent la physaline, recommandée autrefois comme
succédané de la quinine dans les fièvres intermittentes. C’est
une poudre amorphe d un blanc jaunâtre, d une amertume per­
sistante, soluble dans l’éther et l’alcool, beaucoup moins dans
pibescen s

l’eau bouillante, très peu dans l’eau froide. Les baies sont, dit-on,
puissamment diurétiques. On prétend que quatre baies soulage­
raient les coliques néphrétiques, et que trois feraient cesser la
rétention d'urine (?). L ’infusion des sommités est employée
comme diurétique. Plante introduite de l Amérique boréale.
Baume; Grand-Baume. — C roton origanifolies Lamk et C roton

niMiLts L., variété origanifolius (Euphorbiacées . Sudorifique
recommandé dans le pays ; sert à préparer des bains aromatiques.
Belle-de-nuit. — M irabilis

dichotoma Gâter.; M. J alapa L. (Nycta­
gine es). « Herbe de quatre heures » des créoles. Purgatif drastique
et dépuratif par sa racine. Planleemployée contre lhydropisie et
la goutte; elle est classique sous le nom de nyctage faux jalap.

Bilimbi. — A verrhoa B ii.imbi L. (Géraniacées). Plante introduite

des Indes Orientales. Le sirop des fruits est très préconisé
dans les cas de maladies inflammatoires, surtout contre les
hépatites. On emploie aussi la décoction avec du riz non pelé
comme un remède excellent contre les mômes maladies; on
l’emploie aussi toutes les fois qu'il s'agit de tempérer la fièvre
et de modérer les diarrhées et les coliques bilieuses.
Bois-balle. — G uarea

trichilioides L. ; T richilia guara L. (Méliacées). Les parties laiteuses de la plante sont considérées comme
un poison corrosif. Le contre-poison serait une infusion de
bourgeons de médecinier (Curcas jnirgans). En tout cas, le suc
laiteux et l’écorce de la racine constituent un purgatif et un émé­
tique violent, considéré comme emménagogue et même comme
abortif. En décoction, ses effets seraient atténués. Cette action a
déjà été signalée par Aublet. Cette plante serait un remède
héroïque contre l’asthme. En voici l'emploi contre cette affec­
tion : on pile les feuilles fraîches, on les mélange avec du
miel et on prend une cuillerée matin et soir; on ajoute dans
la journée, de temps en temps, une tasse d’une décoction légère
des feuilles. (Renseignements dus à M. de Saint-Quentin,
créole delà Guyane, trésorier des Invalides â Marseille, 1896.)

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Bois-batiste ou Baptiste. — H ypericum

cayf.nense

L .; Y ismia cayex -

nensis Pers. (.Hypêricinccs). Bois-sang, bois-la-fièvre, bois
d'acajoës. Gomme-gutte d’Amérique. — Exsudât résineux,
jaune, purgatif. On l'emploie extérieurement pour apaiser les
démangeaisons des dartres; la décoction des feuilles est
recommandée contre les lièvres intermittentes (Aublet).
L exsudât frais est appliqué avec succès sur les blessures.
(Cicatrisant, antiseptique.)

Bois-calumet. — M abea

piriri Aublet et M. taquari Aublet (Euphorbiacécs). Le latex de ces deux plantes est assez riche en caout­
chouc. L'écorce, amère et astringente dans les deux espèces,
passe pour fébrifuge. (A étudier à ces deux points de vue.)

Bois-canon.— C ecropia

peltata L. ( Urticacces). Le suc caustique
du tronc est employé contre les verrues et les dartres. Les
feuilles et l’écorce sont un astringent employé comme antiblennorrhagique.
Bois-canot. — L iriodendron tulipifera L. (Magnoliacées). Grand
et beau végétal introduit d’Amérique Nord. Ecorce aromatique,
amère, contenant, d'après Lloyd : 1° la lyriodenclrine de
Emmett, principe neutre, non azoté, cristallisé et fébrifuge,
abondant surtout dans l’écorce de la racine, et que Lloyd
appelle résine âcre; 2° un alcaloïde, la tulipiférine, mal
connu; 3° une huile essentielle et une matière colorante, jaune.
L eau distillée de cette écorce servait autrefois à parfumer les
liqueurs. Les feuilles confuses sont employées contre la cépha­
lalgie. C'est un médicament inscrit dans la Pharmacopée des
Etats-Unis.
Bois-chandelle. — E rithalis fruticosa L . [Ruhiacées). Bois dur,
résineux, agréablement odorant (résine h étudier). On en fait
des torches.
Bois creux. — L isian thu salatu s Aublet (Gentianées). Voir ce mot.
Bois jaune piquant. — Z anthoxylum fraxuseum Willd. (Rutacces).
Ecorce astringente, à saveur âcre, excitant la salivation.

Employée comme antirhumatismale, sudorifique et diurétique
en poudre à la dose de 0 gr. 60 en trois fois, ou en décoction
(10 p. 500). On la considère comme odontalgique. Bois et
feuilles sudorifiques et vulnéraires. Remède classique et ofTicinal aux Etats-Unis; son histoire est longuement faite dans
tous les traités de matière médicale.
Bois-nivré. — Sous ce nom, l’on confond généralement plusieurs

plantes d'un usage courant chez les Galibis, les Boschs ou les
nègres d’habitation, pour étourdir ou empoisonner le poisson
des rivières. Ce sont d’abord divers Galega [Légumineuses) ,
entres autres le G alega sericea Buch-Ham. ou T ephrosia plr pi rea Pers.; G . singapou Buchoz o u T . toxicaria Pers. ; G . f r it e s cens Mill. ou T. frutescens D. C., dont la racine est employée.
Les feuilles jeunes du G. frutescens se mangent soit crues,
en salade, soit cuites en guise d’épinards. Assez commune au
Maroni. Le G. clnerea L. ou T eph . cinerea Pers., est cultivé,
d’après Aublet, sur les habitations pour les besoins de la
pêche. C’est également la racine qui est employée. Dans la
même famille des Légumineuses, on emploie pour le même
usage, le Sinapou (T ephrosia toxicaria Pers.), dont la tige en
décoction légère est employée contre les palpitations, et cons­
tituerait un bon succédané de la digitale. La P iscidia erythrina
L., employée surtout par les Boschs et les Galibis, est recom­
mandée dans la médecine créole; la teinture alcoolique de
l’écorce ou des racines constitue en effet un analgésique remar­
quable dans les cas d odontalgie et de névralgie, et un calmant
soporifique dans les cas d insomnie. Le R obima N icou Aublet
a des racines toxiques employées pour la pêche. Cette espèce
a été étudiée magistralement par le très regretté Geoffroy : il
en a extrait la nicou line, principe stupéfiant qui se range à côté
des alcaloïdes de l’opium, de Yatropine, de Yaconitine, de la
nicotine, delà conicineK Parmi les bois-nivré ou bois à enivrer
1. Annales de l'Institut Colonial de Marseille, 189b.

�le poisson, citons les conam i, de la famille des Euphorbiacées :
le CONAMI RRASILIENS1S Aublet OU PllYLLANTHUS CONAMI S w .1, dont
le suc laiteux et âcre est employé comme dépuratif. Commune
dans le haut Maroni, cette plante est contusée entre deux cail­
loux, puis rassemblée en longs balais dont on bat l’eau des
ruisseaux ou des rivières, qu’on a généralement le soin de bar­
rer au préalable. Le suc des Euphorbiacées est d'ailleurs géné­
ralement nuisible aux poissons" et on emploie au même usage
les Ph. urinaria L. et Ph. virosus Roxb. Le Conami indien,
employé surtout, par les Galibis, est LE upiiorbia cotinoides Miq.
Enfin, le C libadiüm suiunamense L. (Composées), commun sur
les bords du Maroni, est encore un Conami. Le Phyllanthus
guyanensis Klotseh se confond avec le Conami brasiliensis.
Aublet cite un conami qu’il nomme Coutenbou (Palliera aspera
Aubl.), plante à odeur de céleri, à goût amer, qui sert à eniArrer le poisson. C’est le Clibadiüm asperum D. C. employé
ainsi que le Clib. sylvestre Baill. (Baillera sylvestris Aublet.)
Bois piquant; Bois amer. — Cette dénomination vulgaire s'applique

à deux espèces, le Z antoxyu m P errotetii D. C. et le Z anWilld., toutes deux delà famille des
Rutacées-Simaroubées, et fondues le plus souvent dans Z ant .
caribælm Lamk. Les travaux de MM. Ileckel et Schlagdenhauflen 3 ont fait connaître la constitution chimique de l’écorce
fébrifuge de ces deux végétaux , produit qui entre de plus en
plus dans la pratique médicale à la Guyane. L écorce, amère,
contient deux principes actifs : 1° la zanthopicrite; 2°la zanthopicrinc. La solution aqueuse de 1 alcaloïde (zanthopicrine) injec­
tée par voie hypodermique à la dose de 0 gr. 005 à une grethoxylum hermaphrodite »

1. Ce végétal, avec quelques autres Phyllanthus, est employé aux mêmes
usages aux Antilles.
2. Voir, à cet égard, l'élude de MM. Ed. Ileckel et Boinet sur l'action
toxique des sucs d ’Euphorbe dans le Bulletin de l'Association française pour
l'avancement des sciences, 1801.
3. Comptes rendus de l'Acad, des sciences, août 1884, et Ann. Inst. Col., 1807.

nouille produit rapidement une paralysie générale. La respira­
tion et la circulation se ralentissent puis cessent, et la mort
survient au bout d’une demi-heure. L'effet est le même sur les
lapins et les cobayes. Ces auteurs ont tiré de l’écorce, outre
l’alcaloïde et la zanthopicrite, principe amer cristallisable des
écorces jeunes, une substance résineuse azotée, soluble dans
l’eau, jouissant des caractères chimiques des alcaloïdes. Si elle
en diItère par ses propriétés physiques, elle s’en rapproche par
son action physiologique. En résumé, l’écorce est un antifébrile
puissant, regardé à tort par les créoles comme l’équivalent de
la quinine. C’est en réalité un excellent tonique et un fébri­
fuge auquel on peut recourir pour certaines formes de la fièvre
palustre. On la fait macérer dans le rhum, le vin blanc ou le
vermout, et la boisson ainsi obtenue est recommandée contre
les lièvres intermittentes dans les cas où la quinine ne produit
plus d’effet.
Bois rouge; Triane; Houmouri. — Hu.mikia balsamifera Jaum. St-IIil.

(Ilumiriacees). Décoction de l’écorce contre les maux de gorge.
Voir Houmouri.
Bois Saint-Martin. — B itteha

febrifuga Bélanger; P icraena excelsa
Lindl. (.Rutacée-Simaroubée). Plante fébrifuge. C'est le Quassia
de la Jamaïque : drogue bien connue dont l’étude est faite dans
tous les traités classiques de matière médicale.

Ait.; C ornttia punctata
Willd. ( Verbénacées). Plante émolliente et rafraîchissante.

Bois-savane. — A gnanthus

pyramidatls

latifoliüs IL B. et Kunth; L onch.
(Légumineuses-Papilionacées). Feuilles irritantes,
purgatives, vomitives. Le bois coupé en fragments fait mousser
l'eau comme le savon. C’est également un bois-nivré, mais beau­
coup moins employé que ceux que nous avons cités plus haut.
Contient de la saponine (?) (à étudier de près). Existe à la
Guadeloupe et à la Martinique.

Bois-savon.— L onchocarpis
oxycarpus D C .

�— 99 —

— 98 Bois-tabac; manaba. — M anabea
losa

Aublet; Æ giphila v il Vahl [Verbénacces). Excitant sudorifique par ses feuilles.
villosa

Bouquet-corail. — J atropha

mültifida L. (.Euphorbiacées). Petit
médicinier. Les graines fraîches sont purgatives, émétiques.
Mûres et sèches, elles deviennent dangereuses el contiennent
une huile acre et drastique, dont l'effet, d'après les créoles,
serait enrayé par l absorption d’un verre de vin blanc.

Bouquet-soda ou soldat. — A sclepias

L. (.Asclépiadces).
Ipéca sauvage. La racine est purgative et vomitive. La décoction
en est astringente et est recommandée en injections dans les leu­
corrhées. Introduit de l’Amérique australe. Voir Ipéca-nègre.
curassavica

Bourghoumy. — I nga B urgoni D. G. (Mimosécs). Fruits astrin­

gents, préconisés contre les phlegmasies catarrhales, la diar­
rhée et la dysenterie.
B acopa aquatica Aublet [Scrophularices). Voir Herbes aux
brûlures. Plante adoucissante employée en cataplasmes contre
les gerçures, les crevasses et les brûlures.
B oerhaavia uirsüta Lin. (.Nyclaginées). Antiictérique.
Feuilles en cataplasmes contre les indurations du foie.
B oerhaavia diffusa S\v . [Nyctaginées). Racines emménagogues, diurétiques et sudorifiques. Voir Ipéca.
B yrsonima verbascifolia Rich. et Juss. (Malpighiacées). Bois
astringent et vulnéraire. Ecorce fébrifuge. (A étudier.)
B yrsonima spicata Rich. et Juss. [Malpighiacées). Cette plante,
sans nom vulgaire connu, contient beaucoup de tanin. Les
fruits, acides et astringents, sont employés contre la dysenterie.
Brinvillière. — Voir Spigclia anthclmia L.
B rünfelsia American a L. [Solanacées). Pas de nom créole.
Baies sucrées dont on fait un sirop astringent employé dans
le cas de diarrhées rebelles.

Buisson de la Guyane.— E chites

svphilitica L. [Apocynées). Décoc­
tion des feuilles et des jeunes tiges antisyphilitique. L. Plan-

chou [Les Apocynées. p. 178) dit que c’est une plan te très riche
en latex et ajoute que De Candolle doute qu elle appartienne
au genre Echites. A étudier.)

Cacao sauvage. — P aciiira

aquatica Aublet (Stercaliacées.) Plante
entière en décoction alexitère ; analysée parBocquillon Limousin.
Cacatin. — F agara pentandra Aublet; F agara guyanensis Lamk.
[Bu lacées). Fagarier, poivre nègre. Résine astringente et vulné­
raire. La plante donne des semences noires, luisantes, huileuses
(à étudier). Les parois des capsules sont piquantes et aroma­
tiques (Aublet). C’est peut-être Zanth. hermaphroditum Willd.
Café. — C offea arabica L. [Rubiacées). Infusion théiforme des
graines vertes contre les migraines (caféine), la fièvre i tanin)
et les accès de goutte. Introduit.
Caïmite. — C hrysopiiyllum C ainito L. [Sapotacées). Ecorce
tonique, excitante. Amande amère (à étudier).
Calalou; calou. — H ibiscus esculentus L. [Malvacées). Plante émol­
liente, cultivée comme aliment et très employée comme simple
mucilagineux rafraîchissant : feuilles en cataplasmes émol­
lients, les racines remplacent celles de la guimauve. Les fleurs
sont employées en infusion contre les phlegmasies des mu­
queuses. La décoction des fruits est recommandée aux poitri­
naires (?). La décoction des feuilles s ’administre en lavements
rafraîchissants. Les créoles recommandent aux gens affaiblis par
les excès, les fruits coupés, bouillis dans la sauce de pois verts,
à laquelle on ajoute une laitue, de la chicorée, un jaune d'œuf
et un peu de cannelle et de sucre. Le fruit bouilli dans le
lait est recommandé soir et matin, pour le rhume, ou en
guise de lait de poule pour les estomacs des convalescents.
Calalou-diable. — M ai.vasiscus arborkus Cav. [Malvacées). Un
Uniment à base de cette plante est usité pour les brûlures.
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

7

�—

Calebassier. — ChescEiNTI.v Cijete L. (.Bignoniacées). Plante diu­

rétique, employée contre 1’hydropisie et la diarrhée. Chair du
fruit pâteuse, purgative, vomitive et vermifuge. Elle entrait,
du temps d’Aublet, dans la composition du sirop de calebasse,
encore recommandé par les créoles.
Calebasse-colin. — CouroüPita guianensis

Aublet (Myrtacées) .
Boulet de canon, abricot-macaque. Pulpe et graines rafraî­
chissantes. Fleurs très parfumées.

— L agenaria vülgaris Ser. (Cucurbitacées).
Graines contre l’hvdropisie. Suc violemment purgatif. Pulpe
vénéneuse entourant les graines. On emploie quelquefois les
graines comme ténicides (péporésincjd’Heckel).

Calebasse-terre.

Camara. — A crodiclidii m

Schomb. (Laurinées). Bois amer,
aromatique (à étudier). On conserve ses fruits fendus et dessé­
chés pour les employer dans les cas de dysenterie. L ’/l.
chn/sophyllum Meiss. constitue l’un des bois de Sassafras de
Cayenne; il est aromatique et amer. (Il conviendrait de l’étu­
dier comparativement avec le précédent et avec les autres
Sassafras, voir page 70.)
camara

Campéche. — ILematoxylon Campechianum L. (Légumineuses). Bois

et écorce astringents, recommandé contre les diarrhées chro­
niques.
Cananga. — C ananga

ouregou Aublet (Anonacécs). Feuilles aro­
matiques, excitant du système nerveux, donnent une essence
remarquable. (Il conviendrait de voir si les fleurs de cette espèce
pourraient remplacer celles du Cananga odorata Hoxb., origi­
naire des Moluques, qui servent à préparer le dorri-borri, la
fameuse pommade avec laquelle les Malais se frictionnent les
cheveux pour prévenir et guérir les fièvres, et qui fournissent
l’essence d'ylang-ylang, préparée aux Philippines.)

Caméraire. — C ameraria

latifolia L. (Apocynces). Existe à la
Guyane, à Cuba, Saint-Domingue et à la Jamaïque. La camé-

101

raire est un arbre à tronc élevé, très commun dans les forêts
humides et très riche en suc laiteux, si fortement toxique que
les naturels du pays en empoisonnent leurs flèches de chasse.
Les singes tués par ces flèches peuvent être mangés impu­
nément après ablation de la chair en contact avec le poison. Ce
suc fait partie aussi de certaines mixtures destinées à des usages
criminels. Il est singulier que l'on dise le fruit comestible
quoique purgatif. Il sera prudent de s ’en méfier (Jousseti.
Canari macaque. — L ecythis grandiflora Aublet (Myrtacées). Pulpe
acidulé, rafraîchissante. L ’infusion des fleurs est recommandée
contre les ophtalmies. Les graines sont comestibles ; l’émulsion
en est préconisée contre les alfections des voies urinaires. On
les dit douées de propriétés narcotiques (ce dernier point est
à contrôler et à étudier).
Canne Congo. — C ostus arabicus L . (Scitaminces-Zirigibéracées).
Les racines sont amères. C’est un tonique puissant, très
employé dans le pays. Le rhizome a une fine odeur de violette.
On en fait une tisane antiblennorrhagique, dépurative et diu­
rétique. Introduit de l lnde.
Canne-feu. — D ieffenbachia S eguine Schott; C aladium

segui .m .m

Vent. (Aroïdées). Entre, d’après Bâillon, dans la composition
du curare. Plante à suc caustique et vésicant redoutable. Les
C. scandens Willd. (introduit de 1 Afrique tropicale) et Philoden­
dron hederaccum Schott ont les mêmes propriétés. (A étudier. )
Canne à sucre — S acciiarum

officlnarum L. (Graminées). Le sucre
en poudre ou la cassonade blanche sont considérés comme
détersifs. A l intérieur, on considère la cassonade brune
comme vermifuge. On emploie le sucre finement pulvérisé en
insufflations sur les taies de la cornée. Enfin on recommande
contre les rhumatismes un mélange de sucre et de mélasse, de
savon noir et de tafia, en frictions.

Canelle-giroflée. — D icypellium

caryophyllatu .m Xees [Laurinées .
Le bois a l odeur de la rose. L ’écorce, très aromatique, a un

�— 103 —
goût poivré. C est un tonique très énergique. Cette écorce ren­
ferme de Yhuile essentielle à laquelle elle doit son odeur aroma­
tique, une résine qui lui donne sa saveur chaude et poivrée, de
la gomme et du tanin. Descourtilz la cite comme contrepoi­
son de la racine de barbadine (Passiflora quadrangularis L .);
elle entre dans la composition du curare du haut Amazone.
Caraïpé. — C araipa

Aublet ( Ternstrœmiacées). Ecorce
et racine astringentes employées contre la dysenterie.
angustifolia

Carambol. — A verrhoa

carambola L. (Géraniacées). Plante intro­
duite des Indes Orientales. Le sirop des fruits est préconisé à
bon droit contre les fièvres bilieuses. C est un excellent anti­
scorbutique. A, du reste, par son fruit, les mêmes applications
que son congénère .4. Bilimbi. Voir ce dernier mot.
Carapa. — Garapa guianensis Aublet (Méliacées). L ’huile des
graines, épaisse, amère, unie au rocou, sert aux Galibis à
enduire les cheveux et la peau pour la protéger contre la
piqûre des moustiques et les attaques des chiques. L ’écorce,
tannique, est amère, fébrifuge, et contient la carapine (Robinet),
principe amer, très soluble dans l’alcool et 1 éther, insoluble
dans l’eau. L ’acide acétique la dissout sans l’altérer, et l’eau
la précipite de cette solution. La décoction des feuilles du carapa
est employée pour laver les plaies et les ulcères atoniques.
Carata. — B romelia K aratas L. (Broméliacées). Le suc de la
plante est employé pour la cicatrisation des plaies récentes; la
teinture alcoolique est employée comme détersive des ulcères.
Le suc, qui est amer, pourrait, dit-on, remplacer le savon (con­
tient peut-être de la saponine ; à vérifier). Introduit de Panama.
Caractère-des-dames ou Rose changeante. — H ibiscus mutabilis L.
[Malvacées). Tisanes émollientes. Introduit de Chine.
Carmentine rouge. — J usticia coccinea Aublet ; J acobima coccinea
Hiern (Acanlhacées). Cette plante, qui croît dans les lieux
humides de l'île de Cayenne, est un excellent stomachique amer.
(A étudier.)

Carmentin ou Carmentine. — J usticia pectoralis Jacq. ; Dianthera pectoralis Gmel. [Acanthacées]. On en fait un thé pectoral et un

sirop renommé.
Casse. — C assia

fistula L. (Légumineuses). Cultivé. Purgatif
doux, laxatif bien connu. Introduit de l’Asie tropicale.

Casse. — C assia

Lamk ; C assia grandis L. (Légumi­
neuses). Pulpe amère, d'un goût désagréable, purgative ou
laxative. Introduit de Panama.
rrasii.iana

Casse-Para.— C assia javamca Auh\et(Légumineuses). Mêmes usages

que leCanéficieroilicinal.Sans doute la même que C. grandis L.
racemosa L. (Bubiacées), dite Cainça des
Antilles, sans nom créole. Les racines sont un violent drastique.

Caïnça. — l° C hiococca

2° C hiococca anguifuga Mart. (Racines de Caïnça du Codex).
Cette racine est âcre et fétide étant fraîche. Desséchée, elle
présente d’abord un peu le goût du café, puis elle devient nau­
séeuse. L infusion est un émétique drastique violent. On l’em­
ploie avec beaucoup de succès contre les hydropisies essen­
tielles. Ces deux espèces, dites, la première, Cainça des Antilles,
et la seconde (qui est officinale), Caïnça du Brésil, existent
ensemble à la Guyane. Malgré la différence de leurs pro­
priétés médicinales réunies, elles ont la même composition chi­
mique. (Etude à reprendre comparativement pour les deux
Chiococca.)
Cèdre blanc. — I cica altissima Aublet (Térébinthacées-BurséracéesÇ

Résine aromatique employée fraîche en émulsion par décoction
dans l’eau contre les affections des bronches et des poumons.
C’est la Caragne blanche de Bâillon qu’il ne faut pas confondre
avec la Caragne verte de la Nouvelle-Espagne, qui est fournie
par YAmyris Caragna Humb.
Centaurée ; centaurelle de Cayenne. — Les créoles désignent sous ce

nom plusieurs plantes qui semblent jouir de propriétés toniques
et fébrifuges ; ce sont les Gentianées suivantes, qu'il faudrait

�étudier comparativement avec la petite centaurée et les autres
plantes médicinales françaises appartenant à la même fam ille :
1 ° E xàcum guianense A ublet. Infusions recom m andées. A m er,
fébrifuge ; très employé.
2° E xacüm tenuifolium A ublet. C ’est la centaurelle violette
de Cayenne. A m er, fébrifuge; très employée.
3° C outoübea spicata A ublet ; E xacum spicatum W ahl. Centau­
rée blanche de Cavenne, propre aux lieux hum ides. Plante très
amère, stomachique et verm ifuge. C ’est, dit A ublet, à propos
de cette dernière plante, un rem ède excellent pour rétablir le
cours des règles (emménagogue).
4° C outoübea ramosa A ublet jou it des m êm es propriétés.
C est la centaurée rouge des créoles. T outes ces plantes
devraient être étudiées de près.
Cerise carrée. — E ugenia M ichel » L am k , E . dniflora L . ( M yrtacces). Pitange du Brésil. Fruit acide, rafraîchissant. Plante aro­
m atique.
Cerise ronde. — M alpighia pünicifolia L . (Malpighiacécs). L'écorce
laisse exsuder une gomme pectorale recom m andée. (A étudier
sérieusement.)
Cestreau. — C estrum nocturne» L . ( Solanécs). Narcotique peu
employé aujourd’hui, combiné autrefois au Datura par les
piayeurs. On appelle de ce dernier nom les nègres sorciers ou
ensorceleurs et empoisonneurs. Introduitde l ’A m érique australe.

contre les flux diarrh éiques; 2° sa variété 1 A nd, citriodorus
Ilort. ex D esf., dont on fait des infusions sudorifiques, et 3° la
V erbena triphylla L ’H érit. [Verbéracées), dont la décoction est
recommandée en lotions contre le pian rouge. M. Jo u sse t dit,
à propos de YAndrop. Schoenanthus, qu'on prépare avec les
feuilles vertes ou sèches une infusion théiforme, stim ulante et
antispasm odique, dont l ’u sage est journalier dans les hôpitaux
m aritim es. Cette infusion, d’un goût agréable, d'une odeur par­
fumée. peut rem placer le thé, auquel certaines personnes la pré­
fèrent. 11 ajoute : « M entionnons en passan t que notre am i et
« distingué collègue, M. le I)r Heckel, a préparé, avec les
« m êm es feuilles, en N ouvelle-Calédonie, un hydrolat et une
« huile essentielle qui ont été utilisés comme succédanés, le
« prem ier de l ’eau de menthe, le second de l’essence de citron,
« et qu'il a em ployé avec succès 1 hydrolat dans le pansem ent
&lt;c des plaies ulcérées longues à se cicatriser. (Loc. cil., p. 13 et
« 14.) » C ’est là un pansem ent rendu antiseptique par l’essence
de citronnelle.
C leome frutescens A ublet [Capparidécs). Plante commune
dans les fo ssés de la ville de Cayenne. L es fruits écrasés sont
vésican ts. Le suc de toute la plante et particulièrem ent des
feuilles est em ployé comme vésicant à la place des cantharides
dont il n’a pas l'action fâcheuse sur les voies urinaires. (Plante
d ’un haut intérêt, à étudier m éthodiquement en se basant sur
les principes connus dans les C apparidées.)

Chevelure-de-Vénus.— I pomæa viridis Chois. [Convolvulacées). L es
feuilles sont dites détersives; les racines donnent une poudre
sternutatoire. (A étudier.)

C lusia panapanari Choisy ; C. macrocarpa Spren g. ( Gutlifères). Donne un suc jau nâtre (à étudier) qui se rapproche de

Lin. ( Rutacées). Ecorce em ployée on

Coachi. — Q uassiaamaha L. (.Rutacées-Simarubées). L e bois, am er,
réduit en copeaux, rem place le houblon dans la fabrication de
la bière, surtout en A ngleterre. On en emploie la décoction en
lotions contre les malingres et les ulcères vénériens. L infusion
amère de ce bois et surtout des racines fraîches est préconisée

Citronnier. — C itrus
bols fébrifuges.

medica

Citronnelle. — Sous ce nom, on désigne com m uném ent trois
plantes différentes : 1° I’A ndropogon S cikenanthus L . (Grami­
nées), introduite, q u ’on emploie en infusions sudorifiques et

la gom m e-gutte par sa couleur et ses propriétés purgatives.

�107 —

contre les fièvres rebelles. C est un amer tonique, apéritif et
fébrifuge. On en extrait l'alcaloïde connu sous le nom de quassine.
Codio. — A sclepias curassavica L. (Asclépiadécs). (Voir Bouquetsoldat.) Le suc laiteux de la plante est préconisé contre les

cors aux pieds.
Cœur vert. — N ectandra R odiei Schomb. (Laurinées). Bibiru des

Arrouagues. Le principe amer de l’écorce est un alcaloïde, la
bébérine ou bibérine identique à la buxine, d’après Walz, et à
la pélosine du Cissampclos Pareira d’après Flückiger. Dans le
bois même, M.Maclagana trouvé un autre alcaloïde, la nectandrine, qui existe à 1 état de traces dans la jeune écorce. Les
graines contiennent de Yacide bébérique. L ’écorce est entrée
dans la pharmacopée des Guyanes hollandaise et anglaise
[Cortex beberi), comme tonique, amère et fébrifuge. Elle ren­
ferme, outre la bébérine, du tanin et une résine.
Comou. — QEnocarpus B acaba Mart. (Palmiers). L ’émulsion de

la pulpe des fruits est très rafraîchissante. Ces fruits, de la
grosseur d une olive, sont très recherchés par les habitants de
Cayenne. La graine est enveloppée d'une matière blanchâtre;
c’est cette matière que l’on mélange à l’eau, après y avoir fait
bouillir le fruit, pour préparer le lait de coco. Ce lait, qui rap­
pelle beaucoup le chocolat; est très nourrissant et excellent
au goût. Les créoles en sont très friands; breuvage très adou­
cissant, tempérant.
Les mêmes usages sont communs aux fruits et graines d’Euterpe oleracea Mart., autre palmier de la Guyane appelé P inot .
Concombre (petit). — C ucumis A nguria L. (Cucurbitacées). Con­

combre épineux. Le suc du fruit, mêlé à l’huile, s ’applique sur
les contusions. Introduit d’Afrique tropicale.
Congono. — P iper

L. &lt;Pipéracées). Commun sur les
murailles et les vieux troncs d’arbres. Thé purgatif. S ’emploie
trifolium

à l’extérieur sur les bubons vénériens. Cet usage est signalé par
Aublet chez les nègres de Madagascar. (Peperomia trifolia Diet.)
Conguéricou. — X ylopia

frutescens Aublet (Anonacées). (Alasa
pcçjrctroe en Caraïbe). Fruits aphrodisiaques et servant
d’épices. On les recommande ainsi que les bourgeons contre
les affections catarrhales des muqueuses urinaires. On les
emploie aussi en décoction avec le Galanrja contre la carie den­
taire.
Copahu. — Plusieurs plantes de la Guyane portent ce nom et four­
nissent un baume employé généralement aux mêmes usages ;
10 C opaifera gitan en sis Desf. (Légumineuses) donne une oléorésine par incision du tronc. On l’emploie contre la gonorrhée.
2° C opaifera bracteata Benth. donne un baume dont l’émul­
sion, par décoction, est recommandée contre les affections pul­
monaires.
3° C opaifera pubiflora Benth. jouit des mêmes propriétés.
4° C opaifera officinalis L. se rencontre sur les bords du
Maroni.
11 est inutile d’insister sur des produits (oléorésines) qui sont
si connus et si bien étudiés.

Copaia. — B ignonia C opaia Aublet; J acaranda C opaia Don i Bigno-

niacées.) C’est Yonçjuent pian de Cayenne. L ’écorce des jeunes
branches est émétique et purgative. Elle est très employée en
poudre comme antisyphilitique. Les nègres, dit Aublet,
emploient le suc des feuilles pour préparer un extrait qui s'ap­
plique en frictions ou en cataplasmes en cas de pian. Introduit
de Panama.
Coquelicot. — M elastoma grandiflorfm Aublet ; R iiynchanthera
grandiflora D. C. (Mélastomacées). Fleurs en tisanes très appré­
ciées contre les bronchites, pneumonies. On en fait un bon
sirop béchique.
Corossol. — A nona

mlricata L. (Anonacées). Fruit mûr, agréable,
antiscorbutique et fébrifuge. Vert, on le fait sécher et on le

�— 109 —
conserve sous forme de poudre. Il constitue ainsi un antidysen­
térique puissant et un bon vermifuge. Les feuilles, narcotiques,
à odeur forte, s'emploient en infusions antispasmodiques et
calmantes. On les applique également en cataplasmes sur les
panaris. Le suc frais des branches et des rameaux est irritant.
Coton herbacé. — G ossypum

L. (Malvacées). Graines en
fumigations contre les tumeurs indolentes. On affirme que
ces graines seraient un poison pour les porcs. Fraîches, elles
augmenteraient le lait des nourrices. Les bourgeons se donnent
en tisanes diurétiques. Les racines constituent un des préten­
dus abortifs du pays. Leur action a été niée, et est, tout au
moins, douteuse. Le Dr Bonchellez a employé ces racines
comme fébrifuge et en a obtenu d'excellents résultats. Elles
sont bonnes aussi dans les cas d'aménorrhée et de métrorrhagie
puerpérale. Leur action abortive, niée par les uns, est affir­
mée par Garrod qui prétend qu'elles provoquent des contrac­
tions utérines, et par Schaw qui les compare à l’ergot de
seigle. Introduit d'Asie tropicale.
Coton rouge. — G ossypiüm iurbadense L. (Malvacées). Bourgeons
diurétiques. D’après Aublet, l’émulsion des graines fraîches
serait pectorale et rafraîchissante.
iierbagei m

Couépi. — Couepia gri a.nen sis Aublet (Rosacées-Chrysobalanées).

Kwépie des Bosclis. Amande très amère (à étudier).
Couma. — Cor.MA

guianensis Aublet (.Apocynécs). Bel arbre dont
le latex résineux paraît donner une gutta.

Courbaril. — Hymf.n.ea courbaril L. [Légumineuses). La résine

extraite des racines par incision est employée en Uniment
contre les douleurs rhumatismales. D'autres recommandent,
dans le même but, les fumigations de cette résine. L ’écorce
est purgative, et, dit-on, carminative à petite dose (en infu­
sion). La décoction de l’écorce interne (de l’aubier) est regar­
dée comme un bon vermifuge. La résine fraîche sert à la cica­
trisation rapide des plaies. On l'emploie également comme

celle du cèdre blanc (Caraçjnc blanche de Bâillon), contre les
affections pulmonaires. Voir Cèdre blanc. La résine et le
fruit ont été étudiés par MM. Ileckel et Schlagdenhauffen.
(Journal Le Naturaliste, 1888.)
Cousin Maho; Grand Cousin. — T rilmphetta L appula L. ( Tiliacées).

Les feuilles, fleurs et écorces sont mucilagineuses et astringentes.
Couzou. — P assiflora Em u s Sims. (Passiparées). Les feuilles

sont données en looehs dans les fièvres inflammatoires; on les
mêle dans ce but à la verveine, au pied de poule, aux feuilles
et à l’huile de palma-christi ou ricin.
L. (Borraginées). L infusion
des fleurs est recommandée, probablement à cause de son
astringence, contre les pertes de sang chez les femmes. Etait
déjà préconisée par Aublet. Voir p. 119. (A étudier et à
rapprocher des travaux de Battandier sur VH. europeunx L.)

Créte-coq. — H eliotropium

indici/ m

Crète d’Inde ; Crète-dinde. — V erbena J amaicensis L. ; S tachytarp11eta indica Vahl ( Verhénacées). Cette plante, astringente,
rend les plus grands services dans la dysenterie.
Cresson-Para. — S pilanthes oleracea L. ; S p. Â cmella Murr. (Com­
posées). Comestible en salade, cette plante passe pour pro­
voquer la salivation, comme le jaborancli. (A étudier, i

Cresson-savane. — L epidium virginicum L. (Crucifères). Plante

antiscorbutique et diurétique.
Curares. — Poisons de différentes compositions, sous forme d'ex­

traits secs, préparés, suivant les tribus qui les emploient, avec
des substances différentes, d’origine végétale et animale : la
base du poison est végétale et empruntée au suc d’un Strrjch­
aos. La substance employée par les indigènes de la Guyane
est enfermée dans de petites gourdes ou de petits pots de terre.
Elle est brune ou noirâtre, dure, à cassure nette, à odeur
empyreumatique, à saveur amère. Elle résiste à l’ébullition et
se conserve très longtemps sans que ses propriétés se trouvent

�— 111
atténuées. On a malheureusement, surtout flans le monde des
explorateurs, souvent confondu, sous le nom de curare, tous
les poisons des flèches indistinctement.
Il existe quatre variétés connues de curare qui sont prépa­
rées avec l'écorce de la tige ou de la racine de plantes diffé­
rentes. parmi lesquelles les Slrychnos jouent le plus grand rôle
comme action physiologique; les autres ne sont que des auxi­
liaires ou des synergiques de l’action des Strychnos. Ces
curares sont : 1° celui du haut Amazone; 2" de l’Orénoque ;
3° de la Guyane française; 4° de la Guyane anglaise. Nous
nous occuperons particulièrement de celui de la Guyane fran­
çaise qui seul nous intéresse ici.
Le curare du haut Amazone a pour base une liane connue
sous le nom de Ramon et désignée par Bâillon sous le nom de
S trychnos castelnjsana . Celui de l'Orénocjue est dû aux S try .
G i bleri G. Planchon (pour le curare faible), et S. toxifera
Schomb. (pour le curare fort).
Le curare de la Guyane française est préparé par les
Indiens Trios et Roucouycnnes qui occupent la partie supé­
rieure du Parou resserré, dont l'embouchure se trouve près de
l immense delta de l’Amazone. Cette région a été visitée deux
fois (187(1-78) par le Dr Crevaux, qui a assisté h la préparation
du poison. Il est essentiellement constitué par le suc d’une
plante (liane) nommée Ourari, quia été rapportée par Crevaux
et déterminée par M. G. Planchon. Il l’a nommée S trychnos
C revauxii . D’après Crevaux, le curare de la haute Guyane
française est préparé avec le suc extrait de la racine d’Ourari.
Les Indiens commencent par mouiller les racines, puis ils
enlèvent l écorce avec un instrument tranchant, et en expriment
le suc avec les mains. Celui-ci, après addition de substances
peu actives, est chauffé très légèrement puis desséché au
soleil. Les plantes accessoires, qui entrent dans la préparation
de ce curare, ont été recueillies par Crevaux; elles se rapportent
toutes au groupe des Pipéracées et sont désignées, par les

indigènes, sous les noms d'A liniière, Roi-peu, Aracoupani.
Le curare de la Guyane anglaise est à base de S trychnos
toxifera Schomb. et de S t . cogens Benth. On n’a pas déter­
miné les plantes auxiliaires qui entrent dans la composition de
ce suc.
Le curare n’est pas à proprement parler un médicament,
mais c’est un agent physiologique important. Administré à
l’intérieur et à faible dose, il n’exerce aucune action sur la
muqueuse stomacale et s ’élimine rapidement ; mais injecté
sous la peau, il agit sur la partie périphérique des nerfs moteurs
qu’il paralyse complètement. On l’a essayé pour combattre le
tétanos et les empoisonnements par la strychnine, mais sans
grand succès.

D
Dartrier. — V atairea

Aublet (Léyumincuses-Dalbergices). La graine, pilée et mêlée à du saindoux, est employée
contre les dartres.
Datura. — D atera S tramonium L. et D. ceratocaula Jacq. (Solanées). Plantes narcotiques. Le fruit vert, écrasé, est préconisé
contre les pustules charbonneuses. Voir Stramonia.
Douvant-douvant; Guinée; Pipi. — P etiveria ali. iacea L. (Phytolaccacées). Verveine puante. Plante à odeur d’ail prononcée. Les
racines sont considérées comme antispasmodiques, calmantes,
fébrifuges, diurétiques, emménagogues et même abortives.
Les feuilles sont sudorifiques et dépuratives. On emploie les
racines comme analgésiques contre les maux de dents. Toute
la plante elle-même est donnée en infusion contre les
coliques L
guianensis

1. Celle plante qui existe aussi aux Antilles y esl connue à la Guade­
loupe sous les noms de Devant-nègre, danday, et à la Martinique d'A rrada,
Herbe aux poules de Guinée : elle y est employée aux mêmes usages.

�i 12 —

Ebène verte '. — B ignonia

D. C .; T ecoma leucoxylim
Mart. (Bignoniacées). (Urupariba au Brésil). Alexitère
renommé. L ’écorce est regardée comme l’antidote du serpent
et du mancenillier. Les habitants recueillent soigneusement
les (leurs qu’ils conservent pour en faire des infusions pecto­
rales. Le bois, à aubier blanc entourant un cœur jaune verdâtre,
donne, par décoction, un puissant sudorifique (â étudier).

Encens. — A m y ris

leücoxylon

Aublet ( Téréhinthacées-Burséracées).
La teinture alcoolique de la résine aromatique est recomman­
dée comme topique des ulcères. On en donne dix gouttes pour
un verre de lait aux phtisiques. Elle soulage les asthma­
tiques. L ’I cica yiuidiflora Aublet donne une résine d’odeur très
agréable, qui sert comme encens dans les églises. (A étudier.)
giianensis

Encens grand bois. — P rotium

guyanense Mardi.; I cica g iia n en sis
Aublet [Burséracées). Le tronc de cet arbre laisse exsuder,
après incision et aussi spontanément, un liquide résineux,
limpide, d une odeur de citron très prononcée, se desséchant
rapidement sur l’arbre en une résine blanchâtre, formée de
petits cristaux aciculaires et qui brûle avec une odeur d'en­
cens. Cette résine est employée contre la toux et pour faire
de la « boucane » à chasser les moustiques. C’est l’élémi du
Brésil. Cet arbre fournitaussi probablement la Tacahamaquc en
larmes transparentes, incolores, d’une odeur agréable. C’est
une oléorésine qui, comme le produit de 17. Aracouchini, est
connue sous le nom de Tacahamaque incolore huileuse de Guibourt. Voir Aracouchini. Arbre commun sur la côte sablon­
neuse qui mène de Kourou à Sinnamary.
Envers. — Cipura p a l u d o s a Aublet (/ridées). Antispasmodique

1. Greenheart des Anglais.

éprouvé. On l’emploie, mêlé au laudanum, contre les convul­
sions des enfants.
E pidendrum hifidim Aublet (Orchidées). Pas de nom créole. Le
suc est purgatif à la dose d’une cuillerée (Schombgh.). On le
regarde comme anthelminthique et diurétique.
Épinards de Cayenne. — 1° P hytolacca DECàNDRa et 2° P iiy.

icosan-

dra L. (Phytolaccacées). Le suc de la racine et des baies est pur­
gatif. Introduit, de l’Amérique boréale 10 et de l’Inde orientale 2°.

Ergon. — A maranti-iüs

o lera ceu s L . (.Amaranlhacécs). Les feuilles
confuses sont employées pour le pansement des vésicatoires.
C’est un rafraîchissant employé en lavements émollients.
Introduit des Indes Orientales.
E ugenia latifolia Aublet (Myrtacées). Bois astringent. (A étudier.)

Euphorbe.— E uphorbia

punicea S\ y . (.Euphorhiacées). Le suc lai­
teux est employé contre la teigne. On recommande quatre
grains de ce suc mêlés à de la magnésie comme purgatif et
contre la syphilis. Introduit delà Jamaïque.

Erythrine graine de corail. — E rythrina

corallodekdron L. [Légu­
mineuses). D’après Bochefontaine et Rev, l écorce et la plante
contiennent un alcaloïde narcotique agissant sur le système
nerveux central, sans atteindre l ’excitabilité motrice ni la con­
tractilité musculaire (érythriné) et un glycoside migarrhine
(Yung). (Voir Immortelle.)

F
Figuier maudit. — C llsia rosea Jacq. Voir Millepied.
Feuille à polir. — C uratella

vmekicana L. ( Dilléniacées). Écorce
employée à Surinam comme sédative aussi bien que les fleurs dont
1odeur est désagréable : feuilles râpeuses à la face supérieure.
F otuergilla mirabilis Aublet ( Mélastomacées). Le suc des
feuilles est employé contre la piqûre de certains poissons.
C'est leMicoMA fotuergilla Naudin

�Frangipanier blanc ; Bois-de-lait. — P lemeria ai.ha Aublet (Apoci/-

nées). Le suc laiteux et gommorésineux caustique est suspect. On
l emploie néanmoins contre les ulcères, les dartres et la gale.
Les fleurs sont âcres, à saveur brûlante, caustique. Descou'rtilz dit que les graines sont préconisées contre les flux san­
guins. Ecorce des racines, purgative, altérante, dépurative,
donnée surtout contre la blennorrhagie. On l’administre sous
forme de décoction ou de macération, de poudre, dans l’eau
sucrée, le vin ou la bière que l’on prend comme boisson aux
repas. On en fait aussi un extrait. On le donne encore contre
l’herpès, la syphilis à 1 intérieur, à 1 extérieur en lolionscontreles
ulcères syphilitiques. C'est le P lemeria cuneata Sm. ( A étudier.)
Frangipanier rose. — P lemeria rubiia L. [Apocynées). Fleurs
béchiques, aromatiques, employées dans un sirop pectoral
renommé. Les créoles disent que c’est le remède de Véchau/f'ement de la poitrine (sic). Le latex est employé contre les rages
de dents, dans les cas de carie. Ecorce drastique : c’est celle
de la racine qu’on emploie comme dans l’espèce précédente et
contre les mêmes alîections.
Fromager. — B omrax globosem Aublet (Malvacées). Bourgeons
diurétiques. Ecorce vomitive. On fait, avec la bourre con­
tenue dans les fruits, des oreillers qui servent à provoquer la
transpiration.

G
Gaïac. — D ipteryx

odorata Willd. (Légumineuses). Coumarouna.
Les graines donneraient une huile excellente contre la dysen­
terie L Très agréablement odorante, cette graine renferme delà
coumarine. Elle est très étudiée dans les classiques.
Galanga.— M aranta allo u a Aublet; C alathea A llouia Lindl.

1. Cette huile, que j'ai extraite et qui est en fort minime proportion d'ans
les graines, est concrète, jaune et à odeur de coumarine : il y en a à peine
2 °/0 dans les sem ences.

(Scilaminées). Les rhizomes, tubéreux, féculents, donnent un
excellent salep.
Génipayier.— G enipa americana Lin. (Rubiacées). Ecorce astrin­
gente. La pulpe des fruits (baies grosses comme un petit citron
est employée par les nègres Bonis pour faire leur tatouage. Le
fruit, dans su pulpe aigrelette et succulente, contient une certaine
quantité d’acide malique. On emploie l’infusion de l’écorce et
du fruit contre les diarrhées atoniques. Avec les racines, on fait
une tisane purgative très recommandée contre la gonorrhée.
Gentiane. — G entiana exaltata L. ; E ustoma exaltati m Sal. (ien/innées). Les feuillesen décoction constituent un excellent fébri­
fuge. Introduit d’Amérique boréale.
Gentianelle pourprée. — E xacem pi rpurelü Lamk. N oir Centau­
rée). C’est le Schultesia stcnophylla Mart. [Gentinnées .
Gingembre. — A momum Z ingiber L.; Z ingiberofficinale Rose. Scitaminées). Stomachique, stimulant, aromatique. Introduit de
l’Inde tropicale.
Giraumont. — C ucurbita moschata Duchesne (Cucurbitacées). On
applique la pulpe écrasée en cataplasmes sur le front contre
les maux de tète, sur les yeux contre les ophtalmies, et sur
les tumeurs de toute nature pour les faire disparaître (empi­
risme le plus grossier). Les semences sont adoucissantes et
laxatives. Les Heurs en infusions sont recommandées contre
l ictère. L huile des graines est vantée pour faire disparaître les
taches de rousseur. Introduit d’Asie tropicale.
Giroflier.— C aryophyllus aromaticus L.; E ugenia caryophyllata
Thunb. (Myrtacées). Infusion excitante des bourgeons et des
clous (Heurs non épanouies et séchées). Introduit desMoluques.
Gommier ou Bois-cochon. — B ursera gemmifera Lin. ( Térébintliacées). L ’arbre, qui existe dans les terres hautes, donne une résine
d un rouge foncé qui se rapproche de la résine élémi et constitue
un vulnéraire très apprécié.
Goupi. — G oupia glabra Aublet (Célastrinées). Plante astringente
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

8

�/
La décoction des feuilles s'emploie contre les ophtlialmies. Le
G. tomentosa Aublet dorme, par contusion des feuilles, un suc qui
est employé pour dissiper l’inflammation des yeux. Les feuilles
ainsi que l'écorce sont amères. (A étudier méthodiquement.)
Goyaviers-savanes. — P sidium pyriferum L. et P sm . pomiferum L.
{Myrtacées). Racines, bourgeons effeuilles astringents, antidy­
sentériques. On fait une bonne tisane astringente avec les racines
et les feuilles. Les Psidium pomiforum et pyriferum ont été
étudiés avec grand soin, au point de vue botanique, chimique
et pharmaceutique, par M. Khouri, pharmacien de l ro classe.
{Annales de l'Institut Colonial de Marseille, II'1 vol. 1895.) Il
y a trouvé une essence antiseptique et un tanin (acide psiditanique) très astringent.
Goyavier grand bois. — P sidium
sia aromatica

grandiflorum Aublet ; C ampomanuLindl. [Myrtacées). Fruits acres et astringents.

Goyavier-citronnelle. — P sidium

Aublet. La décoction
des rameaux, qui exhalent l'odeur de mélisse, est employée en
bains toniques (Aublet). C’est peut-être la même espèce que la
précédente.

Graines-tiques. — G uilandina

aromaticum

B onducella L.

{Légumineuses).
Graines très amères, vomitives. Les racines sont employées
contre la gonorrhée. C'est le Iionduc gris de l’Inde, étudié à
titre de fébrifuge par MM. Heckel et Schlagdenhaull'en, dans
le journal Les Nouveaux Remèdes, octobre 1885. Ces
auteurs y ont découvert et isolé le principe actif, fébrifuge,
la bomlucine.
Graine-tonnerre. — 1° D olichos obtusifolius Jacq. (Légumineuses).
Principe amer et purgatif. La racine est diurétique. On l’em­
ploie. macéré dans le vinaigre, en gargarismes. (A étudier.)
2° D o l . ure .ns L. On recommande contre la hernie inguinale
les cataplasmes de l'écorce et de la graine broyées. La même
racine, cuite et additionnée du suc frais de la plante puis
édulcorée au miel, s ’administre dans l'Inde contre le choléra.

Remède introduit par les Malabars immigrants et recommandé
contre la cholérine.
L. {Myrtacées). L écorce fraîche de
la racine est un vermifuge bien connu : nous n’en parlerons
pas (pellcticrine). L ’écorce du fruit bouillie [malicorium des
anciens) et additionnée de jus de citron donne un bon garga­
risme détersif. On l’édulcore au miel et l’on y ajoute le suc de
l oxalis et du cresson. Introduit de l’Europe australe.

Grenadier. — P unica

Grignon. — B ucida

granatum

L. {Combrétacéc.s . Ecorce astringente.
Guaco. — M ikama guaco Ilumb. et Bompl. ; E upatorium parviflorum Aublet (Composées). Les feuilles sont un excellent
tonique; thé stimulant très employé. Cette plante a été l’objet
de nombreuses et méthodiques études; on y a trouvé de la
guacine, principe neutre, incristallisable, blond, très amer.
Le suc est regardé par les Indiens comme l’antidote par excel­
lence des morsures de serpents. Très recommandée autrefois
comme alexitère. C’est le Guaco morado du Brésil.
buceras

Guimauve. — M alva

spicata L. ; M alvastrlm
(Malvacées). Emollient, mucilagineux.

Guingamadou. — V irola

spicatum

A. Gray

serifera Aublet ; M yristica serifera S yv.
(Myristicées). Ecorce astringente. Suc rougeâtre, gluant, âcre,
qui devient résineux à l’air. On l’emploie pour calmer les dou­
leurs dans la carie dentaire, et pour la cautérisation des
aphtes. Les graines donnent une huile concrète, abondante.
G oodalia guianensis Benth. [Thyméléacées). Plante âcre et irri­
tante comme nos garous (Daphné) d Europe.
G uettarda amrigua D. C. {Rubiacées). Propriétés toxiques con­
statées mais inconnues dans leur détail. (A étudier métho­
diquement.) Introduit des Antilles françaises.
G uettarda argua tua Lamk (Rubiacées). Mêmes propriétés
toxiques.
G uettarda cocciaea Aublet; I sertia coccia l a Va hl {Rubiacées). Ecorce
fébrifuge. D’après Aublet, la décoction des feuilles est employée

�en fomentations toniques, en bains et en douches, chez les créoles,
contre les œdèmes. Le bois am er serait à étudier (toxique?).
G uidonu glomerata Ivurz (Samydaccès). Ecorce am ère. Feuilles
employées pour bains, contre les rhum atism es. F ru its diurétiques.
P as de nom vulgaire connu. Introduit de 1 Inde orientale.

II
Henriette. — Henriettea succosa D. C. ; M elastoma slccosum
A ublet i Mélastomacécs). Ecorce préconisée en décoction pour
déterrer et cicatriser les ulcères et les plaies.
Herbe à balai. — S coparia dulcis L. (Scrophularinées). (Voir
Balai-doux.)
Herbe aux brûlures. — B acopa aquatica A ublet ( Scrophularinées).
Cette plante, qui vit dans les m arais, a la réputation de guérir
les plaies, gerçures, crevasses, brûlures, par l'application de
ses feuilles pilées.
Herbe aux chiques. — T ournefortia scandens M ill. (Borraffinées).
Plante amère. dont la décoction sert à éloigner les chiques
t Pulexpenetrans). Introduite de la Jam aïque.
Herbe à crochets.— O uroupahia guianensis A ublet; U ncariatomentosa D. C. (Iiubiacées) . Rare, se trouve au Maroni. En g arg arism es
contre les ulcérations de la bouche. ( Oupou, Ouroupou des Bonis.)
Herbe à malingres. — H eliotropium indicum L . (Borraginécs). Verveine pian, Voyez Créte-coq. L a décoction, astringen te, sert à
lolionner le pian et les ulcères atoniques. Introduit de l'ancien
continent où il est em ployé comme alexitère (suc de feuilles).
Inde et Afrique.
Herbe-couteau. — C vperüs ELegans L . [Cypéracées). Infusion des
feuilles utilisées en collyres dans le traitem ent des blépharites.
Herbe Saint-Martin. — S auvagesia ehectaL. ( Violariées). Adima des
G alibis. Plante astringente em ployée contre les ophthalm ies et
la diarrhée. C est un diurétique an tiphlogistique des voies uri­
naires; très em ployé. On l 'utilise égalem ent contre les allec-

tions du tube digestif; on le dit même fébrifuge. L es feuilles,
m ucilagineuses, sont très recom m andées comme pectorales ; on
les m ange au ssi en guise de légum es. L e s S auvagesia elata
Benth. et S . S prengelii A . St-IIil. (var de S. crccia) ont les
m êm es propriétés.
Houmouriou Bois rouge. — H ümiria balsamifera J . S t-IIil. (.Humiriacées). A rbre fort commun dans les terrains sablonneux de
Kourou, donnant une oléorésine, nommée Baume-résine Houmou ri, épaisse, rouge balsam ique d'abord, et qui se concrète,
par Faction de l ’air, devient cassan te, et brûle avec une odeur
désagréable. Cette oléorésine est em ployée contre la tœnia et
la blennorrhagie. On en fait, avec de l'huile chaude, un Uniment
q u ’on applique sur les articulations douloureuses enflammées.
Ce végétal serait le Gommart ou Gommier de montagne des
A ntilles (Bursera balsamifera), où il est nommé faux styrax.
Hya-hya. — T abernæmontana utilis A rn. (Apocynées). L écorce
est réputée fébrifuge et n'a pas été étudiée. Le latex fourni par
ce végétal, connu encore sous le nom d 'arbre à lait de Demerara , est nutritif, agréable au goût, ayant l'aspect physique du
lait, et utilisé comme tel par les indigènes. Il suffit de blesser
légèrem ent le tronc pour qu'il coule en abondance, gras, cré­
m eux, doux et nutritif. L 'an alyse faite ju sq u ici d’une façon
insuffisante y a montré une proportion assez forte d ’album i­
noïdes. Il y aurait peut-être lieu de faire quelques réserves sur
son innocuité absolue, étant donné que, d ’après PouppéeD esportes, ce lait desséché serait fébrifuge.
H ypoxisdecumbens A ublet; C urculigoscorzoneile folia Baker (A maryllidées). F leu rs em m énagogues, feuilles antispasm odiques.

I
I cic.a viridiflora Lam k ( Térébinthacées-Burséracées). Donne un

encens apprécié. Voir Encens.
Immortelle. — E rytiirina corallodf.ndron L . ( Légumineuses). L es

�120

—

fleurs et l'écorce sont employées contre l’asthme. On applique
les feuilles écrasées sur les bubons vénériens. Contusées, on
les emploie en cataplasmes sur les tempes contre la céphalal­
gie. Voir Erythrine à graine de corail.
Immortelle pourpre. — G ompurena globosa L . ( Amaranthacées).
Originaire des Indes Orientales. Plante rafraîchissante : 1 in­
fusion chaude des feuilles est employée comme sudorifique ;
croît dans les sables avoisinant les cours d’eau.
Indigo. — I ndigofera

anil L . (Légumineuses). On en jette les
feuilles froissées dans les bains chauds calmants. En décoction,
c’est un résolutif de ce qu’on nomme érysipèle dans le pays;
elles agissent comme un puissant sudorifique. Les racines et les
graines infusées dans le tafia servent à détruire la vermine.

Indigo sauvage. — I ndigofera

polyphylla

D. G .; I. G erardiana

R. Grah. (Légumineuses). Feuilles en poudre contre l’hépatite.
Elles sont irritantes et purgatives. La racine passe pour ver­
mifuge. Introduite de la région de PHimalaya.
Ipéca. — Sous ce nom, les créoles emploient un grand nombre de

plantes vomitives et purgatives. Nous citerons les plus impor­
tantes et les plus employées :
1° P sychotria emetica L. (Bubiacées). Racine vomitive.
2° B oerhaavia paniculata Rich. (Ng etagi nées). Plante
vomitive. Du Mexique et du Texas; se confond avec la suivante.
3 °B oerha .4Via decumrens Yahl (Nyctaginées). Racine émé­
tique très astringente; s ’emploie surtout en décoction dans la
dysenterie.
4° B oerhaavia diffusa Swartz (Ag cta g inées). Les feuilles
sont potagères, d’après Jacquemin ; les racines sont émétiques.
C'est une plante astringente recommandée dans la dysenterie.
Elle serait antispasmodique et augmenterait la sécrétion des
urines et des sueurs. Peut être fondue avec B. paniculata.
5° C eph .e l is E vea D. C. (Bubiacées). Racines vomitives.
0° IoMDiiM parviflorum Vent., I. glutinosum Vent. ( Viola-

riées). Les racines constituent un purgatif et un vomitif violents ;
très employé contre l’éléphantiasis tuberculeux appelé dans le
pays cocobayc. Introduit de la République argentine.
7" V iola I toubou Aublet ( I ”iolariées). Racine purgative à petite
dose, vomitive à haute dose. On l ’appelle encore Ipéca sauvage.
Voir Itoubou.
Ipéca bâtard. — R uellia tuberosa L .; R . clandestina L. (Acanfhacées). Le sirop des racines est très vanté contre la coqueluche.
Ipéca nègre. — 1° A sclepias curassavica L. (Asclépiadées). Le suc
laiteux est vomitif. La racine est émétique. Voir Codio, BouquetSoldat.

2° I omdil'M ipecacl'ANHA Vent. (Violariécs). Racines, tiges et
feuilles fraîches ayant une odeur nauséabonde. Vomitif et purga­
tif c o m m u n s à la Guyane, abondant dans les terrains sablonneux
près l’habitation de la Madeleine, aux alentours de Cayenne.
Itoubou. — V iola I toubou Aublet; I omdium I toubou IL R. et
Kunth; H ybanthus ipecacuanha H. Bn. ; V iola calceolaria L.
( Violariées). Ipéca blanc, Violette blanche de Cayenne, Itoubou ou
Etoupou en Galibi. (Itoupou signifie : herbe, petite plante her­
bacée. Martius, Dictionnaire Galibi. p. 22). Cette plante (voir
Ipécaï est antidysentérique, émétique et purgative. Elle renferme
de Yémétine. D’après les Brésiliens, ce serait le meilleur remède
contre, la dysenterie. On la préconise également contre la goutte.

J
Jasmin d’Espagne. — J asminum

grandiflorum L. (Oléacées). Les fleurs
sont administrées en tisanes béchiques. Introduit de la région
de 1 Himalaya.
Jaune d’œuf. — L ucuma rivicoa Gærtn. (Sapotacées). Graines oléa­
gineuses donnant un beurre. Originaire du Brésil.
J ussieua hirta Vahl ; Juss. per uvlan a L . (Onagrariées).
Les feuilles pilées sont appliquées en cataplasmes émollients.

�On en donne également en décoction, en lavements ou en
bain de siège aux femmes en couches. Cette décoction est
également bonne en lotion contre certaines éruptions de la
peau.

L
Labalaba. — Qu aléa

Aublet ( Yochysiacées). Arbre résineux
à résine purgative. [A étudier méthodiquement.)
Laman. — S olanum nigrum L. (Salariées). Voir Alaman.
L asiadena rupestris Benth. (Thyméléacces). Plante à suc âcre qui
irrite très violemment le tube digestif. Vénéneux.
Liane à eau. — 1° Cissus venatorum Descourtilz (C. sicyoides Klein;
Vitis sicyoides Miq.) (Ampélidées) ; 2° PixzoNA calineoides Eicli.
et T etuacera a lai fou a Willd. (.Dilléniacées) d’Afrique tropicale.
Lianes des chasseurs. La première espèce est de la famille des
vignes. Ces lianes contiennent une eau limpide, sans saveur sen­
sible, rafraîchissante, légèrement diurétique Pour en avoir une
certaine quantité, il sullil de couper la liane à une hauteur
quelconque, et, pour empêcher l’eau de monter dans la partie
supérieure de la tige, d’en détacher lestement un morceau;
avec un tronçon de 1 m. de long, on peut remplir un verre à
boire.
Liane carrée. — P aülunia Triternata IL B. et K. (Sapindacécs).
Plante diurétique excitante. (A étudier comparativement avec
Paul, sorbilis.)
r o se a

Liane palétuvier ou Liane mangle. — E chues

Jacq. et (E c.h.
torosa Jacq. ou E ch. torulosa L. du Mexique) [Apocynécs). Suc
amer, vomitif. Les feuilles sont appliquées comme topique sur
les ulcères. Bourgeons et feuilles purgatifs. Les noirs se purgent
avec les feuilles d 'Ecliites hiflora. Latex abondant, purgatif. Ces
lianes viennent* dans les terrains salés, dans les vases du
bord de la mer, et courent sur les mangliers, d'où leur nom
vulgaire.
riflora

Liane rouge. — T etracera

tigarea 1). C. et T et . ovalifolia D. C.
1Di liéniacées). La décoction du bois est sudorifique et antisy­
philitique. Les graines infusées dans le vin blanc sont préco­
nisées contre les fièvres intermittentes, le scorbut, la chlo­
rose.

Liane-torchon. — M omordica

surculata Noronha [Cucurbitacées).
Plante très amère, à suc évacuant très énergique. Introduit
de l’Asie tropicale.

S w . (Méliacées). L ’écorce bouillie est vermifuge, fébrifuge, surtout celle
de la racine. La décoction astringente des feuilles est
employée en gargarism es après L avulsion des dents, et sert à
fortifier les gencives. (Végétal introduit de l llim alaya.)

Lilas. — M elia A zedarach Lin.;MELiA

Liseron à tubercules. — I pomœa

sempervirens

L . ( Convolvulacées .
Tubercule énorme, drastique. (A étudier.)
L isianthus alatus Aublet (Gentianées). Bois creux en créole.
Racine très amère, fébrifuge. Obstructions viscérales.
L isianthus ghandiflorus Aublet et L y s . cjîrulescens Aublet [Gen­
tianées). Plantes amères employées comme la petite centaurée.
L isianthus purpurascens Aublet (Gentianées). Amer, apéritif,
fébrifuge (Aublet).
L isianthus uliginosus Griseb. (Gentianées). Mêmes propriétés.
L oranthus americanus L. (Loranfhacces). Décoction de la plante
en gargarisme contre l’angine, en lotion contre les ophthalmies. Les graines sont employées dans le même but; on les
applique fraîches et pilées sur les tumeurs. Fleurs antispasmo­
diques, employées en infusion contre la migraine. La décoc­
tion des feuilles est vulnéraire et détersive.
tuberosa

Lamk [Amaryllidées). Le bulbe est
un poison irritant, émétique. L infusion des fleurs est antispas­
modique, et très recommandée contre la coqueluche. Introduit
du Mexique.

Lys rouge. — A maryllis

punicea

�Mancenillier. — H ippomane

Mabi. — G ouama

Aublet, G . striata Hich. (.Bhamnées). Le bois, amer et antiseptique, entre dans la composition
d’une bière diurétique très recherchée : c’est la bière de Mabi
ou Mabi que l'on vend à Cayenne sur le marché.
Macata. — P oinciana pui.cuerrima L., C æsalpinia pulcuerrima S av.
[Légumineuses). Les fleurs, desséchées, entrent dans la compositionde bols fébrifuges appréciés. Fraîches,elles sont réputées
sudorifiques. Feuilles fébrifuges, toniques, excitantes, emménagogues et mêmes abortives à une certaine dose (?). La racine
est âcre et serait vénéneuse. Le périsperme des graines fraîches,
légèrement mucilagineux. soluble dans l’eau tiède, donne un
mélange pectoral très employé.
Maglomain. — 11 existe sous ce nom une variété blanche à'Euph.
pilulifera L. var. alha L. Employée aux mêmes usages.
Maho (Grand . — H ibiscus tiliaceus Lin. (Malvaeées). Mucilagineux.
Feuilles adoucissantes; mucilage émollient.
Maho consin (Grand;. — T riumfetta L appula L. ( Tiliaeécs). Les
feuilles, les fleurs et l écorce sont astringentes et mucilagineuses.
Malnommée (Grande Malnommée rouge). — E uphorbia iiirta L.; E.
pilulifera L. [E uphorbiacées . Mêmes propriétés que la suivante.
Abondante dans les défrichements, autour des cases. Fébrifuge.
La plante fraîche donne des tisanes rafraîchissantes.
Malnommée; Petite Malnommée. — E uphorbia pilu lifera var. rubra
L. (Euphorbiacées). S ’emploie contuse ou cuite en cataplasmes
résolutifs dans les adénites et les abcès. La tisane est très
recommandée pour les pertes rouges et blanches. Renommée
dans la médecine européenne contre l’asthme cardiaque.
Malnommée. — E uphorbia capitata Lamk [Euphorbiacées). Alexipharmaque. G est une autre Arariété de VE. pilulifera L.
Manaba. — Voir Bois-tabac, p. 27.
domingensis

mancixella L. [Euphorbiacées). Figuier
à Cayenne. L ’ara, lescrabes et les poissons mangeraient, dit-on,
impunément les fruits des mancenilliers. L ’arbre donne un suc
laiteux, âcre, analogue au caoutchouc. L’antidote du fruit et
du lait serait une infusion de feuilles de Bouquet-corail (Jatroplia multifida Lin.), que l’on ferait suivre de potions huileuses
et mucilagineuses. D’autres préconisent une infusion de fleurs
et de feuilles d’ébène verte (.Bignonia leucoxylon D. C.), dans
l’eau de mer. L ’on n'a sans doute alors affaire qu'à un A'ornitif.
Certains créoles recommandent l’extrait du fruit contre l’éléphantiasis. L aspect général de l’arbre rappelle un peu celui
des poiriers de France. Le fruit a la forme et la grosseur d’une
petite pomme d’api (en espagnol : Manza, manzanilla), et si
abondant qu’après sa chute il couvre littéralement le sol sous
l’arbre. L ’odeur du fruit mûr rappelle un peu celle d'un citron
très avancé. Les ulcères et ampoules que proA^oque le suc lai­
teux ne se manifestent qu’assez longtemps après leur contact
avec la peau. Le seul antidote bien connu serait, non pas l’eau
de me!', comme certains l'affirment, mais une décoction de la
graine du Fevillea scandons L. ou Fcvillea Irilobata L..
F. cordifolia L. (Cucurbitacécs).
Le mancenillier est devenu assez rare à la Guyane, parce
qu’on s ’est attaché à le détruire, du moins dans les enxdrons des
lieux habités. « Quelques imprudents, dit Aublet, emploient
« le lait pour tirer les vers des enfants; très pernicieux usage,
«c qui met leur AÛe en danger L »

Mango ou Manguier. — M angifera

indica L. ( Téréb intha cées-A na cardiacées). Feuillesodontalgiques, mais surtout employées pour
raffermir les genciAres. Les jeunes tiges remplacent au pis aller
le Bétel pour les Malabars. Le fruit est antiscorbutique, antidy­
sentérique. Graines astringentes, antidiarrhéiques, anthelmin-

I. Le manoenilfier el son suc laiteux ont été étudiés par MM. Heckel et
SchlagdenhaufTen dans un mémoire publié en 1886 dans le Bulletin de la
Société de Pharmacie des Bouches-du-Rhône.

�tiques. Dans ce dernier cas, les créoles les emploient grillées.
Feuilles astringentes, très souvent employées contre l’angine et
recommandées pour l’asthme. Le tronc donne par incision une
oléorésine stimulante, sudorifique et antisyphilitique. La plante
est très employée dans le pays, presque autant que dans l’Inde
orientale sa patrie, dont les immigrants ont fait connaître aux
créoles guyanais plusieurs usages nouveaux.
M alpighia M o u reil \ Aublet ; M alpighia crassifolia Lin.; B yrsonima
crassifolia H. B. K. (Malpighiacées). Ghapara menteca , en
brésilien. Plante des savanes. Ecorces en infusions pour arrê­
ter le dévoiement. On prétend qu'elle est fébrifuge (Aublet).
Les infusions en sont recommandées contre la morsure des ser­
pents et contre les affections inflammatoires des bronches. (Sans
nom créole.)
M alpighia verrascifolia ; B yrsom .ma verbascifolia Rich. est
employé (les racines et les souches en décoction) pour déterger
les ulcères et laver les plaies. C est une plante astringente.
Mani ou Manil (Résine de . — M oronobea

,

Aublet; S ympiiokia globelifera L. f. (Clusiacées). Oléorésine à étudier; la
plante croît dans les endroits marécageux de la Guyane.
Cette oléorésine est fluide et jaune, au moment où elle
s’écoule de l’arbre ; elle s ’épaissit à l’air et prend une colo­
ration vert noirâtre qui lui donne quelque ressemblance avec
la résine Caragne (Icica Carana IL B. K.) ou résine élémi en
pains de la Nouvelle-Grenade.
coccinea

Maniguette. — U yaria Z eylanica Aublet; U nona

concolor

Willd.

(.Anonacées). Graines toniques, aromatiques.
Manioc. — J atropha

manihot L. ; M anihot
utilissima Pohl
(Eupliorbiacées), Manioc amer, Manioc petit Louis. manioc
à suc très vénéneux. La liqueur fermentée alcoolique qu’on
tire du manioc râpé et cuit est un diurétique puissant. Le
suc du manioc, bouilli jusqu’en consistance sirupeuse, est apé­
ritif. La râpure fraîche des rhizomes est employée en cata­

plasmes; on la recommande même en application sur les ulcères.
L ’eau qui a servi à laver la racine du manioc fraîchement râpé
est vénéneuse. Le remède serait la canne à sucre, l’eau de mer
ou l’infusion des feuilles de Rocou (Bixa orellana).
Mapou ou Mapounier. — M apolria

Aublet; P sychotkia
nitida Willd. Rubiacées). Feuilles en lotions dans les ophthalmies chroniques (décoction). Croît le long des ravins humides.
Ses feuilles, d'un vert pâle, exhalent une odeur nauséeuse,
tandis que les fleurs sont blanches et parfumées. Son écorce
brunâtre sert â faire des cordages solides.
guianensis

Maraganzimam. — N ectandra

sangulnea Roland; L ai rus globosa
Aublet (Laurinées). Ecorce aromatique, excitante, à étudier
comparativement avec celles des autres Laurinées de la Guyane.

Marie claire. — E upüokbia

L. [Eupliorbiacées).
contre la céphalalgie.

iiypericifolia

Plante employée en cataplasmes
Graines très drastiques.
Marie-crabe. — L antana

camara L. [Verbénacées). Vulnéraire.
Thé sudorifique un peu amer, céphalique et carminatif. Bains
fortifiants avec les feuilles froissées et bouillies. La décoction
de ces feuilles est employée en injections dans les inflamma­
tions de l’utérus, ün l’absorbe à l’intérieur contre les coliques.
Negrete en a extrait la lantanine, alcaloïde plus actif que la
(juinine, à la dose de 2 grammes.

Marie crabe épineux. — L antana aclleata L. ( Verbénacées); espèce

fondue avec la précédente. — Plante aromatique, antispas­
modique. La décoction de toute la plante est préconisée en bains
contre le tétanos, les rhumatismes, la fièvre palustre. C’est du
reste un tonique puissant,très employé contre 1 atonie des viscères
abdominaux. L'infusion des feuilles est stomachique, digestive;
elle faciliterait le travail intellectuel. Les bourgeons, macérés
dans le vin de Malaga, servent à traiter les aphthes des enfants.
Marie-tambour ou Maritambour. — P assiflora

tinifolia

Juss. ; P.

�128 —
laurifolia L. (Passif!orées). Feuilles verm ifuges recom m andées
pour le pansem ent des ulcères syphilitiques.

Maripa. — A ttalea

maripa Mart.; M aximiliana M aripa Drude [Pal­
miers). L'huile de l'amande est employée en frictions antirhumatismales.

Matévé; Grand Matévé. — P otalia amaiia Aublet [Strychnces-Loga-

niacées). Feuilles emménagogues, antisyphilitiques. A haute
dose, elles sont vomitives. Toute la plante est très amère.
Voir Potalie.
Mavévé ou Mavémé. — R ac.oubea geyanensis Aublet; H omalium
racemosum Jacq. [Bixacées-Samy (lacées). Voir Acouma.
Mayépé. — M îy epea

Aublet; L inociera tetrandra R .
Br. (Oléacées). L ’enveloppe amère du fruit est à étudier.
Médicinier. — C urcas plrgans Medic. ; J atropha curcas L.
[Euphorbiacées). Les graines sont purgatives. La sève du tronc
sert à marquer le linge d une façon indélébile. Le suc du pétiole
des feuilles est recommandé contre l’odontalgie. Le suc de
l'écorce, mêlé à de l’axonge, donne une pommade résolutive.
Les graines mûres donnent une huile très abondante, purga­
tive, et aujourd’hui employée en grand pour la fabrication du
savon en Europe.
Mélastomes. — Ces plantes, du genre M elastoma . ont divers usages
chez les créoles ; nous citerons les plus employées :
1° M. ala t l .m Aublet ; M iconia alata D. C . La décoction des
feuilles sert à laveries vieux ulcères appelés malingres (Aublet).
2° M elastoma arborescens Aublet; L oreya arborescens D. C.
Mélasfomacées). Amer recherché. L infusion des feuilles est
employée pour laver les ulcères.
3° M elastomaelegans Aublet; C lidemia ihrta 1). Don. Plante
astringente, qui porte encore le nom de rayuct macaque. Très
employée contre les diarrhées, les dysenteries, les pertes
rouges et blanches. Les feuilles sèches, pulvérisées, servent à
la guérison des vieilles plaies rebelles.
guianensis

4° M. grandiflorlm Aublet; R ynchanthera grandiflora 1). C.
Toutes les parties de la plante laissent exsuder un liquide vis­
queux, balsamique, à odeur agréable. Les fleurs sont employées
contre la toux et l'expectoration. Toutes les autres parties sont
vulnéraires (Aublet). Voir Coquelicot.
:;° M. l .evigatlm L. ; M iconia prasina D . C. Les feuilles
écrasées sont employées comme topique contre la piqûre de
certains poissons (Aublet).
0° M. succosl' m Aublet; H enriettea succosa D. (L Caca Hen­
riette des nègres. La décoction des feuilles est vulnéraire et
astringente. On l’emploie pour laver les vieux ulcères.
Melon d'eau. — C ucurbita citrullüs L . ; C itrullus vuLGARisSchrad.
( Cucurbitacées). P astèq u e. Pulpe rafraîchissante. Le suc en est
adm inistré en lavem ents rafraîchissants. L ’ém ulsion des graines,
mêlée aux feuilles écrasées, donne un excellent cataplasm e
q u ’on applique chaud dans les cas d ’inflammation intestinale.
Introduit de l’A frique tropicale.
Mignonnette.— 11olostelm cor date m L.; D rymaria glandllosa Parti.

[Caryophyllées). Salade rafraîchissante. Originaire du Mexique.
se ssilifo liim Aublet; V ismia rufescens
Pers. (Hypéricinées). Résine purgative, très recommandée
contre les lièvres. Voir Bois-batiste qui s’en rapproche.
Mille-pieds. — C llsia rosea Jacq. (Clusiacées). Figuier maudit.
Suc laiteux, balsamique, amer; purgatif succédané de la scamonée. (A étudier méthodiquement.)
Monbin sauvage. — S pondias perpurea L. (Tércbinlhacées-Anacar(Placées). Monbin à fruits rouges. On confectionne avec ses fruits
une marmelade laxative qui vaudrait le Tamar indien. Bour­
geons astringents. Les graines seraient vénéneuses. (A étudier.)
Monbin. — S pondias monbin Jacq. et S pondias u tka L. ( Térébinthacées-Anacardiacécs). Astringent. La compote des fruits est
généralement recommandée pour la diarrhée. La décoction des
bourgeons, astringents comme ceux de l’espèce précédente,

Millipertuis. — H ypericum

�donne un bon collyre et sert à laver les ulcères. On emploie
aux mêmes usages la décoction des feuilles. Les créoles
appliquent les feuilles écrasées sur le ventre des femmes en
couches (?). Prise à l’intérieur, l'infusion des bourgeons est sudo­
rifique ; on recommande la tisane des racines contre la dysen­
terie. Les fleurs en infusion sont employées contre les maux de
gorge. Le tronc donne un exsudât analogue à la gomme ara­
bique (à étudier). C'est une plante très employée dans le pays.
Montjoly. — V arronia globosa Desv. ( Borraginécs), et L antana
îNYOLiCKATA L. ( Verbénacées) . Feuilles aromatiques (en bains).
Montjoly à fruits rouges. — Y auuonia M artinicensis Aublet; Conuiv
A lbletii D. C. [Bor paginées). Les feuilles sont employées en
décoction dans des bains recommandés contre les rhuma­
tismes et après les couches. Les feuilles en infusion sont diges­
tives.
Moucou-moucou ou Coumarou. — C aladium arborescens Vent.
[Aroïdées). Le nom de Coumarou lui vient de cette croyance
que le poisson appelé de ce nom indigène en mange les fruits (?).
La sève sert dans le traitement de la phtisie pulmonaire (?). Ce
serait aussi un aphrodisiaque (?). Voir Arum du pays.
Mûrier à teinture. — M ores tinctorià L. [Urticées-Morées) ; Cm.orophora tinctorià Gaud. L'écorce est employée comme vermi­
fuge. Le bois contient une matière colorante jaune [Morin).
Introduit du Mexique sa patrie.
Muscade. — M yrjstica fragrans Iloutt. [Myristicacécs). Excitant,
stimulant par sa graine et son arille. Introduit des Moluques.
Myrobolan. — H ernandia son or a L. Introduit de l’Asie tropicale
et H ernandia guianensis Aublet [Laurinées). L amande entre,
d après Aublet, dans la composition d'une émulsion purgative.
L écorce, les graines et les jeunes feuilles sont légèrement pur­
gatives. Frais, le suc des feuilles est, dit-on, un puissant épila—
toire. Avec la chair du fruit, on prépare une liqueur de table
assez agréable.

M elothria pendula L. [Cucurbitacées). Fruits très drastiques,

dont quatre suffiraient, dit-on, à purger violemment un ch eva K
MicoNia agrestis Baill. et M elastoma agreste Aublet (Mélastornacées). Fruits antibilieux.
M iconia alata D. C. Voir M elastoma alatum Aublet.
M imosa acacioides Benlli.; P iptadenia peiœgrina Benth. [Légumi­
n eu ses).^ graine pulvérisée est un violent sternutaloire; apo­
plexie.
M icrolicia grandiflora Baill., L avoisiera grandiflora Naud.
[Mélastomacécs). Plante balsamique, surtout les bourgeons. On
la recommande en infusion dans les affections pulmonaires.
M ollinedia laurina Tul. [Monimiacées). Toute la plante est aro­
matique, carminative et tonique. On emploie surtout l’infusion
des feuilles.
M onnina lucida Ruiz et Pav.; C atacoma lucida Benth. (,Polygalées). Toute la plante passe pour antisyphilitique.

N
Nhandiroba ou Fevillea ou Liane contrepoison. — F evillea

trilo -

L .; F ev illea M arcgrawii Guib. [Cucurbitacées). Cette
espèce, comme Fev. cordifolia des Antilles, a des graines
fortes, réputées antirhumatismales. Au Brésil, où elles
sont appelées à tort fèves de Saint-Ignace, elles jouissent de la
même réputation. Leur amande, plate, jaunâtre, huileuse,
grasse et amère, contient une huile abondante, violemment
purgative (à étudier). On les dit aussi alexitères et antidotes
des empoisonnements par le manioc et le mancenillier (?).

bata

Niori. — H umiria

floribunda Mart. [Humiriacées). Couranoura des
Arrouagues; Niori des Galibis. Tisane d'un parfum très
agréable, employée contre la blennorrhagie.
N oisettia longifolia IL B. et K. [Yiolariées). Racine vomitive:
remplacerait l'Ipéca. (A étudier.)
Annales de l'Institut Colonial. 1897.

9

�132
Ouadé-ouadé. — Malva ul.mifolia Balb.; Malvastrl.m triclspi da­
te m A.

O

Ouange. — S esamum orientale L .; S. lndicu.m L. (Pédaliacées).

L. (Myoporinces). L huile des baies
est émolliente. On l’emploie en lavements contre les coliques
et le ténia.

Olivier. — B ontia

dapiinoides

Onguent-bois. — Belle Clusiacée indéterminée. Dans

la lleur
femelle, à la place que devraient occuper les étamines, on
trouve une substance cireuse, molle, fondante, à odeur de
fourmi, qu’on emploie fraîche pour la cicatrisation des bles­
sures et des plaies.

Oranger amer. — C h r i s

vulgaris

Hisso. (Bulacécs). Ecorce et

pulpe amères.
a l r a m iu .m Risso (Butacées). Feuilles en infu­
sions calmantes : fruits acidulés, rafraîchissants.

Oranger. — C itrus

Orélie ou Alamanda. — O r e l u grandiflora Aublet [Apocynées).
Feuilles purgatives. Voir Alamande.
Ortie d’eau. — B esleria

violacea

Aublet ( Gesnériacéos). Feuilles

sudorifiques.
Oseille-de-Guinée blanche.— H ibiscus digitatls P oir.; H .

digitiformis

D. C. (Malvacécs). Rafraîchissant. Posséderait la propriété de
rendre limpides les urines chargées.
L. ( Malvacccs). Le
sirop est un antiscorbutique. Il est très rafraîchissant. La racine
est amère, tonique et apéritive. Originaire des tropiques de
l ’ancien continent.

Oseille-de-Guinée rouge. — H ibiscus

Gray. (Malvacécs). Mucilagineux, rafraîchissant.

sardariffa

Ouabé. — O mphalea u ia.mjha L. (Euphorbiacées). Liane papaye,

Liane de l'anse, Graine de l'Anse. La graine est légèrement
purgative. On lave et on déterge les vieux ulcères à l’aide de
la décoction des feuilles; on y applique aussi les jeunes feuilles
contusées (Aublet). L ’huile des graines est recommandée
contre les brûlures.

Sésam e. Graines diurétiques. L ’huile en Uniment oléo-calcaire
est recommandée pour les brûlures. Comme pour l’extraction
des parfums par l’enfleurage. Les fleurs s ’administrent en tisanes
adoucissantes. Feuilles mucilagineuses. Racines émollientes.
Ouapa. — E perna falcata Aublet [L ég uni inc uses- Cæsalpin iées\.

Ecorce amère, employée comme émétique par les Arrouagues.
(A étudier.)
Ouraté. — Ouratea guianensis A ublet; G omphia guyanensis Rich.

(Ochnanées). Racines et péricarpe amers, stomachiques et diges­
tifs. Dans les graines, on trouve une matière grasse, comes­
tible (à étudier).

P
P aciiira

aquatica

Aublet [S 1ercul ia cees). Voir Cacao sauvage.

Palétuvier rouge. — R hizopmora M angle L. (Rliizophorées). Ecorce

fébrifuge, astringente, riche en tanin. La décoction s ’emploie
contre les hémorrhagies et en gargarism es contre les angines.
Exsudât analogue au kino.
Palma-christi. — R icinus commukis L. (Euphorbiacées). On mange,

pour se purger, les graines fraîches : deux ou trois suffisent.
L ’huile de ces graines est un purgatif connu. Les feuilles,
meurtries, appliquées sur les seins, arrêtent, dit-on, la sécré­
tion du lait. On active cette action antilaiteuse en en absorbant
la décoction de ces feuilles dans l'eau.
precatorils L. (Légumineuses ). liges
adoucissantes. Les racines remplacent la réglisse. La plante
est employée en tisanes auxquelles on ajoute des jeunes
feuilles, des tiges et des racines de maïs, contre les inflamma­
tions légères des voies urinaires, la diarrhée, les aphtes, l’en-

Panacoco (petit). — Aimes

�134 —
rouement. M. de Yecker a le premier proposé de remplacer les
inoculations de pus, dans le traitement des ophtalmies, par la
décoction des graines de panacoco, qui provoque également
une inflammation substitutive et la suppuration. Les résultats
obtenus ont été excellents dans le cas de trachome de la con­
jonctive. M. Jatther a affirmé que cette action est microbienne.
On attribue aujourd hui cette action à une substance albumi­
noïde Yabrine qui est très toxique et peut remplacer le pana­
coco ou jcquirity (1 : 500000).
Panacoco ^grandi. — R obinia

panacoco Aublet; S waktzia tomkn C. [Légumineuses). Ecorce employée en tisanes sudorifiques. Le tronc donne par incision une résine noirâtre, bal­
samique (Aublet).

t o sa D .

Papayer. — C arica

L. [Papayacées). Le suc laiteux de
l’arbre et surtout des jeunes fruits, légèrement amer et aroma­
tique, est un bon anthelminthique et un digestif puissant
(peptonisant). Les graines sont également réputées anthelminthiques; elles ont un goût très prononcé de graines de capu­
cines. La pulpe du fruit mi-mùr, écrasée, est très employée
pour faire disparaître les taches de rousseur de la peau, surtout
après les insolations. La papaïne, comme la pepsine, est un
ferment qui. en se fixant à l'état insoluble sur certaines
matières albuminoïdes, les modifie de telle sorte qu elles
peuvent s ’hydrater à -j- i0° par l'action de l ’eau pure, en for­
mant de véritables peptones. D’où l’usage que l’on fait du lait
des fruits verts pour ramollir les viandes coriaces et les rendre
plus agréables et plus facilement assimilables. On l’emploie
contre certaines dyspepsies, gastro-entérites et gastrites. Il est
devenu la base des spécialités très répandues aujourd’hui dans
la pharmacopée européenne.

P arala. — P aralha

papaya

guianensis Aublet; D iospyhos P aralea Steud.
(Ehénacées). Les Galibis se lavent le corps avec la décoction
de lécorce quand ils ont la fièvre.

amara Aublet ; A ristolochia glaücesce .ns
IL B. et K. [Aristolochiées). Racines et sarments très amers
d’après Aublet. Originaire delà Nouvelle Grenade. (A étudier.)

Pareira jaune. — A büta

Pareira-brava ; paria-brava. — C issampelos P areira L. [Ménisper-

rnées). Racines’ amères et sucrées, diurétiques et mucilagineuses. Elles contiennent de la pélosine, analogue à la buxine et
à la bébérine 1. Les racines sont employées comme diurétiques
dans les cas de dysurie et de néphrite calculeuse. L infusion
facilite l’expectoration; on la considère comme un alexitère
intense. Le pareira blanc des créoles, 1'A buta rufescens d’Aublet, sert à faire des tisanes avec sa tige et ses racines, contre
les obstructions du foie et la morsure des serpents. On prétend
que la plante entre dans la composition de certains curares. On
en applique les feuilles sur les ulcères.
Passe-colère. — (Non identifiée). Plante vulnéraire assez employée.
Patate-de-mer. — C onvolvilus maritimes Desr.; I pom.ea biloba

F orsk. [Convolvulacées). Purgatif. On prépare des bains avec
les feuilles froissées.
Patate purgative. — P iptostegia P insoms Mart. Convolvulacées).

Les tubercules renferment iO °/0 d’une fécule grise, qu’on dit dastrique, etemployée comme purgative à petite dose. (A étudier.)
Patate sauvage. — B atatas

paniculata Chois.; I pomjea
[Convolvulacées). Racine cathartique. (A étudier.)

digitata L.

Petit balai à graines. — Voir Balai doux, herbe à balai.
Petit balai des murs. — V iola

polygalæfolia

Poir. ; I onidilm

poly -

Vent. [Violariées).
Racines vomitives employées surtout pour les nouveaux-nés.
Recommandé contre la coqueluche et les pâles couleurs (?).
Originaire du Mexique.

galæfolium

I. D’après MM. Ilcckel et Schlagdenhaulïen (Annales de l'Institut Colo­
nial, 1895. Mémoire sur le Sangol et le Bakis), le Pareira-brava renferme en
onlre de la sangoline, nouveau principe actif amer découvert par ces auteurs.

�Petit cousin savane. — H edysarum

Aublet; D esmodiem
guianense D. C. [Légumineuses). Dysenterie, flux intestinal.
P hyllanthes epipiiyllanthus L. (Euphorbi accès). Bon diurétique.
Originaire de Cuba.
P hyllanthi's mruri L. (.Euphorbiacces). Bon d iu rétiq u e.
P hyllanthes erinaria L. (Euphorbiacées). Bon d iu rétiq u e.
guianense

Pied-de-poule. — C ynosurusindices L.; E leusine iNDicAGœrtn. (Gra­

minées). Décoction de la plante contre les convulsions des enfants.
P ik ia;P ek ea. — P erea

ternata Poir. ; C aryocar glabru .m Pers.
( Ternslrœmiacées). Le beurre, qui est renfermé dans les graines,
est recommandé contre les brûlures.

Piment. — C apsicem

L. (Solanées). Stimulant puissant.
Combiné au quinquina, il donne les meilleurs résultats dans
les fièvres intermittentes. On recommande d’avaler le piment
dans les cas de dyspepsie (?). On l’emploie, en gargarismes
atténués, contre les maux de gorge. L ’extrait est recom­
mandé contre les hémorrhoïdes au début. Introduit, cultivé.
annllm

Pinot. — Voir E uterpe

oleracea

Mart. au mot Comou.

Pirigara mépé. — P irigara

iiexapetala Aublet; G ustavia fasteosa
Willd. [Myrtacées). Fruits et feuilles employés comme
topiques contre les affections du foie.

Pistache; Pistache de terre. — A raciiis

hypogæa L. (Légumineuses).
L émulsion huileuse de la graine soulage dans les coliques
inflammatoires. L ’huile chaude est appliquée en compresses
sur les luxations. On l’emploie, dans le même but, mêlée à du
tafia. Introduit, cultivé.

Plantain.— P lantagolanceolata Hook. [Plantaginces). Onfait,avec

les feuilles, un collyre (eau de plantain). Introduit d’Europe.
prlriens L.; M ucuna pruriens D. C.
(,Légumineuses). Racines purgatives. Les poils prurientsdu fruit,
roulés en boulettes avec un corps gras solide, agissent méca­

Pois à gratter. — D olichos

niquement comme anthelminthiques. On fait suivre cette appli­
cation d’une purgation pour expulser les parasites.
Pois-coolie. — M oringa

pterygosperma Gærtner (Moringccs).
L écorce, douée d une saveur excitante, est employée comme
antiscorbutique. La graine fraîche est âcre, amère et purgative;
elle passe pour fébrifuge. Les feuilles, contuses et chauffées,
sont appliquées sur les tumeurscomme résolutives(?). L ’écorce
des racines est rubéfiante. On la préconise contre les enroue­
ments, les maux de gorge et le scorbut. Introduit de l’Inde.

Poisd Angole.— C.

indices Spreng.; C ajanus flavus D. C. Légu­
mineuses). La farine des graines est dite résolutive. Les bour­
geons et les gousses vertes donnent de bonnes infusions pec­
torales. On applique les feuilles bouillies sur les plaies, pour
en hâter la cicatrisation. Le suc de ces feuilles, exprimé à froid,
est employé contre les hémorrhagies; leur décoction sert à
déterger les ulcères. L infusion des fleurs est également consi­
dérée comme pectorale. Introduit de l’Inde orientale.

L .; I nga v eiia Willd. [Miniosées). La
décoction des feuilles et de l’écorce est utilisée dans les cas de
dysenterie. L ’écorce est très astringente. La pulpe des gousses
est comestible et rafraîchissante. Il en existe une variété, à
gousse courte, à pulpe plus abondante, qui porte dans le pays
le nom de pois-sucre bacove.

P ois su c ré . — M im o sa ing ’a

Poivres. — Plusieurs Pipéracées de ce nom sont connues et

employées à la Guyane. Le P eperomia trifolia A. Dietr. et le
P. rôti ndifolia H. B. et K. sont utilisés comme stoma­
chiques et toniques des voies digestives. Le P iper pelta tl .m
R. et Pav. est un bon diurétique, surtout la racine macérée
dans l’eau. Le poivre jaborandi P iper umbellatem Sieb. et K.
donne une huile essentielle qu on tire des graines par distilla­
tion. Une goutte de cette huile sur un morceau de sucre réus­
sit très bien dans l’atonie de l’estomac. On fait usage, comme

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apéritif et comme verm ifuge, de l'infusion des fleurs du 1\
peantagineum Sclilecht., dont la tige porte des feuilles à cotes
saillantes.
Pomme-cannelle.— A.nona squamosa L . (Anonacées). La poudre
des graines est excellente contre la vermine (Boyle).
Pomme Cythère. — S pondias dulcis F orst. ('Tércbinthacécs-Anaeardiacées). F ru it légèrem ent diurétique.
Pomme-liane; Maritambour et Couzou.— P assiflora laurifoeia L.
[Passif!orées). L es feuilles, en poudre, sont considérées comme
anthelminthiques. Toute la plante est am ère, sauf le fruit.
Pomme rose. — E ogema jaaibos L . ('Myrtncccs). On fait avec les
fruits une limonade agréablem ent parfumée et rafraîchissante.
Fcorce astringente. Introduit d'A sie tropicale.
PoRTLANDIA SPECIOSA Hail 1. ; COLTAREA SPECIOSA A u blet ( Jillbiflcres). Ecorce amère, stomachique, fébrifuge. (A étudier.)
Potalie. - - P otalia AMARA A ublet (Strydindes). L es feuilles et
jeunes tiges sont chargées souvent d’une résine transparente
jaunâtre, en gouttelettes, qui, sur le feu. brûle avec une odeur
qui rappelle celle du benjoin (à étudier). L es feuilles et les
jeunes tiges sont em ployées en tisane contre les m aladies
vénériennes. A haute dose, c'est un vom itif que l’on emploie
dans les cas d ’empoisonnement par le manioc (A ublet). Toute
la plante est très franchement am ère; elle est em ployée h titre
de sudorifique (dans les affections vénériennes). E m m énagogue,
antispasm odique, fébrifuge, antiictérique *. Voir Matévé.
Poudre aux vers. — C henopodu m amrrosioides L .; C h . anthelmixticlm L . ( Cfiénopodées). Sem en-contra des créoles. Toutes
les parties de la plante sont stom achiques et se prennent en
infusion. L es som m ités, m ûres, sont em ployées comme anthelminthiques. Remède classique en Europe.
1. (’elte plante a été l'objet d'un mémoire détaillé do MM. Ileckel et
Haller (Journal de pharmacie et de chimie, 1876).

Pourpier des savanes. — P iper obtlsifolh .m Ja cq . (Pipéracées).
L e s feuilles, ovales, pulpeuses et succulentes, constituent un
excellent antiscorbutique. Plante commune su r le bords des
ru isseau x.
Prune-coton; Prune de l’anse. — C iirysobalanus I caco L . ( Hosacées).
Icar/uicr ; Apura. R acines, écorces et feuilles, astringentes,
em ployées dans les cas de diarrhées et de leucorrhée. Le suc
des feuilles et des racines, battu avec de l ’huile, resserre les
sphincters de la vulve, il est employé par les m atrones pour
sim uler la virginité. On l ’emploie égalem ent pour combattre la
flaccidité du scrotum . L e fruit mûr, rappelant la prune comme
aspect, est pourvu d ’une pulpe cotonneuse m ais fondante et
sucrée qui est m angée communément.
P aullinia sorbilis M art. ; P . C upana IL B . K . [Sapindaccès). La
graine sert à préparer la pâte de guarana : on la m élange avec
du cacao et de la farine de manioc. C ’est un aliment d’épargne
et un antiperditif par la caféine qu il renferme. C est aussi un
m édicam ent usité contre la m igraine et devenu officinal. Intro­
duit du Venezuela.
P etiveria alliacea L . (Phytolaccées). Voir Douvant-douvant.
P iratinera guianensis A ublet ; B roslmlm A lbletii P œ p p . et Endl.
( Urticacées). B ois de lettres. L atex âcre et caustique. (A étudier.)
P lumbago rosea L . (Plumbaginées). Racines et feuilles vésicantes.
P lumbago scandens L. ( Plunibaçjinécs). On se sert du suc des
feuilles et de l ’écorce des racines pour brûler les verrues.
D ’après les gens du p ay s, le suc de la racine servirait même à
détruire les chairs baveuses des ulcères.

O
Québraco. — A spidosper .ma Q uebracho Sclilecht. (.Apocynées).
A strin gen t, tonique, antidysentérique. Introduit de la Répu­
blique A rgentine.

�diffusüm Vahl. ; P iper sarmentosum Roxb.
[Piperacées). On dit que la racine sèche, en macération, con­
stitue un excellent diurétique. Même usage que pour les feuilles
du P. peltatum L . Voir ce mot. Originaire des Indes orientales.
Quienbiendent. — W illugiibeia acida Gmel. ; A mbelania acida
Aublet [Apocynées). Graine-biche, Ambélani, Ambélanier.
Son nom de Quienbiendent (qui tient bien aux dents) lui vient
de la glu épaisse dont est imprégnée la pulpe du fruit et qui
adhère fortement aux dents. Le fruit est très renommé dans le
pays comme antidysentérique. On emploie, dit Aublet, la con­
fiture des fruits non dépouillés : celle des fruits dépouillés est
acide et rafraîchissante ; celle des non dépouillés est légère­
ment purgative et recommandée contre la dysenterie. Suc lai­
teux. employé comme cicatrisant. (A étudier.)

Queuez-à r a t . — P iper

R
Racine d'or, Mungo. — O phyorhiza M ungos L. (.Rubiacces). Racine

alexitère employée en décoction (30 p. 1000). Introduite de Java.
Raguet-crapaud. — 1° T radescantia diuretica Mart. ; T . elongata
F. Meyer [Commélynacées). Diurétique, rafraîchissant.
2° Qi ebitea guianensis Aublet [Pipéracées). Racines à saveur
piquante, employées, d’après Aublet, contre la morsure des
serpents par les Galibis.
Raguet du vin ou divin. — O xalis B arrelieri L. Antiscorbutique.
Raguet de la fièvre.— E ryngium fœtidum L. (Ombellifères). Char­
don étoilé. Fébrifuge très employé malgré 1 odeur puante delà
plante. Les racines sont surtout employées en tisanes. Elles
provoquent des sueurs abondantes. C’est un abortif très
employé. Recommandé contre 1 hydropisie.
Raguet-françois. — A gératum conizoides L. [Composées). Infusion
de la plante dans les cas d’atonie du tube digestif.
Raguet macaque. Voir M elastoma elegans .

Raisin du bord de la mer. — C occoloba UVIFERA L. [Polyyonées).

Fruit et écorce, bons astringents. Le bois donne, par décoc­
tion, une liqueur rouge et un extrait qui est un des kinos du
commerce (astringent).
opuntia L. [Cactées). Tiges écrasées pour cata­
plasmes émollients (mucilage abondant). Le fruit, diurétique,
colore fortement les urines en rouge.

Raquette. — C a c tu s

Aublet [Cypéracces). Racines à
odeur aromatique agréable, laissant à la bouche une saveur
piquante, expérimentées avec succès par Aublet, comme sudo­
rifique et diurétique en infusion.

Remire. — R emirea

maritjma

Réséda de Cayenne. — L awsonia

L. [Lythrariées). Intro­
duite de 1 Arabie. Les feuilles sont employées contre les bles­
sures, les dartres, la lèpre même (?). L écorce est emménagogue. (A étudier.)
inermis

Ricin. — Voir Palma-Christi ou R icinus communis L. [Euphorhiacées).

L ’huile chaude, en applications, est recommandée contre 1 en­
gorgement ganglionnaire. Les feuilles, trempées dans du
vinaigre et appliquées sur le front, seraient très bonnes contre
les insolations. Elles provoquent, dit-on, une abondante trans­
piration.
orellana L. [Bixacées). Ururu en Galibi.
Feuilles détersives. Ecrasées dans l’eau douce ou l’eau de mer,
elles seraient 1 antidote du manioc amer. L infusion des
feuilles est un purgatif employé contre la dysenterie.

Rocou; Roucou. — B ixa

Roxb. [Puhiacées).
Sa racine, purgative, renferme un principe colorant brun.
Plante introduite des Philippines et de l’Inde. (A étudier pour
son principe purgatif.)

Royoc. — Moiunda ROYocBlanco; M.

tinctoria

lateriflora L. et R h . virens Planeh. et Triana [Guttifères). Suc laiteux et vomitif. ( A étudier.)

R iieedia

�112

—

S
Sablier. — H uracrepitans L. (Euphorbiacécs). Suc laiteux, irritant

et caustique. Graines émétiques, violemment drastiques. Les
feuilles sont très employées « contre les douleurs chroniques ».
Saint-Jean. — P axax M orototoni Aublet; D ldymopanax M oroto-

Dec. et PI. (Araliacécs). Espèce aromatique à étudier.
Certains créoles prétendent que cette plante aurait les pro­
priétés du ginseng chinois, et que son nom de Saint-Jean ne
serait que la corruption du nom chinois, par la transposition
des consonnes de ce nom.

tom

Salade madame Hector. — L actuca

L. (Composées). Bron­
chites, pneumonies, maladies de poitrines. (Infusionsde la plante,
qui est introduite de l’Europe australe.)

Salade-soldat. — P eperomia

qlercina

C. DC. (Pipéracées).
Antiscorbutique, sudorifique et fébrifuge. En salade, il est
légèrement purgatif. Introduit du Pérou.
procumbens

dans la composition du curare de l’Orénoque. Des incisions pra­
tiquées à sa tige découle un liquide aromatique appelé huile (le
sassafras qui ressemble à celui de YOcotea opifera.
On désigne encore sous ce nom de sassafras, à la Guyane, le
L icaria guianexsis Aublet, qui ne serait, d’après Nees, que le
D icypellium caryophyllatum (voir Cannelle-giroflée), autre Laurinée dont le bois exhale une odeur très agréable; c’est le
bois de rose femelle.
Savonier. — S àpikdüs

L. [Sapindacées). Fruits diuré­
tiques à pulpe riche en saponine, L’écorce et la racine sont des
astringents toniques et amers. Les S ap. àrborescens et f r it e s cens Aublet ont les mêmes propriétés, comme aussi S ap. rigides
sapoxaria

MOI.
S ahcostemma B ronwmi Mey.; P uilibertia viminalis A. Gray (Asclê-

piadées). Le suc, laiteux, est un émétique violent, recommandé
immédiatement après l’ingestion accidentelle des substances
toxiques.
S auvagesia erecta et S àgvagesia adima Aublet (S. erecta L.) ( Violariées). Amer aromatique, stomachique, cordial.

Salsepareille. — S milax

Sensitive épineuse. — M imosa

Sapotille. — A chras

Simarouba. — S imaruba

sarsaparilla L. ; S. glauca Mart. (Smilacées). Bien que regardées aujourd’hui comme inertes, les
racines de cette plante sont employées fraîches dans le pays
comme toniques et antisyphilitiques.

(Sapotacées). L ’écorce est un tonique
fébrifuge. La graine, grasse, est diurétique, mais elle doit être
employée avec précaution, parce qu elle provoquerait, dit-on, à
dose élevée, de la dysurie. (Sapotine. alcaloïde de Besnou.)
sapota L .

Sassafras Orénoque. — N kctandra

cymbarum Nees. (Laurinées).
Diffère des véritables sassafras par son amertume spéciale.
Quand on le râpe, il développe une odeur de sassafras et
d’anis, mais moins prononcée et moins persistante que celle du
sassafras vrai. Très employé en Guyane hollandaise comme diu­
rétique, emménagogue et tonique. Entrerait, d’après Martin,

pudica L. (Légumineuses . Feuilles
recommandées comme un puissant sudorifique. Racine vomi­
tive, irritante et même toxique à haute dose. Graines émé­
tiques. L ’infusion légère des feuilles est tonique et amère.
officinalis

D. C.; S. amara Aublet (Buta-

cées). Ecorce de la racine contre la diarrhée et la dysenterie. Elle
entre, avec l’écorce du monbin et du goyavier, dans la compo­
sition d’un sirop très efficace contre les diarrhées persistantes
accompagnées de fièvre. C’est une plante employée surtout
comme diurétique, fébrifuge et antidysentérique. Cette écorce
est, du reste, officinale en France; c’est un tonique amer, dont
on retrouve la formule dans tous les élixirs anticholériques.
Elle s ’emploie généralement en infusion à la dose de 4
grammes par litre; à haute dose, elle est purgative et émétique.

�L’écorce de simarouba renferme, d’après Morin, de l&amp;quassine,
une matière résineuse, une huile volatile dont Codeur rappelle
celle du benjoin, des acides gallique et malique.
Si pan ex piUTExsis Aublet (Bubiacées). Plante astringente employée
en tisanes contre les métrites et contre la gonorrhée ; la décoc­
tion en est détersive et sert à panser les ulcères.
S ehjama paucidentata D. C. (Sapindacées). Plante vénéneuse,
suc narcotique. (A étudier sérieusement.)
S loanea P lumieri Aublet; S. dentata L. ( Tiliacées). Ecorce
tannante. Le fruit est une espèce de châtaigne dont la farine
serait résolutive (?). Imbibée de vinaigre, elle est employée en
application contre les engorgements des seins.
Sorossi. — M omordica

balsamina Desc.; Mo.m. ciiarantia L. (Cucurbitacées). Le fruit, mûr, dépouillé de ses semences et macéré
dans 1 huile d’amandes douces, devient, dit-on, un vulnéraire
incomparable. On prend les feuilles en infusion contre les con­
tusions. Les mêmes feuilles, broyées et mêlées à un corps gras,
donnent un onguent contre la gale et les maladies de la peau.

Souchet ; Pripri des marais. — Gypéracée aquatique indéterminée

(Cyperus?). Plante diurétique et recommandée contre les
coliques.
S pigelia antiielmia L. (Strxjc/inces). Brinvillière ; Yerba de Lombrices au Brésil. Le rhizome est employé contre les vers intes­
tinaux. A haute dose, c'est un poison violent. La plante répand
une odeur vireuse très accentuée et possède une saveur nau­
séeuse persistante. Souvent nommée Brinvillière, à cause
de l’usage qu en a fait la célèbre empoisonneuse de ce
nom, cette plante contient, d’après Dudley, un alcaloïde vola­
til qui serait le principe actif de la drogue (spigéline), et qui
présenterait d’étroites allinités avec la nicotine et la lobclinc.
Cette drogue, bien que constituant un bon vermifuge, doit être
employée avec la plus grande prudence à cause de ses proprié­
tés éminemment toxiques.

— D atera ceratocaula Jacq. (Solanées). Les feuilles
chaudes s’emploient en applications contre la sciatique. Il en
est de même des feuilles de Datura Stramonium L. La teinture
des feuilles est recommandée contre les palpitations. Mêlée à
la farine de patate, elle donne des cataplasmes adoucissants.
D’après les gens du pays, les parties de la plante, soumises à
la vapeur du vinaigre, donnent un extrait employé contre poul­
ies engorgements de l utérus (?). On obtient surtout un extrait
utile en mettant les feuilles et les racines à macérer dans
l’alcool. Cet extrait, mêlé à l’huile, ou encore les feuilles
pilées ou macérées dans l’huile, servent en frictions pour les
rhumatismes et contre le prurit des parties génitales ?). On
recommande le fruit vert, écrasé, en applications sur les
pustules charbonneuses.
S per .macoce longifolia Aublet (Bubiacées). Cette plante possède
des propriétés éméto-cathartiques très marquées qui la font
employer aux lieu et place de 1 ipéca. En tisane, elle donne de
bons résultats dans la troisième période delà gonorrhée. Beau­
coup de Spermacoce sont employés comme vomitifs au même
titre; ce sont : Sr. cœkulescens Aublet; S i\ radicans Aublet;
S p . cartifolia Aublet; Sr. aspera Aublet; S p. sexangularis
Aublet ; Sr. prostrata Aublet.
S taci iyt a RPu eta JAMAiCENSis Gardu.; S DicuoTOMA Vahl Verbénacée.s). La décoction des feuilles est administrée, aux Antilles,
en lavements et comme vermifuge. Au Para, on applique
sur les ulcères les feuilles fraîches, contuses.

Stramonia.

T
Tabac. — La feuille, écrasée avec du rocou, préserve des chiques

(.Pulex pénétrons), et sert à cicatriser les plaies déterminées
par l’extraction de 1 insecte. Le lavement de la fumée de
tabac est préconisé dans les cas de la hernie étranglée. Quatre
feuilles de tabac vert en infusion, administrées en lavement,

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font, d'après les commères, très bien réussir les purgations.
Les feuilles, huilées et tièdes, s'appliquent sur les blessures
récentes. (N icotiana 